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1726, 04-05, 06, vol. 1-2
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Presentedby
John
Bigelow
to the
나나
Century
Association
DM
Mercure
Presented by
John
Bigelow
to the
044.
Century
Association
DN
Mereure
1
Shereare
*I*
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
AVRIL 1726.
QUE COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DCC. XXVI
نم
Avec Approbation & Privilege du Roi,
康康康
THE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENO
L'ADR
TILDEN FOUNDATIO
190
་
A VIS.
leur
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
>
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fels .
6431
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY
AVRIL
1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SATYRE A APOLLON..
ON, Phebus , je ne puis fans te
vouloir du mal ,
Voir regner pour les Vers ce dégoût
general ;
Qui bravant de ton art la Nobleffe divine ,
Le fait depuis long-temps pancher vers fa
ruine.
A ij Car
644 MERCURE DE FRANCE .
Car ce n'eft plus le temps où dans les Cours
admis ,
On ceignoit de lauriers le front de tes amis ,
Où les peuples inftruits à leur fublime Ecole,
Les menoient triomphans jufques au Capitole
:
Ce temps , dis-je , n'eſt plus , un burleſque renom
,
Eft fouvent ce qu'on gagne à fervir Apollon.
Dieu des Vers ! librement je rime ma penfée.
Ne me crois point ici partie intereffée.
Ce que j'ai fait de Vers n'a pas dû meriter ,
Qu'un moment le Public voulût bien m'écou
rer.
Mais , Phebus , envers toi , quelle eſt mon
injuſtice !
Veux-je de nos erreurs te rendre ici complice
,
Et t'imputer l'effet de notre aveuglement ?
Je me retracte. Excufe un premier mouve
ment.
Si des Vers aujourd'hui l'on fait ſi peu
d'eftime ,
S'il n'eft plus parmi nous de lauriers pour la
rime ,
C'eft que dans nos écrits , vains & fourds à ta
voix ,
NousAVRIL
1726 . 645
1
Nous-mêmes les premiers nous méprifons tes
loix.
Ecrivains pareffeux , prompts à nous faire
lire ,
Nous tirons au hazard des fons de notre
lyre ,
Et prenons pour le fruit des plus nobles tranfports
,
Le concert languiffant de nos foibles accords.
Sinceres une fois , dépouillez d'artifice ,
Faiſons ingenument l'aveu de notre vice.
Trop fattez du beau feu que ta faveur départ
,
Nous penfons que lui feul peut fuffire à ton
art ,
Ignorant de ce feu la debile nature ,
Et qu'il s'éteint fouvent faute de nourriture :
Qu'une étude conftante eft fon pur aliment ,
Le fouffle qui l'enflâme & le rend vehement .
Car tu ne prétens point en échauffant leur
veise
,
Epargner aux Auteurs le travail & la peine.
Le dur métier des Vers , pour le bien exprimer
,
Eft un métier égal à celui de ramer .
Le croit-on toutefois ? Quand on voit une
Mufc ,
A iij Dupe
646 MERCURE DE FRANCE.
Dupe du fol orgueil qui la berce & l'amufe;
Et traitant de ton art tous les genres divers ,
Nous donner coup fur coup des volumes de
Vers.
Fecondité fterile , & qui dans fa manie ,
Ne produit que des Vers dépourvûs d'harmonie
,
Met le fens à l'étroit , & d'un ftile empezé ,
Se plaît à nous rebattre un fujet épuisé.
De- là ces tours obfcurs ces écarts fans
yvreffe ,
›
Cette rime fans choix , fille de la pareffe :
Car enfin de nos Vers Fornement le plus
beau >
La rime toujours chere à Racine , à Boileau ,
Et qui dans tous fes droits fut par eux maintenuë
,
Etrangere chez nous n'eft prefque plus connue.
Eh ! nous croyons pourtant , de nos Vers
enyvrez ,
Par notre âge comme eux devoir être ho
norez :
Quelle erreur ! Voulons-nous atteindre aux
mêmes graces ?
Imitons leur exemple & marchons fur leurs
traces .
Des
AVRIL
647
1726.
Des Anciens furtout feuilletons les écrits ,
Des neuf Soeurs , quoiqu'on dife , ils font les
favoris.
*
Loin de nous prévaloir de quelques vains ſuffrages
,
Cent fois fur le métier remettons nos ouvrages.
D'une oreille attentive & d'un efprit foumis
,
Ecoutons les confeils de nos fages amis ;
Redoutons un Lecteur qui toujours nous encenſe
,
Evitons même en Vers ce qu'on nomme licence
,
Et nous pourrons alors lûs , approuvez
cheris ,
›
D'un Poëme parfait ravir le jufte prix.
Certes, nous le pourrons, fi notre Mufe chafte
Humble dans les fuccés fe prefente fans falte ,
Et qu'un front coloré des feux de la pudeur ,
De fon ame modefte exprime la candeur.
Vice affreux ! qui toujours eut l'art de nous
reduire ,
Orgüeil ! c'est toi furtout que je voudrois détruire.
Je fçais trop , des neuf Soeurs Confeiller imprudent
,
A iiij Sur
t
648 MERCURE DE FRANCE.
Sur tous leurs nourriffons quel eft ton afcendant.
Dans leur efprit enflé trouvant l'accès facile
,
Chez eux prefque toujours tu fais ton domicile
,
Et tu deviens fouvent , groffiffant leur cahier
,
La fource des mépris qu'on leur voit effuyer .
N'en doutons point . L'orgueil contre qui
tout s'irrite ,
Quand il foüille un Poëte obſcurcit ſon merite.
Souvent trop prévenu le rebelle Lecteur
Confond injuſtement le Poëme & l'Auteur ,
Ou du moins fi la piece enleve fon fuffrage ,
C'eft fans goût pour l'Auteur qu'il approuve
l'Ouvrage.
Mais , qui nourrit l'excès de notre vanité ?
Est- ce de nos écrits la fublime beauté ?
Ah ! fi tels à nos yeux l'erreur fçait nous les
peindre ,
Apollon , dans nos mains que ton art eſt à
plaindre !
Que nous connoiffons peu , dans cette illu-
- fion ,
Le fuprême degré de la perfection.
QuiAVRIL
649
1726.
Quiconque en fa hauteur une fois l'envifage
,
Effrayé de l'objet , craint & fe décourage ,
Et toujours fur fes Vers , inquiets , vacillans
,
Ne les voit de fes mains s'échaper qu'en
tremblant .
Le Comique François , le celebre Moliere ,
Chagrin fur fes écrits ne s'y pouvoit com◄
plaire ,
Et malgré fes fuccès , mécontent de fon feu ;
Au fameux Defpreaux vingt fois en fit l'a
veu .
O Ciel ! quel eût été le fort de l'Eneide ,
Si Rome en avoit crû fon Auteur trop ti
mide !
Mais tel eft le deftin des hommes excellens
De n'applaudir jamais à leurs heureux ta
lens.
TANEVOT.
A v LET
650 MERCURE DE FRANCE
*******************
LETTRE écrite de Paris le 17. Fevrier
1726. par M. Rondet au R. P. Caf
tel , Jefuite
loculaire.
3 en Réponse au Clavecin
M. T. R. P.
N ne peut lire , fans admiration
ingenieufe découverte de votre
Clavecin oculaire , inferée dans le Mercure
de Novembre dernier ; auffi picqua-
t'elle d'abord ma curiofité : mais la
folidité de vos raifonnemens me donna
beaucoup à penfer , fans neanmoins me
faire paroître la chofe impoffible ; quoiue
les differens obftacles qu'on a alleguez
, & ceux qui naiffent dans l'execut
ion , auroient pû rebuter tout autre
mais j'étois encouragé par quelques perfonnes
de merite , & dans l'efperance de
q
trouver en vous un Mentor .
L'Analogie que vous faites des fons
avec les couleurs , a quelque chofe de fi
convaincant , qu'on n'a qu'à la fuivre
pas à pas , pour être perfuadé de la poffibilité
de ce brillant Clavecin : auffi eftce
elle qui me frappa le plus ; me faiſant
fentir une realité , que la nature me donnoit,
AVRIL 1726. 65 1
noit , fans en penetrer les juftes caules .
> : Premierement , vous avancez non
fans fondement , que le plaifir des yeux,
l'emporte de beaucoup fur celui de l'oüie,
& vous le prouvez d'une maniere trèsphifique.
Je tâcherai , à votre imitation ,
M. R. P. d'en convaincre , par des faits,
les incredules , ou ceux dont la feule envie
de critiquer fait tout le merite. Venons
prefentement à la preuve , & fermons
la bouche à ces efprits forts . Menons-
les pour un inftant à l'Opera , là,
ils pourront , par experience , juger du
fait en queftion. 1 °. Le Parallele des fons
& des couleurs s'y fait fentir : enfuite le
mouvement fubit des décorations & des
Machines , l'emporte de beaucoup fur
les fons ; car rien ne flatte davantage que
le premier coup d'archet , & rien n'eft
plus faififfant que le premier coup d'oeil
d'une decoration . Pouffons plus loin notre
comparaifon , & à votre imitation ,
élevons les couleurs d'un degré. Je demande
donc aux beaux efprits prétendus ,
s'ils font en état de me rendre compte
de la beauté , & des agrémens de la Mufique
; lorfqu'il fe fait des changemens
inefperez de differentes decorations , non
fans doute , par confequent la variation
des couleurs l'emporte donc fur les tons.
J'entens déja qu'on me répond , que la
fur-
A VI
652 MERCURE DE FRANCE .
"
furpriſe occafionne ce fait : eh bien , j'y
confens , puifqu'il ne dure qu'autant que
la variation des couleurs nous laiffe à douter
du fujet qui fait notre furprife : mais
entretenons cette variation , l'efprit toujours
fufpendu , & les yeux toujours
dans l'attente d'un nouveau plaifir , autant
qu'on le voudra , & c'eſt juſtement
ce qui s'executera dans le Clavecin oculaire.
Il eft auffi très- facile de démontrer ,
que le plaifir des yeux confifte beaucoup
dans le mouvement . Car qu'on regarde
un tableau , fait par un Peintre des plus
habiles , fentira- t - on les mêmes mouvemens
, que lorsqu'on voit à l'Opera une
même reprefentation , quoique la peinture
foit bien diffemblable , & ne donnet-
on pas même du mouvement , à tout
ce qu'on regarde , en promenant les yeux
continuellement fur l'objet qui fait notre
attention : parler du mouvement , ou
plutoft de l'harmonie qui fe fait dans les
yeux que vous pourrez voir , M. R. P.
fi vous ne l'avez déja lû , dans l'Ophthalmographie
de M. Briggs , Auteur
Anglois , où , à la fin de fon Livre , il a
mis le plan des productions des fibres de
la retine jufqu'à la prunelle ; il démontre
que les filets fymphatetiques du nerf
optique fe répondent les uns aux autres,
dans
AVRIL 1726. 653
dans une parfaite harmonie ; fes filets
étant bandez , & fe rendant fur les couches
du nerf optique , qui leur fert comme
le chevalet au corps d'un Violon .
De là on peut juger la ſuſpenſion & agitation
où l'on fe trouvera , lorfque ces
couleurs fe peindront fur une tapifferie
dans une modulation tout- à- fait harmo
nique.
Il y a plus , M. R. P. c'eft l'Analogie
parfaite , qui fe rencontre entre
l'organe de l'oüie, & celui de la vûë , que
j'ai eu le temps d'obſerver pendant plufieurs
années , que j'ai travaillé fous M.
de Woolhouſe , un des plus fçavans Oculiftes
de l'Europe . Il feroit à fouhaiter ,
qu'il voulût bien , là - deffus , nous communiquer
fes Remarques , qu'on verra
dans fa Bibliotheque Ophthalmique s
qu'il s'eft engagé de donner au Public .
En attendant , je vous ferai part de quelques
faits fur ce Parallele .
>
Perfonne n'ignore , qu'en de certaines
vapeurs la vûë fe trouble & qu'en
même temps le bourdonnement & teintement
des oreilles fe fait fentir ; que
dans prefque toutes les perfonnes d'un
certain âge , la vûë & l'oiiie diminuent
en même proportion. J'ai vu plus , M.
R. P. j'ai vu plufieurs maladies des
yeux , occafionner le mal d'oreille , &
enfin
654 MERCURE DE FRANCE .
enfin certaines maladies , dont la crife a
caufé la perte totale de l'un & de l'autre
de ces deux organes.
Un autre fait fingulier , dont j'ai été
moi- même témoin , eft la guerifon du
R. P. d'Aumale , Carme de la Place
Maubert , qui avoit entierement perdu
la vûë , par une maladie , qu'on appelle
goutte ferene. Ce R. P. étoit un peu melancolique
, après que M. de Woolhoufe
lui eût fait quelques remedes , voyant
qu'ils ne faifoient pas l'effet qu'il efperoit
, s'avifa de lui faire donner de petits
Concerts : ce qui réüffit fi bien , que
fa vaë revint peu à peu jufqu'à parfaite
guerifon.
M. de Woolhoufe m'a raconté plufieurs
fois , qu'il avoit vû à Maftrich un
Aveugle , qui diftinguoit les couleurs
par le toucher : c'étoit le fils d'un Mercier
, qui avoit perdu la vûë à l'âge de
6. années. Lorfqu'on donnoit à cet homme
un drap rouge , il difoit , en le tou
, que cette couleur lui faifoit le
même effet , que le fon d'une trompette
, ou d'un tambour. Le noir , il le connoiffoit
, parce qu'il étoit raboteux. Pour
le blanc , ou le jaune , il difoit ſeulement
, qu'il falloit que ce fut l'un ou
l'autre ; auffi-bien que le verd avec le
chant
bleu:
AVRIL 1726 559
bleu apparemment par l'accord qui ſe
trouve entre ces couleurs.
M. de la Faye , Capitaine aux Gardes
, préfenta à l'Académie , il y a environ
10. ou 11. années , une experience
, qui a rapport au Clavecin oculaire .
Voici le fait : il trouva à la Foire Saint
Germain une roue , où étoit peint deffus
des rayons rouges , bleus & verds fucceffivement.
Par le moyen d'une manivelle
, on tournoit cette rouë , &
toutes ces differentes couleurs , fe combinant
les unes avec les autres , ne laifferent
pas que d'attirer l'attention de cette
illuftre Affemblée .
J'ai crû , M. R. P. être obligé de
vous marquer ces faits réels , pour vous
faire fentir , que j'ai refléchi ferieuſement
fur cette affaire , fans vous parler
de petites experiences que j'ai faites fur
votre Clavecin oculaire , qui ont ache
vé de me convaincre de la réüffite d'une
fi agreable & fi utile entreprife.
Comme il m'eft venu plufieurs moyens
pour la conftruction de ce nouveau Cla--
vecin ; je vous les propoferai tous ,
dans l'efperance que ceux qu'on voudra
bien y joindre , pourront m'aider à perfectionner
cette découverte qui eft pour
moi deformais une affaire faite . Je fuis
fâché , M. R. P. de ne vous avoir pas
connu
656 MERCURE DE FRANCE.
connu plutôt : car je puis vous affurer ;
que fi l'execution avoit devancé le projet
, elle auroit jetté dans un étonnement
confiderable , & on auroit eu peine à en
deviner le fujet .
Vous propofez premierement , M. R.
P. de faire voir dans une chambre l'air
rempli de couleurs , à la place du tremouffement
que les fons y font ; enfuite,
de peindre ces couleurs fur une tapifferie
dans un ordre harmonique.
Pour parvenir à la réüffite de ce projet
, vous nous propofez un Clavecin
& vous nous donnez à entendre , qu'il
faut que les couleurs jouënt en même
proportion harmonique que le Clavecin
.
Je prens donc un Clavecin ordinaire ,
& je n'y fais aucun changement , qu'à
l'extrêmité des touches , que je rends
ou plus large , ou ovale , ou demi fphe
rique , ou plus longue , felon qu'il me
convient , & j'y attache un cordon , qui
paffant par une poulie , qui eft inferieure
à ces touches , va fe rendre au Cla
vecin oculaire. Voilà d'abord tout le
changement qui fe trouve dans le Clavecin
ordinaire , qui n'eſt pas confiderable
; & qui ne dérange , ni ne change
rien , ni dans fa difpofition , ni dans fon
jeu .
Main
AVRIL 1726. 659
I
Maintenant j'éleve au - deffus de ce
Clavecin , & perpendiculairement , à
l'extrêmité des touches , une boëte dioptrique
, percée par autant de couleurs ,
qu'il y a de touches au Clavecin . Cette
boëte eft une efpece de coffre , fait de
bois , ou de fer blanc, de telle figure qu'il
convient . pour faire jetter un grand
foyer de lumiere fur les couleurs : car
c'eft de là d'où dépend la réüffite de ce
Clavecin. On pourra même le garnir
de glaces & de miroirs convexes & de
miroirs concaves , comme je l'explique
rai ci- après.
Pour former mon clavier coloré , je
me fers de verres colorez , chacun dans
l'ordre , & le diapafon des notes de Mufique
ces verres font encadrez dans une
efpece de chaffis. Voilà , comme vous
voyez , mon Clavecin oculaire tout fait ,
mais il s'agit prefentement de faire jouer
ces couleurs .
Pour cet effet , il faut mettre devant
chaque verre un rideau, qui fe leve & s'abaiffe
, dans le même temps que les doigts
font pofez fur les touches. Comme ceci
eft le plus difficile , je propoferai plufieurs
manieres pour ce jeu , en me fervant
du mouvement que font les touches
, & des cordons que j'y ai attachez
pour cet effet à leurs extrêmitez .
660 MERCURE DE FRANCE .
leurs en feront plus vives , fans parler
du diapafon des prifmes , dont j'ai eu
l'honneur de m'entretenir avec vous .
Mais le coup de maître eft dans le
mouvement des miroirs , dont vous m'avez
parlé ; pour rendre les couleurs plus
étendues , plus brillantes , & leur donner
une pointe , & une legereté capable de
réveiller ceux qui ont le moins de facilité
à comprendre le plaifir que ce Clavecin
peut leur faire goûter. Mais je n'en
dirai pas davantage -là deffus , puifque
vous avez jugé à propos de le fupprimer.
Il y aura enfin mille manieres de perfectionner
ce Clavecin , & d'y faire même
paroître de temps en temps plufieurs
figures , qui non - feulement ferviront d'un
nouveau fpectacle ; mais feront encore
très-inftructives pour peindre les differens
jeux qu'on executera. Je me flatte ,
M. R. P. que vous voudrez bien prendre
le foin de perfectionner mes foibles
réflexions étant perfuadé du respect
avec lequel j'ai l'honneur d'être , &c,
ODE.
AVRIL 1726. 661
ODE fur le Mariage du Roi.
0º
fuis-je , & quel nouveau delire ,
Me tranfporte loin de ces lieux ?
Plein de l'yvrefle qui m'infpire ,
Je prens mon effor dans les Cieux :
Par mille routes inconnuës ,
Porté fur le faîte des nuës ,
Je vois fous mes pieds l'Univers;
Audacieux rival d'Icare ,
Guidé par une ardeur bifarre ,
Je fuis Dédale dans les airs.
M
J'arrive vers cette contrée ,
Où dans fes fuperbes remparts ,
Strasbourg , celebre l'Hymenée ,
Qu'on annonce de toutes parts :
Qu'apperçois- je.... c'eft la Fortune ,
Loin d'ici , Déeffe importune ,
N'aime plus qui ne t'aime pas ...
Mais quoi ! fes voeux font legitimes ,
Elle veut , reparant les crimes .
Faire oublier fes attentats,
662 MERCURE DE FRANCE.
$2
Quels Dieux , quelles auguſtes têtes ,
Etonnent mes fens réjouis ?
Quels Dieux , quelles nouvelles fêtes
Enchantent mes yeux éblouis !
Par tout mille chants d'allegreffe
Applaudiffent à la Déeſſe ,
Pour qui l'Hymen en ce fejour ,
Fait dans fa pompe triomphale ,
Briller la torche nuptiale ,
1
Qu'allument les feux de l'amour.
諾
Les cors , les trompettes bruyantes ,
>
Celebrent nos heureux deftins :
De l'airain les bouches tonnantes
L'apprennent aux échos voisins :
Triftes inftrumens de la guerre ,
Ils n'annoncent plus à la terre ,
Qu'un tranquille & charmant repos ;
Le Rhin au milieu de fes ondes ,
Quittant fes cavernes profondes ,
Sort lui - même du fein des eaux.
Ce
AVRIL 1726. 7 6639
Ce n'eft plus ce fleuve terrible ,
Qui jadis inondant fesbords ,
Au milieu d'un carnage horrible ,
Rouloit moins de flots que de
morts :
Son onde orgueilleuſe & captive ,
Semble à regret quitter la rive ,
Si fameufe par nos exploits ;
Et refpecter le joug aimable ,
Qui par un deſtin honorable ,
La rend fujette de nos Rois.
Que vois-je , & quel pompeux myftere ,
Avec éclat frappe mes ſens ?
Servez bien mon ardeur fincere ,
Mufes , dictez- moi vos accens.
J'apperçois le char qui s'avance ;
Des Dieux refpectons la preſence ,
Elevons par tout des Autels :
A nos voeux la vertu fidelle ,
Defcend de la voûte immortelle ,
Pour habiter chez les Mortels.
I
Cellez,
664 MERCURE DE FRANCE
M
Ceffez , ô France fortunée ,
De répandre toujours des pleurs ;
De LOUIS l'heureux Hymenée ,
Va mettre fin à vos malheurs :
Une Déité protectrice ;
Vous a rendu le Ciel propice ,
Peuples, ne craignez plus fes cou ps ;
Les Dieux à vos larmes fenfibles ,
Banniffent les fleaux terribles
De leur redoutable courroux,
Le Soleil caché fous les ombres
N'éclairoit plus notre ſejour ,
De la nuit les tenebres fombres ,
Loin de nous banniffoient le jour :
Des nuages qui fe formerent ,
Par tout les orages creverent ,
Nos blez nageoient dans leurs fillons ;
Les torrens du haut des montagnes ,
Ruinoient dans les vaftes campagnes ,
Le frêle efpoir de nos moiffons.
Ainfi
AVRIL 1726. 665
Ainfi , lorfque après les tempêtes
Parmi la foudre & les carreaux ,
Le Ciel allume fur nos têtes ,
L'éclat de fes brillans flambeaux s
Ses feux éloignant les orages ,
Diffipent les fombres nuages ,
Qui cachoient l'aftre radieux ,
Dont la lumiere bienfaifante
Du fein de l'Aurore naiffante ,
Doit bien- toft éclore en ces lieux,
St
Tels que l'étoile matinale
Déeffe , tes divins appas ,
Ont écarté la nuit fatale ,
Qui couvroit ces trites climats :
Comme d'une tige feconde ,
De ton Hymen doit naître au monde .
Le fang de tes premiers Ayeux ;
Mets le comble à notre efperance ,
Donner des Bourbons à la France ,
C'eſtlui donner des demi- Dieux.
B Brûlez
666 MERCURE DE FRANCE
Brûlez d'une ardeur éternelle ,
Illuftres & tendres Epoux ;
De votre gloire mutuelle ,
Le Ciel
ra point jaloux : '…..
Sous vos favorables aufpices , lola » på
Aux François les Deſtins propices ,
Soutiendront l'Empire des Lys ;
Déja tout reffent fa puiffance ,
Et l'Univers dans le filence
N'ouvre les yeux que fur LOUIS..
Soutien d'une tige divine ,
Roi , notre appui , notre bonheur ,
Monte jufqu'à fon origine
Connois-toi , connois ta grandeur :
Déjala gloire qui t'appelle ,
Semble te témoigner fon zele ,
La gloire eft le fruit des travaux i
Nouvel Alcide , fui fa trace ,
Imite les Rois de ta Race ,
Qui les imite eft un Heros.
Par M. Lefranc.
LET
AVRIL 1726.
667
Skakakakakal kikkikik i
de
LETTRE écrite au R. P. Souciet ,
la Compagnie de Jefus , par M....
aufujet d'une Medaille de Pofthume,
dont il eft parlé dans les Mercures de
Decembre 1723. d'Aouft & d'Octo-
´bre 1724.
MON R.
PERE ,
Comme je ne lis pas plus les Journaux
de Trevoux , que vous lifez le Mercure
de France , le Memoire que vous
avez inferé dans ces Journaux au mois
de Septembre dernier , m'auroit été toutà
- fait inconnu , fans un de mes amis qui
lit tout , qui me l'a communiqué . J'ai
été furpris , je l'avoue , en le voyant ,
ce n'eft pas d'apprendre qu'il y eut une
Médaille femblable à la mienne ; je fuis
trop perfuadé qu'il n'y a point de Mé
dailles uniques , & que celles qui paffent
pour l'être , n'ont cet avantage , que
parce que leurs doubles fe rencontrent
entre les mains de gens qui ne les connoiffent
pas , ou qui n'y font pas d'attention
; mais ce qui m'a étonné , c'eft de
voir que vous donniez pour nouvelle ,
Bij &
668 MERCURE DE FRANCE.
& de votre cru , l'explication que j'ai
donnée , il y a deux ans , à ma Médail
le de Pofthume , & cela , pour ainfi dire
, mot à mot car enfin , quoiqu'il foit
affez ordinaire que deux perfonnes fe
rencontrent du même fentiment , il eft
aflez rare , ou plutôt il l'eft tout - à - fait,
qu'ils s'appuyent entierement fur les mêmes
preuves , ce qui fe voit cependant
dans votre Memoire ; vous avez beau
dire dans un Apoftille que vous n'avez
eu connoiffance de mon explication qu'après
votre Memoire achevé ; on s'imaginera
difficilement que depuis deux ans
vous n'ayez rien fçu de cette explication ,
yous , M. R. P. qui devez lire tout ce
qui fe fait fur le fujet des Médailles
come Antiquaire du premier ordre :
car un homme à qui on envoye des Médailles
de toutes les parties du Monde
n'eft pas un Antiquaire du commun ;
malgré tout cela je n'aurois pas fait
grande attention à votre Memoire , fi je
n'avois trouvé quelque chofe à redire
dans ce que vous y avez mis du votre .
>
Je ne fçai pourquoi ( contre le fentiment
de tous ceux qui ont parlé de Cologne
) vous avancez que c'eft par les
ordres , & fous l'autorité de Neron , que.
cette Ville , appellée auparavant la Vil
e des Ubiens , fut faite Colonie ; certaine
AVRIL. 1726. 669
tainement , comme je l'ai marqué , c'eft
fous l'autorité de Claude. Agrippine y
fonda une Colonie , & pour s'en convaincre
pleinement , il luffit de lire la
fin du 26. Chapitre , & le commencement
du 27. du Livre 12. de Tacite , où
cet Auteur place cette fondation immediatement
après l'adoption de Neron ,
c'est - à - dire , plus de trois ans avant la
mort de Claude ; le furnom de CLAUDIA
, que porte Cologne dans la Mé
daille de Pofthume , dont il eft queſtion
entre nous , appartient plus à Claude
qu'à Neron , contre votre fentiment..
Au refte , de toutes les Colonies dont
nous avons des Médailles , Cologne eft
la feule qui fe foit appellée CLAUDIA ,
& vous remarquerez que celles qui ont
voulu flatter Neron , fe font appellées
NERONIANÆ , & non pas CLAUDIÆ ,
ainfi qu'on le peut voir par une Médaille
de Patras , rapportée par M. Vaillant
, T. I. pag . 178. de fes Colonies.
Donc la preuve que vous tirez de ce furnom
de CLAUDIA tombe d'elle- même ,
mais peut-être dans ces paquets de Médailles
qu'on vous adreffe de toutes parts,
trouverez-vous à juftifier votre fentiment
, vous ferez plaifir au Public de ne
lui point envier cette découverte , fi vous
la faites.
B iij J'ai
670 MERCURE DE FRANCE .
que
J'ai encore , M. R. P. un petit mand'exactitude
à vous faire remarquer ;
vous nous donnez dans votre Memoire
l'explication de deux Médailles , & vous
ne nous en indiquez ni le metal , ni le
volume , cela ne laiffe pas d'être de confequence
, puifque la difference ou de
l'un ou de l'autre , fuffit pour rendre une
Médaille très - rare ; vous nous ferez donc
plaifir , fi vous voulez bien nous marquer
le metal & le volume de celle de Pof
thume , dont il s'agit ici , car il s'en rencontre
de different metal , la mienne eft
de petit bronze , & on en voit une d'argent
à peu près femblable dans le Trefor
Britannique de M. Haym : fans doute
que vous avez vû ce Livre , c'eft un Ouvrage
qu'un Antiquaire peut lire en feureté
de confcience fçavante , & je ne
croi pas que vous le traitiez auffi indifferemment
que vous traitez le Mercure ,
dont vous dites que de votre vie vous
n'avez lû un feul volume.
&
Je finis , M. R. P. & afin que vous ne
vous trompiez pas fur mon fujet , je vous
dirai que je ne fuis pas
Chanoine ,
qu'il n'y a pas apparence que je le fois jamais
qui peut vous avoir donné cette
idée de moi ? il n'y a rien dans ma Diſſertation
qui caracteriſe monétat , je fuis ,
M. R. P. & c. A Orleans , ce 12. Fevrier
1726.
ODE
AVRIL 1726. 671
jkjkjkjkjka : aikakakakakaikaksik
ODE à la Memoire d'Alexiowits le
Grand , Empereur de Ruffie.
Ufes qui vantez la Memoire
Mules
Des redoutables Conquerans ,
Vous couronnez fouvent de gloire ,
Moins les grands Rois que les Tyrans.
Vous celebrez un Alexandre ,
Qui par tout le plût à répandre ~
Le fang , l'épouvante & Phorreur.
Qui donc emporte votre eftime ,
Eft- ce la vertu magnanime
Ou l'ambitieufe fureur ?
M
Peignez un Prince incomparable s
Vengez- le des coups d'Atropos ;
Sur fon modele refpectable ,
Formez les Rois & les Heros ; al mul
Confacrez tous fes faits infignes ;
En fut-il jamais de plus dignes
De vos melodieux accens ?
Le fameux Vainqueur de l'Euphrate ,
Bij
Dont
672 MERCURE DE FRANCE
Dont l'orgueil à vos yeux éclate ,
A moins merité votre encens.
Dans un climat jadis ſauvage
Un Roi par mille traits divers ,
Fait avec l'honneur de notre âge ,
L'étonnement de l'Univers;
Senfible aux faveurs de Bellone ,
Les lauriers dont elle couronne ,
N'occupent pas tout fon grand coeur ;
L'avantage auquel il aſpire ,
Avant d'étendre fon Empire ,
C'eſt d'en afſurer le bonheur.
M
Il eſt une brillante gloire :
Que l'on remporte au champ de Mars :
Mais la plus illuftre victoire
Eft quelquefois dûë aux hazards .
L'honneur du triomphe des armes ,
Pour mon Heros a moins de charmes ,
Qu'un autre qu'il prétend gagner,
Malgré l'éclat du diadême ,
Il quitte le pouvoir fuprême ,
Pour s'inftruire en l'art de re gner .
AVRIL
1726. 673
En vain à ce nouvel Ulyffe ,
Pour feduire & tromper fes fens ,
La moleffe avec artifice
Etale fes attraits puiffans.
Minerve , c'est toi qu'il écoute ,
Il fuitfidellement la route ,
Que tu prens foin de lui tracer ;
Il parcourt toutes les Provinces ,
Et vifite les plus grands Princes ,
Dans l'ardeur de les furpaffer.
D'une politique profonde ,
Tu lui découvres les projets :
Des Cieux , de la terre & de l'onde ,
Tu lui reveles les fecrets.
Dans la fcience du commerce,
Avec toi le Prince s'exerce ,
Dans un détail prodigieux ;
Son efprit conçoit tout fans peine ;
Il eft grand Roi , grand Capitaine ,
Et Philofophe ingenieux.
BY Quel
674 MERCURE DE FRANCE :
Y
Quel tumulte .... un foudre de guerre
Le rappelle dans ſes climats !
Charles plus craint que le tonnerre ,
Menace fes vaftes Etats .
Ton ame de fa renommée ,
Grand Prince , loin d'être allarmée ,
En fent ranimer la valeur ,
Tu pars , & le Dieu des allarmes ,
Te prête fon char & fes armes ,
Tu combats , tu reviens vainqueur .
2
Chacun applaudit au Monarque :
La douceur jointe à la fierté ,
En lui fait diftinguer la marque
Defon augufte dignité.
Les Nations fur fon paffage ,
Volent pour offrir leur hommage ,
A ce favori de Pallas ;
Par une trace de lumiere ,
La Déeffe dans fa carriere ,
Par tout femble éclairer ſes pas.
Le Roi de Suede.
Des
AVRIL 1726 . 675
Des utiles Mathématiques ,
Les myfteres les plus fçavans ,
Des curieufes Mechaniques ,
Les refforts les plus furprenans ,
Afon abord tout fe découvre.
Minerve pour lui veut qu'on ouvre ,
Ses plusmagnifiques trésors ;
On entend les neuf Soeurs charmées ,
Qui parfa prefence animées ,
Concertent les plus doux accords.
Rien ne le fixe & ne l'arréte .
Retourné près de ſes Sujets ,
Il va de conquête en conquête
Et fe livre à d'autres projets.
Riches Palais , fuperbes Villes ,
Ports fâcheux devenus faciles ,
Ce font les fruits de fes travaux :
Par les loix , & par la fcience ,
Des crimes & de l'ignorance ,
Il fçait écarter les fléaux .
Le Czar prend feance à l'Académie des
Sciences dont il fe fait recevoir membre , &
affifte à l'Affemblée de l'Académie Françoife.
676 MERCURE DE FRANCE .
Que de celebres Perfonnages ,
Secondant fon empreffeinent ,
Le fuivent en fes froids rivages ,
Pour en procurer l'ornement!
Climats où bien- toft de la Grece ,
Va refleurir la politeſſe ,
Et revivre l'antiquité;
Ainfi, les maîtres de la terre ,
Bien plus qu'à lancer le tonnerre ,
Acquiérent l'immortalité.
諾
Plus craint que le fils de Pelée ,
Plus cheri qu'autrefois Titus ,
Ta gloire ne fut égalée ,
Grand Heros , que par tes vertus.
Ne vantons plus le fier Alcide ,
Ni celui qui de la Colchide
Enleva la riche toifon ;
L'illuftre & genereux Monarque ,
Que vient de nous ravir la Parque ,
Effaçoit Hercule & Jafon.
LETS
AVRIL 1726. 677
Siksik aik aik aik aik aikakakakakak
LETTRE d'un Religieux Benedictin
de la Congregation de S. Maur ,
à un de fes amis.
MONSIEUR,
L'engagement où vous m'avez mis
de contribuer à tout ce qui peut vous
faire plaifir , ne me permet pas de vous
refufer l'éclairciffement que vous me demandez
, fur la conteftation qui s'éleva
en 1704. touchant les prérogatives de la
Mufique Italienne & la nôtre. Je fuis
également porté à vous inftruire des particularitez
de la vie de l'Apologifte de la
Mufique Françoife : n'appréhendez pas
neanmoins que les plus prochaines liaifons
du fang que j'ai avec lui , m'engagent
à dérober à la verité le tribut
que je lui dois , pour le rendre à mon
inclination . Je donnerois une trop violente
atteinte au Caractere de fincerité
dont je fais profeffion , fi j'en ufois ainfi;
d'ailleurs je m'obferve trop dans la douloureuſe
fituation où je me trouve , pour
faire un facrifice auffi humble à mon coeuz
que celui de la verité.
Jean
678 MERCURE DE FRANCE .
Jean Laurent le Cerf , Ecuyer , Sieur
de la Vieville , Garde des Sceaux du Parlement
de Normandie , naquit à Rouen
en 1674. d'une famille originaire du
Ponteaudemer , & ifluë d'un Pierre le
Cerf , Capitaine des Côtes fous Charles
IX. qui paffant par l'Abbaye de Greflain
, fituée à quatre lieues de Ponteaudemer
& à une lieue d'Honfleur, Port de
mer où Pierre le Cerf exerçoit fon Emploi
; & ayant été informé du zele qu'il
avoit pour fon fervice , lui donna de fon
propre mouvement des Lettres de Nobleffe
dattées de ectte Abbaye de l'an
1449. Laurent le Cerf de la Vieville
pere de celui qui fait le fajet de cet éloge
, fut revêtu en 1671. de la Charge
de Garde des Sceaux du Parlement de
Normandie créée en 1499. & qu'ont exercé
les deux Cardinaux d'Amboife &
Pagen - le -Sueur d'Efquetot , Evêque de
Coutances. Dans le même temps il prit
alliance avec Magdeleine Helloüin de
Menibus , fille de M. de Menibus , en
premier lieu Confeiller au Parlement de
Mets , & enfuite Préfident en la Cour des
Aides de Normandie , & foeur de M. de
Menibus , Avocat General au Parlement
de Rouen. Jean -Laurent le Cerf de la
Vieville , étoit l'aîné de leurs enfans
il naquit avec desdifpofitions d'ef
prit
AVRIL 1726. 679
prit fi heureuſes , que fon pere eut une
attention particuliere à les cultiver . Il
confia pour cet effet le foin de fon
éducation aux RR . PP. Jefuites ; il eut
le bonheur d'avoir pour Regent le
celebre Pere de Tournemine ; & fous
un Maître auffi habile , il fit fes humanitez
avec tout le fuccès qu'on pouvoit
en attendre. Le cours de fa Philofophie
achevé il étudia en Droit à Caën , moins
par inclination que par raifon & pour
obéir à fon pere qui le défiroit ainfi . Ce
fut dans la même difpofition qu'il accepta
la Charge dont il fut pourvu en
1696. & qu'il exerça avec d'autant moins
de contrainte , qu'il pouvoit librement
cultiver les Mules , étant feulement du
devoir de celui qui en eft revêtu , de préfider
au Sceau le Mercredi & le Samedi
de chaque femaine.
Il fit dans fa jeuneffe , ce que font tous
ceux qui ne fe croyant pas encore capables
de compofer de grands Ouvrages ,
répandent dans le Public de petites pieces
fugitives , afin de fe faire un nom
dans la Republique des Lettres ; celle
qui lui acquit le plus de reputation , quoi
qu'elle n'ait pas été imprimée , eft une
Epitre en Vers François qu'il adreffa en
1698. au fameux Pere Bouhours , fur le
rétabliffement de fa fanté. Comme il y a ya
près
680 MERCURE DE FRANCE.
près de 30. ans que je ne l'ai lû , je n'en
rapporterai que les fix Vers fuivans où
il exprime à quels tranfports de joye fe
feroient livrez les fçavans curieux de la
gloire du P. Bouhours.
O que ... fçauroit en fa retombe obfcure,
D'une belle Epitaphe orner ta fepulture ;
A .... en François ; Auteur fauvage & bas,
Te fonnoit en Latin d'un ton de S. Thomas ,
Et Simon devenu l'ami de ta memoire ,
Feroit en Caldéen des Hymnes à ta gloire.
Après la mort de ce celebre Jefuite ,
il lui confacra une Epitaphe , où il mar
que fort bien en peu de mots le vrai caractere
du P. Bouhours.
Cy gît Bouhours , que la Cour, que la Ville
1
Viennent reverer tour à tour
Le Tombeau d'un Auteur habile ,
Qui polit la Ville & la Cour.
Pour fortifier fon amour pour les Lettres
, il entretint un commerce affidu avec
les plus fçavans Jefuites. Pour juftifier
ce que j'avance , il fuffit de nommer les
RR. PP. de Tournemine , Daniel , Buffier
& du Cerceau. Dans cet heureux commerce
AVRIL 1726. 681
merce il eut cet avantage , qu'en polif-
Lant fon efprit , il regla fes moeurs ; ces
PP. ayant toujours fait une heureuſe
alliance de la pieté & des Belles - Lettres.
Ils profiterent pareillement de la confiance
qu'il avoit en eux , pour tirer de
temps en temps de petites pieces de fon
Cabinet , dont ils ont orné les Memoires
de Trévoux .
En 1703. ils infererent dans leur Journal
l'explication qu'il avoit donnée à
quelques endroits difficiles de Lucain , y
ajoûtant celle de M. Dutot Ferrare , Confeiller
au Parlement de Normandie , avec
un éloge fort fuccint de ce Magiftrat. En
1704. il donna une explication beaucoup
plus étendue à ces Vers de l'Eneide de
Virgile .
Nate tua funera mater
Produxi , preffive oculos , aut vulnera lavi .
Dont le vray fens avoit échapé aux
plus habiles Commentateurs ; car en effet
il eft affez difficile de fauver à Virgile
la honte d'avoir parlé d'enfevelir un
corps avant que de lui avoir fermé les
yeux & d'avoir lavé fes bleffures. C'eft
neanmoins ce qu'a fait notre Auteur. Il
faut convenir que fes conjectures ſont
très -ingenieufes , & fi l'on ne peut précilément
aſſurer que ce foit le vrai fens
de
682 MERCURE DE FRANCE .
de Virgile , au moins cette feule differtation
fuffit pour donner une idée du bon
goût de l'Auteur & de la facilité qu'il
avoit de donner une explication naturelle
& plaufible aux Vers de ce Poëte , dont
il avoit fait une lecture fi affiduë , qu'il
les fçavoit tous par coeur.
On a imprimé page 2. dans le nouveau
Mercure de Trévoux , au mois de
Septembre & Octobre de l'année 1708 .
une Differtation où il prouve qu'Ale
xandre ne mourut point empoifonné :
cette Differtation marque un habile critique.
Il y a dans le même Volume des
remarques du jeune Auteur fur Aufone
& Catulle : elles font ingenieufes & favantes.
Ce nouveau Mercure finit au
mois de Mars de l'année 1709. il eſt devenu
rare , & merite d'être recherché ,
à caufe de plufieurs autres pieces excellentes
qu'on ne trouve point ailleurs .
Je ne m'étendrai pas davantage fur
tous les petits Ouvrages, tant de Vers que
de Profe, foit imprimés , foit manufcrits ,
qu'il a compofé en differens temps ,
ce détail me meneroit trop loin ; je me
bornerai feulement , Monfieur , à vous
donner l'éclaiciffement que vous me demandez
fur la conteftation qui s'éleva en
.1704.
M. l'Abbé Raguenet publia en 1702 .
fon
AVRIL. 1725. 683
fon Parallele des Opera Italiens & François
, dans lequel au préjudice de fa nation
il donne la préference aux Italiens
fur ce qui regarde la perfection de la
Mufique. Cet Abbé s'étoit ainfi expliqué
en leur faveur , en reconnoiffance des
Lettres Patentes de Citoyen Romain
que lui avoient liberalement accordées les
Confervateurs de la ville de Rome. 11
paroîtra fans doute furprenant que de
tant d'habiles Muficiens dont eft fournie
la France , il n'y en ait neanmoins aucun
qui entreprit de venger fes interêts.
Deux années s'étoient écoulées de
puis la publication du Parallele & le nouveau
Bourgeois de Rome , commençoit
déja à fe féliciter du triomphe qu'il
avoit remporté fur fes Compatriotes ,
lorfque la Normandie trouva dans Laurent
le Cerf de la Vieville , un fujet
fidele qui affura à fa Patrie la gloire d'avoir
atteint de plus près que l'Italie à
la vraye perfection de la Mufiqué . 11
fit imprimer pour cet effet en 1704. un
Livre in- 12 . intitulé Comparaison de la
Mufique Italienne & de la Mufique
Françoife ; cet Ouvrage eft écrit d'un
file libre , poli , vif ; mais ,comme l'ont fi
bien remarqué les RR . PP. de Trévoux
,de cette vivacité modefte & refervée
, qui, contente des bontez naturelles
684 MERCURE DE FRANCE.
rejette les ornemens affectez & les
expreffions outrées , comme de faux
brillans , & qui fçait faire paroître de
T'efprit fans donner l'effor à l'imagination
. Les Journaliſtes de Paris parurent
entrer dans les mêmes fentimens , ainfi
l'Apologifte de la Mufique Françoiſe
avoit lieu de fe promettre une victoire
complete fur fon adverſaire, mais il éprouva
plus que perfonne l'inconftance qu'on
reproche aux François.
L'Abbé Raguenet publia en 1705. la
deffenfe de fon Parallele , & fa Réponse
doit être fenfible au deffenfeur des droits
de la Mufique Françoife . Les Journaliſtes
de Paris firent dans un même Extrait
l'éloge de l'Ouvrage de cet Abbé , &
cenfurerent fans difcretion celui de fon
adverfaire. Ce feroit ici le fujet d'un
nouveau problême , & on auroit droit.
de demander à qui il en faut croire des
Journalistes de Paris , qui en 1704. approuvent
avec éloge un Ouvrage intitu
lé , Comparaifon de la Mufique Italienne
de la Mufique Françoife , ou des Journalistes
de Paris , qui en 1705. font une
cenfure impitoyable de cet Ouvrage.
Cependant notre Auteur publia deux
nouveaux Tomes en 1706. où il entroit
dans un détail bien plus circonftancié de
ce qui regarde les beautez & la perfection
AVRIL 1726. 685
tion de la Mufique , en refutant M. l'Abbé
Raguenet , il releva pareillement l'Extrait
du Journal de Paris. Le Journaliſte
ne peut être infenfible au coup qu'il lui
portoit ; & fe rendant juge en fa propre
caufe , il critiqua ce nouvel Ouvrage
avec un acharnement dont fes Predeceffeurs
ne lui avoient point donné l'exemple
; & que fes Succeffeurs ne prendront
jamais pour modele . Sans s'attacher à
donner au Lecteur une idée de ce que
contenoit l'Ouvrage , ce qui neanmoins
doit être le premier objet d'un Journalifte
, il fe contenta de détacher de divers
endroits dix ou douze phrafes &
quelques expreffions peu mefurées , & de
leur donner un tour ridicule. Il eft fen .
fible que l'efprit de reffentiment & la
paffion avoient dicté un pareil Extrait.
Le jeune Auteur fut plus ému qu'il ne
le devoit être des traits du Journal . On
peut juger de la vivacité de fon reffentiment
, par le titre d'un nouvel écrit
qu'il publia dans la même année , l'Art
de décrier ce qu'on n'entend point. Il avouë
dans cet écrit , que les traits du Journal
Pont percé jufqu'au vif , & qu'il veut
bien y être fenfible & avoir cet air d'une
bienféance douloureufe que nous devons
à la colere de nos Maîtres. Ces fentimens
modeftes garantiffent affez la difpofition
ou
686 MERCURE DE FRANCE .
où il étoit de profiter des avis que lui
euffent donnez de veritables amis fur fes
Ouvrages , & l'on doit regreter un jeune
Auteur qui auroit fait honneur à fa
patrie par d'autres endroits que par la
deffenfe de la Mufique Françoife. Neanmoins
les Journalistes s'étant vus dans
l'obligation de parler dans leur Journal
de cette brochure , en prirent occafion
de donner quelque forte de fatisfaction à
l'Auteur , non en faifant un défaveu public
de la cenfure , mais en expofant feulement
les peines où ils fe trouvoient
engagez parmi cette multitude de Livres
, dont ils étoient obligez de donner
un Extrait fidele , & en infinuant qu'acablez
fous les poids de leurs occupations ,
il n'étoit pas poffible qu'ils entraffent
toujours dans les vies des Auteurs ; en
un mot ils fe précautionerent contre leurs
plaintes , dans une Apologie affez étendûë
, dans laquelle ils ne condamnoient ni
ne juftifioient leur cenfure. C'eft ainfi ,
Monfieur , que s'eft terminée cette difpute
, que je n'ai pas deffein de renouveller
, j'obferverai feulement que le zele
du deffenfeur des prérogatives de la Mufique
Françoife , devoit bien engager les
arbitres de nos querelles litteraires à
couvrir du voile de l'indulgence certai
mes fautes qui échapent au plus habiles
Ecri
AVRIL 1726 , 687
Ecrivains.J'avouerai auffi avec ingenuité
que l'Apologifte de notre Mufique eut
tort de traiter d'impertinences ce que
l'Abbé Raguenet avoit avancé inconfiderément
dans fon Parallele. Il eut pu
pareillement fe difpenfer de dire qu'il
n'avoit mís que deux veritez dans fon
Hiftoire de Cromwel ; à quoi bon s'é,
carter de la difpute , par des propofitions
étrangeres à la queftion dont il s'a
git ? D'ailleurs quand on veut le préparer
une entrée dans la Republique des
Lettres , & qu'on prétend troubler dans
fes droits un Auteur qui y a déja acquis
quelque forte de diftinction il- faut le
faire avec tous les menagemensque prefcrivent
le devoir & la bienséance ; il
convient dans de pareilles occafions d'imiter
ce Pere dont il eft parlé dans Terence
qui voulant écarter les idées
que le Public avoit de fa feverité , s'étudioit
d'abord à s'attirer la bienveil-
,
lance du peuple primulum facio plebem,
difoit- il ; ainfi un nouvel Auteur doit
s'efforcer de meriter la confiance publique
, en propofant fes difficultez d'une
maniere qui ne puiffe foulever la deli
cateffe ni irriter la jaloufie . Un même
efprit d'équité m'oblige de remarquer ,
que M. l'Abbé Raguenet s'écarta encore
plus que lui des regles de la politeffe &
de
688 MERCURE DE FRANCE.
de la bienféance , & que dans fa répon
fe il donna un effor trop vif à fon ref
fentiment . Les contradictions qu'il lu
reproche ne font fouvent rien moins que
des contradictions ; ces phrafes & ces ex
preffions fi peu ufitées qu'il prétend être
répandues dans tout fon livre , ont plufieurs
fois été employées par nos meilleurs
Ecrivains .
Difpenfez moi , Monfieur , de difcuter
ce qui regarde le fond de cette difpute
, n'étant Muficien , ni d'inclination , ni
de profeffion , & n'ayant pas même recu
de la Nature les talens propres pour le
devenir , je ne pourrois vous en parler
d'une maniere qui pût contribuer à votre
inftruction ; ainfi je me contenterai
de remarquer en finiflant cette Lettre
, que notre Auteur préparoit encore
, lorfqu'il eft mort , un quatriéme
Tome fur ce qui regarde cette conteftation
. Il avoit tant d'ardeur pour l'étude ,
qu'il pâliffoit fur les Livres , en forte
que ces excès ont alteré un temperamment
d'ailleurs tout délicat , & l'ont conduit
au Tombeau. Sept mois avant fa
mort il fut attaqué d'un flux épatique qui
ne finit qu'avec les jours , qu'il termina
le 10. de Novembre de l'an 1707. étant
feulement âgé de 33. ans .
Il eut de l'inclination pour toutes les
Scien
AVRIL 1726.
689
Sciences , mais il s'adonna plus particu
lierement à l'Hiftoire , à la Poëfie &
aux Belles Lettres , & la vivacité de fon
efprit jointe à la facilité de fa memoire,
lui applanit le chemin aux connoiffances
qu'il prétendit acquerir. A l'égard de la
Religion , à l'exception de quelques parties
de jeu & d'une grande paffion qu'il
eut toujours pour l'Opera & pour la Comedie
, il ne fut jamais déreglé dans fes
mours ; Chretien autant par inclination
que par devoir , les dernieres années de
fa vie il renonça à toutes fortes de plaifirs
, il partageoit fon temps entre l'étude
& la priere. Penetré de la plus profonde
veneration pour nos SS . Myſteres,
il n'en parloit jamais qu'avec refpect ; &
réglant les actions fur fes fentimens , il
communioit regulierement une fois chaque
femaine. Le Pere Barbereau Jefuite,
fi connu par la fainteté de la vie , le dif
pofa à fe refigner à la volonté du Seigneur
dans ce douloureux paffage , & enfin
il mourut après avoir reçu tous fes
Sacremens avec une pieté qui édifia toutes
les perfonnes qui en furent les témoins.
Ce font là , Monfieur , les particularitez
les plus intereffantes de la vie
d'un Frere que j'ai toujours affez aimé
pour être fenfible à fa gloire & à fa réputation
; fi vous me demandez pourquoi
C
690 MERCURE DE FRANCE
quoi je n'ai pas plutôt informé le Public
de ces circonftances , je vous repondrai
ingenument , que n'ayant pas encore acquis
le titre d'Auteur , je n'ofois m'expofer
à fa cenfure ; mais depuis la publication
de la Bibliotheque des Auteurs de
notre Congregation , j'ai moins hésité à
yous donner de veritables marques de
l'attachement & du refpect , avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur , votre
très - humble , le Cerf de la Vieville , R. B,
de l'Abbaye de Fecamp .
**
VERTUMNE ET POMONE.
CANTATE.
Par M. Lépicié.
ès du Mont Aventin , où le Tibre tran
quile ,
PRES
Semble à regret quitter fes bords delicieux
La fevere Pomone à l'Amour indocile ,
Infultoit par ces mots le plus puiffant des
Dieux.
Coulez , mes jours , coulez dans l'inno
Bence ,
Char
AVRIL 1726 . 691
Charmants vergers , vous fixez mes defirs;
Regne en mon coeur , aimable indifference ,
Je m'abandonne àtes chaſtes plaiſirs .
! Cruel Amour , par tes vives allarmes ,
Ne trouble point le repos de mes jours ,
J'ignore encor le pouvoir de tes charmes ,
1
Et mon bonheur dépend de l'ignorer totjours.
Coulez , mes jours , coulez dans l'inno
cence ,
Charmants vergers , vous fixez mes defirs ,
Regne en mon coeur , aimable indifference
Je m'abandonne à tes chaftes plaifirs.
Vains , & foibles projets ! le tendre Amour
s'irrite ,
Dès qu'un Mortel fe dérobe à fes coups ;
Pomone , dans nos coeurs il regne malgré
nous ,
Plus on le fuit , moins on l'évite ;
Vertumne l'adoroit , & jamais la cruelle ,
N'avoit d'aucuns regards foulagé fon tourment.
L'Amour pour ſe venger infpire à cet Amant ,
Cij La
692 MERCURE DE FRANCE.
44
La rufe & le déguiſement.
Sous les traits d'une vieille il aborde la belle,
Et profitant de fa forme nouvelle ,
Il lui fait un recit fidele ,
Des plaifirs de l'amour conftant.
Serez-vous feule infenfible à l'amour ?
Suivez les Dieux , imitez la nature ;
Le Soleil à la terre accorde du retour ,
Il fait naître les fleurs , les fruits , & la ver
dure ,
Et du Printemps nous ramene la Cour.
La Vigne aime l'Ormeau le ; Ruiffeau la
Prairie ;
Ce charme fe répand jufqu'au fombre fejour
;
Et par leur douce melodie
Tous ces petits oifeaux vous chantent tour à
tour :
Serez-vous feule infenfible à l'amour ?
A ces mots l'aimable Pomone
S'apperçoit tout - à- coup du trouble de fon
coeur ,
Elle veut fuir , elle s'étonne ,
Du
AVRIL. 693
1726.
Du feu fecret qui cauſe ſa langueur ;
Vertumne profitant de ce moment heureux ,
Par fes tendres foupirs ſe fit bien toft connoî、
"tre ,
Et Pomone approuvant ces voeux ,
L'Amour laiffa l'Hymen le maître ,
Du foin de couronner leurs feux.
Suivons l'Amour , chantons fa gloire ,
Celebrons fes divines Loix ,
Et pour honorer fa victoire ,
Uniffons nos coeurs & nos voix,
Il n'eft plus gueres de cruelles
On triomphe aifément des belles ,
En ménageant leur vanité ;
Il faut fçavoir aimer , & feindre ,
L'Amant qui ne fçait que fe plaindre ,
Eft toujours l'Amant rebuté.
Suivons l'Amour , chantons fa gloire ,
Celebrons fes divines Loix ,
Et pour honorer fa victoire,
Uniffons nos coeurs & nos voix .
Cij
LET
694 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite d'Evreux le 6. Janvier
1726. par M. L. à M. A. fur une
ancienne & finguliere Ceremonie de
cette Ville.
Colts
Eft avec plaifir , Monfieur , que je
vous envoye le petit détail que vous
m'avez demandé ; je m'attens bien que
vous en ferez part aux Auteurs du Mercure
de France , qui pourront réjouir encore
une fois le Public aux dépens de
la fimplicité & de l'ignorance de nos
Ancêtres cela nous procurera peutêtre
d'autres Memoires fur d'anciens ufages
auffi finguliers . Vous ne pouviez , au
refte , mieux vous adreffer qu'à moi pour
ce fujet , j'en dois avoir une connoiffance
d'autant plus exacte , que je fuis peutêtre
le feul qui l'ait approfondi ; je fuis
même muni de toutes les pieces qui le
regardent , & que j'ai recueillies depuis
près de quarante ans que je fuis membre
de notre Cathedrale .
La Ceremonie dont j'ai à vous parler
, & dont on voit encore quelques
traces dans l'Eglife de Notre Dame d'Evreux
, eft appellée vulgairement Ceremonie
de la Saint Vital , à caufe qu'on la
comAVRIL
1726. 695
commençoit , & qu'on en pratique encore
quelque chofe le 28. Avril , jour
dédié à ce Saint ; cette Ceremonie , disje
, eft un de ces anciens abus , dont
on ne trouve point l'origine certaine ;
mais qui peut remonter jufqu'à l'onziéme
, ou dixiéme fiecle , comme plufieurs
autres , dont les veftiges fe fentent encore
de ces libertez qui ont été abolies
par les Conciles ou rectifiées par les
Puiffances particulieres de l'Eglife & de
l'Etat.
L'Offrande du May qui fe faifoit autrefois
à Dieu feul , à ce que je croi
& qui ne fe fait plus aujourd'hui qu'aux
hommes , y a donné occafion , & voici
comment. Le premier jour de Mai notre
Chapitre avoit coutume d'aller dans
le Bois - l'Evêque , qui eft fort près de
la Ville , couper des rameaux , & de petites
branches pour en parer les Images
des Saints , qui font dans les Chapelles
de la Cathédrale. Les Chanoines firent
d'abord cette Ceremonie en perfonne ,
mais dans la fuite , ne croyant pas devoir
s'abaiffer jufqu'à aller couper euxmêmes
ces branches , ils y envoyerent
leurs Clercs de Choeur ; enfuite tous les
Chapelains de la Cathedrale s'y joignirent
en confequence des fondations pofterieures
qui fe rencontrent ce jour- là ,
C iiij
où
696 MERCURE DE FRANCE
où il y a une affez bonne diftribution ;
enfin les hauts Vicaires , Vicarii Capitulares
de alta fede , y trouvant leur
avantage , auffi bien que la Communauté
des Chapelains , ne dédaignerent point
de fe trouver à cette finguliere Procef
fion , nonmée la Proceffion noire.
Les Clercs de Choeur , qui regardoient
cette commiffion comme une partie de
plaifir , fortoient de la Cathedrale deux
à deux en foutane & bonnet quarré , précedez
des Enfans de Choeur , des Appariteurs
, ou Bedeaux , & des autres Serviteurs
de l'Eglife avec chacun une
ferpe à la main , & alloient couper ces
branches , qu'ils rapportoient eux-mêmes
, ou faifoient rapporter par la populace
, qui fe faifoit un plaifir & un honneur
de leur rendre ce fervice , en les
couvrant tous dans la marche d'une épaiffe
verdure ; ce qui dans le lointain faifoit
l'effet d'une forêt ambulante.
Un autre abus s'introduifit peu à peu ;
c'étoit de fonner toutes les cloches de la
Cathedrale , pour faire connoître à toute
la Ville , que la Ceremonie des branches
& celle du Mai étoient ouvertes ,
& cet abus augmenta fi fort dans la fuite
des temps , qu'il fit caffer des cloches,
bleffer & même tuer quelques Sonneurs ,
rompre , brifer & démolir quelque
chofe
AVRIL. 1726. 697
chofe d'effentiel aux Clochers . L'Evêque
y voulut mettre ordre ; il défendit
cette fonnerie & ce qui l'accompagnoit ;
mais les Clercs de Choeur mépriferent
fes défenfes ; ils firent fortir de l'Eglife
les Sonneurs , qui pour la garder y
avoient leur logement ; ils s'emparerent
des portes , & des clefs pendant les quatre
jours de la Ceremonie , fe rendirent
enfin maîtres de tout , fonnerent euxmêmes
à toute outrance , & ne devinrent
, pour ainsi dire , raifonnables , que
le matin du deuxième jour de Mai : ils
poufferent même l'infolence jufqu'à pendre
par les aiffelles , aux fenêtres d'un
des Clochers , deux Chanoines qui y
étoient montez de la part du Chapitre
pour s'oppofer à ce déreglement .
Ce fait , Monfieur , vous paroîtroit incroyable
, s'il n'étoit expreffément ainfi
marqué dans des Actes autentiques &
originaux , que j'ai entre les mains ; on
trouve même le nom des deux Chanoines
aufquels on fit cet affront , l'un
étoit Jean Manfel , Tréforier de la Ca
thedrale du temps de Henri II. Roi d'Angleterre
, & Duc de Normandie , qui eft
qualifié dans nos Archives Confeiller de
ce Prince. Il étoit de la Maifon des Manfels
, Seigneurs d'Erdinton en Angle
terre , &c. L'autre étoit Gautier Dente-
Cy lin
698 MERCURE DE FRANCE
lin , Chanoine , qui devint auffi Trefo
rier après la mort de Manfel en
Į 206 .
>
La Proceffion noire faifoit au retour
mille extravagances , comme de jetter
du fon dans les yeux des paffans , de faire
fauter les uns par - deffus un balai , de faire
danfer les autres , &c. On fe fervit enfuite
de mafques , & cette Fête à Evreux
fit partie de la fête ,nommé la fête des fous,
& des faouls Diacres , Saturorum Diaconorum
, qui étoit , comme vous fçavez ,
une fête prefque univerfelle , contre laquelle
nous avons tant de Canons des
Conciles , & de Reglemens generaux ou
particuliers de l'Eglife.
Ces Clercs de Choeur revenus dans
l'Eglife Cathedrale , fe rendoient maîtres
des hautes Chaires , & en chaffoient ,
pour ainsi dire , les Chanoines. Les Enfans
de Choeur portoient la Chape , ils
faifoient l'Office entier depuis None du
28. Avril , juſqu'à Vêpres du premier
jour de Mai , pendant lequel temps toute
l'Eglife étoit ornée de branchages &
de verdures .
Pendant l'intervale de l'Office de ces
jours , les Chanoines joüoient aux quilles
fur les voûtes de l'Eglife , ludunt ad
quillas fuper voltas Ecclefia , difent les
titres de ce temps - là . Ils y faifoient des
reAVRIL
1726. 699
reprefentations , des danfes & des concerts
, faciunt podia , choreas & choros ;
& ils recommençoient à cette fête toutes
les folies ufitées aux Fêtes de Noël
& de la Circoncifion , & reliqua ficut
in Natalibus .
Au refte , cette Ceremonie de mettre
ainfi des rameaux autour des ftatuës des
Saints , palla de l'Eglife Cathedrale dans
celles des Paroiffes de la Ville , à toutes
les Fêtes des Patrons , & furtout aux
Fêtes des Confrairies ; mais cela Te
pratique plus ici , que dans l'Eglife de
I'Hôtel- Dieu , qui dépend des Adminiftrateurs
du Bureau des Pauvres , & qui
n'a pour deffervans que des Prêtres par
commiffion. J'ajoûterai que de temps
immemorial la Compagnie des Freres de
la Charité , a affigné une fomme d'argent
au Sonneur de cette Eglife pour
avoir foin de la brancher , ou orner de
verdure , du haut jufqu'au bas , à toutes
les Fêtes que cette Confrairie celebre ,
au nombre de quatre ou cinq , dans le
cours de l'année.
›
Voilà , Monfieur , jufqu'où l'on a
pouffé une extravagante liberté ; mais ce
n'eft , pour ainfi dire encore rien au
prix de ce que vous allez entendre , &
certainement , c'est ici où l'on peut bien
vous dire , & à vos amis qui verront ma
C vj Specta
lettre :
700 MERCURE DE FRANCE .
Spectatum admiffi rifum teneatis amici ?
que
En effet , les chofes étant en l'état
je vous ai marqué ci-deffus , un Chanoine
Diacre , nommé Bouteille , qui vivoit
vers l'an 1270. s'avifa de faire une fondation
d'un Obit directement le 28 .
Avril , jour auquel commençoit la fête
en queftion . Hattacha à cet Obit uneforte
retribution pour les Chanoines , Hauts-
Vicaires , Chapelains , Clercs , Enfans
de Choeur , & c. & ce qui eft de plus fingulier
, il ordonna qu'on étendroit fur
le pavé , au milieu du Choeur , pendant
l'Obit, un drap mortuaire , aux quatre
coins duquel on mettroit. quatre bouteilles
pleines de vin , & une cinquiéme
au milieu, le tout au profit des Chantres
qui auroient affifté à ce Service.
Cette fondation du Chanoine Bouteille
a fait appeller dans la fuite le Bois l'Evêque
, où la Proceffion noire alloit cou
per fes branches , le Bois de la Bouteille ,
& cela , parce que par une tranfaction
faite entre l'Evêque & le Chapitre , pour
éviter le dégât & la deftruction de ce
Bois , l'Evêque s'obligea de faire couper
par un de fes Gardes , autant de branches
qu'il y auroit de perfonnes à la Proceffion
, & de les leur faire diftribuer , à
l'endroit d'une Croix qui étoit proche da
Bois.
On
AVRIL 1726. 701
On ne chantoit rien durant cette diftribution
, mais on ne fe difpenfoit pas de
boire , comme on dit ici , en Chantre &
en Sonneur. On ne mangeoit que certaines
galettes , appellées parmi nous ,
Caffes-gueules & Caffes - mufeaux , à caufe
que celui qui les fervoit aux autres ,
les leur jettoit au vifage d'une maniere
grotefque , &c.
Le Garde de l'Evêque , chargé de la
diftribution des rameaux , étoit obligé ,
avant toutes chofes , de faire près la Croix
dont j'ai parlé , deux figures de bouteil
les , qu'il creufoit fur la terre , rem plif
fant les creux de fable , & c. en memoire
, & à l'intention du Fondateur Bouteille
, qui , comme je viens de le dire
a donné fon nom au Bois qui fourniffoit
les branchages .
On ne fçauroit trop louer Dieu , & je
finis par là ma Lettre , de nous avoir fair
vivre dans des temps qu'il a rendu luimême
plus éclairez , & en faifant enfin
triompher l'Eglife , toujours contraire
aux ufages abufifs , de ceux que l'igno-,
rance , & la dépravation de quelques particuliers
avoient introduits. Je fuis , & e.
SONNET .
702 MERCURE DE FRANCE.
SONNET.
Sur la retraite d'un Seigneur de la Cour ,
dans une Communauté Reguliere .
Aines pompes du fiecle , honneurs , plaifirs
, richeffes , VA
Vous n'avez plus pour moi de charmes, ni
d'appas .
Mon ame pour vous vaincre a fouffert cent
combats ;
Mais fon triomphe enfin l'arrache à vos molleffes.
N'attendez plus de moi de foins , ni de tendreffes
,
J'ai trouvé le repos que le monde n'a pas ;
De fon theatre affreux j'ai quitté l'embarras ;
On n'y monte fouvent que par mille baſſeſ
fes.
Lorfque de ma raiſon un effort genereux ,
Eclaira mon efprit & defilla mes yeux ,
A m'éloigner de vous j'eus une ardeur ex
trême.
Ce fejour m'a paru l'azile le plus doux ,
Et
AVRIL 1726. 703
!
Et je n'ai commencé de vivre pour moi même
,
Qu'au moment que le Ciel m'a vû mourir
pour vous.
Par M. de Mautour.
KKKKKKK
LETTRE fur les Bonts mots , écrite de
Dreux , aux Auteurs du Mercure.
Par Mademoiſelle de *** .
AP
Près le louable deffein que vous
aviez pris , Meffieurs , au mois de
Janvier 1724. pag. 88. d'inferer de tems
en tems dans votre Journal , un Recueil
de BONS MOTS , nous voyons ici avec
peine , que vous ne tenez pas votre pro.
meffe. Auriez vous changé de réfolution ?
Les auriez- vous entierement bannis ? Et
croyez -vous qu'un femblable article ne
füt pas affez interreffant pour meriter
quelque place dans le Mercure de France
? Non , Meffieurs , je fçai vous rendre
juſtice , & je fuis perfuadée que
Vous n'ignorez pas ce que peut un bon
mot dit à propos. Permettez moi cependant
de vous faire part de ce que je penfe
fur cette matiere : je me flatte que vous
ferez de mon fentiment.
>
Je
704 MERCURE DE FRANCE.
و
Je croi que fi quelqu'un fouhaite avoir
quelque commerce dans le monde , il a
befoin d'un certain je ne fçai quoi qu'on
appelle communément Polite ; on peut
encore lui donner le nom de Civilité ,
air du monde , jeu d'esprit & c. Un
Auteur de l'Antiquité la plus reculée ,
étoit fi perfuadé de la neceffité de cet air
enjoué , qu'il faifoit , pour ainsi dire ,
un crime à ceux qui n'avoient point cette
qualité , ces reparties vives , & c. Mais
dans quelle occafion peut-on les mettre
plus favorablement en pratique , que
dans ces Compagnies , où l'on ne s'affemble
que pour fe délaffer de fes occupations
ferieufes ? Y a-t - il rien de plus
jufte , que de fe repofer après s'être livré
au travail , puifque c'eft le feul moyen
de réparer fes forces pour enfuite s'appliquer
aux affaires avec plus de courage
? C'eſt dès le commen- cela
pour que
cement du monde , l'Auteur de la nature
établit un jour de repos. N'eft- ce
pas encore naturellement pour le repos.
des hommes , que les jour & les nuits fe
fuccedent alternativement ?
11 eft donc permis dans certains momens
de loifir , & furtout pendant le
repas , de donner une libre carriere aux
ris , aux jeux d'efprit , aux bons mots
& l'on pourroit , ce me femble , taxer
de
AVRIL 1726. 705
de groffiereté ceux qui ont toujours un
front ftoïque , ou qui ne quittent preſque
jamais leur ferieux .
Le Bon mot eft un fel qui doit faire
l'affaifonnement de la converfation , fans
lequel elle languit : mais , Meffieurs
fi c'eft une chofe louable d'avoir le talent
de dire un Bon mot , il faut en ufer
moderément ; il en eft de cela comme
des repas que l'on donne à fes amis , où
deux ou trois bons mets bien affaiffonez
leur font plus de plaifir , que cette grande
diverfité de viandes , dont ils ne fçau-.
roient manger , & qui ne fervent qu'à
les dégouter des autres
Autant fe feroit - on aimer en s'en fervant
à propos , autant s'expoferoit- on à
la rifée , & au mépris , fi on les portoit
à l'excès. Auffi ne doit -on pas faire grand
cas de ces gens qui paffent toute leur
vie à niaifer & à dire des Quolibets ..
Le Bon mot doit être fin , délicat , & c.
Il doit paroître , pour ainfi dire , dans
les entretiens , comme un éclair vif &
brillant. Il faut pour bien l'employer ,
fçavoir un peu feindre & exprimer
quelque raillerie. Quand je parle de
raillerie , Meffieurs , je n'entens pas
qu'elle foit mal placée , fatyrique ,
mordante , elle auroit mauvaiſe grace ;
mais quand elle eft dite d'une maniere
en706
MERCURE DE FRANCE .
enjouée , qu'elle ne fent point la medifance
, qu'elle n'offenſe perfonne , elle
eft reçue agréablement pour cela il
faut un certain fçavoir faire qu'on n'acquiert
pas facilement .
On fait avec la même chair ,
Suivant le Cuifinier, bonne ou mauvaiſe ſoupe,
Et le Tailleur , fuivant la différente coupe ,
Fait l'habit ridicule , ou lui donne un bon
air.
Un même mot auffi , que d'un ton diffemblable
,
Dit un homme civil , ou profere un Brutal,
Plait , ou fe rend défagréable ,
Selon qu'on s'en fert bien ou mal .
Tout le fuccès dépend d'un certain ſavoirfaire
,
Soutenu par des airs affables , engageans ,
Que la nature , ou l'art donne à certaines
gens :
Et tout le mal vient du contraire.
Je ne veux donc point , Meffieurs ,
de ces gens qui , de gayeté de coeur , déchirent
la réputation de leur prochain ,
fe moquent infolemment de lui , le tournent
en ridicule , & c. Il ne faut point
fuivant le precepte d'un ancien , qu'une
belle
AVRIL. 1726. 707
belle perfonne fe mocque d'une autre
que la nature n'a pas doüée des agrémens
du corps ; ce font de ces défauts
dont nous ne fommes pas les maîtres , &
fur lefquels on doit fe taire ; il eft à préfumer
, que fi les perfections de notre
corps dépendoient de nous , il ne nous
manqueroit rien de ce côté-là . Quoi donc
de plus infipide qu'un mauvais plaifant
qui dit à un homme camus , qui éternuë
, que Dieu lui conferve la vuë , parce
que fon nez n'eft pas propre à porter
des lunettes?
Un Payen ne pouvoit s'empêcher de
rire , lorfqu'il voyoit un Catilina traiter
de fripon fon complice Cetege , & Milon
décrier un affaffin . De même , Meffieurs
, un difeur de bons mots de profeffion
, doit bien prendre fes mefures
& faire enforte de n'en dire qu'avec précaution
; car il pourroit quelquefois ſe
jouer à fon maître . En voici un exem
ple. M... qui avoit la barbe rouſſe voulant
railler D... qui n'en avoit point ,
lui demanda d'un ton railleur , pourquoi
il étoit privé de cet ornement , c'est que
le Créateur , répondit- il , faifant la diftribution
des barbes , & n'en ayant plus
que de rouffes à donner lorsque je fuis
venu au monde , j'ai mieux aimé m'en
paffer que d'en avoir de cette couleur .
11
708 MERCURE DE FRANCE.
Il faut fçavoir choifir les occafions ,
& ne pas trop s'expofer , car il arrive
fouvent , qu'une plaifanterie eft repouffée
par une autre , comme on vient de
le voir en voici encore un autre exemple
, qui ne me paroît pas moins fpirituel.
Un Plaifant voulant foutenir la
Metempsicofe , dit à une Dame , qu'il·
fe reffonvenoit d'avoir été le Veau d'or ;
la Dane lui repliqua , que depuis un fi
long temps il n'en avoit perdu que la dorure
.
Quelques perfonnes admirant la vivacité
, & la perfection de l'efprit de M. de
B.... qui pour lors n'avoit pas encore
fini la neuvième année de fon âge ; un
vieillard leur dit en prefence de ce jeune
Seigneur. Quand les enfans ont tant
d'efprit dans leur tendre jeuneffe , ils
deviennent extrêmement ftupides , lorf
qu'ils font parvenus à un âge plus avancé.
Si ce que vous dites eft vrai , repartit
le jeune enfant , il faut que vous ayez
eu un excellent efprit en votre jeuneſſe .
Ma Lettre commence à devenir longue
, permettez - moi cependant d'y ajoûter
encore quelque chofe. Un Poëte Anglois
fit en très - beaux Vers un excellent
Panegyrique de Cromvel pendant
qu'il étoit en faveur. Charles II. ayant
été rétabli en 1660. ce même Poëte lui
pré
AVRIL
1726. 709
préfenta des Vers qu'il avoit faits à fa
loüange ; le Roi les ayant lûs : lui reprocha
qu'il en avoit fait de meilleurs
pour Cromvel , il lui dit : Sire , nous
autres Poëtes , nous réuffiffons mieux en
fictions qu'en veritez.
Un Marquis ruiné par fa mauvaiſe
conduite , eut un jour un démêlé avec un
honnête homme : c'est bien à vous , lui
dit le Marquis , à me difputer quelque
chofe , vous qui commencez votre Maifon
, il eft vrai , répondit-il , je la commence
, mais vous finiffez la voire.
Je finis , Meffieurs , par où j'aurois dû
commencer ; ma fincerité demandoit que
je m'expliquaffe d'abord , fur ce que l'on
penfe chez nous de votre Journal ; une
infinité de perfonnes s'empreffent de le
voir. Chacun ici y trouve de quoi fe fetisfaire
; je n'entre point dans le détail
des pieces d'érudition , qui ne regardent
que les perfonnes vraiment fçavantes
& qui par confequent font hors de ma
fphere ; je me borne à vous marquer
en particulier ma reconnoiffance , pour
le choix que vous faites des pieces
qui font de mon reffort ; je veux dire
, les Poëfies , les Bouts- rimez , & c.
Je n'ai pû lire fans admiration l'Eglogue
de Mle l'Heritier , inferée dans votre 2 .
yolume du mois de Juin dernier . On y
voit
710 MERCURE DE FRANCE.
voit cette naïveté & cette tendreffe fi de
firable , & en même temps fi rare dans
ces fortes de morceaux. Je ne puis m'empêcher
encore de vous marquer le plaifir
que je prens à vos Enigmes , en vous
priant de vouloir bien continuer vos attentions
pour le Public , & d'être perfuadez
que je fuis avec toute l'eftime
poffible , Meffieurs , votre très-humble
& très -obéïllante . De ***
ULISSE ET CALYPSO.
CANTA TЕ.
Mife en Mufique par M. l'Abbé Bor
dier , Maître de Musique de la
Cathedrale d'Evreux.
Ans un fejour gracieux & tran-
Daquile,
Qu'un Printemps éternel rend heureux & fertile
,
Uliffe & Calypfo , l'un de l'autre charmez ,
Se livroient au plaifir d'aimer & d'être aimez.
L'amour dont ils portoient les chaînes ,
N'avoit pour eux que des faveurs ;
Ils
AVRIL 1726:
་
Ils n'en connoifoient point les peines ,
Et n'en goutoient que les douceurs.
Mais bien-toft au Guerrier , la Gloire & la
Sageffe ,
Viennent preſcrire d'autres loix ;
Confus de fa propre foibleffe ,
Son coeur , du tendre amour , n'écoute plus la
voix.
Pour finir fon trifte eſclavage ,`
Il fe difpofe à quitter ce rivage ,
Où fes jours s'écouloient dans un honteux
repos :
Vainement Calypfo , par fes cris , par fes larmes
,
Tâche d'arrêter ce Heros ,
Inflexible à fes pleurs , infenfible à fes charmes
,
Il la quitte , il s'éloigne , il fend le fein des
flots.
Objets que l'amour fit pour plaire ,
Beautez , défendez bien vos coeurs ;
L'Amant qu'on croit le plus fincere ,
Offre ſouvent des voeux trompeurs,
Pour obtenir ce qu'il defire ,
Il n'épargne ni foins, ni pleurs ;
Eft-il
712 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il heureux ? fa flâme expire ,
Dans le fein même des faveurs.
Quel fort pour Calypfo ! Quelle peine cruelle
!
Tu pars , dit- elle , ingrat , tu méprifes mes
feux !
Tu romps les plus aimables noeuds !
Malgré tant de fermens tu deviens infidelle !
Que ne peut le trépas terminer mes langueurs
!
Faut-il que le Deftin ne m'ait faite immortelle
,
Quepout nourrir d'éternelles douleurs?
Cher Amant que mon coeur adore ,
A la fureur des eaux n'expofe plus tes jours ;
Revien dans ces beaux lieux , fais-y regner
encore ,
Et les Plaifirs , & les Amours.
Helas ! dequoi me fert un fi tendre langage
?
L'Echo repete en vain mes plaintes & mes
cris ;
Puniffons un ingrat , oublions un volage ;
Rendons-lui mépris pour mépris ;
C'en
AVRIL.
713
1726.
C'en eft fait , le Dépit , la Vengeance , & la
Rage ,
Succedent à l'ardeur dont mon coeur fut
épris.
Maître des Cieux & de la Terre ,
A quoi fervent vos feux vengeurs ,
Si vous ne lancez le Tonnerre
Sur le plus perfide des coeurs ?
Frappez , que rien ne vous retienne
Puniffez un volageAmant ;
Et que tout l'Univers aprenne ,
Son crime , & votre châtiment.
Souverain de ces mers profondes ,
Secondez mes reffentimens ;
Neptune , foulevez les ondes ;
Eole ,> déchaînez les Vents.
Ses voeux font exaucez ; Dieux ! quel affreux
ravage !
Une noire vapeur s'éleve dans les airs ;
Le terrible Aquilon vient exciter l'orage ,
On ne voit de clarté , que le feu des éclairs.
D Du
714
MERCURE DE FRANCE.
Du Tonnerre en courroux les Rochers reten
tiffent ,
Tous les Vents mutinez font boüillonner les
mers ;
D'un bruit affreux les montagnes mugiffent ,
Et l'horreur & l'effroi regnent dans l'Uninivers.
En vain Uliffe oppofe fa prudence
Aux fureurs des flots en courroux ,
Son fragile Vaiffeau , trifte objet de leurs coups,
Cede enfin à leur violence.
L'intrépide Heros redouble ſes efforts ;
Minerve prend foin de fa vie :
Les flots le jettent fur les bords ,
De la fuperbe Phenicie..
On le plaint , on l'admire , on le comble
d'honneurs ,
Et ce Roi genereux aprés tant de malheurs ;
Aborde fa chere Patrie.
Deftin , tes rigueurs inhumaines ,
Combattent fouvent nos defirs';
Et c'eft quelquefois par les peines ,
Que tu nous conduis aux plaifirs.
Ton
AVRIL 1726. 715
Ton caprice toujours volage ,
Peut bien nous éloigner du Port ;
Mais la Sageffe & le Courage ,
Triomphent des Dieux & du fort
Le Maire.
1
MEMOIRE
De M. l'Abbé de Saint Pierre.
Pour rendre les Spectacles plus utiles
à l'Etat.
J
E fuis de l'avis de ceux qui penfent
que les bons Citoyens , dans leurs belles
Pieces ferieuſes ,peuvent infpirer, ens
tretenir , & fortifier l'amour pour la Patrie
, & des fentimens de courage , de
juſtice & de bienfaiſance ; je croi de mê
me , que dans leurs Pieces comiques ils
peuvent infpirer du dégoût & de l'averfion
pour la moleffe , pour la poltrone-
, pour le métier de Joueur , pour le
luxe de la table , pour les dépenfes de
pure vanité , pour le caractere impatient
, chicaneur , avaricieux , flateur,
indiſcret , hipocrite , menteur , mifan-
Dij
rie ,
trope
716 MERCURE DE FRANCE.
&
trope , medifant ; en un mot , pour tous
les excès qui font fouffrir les autres ,
qui rendent les vicieux fâcheux & defagréables
pour plufieurs des perfonnes
avec qui ils ont à vivre .
>
Mais pour diriger les Poëtes euxmêmes
& leurs Ouvrages , vers la plus
grande utilité publique , il eft à propos
1 °. que le Confeil établiffe une Compagnie
de douze ou quinze bons Citoyens
connoiffeurs , qui ayent la direction des
Spectacles uniquement par rapport aux
bonnes moeurs , c'eſt- à - dire , aux moeurs
defirables dans la Societé , le Roi nommera
les quatre premiers , ces quatre
nommeront le cinquiéme au fcrutin , les
cinq nommeront le fixième , les fix nommeront
le feptiéme , & ainfi de fuite.
Il faut que le Spectacle plaife fort aux
Spectateurs , autrement ils n'iroient point
en grand nombre au Spectacle , mais il
faut que le Poëte rende encore le Spectacle
utile , & que les moeurs en deviennent
plus aimables , plus defirables , &
furtout plus innocentes & exemptes de
vices.
Voilà les deux points qu'il faut unir
dans la Comedie , c'eſt- à - dire , dans l'i,
mitation des actions , des fentimens , des
difcours , & dans la peinture des évenemens
ou agreables ou fâcheux de la vie
hyAVRIL
1726. 717
humaine ; c'eft au Miniftere à unir toujours
ces deux points ; de maniere que
le Spectacle , non feulement ne foit jamais
nuifible aux bonnes moeurs , mais
au contraire qu'il foit propre à infpirer
aux Spectateurs des fentimens vertueux ,
ou du moins oppoſez au vice.
Au refte , c'eſt à l'Etat à payer par
des
penfions une partie des frais des Spectacles
, lorfqu'ils font utiles à la Societé ,
& c'eft aux Spectateurs à payer l'autre
partie de ces frais , parce qu'ils en retixent
du plaifir.
2º. Il eft à propos que le Roi crée une
place de premier Poëte tragique ou ferieux
, & une autre de premier Poëte
comique , avec des penfions pour ceux,
qui au jugement de la Compagnie auront
fait plus de Pieces , qui foient en
même temps plus agreables aux Spectateurs
, & plus utiles aux bonnes moeurs.
Il eft de la bonne police de former
quelques Poëtes excellens & bons Citoyens
, & d'en faire des Officiers importans
à l'Etat , & qui puiffent dans
cette profeffion y acquerir du revenu ,
de l'illuſtration , & même une nobleffe
hereditaire attachée à la qualité de Premier.
Il y a long - temps que j'ai obfervé ,
que nos anciennes Pieces de Theatre qui
D iij
ont
718 MERCURE DE FRANCE.'
ont le plus réüffi , meriteroient d'être
perfectionnées quelque temps après la
mort des Auteurs , du moins par rapport
aux moeurs , d'un côté la langue change,
& de l'autre la raifon croît & le goût fe
rafine ; il nous paroît aujourd'hui dans
ces Pieces des défauts , qui ne paroif
foient point à nos peres , gens d'efprit , il
y a cinquante ans ; or ces Pieces ainfi
perfectionnées vaudroient ordinairement
beaucoup mieux , foit pour le plaifir , foit
pour l'utilité de l'Auditeur que les
Pieces nouvelles , c'eft qu'il eft bien plus
facile au même Auteur de perfectionner
un Ouvrage , qui a déja plufieurs beautez,
& d'en faire un excellent , que d'en
faire un tout neuf , qui foit exempt de
défauts , & rempli de plus grandes beautez
, & en plus grand nombre , que l'ancien
qui étoit déja fort bon .
Je fçai bien qu'un nouvel Auteur peut
traiter le même fujet que l'ancien , mais
de peur de paffer pour plagiaire , il évitera
de copier les plus belles Scenes , &
de fe fervir des plus beaux Vers , il fera
peut- être mieux à tout prendre , que
l'ancien Auteur qui a traité le même fujet
, mais fa piece auroit été beaucoup
meilleure , s'il avoit pû , fans fcrupule ,
& fans rien diminuer de fa reputation ,
fe fervir de tout ce qu'il a trouvé d'excelAVRIL
1726. 719
cellent dans l'ancienne Piece ; or pour
cela il faudroit qu'il lui fut impofé par
un prix propofé de perfectionner telle
Piece , alors il ne perdroit rien des beautez
de telle Piece de Corneille , de Racine
, de Moliere, & de leurs fucceffeurs ,
ou s'il fe trouvoit forcé de perdre quelques-
unes de ces beautez , il leur en fubftitueroit
de plus grandes , & y en ajouteroit
de nouvelles .
Il y a un autre grand obftacle à l'execution
de ce projet , c'eft que l'Auteur
qui feroit capable de perfectionner une
des fix plus belles Pieces de Moliere , eft
capable d'en faire lui - même une nouvelle
, qui fera bonne , mais moins bonne
que celle de Moliere perfectionnée , &
que pouvant fe donner le titre d'inventeur
, il ne fe contentera pas du titre de
perfectionneur , à moins que par une récompenfe
honorable & utile , telle que
feroit un prix propofé , il ne foit dédoinmagé
par une penfion du facrifice qu'il
fait au Public , de donner fon temps &
fon talent à perfectionner l'Ouvrage
d'autrui , & à préferer ainfi l'utilité publique
à fa reputation particuliere .
Mon avis feroit donc , que le Roi donnât
tous les ans pour prix une penfion
de deux cens onces d'argent , à celui ,
qui , au jugement de l'Académie des
D iiij Spec720
MERCURE DE FRANCE:
Spectacles , auroit le mieux perfectionné
telle Comedie , cette Piece reformée porteroit
le nom du Reformateur , jufqu'à
ce qu'elle fut elle- même un jour reformée
quelques années après la mort ; il
eft aifé de voir que les Ouvrages excellens
ne periroient pas faute de quelques
retranchemens , & de quelques additions
neceffaires pour les rendre auffi
beaux & plus utiles dans le fiecle fuivant
qu'ils l'étoient dans le fiecle précedent:
car il faut toujours faire enforte,
que les Spectacles fe perfectionnent , à
mefure que la raifon humaine fe perfectionne
, & la meilleure maniere d'avancer
beaucoup en peu de temps vers
la perfection , c'eft de fe fervir de ce
qu'il y a de bon dans les Ouvrages des
morts , en diminuant ou corrigeant ce
qu'il y a de défectueux , & en embelliffant
ce qu'il y a de beau.
,
Je conviens que la reputation des bons
Auteurs en durera peut-être cent ans de
moins , mais cette perte ne doit pas être
comparée à la grande utilité qui en reviendra
à un nombre infini de Spectateurs.
On me dira peut- être , que ce qui paroît
poffible dans la ſpeculation , eſt réellement
impoffible dans la pratique , mais
je répons que cela fe dit fans preuve , &
que
AVRIL 1726. 721
que la chofe vaut bien la peine d'être
tentée , & même par plufieurs tentatives
, avec le fecours des prix , il n'y a
rien à riſquer , & il peut en refulter un
grand perfectionnement du Theatre , ſoit
en France , foit dans les autres Etats.
Il faut dans les Pieces comiques obferver
trois chofes capitales la premiere
eft de jetter de l'averfion & de la
haine contre la fourberie , la trahison &
' autres fcelerateffes ; la feconde , d'inſpi
rer du mépris pour la moleffe, pour la faineantife
, & pour les excès du luxe & de
la volupté , & qui diminuent le bonheur
de ceux qui en fouffrent ; la troifiéme
c'eft de jetter du ridicule fur toutes nos
petites vanitez & fur nos affectations , lorfqu'elles
ne tendent qu'à nous donner des
diftinctions , qui ne font d'aucune utilité
pour le Public.
Il faut dans les Pieces ferieuſes obferver
deux choſes . 1º. Infpirer à l'Auditeur
plus d'ardeur pour les vertus & pour les
grands talens , par les louanges que l'on
donne aux grands hommes, & par l'admiration
que l'on a pour leur vertu . 2 ° .
Lui faire fentir délicatement la difference
d'eftime & d'admiration pour les
differentes vertus , & pour les differens
degrez de vertu , en nous apprenant à
nous connoître en bonne gloire, & à difcer.
D Y ner
722 MERCURE DE FRANCE.
ner la diftinction la plus précieuſe entre
nos pareils de la moins précieuſe par
rapport à notre condition ; or cette diftinction
précieufe vient toujours des talens
les plus utiles à la Societé , & furtout
de la pratique de la juftice & de
la bienfaifance.
Ainfi , avec un des grands mobiles des
hommes , qui eft le defir de la diſtinction
, le Poëte pourra , en divertilant
les Spectateurs , augmenter confiderablement
l'empire de la vertu & de la gloire
aux dépens de l'empire de la moleffe
& de la vanité , la perte de l'un fera
l'augmentation de l'autre , & à dire la
verité , les hommes n'ont rien de folide
& de durable à oppofer au furieux defir
des plaifirs des fens fi nuifibles dans leur
excès à la Societé , que le reffort ou le
defir des plaifirs de la diftinction la plus
précieufe , qui tend toujours au plus
grand bonheur de cette même Societé.
Je fçai bien que le fanatifme dans les
fauffes Religions , pourroit devenir un
reffort naturel très- puiffant , pour nous
porter à quelques actions vertueuſes ;
mais 1 ° . le fanatifme n'eft pas durable
dans les hommes fenfez , & n'a pas de
force fur les efprits qui s'élevent audeffus
des fauffes opinions du Vulgaire.
2°. Ce mobile mal dirigé , au lieu
de
'AVRIL 1726, 723
-
de produire toujours des actions de juf
tice & de bienfaiſance , produit ſouvent
au contraire des perfecutions & des actions
d'injuſtice & de dureté , ce qui eſt
très oppofé au bonheur du genre humain.
>
Dans la vraye Religion , qui eft la
nôtre , la grace de notre Redempteur
peut nous porter à la pratique de la
juftice & de la bienfaifance , d'une maniere
incomparablement
plus parfaite
que ne peut jamais faire l'amour de la
eft diftinction ; mais comme cette grace
furnaturelle , par confequent une efpece
de miracle , que nous ne pouvons jamais
meriter , nous ne pouvons pas nous
affurer qu'elle dure toujours , il eft donc
très-raifonnable que la politique , pour
le bien de la Societé , ne neglige jamais
de propofer des recompenfes honorables
, & de fortifier ainfi autant qu'elle
dans les hommes , le reffort naturel
, ou le motif de la gloire , qui eft
bien moins parfait que le mobile furnaturel
de la grace , mais qui a l'avantage
d'être perpetuel , pour refifter perpetuellement
au reffort impetueux & perpetuel
des plaiſirs des fens , lorfqu'ils nous
portent à des excès qui font nuifibles à
ceux avec qui nous vivons .
peut
Quand les Poëtes Comiques auront
D vj pris
724 MERCURE DE FRANCE:
pris foin de jetter de la haine , du mé¬
pris ou du ridicule fur les crimes fur
les vices , & fur les défants que produit
ou l'injuftice , ou la pareffe , ou la
vanité , il fera bien plus facile aux Poëtes
ferieux , de mettre en oeuvre , à l'égard
des Spectateurs , le reffort ou le
motif de la belle gloire : car il faut bien
que l'homme marche vers quelque efpece
de gloire ou de diftinction entre fes
pareils , c'eft fon penchant naturel , c'eſt
un de fes grands plaifirs de fe fentir diftingué
parmi ceux avec qui il a à vivre ;
ainfi quand les bons Comiques nous auront
bien dégoûtez de toutes les fotes
diftinctions qui gâtent le commerce
nous marcherons naturellement vers la
diftinction vertueufe , qui naift de l'acquifition
des talens & de la pratique
des vertus , qui rendent le commerce
agréable.
›
La raifon nous dicte donc de travailler
à fortifier dans les Citoyens un des
deux principaux motifs des actions des
hommes , qui eft l'amour de la diftinction
entre nos pareils , mais elle nous
dicte en même temps les regles pour
bien difcerner les
diftinctions petites ,
vulgaires ,
incommodes au commerce
d'avec les diftinctions précieuſes , qui
procurent toujours la commodité & l'utilité
AVRIL 1726. 72-5
tilité des autres ; ce font ces diftinctions
qui font les feules veritablement dignes
de louanges & defirables dans le commerce
, il ne faut jamais que le defir de
la gloire marche fans la connoiffance de
la bonne gloire : or je fuis perfuadé que
le Theatre bien dirigé par l'Académie
des Spectacles , peut beaucoup fervir à
rendre les Spectateurs , non- feulement
très-defireux de gloire & de diftinction,
mais encore très- connoiffeurs en bonne
gloire & en diftinction la plus précieufe
, afin que les hommes eftiment de
plus en plus l'indulgence , la patience
l'application au travail , les talens & les
qualitez les plus utiles à leur famille ,
à leurs parens , à leurs voifins , à leurs
amis , à leur nation , & au refte du genre
humain .
Les Parodies de nos Opera , lorsqu'elles
feront bien faites , font très- propres
à tourner en ridicule les maximes lubriques
, dont Defpreaux fait mention.
Dom Guichot , en parodiant finement
nos Romans , a fait ceffer en Efpagne ,
& même en France , la folie de ce que
l'on nommoit autrefois Chevalerie , qui
faifoit méprifer les devoirs ordinaires de
la vie , pour courir après une reputation
chimerique & mal entenduë.
Mais par la même raifon il me pasoît,
contre
726 MERCURE DE FRANCE
contre lebon fens & contre la bonne po
lice , de permettre de parodier , & de
tourner en ridicule d'excellentes Pieces
ferieufes , où la vertu eft honorée & le
vice puni , cet excès dans les Parodies
eft la fuite de la corruption de nos moeurs;
le Poëte , pour procurer du plaifir au
Spectateur , & pour gagner plus d'argent,
ne s'embaraffe pas de confondre le bon
avec le mauvais , l'eftimable avec le ridicule
, le grand avec le méprifable , l'odieux
avec l'aimable , comme fi toutes
ces chofes étoient égales pour le bonheur
& pour le malheur de la Societé ,
& comme fi le but de la raifon n'étoit
pas d'unir toujours dans les Spectacles
l'utilité de la Societé au plaifir du Spectateur.
Les Spectacles peuvent donc être utiles
& agréables , mais il faut qu'ils foiena
dirigez par une Compagnie perpétuelle,
compofée de gens habiles , & furtout de
bons Politiques , qui tendent toujours à
rendre dans la Societé la vertu refpecta
ble & aimable , les vices honteux &
odieux , la vanité méprifable & ridicule.
Je demande enfin pour membres de cette
Compagnie des Connoiffeurs délicats,
qui fentent combien les bonnes moeurs
font importantes pour augmenter le bonheur
de la Nation .
Je
AVRIL 1726. 727
Je doute que de pareils Connoiffeurs
euffent jamais paffé à Corneille l'appro
bation tacite du duel , que l'on trouve
dans le Cid ; je doute qu'ils euffent fouffert
à Racine , d'employer tout fon art
à diminuer l'horreur naturelle que nous
devons avoir du crime de Phedre ; Je
doute qu'ils lui euffent permis d'infpirer
contre les bonnes moeurs au commun
des Spectateurs , une forte de compaffion
pour
le fort malheureux de cette abominable
creature ; je croi même qu'ils euffent
apperçû , & qu'ils euffent condamné
dans les Ouvrages de Moliere un
grand nombre d'endroits , où quelques
fentimens de juftice & de bienfaisance
font dans la bouche de gens , d'ailleurs
odieux & méprifables , je croi qu'ils auroient
remarqué & blâmé des fentimens
d'injuftice dans la bouche de perfonnes ,
d'ailleurs aimables & eftimables , & d'autres
endroits où l'injuſtice , jointe à l'adreffe
& à la fineffe , eft louée , & où
la vertu & la juftice , jointe à des défauts
perfonnels , eft blâmée ou tournée
en ridicule ; & voila pourquoi il faut
une Compagnie de Cenfeurs moraliſtes
& politiques , qui ait foin de diriger fuffifamment
le Poëte vers le but de l'utilité
publique , tandis que fon intereft le
dirige fuffifamment vers l'agréable
c'efte
728 MERCURE DE FRANCE .
vers fon utilité particu c'est - à- dire
liere.
Il eft certain que Moliere nous a enfeigné
la maniere de bien peindre les
hommes , qui font ordinairement compoſez
de vices & de bonnes qualitez ,
mais il n'a pas eu affez de foin de peindre
toujours en eftimable ce qu'ils avoient
d'eftimable , & en méprifable ce qu'ils
avoient de méprifable , & c'eft cette
confufion qu'il a laiffée dans fes peintures
, qui fait que fes Comedies font communément
auffi pernicieufes qu'utiles au
perfectionnement de nos moeurs.
C'étoit un grand Peintre , mais comme
il ne vifoit qu'à faire fa reputation
& fa fortune , à force de plaire aux Spectateurs;
& comme il ne fe foucioit point
du tout du but de la politique qui eft
d'infpirer aux Citoyens par des traits de
ridicule , le mépris & l'indignation que
meritent les vices & les défauts , il negligeoit
fort l'utilité publique , pour ne
fonger qu'à fon utilité particuliere , auffi
nous ne voyons pas que nos moeurs foient
devenues beaucoup meilleures dans le
fonds depuis la repreſentation de ſes Comedies
, je ne fçai même , fi à tout pefer
, on ne trouveroit pas le contraire.
Je fais tant de cas des avantages que
produit l'émulation pour le Public , que
je
AVRIL 1726:
729
je voudrois , fi la chofe eft praticable ,
qu'il y eut dans Paris deux Troupes de
Comediens , dont une fut à un prix la
moitié moindre pour les perfonnes moins
riches , cette Troupe ferviroit de pepiniere
pour la grande Troupe.
Pour contenir les Auteurs & les Comediens
dans les regles des bienfeances
& des bonnes moeurs , il eft à propos
que deux de ces Commiffaires des Spec
tacles ayent deux places de droit dans
l'Amphitheatre , pour affifter , quand ils
pourront , aux reprefentations comme
Cenfeurs publics.
A l'égard du Spectacle de l'Opera
, je croi qu'il n'eft pas impoffible d'en
faire peu à peu quelque chofe d'utile
pour les moeurs ; j'avoue cependant que
la choſe me paroît très- difficile en l'état
de corruption & de moleffe , où il eſt de
mon temps mais après tout , il ne faut
à l'Académie des Spectacles , pour en
venir à bout , que deux moyens ; le
premier , d'avoir un but certain où l'on
vife , c'eft de faire fervir la Mufique &
la Poëfie , non à amolir les moeurs par
la volupté , mais à les rendre vertueufes
par l'amour de la gloire ; le fecond
c'eft de faire enforte que ce perfectionnement
foit prefque infenfible : car pour
nous guerir de la moleffe , maladie enraci730
MERCURE DE FRANCE.
racinée depuis long- temps dans notre
Nation par une longue habitude , il faut ,
"pour ne nous pas revolter , fe fervir
d'une methode qui procede par degrez
prefque infenfibles , & je ne défefpere
pas que nos fucceffeurs n'entendent chanter
avec plus de plaifir les fentimens &
les actions des grands hommes , que les
maximes honteufes de la moleffe , & les
fentimens extravagans qu'infpire l'yvref
fe de l'amour.
Si dès - à - prefent on établit dans un
grand Etat une Académie pour diriger
les Spectacles vers les moeurs defirables
de la Société , fi par les prix qu'elle diftribuëra
aux Poëtes qui plairont le plus,
& qui dirigeront le mieux leurs Ouvrages
vers la bonne morale , il arrive
ra avant trente ans , que les peres & les
meres les plus fages meneront leurs enfans
à la Comedie , comme au meilleur
Sermon , pour leur infpirer des fentimens
raisonnables & vertueux , il arrivera
que dans toutes les Villes de vingt
ou trente mille habitans , il y aura aux
dépens du Public des Theatres & des
Comediens , afin qu'avec peu de dépenfe
les habitans mediocrement riches
puiffent affifter au Spectacle , & l'on
verra ainfi le plaifir devenir très avantageux
au bon gouvernement , ce qui eft
2
le
AVRIL 1726. 73 %
le fublime de la politique : car qu'y at'il
de plus eftimable , que de mener les
hommes par le chemin des plaifirs innocens
& actuels , à une diminution de
peines , & même à d'autres plaifirs futurs
; la Nation fe poliroit de plus en
plus juſques parmi le peuple , les fentimens
de vertu entreroient avec le plaifir
dans les coeurs des Citoyens , & par le
perfectionnement
de nos moeurs la Societé
deviendroit tous les jours plus douce
, plus tranquille & plus heureuſe . Et
c'eft le but que je m'étois propofé dans ce
Memoire.
Maaaaaaaaaaaaaaaaa
STANCES.
Sur le Printemps
L'Hyver , cette faifon fâcheuſe ,
'Enfin vient de finir fon cours ,
La nature plus gracieuſe ,
Nous prepare de plus beaux jours ;
Déja dans les vertes campagnes ,
Le Berger conduit fes troupeaux ;
La neige tombe des montagnes ,
Et Flore embellit nos coteaux.
Déja
732 MERCURE DE FRANCE.
Déja la tendre Philomele ,
Témoigne par fes chants plaintifs ,
Sa douleur qu'elle renouvelle.
Déja les Aquilons captifs ,
Gemiffent dans l'antre d'Eole ;
Et l'audace des Matelots ,
Aidez d'une foible Bouffole ,
Brave encore la fureur des flots.
Phebus éclaire un nouveau monde 2.
Déja Zephir des fleurs cheri ,
Mèle fon foufle au bruit de l'onde ,
Déja le Maronier fleuri ,
Reprend fa premiere verdure ,
La Vigne à l'Orme fe rejoint ,
Tout change , helas ! dans la nature ,
Et l'homme feul ne change point.
Par l'Abbé Herault , Chanoine
de Soiffons.
LET
AVRIL 1726. 733
aaaaaaakkk
LETTRE écrite par M*** fur les Mon
noyes fabriquées à Orleans .
Q
Velque confiderable qu'ait été la
Ville d'Orleans , dans le temps que
les Romains ont été les maîtres des Gaules
, il ne paroît pas qu'ils y ayent ja
mais fait battre Monnoye ; la Notice de
l'Empire , dreffée environ vers le temps
de l'Empereur Honorius , ne fait mention
que de trois Villes dans les Gaules
où il y eut des Hôtels de Monnoyes ,
fçavoir , Arles , Lyon & Treves , & il
nous refte un grand nombre de Médailles
du fiecle de Conftantin & au - deffous,
frappées dans ces Villes , ainfi qu'on le
peut voir dans les Cabinets des Curieux
en cette matiere .
Mais en récompenfe Orleans eſt
une des Villes où l'on a le plus frappé
de Monnoyes , dans le commencement de
la Monarchie Françoife , & il nous refte
plufieurs fols d'or de la premiere Ra
ce qui portent le nom de cette Ville .
M. le Blanc , dans fon Ouvrage des
Monnoyes de France , en rapporte un ,
où d'un côté on voit la tête d'un Prince,
ornée d'une Couronne radiale , derriere
la734
MERCURE DE FRANCE .
laquelle il y a une Croix : pour Legende
MONI . Au Revers une Croix pommetée
AURELIANIS CIVITA . Ce
mot de MONI eft mis pour Monetarius.
A l'égard de la tête , on ne peut dire de
quel Prince elle eft , n'y ayant rien qui
la puiffe faire diftinguer , non plus que
celle d'un autre fol d'or de M. le Baron
de Craffier , qui eft ceint d'un diadême,
avec une Rofe de diamant fur le milieu,
& dont les épaules font couvertes d'un
manteau AIRELIANIS F , au Revers
une Croix pofée ſur un Globe , accompagnée
de deux Etoiles BERTVTFVS
, qui eft le nom du Monetaire
, dans quelques autres Monnoyes on
trouve AURILIANIS pour AURELIANIS.
S'il eft impoffible , comme je viens
de le dire , de pouvoir déterminer à
quels Princes appartiennent ces Monnoyes
, il n'eſt pas plus aifé de dire fi ce
font des Rois d'Orleans , nous n'avons
que Gontran , dont le nom fe trouve
fur une Monnoye , & cette Monnoye eſt
frappée à Sens. C'eft un tiers de fol d'or
rapporté par M. le Blanc , où la tête de
ce Prince eft couverte d'un cafque orné
d'un diadême GVNTHACHAM . REX ,
fur le Revers une Victoire dans un
char
AVRIL 1726. 735
char , tenant une Croix à la main SENONI
CIVITA. Ainfi nous n'avons
que des conjectures à donner fur le nom
de ces Princes .
On continua à frapper des Monnoyes
à Orleans dans toute la premiere Race,
& au commencement de la feconde jufqu'en
805 , que l'Empereur Charlemagne
, pour arrêter la hardieffe des faux
Monnoyeurs , ordonna qu'il ne ſe fabriqueroit
plus d'efpeces que dans fon Palais
, ce qui fit appeller cette Monnoye
Moneta Palatina , & elle eft ainfi marquée
fur quelques Monnoyes de cet
Empereur. Ce Reglement ne dura que
pendant fon Regne ; car on trouve des
Monnoyes de Louis le Débonnaire fon
fils , frappées dans plufieurs Villes de
fon Empire. En 864. Charles le Chauve
reftraignit le nombre de ces Villes à
douze , entre leſquelles fe trouve Orleans
. Sequentes confuetudinem prædeceffo
rum noftrorumficut in illorum Capitulis invenitur
, conftituimus cui in nullo loco alio
in omni regno noftro moneta fiat , nifi in
Palatio noftro, in Quintonico , ac Rotomago....
& in Rhemis . & in Senonis ..
& in Parifio , & in Aurelianis , & Cavillonno
, & in Merullo & in Narbona
auffi on trouve plufieurs deniers
d'ar-
>
736 MERCURE DE FRANCE "
d'argent de ce Prince , de Charles le
Simple , frappées dans cette Ville.
Le fejour que firent à Orleans les
Rois Hugues Capet , Robert & Henri
, fait qu'on trouve plufieurs Monnoyes
de ces Princes qui portent le nom d'Orleans.
On continua encore long-temps
dans cette Ville à en fabriquer , & cela
dura jufqu'au temps de François I.
où l'on ceffa apparemment de travailler.
Ce Prince dans fon Ordonnance donnée
à Soiffons le 14. Janvier 1539. où il
enjoint de mettre fur les Monnoyes une
Lettre de l'Alphabet , pour diftinguer les
fabriques , ne fait nulle mention d'Orleans
, & ce n'a été qu'en 1716. que cet
Hôtel des Monnoyes a été rétabli par
Edit du Roi , donné à Paris au mois
d'Octobre , où il eft dit , que les efpeces
qui y feront reformées & fabriquées , feront
marquées de la lettre R. Cet Hôtel
des Monnoyes travaille actuellement .
Il me reste à expliquer ce qu'on a
entendu par Monnoye d'Orleans , dans
ces deux paffages , le premier tiré d'une
Lettre de l'Abbé Suger , rapportée par
Duchefne , T. 4. p. 338. où en parlant
de ce qu'il a fait à Baune en Gâtinois
cet Abbé dit ; alias vineas juxta Bel nam
pene deftruitas reftitui fecimus , alias
quodam homine noftro viginti libris Au-
>
reliaAVRIL
1728.
737
•
relianenfis monete emimus. L'autre paffage
eft tiré de la 18. Lettre de la Comteffe
de Nevers à l'Abbé Suger ( page 498. )
Unus de Civitate Autiffiodorenſi ſuper
quibufdam hominibus Stampenfibus conqueritur
Gaufredo craffo , & Radulpho
fratre ipfius qui ei debent decem libras &
dimidiam Aurelianenfis moneta.
Sur la fin de la feconde Race , les
Seigneurs du Royaume un peu confiderables
, s'approprierent le droit de battre
Monnoye , & cela dura long- temps
dans la troifiéme Race ; on peut voir
dans Ducange un long dénombrement
de ces Seigneurs , parmi lesquels fe trouve
l'Evêque d'Orleans ; mais ces Seigneurs
faifant leur Monnoye chacun de
different alloi , & n'étant jamais du même
titre ni du même poids que les Monnoyes
du Roi , on étoit obligé de fpecifier
de quelle Monnoye on entendoit
parler , & fouvent on apprétioit ces differentes
efpeces ou à celles du Roi , ou
à celles de quelques autres Seigneurs ;
ce qui fe voit par un endroit d'Odorannus
, où il parle des prefens que le Roi
Robert & la Reine Conftance fon époufe
, firent à S. Savinien de Sens , ftatim
Regina proferens auri 13. folidos adp
blicam monetam Aurelianenfem appenfos
, Ces Monnoyes de Seigneurs , au
E refte ;
738 MERCURE DE FRANCE .
refte , n'avoient cours que dans les teraes
de leur dépendance , au lieu que la
Monnoye du Roi paffoit dans tout le
Royaume .
A Orleans ... D. P....
STANCES IRREGULIERES
.
De M. de la Monnoye , de l'Académie
Françoife ; fur la mort de fon Epouse ,
arrivée le zo . Janvier 1726 .
CHere Epoufe , tu n'es donc plus ?
Je te rappelle en vain , mes cris font fuper-
Aus ;
Rien ne peut adoucir le chagrin qui me ronge
;
Je hai la clarté du Soleil ,
Et fi je cherche le fømmeil ,
C'estpour te retrouver en fonge.
Je ne te verrai plus ici ,
Claude , mon unique fouci ,
Nom pour moi préferable aux noms les plus
illuftres ;
Nous
AVRIL. 1726 . 739
Nous fumes moins Epoux qu'Amans.
Dix luftres avec toi m'ont paru dix momens';
Et dix momens fans toi me paroiffent dix
luftres.
Je me fouviens de tes fecours ,
De tes attentions , de tes foins , de tes veilles
;
Malgré toi fourde , * à mes diſcours,
Tes yeux remplaçoient tes oreilles ;
Au moindre figne ils m'entendoient ;
Et de mes volontez interpretes habiles
Toujours préts , jamais inutiles;
Au langage des miens d'abord ils répon
doient.
Que deviendrai- je ? helas ! tu pars & je demeure
;
Ton ame loin de moi , fans doute, dans les
Cieux ,
Goûte un repos délicieux.
Moi , fur terre inquiet , je foupire , je pleure.
Unis par un e tendre & fincere amitié
* Depuis dix ans elle étoit fourde.
E ij . Qui
740 MERCURE DE FRANCE .
Qui devoit être inféparable ;
Nous formions un tout agreable ,
Et je ne ferai plus qu'une trifte moitié.
J'aurois dû préceder , bien- tôt je te vais fui
vre ;
Agé de quatre-vingt neuf ans , ( a )
Deformais , chere ombre , il eft temps ,
Que la Parque à la mort me livre.
Etfi l'heure de mon trépas ,
Dans cet inftant ne fonne pas ,
C'eſt que , le nommerai- je ? un Heros me fait
vivre , ( b) [
Un Heros ... que ne puis-je autrement m'exprimer
?
Je le louërois bien mieux , fi j'ofois le nommer.
( a ) Madame de la Monnoye avoit 86 ans.
M. de la Monnoye en a 89.
( b ) M. le Duc de Villeroy lui donne fix
cens livres de penfion.
LET
AVRIL. 1726 . 741
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier par la Clef, l'Industrie,
& les Lunettes , qui en étoient les vrais
mots.
PREMIERE ENIGME.
E plus actif des Elemens ,
LE
Eft celui dont je tiens la vie.
L'art me divife enfuite en morceaux differens
,
Pour me pofer dans des compartimens,
Où nombre de mes foeurs me tiennent compagnie..
Quoique je fois mince & polie ,
Je fers à garantir des injures du temps.
Mon corps impenetrable aux vents ,
Eft à l'épreuve de la pluye.!
Vous de qui les foins curieux ,
Veulent fçavoir & mon nom & mon être ,
Sans fortir de chez vous , vous pouvez me
connoître ;
J'y fuis toujours devant vos yeux.
Le Maire.
742 MERCURE DE FRANCE
DEUXIEME ENIGME.
TRifte enfant d'un dernier amour ,
De chez moi la joye eft bannie :
J'excite quelquefois l'envie ,
Je parle pourtant fans détour.
Mon pere en me donnant le jour ,
Tremble fort fouvent pour fa vie;
Ce n'eft qu'après qu'il l'a finie ,
Qué l'on vient me faire la Cour.
J'impofe des loix qu'on refpecte ,
Et ma volonté n'eſt ſuſpecte ,
Qu'à l'ingrat & fordide coeur.
Quoique je fais exempt de crimes ,
Par d'inévitables maximes ,
On me livre à l'Executeur.
JE
TROLSIEME ENIGME.
E furs inébranlable & toujours en repos ,
On me fait dire de bons mots.
Al'injure des temps je paffe les années ,
Et compte des Mortels les triftes deftinées .
D'un
AVRIL 1726 .
་ ་
1743
D'un être ſeul'je fuis , & la regle & la loi ,
Et ce n'eft que par lui qu'on a recours à
moi.
Quand on me voit orné de plus d'une figure
,
Tout cela ne me fert que de vaine parure.
Mon Maître , en me voyant , court toujours
& s'enfuit ;
Et n'ai pour ennemis qu'un brouillard & la
puit.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Rue &
,
ECUEIL HISTORIQUE , chronologique
& topographique des Archevêchez
, Evêchez , Abbayes , & Prieurez
de France , tant d'Hommes que de
Filles de Nomination & Collation
Royalé , avec les noms des Titulaires ,
la Taxe en Cour de Rome , telle qu'elle
eft fur le Livre de la Chambre Apoftolique.
Les revenus , les unions & penfions
fur ces Benefices ; le tout diſtribué
par Diocéfe , par ordre alphabetique , &
enrichi de 18. Cartes Geographiques ,
dédié à S. A. S. M. le Duc de Bourbon.
Par Dom Beaun er , Religieux Benedictin.
744 MERCURE DE FRANCE.
n. A Paris , chez Alexis-Xavier- René
Mefnier. 2. vol. in 4.
ע
L'Auteur dit dans fa Preface , « qu'il
» n'a pas affez bonne opinion de lui- mê-
» me , pour croire qu'il ne lui ait écha-
» pé plufieurs fautes , & peut - être de
» confiderables , &c. Il'declare , que loin
de fe fâcher contre ceux qui auront la
"bonté de les lui faire connoître , il leur
» en fçaura au contraire très - bon: gré ,
» & qu'il eft très - difpofé , fi-toft que
» l'occafion s'en préfentera à leur
>> en faire honneur dans le Public : c'eſt
» pour fon utilité , dit - il , qu'il a entre-
» pris cet Ouvrage , & il fera charmé
» de le voir conduire à ſa perfection , de
» quelque maniere que cela arrive .
"
,
,
Comme D. Beaunier n'a pû avoir des
Memoires également feurs & détaillez
fur tous les articles qu'il traite , il a recours
à l'indulgence ou plutoft à l'équité
de fes Lecteurs , & les prie de
ne le pas traiter à la rigueur. Voici un
échantillon de cet Ouvrage , pris du
Tome II. page 788. CHERBOURG , Ou
>> Sainte Marie - au Vou , Abbaye de
» l'Ordre de S. Auguſtin , au Diocéſe de
»Coutances , poffedée en Commande par
par M. Valat en latin Santa Maria
» de Voto Cafaris Burgi , à 78. lieuës de
Paris. Elle fut fondée en 1145. par
>>
;;
•
ou
l'ImAVRIL
1726. 745
» Imperatrice Mathilde , & elle fut
» appellée l'Abbaye du Vau , parce que
» cette Princeffe , ayant promis pendant
une fort grande tempête fur mer , de
>> faire conftruire une Eglife en l'hon-
» neur de la Vierge , au lieu où elle pour-
>> roit arriver à bon port , elle débarqua
>> heureuſement à Cherbourg , & fit bâ-
» tir cette Abbaye près de la Ville . Quel-
» ques-uns tiennent qu'elle a été com-
» mencée par Guillaume le Conquerant ,
» & Mathilde en augmenta de beaucoup
» les bâtimens , & les revenus . Ce fut
» auffi en 1145. qu'Algare , Evêque de
>> Coutances , y mit des Chanoines Reguliers.
Mathilde , fille de Henri I. &
» mere de Henri II . Roi d'Angleterre ,
99
& veuve de l'Empereur Henri , avec
» fon fils , voulant rendre leur fonda-
» tion plus confiderable , y firent unir ,
» après de longues conteftations , l'Abbaye
de Saint Heliers , Martyr , fi-
>> tuée en l'Ile de Gerfey , de la Con-
» gregation d'Arouaife , qui poffedoit de
» gros biens , tant au-delà qu'au deçà de
la mer , parce que ce Prince dit , par
» une de fes Chartes , qu'il prétend que
» l'Abbaye de Cherbourg foit autant ho-
» norée de graces & de privileges , qu'au-
» cune autre qui fe puiffe rencontrer
» dans tous fes Etats. La Congregation. ,
F de
746 MERCURE DE FRANCE,
de S. Victor en expulfa celle d'Arouai-
» fe . Cette Abbaye a fouffert en fes
» biens , quand les Anglois ont été chaffez
de Normandie , ou qu'ils y font re-
» venus à main armée . Le Schifme de.
» Henri VIII . lui a enlevé beaucoup de
» Terres & de Domaines qu'elle poffe
>>
doit en la Grande Bretagne & dans les
» Ifles , & Guillaume le Geay qui l'a
poffedée en Commande pendant plus.
» de 80. ans , en a laillé perdre & dif-
» fiper la plupart des droits , & ruiner
» tous les bâtimens . M. Charles - François
de Lomenie de Brienne , Evêque
de Coutances , fic venir des Chanoines
Reguliers du Diocéfe de Rouen , &
» de la reforme de M. Moulin vers l'an
» 1687. L'Abbé de Cherbourg a deux
» Baronies , & eft Seigneur Haut- Jufti-
❤cier , & c.
La Veuve d'Urbain Couftelier , Quay
des Auguftins , à Paris , a mis en vente
un grand in folio Latin , contenant les
douze Livres de Quintilien , de l'Inftitution
de l'Orateur , revus & corrigez
en plufieurs endroits , accompagnez de
Notes choifies , tirées de divers Interpre
& de nouvelles Obfervations
Pon éclaircit les Paffages les plus diffisiles
de Quintilien, & où l'on établit la ve
tes
оц
· ritaAVRIL.
1726. 747
ritable fignification des termes de l'art ,
tant Grecs que Latins. Par Claude Capperonnier
de Mont- Didier , Licentié en
Theologie , de la Faculté de Paris , &
Profeffeur Royal en Langue Grecque .
LES VIES de plufieurs Hommes illuf
tres & grands Capitaines de France , depuis
le commencement de la Monarchie
jufqu'à prefent , avec des Portraits . A
Paris , au Palais , chez le Gras , 2. vol .
in 12 .
TRAITE des moyens Canoniques
pour acquerir & conferver les Benefices
& Biens Ecclefiaftiques , &c. Par M.
Duperray, ancien Bâtonnier de Meffieurs
les Avocats. A Paris , au Palais , chez
P. Aug. Paulus du Mefnil. 1726. in 12 .
METHODE très-aifée pour apprendre
l'Ortographie par principes , à ceux ou
celles qui n'ont pas étudié le Latin , &
utile aux perfonnes qui ont la connoiffance
des Belles - Lettres , par le fieur
JACQUIER , un vol. in 12. de 232. pages.
A Paris , chez Joffe , ruë S. Jacques,
Theodore le Gras , au Palais , &
Pißot , Quay des Auguftins. 1726. le
prix eft de cinquante fols , relié en veau .
Tout ce qui eft contenu dans cet Ou
Fij vrage,
748 MERCURE DE FRANCE. -
vrage , dédié à Mademoiſelle de Baujolois
, convient parfaitement à fon titre ;
car tout nous y a paru clair , aifé , & ap,
puyé fur les meilleurs principes ; enforte
que nous pouvons allurer , après M. de
Fontenelle , fon Approbateur , qu'une
pareille Methode ne peut qu'être utile
au Public .
ANATOMIE du corps humain , avec
des Rémarques utiles aux Chirurgiens
dans la pratique de leurs operations . Enrichie
de Figures en taille- douce , par
M. JEAN PALFIN , Chirurgien Juré Anatomiſte,
& Lecteur en Chirurgie à Gand,
2. vol. in 8. 7. liv . A Paris , chez Cavelier
, fils , ruë S. Jacques .
NOUVEAUX MEMOIRES des Miffions
de la Compagnie de Jefus dans le Levant.
A Paris , chez le même Libraire ,
1725. in 12. de 291. pages ,
J
ANCIENNE ET NOUVELLE DISCIPLINE
de l'Eglife touchant les Benefices & les
Beneficiers. Par le R. P. Louis Thomaf
fin , Prêtre de l'Oratoire. Nouvelle Edition
, revûë , corrigée & rangée ſuivant
l'ordre de l'Edition Latine , avec les augmentations.
A Paris , Quaydes Auguftins,
chez Montalan . 3. vol. in folio.
R&
AVRIL 1726. 749
RELATION DU MIRACLE , arrivé le 31.
Mai 1725. jour de la Fête du S. Sacrement
, à la Proceffion de la Paroiffe de '
Sainte Marguerite , au Faubourg de
S. Antoine , à Paris , en la perfonne
d'Anne Charlier , femme de François de
la Foffe , Maître Ebeniste , dreffée fur
les procès verbaux de l'Officialité de Paris
, & contenant toutes les circonftances
intereffantes de ce grand évenement.
Publiée par permiffion de fon E. M. le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris. A Paris , chez François Babuty :
ruë S. Jacques , 1726. Brochure in 4.
Nous avons déja donné l'Extrait du
Panegyrique , que M. l'Abbé Defcors
prononça le jour de S. Louis . Une perfonne
d'une grande confideration a exigé
de cet Abbé une copie de la Priere
qu'il fit pour le Roi à la fin de fon Difcours
, & on nous l'a envoyée telle que
nous l'inferons ici .
>> Grand Saint , le Pere de nos Rois:
» nous vous adreffons nos voeux pour
>> notre jeune Monarque. Que les vertus
» chrétiennes donnent le plus beau luf-
» tre à fes qualitez royales ; fon coeur
» eft exempt de paffions , tout eft à ef-
» perer ; fes guides font les mêmes genies
» qui ont veillé à fon éducation , fa gloi-
Fiij » re
eſ750
MERCURE DE FRANCE.
» re eft affurée ; veuillez attirer fur fuf
» les dons du Très haut , & fes nobles
penchans tourneront à notre felicité ,
» & fes penibles exercices feront l'ap
prentiffage de fon heroïfme : votre interceffion
, grand Saint , fera renaître
» les jours heureux de votre Regne ; le
» Prince qui nous commande & que
» nous aimons , eft celui de vos petits-
» fils , qui peut le mieux vous reflem-
» bler , déja il vous imite dans le choix
» d'une Epoufe ; la Princeffe Margueri
» te de Provence allioit en fa perfonne
» les dons de la beauté & de la naiffance,
» mais ils ne fixerent pas vos regards ,
>
elle vous plut par fon éducation chré-
» tienne , & par fa vertu exemplaire ; la
» Princeſſe Marie ajoûte à la fplendeur
d'une illuftre & ancienne origine les
» graces du corps , & les agréemens de
» l'efprit. Notre Monarque préfere à tou-
» tes ces qualitez le merite de fa noble
" modeftie , & de fa folide pieté ; vous
fiftes plus d'état des douceurs d'une
» union que la Religion confacre , que
»des avantages d'un Mariage utile : votre
augufte Petit- Fils eftime que les richeffes
valent moins que les fruits d'une
alliance , que le bonheur de l'Etat exi-
"ge ; ce que les Hiftoriens difent de la
» fille du Comte de Provence la Re-
>
nomAVRIL,
1726. 75 *
nommée le publie de la fille du Roi
Staniflas , les rapports font les mêmes ,
les benedictions du Seigneur feront
» femblables ; votre continuelle protec
tion , grand Saint , fur le Roi , fur la
» Princeffe , garentit toutes nos efperan
»ces ; ils vivront , votre pofterité fe
perpetuera ; ils fe fanctifieront , la fou .
» miffion à la foi fera leur éloge ; ils ac-
» créditeront les exercices de la Reli-
"gion , & le Dieu des mifericordes les
» couronnera dans l'éternité , & c.
>>
M. Meynier a fait imprimer la ma
niere de fe fervir du Calendrier qu'il a
inventé , & fait graver fur un Portecrayon
; il la rend très - intelligible par
les exemples qu'il donne de toutes les
operations qui fe font fur ce Calendrier;
de maniere que tout le monde pourra
fort facilement en apprendre l'ufage de
foi- même. Ce Porte crayon a quatre
pouces de long fur trois lignes de diametre
, il eft limé à huit faces égales
il renferme un compas d'un côté , les di
vilions qui font fur les faces fervent à
trouver avec le compas le jour du mois ,
en connoiffant le jour de la Semaine , ou
le jour de la Semaine en connoiffant le
jour du Mois , pendant l'efpace de 56.
années , avec la même précifion que dans
F iiij
un
752 MERCURE DE FRANCE.
un Calendrier ordinaire ou Alinanach ,
c'est -à - dire , que lorsqu'on doute du jour
du Mois . de fix ou fept jours devant ou
après , pourvû que l'on fçache feulement
dans quel jour de la Semaine on eſt , on
trouve précifément le jour du Mois pour
le jour de la femaine connus ou requis ,
l'on détermine de même le jour de la
Semaine pour le quantiéme de quel Mois
que ce foit dans toutes les années depuis
1724. jufques en 1780. on y trouve auffi
l'âge de la Lune pour tous les jours du
Mois , pendant tout le temps des années
qui yfont notées , coinine lorfqu'on veut
fçavoir l'âge de la Lune pour le jour
courant , ou pour quelque autre jour que
ce foit des mêmes années. On y trouve
auffi les Fêtes Mobiles pour les mêmes
années , avec l'heure du lever & celle
du coucher du Soleil pour tous les jours
de l'année à perpetuité . Outre que cet
inftrument eft fort curieux , il eft trèsutile
à bien des perfonnes par fes uſages
, il n'eft d'aucun embarras à ceux qui
portent un Porte - Crayon , parce qu'il
n'en groffit point du tout le volume . Le
Roi a voulu en avoir un en or , que
M. Meynier a eu foin de divifer , il a
eu l'honneur d'en préfenter à la Reine
& aux Princes du Sang , qui ont bien
voulu les agréer , & comme le Public
cft
AVRIL 1726. 753
eft fort empreffé d'en avoir, il s'eft donné
la peine d'apprendre la maniere de les faire
au fieur Baradelle , faifeur d'Inftrumens
de Mathématique , à l'enfeigne de l'Obfervatoire
, fur le Quay des Morfondus,
à Paris ; & afin que le Public ne foit
foit pas trompé par des fauffes copies.
qui pourroient l'en dégouter , n'étant
pas exactes , & n'étant pas aifé de copier
bien précisément un Ouvrage auffi
délicat , fans en connoître la conftruction,
qu'il n'a donnée qu'au fieur Baradelle ,
en l'obligeant de n'en débiter aucun fans
le lui donner à examiner , afin que tous
ceux qu'il débitera foient exempts de la
moindre faute , il a auffi figné de fa main
tous les imprimez , pour en apprendre
l'ufage , lefquels imprimez le fieur Baradelle
contrefignera en les livrant aux
perfonnes qui lui acheteront des Porte-
Crayons i les donnera au plus jufte
prix , & en toutes fortes de Langues
pour les Etrangers ; il mettra ce même
Calendrier dans toute forte d'étuis de
Mathématique, quand on le voudra.
FY Def
74 MERCURE DE FRANCE
Defcription d'une Pendule qui marque
Le temps urai , avec la difference du
temps vrai au temps moyen , inventée
par Monfieur Meynier.
Le centre du Cadran de cette Pendule
reprefente le Pole Arctique , & fa
plus grande circonference reprefente l'Equateur
, où font marquées les heures ,
les degrez , avec les figures des douze
Signes du Zodiaque , font marquées dans
une autre circonference . L'intervalle de
puis l'Equateur jufques au centre renferme
les figures des conftellations du
tour du Pole Arctique , avec les principales
étoiles qui compofent les mêmes
conftellations , les degrez de déclinaifon
du Soleil font márquez fur le même
Cadran. Les Septentrionaux font diſtinguez
des Meridionaux . Il y a un petit
Soleil fur ce Cadran , qui parcourt les
douze Signes du Zodiaque dans l'efpace
d'une année. Il marque les heures & la
déclinaifon du Soleil jour par jour.
Il y a auffi une petite Lune qui parcourt
le même Zodiaque , & qui marque
par un rayon dans une autre circonference
, fa conjonction , fon oppofition
, & fon âge , non feulement jour
par jour , mais même heure par heure ;
AVRIL 1726. 755
=
ce même rayon marque pendant toute.
l'année fur le cercle des heures , la même
heure que la Lune dans le Ciel marque
à nos Cadrans folaires ; de forte
qu'on voit continuellement à cette Pendule
t'heure folaire & l'heure lunaire p
on y voit de même dans quels degrez
du Zodiaque ces deux Planetes fe trouvent
, la Lune y paroît toujours fur un
Ciel étoilé. -
Le Meridien & l'Horizon y font re
prefentez en croiffans & angles droits ,
on y voit à tout moment le Dedre du
Zodiaque qui paffe par notre Meridien ,
tant deffus que deffous notre Horifon
& par confequent l'heure du paflage
d'Ariés par le même Meridien pour tous
les jours de l'année.
Toutes les Etoiles qui font fur ce Planifphere
, qui forment les conftellations
du tour du Fole Arctique , y paffent par
le Meridien dans le Ciel. Le centre du
Soleil s'y trouve au bord de l'Horifon
tous les jours de l'année , tant pour fon
lever que pour fon coucher , à la même
heure que le Soleil dans le Ciel commence
à paroître fur notre Horifon , ou
à en difparoître , on peut l'ajufter pour
les latitudes depuis l'Equateur jufques à
55. degrez tous les jours de l'année , &
outre cela l'Horifon marque à tout mo
F vj ment
756 MERCURE DE FRANCE :
ment l'heure du lever & celle du coucher
du Soleil , de même que la difference
de l'arc diurne à l'arc nocturne ,
que le Soleil décrit tous les jours de
Fannée ; & pour concevoir combien la
conftruction de tous ces differens mouvemens
doit être fimple & naturelle ,
on n'a qu'à faire attention , que toute la
machine vatrès - bien avec onze onces de
poids feulement. On continuera de donner
dans la fuite la defcription des autres
Ouvrages du même Auteur avec la
conftruction pour l'Echapement qu'il a
inventé à cette même Pendule , qui fera
fans doute très - utile au Public .
Nouvelle Pendule d'Equation , portée
au point de perfection , dans la plus
grande fimplicité où elle puiffe être.
THIOUT , Maître Horloger à Paris,
qui a imaginé ci devant deux differentes
conftructions de PENDULES pour marquer
le Temps vray , lefquelles ont été
approuvées par Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences , en a inventé une
troifiéme , qu'il a executé d'une maniere
plus fimple & moins compofée qu'aucune
qui ait parû jufqu'à prefent. Elle marque
concen riquement fur un feul CADRAN
les heures , minutes , & fecondes du
Temps
AVRIL 1726. 757
Temps vrai , & du Temps moyens c'eſtà-
dire , que les aiguilles deftinées pour
marquer l'heure vraie retardent uniformement
, ou avancent tous les jours de
l'année d'autant de fecondes que le Soleil
, fuivant précisément l'Equation ; de
forte qu'elle fait voir à tous momens
l'heure , les minutes , & les fecondes du
temps prefent , & par un demi- cercle
mobile on connoît la quantité de l'Equation
, fans être obligé de la compter
par les aiguilles , ce qui ne le trouve dans
aucune autre .
Cette nouvelle Horloge eft d'une
grande utilité , en ce que d'un coup
d'oeil
on connoît diftinctement l'heure vraye ,
l'heure moyenne dans toutes fes parties.
Les Sçavans l'approuvent principalement
à caufe de fa fimplicité , de fa précifion
, & de la facilité de fa conftruction
, comme il paroît par le Certificat
de Meffieurs de l'Académie Royale des
Sciences du 10. Fevrier 1726 .
Ledit THIOUT demeure à prefent ruë
de Gefures , près le grand Châtelet.
Le fieur la Couruide , demeurant à Paris
, rue des Lombards , vis à - vis la rue
de la vieille Monnoye , enfeigne par de
nouvelles Methodes l'Arithmetique , les
Changes Etrangers , les Arbitrages
&
758 MERCURE DE FRANCE :
& les Ecritures en parties doubles &
fimples , fuivant ce qui fe pratique pour
les Finances , Banque , & Marchandifes
.
Ces Methodes font fi courtes , fi faciles
, & fi inftructives , qu'il fe fait fort
de donner en moins de trois mois une
entiere connoiffance de cette Science , à
une perfonne qui voudra s'y appliquer,
quand même le fujet n'auroit aucune
idée des caracteres de l'Arithmétique ;
elles font en même temps fi claires & fi
naturelles , qu'il ne paroît pas poffible
de les oublier , encore que faute d'exercice
on fut un temps confiderable fans
les pratiquer.
Comme le fieur la Couruide travaille
actuellement à compofer un Ouvrage
, avec lequel on pourra apprendre
facilement , fans aucun autre fecours , ce
que deffus , il prie ceux qui ont des cas
particuliers , foit en matiere de Finances
, Banque , ou Marchandifes , de lui
en faire part. Toute fon application étant
de fe rendre utile au Public ; il donne
gratuitement , & avec plaifir , des éclaiciffemens
fur les parties difficultueufes
lorfqu'on lui fait l'honneur de les lui
pofer. Il prend Penfionnaires .
pro
Le fieur Albutenort , Banquier Anglois,
AVRIL. 1725. 759
glois , établi depuis long -temps à Rouen,
a reçu d'Angleterre une Lunette par reflexion
, dont les Verres font de métal.
Cette Lunette a été conftruite fur le modele
que M. Newton en a donné , dont
on trouve la defcription dans le Journal
des Sçavans du mois de Mars 1672. &
dans fon excellent Traité d'Optique. Elle
n'a que deux pieds de longueur. Le
fieur Albutenort a communiqué cette Lunette
à Meffieurs Caffini & Maraldi , qui
l'ont comparée aux Lunettes ordinaires
de differentes longueurs , & ils ont trouvé
qu'elle fait le même effet qu'une Lunette
ordinaire de 8. ou 9. pieds.
Un Laboureur de 16. lieuës de Paris
, âgé d'environ 40 ans , homme de
bon fens , & qui s'exprime bien à fa maniere
, préfenta fur la fin du mois dernier
à l'Académie Royale des Sciences,
une Machine de fon invention , propre
à labourer la terre par le fecours du
vent. Elle fut trouvée fimple & très-ingenieufe
: on croit qu'elle pourra fervir
au moins dans les terres legeres . Meffeurs
d'Ons - Enbray & de Reaumur ,
de la même Académie , ont été nommez
Commiffaires pour l'examiner.
Les deux Places d'Honoraires de l'Académie
760 MERCURE DE FRANCE.
cadémie Royale des Infcriptions & Bel-
-les - Lettres , vacantes par la mort de M.
Bignon , ancien Prevoft des Marchands,
& le Pelletier de Soufy , ont été remplies
par M. le Maréchal d'Eftrées , &
par M. l'Evêque de Metz .
Le College d'Harcourt a été choifi
pour y placer la Bibliotheque de l'Univerfité
, en attendant qu'on ait conftruit
un endroit commode pour cette Bibliotheque
, à laquelle le Roi a accordé un
Exemplaire de chaque Livre qu'on imprime
dans le Royaume.
. On affure que le Roi de Sardaigne
eft en marché pour acheter la belle Bibliotheque
de la Maiſon Conti qui eſt à
Rome , & qui a été enrichie par les Papes
& par les Cardinaux de cette Maifon
, pour en faire prefent à l'Univerfité
de Turin.
On mande de Rome , que la Marquife
Petronille Paolini - Maffimi , veuve du
Marquis François Maffimi , mort en 1707.
à Ferrare , où il commandoit les Troupes
du S. Siege , mourut le 3. Mars en la 63 .
année de fon âge ; c'étoit une Dame d'un
grand merite , d'une érudition finguliere,
AVRIL 1726. 761
re , & aggregée dans plufieurs Académies
d'Italie .
LE
Affaires du Palais .
>
fon
E Mardi 19. Fevrier il fut jugé à
l'Audiance du Grand Confeil une
grande affaire , entre le Comte de Taillebourg
, fils du Prince de Talmont , &
Madame la Ducheffe de Richelieu , &
Madame Bouchu , tantes & heritieres de
feu M. Rouillé , Comte de Meflay , Introducteur
des Ambaffadeurs auprès de
Sa Majesté. Il s'y agiffoit de fçavoir fi
un Codicile fait il y a quelques années
par M. Rouillé de Meflay , pere du
Comte, & dont il avoit ordonné par
teftament , qu'on ne feroit l'ouverture
qu'en cas que fon fils vint à mourir fans
enfans , feroit executé. Le cas prévu
étant arrivé , le Codicile a été ouvert ;
fubftitution de biens
montant à près de 30000. livres de rente
au profit du fils de M. le Prince de
Talmont. Les heritiers ayant conteſté,
cette fubftitution , elle a été confirmée
par l'Arreft du Grand Confeil , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat
General Dobi , qui parla dans cette
affaire avec beaucoup d'éloquence penil
contenoit un
dant
762 MERCURE DE FRANCE .
dant les deux dernieres Audiences.
Le Vendredi 1. Mars , il a été rendu
un Arreſt important à l'Audience de la
Cour des Aides , entre M. & Madame
Billard de Lauriere , Seigneurs de Charenton
, & les Freres de la Charité établis
au même lieu. Le fujet étoit , que
M. & Madame de Lauriere ayant fait
conftruire des murs & des barrieres , &
pofer des pieux dans le bras de la Riviere
de Marne , qui coule le long de leur
Seigneurie , les Freres de la Charité les
firent affigner en 1720. aux Requêtes
du Palais en dénonciation de nouvel auvre.
M. & Madame de Lauriere , prétendant
que cette affaire devoit être portée
à la Cour des Aydes , y obtinrent un Arreft
, qui fit défenfes aux Freres de la
Charité de faire pourfuites ailleurs. Cet
Arreft fut fignifié le 24. Octobre 1720.
à leur Procureur , qui nonobftant cette
fignification obtint le lendemain une
Sentence par défaut aux Requêtes du
Palais , portant permiffion de démolir les
nouveaux ouvrages. Les Freres de la
Charité ne firent fignifier cette Sentence
que le 29. Octobre. Dès la nuit fuivante
ils firent la démolition à main armée ;
ce qui donna lieu à une plainte , & à une
?
proAVRIL
1726 .
763
procedure criminelle de la part de M. &
Madame de Lauriere , dont l'appel interjetté
par les Freres de la Charité fut
porté à la Tournelle.
Avant que de faire juger cet appel ,
les Parties formerent un reglement de
Juges entre la Cour des Aydes & les Requêtes
du Palais , & par Arreft du Confeil
du 24. Juillet 1724. l'affaire fut renvoyée
à la Cour des Aydes , où l'Inftance
criminelle ayant été dans la fuite évoquée
, les charges & informations y furent
renvoyées par le Parlement.
M. & Madame de Lauriere prétendi
rent alors qu'on devoit , avant que de
plaider le fond , ordonner leur réintegrande
, c'est- à- dire , la réconftruction
des ouvrages démolis ; ainfi ayant été
décidé par Arreft du 1. Aouft 1725.
qu'on ne plaideroit que fur la demande
en réintegrande , elle a été feule l'objet
d'une plaidoirie de plufieurs Audiences ,
après laquelle il a été ordonné par
l'Arreft
du 1. de ce mois , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
le Nain , que les Freres de la Charité
feroient tenus de faire rétablir les murs ,
barrieres , pieux & Tourniquets auffi
folides qu'ils l'étoient , & que les
Prieur & Souprieur , tant à leur nom ,
qu'au nom de toute leur Communauté
fe
764 MERCURE DE FRANCE
fe tranfporteroient au Greffe de la Juſtice
Seigneuriale de Charenton , & y dépoferoient
un Acte figné d'eux , par lequel
ils reconnoîtroient que dans tout ce qui
s'étoit paffé , ils n'avoient point eu intention
de faire injure à M. & Madame de
Lauriere , & qu'ils en étoient fâchez , &
ils ont été condamnez en tous les dépens
des inftances Civiles & Criminelles .
fes
Le Mercredi 3. de ce mois , il a été
rendu un Arrêt à l'Audiance de la Grand'-
Chambre pour un fait affez fingulier.
Paul du Halde , Marchand Jouaillier à
Paris , étant mécontent dé la focieté des
hommes en general , & en particulier de
parens & de fes amis , prend le parti
de contracter une focieté avec Dieu , &
en tranſcrit les conditions fur fon Journal
, en promettant & faifant van d'en accomplir
tous les Articles . Il fixe tout fon
bien à 3000, piaftres , monnoye d'Efpagne
, valant 15000. livres monnoye de
France ; il en fait le fonds de la focieté ,
qui a pour objet le commerce des pierreries
; elle doit durer cinq ans , commencer
au premier Octobre 1719. & finir au
premier Octobre 1724. Il s'engage de
dire tous les matins le Veni Creator , de
ne contracter pendant cet intervalle aucune
autre focieté , fi ce n'eft avec une
femme en fe mariant . Il ftipule qu'il préleveAVRIL
1726. 765
levera fur le profit de la focieté , 1 ° . les
15000.liv.de fonds , 2 ° . la dot de fa femme
, au cas qu'il fe marie , 3 ° . les fucceffions
qui lui échéront pendant la focieté
, après quoi l'excedent fe partagera entre
Dieu & lui.
Il part auffi -tôt pour Madrid , où il
arrive le 12. Octobre 1719. le fuccès répond
à fes efperances ; il revient en France
dans le deffein de ne plus quitter fa Patrie.
Il s'y marie au mois de Janvier 1722 .
fa femme lui apporte en dot 3000o . liv .
en deniers comptans . La mere de du Halde
meurt au mois de Septembre fuivant,
& il recueille fa fucceffion . Le 20. Mai
1723. il naît un fils de fon mariage.
Pendant la focieté , il prend fur les
fonds en differens temps près de 250co .
hv. qu'il déclare fur fon Regiftre avoir
diftribué aux Pauvres à compte de leur
part dans la focieté.
la
Le premier Octobre 1724. jour que
focieté devoit finir , il folda le compte
des Pauvres mais comme une partie de
fes pierreries étoit en Efpagne , il fe contente
de mettre dans des paquets celles
qu'il avoit alors , & y met cette infcription
, Moitié avec les Pauvres . Il termine
le compte en ces termes ; Malheur &
malediction à mes heritiers , tels qu'ils
foient, qui fous quelque prétexte que ce
puiffe
766 MERCURE DE FRANCE.
puiffe être , ne donneroient pas aux Pauvres
la moitié de ce qui proviendra de
tous les fufdits Articles de pierreries , fi
Dieu difpofoit de moi avant que j'y euffe
fatisfait par moi-même ; encore que mon
bien fe trouvât par quelque évenement extraordinaire
, réduit à la feule fomme qui
leurferoit duë , puifqu'elle doit être confi
derée comme un dépoft , qu'il faut indifpen
Sablement rendre.
Le 1. Janvier 1725. il fait huit billets
dé 1000. liv. chacun , payables d'année
en année jufqu'en 1732. au fieur Badavart
, Vicaire de S. Germain l'Auxer
rois , ou à fon ordre , pour être employez
en oeuvres pieuſes ; relativement , dit - il
à l'Article paffé de ce jour au journal de mes Livres.
Etant peu de jours après tombé malade
il fait fon Teftament le 14. du même
mois de Janvier , par lequel après
quelques pieufes difpofitions , il déclare
que fur les livres il y a plusieurs Articles,
qui font mention de chofes qui interreffent
les Pauvres il prie fon Executeur Teſtamentaire
d'examiner ces Articles avec tou
te l'exactitude poffible , & de les faire executer
dans toute leur étenduë.
Il meurt deux mois après , & laiffe fa
veuve mineure , & fon fils en très -bas
âge. Le Bureau de l'Hôpital general ayant
cu
AVRIL 1726. 7 767
voya
eu avis des difpofitions du Teftateur , endeux
des Administrateurs pour proceder
à l'eftimation des pierreries qui fe
trouvoient dans fa fucceffion ; la moitié
qu'ils prétendirent pour les Pauvres, monta
à la fomme de 1888 8. liv. & ils firent
affigner l'Executeur Teftamentaire & le
Tuteur de la veuve & du fils , pour être
condamnez à leur payer cette fomme , ou
à leur remettre la moitié des pierreries .
Le Tuteur contefta cette demande , 1º..
fur ce que la prétendue focieté n'étoit
point valable en foi ; parce qu'on ne ftipule
point avec Dieu , qu'il n'y avoit
point d'obligation de la part de Dieu , &
qu'il ne pouvoit y en avoir ; 2°. fur ce
que cette focieté n'étoit point obligatoire
par la religion du vou ; parce que la fi
gnature eft fuivant l'Ordonnance de 1667 ,
de l'effence du vou tant folemnel que
fimple , & que du Halde n'avoit point
figné ce qu'il qualifioit veu , qu'ainfi ce
n'étoit qu'un voeu mental , qui ne formoit
point d'obligation , ni au for interieur ,
ni au for exterieur ; 3. que la focieté
ne pouvoit pas valider à titre de legs en
vertu du Teftament , parce que le Teftament
étoit relatif à la focieté , & ne faifoit
que la confirmer , & qu'une confir
mation ne donne point un nouveau droit ;
4º, fur ce qu'en fuppofant la focieté valable,
768 MERCURE DE FRANCE .
Jable, l'Hôpital General ne pourroit prétendre
que le quart du profit de la focieté
, le gain des pierreries s'étant fait pendant
la Communauté de du Halde avec
fa femme , à laquelle par confequent il
en appartiendroit la moitié . Et enfin fur
ce qu'en faifant un compte avec les Pauvres
, il ne leur pourroit rien revenir de
cette focietés parce qu'il n'y reſteroit
rien , après avoir prélevé fur les effets
qui la compofoient , ou ,pour mieux diré,
fur tous les biens de du Halde , fuivant la
ftipulation qu'il en avoit faite lui- même
dans ce qu'on appelle fon traité de focieté
, 1 ° . les 15000. liv. qu'il y avoit mis,
2º. les 30000. liv . de la dot de fa femme
, 3. la fomme de 7022 6. livres qui
lui étoit échuë pour fa part dans la fucceffion
de fa mere .
On répondoit de la part de l'Hôpital
General , que la focieté contractée avec
Dieu par du Halde , n'étoit autre chofe
qu'un vou d'affocier les Pauvres aux
gains qu'il feroit dans fon commerce ;
que ce voeu n'avoit rien de temeraire ni
d'inconfideré ; que l'ordonnance n'exerçoit
pas fon empire fur un pareil vou ,
& que les loix humaines ne déterminoient
point la forme , dans laquelle il
eft permis , même ordonné aux Chrétiens
de faire des aumônes ; que l'engageAVRIL
1726. 76.9
gement du défunt avoit paffé jufqu'à fes
heritiers ; que fon intention étoit marquée
fans équivoque dans fon Journal ,
dans fes Regiſtres & dans fon Teſtament ;
que du Halde avoit de fon vivant foldé
le compte de ce qui re venoit aux Pauvres;
qu'il avoit déclaré que leur part n'étoit
plus à lui , qu'il n'en étoit plus que dépofitaire
, qu'il falloit le rendre indifpenfablement
, & qu'il en avoit chargé fes
heritiers ; que la priere qu'il avoit faite
à fon Executeur Teftamentaire , étoit un
ordre , & fon Teftament un Acte difpofitif,
& non pas feulement confirmatif ,
puifqu'il avoit déclaré qu'il vouloit que
Faumône par lui faite fût executée dans
toute fon étenduë ; que le défunt ayant
fait par lui- même le compte entre les
Pauvres & lui , le Tuteur de fa veuve
& de fon fils , n'étoit pas recevable à demander
à en faire un nouveau ; que les
déductions par lui propofées étoient imaginaires
, puifque lors du compte fait par
le défunt , il avoit prélevé les 15000.
liv.qui avoient formé le fonds de la focieté
, & qu'il étoit tellement vrai qu'il
avoit pareillement prélevé la dot de fi
femme , & fa part de la fucceffion de fa
mere ; qu'indépendament des pierreries ,
dont les Pauvres avoient moitié , il
avoit dans fa fucceffion de quoi payer
G
y
cette
770 MERCURE DE FRANCE.
par
cette dot , & remplacer le bien qui lui
étoit venu de fa inere. Enfin que la veuve
n'avoit point fujet de fe plaindre , &
que fes interêts n'avoient fouffert aucun
préjudice de la focieté faite fon mari ;
parce que les gains de cette focieté étoient'
anterieurs à fon mariage , ayant été faits
en Espagne , & qu'il ne s'étoit déterminé
à fe marier à fon retour , que quand il
s'étoit vû audeflus de fes affaires ; que
d'ailleurs le mari étant le maître de la
Communauté , il lui étoit libre d'en dif-
Giper les effets fuivant fa volonté , fans
que la femme fût en droit de s'y oppofer;
& que s'il étoit en ce cas permis au mari
d'être diffipateur , il ne pouvoit lui être
deffendu d'être charitable.
Sur ces raifons , le Parlement a conformément
, aux Conclufions de M. l'Avocat
General Dagueffeau , ordonné que
le Teftament feroit executé ; en confequence
a condamné le Tuteur de la veu
ve & du fils de du Halde à remettre aux
Adminiftrateurs de l'Hôpital General la
moitié des pierreries , fi mieux il n'ai
moit leur donner la fomme de 8000. liv,
en argent comptant.
3
CHAN
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air a Bo
Grav
m
AVRIL. 1726 . 771
S
CHANSON.
'il étoit une mer de ce Nectar divin ,
Amis , pour les mortels , quel charmant
avantage?
Qu'on verroit de Buveurs & d'Amans à la
nage
Se fubmerger fous les flots de ce vin.
M
Pour moi , malgré l'horreur des vents & de
l'orage ,
Plutôt que de quitter un fi doux Element ,
Le plus prochain naufrage
Seroit le plus charmant.
kakakakakak
SPECTACLES.
E 2. de ce mois , les Comediens Fran
Lois
à
çois reprefenterent à la Cour la Tragedie
d'Attalie , du celebre Racine , &
la Comedie du Babillard de M. de
Boiffi
Le 4. les Comediens Italiens y jouerent
l'Italien marié à Paris , le S Lelio
Gij qui
772 MERCURE DE FRANCE,
qui joue le principal rôle , eft Auteur de
cette Piece.
Les François y reprefenterent le 4. la
Comedie de l'Esprit follet , & celle de
Crifpin Medecin.
Le 6. les mêmes Comediens donnerent
à Paris pour la clôture du Théatre , la
Tragedie d'Attalie & la Comedie des Fo-
Lies amoureuses , avec un grand concours,
Les Italiens reprefenterent le même jour
la Veuve à la mode & le Tour du Carnaval
.
EDIPE , Tragedie nouvelle , par M.
de la Mothe, de l' Academie Françoife.
Extrait.
ACTEURS.
Edipe , le S Quinaut du Frefne.
Jocafte , la De Duclos .
Eteocle , la Dle de Seine , en homme.
Polinice , la Dlle Labate , en homme.
Polemon , le Sr Baron.
Dimas , le Sr le Grand , fils.
Phoedime , la Dle Jouvenot.
Le Scene eft dans le Palais des Rois de
Thebes.
S
I l'on doit juger de la bonté d'un ſujet
par le defir qu'il infpire de le traiter,
on ne peut difconvenir que celui d'Edpe
A V RIL 1726. 773
pe ne foit des plus propres à être mis fur
la Scene. On compte jufqu'à dix- neuf
Tragedies de ce nom , dont nous en
avens vû quatre depuis Corneille. De ces
quatre , trois ont été reprefentées avec
fuccès fur notre Theatre & l'autre n'a
été qu'imprimée. Il faut rendre cette juf
tice à M. de la Mothe , qu'il s'eft ouvert
une route toute nouvelle dans la fienne,
& qu'il s'eft , pour ainfi dire , approprié
un fujet, commun à tant d'autres .
Voici quelle eft fa Fable.
Jocafte menacée par les Dieux de mettre
au jour un fils qui feròit meurtrier de
fon pere, & qui entreroit dans le lit de
fa mere , prit le parti de le faire expofer,
pour éviter le parricide & l'incefte ; elle
chargea d'un foin fi cruel une femme appellée
Phædime , dont la fidelité lui étoit
connue. Cette femme prête à executer
les ordres de fa Reine , en fut détournée,
par les prieres d'un Berger appellé Polemon
, qui la conjura de lui remettre
cet enfant ; elle n'y confentit qu'à peine ;
mais ayant appris que Polemon alloit en
Theffalie , où il étoit né , elle fe perfuada
que
la diſtance des lieux fuffiroit pour
mettre obſtacle à
l'accompliffement de la
menace des Dieux , dont on la fuppofe
inftruite. Elle remit donc l'enfant entre
les mains de Polemon , & revint aflurer
G iij Jo774
MERCURE DE FRANCE.
;
la
Jocafte de la mort de fon fils , pour
calmer fur l'avenir dont elle étoit menacée.
Polemon emporte l'enfant en Teffalie
, & l'éleve comme fon fils . Ce Prince
, crû Berger , dès que la raifon commença
à l'éclairer , fentit quelque chofe
au- deffus de l'état obfcur où les Deftins
Pavoient placé il fut reveillé par le
bruit des Exploits d'Alcide & des autres
Heros de fon temps ; il refolut de marcher
fur les pas de ces grands hommes ;
il brava même les malheurs & les crimes
que lui annonçoit un Oracle qu'il
interrogea fur le point de partir , il fe
déroba de Polemon ; & après quelques
actions d'éclat qui illuftrerent le nom
d'Edipe qu'il prit , il délivra Thebes du
Sphinx qui la ravageoit ; il fut placé fur
le Trône qui devoit être le prix du vainqueur
, il fe fit aimer de la veuve du
Roi , auquel fa valeur le faifoit fucceder
; il l'époufa , & en eut deux enfans .
Le temps de la vengeance des Dieux
étant arrivé , ils annoncerent leur colere
par une pefte qu'ils répandirent fur les
Thebains : Apollon s'apparût à Edipe ,
ou du moins il crut avoir vû ce Dieu &
l'avoir entendu ; il lui annonçoit que
Thebes ne feroit jamais délivrée du fleau
qui la faifoit perir tous les jours , fi le
fang de fon Roi ne défarmoit la celefte
coleAVRIL
1726. 773
que
tolere. 11 ne balança point à donner fon
Tang pour fon Peuple , & il étoit prêt à
s'immoler , quand le Grand- Prêtre fit
entendre qu'il falloit que ce fut un fils
de Jocafte qui fut facrifié. Cet Oracle
lui parut s'accorder avec ce qu'Appollon
lui avoit annoncé , puifque le fang d'un
de fes enfans étoit le fien même ; mais la
vie de fes enfans lui étant plus chere
la fienne , il ne fut pas fi prompt à former
la refolution d'en trancher le cours ;
il voulut implorer pour eux la clemence
des Dieux irritez , & le dernier Oracle
lui faifant entendre que l'impunité du
meurtre de Laïus , fon Predeceffeur , étoit
le motif de la colere des Dieux ; il crut
qu'ils pourroient s'appaifer , fi l'on vengeoit
les Manes de ce Roi. Cependant
on ne fçavoit fur qui les venger. Un fujet
de Laïus , feul témoin de la mort de fon
Maître , avoit rapporté , qu'il avoit été
devoré par un lion . Ce fujet , qui s'appelloit
Iphicrate , s'étoit retiré dans un
défert après ce trifte évenement . Jocafte
& Edipe le foupçonnerent de menfonge, -
plutôt qu'un Oracle qui annonçoit qu'une
main criminelle avoit donné la mort à
Laïus. Celui qui fut dépêché vers, Iphicrate
, lui ayant fait entendre l'Oracle , &
Iphicrate apprenant par là que tous les
malheurs de Thebes ne venoient que de
G iiij
ce
776 MERCURE DE FRANCE.
ce que la mort de Laïus n'avoit point été
vengée , fit appeller un viellardj qui demeuroit
avec lui , & à qui il confia, pour
en inftruire la Reine , le fecret de ce qui
s'étoit paffé à la mort de Laïus , après
quoi il expira , accablé de remords & de
douleur. Une mauvaiſe honte lui avoit
fait déguifer le meurtre de fon cher Maître
; il avoit été affez lâche pour avoir
recours à la fuite , dans le temps que fon
Roi combattoit contre un inconnu ; & fe
croyant deshonoré de paroître devant fa
Reine fans bleffure , dans le temps qu'il
lui racontoit la mort du Roi de fon époux,
il eut recours au menfonge , & dit que
fon Maître avoit été devoré par un lion.
Cet Iphicrate , dans le nouveau plan de
M. de la Mothe , tient la place du Phorbas
de Sophocle , & de tous ceux qui ont
traité Edipe après ce grand homme ; mais
ce qui fait le plus d'honneur à M. de la
Mothe , c'eft que Polemon dans fa Tragedie
nous tient lieu de deux perſonnages.
Il nous reprefente Phorbas qui l'a
chargé d'apprendre à Jocafte de quelle
maniere & en quel lieu Laïus a été tué,
& il eft ce même Berger à qui Phædime
a remis l'enfant qu'elle avoit expofé par
l'ordre de fa Reine. Polemon arrive auprès
de Jocafte , il lui apprend de la part
d'Iphicrate que Laïus a été tué par un
homAVRIL
1726. 777
homme feul dans un fentier qui fepare
Thebes de Corinthe , il lui conte toutes
les circonstances de fa mort ; ce ne font
là que de foibles indices,& Jocafte n'eſpere
pas pouvoir parvenir par là à une
plus parfaite connoiffance du meurtrier
de Laius. Mais à peine a -t-elle conté ce
fait tel qu'il eft à Edipe , qu'il fe reconnoît
pour le meurtrier de Laïus . Le fentier
qui fepare Thebes de Corinthe , &
où il a combattu autrefois , feul contre quatre,
dont trois font tombez ſous fes coups ,
& le quatrième a pris la fuite , le temps
où cela eft arrivé , le portrait qu'il fait
à la Reine du plus apparent des trois
hommes qu'il a tués , toutes ces circonftances
réunies , ne le laiffent pas douter
un feul moment , non plus que Jocafte , que
ce ne foit lui qui a donné la mort à Laïus.
Cependant le parricide & l'incefte font
encore ignorez , & l'auroient été pour
toujours , fi Edipe fe fut immolé dès qu'il
a appris qu'il étoit la victime que demandoit
la colere des Dieux ; mais ces mêmes
Dieux lui font entendre qu'ils ne
demandent ce fanglant facrifice , qu'après
que ce vieillard qui a commencé a
éclaircir leurs decrets aura achevé de les
juftifier , en mettant au jour ce qui refte
à fçavoir.
En effet , à peine Edipe a-t- il vû Pole-
Gy mon
77
8 MERCURE DE FRANCE .
mon , qu'il le reconnoît pour fon pere;
Polemon lui apprend qu'il n'eft pas fon
fils , & lui raconte par quel accident il eft
parvenu entre fes mains . Ce recit de Polemon
fait fremir Jocafte , elle y entre voit
des horreurs dont elle veut achever de s'éclaircir
avec Polemon ; elle prie Edipe
de le laiffer feul avec elle , Edipe fe retire
pour aller confoler fon Peuple , gemiflant
aux portes de fon Palais. Jocafte
interroge Polemon , & toujours plus effrayée
des circonftances du récit que le
vieillard lui fait , elle acheve de fe convaincre
de la trifte verité , en lui confrontant
Phædime ; il la reconnoît ; cette
malheureuſe ſe jette aux pieds de fa Reine
éperdue , & confeffe que par un fentiment
de pieté auquel il ne lui a pas été poſſible
de refifter , elle a remis entre les
mains de Polemon ce fils malheureux
qu'elle lui avoit ordonné de faire périr.
Il reste encore à fçavoir comment Edipeapprendra
fon fort , & ce que deviendront
les perfonnages .
Jocafte qui a horreur de la vie , & qui
ne fonge qu'à s'en délivrer , rentre dans
fon appartement pour s'abandonner à fon
defefpoir : mais à peine y eft -elle , qu'Edipe
l'y vient trouver elle en fort
auffi - tôt avec horreur & n'ofe jetter
fur lui. 11 veut fçavoir la railes
yeux
fon
AVRIL. 1726. 779
fon de fon trouble ; elle ne lui demande
d'autre grace , que de pouvoir s'y
livrer fans témoins ; il s'obſtine à lui vouloir
arracher fon fecret ; elle s'obftine
à le lui refufer , & enfin elle lui déclare
qu'elle mourra mille fois , plu-
τότ de lui rien dire ; mais qu'il apque
prendra tout , s'il lui accorde un moment
de liberté . Il cede enfin à cette réfolution
infléxible de Jocafte , & après
qu'il s'eft abandonné quelques momens
aux horreurs de fa fituation , fes enfans.
lui viennent raconter fucceffivement les
circonftances de la mort de la Reine.
Elle a écrit , avant que de fe tuer , un billet
que Polinice remet à Edipe ; il . y
apprend fon fort , & ne pouvant plus
douter qu'il ne foit le fils de Jocaſte , il
fe tue. Dimas vient dire que les malheurs
des Thebains font finis , & Edipe
reconnoît la juftice des Dieux qui
puniffent fon crime par les malheurs &
par fa mort , & qui recompenfent en même
temps les vertus par le falut de ſon
Peuple .
Cet Extrait que nous avons fait du
plan de M. de la Mothe avec toute l'exactitude
qui a dépendu de nous , femble
nous difpenfer d'en dire davantage à nos
Lecteurs ; mais nous ne pouvons nous
difpenfer de leur donner quelques échan
Gvj til
780 MERCURE DE FRANCE
tillons de la verfification de cette Tra
gedie.
ACTE I.
SCENE I.
Edipe apprenant à Dimas ce qui l'oblige
à s'immoler pour fon peuple , lui
parle ainfi :
C'eft Apollon lui- même.
Je l'ai vu cette nuit , de fes fleches armé ,
Lefront terrible , & l'oeil de courroux end
flammé ,
Trois fois dans mes efprits répandre l'épous
vante .
Je fuis encor frappé de fa voix menaçante :
Ce n'étoit point un fonge. A l'éclat qui m'a
lui ,
De mes yeux étonnez le fommeil avoit fui ;
Je tombois à fes pieds : mes foupirs & mes
larmes ,
Pour mon Peuple imploroient la fin de nos allarmes
;
Trois fois il m'a redit , en dédaignant mes
pleurs ,
Que Thebes demeuroit en proye à fes fu
feurs ,
Si pour la dérober à ce fleau funefte ,
Mon fang ne defarmoit la colere celeſte.
Va;
AVRIL 1726. 781
Va; j'obéis aux Dieux ; obéïs à ton Roi.
Je ne balance point ; diffipe ton effroi .
SCENE III.
C'eft une image de la pefte qui nous
eft tracée par Edipe parlant à Jocafte :
Songez depuis quel temps mon ame eſt accablée
Sous le fleau mortel dont Thebe eft defolée
;
Que mon Peuple perit ; qu'ardent à fon fecours
,
Dans les plus triftes foins je confume mes
jours.
En vain je le confole , envain je le raffure ,
On méconnoît par tout l'amour & la nature.
Plus de liens fecrets , & plus de coeurs unis ♪
Le frere fuit le frere , & le pere le fils .
Les femmes , au mépris des noeuds qui les
attachent ,
Des bras de leurs Epoux avec horreur s'arrachent
:
L'effroi d'un prompt trépas , & d'un affreux
tourment ,
Eteint dans tous les coeurs tout autre fentiment.
11
782 MERCURE DE FRANCE.
Il faut, pour mes Sujets , dans ce defordré
extrême ,
Que de tous les devoirs je me charge moimême
,
Sans pouvoir leur donner en ce commun effroi
,
D'autre foulagement que les pleurs d'un Roi .
SCENE VII.
Dimas raconte à Edipe ce qui s'eft
paffé au Temple , & ce que le grand
Prêtre infpiré a prononcé aux Thebains.
Bien - toft , interrompant les auguftes prieres ,
Du Dieu qu'il imploroit le Prêtre a paru
plein .
Son vifage alteré marque un tranſport ſoudain
:
Sur fon front effrayé fes cheveux fe herif
fent ;
De menaçans éclairs fes regards fe remplif
fent ;
Par tout autour de lui ſa divine fureur
Répand dans les efprits une fainte terreur :
Tout tremble , tout s'émeut à fon afpect farouche
,
Et cet Oracle enfin eft forti de fa bouche.
ORAAVRIL
1726. 783
ORACLE.
Peuple , vos tourmens vont finir.
D'une coupable main , Laïus fut la victime
Et le Ciel indigné du crime
S'arme aujourd'hui pour le punir';
Il attendoit qu'à ſa juſtice ,
Thebe immolât le meurtrier ;
Et laffé de l'attente , il veut , pour l'expier
Qu'un fils de Jocafte periffe.
On n'a qu'à confronter cet Oracle ,
avec ce qu'Apollon a ordonné à Edipe
pendant la nuit , foit que ce foit un fonge
, ou une apparition , on verrà qu'il
n'y a point de contradiction comme
quelques Critiques l'ont voulu faire entendre
.
,
Nous ne donnons ici que quelques
Vers du premier Acte , pour faire voir
que nous n'avons pas eu befoin de les
trier dans tout le corps de l'Ouvrage .
Les premiers qui fe font préfentez à nos
yeux nous ont fuffi ; & nous efperons:
qu'ils donneront une grande idée de tout
le refte de la verfification de cette Tra--
gedie . Tout le monde eft convenu que
la conduite en eft admirable , les applaudiflemens
ont rendu juſtice aux beautez
784 MERCURE DE FRANCE
tez qui y font répanduës , & cette Piece
, indépendamment du fuccès , doit faire
un honneur infini à fon celebre Auteur
.
On doit reprefenter fur le même
Theatre , immediatement aprês la Quafimodo
, la Tragedie nouvelle de M. de
Crebillon , intitulée Pyrrhus , Roi des
Epirotes. On dit d'avance beaucoup de
bien de ce Poëme ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , & nous rendrons
compte du jugement du Public .
LE
Es Comediens Italiens donnerent le
26. Mars , une Comedie en trois
Actes , intitulée La Veuve à la mode
L'Auteur ne fe nomme pas , quoique les
applaudiffemens avec lefquels elle a été
reçûë du Public, duffent l'y exciter . Nous
avons crû faire plaifir à nos Lecteurs de
leur en donner un Extrait.
Acteurs.
Dorante , Prefident ' , oncle de Damon...
Le fieur Pacqueti.
Damon , Amant d'Eliante ... Le fieur
Lelio , fils.
Eliante,
AVRIL 1726. 785
Eliantee , jeune Veuve , Amante de Da
mon ... La Dlle Sylvia .
Pafquin , Valet de Damon ... Le fieur
Dominique.
Dorimene ... La Dlle Lalande.
Marthon , Servante d'Eliante , La Dile
Flaminia.
Lifette , Servante de Dorimene ... La
Dile Thomaffin.
Plan de la Piece.
Damon & Elíanté , quoiqu'ils ayent
de l'amour l'un pour l'autre , aiment encore
mieux leur liberté que la chaîne qui
les unit , toute legere qu'elle eft. Ils font
également portez à fuir un engagement
plus ferieux , tel que celui de l'Hymen.
Dorante , oncle de Damon , entreprend
de le marier avec Eliante , qui eft auffi
fa niece. Tous deux s'y oppofent égale- 、
ment ; voici comment ils développent
leur caractere en parlant à leur oncle .
Eliante.
Nous marier enfemble ! vous ennuyezvous
de nous voir unis ?
{ Dorante.
Comment ? vous marier enferable , c'eft
vous broüiller ! ne vous aimez - vous pas ?
Da
586 MERCURE DE FRANCE .
Damon.
Midame me plaît . Je me rappelle
fon idée avec plus de plaifir que celle d'une
autre ; mais comme toutes les jolies femmes
fe reffemblent en quelque chofe , j'amufe
indifferemment , avec tout ce que je
trouve d'aimable , le fond de tendreffe que
j'ai pour elle.
Eh bien
Dorante.
voilà un amour commencé
dont les liens fe refferreront encore par ceux
du
mariage.
Eliante .
,
Au contraire , ils gâteront tout. Nous
nous aimons à prefent , fans trop croire
nous aimer ; nous nous cherchons , fans
prefque y penser , fans y avoir peut- être
jamais refléchi ; nos petits interefts , nos
amis , nos plaifirs , nos vifites font les mêmes.
Ah ! fi nous étions mariez , nous
nous appercevrions bien -toft de cette reffemblance
reciproque , qui fe rencontre
dans tout ce que nous faifons ; elle nous
deviendroit peu peu à charge ; chacun
de fon côté la traiteroit de jalousie , de
défiance: nous nous gênerions ; les inégalitez
, les inconftances qui ne font rien éntre
les Amans , parce qu'ils n'y font exà
posez
AVRIL 1726.
787
pofez qu'autant qu'ils le veulent bien ,
changeroient de noms elles deviendroient
mauvaises humeurs , dégoûts entre un
mari & une femme , qu'un lien fatal af
fujettit à vivre ensemble.
Damon.
>
Que cela eft bien dit , ma Coufine ! je
vous aime , je vous adore ; non ... je no
vous épouferai jamais.
Dorante pouffé à bout par la refiftance
que fon neveu & fa niece apportent à ſes
deffeins , leur dit enfin d'un ton abfolu ,
qu'il veut qu'ils fe marient dès ce jour ,
& les menace , s'ils lui defobéïffent , de
les priver de fa fucceffion , en époufant
lui-même une jeune perfonne appellée
Dorimene , à qui il fera une donation de
tous fes biens. Il ajoûte que cette même
Dorimene n'oferoit refufer fa main , puifque
tout le bien qu'elle efpere ne lui a
été laiffé par une de fes parentes , qu'à
condition qu'il la mariera comme il
jugera à propos , & qu'elle y confentira
aveuglément . Ce coup paroît également
terrible à Eliante & à Damon ,
ils n'attendent rien que de lui , & fa fuc
ceffion ne leur eft ouverte que par l'Hymen
qu'il leur propofe ; cependant ils
demeurent fermes dans la refolution qu'ils
ont
788 MERCURE DE FRANCE .
ont formée de ne fe jamais marier. I
imaginent tous deux des expediens pour
empêcher que leur oncle ne faffe cette
donation , dont il vient de les menacer.
Damon fe flatte d'être affez aimé de Dorimene
, pour l'empêcher d'accepter la
main de Dorante . Il fe promet de l'engager
encore mieux à lui par de nouveaux
foins qu'il affectera de lui rendre
Eliante trouve cet expedient trop dangereux
, & en conçoit même une pointe
de jaloufie , elle défend à Damon de rien
tenter auprès de Dorimene , & fe charge
de tout . Voici comment elle s'y
prend. A peine Damon l'a -t'il quittée ,
qu'elle fait part à Marthon fa Suivante
, d'un projet qu'elle vient de former.
Elle lui dit qu'elle a vû Dorimene pour
la premiere fois le jour d'auparavant dans
un Bal , & qu'elle lui en a conté fous un
habit de Cavalier , mais d'une maniere
à avoir fait beaucoup de progrès
dans fon coeur en peu de temps ; elle
ajoûte qu'elle veut la voir chez elle fous
ce même habit qui lui a déja été fi favorable
; elle ordonne à Marthon d'aller
rendre une vifite à cette même Dorimene
,fous le nom d'Eliante. La fervante
confent à paffer pour la Maîtreffe . Le
premier Acte finit par là. Elles concertent
dans l'Entr' Acte tout ce qui peut
fervir
AVRIL 1726. 789
fervir à donner un bon fuccès à ce ſtra,
tagême.
Dans l'Acte fecond , Dorimene ouvre
la Scene avec Lifette fa fervante,
C'eft une Scene d'expofition. Doriméne
apprend à Lifette que Dorante la doit
époufer , fi Damon & Eliante ne confentent
à fe marier enfemble dès ce jour .
Lifette lui demande fi elle pourra confentir
à époufer Dorante , malgré les tendres
promeffes qu'elle a faites à Valere ,
de n'être jamais qu'à lui . Dorimene lui
répond d'une maniere à la faire douter
de fa conftance : elle lui avoue enfin ,
qu'un jeune inconnu qu'elle a vû au
Bal le foir d'auparavant , & qui lui a
parlé d'amour , eft le plus fort obftacle
que Dorante ait à furmonter dans fon
coeur. Cette Scene non feulement expofe
ce qui s'eft paffé , mais elle prépare
encore ce qui doit fuivre .
Marthon eft annoncée fous le nom
d'Eliante. Dorimene ordonne qu'on la
faffe entrer. Après quelques compli
mens , tels qu'on en fait , & qu'on en
reçoit à une premiere entrevûë , la fauſfe
Eliante prie Dorimene de lui permettre
de donner quelques ordres fecrets
à un Domestique ; Dorimene y confent.
La fauffe Eliante & Dorimene s'affeyent.
La premiere commence la converfation
par
790 MERCURE DE FRANCE
par une ouverture du coeur : voici com
me elle s'exprime .
Marthon , ou la fauffe Eliante.
Ce n'est point dans le tumulte du monde,
où mille amusemens nous diffipent , que
nous avons le plus à craindre les furprifes
de l'amour. L'année de retraite quej'avois
facrifiée à la mort de mon Ероих
n'étoit pas encore expirée , lorsqu'une de
mes amies mena chez moi un de fes parens.
Qu'il étoit aimable ! quelle ve
pour un coeur que la bienfceance forçoit
depuis dix mois à ne s'entretenir que d'idées
lugubres , & dont les defirs s'augmentoient
par le peu d'emploi que je leur
donnois ; ce jeune homme me fit plufieurs
vifites ; enfin un jour il me dit qu'il m'aimoit
; je lui répondis que j'en étois re
vie , & que je l'aimois bien auſſt.
Dorimene,
Ce début promet.
Marthon.
Ma réponse le fâcha.
Dorimene.
Que vouloit-il donc ?
Marthon.
Qu'à l'aveu de fa paſſion j'euſſe pris un
air
AVRIL. 1726. 791
air fevere ; que je l'enffe menacé , maltraité
même ; enfin il lui falloit des rigueurs
; mais j'avois trop de délicateffe
pour le fatisfaire fur cet article.
Dorimene .
Je ne comprens rien à cette délicas
teffe.
Marthon.
Elle eft fort raisonnable cependant. Une.
femme qui craindroit que fon Amant ne
la vit à fa toilette , & qui ne lui infpi
reroit de l'amour que par des appas em-,
pruntez , devroit- elle tirer vanité de fa
conquête?
Non.
Dorimene.
Marthon.
Par la même raifon , il me semble que
les petits refus , les obftacles , & les difficultez
dont s'irrite la paffion d'un Amant,
étant chofes auffi étrangeres à notre perfonne,
que le blanc & le rouge , on ne peut
fe tenir fiere d'un coeur qu'elles nous confervent.
Mais lorsque nous fçavons que
notre facilité peut faire tomber un Amant
dans l'indolence & l'aßoupiffment, vou-
Loir lui prêter cette arme contre nos charmes
792 MERCURE DE FRANCE .
mes , pour le vaincre encore avec plus
d'honneur , voilà la délicateffe d'une Hereine
fiere , feure de fon merite , & qui
ne veut devoirfes victoires qu'à elle- même
, & c .
Cette Scene a paru toute neuve par
l'air de paradoxe & de fingularité qui
y regne. Elle finit par de vifs reproches
, que la faulle Eliante fait à Dorimene
, de lui enlever ce captif qu'elle a
pris de fi bonne guerre. Dorimene fe
défend du larcin que Marthon lui reproche
; mais la vraie Eliante , déguifée en
Cavalier , vient achever de l'en convaincre
; Marthon dit à Dorimene
avant que ce faux Cavalier paroiffe , que
c'eft elle-même qui lui a fait dire , comme
de fa part , de venir chez elle , couvert
d'un manteau pour n'être pas reconnu
; qu'elle veut qu'il s'explique entre
elles deux , & la prie de fouffrir
qu'elle fe cache pour un moment.
›
Nous avons dit que nos Lecteurs ne
feroient pas
fâchez de voir ici quelques
morceaux de cette Scene , dont le fond
& l'execution ont fait un plaifir general
aux Spectateurs.
Eliante , d'un ton de petit Maître.
Du moins perfonne ne m'a reconnu,
.
Sans
AVRIL. 1726. 793
Sans trop nous flatter , nos femmes un
peu rompus à ces avantures .
Dorimene .
Monfieur ?
Eliante.
Morbleu , Mlle , que je fuis beureux!
je viens ici par vos ordres , & j'y viens
déguife ; vous mêlez déja du myftere dans
notre premiere vifite. Du myftere ! il en
faut toujours ; mais en amour furt out ,
vive le myftere.
Dorimene.
Monfieur.....
Eliante .
Dès que je vous ai dit que je vous aimois
, vous l'avez cru ; c'est l'effet ordinaire
de la verité ; elle frappe & perfuade
d'abord,
Dorimene.
Monfieur.....
Eliante.
Oui , Mademoiselle , quand même je
ne vous l'aurois pas dit , vous l'auriez
dûpenfer , belle & charmante comme vous
l'êtes . Permettez-moi que je baise vos belles
wains, H Elle
794 MERCURE DE FRANCE.
Elle fe jette à fes
Dorimene.
Monfieur , retenez - vous done.
genoux ,
Cette Scene eft fuivie de quelques
autres écrites avec le même feu & la
même legereté ; mais nous pafferions les
bornes ordinaires que nous nous fommes
prefcrites dans nos Extraits , fi nous
voulions mettre ici tout ce qu'il y a de
joli dans cette piece : nous allons finir
en peu de mots.
Marthon , ou la fameufe Eliante , qui
s'étoit retirée pour laiffer un champ libre
au faux Cavalier auprès de Dorimene
, revient ; elle fe retire en faifant
croire que l'Amour a fait place au dépit
dans fon coeur . Dorimene ne peut
refifter au faux Cavalier , elle capitule ,
elle fe rend la loi que le vainqueur lui
impofe , c'eft qu'elle ne verra plus Damon
, & fur tout qu'elle n'acceptera pas
la main de Dorante. Dorimene foufcrit
à tout ; Damon arrive : Eliante qui lui
a fait un myftere du tour qu'elle jouë
à Dorimene , continue à le tromper fous
fon déguisement , elle y ajoute l'accent
gafcon , pour n'être pas reconnue à la
voix . Dorimene les laiffe enſemble
après avoir dit tendrement au faux Cavalier
, qu'elle l'attend ce foir. LaSce-
Re
AVRIL 1726. 795
ne entre Damon & Eliante eft tout à
fait plaifante comme Damon ne reconnoît
pas fa maîtreffe , il lui dit des chofes
dont elle eft picquée au vif , & qui
la confirment de plus en plus dans le
deffein de ne ſe marier jamais avec lui ;
elle lui rend le change , & acheve de lui
infpirer une averfion invincible pour le
mariage. Le faux Cavalier fe retire , Damon
ordonne à Pafquin de le fuivre ;
Lifette qui a reçu le même ordre de
Dorimene , fe joint à Pafquin , pour tâcher
de le reconnoître. Dans l'Entracte ,
Lifette a reconnu que le faux Cavalier
eft Eliante même ; Pafquin n'a pas fait
la même découverte il dit feulement à
fon Maître , que le Cavalier qu'il a fuivi
par fon ordre , eft allé droit chez
Eliante , & qu'il a pris des libertez qui
n'appartiennent qu'à un amant aimé ,
ou qu'à un mari. Ce nom de mari n'eft
pas inutile au dénouëment , l'Auteur l'a
mis a profit voici comment. Dorimene
picquée du tour qu'Eliante vient de lui
jouer , jure de s'en vanger ; & fçachant
l'averfion que Damon & lui ont pour
le mariage , elle croit ne pouvoir mieux
les punir qu'en les mariant enſemble
malgré qu'ils en ayent. Elle perfuade à
Damon qu'Eliante eft mariée fecretement
depuis fix mois ; elle fait croire la
Hij mê796
MERCURE DE FRANCE.
L
même chofe à Eliante fur le conte de
Damon ; ils donnent fi bien dans le paneau
tous deux , qu'ils témoignent à Dorante
qu'ils font prêts à former ce lien
pour lequel ils ont temoigné tant de
répugnance. Dorante les prend au mot ,
ils fignent le Contrat , chacun deux
croyant qu'il fera nul par un premier
engagement qu'ils fuppofent ; mais comme
cet engagement n'a été qu'un artifiçe
de Dorimene , ils font obligez de s'en
tenir à leur fignature ; Dorante en eft
fi reconnoiffant envers Dorimene , qu'il
confent qu'elle fe marie avec Valere fon
premier Amant. Cette Piece eſt ſuivie
d'une Fête , dont le fujet eft les Grands
Jours ou les Arrêts de l'Amour. En voici
quelques Chanfons .
Amans , qui d'une Belle effuyez le caprice ;
Vous , que pour prix d'un tendre facrifice ,
On immole à d'autres Amours ,
Venez , accourez tous , on vous rendra juſtice
;
L'Amour tient ici fes Grands Jours
Un Avocat.
Je parle pour Tyrcis,
}
AVRIL 1726. 797.
2e Avocat.
Je fuis pour Celimene.
Un rendez -vous étoit concerté comme il faut
Le fidele T'ycis attendoit l'inhumaine :
H elas ! fon attente fut vaine ;
Elle ne vint pas affez- tôt.
L'autre. Avocat.
Tirfis eft lui feul en deffaut ;
L'Amour au rendez- vous , fit courir Celimene
;
Helas ! fon attente fut vaine ;
Tircis étoit parti trop- tôt.
Arreft.
Ordonné que fans perdre temps ,
Un nouveau rendez -vous finiffe
Les plaintes de ces deux Amans ;
L'Amour en leur rendant juſtice ,
Veut leurs plaifirs pour toute épice ,
Et compenfe entr'eux les dépens.
Vaudeville en Placet.
L'air des Robins déplaît aux Belles :
Plaiſe à l'Amour les bannir d'auprès d'elles ;
Mais fi quelqu'un prenoit les airs exquis
H iij
Du
798 MERCURE DE FRANCE.
Du petit Maître, ou du Marquis ;
Qu'il foit aimé des plus cruelles.
L'Amour.
Soit fait ainfi qu'il eſt requis.
L'Opera .
On a dit dans le dernier Mercure ,
que le nouveau Ballet des Stratagêmes de
Amour avoit été reprefenté le 28. de
l'autre mois , il fut joué encore le 30. &
lé 31. pour la derniere fois ; ce Ballet
n'a pas été auffi heureux que celui des
mêmes Auteurs qui l'a précedé de quelques
mois. Le Public n'a pas trouvé les
Stratagêmes de l'Amour dignes des applaudiffemens
qu'il avoit prodiguez pour
les Elemens. Nous en donnerons un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera poffible,
pour faire connoître l'ouvrage à ceux
qui ne l'ont point vû.
PROLOGU E.
Acteurs.
La Prêtreffe de la Gloire ... la D'le Antier.
Le Prêtre de la Gloire ... le S Chassé.
Suite de la Gloire.
Le Theatre repreſente le Temple de
la
AVRIL 799 #
1726.
la Gloire confacré à l'éternité de l'Empire
François. Sur le Frontifpice paroît
en lettres lumineufes l'infcriptioneternitas
Imperii. Au fond s'élevent trois
Arcades , où la Statue de la France eft
placée entre celles de Pharamond & de
Charlemagne . Ces Arcades portent des
Medaillons des Rois des deux premieres
races. Celles des côtez font remplies
de Statues d'or , ornées de leurs drape
ries & reprefentant :
Philippe Augufte. Huges Capet.
Charles le Sage.
Louis XII.
François Premier.
Louis le Jufte.
Henry
IV.
Louis le Grand.
La Prêtreffe de la Gloire invite les
Guerriers qui la fuivént & les Bergers
qu'elle a affemblez auprès d'elle , à celebrer
au fon des Trompettes & des Mufettes
les Victoires des Rois , dont les
vertus les ont couverts de gloire , & les
ont fait jouir d'une heureufe paix . Elle
eft tout à coup infpirée , & dans fon enthoufiafme
elle annonce le bonheur
dont Louis XV. doit combler la France,
en réuniffant en lui toutes les vertus de
fes Auguftes predeceffeurs. Un Groupe
de nuages defcend ; il eft foûtenu des
Amours & des Graces : il porte un Trône
fur lequel le Roi & la Reine font
Hiiij
affis ,
800 MERCURE DE FRANCE.
affis ; on voit derriere eux l'Hymen &
l'Amour qui les couronnent de Myrthes
& de Rofes.
Acteurs de la premiere Entrée.
Scamandre.
Leandre ... le Sr Thevenard.
Palemon ... le Sr Grenet.
Callirée... la De le Maure.
Doris ... la Dile Minier.
Une Matelotte ... la Dile Souris
Troupe de Troyennes.
Troupe de Matelots & de Matelotes , déguifez
en Tritons & en Nayades.
Le Theatre reprefente les ruines de
Troye dans l'éloignement , & fur le devant
les rivages du Scamandre , ornez
de petits Autels d'or , fur lesquels on doit
placer les offrandes & les libations deftinées
au Dieu du fleuve.
Leandre ordonne aux Matelots de fa
fuite , de faire approcher , dès que la nuit
fera venue , la Barque qu'il a fait préparer
pour fes deffeins ; Callirée qui furvient
, fuivie de Palemon & de Doris ,
l'oblige à fe retirer ; Palemon qui doit
époufer Callirée , lui témoigne la repugnance
qu'il a à l'offrir au Scamandre , ·
Callirée expofe l'origine de cette Ceremonie
: elle dit à Palemon , que Scaman'
AVRIL 1726. for
mandre , irrité contre tous les époux depuis
le raviffement d'Helene, qui avoit
caufé la ruine de Troye , exigea qu'à
l'avenir toutes celles qui s'engageroient
fous les loix de l'Hymen , lui vinffent
offrir des fleurs & dès fruits , pour défarmer
fa colere. Doris dit à Palemon que
fon fexe ne lui permet pas d'affiſter à
cette ceremonie . Palemon fe retire . Cal
lirée fait connoître à Doris qu'elle ne fe
donne à Palemon que malgré elle , n'étant
capable d'aimer que Leandre , qui
fans doute eft volage , puifqu'il ne vient
pas l'arracher des bras d'un Rival . Cette
Scene eft fuivie de la Fête où plufieurs
Troyennes viennent offrir à Scamandre
le même hommage que Callirée va lui
prefenter. Leandre , fous la forme du
Dieu Scamandre , ordonne à toutes les
Troyennes de le laiffer feul avec Callirée.
L'ordre de Scamandre effraye Callirée
elle eft encore plus épouvantée
quand elle l'entend parler d'amour , mais
fa crainte eft bien- tôt diffippée ; ce Dieu
fuppofé fe fait reconnoître à elle pour
fon cher Leandre . En attendant la nuit
qui doit fervir à cacher leur fuite , il
ordonne à fes Matelots & à fes Matelottes
, déguiſez en Tritons & en Nayades ,
de témoigner par leurs chants & par leurs
danfes la part qu'ils prennent à fon bon-
Hv hear
802 MERCURE DE FRANCE
heur. Après la fête , la barque arrive;
Leandre & Callirée y entrent , & Palemont
qui vient trop tard ,a le defefpoir de
fe voir enlever ce qu'il aime par un Rival.
Deuxième entrée.
Les Abderites.
Acteurs .
Irene ... la Dlle Antier.
Iphis . le Sr Muraire. ...
Timante ... le S Tribou.
Un Heros furieux ... le Sr Chaffé.
Deux Bergeres ... les Dles Minier &
Souris.
Troupe d'Abderites furieux .
Troupe de Bergers & de Bergeres.
Irene fe trouve contrainte à époufer
Timante qu'elle n'aime pas , & à renoncer
à Iphis qu'elle aime. Iphis lui propofe
un enlevement , fous pretexte de la tirer
d'un lieu dont la plupart des habitans
font devenus furieux pour avoir vû
reprefenter les Tragedies d'Andromede,
d'Ajax & d'Orefte . Irene s'oppofe à fon
deffein ; mais l'Amour lui infpire un
artifice qu'elle employe utilement . Elle
feint que la fureur de fes compatriotes lui
eft devenue contagieufe , & jouë fi bien
le perfonnage qu'elle s'eft propofé , que
Timante ne veut plus l'époufer & la
cede à Iphis.
AcAVRIL.
1726. 803
Acteurs de la Troifiéme entrée.
Philotis .
Emile ... le St Thevenard..
Lycas ... le S Muraire .
Albine ... la Dile Antier.
Troupe d'Efclaves ...
Emile ouvre la Scene avec l'Esclave
Lycas , qui eft Roi de la fête qu'on va
celebrer à l'honneur de l'Efclave Philotis
, par qui Rome fut fauvée fous le regne
de Romulus ; un Oracle de Venus
engage Emile à affifter à cette fête ; la
Déeffe lui a promis qu'il y trouvera la
fin du trouble qui l'agite . Ce trouble eſt
excité dans fon coeur par deux caufes
differentes ; on l'engage à époufer Albine
dont il ne connoît que la naiffance,
& il aime une jeune & aimable perfonne
dont il ne connoît que les attraits.
Cette derniere qu'il a vûë pour la premiere
fois au Temple de Venus , offrant
des voeux à cette divinité qui préfide fur
les coeurs , vient fe prefenter à lui fous
un habit d'Esclave . Il fe plaint aux Dieux.
de la baffe condition dans laquelle ils ont
fait naître l'objet de toute fa tendreſſe ;
mais il ne laiffe pas de l'aimer toûjours .
Cette Efclave a beau l'exhorter à donner
tout fon coeur à Albine , dont la
H vj beau
804 MERCURE DE FRANCE:
"
>
beauté répond à la naiffance qu'elle tient
des Rois , il perfevere dans le deffein
de n'aimer qu'elle . Cette premiere Scene
eft interrompuë par la celebration des
jeux où Lycas préfide . Le fond du Theatre
s'ouvre & reprefente la falle des feftins
de Philotis . Tout le fond eft décoré
de tables & de lys ufitez dans les repas
de l'antiquité ; des vafes de fleurs & de
fruits rempliffent les aîles du Theatre
& au- deffus font des Tribunes remplies
de joueurs d'Inftrumens . Les perfonnages
du feftin font des Eclaves de l'un &
de l'autre fexe , magnifiquement habillez ,
& reprefentant les nations foûmiles à
l'Empire Romain ; Lycas eft au milieu
d'eux , & tous chantent des Hymnes à
Bachus ; Lycas ordonne à tous les Eſclaves
fur qui il préfide d'aller avec lui
faire le tour des murailles de Rome ; ce
qui donne lieu à Emile & à l'Efclave
qu'il aime , de continuer leur premiere
converfation. L'Efclave fe fait connoître
pour Albine , & dit à Emile qu'elle s'eft
fervie de cet innocent ftratagême , pour
éprouver fi elle feroit aimée pour ellemêne
& non pour fon rang & la naif
fance. Les interêts de ces deux Amans.
étant reglez au gré de leurs defirs , Lycas
revient achever la fête ; & c'eft par là
que cette derniere entrée finit . Nous n'en
diAVRIL.
1726. 805
dirons pas davantage , pour laiffer à nos
Lecteurs la liberté de juger , fi les Spectateurs
fe font trompez en condamnant
cette Piece , qui n'a eu que trois repréfentations.
lá
La même Académie de Mufique a
donné , felon la coutume , deux repréfentations
pour les Acteurs avant la
clôture du Theatre. Elle repréfenta le 2 .
& le 6. de ce mois differens Actes d'anciens
Ballets ; fçavoir , le Profeffeur de
Folie , du Ballet du Carnaval & de la
Folie , mis en Mufique par M. Deftouchess
on joua enfuite le dernier Acte du
Ballet de l'Europe Galante de M. Campra
, qui reprefente la Turquie ; Mil
Antier chanta , pour finir cet Acte ,
Cantate de Zephire & Flore , mife en
Mufique par le fieur Bourgeois . On joia
enfuite l'Acte du Maître à chanter & à
danfer du Ballet des Fêtes Venitiennes
de M. Campra , lequel fut terminé par
les caracteres de la danfe , que Mlle Prevoft
danfa avec cette vivacité que tout
le monde lui connoît . Ce divertiffement
finit par l'Acte de la Provençale , ajoûté
aux Fêtes de Thalie , par M. Mouret.
Cet ambigu fut très- bien executé ,
& très- applaudi , par la nombreuſe Affemblée
que cette varieté avoit attirée.
Nous croyons à l'occafion du nou-
>
veau
306 MERCURE DE FRANCE.
veau Ballet ) dont nous venons de donner
l'Extrait , qu'il n'eft pas hors de propos
de dire , que les Comediens Italiens
ont une Comedie Italienne en trois Actes
, fous le titre des Stratagêmes de l'Amour
, qui eft une excellente Piece ,
jouée ici à l'Hôtel de Bourgogne en
1716. & qu'on revoit encore avec plaifir
. Elle fut compofée en Italie en 1658 .
fous le titre del Pazzo per forza , par
Gioanni Andrea Moniglia , par ordre
du Cardinal de Medicis , qui la fit mettre
en Mufique par le fieur Iacomo Melani.
Elle fut reprefentée par l'ordre
de ce Prince , par les Academici immobi
li , fur leur Theatre de l'Académie di
via Pergola , avec une grande magnificence.
Vingt- neuf ans après , le Grand
Duc de Toſcane voulut la faire remettre
au Theatre , pour la faire reprefenter
dans fa maiſon de campagne de Pratolino
; mais comme ce Prince trouva la
Piece trop longue , & trop chargée de
Perfonnages , & que cette longueur ne
convenoit pas à la faifon de l'été , tems
auquel elle devoit être reprefentée , il
ordonna à l'Auteur , qui vivoit encore ,
de la racourcir , & il la fit mettre en Mufique
par Gioanne Maria Pagliardi. Elle
fut jouée par ordre du Prince , par les
plus fameux Muficiens de fon temps ,
avec
AVRIL 1726. 807
avec toute la pompe & la magnificence
poffible , foit par les Habits , foit par les
Décorations, les Danfes , & c. Il y aunPerfonnage
d'Amoureux dans cette Piece ,
qui après s'être fervi de toute forte de
rufes , pour ne pas époufer la fille que
fon pere veut l'obliger de prendre pour
femme , fe refout enfin de feindre qu'il
a perdu l'efprit , & fe fert fi bien de ce
ftratagême , par des raifonnemens outrez
d'extravagance qu'il fait à fon pere , que
le bon homme touché de l'état où il voit
fon fils , lui permet enfin d'époufer la
Maîtreffe qu'il voudra , perfuadé que
cette complaifance pourra faire revenir
l'efprit & la raifon à ſon fils , ce qui ne
manque pas d'arriver , dès qu'il a époufé
fa Maîtreffe . C'eft cette Scene qui a
donné lieu au titre de la Piece il Pazzo
per forza. Ce rôle d'Amant eft joué ici
fur le Theatre Italien par le fieur Lelio ,
d'une maniere fort vive , tout - à - fait finguliere
, & avec toute l'intelligence convenable
au fujet .
L'Opéra Comique donna le Samedi
30. Mars , fur fon Theatre de la ruë
de Buffi , une petite Piece nouvelle d'un
Acte , intitulée les Songes , dans laquelle
il eft parlé de la Tragedie d'Edipe , &
du .
808 MERCURE DE FRANCE.
du Ballet des Stratagêmes de l'Amour.
Le 8. de ce mois on repréfenta la même
Piece , & on la continua toute la femaine
jufqu'au Dimanche des Rameaux
exclufivement , fur le Theatre de l'Opera
, où le fieur Hamoche , qui joue le
rolle de Pierrot , fit ( en habit de ville )
le compliment qui fuit- *
Meffieurs , l'Auteur de la bagatelle que
nous allons vous donner , enhardi par un
exemple très- recent , m'a chargé d'un petit
compliment, tourné en Apologie , an fujet
de fa befogne comique . Ce n'eft pas pour
vous prévenir fur ce qu'il vous offre des
matieres rebatues , il fait que vous n'aimez
pas trop les habits retournez : non
Meffieurs , le badinage que nous ofons
vous prefenter , n'est pas du moins entierement
ufé , puifqu'une partie roule fur un
Opera nouveau , que vous avez extrê
mement menagé. Ce n'est pas auffi pour
vous préparer à un traveftiffement d'Actrices
, les nôtres ne gagneroient pas à jouer
des rolles mafculins , & de plus elles font
charmées de remplir leurs fonctions de
femmes . Voyez donc , Meffieurs , ce que
j'ai à vous dire: C'est que malheureuſe-
Ce difcours eft relatif en partie à celui
qui fut fait alla Cmmedie Françoife , avan
la premiere repreſentation du nouvel Edipe
ment
AVRIL 1725. Sog
, ment pour nous le Ballet nouveau qui
nous a fourni une Scene , a disparu fi
brusquement , que vous n'auriez pas en le
temps de faire fur lui les Nota , qui font
neceffaires pour l'intelligence de notre Critiques
on vous prie , par rapport à ceci,
de nous pardonner les obfcuritez que vous
y pourrez trouver. Vous fçavez parfaitement
Meffieurs , que le fuccès d'une
Critique eft prefque toujours égal à la
réuffite de l'Ouvrage critiqué , & par confequent
, qu'il eft très fâcheux d'avoir à
faire à des Opera , qui ne fçauroient demeurer
plus de trois jours en place : nous
l'occupons aujourd'hui cette place dange
gereufe.
,
,
Pierrot chante le Couplet qui fuit , fur
l'air du Divertiffement de la Parodie des
Elemens.
Avertiffement lirique ,
Qui tient mal ce qu'il promet ,
Et & & & & & & & ,
Dit que le noble Comique ,
Seul dans ce lieu - ci s'admet ,
Et & & & & & & &.
Nous n'oferions y prétendre ,
Meffieurs , daignez nous entendre.
Sans tirer votre fiflet.
Gara
810 MERCURE DE FRANCE.
€
Gardez vous bien de nous prendre ,
Pour quelque nouveau Ballet.
Extrait de la Piece des Songes.
La Scene fe paffe dans le Château
d'un vieux Nouvellifte , où Morphée &
fa Cour fe font retirez , en quittant Atys
& l'Académie Royale de Mufique , Arlequin
y arrive , & trouve la Nuit confidente
de Morphée , qui lui apprend
que les Songes rendent leurs Oracles
dans l'Antichambre du Dieu du Sommeil,
où ils tranſportent les Dormeurs , de
qui on veut penetrer le deffein ou les
fentimens. Les Dormeurs qu'on amene
ici , dit la Nuit , ne fe réveillent jamais
fans ma permiffion , mais en dormant ils
découvrent leurs veritables fentimens ; ils
marchent , gefticulent , ouvrent même les
yeux enfin , on les prendroit pour des
;
hommes bien éveillez , s'ils mentoient. Arlequin
eft curieux de voir comment fe
paffe la ceremonie de ces Oracles là . La
Nuit lui, dit de refter pour en être témoin
. Il vient une jeune perfonne défrayée
par un Notaire , qui veut fçavoir ce
que penfe de fa conduite fon tendre Gardenote
: il eft amené par les Songes , &
prononce en dormant cette refolution
conAVRIL
1726.
confolante pour fa Belle. Sur l'air , dirai-
je mon.
D'un Rival je fçais le bonheur ,
Mais je garderai le filence ,
Et pour ratraper votre coeur
Je vais redoubler ma dépense ;
Oui , ma Catin , vous m'aimerez
Ou bien vous me ruinerez.
On remporte le Notaire , Catin fort,
& Arlequin qui eft refté avec la Nuit ,
lui propofe de confulter les Songes pour
lui. Voici mon affaire , dit-il , Marinet
te que j'adorois à Paris , m'a facrifié à
Mezetin : fon infidelité m'a fait prendre
le parti de l'abfence. Je ferois curieux de
Sçavoir par le moyen des Songes jufqu'où
mon rival a conduit fon intrigue. La Nuit
lui dit d'aller faire un tour dans le Château
, & qu'elle a des affaires à terminer
avant la fienne. Climont vient fupplier
la Nuit de faire venir l'Amour
dormant. Je fuis très - embaraßée , ditelle
, au fujet d'un Mariage dont on me
menace ; on débite que le fils de Venus
invente à prefent les plus ingenieux ftratagêmes
du monde . L'Amour , dans un rêve
qu'il fait , expofe les trois ftratagêmes
du Ballet nouveau , de façon que
Ta
812 MERCURE DE FRANCE.
la Nuit s'écrie à la fin . C'est pour le
coup qu'on peut chanter en confcience à
la Comedie. Palfembleu , l'Amour eſt un
fat. Cette Scene eft fuivie d'une qui
fe paffe entre M. Sené , Medecin , &
M. Savonette , Chirurgien , qui détaillent
comiquement les difcuffions de la
Faculté avec l'Amphitheatre de S. Côme.
Enfuite vient un Procureur plein
de confiance , qui fe croit fort aimé de
fa femme , & qui eft defabufé par ellemême.
Il fe trouve que le Procureur
eft coëffé par fon Maître Clerc . Après
cette Scene , la Nuit curieufe de fçavoir
le fort que préparent les Theatres
Comiques à l'Oedipe nouveau, fait ame
ner par les Songes un faifeur de Parodies
, qui en dormant s'arrange fur le
plan de la Critique. Il fe plaint d'abord
de ce que l'Opera Comique , la Comedie
Italienne , & les Marionettes , lui
ont dérobé la Parodie d'Athys , larcin
qui ne leur a pas beaucoup profité . De
là il fait le calcul de l'âge que doit avoir
Jocafte , dans le temps où elle fe livre à
de tendres vivacitez , cela paffe la cinquantaine.
Qu'il eft beau de lui voir pouffer plus d'un
foupir ,
Qu'elle donne à l'amour plus qu'àfon repentir!
<
'Dans
AVRIL 1726. 813
Dans ces momens du moins la fenfible Jocafte
,
Des vertus de fon fils n'emprunte point le
fafte ,
Ellevoudroit encor jouir de fon erreur,
Et le crime paroît fort poffible à son coeur.
Enfuite il apoftrophe la fanfaronade
d'Oedipe , qui dès le commencement du
premier Acte de la Tragedie nouvelle ,
annonce hautement qu'il va s'immoler
pour fon peuple , & qui ne s'en fouvient
qu'à la fin du cinquiéme : Eh ! fy donc ,
Vous balancez , Seigneur , & vos Sujets pe..
riffint !
Après avoir parlé du Talifman , dont
s'eft muni Oedipe , & fait une obfervation
fur la haine mitigée de fes deux fils,
qui en Grece ne combattoient que pour
fe tuer l'un l'autre , & qui à Paris ne
difputent que pour fe tuer eux- mêmes .
Il lâche le Couplet fuivant à propos
ces deux freres jumeaux inutilement feminifez.
Il faut louer , dit - il , la fecondité
de l'Auteur , fur l'Air , quand dans
la Mediterranée.
Loin de fe copier lui - même,
Il montre une abondance extrême ;
Dedipe prend peu garde aux frais ,
de
Quel
814 MERCURE DE FRANCE .
Quel art ! qu'en culote on y mette ,
Les deux Bambins , qui dans Inès
Ne s'étoient montrez qu'en jaquette.
Oh ! par ma foi , s'écrie - t - il enfin , je
viens de rencontrer la forme de ma Parodie
i il y a quatre Edipes. Nous avons
auffi quatre Mariannes : il faut, parbleu,
les marier enfemble , ce font des partis fortables
. O Ciel ! interrompt la Nuit.
Unir tant d'ennuyeux ! quel Tic !
Le projet eft atroce !
Je ne croi pas que le Public
Soit Garçon de la Noce !
On a oublié de mettre à leur place ;
les noms des quatre futurs. Ce font l'Edipe
du grand Corneille , l'Edipe de
Lyon , l'Edipe d'Outremer , & enfin l'Edipe
au Talifman . Dès que le Faifeur de
Parodies eft renvoyé , Arlequin arrive;
les Songes , pour le fatisfaire , amenent
fa Maîtreffe Marinette , qui en dormant
lui
prouve qu'elle lui eft fidelle : la Nuit
l'éveille , & Arlequin charmé lui propofe
de l'époufer. On ouvre la Ferme ,
& on voit Morphée. Les Songes , &
tous les Dormeurs ronflans , qui , réveillez
, chantent les Couplets fuivans fur
l'air du Cabin Caha , dont voici le dernier.
Vive
AVRIL 1726. 815
Vive une Piece ,
Dans qui l'Auteur nouveaų ,
Echauffant fon cerveau ,
Met du vif & du beau ,
Sans orner d'oripeau ,
Un Héros de la Grece.
Non : Paris ne voit plus cela .
Dans le Dramatique ,
Rime profaïque ,
Bannit l'heroïque ,
Et fans rien qui pique ,
L'intrigue va
Cahin caha
Les Spectacles nous ont fourni trop de
matieres ce mois - ci , pour que l'Article
de la petite Comedie du Talifman puiſſe
trouver ici fa place. On en trouvera l'Extrait
dans le prochain Mercure.
816 MERCURE DE FRANCE
*******************
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Ebruit a couru à Conftantinople , au commencementdu
mois de Fevrier , que l'accommodement
avec le jeune Roi de Perfe
étoit comme conclu , & que les Turcs alloient
détacher soooo. hommes de leurs Armées de
Perfe, pour lesfaire marcher vers les frontieres
de la Georgie.
On mande auffi de la même Ville , que l'Envoyé
du Chef des Rebelles de Perſe y étoit
arrivé le 18. du mois de Janvier , & que le
Grand Seigneur avoit nommé deux Commiffaires
pour entrer en conference avec lui far
les propofitions d'accommodement dont il eft
chargé.
M. Dierling , Refident de l'Empereur , eur
'le 2. de Fevrier une Audience du Grand Vizir
, auquel il remit la ratification de S. M. I.
du Traité conclu en dernier lieu avec la Regence
de Tunis.
On apprend en dernier lieu de Conftantinople
, que l'Envoyé de Sultan Eſcreff avoit
eu fa premiere Audience du Grand Vizir ,
qu'ayant donné à ce Chef des Rebelles de
Perfe , le titre de Grand Sophi , ce premier
Miniftre en avoit été fi irrité , qu'il avoit re
fufé de l'écouter davantage ; & qu'il avoit
fait affembler à cette occafion le Divan , lequel
avoit fait declarer le Sultan Efcreff ennemi
du Grand Seigneur , & ordonné à fon
Envoyé de fe retirer de Conftantinople. Ces
Lettres ajoûtent , qu'on avoit donné depuis
се
AVRIL 1726. 817
ce temps-là des ordres , pour faire marcher
un renfort confiderable de Troupes du côté
de la Perfe , où la Porte doit faire tous les cfforts
pour s'emparer d'Hifpahan.
RUSSIE.
Ovaillefans difcontinuation dans la Fon-
N apprend de Petersbourg , qu'on traderie
d'Olonits , à jetter 300. pieces de canon
de fonte de differens calibres , & 200 mille
boulets , qu'on dit être deftinez pour les Ports
d'Espagne.
Le Prince Bafile Wolodimir Dolhorowki eft
parti pour aller prendre le Commandement
d'un Corps de Troupes du côté de la Mer
Cafpienne , d'où l'on a reçû avis que le jeune
Roi de Perfe s'étoit mis fous la protection
de la Czarine , & qu'il étoit arrivé à Bachu ,
dans la Province de Schyrvan au commencement
du mois de Mars .
Le Major General Romanshoff , Envoyé
Extraordinaire de la Czarine à la Porte
eft parti de Conftantinople pour ſe rendre à
Petersbourg.
Le Comte de Rabutin , Ambaffadeur de
l'Empereur , arriva à Petersbourg le 21. Mars
dernier. Il reçût le lendemain la vifite du Baron
d'Oſterman , Confeiller Privé , & le jour
d'après, celle des Miniftres , aufquels il avoit
fait donner part de fon arrivée . La Czarine a
fait pofer une Garde devant l'Hôtel de ce Miniftre
, pour lequel elle a ordonné tous les
honneurs qui ont été rendus jjufqu'à prefent
aux perfonnes honorées d'un femblable
caractere dans fes Etats.
La Flote qu'on équipe avec toute la dili-
I gence
818 MERCURE DE FRANCE
gence poffible, fera compofée , à ce qu'on af
fure , de 22. Vaiffeaux de guerre , 6. Fregates ,
& de 75. Galeres on ne fçait pas encore fi
elle eft deftinée à quelque Expedition , ou fi
on ne la mettra en mer que pour exercer les
Officiers de Marine & les Matelots.
LRfelt
POLOGNE.
E feftin que le Comte de Mniziek , Grand
Maréchal de la Couronne , donna le 26,
de Fevrier , étoit des plus fuperbes. Le Palais
de ce Seigneur étant d'une Architecture
reguliere à la moderne , & très - propre à l'illumination
, qui en profiloit toute la façade,
annonçoit par fon éclat une très -pompeufe
Fête . Le Jardin n'étoit pas moins brillant
par un nombre infini de flambeaux & de lam
pions on avoit reprefenté dans le Parterre ,
d'un côté le Chiffre Royal , & de l'autre ,
F'Ordre Polonois de l'Aigle blanc , enrichi
d'Emblêmes , & de quantité d'autres ornemens
.
On avoit élevé au fond du Jardin une ef
pece de Salon de treillage , avec des glaces
de miroirs dans le fond. Le Roi étoit placé à
table , vis-à-vis de ces glaces , dans lefquelles
S. M. yoyoit tout le deffein de l'illūmiş
nation.
SUEDE.
9. E 24. Mars , le Comte de Freitadt Mi
Litt
niftre - Plenipotentiaire de l'Empereur , reçût
des mains de M. Hokopen, Secretaire d'Etat
, une Declaration de S, M. contenant en
fubfAVRIL
1726 . 819
> fubftance Que le Roi & le Senat , ayant
reconnu que le Traité d'Hanover n'avoit été
fait que pour conferver la balance dans l'Europe
, & affermir la paix qui y regne depuis
plufieurs années , ils avoient jugé à propos d'y
acceder , fans neanmoins y rien ftipuler au
préjudice de S. M. I. & de l'Empire .
Luchy
ALLEMAGNE .
Es Royaumes de Naples & de Sicile , le
Duché de Milan , & le refte des Etats que
l'Empereur poffede en Italie , ont envoyé des
Deputez à Vienne avec de magnifiques prefens
au Prince Eugene , leur Capitaine General
& Gouverneur en Chef.-
Le bruit court à Vienne , que le Baron de
Ripperda paffera à Peterſbourg , avec caracte
re d'Envoyé Extraordinaire d'Efpagne , auffi
τότ que le Duc d'Offone , nouvel Ambaffadeur
Extraordinaire de S. M. C. fera arrivé à
Vienne.
Quelques Lettres particulieres d'Espagne
marquent , que S. M. C. a fait offrir fa Flote
au Miniftre de l'Empereur , pour s'en fervir
conjointement avec celle que le Roi de Portugal
eft dans le deflein d'équiper contre les
Puiffances qui voudroient troubler la Compagnie
d'Oftende dans fon commerce ; & que le
bruit couroit à Madrid , que l'Infant Dom
Emanuel de Portugal auroit le Commandement
general des Troupes Efpagnoles , en cas
que le Roi d'Efpagne fe déterminât à une rup
ture. ¡
Le bruit court que la Reine d'Espagne ,
premiere Douairiere , Soeur de l'Electeur Pa
I ij lating
820 MERCURE DE FRANCE
1
latin , ira faire un tour à Manheim avant que
d'aller faire fa réfidence à Rome.
La nouvelle de l'évafion d'un des fils du
Prince Ragotski , que les Lettres d'Italie
avoient marqué s'être embarqué à Ancone ,
pour aller joindre le Prince fon pere , ne s'eft
pas confirmée. On a fçu depuis qu'il étoit allé
à Venife pour prendre le divertiffement du
Carnaval , & qu'il étoit encore dans cette
Ville.
LE
ITALIE .
E 15. du mois dernier , on tint devant le
Pape , la Congregation de l'examen des
Evêques & Reguliers , & l'on y interrogea
fur la Theologie morale , l'Abbé Jean Gherardi
, Archi- Prêtre de Cervinara , dans le
Diocèfe de Benevent , nommé Coadjuteur de
l'Evêché de Monte - Marano .
Le Patriarche de Veniſe a fait publier un
Mandement , par lequel il ordonne à tous les
Ecclefiaftiques de fon Diocèfe qui afpirent
Ja Prêtrife , de quitter la Perruque & de
porter les cheveux courts .
Le 17. Mars au matin , le Cardinal Paulucci
, Vicaire & Secretaire d'Etat , donna à
Rome la Croix de Chevalier de l'Ordre de
Chrift , inftitué à Avignon par le Pape Jean
XXII. en 1320. à M. Antoine Valleri , Sur→
Intendant de la Fabrique de S. Pierre.
Le 19. le Cardinal de Polignac , chargé des
affaires du Roi de France , & nommé par
S M. T. Ch. à l'Archevêché d'Auch , fut
facré dans l'Eglife Nationale de S. Louis des
François , par le Pape , affifté des Cardinaux
Otthoboni & Gualterio. Le Pape étant de retour
AVRIL 1726. 821
tour au Palais du Vatican , régala à dîner le
Cardinal de Polignac & les Cardinaux Otthoboni
, Gualterio , Barberin , Orighi & Marini.
Le zo. le Pape tint au Vatican un Confiftoire
fecret , dans lequel le Cardinal Otthoboni
,
Protecteur des affaires de France , propofa
l'Evêché de Grenoble pour l'Abbé Caulet,
Aumônier du Roi T. C. & l'Abbaye de Caunes
, Ordre de S. Benoît , Diocèse de Narbonne,
pour l'Abbé du Bois , frere du feu
Cardinal de ce nom.Il préconifa enfuite l'Abbé
de Belingan , Chanoine de S. Germain l'Au-
.xerrois pour l'Abbaye de S. Crefpin le Grand,
lès Soiffons , de l'Ordre de S. Benoît.
Le 25. Fête de l'Annonciation de Notre-
Dame , le Pape alla à Ste Marie fur la Minerve
, où il tint Chapelle , accompagné de 30.
Cardinaux. Après la Meffe S. S. donna le Pallium
au Cardinal de Polignac , Archevêque
d'Auch & chargé des affaires du Roi T. Ch.
& S. S. lui fit prefent de trois éguilles d'or ,
enrichies de Diamans & de Rubis qui doivent
l'attacher , & dont elle s'eft , toujours fervie
depuis fon Exaltation.
On a tenu à Naples un Confeil Collateral
en prefence du Cardinal Viceroy , pour deliberer
fur la maniere dont le Pape fera reçu fur
les frontieres de ce Royaume , en cas que fa
S. vienne à Benevent , comme elle
difpofée. Le bruit court qu'il a été refolu
y paroît
que le Viceroy ira au- devant de S S. jufques
fur les confins de l'Etat : qu'on conftruira un
Pont fur la riviere de Guriliano , & un Arc
de Triomphe de chaque côté ; que le Viceroy
fera accompagné d'un détachement des
troupes de l'Empereur , de deux Seigneurs
Regens , des Secretaires des Guerres & de
I iij Jufti-
こ
822 MERCURE DE FRANCE
Juftice , & de quinze Seigneurs des plus qualifiez
du Royaume que le Pape fera conduit
de Fondi à Gaëte & enfuite à Seffa , Capouë ,
Matalonne & Monte- Sarchio , & qu'on éta-
-blira des Etapes dans tous ces lieux de féjour,
dont on a commencé de réparer les chemins .
vente
On mande de Rome , qu'on a vendu depuis
peu le fuperflu des Meubles & des habits du
Pape ; ce qu'on a touché de cette
doit être employé à faire des ornemens pour
les pauvres Paroiffes des environs de cette
Capitale. S. S. alla le 26. du mois dernier pour
la feconde fois vifiter les Arfenaux , où l'on
mit à part 300. Selles , 2. à 3000. Fufils , autant
d'épées & autres armes , qui feront vendues
pour employer le produit à de femblables
ufages de pieté.
Le 4. de ce mois , le Senat de Venife élus
M. Soranzo , fils du Procurateur de ce nom ,
pour Ambafladeur à la Cour du Roi T. Ch.
ESPAGNE .
Ne
fance de l'Infante d'Efpagne , Dom Antoine
Guedez Pereira , Envoyé Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roi de Portugal , fit reprefenter
dans fon Hôtel une Comedie en
Mufique , intitulée , le Triomphe de l'Amour,
à laquelle les Miniftres Etrangers , les Grands
du Royaume & les Principaux Seigneurs de
la Cour affifterent.
qulaire de la
N apprend de Madrid que le 31. Mars
GRANDES
AVRIL. 823
1726.
GRANDE-BRETAGNE.
E 19. de l'autre mois , le feu prit près de
Londres à une heure après minuit à la
maifon d'un nommé Nichols , faifeur de voiles
près du Port de l'Hermitage à Wapping.
En moins de fix heures de temps 120.maifons ,
tant grandes que petites , furent confumées ,
ainfi que plufieurs Magazins remplis de bois
pour la marine , de godron; & d'autres matieres
combustibles , & fix Vaiffeaux qu'on ne
put garantir de l'incendie , parce que la ma
rée étoit baffe.
On écrit de la même Ville , que le 25. du
même mois , on apperçut près des Dunes ,
une Baleine qui fut pourfuivie par plufieurs
Barques de Pêcheurs jufqu'au lendemain après
midí qu'ils la prirent & la conduifirent à
Foulkitone , elle a environ 70 pieds de long
L'Efcadre deftinée pour la mer Baltique ,
fera de 21. Vaiffeaux de ligne , de deux Fre
gates & de deux Brulots , & l'Amiral Wager
en aura le Commandement . Celle de la
Mediterranée qui doit être de 12. Vaiffeaux ,
fera commandée par le Chevalier Jean Jennings.
Le 13 de ce mois on fit à Londres , l'infertion
de la petite Verole à la Princeffe Marie
, 4. fille du Prince & de la Princeffe de
Galles , qui eft âgée d'environ trois ans.
L'Envoyé Extraordinaire du Roi de Maroc ,
alla le 11. avec les Ducs de Montaigu & de
Richemont , voir les Cabinets de curiofitez
de la Société Royale des Sciences ; après quoi
il fut reçu Membre de cette Societé.
Le jeune garçon Sauvage qui fut trouvé au
mois I iiij
824 MERCURE DE FRANCE .
mois de Novembre dernier dans une Forêt
d'Allemagne , & qu'on prefenta au Roi pendant
fon féjour à Hanover , eft arrivé à Londres
au commencement de ce mois. Il eſt entre
les mains du Dr. Harburnhuart qui a entrepris
de lui apprendre à parler .
PAYS- BA S.
Na publié à Bruxelles vers la fin du
mois dernier , un Placard du 21. Janvier
par lequel il eft deffendu fous peine de mort ,
de contrefaire à l'avenir , dans aucune Ville
des Pays - Bas , la monnoye frappée au coin
des Princes Etrangers , quoiqu'on lui donnâr
fon titre & fa valeur intrinfeque,
L'Evêque & Prince de Liege , ayant obte
nu du Pape une Conftitution qui lui permet
de faire arrêter dans tous les lieux de fa Souveraineté
, qui jouiffent de l'Immunité Ecclefiaftique
, tous les Faux- monnoycurs , Billonneurs
, Reformateurs d'Efpeces Etrangeres ,
& leurs complices , a fait affembler fes Etats
& dans cette affemblée , a rendu une Ordonnance
en datte du 14. du mois dernier , qui
porte peine de mort , non- feulement contre
ces coupables , mais encore contre ceux qui
leur fabriquent les outils neceffaires , & contre
ceux qui rognent les Efpeces.
On apprend de la Haye , que les Etats de
la Province d'Over Iffel ont écrit aux Etats
Generaux pour leur faire part de la réfolution
qu'ils ont prise d'acceder au Traité d'Hanover.
On mande auffi que le 26. du mois dernier ,
M.Preis,Envoyé Extraordinaire du Roi de Suede
, alla rendre vifite au Marquis de Fenelon,
AmAVRIL
1726.
325
829
Ambaffadeur du Roi T. Ch . à M. Finch , Envoyé
Extraordinaire du Roi d'Angleterre &
au Grand Penfionnaire , auxquels il fit part
de la réfolution que S. M. Suedoife avoit prife
en plein Senat d'agir de concert avec les Rois
de France , d'Angleterre & de Pruffe , pour
conferver la paix & la tranquillité dans l'Europe.
NAISSANCES.
Ona Agnes Colonne-Borghefe , Princeffe
fille qui fut baptifée le mêmejour , & tenuë
fur les fonts par le Comte Alfani , Maître de
Chambre de cette Princeffe , lequel la nomma
Flaminie-Anne-Therefe- Gertrude - Marie- Ange-
Jeanne.
La Princeffe époufe du Margrave Guillaume
George de Bade-Baden , accoucha à Raftadt
le 18. du mois dernier d'une Princeffe
qui fut baptifée le même jour par le Cardinal
de Schonborn , Evêque de Spire & Coadjuteur
de l'Evêque de Conftance qui la nomma
, Elifabeth- Augufte- Françoife.
Iv FRAN
826 MERCURE DE FRANCE .
**:***X** X *X:XXXX :XX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c .
Lin
A Reine Douairiere d'Espagne , vou
lant rendre la vifite que le Roi lu
avoit faite , envoya à Versailles le Prince
de Robecq , Grand - Maître de fa Maifon
, pour prendre jour & convenir de
la maniere que fe feroit cette vifite ; le
tout ayant été reglé , S. M. C. partit
de Vincennes le Samedy 30. Mars , à
deux heures après midi , avec un cortege
modefte , & tel que le demande fon état
de Veuve , compofé de fix Caroffes de
fon Ecurie. Dans le premier attelé de 6 .
Chevaux , étoient le Marquis de Va
rennes , Capitaine de la Compagnie des
Gardes Suifles de la Reine & M. de
Mafparo , Mayordome de femaine. Le
fecond Caroffe , ou le Caroffe de refpect,
à 8. Chevaux , précedé de 9. Pages à
cheval . Le troifiéme auffi à 8. Chevaux,
étoit ' e Caroffe qu'on appelle en Eſpagne
de la Camarera - Major , dans lequel
étoient le Prince de Robecq , Grand-
Maître de la Maifon de la Reine , Grand
d'Espagne & Chevalier de la Toifon d'or,
le
AVRIL 1726. 827
le Duc de Nevers , Grand Ecuyer de la
Reine & Grand d'Espagne , & le Ches
valier du Bourg , Grand - Maître de la
Garde - Robe de la Reine. Dans le 4. Ca
rofle à 8. chevaux , étoit la Reine ,
ayant avec elle ſa Camarera Mayor , la
Ducheffe de Sforce : un détachement des
Gardes du Corps de la Reine précedoit
ce Caroffe ; à la portiere droite mar
choient à cheval , le Marquis de Jare ,
Capitaine de la Compagnie des Gardes
du Corps de la Reine , Ms de Chaffincourt
& de Champdepy , Lieutenans , &
M. Macfuini , Enfeigne , tous en habits
uniformes à la portiere gauche étoit le
Marquis de Crecy, premier Ecuyer de la
Reine , & differens Officiers de l'Ecurie
*
Le gros de la Compagnie des Gardes
du Corps fuivoit le Caroffe de S. M.
Dans le cinquiéme Caroffe attelé de 6 .
Chevaux , étoient quatre Dames du Pa
lais de la Reine , fçavoir la Ducheffe
de Nevers , la Princeffe de Robecq , la
Marquile d'Arpajon & la Marquife de
Pomy ; la Marquife de Mailly, auffi Das
me du Palais de la Reine , étoit restée
malade à Vincennes . Dans le fixiéme Ca-
Jofle à 6. Chevaux , étoient cinq Camasiftes
de la Reine , Mefdemoifelles Vau
te , O - Brian , Millis , Debete & Barry.
Ces 6. Caroffes étoient fuivis de plu
I vj fieurs
1
828 MERCURE DE FRANCE.
fieurs autres remplis de differens Officiers
de la Maifon de la Reine ; S. M.
arriva en cet ordre à S. Clou où elle
coucha .
Le lendemain Dimanche 31. Mars
elle fe rendit à Verſailles dans le même
ordre , ayant auparavant envoyé un détachement
de fes Gardes du Corps & de
fes Gardes Suiffes , pour occuper les
Salles & les differens poftes à Verfailles ,
fur la droite des Gardes du Corps du
Roi & des Gardes Suiffes , ainfi qu'il
avoit été reglé..
La Reine trouva fur fon paffage les
Gardes Françoiſes & Suiffes fous les armes
dans la premiere Cour , & imme
diatement en dehors de la feconde grille,
les Archers de la Prévoté de l'Hôtel. La
Reine fortit de fon Carofle au pied de
l'escalier à gauche en entrant ; le Prince
de Robecq & le Duc de Nevers lui donnant
le bras , & le Marquis de Jare
fon Capitaine des Gardes du Corps , lui
portant la Robe. S. M. fut receue au bas
de l'efcalier par les grands Officiers &
monta aux appartemens avec toute fa
Cour Pefcalier étoit bordé des Suiffes
de la Garde du Roi , en habits de Ceremonie
& de ceux de la Reine fur la droite
; ceux -cy commandez par M. de Boliard
, premier Lieutenant de la Compagnie
AVRIL 1726. 829
gnie des Suiffes de la Reine : au haut de
l'efcalier , le Roi reçût la Reine d'Efpagne
, qui en l'abordant , quitta le bras
de Mrs de Robecq & de Nevers.
Le Roi conduifit dans fa Chambre la
Reine d'Efpagne , dont le Marquis de
Jare continua de porter la Robe , jufqu'à
ce que leurs Majeftez fuffent affifes . Le
Roi fit afloir la Reine à la belle place ,
& les Dames de fa fuite qui en avoient
le droit , s'affirent , comme la Ducheffe
de Sforce , la Ducheffe de Nevers & la
Princeffe de Robecq . La vifite ayant duré
un quart d'heure chez le Roi , S. M.
conduifit la Reine d'Efpagne par la grande
Gallerie à l'appartement de la Reine,
qui reçût & embraffa la Reine d'Efpagne
à l'entrée de fon appartement , leurs Majeftez
s'affirent , la Reine d'Eſpagne étant
placée entre le Roi & la Reine.
La vifite finie , la Reine reconduifit
la Reine d'Espagne , jufqu'à ce que
S.M.C. la pria de ne pas aller plus loin ;
& à quelque diftance delà , elle fit la même
priere au Roi , qui continuoit de l'accompagner
; enfuite la Reine d'Espagne
prit le bras de Mrs de Robecq & de Nevers
& defcendit l'efcalier ; les mêmes
Grands Officiers l'accompagnant jufqu'à
fon Caroffe ; elle fortit des Cours dans
le même ordre qu'elle étoit fortie de
ป Vin830
MERCURE DE FRANCE.
-
Vincennes. La Reine , fa Camarera-
Mayor , fes Dames du Palais & fes Camariftes
étoient en robe de Cour à la mode
d'Efpagne , S. M. C. ayant de plus
le Manteau attaché à fes épaules qui traînoit
de longueur de fa robe. S. M. C. rẻ-
tourna à S. Cloud où elle féjourna le
lendemain premier d'Avril & le 2.
elle retourna à Vincennes par le même
chemin qu'elle étoit allée , fçavoir par
le Pont de Seve , le Cours , par les dehors
de la porte S. Honoré , par le Boulevart
, &c. En paffant devant la porte
S. Antoine S. M. fut faluée par l'Artiklerie
de la Baftille.
•
Le Jeudi 4. Avril , la Reine alla rendre
la vifite à la Reine d'Efpagne . Cette
vifite ayant été annoncée trois jours auparavant
, la Ducheffe de Sforce , Camarera-
Mayor de S. M. C. envoya le 2. aux
Seigneurs & Daines de la Cour de France
, qui tiennent à la Couronne d'Eſpagne
par des dignitez ou des honneurs ,
tels que la Grandeffe ou la Toifon d'or, un
Billet d'invitation conçu en ces termes.
» Madame la Ducheffe de Sforce , croît
» devoir avertir M ... que la Reine.vien-
» dra Jeudi 4. du prefent mois d'Avril
rendre vifite à . S. M. C. à Vincennes
» l'après midy ; & comme Madame la
» Ducheffe de Sforce n'eft point inftruite
de
AVRIL 1726. 831
୮
» de l'heure que la Reine y arrivera , el-
» le invite M.... de venir dîner chez
» elle à Vincennes fi cela convient. Ce 2 .
» Avril 1726.
Lifte des Seigneurs & Dames qui fe ren
dirent à cette invitation.
Le Maréchal d'Eftrées , Grand d'Ef
pagne , & Madame fon Epoufe.
Le Maréchal de Villars , Grand d'E
pagne , & Chevalier de la Toifon d'Or.
Le Comte de la Mothe , Grand d'Efpagne.
Le Grand Prieur de France , Grand
d'Espagne.
Le Comte d'Egmont , Grand d'Efpagne.
Le Duc de S. Simon avec les deux
fils , le Duc de Ruffec , Chevalier de la
Toifon d'or , & le Marquis de Ruffec ,
Grand d'Espagne .
Le Duc de Noailles , Grand d'Efpågne.
Le Marquis d'Arpajon , Chevalier de
la Toifon d'Or . ›
Le Marquis de Bethune , Chevalier de
la Toifon d'Or.
Le Marquis de Brancas , Chevalier de
la Toifon d'Or.
Le
$32 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis d'Asfeld , Chevalier dé fa
Toifon d'Or.
Le Comte de Morville , Chevalier de
la Toifon d'Or , & Madame fon Epoufe:
La Ducheffe d'Eftrées , foeur du Duc
de Nevers.
Le Marquis de Teffé n'a pu s'y trouver
à cauſe des fonctions de fa Charge de
Premier Ecuyer de la Reine , qui l'attache
à fa perfonne , & Madame fon
Epoufe , étoit une des Dames nommées
pour être de la fuite de la Reine.
Ces' Seigneurs & Dames dînerent à
trois tables avec les Dames & Seigneurs
de la Cour de la Reine d'Efpagne , fçavoir
, chez la Ducheffe de Sforce ,, Camarera
Mayor de la Reine d'Efpagne ,
chez le Prince de Robecq , Grand - Maître
de fa Maiſon , & chez le Duc de Nevers
, fon Grand - Ecuyer.
La Reine paffa fur le Rempart de
Paris , après avoir reçû devant la Porte
de S. Honoré les refpects du Corps de
Ville , à la tête duquel étoit le Duc de
Trelmes , Gouverneur de Paris : le Corps
de Ville fut prefenté à S. M. par le Mar
quis de Brezé , Grand- Maître des Ceremonies
, en ſurvivance du Marquis de
Dreux fon pere , & par M. des Granges
, Maître des Ceremonies. Le Préfi
dent Lambert , Prevôt des Marchands ,
porta la parole . Il complimenta la ReiAVRIL.
1726.
833
ne. S. M. en paffant à la Porte S. Antoine
, fut faluée par le canon de la Baftille
: elle fit jetter beaucoup d'argent au
peuple , qui étoit accouru en foule fur
fon paffage , & qui marqua par des acclamations
réïterées la joye que lui caufoit
la prefence de fa Reine.
Vers les trois heures , la Reine arriva
, & fut reçue par le Duc de Nevers
à la defcente du Caroffe , & par la Reine
d'Efpagne au haut de l'Escalier en
dehors de la Porte de la Salle des Gardés
l'Escalier étoit bordé des Suiffes de
Garde du Roi , & de ceux de S. M.
& la Salle des Gardes occupée par
les Gardes du Corps du Roi , & par
ceux de la Reine d'Efpagne. Sa Majesté
Cath, embraffa la Reine en l'abordant, &
la conduifit fur fa droite dans fa Chambre.
Le Cercle étoit compofé des Princeffes
du Sang, Mademoiſelle de Clermont , Mademoiſelle
de la Roche fur- Yon , & d'un
nombre confiderable d'autres Dames qui
fuivoient la Reine , & qui étoient fur fa
droite ; la Maréchale de Boufflers , Dame
d'Honneur de la Reine , étant affife
à côté droit , & un peu en arriere du
fauteuil de la Reine ; fur le côté gauche ,
& aufli un peu en arriere du fauteuil de
la Reine d'Espagne , étoient affifes la Ducheffe
de Sforce , & enfuite les Dames
invi834
MERCURE DE FRANCE.
invitées , & les Dames du Palais affifes
& debout , felon , qu'elles en avoient
droit. La vifite finie , la Reine d'Espagne
donna la main à la Reine , & l'ayant reconduite
jufqu'à ce que la Reine pria la
Reine d'Espagne de ne pas aller plus.
loin , la Reine l'embraffa , & L. M. fe
feparerent. La Reine fut con luite à fon
Caroffe par tous les grands Officiers de
la Maifon de S. M. C.
Il eft à remarquer , que felon l'ufage
de la Cour d'Elpagne , la Ducheffe de
Sforce porta la robe de S. M. C. allant
& venant jufqu'à la porte de la Salle des
Gardes , où elle la donna au Capitaine
des Gardes . Que S. M. étoit coëffée en
pointe & en voile , felon l'ufage des
Reines veuves d'Espagne.
Lifte des Princeffes & des Dames , qui
ont accompagné Sa Majefté dans la
vifite qu'elle a rendue à la Reine d'Ef
pagne.
Mademoiſelle de Clermont.
Mademoiſelle de la Roche- fur-Yon.
La Maréchale de Boufflers ; Dame
d'Honneur.
La Comteffe de Mailly Dame d'A
tour.
DuAVRIL
1726. 835
Les.
f Ducheffe de Tallard .
Maréchale de Villars.
Duchelle de Bethune .
Comteffe d'Egmont .
Marquise de Prie.
Comteffe de Rupelmonde
.
Marquife de Gontault .
Marquise de Nefle .
Comteffe de Merode.
Ducheffe de la Tremoille.
Ducheffe de Grammont.
Maréchale d'Alegre .
Marquife de Nangis .
Comteffe de Teffé.
Marquife de Flamarens .
Comtefle d'Agenois.
Comteffe de Cayeux.
Comteffe de Ribey rac .
Marquife d'Alegre .
Dames du
Palais .
Le 1. le 2. & le 3. de ce mois le Roi
alla à la Chaffe du Sanglier , du Loup ,
du Dain , & du Cerf , dans la Forêt de
S.Germain & dans celle de Marly.
Le 4. S. M. fit faire une battuë de
Lapins dans le petit Parc de Verfailles ,
du côté de la Ménagerie . On en tua 180.
& quelques Lievres. Tout ce Gibier fut
donné par ordre du Roi aux pauvres
Malades de Verſailles,
La
836 MERCURE DE FRANCE :
La Chaffe ne fait pas le feul plaifir de
la Cour. Il y a trois fois la femaine Concert
dans les grands Appartemens ; les
autres jours il y a Jeu , Comedie Françoife
, ou Italienne.
Pendant le Carême il y a eu Sermon
à la Chapelle du Château de Verfailles
, le Dimanche , Mercredi & Vendredi
de chaque femaine , où leurs Majeſtez
ont affifté très - regulierement , ainſi
qu'aux Offices. Le Pere Boyer Theatin
, qui prêche à la Cour cette année , y
a été fort applaudi.
Le 5. Avril , le Roi prit le plaifir de
la Chaffe du Vol , près la grande Grille,
au bout du Canal. On vola une Perdrix
rouge ; les oifeaux prirent enfuite huit
Lievres.
Le 6. le Roi courut le Dain dans la
Forêt de S. Germain. Il y en eut deux
de pris .
Le 8. S. M. prit trois Cerfs dans la
Forêt de Marly.
Le même jour le Prince de Birken
feld , Colonel du Regiment d'Alface ,
Lieutenant General des Armées du Roi,
qui étoit abfent depuis près de dix ans ,
fut préfenté à S. M. par le Duc de Bourbon.
Le 9. le Roi courut le Loup dans la
Forêt de S. Germain. On en prit un .
Le
AVRIL 1726 .
837
Le même jour , la Ducheffe de Vantadour
préfenta la Princefle de Birkenfeld
au Roi , qui la reçût auffi agréablement
que S. M. avoit reçû M. fon Epoux
le jour précedent.
Le 10. le Roi courut aux grands Levriers.
S. M. prit 9 , Lievres. Il y eut
Jeu le foir dans le Salon , attenant la
grande Galerie , qui fut tenu par la
Reine.
Le 11. le 12. & le 13. le Roi courut
le Sanglier , le Cerf & le Dain .
Le 15. le 16. & le 17. il y eut Chaffe
du Dain & du Loup .
Le 22. le Roi alla voler.
Pendant les jours de la Semaine Sainte
que le Roi n'eft point forti , Sa Majefté
s'eft amusée à tourner fur le Tour
que
la Dile Maubois lui a fait . Cette habile
Demoiſelle a eu l'honneur de montrer
à S. M.
Le Roi a donné à M. de Valliere ,
Lieutenant General d'Artillerie , Maréchal
des Camps & Armées de S, M. &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , la Direction genera
le des Ecoles & Inftructions des Bataillons
du Regiment Royal Artillerie , va
cante par la mort de M. Camus des Touches
.
M. de Chavigny , ci-devant Envoyé
Ex838
MERCURE DE FRANCE
Extraordinaire du Roi à Genes , a été
nommé Miniftre de S. M. près la Diete
de Ratifbonne.
Le 31. du mois dernier , l'Abbé Milon
, nommé par le Roi à l'Evêché de
Valence , fut facré dans la Chapelle de la
Congregation de la Maiſon Profeffe des
Jefuites , par l'Evêque , Comte de Châlons
, affilté de l'Evêque de Rennes &
de l'Evêque du Puy.
Le 5. de ce mois à onze heures du matin,
les Prevôt desMarchands & Echevins
de cette Ville , allerent en Corps & en
habits de ceremonie , rendre leurs refpects
à la Reine Douairiere d'Efpagne à Vincen
nes , & ils lui porterent des prefens ,
qui confiftoient en fix corbeilles remplies
de confitures , en bougies , flam
beaux , &c.
Lé 7. de ce mois , Dimanche de la
Paffion , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfail
les la Mefle chantée par la Mufique.
Pendant la Meffe du Roi , les Evêques
du Puy & de Valence prêterent ferment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le Roi a donné à M. Blondel , Intendant
de la Martinique , la place d'Intendant
des Galeres à Marſeille , vacante
la mort de M. de Vaucreffon .
Le Cardinal de Rohan , Grand - Aupar
monier
AVRIL 1726. 839
mônier de France , & l'ancien Evêque
de Frejus , Grand Aumônier de la Rei
ne , ont porté de la part de Leurs Majeftez
, des Semaines Saintes , à la Reine
d'Efpagne à Vincennes , & à S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans , au Convent
des Religieufes de la Madeleine de
Trefnel.
Le 14. de ce mois , Dimanche des
Rameaux , le Roi & la Reine , accompagnez
du Duc d'Orleans , du Comte de
Charolois , du Comte de Clermont , de
la Ducheffe d'Orleans , de Mademoifelie
de Charolois , de Mademoiſelle de
Clermont , & de Mademoiſelle de la
Roche fur- Yon , fe rendirent ( dans la
Chapelle du Château de Verfailles , où
L. M. affifterent à la Benediction des
Palmes qui fut faite par l'Abbé Tenieres
, Chapelain de la Chapelle de Mufique
, qui en préfenta au Roi & à la
Reine. L. M. allerent à la Proceffion ,
adorerent la Croix , & entendirent enfuite
la grande Meſſe celebrée par le
même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après- midi , L. M. affifterent à
a la Prédication du P. Boyer , Theatin , &
enfuite aux Vêpres.
,
Le Roi , qui remplit avec application
& toujours exactement , tous les devoirs
d'un grand Prince , s'eft attaché pendant
la
840 MERCURE DE FRANCE.
la femaine Sainte avec autant de zele
que
de pieté à tous ceux d'un veritable Chrétien
. Non feulement S. M. s'eft trouvée
à tous les Offices , mais elle a fait encore
toutes les chofes qui les rendent beaucoup
plus longs & plus fatiguans pour
elle que pour les Particuliers.
Il y a toûjours Sermon le jour que le
Roi fait la Cêne , le Jeudi - Saint ; c'eſt
l'ufage de choifit un autre Prédicateur
que celui qui prêche le Carême. Le choix
eft tombé cette année fur l'Abbé de Bry ,
Chapelain du Château de S. Germain en
Laye.
L'Abfoute après le Sermon fut faite
par le Cardinal de Rohan , Grand - Aumônier
de France , après quoi S. M. lava
les pieds à douze Pauvres & les fervit
à table. Le Duc de Bourbon , Grand- Maî
tre de la Maifon du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hôtel , précedoit le Service ,
dont les plats étoient portez par le Duc
d'Orleans , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty , & par les principaux
Officiers de S. M.
Après cette ceremonie , le Roi & la
Reine fe rendirent à la Chapelle du Châ
teau de Verſailles , où leurs Majeftez entendirent
la grande Meffe & affifterent à
la Proceffion .
Le même jour après midi , la Reine
entendit
AVRIL 1726. $41
entendit le Sermon de la Cêne de l'Abbé
de la Nux , Théologal de l'Eglife Cathedrale
de Toul ; après quoi l'ancien
Evêque de Fréjus , Grand- Aumônier de
la Reine , fit l'Abfoute. S. M. lava enfuite
les pieds à douze pauvres filles &
les fervit à table . Le Marquis de Villacerf
, Premier Maître d'Hôtel de la
Reine , à la tête des Maîtres.d'Hôtel de
S. M. précedoit le Service , dont les Plats
étoient portez par Mademoiſelle de Charolois
, Mademoiſelle de Clermont , Mademoiſelle
de la Roche-fur-Yon , la Comteffe
de Toulouze , & par les Dames du
Palais de S. M.
Le 19. Vendredy - Saint , le Roy & la
Reine entendirent le Sermon de la Paffion
du Pere Boyer , Theatin. Leurs Majeftez
affifterent à l'Office , & allerent à
l'Adoration de la Croix , & le foir elles
entendirent l'Office des Tenebres , chanté
par la Muſique , ainfi que le Jeudy
& le Mercredy.
Le Samedy- Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint- Esprit ,
fe rendit en ceremonie à l'Eglife de la
Paroiffe de Verfailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains du
Cardinal de Rohan , Grand- Aumônier
de France. Enfuite le Roy toucha un
grand nombre de Malades .
K Le
842 MERCURE DE FRANCE ,
Le même jour la Reine alla auffi à l'E
glife de la Paroiffe , où S. M, communia
par les mains de l'ancien Evêque de Fréjus
, fon Grand- Aumônier . Le ſoir leurs
Majeftez affifterent à Complies & au Sas
lut dans la Chapelle du Château ,
-
Le 21. Fête de Pâques , le Roy & la
Reine entendirent dans la même Chapelle
, la grande Meffe , celebrée pontificalement
par l'Evêque de Rennes , &
chantée par la Mufique . L'après-midy L
M. affifterent au Sermon du P. Boyer, & enfuite
aux Vêpres, où lemême Prélat officia,
* Le 14. de ce mois , l'Abbé Caulet , cydevant
Aumônier du Roy , & nommé
par S. M. à l'Evêché de Grenoble , fut
facré dans la Chapelle de la Congrégation
du Noviciat des Jefuites , par l'Ar
chevêque de Rouen , affifté des Evêques
du Puy & de Valence .
Le 19. à neuf heures du foir , il y eur
un incendie chez le Marquis d'Alincour,
ruë de Luxembourg , proche la Place de
Vendôme. Le feu prit dans la Garde-
Robbe de fon Appartement au fecond
étage ; le prompt fecours des Pompes
empêcha qu'il ne fe communiqua à la
Charpente des Greniers . Tous les Habits,
le Linge , & c. & generalement tout ce
qui fe trouva dans cette Garde - Robbe
fut confumé. M. Le Lieutenant General
de
AVRIL 1726 . 843
de Police s'y tranfporta , & donna de fi
bons ordres , que le feu fut entierement
éteint en moins de deux heures . Les Capucins
y vinrent, & y travaillerent avec
beaucoup de zele , à leur ordinaire.
Le 9. Avril on pofá en ceremonie la
Premiere Pierre des Bâtimens qu'on va
élever des deux côtez de la grande ouverture
faite pour communiquer du Carrefour
de la rue de Buffy , au nouveau
Marché qu'on va établir dans le Preau
de la Foire faint Germain . Cette Ceremonie
fut faite au nom du Cardinal de
Biffy , Abbé de faint Germain des Prez ,
par l'Abbé de Biffy , fon frere , lequel fit
des liberalitez aux Ouvriers & des charitez
aux pauvres.
Le Roy a accordé le Gouvernement de
Belle- Ifle au Marquis de Saint Hilaire ,
Lieutenant General des Armées de S. M.
Lieutenant General de l'Artillerie , &
Grand- Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , lequel s'eft démis de
fes emplois dans l'Artillerie , pour être
en état de faire fa réfidence dans ce
Gouvernement.
Le Concert de Mufique fpirituelle
recommença au Château des Tuilleries
le Dimanche de la Paffion. Le fieur Phi
lidor y a fait chanter pendant cette fe
Kij maine
844 MERCURE DE FRANCE .
maine les plus beaux Motets de M. de
la Lande . Le Mercredy les fieurs Rebel
& Francoeur , de l'Academie Royale de
Muſique , joüerent une Piece de Simphonie
à deux Violons , qui fit beaucoup de
plaifir. Les fieurs Blavet & Lucas jouerent
auffi féparément fur la Flute Allemande
des Concerto qui furent très applaudis.
Le Dimanche des Rameaux &
tous les jours de la femaine , excepté lẹ
Vendredi- Saint , on chanta differens Motets
, entre autres le Miferere de M. Lalouette
, Beati omnes de M. Defmarets ,
& omnes gentes de M. Courbois . Le fieur
Buffardin , originaire de Provence , &
Muficien du Roi de Pologne , a joüé
plufieurs fois des Concerte fur fa Flute
Traverfiere , avec toute la précifion , la
vivacité & la juſteſſe imaginable , de même
que le fieur Guignon , fur fon Violon,
Le Concert fut terminé le Samedi - Saint
par le Regina cæli & par deux Motets
de M. de la Lande. Il n'y eut point de
Concert le jour de Pâques , & on chanţa
les autres jours de la femaine , excepté
Te Mardy , differens Motets ; entre autres
Eructavit cor meum du fieur Dornel , Or
ganifte de l'Eglife de fainte Genevieve ,
Diligam te Dominus du fieur Guignard ,
Ordinaire de la Mufique duRoi, Exalta bor
du fieur de Monteclair , que les Sçavans
ont
AVRIL 1726. 845
ont goûté. Le Te Deum de M. Collin de
Blamont, Sur -Intendant de la Mufique du
Roi , & le Motet Domini eft terra du
fieur Philidor , qui a été très aplaudi.
Ce Te Deum de M. de Blamont avoit
été fait pour le Sacre de S. M. & a été
chanté depuis à la Chapelle du Roi ; c'eſt
ce même Motet qui a été fort aplaudi, qui à
terminé le dernier Concert du Dimanche
de Quafimodo . On a chanté auffi le même
jour le Miferere de M. Bernier , Maître
de Mufique de la Sainte Chapelle . Le
même Concert doit recommencer le 30 .
May jour de la Fête de l'Afcenfion.
Quantité de Boutiques de la Foire faint
Germain ont été occupées cette année par
des gens qui donnent à jouer à la Roulette.
Ce Jeu eft extrémement en vogue de
puis deux ou trois ans . C'eſt un Plan incliné
fort uni , conftruit de Bois de Noyer ,
avec une Bordure , monté fur un pied de
la hauteur d'un Billard. Sa largeur eft
d'environ trois pieds & demi & fa longueur
de cinq ou fix ; deux Rigoles font
pratiquées aux deux côtez . La Boulle qui
doit décider du fort des Joueurs eft pouffée
de bas en haut par une de ces Rigoles ,
dont l'extremité eft coudée ; elle entre
dans le Jeu , & après avoir heurté contre
divers petits Rochers difpofez de fa-
Kiij
çon
846 MERCURE DE FRANCE
çon qu'ils la détournent en tous fens , elle
continue de rouler par fon propre penchant
, & vient entrer dans un des Portiques
qui font au bas du Jeus ces Portiques
font les uns blancs , les autres noirs ,
alternativement , & l'ouverture n'eſt pas
plus large que la groffeur de la Boulle .
Leur voifinage excite un grand mouvement
de crainte & d'efperance , ce qui
rend ce jeu très - picquant ; car la difference
de la perte au gain , eft celle du blanc
au noir. La Boulle eft blanche ou noire
au choix de celui qui la tient , lequel
joüe contre tous les autres Joueurs. S'il
prend la Boulle blanche , il faut que cette
Boulle entre dans un Portique blanc pour
gagner ; elle entre dans un Portique
noir , il a perdu , & de même quand il
choifit la Boulle noire. Dans les fameufes
Roulettes il y a des coups où l'on voit -
plus de 50 piftoles fur le jeu . Il en eft
de celui qui tient la Boulle , comme de
celui qui à la main au Lanfquenet , il ne
la quitte point tant qu'il gagne. A chaque
coup celui qui a la Boulle donne cinq
fols au Maître de la Roulette , & cette
rétribution , toute petite qu'elle paroît ,
produit très confiderablement. Il y en a
telle où l'on prétend qu'on joue jufqu'à
2000. coups dans un jour.
fi
EXAVRIL
1726. 847
EXTRAIT d'une Lettre dufieur deBroßy,
Commandant la Flute la Durance , appartenant
à la Compagnie des Indes
écrite au Cap François , Iles de Saint
Domingue , le 23. Janvier 1726.
N doublant l'Ifle de Porto - Rico , je
fis rencontre d'un grand Bateau Forban
fur les deux heures après midi . Il
m'attaqua à neuf heures & demie du
foir , en tirant un coup de canon à boulet
qui paffa au travers de mes Mâts , &
ayant battu la charge , je ne doutai plus
que ce ne fût un Forban ; comme je m'étois
préparé , je lui tirai auffi un coup de
canon à boulet qui porta dans fon bois
& je fis auffi battre la charge pour lui
rendre la pareille ; comme il avoit le vent
fur moi , il m'approcha ; je lui demandai
d'où il étoit , il me répondit fierement
qu'il étoit de la grande Riviere ; dans ce
moment je lui fis lâcher une bordée de
coups de canon , qui l'incommoda fort
& le fit aller au large & culer de l'arriere
pour le racommoder , après m'avoir
auffi tiré fa bordée.
Il m'obferva pendant la nuit , tâchant
de me furprendre ; mais comme je m'étois
fort préparé , & que je faifois faire.
bonne garde , à mesure qu'il s'approchoit
K iiij je
848 MERCURE DE FRANCE.
& je lui tirois plufieurs coups de canon ,
il répondoit de même ; je le repouſſai cependant
& lui fire tenir le large pendant
la nuit , en nous tirant plufieurs coups de
canon de part & d'autre. Vers le jour il
fe tint hors de la portée du canon , &
comme le jour de vint grand, & qu'il s'approchoit
de moi , il fe trouva bientôt par
mon travers , alors je lui tirai ma bordée ,
ce qui le fit encore culer. Il fit enſuite
plufieurs feintes pour m'aborder . Comme
les vents vinrent à calmer & que mon
Vaiffeau étoit des plus lourds , ne gouvernant
pas au contraire du Forban qui avoit
la marche bien fuperieure à moi , il ne
lui fut pas difficile de m'aborder ; il le fit
par derriere , afin de fe mettre à l'abry de
mon canon , que je lui lâchois autant que
je le pouvois découvrir , tant à mitrailles
qu'à boulets.
Avant l'abordage il avoit Pavillon Forban
, il le hiffa & amena trois fois , nous
faifant figne par là d'amener ou baiffer
notre Pavillon ; & voyant que nous n'en
faifions rien , il mit Pavillon fans quar- .
tier , & n'étant alors gueres éloigné de
nous , il arriva , & nous attaqua en premier
lieu par tribord ; nous tirâmes plufieurs
coups de canon , de pierriers & de
moufqueterie.
Comme j'étois fort élevé aude flus de
lui ,
AVRIL 1726. 849
lui , je le fis déborder par ma moufqueterie
& par des grenades , puis il paffa
par derriere & me vint une feconde fois
aborder par babord ; dans ce temps- là je
redoublai le feu de la moufqueterie &
des grenades , ne pouvant me fervir du
canon , lui tuant beaucoup de monde : il
paroiffoit avoir cent cinquante hommes
de toutes Nations ; il me cribla toutes mes
Voiles par fa mitraille , coupa toutes mes
manoeuvres , & offenfa mes Mats & même
le bord ayant trois coups de canon à fleur
d'eau , ou jay été obligé de faire mettre
des plaques de plomb.
Le dernier abordage dura cinq quartsd'heures
; & comme il ne pouvoit réfifter
où grand feu que je faifois , il fe laiffa
enfin culer pour fe retirer , n'en pouvant
plus . J'aurois bien pû amarer fon Beaupré
à mes grands Aubans , mais on me
dit que le Capitaine Forban avoit auprès
de lui un baril de poudre & une meche
allumée à la main pour fe faire fauter en
l'air , ce qui me détermina à le laiffer
aller, crainte qu'il ne mît le feu dans mon
Navire. Comme il paffa par tribord de
notre Flutte , à portée du piftolet , je
lui tirai encore toute ma bordée qui lui
fracaffa tout fon bord coulant bardeau.
Il paffa auffi-tôt tous fes canons de tribord
à babord pour mettrè fon Bateau à la
K v Bande.
850 MERCURE DE FRANCE:
bande. Il étoit armé de dix canons & de
fix pierriers , c'eft un Bâtiment du Porc
d'environ cent vingt Tonneaux ; je doute
fort qu'il ait pu fe rendre à Porto-
Rico , étant éloigné de vingt deux lieuës ,
fans couler à fond ; il avoit auffi fur fon
Bord beaucoup de Caraybes ou Americains
qui jettoient des Fleches , & des
Lances lefquelles reftoient dans les voi-
-les & dans le couronnement du Vaiffeau;
j'ai eu plufieurs bleffez dans ce combat
fans qu'il foit mort perfonne de fes bleffures.
La Dame Manuel a fait afficher & diftri
buer , avec Permiffion du Lieutenant General
de Police , des Imprimez , dans lesquels elle
dit avoir le Secret infaillible pour guérir les
Goûtes & les Rhumatiſmes , fans avoir befoin
de Remedes interieurs ni de regime particulier
, mais par la fimple application de fon
Remede , dont on frotte la partie malade. L'experience
qu'elle en fait tous les jours lui attirent
un applaudiffement general des perfonnes
qui ont été guéries.
Elle demeure ruë Montmartre , entre la ruë
Tictonne & l'égout , chez M. Quertau ,Tourneur.
" M. Camoin , Prieur de Lauron du lieu
Allauchen Provence , a deviné les Enigmes
du Mois dernier.
MORTS
AVRIL 1726. 851
MORTS , MARIAGES.
Mi
Nicolas Caruel , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de faint
Louis , natif de Mauberfontaine , près de
Rocroy , mourut le 6. de Fevrier dernier
dans la 115. année de fon âge. Il
avoit obtenu du Roi Louis XIII. Trifayeul
de S. M. une Compagnie d'Infan
terie dans le Regiment de Numps , dont
la Commiffion eft dattée du 28. Janvier
1636. Il commandoit en 1712. une
partie des Milices de Champagne , employée
à la garde des Rivieres . Ayant
été prefenté au Roi au mois d'Avril
1723. S. M. le fit Chevalier de l'Ordre
de S. Louis , lui fit payer tout ce qui lui
étoit dû d'une Penfion que le feu Roi
Louis XIV. lui avoit accordée , & lui donna
une gratification extraordinaire.
44.
. Frere Henry le Bouteiller de Rancé ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Je
rufalem , cy devant Lieutenant General
des Galeres du Roi , mourut le 14. du
mois dernier , âgé de 99. ans . Il étoit
frere du Pere Jean Armand le Bouteiller
de Rancé , Abbé Regulier & Refor
mateur de l'Abbaye de la Trape ; & il
K vj fer852
MERCURE DE FRANCE
fervoit le Roi depuis plus de 70. ans.
Dame Antoinette Collart , veuve de
M. Marins Bazile Morel de Boitiroux ,
Chevalier , Seigneur de Vindé , le Meix,
S. Efpoing , la Becherelle , &c. Intendant
General du Commerce & Directeur
General des Domaines de France & des
Fermes du Roi , mourut à Paris le 23 .
Mars dernier âgée d'environ 80. ans .
Le 26. Mars , Charles Emanuel-
François de Vatteville , fils de Charles
- Emanuel , Marquis de Conflans ,
Chevalier de la Toifon d'or , & de Marie
Elifabeth , Comteffe de Merode fon
épouse , mourut à Paris , âgé de feize
ans .
M. Denis Coignet , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , Curé de
S. Roch & Doyen des Curez de Paris ,
A bé de S. Etienne de Femi & Prieur
de S. Julien de Concel , mourut à Senlis
le 29 Mars , âgé de 85. ans .
Dame Marguerite - Thereſe de Bautru
, Com effe de Seiran , veuve de M.
Nicolas de Bautru , Marquis de Vaubrun
, Lieutenant General des armées
du Roi , Gouverneur de Philippeville ,
& Commandant pour le Roi dans la Haute
& Baffe Alface , mourut à Paris le
30. du même mois , âgée de 79. ans ou
environ. Cette Dame avoit toujours porsé
AVRIL. 1725. 853
té le grand deuil depuis la mort de fon
mari , qui fut tué peu de temps après
M. de Turenne .
Le Reverend Pere Dom Jean - Baptifte
Moreau , Religieux Bernardin , ancien
Prieur de Cîteaux , Vicaire General de
l'Ordre & Bachelier de Sorbonne , mourut
le 1. Avril , âgé d'environ 79. ans
dans l'Abbaye de Villiers , dont il étoit
Directeur. Il avoit beaucoup de talent &
de zele pour la Prédication qu'il a toujours
exercée dans les differens Poftes
qu'il a remplis . Nous avons de lui un Eloge
funebre de Dame Marguerite le Cordier
du Tronc , Abbeffe de Villiers , prononcé
dans l'Eglife de ce Monaftere le 12 .
Decembre 1719. imprimé à Paris.chez
Lamefle en 1720. & un compliment à
Madame de Clermont de Chatte , lors de
fa prife de Poffeffion de la même Abbaye.
Il étoit frere de M. Moreau de Mautour,
qui a trouvé parmi les Manufcrits de fa
compofition , outre fes Sermons , les Pieces
qui fuivent .
Un Traité de la Grace. Sentimens touchant
la Prédeftination & l'accord de la
liberté avec la Grace , & un Abregé des
Conciles Generaux , de la conduite & dif
cipline de l'Eglife , de l'Ecriture Sainte
des Sacremens .
Traité fur le S. Sacrement de l'Autel ;
com
854 MERCURE DE FRANCE.
compofé lorfqu'il étoit Prieur de Loc-
Dieu , & Vifiteur General de la Province
de Rouergue , à la priere & avec la
permiffion de M. l'Evêque de Rodez
dans le temps d'un grand Jubilé de l'année
Sainte , pour expliquer aux nouveaux
Convertis de faint Antonin , Sept-
Fonds , Cauffade , Realville & autres
lieux de fon Diocèfe , les difficultez qu'ils
avoient propofées touchant le Myſtere
de l'Euchariftie .
Marie-Catherine - Charlote , née Comteffe
de Wallenrodt , Comteffe Douairiere
de Furſtemberg , mourut le 4. de ce
mois , dans fon Château de la Bourdaifiere
, près de Tours , âgée de 78. ans .
Le 17. Avril , M. Pierre Nigot de
S. Sauveur , Prefident en la Chambre
des Comptes , mourut à Paris âgé de 75 .
ans.
M. Pierre de Vienne , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Abbé des Abbayes de
N. D. de Larrivour , Diocèse de Troye
& de S. Martin de Nevers , Confeiller
en la Grand'Chambre du Parlement ,
Aumônier Ordinaire de la Reine , Inf
pecteur General de la Librairie de France
, mourut à Paris le 22. de ce mois ,
âgé de 64 ans , generalement regretté.
Le 6. Avril , Claude du Pleffis , Confeiller
au Parlement , fils de Michel - François
AVRIL 1726 855
çois le Bas , Ancien Tréforier General
de l'Extraordinaire des Guerres & de
Charlotte de Serre , époufa Marie - Catherine
le Bas de Girangi , fille de Louis
le Bas de Girangi , Seigneur de Clayes
& de Dame Catherine Quentin.
のののののみ
ARRESTS , DECLARATIONS ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST de la Cour de Parlement du 26.
Ajanvier , portant Reglement pour le payement
des Lettres de change tirées à jour certain
fur la Ville de Lyon , fuivant l'ufage
immemorial de cette place , où les dix jours
de grace portez par l'article 4. du Titres . de
l'Ordonnance de 1673. n'ont jamais eu lieu.
ARREST du 19. Fevrier , qui ordonne
l'Expedition des Quittances de Finance des
Offices de Treforiers , Receveurs des deniers,
Biens & Revenus Patrimoniaux d'Octrois ;
Et admet les Obligations aux Particuliers qui
voudront acquerir lefdits Offices.
ARREST du 26 Fevrier , qui proroge jufqu'au
premier Juin de l'année 1727. la dé
charge des Droits des Fermes Generales - unies,
fur les Beftiaux venans des Pays Etrangers ou
qui pafferont d'une Province dans une autre .
Et renouvelle les deffenfes d'en faire fortis
hors du Royaume.
DECLA
856 MERCURE DE FRANCE !
DECLARATION du Roi , au fujet du
Droit de Joyeux Avenement dans les Eglifes
Collegiales . Donnée à Marly le 28. Fevrier
1726. Registrée au Grand Confeil du Roi le
18. Mars 1726.
ARREST du 5. Mars , qui ordonne que
dans les Villes Tarifées , où les Offices de
Receveurs & Controlleurs des Octrois , Patrimoniaux
, Biens & Revenus des Communautez
, Tarifs , Dons , Conceffions , Subventions
& Impofitions ordinaires & extraordi
naires des Villes & Communautez , créez par
Edit du mois de Juin dernier , ne font point
encore levez , les Fermiers , Adjudicataires ,
Regiffeurs ou Receveurs defdits Tarifs , continueront
de remettre aux Receveurs des Tailles
, les Fonds provenans defdits Tarifs , jufqu'à
la concurrence de ce qui doit eftre employé
au payement de la Taille , ou autre impofitions
faites au profit de Sa Majeſté.
ARREST du même jour , portant Reglement
pour la vifite & Marque des Bierres fa-"
briquées dans toutes les Villes & Bourgs fermez
où il y a des Barrieres , & la perception
des Droits d'Infpecteurs des Boiffons fur lefdites
Bierres .
ARREST du même jour , qui fixe le Droit
de Confirmation dû par les Officiers de Judicature
& de Police.
DECLARATION du Roi , concernant la
Maifon de la Reine , donnée à Verfailles le
dixiéme jour de Mars 1726. par laquelle le
Roy ordonne entre autres chofes , que le fieur
BonAVRIL
1726. 817
Bontemps , l'un de fes premiers Valets de
Chambre & Gouverneur du Château des
Thuilleries , jouira des Privileges attribuez
aux Officiers Commenfeaux , en qualité d'Intendant
& Controlleur General des Bâtimens
& Jardin de la Reine , dont S. M. l'a pourveu
, &c.
ARREST du 12. Mars , qui enjoint aux
Maires , Echevins , Jurats , Capitouls & autres
qui ont l'Adminiftration des Deniers
communs d'octroys , & Revenus Patrimo
niaux des Villes , de remettre aux fieurs Intendans
dans quinzaine du jour de la publication
du prefent Arrêt des Etats d'eux certifiez
du montant de chacune des cinq dernieres
années de leurs Octroys , Tarifs , & Revenus
Patrimoniaux , pour fixer le payement du
Droit de Confirmation , & c.
ARREST du même jour , qui permet aux
Redevables du Droit de Confirmation , de
donner en payement des fommes pour leſquelles
ils font compris aux Rolles arreftez au
Confeil , les Quittances des Gages , Taxations
fixes , Interefts & rentes , dont l'emploi a été
fait fur les Etats du Roi.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Confuls des Villes & Communautez de la
Generalité d'Auch , faifant les fonctions de
Receveurs des Octrois & Patrimoniaux , &
notamment ceux de la Ville de Mauvezin , feront
tenus de remettre aux Acquereurs des
Offices créez par Edit de Juin 1725. ou à ceux
qui font ou feront commis pour les exercer
des Etats certifiez des Receveurs ; enfemble
les Fonds en Deniers ou Acquits qu'ils avoient
entre
858 MERCURE DE FRANCE.
entre leurs mains lors de la publication du
dit Edit , & leur fait deffenfes , & à tous att
tres , de s'immifcer dans les fonctions des Offices
créez par ledit Edit de Juin 1725. à peine
de cinq cens livres d'amende.
LETTRES Patentes fur Arrêt , concernant
la diftribution du Sel aux Habitans de plufieurs
Paroifles dépendantes des Greniers de
Langres , Montfaugeon & autres , & c. Données
à Verfailles le quatorzième jour de Mars
1726.
ARREST du 19. Mars , qui ordonne qu'il
ne fera délivré qu'une feule Quittance , pour
laquelle il ne fera payé que trois livres , lorfque
les Corps & Communautez voudront
payer conjointement les fommes dont font
tenus chacun de ceux qui compofent lefdits
Corps & Communautez , pour le Droit de
Confirmation dû à Sa Majesté à caufe de fon
Avenement à la Couronne .
ORDONNANCE de Police du 22. Mars,
qui fait défenfes à tous Soldats , Vagabonds ,
& Gens fans aveu , de s'entremêler du Courtage
des Chevaux , & à tous Courtiers de les
vendre ailleurs qu'au Marché , à peine de prifon
, de 300. livres d'amende , & de punition
exemplaire.
de
ORDONNANCE de Police du 23. Mars,
fait défenfes aux Vendeurs & Vendeufes
,
qui fait défenses andre aucuns morts,
gâ.
tez & corrompus , à peine de Trente livres
d'amende , même de Prifon , & de Punition
exemplaire.
ARAVRIL
1726. ·859
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 2.
Avril , par lequel S. M. a maintenu & gardé
le Seigneur & les Habitans de la Principauté
d'Ivetot , dans tous les privileges & exemp
tions , dont ils ont bien & dûëment joüi jufqu'à
prefent, & nommément dans l'exemption
de toutes recherches & vifites des Commis
des Fermes pour le Sel , & de toutes pourfuites
en reftitution de droits de Gabelles ,
& c.
SENTENCE de Police du même jour , qui
condamne Nicolas Megret , Maître Boulanger
, en trois cens livres d'amende , avec fa
Boutique fermée & murée pendant trois mois,
pour avoir furvendu ſon pain.
SENTENCE de Police du s . Avril , qui
condamne le nommé Larticle , Maître Boulanger
, en fix cens livres d'amende , avec fa
Boutique fermée & murée pendant trois mois ,
pour avoir vendu fon pain au- deffus du prix
courant du Marché.
SENTENCE de Police du même jour , qui
défend , fous peine de prifon , d'amende , même
de punition corporelle , à tous Marchands
Bouchers , leurs Etaliers , Garçons ; à tous
Rotiffeurs , Vendeurs & Vendeufes de Poiffon,
& autres , d'infulter & maltraiter les perfonnes
qui fe prefenteront pour acheter leurs
Marchandifes. Et qui condamne le nommé
Facio , Boucher , en cent livres d'amende.
ARREST du 6. Avril , qui defigne au Garde
du Trefor Royal la valeur qu'il doit fournir
pour le Remboursement des Offices de
Res
860 MERCURE DE FRANCE
Receveurs & Controlleurs des Octrois & Pa
trimoniaux , fupprimez par Edit du mois de
Juin 1725. Regle les Décharges qui doiventlui
être par eux données .
ORDONNANCE de Police du 10. Avril,
qui fait défenfes à toutes perfonnes de paffer
fur les terres enfemencées , & d'y caufer aucuns
degars , fous quelque prétexte que ce
foit , à peine de 300. livres d'amende , confifcation
de Chevaux & Bestiaux , & de prifon
en cas de rebellion.
→
ORDONNANCE de Police du même jour,
portant Reglement pour les Chaiſes à Porteur
& à tirer & fur ce qui doit être obfervé ,
tant par les Proprietaires du droit fur lesdites
Chaifes à Porteur ou à Tireur , que pour ceux
qui voudront fe fervir de ces fortes de Voitures
.
:
ARREST de la Cour de Parlement du 15
Avril , qui condamne un Libelle imprimé
intitulé Juftification du fieur Poirier , Prin
cipal du College de Tours , à être laceré &
jetté au feu par l'Executeur de la Haute Juftice.
ARREST de la Cour de Parlement , du
même jour , qui ordonne la fuppreffion de
deux Imprimez , intitulez ! Lettres Paftorales
de Monfieur l'Evêque de Montpellier des
20. Octobre & premier Decembre 1725 .
L'Ecrit
intitulé : Proteftation des Chartreux , &li
Celui intitulé : Apologie pour les Chartreux ,
c. Et celui intitulé : Réfutation de l'Apo
logie , &c.
L'ArAVRIL.
1726 . 8612
L'Article fur les Modes , avec la Plan
che en Taille- Douce , reprefentant, les differentes
Coeffares des Dames , fe trouvera
dans le prochain Mercure.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Avril , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 2. May
1726.
HARDIO N.
TABLE
Satyre
Atyre à Apollon ,
oculaire.
Ode ,
Lettre écrite au P. Caftel fur le Clavecin
643
650
661
667
671
Lettre au fujet d'une Médaille de Pofthume ,
Ode à la memoire du Czar ,
Lettre d'un Religieux Benedictin à un de fes
amis ,
Vertumne & Pomone , Cantate.
677
690
Lettre fur une ancienne & finguliere Coutume
,
694
Sonnet , 702
Lestre fur les Bons Mots , 703
Ulifle
862
711 Uliffe & Calypfo , Cantate ,
Memoire pour rendre les Spectacles plus utiles
à l'Etat , de l'Abbé de S. Pierre ,> 715
Stances fur le Printemps , 731
Lettres fur les Monnoyes fabriquées à Orleans
, 733
Stances de M. de la Monnoye fur la mort ,
&c.
738
Enigmes , 741
Nouvelles Litteraires , &c. Recueil hiftorique
, chronologique , &c. des Archevêchez
, & c.
Panegyrique de S. Louis , &c.
743
749
Calendrier gravé fur un Porte- crayon , Explication
, 751
Deſcription d'une Pendule du même Auteur ,
qui marque la difference du temps vrai au
temps moyen ,
Nouvelle Pendule d'Equation , & c.
754
756
Nouvelles Methodes pour enfeigner l'Arithmetique
, &c.
Affaires du Palais , & c.
Chanfon notée ,
Spectacles ,
757
761
771
ibid.
Edipe , Tragedie nouvelle , Extrait , 772
La Veuve à la mode , Comedie nouvelle , Extrait
, 784
Le Balet des Stratagêmes de l'Amour , Extrait
,
L'Opera Comique , &c.
Nouvelles du temps , de Turquie , &c.
Naiffances , & c,
798
807
816
825
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. Vifite de
la Reine d'Efpagne au Roi & à la Reine ,
& c. 826
Vifite de la Reine à la Reine d'Efpagne , 830
Concert des Thuileries , 843
863
eu de la Roulette ,
Combat naval , Extrait de Lettre ,
Morts , Mariages ,
Declarations , Arrefts , Sentences , & c .
845
847
851
855
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 754.1.9. les heures , les degrez avec
les : lifez les heures & les degrez. Les figures
des.
Page 755.13 . Dedre , lifez degré.
Page 782. 1. 7. d'un Roi , lifez de leur Roi,
Page 804. 1. 8. lys , lifez lits.
La Chanson notée doit regarder la page
771.
864
(
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Touloufe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vattar.
Blois , chez Maffon..
Tours , chez Gripon .
Rouen , chez la veuve Euftache Herault,
Châlons -fur- Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard
Arras , chez C. Duchamp .
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verfailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
Lyon , chez
A Saint Germain , chez Doré,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
MAY 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
! GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
L'A
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
capie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , où les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 , fo's .
865
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MAY. 1726 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
Vers de l'Abbé de Villiers fur fa vieil-
Leffe , à M......
AR quelle étrange politeffe ,
P Portez-vous la mauvaiſe foi ,
Jufqu'à me flatter de jeuneffe ,
Quand je vois mourir de vieilleffe ,
Des Vieillards moins Vieillards que moi ?
Aij
Bal
866 MERCURE DE FRANCE.
* Balnus , mon compagnon de Claffe ,
Vient de mourir ; & fi la mort
Semble me faire plus de grace ,
C'eft une faveur qui menace ,
D'un femblable ou plus trifte fort.
Son âge , dit -on , incapable ,
De refifter au moindre mal ,
Dans un mal peu confiderable ,
Par une vieilleffe incurable ,
L'a conduit au terme fatal.
Quelle efperance m'eſt donnée ,
Avec un fang non moins glacé ,
D'avoir une autre deftinée ,
Que celle qu'il a terminée ,
Dans un âge moins avancé?
Quel difcours encor plus étrange !
* Le Pere de la Baune , celebre Jeſuite.
Tient
MAY. 867 1726.
Tient le Bon * Glufcart , s'il vous dit ,
Que l'âge en moi rien ne dérange ,
Puifque je bois & que je mange ,
Toujours d'un égal appetit.
Vainement , Medecin commode ,
Efculape moins entêté ,
Il me laiffe vivre à ma mode ,
Et m'affranchit de la methode ,
Prefcrite par la Faculté.
Quand par fon obligeant genie ,
Ce docte , & fage Medecin ,
M'épargneroit fa tyrannie ;
Pourroit- il garantir ma vie ,
D'un plus formidable Affaffin ?
讚
Contre moi , Tiran intraitable ,
Letemps n'a-t'il pas confpirés
Et de fa faux inévitable ,
Le coup eft-il moins redoutable ,
Quoiqu'il foit encor differé è
Fameux Medecin.
. A iij
Vous
868 MERCURE DE FRANCE .
Vous trouvez dans monbon vifage ,
Un long préfage de fanté ;
Mais je trouve , en comptant mon âge ,
De ma fin prochaine un préſage ,
D'une toute autre autorité,
Infenfé l'homme ! qui s'obſtine ,
A fe croire loin du trépas ,
Quand les débris de fa machine ,
D'une entiere & prompte ruine ,
L'avertiffent à chaque pas .
Helas ! fous l'éclat équivoque ,
D'un teint , dont on paroît furpris ,
Mais dont moi- même je me mocque ,
Je fens , d'un corps qui fe difloque, ་ ་
De jour en jour quelque débris
A ma legere & droite allure ,
On croit que ferme font mes pieds ;
Mais le chemin , pour peu qu'il dure ,
Fait
MAY. 869 1726.
Fait , qu'au contraïre on ſe figure ,
Qu'ils font tous deux eftropiez .
Pour toute voix à baffe note ,
Pour tout Bredouilleur je fuis fourd ,
Moi-même , à mon tour je marmotte
Et fens que ma vieille voix trotte ,
D'un pas plus pefant & plus lourd,
M
Déja de ma cuillier je moüille ,
Ce qui fe trouve en fon chemin ,
Etj'entens ceux qu'elle barbouille ,
Se plaindre , & tout bas chanter poüille ,
A ma vieille & tremblante main.
***
Mais de mon propre témoignage ,
Je n'aurois pas ici beſoin ;
Par leur air & par leur langage ,
De me reprefenter mon âge ,
Tous ceux que je vois, prennent foin.
M
A peine fais -je une vifite ,
Qu'on ne me faffe appercevoir ,
A iiij
Que
$70 MERCURE DE FRANCE.
Que comme déja décrépite ,
Ma vieilleffe partout n'excite ,
Defir , ni plaifir de me voir.
Quand je fors on dit , prenez garde ,
A defcendre feul l'efcalier ,
A votre âge trop on hazarde ;
Et comme un foin qui le regarde ,
Chacun prend foin de m'appuyer.
諾
Vous aimez mes Vers & ma Profe ,
Mais , faites- m'en ici l'aveu ,
Vous n'en admirez qu'une chofe ;
C'est qu'à mon âge je compofe ,
Avec quelque refte de feu,
M
Si ma main toujours naturelle ,
Peint avec feu , ce qu'elle peint ,
Ce feu n'eft plus qu'une étincelle ,
Dont la lueur fe renouvelle ,
A me fure qu'elle s'éteint.
Je
MAY.
1726. 871
Y
Je n'ai donc du temps qui me refte ,
Qu'à tâcher de tirer du fruit ,
Et foumis à l'ordre celeſte ,
Fuir du peché que je déteſte ,
Le vieux penchant qui m'y conduit.
Soumfs à cet ordre ſuprême ,
J'attens que l'Auteur de mes jours,
Puifqu'il connoift mieux que moi même,
Ce qui me convient , & qu'il m'aime ,
En mefure à fon gré le cours.
aaaaaa
RE'FONSE Géometrique du P. Caftel,
à M.deBarras , premier Chef d'Efcadre
des Galeres du Roy .
EN
N m'attaquant fur la Géometrie ,
on me fait fouvenir que je fuis Géometre.
J'uferai donc du ftil Géometri-,
que ; celui - ci pour le moins fera à la portée
de tout le monde ; & le vrai ni le
faux n'y feront point noyez dans l'entaffement
des paroles.
A v Pro
872 MERCURE DE FRANCE.
Propofition 1. M. de Barras me fait
l'honneur de m'attaquer.
Démonftration. Je n'ai l'honneur de le
connoître que par fon attaque du Mercure
, & par une autre attaque qu'il fait
à trois Sçavans; & fur tout à un Géometre
que j'eftime , dans une Lettre manufcrite
qu'un ami commun m'a remife
entre les mains . Je ne fuis donc pas
l'aggreffeur. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 2. L'attaque porte à faux .
Démonftr. Selon M. de Barras , j'ai don
néne approbation precipitée au Goufre
de Marfeille , attefté par M. Boyer , &
mon approbation a paru dans le Mercure.
Or le fait réel & Geometrique eft 1 .
que même aujourd'hui je n'ai pas l'honneur
de connoître M. Boyer. 2 °. Que
je n'ai donné aucune approbation ni lente
ni precipitée ni à lui ni à fon goufre . 3º .
qu'il n'en a pas paru un feul mot géomeriquement
pas un feul mot imprimé dans
le Mercure ni ailleurs . 4. Parce qu'en
effet ma Lettre qui a paru dans le Mercure
fur le Phenomene de Marfeille étoit
écrite & envoyée avant que j'euffe aucune
connoiffance de ce goufre. Ce qu'il
falloit démontrer.
-Propof. 3. L'attaque eft affectée .
Démonftr. D'autres ont attefté après
M. Boyer l'existence du goufre. On les
laiffe
MAY. 1726.0 873
Laiffe là pour s'en prendre à moi qui n'attefte
rien : fans qu'il foit queftion de moi
on me remet à tous momens fur les rangs,
tantôt comme approbateur , puis comme
fort credule , & enfin comme precipité
dans le goufre. Me voilà pourtant encore
aflez fur l'eau- pour dire & redire que
c'est ce qu'il falloit démontrer.
Scholie. Je ne
défavouerai pas qu'en
homme d'honneur , je n'aye crû un homme
d'honneur fur un faitqu'il dit avoir
vú, fondé, mesuré en tous fans , fans parler
des autres qui atteftoient la même chofe.
J'ai même affez de candeur pour avouer
que je le crois encore, d'autant mieux que
j'ai vu le pour & le contre. Mais c'est
à M. Boyer de défendre fa bonne foi &
fon goufre ; je ne prends pas le change,
je prie le Public d'être un peu en garde
contre les attaques qu'on me fait. Je
mefure autant que je le puis mes paroles.
Cela empêche bien qu'on ne m'attaque
fur ce que j'ai dit ou
ce que j'ai dit ou penfé , mais
cela n'empêche pas qu'on ne m'attaque.
Voici de la Géometrie dans toutes les formes
, mais toujours à la portée de tout
le monde .
Propof. 4. M. de Barras me fait l'honneur
de me dire publiquement , qu'il ne
me croit pas fur ma Géometrie ; il veut
pourtant que je le croye Géometre.
A vj Di.
874 MERCURE DE FRANCE .
Demonftr. Je fuis Religieux ; je le
remercie donc du premier , & le crois
fur le dernier. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 4. L'attaque n'eft bien lepas
gitime.
Démonftr. M. de Barras déplace & raproche
à fon gré mes expreffions , & me
fait dire ce que je n'ai point dit : par exemple
, que je veux me divertir encore
quelques années aux dépens du Public.
Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 6. L'attaque n'eft pas Géometrique.
Démonftr. Elle eft pleine d'ironie , de
raillerie & d'autres figures non géometriques
: il y a plus. Ma Lettre à M. de
Joly eft de deux ftiles , l'un ordinaire
L'autre Geometrique : car je n'ai pas crû
qu'il me fut permis de renoncer à celuici
fans avoir pris acte juridique & public
que je le poffedois . M. de Barras m'attaque
fur ce ftile , il ne veut pas y renoncer
, dit- il ; il s'en tient pourtant au premier
, & ne s'approprie pas une feule
idée , pas une feule expreffion , pas un
mot , pas une fyllabe du dernier . Je ne
fçavois pas qu'on put m'attaquer fur la
Geometrie , fans dire un feul mot géometrique
. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 7. Cette attaque porte encore
à faux.
1
DiMA
Y. 1726 . 873
>
Démonftr. Je fais mon profit de tout :
je remercie donc l'illuftre agreffeur de
m'avoir fourni l'occafion de donner des
éclairciffemens fur ma Lettre à M. de
Joly. 1 ° . Je n'y attaque abfolument qui
que ce foit : je m'y deffends feulement
d'abord contre deux ou trois perfonnes ,
qui , fans avoir le nom même de Géometres
me tracaffoient d'une maniere
importune fur des chofes connues de tous
les Géometres de Paris & d'ailleurs , qui
fçavent tous que le chemin le plus droit
n'est pas toujours le plus court pour arriver
à un but. Voilà ceux pour qui je fupprimois
ma Géometrie à la portée de tout
le monde ; car il n'eft pas queſtion de
ceux qui font déja Géometres ; ils n'en
ont que faire , & le jargon de la Géometrie
n'eft point pour eux un jargon.
2 °. Il est vrai que dans l'autre moitié
de ma Lettre , j'annoncois une Géometrie
ftatique. Mais à qui cela fait - il du
mal ? tous les jours on annonce & on
réannonce des Ouvrages & des Ouvrages
de Géometrie , fans même en donner
aucune ébauche , fans aucun préliminaire
. Perfonne ne s'en formalife &
n'a droit de s'en formalifer. A plus forte
raifon me devoit - il être permis d'annoncer
un Ouvrage après en avoir donné
d'autres dans le même genre , après en
avoir
876 MERCURE DE FRANCE .
avoir donné tous les Préliminaires ; je
dis plus , après en avoir donné prefque
tous les morceaux , & tandis que j'en
donne actuellement tout le précis & le
fquelete. On fe trompe fi on me croit
un grand prometteur : j'imite, lorsque je
le puis , la Nature chez qui les fruits font
des femences , & les femences font des
fruits.
3. Je croyois avoir affez averti dans
ma Lettre à M. Joly qu'on eut la bonté
ou la precaution de ne pas juger de moi
par un certain ftile dont je ne fuis pas la
dupe. Car fous le ftile de cette Lettre
je n'ai pas laiffé de donner une vingtaine
de Propofitions de pure Geometrie,
dont chacune en a bien autant dans fa
Sphere. Par exemple , c'eft , je penfe
de la Géometrie & de la Géometrie ftatique
, que le fléchiſſement ſimple produit
le cercle , & que la traction jointe au
fléchiffement produit l'ovale , & enfuite
la Parabole , & enfin l'hyperbole , que ces
courbes font réellement rentrantes
Quel détail un Géometre ne voit- il pas
tout d'un coup éclore de cette Propofi
tion compliquée que l'hyperbole nouée
la conchoïde , la campaniforme , & tout
le 3. dégré eft produit par deux fléchif-
Jemens à contrefens , fans exclure la traction
? Eft- ce que je n'ai pas énoncé dif
& c.
tincMAY
1726. 877
tinctement mon principe & ma methode
? Et quand je n'aurois dit que ces
mots , que la generation Phyfico - mathematique
des courbes fe fait dans la Nature
par
les loix de la ftatique & de l'équilibre
, & non par le gliffement ou la rotation
d'une ligne , j'aurois eu droit de dire ,
non pas que je donnerois , mais que j'avois
donné une Géometrie ftatique : car
dès ce moment j'en ai donné la clef , &
je puis me repoſer fur d'autres du détail
qui eft immenfes &c. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 8. L'attaque n'eft qu'intentée,
& en pure perte .
Démonftr. M. de Barras me rappelle la
vipere qui mord à la lime fans y laiffer le
veftige de fa dent. Je fuis au - deffus de
tout foupçon à cet égard . Je fuis connu
pour applaudir des premiers & avec chaleur
à toutes les découvertes des autres ;
tous les Journaux en font foi . Mais pour
aller jufqu'au corps de la Géometrie ftatique
, je me fuis mis dans l'efprit qu'il
falloit paffer fur le ventre à deux ou trois
Propofitions affez heriffées , par exemple
, que la courbe du redreſſement n'eſt
pas la même que celle du dévelopements
que la courbe redreffante coupe des portions
égales d'une infinité de cercles on
d'Ellipfes ( j'ajoute même de fpirales ) qui
၂၉ ၁ง
878 MERCURE DE FRANCE.
5
fe , &c. Celui qui mordra à ces propofitions
& aux autres indiquées dans ma
Lettre à M. Joly , mordra en effet non
à la lime , mais à la Géometrie ftatique .
Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 9. On s'eft trop preffé de m'attaquer.
Démonftr. Le temps change toutes chofes
, & je ne fuis pas fi prometteur qu'on
}
le diroit bien. 1 °. J'avois fait entendre
que je ne donnerois pas la Géometrie ſtatique
de quelques années . On a donc cru
pouvoir triompher de mon filence & infulter
à ma bonne foi : ce n'eft pas ce qui
m'eut fait changer de réfolution . Mais
j'avoue que je ne fuis pas à l'épreuve
d'une bonne maniere . Le Public connoît
fes interêts ; il fçait qu'il faut toujours
aider au progrès des Arts & au dévelopement
des Sciences ; il a compris qu'il n'y
avoit rien à perdre dans mon projet , &
qu'abfolument il pouvoit y avoir à gagner
pour lui ; que li j'échouois j'en aurois
toute la honte , mais fi je réuffic
fois , lui feul en auroit tout le profit . Je
n'ai jamais mieux connu combien on eſtime
la Géometrie dans le monde , & combien
il étoit vrai que fi on parvenoit à
la rendre facile , tout le monde aimeroit
à être Géometre. Bien des gens ont applaudi
à ma bonne volonté on a voulu
ད
voir
MAY. 1726. 879
voir mon plan, & on m'a encouragé à l'executer
, je l'ai montré & je fuis prêt de le
montrer à quiconque le fouhaitera , n'eſtimant
pas affezmon Ouvrage pour en faire`
un myftere, & fentant parfaitement l'honneur
qu'on me fait. Je me fuis donc
laiffé perfuader de donner inceffament
cet Ouvrage , avec claufe , que je ne le
ferai imprimer que pour ceux qui l'auront
demandé après l'avoir vû & examiné
à leur gré . Voilà une premiere circonftance
qu'ignoroient ceux qui fe font
preffez de m'attaquer .
29. J'ai promis une Géometrie ftatique
, ou pour parler jufte , j'en ai donné
l'ébauche très- réelle. Mais qu'auroient
dit ceux qui ont pris la promefle d'une
chofe utile pour une déclaration de guerre
, fi j'avois annoncé un cours entier de
Mathematique choifie à l'ufage & à la .
portée de tout le monde , dont cette Géometrie
ftatique n'eft que la centiéme partie
? C'eft pourtant ce que j'ai prétendu
donner lorfque je n'ai annoncé que la
Géometrie ftatique , & c'eft de quoi j'ai
montré le plan tout dreffé depuis trois ans
à tous ceux qui ont voulu le voir , & je
le montre & fuis prêt de le montrer à
quiconque aura la même curiofité. Je
puis même citer bien des perfonnes qui
en voyent tous les jours l'execution qui
eft
880 MERCURE DE FRANCE
eſt preſqu'achevée , & qui même feront
en peu de mois en état de rendre railon
de toutes les parties des Mathématiques,
& d'en expliquer le principal détail ,
la lecture que je leur fais de mon Ouvranos
momens perdus. Ce qu'il falloit ge
à
démontrer.
fur
CHANSON PASTORALE
DA
Du Poëte Lainez .
Ans nos champs, dans nos bois, parmi cette
verdure ,
Nous vivons , nous aimons fans fard ,
Sans caprice & fans art ;
Nous ne cherchons , Phyllis, qu'à fuivre laNature;
Si le Roffignol chante un air tendre & touchant,
Ou fila Fauvette foupire ,
Nous fuivons le penchant
Que nous infpire
La douceur de leur chant.
S'il paroît quelques Tourterelles ,
Nous gemiffons , nous badinons comme elles &
Enfin , charmez de mille oifeaux ,
Et les
prenant tous pour modeles ,
Nous allons jufques aux Moineaux.
LET.
MAY. 1726. 887
XXX :XXXX ***** :***
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France.
Sur un point d'Histoire & de Geographie
de la Province de Normandie.
Oici , Meffieurs , ce que je vous ai
promis par ma derniere Lettre
fur la Ville de Pont-de- l'Arche . Il me
paroît qu'on peut rétablir cette Ville ,
qui eft du Diocéfe d'Evreux , dans la
poffeffion d'avoir été l'ancienne Ville de
Piftes où Charles le Chauve bâtit un Palais
, où il fit tenir un Concile en 861 .
des Aflemblées de Grands en 862. 864.
un autre Concile en 869. & où il conf
truifit durant ce temps- là le magnifique
Pont , qui a enfin donné fon nom à cette
Ville , èn perdant celui qu'elle portoit ,
comme il eft arrivé à beaucoup d'autres
lieux , qui n'ont plus auffi que le nom
de leurs Ponts. Car on ne doit pas cro
re qu'ils n'euffent point de nom avant
que ces Ponts fuffent bâtis.
Ce n'eft que depuis environ 6o. ans,
* Cette Lettre eft imprimée dans le Mercure
de Fevrier dernier.
qu'il
882 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a plû aux Sçavans de transferer
cette Ville dans le Diocéfe de Rouen, & ,
trompez qu'ils ont été par un Village de
Pitres , qu'ils ont découvert à l'embouchure
de l'Andelle dans la Seine , alors
ils ont privé le Pont - de- l'Arche de l'honneur
d'occuper la place de Piftes , que
Duchefne lui avoit laiflée , & ils l'ont attribué
à ce Village . M. de Valois convient
dans fa Notice des Gaules , imprimée en
1675. qu'il ne voyoit plus entr'eux de
partage là -deffus , fi ce n'étoit en faveur
de Pozes , autre Village fur la Seine , à
une lieuë au-deffus du Pont- de- l'Arche ,
qui avoit pour lui quelques Partifans
& par cette raifon il a ſuivi le torrent.
C'est ce qu'ont fait auffi les PP. Mabillon
& Germain dans la Diplomatique.
Le P. Beffin , dans fon Edition des Conciles
de Normandie , M. le Braffeur ,
dans l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Evreux , où il appelle même
Conciles de Pitres , les Conciles tenus à
Piftes , quoiqu'il y remarque que la Ville
de Pont -de- l'Arche eft l'Ouvrage de
Charles le Chauve , & il n'y a , ce femble
, que le P. Hardouin , qui dans la
nouvelle Edition de tous les Conciles ,
foit revenu au premier fentiment , par
une Note qui eſt à côté du Concile de
Piftes de 861. qu'il met en 862. où il
témoiMAY.
1726 . 883
témoigne que des perfonnes habiles
croyent que ce lieu eft le même que le
Pont-de-l'Arche.
Ainfi , ce n'eft pas fans fondement
qu'on dit que les Sçavans marchent fouvent
de trop bonne foi les uns après les
autres , & qu'ordinairement il leur fuffit
que quelqu'un d'entre eux , en reputation
d'être Critique , ait embraſſé un
Tentiment , pour qu'ils le fuivent fans
examen , & qu'ils s'égarent par confe .
quent avec lui quand il s'eft mépris .
C'eſt juſtement ce qui eft arrivé fur ce
point- ci aux hommes doctes dont j'ai
parlé. Et ç'a même été d'une maniere
d'autant plus étonnante, qu'à l'exception
du petit rapport de nom qui eft entre
Pistes & Pitres , & de la proximité de
ces deux lieux , tout au furplus les condamne
, & principalement les paffages
des Anciens , fur lefquels ils fe fondent .
Ils font dans le quatrième Livre de la
Diplomatique du P. Mabillon , où il eſt
traité du Palais de nos Rois.
1° . Selon la vie de S. Conded , Solitaire
du VII. fiecle , le flux de la mer
dans la Seine montoit juſqu'à Piſtes , ufque
ad locum qui dicitur Piftis . Le Fontde-
l'Arche en eft encore à prefent le
terme ordinaire , & il ne parvient point
juf834
MERCURE DE FRANCE .
C
jufqu'à Pitres , qui eft à une petite liene
au- deffus de cette Ville.
2. Il eft dit dans les Annales de Saint
Bertin , qu'en 862. Charles le Chauve
fit venir les Grands du Royaume avec
beaucoup d'Ouvriers & de chariots à Piſtes
, qui étoit au Confluent de l'Andelle
de l'Eure dans la Seine , & qu'il y
bâtit des fortereffes , pour couper aux
Normands le paffage par ces rivieres.
Carolus ... Primores regni fui ad locum
Piftis dicitur ; ubi ex una parte Andella
, & ex altera Audura Sequanam influunt
.... cum multis operariis & carris
convenire fecit ; & Sequana munitiones
conftruens afcendendi vel defcendendi
navibus propter Normannos aditum intercludit.
Voilà encore la veritable fituation
du Pont de l'Arche ; & celle de
Piftes ( qui eft au feul confluent de l'Andelle
, une demie -lieuë au - deffus du confluent
de l'Eure ) n'y convient pas , puifque
des fortifications faites en cet endroit
, auroient laiffé aux Normands la
liberté de cette autre riviere .
3. On apprend d'une Chronique de
Fontenelles , que Charles fit faire à Piftes
un Pont , défendu à chaque bout par
un très- fort boulevart , après avoir chaffé
de ce lieu les Normands , qui étoient
venus jufques- là avec leur Chef Sidroc
en
MAY.
885 +
1726 .
en 865. ( Normanni Duce Sidroc ) ufque
Piftis venire contendunt ( Rex pulfis
inde Normannis ) pontem mira firmitatis
adversus impetum eorum fuper fluvium
Sequanam fieri conftituit , pofitis in utrif
que capitibus caftellis artificiofiffimè fundatis.
Flodoard marque
auffi , que
Hincmar
écrivit à Charles touchant ce Pont,
de opera pontis quem rex . . .faciebat ad
PISTAS. Et à Wenilon , Archevêque
de Rouen , qui en avoit la conduite ,
item Weniloni Rotomagenfi de operariis
opera quam faciebat ad PISTAS. Enfin
, on lit encore dans les Annales de
S. Bertin , que Charles fe rendit à
Amiens par le Mans & Evreux , Ville
voifine du nouveau Château qu'il avoit
bâti à Piftes. Per Cenomanos & Ebroicenfe
oppidum fecùs caftellum novum apud
PISTAS Ambianos pervenit. Or il n'y
a à Pitres ni Pont , ni veftiges de Pont :
mais il y a au contraire au Pont-de- l'Arche
un Pont encore digne d'admiration ,
& avec un Fort à un des bouts qui y
fait une Ifle , par le moyen d'un trèslarge
foflé , où l'eau de la riviere paffe
ce qui le rendoit prefque imprénable de
ce côté- là , qui regarde la campagne. Il
refte auffi quelque trace du Fort qui étoit
à l'autre bout du côté de la Ville , & de
plus ce Pont n'eft point,nouveau , car le
ſça886
MERCURE DE FRANCE.
fçavant Auteur de la nouvelle Defcrip
tion hiftorique & geographique de la
France ancienne & moderne , qui n'a
point fait attention , que c'eft celui qui
fut bâti par Charles le Chauve en cet
endroit , a du moins reconnu qu'il en eft
fait mention dans des Actes de près de
700. ans , ainfi il exiftoit dès environ
l'an 1000. & après cela , qui feroit diff
culté de convenir auffi , qu'il doit être
le Pont que Charles conftruifit cent quarante
ans auparavant dans la même place
, puifqu'il feroit ridicule de fuppofer
qu'un ouvrage fi fort & fi folide fut fitôt
peri .
On dira peut-être que , quoiqu'il foit
que
indubitable le Pont-de - l'Arche foit
le Pont bâti à Piftes par Charles , cela
n'empêche pas que la Ville de Piftes n'ait
pû être dans le lieu où eft aujourd'hui
Pitres , parce qu'il fuffit de croire , que
ce Pont aura feulement été conftruit auprès
de cette Ville , & dans fon territoire
ad Pistas ; mais c'est là ce que je ne
pafferois pas encore , car par la difpofition
du principal Fort qui défendoit le
Pont , il eft clair que le Pont a été fait
pour une Ville , qui étoit du côté où eft
celle du Pont-de -l'Arche , & d'ailleurs.
fi Piftes avoit été du côté oppofé , les
habitans n'auroient -ils pas continué de
bâ-1
MAY 1726. 887
bâtir de ce côté- là ? Enfin , quelle neceffité
y a-t'il de faire l'hypothefe dont il
s'agit ? dès que le nom de Piftes n'eft pas
le même que celui de Pitres , n'eft- il pas
poffible qu'il y ait eu des lieux de ces
deux noms fur les rives oppofées de la
Seine ? ne voit- on pas encore à fon embouchure
dans la mer les Villes de Honfleur
& de Harfleur , qui fe regardent ,
pour ainfi dire , l'une l'autre & fi celle
de Honfleur , qui eft dans le Dioceſe de
Lifieux , venoit à perdre fon nom par
quelque nouveau & magnifique édifice ,
feroit-on bien fondé à prétendre que tous
les titres , où il feroit parlé de cette Ville
, devroient s'entendre de celle de Harfleur,
qui eft dans le Diocéfe de Rouen.
Ou y a -t'il plus de difference entre les
noms de ces deux Places , qu'entre les
noms de Piftes & de Pitres ; j'efpere qu'à
l'avenir on aura honte de foutenir un pareil
fentiment .
Au furplus le Pont- de- l'Arche n'eſt
pas le feul que Charles le Chauve fit bâtir
pour arrêter les incurfions des Normands
, il en avoit déja fait un autre à
Paris , qu'on prétend avoir été celui
qu'on appelloit autrefois le grand Pont ,
& qu'on nomme à prefent le Pont au
Change , lequel fut refait dans le fiecle
derniers on en a la preuve dans l'Edi-
B tion
888 MERCURE DE FRANCE.
tion des Capitulaires de M. Baluze, toin .
2. p. 1491. & en 855.
Ce Prince ordonna , de l'avis des
Grands du Royaume, qu'on rebâtiroit celui
d'Auvers fur l'Oife , lieu qui eſt entre
Pontoife & l'Ifle-Adam , & qui neanmoins
n'a point à prefent de Pont , &
encore celui de Charenton fur la Marne.-
Fidelium fuorum confilio pontes fuper Ifaram
& Matronam refici curat in locis
qui dicuntur Alvernis & Carenton ,
quoniam ab incolis , qui ex antiquo ipfos
pontes fecerant propter infeftationem Ñormanorum
reficere non valebant. Annal.
Bertin .
Ainfi plufieurs autres lieux ont auffi
l'obligation de leurs Ponts à cet Empereur
; mais vrai-femblablement il n'y
a plus que le Pont- de - l'Arche qui n'ait
pas été renouvellé , & la Ville qui le
conferve encore, ne fçaura , fans doute,
gré d'appliquer ici à fon Fondateur
Epigramme fuivante , qui marque fi
bien la hardieffe & l'utilité de ces merveilleux
Edifices. Elle fut faite à la gloire
du fameux Narfes , pour le Pont qu'il
bâtit à Rome aprés avoir vaincu les
Goths ; & quoique Charles n'ait pas toujours
été auffi heureux à reprimer les
Normands , que le General des Romains
de fut à l'égard de ces autres Barbares
for
MAY. 1726. 7 889
fon Pont doit être autant au - deflus de ce
qu'étoit celui de Narfes , que la Seine
eftau-deffus du Tibre dans l'endroit oùil
a été conftruit.
Quam bene curvati directa eſt ſemita Pontis,
Atque interruptum continuatur iter.
Calcamus rapidas ſubjecti gurgitis undas :
Et libet irata cernere murmur aqua.
Ite igiturfaciles populi per gaudia veftra ,
Et Carlum refonans plaufus ubique canat.
Qui potuit rigidas Danorum fubdere mentes ,
Hic docuit durum fluminaferre jugum.
Je fuis , Meffieurs , &c.
16. Decembre 1725.
********
LA SALADE EPICURIENNE du
Poëte Laifnez, cueillie par lui-même
au commencement du Printemps .
Ans les bras de l'hyver la Nature endor-
Annie;
S'éveille au bruit railleur d'un Zephire ba-
"
din ,
Bij
Et
890 MERCURE DE FRANCE .
Et confuſe à l'aſpect d'une telle infamie ,
S'enfuit fur une couche amie ,
D'un jeune Jardinier blondin .
Pour prix des premieres fleurettes ,
On voit naître dans un clin d'oeil ,
Baume , Creffon , Raves , Civettes,
Pimprenelle , Eftragon , Engelique , & Cerfeuil
,
La froide Capucine avec fa crête blonde ,
S'échaufe , & s'anime à fon tour ,
Le Pourpier fous fa feuille ronde ,
Malgré l'avarice qui gronde ,
Etale fans frayeur tout fon or au grand jour.
Le nouvel Epicure ,
Qui par tendreffe pure ,
Suivoit fes amis pas à pas ,
Le long d'un ruiffeau qui murmure
yous offre , Iris , dans ce repas ,
Quelques fruits de leur avanture ¿
Le refte n'a que trop d'appas.
Mais on fçait ce que font dans un champ de
verdure ,
Le badinage & la Nature ,
Quoiqu'on ne vous le dife pas.
Laifnez
MA Y. 1726. 89
Laifnez prenoit volontiers le furnom
de nouvel Epicure , & prouvoit que
la volupté de l'ancien Epicure étoit bien
éloignée de la débauche.
XX:XXXXXX : XXXXXXX
LETTRE de M. l'Abbé de Cipiere ,
écrite de Bourdeaux à M. L ... Sur
un endroit de l'Hiftoire des Juifs de
Jofeph , au sujet de S. Jean- Baptifte.
Pour
Our répondre , Monfieur , à votre
fçavante Lettre , au fujet de S. Jean-
Baptifte retenu au- delà du Jourdain
dans le Château de Macheronte , par
l'ordre d'Herode Antipas , Tetrarque de.
» Galilée , qui étoit accufé , dites-vous,
» d'enſeigner aux Juifs la vertu , la juf-
" tice , la Religion , le Baptême d'eau
» la Penitence , la pureté du corps &
» de l'ame , & de fe faire fuivre par un
" grand peuple qui l'écoutoit , & qui ſe
"faifoit baptifer. Ces nouveautez étoient
» fufpectes à ce Prince , qui ne put fe
» délivrer de la crainte , que par la mort
>> de ce faint homme , plus capable d'inf-
" pirer à fes Sujets le refpect & la fou-
» miffion que la revolte ; mais ce qu'il
» craignoit fut prêt de lui arriver en pu-
» nition de fon injuſtice , fon Arméefut
B iij >> dé892
MERCURE DE FRANCE.
» défaite
par fon beau - pere Aretas , Roi
de l'Arabie Petrée , & de la Syrie , & c.
Vous m'avouerez
, M. que vous avez
fuivi l'Hiftoire qui eft rapportée dans le
18. Livre des Antiquitez Judaïques
,
Chap. 7. pourquoi avez- vous diffimulé
que ce Paffage eût été interpolé dans Jofeph
par des ennemis d'Herode , & des
admirateurs
de S. Jean- Baptifte. Je vous
prie de vous retfouvenir
que , quoique
cette Hiftoire foit citée par Origene contre
Celle , elle ne fe trouve point dans
les plus anciens & les plus corrects
Exemplaires
de Jofeph ; il y a même ,
que ce Paffage de Jofeph a été emprunté
, auffi -bien que cet autre , où il eſt
parlé de Jeſus - Chrift comme du Meffie,
du Livre de l'Univers , qu'on attribua
long- temps à cet Hiftorien , & qu'on
a enfin découvert être l'Ouvrage
d'un
certain Prêtre Romain , nommé Cajus
& Jof ph. Nous avons obligation de
cette découverte au fameux Photius
le premier Critique de l'Antiquité
,
n'y ayant eu avant lui aucun Auteur
qui ait ufé des regles de la Critique ,
pour examiner fi un tel Livre , ou
un tel endroit étoit de l'Auteur qu'on
lui lo nnoit. Mais quand on ne feroit
qu'examiner
le ftile de ce Paffage
different de celui de Jofeph , on auroit
lieu
MAY. 1726. 893
lieu de foupçonner qu'il n'eft pas de
lui. D'ailleurs , pourquoi cet Hiftorien,
qui étoit de la Secte des Pharifiens, ennemis
de la doctrine de S. Jean , auroit- il
parlé fi avantageufement de ce faint
homme ? & auroit-il attribué à ſa mort
la défaite d'Herode ? Il eft bien permis
quelquefois à un Hiftorien de faire des
reflexions pour l'inftruction du Lecteur,
mais que Jofeph attribue aux Juifs , de
croire que la défaite d'Herode foit une
punition de l'injuftice cruelle qu'il fit
à S. Jean , n'eft- ce point Jofeph même
qui le croit , & qui le dit ?
D'ailleurs , qui a dit à cet Interpolateur
, que S. Jean pris à Ennon audeçà
du Jourdain , fut conduit au- delà
à Macheronte , qui dépendoit du Roi
des Arabes ? il eft certain que S. Jean
fut décollé dans la même Ville où Herode
tenoit fa Cour , & le jour qu'il
celebroit celui de fa naiffance . Il réfidoit
ordinairement à Sephoris , qu'il
avoit rétablie & fortifiée auprès de Nazareth
dans la Galilée. C'eft là qu'il fit
aux Grands de fes Etats ce magnifique
feftin où Salomé fa niece , & fille d'Herodiade
, danfa fi agreablement , que ce
Prince ne put s'empêcher , par un excès
d'admiration de lui promettre tout ce
qu'elle lui demanderoit ; fa mere habile
B iiij femme
›
8,4 MERCURE DE FRANCE.
?
femme manqua cette fois d'habileté dans
le confeil qu'elle lui donna . Car humainement
parlant , quand on eft le maî
tre de la moitié d'un Royaume , on peut,
fans fouffrir , laiffer parler un homme
qui n'a aucun pouvoir , ou qui eſt déja
fous le nôtre .
Si le Garde , qui alla couper la tête
à S. Jean , eut du aller de Sephoris à
Macheronte , éloignée de près de trente
lieuës , il n'eut pas été de retour le même
jour du feſtin , & Herodiade , ni ſa
fille , n'euffent pas eu la cruelle fatisfaction
de voir la tête de ce faint homme
dans un plat , & de lui percer les
yeux avec une aiguille ; cette derniere
circonftance rapportée par S. Jerôme ,
n'eft pas fort certaine .
M.
Je ne crois pas , que vous duffiez
noter fi fortement une faute , qui fe
trouve dans la Verfion Latine d'Arrias-
Montan , qui appelle Speculator , ce Soldat
ou Garde , qui alla couper la tête de
S. Jean , & qui eft appellé dans la Vulgate
Spiculator , de cette forte de petite
lance , ou hallebarde , dont étoient armez
les Gardes du Prince . Suidas témoigne
qu'on prononçoit anciennement
Spiculator & Speculator , à caufe que
la diphtongue fe change facilement
en voyelle fimple . Ainfi Tertullien
apMAY.
1726. 895
appelle Speculatoria caliga , ce cordon
fatal dont on fe fervoit pour étrangler
les criminels avant que de leur couper
la tête , & Arias - Montan n'aura fait
que
fuivre le grec Specoulator oninvλaTp:,
que je crois venir du latin Spica , Spiculum:
car je ne vois pas de quelle autre
racine il viendroit , cependant j'aimerois
mieux traduire avec vous Spiculator
, ainfi qu'on le trouve dans Tacite
, dans Plaute , & dans le Digefte , Parag.
1. de bonis damnatorum. 3
Mais pour reprendre notre Hiftoire ,
n'eft- il pas vrai , M. que les Evangelif
tes ont encore apporté une autre raiſon
de l'emprifonnement de S. Jean ? ce n'eft
pas pour prêcher une Doctrine particuliere
, car elle étoit conforme à la Loi
de Moyfe ; ce n'eſt pas même par la liberté
qu'il prit de reprefenter à Herode
, qu'il ne lui étoit pas permis d'enlever
la femme de fon frere Philippe ,
mais c'eft la cabale des Pharifiens & d'Herodiade
. La Princelle craignoit qu'Herode
ne fe laifsât toucher par les fortes
remontrances de S. Jeans les Pharihiens
vains & orgueilleux voyoient avec
jaloufie que le peuple le fuivoit , & ſe
faifoit baptifer : & ce fut à la priere de
Salomé qu'il eut la tête tranchée , mort
plus honteuse à Herode qu'à S. Jean.
By Si
896 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on vouloit attribuer au crime que ce
Prince commit, la défaite de fon Armée,
on pourroit encore lui, attribuer fon exil
dans les Gaules, où fa femme avoit déja été
releguée , & tous les deux privez de leurs
Etats par l'Empereur Caius , Succeſſeur
de Tibere . On pourroit y ajoûter leur
miferable fin en Efpagne , mais je ne
fçaurois avancer de telles conjectures fur
les Myſteres de la Providence , & de la
juftice de Dieu , quoiqu'il ne faut pas
douter , que Dieu ne puniffe fouvent les
auteurs d'un crime , & d'une injuſtice ,
en faifant arriver les chofes qu'ils ont
voulu éviter par une mauvaiſe action .
Cela eft vifible dans les Pharifiens ,
qui condamnerent Jeſus -Chriſt à la mort,
de crainte que le peuple venant à croire
en lui , les Romains n'en priffent occafion
de châtier des Grands , & de detruire
leur Nation . Mais ils n'éviterent
point ce qu'ils craignoient , car foixante
ans après , toute la Nation fut détruite
& difperfée. A Dieu ne plaife , que nous
devions fouhaiter une telle juftice de
nos ennemis , tout Chrétien doit avoir
appris aux pieds de la Croix , cette grande
Loi de l'Evangile , pardonner & prier
pour les ennemis , parce qu'ils ne fçavent
ce qu'ils font. Je fuis , &c. A Paris , ce
1. Aouft 1725
On
MA Y. 1726. 897
Skakaka
LE PINC'ON ET LA FAUVETTE.
Fable allegorique.
GentilPinçon dans un certain bocage ,
Lefte , galant , né pour l'amour,
A plufieurs oifeaux d'alentour ,
Com toit fleurette en fon ramage.
Jamais les Heros de Romans >
Ne fçûrent mieux que lui tourner leurs compli
mens ,
Ce franc Coquet enflammoit maintes Belles;
Charmé d'affujertir un coeur,
Illaifoit à d'autres l'honneur ,
D'étre amans conftans & fideles.
Mais à force de prendre , on eft quelquefois
pris ;
C'eſt ce qu'à leurs dépens milie gens ont appris.
Sur un Ormeau Pinçon rencontre une Fauvette
Seduifante Venus , elle avoit tes attraits
Dans l'art de tendre des filets ,
Fut-il plus habile Coquett te?
B vj Notre
898 MERCURE DE FRANCE .
Notre galant lui fait auffi - tôt les doux yeux,
Lui dit qu'il n'eſt rien fous les Cieux , ∙
Qui lui puiffe être comparable.
La Fauvete répond au difcours gracieux.
Fauvete en tel jargon feroit in tariffable :
Elle employe fi bien fes talens enchanteurs ,
Que notre Oyfeau tyran des coeurs ,
Sent embrazer le fien d'une fubtile flamme .
L'amour fur le Pinçon femble épuiſer ſes traits :
Nul preux Chevalier jamais ,
Ne fut autant que lui tranfporté pour fa Dame :
Du recit de fa peine il frape les échos,
Pour les hôtes des bois il n'eft plus de repos.
On parle enfin de mariage.
La Coquete pour engager ,
Son Amant fujet à changer ,
Affecte humble maintien , & doucereux langage
,
Réfolue à changer de ton dans fon ménage.
Le bruit de cet Hymen fait grand bruit au Can
toni
Amis & parens du Pinçon ,
Accourent à cette nouvelle ;
Lui déclarent tout féchement ,
Que
MAY. 899 1726.
Que pour entrer dans cet engagement ,
Il faut qu'il perde la cervelle.
Cependant notre amoureux fou ,
Les laiffe jafer tout leur fou ,
Sévade , & va former une éternelle chaîne.
Si-toft qu'il eſt dans ce nouveau lien ,
Qu'il croyoit le fuprême bien ,
Il eft en proye aux ennuis , à la peine.
Seigneur Pinçon , veritable étourneau ,
N'eft plus cet enjoué , ce charmant Damoiſeau.
La Fauvete infolente , altiere & bizarre ,
N'a que mépris pour fon époux ,
De ſes chagrins , de ſes ſoupçons jaloux
Elle faitfon plaifir barbare ,
Le Pinçon ne voit plus que jours infortunez.
器
Jeuneffe imprudente apprenez ,
D'un Pinçon à tête legere ,
Qu'il ne faut badiner avec le Dieu d'amour.
Pour punir les badins le traître chaque jour ,
De fon métier fait plus d'un tour.
Quant au fait de FHymen , eft fage qui préfere
,
Aux vains charmes de la beauté ,
900 MERCURE DE FRANCE:
A quelque agrément affecté ,
La vertu , le bon caractere.
LETTRES du P. C. à M. B. fur les
E
Mathematiques .
Premiere Lettre.
Jt fouferisvolontiers , Monfieur, à
tous les éloges que vous donnez à la
Geometrie , & aux Geomettres modernes
, qui l'ont élevée à un fi haut degré
de perfection . La Geometrie eft une
fcience divine , j'en conviens ; les Geometres
font des genies fublimes , tranſcendans
, divins , j'en tombe d'accord ;
& l'on ne me connoît pas fi l'on croit
que je contredis les idées les plus vulgaires.
Loin de les contredire , je commence
en toutes chofes par les adopter ,
& par
les faire valoir de mon mieux :
mais je les lie autant que je puis , j'en
faifis l'efprit & le fyftême , & j'en tire
enfuite comme d'autant de principes
que cette liaiſon rend feconds , des con
fequences des corollaires , des ufages qui
ne contredifent point les idées préciſes ,
mais quelquefois les préjugez vagues ,
les
MAY 1726. 901
les demi - idées , les raifonnemens mal
combinez , les notions mal afforties . Ainfi
je foufcris pleinement à vos prétentions
en faveur des Geometres ; mais agréez
que je m'en ferve pour autorifer la
mienne en faveur de ceux qui veulent
le devenir. Car je vous déclare , que ,
fans m'amufer à faire des éloges d'une
Science dont le merite eft affez connu
mon but unique eft de rendre , s'il eft
poffible , tout le monde Geometre : voici
donc comme je raiſonne.
La Geometrie eft divine , donc elle
n'eft pas humaine ; elle eft fublime ,
donc peu d'efprits peuvent y atteindre .
Plus les Geomettres font admirables ,
moins ils font imitables , & moins a- t'on
la présomption de fe croire fait pour les
imiter & pour devenir un homme admirable.
Toutes chofes ont deux faces ;
vous louez , vous exaltez , vous divinifez
la Geometrie , & deflors vous croyez
que tout le monde va s'y livrer. Croyezmoi
, ce n'eft pas manque d'eftime qu'on
neglige la Géometrie ; & fi vous y regardez
de près , vous verrez qu'on ne
L'eftime peut-être que trop , & que fi
on l'eftimoit moins , on l'aimeroit fans
doute mieux. On fe trompe fort , lorfqu'on
fe flate de conduire les hommes
par l'efprit & par l'eftime , comme s'il
étoit
902 MERCURE DE FRANCE .
étoit fort rare de leur voir laiffer ce
qu'ils eftiment , & faifir ce qu'ils méprifent.
Les hommes , au moins la plû
part de ceux que j'ai connus , fe conduifent
par fentiment , par goût , par attrait
.
Enfin , c'eſt par les faits , & par la
conduite foutenue des hommes que je juge
non pas de ce qui devroit être , mais
de ce qui eft ou de ce qui n'eft pas . Tout
le monde eftime la Geometrie ; tout le
monde voudroit être Geometre. Depuis
l'Artifan mechanique jufqu'à l'Architecte
, l'Ingenieur , & le General d'Armée ,
tout le monde fent que la Geometrie eft
une Science qui lui manque , & qui lui
feroit d'un continuel ufage. Tout le monde
voudroit l'avoir , mais perfonne ne
veut l'acquerir. C'eft leur faute , fi vous
voulez ; on a tort , on devroit , tout ce
qu'il vous plaira ; mais après avoir bien
déclamé contre le genre humain , il refte
toujours que la Geometrie eft abandonnée
, quoiqu'on l'eftime , quoiqu'on la
loue , quoiqu'on en ait un befoin prefque
indifpenfable.
Rendons même juftice au genre humain
, il y aune infinité de gens qui voudroient,
& qui veulent ferieufement être
Geometres ; ils en font tous les premiers
frais , achetent des Livres , des étuis de
Ma
'MA Y. 1926. 903*
fur
Mathematique , des machines , une re
gle & un compas , & prennent des Maîtres.
Mais l'Hiftoire des faits m'apprend
que le nombre des Geometres n'en eft
pas pour cela plus grand , && que
cent qui font ces premiers frais , à peine
y en a-t'il un feul qui faffe les fe
conds ›
& qui pouffe au- delà de cinquante
propofitions effectives de Geometrie
; & le peu qu'on en apprend , ou
qu'on fait femblant d'en apprendre , eft
reduit à rien , trois mois après les Maîtres
congediez .
Vous me dites , Monfieur , que la
Geometrie eft une fcience difficile , abftraite
, & épineufe , & qu'il faut être
né pour cela ; j'en conviens , mais fans
préjudice de ma maniere , qui eft d'analifer
un peu tous les dictons vulgaires
, & de les évaluer au plus jufte . Je
conviens que la Geometrie , telle qu'elle
fe prefente communément , eft abftraite
& difficile , & que tout le monde n'eſt
pas né pour une Science abftraite & difficile.
Mais peut- être n'eft- il queftion
que de la façon dans tout cela. En effet
, plus j'examine le fonds de la chofe,
moins je comprens d'où peut venir cette
grande difficulté. Car fur quoi roule la
Geometrie ? fur la grandeur fenfible &
bornée ; fur les lignes que nous voyons ;
fur
964 MERCURE DE FRANCE
les furfaces que nous touchons ; fur les
corps que nous manions ; fur les figures
que nous retrouvons fur tous
;
tout ;
par
les plus groffiers objets de nos fens. Mais
peut être que le procedé de la Geometrie
eft fort rare & fort élevé que fait- elle
donc , & que font toutes les Mathema
tiques ? elles mefurent
, elles pefent ,
elles comptent. Eft - ce que tout le monde
n'eſt pas né pour mefurer , pefer &
compter ? & que faifons - nous autre chofe
depuis le matin jufqu'au foir , depuis
le premier inftant de notre vie jufqu'à
notre mort ? montrez- moi une feule de
nos operations
mechaniques
qui n'ait cela
pour but. Les Mathematiques
combinent
, comparent
, transforment
, augmentent
, diminuent
, multiplient
, divifent
, examinent
des rapports. Trouvezmoi
un feul homme qui faffe autre chofe
, qui parle d'autre chofe , qui penſe à
autre chofe. Nous fommes fi naturellement
Geometres & Mathematiciens
, que
nos operations
les plus fpirituelles
roulent
fur la grandeur
fenfible & bornée ,
& que fi nous ne pouvions parler , par
exemple , des efprits fans les comparer
, fans les mefurer , fans les compter
, fans les pefer , fans les façonner ,
fans les figurer ; en un mot , fans expreffions
SAMAY. 1726. 905,
fions mathematiques , il nous feroit abfolument
interdit de parler.
Du refte , tout eft clair , évident , dé
montré en Mathematique ; les difficultez
, s'il y en a , viennent donc d'ailleurs
? la Phyfique , la Morale , la Metaphyfique
, toutes les Sciences font dans
tous ces points fort inferieures aux Mathematiques.
Leurs objets font vagues ,
& pour le moins invifibles , leurs quef
tions indéfinies , leurs ftipulations incertaines
, leurs connoiffances litigieuſe,
leurs difficultez infolubles , & pardellus
tout , leurs erreurs fans nombre ; &
malgré cela , pour un Geometre vous
trouverez cent Phyficiens , cent Metaphyficiens
, & c. On mépriſe la Phyfique
, & on s'y livre ; on eftime la Geometrie
, & on la laiffe là.
C'eft de ces Reflexions & de bien d'autres
, dont je vous ferai part quand vous
voudrez , que j'ai conclu que malgré
une certaine facilité abfoluë qui eſt dans
les Mathematiques , il y avoit cependant
une difficulté relative à la plupart des
efprits , laquelle eft une veritable impoffibilité
morale & de fait dans la pratique.
Mais il ne m'a pas été fi facile
enfuite de remonter à la veritable fource
de cette difficulté. Car j'avoue que j'ai
autant de droit qu'un autre , de me laif
fe
906 MERCURE DE FRANCE.
fer éblouir de cette haute perfection que
vous ne ceffez d'exalter , & que j'exalrerois
tout auffi volontiers qu'un autre ,
s'il étoit question de cela , pour rendre
les gens Geometres . C'eft pourtant cette
trop haute perfection qui m'a defillé les
yeux après me les avoir long - temps
éblouis.
Je me fuis fouvenu , que le fouverain
droit faifoit fouvent la fouveraine
injuftice , que trop de perfection étoit
une grande imperfection , & qu'il étoit
queftion après tout de la perfection des
hommes , bien plus que de celle de la
Geometrie. Vous exaltez , vous divinifez
la Geometries mettez- la donc auffi
dans une niche avec cette infcription .
ignota Dea : car c'eft- là qu'aboutiffent
toutes ces Deifications ferviles , & en
quelque forte idolatriques . Enfin , fans
blâmer perfonne , ce n'eft pas là ma me
thode ; & depuis trois ans mon but unique
a été d'humanifer , & fi je le puis ,
de popularifer la Geometrie , & toutes
les Mathematiques . Quel inconvenient
y a.til , je vous prie , à mettre la Geometrie
à la portée du peuple ? c'eſt la
dégrader , c'eft la profaner , c'eft tout ce
qu'un beau zele pourra vous infpirer de
plus fort , c'est tout ce qu'il vous plaira.
Je m'eftimerois fort heureux d'avoir vo-
F
tre
MAY. 1726.
907
tre fuffrage ; mais il me fuffira , en tout
cas , d'avoir celui du grand nombre pour
qui je travaille ; & je me flate de l'avoir
, j'en ai même déja d'affez fûrs garants
, & je pourrois vous citer bien des
perfonnes intelligentes , qui ont vu l’effet
& le fruit de mes bonnes intentions
pour le public en ce point.
1
, Pour vous en donner une idée je
vous dirai ici en peu de mots , que pour
le file de la Geometrie , il y a deux
chofes qui rebutent jufqu'ici prefque
tous les efprits curieux de cette Science .
1 ° . L'enchaînement trop fervile des
idées . 2 ° . La fechereffe trop auftere du
difcours. Mon deffein eft de donner un
peu plus de jeu & d'aifance aux idées
geometriques , & d'en rendre le diſcours
plus reffemblant à celui que toutes fortes
d'efprits goûtent par tout ailleurs . Ma
maniere , en un mot , eft de converfer
plutoft que de dogmatifer , d'expliquer
plutoft que de démontrer , de parler aux
fens plutoft qu'au pur efprit , de perfuader
plutoft que de convaincre , de mettre
les Mathematiques en état d'être lûës
tout de fuite plutoft que meditées à loifir
, & de parler enfin le langage des
Dieux. Mais ce n'eft pas là tout mon
plan , ce n'en eft même que la moindre
partie,
908 MERCURE DE FRANCE.
partie. Le refte fera le fujet d'une fe
conde Lettre. Je fuis , &c. C ...
jkjkjkjk ; kakakakakakak
L'INCONSTANCE RECIPROQUE
CANTATE.
TIrcis enchanté de Climene ,
Avoit rendu cette inhumaine ,
Senfible à fes tendres ſoùpirs ;
Mais l'Inconſtant dans la fin de fa peine ,
Avoit trouvé la fin de fes plaifirs.
Son ardeur n'étoit plus la même ;
Son coeur n'étoit plus enflammé ;
Il avoit oublié comme il faut que l'on aime ,
Pour avoir trop appris comme l'on eft aimé.
La jeune & charmante Lyfette ,
Etoit l'objet de fes foins amoureux ,
Et ce Berger fur ſa muſette .
Chantoit ainfi fes nouveaux feux.
Beaux yeux à qui tout eſt facile ,
Je livre mon coeur à vos coups ;
E
MAY.
-1726. gog
Et je voudrois en avoir mille ,
Pour pouvoir vous les offrir tous.
Si je romps le noeud qui me gêne ,
Pour me lier d'une autre chaîne ,
Amour , tu ne peux m'en blâmer..
2.4
Je brûle d'une ardeur nouvelle ;
Je ceffe d'être Amant fidelle ;
Mais je ne ceffe pas d'aimer.
Tout change chaque jour dans la Nature en
tiere ,
La Vieilleffe fuit les beaux ans ;
La nuit fuccede à la lumiere ,
Et l'Hyver fait place au Printemps.
Nous voyons la Rofe nouvelle ,
Naître & mourir en un moment : >
Pourquoi donc nous picquer d'une amour éternelle
,
Puifque la loi du changement ,
Eft une loi fi naturelle a
Trop de fidelité
Devient incommode
Aprefent c'est la mode ,
D'aimer
910 MERCURE DE FRANCE .
D'aimer à fa liberté.
J'abandonne mon ame
Aux traits du Dieu d'amour ;
Mais ma plus vive flamme
Ne peut durer qu'un jour,
Climene qui d'abord blâmoit un in fidelle ,
Devient plus attentive aux difcours du Ber
ger;
Bien - toft elle apprend à changer ,
Et Licidas eft aimé d'elle.
'Dans ce nouvel engagement,
Ils trouvent à fe fatisfaire :
Elle eſt aimable , il eſt charmant ;
ri eft volage , elle eft legere.
Si vous voulez vivre contens ,
Vous que le tendre amour engage ,
Ne fongez qu'à mettre en uſage ,
Les maximes de ces Amans,
L'ennuyeuſe Perfeverance ,
Nous fait perdre nos plus beaux jours
Et les charmes de l'inconftance ,
Font
MAY.
911 1726.
Font les vrais plaifirs des amours.
Ne refufons point nos hommages ;
Aux Beautez dignes de nos voeux ;
Mais foyons legers & volages ,
C'eft le feul moyend'être heureux .
Le Maire.
贊
Explication d'un terme de la baffe
Latinité.
Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R.
touchant une ancienne danfe Ecclefiaftique
, abolie par Arreft du Parlement.
N vous declarant mon fentiment fur
El'explication duterme d'abbasCur Cornardorum
, je n'ai pas voulu , Monfieur,
vous rappeller ce qu'un Voyageur a écrit
touchant la Fête de l'Afne, qu'on folemnife
encore (à ce qu'il dit ') à Verone en Italie
. Une telle Hiftoire merite confirination
, avant que d'être publiée d'un certain
ton car comme on dit communé
ment : A beau mentir qui vient de loin
C Pour
912 MERCURE DE FRANCE .
Pour ce qui eft des ceremonies de Sens
& d'Evreux , elles ont exifté veritablement.
Si je n'ai pas trouvé le dénouement
de la derniere , je l'abandonne à
Meffieurs de Rouen & d'Evreux , parmi
lefquels l'Abbé des Cornards a beaucoup
brillé. J'ai toujours de la peine à croire,
que cet Abbé ait été autre chofe que le
premier & principal desJoueurs d'Inftrumens
, qui avoient permiffion d'affembler
le public aux Places & Carrefours
& de dire là tout ce que bon leur fem-
"bloit , au fujet des moeurs & de la conduite
d'un chacun . Tels étoient en Province
les Spectacles du vieux temps .
?
Voici un autre mot dont l'explication
vous paroîtra moins douteufe. C'eft
le Subftantif Pilota. Nos Ancêtres ont
paflé generalement pour être grands
Joueurs de Paume, auffi - bien que grands
Chaffeurs. On peut juger de leur aptitude
à l'un & à l'autre exercice , par les
recits qui fe trouvent dans les Mercures
du mois de Septembre 1724. & Janvier
1725. J'entens parler feulement des Seculiers
, qu'il étoit neceffaire que l'exercice
du corps formát à l'ufage des
armes , pour foûtenir les guerres fi longues
de la Bourgogne , dont Auxerre a
été & eft encore la clef ; ce qui leur a
yalu des franchifes & des privileges particuliers,
M A Y. 1726. 913
culiers , confirmez par tous nos Rois .
Il ne s'eft point prefenté jufqu'ici d'occafion
de vous parler de l'exercice corporel
des
Ecclefiaftiques de ce pays . Vous
allez voir qu'ils ne fe le font point cru
défendu , & qu'il y avoit autrefois ici
un Jeu de Paume affecté aux Chanoines.
Le terme Pilota , dont je vais effayer
de vous faire l'anatomie , vous en
développera l'origine , les circonftances
& la durée. Monfieur du Cange cite
dans fon Gloffaire tous les Auteurs indifferemment
, pour faire remonter à la
plus haute antiquité qu'il peut ,
les termes
de la bafle Latinité qui lui font tombez
fous les yeux. Je ne remonterai
point , pour celui-ci dont il ne parle pas ,
plus haut qu'au quatorziéme fiècle . Mais
pour en avoir la veritable interpreta
tion , il faut auparavant ouvrir Beleth &
Durand Ecrivains du douzième & treiziéme
fiecles . Ils nous parlent tous les
deux du Jeu de Paume , dont les Evêques
& Archevêques ne dédaignoient
point de jouer quelques parties avec leurs
inferieurs. Voici les termes de Beleth ,
qui écrivoit à Paris vers la fin du douziéme
fiecle , & qui fleurit enfuite .
2
Dans l'Eglife d'Amiens. Sunt nonnulla
Ecclefia in quibus ufitatum eft ut
vel etiam Epifcopi & Archiepifcopi in
Cij coeno914
MERCURE DE FRANCE .
ن م
coenobiis cum fuis ludant fubditis , ita ut
etiam fefe ad lufum pila demittant. Atque
hac quidem libertas ideò dicta eft Decembrica,
quòd olim apud Ethnicos moris
fuerit ut hoc menfe fervi , & ancilla ,
paftores velut quadam libertate donarentur
, fierentque cum dominis fuis pari conditione
, communia fefta agentes poft collectionem
meffium. Quanquam verò magna
Ecclefia ,ut eft Remenfis,hanc ludendi
confuetudinem obfervent , videtur tamen
laudabilius effe non ludere. ( a ) Durand ,
Evêque de Mende, qui écrivoit cent ans,
ou environ après Beleth fon Rational des
Offices divins , & qui copie fouvent ce
Theologien de Paris , dit , en parlant du
jour de Pâques . In quibufdam locis hac
die , in aliis in Natali , Pralati cumfuis
Clericis Indunt , vel in clauftris , vel in
domibus Epifcopalibus ; ita ut etiam defcendant
ad ludum pila , vel etiam ad
choreascantus . ( b ) Voilà , felon le
témoignage de deux Auteurs graves , un
Jeu de Paume pratiqué par des Frelats
le jour de Noël ou de Pâques : & le
premier affure que c'étoit la coutume de
I'Eglife de Reims . Je ne veux point m'arrêter
à l'Etymologie du Pila , que quelques
-uns difent avoir été donné aux bal
( a (Beleth , cap 120.
(b) Durand , lib, 6. cap. 86.
les
MAY. 1726. 915
les de Paume , parce qu'on les faifoit
originairement de poil de Chevres : mais
il eft conftant que Pilota en eft un dérivé.
C'étoit une pelotte qui fervoit d'amuſement
au Clergé de quelques Eglifes
les Fêtes de Pâques , & le terme de
pelotter ufité parmi les Joueurs de Pau
me , ne peut venir que de femblables
pelottes bondiffantes , qu'on fe renvoyoit
les uns aux autres par maniere de délaffement.
Il faut à prefent vous dire , Mon
fieur , ce que j'ai trouvé de plus ancien
pour prouver l'identité du Pila dont Beleth
& Durand parlent , avec le Pilota
de quelques Eglifes , & fur tout de la
nôtre & .vous ferez convaincu que ce
Pilota n'eft qu'une filiation , pour ainfi
dire, & une extenfion du Pila . C'eſt là le
Jeu de Paume dont j'ai eu intention de
vous parler. Son origine fe prend de l'ufage
particulier de quelques Eglifes de
France du douziéme & treiziéme fiecles .
Mais il n'y en a peut- être point eu où
il ait plus éclaté & plus duré que dans la
nôtre. Je trouve d'abord un Reglement
du Chapitre d'Auxerre du 18. Avril
1396. qui eft ainfi intitulé. Ordinatio
de pila facienda. En voici la teneur :
Ordinatum fuit quòd Domini Stephanus
de Hamello & Magifter Johannes , Cle-
C iij men
916 MERCURE DE FRANCE. '
$
menteti quifuerunt novi stagiatores ,facien
pilotam proximâ die Luna post Pafcha ...
& confenfit primum menfem pro dicta pila
folvi.. On nommoit encore alors cette
ceremonie , comme vous voyez , tantôt
Pila , tantôt Pilota : mais depuis ce tems
là je ne la trouve plus nommée que
Pilota. Il s'agilfoit d'une balle ou ballon ,
que chaque nouveau Chanoine devoit
prefenter à la Compagnie , afin qu'elle
s'exerçât deffus. Il falloit que cette balle
fut confiderablement groffe , puifque le
Mercredi 19. Avril 1412. il fut ftatue
que la pelotte feroit reduite à une groffeur
unpeu moindre , & cependant qu'elle
ne feroit point fi petite qu'on pût
tenir d'une feule main , mais de telle
groffeur , qu'il fut neceffaire d'y met .
tre les deux mains pour l'arrêter ; qu'elle
feroit offerte avec les folemnitez ac-
-coûtumées ; qu'on en jouëroit comme à
Pordinaire ; & que le Préfident de la
Compagnie pourroit , s'il jugeoit à propos
, l'enfermer chez lui , de crainte de
quelque inconvenient. Ne vous impatientez
point , Monfieur , de tout ce detail
. Vous allez voir qu'il conduit à quel
que chofe de ferieux , & que l'un de nos
Rois voulut être informé de la ceremo
nie telle qu'elle fe pratiquoit par
mi nous il y a deux cens ans. Elle rela
çuc
MAY. 1726. 917
Çût quelque échec dès l'an 1471. Il n'y
avoit pas long temps que Maître Gerard
Royer , celebre Docteur de Paris ,
avoit été reçû Chanoine d'Auxerre . Son
tour vint à fournir & repreſenter la Pelotte
le jour de Pâques , qui étoit cette
année le 14. Avril. L'heure venue pour
la ceremonie , tous les principaux de la
Ville , Gentilshommes , Magiftrats , & c.
affemblez avec le Clergé dans la Nef de
la Cathedrale , il ne fe trouva point de
Pelotte. Celui qui devoit la fournir étoit
prefent on s'en prit à lui . Il s'excufa ,
difant qu'il avoit lû dans le Rational de
l'Evêque de Mende , que cette ceremo
nie n'étoit pas convenable. Mais fa raifon
n'ayant pas été reçûë , il fut obligé
d'avoir recours à Etienne Gerbault , Cha
noine , qui avoit chez lui la Pelotte ,
qu'il avoit prefentée l'année précedente,
& de l'emprunter de lui. Après quoi
le murmure étant ceffé , il la préfenta
publiquement avec fa gravité doctorale
, (a ) à Monfieur le Doyen , qui s'ap-
( a ) Il eft appellé dans nos Regiftres Magif,
ter infacra pagina . On voit au 7. Tome de
' Hiftoire de l'Univerfité de Paris , P 604. avec
quel zele en 1456. l'Univerfité conclut , que la
Faculté de Theologie prendroit fait & caufe
contre l'Inquifiteur à l'occafion de quelques Thefes
de fa Vefperie qu'il avoit improuvées.
Ciiij pelloit
918 MERCURE DE FRANCE .
pelloit alors Thomas La - Plotte , & à
Meffieurs du Chapitre , affemblez en
preſence de Triſtan de Toulongeon , Capitaine
& Gouverneur d'Auxerre pour
le Duc de Bourgogne , de Jean Regnier
, Seigneur de Montmercy , Grand-
Bailli , de Jean de Thyard , Seigneur
du Mont- Saint- Sulpice , & de tous les
Citoyens accourus en grand nombre . Et
poftea , dit le Regiftre , more folito , inceperunt
choream ducere ; quâ facta ad
Capitulum redierunt pro faciendo collationem.
Qui eft ce qui ne reconnoît pas à ce
trait une plus grande bizarrerie , dans
l'ufage que Gerard Royer improuvoit ,
que dans celui dont le Docteur Beleth
avoit dit , qu'il étoit plus expedient de
s'en abftenir ? La ceremonie cependant ,
avec tout fon ridicule , fubfifta encore.
plus de foixante ans . Un Chanoine , nommé
Laurent Bretel , qui étoit Curé de
Saint Renobert dans la Cité d'Auxerre ,
crut , fans être Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , qu'il ne lui convenoit
pas de tremper dans le Pilota , &
il refufa de s'y foumettre. Auffi tôt grand
bruit de la part des Zelateurs de la prétendue
antiquité , & Inftance au Bailliage
d'Auxerre ; mais , contre l'attente
des demandeurs , la ceremonie qu'on
croyoit
MAY. 1726. 919
3.
croyoit y devoir être foutenue , vu le divertiffement
qu'elle donnoit aux Magif
trats du lieu , auffi - bien qu'aux Bourgeois
, fut blâmée & condamnée , & ordre
au Chapitre de la changer en quelque
chofe de plus édifiant. La Sentence
fut prononcée le 22. Aouft 1531. Appel
intervint de la part du Chapitre , où
l'on difoit toujours : C'est l'ufage : donc
cela eft bon , c'est-à- dire : Cela exifte ;
donc cela eft bon. Le vigoureux Chanoine
fe roidit contre le fophifme groffier
& fuivit l'affaire. On ne parloit
plus au Parlement & ailleurs que de la
Pelotte d'Auxerre. Le Roi François I.
en fut informé étant à Lyon . Comme on
ne lui en fit le recit que d'une maniere
fort generale , en prefence des Cardinaux
de Lorraine & du Bellay , il fe
contenta de dire , qu'il falloit ôter l'abus
& la difformité qui pouvoit y être,
Il en dit autant des Feftages d'Angers .
Je tire ces circonftances d'une Lettre de
Monfieur Thibout Procureur Genesal
, à François de Dinteville , Evêque
d'Auxerre , que j'ai en original. Ce Prélat
, dont Rabelais & fes Commentateurs
ont dit tant de contes pour le décrier ,
ne laiffoit pas de s'intereffer à l'aboliffement
de la ceremonie. Le Procureur General
l'avertiffoit , que le meilleur moyen
C v de
920 MERCURE DE FRANCE :
de la faire ceffer , étoit d'en dreffer un
bon procès verbal , qui mettroit la Cour
en état de juger des circonftances & dépendances
: Il fallut en effet en venir- là.
La Cour commit M. François Difque ,
Confeiller , qui fe rendit à Auxerre pour
le jour de Pâques de l'année 153 5. qui
fut le 28. Mars. Florent de la Barre ,
Doyen , officioit ce jour - là , felon les Regiftres
que j'ai vûs : & comme il n'étoit
reçû que depuis un an , il y a appaparence
que la Pelotte fut auffi fournie
par lui ; car aucun n'en étoit exempt.
Quoiqu'il en foit , de celui qui fit l'offrande
du Ballon , vous pouvez croire
que cette fois on fit le refte de la ceremonie
le moins mal qu'on put , en prefence
& fous les yeux d'un Spectateur fi
diftingué , & venu exprès pour la voir.
Au retour de ce Commiffaire , le procès
verbal fut examiné par quatre Confeillers
du Parlement , quatre Chanoines
de Notre-Dame de Paris , & par
quatre Docteurs de Sorbonne , les Procureurs
des Parties prefens : & enfin en
1538. le 7. Juin , il fut prononcé , en
confirmation de la Sentence du Bailliage
d'Auxerre , que la complainte prinfe
par les Doyen , Chanoines & Chapitre
d'Ancerre
étoit non recevable
, que la ceremonie
feroit reformée
, & qu'elle fe
feroit
MAY. 1726. 921
feroit fans aucune oblation de Pelotte en
forme Spherique ... ni aucune comeſſation;
& les Protecteurs de la Pelotte furent
condamnez en tous les dépens envers
Maître Laurent Bretel. Ce Chanoine
déceda dix ans après . Il eft reprefenté
en foutane de couleur violette & rouge-,
cramoifi , à l'un des vitrages de la Ca
thedrale , dans la croifée , du côté du
Septentrion . 11 eft inutile de vous entretenir
de la commutation qui fut faite
du repas en une fomme que tous les Chanoines,
nouvellement reçûs , payent en◄
core fous le titre de Pilota . Mais ce que
je vous referve , en finiflant l'Hiftoire
de la bonne ou mauvaiſe fortune de ce
Pilota , eſt une deſcription abregée de la
ceremonie , telle que je l'ai trouvée dans
un Manufcrit un peu pofterieur au temps
de l'Hiftoire , mais dont les termes énergiques
du Latin fuppléront au défaut du
recit de plufieurs circonftances. Accep
ta pilota à profelyto feu tirone Canonico,
Decanus , aut alter pro eo olim geftans
in capite almutiam ceterique pariter , aptam
diei Fefto Pafche Profam antiphonabat
qua incipit Victimæ Pafchali laudes :
tum lava pilotam apprehendens , ad Profa
decantata numerofos fonos tripudium
agebat , ceteris manu prehenfis choream
circa dadalum ducentibus , dum interim
C vj per
922 MERCURE DE FRANCE.
per alteras vices pilota fingulis aut plu
ribus ex choribaudis à Decano ferti in
fpeciem tradebatur aut jaciebatur. Lufus
erat & organi ad chorea numeros . Prosa
ac faltatione finitis chorus poft choream
ad merendam properabat. Ibi omnes de
Capitulo , fed & Capellani atque Officiarii
, cum quibufque nobilioribus oppidanis
in corona fedebant in fubfelliis feu
orcheftra ; quibus fingulis nebula oblata
bellariola , fructeta , & cetera hujufmodi
cum apri , cervi aut leporis conditorum.
fruftulo offerebantur , vinumque candidum
ac rubrum modeftè ac moderatè unâ
fcilicet aut alterâ vice propinabatur , lectore
interim è cathedra aut pulpito Homiliamfeftivam
concinente. Mox fignis majoribus
ex turri ad Vefperas , &c. C'eſtà-
dire , que le Chanoine nouvellement
reçû , étant tout prêt avec fa Pelotte devant
fa poitrine , dans la Nef de Saint-
Etienne , à une heure ou deux après midi
, il la préfentoit au Doyen ou plus an
cien Dignitaire ; lequel , pour s'en fervir
plus commodément , mettoit dans fa
tête ce qu'on appelle aujourd'hui la poche
de l'aumuce. Ayant reçû la Pelotte ,
il l'appuyoit pareillement fur fa poitrine
avec fon bras gauche , & à l'inftant il
prenoit un Chanoine par la main , & ouvroit
une danfe qui étoit fuivie de celle.
des
MAY. 1725. 923
des autres Chanoines , difpofez en cercle
ou d'une autre maniere . Alors on
chantoit la Profe Victima Pafchali laudes
, & pour en rendre le chant plus regulier
& plus accordant avec le mouvement
de la danfe , il étoit accompagné de
l'orgue . Cet inftrument étoit à la portée
des Acteurs , puifqu'ils exerçoient leur
perfonnage prefque au deffous du buffet
, dans l'endroit de la Nef , où avant
l'an 1690. on voyoit fur le pavé une efpece
de labyrinthe en forme de plufieurs
cercles entrelacez , de la même maniere
qu'il y en a encore un dans la Nef de
l'Eglife de Sens. Mais le plus beau de
l'affaire étoit la circulation de la Pelotte ,
ou le renvoi qui s'en faifoit du premier
de l'Affemblée aux particuliers , & reciproquement
des particuliers à ce Préfident.
Je ne fçai fice perfonnage n'étoit
point au milieu du cercle avec tous fes
habits & ornemens diftinctifs. Il faudroit
avoir un détail plus fpecifié de la ceremonie
, & même une copie du procès.
verbal en entier , pour fçavoir felon
quelles regles on y danfoit , & fi ce n'étoit
pas tous enfemble en maniere de branle.
Il paroît au moins que telle étoit cette
danfe Ecclefiaftique , felon l'expreffion
des Regiftres , qui eft conforme à Durand
: inceperunt choream ducere. En ce
cas,
924 MERCURE DE FRANCE .
cas , fi tous les Chanoines avoient leur
aumuce dans leur tête , & leur foutane
violette retrouffée , je m'en rapporte à
vous touchant l'effet que devoit produire
derriere eux l'agitation des queues de
l'aumuce qui voltigeoient tout à l'aife ,
comme vous pouvez agreablement vous
l'imaginer . Cette Scene auroit été digne
de tenir un rang diftingué parmi les peintures
Flamandes. Ce n'étoit là au refte
, que la moitié de la ceremonie , puifque
la collation fuivoit , en attendant l'heure
de Vêpres . Elle étoit fournie dans la
Salle du Chapitre par le prefentateur de
la Pelotte. On y mangeoit avec modelbuvoit
avec fobrieté ; & même
pendant letemps de la refection une
perfonne lifoit dans l'Homiliaire manufcrit
le reste de l'Homelie du jour.
Mais quoique cette conclufion de la ceremonie
n'eut rien de femblable avec le
commencement , elle ne laiffa pas d'être
fupprimée par le Parlement , ainfi que
vous l'avez vû. Aujourd'hui le mot de
pilota n'eft plus connu que parmi les
Chanoines , à caufe du Statut qui fut
fait alors fur l'évaluation de la collation.
Les peuples n'ont aucun fouvenir de
cette ceremonie ; & s'il refte parmi
eux quelque veftige de choſe approchante
, ce ne peut être que dans le terme
tie ; on y
de
MAY . 1726. 925
de roullée ou grallée , qui eft le nom qu'on
donne ici aux prefens qu'on fait aux enfans
durant les fêtes de Pâques . Je ne
fçai fi M. Ménage a connu ce terme du
bas François . Vous devez être content
de celui de la baffe Latinité dont je viens
de donner l'explication.
Je fuis , Monfieur & c.'
A Auxerre , le 5. Fevrier 1726..
*******************
ETRENNES
A Monfieur Herault, Lieutenant General
de Police.
E prefenter fes dons qu'au bout de la quinzaine
, NE
C'eft s'y prendre bien tard pour offrir une
Etrenne
e ;
Mais il vaut mieux tard que jamais ;
Et puis le don que je vous fais ,
Valoit bien la peine d'attendre.
Un tel debut doit vous furprendre
Dans la bouche , furtout , d'un hôte d'Helicon
,
Riche bijou peut-il venir de ce canton ,
Que
926 MERCURE DE FRANCE.
Que n'habitent jamais Plutus ni la Fortune ,
Où Finance n'étant choſe du tout commune
Tout debiteur paye en chanfon
D'accord : mais en duffiez - vous rire ,
Je foutiendrai toujours mon dire :
Mon prefent , pour venir d'un ſterile vallon ,
N'en eft moins riche ni moins bon ;
C'eſt d'un grand Magiſtrat la naïve peinture ;
Et faut-il de plus pour eſtimer ce don ? que
Le Portrait , il eft vrai , n'eft point en mignature
,
Telle oeuvre demandoit un plus leger pinceau ;
Mais le deffein eft grand , le fujet en eft beau ;
Ily faudroit encor couleurs nobles & belles ;
Et le Peintre indigent n'en a pour ce tableau ,
Que de fimples & naturelles .
Par leur vernis fincere aucun trait n'eſt flattë.
Or un peu de fimplicité ,
Suppléra bien chez vous à la délicateffe ;
Chez vous , qui faites cas de la fincerité .
Ainfi le Peintre , au lieu d'adreffe ,
Va païer de naïveté.
Voici donc tous les traits qui forment cette imaige,
UB
MAY. 1726. 917
Un front , où la candeur & la ferenité ,
La droiture & l'integrité ,
S'attirent le plus jufte hommage.
Des yeux dont la vivacité ,
Perce à travers l'obſcur nuage ,
Où le crime toujours cherche aux regards du
Sage ,
A voiler fon iniquité.
Des lévres dont il coule un gracieux langage ,
Qui par fon éloquence & ſa ſolidité ,
D'un Senat en fufpens fçait fixer le fuffiage ,
Et brifer les liens où l'humble verité ,
Gémit fous le dur esclavage .
De l'indocile nouveauté.
Un air , où de concert avec la gravité ,
L'on voit briller la riante jeuneſſe ,
Un doux accueil , dont l'affabilité ,
Mieux que le trifte afpect d'une auftere fageffe ,
Fait des plus dures Loix réverer l'é quité ;
Une conftante pieté ,
Des moeurs dont l'innocence rare ,
Feroit honneur à la Tiâre.
* Ce qu'il fit étant Procureur General au
Grand Confeil,
928 MERCURE DE FRANCE.
Un efprit délicat & rempli d'agrément ,
Vif , appliqué , poli , fertile ,
Jufte , pénetrant & facile ,
Qui du Lycée un jour deviendra l'ornement ,
Comme il fit du Barreau la gloire & les déli
ces :
Un fens droit , à l'abri des travers , des
prices ;
Un coeur genereux , bienfaiſant ,
Coeur fenfible & compatiſfant.
Qui pourvenger les Loix , févit contre le cri
me ,
Et gémit , quand il offre à Themis fa vie
time.
Et
pour
achever en deux mots
De vous tracer de mon Heros ,.
L'aimable & jufte caractere ,
Il eft bon fils , & tendre frere ,
Solide ami , fidele Epoux :
A ces traits le connoiffez -vous ?
LET
MAY 1726 . 929
KKKKKKKK
LETTRE d'un Philofophe Gafcon aw
R. P. Caftel , Jefuite , für fon
MON
Clavecin oculaire.
ON REVEREND PERE ,
Dans les Mercures de France des mois
de Novembre 1725. & de Fevrier de
cette année , qui viennent de me tom
ber entre les mains , vous entreprenez
de tracer le plan d'un Clavecin pour les
yeux , avec l'art de peindre les fons . C'eſt
le titre de votre Ouvrage .
Un Auteur qui a de l'ordre , poſe d'abord
l'état de la queftion , afin que perfonne
ne s'y méprenne. Auffi l'établiffez-
vous , en difant , qu'en fait d'art on
ne peut rien s'imaginer de plus curieux ,
que de rendre vifibles lesfons , & de faire
les yeux confidens de tous les plaifirs
que la Mufique peut donner aux oreilles.
Et c'eft cet art que vous avez deffein de
nous apprendre par le moyen de votre
Clavecin . Vous voulez peindre les fons ,
les peindre réellement , ce qui s'appelle
peindre avec des couleurs ; en un mot,
les rendre fenfibles & prefens aux yeux,
comme
930 MERCURE DE FRANCE
comme ils le font aux oreilles , de maniere
qu'un fourd puiffe jouir & juger de la
beauté d'une Mufique , auffi - bien que celui
qui l'entend ..... Vous n'en rabatez
rien , & l'on ne sçauroit trop prendre en
rigueur ce que vous dites.
Je fuis d'un pays , où les penfées hardies
, comme celles - là , plaifent infiniment
quand elles nous viennent ,
nous nous en réjouiffons les premiers ,
& nous cherchons à en faire un regale
aux autres , afin qu'ils en rient avec nous;
mais à vous parler naturellement , il arrive
fouvent que nous ne fommes gueres
perfuadez nous - mêmes de nos propres
penfées . N'auriez - vous pas voulu
pour cette fois nous imiter un peu ? pardonnez-
moi ce doute , mon Reverend
Pere , vous fçavez que nos idées Gafconnes
font fans . malice , & que nous ne
trouvons pas mauvais nous - mêmes, qu'on
nous accufe quelquefois de ne pas nous
croire ; ainfi j'aimerois autant avoir ce
doute à votre fujet , que de vous dire
que votre fiftême me paroît abfolument
impoffible , & il l'eft en effet.
Mais comme vrai -femblablement vous
ne voudrez pas paffer pour un homme
de notre pays , je vais vous propofer les
raifons qui prouvent , à mon avis , l'impoffiMA
Y. 1726. 931
poffibilité de l'execution de votre Clavecin
.
›
?
L'une des qualitez d'un efprit geometrique
, tel que le votre eft de ne pas
perdre de vue le point d'une queſtion
qu'on examine , & de ne prétendre pas
prouver autre chofe que ce que l'on a
avancé. Tenons- nous - en donc , s'il vous
plaît , à vos propres paroles que je viens
de citer , & qui me paroiffent d'une extrême
netteté furtout celle- ci ; qu'un
fourd pourra jouir & juger de la beauté
d'une Mufique auffi - bien que celui qui
l'entend. N'ayons que cela en vûë. Eft- il
poffible que par le Clavecin du Reverend
Pere Caftel , & même par telle autre
machine qu'on pourroit inventer
les yeux foient confidens de tous les plaifirs
de la Mufique qu'un fourd puiffe
jouir juger par les yeux du plaifir
que caufe cet art merveilleux.
>
Non , je ne crains pas de l'avancer ,
cela eft auffi impoffible , qu'il eft impoffible
de voir par les oreilles ou par le
nez , ou de fentir les odeurs par les yeux ;
& j'avoue que je ne fçaurois comprendre
comment une telle penfée vous eft
tombée dans l'efprit , ni comment vous
avez pû promettre , que vous continuerez
d'écrire & de répondre aux difficultez
; or répondez donc , s'il y a moyen.
L'Au932
MERCURE DE FRANCE .
و
L'Auteur de la Nature nous a donné
cinq fens , dont tous les hommes , Philofophes
, & autres voyent & fentent
ont toujours vû & ont toujours fenti la
difference ; & ils concourent tous cinq
à la confervation du corps , c'eft là leur
emploi la vûë eft femblable à un admirable
flambeau qui fert à nous conduite
, & à pourvoir à ce qui eft utile
à notre corps l'ouie nous facilite le commerce
avec les autres hommes , & nous
unit autant qu'il fe peut avec les animaux
, & avec les corps raifonnans de la
nature ; l'odorat nous fait éviter ce qui
nous feroit nuifible , & nous approche
de ce qui nous eft convenable ; les autres
fens ont de même leurs fonctions
Leparées.
Comment donc , je vous prie , avezvous
pû confondre tout cela dans un moment
, en nous voulant perfuader que
les yeux pourront goûter les plaifirs des
oreilles , & qu'un fourd pourra juger
de la beauté d'une Mufique ? mais fi
cela eft , pourquoi , par une machine
femblable à votre Clavecin , ou par vo
tre Clavecin lui- même , les fourds ne
pourroient- ils pas joüir par les yeux d'un
entretien de plufieurs perfonnes qui s'entreparleroient
& ainfi dès que cette
machine fera conftruite , les oreilles devien
MAY. 1726. 533
viendront inutiles , ou du moins peu neceffaires
, & voilà bien des oreilles de
refte . Si l'entretien des converſations
ordinaires vous paroît trop fimple , trop
peu cadencé , & par là trop peu reffemblant
à la Mufique , il fera bien aifé de
faire parler les gens en chantant , & dụ
moins en ce cas le Clavecin feroit entendre
les fourds , qui jouiront du plaifir
de l'entretien de ces perfonnes . La
découverte , je vous aflure , feroit heureufe
pour les fourds qui ne laiffent pas
d'être en grand nombre.
>
Non feulement vous ne fuivez pas la
nature & yous voulez corriger ce
qu'elle a fait , mais vous confondez deux
chofes que tous les Philofophes diftinguent
, & qui font effectivement auſſi
diftinguées , que l'efprit l'eft du corps ;
vous confondez les fenfations que l'ame
éprouve avec les caufes occafionnelles de
ces fenfations ; celles - là font dans l'ame ,
& fpirituelles comme l'ame ; cellesci
font corporelles , & ne different entre
-elles les que comme tous corps different
entre eux , je veux dire
le different arrangement des parties de
la matiere, qu'on appelle modifications .
Peut-être y a-t'il quelque chofe dans
les caufes occafionnelles du fon , qui ref
femblent aux caufes occafionnelles de la
·
و
par
lu934
MERCURE DE FRANCE:
lumiere & des couleurs , le Soleil , pa
la force centrifuge de toutes les parties
qui le compofent , jointe au mouvement
prodigieux qu'il a fur fon centre , excite
dans l'ether des vibrations qui viennent
jufqu'à nos yeux , & occafionnent
en nous la fenfation de la lumiere ou des
couleurs , felon qu'elles font diverfement
modifiées ; vrai- femblablement les
corps refonnans excitent auffi dans l'air
des vibrations , lefquelles étant tranfmifes
jufqu'à l'organe de l'ouie , occafionnent
la fenfation du fon ; je ne vous
drois donc pas nier cette reffemblance ;
qu'il y ait des vibrations , caufes occafionnelles
de la lumiere & des couleurs;
& des vibrations , caufes occafionnelles
du fon mais venons à la fenfation ellemême
, entant qu'elle appartient à l'ame
, & qu'elle en eft la modification .
Je demande y a t'il feulement ici
l'ombre de reffemblance , & pourra- t'on
bien me dire quel rapport ont les couleurs
rouges & blanches fenties par mon
ame , avec les fons graves & aigus auffi
fentis par mon ame ? actuellement que
j'ay l'honneur de vous parler , je vois le
papier blanc que j'écris , & j'entens une
cloche , je vous protefte en honnête homme
, que je ne vois , ou pour mieux dire
, que je ne fens pas qu'il y ait plus
de
ΜΑΥ. 1726. 935
de reflemblance entre la blancheur de ce
papier & le fon affez aigu de cette cloche
, qu'entre le jour & la nuit ; & ce
que j'experimente par moi - même , à n'en
pouvoir douter , pourquoi tous les autres
hommes ne l'experimenteront-ils
pas? Prenez une baffe , & donnez en même
temps un verre de beau vin rouge à
un homme , diapafonez- lui des fons auffi
harmonieuſement que vous le pourrez ;
& fans l'avertir de votre fyflême , demandez
- lui s'il ne voit pas un rapport
très-marqué entre vos fons & la couleur
rouge , & vous aurez la bonté de me
marquer fa réponſe. En ce pays - ci
tous ceux que je confulte , croyent , comme
moi , que les fons & les couleurs
confiderez dans l'ame , n'ont aucune con
formité.
Ce qui vous a trompé , à mon avis ,
c'eft l'uniformité que nous convenons
être vrai- femblablement entre les cauſes
occafionnelles des fons , & celles de la
lumiere & des couleurs : vibrations , difons-
nous , caufes occafionnelles des couleurs
: vibrations , cauſes occafionnelles
des fons.
Mais la premiere reflexion que je crois
qu'il auroit fallu faire là-deffus , eft qu'il
auroit mieux valu confentir à abandonner
ce fyftême des vibrations , que de
D con936
MERCURE DE FRANCE.
confentir à nier la diftinction qui fe trouve
entre les fenfations des couleurs &
des fons , & qui eft fondée fur notre
fentiment interieur , regle infaillible de
verité. Lorfqu'un fentiment philofophique
détruit les Phenomenes de la nature
, au lieu de les expliquer , il faut conferver
la nature , & rejetter ce fyftême
comme faux .
Sans toutefois abandonner le fystême
des vibrations pour expliquer le fon , la
feconde reflexion qu'il auroit fallu faire
, eft que ces vibrations peuvent varier
infiniment , fans ceffer d'être vibrations
, de même que les déterminations
du mouvement peuvent varier à l'infini
, fans que le mouvement ceffe. 11 y
a des vibrations promptes , il y en a de
lentes , femblables en cela aux pendules,
dont les uns ont un mouvement prompt
& les autres un lent ; il y en a de fortes
& de foibles. Cette promptitude
ou cette lenteur , cette force ou cette
foibleffe peuvent avoir des degrez de diminution
ou d'augmentation en fi grand
nombre , qu'il n'eft pas poffible de les
fixer.
Sur ce principe inconteftable , nous
devons juger que la diverfité des vibrations
excitera dans notre ame des fenfations
plus ou moins variées , ſelon que
cette
M A Y. 1726. 937
cette diverſité ſera plus ou moins grande
; de maniere , que fi les organes de
nos fens font par leur ftructure va
rier ces vibrations , nos fenfations varieront
auffi.
*
Or eft-il poffible de douter de l'extrême
varieté de nos organes ? Les membranes
& les humeurs de l'oeil font tiffues
tout autrement que la membranę
du timpan , & toute la cavité de l'oreille.
Quel rapport en effet y a-t'il entre
les humeurs aqueufes , criftallines
& vitrées , & entre ce délié & petit morceau
de parchemin nommé timpan , auffi
bien qu'entre la coquille & le labirinthe
de l'oreille ? pas plus qu'entre de
l'eau , & du cuir ou de la chair.
Ainfi donc les vibrations , en paflant
de l'air dans les yeux , fouffrent diverfes
refractions dans les humeurs , & reçoivent
des modifications infiniment dif
ferentes de celles qui paffent de l'air dans
les oreilles , & qui après avoir frappé
le timpan , ébranlent encore l'air
qui eft dans le labirinthe de l'oreille. Et
voilà , M. R. P. tout le myftere découvert.
L'Auteur de la nature a voulu que
la varieté de nos fenfations dépendit de
la varieté de ces vibrations , & que nous
cuffions le fentiment de la lumiere, ou des
couleurs à l'occafion des vibrations qui fe
Dij
font
938 MERCURE DE FRANCE
font dans les yeux , & qui vont juſqu'à
fa retine , & le fentiment du fon , par
le moyen de celles qui fe font dans les
oreilles , & qui vont jufqu'à l'organe
de l'ouie. Nous le venons de voir , elles
font , du tout au tout, differentes les
unes des autres.
Tout ceci étant une fois admis , comme
il doit l'être , à ce que je crois , il
fera aifé de découvrir le faux des nouvelles
démonſtrations que vous prétendez
donner dans le Mercure de Fevrier:
elles ſe réduiſent à deux principaux
chefs.
L'un , que les couleurs étant une fois
en proportion harmonique cauferont le
plaifir du fon.
L'autre , que chaque objet de nos fens
y excitent une même maniere de vibrations
, & que la diverfité des membra
nes , quelque grande qu'elle puiffe être ,
n'y fait rien .
L'un & l'autre de ces chefs vient , ce
me femble , d'être démontré faux . 1 。.
Mettez entre les couleurs telle proportion
que vous voudrez harmonique ,
geometrique, arithmetique , vous n'aurez
que des couleurs & jamais des fons. Les
anciens Peintres n'étoient pas affez habiles
, & les modernes ne le feront jamais
affez pour créer des fons.
20.
MA Y. 939 1726. I j
20. Les objets de nos fens peuvent
bien exciter une même maniere de vibration
dans l'air ; mais quand ces vi .
brations tombent immediatement dans
l'organe des fens , alors elles font auffi
diverfes que ces organes eux- mêmes ; &
il me paroît impoffible qu'on puiffe le
concevoir autrement , puifqu'il eft indubitable
que des parties d'air ou de matiere
etherée , qui tombent dans l'eau
ou dans quelque autre liqueur , foient
modifiées de la même façon que celles
qui tomberont fur un tambour. Je com
pare ici , comme vous voyez , l'eau , ou²
toute autre liqueur , aux humeurs de
l'oeil , & le tambour au timpan .
Telles font , M. R. P. les principa
les difficultez qui fe font offertes à moi
à la lecture de ce que vous dites fur
votre Clavecin. Apparemment ce qui
m'embaraffe ne vous paroîtra qu'une bagatelle.
Mais c'en eft affez pour une lettre.
Quelque inconnu que je vous fois ,
je n'en fuis pas moins votre Serviteur .
Ce 23. Avril 1726 .
D'iij LES
940 MERCURE DE FRANCE :
XX:XXXXXXXXXXX
:**
LES PASSIONS ,
O D E.
Par M. de Chalamon de la Vifclede.
Uel effain d'ennemis terribles ,
Nourris- tu dans ton fein , mortel infortuné
Sous quel joug odieux ces tirans inflexibles ,
Tiennent-ils ton coeur enchaîné
Tantôt de fes liens il fent le poids funeſte
Il en gemit , il le détefte ,
*
Il fait pour les brifer mille efforts genereux :
Tantôt efclave infame & digne de fes peines ,
Flus il fent aggraver fes chaînes ,
Plus il afe fe croire heureux .
1
Sous mille formes differentes ,
Ces monftres furieux s'offrent à mes regards ,
L'un , farouche Lion aux prunelles ardentes ,
Séme l'effroi de toutes parts :
L'autre, Serpent perfide , en fecret s'infinuë ;
Son
MAY. 1726. 94
Son venin échape à la vûë ,
De voiles impofteurs plufieurs font revêtus,
Et trop feurs d'infpirer fous leur forme ordi
naire ,
Une horreur fouvent falutaire ,
Ils fe déguiſent en vertus.
Fiere du nom de grandeur d'ame
L'aveugle ambition enyvre les Guerriers ,
Eteint l'humanité dans leurs coeurs qu'elle enfame
Du defir de fes vains lauriers .
Je vois par fes fureurs la terre enfanglantée ;
La licence au comble portée ,
Le crime triomphant de la foible équité ,
Je vois des forcenez de ſang humain avides ›
S'affurer par des homicides ,
Une affreufe immortalité .
Sous une forme plus humaine ,
Le captieux amour fçait nous tirannifer ,
A
Un coeur ne fent le poids de fa cruelle chaîne ,
•
Que lorsqu'il ne peut la brifer.
Il paroît que d'appas ! mais bien - tôt que de
larmes ! D iiij Quels
941 MERCURE DE FRANCE.
Quels fupplices ! quelles allarmes !
Quel trouble renaiffant eft ce affez ? quels forfaits
!
Son feu languit , s'éteint , s'il devient legitime.
Ciel ! j'en fremis : l'attrait du crime
Eft le plus doux de ſes attraits.
Trop digne fille d'un tel pere ,
La jaloufie en proye aux plus noires fureurs ,
Voit tout à la lueur du flambeau de Megere ,
Source de fatales erreurs >
A nourrir fés ennuis, toujours induſtrieuſe ,
Toujours follement curieuſe ,
Elle cherche en tremblant une trifte clarté.
La trouve - t'elle enfin ? quels tranfports phrene
tiques !
Dieux ! quels évenemens tragiques ,
Vont fignaler fa cruauté.
Ton air fombre , ton ceil avide ,
Te trahiffent : en vain tu crois nous impofer ,
Cupidité fatale , implacable Eumenide ,
Toi feule apprens à tout ofer.
La
MA Y. 1726 .
943
La fraude , l'injuftice , & le meurtre barbare ,
Coupables enfans du Tenare
Te fuivent , toujours prêts à t'immoler tes loix.
Tu parles : le devoir en vain prend leur , dé
fenſe ;
L'homme avec toi d'intelligence
Feint de méconnoître fa voix.
Ta foeurlâchement enchaînée ,
Au funefte metal qu'elle croit poffeder ,
Des hommes , d'elle - même ennemie obſtinée ,
Se confume à le regarder.
Par un jufte fupplice au fein de la ticheffe
Un befoin éternel la preffe .
2
L'éclat de les trefors nefçauroit m'éblouir.
Ils ne font , quoi qu'en dife une foule imbecile
,
Qu'un amas de boue inutile ,
Pour quin'ofe point en jouis.
M
L'Envie , à nuire toujours prête
Par fes fremiffemens m'infpire la terreur.
Quels horribles ferpens environnent fa tête 2
Quel vautour déchire fon coeur !
D v Sans
44 MERCURE DE FRANCE.
Sans relâche elle cherche à noircir le merite
L'afpect de la vertu l'irrite ,
Dans la publique joie elle verfe des pleurs :
Bien - tôt le défefpoir deviendroit fon partage .
Ses pleurs fe changeroient en rage ,
Sans nos fautes & nos malheurs .
Toujours de noirs foucis troublée ,
La haine ne conçoit que projets inhumains ,
Quelquefois découverte & bien fouvent voilée ,
Pourporter des coups plus certains .
La colere la fuit , & dans fa prompre yvreffe ,
Menace , tonne , frape , bleffe ;
De fon bras meurtrier rien n'arrête l'effort
Savictime fanglante à les genoux expire :
Tout fon fang pourra- t'il fuffire ,
A calmer fon cruel tranſport ?
諾
Tels font , de votre aveugle rage ,
Cruelles paffions les funeſtes effets ,
La terre des enfers trop reſſemblante image ,
N'offre à mes yeux que vos forfaits ,
Quel frein arrêtera votre fougue infenſée_?
Themis
MA Y. 1726.
945
Themis juſtement courroucée ,
Envain pour la dompter épuife fes rigueurs ,
Tandis que fous le poids de fes coups redouta
bles ,
On voit expirer les coupables ,
Vous regnez encor dans leurs coeurs.
鍛
Mais Dieux ! quelle clartéfuprême !
C'eft Minerve : tremblez , tyrans imperieux
Que fon divin afpect terrible à l'enfer même ,
Calme vos tranfports furieux ;
Mortel , par fon fecours , ta raiſon ſouveraine
Arrachant ton coeur à leur chaine ,
Peut braver à fon tour leur orgueil abbatu ,
Et la fage immortelle ofe achever l'ouvrage ,
Le Ciel attend de ton courage ,
Le triomphe de la vertu.
Dominare in medio inimicorum tuorum .
Pfalm . 109.
Cette Ode a remporté le prix de l'Amarante
d'or , aux Jeux Floraux de Tou
loufe , le 3. de ce mois
Dvj
$46 MERCURE DE FRANCE .
sikakakaka
O
MODE S.
&
N fçait depuis long-temps que c'eft
une neceffité d'être à la mode ,
qu'on ne peut s'en difpenfer fans paffer
pour ridicule. On ofe dire que la Mode
exerce fa tyrannie fur la parure & ſur
l'ajustement , comme l'ufage exerce la
fienne fur le langage ; & on peut ajoûter
que rien n'eft ridicule de tout ce
qui peut être autorifé par la mode , de
inême que tout paroît dégoûtant & bizarre
, quand la Mode n'y a pas mis fon
attache.
Nous employerons donc nos foins pour
ne laiffer échaper aucune Mode fans la
remarquer , pas même de celles qu'il
faut faifir dans le moment qu'elles paroiffent
, car il y en a qui fe montrent
à peine au grand jour , & qui font pref
que en même temps effacées par d'autres
Modes naiffantes , qui font une impreffion
plus heureuſe & de plus de
durée. On efpere d'être fecouru par
quelques perfonnes intelligentes fur ces
matieres , qui feront allertes fur les Modes
nouvelles , & qui nous en inftrui- L
ront
MA Y. 1726. 947
ront ; nous croyons d'ailleurs , que les
amateurs outrez des Modes nouvelles
& qui rencheriffent toujours fur elles ,
fourniront dequoi égayer & enrichir cet
article.
Dans un Livre nouveau qui paroît
depuis l'année paffée , * l'Auteur s'étend
beaucoup fur la Mode ; il remarque
entr'autres chofes qu'elle conduit & remue
tout en France . » O l'hiftoire cu-
» rieuſe , dit- il , que celle de la Mode
» des François , fi nous en avions une !
» & que cette Divinité meriteroit bien
>> d'avoir un Temple dans un pays où
» elle eft adorée fi religieufement ! à
>> moins qu'on ne veuille faire fon Tem-
» ple deParis où elle donne fes loix, & où
» tous s'affemblent pour fe profterner de-
» vant elle & lui faire des offrandes. Les
» François , ajoûte- t'il , y vont pour fe
» former , & ceux qui n'ont jamais été
à Paris , ne font que des Francois in-
>> formes , des Provinciaux que les au-
» tres dédaignent. Les Etrangers de mê-
» me y accourent de tous côtez pour fe
façonner , pour prendre un titre de.
» merite , un exterieur , & des habits
qui impofent chez eux , & dont l'hon-
» neur retombe fur les François . Par cet
"
Lettres fur les Anglois & les François , &
fur les Voyages, 3. vol.in 12.
en-
1
948 MERCURE DE FRANCE
» endroit, par les manieres , & par les ha-
» bits , les François ne font pas éloignez
» de la Monarchie uni verfelle , ſe voyant
» tout foumis , fi ce n'eft l'indomptable
>> Eſpagnol .
Cuneta terrarum fubata .
Prater atrocem animum Catonis.
» Ce qui ne doit gueres moins les con-
» tenter , que fi les hommes leur étoient
>> foumis dans un autre fens , puifque les
" manieres & les habits font une chofe
» capitale chez eux .
Il faut avouer que les Dames , furtout,
ont un grand pouvoir pour mettre en
credit en France tout ce qu'elles favorifent.
Elles donnent le prix à la nouveauté
, mais auffi on peut dire que c'eft
à ce Sexe qu'on doit la legereté qui domine
prefque par tout dans ce pays , où
il femble que l'étendart de l'inconftance
fe déploye , & qui infpire à toute l'Europe
cette prodigieufe demangeaifon de
changer. Ici les habits & les ajuſtemens
ont beau être bien faits , bien entendus
& n'être point ufez , s'ils ne font plus
à la mode , ils font rejettez , & on n'oferoit
les porter .
Dans le dernier article des Modes , on
que
les hommes ne portoient pref
a dit
que
MAY. 1726. 949
que plus le chapeau que fous le bras , &
cela eft vrai , mais quand dans quelque
occafion on le met fur la tête , on le porte
de la maniere qu'on a vû dans l'Eftampe
gravée à la fin de cet article. Ces
Chapeaux font quelquefois bordez d'un
Point d'Espagne d'or ou d'argent .
Les Perruques le plus en vogue font
noüées ; on en porte beaucoup en
bourfe ; la frifure en eft moutonnée
c'est- à- dire , en petites boucles , qui forment
comme deux oreilles d'Epagneulss
& ces bourfes font fort variées & differemment
ornées . La queue prend fouvent
la place de la bourfe , principalement
chez les jeunes gens qui portent
leurs cheveux .
Les Perruques à la Chanceliere font
à demi longues. Les Perruques pour
monter à cheval font fort courtes , &
nouées avec un petit ruban noir par derriere
, avec une boucle pendante. On en
voit auffi beaucoup de naturelles & en
cadenettes , que les jeunes gens portent
avec un petit toupet de cheveux qu'ils
laiffent croître fur le front , & qu'on
couvre d'une prodigieufe quantité de
poudre. On voit auffi en Eté quantité
de petites Perruques , qui ne different
gueres des Perruques d'Abbé , ce ſont
proprement des Perruques de Cabinet ,
Qu
950 MERCURE DE FRANCE .
ou de deshabillé , qu'on appelle des Bon
nets.
La derniere Mode des Perruques naturelles
, c'eft de les porter en boucles
pendantes par derriere , qui fe partagent
vers l'épaule , & font une double boucle
pendante en devant ; & même aux petites
Perruques en bourfe , les côtez fe
terminent en bas par une boucle pendante.
On fait le devant de toutes les Perruques
fort, bas & fort ouverts .
Il ne s'offre pas grande chofe à dire
prefentement fur l'ajuftement des Hommes
, après ce que nous en avons dit dans
le Mercure de Fevrier. On remarquera
cependant à l'égard des Culottes , qu'on
les porte toujours très-étroites , & boutonnées
à côté du genouil. Les jeunes
gens , en affez grand nombre , ont fupprimé
la roulure du bas , dont une jarretiere
bouclée , qui tient à la Culotte,
a pris la place. Cette Mode n'a pas fait
fortune à la Cour.
On porte toujours des Bas à coins bro
dez d'or ou d'argent. Pour les Souliers,
ils font ordinairement fans paton , &
plutôt arondis que carrez ; les talons
extrêmement bas ; les gens de la taille
la plus mediocre s'affujettiffent à cette
Mode. Les hommes du bel air portent
des boucles de diamant. Les boucles d'ar
gent
MA Y. 1726. 951
gent & affez grandes , font encore fort
à la mode. Venons à ce qui regarde les
Dames. On ne pourra pas s'empêcher
de s'étendre unpeu davantage fur ce qui
les regarde . Leurs ajuftemens font trop
compliquez & trop nombreux, pour pouvoir
les décrire en peu de mots .
La Mantille que les Dames ont tant
portée cet hyver fur leurs épaules , eſt
une espece de grand Fichu à trois poin-
, dont celle de derriere eft arrondie.
On les fait ordinairement de velours ,
ou de drap écarlate , bordées d'un galon
ou d'une broderie d'or. C'eſt un orne,
ment très utile pour garantir du froid le
col , la gorge & les épaules . Les femmes
de bon air s'en brident le deffous du
menton , aprés l'avoir tortillée , enforte
que des deux longues pointes , l'une pend
par devant & l'autre par derriere. On
trouve que cela a fort bonne grace. Quelques
Actrices de la Comedie Françoife
ont déja introduit cette Mode fur le
Theatre dans des rôles comiques , &
même dans des rôles ferieux.
La Palatine , dont la Mantille a pris
la place dans le temps de gelée , a déja
plus de cinquante ans d'ancienneté . Elle
doit fa fortune àune grande Princeffe ,
de la Maiſon Palatine , qui la mit en vogue
952 MERCURE DE FRANCE .
gue après fon mariage , * & on croit que
ce fut par un efprit de modeftie , & pour
bannir les Mouchoirs de col tranfparens,
qui ne s'accommodoient gueres avec la
pudeur. Les Palatines étoient alors fort
amples,& taillées en forme de Mouchoir
de col , pour couvrir & tenir chaudement
la gorge & les épaules.
Celles qui ont été le plus en regne
l'hyver dernier , taillées à la Mode d'àprefent
, étoient de Martre , de peaux de
Cigne , de plumes d'Autruche , furtout
en noir , de plumes de Cocq teintes en
couleur de feu. On en fait auffi qu'on
appelle de Fougere , parce qu'il y a des
ornemens qui imitent la feuille de cette
plante c'est une espece de Campane ,
faite avec de la foye platte & cordonnée .
On en voit auffi de Chenilles , & c.
Les Palatines ou Fichus pour l'Eté ,
font de Mouffeline brodée ou peinte , de
Gaze rayée , & de Blondes de foye , avec
des Moulinets , des Pompons , & des
Sourcis d'hanneton autour.
On en a porté qu'on appelloit des Follettes
, faites avec des bandes de toille
blanche éfilée , de taffetas , effrangées &
tortillées. On en voit de gaze brodée en
or , en argent & en foye ; on en fait auffi
avec des franges de toutes couleurs .
* Feu Madame,
Tá.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Papillon
and
MAY. 1726.
953
Tâchons maintenant de donner une
idée jufte des differens ornemens de têtes
des Dames d'à-prefent , fans defcendre
, s'il eft poffible , dans un trop grand
détail. L'Eftampe ci - jointe fervira de
fupplément.
La grande Coëffure eft baffe fur le
front , haute fur les tempes , en diminuant
fur les oreilles , avec tout le chignon
bouclé , ou tapé . Les Dames qui
ont confervé leurs cheveux longs derriere
, mais il y en a bien peu , les relevent
fur la tête , le chignon paroît uni,
& on fait un rang de boucles au- deffous.
On appelle cette derniere façon de ſe
coeffer , cû nud.
On met , dans la Cocffure de grand
apparat , des fleurs artificielles du côté
gauche , ou des diamans & des fiches ,
où bouts de rubans arrondis en forme
d'anneaux , qu'on attache dans les che
veux . On en met auffi du côté droit
mais en plus petite quantité. On a grand
foin que la couleur des fleurs & des rubans
foit avantageufement affortie avec
la couleur du teint de la perfonne qui
s'en pare.
La derniere Mode dans les grandes
Coëffures , c'eft de ne point mettre de
Garniture du tout . On place feulement
un bec , fait d'une belle dantelle , fur les
front,
954 MERCURE DE FRANCE.
front avec le fond de même. A la
,
Cour ce bec eft de dentelle noire & le
fond auffi.
L'Indécife , ou Equivoque , eft une
Coëffure où il paroît un peu moins de
cheveux que dans la grande Coëffure .
La Garniture eſt montée ſur un bonnet
piqué , ou fur un Cabochon . * On y met
quelquefois un petit bouquet de fleurs
ou un quadrille en deux fur le côté
gauche , & un fur le côté droit , quand
il y en a deux fur le gauche. Les cheveux
font bouclez , ou frifez . Cette Coëffure
n'eft plus à la mode.
que , &
La demi- Indécife , ou demi - Equivodiffere
de la Coëffure précedente ,
en ce qu'elle eft plus en devant
qu'elle laiffe voir encore moins de cheveux
. Dans celle- ci on met des Fontanges
faites d'un ruban qui fait le tour de
la tête , & vient fur le haut former plufieurs
anneaux ou fiches , le ruban conſervant
toujours fa largeur.
Les Coeffures qu'on appelle en Papillon
, en Chien fou , à oreilles d'Epa-
Le Cabochon eft fait comme un Bonnet
piqué , fort pointu vers le front. Il eft fait de
taffetas de diverfes couleurs , de gaze rayée , ou
unie & peinte , où l'on met; pour ornement ,de
la chenille , du clinquant d'or ou d'argent ,
& c.
gneuls ,
MAY. 1726. 955
gneuls , ne dépendent que de la Garniture
qui avance beaucoup vers l'oeil &
fuit de l'oreille. On ne porte plus gueres
de ces Coëffures.
Dans la Coëffure en Marrons , tous les
cheveux font bouclez .
On appelle Coëffure en Vergette , lorf
que les cheveux font coupez affez courts ,
fans être frifez.
En Bichon , ou bichonné , c'eſt d'avoir
les cheveux coupez par derriere , faifant
la queuë de Canard .
*
Il y a plufieurs manieres de fe coëffer
en negligé , & on y employe differentes
fortes de Garnitures , dont le
détail feroit trop long. Terminons celuici
par la derniere Mode ; c'eft la Dormeufe
. On appelle de ce nom une Garniture
un peu pliffée de deux pieces qui
tiennent enſemble , par le moyen
de la
quelle on laifle voir fort peu de cheveux
. On met ordinairement un ruban
plus large qu'une Fontange , noüé en
négligé , formant deux cornes , plus couchées
que les fiches , une de chaque côté
du bec de la cornette . Ce ruban fait
le tour de la tête , & fe vient renouer.
fous le menton en défefpoir , ou s'attache
le long de chaque barbe , & forme
un quadrille au bout.
Beaucoup de Dames , qui ne veulent
point
956 MERCURE DE FRANCE .
point s'affujettir à fe faire frifer , ot
qui n'en ont pas le temps & la commodité
, trouvent un grand fecours dans
des Tours de cheveux , qu'on fait exprès
pour toutes fortes de Coëffures , imitans
parfaitement le naturel . On les coëffe
fur une Poupée avec la Garniture &
tous les accompagnemens , après quoi
une femme n'a gueres plus de peine à
fe coëffer qu'un homme en a à mettre
fa Perruque. La Dlle Peromet , qui travaille
ces Tours de cheveux avec beau
coup d'art , & qui en a un grand debit
demeure rue de la Harpe , vis - à - vis la
Croix de fer. Elle fait auffi des Croiflants
pour regarnir les tempes , & des tempes
feulement , quand on a le chignon
affez garni .
On ne met de Coëffe que très rarement
avec les grandes Coëffures ; &
quand on en met une, elle eft attachée de
maniere qu'elle ne couvre point les cheveux.
Les Coeffes font en Hyver de taf
fetas mince & leger , & en Eté de gaze
rayée.
Les Garnitures de jour en negligé &
autres , fe font de Mouffeline rayée &
unie , avec des dantelles & fans dantelles
en Mouffeline brodée , & en Linon
uni & rayé , & avec de la dantele. On
porte beaucoup de Garnitures toutes de
1
danMA
Y. 1726. 957
dantelles de Malines , d'Angleterre , à
fefton , à bride , & à raifeau. On en
porte de gaze brodée & rayée à feſtons ,
avec de l'effilé pour le deuil , de Marly
brodé & feftonné , &c. On en fait
auffi de blondes de foye differemment
ornées , à une piece & à deux pieces .
Les Cocffes & Bagnolettes d'Hyver
font de velours , de peluches, de chenilles
, & de fatin fans envers. On met
aux Bagnolettes une dantelle de foye
noire tout autour .
Les Bagnolettes d'Eté font ordinairement
de gaze blanche mouchetée , avec
une dantelle de fil ou blonde de foye ;
quelques -unes font de Marly, ou entierement
de point.
Les Gans le plus generalement en ufage
font les Gans blancs de peau , de fil,
& de foye , dans les habillemens ferieux ,
On porte auffi des Mitaines fimples , &
en Hyver des Mitaines fourrées qui ne
couvrent point la main , ces dernieres
font bordées de peaux de Martre , d'Hermine
, de Fouine , &c. on les appelle
plus communément des Mitons. Ce font
proprement des Amadis ou bouts de manches
, avec des boutons de pierrerie ou
autres . Il en a paru fur la fin de l'Hy
ver dernier , qui au lieu de fourrures
étoient bordez de certaines plumes frifées
958 MERCURE DE FRANCE.
fées de diverfes couleurs , qu'on appelloit
des Barbichets.
Les boucles d'oreille font d'une & de
deux pieces , en perle & en diamant
mais on y ajoûte des girandoles de trois
pieces , des mêmes pierres , ou de pier
res de couleur .
On porte des Coliers de perles , de
diamans , & d'autres pierreries , mais les
Coliers de grenats font le plus à la mode.
Les Dames qui ont un peu trop d'embonpoint
, portent au lieu de Colier un Papillon
de diamans. On porte auffi des
Bracelets de perles & de diamans .
Les Echarpes d'Hyver font de velours
noir , garnies d'Hermine , doublées de
couleur de feu & brodées en or ; de fatin
brodé en or & en argent , ornées de
chenilles , avec de la dantelle noire autour
, & le corps de la même dantelle.
Il y en a qui font entierement de raifeau
d'or, ou d'argent , ou de dantelle noire
; les plus communes font de taffetas
avec des franges .
Les Echarpes d'Eté font de gaze rayée
de toutes fortes de couleurs , garnies de
blondes en feftons & autres figures , extrêmement
variées , & ornées de fougere
, de chenilles , de moulinets & de
pompons. On en voit qui font entierement
de blondes de foye blanche.
Les
MAY. 1726. 959
Les Jupes n'ont aujourd'hui d'autre ornement
qu'une frange au bas , faite de
ces nauds qui fervent d'amufement aux
Dames , aux Spectacles & à la promenade
, où on les voit, la Navette à la main ,
y travailler avec beaucoup de prefence
d'efprit.
Les Tabliers fe font de raiſeau d'or &
d'argent , ou de quelque étoffe riche ou
brodée mais on n'en voit gueres qu'aux
jeunes perfonnes & aux Marchandes ; on
ne porte ni Tablier , ni Echarpe en Robe
volante .
›
Les Souliers font à prefent plus à la
mode que les Mules ; ils font d'étofe
chamarrez ou brodez , avec la piece renverfée
fur la boucle.
XX:XXXXXXX-XXXX :XX
AU MERCURE ,
PLACE T.
Vous avez , àce que j'entens ,
>
Par une innocente équivoque ,
Vieilli ma femme de douze ans
Moi de quatre. Ainfi je prétens ,
Qu'il vous plaife changer l'époque.
E Ma
60 MERCURE DE FRANCE.
Ma femme eft morte vers la fin
De fa foixante & quatorzićme.
Pour moi le feiziéme de Juin ,
J'entre en ma quatre -vingt- fixiéme ;
Heureux fi je puis parvenir
A l'âge que de votre grace ,
Vous avez crû m'appartenir,
Quatre ans de plus à l'avenir ,
Feroient dans la dixième Claffe ,
Pour ma Tontine ſurement
Un bien notable accroiffement,
Surement ? Non , la conjecture ,
N'eft , fans doute , rien moins que fure ,
Puifqu'au lieu d'augmentation ,
Une cascade inopinée
Me fait éprouver cette année
Fâcheufe diminution,
Le refte feroit difficile à rimer . Le
voici en Profe. L'an 1724. les Rentiers
de la dixiéme Claffe de la Tontine tou
cherent en tout la fomme de 149. livres
15. fols. L'an 1725 , ces Meffieurs , nonobftant
le décès de 13. de leurs Confreres
, trois defquels avoient entr'eux
quinze actions , ne touchent en tout que
145-
MA Y. 1726. 961
145. livres 2. fols , enforte qu'outre
l'accroiffement , on leur retranche 4 . livres
2. fols fur la rente de l'an paffé ,
fans marquer là-deffus quelque raifon
que ce foit. Voilà le grief de ces Rentiers
, du nombre defquels eft
Votre très-humble & très- obéïffant
Serviteur ,
De la Monnoye
> Nous reconnoiffons notre faute &
nous en demandons pardon à M. de la
Monnoye ; mais nous ne fçaurions nous
repentir de l'avoir commife. On en feroit
fouvent de propos déliberé , fi on
pouvoit fe flatter qu'elles euffent de fi
heureufes fuites .
PREMIERE ENIG ME.
Nous
fommes deux Gardes fideles ,
Placez devant une maiſon ,`
Logez en deux trous paralelles ,
Que fepare toujours une fine cloifon .
On découvre fur nous deux voûtes qui s'éle
vent ,
D'où naiffent deux petits rideaux , ...
E ij Qui
962 MERCURE DE FRANCE.
Qui s'abatent & fe relevent ,
>
Pour détourner de nous mille funeftes maux.
Un feul & même emploi fait tout notre exescice
Et c'est un important ſervice ,
Que nous avons grand foin de rendre exactement
,
Au Maître chez lequel nous avons logement.
J
DEUXIE'ME ENIGME.
E fers aux befoins des humains ,
Sans
Sans recevoir de récompenſe ;
Les malades plus que les fains ,
Ont befoin de mon affiſtance ,
Et mon corps fans pieds & fans mains ,
Eft rond dans fa circonference.
Je fuis couverte quelquefois :
J'ai deux oreilles fans entendre ;
Et c'eft par ces deux feuls endroits ,
Que je fuis plus facile à prendre.
Par trois lettres de l'Alphabet ,
On peut
dévoiler mon fecret.
Joignez la cinquième à l'onzième ,
Mettez entre deux la ſeiziéme ,
Vous trouverez mon nom tout fait ,
Le Maire.
MAY. 1726.
963
TROISIEME ENIGME.
Ifficile à bien définir ,
Difficile
Du monde je fais la durée ;
Je fuis , d'un mortel fouvenir ,
L'origine trop averée.
Le vent n'eft pas plus inconſtant ,
Je veux que tout à mon caprice
Se foumette au premier inftant ;
La raifon devient mon fupplice .
Souvent & du Singe & du Chat ,
On m'a donné le caractere,
1
Je traite un Vainqueur en Forçat ,
Chacun pourtant cherche à me plaire.
Au Sphinx j'avois certain rapport ;
Mais avec cette difference ,
Il n'agiffoit que pour la Mort ,
Je nefers que pour l'exiſtence.
*
E iij
Mora964
MERCURE DE FRANCE.
Moralité fervant d'Explication aux trois
Enigmes du Mercure d'Avril 172 6.
Par M. F. A. ën P.
L
Es Grandeurs d'ici -bas , d'une Vitre legere,
'Ont l'éclat tout enſemble & la fragilité ;
Mais bien qu'elles ne foient qu'illufion, chimere,
L'homme s'en fait l'objet de fa felicité :
Il vit long- temps tranquille au feinjde la mi fere;
Devenu vieux & valetudinaire ,
Il difpofe par Teftament
D'un bien dont le trépas lui raviral'uſage
Et le Cadran folaire indique le moment ,
Où franchiffant ce dur paſſage ,
Il va d'un Dieu vengeur fubir le jugement.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
YSTE'ME d'un Medecin Anglois fur
Six caule de toutes les efpeces de mala-
Na
dies , avec les furprenantes configurations
des differentes efpeces de petits
Infectes qu'on voit par le moyen d'un
bon
ΜΑΥ. 1726. 965
bon Microſcope , dans le fang , & dans
les urines des differens malades , & même
de tous ceux qui doivent le devenir
. Recueilli par M. A. C. D. A Pa
ris , chez Alexis - Xavier- René Mefnier
1726. in 8 .
On nous dit dans une espece de Préface
, qui eft au commencement de cette
Brochure , que c'eft ici un Traité , qui
eft extrait d'un Manufcrit qui porte pour
titre , Systême d'un Medecin Anglois fur
la Nature de Dieu & des Ames , &c. Un
Medecin qui donne dans les Syftêmes les
plus abftraits , & qui fe laiffe entraîner
par les caprices , peut- il être de quelque
utilité au Public ? comme ce doit etre
l'unique but où il doit tendre.
>> Pour le peu , dit l'Auteur , qu'on
» veuille fe reprefenter la divifibilité do
la matiere à l'infini , que toute la Na-
» ture eſt animée , &c. on ne doit point
» être furpris de ce que j'admets pour
» caufe de toutes nos differentes efpeces
» de douleurs , qui ne font autre chofe
» que nos differentes efpeces de mala-
» dies autant de differentes efpeces
» de ces petits infectes perceptibles ,
»> neanmoins à la vûë , lorfqu'elle eſt ai-
» dée d'un bon Microſcope , lefquels fe
» communiquent & fe generent comme
» tous les autres animaux , & c.
E iiij Queln
>
966 MERCURE DE FRANCE.
Quelque abfurde
que paroille ce Syf
tême , notre Medecin fe perfuade , qu'il
pourroit par cent raifonnemens
inconteſtables
en prouver la verité , mais il aime
mieux tout d'un coup indiquer les
experiences
qu'il croit qu'on peut faire
fur ce qu'il avance .
Il rapporte enfuite près d'une centai
ne de maladies caufées par fes prétendus
infectes , dont il donne les differentes
configurations , qu'il dit avoir remarquées
. Mais quelles difficultez ne fautil
pas furmonter ? quelle patience ne
faut-il pas avoir pour faire quelque progrès
dans cette étude , quelque bon Microſcope
qu'on ait , continue l'Auteur ,
fi par un long & penible exercice vous
n'apprenez à vous en bien fervir , il vous
deviendra prefqu'inutile : car il en eft
du Microſcope , comme de la Flute traverfiere.
Tout le monde fçait fouffler
& remuer les doigts , cependant ce n'eft
qu'avec un temps confiderable , qu'on apprend
à bien jouer de cet inftrument .
L'Auteur employe enfuite quelques
pages de fon écrit à refuter , comme il
peut , les fentimens des habiles Medecins
, fur la caufe des maladies , & il expole
le fien de cette maniere .
» Un homme couche avec une perfon-
» ne qui a des puces , ou des poux , ou
des
MAY: 1726. 967
n
>>
» des cirons , ou des morpions , ou des
» animaux veneriens , il fe communique
» en cet homme quelques - uns de ces ani-
» maux ; ils vont , ils viennent , juſqu'à
» ce qu'ils ayent trouvé en lui un lieu
qui leur foit agréable pour leur séjour
» & pour leur nourriture ; les puces in-
» differemment par tout le corps ; les poux
» dans quelques fronciffures de chemife
; les cirons fous l'épiderme ; les mor-
» pions au penil , & fous les aiffelles s
les chancrifiques fur le prépuce ; les
» gonorrhiques aux proftates ; les bu-
» boniftes aux glandes des aînes ; les
veroliques dans toute la maffe du fang.
» En ces lieux , chaque efpece y établit
fa demeure ; ils y mangent , ils s'y
nourriffent , ils s'y generent , ils s'y
» multiplient , il s'y fait une demangeai-
» fon , un ulcere , ou un abfcès, qui fubfifte
, tant que par quelque drogue , qui
» foit pour de tels animaux un poiſon,
» l'on trouve le moyen de les tuer .
20
»
20
"
Nous croyons en avoir dit affez , &
peut- être trop , pour faire connoître la
bizarrerie de ce Syftême , nous ajoûterons
feulement , que l'Auteur n'a rien
oublié pour le rendre utile , en donnant
une Table Alphabétique des noms des pe
tits infectes , qui caufent , felon lui , les
maladies .
Ev
LET
968 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES SPIRITUELLES du R. P. Clau
de de la Colombiere , de la Compagnie
de Jeſus . A Lyon , chez les Freres Bruyfet
, rue Merciere , 1725. 2. vol . in 12 .
de plus de 200. pages chacun.
,
LA BIBLIOTHEQUE DES PRE'DICATEURS
Tome cinquiéme des Supplémens
, concernant les Ceremonies , Pratiques
, Coutumes & Maximes de l'Eglife.
Par le R. P. Houdry , D. L. C.
D. J. A Lyon , chez la Veuve Boudet ,
ruë Merciere , 1725. in 4. de 587.
pages.
OBUVRES du R. P. Ignace Gaſton Pardies
, de la Compagnie de Jefus , contenant
1 ° . Les Elemens de Geometrie.
2º. Un Difcours du mouvement local .
39. La Statique , ou la Science des forces
mouvantes . 4° . Deux Machines propres
à faire les Cadrans . 50. Un Difcours
de la Connoiffance des Bêtes , augmenté
dans cette nouvelle Edition d'une
Table pour l'intelligence des Elemens
de Geometrie , felon Euclide. A Lyon,
chez les FF. Bruyfet , 1725. in 12. de soo.
pages , fans la Préface.
RE'PONSE aux Obfervations fur la
Chronologie de M. Newton , avec une
Lettre
MAY . 1726. 969
Lettre de M …….. au fujet de ladite Réponfe.
A Paris , Quay des Augustins ,
chez N. Piffot , 1726. broch . in 12. de
28. pages.
par
DECISIONS SOMMAIRES DU PALAIS ,
ordre alphabetique , illuftrées de Notes
, & de plufieurs Arrefts de la Cour
du Parlement de Bordeaux. Parfeu Maî
tre Abraham la Peyrere , ancien Avocat
en la lite Cour , cinquiéme Edition ,
revûë , corrigée & augmentée d'un grand
nombre de Décifions & d'Arrêts recueillis
des Memoires de plufieurs illuftres
Senateurs de ce Parlement , & à
laquelle on a ajoûté plufieurs nouveaux
Arrêts notables . A Bordeaux , chez Simon
Boudé , Charles & Simon Labottie
re , & fe vend à Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier , 1725. in folio de 552 .
pages.
LES ELEGIES D'OVIDE pendant for
exil , traduites en François , le Latin à
côté, avec des Notes critiques & hiftotiques.
Deux Volumes . Par le P. de Ker
villars , D. L. C. D. J. A Paris , ruë
de la Harpe , chez Ch . d'Houry , 17266
in 12.
NOUVEAU SYSTE'ME fur la generation
E vj de
970 MERCURE DE FRANCE .
de l'Homme , & celle de l'Oifeau , ou
l'on rapporte , & où l'on refute les differentes
opinions qui ont paru fur ce fujet.
Par Charles- Denis de Launay , Chirurgien
Major du Regiment Rayal, Infanterie.
A Paris , rue Galande , chez
G. F. Quillau , fils , 1726. in 12. de
plus de 300. pages .
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE pour
fervir de continuation à celle de M. l'Abbé
Fleury , Tom . XXI . depuis l'an 1401 .
jufqu'en 1431. Premiere & feconde Partie
A Paris , ruë S. Jacques , chez la
Veuve de L. Guerin , Hippol. Guerin
fils , & Jean Mariette ; & chez Emery,
Martin , Quay des Auguftins , 1726. 4.
vol. in 12. 2. vol . in 4.
HISTOIRE SECRETTE des Femmes Galantes
de l'Antiquité. A Paris , rue
S. Jacques , chez Ganèau , 3. vol. in 12 .
de plus de 1300 pages.
LETTRES de Marie Rabutin - Chantal
, Marquise de Sevigné , à Madame la
Comte ffe de Grignan , fa fille , Tome I.
381 pages ,Tome 2. 324. pages , fans nom
de Ville, ni de Libraire. Mais on fçait que
ce Livre fe débite à Paris chez Pißot,
Quay
MAY 1726. 971
Quay des Auguftins , 2. livres les 2. vol .
12.1726.
On voit à la tête de ce Recüeil une
Préface & une Lettre , ou plutoft une
double Préface , dans laquelle on apprend
fommairement l'Hiftoire de la
Marquife de Sevigné , & de la Comteffe
de Grignan , & quelque chofe de
ce qui regardé l'Ouvrage qu'on donne
au Public. >> Quoique le ftile de ces
» Lettres foit d'un tour aifé , naturel , &
fimple en apparence , il ne laiffe pas
» d'être affez figuré , pour exiger du Lec-
» teur bien de l'attention pour le fuivre
» & pour l'entendre.
n
» Ces Lettres font d'ailleurs remplies
»de préceptes & de raifonnemens G
" juftes & fi fenfez , avec tant d'art &
>> tant d'agrément , que la lecture en peut
» être très utile aux jeunes perfonnes &
» à tout le monde.
»
,
Cette Préface eft fuivie de quatre
Lettres adreffées à M. de Coulanges .
Elles font fuivies du Recueil des Lettres
à Madame de Grignan , au nombre
de 134. que ces deux Volumes contienment.
On a fçû que c'eft M. Thiriot qui a
donné ces Lettres au Public . Elles ont
été reçûës fort agréablement , & on les
lit avec grande avidité . Le ftile en est
fimple
972 MERCURE DE FRANCE.
fimple , coupé , leger , naturel , & trèsaffectueux
; les narrations vives & courtes
: c'eſt un modele , & peut- être ce
qu'il y a de plus parfait en ce genre . Cependant
les perfonnes confiderables , qui
tiennent à l'illuftre Madame de Sevi
gné par la parenté , ou par l'alliance ,
ont fouffert impatiemment que l'on ait
pû penfer qu'elles euffent la moindre
part à cette Edition , qui a été faite fur
un Manufcrit perdu à la mort du feu
Comte de Buffi , & tombé , il y aa plus
de deux ans , entre les mains de M. l'Abbé
Damfreville , par M. de Clemencé .
Voici deux Lettres qui pourront éclaircir
cette matiere. Elles ont paru imprimées
en feuille volante.
LETTRE de M. l'Abbé Damfreville ,
à M. de ***
VO
Ous me demandez , Monfieur
quelle part je puis avoir à l'Edition
des Lettres de Madame la Mırquife
de Sevigné : je vais vous fatisfaire en
peu de mots. J'avois depuis long- temps
par N. de Clemencé , un Manufcrit de
ces Lettres. M. Thiriot m'étant venu voir
l'année paffée , trouva ce Manufcrit fur
ma table , il me pria de le lui prêter. Je
lui accordai volontiers ce plaifir ; cèla
MAY. 1725. 973
eft tout fimple, & tout ordinaire dans le
commerce des Lettres. A quelque temps
de là M. Thiriot fe trouvant à la campagne
, les a fait imprimer ; & j'ai en
tout fujet de me repentir de ma facilité ,
par les plaintes & les murmures que cette
Edition a excitez , & par la peine qu'elle
a caufée à tout ce qui exifte du nom &
du fang de Raburin.
Voilà , Monfieur , avec verité, toute la
part innocente indirecte que j'ai dans
cette affaire. J'ai un fenfible chagrin d'avoir,
contre mon attente , donné occafion à
un évenement , qui a déplû à des perfon
nes confiderables que j'honore & respecte.
Je fuis , Monfieur , &c.
Lettre de M. Thiriot à M. de **
Lan
'Interêt , Monfieur , que vous prenez
aux Let res de Madame la Marquife
de Sevigné , & le témoignage que je dois
à la verité , m'obligent à vous donner
L'éclairciffement que vous demandez.
Etant allé voir M. l'Abbé Damfreville
le mois de May dernier , j'y trouvai un
Manufcrit de ces Lettres , qu'il avoit , me
dit-il , environ depuis deux ans . Fe le
priai de me le prêter , & de m'en laiffer
prendre une copie. Il me l'accorda fans
m'im974
MERCURE DE FRANCE
m'impofer aucune condition , & avec tant
de facilité, que me trouvant à quelque
temps delà à Rouen , je crus faire un
prefent agréable & avantageux au Public
de lui donner ces Lettres , & je pris
la réfolution de les fire imprimer. Je
pnfois que ce Manufcrit étoit beaucoup
plus répandu dans le monde , plufieurs de
mes amis m'ayant dit qu'ils en avoient déja
vi d'autres auffi bien que moi . Enfin, Monfieur,
j'ai cru ne faire que ce qui étoit
du droit des gens dans la Republique des
Lettres. C pendant j'apprens que cette Edition
bleffe les perfonnes illuftres qui s'intereffent
par les liaifons du fang à la memoire
de Madame la Marquise de Sevigné.
J'en ai , je vous l'avonë , Monfieur
, une veritable douleur , & je voudrois
de tout mon coeur n'y avoir jamais
penfe . Je vous prie de le dire à tous ceux
qui vous en parleront , & de me croire
rès-fincerement.
Quoique cet Extrait commence d'ê
tre un peu long , nous n'avons pas encore
rempli toutes nos obligations . Il
refte à donner quelques fragmens de ces
Lettres , pour que les Lecturs puiffent
en avoir une legere idée. Ils auroient
bien lieu de fe plaindre fi nous y manquions.
La
MAY. 1726. 97
La feptiéme Lettre eft écrite de Livri
au mois de Mars 1671. où la Marquife
de Sevigné alla faire une efpece de retraite.
Je vous écris , pour fuit - elle ,
affife fur le fiege de moulle , où je vous
>> ai vûë quelquefois couchée. Mais , mon
» Dieu , où ne vous ai - je point vûë ici ,
» & de quelle façon toutes ces penſées
>> me traverfent le cour ? Il n'y a point
» d'endroit , point de lieu , ni dans la
» maiſon , ni dans l'Eglife , ni dans le
bois , ni dans le jardin , où je ne vous
» aye vûë ; il n'y en a point qui ne me
» faffe fouvenir de quelque chofe ; de
quelque maniere que ce foit , cela me
» perce le coeur. Je vous vois , vous m'é
» tes préfente , je penfe , & je repenfe
» à tout. Ma tête & mon efprit fe creu-
» fent ; mais j'ai beau tourner , j'ai beau
>> chercher cette chere enfant que j'aime
»avec tant de paffion , elle eft à deux
» cens lieues de moi , je ne l'ai plus Sur
cela je pleure fans pouvoir m'en em-
" pêcher. Ma chere Bonne , voilà qui
» eft bien foiblé , mais pour moi je ne
» fçais point être forte contre une ten-
» dreffe fi jufte & fi naturelle. Je ne fçais
» en quelle difpofition vous ferez en li-
» fant ma Lettre ; le hazard peut faire
» qu'elle viendra mal- à propos , & qu'el
» le ne fera peut- être pas lûë de la maniere
支
976 MERCURE DE FRANCE.
»
» niere qu'elle eft écrite. A cela je ne
fçai point de remede. Elle fert tou-
»jours à me foulager prefentement ; c'eft
» tout ce que je lui demande. L'état où
» ce lieu- ci m'a mife eft une chofe incroyable.
Je vous prie de ne point par
» ler de mes foiblefles , mais vous de
» vez les aimer , & refpecter mes larmes ,
» qui viennent d'un coeur tout à vous.
"
LETTRE huitiéme. » Je ne fçai où
» me fauver de vous ; notre maiſon
» de Paris m'affomme encore tous les
jours , & Livri m'acheve. Pour vous,
» c'eft par un effort de memoire que vous
» penfez à moi ; la Provence n'eft point
» obligée de me rendre à vous , comme
» ces lieux- ci vous rendent à moi , &c. .
LETTRES 16. & 17. de Paris au mois
d'Avril 1671. » Le Roi arriva le Jeu
di 2 3. au foir à Chantilly ; il courut
» le Cerf au clair de la Lune , les Lan-.
» ternes firent des merveilles ; le Feu
» d'artifice fut un peu effacé par la clar
» té de notre amie. La Promenade , le
» Jeu , la Collation dans un lieu tapiffé
» de Jonquilles , tout alla à merveilles.
» On foupa ; il y eut quelques tables où
» le rôti manqua , à caufe, de plufieurs
» dînez à quoi on ne s'étoit point atten
" du.
MAY 1726. 977
» du . Cela faifit Vatel , ce grand Vatel ,
» Maître d'Hôtel de M. Fouquet , qui
» l'étoit préfentement de Monfieur le
» Prince , cet homme , d'une capacité
» diſtinguée , dont la tête étoit capable de
foutenir tout le foin d'un Etat ; cet
» homme donc que je connoiffois , dit
» plufieurs fois , je fuis perdu d'hon-
>> neur , voici un affront que je ne fup-
" porterai pas. Il dit à Gourville , la tê-
» te me tourne , il y a douze nuits que
» je n'ai dormi , aidez - moi à donner des
nordres. Gourville le foulagea en ce
» qu'il put. Le rôti qui avoit manqué ,
non pas à la table du Roi , mais aux
>> vingt - cinquièmes , lui revenoit tou
» jours à la tête. Gourville le dit à M.
» le Prince. M. le Prince alla juſques
» dans fa chambre , & lui dit : Vatel ,
tout va bien , rien n'étoit fi beau
que
fouperdu Roi. Il lui dit , Monfeigneur,
votre bonté m'acheve . Je fçai que le
» rôt a manqué à deux tables . Point du
tout , dit M. le Prince , ne vous fâ-
"chez point , tout va bien. La nuit vint,
le Feu d'artifice ne réüffit pas , il fut
>>> couvert d'un nuage : il coutoit 16000.
» francs A quatre heures du matin Vatel
s'en va par tout , il trouve tout en-
>> dormi il rencontre un petit Pourvoyeur
, qui lui apportoit feulement
»
le
>> deux
978 MERCURE DE FRANCE.
;
deux charges de Marée ; il lui deman
» de : Eft-ce -là tout ? Il lui dit , oui
>> Monfieur il ne fçavoit pas que Va-
» tel avoit envoyé à tous les Ports de
» de Mer. Il attend quelque temps , les
autres Pourvoyeurs ne viennent point;
» fa tête s'échauffoit , il crut qu'il n'au-
>> roit point d'autre Marée ; il trouva
» Gourville , il lui dit : Monfieur , je ne
» furvivrai point à cet affront ci . Gour-
» ville fe mocqua de lui : Vatel monte à
» la chambre , met fon épée met fon épée contre la
» porte , & fe la paffe au travers du coeur;
» mais ce ne fut qu'au troifiéme coup ,
car il s'en donna deux qui n'étoient
» pas mortels ; il tombe mort. La marée
» cependant arrive de tous côtez , on
cherche Vatel pour la diftribuer , on
» va à la chambre , on heurte , on enfon
» ce la porte , on le trouve noyé dans
»> fon fang , on court à Monfieur le Prin
» ce qui fut au défefpoir ... Il le dit au
» Roi fort triftement . On difoit que c'é-
» toit à force d'avoir de l'honneur à fa
» maniere. On loüa & on blâma fon cou-
» rage. Le Roi dit qu'il y avoit cinq ans
» qu'il retardoit de venir à Chantilly',
» parce qu'il comprenoit l'excès de cet
» embarras. Il dit à M. le Prince qu'il
>> ne devoit avoir que deux tables , & ne
» point fe charger de tout : il jura qu'il
>>> ne
MAY. 1726. 979
» ne fouffriroit plus que M. le Prince en
» usât ainfi ; mais c'étoit trop tard pour
» le pauvre Vatel.
»
LETTRE 15. » Vous aurez été dans
les Galeres , vous aurez paffé fur de
petits ponts , le pied peut vous avoir
» gliffé , vous ferez tombée : voilà les
horreurs de la feparation on eft à la
>> merci de toutes ces penfées ; on peut
>> crore fans folie que tout ce qui eſt
poffible peut arriver. Toutes les trif
» teffes de temperamment font des pref
» fentimens , tous les fonges font des
préfages , toutes les précautions font
» des avertiffemens ; enfin , c'eft une
» douleur fans fin .
» Ne jettez pas fi loin ces derniers Li-
» vres de la Fontaine . Il y a des Fables
» qui vous raviront , & des contes qui
>> vous charmeront . La fin des Oyes de
Frere Philippe , les Remois , les petits
chiens ; tout cela eft très - joli : il
» n'y a que ce qui n'eft point de ce ftile
qui eft plat. Je voudrois faire une Fa-
» ble qui lui fit entendre combien cela eſt
» miferable, de forcer fon efprit à fortir
» de fon genre , & combien la folie de
» vouloir chanter fur tous les tons , fait
» une mauvaiſe Mufique. Il ne faut point
» qu'il forte du talent qu'il a de conter.
LET ,
980 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE 23. » Une de mes grandes
envies , ce feroit d'être devote ; j'en
» tourmente tous les jours la Moulle . Je
» ne fuis ni à Dieu , ni au Diable , cet
» état m'ennuye , quoiqu'entre nous je le
» trouve le plus naturel du monde . On
» n'eſt point au Diable , parce qu'on craint
» Dieu, & qu'au fond on a un principe
» de Religion. On n'eft point à Dieu
» auffi , parce que la Loi eft dure , &
» qu'on n'aime point à fe détruire foi-
» même. Cela compofe les tiedes , dont
» le grand nombre ne m'étonne point du
>> tout. J'entre dans leurs raifons ; cepen-
>> dant Dieu les hait ; il faut donc en for-
» tir ; voilà la difficulté .
>>
LETTRE 24. » Enfin je refpire ;
j'ai été trois ordinaires fans recevoir de
» vos Lettres , & j'étois fi fort en peine,
>> que j'étois reduite à fouhaiter que vous
>> euffiez écrit à tout le monde hormis à
» moi. Je m'accommodois mieux d'avoir
été un peu retardée dans votre fouve-
» nir , que de porter l'épouventable inquiétude
fur votre fanté . Mais , mon
» Dieu , je me repens de vous écrire.
» mes douleurs , elles vous donneront de
» la peine quand je n'en aurai plus. Voi-
» là le malheur d'être éloignée. Helas !
» il n'eft pas feul .... notre ami Du-
1
bois
MAY. 1726. 981
bois prend un foin infini de notre com-
» merce , c'est - à- dire , de ma vie.
LETTRE 25. » La divine P ***
» eft juſtement & à point toute fauſſe.
Je lui fais trop d'honneur de daigner
feulement en dire du mal . Elle jouë
toutes fortes de chofes. Elle jouë la
» Devote , la capable , la peureuſe , la
" petite poitrine , la meilleure fille du
» monde; mais furtout elle me contre-
» fait de forte qu'elle me fait toujours
» le même plaifir , que fi je me voyois
» dans un miroir qui me fit ridicule , &
que je parlaffe à un écho qui me ré-
" pondit des fottifes .
LETTRE 27. » Madame de la Fayet
te me mande qu'elle fe trouve obligée
de vous écrire en mon abfence , &
» qu'elle le fera de temps en temps.
>> Cela me paroît honnête ; mais puifque
vous lui faites réponſe , je ne lui fuis
gueres obligée. Voilà une chofe fine .
>> L'entendez- vous bien ? Il me femble ,
" ma Bonne , que je vous fais tort de
» douter de votre intelligence fur ce qui
» eft un peu enveloppé , je pense que c'eſt
» à moi que je parle .
»
LETTRE 28. Je les regrette tous
» les
982 MERCURE DE FRANCE .
โด
» où
je les jours de ma vie , ce temps
" vous voyois à toute heure , & j'en fou-
» haiterois un pareil au prix de mon fang;
» ce n'eft pas que j'aye fur mon coeur de
» n'avoir pas fenti le plaifir d'être avec
» vous ; je vous jure , & je vous protef
» te que je ne vous ai jamais regardée avec
» indifference , ni avec la langueur que
>> donne quelquefois l'habitude : mes yeux
» ni mon coeur ne fe font jamais accou-
» tumez à cette vûe , & jamais je ne vous
ai regardée fans joye & fans tendreffe
; & s'il y a quelques momens où elle
» n'ait pas paru , c'eft alors que je la fen-
» tois plus vivement.
"
» A propos de Paſcal , je ſuis en fantaifié
d'admirer l'honnêteté de ces Mef-
>> fieurs les Poftillons , qui font incellam-
» ment fur les chemins pour porter &
» reporter nos Lettres . Il n'y a jour de
>> la femaine qu'ils n'en portent quel-
» qu'une à vous & à moi ; il y en a tou-
"jours & à toutes les heures par la Cam-
" pagne. Les honnêtes gens qu'ils font
» obligeans ! & que c'est une belle in-
» vention que la Pofte , & un bel effet
» de la Providence que la cupidité . J'ai
» quelquefois envie de leur écrire , pour
leur témoigner ma reconnoiffance, &
» je crois que je l'aurois déja fait , fans
que je me fouviens de ce chapitre de
1
» Paſcal,
MAY. 1726. 983
»
Pafcal , qu'ils ont peut- être envie de
>> me remercier de ce que j'écris , com-
» me j'ai envie de les remercier de ce
» qu'ils portent mes Lettres.
» je fuis affez bleffée des méchans fti-
» les j'ai quelque lumiere pour les bons ;
» & perfonne n'eft plus touchée que moi
» des charmes de l'Eloquence. Le ftile
» de la Calprenede eft maudit en mille
» endroits : de grandes periodes de Ro-
» man , de méchants mots ; , je fens tout
cela. J'écrivis l'autre jour une Lettre
» à mon fils de ce ftile , qui étoit fort
plaifante. Je trouve qu'il eft détefta-
» ble , & je ne laiffe pas de m'y prendre
» comme à de la glu . La beauté des Sen-
>> timens , la violence des paffions , la
» grandeur des évenemens , & le fuccès
» miraculeux de leur redoutable épée ;
» tout cela m'entraîne comme une petite
>> fille .
LETTRE 34. » Vous me voulez ai-
>> mer , & pour vous & pour votre en-
» fant. Eh ma Bonne ,
n'entreprenez
>> point tant de choſes ? Quand vous pour-
" riez atteindre à m'aimer autant que je
» vous aime , ce qui n'eft pas une chofe
» poffible , ni même dans l'ordre de Dieu,
» il faudroit toujours que ma petite fut
FC par984
MERCURE DE FRANCE.
و ر ا »pardeffuslemarché.C'estletropplein
de la tendreffe que j'ai pour vous.
On imprime deux nouveaux Ouvrages
du P. Buffier , intitulez Traitez Phi-
Lofophiques & Pratiques d'Eloquence &
de Poefie: chacun des deux fera un Volume.
Comme l'Auteur ne travaille pas
d'ordinaire d'après les idées d'autrui ,
on peut s'attendre à quelque chofe de
neuf fur des matieres qui femblent ufées.
On dit qu'il s'y trouve à la fin des
Exemples de chaque forte de Pieces d'Eloquence
& de Poëfie , avec des Remarques
Critiques fur chacune de ces
Pieces . L'Ouvrage , ne fut- ce que par
cet endroit , pourra exciter la curiofité &
fervir à former le goût.
•
Nous reconnoiffons avec grand plaifir
, que nous avons été mal informez.
lorfque nous avons dit dans notre Journal
du mois de Mars dernier, que la Traduction
de Tite- Live , par M. du Laurent ,
avoit été brûlée dans l'incendie qui a fait
perir fon Auteur. On nous a certifié de
plufieurs endroits , que le Manufcrit de
cette Traduction eft entre les mainsde
M. l'Abbé de la Croix , Chanoine de
Notre Dame , neveu de M. du Laurent ,
& on ajoûte à cette certitude , que M. de
'
{
1.
MAY. 1726. 985
la Croix eft en état de faire travailler
inceffamment à l'Edition de ce grand Ou
vrage.
Il paroît depuis peu une Carte Géographique
très-curieufe & utile. Elle a
pour titre La France Benedictine , ou
Carte generale des Abbayes & Prieurez
Conventuels de l'Ordre de S. Benoist ,
tant d'Hommes qué de Filles Refor
mées Non -Reformées & Seculari
fées .
,
Elle eft accompagnée de Tables Alphabetiques
, pour trouver par les longitudes
& latitudes , les pofitions de toutes
ces Abbayes & Prieurez. Dreffée &
mife au jour par Fr. Fr. le Chevalier ,
Religieux Benedictin , de la Congrega
tion de S. Maur.
L'on trouvera de ces Cartes , chez le
fieur Danet , fur le Pont Notre- Dame ,
à la Sphere Royale , & chez l'Auteur,
à l'Abbaye de S. Germain des Prez.
Le fieur Defrochers , Graveur du Roi,
de l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , qui s'applique à
graver les
Portraits des Perfonnes illuftres dans l'Eglife
, dans les Armes , dans la Robe ,
dans les Sciences & les Arts , comme
auffi la Famille Royale de France , &
Fij des
986 MERCURE DE FRANCE.
>
des autres Cours Etrangeres , eft parvenu
à un nombre de Portraits qui intereffent
beaucoup le Public , & qui font d'un
grand fecours pour l'Hiftoire. Ces Portraits
font de grandeur in 4. & on en
peut former plufieurs Volumes. Il reçut
en 1723. une Médaille d'or de l'Empereur
, dont S. M. I. le gratifia. Il vient
d'en recevoir une de même métal du
Prince de Heffe - Darmstadt , par les
mains de M. le Baron de Planta , Envoyé
de ce Prince à la Cour de France
: ce qui prouve le cas qu'on fait en
Allemagne de cette grande fuite auffi
utile qu'agréable . On voit dans la face.
droite de cette derniere Médaille le Portrait
du Prince avec cette Legende : Erneft
. Lud. D. G. Haß. Landg. Pr. Hersf.
Et dans le Revers un Lion tenant
une Epée , & les Armes du Prince ,
avec cette Legende : Protegere praftas
quam rapere.
,
On trouve auffi chez ledit fieur Def
rochers les Estampes d'après le Correge
qu'il a gravées , & qui ont été dédiées
à Monfeigneur
le Duc d'Orleans ,
Petit - Fils de France , ainfi que quantité
d'autres fujets confiderables .
Le fieur Hecquet , Graveur & Marchand
Imager , ayant appris par plu
fieurs
MAY. 17266 387
& ' d'en
fieurs lettres de Provinces , que divers
Profeffeurs & Superieurs de Colleges
ainfi que les Marchands d'Eftampes de
differens endroits , ne fçavent à qui s'adreffer
pour leurs Thefes , a crû devoir
leur donner avis, qu'il eft très - bien afforti
en Theſes , de toute forte de fujets
& de grandeurs differentes, dont il s'offre
d'envoyer des Epreuves ,
marquer au jufte le prix , afin
que les
Ecoliers puiffent choifir commodément
les fujets qui leur conviendront. Il aver
tit encore qu'il a fait deux nouvelles Af
fiches , dont l'une contient le Portrait du
Roi , accompagné d'une Victoire & de
Bellone , avec des Trophées attachez à
un Palmier & à un Chêne , où font auffi
deux Médailles qui ont rapport au Mariage
du Roi , avec un petit Bas- Relief
au-deffous , où l'on voit la Ceremonie du
Mariage . Celle de la Reine en reprefentoutes
les Vertus qui caracteriſent
cette Princeffe ; la Renommée la couronne
, & plufieurs Génies reprefentent
les Arts , &c. Les deux Portraits font
très-reffemblans . Ces deux Affiches font
de la grandeur ordinaire des autres. Il
a auffi plus de cent fujets , tant du Nouveau
que de l'ancien Teftament , & un
un grand nombre de Patrons pour les
Affiches . Ceux qui voudront lui faire
Fiij l'hon
988 MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de lui écrire , fon adreffe eft
à l'Image S. Maur , Place de Cambray
à Paris.
Le fieur du Quet , Ingenieur pour les
forces mouvantes , & les Mechaniques ,
qui a été envoyé par ordre du feu Roi
dans plufieurs Ports de Mer , pour ellayer
des Rames de fon invention , voulant
faire part au Public de fes découvertes ,
il donne avis qu'il fera chez lui des Difcours
fur differentes matieres de Mechaniques
, & prouvera l'utilité qu'il y a
à pratiquer ce qu'il a inventé pour la
perfection de la Navigation ; furtout au
fujet de fes Rames , dont il prétend
que tous les Batimens doivent ufer.
C'est par elles qu'il prétend prouver la
poffibilité de faire fervir la rapidité du
Rhône & des autres Rivieres , à remon
ter les Bateaux chargez avec plus de vitelle
, que par le tirage des Chevaux &
des Boux , & par confequent avec plus
de facilité , moins de danger , de dé
penfe , d'embarras & d'inconvenient. Il
croit pouvoir employer par le même
moyen le courant de la Seine à Paris ,
à faire monter & defcendre fans ceffe des
petits Bateaux couverts qui pourront
fervir de voiture publique pour monter
& defcendre de la Porte S. Bernard aux
Thuilleries.
Il
MAY. 1726. 989
vent ,
Il fera connoître dans fes Difcours les
défauts & les fujettions des Moulins à
& enfeignera la maniere de les
corriger , de les rendre plus fimples ,
plus folides d'une figure plus agréa
ble , & de moindre entretien.
Il apprendra les moyens de voiturer
par terre , les fruits de la Campagne &
les marchandifes par le moyen du vent,
contre le vent même , furtout dans les
Plaines , où le vent peut avoir toute fon
action . Par ce moyen on pourra tirer le
bois de diverfes Forefts fans beaucoup dé
peine ni de dépenfe , en employant qua
tre chevaux , qui ferviront à mener au
vent 20. ou 30. Charettes, conftruites ex
prés , quiporteront chacune au moins une
corde de bois. On pourroit même labou
rer la terre par leur fecours & celui du
vent.
Il donnera de nouvelles inftructions
fur la maniere de battre & vanner le bled
en même temps , & quantité d'autres
chofes utiles & agreables dans la vie civile.
Un modele de relief fervira à faire
entendre dans toutes les parties le fujet
de chaque Difcours , & à en donner
une parfaite intelligence pour la prati
que .
The
Les Curieux qui voudront profiter de
F, iiij ces
990 MERCURE DE FRANCE .
ansco
elev
dev
refer
ces inftructions , s'adrefferont à l'Au- de
teur , rue de l'Arbre- Sec , vis - à - vis le
petit Paradis , où l'on conviendra de
T'heure la plus commode . Il y aura un
Commis qui recevra une retribution de
30. fois pour chaque Difcours , afin de four- d
nir aux petits frais qu'il conviendra faire .
Toujours attentifs à faifir tout ce qui
peut faire naître l'amour & le goût des
Beaux Arts , nous nous faifons un plaifir
& un devoir particulier de les celebrer
à toutes les occafions qui fe prefentent.
Le fujet qui donne lieu à cet article , a
attiré la curiofité des perfonnes de la plus
grande confideration de la Cour & de la
Ville , qui font venus admirer l'Ouvra
ge de M. Ballin , Premier Orfevre du
Roi , aux Galleries du Louvre , digne
heritier des talens du fameux Claude
Ballin , fon oncle , dont les Ouvrages
d'Orfevrerie , foit pour la compofition,
foit pour l'execution feront toujours
,
eftimez comme des Chefs - d'oeuvre des
plus grands Maîtres.
de
ea
Il s'agit ici d'un Service de Vaiflelle
d'argent du poids d'environ 2000 .
marcs , dont on peut dire que le travail
furpaffe de beaucoup la matiere .
P
crell
Un grand milieu de table ou Surtout,
en fait la principale piece. C'eſt une ef-
&
ресе
ΜΑΥ. 1726. 1726. 991)
>
pece de Temple fur un plan carré- long.
à pans coupez, fur lequel tout l'éédifice il
eft élevé. L'ingenieux Artiſte a voulu
repreſenter une Fête que donne Comus,
Dieu des Feftins. Son Simulacre eft placé
au - deffus d'un Baldaquin qui fert de
couronnement à cette riche fabrique. Le
Dieu paroît à demi - couché les bras
étendus , dans une attitude , & avec des
expreffions qui marquent la fanté , la
joye & le contentement , & qui femblent
inviter aux plaifirs de la table. Ce Baldaquin
eft élevé fur quatre arcades.
Sous les deux plus grandes on voit en
Termes les figures de Bacchus & de Cerès
, avec leurs Attributs , qui remplif
fent les deux principales faces des grandes
Arcades , fur les bords & le fommet
des archivoltes. Ces Attributs diftribuez
avec art enrichiffent beaucoup l'Ouvrage
, & font une varieté admirable . Du
milieu des quatre pieds droits qui formentle
bas des Arcades , on voit s'élever
vers le ceintre, quatre Bacchantes en demi
- corps , dont le bas eft terminé en maniere
de confole d'un deffein fort agreable.
Ces quatre demi- figures , pofées fur
le repos d'une volute , interrompent les
montans , & font un fort bel effet . On
a eu grande attention à donner à ces Bacchantes
des attitudes convenables & ex-
Fv trême--
992 MERCURE DE FRANCE .
1
trêmement variées . Elles tiennent les
divers inftrumens que l'ufage fabuleux
autorife. Dans toutes ces figures , outre
Ja grace & la correction du deffein , on
y trouve encore cet air d'enjouëment &
de vivacité qui convient au fujet.
Le milieu au deffous du Baldaquin eſt
occupé par une espece de Corbeille propre
à mettre des Fleurs , des Citrons , des
Oranges , & autres Fruits felon la faifon.
Cette Piece eft pofée fur une autre
beaucoup plus grande , dont tout le pourtour
eft enrichi d'ornemens convenables
& gracieux . Le bord eft formé par un
cordon de baguettes , réunies par des
palmes. Cette bordure eft interrompuë
à chaque milieu des quatre faces , par
les Armes en relief du Maréchal Comte
de Daun , Gouverneur general du
Milanés , pour qui ce Service a été fait.
De ce cordon fortent quatre coquilles
couvertes , jonchées de feuilles de Goimont,
pour fervir de Poivrieres . Il en
fort auffi huit branches des angles , des
pans coupez , qui portent chacune leur
baffinet pour des bougies.
Au- deflus des coquilles dont on vient
de parler , il y a quatre Sucriers d'une
forme finguliere , & d'une fimetrie agréable.
Ils font environnez d'un foyer de
cannes de fucre. Sur les flancs & fur les
deux
MAY. 17262 993
deux bouts , font pofées huit Caraffes de
criftal , pour l'huile & le vinaigre , dans
des efpeces de cuvetes qui embelliffent
cette riche compofition . Elles font auffi
environnées jufques vers leur milieu , de
feps de Vigne & de branches d'Olivier
avec des feuilles & du fruit.
Ce magnifique Surtout eft accompagné
de deux Terrines ovales à ances , avec
leurs baffins & cuilliers , le tout d'un
goût nouveau & d'un travail exquis ; de
deux Pots à oïlles , de forme ronde , auffi
avec lears baffins & cuilliers. Ces qua
tre grandes pieces ont chacune leur cou
vercle ornez d'une maniere finguliere &
ingenieufe ; De quatre Caifles à foye
gras , d'une invention nouvelle : De quatre
Seaux à pans , de grand nombre de
Soucoupes , Réchauts , Saucieres , Flambeaux
, Baffins , Plats & Affietes , de formes
& grandeurs differentes , le tout bordé
d'un perlé.
M. Ballin travaille actuellement à 32.
Corbeilles de differentes formes , grandes
, moyennes & petites pour le Def
fert , dont la richeffe & le goût répon
dront à la magnificence du Service.
F vj Lettre
994 MERCURE DE FRANCE:
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
Il
L paroît depuis peu , Meffieurs, un Livre
imprimé à Paris,chez Etienne, qui
a pour titre, Abregé de la Vie des anciens
Philofophes , qu'on dit avoir reçu des
mains de feu M. le Duc de Chevreuse , &
que ce Seigneur a affu é qu'il étoit du celebre
M. de Fenelon , Archevêque de Cambray.
Comme je n'y ai trouvé , ni ſon ſtile,
ni fon efprit , ni fes fentimens , j'ai demandé
à tous les parens & amis , s'ils
avoient quelque connoiffance de cet Ouvrage
; tous le defavouent , & furtout
M. le Duc de Chaulnes , fils de M. le
Duc de Chevreufe , M. l'Abbé de Beaumont
, Evêque de Saintes , & M. le Marquis
de Fenelon , Amballadeur d'Hollande
, neveux de feu M. de Cambray.
Ils fouhaitent tous qu'on détrompe le
Public , non feulement pour rendre juftice
à la memoire de cet illuftre Prélat
mais auffi pour fe conformer à fes dernieres
volontez marquées par fon Teſtament
. On ne doit , dit - il , m'attribuer aucun
des Ecrits qu'on pourroit publier fous
mon nom . Je ne reconnois que ceux qui
auront été imprimez par mes foins , ou reconnus
par moi pendant ma vie. Les au-
OA
L
tres
MAY 1726. 997
tres pourroient , ou n'être pas de moi , ou
m'être attribuez fans fondement , ou être
mêlez avec d'autres Ecrits étrangers , on
être alterez par des Copiftes.
Le Public doit regarder avec indignation
ceux qui ofent emprunter ainfi des
noms refpectables , pour debiter des Ouvrages
fuppofez ou eftropiez , furtout
lorfque ces Ouvrages ne font point honneur
à la memoire des perfonnes aufquelles
on les attribue . Tous les Membres
de la Republique des Lettres font intereffez
à empêcher & à defavoüer une
femblable fupercherie. C'eft ce qui me
fait efperer , Meffieurs , que vous voudrez
bien faire inferer cette Lettre dans
votre Mercure . J'ai l'honneur d'être , &c.
Ramfay.
L'ouverture de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , fe fit le
le Mardi 30. Avril . M. l'Abbé Bignon
préfidoit à cette Affemblée. M. de Boze
, Secretaire de l'Académie y lut l'éloge
de M. Bignon , Confeiller d'Etat , ancien
Prevôt des Marchands , & celui de-
M. le Peletier de Souzi , auffi Confeiller
d'Etat. L'Abbé Sevin lut une Diflertation
fur la vie & fur les Ouvrages
d'Evhemere ; l'Abbé Souchay, un Dif
.
cours
996 MERCURE DE FRANCE .
cours fur le caractere & fur l'origine
de l'Elegie , & M. Hardion une Dif
fertation fur le Saut de Leucade , Promontoire
de l'Ile du même nom , du
haut duquel les Amans malheureux alloient
fe précipiter dans la mer , perfuadez
qu'ils gueriroient de leur palfion
.
- On donnera des Extraits de ces Difcours.
que .
Le Samedi 4. May , l'Académie Royale
des Sciences tint fon Affemblée publi-
M. de Fontenelle ouvrit la Sceance
par la publication de la Piece , qui a
remporté le Prix de cette année , dont le
fujet étoit les Loix du choc des Corps à
reffort , déduites d'une explication probable
de la caufe du reffort. Il annonça
enfuite le fujet du Prix , qui fera diftri- ~
bué en 1728. & fit l'éloge de M. Arfoeker
, Alfocié étranger de cette Académie
, mort depuis quelque temps .
. M. de Reaumur lut enfuite un Me.
moire fur le Fer , dans lequel il donne
de nouveaux moyens d'adoucir le Fer ,
& de mouler toutes fortes d'Ouvrages
de ce métal , d'une maniere plus fimple
& plus fure , que par les methodes qu'il
Le Pere de Maziere , de la Congregation de
P'Oratoire , a remporté ce Prix.
ΜΑΥ. 1726 . 997-
a données dans les differens Memoires
qu'il avoit publiez fur cette matiere .
M. de Reaumur finit fa Differtation par
une Explication phyfique des caufes , par
lefquelles le Fer eft de tous les métaux
celui qui fe moule le plus parfaite
ment.
M. Geofroy le cadet , lut enfuite un
Memoire de Chimie , dans lequel il fit
voir le procedé qu'il falloit fuivre pour
enflammer l'huile de Terebentine , en la
mêlant avec des acides ; experience annoncée
depuis plus de 30. années par un
celebre Chimifte , & qui n'avoit pû réüſfir
depuis ce temps là , quoique tentée
par plufieurs Chimiftes. M. Geofroy
montra que toutes les huiles effentielles
, & même les baûmes , s'enflamment
par leurs mélanges avec de violens acides
.
M. Malouet finit la Scéance par la
lecture d'un petit Memoire , dans lequel
il donne un moyen fingulier de guérir
la maladie nommée Efquinancie, A
la fin de l'Affemblée , M. Geofroy fit tou
tes les experiences annoncées dans for
Memoire qui réüffirent toutes.
M. l'Abbé Bignon préfida à cette Affemblée.
Il réfuma à la fin de chaque
lecture les matieres qui avoient été trai
tées , répandit de nouvelles clartez fur
ce
998 MERCURE DE FRANCE.
ce qui avoit été dit , & donna les élo
ges convenables aux Académiciens qui
avoient parlé.
On donnera des Extraits plus étendus
des Memoires qui ont été lûs à cette Affemblée
, & on parlera plus au long des
Experiences de M. Geofroy .
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences.
FE
Pour l'Année 1728 .
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences ,
& à l'utilité que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds
pour deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui,
au jugement de cette Compagnie , auront le
mieux réuffi fur deux differentes fortes de Sujets,
qu'il a indiquez dans fon Teftament , & dont il
a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
general du Monde , & l'Aftronomic Phifique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Teftament , & fe diftribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus confiderable & il fera de 2500. livres.
Les Sujets du ſecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
MAY. 1726. ୨୨୭
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres.
L'Académie fe conformant aux veues & aux
intentions du Teftateur , propofe pour fujet du
premier Prix qui tombe dans l'Année 1728.
L'Explication de la Caufe generale de la
Pefanteur.
Les Sçavans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces Sujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie . Elle s'est fait la
loi d'exclure les Académiciens regnicoles de
prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire
en François , ou en Latin , mais fans aucune
obligation . Ils pourront écrire en telle Langue
qu'ils voudront , & l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
furtout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
, mais feulement une Sentence ou Devife.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet feparé & cacheté par eux , où feront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
& leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains, Dans ce fecond cas le Secretaire
en donnera en même temps à celui qui
les lui aura remis fon Recepiffé , où ſera marquée
la Sentence de l'Ouvrage & fon numero, felon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1717. exclufivement.
L'Aca
1000 MERCURE DE FRANCE.
L'Académie , à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1728. proclamera la Picce qui aura ce
Prix,
S'il y a un Recepiffé du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Treforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
lui rapportera ce Recepiffé. Il n'y aura à cela nul-
In'ya
le autre formalité,
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire , le
Treforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mêqui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration defa part.
me ,
PROGRAME de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Sciences & Arts.
R le Duc de la Force , Pair de France ,
P
& MB
les- Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , proaux
Sçavans un Prix qu'il renouvelle tous
ans . C'est une Médaille d'Or , où font gravées
, d'un côté , fes Armes , & de l'autre , la
Devife de l'Académie. Ce Prix fera diftribué le
premier jour de May de l'Année prochaine 1727.
L'Académie le deftine à celui qui donnera le
Siftême le plus probable fur la caufe de la Mariation
de l'Aiguille Aimantée.
Il fera libre d'envoyer les Differtations en
François ou en Latin. Au bas defquelles il y aura
une Sentence , & l'Auteur mettra dans un Billet
feparé & cacheté , la même Sentence avec fon
nom & fon adreffe. Les Differtations ne feront
reçues que jufqu'au premier de Janvier prochain
inclufivement. Si elles arrivent plus tard , elles
n'entreront point en concours.
Les paquets feront adreffez à M. Sarrau , Secretaire
de l'Académie Royale de Bordeaux ?
ruë
MAY. 1726. 1001
rue de Gourgues , ou au fieur Brun , Imprimeur
de cette Compagnie , rue S. Jâmes. Ils feront
affranchis de port , fans quoi ils ne feront pas
retirez du Courier.
A Bordeaux le premier de May 1726.
Celui qui a remporté le Prix de cette année
1726.fur le Flux & Reflux de la Mer, eft le
R. P. D. Jacques Alexandre , Religieux Benedictin
du Monaftere de Bonne - Nouvelle
d'Orleans.
洗洗洗洗洗洗洗洗:送洗洗洗說淡淡洗洗券
SPECTACLES.
Le
Es Comediens François firent l'ouverture
de leur Theatre le Lundi
29. Avril après la quinzaine de Pâques,
par la Tragedie nouvelle de Pyrrhus , de
M. de Crebillon , qui fut generalement
& très vivement applaudie. Nous allons
donner l'Extrait de ce Poëme . Avant
qu'on commençât , le fieur Dubreuil fit
un petit Difcours au nom de la Troupe,
qui fut fort applaudi
·
Le Mardi 30. les mêmes Comediens
jouerent à la Cour le Cid & le Cocu ima
ginaire & le 6. de ce mois ils y reprefenterent
le Dépit Amoureux , & la
petite Comedie du Naufrage.
Ils reprefenterent fur leur Theatre le
8. l'Etourdi , Comedie de Moliere , dans
laquelle
1002 MERCURE DE FRANCE.
laquelle le fieur de Montmefnil , nou
vel Acteur , reprefenta avec beaucoup
d'intelligence , le rôle de Mafcarille , &
fut trés -applaudi . Il a auffi reprefenté
avec les mêmes applaudiffemens le
principal rôle dans la Comedie du Jaloux
defabuse ; celui de la Branche , dans
celle de Crifpin , Rival de fon Maître ;
celui de Patelin , &c.
>
Les mêmes Comediens reprefenterent
à Verfailles le 11. la nouvelle Tragedie
de Pyrrhus de M. de Crebillon ', qui
reçût d'auffi-grands applaudiffemens à la
Cour , qu'elle en reçoit tous les jours à
la Ville , où la Salle du Spectacle eft toujours
extrêmement remplie , malgré les
beaux jours de cette faifon , pendant laquelle
les Theatres font ordinairement
peu frequentez.
Les Comediens Italiens firent auffi
l'ouverture de leur Theatre le 9. de ce
mois , par la Tragi - Comedie de La vie
eft un Songe. Le fieur Lelio , le fils , qui
joue le principal rôle de la Piece , fit
un compliment , felon la coutume , qui
parut tres- fenfé. Le 6. ils donnerent une
petite Piece nouvelle , intitulée Le Chevalier
errant , en Vers , & en un Acte ,
qui eft une Parodie du dernier Edipe.
Le 11. ils reprefenterent une autre Comedie
MA Y. 1726. 1003
P
medie nouvelle , en Vers , & en trois
Actes , intitulée Amante capricieuse ,
par M. Joly . Elle eft fort bien écrite .
Dans le prochain Mercure on donnera
des Extraits de l'une & de l'autre .
L'Académie Royale de Mufique , fit
l'ouverture de fon Theatre le 29. Avril
par le même Ballet qui en avoit fait la
clôture , & qu'on a intitulé le Balet des
Balets. Dans le précedent Journal on a
expliqué ce qui compofoit ce divertiffement.
Le s. de ce mois on reprit Athys ,
qu'on a continué le 9. le 1o . & le 12 .
Le même jour la Dile Camargo , Danfeufe
de l'Opera de Bruxelles , qui n'avoit
jamais paru ici , danſa les Caracteres
de la Danfe , avec toute la vivacité &
l'intelligence qu'on peut attendre d'une
jeune perfonne de quinze à feize ans.
Elle eft Eleve de l'illuftre Mlle Prevoft ,
qui la prefenta au Public. Les Cabrioles
& les Entrechats ne lui coûtent riens
& quoiqu'elle ait encore bien des perfections
à acquerir pour approcher de
fon inimitable Maîtreffe , le Public la
regarde comme une des plus brillantes
Danfeufes qu'on fçauroit voir , furtout
pour la jufteffe de l'oreille , la legereté &
la force,
Le
2004 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. on joua Thetis & Pelée , la
Dlle Peliffier , qui a chanté ici , il y a
cinq ou fix ans , & qui a rempli depuis
les premiers rôles à l'Opera de Rouen ,
chante le rôle de Thetis , & y eft extrêmement
applaudie.
y
LE TALISMAN , Comedie de M. de
la Motte , Extrait.
ACTEURS.
Madame Fiorelli , Mere d'Angelique ,
La Dlle Dangeville.
Angelique ,
La D'le le Couvreur.
Valentine , Suivante de Me Fiorelli ,
La Dile du Frefne.
Alonzo , Le Sieur Dangeville.
Renaud d'Aft , Amant. d'Angelique ,
Le Sieur Quinaut.
Scapin , Valet de Renaud
Armand.
,
Le Sieur
Un Laquais de Madame Fiorelli.
Un Laquais d'Alonzo .
La Scene eft dans la maifon de
Madame Fiorelli.
Out le monde fçait que le fujet de
cette Piece eft pris d'un Conté de
Bocace , qui a pour titre l'Oraifon de
Saint
MAY . 1726. 1005
"
Saint Julien M. de la Motte a intitulé
fa Comedie le Talifman ; elle avoit
befoin de toute la délicateffe d'une plume
comme celle de cet Auteur
pour
paroître d'une maniere à ne point bleffer
les bonnes moeurs. Ce n'eft pas un fond
comique qui excite de grands éclats de
rire, comme font certaines Farces , fouvent
conftruites contre le bon fens ; mais
c'eft un affemblage d'une infinité de chofes
qui rient à l'efprit , & c'eft ce qu'on
ne recherche pas affez depuis quelques
années , que le batelage s'eft en quelfaçon
emparé du Theatre ; nous ne poufferons
pas la reflexion plus loin , venons
à la Fable que M. de la Motte a inventée
d'après Bocace.
le
L'action theatrale fe paffe dans la maifon
de Madame Fiorelli : c'eft ainfi que
fe nomme la mere d'Angelique . Cette
fille aime Renaud d'Aft auffi tendrement
qu'elle en eft aimée ; fa mere avoit approuvé
fa paffion ; mais l'oppofition que
pere de Renaud d'Aft avoit faite à de
fi beaux nouds , jufqu'à menacer fon
fils de le desheriter s'il s'obtinoit à
vouloir époufer Angelique , & la difparition
foudaine de Renaud d'Aft , dont la
veritable caufe étoit ignorée , engagerent
Madame Fiorelli à fonger à un autre établiffement
pour une fille qui lui étoit
9.
chere ,
1006 MERCURE DE FRANCE.
chere , & qu'elle ne vouloit pas abandonner
à la mauvaife fortune dont elle
étoit menacée , fi fa beauté ne la garantiffoit.
Angelique étoit trop bien née ,
pour manquer de docilité aux confeils
de fa mere , & pour defobéir à fes ordres
. La voilà refolue à immoler l'amour
au devoir ; tout eft prêt pour fon
mariage avec le Seigneur Alonzo , riche
, puiffant & Juge de la Ville , auprés
de laquelle eft le Château où toute
l'action fe paffe ; lorfque Valentine , Suivante
de Madame Fiorelli , vient avertir
fa Maîtreffe , que deux malheureux
font expofez à mourir de froid à fa por-
و
fi elle n'a la charité de leur donner
le couvert. Madame Fiorelli ne balance
à exercer les faints droits de l'hofpas
pitalité , & Angelique qui y eft auffi portée
qu'elle , n'a pas befoin de l'y exhorter
. Elles fe retirent toutes deux pour
laiffer en liberté ceux à qui elles prêtent
un fecours fi genereux . Valentine les va
chercher elle leur demande par quel
malheur ils ont été reduits au déplorable
état où elle les voir. Le Valet l'inftruit
de l'avanture de fon Maître . Il lui
apprend que malgré la foi qu'il a à un
Talifman , qu'il porte à fon doigt , il a
été volé , & reduit à trouver un trèsmauvais
gîte , quoique fon Talifman lui
i
en
'M A Y. 1726.
1007
;
en promit un bon . Valentine fuffifamment
inftruite , les laiffe auprès d'un bon
feu , leur donne du vin , & va chercher
des habits pour couvrir leur nudité.
L'Auteur prend le temps , où le Valet
& le Maître font reftez feuls , pour apprendre
aux Spectateurs que ce dernier
eft ce même Renaud d'Aft , fi tendrement
aimé d'Angelique. Cette expofition
eft faite avec beaucoup d'art elle
eft égayée par quelques verres de vin ,
que Scapin ( c'eft le nom du Valet de
Renaud d'Aft ) avale , à meíure quefon
Maître dit quelque chofe qui l'engage à
prendre des forces , ou à feliciter l'expofiteur
. Valentine vient leur apporter des
habits ; ils vont s'habiller ; Valentine
refte feule , & témoigne qu'elle trouve
le Valet fort à fon gré . Angelique vient
pour s'informer de Valentine quels font
ces malheureux , à qui fa mere a donné
du fecours ; Valentine lui répond
que le Maître lui paroît un des hommes
les mieux faits , & qu'elle ne croit pas
que fon cher Renaud d'Aft lui foit comparable
en beauté & en bonne mine . Angelique
lui répond , que fi elle avot vû
Renaud d'Aft , elle changeroit bien de
langage. Elles rentrent toutes deux à la
voix de Madame Fiorelli qui les appelle.
Le nom d'Angelique prononcé frap-
G
9
pe
1008 MERCURE DE FRANCE.
pe Renaud d'Aft , & le fait venir affez
à temps pour reconnoître fa chere Maîtrefle
dans la perfonne de la fille de fa
charitable Bienfaictrice ; il en témoigne
fa furpriſe & fa joye à Scapin , & ne
manque pas de mettre une fi bonne avan
cute fur le compte du Taliſman ; cependant
, comme il a entendu parler de mariage
, il tremble que fa chere Angelique
ne foit déja au pouvoir d'un Rival
heureux , mais un Valet qui furvient ,
diffipe ces naiffantes allarmes , en lui apprenant
que le mariage d'Angelique n'eſt
pas encore fait. Comme on lui a donné
un habit d'Aftrologue deftiné pour un
Bal qui fe prépare , il imagine une rufe,
pour apprendre d'Angelique fi Renaud
d'Aft eft encore dans fon coeur . Madame
Fiorelli & fa Fille arrivent : le feint Af
trologue leur dit que cet habit que le hazard
lui a fait échoir en partage , lui
convient parfaitement , comme étant
très-yerfé dans l'Aftrologie ; Madame
Fiorelli traite cette Science de chimere;
mais Angelique plus curieufe , prie le
feint Aftrologue de la convaincre de la
verité de fa Science . La barbe d'Aftrologue
que Renaud d'Aft porte , empêche
Angelique de le reconnoître. Elle
lui préfente fa main ; l'Aftrologue lui
annonce qu'elle a eu une grande paffion
dans
Μ ΑΥ. 1726. 1009
par
dans le coeur , mais qu'elle en a été payéc
avec ufure l'amour de fon Amant s
il fait plus , il lui nomme cet Aman t.
Au nom de Renaud d'Aft la curiofité
d'Angelique eft redoublée , & n'eft pas
moins grande que fon étonnement : elle
lui demande des nouvelles de ce malheu
reux Amant. L'Aftrologue lui répond ,
que fon l'a tenu dans une étroite
pere
prifon pendant très-long- temps , pour
l'empêcher de donner de fes nouvelles à
fon aimable Angelique , & d'en recevoir
d'elle. Ces dernieres circonftances du fort
de fon Amant obligent Angelique à le
plaindre ; elle demande avec empreffement
à l'Aftrologue ce qu'il eft devenu ;
il lui répond, que fon fort a bien changé
de face , qu'il eft à prefent auprès de
l'objet le plus aimable & le plus tendrement
aimé , & qu'il fera auffi -tôt marié
qu'elle. A ces mots Angelique fe livre
à fes tranfports jaloux ; elle protefte
à fa mere qu'elle eft prête à lui
obéir fans répugnance , puifque Renaud
d'Aft s'eft rendu indigne d'être regretté .
Ce tendre emportement met Renaud
d'Aft au comble de bonheur ; le Seigneur
Alonzo arrive , Valentin reconnoît l'habit
de fon Maître , que ce Juge a pris
pour le Bal ; Renaud d'Aft en conclut
que cet habit a été pris au Greffe , &
Gij que
Toto MERCURE DE FRANCE .
que fes voleurs ont été arrêtez. Il ne fe
trompe pas. Il continue à jouer le rôle
d'Aftrologue auprès de fon Rival. Il lui
dit qu'il a été toute la nuit occupé à
interroger des voleurs , chargez d'un
affez bon butin ; que contre toutes
les regles il a emprunté ce nouveau
déguilement au Greffe , & qu'il ne tiendroit
qu'à lui de faire à Angelique la galanterie
de lui préfenter fon Portrait.
Alonzo convient de tout , à l'exception
du Portrait ; mais Renaud d'Aft le prenant
dans l'endroit de fon habit où il fçait
qu'il eft caché , fait naître un fentiment
de jaloufie dans fon coeur ; l'Epoufeur
trouve affez mauvais qu'une femme qu'il
prend pour neuve , ait déja fait une telle
faveur. Madame Fiorelli voyant fa Fille
fort embarraffée , prend les devants , &
dit au Seigneur Alonzo , que ce Portrait
dont il eft fi fort allarmé , avoit été
envoyé à Rome , pour le donner à un de
fes parens . Alonzo paroît fatisfait de
cette réponſe , & dit cavalierement qu'il
fait grace du paffé , pourvû qu'on lui
garantiffe l'avenir. Renaud d'Aft lui répond
que l'avenir ne fera pas meilleur
pour lui , & que les Aftres s'oppofent à
fon Hymen avec Angelique. Madame
Fiorelli , à cette derniere prédiction , ne
peut retenir la colere ; l'Aftrologue luį
dit
ΜΑΥ. 1726. 1011
dit qu'elle fera la premiere à congedier
Dom Alonzo , & qu'il ne faut qu'un inf
tant pour ce grand miracle. A ces mots
ôtant fa barbe , il fe fait connoître pour
Renaud d'Aft ; il apprend à Madame Fiorelli
, que la mort de fon pere , qui lui
a laiffé de gros biens , l'a mis en liberté
d'époufer fa charmante Fille : cette nouvelle
comble de joye Angelique , dont
la Mere ne balance pas un moment à ſe
declarer pour Renaud d' Aft. Le Seigneur
Alonzo cede de bonne grace ; il affure
fon Rival que tout ce qui lui a été volé
lui fera rendu. La Piece finit par- là ; elle
eft fuivie d'un divertiffement fait aprèscoup
, puifqu'il roule fur des incidens
qu'on n'a pu prévoir.
Voilà en quoi confifte la Comedie du.
Talifman ; mais nous n'avons pas crû que
cela nous acquittât envers nos Lecteurs ;
la plume de M. de la Motte leur eft
trop chere , pour ne leur avoir pas fait
naître la curiofité de voir comment un
fi ingenieux Auteur aura traité fon fujet :
Voici dequoi fatisfaire un fi jufte defir,
SCENE I.
Madame Fiorelli voyant qu'Ange
lique lui témoigne un refte de répugnance
à accepter l'Epoux qu'elle lui deftine ,:
lui parle ainfi
Giij Seroit- il
1012 MERCURE DE FRANCE.
(
Seroit-il bien poffible qu'il vous fut inà
different de le perdre ?
Angelique.
Je vous avouerai plus , ma Mete , je
me croirois la plus heureufe Fille du monde
,s'il ponvoit m'échapper. Que netientil
à moi d'inspirer à Alonzo des reflexions
qui le dégoûtent de ce Mariage ?
que n'est -il avare ? que n'est- il allarmé d'éponfer
une Fillefans dot ? que ne craint - il
la difproportion de mon âge & du fien ?
que n'a-t- il même de mauvaiſes idées de
mon caractere ? je ne fçais ce que je ne
Lui pardonnerois pas , pourvû qu'il ne
m'aimat point.
し
La Mere.
Ne vous verrai-je jamais raisonnable;
ma chere Angelique ?
Angelique.
Eh! Comment voulez- vous que je le
fois , ma Mere , avec la paffion que j'ai
dans le coeur? J'aimois Renaud d'Aft avec`
la plus vive tendreffe : il m'aimoit avec
la plus vive ardeur vous- même , vous
avez laiffé croître notre amour : vous avez
trouvé bon que je lui donnaffe non Portrait
, pour gage de mes fentimens ; &
quand nous nous promettions plus que ja-
Thais
MAY. 172 6. 1013
mais d'être l'un à l'autre , vous m'avez
forcée de le quitter. Vous m'avez caché
en quels lieux vous me conduifiez , de
peur que je ne puffe l'en ' avertir. Pour
comble vous m'avez conjurée de l'oublier.
Il y a un an que je tâche de vous
obi ; mais j'y perd's tous mes efforts. Ja
ne l'ai jamais tant aimé qu'au moment
que vous me force de me donner à un
autre.
,
La Mere.
Ingrate , faut-il me justifier de n'être
occupée que de vous ? j'ai fouffert les pour
faites de Renaud d'Aft , tant que j'ai efperé
que votrefamille , votre beauté, wor
tre vertu vous feroient agréer de fes parens
: mais quand je les ai vus inflexibles,
& refolus obſtinément à le desheri
ter , s'il ofait vous époufer , il a bien fallu
vous fauver du peril , où vous expofoient
votre paffion & la fienne. Ma propre
experience m'a rendue prudente fur
vos interefts. J'ai été folle comme vous.
ma chere Enfant , & je n'avois point de
Merefage pour me gouverner : vous êtes
la Fille d'un homme desherité , qui m'aima
plus que fa fortune , & la mifere
en fit trop- tôt repentir. Je n'ai
vous laiffer tomber dans ce malheur. Je
fuis confolée du mien, puifqu'il m'enſei-
Giiij gne
que
pas
dû
1014 MERCURE DE FRANCE .
gne à prévenir le vôtre . J'ai compté que
votre jeunesse & vos charmes vous attireroient
par tout des Amans , que j'en pourrois
choifir quelqu'un , maître de fa fortune
, prêt à vous la facrifier. Je l'ai
fait. Le Seigneur Alonzo eft riche & puif
fant. Soyez heureufe , profitez de mon
imprudence , & oubliez un Amant , qui,
fans doute , vous a oublié lui- même.
Nous avons crû que ce fragment de
Scene feroit plaifir à nos Lecteurs , comme
elle en a fait aux Spectateurs , quoique
ce ne foit qu'une expofition ; l'Auteur
y a mis une legereté & une délicateffe
de ftile qui ne lui eft prefque commune
avec perfonne. Paffons à une Scene
qui foit toute d'action . Elle fe paffe
entre Renaud d'Aft , déguifé en Aſtrologue
, Angelique , Madame Fiorelli ,
Scapin , & Valentine.
SCENE XII.
Angelique.
Quoi ! Monfieur , vous êtes Aftrolo
gue ? vous fçavez ce qui doit arriver aux gens
?
Renaud.
Oui , Mademoiselle ; & , fans avoir
recours
MAY. 1726. 1015
recours aux étoiles , je puis déja vous promettre
, fur votre feule phyfionomie , toutes
fortes de profperitex.
Angelique.
Vous étes galant , Monfieur : mais , férieufement
, devinez- vous tout ce qui doit
arriver ?
Renaud.
Rien n'eft plus vrai , Mademoiselle , &
je voudrois que votre curiofité me mit en
état de m'acquitter un peu du fecours que
je reçois ici.
Angelique.
Voyons , Monfieur , vous me ferez
plaifir.
La Mere.
Laiffez , laiffez , ma Fille : il ne faut
point fe remplir l'efprit d'efperances & de
craintes frivoles. Car Monfieur me permettra
de n'avoir pas grande foi à un Art,
dont il ne fe vante peut-être lui-même qu'en
badinant.
Renaud.
Je ne badine Madame mes con
pas ,
noiffances font très -réelles . Tenez ; Scapin
peut vous dire que tout à l'heure ,
Gy malgré
1016 MERCURE DE FRANCE.
malgré les portes de la Ville fermées , an
milieu de la nege , & presque tout nud ,
j'ofois lui promettre encore un bon gîte ; &
cela fur la foi du Taliſman , que vous
voyez.
Valentine.
Rien n'eft plus vrai , Madame ; je l'ai
entendu de mes deux oreilles .
Scapin.
F'ai été incrédule comme vous , Mada
mes mais il a bien fallu fe rendre. A peineje
vantoit- il de me tenir parole , que
votre porte s'eft ouverte.
Angelique.
Eh bien ! Monfieur , dites - moi done
quelque chofe de ce qui me regarde ?
Renaud .
Ne voudriez- vous point , Mademoi
felle , que , pour donner plus de credit à
ce que j'ai à vous dire fur l'avenir , je
commençaffe à deviner quelque chofe du
paſſe.
Angelique.
Volontiers. Si vous ne rencontrez paš ;
nous n'irons pas plus loin.
Renaud,
MAY. 1726 . 1017
Renaud
Donnez- moi donc , s'il vous plaift,
votre main.
La Mere.
Laiffez , laiffez , ma Fille , à quoi tont
cela est-il bon ?
Angelique.
Eh! laiffez le dire , ma Mere , je vous
demande en grace cette complaisance.
Renaud examinant fa main.
Comment? Mademoiſelle , à votre âge !
je n'ofe prefque vous le dire . Je ne fçai
jufqu'où vous voulez qu'on penetre votre
Angelique .
coeur.
Ne craignez rien.
Renaud.
Ce feroit peu de vous dire que vous avez
aimé ; c'est une chofe trop ordinaire ; mais
ce qu'il y a de particulier , Mademoifelle
, c'est que je n'ai jamais vû de paffion
fi violente que la votre.
Angelique..
Vous mefaites rougir , Monfieur , mais
G vj La
cela eft vrai,
1018 MERCURE DE FRANCE.
La Mere.
Ah ! finiffez , Monfieur , je vous prie.
Angelique.
Souffrez qu'il acheve ma Mere , fi
vous voulez que je vous obéiſſe.
La Mere.
Ilfaut bien vouloir ce qu'il vous plaiſt.
Renaud.
Ne rougiffez point de votre paffion ;
Mademoiselle , Madame votre Mere l'approuvoit
; & d'ailleurs vous étiez fi tendrement
aimée de Renaud d'Aft
Angelique.
...
Comment ? vous fçavezfon nom !
Renaud.
Et je fçai de plus , Mademoiselle , que
Pexcès de fon amour a prévenu le votre
& le juftifioit de refte .
Angelique.
Et me direz- vous , Monfieur , ce qu'il
eft devenu !
Renaud .
Imagine -le , Mademoiselle , mourant
MAY 1726. 1019
'de douleur à la nouvelle de votre départ,
refolu de vous aller chercher par tout aux
dépens de fa vie. Mais prévenu malheureufement
par fon pere , & enfermé dans
une étroite prifon , où il a langui neuf
mois entiers , dans le défefpoir de n'entendre
pasfeulement votre nom.... Vous pleu-
• rez , Mademoiselle ?
Angelique.
Vous ne vous étonnez point de mes larà
mès , après ce que vous m'avez dit.
Renaud .
Ah! ne le plaigne point , Mademoifelle
, l'état de fa fortune a bien changé.
Son pere eft mort ; il a herité d'un bien
confiderable. Il eft à l'heure qu'il eft auprès
de la plus belle perfonne du monde ,
le plus amoureux des hommes peutêtre
le plus aimé. Et s'il faut tout vous
dire , fon mariage fe conclura tout auffitoft
que le votre.
Angelique.
>
خ ر ن
Ah! le perfide ! qui l'auroit jamais
crû? ma Mere , je n'en veux pas fçavoir
davantage ; je ne vous beiſfois qu'avec
répugnance ; mais , c'en est fait ;
vous ferez contente : j'oublie pour jamais
l'infidelle ; & je fuis impatiente d'éponferr
102
MERCURE DE FRANCE .
fer d'aimer même le Seigneur Alonzo;
Scapin à Renaud.
Nêtes-vous pas effrayé de fa refolution ,
Monfieur ?
Renaud .
Je fuis toujours aimé , Scapin , je ne .
mefens pas de joye.
11 y auroit beaucoup d'autres Scenes
à extraire de la Comédie du Talisman ,
mais nous avons crû que les deux qu'on
vient de donner , fuffiroient pour donner
une idée avantageufe de celles que nous
paffons fous filence. La Piece finit par un
Divertiffement avec des Vaudevilles dont
voici quelques Couplets .
CE monde- ci n'eft qu'un grand Bal ;
Chacun s'y mafque bien ou mal ,
D'une vaine parade.
Et bon , bon , bon , s'y méprend - on?
Ce n'eft que Mafcarade.
Cloris en grondant fon Medor ,
En le chaffant l'attire encor
Par une douce ceillade , Et bon , bon.
Jaẩmin
MAY. TOZI 1726.
Jafmin aux Fermes tranfplanté ,
Prend tous les airs de qualité ;
Il fut mon Camarade . Et bon.
Fillette doit fuir les Garçons ,
Me dit ma Soeur dans fes leçons ,
En attendant Moncade .
Et bon , bon , &c.
Autre Vaudeville
Ans recourir à la Magic .
Sansre
Ni chercher fon fort dans les Cieux
L'Amour a fon Aftrologic ,
Et fes Aftres font deux beaux yeux.
M
Ces Aftres contre tout obſtacle ,
Peuvent affeurer nos defirs ,
Un regard tendre efſt un Oracle ,
Qui promet & fait les plaifirs.
Pour bon gîte & bonne avanture
Faut-il
1622 MERCURE DE FRANCE:
"Faut-il des anneaux & des forts ?
Soyez aimable , & je vous jure ,
Vous ne coucherez pas dehors.
Le Taliſman de la Coquette ;
Pour faire regner fes attraits ,
C'eft
que
fans cefle elle promette ,
Et qu'elle ne donne jamais.
柒
Quand on a vieilli prés des Belles ,
Qu'on n'attire plus leurs regards ;
L'or fléchit encor les cruelles .
C'eft le Talifman des Vieillards.
柒
La Critique nous fait la guerre ,
Traite les Auteurs en Tiran ;
Mais l'indulgence du Parterre ,
Eft pour nous un bon Taliſman,
PYRMA
Y. 1726.
1023
PYRRHUS , Tragedie , de M. de
Crebillon . Extrait
ACTEURS.
Pyrrhus , Roi d'Epire , élevé fous le
nom d'Helenus , fils de Glaucias , Le
Sieur du Frefne.
Glaucias , Roi d'Illirie , Le Sieur Baron.
Neoptoleme , Ufurpateur de l'Epire ,
Prince du Sang de Pyrrhus , Le Sieur
le Grand.
Illirus , fils de Glaucias , Le Sieur Quinaut.
Ericie , fille de Neoptoleme , La Dile
le Couvreur.
Androclide , Officier des Armées de Glaucias
, & Sujet de Fyrrhus , Le Sieur
de Fontenay.
Cyneas , Confident de Pyrrhus , Le
Sieur Dubreuil.
Ifmene , Confidente d'Ericie , La Dilt
du Bouage.
Gardes.
Suite .
La Scene eft à Byfance , dans le Palais
de Lyfimachus.
Les applaudiffemens que le Public a
don124
MERCURE DE FRANCE .
donnez à la premiere reprefentation de
cette Tragedie , bien loin dêtre démentis
dans la fuite , n'ont fait que redoubler
tous les jours , & nous n'avons guéres
vû de fuccès plus marqué & mieux
merité. Voici quel eft le plan de l'Au
teur .
Neoptoleme,defcendant d'Achille , auf-
G-bien qu'acide , Roi d'Epire , dont les
Dieux l'avoient fait naître Sujet , fe revolta
contre fon Maitre , le déthrôna &
lui ôta la vie . Pyrrhus , fils d'Æacide
fut fouftrait à la fureur par un Sujet fidelle
, & remis entre les mains de Glaucias
, Roi d'Illirie , qui jura de ne jamais
abandonner ce malheureux Enfant .
Il le fit élever fous le nom d'Helenus ,
& le fit paſſer pour fon propre fils . Outre
ce fils prétendu , Glaucias en avoit
un veritable & préfomptif heritier du
Royaume d'Illirie en qualité d'aîné , il
s'appelloit Illirus . A peine Helenus eur
atteint l'âge de pouvoir montrer qu'il
étoit digne du Sang dont il étoit formé ,
quoique ce fut un myftere pour lui , qu'il
fut conduit par Glaucias dans l'Epire pour
en chaffer l'Ufurpateur. Les premiers
effets de fa valeur furent funeſtes à Néoptoleme
; il l'obligea à quitter l'Epire , &
à fe jetter entre les bras de Caſſander ,
Roi de Macedoine après Alexandre ;
mais
MA Y. 1726 . 1025
mais par malheur ayant été bleffé , la
victoire changea de parti en fon abfences
Glaucias fut vaincu , & Illyrus tomba
entre les mains de Néoptoleme , qui
jura de ne le rendre qu'aprés qu'on lui
auroit livré Pyrrhus , qu'il fçavoit être
au pouvoir de Glaucias.
Lyfimachus , l'un des Succeffeurs d'Alexandre
, fe rendit arbitre de la Paixentre
Glaucias & Neoptoleme ; Bilance
fut choisi pour être l'azile commun ; les
deux Rois ennemis s'y rendirent . Néoptoleme
y mena Illirus fon prifonnier ,
& fa fille Ericie. Il obligea Glaucias à Y
appeller fon Helenus , qui , gueri de fes
bleffures , lui donnoit de l'ombrage , fur
une valeur qu'il n'avoit déja que trop
éprouvée. Voilà ce qui fait le fujet de
l'expofition dans les deux premieres
Scenes.
A peine Helenus eft- il arrivé dans Bifance
, que Glaucias lui fait connoître la
déplorable fituation où il eft reduit : il
lui faut livrer Pyrrhus , ou voir perir
Illyrus ; fi le Sang parle pour l'un , l'honneur
parle pour l'autre ; Helenus n'ofe
rien lui confeiller ,il fe plaint pourtant
de ce que ce Pyrrhus , à qui on doit fai
re un fi grand facrifice , que celui de la
mort d'un fils livré par fon propre pere,
pas lui- même défendre fa prone
vient
pre
1026 MERCURE DE FRANCE .
pre caufe ; Glaucias lui répond que ce
Prince n'eft que trop malheureux , fans
lui faire encore un reproche fi injurieux ,
& qu'il n'a pas merité. Dans la fuite du
premier Acte , Ericie , qui doit être le
lien de la Paix en époufant Illyrus , à
condition qu'on livrera Pyrrhus à Néoptoleme
, fait entendre à Helenus que fon
perc lui veut parler . Helenus lui fait
une déclaration d'amour qu'elle reçoit
avec plaifir , quoique ce foit avec une
fierté apparente que la bienféance exige
d'elle. Illyrus , Amoureux de cette Princeffe
, a une explication avec Helenus : il
prétend , comme fon aîné , l'obliger à
lui ceder Ericie , qui d'ailleurs lui eft
promife par Neoptoleme. Helenus lui
répond fierement , qu'en fait d'amour le
droit d'aînelle n'a point de privilege, &
que s'il étoit feur du coeur de la Princeffe
, il le difputeroit contre qui que ce
fut. Une réponſe fi fiere de la part d'un
Prince qui doit être un jour fon Sujet ,
jointe à la préference que Glaucias lui
donne dans fon coeur , fait croire à Illy-.
rus qu'Helenus n'eft autre que Pyrrhus ,
& d'autres circonftances qu'il dit avoir
remarquées confirment ce foupçon ; mais
tout cela n'empêche point qu'il n'aime
mieux perir que de trahir Pyrrhus , tout
fon Rival qu'il eft. Glaucias , dans ce
preMAY.
1726. 1027
premier Acte , a déja fait connoître aux
Spectateurs qu'Helenus & Pyrrhus ne
font qu'une même perfonne .
Dans le fecond Acte Néoptoleme fait
entendre à fa fille , qu'Helenus lui convientmieux
pour gendre , qu'Illyrus ; la
raifon qu'il en donne , c'eft qu'Illyrus
doit un jour regner fur l'Illirie , & qu'il
pourroit l'accabler lui - même fous fa trop
vafte puiffance ; au lieu qu'Helenus ,
tenant tout de lui , n'ofera rien entreprendre
contre fon bienfaicteur ; il ajoûte
, qu'un Heros tel qu'Helenus , le dé-,
fendra mieux contre les entrepriſes des
Epirotes , qui ne foupirent qu'aprés Pyrrhus
, fils de leur premier Maître. Glaucias
lui vient apprendre lui - même une
feconde victoire que Caffander a remportée
fur les Illyriens ; mais il lui dit
en même temps qu'il veut voir comment
il ufera de fa profperité. 11 le prie
de vouloir bien fe contenter de fon nouveau
triomphe , fans exiger le fang d'un
malheureux . Neoptoleme s'obftine à de
mander Pyrrhus Glaucias paffe de la
priere à la menace , & lui protefte qu'il
perira plutôt , que de lui livrer un dépôt
fi facré ; il le quitte en lui difant
qu'il peut prendre la vie d'Illyrus , mais
qu'il doit trembler au feul nom du vengeur
qui lui refte . Néoptoleme furpris
de
1028 MERCURE DE FRANCE.
>
de voir un pere livrer fon propre fils
pour fauver Pyrrhus , ne doute point
qu'Illyrus ne foit Pyrrhus ; il juge de
Glaucias par lui-même , & ne comprend
pas que la vertu puiffe aller fi loin ,
que d'immoler la nature au devoir . Helenus
vient , Neoptoleme lui fait entendre
, que s'il eft vrai qu'il aime Ericie
comme il vient de le déclarer à elle- mê
me il ne tiendra qu'à lui d'être fon
poux , & que le Royaume d'Epire eſt
a dot que fa fille lui apporte. Helenus
lui répond qu'il eft vrai qu'il adore Ericie
, mais que c'eft à Glaucias à difpofer
de fon fort ; il ajoûte , que , la Cou
ronne d'Epire appartenant à Pyrrhus , il
ne croit pas que Glaucias confente ja
mais à en dépouiller un Prince qu'on lui
p. confié ; & que quand même Glaucias
pourroit s'y refoudre , un fils tel que lui,
Join de l'en avouer , feroit toujours prêt
de reftituer le Thrône à fon veritable
Maitre , dès qu'il fe préfenteroit. Néoptoleme
frappé d'une réponſe fi peu attendue
, le quitte avec colere , en lui difant
qu'il inftruira fa fille des fentimens
qu'il a pour elle , & qu'il ne la verra
plus. Venons à l'Acte troifiéme qui
paffe fans contredit pour le plus beau.
Ericie fait connoître à Ifmene, fa Confidente
, qu'elle eft indignée des mépris
>
d'He
MAY. 1726. 1029
1
par
>
d'Helenus , dont elle a été inftruite
fon pere , mais que pour fon malheur
elle ne l'en aime , pas moins. Helenus
vient pour fe juftifier , Ericie lui témoigne
une indifference qui va jufqu'au
mépris. Helenus lui répond fierement
qu'il ne portoit pas fes efperances jufqu'à
vouloir être aimé ; mais que du
moins il fe croyoit digne de quelque eftime
de la plainte il paffe à la menace
contre Neoptoleme. Ericie lui reproche.
fes emportemens contre un objet qu'il
avoue lui-même ne lui être pas indifferent
. Cette Scene a paru très- neuve , &
a produit un grand effet . Ericie quitte
Helenus , en lui difant qu'elle va faire
pour lui ce qu'elle a vainement attendu de
lui-même. Illyrus vient fe plaindre
Helenus du peu d'amour que fon pere a
pour lui , puifqu'il le laiffe perir pour
fauver Pyrrhus ; Helenus ne peut entendre
fes plaintes fans attendriffement,
Glaucias arrive , Illyrus lui protefte que,
quoiqu'il ait dépouillé pour lui les fentimens
de Pere , fon fils ne laiffe pas de
l'aimer toujours avec la même tendreffe.
Cette Scene eft très - pathetique. Illyrus
fait connoître à Glaucias en le quittant ,
qu'il n'auroit qu'à dire un mot pour fe
dérober à la mort que Neoptoleme lui
prépare, mais qu'il veut prouver à He
lenus
2030 MERCURE DE FRANCE.
1
lenus par un genereux filence , qu'il n'étoit
pas indigne des fentimens de tendreffe
qu'il vient de lui témoigner . Ces
dernieres paroles d'Illyrus frappent Helenus
, & commencent à lui donner des
foupçons qu'il veut éclaircir. Néoptole
me lui a dit dans le fecond Acte qu'll
lyrus n'eft autre que Pyrrhus ; il n'y a
point ajoûté foi , mais ce qu'Illy rus vient
de lui dire , lui paroît bien plus vrai
femblable ; pour s'en éclaircir , il prend
pour prétexte ce que lui a dit Neoptoleme
; il en fait part à Glaucias , & lui
demande s'il eft vrai qu'Illyrus foit Pyrrus
, comme fon mortel ennemi a prétendu
lui faire croire ; Glaucias lui répond
, qu'il pardonne ce foupçon à un
Tyran , & à un lâche tel que Néoptoleme
, mais qu'il ne peut entendre fans
indignation , qu'un Prince tel qu'Helenus
, élevé dans fon fein , & à qui il n'a
tracé que des exemples de vertus , le
croye capable de facrifier Pyrrhus fous
le nom de fon fils. Helenus lui répond
qu'il ne lui éclaircit pas tout le myftere
, mais qu'il lui fuffit de fçavoir qu'Illirus
eft fon frere , & qu'il va trouver
fes ennemis. Glaucias l'arrête , & le
conjure de ne le point perdre d'honneur
en violant l'azile de la Paix ; Helenus
lui protefte qu'il ne laiffera pas immoler
MA Y. 1726. 1031
>
ler fon frere , pour un Prince , qui lui
paroît indigne d'un tel facrifice , puiſqu'il
le laiffe achever fi tranquillement,
& fans ofer fe déclarer . Si vous connoffiez
celui dont vous parlez , lui répond
Glaucias , vous changeriez bientôt
de fentiment & de langage : ces derniers
mots confirment Helenus dans fes
foupçons ; il embraffe les genoux de
Glaucias en lui proteftant , que s'il
n'eft pleinement éclairci , il va remplir
ces lieux d'horreur. Eh bien ! lui dit
Glaucias , apprenez ce grand fecret : vous
étes vous- même ce malheureux Pyrrhus
qu'on me demande pour victime. C'eſt
affez , répond froidement Pyrrhus , je
fçai ce qu'il me refte à faire. Il s'en va,
Glaucias court après lui , pour calmer
fes tranfports , & c'eft par là que ce bel
Acte finit. Nous pafferons legerement
fur les deux derniers , pour nous renfermer
dans les juftes bornes que nous
nous fommes prefcrites.
Dans l'Entr' Acte Pyrrhus a juré à
Glaucias de ne point troubler l'azile de
la Paix , & de refpecter les jours de
Néoptoleme. Il a fait dire à ce dernier
qu'il eft prêt à lui livrer Pyrrhus. L'Ufurpateur
fe flatte que c'eft par fon amour
pour Ericie qu'il fe détermine à lui faire
ce grand facrifice ; & d'ailleurs il l'ef-
H time
1032 MERCURE DE FRANCE .
time trop pour douter un feul moment
de fa foi. Pyrrhus ne cherche plus qu'à
voir la Princeffe pour la derniere fois ,
avant que d'executer ce qu'il a refolu.
Il lui fait demander de fa part un moment
d'entretien : elle vient , tranfportée
de plaifir , le remercier de ce que
fon pere vient de lui dire ; mais fa
joye eft bien- tôt changée en douleur
mortelle. Son cher Helenus lui dit un
éternel adieu ; il lui fait entendre qu'il
va livrer Pyrrhus à Neoptoleme , mais
qu'il le livrera fans fe deshonorer. Ces
dernieres paroles , jointes au cruel adieu
qu'il lui dit , ne lui permettent plus de
douter qu'Helenus ne foit Pyrrhus qui
va fe livrer lui-même . Elle lui reproche
fa barbarie , il convient qu'il eſt
Pyrrhus ; mais il la conjure en même
temps de ne point reveler fon fecret ,
fi elle ne veut voir perir fon propre
pere. Ericie le prie de fe fauver , mais
inutilement. Pyrrhus rejette un confeil
trop indigne d'un Prince du Sang d'Achille.
La derniere reffource qui reste à
fon inconfolable Amante , c'eft d'aller fe
jetter aux genoux d'un pere inflexible.
Elle le fait dans la feconde Scene du dernier
Acte ; elle fait même entendre à fon
pere , que Glaucias lui fait propoſer
l'hymen de Pyrrhus , pour lui allurer
T'Epire.
MAY. 1726. 1033
*
1'Epire . Néoptoleme s'obftine à demander
la victime ; & voyant approcher
Helenus qui doit la lui livrer , il ordonne
d'un ton abfolu à fa fille de le
laiffer ; Ericie obéit malgré elle. Néoptoleme
fomme Helenus de fa promefle.
Helenus l'affure que fa victime lui fera
bien-tôt livrée , mais que c'eft à lui à
commencer tout le premier à rendre la
liberté à Illyrus. Neoptoleme commande
qu'on aille brifer les fers ; on obeït à
fes ordres , de forte qu'il fe trouve feul
avec le faux Helenus. Ce Prince , avant
que de lui livrer Pyrrhus , lui demande
quel eft le fort qu'il lui deftine ; la mort,
répond Neoptoleme . Cruel , lui dit Pyrrhus
, fi je n'avois donné ma foi , je préviendrois
par ta mort le coup fatal que
tu veux porter au malheureux que
mon honneur m'engage à te livrer ;
mais pour te laifler en liberté de fuivre
les mouvemens de ton coeur , il faut te
raffurer. A ces mots il jette fon épée à
fes pieds , & lui dit , en lui préfentant
fon coeur Frappe ? voilà Pyrrhus . Il
lyrus, dont on eft al é brifer les fers , arrive
en ce moment , & fe jette entre Pyrrhus
& Neoptoleme ; Glaucias & Ericie
arrivent en même temps . Glaucias
ne fçait que penfer de voir un fi vaillant
Guerrier defarmé devant Néoproleme.
H ij
1034 MERCURE DE FRANCE.
leme. Tu vois , lui dit l'Ufurpateur , un
ennemi qui fe livre lui - même , & qui
me brave encore. Que prétens-tu faire ?
lui dit alors Glaucias , l'admirer , répond
Neoptoleme. Pyrrhus , touché de
repentir de fon ennemi , lui pardonne là
mort de fon pere , confent à lui laiſſer
l'Epire , & accepte la main de fa fille .
Cette cataſtrophe fi nouvelle de la part de
M. de Crebillon , a fi fort faifi les Spectateurs
, que les applaudiffemens fe font
fuccedez coup fur coup à plufieurs reprifes,
& lui ont annoncé un fuccès des plus
brillans qu'il ait jamais eus , fans en excepter
celui de Rhadamifte & Zenobie,
dont la memoire eft encore recente , &
fe renouvelle tous les jours. Nous avons
crû qu'on verroit avec plaifir quelques
Vers de cette derniere Tragedie , en voici
qui peuvent fuffire pour faire juger
de la force de la verification de ce
Poëme.
Glaucias ouvre la Scene par ce
Monologue.
Vous , à qui j'offre ici tant de voeux inutiles
,
Dieux , vengeurs des forfaits , Protecteurs dos
aziles ,
Que le foin de vous plaire & de vous imiter ,
ConMAY
. 1726. 1035
Contre un Roi genereux femble encor irriter
;
Si les pleurs que j'eppofe à vos decrets terribles
,
Si ma jufte douleur vous éprouve inflexibles ,
Du moins ne laiffez pas fuccomber ma vertu
Sous les divers tranfports dont je fuis combattu.
Glaucias ne peut-il , fans ceffer d'être Pere ,
Soûtenir de fon rang l'augufte caractere ?
O mon Fils , cher efpoir , malheureux Illyrus
,
Faut-il livrer ta tête , ou celle de Pyrrhus ?
Voici le jour fatal qui veut que je décide ,
Entre l'Ami parjure , ou le Pere homicide.
Il ne m'eft plus permis d'accorder dans mon
coeur ,
Les droits de la nature avec ceux de l'honneur
,
1
L'une attend tout de moi , ma foi doit tout à
l'autre :
J'ai rempli mon devoir ; Dieux , rempliffez le
votre , & c.
SCENE V.
Pyrrhus , fous le nom d'Helenus ,
après avoir témoigné à Ericie la haine
H iij qu'il
1036 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'il a pour Neoptoleme
, fon Pere , lui
declare
fon amour en ces termes
:
Je ne vous nierai pas que peut- être , fans
vous >
Rien n'eût pû le ſouſtraire à mon juſte courroux
,
Que ce même Palais , notre commun azile ,
N'auroit été pouz lui qu'un rempart inutile ;
Mais peut-il avec vous craindre des ennemis ?
Les plus fiers ne font pas ici les moins fou
mis ,
Les coeurs nourris de fang & de projets terribles
,
N'ont pas toujours été les coeurs les moins fenfibles
;
Le mien éprouve enfin que les plus grands hazards
,
Ne fe trouvent pas tous fur les traces de Mars.
Dès mes plus jeunes ans enchaîné par la gloire ,
Je n'ai connu d'Autels que ceux de la victoire ,
Mais vous m'avez appris qu'il n'étoit point de
coeur ,
Qui ne dût à la fin redouter un vainqueur.
Dans la feconde Scene du fecond Acte.
Glaucias , n'ayant pû fléchir Néoptoleme
MAY
1037 1
1726.
leme par la priere , lui dit en allant em
braffer fon fils pour la derniere fois.
Pour dérober ce Fils à ta main meurtriere ,
Je me fuis abaiffé juſques à la priere ;
Mais c'eft trop honorer un lâche tel que
Que de lui témoigner le plus leger effroi.
toi ,
Je brave ta fureur , fi tu braves ma plainte ;
Un monftre doit caufer plus d'horreur que de
crainte.
Délivre , ou perds mon Fils ; je le laiffe à ton
choix ,
Et je cours l'embraffer pour la derniere fois ;
Oui , Barbare , je vole à cet adieu funefte :
Mais toi , tremble en fongeant au vengeur qui
me reſte.
ACTE III.
Ericie trouvant Helenus fier & inflexible
, eft forcée de fléchir elle - même .
Voici comment elle s'exprime :
Cruel , c'est donc ainfi que votre amour s'exprime
!
Voilà ce feu fi beau , qui pour moi vous anime
!
Et l'hommage d'un coeur qui ne fe donne à
mei,
Que pour remplir le mien de douleur & d'effroi ;
Hij On
To 38 MERCURE DE FRANCE
On m'aime , & cependant il faut que je flé.
chiffe !
> On m'adore & c'est moi qui dois le facri
fice !
Il faut de mon devoir , que j'étouffe la voix ,
Et que de mon Amant je fubiffe les loix ;
De l'amour fuppliant l'orgueil a pris la place ;
Et je vois à fes foins fucceder la menace
Les refus , les mépris , la fierté , la terreur ;
Yos tranfports les plus doux ne font
reur ,
que de fu-
Impetueux Amant , dont l'ardeur temeraire ,
Ne déclare fes feux qu'en déclarant la guerre.
Infpira -t'on jamais l'amour par la frayeur ?
C'eft ainfi qu'Helenus fe rend maître d'un coeur.
Il ordonne en Tyran ; il faut le fatisfaire .
Barbare , ma fierté vous devroit le contraire ;
Je devrois n'écouter que mon jufte courroux ;
Mais je veux me venger plus noblement que
yous.
Je veux qu'en gemiffant Helenus me regrette ,
Et qu'il fente du moins la perte qu'il a faite .
Il ne tenoit qu'à vous de faire mon bonheur ;
L'amour à cet efpoir ouvroit déja mon coeur ;
Heureufe de pouvoir offrir un diadême ,
fans
MAY. 1726. 1039
Sans rechercher en vous d'autre bien que vousmême.
Je ne me vengerai de vos refus honteux ,
Qu'en vous faifant rougir de mes foins genereux
.
Puifque vous le voulez , je vais trouver mon
Pere ,
Tenter pour le fléchir les pleurs & la priere ;
Je vais pour vous , ingrat , tomber à fes ge
noux ,
Et faire ce qu'en vain j'attens ici de vous.
Notre Extrait feroit de beaucoup trop
long , fi nous y inferions tous les Vers que
le Public a applaudis ; mais on ne peut
fe difpenfer d'inferer ceux qui ont couronné
l'Ouvrage , & qui ont fait la peripatie
. Les voici : c'eft Pyrrhus crû Helenus
, qui parle à Neoptoleme de Pyr
rhus même.
Pyrrhus.
Crains un afpect qui pourra te furprendre ;
Mais daigne auparavant m'inftruire de fon fort
Sois fincere fur tout , quel fera-t'il
Neoptoleme.
la mort .
Hy Pyr
1040 MERCURE DE FRANCE.
7
Pyrrhus.
S'il ne craignoit que toi , Tyran , ta barbarie ,
Te couteroit bien- tôt & le Thrône & la vie ;
Voyons donc jufqu'où peut aller ta fermeté ;
Mais pour laiffer ta haine agir en liberté ,
Je vais te raffurer contre un fer redoutable ,
Qui rendroit dans mes mains ta perte inévitable.
Iljette fon épée aux pieds de Neoptoleme.
Frappe voilà Pyrrhus , &c.
Glaucias qui furvient , voyant que
Neoptoleme fe plaint que Pyrrhus le méprife
encore & l'offenfe , lui dit :
Dequoi va s'occuper ton injufte vengeance ?
Sont- ce les mouvemens qu'il te doit inſpirer ?
Il fe livre à tes coups : que veux- tu ?
Neoptoleme.
l'admirer !
Nous ne pouvons mieux terminer notre
Extrait que par ce dernier mot.
Le 2 2. de ce mois , les Comediens Italiens
reprefenterent une petite Come
die nouvelle , intitulée l'Homme Marin,
en Vers libres , avec un Divertiffement.
La
THE
NEW
YORK
) PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1726. 104 B
La piece eft bien écrite , mais le Public
n'a pas parû la goûter.
Les Comediens François ont remis au
Theatre la Comedie de l'Important , du
feu Abbé Brueys , qui a fait beaucoup de
plaifir. Elle eft parfaitement bien repre
fentée .
CHANSON.
Ous raffemblez en vous adorable Clo
Vousris ,
>
Les Amours , les Graces , les Ris ,
Et malgré tant d'attraits , votre coeur s'intereffe
,
Dans le beau feu dont le mien eft épris.
Ah ! fi l'on mouroit de tendreffe ,
Cent foispour prix d'un fort fi doux ,
Jeferois mort à vos genoux .
AUTRE CHANSON.
Dans la Ans la vie ,
Sans la Folie ,
Sans les defirs ,
Il n'eſt point de plaifiss.
H vj
Ai
1042 MERCURE DE FRANCE.
Aimable jeuneffe ,
Souhaitez fans ceffe ,
Et poffedez rarement :
Cette douce chimere ,
D'un bien qu'on eſpere ,
Fait tout l'agrément.
HE HA FOR THE HUGEDELDE
3
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople portent , que
Luivant les derniers avis de Perfe , l'Armée du
Succeffeur de Miry - Mamouth , étoit en état de
couvrir Ifpahan.
On a appris par la voye d'Alexandrie , que le
nouveau Bacha du Grand Caire avoit été dépofé
dans un foulevement general , où plufieurs
perfonnes avoient peri , & que fon Prédeceffeur ,
déposé par le Grand Seigneur , avoit été réta
bli.
Les nouvelles de Conftantinople du mois de
Mars dernier , portent qu'on travailloit à un
Armement confiderable dans les Arfenaux du
Grand Seigneur ; qu'on avoit envoyé ordre au
Bach de Babilone , de marcher avec fon Armée
vers Ipahan , & aux Bachas Abdula & Kuproli
, de faire avancer les Troupes qu'ils commandent
, du côté de Caſbin , Ville fituée entre
cette Capitale de la Perfe & Tauris .
0
2
RUSSIE.
MAY. 172 6 . 1043
RUSSIE .
N continue à Petersbourg l'armement des ONGaleres
, fur lefquelles
on affure qu'on em- barquera 30000. hommes d'Infanterie ; mais
on ne dit pas encore à quelle expedition ils font
deltinez . Le nombre des Galeres qu'on équipe
eft environ de 200. Outre cela on conftruit fur
la Riviere de Neva des Bâtimens d'une nouvelle
forme , qui feront plus commodes que
les Galeres pour tranfporter des Troupes de débarquement.
Quelques Lettres de Derbent portent que le
Prince Thomas , fils de l'ancien Roi de Perfe ,
a accepté les conditions ftipulées à fon égard
par le Traité conclu à Conftantinople entre le
feu Czar & le Grand Seigneur.
Le du mois dernier la Czarine nomma 23 .
le Duc d'Holftein , Lieutenant Colonel du Rcgiment
des Gardes du Corps , qui porte le nom
de Procobazinski , dont cette Princeffe s'eft refervée
le commandement en Chef, comme Colonelle
.
POLOGNE.
N apprend de Varfovie , que le Regent de
On derdonave 3. veilig Ujar
dou , pour le divertiffement du Roi & du Prince
, une Chaffe de quatre Ours , d'un Loup , &
d'un Renard. S. Alt . R. qui étoit à cheval , tua
deux Ours à coups de piftolet , & le Comte Maurice
tua le Loup dans la Riviere , où les Chiens
l'avoient fuivi à la nage , ce qui donna un fpectacle
fort divertillant.
Le
1044 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Chilly de S. Gilles , créé depuis
peu Chambellan du Roi , prit , il y a quelques
jours , congé de S. M. & la remercia de
fon Service , dans le deffein d'appeller en Duel
le Comte de Vicedom , Miniftre d'Etat , &
Grand Chambellan du Roi. Ce dernier donna
fa parole , fit fon Teftament , & le remit entre
les mains d'un autre Miniftre, avec les Comptes
du Roi. Le 13. d'Avril , à la pointe du jour
ils fe rendirent près de Naderlege , à trois milles
de Varfovie , pour fe battre à coups de piftolet.
Les deux Combattans s'avancerent l'un vers
l'autre avec beaucoup de fang froid. M. de Vicedom
, qui a tiré le premier , & qui a bleffé
M. de S. Gilles legere nent à la tête , reçut un
coup au bas- ventre , dont il tomba mort. Ce
Duel s'eft fait en prefence de plufieurs Seigneurs
& Chirurgiens , qui ont inutilement employé
tous les moyens poffibles pour fecourir le Com
re, Le Marquis ayant eu l'imprudence de fe retirer
apres le combat , dans le Convent des
Théatins à Varfovie , le Roi ordonna au Grand
Maréchal de la Couronne de proceder contre lui
felon les Loix : & comme cette Maifon ne joüit
des immunitez des Clôtures , il y a apparence
, quoiqu'il fe foit refugié dans la Sacriftie ,
qu'il paffera mal fon temps , à moins qu'il ne
trouve le moyen de s'évader. Cette Maiſon fut
inveftie le même jour par une forte Garde de
150. hommes. Le Corps du défunt fut porté à
Viabon , Château de S. M où il fera embaumé,
& enfuite tranfporté en Saxe. Le Comte de Vicedom
, âgé de 51. ans , a eu pour Second le
Comte de Montmorenci ; & le Marquis de
S. Gilles qui n'en avoit que zo. a eu M. Freneufe
, Officier François.
pas
Le Comte de Vicedom , la veille du Combat ,
foupa
MAY. 1726. 1045
foupa chez la Princeffe Lubomirski fa fille , où
il parut de très-bonne humeur , il joia même
au Piquet jufqu'à minuit, & partit à deux heures
du matin pour le rendez- vous
Ce Comte a été fort regretté de tous ceux
qui le connoiffoient , & particulierement du Roi,
qui en a été fort touché ,
par rapport aux fideles
fervices que S. M. en avoit reçu pendant l'efpace
de 40. années entieres , qui lui avoient merité les
premieres Dignitez de la Cour.
Ce Comte a laiffé deux filles , dont l'une a
époufe le Prince Lubomirski , Maître de Cuifine
de la Couronne , & l'autre le Comte de Vatzdorff
, Grand Chambellan Royal & Electoral :
il a laiſſé auſſi deux fils de 6. à 7 ans , qui font à
Drefde auprès de leur mere , née Comteffe de
Hoym , & foeur de l'Ambaſſadeur Extraordinaire
de S. M. à la Cour de France . Le feu Comte
étoit eftimé le plus riche Seigneur de la Saxe.
Le General Major , Comte de Caftelli ; oncle
du Marquis de S. Gilles , a reçû ordre de s'abfenter
de la Cour , & de fe retirer du Palais
Royal de Sendomir , où il avoit fon logement.
Les dernieres Lettres de Pologne portent , que
le Comte de S. Gilles , qui étoit refugié chez les
Théatins , fe fauva le jour de Pâques, déguisé en
Domeſtique , & l'on ignore la route qu'il a prife
pour fortir du Royaume.
Le bruit court que le Prince Lubomirski ,
Gendre du Comte de Vicedom , avoit fait ap-.
peller le Comte de S. Gilles , pour venger la
mort de fon Beau- pere , mais que le Roi a empêché
ce fecond combat.
DANE
1046 MERCURE DE FRANCE
DANNEMAR C.
N apprend de Copenhague
} que la
Flotte Danoife eft prête à mettre à la voile,
& qu'elle fe joindra à celle d'Angleterre , qui
doit arriver inceffamment dans la Mer Baltique
La Flotte Angloife , compofée de 23. Vaiffeaux
de ligne , de trois Brulots , & d'un Vaiffeau
d'Hôpital , deftinée pour la Mer Baltique
commandée par le Chevalier Charles Wager ,
Vice-Amiral de l'Efcadre Rouge , & qui étoit
partie des Ports d'Angleterre le 28. du mois
dernier , arriva le 4. Mai dans le Sund , & les
foir elle moüilla dans la Rade de Coppenhague .
Le 6. le Vice-Amiral Anglois eut Audience du
Roi , & eut l'honneur de dîner avec S. M. Il
retourna enfuite à bord de ſes Vailleaux , dontik
fit lever l'anere & fe remit à la voile quelques
jours après pour la Mer Baltique.
ALLEMAGNE .
Lperatice alterenta vienne a la Prédication
E 16. Avril après midi l'Empereur & l'Im-
Italienne , & à un Oratoire en Mufique , où l'on
chanta une Cantate , intitulée , Le Teftament de
Jefus Chrift fur le Calvaire.
Le 18. L. M. I. entendirent la Meffe celebrét
pontificalement par 1 Nonce du Pape , & re-
Ceurent la Comunion de fes mains . L'Empereur
lava enfuite les pieds à douze pauvres Vieillards
, & l'Imperatrice en fit autant à douze pauvres
vieilles Femmes. L. M. I les fervirent à
table , & leur firent diftribuer des aumônes
L'EmMAY.
1726.
1047
L'Empereur a accedé vers le milieu du mois
dernier au Traité de Paix & d'Alliance concla
à Niſtadt en Finlande le 10. Septembre 1721.
entre les Plenipotentiaires du feu Czar & ceux
du Roi de Suede .
Le 16. Avril un Officier de la Cour partit de
Vienne , pour aller au devant de l'Aga que la
Porte envoye à la Cour Imperiale , avec caractere
de Commiffaire du Grand Seigneur , pour
l'execution des Conventions particulieres du
Traité de Paffarowitz , concernant le Commerce
entre les deux Nations , & l'accompagn
en cette Capitale où il doit refider.
ner
Le 29. Avril au matin , le feu prit par accident
à l'Hôtellerie de l'Agneau , dans le Fauxbourg
d'Italie à Vienne , & s'étant communiqué
aux maiſons voisines , il en a confumé 18 .
endeux jours qu'il a duré.
L'Empereur a donné depuis peu au Prince de
Cardonne , Grand - Maître de la Maifon de l'Imperatrice
, une Seigneurie en Tranfylyanic ,
dont le revenu eft de 40000. écus.
ITALIE .
'Abbé d'Althan , neveu du Cardinal Vice-
>
mencement du mois dernier , fit part à ce Cardinal
de la refolution que le Pape avoit prife
de retarder fon départ pour l'Archevêché de
Benevent . On a contremandé les Ouvriers qu'on
avoit fait partir pour conftruire un Pont fur le
Guariliano, & pour reparer les chemins où S. S.
devoit paffer.
Le . Avril les Députez du Chapitre de la
Cathedrale de Luques , préfenterent au Pape
les Ornemens Pontificaux de damas blanc brodé
-
1048 MERCURE DE FRANCE
dé d'or , en, reconnoiffance du privilege que
S S. a accordé aux Chanoines de cette Eglife .
de porter la Mitre dans les grandes Ceremonies.
Le 5. Avril au matin , il y eut à Rome , après
la Prédication , Congregation de l'Examen des
Evêques Reguliers , dans laquelle le Pere Chriftophle
Bianchi , Auguftin , nommé à l'Archevêché
titulaire de Nazaret , & le Pere Charles
Cornaccioli , Carme , nommé à l'Evêché de Bobbio
, répondirent fur la Théologie Scholaftique.
L'Evêque de Cavaillon , dans le Comtat d'Avignon
, qui eft arrivé à Rome depuis peu , a
été nommé Prélat Affiftant du Trône.
Le 15. Avril , le Pap: alla en Caroffe vifiter
l'Hôpital du S. Efprit , où S. S. confeffa quel
ques malades . Le 16. Elle alla à l'Hôpital de
Sainte Marie de la Confolation , où elle donna
la benediction in articulo mortis , un agonizant.
à
Le 17 le Pape celebra la Meffe dans la Cha
pelle de Sixte , & il donna la Communion pour
les Pâques aux Prélats du Palais , à fes autres
Officiers & à fes Domeſtiques. Le même jour les
Cardinaux firent la même chofe dans leurs Palais,
à l'exemple de S. S. Le 18. Jeudi -Saint , le Pape,
aprés toutes les autres Ceremonies , n'ayant
que l'Etole violette & la fimple Mitre , fe rendit
dans la Salle Ducale , où il lava les pieds
àdouze pauvres Prétres Etrangers qu'il fervit à
table .
On a envoyé des ordres du Pape à Civita-
Vecchia , pour y faire équiper deux Galeres de
SS. qui doivent aller vers les côtes de Tofcane
au devant de la Reine Douairiere d'Efpagne
, Veuve de Charles II . qu'on attend en
Italie.
On a reffenti à Florence depuis peu deux qu
trois
MA Y. 1726. 1049
trois fecouffes de tremblement de terre qui
ont été affez confiderables , mais qui n'ont caufé
aucun dommage. Ils fe font fait fentir juſqu'à
Livourne & le long de la Côte.
On a reçû avis de Turin que l'Empereur
avoit cedé depuis peu au Roi de Sardaigne la
fupreme Jurifdiction & la Souveraineté des dix
Fiefs Imperiaux , fituez dans les Lanques , entre
les Rivières de Sture & de Tenaro d'un côté
& le Belbo de l'autre, moyennant 125000 Piſto
les, qui doivent être payées dans certains termes,
ESPAGNE .
ON a appris de Madrid
du mois le que IO.
dernier vers les fept heures du foir , tout
vers
le nouveau Bâtiment & la Voute de la grande
Chapelle du College de faint Thomas d'Aquin ,
vulgairement nommé de Attocha , tomberent &
firent perir fous leurs ruines la plupart des Maffons
qui y travailloient , & plusieurs perfonnes
qui faifoient leurs Stations pour le Jubilé de
l'année Sainte. Les autres eurent le bonheur de
fe fauver dans l'ancienne Eglife. Le Roy a donné
des ordres pour faire réparer ce Bâtiment le
plutôt qu'ilfera p offible.
Quelques Lettres d'Efpagne marquent qu'on
y va réformer tous les Regimens qui ne font
pas fur le pied de 2.000. hommes , pour en faire
enfuite 40. Regimens complets de pareil nombre
de Soldats.
Dom Antoine Guedez Pereira , Envoyé Extraordinaire
de Portugal , donna le 31. Mars dernier
, à l'occafion de l'anniverſaire de la naiffance
de l'Infante d'Efpagne , future Princeffe du
Brefil , une grande Fête , & fit réprefenter dans
fon Hôtel , une Comedie en Mufique , intitulée
Le
10 MERCURE DE FRANCE.
le Triomphe de l'Erreur & de l'Amour.
On a reçû la nouvelle d'un avantage confiderable
remporté fur les Maures qui affiegent Ceuta.
Le Comte de Charni , qui commande dans cette
Place , fit faire une fortie , pendant laquelle deux
détachemens des Troupes de la Garniſon , attaquerent
les Affiegeans par deux endroits , en
tuerent un grand nombre & comblerent une
partie de leurs travaux . Cette action qui dura
près de trois heures , a coûté très peu de monde
aux Espagnols
GRANDE- BRETAGNE .
' Amiral d'Hozier , partit le 19. du mois der-
>
Roy envoye dans les Indes Occidentales.
que
le
Le Capitaine du Compton , Vaiffeau qui vient
d'arriver du Bombay & du Fort Saint- Georges ,
a rapporté que les Forbans établis dans l'Ifle de
Madagaſcar , avoient fi cruellement maltraité
les naturels du Pays , que ces derniers s'étoient
foulevez & les avoient tous maffacré , à la réſerve
de douze qui s'étoient fauvez dans les Bois
où ils périront fans doute.
L'infertion de la petite verole qu'on a faite
à la Princeffe Marie , opere heureufement , la
petite verole fort fans fievre & fans autre accident.
100.
On a reçû avis que le Grand - Alexandre ,
Vaiffeau de 26. Canons , d'environ hommes
d'équipage , commandé par le Capitaine Dunn ,
ayant relâché au Cap Falfo , près du Cap de
Bonne- Efperance , les Hollandois avoient trouvé
moyen de fe faifir du Capitaine & du Munitionnaire
du Navire , & que pendant qu'ils éxaminoient
leur Commiffion & leurs Paffeports ,
l'Equipage avoit coupé les Cables & s'étoit ſauvé
avec
M -A Y. 1726. 1o༈t
avec le Vaiffeau , dans le deffein , à ce que l'on
croit , d'augmenter le nombre des Forbans.
Il eft arrivé à Londres vers la fin du mois dernier
, un Roy Indien , venant du Fort Saint-
George , qui falua le Roy au Palais de S. James.
Le is. d'Avril le nommé Bunworth & autres
furent condamnez à mort , aux Affifes tenues à
Kingſton. Bunworth avoit d'abord refuſé de répondre
; mais la Cour ayant ordonné qu'il fuft
preffé , on le ramena dans le cachot , où on le
coucha tout nud à terre fur le dos , les bras &
les jambes étenduës , & on mit ſur ſon eſtomach
un poids de quatre Quintaux qu'il ne put endurer
qu'environ une demie heure & promit de répondre.
On apprend par des Lettres de Lisbonne , que
le Fort des Anglois à Gambo , fur la Côte d'Afrique
, avoit fauté en l'air , le feu ayant pris par
accident au Magazin des Pou dres .
Les Lettres de la Jamaïque , portent que le
Samuel , Vaiffeau commandé par le Capitaine
Grey , y étoit arrivé de l'Ifle de Madere , après
avoir été retenu pendant quatre jours par trois
Vaiffeaux Efpagnols , Garde- Côtes .
Le Guillaume & l'Elifabeth , qui avoient chargé
des Vins à Cette en Languedoc , pour la Hollande
, étant le 16. d'Avril à 70. lieuës ou environ
du Cap Saint- Vincent , le Capitaine Michel
qui le commandoit fut affaffiné par l'Equipage
,qui conduifit enfuite ce Bâtiment jufqu'à
la Baye de Lagos , où plufieurs Matelots fe mirent
dans la Chaloupe avec deux Grecs qui
étoient à bord & vinrent à terre . Trois d'entre
eux s'étant rendus à Saint - Ubez , y furent interrogez
; & ayant varié dans leurs réponſes , le
Magiftrat Portugais les fit mettre en priſon , où
ils ont confeffé leur crime.
Une femme de la Paroiffe de Sutton Bengor ,
dans
Jo MERCURE DE FRANCE.
dans le Comté de Wiltz , agée de plus de 40
ans , accoucha vers le milieu de ce mois de cin
enfans , dont trois reçûrent le Baptême.
HOLLANDE , PAYS- BAS.
E de ce mois , les Auguftins de Bruxelles
Lelébrerent la Fête feculaire de la donation
faite à leur Egliſe en 1626. par l'Infante d'E
pagne , Ifabelle - Claire- Eugenie , de l'Image miraculeufe
de Notre Dame de bon fuccès , qu'elle
avoit fait venir d'Ecoffe. Cette Image fut portée
proceffionellement au bruit d'une triple décharge
de l'Artillerie des Remparts.
Le Prince de Rubempré , Grand- Ecuyer de
l'Archiducheffe , Gouvernante des Pays- Bas comme
Provôt , portoit l'Etendart devant l'Image
miraculeufe , qui étoit fuivie par le Chapitre de
l'Eglife Collegiale, en Châpe. L'Evêque de Trical
portoit le S. Sacrement , derriere lequel marchoit
Î'Archiducheffe , tenant un Cierge à la main &
conduite par le Comte Visconti , Grand- Maître
de fa Maifon & fuivie des Dames de la Cour , &c.
Après la Proceffion , les Etudians des Auguf
tins firent une Cavalcade , fuivis de divers enfans
proprement ajuſtez & affis fur des Animaux
reprefentant les quatre Parties du Monde, On
voy it enfuite trois Chars de Triomphe , dont
l'un réprefentoit un Temple , l'autre un Vaiffeau
de Guerre , & le dernier , le Triomphe de la
Vierge. La Cavalcade fut terminée par la réprefentation
des quatre derniers Rois d'Espagne &
de leur Cour.
DE
MAY. 1726 .
1053
DE LA HAY L.
E 30. Avril dernier , la Compagnie des
Bourgeois du Drapeau Bleu , planta felon la
Coutume, le May en ceremonie,& on y employa
es Devifes fuivantes.
Pour les Etats Generaux.
In dubiis crefcit conftantia rebus.
Pour les Etats de Hollande & de Weft- Frize.
Dulci pro libertate laborant.
Pour la Princeffe de Naffau- Orange.
Splendet avis atavifque potens.
Pour le Prince.
Stimulat pracordia virtus ..
Pour les Magiftrats de la Haye.
Amor Civium fructus Juftitia.
Pour le Colonel Affendelft.
Confilioque , manuque.
XXX: XXXXXXXXX : X **X
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
La
mourut
>
E Prince Chriftian - Augufte de Holftein ,
de la Branche de Gottorp , Evêque de Lubec
à Eutin le 22. du mois dernier dans la
14e année de fon âge. Il avoit épousé le de
Septembre 1704. Albertine-Frederique , fille du
Landgrave de Bade Dourlach , dont il avoit
2.
eu
1054 MERCURE DE FRANCE :
eu cinq Princes & fix Princeffes. Il étoit oncle
du Duc d'Holftein , gendre de la Czarine.
Le Cardinal Julle Piazza , Evêque de Facuza ,
dans la Romagne , y eft mort le 24. du mois
dernier , dans la 64e année de fon âge , étant né
à Forly le 13 Mars 1663. Il avoit été Internonce
à Bruxelles , Nonce à Cologne , à Warfovie
& à Vienne. Il avoit été fait Cardinal le
12. May 1712. par Clement XI . qui lui donna
le Titre de faint Laurent , in Pane & Perna,
quelque temps après il alla à Ferrare , en qualité
de Légat , après quoi il fe retira dans 'fon
Diocèfe. Il vaque par la mort un fixiéme licu
dans le facré College.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
E s . de ce mois , le Comte de Maf-
Lei , Grand-Maitre de l'Artillerie ,
& Ambaffadeur Extraordinaire du Roy
de Sardaigne auprès de Sa Majefté , fit
fon Entrée publique dans Paris. Le Ma
réchal Duc de Roquelaure & le Comte
de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeur,
sallerent le prendre dans les Carroffes
de L. M. au Monaftere de Picpus ,
d'où la marche fe fit en cet ordre . Le
Carroffe de l'Introducteur , celui du Maréchal
, Duc de Roquelaure , précedé de
deux Pages à cheval , la Livrée de l'Ambaffadeur
MAY. 1726. 1055
· baffadeur à pied , fon Ecuyer & fix Pages
à cheval , le Carroffe du Roy , aux
côtez duquel marchoient la livrée di
Maréchal Duc de Roquelaure & celle
du Comte de Monconfeil , le Carroffe
de la Reine , celui de Madame la Ducheffe
d'Orleans , Doüairiere , ceux du
Duc d'Orleans , de la Ducheſſe d'Orleans
, de la Ducheffe de Bourbon ,
Doüairiere , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , de la Princefle de
Conty , Douairiere , de la Princelle de
Conty , feconde Douairiere , du Prince
& de la Princeffe de Conty , du Duc &
de la Ducheffe du Maine , du Comte &
de la Comteffe de Toulouſe , & celui
du Comte de Morville , Miniftre &
Secretaire d'Etat , ayant le département
des affaires étrangeres ; & à une diftance
de 30. à 40. pás , le Suiffe de l'Ambaffadeur
à cheval. Il précedoit les quatre
Carroffes de l'Ambaffadeur , qui
étoient très magnifiques , ainfi que fa
Livrée. Après que l'Ambaffadeur fut
arrivé à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
, il fut complimenté de la
part du Roy par le Duc d'AuPont ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de
S. M. de la part de la Reine , par le
Marquis de Villacerf , fon premier Maî- .
tre d'Hôtel , & de la part de Madame la
I Ducheffe
1056 MERCURE DE FRANCE
Ducheffe d'Orleans , Doüairiere , par le
Marquis de Crevecoeur , fon premier
Ecuyer . L'Ambaffadeur a logé les trois
jours fuivans au même Hôtel des Ambaffadeurs
, où il a été traité par les Of
ficicis du Roy .
Le le Prince 7 de Lambefc & le Com
te de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
à l'Hôtel des Ambaffadeurs dans
les Carrolles du Roy & de la Reine, &
le conduifirent à Verfailles , où il eut fa
premiere Audiance publique du Roy. Il
trouva à fon paffage , dans l'avant- Court
du Château , les Compagnies des Gardes
Françoifes & Suifles fous les armes ,
les Tambours appellant ; & dans la Court,
les Gardes de la Porte & ceux de la
Prévôté fous les armes , à leurs poftes .
ordinaires . L'Ambaffadeur fut reçû au
bas de l'Escalier par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Ceremonics , & par
M. Defgranges , Maître des Céremonies ,
les Cent- Suiffes étant fur l'Efçalier , en
habit de ceremonie , la Hallebarde à la
min. Il fut reçû en dedans de la Salle
des Gardes , par le Duc de Bethune
Capitaine des Gardes du Corps , qui
étoient en haye & fous les armes . Après
Audiance du Roy , l'Ambaffadeur fut
conduit à celle de la Reine , par le Prince
de
MAY. 1726 . 1057
de Lambefc & le Comte de Monconfeil;
& après avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à l'Hôtel des
Ambaffadeurs , par le Comte de Monconfeil
, dans les Carroffes de L. M. &
avec les céremonies accoûtumées .
+
Le ro. au matin , ce Miniftre rendit.
vifite aux Princes du Sang , & l'aprèsmidi
les Princes du Sang l'allerent voir
à fon Hôtel , ruë faint Antoine.
Le Marquis de Maillebois , Maréchal
de Camp des Armées du Roy , Lieutenant
General de la Province de Languedoc
, a été nommé par le Roy pour aller
complimenter le Duc de Baviere fur la
mort de l'Electeur fon Pere , & fur fon
avenement à l'Electorat.
Le 25. du mois dernier , le Roy alla
coucher à Rambouillet : S. M. y retour
na le 29. & en revint le 30. au foir .
Le 28. Dimanche de la Quafimodo , le
Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Verſailles , la Meffe
chantée par la Mufique . Pendant la Meffe
du Roy , l'Evêque de Grenoble prêta ferment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le 3. de ce mois , le Roy alla cou
cher au Château de Rambouillet . S. M.
y retourna le 8. & elle en revint le g .
au foir. Elle y fut encore le 13. & elle
en revint le lendemain .
I ij
Le
1058 MERCURE
DE FRANCE .
Le Prince de Vendôme vend fon Régiment
d'Infanterie 80000. livres au
Marquis de Rouffillon - Tonnerre , avec
l'agrément du Roy.
L'Abbé de Fontenay , Aumônier de
Quartier de la Reine , a été nommé fon
Aumônier Ordinaire , à la place du feu
Abbé de Vienne , & l'Abbé de Sainte-
Hermine , Chantre & Chanoine de l'Eglife
de Reims , a été nommé Aumônier
de Quartier , à la place de l'Abbé de
Fontenay .
Le Roy a difpofé du Regiment de
Brie , en faveur du Comte de la Marche
, fils aîné du Prince de Conty .
Le Samedy 11. de ce mois , un des
Ouvriers qui travaillent aux échafaux
qu'on fait pour réparer la Voute de l'Eglife
de Notre Dame , laiffa tomber du
feu , en fumant , fur une grande toile qui
fervoit comme de rideau pour couvrir
toute cette Charpente , & la féparer du
Choeur où l'on fait l'Office . Prefque
tout d'un coup cette grande toile parut
enflâmée , & il y avoit lieu de craindre
un embrafement très- confiderable . Un
prompt fecours a garanti de ce malheur ;
il a été fi grand , que , le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris , a fait
chanter une grande Meffe &, un Te Deum
en action de grace.
Le
MAY. 1726. 1059
Le Marquis de Courtenvaux ayant
parié 300. Louis contre 100. avec le
Marquis de Saillant , qu'un Cheval défigné
de l'Ecurie de ce dernier , n'iroit
pas de la Grille de Verfailles à celle de
Î'Hôtel des Invalides , en 30. minutes
de temps. La courfe fut faite le 9. de
ce mois à fix heures du foir . Le Marquis
de Saillant perdit de près de trois minutes
. Son Valet de Chambre qui montoit
le Cheval , étoit chargé d'une cuiraffe
de plomb d'environ 35. livres ; le
Marquis de Saillant , qui devoit faire la
courfe , s'étant trouvé pefer plus que fon
Valets de Chambre , d'environ ce poids.
On croit qu'une grofle pluye qui furvint
fut caufe de la perte du
pary....
BENEFICES.
Abbaye Commandataire de Femy
Cambray , vacante par le déceds de l'Abbé
Coignet , à été donnée à M. Trudaine
, Evêque de Senlis.
L'Abbaye Commandataire de S. Martin
de Nevers , Ordre de S. Auguſtin ,
vacante par le décès de l'Abbé de
Vienne , à Monfieur Jean- Simon Brif-
I iij
fart ,
060 MERCURE DE FRANCE.
fart , Clerc du Diocèfe de Chartres.
L'Abbaye Commandataire de la Valette
, Diocèle de Tulles , Ordre de Cîteaux
, vacante par le décès de Mr. de
Lort , à l'Abbé Neez , Clerc Tonfuré du
Diocèfe d'Evreux .
L'Abbaye de Sainte Croix , dans la
Ville de Poitiers , vacante par le décès
de la Dame de Laval , en faveur de Dar
me Marie- Therefe - Radegonde de Baudean
de Parabére , Religieufe dans la
même Abbaye.
L'Abbaye Commandataire de Billon ,
Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Befançon
, vacante par la démiffion du, fieur
de Courbouzon , en faveur de l'Abbé de
Marnezia.
L
Affaires du Palais .
E Jeudy 21. Mars , il a été rendu
un Arreft à la Grand'Chambre du
Parlement , fur deux Appels comme
d'abus , refpectivement interjettez par
deux femmes qui avoient épousé le même
homme, & qui s'oppofoient l'une à
l'autre le deffaut de prefence du propre
Curé. Le fait étoit que Michel Dauphin,
dont le pere étoit Confeiller au Préfi ,
dial de Tours , ayant eu commerce avec
la Damoiſelle Françoife Tenebre , de la
Che
MA Y. 1726. 1061
Chevalerie , dont on prétendoit qu'il
avoit eu un enfant , alla fe marier avec
elle dans la Chapelle d'un Prieuré de
Poitou , devant un Prêtre , qui fe difoit
Vicaire de la Paroiffe de S. Mazire ; les
pere & mere du fieur Dauphin , ni aucune
perfonne de fa familic n'affifterent
à ce Mariage , qui fe fit le 2. Juillet
1708. il étoit alors âgé de 27. ans . En
1714. le fieur Dauphin , dont le Mariage
n'avoit point encore éclaté , quoiqu'il
en fuft venu un enfant , quitta la prétenduë
femme & s'embarqua pour les
Iles de S. Domingue ; il y établit fon
domicile au Port de Paix. Le 26. Juin
1716. il y époufa dans toutes les formes
Marie Danzé , fille du Major de l'Ile
de la Tortuë, & veuve du fieur du Laurent
, Colonel des Milices ; ce Mariage
fut celebré dans la Paroiffe de Notre - Dame
de Paix , après la publication de deux
Bans & difpenfe du troifiéme , en prefence
d'un Coufin iffu de germain du,
fieur Dauphin & des Parens de la Da
moifelle Danzé. Le fieur Dauphin ayant
fait fçavoir fon Mariage à fes pere &
mere & à fa famille , ils l'approuverent
par leurs lettres , & il fut fuivi de la
naiffance de deux enfans. Le 29. Septembre
1722. le fieur Dauphin mourut ;
après la mort la Damoiſelle Danzé prit
I iiij le
1062 MERCURE DE FRANCE.
parti de venir en France , & alla à Tours
avec les deux enfans fe prefenter à la
famille du fieur Dauphin , dont elle fe
difoit veuve. La Damoifelle de la Chevalerie
prit auffi - tôt la même qualité &
fe prefenta comme telle à la même famille
avec un enfant qu'elle avoit eu
du fieur Dauphin. Les pere & mere du
mari reclamé par ces deux femmes , ne
voulurent point décider entr'eux & déclarerent
feulement qu'ils reconnoîtroient
en qualité de veuve de leur fils celle qui
y feroit maintenue en Juftice. Ces deux.
femmes interjetterent donc refpective
ment appel comme d'abus de la celebration
de leur Mariage , fur le même
moyen , qui étoit le défaut de prefence
du propre Curé . La Damoiſelle de la
Chevalerie ne rapporta pour Acte de la
célebration de fon Mariage , qu'un Certificat
du Prêtre qui l'avoit mariée , conçû
en ces termes : L'an 1708. le deuxiéme
jour de Juillet , fur l'heure de midy,
je François de Largue , Vicaire de faint
Mire , après avoir vu le Contrat de
Mre Michel Dauphin , fils de Mr Mi-.
eh Dauphin , Confeiller au Préfidial de
Tours , & de Loüife Girault , fa femme ,
demeurant Paroiffe de faint Venant de
Tours , & de Damoiselle Françoiſe Tenebre
de la Chevalerie , fille de deffunt
M
MA Y. 1726. 1063
Mre Jacques Tenebre , vivant Confeiller
du Roy, Maître des Eaux & Forefts en
la Ville & Fauxbourgs de Tours , & de
deffunte Dame Marie Gaudré , demeurante
Paroiffe de Notre -Dame de Lecrignole
agée de 26. ans & ledit Dauphin de 27 .
reçu par Giraud , Notaire Royal à Lufignans
j'ay cejourd'hui , pour certaines
confiderations que notre Mere Sainte Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine nous
permet , en l'Eglife dépendante du Prieuré
de Fomblanche en Poitou , reçu au Sacrement
de Mariage le fieur Dauphin & la
Damoifelle Tenebre, & les ayant interrogez
fur les principaux points de notre Religion
, je leur ay donné dans ladite Eglife
la Benediction Nuptiale , en prefence de
Louis Martonay , Pierre Dermivant , Jean
Taillebaut & Samuel Audinet , en foi
de quoi j'ay aufdits fieur Dauphin &
Damoifelle Tenebre , octroyé le prefent Certificat
pour leur fervir & valoir en tant
que de raifon. Fait audit Prieuré de Fomblanche
, Signé François de Largue.
On prétendoit que cet Acte , fous fignature
privée , non extrait d'un Regiftre
public , ni légalifé , ne pouvoit faire
preuve de la verité d'un Mariage .
qui d'ailleurs avoit été celebré devant
un Prêtre étranger , & qui n'étoit point
le Curé des Parties.
ly A
1064 MERCURE DE FRANCE.
A l'égard de la Dame Danzé , elle
rapportoit en bonne forme un Acte de
la célebration de fon Mariage contracté
devant le Curé des Parties , & on ne
l'attaquoit que par le défaut de domicile
de la part du fieur Dauphin , qu'on difoit
n'avoir pas demeuré affez long- tems
aux Ifles de S. Domingue , pour y acquerir
un domicile capable d'y faire contracter
mariage , & par confequent que
le fien n'avoit pas été célebré par Гол
propre Curé mais outre que la Damoifelle
de la Chevalerie ne put pas prouver
que le fieur Dauphin n'étoit pas arrivé
au Port de Paix auffi - tôt qu'on le
prétendoit , on la foutint non - recevable
dans fon appel , fur ce que fon Mariage
étant nul , elle n'avoit ni qualité ni intereft
pour attaquer le Mariage contracté
entre le fieur Dauphin & la Dame Danzé.
Sur ces moyens la Cour , conformé
ment aux Conclufions de Monfieur l'Avocat
General Dagueffeau , a jugé que le
Mariage de la Damoiſelle de la Chevalerie
avoit été mal , nullement & abufivement
contracté & célebré , & a renvoyé
fon fils à fe pourvoir pour fes alimens
; & fur l'appel comme d'abus par
elle interjetté de la célebration du Mariage
contracté entre le fieur Dauphin &
la Dame Danzé , elle a été déclarée nonrece
MA Y. 1726. 1065
recevable , & condamnée en tous les dépens
; & faifant droit , fur le Réquifitoire
du Procureur General du Roy , il
a été ordonné que le nommé François
de Largue , Vicaire de S. Mazire , feroit
pris & apprehendé au corps ; que les
témoins qui avoient affifté à la célebration
du Mariage de la Damoifelle de la
Chevalerie , & elle- même , feroient décretez
d'affigné pour être ouis.
Le Samedy 13. Avril , il a été rendu
dans le même Tribunal un Arrêt , dans
les circonftances
fuivantes.
La Damoifelle de Saint- Cyr , ou de
Choifeul , demandoit à faire preuve par
témoins de plufieurs faits par elle articulez
pour établir qu'elle étoit née le
8. Octobre 1697. du mariage de Monfieur
le Duc & de Madame la Duchefle
de Choifeul , & que la groffeffe & l'accouchement
aufquels elle devoit fa naiffance
, avoient été publics .
Elle fondoit fa demande fur deux propofitions.
La premiere , que pour admettre une
preuve teftimoniale en faveur de toute
perfonne , dont l'état eft contefté , le
commencement
de preuve par écrit - n'eft
pas neceffaire, & qu'il y auroit abfurdité
de le demander .
I vj La
1066 MERCURE DE FRANCE.
La feconde , que quand le commencement
de preuve par écrit pourroit raifonnablement
être exigé , les pieces qu'el
le rapportoit feroient plufque fuffifantes
pour y fatisfaire .
Ces pieces étoient , 1 ° . l'Interrogatoire
de Mr. le Duc de la Valliere , frere de
Madame la Ducheffe de Choifeul , que
la Damoiſelle de Saint - Cyr ou de Choifeul
prétendoit lui être favorable par
l'équivoque & l'ambiguité des réponſes .
2. Un Regiſtre ou Livre journal de le
Duc , Chirurgien & Accoucheur , mort
depuis quelques années , où il eft dit que
le 8. Octobre 1697. il a accouché , Madame
de Choifeul d'une fille , & où il a
écrit en détail ce qui a fuivi la naiffance
de cette fille . 3. L'Interrogatoire de
de M. le Chevalier de la Valiere , auffi
frere de Madame la Ducheffe de Choifeul
, où il convenoit de fon accouchement
, & que la Damoiſelle de Saint - Cyr
étoit celle dont elle étoit accouchée. 4° .
Une Lettre de Madame la Marquife de
Tournon , foeur de Madame la Ducheffe
de Choifeul , dans laquelle elle parloit
de a Damoifelle de Saint - Cyr & d'une
affaire importante qui la concernoit &
qu'on prétendoit être le deffein qu'on
avoit pris de la faire reconnoître pour
fille de M. le Duc de & Madame la Ducheffe
de Choifeul. De
MAY. 1726. 1067
De la part de M. le Duc de la Valiere
& de Madame la Marquife de Tournon ,
on combattoit les deux propofitions de la
Damoiſelle de Saint- Cyr ou de Choifeul ,
par celle- cy . Qu'en matiere d'Etat , la
preuve teftimoniale n'eft admiffible que
dans le concours de deux circonftances :
quand d'un côté la perte ou l'inexiftence
des monumens publics deftinez à affurer
l'état des hommes , met un enfant dans
l'impoffibilité de rapporter le titre primitif
que la Loy exige ; & quand d'un
autre côté ce même enfant a en fa faveur
une poffeffion qui puiffe fuppléer
au défaut de ce titre primitif. Après
quoi on tâchoit de prouver que les pieces
dont la Damoiſelle de Saint - Cyr ,
ou de Choifeul tiroit avantage , ne contenoient
aucun commencement de preuves
par écrit, capable de la faire admettre
à la preuve teftimoniale .
Monfieur l'Avocat General Gilbert.
qui a parlé dans cette affaire , avoit conclu
à ce que la Damoiſelle de Saint - Cyr
fuft déboutée de fa demande . Cependant
la Cour , par fon Arrêt , lui a permis de
faire preuve par témoins de fon état.
MORT'S
1068 MERCURE DE FRANCE.
kakakakakak
MORTS , NAISSANCES ,
Mariages.
HE
Enri
- Auguftin
le
Pilleur
, ancien
Evêque
de
Xaintes
, &
ci- devant
Abbé
d'Epernay
Diocèle
de
Reims
,
mourut
à Paris
le
25.
Avril
, âgé
de
76.
ans.
,
Dame Marie - Geneviève Eſchalart de
la Mark , Veuve de Pierre , Sire & Comte
de Lannion , Baron & Pair de Bretagne
, Vicomte de Rennes , Marquis
d'Epinay , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur des Villes &
Châteaux de S. Malo , Vannes & Auray
, mourut le 27. du même mois dans
la 76. année de fon âge.
Jean- Baptifte de Johanne , de la Carre
, Chevalier , Marquis de Saumeri ,
Seigneur de la Houffaye , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , ci - devant
Sous- Gouverneur de S. M. Cornetze
des Chevaux Legers de la Garde , &
Envoyé Extraordinaire du Roi près du
feu Electeur de Baviere , mourut le 5.
ce mois , âgé de 48. ans.
Il étoit fils aîné de Jacques - François
de Johanne , de la Carre , Chevalier ,
MarMAY.
1726. 1069
Marquis de Saumeri , Gouverneur des
Ifles de Sainte Marguerite & de Saint
Honorat , Capitaine & Gouverneur des
Château & Chaffes de Chambort , fucceffivement
Sous - Gouverneur de MM .
les Ducs de Bourgogne , d'Anjou & de
& du Roi Louis XV. & de
Dame Marguerite- Charlotte de Móntlezun
de Befmaus , fille de François ,
Chevalier , Seigneur de Beſmaus , Gouverneur
de la Baftille.
Berry
Le Marquis de Saumeri eft fils de
M. Jacques de Johanne , de la Carre ,
Chevalier , Seigneur de Saumeri , Confeiller
du Roi en fes Confeils , Maréchal
de fes Camps & Armées , Gouverneur
& Bailly de Blois , Capitaine des
Château & Parc de Chambort , Grand-
Maître des Eaux & Forêts au département
de l'Ile de France , & c . Il avoit
été élevé Page de Gafton , Duc d'Orleans
, qui lui donna en 1631. la furvivance
de la Charge de Capitaine des
Chaffes au Comté de Blois , & en 1644-
celle de Capitaine de fon Château & Parc
de Chambort , & lui donna fon Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiffion
du Marquis de Vardes . La Commiffion
lui en fut expediée le 8. Avril
1651. Il mourut le 4. Mai 17 09. II
avoit époufé par Contrat du 26. Fevrier
1070 MERCURE DE FRANCE .
vrier 16 50. Catherine Charron , fille de
Jacques , Confeiller du Roi en ſes Confeils
d'Etat & Privé , Intendant des Tur
cyes & levées , & niéce de Guillaume
Charron , Seigneur de Meners , Treforier
General d'Artillerie de France .
Jacques étoit fils de François de Johanne
de la Carre , Chevalier , Seigneur
de Saumeri , Premier Gentilhomme
de la Chambre de Gafton , Duc d'Or.
leans , Capitaine des Chaffes de fon Comté
de Blois , & Capitaine de fon Château
& Parc de Chambort . Il fut toujours
très - attaché à ce Prince qu'il fuivit dans
toutes les occafions , & lui donna desmarques
d'un zele & d'un dévouement
fi parfait , qu'il le combla de bienfaits.
Ce fut à la follicitation qu'il fut fait
Confeiller d'Etat d'Epée , par Brevet du
mois de Fevrier 1647. Il en prêta ferment
le 6. du mois d'Avril fuivant entre
les mains du Chancelier Seguier . Il
avoit épousé par Contrat du 12. Novem- .
bre 1617. Charlote Martin , fille de
Daniel , Ecuyer , Sieur de Villiers , Comfeiller
du Roi , Treforier Provincial de
l'Extraordinaire des Guerres en la Ge
neralité d'Orleans . Il mourut en 1661 .
Son pere Arnaud de Johanne de la
Carre Ecuyer , Sieur de Mauleon , de
Sauneri & des Landes , fut le premier
de
MAY. 1726. 1071 :
de fa Maifon qui paffa du Pays de Bearn,
d'où il étoit originaire , dans le Blefois ,
fous le Regne de Henri III. Menaud de
la Carre , fon oncle maternel , Sieur de
de Saumeri , Confeiller & Aumônier du
même Roi Henri III . le fit venir , & lui
donna fa Terre de Saumeri. Lui- même y
avoit été attiré par Bernard de Ruthye ,
Abbé de Pontleroy , & Grand Aumônier
de France , fon parent.
Arnaud de Johanne , après plufieurs
acquifitions qu'il joignit à fa Terre de
Saumeri en 1586. & années fuivantes ,
fe fixa à Blois , & s'y maria en 1593.
avec Damoiselle Cyprienne Rouleau ,
Veuve de noble homme Pierre Morin ,
en fon vivant Seigneur de Villecellyer
& des Montignys , Confeiller du Roi ,
Controlleur General- Provincial ordinaire
des Guerres és Pays & Gouvernemens
d'Orleans , Berry , Blaifois , Dunois ,
Vendômois , Touraine , le Maine & Anjou
, & niéce de noble homme Sebaftien
Malier , Seigneur de Longuy , &
de Villeveuve , Confeiller du Roi , &
Treforier General de France en la Generalité
d'Orleans , alors transferée à Blois.
Henri IV. lui fit expedier des Lettres
Patentes le 4. Novembre 1598. par lefquelles
Sa Majefté déclarant qu'elle a
particuliere connoiflance de fa Maifon
&
1072 MERCURE DE FRANCE .
& Famille , & du lieu dont il eft iflu ,
même d'une bonne partie de fes parens
& prédecefleurs , qui font demeurans &
habituez en fon Royaume de Navarie
& Pays de Bafque , tous y vivans noblement
, n'étant auffi raifonnable , que le
changement de demeure qu'il a fait d'une
de nos Provinces à une autre lui chan .
ge en rien la qualité où Dieu l'a fait naî
tre , & en laquelle il a toujours vêcũ ;
Elle veut & enjoint à fes Commiſlaires,
pour le regalement des Tailles en la Ge
néralité d'Orleans , que fi dans leurs
Procès verbaux ou ailleurs , ils ont déclaré
icelui Sieur de Saumeri non tail-
Jable à caufe de fes Offices feulement ,
ils ayent à l'en faire rayer & biffer , com
me étant contre toute raifon & juftice ,
voulant ledit Sieur de Saumeri être tenu
cenfé & reputé , tant par eux que par
tous ceux du Pays où il eft habitué , pour
Gentilhomme iffu de noble Race & Famille
; & qu'en cette qualité , lui , fes
enfans & pofterité , jouiffent de tous les
privileges des autres Gentilshommes du
Pays , & c. Ces Lettres furent enregiftrées
au Bureau de la Commiffion & Election
de Blois , le 3. Fevrier 1 599.
Arnaud de Johanne ne s'en tint pas
feulement à ces Lettres , il fit faire une
Enquête en 1613. à Mauleon de Soule,
où
MAY. 1726. 1073
leon , Y
où furent entendus plufieurs témoins , les
uns de 90 , 80. & 75. ans ; entr'autres
M. Arnaud de May tie , Evêque d'Oleron
, par laquelle il paroît que ledit
Sieur Arnaud de Johanne , natifde Mauavoit
fa Maifon noble & Domicile
originaire paternel , dit de Johanne,
de Mauleon , avec les Terres , Fiefs ,
Cens , & autres droits & appartenances
d'icelle Maifon de Johanne , qu'il étoit
fils d'autre Arnaud de Johanne , Ecuyer ,
Sieur dudit lieu , & de Damoifelle Gratianne
de la Carre , que cet Arnaud étoit
fils de feu Evenot , Sieur de Johanne ,
Ecuyer , &c. que tous les titres de ladite
Maifon noble de Johanne , avec le
reftant de ladite Ville de Mauleon , ont
été brûlez deux fois depuis 75. ans ençà.
Arnaud de Johanne , après avoir rendu
de grands Services importans aux Rois
Henri III. Henri IV. & Louis XIII.
avoit rempli differentes Charges , & été
honoré d'un Brevet de Confeller d'Etat
du 27. Avril 1616, dont il prêta ferment
entre les mains du Chancelier de
Silleri le 29. du même mois , mourut
dans un âge très - avancé en 1641 .
Le 4. Louis- Mathieu Duport , Confeiller
au Parlement , mourut à Paris ,
âgé de 54. ans.
Le
1074 MERCURE DE FRANCE
Le 9. Jean - Charles Doujat , Maître
des Requêtes Honoraire , âgé de 73. ans.
L'Abbé de Secondat de Montefquiou,
ci - devant Abbé de la Faife , Ordre de
Citeaux , mourut à Bordeaux le de
9.
ce mois , âgé de 82. ans .
Gabriel de Maulde , Marquis de Colemberg
, Chevalier de S. Loüis , ancien
Brigadier des Armées du Roi , Lieu
tenant de Roi , & Commandant des Vil
le & Château de Boulogne & Pays Bou
lonnois , mourut le 25. du mois dernier,
âgé de 77. ans , generalement regretté.
·
Le 19. Avril 1726. Dame Marie-
Gabrielle Angelique de la Mothe -Houdancourt
, Veuve de Henri - François de
la Ferté- Seunecterre , Duc & Pair de
France , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur de Mets & Pays
Meffin , de Vic , de Moyenvic , & des
trois Evêchez , mort à Paris le 1 .
Aouft 1703. mourut à Paris , âgée de 72 .
ans ou environ . Son corps fut tranfporté
de S. Euſtache , fa Paroiffe , aux Feuillans
de la ruë S. Honoré , lieu de ſa ſepulture.
Cette Dame avoit eu l'honneur
de tenir le Roi fur les Fonts de
Baptême . La Maifon de la Mothe - Houdancourt
porte écartelé au 1. & 4. d'azur
à la Tour crenelée d'argent , au 2 .
3. d'argent au Levrier courant de
& guenles ,
MA Y. 1726. 1075
gueules accole d'azur , à la Boucle d'or,
accompagné de trois Tourteaux de gueules
, & d'un Lambel de même , à 3. pendans
, en chef. La Ferté - Senneterre porte
d'azur à 5. Fufees d'argent,
Le 16. Mai , Dame Claude Antoinette
Caflagnet de Tilladet , Veuve de
Gilles du Bouzet , Chevalier , Marquis
de Roque pine , Lieutenant General des
Armées du Roi , Gouverneur de la Capelle
, mourut âgée de 90. ans.
Le 9. Avril on fuppléa les Ceremonies
du Baptême à une fille de Jean - François
de Creil , Chevalier , Marquis de
Choify , Brigadier des Armées du Roi ,
&c. & de Dame Emilie de Mailli du
Breuil. Elle étoit née le 11. Decembre
1725. & fut nommée Madeleine par le
Marquis d'Angennes , & par Dame Madeleine
de Jauche- Bouton de Chamilli.
Le 21. du même mois , Dame Marie-
Marguerite Duret , Epoufe de M. René
Herault , Seigneur de Fontaine l'Abbé ,
Confeiller du Roi en fes Confeils , Maître
des Requêtes , & Lieutenant General
de Police de Paris , accoucha d'une fille
qui fut nommée Jeanne Charlotte par
Jean- Baptifte Duret , Préfident au Grand
Confeil , & par Dame Jeanne - Charlotte
Guillard de la Vacherie , Veuve de Louis
Hefault ,
1076 MERCURE DE FRANCE .
Herault , Seigneur de Mefnieres , & c.
Le 4. Mai , Dame N. de Ximenés ,
Epoufe du Marquis de Monthiers , Meftre
de Camp de Cavalerie , Sous - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux Legers
de Berry , accoucha d'un fils , qui
fut tenu fur les Fonts dans l'Eglife Paroiffale
de S. Sulpice de Monthiers en
Picardie , par le Marquis de Ximenés ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Regiment Royal - Rouffillon , Infanterie ,
& par la Dame de Monthiers fon Ayeule.
M. Claude Pellot , Chevalier , Confeiller
au Parlement de Paris , petit- fils
de Claude Pellot , Premier Prefident du
Parlement de Normandie , époufa le 29.
Avril dernier D. Marie Megret , fille de
François- Nicolas Megret , Seigneur de
Pally , Grand Audiancier de France , &
de Marguerite Beaucoufin.
Le 26. Mai , M. Louis - Philippe de
Menou , Chevalier , Marquis de Turbilly
, Brigadier des Armées du Roi , Colonel
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , épouſa D.
Elifabeth Rouillé , fille de Pierre Rouillé,
Ecuyer, Seigneur de Beauvoir, Confeiller
& Secretaire du Roi Honoraire , & de D.
Anne Pajot . La Maiſon de Turbilly eft des
plus illuftres & des plus anciennes de la
›
Pros
MAY. 1726 .
1077
Province du Maine , & eft alliée aux plus
confiderables du Royaume.
Les Vers qu'on va lire fur ce Mariage
, font de M. Moreau de Mautour . M.
de Bouffet les a mis en Mufique..
Cedez , Trompettes & Tambours ,
Cedez aux chants de l'Hymenée.
Four celebrer cette heureuſe journée ,
Mars a raffemblé les Amours ,
Jadis à la Beauté ce Dieu rendit les armes.
Il joint le Myrthe & le Laurier ,
Pour affurer le bonheur d'un Guerrier ,
Et veut unir deux coeurs par des noeuds pleins
de charmes.
Cedez , Trompettes , & c.
L'Epoux Amant , l'Epouſe aimable ,
Seront foumis à leurs plus douces Loix.
Et tous deux contens de leur choix ,
Jouiront d'un fort favorable .
Cedez , Trompettes , & c,.
Le Marquis de Caumont , de la Ville d'Avignon
a quion a fait un vol confiderable de
Vaiffelle d'argent , offre cinquante piftoles , à
quiconque pourra fournir des preuves fuffifantes
contre
1078 MERCURE DE FRANCE:
contre les coupables , où indiquer le larcin. On
pourra s'adrefler au Pere Recteur du College des
Jefuites de la même Ville , foit par lui - même ,
foit par quelque Prétre , Religieux ou autre
perfonne de confiance . Le Pere Recteur fera
compter les cinquante piftoles . Si celui qui don.
nera des nouvelles füres de ce vol , eft un des
complices , on lui promet fa grace , par ordre du
Vice- Legat , & outre ce ,lefdites cinquante piftoles
, quand ce feroit même le principal aureur
du vol , en revelant les complices . Ces
conditions font contenues dans une feuille imprimée
, que des perfonnes de confideration nous
prient de publier.
On fera obligé de donner deux Volu
mes le mois prochain , pour avoir lieu
d'employer quelques Pieces qui auendent
depuis long temps , & qui font dignes de
la curiofié du public.
XX:XXXXXX : XX
ARRESTS , DECLARATION ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST dus . Mars , portant Reglement
A pour la vifite & marque desBieres
quées dans toutes les Villes & Bourgs fermez ou
il y a des Barrieres & la perception des Droits
d'Infpecteurs des boiffons fur lefdites Bierres .
ARREST du 12. Mars qui enjoint aux Maires
Echevins , Jurats , Capitouls & autres qui ont
l'ad
MAY. 1726. 1079
Padminiftration des Deniers communs d'Octrois
& Revenus Patrimoniaux des Villes , de remer
tre aux Sieurs Intendans dans quinzaine du jour
de la publication du prefent Arrêt , des États
d'eux certifiez , du montant de chacune des cinq
dernieres années de leurs Octrois , Tarifs &
Revenus Patrimoniaux , pour fixer le payement
du Droit de Confirmation , & c.
ARREST du 2. Avril pour le Rang , Séance ,
& voix déliberative , Fonctions & Privileges
des Offices de Receveurs & Controlleurs des
Octrois & deniers Patrimoniaux des Villes &
Communautez .
ARREST du même jour qui regle dans la
Generalité de Paris la levée du Cinquantiéme
fur les Bóis & fur les Etangs.
ARREST du 9. Avril qui confifque fur le
fieur le Grand de Saint- Arts , Receveur particulier
des Bois des Maîtrifes de faint Germain
& de Fontainebleau , la fomme de quinze mille
quatre cens quatre- vingt- feize livres , le condamne
au quadruple de ladite fomme & le déclare
incapable de poffeder aucun Office com
table.
ARREST du même jour, qui maintient plufieurs
Receveurs generaux & particuliers des
Domaines & Bois dans l'exercice & fonctions de
leurs Offices , à condition de payer leur fupplement
de finance dans le courant de la preſente
année ; & ordonne qu'il fera inceffamment commis
aux Offices de ceux qui n'ont pas fait leurs
foumiffions , ou qui les ayant faites , n'ont pas
payé un tiers du fupplément dont ils font tenus.
K AR
1080 MERCURE DE FRANCE..
ni
SENTENCE de Police du 16. Avril qui fait
défenſes à toutes perfonnes de laiffer vaguer dans
les rues , les Chiens qui leur appartiennent ,
de les exciter à fe battre les uns contre les autres
; & défend pareillement de faire tirer par
aucuns Chiens , des Charettes & Chaifes dans
les ruës de Paris , au Cours , aux Champs Elizez
& autres Promenades publiques , à peine de deux
cens livres d'amende.
ARREST du 20. Avril portant Reglement
pour le commerce des Matieres d'Or & d'Argent,
DECLARATION du Roi , portant le rétabliſ
fement de la pêche du poiffon de Mer, & qui
interdit à cet effet toutes les efpeces de Dreiges
& autres Filets traînans , excepté pour la pêche
de l'Huitre ; & fupprime l'ufage des Batteaux
fans quilles , mats , voiles ni gouvernail pour
faire la pêche en Mer le long des Côtes , & aux
embouchûres des Rivieres . Donnée à Versailles
le 23. Avril 1726. Regiftrée au Parlement le 18 .
May.
ARREST du 24. Avril , en interpretation de
celui du 12. Février dernier concernant le Droit
de Confirmation qui doit être payé par les Notaires.
SENTENCE de Police du 26. Avril , qui fait
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de vendre
& débiter en Regrat aucuns Reftes de Viande
cuite fous quelque prétexte que ce puiffe être ,
à peine de deux cens livres d'amende , & de
confifcation ,
ARREST du 29. tous Avril qui ordonne que
Les Sauf-Conduits , accordez par Sa Majesté aux
MarMAY
1726 .. 108 1
Marchands Bouchers , ne pourront avoir lieu à
l'égard des dettes qu'ils ont contractées avec les
Marchands Forains.
ARREST du 30. Avril qui proroge de deux
mois les diminutions ordonnées par les Articles
IV. V. & VI. de l'Edit du mois de Janvier dernier
, fur le prix des anciennes Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent , &c.
ORDONNANCE de Police du 2. May , qui
défend à tous Particuliers demeurans dans le
Fauxbourg faint Antoine , & à tous autres ,
de
tirer aucunes Armes à feu ès environs de l'Eglife
, Maifons , Bâtimens & Enclos de l'Abbaye
des Dames Religieufes de faint Antoine , ni fur
leur Colombier , à peine de Prifon ; & qui fait
pareillement défenfes à tous Particuliers demeurans
tant dans la Ville de Paris , fur les
Ports & Quais , que dans ledit Fauxbourg faint
Antoine & autres , d'avoir chez eux des Pigeons,
à peine de tels dommages , intereſts & amende
qu'il conviendra.
SENTENCE de Police du 3. May qui condamne
le nommé Pafquier , Fermier , en mille
livres d'amende , pour avoir contrevenu à la Déclaration
de Sa Majefté du 19. Avril 1723. qui
défend à toutes fortes de perfonnes , d'acheter
& vendre des Grains ailleurs que dans les Halles
& Marchez.
AUTRE du même jour qui condamne le
Anommé Jofeph Lorry en deux cens livres d'a
, pour avoir contrevenu aux Ordonnan-
& Reglemens de Police concernant la vente
des Grains.
tettende
Kij ARE
1082 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE du même jour , qui condamne en une
amende plufieurs Particuliers , pour s'être immifcez
dans la Vente & Courtage de la Marchandiſe
de Foin..
AUTRE du même jour , concernant la Vente
des Foins , & portant confifcation de deux cens
fix Bottes de Foin de poids plus leger que celui
fixé par les Ordonnances.
ARREST du 4. May qui permet aux Bouchers
, Rotiffeurs , Hôteliers de la Ville de Paris ,
de tuer & expofer en vente des Agneaux achetez
dans les Marchez publics de ladite Ville , & aux
Fermiers , Laboureurs & autres , d'en apporter.
SENTENCE de Police du 15 May , qui ordonne
qu'il fera informé à la requête du Procureur
du Roy au Châtelet de Paris , contre ceux
qui par malice ou affectation , répandent dans
le Public & dans les Marchez , des bruits qui
tendent à interrompre l'abondance & l'apport
des Bleds dans les Marchez.
AUTRE du 17. May, portant défenſe à tous
Marchands de Bois d'en décharger fur le Port au
Foin , dans l'Ifle Louvier ; & qui condamne les
fieurs Chreftien & Bizot , Marchands de Bois ,
en cent livres d'amende.
AUTRE du 18 May , portant défenfes de
faire aucuns dégâts dans les Bleds , fous prétexte
d'y cueillir des Fleurs, appellées Barbeaux , n'y
d'en vendre & débiter , à peine de cinquante
livres d'amende.
ARREST du 16. May , pour l'augmentation
des Efpeces & Matieres d'Or & d'Argent , par
lequel
M A Y. 1726. 1083
lequel il eft ordonné qu'à commencer du jour de
la publication du prefent Arreft , les Louis d'Or
de la derniere fabrication, ordonnée par l'Edit
du mois de Janvier dernier , auront cours pour
Vingt-quatre livres , les demis Louis à proportion
; & que les Ecus fabriquez en execution du
même Edit , auront cours pour fix livres , les demis
& autres diminutions de l'Ecu à proportion.
Ordonne Sa Majefté que jufqu'au premier Septembre
prochain , le marc des anciens Louis fera
reçû en fes Hôtels des Monnoyes fur le pied de
fix cens trente -fept livres dix fols , & le marc des
anciens Ecus fur le pied de quarante-quatre livres
, & les autres Efpeces & Matieres d'Or &
d'Argent à proportion . Qu'audit jour premier
Septembre prochain & jufqu'au premier Novem
bre fuivant , le marc defdits Louis ne fera reçû
dans lefdits Hôtels des Monnoyes que fur le pied
de fix cens trente livres , le Marc d'Ecus fur le
pied de quarante- trois livres dix fols , & les autres
Efpeces & Matieres d'Or & d'Argent à proportion.
Veut Sa Majefté , qu'au premier Novembre
, le Marc de Louis ne foit plus reçû aux
Hôtels des Monnoyes que pour la fomme de fix
cens vingt- trois livres , & le Mare d'Ecus pour
quarante trois livres , les autres Efpeces & Matieres
à proportion . Ordonne Sa Majefté , pour
faciliter à fes Sujets l'occafion de fe défaire des
anciennes Efpeces & accelerer le recouvrement
de fes revenus , qu'à commencer du jour de la
publication du prefent Arreft , tous les anciens
Louis & Ecus & autres Efpeces d'Or & d'Argent
fabriquées dans les Hôtels des Monnoyes de Sa
Majefté , feront reçûs dans les Bureaux de Recettes
de fes deniers; Sçavoir, les Louis fabriquez
avant l'Edit du mois de May 1709, du poids de
cinq deniers fix grains , pour dix - fept livres fix
Tols chacun ; ceux fabriquez en confequence des
Edits
to 84 MERCURE DE FRANCE .
!
Edits des mois de May 1709. & Decembre 1715.
du poids de fix deniers neuf grains , pour vingtune
livres ; ceux fabriquez en confequence de
l'Edit du mois de Novembre 1716. du poids de
neuf deniers treize grains , pour trente une livres
dix fols ; ceux dont la fabrication a été ordonnée
par Edits des mois de May 1718 & Septembre
1720 du poids de fept deniers quinze grains ,
pour vingt cinq livres quatre fols , & ceux de la
derniere fabrication , du poids de cinq deniers
deux grains , pour feize livres feize fols , les
doubles & demis de tous lefdits Louis à proportion
Les Ecus fabriquez avant l'Edit du
mois de May 1709. du poids de vingt - un deniers
, pour quatre livres quinze fols ; ceux des
fabrications de 1709. & 1715. du poids de vingttrois
deniers dix- huit grains , pour cinq livres
fept fo's ; ceux des fabrications de 1718. &
de 1720. du poids de dix -neuf deniers , pour
quatre livres cinq fols fix deniers ; & ceux de la
derniere, fabrication , pour quatre livres trois fols
fix deniers , & c,
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de May , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 3. Juin
1726 .
HARDION.
TABLE
leces fugitives. Vers de l'Abbé de Villiers fur
Pleces
vicilieles
"
865
Ré
1085
1
Réponse du P. Caftel à M. de Barras ,
Chanfon Paftorale du Poëte Lainez ,
871
880
Lettre fur un point d'Hit , & de Geographie, 88
Salade Epicurienne , &c.
889
Lettre fur un endroit de l'Hiftoire des Juifs au
fujet de S. Jean Baptiste ,
Le Pinçon & la Fauvette , Fable.
891
Ibid.
900
Lettre du P. Caſtel à M. B. ſur les Mathematiques
,
L'Inconftance reciproque , Cantate.
,
୨୦୫ .
Explication d'un terme au fujet d'une ancienne
Danfe Ecclefiaftique abolie , 911
Etrennes au Lieutenant General de Police , 925.
Lettre d'un Philof. Gafcon au R P. Caftel , 929
Les Paffions , Ode de M. de la Vifclede , qui a
remporté , &c.
Article des Modes , Planche gravée ,
Placet au Mercure ,
Enigmes ,
Explication des Enigmes ,
glois , & c.
949
946
959
961
964
Nouvelles Litteraires . Siftême d'un Medecin An-
Ibid.
Lettres de la Marquife de Sevigné à la Comteffe
de Grignan fa fille ,
Service fomptueux de Vaiffelle d'argent ,
970
988
Lettre fur le Livre , intitulé Abregé de la vie
des anciens Philofophes .
Rentrée des Académies , & c.
Prix propofé par l'Acad.Royale des Sciences , 998
Programe de l'Académie de Bordeaux ,
Spectacles ,
Comedie du Taliſman , Extrait ,
Pyrrhus , Tragedie nouvelle , Extrait ,
Chanfons notées ,
994
995
1000
1001
1004
1023
1041
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie , &c.
Morts , & c .
1042
1053
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c
1054
1086
Benefices ,
Affaires du Palais ,
Morts , Naiffances , Mariages ,
1059
1060
-1068
Arrefts , Declarations , Sentences , & c. ( 1078
Ans le Mercure de Mars dernier , page 574
Dau haut de la page , après le 1. Vers , il faut
mettré celui- ci.
Charmer les Spectateurs ;
Par , & c.
A la page 447. ligne 17. du même Vol. en conduifant
, lifez en condamnant .
Errata d'Avril.
Page 850. attirent , lifex attire.
Page 808. ligne 2. du bas , voyez , lifez voici.
Page 809. ligne 3. n'auriez , lifez n'aurez.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 594. ligne 10. en deux , lifez ou deux.
Page 978. ligne 13. à la , lifez à fa.
Page 981. igne de rniere , les lifez le.
Page 988 ligne 22. Baux , lifex Boeufs.
Page 1009. ligne s . du bas , de lifez du.
Page 1023. 1. 6. du bas , Bouage lifex Boccago,
Page 1034. lignes de lifex du.
Page 1039. ligne 17. Peripatie , lifez Peripetic.
Page 1043. ligne 20. Pocobazinski , lifez Prcobafinski
.
L'Eftampe fur les Modes doit regarder la page
L'Air noté, page 1941
.953.
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
JUIN 1726 .
PREMIER VOLUME.
QUE COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
| GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy
รับ
L'AD
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inſtamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fols.
1087
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
JUIN. 1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE
SUR L'AMBITION..
Ource feconde d'injuftice ,
S Redou table Divinité ,
Qui veux le nous en facrifice ,
Nos jours & noterté;
1. vol. A ij
Du
1088 MERCURE DE FRANCE
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons - nous long- temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuſes !
Nos miferes les plus affrenfes ,
Sont l'ouvrage de tes forfaits,
St
Pour te fuir , l'équitable Aftrée ,
Se bannit de ces triftes lieux ;
La terre de fang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux,
L'aimable Paix & la Juſtice ,2
Fuyant le tumulte & le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quel les fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ,
Nous enfanglantions tes Autels .
M
Quelle erreur ! follement avides ,
De lafuprême autorité ,
Nous armons nos bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force jointe à l'injuſtice ,
L'A
1, vol
JUIN 1726. 1089
L'aveuglement & le caprice ,
Sont les feuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux temeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'être plus que leurs Tyrans.
M
Laiffe les Indiens tranquilles ,
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs ferviles ,
Veux- tu deshonorer Porus ?
Tyran que dévore l'envie ,
Quoi toute la Perfe affervie , !
Aton orgueil ne fuffit pas !
Vas-tu , des horreurs de la guerre ,
Remplir le reſte de la terre ,
Et dompter tous les Potentats ?
Acheve , cruelle Déeffe ,
De porter partout ta fureur ;
Que tous les Peuples foient fans ceffe ,
Remplis de trouble & de terreur .
7
Etends partout la tyrannie ;
Des fiers Peuples de l'Aufonic ,
I. vol. A iij Fais
1090 MERCURE DE FRANCE .
Fais des Maîtres de l'Univers ;
Toi , Rome , tremble pour toi- même ;
Du haut de ta grandeur fuprême ,
Je te vois tomber dans les fers.
Divinité , des plus finiftres ,
Les chutes des plus grands Etats
De tes fanguinaires Miniftres ,
Ne font pas les feuls attentats :
De la plus injufte victoire ,
Its fe font un fujet de gloire ,
Pour infulter à nos malheurs :
Et nous les voyons dans leur
Appeller du nom de courage ,
Les plus execrables fureurs.
rage,
Que n'ofe pas un coeur perfide ,
Dans fes tranfports ambitieux ?
Ciel ! quel horrible parricide !
Quel fpectacle frappe mes yeux.
Je vois tout un Peuple infidelle ,
Sur les pas fanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ;
1. vol.
JUIN. 1726. 1091
O fuccés plus noir que le crime !
La Tête d'un Roi legitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets .
Des horreurs qu'enfante la guerre ,
Periffejufqu'au fouvenir ;
Pour laiffer refpirer la terre ,
Themis & la Paix vont s'unir.
LOUIS guidé par la Prudence ,
Fera refpecter la puiſſance ,
Jufqu'aux plus reculez climats ;
Il ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des differends des Potentats.
*******************
RE'PONSE an Memoire de M. l'Abbé
de S. Pierre , fur les Spectacles , inferé
dans le Mercure du mois d'Avril
1726.
R l'Abbé de S. Pierre , dans fon
MMemoire pour rendre les Spectacles
plus utiles à l'Etat , nous propoſe
deux moyens pour y parvenir. Le pre-
1. vol. A iiij
mier
1
1092 MERCURE DE FRANCE.
mier , eft la maniere d'empêcher qu'on
ne prefente au Public de mauvaifes Pieces
, & de corriger ce qu'il y a de défectueux
dans les anciennes ; le ſecond ,
eft d'avoir des regles fures pour réüffir
dans les Ouvrages de Theatre.
A l'égard du premier, quelque beau
que paroiffe un projet dans la fpéculation
, il devient inutile, s'il n'eft pas poffible
de le reduire en pratique ; il peut être
comparé à un objet qui nous paroît magnifique
dans un point de vue éloigné ,
mais qui fe diffipe & le détruit à mefure
que nous en approchons , & nous fait regretter
de n'être plus placez dans cet endroit
, qui nous en donnoit une idée fi
avantageufe .
M. l'Abbé de S. Pierre propofe un confeil
de douze perfonnes , habiles Connoiffeurs
en Ouvrages de Theatre , à qui
chaque Auteur feroit obligé de préfenter
les Pieces , pour en être approuvées
ou rejettées , & éviter par-là le torrent
de mauvaiſes Pieces , dont nous fommes
tous les jours affaillis. Je me tiens trèsheureux
d'avoir pû penfer fur ce pointlà
comme lui , je m'étonne même que
cela ne foit pas établi depuis long- temps
chez une Nation auffi polie que la nôtre
car il eft affez bizarre , qu'un Auteur
, quelque habile qu'il puiffe être ,
1. vol.
Loit
JUIN. 1726. 1093
foit obligé de foumettre les Pieces au jugement
des Comediens , qui à la réferve
d'un petit nombre , ne peuvent fonder
leur décifion que fur une efpece d'efprit
de comparaifon , d'une multitude de Pieces
dont ils ont la tête remplie , avec
celle qu'on leur préfente ; ainfi un Auteur
foudroyé par un Arreft prononcé
par ce Senat , fe retire honteux fans pouvoir
en appeller. Je voudrois exiger encore
des Cenfeurs propofez , qu'ils fuffent
defintereffez ; & fans partialité :
car la plupart feroient Auteurs eux- mêmes
, ou Partifans d'Auteurs , qui voyent
de mauvais oeil les autres réüffir ; ce que
je dis n'eft pas fans fondement , l'experience
nous le prouve tous les jours .
Mais je ne puis être de l'avis de la
création de la Charge de premier Poëte,
qui auroit le foin de corriger & d'habiller
à la mode d'anciennes Pieces . 1°.
Par rapport au Poëte lui- même , tout le
monde fçait que la Nation des Poëtes
eft orgueilleufe , remplie d'elle- même
amoureufe de fes productions à un tel
point , que s'ils n'ofent pas dire qu'ils
ont égalé, & même furpaffé leurs Prédeceffeurs
, ils aiment du moins à le penfer;
ils fe rempliffent de cette idée avec
beaucoup de complaifance , & les regar
dent par confequent comme un obftacle
1. vel. A v
1094 MERCURE
DE FRANCE:
.
à leur parfaite gloire. Je crois donc que
c'eft fuppofer un être de raiſon , qu'un
Auteur qui veuille fe dépouiller de fes
propres talens pour relever l'éclat furanné
des Anciens , & employer fes veilles
pour nous faire trouver ces beautez
anciennes , toujours nouvelles. Les récompenfes
qu'il pourroit efperer de
ce penible & defagréable Ouvrage , ne
pourroient jamais balancer le facrifice
qu'il feroit au Public ; car la reputation
de l'efprit n'eft pas à mettre en parallele
avec le falaire qui ne tente que les
ames baffes. Il eft inutile de dire , que
les Pieces porteroient le nom du réformateur
, le Public fera toujours obftiné
à admirer Corneille , Racine , & c. ce
feront les Auteurs qu'on le plaira à reconnoître
, & le fecond Poëte n'aura que
la gloire d'avoir fait une Edition , revûë
, corrigée & augmentée , on n'en
impofera pas à la pofterité , dans l'efprit
defquels il paffera pour plagiaire. Quelque
Préface qu'il y mette , il lui fera impoffible
d'éviter ces inconveniens.
2º. Pour ce qui regarde la correction
, je ne crois pas , fi elle étoit poffible
, qu'elle fut du goût du Public : il
eft vrai que les goûts changent , que certains
vices regnent dans des temps qui
ne fubfiftent plus dans d'autres , que des
1. vol.
traits
JUIN. 1726. 1095
traits qui ont paru brillans dans de certaines
conjonctures , deviennent infipides
dans la fuite ; mais il faut confiderer
fi ces défauts à corriger font le fondement
de la Piece , ou s'ils n'y font
qu'acceffoires. S'ils en font le fondement ,
inutilement fe fatiguera-t'on à corriger
une chofe qui eft vicieuſe dans fon principe.
Il vaut beaucoup mieux travailler
fur nouveaux frais . S'ils ne font qu'ac
ceffoires , les gens de fon goût , fans s'arrêter
à ces minuties , fçauront toujours
difcerner le beau qui fera toujours beau .
Les Peintres confervent avec veneration
des morceaux défectueux des grands
Maîtres , fans ofer les finir , ni corriger
les défauts qu'ils y reconnoiffent. Je me
fers même de la raifon du changement
des goûts , pour faire connoître qu'il ne
faut pas toucher à ces anciennes Pieces
de Theatre car le goût change prefque
tous les 50, ans ; ainfi ce qu'on trou
vera bien corrigé préfentement , fera
regardé d'un autre ceil dans 50. autres
années par confequent en 200. ans la
Piece aura changé quatre fois : ajoûtez à
cela que les goûts étant auffi differens
que les vifages , les premiers Poëtes ne
feront pas plus exempts que les autres
hommes de cette variation. Cela ſuppofe
, telle chofe qui aura paru belle à l'un
1. vol.
A vj
dans
1096 MERCURE
DE FRANCE:
dans une Piece de Corneille , paroîtra
à l'autre digne d'être rayée , foit par
ce qu'elle lui paroîtra outrée , mife hors
de la place , ou quelque autre prétextes
de forte que , quand une Piece aura paſſé
par dix mains differentes , il n'y reftera
plus rien du tout de Corneille ; ce
fera un Ouvrage qui n'aura point de pere
pour en avoir eu un trop grand nombre
, qui par amour pour cette production
du premier pere en feront un
monftre hideux à la place du premier
chef-d'oeuvre .
,
Je demande maintenant à M. l'Abbé
de S. Pierre , fi dans la Republique Romaine
on avoit créé un pareil Officier ,
auroit- il maintenant le plaifir d'admirer
les beautez de Plaute , de Terence , &
de tous ces Sçavans des fiecles les plus
reculez ? Non ; car ceux qui fe feroient
trouvez en poffeffion de ces Charges , dans
les fiecles qu'on appelle d'ignorance ,
auroient eu le même privilege que M.
1'Abbé de S. Pierre veut attribuer à ces
nouveaux Officiers.
Je n'ai garde de trouver à redire aux
regles que M. l'Abbé de S. Pierre nous
donne pour les Ouvrages de Theatre ,
elles font juftes & fondées fur de bons
principes ; mais quelques belles & quelques
vraies qu'elles foient , je lui repre- I. vol.
Lenterai
JUIN. 1726. 10978
fenterai
cependant que les gens d'un goû
exquis , ne font pas les fouls qui frequen
tent les Spectacles
, qu'il faut avoir un
peu de condefcendance
pour ceux qui
n'ont pas des vûës fi relevées , & que
quelque beauté qu'il y ait dans le Mifantrope
de Moliere , l'Hôtel des Comediens
feroit fouvent vuide , fi on n'y
joignoit quelque chofe qui piquât la curiofité
du Public. Il faut comparer ce Pu
blic à un malade obftiné , qui ne prendra pas
de remedes falutaires , fi on n'a quelque
complaifance
pour fon goût dépravés on
aura beau fe recrier que c'eft une corruption
dans les moeurs , j'en conviens ;
mais , après tout , les Spectacles font pour
le divertiffement
du Public , autant que
pour fon inftruction
; fi vous ne lui donnez
que du fublime , que penfez -vous
que fera le bon Bourgeois
, il ira une fois
par curiofité à votre Piece ; fi vous voulez
l'engager à y retourner , il s'en débaraffera
, en vous difant que cela eft trop
beau pour lui. Ileft jufte d'en bannir tout
ce qui peut bleffer la bienfeance
& les
bonnes moeurs ; le Confeil des Douze ,
par les mains defquels pafferoient
toutes
les Pieces , remedieroit
à cela.
I. vol.
DAPH
1098 MERCURE DE FRANCE .
kikikik:
DAPHNI S.
CANTATE.
Ans un Jardin cheri de Pomone & de
D
Flore ,
Couché fur un gazon , près d'un Myrthe amoureux
,
Daphnis , le beau Daphnis , brûlé de mille feux ,
Attendoit l'objet qu'il adore.
Le murmure des eaux , & le chant de Progné ,
Ne faifoient qu'irriter fa vive impatience ,
Et fans ceffe rêvant au moment fortuné
Où fon coeur devoit voir ſon amour couronné ,
Des Echos d'alentour il troubloit le filence.
O Nuit , charmante Nuit ,
Hâte-toi d'effacer la clarté qui nous luit.
Quand de tes voiles fombres
Tu couvriras les Cieux ,
Iris doit fe rendre en ces lieux ,
A la faveur de tes ombres.
O Nuit , charmante Nuit ,
Hâte- toi d'effacer la clarté qui nous luit.
1. vol. Ainfi
JUIN. 1726. 1099
Ainfi parloit Daphnis. Dans le fein d'Amphitrite
,
L'Aftre brillant du jour , bien - tôt fe précipite.
La nuit à tous les yeux dérobe les couleurs ;
Et fans foin d'éclairer le Monde
Diane à fon Berger prodigue fes douceurs,
Dans cette obfcurité profonde ,
Iris vient , les cheveux négligemment épars ;
Venus lui donne fa Ceinture ,
Ce tiffu féduifant qu'a formé la Nature.
Elle attendrit fa voix , enflamme ſes regards ;
Elle l'armé furtout d'un gracieux foûrire ,
Et de ce doux refus qui charme & nous attire,
L'Amour , l'Arc à la main ,
La porte fur les aîles ,
Et fait dans le chemin
Naître cent fleurs nouvelles.
Les Jeux & les Plaiſirs ,
N'ofent quitter les traces .
Dans fon fein les Zéphirs
Vont careffer les Graces.
Que ne penetrent point les regards d'un Amant !
I. vol.
Daphnis
1100 MERCURE DE FRANCE.
Daphnis la voit de loin , & vole en ce moment,
S'enyvrer du plaifir que cauſe fa prefence.
Alors les enchaînant par des liens de fleurs ;
Goûtez , leur dit l'Amour , mes plus tendres faveurs
,
Vous êtes feuls ici , je fuis d'intelligence.
Soudain éteignant fon flambeau ,
Ce Dieu les livre en proye à toute leur tendreffe ,
Et jettant dans les airs mille cris d'allegreffe ,
Va conter à Paphos un triomphe ſi beau.
Vous qui dans un lieu folitaire
Confondez ves tendres foupirs ,
Le filence & le doux myſtere
Augmentent encor vos plaifirs.
On n'eft presque jamais fans crainte ,
Lorſque l'on eft prêt des jaloux ;
Et l'Amour qu'on tient en contrainte ,
Perd fes agrémens les plus doux.
Vous qui , &c.
Ces Paroles font de M. Cocquard ,
& la Mafique de M. Collet de Dijon.
1. vol.
RE
JUIN 1726. 1101
333333333K
REPONSE à l'Auteur d'une Lettre
anonyme fur l'Immenfité & l'Infinité
du Monde , addriffée aux Auteurs du
Mercure
N
Ous recevons fouvent des Pieces
accompagnées de Lettres anonymes
, où dont les noms de ceux qui nous
les adreffent font vifiblement fuppofez .
Ces Pieces pechent ordinairement contre
quelqu'une des Regles que nous nous
fommes prefcrites dans la compofition
de notre Journal , & en ce cas , nous
fommes obligez de les fupprimer . Telle
eft la Lettre d'un Profeffeur de Philofophie
à un de fes Amis , fur l'Immenfité
& l'Infinité du Monde. Lettre qui nous
a été addreffée pour la feconde fois avec
une autre pour nous , fignée Laurent
Valbrock , dans laquelle on nous fait des
reproches fur l'omiffion faite d'imprimer
dès la premiere fois cette Lettre
Philofophique , & des inftances pour
l'inferer , s'il eft poffible , dans le premier
Journal , priant auffi de faire part à
l'Auteur, pár la même voye, des difficultez
qu'on pourra lui faire fur fon Systême.
Nous fommes fâchez de ne nous pas
1. vel. trouver
tro2 MERCURE DE FRANCE.
trouver dans cette poffibilité , & d'être
obligez de déclarer au fçavant Auteur ,
que nous avons crû voir dans fa Lettre
des principes & des raifonnemens propres
à furprendre des Lecteurs peu éclairez
, & une Phyſique qui ne s'accorde
pas avec celle de l'Ecriture. De plus
comme nous pouvons errer nous- mêmes
dans nos jugemens , nous avons communiqué
la Lettre en queftion à quelques
perfonnes intelligentes fur ces matieres ,
& elles ont approuvé le parti que nous
avons pris là -deflus :Voici ce qu'un * Sçavant
du premier ordre nous a fait l'honneur
de nous en marquer. En rapportant
fon fentiment , nous donnons à l'Auteur
une partie de la fatisfaction qu'il nous
demande.
"Je vous renvoye l'Ecrit fur l'Im-
» menfité du Monde. L'Auteur a raifon
» de dire que le fentiment de M. D. eft
» plus dangereux que le fien ; mais fon
» fentiment n'eft ni bien fondé ni exempt
» d'affinité avec le Spinofifme. Toute
» cette prétendue Immenfité n'eft établie
»que fur des illufions de l'imagination
contre laquelle les Cartefiens crient
»fort haut, fans ceffer d'être fes efclaves.
» Le monde n'eft point immenfe , je le
» démontre , chaque partie du Monde
* Le R. P. Tournemine.
I. vol .
»peut
JUIN. 1726. 1103
peut être mefurée : les mefures de tou-
»tes les parties raflemblées donneront la
>> meſure du Monde : le Monde peut
> donc être meſuré , donc le Monde n'eſt
>> pas immenfe.
» Mais ce qui eft au-delà du Monde ,
qu'eft-ce , Efprit ou Corps ? Au- delà
»du Monde il n'y a rien , mais il peut
»y avoir d'autres Mondes , quand il plaipra
à Dieu de les créer , d'autres Corps
» quand il plaira à Dieu de les y placer.
» Si j'étois aux dernieres extremitez du
»Monde , je pourrois étendre ma main
>> au-delà de ces limites : ma main feroit
» alors dans le vuide. Ne parlons point
» d'eſpaces imaginaires , c'eſt un phanto-
>> me de mon imagination ; mais difons
» qu'au- delà du Monde , il n'y a point
» d'étendue actuelle , qu'il n'y a rien ,
mais que Dieu peut y créer ce qu'il
» lui plaira , & que les divifions , les
»mefures que je me figure dans ce vui-
» de , ne font pas dans le vuide même ,
» mais dans mon imagination , qui com-
»pare entr'eux les Corps que Dieu peut
» créer dans ce vuide , & les diſtances
» poffibles de ces Corps .
"
» La faine Philofophie qui fe défie de
»l'imagination , eft d'accord dans ce Syf-
>> me , avec la Religion & l'Ecriture .
1. vol. EPI1104,
MERCURE DE FRANCE.
**:*XXXXXXXXXX :XX
EPIGRAMME A SILVIE.
LEs plus doux inftants de ma vie,
Ont commencé fous vos aimables loix ;
C'eft de vous que mon coeur , adorable Silvie ,
Apprit à foupirer pour la premiere fois.
Pour chanter ma flâme naiffante ,
J'appris à compoſer des Vers ,
Et de ma Mufe bégayante
Les effais vous furent offerts ;
Vous avez de mes feux lieu d'être fatisfaite ,
Et je ferois un grand Poëte ,
Si ma Muſe , juſqu'à ce jour ,
S'étoit accrue ainſi que mon amour.
Par M. Devaulx . B.
www
TT
1. vol. LETJUIN.
1726. 1105
Maaaaaaaaakkk
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , à M .... fur
les fauffes Apparitions , où il fait voir
quelles en font les caufes ordinaires
comment on peut les reconnoître & ce
qu'il convient de faire pour les diffiper.
N
Otre ancien ami , Monfieur , m’étant
venu rendre vifite ces jours
paffez , il me dit que la derniere fois qu'il
vous avoit vû , la converſation n'avoit
prefque roûlé que fur les Apparitions
des Efprits , qui eft un fujet fur lequel
prefque tout le monde a quelque chofe
à dire & comme dans la converfation
on avoit avancé que j'avois raiſonné beaucoup
fur cette matiere l'année derniere ,
à l'occafion d'une jeune fille de cette
Ville qui difoit voir fa foeur , morte depuis
deux ans ; vous l'aviez inftamment
prié de m'engager à vous mander ce que
je penfe fur ces fortes d'Apparitions.
Puifqu'il nnee mm''eefftt pas poffible de vous
rien refufer , je vous dirai donc , Monfieur
, qu'il faut avoüer , que Dieu permet
quelquefois aux ames des deffunts
d'apparoître à ceux qui font vivans ,
pour leur apprendre des chofes qu'il juge
∙1. vol. devoir
$106 MERCURE DE FRANCE .
devoir leur être annoncées par ce moyen
extraordinaire. Chacun fçait l'Apparition
de Samuël à Saül pour lui faire de
Juftes reproches de la part du Seigneur ,
& pour lui annoncer la mort prochaine.
Nous voyons dans le Nouveau Teftament
que plufieurs morts fortirent de
leurs tombeaux , & qu'ils apparurent à
differentes perfonnes dans la Ville de
Jerufalem après la Réfurrection du Fils
de Dieu , pour confirmer la Divinité du
Meffie , la verité de fes promeffes , &
en particulier de fa Réfurrection.
On ne peut difconvenir que depuis ce
temps - là , Dieu n'ait encore permis quelques
Apparitions des ames des deffunts
pour de juftes fujets . Celle de Dinocrate
, frere de fainte Perpetuë , qui lui
apparut dans un fonge , de maniere à
lui faire comprendre qu'il lui demandoit
des Prieres pour être délivré des peines
du Purgatoire , eft tellement authoriſée
de l'antiquité , & fi autentiquement reconnue
pour vraye par Saint Auguſtin ,
que perfonne n'oferoit en contefter la
verité. Il fe peut donc , que des ames
des perfonnes deffuntes puiffent quelquefois
apparoître à ceux qui font vivans ,
afin d'être foulagées dans leurs peines
par le moyen de leurs Prieres ou d'autres
bonnes oeuvres.
1. vol. *Mais
JUIN. 1726.
1107
Mais parce que l'efprit humain eft
naturellement fujet à fe tromper , que
plufieurs ont une imagination aifée à fe
troubler , & qu'on eft louvent prévenu
que ces fortes d'Apparitions font fréquentes
, cela qui fait que plufieurs s'imaginent
avoir des vifions qui ne font
neanmoins qu'un pur effet du dérangement
de leur cerveau : ce qui fe juftifie
tous les jours , lorfqu'on vient à exami
ner ces prétendues Apparitions avec un
peu de pénetration & de difcernement,
ainfi que vous l'allez voir par le récit
que je vais vous faire de celles dont j'ai
eu une parfaite connoillance.
La premiere fut à une Servante, qui s'imagina
voir un efprit , fous l'apparence
de quelque chofe de blanc qui fe prefentoit
à elle chaque jour , précisément à
une heure après minuit. Ayant été témoin
des larmes qu'elle verfoit & des
cris qu'elle faifoit à l'afpect de ce prétendu
Spectre , je jugeai par la couleur
enflâmée de fon vifage , par fon embonpoint
& les infomnies qui précedoient
cette vifion , que le refoûlement du fang
vers la tête , étoit l'unique caufe de ce
trouble de fon imagination : je lui fis faire
une ample faignée ; & ayant empêché
que perfonne ne lui en parlât , pour ne
pas lui en renouveller l'idée , elle dor-
1. vol.
mit
1108 MERCURE DE FRANCE .
mit tranquillement dès la nuit fuivante ,
& il ne fut plus parlé de cet efprit.
Une autre fois je fus confulté touchant
une femme qui difoit voir chaque jour
à midi , un Esprit en figure d'homme ,
vêtu de gris , avec des boutons jaunes ,
lequel , à ce qu'elle difoit , la maltraitoit
très-fort , lui donnant de grands foufflets ,
& qui paroiffoit d'autant plus certain ,
qu'une de fes voifines proteftoit qu'ayant
mis fa main contre la jouë de cette femme
,dans le temps qu'elle fe difoit maltraitée
, elle avoit fenti que quelque chofe
d'invifible lui repouffoit fortement la
main. Comme il me fut dit que cette
femme étoit veuve , & qu'elle n'avoit que
vingt- cinq ans , je conclus qu'il convenoit
de lui faire une faignée du pied ,
avec la précaution de lui en cacher le
motif; ce qui ayant été adroitement executé
, l'Apparition s'évanoüit.
Il arriva peu après qu'une fille , fe
trouvant attaquée de vapeurs & affoiblie
de maladies , voulut me perfuader que
les douleurs qu'elle fouffroit de fois
à autres , & les contorfions que fon mal
lui faifoit faire , lui étoient caufées par
fa mere qui étoit morte depuis quelque
temps ; ce que fes parens confirmoient
par le bruit extraordinaire qu'ils difoient
entendre dans la maifon toutes les nuits :
1. vol.
comme
JUIN 1726. 1109
comme je ne doutai aucunement que leur
feule prévention produifoit toutes ces
idées , je les diffipai abſolument, en les
raillant fur cette extravagante penſée, &
tous ceux qui étoient affez fimples pour
les croire. Ayant pareillement été confulté
touchant une autre femme qui croyoit
voir fon neveu , mort à l'armée , lequel,
à ce qu'elle difoit , la prioit de lui faire
dire des Meffes dans certaines Eglifes ;
je diffipai encore cette Apparition , en n'en
tenant aucun compte, & empêchant même
qu'on ne dît ces Meffes dans ladite
Eglife, pour les détromper plus efficacement
, ce qui réüffit parfaitement, & cette
prétendue Apparition dégenera en vapeurs
hyfteriques très violentes.
Une bonne femme fort âgée m'étant
venu trouver , me dit que toutes les nuits
un Esprit la tourmentoit , lui tirant les
couvertures de fon lit ; je vis bien que
cette idée ne venoit que de la foibleffe
de fon âge, & qu'elle n'avoit befoin que
d'être fortifiée , & que fon imagination
fuft raffermie ; ce que je fis en lui promettant
de lui donner une Eau Benite faite
exprès contre les malins efprits , l'affeurant
que dès le moment qu'elle en auroit
jetté fur fon lit & dans fa maiſon ,
ils n'en approcheroient jamais. En effet
la fermeté avec laquelle je l'affurai de la.
I. vol. B. réüffite
TITO MERCURE DE FRANCE.
réüffite , les petits myfteres dont j'ufai
pour lui donner cette Eau , qui étoit de
Î'Eau - Benite ordinaire , ce que je lui dis
d'obferver en la jettant fur fon lit , tout
cela réüffit de telle forte , qu'elle me vint
remercier quelques jours après , & me
dire que fes frayeurs étoient diffipées ',
& qu'il ne lui étoit plus rien arrivé depuis
qu'elle avoit fait ce que je lui avois dit.
Enfin la fille qui l'année derniere difoit
dans cette Ville fa foeur lui apparoiffoit
, s'étant auffi adreffée à moi , je reconnus
aifément que cette Apparition
n'avoit pas d'autre caufe que l'âge de dixhuit
ans qu'elle avoit, & la fituation où
elle fe trouvoit , ce qui demandoit qu'on
lui fift les remedes convenables ; mais
au lieu de cela , ayant fait de fuite plufieurs
pelerinages , le mouvement qu'elle
fe donna par ce moyen ayant eu le même
effet que les remedes auroient pû
produire , l'Apparition cefla en même
temps.
que
Je vous rapporte , Monfieur , tous ces
faits , afin que vous foyez perfuadé , que
prefque toutes ces fortes de vifions ont
leur fource dans une imagination dérangée
; mais je ne doute pas que vous ne fou
haitiez que je vous dife comment il fe peut
faire qu'une perfonne conferve tout fon
bon fens , & néanmoins qu'elle croye voir
I. vol.
ce
•
JUIN. 1726.
ce qu'elle ne voit pas , entendre ce qu'elle
n'entend pas , & fenti: des coups qu'on
ne lui donne pas : c'eft cependant , ivions
feur , ce qui ne doit pas vous furprendre
, puifque la même chofe arrive tous
les jours aux Hypocondriaques , lefquels
fe croyent voir eux-mêmes fort differens
de ce qu'ils font ; quoique d'ailleurs ils
confervent auffi tout leur bon fens , lorfqu'il
s'agit de raifonner fur toute autre
chofe.
Celui qui s'imaginoit avoir un nez
d'une longueur prodigieufe , croyoit avoir
certainement ce merveilleux nez s'étendre
fort loin hors de fon vifage. Celui
qui fe croyoit de verre , croyoit fans
doute voir fon corps & tous fes membres
transformez en verre. Celui que
j'ai vû qui croyoit que toutes les dents
étoient continuellement prêtes à tomber ,
ce qui l'obligeoit à les toucher & à les
regarder fans ceffe dans un miroir , n'avoit
cette inquiétude , que parce qu'il.
croyoit les fentir vacillantes , quoique
réellement elles fuffent bien fermes ; hors
de-là néanmoins c'étoit un homme fort
raifonnable. Enfin la Parente de S. François
de Sales , dont il eft parlé dans fa
Lettre 23. Liv. 2. qui croyoit être ref
tée enceinte après la mort de fon mari ,
& qui après avoir crû fouvent fentir fon
... I. vol.
Bij enfant
1112 MERCURE DE FRANCE .
enfant , cria pendant tout un jour & une
nuit , croyant par un pur effet de fon
imagination , fentir les douleurs de fon
prétendu enfantement , ne laiffoit pas
que d'être hors de- là fort raifonnable.
Oui , Monfieur , l'Hypocondriafme &
toutes les fauffes Apparitions viennent à
peu près de la même ſource . Voici comme
cela fe fait . Vous fçavez que nous
ne voyons les objets qui font hors de
nous , qu'à la faveur de la lumiere dont
les rayons , après être tombez fur l'objet ,
fe réflechiffent vers nos yeux ; & en ayant
pénetré les parties tranfparentes , vont
frapper & ébranler d'une maniere particuliere
les fibres ou petits filets du nerf
optique qui tapiffent le fond des yeux ,
& qui y forment ce qu'on appelle la
retine ; alors les efprits animaux qui réfident
dans ce nerf , fe trouvant agitez
& inquiétez par cet ébranlement , refluent
impetueufement vers leur fource
, en fuivant la direction des diverfes
fibres qui fe trouvent agitées par cette
efpece de fuite , paffant avec impétuofité
à travers les petits canauxqui compofent
la racine fibreufe de ce nerf ; ils s'y ou
vrent de nouveaux paffages , par lefquels
ils rentrent dans leur commun réſervoir :
& voilà juſtement ce qui donne à l'ame
l'idée particuliere de l'objet qui frappe I. vol.
les
JUIN. 1726. 1113
yeux ; car ces efprits paffant par ces nouvelles
ouvertures , y font à peu près le
même effet que les rayons du Soleil ,
lefquels pafferoient à travers des trous
d'épingle dont on auroit formé quelque
figure fur du papier, & qui iroient porter
cette même figure fur un plan oppofé .
C'est donc cette impreffion lumineuſe &
figurée , portée ainfi dans le cerveau ,
qui devient l'occafion fpeciale de l'idée
que l'ame reçoit de l'objet qui eft vû
par les yeux.
Quand cette idée s'eft ainfi formée ,
c'eſt par les defirs de l'ame qu'elle fe
renouvelle enfuite, & qu'elle fe conferves
car felon l'ordre établi de Dieu pour
la fubfiftance de l'homme , dès le moment
que l'ame defire de percevoir cette
idée , au même inftant les efprits qui fe
trouvent vers l'extremité exterieure du
nerf optique , refluant en dedans & directement
dans les mêmes traces ou ouvertures
qui ont premierement formé
cette idée , ils les r'ouvrent ; & en les
r'ouvrant , ils rendent de nouveau cette
idée très - prefente à l'ame. Enfin
ce font ces retours réiterez qui entretiennent
ces traces & les confervent ,
pendant que tout au contraire , elles fe
renferment peu à peu , fi ces efprits n'y
font pas rappellez de temps en temps ,
J. vol. Bijj ce
>
1114 MERCURE DE FRANCE .
ce qui fait qu'alors l'idée de l'objet fe
diffipe auffi peu à peu.
Ceci pofé , Monfieur , voici de quelle
maniere fe font les fauffes Apparitions ,
Comme c'est le retour précipité des
efprits animaux , contenus dans les nerfs
vers le centre du cerveau , où eft leur
commun refervoir , qui eft la caufe des
diverfes idées que l'ame reçoit par les
fens , il s'enfuit que plus ces efprits refluent
avec rapidité pour tracer une idée,
plus cette idée eft forte , parce que les
traces & les ouvertures de l'extremité
des nerfs qui la produifent , font plus ouvertes
& plus dilatées ; de forte que fi
ces efprits viennent par hazard à refluer
avec autant de force qu'ils en ont eu
quand un objet exterieur les a agitez ,
c'est alors que refluant par les mêmes
' traces avec la même vivacité , l'idée en
paroît auffi forte que fi elle étoit formée
par l'objet même , & c'eft à ce moment
qu'on croit voir ou fentir réellement la
chofe ; voilà juftement ce qui caufe les
fauffes apparitions . Il s'agit maintenant
de fçavoir par quel moyen les efprits
animaux acquiérent cette force , & pourquoi
les traces qui forment ces idées
s'ouvrent quelquefois de la forte.
Vous fçaurez , Monfieur , que cela arrive
premierement par le refoulement
I. vol.
trop
JUIN. 1726. ·
trop violent de ces efprits vers la tête ;
car pour lors s'y trouvant en trop grande
abondance , s'il arrive que l'ame rappelle
tout-à- coup par une efpece de furpriſe
dans les traces qui produifoient certaine
idée , il fe peut faire qu'ils y refluent
avec une telle précipitation & fi abondamment
, qu'ils les ouvrent autant qu'elles
le pourroient être par l'objet même
que l'idée reprefente ; cela étoit ainſi à
l'egard de la Servante & de la jeune Veuve
dont j'ai parlé cy - deflus. On con--
noît les perfonnes en qui cela fe fait de
la forte , par la couleur rouge & vermeille
de leur tein , par leur embonpoint
, le brillant de leurs yeux , leur
jeune âge & leur infomnie , & on y
peut apporter remede par d'abondantes
faignées , particulierement celles du pied,
par un regime de vivre rafraîchiſſant ,
de fréquens bains des jambes dans l'eauchaude
, & leur tenant le ventre toûjours
libre.
La feconde chofe qui donne aux efprits
cette force non accoûtumée , & qui caufe
de prétendues Apparitions , font les mouvemens
fubits de crainte & de frayeur
qui arrivent quelquefois par hazard lorfqu'on
vient à penser à quelque chofe
d'affreux , fur tout quand cela fe rencontre
dans une perfonne dont les efprits
I. vol.
B iiij font
1116 MERCURE DE FRANCE.
font naturellement difpofez à fe refugier
à leur centre. Car c'eft le propre de la
crainte & de la frayeur de rappeller précipitamment
les efprits au- dedans ; on le
voit affez par la pâleur du vifage , par
l'abbatement du corps , & les tremblemens
qu'elle cauſe. D'ailleurs il y a certaines
indifpofitions qui produisent dans
les humeurs des particules comme veneneuſes
, dont les efprits animaux ont
une espece d'horreur , & c'eft ce qui
produit la trifteffe naturelle de certaines
perfonnes, & ce qui difpofe ces efprits
à fe refugier plus facilement & avec plus
de rapidité vers leur centre. S'il arrive
donc que dans ces perfonnes il fe forme
quelque idée affreuſe , le mouvement de
crainte qu'elle cauſe étant joint à la difpofition
de leurs efprits , fait qu'ils en
ouvrent les traces avec autant de force
que fi la chofe qui fait peur étoit préfente.
Les infirmitez
qui caufent
cette
difpofition
des efprits , font dans les femmes
le dérangement
de leurs regles , dans les hommes
, la fuppreffion
du flux hemoroidal
& le mal hypocondriaque
,
ce qui fe connoît
par les fignes qui dé- notent
ces maladies
, & ce qu'on peut
guérir par les remedes
qui conviennent
à ces maux. La femme
dont j'ay parlé ,
aux vifions
de laquelle
fuccederent
des I. vel.
vapeurs
JUIN. 1726. 1117
peurs, & fa fille qui en étoit attaquée ,
étoient dans ce cas- là .
Enfin les fauffes Apparitions peuvent
venir encore du peu de fermeté des fibres
qui compofent les racines des nerfs ;
parce qu'avec fi peu de violence que les
efprits y refluent , ils y dilatent extraordinairement
les traces par lefquelles
ils paffent , à caufe du peu de réfiftance
qu'ils trouvent dans les fibres , ce qui
rend l'idée auffi forte que fi elle venoit
de la prefence de l'objet. La vieille femme
dont j'ai parlé , étoit dans cette ſituation
, la même chofe peut arriver aux
enfans comme aux perfonnes fort âgées ,
à ceux qui fe trouvent fort affoiblis ,
foit
par maladies on par des abftinences , des
aufteritez ou des travaux exceffifs , ou
enfin par des études , des applications
d'efprit trop violentes . On peut y donner
remede en fortifiant & ranimant ces
perfonnes par de bonnes & fucculentes
nourritures , jointes au repos & à la tranquillité.
Il est encore bon de fçavoir que de
telle maniere & par telles caufes que
les fauffes Apparitions , arrivent , il convient
toûjours pour les diffiper , d'empêcher
le plus qu'il eft poffible , les efprits
de refluer dans les traces qui les ont produites
: ce qu'on peut faire en empêchant
1. vol.
By qu'ou
1118 MERCURE DE FRANCE :
A
qu'on en parle aux perfonnes qui en font
frappées , & qu'elles n'en parlent pas
elles - mêmes , les détournant d'y penfer ,
foit en les raillant , & en leur en faifant
honte , foit en les occupant beaucoup
d'autres chofes , ou en les engageant à
faire quelques voyages en compagnie ,
car par tous ces moyens , les empêchant
de renouveller ces idées , cela fait que
les traces trop ouvertes fe referment peu
à peu
, & que l'ame n'eft plus frappée de
ces fauffes apparitions . Je fuis , & c.
A Eu le 29. Septembre 1725.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
TRADUCTION de l'Ode cinquième
du premier Livre d'Horace.
Q
Quis multâ Gracilis , &c.
Uel eft ce beau Garçon qu'avec un foin extrême
,
D'effences on a parfumé ?
Dans ce charmant reduit , s'il me fait voir qu'il
t'aime ,
Tu m'apprens qu'il eſt trop aimé.
M
Tu releves pour lui ta blonde chevelure ,
Tu recherches les agrémens ,
I. vol.
Toi
JUIN. 1726. 1119
Toi qui fans employer l'éclat de la parure ,
Enchantes fi bien tes Amans.
Que je le plains ! combien il pleurera de rage ,
Combien il fechera d'ennui ,
Quand il reconnoîtra par un fubit orage ,
Que les Dieux font changez pour lui !
If penfe que ta foi fera toujours durable ;
Il ne prévoit aucun revers ;
Celui- là , Cleanthis , eft cent fois miferable ,
Qui s'expofe à porter tes fers.
Pour moi , qui , fecondé de ma bonne fortune ,
Suis à peine échapé de l'eau ,
J'ai placé mes habits au Temple de Neptune ;
Mon voeu s'y lit dans un tableau.
D *
z. vol.
B.vj EX- vi
1120 MERCURE DE FRANCE.
冷藏經慈慈
EXTRAIT d'une Explication nouvelle
de l'Epitaphe de Poiffy,par le R. P. H
inferée dans les Memoires de Trévoux ,
du mois de Mars dernier , & de ce
qu'il dit des noms de quelques Fils de
France de la troisième Race : à quoi on
a joint quelques Remarques .
Omme les diverfes Explications de
Cl'Epitaphe de Poiffy , que vous avez
mile , Meffieurs , dans votre Mercure
ont donné lieu au R. P. H. de l'expliquer
auffi , & d'une maniere toute nouvelle
, vous jugerez , fans doute , que
fon interpretation y doit pareillement
avoir place. Ce fçavant homme prétend.
que les mots , Buftorum Comitum cujufdan
nomen avitum , gratia dat reliquo,
fignifient : cy gifent deux Comtes de Villes
brûlées ou réduites en cendres. L'un d'eux
avoit le nom de fon Ayeul ( Philippe )
l'autre qui eft resté , c'est- à- dire , qui a
vêcu quelques années après lui, quoiqu'ils
faffent nez enfemble , marquoit par fon
nom ( de Jean, qui fignifie gracieux ) qu'il
étoit né par une grace particuliere , étant
le feconl jumeau : & trois chofes lui ont
fait découvrir un fens fi caché,
1 , upl
La
JUIN. 1726.
1121
La premiere eft , que le mot buftum,
qui fignifie un bucher pour reduire les
chofes en cendres , a été employé dans le
même fens par Pline , qui , parlant de
la Ville d'Engudda, que Vefpafien avoit
brûlée après celle de Jerufalem , dit que
par là elle étoit auffi comme elle devenue
un bucher. Engudda oppidum fuit
fecundum ab Jerofolymis fertilitate ; nuns
alterum buftum.
La feconde chofe eft , que les Villes
du Mans & d'Evreux , deflors chef- lieux
de Comté , perirent femblablement par
le feu que Philippe- Augufte y fit mettre:
celle- là en 1189. celle- ci en 1194.
Et la troifiéme eft , que Jean , fils de
Louis VIII. fut Comte d'Anjou & du
Maine , & par confequent , qu'il doit
être le Jean de l'Epitaphe , qui eut le
même Roi pour pere. Or comme après
le Mans , on ne voit point pour ce tempslà
d'autre Ville avec titre de Comté , qui
eut été brûlée que celle d'Evreux, il faut
donc que ce foit ce Comté d'Evreux que
le Philippe de l'Epitaphe aura eu en appanage.
A la verité tout cela femble s'ajuftes
merveilleufement bien cependant comment
pouvoir accorder cette Explication
avec le teftament de Louis VIII . du
mois de Juin 1225. que le P. Daniel a
La vola mis
1122 MERCURE DE FRANCE.
mis à la fin de l'Hiftoire du Regne de ce
Prince ? car ce ne fut que par cet Acte
qu'il regla les appanages de les enfans . Il
donna à fon fecond fils le Comté d'Artois,
à fon troifiéme fils les Comtez d'Anjou
& du Maine , à fon quatriéme fils le Comté
de Poitou : & il ordonna que fon cinquiéme
fils & les autres qui pourroient
naître feroient deſtinez à l'Etat Ecclefiaftique.
Ainfi le Philippe de l'Epitaphe ,
* Le P. Daniel veut , après Du Tillet , que
Jean , fils de Louis , foit ce cinquiéme fils , &
parce que deux ans aprés il fut accordé à
titre de Comte d'Anjou & du Maine avec Yoland
, fille de Pierre le Maucler , Duc de Bretagne
, il croit qu'en fa faveur Louis aura par
quelque codicile changé les difpofitions de fon
teftament , comme s'il ne répugnoit pas de fuppofer
fans titre , que Louis eût ôté un appanage
fon troifiéme fils pour le donner au cinquié
me, & principalement pendant leur enfa ice.
Ainfi il doit être conftant , & par ce teftament,
& par ce Traité de Mariage , que Jean étoit
alors le troifiéme fils de Louis , & que Charles
devenu Comte d'Anjou & du Maine après la
mort de ce Jean , & encore depuis Roi de Sicile
, étoit le cinquiéme fils que le pere confacroit
à l'Eglife , qui eft ce que croyent tous les
Genealogites modernes . Il eft de plus à remar
quer , que le troifiéme fils de Louis n'étoit préferé
pour ce Mariage à fon fecond fils , l'un &
l'autre étant encore enfans , que parce que l'alliance
d'un Comte d'Anjou & du Maine convenoit
bien mieux à un Duc de Bretagne que
d'un Comte d'Artois.
celle
"
*I . vol.
qui
JUIN 1726. .1123.
qui étoit décedé avant ce teftament , étoit
donc mort fans avoir eu de Comté , puif
qu'il feroit contre toute vrai - femblan
ce , qu'il eut eu un partage avant le fe
cond fils de Louis , dont il étoit cadet ,
furtout l'un & l'autre étant encore enfans.
Les Fils de France, n'avoient point
alors , comme à prefent , befoin de noms
d'appanages pour être bien connus , &
par cette raifon on ne fe hâtoit point de
leur en donner , leur nom de Baptême,
& leur qualité de Fils du Roi les diftinguant
toujours affez , comme il fe pratique
encore en Espagne.
Il y auroit plufieurs autres objections
à faire contre cette nouvelle Explication
du R. P. H. mais on ne doutera pas qu'il
ne s'en tirât facilement , s'il donne une
bonne folution de celle- la , qui eft la plus
forte.
L'habile J. obferve enfuite , à l'occafion
du Philippe de l'Epitaphe , que pendant
près de deux cens cinquante ans ,
nos Rois de la Race prefente furent dans
l'ufage de donner les noms de Philippe &
de Louis à leurs deux premiers enfans.
Il demande la caufe de leur attachement
à ces noms , que Louis le Jufte & Loüis
le Grand rétablirent au fiecle paffé ; &
elle meriteroit bien , dit- il , que nos Hiftoriens
s'appliquaffent à la rechercher.
1. vol.
Mais
1124 MERCURE DE FRANCE .
Mais qui en eft plus capable que lui ;
que l'on fçait avoir fait l'Hiftoire de nos
Rois des trois Races par les Médailles
qui en font la fource la plus certaine ,
quand on en a la clef ? Il pourroit bien
même avoir déja trouvé le myſtere dont
il s'agit , & n'en propofer la recherche
aux autres Hiftoriens François , que pour
avoir le plaifir de voir , s'ils le découvri
roient auffi . Quoiqu'il en foit , il feroit
toujours fort à fouhaiter qu'il ne differât
pas davantage à publier cette forte d'Hif
toire , que nul autre que lui n'a ofé tenter
, où l'on apprendra tant de faits nouveaux
, & qu'il lui convient fi bien de
faire paroître fous le regne de notre jeune
Monarque.
Cependant , en attendant , ou qu'il
veüille bien lui-même nous marquer ce
qu'il faut penfer des deux noms en queftion
, ou que les habiles Hiftoriens , qu'il
provoque là-deffus , daignent nous en
inftruire , ne pourroit-on point croire
par provifion , que ce feroit l'inclination
particuliere des peres ou des meres ,
peut- être auffi celle de la Nation , qui
les auroit fait impofer aux deux Princes
qui les premiers les ont portez ? car ce
ne font pas toujours des noms d'Ancêtres
qu'on donne aux enfans des Rois ,
& témoin ceux d'Alexandre & d'Her-
&
1. vol.
cules
JUIN 1726. 1125
cules , qu'eurent d'abord les deux der
niers fils de Henri II. & qu'on changea
depuis en ceux de Henri & de Franfois
, lorfqu'on vit qu'ils pourroient parvenir
à la Couronne. Ainfi on ne peut
pas toujours appercevoir la veritable raifon
de leurs noms .
On voit bien , par exemple , que Robert
, fils de Hugues Capet , dont parle
l'Auteur , devoit fon nom àfon Bifayeul
& à fon Trifayeul , & que Hugues
étoit redevable du fien à fon pere ,
qui il pouvoit avoir été donné en memoire
du celebre Abbé Hugues , Duc de
France , qu'on conjecture avoir été fon
grand oncle paternel . Le nom de Henri
, fils de Robert , venoit encore manifeftement
de l'Empereur Henri l'Oy .
feleur , ayeul maternel de Hugues Capet
, & d'autant plus que ce nom avoit
déja été donné à un Duc de Bourgogne,
frere du même Hugues. Mais pour le
nom de Philippe , impofé au fils aîné
de ce Henri , comme on ne le voit point
dans fa Genealogie , & que dans l'Hiſtoire
il faut remonter jufqu'à l'Empereur
Philippe , mort l'an 249. pour le
rencontrer fur la tête d'un Souverain
on fe fent forcé de l'attribuer à quelque
prédilection , ou même , fi on veut , à
quelque caprice. Auffi un Auteur con-
I. vol.
tem1126
MERCURE DE FRANCE
temporain , dit- il , dans la Chronique
d'Ingulfe , Abbé de Croiland en Angle
terre , que Henri avoit choiſi le nom de
Philippe , à caufe qu'il étoit fort commun
parmi les François Et c'eft en quoi pour
tant il exageroit beaucoup : car il étoit
feulement vrai , que ce nom que les
François, fembloient auparavant ne pas
connoître , commença dans ce XI . fiecle
à être affez en ufage pour eux . Cet Ecri
vain remarque de plus , qu'ils confideroient
alors S. Philippe , comme l'Apôtre
qui les avoit convertis à la Foi
quand après avoir annoncé l'Evangile aux
Scytes , il palla par chez les Sicambres,
dont ils faifoient en ce temps - là partie,
Et Ingulfe , qui avoit vû auffi le Roi
Henri , ajoûte de fon côté , que la Frans
ce pouvoit être appellée la Terre Philip
pique , parce que le mot de lieuë , qui
eft une mefure de terre propre aux François
( lefquels la tiennent neanmoins des
anciens Gaulois ) vient probablement du
mot leucon , qui dans la Langue des Scytes
fignifie Philippe : toutes rêveries
*
1
* Et fortè leuca dicitur à leucon, quod in Scytica
Lingua interpretatur Philippus. Unde Magifter
in Ifagogis fuis O. M. L. 3. & niveus
Teucon , dicit ibi hunc leucon fuiffe Philippum
Imperatorem , qui niveus defcriptus eft , quia
Chriftianus. Et alio loco ubi exponit illud...
1. vol.
qui
J'U IN. 1726 . 1127
qui étoient affez du goût de ce temps- là ,
pour avoir pû déterminer le même Hen-
Fi en faveur de ce nom.
A l'égard du nom de Louis , qu'eut le
fils de Philippe , & qui eft le même que
celui de Clovis , premier Roi Chrétien
des François , & l'un de leurs plus grands
Monarques ; puifque Charlemagne , qui
le donna à un de fes fils , voulut que ce
nom regnât auffi dans la feconde Race ;
n'étoit -il pas naturel qu'on en usât de
même dans la troifiéme Race ? & n'a- ce pas
toujours été l'uſage d'impofer aux Princes
nez pour remplir le Trône , des noms des
Rois précedens , qu'on fçait être agreables
aux Peuples . De plus , la troifiéme
Phabum adamaffe Leucothoen , dicit Deum adamaffe
Chriftianitatem Regni Franciæ , id eft ,
Philipporum , cum apud Francos nomen Philippi
frequentiffimum habetur , in tantum ut
Rex Henricus qui modo regnat in Francia filium
fuum jam primogenitum Philippum fecerit
appellari. Beatus enim Chrifti Apoftolus
Philippus cum Scytis verbum Dei prædicaffet...
sediens in Afiam per Sicambros viam fecit , ac
illis Chrifti nomen primus annuntiavit , de quibus
exeuntes Franci , ut plures eorum Hierochronographi
teftantur, Bearum Philippum Apof
tolum fuum fpecialem Protodoctorem & Neapoftolum
adhuc tenent . Ex his omnibus colligitur
quod leuca dicitur à leucon , id eft , menfura
Terra Philippica , id eft , Philippi vel Philipporum
. Ingulf . fol. 517. verfo,
11. vol.
Race
1128 MERCURE DE FRANCE.
les Race defcendoit de la feconde par
femmes , & cette feconde Race prétendoit
venir de la premiere par le même
côté , ce qui fuffifoit pour en prendre les
noms.
On dira peut- être que Philippe I. s'étant
couvert d'une infamie éternelle pour
fon Mariage adulterin avec Bertrade de
Montfort , qui obligea les Evêques de
France à l'excommunier par deux fois ,
fon nom ne devoit plus être en honneur
dans la Maifon Royale , ni auprès des
François mais les Princes ont - ils jamais
été fort frappez de pareils crimes ,
qui étoient en ce temps - là fi frequens
parmi eux ? & Philippe II. qui s'en rendit
auffi coupable un fiecle après , en at'il
pour cela paru moins grand à la Nas
tion , qui l'a furnommé Augufte. Le P.
Daniel , & quelques autres Hiftoriens
modernes , croyent même qu'à la fin le
Mariage de Philippe I. fut approuvé par
le Pape Paſcal II. mais indépendemment
de ce fait qui pourroit bien être trèsfaux
, parce qu'on n'auroit pas manqué
de s'en prévaloir dans la caufe femblable
de fon arriere-petit -fils , & qu'il ne
fut point allegué en fa faveur ; il eſt toujours
vrai que ce Monarque ne laiffoit
pas d'avoir de bonnes qualitez qui le pouvoient
faire aimer des Peuples . D'ail
1. vol.
leurs,
JUI N. 1726.
1129
leurs , quand ce n'auroit été que par la
reconnoiffance
que
Louis lui devoit , pour
l'avoir défigné Roi cinq ou fix ans avantfa
mort , & avoir partagé avec lui le
Gouvernement ; ce Prince n'étoit- il pas
obligé de faire gloire de l'avoir eu pour
pere i Il n'y a que les Souverains qui
ont eu une fin funefte , dont les Succeffeurs
n'aiment pas à perpetuer les noms .
Mais celle de Philippe I. fut pacifique &
affez heureuſe. Son fils conduifit luimeme
fon corps à S. Benoît fur- Loire,
où il eut la fepulture , & ce fut après
un regne de quarante- neuf ans deux mois
& fept jours , qui ne cede en durée pour
nos Rois qu'à celui de Clotaire I. qui
fut de cinquante ans accomplis , & à celui
de Louis le Grand qui a été de plus
de 72. ans , ce qui pouvoit encore aider
à rendre fon nom de bon augure .
Saint Louis ne fe conforma pas fur ce
nom & fur le fien propre , à l'ordre que
fes Prédeceffeurs y avoient tenu , qui
étoit d'appeller leur fils aîné Philippe , &
leur fecond fils Louis , quand le pere
étoit un Louis , & de faire le contraire
quand le pere étoit un Philippe. Car il
voulut que fon fils aîné portât le nom
de Louis comme lui , & il donna le nom
de Philippe à fon fecond fils. C'eſt ce
qui montre qu'il n'y avoit point de re-
1. vol. gle
130, MERCURE
DE FRANCE.
>
gle fixe là-deffus : & fi Philippe le Hardi
& Philippe le Bel fuivirent encore
l'ancien ordre , en impofant le nom de
Louis à leurs fils aînez , on voit bien
que c'étoit plutôt en confideration du
même S. Louis dont le nom étoit fi
reveré , que par attachement à cet ordre.
Le R. P. H. dit que ces deux noms
furent d'ufage pour les aînez , tant que
la ligne directe dura ; mais il ne s'eft
pas fouvenu que le fils pofthume de Louis
Hatin , qui ne regna que quatre jours ,
felon le P. Anfelme , fut nommé Jean ,
& apparemment à caufe de Jeanne de
Navarre fon ayeule , heritiere du Royau
me de Navarre , & des Comtez de Champagne
& de Brie. Il remarque encore ,
que Louis le Jufte fit rentrer dans la
Maifon Royale le nom de Philippe , qu'il
donna à fon fecond fils , & il auroit été
bon d'ajoûter , que ce ne fut pas en memoire
des Rois de France de ce nom
( quoique pourtant ce nom remontât jufqu'à
eux par les Ducs de Bourgogne )
mais à caufe des Rois d'Efpagne , Ancêtres
d'Anne d'Autriche fon Epouſe ,
iffus de Marie de Bourgogne , femme
de Maximilien d'Autriche , ce qui fut
bien obfervé , quand on vit un de fes
arrieres petits- fils reporter le même
·
I. vol.
nom
JUIY. 1726 .. 113 T
nom fur leur Trône , où il regne heureufement
.
Telle fera donc , Meffieurs , mon opinion
fur les deux noms de Philippe &
de Louis , que ce fçavant homme a mis en'
queftion , jufqu'à ce que lui , ou les Hiftoriens
aufquels il nous renvoye , en ayent
établi un autre plus fure. Il demande
encore pourquoi les noms de Hugues &
de Robert ont difparu , & qu'on a été
soo. ans fans revoir celui de Henri ,
ce qui eft même , dit-il , arrivé par
une raiſon étrange mais je ne trouve
non plus en cela rien qui ne foit l'effet
d'une fimple prédilection ou du hazard .
Le nom de Pepin , premier Roi de la
feconde Race , n'y fut- il pas encore.plutôt
oublié , que celui de Hugues Capet
ne l'a été dans la troifiéme Race dont il
eft auffi le Chef ? Pour en convenir on
n'a qu'à repaffer la fuite des Fils de
France car fi dans cette derniere Race
tous les Hugues n'ont pas regné comme
les Pepins ont fait dans la feconde Race ,
c'eft que la Couronne ne s'y eft jamais
partagée , puifqu'on voit encore un Hugues
, fils de Louis le Gros ; il en eft de
même du nom de Robert , qu'eut un des
fils de S. Louis , qui eft celui dont nos
Rois d'aujourd'hui defcendent. Le nom
de Henri fut donné à un fils de Philipvol.
1.
pe
1132 MERCURE DE FRANCE.
pe I. & à un autre de Louis le Gros ;
mais s'il regna encore après 500. ans.
dans la perfonne du fecond fils de François
I. ce fut en effet par une raiſon
étrange , c'est-à-dire , par l'empoifonnement
du Dauphin François , frere aîné
de ce Prince , qui étoit neanmoins trésinnocent
de ce crime , & auffi par une
raifon étrangere , Henri II. tenant fon
nom de Henri VIII . Roi d'Angleterre,
qu'il eut pour parrain . Je fuis , &c.
Ce 15. Avril 1726.
Sur Mademoiselle *** par M.F. A.Enp.
Ucille a , felon moi , tout ce qu'il faut pour
L
plaire ,
Efprit , douceur , vertu , beauté ,
Grandeur d'ame , furtout un coeur plein de
bonté ,
Et fi ce coeur pour moi fe montroit moins
fevere ,
Rien ne manqueroit plus à ma felicité.
R. vol.
LET
JUIN. 172.6. 1133
LETTRE contenant ce qui s'eft paffé dans
la Séance publique de l'Académie des
Belles - Lettres Sciences & Arts de
›
Bordeaux , tenuë le 1. Mai 172 6. Fête
de M. le Duc de la Force , Protecteur
de l'Académie , & jour de la diftribution
du Prix.
MR de Caupos, Confeiller au Par-
› lement , un des Académiciens &
tenant la place du Directeur abſent , ouvrit
la Séance dans la Salle , & à l'heure
ordinaire , par un Difcours , dans lequel
il rendit compte au Public des raifons
qu'on avoit euës de donner le Prix à
l'Ouvrage du R. Pere Dom Jacques Alexandre
, Religieux Benedictin du Monaftere
de Notre-Dame de Bonnes- Nouvelles
à Orleans. On a été obligé de
relâcher un peu de l'ancienne rigueur ,
pour exciter le zele des Sçavans , procurer
l'avancement des Sciences , donner
de la hardieffe & du courage pour
travailler , & fuivre l'objet principal d'un
illuftre Protecteur. Enfuite il dit que ,
quoique ce fut ici le lieu d'expliquer l'état
de la queftion fur la caufe du Flux &
Reflux de la Mer , fur laquelle avoit
I. vol. C tra
1134 MERCURE DE FRANCE
travaillé le Pere Alexandre , & fur la
quelle les Anciens n'avoient point fatif
fait nos defirs , il n'avoit qu'une obſervation
à faire fur l'hypothefe des Modernes
, tous réunis à celle des Carthefiens,
Seduits par l'accord des marées avec le
mouvement de la Lune , ils en ont at
tribué la caufe à la preffion de cette Planete
fur l'air , & à la preffion de l'air
fur la Mer ; mais aujourd'hui que l'on
connoît un peu mieux la preffion de l'air
ou fa pefanteur fous l'Equateur , fous les
Poles & partout ailleurs , dans les va
lons & fur les montagnes , par les variations
du Barometre , qui ne varie point
au flux & au reflux de la mer : aujour
d'hui , dis -je , que l'on a ces experiences,
peut- on avoir recours à cette preffion de
la Lune ? fi les caux font preffées fous
l'Equateur , & obligées de courir vers
les Poles , fans doute que l'air les fuivra
dans la même direction , puifqu'il eft
également preflé. Si cela eft , il y aura
des vents periodiques , qui ayant fuivi
l'eau dans fon cours , la fuivront dans fon
retour ; ainfi le flux nous donnera un vent
Sud , & le reflux un vent Nord dans la
partie de la terre que nous habitons. Mais,
dit M. de Caupos , ces difficultez , &
d'autres qu'on peut relever , ne nuiront
point à l'idée fublime qu'on s'eft formée
I. vol.
du
JUIN. 1726. 1135
du genie de celui qui a formé cette hypothefe.
Par ces Obfervations , M. le Directeur
fut difpenfé de parler de toutes
les Differtations qu'on avoit reçûës pour
le Prix , parce qu'elles ne contenoient
que l'hypothefe Carthefienne . Il fe contenta
de toucher l'idée finguliere d'un de
ces Ouvrages , où l'Auteur prétend que
l'air étant plus preffé fous les Poles que
fous l'Equateur , il faut que la Mer s'éleve
fous cette partie du Globe , où elle
trouve moins de refiftance , s'étant élevée
à un certain point , elle retombe par
fon propre poids. Suivant ce principe ,
les eaux doivent quitter fucceffivement
les côtes, & y revenir , & voilà les marées.
Mais l'Auteur ne s'eft point embarraffe
des difficultez qui fe préfentent
en foule , de la regularité des marées , de
l'augmentation des eaux au plein , au renouveau
de la Lune & aux Equinoxes ,
& c. Peut-être trouverions - nous nousmêmes
des folutions à beaucoup de ces difficultez
; mais il ne nous appartient pas
de défendre un fyftême , c'eft à l'Auteur
de le faire , & à nous de lui donner les
éloges qu'il merite. C'eft par où finit
M. le Directeur.
Enfuite on lut les Conjectures ou la Dif
fertation fur le flux & reflux de la Mer.
Elle avoit pour Sentence Mirabiles ela-
1. vol.
Cij tiones
1136 MERCURE DE FRANCE.
tiones maris , & elle étoit de l'Auteur
déja nommé.
Après cette lecture on publia le Programme
pour le 1. Mai de l'année prochaine
1727. Le fujet eft , la caufe de la
variation de l'Aiguille aimantée .
Un Religieux Benedictin de Bordeaux,
qui étoit dans l'Affemblée , préfenta une
Procuration du R. P. Alexandre pour
recevoir le Prix , s'il lui étoit adjugé ,
& l'Académie le lui livra fur fon recepiffé
. C'eft une Médaille d'or du poids
qu'elle a toujours eu , ayant d'un côté les
Armes de M. le Protecteur avec cette
Legende , Jacobus - Henricus Nompar de
Caumont , Dux de la Force , Par Franc.
Protect. Acad. Et de l'autre , la Devife
de l'Académie , qui eft un Croiffant avec
cette Ame Crefcam & lucebo , & dans
l'Exergue , Præmium Academia .
Enfuite M. Bellet , Medecin du Roi
de cette Ville , affocié de l'Académie
lût un Difcours fur les Signes , par lefquels
on peut reconnoître fi un enfant
eft né mort , ou vivant, Ce qui a donné
lieu à ce Difcours , eft un rapport qu'il
avoit fait d'un enfant trouvé dans des aifemens
, fur lequel rapport on avoit
agité la queſtion de la certitude des Signes.
II appuya fes preuves fur des faits
connus , plutôt , dit-il , que fur des fub-
A. vol.
tilitez
JUIN. 1726. 1137
tilitez phyfiques. Le premier fait eft l'état
du foetus dans le fein de la mere , où
il ne refpire pas ; d'où l'on conclut que
les poumons de l'enfant n'étant pas imbibez
d'air qui en rempliffe les veficules
, ils ne peuvent nager jettez dans l'eau,
ce qui eft un figne certain que l'enfant eft
mort dans le fein de fa mere.
Il eft vrai qu'Hypocrate a dit , que les
enfans dans le fein de leurs meres , refpiroient
par la bouche & par le nez , &
qu'il ne leur falloit que très peu d'air.
Un feul coup de fcalpel , dit M. Bellet ,
a détruit cette autorité. Neanmoins Charleton
eft venu après , qui , pour foutenir
l'opinion de fon Maître , a dit
que l'enfant renfermé dans l'uterus
fucçoit un fuc laiteux , qu'il ne pouvoit
le fuccer fans comprimer la liqueur , ni
la comprimer qu'avec de l'air , & que
s'il y a de l'air , l'enfant refpire. Hac
quidem ratio Areopagitica videtur. Et il
ajoûte beaucoup d'autres raifons qui ne
paroiffent pas plus folides à M. Bellet
ni plus prouvées : car , dit M. Bellet ,
le fang de la mere , qui n'eft fouvent
que trop abondant dans les groffeffes , ne
fuffiroit- il pas à la nourriture du foetus
fans ce fuc laiteux ? l'air pourroit-il penetrer
les membranes dont ce foetus eft
enveloppé ? s'il refpire , ne fe noyera-
1. vol.
.
C iij t'il
1138 MERCURE DE FRANCE.
dans le liquide où il nage. Il
t'il pas
combat
encore
ce fuc laiteux
dont
le
,
paffage par l'ofophage jufques au ventricule
du foetus ne peut le faire , toutes
les parties de ce canal étant affaiffées
, & ne cedant qu'au mouvement
interne .
.
L'exemple tiré des poiffons par Charleton
, ne prouve rien . Il eft vrai que
les poiffons n'ayant pas de poumons , ne
refpirent pas . Baglivi n'a pas crû pour
cela , que les enfans qui avoient des poumons
refpiraffent dans le fein de la mere.
Ce font , dit M. Bellet , des pierres
d'attente qui auront bien - tôt leur
ufage. En effet , il y a des parties dans
le foetus qui ont leur ufage dans le fein
de la mere , & qui n'en ont plus lorfque
l'enfant eſt né & a grandi . Telles
font le coccum & fon appendice , & le
Thymus dans les agneaux & dans les
veaux , lefquels ne fe trouvent plus dans
les moutons & dans les boeufs.
Les autres faits qu'apporta M. Bellet,
& qui font contre la refpiration du foetus
, font pris des Memoires de l'Aca .
démie des Sciences de Paris , année 1701.
Deux foetus , l'un mâle , l'autre femelle,
fans têtes , ayant le col fermé par la peau;
& un autre foetus qui avoit les narines
& la bouche tout-à-fait fermées . Un en-
1. vol.
fant
JUIN. 1726. 1132
le
fant monftrueux , fans tête ni col ,
tronc bien couvert de la peau , fe voit
dans le 3. vol. du Journal des Medecins
de Berlin .
Après de pareils faits , M. Bellet paffe
à la nourriture du foetus par les vaiffeaux
umbilicaux , & par la circulation
du fang de la mere au foetus. Cette circulation
eft établie par l'anatomie des
parties , & par l'ufage du trou ovalaire .
Enfuite, examinant la ftructure des poumons
, leur état different , quand le foetus
eft dans l'uterus , & quand il a vêcu
hors du fein de fa mere , il trouve
dans le fecond la couleur plus rouge ,
ainfi que dit Harvée , & les lobules
pleins d'air , ce qui les enfle & les rend
plus legers , fignes certains que l'enfant
a refpiré. C'eft auffi le fentiment des
Medecins de Berlin , de Keil , Anatomifte
Anglois , de Baglivi , Medecin d’Italie
, de Palfin , Profeffeur de Leyde en
Hollande , de M. Meri en France , avec
lequel fon adverfaire M. Verrhoyen s'eft
accordé fur la refpiration interdite au
foetus dans le fein de la mere , quoique
contraires fur le principal fujet de leur
difpute. M. Bellet avoit auffi fait venir
de Paris une atteftation de Meffieurs
les Chirurgiens , qui a été remiſe à M.
le Secretaire de l'Académie. Cette at-
I. vol.
Cijij tefta1140
MERCURE DE FRANCE .
teftation confirme l'ufage de cette grande
verité. Les fignes , par lefquels on
peut juger fi un enfant eft né mort ou
vivant. Cet ufage eft de jetter les poumons
dans l'eau . S'ils fe précipitent au
fond , c'eft figne que l'enfant n'a point
refpiré , & par confequent qu'il eft mort
avant que de naître ; au contraire , s'ils
nagent , l'enfant eft né vivant , & a refpiré.
Il feroit avantageux , dit M. Bellet
, en finiffant , d'avoir toujours dans
la Medecine des regles auffi fûres , &
des experiences auffi conftantes.
M. le Directeur , dans la refomption
de ces Difcours , dit des chofes fort obligeantes
à M. Bellet , en faisant voir
combien il étoit intereflant pour le Public
, de reconnoître par des fignes certains
le crime & l'innocence des accufez
, & qu'un honnête homme devoit
fe mettre au- deffus de l'envie , ou de l'ignorance
de ceux qui cenfuroient fes jugemens.
I. vol.
JUIN. 1726. 1141
XX:XXXXXXX XXXX : XX
Le Merle , l'Hirondelle & le Hibou
Fable .
,
A MADEMOISELLE ....
Ris , il eſt donc vrai : Damon a fon congé
Vos yeux n'ont plus pour lui que de l'indiffe
rence ;
Et par une fage inconftance ,
D'un noeud mal afforti , votre coeur dégagé ,
Peut s'applaudir d'avoir changé.
Je l'avois bien prévû; jeune , opulente , aimable,
Un tel Amant n'étoit point votre fait ;
Pour vous en mieux convaincre , écoutez cette
Fable ,
C'est votre Damon , trait pour trait
Un Hibou des plus laids , voifin d'une Hirondelle
2.
Se mit un jour dans la cervelle
De l'aimer , & foudain lui offrit fon coeur
Un Hibou , direz-vous , fy ! la vilaine bête !
N'importe , il fçût fi bien déguifer fa laideur ,
Qu'il vint , grace à la nuit , à bout de fa Con
quête.
&. vol. Cy L'Hi1142
MERCURE DE FRANCE.
L'Hirondelle agréa ſes feux;
Bien-tôt d'auprès d'elle elle chaffe
Beaux Tarins , doux Pinçons , & Serins amou
reux ;
A Monfieur le Hibou , tous cederent la place.
Toutes les nuits ce fale Amant
1
Alloit chercher infolemment
Dans un Bocage des plus fombres ,
L'Objet dont il étoit épris ;
Et-la pauvre femelle , à la faveur des ombres ,
Le prenoit pour un Adonis.
Des Amans prévenus , que l'erreur eſt extrême !
Elle admiroit juíqu'à ſon chant ,
Le trouvoit cent fois plus touchant
Que celui du Roffignol même,
Bref. L'Oiseau de nuit , plus fier
Que l'Aigle de Jupiter ,
Ofa parler d'hymen. Dans fa flame indiſcrete ,
Si l'Hirondelle eût confulté fon coeur ,
L'affaire eût été bien- tôt faite ;
Mais il falloit avoir l'aveu de fon Tuteur.
C'étoit un Merle fin , à tromper difficile ;
Le Hibou la nuit s'offre à favorifer,
que
Vole au nid du fin Merle & penfe l'abuſer
1. vol. Comme
JUI N. 1726 .. 1143
Comme il a trompé fa Pupille.
Mais il s'en fallut bien , à fes lugubres cris ,
Le Merle reconnut toute la fourberie :
Bel Oifeau , lui dit il d'un ton de raillerie ;
De cet hymen , vraiment , je conçois tout le prix ;
Sur ma parole que j'en donne ,
Aſſemblez dès demain tous les Oiſeaux icy ,
De bon matin , rendez - vous-y ;
Si la clarté du jour n'a rien qui vous étonne ,
L'Hirondelle eſt à vous , & je vous l'abandonne.
Vous jugez bien que le Hibou ,
Pour s'y trouver ne fut pas affez fou.
Que conclure de- là ? C'eſt qu'au fiecle où nous
Tommes ,
Il est bien des Hiboux fous la forme des hommes;
Ce font Tableaux placez dans un obfcur féjour ;
Des chefs- d'oeuvres d'Apelle ils paffent pour l'élite
;
Mais ils perdent tout leur mérite ,
Dès qu'on les expofe au grand jour.
1. vol. C vj LET
1144 MERCURE DE FRANCE .
******
LETTRE écrite de Conftantinople par
M. de Valnay , Chevalier du Saint
Sepulchre & Conful de France aux
Dardanelles , à M. de la R. le 1. Fëvrier
1726.
J
E ferois ravi , Monfieur , de pouvoir
contenter votre curiofité fur les affaires
de Perfe , auxquelles & l'Afie & l'Euzope
prennent également interêt : Mais
elles le traittent fi fecrettement en cette
Cour , que je ne pourrois vous en rien
dire que fur des conjectures incertaines ;
ainfi je ne vous dirai rien fur cet article
pour cette fois.
Le Capitaine Fagot de Marſeille , a apporté
ici le 15. Decembre dernier , le
Coeur de M. le Comte Defalleurs , cydevant
Ambaffadeur de France qui
mourut à Paris dans la Maifon de l'Inf
titution de l'Oratoire , au mois d'Avril
1725. âgé de 82. ans . Il avoit promis.
auxR. P. Capucins qui deffervent la Chapelle
du Roy au Palais de France , que
fon Cour leur feroit envoyé peu de tems
après la mort , quelque part qu'elle arrivâ
, & il leur avoit donné une fomme
pour faire élever un Maufolée à cette
I, Vol.
occaJUIN.
1726. 1145
occafion , ce que ces Peres avoient executé
lorfqu'ils ont appris la mort de M.
Defalleurs.
Toutes les pieces qui le compofent ont
été travaillées à Venife. Elles font d'un
très - beau Marbre blanc , excepté celle qui
contient l'Epitaphe, laquelle eft gravée en
Lettres d'or fur un Marbre noir. Ce Monument
, dont l'Architecture & la Sculpture
font d'un très- bon goût , eft furmonté
par une Urne auffi de Marbre blanc
de laquelle fort un Coeur de Marbre rouge
jafpé. Comme on attendoit de France
ce dépôt plutôt qu'il n'eft arrivé , le Maufolée
avoit été élevé dès le mois de Novembre
dernier , dans une Chapelle féparée
du refte de l'Eglife , & fituée à
côté du Grand- Autel.
Les PP . Capucins ayant réfolu de faire
à cette occafion , un Service des plus
folemnels , & ayant pris là deffus les
ordres de M. le Vicomte d'Andrezel ,
Ambaffadeur du Roy , on convint que
le Service feroit fixé au 22. du mois de
Janvier, que les Miniftres des Puiffan
ces Catholiques y feroient invitez , &
que M. l'Ambaffadeur feroit les frais
d'un grand diner , qui feroit donné au
Convent des Capucins après la ceremonie.
Cependant ces PP. firent tendre de
`I. vol. noir
3.
1146 MERCURE DE FRANCE
noir toute l'Eglife . Cette tenture étoit
chargée , outre les Armoiries , de plufieurs
Cartouches contenant des Emblêmes
& des Devifes convenables au fujet.
Du milieu du Jubé pendoit un grand
Tableau , contenant l'Eloge abregé de M.
Defalleurs , en Langue Latine .
Toute la Corniche qui regne autour
de cette Eglife étoit chargée de Chandeliers
portant de gros cierges. On
dreffa au milieu de l'Eglife un grand,
Catafalque, duquel fortoit une Pyramide,
qui s'élevoit jufqu'à quatre pieds près de
la Voute ; fur le haut de la Piramide étoit
pofé le Coeur de M. Defalleurs , enfermé
dans un Coeur d'argent , couvert d'un
crêpe noir. La Pyramide peinte en noir
avec diverfes reprefentations de têtes &
d'offemens de mort , étoit illuminée de
plus de 500. Bougies , & fur fon piedd'eftal
étoient pofez fix gros Chandeliers
qui contenoient autant de Cierges. Enfin
aux quatre coins de la Pyramide étoient
quatre gros Flambeaux auffi de cire blanche
, pefant chacun 30. livres .
Le jour du Service arrivé on couvrit
de Velours noir le Prie- Dieu de M.
l'Anbaffadeur , fur lequel on mit trois
Fauteuils & trois Carreaux , auffi de Velours
noir , & vis - à - vis ce Prie- Dieu on
plaça un autre petit Prie Dieu , auffi
·
1. vol.
couvert
JUIN. 17.26. -1147
couvert de noir , avec fon Fauteüil.
Dès le matin l'Ambaffadeur de Venife
& le Réfident d'Allemagne , avec Madame
fon Epouſe , fe rendirent au Palais
de France en habits de deüil , fuivis d'un
grand cortege de gens des deux Nations
& de leurs Officiers , fans parler des Domeftiques
en grande livrée . M. l'Ambaffadeur
les reçut dans fon Appartement,
& leur fit fervir , ainfi qu'à toute leur
fuite , du Thé , du Caffé , du Chocolat ,
& des Vins de Chypre & de Tokai . On
vint avertir quelque temps après que
tout étoit prêt à l'Eglife ; auffi- tôt l'Ambaffadeur
de Venife donna la main à Madame
la Réfidente d'Allemagne , & l'Ambaffadeur
de France avec le Réfident
fuivirent immédiatement , accompagnez
de tout leur monde.
M. l'Ambaffadeur fit les honneurs de
fon Prie-Dieu , en y faiſant placer l'Ambaffadeur
de Venife & Madame la Réfidente
, l'un & l'autre à fa droite . Le
Réfident fe plaça fur l'autre Prie Dieu ,
préparé à la gauche ; vis - à - vis celui de
M. l'Ambaffadeur , & à côté du Réfident
, étoit une chaife couverte de drap
noir & fans Prie Dieu , pour M. Dalion ,
Gentilhomme François , parent de M. le
Marquis de Bonac , cy-devant Ambaffadeur
à la Porte.
I. vol.
Outre
1148 MERCURE DE FRANCE.
Outre ces Miniftres invitez il fe trouva
quantité d'Anglois , de Mofcovites ,
d'Hollandois , &c. que la curiofité avoit
attiré à cette Pompe funebre , fans compter
les Grecs diftinguez , de Galata & de
Pera , de forte que toute l'Eglife fut extrêmement
remplie.
Les Matines des Morts , qu'on achevoit
lorfque M. l'Ambaffadeur entra ,
étant entierement finies , le R. P. Thomas
Cuftode des Capucins , monta
Chaire , & prononça une Oraifon Funebre
, enfuite de laquelle M. l'Archevêque
de Carthage , Vicaire General Apoftolique
à Conftantinople , officia pontificalement.
Tout le Service , qui dura près
de quatre heures , fut fait avec beaucoup
de dévotion , de magnificence & de dignité.
Tous les Religieux qui font à
Conftantinople fous la protection de France
, s'y trouverent.
A la fin du Service , M. l'Ambaſſadeur
pria à dîner , au nom des PP. Capucins ,
I'A nbaffadeur de Venife & fon Cortege ,
le Réfident & Madame la Réfidente
d'Allemagne & leur Cortege , l'Archevêque
de Carthage , beaucoup d'autres
perfonnes de diftinction , & tous les Religieux
qui avoient fait quelque fonction,
ou qui avoient affifté au Service . Le Repas
fut grand & magnifique on y
but
I. vol.
diffeJUIN.
1726. 1149
differens Vins de Bourgogne , de Champagne
, de Hongrie , &c . enforte qu'avec
les fecours genereux de M. l'Ambaffadeur
les PP. Capucins ont parfaitement
bien fait les honneurs de leur Maifon
, dans une occafion importante &
qui ne leur étoit jamais arrivée.
Je fuis , Monfieur , &c.
IMITATION de la Poëfie de Catulle,
qui commence ainfi Nulli fe dicit
Mulier , &c.
Sjen
:
j'en crois ma Maîtreffe , elle n'aime que
moy ,
De tout autre fon coeur méprife les tendreffes ;
Je fuis l'objet de fes careffes ,
Comme je le fuis de fa foy.
Quand même Jupiter la voudroit pour Epouſe ,
Elle eft de fon bonheur , dit- elle , fi jalouſe ,
Qu'elle n'aura jamais un autre Epoux que moy.
Elle me parle ainfi ; mais tout ce qu'une femme
Dit à celui qui l'aime tendrement ,
Pour flatter ſon amour & foulager fa flâme,
Je ne le crois que foiblement.
Son efprit eft leger , fon ferment eft moins ſtable
1. val.
Que
1150 MERCURE DE FRANCE .
Que s'il étoit écrit fur l'onde ou fur le fable.
Elle a des mots flatteurs , mais les plus doux ,
fouvent ,
Ne font que mots en l'air , & que difcours
frivoles ,
De toutes les douceurs , de toutes fes paroles ,
Autant en emporte le vent.
Par M. de Mautour,
MMMMMMMMMMMMMMMMMM
QUESTION DE DROIT, jugée au
Parlement de Provence , le 23 .
Avril 1725.
I
L fe prefenta à l'Audiance du Rôle
le 23. Avril 1725. deux Queſtions ,
dont on fera bien-aife de fçavoir la décifion.
L'une fur l'Amovibilité , & l'autre
fur la Multiplicité des Curez dans une
même Paroiße. Elles formoient les qualitez
d'un Procès qui s'étoit élevé entre
Melchior de Gombert , Curé de l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , Appellant d'or .
donnance de Pieces mifes , renduës le
3. Juillet 1724. avec claufe d'évocation
du fond & principal , Deffendeur en Requête
du 3. Janvier 1725. l'Econome
du Chapitre de Sifteron , Intimé , & N.
I. vol.
Pierre
JUIN. 1726. 1151
Pierre Roux, autre Curé de la même
Eglife.
Dans la premiere , Queftion il s'agiffoit
de fçavoir , Siy ayant eu depuis plufieurs
fiecles deux Curez établis dans l'Eglife
Cathedrale de Sifteron, ces deux Curez,
par un violement des Conftitutions Canoniques
, étant devenus dans la fuite amovibles
& deftituables , toutes les années
au gré du Chapitre , cet abus étoit corrigé
& les chofes rétablies fur le pied de la
Fondation par la Déclaration du Roy du
mois de Janvier 1686. & l'Edit de 1695 .
art. 24. qui ordonnent que les Cures autrefois
deffervies par des Prêtres amovibles
, le feront à l'avenir par des Prêtres
ou Curez perpetuels .
Il eft bon , pour donner une idée juſte
des motifs qui ont donné lieu à la décifion
de cette premiere Queftion , d'être
inftruits de l'état & des circonftances particulieres
fur lefquelles eft intervenu
l'Arrêt rendu fur cette matiere au Par
lement de Provence.
Après la Déclaration de 1686. le Chapitre
de Sifteron nomma un Curé en
titre , & négligea ( pour avoir peut- être
un Prêtre plus foûmis & plus dépendant )
de conferer l'autre Cure, & d'y inftituer
un Curé perpetuel . M. l'Evêque de Sifteron
ne fut pas plus vigilant ; enforte 1. vo '.
que
1152 MERCURE DE FRANCE
que Melchior
de Gombert , Prêtre , Ba
chelier en Theologie
, impetra
le 23 . Decembre
1723. cette feconde Cure en
la Vicelegation
d'Avignon
, comme vacante
à primava
erectione , par le décès. du premier poffeffeur
, avec claufes de
prévention
& dévolution
. I obtint fon
forma dignum
le 21. Janvier 1724. &
le lendemain
il prit poffeffion
de cette feconde Cure .
L'Oeconome du Chapitre forma fon
oppofition , ce qui obligea le fieur de
Gombert à prefenter Requête le 26. Janvier
1724. au Lieutenant General de
Sifteron , tendante à obtenir la maintenuë
définitive, & fubfidiairement la recreance
fur laquelle le Lieutenant fit le 13. Juil
let 1724. une Ordonnance de Pieces
mifes , dont il fut relevé appel avec claufe
d'évocation du fonds & principal,
La Déclaration de 1686. confirmée
par l'Edit de 1695. étoit , fans doute ,
fuffifante pour déterminer les Juges en
faveur de Gombert , fans une difficulté
effentielle , qui venoit de ce que les Religionnaires
ayant brûlé les Chartres &
les vieux Titres de l'Eglife de Sifteron ,
l'Acte de Fondation des deux Cures fe
trouvoit perdu .
On objectoit que c'étoit fans fondement
qu'on demandoit que cette Cure
1. vol
.
fuft
JUI N.. 1726. 1153
fuft rétablie , conformément à la Déclaration
du Roy, dès qu'il ne conftoit pas
la fondation .
de
Le Deffendeur du fieur de Gombert
convenoit de la perte du Titre Primordial
, mais à fon défaut il reprefentoit les
Statuts de l'année 1259. & une Sentence
de réforme de 1431. qu'il foutenoit avoir
force du Titre Primordial , puifque lè
tout n'avoit été fait que pour remplacer
& conftater les Reglemens contenus dans
les Chartres.
La perte des anciens Titres de Sifteron
fe trouvant juftifiée par le témoignage
de Bouche , dans fon Hiftoire de
Provence & du P. de Colomby dans celle
de l'Evêché de Sifteron , l'Avocat de
Gombert en tiroit cette confequence , que
le Statut & la Sentence de réforme devoient
dans ces circonftances avoir le même
effet que le Titre Primordial . Sur ce
principe il s'attacha à faire voir que plufieurs
articles de ce Statut parloient in
terminis de la Fondation de deux Cures
à titre de Benefices , & que la Sentence
de réforme de M. l'Archevêque d'Aix
& de M. l'Evêque de Digne , qui avoient
été commis par une Bulle du Pape Eugene
IV. le 29. Avril 1431. pour proceder
à la réforme de l'Eglife de Sifteron ,
s'expliquoit fi clairement fur la qualité
I. vol.
des
1154 MERCURE DE FRANCE .
des deux Cures dont il s'agilfoit , qu'il
n'y avoit aucun lieu de douter , qu'avant
que le Chapitre eût fçu artificieufement
s'attribuer le droit de nommer
annuellement les deux Curez , & de les
mettre au nombre des fimples Officiers
de leur Chapitre , ces deux Cures étoient
regardées comme deux Benefices veritablement
diftincts .
Il ne fuffifoit pas pour le gain de cette
caufe , d'établir la Fondation des deux
Cures , il falloit encore faire voir qu'il
pouvoit y avoir deux Curez dans une
même Paroille , & par là faire tomber
la Requête d'intervention & d'adherance
du fieur Roux , feul Curé en titre . C'étoit
la feconde Queſtion qu'il falloit dé
cider , dont la premiere , de laquelle on
vient de parler , devoit dépendre.
Elle fut traitée avec beaucoup d'éru
dition. M. Honoré , A vocat de Gombert
convint que felon la plupart des Conftitutions
Canoniques , & l'ufage même du
Royaume , il ne devoit y avoir qu'un
feul Curé dans chaque Eglife , il ne dif
fimula point que Barbofa ne l'eût décidé
ainfi dans fon Traité De officio & poteftate
Parochi, part. 1. ch. 1.N.43 . il avoüa que
Cabaffut. Juris Canonici Theoria , l . 10 .
c. 17. & Rebuffe , dans fa Pratique ,
Tit. de non promotis intra annum , n. 69.
fuivoit cette opinion.
JUI N. 1726. 1155
Il fit voir cependant contre cette maxime
generale , qu'il y avoit plufieurs
exemples en Provence , comme à la Major
, aux Accoules & à S. Martin de
Marſeille , que ces exemples ont été autorifez
par des Arrêts ; telle eft la difpofition
de celui du 31. Mars 1707. de
ce Parlement , qui rétablit l'une des deux
Cures qui avoient été fupprimées dans
l'Eglife Collegiale de Cueur , auffi bien
que celui du 12. Mars 1722. qui rétablit
l'une des deux Cures de l'Eglife Collegiale
d'Hyeres , & qui en déclara la fuppreffion
abufive.
}
Comme on trouve dans Bengeur Pinfonius
, de Beneficiis , Tit. de Divifib . beneficiorum.
ff. 23. n . 6. & 7. & dans le
Journal des Audiances , tom. I. 1. 11.
c. 44. plufieurs Arrefts contraires en
apparence à ceux du Parlement de Provence
, l'Avocat en foutint les objections
par cette diftinction remarquable ;
SÇAVOIR , que dans la plûpart de ces
Arrêts il s'agiffoit d'un feul Benefice
Curial par fa Fondation ; au lieu que
dans l'efpece de cette caufe il s'agiffoit
de deux Cures établies par le Statut de
1259. & la Sentence de réforme de
1431. par confequent que la Déclaration
du Roy devoit avoir fon effet à l'égard
des deux Cures qui fe trouvoient incon-
1. vol. tefta1156
MERCURE DE FRANCE.
teftablement établies dans l'Eglife Cathedrale
de Sifteron . Tant d'Arrêts rendus
dans le même cas , une diftinction fi bien
fondée contre ceux qui pouvoient y être
contraires , déterminerent le Parlement
de Provence à décider en faveur de Gombert
. I intervint Arrêt le 23. Avril
qui mit l'appellation & ce dont étoit appel
au neant , & par nouveau jugement,
évoquant & retenant le fonds & principal
de la matiere , & fur icelui faifant
droit , fans s'arrêter à la Requête du fieur
Roux , dont il fut démis & débouté, M.
Gombert fut maintenu définitivement dans
la poffeffion & joüißance de la Cure dont
il s'agiffoit , l'Oeconome & M. Roux furent
condamnez aux dépens.
XXXXXXXXXXXXXXXX: XXXX
ODE tirée du Cantique de Moïfe.
Exode , Chap. 15 .
C
•
Elebrons du Très-Haut la gloire & la puiffance;
Que fon Nom foit l'objet de nos chants les plus
doux;
Son Bras contre l'Egypte à pris notre défenſe,
Notre Dieu , le Dieu fort a combatu pour nous ,
Nous fuyons au travers d'une Campagne aride,
1. vol.
Les
JUIN. 1157 1726.
Les fiers auteurs des maux que nous avons foufferts
;
Nous fuïons , mais en vain : & la plaine liquide ,
Rampart impénétrable , éternifoit nos fers.
柒
Plein de fureur, devant nos Troupes alarmées ,
En fuperbe Geant , fur un Char enflâmé ,
A marché le Seigneur , le feul Dieu des Armées,
Du Tonnerre vengeur , fon bras étoit armé.
柒
La Mer , à fon afpect , a fremi d'épouvante :
Que ces eaux , a- t- il dit , s'élevent des deux
parts ;
L'onde a formé foudain , efclave obéiffante ,
Dans les goufres profonds , deux humides ramparts.
M
Sur tes pas , Dieu puiffant , la Troupe Ifraëlite
Dans ces abîmes creux s'eft ouvert un chemin;
En vain nos Ennemis menaçoient notre fuite ,
Nous t'avons vûfur eux appeſantir ta main.
Qu'importe , difoient- ils, aveugles dans leur rage,
Qu'à ce Peuple qui met en fon Dieu fon apui ;
1. vol. D Pro
1150 MERCURE DE FRANCE .
Que s'il étoit écrit fur l'onde ou für le fable.
Elle a des mots flatteurs , mais les plus doux ,
Louvent ,
Ne font que mots en l'air , & que difcours
frivoles ,
De toutes les douceurs , de toutes les paroles ,
Autant en emporte
le vent.
Par M. de Mautour.
洗洗洗洗洗洗洗洗光:洗洗洗汽汽洗洗洗
QUESTION DE DROIT , jugée au
Parlement de Provence , le 23 .
Avril 1725.
I le 23. Avril 1725. deux Queſtions ,
L fe prefenta à l'Audiance du Rôle
dont on fera bien - aife de fçavoir la décifion.
L'une fur l'Amovibilité , & l'autre
fur la Multiplicité des Curez dans une
même Paroiße. Elles formoient les qualirez
d'un Procès qui s'étoit élevé entre
Melchior de Gombert , Curé de l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , Appellant d'or .
donnance de Pieces mifes , renduës le
3. Juillet 1724. avec claufe d'évocation
du fond & principal , Deffendeur en Requête
du 3. Janvier 1725. l'Econome
du Chapitre de Sifteron , Intimé , & N.
I. vol.
Pierre
JUIN. 1726.
1151
Pierre Roux, autre Curé de la même
Eglife.
Dans la premiere Queftion il s'agiffoit
de fçavoir , Si y ayant eu depuis plufieurs
fiecles deux Curez établis dans l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , ces deux Curez,
par un violement des Conftitutions Canoniques
, étant devenus dans la fuite amovibles
& deftituables , toutes les années
au gré du Chapitre , cet abus étoit corrigé
& les chofes rétablics fur le pied de la
Fondation par la Déclaration du Roy du
mois de Janvier 1686. & l'Edit de 1695 .
art. 24. qui ordonnent que les Cures autrefois
deffervies par des Prêtres amovibles
, le feront à l'avenir par des Prêtres
ou Curez perpetuels .
Il eft bon , pour donner une idée jufte
des motifs qui ont donné lieu à la décifion
de cette premiere Queſtion , d'être
inftruits de l'état & des circonftances particulieres
fur lesquelles eft intervenu
l'Arrêt rendu fur cette matiere au Parlement
de Provence.
Après la Déclaration de 1686. le Chapitre
de Sifteron nomma un Curé en
titre , & négligea ( pour avoir peut- être
un Prêtre plus foûmis & plus dépendant )
de conferer l'autre Cure, & d'y inftituer
un Curé perpetuel . M. l'Evêque de Sifteron
ne fut pas plus vigilant ; enforte
I. vo '.
que
158 MERCURE DE FRANCE .
àfon deffein la Mer ouvre un paffage ,
Nous pouvons dans ſon ſein pénétrer comme lui,
Propice
Hâtons- nous . Pourfuivons à travers ces abîmes
Des Efclaves craintifs , vil rebut des humains ;
Ne ceffons de fraper ces indignes Victimes ,
Que le glaive émouffé ne tombe de nos mains,
柒
Ils entrent. Parvenus au terme redoutable ,
Le Soleil s'eft couvert d'un voile ténébreux;
L'air au loin a gémi. La foudre épouvantable ,
A fillons redoublez a fait luire fes feux.
淡
-A cet affreux ſignal, cette Montagne humide ,
Que fur nous d'un feul mot l'Eternel fufpendit
;
Sur ces Guerriers hautains que la vengeance
guide ,
S'ébranle en mugiffant , tombe & les engloutit,
Tel du front fourcilleux d'un Mont inacceſſible,
Roule un roc arraché par les fiers Aquilons;
L'Echo dans les Vallons raiſonne au bruit terrible
,
1. vol.
Et
JUIN. 1726. 1159
Et la terre gémit fous fes horribles bonds.
M
Redoutable inftrument de ta jufte vengeances
Le vent de ta colere a fouflé fur les eaux ;
Seigneur , en tourbillons l'onde fixe s'élance ,
Le goufre engloutit tout , Soldats , Armes , Che
vaux.
粥
Comme foudain s'abîme uneRoche orgueilleuse,
Qu'ébranloient & les flots & les vents furieux ;
Telle de Pharaon l'Armée audacieuſe ,
Vient d'être , à ta parole , engloutie à nos yeux ,
Flaté d'un fol efpoir , & prêt à nous atteindre,
En vain nous poursuivons ce Tiran inhumain ,
Tu combattois pour nous : eh ! qu'avions nous à
craindre ?
Quand tu combats , Seigneur , le triomphe eſt
certain.
諾
Et qui peut être à toi ſemblable fur la terre ,
Dieu terrible ? Qui peut t'égaler dans les Cieux ?
Tu parles , & ta voix eſt un affreux Tonnerre,
Sans ceffe des éclairs échapent de tes yeux.
1. vol. Dij
La
1160 MERCURE DE FRANCE.
La Mer te voit , & fuit. La terre , à ta preſence ,
Se taît , frémit foudain de reſpect & d'éfroi;
Des Peuples conjurez , l'orgueilleuſe puiſſance
foibleffe & néant devant toi. Ne feroit
que
Mais c'eſt peu de finir notre long esclavage ,
D'abîmer dans les flots nos cruels ennemis :
Tu veux guider nos pas vers le riche heritage ,
Que tant de fois ta bouche à Jacob a promis,
讚
Le Seigneur , Ifraël , race benie & fainte ,
Déploie en ta faveur la force de fon bras ;
Loin de toi les accès d'une frivole crainte ,
La terreur & la mort marchent devant tes pas.
De ton fang alterez , & fremiſſant de rage ,
Le vaillant Moabite , & l'altier Philiftin ,
Viendront à flots preffez s'oppofer au paffage ,
Que t'ouvre du Très - Haut la foudroiante main.
Mais l'altier Philiftin , le vaillant Moabite ,
I. vol.
Dé
JUIN.
1161
1726 .
Démentant leur audace & leur fiere valeur
A ton fatal afpect prendront foudain la fuite,
Er partout de ton Nom porteront la terreur .
M
D'une courfe rapide , au travers des Campagnes ,
Telfaifi de frayeur , fuit le timide Dain ;
A l'afpect d'un Lion , que du haut des Montagnes,
Dans les fombres Forêts précipite la faim.
M
De troubles , de terreur , par un nouveau prodige
,
L'Eternel frappera les Chefs & les Soldats ;
Il répandra fur eux cet efprit de vertige ,
Qui renverse , à fon gré , les plus fermes Etats.
Hé , Seigneur , faudroit- il pour nous rendre
terribles ,
Faudroit- il dans leurs coeurs porter ainfi l'éfroi ?
Non . Pour nous redouter , pour nous croire invincibles
,
Qu'ils fçachent ( c'eft affez ) que notre Dieu ,
c'eft toi.
Oui , tu l'es. De ce nom ta bonté paternelle
- I. vol .
D'iir Hos
"
1162 MERCURE DE FRANCE
Honora nos aïeux , & nous daigne honorer ;
Eh ! de l'heureux Hebreu le coeur pur & fidele
Eft feul , dans l'Univers , digne de t'adores.
#
I
Li dans nos coeurs touchez , li la reconnoiſſance
Que par ces foibles chants font éclater nos voix;
Tribut que nous rendons à ce pouvoir immenfe
Qui vient de nous fouftraire à de honteufes Loix.
Aton Peuple choifi foit toûjours favorable ;
Si l'ardeur d'un beau zele eft digne de fecours ;
Nous efperons , Seigneur , que ton bras redou
table ,
Comme il nous deffendit , nous deffendra toû
jours.
I. val.
LET
M A Y. 1726., 1163
kikikik skakjkjkjkjk k
LETTRE écrite par M. le Beuf , Sous-
Chantre & Chinoine de l'Eglife Cathedrale
d'Auxerre , à M. de la R.
à l'occafion du nouveau Breviairepublié
par M.Archevêque de Sens , &
M. l'Evêque d'Auxerre.
V
Ous m'avez prié , Monfieur , de
vous donner des nouvelles du Breviaire
qu'on préparoit pour les deux
Eglifes de Sens & d'Auxerre. Je le puis
faire à prefent , que les deux Eglifes Cathedrales
de ces Diocèfes s'en fervent
dans l'Office public & particulier. Comme
ces deux Eglifes , dont l'une eft Metropolitaine
, & l'autre Suffragante , font
fous l'invocation du même faint Martyr,
qui eft S. Etienne , & qu'elles avoient
confervé à peu près les mêmes prati- .
ques de l'antiquité , il leur a été facile de
convenir enſemble pour la compoſition
d'un même Livre de Prieres . Vous n'ignorez
pas que dès l'an 1715. feu Monfeur
de la Hoguette , Archevêque de
Sens fit une Lettre Paftorale , pour
donner avis à tout le Clergé de fon Diocèſe
de la nouvelle Edition qu'il prépa
24 I. vol.
Diiij roit,
,
1164 MERCURE DE FRANCE .
roit , afin que tous ceux qui avoient des
remarques à communiquer fur le Bre
viaire qu'on recitoit depuis l'an 1702 .
les envoya fent à Monfieur Fenel , Doyen
de l'Eglife Metropolitaine , qui étoit à
la tête de l'Ouvrage projetté . Cette
Lettre Paftorale fe trouve imprimée dans
le troifiée volume des Pieces fugitives,
donnée en 1717. par l'Abbé Archimbaud
, & elle a été auffi- tôt répandue dans
le Public , que le Breviaire de 170z.
dont un grand nombre d'Exemplaires fut
diftribué dès l'an 1703. en differens
Diocèles , même hors le Royaume . Comme
dès le temps de la publication de cette
Lettre Paftorale , on fe difpofoit dans
le Diocèle d'Auxerre , à profiter de cet
Ouvrage naiffant , on y travailla prefqu'aui
- tôt à recueillir le refte des materiaux
qui pouvoient être necellaires
pour la confection d'un Breviaire propre,
dont le fond feroit celui de Sens . Il y eut
pour cela des Avis imprimez , qui furent
répandus dans tout de Diocèfe d'Auchacun
fit fes remar- que
fur le Calendrier du Breviaire qui
étoit alors en ufage , fur le Propre des
Saints , fur les Rits , Rubriques , & c.
en un mot , fur tout ce qui paroifloit
avoir befoin d'être changé pour être rexerre
ques
1
afin
I. vol.
mis
¿
MAY. 1726. 1165
mis dans fon premier état , ou d'être ôté
tout-à - fait. On profita en effet des Memoires
, qui furent envoyez par plufieurs
Ecclefiaftiques , ftudieux & attentifs
au bien fpirituel de l'Eglife d'Auxerre
, & on les confera avec tout ce qui
avoit été remarqué dans les Livres les
plus anciens , foit manufcrits , foit imprimez
à l'uſage de la Cathedrale . Il y
eut en confequence un projet de Calendrier
imprimé dès l'an 1720. & dif
tribué dans le Diocèfe , à deflein d'informer
le Public de l'ufage qu'on avoit
fait de plufieurs Memoires venus de divers
lieux , & des recherches faites
dans les monumens les plus anciens
& les plus rares pour la perfection de ce
plan.
Tout ce travail du Diocèfe d'Auxerre
, n'etoit qu'une imitation de celui qui
s'avançoit à Sens , fous les yeux & par les
foins de l'illuftre Prélat , qui gouverne
fi fagement cette ancienne & venerable
Eglife . On tenoit dans la Ville de Sens
de frequentes Conferences , pour examiner
murement chaque chofe. Là fe trouverent
fouvent les perfonnes de l'un & de l'autre
Diocèle les plus verfées dans les Antiquitez
Ecclefiaftiques & Liturgiques
avec toute liberté de faire remarquer
pratiques anciennes dont on s'étoit éloi-
I. vol D gné
"'
les
1166 MERCURE DE FRANCE.
gné mal- à-propos . ( a ) Et le defir qu'on
y avoit de ne tendre qu'au bien , & à ce
qu'il y auroit de mieux , fit qu'on les
écouta toujours favorablement. De forte
qu'après un travail de plus de dix ans,
fait de concert dans les deux Diocèfes
voifins , il reſulte aujourd'hui un Bre
viaire commun , & cependant propre à
chacun de ces deux Diocefes , imprimé
à Sens , chez André Jannot , petit Romain,
gros oeil , 4. vol. in 8 .
Le Public doit faire attention , que
c'eft- là une obfervation à la lettre de
tout ce que les Canons ont jamais dit ,
pour infinuer cette intelligence qui doit
fe trouver entre les Eglifes d'une même
Province : intelligence formée & entretenue
dans celles de Sens & d'Auxerre.
L'intention qu'on avoit également dans
chacune , de furpaffer en exactitude tous
les autres Breviaires , & laquelle on n'a
vû produire de fi bons effets , que parce
que dans l'un & l'autre Diocèſe on eft
convenu de fe communiquer ce qu'on
avoit de plus approchant de la veritable
& refpectable antiquité , & par confequent
de plus conforme à l'origine des
( a ) Je puis parler fçavamment de ce fait,
en ayant été témoin un grand nombre de fois ,
foit dans les Conferences , où Monfeigneur
l'Archevêque de Sens préfida , foit dans celles
ù M, l'Evêque de Waterford le reprefenta.
JUIN. 1726.
1167
pas
ou
Offices Ecclefiaftiques . La Metropole
n'ayant pas eu de peine à faire revivre
des pratiques louables & primitives , qui
avoient été heureufement confervées par
la fuffragante , & la fuffragante n'ayant
fait de difficulté de fe conformer à
tout le bon goût qu'elle voyoit regner
dans la difpofition des Offices de la Metropolitaine
, ni de reprendre auffi quel
ques Rits anciens que l'Eglife Mere paroifloit
avoir confervé plus purs ,
qu'elle avoit rétabli dans leur premier
état . Ce bon goût éclate particulierement
dans le choix de tout ce qui compofe
les Antiennes & les Répons. Tout y eft
de l'Ecriture Sainte , prife dans les fens
dans lefquels il eft permis de l'employer,
fans aucune alteration de temps ni de
'perfonnes , & fans qu'une même Antienne
, ou un même corps de Répons ,
foient formez de plufieurs Chapitres
joints ou coufus enfemble. Ce qui eft
encore bien remarquable dans les Répons
, & que les veritez du corps des
Répons , tirées de l'Ancien Teftament ,
font toujours confirmées dans le Verfet
par une du Nouveau ; & reciproquement
le Répons renferme une verité
prife du Nouveau Teftament , la verité
qui lui fait allufion , efttirée de l'Ancien
, & employée pour Verfet ; le tout
-1. vol. D vj ce
1168 MERCURE DE FRANCE.
1
cependant de maniere que le Verfet renferme
toujours un fens complet , & que
la reclame , quoique rélative à ce qui
vient d'être dit dans le Verfet , dife auffi
en particulier une verité , ou une Sentence
, ce qu'on appelle en Logique une
propofition. Si S. Agobard , celebre Ar
chevêque de Lyon , au neuviéme fiecle,
revenoit fur terre , il auroit la fatisfaction
de voir fes fouhaits accomplis , lui
qui étoit fi porté à faire employer l'Ecriture
Sainte fans glofes ni additions ,
qu'il ne craignoit point de dire , que c'étoit
une folie de ne pas convenir que cet
ufage eft plus raifonnable & plus falutaire
, & qu'il ne put s'empêcher d'eme
ployer les termes les plus forts contre
la liberté qu'on prenoit d'ajoûter à l'Ecriture
Sainte , & de lui faire dire ce
qu'elle ne dit pas . On a auffi obfervé dans
le Breviaire de Sens & d'Auxerre , en
difpofant les petits Verfets du Plautier ,
que ces petits paffages euffent toujours
quelque chofe d'édifiant & de propre
aux Heures , c'est- à- dire , aux temps aufquels
ces Offices doivent être chantez
ou recitez , afin de porter à conferver ,
autant qu'il eft poffible , l'ancien Rit de
dire les Offices à differens temps con-
· venables aux noms qu'ils portent. Par
exemple , pour les Nocturnes , vulgai-
C
1. vol.
rement
JUIN. 1726. 1169
rement appellez Matines , on y voit des
Sentences qui rappellent dans l'efprit
du Lecteur le fouvenir que c'eft la nuit
qu'il faut reciter cet Office ; pour Vêpres
, d'autres Sentences qui marquent
l'approche de la nuit , & cela pour inculquer
toujours aux Ecclefiaftiques ,
que plus on dit les Nocturnes vers le
minuit , & Vêpres vers le coucher du
Soleil , plus on eft conforme à l'Efprit.
de l'Eglife , fi bien confervé dans certaines
Cathedrales , & dans plufieurs
Monafteres. Il en a été de même des
Hymnes du Plautier. On leur a laiffé
tous les avertiffemens qu'elles donnent
de l'heure à laquelle chaque Office doit
être recité ; & quoiqu'on en ait retouché
plufieurs pour les rendre plus onctueules
& plus poëtiques , on a mieux
aimé laiffer dans celles là quelque chofe
à defirer pour le ftyle , plutôt que de
leur ôter leur propre caractere , qui eft
une leçon perpetuelle & journaliere fur
les intervalles differens aufquels il faut
recourir à la Priere . On a auffi fait dans
ce Breviaire une diftribution du Plautier,
differente de celle de tous les derniers
Breviaires , & même de celui de 1702 .
enforte que dans le cours d'une femaine,
les cent cinquante feaumes font recitez.
felon le rang qu'ils ont dans la Bible
1a vola ex1170
MERCURE DE FRANCE .
excepté de certaines folemnitez . Cette
varieté fait que les Ecclefiaftiques retournent
à la priere avec une nouvelle
avidité , ainfi que l'a remarqué S. Bafile
dans fes Regles détaillées . ( a ) Et
pour réaffir à bien diftribuer ces Pfeaumes
aux differentes Heures de chaque
jour de la femaine , on a été obligé de.
pratiquer ce que dit un Canon du Concile
de Narbonne , de l'an 589. c'eſt-àdire
, d'intercaler le Gloria Patri une ou
deux fois dans les Pleaumes longs . Il n'y
a aucun jour dans l'année où on ne faffe à
Matines une Lecture affez confiderable ,
prife dans les endroits les plus importans
'de la Sainte Ecriture. Les Sermons
& Homelies des Peres font choifis des
plus beaux endroits de leurs Ouvrages :
& fi les Extraits en font quelquefois
courts , on a eu foin de choisir des textes
qui difent beaucoup en peu de paroles.
Les Actes des Saints font purgez de
toutes les fables qui s'y étoient gliflées ,
& qui étoient reconnues comme telles ,
generalement par tous les Agiographes.
On a verifié ces Actes fur les recherches
des plus habiles Critiques , & l'on
s'eft fervi utilement du grand Recueil de
Bollandus & de fes fçavans Continuateurs
. qui ont fait part de leurs lumie-
( « ) Interrog, 37% ,
I. vol.
res
JUIN. 1726. 1141
res aux Examinateurs des Antiquitez
Ecclefiaftiques du Diocèfe d'Auxerre ;
fans negliger ce que les Gardiens des
plus anciens & plus curieux Manuſcrits
qui font dans Paris ont bien voulu
communiquer pour la perfection de
cette partie du Breviaire. Enfin on a
tellement muni ce Breviaire de tout ce
qui eft utile & avantageux pour le main
tien du bon ordre , que fi fa brieveté
pouvoit par hazard infpirer aux perfonnes
moins ferventes du relâchement ,
& de la moleffe dans la Difcipline Ecclefiaftique
, il renferme en même temps
des armes , non- feulement capables d'éloigner
ces relâchemens , mais encore
très - propres à faire rétablir , felon les
anciennes Regles , ce qui a été affoibli
dans les derniers fiecles . Je veux parler
des Canons des Conciles qu'on y fait lire
entre Prime & Tierce chaque jour de
l'année. Ils entrent par ordre des matieres
dans un fi grand détail , de ce que
les Ecclefiaftiques doivent pratiquer ou
éviter , qu'on peut dire que les Chanoines
y trouveront à profiter , pour le
moins autant que dans le Concile d'Aixla
Chapelle , que l'Empereur Louis le
Débonnaire leur prefcrivit pour Regle
au neuviéme fiecle ; & que le refte du
Clergé y pourra puifer abondammènt les
1. vol. ma1172
MERCURE DE FRANCE.
maximes de la conduite qu'on doit tenir
dans les differentes fonctions des Ordres
facrez. On efpere que cet ufage de lire
auffi les Conciles & les Peres , rétabli par
les Eglifes d'Orleans , de Lifieux , d'Ângers
, de Troyes , & c. fera fuivi un jour
par toutes les autres , ayant eté autrefois
univerfel ; & que les Congregations de
Chanoines , qui ont pris le furnom de
Regulieres , ne tarderont pas à fe conformer
aux louables & trés - fenfées pratiques
des anciennes Eglifes Cathedrales, ou au
moins à examiner les ufages modernes
qu'un Breviaire emprunté leur a fait
adopter , en place des anciens qui étoient
femblables à ceux de ces Eglifes Cathedrales
, & qui étoient bien plus raifonnables
& dignes de veneration .
Comme la confection des Livres de
Chant eft une fuite neceffaire d'un nouveau
Breviaire , ce fera auffi le fujet
d'une feconde lettre que j'aurai l'honneur
de vous écrire . Les deux Eglifes
étant dans le deffein de fe diftinguer par
la beauté de leur mélodie , par la varieté
de leur Pfalmodie , & de profiter de ce
que toutes les Eglifes , qui avant elles
ont reformé leurs Breviaires , ont introduit
de Chant nouveau , ou rétabli d'ancien
, prennent les mesures de s'en rapporter
aux plus habiles Connoiffeurs de
1. vol.
tout
JUIN. 1726. 1173
tout le Royaume en fait de Plein - Chant.
Vous fçavez que c'eft un fujet grave &
important pour l'Eglife de Sens , puiſqu'on
n'y chante que le pur Plein- Chant
non plus qu'à Lyon . Cependant on y a
quitté , fans grande peine , cette prétendue
myfterieufe gothicité , qui depuis
plufieurs fiecles accompagnoit la prononciation
des fyllabes fous le Chant , & on
eft refolu , en confervant les anciennes
beautez , d'adopter toutes celles des autres
Eglifes en matiere de Chant , comme
de donner aux Hymnes Lyriques le
mouvement qu'elles doivent avoir , &
qui en fait paroître toute l'harmonie ,
fuivant l'inftitution primitive de ces metres
empruntez , comme vous lçavez ,
des anciens Romains . La Profe Veni
Sanite Spiritus , qu'on attribue au Roi
Robert , eft une preuve de l'antiquité de
cette maniere de chanter , auffi bien que
l'Hymne Conditor alme fiderum , qui eſt
encore beaucoup plus ancienne.
Vous parlez fi fouvent dans vos Journaux
de tout ce qui regarde les Sciences
& les beaux Arts , & la Mufique en partulier
, que j'efpere que vous ne ferez
pas fâché d'ajoûter à la lettre qui vous
fut écrite de la Brie au mois d'Aouft dernier
, les découvertes qu'on fe propofe de
faire ici fur la fcience du Plein- Chant ,
I. vol.
par
1174 MERCURE DE FRANCE .
par une revue meditée , & un examen
fcrupuleux de l'application des principes
de cette lettre , defquels tout ce qu'il y a
ici de vrais Connoiffeurs & de gens fenfez
font facilement convenus. Je n'ofe
vous rien promettre fi - tôt de ma part,
quoique depuis plus de vingt ans , il n'y
ait Livres de Chant manufcrits ou impri
mez d'aucun Diocèle où j'ai voyagé , dans
lequel je n'aye trouvé à profiter pour
l'Ouvrage que je compte donner un jour
fur le Chant Ecclefiaftique. Il eft juſte de
produire d'abord au Public les découver
tes que ceux , qui font plus âgez que
moi , ont eu le loifir de faire depuis trente
ou quarante ans qu'ils chantent dans
PEglife. Mais en attendant , je ne puis
m'empêcher de vous faire part des terreurs
paniques de ceux qui croyent qu'en
mettant de nouvelles paroles en Plein-
Chant , on détruit & on abolit le Chant
Gregorien. Ces perfonnes permettront ,
qu'on fe ferve d'une comparaifon familiere
pour leur faire entendre raifon , &
les remettre de leurs frayeurs. Il arrive
tous les jours qu'un Maitre de Muſique
eft obligé de mettre en Mufique un Motet
compofé de nouvelles paroles : peuton
dire pour cela qu'il la détruit , à caufe
qu'il aura changé le mode ou la mefure
qui étoit dans le Motet précedent ? La I vol.
MuJUIN.
1726. 1175
Mufique ne change point de fond , pour
être appliquée fur de nouveaux textes.
Ce qu'il arrive feulement lorfqu'on donne
à un Muficien de nouvelles paroles ,
c'est que de là il eft à fa liberté de choifir
tel ou tel mode felon fon genie , le
majeur ou le mineur , & de changer de
mefures comme bon lui femblera ; mais
ce qu'il compofera , fera toujours de la
Mufique & non du Plein- Chant . Il en
eft de même d'un Compofiteur de Chant
d'Eglife. Dès - là que c'eft du Plein Chant
qu'il fait , c'eft de neceffité du Chant Grégorien
: le changement de paroles ne change
pas la fubftance du Plein Chant ; il
refulte feulement de- là , que les fons qui
forment les modes ou les tons , feront
autrement difpofez ; & que les modes ,
majeur ou mineur , avec leurs foudivifions
auront fubi la place que le Compofiteur
aura trouvé bon de leur affigner .
Lorfque les Sentences font belles , pleines
de mots nobles , énergiques , & qui
demandent de l'expreffion , elles obligent
quelquefois à des progrès plus fonores
qu'à l'ordinaire , à des traits mélodieux ,
élegans , gracieux , à des chutes ou cadences
délicates & coulantes ; mais c'eſt
toujours du Plein - Chant , du Chant traité
dans les bornes de celui qu'on appelle
Grégorien ; & il n'y a aucune de ces
JI. vol. chutes
1176 MERCURE DE FRANCE
chutes , ou de ces élevations ; qui ne fé
rencontre quelquefois dans les Livres
répandus dans Rome , & par toute l'Eglife
. Si on s'apperçoit qu'elles devien- .
nent plus communes dans les nouveaux
Antiphoniers , ce n'eft pas aux Compofiteurs
du Chant qu'il faut s'en prendre ,
c'eft aux Auteurs des Breviaires qu'il
faut imputer la faute , fi tant eft que ce
foit une faute d'avoir rendu les plus beaux
textes de l'Ecriture Sainte , & les belles"
Poefies plus frequentes qu'anciennement;
ce qui a engagé à faire des Chants plus
harmonieux , dont la majesté correfpondit
à celles des paroles , des Chants , qui
infpiraffent la devotion & la componction
, ou cette joye fpirituelle qui empêche
l'ennui dans les Eglifes. Si Santeuil ,
que tant de gens fe felicitent d'avoir connu
, étoit témoin de l'air chagrin & méprifant
, dont quelques-uns envifagent les
perfonnes qui trouvent du goût à accompagner
les Hymnes des plus beaux
Chants qu'il eft poffible , il auroit bien
raifon de repeter pour le coup le Proverbe
de l'Evangile ( a ) qui lui étoit fi
familier , lorfqu'il voyoit mal executer
fes Poëfies enlevantes , & d'appliquer à
ces Provençaux certains traits de la Fable
, qui n'étoient pas rares dans la bou-
( a ) Matth: 7.6.
I. vol.
che
JUIN 1726. I 177
che . Auffi l'Eglife de Paris qui fe glorifie
de l'avoir eû pour fon Poëte , remit-
elle en vigueur , de fon temps , plus
que jamais les mesures dont les Hymnes
Sapphiques & quelques- unes des
Alcaïques , demandent à être chantées ,
pour correfpondre à la beauté du Textes
& elle le fit afin que le chant & les paroles
euffent une certaine proportion."
C'eft ce que bien des gens de Province.
ignorent ou ne veulent pas fçavoir : car
s'ils le fçavent , il ne leur eft pas pardonnable
de croire être d'un meilleur
goût que dans la Capitale du Royaume ,
encore moins de dire en des Affemblées
publiques , que le Clergé du Diocèfe de
Paris , fi éclairé, fi fage & fi grave , chante
des Chants puifez dans les Places publiques
. Je fuis , & c. Ce 7. May 1726.
XX:XXXXXX : XXXXXXX
ELEGIE
Sur le départ d'une Maîtreffe.
I'
Left donc réfolu , cet injufte voyage ,
Qui ravit à mes yeux la Beauté qui m'engage;
Vous avez prononcé , vous & mon mauvais fort
L'Arrêt de votre abfence & celui de ma mort :
Helas !
I. vol.
1178 MERCURE
DE FRANCE .
Helas : j'allois mourir , & cette loy fevere ,
Pour terminer mes jours n'étoit pas neceffaire';
Au gré de vos rigueurs , j'allois par mon trépas,
Expier des defirs que vous n'approuvez pas ,
Vous immoler un coeur dont l'amour eft extrême;
Mais qui n'eſt criminel que parce qu'il vous aime;
Pourquoi donc,inhumaine,abandonner ces lieux ?
Ma douleur fuffifoit pour venger vos beaux yeux,
Elle alloit de mes jours vous faire un triſte hom-`
mage ,
Et peut-être adoucir cette humeur trop fauvage ;
Que fçai-je fi vos yeux témoins de mes malheurs
N'auroient pas à ma cendre accordé quelques
pleurs ?
Vous auriez plaint men fort & votre ame attendrie
Eût rendu mon trépas plus heureux que ma vie ;
En proye à vos remords vous auriez dit un jour,
C'eft ainfi que ma haine a payé tant d'amour.
Quelfort ! & qu'à ce prix la mort me feroit chere !
que j'éprouve helas ! un deftin bien con-
Mais
traire !
1.
Rien n'adoucit ma peine, & je m'en vais mourir,
Et fans vous rendre hommage & fans vous at
tendrir ;
Qu'importe que moi- même enfin je me puniffe.
I. vol.
Vous
JUI N. 1726,
1179
Vous fçaurez mon trépas & non pas mon fupplice
;
Et vous ignorerez qu'avec vous trop d'accord,
Je vous vengeay moi - même en me donnant la
mort.
Ainfi toute efperance à mon coeur eft ravie ;
Je perdrai mon trepas en terminant ma vie ;
La mort , terme fatal des plus affreux malheurs ,
Ne le deviendra point de mes vives douleurs .
Me refuſerez - vous la faveur que j'implore ?
Que je meure à vos yeux ; ne partez point encore ,
Armez - vous de rigueur , je n'en murmure pas ;
Mais laiffez-moi du moins le choix de mon
- trépas .
Cefler un feul moment de voir tout ce que j'aime,
C'est bien plus que la mort , c'eſt pour moi l'enfer
même ;
Trouvez-vous que mon coeur foit trop ambitieux,
Quand il borne fa gloire à mourir à vos yeux ?
Cette auftere pudeur qui partout vous confeille ,
Ne peut vous reprocher une faveur pareille ;
Payer ainfi mes feux eft un trait de bonté
Qu'on pourroit dans un autre appeller cruauté,
Mais en vain pour tout prix de ma perfeverance ,
J'ofe à votre pitié porter mon efperance ;
1. vol, Vous
1180 MERCURE DE FRANCE.
Vous ne les plaignez pas , ces iours infortunez ,
Et ce n'eft qu'en fuyant oous m'affaffinez.
Ah ! fi dans ce moment qui fait toute ma crainte ,
Vous fentiez de mes maux quelque legere atteinte
,
Si près d'un trifte éxil , pour moi fi rigoureux ,
Vous donniez un foupir au fort d'un malheureux,
Ce foupir en fortant de votre belle bouche ,
Impoferoit filence àl'ennui qui me touche ,
Et peut être mon coeur pourroit fans expirer ,
Souffrir ce dur moment qui va nous féparer ;
Jufques- là feulement, tâchez de vous contraindre,
Si vous plaignez mes maux , ils ne font plus à
plaindre ;
Et quelque âpre tourment qu'il me faille fouffrir,
Si ma mort vous déplaît , je ne fçaurois mourir,
Qui , malgré les affauts que ma douleur me livre,
Malgré votre rigueur , je tâcherai de vivre
me réferver au bonheur que j'attends
De ma perfeverance , & de vous & du temps,
Er de
L. S. R.
1. vol.
MEJUI
N. 1726. 1181
MEMOIRE contenant ce qui s'eft paffe
à Marseille , lorfque M. le Marquis
de Pilles a été reçû Capitaine- Gouverneur-
Viguier de cette Ville , en furvivance
de M. le Marquis de Pilles fon
pere.
N Marſeille qui nous ont appris l'a-
Ous avons reçû des Lettres de
plaudiffement general que cette Ville a
donné à l'inftallation de M. le Marquis
de Pilles , fils , dans la Charge de Gouverneur-
Viguier de cette Ville .
Cette Charge , qui eft depuis longtemps
dans la Maifon de Fortia de Pilles,
eft très -ancienne & très- confiderable..
Autrefois le Viguier n'étoit pas feulement
Gouverneur de Marſeille , il étoit
encore le Maître de la Juftice & de la
Police , il faifoit des Reglemens pour la
Ville & pour la Marine , & même les
Deniers Royaux n'étoient diſtribuez aux
Officiers que fur fes Ordonnances . Cette
Charge a été exercée par des Gentilshommes
des plus anciennes Familles de la
Province , comme de Baux , d'Agout , de
Sabran , de Caftellane , d'Adhemar , de
Porcellet , deVilleneuve , de Glandevés ,
1. vol. E d'Al1182
MERCURE DE FRANCE .
d'Allamanon , de Brancas , de Barras , de
Simiane , de Grimaldi , d'Aube , d'Ance
zune , de Pontevés , de Sado , de Candole
, de Graffe , de Vintimille , d'Are
latan , de Bouliers , de Quiqueran , de
Fourbin , de Vento , de Caftillon , de Puget,
&c.
L'Hiftorien de Marfeille remarque
que deux Gentilshommes en ayant été
pourvus en même- temps par le Roy ,
pour terminer leur differend , François
de Luxembourg , Vicomte de Martigues,
Gouverneur de Provence , & d'une Maifon
qui a donné des Empereurs & des
Souverains à l'Europe , prit lui - même
le Bâton de Viguier , & en prêta le ferment
à l'Hôtel de Ville.
Il y a eu en divers temps des variations
fur la durée de cette Charge , anciennement
elle étoit annuelle. François
1. la mit en vente comme toutes les autres
Charges du Royaume ; mais fur les
remontrances des Habitans de Marfeille ,
il la rendit annuelle , comme elle étoit auparavant.
Sous Charles IX . elle fut triennale
; Pierre de Sado fut le premier qui
l'exerça pendant trois ans avec un défintereffement
auquel nos Hiftoriens ont fait
honneur.
En 1660. Louis XIV . donna cette
Charge à vie à Paul de Fortia , Baron
To vala
de
JUI N. 1726. 1182
A
de Pilles , & c. & depuis cette Charge eft
toûjours demeurée dans cette Maiſon , au
grand contentement des Marfeillois . Le
Gouverneur- Viguier jonit encore de fort
beaux privileges , c'eft à lui qu'on portė
les Clefs de la Ville , il préfide à tous .
les Confeils de Ville & les autoriſe , c'eſt
lui qui commande les Troupes , quand
il y en a, & qui fait à Marſeille toutes les
fonctions de
Commandant , & c'eſt pour
cela qu'il a des Gardes.
Le Roy ayant accordé la furvivance de
cette Charge à M. le Marquis de Pilles ;
fils , qui n'a pas encore douze ans , ce
jeune Seigneur fut inftallé le premier de
May dernier , & fit fon entrée publique
dans la Ville ce jour- là. Il donna maj
gnifiquement à dîner à une nombreuſe
compagnie hors la porte d'Aix. Sur les
5. heures du foir les quatre Capitaines
de quartier, à la tête de leurs Compagnies,
precedez de Hauts - Bois & de Tambours ,
allerent fe ranger en haye auprès de cette
Porte de la Ville. Peu de temps après
MM. les Echevins & le fieur Pichatti de
Croifainte , Orateur de la Ville , fe rendirent
auffi à cette Porte ; ils étoient en
Robe de ceremonie , accompagnez des
principaux Habitans , & precedez par les
Gardes de Police .
Le jeune Marquis étant entré dans la
1. vol.
E ij
Ville
184 MERCURE
DE FRANC
Ville par cette Porte , fut complimenté
au nom de la Ville , par le fieur Pichatti,
auquel il répondit en ces termes : Jefuis
d'autant plus fenfible , Meffieurs , aux
marques de votre amitié , que je n'ay encore
pû vous affurer du cas que j'en fais
la foibleffe de mon âge fufpend les occa
fons de la meriter , Sans en diminuer l'envie;
je vous en demande d'avance la
continuation , & je vous prie d'être bien
perfuadez que je ne négligeray jamais les
occafions qui pourront m'attirer vore ef
time,
Après ces paroles qui furent prononcées
avec beaucoup de grace & de dignité
, il fut falué par le bruit d'un grand
nombre de Boëtes , & prit fa place à la
tête des Echevins qui l'accompagnerent
chez lui , fuivi d'un nombreux & magnifique
cortege ; il fut encore falué au
bruit des Boetes qui étoient dans le Cours ,
& à fon arrivée chez lui .
Le lendemain il alla avec fon illuftre
pere , rendre vifite à la Nobleffe & aux
principaux Habitans, & les prier d'affifter
le 5 , du même mois à fon inſtallation
dans l'Hôtel de Ville.
Ce jour là à 4. heures du foir M. le
Marquis de Pilles , pere , fe rendit feul à
l'Hôtel de Ville , prit fa place ordinaire ;
peu temps après M. le Marquis, fon
de
.
:
I. vol. i
fils
JUIN. 1726. 1185
f1s,arriva , accompagné de la Noblefte &
des principaux Habitans. Les Echevins
le vinrent recevoir à la porte de la Sale
du Confeil , le conduifirent à la place
qui lui étoit deftinée : alors le jeune Marquis
mit fes Lettres Patentes entre les
mains de M. fon Pere , qui en ordonna
la lecture au Secretaire de la Ville , après
quoi M. le Marquis de Pilles , pere, prenant
la parole, parla en ces termes à fon
fils :
Voici , mon Fils , un jour que vous
devez regarder , à juste titre , comme le
plus heureux de votre vie. Ce qui s'y
paffe m'intereffe fenfiblement par la tendreffe
que j'ay pour vous , & plus encore
par l'honneur que je reçois de voir con
tinuer dans ma Maifon les marques de la
bonté du Roy & de fa confiance. Vous
avez en la perfonne de votre Bifayeul
de votre grand Oncle , des exemples à
fuivre qui vous attireront , fans doute ,
L'eftime & l'amitié d'une Ville qui doit
Vous être chere. Vous avez , comme eux ,
le bonheur de voir la partie la plus refpectable
& la plus confiderable de cette même
Ville , prendre part à ce qui vous regardes
Joyez attentif à lui plaire, c'est à monégard
la reconnoißance que je vous demande &
que j'attens de vous. Le jeune Marquis në
répondit que par une profonde réverence ;
E iij 1. vol. le
1186 MERCURE DE FRANCE
?
le
pere fe leva , prit fon fils par la main,
le fit affeoir à la place , lui remit le Bâton
de Viguier , & fe retira . Alors le fils
avec une contenance noble & douce remercia
l'Affemblée en ces termes :
Je reffens , Meffieurs , tout le prix de
la grace que le Roy a bien voulu faire
à mon pere, & celui de l'honneur que
je reçois ; il me reste cependant encore à
defirer de pouvoir marquer mon zele pour
fon fervice & à ma Patrie , l'etendue de
de mon attachement.
MM . les Echevins & toute l'Affemblée
le reconduifirent enfuite chez lui.
En fortant de l'Hôtel de Ville il fut précedé
de fes propres Gardes , avec leurs
Pertuifanes & leurs Cafaques d'Ordonnance
; & à fon arrivée il fut complimenté
en Vers François par un jeune
Ecolier , au nom du College de Marſeille.
Tous les Corps , toutes les Communautez
& les Particuliers font venus rendre
leurs devoirs au Pere & au Fils avec
tous les fentimens finceres d'eftime &
d'affection que doit s'attirer un merite
hereditaire.
La Maifon de Fortia eft ancienne &
illuftre , elle defcend de Bernard de For
tia , General des Armées de Dom Pedro
IV. Roy d'Arragon ; ce Prince épousa en
fecondes nôces Sibille de Fortia. Voyez
1. vol.
Mariana
JUIN 1726. 1187
Mariana , Hiftoire d'Espagne , liv. 18.
Zurita nous apprend que cette Reine
eut de grands démêlez avec Dom Juan
& Dom Martin , Infants du premier lit
de Dom Pedro ; & qu'après la mort de
ce Prince elle fut mife en prifon avec
Bernard de Fortia fon frere , d'où ils ne
furent relâchez qu'à la priere du Pape
mais que fes parens & fes domeftiques
furent condamnez à avoir.la tête tran
chée. Il est vrai - ſemblable , ajoûte l'Hiftorien
, que ce fut en cette occafion que
les Fortia fortirent d'Aragon. ( Zurita
Chron. Arrag. anno 1380. )
Les Fortia fe retirerent alors à Montpelier
, d'où ils fe diviferent dans la fuite
en plufieurs branches ; l'une s'établit en
Touraine ; celle-la s'eft tranfplantée à
Paris , où elle fubfifte encore en la perfonne
de M. de Fortia , Confeiller d'E
sat ; elle a eu aufli fes grands Hommes.
Jean de Fortia quitta Montpelier &
vint s'établir à Avignon en 1505. il fut
pere de Marc de Fortia , Seigneur de
Caderouffe , qui laiffa trois garçons de
deux differens lits , & qui ont fait les
trois branches d'Urban , de Montreal &
de Pilles .
Gilles de Fortia , Chef de la premiere
branche , fut Capitaine de Galere , Chevalier
des Ordres du Roy & Gentilhom-
E iiij
J. vol. me
1188 MERCURE DE FRANCE.
་
me de faChambre . Loüis , fon petit - fils ,
fut Briga er des Armées du Roy & Gouverneur
de Montlouis.
Paul de Fortia de la branche de Montreal
, s'acquit une gloire immortelle en
1638. au co.nbat des Galeres de France
contre celles d'Efpagne , il prit la Capitane
d'Espagne.
Paul de Fortia I. du nom , fut Chef de
la branche de Pilles , il nâquit à Carpentras
; il fut Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance fous Henry III. en 1932 .
Mestre de Camp de la Cavalerie Legere
& Etrangere en France fous Henry IV.
en 1591. Gentilhomme Ordinaire de fa
Chambre en 1595. Le Duc de Savoye
ayant rendu la Ville & Citadelle de
Berre en Provence , le Roy lui en donna
le Gouvernement en 1596. & le fit
Chevalier de fon Ordre. En 1598. les
Florentins ayant évacué le Château d'If
& les autres lles de Marſeille. Le Roy
le pourvut de ce Gouvernement ; le Roy
écrivant cette même année au Marquis
de Rofni , fon premier Miniftre , lui
dit M. de Pilles m'a bien fervi , je
connois fon ardeur & fa fidelité ; je voudrois
en avoir dans mon Royaume plu
fieurs femblables à lui. En 1608. le Roy
le fic Confeiller d'Etat d'Epée ; il mourut
en 162 1. & laiffa fix enfans , dont
I. val
l'aîné
JUIN. 1726.
1189
Taîné fut Paul II. élevé auprès de Louis
XIII. en qualité d'Enfant d'Honneur.
A l'âge d'onze ans il eut la furvivance
de tous les Gouvernemens de fon
pere. En 1614. il fut fait Capitaine de
Galere , & fix ans après Meftre de
Camp de la Cavalerie Legere , & Etrangere
en France . En 1635. il fut Cololonel
d'un Regiment d'Infanterie qui porta
fon nom . Louis XIII . s'entretenant un
jour avec fes Confidens : Vous ne me dites
rien de de Pilles , leur dit- il , qui
vant bien autant que ceux que vous ve
nez de nommer ; c'est l'un des plus braves
hommes de mon Royaume ; je le connois
car je l'ai nourri , je l'aime infiniment.
Il fe diftingua en plufieurs occaſions , &
furtout aux Sieges de Montauban , & de
La Rochelle.
Pendant le Siege de Montauban , le
Roi fut averti que le pere de de Pilles
étoit à l'extrêmité ; le Roi fit chercher
de Pilles par tout , on le trouva enfeve
li tout vivant fous un tas de terre & de
pierres enlevées par un fourneau qu'on
venoit de faire jouer ; le Roi lui ap
prit l'état où étoit fon pere , & lui or
donna de fe rendre auprès de lui pour
mettre ordre à fes affaires. Quoique de
Pilles fut extrêmement affligé de cette
nouvelle , il fupplia le Roi de lui per-
1. vola E v met
1190 MERCURE DE FRANCE :
mettre de ne quitter l'Armée qu'a
près que S. M. auroit triomphé de cette
Ville rebelle , & il ne fallut pas moins
qu'un ordre abfolu de S. M. pour l'obliger
de partir. Louis XIV. lui témoi
gna la même eftime & la même confiance.
En 1644. il lui donna une penfion de
4000. livres , en 1649. il le fit Maréchal
de Camp , & lui confia l'adminiftration
des affaires de la Province , dans les temps
de trouble . Ce Prince arrivé à Tarafcon en
1660. lui fit l'honneur de le faire fouper
à fa table ; & lorfque le Roi fut arrivé
à Marſeille M. de Pilles lui 2 & que
préfenta les Clefs d'or de la Ville , S. M.
les lui remit fur le champ , & lui dit :
Confervez-les , je ne sçaurois les mettre
en meilleurs mains que les vôtres. Ce
grand homme mourut à Marseille au mois
de Juin 1682. Ses Obfeques furent faites
´à la Cathedrale , où l'on prononça
fon Oraiſon Funebre. On porta enſuite
fon corps par toute la Ville . Le Convoi
étoit compofé de toute la Nobleffe de
Marſeille , & des environs. Tous les
Ordres Seculiers & Reguliers le précedoient
avec quelques Troupes reglées ,
& les Compagnies de Ville. Ces troupes
firent trois décharges , ainfi que tou
tes les Galeres & tous les Vaiffeaux qui
fe trouverent dans le Port ; le cor ps fut
La Vol.
enfim
JUI N. 1726.
enfin porté fur la Galere de M. le Marquis
de Fourville fon fils . Ses proches
parens l'accompagnerent jufqu'au Château
d'If , où il fut inhumé avec beau- ,
coup de ceremonie . On croit devoir rapporter
ici l'Epitaphe qui fut faite à cette
occafion.
Nochers qui fillonnez les mers ,
Ne craignez plus aucun orage ,
Sur l'Empire des eaux il n'eft plus de naufrage,
Parcourez hardiment tout ce vaſte Univers.
Cy git au milieu de cette Ifle ,
Le corps de l'illuftre de Pille ,
Qui par un fort des plus heureux ,
Après avoir pendant la guerre ,
Diffipé long- temps de la terte
Les brouillards les plus tenebreux ,
Va par un doux regard , comme un Aftre pai
ble,
Calmer le courroux dangereux ,
D'un Element bien plus terrible.
Il avoit épousé en 1627. Marguerite
de Covet , fille du Baron de Bormes ,
& de Dame Lucrece de Graffe . I laiffa
une nombreuſe pofterité. Charles , Paul
E vj II .
I. vol.
1192 MERCURE DE FRANCE.
III . Gafpar , Alexandre , Alphonfe , Joſeph
, & Jeanne.
I. Charles Bernard , Baron de Beaunes
, Marquis de Sainte Jalle , & c. fe
fignala en Flandres à l'Armée comman
dée par le Maréchal d'Aumont ; il ne
laiffa qu'une fille , mariée à Jofeph François
de Coriolis , Baron de Limage .
II. Paul III . Marquis de Pilles , & c.
fucceda à Paul II. fon pere au Gouvernement
du Château d'If. Il époufa Ge--
neviève de Vento , fille du Marquis des
Pennes , & de Renée, de Fourbin -Janfon,
foeur du Cardinal de ce noi ,
De ce mariage font iffus Louis - Alphonſe
, pere du jeune Marquis qui donne
lieu à ce Memoire . Touffaint qui a
été Page de Lou's XIV. enfuite Moufquetaire
, actuellement Capitaine de Galere
depuis 1725. Marthe mariée à Jofeph
Hubert de Vintimille , Seigneur
de Saiffous. Anne mariée à N. d'Agout,
Marquis d'Oliéres . Genevieve , mariée
à N. d'u rre , & deux autres filles Religieufes
du S. Sacrement à Marſeille.
III Gafpard , Chevalier de Malthe
appelté le Chevalier d'Aubre , mort en
Afrique à l'Expedition de Gigeri en
1664-
IV. Alexandre , Abbé de Pilles .
V. Alphonfe , Marquis de Fourvil-
1. val.
le,
JUIN. 1726. · 1193
le , fut Officier dans les Gardes Françoiſes
en 1659. Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment des Cravates en
1667. Capitaine d'un des Vaiffeaux de
S. M. en 166 8. d'une Galere en 1669 .
Capitaine Gouverneur- Viguier de Marfeille
en 1682. un des quatre Lieutenans
de Roi en Provence au département d'Aix
en 1693. Chef d'Efcadre des Galeres en
1695. Il cominanda en 1706. les fix
Galeres qui furent envoyées à Naples ,
où il eut l'honneur de recevoir dans fa
Galere Philippe V. Roi d'Eſpagne ; mais
le mauvais temps ayant obligé S. M.
Catholique de relâcher à Antibe pour
prendre le chemin de terre , le Marquis
de Fourville continua fa route avec les
Galeres , arriva à Marfeilie avant le Roi,
vint à fa rencontre , & eut l'honneur
d'entrer à Marseille , à cheval , à côté de
S. M. C. Il mourut en 1710.
VI. Joſeph , reçû Chevalier de Malthe
en 1657. mourut à Meffine Lieutenant
de la Galere du Marquis de Fourville
fon frere.
VII. Jeanne époufa Annibal de Graffe.
Louis-Alphon fe, fils de Paul III. Marquis
de Pilles & de Fourville , & c. a
été Page de Louis XIV. enfuite Moufquetaire
, & Capitaine dans le Regiment
du Roi ; il fut pourvû du Gou-
1. vol.
ver1194
MERCURE DE FRANCE.
1
A
.... vernement du Château d'If en... &
après la mort du Marquis de Fourville
fon oncle , il lui fucceda en la Charge de
Capitaine Gouverneur- Viguier de Marfeille
, auffi bien que dans celle de Lieutenant
de Roi de Provence. Il a rendu
de grands fervices à fa Patrie , furtout
pendant la derniere pefte. S. M. lui
accorda en 1722. une gratification confiderable
, & la furvivance de fa Charge
pour fon fils ; il a eu de fon mariage
avec Elifabeth de Flotte , Touffaint-Alphonfe
, né le 14. de Juillet 1714. qui
fait le fujet de ce Memoire , & qui eft
le quatrième de fa Maifon qui ait été
Capitaine - Gouverneur -Viguier de Marfeille
.
Fortia porte d'azur à une Tour ronde
d'argent , crenelée de quatre pieces d'or ,
maçonnée de fable , & portée ſur un tertre
de finople
.
TTT
K. veli
ELE
JUIN. 1726. 1195
લેખ kakakakakakak
ELEGIE qui a remporté un des Prix des
Jeux Floraux de Toulouze , au mois
de May dernier.
A
Par M. Dulard de Marfeille.
Infi fon lâche coeur , au mépris de fa foi ,
Soupire pour une autre , & ne vit plus pour
moi:
Ainfi de mon amour , cet amour fi fincere ,
Une noire inconſtance eſt l'indigne ſalaire ;
Et pour comble à mes maux , quand l'ingrat pe
changer ,
En de nouveaux liens je ne puis m'engager.
Dieux ! quelle eft la rigueur du deftin qui m'acable
!
Des caprices d'amour , victime déplorable ,
Quelle fatalité , par une injufte loi ,
Veut que j'éprouve , helas ! un manquement de
.foi ,
Et défend à mon coeur trop tendre &
dele ,
trop from
De former à fon tour une chaîne nouvelle
Mais que dis - je hé , pourquoi m'obſtiner dans
mes fers ?
Brifons - les. De Daphnis les voeux me font of
ferts ::
Io vol. Ecou1196
MERCURE DE FRANCE:
Ecoutons fon ardeur ; & dans mon inconſtan
ce ,
En fervant nos plaifirs , fervons notre vengeance
.
Oublions l'infidele . Aimons aimons Daph
nis ;
>
Et portons mon amour plus loin fes mépris.
que
Qu'à jamais ..... Cependant fi l'ingrat qui
m'outrage ,
De fon coeur fugitif me rapportoit l'hommage
!
Si , fenfible & touché d'un repentir heureux,
Ce coeur , fi cher encor , brifoit les nouveaux
noeuds !
Efperance frivole ! Illufion flateuſe !
Ta fatale beauté , Rivale dangereuſe ,
Ne le tiendra que trop affervi fous ta lof;
Et l'ingrat pour moi feule aura manqué de
foi.
Si cheri de mon coeur , tant qu'il me fut fi
dele ,
Lieu champêtre , oùfans ceffe un doux panchant
m'appelle ,
Bois épais , verds gazons , témoins de fes fermens
,
Ruiffeaux qui parcourez ces vallens fi charmans
,
L... vol.
Toi,
JUIN 1726. 1197
Toi , naître malheureux , où jufqu'alors paifible,
Je le vis , & foudain ceffai d'être infenfible ;
→ Non vous ne verrez point le trop aimable
Iphis ,
Brûler des premiers feux dont fon coeur fur
épris
Vous ne le verrez point comme jadis fidele ,
Démentant mes frayeurs fur une ardeur nouvelle
,
Me promettre de vivre à jamais fous ma loi ,
Et donner fon amour pour garand de fa foi.
Plus d'espoir de retour. Amante infortunée ,
A quel nouveau malheur es - tu donc condamnée
?
Quoi ! N'eft - ce pas affez d'avoir perdu fon
coeur ?
Faut - il encor , faut - il perdre un eſpoir fla-
Et
teur ?
pour
nefte ,
comble aux horreurs de mon deftin fu-
Voir difparoître , kelas ! le feul bien qui me
refte ,
..... Des pleurs s'échapent de
Le feul qui peut ...
mes yeux.
Je fuccombe à mes maux. Cruel , vien dans
ces lieux.
Dut ton coeur inhumain m'en haïr davantage
,
Ia vola
Vien
1198 MERCURE DE FRANCE.
Vien , & dans mes tourmens reconnois ton
ouvrage.
Tu ne me verras point , dans mes tranſports
jaloux ,
Déployer à tes yeux , fureur , haine , courroux .
Non. Ma feule douleur punira ton offenfe ,
Les pleurs que je répands t'en donnent l'affe
rance ;
Et , barbare , malgré ton infidelité ,
Mon coeurfera toujours plus tendre qu'irrité .
Plus tendre qu'irrité ! Dieux , quelle eft ma foibleffe
!
Ah , lâche ! & pour qui donc cet excès de tendreffe
?
Pour un parjure Amant qui me fuit fans retour
,
Qui voit d'un oeil glacé le plus ardent amour ,
Et qui , d'un fort affreux me faiſant la vic
time ,
Ofe , injuſte & cruel , me punir de fon crime.
Mais ce n'eft point affez. Il brave ma douleur .
Il infulte à des maux dont il eſt ſeul l'Auteur
;
Et quand de fon image en tous lieux obfedéo,
Je ne puis , ni ne veux fouffrir une autre idée :
Plein de l'objet nouveau dont fon coeur eft
frappé ,
I. vol.
De
JUI N. 1199 1726.
De fon bonheur prefent feulement occupé ,
Il ne s'informe point , il ne fonge pas même ,
Si , tendre ou fans amour , je le hais , ou je
l'aime.
Ah ! traître , c'en eft rrop. Venez , dépit ven
geur ;
Venez , fierté , raiſon . Eteignez mon ardeur.
J'aibrûlé trop long - temps d'une honteufe fa
me ,
Rendez la liberté , le repos à mon ame ;
Et rentrant dans ce coeur dont j'oſai vous ban
nir ,
Qu'il perde de l'ingrat juſques au ſouvenir.
Que dis je ? Vain projet ! Aveuglement e
trême !
Ah ! dans mes fentimens je m'ignore moi- même.
Je ne veux plus aimer , & toujours dans mon
coeur ,
L'amour , le tendre amour vit & regne сп
y vainqueur
J'appelle à mon fecours l'heureuſe indifference,'
D'un fatal afcendant je combats la puiffance !
Inutiles efforts ! que produifent mes foins?
Helas ! cet afcendant ne triomphe pas moins ;
Et voulant m'oppofer au panchant qui m'eng
traîne ,
1. vol. J'ap
1200 MERCURE DE FRANCE.
J'appefantis encor , je refferre ma chaîne.
Hé bien je n'ai que trop combattu contre
moi.
Je ne refifte plus . Je cede , & fous ma loi ,
Ne duffai-je jamais ramener le volage :
Puifque du fort cruel ma conftance eſt l'ouvrage
,
Et qu'en l'aimant je fuis le panchant de mon
coeur ,
Aimons-le , & s'il fe peut , redoublons mon ardeur.
I
Solamenque mali,
Ea fola voluptas ,
Virg. Æneid. lib. 3.
Nous nous acquittons de notre pro
meffe ; des trois Differtations lûës à l'ouverture
de la derniere Affemblée publi
que de l'Académie des Belles -Lettres
Voici les Extraits de deux . Il ne tien
dra pas à nos foins que nous ne parlions
de celle de l'Abbé Sevin fur la
vie & les Ouvrages d'Evhemere. Com
me les deux Eloges funebres lûs: par
M. de Boze , ne font gueres fufcepti
bles d'Extraits , nous n'en ra parterons
I. vol. rien.
JUI N. 1726.
1201
rien. M. l'Abbé Bignon qui préfidoit à
cette Affemblée , donna à ces Difcours
les éloges qui leur étoient dûs , ainſi
qu'aux Ouvrages dont on va parler .
aaaaaaaaaaaaaaak
L
EXTRAIT d'une Differtation
fur l'Elegie.
' Abbé Souchay , Auteur de cette Dif
fertation , fe propofa de rechercher
d'abordl'origine de l'Elegie , & d'en établir
enfuite le caractere.
Après avoir rapporté les differentes
Etymologies que les Grammairiens donnent
de l'Elegie , il fe fixe à celle de Didyme
, quidérive ce terme de deux mots
grecs qui fignifient, dire helas , & prétend
que l'Elegie fut ainfi nommée , parce
qu'elle étoit remplie de l'exclamation
lugubre EE fi familiere aux Poëtes Tragiques
Grecs , & qui échape fi naturellement
aux perfonnes affligées .
Il définit enfuite l'Elegie , un air triſte ,
& qui fe chante fur la flute ; & cette
circonftance qu'il prouve par les Regiftres
des Jeux Pythiens , le détermine à
croire que l'Elegie eft auffi ancienne, que
les plaintes ufitées aux funerailles dans
tous les temps , & chez tous les Peu
S. I. vol.
.ples
4202 MERCURE DE FRANCE.
ples de la terre. L'Auteur appuye for
opinion fur la conformité qu'il y aentre
ces plaintes & l'Elegie. Il y trouve
la même définition , le même caractere ,
le même inftrument , & le même ufage.
Puis il cherche de quelle maniere on fit
un art de ces plaintes dont il donne des
exemples , puis de l'écriture , & ajoûte :
que bien qu'elles appartiennent de droit
Elegie , il n'oferoit décider qu'elles
en euffent la forme telle qu'on la voit
dans Mimnerme , & dans ceux qui l'ont
fuivi. Il croit pourtant que c'eft Mimnerme
qui perfectionna le Vers Elegiaque
, en le rendant plus doux & plus
harmonieux , & que c'eft pour cela qu'il
a paffé pour en être l'inventeur. La premiere
partie eft terminée par une Criti
que des Modernes , qui , quelques fujets
qu'ils ayent traité , lui ont donné le
titre d'Elegie , comme fi la forme fuffifoit
toute feule pour caracterifer un Poë
me fans la matiere qui lui eft propre ,
ou que ce fût la nature des Vers , & non
pas celle de l'imitation qui fit & diftinguât
les Poëtes.
Pour ce qui eft de la feconde partie
il femble que l'Auteur faffe confifter le
caractere de l'Elegie dans une efpece de
defordre , qui reprefente feul la fituation
des perfonnes qui font accablées de dou-
I. vol.
leur,
JUAN. 1726. 1203
leur , ou tranfportées de joye , car voilà
proprement les paffions que peint l'Ele
gie ; & c'eft pour cela que le même Auteur
veut que les penfées en foient vives
& naturelles , les expreffions fimples
& faciles , les fentimens tendres &
delicats . Il appuye toutes ces reflexions
d'exemples , en bien & en mal , pris des
Latins , des Italiens , & de nos Fiançois,
*****
tee
DISSERTATION fur le Sault de Leu
cade , lûë dans l'Académie Royale des
Belles - Lettres le 30. Avril 1726. Par
M. Hardion .
2
> eft 'Objet de cette Differtation
Led'éclaircir une matiere qui n'avoit
été traitée jufqu'ici que très- imparfaite
ment , & fur laquelle on n'avoit pas eu
des idées bien juftes. Le Sault de Leucade
confiftoit à fe précipiter dans la mer
du haut d'une montagne , ou Promontoire
de l'Ile- Leucade. On attribuoit à cé Sault
la vertu de guerir l'amour , on entreprenoit
de fang froid le voyage de l'Ifle-
Leucadé , on fe préparoit par des facrifi
ces & par des offrandes à fe précipiter
& l'on s'y engageoit par un voeu qu'on
I. vol.
faifoit
I 204 MERCURE DE FRANCE.
faifoit dans un Temple d'Apollon , qui
étoit bâti fur le haut du Promontoire ;
ces circonftances établiffent la difference
qu'il y avoit entre la refolution qu'on
prenoit d'aller à Leucade , pour y chercher
une guérifon certaine contre l'amour
, & ces mouvemens de défeſpoir ,
qui portent des Amans malheureux à ſe
donner la mort pour mettre fin à leurs
peines .
M. Hardion décrit la fituation de l'Iſle
& du Promontoire de Leucade : il paſſe
enfuite à l'origine de la fuperftition , qui
faifoit regarder le Sault de Leucade comme
un remede affuré contre l'amour , il
parcourt les divers exemples d'hommes
& de femmes qui ont eu le courage de
recourir à ce dangereux remede ; il obferve
que de tout ce qu'on trouve de femmes
dans l'Hiftoire qui ont fait le Sault de
Leucade , il n'y en a aucune qui n'y ait
perdu la vie , & que plufieurs hommes
s'en font fauvez ; il ne doute pas que la
Phyfique ne puiffe fournir des raifons
de la guérifon des uns & de la mort des
autres , & il fait voir qu'on ne peut contefter
la verité des faits . Il ne feroit
pas
poffible d'entrer ici dans le détail de tous
ces faits que M. Hardion a accompagnez
des Obfervations critiques que le fujet
lui a fournies , pour ne rien laiffer à de-
1. vol.
firer,
JUIN. 1726. 1205
firer , autant qu'il étoit poffible , fur un
fujet dont l'éclairciffement ne lui a pas
paru inutile pour l'intelligence de plufieurs
paffages d'anciens Ecrivains.
Dans le fecond Volume de ce mois on
trouvera les Extraits des Differtations lûës
à l'Académie Royale des Sciences.
On doit expliquer les Enigmes du
mois dernier par les Yeux , l'Ecuelle , la
Femme.
ENIG ME. Par M. F. A.
Ous fommes deux qui ne faifons qu'un
Tout ; Nous
On nous employe à maint uſage ,
Utile dans les Arts & dans le Jardinage.
Sans nous , le plus fouvent , d'un difficile Ou
vrage ,
On ne viendroit jamais à bout :
Quand on s'eft fait une bleſſure ,
On emprunte notre fecours D
Et lorfque de fa tête on cherit la parure ,
Six fois au mo ns par an à nous on a recours :
1. vol. F Une
1206 MERCURE DE FRANCE.
1
Une Déefle impitoyable ,
Nous tient fans ceffe dans fes doigts ,
Et par nous , à fon gré , d'un coup inévitable ,
Décidé du deftin des Bergers & des Rois .
DEUXIEME ENİG ME.
Ous une figure polie ,
Voyez quelle eft ma trahiſon !
Souvent je pique au viftel qui fait la folic
De me tenir hors de priſon :
Cependant aux humains je fuis fi favorable ,
Que de mes quatre bouts , en me tenant par deux,
Je m'étale , m'agite & je deviens traitable ;
Tu fais enfin de moi , Lecteur , ce que tu veux.
**********: 菜菜
NOUVELLES
*******
LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ELATION des Etats de Fez & de
R Maroc , écrite par un Anglois qui y
été long-temps Efclave , & traduite de
l'Anglois ; publié par M. Simon Ockley,
Profeffeur en Langue Arabe dans l'Univerfité
de Cambridge , vol . in 12. A
I. vol.
Paris ,
JUIN. 1726. 1207:
Paris , chez Piffot , Quay des Auguftins,
è la Croix d'Or , 1726 .
Ce n'est pas une petite recommandation
pour cet Ouvrage , qu'il ait paru
digne à M. Ockley , d'occuper fon
loifir , & qu'il ait bien voulu en être
l'Editeur. Ce fçavant Profeffeur , fi
verfé dans l'Erudition Orientale , & en
particulier dans la connoiffance de tout
ce qui concerne la Barbarie , nous affure
qu'il a trouvé cette Relation très - fincere,
& digne d'être donnée au Public , après
en avoir lû le Manufcrit avec attention
& conferé ce que l'Auteur , témoin oculaire
, rapporte des coûtumes des Peuples
de Barbarie & fur divers autres articles ,
avec ce qu'il en avoit déja lû dans d'autres
Auteurs eftimez.
Le ftile de celui qui parle dans cette
Relation eft , au jugement du même M.
Ockley , fimple & fans affectation : s'il
n'a pas, dit- il, étudié l'Eloquence , il fait
voir du moins qu'il a eu quelque éducation
, & il décrit fi naturellement dans
fon dernier Chapitre , les miferes des
Chrétiens Captifs en Barbarie , qu'il a
lui-même reffenties , qu'il fait paffer julqu'aux
autres , d'une maniere inimitable ,
à la plus fine Rhetorique , cette tendre
compaffion dont fon coeur eft penetré
pour les freres ; tant il eft vrai que
I. vol.
PArt
Fijn'ar-
7
1208 MERCURE DE FRANCE.
n'arrive jamais au pathetique de la Nature
; tant il y a de difference entre un
homme qui plaide fa propre cauſe , &
celui qui plaide pour un autre. Sans citer
fur ce fujet les plaintes de Job & les Lamentations
de Jeremie , Quintilien n'a
jamais rien écrit de fi touchant que le
commencement de fon fixiéme Livre ;
où il déplore la perte de ce qu'il avoit de
plus cher au monde , c'eſt - à - dire de fa
femme & de les enfans .
:
Le fçavant Editeur fait à cette occafion
une remarque fur l'état des Juifs , pendant
la Captivité de Babilone , lefquels
outre l'affliction de fe voir tranfplantez
de Judée en Affyrie , étoient très rudement
traitez par les vainqueurs à quoi
il ajoûte cette obfervation que les Coûtu
mes qui font actuellement en ufage chez
les Mahometans & leur Langue même ,'
font le meilleur Commentaire qu'on ait
de l'Ancien Teftaments obfervation qu'il
finit ainfi : « Si l'on eft curieux de voir
» Abraham dans fa tente qui régale
» fes amis , ou Saül fur fon Trône , la
» Javeline à la main , on n'a qu'à faire
» le voyage du Levant , on les y trou-
>> vera encore. En effet la plupart des Peuples
du Levant font précisément tels
qu'ils étoient il y a 3000 , ans.
,
Le Lecteur eft ici averti qu'il ne doit
I. vol.
i pas
JUIN. 1726. 1209
pas juger de tous les Mahometans en
general , par ce que l'Auteur de la Relation
dit des Mores en particulier. Il eft
vrai , dit M. Ockley , qu'ils ont tous la
même Religion ; mais leur temperament,
leur génie & leur éducation , font infiment
au-deffous de ce qu'on remarque
dans ces Afiatiques fi polis , parmi lefquels
les Perfans ont , fans contredit , la
préference : fur quoi il nous fait efperer
qu'il donnera lui - même quelque jour
au Public une Relation de ce Pays- là , &
en attendant il lui offre celle- cy , qu'il
affure avoir fon mérite , bien perfuadé que
tout ce qui peut donner connoiffance des
Pays qui s'étendent depuis le Cap Spartel
jufqu'au Gange , eft utile & inte-
-reffant.
Il eſt à fouhaiter que M. Ockley puiffe
s'acquitter bien-tôt de fon engagement ;
nous fommes perfuadez que la Relation
qu'il prépare fera auffi bien reçûë des
Curieux , que celle du Sud- Ouest de
la Barbarie , qu'il fit imprimer à Cambridge
en l'année 1713. dans laquelle
l'Auteur rapporte plufieurs Lettres du
Roy de Maroc , & prie là -deffus tous
ceux qui auront de femblables Lettres
Arabes de les lui communiquer , convaincu
que ces fortes de Lettres qui reprefentent
le genie & la maniere de s'expri-
4. vol. Fiij mer
1210 MERCURE DE FRANCE.
mer des Orientaux , font très - propres à
nous faire bien entendre plufieurs endroits
de l'Ecriture Sainte .
Notre Profeffeur réitere ici la même
priere , en ajoûtant à la Relation de l'Efclave
Anglois , une Lettre de Mouley-
Ifmael , Roy de Maroc , au Colonel
Anglois Kirk , & une autre Lettre du
même Prince au Capitaine Cloudefly- Shovel
, avec la Réponse de ce Capitaine.
»Jeſçai, dit - il, qu'il y aura des gens qui
» me railleront de l'ufage que je veux fai-
» re de pareilles Lettres, & qui ne concevront
pas que je puiffe trouver l'expli-
» cation d'un Paffage de l'Ecriture- Sainte
» dans une Lettre écrite pour des affaires
» ordinaires. Ils n'ont pas lû , fans doute ,
>>ce que rapporte un fameux Commen-
» tateur Juif de l'Ecriture , que les plus
fçavans Rabins ignoroient la fignificantion
du mot Hebreu Beefom , dans un
» Chapitre d'Haïe , & qu'ils l'apprirent
» par hazard d'une Servante Arabe , qui
»fe fervit de ce mot pour exprimer un
» Balai , ce terme autrefois commun à la
» Langue Hébraïque & à la Langue Arabe,
»s'étant perdu dans la premiere , & con-
» fervé dans la derniere .
Nous n'entrerons point dans le détail
de cette Relation , que nous croyons d'autant
plus propre à amufer agréablement
11. vol. des
JUIN. 1726. 1211
des Lecteurs intelligens , qu'elle inftruit
de plufieurs particularitez curieufes qu'on
attendroit vainement d'un Ecrivain plus
habile que celui qui l'a compofée. Nous
devons auffi fçavoir bon gré à l'Auteur
François qui vient de nous la donner en
notre Langue : il feroit à fouhaiter que
tous les bons Livres Anglois euffent le
même fort.
1
Theodore le Gras , Libraire au'Palais,
à l'enfeigne de l'L couronnée , vient de
donner au Public un Livre intitulé , les
·Vies de plufieurs Hommes illuftres , &
grands Capitaines de France , depuis le
commencement de la Monarchie jufqu'à
prefent ; Quurage enrichi de Portraits gravez
en Taille- douce . Quelques Vies de
nos Grands Hommes ont déja été écrites
chacune en particulier ; mais il femble
que c'eft plutôt l'Hiftoire des Rois fous
lefquels ils ont fervi , que leur Hiftoire
-particuliere. Le Recueil qu'on vient d'imprimer
a cela de nouveau , qu'il ne regarde
que les Heros mêmes , leurs Exploits
, leurs paroles & leurs traits de
fageffe , que l'on a tirez de Memoires
particuliers on y verra même les Vies
de nos derniers Heros , lefquelles n'ont
jamais été écrites , comme celle du Maréchal
de Grammont , du Duc de Ven-
1. vol.
Finj dôme ,
1212 MERCURE DE FRANCE.
dôme , du Maréchal de Luxembourg , &
du Maréchal de Catinat , dont les Cam
pagnes font très - curieuſes , fur tout des
trois derniers , & contiennent pluſieurs
grands éveneméns du Regne de Louis
le Grand , fous lequel ils ont vécu , &
dont ils ont fait redouter la puiffance à
fes ennemis. Cet Ouvrage eft divisé en
deux vol . in 12. Le premier de 680 .
pages , le fecond de 562. parfaitement
bien imprimé , & fur de beau papier.
Comme on n'a point mis d'Errata , à
caufe , fans doute , du petit nombre de
fautes d'impreffion , nous croyons devoir
avertir que dans l'Article du Maréchal
Duc de Montmorency , T. I. p . 447.:&
448.on trouve le Comte de Charlais , pour
le Comte de Charlus. Ce Seigneur qui
demanda de la part du Roy à M.de Montmorency
l'Ordre du S. Efprit & le Bâton
de Maréchal de France , étoit de la
Maifon de Levi , & Capitaine des Gardes
du Corps , ce qu'on a obmis de marquer
dans la même page 448. On lit
dans une Note , qu'on fit mourir le Duc
de M. dans la premiere Caur du Palais ,
il falloit dire de l'Hôtel de Ville .
1. vol. DISJUIN.
1726. 1213
DISSERTATIONS Hiftoriques &
Dogmatiques fur les Liturgies de toutes
les Eglifes du Monde Chrétien , où l'on
voit ces Liturgies , le temps auquel elles
ont été écrites , comme elles fe font répanduës
& confervées dans tous les
Patriarchats ; leur uniformité dans tout
ce qu'il y a d'effentiel an Sacrifice
& cette uniformité abandonnée par les
Sectaires du XVI. fiecle. Par le Pere
PIERRE LE BRUN , Prêtre de l'Oratoire.
A PARIS , chez la Veuve de FLORENTIN
DELAULNE , ruë Saint
Jacques , à l'Empereur , 1726.
Près que le Pere le Brun eut don-
A né en 17 16. l'Explication litterale,
Hiftorique & Dogmatique des Prieres &
des Ceremonies de la Meffe , il conçut le
deffein d'expofer de quelle maniere on a
celebré les faints Myfteres depuis les
premiers fiecles dans toutes les Eglifes
du Monde Chrétien ; & il l'a fait en
quinze Differtations qui forment trois volumes
in 8°. Il traite d'aboid des Liturgies
des quatre premiers fiecles. On
marque le temps auquel elles ont été
écrites : on expofe ce qui fe trouve dans
les Auteurs des quatre premiers fiecles
Fy les
I. vol...
1214 MERCURE DE FRANCE:
pour chaque partie de la Meffe ; & l'on
voit comment ces Liturgies fe font répandues
& confervées dans tous les Patriarchats
, en commençant par celui de
Rome , qui eft le premier , dans lequel
on trouve quatre Liturgies principales ;
celle de Rome & de la plus grande par
tie de l'Italie , celle de Milan , attribuée
à Saint Ambroife ; l'ancienne Gallicane
, qui a été en ufage jufqu'à Charle
magne ; & celle des Eglifes d'Espagne ,
nommée Mozarabe. Ces quatre Liturgies
font le fujet des quatre Differtations fuivantes.
Dans la fuite l'Auteur vient aux Liturgies
du Patriarchat de Conftantinople ,
qui ont été fuivies par un grand nombre
de Chrétiens Orientaux , & enfuite
par les Ruffiens ou Mofcovites , dont on
marque les ufages depuis qu'ils ont été
Chrétiens. On paffe aux autres Patriar
chats , où l'on voit les Liturgies des
Cophtes, des Ethiopiens ou Abiffins , des
Syriens Orthodoxes & Jacobites & des
Maronites.
On s'étend davantage fur les ufages &
fur la Liturgie des Arméniens , parce
qu'elle n'étoit point connue en France ;
& en donnant les Liturgies des Neftoriens
qui fe font extrêmement répandus
dans l'Orient jufqu'à la Chine , & qui
1.vol
.
fe
JUIN. 1726. 3215
fe font maintenus dans le Malabar , on
a fait une Hiftoire fort recherchée de
leur origine , de leur progrès & de leur
décadence .
Les Liturgies de tous ces Peuples font
fuivies de la douzième Differtation qui
fait voir leur uniformité dans tout ce qu'il
y a d'effentiel au Sacrifice , & l'on n'a
pas manqué de faire obferver que le confentement
univerfel de toutes les Nations
Chrétiennes touchant la prefence réelle
de Jeſus - Chrift dans l'Euchariftie , ſe
trouve confirmé par des Miracles autentiques
, & en dernier lieu par celui qui
eft arrivé au Fauxbourg S. Antoine de
Paris. C'est là ce que renferment les
deux premiers volumes des Differtations.
Le dernier contient les nouvelles Liturgies
du XVI . fiecle , celles de Luther,
des Zuingliens , des Calviniftes , des Anglicans
& des autres Proteftans , jufqu'à
la derniere imprimée à Neufchatel en
1713. où l'on voit toûjours l'uniformité
abandonnée dans l'effentiel du Sacrifice.
Il y a dans le même volume deux au-.
tres Differtations ; l'une , en quelles Langues
on a celebré par tout la Liturgie ,
où l'on voit que toutes les Nations Pant
confervée dans l'ancienne Langue , quoique
le Peuple ne l'entende plus ; &
l'autre , que la récitation fecrete & h-
I. vol. F vj
le n
1216 MERCURE DE FRANCE .
lentieufe du Canon qui eft prefcrite
dans nos Miffels , & que nous avons pris
de l'Eglife de Rome fous Charlemagne ,
remonte jufqu'aux premiers fiecles.
DISSERTATION THEOLOGIQUE fur la
celebre difpute entre le Pape S. Etienne
& S. Cyprien Evêque de Carthage , où
l'on explique le veritable fentiment de
S. Auguftin fur la même difpute. A Paris
, che la Veuve Mazieres & Jean-
Baptifte Garnier , ruë S. Jacques , à la
Providence , volume in 12. 1725 .
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties.
Dans la premiere l'Auteur établit
ces deux Propofitions : 1. Que du temps
de S. Cyprien la queftion du Baptême
n'avoit point encore été décidée , ni dans
un Concile general , ni dans un particu
lier , au Tribunal du Souverain Pontife.
2°. Qu'il eft très- probable , que fi cette
queſtion eût alors été décidée à l'un ou à
l'autre de ces deux Tribunaux , ce faint.
Martyr n'eût point hélité de s'y foumettre.
L'Auteur appuïe fon fentiment fur
le témoignage de S. Auguſtin.
>
Dans la feconde partie cet Auteur prétend,
que quand on fuppoferoit même que
la Lettre du Pape S Etienne à S. Cyprien,
fut un veritable Decret , jamais S. Auguſtin
n'a approuvé S. Cyprien de ne s'y
2. vol.
être
JUI N. 1217
•
1726.
être pas foumis , ni crû que le Concile
Oecumenique fuft l'unique Tribunal à
l'autorité duquel il fuft obligé de fe foumettre.
Il répond enfuite à toutes les
objections que l'on a coûtume de tirer
de S. Auguftin pour prouver le contraire
, & il a foin de les expofer dans
tout leur jour.
Dans la troifiéme Partie il affure que
bien loin que S. Auguftin fift confifter le
mérite de S. Cyprien dans la maniere dont
il s'eft comporté à l'égard du Pape faint
Etienne dans le differend du Baptême ,
il l'eût blâmée au contraire , s'il en eût
été queftion , & fi par un fage ménagement
il n'eût crû devoir s'impofer le filence
fur cette difpute , pour ne rien
dire qui pût alterer la réputation d'un
Saint fi recommandable d'ailleurs par fes
vertus.
Dans la quatriéme Partie , il établit des
regles pour juger fainement des maximes
que S. Cyprien établit dans quelques - uns
de fes Ecrits fur la Hierarchie de l'Eglife ,
& il conclud fon Ouvrage en détruifant
les trois principes fur lefquels l'Auteur
du témoignage de la verité fonde tout
fon fyftême de la puiffance Ecclefiaftique ;
le premier, de l'unité & de Pindivifibilité
de la Chaire ; te fecond , de la folidité
que S. Cyprien femble donner aux Evê-
1. val. ques
1218 MERCURE DE FRANCE.
·
ques fur le tout , outre la portion du
Troupeau qui leur appartient à chacun
en particulier ; la troiliéme , de l'égalité
entre les Apôtres & entre les Succeffeurs
des Apôtres.
à
LA MANIERE D'ENSEIGNER & d'Etudier
les Belles - Lettres , par rapport
l'efprit & au coeur. Par M. Rollin , ancien
Recteur de l'Univerfité , Profeſſeur
d'Eloquence au College Royal , & Affor
cié à l'Académie Royale des Infcriptions
Belles - Lettres . A Paris , rue S. Jacques
, chez Etienne . 1726. vol , in 12. dẹ
près de 1100. pages.
VERITEZ ET PRATIQUES CHRETIEN
NES , avec des Exemples & des Reflexions.
vol. in 12. de 35 1. pages . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Rollin .
PRIERE A JESUS - CHRIST , en Vers , & c .
avec des Reflexions fur les principales
veritez Chrétiennes contenues dans ce
Poëme. Par M. l'Abbé de Villiers . A
Paris , rue S. Jacques , chez Colombat,
1725. in 12. de 407. pages.
SECONDE LETTRE d'un Profeffeur de
l'Univerfité de Paris , à Monfieur ***
fur le Pline du R. P. Hardouin , brochure
1. vol.
in
JUIN. 1726. 1219
in 4°. & in 12 , A Paris , chez Chaus
ber , 1726.
NOUVEAU THEATRE de la Grande Brétagne
, deffiné ſur les lieux & gravé ſur
planches. En 4. vol. grand in fol . de
12. pouces de large , fur 21. de haut.
A Londres , chez J. Smith , dans le
Strand , 1726.
L
HISTORIA de gli Anni fanti, &c. c'est
à-dire , Hiftoire des Années Saintes &
de leur inſtitution folemnelle , jufqu'en
la prefente année 1725. fous N. T. S.P.
Benoît XIII. aujourd'hui Souverain Pontife
. Par le R. P. Thomas - Marie Alfani ,
de l'Ordre des FF, Prêcheurs , Theologien
de S. M. Imperiale. A Naples , chez
Gennaro Muzio , in 8. de $ 92 . pages.
L'AGRICULTURE & le Jardinage des
Anciens , recueillis des Ouvrages de
Varron , de Caton , de Columelle , de
Virgile, & autres , tant Grees que Latins.
Par M. Bradlay , Profeffeur en
Botanique dans l'Univerfité de Cambridge.
A Londres , in 8. de 373. pages ,
avec figures.
DISSERTATION fur le droit qu'ont les
Compagnies de Commerce des Provin-
1. vol.
ces
1220 MERCURE DE FRANCE .
ces Unies , d'empêcher les Habitans des
Pays - Bas Espagnols , à prefent Autrichiens
, de naviger & de faire le Commerce
dans les Indes Orientales . A
Amfterdam , chez Rodolphe & Gerard
Wefteins. 1724. in 4° . de 24. pages.
Cet Ouvrage eft en latin.
,
DEFFENSES du Droit qu'ont les Habitans
des Pays- Bas Autrichiens de naviger
& faire le Commerce dans les Indes
& en Afrique , fuivant le Privilege.
qui leur en a été accordé par l'Empereur.
A Leipfic , 1724. in 4. de 132.
pages. Cet Ouvrage eft auffi en latin.
La Vie d'Olivier Cromwel , Lord ,
Protecteur de la République d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , recueillie
des meilleurs Auteurs , & de plufieurs
excellens Manufcrits , traduite de l'Anglois.
Ala Haye , chez Jacob de Jongh.
1725. in octavo.
LIVRES que Cavelier , ruë S. Jacques,
a nouvellement reçûs des Pays
Etrangers.
Heineccii Jo. Got ) ad Legem Juliam
& Papiam Poppapiam Commentarius,
quo multa Juris Auctorumque ve-
1. vol.
te rum
JUI N. 1726.
1221
terum loca explicantur. in 4.
Amft.
1726
.
BIBLIOTHEQUE
Ancienne & Moderne
, par J. le Clerc , Tome 24. pour
l'Année 1725. in 12. Amſt.
BIBLIOTHEQUE
Germanique pour l'Année
1725. Tome 1o . in 8. Amft.
LETTRES & Negociations entre M.
Jean de Wit , Penfionnaire & Garde des
Sceaux de Hollande , aux Cours de France,
d'Angleterre , de Suede , de Pologne
, & c. depuis 1652. jufqu'en 1669 .
5. vol . in 12. Amft. 1725 .
D. Auguftinus , D. Thomæ fecundis
curis conciliatu sin Quæftione de gratiâ
Primi Hominis , & Angelorum
ftudio ,
Jo. Hia , Serry Ord. Præd. Sec. Editio
priori multo auctior , in 12. Patavii ,
1724 .
Morgagni ( Jo. Bap. ) adverfaria Anatomica
omnia , 6. vol. in 4. fig. Patavii
, 1719.
Ejufd. in Cor. Celfum & Samonicum
Epiftolæ , in 4. Haga , 1724.
Conringii ( Hermanni ) introductio
in univerfam Medicinam , fingulafque
ejus partes cum Præfatione Frid. Haffmanni
, in 4. Hala , 1726..
Juncker (Jo. ) Confpectus Theropia
Generalis cum Notis Tabulis XX . Me-
I. vol.
thodo
1..
1222 MERCURE DE FRANCE .
thodo Statiliana confcriptus , in 4. Hala
Magd. 1725.
Ruifch ( Fred . ) de Mufculo in fundo
uteri Obfervationes antetiæ à nemine de
tecto , in 4. fig. Amft . 1726.
Ejufdem , Operum Anatomico
Medico Chirurgicorum Index locuple
tiffimus , in 4. Amft. 1725. ว
: Johrenii , vade mecum Botanicum , in
8. Colberga.
Bianchi ( Jo. Bap. ) Hiftoria Hepatica ,
nov. Editio , aućta , 2. vol. in 4. c. fig.
Geneva , 172-5. 2
NEGOCIATIONS fecrettes touchant la
Paix de Munſter & d'Ofnabrug , depuis
1642. jufqu'en 1645. incluf. 2. vol. fol
la Haye , 1725 .
SATYRE MENIPPE'E , de la vertu da
Catholicon d'Espagne , & de la tenue des
Etats de Paris , nouv . Edition augmentée
, 3. vol. in 8. fig. Ratisbonne , 1726.
Amanitates Litterariæ , quibus variæ
Obfervationes fcripta item quædam &
rariora Opufcula exhibentur , 3. vol. in
8. Francofurti , 1725.
Crugeri ( Theod. ) de eo quod juftum
circa morem ſe devovendi pro falute alterius
, in 4. fig. Vitemberge , 1724.
Hauberi ( Eber. ) de
Metempsychofi ,
in 8. Ulme , 1724.
c. Dethordingii ( Georg. ) Intellectus Ani-
1. vol.
mæ
JUI N. 1726. 1223
mæ infiti ab adventitio probe difcernendi
eruitur , in 4. Roftochi , 1723 .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence
, le 20. Mai 1726.
E Memoire fur M. de Chafteüil , in-
Lferé dans le Mercure de Fevrier , pa
ge 3.2.6. n'eft point exact. Je ne releve
point le nom de la famille défiguré : Gal
Lope au lieu de Gallaup. Ce n'eft apparemment
qu'une faute d'Impreffion ; ce
qu'il
y a de plus effentiel , c'eft qu'on
a confondu le pere avec le fils , & l'Avocat
General au Parlement avec l'Avocat
General à la Chambre des Comptes . Jean
de Gallaup , Seigneur de Chafteuil , qui
donna le deffein des Arcs de Triomphe ,
érigez à l'honneur de Louis XIII. qui
travailloit à l'Hiftoire de la Ville d'Aix,
& qui eft le pere de celui qui vit au
jour l'hui , & le frere du Solitaire du
Mont-Liban , fut : Procureur General en
la Chambre des Comptes. Il laiffa d'Ifabeau
de Puget , des Barons de S. Marc
plufieurs enfans. Hubert de Gallaup , fon
aîné , fut reçû dans la Charge de fon
pere , & la quitta enfuite pour en prendre
une d'Avocat General au Parlement,
qu'il perdit dans les troubles de la Province.
Il avoit beaucoup travaillé fur
I. val.
1'Hif
12:24 MERCURE DE FRANCE
l'Hiftoire de l'ancienne Poëfie Françoiſe.
Le même défaut d'exactitude , qui a
fait confondre encore un Ouvrage imprimé
avec un Ouvrage MS. & a ré
pandu fur le Memoire une obfcurité , &
une espece de contradiction , qu'on pourroit
peut-être mettre fur le compte des
Imprimeurs , qui auront oublié quelques
lignes. Pierre de Gallaup , frere d'Hubert
, a inferé un morceau fur les anciens
Troubadours & les Cours d'Amour,
dans l'Ouvrage qu'il publia lors de l'entrée
des Princes à Aix. Il a travaillé
depuis à une Hiftoire particuliere & fort
détaillée des Troubadours , qui eft encore
en MS. & qu'on voudroit faire imprimer.
On nous écrit auffi de Provence , que
M. de Maynier , Sieur de Francfort , a
compofé l'Hiftoire de la principale Nobleffe
de cette Province. L'Auteur y a
fait des Obfervations , & a corrigé
les erreurs que les précedens Hifto
riens avoient faites . : le tout tiré des
Chartres & des anciens Titres des Archives
de la Province.
Cet Ouvrage eft accompagné d'un Traité
general de la difference de chaque efpece
de Nobleffe , de l'origine des Fiefs,
des Armoiries & de leurs ornemens. Des
I. vol.
Ma2″
JUIN 1726. 122
Maximes &
Reglemens generaux - en
fait de Nobleffe , & une Explication des
Monnoyes qui ont eu cours autrefois
en Provence , fous la domination des'
Grecs , des Romains , des Goths , des
Sarrazins , fous les Comtes de Provence
& fous nos Rois. Cet Ouvrage eft dédié
à M. le Maréchal Duc de Villars
Gouverneur de la Province .
LETTRE fur le Telescope , dont on a
parlé dans le Mercure d' Avril , écrite
de Paris le 28. May.
Cor
Elui qui a imaginé le Teleſcope ,
dont vous avez parlé dans le Mercure
du mois d'Avril , Monfieur , eft ,
comme vous avez dit , l'illuftre Chevalier
Newton , Gentilhomme Anglois,
celebre par les rares découvertes dans
les Mathematiques . Cette Lunette eft de
deux pieds & demi de longueur , & fon
effet eft bien plus confiderable , que celui
d'une Lunette à longue vûë de 8. ou
9. pieds . Je m'en rapporte pour le Chevalier
Newton à Meffieurs Caffini &
Maraldi , qui font les plus capables d'en
juger , lorfqu'ils auront fait des experiences
& obfervations nocturnes avec ce
Teleſcope.
Je l'ai fait venir d'Angleterre , dans le
I. vol. deffein
226, MERCURE DE FRANCE .
deffein de l'offrir au Roi , après avoir
fait éprouver , s'il étoit digne de l'atten
tion d'un fi grand Prince , & pour cet
effet , je l'ai mis à l'Obfervatoire , àl'examen
de Meffieurs Caffini & Maraldi
pendant quinze jours. Un illuftre Prélat
a fait naître à mon fils l'occaſion de
le préfenter au Roi , & même de le faire
agréer par. Sa Majeſté . Meffieurs Cal
fini & Maraldi , qui ont bien voulu fe
joindre à mon fils , pour faire voir an
Roi l'utilité de cette curieufe Machine ,
& ont parlé de l'Inventeur avec l'éloge
qu'il merite. Voilà dequoi je crois de
voir vous informer , en vous affurant que
j'ai l'honneur d'être , &c.´
Rob. Arbuthnot , Bang. Ecoffois.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Troyes,
le 29. Mai 1726.
I'v ,
y a quelques jours qu'un Vigneron ,
travaillant dans une Vigne qui eft
dans un des Fauxbourgs de cette Ville,
découvrit une Urne de terre , qui a la
forme d'un citron , dans laquelle il fe
trouva 212. Médailles d'or de pluſieurs
Empereurs Romains , & de quelques
Imperatrices . La plus ancienne eft de
1. vol.
NeJUIY.
1726. 1227
Neron , & elles font toutes très -bien confervées.
Les Membres de l'Académie Royale
des Sciences , qui allerent à Paffy le 11.
Mai , pour voir l'épreuve de la Pompe
Angloife de rarefaction , par le moyen
du feu , qu'on a conftruite chez le Marquis
de Bulty , en trouverent la réüffite
parfaite. Cette Machine peut élever &
fournir environ 21900. muids d'eau en
24. heures. L'Académie a donné un cer
tificat fort avantageux à l'Auteur .
On apprend de Ruffie , que la Czarine
a fait venir de Mofcou à Petersbourg,
divers Actes publics neceffaires pour la
compofition de l'Hiftoire du feu Czar ,
qu'un Membre de la nouvelle Académie
s'eft chargé d'écrire & de publier en Langue
Latine & Ruffienne.
Le P. Manuel Gaetano de Souza , a
lû dans une Affemblée Affemblée publique de
l'Académie Royale de l'Hiftoire à Lif
bonne , un Catalogue hiftorique des
Souverains Pontifes , Cardinaux , Archevêques
& Evêques Portugais , qui
ont gouverné differentes Eglifes hors
du Royaume de Portugal. Il a compris
dans ce Catalogue deux Papes , un An-
I. vol. tipape ,
1228 MERCURE
DE FRANCE:
tipape , 17. Cardinaux , & 170. Arche
vêques & Evêques . L'Inquifiteur
Nu
no de Sylva- Tellès , fit lecture dans la
même Affemblée des Corrections
qu'il
a faites à l'Hiſtoire des Evêques de Porto
, que l'Archevêque
Dom Roderic d'A
cunha a donné au Public .
le zo
On apprend
de Madrid
, que
Avril
, l'Académie
Royale
Eſpagnole
alla
en Corps
préfenter
au Roi & à la Reine
le premier
Volume
du Dictionnaire
de la Langue
Caftillane
qu'elle
compofe
.
Après
avoir
eu l'honneur
de baifer
la
main
à Leurs
Majeftez
, les Académi
ciens
pafferent
chez
le Prince
des Afturies
, auquel
ils prefenterent
un fembla
ble Volume
.
,
Le fieur Audran , Graveur du Roi
aux Gobelins vient de mettre au jour
deux grandes Estampes , d'après les Tableaux
de feu M. Jean Jouvenet. Ce font
deux grandes Compofitions . La Refurrection
du Lazare , & la Pêche miracu
teuse .
Il paroît fept autres Eftampes moyennes
, du même Auteur , dont une du def
fein du fieur Openort , en ornemens gro
tefques , repréfente le Triomphe de Venus
fur les Saifons & les Elemens.
Les
C I. vol.
JUI N. 1726. 1229
Les fix autres en douze bandes , auffi
en ornemens grotefques , reprefentent
les douze mois de l'Année , fous les aufpices
des douze principales Divinitez,
Payennes , d'après les defleins du fieur
Audran , l'aîné.
Le même Graveur donnera dans peu
d'autres fuites d'Eftampes fur differens
fujets . Cette fimple annonce fuffit pour
exciter la curiofité des Amateurs des
beaux Arts. Ni les Ouvrages , ni l'Auteur
n'ont pas befoin d'éloges de notre
part .
ak
SPECTACLES.
LE
CHEVALIER ERRANT , Parodie
de l'Edipe nouveau ,
repréſentée
fur le Theatre Italien , le 30. Avrildernier.
ACTEURS.
Le Baron Alcipe , Seigneur de Paroiſſe ,
Le Sieur
Dominique .
Madame Cocafle , Mere & Femme d'Al-
La De Flaminia.
cipe ,
Jannot & Poliche , fils d'Alcipe & de
Cocaffe.
1. vol. G Ras
1230 MERCURE DE FRANCE .
Ratichon , Barbier de Village , Vieillard,
Le Sieur Thomaſſin.
Dimas , Domestique d'Alcipe , Le Sieur
Lelio , fils.
Claudine , vieille Servante de Madame
Cocaffe ,
La Scene eft dans le Château d'Alcipe.
Cit
Ette Piece , dont l'Auteur ne fe
nomme point , n'a pas eu beaucoup
de fuccès. On l'a trouvée trop conforme
à la Tragedie parodiée ; en effet , c'eft
Oedipe , fous le nom du Chevalier errant
; c'eft la même Fable , le même
fond de Scenes , les mêmes fituations
& fouvent les mêmes Vers , avec cette
difference , que les Perfonnages y changent
de condition , pour paffer du Tragique
au Comique . Il eft vrai que la
Parodie n'a qu'un Acte , au lieu que la
Tragedie en a cinq ; mais un feul Acte
de trente Scenes en vaut bien cinq , de fix
Scenes chacun . Le Lecteur n'a qu'à revoir
l'Extrait que nous avons donné d'Oedipe
le mois paffé , pour être au fait du
plan du Chevalier errant. Voici de quoi
il s'agit dans cette derniere Piece .
Alcipe , ci -devant Medecin , ayant
donné dans la Chevalerie , & tué un
Sanglier , qui ravageoit la Terre de Ma-
I , vel.
dame
JUIN. 1726. 1238
dame Cocaffe , reçoit fa main en reconnoiffance.
Après quelques années de mariage
, il voit tous les troupeaux de fa
Terre mourir de la clavelée. Sa premiere
qualité de Medecin ne lui fourniffant
point de remede pour un fi grand mal , il
a recours à celle de Chevalier . Comme
les gens de cette derniere profeffion font
très-fouvent vifionnaires , il croit voir
pendant la nuit un Lutin , qui lui annonce
que fes troupeaux ne feront point délivrez
de la contagion , s'il ne fe facrifie
pour eux . Le voilà déterminé au facrifice
que l'Enfer lui demande ; il ne
s'agit plus pour lui que de fçavoir par
quel genre de mort il doit s'immortalifer
dans l'Hiftoire ; il ordonne à un de
fes Valets , appellé Dimas , d'aller confulter
une Devinereffe , fur le choix qu'il
lui refte à faire . Dimas inftruit Madame
Cocaffe d'un deffein auffi bizarre que tragique
, les enfans d'Alcipe fe joignent à
leur mere , pour en détourner notre Chevalier
errant ce font deux Penfionnaires
de College , qui repréfentent Etheocle
& Polynice. Ils embraffent les genoux
du nouvel Oedipe , pour arracher de fon
coeur ce funefte deffein de mourir , mais ils
n'avancent rien fur lui. Dimas revient ;
il prie Alcipe de faire fortir fes enfans ,
il a confulté la Devinerefle , qui lui a
I. vol. Gij dé
1232 MERCURE DE FRANCE.
déclaré ce que fon Maître doit faire ;
voici comment elle s'eft expliquée à
Dimas :
Une coupable main a fait perirjadis
Le vieux Seigneur de ce Village ;
L'impunité du crime eſt cauſe du ravage ,
Qui défole tout ce pays :
Vos maux ne finiront jamais , quoique l'on
faſſe ,
Sans la mort d'un des fils de Madame Cocaffe.
Alcipe frappé de ce que la Devinereffe
lui annonce , rentre pour fe conful
ter lui même .
Le danger où MadameCocaffe fe voit de
perdre l'un de fes deux fils, lui rappelle la
perte de celui qu'elle avoit eu de fon premier
mari. Elle l'avoit fait expofer par
fa Servante Claudine pour détourner
l'effet fincere de la prédiction d'un vieux
Rabin ; la voici :
Le Fils que tu vas mettre au jour a
Ayant tué fon pere ,
Epoufera fa mere :
Si tu veux l'empêcher , garde -toi de l'amour.
Madame Cocaffe, parlant à cette mê-
I. vol.
me
JUIN. 1726. 1233
me Claudine , qu'elle avoit chargée d'expofer
ce fils malheureux , qui devoit être
incefte & parricide , fe reproche de n'avoir
pas rempli exactement la condition
qui devoit détourner le malheur dont le
vieux Rabin l'avoit menacée ; c'eſt -àdire
, de ne s'être pas gardée de l'Amour.
Elle n'avoit confenti à époufer Alcipe
en fecondes nôces , que parce qu'elle
l'avoit trouvé aimable . Ses deux fils
ayant appris que la Devinereffe vient
d'ordonner que l'un d'eux foit facrifié
pour le falut des troupeaux , fe difputent
cette gloire , ils font jumeaux ; l'un s'appelle
Jannot , & l'autre Poliche. Voici
quelques Vers de la Scene qu'ils font enfemble
en la préſence de ſa mere.
Jannot.
Il vous appartient bien de mourir: c'est àmoi
Je ſuis fils de ma mere , & j'ignore pour quoi ,
Me voyant votre aîné . ...
Poliche.
Doucement , je vous prie ,
Vous le croyez ainfi , mais moi je vous le nie.
Madame Cocaffe .
Ah!nous y voici donc encor ſur nouveaux frais i
Et vous recommencez votre ancien procès.
I. vol. Giij Po1234
MERCURE DE FRANCE .
Poliche.
Avant
que
Frere ?.
d'être nez ,
vous souvient - il , mon
Jannot.
Ma foi , s'il m'en fouvient , il ne m'en fou
vient guere.
Poliche.
Avez- vous oublié
que , Freres ennemis ,
Déja le droit d'aîneſſe irritoit nos efprits ?
Jannot.
Non; mais je me fouviens du jour qui nous vit
naître ;
Je nâquis le premier pour être votre maître:
Jejoüis avant vous de la clarté des Cieux ;
Et je fuis votre aîné d'une minute ou deux.
Poliche .
L'aineffe des jumeaux est encore indéciſe ;
Et , fans vouloir ufer avec vous de ſurpriſe ,
Pour refoudre ce fait fi souvent diſputé ,
J'en crois les Avocats.
Jannot.
Et moi la Faculté.
Reprenons le fil de l'action . Comme on
l'a déja vûë dans l'Extrait du dernier Oedi-
1. vol.
pe,
JUIN. 1726. 1235
pe , nous l'abregerons le plus qu'il nous
fera poffible.
Alcipe , qui eft forti pour fe confulter
lui nême , revient , & dit à Madame
Cocaffe , que , puifque c'eft l'impunité
du meurtre de fon premier mari , qui attire
ce fleau fur les troupeaux , il faut
chercher le coupable , & l'immoler au
' lieu d'un de leurs enfans . Madame Cocaffe
lui répond , qu'un vieux Serviteur
qu'il avoit , & qui avoit été préſent
à ce meurtre , lui dit alors que c'étoit
un loup garou qui avoit tordu le cou à
fon bon Maître. Alcipe dit que cet Iphicrate
pourroit bien avoir menti ; & comme
il fçait qu'il eft encore en vie , il l'envoye
chercher à Poiffy , où il s'eft retiré
accablé de trifteffe. Dimas execute les ordres
de fon Maître , mais il trouve Iphicrate
mort , & qui ne faifoit que d'expirer.
Ratichon , Barbier de Poiffy , vient
au lieu d'Iphicrate , qui , avant que de
mourir lui a confié fon fecret , avec ordre
de ne le reveler qu'à Madame Cocaffe.
C'eſt par Ratichon qu'elle apprend
que fon premier mari fut tué ; non par
un loup- garou , mais par un Medecin.
Elle fait part à Alcipe du teftament de
mort d'Iphicrate . Alcipe fe reconnoît
pour ce même Medecin , qui a fait mourir
le premier mari de fa femme : voici
I. vol. G iiij
com
1236 MERCURE DE FRANCE.
comment il s'explique , parlant à Ma
dame Cocaffe.
Je venois de Poiffy, vifiter un Malade,
Lorfqu'entrant dans le Bois , près d'une Paliſſade;
Je trouve un Gentilâtre au milieu d'un foffé ,
Par fon Cheval retif , à terre renversé :
Attaqué qu'il étoit d'une étrange colique ,
Je lui fis avaler une once d'émetique.
Ce qu'Alcipe dit à Me Cocaffe , joint
au rapport des temps & des lieux , ne
laiffe pas douter un feul moment
que ce
ne foit fon Mari qui a tué fon Mari ; mais
comine ce meurtre ne s'eft fait que par
hazard & avec privilege , elle fe contente
de pleurer celui qu'elle a perdu , fans
ceffer d'aimer celui qu'elle a recouvré.
Alcipe fort pour aller encore confulter
la Devinereffe. Madame Cocaffe refte
avec Claudine , à qui elle dit qu'elle eft
un peu confolée de fon premier malheur,
quelque grand qu'il foit , quand elle
fonge à ceux qu'elle a évitez en lui faifant
expofer cet enfant qui devoit tuer
fon pere & époufer fa mere , felon la
prédiction du vieux Rabin ; elle lui demande
fi elle prit foin alors de bien executer
fes ordres. Claudine lui jure qu'elle
expofa ce malheureux Enfant à Paris
I. vol.
fur
JU I N. 1726 . 1237
fur le pas d'une porte , & qu'on l'affura
qu'il étoit mort quelque temps après ,
faute d'un promptfecours . Mais Ratichon
viendra bien tôt la démentir. Il a déja
parlé d'un Enfant qu'il a perdu autrefois
& qu'il pleure encore tous les jours.
Alcipe qui vient de confulter la Devinereffe
, & qui a appris d'elle que Ratichon
, qu'il n'a point encore vû , lui
doit reveler tout ce qui lui refte à ſçavoir
de fon fort , commande qu'on le
faffe venir. Ratichon vient & reconnoît
Alcipe pour ce même Enfant qu'il a tant
pleuré. Alcipe qui l'a toûjours tenu pour
fon Pere , l'embraffe en veritable fils ,
mais Ratichon le voyant devenu Seigneur
d'un Château , lui confeffe par modeftie
& par amour de la verité , qu'il n'eſt pas
fon fils , & qu'il le reçut d'une maniere
affez étrange dans le temps que ces cruels
Parens l'avoient dévoué à la mort . Ces
dernieres paroles font frémir Madame
Cocaffe . Elle prie Alcipe de la laiffer un
moment avec Ratichon . Elle interroge
ce Barbier de Poiffy fur la maniere dont
il a reçû Alcipe . Il lui raconte cette
hiftoire avec la même fincerité qu'il vient
de faire paroître , en avoüant qu'Alcipe
n'eft pas fon fils. Madame Cocaffe n'entend
aucune circonftance qui n'augmente
La frayeur; elle fait approcher Claudine ;
r . vol .
G v Ra
1238 MERCURE DE FRANCE.
Ratichon la reconnoît pour celle qui fui
a remis l'Enfant qu'elle alloit expofer ,
par ordre de fa Maîtreffe ; Madame Cocaffe
voyant revenir Alcipe , ne peut
foutenir la prefence , elle le prie de la
laiffer un moment en liberté , & lui promet
, pour prix de cette complaifance ,
de lui apprendre le fecret qu'il ne peut
lui arracher. A peine a- t - elle quitté Alcipe
, qu'elle va s'enfermer pour toute
fa vie dans un Convent. Alcipe qui l'apprend
de fes enfans , fe perce d'un coup
de coûteau. Dimas vient lui annoncer que
dès le moment que Madame Cocaffe eft
partie , la contagion à ceffé ; Alcipe lui
lui
dit qu'il devoit lui annoncer cette nouvelle
un peu plutôt , & qu'il ne fe feroit
pas frappé ; il acheve ces mots en riant ,
& fait entendre qu'il n'a pas été fi fou
que de fe tuer férieufement ; il fe confole
de la retraite de Madame Cocaffe ,
& finit la Piece par ces Vers :
A quels tranſports faut-il , Ciel ! que je m'abandonne
!
Je trouve Mere & Femme en la même perfonne ;
Les perdant à la fois , la joye & la douleur
Se difputent à qui regnera dans mon coeur :
La Nature me parle & fait taire ma flamme ;
Trifte d'être fans mere , & guai d'être fans femme;
I. vol.
Je
JUIN. 1726. 1239
Je perds infiniment , & je gagne encore plus .
Ciel , vous récompenferez mon crime & mes
vertus .
Le 28. de l'autre mois , l'Académie
Royale de Mufique donna un nouveau
divertiffement intitulé Le Ballet fans
titre lequel eft compofé de quelques Actes
differens d'anciens Ballets ; fçavoir ,
du Prologue de Maleagre , Tragedie réprefentée
en 1709. dont les paroles font
de M. Joly , & la Mufique de M. Battiftin
; de la quatriéme entrée du Ballet
des Mufes , joué en 1703. & mis en Mufique
par M. Campra ; du troifiéme Acte
de la Venitienne , Comédie- Ballet joué
en 1705. dont les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. de la
Barre ; & du premier Acte des Fêtes de
Thalie , par M. Mouret. Ce Divertiflement
n'a pas été goûté du Public , puifqu'on
n'en a donné que trois réprefentations
.
Le s . de ce mois on redonna Thetis &
Pelée, dont le principal Rôle fut chanté
avec applaudiffement par la nouvelle
Actrice dont on a parlé. Les caracteres
de la danfe furent auffi executez par la
nouvelle Danfeufe , qui eft.d plus en
plus goûtée du Public.
1. vol. \ G
>
Tra1240
MERCURE DE FRANCE:
Le 16. on remit au Théatre Ajax ;
Tragedie , réprefentée dans fa nouveauté
en 1716. Les paroles font de M.
Meneffon , & la Mufique de M. Bertin
. Cet Opera a été fort bien reçû du
Public , & fait beaucoup de plaifir .
Le 13 de ce mois les Comédiens Italiens
joüerent pour la premiere fois une
Piece de l'ancien Théatre Italien , qui a
pour titre Arlequin Misantrope , compofée
d'un Prologue & de trois Actes , avec
des agrémens de Chants & de Danfes
dans les entr' Actes . Les anciens Comédiens
Italiens l'avoient réprefentée dans
fa nouveauté en Décembre 1696. avec
un très -grand fuccès.
Le 15. de ce mois , ' les Comédiens
François remirent au Théatre , la Tragedie
d'Atrée & Thiefte de M. Crebillon ,
qui a fait grand plaifir au Public. Ils doivent
donner dans peu Rhadamiste & Zinɔbie
, du même Auteur .
Le 23. du mois dernier , on répreſenta
au College de la Ville d'Evreux , une
Tragedie intitulée , Daniel éxaucé , ou
l'Incarnation annoncée , par les Ecoliers
du même College.
1. vol. du
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
K
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
AUR
JUIY. 1726:
1241
4 de ce mois , les Penfionnaires
;e de Louis le Grand , réprefentein
Drame Comique , intitulé l'Ees
Peres.
apprend de Venife , que le 2 6. du
dernier au foir , on ouvrit les Theade
faint Samuel & de faint Moyfe,
efquels on répreſenta deux nouvel-
Pieces intitulées , les Rivaux gene-
& le Délire de l'Amour.
** XXXXXXXXXXXXXXXXX
CHANSON.
E petit Dieu folâtrant près des Parques ,
Leur déroba le Fuſeau de mes jours ;
itôt mon coeur en reffentit les marques ,
mon Printems coula dans les Amours.
ais cet Enfant voltigeant fur la Tone ,
ifle tomber ce Fuſeau dans le jus ;
cchus le prend. Quel fera mon Autone !
es jours heureux font filez par Bacchus.
I. vol. + NOU1242
MERCURE DE FRANCE
******X *XX * XX *XXXX
NOUVELLES DU TEMPS .
D
RUSSIE.
Ans la Ceremonie qui fe fit à Petersbourg
le 26. Avril , lors de la promotion du Duc
d'Holſtein à la Charge de Lieutenant Colonel du
Regiment des Gardes du Corps , nommé Preobafinski
; ce Regiment étoit en bataille dans les
Prairies , à côté de l'Amirauté , où la Czarine
fe rendit vers le midi , accompagnée d'une nombreufe
fuite. Elle étoit dans un fuperbe Caroffe
à moitié découvert , & en habit d'Amazone de
velours vert , une Perruque blonde , & un chapeau
orné d'un Plumet blanc. S. M. Cz . étoit
fuivie d'un très nombreux & magnifique Cortege.
>
On parle du Mariage de la feconde Princeſſe
Czarienne avec le fecond fils du feu Duc
d'Holstein , Evêque d'Eutin , & l'on affure que
ce jeune Prince a du fe rendre à Petersbourg au
commencement de ce mois .
Le 12.
du mois dernier , la Czarine reçût le Collier de l'Ordre de l'Aigle blanc des mains du Prince Menzikoff
, que le Roi de Pologne avoit nommé Ambafiadeur
- Plenipotentiaire
pour cette
Ceremonie , qui fe fit avec toute la folemnité imaginable
.
La Fregate Mofcovite , qui croifoit dans la
Mer Baltique , & qui étoit venue à Peterſburg,
pour donner avis de l'arrivée de l'Eſcadre Angloife
, eft repartie avec des ordres pour l'Amiral
Kruitz , qui commande les Vaiſſeaux de la
1. vol.
CzaUIN.
1726, 124
Czarine fur les côtes de Finlande ; auquel S. M.
Cz. a fait dire de rendre aux Vaiffeaux Anglois
& Danois qu'il rencontrera , les honneurs qui
font ufitez fur mer.
LE
POLOGNE.
E corps du feu Comte de Vicedom , qui fut
tranfporté le 27. Avril d'Ujuftorf pour être
inhumé à Drefde , fut eſcorté jufqu'à une lieuë
hors de la Ville par un Détachement des Gardes
du Corps du Roi , tenant à la main leur épée
nuë , la pointe contre la poitrine , par les Officiers
de l'Ecurie du Roi , les Pages , les Heyduques
, & les Palfreniers de S. M. Le corps du
défunt étoit fur un Char couvert d'un Poifle , &
tiré par fix chevaux , aux deux côtez duquel
marchoient les Trompettes du Roi . Il étoit fuivi
d'un premier Caroffe de deuil , dans lequel
étoit le Prince Lubomirski , gendre du défunt
Comte, & le Prince fon frere , & de plufieurs autres
Caroffes des Miniftres , Generaux & Chambellans
de la Cour. Un fecond Dé : achement des
Gardes du Corps fermoit la marche. On a reçû
avis de Drefde , que le corps de ce Comte étoit
arrivé à Welchau , où il avoit été inhumé. Le
Comte de S. Gilles , qui s'eft fauvé de l'Eglife
des Theatins , a pris fa route par le Palatinat
de Ploskow , pour le rendre en Pruffe . Il a été
condamné par contumace à avoir la tête tranchée
, & fes emplois ont été déclarez vacans.
Le Roi ayant fait offrir l'Ordre de l'Aigle blanc
à la Czarine , on a envoyé à M. le Fort , Envoyé
de S. M. à Petersbourg , une Croix enrichie
de diamans de la valeur de 20000. écus qui
a été préſentée à S. M. Cz.
I. vol. SUEDE.
244 MERCURE DE FRANCE ;
LE
SUEDE .
Es Vaiffeaux du Roi qu'on équipoit à Carelfcroon
, font prêts de mettre à la voile , & les
4000. hommes qu'on doit tranfporter dans la
Pomeranie , attendent les derniers ordres pour
s'embarquer.
L'Efcadre Angloife arriva le 20. Mai près des
Dunes de ce Royaume , venant de Dantzic ; le
Miniftre du Roi d'Angleterre en ayant reçû avis,
alla trouver le Vice-Amiral Wager qui la commande
, & l'amena à Stockolm , où ils eurent
l'un & l'autre une longue Conference avec le
Comte de Horn , lequel donna le 22. un magnifique
repas à ce Vice- Amiral , au Miniftre de
S. M. Brit. & à pluſieurs Senateurs & Miniſtres
Etrangers. Le 24 ce Commandant de l'Eſcadre
Angloife prit congé du Roi & de la Reine , & le
23. il partit pour Elfenap , accompagné du Comte
de Cereft- Brancas , Miniftre- Plenipotentiaire
du Roi T. Ch. & du Miniftre du Roi d'Angle.
terre , & vers le foir il remit à la voile .
L
DANNEMAR C.
'Efcadre Angloife qui arriva le 4. Mai à la
Rade de Copenhague , en partit le 14. au
matin. Le 8. du même mois le Roi fit l'honneur
au Vice-Amiral Wager qui la commande ,
d'aller dîner à bord de fon Vaiffeau , avec le
Prince Royal , & quelques-uns des principaux
Miniftres de la Cour.
ont
L'Efcadre du Roi eft fur fon départ. Les Regimens
des Colonels Geifter & Bermer
ordre de fe tenir prêts pour s'y embarquer.
+ 1. vol. Le
JUIN 1726. 1245
Le 25. du mois dernier après midi , la Flotte
partit de Copenhague, & mit à la voile avec un
vent très favorable.
Les Matelots qu'on attendoit de Norvegue
ont été embarquez fur les Vaiffeaux qui font al-
-lez joindre la Flotte du Roi , commandée par
le Vice-Amiral Bille , lequel a mandé en Cour
qu'il avoit jetté l'ancre à la hauteur de Bornholm
. Le bruit court , que le Roi lui a envoyé
ordre de mettre à la voile , & d'aller joindre
I'Efcadre Angloife qui eft allée du côté de Revel
. pour mieux obferver les mouvemens de la
Flotte Mofcovite .
ALLEMAGN E.
L'Empereur a nommé l'Abbé Comte de Zinzendorff
, fils du Grand Chancelier de la
Cour , à l'Evêché de Javarin en Hongrie , vacant
par la mort du Cardinal de Saxe- Zeits.
>
On affure que l'Aga Turc , qui eft attendu à
Vienne a ordre d'y faire bâtir une maiſon ,
pour loger les Negocians de fa Nation qui viennent
aux Foires d'Allemagne , & qu'il prétend
établir à Vienne un Confulat , fur le même pied
des Miniftres Etrangers qui refident à Conſtantinople.
On a fait un fonds de 400000. florins pour
achever les nouvelles Fortifications de Belgrade
, que l'Empereur a deffein de rendre la plus
forte Place de l'Europe avant qu'il foit deux
ans .
Le Comte de Zinzendorff , Grand Chancelier
de la Cour de l'Empereur eft allé en qualité
d'Ambaffadeur à la Cour de l'Electeur de Bavie
re , pour le complimenter fur la mort de l'Electeur
fon pere , & fur fon avenement à l'Electo
I. vol. rat.
1246 MERCURE DE FRANCE .
rat. Il eft non feulement accompagné par les
Confeillers & autres Officiers de la Chancellerie
, mais encore par le Comte de Kufftein , Confeiller
Aulique de l'Empire ; ce qui forme une
députation des plus folemnelles . Le Ceremonial
qui a été reglé , eft le même qui fut obfervé en
1662. par le Comte de Diedrichſtein , lorſqu'il y
fut envoyé de la part de l'Empereur. Ce Comte
fut de retour à Vienne le 6. du mois dernier.
On affure , qu'en vertu du Traité de Stockolm
& de l'acceffion de l'Empereur , la Czarine
doit fournir en cas de guerre 4000. Cavaliers &
12000. Fantaffins , 9. Vaiffeaux de ligne & 3 .
Fregates le Roi de Suede 2000. Cavaliers &
8000. Fantaffins , 6. Vaiffeaux de ligne & 2.
Fregates ; & l'Empereur , 4000. Cavaliers &
12000. Fantaffins , outre un équivalent par rapport
aux Vaiffeaux .
Le General Comte de Merci a été choifi par
l'Empereur , pour commander les Troupes Imperiales
qui s'affemblent vers les frontieres de Silefie.
On écrit de Manich , que l'Empereur a fait remettre
à l'Electeur de Baviere l'Investiture de
fon Electorat , & qu'il l'a difpenfé d'envoyer des
Plenipotentiaires à Vienne , pour la recevoir avec
les formalitez qu'on a fait obferver depuis plu
fieurs années à tous les autres Princes de l'Empire.
L'Empereur a envoyé des ordres aux Direc
teurs de la Compagnie des Pays - Bas , de ne faire
partir aucun Vailleau d'Oftende , fans permiffion
expreffe de S. M. I.
Le Prince Jean- Frederic de Modene arriva
d'Italie à Vienne fur la fin du mois dernier.
Le 20. de ce même mois on tint les portes de
Vienne fermées jufqu'à onze heures du matin ,
pour faire la recherche des gens fans aveu ,
I. vol. dont
JUIN 1726. 1247
dont on arrêta un très grand nombre.
On mande de Berlin , que les Officiers des
Regimens , dont le Roi de Fruffe a fait la revûe
, ont reçû ordre d'augmenter leurs Compagnies
de dix hommes chacune : les Generaux
qui commandent dans la Pruffe , ont ordre pareillement
de renforcer les Campemens qu'ils
ont faits fur les frontieres de Pologne.
On a publié depuis à Vienne une Ordonnance
, pour augmenter les Regimens de l'Empereur
jufqu'à 2300. hommes chacun,
L'Aga Turc qui vient refider à Vienne pour
l'intereft des Commerçans de fa Nation , eft arrivé
à Belgrade avec une fuite de 70. perfonnes.
L'Empereur a fait notifier à la Diete de Ratifbonne
fon acceffion au Traité de Stockolm ,
mais on ne fçait pas encore fi elle fera ratifiée
par les Princes & Etats de l'Empire. Le bruit
court , qu'auffi - tôt que cette ratification aura été
admife à la pluralité des voix , S. M. I. reconnoîtra
la Czarine en qualité d'Imperatrice de
Ruffie.
ITALIE.
E 29. Avril on publia à Rome un Decret de
la Congregation ' des Rites , pour la Canonization
du P. Louis Gonzague , de la Compagnie
de Jefus.
>
On a fondu dans l'Arcenal de Veniſe , deux
Canons de bronze , d'une nouvelle invention
qui feront éprouvez inceffamment , & dont les
boulets font de 500. livres .
Le Cardinal Pereira , n'ayant pu obtenir du
Pape l'Audiance qu'il avoit demandée , alla le 21.
du mois dernier chez le Cardinal Cofcia , pour
fçavoir quelle étoit la refolution de S. S. tou
1. vol. chant
1248 MERCURE DE FRANCE .
chant la Promotion de M. Bichi au Cardinalať,
que le Roi de Portugal follicite depuis plufieurs
années ; & le Cardinal Cofcia lui ayant fait entendre
qu'il n'avoit rien à efperer pour ce Prélat
, qu'aux conditions des démarches de foumiffion
que le Pape exige de lui , le Cardinal
Pereira declara qu'il ſe retireroit avec l'Ambaffadeur
de S. M. Portugaife & tous les Portugais
qui font à Rome , & que vrai -ſemblablement
tous les Italiens établi en Portugal auroient ordre
de fortir du Royaume. S. S. ayant été inftruite
de cette Conference , a fait dire au Cardinal
Pereira de retarder fon départ jufqu'au retour
d'un Courrier qui a été dépêché à Liſbonne.
ESPAGNE .
Na ordonné des Prieres publiques dans
toutes
toutes les Eglifes de Madrid , pour l'heureufe
délivrance de la Reine , qui eft entrée dans
le neuvième mois de fa groffeffe : le Cardinal
Borgia a vifité au nom & à la priere de S. M.
les 9.Eglifes qui font dédiées à la fainte Vierge.
Le Nonce du Pape & les Ambaffadeurs de l'Empereur,
d'Angleterre , de Veniſe & de Hollande ,
ont été invitez de la part du Roy , d'affiſter aux
couches de la Reine , où fe doivent trouver
auffi les Grands du Royaume & les Miniſtres
de S. M.
Le Prince Emanuël , frere du Roi de Portugal ;
arriva à Madrid le 14. May , vers les fix heures
du foir , accompagné de Dom Gafpard Giron
, Majordome de la Maifon du Roi , qui
étoit allé au-devant de ce Prince jufqu'à Alcala
avec les Carroffes de S. M. Il fut reçû à une
demie lieue de la Ville par un détachement des
Gardes du Corps du Roi , qui l'accompagna au
Palais , où L. M. le Prince des Afturies & les
1. vol.
Infans
JUIN. 1726. 1249
toutes les marques
Infans le reçûrent avec
d'honneur & de diftinction dues à fon rang. Après
avoir demeuré une heure avec L. M. il fut conduit
à l'Hôtel qui lui avoit été préparé par ordre
du Roi,& dans lequel il eft fervi par les Officiers
de S. M. La même nuit & les trois jours fui
vans , deux Détachemens , l'un des Halbardiers
& l'autre des Gardes Efpagnoles & Walonnes ,
monterent la garde chez le Prince , le Roi ayant
voulu qu'il fuft traité comme un Infant d'Efpagne
. Etant arrivé dans fon Hôtel , il fut complimenté
de la part de L. M. par le Marquis de
Villagarfia , Mayordome du Roi , après quoi il
fut vifité par l'Infant Dom Carlos ; le lende
main au matin par l'Infant Dom Philippe , &
l'après midi par le Prince des Afturies."
Grands du Royaume , les Miniftres du Roi &
la principale Noblelle de Madrid ont rendu leurs
devoirs à ce Prince , qui ne fort que dans les
Carroffes de S. M. & accompagné d'un Détachement
des Gardes du Corps.
Les
Le Roi ayant demandé au Duc de Riperda
la démiffion des differens Emplois, dont il avoit
été honoré depuis fon retour de Vienne , S. M. a
rendu le Gouvernement des affaires étrangeres
au Marquis de Grimaldo , en qualité de Secretaire
d'Etat , & à Dom Jean - Baptifte Orenduin , pour
ce qui regarde l'éxecution du Traité de Vienne ;
celui de la Guerre , au Marquis de Caſtelar ; la
Surintendance des Finances , à Dom François
de Arriaza , qui étoit actuellement Gouverneur
du Confeil des Finances & la Surintendance de
la Ferme generale du Tabac , à Dom Jacob de
Flon- y-Zurbaran.
Le 17. May , le Roy accorda au Duc de Riperda
une penfion de 3000. Piftoles , pour récompenfe
de ſes ſervices ; S. M en fit expedier le
Decret. Aufli tôt que le Duc l'eut reçû , il alla
1. vol. chez
1250 MERCURE DE FRANCE.
chez M. Vander Meer , qui le conduifit dans fon
Carroffe chez le Colonel Stanhope , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre , lequel après avoir lû
le Decret accordé par S. M. Catholique au Duc
de Riperda , ne fit aucune difficulté de le recevoir
chez lui . Le Roi informé de cette démarche
, envoya le 18. un Détachement de fes Gardes
, fe pofter aux avenues de l'Hôtel du Colonel
Stanhope , qui d'ailleurs avoit promis que le
Duc de Riperda ne fortiroit pas de fa Maifon.
Comme on appréhendoit que ce Duc ne fe retirât
dans quelque Eglife , dans l'efperance de
jouir des immunitez , en attendant qu'il fe fuſt
ménagé une retraite dans les Pays Etrangers , le
Roi a fait affembler le Confeil de Caſtille , qui a
déclaré qu'un Miniftre qui avoit été chargé du
fecret de l'Etat , ne devoit jouir d'aucun Privilege
qui pûtle fouftraire à l'autorité de fon Souverain
. Conformément à cette déciſion , S. M. a
fait arrêter le Duc de Riperda & l'a fait conduire
au Château de Segovie . Le bruit court que
ce Confeil a été chargé par S. M. d'éxaminer les
chefs d'accufation qui ont été portez contre ce
Duc .
On a arrêté par ordre du Roy l'Adminiſtrateur
du Convent du Bon Succès & Don François
Bruzo , l'un des Secretaires du Duc de Riperda.
GRANDE- BRETAGNE .
E feu prit à Bath le 17. du mois dernier
Là la maifon d'une Blanchiſſeuſe , près du
Pont de cette Ville ; & s'étant communiqué aux
maiſons voisines , il en conſuma 60. avant qu'on
pût l'éteindre .
Le Naffau , l'un des Vaiffeaux de Guerre ' de
l'Eſcadre de la Mer Baltique , qui n'avoit pû la
fuivre , ayant radoubé , mit à la voile fur la fin
1. vol.
du
JUIN. 1726. 1251
du mois dernier pour aller la joindre à la Rade
de Dantzic , où l'on dit qu'on va envoyer encore
un renfort de huit Vaiffeaux de Guerre.
Le 2. de ce mois le Roi fit l'honneur au Duc
de Richemont d'aller fouper à fa Maiſon dans
l'enceinte de Whitehall.
Le 4. le Parlement fut prorogé jufqu'au premier
du mois d'Août prochain.
Le bruit court que le Roi , pour rendre plus recommandable
l'ancien Ordre du Bain , que S. M.
a rétabli l'année derniere, a déclaré qu'il n'y auroit
dorénavant que les Chevaliers de cet Órdre
qui feroient honorez de celui de la Jarretire.
O
PAYS - BA S.
N commence à travailler avec toute la
diligence imaginable aux Fortifications
d'Oftende , ou 500. Ouvriers font employez. On
a commencé à jetter les fondemens de la maifon
d'un Gouverneur.
L'Archevêque de Cambray qui arriva à Bruxelles
le 31. du mois dernier , eut le 3. de ce mois
Audiance de l'Archiducheffe , Gouvernante des
Pays - Bas , avec les mêmes ceremonies obfervées
à l'égard des Princes de Baviere.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Saint - Philippe
, Ambaffadeur du Roi d'Espagne à la Haye,
alla à Amſterdam avec le Comte de Konigfec-
Erps , Envoyé extraordinaire de l'Empereur ,
pour retirer des mains de M. de Lambilli , Agent
du Duc de Riperda , les 80000. Piſtoles dont ce
Duc l'avoit chargé . L'Ambaffadeur de S. M. Catholique
revint à la Haye le 10. au foir , & le
II. au matin il mourut fubitement dans la 56.
année de fon âge.
On a publié à Bruxelles le Traité conclu à¹Tunis
le 23. de Septembre dernier entre les Com-
I. vol. millaires
1252 MERCURE
DE FRANCE.
miffaires de l'Empereur & la Régence de Tunis
, par la médiation des Commiffaires du
Grand- Seigneur , il confifte en 13. articles qui
contiennent une promeffe réciproque de ceffer
les hoftilitez par mer & par terre ; la liberté
de Commerce entre les Sujets de l'Empereur &
ceux de cette Régence ; celle de retraite dans
leurs Ports & Rades pour les Bâtimens des deux
Nations ; un libre paffage pour les mêmes Bâtimens
munis de paffe-ports convenables ; une
promeffe de la part des Tuniffiens , de remettre
en liberté les Sujets de l'Empereur qui feroient
pris fur des Vaifleaux ennemis de la Regence ; une promeffe auffi de leur de ne donner
part
aucun fecours ni protection aux Vaiſſeaux ennemis
de S. M Im. Le droit à l'Empereur d'établir
à Tupis un Conful pour diftribuer des
Certificats & décider des differends entre les Sujet
de S. M. I fans que les Juges établis par la
Régence en puiffent connoître , le privilege
pour les Sujets de l'Empereur , lorfqu'ils aufont
quelque conteftation avec les Turcs ,
ne pouvoir être jugez que par le Confeil du
Bacha , du Bey ou du Commandant des Ports ;
& lorfqu'ils auront frappé un Turc , de ne pou
voir être condamnez & punis qu'après que le
Conful aura été mandé , fans que cet Officier
Imperial foit obligé de reprefenter le coupable ,
enfin liberté pour
s'il venoit à fe fauver ;
le Conful Imperial & pour les Sujets de l'Empereur
de retourner dans leur Pays , pendant le
terme de trois mois , à compter du jour de la
rupture formelle de ce Traité , fi des cas impré
yus obligeoient de recommencer la guerre.
une
de
1. vol.
Morts
J.UIN.
1726. 1253
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
E Cardinal Laurent de Fiefchi , Archevê-
Lque de Gennes , dont il étoit originaire , I
y
mourut le premier May dans fa 84. année prefque
accomplie , étant né le 11. May 1642. Il
avoit été Nonce Extraordinaire en France. Le
Pape Clement XI . le fit Cardinal le 17. May
1706. & lui donna le Titre de fainte Marie de
la Paix. Ce Cardinal laiffe par fa mort un 7e lieu
vacant dans le Sacré College. Le 2 : & le 3. fon
corps fut exposé dans le Salon du Palais Archiépifcopal
, & fes Obfeques furent célebrées le 4.
avec beaucoup de pompe dans l'Eglife Métropolitaine.
Le Chevalier Thomas Mathei , celebre Architecte
Romain , mourut le r2 . du mois dernier.
> Charles Beauclerc , Duc de Saint- Alban's
Capitaine de la Compagnie des Gentilshommes
Penfionnaires , Lieutenant pour le Roy d'Angleterre
, & Garde des Rôles du Comté de Berks,
& Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere , mou--
rur à Bath le 20. du mois dernier. Il étoit fils
naturel du Roi Charles II , & de la Dlle Eleonore
Gowyn. Il avoit épousé en 1694. la Dlle Diane
Vere, fille ainée d'Aubery de Vere , le 20. &
dernier Comte d'Oxford de cette famille. Il a
eû fept enfans mâles , dont l'aîné , Charles ,
Comte deBatford , Membre du Parlement pour
Windfor , qui doit fucceder à fes Titres & à
fes biens , elt actuellement malade de la petite
verole .
M. Thomas Pitt , Membre du Parlement d'An-
I. vol.
gleterre
H
1254 MERCURE DE FRANCE .
gleterre pour Saliſbury , cy-devant Gouverneur
du Fort Saint- George , aux Indes Orientales ,
d'où il avoit rapporté de grandes richeſſes , &
entr'autres précieux Effets, le gros Diamant qu'il
vendit au Roi de France il y a quelques années
la fomme de 120000 liv . fterlin , mourut fubitement
à Londres , le 9. du mois dernier.
Le premier de ce mois , la Reine de Danemarc
accoucha à Copenhague d'un Prince qui
fut Baptiféle 3. ayant pour Parrains le Roi , la
Prince Royal de Danemare & le Roy de Prufſe ;
réprefenté par le Prince de Culmbach , qui le
nommerent Frederic- Chriftian . La nouvelle de
la naiffance de ce Prince fur annoncée
triple décharge de l'Artillerie .
ac
parune
La Comteffe de Kokorzoüa
, Epoufe du Comte Charles Gobert d'Alpremont
& Reckheim
, coucha à Maeftricht
d'une fille le 8 de ce mois ,
qui fut Baptifée le même jour , & nommée , Ma- rie-Elizabeth - Gobertine
- Petronille
- Antoinette-
Jeanne Nepomucene .
*******************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &e.
'Abbé de Grammont de Lanta , nom-
Liné à l'Evêché de Perpignan , fut lacré
le 26. de l'autre mois , dans la Chapelle
exterieure du Noviciat des Jefuites ,
par l'Evêque de Lavaur , affifté des Evêques
du Puy & de Valence.
Le 30. du mois dernier , Féte de l'Af
I. vol.
cenfion ,
A
JUI N. 1726.1255
€
cenfion , le Roi & la Reine entendi rent
dans la Chapelle du Château de Verfailles,
la Mefle chantée par la Mufique. Pendant
la Melle du Roi , le nouvel Evêque
de Perpignan prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
M. Boreel , Amballadeur des Etats
Generaux des Provinces Unies , qui étoit
arrivé à Paris le 15. du mois dernier
eut le 5. de ce mois,audience particulie
re du Roi & de la Reine , étant conduit
par
le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs,
Le même jour , M. le Fort , fecond
Syndic de la République de Geneve ,
eut Audience du Roi & de la Reine ,
étant conduit le même Introducteur,
par
& il fut traité par les Officiers de Sa
Majefté.
Le 25. Mai , la Reine Douairiere
d'Efpagne , vint de Vincennes au Palais
Royal , voir S. A. R. Madame la Duchelle
d'Orleans , fa mere .
Le Comte de Maurepas , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a fait venir pour le
Roi , un Tigre d'une grande beauté , &
un jeune Lion de dix mois , qui ont été
mis à la Ménagerie de Verfailles .
Les gageures font extrêmement à la
mode ; on en voit faire chez les gens de
tous états de fort fingulieres & d'efpe-
Hij ces
A. vol.
1256 MERCURE DE FRANCE
,
ces très - differentes. Le 5. de ce mois
Sebaftien Langlois Porteur d'eau du
quartier de S. Roch , homme maigre ,
fec , & à qui on reprochoit fa petite taille
& fon peu de force , gagea la fomme
de 12. livres contre fes Camarades ,
qu'il porteroit une voye d'eau, prife dans
la Seine , de Paris à S. Denis , fans fe
repofer qu'à fon retour à la Chapelle .
Cette lente courſe fe fit le même jour.
Langlois partit à dix heures du matin ,
après avoir puifé fon eau à l'Abbreuvoir
de la rue des Poulies , prit fa route par
le bas de Montmartre , fuivi de ceux contre
qui il parioit , & de quantité de curieux
, arriva à la Porte de l'Abbaye de
S. Denis , fit trois fois le tour de la Place
, ( c'étoit une des conditions du pari )
reprit le chemin de Paris , & arriva à la
Chapelle à une heure après midi , victorieux
, le déchargea de fes deux feaux
d'eau , que le Cabaretier de la Chapelle fit
mettre dans fa fontaine , & fit tirer à la place
quantité de pintes de vin , dont Langlois
, couvert de gloire , regała ceux qui
lui avoient fait cortege. La voye d'eau,
la fangle , les crochets , & tout l'attirail
que le parieur avoit fur le
corps , pefoit
près de cent livres .
Le Roi a donné la Lieutenance generale
de la Province de Champagne , &
C I. vol.
le
JUIN. 1726. 1257
le Gouvernement de Chaumont en Baf
figni , vacans par la mort du Comte de
Choifeuil- Beaupré , au Comte ſon fils
aîné.
Sur la fin du mois dernier le feu prit
à Hannecy , Village près de Pontoife ,
& y confuma trente maifons en moins de
deux heures .
Le 22. Mai , la Reine , accompagnée
des Dames de la Cour,alla fe promener au
Château de Meudon , & le lendemain au
Moulineau , au bout du Canal de Verfailles.
"
Le 24. le Roi alla au Château de la
Muette , & la Reine au Val , & de- là au
Château de S. Germain en Laye.
Le 25. S. M. alla fe promener en
grande Caleche , qu'on appelle Gondole ,
à Vanves , près le Village d'iffy ; en
montant en Caroffe , la Reine nomma les
Dames qui devoient l'accompagner.
Le 26. après le Salut, le Roi alla à la
Menagerie , & la Reine fe rendit par eau
à Trianon dans la grande Barque à voiles
, couverte de Damas cramoify avec
des crépines d'or. S. M. étoit accompagnée
des Dames du Palais & des Officiers
de fa Maifon. Le refte de fa fuite ,
les Pages & les Gardes du Corps , fuivoient
dans deux Gondoles à la Venitienne.
Le Roi fe rendit auffi peu après
Hiij par I. vol.
1258 MERCURE DE FRANCE .
par eau à Trianon ; & fur les fix heures
L. M. retournerent enſemble par eatr
à la Ménagerie , où l'on fervit une magni
fique collation.
Le 27. au matin , le Roi partit pour
Rambouillet , d'où S. M. revint le 28 .
au foir.
S. M. y retourna coucher le 4. de ce
mois , & en revint le 6.
Le 8. veille de la Pentecôte , le Roi
revêtu du grand Collier de l'Ordre du
Saint Efprit , fe rendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les
mains de l'Abbé de Sufe , Doyen & Comte
de Lyon , Aumônier du Roi de quar
tier , enfuite le Roi toucha un grand
nombre de malades. L'après- midi , le Roi
& la Reine entendirent les premieres
Vepres chantées par la Mufique.
Le jour de la Fête , les Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint- Efprit , fe rendirent vers les
dix heures du matin dans le Cabinet du
Roi , d'où S. M. alla à la Chapelle du
Château , étant précedée du Duc de Bourbon
, du Comte de Charolois , du Comfe
de Clermont , du Prince de Conti , du
Duc du Maine , du Comte de Toulouſe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Of
ficiers de l'Ordre le Roi , devant le
21. vol.
quel
JUI N. 1726. 1259
L
quel les deux Huilliers de lá Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en man
teau , le Collier de l'Ordre par - deffus ',
ainfi que les Chevaliers . S. Mentendit
la grande Meffe , celebree par l'Abbé de
Tefieres
Chapelain de la Chapelle de
Mufique ; enfuite le Roi fut reconduit à
fon appartement dans le même ordre qui
avoit été obfervé , lorfque S M. en étoit
fortie pour aller à la Chapelle : La Rei
ne , accompagnée des Dames de fa Cour,
entendit la grande Melle dans la Tribune.
L'après-midi , L. M. entendirent le
Sermon de l'Abbé le Beuf; Chapelain du
Roi , & enfuite les Vêpres .
Le Roi ayant pris la refolution de
gouverner par lui-même , S. M. aa fupprimé
le Titre & les fonctions de principal
Miniftre,
Le Marquis d'O , Lieutenant General
des Armées Navales de S. M. a été
nommé Grand - Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis .
Le 27. du mois dernier , on brûla un
grand nombre d'Actions à la Compagnie
des Indes , qui avoient été retirées .
Le 28. la Compagnie des Indes tint
une Affemblée generale , dans laquelle
les Directeurs rendirent compte de fa fituation
prefente , & firent le détail des
fonds employez dans les differentes par-
Hiiij ties
1. vol.
1260 MERCURE DE FRANCE.
ties de fon Commerce , qui depuis le
mois de Mars 172 5. juſqu'au 15. Avril
1726. fe trouvant monter à 138900000.
livres. M. Dodun , Controlleur General,
qui préfidoit à cette Affemblée, loiia fort
Je zele & l'activité des Directeurs , & affura
la Compagnie de la protection du
Roi & de fes bons offices . Il fut refolu
que le Dividende continueroit d'être
payé fur le pied de 150. livres par Action
chaque année.
On écrit de S. Malo , que le 28. du
mois dernier , depuis cinq jufqu'à Gix
heures du foir , il y eut une tempête
épouventable ; le tonnerre y brûla une
maifon , le Clocher de l'Hôpital General
, où deux Couvreurs furent tuez ; un
Vaiffeau dans le Port , appellé le Saint-
Efprit , qu'on n'a pû fecourir fut auffi
brûlée. M. Jolly; Armateur , eut le bonheur
de fauver le fien fans être bleffé ,
ayant eu deux hommes tuez à fes côtez .
A
Le 11. de ce mois , le Roi alla coucher
à Rambouillet , d'où S. M. revint
à Versailles le 14. Elle y retourna le 17 .
& revint à Versailles la veille de la Fête
-Dieu .
•
Le même jour 11. Juin , vers les 7. heures
du foir , le Duc de Charoft, Capitaine
des Gardes du Corps , rendit au Duc de
Bourbon une Lettre de la part du Roi.
1. vol. Ce
JUIN. 1726. 126e
Ce Prince partit peu de temps après de
Verfailles pour Chantilly.
Le 13. la Reine fortit pour prendre
le plaifir de la promenade . S. M. alla
d'abord à Vaucreffon , où elle ſe promena
pendant quelque temps , entendit le
Salut à la Paroiffe de ce Village , & revint
enfuite à Versailles par Marly ..
Le 16. Dimanche de la Trinité , la
Reine entendit la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verſailles , & S. M.
communia par les mains de l'Abbé de
Sainte Hermine , fon Aumônier en quartier.
Le 20. Fête du S. Sacrement , L. M.
fe rendirent à l'Eglife de la Paroiffe de
Verfailles , & y entendirent la grande
Meffe , après avoir affifté à la Proceffion
. L'après - midi , le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château
,les Vêpres chantées par la Mufique
& le Salut.
Le Roi a rétabli M. le Blanc dans les
fonctions de Secretaire d'Etat de la Guerre
, à la place du Marquis de Breteuil ,
qui avoit demandé à S. M. la permiſfion
de fe retirer. Il les a trouvées aug--
mentées du Département des Frovinces
de Flandres , d'Artois , de Haynault , des
treis Evéchez , du Comté de Bourgogne ,
d'Alface , du Dauphiné & du Rouffillon,
I. vol. Hy qui
1262 MERCURE DE FRANCE:
qui en avoient été diftraits lors de l'établiſſement
des Conſeils , & qui y ont
été depuis réunis. M. le Blanc eut l'honneur
de faluer le Roi le 15. de ce mois ,
& il en fut reçû très - favorablement.
M. Dodun , Controlleur Gneral des
Finances , ayant demandé au Roi la même
permiffion de fe retirer , S. M. a
nommé Controlleur General des Finances
, M. le Pelletier des Forts , Confeiller
au Confeil Royal des Finances.
Le Roi a accordé au Marquis de Bre
teüik , en confideration de ſes ſervices ,
une penfion de dix mille livres , oùtrė
celle de fix mille livres qu'il avoit déja .
S. M. lui a auffi accordé un appartement
dans le Château de Verfailles.
Le Chapitre General des Benedictins
de la Congregation de S. Maur , affemblé
en l'Abbaye de Marmoutiers près de
Tours , finit le 14 Juin . Le R. P. Dom
Pierre Thibault y a été élû Superieur General
de la même Congrégation , par les
fuffrages unanimes de tous les Définiteurs
, & les Benedictins paroiffent tous
très -fatisfaits de l'heureux fuccès de leur
Chapitre.
Le 16. de ce mois , le Roi confirma
dans fon Confeil d'Etat , la refolution qu'il
avoit prife de gouverner par lui- même ,
& de fupprimer le titre & les fonctions
1. vol. · -
de
JUIN. 1726. 1263-
de principal Miniftre. S. M. après avoir
expliqué les changemens qu'elle avoit
faits dans le Miniftere , & la maniere dont
les affaires feroient traitées dans la fuité,
déclara que fon intention étoit de gouverner
fon Royaume , conformément à
ce qui s'étoit pratiqué pendant le Regnes
du feu Roi , fon Bifayeul , dont elle vouloit
fuivre l'exemple le plus exactement
qu'il lui feroit poffible. Le Roi a fait paroître
dans ce qu'il a dit à fon Confeil ,
le defir qu'il a de récompenfer la fidelité
de fes Peuples , & de rendre fon Regne
glorieux en contribuant à leur bonheur,
Sa Majefté n'eut pas plutoft formé ces
deffein , & fait la déclaration dont nous
venons de parler , que fuivant les mouvemens
ordinaires de fa pieté , elle donna
fes ordres pour faire des Prieres publiques
, afin de demander à Dieu fa benediction
fur la réfolution qu'elle a pri
fe. C'eft en conféquence de ces ordres ,
que M. le Cardinal de Noailles , Arche -i
vêque de Paris , donna un Mandement
le 19. du même mois de Juin , pour or
donner des Prieres dans tout fon Diocè -b
fe. "Nous croyons devoir le rapporter ici,
à caufe de l'importance du fujet , & de
fa brièveté.
7. voltolyol da vj . LOUIS .
I
1264 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS-ANTOINE DE NOAIL
LES , & c. Vous êtes inftruits , mes chers
Freres , de la réfolution que le Roi vient
de prendre de gouverner ſon Royaume
par lui- même , & que Sa Majeſté n'a
pris cette importante réfolution que pour
faire connoître à fes Peuples tout l'amour
qu'Elle a pour eux , & combien Elle
eft fenfible à leur fidelité.
Que ne pouvons - nous point augurer ,
du Regne d'un Prince formé par des
mains fages , en qui l'on a reconnu dès
fon enfance un naturel heureux , un efprit
de douceur , de difcretion , de difcernement
, qualitez fi néceffaires pour
un bon Gouvernement , mais fur tout
un profond refpect pour les Sacrez Mifteres
, & pour tout ce qui a rapport à la
Religion ? Dans un âge où les Princes ne
font ordinairement occupez que de leur.
plaifir , notre Monarque donne la confolation
à fon Royaume de nous annoncer
lui -même qu'il veut fe donner tout entier
aux foins de fon Etat , & qu'il n'a.
point d'autre objet dans fes travaux , qu'il
n'envifage point d'autre gloire que celle
d'aflurer le bonheur de fes Sujets ?
Que ne devons-nous point efperer ,
lorfque nous voyons Sa Majefté dans une ,
fi grande jeuneffe marcher déja fur les
traces de fon Bifayeul, de glorieufe mé-
I. vol.
moire ,
JUIN 1726. 1265
moire,fe propofer fon exemple comme le
modele qu'Elle véut imiter , établir dans
fes Confeils le même ordre que cet Augufte
Prisce a toûjours fuivi , & vouloir
mettre en pratique les inftructions fi fages
, fi chrétiennes, fi dignes d'une expe
rience & d'une vertu confommée qu'Elle
a reçûës de ce grand Roy mourant , &
qui ont toûjours écé depuis gravées dans
fon coeur.
Notre fidelité & notre attachement inviolable
pour la Perfonne . facrée de Sa
Majeſté , nous avoient déja porté à remercier
Dieu des fentimens qu'il infpire
au Roy , & des graces qu'il veut repandre
par là fur ce Royaume ; mais la pieté
de Sa Majefté qui connoît toute la grandeur
du fardeau dont elle eft chargée ,
& du befoin qu'Elle a des fecours & des
lumieres du Ciel pour le foutenir , a défiré
que l'on fit des Prieres publiques
afin de demander à Dieu pour Eile , at
l'exemple de Salomon , * un coeur docile
pour fuivre les confeils les plus juftes.
& les plus falutaires , la fageffe & l'intelligence
qui viennent d'en - haut , pour
conduire felon la juftice ce Peuple immenfe
qu'Elle va gouverner , pour faire .
obferver exactement la loi de Dieu , &
pour maintenir dans toute leur pureté le
* Liv. 3. Reg. c. 3 .
1. vol. culte
1266 MERCURE DE FRANCE.
culte & la foy de fes Peres.
Que l'amour du Roy pour fes Peuples,
& le defir de les rendre heureux , dont
Sa Majefté vous donne un gage fi précieux
, que les vûës de Sageffe & de Religion
dont elle eft animée , redoublent
donc l'ardeur de vos voeux pour fa confervation,
& augmentent, s'il eft poffible,
votre fidelité & votre zele pour fon fervice.
Pénetrez de fes fentimens dans ce
faint temps que l'Eglife confacre à honorer
JESUS -CHRIST prefent dans l'Euchariftie
, venez aux pieds des Autels
prier avec ferveur le Roi des Rois , afin
que Sa Majefté éclairée par l'Esprit de
Dieu , foûtenue par de fages Conſeils ,
dans le choix des Miniftres du Seigneur,
donne toûjours à fon Eglife de dignes
Pafteurs ; qu'Elle mette la principale
gloire à proteger la Religion , à faire Ĥleurir
de plus en plus la Science & la pieté
dans fon Clergé , & qu'Elle employe
l'autorité qu'Elle a reçûte de Dieu , pour
faire jouir l'Eglife de France d'une parfaite
tranquillité
.
L
Ne doutons point que Dieu , touché de
ces faints defirs du Roi & des prieres
ferventes que nous lui offrirons dans la
mêne vûe , ne lui accorde comme par
furcroît , auffi - bien qu'à Salomon , * des
Lib. 3. Reg. c. 3. v . iz. & 12.
1. vol.
⚫jours
JUI N. 1726. 1267
jours longs & heureux , & une nombreufe
pofterité , qu'il ne répande l'abondance
& les richeffes dans fes Etats ,
& qu'il ne rende fon Regne encore plus
pacifique & plus glorieux que ceux des
plus grands Princes qui l'ont précedé .
A CES CAUSES , pour nous conformer"
aux ordres du Roi , & feconder les pieufes
intentions de Sa Majefté , & c.
Le 24. Juin on fit dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale de Saint Germain des
Prez,dépendante immédiatement du Saint
Siege Apoftolique , l'ouverture folemnelle
des Prieres publiques , dont nous
avons dit le fujet , en vertu d'un Mandement
, donné le 22. par le R. P. Dom
Charles Conrade , Grand Prieur de cette
Abbaye , Vicaire General de M. le Cars
dinal de Billy, Evêque de Meaux , & Abbé
de Saint Germain , adreffé à tous les
Fideles qui font foumis à la Juriſdiction
de la même Abbaye. Tout eft édifiant &
digne d'attention dans ce Mandement .
Nous n'en toucherons ici qu'un ou deux
traits. » Sa Majefté plus touchée du re-
>>pos & du bonheur de fes Peuples , que
de fa gloire & de fon interêt particulier
, ne demande point à Dieu des Vic-
»toires & des Conquêtes , mais cet ef
» prit de confeil qui fait regner avec fa-
» geffe . Elle fe voit comme Salomon , au
>> milieu r. vol.
1268 MERCURE DE FRANCE .
» milieu d'un grand Peuple , d'un Peuple
» infini qui eft innombrable , à caufe de fa
»multitude. C'est ce qui lui fait deman- .
der avec le plus fage des Rois , un
» coeur docile pour pouvoir juger fon Peu-
»ple & difcerner entre le bien & le mal....
» Remercions Dieu des fentimens de pieté
» qu'il inſpire au Roy,& demandons - lui
encore qu'il lui accorde , comme à Salo-
» mon , des jours longs & heureux , qu'il
» rende fonNom celebre par toute la ter-
» re, qu'il faffe croître fon amour pour la
» Religion & pour l'Eglife , qu'il répan-
» de l'abondance & les richeffes dans fes
>> Etats , qu'il lui donne une pofterité
"nombreuſe , & qu'il éleve fon Trône
» au deffus de celui de fes Auguftes Pré-
» déceffeurs , & c.
!
XXXXXXXXXXXXX :XX
BENEFICES.
E Prieuré Régulier Conventuel &
Electif de la Faye de Jumillac , Ordre
de Grandinont , Diocèfe de Périgueux
, vacant par le décès de Dom Molineau
, a été donné à Dom Martial de
Puitifon , Religieux du même Ordre .
Le Prieuré de Guilleftre , au Diocèle
* III. Reg. 3.
1. νοί. d'EmJUIN.
1726. 1169
d'Embrun , qui a vaqué en Régale de
fait ou de droit pendant qu'elle étoit ouverte
dans l'Archevêché d'Embrun , à
M. Gafpard d'Hugues , Prêtre & Grand-
Vicaire de l'Archevêque d'Embrun .
La Prévôté de Seillac , au Diocèfe de
Limoges , à la Collation de l'Evêque de
Tulles , qui a vaqué en Régale , de fait
ou de droit , pendant qu'elle étoit ouverte
dans l'Evêché de Limoges , à M. Charles
du Pleffis Dargentré , Clerc Tonfuré
du Diocèfe de Rennes.
MORTS , NAISSANCES ,
M
Mariages .
Adame de Caffainet de Tilladet ,
veuve du Marquis de Roquepine,
Lieutenant General des Armées du Roy
& Gouverneur de la Capelle ; Dame auffi
recommandable par fa vertu que par fa
naiſſance , mourut le 16. May dernier ,
dans la quatre - vingt- uniéme année de
for âge. Elle étoit fille du Marquis de
Tilladet , Gouverneur de Brifac , & de
Madame le Tellier , foeur du Chancelier
le Tellier ; elle avoit pour freres l'Evêque
de Mâcon , fi diftingué par fon mérite
perfonnel, & le feu Marquis de Til-
1. vol.
ladet ,
1278 MERCURE DE FRANCE.
ladet , Chevalier des Ordres du Roi
Capitaine des Cent-Suiffes , Gouverneur
d'Arras , Lieutenant General des Armées
de Sa Majefté , qui , commandant la gauche
de l'Armée , à la Bataille de Stin
querque , tanima avec tant d'ardeur les
Troupes qui avoient plié , qu'elles revinrent
à fon exemple , fuivant celui du
grand Prince de Conty , qui de même ,
avoit rallié la droite , ce qui réüffit &
heureufement , qu'il eut l'honneur avec
cet illuftre Prince , d'y ramener la vietoire
, quoique ce fut aux dépens de fa
vie , ayant reçû un coup dont il mourut
quelques jours après.
Le Marquis de Tilladet leur pere ,
étoit frere du Marquis de Firmacon , aîné
de la Maifon de Tilladet , qui ayant épou
fé l'héritiere de celle de Firmacon , en a
le premier pris le nom.
L'illuftre Deffunte avoit eû de fon mariage
cinq garçons , dont trois ont été
tuez au fervice du Roy & le quatrième
au fervice de l'Ordre de Malthe , au
Siége de Negrepont , & le cinquième eft
1'Abbé de Roquepine , fi généralement
eftimé ; elle eut auffi trois filles , choifies
pour être à la tête de trois célebres Monafteres
, dont deux font Abbefles.
Le nom de la Maifon de Roquepine
eft du Bouzet , & une des plus anciennes
To vol.
de
JUIN. 1726. 1277
de la Gascogne une Héritiere de ce nom
fut mariée à un Neveu du Pape Clement
V. à la charge d'en porter le nom & les
Armes. La Maifon du Bouzet de Roquepine
étoit en grande confidération dans
la Province dont elle eft originaire , dès
le Regne d'Henry III.
Une Feüille volante , imprimée en
1601. qui nous eft tombée entre les mains ,
contient une Relation de la Pompe fune
bre faite à Condom pour Renard du Boužet
, Seigneur de Roquepine , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitaine des jo .
Hommes d'Armes de fes Ordonnances ,
Maréchal de Camp en Guienne , Gouver
neur de la Ville & Citadelle de Condom ,
où il mourut le 8. Décembre 1599.
*⚫
Dame Antoinette Potier de Novion ,
Epoufe de Charles- Adolphe de Lions ,
Comte Defpaux , &c. mourut le 19. Mai,
âgée de 38. ans .
Antoine Cleriadus , Comte de Choi
feul Beaupré Lieutenant General des
Armées du Roi , & Lieutenant General
pour S. M. au Gouvernement de Champagne
, mourut le 19. Mai dans fon Chateau
d'Aillecourt en Champagne , âgé de
62. ans .
Le même jour , le Comte de Harte-
Joyre , Grand- Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , le plus ancien
1. vol. des
1272 MERCURE DE FRANCE.
des Lieutenans Generaux des Armées Navales
de S. M. mourut dans fon Château
de la Harteloyre près de Tours , âgé de
78. ans & fix mois , dont il en avoit paffe
66. au fervice du Roi.
· Philippe Charles Gaultier- Dubois
Seigneur de Ladon , Confeiller en la
Grand' Chambre du Parlement de Paris ,
mourut le 22. Mai , âgé de 70.ans.
M. de Niquet , Lieutenant de Roi
d'Antibes , Directeur du Canal Royal
qui joint les deux Mers , & des Fortifications
de Provence & de Languedoc
après l'avoir été de Bretagne & de Dauphiné
, mourut à Antibes le 24. du mois
dernier âgé de 86. ans . Il avoit fervi le
Roi avec diftinction pendant plus de 50 .
années. C'eft lui qui fit fortifier Mets ,
Toul & Verdun , ainfi qu'Antibes &
Toulon , où il a fait conftruire des Arfenaux
d'une beauté achevée. Il fe trou
va au bombardement de Genes , fous les
ordres du Marquis de Seignelay , & il
donna des preuves de fa capacité & de
fa bravoure ; mais ce qu'il a fait de plus
remarquable , c'eft la conftruction du
Port de Cette , capable de contenir des
Vaiffeaux de 300. tonneaux. Il a rendu
les deux Ports des Graux , d'Agde &
de la Nouvelle , aujourd'hui navigable
pour les plus grandes Barques. Il a auffi
■. vol ..
gaJUIN.
1726. 1273
garanti des inondations du Rône , pour
environ 200. ans , les Salins de Feccais ,
& toutes les terres qui étoient expofées ,
depuis Beaucaire & Tarafcon jufqu'à la
Mer ; ce qui a amelioré le bien de la
Province de plufieurs millions de rente.
M. de Niquet étoit de la Famille des Niquets
de Bourges , qui y étoient Maires
fous Charles VII . Il étoit parent de l'Abbé
de Niquet , l'un des principaux bienfaicteurs
des PP. Jefuites de Bourges.
II laiffe un fils , Préfident à Mortier au
Parlement de Touloufe , & une fille mariée
au Marquis de Grammont - Lanta ,
Baron des Etats de Languedoc.
Dame Anne Potier de Novion , veuve
de François de Montholon , Intendant
de Saint Domingue , mourut le 24. du
même mois , âgée d'environ 40. ans .
Le 25. Mai , Daniel Tourres , Confeiller-
Secretaire du Roi , Syndic de fa
Compagnie , mourut âgé de 90. ans .
Demoiſelle Anne- Angelique de Malartie
, Comteffe de Montricoux , Dame
d'Artigues, &c. mourut le 29. Mai, âgée
de 70 ans.
Ernès- Bogeflas- Touffaint , Chevalier
de Croy , fils de N. de Croy , Duc d' Havré
, Grand d'Espagne , Prince du S. Empire,
& de Dame Anne de Noirmonftier,
1. vol. mourut
4274 MERCURE DE FRANCE.
mourut à Paris le 30. du même mois ;
agé d'environ 8. ans.
Le 31. Dame Loüife-Marie Dabancourt
, veuve de M. Efprit de Jouffeaume
, Chevalier , Marquis de la Bretel
che , Lieutenant General des Armées du
Koi , Gouverneur d'Hombourg , mouruc
âgée de 7 2. ans.
Pierre Antoine de la Luzerne , ' Mart
quis de Arénant , mourut le 9. Juin ,
âgé d'environ 69. ans. La Luzerne porte
d'azur à la Croix ancrée d'or , chargée
de cing Coquilles de fable.
Le 8. Juin Dame Anne Helvetius,
Epoufe de M. Louis Beraud de la Haye
de Rion , Chevalier , Seigneur de la Gauvriere
, la Foix , &c. Gentilhomme de la
Manche du Roi , mourut âgée de 3 4. ans,
Le 18. de ce mois , Michel de la Lande
, Chevalier de l'Ordre de S. Michel ,
Surintendant de la Mufique de la Chambre
du Roi , & Maître de Mufique de
La Chapelle , qui avoit excellé dans la
compofition de la Mufique d'Eglife , &
dont les Ouvrages font en grande reputation
, mourut à Versailles , âgé de 68. ans.
Dame Elizabeth Huguet , veuve de
M. Nicolas Poullet , Maître des Comptes
, mourut le 19. de ce mois , âgée
de 83. ans .
Demoiselle Marguerite Hebert , veu-
I. vol.
JUI N. 1726. 1275
ve de M. Dalencé , Bourgeois de Paris ,
mourut le 20. âgée de 95. ans . Elle étoit
née à 7. mois.
1
Marie Suzanne Bazin de Bezons .
Epaufe de Jean Hector de Fay , Chevalier
, Marquis de la Tour- Maubourg
Seigneur de Fay , Sainte Sigolaine , Labatie
, Cleffi Chaffi , & c. Brigadier des
Armées du Roi , Infpecteur General
d'Infanterie , mourut à Paris le 19. de
ce mois , âgée de 30. ans.
A
Le 8. Mai , Dame Therefe - Gillete
Loquet de Grandville , Epoufe de François
, Comte de Broglie , Ambaffadeur
du Roi en Angleterre , Lieutenant General
de fes Armées , Directeur General
de la Cavalerie , & Gouverneur de
Mont-Dauphin , accoucha d'une fille
qui fut tenuë fur les Fonts , & nommée
Marie- Therefe , par Jean Aymar de Nicolaï
, Premier Préſident de la Chambre
des Comptes , & par Dame Marie-
Jeanne Voilin , veuve de François Chretien
de Lamoignon , Préſident à Mortier.
Le 14. Juin , Dame Catherine Pecoil ,
Epoufe de Charles - Louis - Timoleon de
Coffe , Duc de Briffac , Pair & Grand
Pannetier de France , Colonel du Regiment
de Laval , accoucha d'une fille ,
qui fut nommée Anne- Françoife Judith ,
1. vol.
par
1276 MERCURE
DE FRANCE
par Michel le Tellier , Maître des Requêtes
, & par Dame Françoife-Judith
de Coffé , Abbeffe de S. Pierre de Lyon ,
reprefentée par D. Catherine le Gendre
, veuve de N. Pecoil , Marquis de
Septen , Maître des Requêtes .
Le 4. Juin , les Ceremonies du Baptême
furent fuppléées dans l'Egliſe Paroiffiale
de S. Sulpice , à Marthe - Charlotte
, née le 10. Decembre 1713. fille
de Louis de la Rochefoucault , Marquis
de Roye , Lieutenant General des Galeres
, & de Dame Marthe de Baudri : elle
a eu pour Parrain , Charles de la Rochefoucault
de Roye , Comte de Blanfac
, Lieutenant General des Armées du
Roi , & pour Marraine , N. de Baudri,
veuve de Jean Ducaffe , Lieutenant General
des Armées Navales .
Dame Anne Garnier de Salins , Epoufe
de Gabriel - Madeleine de Cour-
-bon , Chevalier , Marquis de Blenac ,
- accoucha le 6. d'un fils , qui fut tenu für
les Fonts , & nommé Arnoult - Pierre ,
par Louis-Arnoult Garnier , Chevalier ,
Marquis de Salins , & par Dame Petronille
Vandertinde , Epoufe de Michel
Raune , Ecuyer , & c.
Dame Louife - Françoife de Villemur ,
Epoufe de Louis - Pierre , Comte de Hou-
I. vol.
detot
,
JUIN 1726. 1277
Colonel du Regiment d'Artois , Lieutenant
de Roi de Picardie , accoucha le
10. du même mois , d'une fille , nommée
Adelaide - Louife- Camille , par Marie .
Camille de Villemur , & par Anne-
Loüife- Françoife de Montpellier.
Le 20. de ce mois , la Princeffe de
Conti accoucha à Paris d'une Princeffe.
Le 31. du mois dernier , le Marquis
de Mailly , Capitaine- Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Ecoffois du
Roy , époufa avec difpenfe , dans la Chapelle
du Château de Verfailles , Mademoiſelle
de Nefle , fa niéce à la mode de
Bretagne , fille du Marquis de Nefle ,
Chevalier des Ordres de S. M. L'Abbé
de Saint Hermines , Aumônier de la
Reine , leur donna la Benediction Nuptiale
. Ils avoient été fiancez la veille
dans le Cabinet de la Reine , par l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier
, en prefence de L. M. qui fignerent
le Contrat de Mariage , ainfi que les
Princes & Princeffes du Sang qui s'y
trouverent.
-
I. vol. I ARS
1278 MERCURE DE FRANCE .
XXX:XXXXXXXXX :XXX
ARRESTS , ORDONNANCES ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
ENTENCE de Police du 17. May , qui
condamne le Sieur Prieur de Monthlery en
mille livres d'amende , pour avoir contrevenu
à la Déclaration de Sa Majefté , qui défend à
toutes fortes de perfonnes de vendre des Bleds,
Farines & autres Grains fur une montre , dans
les Marchez,
AUTRE du même jour , qui renouvelle les
défenfes aux Perés & aux Meres , de laiffer courir
& vaguer leurs Enfans dans les rues de Paris
, leur enjoint d'empêcher qu'ils n'infultent
les Paffans , & condamne à l'amende le nommé
Mifeux , pour y être contrevenu.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
tous Marchands & Artifans qui n'ont encore été
reçûs ni pris Lettres de Monfieur le Procureur
du Roy au Châtelet de Paris , feront tenus de
prefter ferment devant lui , & prendre Lettres
de Maîtrife trois jours après la fignification de la
prefente Sentence.
ARREST du 18. Mai , portant Suppreffion
d'un Ecrit imprimé fous le titre de Requeste à
Son Eminence M. le Cardinal de Noailles , par
lequel le Roy ordonne que ledit Ecrit fera &
demeurera fupprimé , & que tous les Exemplaires
en feront rapportez inceffamment entre les
mains du Lieutenant General de Police de la 1. vol.
Ville
JUIN. 1726. 1279
Ville & Banlieuë de Paris , pour être lacerez :
Fait deffenſes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en garder
ni d'en diftribuer aucun , à peine de quinze cens
livres d'amende.
ORDONNANCE du Roy du 19. May , par
laquelle il eft dit que Sa Majefté étant informée
que dans quelques Provinces & Generalitez du
Royaume , ceux à qui le fort est tombé pour
fervir à la Milice , s'attroupent armez de fufils ,
de bâtons ou autres armes , courent le pays , &
entrent par force dans les maiſons des habitans ,
dont ils exigent par menaces & violences des
contributions en argent ou en denrées , fous
pretexte du fervice qu'ils doivent rendre pour
leurs Communautez : & voulant reprimer une
licence auffi feverement deffenduë par les Ordonnances
, & eftablir dans le corps defdites Milices
la régularité de la difcipline militaire , à
laquelle elles doivent être affujetties fuivant l'Article
XIX , de celle du 25. Fevrier dernier ; Sa
Majefté a ordonné & ordonne que ceux qui fe
trouveront prévenus defdits crimes d'attroupemens
illicites , avec port d'armes ou fans armes,
& d'exaction foit en argent ou en denrées , ſous
pretexte dudit fervice de la Milice ou autrement ,
foient arreftez par les Prevofts des Marêchaux
leurs Lieutenans , & autres Officiers & Jufticiers
qu'il appartiendra , pour leur être le procès fait
comme à des perturbateurs du repos public , pillards
& concuffionnaires , fuivant la rigueur def
dites Ordonnances.
>
ARREST du 20. May, qui ordonne que les Foires
de Guibray feront ouvertes & tenuës , tant en
la prefente année que dans les fuivantes , dans
les termes qu'elles avoient coutume de l'être cidevant
, & fuivant l'ancien ufage.
Iij I vol. ORDON1280
MERCURE DE FRANCE .
ORDONNANCE de Police du 27. May ,
Halportant
défenfes de laiffer dans les Ruës ,
les , Marchez & Places publiques , aucuns Pieds
& Feuilles d'Artichaux , ni Ecoffes de Pois ou
de Féves , à peine de cinquante livres d'amande
& de confifcation .
ORDONNANCE du Roy du 30. May , pour
annuller les Engagemens volontaires faits à
prix d'argent pour fervir à la Milice , par laquelle
il eft dit que S. M. voulant prevenir les
inconveniens qui pourroient refulter de ces facilitez
, contre l'efprit de fon Ordonnance du
25. Fevrier dernier , & faire connoître encore
plus clairement fes intentions à ce sujet , ordonne
que les Paroiffes qui fans avoir fait tirer
au fort auront été admifes à prefenter des gens
achetez , foit qu'ils foient originaires de la Paroiffe
, ou étrangers , pour remplir le nombre
des Miliciens qui leur étoit preferit , feront tenuës
de faire affembler de nouveau la Communauté
, pour faire tirer au fort dans la forme
prefcrite par l'Article VI. de ladite Ordonnance,
fans en exclure ceux qui n'auront précisément
que la taille de cinq pieds ; annullant pour cet
effet tous procès - verbaux , enrollemens , conventions
& enregistremens qui s'y trouveroient
contraires . Ordonne pareillement Sa Majeſté ,
que les particuliers à qui le fort fera échû pour
fervir à la Milice , feront tenus d'y fervir le
temps preferit par ladite Ordonnance , fans pouvoir
, fous quelque pretexte que ce puifle être ,
fubftituer par des engagemens volontaires , d'autres
Miliciens à leur place ; déclarant Sa Majefté
lesdits engagemens nuls , comme étant direct
ment contraires à la difpofition de ladite
Ordonnance , & c.
Ι . vol.
SENJUIN.
1726. 1281
SENTENCE de Police du 31. May , qui condamne
le nommé Claude Roger , Maître Boulanger
, en cent livres d'amende , pour avoir
fait fon Pain de poids leger , & avoir contrevenu
aux Ordonnances .
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Hebuterne , Limonadier , à deux cens
livres d'amende , & ordonne que fa Boutique
fera murée pendant une année , pour ne l'avoir
pas fermée aux heures marquées par les Arrefts ,
Sentences , Reglemens & Ordonnance de Police.
AUTRE du 4. Juin , qui condamne plufieurs
Particuliers en quinze livres d'amende
chacun , pour avoir nourri des Pigeons chez eux,
au mépris des Ordonnances & Reglemens de
Police.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes aux
Porteurs & Porteufes d'Eau , d'empêcher les
Bourgeois de puifer avant eux aux Fontaines , &
de les maltraiter lorfqu'ils s'y preſentent : &
condamne les nommez Pagné , Lenoin & Janneton
, en trois livres d'amende chacun.
ORDONNANCE de Police du 7. Jain , qui
enjoint aux Bourgeois & Habitans de la Ville
& Fauxbourgs de Paris , d'arrofer deux fois par
jour le devant de leurs Portes pendant les Eftez
& durant les grandes chaleurs.
SENTENCE de Police du 12. Juin, qui défend
à toutes Perfonnes de tirer avec Fufils & autres
Armes à feu , tant fur les Quays que le long de
la riviere de Seine , depuis les dernieres Maiſons
de Charenton jufqu'aux dernieres Maiſons de a. vol.
I iij Chail
1282 MERCURE DE FRANCE
Chaillot & Paffy , à peine de trois cens livres
d'amende , faifie des Armes , & même de prison.
ORDONNANCE de Police du même jour ,
qui défend aux Bouchers d'ouvrir leurs Etaux
les Samedis pour y vendre Chairs de Boucherie :
& qui leur permet de les ouvrir dorénavant les
jours de Dimanche depuis le premier Dimanche
d'après la Trinité , jufqu'au premier Samedy
d'après la Nôtre- Dame de Septembre , à cauſe
des grandes chaleurs .
ARREST du 25. Juin , portant augmentation
fur les anciennes Efpeces & Matieres d'Or &
d'Argent , par lequel il eft dit que le Roy defirant
de procurer à fes Sujets une partie des
avantages qu'ils doivent attendre de là connoiffance
que prend prefentement Sa Majesté par
Elle même , de tout ce qui concerne l'adminif
tration des affaires de fon Etat , Sa Majefté a crû
que l'une de fes principales vûës devoit être de
ranimer le Commerce par une circulation plus
abondante des Efpeces : & comme il ne paroît
pas de moyen plus convenable pour y parvenir
que de rapprocher le prix des Efpeces décriées ,
de celui fixé pour les nouvelles , en abandonnant
encore la portion la plus confiderable du
benefice de la fabrication ; à quoy voulant pourvoir.
Oüy le rapport du Sicur le Pelletier , Confeiller
ordinaire au Confeil Royal , Controlleur
General des Finances , Le Roy étant en
fon Confeil , a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft , le marc des anciens Louis
d'Or fabriquez dans les Hôtels des Monnoyes ,
enfemble des Piſtoles du titre porté par les anciennes
Ordonnances des Rois d'Espagne , des
J. vol
MilleJUIN
1716. 1283
Millerets de Portugal & des Guinées d'Angleterre
, fera payé dans les Hôtels des Monnoyes,
ainfi que par les Changeurs , à raifon de fix
cens foixante dix- huit livres quinze fols ; le
marc des Fiftoles neuves du Perou , à raifon de
fix cens foixante fept livres trois fols , & les autres
Efpeces & Matieres à proportion , de fept
cens quarante livres neuf fols un denier un onziéme
le marc d'Or fin ou de vingt- quatre Ka
rats , ſuivant les évaluations qui feront arrêtées
par les Officiers des Cours des Monnoyes.
II.
Qu'à commencer du même jour , le marc des
Ecus & des Vaiffelles des Provinces , fera payé
dans les Hôtels des Monnoyes & par lefdits
Changeurs , à raifon de quarante- fix livres dixhuit
fols celui de la Vaiffelle platte du Poinçon
de Paris , à raifon de quarante - huit livres
fix fols cinq deniers ; celui de la Vaiffelle montée
du même Poinçou , à raifon de quarantefept
livres douze fols deux deniers ; celui des
Piaftres neuves du Mexique , à raifon de quarante-
fix livres deux fols ; & les autres Efpeces
& Matieres à proportion de leur titre , & de
cinquante une livres trois fols trois deniers trois
onzies le marc d'Argent fin , ou de douze
deniers , même celles defdites Vaidelles qui pourront
être effayées.
III.
Veut Sa Majesté que lefdites Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent continuent d'être reçûës
fur ledit pied dans les Hôtels des Monnoyes &
par lefdits Chargeurs , jufqu'au premier Janvier
de l'année 1727. auquel jour tous lesdits
prix feront réduits à proportion de fix cens
foixante fix livres dix fols dix deniers dix onziémes
le marc d'Or fin , & de quarante fix livres
huit deniers huit onzièmes le marc d'Argent
1. vol. I iiij
fin,
1284 MERCURE DE FRANCE .
fin , fuivant les évaluations qui en feront auffi
arrêtées par lefdits Officiers des Cours des Mon.
noyes.
IV.
Permet Sa Majesté audits Changeurs , de continuer
à fe faire payer de leurs Droits , à raiſon
d'un denier par livre pour ceux qui font établis
dans les Villes où il y a Hôtel des Monnoyes ,
de trois deniers pour ceux établis dans la diſtance
de moins de dix lieuës , & de quatre deniers
pour ceux éloignez de dix lieuës , à condition
toutefois de peler toutes les Efpeces dans des
balances proportionnées aux quantitez , & de
payer la valeur de tout ce qu'elles peferont , à la
feule déduction defdits Droits , fous peine de
deftitution , même de plus grandes , fuivaat
l'exigence des cas .
V.
Ordonne Sa Majesté que pour la facilité de
fes Sujets & l'acceleration de la refonte , les
anciennes Efpeces feront reçûes juſqu'au premier
Janvier prochain , à la piece , dans les
Bureaux de fes Recettes , fur le pied de dix-huit
livres fept fols le Louis fabriqué avant l'Edit
du mois de May 1709. du poids de cinq deniers
fix grains ; de vingt- deux livres fix fols celui
fabriqué en conféquence des Edits des mois de
May 1709. & Decembre 1715. du poids de fix
deniers neuf grains ; de trente- trois livres neuf
fols celui fabriqué en confequence de l'Edit du
mois de Novembre 1716. du poids de neuf deniers
treize grains ; de vingt - fix livres quinze
fols celui de la fabrication ordonnée par l'Edit
du mois de May 1718. du poids de fept deniers
quinze grains ; & de dix -fept livres dix - huit fols
celui de la derniere fabrication du poids de cinq
deniers deux grains , les doubles & demis defdits
Louis à proportion ; de cinq livres un fol l'Ecu
I. val.
fabriJUIN.
1726 . 1285
Fabriqué avant l'Edit du mois de May 1709. du
poids de vingt - un deniers ; de cinq livres quinze
fols l'Ecu des fabrications de 1709. & 1715. du
poids de vingt- trois deniers dix- huit grains ; de
quatre livres onze fols celui des fabrications de
1718. & 1720. du poids de dix - neuf deniers ; &
de quatre livres neuf fols celui de la derniere
fabrication , fans que par cet Article , Sa Majesté
entende rien innover à ce qui a été reglé pour
la confifcation des anciennes Efpeces qui ne feront
pas portées aux Hôtels des Monnoyes ni
permettre en aucun cas le cours defdites anciennes
Efpeces dans le commerce ou entre particuliers
, voulant au contraire que tous les Edits
Declarations & Arrefts rendus , tant à l'égard
defdites confifcations , que de l'expofition des
anciennes Especes , foient executez felon leur
forme & teneur , & c.
ORDONNANCE de Police , du 15. Juin , pour
l'Ouverture de la Foire Saint Laurent , qui commencera
le Vendredy 28. Juin.
DECLARATION du Roi , qui revoque la levée
du Cinquantiéme en nature de fruits. Donnée
à Versailles le 21. Juin 1726. regiſtrée en
Parlement le 25. dudit mois , par laquelle il eſt
dit ce qui fuit. Voulons & Nous plait , que la
perception du Cinquantiéme en nature de fruits ,
foit & demeure revoquée pour toujours , nonobftant
ce qui eft porté par notre Déclaration du s .
Juin 1725. à laquelle Nous avons derogé & derogeons
pour ce regard feulement . Voulons
neanmoins que pendant la prefente année feulement
, & en attendant qu'illaiſe à Dieu nous
mettre en état de pourvoir autant que nous le
defirons au foulagement de nos Sujets , ledit Cinquantiéme
ſoit levé en argent par impoſition ,
I, vol. OW
1286 MERCURE DE FRANCE.
ou par forme d'abonnement , tout ainfi & de la
même maniere que le Dixiéme a été levé en execution
de la Declaration du 14. Octobre 1710.
& des Traitez & abonnemens qui ont été faits
en confequence. Ordonnons au furplus que notredite
Declaration du Juin 1725. fera executé
felon fa forme & teneur , en ce qui ne ſe trouvera
contraire à ces prefentes .
Le deuxième Volume extraordinaire
du Mercure de ce mois, eft actuellement
fous preffe , & paroîtra inceſſamment.
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 1. Volume du Mercure do
France du mois de Juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris ,
le 28. Juin 1726 .
HARDION.
MaaaaaaM
TABLE
Ieces fugitives . Ole fur l'Ambition ',
pieces
Réponse au Memoire fur les Spectacles ,
Daphnis , Cantate ,
1087
1091
1098
1101
Réponse à l'Auteur d'une Lettre fur l'immenfité&
l'infin té du monde ,
Epi1287
Epigramme à Sylvie , 1104
Lettre de M. Capperon fur les fauffes apparences
,
Ode d'Horace , Traduction ,
1105
1118
Nouvelle explication de l'Epitaphe de Poiffy ,
Vers à Mademoiſelle **
1120
1132
Ce qui s'eft paffé à la Sceance publique de l'Académie
de Bordeaux , à la diftribution du
prix ,
Fable , le Merle , l'hyrondelle , & c.
Lettre écrite de Conftantinople ,
Vers , Imitation de Catule ,
Queſtion de Droit ,
Ode ,
1133
1141
1144
1149
1150
1156
Lettre à l'occafion d'un nouveau Breviaire ,
1163
Elegie fur le départ d'une Maîtreffe , 1177
Ce qui s'eft paffé à Marſeille à la reception du
Marquis de Pilles , Gouverneur Viguier ,
& c. 1181
Elegie , qui a remporté un prix des Jeux Floraux
, 1195
Affemblée publique de l'Académie des Belles
Lettres , Differtation fur l'Elegie ,
Differtation fur le Sault de Leucade ,
Enigmes.
1201
1203
1205
Nouvelles Litteraires , & c. Relation des Etats
de Fez & de Maroc , 1206
Les Vies de plufieurs Hommes illuftres de
France , 1211
Differtation fur les Liturgies , & c. 1213
Differtation Theologique , & c . 1216
Extraitde Lettre écrite de Provence , 1223
Lettre fur un nouveau Teleſcope ,
Médailles trouvées à Troyes ,
Nouvelles Eftampes gravées par le Sieur Au-
1225
1226
dran ,
1228
Spec1288
Spectacles. Le Chevalier errant , Parodie , Extrait
,
Chanfon notée ,
Nouvelles du Temps , de Ruffie , de Pologne ,
& c.
1229
1241
1242
1253
Mouvelles de la Cour , de Paris , & c. 1254
1255
Morts , Naiffances des Pays Etrangers ,
Gageure finguliere ,
Refolution prife par le Roi de gouverner par
fui - même ,
Mandement du Cardinal de Noailles ,
Benefices donnez ,
Morts , Naiffances , & Mariages ,
1262
1263
1268
1269
Arrefts , Ordonnances , Sentences de Police ,
& c. 1278
Errata de May.
Age 890. 1. 7. Engelique , lifez Angeliquè.
Pibid. 1. 16. fes amis , lifez cet Amant.
Page 1031. 1. 21. verification , lifez verfification
.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1141. ligne 18. foudain lui , lifex fou
dain il lui. PAge
Page 1197. 1. 1. naitre , lifez Hêtre.
Page 1227. 1. 8. Bulti , lifez Bully.
La Chanfon regarde la page 1243
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUIN. 1726.
SECOND VOLUME.
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy
AVIS.
L
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , les faire & de
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fols.
1301
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
AV
JUIN. 1726 .
XXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE
SUR LA MORT .
U d'ennuis , que de miferes , E
De vos ans fuivent le cours !
Mortels , de vaines chimeres ,
Vous vous bercez tous les jours.
2. vol. A ij
L'i
1302 MERCURE DE FRANCE .
L'image du Monde paſſe ,
La pâle Mort vous menace ;
Rien n'eft exempt de fa loi ;
Tout perit , tout fe confume ;
Ces traits legers de ma plume ,
Vivront encor plus que moi .
Ouvrez-vous , tombeau funefte ;
A mes timides regards ,
Etalez ce trifte reſte
D'os , & de membres épars .
Je fremis quand j'enviſage ,
Ces mains , ces traits , ce viſage,
Ces yeux autrefois vainqueurs ;
En vain j'y cherche des traces
De ces attraits , de ces graces ,
Qui foumettoient tant de coeurs.
Eft-il rien de moins durable ,
Que notre fragile corps ?
Travail , repos , tout l'accable ;
Il cede aux moindres efforts.
Déchû de fon origine ,
2.vol.
JUIN.
1726. 1303
Il arme pour fa ruine ,
Son ennemi✶ courroucé ;
Le bras de la Mort fe leve ;
Et ce bras vainqueur acheve
Ce que l'homme a commencé .
柒
Nouveau Neftor à qui l'âge
Tient lieu de toute vertu ;
De la Mort vivantè image ,
Jufqu'à quand combattras tu ?
Plus fragile que le verre ,
Tu vois le fein de la terre ,
S'ouvrir fous tes pas tremblans ;
"
Elle te prête un afile ,
Accepte un repos utile
Tu fatigues les vivans .
,
Quelque brillante carriere ,
Qui s'ouvre devant nos pas ,
A la Parque meurtriere ,
Nous ne nous dérobons pas .
Comme la flamme legere ,
* L'Efprit.
I. vol. A iij Qui
1304 MERCURE DE FRANCE .
Qui du moment qu'elle éclaire ,
Echappe à l'oeil qui la fuit :
La plus éclatante vie >
Par le trépas pourſuivie ,
Panche vers l'obfcure nuit.
來
Beautez , qui fur nos hommages a
Comptię z dans votre printemps ,
Voyez les affreux ravages ,.
Que fur vous ont fait les ans.
Pleurez vos malheurs extrêmes ,
Triftes ombres de vous - mêmes ,
Vous ne vous reffemblez pas ;
Eh ! comment vous reconnoître ?
Quel regret de ceffer d'être ,
Long- temps avant le trépas.
粥
Marbres froids , rochers fteriles ,
Murs qui défiez le temps ,
Vous êtes auffi fragiles ,
Qu'un rofeau battu des vents.
L'infortune eft generale ;
Non ; d'une loi fi fatale ,
2. vol. Rien
JUIN 1726, 1305
Rien ne peut ſe préſerver ;
L'arbre meurt fur fes racines ;
Cependant fur fes ruines ,
L'homme prétend s'élever.
Au travers de la Prairie ,
S'écoulent vos flots cheris ,
Ruiffeaux , ainfi notre vie
Voit diffiper fes efprits.
Ce fleuve , fier dans fa courfe ,
En s'éloignant de fa fource ,
Perd fon nom & fon orgueil.
Tels nous ferons , tels nous fommes.
La gloire des plus grands hommes ,
Se perdra dans le cercueil .
2. vol.
A iiij OB1306
MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS de M. l'Abbé de
Saint Pierre
Sur la beauté des Ouvrages d'efprit.
AVERTISSEMENT.
Ceci est une espece de Plan d'un Ouvrage
que j'ay eu autrefois deßein de compofer
pour perfectionner le difcernement
de ceux qui veulent juger du prix des
Ouvrages d'efprits mais des vues plus
importantes au bien public , ont attiré
ailleurs mon attention ; cependant tel qu'il
eft , il m'a pari que d'autres plus à
loifir , pourroient profiter de quelques
vûës de mes pensées pour executer euxmêmes
un deffein que je n'ai fait qu'ébaucher.
BEL
I.
OUVRAGE.
'Appelle un Ouvrage beau , dans lequel
, felon fon étendue , il y a plus
d'endroits qui font grand plaisir à lire
aux perfonnes qui ont & beaucoup de
lumières & beaucoup de vertu.
Explication de cette définition .
1º. Je ne prétens pas aſſujettir les au-
2, vol .
tres
JUIN. 1726.
1307
tres à ma définition , je les invite à perfectionner
celle cy.
2º . Je demande que l'Ouvrage beau
foit plus rempli que les autres de beaux
endroits ; car un grand Ouvrage où il
n'y auroit qu'un ou deux beaux endroits,
& où il y auroit beaucoup d'inutile , ne ſe;
roit pas un bel Ouvrage .
3. Je n'appelle ces endroits beaux
que parce qu'ils caufent du plaifir , & un
grand plaifir ; car s'ils ne caufent que peu
de plaifir ; je ne les appelle pas beaux .
4°. Je demande que ce foient des perfonnes
éclairées , qui fentent un grand
plaifir ; car l'ignorant peut trouver beau
ce qui n'eft
éclairé.
que
médiocre
pour l'homme
5 ° . Je demande que celui qui eft regardé
comme juge competant du beau ,
foit vertueux, & qu'il fçache eſtimer toûjours
les Ouvrages , non - feulement par
rapport au plaifir actuel qu'ils peuvent
caufer aux Lecteurs , aux Spectateurs ;
mais encore par rapport à l'utilité , c'eftà
- dire aux plaifirs futurs qu'ils peuvent
procurer .
Je ne parle ici que de la beauté des
Ouvrages qui fe li fent , fans avoir égard
à la belle prononciation , qui contribuë
cependant fi fort ou à perfuader les opinions
nouvelles , ou à confirmer les an-
2. vol. Ау cien
1308 MERCURE DE FRANCE .
ciennes , ou à inſpirer des ſentimens nouveaux
, ou à fortifier les anciens .
Chaque efpece d'Ouvrage d'efprit a
fon but particulier , & par confequent
fa beauté particuliere ; beauté dans les
penſées , beauté dans les expreffions
beauté dans l'arrangement des parties.
裴
I I.
Ouvrages de Géometrie.
Un Ouvrage de Géometrie peut être
écrit avec plus de netteté , avec plus de
brieveté , avec un arrangement plus commode
; il peut contenir plus de démonstrations
nouvelles , mieux choifies , plus
difficiles à inventer , plus fécondes , plus
curieufes , plus utiles au public ; telle eft
la forte d'Eloquence & de beauté qui
convient à un Ouvrage de Géometrie .
On peut citer ici les Ouvrages de Mathématique
, & en faire quelque comparaifon:
c'est l'Ouvrage d'un Géometre , homme
d'efprit.
I I I.
Ouvrages de Phyfique.
Un excellent Ouvrage de Phyfique eft
certainement un Ouvrage d'efprit . Quel
eft le but du Phyficien éloquent ? C'eſt
2. vol.
de
JUIN. 1726. ?. 1309
de faire enforte que les Lecteurs curieux
montent avec plaifir par degrez faciles
au même point de vue où il eft , c'eſt
de leur bien faire fentir la difficulté d'exciter
, ainſi ſuffiſamment , leur curiofité ,
& de leur développer enfuite agreablement
le myftere de la Nature , ou du
moins de lui montrer nettement le point
où les plus habiles en font demeurez .
J'imagine une méthode d'écrire la Phyfique
que l'on a commencé à fuivre en
quelques occafions , mais que l'on peut
beaucoup perfectionner ; c'eft de ranger
tellement les faits & les experiences ,
qu'ils fervent par leur arrangement à l'expliquer
mutuellement , & à paffer infenfiblement
du plus fimple ou du moins
compofé au plus compofé.
Le bel Ouvrage de Phyfique donne
des explications nouvelles meilleures que
les anciennes , ou explique mieux les
fiftêmes des autres , ou arrange mieux fes.
matieres que les autres ; on le lit avec
plus de facilité & de plaifir ; tel efſt l'effet
de l'éloquence du Phyficien , telle eft
la beauté d'un Ouvrage de Phyfique.
Citer ici quelques beaux endroits de
Defcartes , de Rohaut , de Malebranche ,
de Mairan , de Reaumur , de Fontenelle ,
Differtations courtes fur le beau de chacun
de ces morceaux .
2. vol. A vj
IV.
1310 MERCURE DE FRANCE
I V.
Beauté des Apologies .
Un excellent Factum , une excellente
Apologie , eft un Ouvrage d'efprit . Quel
eft le but de l'Apologifte ? C'eft de perfuader
fes Lecteurs de la juftice de la
caufe qu'il défend ; il employe l'expofition
du Droit & des Loix , l'arrangement
& la force du raifonnement , afin
d'attaquer l'efprit , il employe la Peinture
& l'arrangement des Images propres
à exciter la compaffion , la colere , l'indignation
ou autres paffions dans le coeur;
car il fçait que le plus fouvent l'efprit
eft la duppe du coeur , & que l'on croit
facilement jufte ce que l'on defire juſte;
il fait plaifir au Lecteur par les beaux
endroits de fes Ouvrages , & ces endroits
ne font beaux que parce qu'ils font nouveaux
& perfuafifs ; j'ay vû des Lettres
fur des affaires & fur des négociations
qui faifoient plaifir à lire par la maniere
fage & forte dont les raifons pour perfuader
tel ou tel parti y font déduites .
Citer ici quelques endroits des beaux
Plaidoyers de M. Patru , des beaux Factums
de M. de Sacy , des belles Apologies
pour la Religion , examiner ce qui
en fait la beauté.
2. vol.
V.
JUIN. 1726. 1311
V.
Beauté des Ouvrages de Morale.
Un excellent difcours de Morale eft
un Ouvrage d'efprit , quelquefois l'Auteur
ne veut qu'éclairer l'efprit par des
raifonnemens bien arrangez , quelquefois
il veut encore échauffer le coeur par des
images vives qui doivent auffi avoir leur
arrangement particulier . Le but de l'Aueur
eft de plaire par la nouveauté des
penfées & des expreffions, & de perfuader,
tant par
la force des raiſons nouvelles
que par la vivacité des nouvelles images
propres à exciter des fentimens nouveaux.
La moralité tend à déveloper le vrai
interêt du Lecteur, & à le lui faire fentir
d'une maniere perfuafive.
Citer quelques beaux endroits de Cheminais
, de Saurin , d'Abadie , de Nicole
, de Bourdalonë , & c . faire des ob-
- fervations fur chacun.
V I.
Ouvrages de Politique.
Un excellent difcours de Politique eft
un Ouvrage d'efprit , fon éloquence &
fa beauté eft dans l'expofition exacte des
2. -vol. maux
1312 MERCURE DE FRANCE .
maux que l'on fouffre ou que l'on crain'
& que l'on propofe de faire ceffer ou
d'éviter, dans l'expofition exacte des biens
que l'on veut procurer , dans la maniere
de bien démontrer que tels moyens fe.
roient efficaces , & qu'ils coûteroient peu
de peine & de dépenfe en comparaifon
des autres moyens, & en comparaifon des
grands avantages qu'ils procureront.
VII.
Beauté des Ouvrages Hiftoriques.
Une excellente Hiftoire eft un Ouvrage
d'efprit , l'Hiftorien a fon éloquence
particuliere , fon but eft de divertir &
d'inftruire , fon éloquence, outre le choix
des faits & des expreffions , demande qu'il
excite coutinuellement la curiofité du
Lecteur par l'enchaînement des faits les
uns avec les autres , par l'interêt qu'il
fait prendre aux perfonnages qu'il met
fur la Scene , par les portraits qu'il en
fait , par les paffions dont il les repre
fente agitez .
Pour plaire , il faut qu'il développe en
entier les caufes des grands évenemens ,
il faut qu'il expofe bien les difficultez
qu'il a fallu furmonter & les moyens
proportionnez & efficaces dont le prin
cipal perfonnage s'eft fervi , il faut fur
2. vol .
tout
MAY. 1726. 1313
tout que pour inftruire le Lecteur de
bonnes maximes , & pour le rendre plus
prudent , moins vicieux & plus vertueux,
il lui faffe faire attention que les malheurs
viennent de l'ignorance , de la pareffe
& des autres vices , & furtout de
l'impatience , & que les grands fuccès
viennent de la grande application à acquerir
avec peine des talens utiles , de la
grande attention & de la grande patience
à pratiquer la juftice & la bienfailance .
Le développement parfait des caufes
des évenemens demande un efprit de
juftefle & de raifonnement , qui eft rare
dans les Auteurs qui ne s'attachent qu'à
bien peindre & qu'à bien conter ; c'eft
qu'il faut beaucoup de méditation pour
pénetrer les vrayes cauſes , & beaucoup
d'éxactitude pour fe tenir dans les bornes
du vrai , malgré le penchant que l'on
fent à fe laiffer aller à peindre , non d'après
la fimple nature qui eft mêlée de
bien & de mal , mais d'après une imagination
vive & féconde , qui felon les
paffions de l'Ecrivain , fait les hommes ,
les biens & les maux , tantôt beaucoup
plus grands , tantôt beaucoup plus petits
que le naturel.
Cette exactitude à peindre bien la Nature
demande , non ces imaginations vives
& hardies , qui n'aiment qu'à pein ,
2. vol.
1314 MERCURE DE FRANCE.
dre , ou plus en grand ou plus en agréa
ble que le naturel même , mais des efprits
timides & fcrupuleux qui veulent
que leurs Peintures reffemblent parfaitement
au vrai & à la Nature elle- même;
la Peinture exacte de la Nature eft toujours
nouvelle , elle eft très - rare , parce
qu'elle eft très- difficile.
Si la Peinture plate étoit parfaitement
exacte dans l'augmentation & dans la
diminution des clairs & des obfcurs des
fujets colorez , nous croirions toujours
dans les Tableaux voir de la boffe ; & fi
nous ne croions pas la voir , c'eſt le défaut
de cette exactitude dans la Peinture
des degrez de clair & d'obfcur des objets
colorez , par rapport à la diftance fuppofée
; le naïf dans certaines Hiftoires demande
la Peinture des circonftances &
même les paroles , le ton , le gefte, &c.
La plupart de nos Peintures hiftoriques ne
font que des Tableaux croquez ; & pour
vouloir dire beaucoup de chofes en peu
d'efpace , nos Hiftoriens , loin d'être de
vrais Peintres , ne font que des Deffinateurs
de petites figures en lointain & même
croquées ; nos Hiftoriens generaux ne
font que des Cronologiftes , & à dire la
verité , peu d'actions , peu de perfonnes
méritent d'être peintes avec éxactitu
de , c'eſt à- dire avec vérité , cependant
I, vol.
pour
JUIN. 1726. 1315
pour plaire il en faut peindre.
Citer des exemples , les beaux endroits
de Polibe , de Plutarque , de Salufte ,
faire des Differtations courtes fur les canfes
du beau de chaque endroit.
VIII.
Fables , Romans , Poêmes Epiques .
Le but de ceux qui écrivent des Romans
, foit en Profe , foit en Vers , c'eft
de plaire au Lecteur & de l'amufer
agréablement ; mais ce ne doit pas être
leur unique but , il faut joindre l'utile
à l'agréable ; il faut que l'Auteur , outre
le plaifir actuel qu'il procure , tâche de
procurer au Lecteur des plaifirs futurs, en
lui perfuadant par des exemples , d'acquerir
des talens & des vertus qui procurent
du bonheur & d'éviter les injuftices
qui caufent des malheurs ; il faut
que le Lecteur s'amufe , mais il faut ,
s'il eft poffible , qu'il forte de fon amufement
& de fa lecture , plus prudent
plus inftruit de fes devoirs & plus difpofé
à pratiquer la juftice & la bienfaifance
.
"
Le but du Romancier eft le même à peu
près que le but du Moralifte & de l'Hiftorien
; mais fes moyens font differens , il
donne des avis fages , fans faire femblant
2. vol.
29
d'en
1316 MERCURE DE FRANCE .
"
d'en donner , il fait aimer les differentes
vertus , parce qu'il a foin d'en parer fes
Héros & fes Héroïnes , & de les rendre
d'autant plus aimables , qu'il peint mieux
leurs differens caracteres vertueux , qu'il
fçait mieux les contrafter , & qu'il les
fait agir plus fréquemment , felon leurs
caracteres , dans les diverſes ſituations
ou les divers évenemens qu'il invente
exprès pour avoir plus d'occafions de les
faire ou parler avec efprit ou agir avec
vertu .
Il faut diftinguer les beautez particulieres
des differentes parties du Roman ,
de la beauté qui réfulte du total de l'Ouvrage
à peu près comme l'on diftingue
dans un Tableau la répreſentation vive
& naïve des figures & la beauté du Tout
enfemble du Tableau qui naît de l'affemblage
de toutes les figures, & qui réprefente
tous les Acteurs & tous les Témoins
naturels d'une action , leurs differentes
paffions & les differens degrez
de ces paffions .
En general , plus on peut par les fituations
où l'on met les perfonnages , les
rendre agitez de paffions , plus il eft facile
en les peignant d'intereffer le Lecteur.
On ne demande pas de vrai dans les
évenemens des Romans & des pures fictions
, mais on demande du vrai ſemblable
2. vol.
&
JUIN. 1426. 1317
& furtout du convenable , mais le vraifemblable
, le convenable , ne ,fuffifent pas
pour former le beau , il faut qu'il y ait
du nouveau agréable , des vrai-femblances
nouvelles , des convenances nouvelles
, des fituations nouvelles , des veritez
anciennes , mais propofées d'une maniere
nouvelle.
Roman de Telemaque en Profe , Poëme
de Grifelidis , Fables de la Fontaine , de
la Motte , Obfervations fur la Construction
generale , & fur les beaux endroits
particuliers cela demande une vraie
étude.
' I X.
Beauté du Tragique.
Ce qui intereffe , ce qui agite le plus
les hommes , c'eft la perte de la vie ;
ainfi la repréfentation de la mort ou du
peril de mort , intereffe fort le Spectateur
, furtout lorfqu'il s'agit de perfonnes
confiderables par leur grand rang ,
par leurs belles qualitez , & par leurs
grandes reputations ; voilà des évenemens
dont la repréſentation eft capable
'd'agiter agréablement , c'est- à - dire , d’intereffer
vivement le Spectateur.
Mais parmi ces fujets hiftoriques où
l'on trouve le grand intereft de la mort ,
2. vol.
ceux
1318 MERCURE DE FRANCE.
ceux où la vertu eft malheureuſe & le
crime heureux , ne font pas dignes d'être
mis fur le Theatre ; ce n'eft pas que
le Poëte habile ne puiffe avec beaucoup
d'art intereffer le Spectateur , comme Racine
dans Phedre ; mais il l'interefferoit
& lui plairoit bien davantage dans un
autre fujet , où la vertu aimable eft récompenfée,
& où le crime odieux fe trouve
puni ; le Poëte qui choifit un fujet ingrat
, & qui le traite bien , prouve qu'il
a de l'efprit & peu de difcernement .
Les belles Pieces ne doivent pas fe borner
à divertir pour le moment , elles
doivent faire fur tous les Spectateurs un
effet tel , qu'ils en fortent avec plus d'inclination
pour les actions vertueufes : la
Piece eft belle à proportion qu'elle repréfente
bien les fentimens des perfon
nes importantes , aimables , eftimables ,
dans une grande agitation qui foit bien
amenée par les évenemens.
Parler de l'effet de la beauté du tout
enfemble des plus belles Pieces de Corneille
& de Racine , citer & rapporter un bel
endroit de chacun , & faire faire attention
à la beauté d'une fituation bien amenée.
2. vol.
X.
JUIN. 1319 1726.
X.
Le Comique.
Le but de l'Auteur eft de faire plaifir
; & comme fon profit augmente à
proportion du nombre des Spectateurs , il
eft forcé d'avoir attention au goût de la
multitude.
En general ce qui plaît , c'eft 1. la
naïveté de la repréſentation ; ainfi plus
la repréſentation approche du naturel ,
plus il y a de beau dans la Piece.
2º. Plus les Acteurs paroiffent agitez
& embarraffez , plus le dénouement
en plaît.
3. Plus les Caracteres font marquez
par des traits faillans , plus il eft facile de
les repréſenter.
4°. Plus il y a du nouveau dans les
Caracteres , dans la repréſentation , dans
le noeud , dans le dénouement , dans les
fentimens , plus il y a de beauté.
Donner l'idée de la beauté qui eft com.
mune auTragique & au Comique , expliquer
la beauté qui eft particulière à l'un ,
& la beauté qui est particuliere¸ à l'antre
.
Mitridate de Racine , & l'Avare de
Moliere , même fujet , l'un traité tragiquement
, l'autre comiquement. Expo-
I. vol. fer
1320 MERCURE DE FRANCE :
fer divers beaux endroits de Moliere .
X I.
Chanfons , Epigrammes , Lettres.
Une Chanſon eſt une Epigramme qui
fe chante , le Chant ajoûte beaucoup d'agrément
à l'Epigramme .
Les Chanfons hiftoriques , ou les Hiftoires
paftorales verfifiées & chantées ,
ce font quatre degrez d'agrément . 19 .
L'Hiftoire. 2. Paftorale. 3 ° . En Vers.
4°. En Chant .
Tous les Auteurs veulent fe diftinguer
par l'éloquence & par la beauté de
leurs Ecrits , & faire plus d'impreffion
fur le Lecteur par les expreffions ; mais
les Auteurs qui empruntent preſque toutes
leurs forces des peintures & des images
, doivent avoir une attention fingu
liere aux expreffions .
Les Lettres ont auffi leur but & leur
forte d'Eloquence ; les Lettres enjouées ,
galantes , font des efpeces d'Epigrammes
en Profe.
X I I.
Force de
Raifonnement ,
Force des Images .
Le Phyficien , l'Apologifte , le Mora-
2. vol.
Lifte
JUIN. 1726. 1321
pour ifte , le Politique , l'Hiftorien fenſé
laire & pour éclairer , employent beauoup
plus la force du Raifonnement que
a force des Images .
L'Hiftorien qui n'eft qu'agréable , le
Romancier , le Tragique , le Comique
e Fabulifte , le Chanfonnier , l'Epigranifte
, pour plaire & pour perfuader, emloyent
beaucoup plus la force qui vient
le la vivacité des Images , que celle qui
vient de la jufteffe du Raifonnément .
XIII.
Joindre l'Agréable à l'Utile.
à
Un Ouvrage eft beau à proportion
qu'il caufe de plaifir actuel ; il eft eftimable
à proportion qu'il eft utile , c'eftà
-dire , propre procurer des plaifirs
futurs ; il faut bien obferver qu'un Livre , ´
pour être utile , doit être agreable ; car
s'il n'étoit qu'agréable , il ne feroit point
lû , ainfi il ne produiroit aucune utilité ;
le parfait , c'eft de joindre le beau à l'eftimable
; & pour juger du prix entre deux
Ouvrages , il ne fuffit pas d'en comparer
la beauté , il faut encore en comparer
l'utilité ; car , à beauté égale , celui
qui eft d'une plus grande utililé , eft l'Ouvrage
du plus grand prix ; entre deux
beaux endroits , celui qui infpire plus de
2. vol.
vertu ,
1322 MERCURE DE FRANCE:
vertu , une plus grande vertu , une vertu
de plus d'uſage , eft le plus précieux.
XIV.
Difference entre bean & joli.
Nous nous fervons ordinairement du
terme beau. 1 ° . quand l'objet dont nous
parlons , nous plaît. 2 ° . quand il nous
paroît grand ou important ; au lieu que
nous nous fervons du terme de joli ,
quand l'objet qui nous plaît nous paroît
ou petit ou peu important : une belle
maiſon , une jolie maiſon ; une belle ftatuë
, une jolie ſtatue ; Telemaque eſt un
beau Roman , Dom Quichotte eft un joli
Roman ; belle Hiftoire , jolie Hiftoire ;
belle Fable , jolie Fable ; belle Epigramme
, jolie Epigramme .
Citer des Exemples .
Les Regles du beau peuvent s'appliquer
au joli , ainfi je ne parle que du
beau .
X V.
Arrangement convenable.
Le bel arrangement fert beaucoup à la
beauté d'un Ouvrage , il y a un arrangement
naturel dans les propofitions & dans
les raifonnemens , qui eft trés - propre à
2. vol.
operer
JUI N. 1726. 1323
1
operer la perfuafion d'intelligence & la
conviction ; il y a de même un arrangement
dans les Images , qui eft très - propre
à operer la perfuafion de fentiment,
& à exciter les paffions qui mettent les
hommes en mouvement.
Citer des Exemples des Effets de l'ar
rangement des Propofitions , & des raifonnemens
dans les Ouvrages d'intelligence
, & de l'arrangement des Images
dans les Ouvrages d'imagination.
X V I.
Obfcur bien éclairci.
Nous appellons beau dans un Difcours,
ce qui d'abord nous a paru difficile à développer
, & qui dans la fuite nous paroît
tellement éclairci & développé , que
nous fentons notre efprit monté de quelques
degrez , & en état de voir avec plus.
d'étendue & avec plus de clarté, que nous
ne voyons , foit les mêmes objets , foit
ceux qui y touchent ; ce fentiment nous
fait à peu près le même plaifir , que
lorf
qu'on fe fert d'une bonne Lunette d'approche
, avec laquelle on voit avec diftinction
un objet éloigné , & les autres
objets voifins , que l'on ne voyoit que
confufément fans Lunette ; mais cette
forte de plaifir ne peut gueres fe goûter
2. vol.
B que
1324 MERCURE DE FRANCE .
que dans les Difcours éloquens , où l'on
découvre clairement , ou la verité , ou la
juftice , ou le parti le plus avantageux
à l'Etat.
Le beau dans la penfée fe remarque ,
1 °. lorfque la penſée obfcure fe développe
, lorfque l'erreur reçue difparoît
pour faire place à la verité ; car on aime
à voir clair ce qu'on ne voyoit qu'obf.
curément. 2 °. Le beau fe fait fentir
lorfque par une nouvelle preuve on apperçoit
du grand., où l'on ne voyoit que
du mediocre , où lorfque l'on voit petit
, ce qui paroiffoit grand ou important.
XVII
Jufteffe dans la penfee ,
Jufteffe dans l'expreffion.
11 eft certain que tous les gens d'efprit
qui lifent , remarquent à cinquante
ans des fautes qu'ils ne remarquoient pas
à vingt ans , c'eft que la raifon ſe perfectionne
, & que la raifon fait partie
du goût.
De- là il fuit que le goût fe perfec
tionne & fe rafine , à mesure que l'efprit
voit plus diftinctement , à mefure
qu'il fent plus finement , à mesure que
par des reflexions délicates , il met de la
2. vol.
difJUIN.
1726.
~ 1325
diftinction entre les fentimens , à meſure
qu'il s'accoûtume à raiſonner plus juſte,
& à s'exprimer plus jufte ; le faux rai
fonnement bleffe l'efprit jufte. L'efprit
accoûtumé à l'ordre & à
l'arrangement ,
eft bleſſe par le bon même , lorfqu'il eft
déplacé.Celui qui eft accoûtumé aux bienféances
délicates , fe trouve bleflé de tout
ce qui fied mal ,
De-là il fuit , que plus l'efprit eft accoûtumé
au clair , au vrai , au convenable
, au bienféant , à
l'arrangement , ou à
la methode , au
raifonnement jufte &
confequent , plus il apperçoit facilement
dans les Ouvrages d'efprit ce qui manque
, ou de clarté , ou de verité , ou d'arrangement
, ou de vrai- femblance , ou de
convenance , ou de bienséance
ou dé
jufteffe , ou de confequence , & c'eft ce
qu'on appelle bon goût , diſcernement
délicat & jufte.
Des Exemples.
XVIII.
Beauté
d'Expreſſion.
Le beau dans l'Expreffion fe confond
fouvent avec le beau dans les Images :
mais cependant il merite d'en être dif
tingué. La beauté dans l'Expreffion demande
une reffemblance la plus exace
$2. vol.
Bij
que
1326 MERCURE DE FRANCE :
que l'on peut entre la penſée & l'expreffion
, qui eft employée pour exprimer
en entier , ou l'idée , ou le fentiment
dans l'efprit du Lecteur ; cela s'appelle
tantôt force , tantôt naïveté , les
tours de phrafes , les allufions , les metaphores
, & les autres figures fervent beaucoup
à perfectionner ces Expreffions.
Le commun des Lecteurs eft fort ſenfible
à la beauté & à la gentilleffe d'Expreffion
, & fouvent c'eſt le plus grand
merite de certaines Epigrammes.
XIX .
Difficulté de juger.
Un Ouvrage d'efprit contient divers
beaux endroits , & divers endroits défectueux
.
Ce qui eft beau pour les efprits de
la premiere claffe , n'eft pas toujours
fenti par les efprits d'une claffe inferieure
; ce qui eft nouveau pour la claffe inferieure
ne l'eft plus pour la claffe fupe
rieure.
aux uns
Les beaux endroits eux -mêmes ont des
défauts.
: Les défauts paroiffent plus aux
qu'ils ne paroiffent aux autres , à proportion
du degré de connoiffance ou
d'ignorance , à proportion de l'habitude
2. vol.
que
JUIN. 1726. 1327
que l'on a à raiſonner faux , ou à raifonner
jufte , à proportion que ces défauts
bleflent les moeurs , les coutumes ,
les préjugez.
De-là il fuit , qu'il eft très- difficile de
comparer un bel Ouvrage avec un autre
bel Ouvrage de même genre & de même
efpece ; peu de gens même ont les
principes neceffaires pour comparer avec
jufteffe les genres entre eux , & les efpeces
entre elles voilà pourquoi je ris
quand je vois des efprits du commun entreprendre
de comparer Cinna avec Polieuce
, les Horaces avec Sertorius , eux
qui n'ont pas affez de lumieres pour comparer
avec jufteffe deux beaux endroits de
la même espece.
X X.
Signification des Mots.
La fignification de quelques mots devient
plus étendue avec le temps ; la fignification
de quelques autres fe rapetiffe &
fe refferre , de- là vient qu'on ne trouve
plus de jufteffe d'Expreffion où il y en
avoit autrefois , & que l'on peut en trouver
dans les Langues mortes , là où originairement
il n'y en avoit point.
Le beau en Latin eft fouvent plus beau
pour nous, qu'il ne l'a été pour les Con-
Bij tem-
2. vol.
1330 MERCURE DE FRANCE .
paraifon à l'excellent ; mais il pourra
bien arriver que l'excellent d'aujourd'hui
ne fera que mediocre dans deux
cens ans , par comparaifon à l'excellent
de ce temps - là.
Nouveauté dans les penfées . Nouveauté
dans les expreffions .
Pour nous faire fentir du beau dans
un Ouvrage , il faut du nouveau ; car fi
les penfées , les expreffions où il y avoit
du beau & du joli pour nos Ancêtres ,
c'est- à - dire , un nouveau agréable , ne
nous paroiffent plus belles , c'eſt qu'à
force de les voir repeter aux enfans ,
aux femmes , au peuple même , à force
d'y être accoûtumez , nous n'y trouvons
plus rien de nouveau .
-De-là il fuit , que les Ouvrages an
ciens ont perdu de leur beauté à notre
égard , à mesure que nous avons adopté
leurs penfées & leurs expreffions , &
que lorfque nous y trouvons encore de
beaux endroits , c'eft qu'ils ne nous font
pas encore devenus familiers. Le familier
ne pique plus , ne réveille plus ; fur
ce pied- là nous pouvons foupçonner
qu'il y avoit du temps d'Homere , du
temps de Demofthêne , du temps de Ciceron
& de Virgile , beaucoup de beautez
dans leurs Ouvrages qui fe font évanoüies
pournoùs ; mais en récompenfe ,
2. vol. comme
JUIN. 1726. 1331
*
comme leurs Langues ont ceffé de vivre,
nous y trouvons plufieurs beautez qui
n'y étoient point de leur temps .
De- là il fuit , que ce qui eft mediocre
pour la premiere claffe des gens d'eſprit
, pour qui la chofe n'eft plus nou
velle , fera beau pour les efprits de la
feconde claffe , pour qui la penfée ou
l'expreffion eft nouvelle.
Exemple. Les Ouvrages mediocres de
le Noble ont réüffi pour certaines claffes
d'efprits , & c .
De- là il fuit , que les jugemens fur
une même Piece de Theatre , doivent
être differens felon les diverfes claffes
des efprits qui en jugent , & felon fa nouveauté.
De-là il fuit que plufieurs des Exemples
du beau cefferont d'être de bons
Exemples dans deux ou trois cens ans ,
parce que les penfées & les expreffions
auront paffé dans l'ufage commun & fa
milier , & par confequent elles n'auront
plus rien de beau ; & puis à l'égard des
expreffions , elles auront vieilli , & la
langue aura tellement changé , que peutêtre
ne pourront- elles pas être entendues
fans Commentaires ; mais nos Suc
ceffeurs , en fe fervant des mêmes ob
fervations & des mêmes principes , chos
2. vol.
By firont
1332 MERCURE DE FRANCE .
firont des Exemples tirez des Ouvrages
d'efprit de leur temps.
De-là il fuit , que ce qui eft beau aujourd'hui
du côté des penfées pour nos
efprits de la premiere claffe , ne paroîtra
plus que bon fens , que fens commun
à la premiere claffe des efprits qui vivront
dans trois cens ans ,c'eft que l'eſprit
humain va en croiffant de generation en
generation. Je vois avec étonnement &
avec plaifir les Ecoliers de 15. ans , bien
plus inftruits , bien plus éclairez que je
n'étois il y a cinquante ans.
De cette augmentation perpetuelle ,
foit du côté de connoiffances , foit du
côté de la jufteffe du raiſonnement , &
de cetté diminution de nouveauté il ſuit ,
que je ne dois pas être étonné de trouver
préfentement moins de beaux endroits
, & plus de fautes dans certains
beaux Ouvrages, que je n'en trouvois il y
a 4o. ans.
De-là il fuit , que tel Ouvrage , que
tel endroit , lorsqu'il fait plaifir à tel ou
à tel , a réellement une forte de beauté
pour tel & pour tel .
De- là il fuit , que les Ouvrages & les
endroits de ces Ouvrages de Theatre ,
qui font fentir un plus grand plaifir aux
perfonnes les plus éclairées & les plus
vertueufes , font de la beauté la plus pré-
2. vol.
cieuſe,
JUIN 1726.
1333
cicule , & que ce qui plaît aux ignorans
au peuple , aux perfonnes mal élevées
fans éducation , de moeurs corrompues ,
licentieufes, font des beautez de bas prix,
& que ce qui plaît aux Lecteurs d'efprit
féditieux, de caractere malin & medifant,
n'a qu'une beauté dangereufe & pernicieufe.
De-là il fuit que le degré de beauté
d'un Ouvrage doit fe mefurer par rap
port , non au nombre de perfonnes à qui
il plaît , mais aux qualitez eftimables des
perfonnes à qui il plaît , & par rapport
au degré du plaifir qu'il leur caufe ; &
de-là eft venu la diftinction du bon &
du mauvais goût ; mais ce qui eft fait
pour plaire au bas peuple & qui lui plaît,
eft - il mauvais ? Non , s'il n'y a point de
licence & de corruption , il eft bon , il
eft beau pour le peuple.
& non
De là il fuit , que pour éviter les que,
relles fur le goût à l'occafion de tel Ŏuvrage
, de tel endroit de cet Ouvrage ,
chacun devroit fe contenter de dire , cela
eft bien , ou fort beau pour moy ,
pas fort beau en general , parce que c'eft
prétendre affujettir les autres à fon goût,
prétention auffi injufte que fi les autres
vouloient vous affujettir au leur , & à fen
tir ce qu'ils fentent , lorfqu'ils ont un
grand plaifir à lite tel endroit d'un Qu
Ch 2. vol. B vj vrage,
1334 MERCURE
DE FRANCE :
vrage , lorfque vous ne fentez point papas
reil plaifir en le lifant .
De -là il fuit , que comme il y a des
Ouvrages qui plaisent quelque temps, &
qui ceffent de plaire aux mêmes perſonnes
, on peut dire qu'il y a des beautez
fuperficielles & paffageres . Je ne les appellerois
pas pour cela fauffes beautez ;
car le plaifir paffager qu'elles caufent pour
n'être pas durable , ne laiffent pas d'être
१
vrai & réel .
De- là il fuit, que c'eft une fuppofition
fauffe que de fuppofer qu'il y a des Ouvrages
& des endroits d'Ouvrages d'une
beauté abfolue , indépendante , éternelle ,
ar ce qui eft beau pour moi prefente
tement & du dernier degré de beau, ne
feroit pas beau pour un homme dix fois
plus éclairé & dix fois plus vertueux quel
moi , cela ne feroit pour lui qu'une verité
commune qui reffemble au plat.
Un Ange riroit de mon adiniration
fur une pareille beauté , c'eft que le nouveau
qui fait le beau pour moi , ne feroit
ni nouveau ni beau , par confequent
pour cet Ange. L'admiration eft fille de
P'ignorance ; & je me fouviens d'avoir
bien admiré à vingt ans des chofes que
je n'admire plus du tout.
T
Il ne faut pas confondre vérité avec
convenance : il y a même divers degrez
de
JUI N. 172627 1333
de convenance, & il n'y a point de degrez
à la verité ; il y a de même des degrez
de difconvenance en nombre infini , une
obfcenité fera une convenance pour le bas
peuple , & une difconvenance pour des
perfonnes bien élevées.
Naïveté fignifie , ce me femble , Peintu
re reffemblante de la Nature or il y a
des Peintures plus & moins reflemblantes
, plus & moins vives , plus & moins
nobles , plus & moins complettes .
A l'égard des circonftances naturelles
que l'on veut peindre , on les choifit avec
plus ou moins de prudence & de juftefle
par rapport à l'effet que l'Auteur doit en
attendre ; mais l'habile fçait choifir le plus
beau , le plus joli , le plus riant de ce que
peut offrir la Nature .
XXII
Regles immuables.
En general il y a des regles immuables,
fans lefquelles il n'y a point de beau . Il
faut de la verité dans les penfées , il faut
de la jufteffe dans les expreffions , il faut
de la convenance aux lieux , aux temps ,
aux perfonnes ; mais l'effentiel , du beau
c'eft la nouveauté or la nouveauté a un
rapport effentiel à ceux pour qui elle eſt
nouveauté ; ainfi l'on voit que cet effen-
2. vol. tiel
1336 MERCURE DE FRANCE.
tiel eft veritable , parce que les Lecteurs
pour qui le beau eft fait , font des hommes
dont la nature eft de changer , le
même homme change d'âge en âge , &
la même nature humaine change de fiecle
en fiecle. Elle a fes âges.
Pour le beau, il faut, ou des veritez nouvelles
, ou une nouvelle combinaiſon de
veritez anciennes ; il faut dans les expreffions
un peu de nouveauté , il faut exciter
ou des fentimens eſtimables & nour
veaux , où , par une nouvelle combinaiſon
de fentimens déja connus , faire un effet
nouveau fur l'ame du Lecteurs il faut ,
s'il eft poffible , des expreffions nouvelles
de ces fentimens . Le vrai , l'eſtimable,
le convenable , la jufteffe dans les expreffions
, dans les allufions , & dans les autres
figures , tout cela ne plaît qu'autant qu'il
y a de nouveauté ; & cela me fait croire
que la nouveauté eft l'effence de la beauté
; or la nouveauté eft une qualité
relative & perfonnelle ; donc l'ellence
de la beauté eft relative & perfonnelle ;
ainfi la beauté dépend de la proportion
que l'objet qui doit caufer un grand plai
fir peut avoir avec l'efprit & le coeur de
celui qui doit lire le bel Ouvrage.
2. vol.
AVERJUIN
17265 : 1337
AVERTISSEMENT.
I
Pour encourager ceux qui vondroient
écrire fur cette matiere , j'ay à leur faire
confiderer que c'est un grand avantage pour
plaire au Lecteur , de n'avoir à leur expofer
que les plus beaux morceaux des plus
beaux Ouvrages , & même des Ouvrages
de toutes les efpeces differentes , car la varieté
plaît : & que c'est un autre grand
avantage de n'avoir à raifonner que fur
= les caufes & fur les effets de la beauté &
même fur la comparaison de beauté à
beauté.
5.
888888
の
L'HYMEN d'accord avec l'Amour.
UNjour l'Hymen comblé de gloire
De voir fous fes aufteres Loix ,
Le plus fage de tous les Rois ,
S'applaudiffoit de fa Victoire.
Il comptoit depuis quelques mois
Cette Victoire fortunée ,
Et de ces mois chaque journée ,
Chaque instant confacroit fes droits.
Empreffemens pleins d'allegreſſe ,
2. vol.
Pour
1338 MERCURE DE FRANCE
2
Pour l'Epoufe animoient l'Epoux:
L'Epouſe avoir même tendreſſee;
Ils goûtoient le fort le plus doux.
De ce rare & charmant myſtere ,
Hymen s'attribuoit l'honneur ,
Lorsqu'il vit le Dieu de Cythere ,
Des Epoux infpirant le coeur.
Que prétends.tu , Dieu témeraire ?
S'écria l'Hymen en colere ?
Rendre ces deux Epoux heureux ,
Répond l'Amour. C'est mon affaire ,
Dit l'Hymen ; porte ailleurs tes feux ;
Retire - toi . L'Amour s'obſtine ,
Il réfifte au commandement.
Hymen le pouffe , il ſe mutine ;
Débat entre eux . Dans le moment ,
Hymen de l'Amour faifit l'aîle ,
Et pour fe montrer le plus fort ,
Il s'émeut , il tire , il harcelle ;,
La plume cede à fon effort.
O !
trop heureuſe violence !
Cria le petit entêté,
Hymen , grace à ton imprudence,
2. vol. Hymen
JUIN. 1726. 1339
Me voilà bien mieux arrêté ,
Comment veux- tu que je m'envole ?
Un ris malin fuit la parole ,
L'Hymen voit fa faute à l'inſtant:
Amour , dit-il , plus de querelle ;
Le bonheur d'un couple fidelle ,
N'en deviendra que plus conftant.
L'Amour foufcrit à l'alliance ,
Par eux le Styx eft atteſté.
O charmant , ô divin traité ,
Qui fait le bonheur de la France !
L'Hymen regne fans deffiance ,
Et l'Amour fans legereté.
Bareau Devarabe.
零零
2. vol. DIS
1340 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS prononcé par M... en
prefence de fes Pere & Mere & d'une
affemblée nombreuse de Parens & Amis,
le jour de la cinquantième année de leur
Mariage , avani la Meffe folemneile
qu'il celebra à cette occafion.
C
' Eft un fpectacle bien touchant , &
tout -à- fait digne de la pieté Chrétienne
, de voir la Religion ramener aux
pieds des Autels , des Epoux qu'elle y
benit autrefois par un Mariage heureux ,
& l'Eglife , cette tendre Mere , revoit
avec joye fes enfans venir après tant
d'années lui demander une feconde Benediction
, renouveller à fes yeux des
engagemens toûjours faints , toûjours refpectables
, & la prier de porter au Souverain
Trône , le jufte tribut de leurs
hommages & de leur reconnoiffance.
Senfibles à une faveur fi rare & fi
précieuſe , & fideles à un devoir ſi légitime
, vous venez icy , mes très - chers &
très honorez Pere & Mere , preſenter au
Dieu des mifericordes un coeur vivement
pénetré de fes bienfaits. Vous invitez
une Famille Chrétienne à fe joindre à
vos actions de graces , & témoin moi-
12 vol.
même
JUIN. 1726. 1341
>
même d'une grande partie de ce que
le Seigneur a fait pour vous Vous
m'ordonnez de l'en louer en Votre
nom , & de prêter mon miniftere & ma
voix à votre reconnoillance & à votre
amour.
Quelle fatisfaction pour moi de vous
obéir dans une circonftance fi confolante,
& de rappeller à votre fouvenir des graces
que je regarde comme faites à moimême,
& dont je ne puis affez remercier
celui de qui vous les avez reçûës . En
effet ne femble- t-il pas que le Seigneur
ait pris plaifir à vous combler de toutes
les benedictions des Patriarches ? Longue
vie , fécondité , fanté prefqu'inalterable ,
graces fpirituelles & temporelles .
Dans le moment où vous formiez ce
lien facré , que l'Apôtre appelle honorable
, vous lui adreffiez fans doute
cette Priere que l'Ecriture (a ) met dans
la bouche de deux faints Epoux : Faitesnous
mifericorde , Seigneur , & que nous
puiffions vivre ensemble jufqu'à la vieil
Leffe dans une parfaite fanté. Vos voeux
ont été exaucez , les fiecles fourniffent
à peine quelques exemples d'une union
auffi conftante & auffi defirable : il eſt
peu d'Epoux mieux affortis pour le tem-
( a ) Miferere nobis , Domine , & confenescamus
ambo pariter fani. Tob. 8.
2. vol.
Phu
1342 MERCURE DE FRANCE ;
pérament , le caractere , la fympathie ,
'humeur , & nous pouvons affurer que
cet amour mutuel, qui fait la douceur &
la felicité de cet engagement, & qui finit
fi fouvent avec les premiers jours ,
fe foutient encore, & ne s'éteindra qu'a
vec le dernier foupir.
Vous vous êtes vûs fouvent renaître
dans vos enfans , dont plufieurs dérobez
de bonne heure à la malice & à la corrup
tion du fiecle , font morts dans l'innocence
, & femblent ne vous avoir précedez
que pour vous préparer par leurs prieres
le fejour heureux que vous devez habiter.
Une fille aînée que les dons de la Nature
, de l'efprit & du coeur , n'avoient
renduë que trop capable de plaire au mon
de , & par là devenue plus digne d'être
confacrée à J. C. attendrit fouvent votre
coeur par le regret de fa perte, ( a ) &
tire encore tous les jours de vos yeux
des larmes qui font votre confolation &
fon éloge.
Deux autres ,à fon exemple , ont choifi
la meilleure part , en prenant la qualité
d'Epoufes d'un Dieu crucifié à toutes les
fortunes périffables, & ne ceffent de lui
demander pour vous les graces de déta-
( a ) Morte Religieufe à l'âge de vingt - deux
ans dans de grands fentimens de pieté.
*2 . vol.
chement
JUIN
. 1726. 1343
chement & d'abnégation , que vous leur
avez procurées.
L'une d'elles (a) qui m'entend , & qui
vous voit au pied de cet Autel , imiter
l'offrande genereufe qu'elle y a faite d'elle-
même , innocemment jaloufe du bonheur
de fes freres , a defiré de partager
avec eux la benediction paternelle fous
le Voile facré. La Nature a reclamé des
droits que la Religion refpecte ; vos entrailles
ont été émuës , & vous n'avez pû
refufer à cette chere fille une fatisfaction
fi raiſonnable ; mais par un heureux retour
, c'eſt à fes pieux empreffemens que
vous devez la confolation de répandre
aujourd'hui les derniers efforts de votre
Foi dans un lieu Saint , où l'on a tant de
fois follicité le Ciel en votre faveur, de
refpirer cet efprit de force & de renoncement
, fi néceffaire parmi des Vierges
fages , que la Grace à mieux inftruites
que l'experience , fur le néant de tout ce
qui n'eft pas Dieu , & d'apprendre de ces
ferventes Epoufes l'ufage que vous devez
faire d'une vie que leurs prieres ont
obtenuë.
Vous rendez ainfi , ma très - chere Soeur ,
benediction pour benediction , votre fainte
Communauté , par une effufion nou-
( a ) Fille Religieufe qui a fouhaité que cette
ceremonie fe fift dans l'Eglife de fon Monaftere.
2. vol. velle
1
1344 MERCURE DE FRANCE :
velle de fa charité , toûjours ingenieufe &
prévenante , fait comme aujourd'hui une
efpece de fête & de triomphe à celui que
les foupirs & les larmes ont , pour ainsi
dire, reffufcité, & nous fentons dans cette
ceremonie la confidération qu'elle a pour
le pere & pour la mere.
Vos autres enfans , mes très- chers Pere
& Mere , qu'une vocation moins favorables
a retenus dans le monde , n'ont rien
qui foit indigne de vous , vous avez lieu
d'efperer qu'ils feront honneur à l'éducation
que vous leur avez donnée ; & qu'après
vous avoir rendu toute l'obéïſſance ,
tout l'amour , toute la veneration qu'ils
vous doivent , ils fermeront refpectueu
fement vos yeux , & feront un jour votre
gloire & votre couronne. Que dirai-je
des évenemens de votre vie ? Une Providence
attentive & bienfaifante a toûjours
veillé fur vos befoins , & conduit
heureufement toutes vos démarches .
Dieu qui difpofe tout avec bonté &
avec fageffe , a fait fervir à votre bien & à
votre fanctification les chagrins mêmes
& les difgraces inféparables de la condition
humaine. Sa main toute puiffante
vous a mis au- deffus des tribulations qui
vous font arrivées ; & cette fâcheuſe (a)
épreuve qui a paru fi long -temps troubler
(4) Long Procès heureuſement terminé.
2. vol.
-votre
JUIN. 1716. 7345
votre repos , & qui a enfin cedé à nos défirs
, ne vous avoit été envoyée que pour
former votre (a) patience & augmenter
votre mérite.
Vous avez paffé vos jours avec honneur
& fans reproche. Des perfonnes diftinguées
par leur mérite , leurs Charges .
leur naiffance , ont bien voulu vous donner
part à leur confiance & à leur eftime ;
& c'eft avec raifon qu'une Famille qui
vous aime & qui vous honore , ne peut
retenir les mouvemens de fa joye , &
vient aujourd'hui comme celle de Tobie,
vous féliciter de tous les biens que le Seigneurvous
a faits : Veneruntque confobrini
Tobie gaudentes & congratulantes ei de
omnibus bonis , qua circa illum oftenderat
Deus. Tob. 11. 20.
Je fens , mon très - cher Pere & ma
très - chere Mere , que vous écoutez avec
un plaifir fecret l'hiftoire des ( b ) mifericordes
de Dieu fur vous ; mais j'ai des
objets encore plus grands à vous propofer
, & voici des graces plus intereffantes
que je montre à votre reconnoiffance .
Quelle grace en effet , de trouver dans
un fi long ufage de la vie des motifs fi
( a) Probatio patientiam operatur ; patien.
tia autem opus perfectum habet. Jacob. 1. 4..
(b ) Et fenectus mea in mifericordia uberi.
Pf. 91. 16.
preffans 2. vol.
1346 MERCURE DE FRANCE
preffans & des raifons fi fortes de la
méprifer & de s'en détacher ! De n'avoir
point été furpris comme tant d'autres
qui font tombez à vos côtez au milieu
des diffipations de la jeuneffe , dans l'embarras
& le tumulte des affaires , dans les
ténebres & l'aveuglement des paffions ;
& de fçavoir par experience que tout
n'eft que néant , que vanité & affliction
d'efprit ? Oui , & vous pourriez le dire
mieux que moi ; les plaifirs les plus
agréables & les plus féduifans , n'ont
qu'une fauffe douceur & font pleins d'amertume.
Les richeffes & la gloire n'ont rien de
réel , & ne defcendent point avec l'homme
dans le fépulchre. Les amis nous
quittent en mourant , & leur foible protection
ne nous accompagne pas devant le
Juge Eternel.Les enfans mêmes, quelques
talens qu'ils puiffent avoir , quelque gran
de que foit leur fortune , ne font, à pro
prement parler , un fujet de gloire qu'à
proportion qu'ils font Chrétiens. Enfin
quelque honneur qu'il y ait de fe trouver
à la tête d'une( a ) Compagnie conderable
par elle- même & utile par fes
fonctions , on n'y parvient qu'après l'avoir
vû mourir , pour ainfi dire , plufieurs
fois , & c'eſt un titre humiliant qui
( a ) Il étoit le Doyen de fa Communauté.
2..vol.
avertit
JUIN. 1725. 1347
·
avertit bien férieufement qu'on eft mortel.
Tout paffe , tout périt , la vie n'eſt
qu'un finftant , & les bonnes oeuvres feules
nous fuivent dans l'Eternité.
Qu'il eft confolant pour un Chrétien
d'avoir encore le temps de compter avec
la mifericorde, avant que de paroître au
Tribunal de la Juftice , de pouvoir expier
par une humble & fincere penitence
les pechez d'une longue vie , & à réparer
tant de fautes inévitables dans les
Emplois publics & dans les inquiétudes
du mariage ; de reconnoître enfin , après
avoir long-temps goûté les biens & les
meaux , qu'il n'y a rien de grand , rien
de folide , rien de neceffaire fur la terre ,
que de fervir le Seigneur , & que la veritable
fageffe confifte à aflurer fon falut.
Permettez -moy de vous le dire , mon
très- cher Pere , & fouffrez avec bonté
cette marque effentielle , & peut - être la
derniere de mon zele & de ma ten ireffe ;
c'eft pour vous occuper uniquement de
ces importantes veritez que Dieu a re
fermé pour quelque temps le tombeau (a)
que la mort avoit ouvert à vos yeux , &
fa mifericorde n'a peut- être prolongé vos
jours que pour vous donner la confolation
de venir encore une fois les lui offrir.
(a ) Il a été malade à l'extremité deux fois depuis
un an.
2. vol.
C Pros
Y348 MERCURE DE FRANCE .
Profitez d'une faveur fi finguliere , &
ménagez avec un foin infini des momens
fi courts & fi décififs ; préparez à votre
famille , non le trifte appareil de ces
morts déplorables & fi communes , qui
affligent la foi , allarment la pieté , mais
le doux fpectacle d'un Jufte qui s'endort
tranquillement au Seigneur , & ( a ) la
joye de vous voir mourir en Chrétien .
Acceptez en efprit de facrifice les infirmitez
de l'âge , & les maux par leſquels
il plaira peut- être à Dieu de vous purifier
; dites - lui comme ( b ) le Prophete
Roy : Ne me rejettez pas , Seigneur , dans
le temps de la vieilleffe , & ne m'abandonnez
pas dans ces jours de foibleffe où
l'on ne vit presque plus .
Confolez - vous dans vos peines avec
I'Epouſe fidelle que le Seigneur vous a
donnée ; aimez - la encore plus , s'il eft
poffible , & récompenfez par redoublement
d'affection & de confiance , fon
attention continuelle fur vous, & fes foins
à vous plaire.
Pour nous qui fommes vos Enfans ,
( reconnoiffez ici votre coeur & vos fen-
.16.
( a ) Cum gaudio fepelierunt eum. Tob. 14
(b ) Ne projicias me in tempore fenectutis ;
cum defecerit virtus mea ne derelinquas me.
Pl. 70. 9.
2. vol.
timens
JUIN. 1726. 1349
timens , mes Freres & mes Soeurs , qui
m'écoutez ) pour nous , contens de ce
que vous avez fait pour notre éducation ,
& charmez d'avoir occafion de vous en
témoigner publiquement notre reconoif
fance , nous ne vous demandons plus rien
que votre propre falut ; vous avez affez
vécu pour nous , ne penfez plus qu'à
vivre pour vous - mêmes : laiffez - nous
pour notre heritage la juftice & la paix ,
& faites- nous recueillir dans le fouvenir
de vos vertus une fucceffion mille fois
plus précieufe que tous les tréfors de la
terre. Prenez plaifir à raffembler vos enfans
dans votre maifon ; & avec cette
autorité que l'âge , la fageffe , l'experience
donnent aux dernieres inftructions
d'un bon Pere & d'une bonne Mere , répetez-
leur fans ceffe ces tendres paroles
d'un grand Apôtre : ( a ) Mes chers enfans
, aimez- vous les uns les autres ; gravez
dans leur efprit & dans leur coeur
ces admirables leçons du faint homme
Tobie : ( b ) Mes enfans , fervez le Seigneur
dans la verité, & travaillez à faire
ce qui lui eft agreable ; recommande avec
foin à tous ceux qui vous appartiennent
de faire des oeuvres de juftice & des au-
( a ) Filioli, diligite invicem.
( b) Servite Domino in veritate , &c. Tob.
Cij mônes
14. f. &c.
2. vol.
1350 MERCURE DE FRANCE .
mones , de fe fouvenir de Dieu & de le
benir en tout temps.
Par là vous nous édifierez , vous nous
inftruirez , vous nous confolerez ; & fi
nous ne meritons pas que Dieu renouvelle
votre jeunelle , comme ( a ) celle
de l'Aigle , nous le fupplierons du moins
avec inftance qu'il vous faffe éprouver
l'heureux fort de ce faint Patriarche ,
dont le Saint - Efprit à honoré les derniers
jours par ce beau Panégyrique . Le
refte deja vie fe paffa dans une joyefaintes
ayant beaucoup avancé dans la crainte
de Dieu , il mourut dans la paix . Tob.
14. 4.
Vous mourrez , il eft vrai , mais la
mort ne vous effacera point de notre
coeur ; vous y vivrez malgré la révolu
tion des années & l'ingratitude des Enfans
de ce fiecle .
Votre mémoire ſera immortelle & en
benediction parmi nous : l'odeur de votre
pieté & de vos exemples fe confervera
cherement dans votre pofterité , & nous
efperons de la bonté de Dieu qu'on pourra
dire de votre Famille ce qu'on difoit
de celle du faint Modele , que je ne puis
affez vous mettre devant les yeux . Tous
fes alliez & tous ses enfans perfevererent
avec fidelité dans une bonne vie & dans
( a ) Pleaume 16. 25.
2. 20 .
une
JUIN. 1726. 1351
une conduite fainte , & ils furent aimez
de Dieu & des hommes .
:
Jouiffez donc , heureux Epoux , d'une
deftinée fi digne d'envie , rempliffez des
cfperances fi douces & fi confolantes , &
mettez à profit des mifericordes fi rares
& fi extraordinaires .
Ce font les voeux que va porter au
Saint Autel le Miniftre que vous avez
donné à l'Eglife ; ce font les fentimens
& les defirs du plus fincere & du plus
refpectueux ami que vous ayez au monde.
C'eſt la voix , c'eft le coeur de vo
tre fils.
********
LE REMORS.
POEME.
米米米
Ufe , raconte - moi quelle main venge-
MⓇ
reffe,
A fçû punir le crime avec tant de fageffe ?
Comment elle a tiré du fond de nos forfaits ,
Le jufte châtiment dont nous fentons les traits :
Jadis , pour arrêter les crimes de la terre ,
Jupiter , malgré lui , s'arma de fon tonnerre.
Son bras depuis long- temps levé fur des ingrats
,
2. vol.
Ciij Pou1352
MERCURE DE FRANCE.
Pouvoit les écrafer ; mais ne les changeoit pas ,
Quoi des mortels , dit -il , l'audace devient
pire !
Sous mes coups redoublez en vain le crime expire
.
Si je plonge un forfait dans la nuit du tombeau
,
Auffi-tôt de fa cendre il renaît de nouveau !
Que dis- je ? un criminel , dont j'étouffe l'audace
,
Trouve cent criminels qui reprennent la place !
C'en eſt trop . Détruiſons des hommes fi pervers
;
Dans fon premier néant replongeons l'Univers,
Il retiroit déja fa main toute puiffante ,
Quand, pour fléchir fon coeur , Minerve fe préfente
.
Pere des Dieux , dit- elle , embraffant fes genoux
,
Soyez pour les mortels , plus fevere , & plus
doux.
N'en eft- il pas encor , dont le culte fidele ,
Revere la justice , & ne revere qu'elle ?
En puniffant le crime , épargnez la vertu :
Que l'injufte furvive à l'injuſte abatu ;
Et , fans faire gronder fi fouvent le tonnerre ,
Puniffez encor mieux les crimes de la terre.
2. υοί .
Une
JUIN 1353 1726.
Une trop prompte mort eft un tourment tropi
doux ,
Pour ceux dont la fureur femble braver vos
coups;
Qu'ils vivent ces objets de votre juſte haine ,
Et que leurs crimes feuls foient leur plus rude
peine ;
Que l'image fans ceffe en foit devant leurs
yeux ;
L'horreur qu'ils en auront vous vengera bien
mieux.
Elle dit : Jupiter fléchi par la Déeſſe ,
Sufpend , prête à partir , la foudre vengereffe ,
Et livrant le coupable aux remors de fon
coeur ,
Lui fait de fes forfaits fentir toute l'horreur.
Qu'à cet afpect , dit- il , le trouble le faififfe :
Ce qui fit fon plaifir doit faire fon fupplice.
Depuis ce jour fatal tous les crimes divers ,
Comme autant de bourreaux accablent l'Univers.
Là du meurtre fanglant la figure effrayante ,
Aux yeux de l'affaffin fans ceffe fe préſente ;
Fuit-il elle le fuit ; & dans fon trifte fort ,
Cent fois en un feul jour lui fait fouffrir la
mort.
2. vol.
Ciiij Ici
7354 MERCURE DE FRANCE.
Ici la trahifon , fecretement tramée ,
D'un perfide caché trahit l'ame allarmée ;
Il montre aux yeux de tous par fa noire pâleur
,
De quels funeftes traits elle perce fon coeur.
Plus loin la volupté fous l'appas des délices ,
Livrer ceux qu'elle enchante aux plus cruels
fupplices ;
Du dégoût qui la fuit le dévorant poiſon
A d'éternels regrets affervit leur raifon.
Contre fon propre Auteur par tout le crime
crie ;
Tout pourfuit le méchant ; en vain la flate-
A
rie
Pour de fauffes vertus l'éleve juſqu'aux Cieux ,
La trifte verité lui défille les yeux ;
Au milieu des honneurs il ne voit que fon crime
;
On encenſe l'Autel : mais il eſt la victime.
Par l'Abbé Bellet , Profeſſeur de Rhetorique
au College de Guyenne.
a . vol. LETJUIN.
1726. 1355
LETTRE écrite de S. Ouen , au Diocèfe
d'Amiens , le 19. Mai 1726. fur
un faite très-fingulier.
J
E ne fçai , Meffieurs , fi les fuites du
fait extraordinaire , arrivé au Bourg
de Domard , dans le Diocèfe d'Amiens ,
& que vous avez rendu public , par le
moyen de votre Mercure du mois d'Août
dernier 1725. meritent auffi de trouver
place dans un autre de vos Journaux ;
je me trouve cependant engagé par les
perfonnes les plus notables de notre
Campagne , à vous marquer la continuation
de ce même fait , avec quelques circonftances
nouvelles & toutes fingulieres.
Après tout , je ne prétens point vous impofer
la moindre neceffité de les donner
au Public , à moins que vous n'eftimiez
qu'elles le meritent .
Le fieur de Laffite , Chirurgien de ce
Bourg , après avoir mis en oeuvre les remedes
, que quelques Medecins de notre
Province lui avoient indiqués pour
déloger , s'il étoit poffible , les Perce-
Oreilles , qui féjournent dans la tête de
C. v fon
2. val.
$
1356 MERCURE · DE FRANCE.
fon fils , en tenta un nouveau qui confifte
dans une expreffion d'amers , qu'il
feringua dans fes oreilles. Ce remede fit
d'abord peu d'effet ; mais ne voulant
point y renoncer , il crut devoir le fortifier
par de nouveaux amers , & y faire
entrer une doze d'eau de Mercure . Il en
fit l'épreuve le premier Octobre dernier
& l'ayant continuée pendant fix
jours , lui & fa femme virent fortir des
oreilles de leur enfant , pendant ces fix
jours , quatre - vingt- deux Perce Oreilles
, outre plufieurs autres qu'on trouva
dans fon lit ; & il ne s'eft prefque paffé
aucun jour jufqu'à la fin de l'Automne ,
qu'il n'en foit forti , même pendant l'hyver
de temps à autre.
Mais ce qui a paru de plus fingulier,
c'eſt que parmi le grand nombre de ceux
qui font fortis en differens temps des
oreilles de ce jeune homme , il s'en eft
trouvé plufieurs qui font une fois plus
gros que ceux qu'on voit fur les fleurs
ou dans les fruits ; & un de ces gros
l'ayant fait fouffrir beaucoup pendant huit
ou neuf heures avant que d'arriver à l'orifice
de l'oreille , y étant parvenu , le
jeune homme , en le prenant , s'en fentit
violemment piqué à un doigt , lequel
doigt s'enfla dans l'inftant , & il s'y
2. vol.
forma
JUIN. 1726. 1357
forma un pus , que le pere , Chirurgien
, nettoya le lendemain . Une autre
circonftance encore affez remarquable eft,
que ces infectes fortent de ces oreilles
en reculant , enforte qu'ils font d'abord
paroître leur fourche, ou croiffant de derriere.
د
Cependant , parce que le remede des
amers avec l'eau de Mercure parut trop
violent au fieur Lafitte, & que fon fils ne
pouvoit le fupporter , il a eu recours à
d'autres. Un Prêtre du voifinage lui a
fait connoître que l'huille de chenevis eft
mortelle à ces infectes , & effectivement ;
nous l'avons remarqué par l'experience
que nous en avons faite puifqu'après
en avoir touché plufieurs avec cette huille
, ils font morts fur le champ. Ila donc
feringué de cette huille dans les oreilles
de fon fils , defquelles plufieurs font fortis
morts : mais foit que l'huille n'ait pû
fe répandre dans tous les finus , où ils fe
trouvent renfermez , ou qu'elle ne foit
pas auffi mortelle qu'elle nous a paru l'être,
la fource n'a point tari. Il a encore
foufflé dans les oreilles de cet enfant , de
fumée de tabac & de fouffre , qui en faifoit
, à la verité, fortir ; mais comme l'ovation
ne fe détruit point , malgré tout
ce qu'il a pû faire jufqu'à prefent ; ils
2. vol.
C vj fe
1358 MERCURE DE FRANCE.
fe multiplient fans fin . Pendant l'hyver
on a appliqué à fes oreilles fouvent des
morceaux de poires de bon- chrétien &
d'autre fruit , pour les attirer , qu'ils
mangeoient entierement durant la nuit,
& rentroient fi fubtilement dans les oreilles
, qu'il n'étoit prefque pas poffible d'en
attraper , quelque mefure qu'on prit
pour cela. En un mot , foit que les parties
, par lefquelles ils fortent & rentrent
, foient devenues calleuſes , il y a
déja long-temps qu'il ne les fent plus
fortir ou rentrer. Ce jeune homme , qui
fouffroit peu l'année derniere , & qui
ne reffentoit qu'une douleur legere, quand
ces infectes fortoient de fa tête , fouffre
maintenant beaucoup , & éprouve une
info nnie prefque continuelle. Depuis les
commencemens du Printemps , le nombre
de ces petits animaux s'augmente de
plus en pluss mais un accident imprévû
fournit en lui un nouveau ſpectacle ;
fpectacle bien digne de pitié. En fe divertiffant
avec fes Camarades , il fit une
chure fur une pierre , & s'étant fait une
contufion fur le fourcil de l'oeil gauche ,
cette chute a ouvert un nouveau chemin
aux Perce- Oreilles , qui fortent en
partie prefentement par le nez . Cet accident
arriva au commencement de Mai.
2. vola
Voilà
JUIN. 1726. 1359
Voilà , Meffieurs , en fubftance les
fuites de cet évenement furprenant , &
qui paroît bien digne de l'attention de
Meffieurs les Medecins du Royaume , &
des perfonnes qui exercent la Chirurgie.
C'est dans la vûe de les exciter à dévoiler
, s'il fe peut , cette efpece de myftere
de nature , qu'on m'a engagé à vous communiquer
ce détail , vous le donnant
dans la plus grande fimplicité . Et afin
qu'il faffe foi dans l'efprit des perfonnes
qui ne font pas abfolument incrédules ,
le fieur de Laffite a invité Meffieurs les
Officiers de la Baronnie de Domard à le
certifier. Leur témoignage doit être d'autant
moins fufpect , qu'ils en font les
premiers témoins oculaires. Je pourrois
en citer d'autres , comme des Qfficiers du
Régiment de Mailly , qui faifant battre
la Caiffe dans le Bourg de Domard , ont
eu la curiofité de voir ce jeune homme
& ont eu auffi celle de voir fortir de ces
infectes , & d'en emporter pour les montrer
à leurs parens ou amis. Il ne me
refte qu'à vous prier , fi vous faites ufage
de ce Memoire , de faire l'honneur à
Meffieurs les Officiers de la Baronnie
qui le certifient , de les dénommer, comme
vous avez coûtume d'en uſer toujours
avec la plus grande exactitude . Pour
2. vol.
· moi ,
1366 MERCURE DE FRANCE
moi , en mon particulier , je fuis avec
toute la confideration poffible ,
MESSIEURS ,
›
Votre très- humble & trèsobeïffant
Seviteur , de
Savoye , Curé de S. Quën ,
& Doyen Rural de Vignacourt.
Vous m'obligerez , Meffieurs , de vouloir
rectiffier ce qui ne vous paroîtra point
jufte dans les expreffions de cette Lêttre,
fuppofé que vous en faffiez ufage.
Nous, Officiers , Maire & Echevins du
Bourg de Domard , Election de Doullens
, Diocèse d'Amiens , certifions que
le contenu en la Lettre eft veritable ,
pour avoir vû nous - mêmes fortir les
Perce-Oreilles , dont il y eft fait mention
, en foi dequoi nous avons figné audit
Domard , ce 29. Mai 1726 .
Coffinier. Du Bos . Foubert. Brandicourt
Rouffel. Laffite , pere de l'enfant.
2. vel.
A
JUIN. 1726. 1361
*******************
A MADEMOISELLE
***
JE
STANCES.
Je voudrois aimer à mon tour,
E
Je fuivrois vos confeils , mais je n'ofe m'y rendre
:
On a moins de plaifir à ceder à l'Amour ,
Qu'on n'a de peine à s'en défendre .
On refout aisément une jeune beauté ,
A fouffrir des Amans , attentifs à lui plaire ,
Et toute la difficulté
Eft fur le choix qu'il en faut faire."
Nous laiffons toucher notre coeur ;
Il ne faut pas trop nous contraindre ?
Ce n'eft pas l'Amour qui fait peur ,
Mais les Amans qui font à craindre,
添
Si nous faisons des mécontens ,
Ils font la cauſe de leurs peines ;
2. vol.
Et
1362 MERCURE DE FRANCE.
Et s'il n'étoit point d'Inconftans ,
Il ne feroit point d'inhumaines .
Quand,foumis à nos pieds, vous venez nous flatter
,
D'une fûre & pleine victoire ,
Quel plaifir de vous écouter !
Quel chagrin de n'ofer vous croire !
A peine fommes- nous d'accord ,
Que vos voeux inconftans viennent troubler la
fete ;
Vous ne pouvez aimer que jufqu'à la conquête,
Nous voulons par malheur aimer jufqu'à lª
mort.
Ne nous blâmez donc point d'être pour vous
trop fieres ,
C'est vous qui nous y contraignez.
Nous louffrons toujours les premieres ,
Les rigueurs dont vous vous plaignez.
D'un nouvel Amant qui ſoupire ,
D'abord on fe trouve aſſez bien ;
2. val.
Mais
JUIN. 1726. 1363
Mais le meilleur ne vaut plus rien ;
Dès qu'il a tout ce qu'il defire .
M
C'eſt ainfique j'ai vû trahir ,
La jeune Amarillis & la credule Aminte ;
Gueriffez- moi de cette crainte ,
Al'Amour auffi-tôt je confens d'obéir.
HEM. MA YAMAMAMINTENSE
OMICOFECOMIC
EXTRAIT des Memoires lûs par M. de
Reaumur à la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences
.
Mar
R de Reaumur fit paroître à la
fin de 1722. un Ouvrage , dont
nous rendîmes compte dans le temps ,
qui a pour titre : L'Art de convertir le
Fer en Acier , & l'Art de faire des Ouvrages
de Fer fondu , auffi finis que de
Fer forgé. Le premier de ces Arts eft en
ufage depuis long -temps dans quelques
Pays étrangers ; mais on y a eu tant de
foin d'en tenir les pratiques cachées
qu'elles étoient reftées inconnuës. M.de
Reaumur a découvert & publié les principes
de cet Art , qui commence à faire
des progrès dans le Royaume ,
& il ne
2. vol.
paroît
1364 MERCURE DE FRANCE
paroît pas qu'il ait trouvé rien à ajoûter
aux préceptes qu'il a donnez ſur cette
importante matiere .
Pour l'Art de faire des Ouvrages de
Fer fondu , auffi finis que de Fer forgé , il
eft abfolument nouveau; on trouve tout au
plus des traces des tentatives , qui ont été
faites pour le découvrir. On le regarda
comme devant être d'une grande utilité
au Public. Auffi le Czar , attentif à faire
pafler dans les Etats tout ce qui pouvoit
leur être avantageux , fit traduire l'Ouvrage
entier en Langue Ruffienne , &
fit prier M. de Reaumur , de donner les
éclairciffemens neceffaires à des Ruffiens
qu'il lui envoyeroit pour recevoir
fes inftructions , s'il vouloit bien en
prendre le foin. Cet Art a pour objet
de faire à très bon marché les plus beaux
Ouvrages de Fer , d'en executer qu'on
n'a jamais ofé entreprendre , a caufe des
fommes qu'ils euffent coûté. Il embraffe
tout ce qui a rapport à la décoration
exterieure des Bâtimens , & une infinité
d'Ouvrages qui fervent à en rendre l'interieur
plus fûr , & plus orné , comme
les Serrures , les Verroux , les Targettes
les Feux , les Luftres , & c. Enfin ,
il donne les moyens de fondre en Fer &
en Acier , prefque tout ce qu'on a été
obligé de fondre en Cuivre jufques ici .
2. vol.
Nous
JUIN. 1726. 1365-
Nous donnerons dans le Mercure prochain
une ample annonce des Ouvrages
de tous ces differens genres qu'on trou
ve actuellement à Paris. Quoique le Livre
que M. de Reaumur publia en 1722 .
enfeigne les pratiques , qui mettent en
état d'éxecuter à bon marché tous ces
Ouvrages , il a cherché à les rendre encore
plus faciles .
Le fuccès de fes recherches a été tel ,
qu'elles ont fait vieillir un Art qui ne
faifoit prefque de naître. Le premier des
deux Memoires qu'il lût , donna une idée
generale du nouvel Art qu'il doit rendre
public ; comme ce Memoire n'eft qu'un
Extrait que le peu de tems de la durée de
l'Affemblée a même forcé de refferrer extrêmement
, il ne nous eft pas poffible de
le fuivre ; nous ferons feulement remarquer
un des avantages du nouvel Art fur
l'ancien. Les Ouvrages de Fer fortent
intraitables des moules , les limes , les
cifeaux , les burins n'ont aucune priſe
deffus. M. de Reaumur a enfeigné dans
fon premier Ouvrage , à adoucir par
des
recuits ces Ouvrages intraitables , au
point de fe laiffer travailler comme ceux
de Fer forgé. Dans le nouvel Ouvrage
il apprendra des procedez , au moyen
defquels les Ouvrages de Fer n'ont plus
efoin de ces recuits ; ils font doux , li-
2. vol. mables
1366 MERCURE DE FRANCE.
mables , réparables en fortant des moules
, comme le font ceux du Cuivre . Ce
ne font point des experiences faites en
petit qui ferviront de preuves , on en a
d'inconteftables dans les Ouvrages de toutes
efpeces que fait fondre journellement
une Manufacture confiderable , en fuivant
cette méthode .
Les recherches de M. de Reaumur
pour la perfection de fon nouvel Art ,
lui ont auffi valu des Obfervations de Phyfique
, qu'il n'avoit garde de laiffer
échapper. Aulieu de les indiquer toutes ,
il a crû qu'il valoit mieux en choiſir une
& la détailler. Elle fit la matiere du fecond
Memoire qu'il lût ; il avoit pour
titre ,
Que le Fer eft de tous les Métaux , celui
qui fe moule le plus parfaitement.
Il eſt bien fingulier que le Fer , qui juſqu'icy
n'avoit été jetté en moule que pour
des Ouvrages groffiers , prenne plus parfaitement
les impreffions du moule qu'aucun
autre métal . On auroit d'autant moins
lieu de s'y attendre , qu'il est très- rare"
que le feu le rende auffi fluide qu'il rend
les autres Métaux ; quelquefois on le verfe
fiépaix dans les moules , qu'on doute qu'il
y puiffe entrer ; cependant dans plufieurs
2. vol. citJUIN.
1726. 1367
circonftances pareilles M. de Reaumur
a obfervé qu'on tiroit des moules des
Ouvrages très - nets . Tous les Fondeurs
en Cuivre , & dans les autres Métaux ,
qui voyent pour la premiere fois des
Ouvrages de Fer fondu , font furpris de
les trouver fi parfaits avant d'avoir été
aucunement réparez.
M. de Reaumur avoue, que malgré tout
ee qu'il en avoit vû , il n'auroit pû accorder
au Fer la qualité de fe mouler plus
parfaitement que
les autres Métaux , jufqu'à
-ce qu'il eût reconnu qu'elle étoit
une fuite neceffaire d'une proprieté de
ce Métal , qui paroîtra bien étonnnante à
tout Phyficien.
L'Or , l'Argent , le Cuivre , l'Etain &
le plomb , étant rendus liquides, ont plus
de volume qu'ils n'en ont fous une forme
folide. La loi generale qui veut que tout
corps fe dilate à mefure qu'il s'échauffe,
le demande. M. de Reaumur a rapporté
les expériences neceffaires pour démon
trer que tous ces Métaux fuivent éxactement
cette Loy ; deforte que lorfqu'après
avoir été fondus , ils viennent à fe
figer , à fe durcir , ils diminuënt de volume
; le Fer , au contraire , en paffant
de l'état de fluide à celui de folide , acquiert
du volume. On n'avoit encore
obfervé dans la nature qu'un phénomene
vol.
2.
de
# 368 MERCURE DE FRANCE .
de cette efpece , l'Eau le fournits quand
elle fe durcit , quand elle ſe glace , ell
acquiert du volume ; mais ce phénomene
fait l'admiration & l'embarras des Phyficiens
; & comme M. de Reaumur l'a
fait remarquer , fi on avoit befoin d'en
trouver un pareil , il n'y a guéres d'apparence
qu'on eût été le chercher dans
le Fer.Il promet de donner l'explication de
la caufe de cette dilation du Fer dans un
autre Mémoire , il s'eft contenté dans ce-
-lui- cy de la prouver par des experiences
inconteftables , telles que celles -cy , que
le Fer en maffe furnage le Fer fondu ,
comme la glace furnage l'eau. Que dans
un Creufet qui eft fimplement rempli de
Fer fondu , quand le Fer vient à fe figer,
qu'il s'éleve au - deffus des bords de ce
Creufet , le contraire s'obſerve dans les
autres Métaux .
Or dès que le Fer fe gonfle pendant
qu'il fe fige , & qu'au contraire les autres
Métaux fe condenfent , il eft évident
qu'il fe doit mouler plus parfaitement ; ces
derniers fuyent les traits du moule dans
lequel ils ont été coulez , pendant que
-le premier les va chercher . L'effort qu'il
fait pour acquerir du volume , produit un
"effet femblable à celui de la main qui
preffe un cachet fur de la cire d'Èfpagne.
2. vol. M.
JUIN. 1726. 1369
M. Geoffroy le cadet , lut dans la même
Affemblée un Mémoire avec ce titre :
Differens moyens d'enflammer , nonfeulement
les Huilles eßentielles , mais
même les Baumes naturels , par les
Efprits acides.
Es premiers qui ont parlé de produire
de la flamme par le fimple
mêlange de deux Liqueurs froides font ,
Beccher & Borrichius . Ces Auteurs ont
publié qu'on allumoit l'Huille de Terebenthine
, qui eft une Liqueur Sulphureufe
, avec les efprits acides des Mineraux
, tels que les Eaux-fortes & l'Huille
de Vitriol.
Ces experiences ayant été tentées plufieurs
fois inutilement par les Chimiſtes,
pafferent pour fufpectes . Cependant Mrs.
Tournefort & Homberg firent voir à
l'Academie , l'un en 1698. & l'autre en
1702. que l'Esprit de Nitre bien déflegmé
, allumoit les Huilles effentielles des
Indes Orientales , telles que celles que
l'on tire des Bois de Saffafras , de la
Canelle & du Gerofle.
Dans un Difcours de Chimie , fait au
Jardin des Apoticaires en 1706. M. de
Rouviere le fils , en repetant les mêmes
2. vol.
ex1370
MERCURE DE FRANCE .
experiences en découvrit de nouvelles.
Entr'autres il alluma l'Huille Fetide
tirée du Bois de Gaïac , en y verſant de
fort Efprit de Nitre. Cette Experience
a cela de fingulier , qu'il s'éleve du fond.
du verre un corps fpongieux tout embrafé
, qui fait un fort bel effet.
M. Geoffroy le cadet aiant fouvent occafion
de renouveller toutes ces Experiences
pour des perfonnes de confideration
, s'attachoit à tirer un Efprit de
Nitre allez déflegmé, ou une Eau forte.
affez puiffante pour faire réüffir ces fortes
d'operations , qui font affez fujettes à
manquer.
Il avoit auff en vûë d'enflammer de
cette maniere l'Huille de Terebenthine ;
puifque c'étoit ce qui avoit donné occafion
à toutes ces recherches . Cette Huille
en effet doit avoir la même proprieté
que nos Plantes d'Europe , & celles
d'Afie , qui font toutes fulphureufes
Comme il s'agiffoit d'avoir un Esprit
de Nitre ou une Eau- forte , dont l'action
fuft affez vive pour produire cet effet
d'une maniere fùre , il en fit differentes
préparations, parmi lesquelles il choiſit
les plus fures & les plus commodes .
L'efprit de Nitre qui lui parut le plus
propre à ces fortes d'Experiences , fut
2. vol.
celui
JUIN. 1726. 1371
celui qu'il retira d'une diftillation où il
avoit mêlé une livre de forte Huille de
Vitriol fur trois livres de falpêtre. Quoique
cet Efprit allume affez vivement les
Huilles ellentielles des Plantes Aromatiques
des Indes , il ne produifoit point
le même effet avec l'Huille de Terebentine.
M. Geoffroi jugeant qu'il n'y avoit
point de préparations qui puffent rendre
fon Eſprit de Nitre plus déflegmé , fit
attention que Becher difoit avoir fait fon
experience avec l'Huille de Vitriol. Et
comme ces deux Acides , pris chacun à
part , n'avoient point encore réüffi à allumer
l'Huille de Terebentine , M.Geoffroy
effaya de les joindre enfemble.
Il fut fort fatisfait de cette épreuve ,
car le feu prit fur le champ à la matiere.
Il répeta depuis fort fouvent cette experience
avec le même fuccès.
En étant venu là par fes propres recherches
, il trouva dans un Recueil
d'Obfervations Chimiques de M. Hofman
, célebre Chimifte de Hall en Saxe ,
une préparation d'Efprit de Nitre , faite
à peu près comme celle de M. Geoffroy ,
mais dans une autre proportion, qui allume
tout feul l'Huille de Terebentine .
Pour tirer cette espece d'Eau - forte , on
prend demi livre de Salpêtre rafiné ,
2. vol. D bien
1372 MERCURE DE FRANCE.
bien fee , & autant d'Huille de Vitriol
très -rectifiée , que l'on mêle enſemble
dans une cornuë de verre , & que l'on fait
diftiller à un feu de fable très- doux. Cette
Liqueur acide differe des autres Eſprits
de Nitre , en ce que ceux - cy exhalent
des vapeurs rouges qui font particulieres
au Salpêtre , au - lieu qu'elle en répand
de blanches.
Il falloit s'affurer de la verité de cette
préparation ; car la Chimie ne s'eft perfectionnée
qu'en vérifiant avec foin des operations
annoncées quelquefois trop legerement
; ce qui n'a pas peu contribué à la
débarraffer d'une infinité de faits ou faux
où déguiſez,
M. Geoffroy entreprit donc de tirer
un Efprit de Nitre , à la maniere de M.
Hofman , & il y réuffit. Cet Efprit allume
l'Huille de Terebentine d'une maniere
plus prompte que ne le dit l'Auteur
même ; puifque, felon lui , il faut un
peu de temps & le fecours de quelque
agitation pour faire prendre feu à la matiere
; au lieu que M. Geoffroy produit
la flamme fur le champ en verfant cet
Elprit fur l'Huille de Terebentine.
Il rapporta enfuite toutes les autres
differences qui fe trouvent entre les Experiences
de M. Hofman & les fiennes .
Le Chimifte ne réüffit qu'en mettant les
2. vol.
deux
JUIN . 1726. : 1373
deux Liqueurs au poids d'une once chacune
dans des bouteilles larges & évad
fées , & M. Geoffroy les a faites à une
petite dofe , telle que celle d'un gros
dans un verre pointu. Il convient pour
tant que les operations font plus brillantes
quand on les fait en grand dans un
vaiffeau haut & large ; & c'eft ainfi qu'il
les a executées en plein air dans la Cour
du Louvre. L'Huille de Terebentine
prit feu fi fubitement , & avec une telle
exploſion , qu'on en fut extrêmement
furpris.
M. Hofman outre l'Huille de Therebentine
, n'allume avec fon Efprit aucunes
des Effences de nos Plantes d'Europe
, M. Geoffroy alluma l'Huille de
Geniévre , l'Huille qu'on tire de la diftillation
des Plantes Vulneraires ; il réüffit
de même avec l'Huille de Citron &
plufieurs fortes d'Effences. Bien plus ,
il n'a pas befoin de ces Effences , puifque
par fon mêlange d'Efprit de Nitre &
d'Huille de Vitriol , il embrafe la Terebentine
elle - même & les Baumes na
turels qui coulent des Plantes.
}
2. vola
Dij
RO
1374 MERCURE DE FRANCE ,
ROQUILLART ET PICQUE , PLAIDANS
EPIGRAMME.
Eux Chicaneurs , hagards, de maigre trogne,
Dvieux Vieux ennemis , le deux de l'an nouveau ,
Avec prefents s'en alloient à Valogne ;
L'un bien muni d'un Porc , l'autre d'un Veau.
J'aurai raiſon moyennant ce morceau ,
Dit Roquillart , contemplant fa Geniſſe ;
Si je ne gagne en donnant tel Pourceau ,
Morgué , dit Picque , il n'eſt plus de juſtice.
*******************
OBSERVATIONS fur la Colomne
anique de Cuffy en Bourgogne. Par
M. de Mautour.
Left affez furprenant que de tous
ceux qui ont décrit la France ou fes
Antiquitez , aucun n'ait jamais fait mention
de cette Colomne. Cependant après
l'avoir vûë & éxaminée moi- même fur
les lieux en 1722. j'ay crû qu'elle méritoit
d'être connue par le deffein que
l'on m'avoit envoyé, & que j'ay com-
2. vol . muTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
fam
Ca
m
i
E
3
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
E
JUIN. 1726. 1375
muniqué au R. P. Dom Bernard de Monfaucon.
J'en donnai en 1724. une explication
que j'avois faite , telle que les Mémoires
que j'ai recueillis & mes conjectures
m'ont fourni , n'y ayant aucune
infcription qui puifle apprendre le fujet
& l'époque de ce Monument , c'eft peutêtre
la raison pour laquelle l'on n'en avoit
point vû jufqu'à prefent de Deſcription
publique. Voici cette Colomne gravée
en taille-douce :
Le Village de Cuffy ou Cuffey la Colomne
, Cuffeium de Colomna en Bourgogne
, ainfi nommé pour le diſtinguer de
Cuffy le Châtel & de Cully les Forges,
dans la même Province , eft ſitué dans
un Pays rempli de Bois & de Montagnes ,
à une petite lieue du Village d'Ivry , paffage
de la Diligence de Châlons à Paris ,
à deux lieues de la Montagne de S. Romain
, à pareille diftance de celle de la
Rochepot , & environ à cinq lieuës de
la Ville d'Autun .
Au fortir du Village de Cuffy , à deux
portées de moufquet , l'on apperçoit cette
Colomne qui s'étend fur la droite jufques
à des terres labourables que l'on
nomme les Chaumes d'Avenet , & qui
bordent une chaîne de Montagnes , fur le
penchant de laquelle il y a un Bois appellé
le Bois du Deffend .
D iij Cette
2. vol.
1376 MERCURE DE FRANCE .
le
Cette Colomne étoit beaucoup plus éle
vée qu'elle n'est à prefent ; parce que
temps en a détruit une partie par le haut.
Mais en ce qui fubfifte encore , elle a
trente pieds environ de hauteur . Elle eſt
compofée de quatre principales parties.
A les examiner chacune en détail , l'on
voit que les ornemens & les proportions
de l'Architecture ont été affez obfervez
par rapport au temps de la conftruction
de ce Monument ; car à confiderer les
Colomnes antiques & ifolées que le temps
nous a confervées , comme celle de Pompée
à Alexandrie , celle de Trajan & de
Marc-Aurele à Rome , & de Théodofe
à Conftantinople , on verra que celle de
Cuffy eft un Ouvrage affez fingulier &
peu conforme au goût de la belle Antiquité.
Mais fans entrer dans la difcuffion de
cette difference , je remarquerai feulement
que la premiere Piece de ce Monument
confiſte en une baze ou un focle
maffif , nud & quarré , ayant quatre faces
égales , un peu concaves , & terminées
aux angles par quatre pans couppez. La
feconde partie au - deffus eft le pied d'efta'
C'est une grande pierre octogone
ayant huit faces égales , qui font autant
de niches , dans chacune defquelles il y
a une Figure en bas relief, que les inju-
2. vol. res
JUIN. 1726 . 1379
res du temps ont un peu effacées. Ces
Figures au nombre de huit réprefentent
des Divinitez Payennes avec des attri
buts. L'on croit appercevoir Saturne
ayant les mains enchaînées , Hercule , Jupiter
, Junon , Pallas , Hebe qui prefente
à manger à l'Aigle de Jupiter , & ayant
un Cafque en tête pour défigner qu'elle
avoit époufé Hercule , Adonis ayant un
Chien à fes pieds , & Venus diftinguée
par une Coquille qu'elle tient dans chaque
main , nommée par les Latins Venus
Marine , & par les Grecs Anadyomene.
Sur ce Pied- d'Eftal eft pofée une
Corniche en faillie , d'un bon goût d'Architecture.
Elle eft compofée de fon ar
chitrave & de fa frife , ornée de mo
dillons en confolles & de rofettes entredeux
.
Enfin fur cette Corniche eft une baze
attique réguliere , accompagnée d'un
plinthe à huit pans coupez , fur lequel
eft élevé le fût de la Colomne qui elt
compofé de plufieurs pierres jointes l'une
fur l'autre. Sur les premieres eſt une
efpece de Mofaïque ornée de fleurons
quarrez difpofez en lozanges . Celles qui
fuivent font fculptées en écailles de poiffon
ou feuilles de Lierre renverfées. Au
deffus de la derniere de ces pierres on
voit deux troux où il y avoit des cram-
D iiij
2. vol.
pons
1378 MERCURE DE FRANCE . pons
de fer pour
lier & en attacher
d'autres
qui achevoient
toute
la hauteur
du
fût
de la Colomne
, lequel
ayant
deux
pieds
de diametre
, devoit
avoir
, ſelon
les regles
de proportion
, vingt
pieds
de
hauteur
, fans
compter
le refte
de l'Ouvrage.
Dans le Cimetiere de la Paroiffe l'on
voit une partie d'une grande & large
pierre qui a été tranfportée depuis longtemps
, & que par la Tradition du Pays
on croit avoir fervi de chapiteau à la Colomne.
Ce qui en fait douter , c'eſt que
l'on n'a jamais vû de Colomne antique
ainfi terminée , à moins que cette pierre
n'ait été employée pour couronnement
à tout l'Ouvrage & au-deffus même du
chapiteau ; ce qui le fait juger , c'eft qu'elle
eft figurée comme une Coquille renevrfée
, ayant huit eſpeces de canelures,
quatre grandes & quatre petites , difpofées
comme des égoûts pour écouler les
eaux, & dont chaque côté & tout le diametre
répondent à l'applond & au renfoncement
des quatre faces concaves &
ainfi qu'aux quatre pans coupez de la
premiere baze. C'est ce que l'on peut
voir dans le Deffein gravé dans les Antiquitez
du R. P. de Montfaucon , T. II.
du Supplement .
J'ajoute à ces Deſcriptions les circonf-
2. vol.
tances
JUIN. 1726. 1379
tances fuivantes dont j'ay été informé par
M. Cottin , Curé de Monceau , du voifinage
de Cuffy & autres. Au pied de
la Montagne où eft le Bois du Deffend
& dins les Chaumes d'Avenet dont j'ay
parlé , ainfi que dans un Champ défriché
depuis quarante ans au bas du Village de
Monceau , fitué fur une hauteur , à un
quart de lieuë de la Colomne , l'on a
trouvé & l'on trouve encore en labou
rant la terre ou en la creufant pour faire
des Fourneaux , plufieurs Tombeaux de
pierre pleins de cendres ou d'Offemens
humains & quantité de Médailles Romaines
du haut & du bas Empire , mais
beaucoup plus de ce dernier.
En l'an 1700. deux Gentilshommes
de Bourgogne ayant eû la curiofité d'aller
visiter la Colomne de Cuffy , firent
fouiller la terre aux environs par des
Païfans. Ils découvrirent plufieurs Offemens
de corps humain , des Médailles antiques
& des Figures de bronze de la
hauteur de quatorze poulces. Ces Figures
qui étoient des Dieux Lares ou Domeftiques
, dont ils ne connoiffoient point
le mérite , furent envoyées à Paris à un
Brocanteur qui les acheta pour les revendre
& l'on n'a pas fçû ce qu'elles font
devenues . C'eft ainfi que l'ignorance d'un
côté , & de l'autre l'avidité du gain , laif
2. vol. Dy fent
1380 MERCURE DE FRANCE .
fent échaper fouvent des curiofitez qui
ferviroient à l'Hiſtoire antique .
En 1703. Un Magiftrat du - Confeil,
qui a une Terre dans le voisinage de
Cuffy , eut auffi la même curiofité. Il fit
ouvrir & creufer la terre au pied de la
Colonne. L'on trouva à quatre ou cinq
pieds de profondeur , trois Tombeaux de
pierre , qui renfermoient des offemens
de corps humains tout entiers , ayant audeffus
de leur tête des Médailles Romaines.
L'on trouva auffi dans la terre la
Jame d'une épée antique de la longueur
de deux pieds , une garde de cuivre , des
efpeces de boucles de ceinturon de métal ,
des miroirs d'acier , & beaucoup d'autres
choſes.
De toutes ces circonftances que je viens
de rapporter , que peut -on conclure , finon
qu'il faut qu'il y ait eu autrefois
dans la Plaine de Cuffy , une Bataille
qui ait donné occafion au vainqueur d'élever
cette Colonne , qui fubſiſte encore
aujourd'hui en partie.
- Pour tâcher d'en découvrir le fujet ,
il eft à remarquer que dans le nombre
des Médailles que l'on a trouvées , il y
en a beaucoup plus de celles du bas Empire
qui reprefentent les Empereurs
Gallien , Claude le Gothique & Tetri
cus. Or au défaut d'infcription , & en
2. Woll
cons
JUIN. 1726. 1381
conciliant ces Médailles avec l'Hiftoire ,
l'on peut déterminer le fujet & l'épo
que de ce monument , qui doit être du
milieu environ du troifiéme fiecle , tems
auquell'Architecture & la Sculpture n'avoient
pas encore dégenerés mais auffi
qui précedoit celui auquel le goût Gothique
avoit commencé à s'établir , enfuite
de l'irruption generale des Barbares
dans l'Italie & dans les Gaules .
On fçait que fous le regne de Gallien,
1'Empire Romain fut divifé & poffedé
par plufieurs Ufurpateurs , furtout dans
les Gaules. Car l'an 2 57. de l'Ere Chrétienne
, après la mort de Pofthume tué à
Mayence , Lollien , Marius , Victorin ,
Tetricus , du vivant même de Gallien
ufurperent le titre d'Empereur , & ce fut
vers la fin de la même année , que Tetricus
prit la pourpre à Bordeaux , & ſe
rendit maître d'une grande partie de la
Gaule.
L'année fuivante 268. Gallien fut tué
devant Milan . Claude lui fucceda , &
fut élû à Pavie en 269. Il regna un peu
plus de deux ans , fuivant l'opinion la
plus commune des Hiftoriens.
Dès le commencement de fon Regne ,
les Gots , avec une Armée formidable
vinrent piller & ravager la Thrace` , la
Macedoine & l'Illirie. Avant que ces
2. vol. D vj Bar1382
MERCURE DE FRANCE:
Barbares euffent penetré dans les Pro- Sena
vinces qui confinent l'Allemagne , du cô- co
té de l'Italie , Claude fe mit en devoir de
les aller combattre ; & voulant paffer par
l'Allemagne , dont les Peuples , toûjours
ennemis des Romains , s'oppoferent à foa
paffage , il les vainquit & les défit entierement
proche le Lac de Garde , à l'entrée
de l'Allemagne , ainſi qu'il eſt rapporté
par Aurelius Victor , Auteur du
quatrième fiécle. Cette premiere Victoire
merita à Claude le titre de Germanique
, avec celui de Gothique , comme on
le remarque fur fes Médailles . Ainfi
pourſuivant la route , & étant parvenu
à la tête d'une Armée victorieuſe , juf
ques dans les Provinces que les Goths
ravageoient , il les défit proche de la Ville
de Naiffus dans la haute Mafie.
Mais durant cette expedition , la Ville
d'Autun , qui étoit dans le parti de
Claude & toujours fidelle aux Romains
,fe revolta contre Tetricus , qu'elle
regarda comme un Ufurpateur. Elle
appella Clau le à fon fecours. Ce Prince
, plein de valeur , & qui le préparoit
à combattre ailleurs pour la gloire de
Rone , ne put venir en perfonne au fecours
d'Autun & des Autunois .
Zonare rapporte que cet Empereur ,
ayant appris l'irruption des Goths , &
C
2. vol.
le
JUIN. 1726. 1383
le Senat déliberant s'il falloit qu'il marchât
contre eux ou contre Tetricus ( qu'il
Eaut lire ainfi dans Zonare , au lieu de
Pofthume , qui étoit mort pour lors , fuivant
la correction de M. Triftan de faint
Amant & de M. de Tillemont . ) Ce
Prince répondit , que la guerre de Tetricus
étoit veritablement la fienne , mais
que celle contre les Goths étoit celle
du Public & de l'Empire Romain , dont
il préferoit l'interêt au lien propre.
Cependant Tetricus affiegea la Ville
d'Autun ce Siege dura l'efpace de fept
mois , pendant lequel les Habitans fouffrirent
tout ce que la famine a de plus
affreux , & furent enfin contraints de fe
rendre. C'est un fait que l'on apprend ,
quoique fuccinctement, d'Eumenius dans
fon Panegyrique à Conftantin , au nom
des Habitans d'Autun , où en lui parlant
de Claude, il lui dit . Atten le, quafo , quantifit
, Imperator , quod Divum Claudium
parentem tuum , ad recuperandas Gallias
primi follicitaverunt , expectanteſque ejus
auxilium , feptem menfibus , claufi , &
omnia inopia miferan la perpeſſi , tum demùn
irrumpendas rebellibus Gallicanis
portas reliquerunt ; cùm fefſi obfervare
non poffent. C'est dommage que cet Qrateur
, ou quelque Hiftorien , ne nous ait
rien appris du détail de ce Siege , mais ,
2. vol. ayant
2
1384 MERCURE DE FRANCE.
,
ayant duré l'espace de fept mois , il eft
préfumer , qu'il y eut pour traverſer ce
Siege des actes d'hoftilité ou une bataille
, entre ceux du parti de Claude , &
ceux du parti de Tetricus dans la
Plaine de Cuffy , à cinq lieues d'Autun ,
& que l'un de ces deux partis victorieux
de l'autre , a fait ériger cette Colonne.
Car , foit qu'un fecours foit venu , ou
par ordre de Claude , ou par ordre du
Senat , peut on douter que des Legions
Romaines , qui étoient prépofées pour la
garde des frontieres des Gaules du côté
de l'Allemagne & du Rhin , ne fe foient
jointes au Peuple Autunois , Alliez des
Romains , & dont la contrée , jadis celle
des Eduens , comprenoit le territoire de
Cuffy & des environs ; & puifque , felon
les termes de l'Orateur Eumenius , les
Habitans d'Autun furent contraints de livrer
leur Ville aux rebelles Gaulois , rebellibus
Gallicanis portas reliquerunt.
Il faut croire que ce fut Tetricus qui
fut le vainqueur du parti oppofé , dans la
Plaine de Cuffy où l'on fit conſtruire
cette Colonne comme monument de fa
victoire , & que quelques- uns de fes Generaux
, qui avoient peri dans le combat,
furent inhumez au pied de la Colonne,
ainfi que beaucoup d'Officiers & de Soldacs
, dont on voit les tombeaux répan
,
12. vol .
dus
JUIN. 1726. 1389
lus en plufieurs endroits aux environs
de la Colonne .
On fçait que Tetricus furvêquit Claude
de beaucoup , & que fon Regne dura
l'efpace de dix ans , au bout defquels s'étant
foumis volontairement à l'Empereur
Aurelien après la défaite de Zenobie ,
cet Empereur lui donna le Gouvernement
des plus grandes Provinces d'Italie
, & le traita toûjours avec honneur .
11 fut même deifié après fa mort , comme
on le voit dans fes Médailles , par
le Senat . Ainfi ce monument de la Colonne
de Cuffy aura fubfifté toûjours
comme une marque publique des premieres
victoires de Tetricus dans les
Gaules .
aaaaaaa
Peinture Poëtique du Poëte Lainez.
9
[N Ruifeau -m'endormoit en tombant dans
UNla
Seine ,
Mille oifeaux m'éveilloient & ranimoient ma
- veine ,
I J
Une aurore naiffante éclairoit un chemin ,
J ( )
D'où le Zephir & Flore avec leur douce halei
ne ,
Faifoient neger fur moi la Rofe & le Jafmin :
2. vol.
L'ap
1386 MERCURE DE FRANCE.
J'apperçus tout -à- coup la Beauté que j'adore ,
J'oubliai les Ruiſſeaux ,
Je n'ouis plus d'Oiſeaux ,
Je ne vis plus de Flore,
De Rofes , de Jaſmins , de Zephir , ni d'Aurore
.
XX:XXXXXX :XXXXXXX
LETTRE écrite de Paris , par M. Sully
, le 15. Juin 1726. aux Auteurs
du Mercure de France , fur les Longitudes
.
V
Ous avez déja annoncé dans vos
Mercures de Decembre & d'Avril,
un petit Ouvrage que j'ai donné au Public
, fous le titre de Defcription abregée
d'une Horloge d'une nouvelle invention ,
pour la plus jufte meſure du temps fur
mer , avec une Differtation fur la natu
re des tentatives pour la découverte des
Longitudes dans la Navigation , qui ſe
vend chez Briaffon , rue S. Jacques ;.
on en a donné un Extrait dans le Jour
nal des Sçavans au mois de Juin , & peut.
être en verra - t - on bien tôt un autre dans
les Journaux de Trevoux.
J'ai donné cette Deſcription au Public,
dans le deffein de fatisfaire la curioſité
2. vol.
des
JUIN 1726. 1387
=
des perfonnes ingenieufes , fur une invention
qui pourra n'être pas indifferente
pour l'utilité publique ; & comme
je fçai que les Auteurs font allez
fujets à s'aveugler fur leurs propres inventions
, j'ai pris le parti d'expofer le
plutôt que j'ai pû ce que j'ai executé à
la critique des Sçavans fur ces matieres,
dans la vûë de profiter des lumieres
qu'on pourra me donner, ou de répondre
aux objections qu'on me pourroit faire,
Entre les obftacles qui pourront encore
s'oppofer au fuccès que j'ai quelque lieu
d'efperer, ce n'en eft pas le moindre queles
préjugez , qui font fi fort répandus dans
le monde , contre la poffibilité de trouver
les Longitudes en mer par quelque moyen
que ce foit . On ne trouve prefque par
tout , que des gens qui mettent au pair ,
la recherche de la Quadrature du Cercle
de la Pierre philofophale , du Mouvement
perpetuel , & des Longitudes ;
& on ne rencontre que rarement ceux
qui fçavent diftinguer les principes fur
lefquels roulent chacune de ces recherches.
On a vû , dit- on , nombre de fous
& d'ignorans dans la pourfuite de pa
reilles découvertes , & toujours fans fuccès
; pourra - t -on fe mettre dans l'efprit ,
que des gens fenfez & capables de faire
quelque chofe d'utile , donnent dans ces
2. vol.
fortes
1388 MERCURE DE FRANCE
fortes d'entrepriſes chimeriques & ri
dicules ? Il n'eft pas aifé de déraciner ces
préjugez de l'efprit de ceux qui en font
imbus de bonne foi , & on ne peut pas
en conſcience exiger des honnêtes gens,
qui ne font occupez que de leurs affaires
, ou de leurs plaifirs , d'apprendre
de propos deliberé , ce qu'il leur faudroit
fçavoir pour entendre feulement
une propofition de cette nature , & pour
en juger.
J'ai donné dans ma Differtation quelques
éclairciffemens fur cette matiere ,
qui pourront faire plaifir à ceux qui ne
font pas au fait de la queftion , & qui tendent
à affoiblir les préventions mêmes
les mieux fondées , contre la poffibilité
de la chofe ; peut - être feront- ils leur effet
: mais à preſent , Meffieurs , je crois
mieux faire ; je viens muni d'une autorité
, qui juftifie à la fois & mes recherches
& mes raiſons.
la
J'ai fçû depuis long- temps , que l'Angleterre
& la Hollande avoient propolé
des récompenfes confiderables pour
découverte des Longitudes fur mer , &
j'ai cité autant que j'en fçavois , page 21.
de mon Livre ; mais ce n'eft que depuis
peu que l'Acte de Parlement d'Angleterre
fait à ce fujet , m'eft tombé entre
les mains. Je l'ai traduit en François , &
2. vol.
je
JUIN. 1726. 1389
je vous l'envoye , Meffieurs , pour que
vous l'inferiez , fi vous le voulez bien ,
dans votre Mercure .
Les motifs énoncez dans cet Acte , me
paroiffent fuffifans pour perfuader ceux
qui ne le fçavent pas déja , que la recherche
des Longitudes n'eft pas une entreprife
ridicule , & les fages & genereufes
difpofitions qu'on y voit ne font pas
moins propres pour encourager ceux qui
travaillent à cette recherche avec connoiffance
de caufe. Au refte , je ne doute
pas , Meffieurs , que les Curieux ne
vous fçachent gré de la publication de
cette Piece , qui fait honneur au Gouvernement
de l'Angleterre , & qui merite
d'être imitée par toutes les autres
Puiffances maritimes. Je fouhaite du
moins qu'elle donne lieu à quelque Sçavant
, de vous communiquer les particularitez
de ce que les Etats , ou les Amirautez
d'Hollande ont fait fur ce fujet.
Ce feroit faire honneur à ce fage & floriffant
Etat. Je fuis , & c.
2. vol. Anno
1390 MERCURE DE FRANCE .
Anno duodecimo .
ANNA REGIN E.
'Acte de Parlement , pour récompenfer
publiquement quiconque découvrira
la Longitude en mer.
De
Autantqu'il eft bien connu à tous ceux que
entendent bien la Navigation , que rien n'y
manque tant , ni n'eft autant defiré fur mer que
la découverte de la Longitude pour la fureté &
pour l'expedition des Voyages , & pour la confervation
des Vaiffeaux & la vie des hommes :
& dautant que fuivant le jugement d'habiles
Mathematiciens & Navigateurs , plufieurs methodes
ont été déja découvertes , vrayes dans
la Theorie ; quoique difficile dans la pratique,
dont il y en a quelques unes , lefquelles il y a
lieu d'efperer qu'elles pourront être perfectionnées
, quelques autres peut -être déja découvertes
, qui pourront être propofées au Public : &
dautant qu'une telle découverte feroit d'un avan
tage particulier au Commerce de la Grande Bretagne
, & feroit honneur à ce Royaume ; mais ,
qu'outre la grande difficulté de la chofe en ellemême
, foit faute de quelque récompenfe publique
propofée pour un Ouvrage fi utile & fi avantageux
, foit faute d'argent pour faire les épreu
ves & les experiences neceffaires . que les inven
tions jufqu'ici propofées n'ont pas été affez perfectionnées
; pour ces caufes , foit ordonné par
7. vol. l'auJUIN.
1726 . 1391
l'autorité de la Reine , & de l'avis des Seignents
Spirituels & Temporels , & des Communes aftemblées
en Parlement , que les perfonnes cyprès
nommées , foient conftituées Commiffaies
perpetuels pour la découverte des Longitudes
en mer , & pour examiner , effayer , & juger de
toute invention ou propofition qui leur pourra
être fait. Sçavoir :
I. Le Grand Amiral de la Grande Bretagne,
ou le premier Commiflaire de l'Amirauté.
2. L'Orateur de la Chambre des Communes.
3. Le premier Commiſſaire du Commerce.
4. 5. 6 Les trois Amiraux des Eſcadres ,
Rouge , Blanche & Bleue.
70 Le Directeur de la Maifon nommée de la
Trinité.
8, Le Préſident de la Societé Royale,
9. L'Aftronome Royal de l'Obfervatoire
Royale de Greenwich ."
11. 12. 13. Les trois Profeffeurs de Mathematique
, Savilien , Lucafien , & Plumien , des
Univerfitez d'Oxford & de Cambridge.
13. Les Comtes de Pembroc & de Mongomery.
14. Phillippe , Lord , Evêque de Hereford.
15. George , Lord , Evêque de Briſtol.
16. Thomas , Lord Trevor.
17. Le Ch Thomas Hanmer , Baronet,
18. François Roberts , Ecuyer.
19. Jacques Stanhope , Ecuyer .
20. Guillaume Clayton , Ecuyer.
21. Guillaume Lowndes , Ecuyer.
Soit ordonné par l'autorité fufdite , qu'un
nombre de ces Commiffaires , qui ne fera
pas moindre que cinq, aura plein pouvoir de
jouir & recevoir toute propofition qui
vol.
leur fera
faite
1392 MERCURE DE FRANCE .
faite pour la découverte des Longitudes en
mer.
Et lorfque les Commiffaires feront affez fatisfaits
de la probabilité d'une telle découverte
pour la juger digne qu'on en faffe l'expérience ,
ils le certifieront fur leurs fignatures aux Commilaires
de la Marine , avec le nom de l'Auteur
& la fomme que lefdits Commiſſaires pour
les Longitudes jugent devoir être avancée pour
faire les experiences propofées , laquelle fomme
pourvu qu'elle n'excede pas (4) 20co . livres Serlings
, le Tréforier de la Marine eft requis par
l'autorité de ce prefent Acte , de payer à vûë
du Certificat ratifié par les Commiſſaires de la
Marine , ce qui leur eft auffi enjoint de faire par
l'autorité fufdite.
Il eft de plus ordonné par la même autorité ,
qu'après telles experiences faites , les Commiffaires
nommez par cet Acte , à la pluralité des
voix , déclareront & détermineront jufqu'où la
chofe expérimentée s'eft trouvée praticable &
jufqu'à quel degré de juſteffe .
If eft de plus ordonné par la même autorité
que pour fuffisamment encourager ceux qui pourront
tenter utilement la découverte des Longitudes
, la perfonne qui y aura réüffi ou fes ayans
caufe , autont droit aux récompenſes ſuivantes ;
fcavoir
A la fomme de (b ) 10000. livres sterlings , fi
la méthode trouvée fert à déterminer la Longitude
à un degré près d'un grand cerclę , cũ à
60. milles Geographiques près.
A la fomme de (c) 15000. liv . fterlins , fi la
(a) 2000. livres fterlins à 15. francs la livre
fterlings , font 30000. liv.de France.
(b) 130000. liv. de France.
(c) 225000. livres de France .
?
2. vol.
mé
JUIN. 1726. 1393
méthode trouvée fert à déterminer la Longitu
de à deux tiers de cette distance ou à 40. milles
Geographiques près.
Et à la fomme de ( 6 ) 20000. liv fterlings , f
la méthode trouvée fert à déterminer la Longi
tude pour la moitié de cette diſtance ou à 30 .
milles Geographiques près .
La moitié de chacune de ces fommes refpectives
fera payée auffi - tôt que les Commiflaires
cy- deffus , ou la pluralité d'eux conviendront ,
que la méthode trouvée s'étende à la fureté des
Vaiffeaux , à la diſtance même de 80. milles
Geographiques près des Côtes , qui font les lieux
où il y a le plus grand danger , & l'autre moitié
fera payée lorsqu'un Vaifleau aura par l'ordre
defdits Commiffaires fait un Voyage fur l'Ocean
, de quelque Port de la Grande Bretagne
à quelqu'autre Port de l'Amerique , au choix
defdits Commiffaires , fans avoir par ladite méthode
perdu la Longitude au- delà des limites
cy-deffus prefcrites ; & ces fommes feront payées
fur les Certificats defdits Commiffaires.
Il eft de plus ordonné par la même autorité ,
que fi l'invention ou methode propofée ne répondoit
point dans l'experience aux conditions cydeffus
, elle fe trouve pourtant dans le jugement
des Commiffaires , de quelque utilité confiderable
au Public , que même en ce cas l'Auteur d'une
telle invention ou méthode , aura le titre & droit
à telle moindre fomme que celle cy - deffus , qui
lui fera adjugée par lefdits Commiffaires & lui
fera payée de la maniere fufdite.
(b) 300900. livres de France .
2. vol.
LET'
1394 MERCURE DE FRANCE .
aaaaaaaaaaaaa
LETTRE de M. Vergier à M. L.
de M. 1690 .
Ue vous venez de m'apprendre une
Qagréable nouvelle , mon cher frere;
car je ne puis maintenant vous donner
ce nom , & qu'elle a bien frappé mon
coeur par fon endroit le plus fenfible :
vous aimant comme je fais , que pouvais
- je fouhaiter avec plus de paffion que
de vous voir dans le chemin où vous êtes
enfin entré ? Je me fuis fenti des entrailles
de pere , à la lecture de votre Lettre ,
me flattant que mon bon exemple n'a
pas peu contribué à vous engendrer en
Bacchus ; que j'aime à voir le zele que
vous me marquez ; cependant , & j'elpere
que vous voudrez bien me le pardonner
, je ne fçaurois m'empêcher de
m'en défier je fçai que les meilleures
actions ont fouvent des caufes vicieuſes,
& je crains que votre converfion ne ſoit
de ce caractere .
N'est - ce point , dites- moi , quelque tendre dépit,
Qui vous fait renoncer à l'amoureux Empire ?
Souvent on croit éteindre un feu qui s'affoupit ;
Mais à peine en air libre un moment on refpire ,
2. vol.
Qu'on
JUIN
. 1726 . 1398
Qu'on renoue un lien qu'à regret on rompit.
Notre Chronique n'eft remplie
Que de femblables Deferteurs ,
Qui,bi- tôt que l'Amour prefente une Amnistie,
Quittent l'Etendart des Buveurs
Un regard un peu fier fait fuïr leur coeur volage;
Un regard un peudoux dans l'inftant les rengage.
Confultez bien votre coeur & éx aminez
avec foin votre vocation avant que
de vous engager plus avant. Bacchus n'eft
pas un Dieu qui fouffre impunément
qu'on profane fes Myfteres , & l'éxemple
de Penthée doit vous faire trembler :
cependant fi votre converfion eft véritable
, & s'il n'y a plus à craindre en vous
que les fragilitez attachées à l'humaine
nature , vous pourrez les prévenir en
fuivant éxactement les préceptes que je
vais vous donner.
Si vous voulez vous conferver fidele
A ce Dieu , qui par fa Liqueur ,
Maintient la paix dans notre coeur
Déclarez à l'Amour une guerre éternelle ,
Fuyez , mais avec fermeté ,
Tout ce qu'on appelle beauté ,
2. vol. E Fuyez
1396 MERCURE DE FRANCE,
Fuyez même jusqu'à la laïde.
L'Amour fe fert de tout ; cet artificieux
Vous féduira peut- être à l'aide ,
D'une bouche édentée ou d'un oeil chaffienx ,
Votre vertu trop chancelante encore ,
Contre ce Sexe entier doit vous tenir armé ;
Sous cette fleur repoſe un Serpent qui dévore,
Quand vous ferez en grace confirmé ,
Ainfi que nous le
pouvons être ,
Nous vous en permettrons davantage peut- être ,
Peut-être même alors nous vous ordonnerons ,
Suivant la fermeté que nous vous trouverons ,
De joindre au vin quelque peu de tendrefſe ,
Une pointe d'amour affaifonne un repas ,
Pourvû qu'il n'y domine pas ;
Et que mettant à part , ennui , foupçon , triſteſſe,
On aime feulement pour boire à fa Maîtreffe.
Défaites -vous fur tout d'un vain entêtement ,
D'acquérir le furnom d'aimable & de charmant,
Ce fantôme leger autrefois prit naiffance
Au bord de la Garonne , & d'un cours véhement ,
Il s'étendit par tout prefque dans un moment.
Pour pere il eut l'orgueil , pour mere l'infolence,
3. 7. vol.
Ses
JUI N. 1726. I 397
Ses Soeurs font la legèreté ,
Le menfonge , la vanité ,
Il eft fans corps , & n'a que l'apparence.
Tant que de ce poiſon vous ferez infecté ,
De revivre en Bacchus , perdez toute efperance ;
Ce Dieu veut la fimplicité s
L'innocence , la verité ,.
Sont les feules vertus qu'il aime :
Du moment que vous le ſuivrez ,
Il vous rendra le maître de vous- même
A fa fuire vous trouverez
La joye & les plaifirs , les grandeurs & la gloire
Mais fi vous défirez être encore mieux inftruit
Des folides biens qu'il produit ,
Lifez feulement mon Hiſtoire.
EASEISEN Jkakakak *
TRAIT SINGULIER de l'Hiftoire
s de Mahomet IV.
A Challe a toûjours fait l'un des plus
Lgrands plaifirs des Princes Orien
taux , mais ces Princes font en chaffant
des dégâts funeftes , & ruinent des Pays
entiers , telle fut la Chaffe prodigieufe de
Genghifcan , Empereur des Mogols &
E ij Tar
2. vol.
1398 MERCURE DE FRANCE.
, Tartares dont nous avons donné une
/ curieuſe Deſcription dans notre Journal
du mois d'Octobre 1724.
+
Mahomet IV . fils d'Ibrahim , qui monta
fur le Trône en 1648. aimoit paffionément
la Chaffe. Suivant l'exemple des
Princes Mogols il faifoit venir quantité
de monde de quatre ou cinq lieuës
des environs du lieu où il vouloit chaffer
, pour entourer un grand efpace de
terrain , & l'enfermer fi bien qu'aucune
bête n'en pût échapper. Cela ne fe pouvoit
faire qu'en ruinant les Campagnes
& en fatiguant le Payfan , qui quittoit
fon travail pour entrer dans un autre
encore plus rude , fous lequel il fuccomboir
fouvent. Ces corvées prefque continuelles
firent enfin murmurer. Un Eunuque
qui étoit dans la faveur , ayant
pris un jour la liberté de réprefenter
au Sultan le grand préjudice qu'il
caufoit à fes Sujets , il fe mit en colere
contre lui ; & après quelques jours de
prifon , il le chaffa honteufement du
Serrail.
Le mal augmentant de jour en jour
le Grand Vifir & les Principaux Pachas ,
prierent le Mufti de lui en remontrer les
fuites . Le Mufti s'en deffendit d'abord,
& le fit enfin avec beaucoup d'adrelle &
2. vol.
de
JUIN 1726 1399
•
•
t
de ménagement . Il parla furtout au Sultan
de la coûtume de fes Prédeceffeurs,
qui prenoient plaifir à s'occuper à des
gentilleffes , & à travailler des mains ,
quand la guerre ou les affaires de l'Etat
le leur permettoient , ajoûtant que le
Sultan Amurath , fon oncle ,faifoit fort bien
des anneaux de corne pour tirer de l'Arc ;
7qu Ibrahim fon pere travailloit proprement
à des curedents & à d'autres petits
Ouvrages d'écaille de tortue ; que d'ailleurs
il étoit beaucoup plus honnête de
Vivre du travail de fes mains , que de la
fueur des Peuples, ce que la Loy deffendoit
-aux Princes Mafulmans; Il n'oublia pas
que la dépenfe de bouche de fes Ancêtres
, pour leur perfonne feule , ne ve
noit ordinairement que de leur travail ,
parce , dit- il , que quand ils avoient ache
vé quelqu'Ouvrage , ils l'envoyoient par
une grace particuliere à quelque Grand
de leur Cour , qui le recevoit avec
profond refpect & avec réconnoiffance :
le Porteur ayant dit, en le prefentant ,
que cet Ouvrage étoit de la propre main
du Grand- Seigneur , qu'il l'envoyoit vendre
pour le nourrir , celui à qui il étoit
adreffé envoyoit fur le champ quantité
de Bourſes , * fans compter la gratifica-
* Chaque Bourfe contient 15oo. livres de notre
Monnoye.
2. vol.
E iij tion
1400 MERCURE DE FRANCE.
<
*
&
2
cation qui étoit due au Porteur.
›
2
Le Grand- Seigneur diffimulant , témoi
gna au Mufti , qu'il avoit fouvent penfé
à ce qu'il venoit de lui dire , & qu'il
avoit un Métier en tête ; où il efperoit
de bien reüffit , dont on entendroit bientôt
parler. Quelques jours fe pafferent
fans le Grand Seigneur parlat d'aller
à la Chaffe , ce qui fit bien augurer
du fuccès de la remontrance . Mais enfin
ce Prince fortit du Serrail pour chaffer ,
il tua d'abord un Lievre d'un coup d'Arquebufe
, & àl'heure même il l'envoya
au Mufti par un Officier , avec ordre
de lui dire qu'il avoit fuivi fon confeil ; &
qu'ayant appris le métier de Chaſfeur ,
il lui faifoit prefent de la premiere piece
du fruit de fon métier , fui ordonnant
au furplus , de lui envoyer vingt Bourfes
,fans oublier les droits du Porteur. "
Le Mufti qui ne s'attendoit pas -à te
melage , reçût le Lievre avec de grands
témoignages de refpect & de joye , lil
envoya fur le champ foixante Bourfes
au G. 5. & en donna vingt à l'Officier.
2. vol. L'AIGLE
JUI N. 1726. 1401
L'AIGLE
ET LA PIE PROPHETESSE,
Ου
LES OISEAUX D'AUGURE.
E
ABLE
'N Aigle qu'un fonge inquiete ,
UN
Fait public dans fes Etats ,
Que,parmi les Sujets s'il fe trouve un Prophete ,
Qui puifle de fon rêve éclaircir l'embarras ,
Il paira graflement le nouvel Interprete
Auffi- tôt d'accourir de par tout maints Oiseaux ;
A bon titre paroît un Doyen des Corbeaux ,
Puis le Vautour, puis la Choüete ,
Tuis le Hibou fournois ; mais la Pie indifcrete ,
Tranche de la Sibylle , & comme faits conftans
,
C
Se vante d'annoncer la pluye & le beau temps.
Et qui n'eût crû la bonne babillarde ?
Bref à prophetiſer la belle ſe haſarde.
Montrez , dit- elle , un peu ce gros becq rabatu ,
2. vol. E iiij Cette
402 MERCURE DE FRANCE.
Cette griffe affilée , & cet ongle pointu ,
Ouvrez la patte ? Hé quoi ! voilà des doigts bien
croches ,
Et des
yeux
proches ;
bien hagards , võus foit dit ſans re-
Mais ça : voyons un peu la Conſtellation ,
Qui préfida fur, vous lors de votre naiſſance :
C'est justement le Signe du Lion.
Ah Ciel ! quelle noire influence !
Tant de meurtres , de vols , & d'autres attentats
2
Me paroiffent par vous commis dans votre Empire
,
« Que le Ciel irrité , puifqu'il faut vous le dire ,
Vous menace d'un prompt & funefte trépas !
Mais vous , Madame la caufeuſe ,
( Lui répondit l'Aigle en courroux :)
l'on ditpar tout une voleuſe ,
Vous que
Ce Ciel
que fera- t'il de vous ?
·
Moi ! dit- elle , jamais fur la gent volatile ,
Je n'ai porté de parricides coups ;
J'ai pû gruger par fois quelque petit reptile ,
Ma's ces vils animaux ne font faits que pour
nous ;
Partant j'efpere une fin bien tranquile ,
2. vol.
Et
JUIN.
1403 1726.
Et mon étoile me prédit ,
Que dans vingt ans je mourrai dans mon
nid .
Or , pour faire mentir le Prophete & l'Epoque
,
Apprenez ce que l'Aigle fit :
Il prend la Pie , & vous la crocque ,
Ton préfage , dit -il , ayant failli pour toi ,
Peut bien encor mentir pour moi.
De tout ceci , Caufeurs , voici la confequence
,
Il ne faut pas aux Grands dire tout ce qu'on
penſe.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
2. vol.
DEU1410
MERCURE DE FRANCE .
DEUXIE'ME ENIGME
JE
E ne fçaurois fervir fans un guide éclairé ,
Ma fille par fes foins va d'un pas meſuré ;
Mon corps étroit & long, toujours en efcla
vage ,
Eft expofé fans ceffe à tout vent , à l'orage ,
Tantôt la tête en haut , tantôt la tête en bas ,
De côté , de travers , cela n'importe pas ;
Selon le temps , le lieu , ma puiffance eſt bornée
:
De differens atours ma demeure eft ornée ;
Mes fujets fous mes yeux font rangez avec
art ,
Chacun felon fon rang , & ma poſture ,
Et fuivant un deſtin contraire à la Nature ,
La jeuneſſe a chez-moi le pas fur le vieillard ;
Au refte , remarquez , Lecteur , mon indulgence
,
Chacun a tour à tour ſon heure d'audience.
Par M. C. Germaiſe.
· 2. vol . TROL
JUI N. 1726. I4LX
TROISIEME ENIGME.
JE te prens E te prens par le nez , incorrigible yvrogne ,
Et par mainte tentation ,
Je fuis prochaine occafion ,
D'un peché qui rougit ta trogne :
Tu ne me connois bien , qu'en jouiffant de moi ,
Je fuis une Enigme pour toi.
Je crains , Lecteur , que tu ne t'imagine ,
Que je fuis la liqueur divine ;
Il eft vrai que jefuis fouvent pernicieux
>
Pour être trop délicieux.
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ETHODE très- ailée pour apprendre
MIOrtographe par principes à ceux
ou celles qui n'ont pas étudié le Latin ,
& utile aux perfonnes qui ont la connoiflance
des Belles - Lettres . Par le Sicur
Jacquier. A Paris , chez J. Joffe , Theodore
le Gras , & N. Piffot 1726. in 8.
de 232. pages.
2.vol. TRAITE
1412 MERCURE DE FRANCE
TRAITE de la Societé civile
& du moyen de fe rendre heureux ,
en contribuant au bonheur des perfonnes
avec qui l'on vit , avec des Obfervations
fur les Ouvrages renommez de Morale.
A Paris , rue Saint Jacques , chez
Giffart , Briaffon , Bordelet, 172 6. in 12 .
de 472. pages , fans la Preface & les
Tables.
REGLES pour travailler utilement à
l'éducation chrétienne des Enfans. A
Paris , rue S. Jacques , chez G. Defprez
& J. Defeffarts , 1726. in 1 2 .
RECUEIL de Poëfies diverfes, troifiéme
Edition , revue , corrigée , & beaucoup
augmentée. A Paris , ruë S. Jacques ,
chez Jacques Etienne . 1726. in 8. de
520. pages.
Jean Villette , fils , ruë S. Jacques , débite
actuellement les nouveaux Livres
fuivans imprimez en Hollande .
THEOLOGIE PHYSIQUE , ou Démonttration
de l'Exiftence & des Attributs
de Dieu , tirée des Oeuvres de la Créa
tion , accompagnée d'un grand nombre
de Remarques & d'Obfervations curieu
fes , par Guillaume Dorham , Recteur
2. vol.
a'UpJUIN
1726. 1413
d'Upminster , dans le Comté d'Effex , &
Membre de la Societé Royale , traduite
de l'Anglois. A Roterdam . 1726. 2. vol .
in 8. avec 24. Figures contenuës dans
une feule planche.
L'on trouvera che le même le TRATTE'
de l'Exiftence , & des Attributs de
Dieu , des Devoirs de la Religion naturelle
& de la verité de la Religion
Chrêtienne du Docteur Clark , 2. vol .
in 14
3
LE MISANTROPE . A la Haye , 172 6 .
2. vol. in 126
Le même Libraire avertit ceux qui ont foufcrit
pour les Negociations fecrettes de la Paix de
Munfter & d'Ofnabrug , que les Tomes trois
& quatre font achevez , & qu'il leur livrera
ces deux derniers Volumes quand bon leur femblera.
left dit dans le Projet de ladite foufcription
, donné au Public au mois de Mars 172 .
que les quatre Volumes auront 560. feuilles ,
& en cas qu'il y en ait plus , que l'on payera au
dernier payement un fol par feuille du furplus
Lefdits quatre Volumes ont à preſent 6 10. feuilles
ce
font to feuilles de plus , ainfi , au lieu
de 10. florins , ce font 13. florins 10. fols pour
le petit papier , & au lieu de 18. florins pour le
grand papier ce font 22. florins à payer , en rezirant
lesdits deux derniers Volumes.
REPONSES aux Objections fur divers
endroits d'une Brochure , qui a pourti-
2. vol. tre,
1414 MERCURE DE FRANCE.
tre , Explications nouvelles des mouve
mens les plus confiderables de l'Univers,
accompagnées de Dénonftrations par le
jeu de differentes Machines qui les imitent.
Par M. Mathulon , Docteur en Me
decine , in 4. 1726. A Paris , chez
Guillaume Debure , Quay des Auguf
2
tins.
Cette Brochure eft de 56. pages , avec
une Planche pour les Démonftrations
géometriques. L'Auteur , dans fes Ré
ponfes aux Objections qu'on lui a faites
fur l'Ouvrage qu'il a déja donné au Pu
blic , entreprend de démontrer parki
tement & fans replique , fuivant fes
nouveaux principes , tous les Phenome
nes des mouvemens de la Terre , & des
Planettes autour du Soleil & fur leurs
axes , du flux & reflux de la Mer , &
la caufe phyfique de la pefanteur , & i
a l'attention d'aflurer fouvent le Lec
teur , que les Démonftrations font trèsclaires.
Enfuite viennent fes Effais de God
metrie & de Physique , qui ne renfer
ment pas moins que la découverte de la
Quadrature du Cercle , du Mouvement
perpetuel & des Longitudes , qui font
à ce qu'en dit l'Auteur , de ces veritez
fimples , qu'un Phyficien attentif & dė
gige de beaucoup de faux préjugez
2. vol.
cherJUIN.
1726. 1415
cherche pas inutilement , & qui femblent
même , pour ainfi dire , ceder aux
moindres efforts de l'efprit humain.
Nous ne nous mêlons pas de porter
notre jugement fur un Ouvrage fi extraordinaire
, dont la fimple annonce ex
eitera fans doute la curiofité du Public.
Mais nous croyons que l'Auteur , en ate
tendant , ne fera peut être pas mal de fe
préparer à de nouvelles Objections ; car
il n'y a pas d'apparence qu'on ne trouve
quelque chofe à redire , où un feul
Sçavant donne fi gratuitement tant & de
fi grandes découvertes à la fois .
DISSERTATION fur une Médaille de
Pofthume , Brochure in 12. A Paris ,
chez Mariette , 1726.
DISSERTATION fur les caufes du Flux
& Reflux de la Mer , qui a remporté
le Prix de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences & Arts , pour l'année
1726. par le R. P.D.JACQUES ALEXANDRE
, Benedictin du Monaftere de
Bonne-Nouvelle , d'Orleans , Brochure
in 1 2. à Bordeaux , chez R. Brun , Imprimeur
de l'Académie Royale , 1726.
avec des Figures ,
LA VIE de François - Eudes de Meze-
-22. vol. ray,
1416 MERCURE DE FRANCE.
ray ,Hiftoriographe de France. Par M ***
A Amfterdam , chez Pierre Brunel, 1726.
111. pages.
ANATOMIE du corps humain avec
des Remarques utiles aux Chirurgiens
dans la pratique de leurs operations , enrichie
de 40. Figures en taille- douce.
Par M. Palfin , Chirurgien- Anatomiste ,
à Gand , 2. vol , in 8. A Paris , chez G.
Cavelier , rue S. Jacques ; 1726. relié
en un 7. livres .
ANATOMIE du corps de l'homme en
abregé , ou Defcription courte de fes
parties , où l'on donne l'explication de
leurs differens ufages , tirée de leur ftructure
, & des Obfervations les plus modernes.
Par M. Noguez , 2. Edition
corrigée & augmentée d'un grand nombre
de Planches , A Paris , chez Cavelier
, rue S. Jacques , 1725. 464. pages,
outre 51. de l'Explication des Figures &
la Préface , in Iz. 3. livres 10. fots.
REFLEXIONS fur l'ufage de l'Opium
des Calmans & des Narcotiques , pour
la guerifon des malades , en forme de
Lettre . Par M. Hecquet , in 12. Paris ,
1726. chez G. Cavelier , ruë S. Jacques,
374 pages , 2. div. 5.- £7
L
"
2. vol.
HIS
JUIN. 1726.
1417
HISTOIRE des Pirates Anglois , depuis
leur établiffèment dans l'lfle de la Providence
, jufqu'à prefent , leurs avantures
, cruautez , & c. avec la vie de deux
femmes Pirates , Marie Read & Anne
Bonny , traduit de l'Anglois , de C. Johnfon
in 12. de 3.60 . pages. 6. de
Introduction . Paris , 1726. chez Cavelier
, 2.liv. 10. f.
TRAITE' des Vertus Medicinales. de
l'Eau commune , où l'on fait voir qu'elle
prévient & guerit une infinité de maladies,
&c. avec quelques regles pour le
régime de vivre . Par M. Smith , & le
g. Febrifuge du Docteur Hancock , trad.
de l'Anglois . On a ajoûté les Theſes de
Meffieurs Hecquet & Geoffroy , 2. Ediaugmentée
de quelques Reflexions
fur l'eau à la glace , in 12. Paris,
1726. chez G. Cavelier , fils , ruë S. Jacques
, de 340. pages , fans la Préface ,
2. liv. 10. f.
tion >
L'OFFICE de la quinzaine de Pâques ,
felon l'ufage de Rome & de Paris , en
Latin & en François , traduction nouvelle
, dédié à la Reine , avec l'expli
cation des ceremonies propres de ce faint
temps , des Méditations fur les Evangi
les de chaque jour, Paris , 1726. chez
22 vol. G.
1418 MERCURE DE FRANCE.
G. Cavelier , fils , ruë S. Jacques , in 12 .
de 621. pages , 2, 1. 10. f.
Le même Libraire a fous Preffe.
Freind ( Jo . ) Emmenologia in qua
Aluxus muliebris menftrui Phenomena ,
cum medendi methodo , in 12 .
TRAITE' de la vente des Immeubles
par Decrets. Par M. Dericourt , 2. vol.
in 4.
-LE DICTIONNAIRE des Arreſts , par
M. Brillon , 6. vol. infol.
RELATION des Côtes d'Affrique , par
le R.P. Labat , de l'Ordre des FF. Prêcheurs
, 5. vol. in 12. Figures.
›
Les Antiquitez de l'Eglife de Valen
ee , avec des Reflexions fur ce qu'il ya
de plus remarquable dans ces Antiquitez
, recueillies par M. Jean de Catellan
Evêque & Comte de Valence ,
pour l'inftruction & l'édification du Clergé
& du Peuple de fon Diocèfe , 1. vol.
in 4. imprimé à Valence , & fe vend à
Paris , chez Chaubert , Quay des Auguftins,
à la Renommée.
On trouve chez le même Chaubert un
2. vol.
Livre
JUIN. 1726. 1419
Livre nouvellement imprimé à Rouen ,
en 4. vol. in 12. dont voici le titre
Abregé hiftorique de la Bible , avec des
Notes litterales , & de courtes Explications
pour en faciliter l'intelligence , &
aider la memoire à la faveur d'un Diftique
, exprimant en fubftance le contenu
de chaque Chapitre. Nouvelle Methode
pour l'apprendre avec facilité , &
la retenir fidellement . Par le R. P. de
Saint- André , Religieux Minime .
M. Garengeot , Auteur des Operations
de Chirurgie , le prépare à donner une
nouvelle Edition augmentée de cet Ouvrage,
en trois Volumes , & enrichie d'un
grand nombre de Planches , qui reprefenteront
l'attitude du Malade , du Chirurgien
Operateur , & des Aides , pendant
le temps de l'operation ; ce qui fera
fort utile pour bien apprendre la maniere
d'operer.
THESE dédiée au Roi Staniſlas .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Blois,
le 30. Mai 1726 .
On a foûtenu dans cette Ville le 24
de ce mois , une Thefe de Theologie ,
dédiée au Roi Stanislas , dans l'Eglife
2. vol. F des
1420 MERCURE DE FRANCE .
des Religieux de S. Dominique . La Décoration
étoit magnifique . La Cour de
Chambort , le Clergé , la Chambre des
Comptes , les Maire & Echevins de Blois
y ont affifté en Corps , & generalement
toute la Ville a donné en cette
occafion des marques publiques du refpect
qu'elle a pour le Prince , pere de
notre Augufte Reine. La Theſe a été
foutenue par le Pere Szezerbinski , Dominicain
Polonis , Bachelier de Sorbonne
, que la Faculté de Théologie de
Paris à difpenfé du Quinquennium , à la
demande de la Reine. Il a donné dans
cet Acte des preuves de fon érudition
fous la Préfidence du R. P. Deſvignes ,
Docteur en Théologie , & Grand- Vicaire
de Beauvais .
Le 11. Juin , cette Thefe fut préfentée
à la Reine au Château de Verfailles
: S. M. la reçût avec beaucoup de
bonté. Le P. Szezerbinski , qui portoit
la parole , eut l'honneur de la compli
menter en Polonois , & le P. Delvignes
, fon Préfident , en François. Ils
étoient accompagnez de M. Knabé , Refilent
à la Cour de France , pour le
Roi Stanislas , & ils furent préfentez
par la Comteffe de Mailly , Dame d'Atour
de S. M.
2. vol.
Le
JUIN. 1726. : 1421
Le 2. Juin , M. Démoz , Prêtre , après
avoir conferé de fon nouveau Systême de
Chant avec des Perfonnes habiles , qui
l'ont approuvé , eut l'honneur de le prefenter
à Meffieurs de l'Academie Royale
des Sciences , qui nommerent deux Commiffaires
pour l'examiner. Les Commiffaires
firent leur rapport le 5. du même
mois , & l'Académie approuva ce Syf
tême pour le Plein Chant.
L'Auteur fait voir dans fon explication
, que par ce moyen le Plein - Chant
devient , fans comparaifon , plus court ,
plus facile , plus feur à imprimer , à apprendre
& à mettre en pratique , que
par tous les précedens moyens.
Plus court , enforte qu'on renfermera
dans un volume in 12. de la groffeur
d'une des Parties du Breviaire Romain
ou Parifien , géneralement tout le lein-
Chant de l'Eglife avec tout le Plautier.
Plus facile , deforte que quiconque a
dit-il , aflez de jugement pour app endre
à lire , peut auffi apprendre le Chant
avec la même facilité , ce Syftême étant
naturel & à la portée de tout le monde ;
obviant à tous les changemens , bouleverfemens
des Notes , degrez conjoints , &
differens intervales , caufez par les differentes
Clefs , & leurs tranfpofitions ,
qui caufent bien des difficultez & fatiguent
2. vol. Fij
1422 MERCURE DE FRANCE
guent extraordinairement l'attention , la
mémoire & la vûë, & dégoûtent enfin la
plupart des gens d'apprendre cet Art ,
néceffaire & fi agréable .
L'Auteur fit en même- temps & en
prefence de Meffieurs de l'Académie ,
quelques experiences des plus difficiles
pieces de la Mufique , felon fon nouveau
principe. Il efpere dans la fuite de foumettre
à l'examen de ces Meffieurs , une
Méthode très-facile pour la Mufique, à
laquelle il travaille, Son Syftême confifte
à cet égard , en un feul principe
très- naturel , & en une feule efpece de
caractere , qui ne tiendra pas plus de place
qu'une lettre ordinaire , & qui fera
mife en ligne directe , après les fyllabes
aufquelles peuvent appartenir les Notes,
Ce principe & ce caractere conftitue
felon l'Auteur , tout ce qui eft effentiel
au Chant , comme on le verra dans les
Livres imprimez . On y trouvera que
les Notes fe connoiffent par elles- mêmes,
& forment toûjours jufte & également
la diftance qui fe doit trouver entre les
Notes qui forment un degré conjoint ,
ou differens intervales , foit qu'on imprime
en gros ou en menu caractere.
Enfin l'Auteur foutient qu'un enfant
peut apprendre la fuite des Notes , felon
fa Gamme , dans un feul jour ; à plus 2. vol.
forte
JUIN. 1726. 1423
forte raifon , dit-il , ceux qui fçavent
déja le Chant , pourront chanter plus
facilement , & avec plus de feureté
qu'ils n'ont jamais chanté par les principes
ordinaires : enforte qu'on peut dire
, qu'on apprendra dans un jour , ce
que l'on ne pouvoit fçavoir bien feurement
, après un exercice de toute la
vie.
Les 19. & 21. du mois dernier , M.
Delaunay , Chirurgien Juré , fit en préfence
de plufieurs perfonnes habiles de
fa profeffion , diverfes épreuves d'un nouveau
Bandage fans acier , qu'il a inventé
pour les Hernies ou Defcentes .
Il l'appliqua à un nommé Piquet ,
Serrurier ,demeurant au Fauxbourg Saint
Antoine , attaqué d'une Epiplocele des
plus confiderables , du côté gauche , &
ancienne de 23. à 24. ans , à qui rien
n'a paru depuis , auffi - bien qu'à trois
Soldats invalides , des plus incommodez
depuis long-temps dans ce genre de maladie
, & d'un âge très-avancé. Le rapport
& la vifite des malades fut faite
par Meffieurs les Prevôts de S. Côme,
& par M. Moran , Chirurgien en chef
de l'Hôtel Royal des Invalides. Ils affurent
unanimement les avantages de cette
nouvelle invention : fur les bandages
2. vol.
Fiij dont
1424 MERCURE DE FRANCE .
dont on s'eft fervi jufqu'à prefent , dont
elle n'a point les inconveniens.
Les experiences en avoient été commencées
le 5. & le 6. du même mois ,
aux Invalides, devant M. Moran , & plufieurs
perfonnes de la profeffion , fuivant
les ordres que M. Delaunay en avoit reçûs.
Il fera toujours difpofé à en donner la
preuve à ceux qui voudront s'adreſſer à
lui pour leur curiofité , ou pour leur
befoin.
Par cette nouvelle ceinture , les parties
font contenuës avec exactitude , fans
gêner le malade dans aucune fituation ,
& dans quelque effort qu'il puiffe faire.
Par une Démonftration particuliere
qu'il efpere donner au Public , l'on ju.
gera mieux des prérogatives de cette
nouvelle Methode . Sa demeure eft au
coin de la rue de Nevers & d'Anjou ,
qui eft la premiere rue à droite en entrant
dans la rue Dauphine par le Pontneuf.
On peut s'y rendre auſſi par la petite
ruë de Nevers.
On apprend de Bruxelles , que le
corps du feu Marquis de S. Philippe
doit y être inhumé aux Doninicains dans
la Chapelle Espagnole , deftinée pour les
Miniftres & Generaux de cette Nation.
2. vol.
Cet
JUIN. 17268 1425
Cet Ambafladeur avoit écrit en Langue
Efpagnole la Vie de Philippe V.
depuis fon avénement à la Couronne
jufqu'à fon abdication. On a auffi de
lui l'Hiftoire de la Monarchie des Hebreux
, & la Vie de Job en Vers ; de
même que plufieurs Ecrits de Philofophie
& de Morale en Langue Latine.
Le Docteur Jurin , Secretaire de la
Societé Royale , a publié à Londres le
détail du fuccès de l'infertion de la petite
verole en Angleterre pour l'année
$ 1723 . par lequel il paroît que cette operation
ayant été faite à 143. perfonnes ,
il en étoit mort feulement trois .
M. Uleughels , Peintre du Roi , &
ancien Profeffeur en fon Académie Royale
de Peinture , à prefent Directeur de
l'Académie de France à Rome , a été depuis
peu honoré par leRoi de fon Ordre
de S. Michel , en confideration de fon
merite , & de l'honneur qu'il fait à la
Nation dans le pofte qu'il remplit.
PROGRAMME.
I
L'Académie des Jeux Floraux fait fçavoir au
Public , que le troifiéme jour du mois de Mai
de l'année 1727. elle diftribuera les quatre Prix,
2. vol.
Fij ou
1426 MERCURE DE FRANCE
ou Fleurs qu'elle doit donner chaque année .
Le premier des Prix que l'on diftribue tous les
ans eft une Amaranthe d'or de la valeur de
tre cens livres , qui fera adjugé à une Ode.
qua
Le fecond eſt une Violette d'argent , de la valeur
de deux cens cinquante livres , qui fera adjugé
à un Poëme de foixante Vers au moins , &
de cent Vers au plus , tous Alexandrins & fuivis
, ou à rimes plates , dont le fujet doit être
heroïque.
Le troifiéme eft une Eglantine d'argent , du
prix de deux cens cinquante livres , qui fera adjugé
à une Piece de Profe d'un quart d'heure , ou
d'une petite demie - heure de lecture , dont le fujet
fera pour l'année prochaine 1727.
La Nobleffe ne fait honneur qu'autant que
l'on eft vertueux. -
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent , de
la valeur de deux cens livres . On le donnera à
une Elegie , à une Eglogue ou à une Idile.
L'Académie a refervé cette année le Prix du
Poëme , qui avoit été refervé l'année derniere ,
auffi -bien que les deux Prix de la Proſe , qu'elle
avoit refervez les deux dernieres années . Cette
abondance de Prix excitera fans doute une nouvelle
émulation .
Le fujet de toutes fortes de Poëfies qui peu- .
vent prétendre à ces Prix , fera au choix des
Auteurs.
A l'égard des Vers , ils doivent être réguliers,
& n'avoir rien de burlefque , de fatirique , ni
d'indécent. On recommande furtout aux Auteurs
d'avoir une grande attention à ne rien laiffer
eliffer dans leurs Ouvrages qui puiffe bleſſer
les moeurs.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & pays
2. vol.
qu'elles
JUIN. 1726. 1427
qu'elles foient , de l'un & de l'autte fexe , pourront
afpirer aux Prix.
Les Auteurs qui y prétendront , feront remettre
leurs Ouvrages dans tout le mois de Janvier
de l'année 1727. lequel étant expiré , on n'en recevra
plus .
Si les Auteurs n'envoyent pas trois Copies de
leurs Ouvrages , ils ne feront point examinez ,
& feront exclus des Prix.
Il faudra qu'on s'adreffe à M. le Chevalier de
Catelan , Secretaire perpetuel des Jeux Floraux ,
qui loge près la Place du Salin.
Les Auteurs ne mettront point leurs noms à
leurs Ouvrages ; mais feulement une Sentence ,
& ils prendront les précautions neceffaires pour
n'être pas reconnus & nommez dans le Public
comme Auteurs de ces Ouvrages , avant qu'ils
ayent été examinez & jugez.
Le Secretaire des Jeux en écrira la reception
fur un Regiſtre , où il mettra le nom , la qualité
& la demeure des Perfonnes qui lui auront délivré
les Ouvrages , lefquelles figneront le Regiftre
, & en même tems en recevront un Recepiffe .
Les Auteurs feront obligez de lui fournir trois
Copies pareilles & bien lifibles de chacun de
leurs Ouvrages,
On avertit les Auteurs de ne fe point faire
connoître avant la diſtribution des Prix , & de
s'abftenir de toute follicitation , les Statuts de
de l'Académie excluant du Prix tout Ouvrage
pour lequel on aura follicité.
On avertit encore que c'eft une Loi de l'Académie
de n'adjuger les Prix qu'à des Ouvrages
nouveaux , & d'exclure ceux qu'on reconnoîtra
avoir déja paru ; que les Auteurs qui font courir
leurs Ouvrages avant qu'ils foient examinez &
jugez , contreviennent à cette Loi ; & qu'à l'avenir
un Ouvrage done il aura couru des Copies
200 Vol dans
1428 MERCURE DE FRANCE.
dans le Public , ne fera pas regardé comme nou、
veau , & qu'il fera exclus du Prix .
Les Ouvrages qu'on découvrira n'avoir pas été
faits pär celui qui s'en dira l'Auteur , feront auffi
exclus du Prix , c'eſt un des Statuts de l'Académie.
On avertit donc les Auteus de qui les Ouvrages
auront remporté des Prix qu'ils feront
obligez , pour les recevoir , de fe préfenter euxmêmes
l'après - midi du troifiéme jour du mois de
Mai , s'ils font dans la Ville de Toulouſe ; & en
ce cas , on leur délivrera les Prix , dès qu'ils fe
préfenteront. Que s'ils font Etrangers , & hors
de portée de venir les recevoir eux - mêmes , ils feront
obligez d'envoyer à une Perfonne domiciliée
à Toulouſe , une Procuration en bonne forme
, pour la remettre à M. le Chevalier de Catellan
, avec le Recepiffé qu'il aura fait de l'Ouvrage.
Après que les Auteurs fe feront fait connoître,
on leur donnera des Atteftations portant qu'un
tel , une telle année , pour un tel Ouvrage par
lui compofé , a remporté un tel Prix ; & l'Ouvrage
en Original y fera attaché fous le Contre-
Scel des Jeux.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un defquels
fera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître , & il fera toute fa vie du Corps
des Jeux Floraux , avec droit d'affifter & d'opiner
comme Juge avec le Chancelier , les Mainteneurs
& les autres Maîtres aux Affemblées publiques
& particulieres qui regarderont les jugemens
des Ouvrages & l'adjudication des Prix.
On avertit auffi , que ceux qui remettront au
Bureau de la Pofte des Paquets adreffez à M. le
Secretaire des Jeux, les doivent affranchir , s'ils
veulent qu'on les retire : fans cette précaution
ils doivent être affurez qu'on laiffera leurs Paquets
au Bureau ; ou que, quand même on les re- 2. vol.
tireroit
JUIN. 1726.
1429
tirero it , on ne les remettra point à la Compagnie.
D'ailleurs , pour ce qui regarde les Ouvrages
qu'on envoyera pour les Prix , il eſt neceffaire
de fe fervir de la voye de quelque Habitant
de Toulouſe , qui remette les Ouvrages ,
& en retire le Recepiffé de M. le Secretaire ,
pour éviter l'embarras qui furviendroit , fi une
Piece ainfi remife par le Courier , à droiture , à
M. le Secretaire , venoit à étre jugée digne du
Prix , parce qu'on ne fçauroit à qui le délivrer .
Les Ouvrages de Poëfie , compofez fur des fujets
propofez par d'autres Académies , n'entreront
point dans le concours , & on ne recevra
point de correction des Ouvrages , aprés que M.
le Secretaire les aura remis. L'on ne fuppléera
point non plus aux omiſſions ; ainfi les Auteurs
doivent examiner avec foin les Copies qu'ils font
faire de leurs Ouvrages.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
& de Poëfie , qui ont été préſentées
à l'Académie des Jeux Floraux , pour la Diftribution
des Prix de chaque année depuis
1710. fe trouveront à Toulouſe chez le Sieur
Lecamus , Imprimeur du Roi & de l'Académie
des Jeux Floraux , ruë de la Porterie , & chez
le Sieur Huart l'aîné , Marchand Libraire à
Paris , ruë S. Jacques , proche la Fontaine
S. Severin , à la Justice.
HISTORIETTES , Contes , Bons Mots ,
Fables , Pafquinades , Reparties vives &
piquantes , Jeux de mots , Naïvetez plaifantes
, Penfées & Queſtions ingenieufes ,
Simplicitez pueriles , Traits d'Hiftoire
& de Morale finguliers , Griphes , Lo-
2. vol.
F vj gogri1430
MERCURE DE FRANCE.
gogriphes , Rebus , Equivoques , &c.
L'Auteur de cette compilation prie les
Curieux , de vouloir lui faire part des
morceaux de cette efpece propres à enrichir
fon Recueil , avant qu'il le faffe
mettre fous preffe.
La nouvelle Tragedie de Pyrrhus de
M. de Crebillon , eft actuellement fous
preffe, chez la Veuve Couftelier , Quay
des Auguftins , qui la mettra en vente
inceffamment , & non chez la Veuve
Ribou, comme on l'a imprimée par abus.
REveillez
MUSETTE..
Eveillez - vous , ma Muſette ,
Retentiffez à jamais ,
Celebrez de ma Lifette ,
Les adorables attraits.
Que l'Echo de nos Prairies ;
Ne repete que fon nom ,
Et que fes rives fleuries ,
Celadon.
M
Me prennent pour
Elle a l'air d'une Déeſſe ,
Et les appas des Amours ,
2. vol.
Elle
[
THE NA AURK
PUBLIC
LIMARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
JUIN. 1726 . 1431
Elle a toute ma tendreſſe ,
Mon coeur l'aimera toujours.
Que, & c.
Sa belle voix qui m'enchante
Charmeroit même les Dieux ,
Sa vivacité brillante
Ravit les coeurs & les yeux,
Que , &c.
Toute la Cour de Cithere,
N'allume pas plus de feux >
Que les yeux de ma Bergere ,
Font naître de tendrés voeux.
Que, &c.
M
Quoique l'éclat de ſes charmes ,
Range cent coeurs fous fa loi,
Je l'adore fans allarmes ,
Car elle n'aime que moi.
Que, & c.
Qu'une Bergere fidelle ,
Eft un tréfor précieux !
2. vol.
>
Puil
1432 MERCURE DE FRANCE.
Puifque ma Lifette eft telle ,
Mon fort vaut celui des Dieux.
Que l'Echo de nos Prairies ,
Ne repete quefon nom ,
Et que fes rives fleuries ,
Me prennent pour Celadon !
L'Affichard.
VAUDEVILLE.
HE ! comment ne pas fe rendre ?
Comment fauver ma raiſon dans ce jour ?
Le Dieu du vin pour la furprendre,
A fait ligue avec l'Amour.
Accordons dans cette Fêtę ,
Deux vainqueurs qui m'attaquent tour àtour ,
Au Dieu du vin livrons ma têre ,
Et mon coeur au tendre Amour.
Sta
Cher Bacchus, fi je ſoupire ,
Si je neglige ton jus précieux ,
Pardonne moi , c'eft pour Themire ,
Mon excufe eft dans les yeux.
2. vol.
SPEC
JUIN 1726. 1433
****************** 紅茶
SPECTACLES.
N apprend de Londres , que l'on
reprefente l'Opera d'Alexandre ,
que le Roi & toute la Famille Royale
ont honoré de leur préfence.
TRAGEDIE D'ESTHER.
Reprefentée à l'Hôtel de l'Enfant Jefus.
L'Hôtel de l'Enfant Jefus , ruë de Vaugirard
, où étoit ci -devant la penfion du
Sieur le Jeune , eft loué depuis quelques
années par M. le Curé de S. Sulpice ,
pour loger en Communauté plus de 30 .
jeunes Demoifelles , qui font élevées d'une
maniere convenable à des Filles de
condition , & entretenues de tout , fans
payer aucune penfion , fur le fond de
la Providence . Plufieurs de ces Demoifelles
, qui ont eu de la vocation pour
être Religieufes ont été reçues gratuitement
dans les meilleurs Monaſteres ,
ou bien la même Providence a pourvû à
leur dote. Elles font continuellement occupées
ou au travail , ou aux Inftructions
Chrétiennes qu'elles reçoivent.
2. vol. On
1434 MERCURE DE FRANCE.
و
On leur a permis depuis quelque
temps d'apprendre , à leurs heures de
recréation , pour former leur memoire ,
la Tragédie d'Esther , que le celebre Racine
avoit faite pour la Maifon de Saint
Cyr. Elles la reprefenterent enfin le
Mardi 18. Juin , de la même maniere
qu'elle l'a été plufieurs fois à S. Cyr ,
c'eſt - à -dire avec les intermedes' de
Chants & de Symphonies . On peut dire
que ce fut avec un très- heureux fuccès ,
tant pour la Déclamation que pour le
Chant. On avoit dreffé pour cela tin
Theatre dans la grande Cour , qui fepare
la principale porte de l'Hôtel , du
corps du Bâtiment. Sa Décoration étoit
d'une agréable fimplicité. La Sympho
nie confiftoit en Hautbois & Flutes traverfieres
, dont joüoient les enfans des
fieurs des Jardins , Hautbois des Moufquetaires.
Il y avoit auffi une Balle continue
, jouée par le fieur Labbé . La Mue
fique & la Symphonies furent conduite
par le fieurCléramnbaut, Organiſte de Saint
Sulpice , fi connu par fes Cantates , &
eftimé dans fa Profeffion. Quoique ces
Demoiselles n'euffent invité prefque perfonne
à cette reprefentation , il y eut
cependant un très - grand concours , tant
des
gens de lá plus haute qualité , que de
la plus honnête Bourgeoisie. Enfin , quoi-
2. vol.
que
JUIN. 1726. 1455
que la Piece ait duré plus de trois heures
, tout le monde en fortit extrêmement
fatisfait.
Nous n'oublierons pas , que dans ce
même Hôtel , & dans de grandes Salles
féparées , on y fait travailler depuis près
de deux ans toutes les pauvres Filles qui
s'y font préfentées , enforte que cet établiffement
a fait fubfifter près de 5co .
perfonnes dans les temps les plus difficiles.
Ces pauvres Filles paflent la jour-.
née à filer le plus beau lin de Flandres,
& à chanter les louanges de Dieu pendant
leur travail . Le foir elles s'en retournent
dans leur famille ; & avec un
falaire raisonnable qu'on leur donne chaque
jour , elles y portent les bonnes inftructions
qu'elles ont entenduës.
Ce font les Filles Hofpitalieres de
S. Thomas de Villeneuve , qui font prépofées
pour la conduite de cette Maiſon ;
les unes font occupées uniquement à l'inf
truction & à l'éducation des Demoifelles
dont on a parlé , les autres à conduire
le travail des pauvres Filles de dehors
qui y viennent tous les jours.
2. vol.
L'A
1436 MERCURE DE FRANCE:
L'AMANTE CAPRICIEUSE,
Comedie de M. Jolly , reprefentée
fur le Theatre de l'Hôtel de Bout
gogne.
Orphife.
ACTEURS.
La Dlle Silvia.
Clitandre , Amant d'Orphife. Le Sieur
Lelio , fils.
Dorante, ami d'Orphiſe & de Clitandre ,
Le Sieur Lelio.
Juftine , Suivante d'Orphiſe , La D
Flaminia.
Scapin , Valet de Clitandre. Le Sieur
Dominique.
Un autre Laquais.
La Scene eft à Paris dans la maison
d'Orphife.
Quoique cette Piece n'ait pas eu beaucoup
de fuccès , on n'a pas laiffé de
rendre juſtice à la plume dont elle eſt
partie. On l'a trouvée bien verfifiée , &
s'il y avoit eu un peu plus d'action , elle
auroit été du gré de tout le monde ;
mais il a paru que la fimplicité , qui fait
le prix des Comedies des Anciens , eft
pouffée un peu trop loin dans celle- ci.
2. vol.
Le
JUIN. 1726. 1437
Le Public a trouvé que l'Amante Capricieuse
, que l'on y jouë , ne dément
jamais fon caractere ; mais que,
Les caprices
ne font pas affez variez , & ne
fortent point du petit cercle où l'Auteur
les a renfermez . Voici en peu de
mots à quoi fe réduit toute l'action .
ACTE I.
Clitandre aime Orphife ; il en eft aimé
. Elle lui a promis de l'époufer avant
que l'action theatrale commence ; elle
fe repent de cette promeffe , & lui fait
dire par Dorante , leur ami commun ,
qu'elle ne veut plus l'époufer. Voici les
propres termes :
Sans rien approfondir , allez lui faire entendre',
Qu'à recevoir ma main il ne doit plus penfer.
Dorante qui ignore ce qui fe paffe depuis
quelques momens dans le coeur de
fa Maîtreffe , vient , en Amant affuré de
fon bonheur ; elle trouve fort mauvais.
qu'il ne fe foit pas fait annoncer , & le
quitte brufquement , en lui difant que
Dorante l'inftruira de fes intentions . Clitandre
ne fçait que penfer de ce qu'il
2. vel. vient
1438 MERCURE DE FRANCE.
vient d'entendre ; Dorante lui explique
l'énigme en cette maniere .
Ce que tu dois penfer , c'eft que tous ces fermens
,
Ces tranfports , cette joye & ces empreffemens
,
>
Ce prochain Hymenée , & cette foi promiſe ,
Ont difparu foudain.
Le confeil qu'il lui donne , c'eft de
ceffer de la voir pendant quelque temps ,
pour éprouver par cette abfence s'il eft
aimé. Clitandre a beaucoup de répugnance
à y confentir ; mais enfin il s'y réfout
par complaifance pour fon Ami,
ACTE II.
Orphife s'allarme de ne voir plus Clitandre
, quoiqu'il ne faffe en cela que
lui obéir ; elle le foupçonne d'inconf
tance , elle lui envoye dire de lui venir
parler. I obéit encore. La broüillerie &
le raccommodement fe fuivent de bien
près , elle lui promet de l'époufer fans
plus de délai , & le charge d'aller chercher
le Notaire , Clitandre y court tout
tranſporté de joye. A peine fort-il d'auprès
d'Orphife , qu'elle fe repent enco
re de cette feconde promeffe , qui n'eft,
2. vol.
JUIN. 1726.
1439
à proprement parler , que la premiere ;
elle va dans fon Cabinet , pour executer
ce que fon caprice vient de lui infpirer.
Clitandre revient , il eft furpris de ne
point trouver Orphife , qui lui avoit promis
de l'attendre dans le même lieu où
il l'avoit laiffée ; mais il n'a que trop
tôt de fes nouvelles ; un Laquais vient de
fa part lui apporter une lettre , dans laquelle
Orphife , après l'avoir affuré de
La plus vive tendreffe , lui fignifie un fecond
congé. Les fuites funeftes que trop
d'amour traîne aprés foi en font la feule
raiſon. Voici la fin de la lettre en queftion
:
Nous nous aimons trop , Clitandre ,
pour nous unir. Demeurons comme nous
fommes. Ne maccnfez point de caprice .
Ma paffion feule me dilte ce que je vous
écris , & je croi vous en donner une preuve
évidente en rompant notre Hymen.
Clitandre picqué d'un procédé fi étrange
, jure de ne la revoir de fa vie , & fe
retire après avoir chargé Juftine , de dire
à fa Maîtreffe qu'il l'oubliera pour
toujours. Toute la difference qu'on a
trouvée entre ce fecond Acte & le premier
, pour le fond de l'Action , c'eft
que du moins , par la lettre qu'Orphife
lui écrit , il apprend qu'il eft aimé ;
cependant , malgré cette heureufe décou
2. vol. verte,
1440 MERCURE DE FRANCE:
verte , il fe détermine à la fuir pour tou
jours , lui qui ne s'y étoit réfolu qu'avec
peine , quand il avoit lieu de douter
qu'elle répondit à ſon amour.
ACTE III.
Juftine , Suivante d'Orphiſe , vient
apprendre à Dorante , que fa capricieuſe
Maîtreffe veut s'aller con finer dans un
recoin du Maine , prendre une houlette
en main ; & oubliant le refte du monde,
ne s'occuper que de fon troupeau . Orphife
vient elle-même le confirmer à
cet Ami de fon Amant ; cependant elle
a mandé Clitandre , à qui elle veut faire
part de fon projet. Clitandre vient , &
commence par lui dire qu'il obéit à fes
ordres pour la derniere fois . Orphiſe eſt
picquée de ces derniers mots ; la refolution
que fon Amant a prife de ne la plus
voir , déconcerte toutes les fiennes ; elle
lui reproche fon peu d'amour ; Clitantandre
lui dit qu'il pourroit bien aller
jufqu'à la haine ; cependant fa tendrelle
éclate à travers fon dépit . Vous voulez
me haïr , lui dit enfin Orphiſe , & moije
veux vous plaire. A peine a - t'elle proferé
ces dernieres paroles , qu'un Laquais lui
vient dire que le Notaire , qui avoit été
mandé dans le fecond Acte , eft arrivé.
I
2. vol.
Venez,
JUIN
1726.
144 Ti
Venez figner , dit- elle à Clitandre . Cecte
Piece , de l'aveu des Spectateurs , ne
pouvoit finir d'une maniere plus conforme
au caractere qu'elle traite , & Clitandre
ne pouvoit être heureux que par un
caprice .
T
Cet Extrait doit fuffire , pour prouver
que c'eft avec raifon que le Public
a trouvé la fimplicité pouffée trop loin
dans ce qui s'appelle Action theatrale ;
il ne nous refte plus qu'à faire voir , qu'on
n'a pas eu moins de raifon de trouver le
Poëme bien écrit. En voici la preuve
dans la premiere Scene du premier Acte,
c'eft Scapin , Valet de Clitandre , qui
parle à fon Maître .
Ah ! vraiment , c'eſt bien là comme on aime à
prefent.
Etre indifcret , volage , & fort peu complaifant
;
Courir de Belle en Belle , & n'en aimer aucune
;
Suivre un temps celle- ci , pour tenter la fortune
;
S'attacher à cette autre , à deffein feulement
D'arborer en tous lieux le nom de fon Amant ; "5
Deffervir un Rival , pour ſe mettre en fa place ;
Effuyer à ſon tour une même difgrace ;
Etre de mille foins nuit & jour occupé ;
2. vol.
Courir,
1442 MERCURE DE FRANCE.
Courir , fe voir fort peu , tromper , être trom
pé ....
Que vous dirai - je enfin ? il eſt mille manie
res ,
Qui toutes , en un mot , ne fe rapportent gueres
,
A la façon d'aimer , qu'ici vous débitez , &c.
Ce même Scapin fait le portrait d'Orphife
en ces termes :
Ce Frere que je dis , a donc fervi chez elle.
Il croyoit voir fans ceffe une Orphiſe nouvelle ,
Prenant de fa Maîtreffe , & la taille & les
traits ,
Soit dans tous fes difcours , foit dans tous fes
projets ;
Même en fes actions ; jamais déterminée ,
Et d'idée en idée à toute heure entraînée .
Sans fujet , fans raifon , une fombre vapeur ,
La rendoit difficile & de mauvaiſe humeur :
Ce mouvement paffé , la joye & l'allegreffe ,
Sans que l'on fçût pourquoi , diffipoient fa trif
telle .
Enfin dans fon cerveau , pour vous en bien
parler ,
Par un prodige infigne , elle fçait raſſembler
Toutes les volontez qui chamaillent entre elles,
2. vol.
Ec
JUIN. 1726 . 1413
Et fe font tous les jours des difputes nouvel
les ,
Et je ne pense pas qu'il foit aucun effort ,
Qui puiffe les reduire à fe mettre d'accord .
Clitandre , loin d'être dégoûté d'Ora
phile , par le portrait que fon Valet vient
de lui en faire , lui répond , que ce font
ces mêmes caprices qui la rendent plus
aimable à fes yeux :
Je hais dans une femme ,
Ces defirs meſurez , cette égalité d'ame ,
Que rien ne peut troubler , & de qui la tie-
Eft
deur ,
pe u propre
deur
à nourrir une amoureufe ars
C'est là ce qui produit une extrême indolence ,
Qui fait mourir l'amour prefque dans fa naiffance.
Autre portrait de la Capricieuſe , fait
à elle-même par Juftine La Suivante ,
dans la quatriéme Scene du fecond Acte.
Vous vous adreffez mal , Juftine eft veridique
;
Sur tous vos procedez , s'il faut qu'elle s'expli
que ,
Elle ufera très - bien de cette liberté ,
Et parlera , Madame , avec fincerité.
2. vol.
G Je
1444 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis approuver cette manie extrême , ร
D'un efprit qui toujours fe broüille avec luimême
,
Qui n'eft jamais d'accord , & , du matin au
foir ,
Approuve , blâme , veut , & ceffe de vouloir.
Avec égalité je veux qu'on ſe conduife ;
Que la droite raiſon nous guide & nous maîtrife
;
Qu'on l'écoute fouvent , que , d'un Amant
cheri ,
Si la chofe eft poffible , on faffe un bon Mari ;
Et qu'à ce feul objet attachant ſa penſée ,
On paffe pour agir en perfonne fenfée.
the
Dans le troifiéme Acte , Juftine raconté
à Dorante un nouveau caprice de ſa
Maîtreffe.
Oui , pour fuir tout le monde ,
Et vivre deformais dans une paix profonde ,
Elle choifit le Maine , & partira demain.
Là , dit- elle , je veux , la houlette à la main ,
Conduifant mes troupeaux dans les valtes prairies
,
Entretenir en paix mes douces rêveries ;
Là , je ferai revivre avec mes habitans ,
Du monde encore naiffandles plaifirsinnocens. 2. vol.
En
JUIN. 1445 1726.
En fuivant ce projet en mille biens fertile ,
Loin du tumulte affreux & du bruit de la Ville
Je pafferai des jours tranquilles , fortunez :
Au foin de mon repos tous mes defirs bornez ,
N'auront plus à former ces fouhaits inutiles ,
D'un ennuyeux loifir amuſemens ftériles :
Voilà fes
propres mots , fans y rien ajoûter,
Nous avons crû que ces Vers fuffiroient
pour faire juger à nos Lecteurs que la
Piece eft bien vérfifiée .
$
Le 25. Juin , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Réprefentation
d'une Comedie nouvelle françoife , compofée
d'un Prologue & de deux Actes ,
avec trois Divertiffemens , intitulée le
Temple de la Verité . Cette Piece a été
parfaitement bien reçûë du Public & très
applaudie. Elle eft du Sieur Romagneſy ,
l'un des Acteurs de la Comedie Italienne
qui a auffi compofé la Mufique des Divertiffemens.
Il y a un Pas de deux
danfé par le fieur Romagnefy , en Suiffe,
& par la De Flaminia , en Feinme uifle,
qui a fait beaucoup de plaifir , de même
qu'une autre Entrée , danfée par la Dile
Silvia en Arlequine , & par le fieur Lélio
le fils en Polichinelle ; en voici l'Extrait.
2. vol. Gij Acteurs
1446 MERCURE DE FRANCE .
Un Auteur
Un Libraire.
Le Vicomte.
Le Marquis.
Acteurs du Prologue.
Le fieur Dominique.
Le fieur Paquetti.
Arlequin.
Le fieur Romagnefi.
Acteurs de la Piece.
Arlequin.
Dindonnet.
Le fieur Dominique.
Un Philofophe. Le fieur Riccoboni, pere.
Un Normand .
Un Gafcon.
L'Illufion .
Un Suiffe.
La Verité.
Un Procureur.
Lucinde.
Erafte.
La Gazette.
Le fieur Paquetti.
Le fieur Riccoboni , fils.
La Dle Silvia .
Le fieur Romagnefi .
La DleRiccoboni.
Le fieur Mario.
La Dile la Lande.
Le fieur Romagneſi.
Le fieur Dominique.
Riccoboni, pere. Un Comédien Italien .
Un Comédien François . Lefieur Mario.
Un Poëte.
Un Commiffaire.
Le fieur Paquetti.
Scaramouche.
LEA
EXTRAIT.
Prologue.
E Théatre réprefente la Chambre de
l'Auteur du Temple de la Verité.
Un Libraire lui dit franchement que fa
2. vol.
Piece
JUIN. 1726. 1447
Piece ne vaut rien , & qu'elle n'a rien
de bon que le Titre , qu'elle ne remplit
pas. l'Auteur ne l'en croit point . Un
Vicomte & un Marquis viennent chez
lui pour en entendre une lecture . Il fe
met en état de fatisfaire leur curiofité ;
mais ils l'interrompent à chaque mot par
des queſtions hors de faifon ; ils lui promettent
enfin de l'écouter attentivement ,
mais à peine a-t'il lû le Titre & les noms
des Acteurs , qu'on vient l'avertir que les
Comédiens Italiens vont joüer fa Piece ,
fans l'avoir affichée , pour prévenir les
cabales. Il en eft au défefpoir , parce qu'il
comptoit beaucoup fur la premiere réprefentation
, qui n'ayant pas été annoncée
, ne fçauroit rapporter beaucoup
d'argent. Pallons à la Piece.
ACTE I.
Le Théatre réprefente un Bois .
Arlequin eft chaffé d'une Hôtellerie par
le Maître qui s'appelle Dindonnet . Preffé
par la faim , il étoit venu demander à dîner
, en homme qui ne prenoit pas garde
aux frais, mais après s'être fait fervir ce
qu'il y avoit de meilleur , il avoit avoué
à Dindonnet qu'il n'avoit point d'ar
gent. Il le prie pourtant de compter , pour
avoir lieu de boire encore une bouteille.
2. vol. Giij G iij Din1448
MERCURE DE FRANCE .
Dindonnet le quitte en jurant de faire
toûjours payer d'avance.
Arlequin fe trouve bien malheureux
de ce que la Nature lui ayant donné un
fi bon appétit , la Fortune ne lui a pas
fourni de quoi le fatisfaire . Un Philofophe
attiré par fes plaintes , vient le
confoler & l'exhorte à fe donner à la
Philofophie & à s'attacher à la recherche
de la Verité . Il lui affure même , fur fa
phyfionomie , qu'il eft tel qu'il faut être
pour la trouver. Arlequin fe met en état
de chercher cette Divinité qui doit le
rendre heureux , il regarde de tous côtez
où peut être fon Temple ; mais les
obftacles naiffent à mesure qu'il veut
executer ce que le Philofophe lui a confeillé.
Dabord un Normant fe prefente
à lui ; il lui dit que rien n'eft plus facile
à trouver que la Verité, & que dans
fon Païs on la fait comparoître à l'Audiance
quand on veut . Arlequin le chaſſe .
Au Norinant fuccede un Gafcon , qui
lui fait entendre que les tréfors de la
Verité roulent fous les eaux de la Garonne
, comme les Lettres de Change ;
Arlequin le traite comme le Normant.
Une belle Nymphe fe prefente à lui ,
il en eft enchanté , il lui demande des
nouvelles de la Verité ; la Nymphe lui
répond qu'il cherche ce qui n'éxifta ja-
2. vol. mais.
JUIN. 1726. 1449
mais . Elle lui parle avec tant de grace ,
qu'il croit que c'eft elle feule , & non
la Verité , qui doit faire fon parfait bonheur.
La Nymphe a beau lui proteſter
qu'elle le trompera , il ne laiffe pas de
fe fier à elle ; enfin elle confent en apparence
à le rendre heureux , elle fe livre
à lui mais croyant la poffeder , il
s'apperçoit qu'elle eft difparue à fes yeux,
& ne lui a laiffé que fon voile. Il reconnoît
par là que cette Nymphe dont il
étoit fi enchanté , n'étoit autre chofe que
l'Illuſion ; ce qui acheve de l'en convaincre
, c'est une troupe de menfonges dont
il fe voit tout à coup environné ; ils voltigent
autour de lui & font le divertif
fement du premier Acte . Ils font diffipez
par le Portier du Temple de la Verité.
Arlequin le prend pour un efprit ,
mais il lui répond naïvement qu'il n'eſt
qu'un Suiffe , & lui prouve qu'il eft un
corps par un coup de poingt qu'il lui
applique fur la face . Cette preuve démonftrative
eft adoucie par quelques verres
de vin dont il le régale ; ils chantent
enfemble , & , pour verifier le proverbe
in vino veritas , ils n'entrent dans le
Temple de la Verité qu'après s'être enyvrez
.
2. vol.
Giiij AC1450
MERCURE DE FRANCE.
ACTE II. -
Le Theatre reprefente le Temple de la
Verité , orné des attributs qui
conviennent à cette Déeffe.
La Vérité paroît fur fon Trône , environnée
de la Cour. Le Suiffe lui prefente
Arlequin. Elle lui demande ce qu'il
fouhaite d'elle. Arlequin lui répond qu'il
vient la prier de le rendre heureux , en
lui donnant aſſez d'argent pour fatisfaire
à fon appétit & à tous fes defirs. La Vérité
, après lui avoir fait entendre que
ce ne font pas les richeffes qui font la
félicité des hommes , le tranfporte tout
à coup à Paris avec elle , pour lui faire
examiner toutes les differentes conditions
de la vie , afin qu'il choififfe celle qui
lui conviendra mieux. Le Théatre change
& réprefente un Palais où la Verité
donne audience à tout le monde. Le bruit
de fon arrivée y attire les curieux , ce
qui donne lieu à plufieurs Scenes , dont
quelques - unes ont été fort applaudies .
Un Procureur qui a plaidé contre fa
femme en féparation , prie la Vérité d'éclairer
le Public , & de lui faire voir
que les Juges ont eu tort de le débouter
de fa demande ; la Vérité lui répond qu'il
vaut bien mieux pour lui que le Public
2. cl.
deJUIN.
1726. 1451
demeure dans fon erreur , & croye que
fa femme ne lui a point manqué de foi.
Un Cavalier & une Dame viennent
implorer le fecours de la Vérité , pour
des motifs bien differens. Le Cavalier ,
qui s'appelle Eraſte , voudroit être débarraffe
de Lucinde , c'eſt le nom de la
Dame. Lucinde reproche à Erafte une
inconftance qui la défefpete , & Eraſte ſe
plaint d'une fidelité qui l'importune . La
Vérité récompenfe la Dame fidele & punit
le Cavalier inconftant. Apeine a- t - elle
touché Lucinde d'une espece d'Egide
qu'elle tient dans fa main , que cettè
Amante , trop prévenue en faveur de fon
volage , reconnoît tous fes deffauts & le
méprife autant qu'elle l'a aimé ; le même
Egide ouvrant les yeux au Cavalier , lui
fait voir tout le prix de fa conquête. Il
veut revenir à Lucinde , mais elle le
fuit comme un objet indigne de fon attachement.
Cette Scene a été goûtée des
connoiffeurs.
La Gazette vient fe vanter aux yeux
de la Vérité , d'avoir tenu la place à Paris
pendant fon abfence, & lui rapporte
des nouvelles comiques de la Cour &
de la Ville ; Arlequin égaye cette Scene.
4
Une Coquette fe plaint à la Vérité des
malheurs où elle n'eft tombée que pour
l'avoir trop fuivie . La Vérité étonnée
2. vol. GY d'un
1452 MERCURE DE FRANCE
d'un pareil difcours , lui en demande l'explication.
La coquette lui dit qu'elle s'eft
décriée par tout pour avoir été trop fincere
envers fes Amans , en leur déclarant
tout ce qu'elle fentoit pour eux , & qu'elle
s'eft fait méprifer pour avoir fait un
aveu trop fidelle de fon panchant aux
plaifirs . La Vérité lui fait connoître qu'une
pareille fincerité eft un défaut , &
qu'on peut prendre des plaifirs , fans perdre
l'eftime des honnêtes gens .
Deux Comédiens , l'un François &
l'autre Italien , prient la Vérité d'apprendre
aux Auteurs à ne pas donner dans
le faux ; ils fe blâment l'un l'autre , en
paroiffant fe louer . Un Auteur furvient ,
qui ne fcachant pas qu'il parle devant des
Comédiens , prie la Vérité de vouloir
bien rendre ces Meffieurs affez bons Acteurs
pour ne pas gâter fes Pieces , qu'il
croit parfaites. Les Comédiens le traitent
affez mal , quoiqu'il veuille chanter la
palinodie , dès qu'il apprend qui ils fonts
il repouffe enfin l'outrage par l'outrage
& enchérit encore. De tous les divers
états qui viennent de paffer fous les yeux
d'Arlequin, celui de Comédien lui paroît
le plus propre à faire fon bonheur ,
trouvant l'Italien plus à fon gré que le
François il fe détermine en faveur de
la Troupe Italienne ; la Vérité approuve
fon choix. L'auJUIN.
1726. 1453
L'audience finit par l'arrivée du Portier
de cette Déeffe , qui vient tout allarmé
l'avertir qu'on va mettre le feu àfon
Palais , fi elle ne quitte Paris . La Vérité
fait difparoître cette demeure qu'elle
n'avoit choifie que pour faire plaifir à Arlequin
, & pour lui donner lieu de faire
un choix qui pût le rendre heureux . Un
Commiffaire qui venoit chercher la Vérité
pour la faire déloger , eft très furpris
& très - mortifié qu'elle ne l'ait pas attendu
. Une troupe de gens qui s'étoient
mafquez pour bruler le Palais de la Vérité
, ne l'y trouvant plus , ſe réjouiffent
de fon évafion , & c'eft par cette Fête
que finit la Piece. Les applaudiffemens
dont elle a été honorée , en font affez
l'éloge , fans que nous en difjons notre
fentiment. On y a remarqué des beautez
& des deffauts ; mais il y a apparence
que les beautez l'emportent , puifque
les applaudiffemems continuent : Les critiques
ont beau en appeller ; le Public ne
conviendra jamais qu'il ait pris le change ;
& quand il l'auroit pris , on devroit toû
jours faire un mérite de l'illufion , à l'Auteur
du Temple de la Verité.
M. Hérault , Lieutenant General de
Police , fit l'ouverture de la Foire S. Lau
tent le 28. de ce mois , avec les cérez
2. vol.
G vj monies
1454 MERCURE DE FRANCE.
moni s accoûtunées. Lés Entrepreneurs
de l'Opera Comique fe préparent à donner
des Divertiffemens au Public. Ils
ouvriront leur Théatre le 3. Juillet par
le Sant de Leucade , fuivi de l'Amant
Brutal , Parodie de l'Opera d'Ajax , précedée
d'un Prologue. On parlera plus
au long de ces Pieces , fi elles amufent
le Public .
Les Comédiens François doivent jouer
inceffamment une Piece d'un Acte , qu'ils
ont reçûe depuis peu , fous le titre de
la Fauffe Comteffe . Elle eft de M. d'Alinval
, Auteur du Tour de Carnaval , qu'on
a joüé il n'y a pas longtemps fur le
Théatre Italien. Nous en rendrons compte
dans le prochain Mercure.
kakakakaka :
NOUVELLES DU TEMPS.
LE
RUSSIE.
E 18. May , on celebra à Pétersbourg
avec beaucoup de magnificence ,
l'Anniverfaire du Couronnement de la
Czarine. Cette Princeffe fe rendit l'après
midi à fon Palais d'Eté , où il y eut un
grand feftin , auquel avoient éte invitez
les Miniftres Etrangers , les Principaux
2. vol. du
JUIN. 1726. 1455
Clergé & les Seigneurs & Dames de la
Cour. On avoit dreflé dans la grande
Salle de ce Palais , une table en forme
d'un C. qui eft la premiere lettre du nom
de S. M. Cz. Cette Table fut fplendidement
fervie des mets les plus exquis .
Grand nombre de perfonnes de diftinction
occuperent une autre Table. Il y avoit
auffi des Maîtres de Navires , Pilotes
Hollandois & autres Etrangers nouvellement
arrivez en Ruffie , enforte qu'on
compta plus de 900. Conviez. On entendit
pendant le Feftin une excellente
Mufique , & on but les fantez au bruit
du Canon. Après le repas on vit le Spectacle
d'un beau Feu d'Artifice qui fut terminé
par un Bal .
On a reçû avis que les Tartares de
Crimée menacent d'entrer fur les Terres
de la domination de la Czarine , avec
200000. hommes .
On a parlé dans le dernier Journal ,
de l'Ordre de l'Aigle blanc , que la Czarine
a reçû à Peterſbourg. Le Roi de Pologne
avoit choifi le Prince Menzikoff,
fon Ambaffadeur - Plenipotentiaire , comme
le plus ancien Chevalier de cet Ordre
qui foit en Ruffie , pour en revêtir
en fon nom S. M. Cz . Après un fort beau
Difcours , ce Prince prefenta le Collier à
la Czarine & l'en revêtit en l'embraffant..
2. vol. Ce
1456 MERCURE DE FRANCE.
Ce Collier paffe pour une piece d'une
grande magnificence par les Diamans brillans
dont il eft enrichi . Ce Prince prefenta
enfuite à S. M. Cz . l'Etoile de l'Or
dre que la Princeffe , Epoufe du Prince
Menzikoff, attacha à la poitrine de la
Czarine.
Les 18. Vaiffeaux de la Flote de la Czarine
qui mirent à la voile le 18. May ,
font allez fur la Côte d'Efthonie , avec
deux Régimens de Milice qu'on a embarquez
deflus .
Le premier de ce mois , le feu prit
pendant la nuit au Chantier de la Marine
à Pétersbourg ; & s'étant communiqué aux
Galeres , il y en eut huit de confumées
avec un autre Bâtiment nouvellement
conftruit.
LE
POLOGNE.
E Vice- Amiral Wager , qui commande
l'Efcadre Angloife dans la Mer
Baltique , a donné ordre au Commiſſaire
Anglois qui réfide à Dantzic , d'affurer
les Magiftrats de cette Ville de la part
du Roi d'Angleterre , que l'arrivée de la
Flotte dans ces Mers , ne cauferoit aucune
interruption dans leur commerce .
On apprend de Stockolm , que depuis
le départ de l'Escadre Angloife des én
2. vol.
virons
JUIN. 1726. 1457
virons d'Elfenap , le Comte de Horn a
eu des Conferences plus frequentes avec
le Miniftre du Roy d'Agleterre , & l'on
ne doute point en Suede que les Traitez
conclus entre les Rois de France , d'Angleterre
, de Dannemarc & de Pruffe , ne
foient exactement obfervez .
%
Au commencement de ce mois , le Roi
donna Audiance publique à l'Envoyé du
Kan des Tartares , qui y parut fans Manteau
, fans Bonnet & fans Sabre , felon la
coûtume. En prefentant fes Lettres de
Créance au Roi , il prononça un Diſcours
en Langue Tartare , contenant des affurances
de la part que fon Seigneur &
Maître prenoit à la profperité de S. M.
Le Grand Chancelier de la Couronne
lui répondit au nom du Roi , en Langue
Polonoife après quoi ce Miniftre ſe retira
, & on lui rendit fon Bonnet dans
l'Anti-Chambre , fon Manteau fur l'Ef
calier & fon Sabre hors du Palais.
Lee
&
ALLEMAGNE .
E Baron de Riperda , fils du Duc de
ce nom , qui étoit chargé à Vienne des
Affaires du Roi d'Efpagne , reçut le z . de'
ce mois par un Exprès dépêché de Ma-'
drid , des ordres de S. M. Cat . de remet-1
tre les pouvoirs , & le fcellé a été mis
fur fes papiers.
2. vol. L'Aga
1458 MERCURE DE FRANCE:
L'Aga Turc qu'on attendoit à Vienne,
y eft arrivé dans le Fauxbourg de Leopolstadt
, où l'on avoit fait préparer
I'Hôtellerie de l'Agneau blanc pour le
loger jufqu'à nouvel ordre.
Il y aun differend dont on ne fçait pas
encore le fujet, entre les Troupes Imperiales
commiſes à la garde des frontieres,
& les Turcs, Cette querelle a donné lieu
à un combat entre un parti de 60.Soldats
Imperiaux & un autre de 150. Turcs.
Ces derniers ayant fait feu fur les autres
dans un défilé , en ont tué deux hommes
, mais les Imperiaux ont vangé la
mort de leurs Camarades , ayant maffacré
près de 70. Turcs , & mis les autres
en fuite.
D
,
ITALIE .
Ans le Confiftoire fecret que le
Pape tint le 3. de ce mois , le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires
de France à Rome , préconifa l'Abbé de
Premeaux ancien Agent general du
Clergé de France
pour l'Evêché de
Couferans , l'Abbé d'Antelmy , Provok
de l'Eglife de Fréjus , pour l'Evêché de
Graffe , & le P. Jerôme Coquelin , Religieux
Benedictin , de la Congrégation de
S. Vannes pour la Coadjutorerie de
2. vol.
l'AbJUIN.
1726. 1459
l'Abbaye Reguliere de Notre- Dame de
Favernay , Ordre de S. Benoît , Diocèſe
de Befançon .
1
Le 8. de ce mois , on éprouva deux
fois de fuite au Lido , les deux canons
de bronze nouvellement fondus dans
l'Arcenal de Venife , & dont les boulets
font de 500. livres . On les avoit
mis fur un Vaiffeau de guerre où ils firent
l'effet qu'on en attendoit.
Le Pape a nommé Vicaire de Rome,
à la place du Cardinal Paulucci qui vient
de mourir , le Cardinal Marefofchi. La
Charge de Secretaire d'Etat qu'avoit ce
Cardinal , a été donnée par S. S. à M.
Lercari , Archevêque de Nazianze , &
fon Maître de Chambre.
L
ESPAGNE.
E Colonel Stanhope , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre à Madrid , s'eft
retiré de la Cour , après avoir proteſté
contre la violence qu'il prétend qu'on a
exercé contre lui , en enlevant le Duc de
Riperda de fon Hôtel. Ce Miniftre at
écrit , avant que de partir pour la campagne
, au Marquis de la Paz , Secretai
re d'Etat , & aux Miniftres Etrangers
qui font à la Cour d'Espagne , pour leur
faire part de fa refolution . La démarche
2. vol . de
1460 MERCURE DE FRANCE .
de ce Colonel a donné lieu à un Manifefte
, qu'on a publié par ordre du Roi ,
& qui a été communiqué à tous les
Miniftres Etrangers pour juftifier la
conduite de S. M. & l'avis donné par
le Confeil de Caftille.
Le Duc de Riperda eft toujours étroitement
gardé dans le Château de Ségovie
, où perfonne n'a la permiffion de lui
parler .
Dans le dernier Confeil particulier ,
tenu en préſence du Roi , il a été refofolu
d'envoyer en Catalogne feize Regimens
de Cavalerie , fept de Dragons ,
60. Bataillons & trois Compagnies des
Gardes du Corps ; dans la Navarre ,
un Regiment de Cavalerie & trois Ba
taillons , outre les huit que le Pays entretient
pour fa défenſe ; dans la Galice
, un Regiment de Dragons & fix Bataillons
, qui ferviront à renforcer les
neuf de Milices employez à la garde des
Côtes.
On mande de Barcelone , que la difgrace
du Duc de Riperda a caufé une
grande joye dans toute la Catalogne , à
laquelle fes arrangemens mal digerez
étoient très- préjudiciables . On lui reproche
, qu'en traitant de la Paix avec
l'Empereur , il a negligé les interêts de
cette Principauté , qui n'a reffenti d'au-
2. vol. tre
JUI N. 1726. 1461
tre effet de cette Paix , que celui de la
reftitution de quelques Dignitez à trois
ou quatre Ecclefiaftiques , qui en étant
pourvûs par l'Empereur , du temps qu'il
occupoit le Pays , n'avoient pas encore
été reconnus par S. M. C. D'un autre
côté les Catalans s'étoient flattez que la
Cour Imperiale auroit ftipulé par le
Traité de Vienne , le rétabliffement de
leurs anciens privileges , dont ils n'ont
été dépouillez que par leur trop grand
dévouement aux interêts de Sa Majeſté
Imperiale.
MR
GRANDE- BRETAGNE.
pour R Thomas Ripley a été choifi
bâtir le Pont qui doit être conftruit
inceffamment fur la Tamife entre
Fulham & Putney.
On a reçû des Lettres de Madere ,
qui portent que l'Efcadre commandée
par l'Amiral d'Hofier , étoit arrivée à
la vue de cette Ifle le 16. du mois dernier
, & qu'elle en étoit partie cinq jours
après pour continuer fa route vers les
Indes Occidentales , d'où l'on a eu avis
que les Commandans Efpagnols des Vaiffeaux
garde-côtes avoient ordre de faifir
tous les Vaiffeaux étrangers qui pafferoient
à la vûë des côtes , fur lefquels
2. vol.
on
1462 MERCURE DE FRANCE.
on trouveroit du bois de Campeche &
des pieces de huit.
On a appris par une Lettre écrite du
II. de ce mois , que le Vice - Amiral
Wager , Commandant de l'Eſcadre Angloife
dans la Mer Baltique , étoit arrivé
le 10. près de l'Ile de Nargin , à
trois lieues de Revel , avec tous les Vaiffeaux
de fon Efcadre ; que le 11. au
matin il avoit écrit au Lieutenant General
Woulkoff qui commande à Revel ;
au retour de l'Officier , qui avoit été
chargé de fa Lettre , il avoit fait partir
pour Cronfloot le Vaifleau le Pori- Mahon
, avec M. Barnet , l'un de fes Lieutenans
, que ce Commandant avoit chargé
d'un paquet pour l'Amiral Apraxin ,
dans lequel étoit la Lettre du Roi d'Angleterre
à S. M. Cz . & qu'enfuite il
avoit dépêché une Fregate au Commandant
de la Flotte Danoife , qui étoit prêt
de Bornholm , pour l'avertir de ne pas
joindre l'Efcadre Angloiſe juſqu'à nouvel
ordre.
Le Meffager d'Etat qu'on avoit envoyé
à Madrid , & qui revint à Londres
le 20. de ce mois , a rapporté que
le 2. il avoit remis au Duc de Wharton ,
la Lettre de cachet de S. M. Brit. par
laquelle elle lui ordonnoit de revenir
inceffamment en Angleterre ; que ce
2. vol.
Duc
JUIN 1726. 1463
>
Duc ayant fçû duMeffager d'Etat ce qu'ele
contenoit , avoit refufé de l'ouvrir ,
l'avoit jettée par terre : que le Colotel
Stanhope , Ambaffadeur du Roi d'Anleterre
, informé que le Duc de Wharon
faifoit courir le bruit qu'il s'étoit
plaint au Roi d'Efpagne de ce prétendu
attentat , avoit écrit au Marquis de la
Paz à ce fujet , & que ce Secretaire d'Eat
lui avoit fait réponſe le lendemain ,
que S. M. C. avoit fçû par une autre
hoye ce qui s'étoit paffé , mais qu'elle
'interpoferoit point fon autorité en fayeur
du Duc de Wharton.
PAYS- BAS.
*
Imperatrice & le Marquis de Prié,
Vailleaux de la Compagnie de Comnerce
d'Oftende , commandez par les
Capitaines de Clerck & Ulaenderlink ,
qui partirent d'Oftende au mois de Janvier
de l'année derniere , arriverent le
18. de ce mois des côtes de la Chine à la
rade de cette Ville , avec une charge trèsconfiderable
. Le troifiéme Vaiffeau de
cette Compagnie qu'on attendoit , eft arrivé
de Bengale , fur les côtes de Porcugal.
2. vol.
NAIS1464
MERCURE DE FRANCE .
NAISSANCES MORT S
>
des Pays Etrangers .
E 11. Juin , à fix heures trois quarts
du matin , la Reine d'Eſpagne accoucha
heureufement à Madrid d'une
Princeffe , qui fut baptifée le même jour ,
& nommée Marie - Therefe - Antoinette-
Raphael . Les Miniftres Etrangers , les
Chefs des Maifons Royales , les Prélats
, les Grands du Royaume & les Mi
niftres de la Cour d'Espagne , invitez ou
nommez pour affifter , fuivant l'ufage,
aux couches de S. M. fe trouverent
dans la Chambre voifine de celle de la
Reine.
Le nommé Pierre Onghena , du Vil
lage de Lokeren , fitué dans le Pays
de Waes , y eft mort le 13. de ce mois
âgé de 112. ans , après 78. ans de mariage
, avec Catherine Vermehrem , morte
le 13. Avril 1717.
Le Cardinal Paulucci , Vicaire & Secretaire
d'Etat , mourut à Rome le ....
âgé de
2. vol. FRANCE
JUIN. 1726. 1465
****************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 26. de ce mois au matin , la Reine
alla à la Maiſon Royale de Saint
Cyr , & y paffa la journée , S. M. y en -
tendit la Melle , & communia par les
mains de l'Abbé de Saint Hermines , fon
Aumônier en quartier. L'après -midi , la
Reine affifta à la Prédication du P. Segaut
, de la Compagnie de Jefus , qui
avoit déja prêché dans la même Maiſon
devant S. M. le 21. & le 24. de ce
mois
Le Roi a accordé à M. Portail , Premier
Préfident du Parlement , l'agrément
de fa Charge de Préfident à Mortier,
qui vaquoit depuis qu'il avoit été
nommé Premier Préfident , pour M.Portail
fon fils , Confeiller au Parlement.
S. M. a accordé en même temps l'expectative
de la premiere Charge vacante de
Préſident à Mortier , à M. Molé , Confeiller
au Parlement .
M. Amelot de Chaillou , Intendant de
la Rochelle , a été nommé Intendant des
2. vol. 1 Finan
1466 MERCURE DE FRANCE .
Finances , à la place de M. Berthelot de
Montchefne.
Le Dimanche 23. de ce mois , il y eut
Prieres publiques & Proceffion à Sainte
Marguerite , Fauxbourg S. Antoine ,
en commemoraifon du Miracle arrivéil
y a un an , au fujet de la maladie de la
Dame de la Foffe.
Le Roi a indiqué à Melun , l'Affemblee
generale des Députez du Clergé au
mois de Septembre prochain , afin qu'elle
foit plus près de la Cour , qui fera
lors à Fontainebleau .
pour
Le 19. de ce mois , la Reine , accompagnée
des Dames de fa Cour , alla fe
promener à Choifi , chez la Princeffe de
Conti , premiere Doüairiere , qui fit fervir
une magnifique collation à S. M. &
aux Dames de fa fuite.
Le 30. du mois dernier , Fête de
l'Afcenfion , on chanta au Concert fpirituel
des Tuilleries le Miferere de M. Bernier
, Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi , & le Confitebor de M. Pe
touil , auffi Maître de Mufique .
Le 9. de ce mois , Fête de la Pentecôte
, on y chanta , Domini eft terra ,
Motet du Sieur Philidor , & un autre
nouveau Motet , Quare fremuerunt , &c .
du Sieur Courtois ."
Le 20. jour de la Fête-Dieu , il n'y
2. vol.
eut
JUIN. 1726. 1467
eut point de Concert , les exeeflives chaleurs
qui regnent depuis quelque temps.
ant empêché le Sieur Philidor de faire
chanter ; il a remis le prochain Concert
au 15. du mois d'Aouft prochain , Fête
de l'Affomption .
Le Roi a accordé la Charge d'Intendant
des Finances , vacante par la démiffion
de M. Berthelot de Montchefne
, à M. Amelot de Chaillou , Maître
des Requêtes , & Intendant de la Rochelle
, qui eft remplacé dans cette Intendance
par M. Bignon , Maître des Requêtes.
Le 18. Juin , M. le Pelletier des Forts,
Controlleur General des Finances , fut
reçû à la Chambre des Comptes avec les
ceremonies accoûtumées. Il fit un trèsbeau
Diſcours , dans lequel il promit de
faire remettre exactement à la Compagnie
generalement tous les Comptes ,
comme du temps du feu Roi , & de rétablir
toutes chofes fur l'ancien pied.
Le Duc de Chartres , le Neptune &
l'Apollon , Vaiffeaux de la Compagnie
des Indes , arriverent le 20. du mois
dernier au Port de l'Orient , richement
chargez. On en attend trois autres au
mois de Septembre prochain , qui font
l'Hercule , la Syrene , & la Minerve ,
2. vol. H venant
1468 MERCURE DE FRANCE.
venant de Bengale , de Pondichery , &
de la Chine.
Le 27. de ce mois , la Marquife d'Alincourt
fut nommée Dame du Palais de
la Reine , à la place de la Marquise de
Prie.
Bouts rime à remplir.
Bêche.
Email,
Camail.
Méche.
Bréche.
Portail
Serrail.
Pêche,
Reconfort,
1 Fort.
Chaume
Manoir.
Ваите.
Antonoir
MORTS.
JUIN. 1726.1469
kakakakakakakak
MORTS.
Ean - Baptifte - Dominique Ricard, Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, Lieutenant au Régiment du Roi,
fils de M. Jofeph- Paul , Marquis de Ricard
& de Bréganfon , Confeiller au
Parlement de Provence , & de défunte
Dame Anne de Julhans, fa premiere fem-.
me , eft mort âgé de feize ans & demi
le 21. de ce mois , en l'Hôtel de M. Ju
les de Ricard , Baron de Courgy , fecond
Préſident de la Cour des Aydes de
Paris , fon'oncle.
C'étoit un jeune homme très-bien fait,
& qui promettoit beaucoup ; il avoit été
reçû Chevalier dès l'âge de huit mois .
Cette Famille a donné plufieurs autres
Chevaliers , Commandeurs & Grands-
Croix , tant à Rhodes qu'a Malthe , qui
ont tous contribué à la Gloire de la Re
ligion , & notamment le Bailly de Ricard
, oncle du défunt ', lequel étant apitaine
de Galere , il y a environ 30. aus ,,
aborda le premier un Vaifle u Turc de
70. pieces de canon , qui fut pris après
an fanglant combat , où le Chevalier de
Ricard , frere de ce Bailly , & Lieute-
2. vol. Hij nant
1470 : MERCURE DE FRANCE .
nant de fa Galere , fut dangereufement
bleffé . Le principal Etendart de ce Vaiffeau
fut envoyé à Aix , lieu de leur naiſlance,
par l'ordre du Grand- Maître , pour être
mis dans l'Eglife de la Commanderie de
cette Ville , en mémoire d'une fi belle
action.
•
M. N ... Lambert de Torigny , Confeiller
du Roy en ſes Conſeils , Preſident
aux Requêtes du Palais , mourut à Paris,
de la petite verole , le 22. Juin , âgé
d'environ 40. ans.
M. Jean Dupuis , Ecuyer , Confeiller
Tréforier General de la Maifon du Roi ,
mourut à Paris,le 24-Juin, âgé de 66. ans.
Le même jour mourut Dame Magdeleine
Pellé , Epoufe de M. Jaques-Etienne
Hallée , Confeiller du Roy en fon
Grand- Confeil , âgée de 32. ans.
L
SUPPLEMENT.
Es Eaux Minérales , Ferrugineufes,
du Village de Paffi , près Paris , ſont
beaucoup en regne depuis environ fix ans,
elles guériffent & foulagent quantité de
Malades. Il y a quatre Sources de ces
Eaux , qui ne different entr'elles que par
Je plus ou le moins de force , le plus ou
moins du Mineral dont elles font em-
2. vol.
preinJUIN.
1726. 1470
敏
preintes. La premiere Source eft de la
force des Eaux de Spa ; la feconde & la
troifiéme font au même degré de force ,
que la Royale de Forges , & la quatriéme
répond aux Eaux de Provins & d'Abecourt.
On affure que ces Eaux , entre
les propriétez generales des Eaux de
cette efpece , ont encore une vertu fpecifique
pour guérir les maladies inveterées
, les maux de tête , les affections mélancoliques
, les vapeurs , les vertiges ,
les palpitations de coeur , l'apétit dépravé,
la plus grande partie des maladies des
reins & de la veffie , & c. On les employe
de toutes les manieres , en boiffon , &
c'eft le plus grand ufage , en gargarifme ,
en injection , en bains , en fuffumigation ,
en douche , en friction , ou en baſſinant ;
quelquefois on prend feulement les réfidences
ferrugineufes ou leurs fels féparez
des Eaux ; & quelquefois les Eaux toutes
feules & féparées de leur fer. Elles font
de toutes les faifons , toûjours réfidentes
dans la mine de fer & à couvert de l'injuré
de l'air. Et foit en yver , foit en été ,
elles font également limpides & falutaires
. On doit le foulagement qu'on trouve
dans l'ufage de ces Eaux , aux foins , à
l'application & aux dépenfes de M. l'Abbé
le Ragois , qui en donne libéralement
aux pauvres .
2, vol. 1
H iij QUES
1472 MERCURE DE FRANCE.
QUESTION DE DROIT , jugée au
Parlement de Provence le 2. Juin 1725.”
11.
L fut jugé au Parlement de Provence
le 2. Juin 1725. une Queſtion notable
qui renfermoit deux difficultez. Dans
la premiere , il s'agiffoit de fçavoir , fi le
fond fubfidiairement dotal , jouit du privilege
de la dot dans le cas de l'infuffi
fance des biens du mari ; dans la feconde,
il falloit décider fi l'action contre le fonds
fubfidiairement dotal , dure trente ans entré
le premier, le fecond acquereur& le troifiéme,
qui ne peut pas oppofer la pref
cription de dix ans.
Ce Procès s'étoit élevé entre Jean
Roubin , Laboureur du lieu du Baullet ,
en qualité de mari & maître de la dot
& droits de Magdelene Seren , & les
Hoirs du fieur Auguftin Guerouard de
la Ciotat , defquels Magdeleine Souliers
prenoit le fait & caufe.
Dans tout le fait particulier de ce Pro
cès , il paroiffoit que Marguerite Blanc
fut mariée à Jean Seren . Par Contrat de
Mariage du 2. Aouft 1664. il lui fut
conftitué une Vigne pour le prix de soo..
liv. cette eftimation rendoit le mari acheteur
du fonds , & parconfequent maître
d'en difpofer.
2. vol.
: 1
JUIN. 1726. 1473
Il eft certain que cette faculté étoit fubordonnée
aux droits que la femme avoit
fur le fonds. Cependant Seren le vendit
& déceda en 1706. Sa Hoirie prife par
Inventaire , Marguerite Blanc fut rangée
au huitième degré de la Sentence d'Ordre
, degré infructueux à caufe des créanciers
antérieurs , ce qui l'obligea à ſe
pourvoir devant le Juge de la Ciotat , aux
fins que Guerouard , qui étoit le troifiéme
acquereur , & poffedoit ladite Vigne , føt
condamné à la lui defemparer. Le Juge
de la Ciotat débouta Roubin de fa revendication
par Sentence , dont il fut relevé
appel devant le Lieutenant du Siege
d'Aix , lequel la réforma & condamna
Guerouard à la défemparation . Cette Affaire
fut portée au Parlement .
Il eft bon de faire remarquer fur cette
premiere difficulté , qu'il eft certain en
Droit , que le fonds fubfidiairement dotal
eft fujet à la revendication & à l'action
de dot. Dans l'cfpece de ce Procès , le
mari étant infolvable , on ne devoit plus
diftinguer fi le fonds avoit été donné avec
eftimation ou non , intereft Reipublica
dotes falvas fore , ce fonds devoit être
régardé comme dotal , fuivant la L. 30 .
du Code de jure Dotium & la Loy ex
pecunia fur laquelle , pour juger fi elle
eft bien dans le cas , je crois que l'on
2. vol. Hiiij doit
1474 MERCURE DE FRANCE.
>
doit confulter M. Cujas , qui la concilie
en fon Obfervation 29. liv. 5. L. 55. d.
de donatio inter virum & uxorem. Dumoulin
fuit cette opinion , Consilium Parifienfe
, ff. 1. glo. 2. n . 45 , ainfi
que Fabert
, deff. 45. Cod. liv . 5. tit . 7. M. le
Prefident de Saint -Jean , decif. 18 .
Sur la feconde difficulté qui dépendoit
de fçavoir fi l'action du fonds fubfidiairement
dotal , devoit durer 30. ans ou LQ .
ans feulement. Il fut dit , qu'il auroit été
inutile d'introduire une action de revendication
fur le fondsfubfidiairement dotal,
-fi cette action n'avoit dû durer que 10.
ans , la femme ayant l'action hypotequaire
qui a le même cours.
fon
On alleguoit au premier acquereur ,
que la Conftitution de Juftinien & la
Loy Quemadmodum 7. Cod. de agricolis,
déclare nulles toutes les aliénations faites
contre la prohibition de la Loy , ſuivant
la Loy ubi eft de ufuris , l'achat ou titre
étant nul , l'acheteur ne peut fe fervir de
la prefcription de 10. ans , parceque
titre étant déclaré nul par la Loy , il
poffede en effet fans titre , & la prefcription
de 10. ans requiert un titre , & la
bonne foi fur ces raifons. On objectoit au
premier acquereur du fonds fubfidiairement
dotal de Marguerite Blanc , que
fon titre ne valoit rien , attendu qu'il
2. vol.
avoit
JUIN. 1726. 1475
avoit acquis un fonds fubfidiairement dotal,
& que c'étoit inutilement. Ce fonds
ayant été eftimé , que le mari qui l'avoit
vendu , prétendoit avoir pû l'aliéner
puifque deflors il étoit infolvable ; ainfi
que l'acquereur d'un heritage fubftitué
ne peut fe fervir que de la prefcription
de 30. ans à compter depuis que la condition
du fidei-commis eft arrivée , parce
que l'aliénation des biens fubftituez eſt
prohibée par la Loy ; de même le mari
de Marguerite Blanc n'avoit pû vendre
le fonds fubfidiairement dotal.
Au fecond acquereur on oppofoit la
mauvaiſe foi de fon vendeur qui étoit
paffée en fa perfonne. Suivant la doctrine
de Mornac , l'authentique mala fidei &
le fentiment de tous les Jurifconfultes.
Quant au troifiéme acquéreur qui pou
voit feul oppofer la bonne foi & à qui la
prefcription de 10 ans eût fuffi : comme
il n'avoit poffedé que pendant trois ans,
& que d'ailleurs on eftime generalement
que l'action fur le fonds fubfidiairement
dotal dure 30. ans , il intervint Arreſt
le 2. Juin 1725. en faveur de Margue
rite Blanc.
2. vol. Hy BOO
1476 MERCURE DE FRANCE.
BOUQUET prefenté à Madame la
Marquife de... le jour de fa Fête ,
par Monfieur.
Perfonne à qui ce Bouquet a été
Loffert , eft nonfeulement recomman
dable par fa naiffance , mais encore pat
les qualitez de fon coeur & de fon ef
prit. Elle a une inclination toute particuliere
pour Architecture , & elle eſt
actuellement occupée à faire bâtir une
magnifique Maifon de Campagne.
L'Auteur du Bouquet avoit fait faite
une Figure d'Apollon , habillé en Maçon
, d'environ un pied de hauteur fur un
pied d'eftal d'Ebene. Dans ce pied d'ef
tal il y avoit un tiroir. L'Apollon avoit
une Truelle d'argent à fon côté , une
-Regle à la main , & dans le tiroir étoient
les inftrumens d'Architecture , que les
Mufes offroient à la Daine. Tout cela
étoit d'argent limé & travaillé avec la
derniere délicateffe.
APOLLON EN MAÇON.
AM AD.AME
LA MARQUISE DE .....
Vous qui mille fois m'avez vû ,
De tout mon éclat revétu ,
Faire pour orner votre Fête ,
2. vol.
Un
JUIN. 1726. 14.77
Un amas délicat de ces aimables Fleurs ,
Que fur ledouble Mont cultivent mes neuf foeurs .
Lorsqu'à l'envi chacun s'apprête ,
A vous donner de fon zele en ce jour ,
Une marque fidele , un tendre témoignage ;
Oferois-je efperer , qu'en ce nouvel atour ,
Vous daignerez auffi recevoir mon hommage
Banni du celefte féjour..
2.
Errant de Rivage en Rivage ,,
Tantôt Berger , tantôt Maçon ,
Autrefois chez Laomedon ,
De ce Métier je fis l'apprentiſſage .
Depuis m'en étant rebuté ,
Par des raifons ici trop longues à vous dire ,
Je quittai la Truelle & je repris la Lyre.
Long-temps fur elle j'ay chanté ,
Les mépris , les refus ; l'outrageante fierté ,
Dont Daphné paya ma tendreſſe ,
Souvent auffi quittant de fi triftes accords ,
J'ay de votre beau nom fait retentir les bords ,
Qu'arrofe le cours du Permeffe
LA
Mais fçachant qu'à bâtir vous donniez tous vos
foins ,
Toujours veillant pour vous marquer mon zele ,
2. vol,
Hvj Tou
1478 MERCURE DE FRANCE:
Toûjours prêt à tous vos befoins ,
J'abandonne la Lyre & reprens la Truelle ,
Regner parmi les Dieux eft un deftin moins doux
Que de fervir auprès de vous.
URANIE ,
donnant un Compas.
N'ofant en Filles bien nées,
Quitter de notre Vallon,,
Les Solitudes facrées ,
Pour aller comme Apollon ,
Vous donner de notre zele
Un témoignage fidele ;
Nous l'avons , mes foeurs & moi ,
Prié d'en prendre l'emploi ;
Affez fouvent occupées ,
A vous amaffer des Fleurs ,
Dont les brillantes couleurs ,
Ne craignent point les rigueurs ,
Des frimats ni des gelées.
Au deffein d'Apollon , d'un même efprit que lui ,
Toutes de concert animées ,
A l'envi , nous voulons concourir aujourd'hui ,
Je vous offre un Compas , il fereit difficile ,
2. vol.
De
JUIN. 1726. 1479
De vous bien tracer dans ces Vers ,
Les ufages divers ,
A quoi fçait l'employer un Architecte habile ,
Propre à conduire , à mesurer ,
Le Deffein , le Plan d'un Ouvrage ,
Il eſt bien malaifé de ne pas s'égarer ,
Quand on en néglige l'uſage.
MELPOMENE ,
donnant un Niveau.
Du Niveau qu'à vos yeur je fais ici paroître ,
Je ne m'amufe point à vous faire connoître,
Le mérite , la qualité ,
Ni quelle eft fon utilité :
Un quart d'heure d'experience ,
Vous en aura bientôt donné la connoiffance.
Vous qu'on ne vit jamais agir que feurement ,
D'un coeur & d'un efprit droits & pleins de jufteffe,
Recevez dans cet Inftrument ,
Le Symbole de la fageffe ,
Et je veux deformais que la regle du beau ,
Soit prife fur votre Niveau.
2. vola
CAL
1480 MERCURE DE FRANCE.
CALLIOPE ,
donnant une Equerre.
Non moins jaloufe de vous plaire ,
Que le font aujourd'hui mes Soeurs
Je vous offre un prefent utile , néceſſaire ,
Un prefent qui vaut tous les leurs :
L'Equerre feule fait l'office ,
En cent occafions de Regle & de Compas ,
Et l'on ne peut fans injuſtice ,
Sur eux , lui refufer le pas."
ERATO ,
donnant des Cifeaux & des Aiguilles.
En ce qui dépend de fon Art ,
Ce n'eft pas affez qu'un Manſart ,
Qu'un Vitruve moderne, ait rempli votre attente,
Ainfi que les dehors , on fçait que les dedans ,
Demandent leurs ajuſtemens ;
Dans ce deffein je vous prefente ,
D'Aiguilles un petit paquet ,
Aquoi , pour groffir mon Bouquet ,
Je joins des Cifeaux une paire ,
Puiffent mes foins trouver le fecret de vous plaire.
2. vol.
La
JUIN, 1726.
14.81
La divine Pallas , ces Aiguilles en main
Executa plus d'un charmant deffein ,
Vous en avez la beauté , la fageffe ,
Pourriez -vous moins avoir d'adreffe ?
THALIE ,
donnant des Gans de toile.
Daignez agréer , je vous prie ,
Les Gans qu'ici je vous ai deſtinez ;
Par les mains d'Aracné , la toile en fut ourdie ,
Les miennes les ont façonnez ,
Qu'entre mes foeurs & moi je verrois de diſtance,
Si mes foins étoient couronnez ,
Par une heureuſe préference !
CLIO ,
donnant des Cloux.
Je ne m'attache pas en vous donnant des Cloux ,
A vous faire un prefent qui foit digne de vous ,
Il faudroit épuiſer l'un & l'autre Hemiſphere ,
D'ailleurs je vais au néceflaire ;
Ce ne
font que des Cloux , mais les Cloux ont
leur prix.
D'un Bâtiment ils rende at la durée ,
Conftante , folide , affurée :
2. vol.
Dehors
1482 MERCURE DE FRANCE:
Dehors , dedans , en tout , lear ufage eft requis;
A peine pourrois-je fuffire ,
A vous en définir l'emploi :
Mais pour qui ce difcours, & que puis-je vous dire,
Que vous ne fçachiez mieux que moi ?
EUTERPE ,
donnant un Cifean.
Sur le Cifeau qu'ici vous prefente mon zele,
Je ne vous ferai point un diſcours étendu ,
En tous lieux , je le fçais , fon ufage eft connu.
Si quelquefois il vous rappelle
Le fouvenir de celle
Qui vous l'a prefenté ,
C'eft plus en vous l'offrant , que je n'ai mérité.
A côté de Pallas nous voyons votre image ,
Elevée au facré Valon ,
Où chaque jour nous lui rendons homage:
Ce Cifeau change de deftin
De la main d'Apollon il paffe en votre main ,
Et je ne ſcay quel fort l'honore davantage.
20 vol
TERJUI
N. 1726. 1483
TERPSICORE ,
donnant des Tenailles.
Comme il arrive affez fouvent ,
Qu'un Clou chaflé trop bruſquement ,
'ait un mauvais effet , choque & bleffe la vûë.
Je vous fais un Prefent
>'une neceffité qu'on peut dire abfoluë ,
Et qui réparera ce defordre à l'inftant.
De ce vil inftrument , Dieu quelle utilité !
'il arrachoit du coeur certain trait qui le bleſſe ,
Comme il arrache un Clou, qu'un coup précipité,
Souvent place avec peu d'adreffe.
POLY MNIE ,
donnant un Marteau.
Bien ou mal , felon qu'en ſa tête ,
Chacune de nous le réfoût ;
'une croit qu'un Niveau fera de votre goût ,
' autre offrant un Compas , veut fe faire de fête ,
lio vante fes Cloux , Euterpe fon Cifeau
Moi je vous prefente un Marteau ;
Sans lui dans un Ouvrage ,
es Cloux & le Ciſeau feroient de peu d'ufage.
2. vol.
Peut1484
MERCURE DE FRANCE :
Peut-on condamner mon deſſein ?
Vous donnant pour avis à ce beau jour de fête ,
Qu'il vaut mieux s'amufer , un Marteau dans la
main ,
Que de porter toûjours martel en tête,
Le Comte de Jumelle & fes Affociez ,
continuent toûjours à pourfuivre l'obtention
du Privilege , pour la conftruc
tion du nouveau Canal de Paris , pour
communiquer de la Seine à la Seine ,
depuis la pointe de l'Arcenal jufqu'audelfous
de l'Ifle S. Denis en France , visà-
vis de la Maifon Seine .
ii y a * quelques perfonnes • qui ont
voulu s'attribuer l'honneur de l'invention
de ce Canal , mais mal à propos. Le
Comte de Jumelle en eft l'Auteur: M. de
Seine , de l'Academie des Sciences , l'Ingenieur
: & les Affociez de M. de Jumelle
par leur travail & par de groffes dépenfes
, ont éclairci & fuivi la chofe pour
la mettre au point où elle eſt aujourd'hui .
Voici une Fable qui a été composée
ce ſujet.
2. vol.
L
JUIN. 1726.
1489
LE SANGLIER ET LA TAUPE.
N
FABLE.
On loin d'une Forêt antique & venerable ,
Du Roi des Animaux , majeſtueux ſejour ,
Et qui dans fon vafte contour ,
Renfermoit un Peuple innombrable
Sur un fable doré ferpentoit un Ruiffeau
Dont l'Onde tranſparente & pure ,
Des Prez fleuris nourriffoit la verdure ,
: - Et déſalteroit maint troupeau.
Là , pour calmer l'ardeur preffante ,
De lafoif toûjours renaiffante ,
Accouroient à tous inftants,
De la grande Foreft , les nombreux habitans ;
Mais pour y parvenir , leur peine étoit extrême
Quoique le Ruiffeau fût voiſin :
Un rude & fatiguant chemin ,
Qui par de longs détours revenoit fur lui -même,
Faifoit aux plus conftans , maudire leur deftin.
Que ne peut point le fçavoir , l'induſtrie !
Que ne peut point l'amour de la Patrie !
Il n'eft rien qu'avec eux on ne puiffe tenter :
Ils ont produit plus d'un miracle :
2. vol. La
14.86 MERCURE DE FRANCE.
La Nature elle-même , en vain leur fait obftacle
A leurs nobles efforts rien ne peut réſiſter.
Auffi pour adoucir , pour abreger la courſe ,
Qui faifoit arriver à l'agréable ſource ,
Un Sanglier fourni d'un excellent cerveau,
Et ne démentant point fa race genereuſe ,
Par une tentative heureuſe ,
Bien- tôt ouvre au Public un chemin tout nou
veau :
Il fend la terre , il perce les collines :
Les arbres font coupez juſquesdans leurs racines
Le Rocher faute en l'air , & fes morceaux briſez
Retombent au loin difperfez
Dans peu l'on apperçoit une route applanie ,
Conduite de droit -fil , courte , facile , unie :
Un figracieux changement ,
Semble fait par enchantement.
Le Lion l'applaudit : fa Cour en eft charmée ;
Mais tandis qu'en tous lieux encourt la renom
mée ,
Et que le Sanglier en reçoit tout l'honneur ,
Une émulation frivole & déreglée ,
Se gliffe dans le fond du coeur,
Et tourmente l'esprit d'une Taupe aveuglée.
2. vol.
Ell
JUI N. 1726. 1487
Du Perroquet elle emprunte la voix :
lle fait publier dans les Champs , dans les Bois ,
Qu'elle eft l'auteur du chemin qu'on admire,
Et que fa force a pûì fuffire ,
Pour fracaffer les Rochers & les Monts.
De difcours auffi vains , loin qu'on faſſe aucun
compte ,
On s'en mocque en tant de facons ,
Qu'elle eft contrainte enfin de chercher à tâtons
Son trou , pour y cacher ſa honte.
*** *****
DESCRIPTION de la Sphere mouvante
, que M. Meynier , Hidrographe
du Roi , a inventée & executée en Provence
en l'année 1719 .
Ette Sphere a 20. pouces de dia-
Cimetre , l'Auteur l'a fait apporter å
Paris , il eut l'honneur de la faire voir
u Roi le 12. du mois d'Avril de l'année
72 4. & de lui faire remarquer l'Eclipſe
entrale du Soleil qui arriva enfuite le
2. du mois de Mai de la même année ;
le même que tous les mouvemens des
utres Planettes qui font reprefentez dans
ette Sphere avec beaucoup d'induſtrie
de précifion . Il fait tourner d'Occident
en Orient, Mars , Jupiter & Satur
2. vol ne
1488 MERCURE DE FRANCE.
re ,
ne autour de la terre , qu'il a place
dans le centre. Il fait tourner Venus &
Mercure autour du Soleil , afin de faire
remarquer comment ces deux Planettes
fe trouvent , tantôt entre le Soleil & la
Terre , & comment le Soleil fe trouve
tantôt entre ces deux Planetes & la Ter
il les confidere pour lors comme fa
tellites du Soleil. Le Zodiaque n'y ef
reprefenté que par trois lignes paralleles
entre elles , & également diftantes , les
deux des côtez terminent la largeur de
ce Cercle , & celle du milieu reprefen
te l'Ecliptique. Tous ces Cercles font
divifez exactement de degré en degré
les degrez de 1o . en ro . font marquez
par des chifres. Le Zodiaque eſt à jour ,
afin de pouvoir remarquer la grandeur
des Eclipfes , lors des nouvelles ou plei
nes Lunes ; il n'y a de plein dans toute
fa largeur que l'efpace des corps des douze
Signes , que l'on ôte quand on veut ,
par la même raifon des Eclipfes . Les figures
des Signes font peintes des deux
côtez . Tous les Cercles font ornez des
lignes paralleles , qui ferment des moulures
, tant en dedans qu'en dehors , &
fur les côtez. Le tout eft executé avec
beaucoup de propreté & de jufteffe.
2. vol.
Des
UIN. 1726. 1489
Des Eclipfes.
Les Eclipfes y font reprefentées par
s corps même du Soleil , de la Terre ,
de la Lune , lefquels corps pour cet
fet font proportionnez à la Sphere ſen
leurs apparences , & font par con
quent fi petits , qu'ils n'y font d'aucu
nement à la vûë. Pour y fuppléer , il
mis toutes les Planetes doubles , c'eſtdire,
une grande & une petite ; la peite
, pour la jufteffe des apparences , &
1 grande pour l'ornement . Il a auffi mis
eux Terres , dont la grande eft un Gloe
de trois pouces de diametre , fur leuel
Globe font deffinées toutes les par
ies du monde affez diftinctement feit
eurs pofitions . Les degrez de latitude
ceux de longitude , y font marquez
le même. L'Europe y eft diftinguée par
ine couleur rouge fort claire , l'Afie par
ne jaune , l'Afrique par une gris - dein
, & l'Amerique par une rouge , diferente
de celle de l'Europe. Les points
ù doivent être les Capitales des Royaunes
font marquez par des petits clous
l'or , afin de les diftinguer facilement
& de voir plus au jufte l'heure du lever
& celle du coucher du , Soleil pour ces
mêmes endroits,
2. vol. Du
1490 MERCURE DE FRANCE.
Du Jour & de la Nuit fur la Terre.
Il y a fur le Globe de la Terre un
Cercle d'acier blui , qui reprefente l'horifon
du Soleil , ou la nuit & le jour ;
le jour du côté de l'Aftre , & la nuit
côté oppofé. Ce même Cercle porte.
une bandelete de laiton , fur laquelle le
Soleil marque fes degrez de déclinaifon
.
Il y a un fecond Cercle de laiton qui
reprefente l'Equateur terreftre , autour
duquel font gravées les heures , & indi-.
quées par un Meridien fixe , lequel Meridien
fert lorfqu'on veut , pour tous les
droits de la terre.
Du lever & du coucher du Soleil.
Pour fçavoir à quelle heure le Soleil
fe leve , ou le couche , à quelque
endroit propofé de la terre à un jour
nommé , on n'a qu'à mettre le Meridien
fixe fur l'endroit propofé , le Soleil
dans fon cercle au jour requis , &
faire tourner la Sphere du mouvement
diurne , jufques à ce que le Cercle qui
reprefente l'horifon du Soleil , couvre
ou découvre le point de l'endroit propofe
lorfqu'il le couvre , le Soleil s'y couche
; & lorfqu'il le découvre , le Soleil
s'y leve ; le Meridien marque en même
2. vol.
temps
JUIN. 1726 . 1491
temps l'heure fur l'Equateur. Il y a un
fecond Meridien mobile qui fuit le Soleil.
De la Longitude à la Mer.
Par le moyen de ces Cercles l'on voit
au même moment l'heure qu'il eft dans
tous les endroits du monde , & l'on y
comprend facilement comment , par le
moyen d'une Montre parfaite , s'il étoit
poffible de l'avoir , on connoîtroit en
mer les degrez de longitude d'une maniere
affez aflurée , & comment un Pilote
, qui feroit deforienté à la mer , pourroit
fçavoir où il a trouvé la route qu'il
auroit à faire .
De l'horifon univerfel du Soleil
L'on voit auffi fur la même terre
tous les endroits où le Soleil fe leve , &
tous ceux où il fe couche , dans le même
moment & à toutes les heures qu'on fouhaite
. Exemple , on veut fçavoir à Paris
, à une heure connue , dans un jour
propofé , tous les endroits du monde où
il est jour , & tous ceux où il eſt nuit ,
tous les endroits où le Soleil fe leve , &
tous ceux où il fe couche , il n'y a qu'à
mettre le Meridien fixe fur Parise
Soleil dans fon cercle au jour propofé ,
& faire marquer l'heure requife fur l'E-
2.ˆvol.
931
ང་
1492 MERCURE DE FRANCE .
quateur , en donnant à la Sphere le mouvement
diurne , il fera jour pour lors dans
tous les endroits de la terre qui feront
vûs du côté du Soleil fur le bord de fon
horifon , il fera nuit dans tous ceux qui
feront de l'autre côté du même horiſon ,
le Soleil fe leve en même temps à tous
les endroits qui font fur la moitié du
bord de ce Cercle , & fe couche aux endroits
qui font fur le bord de l'autre moitié
, lefquelles moitiez font diftinguées
par le Meridien mobile , les noms des
lieux font écrits fur la terre áutant que
fa grandeur l'a pû permettre .
"De l'inégalité des jours & des nuits .
La raifon de l'inégalité des jours &
des nuits s'y remarque très- diſtinctement
, de même que celle qui fait que
les nuits égalent les jours pendant toute
P'année fous la Ligne Equinoxiale. La
terre en grand fe meut , lorfqu'on veut ,
du mouvement diurne fur fon axe , on
voit par là que les apparences des mouvemens
celeftes font les mêmes , foit que
la terre tourne fur fon axe dans l'eſpace
de 24. heures , ou qu'elle foit fixe , &
que tous les Cieux lui tournent autour
dans le même efpace de temps.
On voit dans cette Sphere les apparences
des Planetes avec beaucoup plus
&. vol.
de
JUIN. 1726. 1493
de précifion , & d'une maniere plus fenfible
, que dans une autre conftruite felon
le fiftême de Copernic , où on ne
fçauroit voir de la même maniere toutes
les Planetes , jour par jour , dans leur
vrai lieu du Zodiaque , parce qu'il eft
impoffible de conftruire une Sphere fe
lon le fiftême de Copernic , où le cercle
que la terre fait autour du Soleil dans
l'efpace d'une année par fon
propre , ne foit qu'un point en comparaifon
de la diftance de la terre au Zodiaque
ou au Firmament.
Du Soleil.
mouvement
Les jours & les mois de l'année font
marquez fur un cercle , il y a un autre
petit arc qui porte le Soleil , & en même
temps une aiguille qui marque les
jours & mois , en la faifant circuler autour
de ce cercle , & en l'arrêtant au
jour & mois que l'on fouhaite. Le Soleil
, outre fon grand cercle , y parcourt
un Epycicle , par le moyen duquel on
vort de combien cet Aftre eft plus près
de nous en Hyver qu'en Eté , & la raifon
pourquoi il nous paroît aller plus vîte
dans un temps que dans l'autre.
On voit auffi dans la même Sphere un
demi cercle de laiton qui porte une Alidade
fur fon centre , qui fe meut lorf-
2. vol. I ij que
1494 MERCURE DE FRANCE.
que la Sphere eft muée du mouvement
diurne , & qui fait voir à toutes les heures
du jour & de la nuit , de combien de
degrez le Soleil eft élevé fur l'horifon .
dans tous les en iroits du monde , & de
combien de degrez il fetrouve fous l'horifon
à toutes les heures de la nuit..
De la Lune.
T
La Lune en grand y eft reprefentée
par un petit Globe argenté d'un pouce
de diametre , fur lequel Globe eft marquée
la face qui eft toujours apperçue de
la terre , pour faire voir que la Lune,
dans cette Sphere , ne tourne pas furt
fon axe , non plus que la Lune dans le
Ciel. Ce même Globe eft couvert à moitié
par une petite calotte noire , qui reprefente
l'ombre que la Lune fe fait ellemême
, à mesure que le Soleil l'éclaire
, cette calotte eft placée de maniere
que lorsqu'on fait tourner la Lune de fon ,
mouvement propre autour de la Terre
οoμu le Soleil du fien ,ou toute la Sphere
du mouvement diurne , on remarque
que le Soleil ne peut jamais éclairer de
la Lune que ce que la calotte ne couvre
pas ; cette même calotte reprefente la
nuit de la Lune , fi on met cette Planete
dans fon cercle fur le zero qui y
eft marqué , & qu'on la regarde comme
>
4. vol.
fi
JUIN. 1726. 1495
fi on étoit fur la petite terre on ne verra
que la calotte , c'est - à - dire , qu'on ne
verra que la partie qui n'eft pas éclairée ;
mais fi on la place à fon fecond ou troifiéme
jour , on la voit en croiffant , le
dos duquel fait face au Soleil comme
dans le Ciel ; fi enfuite on avance la
Planete jour par jour dans fon cercle , on
voit augmenter fon Croiffant , à proportioi
de ce qu'elle a été avancée , elle paroît
à moitié éclairée lorsqu'on l'a avancée
à fon feptiéme ou huitième jour , &
entierement , c'eft - à - dire , dans fon plein ,
lorfqu'on l'avance à fon quinzième jour.
Si pour lors on continue de l'avancer fur
fon cercle fucceffivement d'un jour à l'autre
jufques au zero dont on a parlé , on
la verra décroître de la même maniere
qu'elle a crû , & former fon Croiffant de
la même maniere , les pointes duquel répondent
continuellement aux mêmes endroits
du Zodiaque que ceux de la Lune
dans le Ciel.
Des differens mouvemens de la Lune.
Il a donné à cette Planete trois mouvemens
, qui font le periodique , le finodique
, & un troifiéme dans un Epicicle
par le moyen duquel on voit
de quelle maniere la Lune nous paroit
parcourir une Ellipfe dans l'efpace
72. vol.1 embun at iij = d'en,
WAL
1496 MERCURE DE FRANCE .
d'environ 29. jours & demi , & pourquoi
elle fe trouve plus proche de nous
lors de fa conjonction , & oppofition que
lors de fes quadratures ; ce troifiéme
mouvement fert auffi à faire voir l'inégalité
des jours lunaires , & des Lunaifons
, en ajoûtant à ce dernier cas
la caufe que lui produit l'irregularité du
mouvement propre du Soleil . Le mouvement
periodique de cette Planete eft
marqué autour de fon cercle , par une
aiguille fur des divifions qui valent huit
heures chacune , trois defquelles font un
jour. La portion de cercle quiporte la
Lune , porte en même temps une deuxiéme
aiguille qui marque fes degrez de
latitude , fi elle eft afcendante, ou defcendante,
meridionale ou feptentrionale , l'année
, le mois, & le mouvement finodique
y eft marqué par une troifiéme aiguille.
Ufage de cette Sphere pour Les
Eclipfes.
Pour fçavoir fi une nouvelle ou pleine
Lune fera écliptique , il n'y a qu'à mettre
le mouvement des noeuds au jour &
an de la nouvelle ou pleine Lune en
queftion , & le Soleil de même au jour
du mois ; fi pour lors il y a Eclipfe ,
en alignant avec l'oeil les trois petits
corps qui reprefentent le Soleil , la Terre
& la Lune , on voit qu'ils fe trouvent
tous trois dans la même ligne , plus ou
jUIN.
1726. 1497
moins , felon que l'Eclipfe eft plus ou
moins grande ; l'on remarque dans le
même temps ,
fi l'Eclipfe n'eft pas totale
, la latitude de la Lune , & l'on voit
fi elle eft meridionale ou Septentrionale ,
& par confequent fi la Planete eft éclipfée
vers le midi , ou vers le Septentrion.
S'il n'y a pas d'Eclipfe , les trois corps
ne fe rencontrent pas en ligne droite , &
on remarque pour lors que la Lune eft
hors de l'Ecliptique vers le Midi , ou vers
leSeptentrion, conformément à fa latitude.
L'âge de la Lune eft marqué fur fon cercle
par une aiguille que leSoleil entraîne.
De la durée des jours & des nuits
I' fur la Lune.
On remarque fur le Globe de la Lune
, par le moyen de cette calotte , que
la durée d'un jour fur cette Planete en
vaut près de 15. des nôtres , & la durée
d'une nuit autant , que les jours &
les nuits font éternellement de la même
durée , à très peu de chofe près , d'où il .
conclut que chaque jour y doit être un
Eté extraordinaire , & chaque nuit un
Hyver de même .
Si la Lune peut être habitée par des Hatans
de notre efpece .
Si la Lune eft une terre habitée , comme
I 'iiij
2. vol.
Pont
T498 MERCURE DE FRANCE.
l'ont avancé quelques Philofophes , elle
ne doit l'être que par des Habitans fort
differents de notre efpece. Pour pouvoir
refifter à des faifons à differentes des nôtres
, & réiterées environ 13. fois dans
l'année , il n'eſt pas non plus probable,
qu'aucune des Plantes qui fervent à notre
nourriture, puiffe y croître, & y donner
des fruits.
Des autres Planetes en general.
Les cercles fur lefquels font divifez les
mouvemens propres des autres Planetes,
le font d'une maniere, que, par le moyen
des années qui y font marquées autour ,
qui font toutes celles du prefent fieele ,
l'on peut fur le champ mettre la Planete
dans fon cercle au jour & mois de l'année
propofée , afin qu'elle fe trouve répondre
à l'endroit du Zodiaque qu'elle doit .
De l'heure du lever & du coucher
des Planetes.
Si l'on fouhaite de fçavoir à quelle
heure fe levera , ou fe couchera une Planete
dans un jour déterminé , d'une année
propofée , l'on n'a qu'à mettre le Soleil
dans fon cercle au jour précis , la
Planete de même dans le fien , & donner
à la Sphere le mouvement diurne,
4
2. vol.
juf
JUI N. 1726.
1499
Jufques à ce que l'on voye paroître la Planete
fur l'horifon , ou fe cacher deffous ;
l'heure que marquera dans le même
temps le Meridien fixe de la terre , fera
l'heure pour le lever , ou pour le cou
cher de la Planete.
Il a donné des Epicicles à Mars, à Jupiter,&
à Saturne qui font divifez de maniete
qu'on y place très facilement la Planete
au jour de l'années ce qui fe faitde même
que dans fon gran cercle. Ces trois
Planetes y font vues ftationaires , directes
, & retrogrades dans les mêmes temps
qu'elles le font dans le Ciel , Mars parcourant
dans fa retrogradation plus de degrez
que Jupiter , & Jupiter plus que
Saturne du même nombre de degrez ,
que les mêmes Planetes retrogradent dans
le Ciel dans le même efpace de temps.
Outre les deux mouvemens qu'il a
donnez à toutes les Planetes , qui font
celui du grand Cercle , & celui de l'Epicicle
, il leur a auffi donné celui de
leurs noeuds , pour les faire répondre au
degré du Zodiaque , que répondent les
noeuds des mêmes Planetes dans le Ciel.
De Venus & de Mercure
Venus & Mercure y font reprefentez
comme Satellites du Soleil , elles tournent
autour de cet Aftre , de la même
2. vol
I'v ma1500
MERCURE DE FRANCE'
maniere que les Satellites de Jupiter
tournent autour de Jupiter , elles ne peuvent
jamais s'en écarter davantage , fçavoir
Venus de 48. degrez , & Mercure
de 28. Elles y font auffi veuës ftationaires
, directes , & retrogrades dans
leur temps
Cette Sphere reprefente le Sisteme de
Copernic , en donnant a la terre le nom
du Soleil , & en donnant au Soleil celui
de la terre , en donnant le nom de la
Lune à ce qui reprefente Venus , & le
nom de Venus à ce qui réprefente la
Lune ; on y voit pour lors comment la
terre du mouvement annuel emporte
avec elle la Lune , & de quelle maniere
la Lune tourne autour de la terre , de
fon mouvement propre , & comment la
Terre tourne fur fon axe du mouvement
diurne,on y voit en même temps l'impoffibilité
qu'il y a de pouvoir pour lors voir
la Lune , jour par jour dans fon vrai lieu
du Zodiaque ni dans fa veritableafcenfion
droite ; le centre de la terre n'étant pas
le même que celui du Zodiaque , & que
cette difference devient plus grande fi
ces deux centres font plus éloignez l'un
de l'autre .
Cette Sphere jointe aux autres inftrumens
de Mathematique que M. Meynier
a inventez , qui ont eu une approbation
Jan 8910.
geneJUIN.
1726., Isor
generale de tous les connoiffeurs dont
nous avons parlé dans les Mercures du
mois de Février & du mois d'Avril de
cette année , fait affez connoître les talens
de cet Auteur , pour l'invention &
pour l'execution . Nous avons appris
qu'il réfidera à l'avenir au Havre- de-
Grace , où le Roi l'a nommé Profefleur
d'Hydrographie & qu'il fe fera un plaifir
de communiquer les Ouvrages aux Scavans
& aux Curieux.
XX: XXXXXX : XXXXXXX
ARRESTS , ORDONNANCES ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
DEcturesdeVeterance des Officiersde la Mai-
ECLARATION du Roy , concernant les
fon du Roy. Donnée à Versailles le 22 Mars
1726. Enregistrée à la Cour des Aydes , le 3
Juillet fuivant.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi die
30. Mars , qui proroge jufqu'au premier Septembre
prochain , le terme fixé par celui du 26.
Decembre dernier , pour faire proceder à la liquidation
des Offices & Droits fupprimez ; &
jufqu'au premier Octobre auffi prochain , le
terme fixé par ledit Arreft , pour en recevoir le
semboursement ; & qui ordonne que jufqu'audit
jour premier Octobre 1726. il foit délivré par
2. vol
I vj
les
1402 MERCURE DE FRANCE.
les Gardes du Tréfor Royal , pour valeur defdits
rembourfemens , des Quittances portant
intereft au denier Cinquante , ou des affigna-"
tions fur les Rentes perpetuelles au denier
Cinquante fur les Tailles , créés par Edir du
mois d'Aout 1720. conformément à l'Arreſt
du 27. Aouft 1725. paffé lequel temps les proprietaires
defdits Offices & Droits fupprimez ,
demeureront déchûs de toutes prétentions.
ARREST du 23. Avril , qui ordonne que les
fommes employées fur les Etats du Roi , des
années 1724. & 1725. foit pour Gages , Augmentatious
de Gages ,Taxations fixes , Interes
& Rentes , pourront être données en payement
pour l'acquifition des Offices créés par les Edits
du mois de Juin mil fept cens vingt cinq .
ARREST du même jour , qui ordonne que
le fol pour livre attribué aux Offices de Controlleurs
des Octrois , fera impofé , levé & perçû
outre & pardeffus les droits d'Octrois , Tarifs
& autres Impofitions , & conjointement avec
iceux dans la quinzaine , à compter du jour du
prefent Arreft , à la diligence des Fermiers ,
Adjudicataires , Régiffeurs , Collecteurs , Commis
& Préposez au nom des Villes & Communautez
, & c .
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous les Offices de Receveurs Generaux & Particuliers
des Bois , pourront être acquis , poffedez
& exercez fans incompatibilité par une feule
& même perfonne dans une même Generalité ,
avec f culté de les defunir , vendre & en dife
pofer toutes fois & quantes : difpenfe les Officiers
fupprimez qui acquereront lefdies Offices , de
prendre de nouvelles Proviſions , ni de ſe fairé
2. vol. de
JUIN. 1726. " 1503
de nouveau recevoir , tant aux Chambres des
Comptes , qu'aux Bureaux des Finances.
les ARREST du 7. Mai , qui ordonne que
Acquereurs des Offices de Confeillers - Tréforiers-
Receveurs des Deniers , Biens & Revenus
patrimoniaux , d'Octrois , Dons , Conceffions ,
Tarifs , Subventions & Impofitions ordinaires
& extraordinaires , qui fe fevent au profit des
Villes & Communautéz du Royaume , jouiront
des mêmes Privileges & Prérogatives , dont
jouiffoient les Officiers fupprimez par l'Edit du
mois de Juin dernier ; & qu'en attendant la
vente defaits Offices , ceux qui feront commis
ou prepofez pour en faire les fonctions , jouiront
de tous les Privileges énoncez dans le prefent
Arreft.
ARREST du 14. Mai , qui décharge les Officiers
des Bureaux des Finances des Provinces &
Generalitez y mentionnées , leurs Veuves &
Veterans , du Droit de Confirmation , comme
érant Officiers de Cours Superieures."
ARREST du 2r. May, qui décharge du Droit
de Confirmation ceux des Engagiftes des Do
maines de Sa Majefté , aufquels il aura été fignifié
des Arreſts de revente de ces mêmes Domaines
, & c.
ARREST du même jour , concernant la coupe
des Herbes de Mer connues fous les noms de
Varech ou Vraicq , Sar ou Gouefmon ; & qui
fait deffenfes de la pratiquer depuis le 16. de
Fevrier , jufques & compris le dernier Septembre
de chaque année.
ARREST du même jour , qui ordonne l'inter
2. vol. diction
I
•
1 504 MERCURE DE FRANCE:
diction des Notaires , Procureurs , Huiffiers &
Sergens , faute par eux de fatisfaire au payement
du Droit de Confirmation dans quinzaine ,
jour de la fignification du prefent Arrêt .
ORDONNANCE du Prevôt des Marchands
& Echevins , du 3. Juin , par laquelle il eft fair
tres-expreffes inhibitions & deffenfes à tous Soldats
, Gagne- Deniers , gens fans aveu & autres ,
de s'attrouper les jours de travail , jours de Dimanches
& de Fêtes , fur les Ports & Quais , Ifle
Louvier , Ifles aux Cignes , dans les Bateaux ,fur
les Trains , dans les Chantiers & fur les Cours &
Remparts de cette Ville, Fauxbourgs & Banlieuë;
d'y jouer à aucuns jeux , d'y jurer & proferer aucunes
paroles fcandaleufes , à peine de prifon , &
d'y porter & allumer aucuns feux , fous quelque
prétexte que ce foit . Fait auffi deffenſes à toutes
perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles
foient , de tirer aux Hirondelles ni au blanc ,
ou d'effayer aucunes armes le long de la Riviere
de Seine , fur les bords d'icelle , fur les Ports &
Quais , Ifle Louvier , Ifle aux Cignes , fur les Bateaux
& Trains de bois , dans les Chantiers & fur
les Cours & Remparts de cette Ville , Fauxbourgs
& Banlieuë.
ARREST du 4. Juin , qui ordonne qu'à comp
ter du jour & datte du prefent Arreſt , & jufqu'au
premier Janvier 1727. ceux qui leveront
des Offices vacans aux Parties Cafuelles , demeureront
déchargez du payement du Droit de
Confirmation .
EDIT du Roy , portant fuppreffion des Greniers
à Sel de Montmiral , de Conneré & de la
Gravelle , qui compofent les Directions du Mans
& de Laval. Donné à Verſailles au mois de May
2. vol.
1726
JUI N. 1726. 1505
1726. Regiftré en la Cour des Aydes , les Juin
fuivant,
ARREST du 11 Juin , qui maintient le fieur
des Baratz , feul Curé de la Ville de Pau , Capitale
de Bearn , dans le droit d'avoir féance &
voix délibérative au Bureau de la Direction &
Administration de l'Hôpital General & Hôtel-
Dieu de ladite Ville , en exécution des Déclarations
du Roy , des 12 Decembre 1698 & 18 Juil-
* let 17.24 .
ORDONNANCE de Police , portant Reglement
pour la Foire S Laurent. Du 15 Juin 1726
par laquelle il eft dit ce qui fuit : Il eſt enjoint à
tous Marchands de cette Ville de Paris & Forains ,
qui feront établis à la Foire S. Laurent , pour y
vendre leurs Marchandiſes & Denrées, de garder
& obferver les Ordonnances , Arrêts & Reglemens
de Police concernant le débit d'icelles :
Leur faifant deffenfes de tenir leurs Boutiques
ouvertes , d'y vendre n'y étaller les Dimanches
& Fêtes de commandement : Comme auffi de debiter
leurs Marchandiſes & Denrées ailleurs que
dans l'Enclos de la Foire , & de les colporter par
les rues pour les vendre en regrat , à peine de
faifie des Marchandifes, & de cent liv . d'amende .
Deffendons à toutes perfonnes de tirer l'épée,
de blafphemer & jurer le Saint Nom de Dieu , ni
de commettre aucun défordre dans l'Enceinte &
Preau de la Foire ; & à tous Soldats , Femmes de
mauvaife vie , Vagabonds & Gens fans aveu de
s'y arrêter & attrouper , à peine de Priſon , d'amende
& de punition exemplaire.
Faifons deffenfes fous les mêmes peines , à tou
tes perfonnes , autres que celles refervées par la
Declaration du Roi , & Reglemens de Police
rendus en conféquence, de porter aucunes Armes
2. vol .
死
1508 MERCURE DE FRANCE.
à feu , Poignards , ni autres prohibées ; & à tous
Laquais & Gens de livrée , foit François , foit
Etrangers , de porter aucunes Armes , Cannes ,
Bâtons & Baguettes , pour quelque cauſe & ſous
quelque prétexte que ce puifle être.
Deffendons aux Marchands Maîtres des Spectacles
, & autres , d'embarraffer la voïe publique,
d'arrêter ni retenir les paffans , fous prétexte de
les faire entrer dans leurs Loges ; & à toutes perfonnes
de nuire aux Arbres qui font dans les rues
& préau de la Foire , ni aux Boëtes pofées pour
les conferver , à peine de cent livres d'amende ,
& de tous dépens , dommages & interêts dont les
Maîtres & Maîtreffes feront civilement refponfables.
Faifons pareillement deffenfes à tous Marchands
& autres de donner à jouer , ni de ſouffrir
que l'on joue dans leurs Boutiques & Loges ,
fi ce n'eft pour le payement des Marchandiſes de
leur Commerce qui y feront actuellement expoſées
, & qu' y auront été achetées , à peine de
cinq cens livres d'amende pour chaque contravention
, & de plus grande peine s'il y échoit.
Leur enjoignons de fe retirer & fermer leurs
Boutiques & Loges à dix heures du foir au plus
tard , fans permettre qu'il y refte aucunes perfonnes
autres que celles de leur famille & domeſtiques
, aufquels il eft expreffément deffendu de
faire aucunes danfes dans les rues à heure indue
, ni de troubler la tranquilité publique , a
peine d'amende & de telle autre peine qu'il appartiendra.
Enjoignons auffi aux Syndics de la Foire d'en
faire fermer toutes les Portes à dix heures précifes
du foir , & de veiller à l'obfervation de la
prefente Ordonnance , à peine de demeurer refponfables
en leur propre & privé nom , de la négligence
des Portiers , &c.
2. vol.
ORJUIN.
1726 . 1507
ORDONNANCE de Police du 21 Juin 1726.
qui condamne quelques Particulieres , Marchandes
de Marée , en quinze livres d'amende chacune
, pour avoir expofé leurs Denrées fur le
paffage des Proceffions le Jour de la Fête-Dieu.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes de
tirer dans les Cheminées , en cas d'incendie ,
aucuns coups de Fufil , chargez à balle ou de
gros plomb , &c.
ORDONNANCE de Police du 28 Juin 1726.
qui fait deffenfes aux Porteurs d'eau de puifer de
l'eau pendant l'Eté , depuis les grands Dégiez
jufqu'au Pont Neuf , & depuis le Port Saint Paul
jufqu'au Quay de l'Ecole , à peine de punition
corporelle: Et à toutes perfonnes de fe baigner
dans cette étenduë de la Riviere,à peine de quatre
cens livres d'amende , & c.
LETTRES Patentes , qui ordonnent des coupes
dans les Bois de la Maitrife de Saint Germain
en Laye, pour l'ordinaire de 1727.Données
à Versailles le 21 Mai 1726. Regiſtrées en Parlement
le 21 Juin 1726.
ORDONNANCE du Roy , concernant les
Spectacles ; du 17 Janvier 1726. renouvellée &
publiée le 26 du même mois , par laquelle Sa
Majefté fait tres-expreffes inhibitions & deffenfes
à toutes perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient , même aux Officiers de fa
Maifon, fes Gardes , fes Gendarmes , Chevaux-
Legers , Moufquetaires ; & à tous Pages , Valets
de pied , Gens de livrée & autres, fans aucune referve
, exception ni diftinction , d'entrer fans
payer aufdits Spectacles des Foires de S. Laurent
& de S. Germain , même aux Pages de Sa Ma
2. vol.
jefté
1408 MERCURE DE FRANCE.
jelté , des Princes & autres perfonnes de diſtinc
- tion , de fe placer fur le Théatre , mais feulement
dans les Loges qui leur feront indiquées par les
Maîtres des Jeux . Deffend pareillement Ŝa Majesté
à toutes perfonnes qui affifteront aufdits
Spectacles , d'y commettre aucun défordre ni
trouble , ni d'interrompre les Acteurs pendant
leurs Repreſentations & Entr'Actes , à peine de
défobéiffance : Comme auffi de commettre aucun
défordre , ni violence , ni indécence aux entrées
ou aux forties , ni auprès des Loges & des
lieux où le font les Représentations , fous telles
peines qu'il fera jugé convenable . Permet Sa Ma
jelté d'emprisonner les contrevenans , &c.
ARREST du 30 Juin , concernant les Stipulations
en Efpeces , par lequel Sa Majesté ordonne
que toutes Lettres de Change , tirées fur
des Négocians ou autres Particuliers , réfidans
dans les Provinces de la domination de Sa Ma-
~ jeſté , Billets & autres dettes de Commerce con-
-tractées avant les dernieres diminutions , avec
ftipulations de payement en Especes fuivant le
cours qu'elles avoient alors , feront acquitées en
Efpeces de la nouvelle fabrication , à raison de
dix -huit livres pour la valeur du Louis de trenteſept
& demi au marc , & de quatre livres dix fols
pour celle de l'Ecu de dix & trois huitièmes au
marc ; dans lesquelles Efpeces lesdites Lettres de
Change , Billets & dettes de commerce auroient
été payées , fi lefdites Efpeces n'étoient décriées
de tout cours & mife , &c.
EDIT du Roy , portant fuppreffion de l'Office
de Garde du Tréfor Royal Triennal , dont étoit
pourvu le fieur Paris de Montmartel. Donné à
Verfailles au mois de Juin 1726. Regiftré en Pare
lement le 3 Juillet 1726. ,
2. vel, AP:
1509
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 2. Volume du Mercure de
France du mois de juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris ,
le 2. Juillet 1726.
HARDIO N.
adaaaaaaaaaaaaaa
TABLE
du fecond Volume de Juin.
1306
Ieces Fugitives , Ode fur la Mort , 1301
Obfervations fur la beauté des Ouvrages
d'Efprit ,
L'Hymen d'accord avec l'Amour , Poëme , 1337
Difcours pathetique fur la cinquantième année
de Mariage , & c .
Le Remords , Poëme ,
Lettre fur un fait très - fingulier ,
Stances à Mademoiſelle ***
1340
1351
1353
1361
Memoire de M. de Reaumur , fur l'Art de faire
dés Ouvrages finis en Fer fondu , 1364
Memoire de M. Geoffroy , contenant differens
moyens d'enflâmer , non - feulement les Huilles
Effentielles , mais les Baumes , &c . 1369
Epigramme ,
Obfervations & Planche gravée fur la Colomne
de Cuffy ,
Peinture Poëtique de Lainez ,
2. vol.
1974
ibid.
1387
Let1510
Lettre de M. Sully , fur les Longitudes , 11989
Acte du Parlement d'Angleterre , pour récom
1392
penfer ceux qui découvriront la Longitude
en Mer ,
Lettre en Profe & en Vers de M. Vergier , 1397
Trait fingulier de Mahomet IV.
Les Oiseaux d'Augure , Fable ,
Lettre fur les Bons Mots ,
Enigmes ,
Nouvelles Litteraires ,
Thefe dédiée au Roy Staniſlas ,
Nouveau Syteme de Chant
Nouveau Bandage fans Acier ,
1397
1401
140
14090
1411
1419
I228
1423
Programme de l'Académie des Jeux Floraux, 1425
Spectacles , Tragedie d'Efther ,
1439
1435
L'Amante Capricieufe , Comedie , Extrait , 1436
Muzette & Coupler notez ,
Le Temple de la Verité , autre ,
Naiffances , Morts & Mariages ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Morts des Perfonnes de confideration
1445
Nouvelles du Temps , de Ruffie , Pologne , 1454
Supplément, Eaux Minerales de Paffy ,
Queſtion de Droit ,
Bouquet en Vers , &c .
Nouveau Canal de Paris à S. Denis ,
Le Sanglier & la Taupe, Fable,
Defcription d'une Sphere mouvante ,
1464
146
1469
1476
1472
1476
1484
148
1487
Arrêts , Ordonnances , Sentences de Police, &
Isol
Fantes à corriger dans ce Livre.
PPage 1331. lign. derniere , jouis , lifez, ouit,
Age 135. ligne 3. faite ,lifez , fait .
Page 1394. ligne s. ne , ôtez ce mot.
Page 1415. ligne 12. ou un feul , l. qu'un feul,
;
PRIVILEGE
·
DU ROT.
&
OUIS, par la grace de Dieu , Roi de France & de
Navarr à nos Amez & Feaux Confeillers , les
tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
êtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil
ifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & au
nos Officie s & Jufticiers qu't! appartiendra, Sa
l'applaudiffement que reçoit le M.RCURE DE
NCE , Cy devant appelé le Mercure Gaiant'.
pofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé ,
es Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
laire du dernier Brevet étant decedé , il ne conit
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ouze
auffi utile qu'a réable , tant à nos fujets qu'aux
ingers; c'eft dans cette vûë que bien informé des
ns , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
yer , ancien Gendarme dans la Compa nie des
ndarmes de nôtre Garde ordinaire , & Cheva ier
nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
ifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
re ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
ANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
vet le 17 , Octobre dernier , pour l'execution du
el ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai-
: A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
avons permis & permettons par ces Prefentes de
mpofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
urra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
ractere , conjointement , ou feparement , & autant
fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
ire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , & ce
endant le temps de douze années confecutives ,
ompter du jour de adatte des Prefentes ; à condi
ion neanmoins que chaque volume portera fon Appro❤
ation expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
à
1512
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'eller
foient d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiſſance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'im
primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendr
débiter ni contrefaire ledir Livre , ou planches en cou
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmentation , correc
tions , changement de titre , ou autrement , lans
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui , le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000, livres
d'amende , payables fans déport par chacun des con
trevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , domma
ges & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur les Regiitres de la Com
munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avan
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qu
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fer
remis dans le même état , où les Approbations y 2
ront été données és mains de notre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France ,
fieur FLEURIAU D'ARMĀNONVILLE , Commandeur de no
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exempla
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , u
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dan
celle de notredit très - cher & Feal Chevalier , Gard
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullicé de
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons d
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine
ment & paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fa
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet now
avons revoqué & revoquons tous autres Privilege
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autr
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement o
à la fin dudit Livre foit tenue pour duëment ſignifiée
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Ame
& Feaux Confeillers . Secretaires , foy foit ajoutée, &
1513
ISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c .
Touloufe , chez la veuve Tene .
ordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
lantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
ennes , chez Vattar.
lois , chez Maffon.
Cours , chez Gripon.
louen , chez la veuve Euftache Herault.
hâlons - fur-Marne , chez Seneuze
miens , chez François , & chez Godard,
irras , chex C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
ille , chez Danel .
Verſailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
aint Germain , chez Doré.
-yon , chez
1514
CATALOGUE des Mercures de France;
depuis l'année 1721. jusqu'à preſent.
Uin & Juillet 1721 .
JAouft , Septembre , Octobre ,
2. vol
5. vol.
Novembre & Decembre
Janvier & Fevrier 1722. 2. vol.
Mars 1722. 2. vol.
Avril. 1. vol.
Mai. 2. vol.
Juin , Juillet & Aouft.
3. vol.
Septembre. 2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre.
2. vol.
Decembre.
I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double .
Année 172 4. les mois de Juin
& de Decembre double.
13. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
14. vol.
de Septembre & de Decembre
doubles.
Les fix premiers mois de 1726.
le mois de Juin double.
15.
vol.
7. vol.
72. vol.
La Chanson doit regarder la page 1430
La Planche gravée , page 1375.
John
Bigelow
to the
나나
Century
Association
DM
Mercure
Presented by
John
Bigelow
to the
044.
Century
Association
DN
Mereure
1
Shereare
*I*
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
AVRIL 1726.
QUE COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DCC. XXVI
نم
Avec Approbation & Privilege du Roi,
康康康
THE NEW YORKİ
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENO
L'ADR
TILDEN FOUNDATIO
190
་
A VIS.
leur
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
>
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fels .
6431
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY
AVRIL
1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SATYRE A APOLLON..
ON, Phebus , je ne puis fans te
vouloir du mal ,
Voir regner pour les Vers ce dégoût
general ;
Qui bravant de ton art la Nobleffe divine ,
Le fait depuis long-temps pancher vers fa
ruine.
A ij Car
644 MERCURE DE FRANCE .
Car ce n'eft plus le temps où dans les Cours
admis ,
On ceignoit de lauriers le front de tes amis ,
Où les peuples inftruits à leur fublime Ecole,
Les menoient triomphans jufques au Capitole
:
Ce temps , dis-je , n'eſt plus , un burleſque renom
,
Eft fouvent ce qu'on gagne à fervir Apollon.
Dieu des Vers ! librement je rime ma penfée.
Ne me crois point ici partie intereffée.
Ce que j'ai fait de Vers n'a pas dû meriter ,
Qu'un moment le Public voulût bien m'écou
rer.
Mais , Phebus , envers toi , quelle eſt mon
injuſtice !
Veux-je de nos erreurs te rendre ici complice
,
Et t'imputer l'effet de notre aveuglement ?
Je me retracte. Excufe un premier mouve
ment.
Si des Vers aujourd'hui l'on fait ſi peu
d'eftime ,
S'il n'eft plus parmi nous de lauriers pour la
rime ,
C'eft que dans nos écrits , vains & fourds à ta
voix ,
NousAVRIL
1726 . 645
1
Nous-mêmes les premiers nous méprifons tes
loix.
Ecrivains pareffeux , prompts à nous faire
lire ,
Nous tirons au hazard des fons de notre
lyre ,
Et prenons pour le fruit des plus nobles tranfports
,
Le concert languiffant de nos foibles accords.
Sinceres une fois , dépouillez d'artifice ,
Faiſons ingenument l'aveu de notre vice.
Trop fattez du beau feu que ta faveur départ
,
Nous penfons que lui feul peut fuffire à ton
art ,
Ignorant de ce feu la debile nature ,
Et qu'il s'éteint fouvent faute de nourriture :
Qu'une étude conftante eft fon pur aliment ,
Le fouffle qui l'enflâme & le rend vehement .
Car tu ne prétens point en échauffant leur
veise
,
Epargner aux Auteurs le travail & la peine.
Le dur métier des Vers , pour le bien exprimer
,
Eft un métier égal à celui de ramer .
Le croit-on toutefois ? Quand on voit une
Mufc ,
A iij Dupe
646 MERCURE DE FRANCE.
Dupe du fol orgueil qui la berce & l'amufe;
Et traitant de ton art tous les genres divers ,
Nous donner coup fur coup des volumes de
Vers.
Fecondité fterile , & qui dans fa manie ,
Ne produit que des Vers dépourvûs d'harmonie
,
Met le fens à l'étroit , & d'un ftile empezé ,
Se plaît à nous rebattre un fujet épuisé.
De- là ces tours obfcurs ces écarts fans
yvreffe ,
›
Cette rime fans choix , fille de la pareffe :
Car enfin de nos Vers Fornement le plus
beau >
La rime toujours chere à Racine , à Boileau ,
Et qui dans tous fes droits fut par eux maintenuë
,
Etrangere chez nous n'eft prefque plus connue.
Eh ! nous croyons pourtant , de nos Vers
enyvrez ,
Par notre âge comme eux devoir être ho
norez :
Quelle erreur ! Voulons-nous atteindre aux
mêmes graces ?
Imitons leur exemple & marchons fur leurs
traces .
Des
AVRIL
647
1726.
Des Anciens furtout feuilletons les écrits ,
Des neuf Soeurs , quoiqu'on dife , ils font les
favoris.
*
Loin de nous prévaloir de quelques vains ſuffrages
,
Cent fois fur le métier remettons nos ouvrages.
D'une oreille attentive & d'un efprit foumis
,
Ecoutons les confeils de nos fages amis ;
Redoutons un Lecteur qui toujours nous encenſe
,
Evitons même en Vers ce qu'on nomme licence
,
Et nous pourrons alors lûs , approuvez
cheris ,
›
D'un Poëme parfait ravir le jufte prix.
Certes, nous le pourrons, fi notre Mufe chafte
Humble dans les fuccés fe prefente fans falte ,
Et qu'un front coloré des feux de la pudeur ,
De fon ame modefte exprime la candeur.
Vice affreux ! qui toujours eut l'art de nous
reduire ,
Orgüeil ! c'est toi furtout que je voudrois détruire.
Je fçais trop , des neuf Soeurs Confeiller imprudent
,
A iiij Sur
t
648 MERCURE DE FRANCE.
Sur tous leurs nourriffons quel eft ton afcendant.
Dans leur efprit enflé trouvant l'accès facile
,
Chez eux prefque toujours tu fais ton domicile
,
Et tu deviens fouvent , groffiffant leur cahier
,
La fource des mépris qu'on leur voit effuyer .
N'en doutons point . L'orgueil contre qui
tout s'irrite ,
Quand il foüille un Poëte obſcurcit ſon merite.
Souvent trop prévenu le rebelle Lecteur
Confond injuſtement le Poëme & l'Auteur ,
Ou du moins fi la piece enleve fon fuffrage ,
C'eft fans goût pour l'Auteur qu'il approuve
l'Ouvrage.
Mais , qui nourrit l'excès de notre vanité ?
Est- ce de nos écrits la fublime beauté ?
Ah ! fi tels à nos yeux l'erreur fçait nous les
peindre ,
Apollon , dans nos mains que ton art eſt à
plaindre !
Que nous connoiffons peu , dans cette illu-
- fion ,
Le fuprême degré de la perfection.
QuiAVRIL
649
1726.
Quiconque en fa hauteur une fois l'envifage
,
Effrayé de l'objet , craint & fe décourage ,
Et toujours fur fes Vers , inquiets , vacillans
,
Ne les voit de fes mains s'échaper qu'en
tremblant .
Le Comique François , le celebre Moliere ,
Chagrin fur fes écrits ne s'y pouvoit com◄
plaire ,
Et malgré fes fuccès , mécontent de fon feu ;
Au fameux Defpreaux vingt fois en fit l'a
veu .
O Ciel ! quel eût été le fort de l'Eneide ,
Si Rome en avoit crû fon Auteur trop ti
mide !
Mais tel eft le deftin des hommes excellens
De n'applaudir jamais à leurs heureux ta
lens.
TANEVOT.
A v LET
650 MERCURE DE FRANCE
*******************
LETTRE écrite de Paris le 17. Fevrier
1726. par M. Rondet au R. P. Caf
tel , Jefuite
loculaire.
3 en Réponse au Clavecin
M. T. R. P.
N ne peut lire , fans admiration
ingenieufe découverte de votre
Clavecin oculaire , inferée dans le Mercure
de Novembre dernier ; auffi picqua-
t'elle d'abord ma curiofité : mais la
folidité de vos raifonnemens me donna
beaucoup à penfer , fans neanmoins me
faire paroître la chofe impoffible ; quoiue
les differens obftacles qu'on a alleguez
, & ceux qui naiffent dans l'execut
ion , auroient pû rebuter tout autre
mais j'étois encouragé par quelques perfonnes
de merite , & dans l'efperance de
q
trouver en vous un Mentor .
L'Analogie que vous faites des fons
avec les couleurs , a quelque chofe de fi
convaincant , qu'on n'a qu'à la fuivre
pas à pas , pour être perfuadé de la poffibilité
de ce brillant Clavecin : auffi eftce
elle qui me frappa le plus ; me faiſant
fentir une realité , que la nature me donnoit,
AVRIL 1726. 65 1
noit , fans en penetrer les juftes caules .
> : Premierement , vous avancez non
fans fondement , que le plaifir des yeux,
l'emporte de beaucoup fur celui de l'oüie,
& vous le prouvez d'une maniere trèsphifique.
Je tâcherai , à votre imitation ,
M. R. P. d'en convaincre , par des faits,
les incredules , ou ceux dont la feule envie
de critiquer fait tout le merite. Venons
prefentement à la preuve , & fermons
la bouche à ces efprits forts . Menons-
les pour un inftant à l'Opera , là,
ils pourront , par experience , juger du
fait en queftion. 1 °. Le Parallele des fons
& des couleurs s'y fait fentir : enfuite le
mouvement fubit des décorations & des
Machines , l'emporte de beaucoup fur
les fons ; car rien ne flatte davantage que
le premier coup d'archet , & rien n'eft
plus faififfant que le premier coup d'oeil
d'une decoration . Pouffons plus loin notre
comparaifon , & à votre imitation ,
élevons les couleurs d'un degré. Je demande
donc aux beaux efprits prétendus ,
s'ils font en état de me rendre compte
de la beauté , & des agrémens de la Mufique
; lorfqu'il fe fait des changemens
inefperez de differentes decorations , non
fans doute , par confequent la variation
des couleurs l'emporte donc fur les tons.
J'entens déja qu'on me répond , que la
fur-
A VI
652 MERCURE DE FRANCE .
"
furpriſe occafionne ce fait : eh bien , j'y
confens , puifqu'il ne dure qu'autant que
la variation des couleurs nous laiffe à douter
du fujet qui fait notre furprife : mais
entretenons cette variation , l'efprit toujours
fufpendu , & les yeux toujours
dans l'attente d'un nouveau plaifir , autant
qu'on le voudra , & c'eſt juſtement
ce qui s'executera dans le Clavecin oculaire.
Il eft auffi très- facile de démontrer ,
que le plaifir des yeux confifte beaucoup
dans le mouvement . Car qu'on regarde
un tableau , fait par un Peintre des plus
habiles , fentira- t - on les mêmes mouvemens
, que lorsqu'on voit à l'Opera une
même reprefentation , quoique la peinture
foit bien diffemblable , & ne donnet-
on pas même du mouvement , à tout
ce qu'on regarde , en promenant les yeux
continuellement fur l'objet qui fait notre
attention : parler du mouvement , ou
plutoft de l'harmonie qui fe fait dans les
yeux que vous pourrez voir , M. R. P.
fi vous ne l'avez déja lû , dans l'Ophthalmographie
de M. Briggs , Auteur
Anglois , où , à la fin de fon Livre , il a
mis le plan des productions des fibres de
la retine jufqu'à la prunelle ; il démontre
que les filets fymphatetiques du nerf
optique fe répondent les uns aux autres,
dans
AVRIL 1726. 653
dans une parfaite harmonie ; fes filets
étant bandez , & fe rendant fur les couches
du nerf optique , qui leur fert comme
le chevalet au corps d'un Violon .
De là on peut juger la ſuſpenſion & agitation
où l'on fe trouvera , lorfque ces
couleurs fe peindront fur une tapifferie
dans une modulation tout- à- fait harmo
nique.
Il y a plus , M. R. P. c'eft l'Analogie
parfaite , qui fe rencontre entre
l'organe de l'oüie, & celui de la vûë , que
j'ai eu le temps d'obſerver pendant plufieurs
années , que j'ai travaillé fous M.
de Woolhouſe , un des plus fçavans Oculiftes
de l'Europe . Il feroit à fouhaiter ,
qu'il voulût bien , là - deffus , nous communiquer
fes Remarques , qu'on verra
dans fa Bibliotheque Ophthalmique s
qu'il s'eft engagé de donner au Public .
En attendant , je vous ferai part de quelques
faits fur ce Parallele .
>
Perfonne n'ignore , qu'en de certaines
vapeurs la vûë fe trouble & qu'en
même temps le bourdonnement & teintement
des oreilles fe fait fentir ; que
dans prefque toutes les perfonnes d'un
certain âge , la vûë & l'oiiie diminuent
en même proportion. J'ai vu plus , M.
R. P. j'ai vu plufieurs maladies des
yeux , occafionner le mal d'oreille , &
enfin
654 MERCURE DE FRANCE .
enfin certaines maladies , dont la crife a
caufé la perte totale de l'un & de l'autre
de ces deux organes.
Un autre fait fingulier , dont j'ai été
moi- même témoin , eft la guerifon du
R. P. d'Aumale , Carme de la Place
Maubert , qui avoit entierement perdu
la vûë , par une maladie , qu'on appelle
goutte ferene. Ce R. P. étoit un peu melancolique
, après que M. de Woolhoufe
lui eût fait quelques remedes , voyant
qu'ils ne faifoient pas l'effet qu'il efperoit
, s'avifa de lui faire donner de petits
Concerts : ce qui réüffit fi bien , que
fa vaë revint peu à peu jufqu'à parfaite
guerifon.
M. de Woolhoufe m'a raconté plufieurs
fois , qu'il avoit vû à Maftrich un
Aveugle , qui diftinguoit les couleurs
par le toucher : c'étoit le fils d'un Mercier
, qui avoit perdu la vûë à l'âge de
6. années. Lorfqu'on donnoit à cet homme
un drap rouge , il difoit , en le tou
, que cette couleur lui faifoit le
même effet , que le fon d'une trompette
, ou d'un tambour. Le noir , il le connoiffoit
, parce qu'il étoit raboteux. Pour
le blanc , ou le jaune , il difoit ſeulement
, qu'il falloit que ce fut l'un ou
l'autre ; auffi-bien que le verd avec le
chant
bleu:
AVRIL 1726 559
bleu apparemment par l'accord qui ſe
trouve entre ces couleurs.
M. de la Faye , Capitaine aux Gardes
, préfenta à l'Académie , il y a environ
10. ou 11. années , une experience
, qui a rapport au Clavecin oculaire .
Voici le fait : il trouva à la Foire Saint
Germain une roue , où étoit peint deffus
des rayons rouges , bleus & verds fucceffivement.
Par le moyen d'une manivelle
, on tournoit cette rouë , &
toutes ces differentes couleurs , fe combinant
les unes avec les autres , ne laifferent
pas que d'attirer l'attention de cette
illuftre Affemblée .
J'ai crû , M. R. P. être obligé de
vous marquer ces faits réels , pour vous
faire fentir , que j'ai refléchi ferieuſement
fur cette affaire , fans vous parler
de petites experiences que j'ai faites fur
votre Clavecin oculaire , qui ont ache
vé de me convaincre de la réüffite d'une
fi agreable & fi utile entreprife.
Comme il m'eft venu plufieurs moyens
pour la conftruction de ce nouveau Cla--
vecin ; je vous les propoferai tous ,
dans l'efperance que ceux qu'on voudra
bien y joindre , pourront m'aider à perfectionner
cette découverte qui eft pour
moi deformais une affaire faite . Je fuis
fâché , M. R. P. de ne vous avoir pas
connu
656 MERCURE DE FRANCE.
connu plutôt : car je puis vous affurer ;
que fi l'execution avoit devancé le projet
, elle auroit jetté dans un étonnement
confiderable , & on auroit eu peine à en
deviner le fujet .
Vous propofez premierement , M. R.
P. de faire voir dans une chambre l'air
rempli de couleurs , à la place du tremouffement
que les fons y font ; enfuite,
de peindre ces couleurs fur une tapifferie
dans un ordre harmonique.
Pour parvenir à la réüffite de ce projet
, vous nous propofez un Clavecin
& vous nous donnez à entendre , qu'il
faut que les couleurs jouënt en même
proportion harmonique que le Clavecin
.
Je prens donc un Clavecin ordinaire ,
& je n'y fais aucun changement , qu'à
l'extrêmité des touches , que je rends
ou plus large , ou ovale , ou demi fphe
rique , ou plus longue , felon qu'il me
convient , & j'y attache un cordon , qui
paffant par une poulie , qui eft inferieure
à ces touches , va fe rendre au Cla
vecin oculaire. Voilà d'abord tout le
changement qui fe trouve dans le Clavecin
ordinaire , qui n'eſt pas confiderable
; & qui ne dérange , ni ne change
rien , ni dans fa difpofition , ni dans fon
jeu .
Main
AVRIL 1726. 659
I
Maintenant j'éleve au - deffus de ce
Clavecin , & perpendiculairement , à
l'extrêmité des touches , une boëte dioptrique
, percée par autant de couleurs ,
qu'il y a de touches au Clavecin . Cette
boëte eft une efpece de coffre , fait de
bois , ou de fer blanc, de telle figure qu'il
convient . pour faire jetter un grand
foyer de lumiere fur les couleurs : car
c'eft de là d'où dépend la réüffite de ce
Clavecin. On pourra même le garnir
de glaces & de miroirs convexes & de
miroirs concaves , comme je l'explique
rai ci- après.
Pour former mon clavier coloré , je
me fers de verres colorez , chacun dans
l'ordre , & le diapafon des notes de Mufique
ces verres font encadrez dans une
efpece de chaffis. Voilà , comme vous
voyez , mon Clavecin oculaire tout fait ,
mais il s'agit prefentement de faire jouer
ces couleurs .
Pour cet effet , il faut mettre devant
chaque verre un rideau, qui fe leve & s'abaiffe
, dans le même temps que les doigts
font pofez fur les touches. Comme ceci
eft le plus difficile , je propoferai plufieurs
manieres pour ce jeu , en me fervant
du mouvement que font les touches
, & des cordons que j'y ai attachez
pour cet effet à leurs extrêmitez .
660 MERCURE DE FRANCE .
leurs en feront plus vives , fans parler
du diapafon des prifmes , dont j'ai eu
l'honneur de m'entretenir avec vous .
Mais le coup de maître eft dans le
mouvement des miroirs , dont vous m'avez
parlé ; pour rendre les couleurs plus
étendues , plus brillantes , & leur donner
une pointe , & une legereté capable de
réveiller ceux qui ont le moins de facilité
à comprendre le plaifir que ce Clavecin
peut leur faire goûter. Mais je n'en
dirai pas davantage -là deffus , puifque
vous avez jugé à propos de le fupprimer.
Il y aura enfin mille manieres de perfectionner
ce Clavecin , & d'y faire même
paroître de temps en temps plufieurs
figures , qui non - feulement ferviront d'un
nouveau fpectacle ; mais feront encore
très-inftructives pour peindre les differens
jeux qu'on executera. Je me flatte ,
M. R. P. que vous voudrez bien prendre
le foin de perfectionner mes foibles
réflexions étant perfuadé du respect
avec lequel j'ai l'honneur d'être , &c,
ODE.
AVRIL 1726. 661
ODE fur le Mariage du Roi.
0º
fuis-je , & quel nouveau delire ,
Me tranfporte loin de ces lieux ?
Plein de l'yvrefle qui m'infpire ,
Je prens mon effor dans les Cieux :
Par mille routes inconnuës ,
Porté fur le faîte des nuës ,
Je vois fous mes pieds l'Univers;
Audacieux rival d'Icare ,
Guidé par une ardeur bifarre ,
Je fuis Dédale dans les airs.
M
J'arrive vers cette contrée ,
Où dans fes fuperbes remparts ,
Strasbourg , celebre l'Hymenée ,
Qu'on annonce de toutes parts :
Qu'apperçois- je.... c'eft la Fortune ,
Loin d'ici , Déeffe importune ,
N'aime plus qui ne t'aime pas ...
Mais quoi ! fes voeux font legitimes ,
Elle veut , reparant les crimes .
Faire oublier fes attentats,
662 MERCURE DE FRANCE.
$2
Quels Dieux , quelles auguſtes têtes ,
Etonnent mes fens réjouis ?
Quels Dieux , quelles nouvelles fêtes
Enchantent mes yeux éblouis !
Par tout mille chants d'allegreffe
Applaudiffent à la Déeſſe ,
Pour qui l'Hymen en ce fejour ,
Fait dans fa pompe triomphale ,
Briller la torche nuptiale ,
1
Qu'allument les feux de l'amour.
諾
Les cors , les trompettes bruyantes ,
>
Celebrent nos heureux deftins :
De l'airain les bouches tonnantes
L'apprennent aux échos voisins :
Triftes inftrumens de la guerre ,
Ils n'annoncent plus à la terre ,
Qu'un tranquille & charmant repos ;
Le Rhin au milieu de fes ondes ,
Quittant fes cavernes profondes ,
Sort lui - même du fein des eaux.
Ce
AVRIL 1726. 7 6639
Ce n'eft plus ce fleuve terrible ,
Qui jadis inondant fesbords ,
Au milieu d'un carnage horrible ,
Rouloit moins de flots que de
morts :
Son onde orgueilleuſe & captive ,
Semble à regret quitter la rive ,
Si fameufe par nos exploits ;
Et refpecter le joug aimable ,
Qui par un deſtin honorable ,
La rend fujette de nos Rois.
Que vois-je , & quel pompeux myftere ,
Avec éclat frappe mes ſens ?
Servez bien mon ardeur fincere ,
Mufes , dictez- moi vos accens.
J'apperçois le char qui s'avance ;
Des Dieux refpectons la preſence ,
Elevons par tout des Autels :
A nos voeux la vertu fidelle ,
Defcend de la voûte immortelle ,
Pour habiter chez les Mortels.
I
Cellez,
664 MERCURE DE FRANCE
M
Ceffez , ô France fortunée ,
De répandre toujours des pleurs ;
De LOUIS l'heureux Hymenée ,
Va mettre fin à vos malheurs :
Une Déité protectrice ;
Vous a rendu le Ciel propice ,
Peuples, ne craignez plus fes cou ps ;
Les Dieux à vos larmes fenfibles ,
Banniffent les fleaux terribles
De leur redoutable courroux,
Le Soleil caché fous les ombres
N'éclairoit plus notre ſejour ,
De la nuit les tenebres fombres ,
Loin de nous banniffoient le jour :
Des nuages qui fe formerent ,
Par tout les orages creverent ,
Nos blez nageoient dans leurs fillons ;
Les torrens du haut des montagnes ,
Ruinoient dans les vaftes campagnes ,
Le frêle efpoir de nos moiffons.
Ainfi
AVRIL 1726. 665
Ainfi , lorfque après les tempêtes
Parmi la foudre & les carreaux ,
Le Ciel allume fur nos têtes ,
L'éclat de fes brillans flambeaux s
Ses feux éloignant les orages ,
Diffipent les fombres nuages ,
Qui cachoient l'aftre radieux ,
Dont la lumiere bienfaifante
Du fein de l'Aurore naiffante ,
Doit bien- toft éclore en ces lieux,
St
Tels que l'étoile matinale
Déeffe , tes divins appas ,
Ont écarté la nuit fatale ,
Qui couvroit ces trites climats :
Comme d'une tige feconde ,
De ton Hymen doit naître au monde .
Le fang de tes premiers Ayeux ;
Mets le comble à notre efperance ,
Donner des Bourbons à la France ,
C'eſtlui donner des demi- Dieux.
B Brûlez
666 MERCURE DE FRANCE
Brûlez d'une ardeur éternelle ,
Illuftres & tendres Epoux ;
De votre gloire mutuelle ,
Le Ciel
ra point jaloux : '…..
Sous vos favorables aufpices , lola » på
Aux François les Deſtins propices ,
Soutiendront l'Empire des Lys ;
Déja tout reffent fa puiffance ,
Et l'Univers dans le filence
N'ouvre les yeux que fur LOUIS..
Soutien d'une tige divine ,
Roi , notre appui , notre bonheur ,
Monte jufqu'à fon origine
Connois-toi , connois ta grandeur :
Déjala gloire qui t'appelle ,
Semble te témoigner fon zele ,
La gloire eft le fruit des travaux i
Nouvel Alcide , fui fa trace ,
Imite les Rois de ta Race ,
Qui les imite eft un Heros.
Par M. Lefranc.
LET
AVRIL 1726.
667
Skakakakakal kikkikik i
de
LETTRE écrite au R. P. Souciet ,
la Compagnie de Jefus , par M....
aufujet d'une Medaille de Pofthume,
dont il eft parlé dans les Mercures de
Decembre 1723. d'Aouft & d'Octo-
´bre 1724.
MON R.
PERE ,
Comme je ne lis pas plus les Journaux
de Trevoux , que vous lifez le Mercure
de France , le Memoire que vous
avez inferé dans ces Journaux au mois
de Septembre dernier , m'auroit été toutà
- fait inconnu , fans un de mes amis qui
lit tout , qui me l'a communiqué . J'ai
été furpris , je l'avoue , en le voyant ,
ce n'eft pas d'apprendre qu'il y eut une
Médaille femblable à la mienne ; je fuis
trop perfuadé qu'il n'y a point de Mé
dailles uniques , & que celles qui paffent
pour l'être , n'ont cet avantage , que
parce que leurs doubles fe rencontrent
entre les mains de gens qui ne les connoiffent
pas , ou qui n'y font pas d'attention
; mais ce qui m'a étonné , c'eft de
voir que vous donniez pour nouvelle ,
Bij &
668 MERCURE DE FRANCE.
& de votre cru , l'explication que j'ai
donnée , il y a deux ans , à ma Médail
le de Pofthume , & cela , pour ainfi dire
, mot à mot car enfin , quoiqu'il foit
affez ordinaire que deux perfonnes fe
rencontrent du même fentiment , il eft
aflez rare , ou plutôt il l'eft tout - à - fait,
qu'ils s'appuyent entierement fur les mêmes
preuves , ce qui fe voit cependant
dans votre Memoire ; vous avez beau
dire dans un Apoftille que vous n'avez
eu connoiffance de mon explication qu'après
votre Memoire achevé ; on s'imaginera
difficilement que depuis deux ans
vous n'ayez rien fçu de cette explication ,
yous , M. R. P. qui devez lire tout ce
qui fe fait fur le fujet des Médailles
come Antiquaire du premier ordre :
car un homme à qui on envoye des Médailles
de toutes les parties du Monde
n'eft pas un Antiquaire du commun ;
malgré tout cela je n'aurois pas fait
grande attention à votre Memoire , fi je
n'avois trouvé quelque chofe à redire
dans ce que vous y avez mis du votre .
>
Je ne fçai pourquoi ( contre le fentiment
de tous ceux qui ont parlé de Cologne
) vous avancez que c'eft par les
ordres , & fous l'autorité de Neron , que.
cette Ville , appellée auparavant la Vil
e des Ubiens , fut faite Colonie ; certaine
AVRIL. 1726. 669
tainement , comme je l'ai marqué , c'eft
fous l'autorité de Claude. Agrippine y
fonda une Colonie , & pour s'en convaincre
pleinement , il luffit de lire la
fin du 26. Chapitre , & le commencement
du 27. du Livre 12. de Tacite , où
cet Auteur place cette fondation immediatement
après l'adoption de Neron ,
c'est - à - dire , plus de trois ans avant la
mort de Claude ; le furnom de CLAUDIA
, que porte Cologne dans la Mé
daille de Pofthume , dont il eft queſtion
entre nous , appartient plus à Claude
qu'à Neron , contre votre fentiment..
Au refte , de toutes les Colonies dont
nous avons des Médailles , Cologne eft
la feule qui fe foit appellée CLAUDIA ,
& vous remarquerez que celles qui ont
voulu flatter Neron , fe font appellées
NERONIANÆ , & non pas CLAUDIÆ ,
ainfi qu'on le peut voir par une Médaille
de Patras , rapportée par M. Vaillant
, T. I. pag . 178. de fes Colonies.
Donc la preuve que vous tirez de ce furnom
de CLAUDIA tombe d'elle- même ,
mais peut-être dans ces paquets de Médailles
qu'on vous adreffe de toutes parts,
trouverez-vous à juftifier votre fentiment
, vous ferez plaifir au Public de ne
lui point envier cette découverte , fi vous
la faites.
B iij J'ai
670 MERCURE DE FRANCE .
que
J'ai encore , M. R. P. un petit mand'exactitude
à vous faire remarquer ;
vous nous donnez dans votre Memoire
l'explication de deux Médailles , & vous
ne nous en indiquez ni le metal , ni le
volume , cela ne laiffe pas d'être de confequence
, puifque la difference ou de
l'un ou de l'autre , fuffit pour rendre une
Médaille très - rare ; vous nous ferez donc
plaifir , fi vous voulez bien nous marquer
le metal & le volume de celle de Pof
thume , dont il s'agit ici , car il s'en rencontre
de different metal , la mienne eft
de petit bronze , & on en voit une d'argent
à peu près femblable dans le Trefor
Britannique de M. Haym : fans doute
que vous avez vû ce Livre , c'eft un Ouvrage
qu'un Antiquaire peut lire en feureté
de confcience fçavante , & je ne
croi pas que vous le traitiez auffi indifferemment
que vous traitez le Mercure ,
dont vous dites que de votre vie vous
n'avez lû un feul volume.
&
Je finis , M. R. P. & afin que vous ne
vous trompiez pas fur mon fujet , je vous
dirai que je ne fuis pas
Chanoine ,
qu'il n'y a pas apparence que je le fois jamais
qui peut vous avoir donné cette
idée de moi ? il n'y a rien dans ma Diſſertation
qui caracteriſe monétat , je fuis ,
M. R. P. & c. A Orleans , ce 12. Fevrier
1726.
ODE
AVRIL 1726. 671
jkjkjkjkjka : aikakakakakaikaksik
ODE à la Memoire d'Alexiowits le
Grand , Empereur de Ruffie.
Ufes qui vantez la Memoire
Mules
Des redoutables Conquerans ,
Vous couronnez fouvent de gloire ,
Moins les grands Rois que les Tyrans.
Vous celebrez un Alexandre ,
Qui par tout le plût à répandre ~
Le fang , l'épouvante & Phorreur.
Qui donc emporte votre eftime ,
Eft- ce la vertu magnanime
Ou l'ambitieufe fureur ?
M
Peignez un Prince incomparable s
Vengez- le des coups d'Atropos ;
Sur fon modele refpectable ,
Formez les Rois & les Heros ; al mul
Confacrez tous fes faits infignes ;
En fut-il jamais de plus dignes
De vos melodieux accens ?
Le fameux Vainqueur de l'Euphrate ,
Bij
Dont
672 MERCURE DE FRANCE
Dont l'orgueil à vos yeux éclate ,
A moins merité votre encens.
Dans un climat jadis ſauvage
Un Roi par mille traits divers ,
Fait avec l'honneur de notre âge ,
L'étonnement de l'Univers;
Senfible aux faveurs de Bellone ,
Les lauriers dont elle couronne ,
N'occupent pas tout fon grand coeur ;
L'avantage auquel il aſpire ,
Avant d'étendre fon Empire ,
C'eſt d'en afſurer le bonheur.
M
Il eſt une brillante gloire :
Que l'on remporte au champ de Mars :
Mais la plus illuftre victoire
Eft quelquefois dûë aux hazards .
L'honneur du triomphe des armes ,
Pour mon Heros a moins de charmes ,
Qu'un autre qu'il prétend gagner,
Malgré l'éclat du diadême ,
Il quitte le pouvoir fuprême ,
Pour s'inftruire en l'art de re gner .
AVRIL
1726. 673
En vain à ce nouvel Ulyffe ,
Pour feduire & tromper fes fens ,
La moleffe avec artifice
Etale fes attraits puiffans.
Minerve , c'est toi qu'il écoute ,
Il fuitfidellement la route ,
Que tu prens foin de lui tracer ;
Il parcourt toutes les Provinces ,
Et vifite les plus grands Princes ,
Dans l'ardeur de les furpaffer.
D'une politique profonde ,
Tu lui découvres les projets :
Des Cieux , de la terre & de l'onde ,
Tu lui reveles les fecrets.
Dans la fcience du commerce,
Avec toi le Prince s'exerce ,
Dans un détail prodigieux ;
Son efprit conçoit tout fans peine ;
Il eft grand Roi , grand Capitaine ,
Et Philofophe ingenieux.
BY Quel
674 MERCURE DE FRANCE :
Y
Quel tumulte .... un foudre de guerre
Le rappelle dans ſes climats !
Charles plus craint que le tonnerre ,
Menace fes vaftes Etats .
Ton ame de fa renommée ,
Grand Prince , loin d'être allarmée ,
En fent ranimer la valeur ,
Tu pars , & le Dieu des allarmes ,
Te prête fon char & fes armes ,
Tu combats , tu reviens vainqueur .
2
Chacun applaudit au Monarque :
La douceur jointe à la fierté ,
En lui fait diftinguer la marque
Defon augufte dignité.
Les Nations fur fon paffage ,
Volent pour offrir leur hommage ,
A ce favori de Pallas ;
Par une trace de lumiere ,
La Déeffe dans fa carriere ,
Par tout femble éclairer ſes pas.
Le Roi de Suede.
Des
AVRIL 1726 . 675
Des utiles Mathématiques ,
Les myfteres les plus fçavans ,
Des curieufes Mechaniques ,
Les refforts les plus furprenans ,
Afon abord tout fe découvre.
Minerve pour lui veut qu'on ouvre ,
Ses plusmagnifiques trésors ;
On entend les neuf Soeurs charmées ,
Qui parfa prefence animées ,
Concertent les plus doux accords.
Rien ne le fixe & ne l'arréte .
Retourné près de ſes Sujets ,
Il va de conquête en conquête
Et fe livre à d'autres projets.
Riches Palais , fuperbes Villes ,
Ports fâcheux devenus faciles ,
Ce font les fruits de fes travaux :
Par les loix , & par la fcience ,
Des crimes & de l'ignorance ,
Il fçait écarter les fléaux .
Le Czar prend feance à l'Académie des
Sciences dont il fe fait recevoir membre , &
affifte à l'Affemblée de l'Académie Françoife.
676 MERCURE DE FRANCE .
Que de celebres Perfonnages ,
Secondant fon empreffeinent ,
Le fuivent en fes froids rivages ,
Pour en procurer l'ornement!
Climats où bien- toft de la Grece ,
Va refleurir la politeſſe ,
Et revivre l'antiquité;
Ainfi, les maîtres de la terre ,
Bien plus qu'à lancer le tonnerre ,
Acquiérent l'immortalité.
諾
Plus craint que le fils de Pelée ,
Plus cheri qu'autrefois Titus ,
Ta gloire ne fut égalée ,
Grand Heros , que par tes vertus.
Ne vantons plus le fier Alcide ,
Ni celui qui de la Colchide
Enleva la riche toifon ;
L'illuftre & genereux Monarque ,
Que vient de nous ravir la Parque ,
Effaçoit Hercule & Jafon.
LETS
AVRIL 1726. 677
Siksik aik aik aik aik aikakakakakak
LETTRE d'un Religieux Benedictin
de la Congregation de S. Maur ,
à un de fes amis.
MONSIEUR,
L'engagement où vous m'avez mis
de contribuer à tout ce qui peut vous
faire plaifir , ne me permet pas de vous
refufer l'éclairciffement que vous me demandez
, fur la conteftation qui s'éleva
en 1704. touchant les prérogatives de la
Mufique Italienne & la nôtre. Je fuis
également porté à vous inftruire des particularitez
de la vie de l'Apologifte de la
Mufique Françoife : n'appréhendez pas
neanmoins que les plus prochaines liaifons
du fang que j'ai avec lui , m'engagent
à dérober à la verité le tribut
que je lui dois , pour le rendre à mon
inclination . Je donnerois une trop violente
atteinte au Caractere de fincerité
dont je fais profeffion , fi j'en ufois ainfi;
d'ailleurs je m'obferve trop dans la douloureuſe
fituation où je me trouve , pour
faire un facrifice auffi humble à mon coeuz
que celui de la verité.
Jean
678 MERCURE DE FRANCE .
Jean Laurent le Cerf , Ecuyer , Sieur
de la Vieville , Garde des Sceaux du Parlement
de Normandie , naquit à Rouen
en 1674. d'une famille originaire du
Ponteaudemer , & ifluë d'un Pierre le
Cerf , Capitaine des Côtes fous Charles
IX. qui paffant par l'Abbaye de Greflain
, fituée à quatre lieues de Ponteaudemer
& à une lieue d'Honfleur, Port de
mer où Pierre le Cerf exerçoit fon Emploi
; & ayant été informé du zele qu'il
avoit pour fon fervice , lui donna de fon
propre mouvement des Lettres de Nobleffe
dattées de ectte Abbaye de l'an
1449. Laurent le Cerf de la Vieville
pere de celui qui fait le fajet de cet éloge
, fut revêtu en 1671. de la Charge
de Garde des Sceaux du Parlement de
Normandie créée en 1499. & qu'ont exercé
les deux Cardinaux d'Amboife &
Pagen - le -Sueur d'Efquetot , Evêque de
Coutances. Dans le même temps il prit
alliance avec Magdeleine Helloüin de
Menibus , fille de M. de Menibus , en
premier lieu Confeiller au Parlement de
Mets , & enfuite Préfident en la Cour des
Aides de Normandie , & foeur de M. de
Menibus , Avocat General au Parlement
de Rouen. Jean -Laurent le Cerf de la
Vieville , étoit l'aîné de leurs enfans
il naquit avec desdifpofitions d'ef
prit
AVRIL 1726. 679
prit fi heureuſes , que fon pere eut une
attention particuliere à les cultiver . Il
confia pour cet effet le foin de fon
éducation aux RR . PP. Jefuites ; il eut
le bonheur d'avoir pour Regent le
celebre Pere de Tournemine ; & fous
un Maître auffi habile , il fit fes humanitez
avec tout le fuccès qu'on pouvoit
en attendre. Le cours de fa Philofophie
achevé il étudia en Droit à Caën , moins
par inclination que par raifon & pour
obéir à fon pere qui le défiroit ainfi . Ce
fut dans la même difpofition qu'il accepta
la Charge dont il fut pourvu en
1696. & qu'il exerça avec d'autant moins
de contrainte , qu'il pouvoit librement
cultiver les Mules , étant feulement du
devoir de celui qui en eft revêtu , de préfider
au Sceau le Mercredi & le Samedi
de chaque femaine.
Il fit dans fa jeuneffe , ce que font tous
ceux qui ne fe croyant pas encore capables
de compofer de grands Ouvrages ,
répandent dans le Public de petites pieces
fugitives , afin de fe faire un nom
dans la Republique des Lettres ; celle
qui lui acquit le plus de reputation , quoi
qu'elle n'ait pas été imprimée , eft une
Epitre en Vers François qu'il adreffa en
1698. au fameux Pere Bouhours , fur le
rétabliffement de fa fanté. Comme il y a ya
près
680 MERCURE DE FRANCE.
près de 30. ans que je ne l'ai lû , je n'en
rapporterai que les fix Vers fuivans où
il exprime à quels tranfports de joye fe
feroient livrez les fçavans curieux de la
gloire du P. Bouhours.
O que ... fçauroit en fa retombe obfcure,
D'une belle Epitaphe orner ta fepulture ;
A .... en François ; Auteur fauvage & bas,
Te fonnoit en Latin d'un ton de S. Thomas ,
Et Simon devenu l'ami de ta memoire ,
Feroit en Caldéen des Hymnes à ta gloire.
Après la mort de ce celebre Jefuite ,
il lui confacra une Epitaphe , où il mar
que fort bien en peu de mots le vrai caractere
du P. Bouhours.
Cy gît Bouhours , que la Cour, que la Ville
1
Viennent reverer tour à tour
Le Tombeau d'un Auteur habile ,
Qui polit la Ville & la Cour.
Pour fortifier fon amour pour les Lettres
, il entretint un commerce affidu avec
les plus fçavans Jefuites. Pour juftifier
ce que j'avance , il fuffit de nommer les
RR. PP. de Tournemine , Daniel , Buffier
& du Cerceau. Dans cet heureux commerce
AVRIL 1726. 681
merce il eut cet avantage , qu'en polif-
Lant fon efprit , il regla fes moeurs ; ces
PP. ayant toujours fait une heureuſe
alliance de la pieté & des Belles - Lettres.
Ils profiterent pareillement de la confiance
qu'il avoit en eux , pour tirer de
temps en temps de petites pieces de fon
Cabinet , dont ils ont orné les Memoires
de Trévoux .
En 1703. ils infererent dans leur Journal
l'explication qu'il avoit donnée à
quelques endroits difficiles de Lucain , y
ajoûtant celle de M. Dutot Ferrare , Confeiller
au Parlement de Normandie , avec
un éloge fort fuccint de ce Magiftrat. En
1704. il donna une explication beaucoup
plus étendue à ces Vers de l'Eneide de
Virgile .
Nate tua funera mater
Produxi , preffive oculos , aut vulnera lavi .
Dont le vray fens avoit échapé aux
plus habiles Commentateurs ; car en effet
il eft affez difficile de fauver à Virgile
la honte d'avoir parlé d'enfevelir un
corps avant que de lui avoir fermé les
yeux & d'avoir lavé fes bleffures. C'eft
neanmoins ce qu'a fait notre Auteur. Il
faut convenir que fes conjectures ſont
très -ingenieufes , & fi l'on ne peut précilément
aſſurer que ce foit le vrai fens
de
682 MERCURE DE FRANCE .
de Virgile , au moins cette feule differtation
fuffit pour donner une idée du bon
goût de l'Auteur & de la facilité qu'il
avoit de donner une explication naturelle
& plaufible aux Vers de ce Poëte , dont
il avoit fait une lecture fi affiduë , qu'il
les fçavoit tous par coeur.
On a imprimé page 2. dans le nouveau
Mercure de Trévoux , au mois de
Septembre & Octobre de l'année 1708 .
une Differtation où il prouve qu'Ale
xandre ne mourut point empoifonné :
cette Differtation marque un habile critique.
Il y a dans le même Volume des
remarques du jeune Auteur fur Aufone
& Catulle : elles font ingenieufes & favantes.
Ce nouveau Mercure finit au
mois de Mars de l'année 1709. il eſt devenu
rare , & merite d'être recherché ,
à caufe de plufieurs autres pieces excellentes
qu'on ne trouve point ailleurs .
Je ne m'étendrai pas davantage fur
tous les petits Ouvrages, tant de Vers que
de Profe, foit imprimés , foit manufcrits ,
qu'il a compofé en differens temps ,
ce détail me meneroit trop loin ; je me
bornerai feulement , Monfieur , à vous
donner l'éclaiciffement que vous me demandez
fur la conteftation qui s'éleva en
.1704.
M. l'Abbé Raguenet publia en 1702 .
fon
AVRIL. 1725. 683
fon Parallele des Opera Italiens & François
, dans lequel au préjudice de fa nation
il donne la préference aux Italiens
fur ce qui regarde la perfection de la
Mufique. Cet Abbé s'étoit ainfi expliqué
en leur faveur , en reconnoiffance des
Lettres Patentes de Citoyen Romain
que lui avoient liberalement accordées les
Confervateurs de la ville de Rome. 11
paroîtra fans doute furprenant que de
tant d'habiles Muficiens dont eft fournie
la France , il n'y en ait neanmoins aucun
qui entreprit de venger fes interêts.
Deux années s'étoient écoulées de
puis la publication du Parallele & le nouveau
Bourgeois de Rome , commençoit
déja à fe féliciter du triomphe qu'il
avoit remporté fur fes Compatriotes ,
lorfque la Normandie trouva dans Laurent
le Cerf de la Vieville , un fujet
fidele qui affura à fa Patrie la gloire d'avoir
atteint de plus près que l'Italie à
la vraye perfection de la Mufiqué . 11
fit imprimer pour cet effet en 1704. un
Livre in- 12 . intitulé Comparaison de la
Mufique Italienne & de la Mufique
Françoife ; cet Ouvrage eft écrit d'un
file libre , poli , vif ; mais ,comme l'ont fi
bien remarqué les RR . PP. de Trévoux
,de cette vivacité modefte & refervée
, qui, contente des bontez naturelles
684 MERCURE DE FRANCE.
rejette les ornemens affectez & les
expreffions outrées , comme de faux
brillans , & qui fçait faire paroître de
T'efprit fans donner l'effor à l'imagination
. Les Journaliſtes de Paris parurent
entrer dans les mêmes fentimens , ainfi
l'Apologifte de la Mufique Françoiſe
avoit lieu de fe promettre une victoire
complete fur fon adverſaire, mais il éprouva
plus que perfonne l'inconftance qu'on
reproche aux François.
L'Abbé Raguenet publia en 1705. la
deffenfe de fon Parallele , & fa Réponse
doit être fenfible au deffenfeur des droits
de la Mufique Françoife . Les Journaliſtes
de Paris firent dans un même Extrait
l'éloge de l'Ouvrage de cet Abbé , &
cenfurerent fans difcretion celui de fon
adverfaire. Ce feroit ici le fujet d'un
nouveau problême , & on auroit droit.
de demander à qui il en faut croire des
Journalistes de Paris , qui en 1704. approuvent
avec éloge un Ouvrage intitu
lé , Comparaifon de la Mufique Italienne
de la Mufique Françoife , ou des Journalistes
de Paris , qui en 1705. font une
cenfure impitoyable de cet Ouvrage.
Cependant notre Auteur publia deux
nouveaux Tomes en 1706. où il entroit
dans un détail bien plus circonftancié de
ce qui regarde les beautez & la perfection
AVRIL 1726. 685
tion de la Mufique , en refutant M. l'Abbé
Raguenet , il releva pareillement l'Extrait
du Journal de Paris. Le Journaliſte
ne peut être infenfible au coup qu'il lui
portoit ; & fe rendant juge en fa propre
caufe , il critiqua ce nouvel Ouvrage
avec un acharnement dont fes Predeceffeurs
ne lui avoient point donné l'exemple
; & que fes Succeffeurs ne prendront
jamais pour modele . Sans s'attacher à
donner au Lecteur une idée de ce que
contenoit l'Ouvrage , ce qui neanmoins
doit être le premier objet d'un Journalifte
, il fe contenta de détacher de divers
endroits dix ou douze phrafes &
quelques expreffions peu mefurées , & de
leur donner un tour ridicule. Il eft fen .
fible que l'efprit de reffentiment & la
paffion avoient dicté un pareil Extrait.
Le jeune Auteur fut plus ému qu'il ne
le devoit être des traits du Journal . On
peut juger de la vivacité de fon reffentiment
, par le titre d'un nouvel écrit
qu'il publia dans la même année , l'Art
de décrier ce qu'on n'entend point. Il avouë
dans cet écrit , que les traits du Journal
Pont percé jufqu'au vif , & qu'il veut
bien y être fenfible & avoir cet air d'une
bienféance douloureufe que nous devons
à la colere de nos Maîtres. Ces fentimens
modeftes garantiffent affez la difpofition
ou
686 MERCURE DE FRANCE .
où il étoit de profiter des avis que lui
euffent donnez de veritables amis fur fes
Ouvrages , & l'on doit regreter un jeune
Auteur qui auroit fait honneur à fa
patrie par d'autres endroits que par la
deffenfe de la Mufique Françoife. Neanmoins
les Journalistes s'étant vus dans
l'obligation de parler dans leur Journal
de cette brochure , en prirent occafion
de donner quelque forte de fatisfaction à
l'Auteur , non en faifant un défaveu public
de la cenfure , mais en expofant feulement
les peines où ils fe trouvoient
engagez parmi cette multitude de Livres
, dont ils étoient obligez de donner
un Extrait fidele , & en infinuant qu'acablez
fous les poids de leurs occupations ,
il n'étoit pas poffible qu'ils entraffent
toujours dans les vies des Auteurs ; en
un mot ils fe précautionerent contre leurs
plaintes , dans une Apologie affez étendûë
, dans laquelle ils ne condamnoient ni
ne juftifioient leur cenfure. C'eft ainfi ,
Monfieur , que s'eft terminée cette difpute
, que je n'ai pas deffein de renouveller
, j'obferverai feulement que le zele
du deffenfeur des prérogatives de la Mufique
Françoife , devoit bien engager les
arbitres de nos querelles litteraires à
couvrir du voile de l'indulgence certai
mes fautes qui échapent au plus habiles
Ecri
AVRIL 1726 , 687
Ecrivains.J'avouerai auffi avec ingenuité
que l'Apologifte de notre Mufique eut
tort de traiter d'impertinences ce que
l'Abbé Raguenet avoit avancé inconfiderément
dans fon Parallele. Il eut pu
pareillement fe difpenfer de dire qu'il
n'avoit mís que deux veritez dans fon
Hiftoire de Cromwel ; à quoi bon s'é,
carter de la difpute , par des propofitions
étrangeres à la queftion dont il s'a
git ? D'ailleurs quand on veut le préparer
une entrée dans la Republique des
Lettres , & qu'on prétend troubler dans
fes droits un Auteur qui y a déja acquis
quelque forte de diftinction il- faut le
faire avec tous les menagemensque prefcrivent
le devoir & la bienséance ; il
convient dans de pareilles occafions d'imiter
ce Pere dont il eft parlé dans Terence
qui voulant écarter les idées
que le Public avoit de fa feverité , s'étudioit
d'abord à s'attirer la bienveil-
,
lance du peuple primulum facio plebem,
difoit- il ; ainfi un nouvel Auteur doit
s'efforcer de meriter la confiance publique
, en propofant fes difficultez d'une
maniere qui ne puiffe foulever la deli
cateffe ni irriter la jaloufie . Un même
efprit d'équité m'oblige de remarquer ,
que M. l'Abbé Raguenet s'écarta encore
plus que lui des regles de la politeffe &
de
688 MERCURE DE FRANCE.
de la bienféance , & que dans fa répon
fe il donna un effor trop vif à fon ref
fentiment . Les contradictions qu'il lu
reproche ne font fouvent rien moins que
des contradictions ; ces phrafes & ces ex
preffions fi peu ufitées qu'il prétend être
répandues dans tout fon livre , ont plufieurs
fois été employées par nos meilleurs
Ecrivains .
Difpenfez moi , Monfieur , de difcuter
ce qui regarde le fond de cette difpute
, n'étant Muficien , ni d'inclination , ni
de profeffion , & n'ayant pas même recu
de la Nature les talens propres pour le
devenir , je ne pourrois vous en parler
d'une maniere qui pût contribuer à votre
inftruction ; ainfi je me contenterai
de remarquer en finiflant cette Lettre
, que notre Auteur préparoit encore
, lorfqu'il eft mort , un quatriéme
Tome fur ce qui regarde cette conteftation
. Il avoit tant d'ardeur pour l'étude ,
qu'il pâliffoit fur les Livres , en forte
que ces excès ont alteré un temperamment
d'ailleurs tout délicat , & l'ont conduit
au Tombeau. Sept mois avant fa
mort il fut attaqué d'un flux épatique qui
ne finit qu'avec les jours , qu'il termina
le 10. de Novembre de l'an 1707. étant
feulement âgé de 33. ans .
Il eut de l'inclination pour toutes les
Scien
AVRIL 1726.
689
Sciences , mais il s'adonna plus particu
lierement à l'Hiftoire , à la Poëfie &
aux Belles Lettres , & la vivacité de fon
efprit jointe à la facilité de fa memoire,
lui applanit le chemin aux connoiffances
qu'il prétendit acquerir. A l'égard de la
Religion , à l'exception de quelques parties
de jeu & d'une grande paffion qu'il
eut toujours pour l'Opera & pour la Comedie
, il ne fut jamais déreglé dans fes
mours ; Chretien autant par inclination
que par devoir , les dernieres années de
fa vie il renonça à toutes fortes de plaifirs
, il partageoit fon temps entre l'étude
& la priere. Penetré de la plus profonde
veneration pour nos SS . Myſteres,
il n'en parloit jamais qu'avec refpect ; &
réglant les actions fur fes fentimens , il
communioit regulierement une fois chaque
femaine. Le Pere Barbereau Jefuite,
fi connu par la fainteté de la vie , le dif
pofa à fe refigner à la volonté du Seigneur
dans ce douloureux paffage , & enfin
il mourut après avoir reçu tous fes
Sacremens avec une pieté qui édifia toutes
les perfonnes qui en furent les témoins.
Ce font là , Monfieur , les particularitez
les plus intereffantes de la vie
d'un Frere que j'ai toujours affez aimé
pour être fenfible à fa gloire & à fa réputation
; fi vous me demandez pourquoi
C
690 MERCURE DE FRANCE
quoi je n'ai pas plutôt informé le Public
de ces circonftances , je vous repondrai
ingenument , que n'ayant pas encore acquis
le titre d'Auteur , je n'ofois m'expofer
à fa cenfure ; mais depuis la publication
de la Bibliotheque des Auteurs de
notre Congregation , j'ai moins hésité à
yous donner de veritables marques de
l'attachement & du refpect , avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur , votre
très - humble , le Cerf de la Vieville , R. B,
de l'Abbaye de Fecamp .
**
VERTUMNE ET POMONE.
CANTATE.
Par M. Lépicié.
ès du Mont Aventin , où le Tibre tran
quile ,
PRES
Semble à regret quitter fes bords delicieux
La fevere Pomone à l'Amour indocile ,
Infultoit par ces mots le plus puiffant des
Dieux.
Coulez , mes jours , coulez dans l'inno
Bence ,
Char
AVRIL 1726 . 691
Charmants vergers , vous fixez mes defirs;
Regne en mon coeur , aimable indifference ,
Je m'abandonne àtes chaſtes plaiſirs .
! Cruel Amour , par tes vives allarmes ,
Ne trouble point le repos de mes jours ,
J'ignore encor le pouvoir de tes charmes ,
1
Et mon bonheur dépend de l'ignorer totjours.
Coulez , mes jours , coulez dans l'inno
cence ,
Charmants vergers , vous fixez mes defirs ,
Regne en mon coeur , aimable indifference
Je m'abandonne à tes chaftes plaifirs.
Vains , & foibles projets ! le tendre Amour
s'irrite ,
Dès qu'un Mortel fe dérobe à fes coups ;
Pomone , dans nos coeurs il regne malgré
nous ,
Plus on le fuit , moins on l'évite ;
Vertumne l'adoroit , & jamais la cruelle ,
N'avoit d'aucuns regards foulagé fon tourment.
L'Amour pour ſe venger infpire à cet Amant ,
Cij La
692 MERCURE DE FRANCE.
44
La rufe & le déguiſement.
Sous les traits d'une vieille il aborde la belle,
Et profitant de fa forme nouvelle ,
Il lui fait un recit fidele ,
Des plaifirs de l'amour conftant.
Serez-vous feule infenfible à l'amour ?
Suivez les Dieux , imitez la nature ;
Le Soleil à la terre accorde du retour ,
Il fait naître les fleurs , les fruits , & la ver
dure ,
Et du Printemps nous ramene la Cour.
La Vigne aime l'Ormeau le ; Ruiffeau la
Prairie ;
Ce charme fe répand jufqu'au fombre fejour
;
Et par leur douce melodie
Tous ces petits oifeaux vous chantent tour à
tour :
Serez-vous feule infenfible à l'amour ?
A ces mots l'aimable Pomone
S'apperçoit tout - à- coup du trouble de fon
coeur ,
Elle veut fuir , elle s'étonne ,
Du
AVRIL. 693
1726.
Du feu fecret qui cauſe ſa langueur ;
Vertumne profitant de ce moment heureux ,
Par fes tendres foupirs ſe fit bien toft connoî、
"tre ,
Et Pomone approuvant ces voeux ,
L'Amour laiffa l'Hymen le maître ,
Du foin de couronner leurs feux.
Suivons l'Amour , chantons fa gloire ,
Celebrons fes divines Loix ,
Et pour honorer fa victoire ,
Uniffons nos coeurs & nos voix,
Il n'eft plus gueres de cruelles
On triomphe aifément des belles ,
En ménageant leur vanité ;
Il faut fçavoir aimer , & feindre ,
L'Amant qui ne fçait que fe plaindre ,
Eft toujours l'Amant rebuté.
Suivons l'Amour , chantons fa gloire ,
Celebrons fes divines Loix ,
Et pour honorer fa victoire,
Uniffons nos coeurs & nos voix .
Cij
LET
694 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite d'Evreux le 6. Janvier
1726. par M. L. à M. A. fur une
ancienne & finguliere Ceremonie de
cette Ville.
Colts
Eft avec plaifir , Monfieur , que je
vous envoye le petit détail que vous
m'avez demandé ; je m'attens bien que
vous en ferez part aux Auteurs du Mercure
de France , qui pourront réjouir encore
une fois le Public aux dépens de
la fimplicité & de l'ignorance de nos
Ancêtres cela nous procurera peutêtre
d'autres Memoires fur d'anciens ufages
auffi finguliers . Vous ne pouviez , au
refte , mieux vous adreffer qu'à moi pour
ce fujet , j'en dois avoir une connoiffance
d'autant plus exacte , que je fuis peutêtre
le feul qui l'ait approfondi ; je fuis
même muni de toutes les pieces qui le
regardent , & que j'ai recueillies depuis
près de quarante ans que je fuis membre
de notre Cathedrale .
La Ceremonie dont j'ai à vous parler
, & dont on voit encore quelques
traces dans l'Eglife de Notre Dame d'Evreux
, eft appellée vulgairement Ceremonie
de la Saint Vital , à caufe qu'on la
comAVRIL
1726. 695
commençoit , & qu'on en pratique encore
quelque chofe le 28. Avril , jour
dédié à ce Saint ; cette Ceremonie , disje
, eft un de ces anciens abus , dont
on ne trouve point l'origine certaine ;
mais qui peut remonter jufqu'à l'onziéme
, ou dixiéme fiecle , comme plufieurs
autres , dont les veftiges fe fentent encore
de ces libertez qui ont été abolies
par les Conciles ou rectifiées par les
Puiffances particulieres de l'Eglife & de
l'Etat.
L'Offrande du May qui fe faifoit autrefois
à Dieu feul , à ce que je croi
& qui ne fe fait plus aujourd'hui qu'aux
hommes , y a donné occafion , & voici
comment. Le premier jour de Mai notre
Chapitre avoit coutume d'aller dans
le Bois - l'Evêque , qui eft fort près de
la Ville , couper des rameaux , & de petites
branches pour en parer les Images
des Saints , qui font dans les Chapelles
de la Cathédrale. Les Chanoines firent
d'abord cette Ceremonie en perfonne ,
mais dans la fuite , ne croyant pas devoir
s'abaiffer jufqu'à aller couper euxmêmes
ces branches , ils y envoyerent
leurs Clercs de Choeur ; enfuite tous les
Chapelains de la Cathedrale s'y joignirent
en confequence des fondations pofterieures
qui fe rencontrent ce jour- là ,
C iiij
où
696 MERCURE DE FRANCE
où il y a une affez bonne diftribution ;
enfin les hauts Vicaires , Vicarii Capitulares
de alta fede , y trouvant leur
avantage , auffi bien que la Communauté
des Chapelains , ne dédaignerent point
de fe trouver à cette finguliere Procef
fion , nonmée la Proceffion noire.
Les Clercs de Choeur , qui regardoient
cette commiffion comme une partie de
plaifir , fortoient de la Cathedrale deux
à deux en foutane & bonnet quarré , précedez
des Enfans de Choeur , des Appariteurs
, ou Bedeaux , & des autres Serviteurs
de l'Eglife avec chacun une
ferpe à la main , & alloient couper ces
branches , qu'ils rapportoient eux-mêmes
, ou faifoient rapporter par la populace
, qui fe faifoit un plaifir & un honneur
de leur rendre ce fervice , en les
couvrant tous dans la marche d'une épaiffe
verdure ; ce qui dans le lointain faifoit
l'effet d'une forêt ambulante.
Un autre abus s'introduifit peu à peu ;
c'étoit de fonner toutes les cloches de la
Cathedrale , pour faire connoître à toute
la Ville , que la Ceremonie des branches
& celle du Mai étoient ouvertes ,
& cet abus augmenta fi fort dans la fuite
des temps , qu'il fit caffer des cloches,
bleffer & même tuer quelques Sonneurs ,
rompre , brifer & démolir quelque
chofe
AVRIL. 1726. 697
chofe d'effentiel aux Clochers . L'Evêque
y voulut mettre ordre ; il défendit
cette fonnerie & ce qui l'accompagnoit ;
mais les Clercs de Choeur mépriferent
fes défenfes ; ils firent fortir de l'Eglife
les Sonneurs , qui pour la garder y
avoient leur logement ; ils s'emparerent
des portes , & des clefs pendant les quatre
jours de la Ceremonie , fe rendirent
enfin maîtres de tout , fonnerent euxmêmes
à toute outrance , & ne devinrent
, pour ainsi dire , raifonnables , que
le matin du deuxième jour de Mai : ils
poufferent même l'infolence jufqu'à pendre
par les aiffelles , aux fenêtres d'un
des Clochers , deux Chanoines qui y
étoient montez de la part du Chapitre
pour s'oppofer à ce déreglement .
Ce fait , Monfieur , vous paroîtroit incroyable
, s'il n'étoit expreffément ainfi
marqué dans des Actes autentiques &
originaux , que j'ai entre les mains ; on
trouve même le nom des deux Chanoines
aufquels on fit cet affront , l'un
étoit Jean Manfel , Tréforier de la Ca
thedrale du temps de Henri II. Roi d'Angleterre
, & Duc de Normandie , qui eft
qualifié dans nos Archives Confeiller de
ce Prince. Il étoit de la Maifon des Manfels
, Seigneurs d'Erdinton en Angle
terre , &c. L'autre étoit Gautier Dente-
Cy lin
698 MERCURE DE FRANCE
lin , Chanoine , qui devint auffi Trefo
rier après la mort de Manfel en
Į 206 .
>
La Proceffion noire faifoit au retour
mille extravagances , comme de jetter
du fon dans les yeux des paffans , de faire
fauter les uns par - deffus un balai , de faire
danfer les autres , &c. On fe fervit enfuite
de mafques , & cette Fête à Evreux
fit partie de la fête ,nommé la fête des fous,
& des faouls Diacres , Saturorum Diaconorum
, qui étoit , comme vous fçavez ,
une fête prefque univerfelle , contre laquelle
nous avons tant de Canons des
Conciles , & de Reglemens generaux ou
particuliers de l'Eglife.
Ces Clercs de Choeur revenus dans
l'Eglife Cathedrale , fe rendoient maîtres
des hautes Chaires , & en chaffoient ,
pour ainsi dire , les Chanoines. Les Enfans
de Choeur portoient la Chape , ils
faifoient l'Office entier depuis None du
28. Avril , juſqu'à Vêpres du premier
jour de Mai , pendant lequel temps toute
l'Eglife étoit ornée de branchages &
de verdures .
Pendant l'intervale de l'Office de ces
jours , les Chanoines joüoient aux quilles
fur les voûtes de l'Eglife , ludunt ad
quillas fuper voltas Ecclefia , difent les
titres de ce temps - là . Ils y faifoient des
reAVRIL
1726. 699
reprefentations , des danfes & des concerts
, faciunt podia , choreas & choros ;
& ils recommençoient à cette fête toutes
les folies ufitées aux Fêtes de Noël
& de la Circoncifion , & reliqua ficut
in Natalibus .
Au refte , cette Ceremonie de mettre
ainfi des rameaux autour des ftatuës des
Saints , palla de l'Eglife Cathedrale dans
celles des Paroiffes de la Ville , à toutes
les Fêtes des Patrons , & furtout aux
Fêtes des Confrairies ; mais cela Te
pratique plus ici , que dans l'Eglife de
I'Hôtel- Dieu , qui dépend des Adminiftrateurs
du Bureau des Pauvres , & qui
n'a pour deffervans que des Prêtres par
commiffion. J'ajoûterai que de temps
immemorial la Compagnie des Freres de
la Charité , a affigné une fomme d'argent
au Sonneur de cette Eglife pour
avoir foin de la brancher , ou orner de
verdure , du haut jufqu'au bas , à toutes
les Fêtes que cette Confrairie celebre ,
au nombre de quatre ou cinq , dans le
cours de l'année.
›
Voilà , Monfieur , jufqu'où l'on a
pouffé une extravagante liberté ; mais ce
n'eft , pour ainfi dire encore rien au
prix de ce que vous allez entendre , &
certainement , c'est ici où l'on peut bien
vous dire , & à vos amis qui verront ma
C vj Specta
lettre :
700 MERCURE DE FRANCE .
Spectatum admiffi rifum teneatis amici ?
que
En effet , les chofes étant en l'état
je vous ai marqué ci-deffus , un Chanoine
Diacre , nommé Bouteille , qui vivoit
vers l'an 1270. s'avifa de faire une fondation
d'un Obit directement le 28 .
Avril , jour auquel commençoit la fête
en queftion . Hattacha à cet Obit uneforte
retribution pour les Chanoines , Hauts-
Vicaires , Chapelains , Clercs , Enfans
de Choeur , & c. & ce qui eft de plus fingulier
, il ordonna qu'on étendroit fur
le pavé , au milieu du Choeur , pendant
l'Obit, un drap mortuaire , aux quatre
coins duquel on mettroit. quatre bouteilles
pleines de vin , & une cinquiéme
au milieu, le tout au profit des Chantres
qui auroient affifté à ce Service.
Cette fondation du Chanoine Bouteille
a fait appeller dans la fuite le Bois l'Evêque
, où la Proceffion noire alloit cou
per fes branches , le Bois de la Bouteille ,
& cela , parce que par une tranfaction
faite entre l'Evêque & le Chapitre , pour
éviter le dégât & la deftruction de ce
Bois , l'Evêque s'obligea de faire couper
par un de fes Gardes , autant de branches
qu'il y auroit de perfonnes à la Proceffion
, & de les leur faire diftribuer , à
l'endroit d'une Croix qui étoit proche da
Bois.
On
AVRIL 1726. 701
On ne chantoit rien durant cette diftribution
, mais on ne fe difpenfoit pas de
boire , comme on dit ici , en Chantre &
en Sonneur. On ne mangeoit que certaines
galettes , appellées parmi nous ,
Caffes-gueules & Caffes - mufeaux , à caufe
que celui qui les fervoit aux autres ,
les leur jettoit au vifage d'une maniere
grotefque , &c.
Le Garde de l'Evêque , chargé de la
diftribution des rameaux , étoit obligé ,
avant toutes chofes , de faire près la Croix
dont j'ai parlé , deux figures de bouteil
les , qu'il creufoit fur la terre , rem plif
fant les creux de fable , & c. en memoire
, & à l'intention du Fondateur Bouteille
, qui , comme je viens de le dire
a donné fon nom au Bois qui fourniffoit
les branchages .
On ne fçauroit trop louer Dieu , & je
finis par là ma Lettre , de nous avoir fair
vivre dans des temps qu'il a rendu luimême
plus éclairez , & en faifant enfin
triompher l'Eglife , toujours contraire
aux ufages abufifs , de ceux que l'igno-,
rance , & la dépravation de quelques particuliers
avoient introduits. Je fuis , & e.
SONNET .
702 MERCURE DE FRANCE.
SONNET.
Sur la retraite d'un Seigneur de la Cour ,
dans une Communauté Reguliere .
Aines pompes du fiecle , honneurs , plaifirs
, richeffes , VA
Vous n'avez plus pour moi de charmes, ni
d'appas .
Mon ame pour vous vaincre a fouffert cent
combats ;
Mais fon triomphe enfin l'arrache à vos molleffes.
N'attendez plus de moi de foins , ni de tendreffes
,
J'ai trouvé le repos que le monde n'a pas ;
De fon theatre affreux j'ai quitté l'embarras ;
On n'y monte fouvent que par mille baſſeſ
fes.
Lorfque de ma raiſon un effort genereux ,
Eclaira mon efprit & defilla mes yeux ,
A m'éloigner de vous j'eus une ardeur ex
trême.
Ce fejour m'a paru l'azile le plus doux ,
Et
AVRIL 1726. 703
!
Et je n'ai commencé de vivre pour moi même
,
Qu'au moment que le Ciel m'a vû mourir
pour vous.
Par M. de Mautour.
KKKKKKK
LETTRE fur les Bonts mots , écrite de
Dreux , aux Auteurs du Mercure.
Par Mademoiſelle de *** .
AP
Près le louable deffein que vous
aviez pris , Meffieurs , au mois de
Janvier 1724. pag. 88. d'inferer de tems
en tems dans votre Journal , un Recueil
de BONS MOTS , nous voyons ici avec
peine , que vous ne tenez pas votre pro.
meffe. Auriez vous changé de réfolution ?
Les auriez- vous entierement bannis ? Et
croyez -vous qu'un femblable article ne
füt pas affez interreffant pour meriter
quelque place dans le Mercure de France
? Non , Meffieurs , je fçai vous rendre
juſtice , & je fuis perfuadée que
Vous n'ignorez pas ce que peut un bon
mot dit à propos. Permettez moi cependant
de vous faire part de ce que je penfe
fur cette matiere : je me flatte que vous
ferez de mon fentiment.
>
Je
704 MERCURE DE FRANCE.
و
Je croi que fi quelqu'un fouhaite avoir
quelque commerce dans le monde , il a
befoin d'un certain je ne fçai quoi qu'on
appelle communément Polite ; on peut
encore lui donner le nom de Civilité ,
air du monde , jeu d'esprit & c. Un
Auteur de l'Antiquité la plus reculée ,
étoit fi perfuadé de la neceffité de cet air
enjoué , qu'il faifoit , pour ainsi dire ,
un crime à ceux qui n'avoient point cette
qualité , ces reparties vives , & c. Mais
dans quelle occafion peut-on les mettre
plus favorablement en pratique , que
dans ces Compagnies , où l'on ne s'affemble
que pour fe délaffer de fes occupations
ferieufes ? Y a-t - il rien de plus
jufte , que de fe repofer après s'être livré
au travail , puifque c'eft le feul moyen
de réparer fes forces pour enfuite s'appliquer
aux affaires avec plus de courage
? C'eſt dès le commen- cela
pour que
cement du monde , l'Auteur de la nature
établit un jour de repos. N'eft- ce
pas encore naturellement pour le repos.
des hommes , que les jour & les nuits fe
fuccedent alternativement ?
11 eft donc permis dans certains momens
de loifir , & furtout pendant le
repas , de donner une libre carriere aux
ris , aux jeux d'efprit , aux bons mots
& l'on pourroit , ce me femble , taxer
de
AVRIL 1726. 705
de groffiereté ceux qui ont toujours un
front ftoïque , ou qui ne quittent preſque
jamais leur ferieux .
Le Bon mot eft un fel qui doit faire
l'affaifonnement de la converfation , fans
lequel elle languit : mais , Meffieurs
fi c'eft une chofe louable d'avoir le talent
de dire un Bon mot , il faut en ufer
moderément ; il en eft de cela comme
des repas que l'on donne à fes amis , où
deux ou trois bons mets bien affaiffonez
leur font plus de plaifir , que cette grande
diverfité de viandes , dont ils ne fçau-.
roient manger , & qui ne fervent qu'à
les dégouter des autres
Autant fe feroit - on aimer en s'en fervant
à propos , autant s'expoferoit- on à
la rifée , & au mépris , fi on les portoit
à l'excès. Auffi ne doit -on pas faire grand
cas de ces gens qui paffent toute leur
vie à niaifer & à dire des Quolibets ..
Le Bon mot doit être fin , délicat , & c.
Il doit paroître , pour ainfi dire , dans
les entretiens , comme un éclair vif &
brillant. Il faut pour bien l'employer ,
fçavoir un peu feindre & exprimer
quelque raillerie. Quand je parle de
raillerie , Meffieurs , je n'entens pas
qu'elle foit mal placée , fatyrique ,
mordante , elle auroit mauvaiſe grace ;
mais quand elle eft dite d'une maniere
en706
MERCURE DE FRANCE .
enjouée , qu'elle ne fent point la medifance
, qu'elle n'offenſe perfonne , elle
eft reçue agréablement pour cela il
faut un certain fçavoir faire qu'on n'acquiert
pas facilement .
On fait avec la même chair ,
Suivant le Cuifinier, bonne ou mauvaiſe ſoupe,
Et le Tailleur , fuivant la différente coupe ,
Fait l'habit ridicule , ou lui donne un bon
air.
Un même mot auffi , que d'un ton diffemblable
,
Dit un homme civil , ou profere un Brutal,
Plait , ou fe rend défagréable ,
Selon qu'on s'en fert bien ou mal .
Tout le fuccès dépend d'un certain ſavoirfaire
,
Soutenu par des airs affables , engageans ,
Que la nature , ou l'art donne à certaines
gens :
Et tout le mal vient du contraire.
Je ne veux donc point , Meffieurs ,
de ces gens qui , de gayeté de coeur , déchirent
la réputation de leur prochain ,
fe moquent infolemment de lui , le tournent
en ridicule , & c. Il ne faut point
fuivant le precepte d'un ancien , qu'une
belle
AVRIL. 1726. 707
belle perfonne fe mocque d'une autre
que la nature n'a pas doüée des agrémens
du corps ; ce font de ces défauts
dont nous ne fommes pas les maîtres , &
fur lefquels on doit fe taire ; il eft à préfumer
, que fi les perfections de notre
corps dépendoient de nous , il ne nous
manqueroit rien de ce côté-là . Quoi donc
de plus infipide qu'un mauvais plaifant
qui dit à un homme camus , qui éternuë
, que Dieu lui conferve la vuë , parce
que fon nez n'eft pas propre à porter
des lunettes?
Un Payen ne pouvoit s'empêcher de
rire , lorfqu'il voyoit un Catilina traiter
de fripon fon complice Cetege , & Milon
décrier un affaffin . De même , Meffieurs
, un difeur de bons mots de profeffion
, doit bien prendre fes mefures
& faire enforte de n'en dire qu'avec précaution
; car il pourroit quelquefois ſe
jouer à fon maître . En voici un exem
ple. M... qui avoit la barbe rouſſe voulant
railler D... qui n'en avoit point ,
lui demanda d'un ton railleur , pourquoi
il étoit privé de cet ornement , c'est que
le Créateur , répondit- il , faifant la diftribution
des barbes , & n'en ayant plus
que de rouffes à donner lorsque je fuis
venu au monde , j'ai mieux aimé m'en
paffer que d'en avoir de cette couleur .
11
708 MERCURE DE FRANCE.
Il faut fçavoir choifir les occafions ,
& ne pas trop s'expofer , car il arrive
fouvent , qu'une plaifanterie eft repouffée
par une autre , comme on vient de
le voir en voici encore un autre exemple
, qui ne me paroît pas moins fpirituel.
Un Plaifant voulant foutenir la
Metempsicofe , dit à une Dame , qu'il·
fe reffonvenoit d'avoir été le Veau d'or ;
la Dane lui repliqua , que depuis un fi
long temps il n'en avoit perdu que la dorure
.
Quelques perfonnes admirant la vivacité
, & la perfection de l'efprit de M. de
B.... qui pour lors n'avoit pas encore
fini la neuvième année de fon âge ; un
vieillard leur dit en prefence de ce jeune
Seigneur. Quand les enfans ont tant
d'efprit dans leur tendre jeuneffe , ils
deviennent extrêmement ftupides , lorf
qu'ils font parvenus à un âge plus avancé.
Si ce que vous dites eft vrai , repartit
le jeune enfant , il faut que vous ayez
eu un excellent efprit en votre jeuneſſe .
Ma Lettre commence à devenir longue
, permettez - moi cependant d'y ajoûter
encore quelque chofe. Un Poëte Anglois
fit en très - beaux Vers un excellent
Panegyrique de Cromvel pendant
qu'il étoit en faveur. Charles II. ayant
été rétabli en 1660. ce même Poëte lui
pré
AVRIL
1726. 709
préfenta des Vers qu'il avoit faits à fa
loüange ; le Roi les ayant lûs : lui reprocha
qu'il en avoit fait de meilleurs
pour Cromvel , il lui dit : Sire , nous
autres Poëtes , nous réuffiffons mieux en
fictions qu'en veritez.
Un Marquis ruiné par fa mauvaiſe
conduite , eut un jour un démêlé avec un
honnête homme : c'est bien à vous , lui
dit le Marquis , à me difputer quelque
chofe , vous qui commencez votre Maifon
, il eft vrai , répondit-il , je la commence
, mais vous finiffez la voire.
Je finis , Meffieurs , par où j'aurois dû
commencer ; ma fincerité demandoit que
je m'expliquaffe d'abord , fur ce que l'on
penfe chez nous de votre Journal ; une
infinité de perfonnes s'empreffent de le
voir. Chacun ici y trouve de quoi fe fetisfaire
; je n'entre point dans le détail
des pieces d'érudition , qui ne regardent
que les perfonnes vraiment fçavantes
& qui par confequent font hors de ma
fphere ; je me borne à vous marquer
en particulier ma reconnoiffance , pour
le choix que vous faites des pieces
qui font de mon reffort ; je veux dire
, les Poëfies , les Bouts- rimez , & c.
Je n'ai pû lire fans admiration l'Eglogue
de Mle l'Heritier , inferée dans votre 2 .
yolume du mois de Juin dernier . On y
voit
710 MERCURE DE FRANCE.
voit cette naïveté & cette tendreffe fi de
firable , & en même temps fi rare dans
ces fortes de morceaux. Je ne puis m'empêcher
encore de vous marquer le plaifir
que je prens à vos Enigmes , en vous
priant de vouloir bien continuer vos attentions
pour le Public , & d'être perfuadez
que je fuis avec toute l'eftime
poffible , Meffieurs , votre très-humble
& très -obéïllante . De ***
ULISSE ET CALYPSO.
CANTA TЕ.
Mife en Mufique par M. l'Abbé Bor
dier , Maître de Musique de la
Cathedrale d'Evreux.
Ans un fejour gracieux & tran-
Daquile,
Qu'un Printemps éternel rend heureux & fertile
,
Uliffe & Calypfo , l'un de l'autre charmez ,
Se livroient au plaifir d'aimer & d'être aimez.
L'amour dont ils portoient les chaînes ,
N'avoit pour eux que des faveurs ;
Ils
AVRIL 1726:
་
Ils n'en connoifoient point les peines ,
Et n'en goutoient que les douceurs.
Mais bien-toft au Guerrier , la Gloire & la
Sageffe ,
Viennent preſcrire d'autres loix ;
Confus de fa propre foibleffe ,
Son coeur , du tendre amour , n'écoute plus la
voix.
Pour finir fon trifte eſclavage ,`
Il fe difpofe à quitter ce rivage ,
Où fes jours s'écouloient dans un honteux
repos :
Vainement Calypfo , par fes cris , par fes larmes
,
Tâche d'arrêter ce Heros ,
Inflexible à fes pleurs , infenfible à fes charmes
,
Il la quitte , il s'éloigne , il fend le fein des
flots.
Objets que l'amour fit pour plaire ,
Beautez , défendez bien vos coeurs ;
L'Amant qu'on croit le plus fincere ,
Offre ſouvent des voeux trompeurs,
Pour obtenir ce qu'il defire ,
Il n'épargne ni foins, ni pleurs ;
Eft-il
712 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il heureux ? fa flâme expire ,
Dans le fein même des faveurs.
Quel fort pour Calypfo ! Quelle peine cruelle
!
Tu pars , dit- elle , ingrat , tu méprifes mes
feux !
Tu romps les plus aimables noeuds !
Malgré tant de fermens tu deviens infidelle !
Que ne peut le trépas terminer mes langueurs
!
Faut-il que le Deftin ne m'ait faite immortelle
,
Quepout nourrir d'éternelles douleurs?
Cher Amant que mon coeur adore ,
A la fureur des eaux n'expofe plus tes jours ;
Revien dans ces beaux lieux , fais-y regner
encore ,
Et les Plaifirs , & les Amours.
Helas ! dequoi me fert un fi tendre langage
?
L'Echo repete en vain mes plaintes & mes
cris ;
Puniffons un ingrat , oublions un volage ;
Rendons-lui mépris pour mépris ;
C'en
AVRIL.
713
1726.
C'en eft fait , le Dépit , la Vengeance , & la
Rage ,
Succedent à l'ardeur dont mon coeur fut
épris.
Maître des Cieux & de la Terre ,
A quoi fervent vos feux vengeurs ,
Si vous ne lancez le Tonnerre
Sur le plus perfide des coeurs ?
Frappez , que rien ne vous retienne
Puniffez un volageAmant ;
Et que tout l'Univers aprenne ,
Son crime , & votre châtiment.
Souverain de ces mers profondes ,
Secondez mes reffentimens ;
Neptune , foulevez les ondes ;
Eole ,> déchaînez les Vents.
Ses voeux font exaucez ; Dieux ! quel affreux
ravage !
Une noire vapeur s'éleve dans les airs ;
Le terrible Aquilon vient exciter l'orage ,
On ne voit de clarté , que le feu des éclairs.
D Du
714
MERCURE DE FRANCE.
Du Tonnerre en courroux les Rochers reten
tiffent ,
Tous les Vents mutinez font boüillonner les
mers ;
D'un bruit affreux les montagnes mugiffent ,
Et l'horreur & l'effroi regnent dans l'Uninivers.
En vain Uliffe oppofe fa prudence
Aux fureurs des flots en courroux ,
Son fragile Vaiffeau , trifte objet de leurs coups,
Cede enfin à leur violence.
L'intrépide Heros redouble ſes efforts ;
Minerve prend foin de fa vie :
Les flots le jettent fur les bords ,
De la fuperbe Phenicie..
On le plaint , on l'admire , on le comble
d'honneurs ,
Et ce Roi genereux aprés tant de malheurs ;
Aborde fa chere Patrie.
Deftin , tes rigueurs inhumaines ,
Combattent fouvent nos defirs';
Et c'eft quelquefois par les peines ,
Que tu nous conduis aux plaifirs.
Ton
AVRIL 1726. 715
Ton caprice toujours volage ,
Peut bien nous éloigner du Port ;
Mais la Sageffe & le Courage ,
Triomphent des Dieux & du fort
Le Maire.
1
MEMOIRE
De M. l'Abbé de Saint Pierre.
Pour rendre les Spectacles plus utiles
à l'Etat.
J
E fuis de l'avis de ceux qui penfent
que les bons Citoyens , dans leurs belles
Pieces ferieuſes ,peuvent infpirer, ens
tretenir , & fortifier l'amour pour la Patrie
, & des fentimens de courage , de
juſtice & de bienfaiſance ; je croi de mê
me , que dans leurs Pieces comiques ils
peuvent infpirer du dégoût & de l'averfion
pour la moleffe , pour la poltrone-
, pour le métier de Joueur , pour le
luxe de la table , pour les dépenfes de
pure vanité , pour le caractere impatient
, chicaneur , avaricieux , flateur,
indiſcret , hipocrite , menteur , mifan-
Dij
rie ,
trope
716 MERCURE DE FRANCE.
&
trope , medifant ; en un mot , pour tous
les excès qui font fouffrir les autres ,
qui rendent les vicieux fâcheux & defagréables
pour plufieurs des perfonnes
avec qui ils ont à vivre .
>
Mais pour diriger les Poëtes euxmêmes
& leurs Ouvrages , vers la plus
grande utilité publique , il eft à propos
1 °. que le Confeil établiffe une Compagnie
de douze ou quinze bons Citoyens
connoiffeurs , qui ayent la direction des
Spectacles uniquement par rapport aux
bonnes moeurs , c'eſt- à - dire , aux moeurs
defirables dans la Societé , le Roi nommera
les quatre premiers , ces quatre
nommeront le cinquiéme au fcrutin , les
cinq nommeront le fixième , les fix nommeront
le feptiéme , & ainfi de fuite.
Il faut que le Spectacle plaife fort aux
Spectateurs , autrement ils n'iroient point
en grand nombre au Spectacle , mais il
faut que le Poëte rende encore le Spectacle
utile , & que les moeurs en deviennent
plus aimables , plus defirables , &
furtout plus innocentes & exemptes de
vices.
Voilà les deux points qu'il faut unir
dans la Comedie , c'eſt- à - dire , dans l'i,
mitation des actions , des fentimens , des
difcours , & dans la peinture des évenemens
ou agreables ou fâcheux de la vie
hyAVRIL
1726. 717
humaine ; c'eft au Miniftere à unir toujours
ces deux points ; de maniere que
le Spectacle , non feulement ne foit jamais
nuifible aux bonnes moeurs , mais
au contraire qu'il foit propre à infpirer
aux Spectateurs des fentimens vertueux ,
ou du moins oppoſez au vice.
Au refte , c'eſt à l'Etat à payer par
des
penfions une partie des frais des Spectacles
, lorfqu'ils font utiles à la Societé ,
& c'eft aux Spectateurs à payer l'autre
partie de ces frais , parce qu'ils en retixent
du plaifir.
2º. Il eft à propos que le Roi crée une
place de premier Poëte tragique ou ferieux
, & une autre de premier Poëte
comique , avec des penfions pour ceux,
qui au jugement de la Compagnie auront
fait plus de Pieces , qui foient en
même temps plus agreables aux Spectateurs
, & plus utiles aux bonnes moeurs.
Il eft de la bonne police de former
quelques Poëtes excellens & bons Citoyens
, & d'en faire des Officiers importans
à l'Etat , & qui puiffent dans
cette profeffion y acquerir du revenu ,
de l'illuſtration , & même une nobleffe
hereditaire attachée à la qualité de Premier.
Il y a long - temps que j'ai obfervé ,
que nos anciennes Pieces de Theatre qui
D iij
ont
718 MERCURE DE FRANCE.'
ont le plus réüffi , meriteroient d'être
perfectionnées quelque temps après la
mort des Auteurs , du moins par rapport
aux moeurs , d'un côté la langue change,
& de l'autre la raifon croît & le goût fe
rafine ; il nous paroît aujourd'hui dans
ces Pieces des défauts , qui ne paroif
foient point à nos peres , gens d'efprit , il
y a cinquante ans ; or ces Pieces ainfi
perfectionnées vaudroient ordinairement
beaucoup mieux , foit pour le plaifir , foit
pour l'utilité de l'Auditeur que les
Pieces nouvelles , c'eft qu'il eft bien plus
facile au même Auteur de perfectionner
un Ouvrage , qui a déja plufieurs beautez,
& d'en faire un excellent , que d'en
faire un tout neuf , qui foit exempt de
défauts , & rempli de plus grandes beautez
, & en plus grand nombre , que l'ancien
qui étoit déja fort bon .
Je fçai bien qu'un nouvel Auteur peut
traiter le même fujet que l'ancien , mais
de peur de paffer pour plagiaire , il évitera
de copier les plus belles Scenes , &
de fe fervir des plus beaux Vers , il fera
peut- être mieux à tout prendre , que
l'ancien Auteur qui a traité le même fujet
, mais fa piece auroit été beaucoup
meilleure , s'il avoit pû , fans fcrupule ,
& fans rien diminuer de fa reputation ,
fe fervir de tout ce qu'il a trouvé d'excelAVRIL
1726. 719
cellent dans l'ancienne Piece ; or pour
cela il faudroit qu'il lui fut impofé par
un prix propofé de perfectionner telle
Piece , alors il ne perdroit rien des beautez
de telle Piece de Corneille , de Racine
, de Moliere, & de leurs fucceffeurs ,
ou s'il fe trouvoit forcé de perdre quelques-
unes de ces beautez , il leur en fubftitueroit
de plus grandes , & y en ajouteroit
de nouvelles .
Il y a un autre grand obftacle à l'execution
de ce projet , c'eft que l'Auteur
qui feroit capable de perfectionner une
des fix plus belles Pieces de Moliere , eft
capable d'en faire lui - même une nouvelle
, qui fera bonne , mais moins bonne
que celle de Moliere perfectionnée , &
que pouvant fe donner le titre d'inventeur
, il ne fe contentera pas du titre de
perfectionneur , à moins que par une récompenfe
honorable & utile , telle que
feroit un prix propofé , il ne foit dédoinmagé
par une penfion du facrifice qu'il
fait au Public , de donner fon temps &
fon talent à perfectionner l'Ouvrage
d'autrui , & à préferer ainfi l'utilité publique
à fa reputation particuliere .
Mon avis feroit donc , que le Roi donnât
tous les ans pour prix une penfion
de deux cens onces d'argent , à celui ,
qui , au jugement de l'Académie des
D iiij Spec720
MERCURE DE FRANCE:
Spectacles , auroit le mieux perfectionné
telle Comedie , cette Piece reformée porteroit
le nom du Reformateur , jufqu'à
ce qu'elle fut elle- même un jour reformée
quelques années après la mort ; il
eft aifé de voir que les Ouvrages excellens
ne periroient pas faute de quelques
retranchemens , & de quelques additions
neceffaires pour les rendre auffi
beaux & plus utiles dans le fiecle fuivant
qu'ils l'étoient dans le fiecle précedent:
car il faut toujours faire enforte,
que les Spectacles fe perfectionnent , à
mefure que la raifon humaine fe perfectionne
, & la meilleure maniere d'avancer
beaucoup en peu de temps vers
la perfection , c'eft de fe fervir de ce
qu'il y a de bon dans les Ouvrages des
morts , en diminuant ou corrigeant ce
qu'il y a de défectueux , & en embelliffant
ce qu'il y a de beau.
,
Je conviens que la reputation des bons
Auteurs en durera peut-être cent ans de
moins , mais cette perte ne doit pas être
comparée à la grande utilité qui en reviendra
à un nombre infini de Spectateurs.
On me dira peut- être , que ce qui paroît
poffible dans la ſpeculation , eſt réellement
impoffible dans la pratique , mais
je répons que cela fe dit fans preuve , &
que
AVRIL 1726. 721
que la chofe vaut bien la peine d'être
tentée , & même par plufieurs tentatives
, avec le fecours des prix , il n'y a
rien à riſquer , & il peut en refulter un
grand perfectionnement du Theatre , ſoit
en France , foit dans les autres Etats.
Il faut dans les Pieces comiques obferver
trois chofes capitales la premiere
eft de jetter de l'averfion & de la
haine contre la fourberie , la trahison &
' autres fcelerateffes ; la feconde , d'inſpi
rer du mépris pour la moleffe, pour la faineantife
, & pour les excès du luxe & de
la volupté , & qui diminuent le bonheur
de ceux qui en fouffrent ; la troifiéme
c'eft de jetter du ridicule fur toutes nos
petites vanitez & fur nos affectations , lorfqu'elles
ne tendent qu'à nous donner des
diftinctions , qui ne font d'aucune utilité
pour le Public.
Il faut dans les Pieces ferieuſes obferver
deux choſes . 1º. Infpirer à l'Auditeur
plus d'ardeur pour les vertus & pour les
grands talens , par les louanges que l'on
donne aux grands hommes, & par l'admiration
que l'on a pour leur vertu . 2 ° .
Lui faire fentir délicatement la difference
d'eftime & d'admiration pour les
differentes vertus , & pour les differens
degrez de vertu , en nous apprenant à
nous connoître en bonne gloire, & à difcer.
D Y ner
722 MERCURE DE FRANCE.
ner la diftinction la plus précieuſe entre
nos pareils de la moins précieuſe par
rapport à notre condition ; or cette diftinction
précieufe vient toujours des talens
les plus utiles à la Societé , & furtout
de la pratique de la juftice & de
la bienfaifance.
Ainfi , avec un des grands mobiles des
hommes , qui eft le defir de la diſtinction
, le Poëte pourra , en divertilant
les Spectateurs , augmenter confiderablement
l'empire de la vertu & de la gloire
aux dépens de l'empire de la moleffe
& de la vanité , la perte de l'un fera
l'augmentation de l'autre , & à dire la
verité , les hommes n'ont rien de folide
& de durable à oppofer au furieux defir
des plaifirs des fens fi nuifibles dans leur
excès à la Societé , que le reffort ou le
defir des plaifirs de la diftinction la plus
précieufe , qui tend toujours au plus
grand bonheur de cette même Societé.
Je fçai bien que le fanatifme dans les
fauffes Religions , pourroit devenir un
reffort naturel très- puiffant , pour nous
porter à quelques actions vertueuſes ;
mais 1 ° . le fanatifme n'eft pas durable
dans les hommes fenfez , & n'a pas de
force fur les efprits qui s'élevent audeffus
des fauffes opinions du Vulgaire.
2°. Ce mobile mal dirigé , au lieu
de
'AVRIL 1726, 723
-
de produire toujours des actions de juf
tice & de bienfaiſance , produit ſouvent
au contraire des perfecutions & des actions
d'injuſtice & de dureté , ce qui eſt
très oppofé au bonheur du genre humain.
>
Dans la vraye Religion , qui eft la
nôtre , la grace de notre Redempteur
peut nous porter à la pratique de la
juftice & de la bienfaifance , d'une maniere
incomparablement
plus parfaite
que ne peut jamais faire l'amour de la
eft diftinction ; mais comme cette grace
furnaturelle , par confequent une efpece
de miracle , que nous ne pouvons jamais
meriter , nous ne pouvons pas nous
affurer qu'elle dure toujours , il eft donc
très-raifonnable que la politique , pour
le bien de la Societé , ne neglige jamais
de propofer des recompenfes honorables
, & de fortifier ainfi autant qu'elle
dans les hommes , le reffort naturel
, ou le motif de la gloire , qui eft
bien moins parfait que le mobile furnaturel
de la grace , mais qui a l'avantage
d'être perpetuel , pour refifter perpetuellement
au reffort impetueux & perpetuel
des plaiſirs des fens , lorfqu'ils nous
portent à des excès qui font nuifibles à
ceux avec qui nous vivons .
peut
Quand les Poëtes Comiques auront
D vj pris
724 MERCURE DE FRANCE:
pris foin de jetter de la haine , du mé¬
pris ou du ridicule fur les crimes fur
les vices , & fur les défants que produit
ou l'injuftice , ou la pareffe , ou la
vanité , il fera bien plus facile aux Poëtes
ferieux , de mettre en oeuvre , à l'égard
des Spectateurs , le reffort ou le
motif de la belle gloire : car il faut bien
que l'homme marche vers quelque efpece
de gloire ou de diftinction entre fes
pareils , c'eft fon penchant naturel , c'eſt
un de fes grands plaifirs de fe fentir diftingué
parmi ceux avec qui il a à vivre ;
ainfi quand les bons Comiques nous auront
bien dégoûtez de toutes les fotes
diftinctions qui gâtent le commerce
nous marcherons naturellement vers la
diftinction vertueufe , qui naift de l'acquifition
des talens & de la pratique
des vertus , qui rendent le commerce
agréable.
›
La raifon nous dicte donc de travailler
à fortifier dans les Citoyens un des
deux principaux motifs des actions des
hommes , qui eft l'amour de la diftinction
entre nos pareils , mais elle nous
dicte en même temps les regles pour
bien difcerner les
diftinctions petites ,
vulgaires ,
incommodes au commerce
d'avec les diftinctions précieuſes , qui
procurent toujours la commodité & l'utilité
AVRIL 1726. 72-5
tilité des autres ; ce font ces diftinctions
qui font les feules veritablement dignes
de louanges & defirables dans le commerce
, il ne faut jamais que le defir de
la gloire marche fans la connoiffance de
la bonne gloire : or je fuis perfuadé que
le Theatre bien dirigé par l'Académie
des Spectacles , peut beaucoup fervir à
rendre les Spectateurs , non- feulement
très-defireux de gloire & de diftinction,
mais encore très- connoiffeurs en bonne
gloire & en diftinction la plus précieufe
, afin que les hommes eftiment de
plus en plus l'indulgence , la patience
l'application au travail , les talens & les
qualitez les plus utiles à leur famille ,
à leurs parens , à leurs voifins , à leurs
amis , à leur nation , & au refte du genre
humain .
Les Parodies de nos Opera , lorsqu'elles
feront bien faites , font très- propres
à tourner en ridicule les maximes lubriques
, dont Defpreaux fait mention.
Dom Guichot , en parodiant finement
nos Romans , a fait ceffer en Efpagne ,
& même en France , la folie de ce que
l'on nommoit autrefois Chevalerie , qui
faifoit méprifer les devoirs ordinaires de
la vie , pour courir après une reputation
chimerique & mal entenduë.
Mais par la même raifon il me pasoît,
contre
726 MERCURE DE FRANCE
contre lebon fens & contre la bonne po
lice , de permettre de parodier , & de
tourner en ridicule d'excellentes Pieces
ferieufes , où la vertu eft honorée & le
vice puni , cet excès dans les Parodies
eft la fuite de la corruption de nos moeurs;
le Poëte , pour procurer du plaifir au
Spectateur , & pour gagner plus d'argent,
ne s'embaraffe pas de confondre le bon
avec le mauvais , l'eftimable avec le ridicule
, le grand avec le méprifable , l'odieux
avec l'aimable , comme fi toutes
ces chofes étoient égales pour le bonheur
& pour le malheur de la Societé ,
& comme fi le but de la raifon n'étoit
pas d'unir toujours dans les Spectacles
l'utilité de la Societé au plaifir du Spectateur.
Les Spectacles peuvent donc être utiles
& agréables , mais il faut qu'ils foiena
dirigez par une Compagnie perpétuelle,
compofée de gens habiles , & furtout de
bons Politiques , qui tendent toujours à
rendre dans la Societé la vertu refpecta
ble & aimable , les vices honteux &
odieux , la vanité méprifable & ridicule.
Je demande enfin pour membres de cette
Compagnie des Connoiffeurs délicats,
qui fentent combien les bonnes moeurs
font importantes pour augmenter le bonheur
de la Nation .
Je
AVRIL 1726. 727
Je doute que de pareils Connoiffeurs
euffent jamais paffé à Corneille l'appro
bation tacite du duel , que l'on trouve
dans le Cid ; je doute qu'ils euffent fouffert
à Racine , d'employer tout fon art
à diminuer l'horreur naturelle que nous
devons avoir du crime de Phedre ; Je
doute qu'ils lui euffent permis d'infpirer
contre les bonnes moeurs au commun
des Spectateurs , une forte de compaffion
pour
le fort malheureux de cette abominable
creature ; je croi même qu'ils euffent
apperçû , & qu'ils euffent condamné
dans les Ouvrages de Moliere un
grand nombre d'endroits , où quelques
fentimens de juftice & de bienfaisance
font dans la bouche de gens , d'ailleurs
odieux & méprifables , je croi qu'ils auroient
remarqué & blâmé des fentimens
d'injuftice dans la bouche de perfonnes ,
d'ailleurs aimables & eftimables , & d'autres
endroits où l'injuſtice , jointe à l'adreffe
& à la fineffe , eft louée , & où
la vertu & la juftice , jointe à des défauts
perfonnels , eft blâmée ou tournée
en ridicule ; & voila pourquoi il faut
une Compagnie de Cenfeurs moraliſtes
& politiques , qui ait foin de diriger fuffifamment
le Poëte vers le but de l'utilité
publique , tandis que fon intereft le
dirige fuffifamment vers l'agréable
c'efte
728 MERCURE DE FRANCE .
vers fon utilité particu c'est - à- dire
liere.
Il eft certain que Moliere nous a enfeigné
la maniere de bien peindre les
hommes , qui font ordinairement compoſez
de vices & de bonnes qualitez ,
mais il n'a pas eu affez de foin de peindre
toujours en eftimable ce qu'ils avoient
d'eftimable , & en méprifable ce qu'ils
avoient de méprifable , & c'eft cette
confufion qu'il a laiffée dans fes peintures
, qui fait que fes Comedies font communément
auffi pernicieufes qu'utiles au
perfectionnement de nos moeurs.
C'étoit un grand Peintre , mais comme
il ne vifoit qu'à faire fa reputation
& fa fortune , à force de plaire aux Spectateurs;
& comme il ne fe foucioit point
du tout du but de la politique qui eft
d'infpirer aux Citoyens par des traits de
ridicule , le mépris & l'indignation que
meritent les vices & les défauts , il negligeoit
fort l'utilité publique , pour ne
fonger qu'à fon utilité particuliere , auffi
nous ne voyons pas que nos moeurs foient
devenues beaucoup meilleures dans le
fonds depuis la repreſentation de ſes Comedies
, je ne fçai même , fi à tout pefer
, on ne trouveroit pas le contraire.
Je fais tant de cas des avantages que
produit l'émulation pour le Public , que
je
AVRIL 1726:
729
je voudrois , fi la chofe eft praticable ,
qu'il y eut dans Paris deux Troupes de
Comediens , dont une fut à un prix la
moitié moindre pour les perfonnes moins
riches , cette Troupe ferviroit de pepiniere
pour la grande Troupe.
Pour contenir les Auteurs & les Comediens
dans les regles des bienfeances
& des bonnes moeurs , il eft à propos
que deux de ces Commiffaires des Spec
tacles ayent deux places de droit dans
l'Amphitheatre , pour affifter , quand ils
pourront , aux reprefentations comme
Cenfeurs publics.
A l'égard du Spectacle de l'Opera
, je croi qu'il n'eft pas impoffible d'en
faire peu à peu quelque chofe d'utile
pour les moeurs ; j'avoue cependant que
la choſe me paroît très- difficile en l'état
de corruption & de moleffe , où il eſt de
mon temps mais après tout , il ne faut
à l'Académie des Spectacles , pour en
venir à bout , que deux moyens ; le
premier , d'avoir un but certain où l'on
vife , c'eft de faire fervir la Mufique &
la Poëfie , non à amolir les moeurs par
la volupté , mais à les rendre vertueufes
par l'amour de la gloire ; le fecond
c'eft de faire enforte que ce perfectionnement
foit prefque infenfible : car pour
nous guerir de la moleffe , maladie enraci730
MERCURE DE FRANCE.
racinée depuis long- temps dans notre
Nation par une longue habitude , il faut ,
"pour ne nous pas revolter , fe fervir
d'une methode qui procede par degrez
prefque infenfibles , & je ne défefpere
pas que nos fucceffeurs n'entendent chanter
avec plus de plaifir les fentimens &
les actions des grands hommes , que les
maximes honteufes de la moleffe , & les
fentimens extravagans qu'infpire l'yvref
fe de l'amour.
Si dès - à - prefent on établit dans un
grand Etat une Académie pour diriger
les Spectacles vers les moeurs defirables
de la Société , fi par les prix qu'elle diftribuëra
aux Poëtes qui plairont le plus,
& qui dirigeront le mieux leurs Ouvrages
vers la bonne morale , il arrive
ra avant trente ans , que les peres & les
meres les plus fages meneront leurs enfans
à la Comedie , comme au meilleur
Sermon , pour leur infpirer des fentimens
raisonnables & vertueux , il arrivera
que dans toutes les Villes de vingt
ou trente mille habitans , il y aura aux
dépens du Public des Theatres & des
Comediens , afin qu'avec peu de dépenfe
les habitans mediocrement riches
puiffent affifter au Spectacle , & l'on
verra ainfi le plaifir devenir très avantageux
au bon gouvernement , ce qui eft
2
le
AVRIL 1726. 73 %
le fublime de la politique : car qu'y at'il
de plus eftimable , que de mener les
hommes par le chemin des plaifirs innocens
& actuels , à une diminution de
peines , & même à d'autres plaifirs futurs
; la Nation fe poliroit de plus en
plus juſques parmi le peuple , les fentimens
de vertu entreroient avec le plaifir
dans les coeurs des Citoyens , & par le
perfectionnement
de nos moeurs la Societé
deviendroit tous les jours plus douce
, plus tranquille & plus heureuſe . Et
c'eft le but que je m'étois propofé dans ce
Memoire.
Maaaaaaaaaaaaaaaaa
STANCES.
Sur le Printemps
L'Hyver , cette faifon fâcheuſe ,
'Enfin vient de finir fon cours ,
La nature plus gracieuſe ,
Nous prepare de plus beaux jours ;
Déja dans les vertes campagnes ,
Le Berger conduit fes troupeaux ;
La neige tombe des montagnes ,
Et Flore embellit nos coteaux.
Déja
732 MERCURE DE FRANCE.
Déja la tendre Philomele ,
Témoigne par fes chants plaintifs ,
Sa douleur qu'elle renouvelle.
Déja les Aquilons captifs ,
Gemiffent dans l'antre d'Eole ;
Et l'audace des Matelots ,
Aidez d'une foible Bouffole ,
Brave encore la fureur des flots.
Phebus éclaire un nouveau monde 2.
Déja Zephir des fleurs cheri ,
Mèle fon foufle au bruit de l'onde ,
Déja le Maronier fleuri ,
Reprend fa premiere verdure ,
La Vigne à l'Orme fe rejoint ,
Tout change , helas ! dans la nature ,
Et l'homme feul ne change point.
Par l'Abbé Herault , Chanoine
de Soiffons.
LET
AVRIL 1726. 733
aaaaaaakkk
LETTRE écrite par M*** fur les Mon
noyes fabriquées à Orleans .
Q
Velque confiderable qu'ait été la
Ville d'Orleans , dans le temps que
les Romains ont été les maîtres des Gaules
, il ne paroît pas qu'ils y ayent ja
mais fait battre Monnoye ; la Notice de
l'Empire , dreffée environ vers le temps
de l'Empereur Honorius , ne fait mention
que de trois Villes dans les Gaules
où il y eut des Hôtels de Monnoyes ,
fçavoir , Arles , Lyon & Treves , & il
nous refte un grand nombre de Médailles
du fiecle de Conftantin & au - deffous,
frappées dans ces Villes , ainfi qu'on le
peut voir dans les Cabinets des Curieux
en cette matiere .
Mais en récompenfe Orleans eſt
une des Villes où l'on a le plus frappé
de Monnoyes , dans le commencement de
la Monarchie Françoife , & il nous refte
plufieurs fols d'or de la premiere Ra
ce qui portent le nom de cette Ville .
M. le Blanc , dans fon Ouvrage des
Monnoyes de France , en rapporte un ,
où d'un côté on voit la tête d'un Prince,
ornée d'une Couronne radiale , derriere
la734
MERCURE DE FRANCE .
laquelle il y a une Croix : pour Legende
MONI . Au Revers une Croix pommetée
AURELIANIS CIVITA . Ce
mot de MONI eft mis pour Monetarius.
A l'égard de la tête , on ne peut dire de
quel Prince elle eft , n'y ayant rien qui
la puiffe faire diftinguer , non plus que
celle d'un autre fol d'or de M. le Baron
de Craffier , qui eft ceint d'un diadême,
avec une Rofe de diamant fur le milieu,
& dont les épaules font couvertes d'un
manteau AIRELIANIS F , au Revers
une Croix pofée ſur un Globe , accompagnée
de deux Etoiles BERTVTFVS
, qui eft le nom du Monetaire
, dans quelques autres Monnoyes on
trouve AURILIANIS pour AURELIANIS.
S'il eft impoffible , comme je viens
de le dire , de pouvoir déterminer à
quels Princes appartiennent ces Monnoyes
, il n'eſt pas plus aifé de dire fi ce
font des Rois d'Orleans , nous n'avons
que Gontran , dont le nom fe trouve
fur une Monnoye , & cette Monnoye eſt
frappée à Sens. C'eft un tiers de fol d'or
rapporté par M. le Blanc , où la tête de
ce Prince eft couverte d'un cafque orné
d'un diadême GVNTHACHAM . REX ,
fur le Revers une Victoire dans un
char
AVRIL 1726. 735
char , tenant une Croix à la main SENONI
CIVITA. Ainfi nous n'avons
que des conjectures à donner fur le nom
de ces Princes .
On continua à frapper des Monnoyes
à Orleans dans toute la premiere Race,
& au commencement de la feconde jufqu'en
805 , que l'Empereur Charlemagne
, pour arrêter la hardieffe des faux
Monnoyeurs , ordonna qu'il ne ſe fabriqueroit
plus d'efpeces que dans fon Palais
, ce qui fit appeller cette Monnoye
Moneta Palatina , & elle eft ainfi marquée
fur quelques Monnoyes de cet
Empereur. Ce Reglement ne dura que
pendant fon Regne ; car on trouve des
Monnoyes de Louis le Débonnaire fon
fils , frappées dans plufieurs Villes de
fon Empire. En 864. Charles le Chauve
reftraignit le nombre de ces Villes à
douze , entre leſquelles fe trouve Orleans
. Sequentes confuetudinem prædeceffo
rum noftrorumficut in illorum Capitulis invenitur
, conftituimus cui in nullo loco alio
in omni regno noftro moneta fiat , nifi in
Palatio noftro, in Quintonico , ac Rotomago....
& in Rhemis . & in Senonis ..
& in Parifio , & in Aurelianis , & Cavillonno
, & in Merullo & in Narbona
auffi on trouve plufieurs deniers
d'ar-
>
736 MERCURE DE FRANCE "
d'argent de ce Prince , de Charles le
Simple , frappées dans cette Ville.
Le fejour que firent à Orleans les
Rois Hugues Capet , Robert & Henri
, fait qu'on trouve plufieurs Monnoyes
de ces Princes qui portent le nom d'Orleans.
On continua encore long-temps
dans cette Ville à en fabriquer , & cela
dura jufqu'au temps de François I.
où l'on ceffa apparemment de travailler.
Ce Prince dans fon Ordonnance donnée
à Soiffons le 14. Janvier 1539. où il
enjoint de mettre fur les Monnoyes une
Lettre de l'Alphabet , pour diftinguer les
fabriques , ne fait nulle mention d'Orleans
, & ce n'a été qu'en 1716. que cet
Hôtel des Monnoyes a été rétabli par
Edit du Roi , donné à Paris au mois
d'Octobre , où il eft dit , que les efpeces
qui y feront reformées & fabriquées , feront
marquées de la lettre R. Cet Hôtel
des Monnoyes travaille actuellement .
Il me reste à expliquer ce qu'on a
entendu par Monnoye d'Orleans , dans
ces deux paffages , le premier tiré d'une
Lettre de l'Abbé Suger , rapportée par
Duchefne , T. 4. p. 338. où en parlant
de ce qu'il a fait à Baune en Gâtinois
cet Abbé dit ; alias vineas juxta Bel nam
pene deftruitas reftitui fecimus , alias
quodam homine noftro viginti libris Au-
>
reliaAVRIL
1728.
737
•
relianenfis monete emimus. L'autre paffage
eft tiré de la 18. Lettre de la Comteffe
de Nevers à l'Abbé Suger ( page 498. )
Unus de Civitate Autiffiodorenſi ſuper
quibufdam hominibus Stampenfibus conqueritur
Gaufredo craffo , & Radulpho
fratre ipfius qui ei debent decem libras &
dimidiam Aurelianenfis moneta.
Sur la fin de la feconde Race , les
Seigneurs du Royaume un peu confiderables
, s'approprierent le droit de battre
Monnoye , & cela dura long- temps
dans la troifiéme Race ; on peut voir
dans Ducange un long dénombrement
de ces Seigneurs , parmi lesquels fe trouve
l'Evêque d'Orleans ; mais ces Seigneurs
faifant leur Monnoye chacun de
different alloi , & n'étant jamais du même
titre ni du même poids que les Monnoyes
du Roi , on étoit obligé de fpecifier
de quelle Monnoye on entendoit
parler , & fouvent on apprétioit ces differentes
efpeces ou à celles du Roi , ou
à celles de quelques autres Seigneurs ;
ce qui fe voit par un endroit d'Odorannus
, où il parle des prefens que le Roi
Robert & la Reine Conftance fon époufe
, firent à S. Savinien de Sens , ftatim
Regina proferens auri 13. folidos adp
blicam monetam Aurelianenfem appenfos
, Ces Monnoyes de Seigneurs , au
E refte ;
738 MERCURE DE FRANCE .
refte , n'avoient cours que dans les teraes
de leur dépendance , au lieu que la
Monnoye du Roi paffoit dans tout le
Royaume .
A Orleans ... D. P....
STANCES IRREGULIERES
.
De M. de la Monnoye , de l'Académie
Françoife ; fur la mort de fon Epouse ,
arrivée le zo . Janvier 1726 .
CHere Epoufe , tu n'es donc plus ?
Je te rappelle en vain , mes cris font fuper-
Aus ;
Rien ne peut adoucir le chagrin qui me ronge
;
Je hai la clarté du Soleil ,
Et fi je cherche le fømmeil ,
C'estpour te retrouver en fonge.
Je ne te verrai plus ici ,
Claude , mon unique fouci ,
Nom pour moi préferable aux noms les plus
illuftres ;
Nous
AVRIL. 1726 . 739
Nous fumes moins Epoux qu'Amans.
Dix luftres avec toi m'ont paru dix momens';
Et dix momens fans toi me paroiffent dix
luftres.
Je me fouviens de tes fecours ,
De tes attentions , de tes foins , de tes veilles
;
Malgré toi fourde , * à mes diſcours,
Tes yeux remplaçoient tes oreilles ;
Au moindre figne ils m'entendoient ;
Et de mes volontez interpretes habiles
Toujours préts , jamais inutiles;
Au langage des miens d'abord ils répon
doient.
Que deviendrai- je ? helas ! tu pars & je demeure
;
Ton ame loin de moi , fans doute, dans les
Cieux ,
Goûte un repos délicieux.
Moi , fur terre inquiet , je foupire , je pleure.
Unis par un e tendre & fincere amitié
* Depuis dix ans elle étoit fourde.
E ij . Qui
740 MERCURE DE FRANCE .
Qui devoit être inféparable ;
Nous formions un tout agreable ,
Et je ne ferai plus qu'une trifte moitié.
J'aurois dû préceder , bien- tôt je te vais fui
vre ;
Agé de quatre-vingt neuf ans , ( a )
Deformais , chere ombre , il eft temps ,
Que la Parque à la mort me livre.
Etfi l'heure de mon trépas ,
Dans cet inftant ne fonne pas ,
C'eſt que , le nommerai- je ? un Heros me fait
vivre , ( b) [
Un Heros ... que ne puis-je autrement m'exprimer
?
Je le louërois bien mieux , fi j'ofois le nommer.
( a ) Madame de la Monnoye avoit 86 ans.
M. de la Monnoye en a 89.
( b ) M. le Duc de Villeroy lui donne fix
cens livres de penfion.
LET
AVRIL. 1726 . 741
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier par la Clef, l'Industrie,
& les Lunettes , qui en étoient les vrais
mots.
PREMIERE ENIGME.
E plus actif des Elemens ,
LE
Eft celui dont je tiens la vie.
L'art me divife enfuite en morceaux differens
,
Pour me pofer dans des compartimens,
Où nombre de mes foeurs me tiennent compagnie..
Quoique je fois mince & polie ,
Je fers à garantir des injures du temps.
Mon corps impenetrable aux vents ,
Eft à l'épreuve de la pluye.!
Vous de qui les foins curieux ,
Veulent fçavoir & mon nom & mon être ,
Sans fortir de chez vous , vous pouvez me
connoître ;
J'y fuis toujours devant vos yeux.
Le Maire.
742 MERCURE DE FRANCE
DEUXIEME ENIGME.
TRifte enfant d'un dernier amour ,
De chez moi la joye eft bannie :
J'excite quelquefois l'envie ,
Je parle pourtant fans détour.
Mon pere en me donnant le jour ,
Tremble fort fouvent pour fa vie;
Ce n'eft qu'après qu'il l'a finie ,
Qué l'on vient me faire la Cour.
J'impofe des loix qu'on refpecte ,
Et ma volonté n'eſt ſuſpecte ,
Qu'à l'ingrat & fordide coeur.
Quoique je fais exempt de crimes ,
Par d'inévitables maximes ,
On me livre à l'Executeur.
JE
TROLSIEME ENIGME.
E furs inébranlable & toujours en repos ,
On me fait dire de bons mots.
Al'injure des temps je paffe les années ,
Et compte des Mortels les triftes deftinées .
D'un
AVRIL 1726 .
་ ་
1743
D'un être ſeul'je fuis , & la regle & la loi ,
Et ce n'eft que par lui qu'on a recours à
moi.
Quand on me voit orné de plus d'une figure
,
Tout cela ne me fert que de vaine parure.
Mon Maître , en me voyant , court toujours
& s'enfuit ;
Et n'ai pour ennemis qu'un brouillard & la
puit.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Rue &
,
ECUEIL HISTORIQUE , chronologique
& topographique des Archevêchez
, Evêchez , Abbayes , & Prieurez
de France , tant d'Hommes que de
Filles de Nomination & Collation
Royalé , avec les noms des Titulaires ,
la Taxe en Cour de Rome , telle qu'elle
eft fur le Livre de la Chambre Apoftolique.
Les revenus , les unions & penfions
fur ces Benefices ; le tout diſtribué
par Diocéfe , par ordre alphabetique , &
enrichi de 18. Cartes Geographiques ,
dédié à S. A. S. M. le Duc de Bourbon.
Par Dom Beaun er , Religieux Benedictin.
744 MERCURE DE FRANCE.
n. A Paris , chez Alexis-Xavier- René
Mefnier. 2. vol. in 4.
ע
L'Auteur dit dans fa Preface , « qu'il
» n'a pas affez bonne opinion de lui- mê-
» me , pour croire qu'il ne lui ait écha-
» pé plufieurs fautes , & peut - être de
» confiderables , &c. Il'declare , que loin
de fe fâcher contre ceux qui auront la
"bonté de les lui faire connoître , il leur
» en fçaura au contraire très - bon: gré ,
» & qu'il eft très - difpofé , fi-toft que
» l'occafion s'en préfentera à leur
>> en faire honneur dans le Public : c'eſt
» pour fon utilité , dit - il , qu'il a entre-
» pris cet Ouvrage , & il fera charmé
» de le voir conduire à ſa perfection , de
» quelque maniere que cela arrive .
"
,
,
Comme D. Beaunier n'a pû avoir des
Memoires également feurs & détaillez
fur tous les articles qu'il traite , il a recours
à l'indulgence ou plutoft à l'équité
de fes Lecteurs , & les prie de
ne le pas traiter à la rigueur. Voici un
échantillon de cet Ouvrage , pris du
Tome II. page 788. CHERBOURG , Ou
>> Sainte Marie - au Vou , Abbaye de
» l'Ordre de S. Auguſtin , au Diocéſe de
»Coutances , poffedée en Commande par
par M. Valat en latin Santa Maria
» de Voto Cafaris Burgi , à 78. lieuës de
Paris. Elle fut fondée en 1145. par
>>
;;
•
ou
l'ImAVRIL
1726. 745
» Imperatrice Mathilde , & elle fut
» appellée l'Abbaye du Vau , parce que
» cette Princeffe , ayant promis pendant
une fort grande tempête fur mer , de
>> faire conftruire une Eglife en l'hon-
» neur de la Vierge , au lieu où elle pour-
>> roit arriver à bon port , elle débarqua
>> heureuſement à Cherbourg , & fit bâ-
» tir cette Abbaye près de la Ville . Quel-
» ques-uns tiennent qu'elle a été com-
» mencée par Guillaume le Conquerant ,
» & Mathilde en augmenta de beaucoup
» les bâtimens , & les revenus . Ce fut
» auffi en 1145. qu'Algare , Evêque de
>> Coutances , y mit des Chanoines Reguliers.
Mathilde , fille de Henri I. &
» mere de Henri II . Roi d'Angleterre ,
99
& veuve de l'Empereur Henri , avec
» fon fils , voulant rendre leur fonda-
» tion plus confiderable , y firent unir ,
» après de longues conteftations , l'Abbaye
de Saint Heliers , Martyr , fi-
>> tuée en l'Ile de Gerfey , de la Con-
» gregation d'Arouaife , qui poffedoit de
» gros biens , tant au-delà qu'au deçà de
la mer , parce que ce Prince dit , par
» une de fes Chartes , qu'il prétend que
» l'Abbaye de Cherbourg foit autant ho-
» norée de graces & de privileges , qu'au-
» cune autre qui fe puiffe rencontrer
» dans tous fes Etats. La Congregation. ,
F de
746 MERCURE DE FRANCE,
de S. Victor en expulfa celle d'Arouai-
» fe . Cette Abbaye a fouffert en fes
» biens , quand les Anglois ont été chaffez
de Normandie , ou qu'ils y font re-
» venus à main armée . Le Schifme de.
» Henri VIII . lui a enlevé beaucoup de
» Terres & de Domaines qu'elle poffe
>>
doit en la Grande Bretagne & dans les
» Ifles , & Guillaume le Geay qui l'a
poffedée en Commande pendant plus.
» de 80. ans , en a laillé perdre & dif-
» fiper la plupart des droits , & ruiner
» tous les bâtimens . M. Charles - François
de Lomenie de Brienne , Evêque
de Coutances , fic venir des Chanoines
Reguliers du Diocéfe de Rouen , &
» de la reforme de M. Moulin vers l'an
» 1687. L'Abbé de Cherbourg a deux
» Baronies , & eft Seigneur Haut- Jufti-
❤cier , & c.
La Veuve d'Urbain Couftelier , Quay
des Auguftins , à Paris , a mis en vente
un grand in folio Latin , contenant les
douze Livres de Quintilien , de l'Inftitution
de l'Orateur , revus & corrigez
en plufieurs endroits , accompagnez de
Notes choifies , tirées de divers Interpre
& de nouvelles Obfervations
Pon éclaircit les Paffages les plus diffisiles
de Quintilien, & où l'on établit la ve
tes
оц
· ritaAVRIL.
1726. 747
ritable fignification des termes de l'art ,
tant Grecs que Latins. Par Claude Capperonnier
de Mont- Didier , Licentié en
Theologie , de la Faculté de Paris , &
Profeffeur Royal en Langue Grecque .
LES VIES de plufieurs Hommes illuf
tres & grands Capitaines de France , depuis
le commencement de la Monarchie
jufqu'à prefent , avec des Portraits . A
Paris , au Palais , chez le Gras , 2. vol .
in 12 .
TRAITE des moyens Canoniques
pour acquerir & conferver les Benefices
& Biens Ecclefiaftiques , &c. Par M.
Duperray, ancien Bâtonnier de Meffieurs
les Avocats. A Paris , au Palais , chez
P. Aug. Paulus du Mefnil. 1726. in 12 .
METHODE très-aifée pour apprendre
l'Ortographie par principes , à ceux ou
celles qui n'ont pas étudié le Latin , &
utile aux perfonnes qui ont la connoiffance
des Belles - Lettres , par le fieur
JACQUIER , un vol. in 12. de 232. pages.
A Paris , chez Joffe , ruë S. Jacques,
Theodore le Gras , au Palais , &
Pißot , Quay des Auguftins. 1726. le
prix eft de cinquante fols , relié en veau .
Tout ce qui eft contenu dans cet Ou
Fij vrage,
748 MERCURE DE FRANCE. -
vrage , dédié à Mademoiſelle de Baujolois
, convient parfaitement à fon titre ;
car tout nous y a paru clair , aifé , & ap,
puyé fur les meilleurs principes ; enforte
que nous pouvons allurer , après M. de
Fontenelle , fon Approbateur , qu'une
pareille Methode ne peut qu'être utile
au Public .
ANATOMIE du corps humain , avec
des Rémarques utiles aux Chirurgiens
dans la pratique de leurs operations . Enrichie
de Figures en taille- douce , par
M. JEAN PALFIN , Chirurgien Juré Anatomiſte,
& Lecteur en Chirurgie à Gand,
2. vol. in 8. 7. liv . A Paris , chez Cavelier
, fils , ruë S. Jacques .
NOUVEAUX MEMOIRES des Miffions
de la Compagnie de Jefus dans le Levant.
A Paris , chez le même Libraire ,
1725. in 12. de 291. pages ,
J
ANCIENNE ET NOUVELLE DISCIPLINE
de l'Eglife touchant les Benefices & les
Beneficiers. Par le R. P. Louis Thomaf
fin , Prêtre de l'Oratoire. Nouvelle Edition
, revûë , corrigée & rangée ſuivant
l'ordre de l'Edition Latine , avec les augmentations.
A Paris , Quaydes Auguftins,
chez Montalan . 3. vol. in folio.
R&
AVRIL 1726. 749
RELATION DU MIRACLE , arrivé le 31.
Mai 1725. jour de la Fête du S. Sacrement
, à la Proceffion de la Paroiffe de '
Sainte Marguerite , au Faubourg de
S. Antoine , à Paris , en la perfonne
d'Anne Charlier , femme de François de
la Foffe , Maître Ebeniste , dreffée fur
les procès verbaux de l'Officialité de Paris
, & contenant toutes les circonftances
intereffantes de ce grand évenement.
Publiée par permiffion de fon E. M. le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris. A Paris , chez François Babuty :
ruë S. Jacques , 1726. Brochure in 4.
Nous avons déja donné l'Extrait du
Panegyrique , que M. l'Abbé Defcors
prononça le jour de S. Louis . Une perfonne
d'une grande confideration a exigé
de cet Abbé une copie de la Priere
qu'il fit pour le Roi à la fin de fon Difcours
, & on nous l'a envoyée telle que
nous l'inferons ici .
>> Grand Saint , le Pere de nos Rois:
» nous vous adreffons nos voeux pour
>> notre jeune Monarque. Que les vertus
» chrétiennes donnent le plus beau luf-
» tre à fes qualitez royales ; fon coeur
» eft exempt de paffions , tout eft à ef-
» perer ; fes guides font les mêmes genies
» qui ont veillé à fon éducation , fa gloi-
Fiij » re
eſ750
MERCURE DE FRANCE.
» re eft affurée ; veuillez attirer fur fuf
» les dons du Très haut , & fes nobles
penchans tourneront à notre felicité ,
» & fes penibles exercices feront l'ap
prentiffage de fon heroïfme : votre interceffion
, grand Saint , fera renaître
» les jours heureux de votre Regne ; le
» Prince qui nous commande & que
» nous aimons , eft celui de vos petits-
» fils , qui peut le mieux vous reflem-
» bler , déja il vous imite dans le choix
» d'une Epoufe ; la Princeffe Margueri
» te de Provence allioit en fa perfonne
» les dons de la beauté & de la naiffance,
» mais ils ne fixerent pas vos regards ,
>
elle vous plut par fon éducation chré-
» tienne , & par fa vertu exemplaire ; la
» Princeſſe Marie ajoûte à la fplendeur
d'une illuftre & ancienne origine les
» graces du corps , & les agréemens de
» l'efprit. Notre Monarque préfere à tou-
» tes ces qualitez le merite de fa noble
" modeftie , & de fa folide pieté ; vous
fiftes plus d'état des douceurs d'une
» union que la Religion confacre , que
»des avantages d'un Mariage utile : votre
augufte Petit- Fils eftime que les richeffes
valent moins que les fruits d'une
alliance , que le bonheur de l'Etat exi-
"ge ; ce que les Hiftoriens difent de la
» fille du Comte de Provence la Re-
>
nomAVRIL,
1726. 75 *
nommée le publie de la fille du Roi
Staniflas , les rapports font les mêmes ,
les benedictions du Seigneur feront
» femblables ; votre continuelle protec
tion , grand Saint , fur le Roi , fur la
» Princeffe , garentit toutes nos efperan
»ces ; ils vivront , votre pofterité fe
perpetuera ; ils fe fanctifieront , la fou .
» miffion à la foi fera leur éloge ; ils ac-
» créditeront les exercices de la Reli-
"gion , & le Dieu des mifericordes les
» couronnera dans l'éternité , & c.
>>
M. Meynier a fait imprimer la ma
niere de fe fervir du Calendrier qu'il a
inventé , & fait graver fur un Portecrayon
; il la rend très - intelligible par
les exemples qu'il donne de toutes les
operations qui fe font fur ce Calendrier;
de maniere que tout le monde pourra
fort facilement en apprendre l'ufage de
foi- même. Ce Porte crayon a quatre
pouces de long fur trois lignes de diametre
, il eft limé à huit faces égales
il renferme un compas d'un côté , les di
vilions qui font fur les faces fervent à
trouver avec le compas le jour du mois ,
en connoiffant le jour de la Semaine , ou
le jour de la Semaine en connoiffant le
jour du Mois , pendant l'efpace de 56.
années , avec la même précifion que dans
F iiij
un
752 MERCURE DE FRANCE.
un Calendrier ordinaire ou Alinanach ,
c'est -à - dire , que lorsqu'on doute du jour
du Mois . de fix ou fept jours devant ou
après , pourvû que l'on fçache feulement
dans quel jour de la Semaine on eſt , on
trouve précifément le jour du Mois pour
le jour de la femaine connus ou requis ,
l'on détermine de même le jour de la
Semaine pour le quantiéme de quel Mois
que ce foit dans toutes les années depuis
1724. jufques en 1780. on y trouve auffi
l'âge de la Lune pour tous les jours du
Mois , pendant tout le temps des années
qui yfont notées , coinine lorfqu'on veut
fçavoir l'âge de la Lune pour le jour
courant , ou pour quelque autre jour que
ce foit des mêmes années. On y trouve
auffi les Fêtes Mobiles pour les mêmes
années , avec l'heure du lever & celle
du coucher du Soleil pour tous les jours
de l'année à perpetuité . Outre que cet
inftrument eft fort curieux , il eft trèsutile
à bien des perfonnes par fes uſages
, il n'eft d'aucun embarras à ceux qui
portent un Porte - Crayon , parce qu'il
n'en groffit point du tout le volume . Le
Roi a voulu en avoir un en or , que
M. Meynier a eu foin de divifer , il a
eu l'honneur d'en préfenter à la Reine
& aux Princes du Sang , qui ont bien
voulu les agréer , & comme le Public
cft
AVRIL 1726. 753
eft fort empreffé d'en avoir, il s'eft donné
la peine d'apprendre la maniere de les faire
au fieur Baradelle , faifeur d'Inftrumens
de Mathématique , à l'enfeigne de l'Obfervatoire
, fur le Quay des Morfondus,
à Paris ; & afin que le Public ne foit
foit pas trompé par des fauffes copies.
qui pourroient l'en dégouter , n'étant
pas exactes , & n'étant pas aifé de copier
bien précisément un Ouvrage auffi
délicat , fans en connoître la conftruction,
qu'il n'a donnée qu'au fieur Baradelle ,
en l'obligeant de n'en débiter aucun fans
le lui donner à examiner , afin que tous
ceux qu'il débitera foient exempts de la
moindre faute , il a auffi figné de fa main
tous les imprimez , pour en apprendre
l'ufage , lefquels imprimez le fieur Baradelle
contrefignera en les livrant aux
perfonnes qui lui acheteront des Porte-
Crayons i les donnera au plus jufte
prix , & en toutes fortes de Langues
pour les Etrangers ; il mettra ce même
Calendrier dans toute forte d'étuis de
Mathématique, quand on le voudra.
FY Def
74 MERCURE DE FRANCE
Defcription d'une Pendule qui marque
Le temps urai , avec la difference du
temps vrai au temps moyen , inventée
par Monfieur Meynier.
Le centre du Cadran de cette Pendule
reprefente le Pole Arctique , & fa
plus grande circonference reprefente l'Equateur
, où font marquées les heures ,
les degrez , avec les figures des douze
Signes du Zodiaque , font marquées dans
une autre circonference . L'intervalle de
puis l'Equateur jufques au centre renferme
les figures des conftellations du
tour du Pole Arctique , avec les principales
étoiles qui compofent les mêmes
conftellations , les degrez de déclinaifon
du Soleil font márquez fur le même
Cadran. Les Septentrionaux font diſtinguez
des Meridionaux . Il y a un petit
Soleil fur ce Cadran , qui parcourt les
douze Signes du Zodiaque dans l'efpace
d'une année. Il marque les heures & la
déclinaifon du Soleil jour par jour.
Il y a auffi une petite Lune qui parcourt
le même Zodiaque , & qui marque
par un rayon dans une autre circonference
, fa conjonction , fon oppofition
, & fon âge , non feulement jour
par jour , mais même heure par heure ;
AVRIL 1726. 755
=
ce même rayon marque pendant toute.
l'année fur le cercle des heures , la même
heure que la Lune dans le Ciel marque
à nos Cadrans folaires ; de forte
qu'on voit continuellement à cette Pendule
t'heure folaire & l'heure lunaire p
on y voit de même dans quels degrez
du Zodiaque ces deux Planetes fe trouvent
, la Lune y paroît toujours fur un
Ciel étoilé. -
Le Meridien & l'Horizon y font re
prefentez en croiffans & angles droits ,
on y voit à tout moment le Dedre du
Zodiaque qui paffe par notre Meridien ,
tant deffus que deffous notre Horifon
& par confequent l'heure du paflage
d'Ariés par le même Meridien pour tous
les jours de l'année.
Toutes les Etoiles qui font fur ce Planifphere
, qui forment les conftellations
du tour du Fole Arctique , y paffent par
le Meridien dans le Ciel. Le centre du
Soleil s'y trouve au bord de l'Horifon
tous les jours de l'année , tant pour fon
lever que pour fon coucher , à la même
heure que le Soleil dans le Ciel commence
à paroître fur notre Horifon , ou
à en difparoître , on peut l'ajufter pour
les latitudes depuis l'Equateur jufques à
55. degrez tous les jours de l'année , &
outre cela l'Horifon marque à tout mo
F vj ment
756 MERCURE DE FRANCE :
ment l'heure du lever & celle du coucher
du Soleil , de même que la difference
de l'arc diurne à l'arc nocturne ,
que le Soleil décrit tous les jours de
Fannée ; & pour concevoir combien la
conftruction de tous ces differens mouvemens
doit être fimple & naturelle ,
on n'a qu'à faire attention , que toute la
machine vatrès - bien avec onze onces de
poids feulement. On continuera de donner
dans la fuite la defcription des autres
Ouvrages du même Auteur avec la
conftruction pour l'Echapement qu'il a
inventé à cette même Pendule , qui fera
fans doute très - utile au Public .
Nouvelle Pendule d'Equation , portée
au point de perfection , dans la plus
grande fimplicité où elle puiffe être.
THIOUT , Maître Horloger à Paris,
qui a imaginé ci devant deux differentes
conftructions de PENDULES pour marquer
le Temps vray , lefquelles ont été
approuvées par Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences , en a inventé une
troifiéme , qu'il a executé d'une maniere
plus fimple & moins compofée qu'aucune
qui ait parû jufqu'à prefent. Elle marque
concen riquement fur un feul CADRAN
les heures , minutes , & fecondes du
Temps
AVRIL 1726. 757
Temps vrai , & du Temps moyens c'eſtà-
dire , que les aiguilles deftinées pour
marquer l'heure vraie retardent uniformement
, ou avancent tous les jours de
l'année d'autant de fecondes que le Soleil
, fuivant précisément l'Equation ; de
forte qu'elle fait voir à tous momens
l'heure , les minutes , & les fecondes du
temps prefent , & par un demi- cercle
mobile on connoît la quantité de l'Equation
, fans être obligé de la compter
par les aiguilles , ce qui ne le trouve dans
aucune autre .
Cette nouvelle Horloge eft d'une
grande utilité , en ce que d'un coup
d'oeil
on connoît diftinctement l'heure vraye ,
l'heure moyenne dans toutes fes parties.
Les Sçavans l'approuvent principalement
à caufe de fa fimplicité , de fa précifion
, & de la facilité de fa conftruction
, comme il paroît par le Certificat
de Meffieurs de l'Académie Royale des
Sciences du 10. Fevrier 1726 .
Ledit THIOUT demeure à prefent ruë
de Gefures , près le grand Châtelet.
Le fieur la Couruide , demeurant à Paris
, rue des Lombards , vis à - vis la rue
de la vieille Monnoye , enfeigne par de
nouvelles Methodes l'Arithmetique , les
Changes Etrangers , les Arbitrages
&
758 MERCURE DE FRANCE :
& les Ecritures en parties doubles &
fimples , fuivant ce qui fe pratique pour
les Finances , Banque , & Marchandifes
.
Ces Methodes font fi courtes , fi faciles
, & fi inftructives , qu'il fe fait fort
de donner en moins de trois mois une
entiere connoiffance de cette Science , à
une perfonne qui voudra s'y appliquer,
quand même le fujet n'auroit aucune
idée des caracteres de l'Arithmétique ;
elles font en même temps fi claires & fi
naturelles , qu'il ne paroît pas poffible
de les oublier , encore que faute d'exercice
on fut un temps confiderable fans
les pratiquer.
Comme le fieur la Couruide travaille
actuellement à compofer un Ouvrage
, avec lequel on pourra apprendre
facilement , fans aucun autre fecours , ce
que deffus , il prie ceux qui ont des cas
particuliers , foit en matiere de Finances
, Banque , ou Marchandifes , de lui
en faire part. Toute fon application étant
de fe rendre utile au Public ; il donne
gratuitement , & avec plaifir , des éclaiciffemens
fur les parties difficultueufes
lorfqu'on lui fait l'honneur de les lui
pofer. Il prend Penfionnaires .
pro
Le fieur Albutenort , Banquier Anglois,
AVRIL. 1725. 759
glois , établi depuis long -temps à Rouen,
a reçu d'Angleterre une Lunette par reflexion
, dont les Verres font de métal.
Cette Lunette a été conftruite fur le modele
que M. Newton en a donné , dont
on trouve la defcription dans le Journal
des Sçavans du mois de Mars 1672. &
dans fon excellent Traité d'Optique. Elle
n'a que deux pieds de longueur. Le
fieur Albutenort a communiqué cette Lunette
à Meffieurs Caffini & Maraldi , qui
l'ont comparée aux Lunettes ordinaires
de differentes longueurs , & ils ont trouvé
qu'elle fait le même effet qu'une Lunette
ordinaire de 8. ou 9. pieds.
Un Laboureur de 16. lieuës de Paris
, âgé d'environ 40 ans , homme de
bon fens , & qui s'exprime bien à fa maniere
, préfenta fur la fin du mois dernier
à l'Académie Royale des Sciences,
une Machine de fon invention , propre
à labourer la terre par le fecours du
vent. Elle fut trouvée fimple & très-ingenieufe
: on croit qu'elle pourra fervir
au moins dans les terres legeres . Meffeurs
d'Ons - Enbray & de Reaumur ,
de la même Académie , ont été nommez
Commiffaires pour l'examiner.
Les deux Places d'Honoraires de l'Académie
760 MERCURE DE FRANCE.
cadémie Royale des Infcriptions & Bel-
-les - Lettres , vacantes par la mort de M.
Bignon , ancien Prevoft des Marchands,
& le Pelletier de Soufy , ont été remplies
par M. le Maréchal d'Eftrées , &
par M. l'Evêque de Metz .
Le College d'Harcourt a été choifi
pour y placer la Bibliotheque de l'Univerfité
, en attendant qu'on ait conftruit
un endroit commode pour cette Bibliotheque
, à laquelle le Roi a accordé un
Exemplaire de chaque Livre qu'on imprime
dans le Royaume.
. On affure que le Roi de Sardaigne
eft en marché pour acheter la belle Bibliotheque
de la Maiſon Conti qui eſt à
Rome , & qui a été enrichie par les Papes
& par les Cardinaux de cette Maifon
, pour en faire prefent à l'Univerfité
de Turin.
On mande de Rome , que la Marquife
Petronille Paolini - Maffimi , veuve du
Marquis François Maffimi , mort en 1707.
à Ferrare , où il commandoit les Troupes
du S. Siege , mourut le 3. Mars en la 63 .
année de fon âge ; c'étoit une Dame d'un
grand merite , d'une érudition finguliere,
AVRIL 1726. 761
re , & aggregée dans plufieurs Académies
d'Italie .
LE
Affaires du Palais .
>
fon
E Mardi 19. Fevrier il fut jugé à
l'Audiance du Grand Confeil une
grande affaire , entre le Comte de Taillebourg
, fils du Prince de Talmont , &
Madame la Ducheffe de Richelieu , &
Madame Bouchu , tantes & heritieres de
feu M. Rouillé , Comte de Meflay , Introducteur
des Ambaffadeurs auprès de
Sa Majesté. Il s'y agiffoit de fçavoir fi
un Codicile fait il y a quelques années
par M. Rouillé de Meflay , pere du
Comte, & dont il avoit ordonné par
teftament , qu'on ne feroit l'ouverture
qu'en cas que fon fils vint à mourir fans
enfans , feroit executé. Le cas prévu
étant arrivé , le Codicile a été ouvert ;
fubftitution de biens
montant à près de 30000. livres de rente
au profit du fils de M. le Prince de
Talmont. Les heritiers ayant conteſté,
cette fubftitution , elle a été confirmée
par l'Arreft du Grand Confeil , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat
General Dobi , qui parla dans cette
affaire avec beaucoup d'éloquence penil
contenoit un
dant
762 MERCURE DE FRANCE .
dant les deux dernieres Audiences.
Le Vendredi 1. Mars , il a été rendu
un Arreſt important à l'Audience de la
Cour des Aides , entre M. & Madame
Billard de Lauriere , Seigneurs de Charenton
, & les Freres de la Charité établis
au même lieu. Le fujet étoit , que
M. & Madame de Lauriere ayant fait
conftruire des murs & des barrieres , &
pofer des pieux dans le bras de la Riviere
de Marne , qui coule le long de leur
Seigneurie , les Freres de la Charité les
firent affigner en 1720. aux Requêtes
du Palais en dénonciation de nouvel auvre.
M. & Madame de Lauriere , prétendant
que cette affaire devoit être portée
à la Cour des Aydes , y obtinrent un Arreft
, qui fit défenfes aux Freres de la
Charité de faire pourfuites ailleurs. Cet
Arreft fut fignifié le 24. Octobre 1720.
à leur Procureur , qui nonobftant cette
fignification obtint le lendemain une
Sentence par défaut aux Requêtes du
Palais , portant permiffion de démolir les
nouveaux ouvrages. Les Freres de la
Charité ne firent fignifier cette Sentence
que le 29. Octobre. Dès la nuit fuivante
ils firent la démolition à main armée ;
ce qui donna lieu à une plainte , & à une
?
proAVRIL
1726 .
763
procedure criminelle de la part de M. &
Madame de Lauriere , dont l'appel interjetté
par les Freres de la Charité fut
porté à la Tournelle.
Avant que de faire juger cet appel ,
les Parties formerent un reglement de
Juges entre la Cour des Aydes & les Requêtes
du Palais , & par Arreft du Confeil
du 24. Juillet 1724. l'affaire fut renvoyée
à la Cour des Aydes , où l'Inftance
criminelle ayant été dans la fuite évoquée
, les charges & informations y furent
renvoyées par le Parlement.
M. & Madame de Lauriere prétendi
rent alors qu'on devoit , avant que de
plaider le fond , ordonner leur réintegrande
, c'est- à- dire , la réconftruction
des ouvrages démolis ; ainfi ayant été
décidé par Arreft du 1. Aouft 1725.
qu'on ne plaideroit que fur la demande
en réintegrande , elle a été feule l'objet
d'une plaidoirie de plufieurs Audiences ,
après laquelle il a été ordonné par
l'Arreft
du 1. de ce mois , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
le Nain , que les Freres de la Charité
feroient tenus de faire rétablir les murs ,
barrieres , pieux & Tourniquets auffi
folides qu'ils l'étoient , & que les
Prieur & Souprieur , tant à leur nom ,
qu'au nom de toute leur Communauté
fe
764 MERCURE DE FRANCE
fe tranfporteroient au Greffe de la Juſtice
Seigneuriale de Charenton , & y dépoferoient
un Acte figné d'eux , par lequel
ils reconnoîtroient que dans tout ce qui
s'étoit paffé , ils n'avoient point eu intention
de faire injure à M. & Madame de
Lauriere , & qu'ils en étoient fâchez , &
ils ont été condamnez en tous les dépens
des inftances Civiles & Criminelles .
fes
Le Mercredi 3. de ce mois , il a été
rendu un Arrêt à l'Audiance de la Grand'-
Chambre pour un fait affez fingulier.
Paul du Halde , Marchand Jouaillier à
Paris , étant mécontent dé la focieté des
hommes en general , & en particulier de
parens & de fes amis , prend le parti
de contracter une focieté avec Dieu , &
en tranſcrit les conditions fur fon Journal
, en promettant & faifant van d'en accomplir
tous les Articles . Il fixe tout fon
bien à 3000, piaftres , monnoye d'Efpagne
, valant 15000. livres monnoye de
France ; il en fait le fonds de la focieté ,
qui a pour objet le commerce des pierreries
; elle doit durer cinq ans , commencer
au premier Octobre 1719. & finir au
premier Octobre 1724. Il s'engage de
dire tous les matins le Veni Creator , de
ne contracter pendant cet intervalle aucune
autre focieté , fi ce n'eft avec une
femme en fe mariant . Il ftipule qu'il préleveAVRIL
1726. 765
levera fur le profit de la focieté , 1 ° . les
15000.liv.de fonds , 2 ° . la dot de fa femme
, au cas qu'il fe marie , 3 ° . les fucceffions
qui lui échéront pendant la focieté
, après quoi l'excedent fe partagera entre
Dieu & lui.
Il part auffi -tôt pour Madrid , où il
arrive le 12. Octobre 1719. le fuccès répond
à fes efperances ; il revient en France
dans le deffein de ne plus quitter fa Patrie.
Il s'y marie au mois de Janvier 1722 .
fa femme lui apporte en dot 3000o . liv .
en deniers comptans . La mere de du Halde
meurt au mois de Septembre fuivant,
& il recueille fa fucceffion . Le 20. Mai
1723. il naît un fils de fon mariage.
Pendant la focieté , il prend fur les
fonds en differens temps près de 250co .
hv. qu'il déclare fur fon Regiftre avoir
diftribué aux Pauvres à compte de leur
part dans la focieté.
la
Le premier Octobre 1724. jour que
focieté devoit finir , il folda le compte
des Pauvres mais comme une partie de
fes pierreries étoit en Efpagne , il fe contente
de mettre dans des paquets celles
qu'il avoit alors , & y met cette infcription
, Moitié avec les Pauvres . Il termine
le compte en ces termes ; Malheur &
malediction à mes heritiers , tels qu'ils
foient, qui fous quelque prétexte que ce
puiffe
766 MERCURE DE FRANCE.
puiffe être , ne donneroient pas aux Pauvres
la moitié de ce qui proviendra de
tous les fufdits Articles de pierreries , fi
Dieu difpofoit de moi avant que j'y euffe
fatisfait par moi-même ; encore que mon
bien fe trouvât par quelque évenement extraordinaire
, réduit à la feule fomme qui
leurferoit duë , puifqu'elle doit être confi
derée comme un dépoft , qu'il faut indifpen
Sablement rendre.
Le 1. Janvier 1725. il fait huit billets
dé 1000. liv. chacun , payables d'année
en année jufqu'en 1732. au fieur Badavart
, Vicaire de S. Germain l'Auxer
rois , ou à fon ordre , pour être employez
en oeuvres pieuſes ; relativement , dit - il
à l'Article paffé de ce jour au journal de mes Livres.
Etant peu de jours après tombé malade
il fait fon Teftament le 14. du même
mois de Janvier , par lequel après
quelques pieufes difpofitions , il déclare
que fur les livres il y a plusieurs Articles,
qui font mention de chofes qui interreffent
les Pauvres il prie fon Executeur Teſtamentaire
d'examiner ces Articles avec tou
te l'exactitude poffible , & de les faire executer
dans toute leur étenduë.
Il meurt deux mois après , & laiffe fa
veuve mineure , & fon fils en très -bas
âge. Le Bureau de l'Hôpital general ayant
cu
AVRIL 1726. 7 767
voya
eu avis des difpofitions du Teftateur , endeux
des Administrateurs pour proceder
à l'eftimation des pierreries qui fe
trouvoient dans fa fucceffion ; la moitié
qu'ils prétendirent pour les Pauvres, monta
à la fomme de 1888 8. liv. & ils firent
affigner l'Executeur Teftamentaire & le
Tuteur de la veuve & du fils , pour être
condamnez à leur payer cette fomme , ou
à leur remettre la moitié des pierreries .
Le Tuteur contefta cette demande , 1º..
fur ce que la prétendue focieté n'étoit
point valable en foi ; parce qu'on ne ftipule
point avec Dieu , qu'il n'y avoit
point d'obligation de la part de Dieu , &
qu'il ne pouvoit y en avoir ; 2°. fur ce
que cette focieté n'étoit point obligatoire
par la religion du vou ; parce que la fi
gnature eft fuivant l'Ordonnance de 1667 ,
de l'effence du vou tant folemnel que
fimple , & que du Halde n'avoit point
figné ce qu'il qualifioit veu , qu'ainfi ce
n'étoit qu'un voeu mental , qui ne formoit
point d'obligation , ni au for interieur ,
ni au for exterieur ; 3. que la focieté
ne pouvoit pas valider à titre de legs en
vertu du Teftament , parce que le Teftament
étoit relatif à la focieté , & ne faifoit
que la confirmer , & qu'une confir
mation ne donne point un nouveau droit ;
4º, fur ce qu'en fuppofant la focieté valable,
768 MERCURE DE FRANCE .
Jable, l'Hôpital General ne pourroit prétendre
que le quart du profit de la focieté
, le gain des pierreries s'étant fait pendant
la Communauté de du Halde avec
fa femme , à laquelle par confequent il
en appartiendroit la moitié . Et enfin fur
ce qu'en faifant un compte avec les Pauvres
, il ne leur pourroit rien revenir de
cette focietés parce qu'il n'y reſteroit
rien , après avoir prélevé fur les effets
qui la compofoient , ou ,pour mieux diré,
fur tous les biens de du Halde , fuivant la
ftipulation qu'il en avoit faite lui- même
dans ce qu'on appelle fon traité de focieté
, 1 ° . les 15000. liv. qu'il y avoit mis,
2º. les 30000. liv . de la dot de fa femme
, 3. la fomme de 7022 6. livres qui
lui étoit échuë pour fa part dans la fucceffion
de fa mere .
On répondoit de la part de l'Hôpital
General , que la focieté contractée avec
Dieu par du Halde , n'étoit autre chofe
qu'un vou d'affocier les Pauvres aux
gains qu'il feroit dans fon commerce ;
que ce voeu n'avoit rien de temeraire ni
d'inconfideré ; que l'ordonnance n'exerçoit
pas fon empire fur un pareil vou ,
& que les loix humaines ne déterminoient
point la forme , dans laquelle il
eft permis , même ordonné aux Chrétiens
de faire des aumônes ; que l'engageAVRIL
1726. 76.9
gement du défunt avoit paffé jufqu'à fes
heritiers ; que fon intention étoit marquée
fans équivoque dans fon Journal ,
dans fes Regiſtres & dans fon Teſtament ;
que du Halde avoit de fon vivant foldé
le compte de ce qui re venoit aux Pauvres;
qu'il avoit déclaré que leur part n'étoit
plus à lui , qu'il n'en étoit plus que dépofitaire
, qu'il falloit le rendre indifpenfablement
, & qu'il en avoit chargé fes
heritiers ; que la priere qu'il avoit faite
à fon Executeur Teftamentaire , étoit un
ordre , & fon Teftament un Acte difpofitif,
& non pas feulement confirmatif ,
puifqu'il avoit déclaré qu'il vouloit que
Faumône par lui faite fût executée dans
toute fon étenduë ; que le défunt ayant
fait par lui- même le compte entre les
Pauvres & lui , le Tuteur de fa veuve
& de fon fils , n'étoit pas recevable à demander
à en faire un nouveau ; que les
déductions par lui propofées étoient imaginaires
, puifque lors du compte fait par
le défunt , il avoit prélevé les 15000.
liv.qui avoient formé le fonds de la focieté
, & qu'il étoit tellement vrai qu'il
avoit pareillement prélevé la dot de fi
femme , & fa part de la fucceffion de fa
mere ; qu'indépendament des pierreries ,
dont les Pauvres avoient moitié , il
avoit dans fa fucceffion de quoi payer
G
y
cette
770 MERCURE DE FRANCE.
par
cette dot , & remplacer le bien qui lui
étoit venu de fa inere. Enfin que la veuve
n'avoit point fujet de fe plaindre , &
que fes interêts n'avoient fouffert aucun
préjudice de la focieté faite fon mari ;
parce que les gains de cette focieté étoient'
anterieurs à fon mariage , ayant été faits
en Espagne , & qu'il ne s'étoit déterminé
à fe marier à fon retour , que quand il
s'étoit vû audeflus de fes affaires ; que
d'ailleurs le mari étant le maître de la
Communauté , il lui étoit libre d'en dif-
Giper les effets fuivant fa volonté , fans
que la femme fût en droit de s'y oppofer;
& que s'il étoit en ce cas permis au mari
d'être diffipateur , il ne pouvoit lui être
deffendu d'être charitable.
Sur ces raifons , le Parlement a conformément
, aux Conclufions de M. l'Avocat
General Dagueffeau , ordonné que
le Teftament feroit executé ; en confequence
a condamné le Tuteur de la veu
ve & du fils de du Halde à remettre aux
Adminiftrateurs de l'Hôpital General la
moitié des pierreries , fi mieux il n'ai
moit leur donner la fomme de 8000. liv,
en argent comptant.
3
CHAN
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air a Bo
Grav
m
AVRIL. 1726 . 771
S
CHANSON.
'il étoit une mer de ce Nectar divin ,
Amis , pour les mortels , quel charmant
avantage?
Qu'on verroit de Buveurs & d'Amans à la
nage
Se fubmerger fous les flots de ce vin.
M
Pour moi , malgré l'horreur des vents & de
l'orage ,
Plutôt que de quitter un fi doux Element ,
Le plus prochain naufrage
Seroit le plus charmant.
kakakakakak
SPECTACLES.
E 2. de ce mois , les Comediens Fran
Lois
à
çois reprefenterent à la Cour la Tragedie
d'Attalie , du celebre Racine , &
la Comedie du Babillard de M. de
Boiffi
Le 4. les Comediens Italiens y jouerent
l'Italien marié à Paris , le S Lelio
Gij qui
772 MERCURE DE FRANCE,
qui joue le principal rôle , eft Auteur de
cette Piece.
Les François y reprefenterent le 4. la
Comedie de l'Esprit follet , & celle de
Crifpin Medecin.
Le 6. les mêmes Comediens donnerent
à Paris pour la clôture du Théatre , la
Tragedie d'Attalie & la Comedie des Fo-
Lies amoureuses , avec un grand concours,
Les Italiens reprefenterent le même jour
la Veuve à la mode & le Tour du Carnaval
.
EDIPE , Tragedie nouvelle , par M.
de la Mothe, de l' Academie Françoife.
Extrait.
ACTEURS.
Edipe , le S Quinaut du Frefne.
Jocafte , la De Duclos .
Eteocle , la Dle de Seine , en homme.
Polinice , la Dlle Labate , en homme.
Polemon , le Sr Baron.
Dimas , le Sr le Grand , fils.
Phoedime , la Dle Jouvenot.
Le Scene eft dans le Palais des Rois de
Thebes.
S
I l'on doit juger de la bonté d'un ſujet
par le defir qu'il infpire de le traiter,
on ne peut difconvenir que celui d'Edpe
A V RIL 1726. 773
pe ne foit des plus propres à être mis fur
la Scene. On compte jufqu'à dix- neuf
Tragedies de ce nom , dont nous en
avens vû quatre depuis Corneille. De ces
quatre , trois ont été reprefentées avec
fuccès fur notre Theatre & l'autre n'a
été qu'imprimée. Il faut rendre cette juf
tice à M. de la Mothe , qu'il s'eft ouvert
une route toute nouvelle dans la fienne,
& qu'il s'eft , pour ainfi dire , approprié
un fujet, commun à tant d'autres .
Voici quelle eft fa Fable.
Jocafte menacée par les Dieux de mettre
au jour un fils qui feròit meurtrier de
fon pere, & qui entreroit dans le lit de
fa mere , prit le parti de le faire expofer,
pour éviter le parricide & l'incefte ; elle
chargea d'un foin fi cruel une femme appellée
Phædime , dont la fidelité lui étoit
connue. Cette femme prête à executer
les ordres de fa Reine , en fut détournée,
par les prieres d'un Berger appellé Polemon
, qui la conjura de lui remettre
cet enfant ; elle n'y confentit qu'à peine ;
mais ayant appris que Polemon alloit en
Theffalie , où il étoit né , elle fe perfuada
que
la diſtance des lieux fuffiroit pour
mettre obſtacle à
l'accompliffement de la
menace des Dieux , dont on la fuppofe
inftruite. Elle remit donc l'enfant entre
les mains de Polemon , & revint aflurer
G iij Jo774
MERCURE DE FRANCE.
;
la
Jocafte de la mort de fon fils , pour
calmer fur l'avenir dont elle étoit menacée.
Polemon emporte l'enfant en Teffalie
, & l'éleve comme fon fils . Ce Prince
, crû Berger , dès que la raifon commença
à l'éclairer , fentit quelque chofe
au- deffus de l'état obfcur où les Deftins
Pavoient placé il fut reveillé par le
bruit des Exploits d'Alcide & des autres
Heros de fon temps ; il refolut de marcher
fur les pas de ces grands hommes ;
il brava même les malheurs & les crimes
que lui annonçoit un Oracle qu'il
interrogea fur le point de partir , il fe
déroba de Polemon ; & après quelques
actions d'éclat qui illuftrerent le nom
d'Edipe qu'il prit , il délivra Thebes du
Sphinx qui la ravageoit ; il fut placé fur
le Trône qui devoit être le prix du vainqueur
, il fe fit aimer de la veuve du
Roi , auquel fa valeur le faifoit fucceder
; il l'époufa , & en eut deux enfans .
Le temps de la vengeance des Dieux
étant arrivé , ils annoncerent leur colere
par une pefte qu'ils répandirent fur les
Thebains : Apollon s'apparût à Edipe ,
ou du moins il crut avoir vû ce Dieu &
l'avoir entendu ; il lui annonçoit que
Thebes ne feroit jamais délivrée du fleau
qui la faifoit perir tous les jours , fi le
fang de fon Roi ne défarmoit la celefte
coleAVRIL
1726. 773
que
tolere. 11 ne balança point à donner fon
Tang pour fon Peuple , & il étoit prêt à
s'immoler , quand le Grand- Prêtre fit
entendre qu'il falloit que ce fut un fils
de Jocafte qui fut facrifié. Cet Oracle
lui parut s'accorder avec ce qu'Appollon
lui avoit annoncé , puifque le fang d'un
de fes enfans étoit le fien même ; mais la
vie de fes enfans lui étant plus chere
la fienne , il ne fut pas fi prompt à former
la refolution d'en trancher le cours ;
il voulut implorer pour eux la clemence
des Dieux irritez , & le dernier Oracle
lui faifant entendre que l'impunité du
meurtre de Laïus , fon Predeceffeur , étoit
le motif de la colere des Dieux ; il crut
qu'ils pourroient s'appaifer , fi l'on vengeoit
les Manes de ce Roi. Cependant
on ne fçavoit fur qui les venger. Un fujet
de Laïus , feul témoin de la mort de fon
Maître , avoit rapporté , qu'il avoit été
devoré par un lion . Ce fujet , qui s'appelloit
Iphicrate , s'étoit retiré dans un
défert après ce trifte évenement . Jocafte
& Edipe le foupçonnerent de menfonge, -
plutôt qu'un Oracle qui annonçoit qu'une
main criminelle avoit donné la mort à
Laïus. Celui qui fut dépêché vers, Iphicrate
, lui ayant fait entendre l'Oracle , &
Iphicrate apprenant par là que tous les
malheurs de Thebes ne venoient que de
G iiij
ce
776 MERCURE DE FRANCE.
ce que la mort de Laïus n'avoit point été
vengée , fit appeller un viellardj qui demeuroit
avec lui , & à qui il confia, pour
en inftruire la Reine , le fecret de ce qui
s'étoit paffé à la mort de Laïus , après
quoi il expira , accablé de remords & de
douleur. Une mauvaiſe honte lui avoit
fait déguifer le meurtre de fon cher Maître
; il avoit été affez lâche pour avoir
recours à la fuite , dans le temps que fon
Roi combattoit contre un inconnu ; & fe
croyant deshonoré de paroître devant fa
Reine fans bleffure , dans le temps qu'il
lui racontoit la mort du Roi de fon époux,
il eut recours au menfonge , & dit que
fon Maître avoit été devoré par un lion.
Cet Iphicrate , dans le nouveau plan de
M. de la Mothe , tient la place du Phorbas
de Sophocle , & de tous ceux qui ont
traité Edipe après ce grand homme ; mais
ce qui fait le plus d'honneur à M. de la
Mothe , c'eft que Polemon dans fa Tragedie
nous tient lieu de deux perſonnages.
Il nous reprefente Phorbas qui l'a
chargé d'apprendre à Jocafte de quelle
maniere & en quel lieu Laïus a été tué,
& il eft ce même Berger à qui Phædime
a remis l'enfant qu'elle avoit expofé par
l'ordre de fa Reine. Polemon arrive auprès
de Jocafte , il lui apprend de la part
d'Iphicrate que Laïus a été tué par un
homAVRIL
1726. 777
homme feul dans un fentier qui fepare
Thebes de Corinthe , il lui conte toutes
les circonstances de fa mort ; ce ne font
là que de foibles indices,& Jocafte n'eſpere
pas pouvoir parvenir par là à une
plus parfaite connoiffance du meurtrier
de Laius. Mais à peine a -t-elle conté ce
fait tel qu'il eft à Edipe , qu'il fe reconnoît
pour le meurtrier de Laïus . Le fentier
qui fepare Thebes de Corinthe , &
où il a combattu autrefois , feul contre quatre,
dont trois font tombez ſous fes coups ,
& le quatrième a pris la fuite , le temps
où cela eft arrivé , le portrait qu'il fait
à la Reine du plus apparent des trois
hommes qu'il a tués , toutes ces circonftances
réunies , ne le laiffent pas douter
un feul moment , non plus que Jocafte , que
ce ne foit lui qui a donné la mort à Laïus.
Cependant le parricide & l'incefte font
encore ignorez , & l'auroient été pour
toujours , fi Edipe fe fut immolé dès qu'il
a appris qu'il étoit la victime que demandoit
la colere des Dieux ; mais ces mêmes
Dieux lui font entendre qu'ils ne
demandent ce fanglant facrifice , qu'après
que ce vieillard qui a commencé a
éclaircir leurs decrets aura achevé de les
juftifier , en mettant au jour ce qui refte
à fçavoir.
En effet , à peine Edipe a-t- il vû Pole-
Gy mon
77
8 MERCURE DE FRANCE .
mon , qu'il le reconnoît pour fon pere;
Polemon lui apprend qu'il n'eft pas fon
fils , & lui raconte par quel accident il eft
parvenu entre fes mains . Ce recit de Polemon
fait fremir Jocafte , elle y entre voit
des horreurs dont elle veut achever de s'éclaircir
avec Polemon ; elle prie Edipe
de le laiffer feul avec elle , Edipe fe retire
pour aller confoler fon Peuple , gemiflant
aux portes de fon Palais. Jocafte
interroge Polemon , & toujours plus effrayée
des circonftances du récit que le
vieillard lui fait , elle acheve de fe convaincre
de la trifte verité , en lui confrontant
Phædime ; il la reconnoît ; cette
malheureuſe ſe jette aux pieds de fa Reine
éperdue , & confeffe que par un fentiment
de pieté auquel il ne lui a pas été poſſible
de refifter , elle a remis entre les
mains de Polemon ce fils malheureux
qu'elle lui avoit ordonné de faire périr.
Il reste encore à fçavoir comment Edipeapprendra
fon fort , & ce que deviendront
les perfonnages .
Jocafte qui a horreur de la vie , & qui
ne fonge qu'à s'en délivrer , rentre dans
fon appartement pour s'abandonner à fon
defefpoir : mais à peine y eft -elle , qu'Edipe
l'y vient trouver elle en fort
auffi - tôt avec horreur & n'ofe jetter
fur lui. 11 veut fçavoir la railes
yeux
fon
AVRIL. 1726. 779
fon de fon trouble ; elle ne lui demande
d'autre grace , que de pouvoir s'y
livrer fans témoins ; il s'obſtine à lui vouloir
arracher fon fecret ; elle s'obftine
à le lui refufer , & enfin elle lui déclare
qu'elle mourra mille fois , plu-
τότ de lui rien dire ; mais qu'il apque
prendra tout , s'il lui accorde un moment
de liberté . Il cede enfin à cette réfolution
infléxible de Jocafte , & après
qu'il s'eft abandonné quelques momens
aux horreurs de fa fituation , fes enfans.
lui viennent raconter fucceffivement les
circonftances de la mort de la Reine.
Elle a écrit , avant que de fe tuer , un billet
que Polinice remet à Edipe ; il . y
apprend fon fort , & ne pouvant plus
douter qu'il ne foit le fils de Jocaſte , il
fe tue. Dimas vient dire que les malheurs
des Thebains font finis , & Edipe
reconnoît la juftice des Dieux qui
puniffent fon crime par les malheurs &
par fa mort , & qui recompenfent en même
temps les vertus par le falut de ſon
Peuple .
Cet Extrait que nous avons fait du
plan de M. de la Mothe avec toute l'exactitude
qui a dépendu de nous , femble
nous difpenfer d'en dire davantage à nos
Lecteurs ; mais nous ne pouvons nous
difpenfer de leur donner quelques échan
Gvj til
780 MERCURE DE FRANCE
tillons de la verfification de cette Tra
gedie.
ACTE I.
SCENE I.
Edipe apprenant à Dimas ce qui l'oblige
à s'immoler pour fon peuple , lui
parle ainfi :
C'eft Apollon lui- même.
Je l'ai vu cette nuit , de fes fleches armé ,
Lefront terrible , & l'oeil de courroux end
flammé ,
Trois fois dans mes efprits répandre l'épous
vante .
Je fuis encor frappé de fa voix menaçante :
Ce n'étoit point un fonge. A l'éclat qui m'a
lui ,
De mes yeux étonnez le fommeil avoit fui ;
Je tombois à fes pieds : mes foupirs & mes
larmes ,
Pour mon Peuple imploroient la fin de nos allarmes
;
Trois fois il m'a redit , en dédaignant mes
pleurs ,
Que Thebes demeuroit en proye à fes fu
feurs ,
Si pour la dérober à ce fleau funefte ,
Mon fang ne defarmoit la colere celeſte.
Va;
AVRIL 1726. 781
Va; j'obéis aux Dieux ; obéïs à ton Roi.
Je ne balance point ; diffipe ton effroi .
SCENE III.
C'eft une image de la pefte qui nous
eft tracée par Edipe parlant à Jocafte :
Songez depuis quel temps mon ame eſt accablée
Sous le fleau mortel dont Thebe eft defolée
;
Que mon Peuple perit ; qu'ardent à fon fecours
,
Dans les plus triftes foins je confume mes
jours.
En vain je le confole , envain je le raffure ,
On méconnoît par tout l'amour & la nature.
Plus de liens fecrets , & plus de coeurs unis ♪
Le frere fuit le frere , & le pere le fils .
Les femmes , au mépris des noeuds qui les
attachent ,
Des bras de leurs Epoux avec horreur s'arrachent
:
L'effroi d'un prompt trépas , & d'un affreux
tourment ,
Eteint dans tous les coeurs tout autre fentiment.
11
782 MERCURE DE FRANCE.
Il faut, pour mes Sujets , dans ce defordré
extrême ,
Que de tous les devoirs je me charge moimême
,
Sans pouvoir leur donner en ce commun effroi
,
D'autre foulagement que les pleurs d'un Roi .
SCENE VII.
Dimas raconte à Edipe ce qui s'eft
paffé au Temple , & ce que le grand
Prêtre infpiré a prononcé aux Thebains.
Bien - toft , interrompant les auguftes prieres ,
Du Dieu qu'il imploroit le Prêtre a paru
plein .
Son vifage alteré marque un tranſport ſoudain
:
Sur fon front effrayé fes cheveux fe herif
fent ;
De menaçans éclairs fes regards fe remplif
fent ;
Par tout autour de lui ſa divine fureur
Répand dans les efprits une fainte terreur :
Tout tremble , tout s'émeut à fon afpect farouche
,
Et cet Oracle enfin eft forti de fa bouche.
ORAAVRIL
1726. 783
ORACLE.
Peuple , vos tourmens vont finir.
D'une coupable main , Laïus fut la victime
Et le Ciel indigné du crime
S'arme aujourd'hui pour le punir';
Il attendoit qu'à ſa juſtice ,
Thebe immolât le meurtrier ;
Et laffé de l'attente , il veut , pour l'expier
Qu'un fils de Jocafte periffe.
On n'a qu'à confronter cet Oracle ,
avec ce qu'Apollon a ordonné à Edipe
pendant la nuit , foit que ce foit un fonge
, ou une apparition , on verrà qu'il
n'y a point de contradiction comme
quelques Critiques l'ont voulu faire entendre
.
,
Nous ne donnons ici que quelques
Vers du premier Acte , pour faire voir
que nous n'avons pas eu befoin de les
trier dans tout le corps de l'Ouvrage .
Les premiers qui fe font préfentez à nos
yeux nous ont fuffi ; & nous efperons:
qu'ils donneront une grande idée de tout
le refte de la verfification de cette Tra--
gedie . Tout le monde eft convenu que
la conduite en eft admirable , les applaudiflemens
ont rendu juſtice aux beautez
784 MERCURE DE FRANCE
tez qui y font répanduës , & cette Piece
, indépendamment du fuccès , doit faire
un honneur infini à fon celebre Auteur
.
On doit reprefenter fur le même
Theatre , immediatement aprês la Quafimodo
, la Tragedie nouvelle de M. de
Crebillon , intitulée Pyrrhus , Roi des
Epirotes. On dit d'avance beaucoup de
bien de ce Poëme ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , & nous rendrons
compte du jugement du Public .
LE
Es Comediens Italiens donnerent le
26. Mars , une Comedie en trois
Actes , intitulée La Veuve à la mode
L'Auteur ne fe nomme pas , quoique les
applaudiffemens avec lefquels elle a été
reçûë du Public, duffent l'y exciter . Nous
avons crû faire plaifir à nos Lecteurs de
leur en donner un Extrait.
Acteurs.
Dorante , Prefident ' , oncle de Damon...
Le fieur Pacqueti.
Damon , Amant d'Eliante ... Le fieur
Lelio , fils.
Eliante,
AVRIL 1726. 785
Eliantee , jeune Veuve , Amante de Da
mon ... La Dlle Sylvia .
Pafquin , Valet de Damon ... Le fieur
Dominique.
Dorimene ... La Dlle Lalande.
Marthon , Servante d'Eliante , La Dile
Flaminia.
Lifette , Servante de Dorimene ... La
Dile Thomaffin.
Plan de la Piece.
Damon & Elíanté , quoiqu'ils ayent
de l'amour l'un pour l'autre , aiment encore
mieux leur liberté que la chaîne qui
les unit , toute legere qu'elle eft. Ils font
également portez à fuir un engagement
plus ferieux , tel que celui de l'Hymen.
Dorante , oncle de Damon , entreprend
de le marier avec Eliante , qui eft auffi
fa niece. Tous deux s'y oppofent égale- 、
ment ; voici comment ils développent
leur caractere en parlant à leur oncle .
Eliante.
Nous marier enfemble ! vous ennuyezvous
de nous voir unis ?
{ Dorante.
Comment ? vous marier enferable , c'eft
vous broüiller ! ne vous aimez - vous pas ?
Da
586 MERCURE DE FRANCE .
Damon.
Midame me plaît . Je me rappelle
fon idée avec plus de plaifir que celle d'une
autre ; mais comme toutes les jolies femmes
fe reffemblent en quelque chofe , j'amufe
indifferemment , avec tout ce que je
trouve d'aimable , le fond de tendreffe que
j'ai pour elle.
Eh bien
Dorante.
voilà un amour commencé
dont les liens fe refferreront encore par ceux
du
mariage.
Eliante .
,
Au contraire , ils gâteront tout. Nous
nous aimons à prefent , fans trop croire
nous aimer ; nous nous cherchons , fans
prefque y penser , fans y avoir peut- être
jamais refléchi ; nos petits interefts , nos
amis , nos plaifirs , nos vifites font les mêmes.
Ah ! fi nous étions mariez , nous
nous appercevrions bien -toft de cette reffemblance
reciproque , qui fe rencontre
dans tout ce que nous faifons ; elle nous
deviendroit peu peu à charge ; chacun
de fon côté la traiteroit de jalousie , de
défiance: nous nous gênerions ; les inégalitez
, les inconftances qui ne font rien éntre
les Amans , parce qu'ils n'y font exà
posez
AVRIL 1726.
787
pofez qu'autant qu'ils le veulent bien ,
changeroient de noms elles deviendroient
mauvaises humeurs , dégoûts entre un
mari & une femme , qu'un lien fatal af
fujettit à vivre ensemble.
Damon.
>
Que cela eft bien dit , ma Coufine ! je
vous aime , je vous adore ; non ... je no
vous épouferai jamais.
Dorante pouffé à bout par la refiftance
que fon neveu & fa niece apportent à ſes
deffeins , leur dit enfin d'un ton abfolu ,
qu'il veut qu'ils fe marient dès ce jour ,
& les menace , s'ils lui defobéïffent , de
les priver de fa fucceffion , en époufant
lui-même une jeune perfonne appellée
Dorimene , à qui il fera une donation de
tous fes biens. Il ajoûte que cette même
Dorimene n'oferoit refufer fa main , puifque
tout le bien qu'elle efpere ne lui a
été laiffé par une de fes parentes , qu'à
condition qu'il la mariera comme il
jugera à propos , & qu'elle y confentira
aveuglément . Ce coup paroît également
terrible à Eliante & à Damon ,
ils n'attendent rien que de lui , & fa fuc
ceffion ne leur eft ouverte que par l'Hymen
qu'il leur propofe ; cependant ils
demeurent fermes dans la refolution qu'ils
ont
788 MERCURE DE FRANCE .
ont formée de ne fe jamais marier. I
imaginent tous deux des expediens pour
empêcher que leur oncle ne faffe cette
donation , dont il vient de les menacer.
Damon fe flatte d'être affez aimé de Dorimene
, pour l'empêcher d'accepter la
main de Dorante . Il fe promet de l'engager
encore mieux à lui par de nouveaux
foins qu'il affectera de lui rendre
Eliante trouve cet expedient trop dangereux
, & en conçoit même une pointe
de jaloufie , elle défend à Damon de rien
tenter auprès de Dorimene , & fe charge
de tout . Voici comment elle s'y
prend. A peine Damon l'a -t'il quittée ,
qu'elle fait part à Marthon fa Suivante
, d'un projet qu'elle vient de former.
Elle lui dit qu'elle a vû Dorimene pour
la premiere fois le jour d'auparavant dans
un Bal , & qu'elle lui en a conté fous un
habit de Cavalier , mais d'une maniere
à avoir fait beaucoup de progrès
dans fon coeur en peu de temps ; elle
ajoûte qu'elle veut la voir chez elle fous
ce même habit qui lui a déja été fi favorable
; elle ordonne à Marthon d'aller
rendre une vifite à cette même Dorimene
,fous le nom d'Eliante. La fervante
confent à paffer pour la Maîtreffe . Le
premier Acte finit par là. Elles concertent
dans l'Entr' Acte tout ce qui peut
fervir
AVRIL 1726. 789
fervir à donner un bon fuccès à ce ſtra,
tagême.
Dans l'Acte fecond , Dorimene ouvre
la Scene avec Lifette fa fervante,
C'eft une Scene d'expofition. Doriméne
apprend à Lifette que Dorante la doit
époufer , fi Damon & Eliante ne confentent
à fe marier enfemble dès ce jour .
Lifette lui demande fi elle pourra confentir
à époufer Dorante , malgré les tendres
promeffes qu'elle a faites à Valere ,
de n'être jamais qu'à lui . Dorimene lui
répond d'une maniere à la faire douter
de fa conftance : elle lui avoue enfin ,
qu'un jeune inconnu qu'elle a vû au
Bal le foir d'auparavant , & qui lui a
parlé d'amour , eft le plus fort obftacle
que Dorante ait à furmonter dans fon
coeur. Cette Scene non feulement expofe
ce qui s'eft paffé , mais elle prépare
encore ce qui doit fuivre .
Marthon eft annoncée fous le nom
d'Eliante. Dorimene ordonne qu'on la
faffe entrer. Après quelques compli
mens , tels qu'on en fait , & qu'on en
reçoit à une premiere entrevûë , la fauſfe
Eliante prie Dorimene de lui permettre
de donner quelques ordres fecrets
à un Domestique ; Dorimene y confent.
La fauffe Eliante & Dorimene s'affeyent.
La premiere commence la converfation
par
790 MERCURE DE FRANCE
par une ouverture du coeur : voici com
me elle s'exprime .
Marthon , ou la fauffe Eliante.
Ce n'est point dans le tumulte du monde,
où mille amusemens nous diffipent , que
nous avons le plus à craindre les furprifes
de l'amour. L'année de retraite quej'avois
facrifiée à la mort de mon Ероих
n'étoit pas encore expirée , lorsqu'une de
mes amies mena chez moi un de fes parens.
Qu'il étoit aimable ! quelle ve
pour un coeur que la bienfceance forçoit
depuis dix mois à ne s'entretenir que d'idées
lugubres , & dont les defirs s'augmentoient
par le peu d'emploi que je leur
donnois ; ce jeune homme me fit plufieurs
vifites ; enfin un jour il me dit qu'il m'aimoit
; je lui répondis que j'en étois re
vie , & que je l'aimois bien auſſt.
Dorimene,
Ce début promet.
Marthon.
Ma réponse le fâcha.
Dorimene.
Que vouloit-il donc ?
Marthon.
Qu'à l'aveu de fa paſſion j'euſſe pris un
air
AVRIL. 1726. 791
air fevere ; que je l'enffe menacé , maltraité
même ; enfin il lui falloit des rigueurs
; mais j'avois trop de délicateffe
pour le fatisfaire fur cet article.
Dorimene .
Je ne comprens rien à cette délicas
teffe.
Marthon.
Elle eft fort raisonnable cependant. Une.
femme qui craindroit que fon Amant ne
la vit à fa toilette , & qui ne lui infpi
reroit de l'amour que par des appas em-,
pruntez , devroit- elle tirer vanité de fa
conquête?
Non.
Dorimene.
Marthon.
Par la même raifon , il me semble que
les petits refus , les obftacles , & les difficultez
dont s'irrite la paffion d'un Amant,
étant chofes auffi étrangeres à notre perfonne,
que le blanc & le rouge , on ne peut
fe tenir fiere d'un coeur qu'elles nous confervent.
Mais lorsque nous fçavons que
notre facilité peut faire tomber un Amant
dans l'indolence & l'aßoupiffment, vou-
Loir lui prêter cette arme contre nos charmes
792 MERCURE DE FRANCE .
mes , pour le vaincre encore avec plus
d'honneur , voilà la délicateffe d'une Hereine
fiere , feure de fon merite , & qui
ne veut devoirfes victoires qu'à elle- même
, & c .
Cette Scene a paru toute neuve par
l'air de paradoxe & de fingularité qui
y regne. Elle finit par de vifs reproches
, que la faulle Eliante fait à Dorimene
, de lui enlever ce captif qu'elle a
pris de fi bonne guerre. Dorimene fe
défend du larcin que Marthon lui reproche
; mais la vraie Eliante , déguifée en
Cavalier , vient achever de l'en convaincre
; Marthon dit à Dorimene
avant que ce faux Cavalier paroiffe , que
c'eft elle-même qui lui a fait dire , comme
de fa part , de venir chez elle , couvert
d'un manteau pour n'être pas reconnu
; qu'elle veut qu'il s'explique entre
elles deux , & la prie de fouffrir
qu'elle fe cache pour un moment.
›
Nous avons dit que nos Lecteurs ne
feroient pas
fâchez de voir ici quelques
morceaux de cette Scene , dont le fond
& l'execution ont fait un plaifir general
aux Spectateurs.
Eliante , d'un ton de petit Maître.
Du moins perfonne ne m'a reconnu,
.
Sans
AVRIL. 1726. 793
Sans trop nous flatter , nos femmes un
peu rompus à ces avantures .
Dorimene .
Monfieur ?
Eliante.
Morbleu , Mlle , que je fuis beureux!
je viens ici par vos ordres , & j'y viens
déguife ; vous mêlez déja du myftere dans
notre premiere vifite. Du myftere ! il en
faut toujours ; mais en amour furt out ,
vive le myftere.
Dorimene.
Monfieur.....
Eliante .
Dès que je vous ai dit que je vous aimois
, vous l'avez cru ; c'est l'effet ordinaire
de la verité ; elle frappe & perfuade
d'abord,
Dorimene.
Monfieur.....
Eliante.
Oui , Mademoiselle , quand même je
ne vous l'aurois pas dit , vous l'auriez
dûpenfer , belle & charmante comme vous
l'êtes . Permettez-moi que je baise vos belles
wains, H Elle
794 MERCURE DE FRANCE.
Elle fe jette à fes
Dorimene.
Monfieur , retenez - vous done.
genoux ,
Cette Scene eft fuivie de quelques
autres écrites avec le même feu & la
même legereté ; mais nous pafferions les
bornes ordinaires que nous nous fommes
prefcrites dans nos Extraits , fi nous
voulions mettre ici tout ce qu'il y a de
joli dans cette piece : nous allons finir
en peu de mots.
Marthon , ou la fameufe Eliante , qui
s'étoit retirée pour laiffer un champ libre
au faux Cavalier auprès de Dorimene
, revient ; elle fe retire en faifant
croire que l'Amour a fait place au dépit
dans fon coeur . Dorimene ne peut
refifter au faux Cavalier , elle capitule ,
elle fe rend la loi que le vainqueur lui
impofe , c'eft qu'elle ne verra plus Damon
, & fur tout qu'elle n'acceptera pas
la main de Dorante. Dorimene foufcrit
à tout ; Damon arrive : Eliante qui lui
a fait un myftere du tour qu'elle jouë
à Dorimene , continue à le tromper fous
fon déguisement , elle y ajoute l'accent
gafcon , pour n'être pas reconnue à la
voix . Dorimene les laiffe enſemble
après avoir dit tendrement au faux Cavalier
, qu'elle l'attend ce foir. LaSce-
Re
AVRIL 1726. 795
ne entre Damon & Eliante eft tout à
fait plaifante comme Damon ne reconnoît
pas fa maîtreffe , il lui dit des chofes
dont elle eft picquée au vif , & qui
la confirment de plus en plus dans le
deffein de ne ſe marier jamais avec lui ;
elle lui rend le change , & acheve de lui
infpirer une averfion invincible pour le
mariage. Le faux Cavalier fe retire , Damon
ordonne à Pafquin de le fuivre ;
Lifette qui a reçu le même ordre de
Dorimene , fe joint à Pafquin , pour tâcher
de le reconnoître. Dans l'Entracte ,
Lifette a reconnu que le faux Cavalier
eft Eliante même ; Pafquin n'a pas fait
la même découverte il dit feulement à
fon Maître , que le Cavalier qu'il a fuivi
par fon ordre , eft allé droit chez
Eliante , & qu'il a pris des libertez qui
n'appartiennent qu'à un amant aimé ,
ou qu'à un mari. Ce nom de mari n'eft
pas inutile au dénouëment , l'Auteur l'a
mis a profit voici comment. Dorimene
picquée du tour qu'Eliante vient de lui
jouer , jure de s'en vanger ; & fçachant
l'averfion que Damon & lui ont pour
le mariage , elle croit ne pouvoir mieux
les punir qu'en les mariant enſemble
malgré qu'ils en ayent. Elle perfuade à
Damon qu'Eliante eft mariée fecretement
depuis fix mois ; elle fait croire la
Hij mê796
MERCURE DE FRANCE.
L
même chofe à Eliante fur le conte de
Damon ; ils donnent fi bien dans le paneau
tous deux , qu'ils témoignent à Dorante
qu'ils font prêts à former ce lien
pour lequel ils ont temoigné tant de
répugnance. Dorante les prend au mot ,
ils fignent le Contrat , chacun deux
croyant qu'il fera nul par un premier
engagement qu'ils fuppofent ; mais comme
cet engagement n'a été qu'un artifiçe
de Dorimene , ils font obligez de s'en
tenir à leur fignature ; Dorante en eft
fi reconnoiffant envers Dorimene , qu'il
confent qu'elle fe marie avec Valere fon
premier Amant. Cette Piece eſt ſuivie
d'une Fête , dont le fujet eft les Grands
Jours ou les Arrêts de l'Amour. En voici
quelques Chanfons .
Amans , qui d'une Belle effuyez le caprice ;
Vous , que pour prix d'un tendre facrifice ,
On immole à d'autres Amours ,
Venez , accourez tous , on vous rendra juſtice
;
L'Amour tient ici fes Grands Jours
Un Avocat.
Je parle pour Tyrcis,
}
AVRIL 1726. 797.
2e Avocat.
Je fuis pour Celimene.
Un rendez -vous étoit concerté comme il faut
Le fidele T'ycis attendoit l'inhumaine :
H elas ! fon attente fut vaine ;
Elle ne vint pas affez- tôt.
L'autre. Avocat.
Tirfis eft lui feul en deffaut ;
L'Amour au rendez- vous , fit courir Celimene
;
Helas ! fon attente fut vaine ;
Tircis étoit parti trop- tôt.
Arreft.
Ordonné que fans perdre temps ,
Un nouveau rendez -vous finiffe
Les plaintes de ces deux Amans ;
L'Amour en leur rendant juſtice ,
Veut leurs plaifirs pour toute épice ,
Et compenfe entr'eux les dépens.
Vaudeville en Placet.
L'air des Robins déplaît aux Belles :
Plaiſe à l'Amour les bannir d'auprès d'elles ;
Mais fi quelqu'un prenoit les airs exquis
H iij
Du
798 MERCURE DE FRANCE.
Du petit Maître, ou du Marquis ;
Qu'il foit aimé des plus cruelles.
L'Amour.
Soit fait ainfi qu'il eſt requis.
L'Opera .
On a dit dans le dernier Mercure ,
que le nouveau Ballet des Stratagêmes de
Amour avoit été reprefenté le 28. de
l'autre mois , il fut joué encore le 30. &
lé 31. pour la derniere fois ; ce Ballet
n'a pas été auffi heureux que celui des
mêmes Auteurs qui l'a précedé de quelques
mois. Le Public n'a pas trouvé les
Stratagêmes de l'Amour dignes des applaudiffemens
qu'il avoit prodiguez pour
les Elemens. Nous en donnerons un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera poffible,
pour faire connoître l'ouvrage à ceux
qui ne l'ont point vû.
PROLOGU E.
Acteurs.
La Prêtreffe de la Gloire ... la D'le Antier.
Le Prêtre de la Gloire ... le S Chassé.
Suite de la Gloire.
Le Theatre repreſente le Temple de
la
AVRIL 799 #
1726.
la Gloire confacré à l'éternité de l'Empire
François. Sur le Frontifpice paroît
en lettres lumineufes l'infcriptioneternitas
Imperii. Au fond s'élevent trois
Arcades , où la Statue de la France eft
placée entre celles de Pharamond & de
Charlemagne . Ces Arcades portent des
Medaillons des Rois des deux premieres
races. Celles des côtez font remplies
de Statues d'or , ornées de leurs drape
ries & reprefentant :
Philippe Augufte. Huges Capet.
Charles le Sage.
Louis XII.
François Premier.
Louis le Jufte.
Henry
IV.
Louis le Grand.
La Prêtreffe de la Gloire invite les
Guerriers qui la fuivént & les Bergers
qu'elle a affemblez auprès d'elle , à celebrer
au fon des Trompettes & des Mufettes
les Victoires des Rois , dont les
vertus les ont couverts de gloire , & les
ont fait jouir d'une heureufe paix . Elle
eft tout à coup infpirée , & dans fon enthoufiafme
elle annonce le bonheur
dont Louis XV. doit combler la France,
en réuniffant en lui toutes les vertus de
fes Auguftes predeceffeurs. Un Groupe
de nuages defcend ; il eft foûtenu des
Amours & des Graces : il porte un Trône
fur lequel le Roi & la Reine font
Hiiij
affis ,
800 MERCURE DE FRANCE.
affis ; on voit derriere eux l'Hymen &
l'Amour qui les couronnent de Myrthes
& de Rofes.
Acteurs de la premiere Entrée.
Scamandre.
Leandre ... le Sr Thevenard.
Palemon ... le Sr Grenet.
Callirée... la De le Maure.
Doris ... la Dile Minier.
Une Matelotte ... la Dile Souris
Troupe de Troyennes.
Troupe de Matelots & de Matelotes , déguifez
en Tritons & en Nayades.
Le Theatre reprefente les ruines de
Troye dans l'éloignement , & fur le devant
les rivages du Scamandre , ornez
de petits Autels d'or , fur lesquels on doit
placer les offrandes & les libations deftinées
au Dieu du fleuve.
Leandre ordonne aux Matelots de fa
fuite , de faire approcher , dès que la nuit
fera venue , la Barque qu'il a fait préparer
pour fes deffeins ; Callirée qui furvient
, fuivie de Palemon & de Doris ,
l'oblige à fe retirer ; Palemon qui doit
époufer Callirée , lui témoigne la repugnance
qu'il a à l'offrir au Scamandre , ·
Callirée expofe l'origine de cette Ceremonie
: elle dit à Palemon , que Scaman'
AVRIL 1726. for
mandre , irrité contre tous les époux depuis
le raviffement d'Helene, qui avoit
caufé la ruine de Troye , exigea qu'à
l'avenir toutes celles qui s'engageroient
fous les loix de l'Hymen , lui vinffent
offrir des fleurs & dès fruits , pour défarmer
fa colere. Doris dit à Palemon que
fon fexe ne lui permet pas d'affiſter à
cette ceremonie . Palemon fe retire . Cal
lirée fait connoître à Doris qu'elle ne fe
donne à Palemon que malgré elle , n'étant
capable d'aimer que Leandre , qui
fans doute eft volage , puifqu'il ne vient
pas l'arracher des bras d'un Rival . Cette
Scene eft fuivie de la Fête où plufieurs
Troyennes viennent offrir à Scamandre
le même hommage que Callirée va lui
prefenter. Leandre , fous la forme du
Dieu Scamandre , ordonne à toutes les
Troyennes de le laiffer feul avec Callirée.
L'ordre de Scamandre effraye Callirée
elle eft encore plus épouvantée
quand elle l'entend parler d'amour , mais
fa crainte eft bien- tôt diffippée ; ce Dieu
fuppofé fe fait reconnoître à elle pour
fon cher Leandre . En attendant la nuit
qui doit fervir à cacher leur fuite , il
ordonne à fes Matelots & à fes Matelottes
, déguiſez en Tritons & en Nayades ,
de témoigner par leurs chants & par leurs
danfes la part qu'ils prennent à fon bon-
Hv hear
802 MERCURE DE FRANCE
heur. Après la fête , la barque arrive;
Leandre & Callirée y entrent , & Palemont
qui vient trop tard ,a le defefpoir de
fe voir enlever ce qu'il aime par un Rival.
Deuxième entrée.
Les Abderites.
Acteurs .
Irene ... la Dlle Antier.
Iphis . le Sr Muraire. ...
Timante ... le S Tribou.
Un Heros furieux ... le Sr Chaffé.
Deux Bergeres ... les Dles Minier &
Souris.
Troupe d'Abderites furieux .
Troupe de Bergers & de Bergeres.
Irene fe trouve contrainte à époufer
Timante qu'elle n'aime pas , & à renoncer
à Iphis qu'elle aime. Iphis lui propofe
un enlevement , fous pretexte de la tirer
d'un lieu dont la plupart des habitans
font devenus furieux pour avoir vû
reprefenter les Tragedies d'Andromede,
d'Ajax & d'Orefte . Irene s'oppofe à fon
deffein ; mais l'Amour lui infpire un
artifice qu'elle employe utilement . Elle
feint que la fureur de fes compatriotes lui
eft devenue contagieufe , & jouë fi bien
le perfonnage qu'elle s'eft propofé , que
Timante ne veut plus l'époufer & la
cede à Iphis.
AcAVRIL.
1726. 803
Acteurs de la Troifiéme entrée.
Philotis .
Emile ... le St Thevenard..
Lycas ... le S Muraire .
Albine ... la Dile Antier.
Troupe d'Efclaves ...
Emile ouvre la Scene avec l'Esclave
Lycas , qui eft Roi de la fête qu'on va
celebrer à l'honneur de l'Efclave Philotis
, par qui Rome fut fauvée fous le regne
de Romulus ; un Oracle de Venus
engage Emile à affifter à cette fête ; la
Déeffe lui a promis qu'il y trouvera la
fin du trouble qui l'agite . Ce trouble eſt
excité dans fon coeur par deux caufes
differentes ; on l'engage à époufer Albine
dont il ne connoît que la naiffance,
& il aime une jeune & aimable perfonne
dont il ne connoît que les attraits.
Cette derniere qu'il a vûë pour la premiere
fois au Temple de Venus , offrant
des voeux à cette divinité qui préfide fur
les coeurs , vient fe prefenter à lui fous
un habit d'Esclave . Il fe plaint aux Dieux.
de la baffe condition dans laquelle ils ont
fait naître l'objet de toute fa tendreſſe ;
mais il ne laiffe pas de l'aimer toûjours .
Cette Efclave a beau l'exhorter à donner
tout fon coeur à Albine , dont la
H vj beau
804 MERCURE DE FRANCE:
"
>
beauté répond à la naiffance qu'elle tient
des Rois , il perfevere dans le deffein
de n'aimer qu'elle . Cette premiere Scene
eft interrompuë par la celebration des
jeux où Lycas préfide . Le fond du Theatre
s'ouvre & reprefente la falle des feftins
de Philotis . Tout le fond eft décoré
de tables & de lys ufitez dans les repas
de l'antiquité ; des vafes de fleurs & de
fruits rempliffent les aîles du Theatre
& au- deffus font des Tribunes remplies
de joueurs d'Inftrumens . Les perfonnages
du feftin font des Eclaves de l'un &
de l'autre fexe , magnifiquement habillez ,
& reprefentant les nations foûmiles à
l'Empire Romain ; Lycas eft au milieu
d'eux , & tous chantent des Hymnes à
Bachus ; Lycas ordonne à tous les Eſclaves
fur qui il préfide d'aller avec lui
faire le tour des murailles de Rome ; ce
qui donne lieu à Emile & à l'Efclave
qu'il aime , de continuer leur premiere
converfation. L'Efclave fe fait connoître
pour Albine , & dit à Emile qu'elle s'eft
fervie de cet innocent ftratagême , pour
éprouver fi elle feroit aimée pour ellemêne
& non pour fon rang & la naif
fance. Les interêts de ces deux Amans.
étant reglez au gré de leurs defirs , Lycas
revient achever la fête ; & c'eft par là
que cette derniere entrée finit . Nous n'en
diAVRIL.
1726. 805
dirons pas davantage , pour laiffer à nos
Lecteurs la liberté de juger , fi les Spectateurs
fe font trompez en condamnant
cette Piece , qui n'a eu que trois repréfentations.
lá
La même Académie de Mufique a
donné , felon la coutume , deux repréfentations
pour les Acteurs avant la
clôture du Theatre. Elle repréfenta le 2 .
& le 6. de ce mois differens Actes d'anciens
Ballets ; fçavoir , le Profeffeur de
Folie , du Ballet du Carnaval & de la
Folie , mis en Mufique par M. Deftouchess
on joua enfuite le dernier Acte du
Ballet de l'Europe Galante de M. Campra
, qui reprefente la Turquie ; Mil
Antier chanta , pour finir cet Acte ,
Cantate de Zephire & Flore , mife en
Mufique par le fieur Bourgeois . On joia
enfuite l'Acte du Maître à chanter & à
danfer du Ballet des Fêtes Venitiennes
de M. Campra , lequel fut terminé par
les caracteres de la danfe , que Mlle Prevoft
danfa avec cette vivacité que tout
le monde lui connoît . Ce divertiffement
finit par l'Acte de la Provençale , ajoûté
aux Fêtes de Thalie , par M. Mouret.
Cet ambigu fut très- bien executé ,
& très- applaudi , par la nombreuſe Affemblée
que cette varieté avoit attirée.
Nous croyons à l'occafion du nou-
>
veau
306 MERCURE DE FRANCE.
veau Ballet ) dont nous venons de donner
l'Extrait , qu'il n'eft pas hors de propos
de dire , que les Comediens Italiens
ont une Comedie Italienne en trois Actes
, fous le titre des Stratagêmes de l'Amour
, qui eft une excellente Piece ,
jouée ici à l'Hôtel de Bourgogne en
1716. & qu'on revoit encore avec plaifir
. Elle fut compofée en Italie en 1658 .
fous le titre del Pazzo per forza , par
Gioanni Andrea Moniglia , par ordre
du Cardinal de Medicis , qui la fit mettre
en Mufique par le fieur Iacomo Melani.
Elle fut reprefentée par l'ordre
de ce Prince , par les Academici immobi
li , fur leur Theatre de l'Académie di
via Pergola , avec une grande magnificence.
Vingt- neuf ans après , le Grand
Duc de Toſcane voulut la faire remettre
au Theatre , pour la faire reprefenter
dans fa maiſon de campagne de Pratolino
; mais comme ce Prince trouva la
Piece trop longue , & trop chargée de
Perfonnages , & que cette longueur ne
convenoit pas à la faifon de l'été , tems
auquel elle devoit être reprefentée , il
ordonna à l'Auteur , qui vivoit encore ,
de la racourcir , & il la fit mettre en Mufique
par Gioanne Maria Pagliardi. Elle
fut jouée par ordre du Prince , par les
plus fameux Muficiens de fon temps ,
avec
AVRIL 1726. 807
avec toute la pompe & la magnificence
poffible , foit par les Habits , foit par les
Décorations, les Danfes , & c. Il y aunPerfonnage
d'Amoureux dans cette Piece ,
qui après s'être fervi de toute forte de
rufes , pour ne pas époufer la fille que
fon pere veut l'obliger de prendre pour
femme , fe refout enfin de feindre qu'il
a perdu l'efprit , & fe fert fi bien de ce
ftratagême , par des raifonnemens outrez
d'extravagance qu'il fait à fon pere , que
le bon homme touché de l'état où il voit
fon fils , lui permet enfin d'époufer la
Maîtreffe qu'il voudra , perfuadé que
cette complaifance pourra faire revenir
l'efprit & la raifon à ſon fils , ce qui ne
manque pas d'arriver , dès qu'il a époufé
fa Maîtreffe . C'eft cette Scene qui a
donné lieu au titre de la Piece il Pazzo
per forza. Ce rôle d'Amant eft joué ici
fur le Theatre Italien par le fieur Lelio ,
d'une maniere fort vive , tout - à - fait finguliere
, & avec toute l'intelligence convenable
au fujet .
L'Opéra Comique donna le Samedi
30. Mars , fur fon Theatre de la ruë
de Buffi , une petite Piece nouvelle d'un
Acte , intitulée les Songes , dans laquelle
il eft parlé de la Tragedie d'Edipe , &
du .
808 MERCURE DE FRANCE.
du Ballet des Stratagêmes de l'Amour.
Le 8. de ce mois on repréfenta la même
Piece , & on la continua toute la femaine
jufqu'au Dimanche des Rameaux
exclufivement , fur le Theatre de l'Opera
, où le fieur Hamoche , qui joue le
rolle de Pierrot , fit ( en habit de ville )
le compliment qui fuit- *
Meffieurs , l'Auteur de la bagatelle que
nous allons vous donner , enhardi par un
exemple très- recent , m'a chargé d'un petit
compliment, tourné en Apologie , an fujet
de fa befogne comique . Ce n'eft pas pour
vous prévenir fur ce qu'il vous offre des
matieres rebatues , il fait que vous n'aimez
pas trop les habits retournez : non
Meffieurs , le badinage que nous ofons
vous prefenter , n'est pas du moins entierement
ufé , puifqu'une partie roule fur un
Opera nouveau , que vous avez extrê
mement menagé. Ce n'est pas auffi pour
vous préparer à un traveftiffement d'Actrices
, les nôtres ne gagneroient pas à jouer
des rolles mafculins , & de plus elles font
charmées de remplir leurs fonctions de
femmes . Voyez donc , Meffieurs , ce que
j'ai à vous dire: C'est que malheureuſe-
Ce difcours eft relatif en partie à celui
qui fut fait alla Cmmedie Françoife , avan
la premiere repreſentation du nouvel Edipe
ment
AVRIL 1725. Sog
, ment pour nous le Ballet nouveau qui
nous a fourni une Scene , a disparu fi
brusquement , que vous n'auriez pas en le
temps de faire fur lui les Nota , qui font
neceffaires pour l'intelligence de notre Critiques
on vous prie , par rapport à ceci,
de nous pardonner les obfcuritez que vous
y pourrez trouver. Vous fçavez parfaitement
Meffieurs , que le fuccès d'une
Critique eft prefque toujours égal à la
réuffite de l'Ouvrage critiqué , & par confequent
, qu'il eft très fâcheux d'avoir à
faire à des Opera , qui ne fçauroient demeurer
plus de trois jours en place : nous
l'occupons aujourd'hui cette place dange
gereufe.
,
,
Pierrot chante le Couplet qui fuit , fur
l'air du Divertiffement de la Parodie des
Elemens.
Avertiffement lirique ,
Qui tient mal ce qu'il promet ,
Et & & & & & & & ,
Dit que le noble Comique ,
Seul dans ce lieu - ci s'admet ,
Et & & & & & & &.
Nous n'oferions y prétendre ,
Meffieurs , daignez nous entendre.
Sans tirer votre fiflet.
Gara
810 MERCURE DE FRANCE.
€
Gardez vous bien de nous prendre ,
Pour quelque nouveau Ballet.
Extrait de la Piece des Songes.
La Scene fe paffe dans le Château
d'un vieux Nouvellifte , où Morphée &
fa Cour fe font retirez , en quittant Atys
& l'Académie Royale de Mufique , Arlequin
y arrive , & trouve la Nuit confidente
de Morphée , qui lui apprend
que les Songes rendent leurs Oracles
dans l'Antichambre du Dieu du Sommeil,
où ils tranſportent les Dormeurs , de
qui on veut penetrer le deffein ou les
fentimens. Les Dormeurs qu'on amene
ici , dit la Nuit , ne fe réveillent jamais
fans ma permiffion , mais en dormant ils
découvrent leurs veritables fentimens ; ils
marchent , gefticulent , ouvrent même les
yeux enfin , on les prendroit pour des
;
hommes bien éveillez , s'ils mentoient. Arlequin
eft curieux de voir comment fe
paffe la ceremonie de ces Oracles là . La
Nuit lui, dit de refter pour en être témoin
. Il vient une jeune perfonne défrayée
par un Notaire , qui veut fçavoir ce
que penfe de fa conduite fon tendre Gardenote
: il eft amené par les Songes , &
prononce en dormant cette refolution
conAVRIL
1726.
confolante pour fa Belle. Sur l'air , dirai-
je mon.
D'un Rival je fçais le bonheur ,
Mais je garderai le filence ,
Et pour ratraper votre coeur
Je vais redoubler ma dépense ;
Oui , ma Catin , vous m'aimerez
Ou bien vous me ruinerez.
On remporte le Notaire , Catin fort,
& Arlequin qui eft refté avec la Nuit ,
lui propofe de confulter les Songes pour
lui. Voici mon affaire , dit-il , Marinet
te que j'adorois à Paris , m'a facrifié à
Mezetin : fon infidelité m'a fait prendre
le parti de l'abfence. Je ferois curieux de
Sçavoir par le moyen des Songes jufqu'où
mon rival a conduit fon intrigue. La Nuit
lui dit d'aller faire un tour dans le Château
, & qu'elle a des affaires à terminer
avant la fienne. Climont vient fupplier
la Nuit de faire venir l'Amour
dormant. Je fuis très - embaraßée , ditelle
, au fujet d'un Mariage dont on me
menace ; on débite que le fils de Venus
invente à prefent les plus ingenieux ftratagêmes
du monde . L'Amour , dans un rêve
qu'il fait , expofe les trois ftratagêmes
du Ballet nouveau , de façon que
Ta
812 MERCURE DE FRANCE.
la Nuit s'écrie à la fin . C'est pour le
coup qu'on peut chanter en confcience à
la Comedie. Palfembleu , l'Amour eſt un
fat. Cette Scene eft fuivie d'une qui
fe paffe entre M. Sené , Medecin , &
M. Savonette , Chirurgien , qui détaillent
comiquement les difcuffions de la
Faculté avec l'Amphitheatre de S. Côme.
Enfuite vient un Procureur plein
de confiance , qui fe croit fort aimé de
fa femme , & qui eft defabufé par ellemême.
Il fe trouve que le Procureur
eft coëffé par fon Maître Clerc . Après
cette Scene , la Nuit curieufe de fçavoir
le fort que préparent les Theatres
Comiques à l'Oedipe nouveau, fait ame
ner par les Songes un faifeur de Parodies
, qui en dormant s'arrange fur le
plan de la Critique. Il fe plaint d'abord
de ce que l'Opera Comique , la Comedie
Italienne , & les Marionettes , lui
ont dérobé la Parodie d'Athys , larcin
qui ne leur a pas beaucoup profité . De
là il fait le calcul de l'âge que doit avoir
Jocafte , dans le temps où elle fe livre à
de tendres vivacitez , cela paffe la cinquantaine.
Qu'il eft beau de lui voir pouffer plus d'un
foupir ,
Qu'elle donne à l'amour plus qu'àfon repentir!
<
'Dans
AVRIL 1726. 813
Dans ces momens du moins la fenfible Jocafte
,
Des vertus de fon fils n'emprunte point le
fafte ,
Ellevoudroit encor jouir de fon erreur,
Et le crime paroît fort poffible à son coeur.
Enfuite il apoftrophe la fanfaronade
d'Oedipe , qui dès le commencement du
premier Acte de la Tragedie nouvelle ,
annonce hautement qu'il va s'immoler
pour fon peuple , & qui ne s'en fouvient
qu'à la fin du cinquiéme : Eh ! fy donc ,
Vous balancez , Seigneur , & vos Sujets pe..
riffint !
Après avoir parlé du Talifman , dont
s'eft muni Oedipe , & fait une obfervation
fur la haine mitigée de fes deux fils,
qui en Grece ne combattoient que pour
fe tuer l'un l'autre , & qui à Paris ne
difputent que pour fe tuer eux- mêmes .
Il lâche le Couplet fuivant à propos
ces deux freres jumeaux inutilement feminifez.
Il faut louer , dit - il , la fecondité
de l'Auteur , fur l'Air , quand dans
la Mediterranée.
Loin de fe copier lui - même,
Il montre une abondance extrême ;
Dedipe prend peu garde aux frais ,
de
Quel
814 MERCURE DE FRANCE .
Quel art ! qu'en culote on y mette ,
Les deux Bambins , qui dans Inès
Ne s'étoient montrez qu'en jaquette.
Oh ! par ma foi , s'écrie - t - il enfin , je
viens de rencontrer la forme de ma Parodie
i il y a quatre Edipes. Nous avons
auffi quatre Mariannes : il faut, parbleu,
les marier enfemble , ce font des partis fortables
. O Ciel ! interrompt la Nuit.
Unir tant d'ennuyeux ! quel Tic !
Le projet eft atroce !
Je ne croi pas que le Public
Soit Garçon de la Noce !
On a oublié de mettre à leur place ;
les noms des quatre futurs. Ce font l'Edipe
du grand Corneille , l'Edipe de
Lyon , l'Edipe d'Outremer , & enfin l'Edipe
au Talifman . Dès que le Faifeur de
Parodies eft renvoyé , Arlequin arrive;
les Songes , pour le fatisfaire , amenent
fa Maîtreffe Marinette , qui en dormant
lui
prouve qu'elle lui eft fidelle : la Nuit
l'éveille , & Arlequin charmé lui propofe
de l'époufer. On ouvre la Ferme ,
& on voit Morphée. Les Songes , &
tous les Dormeurs ronflans , qui , réveillez
, chantent les Couplets fuivans fur
l'air du Cabin Caha , dont voici le dernier.
Vive
AVRIL 1726. 815
Vive une Piece ,
Dans qui l'Auteur nouveaų ,
Echauffant fon cerveau ,
Met du vif & du beau ,
Sans orner d'oripeau ,
Un Héros de la Grece.
Non : Paris ne voit plus cela .
Dans le Dramatique ,
Rime profaïque ,
Bannit l'heroïque ,
Et fans rien qui pique ,
L'intrigue va
Cahin caha
Les Spectacles nous ont fourni trop de
matieres ce mois - ci , pour que l'Article
de la petite Comedie du Talifman puiſſe
trouver ici fa place. On en trouvera l'Extrait
dans le prochain Mercure.
816 MERCURE DE FRANCE
*******************
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Ebruit a couru à Conftantinople , au commencementdu
mois de Fevrier , que l'accommodement
avec le jeune Roi de Perfe
étoit comme conclu , & que les Turcs alloient
détacher soooo. hommes de leurs Armées de
Perfe, pour lesfaire marcher vers les frontieres
de la Georgie.
On mande auffi de la même Ville , que l'Envoyé
du Chef des Rebelles de Perſe y étoit
arrivé le 18. du mois de Janvier , & que le
Grand Seigneur avoit nommé deux Commiffaires
pour entrer en conference avec lui far
les propofitions d'accommodement dont il eft
chargé.
M. Dierling , Refident de l'Empereur , eur
'le 2. de Fevrier une Audience du Grand Vizir
, auquel il remit la ratification de S. M. I.
du Traité conclu en dernier lieu avec la Regence
de Tunis.
On apprend en dernier lieu de Conftantinople
, que l'Envoyé de Sultan Eſcreff avoit
eu fa premiere Audience du Grand Vizir ,
qu'ayant donné à ce Chef des Rebelles de
Perfe , le titre de Grand Sophi , ce premier
Miniftre en avoit été fi irrité , qu'il avoit re
fufé de l'écouter davantage ; & qu'il avoit
fait affembler à cette occafion le Divan , lequel
avoit fait declarer le Sultan Efcreff ennemi
du Grand Seigneur , & ordonné à fon
Envoyé de fe retirer de Conftantinople. Ces
Lettres ajoûtent , qu'on avoit donné depuis
се
AVRIL 1726. 817
ce temps-là des ordres , pour faire marcher
un renfort confiderable de Troupes du côté
de la Perfe , où la Porte doit faire tous les cfforts
pour s'emparer d'Hifpahan.
RUSSIE.
Ovaillefans difcontinuation dans la Fon-
N apprend de Petersbourg , qu'on traderie
d'Olonits , à jetter 300. pieces de canon
de fonte de differens calibres , & 200 mille
boulets , qu'on dit être deftinez pour les Ports
d'Espagne.
Le Prince Bafile Wolodimir Dolhorowki eft
parti pour aller prendre le Commandement
d'un Corps de Troupes du côté de la Mer
Cafpienne , d'où l'on a reçû avis que le jeune
Roi de Perfe s'étoit mis fous la protection
de la Czarine , & qu'il étoit arrivé à Bachu ,
dans la Province de Schyrvan au commencement
du mois de Mars .
Le Major General Romanshoff , Envoyé
Extraordinaire de la Czarine à la Porte
eft parti de Conftantinople pour ſe rendre à
Petersbourg.
Le Comte de Rabutin , Ambaffadeur de
l'Empereur , arriva à Petersbourg le 21. Mars
dernier. Il reçût le lendemain la vifite du Baron
d'Oſterman , Confeiller Privé , & le jour
d'après, celle des Miniftres , aufquels il avoit
fait donner part de fon arrivée . La Czarine a
fait pofer une Garde devant l'Hôtel de ce Miniftre
, pour lequel elle a ordonné tous les
honneurs qui ont été rendus jjufqu'à prefent
aux perfonnes honorées d'un femblable
caractere dans fes Etats.
La Flote qu'on équipe avec toute la dili-
I gence
818 MERCURE DE FRANCE
gence poffible, fera compofée , à ce qu'on af
fure , de 22. Vaiffeaux de guerre , 6. Fregates ,
& de 75. Galeres on ne fçait pas encore fi
elle eft deftinée à quelque Expedition , ou fi
on ne la mettra en mer que pour exercer les
Officiers de Marine & les Matelots.
LRfelt
POLOGNE.
E feftin que le Comte de Mniziek , Grand
Maréchal de la Couronne , donna le 26,
de Fevrier , étoit des plus fuperbes. Le Palais
de ce Seigneur étant d'une Architecture
reguliere à la moderne , & très - propre à l'illumination
, qui en profiloit toute la façade,
annonçoit par fon éclat une très -pompeufe
Fête . Le Jardin n'étoit pas moins brillant
par un nombre infini de flambeaux & de lam
pions on avoit reprefenté dans le Parterre ,
d'un côté le Chiffre Royal , & de l'autre ,
F'Ordre Polonois de l'Aigle blanc , enrichi
d'Emblêmes , & de quantité d'autres ornemens
.
On avoit élevé au fond du Jardin une ef
pece de Salon de treillage , avec des glaces
de miroirs dans le fond. Le Roi étoit placé à
table , vis-à-vis de ces glaces , dans lefquelles
S. M. yoyoit tout le deffein de l'illūmiş
nation.
SUEDE.
9. E 24. Mars , le Comte de Freitadt Mi
Litt
niftre - Plenipotentiaire de l'Empereur , reçût
des mains de M. Hokopen, Secretaire d'Etat
, une Declaration de S, M. contenant en
fubfAVRIL
1726 . 819
> fubftance Que le Roi & le Senat , ayant
reconnu que le Traité d'Hanover n'avoit été
fait que pour conferver la balance dans l'Europe
, & affermir la paix qui y regne depuis
plufieurs années , ils avoient jugé à propos d'y
acceder , fans neanmoins y rien ftipuler au
préjudice de S. M. I. & de l'Empire .
Luchy
ALLEMAGNE .
Es Royaumes de Naples & de Sicile , le
Duché de Milan , & le refte des Etats que
l'Empereur poffede en Italie , ont envoyé des
Deputez à Vienne avec de magnifiques prefens
au Prince Eugene , leur Capitaine General
& Gouverneur en Chef.-
Le bruit court à Vienne , que le Baron de
Ripperda paffera à Peterſbourg , avec caracte
re d'Envoyé Extraordinaire d'Efpagne , auffi
τότ que le Duc d'Offone , nouvel Ambaffadeur
Extraordinaire de S. M. C. fera arrivé à
Vienne.
Quelques Lettres particulieres d'Espagne
marquent , que S. M. C. a fait offrir fa Flote
au Miniftre de l'Empereur , pour s'en fervir
conjointement avec celle que le Roi de Portugal
eft dans le deflein d'équiper contre les
Puiffances qui voudroient troubler la Compagnie
d'Oftende dans fon commerce ; & que le
bruit couroit à Madrid , que l'Infant Dom
Emanuel de Portugal auroit le Commandement
general des Troupes Efpagnoles , en cas
que le Roi d'Efpagne fe déterminât à une rup
ture. ¡
Le bruit court que la Reine d'Espagne ,
premiere Douairiere , Soeur de l'Electeur Pa
I ij lating
820 MERCURE DE FRANCE
1
latin , ira faire un tour à Manheim avant que
d'aller faire fa réfidence à Rome.
La nouvelle de l'évafion d'un des fils du
Prince Ragotski , que les Lettres d'Italie
avoient marqué s'être embarqué à Ancone ,
pour aller joindre le Prince fon pere , ne s'eft
pas confirmée. On a fçu depuis qu'il étoit allé
à Venife pour prendre le divertiffement du
Carnaval , & qu'il étoit encore dans cette
Ville.
LE
ITALIE .
E 15. du mois dernier , on tint devant le
Pape , la Congregation de l'examen des
Evêques & Reguliers , & l'on y interrogea
fur la Theologie morale , l'Abbé Jean Gherardi
, Archi- Prêtre de Cervinara , dans le
Diocèfe de Benevent , nommé Coadjuteur de
l'Evêché de Monte - Marano .
Le Patriarche de Veniſe a fait publier un
Mandement , par lequel il ordonne à tous les
Ecclefiaftiques de fon Diocèfe qui afpirent
Ja Prêtrife , de quitter la Perruque & de
porter les cheveux courts .
Le 17. Mars au matin , le Cardinal Paulucci
, Vicaire & Secretaire d'Etat , donna à
Rome la Croix de Chevalier de l'Ordre de
Chrift , inftitué à Avignon par le Pape Jean
XXII. en 1320. à M. Antoine Valleri , Sur→
Intendant de la Fabrique de S. Pierre.
Le 19. le Cardinal de Polignac , chargé des
affaires du Roi de France , & nommé par
S M. T. Ch. à l'Archevêché d'Auch , fut
facré dans l'Eglife Nationale de S. Louis des
François , par le Pape , affifté des Cardinaux
Otthoboni & Gualterio. Le Pape étant de retour
AVRIL 1726. 821
tour au Palais du Vatican , régala à dîner le
Cardinal de Polignac & les Cardinaux Otthoboni
, Gualterio , Barberin , Orighi & Marini.
Le zo. le Pape tint au Vatican un Confiftoire
fecret , dans lequel le Cardinal Otthoboni
,
Protecteur des affaires de France , propofa
l'Evêché de Grenoble pour l'Abbé Caulet,
Aumônier du Roi T. C. & l'Abbaye de Caunes
, Ordre de S. Benoît , Diocèse de Narbonne,
pour l'Abbé du Bois , frere du feu
Cardinal de ce nom.Il préconifa enfuite l'Abbé
de Belingan , Chanoine de S. Germain l'Au-
.xerrois pour l'Abbaye de S. Crefpin le Grand,
lès Soiffons , de l'Ordre de S. Benoît.
Le 25. Fête de l'Annonciation de Notre-
Dame , le Pape alla à Ste Marie fur la Minerve
, où il tint Chapelle , accompagné de 30.
Cardinaux. Après la Meffe S. S. donna le Pallium
au Cardinal de Polignac , Archevêque
d'Auch & chargé des affaires du Roi T. Ch.
& S. S. lui fit prefent de trois éguilles d'or ,
enrichies de Diamans & de Rubis qui doivent
l'attacher , & dont elle s'eft , toujours fervie
depuis fon Exaltation.
On a tenu à Naples un Confeil Collateral
en prefence du Cardinal Viceroy , pour deliberer
fur la maniere dont le Pape fera reçu fur
les frontieres de ce Royaume , en cas que fa
S. vienne à Benevent , comme elle
difpofée. Le bruit court qu'il a été refolu
y paroît
que le Viceroy ira au- devant de S S. jufques
fur les confins de l'Etat : qu'on conftruira un
Pont fur la riviere de Guriliano , & un Arc
de Triomphe de chaque côté ; que le Viceroy
fera accompagné d'un détachement des
troupes de l'Empereur , de deux Seigneurs
Regens , des Secretaires des Guerres & de
I iij Jufti-
こ
822 MERCURE DE FRANCE
Juftice , & de quinze Seigneurs des plus qualifiez
du Royaume que le Pape fera conduit
de Fondi à Gaëte & enfuite à Seffa , Capouë ,
Matalonne & Monte- Sarchio , & qu'on éta-
-blira des Etapes dans tous ces lieux de féjour,
dont on a commencé de réparer les chemins .
vente
On mande de Rome , qu'on a vendu depuis
peu le fuperflu des Meubles & des habits du
Pape ; ce qu'on a touché de cette
doit être employé à faire des ornemens pour
les pauvres Paroiffes des environs de cette
Capitale. S. S. alla le 26. du mois dernier pour
la feconde fois vifiter les Arfenaux , où l'on
mit à part 300. Selles , 2. à 3000. Fufils , autant
d'épées & autres armes , qui feront vendues
pour employer le produit à de femblables
ufages de pieté.
Le 4. de ce mois , le Senat de Venife élus
M. Soranzo , fils du Procurateur de ce nom ,
pour Ambafladeur à la Cour du Roi T. Ch.
ESPAGNE .
Ne
fance de l'Infante d'Efpagne , Dom Antoine
Guedez Pereira , Envoyé Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roi de Portugal , fit reprefenter
dans fon Hôtel une Comedie en
Mufique , intitulée , le Triomphe de l'Amour,
à laquelle les Miniftres Etrangers , les Grands
du Royaume & les Principaux Seigneurs de
la Cour affifterent.
qulaire de la
N apprend de Madrid que le 31. Mars
GRANDES
AVRIL. 823
1726.
GRANDE-BRETAGNE.
E 19. de l'autre mois , le feu prit près de
Londres à une heure après minuit à la
maifon d'un nommé Nichols , faifeur de voiles
près du Port de l'Hermitage à Wapping.
En moins de fix heures de temps 120.maifons ,
tant grandes que petites , furent confumées ,
ainfi que plufieurs Magazins remplis de bois
pour la marine , de godron; & d'autres matieres
combustibles , & fix Vaiffeaux qu'on ne
put garantir de l'incendie , parce que la ma
rée étoit baffe.
On écrit de la même Ville , que le 25. du
même mois , on apperçut près des Dunes ,
une Baleine qui fut pourfuivie par plufieurs
Barques de Pêcheurs jufqu'au lendemain après
midí qu'ils la prirent & la conduifirent à
Foulkitone , elle a environ 70 pieds de long
L'Efcadre deftinée pour la mer Baltique ,
fera de 21. Vaiffeaux de ligne , de deux Fre
gates & de deux Brulots , & l'Amiral Wager
en aura le Commandement . Celle de la
Mediterranée qui doit être de 12. Vaiffeaux ,
fera commandée par le Chevalier Jean Jennings.
Le 13 de ce mois on fit à Londres , l'infertion
de la petite Verole à la Princeffe Marie
, 4. fille du Prince & de la Princeffe de
Galles , qui eft âgée d'environ trois ans.
L'Envoyé Extraordinaire du Roi de Maroc ,
alla le 11. avec les Ducs de Montaigu & de
Richemont , voir les Cabinets de curiofitez
de la Société Royale des Sciences ; après quoi
il fut reçu Membre de cette Societé.
Le jeune garçon Sauvage qui fut trouvé au
mois I iiij
824 MERCURE DE FRANCE .
mois de Novembre dernier dans une Forêt
d'Allemagne , & qu'on prefenta au Roi pendant
fon féjour à Hanover , eft arrivé à Londres
au commencement de ce mois. Il eſt entre
les mains du Dr. Harburnhuart qui a entrepris
de lui apprendre à parler .
PAYS- BA S.
Na publié à Bruxelles vers la fin du
mois dernier , un Placard du 21. Janvier
par lequel il eft deffendu fous peine de mort ,
de contrefaire à l'avenir , dans aucune Ville
des Pays - Bas , la monnoye frappée au coin
des Princes Etrangers , quoiqu'on lui donnâr
fon titre & fa valeur intrinfeque,
L'Evêque & Prince de Liege , ayant obte
nu du Pape une Conftitution qui lui permet
de faire arrêter dans tous les lieux de fa Souveraineté
, qui jouiffent de l'Immunité Ecclefiaftique
, tous les Faux- monnoycurs , Billonneurs
, Reformateurs d'Efpeces Etrangeres ,
& leurs complices , a fait affembler fes Etats
& dans cette affemblée , a rendu une Ordonnance
en datte du 14. du mois dernier , qui
porte peine de mort , non- feulement contre
ces coupables , mais encore contre ceux qui
leur fabriquent les outils neceffaires , & contre
ceux qui rognent les Efpeces.
On apprend de la Haye , que les Etats de
la Province d'Over Iffel ont écrit aux Etats
Generaux pour leur faire part de la réfolution
qu'ils ont prise d'acceder au Traité d'Hanover.
On mande auffi que le 26. du mois dernier ,
M.Preis,Envoyé Extraordinaire du Roi de Suede
, alla rendre vifite au Marquis de Fenelon,
AmAVRIL
1726.
325
829
Ambaffadeur du Roi T. Ch . à M. Finch , Envoyé
Extraordinaire du Roi d'Angleterre &
au Grand Penfionnaire , auxquels il fit part
de la réfolution que S. M. Suedoife avoit prife
en plein Senat d'agir de concert avec les Rois
de France , d'Angleterre & de Pruffe , pour
conferver la paix & la tranquillité dans l'Europe.
NAISSANCES.
Ona Agnes Colonne-Borghefe , Princeffe
fille qui fut baptifée le mêmejour , & tenuë
fur les fonts par le Comte Alfani , Maître de
Chambre de cette Princeffe , lequel la nomma
Flaminie-Anne-Therefe- Gertrude - Marie- Ange-
Jeanne.
La Princeffe époufe du Margrave Guillaume
George de Bade-Baden , accoucha à Raftadt
le 18. du mois dernier d'une Princeffe
qui fut baptifée le même jour par le Cardinal
de Schonborn , Evêque de Spire & Coadjuteur
de l'Evêque de Conftance qui la nomma
, Elifabeth- Augufte- Françoife.
Iv FRAN
826 MERCURE DE FRANCE .
**:***X** X *X:XXXX :XX
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c .
Lin
A Reine Douairiere d'Espagne , vou
lant rendre la vifite que le Roi lu
avoit faite , envoya à Versailles le Prince
de Robecq , Grand - Maître de fa Maifon
, pour prendre jour & convenir de
la maniere que fe feroit cette vifite ; le
tout ayant été reglé , S. M. C. partit
de Vincennes le Samedy 30. Mars , à
deux heures après midi , avec un cortege
modefte , & tel que le demande fon état
de Veuve , compofé de fix Caroffes de
fon Ecurie. Dans le premier attelé de 6 .
Chevaux , étoient le Marquis de Va
rennes , Capitaine de la Compagnie des
Gardes Suifles de la Reine & M. de
Mafparo , Mayordome de femaine. Le
fecond Caroffe , ou le Caroffe de refpect,
à 8. Chevaux , précedé de 9. Pages à
cheval . Le troifiéme auffi à 8. Chevaux,
étoit ' e Caroffe qu'on appelle en Eſpagne
de la Camarera - Major , dans lequel
étoient le Prince de Robecq , Grand-
Maître de la Maifon de la Reine , Grand
d'Espagne & Chevalier de la Toifon d'or,
le
AVRIL 1726. 827
le Duc de Nevers , Grand Ecuyer de la
Reine & Grand d'Espagne , & le Ches
valier du Bourg , Grand - Maître de la
Garde - Robe de la Reine. Dans le 4. Ca
rofle à 8. chevaux , étoit la Reine ,
ayant avec elle ſa Camarera Mayor , la
Ducheffe de Sforce : un détachement des
Gardes du Corps de la Reine précedoit
ce Caroffe ; à la portiere droite mar
choient à cheval , le Marquis de Jare ,
Capitaine de la Compagnie des Gardes
du Corps de la Reine , Ms de Chaffincourt
& de Champdepy , Lieutenans , &
M. Macfuini , Enfeigne , tous en habits
uniformes à la portiere gauche étoit le
Marquis de Crecy, premier Ecuyer de la
Reine , & differens Officiers de l'Ecurie
*
Le gros de la Compagnie des Gardes
du Corps fuivoit le Caroffe de S. M.
Dans le cinquiéme Caroffe attelé de 6 .
Chevaux , étoient quatre Dames du Pa
lais de la Reine , fçavoir la Ducheffe
de Nevers , la Princeffe de Robecq , la
Marquile d'Arpajon & la Marquife de
Pomy ; la Marquife de Mailly, auffi Das
me du Palais de la Reine , étoit restée
malade à Vincennes . Dans le fixiéme Ca-
Jofle à 6. Chevaux , étoient cinq Camasiftes
de la Reine , Mefdemoifelles Vau
te , O - Brian , Millis , Debete & Barry.
Ces 6. Caroffes étoient fuivis de plu
I vj fieurs
1
828 MERCURE DE FRANCE.
fieurs autres remplis de differens Officiers
de la Maifon de la Reine ; S. M.
arriva en cet ordre à S. Clou où elle
coucha .
Le lendemain Dimanche 31. Mars
elle fe rendit à Verſailles dans le même
ordre , ayant auparavant envoyé un détachement
de fes Gardes du Corps & de
fes Gardes Suiffes , pour occuper les
Salles & les differens poftes à Verfailles ,
fur la droite des Gardes du Corps du
Roi & des Gardes Suiffes , ainfi qu'il
avoit été reglé..
La Reine trouva fur fon paffage les
Gardes Françoiſes & Suiffes fous les armes
dans la premiere Cour , & imme
diatement en dehors de la feconde grille,
les Archers de la Prévoté de l'Hôtel. La
Reine fortit de fon Carofle au pied de
l'escalier à gauche en entrant ; le Prince
de Robecq & le Duc de Nevers lui donnant
le bras , & le Marquis de Jare
fon Capitaine des Gardes du Corps , lui
portant la Robe. S. M. fut receue au bas
de l'efcalier par les grands Officiers &
monta aux appartemens avec toute fa
Cour Pefcalier étoit bordé des Suiffes
de la Garde du Roi , en habits de Ceremonie
& de ceux de la Reine fur la droite
; ceux -cy commandez par M. de Boliard
, premier Lieutenant de la Compagnie
AVRIL 1726. 829
gnie des Suiffes de la Reine : au haut de
l'efcalier , le Roi reçût la Reine d'Efpagne
, qui en l'abordant , quitta le bras
de Mrs de Robecq & de Nevers.
Le Roi conduifit dans fa Chambre la
Reine d'Efpagne , dont le Marquis de
Jare continua de porter la Robe , jufqu'à
ce que leurs Majeftez fuffent affifes . Le
Roi fit afloir la Reine à la belle place ,
& les Dames de fa fuite qui en avoient
le droit , s'affirent , comme la Ducheffe
de Sforce , la Ducheffe de Nevers & la
Princeffe de Robecq . La vifite ayant duré
un quart d'heure chez le Roi , S. M.
conduifit la Reine d'Efpagne par la grande
Gallerie à l'appartement de la Reine,
qui reçût & embraffa la Reine d'Efpagne
à l'entrée de fon appartement , leurs Majeftez
s'affirent , la Reine d'Eſpagne étant
placée entre le Roi & la Reine.
La vifite finie , la Reine reconduifit
la Reine d'Espagne , jufqu'à ce que
S.M.C. la pria de ne pas aller plus loin ;
& à quelque diftance delà , elle fit la même
priere au Roi , qui continuoit de l'accompagner
; enfuite la Reine d'Espagne
prit le bras de Mrs de Robecq & de Nevers
& defcendit l'efcalier ; les mêmes
Grands Officiers l'accompagnant jufqu'à
fon Caroffe ; elle fortit des Cours dans
le même ordre qu'elle étoit fortie de
ป Vin830
MERCURE DE FRANCE.
-
Vincennes. La Reine , fa Camarera-
Mayor , fes Dames du Palais & fes Camariftes
étoient en robe de Cour à la mode
d'Efpagne , S. M. C. ayant de plus
le Manteau attaché à fes épaules qui traînoit
de longueur de fa robe. S. M. C. rẻ-
tourna à S. Cloud où elle féjourna le
lendemain premier d'Avril & le 2.
elle retourna à Vincennes par le même
chemin qu'elle étoit allée , fçavoir par
le Pont de Seve , le Cours , par les dehors
de la porte S. Honoré , par le Boulevart
, &c. En paffant devant la porte
S. Antoine S. M. fut faluée par l'Artiklerie
de la Baftille.
•
Le Jeudi 4. Avril , la Reine alla rendre
la vifite à la Reine d'Efpagne . Cette
vifite ayant été annoncée trois jours auparavant
, la Ducheffe de Sforce , Camarera-
Mayor de S. M. C. envoya le 2. aux
Seigneurs & Daines de la Cour de France
, qui tiennent à la Couronne d'Eſpagne
par des dignitez ou des honneurs ,
tels que la Grandeffe ou la Toifon d'or, un
Billet d'invitation conçu en ces termes.
» Madame la Ducheffe de Sforce , croît
» devoir avertir M ... que la Reine.vien-
» dra Jeudi 4. du prefent mois d'Avril
rendre vifite à . S. M. C. à Vincennes
» l'après midy ; & comme Madame la
» Ducheffe de Sforce n'eft point inftruite
de
AVRIL 1726. 831
୮
» de l'heure que la Reine y arrivera , el-
» le invite M.... de venir dîner chez
» elle à Vincennes fi cela convient. Ce 2 .
» Avril 1726.
Lifte des Seigneurs & Dames qui fe ren
dirent à cette invitation.
Le Maréchal d'Eftrées , Grand d'Ef
pagne , & Madame fon Epoufe.
Le Maréchal de Villars , Grand d'E
pagne , & Chevalier de la Toifon d'Or.
Le Comte de la Mothe , Grand d'Efpagne.
Le Grand Prieur de France , Grand
d'Espagne.
Le Comte d'Egmont , Grand d'Efpagne.
Le Duc de S. Simon avec les deux
fils , le Duc de Ruffec , Chevalier de la
Toifon d'or , & le Marquis de Ruffec ,
Grand d'Espagne .
Le Duc de Noailles , Grand d'Efpågne.
Le Marquis d'Arpajon , Chevalier de
la Toifon d'Or . ›
Le Marquis de Bethune , Chevalier de
la Toifon d'Or.
Le Marquis de Brancas , Chevalier de
la Toifon d'Or.
Le
$32 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis d'Asfeld , Chevalier dé fa
Toifon d'Or.
Le Comte de Morville , Chevalier de
la Toifon d'Or , & Madame fon Epoufe:
La Ducheffe d'Eftrées , foeur du Duc
de Nevers.
Le Marquis de Teffé n'a pu s'y trouver
à cauſe des fonctions de fa Charge de
Premier Ecuyer de la Reine , qui l'attache
à fa perfonne , & Madame fon
Epoufe , étoit une des Dames nommées
pour être de la fuite de la Reine.
Ces' Seigneurs & Dames dînerent à
trois tables avec les Dames & Seigneurs
de la Cour de la Reine d'Efpagne , fçavoir
, chez la Ducheffe de Sforce ,, Camarera
Mayor de la Reine d'Efpagne ,
chez le Prince de Robecq , Grand - Maître
de fa Maiſon , & chez le Duc de Nevers
, fon Grand - Ecuyer.
La Reine paffa fur le Rempart de
Paris , après avoir reçû devant la Porte
de S. Honoré les refpects du Corps de
Ville , à la tête duquel étoit le Duc de
Trelmes , Gouverneur de Paris : le Corps
de Ville fut prefenté à S. M. par le Mar
quis de Brezé , Grand- Maître des Ceremonies
, en ſurvivance du Marquis de
Dreux fon pere , & par M. des Granges
, Maître des Ceremonies. Le Préfi
dent Lambert , Prevôt des Marchands ,
porta la parole . Il complimenta la ReiAVRIL.
1726.
833
ne. S. M. en paffant à la Porte S. Antoine
, fut faluée par le canon de la Baftille
: elle fit jetter beaucoup d'argent au
peuple , qui étoit accouru en foule fur
fon paffage , & qui marqua par des acclamations
réïterées la joye que lui caufoit
la prefence de fa Reine.
Vers les trois heures , la Reine arriva
, & fut reçue par le Duc de Nevers
à la defcente du Caroffe , & par la Reine
d'Efpagne au haut de l'Escalier en
dehors de la Porte de la Salle des Gardés
l'Escalier étoit bordé des Suiffes de
Garde du Roi , & de ceux de S. M.
& la Salle des Gardes occupée par
les Gardes du Corps du Roi , & par
ceux de la Reine d'Efpagne. Sa Majesté
Cath, embraffa la Reine en l'abordant, &
la conduifit fur fa droite dans fa Chambre.
Le Cercle étoit compofé des Princeffes
du Sang, Mademoiſelle de Clermont , Mademoiſelle
de la Roche fur- Yon , & d'un
nombre confiderable d'autres Dames qui
fuivoient la Reine , & qui étoient fur fa
droite ; la Maréchale de Boufflers , Dame
d'Honneur de la Reine , étant affife
à côté droit , & un peu en arriere du
fauteuil de la Reine ; fur le côté gauche ,
& aufli un peu en arriere du fauteuil de
la Reine d'Espagne , étoient affifes la Ducheffe
de Sforce , & enfuite les Dames
invi834
MERCURE DE FRANCE.
invitées , & les Dames du Palais affifes
& debout , felon , qu'elles en avoient
droit. La vifite finie , la Reine d'Espagne
donna la main à la Reine , & l'ayant reconduite
jufqu'à ce que la Reine pria la
Reine d'Espagne de ne pas aller plus.
loin , la Reine l'embraffa , & L. M. fe
feparerent. La Reine fut con luite à fon
Caroffe par tous les grands Officiers de
la Maifon de S. M. C.
Il eft à remarquer , que felon l'ufage
de la Cour d'Elpagne , la Ducheffe de
Sforce porta la robe de S. M. C. allant
& venant jufqu'à la porte de la Salle des
Gardes , où elle la donna au Capitaine
des Gardes . Que S. M. étoit coëffée en
pointe & en voile , felon l'ufage des
Reines veuves d'Espagne.
Lifte des Princeffes & des Dames , qui
ont accompagné Sa Majefté dans la
vifite qu'elle a rendue à la Reine d'Ef
pagne.
Mademoiſelle de Clermont.
Mademoiſelle de la Roche- fur-Yon.
La Maréchale de Boufflers ; Dame
d'Honneur.
La Comteffe de Mailly Dame d'A
tour.
DuAVRIL
1726. 835
Les.
f Ducheffe de Tallard .
Maréchale de Villars.
Duchelle de Bethune .
Comteffe d'Egmont .
Marquise de Prie.
Comteffe de Rupelmonde
.
Marquife de Gontault .
Marquise de Nefle .
Comteffe de Merode.
Ducheffe de la Tremoille.
Ducheffe de Grammont.
Maréchale d'Alegre .
Marquife de Nangis .
Comteffe de Teffé.
Marquife de Flamarens .
Comtefle d'Agenois.
Comteffe de Cayeux.
Comteffe de Ribey rac .
Marquife d'Alegre .
Dames du
Palais .
Le 1. le 2. & le 3. de ce mois le Roi
alla à la Chaffe du Sanglier , du Loup ,
du Dain , & du Cerf , dans la Forêt de
S.Germain & dans celle de Marly.
Le 4. S. M. fit faire une battuë de
Lapins dans le petit Parc de Verfailles ,
du côté de la Ménagerie . On en tua 180.
& quelques Lievres. Tout ce Gibier fut
donné par ordre du Roi aux pauvres
Malades de Verſailles,
La
836 MERCURE DE FRANCE :
La Chaffe ne fait pas le feul plaifir de
la Cour. Il y a trois fois la femaine Concert
dans les grands Appartemens ; les
autres jours il y a Jeu , Comedie Françoife
, ou Italienne.
Pendant le Carême il y a eu Sermon
à la Chapelle du Château de Verfailles
, le Dimanche , Mercredi & Vendredi
de chaque femaine , où leurs Majeſtez
ont affifté très - regulierement , ainſi
qu'aux Offices. Le Pere Boyer Theatin
, qui prêche à la Cour cette année , y
a été fort applaudi.
Le 5. Avril , le Roi prit le plaifir de
la Chaffe du Vol , près la grande Grille,
au bout du Canal. On vola une Perdrix
rouge ; les oifeaux prirent enfuite huit
Lievres.
Le 6. le Roi courut le Dain dans la
Forêt de S. Germain. Il y en eut deux
de pris .
Le 8. S. M. prit trois Cerfs dans la
Forêt de Marly.
Le même jour le Prince de Birken
feld , Colonel du Regiment d'Alface ,
Lieutenant General des Armées du Roi,
qui étoit abfent depuis près de dix ans ,
fut préfenté à S. M. par le Duc de Bourbon.
Le 9. le Roi courut le Loup dans la
Forêt de S. Germain. On en prit un .
Le
AVRIL 1726 .
837
Le même jour , la Ducheffe de Vantadour
préfenta la Princefle de Birkenfeld
au Roi , qui la reçût auffi agréablement
que S. M. avoit reçû M. fon Epoux
le jour précedent.
Le 10. le Roi courut aux grands Levriers.
S. M. prit 9 , Lievres. Il y eut
Jeu le foir dans le Salon , attenant la
grande Galerie , qui fut tenu par la
Reine.
Le 11. le 12. & le 13. le Roi courut
le Sanglier , le Cerf & le Dain .
Le 15. le 16. & le 17. il y eut Chaffe
du Dain & du Loup .
Le 22. le Roi alla voler.
Pendant les jours de la Semaine Sainte
que le Roi n'eft point forti , Sa Majefté
s'eft amusée à tourner fur le Tour
que
la Dile Maubois lui a fait . Cette habile
Demoiſelle a eu l'honneur de montrer
à S. M.
Le Roi a donné à M. de Valliere ,
Lieutenant General d'Artillerie , Maréchal
des Camps & Armées de S, M. &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , la Direction genera
le des Ecoles & Inftructions des Bataillons
du Regiment Royal Artillerie , va
cante par la mort de M. Camus des Touches
.
M. de Chavigny , ci-devant Envoyé
Ex838
MERCURE DE FRANCE
Extraordinaire du Roi à Genes , a été
nommé Miniftre de S. M. près la Diete
de Ratifbonne.
Le 31. du mois dernier , l'Abbé Milon
, nommé par le Roi à l'Evêché de
Valence , fut facré dans la Chapelle de la
Congregation de la Maiſon Profeffe des
Jefuites , par l'Evêque , Comte de Châlons
, affilté de l'Evêque de Rennes &
de l'Evêque du Puy.
Le 5. de ce mois à onze heures du matin,
les Prevôt desMarchands & Echevins
de cette Ville , allerent en Corps & en
habits de ceremonie , rendre leurs refpects
à la Reine Douairiere d'Efpagne à Vincen
nes , & ils lui porterent des prefens ,
qui confiftoient en fix corbeilles remplies
de confitures , en bougies , flam
beaux , &c.
Lé 7. de ce mois , Dimanche de la
Paffion , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfail
les la Mefle chantée par la Mufique.
Pendant la Meffe du Roi , les Evêques
du Puy & de Valence prêterent ferment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le Roi a donné à M. Blondel , Intendant
de la Martinique , la place d'Intendant
des Galeres à Marſeille , vacante
la mort de M. de Vaucreffon .
Le Cardinal de Rohan , Grand - Aupar
monier
AVRIL 1726. 839
mônier de France , & l'ancien Evêque
de Frejus , Grand Aumônier de la Rei
ne , ont porté de la part de Leurs Majeftez
, des Semaines Saintes , à la Reine
d'Efpagne à Vincennes , & à S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans , au Convent
des Religieufes de la Madeleine de
Trefnel.
Le 14. de ce mois , Dimanche des
Rameaux , le Roi & la Reine , accompagnez
du Duc d'Orleans , du Comte de
Charolois , du Comte de Clermont , de
la Ducheffe d'Orleans , de Mademoifelie
de Charolois , de Mademoiſelle de
Clermont , & de Mademoiſelle de la
Roche fur- Yon , fe rendirent ( dans la
Chapelle du Château de Verfailles , où
L. M. affifterent à la Benediction des
Palmes qui fut faite par l'Abbé Tenieres
, Chapelain de la Chapelle de Mufique
, qui en préfenta au Roi & à la
Reine. L. M. allerent à la Proceffion ,
adorerent la Croix , & entendirent enfuite
la grande Meſſe celebrée par le
même Chapelain , & chantée par la Mufique.
L'après- midi , L. M. affifterent à
a la Prédication du P. Boyer , Theatin , &
enfuite aux Vêpres.
,
Le Roi , qui remplit avec application
& toujours exactement , tous les devoirs
d'un grand Prince , s'eft attaché pendant
la
840 MERCURE DE FRANCE.
la femaine Sainte avec autant de zele
que
de pieté à tous ceux d'un veritable Chrétien
. Non feulement S. M. s'eft trouvée
à tous les Offices , mais elle a fait encore
toutes les chofes qui les rendent beaucoup
plus longs & plus fatiguans pour
elle que pour les Particuliers.
Il y a toûjours Sermon le jour que le
Roi fait la Cêne , le Jeudi - Saint ; c'eſt
l'ufage de choifit un autre Prédicateur
que celui qui prêche le Carême. Le choix
eft tombé cette année fur l'Abbé de Bry ,
Chapelain du Château de S. Germain en
Laye.
L'Abfoute après le Sermon fut faite
par le Cardinal de Rohan , Grand - Aumônier
de France , après quoi S. M. lava
les pieds à douze Pauvres & les fervit
à table. Le Duc de Bourbon , Grand- Maî
tre de la Maifon du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hôtel , précedoit le Service ,
dont les plats étoient portez par le Duc
d'Orleans , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty , & par les principaux
Officiers de S. M.
Après cette ceremonie , le Roi & la
Reine fe rendirent à la Chapelle du Châ
teau de Verſailles , où leurs Majeftez entendirent
la grande Meffe & affifterent à
la Proceffion .
Le même jour après midi , la Reine
entendit
AVRIL 1726. $41
entendit le Sermon de la Cêne de l'Abbé
de la Nux , Théologal de l'Eglife Cathedrale
de Toul ; après quoi l'ancien
Evêque de Fréjus , Grand- Aumônier de
la Reine , fit l'Abfoute. S. M. lava enfuite
les pieds à douze pauvres filles &
les fervit à table . Le Marquis de Villacerf
, Premier Maître d'Hôtel de la
Reine , à la tête des Maîtres.d'Hôtel de
S. M. précedoit le Service , dont les Plats
étoient portez par Mademoiſelle de Charolois
, Mademoiſelle de Clermont , Mademoiſelle
de la Roche-fur-Yon , la Comteffe
de Toulouze , & par les Dames du
Palais de S. M.
Le 19. Vendredy - Saint , le Roy & la
Reine entendirent le Sermon de la Paffion
du Pere Boyer , Theatin. Leurs Majeftez
affifterent à l'Office , & allerent à
l'Adoration de la Croix , & le foir elles
entendirent l'Office des Tenebres , chanté
par la Muſique , ainfi que le Jeudy
& le Mercredy.
Le Samedy- Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint- Esprit ,
fe rendit en ceremonie à l'Eglife de la
Paroiffe de Verfailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les mains du
Cardinal de Rohan , Grand- Aumônier
de France. Enfuite le Roy toucha un
grand nombre de Malades .
K Le
842 MERCURE DE FRANCE ,
Le même jour la Reine alla auffi à l'E
glife de la Paroiffe , où S. M, communia
par les mains de l'ancien Evêque de Fréjus
, fon Grand- Aumônier . Le ſoir leurs
Majeftez affifterent à Complies & au Sas
lut dans la Chapelle du Château ,
-
Le 21. Fête de Pâques , le Roy & la
Reine entendirent dans la même Chapelle
, la grande Meffe , celebrée pontificalement
par l'Evêque de Rennes , &
chantée par la Mufique . L'après-midy L
M. affifterent au Sermon du P. Boyer, & enfuite
aux Vêpres, où lemême Prélat officia,
* Le 14. de ce mois , l'Abbé Caulet , cydevant
Aumônier du Roy , & nommé
par S. M. à l'Evêché de Grenoble , fut
facré dans la Chapelle de la Congrégation
du Noviciat des Jefuites , par l'Ar
chevêque de Rouen , affifté des Evêques
du Puy & de Valence .
Le 19. à neuf heures du foir , il y eur
un incendie chez le Marquis d'Alincour,
ruë de Luxembourg , proche la Place de
Vendôme. Le feu prit dans la Garde-
Robbe de fon Appartement au fecond
étage ; le prompt fecours des Pompes
empêcha qu'il ne fe communiqua à la
Charpente des Greniers . Tous les Habits,
le Linge , & c. & generalement tout ce
qui fe trouva dans cette Garde - Robbe
fut confumé. M. Le Lieutenant General
de
AVRIL 1726 . 843
de Police s'y tranfporta , & donna de fi
bons ordres , que le feu fut entierement
éteint en moins de deux heures . Les Capucins
y vinrent, & y travaillerent avec
beaucoup de zele , à leur ordinaire.
Le 9. Avril on pofá en ceremonie la
Premiere Pierre des Bâtimens qu'on va
élever des deux côtez de la grande ouverture
faite pour communiquer du Carrefour
de la rue de Buffy , au nouveau
Marché qu'on va établir dans le Preau
de la Foire faint Germain . Cette Ceremonie
fut faite au nom du Cardinal de
Biffy , Abbé de faint Germain des Prez ,
par l'Abbé de Biffy , fon frere , lequel fit
des liberalitez aux Ouvriers & des charitez
aux pauvres.
Le Roy a accordé le Gouvernement de
Belle- Ifle au Marquis de Saint Hilaire ,
Lieutenant General des Armées de S. M.
Lieutenant General de l'Artillerie , &
Grand- Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , lequel s'eft démis de
fes emplois dans l'Artillerie , pour être
en état de faire fa réfidence dans ce
Gouvernement.
Le Concert de Mufique fpirituelle
recommença au Château des Tuilleries
le Dimanche de la Paffion. Le fieur Phi
lidor y a fait chanter pendant cette fe
Kij maine
844 MERCURE DE FRANCE .
maine les plus beaux Motets de M. de
la Lande . Le Mercredy les fieurs Rebel
& Francoeur , de l'Academie Royale de
Muſique , joüerent une Piece de Simphonie
à deux Violons , qui fit beaucoup de
plaifir. Les fieurs Blavet & Lucas jouerent
auffi féparément fur la Flute Allemande
des Concerto qui furent très applaudis.
Le Dimanche des Rameaux &
tous les jours de la femaine , excepté lẹ
Vendredi- Saint , on chanta differens Motets
, entre autres le Miferere de M. Lalouette
, Beati omnes de M. Defmarets ,
& omnes gentes de M. Courbois . Le fieur
Buffardin , originaire de Provence , &
Muficien du Roi de Pologne , a joüé
plufieurs fois des Concerte fur fa Flute
Traverfiere , avec toute la précifion , la
vivacité & la juſteſſe imaginable , de même
que le fieur Guignon , fur fon Violon,
Le Concert fut terminé le Samedi - Saint
par le Regina cæli & par deux Motets
de M. de la Lande. Il n'y eut point de
Concert le jour de Pâques , & on chanţa
les autres jours de la femaine , excepté
Te Mardy , differens Motets ; entre autres
Eructavit cor meum du fieur Dornel , Or
ganifte de l'Eglife de fainte Genevieve ,
Diligam te Dominus du fieur Guignard ,
Ordinaire de la Mufique duRoi, Exalta bor
du fieur de Monteclair , que les Sçavans
ont
AVRIL 1726. 845
ont goûté. Le Te Deum de M. Collin de
Blamont, Sur -Intendant de la Mufique du
Roi , & le Motet Domini eft terra du
fieur Philidor , qui a été très aplaudi.
Ce Te Deum de M. de Blamont avoit
été fait pour le Sacre de S. M. & a été
chanté depuis à la Chapelle du Roi ; c'eſt
ce même Motet qui a été fort aplaudi, qui à
terminé le dernier Concert du Dimanche
de Quafimodo . On a chanté auffi le même
jour le Miferere de M. Bernier , Maître
de Mufique de la Sainte Chapelle . Le
même Concert doit recommencer le 30 .
May jour de la Fête de l'Afcenfion.
Quantité de Boutiques de la Foire faint
Germain ont été occupées cette année par
des gens qui donnent à jouer à la Roulette.
Ce Jeu eft extrémement en vogue de
puis deux ou trois ans . C'eſt un Plan incliné
fort uni , conftruit de Bois de Noyer ,
avec une Bordure , monté fur un pied de
la hauteur d'un Billard. Sa largeur eft
d'environ trois pieds & demi & fa longueur
de cinq ou fix ; deux Rigoles font
pratiquées aux deux côtez . La Boulle qui
doit décider du fort des Joueurs eft pouffée
de bas en haut par une de ces Rigoles ,
dont l'extremité eft coudée ; elle entre
dans le Jeu , & après avoir heurté contre
divers petits Rochers difpofez de fa-
Kiij
çon
846 MERCURE DE FRANCE
çon qu'ils la détournent en tous fens , elle
continue de rouler par fon propre penchant
, & vient entrer dans un des Portiques
qui font au bas du Jeus ces Portiques
font les uns blancs , les autres noirs ,
alternativement , & l'ouverture n'eſt pas
plus large que la groffeur de la Boulle .
Leur voifinage excite un grand mouvement
de crainte & d'efperance , ce qui
rend ce jeu très - picquant ; car la difference
de la perte au gain , eft celle du blanc
au noir. La Boulle eft blanche ou noire
au choix de celui qui la tient , lequel
joüe contre tous les autres Joueurs. S'il
prend la Boulle blanche , il faut que cette
Boulle entre dans un Portique blanc pour
gagner ; elle entre dans un Portique
noir , il a perdu , & de même quand il
choifit la Boulle noire. Dans les fameufes
Roulettes il y a des coups où l'on voit -
plus de 50 piftoles fur le jeu . Il en eft
de celui qui tient la Boulle , comme de
celui qui à la main au Lanfquenet , il ne
la quitte point tant qu'il gagne. A chaque
coup celui qui a la Boulle donne cinq
fols au Maître de la Roulette , & cette
rétribution , toute petite qu'elle paroît ,
produit très confiderablement. Il y en a
telle où l'on prétend qu'on joue jufqu'à
2000. coups dans un jour.
fi
EXAVRIL
1726. 847
EXTRAIT d'une Lettre dufieur deBroßy,
Commandant la Flute la Durance , appartenant
à la Compagnie des Indes
écrite au Cap François , Iles de Saint
Domingue , le 23. Janvier 1726.
N doublant l'Ifle de Porto - Rico , je
fis rencontre d'un grand Bateau Forban
fur les deux heures après midi . Il
m'attaqua à neuf heures & demie du
foir , en tirant un coup de canon à boulet
qui paffa au travers de mes Mâts , &
ayant battu la charge , je ne doutai plus
que ce ne fût un Forban ; comme je m'étois
préparé , je lui tirai auffi un coup de
canon à boulet qui porta dans fon bois
& je fis auffi battre la charge pour lui
rendre la pareille ; comme il avoit le vent
fur moi , il m'approcha ; je lui demandai
d'où il étoit , il me répondit fierement
qu'il étoit de la grande Riviere ; dans ce
moment je lui fis lâcher une bordée de
coups de canon , qui l'incommoda fort
& le fit aller au large & culer de l'arriere
pour le racommoder , après m'avoir
auffi tiré fa bordée.
Il m'obferva pendant la nuit , tâchant
de me furprendre ; mais comme je m'étois
fort préparé , & que je faifois faire.
bonne garde , à mesure qu'il s'approchoit
K iiij je
848 MERCURE DE FRANCE.
& je lui tirois plufieurs coups de canon ,
il répondoit de même ; je le repouſſai cependant
& lui fire tenir le large pendant
la nuit , en nous tirant plufieurs coups de
canon de part & d'autre. Vers le jour il
fe tint hors de la portée du canon , &
comme le jour de vint grand, & qu'il s'approchoit
de moi , il fe trouva bientôt par
mon travers , alors je lui tirai ma bordée ,
ce qui le fit encore culer. Il fit enſuite
plufieurs feintes pour m'aborder . Comme
les vents vinrent à calmer & que mon
Vaiffeau étoit des plus lourds , ne gouvernant
pas au contraire du Forban qui avoit
la marche bien fuperieure à moi , il ne
lui fut pas difficile de m'aborder ; il le fit
par derriere , afin de fe mettre à l'abry de
mon canon , que je lui lâchois autant que
je le pouvois découvrir , tant à mitrailles
qu'à boulets.
Avant l'abordage il avoit Pavillon Forban
, il le hiffa & amena trois fois , nous
faifant figne par là d'amener ou baiffer
notre Pavillon ; & voyant que nous n'en
faifions rien , il mit Pavillon fans quar- .
tier , & n'étant alors gueres éloigné de
nous , il arriva , & nous attaqua en premier
lieu par tribord ; nous tirâmes plufieurs
coups de canon , de pierriers & de
moufqueterie.
Comme j'étois fort élevé aude flus de
lui ,
AVRIL 1726. 849
lui , je le fis déborder par ma moufqueterie
& par des grenades , puis il paffa
par derriere & me vint une feconde fois
aborder par babord ; dans ce temps- là je
redoublai le feu de la moufqueterie &
des grenades , ne pouvant me fervir du
canon , lui tuant beaucoup de monde : il
paroiffoit avoir cent cinquante hommes
de toutes Nations ; il me cribla toutes mes
Voiles par fa mitraille , coupa toutes mes
manoeuvres , & offenfa mes Mats & même
le bord ayant trois coups de canon à fleur
d'eau , ou jay été obligé de faire mettre
des plaques de plomb.
Le dernier abordage dura cinq quartsd'heures
; & comme il ne pouvoit réfifter
où grand feu que je faifois , il fe laiffa
enfin culer pour fe retirer , n'en pouvant
plus . J'aurois bien pû amarer fon Beaupré
à mes grands Aubans , mais on me
dit que le Capitaine Forban avoit auprès
de lui un baril de poudre & une meche
allumée à la main pour fe faire fauter en
l'air , ce qui me détermina à le laiffer
aller, crainte qu'il ne mît le feu dans mon
Navire. Comme il paffa par tribord de
notre Flutte , à portée du piftolet , je
lui tirai encore toute ma bordée qui lui
fracaffa tout fon bord coulant bardeau.
Il paffa auffi-tôt tous fes canons de tribord
à babord pour mettrè fon Bateau à la
K v Bande.
850 MERCURE DE FRANCE:
bande. Il étoit armé de dix canons & de
fix pierriers , c'eft un Bâtiment du Porc
d'environ cent vingt Tonneaux ; je doute
fort qu'il ait pu fe rendre à Porto-
Rico , étant éloigné de vingt deux lieuës ,
fans couler à fond ; il avoit auffi fur fon
Bord beaucoup de Caraybes ou Americains
qui jettoient des Fleches , & des
Lances lefquelles reftoient dans les voi-
-les & dans le couronnement du Vaiffeau;
j'ai eu plufieurs bleffez dans ce combat
fans qu'il foit mort perfonne de fes bleffures.
La Dame Manuel a fait afficher & diftri
buer , avec Permiffion du Lieutenant General
de Police , des Imprimez , dans lesquels elle
dit avoir le Secret infaillible pour guérir les
Goûtes & les Rhumatiſmes , fans avoir befoin
de Remedes interieurs ni de regime particulier
, mais par la fimple application de fon
Remede , dont on frotte la partie malade. L'experience
qu'elle en fait tous les jours lui attirent
un applaudiffement general des perfonnes
qui ont été guéries.
Elle demeure ruë Montmartre , entre la ruë
Tictonne & l'égout , chez M. Quertau ,Tourneur.
" M. Camoin , Prieur de Lauron du lieu
Allauchen Provence , a deviné les Enigmes
du Mois dernier.
MORTS
AVRIL 1726. 851
MORTS , MARIAGES.
Mi
Nicolas Caruel , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de faint
Louis , natif de Mauberfontaine , près de
Rocroy , mourut le 6. de Fevrier dernier
dans la 115. année de fon âge. Il
avoit obtenu du Roi Louis XIII. Trifayeul
de S. M. une Compagnie d'Infan
terie dans le Regiment de Numps , dont
la Commiffion eft dattée du 28. Janvier
1636. Il commandoit en 1712. une
partie des Milices de Champagne , employée
à la garde des Rivieres . Ayant
été prefenté au Roi au mois d'Avril
1723. S. M. le fit Chevalier de l'Ordre
de S. Louis , lui fit payer tout ce qui lui
étoit dû d'une Penfion que le feu Roi
Louis XIV. lui avoit accordée , & lui donna
une gratification extraordinaire.
44.
. Frere Henry le Bouteiller de Rancé ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Je
rufalem , cy devant Lieutenant General
des Galeres du Roi , mourut le 14. du
mois dernier , âgé de 99. ans . Il étoit
frere du Pere Jean Armand le Bouteiller
de Rancé , Abbé Regulier & Refor
mateur de l'Abbaye de la Trape ; & il
K vj fer852
MERCURE DE FRANCE
fervoit le Roi depuis plus de 70. ans.
Dame Antoinette Collart , veuve de
M. Marins Bazile Morel de Boitiroux ,
Chevalier , Seigneur de Vindé , le Meix,
S. Efpoing , la Becherelle , &c. Intendant
General du Commerce & Directeur
General des Domaines de France & des
Fermes du Roi , mourut à Paris le 23 .
Mars dernier âgée d'environ 80. ans .
Le 26. Mars , Charles Emanuel-
François de Vatteville , fils de Charles
- Emanuel , Marquis de Conflans ,
Chevalier de la Toifon d'or , & de Marie
Elifabeth , Comteffe de Merode fon
épouse , mourut à Paris , âgé de feize
ans .
M. Denis Coignet , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , Curé de
S. Roch & Doyen des Curez de Paris ,
A bé de S. Etienne de Femi & Prieur
de S. Julien de Concel , mourut à Senlis
le 29 Mars , âgé de 85. ans .
Dame Marguerite - Thereſe de Bautru
, Com effe de Seiran , veuve de M.
Nicolas de Bautru , Marquis de Vaubrun
, Lieutenant General des armées
du Roi , Gouverneur de Philippeville ,
& Commandant pour le Roi dans la Haute
& Baffe Alface , mourut à Paris le
30. du même mois , âgée de 79. ans ou
environ. Cette Dame avoit toujours porsé
AVRIL. 1725. 853
té le grand deuil depuis la mort de fon
mari , qui fut tué peu de temps après
M. de Turenne .
Le Reverend Pere Dom Jean - Baptifte
Moreau , Religieux Bernardin , ancien
Prieur de Cîteaux , Vicaire General de
l'Ordre & Bachelier de Sorbonne , mourut
le 1. Avril , âgé d'environ 79. ans
dans l'Abbaye de Villiers , dont il étoit
Directeur. Il avoit beaucoup de talent &
de zele pour la Prédication qu'il a toujours
exercée dans les differens Poftes
qu'il a remplis . Nous avons de lui un Eloge
funebre de Dame Marguerite le Cordier
du Tronc , Abbeffe de Villiers , prononcé
dans l'Eglife de ce Monaftere le 12 .
Decembre 1719. imprimé à Paris.chez
Lamefle en 1720. & un compliment à
Madame de Clermont de Chatte , lors de
fa prife de Poffeffion de la même Abbaye.
Il étoit frere de M. Moreau de Mautour,
qui a trouvé parmi les Manufcrits de fa
compofition , outre fes Sermons , les Pieces
qui fuivent .
Un Traité de la Grace. Sentimens touchant
la Prédeftination & l'accord de la
liberté avec la Grace , & un Abregé des
Conciles Generaux , de la conduite & dif
cipline de l'Eglife , de l'Ecriture Sainte
des Sacremens .
Traité fur le S. Sacrement de l'Autel ;
com
854 MERCURE DE FRANCE.
compofé lorfqu'il étoit Prieur de Loc-
Dieu , & Vifiteur General de la Province
de Rouergue , à la priere & avec la
permiffion de M. l'Evêque de Rodez
dans le temps d'un grand Jubilé de l'année
Sainte , pour expliquer aux nouveaux
Convertis de faint Antonin , Sept-
Fonds , Cauffade , Realville & autres
lieux de fon Diocèfe , les difficultez qu'ils
avoient propofées touchant le Myſtere
de l'Euchariftie .
Marie-Catherine - Charlote , née Comteffe
de Wallenrodt , Comteffe Douairiere
de Furſtemberg , mourut le 4. de ce
mois , dans fon Château de la Bourdaifiere
, près de Tours , âgée de 78. ans .
Le 17. Avril , M. Pierre Nigot de
S. Sauveur , Prefident en la Chambre
des Comptes , mourut à Paris âgé de 75 .
ans.
M. Pierre de Vienne , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Abbé des Abbayes de
N. D. de Larrivour , Diocèse de Troye
& de S. Martin de Nevers , Confeiller
en la Grand'Chambre du Parlement ,
Aumônier Ordinaire de la Reine , Inf
pecteur General de la Librairie de France
, mourut à Paris le 22. de ce mois ,
âgé de 64 ans , generalement regretté.
Le 6. Avril , Claude du Pleffis , Confeiller
au Parlement , fils de Michel - François
AVRIL 1726 855
çois le Bas , Ancien Tréforier General
de l'Extraordinaire des Guerres & de
Charlotte de Serre , époufa Marie - Catherine
le Bas de Girangi , fille de Louis
le Bas de Girangi , Seigneur de Clayes
& de Dame Catherine Quentin.
のののののみ
ARRESTS , DECLARATIONS ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST de la Cour de Parlement du 26.
Ajanvier , portant Reglement pour le payement
des Lettres de change tirées à jour certain
fur la Ville de Lyon , fuivant l'ufage
immemorial de cette place , où les dix jours
de grace portez par l'article 4. du Titres . de
l'Ordonnance de 1673. n'ont jamais eu lieu.
ARREST du 19. Fevrier , qui ordonne
l'Expedition des Quittances de Finance des
Offices de Treforiers , Receveurs des deniers,
Biens & Revenus Patrimoniaux d'Octrois ;
Et admet les Obligations aux Particuliers qui
voudront acquerir lefdits Offices.
ARREST du 26 Fevrier , qui proroge jufqu'au
premier Juin de l'année 1727. la dé
charge des Droits des Fermes Generales - unies,
fur les Beftiaux venans des Pays Etrangers ou
qui pafferont d'une Province dans une autre .
Et renouvelle les deffenfes d'en faire fortis
hors du Royaume.
DECLA
856 MERCURE DE FRANCE !
DECLARATION du Roi , au fujet du
Droit de Joyeux Avenement dans les Eglifes
Collegiales . Donnée à Marly le 28. Fevrier
1726. Registrée au Grand Confeil du Roi le
18. Mars 1726.
ARREST du 5. Mars , qui ordonne que
dans les Villes Tarifées , où les Offices de
Receveurs & Controlleurs des Octrois , Patrimoniaux
, Biens & Revenus des Communautez
, Tarifs , Dons , Conceffions , Subventions
& Impofitions ordinaires & extraordi
naires des Villes & Communautez , créez par
Edit du mois de Juin dernier , ne font point
encore levez , les Fermiers , Adjudicataires ,
Regiffeurs ou Receveurs defdits Tarifs , continueront
de remettre aux Receveurs des Tailles
, les Fonds provenans defdits Tarifs , jufqu'à
la concurrence de ce qui doit eftre employé
au payement de la Taille , ou autre impofitions
faites au profit de Sa Majeſté.
ARREST du même jour , portant Reglement
pour la vifite & Marque des Bierres fa-"
briquées dans toutes les Villes & Bourgs fermez
où il y a des Barrieres , & la perception
des Droits d'Infpecteurs des Boiffons fur lefdites
Bierres .
ARREST du même jour , qui fixe le Droit
de Confirmation dû par les Officiers de Judicature
& de Police.
DECLARATION du Roi , concernant la
Maifon de la Reine , donnée à Verfailles le
dixiéme jour de Mars 1726. par laquelle le
Roy ordonne entre autres chofes , que le fieur
BonAVRIL
1726. 817
Bontemps , l'un de fes premiers Valets de
Chambre & Gouverneur du Château des
Thuilleries , jouira des Privileges attribuez
aux Officiers Commenfeaux , en qualité d'Intendant
& Controlleur General des Bâtimens
& Jardin de la Reine , dont S. M. l'a pourveu
, &c.
ARREST du 12. Mars , qui enjoint aux
Maires , Echevins , Jurats , Capitouls & autres
qui ont l'Adminiftration des Deniers
communs d'octroys , & Revenus Patrimo
niaux des Villes , de remettre aux fieurs Intendans
dans quinzaine du jour de la publication
du prefent Arrêt des Etats d'eux certifiez
du montant de chacune des cinq dernieres
années de leurs Octroys , Tarifs , & Revenus
Patrimoniaux , pour fixer le payement du
Droit de Confirmation , & c.
ARREST du même jour , qui permet aux
Redevables du Droit de Confirmation , de
donner en payement des fommes pour leſquelles
ils font compris aux Rolles arreftez au
Confeil , les Quittances des Gages , Taxations
fixes , Interefts & rentes , dont l'emploi a été
fait fur les Etats du Roi.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Confuls des Villes & Communautez de la
Generalité d'Auch , faifant les fonctions de
Receveurs des Octrois & Patrimoniaux , &
notamment ceux de la Ville de Mauvezin , feront
tenus de remettre aux Acquereurs des
Offices créez par Edit de Juin 1725. ou à ceux
qui font ou feront commis pour les exercer
des Etats certifiez des Receveurs ; enfemble
les Fonds en Deniers ou Acquits qu'ils avoient
entre
858 MERCURE DE FRANCE.
entre leurs mains lors de la publication du
dit Edit , & leur fait deffenfes , & à tous att
tres , de s'immifcer dans les fonctions des Offices
créez par ledit Edit de Juin 1725. à peine
de cinq cens livres d'amende.
LETTRES Patentes fur Arrêt , concernant
la diftribution du Sel aux Habitans de plufieurs
Paroifles dépendantes des Greniers de
Langres , Montfaugeon & autres , & c. Données
à Verfailles le quatorzième jour de Mars
1726.
ARREST du 19. Mars , qui ordonne qu'il
ne fera délivré qu'une feule Quittance , pour
laquelle il ne fera payé que trois livres , lorfque
les Corps & Communautez voudront
payer conjointement les fommes dont font
tenus chacun de ceux qui compofent lefdits
Corps & Communautez , pour le Droit de
Confirmation dû à Sa Majesté à caufe de fon
Avenement à la Couronne .
ORDONNANCE de Police du 22. Mars,
qui fait défenfes à tous Soldats , Vagabonds ,
& Gens fans aveu , de s'entremêler du Courtage
des Chevaux , & à tous Courtiers de les
vendre ailleurs qu'au Marché , à peine de prifon
, de 300. livres d'amende , & de punition
exemplaire.
de
ORDONNANCE de Police du 23. Mars,
fait défenfes aux Vendeurs & Vendeufes
,
qui fait défenses andre aucuns morts,
gâ.
tez & corrompus , à peine de Trente livres
d'amende , même de Prifon , & de Punition
exemplaire.
ARAVRIL
1726. ·859
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 2.
Avril , par lequel S. M. a maintenu & gardé
le Seigneur & les Habitans de la Principauté
d'Ivetot , dans tous les privileges & exemp
tions , dont ils ont bien & dûëment joüi jufqu'à
prefent, & nommément dans l'exemption
de toutes recherches & vifites des Commis
des Fermes pour le Sel , & de toutes pourfuites
en reftitution de droits de Gabelles ,
& c.
SENTENCE de Police du même jour , qui
condamne Nicolas Megret , Maître Boulanger
, en trois cens livres d'amende , avec fa
Boutique fermée & murée pendant trois mois,
pour avoir furvendu ſon pain.
SENTENCE de Police du s . Avril , qui
condamne le nommé Larticle , Maître Boulanger
, en fix cens livres d'amende , avec fa
Boutique fermée & murée pendant trois mois ,
pour avoir vendu fon pain au- deffus du prix
courant du Marché.
SENTENCE de Police du même jour , qui
défend , fous peine de prifon , d'amende , même
de punition corporelle , à tous Marchands
Bouchers , leurs Etaliers , Garçons ; à tous
Rotiffeurs , Vendeurs & Vendeufes de Poiffon,
& autres , d'infulter & maltraiter les perfonnes
qui fe prefenteront pour acheter leurs
Marchandifes. Et qui condamne le nommé
Facio , Boucher , en cent livres d'amende.
ARREST du 6. Avril , qui defigne au Garde
du Trefor Royal la valeur qu'il doit fournir
pour le Remboursement des Offices de
Res
860 MERCURE DE FRANCE
Receveurs & Controlleurs des Octrois & Pa
trimoniaux , fupprimez par Edit du mois de
Juin 1725. Regle les Décharges qui doiventlui
être par eux données .
ORDONNANCE de Police du 10. Avril,
qui fait défenfes à toutes perfonnes de paffer
fur les terres enfemencées , & d'y caufer aucuns
degars , fous quelque prétexte que ce
foit , à peine de 300. livres d'amende , confifcation
de Chevaux & Bestiaux , & de prifon
en cas de rebellion.
→
ORDONNANCE de Police du même jour,
portant Reglement pour les Chaiſes à Porteur
& à tirer & fur ce qui doit être obfervé ,
tant par les Proprietaires du droit fur lesdites
Chaifes à Porteur ou à Tireur , que pour ceux
qui voudront fe fervir de ces fortes de Voitures
.
:
ARREST de la Cour de Parlement du 15
Avril , qui condamne un Libelle imprimé
intitulé Juftification du fieur Poirier , Prin
cipal du College de Tours , à être laceré &
jetté au feu par l'Executeur de la Haute Juftice.
ARREST de la Cour de Parlement , du
même jour , qui ordonne la fuppreffion de
deux Imprimez , intitulez ! Lettres Paftorales
de Monfieur l'Evêque de Montpellier des
20. Octobre & premier Decembre 1725 .
L'Ecrit
intitulé : Proteftation des Chartreux , &li
Celui intitulé : Apologie pour les Chartreux ,
c. Et celui intitulé : Réfutation de l'Apo
logie , &c.
L'ArAVRIL.
1726 . 8612
L'Article fur les Modes , avec la Plan
che en Taille- Douce , reprefentant, les differentes
Coeffares des Dames , fe trouvera
dans le prochain Mercure.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Avril , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 2. May
1726.
HARDIO N.
TABLE
Satyre
Atyre à Apollon ,
oculaire.
Ode ,
Lettre écrite au P. Caftel fur le Clavecin
643
650
661
667
671
Lettre au fujet d'une Médaille de Pofthume ,
Ode à la memoire du Czar ,
Lettre d'un Religieux Benedictin à un de fes
amis ,
Vertumne & Pomone , Cantate.
677
690
Lettre fur une ancienne & finguliere Coutume
,
694
Sonnet , 702
Lestre fur les Bons Mots , 703
Ulifle
862
711 Uliffe & Calypfo , Cantate ,
Memoire pour rendre les Spectacles plus utiles
à l'Etat , de l'Abbé de S. Pierre ,> 715
Stances fur le Printemps , 731
Lettres fur les Monnoyes fabriquées à Orleans
, 733
Stances de M. de la Monnoye fur la mort ,
&c.
738
Enigmes , 741
Nouvelles Litteraires , &c. Recueil hiftorique
, chronologique , &c. des Archevêchez
, & c.
Panegyrique de S. Louis , &c.
743
749
Calendrier gravé fur un Porte- crayon , Explication
, 751
Deſcription d'une Pendule du même Auteur ,
qui marque la difference du temps vrai au
temps moyen ,
Nouvelle Pendule d'Equation , & c.
754
756
Nouvelles Methodes pour enfeigner l'Arithmetique
, &c.
Affaires du Palais , & c.
Chanfon notée ,
Spectacles ,
757
761
771
ibid.
Edipe , Tragedie nouvelle , Extrait , 772
La Veuve à la mode , Comedie nouvelle , Extrait
, 784
Le Balet des Stratagêmes de l'Amour , Extrait
,
L'Opera Comique , &c.
Nouvelles du temps , de Turquie , &c.
Naiffances , & c,
798
807
816
825
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. Vifite de
la Reine d'Efpagne au Roi & à la Reine ,
& c. 826
Vifite de la Reine à la Reine d'Efpagne , 830
Concert des Thuileries , 843
863
eu de la Roulette ,
Combat naval , Extrait de Lettre ,
Morts , Mariages ,
Declarations , Arrefts , Sentences , & c .
845
847
851
855
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 754.1.9. les heures , les degrez avec
les : lifez les heures & les degrez. Les figures
des.
Page 755.13 . Dedre , lifez degré.
Page 782. 1. 7. d'un Roi , lifez de leur Roi,
Page 804. 1. 8. lys , lifez lits.
La Chanson notée doit regarder la page
771.
864
(
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Touloufe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vattar.
Blois , chez Maffon..
Tours , chez Gripon .
Rouen , chez la veuve Euftache Herault,
Châlons -fur- Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard
Arras , chez C. Duchamp .
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verfailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
Lyon , chez
A Saint Germain , chez Doré,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
MAY 1726 .
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
! GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
L'A
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
capie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , où les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 , fo's .
865
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MAY. 1726 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
Vers de l'Abbé de Villiers fur fa vieil-
Leffe , à M......
AR quelle étrange politeffe ,
P Portez-vous la mauvaiſe foi ,
Jufqu'à me flatter de jeuneffe ,
Quand je vois mourir de vieilleffe ,
Des Vieillards moins Vieillards que moi ?
Aij
Bal
866 MERCURE DE FRANCE.
* Balnus , mon compagnon de Claffe ,
Vient de mourir ; & fi la mort
Semble me faire plus de grace ,
C'eft une faveur qui menace ,
D'un femblable ou plus trifte fort.
Son âge , dit -on , incapable ,
De refifter au moindre mal ,
Dans un mal peu confiderable ,
Par une vieilleffe incurable ,
L'a conduit au terme fatal.
Quelle efperance m'eſt donnée ,
Avec un fang non moins glacé ,
D'avoir une autre deftinée ,
Que celle qu'il a terminée ,
Dans un âge moins avancé?
Quel difcours encor plus étrange !
* Le Pere de la Baune , celebre Jeſuite.
Tient
MAY. 867 1726.
Tient le Bon * Glufcart , s'il vous dit ,
Que l'âge en moi rien ne dérange ,
Puifque je bois & que je mange ,
Toujours d'un égal appetit.
Vainement , Medecin commode ,
Efculape moins entêté ,
Il me laiffe vivre à ma mode ,
Et m'affranchit de la methode ,
Prefcrite par la Faculté.
Quand par fon obligeant genie ,
Ce docte , & fage Medecin ,
M'épargneroit fa tyrannie ;
Pourroit- il garantir ma vie ,
D'un plus formidable Affaffin ?
讚
Contre moi , Tiran intraitable ,
Letemps n'a-t'il pas confpirés
Et de fa faux inévitable ,
Le coup eft-il moins redoutable ,
Quoiqu'il foit encor differé è
Fameux Medecin.
. A iij
Vous
868 MERCURE DE FRANCE .
Vous trouvez dans monbon vifage ,
Un long préfage de fanté ;
Mais je trouve , en comptant mon âge ,
De ma fin prochaine un préſage ,
D'une toute autre autorité,
Infenfé l'homme ! qui s'obſtine ,
A fe croire loin du trépas ,
Quand les débris de fa machine ,
D'une entiere & prompte ruine ,
L'avertiffent à chaque pas .
Helas ! fous l'éclat équivoque ,
D'un teint , dont on paroît furpris ,
Mais dont moi- même je me mocque ,
Je fens , d'un corps qui fe difloque, ་ ་
De jour en jour quelque débris
A ma legere & droite allure ,
On croit que ferme font mes pieds ;
Mais le chemin , pour peu qu'il dure ,
Fait
MAY. 869 1726.
Fait , qu'au contraïre on ſe figure ,
Qu'ils font tous deux eftropiez .
Pour toute voix à baffe note ,
Pour tout Bredouilleur je fuis fourd ,
Moi-même , à mon tour je marmotte
Et fens que ma vieille voix trotte ,
D'un pas plus pefant & plus lourd,
M
Déja de ma cuillier je moüille ,
Ce qui fe trouve en fon chemin ,
Etj'entens ceux qu'elle barbouille ,
Se plaindre , & tout bas chanter poüille ,
A ma vieille & tremblante main.
***
Mais de mon propre témoignage ,
Je n'aurois pas ici beſoin ;
Par leur air & par leur langage ,
De me reprefenter mon âge ,
Tous ceux que je vois, prennent foin.
M
A peine fais -je une vifite ,
Qu'on ne me faffe appercevoir ,
A iiij
Que
$70 MERCURE DE FRANCE.
Que comme déja décrépite ,
Ma vieilleffe partout n'excite ,
Defir , ni plaifir de me voir.
Quand je fors on dit , prenez garde ,
A defcendre feul l'efcalier ,
A votre âge trop on hazarde ;
Et comme un foin qui le regarde ,
Chacun prend foin de m'appuyer.
諾
Vous aimez mes Vers & ma Profe ,
Mais , faites- m'en ici l'aveu ,
Vous n'en admirez qu'une chofe ;
C'est qu'à mon âge je compofe ,
Avec quelque refte de feu,
M
Si ma main toujours naturelle ,
Peint avec feu , ce qu'elle peint ,
Ce feu n'eft plus qu'une étincelle ,
Dont la lueur fe renouvelle ,
A me fure qu'elle s'éteint.
Je
MAY.
1726. 871
Y
Je n'ai donc du temps qui me refte ,
Qu'à tâcher de tirer du fruit ,
Et foumis à l'ordre celeſte ,
Fuir du peché que je déteſte ,
Le vieux penchant qui m'y conduit.
Soumfs à cet ordre ſuprême ,
J'attens que l'Auteur de mes jours,
Puifqu'il connoift mieux que moi même,
Ce qui me convient , & qu'il m'aime ,
En mefure à fon gré le cours.
aaaaaa
RE'FONSE Géometrique du P. Caftel,
à M.deBarras , premier Chef d'Efcadre
des Galeres du Roy .
EN
N m'attaquant fur la Géometrie ,
on me fait fouvenir que je fuis Géometre.
J'uferai donc du ftil Géometri-,
que ; celui - ci pour le moins fera à la portée
de tout le monde ; & le vrai ni le
faux n'y feront point noyez dans l'entaffement
des paroles.
A v Pro
872 MERCURE DE FRANCE.
Propofition 1. M. de Barras me fait
l'honneur de m'attaquer.
Démonftration. Je n'ai l'honneur de le
connoître que par fon attaque du Mercure
, & par une autre attaque qu'il fait
à trois Sçavans; & fur tout à un Géometre
que j'eftime , dans une Lettre manufcrite
qu'un ami commun m'a remife
entre les mains . Je ne fuis donc pas
l'aggreffeur. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 2. L'attaque porte à faux .
Démonftr. Selon M. de Barras , j'ai don
néne approbation precipitée au Goufre
de Marfeille , attefté par M. Boyer , &
mon approbation a paru dans le Mercure.
Or le fait réel & Geometrique eft 1 .
que même aujourd'hui je n'ai pas l'honneur
de connoître M. Boyer. 2 °. Que
je n'ai donné aucune approbation ni lente
ni precipitée ni à lui ni à fon goufre . 3º .
qu'il n'en a pas paru un feul mot géomeriquement
pas un feul mot imprimé dans
le Mercure ni ailleurs . 4. Parce qu'en
effet ma Lettre qui a paru dans le Mercure
fur le Phenomene de Marfeille étoit
écrite & envoyée avant que j'euffe aucune
connoiffance de ce goufre. Ce qu'il
falloit démontrer.
-Propof. 3. L'attaque eft affectée .
Démonftr. D'autres ont attefté après
M. Boyer l'existence du goufre. On les
laiffe
MAY. 1726.0 873
Laiffe là pour s'en prendre à moi qui n'attefte
rien : fans qu'il foit queftion de moi
on me remet à tous momens fur les rangs,
tantôt comme approbateur , puis comme
fort credule , & enfin comme precipité
dans le goufre. Me voilà pourtant encore
aflez fur l'eau- pour dire & redire que
c'est ce qu'il falloit démontrer.
Scholie. Je ne
défavouerai pas qu'en
homme d'honneur , je n'aye crû un homme
d'honneur fur un faitqu'il dit avoir
vú, fondé, mesuré en tous fans , fans parler
des autres qui atteftoient la même chofe.
J'ai même affez de candeur pour avouer
que je le crois encore, d'autant mieux que
j'ai vu le pour & le contre. Mais c'est
à M. Boyer de défendre fa bonne foi &
fon goufre ; je ne prends pas le change,
je prie le Public d'être un peu en garde
contre les attaques qu'on me fait. Je
mefure autant que je le puis mes paroles.
Cela empêche bien qu'on ne m'attaque
fur ce que j'ai dit ou
ce que j'ai dit ou penfé , mais
cela n'empêche pas qu'on ne m'attaque.
Voici de la Géometrie dans toutes les formes
, mais toujours à la portée de tout
le monde .
Propof. 4. M. de Barras me fait l'honneur
de me dire publiquement , qu'il ne
me croit pas fur ma Géometrie ; il veut
pourtant que je le croye Géometre.
A vj Di.
874 MERCURE DE FRANCE .
Demonftr. Je fuis Religieux ; je le
remercie donc du premier , & le crois
fur le dernier. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 4. L'attaque n'eft bien lepas
gitime.
Démonftr. M. de Barras déplace & raproche
à fon gré mes expreffions , & me
fait dire ce que je n'ai point dit : par exemple
, que je veux me divertir encore
quelques années aux dépens du Public.
Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 6. L'attaque n'eft pas Géometrique.
Démonftr. Elle eft pleine d'ironie , de
raillerie & d'autres figures non géometriques
: il y a plus. Ma Lettre à M. de
Joly eft de deux ftiles , l'un ordinaire
L'autre Geometrique : car je n'ai pas crû
qu'il me fut permis de renoncer à celuici
fans avoir pris acte juridique & public
que je le poffedois . M. de Barras m'attaque
fur ce ftile , il ne veut pas y renoncer
, dit- il ; il s'en tient pourtant au premier
, & ne s'approprie pas une feule
idée , pas une feule expreffion , pas un
mot , pas une fyllabe du dernier . Je ne
fçavois pas qu'on put m'attaquer fur la
Geometrie , fans dire un feul mot géometrique
. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 7. Cette attaque porte encore
à faux.
1
DiMA
Y. 1726 . 873
>
Démonftr. Je fais mon profit de tout :
je remercie donc l'illuftre agreffeur de
m'avoir fourni l'occafion de donner des
éclairciffemens fur ma Lettre à M. de
Joly. 1 ° . Je n'y attaque abfolument qui
que ce foit : je m'y deffends feulement
d'abord contre deux ou trois perfonnes ,
qui , fans avoir le nom même de Géometres
me tracaffoient d'une maniere
importune fur des chofes connues de tous
les Géometres de Paris & d'ailleurs , qui
fçavent tous que le chemin le plus droit
n'est pas toujours le plus court pour arriver
à un but. Voilà ceux pour qui je fupprimois
ma Géometrie à la portée de tout
le monde ; car il n'eft pas queſtion de
ceux qui font déja Géometres ; ils n'en
ont que faire , & le jargon de la Géometrie
n'eft point pour eux un jargon.
2 °. Il est vrai que dans l'autre moitié
de ma Lettre , j'annoncois une Géometrie
ftatique. Mais à qui cela fait - il du
mal ? tous les jours on annonce & on
réannonce des Ouvrages & des Ouvrages
de Géometrie , fans même en donner
aucune ébauche , fans aucun préliminaire
. Perfonne ne s'en formalife &
n'a droit de s'en formalifer. A plus forte
raifon me devoit - il être permis d'annoncer
un Ouvrage après en avoir donné
d'autres dans le même genre , après en
avoir
876 MERCURE DE FRANCE .
avoir donné tous les Préliminaires ; je
dis plus , après en avoir donné prefque
tous les morceaux , & tandis que j'en
donne actuellement tout le précis & le
fquelete. On fe trompe fi on me croit
un grand prometteur : j'imite, lorsque je
le puis , la Nature chez qui les fruits font
des femences , & les femences font des
fruits.
3. Je croyois avoir affez averti dans
ma Lettre à M. Joly qu'on eut la bonté
ou la precaution de ne pas juger de moi
par un certain ftile dont je ne fuis pas la
dupe. Car fous le ftile de cette Lettre
je n'ai pas laiffé de donner une vingtaine
de Propofitions de pure Geometrie,
dont chacune en a bien autant dans fa
Sphere. Par exemple , c'eft , je penfe
de la Géometrie & de la Géometrie ftatique
, que le fléchiſſement ſimple produit
le cercle , & que la traction jointe au
fléchiffement produit l'ovale , & enfuite
la Parabole , & enfin l'hyperbole , que ces
courbes font réellement rentrantes
Quel détail un Géometre ne voit- il pas
tout d'un coup éclore de cette Propofi
tion compliquée que l'hyperbole nouée
la conchoïde , la campaniforme , & tout
le 3. dégré eft produit par deux fléchif-
Jemens à contrefens , fans exclure la traction
? Eft- ce que je n'ai pas énoncé dif
& c.
tincMAY
1726. 877
tinctement mon principe & ma methode
? Et quand je n'aurois dit que ces
mots , que la generation Phyfico - mathematique
des courbes fe fait dans la Nature
par
les loix de la ftatique & de l'équilibre
, & non par le gliffement ou la rotation
d'une ligne , j'aurois eu droit de dire ,
non pas que je donnerois , mais que j'avois
donné une Géometrie ftatique : car
dès ce moment j'en ai donné la clef , &
je puis me repoſer fur d'autres du détail
qui eft immenfes &c. Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 8. L'attaque n'eft qu'intentée,
& en pure perte .
Démonftr. M. de Barras me rappelle la
vipere qui mord à la lime fans y laiffer le
veftige de fa dent. Je fuis au - deffus de
tout foupçon à cet égard . Je fuis connu
pour applaudir des premiers & avec chaleur
à toutes les découvertes des autres ;
tous les Journaux en font foi . Mais pour
aller jufqu'au corps de la Géometrie ftatique
, je me fuis mis dans l'efprit qu'il
falloit paffer fur le ventre à deux ou trois
Propofitions affez heriffées , par exemple
, que la courbe du redreſſement n'eſt
pas la même que celle du dévelopements
que la courbe redreffante coupe des portions
égales d'une infinité de cercles on
d'Ellipfes ( j'ajoute même de fpirales ) qui
၂၉ ၁ง
878 MERCURE DE FRANCE.
5
fe , &c. Celui qui mordra à ces propofitions
& aux autres indiquées dans ma
Lettre à M. Joly , mordra en effet non
à la lime , mais à la Géometrie ftatique .
Ce qu'il falloit démontrer.
Propof. 9. On s'eft trop preffé de m'attaquer.
Démonftr. Le temps change toutes chofes
, & je ne fuis pas fi prometteur qu'on
}
le diroit bien. 1 °. J'avois fait entendre
que je ne donnerois pas la Géometrie ſtatique
de quelques années . On a donc cru
pouvoir triompher de mon filence & infulter
à ma bonne foi : ce n'eft pas ce qui
m'eut fait changer de réfolution . Mais
j'avoue que je ne fuis pas à l'épreuve
d'une bonne maniere . Le Public connoît
fes interêts ; il fçait qu'il faut toujours
aider au progrès des Arts & au dévelopement
des Sciences ; il a compris qu'il n'y
avoit rien à perdre dans mon projet , &
qu'abfolument il pouvoit y avoir à gagner
pour lui ; que li j'échouois j'en aurois
toute la honte , mais fi je réuffic
fois , lui feul en auroit tout le profit . Je
n'ai jamais mieux connu combien on eſtime
la Géometrie dans le monde , & combien
il étoit vrai que fi on parvenoit à
la rendre facile , tout le monde aimeroit
à être Géometre. Bien des gens ont applaudi
à ma bonne volonté on a voulu
ད
voir
MAY. 1726. 879
voir mon plan, & on m'a encouragé à l'executer
, je l'ai montré & je fuis prêt de le
montrer à quiconque le fouhaitera , n'eſtimant
pas affezmon Ouvrage pour en faire`
un myftere, & fentant parfaitement l'honneur
qu'on me fait. Je me fuis donc
laiffé perfuader de donner inceffament
cet Ouvrage , avec claufe , que je ne le
ferai imprimer que pour ceux qui l'auront
demandé après l'avoir vû & examiné
à leur gré . Voilà une premiere circonftance
qu'ignoroient ceux qui fe font
preffez de m'attaquer .
29. J'ai promis une Géometrie ftatique
, ou pour parler jufte , j'en ai donné
l'ébauche très- réelle. Mais qu'auroient
dit ceux qui ont pris la promefle d'une
chofe utile pour une déclaration de guerre
, fi j'avois annoncé un cours entier de
Mathematique choifie à l'ufage & à la .
portée de tout le monde , dont cette Géometrie
ftatique n'eft que la centiéme partie
? C'eft pourtant ce que j'ai prétendu
donner lorfque je n'ai annoncé que la
Géometrie ftatique , & c'eft de quoi j'ai
montré le plan tout dreffé depuis trois ans
à tous ceux qui ont voulu le voir , & je
le montre & fuis prêt de le montrer à
quiconque aura la même curiofité. Je
puis même citer bien des perfonnes qui
en voyent tous les jours l'execution qui
eft
880 MERCURE DE FRANCE
eſt preſqu'achevée , & qui même feront
en peu de mois en état de rendre railon
de toutes les parties des Mathématiques,
& d'en expliquer le principal détail ,
la lecture que je leur fais de mon Ouvranos
momens perdus. Ce qu'il falloit ge
à
démontrer.
fur
CHANSON PASTORALE
DA
Du Poëte Lainez .
Ans nos champs, dans nos bois, parmi cette
verdure ,
Nous vivons , nous aimons fans fard ,
Sans caprice & fans art ;
Nous ne cherchons , Phyllis, qu'à fuivre laNature;
Si le Roffignol chante un air tendre & touchant,
Ou fila Fauvette foupire ,
Nous fuivons le penchant
Que nous infpire
La douceur de leur chant.
S'il paroît quelques Tourterelles ,
Nous gemiffons , nous badinons comme elles &
Enfin , charmez de mille oifeaux ,
Et les
prenant tous pour modeles ,
Nous allons jufques aux Moineaux.
LET.
MAY. 1726. 887
XXX :XXXX ***** :***
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France.
Sur un point d'Histoire & de Geographie
de la Province de Normandie.
Oici , Meffieurs , ce que je vous ai
promis par ma derniere Lettre
fur la Ville de Pont-de- l'Arche . Il me
paroît qu'on peut rétablir cette Ville ,
qui eft du Diocéfe d'Evreux , dans la
poffeffion d'avoir été l'ancienne Ville de
Piftes où Charles le Chauve bâtit un Palais
, où il fit tenir un Concile en 861 .
des Aflemblées de Grands en 862. 864.
un autre Concile en 869. & où il conf
truifit durant ce temps- là le magnifique
Pont , qui a enfin donné fon nom à cette
Ville , èn perdant celui qu'elle portoit ,
comme il eft arrivé à beaucoup d'autres
lieux , qui n'ont plus auffi que le nom
de leurs Ponts. Car on ne doit pas cro
re qu'ils n'euffent point de nom avant
que ces Ponts fuffent bâtis.
Ce n'eft que depuis environ 6o. ans,
* Cette Lettre eft imprimée dans le Mercure
de Fevrier dernier.
qu'il
882 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a plû aux Sçavans de transferer
cette Ville dans le Diocéfe de Rouen, & ,
trompez qu'ils ont été par un Village de
Pitres , qu'ils ont découvert à l'embouchure
de l'Andelle dans la Seine , alors
ils ont privé le Pont - de- l'Arche de l'honneur
d'occuper la place de Piftes , que
Duchefne lui avoit laiflée , & ils l'ont attribué
à ce Village . M. de Valois convient
dans fa Notice des Gaules , imprimée en
1675. qu'il ne voyoit plus entr'eux de
partage là -deffus , fi ce n'étoit en faveur
de Pozes , autre Village fur la Seine , à
une lieuë au-deffus du Pont- de- l'Arche ,
qui avoit pour lui quelques Partifans
& par cette raifon il a ſuivi le torrent.
C'est ce qu'ont fait auffi les PP. Mabillon
& Germain dans la Diplomatique.
Le P. Beffin , dans fon Edition des Conciles
de Normandie , M. le Braffeur ,
dans l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Evreux , où il appelle même
Conciles de Pitres , les Conciles tenus à
Piftes , quoiqu'il y remarque que la Ville
de Pont -de- l'Arche eft l'Ouvrage de
Charles le Chauve , & il n'y a , ce femble
, que le P. Hardouin , qui dans la
nouvelle Edition de tous les Conciles ,
foit revenu au premier fentiment , par
une Note qui eſt à côté du Concile de
Piftes de 861. qu'il met en 862. où il
témoiMAY.
1726 . 883
témoigne que des perfonnes habiles
croyent que ce lieu eft le même que le
Pont-de-l'Arche.
Ainfi , ce n'eft pas fans fondement
qu'on dit que les Sçavans marchent fouvent
de trop bonne foi les uns après les
autres , & qu'ordinairement il leur fuffit
que quelqu'un d'entre eux , en reputation
d'être Critique , ait embraſſé un
Tentiment , pour qu'ils le fuivent fans
examen , & qu'ils s'égarent par confe .
quent avec lui quand il s'eft mépris .
C'eſt juſtement ce qui eft arrivé fur ce
point- ci aux hommes doctes dont j'ai
parlé. Et ç'a même été d'une maniere
d'autant plus étonnante, qu'à l'exception
du petit rapport de nom qui eft entre
Pistes & Pitres , & de la proximité de
ces deux lieux , tout au furplus les condamne
, & principalement les paffages
des Anciens , fur lefquels ils fe fondent .
Ils font dans le quatrième Livre de la
Diplomatique du P. Mabillon , où il eſt
traité du Palais de nos Rois.
1° . Selon la vie de S. Conded , Solitaire
du VII. fiecle , le flux de la mer
dans la Seine montoit juſqu'à Piſtes , ufque
ad locum qui dicitur Piftis . Le Fontde-
l'Arche en eft encore à prefent le
terme ordinaire , & il ne parvient point
juf834
MERCURE DE FRANCE .
C
jufqu'à Pitres , qui eft à une petite liene
au- deffus de cette Ville.
2. Il eft dit dans les Annales de Saint
Bertin , qu'en 862. Charles le Chauve
fit venir les Grands du Royaume avec
beaucoup d'Ouvriers & de chariots à Piſtes
, qui étoit au Confluent de l'Andelle
de l'Eure dans la Seine , & qu'il y
bâtit des fortereffes , pour couper aux
Normands le paffage par ces rivieres.
Carolus ... Primores regni fui ad locum
Piftis dicitur ; ubi ex una parte Andella
, & ex altera Audura Sequanam influunt
.... cum multis operariis & carris
convenire fecit ; & Sequana munitiones
conftruens afcendendi vel defcendendi
navibus propter Normannos aditum intercludit.
Voilà encore la veritable fituation
du Pont de l'Arche ; & celle de
Piftes ( qui eft au feul confluent de l'Andelle
, une demie -lieuë au - deffus du confluent
de l'Eure ) n'y convient pas , puifque
des fortifications faites en cet endroit
, auroient laiffé aux Normands la
liberté de cette autre riviere .
3. On apprend d'une Chronique de
Fontenelles , que Charles fit faire à Piftes
un Pont , défendu à chaque bout par
un très- fort boulevart , après avoir chaffé
de ce lieu les Normands , qui étoient
venus jufques- là avec leur Chef Sidroc
en
MAY.
885 +
1726 .
en 865. ( Normanni Duce Sidroc ) ufque
Piftis venire contendunt ( Rex pulfis
inde Normannis ) pontem mira firmitatis
adversus impetum eorum fuper fluvium
Sequanam fieri conftituit , pofitis in utrif
que capitibus caftellis artificiofiffimè fundatis.
Flodoard marque
auffi , que
Hincmar
écrivit à Charles touchant ce Pont,
de opera pontis quem rex . . .faciebat ad
PISTAS. Et à Wenilon , Archevêque
de Rouen , qui en avoit la conduite ,
item Weniloni Rotomagenfi de operariis
opera quam faciebat ad PISTAS. Enfin
, on lit encore dans les Annales de
S. Bertin , que Charles fe rendit à
Amiens par le Mans & Evreux , Ville
voifine du nouveau Château qu'il avoit
bâti à Piftes. Per Cenomanos & Ebroicenfe
oppidum fecùs caftellum novum apud
PISTAS Ambianos pervenit. Or il n'y
a à Pitres ni Pont , ni veftiges de Pont :
mais il y a au contraire au Pont-de- l'Arche
un Pont encore digne d'admiration ,
& avec un Fort à un des bouts qui y
fait une Ifle , par le moyen d'un trèslarge
foflé , où l'eau de la riviere paffe
ce qui le rendoit prefque imprénable de
ce côté- là , qui regarde la campagne. Il
refte auffi quelque trace du Fort qui étoit
à l'autre bout du côté de la Ville , & de
plus ce Pont n'eft point,nouveau , car le
ſça886
MERCURE DE FRANCE.
fçavant Auteur de la nouvelle Defcrip
tion hiftorique & geographique de la
France ancienne & moderne , qui n'a
point fait attention , que c'eft celui qui
fut bâti par Charles le Chauve en cet
endroit , a du moins reconnu qu'il en eft
fait mention dans des Actes de près de
700. ans , ainfi il exiftoit dès environ
l'an 1000. & après cela , qui feroit diff
culté de convenir auffi , qu'il doit être
le Pont que Charles conftruifit cent quarante
ans auparavant dans la même place
, puifqu'il feroit ridicule de fuppofer
qu'un ouvrage fi fort & fi folide fut fitôt
peri .
On dira peut-être que , quoiqu'il foit
que
indubitable le Pont-de - l'Arche foit
le Pont bâti à Piftes par Charles , cela
n'empêche pas que la Ville de Piftes n'ait
pû être dans le lieu où eft aujourd'hui
Pitres , parce qu'il fuffit de croire , que
ce Pont aura feulement été conftruit auprès
de cette Ville , & dans fon territoire
ad Pistas ; mais c'est là ce que je ne
pafferois pas encore , car par la difpofition
du principal Fort qui défendoit le
Pont , il eft clair que le Pont a été fait
pour une Ville , qui étoit du côté où eft
celle du Pont-de -l'Arche , & d'ailleurs.
fi Piftes avoit été du côté oppofé , les
habitans n'auroient -ils pas continué de
bâ-1
MAY 1726. 887
bâtir de ce côté- là ? Enfin , quelle neceffité
y a-t'il de faire l'hypothefe dont il
s'agit ? dès que le nom de Piftes n'eft pas
le même que celui de Pitres , n'eft- il pas
poffible qu'il y ait eu des lieux de ces
deux noms fur les rives oppofées de la
Seine ? ne voit- on pas encore à fon embouchure
dans la mer les Villes de Honfleur
& de Harfleur , qui fe regardent ,
pour ainfi dire , l'une l'autre & fi celle
de Honfleur , qui eft dans le Dioceſe de
Lifieux , venoit à perdre fon nom par
quelque nouveau & magnifique édifice ,
feroit-on bien fondé à prétendre que tous
les titres , où il feroit parlé de cette Ville
, devroient s'entendre de celle de Harfleur,
qui eft dans le Diocéfe de Rouen.
Ou y a -t'il plus de difference entre les
noms de ces deux Places , qu'entre les
noms de Piftes & de Pitres ; j'efpere qu'à
l'avenir on aura honte de foutenir un pareil
fentiment .
Au furplus le Pont- de- l'Arche n'eſt
pas le feul que Charles le Chauve fit bâtir
pour arrêter les incurfions des Normands
, il en avoit déja fait un autre à
Paris , qu'on prétend avoir été celui
qu'on appelloit autrefois le grand Pont ,
& qu'on nomme à prefent le Pont au
Change , lequel fut refait dans le fiecle
derniers on en a la preuve dans l'Edi-
B tion
888 MERCURE DE FRANCE.
tion des Capitulaires de M. Baluze, toin .
2. p. 1491. & en 855.
Ce Prince ordonna , de l'avis des
Grands du Royaume, qu'on rebâtiroit celui
d'Auvers fur l'Oife , lieu qui eſt entre
Pontoife & l'Ifle-Adam , & qui neanmoins
n'a point à prefent de Pont , &
encore celui de Charenton fur la Marne.-
Fidelium fuorum confilio pontes fuper Ifaram
& Matronam refici curat in locis
qui dicuntur Alvernis & Carenton ,
quoniam ab incolis , qui ex antiquo ipfos
pontes fecerant propter infeftationem Ñormanorum
reficere non valebant. Annal.
Bertin .
Ainfi plufieurs autres lieux ont auffi
l'obligation de leurs Ponts à cet Empereur
; mais vrai-femblablement il n'y
a plus que le Pont- de - l'Arche qui n'ait
pas été renouvellé , & la Ville qui le
conferve encore, ne fçaura , fans doute,
gré d'appliquer ici à fon Fondateur
Epigramme fuivante , qui marque fi
bien la hardieffe & l'utilité de ces merveilleux
Edifices. Elle fut faite à la gloire
du fameux Narfes , pour le Pont qu'il
bâtit à Rome aprés avoir vaincu les
Goths ; & quoique Charles n'ait pas toujours
été auffi heureux à reprimer les
Normands , que le General des Romains
de fut à l'égard de ces autres Barbares
for
MAY. 1726. 7 889
fon Pont doit être autant au - deflus de ce
qu'étoit celui de Narfes , que la Seine
eftau-deffus du Tibre dans l'endroit oùil
a été conftruit.
Quam bene curvati directa eſt ſemita Pontis,
Atque interruptum continuatur iter.
Calcamus rapidas ſubjecti gurgitis undas :
Et libet irata cernere murmur aqua.
Ite igiturfaciles populi per gaudia veftra ,
Et Carlum refonans plaufus ubique canat.
Qui potuit rigidas Danorum fubdere mentes ,
Hic docuit durum fluminaferre jugum.
Je fuis , Meffieurs , &c.
16. Decembre 1725.
********
LA SALADE EPICURIENNE du
Poëte Laifnez, cueillie par lui-même
au commencement du Printemps .
Ans les bras de l'hyver la Nature endor-
Annie;
S'éveille au bruit railleur d'un Zephire ba-
"
din ,
Bij
Et
890 MERCURE DE FRANCE .
Et confuſe à l'aſpect d'une telle infamie ,
S'enfuit fur une couche amie ,
D'un jeune Jardinier blondin .
Pour prix des premieres fleurettes ,
On voit naître dans un clin d'oeil ,
Baume , Creffon , Raves , Civettes,
Pimprenelle , Eftragon , Engelique , & Cerfeuil
,
La froide Capucine avec fa crête blonde ,
S'échaufe , & s'anime à fon tour ,
Le Pourpier fous fa feuille ronde ,
Malgré l'avarice qui gronde ,
Etale fans frayeur tout fon or au grand jour.
Le nouvel Epicure ,
Qui par tendreffe pure ,
Suivoit fes amis pas à pas ,
Le long d'un ruiffeau qui murmure
yous offre , Iris , dans ce repas ,
Quelques fruits de leur avanture ¿
Le refte n'a que trop d'appas.
Mais on fçait ce que font dans un champ de
verdure ,
Le badinage & la Nature ,
Quoiqu'on ne vous le dife pas.
Laifnez
MA Y. 1726. 89
Laifnez prenoit volontiers le furnom
de nouvel Epicure , & prouvoit que
la volupté de l'ancien Epicure étoit bien
éloignée de la débauche.
XX:XXXXXX : XXXXXXX
LETTRE de M. l'Abbé de Cipiere ,
écrite de Bourdeaux à M. L ... Sur
un endroit de l'Hiftoire des Juifs de
Jofeph , au sujet de S. Jean- Baptifte.
Pour
Our répondre , Monfieur , à votre
fçavante Lettre , au fujet de S. Jean-
Baptifte retenu au- delà du Jourdain
dans le Château de Macheronte , par
l'ordre d'Herode Antipas , Tetrarque de.
» Galilée , qui étoit accufé , dites-vous,
» d'enſeigner aux Juifs la vertu , la juf-
" tice , la Religion , le Baptême d'eau
» la Penitence , la pureté du corps &
» de l'ame , & de fe faire fuivre par un
" grand peuple qui l'écoutoit , & qui ſe
"faifoit baptifer. Ces nouveautez étoient
» fufpectes à ce Prince , qui ne put fe
» délivrer de la crainte , que par la mort
>> de ce faint homme , plus capable d'inf-
" pirer à fes Sujets le refpect & la fou-
» miffion que la revolte ; mais ce qu'il
» craignoit fut prêt de lui arriver en pu-
» nition de fon injuſtice , fon Arméefut
B iij >> dé892
MERCURE DE FRANCE.
» défaite
par fon beau - pere Aretas , Roi
de l'Arabie Petrée , & de la Syrie , & c.
Vous m'avouerez
, M. que vous avez
fuivi l'Hiftoire qui eft rapportée dans le
18. Livre des Antiquitez Judaïques
,
Chap. 7. pourquoi avez- vous diffimulé
que ce Paffage eût été interpolé dans Jofeph
par des ennemis d'Herode , & des
admirateurs
de S. Jean- Baptifte. Je vous
prie de vous retfouvenir
que , quoique
cette Hiftoire foit citée par Origene contre
Celle , elle ne fe trouve point dans
les plus anciens & les plus corrects
Exemplaires
de Jofeph ; il y a même ,
que ce Paffage de Jofeph a été emprunté
, auffi -bien que cet autre , où il eſt
parlé de Jeſus - Chrift comme du Meffie,
du Livre de l'Univers , qu'on attribua
long- temps à cet Hiftorien , & qu'on
a enfin découvert être l'Ouvrage
d'un
certain Prêtre Romain , nommé Cajus
& Jof ph. Nous avons obligation de
cette découverte au fameux Photius
le premier Critique de l'Antiquité
,
n'y ayant eu avant lui aucun Auteur
qui ait ufé des regles de la Critique ,
pour examiner fi un tel Livre , ou
un tel endroit étoit de l'Auteur qu'on
lui lo nnoit. Mais quand on ne feroit
qu'examiner
le ftile de ce Paffage
different de celui de Jofeph , on auroit
lieu
MAY. 1726. 893
lieu de foupçonner qu'il n'eft pas de
lui. D'ailleurs , pourquoi cet Hiftorien,
qui étoit de la Secte des Pharifiens, ennemis
de la doctrine de S. Jean , auroit- il
parlé fi avantageufement de ce faint
homme ? & auroit-il attribué à ſa mort
la défaite d'Herode ? Il eft bien permis
quelquefois à un Hiftorien de faire des
reflexions pour l'inftruction du Lecteur,
mais que Jofeph attribue aux Juifs , de
croire que la défaite d'Herode foit une
punition de l'injuftice cruelle qu'il fit
à S. Jean , n'eft- ce point Jofeph même
qui le croit , & qui le dit ?
D'ailleurs , qui a dit à cet Interpolateur
, que S. Jean pris à Ennon audeçà
du Jourdain , fut conduit au- delà
à Macheronte , qui dépendoit du Roi
des Arabes ? il eft certain que S. Jean
fut décollé dans la même Ville où Herode
tenoit fa Cour , & le jour qu'il
celebroit celui de fa naiffance . Il réfidoit
ordinairement à Sephoris , qu'il
avoit rétablie & fortifiée auprès de Nazareth
dans la Galilée. C'eft là qu'il fit
aux Grands de fes Etats ce magnifique
feftin où Salomé fa niece , & fille d'Herodiade
, danfa fi agreablement , que ce
Prince ne put s'empêcher , par un excès
d'admiration de lui promettre tout ce
qu'elle lui demanderoit ; fa mere habile
B iiij femme
›
8,4 MERCURE DE FRANCE.
?
femme manqua cette fois d'habileté dans
le confeil qu'elle lui donna . Car humainement
parlant , quand on eft le maî
tre de la moitié d'un Royaume , on peut,
fans fouffrir , laiffer parler un homme
qui n'a aucun pouvoir , ou qui eſt déja
fous le nôtre .
Si le Garde , qui alla couper la tête
à S. Jean , eut du aller de Sephoris à
Macheronte , éloignée de près de trente
lieuës , il n'eut pas été de retour le même
jour du feſtin , & Herodiade , ni ſa
fille , n'euffent pas eu la cruelle fatisfaction
de voir la tête de ce faint homme
dans un plat , & de lui percer les
yeux avec une aiguille ; cette derniere
circonftance rapportée par S. Jerôme ,
n'eft pas fort certaine .
M.
Je ne crois pas , que vous duffiez
noter fi fortement une faute , qui fe
trouve dans la Verfion Latine d'Arrias-
Montan , qui appelle Speculator , ce Soldat
ou Garde , qui alla couper la tête de
S. Jean , & qui eft appellé dans la Vulgate
Spiculator , de cette forte de petite
lance , ou hallebarde , dont étoient armez
les Gardes du Prince . Suidas témoigne
qu'on prononçoit anciennement
Spiculator & Speculator , à caufe que
la diphtongue fe change facilement
en voyelle fimple . Ainfi Tertullien
apMAY.
1726. 895
appelle Speculatoria caliga , ce cordon
fatal dont on fe fervoit pour étrangler
les criminels avant que de leur couper
la tête , & Arias - Montan n'aura fait
que
fuivre le grec Specoulator oninvλaTp:,
que je crois venir du latin Spica , Spiculum:
car je ne vois pas de quelle autre
racine il viendroit , cependant j'aimerois
mieux traduire avec vous Spiculator
, ainfi qu'on le trouve dans Tacite
, dans Plaute , & dans le Digefte , Parag.
1. de bonis damnatorum. 3
Mais pour reprendre notre Hiftoire ,
n'eft- il pas vrai , M. que les Evangelif
tes ont encore apporté une autre raiſon
de l'emprifonnement de S. Jean ? ce n'eft
pas pour prêcher une Doctrine particuliere
, car elle étoit conforme à la Loi
de Moyfe ; ce n'eſt pas même par la liberté
qu'il prit de reprefenter à Herode
, qu'il ne lui étoit pas permis d'enlever
la femme de fon frere Philippe ,
mais c'eft la cabale des Pharifiens & d'Herodiade
. La Princelle craignoit qu'Herode
ne fe laifsât toucher par les fortes
remontrances de S. Jeans les Pharihiens
vains & orgueilleux voyoient avec
jaloufie que le peuple le fuivoit , & ſe
faifoit baptifer : & ce fut à la priere de
Salomé qu'il eut la tête tranchée , mort
plus honteuse à Herode qu'à S. Jean.
By Si
896 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on vouloit attribuer au crime que ce
Prince commit, la défaite de fon Armée,
on pourroit encore lui, attribuer fon exil
dans les Gaules, où fa femme avoit déja été
releguée , & tous les deux privez de leurs
Etats par l'Empereur Caius , Succeſſeur
de Tibere . On pourroit y ajoûter leur
miferable fin en Efpagne , mais je ne
fçaurois avancer de telles conjectures fur
les Myſteres de la Providence , & de la
juftice de Dieu , quoiqu'il ne faut pas
douter , que Dieu ne puniffe fouvent les
auteurs d'un crime , & d'une injuſtice ,
en faifant arriver les chofes qu'ils ont
voulu éviter par une mauvaiſe action .
Cela eft vifible dans les Pharifiens ,
qui condamnerent Jeſus -Chriſt à la mort,
de crainte que le peuple venant à croire
en lui , les Romains n'en priffent occafion
de châtier des Grands , & de detruire
leur Nation . Mais ils n'éviterent
point ce qu'ils craignoient , car foixante
ans après , toute la Nation fut détruite
& difperfée. A Dieu ne plaife , que nous
devions fouhaiter une telle juftice de
nos ennemis , tout Chrétien doit avoir
appris aux pieds de la Croix , cette grande
Loi de l'Evangile , pardonner & prier
pour les ennemis , parce qu'ils ne fçavent
ce qu'ils font. Je fuis , &c. A Paris , ce
1. Aouft 1725
On
MA Y. 1726. 897
Skakaka
LE PINC'ON ET LA FAUVETTE.
Fable allegorique.
GentilPinçon dans un certain bocage ,
Lefte , galant , né pour l'amour,
A plufieurs oifeaux d'alentour ,
Com toit fleurette en fon ramage.
Jamais les Heros de Romans >
Ne fçûrent mieux que lui tourner leurs compli
mens ,
Ce franc Coquet enflammoit maintes Belles;
Charmé d'affujertir un coeur,
Illaifoit à d'autres l'honneur ,
D'étre amans conftans & fideles.
Mais à force de prendre , on eft quelquefois
pris ;
C'eſt ce qu'à leurs dépens milie gens ont appris.
Sur un Ormeau Pinçon rencontre une Fauvette
Seduifante Venus , elle avoit tes attraits
Dans l'art de tendre des filets ,
Fut-il plus habile Coquett te?
B vj Notre
898 MERCURE DE FRANCE .
Notre galant lui fait auffi - tôt les doux yeux,
Lui dit qu'il n'eſt rien fous les Cieux , ∙
Qui lui puiffe être comparable.
La Fauvete répond au difcours gracieux.
Fauvete en tel jargon feroit in tariffable :
Elle employe fi bien fes talens enchanteurs ,
Que notre Oyfeau tyran des coeurs ,
Sent embrazer le fien d'une fubtile flamme .
L'amour fur le Pinçon femble épuiſer ſes traits :
Nul preux Chevalier jamais ,
Ne fut autant que lui tranfporté pour fa Dame :
Du recit de fa peine il frape les échos,
Pour les hôtes des bois il n'eft plus de repos.
On parle enfin de mariage.
La Coquete pour engager ,
Son Amant fujet à changer ,
Affecte humble maintien , & doucereux langage
,
Réfolue à changer de ton dans fon ménage.
Le bruit de cet Hymen fait grand bruit au Can
toni
Amis & parens du Pinçon ,
Accourent à cette nouvelle ;
Lui déclarent tout féchement ,
Que
MAY. 899 1726.
Que pour entrer dans cet engagement ,
Il faut qu'il perde la cervelle.
Cependant notre amoureux fou ,
Les laiffe jafer tout leur fou ,
Sévade , & va former une éternelle chaîne.
Si-toft qu'il eſt dans ce nouveau lien ,
Qu'il croyoit le fuprême bien ,
Il eft en proye aux ennuis , à la peine.
Seigneur Pinçon , veritable étourneau ,
N'eft plus cet enjoué , ce charmant Damoiſeau.
La Fauvete infolente , altiere & bizarre ,
N'a que mépris pour fon époux ,
De ſes chagrins , de ſes ſoupçons jaloux
Elle faitfon plaifir barbare ,
Le Pinçon ne voit plus que jours infortunez.
器
Jeuneffe imprudente apprenez ,
D'un Pinçon à tête legere ,
Qu'il ne faut badiner avec le Dieu d'amour.
Pour punir les badins le traître chaque jour ,
De fon métier fait plus d'un tour.
Quant au fait de FHymen , eft fage qui préfere
,
Aux vains charmes de la beauté ,
900 MERCURE DE FRANCE:
A quelque agrément affecté ,
La vertu , le bon caractere.
LETTRES du P. C. à M. B. fur les
E
Mathematiques .
Premiere Lettre.
Jt fouferisvolontiers , Monfieur, à
tous les éloges que vous donnez à la
Geometrie , & aux Geomettres modernes
, qui l'ont élevée à un fi haut degré
de perfection . La Geometrie eft une
fcience divine , j'en conviens ; les Geometres
font des genies fublimes , tranſcendans
, divins , j'en tombe d'accord ;
& l'on ne me connoît pas fi l'on croit
que je contredis les idées les plus vulgaires.
Loin de les contredire , je commence
en toutes chofes par les adopter ,
& par
les faire valoir de mon mieux :
mais je les lie autant que je puis , j'en
faifis l'efprit & le fyftême , & j'en tire
enfuite comme d'autant de principes
que cette liaiſon rend feconds , des con
fequences des corollaires , des ufages qui
ne contredifent point les idées préciſes ,
mais quelquefois les préjugez vagues ,
les
MAY 1726. 901
les demi - idées , les raifonnemens mal
combinez , les notions mal afforties . Ainfi
je foufcris pleinement à vos prétentions
en faveur des Geometres ; mais agréez
que je m'en ferve pour autorifer la
mienne en faveur de ceux qui veulent
le devenir. Car je vous déclare , que ,
fans m'amufer à faire des éloges d'une
Science dont le merite eft affez connu
mon but unique eft de rendre , s'il eft
poffible , tout le monde Geometre : voici
donc comme je raiſonne.
La Geometrie eft divine , donc elle
n'eft pas humaine ; elle eft fublime ,
donc peu d'efprits peuvent y atteindre .
Plus les Geomettres font admirables ,
moins ils font imitables , & moins a- t'on
la présomption de fe croire fait pour les
imiter & pour devenir un homme admirable.
Toutes chofes ont deux faces ;
vous louez , vous exaltez , vous divinifez
la Geometrie , & deflors vous croyez
que tout le monde va s'y livrer. Croyezmoi
, ce n'eft pas manque d'eftime qu'on
neglige la Géometrie ; & fi vous y regardez
de près , vous verrez qu'on ne
L'eftime peut-être que trop , & que fi
on l'eftimoit moins , on l'aimeroit fans
doute mieux. On fe trompe fort , lorfqu'on
fe flate de conduire les hommes
par l'efprit & par l'eftime , comme s'il
étoit
902 MERCURE DE FRANCE .
étoit fort rare de leur voir laiffer ce
qu'ils eftiment , & faifir ce qu'ils méprifent.
Les hommes , au moins la plû
part de ceux que j'ai connus , fe conduifent
par fentiment , par goût , par attrait
.
Enfin , c'eſt par les faits , & par la
conduite foutenue des hommes que je juge
non pas de ce qui devroit être , mais
de ce qui eft ou de ce qui n'eft pas . Tout
le monde eftime la Geometrie ; tout le
monde voudroit être Geometre. Depuis
l'Artifan mechanique jufqu'à l'Architecte
, l'Ingenieur , & le General d'Armée ,
tout le monde fent que la Geometrie eft
une Science qui lui manque , & qui lui
feroit d'un continuel ufage. Tout le monde
voudroit l'avoir , mais perfonne ne
veut l'acquerir. C'eft leur faute , fi vous
voulez ; on a tort , on devroit , tout ce
qu'il vous plaira ; mais après avoir bien
déclamé contre le genre humain , il refte
toujours que la Geometrie eft abandonnée
, quoiqu'on l'eftime , quoiqu'on la
loue , quoiqu'on en ait un befoin prefque
indifpenfable.
Rendons même juftice au genre humain
, il y aune infinité de gens qui voudroient,
& qui veulent ferieufement être
Geometres ; ils en font tous les premiers
frais , achetent des Livres , des étuis de
Ma
'MA Y. 1926. 903*
fur
Mathematique , des machines , une re
gle & un compas , & prennent des Maîtres.
Mais l'Hiftoire des faits m'apprend
que le nombre des Geometres n'en eft
pas pour cela plus grand , && que
cent qui font ces premiers frais , à peine
y en a-t'il un feul qui faffe les fe
conds ›
& qui pouffe au- delà de cinquante
propofitions effectives de Geometrie
; & le peu qu'on en apprend , ou
qu'on fait femblant d'en apprendre , eft
reduit à rien , trois mois après les Maîtres
congediez .
Vous me dites , Monfieur , que la
Geometrie eft une fcience difficile , abftraite
, & épineufe , & qu'il faut être
né pour cela ; j'en conviens , mais fans
préjudice de ma maniere , qui eft d'analifer
un peu tous les dictons vulgaires
, & de les évaluer au plus jufte . Je
conviens que la Geometrie , telle qu'elle
fe prefente communément , eft abftraite
& difficile , & que tout le monde n'eſt
pas né pour une Science abftraite & difficile.
Mais peut- être n'eft- il queftion
que de la façon dans tout cela. En effet
, plus j'examine le fonds de la chofe,
moins je comprens d'où peut venir cette
grande difficulté. Car fur quoi roule la
Geometrie ? fur la grandeur fenfible &
bornée ; fur les lignes que nous voyons ;
fur
964 MERCURE DE FRANCE
les furfaces que nous touchons ; fur les
corps que nous manions ; fur les figures
que nous retrouvons fur tous
;
tout ;
par
les plus groffiers objets de nos fens. Mais
peut être que le procedé de la Geometrie
eft fort rare & fort élevé que fait- elle
donc , & que font toutes les Mathema
tiques ? elles mefurent
, elles pefent ,
elles comptent. Eft - ce que tout le monde
n'eſt pas né pour mefurer , pefer &
compter ? & que faifons - nous autre chofe
depuis le matin jufqu'au foir , depuis
le premier inftant de notre vie jufqu'à
notre mort ? montrez- moi une feule de
nos operations
mechaniques
qui n'ait cela
pour but. Les Mathematiques
combinent
, comparent
, transforment
, augmentent
, diminuent
, multiplient
, divifent
, examinent
des rapports. Trouvezmoi
un feul homme qui faffe autre chofe
, qui parle d'autre chofe , qui penſe à
autre chofe. Nous fommes fi naturellement
Geometres & Mathematiciens
, que
nos operations
les plus fpirituelles
roulent
fur la grandeur
fenfible & bornée ,
& que fi nous ne pouvions parler , par
exemple , des efprits fans les comparer
, fans les mefurer , fans les compter
, fans les pefer , fans les façonner ,
fans les figurer ; en un mot , fans expreffions
SAMAY. 1726. 905,
fions mathematiques , il nous feroit abfolument
interdit de parler.
Du refte , tout eft clair , évident , dé
montré en Mathematique ; les difficultez
, s'il y en a , viennent donc d'ailleurs
? la Phyfique , la Morale , la Metaphyfique
, toutes les Sciences font dans
tous ces points fort inferieures aux Mathematiques.
Leurs objets font vagues ,
& pour le moins invifibles , leurs quef
tions indéfinies , leurs ftipulations incertaines
, leurs connoiffances litigieuſe,
leurs difficultez infolubles , & pardellus
tout , leurs erreurs fans nombre ; &
malgré cela , pour un Geometre vous
trouverez cent Phyficiens , cent Metaphyficiens
, & c. On mépriſe la Phyfique
, & on s'y livre ; on eftime la Geometrie
, & on la laiffe là.
C'eft de ces Reflexions & de bien d'autres
, dont je vous ferai part quand vous
voudrez , que j'ai conclu que malgré
une certaine facilité abfoluë qui eſt dans
les Mathematiques , il y avoit cependant
une difficulté relative à la plupart des
efprits , laquelle eft une veritable impoffibilité
morale & de fait dans la pratique.
Mais il ne m'a pas été fi facile
enfuite de remonter à la veritable fource
de cette difficulté. Car j'avoue que j'ai
autant de droit qu'un autre , de me laif
fe
906 MERCURE DE FRANCE.
fer éblouir de cette haute perfection que
vous ne ceffez d'exalter , & que j'exalrerois
tout auffi volontiers qu'un autre ,
s'il étoit question de cela , pour rendre
les gens Geometres . C'eft pourtant cette
trop haute perfection qui m'a defillé les
yeux après me les avoir long - temps
éblouis.
Je me fuis fouvenu , que le fouverain
droit faifoit fouvent la fouveraine
injuftice , que trop de perfection étoit
une grande imperfection , & qu'il étoit
queftion après tout de la perfection des
hommes , bien plus que de celle de la
Geometrie. Vous exaltez , vous divinifez
la Geometries mettez- la donc auffi
dans une niche avec cette infcription .
ignota Dea : car c'eft- là qu'aboutiffent
toutes ces Deifications ferviles , & en
quelque forte idolatriques . Enfin , fans
blâmer perfonne , ce n'eft pas là ma me
thode ; & depuis trois ans mon but unique
a été d'humanifer , & fi je le puis ,
de popularifer la Geometrie , & toutes
les Mathematiques . Quel inconvenient
y a.til , je vous prie , à mettre la Geometrie
à la portée du peuple ? c'eſt la
dégrader , c'eft la profaner , c'eft tout ce
qu'un beau zele pourra vous infpirer de
plus fort , c'est tout ce qu'il vous plaira.
Je m'eftimerois fort heureux d'avoir vo-
F
tre
MAY. 1726.
907
tre fuffrage ; mais il me fuffira , en tout
cas , d'avoir celui du grand nombre pour
qui je travaille ; & je me flate de l'avoir
, j'en ai même déja d'affez fûrs garants
, & je pourrois vous citer bien des
perfonnes intelligentes , qui ont vu l’effet
& le fruit de mes bonnes intentions
pour le public en ce point.
1
, Pour vous en donner une idée je
vous dirai ici en peu de mots , que pour
le file de la Geometrie , il y a deux
chofes qui rebutent jufqu'ici prefque
tous les efprits curieux de cette Science .
1 ° . L'enchaînement trop fervile des
idées . 2 ° . La fechereffe trop auftere du
difcours. Mon deffein eft de donner un
peu plus de jeu & d'aifance aux idées
geometriques , & d'en rendre le diſcours
plus reffemblant à celui que toutes fortes
d'efprits goûtent par tout ailleurs . Ma
maniere , en un mot , eft de converfer
plutoft que de dogmatifer , d'expliquer
plutoft que de démontrer , de parler aux
fens plutoft qu'au pur efprit , de perfuader
plutoft que de convaincre , de mettre
les Mathematiques en état d'être lûës
tout de fuite plutoft que meditées à loifir
, & de parler enfin le langage des
Dieux. Mais ce n'eft pas là tout mon
plan , ce n'en eft même que la moindre
partie,
908 MERCURE DE FRANCE.
partie. Le refte fera le fujet d'une fe
conde Lettre. Je fuis , &c. C ...
jkjkjkjk ; kakakakakakak
L'INCONSTANCE RECIPROQUE
CANTATE.
TIrcis enchanté de Climene ,
Avoit rendu cette inhumaine ,
Senfible à fes tendres ſoùpirs ;
Mais l'Inconſtant dans la fin de fa peine ,
Avoit trouvé la fin de fes plaifirs.
Son ardeur n'étoit plus la même ;
Son coeur n'étoit plus enflammé ;
Il avoit oublié comme il faut que l'on aime ,
Pour avoir trop appris comme l'on eft aimé.
La jeune & charmante Lyfette ,
Etoit l'objet de fes foins amoureux ,
Et ce Berger fur ſa muſette .
Chantoit ainfi fes nouveaux feux.
Beaux yeux à qui tout eſt facile ,
Je livre mon coeur à vos coups ;
E
MAY.
-1726. gog
Et je voudrois en avoir mille ,
Pour pouvoir vous les offrir tous.
Si je romps le noeud qui me gêne ,
Pour me lier d'une autre chaîne ,
Amour , tu ne peux m'en blâmer..
2.4
Je brûle d'une ardeur nouvelle ;
Je ceffe d'être Amant fidelle ;
Mais je ne ceffe pas d'aimer.
Tout change chaque jour dans la Nature en
tiere ,
La Vieilleffe fuit les beaux ans ;
La nuit fuccede à la lumiere ,
Et l'Hyver fait place au Printemps.
Nous voyons la Rofe nouvelle ,
Naître & mourir en un moment : >
Pourquoi donc nous picquer d'une amour éternelle
,
Puifque la loi du changement ,
Eft une loi fi naturelle a
Trop de fidelité
Devient incommode
Aprefent c'est la mode ,
D'aimer
910 MERCURE DE FRANCE .
D'aimer à fa liberté.
J'abandonne mon ame
Aux traits du Dieu d'amour ;
Mais ma plus vive flamme
Ne peut durer qu'un jour,
Climene qui d'abord blâmoit un in fidelle ,
Devient plus attentive aux difcours du Ber
ger;
Bien - toft elle apprend à changer ,
Et Licidas eft aimé d'elle.
'Dans ce nouvel engagement,
Ils trouvent à fe fatisfaire :
Elle eſt aimable , il eſt charmant ;
ri eft volage , elle eft legere.
Si vous voulez vivre contens ,
Vous que le tendre amour engage ,
Ne fongez qu'à mettre en uſage ,
Les maximes de ces Amans,
L'ennuyeuſe Perfeverance ,
Nous fait perdre nos plus beaux jours
Et les charmes de l'inconftance ,
Font
MAY.
911 1726.
Font les vrais plaifirs des amours.
Ne refufons point nos hommages ;
Aux Beautez dignes de nos voeux ;
Mais foyons legers & volages ,
C'eft le feul moyend'être heureux .
Le Maire.
贊
Explication d'un terme de la baffe
Latinité.
Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R.
touchant une ancienne danfe Ecclefiaftique
, abolie par Arreft du Parlement.
N vous declarant mon fentiment fur
El'explication duterme d'abbasCur Cornardorum
, je n'ai pas voulu , Monfieur,
vous rappeller ce qu'un Voyageur a écrit
touchant la Fête de l'Afne, qu'on folemnife
encore (à ce qu'il dit ') à Verone en Italie
. Une telle Hiftoire merite confirination
, avant que d'être publiée d'un certain
ton car comme on dit communé
ment : A beau mentir qui vient de loin
C Pour
912 MERCURE DE FRANCE .
Pour ce qui eft des ceremonies de Sens
& d'Evreux , elles ont exifté veritablement.
Si je n'ai pas trouvé le dénouement
de la derniere , je l'abandonne à
Meffieurs de Rouen & d'Evreux , parmi
lefquels l'Abbé des Cornards a beaucoup
brillé. J'ai toujours de la peine à croire,
que cet Abbé ait été autre chofe que le
premier & principal desJoueurs d'Inftrumens
, qui avoient permiffion d'affembler
le public aux Places & Carrefours
& de dire là tout ce que bon leur fem-
"bloit , au fujet des moeurs & de la conduite
d'un chacun . Tels étoient en Province
les Spectacles du vieux temps .
?
Voici un autre mot dont l'explication
vous paroîtra moins douteufe. C'eft
le Subftantif Pilota. Nos Ancêtres ont
paflé generalement pour être grands
Joueurs de Paume, auffi - bien que grands
Chaffeurs. On peut juger de leur aptitude
à l'un & à l'autre exercice , par les
recits qui fe trouvent dans les Mercures
du mois de Septembre 1724. & Janvier
1725. J'entens parler feulement des Seculiers
, qu'il étoit neceffaire que l'exercice
du corps formát à l'ufage des
armes , pour foûtenir les guerres fi longues
de la Bourgogne , dont Auxerre a
été & eft encore la clef ; ce qui leur a
yalu des franchifes & des privileges particuliers,
M A Y. 1726. 913
culiers , confirmez par tous nos Rois .
Il ne s'eft point prefenté jufqu'ici d'occafion
de vous parler de l'exercice corporel
des
Ecclefiaftiques de ce pays . Vous
allez voir qu'ils ne fe le font point cru
défendu , & qu'il y avoit autrefois ici
un Jeu de Paume affecté aux Chanoines.
Le terme Pilota , dont je vais effayer
de vous faire l'anatomie , vous en
développera l'origine , les circonftances
& la durée. Monfieur du Cange cite
dans fon Gloffaire tous les Auteurs indifferemment
, pour faire remonter à la
plus haute antiquité qu'il peut ,
les termes
de la bafle Latinité qui lui font tombez
fous les yeux. Je ne remonterai
point , pour celui-ci dont il ne parle pas ,
plus haut qu'au quatorziéme fiècle . Mais
pour en avoir la veritable interpreta
tion , il faut auparavant ouvrir Beleth &
Durand Ecrivains du douzième & treiziéme
fiecles . Ils nous parlent tous les
deux du Jeu de Paume , dont les Evêques
& Archevêques ne dédaignoient
point de jouer quelques parties avec leurs
inferieurs. Voici les termes de Beleth ,
qui écrivoit à Paris vers la fin du douziéme
fiecle , & qui fleurit enfuite .
2
Dans l'Eglife d'Amiens. Sunt nonnulla
Ecclefia in quibus ufitatum eft ut
vel etiam Epifcopi & Archiepifcopi in
Cij coeno914
MERCURE DE FRANCE .
ن م
coenobiis cum fuis ludant fubditis , ita ut
etiam fefe ad lufum pila demittant. Atque
hac quidem libertas ideò dicta eft Decembrica,
quòd olim apud Ethnicos moris
fuerit ut hoc menfe fervi , & ancilla ,
paftores velut quadam libertate donarentur
, fierentque cum dominis fuis pari conditione
, communia fefta agentes poft collectionem
meffium. Quanquam verò magna
Ecclefia ,ut eft Remenfis,hanc ludendi
confuetudinem obfervent , videtur tamen
laudabilius effe non ludere. ( a ) Durand ,
Evêque de Mende, qui écrivoit cent ans,
ou environ après Beleth fon Rational des
Offices divins , & qui copie fouvent ce
Theologien de Paris , dit , en parlant du
jour de Pâques . In quibufdam locis hac
die , in aliis in Natali , Pralati cumfuis
Clericis Indunt , vel in clauftris , vel in
domibus Epifcopalibus ; ita ut etiam defcendant
ad ludum pila , vel etiam ad
choreascantus . ( b ) Voilà , felon le
témoignage de deux Auteurs graves , un
Jeu de Paume pratiqué par des Frelats
le jour de Noël ou de Pâques : & le
premier affure que c'étoit la coutume de
I'Eglife de Reims . Je ne veux point m'arrêter
à l'Etymologie du Pila , que quelques
-uns difent avoir été donné aux bal
( a (Beleth , cap 120.
(b) Durand , lib, 6. cap. 86.
les
MAY. 1726. 915
les de Paume , parce qu'on les faifoit
originairement de poil de Chevres : mais
il eft conftant que Pilota en eft un dérivé.
C'étoit une pelotte qui fervoit d'amuſement
au Clergé de quelques Eglifes
les Fêtes de Pâques , & le terme de
pelotter ufité parmi les Joueurs de Pau
me , ne peut venir que de femblables
pelottes bondiffantes , qu'on fe renvoyoit
les uns aux autres par maniere de délaffement.
Il faut à prefent vous dire , Mon
fieur , ce que j'ai trouvé de plus ancien
pour prouver l'identité du Pila dont Beleth
& Durand parlent , avec le Pilota
de quelques Eglifes , & fur tout de la
nôtre & .vous ferez convaincu que ce
Pilota n'eft qu'une filiation , pour ainfi
dire, & une extenfion du Pila . C'eſt là le
Jeu de Paume dont j'ai eu intention de
vous parler. Son origine fe prend de l'ufage
particulier de quelques Eglifes de
France du douziéme & treiziéme fiecles .
Mais il n'y en a peut- être point eu où
il ait plus éclaté & plus duré que dans la
nôtre. Je trouve d'abord un Reglement
du Chapitre d'Auxerre du 18. Avril
1396. qui eft ainfi intitulé. Ordinatio
de pila facienda. En voici la teneur :
Ordinatum fuit quòd Domini Stephanus
de Hamello & Magifter Johannes , Cle-
C iij men
916 MERCURE DE FRANCE. '
$
menteti quifuerunt novi stagiatores ,facien
pilotam proximâ die Luna post Pafcha ...
& confenfit primum menfem pro dicta pila
folvi.. On nommoit encore alors cette
ceremonie , comme vous voyez , tantôt
Pila , tantôt Pilota : mais depuis ce tems
là je ne la trouve plus nommée que
Pilota. Il s'agilfoit d'une balle ou ballon ,
que chaque nouveau Chanoine devoit
prefenter à la Compagnie , afin qu'elle
s'exerçât deffus. Il falloit que cette balle
fut confiderablement groffe , puifque le
Mercredi 19. Avril 1412. il fut ftatue
que la pelotte feroit reduite à une groffeur
unpeu moindre , & cependant qu'elle
ne feroit point fi petite qu'on pût
tenir d'une feule main , mais de telle
groffeur , qu'il fut neceffaire d'y met .
tre les deux mains pour l'arrêter ; qu'elle
feroit offerte avec les folemnitez ac-
-coûtumées ; qu'on en jouëroit comme à
Pordinaire ; & que le Préfident de la
Compagnie pourroit , s'il jugeoit à propos
, l'enfermer chez lui , de crainte de
quelque inconvenient. Ne vous impatientez
point , Monfieur , de tout ce detail
. Vous allez voir qu'il conduit à quel
que chofe de ferieux , & que l'un de nos
Rois voulut être informé de la ceremo
nie telle qu'elle fe pratiquoit par
mi nous il y a deux cens ans. Elle rela
çuc
MAY. 1726. 917
Çût quelque échec dès l'an 1471. Il n'y
avoit pas long temps que Maître Gerard
Royer , celebre Docteur de Paris ,
avoit été reçû Chanoine d'Auxerre . Son
tour vint à fournir & repreſenter la Pelotte
le jour de Pâques , qui étoit cette
année le 14. Avril. L'heure venue pour
la ceremonie , tous les principaux de la
Ville , Gentilshommes , Magiftrats , & c.
affemblez avec le Clergé dans la Nef de
la Cathedrale , il ne fe trouva point de
Pelotte. Celui qui devoit la fournir étoit
prefent on s'en prit à lui . Il s'excufa ,
difant qu'il avoit lû dans le Rational de
l'Evêque de Mende , que cette ceremo
nie n'étoit pas convenable. Mais fa raifon
n'ayant pas été reçûë , il fut obligé
d'avoir recours à Etienne Gerbault , Cha
noine , qui avoit chez lui la Pelotte ,
qu'il avoit prefentée l'année précedente,
& de l'emprunter de lui. Après quoi
le murmure étant ceffé , il la préfenta
publiquement avec fa gravité doctorale
, (a ) à Monfieur le Doyen , qui s'ap-
( a ) Il eft appellé dans nos Regiftres Magif,
ter infacra pagina . On voit au 7. Tome de
' Hiftoire de l'Univerfité de Paris , P 604. avec
quel zele en 1456. l'Univerfité conclut , que la
Faculté de Theologie prendroit fait & caufe
contre l'Inquifiteur à l'occafion de quelques Thefes
de fa Vefperie qu'il avoit improuvées.
Ciiij pelloit
918 MERCURE DE FRANCE .
pelloit alors Thomas La - Plotte , & à
Meffieurs du Chapitre , affemblez en
preſence de Triſtan de Toulongeon , Capitaine
& Gouverneur d'Auxerre pour
le Duc de Bourgogne , de Jean Regnier
, Seigneur de Montmercy , Grand-
Bailli , de Jean de Thyard , Seigneur
du Mont- Saint- Sulpice , & de tous les
Citoyens accourus en grand nombre . Et
poftea , dit le Regiftre , more folito , inceperunt
choream ducere ; quâ facta ad
Capitulum redierunt pro faciendo collationem.
Qui eft ce qui ne reconnoît pas à ce
trait une plus grande bizarrerie , dans
l'ufage que Gerard Royer improuvoit ,
que dans celui dont le Docteur Beleth
avoit dit , qu'il étoit plus expedient de
s'en abftenir ? La ceremonie cependant ,
avec tout fon ridicule , fubfifta encore.
plus de foixante ans . Un Chanoine , nommé
Laurent Bretel , qui étoit Curé de
Saint Renobert dans la Cité d'Auxerre ,
crut , fans être Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , qu'il ne lui convenoit
pas de tremper dans le Pilota , &
il refufa de s'y foumettre. Auffi tôt grand
bruit de la part des Zelateurs de la prétendue
antiquité , & Inftance au Bailliage
d'Auxerre ; mais , contre l'attente
des demandeurs , la ceremonie qu'on
croyoit
MAY. 1726. 919
3.
croyoit y devoir être foutenue , vu le divertiffement
qu'elle donnoit aux Magif
trats du lieu , auffi - bien qu'aux Bourgeois
, fut blâmée & condamnée , & ordre
au Chapitre de la changer en quelque
chofe de plus édifiant. La Sentence
fut prononcée le 22. Aouft 1531. Appel
intervint de la part du Chapitre , où
l'on difoit toujours : C'est l'ufage : donc
cela eft bon , c'est-à- dire : Cela exifte ;
donc cela eft bon. Le vigoureux Chanoine
fe roidit contre le fophifme groffier
& fuivit l'affaire. On ne parloit
plus au Parlement & ailleurs que de la
Pelotte d'Auxerre. Le Roi François I.
en fut informé étant à Lyon . Comme on
ne lui en fit le recit que d'une maniere
fort generale , en prefence des Cardinaux
de Lorraine & du Bellay , il fe
contenta de dire , qu'il falloit ôter l'abus
& la difformité qui pouvoit y être,
Il en dit autant des Feftages d'Angers .
Je tire ces circonftances d'une Lettre de
Monfieur Thibout Procureur Genesal
, à François de Dinteville , Evêque
d'Auxerre , que j'ai en original. Ce Prélat
, dont Rabelais & fes Commentateurs
ont dit tant de contes pour le décrier ,
ne laiffoit pas de s'intereffer à l'aboliffement
de la ceremonie. Le Procureur General
l'avertiffoit , que le meilleur moyen
C v de
920 MERCURE DE FRANCE :
de la faire ceffer , étoit d'en dreffer un
bon procès verbal , qui mettroit la Cour
en état de juger des circonftances & dépendances
: Il fallut en effet en venir- là.
La Cour commit M. François Difque ,
Confeiller , qui fe rendit à Auxerre pour
le jour de Pâques de l'année 153 5. qui
fut le 28. Mars. Florent de la Barre ,
Doyen , officioit ce jour - là , felon les Regiftres
que j'ai vûs : & comme il n'étoit
reçû que depuis un an , il y a appaparence
que la Pelotte fut auffi fournie
par lui ; car aucun n'en étoit exempt.
Quoiqu'il en foit , de celui qui fit l'offrande
du Ballon , vous pouvez croire
que cette fois on fit le refte de la ceremonie
le moins mal qu'on put , en prefence
& fous les yeux d'un Spectateur fi
diftingué , & venu exprès pour la voir.
Au retour de ce Commiffaire , le procès
verbal fut examiné par quatre Confeillers
du Parlement , quatre Chanoines
de Notre-Dame de Paris , & par
quatre Docteurs de Sorbonne , les Procureurs
des Parties prefens : & enfin en
1538. le 7. Juin , il fut prononcé , en
confirmation de la Sentence du Bailliage
d'Auxerre , que la complainte prinfe
par les Doyen , Chanoines & Chapitre
d'Ancerre
étoit non recevable
, que la ceremonie
feroit reformée
, & qu'elle fe
feroit
MAY. 1726. 921
feroit fans aucune oblation de Pelotte en
forme Spherique ... ni aucune comeſſation;
& les Protecteurs de la Pelotte furent
condamnez en tous les dépens envers
Maître Laurent Bretel. Ce Chanoine
déceda dix ans après . Il eft reprefenté
en foutane de couleur violette & rouge-,
cramoifi , à l'un des vitrages de la Ca
thedrale , dans la croifée , du côté du
Septentrion . 11 eft inutile de vous entretenir
de la commutation qui fut faite
du repas en une fomme que tous les Chanoines,
nouvellement reçûs , payent en◄
core fous le titre de Pilota . Mais ce que
je vous referve , en finiflant l'Hiftoire
de la bonne ou mauvaiſe fortune de ce
Pilota , eſt une deſcription abregée de la
ceremonie , telle que je l'ai trouvée dans
un Manufcrit un peu pofterieur au temps
de l'Hiftoire , mais dont les termes énergiques
du Latin fuppléront au défaut du
recit de plufieurs circonftances. Accep
ta pilota à profelyto feu tirone Canonico,
Decanus , aut alter pro eo olim geftans
in capite almutiam ceterique pariter , aptam
diei Fefto Pafche Profam antiphonabat
qua incipit Victimæ Pafchali laudes :
tum lava pilotam apprehendens , ad Profa
decantata numerofos fonos tripudium
agebat , ceteris manu prehenfis choream
circa dadalum ducentibus , dum interim
C vj per
922 MERCURE DE FRANCE.
per alteras vices pilota fingulis aut plu
ribus ex choribaudis à Decano ferti in
fpeciem tradebatur aut jaciebatur. Lufus
erat & organi ad chorea numeros . Prosa
ac faltatione finitis chorus poft choream
ad merendam properabat. Ibi omnes de
Capitulo , fed & Capellani atque Officiarii
, cum quibufque nobilioribus oppidanis
in corona fedebant in fubfelliis feu
orcheftra ; quibus fingulis nebula oblata
bellariola , fructeta , & cetera hujufmodi
cum apri , cervi aut leporis conditorum.
fruftulo offerebantur , vinumque candidum
ac rubrum modeftè ac moderatè unâ
fcilicet aut alterâ vice propinabatur , lectore
interim è cathedra aut pulpito Homiliamfeftivam
concinente. Mox fignis majoribus
ex turri ad Vefperas , &c. C'eſtà-
dire , que le Chanoine nouvellement
reçû , étant tout prêt avec fa Pelotte devant
fa poitrine , dans la Nef de Saint-
Etienne , à une heure ou deux après midi
, il la préfentoit au Doyen ou plus an
cien Dignitaire ; lequel , pour s'en fervir
plus commodément , mettoit dans fa
tête ce qu'on appelle aujourd'hui la poche
de l'aumuce. Ayant reçû la Pelotte ,
il l'appuyoit pareillement fur fa poitrine
avec fon bras gauche , & à l'inftant il
prenoit un Chanoine par la main , & ouvroit
une danfe qui étoit fuivie de celle.
des
MAY. 1725. 923
des autres Chanoines , difpofez en cercle
ou d'une autre maniere . Alors on
chantoit la Profe Victima Pafchali laudes
, & pour en rendre le chant plus regulier
& plus accordant avec le mouvement
de la danfe , il étoit accompagné de
l'orgue . Cet inftrument étoit à la portée
des Acteurs , puifqu'ils exerçoient leur
perfonnage prefque au deffous du buffet
, dans l'endroit de la Nef , où avant
l'an 1690. on voyoit fur le pavé une efpece
de labyrinthe en forme de plufieurs
cercles entrelacez , de la même maniere
qu'il y en a encore un dans la Nef de
l'Eglife de Sens. Mais le plus beau de
l'affaire étoit la circulation de la Pelotte ,
ou le renvoi qui s'en faifoit du premier
de l'Affemblée aux particuliers , & reciproquement
des particuliers à ce Préfident.
Je ne fçai fice perfonnage n'étoit
point au milieu du cercle avec tous fes
habits & ornemens diftinctifs. Il faudroit
avoir un détail plus fpecifié de la ceremonie
, & même une copie du procès.
verbal en entier , pour fçavoir felon
quelles regles on y danfoit , & fi ce n'étoit
pas tous enfemble en maniere de branle.
Il paroît au moins que telle étoit cette
danfe Ecclefiaftique , felon l'expreffion
des Regiftres , qui eft conforme à Durand
: inceperunt choream ducere. En ce
cas,
924 MERCURE DE FRANCE .
cas , fi tous les Chanoines avoient leur
aumuce dans leur tête , & leur foutane
violette retrouffée , je m'en rapporte à
vous touchant l'effet que devoit produire
derriere eux l'agitation des queues de
l'aumuce qui voltigeoient tout à l'aife ,
comme vous pouvez agreablement vous
l'imaginer . Cette Scene auroit été digne
de tenir un rang diftingué parmi les peintures
Flamandes. Ce n'étoit là au refte
, que la moitié de la ceremonie , puifque
la collation fuivoit , en attendant l'heure
de Vêpres . Elle étoit fournie dans la
Salle du Chapitre par le prefentateur de
la Pelotte. On y mangeoit avec modelbuvoit
avec fobrieté ; & même
pendant letemps de la refection une
perfonne lifoit dans l'Homiliaire manufcrit
le reste de l'Homelie du jour.
Mais quoique cette conclufion de la ceremonie
n'eut rien de femblable avec le
commencement , elle ne laiffa pas d'être
fupprimée par le Parlement , ainfi que
vous l'avez vû. Aujourd'hui le mot de
pilota n'eft plus connu que parmi les
Chanoines , à caufe du Statut qui fut
fait alors fur l'évaluation de la collation.
Les peuples n'ont aucun fouvenir de
cette ceremonie ; & s'il refte parmi
eux quelque veftige de choſe approchante
, ce ne peut être que dans le terme
tie ; on y
de
MAY . 1726. 925
de roullée ou grallée , qui eft le nom qu'on
donne ici aux prefens qu'on fait aux enfans
durant les fêtes de Pâques . Je ne
fçai fi M. Ménage a connu ce terme du
bas François . Vous devez être content
de celui de la baffe Latinité dont je viens
de donner l'explication.
Je fuis , Monfieur & c.'
A Auxerre , le 5. Fevrier 1726..
*******************
ETRENNES
A Monfieur Herault, Lieutenant General
de Police.
E prefenter fes dons qu'au bout de la quinzaine
, NE
C'eft s'y prendre bien tard pour offrir une
Etrenne
e ;
Mais il vaut mieux tard que jamais ;
Et puis le don que je vous fais ,
Valoit bien la peine d'attendre.
Un tel debut doit vous furprendre
Dans la bouche , furtout , d'un hôte d'Helicon
,
Riche bijou peut-il venir de ce canton ,
Que
926 MERCURE DE FRANCE.
Que n'habitent jamais Plutus ni la Fortune ,
Où Finance n'étant choſe du tout commune
Tout debiteur paye en chanfon
D'accord : mais en duffiez - vous rire ,
Je foutiendrai toujours mon dire :
Mon prefent , pour venir d'un ſterile vallon ,
N'en eft moins riche ni moins bon ;
C'eſt d'un grand Magiſtrat la naïve peinture ;
Et faut-il de plus pour eſtimer ce don ? que
Le Portrait , il eft vrai , n'eft point en mignature
,
Telle oeuvre demandoit un plus leger pinceau ;
Mais le deffein eft grand , le fujet en eft beau ;
Ily faudroit encor couleurs nobles & belles ;
Et le Peintre indigent n'en a pour ce tableau ,
Que de fimples & naturelles .
Par leur vernis fincere aucun trait n'eſt flattë.
Or un peu de fimplicité ,
Suppléra bien chez vous à la délicateffe ;
Chez vous , qui faites cas de la fincerité .
Ainfi le Peintre , au lieu d'adreffe ,
Va païer de naïveté.
Voici donc tous les traits qui forment cette imaige,
UB
MAY. 1726. 917
Un front , où la candeur & la ferenité ,
La droiture & l'integrité ,
S'attirent le plus jufte hommage.
Des yeux dont la vivacité ,
Perce à travers l'obſcur nuage ,
Où le crime toujours cherche aux regards du
Sage ,
A voiler fon iniquité.
Des lévres dont il coule un gracieux langage ,
Qui par fon éloquence & ſa ſolidité ,
D'un Senat en fufpens fçait fixer le fuffiage ,
Et brifer les liens où l'humble verité ,
Gémit fous le dur esclavage .
De l'indocile nouveauté.
Un air , où de concert avec la gravité ,
L'on voit briller la riante jeuneſſe ,
Un doux accueil , dont l'affabilité ,
Mieux que le trifte afpect d'une auftere fageffe ,
Fait des plus dures Loix réverer l'é quité ;
Une conftante pieté ,
Des moeurs dont l'innocence rare ,
Feroit honneur à la Tiâre.
* Ce qu'il fit étant Procureur General au
Grand Confeil,
928 MERCURE DE FRANCE.
Un efprit délicat & rempli d'agrément ,
Vif , appliqué , poli , fertile ,
Jufte , pénetrant & facile ,
Qui du Lycée un jour deviendra l'ornement ,
Comme il fit du Barreau la gloire & les déli
ces :
Un fens droit , à l'abri des travers , des
prices ;
Un coeur genereux , bienfaiſant ,
Coeur fenfible & compatiſfant.
Qui pourvenger les Loix , févit contre le cri
me ,
Et gémit , quand il offre à Themis fa vie
time.
Et
pour
achever en deux mots
De vous tracer de mon Heros ,.
L'aimable & jufte caractere ,
Il eft bon fils , & tendre frere ,
Solide ami , fidele Epoux :
A ces traits le connoiffez -vous ?
LET
MAY 1726 . 929
KKKKKKKK
LETTRE d'un Philofophe Gafcon aw
R. P. Caftel , Jefuite , für fon
MON
Clavecin oculaire.
ON REVEREND PERE ,
Dans les Mercures de France des mois
de Novembre 1725. & de Fevrier de
cette année , qui viennent de me tom
ber entre les mains , vous entreprenez
de tracer le plan d'un Clavecin pour les
yeux , avec l'art de peindre les fons . C'eſt
le titre de votre Ouvrage .
Un Auteur qui a de l'ordre , poſe d'abord
l'état de la queftion , afin que perfonne
ne s'y méprenne. Auffi l'établiffez-
vous , en difant , qu'en fait d'art on
ne peut rien s'imaginer de plus curieux ,
que de rendre vifibles lesfons , & de faire
les yeux confidens de tous les plaifirs
que la Mufique peut donner aux oreilles.
Et c'eft cet art que vous avez deffein de
nous apprendre par le moyen de votre
Clavecin . Vous voulez peindre les fons ,
les peindre réellement , ce qui s'appelle
peindre avec des couleurs ; en un mot,
les rendre fenfibles & prefens aux yeux,
comme
930 MERCURE DE FRANCE
comme ils le font aux oreilles , de maniere
qu'un fourd puiffe jouir & juger de la
beauté d'une Mufique , auffi - bien que celui
qui l'entend ..... Vous n'en rabatez
rien , & l'on ne sçauroit trop prendre en
rigueur ce que vous dites.
Je fuis d'un pays , où les penfées hardies
, comme celles - là , plaifent infiniment
quand elles nous viennent ,
nous nous en réjouiffons les premiers ,
& nous cherchons à en faire un regale
aux autres , afin qu'ils en rient avec nous;
mais à vous parler naturellement , il arrive
fouvent que nous ne fommes gueres
perfuadez nous - mêmes de nos propres
penfées . N'auriez - vous pas voulu
pour cette fois nous imiter un peu ? pardonnez-
moi ce doute , mon Reverend
Pere , vous fçavez que nos idées Gafconnes
font fans . malice , & que nous ne
trouvons pas mauvais nous - mêmes, qu'on
nous accufe quelquefois de ne pas nous
croire ; ainfi j'aimerois autant avoir ce
doute à votre fujet , que de vous dire
que votre fiftême me paroît abfolument
impoffible , & il l'eft en effet.
Mais comme vrai -femblablement vous
ne voudrez pas paffer pour un homme
de notre pays , je vais vous propofer les
raifons qui prouvent , à mon avis , l'impoffiMA
Y. 1726. 931
poffibilité de l'execution de votre Clavecin
.
›
?
L'une des qualitez d'un efprit geometrique
, tel que le votre eft de ne pas
perdre de vue le point d'une queſtion
qu'on examine , & de ne prétendre pas
prouver autre chofe que ce que l'on a
avancé. Tenons- nous - en donc , s'il vous
plaît , à vos propres paroles que je viens
de citer , & qui me paroiffent d'une extrême
netteté furtout celle- ci ; qu'un
fourd pourra jouir & juger de la beauté
d'une Mufique auffi - bien que celui qui
l'entend. N'ayons que cela en vûë. Eft- il
poffible que par le Clavecin du Reverend
Pere Caftel , & même par telle autre
machine qu'on pourroit inventer
les yeux foient confidens de tous les plaifirs
de la Mufique qu'un fourd puiffe
jouir juger par les yeux du plaifir
que caufe cet art merveilleux.
>
Non , je ne crains pas de l'avancer ,
cela eft auffi impoffible , qu'il eft impoffible
de voir par les oreilles ou par le
nez , ou de fentir les odeurs par les yeux ;
& j'avoue que je ne fçaurois comprendre
comment une telle penfée vous eft
tombée dans l'efprit , ni comment vous
avez pû promettre , que vous continuerez
d'écrire & de répondre aux difficultez
; or répondez donc , s'il y a moyen.
L'Au932
MERCURE DE FRANCE .
و
L'Auteur de la Nature nous a donné
cinq fens , dont tous les hommes , Philofophes
, & autres voyent & fentent
ont toujours vû & ont toujours fenti la
difference ; & ils concourent tous cinq
à la confervation du corps , c'eft là leur
emploi la vûë eft femblable à un admirable
flambeau qui fert à nous conduite
, & à pourvoir à ce qui eft utile
à notre corps l'ouie nous facilite le commerce
avec les autres hommes , & nous
unit autant qu'il fe peut avec les animaux
, & avec les corps raifonnans de la
nature ; l'odorat nous fait éviter ce qui
nous feroit nuifible , & nous approche
de ce qui nous eft convenable ; les autres
fens ont de même leurs fonctions
Leparées.
Comment donc , je vous prie , avezvous
pû confondre tout cela dans un moment
, en nous voulant perfuader que
les yeux pourront goûter les plaifirs des
oreilles , & qu'un fourd pourra juger
de la beauté d'une Mufique ? mais fi
cela eft , pourquoi , par une machine
femblable à votre Clavecin , ou par vo
tre Clavecin lui- même , les fourds ne
pourroient- ils pas joüir par les yeux d'un
entretien de plufieurs perfonnes qui s'entreparleroient
& ainfi dès que cette
machine fera conftruite , les oreilles devien
MAY. 1726. 533
viendront inutiles , ou du moins peu neceffaires
, & voilà bien des oreilles de
refte . Si l'entretien des converſations
ordinaires vous paroît trop fimple , trop
peu cadencé , & par là trop peu reffemblant
à la Mufique , il fera bien aifé de
faire parler les gens en chantant , & dụ
moins en ce cas le Clavecin feroit entendre
les fourds , qui jouiront du plaifir
de l'entretien de ces perfonnes . La
découverte , je vous aflure , feroit heureufe
pour les fourds qui ne laiffent pas
d'être en grand nombre.
>
Non feulement vous ne fuivez pas la
nature & yous voulez corriger ce
qu'elle a fait , mais vous confondez deux
chofes que tous les Philofophes diftinguent
, & qui font effectivement auſſi
diftinguées , que l'efprit l'eft du corps ;
vous confondez les fenfations que l'ame
éprouve avec les caufes occafionnelles de
ces fenfations ; celles - là font dans l'ame ,
& fpirituelles comme l'ame ; cellesci
font corporelles , & ne different entre
-elles les que comme tous corps different
entre eux , je veux dire
le different arrangement des parties de
la matiere, qu'on appelle modifications .
Peut-être y a-t'il quelque chofe dans
les caufes occafionnelles du fon , qui ref
femblent aux caufes occafionnelles de la
·
و
par
lu934
MERCURE DE FRANCE:
lumiere & des couleurs , le Soleil , pa
la force centrifuge de toutes les parties
qui le compofent , jointe au mouvement
prodigieux qu'il a fur fon centre , excite
dans l'ether des vibrations qui viennent
jufqu'à nos yeux , & occafionnent
en nous la fenfation de la lumiere ou des
couleurs , felon qu'elles font diverfement
modifiées ; vrai- femblablement les
corps refonnans excitent auffi dans l'air
des vibrations , lefquelles étant tranfmifes
jufqu'à l'organe de l'ouie , occafionnent
la fenfation du fon ; je ne vous
drois donc pas nier cette reffemblance ;
qu'il y ait des vibrations , caufes occafionnelles
de la lumiere & des couleurs;
& des vibrations , caufes occafionnelles
du fon mais venons à la fenfation ellemême
, entant qu'elle appartient à l'ame
, & qu'elle en eft la modification .
Je demande y a t'il feulement ici
l'ombre de reffemblance , & pourra- t'on
bien me dire quel rapport ont les couleurs
rouges & blanches fenties par mon
ame , avec les fons graves & aigus auffi
fentis par mon ame ? actuellement que
j'ay l'honneur de vous parler , je vois le
papier blanc que j'écris , & j'entens une
cloche , je vous protefte en honnête homme
, que je ne vois , ou pour mieux dire
, que je ne fens pas qu'il y ait plus
de
ΜΑΥ. 1726. 935
de reflemblance entre la blancheur de ce
papier & le fon affez aigu de cette cloche
, qu'entre le jour & la nuit ; & ce
que j'experimente par moi - même , à n'en
pouvoir douter , pourquoi tous les autres
hommes ne l'experimenteront-ils
pas? Prenez une baffe , & donnez en même
temps un verre de beau vin rouge à
un homme , diapafonez- lui des fons auffi
harmonieuſement que vous le pourrez ;
& fans l'avertir de votre fyflême , demandez
- lui s'il ne voit pas un rapport
très-marqué entre vos fons & la couleur
rouge , & vous aurez la bonté de me
marquer fa réponſe. En ce pays - ci
tous ceux que je confulte , croyent , comme
moi , que les fons & les couleurs
confiderez dans l'ame , n'ont aucune con
formité.
Ce qui vous a trompé , à mon avis ,
c'eft l'uniformité que nous convenons
être vrai- femblablement entre les cauſes
occafionnelles des fons , & celles de la
lumiere & des couleurs : vibrations , difons-
nous , caufes occafionnelles des couleurs
: vibrations , cauſes occafionnelles
des fons.
Mais la premiere reflexion que je crois
qu'il auroit fallu faire là-deffus , eft qu'il
auroit mieux valu confentir à abandonner
ce fyftême des vibrations , que de
D con936
MERCURE DE FRANCE.
confentir à nier la diftinction qui fe trouve
entre les fenfations des couleurs &
des fons , & qui eft fondée fur notre
fentiment interieur , regle infaillible de
verité. Lorfqu'un fentiment philofophique
détruit les Phenomenes de la nature
, au lieu de les expliquer , il faut conferver
la nature , & rejetter ce fyftême
comme faux .
Sans toutefois abandonner le fystême
des vibrations pour expliquer le fon , la
feconde reflexion qu'il auroit fallu faire
, eft que ces vibrations peuvent varier
infiniment , fans ceffer d'être vibrations
, de même que les déterminations
du mouvement peuvent varier à l'infini
, fans que le mouvement ceffe. 11 y
a des vibrations promptes , il y en a de
lentes , femblables en cela aux pendules,
dont les uns ont un mouvement prompt
& les autres un lent ; il y en a de fortes
& de foibles. Cette promptitude
ou cette lenteur , cette force ou cette
foibleffe peuvent avoir des degrez de diminution
ou d'augmentation en fi grand
nombre , qu'il n'eft pas poffible de les
fixer.
Sur ce principe inconteftable , nous
devons juger que la diverfité des vibrations
excitera dans notre ame des fenfations
plus ou moins variées , ſelon que
cette
M A Y. 1726. 937
cette diverſité ſera plus ou moins grande
; de maniere , que fi les organes de
nos fens font par leur ftructure va
rier ces vibrations , nos fenfations varieront
auffi.
*
Or eft-il poffible de douter de l'extrême
varieté de nos organes ? Les membranes
& les humeurs de l'oeil font tiffues
tout autrement que la membranę
du timpan , & toute la cavité de l'oreille.
Quel rapport en effet y a-t'il entre
les humeurs aqueufes , criftallines
& vitrées , & entre ce délié & petit morceau
de parchemin nommé timpan , auffi
bien qu'entre la coquille & le labirinthe
de l'oreille ? pas plus qu'entre de
l'eau , & du cuir ou de la chair.
Ainfi donc les vibrations , en paflant
de l'air dans les yeux , fouffrent diverfes
refractions dans les humeurs , & reçoivent
des modifications infiniment dif
ferentes de celles qui paffent de l'air dans
les oreilles , & qui après avoir frappé
le timpan , ébranlent encore l'air
qui eft dans le labirinthe de l'oreille. Et
voilà , M. R. P. tout le myftere découvert.
L'Auteur de la nature a voulu que
la varieté de nos fenfations dépendit de
la varieté de ces vibrations , & que nous
cuffions le fentiment de la lumiere, ou des
couleurs à l'occafion des vibrations qui fe
Dij
font
938 MERCURE DE FRANCE
font dans les yeux , & qui vont juſqu'à
fa retine , & le fentiment du fon , par
le moyen de celles qui fe font dans les
oreilles , & qui vont jufqu'à l'organe
de l'ouie. Nous le venons de voir , elles
font , du tout au tout, differentes les
unes des autres.
Tout ceci étant une fois admis , comme
il doit l'être , à ce que je crois , il
fera aifé de découvrir le faux des nouvelles
démonſtrations que vous prétendez
donner dans le Mercure de Fevrier:
elles ſe réduiſent à deux principaux
chefs.
L'un , que les couleurs étant une fois
en proportion harmonique cauferont le
plaifir du fon.
L'autre , que chaque objet de nos fens
y excitent une même maniere de vibrations
, & que la diverfité des membra
nes , quelque grande qu'elle puiffe être ,
n'y fait rien .
L'un & l'autre de ces chefs vient , ce
me femble , d'être démontré faux . 1 。.
Mettez entre les couleurs telle proportion
que vous voudrez harmonique ,
geometrique, arithmetique , vous n'aurez
que des couleurs & jamais des fons. Les
anciens Peintres n'étoient pas affez habiles
, & les modernes ne le feront jamais
affez pour créer des fons.
20.
MA Y. 939 1726. I j
20. Les objets de nos fens peuvent
bien exciter une même maniere de vibration
dans l'air ; mais quand ces vi .
brations tombent immediatement dans
l'organe des fens , alors elles font auffi
diverfes que ces organes eux- mêmes ; &
il me paroît impoffible qu'on puiffe le
concevoir autrement , puifqu'il eft indubitable
que des parties d'air ou de matiere
etherée , qui tombent dans l'eau
ou dans quelque autre liqueur , foient
modifiées de la même façon que celles
qui tomberont fur un tambour. Je com
pare ici , comme vous voyez , l'eau , ou²
toute autre liqueur , aux humeurs de
l'oeil , & le tambour au timpan .
Telles font , M. R. P. les principa
les difficultez qui fe font offertes à moi
à la lecture de ce que vous dites fur
votre Clavecin. Apparemment ce qui
m'embaraffe ne vous paroîtra qu'une bagatelle.
Mais c'en eft affez pour une lettre.
Quelque inconnu que je vous fois ,
je n'en fuis pas moins votre Serviteur .
Ce 23. Avril 1726 .
D'iij LES
940 MERCURE DE FRANCE :
XX:XXXXXXXXXXX
:**
LES PASSIONS ,
O D E.
Par M. de Chalamon de la Vifclede.
Uel effain d'ennemis terribles ,
Nourris- tu dans ton fein , mortel infortuné
Sous quel joug odieux ces tirans inflexibles ,
Tiennent-ils ton coeur enchaîné
Tantôt de fes liens il fent le poids funeſte
Il en gemit , il le détefte ,
*
Il fait pour les brifer mille efforts genereux :
Tantôt efclave infame & digne de fes peines ,
Flus il fent aggraver fes chaînes ,
Plus il afe fe croire heureux .
1
Sous mille formes differentes ,
Ces monftres furieux s'offrent à mes regards ,
L'un , farouche Lion aux prunelles ardentes ,
Séme l'effroi de toutes parts :
L'autre, Serpent perfide , en fecret s'infinuë ;
Son
MAY. 1726. 94
Son venin échape à la vûë ,
De voiles impofteurs plufieurs font revêtus,
Et trop feurs d'infpirer fous leur forme ordi
naire ,
Une horreur fouvent falutaire ,
Ils fe déguiſent en vertus.
Fiere du nom de grandeur d'ame
L'aveugle ambition enyvre les Guerriers ,
Eteint l'humanité dans leurs coeurs qu'elle enfame
Du defir de fes vains lauriers .
Je vois par fes fureurs la terre enfanglantée ;
La licence au comble portée ,
Le crime triomphant de la foible équité ,
Je vois des forcenez de ſang humain avides ›
S'affurer par des homicides ,
Une affreufe immortalité .
Sous une forme plus humaine ,
Le captieux amour fçait nous tirannifer ,
A
Un coeur ne fent le poids de fa cruelle chaîne ,
•
Que lorsqu'il ne peut la brifer.
Il paroît que d'appas ! mais bien - tôt que de
larmes ! D iiij Quels
941 MERCURE DE FRANCE.
Quels fupplices ! quelles allarmes !
Quel trouble renaiffant eft ce affez ? quels forfaits
!
Son feu languit , s'éteint , s'il devient legitime.
Ciel ! j'en fremis : l'attrait du crime
Eft le plus doux de ſes attraits.
Trop digne fille d'un tel pere ,
La jaloufie en proye aux plus noires fureurs ,
Voit tout à la lueur du flambeau de Megere ,
Source de fatales erreurs >
A nourrir fés ennuis, toujours induſtrieuſe ,
Toujours follement curieuſe ,
Elle cherche en tremblant une trifte clarté.
La trouve - t'elle enfin ? quels tranfports phrene
tiques !
Dieux ! quels évenemens tragiques ,
Vont fignaler fa cruauté.
Ton air fombre , ton ceil avide ,
Te trahiffent : en vain tu crois nous impofer ,
Cupidité fatale , implacable Eumenide ,
Toi feule apprens à tout ofer.
La
MA Y. 1726 .
943
La fraude , l'injuftice , & le meurtre barbare ,
Coupables enfans du Tenare
Te fuivent , toujours prêts à t'immoler tes loix.
Tu parles : le devoir en vain prend leur , dé
fenſe ;
L'homme avec toi d'intelligence
Feint de méconnoître fa voix.
Ta foeurlâchement enchaînée ,
Au funefte metal qu'elle croit poffeder ,
Des hommes , d'elle - même ennemie obſtinée ,
Se confume à le regarder.
Par un jufte fupplice au fein de la ticheffe
Un befoin éternel la preffe .
2
L'éclat de les trefors nefçauroit m'éblouir.
Ils ne font , quoi qu'en dife une foule imbecile
,
Qu'un amas de boue inutile ,
Pour quin'ofe point en jouis.
M
L'Envie , à nuire toujours prête
Par fes fremiffemens m'infpire la terreur.
Quels horribles ferpens environnent fa tête 2
Quel vautour déchire fon coeur !
D v Sans
44 MERCURE DE FRANCE.
Sans relâche elle cherche à noircir le merite
L'afpect de la vertu l'irrite ,
Dans la publique joie elle verfe des pleurs :
Bien - tôt le défefpoir deviendroit fon partage .
Ses pleurs fe changeroient en rage ,
Sans nos fautes & nos malheurs .
Toujours de noirs foucis troublée ,
La haine ne conçoit que projets inhumains ,
Quelquefois découverte & bien fouvent voilée ,
Pourporter des coups plus certains .
La colere la fuit , & dans fa prompre yvreffe ,
Menace , tonne , frape , bleffe ;
De fon bras meurtrier rien n'arrête l'effort
Savictime fanglante à les genoux expire :
Tout fon fang pourra- t'il fuffire ,
A calmer fon cruel tranſport ?
諾
Tels font , de votre aveugle rage ,
Cruelles paffions les funeſtes effets ,
La terre des enfers trop reſſemblante image ,
N'offre à mes yeux que vos forfaits ,
Quel frein arrêtera votre fougue infenſée_?
Themis
MA Y. 1726.
945
Themis juſtement courroucée ,
Envain pour la dompter épuife fes rigueurs ,
Tandis que fous le poids de fes coups redouta
bles ,
On voit expirer les coupables ,
Vous regnez encor dans leurs coeurs.
鍛
Mais Dieux ! quelle clartéfuprême !
C'eft Minerve : tremblez , tyrans imperieux
Que fon divin afpect terrible à l'enfer même ,
Calme vos tranfports furieux ;
Mortel , par fon fecours , ta raiſon ſouveraine
Arrachant ton coeur à leur chaine ,
Peut braver à fon tour leur orgueil abbatu ,
Et la fage immortelle ofe achever l'ouvrage ,
Le Ciel attend de ton courage ,
Le triomphe de la vertu.
Dominare in medio inimicorum tuorum .
Pfalm . 109.
Cette Ode a remporté le prix de l'Amarante
d'or , aux Jeux Floraux de Tou
loufe , le 3. de ce mois
Dvj
$46 MERCURE DE FRANCE .
sikakakaka
O
MODE S.
&
N fçait depuis long-temps que c'eft
une neceffité d'être à la mode ,
qu'on ne peut s'en difpenfer fans paffer
pour ridicule. On ofe dire que la Mode
exerce fa tyrannie fur la parure & ſur
l'ajustement , comme l'ufage exerce la
fienne fur le langage ; & on peut ajoûter
que rien n'eft ridicule de tout ce
qui peut être autorifé par la mode , de
inême que tout paroît dégoûtant & bizarre
, quand la Mode n'y a pas mis fon
attache.
Nous employerons donc nos foins pour
ne laiffer échaper aucune Mode fans la
remarquer , pas même de celles qu'il
faut faifir dans le moment qu'elles paroiffent
, car il y en a qui fe montrent
à peine au grand jour , & qui font pref
que en même temps effacées par d'autres
Modes naiffantes , qui font une impreffion
plus heureuſe & de plus de
durée. On efpere d'être fecouru par
quelques perfonnes intelligentes fur ces
matieres , qui feront allertes fur les Modes
nouvelles , & qui nous en inftrui- L
ront
MA Y. 1726. 947
ront ; nous croyons d'ailleurs , que les
amateurs outrez des Modes nouvelles
& qui rencheriffent toujours fur elles ,
fourniront dequoi égayer & enrichir cet
article.
Dans un Livre nouveau qui paroît
depuis l'année paffée , * l'Auteur s'étend
beaucoup fur la Mode ; il remarque
entr'autres chofes qu'elle conduit & remue
tout en France . » O l'hiftoire cu-
» rieuſe , dit- il , que celle de la Mode
» des François , fi nous en avions une !
» & que cette Divinité meriteroit bien
>> d'avoir un Temple dans un pays où
» elle eft adorée fi religieufement ! à
>> moins qu'on ne veuille faire fon Tem-
» ple deParis où elle donne fes loix, & où
» tous s'affemblent pour fe profterner de-
» vant elle & lui faire des offrandes. Les
» François , ajoûte- t'il , y vont pour fe
» former , & ceux qui n'ont jamais été
à Paris , ne font que des Francois in-
>> formes , des Provinciaux que les au-
» tres dédaignent. Les Etrangers de mê-
» me y accourent de tous côtez pour fe
façonner , pour prendre un titre de.
» merite , un exterieur , & des habits
qui impofent chez eux , & dont l'hon-
» neur retombe fur les François . Par cet
"
Lettres fur les Anglois & les François , &
fur les Voyages, 3. vol.in 12.
en-
1
948 MERCURE DE FRANCE
» endroit, par les manieres , & par les ha-
» bits , les François ne font pas éloignez
» de la Monarchie uni verfelle , ſe voyant
» tout foumis , fi ce n'eft l'indomptable
>> Eſpagnol .
Cuneta terrarum fubata .
Prater atrocem animum Catonis.
» Ce qui ne doit gueres moins les con-
» tenter , que fi les hommes leur étoient
>> foumis dans un autre fens , puifque les
" manieres & les habits font une chofe
» capitale chez eux .
Il faut avouer que les Dames , furtout,
ont un grand pouvoir pour mettre en
credit en France tout ce qu'elles favorifent.
Elles donnent le prix à la nouveauté
, mais auffi on peut dire que c'eft
à ce Sexe qu'on doit la legereté qui domine
prefque par tout dans ce pays , où
il femble que l'étendart de l'inconftance
fe déploye , & qui infpire à toute l'Europe
cette prodigieufe demangeaifon de
changer. Ici les habits & les ajuſtemens
ont beau être bien faits , bien entendus
& n'être point ufez , s'ils ne font plus
à la mode , ils font rejettez , & on n'oferoit
les porter .
Dans le dernier article des Modes , on
que
les hommes ne portoient pref
a dit
que
MAY. 1726. 949
que plus le chapeau que fous le bras , &
cela eft vrai , mais quand dans quelque
occafion on le met fur la tête , on le porte
de la maniere qu'on a vû dans l'Eftampe
gravée à la fin de cet article. Ces
Chapeaux font quelquefois bordez d'un
Point d'Espagne d'or ou d'argent .
Les Perruques le plus en vogue font
noüées ; on en porte beaucoup en
bourfe ; la frifure en eft moutonnée
c'est- à- dire , en petites boucles , qui forment
comme deux oreilles d'Epagneulss
& ces bourfes font fort variées & differemment
ornées . La queue prend fouvent
la place de la bourfe , principalement
chez les jeunes gens qui portent
leurs cheveux .
Les Perruques à la Chanceliere font
à demi longues. Les Perruques pour
monter à cheval font fort courtes , &
nouées avec un petit ruban noir par derriere
, avec une boucle pendante. On en
voit auffi beaucoup de naturelles & en
cadenettes , que les jeunes gens portent
avec un petit toupet de cheveux qu'ils
laiffent croître fur le front , & qu'on
couvre d'une prodigieufe quantité de
poudre. On voit auffi en Eté quantité
de petites Perruques , qui ne different
gueres des Perruques d'Abbé , ce ſont
proprement des Perruques de Cabinet ,
Qu
950 MERCURE DE FRANCE .
ou de deshabillé , qu'on appelle des Bon
nets.
La derniere Mode des Perruques naturelles
, c'eft de les porter en boucles
pendantes par derriere , qui fe partagent
vers l'épaule , & font une double boucle
pendante en devant ; & même aux petites
Perruques en bourfe , les côtez fe
terminent en bas par une boucle pendante.
On fait le devant de toutes les Perruques
fort, bas & fort ouverts .
Il ne s'offre pas grande chofe à dire
prefentement fur l'ajuftement des Hommes
, après ce que nous en avons dit dans
le Mercure de Fevrier. On remarquera
cependant à l'égard des Culottes , qu'on
les porte toujours très-étroites , & boutonnées
à côté du genouil. Les jeunes
gens , en affez grand nombre , ont fupprimé
la roulure du bas , dont une jarretiere
bouclée , qui tient à la Culotte,
a pris la place. Cette Mode n'a pas fait
fortune à la Cour.
On porte toujours des Bas à coins bro
dez d'or ou d'argent. Pour les Souliers,
ils font ordinairement fans paton , &
plutôt arondis que carrez ; les talons
extrêmement bas ; les gens de la taille
la plus mediocre s'affujettiffent à cette
Mode. Les hommes du bel air portent
des boucles de diamant. Les boucles d'ar
gent
MA Y. 1726. 951
gent & affez grandes , font encore fort
à la mode. Venons à ce qui regarde les
Dames. On ne pourra pas s'empêcher
de s'étendre unpeu davantage fur ce qui
les regarde . Leurs ajuftemens font trop
compliquez & trop nombreux, pour pouvoir
les décrire en peu de mots .
La Mantille que les Dames ont tant
portée cet hyver fur leurs épaules , eſt
une espece de grand Fichu à trois poin-
, dont celle de derriere eft arrondie.
On les fait ordinairement de velours ,
ou de drap écarlate , bordées d'un galon
ou d'une broderie d'or. C'eſt un orne,
ment très utile pour garantir du froid le
col , la gorge & les épaules . Les femmes
de bon air s'en brident le deffous du
menton , aprés l'avoir tortillée , enforte
que des deux longues pointes , l'une pend
par devant & l'autre par derriere. On
trouve que cela a fort bonne grace. Quelques
Actrices de la Comedie Françoife
ont déja introduit cette Mode fur le
Theatre dans des rôles comiques , &
même dans des rôles ferieux.
La Palatine , dont la Mantille a pris
la place dans le temps de gelée , a déja
plus de cinquante ans d'ancienneté . Elle
doit fa fortune àune grande Princeffe ,
de la Maiſon Palatine , qui la mit en vogue
952 MERCURE DE FRANCE .
gue après fon mariage , * & on croit que
ce fut par un efprit de modeftie , & pour
bannir les Mouchoirs de col tranfparens,
qui ne s'accommodoient gueres avec la
pudeur. Les Palatines étoient alors fort
amples,& taillées en forme de Mouchoir
de col , pour couvrir & tenir chaudement
la gorge & les épaules.
Celles qui ont été le plus en regne
l'hyver dernier , taillées à la Mode d'àprefent
, étoient de Martre , de peaux de
Cigne , de plumes d'Autruche , furtout
en noir , de plumes de Cocq teintes en
couleur de feu. On en fait auffi qu'on
appelle de Fougere , parce qu'il y a des
ornemens qui imitent la feuille de cette
plante c'est une espece de Campane ,
faite avec de la foye platte & cordonnée .
On en voit auffi de Chenilles , & c.
Les Palatines ou Fichus pour l'Eté ,
font de Mouffeline brodée ou peinte , de
Gaze rayée , & de Blondes de foye , avec
des Moulinets , des Pompons , & des
Sourcis d'hanneton autour.
On en a porté qu'on appelloit des Follettes
, faites avec des bandes de toille
blanche éfilée , de taffetas , effrangées &
tortillées. On en voit de gaze brodée en
or , en argent & en foye ; on en fait auffi
avec des franges de toutes couleurs .
* Feu Madame,
Tá.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Papillon
and
MAY. 1726.
953
Tâchons maintenant de donner une
idée jufte des differens ornemens de têtes
des Dames d'à-prefent , fans defcendre
, s'il eft poffible , dans un trop grand
détail. L'Eftampe ci - jointe fervira de
fupplément.
La grande Coëffure eft baffe fur le
front , haute fur les tempes , en diminuant
fur les oreilles , avec tout le chignon
bouclé , ou tapé . Les Dames qui
ont confervé leurs cheveux longs derriere
, mais il y en a bien peu , les relevent
fur la tête , le chignon paroît uni,
& on fait un rang de boucles au- deffous.
On appelle cette derniere façon de ſe
coeffer , cû nud.
On met , dans la Cocffure de grand
apparat , des fleurs artificielles du côté
gauche , ou des diamans & des fiches ,
où bouts de rubans arrondis en forme
d'anneaux , qu'on attache dans les che
veux . On en met auffi du côté droit
mais en plus petite quantité. On a grand
foin que la couleur des fleurs & des rubans
foit avantageufement affortie avec
la couleur du teint de la perfonne qui
s'en pare.
La derniere Mode dans les grandes
Coëffures , c'eft de ne point mettre de
Garniture du tout . On place feulement
un bec , fait d'une belle dantelle , fur les
front,
954 MERCURE DE FRANCE.
front avec le fond de même. A la
,
Cour ce bec eft de dentelle noire & le
fond auffi.
L'Indécife , ou Equivoque , eft une
Coëffure où il paroît un peu moins de
cheveux que dans la grande Coëffure .
La Garniture eſt montée ſur un bonnet
piqué , ou fur un Cabochon . * On y met
quelquefois un petit bouquet de fleurs
ou un quadrille en deux fur le côté
gauche , & un fur le côté droit , quand
il y en a deux fur le gauche. Les cheveux
font bouclez , ou frifez . Cette Coëffure
n'eft plus à la mode.
que , &
La demi- Indécife , ou demi - Equivodiffere
de la Coëffure précedente ,
en ce qu'elle eft plus en devant
qu'elle laiffe voir encore moins de cheveux
. Dans celle- ci on met des Fontanges
faites d'un ruban qui fait le tour de
la tête , & vient fur le haut former plufieurs
anneaux ou fiches , le ruban conſervant
toujours fa largeur.
Les Coeffures qu'on appelle en Papillon
, en Chien fou , à oreilles d'Epa-
Le Cabochon eft fait comme un Bonnet
piqué , fort pointu vers le front. Il eft fait de
taffetas de diverfes couleurs , de gaze rayée , ou
unie & peinte , où l'on met; pour ornement ,de
la chenille , du clinquant d'or ou d'argent ,
& c.
gneuls ,
MAY. 1726. 955
gneuls , ne dépendent que de la Garniture
qui avance beaucoup vers l'oeil &
fuit de l'oreille. On ne porte plus gueres
de ces Coëffures.
Dans la Coëffure en Marrons , tous les
cheveux font bouclez .
On appelle Coëffure en Vergette , lorf
que les cheveux font coupez affez courts ,
fans être frifez.
En Bichon , ou bichonné , c'eſt d'avoir
les cheveux coupez par derriere , faifant
la queuë de Canard .
*
Il y a plufieurs manieres de fe coëffer
en negligé , & on y employe differentes
fortes de Garnitures , dont le
détail feroit trop long. Terminons celuici
par la derniere Mode ; c'eft la Dormeufe
. On appelle de ce nom une Garniture
un peu pliffée de deux pieces qui
tiennent enſemble , par le moyen
de la
quelle on laifle voir fort peu de cheveux
. On met ordinairement un ruban
plus large qu'une Fontange , noüé en
négligé , formant deux cornes , plus couchées
que les fiches , une de chaque côté
du bec de la cornette . Ce ruban fait
le tour de la tête , & fe vient renouer.
fous le menton en défefpoir , ou s'attache
le long de chaque barbe , & forme
un quadrille au bout.
Beaucoup de Dames , qui ne veulent
point
956 MERCURE DE FRANCE .
point s'affujettir à fe faire frifer , ot
qui n'en ont pas le temps & la commodité
, trouvent un grand fecours dans
des Tours de cheveux , qu'on fait exprès
pour toutes fortes de Coëffures , imitans
parfaitement le naturel . On les coëffe
fur une Poupée avec la Garniture &
tous les accompagnemens , après quoi
une femme n'a gueres plus de peine à
fe coëffer qu'un homme en a à mettre
fa Perruque. La Dlle Peromet , qui travaille
ces Tours de cheveux avec beau
coup d'art , & qui en a un grand debit
demeure rue de la Harpe , vis - à - vis la
Croix de fer. Elle fait auffi des Croiflants
pour regarnir les tempes , & des tempes
feulement , quand on a le chignon
affez garni .
On ne met de Coëffe que très rarement
avec les grandes Coëffures ; &
quand on en met une, elle eft attachée de
maniere qu'elle ne couvre point les cheveux.
Les Coeffes font en Hyver de taf
fetas mince & leger , & en Eté de gaze
rayée.
Les Garnitures de jour en negligé &
autres , fe font de Mouffeline rayée &
unie , avec des dantelles & fans dantelles
en Mouffeline brodée , & en Linon
uni & rayé , & avec de la dantele. On
porte beaucoup de Garnitures toutes de
1
danMA
Y. 1726. 957
dantelles de Malines , d'Angleterre , à
fefton , à bride , & à raifeau. On en
porte de gaze brodée & rayée à feſtons ,
avec de l'effilé pour le deuil , de Marly
brodé & feftonné , &c. On en fait
auffi de blondes de foye differemment
ornées , à une piece & à deux pieces .
Les Cocffes & Bagnolettes d'Hyver
font de velours , de peluches, de chenilles
, & de fatin fans envers. On met
aux Bagnolettes une dantelle de foye
noire tout autour .
Les Bagnolettes d'Eté font ordinairement
de gaze blanche mouchetée , avec
une dantelle de fil ou blonde de foye ;
quelques -unes font de Marly, ou entierement
de point.
Les Gans le plus generalement en ufage
font les Gans blancs de peau , de fil,
& de foye , dans les habillemens ferieux ,
On porte auffi des Mitaines fimples , &
en Hyver des Mitaines fourrées qui ne
couvrent point la main , ces dernieres
font bordées de peaux de Martre , d'Hermine
, de Fouine , &c. on les appelle
plus communément des Mitons. Ce font
proprement des Amadis ou bouts de manches
, avec des boutons de pierrerie ou
autres . Il en a paru fur la fin de l'Hy
ver dernier , qui au lieu de fourrures
étoient bordez de certaines plumes frifées
958 MERCURE DE FRANCE.
fées de diverfes couleurs , qu'on appelloit
des Barbichets.
Les boucles d'oreille font d'une & de
deux pieces , en perle & en diamant
mais on y ajoûte des girandoles de trois
pieces , des mêmes pierres , ou de pier
res de couleur .
On porte des Coliers de perles , de
diamans , & d'autres pierreries , mais les
Coliers de grenats font le plus à la mode.
Les Dames qui ont un peu trop d'embonpoint
, portent au lieu de Colier un Papillon
de diamans. On porte auffi des
Bracelets de perles & de diamans .
Les Echarpes d'Hyver font de velours
noir , garnies d'Hermine , doublées de
couleur de feu & brodées en or ; de fatin
brodé en or & en argent , ornées de
chenilles , avec de la dantelle noire autour
, & le corps de la même dantelle.
Il y en a qui font entierement de raifeau
d'or, ou d'argent , ou de dantelle noire
; les plus communes font de taffetas
avec des franges .
Les Echarpes d'Eté font de gaze rayée
de toutes fortes de couleurs , garnies de
blondes en feftons & autres figures , extrêmement
variées , & ornées de fougere
, de chenilles , de moulinets & de
pompons. On en voit qui font entierement
de blondes de foye blanche.
Les
MAY. 1726. 959
Les Jupes n'ont aujourd'hui d'autre ornement
qu'une frange au bas , faite de
ces nauds qui fervent d'amufement aux
Dames , aux Spectacles & à la promenade
, où on les voit, la Navette à la main ,
y travailler avec beaucoup de prefence
d'efprit.
Les Tabliers fe font de raiſeau d'or &
d'argent , ou de quelque étoffe riche ou
brodée mais on n'en voit gueres qu'aux
jeunes perfonnes & aux Marchandes ; on
ne porte ni Tablier , ni Echarpe en Robe
volante .
›
Les Souliers font à prefent plus à la
mode que les Mules ; ils font d'étofe
chamarrez ou brodez , avec la piece renverfée
fur la boucle.
XX:XXXXXXX-XXXX :XX
AU MERCURE ,
PLACE T.
Vous avez , àce que j'entens ,
>
Par une innocente équivoque ,
Vieilli ma femme de douze ans
Moi de quatre. Ainfi je prétens ,
Qu'il vous plaife changer l'époque.
E Ma
60 MERCURE DE FRANCE.
Ma femme eft morte vers la fin
De fa foixante & quatorzićme.
Pour moi le feiziéme de Juin ,
J'entre en ma quatre -vingt- fixiéme ;
Heureux fi je puis parvenir
A l'âge que de votre grace ,
Vous avez crû m'appartenir,
Quatre ans de plus à l'avenir ,
Feroient dans la dixième Claffe ,
Pour ma Tontine ſurement
Un bien notable accroiffement,
Surement ? Non , la conjecture ,
N'eft , fans doute , rien moins que fure ,
Puifqu'au lieu d'augmentation ,
Une cascade inopinée
Me fait éprouver cette année
Fâcheufe diminution,
Le refte feroit difficile à rimer . Le
voici en Profe. L'an 1724. les Rentiers
de la dixiéme Claffe de la Tontine tou
cherent en tout la fomme de 149. livres
15. fols. L'an 1725 , ces Meffieurs , nonobftant
le décès de 13. de leurs Confreres
, trois defquels avoient entr'eux
quinze actions , ne touchent en tout que
145-
MA Y. 1726. 961
145. livres 2. fols , enforte qu'outre
l'accroiffement , on leur retranche 4 . livres
2. fols fur la rente de l'an paffé ,
fans marquer là-deffus quelque raifon
que ce foit. Voilà le grief de ces Rentiers
, du nombre defquels eft
Votre très-humble & très- obéïffant
Serviteur ,
De la Monnoye
> Nous reconnoiffons notre faute &
nous en demandons pardon à M. de la
Monnoye ; mais nous ne fçaurions nous
repentir de l'avoir commife. On en feroit
fouvent de propos déliberé , fi on
pouvoit fe flatter qu'elles euffent de fi
heureufes fuites .
PREMIERE ENIG ME.
Nous
fommes deux Gardes fideles ,
Placez devant une maiſon ,`
Logez en deux trous paralelles ,
Que fepare toujours une fine cloifon .
On découvre fur nous deux voûtes qui s'éle
vent ,
D'où naiffent deux petits rideaux , ...
E ij Qui
962 MERCURE DE FRANCE.
Qui s'abatent & fe relevent ,
>
Pour détourner de nous mille funeftes maux.
Un feul & même emploi fait tout notre exescice
Et c'est un important ſervice ,
Que nous avons grand foin de rendre exactement
,
Au Maître chez lequel nous avons logement.
J
DEUXIE'ME ENIGME.
E fers aux befoins des humains ,
Sans
Sans recevoir de récompenſe ;
Les malades plus que les fains ,
Ont befoin de mon affiſtance ,
Et mon corps fans pieds & fans mains ,
Eft rond dans fa circonference.
Je fuis couverte quelquefois :
J'ai deux oreilles fans entendre ;
Et c'eft par ces deux feuls endroits ,
Que je fuis plus facile à prendre.
Par trois lettres de l'Alphabet ,
On peut
dévoiler mon fecret.
Joignez la cinquième à l'onzième ,
Mettez entre deux la ſeiziéme ,
Vous trouverez mon nom tout fait ,
Le Maire.
MAY. 1726.
963
TROISIEME ENIGME.
Ifficile à bien définir ,
Difficile
Du monde je fais la durée ;
Je fuis , d'un mortel fouvenir ,
L'origine trop averée.
Le vent n'eft pas plus inconſtant ,
Je veux que tout à mon caprice
Se foumette au premier inftant ;
La raifon devient mon fupplice .
Souvent & du Singe & du Chat ,
On m'a donné le caractere,
1
Je traite un Vainqueur en Forçat ,
Chacun pourtant cherche à me plaire.
Au Sphinx j'avois certain rapport ;
Mais avec cette difference ,
Il n'agiffoit que pour la Mort ,
Je nefers que pour l'exiſtence.
*
E iij
Mora964
MERCURE DE FRANCE.
Moralité fervant d'Explication aux trois
Enigmes du Mercure d'Avril 172 6.
Par M. F. A. ën P.
L
Es Grandeurs d'ici -bas , d'une Vitre legere,
'Ont l'éclat tout enſemble & la fragilité ;
Mais bien qu'elles ne foient qu'illufion, chimere,
L'homme s'en fait l'objet de fa felicité :
Il vit long- temps tranquille au feinjde la mi fere;
Devenu vieux & valetudinaire ,
Il difpofe par Teftament
D'un bien dont le trépas lui raviral'uſage
Et le Cadran folaire indique le moment ,
Où franchiffant ce dur paſſage ,
Il va d'un Dieu vengeur fubir le jugement.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
YSTE'ME d'un Medecin Anglois fur
Six caule de toutes les efpeces de mala-
Na
dies , avec les furprenantes configurations
des differentes efpeces de petits
Infectes qu'on voit par le moyen d'un
bon
ΜΑΥ. 1726. 965
bon Microſcope , dans le fang , & dans
les urines des differens malades , & même
de tous ceux qui doivent le devenir
. Recueilli par M. A. C. D. A Pa
ris , chez Alexis - Xavier- René Mefnier
1726. in 8 .
On nous dit dans une espece de Préface
, qui eft au commencement de cette
Brochure , que c'eft ici un Traité , qui
eft extrait d'un Manufcrit qui porte pour
titre , Systême d'un Medecin Anglois fur
la Nature de Dieu & des Ames , &c. Un
Medecin qui donne dans les Syftêmes les
plus abftraits , & qui fe laiffe entraîner
par les caprices , peut- il être de quelque
utilité au Public ? comme ce doit etre
l'unique but où il doit tendre.
>> Pour le peu , dit l'Auteur , qu'on
» veuille fe reprefenter la divifibilité do
la matiere à l'infini , que toute la Na-
» ture eſt animée , &c. on ne doit point
» être furpris de ce que j'admets pour
» caufe de toutes nos differentes efpeces
» de douleurs , qui ne font autre chofe
» que nos differentes efpeces de mala-
» dies autant de differentes efpeces
» de ces petits infectes perceptibles ,
»> neanmoins à la vûë , lorfqu'elle eſt ai-
» dée d'un bon Microſcope , lefquels fe
» communiquent & fe generent comme
» tous les autres animaux , & c.
E iiij Queln
>
966 MERCURE DE FRANCE.
Quelque abfurde
que paroille ce Syf
tême , notre Medecin fe perfuade , qu'il
pourroit par cent raifonnemens
inconteſtables
en prouver la verité , mais il aime
mieux tout d'un coup indiquer les
experiences
qu'il croit qu'on peut faire
fur ce qu'il avance .
Il rapporte enfuite près d'une centai
ne de maladies caufées par fes prétendus
infectes , dont il donne les differentes
configurations , qu'il dit avoir remarquées
. Mais quelles difficultez ne fautil
pas furmonter ? quelle patience ne
faut-il pas avoir pour faire quelque progrès
dans cette étude , quelque bon Microſcope
qu'on ait , continue l'Auteur ,
fi par un long & penible exercice vous
n'apprenez à vous en bien fervir , il vous
deviendra prefqu'inutile : car il en eft
du Microſcope , comme de la Flute traverfiere.
Tout le monde fçait fouffler
& remuer les doigts , cependant ce n'eft
qu'avec un temps confiderable , qu'on apprend
à bien jouer de cet inftrument .
L'Auteur employe enfuite quelques
pages de fon écrit à refuter , comme il
peut , les fentimens des habiles Medecins
, fur la caufe des maladies , & il expole
le fien de cette maniere .
» Un homme couche avec une perfon-
» ne qui a des puces , ou des poux , ou
des
MAY: 1726. 967
n
>>
» des cirons , ou des morpions , ou des
» animaux veneriens , il fe communique
» en cet homme quelques - uns de ces ani-
» maux ; ils vont , ils viennent , juſqu'à
» ce qu'ils ayent trouvé en lui un lieu
qui leur foit agréable pour leur séjour
» & pour leur nourriture ; les puces in-
» differemment par tout le corps ; les poux
» dans quelques fronciffures de chemife
; les cirons fous l'épiderme ; les mor-
» pions au penil , & fous les aiffelles s
les chancrifiques fur le prépuce ; les
» gonorrhiques aux proftates ; les bu-
» boniftes aux glandes des aînes ; les
veroliques dans toute la maffe du fang.
» En ces lieux , chaque efpece y établit
fa demeure ; ils y mangent , ils s'y
nourriffent , ils s'y generent , ils s'y
» multiplient , il s'y fait une demangeai-
» fon , un ulcere , ou un abfcès, qui fubfifte
, tant que par quelque drogue , qui
» foit pour de tels animaux un poiſon,
» l'on trouve le moyen de les tuer .
20
»
20
"
Nous croyons en avoir dit affez , &
peut- être trop , pour faire connoître la
bizarrerie de ce Syftême , nous ajoûterons
feulement , que l'Auteur n'a rien
oublié pour le rendre utile , en donnant
une Table Alphabétique des noms des pe
tits infectes , qui caufent , felon lui , les
maladies .
Ev
LET
968 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES SPIRITUELLES du R. P. Clau
de de la Colombiere , de la Compagnie
de Jeſus . A Lyon , chez les Freres Bruyfet
, rue Merciere , 1725. 2. vol . in 12 .
de plus de 200. pages chacun.
,
LA BIBLIOTHEQUE DES PRE'DICATEURS
Tome cinquiéme des Supplémens
, concernant les Ceremonies , Pratiques
, Coutumes & Maximes de l'Eglife.
Par le R. P. Houdry , D. L. C.
D. J. A Lyon , chez la Veuve Boudet ,
ruë Merciere , 1725. in 4. de 587.
pages.
OBUVRES du R. P. Ignace Gaſton Pardies
, de la Compagnie de Jefus , contenant
1 ° . Les Elemens de Geometrie.
2º. Un Difcours du mouvement local .
39. La Statique , ou la Science des forces
mouvantes . 4° . Deux Machines propres
à faire les Cadrans . 50. Un Difcours
de la Connoiffance des Bêtes , augmenté
dans cette nouvelle Edition d'une
Table pour l'intelligence des Elemens
de Geometrie , felon Euclide. A Lyon,
chez les FF. Bruyfet , 1725. in 12. de soo.
pages , fans la Préface.
RE'PONSE aux Obfervations fur la
Chronologie de M. Newton , avec une
Lettre
MAY . 1726. 969
Lettre de M …….. au fujet de ladite Réponfe.
A Paris , Quay des Augustins ,
chez N. Piffot , 1726. broch . in 12. de
28. pages.
par
DECISIONS SOMMAIRES DU PALAIS ,
ordre alphabetique , illuftrées de Notes
, & de plufieurs Arrefts de la Cour
du Parlement de Bordeaux. Parfeu Maî
tre Abraham la Peyrere , ancien Avocat
en la lite Cour , cinquiéme Edition ,
revûë , corrigée & augmentée d'un grand
nombre de Décifions & d'Arrêts recueillis
des Memoires de plufieurs illuftres
Senateurs de ce Parlement , & à
laquelle on a ajoûté plufieurs nouveaux
Arrêts notables . A Bordeaux , chez Simon
Boudé , Charles & Simon Labottie
re , & fe vend à Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier , 1725. in folio de 552 .
pages.
LES ELEGIES D'OVIDE pendant for
exil , traduites en François , le Latin à
côté, avec des Notes critiques & hiftotiques.
Deux Volumes . Par le P. de Ker
villars , D. L. C. D. J. A Paris , ruë
de la Harpe , chez Ch . d'Houry , 17266
in 12.
NOUVEAU SYSTE'ME fur la generation
E vj de
970 MERCURE DE FRANCE .
de l'Homme , & celle de l'Oifeau , ou
l'on rapporte , & où l'on refute les differentes
opinions qui ont paru fur ce fujet.
Par Charles- Denis de Launay , Chirurgien
Major du Regiment Rayal, Infanterie.
A Paris , rue Galande , chez
G. F. Quillau , fils , 1726. in 12. de
plus de 300. pages .
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE pour
fervir de continuation à celle de M. l'Abbé
Fleury , Tom . XXI . depuis l'an 1401 .
jufqu'en 1431. Premiere & feconde Partie
A Paris , ruë S. Jacques , chez la
Veuve de L. Guerin , Hippol. Guerin
fils , & Jean Mariette ; & chez Emery,
Martin , Quay des Auguftins , 1726. 4.
vol. in 12. 2. vol . in 4.
HISTOIRE SECRETTE des Femmes Galantes
de l'Antiquité. A Paris , rue
S. Jacques , chez Ganèau , 3. vol. in 12 .
de plus de 1300 pages.
LETTRES de Marie Rabutin - Chantal
, Marquise de Sevigné , à Madame la
Comte ffe de Grignan , fa fille , Tome I.
381 pages ,Tome 2. 324. pages , fans nom
de Ville, ni de Libraire. Mais on fçait que
ce Livre fe débite à Paris chez Pißot,
Quay
MAY 1726. 971
Quay des Auguftins , 2. livres les 2. vol .
12.1726.
On voit à la tête de ce Recüeil une
Préface & une Lettre , ou plutoft une
double Préface , dans laquelle on apprend
fommairement l'Hiftoire de la
Marquife de Sevigné , & de la Comteffe
de Grignan , & quelque chofe de
ce qui regardé l'Ouvrage qu'on donne
au Public. >> Quoique le ftile de ces
» Lettres foit d'un tour aifé , naturel , &
fimple en apparence , il ne laiffe pas
» d'être affez figuré , pour exiger du Lec-
» teur bien de l'attention pour le fuivre
» & pour l'entendre.
n
» Ces Lettres font d'ailleurs remplies
»de préceptes & de raifonnemens G
" juftes & fi fenfez , avec tant d'art &
>> tant d'agrément , que la lecture en peut
» être très utile aux jeunes perfonnes &
» à tout le monde.
»
,
Cette Préface eft fuivie de quatre
Lettres adreffées à M. de Coulanges .
Elles font fuivies du Recueil des Lettres
à Madame de Grignan , au nombre
de 134. que ces deux Volumes contienment.
On a fçû que c'eft M. Thiriot qui a
donné ces Lettres au Public . Elles ont
été reçûës fort agréablement , & on les
lit avec grande avidité . Le ftile en est
fimple
972 MERCURE DE FRANCE.
fimple , coupé , leger , naturel , & trèsaffectueux
; les narrations vives & courtes
: c'eſt un modele , & peut- être ce
qu'il y a de plus parfait en ce genre . Cependant
les perfonnes confiderables , qui
tiennent à l'illuftre Madame de Sevi
gné par la parenté , ou par l'alliance ,
ont fouffert impatiemment que l'on ait
pû penfer qu'elles euffent la moindre
part à cette Edition , qui a été faite fur
un Manufcrit perdu à la mort du feu
Comte de Buffi , & tombé , il y aa plus
de deux ans , entre les mains de M. l'Abbé
Damfreville , par M. de Clemencé .
Voici deux Lettres qui pourront éclaircir
cette matiere. Elles ont paru imprimées
en feuille volante.
LETTRE de M. l'Abbé Damfreville ,
à M. de ***
VO
Ous me demandez , Monfieur
quelle part je puis avoir à l'Edition
des Lettres de Madame la Mırquife
de Sevigné : je vais vous fatisfaire en
peu de mots. J'avois depuis long- temps
par N. de Clemencé , un Manufcrit de
ces Lettres. M. Thiriot m'étant venu voir
l'année paffée , trouva ce Manufcrit fur
ma table , il me pria de le lui prêter. Je
lui accordai volontiers ce plaifir ; cèla
MAY. 1725. 973
eft tout fimple, & tout ordinaire dans le
commerce des Lettres. A quelque temps
de là M. Thiriot fe trouvant à la campagne
, les a fait imprimer ; & j'ai en
tout fujet de me repentir de ma facilité ,
par les plaintes & les murmures que cette
Edition a excitez , & par la peine qu'elle
a caufée à tout ce qui exifte du nom &
du fang de Raburin.
Voilà , Monfieur , avec verité, toute la
part innocente indirecte que j'ai dans
cette affaire. J'ai un fenfible chagrin d'avoir,
contre mon attente , donné occafion à
un évenement , qui a déplû à des perfon
nes confiderables que j'honore & respecte.
Je fuis , Monfieur , &c.
Lettre de M. Thiriot à M. de **
Lan
'Interêt , Monfieur , que vous prenez
aux Let res de Madame la Marquife
de Sevigné , & le témoignage que je dois
à la verité , m'obligent à vous donner
L'éclairciffement que vous demandez.
Etant allé voir M. l'Abbé Damfreville
le mois de May dernier , j'y trouvai un
Manufcrit de ces Lettres , qu'il avoit , me
dit-il , environ depuis deux ans . Fe le
priai de me le prêter , & de m'en laiffer
prendre une copie. Il me l'accorda fans
m'im974
MERCURE DE FRANCE
m'impofer aucune condition , & avec tant
de facilité, que me trouvant à quelque
temps delà à Rouen , je crus faire un
prefent agréable & avantageux au Public
de lui donner ces Lettres , & je pris
la réfolution de les fire imprimer. Je
pnfois que ce Manufcrit étoit beaucoup
plus répandu dans le monde , plufieurs de
mes amis m'ayant dit qu'ils en avoient déja
vi d'autres auffi bien que moi . Enfin, Monfieur,
j'ai cru ne faire que ce qui étoit
du droit des gens dans la Republique des
Lettres. C pendant j'apprens que cette Edition
bleffe les perfonnes illuftres qui s'intereffent
par les liaifons du fang à la memoire
de Madame la Marquise de Sevigné.
J'en ai , je vous l'avonë , Monfieur
, une veritable douleur , & je voudrois
de tout mon coeur n'y avoir jamais
penfe . Je vous prie de le dire à tous ceux
qui vous en parleront , & de me croire
rès-fincerement.
Quoique cet Extrait commence d'ê
tre un peu long , nous n'avons pas encore
rempli toutes nos obligations . Il
refte à donner quelques fragmens de ces
Lettres , pour que les Lecturs puiffent
en avoir une legere idée. Ils auroient
bien lieu de fe plaindre fi nous y manquions.
La
MAY. 1726. 97
La feptiéme Lettre eft écrite de Livri
au mois de Mars 1671. où la Marquife
de Sevigné alla faire une efpece de retraite.
Je vous écris , pour fuit - elle ,
affife fur le fiege de moulle , où je vous
>> ai vûë quelquefois couchée. Mais , mon
» Dieu , où ne vous ai - je point vûë ici ,
» & de quelle façon toutes ces penſées
>> me traverfent le cour ? Il n'y a point
» d'endroit , point de lieu , ni dans la
» maiſon , ni dans l'Eglife , ni dans le
bois , ni dans le jardin , où je ne vous
» aye vûë ; il n'y en a point qui ne me
» faffe fouvenir de quelque chofe ; de
quelque maniere que ce foit , cela me
» perce le coeur. Je vous vois , vous m'é
» tes préfente , je penfe , & je repenfe
» à tout. Ma tête & mon efprit fe creu-
» fent ; mais j'ai beau tourner , j'ai beau
>> chercher cette chere enfant que j'aime
»avec tant de paffion , elle eft à deux
» cens lieues de moi , je ne l'ai plus Sur
cela je pleure fans pouvoir m'en em-
" pêcher. Ma chere Bonne , voilà qui
» eft bien foiblé , mais pour moi je ne
» fçais point être forte contre une ten-
» dreffe fi jufte & fi naturelle. Je ne fçais
» en quelle difpofition vous ferez en li-
» fant ma Lettre ; le hazard peut faire
» qu'elle viendra mal- à propos , & qu'el
» le ne fera peut- être pas lûë de la maniere
支
976 MERCURE DE FRANCE.
»
» niere qu'elle eft écrite. A cela je ne
fçai point de remede. Elle fert tou-
»jours à me foulager prefentement ; c'eft
» tout ce que je lui demande. L'état où
» ce lieu- ci m'a mife eft une chofe incroyable.
Je vous prie de ne point par
» ler de mes foiblefles , mais vous de
» vez les aimer , & refpecter mes larmes ,
» qui viennent d'un coeur tout à vous.
"
LETTRE huitiéme. » Je ne fçai où
» me fauver de vous ; notre maiſon
» de Paris m'affomme encore tous les
jours , & Livri m'acheve. Pour vous,
» c'eft par un effort de memoire que vous
» penfez à moi ; la Provence n'eft point
» obligée de me rendre à vous , comme
» ces lieux- ci vous rendent à moi , &c. .
LETTRES 16. & 17. de Paris au mois
d'Avril 1671. » Le Roi arriva le Jeu
di 2 3. au foir à Chantilly ; il courut
» le Cerf au clair de la Lune , les Lan-.
» ternes firent des merveilles ; le Feu
» d'artifice fut un peu effacé par la clar
» té de notre amie. La Promenade , le
» Jeu , la Collation dans un lieu tapiffé
» de Jonquilles , tout alla à merveilles.
» On foupa ; il y eut quelques tables où
» le rôti manqua , à caufe, de plufieurs
» dînez à quoi on ne s'étoit point atten
" du.
MAY 1726. 977
» du . Cela faifit Vatel , ce grand Vatel ,
» Maître d'Hôtel de M. Fouquet , qui
» l'étoit préfentement de Monfieur le
» Prince , cet homme , d'une capacité
» diſtinguée , dont la tête étoit capable de
foutenir tout le foin d'un Etat ; cet
» homme donc que je connoiffois , dit
» plufieurs fois , je fuis perdu d'hon-
>> neur , voici un affront que je ne fup-
" porterai pas. Il dit à Gourville , la tê-
» te me tourne , il y a douze nuits que
» je n'ai dormi , aidez - moi à donner des
nordres. Gourville le foulagea en ce
» qu'il put. Le rôti qui avoit manqué ,
non pas à la table du Roi , mais aux
>> vingt - cinquièmes , lui revenoit tou
» jours à la tête. Gourville le dit à M.
» le Prince. M. le Prince alla juſques
» dans fa chambre , & lui dit : Vatel ,
tout va bien , rien n'étoit fi beau
que
fouperdu Roi. Il lui dit , Monfeigneur,
votre bonté m'acheve . Je fçai que le
» rôt a manqué à deux tables . Point du
tout , dit M. le Prince , ne vous fâ-
"chez point , tout va bien. La nuit vint,
le Feu d'artifice ne réüffit pas , il fut
>>> couvert d'un nuage : il coutoit 16000.
» francs A quatre heures du matin Vatel
s'en va par tout , il trouve tout en-
>> dormi il rencontre un petit Pourvoyeur
, qui lui apportoit feulement
»
le
>> deux
978 MERCURE DE FRANCE.
;
deux charges de Marée ; il lui deman
» de : Eft-ce -là tout ? Il lui dit , oui
>> Monfieur il ne fçavoit pas que Va-
» tel avoit envoyé à tous les Ports de
» de Mer. Il attend quelque temps , les
autres Pourvoyeurs ne viennent point;
» fa tête s'échauffoit , il crut qu'il n'au-
>> roit point d'autre Marée ; il trouva
» Gourville , il lui dit : Monfieur , je ne
» furvivrai point à cet affront ci . Gour-
» ville fe mocqua de lui : Vatel monte à
» la chambre , met fon épée met fon épée contre la
» porte , & fe la paffe au travers du coeur;
» mais ce ne fut qu'au troifiéme coup ,
car il s'en donna deux qui n'étoient
» pas mortels ; il tombe mort. La marée
» cependant arrive de tous côtez , on
cherche Vatel pour la diftribuer , on
» va à la chambre , on heurte , on enfon
» ce la porte , on le trouve noyé dans
»> fon fang , on court à Monfieur le Prin
» ce qui fut au défefpoir ... Il le dit au
» Roi fort triftement . On difoit que c'é-
» toit à force d'avoir de l'honneur à fa
» maniere. On loüa & on blâma fon cou-
» rage. Le Roi dit qu'il y avoit cinq ans
» qu'il retardoit de venir à Chantilly',
» parce qu'il comprenoit l'excès de cet
» embarras. Il dit à M. le Prince qu'il
>> ne devoit avoir que deux tables , & ne
» point fe charger de tout : il jura qu'il
>>> ne
MAY. 1726. 979
» ne fouffriroit plus que M. le Prince en
» usât ainfi ; mais c'étoit trop tard pour
» le pauvre Vatel.
»
LETTRE 15. » Vous aurez été dans
les Galeres , vous aurez paffé fur de
petits ponts , le pied peut vous avoir
» gliffé , vous ferez tombée : voilà les
horreurs de la feparation on eft à la
>> merci de toutes ces penfées ; on peut
>> crore fans folie que tout ce qui eſt
poffible peut arriver. Toutes les trif
» teffes de temperamment font des pref
» fentimens , tous les fonges font des
préfages , toutes les précautions font
» des avertiffemens ; enfin , c'eft une
» douleur fans fin .
» Ne jettez pas fi loin ces derniers Li-
» vres de la Fontaine . Il y a des Fables
» qui vous raviront , & des contes qui
>> vous charmeront . La fin des Oyes de
Frere Philippe , les Remois , les petits
chiens ; tout cela eft très - joli : il
» n'y a que ce qui n'eft point de ce ftile
qui eft plat. Je voudrois faire une Fa-
» ble qui lui fit entendre combien cela eſt
» miferable, de forcer fon efprit à fortir
» de fon genre , & combien la folie de
» vouloir chanter fur tous les tons , fait
» une mauvaiſe Mufique. Il ne faut point
» qu'il forte du talent qu'il a de conter.
LET ,
980 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE 23. » Une de mes grandes
envies , ce feroit d'être devote ; j'en
» tourmente tous les jours la Moulle . Je
» ne fuis ni à Dieu , ni au Diable , cet
» état m'ennuye , quoiqu'entre nous je le
» trouve le plus naturel du monde . On
» n'eſt point au Diable , parce qu'on craint
» Dieu, & qu'au fond on a un principe
» de Religion. On n'eft point à Dieu
» auffi , parce que la Loi eft dure , &
» qu'on n'aime point à fe détruire foi-
» même. Cela compofe les tiedes , dont
» le grand nombre ne m'étonne point du
>> tout. J'entre dans leurs raifons ; cepen-
>> dant Dieu les hait ; il faut donc en for-
» tir ; voilà la difficulté .
>>
LETTRE 24. » Enfin je refpire ;
j'ai été trois ordinaires fans recevoir de
» vos Lettres , & j'étois fi fort en peine,
>> que j'étois reduite à fouhaiter que vous
>> euffiez écrit à tout le monde hormis à
» moi. Je m'accommodois mieux d'avoir
été un peu retardée dans votre fouve-
» nir , que de porter l'épouventable inquiétude
fur votre fanté . Mais , mon
» Dieu , je me repens de vous écrire.
» mes douleurs , elles vous donneront de
» la peine quand je n'en aurai plus. Voi-
» là le malheur d'être éloignée. Helas !
» il n'eft pas feul .... notre ami Du-
1
bois
MAY. 1726. 981
bois prend un foin infini de notre com-
» merce , c'est - à- dire , de ma vie.
LETTRE 25. » La divine P ***
» eft juſtement & à point toute fauſſe.
Je lui fais trop d'honneur de daigner
feulement en dire du mal . Elle jouë
toutes fortes de chofes. Elle jouë la
» Devote , la capable , la peureuſe , la
" petite poitrine , la meilleure fille du
» monde; mais furtout elle me contre-
» fait de forte qu'elle me fait toujours
» le même plaifir , que fi je me voyois
» dans un miroir qui me fit ridicule , &
que je parlaffe à un écho qui me ré-
" pondit des fottifes .
LETTRE 27. » Madame de la Fayet
te me mande qu'elle fe trouve obligée
de vous écrire en mon abfence , &
» qu'elle le fera de temps en temps.
>> Cela me paroît honnête ; mais puifque
vous lui faites réponſe , je ne lui fuis
gueres obligée. Voilà une chofe fine .
>> L'entendez- vous bien ? Il me femble ,
" ma Bonne , que je vous fais tort de
» douter de votre intelligence fur ce qui
» eft un peu enveloppé , je pense que c'eſt
» à moi que je parle .
»
LETTRE 28. Je les regrette tous
» les
982 MERCURE DE FRANCE .
โด
» où
je les jours de ma vie , ce temps
" vous voyois à toute heure , & j'en fou-
» haiterois un pareil au prix de mon fang;
» ce n'eft pas que j'aye fur mon coeur de
» n'avoir pas fenti le plaifir d'être avec
» vous ; je vous jure , & je vous protef
» te que je ne vous ai jamais regardée avec
» indifference , ni avec la langueur que
>> donne quelquefois l'habitude : mes yeux
» ni mon coeur ne fe font jamais accou-
» tumez à cette vûe , & jamais je ne vous
ai regardée fans joye & fans tendreffe
; & s'il y a quelques momens où elle
» n'ait pas paru , c'eft alors que je la fen-
» tois plus vivement.
"
» A propos de Paſcal , je ſuis en fantaifié
d'admirer l'honnêteté de ces Mef-
>> fieurs les Poftillons , qui font incellam-
» ment fur les chemins pour porter &
» reporter nos Lettres . Il n'y a jour de
>> la femaine qu'ils n'en portent quel-
» qu'une à vous & à moi ; il y en a tou-
"jours & à toutes les heures par la Cam-
" pagne. Les honnêtes gens qu'ils font
» obligeans ! & que c'est une belle in-
» vention que la Pofte , & un bel effet
» de la Providence que la cupidité . J'ai
» quelquefois envie de leur écrire , pour
leur témoigner ma reconnoiffance, &
» je crois que je l'aurois déja fait , fans
que je me fouviens de ce chapitre de
1
» Paſcal,
MAY. 1726. 983
»
Pafcal , qu'ils ont peut- être envie de
>> me remercier de ce que j'écris , com-
» me j'ai envie de les remercier de ce
» qu'ils portent mes Lettres.
» je fuis affez bleffée des méchans fti-
» les j'ai quelque lumiere pour les bons ;
» & perfonne n'eft plus touchée que moi
» des charmes de l'Eloquence. Le ftile
» de la Calprenede eft maudit en mille
» endroits : de grandes periodes de Ro-
» man , de méchants mots ; , je fens tout
cela. J'écrivis l'autre jour une Lettre
» à mon fils de ce ftile , qui étoit fort
plaifante. Je trouve qu'il eft détefta-
» ble , & je ne laiffe pas de m'y prendre
» comme à de la glu . La beauté des Sen-
>> timens , la violence des paffions , la
» grandeur des évenemens , & le fuccès
» miraculeux de leur redoutable épée ;
» tout cela m'entraîne comme une petite
>> fille .
LETTRE 34. » Vous me voulez ai-
>> mer , & pour vous & pour votre en-
» fant. Eh ma Bonne ,
n'entreprenez
>> point tant de choſes ? Quand vous pour-
" riez atteindre à m'aimer autant que je
» vous aime , ce qui n'eft pas une chofe
» poffible , ni même dans l'ordre de Dieu,
» il faudroit toujours que ma petite fut
FC par984
MERCURE DE FRANCE.
و ر ا »pardeffuslemarché.C'estletropplein
de la tendreffe que j'ai pour vous.
On imprime deux nouveaux Ouvrages
du P. Buffier , intitulez Traitez Phi-
Lofophiques & Pratiques d'Eloquence &
de Poefie: chacun des deux fera un Volume.
Comme l'Auteur ne travaille pas
d'ordinaire d'après les idées d'autrui ,
on peut s'attendre à quelque chofe de
neuf fur des matieres qui femblent ufées.
On dit qu'il s'y trouve à la fin des
Exemples de chaque forte de Pieces d'Eloquence
& de Poëfie , avec des Remarques
Critiques fur chacune de ces
Pieces . L'Ouvrage , ne fut- ce que par
cet endroit , pourra exciter la curiofité &
fervir à former le goût.
•
Nous reconnoiffons avec grand plaifir
, que nous avons été mal informez.
lorfque nous avons dit dans notre Journal
du mois de Mars dernier, que la Traduction
de Tite- Live , par M. du Laurent ,
avoit été brûlée dans l'incendie qui a fait
perir fon Auteur. On nous a certifié de
plufieurs endroits , que le Manufcrit de
cette Traduction eft entre les mainsde
M. l'Abbé de la Croix , Chanoine de
Notre Dame , neveu de M. du Laurent ,
& on ajoûte à cette certitude , que M. de
'
{
1.
MAY. 1726. 985
la Croix eft en état de faire travailler
inceffamment à l'Edition de ce grand Ou
vrage.
Il paroît depuis peu une Carte Géographique
très-curieufe & utile. Elle a
pour titre La France Benedictine , ou
Carte generale des Abbayes & Prieurez
Conventuels de l'Ordre de S. Benoist ,
tant d'Hommes qué de Filles Refor
mées Non -Reformées & Seculari
fées .
,
Elle eft accompagnée de Tables Alphabetiques
, pour trouver par les longitudes
& latitudes , les pofitions de toutes
ces Abbayes & Prieurez. Dreffée &
mife au jour par Fr. Fr. le Chevalier ,
Religieux Benedictin , de la Congrega
tion de S. Maur.
L'on trouvera de ces Cartes , chez le
fieur Danet , fur le Pont Notre- Dame ,
à la Sphere Royale , & chez l'Auteur,
à l'Abbaye de S. Germain des Prez.
Le fieur Defrochers , Graveur du Roi,
de l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , qui s'applique à
graver les
Portraits des Perfonnes illuftres dans l'Eglife
, dans les Armes , dans la Robe ,
dans les Sciences & les Arts , comme
auffi la Famille Royale de France , &
Fij des
986 MERCURE DE FRANCE.
>
des autres Cours Etrangeres , eft parvenu
à un nombre de Portraits qui intereffent
beaucoup le Public , & qui font d'un
grand fecours pour l'Hiftoire. Ces Portraits
font de grandeur in 4. & on en
peut former plufieurs Volumes. Il reçut
en 1723. une Médaille d'or de l'Empereur
, dont S. M. I. le gratifia. Il vient
d'en recevoir une de même métal du
Prince de Heffe - Darmstadt , par les
mains de M. le Baron de Planta , Envoyé
de ce Prince à la Cour de France
: ce qui prouve le cas qu'on fait en
Allemagne de cette grande fuite auffi
utile qu'agréable . On voit dans la face.
droite de cette derniere Médaille le Portrait
du Prince avec cette Legende : Erneft
. Lud. D. G. Haß. Landg. Pr. Hersf.
Et dans le Revers un Lion tenant
une Epée , & les Armes du Prince ,
avec cette Legende : Protegere praftas
quam rapere.
,
On trouve auffi chez ledit fieur Def
rochers les Estampes d'après le Correge
qu'il a gravées , & qui ont été dédiées
à Monfeigneur
le Duc d'Orleans ,
Petit - Fils de France , ainfi que quantité
d'autres fujets confiderables .
Le fieur Hecquet , Graveur & Marchand
Imager , ayant appris par plu
fieurs
MAY. 17266 387
& ' d'en
fieurs lettres de Provinces , que divers
Profeffeurs & Superieurs de Colleges
ainfi que les Marchands d'Eftampes de
differens endroits , ne fçavent à qui s'adreffer
pour leurs Thefes , a crû devoir
leur donner avis, qu'il eft très - bien afforti
en Theſes , de toute forte de fujets
& de grandeurs differentes, dont il s'offre
d'envoyer des Epreuves ,
marquer au jufte le prix , afin
que les
Ecoliers puiffent choifir commodément
les fujets qui leur conviendront. Il aver
tit encore qu'il a fait deux nouvelles Af
fiches , dont l'une contient le Portrait du
Roi , accompagné d'une Victoire & de
Bellone , avec des Trophées attachez à
un Palmier & à un Chêne , où font auffi
deux Médailles qui ont rapport au Mariage
du Roi , avec un petit Bas- Relief
au-deffous , où l'on voit la Ceremonie du
Mariage . Celle de la Reine en reprefentoutes
les Vertus qui caracteriſent
cette Princeffe ; la Renommée la couronne
, & plufieurs Génies reprefentent
les Arts , &c. Les deux Portraits font
très-reffemblans . Ces deux Affiches font
de la grandeur ordinaire des autres. Il
a auffi plus de cent fujets , tant du Nouveau
que de l'ancien Teftament , & un
un grand nombre de Patrons pour les
Affiches . Ceux qui voudront lui faire
Fiij l'hon
988 MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de lui écrire , fon adreffe eft
à l'Image S. Maur , Place de Cambray
à Paris.
Le fieur du Quet , Ingenieur pour les
forces mouvantes , & les Mechaniques ,
qui a été envoyé par ordre du feu Roi
dans plufieurs Ports de Mer , pour ellayer
des Rames de fon invention , voulant
faire part au Public de fes découvertes ,
il donne avis qu'il fera chez lui des Difcours
fur differentes matieres de Mechaniques
, & prouvera l'utilité qu'il y a
à pratiquer ce qu'il a inventé pour la
perfection de la Navigation ; furtout au
fujet de fes Rames , dont il prétend
que tous les Batimens doivent ufer.
C'est par elles qu'il prétend prouver la
poffibilité de faire fervir la rapidité du
Rhône & des autres Rivieres , à remon
ter les Bateaux chargez avec plus de vitelle
, que par le tirage des Chevaux &
des Boux , & par confequent avec plus
de facilité , moins de danger , de dé
penfe , d'embarras & d'inconvenient. Il
croit pouvoir employer par le même
moyen le courant de la Seine à Paris ,
à faire monter & defcendre fans ceffe des
petits Bateaux couverts qui pourront
fervir de voiture publique pour monter
& defcendre de la Porte S. Bernard aux
Thuilleries.
Il
MAY. 1726. 989
vent ,
Il fera connoître dans fes Difcours les
défauts & les fujettions des Moulins à
& enfeignera la maniere de les
corriger , de les rendre plus fimples ,
plus folides d'une figure plus agréa
ble , & de moindre entretien.
Il apprendra les moyens de voiturer
par terre , les fruits de la Campagne &
les marchandifes par le moyen du vent,
contre le vent même , furtout dans les
Plaines , où le vent peut avoir toute fon
action . Par ce moyen on pourra tirer le
bois de diverfes Forefts fans beaucoup dé
peine ni de dépenfe , en employant qua
tre chevaux , qui ferviront à mener au
vent 20. ou 30. Charettes, conftruites ex
prés , quiporteront chacune au moins une
corde de bois. On pourroit même labou
rer la terre par leur fecours & celui du
vent.
Il donnera de nouvelles inftructions
fur la maniere de battre & vanner le bled
en même temps , & quantité d'autres
chofes utiles & agreables dans la vie civile.
Un modele de relief fervira à faire
entendre dans toutes les parties le fujet
de chaque Difcours , & à en donner
une parfaite intelligence pour la prati
que .
The
Les Curieux qui voudront profiter de
F, iiij ces
990 MERCURE DE FRANCE .
ansco
elev
dev
refer
ces inftructions , s'adrefferont à l'Au- de
teur , rue de l'Arbre- Sec , vis - à - vis le
petit Paradis , où l'on conviendra de
T'heure la plus commode . Il y aura un
Commis qui recevra une retribution de
30. fois pour chaque Difcours , afin de four- d
nir aux petits frais qu'il conviendra faire .
Toujours attentifs à faifir tout ce qui
peut faire naître l'amour & le goût des
Beaux Arts , nous nous faifons un plaifir
& un devoir particulier de les celebrer
à toutes les occafions qui fe prefentent.
Le fujet qui donne lieu à cet article , a
attiré la curiofité des perfonnes de la plus
grande confideration de la Cour & de la
Ville , qui font venus admirer l'Ouvra
ge de M. Ballin , Premier Orfevre du
Roi , aux Galleries du Louvre , digne
heritier des talens du fameux Claude
Ballin , fon oncle , dont les Ouvrages
d'Orfevrerie , foit pour la compofition,
foit pour l'execution feront toujours
,
eftimez comme des Chefs - d'oeuvre des
plus grands Maîtres.
de
ea
Il s'agit ici d'un Service de Vaiflelle
d'argent du poids d'environ 2000 .
marcs , dont on peut dire que le travail
furpaffe de beaucoup la matiere .
P
crell
Un grand milieu de table ou Surtout,
en fait la principale piece. C'eſt une ef-
&
ресе
ΜΑΥ. 1726. 1726. 991)
>
pece de Temple fur un plan carré- long.
à pans coupez, fur lequel tout l'éédifice il
eft élevé. L'ingenieux Artiſte a voulu
repreſenter une Fête que donne Comus,
Dieu des Feftins. Son Simulacre eft placé
au - deffus d'un Baldaquin qui fert de
couronnement à cette riche fabrique. Le
Dieu paroît à demi - couché les bras
étendus , dans une attitude , & avec des
expreffions qui marquent la fanté , la
joye & le contentement , & qui femblent
inviter aux plaifirs de la table. Ce Baldaquin
eft élevé fur quatre arcades.
Sous les deux plus grandes on voit en
Termes les figures de Bacchus & de Cerès
, avec leurs Attributs , qui remplif
fent les deux principales faces des grandes
Arcades , fur les bords & le fommet
des archivoltes. Ces Attributs diftribuez
avec art enrichiffent beaucoup l'Ouvrage
, & font une varieté admirable . Du
milieu des quatre pieds droits qui formentle
bas des Arcades , on voit s'élever
vers le ceintre, quatre Bacchantes en demi
- corps , dont le bas eft terminé en maniere
de confole d'un deffein fort agreable.
Ces quatre demi- figures , pofées fur
le repos d'une volute , interrompent les
montans , & font un fort bel effet . On
a eu grande attention à donner à ces Bacchantes
des attitudes convenables & ex-
Fv trême--
992 MERCURE DE FRANCE .
1
trêmement variées . Elles tiennent les
divers inftrumens que l'ufage fabuleux
autorife. Dans toutes ces figures , outre
Ja grace & la correction du deffein , on
y trouve encore cet air d'enjouëment &
de vivacité qui convient au fujet.
Le milieu au deffous du Baldaquin eſt
occupé par une espece de Corbeille propre
à mettre des Fleurs , des Citrons , des
Oranges , & autres Fruits felon la faifon.
Cette Piece eft pofée fur une autre
beaucoup plus grande , dont tout le pourtour
eft enrichi d'ornemens convenables
& gracieux . Le bord eft formé par un
cordon de baguettes , réunies par des
palmes. Cette bordure eft interrompuë
à chaque milieu des quatre faces , par
les Armes en relief du Maréchal Comte
de Daun , Gouverneur general du
Milanés , pour qui ce Service a été fait.
De ce cordon fortent quatre coquilles
couvertes , jonchées de feuilles de Goimont,
pour fervir de Poivrieres . Il en
fort auffi huit branches des angles , des
pans coupez , qui portent chacune leur
baffinet pour des bougies.
Au- deflus des coquilles dont on vient
de parler , il y a quatre Sucriers d'une
forme finguliere , & d'une fimetrie agréable.
Ils font environnez d'un foyer de
cannes de fucre. Sur les flancs & fur les
deux
MAY. 17262 993
deux bouts , font pofées huit Caraffes de
criftal , pour l'huile & le vinaigre , dans
des efpeces de cuvetes qui embelliffent
cette riche compofition . Elles font auffi
environnées jufques vers leur milieu , de
feps de Vigne & de branches d'Olivier
avec des feuilles & du fruit.
Ce magnifique Surtout eft accompagné
de deux Terrines ovales à ances , avec
leurs baffins & cuilliers , le tout d'un
goût nouveau & d'un travail exquis ; de
deux Pots à oïlles , de forme ronde , auffi
avec lears baffins & cuilliers. Ces qua
tre grandes pieces ont chacune leur cou
vercle ornez d'une maniere finguliere &
ingenieufe ; De quatre Caifles à foye
gras , d'une invention nouvelle : De quatre
Seaux à pans , de grand nombre de
Soucoupes , Réchauts , Saucieres , Flambeaux
, Baffins , Plats & Affietes , de formes
& grandeurs differentes , le tout bordé
d'un perlé.
M. Ballin travaille actuellement à 32.
Corbeilles de differentes formes , grandes
, moyennes & petites pour le Def
fert , dont la richeffe & le goût répon
dront à la magnificence du Service.
F vj Lettre
994 MERCURE DE FRANCE:
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
Il
L paroît depuis peu , Meffieurs, un Livre
imprimé à Paris,chez Etienne, qui
a pour titre, Abregé de la Vie des anciens
Philofophes , qu'on dit avoir reçu des
mains de feu M. le Duc de Chevreuse , &
que ce Seigneur a affu é qu'il étoit du celebre
M. de Fenelon , Archevêque de Cambray.
Comme je n'y ai trouvé , ni ſon ſtile,
ni fon efprit , ni fes fentimens , j'ai demandé
à tous les parens & amis , s'ils
avoient quelque connoiffance de cet Ouvrage
; tous le defavouent , & furtout
M. le Duc de Chaulnes , fils de M. le
Duc de Chevreufe , M. l'Abbé de Beaumont
, Evêque de Saintes , & M. le Marquis
de Fenelon , Amballadeur d'Hollande
, neveux de feu M. de Cambray.
Ils fouhaitent tous qu'on détrompe le
Public , non feulement pour rendre juftice
à la memoire de cet illuftre Prélat
mais auffi pour fe conformer à fes dernieres
volontez marquées par fon Teſtament
. On ne doit , dit - il , m'attribuer aucun
des Ecrits qu'on pourroit publier fous
mon nom . Je ne reconnois que ceux qui
auront été imprimez par mes foins , ou reconnus
par moi pendant ma vie. Les au-
OA
L
tres
MAY 1726. 997
tres pourroient , ou n'être pas de moi , ou
m'être attribuez fans fondement , ou être
mêlez avec d'autres Ecrits étrangers , on
être alterez par des Copiftes.
Le Public doit regarder avec indignation
ceux qui ofent emprunter ainfi des
noms refpectables , pour debiter des Ouvrages
fuppofez ou eftropiez , furtout
lorfque ces Ouvrages ne font point honneur
à la memoire des perfonnes aufquelles
on les attribue . Tous les Membres
de la Republique des Lettres font intereffez
à empêcher & à defavoüer une
femblable fupercherie. C'eft ce qui me
fait efperer , Meffieurs , que vous voudrez
bien faire inferer cette Lettre dans
votre Mercure . J'ai l'honneur d'être , &c.
Ramfay.
L'ouverture de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , fe fit le
le Mardi 30. Avril . M. l'Abbé Bignon
préfidoit à cette Affemblée. M. de Boze
, Secretaire de l'Académie y lut l'éloge
de M. Bignon , Confeiller d'Etat , ancien
Prevôt des Marchands , & celui de-
M. le Peletier de Souzi , auffi Confeiller
d'Etat. L'Abbé Sevin lut une Diflertation
fur la vie & fur les Ouvrages
d'Evhemere ; l'Abbé Souchay, un Dif
.
cours
996 MERCURE DE FRANCE .
cours fur le caractere & fur l'origine
de l'Elegie , & M. Hardion une Dif
fertation fur le Saut de Leucade , Promontoire
de l'Ile du même nom , du
haut duquel les Amans malheureux alloient
fe précipiter dans la mer , perfuadez
qu'ils gueriroient de leur palfion
.
- On donnera des Extraits de ces Difcours.
que .
Le Samedi 4. May , l'Académie Royale
des Sciences tint fon Affemblée publi-
M. de Fontenelle ouvrit la Sceance
par la publication de la Piece , qui a
remporté le Prix de cette année , dont le
fujet étoit les Loix du choc des Corps à
reffort , déduites d'une explication probable
de la caufe du reffort. Il annonça
enfuite le fujet du Prix , qui fera diftri- ~
bué en 1728. & fit l'éloge de M. Arfoeker
, Alfocié étranger de cette Académie
, mort depuis quelque temps .
. M. de Reaumur lut enfuite un Me.
moire fur le Fer , dans lequel il donne
de nouveaux moyens d'adoucir le Fer ,
& de mouler toutes fortes d'Ouvrages
de ce métal , d'une maniere plus fimple
& plus fure , que par les methodes qu'il
Le Pere de Maziere , de la Congregation de
P'Oratoire , a remporté ce Prix.
ΜΑΥ. 1726 . 997-
a données dans les differens Memoires
qu'il avoit publiez fur cette matiere .
M. de Reaumur finit fa Differtation par
une Explication phyfique des caufes , par
lefquelles le Fer eft de tous les métaux
celui qui fe moule le plus parfaite
ment.
M. Geofroy le cadet , lut enfuite un
Memoire de Chimie , dans lequel il fit
voir le procedé qu'il falloit fuivre pour
enflammer l'huile de Terebentine , en la
mêlant avec des acides ; experience annoncée
depuis plus de 30. années par un
celebre Chimifte , & qui n'avoit pû réüſfir
depuis ce temps là , quoique tentée
par plufieurs Chimiftes. M. Geofroy
montra que toutes les huiles effentielles
, & même les baûmes , s'enflamment
par leurs mélanges avec de violens acides
.
M. Malouet finit la Scéance par la
lecture d'un petit Memoire , dans lequel
il donne un moyen fingulier de guérir
la maladie nommée Efquinancie, A
la fin de l'Affemblée , M. Geofroy fit tou
tes les experiences annoncées dans for
Memoire qui réüffirent toutes.
M. l'Abbé Bignon préfida à cette Affemblée.
Il réfuma à la fin de chaque
lecture les matieres qui avoient été trai
tées , répandit de nouvelles clartez fur
ce
998 MERCURE DE FRANCE.
ce qui avoit été dit , & donna les élo
ges convenables aux Académiciens qui
avoient parlé.
On donnera des Extraits plus étendus
des Memoires qui ont été lûs à cette Affemblée
, & on parlera plus au long des
Experiences de M. Geofroy .
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences.
FE
Pour l'Année 1728 .
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences ,
& à l'utilité que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds
pour deux Prix , qui feront diftribuez à ceux qui,
au jugement de cette Compagnie , auront le
mieux réuffi fur deux differentes fortes de Sujets,
qu'il a indiquez dans fon Teftament , & dont il
a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Siftême
general du Monde , & l'Aftronomic Phifique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Teftament , & fe diftribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus confiderable & il fera de 2500. livres.
Les Sujets du ſecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
MAY. 1726. ୨୨୭
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000. livres.
L'Académie fe conformant aux veues & aux
intentions du Teftateur , propofe pour fujet du
premier Prix qui tombe dans l'Année 1728.
L'Explication de la Caufe generale de la
Pefanteur.
Les Sçavans de toutes les Nations font invitez
à travailler fur ces Sujets , & même les Affociez
Etrangers de l'Académie . Elle s'est fait la
loi d'exclure les Académiciens regnicoles de
prétendre aux Prix .
Ceux qui compoferont font invitez à écrire
en François , ou en Latin , mais fans aucune
obligation . Ils pourront écrire en telle Langue
qu'ils voudront , & l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort lifibles ,
furtout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
, mais feulement une Sentence ou Devife.
Ils pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet feparé & cacheté par eux , où feront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
& leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains, Dans ce fecond cas le Secretaire
en donnera en même temps à celui qui
les lui aura remis fon Recepiffé , où ſera marquée
la Sentence de l'Ouvrage & fon numero, felon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au premier
Septembre 1717. exclufivement.
L'Aca
1000 MERCURE DE FRANCE.
L'Académie , à fon Affemblée publique d'après
Pâques 1728. proclamera la Picce qui aura ce
Prix,
S'il y a un Recepiffé du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Treforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
lui rapportera ce Recepiffé. Il n'y aura à cela nul-
In'ya
le autre formalité,
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire , le
Treforier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mêqui
fe fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration defa part.
me ,
PROGRAME de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Sciences & Arts.
R le Duc de la Force , Pair de France ,
P
& MB
les- Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , proaux
Sçavans un Prix qu'il renouvelle tous
ans . C'est une Médaille d'Or , où font gravées
, d'un côté , fes Armes , & de l'autre , la
Devife de l'Académie. Ce Prix fera diftribué le
premier jour de May de l'Année prochaine 1727.
L'Académie le deftine à celui qui donnera le
Siftême le plus probable fur la caufe de la Mariation
de l'Aiguille Aimantée.
Il fera libre d'envoyer les Differtations en
François ou en Latin. Au bas defquelles il y aura
une Sentence , & l'Auteur mettra dans un Billet
feparé & cacheté , la même Sentence avec fon
nom & fon adreffe. Les Differtations ne feront
reçues que jufqu'au premier de Janvier prochain
inclufivement. Si elles arrivent plus tard , elles
n'entreront point en concours.
Les paquets feront adreffez à M. Sarrau , Secretaire
de l'Académie Royale de Bordeaux ?
ruë
MAY. 1726. 1001
rue de Gourgues , ou au fieur Brun , Imprimeur
de cette Compagnie , rue S. Jâmes. Ils feront
affranchis de port , fans quoi ils ne feront pas
retirez du Courier.
A Bordeaux le premier de May 1726.
Celui qui a remporté le Prix de cette année
1726.fur le Flux & Reflux de la Mer, eft le
R. P. D. Jacques Alexandre , Religieux Benedictin
du Monaftere de Bonne - Nouvelle
d'Orleans.
洗洗洗洗洗洗洗洗:送洗洗洗說淡淡洗洗券
SPECTACLES.
Le
Es Comediens François firent l'ouverture
de leur Theatre le Lundi
29. Avril après la quinzaine de Pâques,
par la Tragedie nouvelle de Pyrrhus , de
M. de Crebillon , qui fut generalement
& très vivement applaudie. Nous allons
donner l'Extrait de ce Poëme . Avant
qu'on commençât , le fieur Dubreuil fit
un petit Difcours au nom de la Troupe,
qui fut fort applaudi
·
Le Mardi 30. les mêmes Comediens
jouerent à la Cour le Cid & le Cocu ima
ginaire & le 6. de ce mois ils y reprefenterent
le Dépit Amoureux , & la
petite Comedie du Naufrage.
Ils reprefenterent fur leur Theatre le
8. l'Etourdi , Comedie de Moliere , dans
laquelle
1002 MERCURE DE FRANCE.
laquelle le fieur de Montmefnil , nou
vel Acteur , reprefenta avec beaucoup
d'intelligence , le rôle de Mafcarille , &
fut trés -applaudi . Il a auffi reprefenté
avec les mêmes applaudiffemens le
principal rôle dans la Comedie du Jaloux
defabuse ; celui de la Branche , dans
celle de Crifpin , Rival de fon Maître ;
celui de Patelin , &c.
>
Les mêmes Comediens reprefenterent
à Verfailles le 11. la nouvelle Tragedie
de Pyrrhus de M. de Crebillon ', qui
reçût d'auffi-grands applaudiffemens à la
Cour , qu'elle en reçoit tous les jours à
la Ville , où la Salle du Spectacle eft toujours
extrêmement remplie , malgré les
beaux jours de cette faifon , pendant laquelle
les Theatres font ordinairement
peu frequentez.
Les Comediens Italiens firent auffi
l'ouverture de leur Theatre le 9. de ce
mois , par la Tragi - Comedie de La vie
eft un Songe. Le fieur Lelio , le fils , qui
joue le principal rôle de la Piece , fit
un compliment , felon la coutume , qui
parut tres- fenfé. Le 6. ils donnerent une
petite Piece nouvelle , intitulée Le Chevalier
errant , en Vers , & en un Acte ,
qui eft une Parodie du dernier Edipe.
Le 11. ils reprefenterent une autre Comedie
MA Y. 1726. 1003
P
medie nouvelle , en Vers , & en trois
Actes , intitulée Amante capricieuse ,
par M. Joly . Elle eft fort bien écrite .
Dans le prochain Mercure on donnera
des Extraits de l'une & de l'autre .
L'Académie Royale de Mufique , fit
l'ouverture de fon Theatre le 29. Avril
par le même Ballet qui en avoit fait la
clôture , & qu'on a intitulé le Balet des
Balets. Dans le précedent Journal on a
expliqué ce qui compofoit ce divertiffement.
Le s. de ce mois on reprit Athys ,
qu'on a continué le 9. le 1o . & le 12 .
Le même jour la Dile Camargo , Danfeufe
de l'Opera de Bruxelles , qui n'avoit
jamais paru ici , danſa les Caracteres
de la Danfe , avec toute la vivacité &
l'intelligence qu'on peut attendre d'une
jeune perfonne de quinze à feize ans.
Elle eft Eleve de l'illuftre Mlle Prevoft ,
qui la prefenta au Public. Les Cabrioles
& les Entrechats ne lui coûtent riens
& quoiqu'elle ait encore bien des perfections
à acquerir pour approcher de
fon inimitable Maîtreffe , le Public la
regarde comme une des plus brillantes
Danfeufes qu'on fçauroit voir , furtout
pour la jufteffe de l'oreille , la legereté &
la force,
Le
2004 MERCURE DE FRANCE.
Le 16. on joua Thetis & Pelée , la
Dlle Peliffier , qui a chanté ici , il y a
cinq ou fix ans , & qui a rempli depuis
les premiers rôles à l'Opera de Rouen ,
chante le rôle de Thetis , & y eft extrêmement
applaudie.
y
LE TALISMAN , Comedie de M. de
la Motte , Extrait.
ACTEURS.
Madame Fiorelli , Mere d'Angelique ,
La Dlle Dangeville.
Angelique ,
La D'le le Couvreur.
Valentine , Suivante de Me Fiorelli ,
La Dile du Frefne.
Alonzo , Le Sieur Dangeville.
Renaud d'Aft , Amant. d'Angelique ,
Le Sieur Quinaut.
Scapin , Valet de Renaud
Armand.
,
Le Sieur
Un Laquais de Madame Fiorelli.
Un Laquais d'Alonzo .
La Scene eft dans la maifon de
Madame Fiorelli.
Out le monde fçait que le fujet de
cette Piece eft pris d'un Conté de
Bocace , qui a pour titre l'Oraifon de
Saint
MAY . 1726. 1005
"
Saint Julien M. de la Motte a intitulé
fa Comedie le Talifman ; elle avoit
befoin de toute la délicateffe d'une plume
comme celle de cet Auteur
pour
paroître d'une maniere à ne point bleffer
les bonnes moeurs. Ce n'eft pas un fond
comique qui excite de grands éclats de
rire, comme font certaines Farces , fouvent
conftruites contre le bon fens ; mais
c'eft un affemblage d'une infinité de chofes
qui rient à l'efprit , & c'eft ce qu'on
ne recherche pas affez depuis quelques
années , que le batelage s'eft en quelfaçon
emparé du Theatre ; nous ne poufferons
pas la reflexion plus loin , venons
à la Fable que M. de la Motte a inventée
d'après Bocace.
le
L'action theatrale fe paffe dans la maifon
de Madame Fiorelli : c'eft ainfi que
fe nomme la mere d'Angelique . Cette
fille aime Renaud d'Aft auffi tendrement
qu'elle en eft aimée ; fa mere avoit approuvé
fa paffion ; mais l'oppofition que
pere de Renaud d'Aft avoit faite à de
fi beaux nouds , jufqu'à menacer fon
fils de le desheriter s'il s'obtinoit à
vouloir époufer Angelique , & la difparition
foudaine de Renaud d'Aft , dont la
veritable caufe étoit ignorée , engagerent
Madame Fiorelli à fonger à un autre établiffement
pour une fille qui lui étoit
9.
chere ,
1006 MERCURE DE FRANCE.
chere , & qu'elle ne vouloit pas abandonner
à la mauvaife fortune dont elle
étoit menacée , fi fa beauté ne la garantiffoit.
Angelique étoit trop bien née ,
pour manquer de docilité aux confeils
de fa mere , & pour defobéir à fes ordres
. La voilà refolue à immoler l'amour
au devoir ; tout eft prêt pour fon
mariage avec le Seigneur Alonzo , riche
, puiffant & Juge de la Ville , auprés
de laquelle eft le Château où toute
l'action fe paffe ; lorfque Valentine , Suivante
de Madame Fiorelli , vient avertir
fa Maîtreffe , que deux malheureux
font expofez à mourir de froid à fa por-
و
fi elle n'a la charité de leur donner
le couvert. Madame Fiorelli ne balance
à exercer les faints droits de l'hofpas
pitalité , & Angelique qui y eft auffi portée
qu'elle , n'a pas befoin de l'y exhorter
. Elles fe retirent toutes deux pour
laiffer en liberté ceux à qui elles prêtent
un fecours fi genereux . Valentine les va
chercher elle leur demande par quel
malheur ils ont été reduits au déplorable
état où elle les voir. Le Valet l'inftruit
de l'avanture de fon Maître . Il lui
apprend que malgré la foi qu'il a à un
Talifman , qu'il porte à fon doigt , il a
été volé , & reduit à trouver un trèsmauvais
gîte , quoique fon Talifman lui
i
en
'M A Y. 1726.
1007
;
en promit un bon . Valentine fuffifamment
inftruite , les laiffe auprès d'un bon
feu , leur donne du vin , & va chercher
des habits pour couvrir leur nudité.
L'Auteur prend le temps , où le Valet
& le Maître font reftez feuls , pour apprendre
aux Spectateurs que ce dernier
eft ce même Renaud d'Aft , fi tendrement
aimé d'Angelique. Cette expofition
eft faite avec beaucoup d'art elle
eft égayée par quelques verres de vin ,
que Scapin ( c'eft le nom du Valet de
Renaud d'Aft ) avale , à meíure quefon
Maître dit quelque chofe qui l'engage à
prendre des forces , ou à feliciter l'expofiteur
. Valentine vient leur apporter des
habits ; ils vont s'habiller ; Valentine
refte feule , & témoigne qu'elle trouve
le Valet fort à fon gré . Angelique vient
pour s'informer de Valentine quels font
ces malheureux , à qui fa mere a donné
du fecours ; Valentine lui répond
que le Maître lui paroît un des hommes
les mieux faits , & qu'elle ne croit pas
que fon cher Renaud d'Aft lui foit comparable
en beauté & en bonne mine . Angelique
lui répond , que fi elle avot vû
Renaud d'Aft , elle changeroit bien de
langage. Elles rentrent toutes deux à la
voix de Madame Fiorelli qui les appelle.
Le nom d'Angelique prononcé frap-
G
9
pe
1008 MERCURE DE FRANCE.
pe Renaud d'Aft , & le fait venir affez
à temps pour reconnoître fa chere Maîtrefle
dans la perfonne de la fille de fa
charitable Bienfaictrice ; il en témoigne
fa furpriſe & fa joye à Scapin , & ne
manque pas de mettre une fi bonne avan
cute fur le compte du Taliſman ; cependant
, comme il a entendu parler de mariage
, il tremble que fa chere Angelique
ne foit déja au pouvoir d'un Rival
heureux , mais un Valet qui furvient ,
diffipe ces naiffantes allarmes , en lui apprenant
que le mariage d'Angelique n'eſt
pas encore fait. Comme on lui a donné
un habit d'Aftrologue deftiné pour un
Bal qui fe prépare , il imagine une rufe,
pour apprendre d'Angelique fi Renaud
d'Aft eft encore dans fon coeur . Madame
Fiorelli & fa Fille arrivent : le feint Af
trologue leur dit que cet habit que le hazard
lui a fait échoir en partage , lui
convient parfaitement , comme étant
très-yerfé dans l'Aftrologie ; Madame
Fiorelli traite cette Science de chimere;
mais Angelique plus curieufe , prie le
feint Aftrologue de la convaincre de la
verité de fa Science . La barbe d'Aftrologue
que Renaud d'Aft porte , empêche
Angelique de le reconnoître. Elle
lui préfente fa main ; l'Aftrologue lui
annonce qu'elle a eu une grande paffion
dans
Μ ΑΥ. 1726. 1009
par
dans le coeur , mais qu'elle en a été payéc
avec ufure l'amour de fon Amant s
il fait plus , il lui nomme cet Aman t.
Au nom de Renaud d'Aft la curiofité
d'Angelique eft redoublée , & n'eft pas
moins grande que fon étonnement : elle
lui demande des nouvelles de ce malheu
reux Amant. L'Aftrologue lui répond ,
que fon l'a tenu dans une étroite
pere
prifon pendant très-long- temps , pour
l'empêcher de donner de fes nouvelles à
fon aimable Angelique , & d'en recevoir
d'elle. Ces dernieres circonftances du fort
de fon Amant obligent Angelique à le
plaindre ; elle demande avec empreffement
à l'Aftrologue ce qu'il eft devenu ;
il lui répond, que fon fort a bien changé
de face , qu'il eft à prefent auprès de
l'objet le plus aimable & le plus tendrement
aimé , & qu'il fera auffi -tôt marié
qu'elle. A ces mots Angelique fe livre
à fes tranfports jaloux ; elle protefte
à fa mere qu'elle eft prête à lui
obéir fans répugnance , puifque Renaud
d'Aft s'eft rendu indigne d'être regretté .
Ce tendre emportement met Renaud
d'Aft au comble de bonheur ; le Seigneur
Alonzo arrive , Valentin reconnoît l'habit
de fon Maître , que ce Juge a pris
pour le Bal ; Renaud d'Aft en conclut
que cet habit a été pris au Greffe , &
Gij que
Toto MERCURE DE FRANCE .
que fes voleurs ont été arrêtez. Il ne fe
trompe pas. Il continue à jouer le rôle
d'Aftrologue auprès de fon Rival. Il lui
dit qu'il a été toute la nuit occupé à
interroger des voleurs , chargez d'un
affez bon butin ; que contre toutes
les regles il a emprunté ce nouveau
déguilement au Greffe , & qu'il ne tiendroit
qu'à lui de faire à Angelique la galanterie
de lui préfenter fon Portrait.
Alonzo convient de tout , à l'exception
du Portrait ; mais Renaud d'Aft le prenant
dans l'endroit de fon habit où il fçait
qu'il eft caché , fait naître un fentiment
de jaloufie dans fon coeur ; l'Epoufeur
trouve affez mauvais qu'une femme qu'il
prend pour neuve , ait déja fait une telle
faveur. Madame Fiorelli voyant fa Fille
fort embarraffée , prend les devants , &
dit au Seigneur Alonzo , que ce Portrait
dont il eft fi fort allarmé , avoit été
envoyé à Rome , pour le donner à un de
fes parens . Alonzo paroît fatisfait de
cette réponſe , & dit cavalierement qu'il
fait grace du paffé , pourvû qu'on lui
garantiffe l'avenir. Renaud d'Aft lui répond
que l'avenir ne fera pas meilleur
pour lui , & que les Aftres s'oppofent à
fon Hymen avec Angelique. Madame
Fiorelli , à cette derniere prédiction , ne
peut retenir la colere ; l'Aftrologue luį
dit
ΜΑΥ. 1726. 1011
dit qu'elle fera la premiere à congedier
Dom Alonzo , & qu'il ne faut qu'un inf
tant pour ce grand miracle. A ces mots
ôtant fa barbe , il fe fait connoître pour
Renaud d'Aft ; il apprend à Madame Fiorelli
, que la mort de fon pere , qui lui
a laiffé de gros biens , l'a mis en liberté
d'époufer fa charmante Fille : cette nouvelle
comble de joye Angelique , dont
la Mere ne balance pas un moment à ſe
declarer pour Renaud d' Aft. Le Seigneur
Alonzo cede de bonne grace ; il affure
fon Rival que tout ce qui lui a été volé
lui fera rendu. La Piece finit par- là ; elle
eft fuivie d'un divertiffement fait aprèscoup
, puifqu'il roule fur des incidens
qu'on n'a pu prévoir.
Voilà en quoi confifte la Comedie du.
Talifman ; mais nous n'avons pas crû que
cela nous acquittât envers nos Lecteurs ;
la plume de M. de la Motte leur eft
trop chere , pour ne leur avoir pas fait
naître la curiofité de voir comment un
fi ingenieux Auteur aura traité fon fujet :
Voici dequoi fatisfaire un fi jufte defir,
SCENE I.
Madame Fiorelli voyant qu'Ange
lique lui témoigne un refte de répugnance
à accepter l'Epoux qu'elle lui deftine ,:
lui parle ainfi
Giij Seroit- il
1012 MERCURE DE FRANCE.
(
Seroit-il bien poffible qu'il vous fut inà
different de le perdre ?
Angelique.
Je vous avouerai plus , ma Mete , je
me croirois la plus heureufe Fille du monde
,s'il ponvoit m'échapper. Que netientil
à moi d'inspirer à Alonzo des reflexions
qui le dégoûtent de ce Mariage ?
que n'est -il avare ? que n'est- il allarmé d'éponfer
une Fillefans dot ? que ne craint - il
la difproportion de mon âge & du fien ?
que n'a-t- il même de mauvaiſes idées de
mon caractere ? je ne fçais ce que je ne
Lui pardonnerois pas , pourvû qu'il ne
m'aimat point.
し
La Mere.
Ne vous verrai-je jamais raisonnable;
ma chere Angelique ?
Angelique.
Eh! Comment voulez- vous que je le
fois , ma Mere , avec la paffion que j'ai
dans le coeur? J'aimois Renaud d'Aft avec`
la plus vive tendreffe : il m'aimoit avec
la plus vive ardeur vous- même , vous
avez laiffé croître notre amour : vous avez
trouvé bon que je lui donnaffe non Portrait
, pour gage de mes fentimens ; &
quand nous nous promettions plus que ja-
Thais
MAY. 172 6. 1013
mais d'être l'un à l'autre , vous m'avez
forcée de le quitter. Vous m'avez caché
en quels lieux vous me conduifiez , de
peur que je ne puffe l'en ' avertir. Pour
comble vous m'avez conjurée de l'oublier.
Il y a un an que je tâche de vous
obi ; mais j'y perd's tous mes efforts. Ja
ne l'ai jamais tant aimé qu'au moment
que vous me force de me donner à un
autre.
,
La Mere.
Ingrate , faut-il me justifier de n'être
occupée que de vous ? j'ai fouffert les pour
faites de Renaud d'Aft , tant que j'ai efperé
que votrefamille , votre beauté, wor
tre vertu vous feroient agréer de fes parens
: mais quand je les ai vus inflexibles,
& refolus obſtinément à le desheri
ter , s'il ofait vous époufer , il a bien fallu
vous fauver du peril , où vous expofoient
votre paffion & la fienne. Ma propre
experience m'a rendue prudente fur
vos interefts. J'ai été folle comme vous.
ma chere Enfant , & je n'avois point de
Merefage pour me gouverner : vous êtes
la Fille d'un homme desherité , qui m'aima
plus que fa fortune , & la mifere
en fit trop- tôt repentir. Je n'ai
vous laiffer tomber dans ce malheur. Je
fuis confolée du mien, puifqu'il m'enſei-
Giiij gne
que
pas
dû
1014 MERCURE DE FRANCE .
gne à prévenir le vôtre . J'ai compté que
votre jeunesse & vos charmes vous attireroient
par tout des Amans , que j'en pourrois
choifir quelqu'un , maître de fa fortune
, prêt à vous la facrifier. Je l'ai
fait. Le Seigneur Alonzo eft riche & puif
fant. Soyez heureufe , profitez de mon
imprudence , & oubliez un Amant , qui,
fans doute , vous a oublié lui- même.
Nous avons crû que ce fragment de
Scene feroit plaifir à nos Lecteurs , comme
elle en a fait aux Spectateurs , quoique
ce ne foit qu'une expofition ; l'Auteur
y a mis une legereté & une délicateffe
de ftile qui ne lui eft prefque commune
avec perfonne. Paffons à une Scene
qui foit toute d'action . Elle fe paffe
entre Renaud d'Aft , déguifé en Aſtrologue
, Angelique , Madame Fiorelli ,
Scapin , & Valentine.
SCENE XII.
Angelique.
Quoi ! Monfieur , vous êtes Aftrolo
gue ? vous fçavez ce qui doit arriver aux gens
?
Renaud.
Oui , Mademoiselle ; & , fans avoir
recours
MAY. 1726. 1015
recours aux étoiles , je puis déja vous promettre
, fur votre feule phyfionomie , toutes
fortes de profperitex.
Angelique.
Vous étes galant , Monfieur : mais , férieufement
, devinez- vous tout ce qui doit
arriver ?
Renaud.
Rien n'eft plus vrai , Mademoiselle , &
je voudrois que votre curiofité me mit en
état de m'acquitter un peu du fecours que
je reçois ici.
Angelique.
Voyons , Monfieur , vous me ferez
plaifir.
La Mere.
Laiffez , laiffez , ma Fille : il ne faut
point fe remplir l'efprit d'efperances & de
craintes frivoles. Car Monfieur me permettra
de n'avoir pas grande foi à un Art,
dont il ne fe vante peut-être lui-même qu'en
badinant.
Renaud.
Je ne badine Madame mes con
pas ,
noiffances font très -réelles . Tenez ; Scapin
peut vous dire que tout à l'heure ,
Gy malgré
1016 MERCURE DE FRANCE.
malgré les portes de la Ville fermées , an
milieu de la nege , & presque tout nud ,
j'ofois lui promettre encore un bon gîte ; &
cela fur la foi du Taliſman , que vous
voyez.
Valentine.
Rien n'eft plus vrai , Madame ; je l'ai
entendu de mes deux oreilles .
Scapin.
F'ai été incrédule comme vous , Mada
mes mais il a bien fallu fe rendre. A peineje
vantoit- il de me tenir parole , que
votre porte s'eft ouverte.
Angelique.
Eh bien ! Monfieur , dites - moi done
quelque chofe de ce qui me regarde ?
Renaud .
Ne voudriez- vous point , Mademoi
felle , que , pour donner plus de credit à
ce que j'ai à vous dire fur l'avenir , je
commençaffe à deviner quelque chofe du
paſſe.
Angelique.
Volontiers. Si vous ne rencontrez paš ;
nous n'irons pas plus loin.
Renaud,
MAY. 1726 . 1017
Renaud
Donnez- moi donc , s'il vous plaift,
votre main.
La Mere.
Laiffez , laiffez , ma Fille , à quoi tont
cela est-il bon ?
Angelique.
Eh! laiffez le dire , ma Mere , je vous
demande en grace cette complaisance.
Renaud examinant fa main.
Comment? Mademoiſelle , à votre âge !
je n'ofe prefque vous le dire . Je ne fçai
jufqu'où vous voulez qu'on penetre votre
Angelique .
coeur.
Ne craignez rien.
Renaud.
Ce feroit peu de vous dire que vous avez
aimé ; c'est une chofe trop ordinaire ; mais
ce qu'il y a de particulier , Mademoifelle
, c'est que je n'ai jamais vû de paffion
fi violente que la votre.
Angelique..
Vous mefaites rougir , Monfieur , mais
G vj La
cela eft vrai,
1018 MERCURE DE FRANCE.
La Mere.
Ah ! finiffez , Monfieur , je vous prie.
Angelique.
Souffrez qu'il acheve ma Mere , fi
vous voulez que je vous obéiſſe.
La Mere.
Ilfaut bien vouloir ce qu'il vous plaiſt.
Renaud.
Ne rougiffez point de votre paffion ;
Mademoiselle , Madame votre Mere l'approuvoit
; & d'ailleurs vous étiez fi tendrement
aimée de Renaud d'Aft
Angelique.
...
Comment ? vous fçavezfon nom !
Renaud.
Et je fçai de plus , Mademoiselle , que
Pexcès de fon amour a prévenu le votre
& le juftifioit de refte .
Angelique.
Et me direz- vous , Monfieur , ce qu'il
eft devenu !
Renaud .
Imagine -le , Mademoiselle , mourant
MAY 1726. 1019
'de douleur à la nouvelle de votre départ,
refolu de vous aller chercher par tout aux
dépens de fa vie. Mais prévenu malheureufement
par fon pere , & enfermé dans
une étroite prifon , où il a langui neuf
mois entiers , dans le défefpoir de n'entendre
pasfeulement votre nom.... Vous pleu-
• rez , Mademoiselle ?
Angelique.
Vous ne vous étonnez point de mes larà
mès , après ce que vous m'avez dit.
Renaud .
Ah! ne le plaigne point , Mademoifelle
, l'état de fa fortune a bien changé.
Son pere eft mort ; il a herité d'un bien
confiderable. Il eft à l'heure qu'il eft auprès
de la plus belle perfonne du monde ,
le plus amoureux des hommes peutêtre
le plus aimé. Et s'il faut tout vous
dire , fon mariage fe conclura tout auffitoft
que le votre.
Angelique.
>
خ ر ن
Ah! le perfide ! qui l'auroit jamais
crû? ma Mere , je n'en veux pas fçavoir
davantage ; je ne vous beiſfois qu'avec
répugnance ; mais , c'en est fait ;
vous ferez contente : j'oublie pour jamais
l'infidelle ; & je fuis impatiente d'éponferr
102
MERCURE DE FRANCE .
fer d'aimer même le Seigneur Alonzo;
Scapin à Renaud.
Nêtes-vous pas effrayé de fa refolution ,
Monfieur ?
Renaud .
Je fuis toujours aimé , Scapin , je ne .
mefens pas de joye.
11 y auroit beaucoup d'autres Scenes
à extraire de la Comédie du Talisman ,
mais nous avons crû que les deux qu'on
vient de donner , fuffiroient pour donner
une idée avantageufe de celles que nous
paffons fous filence. La Piece finit par un
Divertiffement avec des Vaudevilles dont
voici quelques Couplets .
CE monde- ci n'eft qu'un grand Bal ;
Chacun s'y mafque bien ou mal ,
D'une vaine parade.
Et bon , bon , bon , s'y méprend - on?
Ce n'eft que Mafcarade.
Cloris en grondant fon Medor ,
En le chaffant l'attire encor
Par une douce ceillade , Et bon , bon.
Jaẩmin
MAY. TOZI 1726.
Jafmin aux Fermes tranfplanté ,
Prend tous les airs de qualité ;
Il fut mon Camarade . Et bon.
Fillette doit fuir les Garçons ,
Me dit ma Soeur dans fes leçons ,
En attendant Moncade .
Et bon , bon , &c.
Autre Vaudeville
Ans recourir à la Magic .
Sansre
Ni chercher fon fort dans les Cieux
L'Amour a fon Aftrologic ,
Et fes Aftres font deux beaux yeux.
M
Ces Aftres contre tout obſtacle ,
Peuvent affeurer nos defirs ,
Un regard tendre efſt un Oracle ,
Qui promet & fait les plaifirs.
Pour bon gîte & bonne avanture
Faut-il
1622 MERCURE DE FRANCE:
"Faut-il des anneaux & des forts ?
Soyez aimable , & je vous jure ,
Vous ne coucherez pas dehors.
Le Taliſman de la Coquette ;
Pour faire regner fes attraits ,
C'eft
que
fans cefle elle promette ,
Et qu'elle ne donne jamais.
柒
Quand on a vieilli prés des Belles ,
Qu'on n'attire plus leurs regards ;
L'or fléchit encor les cruelles .
C'eft le Talifman des Vieillards.
柒
La Critique nous fait la guerre ,
Traite les Auteurs en Tiran ;
Mais l'indulgence du Parterre ,
Eft pour nous un bon Taliſman,
PYRMA
Y. 1726.
1023
PYRRHUS , Tragedie , de M. de
Crebillon . Extrait
ACTEURS.
Pyrrhus , Roi d'Epire , élevé fous le
nom d'Helenus , fils de Glaucias , Le
Sieur du Frefne.
Glaucias , Roi d'Illirie , Le Sieur Baron.
Neoptoleme , Ufurpateur de l'Epire ,
Prince du Sang de Pyrrhus , Le Sieur
le Grand.
Illirus , fils de Glaucias , Le Sieur Quinaut.
Ericie , fille de Neoptoleme , La Dile
le Couvreur.
Androclide , Officier des Armées de Glaucias
, & Sujet de Fyrrhus , Le Sieur
de Fontenay.
Cyneas , Confident de Pyrrhus , Le
Sieur Dubreuil.
Ifmene , Confidente d'Ericie , La Dilt
du Bouage.
Gardes.
Suite .
La Scene eft à Byfance , dans le Palais
de Lyfimachus.
Les applaudiffemens que le Public a
don124
MERCURE DE FRANCE .
donnez à la premiere reprefentation de
cette Tragedie , bien loin dêtre démentis
dans la fuite , n'ont fait que redoubler
tous les jours , & nous n'avons guéres
vû de fuccès plus marqué & mieux
merité. Voici quel eft le plan de l'Au
teur .
Neoptoleme,defcendant d'Achille , auf-
G-bien qu'acide , Roi d'Epire , dont les
Dieux l'avoient fait naître Sujet , fe revolta
contre fon Maitre , le déthrôna &
lui ôta la vie . Pyrrhus , fils d'Æacide
fut fouftrait à la fureur par un Sujet fidelle
, & remis entre les mains de Glaucias
, Roi d'Illirie , qui jura de ne jamais
abandonner ce malheureux Enfant .
Il le fit élever fous le nom d'Helenus ,
& le fit paſſer pour fon propre fils . Outre
ce fils prétendu , Glaucias en avoit
un veritable & préfomptif heritier du
Royaume d'Illirie en qualité d'aîné , il
s'appelloit Illirus . A peine Helenus eur
atteint l'âge de pouvoir montrer qu'il
étoit digne du Sang dont il étoit formé ,
quoique ce fut un myftere pour lui , qu'il
fut conduit par Glaucias dans l'Epire pour
en chaffer l'Ufurpateur. Les premiers
effets de fa valeur furent funeſtes à Néoptoleme
; il l'obligea à quitter l'Epire , &
à fe jetter entre les bras de Caſſander ,
Roi de Macedoine après Alexandre ;
mais
MA Y. 1726 . 1025
mais par malheur ayant été bleffé , la
victoire changea de parti en fon abfences
Glaucias fut vaincu , & Illyrus tomba
entre les mains de Néoptoleme , qui
jura de ne le rendre qu'aprés qu'on lui
auroit livré Pyrrhus , qu'il fçavoit être
au pouvoir de Glaucias.
Lyfimachus , l'un des Succeffeurs d'Alexandre
, fe rendit arbitre de la Paixentre
Glaucias & Neoptoleme ; Bilance
fut choisi pour être l'azile commun ; les
deux Rois ennemis s'y rendirent . Néoptoleme
y mena Illirus fon prifonnier ,
& fa fille Ericie. Il obligea Glaucias à Y
appeller fon Helenus , qui , gueri de fes
bleffures , lui donnoit de l'ombrage , fur
une valeur qu'il n'avoit déja que trop
éprouvée. Voilà ce qui fait le fujet de
l'expofition dans les deux premieres
Scenes.
A peine Helenus eft- il arrivé dans Bifance
, que Glaucias lui fait connoître la
déplorable fituation où il eft reduit : il
lui faut livrer Pyrrhus , ou voir perir
Illyrus ; fi le Sang parle pour l'un , l'honneur
parle pour l'autre ; Helenus n'ofe
rien lui confeiller ,il fe plaint pourtant
de ce que ce Pyrrhus , à qui on doit fai
re un fi grand facrifice , que celui de la
mort d'un fils livré par fon propre pere,
pas lui- même défendre fa prone
vient
pre
1026 MERCURE DE FRANCE .
pre caufe ; Glaucias lui répond que ce
Prince n'eft que trop malheureux , fans
lui faire encore un reproche fi injurieux ,
& qu'il n'a pas merité. Dans la fuite du
premier Acte , Ericie , qui doit être le
lien de la Paix en époufant Illyrus , à
condition qu'on livrera Pyrrhus à Néoptoleme
, fait entendre à Helenus que fon
perc lui veut parler . Helenus lui fait
une déclaration d'amour qu'elle reçoit
avec plaifir , quoique ce foit avec une
fierté apparente que la bienféance exige
d'elle. Illyrus , Amoureux de cette Princeffe
, a une explication avec Helenus : il
prétend , comme fon aîné , l'obliger à
lui ceder Ericie , qui d'ailleurs lui eft
promife par Neoptoleme. Helenus lui
répond fierement , qu'en fait d'amour le
droit d'aînelle n'a point de privilege, &
que s'il étoit feur du coeur de la Princeffe
, il le difputeroit contre qui que ce
fut. Une réponſe fi fiere de la part d'un
Prince qui doit être un jour fon Sujet ,
jointe à la préference que Glaucias lui
donne dans fon coeur , fait croire à Illy-.
rus qu'Helenus n'eft autre que Pyrrhus ,
& d'autres circonftances qu'il dit avoir
remarquées confirment ce foupçon ; mais
tout cela n'empêche point qu'il n'aime
mieux perir que de trahir Pyrrhus , tout
fon Rival qu'il eft. Glaucias , dans ce
preMAY.
1726. 1027
premier Acte , a déja fait connoître aux
Spectateurs qu'Helenus & Pyrrhus ne
font qu'une même perfonne .
Dans le fecond Acte Néoptoleme fait
entendre à fa fille , qu'Helenus lui convientmieux
pour gendre , qu'Illyrus ; la
raifon qu'il en donne , c'eft qu'Illyrus
doit un jour regner fur l'Illirie , & qu'il
pourroit l'accabler lui - même fous fa trop
vafte puiffance ; au lieu qu'Helenus ,
tenant tout de lui , n'ofera rien entreprendre
contre fon bienfaicteur ; il ajoûte
, qu'un Heros tel qu'Helenus , le dé-,
fendra mieux contre les entrepriſes des
Epirotes , qui ne foupirent qu'aprés Pyrrhus
, fils de leur premier Maître. Glaucias
lui vient apprendre lui - même une
feconde victoire que Caffander a remportée
fur les Illyriens ; mais il lui dit
en même temps qu'il veut voir comment
il ufera de fa profperité. 11 le prie
de vouloir bien fe contenter de fon nouveau
triomphe , fans exiger le fang d'un
malheureux . Neoptoleme s'obftine à de
mander Pyrrhus Glaucias paffe de la
priere à la menace , & lui protefte qu'il
perira plutôt , que de lui livrer un dépôt
fi facré ; il le quitte en lui difant
qu'il peut prendre la vie d'Illyrus , mais
qu'il doit trembler au feul nom du vengeur
qui lui refte . Néoptoleme furpris
de
1028 MERCURE DE FRANCE.
>
de voir un pere livrer fon propre fils
pour fauver Pyrrhus , ne doute point
qu'Illyrus ne foit Pyrrhus ; il juge de
Glaucias par lui-même , & ne comprend
pas que la vertu puiffe aller fi loin ,
que d'immoler la nature au devoir . Helenus
vient , Neoptoleme lui fait entendre
, que s'il eft vrai qu'il aime Ericie
comme il vient de le déclarer à elle- mê
me il ne tiendra qu'à lui d'être fon
poux , & que le Royaume d'Epire eſt
a dot que fa fille lui apporte. Helenus
lui répond qu'il eft vrai qu'il adore Ericie
, mais que c'eft à Glaucias à difpofer
de fon fort ; il ajoûte , que , la Cou
ronne d'Epire appartenant à Pyrrhus , il
ne croit pas que Glaucias confente ja
mais à en dépouiller un Prince qu'on lui
p. confié ; & que quand même Glaucias
pourroit s'y refoudre , un fils tel que lui,
Join de l'en avouer , feroit toujours prêt
de reftituer le Thrône à fon veritable
Maitre , dès qu'il fe préfenteroit. Néoptoleme
frappé d'une réponſe fi peu attendue
, le quitte avec colere , en lui difant
qu'il inftruira fa fille des fentimens
qu'il a pour elle , & qu'il ne la verra
plus. Venons à l'Acte troifiéme qui
paffe fans contredit pour le plus beau.
Ericie fait connoître à Ifmene, fa Confidente
, qu'elle eft indignée des mépris
>
d'He
MAY. 1726. 1029
1
par
>
d'Helenus , dont elle a été inftruite
fon pere , mais que pour fon malheur
elle ne l'en aime , pas moins. Helenus
vient pour fe juftifier , Ericie lui témoigne
une indifference qui va jufqu'au
mépris. Helenus lui répond fierement
qu'il ne portoit pas fes efperances jufqu'à
vouloir être aimé ; mais que du
moins il fe croyoit digne de quelque eftime
de la plainte il paffe à la menace
contre Neoptoleme. Ericie lui reproche.
fes emportemens contre un objet qu'il
avoue lui-même ne lui être pas indifferent
. Cette Scene a paru très- neuve , &
a produit un grand effet . Ericie quitte
Helenus , en lui difant qu'elle va faire
pour lui ce qu'elle a vainement attendu de
lui-même. Illyrus vient fe plaindre
Helenus du peu d'amour que fon pere a
pour lui , puifqu'il le laiffe perir pour
fauver Pyrrhus ; Helenus ne peut entendre
fes plaintes fans attendriffement,
Glaucias arrive , Illyrus lui protefte que,
quoiqu'il ait dépouillé pour lui les fentimens
de Pere , fon fils ne laiffe pas de
l'aimer toujours avec la même tendreffe.
Cette Scene eft très - pathetique. Illyrus
fait connoître à Glaucias en le quittant ,
qu'il n'auroit qu'à dire un mot pour fe
dérober à la mort que Neoptoleme lui
prépare, mais qu'il veut prouver à He
lenus
2030 MERCURE DE FRANCE.
1
lenus par un genereux filence , qu'il n'étoit
pas indigne des fentimens de tendreffe
qu'il vient de lui témoigner . Ces
dernieres paroles d'Illyrus frappent Helenus
, & commencent à lui donner des
foupçons qu'il veut éclaircir. Néoptole
me lui a dit dans le fecond Acte qu'll
lyrus n'eft autre que Pyrrhus ; il n'y a
point ajoûté foi , mais ce qu'Illy rus vient
de lui dire , lui paroît bien plus vrai
femblable ; pour s'en éclaircir , il prend
pour prétexte ce que lui a dit Neoptoleme
; il en fait part à Glaucias , & lui
demande s'il eft vrai qu'Illyrus foit Pyrrus
, comme fon mortel ennemi a prétendu
lui faire croire ; Glaucias lui répond
, qu'il pardonne ce foupçon à un
Tyran , & à un lâche tel que Néoptoleme
, mais qu'il ne peut entendre fans
indignation , qu'un Prince tel qu'Helenus
, élevé dans fon fein , & à qui il n'a
tracé que des exemples de vertus , le
croye capable de facrifier Pyrrhus fous
le nom de fon fils. Helenus lui répond
qu'il ne lui éclaircit pas tout le myftere
, mais qu'il lui fuffit de fçavoir qu'Illirus
eft fon frere , & qu'il va trouver
fes ennemis. Glaucias l'arrête , & le
conjure de ne le point perdre d'honneur
en violant l'azile de la Paix ; Helenus
lui protefte qu'il ne laiffera pas immoler
MA Y. 1726. 1031
>
ler fon frere , pour un Prince , qui lui
paroît indigne d'un tel facrifice , puiſqu'il
le laiffe achever fi tranquillement,
& fans ofer fe déclarer . Si vous connoffiez
celui dont vous parlez , lui répond
Glaucias , vous changeriez bientôt
de fentiment & de langage : ces derniers
mots confirment Helenus dans fes
foupçons ; il embraffe les genoux de
Glaucias en lui proteftant , que s'il
n'eft pleinement éclairci , il va remplir
ces lieux d'horreur. Eh bien ! lui dit
Glaucias , apprenez ce grand fecret : vous
étes vous- même ce malheureux Pyrrhus
qu'on me demande pour victime. C'eſt
affez , répond froidement Pyrrhus , je
fçai ce qu'il me refte à faire. Il s'en va,
Glaucias court après lui , pour calmer
fes tranfports , & c'eft par là que ce bel
Acte finit. Nous pafferons legerement
fur les deux derniers , pour nous renfermer
dans les juftes bornes que nous
nous fommes prefcrites.
Dans l'Entr' Acte Pyrrhus a juré à
Glaucias de ne point troubler l'azile de
la Paix , & de refpecter les jours de
Néoptoleme. Il a fait dire à ce dernier
qu'il eft prêt à lui livrer Pyrrhus. L'Ufurpateur
fe flatte que c'eft par fon amour
pour Ericie qu'il fe détermine à lui faire
ce grand facrifice ; & d'ailleurs il l'ef-
H time
1032 MERCURE DE FRANCE .
time trop pour douter un feul moment
de fa foi. Pyrrhus ne cherche plus qu'à
voir la Princeffe pour la derniere fois ,
avant que d'executer ce qu'il a refolu.
Il lui fait demander de fa part un moment
d'entretien : elle vient , tranfportée
de plaifir , le remercier de ce que
fon pere vient de lui dire ; mais fa
joye eft bien- tôt changée en douleur
mortelle. Son cher Helenus lui dit un
éternel adieu ; il lui fait entendre qu'il
va livrer Pyrrhus à Neoptoleme , mais
qu'il le livrera fans fe deshonorer. Ces
dernieres paroles , jointes au cruel adieu
qu'il lui dit , ne lui permettent plus de
douter qu'Helenus ne foit Pyrrhus qui
va fe livrer lui-même . Elle lui reproche
fa barbarie , il convient qu'il eſt
Pyrrhus ; mais il la conjure en même
temps de ne point reveler fon fecret ,
fi elle ne veut voir perir fon propre
pere. Ericie le prie de fe fauver , mais
inutilement. Pyrrhus rejette un confeil
trop indigne d'un Prince du Sang d'Achille.
La derniere reffource qui reste à
fon inconfolable Amante , c'eft d'aller fe
jetter aux genoux d'un pere inflexible.
Elle le fait dans la feconde Scene du dernier
Acte ; elle fait même entendre à fon
pere , que Glaucias lui fait propoſer
l'hymen de Pyrrhus , pour lui allurer
T'Epire.
MAY. 1726. 1033
*
1'Epire . Néoptoleme s'obftine à demander
la victime ; & voyant approcher
Helenus qui doit la lui livrer , il ordonne
d'un ton abfolu à fa fille de le
laiffer ; Ericie obéit malgré elle. Néoptoleme
fomme Helenus de fa promefle.
Helenus l'affure que fa victime lui fera
bien-tôt livrée , mais que c'eft à lui à
commencer tout le premier à rendre la
liberté à Illyrus. Neoptoleme commande
qu'on aille brifer les fers ; on obeït à
fes ordres , de forte qu'il fe trouve feul
avec le faux Helenus. Ce Prince , avant
que de lui livrer Pyrrhus , lui demande
quel eft le fort qu'il lui deftine ; la mort,
répond Neoptoleme . Cruel , lui dit Pyrrhus
, fi je n'avois donné ma foi , je préviendrois
par ta mort le coup fatal que
tu veux porter au malheureux que
mon honneur m'engage à te livrer ;
mais pour te laifler en liberté de fuivre
les mouvemens de ton coeur , il faut te
raffurer. A ces mots il jette fon épée à
fes pieds , & lui dit , en lui préfentant
fon coeur Frappe ? voilà Pyrrhus . Il
lyrus, dont on eft al é brifer les fers , arrive
en ce moment , & fe jette entre Pyrrhus
& Neoptoleme ; Glaucias & Ericie
arrivent en même temps . Glaucias
ne fçait que penfer de voir un fi vaillant
Guerrier defarmé devant Néoproleme.
H ij
1034 MERCURE DE FRANCE.
leme. Tu vois , lui dit l'Ufurpateur , un
ennemi qui fe livre lui - même , & qui
me brave encore. Que prétens-tu faire ?
lui dit alors Glaucias , l'admirer , répond
Neoptoleme. Pyrrhus , touché de
repentir de fon ennemi , lui pardonne là
mort de fon pere , confent à lui laiſſer
l'Epire , & accepte la main de fa fille .
Cette cataſtrophe fi nouvelle de la part de
M. de Crebillon , a fi fort faifi les Spectateurs
, que les applaudiffemens fe font
fuccedez coup fur coup à plufieurs reprifes,
& lui ont annoncé un fuccès des plus
brillans qu'il ait jamais eus , fans en excepter
celui de Rhadamifte & Zenobie,
dont la memoire eft encore recente , &
fe renouvelle tous les jours. Nous avons
crû qu'on verroit avec plaifir quelques
Vers de cette derniere Tragedie , en voici
qui peuvent fuffire pour faire juger
de la force de la verification de ce
Poëme.
Glaucias ouvre la Scene par ce
Monologue.
Vous , à qui j'offre ici tant de voeux inutiles
,
Dieux , vengeurs des forfaits , Protecteurs dos
aziles ,
Que le foin de vous plaire & de vous imiter ,
ConMAY
. 1726. 1035
Contre un Roi genereux femble encor irriter
;
Si les pleurs que j'eppofe à vos decrets terribles
,
Si ma jufte douleur vous éprouve inflexibles ,
Du moins ne laiffez pas fuccomber ma vertu
Sous les divers tranfports dont je fuis combattu.
Glaucias ne peut-il , fans ceffer d'être Pere ,
Soûtenir de fon rang l'augufte caractere ?
O mon Fils , cher efpoir , malheureux Illyrus
,
Faut-il livrer ta tête , ou celle de Pyrrhus ?
Voici le jour fatal qui veut que je décide ,
Entre l'Ami parjure , ou le Pere homicide.
Il ne m'eft plus permis d'accorder dans mon
coeur ,
Les droits de la nature avec ceux de l'honneur
,
1
L'une attend tout de moi , ma foi doit tout à
l'autre :
J'ai rempli mon devoir ; Dieux , rempliffez le
votre , & c.
SCENE V.
Pyrrhus , fous le nom d'Helenus ,
après avoir témoigné à Ericie la haine
H iij qu'il
1036 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'il a pour Neoptoleme
, fon Pere , lui
declare
fon amour en ces termes
:
Je ne vous nierai pas que peut- être , fans
vous >
Rien n'eût pû le ſouſtraire à mon juſte courroux
,
Que ce même Palais , notre commun azile ,
N'auroit été pouz lui qu'un rempart inutile ;
Mais peut-il avec vous craindre des ennemis ?
Les plus fiers ne font pas ici les moins fou
mis ,
Les coeurs nourris de fang & de projets terribles
,
N'ont pas toujours été les coeurs les moins fenfibles
;
Le mien éprouve enfin que les plus grands hazards
,
Ne fe trouvent pas tous fur les traces de Mars.
Dès mes plus jeunes ans enchaîné par la gloire ,
Je n'ai connu d'Autels que ceux de la victoire ,
Mais vous m'avez appris qu'il n'étoit point de
coeur ,
Qui ne dût à la fin redouter un vainqueur.
Dans la feconde Scene du fecond Acte.
Glaucias , n'ayant pû fléchir Néoptoleme
MAY
1037 1
1726.
leme par la priere , lui dit en allant em
braffer fon fils pour la derniere fois.
Pour dérober ce Fils à ta main meurtriere ,
Je me fuis abaiffé juſques à la priere ;
Mais c'eft trop honorer un lâche tel que
Que de lui témoigner le plus leger effroi.
toi ,
Je brave ta fureur , fi tu braves ma plainte ;
Un monftre doit caufer plus d'horreur que de
crainte.
Délivre , ou perds mon Fils ; je le laiffe à ton
choix ,
Et je cours l'embraffer pour la derniere fois ;
Oui , Barbare , je vole à cet adieu funefte :
Mais toi , tremble en fongeant au vengeur qui
me reſte.
ACTE III.
Ericie trouvant Helenus fier & inflexible
, eft forcée de fléchir elle - même .
Voici comment elle s'exprime :
Cruel , c'est donc ainfi que votre amour s'exprime
!
Voilà ce feu fi beau , qui pour moi vous anime
!
Et l'hommage d'un coeur qui ne fe donne à
mei,
Que pour remplir le mien de douleur & d'effroi ;
Hij On
To 38 MERCURE DE FRANCE
On m'aime , & cependant il faut que je flé.
chiffe !
> On m'adore & c'est moi qui dois le facri
fice !
Il faut de mon devoir , que j'étouffe la voix ,
Et que de mon Amant je fubiffe les loix ;
De l'amour fuppliant l'orgueil a pris la place ;
Et je vois à fes foins fucceder la menace
Les refus , les mépris , la fierté , la terreur ;
Yos tranfports les plus doux ne font
reur ,
que de fu-
Impetueux Amant , dont l'ardeur temeraire ,
Ne déclare fes feux qu'en déclarant la guerre.
Infpira -t'on jamais l'amour par la frayeur ?
C'eft ainfi qu'Helenus fe rend maître d'un coeur.
Il ordonne en Tyran ; il faut le fatisfaire .
Barbare , ma fierté vous devroit le contraire ;
Je devrois n'écouter que mon jufte courroux ;
Mais je veux me venger plus noblement que
yous.
Je veux qu'en gemiffant Helenus me regrette ,
Et qu'il fente du moins la perte qu'il a faite .
Il ne tenoit qu'à vous de faire mon bonheur ;
L'amour à cet efpoir ouvroit déja mon coeur ;
Heureufe de pouvoir offrir un diadême ,
fans
MAY. 1726. 1039
Sans rechercher en vous d'autre bien que vousmême.
Je ne me vengerai de vos refus honteux ,
Qu'en vous faifant rougir de mes foins genereux
.
Puifque vous le voulez , je vais trouver mon
Pere ,
Tenter pour le fléchir les pleurs & la priere ;
Je vais pour vous , ingrat , tomber à fes ge
noux ,
Et faire ce qu'en vain j'attens ici de vous.
Notre Extrait feroit de beaucoup trop
long , fi nous y inferions tous les Vers que
le Public a applaudis ; mais on ne peut
fe difpenfer d'inferer ceux qui ont couronné
l'Ouvrage , & qui ont fait la peripatie
. Les voici : c'eft Pyrrhus crû Helenus
, qui parle à Neoptoleme de Pyr
rhus même.
Pyrrhus.
Crains un afpect qui pourra te furprendre ;
Mais daigne auparavant m'inftruire de fon fort
Sois fincere fur tout , quel fera-t'il
Neoptoleme.
la mort .
Hy Pyr
1040 MERCURE DE FRANCE.
7
Pyrrhus.
S'il ne craignoit que toi , Tyran , ta barbarie ,
Te couteroit bien- tôt & le Thrône & la vie ;
Voyons donc jufqu'où peut aller ta fermeté ;
Mais pour laiffer ta haine agir en liberté ,
Je vais te raffurer contre un fer redoutable ,
Qui rendroit dans mes mains ta perte inévitable.
Iljette fon épée aux pieds de Neoptoleme.
Frappe voilà Pyrrhus , &c.
Glaucias qui furvient , voyant que
Neoptoleme fe plaint que Pyrrhus le méprife
encore & l'offenfe , lui dit :
Dequoi va s'occuper ton injufte vengeance ?
Sont- ce les mouvemens qu'il te doit inſpirer ?
Il fe livre à tes coups : que veux- tu ?
Neoptoleme.
l'admirer !
Nous ne pouvons mieux terminer notre
Extrait que par ce dernier mot.
Le 2 2. de ce mois , les Comediens Italiens
reprefenterent une petite Come
die nouvelle , intitulée l'Homme Marin,
en Vers libres , avec un Divertiffement.
La
THE
NEW
YORK
) PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
MAY. 1726. 104 B
La piece eft bien écrite , mais le Public
n'a pas parû la goûter.
Les Comediens François ont remis au
Theatre la Comedie de l'Important , du
feu Abbé Brueys , qui a fait beaucoup de
plaifir. Elle eft parfaitement bien repre
fentée .
CHANSON.
Ous raffemblez en vous adorable Clo
Vousris ,
>
Les Amours , les Graces , les Ris ,
Et malgré tant d'attraits , votre coeur s'intereffe
,
Dans le beau feu dont le mien eft épris.
Ah ! fi l'on mouroit de tendreffe ,
Cent foispour prix d'un fort fi doux ,
Jeferois mort à vos genoux .
AUTRE CHANSON.
Dans la Ans la vie ,
Sans la Folie ,
Sans les defirs ,
Il n'eſt point de plaifiss.
H vj
Ai
1042 MERCURE DE FRANCE.
Aimable jeuneffe ,
Souhaitez fans ceffe ,
Et poffedez rarement :
Cette douce chimere ,
D'un bien qu'on eſpere ,
Fait tout l'agrément.
HE HA FOR THE HUGEDELDE
3
NOUVELLES DU TEMPS.
TURQUIE.
Es Lettres de Conftantinople portent , que
Luivant les derniers avis de Perfe , l'Armée du
Succeffeur de Miry - Mamouth , étoit en état de
couvrir Ifpahan.
On a appris par la voye d'Alexandrie , que le
nouveau Bacha du Grand Caire avoit été dépofé
dans un foulevement general , où plufieurs
perfonnes avoient peri , & que fon Prédeceffeur ,
déposé par le Grand Seigneur , avoit été réta
bli.
Les nouvelles de Conftantinople du mois de
Mars dernier , portent qu'on travailloit à un
Armement confiderable dans les Arfenaux du
Grand Seigneur ; qu'on avoit envoyé ordre au
Bach de Babilone , de marcher avec fon Armée
vers Ipahan , & aux Bachas Abdula & Kuproli
, de faire avancer les Troupes qu'ils commandent
, du côté de Caſbin , Ville fituée entre
cette Capitale de la Perfe & Tauris .
0
2
RUSSIE.
MAY. 172 6 . 1043
RUSSIE .
N continue à Petersbourg l'armement des ONGaleres
, fur lefquelles
on affure qu'on em- barquera 30000. hommes d'Infanterie ; mais
on ne dit pas encore à quelle expedition ils font
deltinez . Le nombre des Galeres qu'on équipe
eft environ de 200. Outre cela on conftruit fur
la Riviere de Neva des Bâtimens d'une nouvelle
forme , qui feront plus commodes que
les Galeres pour tranfporter des Troupes de débarquement.
Quelques Lettres de Derbent portent que le
Prince Thomas , fils de l'ancien Roi de Perfe ,
a accepté les conditions ftipulées à fon égard
par le Traité conclu à Conftantinople entre le
feu Czar & le Grand Seigneur.
Le du mois dernier la Czarine nomma 23 .
le Duc d'Holftein , Lieutenant Colonel du Rcgiment
des Gardes du Corps , qui porte le nom
de Procobazinski , dont cette Princeffe s'eft refervée
le commandement en Chef, comme Colonelle
.
POLOGNE.
N apprend de Varfovie , que le Regent de
On derdonave 3. veilig Ujar
dou , pour le divertiffement du Roi & du Prince
, une Chaffe de quatre Ours , d'un Loup , &
d'un Renard. S. Alt . R. qui étoit à cheval , tua
deux Ours à coups de piftolet , & le Comte Maurice
tua le Loup dans la Riviere , où les Chiens
l'avoient fuivi à la nage , ce qui donna un fpectacle
fort divertillant.
Le
1044 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Chilly de S. Gilles , créé depuis
peu Chambellan du Roi , prit , il y a quelques
jours , congé de S. M. & la remercia de
fon Service , dans le deffein d'appeller en Duel
le Comte de Vicedom , Miniftre d'Etat , &
Grand Chambellan du Roi. Ce dernier donna
fa parole , fit fon Teftament , & le remit entre
les mains d'un autre Miniftre, avec les Comptes
du Roi. Le 13. d'Avril , à la pointe du jour
ils fe rendirent près de Naderlege , à trois milles
de Varfovie , pour fe battre à coups de piftolet.
Les deux Combattans s'avancerent l'un vers
l'autre avec beaucoup de fang froid. M. de Vicedom
, qui a tiré le premier , & qui a bleffé
M. de S. Gilles legere nent à la tête , reçut un
coup au bas- ventre , dont il tomba mort. Ce
Duel s'eft fait en prefence de plufieurs Seigneurs
& Chirurgiens , qui ont inutilement employé
tous les moyens poffibles pour fecourir le Com
re, Le Marquis ayant eu l'imprudence de fe retirer
apres le combat , dans le Convent des
Théatins à Varfovie , le Roi ordonna au Grand
Maréchal de la Couronne de proceder contre lui
felon les Loix : & comme cette Maifon ne joüit
des immunitez des Clôtures , il y a apparence
, quoiqu'il fe foit refugié dans la Sacriftie ,
qu'il paffera mal fon temps , à moins qu'il ne
trouve le moyen de s'évader. Cette Maiſon fut
inveftie le même jour par une forte Garde de
150. hommes. Le Corps du défunt fut porté à
Viabon , Château de S. M où il fera embaumé,
& enfuite tranfporté en Saxe. Le Comte de Vicedom
, âgé de 51. ans , a eu pour Second le
Comte de Montmorenci ; & le Marquis de
S. Gilles qui n'en avoit que zo. a eu M. Freneufe
, Officier François.
pas
Le Comte de Vicedom , la veille du Combat ,
foupa
MAY. 1726. 1045
foupa chez la Princeffe Lubomirski fa fille , où
il parut de très-bonne humeur , il joia même
au Piquet jufqu'à minuit, & partit à deux heures
du matin pour le rendez- vous
Ce Comte a été fort regretté de tous ceux
qui le connoiffoient , & particulierement du Roi,
qui en a été fort touché ,
par rapport aux fideles
fervices que S. M. en avoit reçu pendant l'efpace
de 40. années entieres , qui lui avoient merité les
premieres Dignitez de la Cour.
Ce Comte a laiffé deux filles , dont l'une a
époufe le Prince Lubomirski , Maître de Cuifine
de la Couronne , & l'autre le Comte de Vatzdorff
, Grand Chambellan Royal & Electoral :
il a laiſſé auſſi deux fils de 6. à 7 ans , qui font à
Drefde auprès de leur mere , née Comteffe de
Hoym , & foeur de l'Ambaſſadeur Extraordinaire
de S. M. à la Cour de France . Le feu Comte
étoit eftimé le plus riche Seigneur de la Saxe.
Le General Major , Comte de Caftelli ; oncle
du Marquis de S. Gilles , a reçû ordre de s'abfenter
de la Cour , & de fe retirer du Palais
Royal de Sendomir , où il avoit fon logement.
Les dernieres Lettres de Pologne portent , que
le Comte de S. Gilles , qui étoit refugié chez les
Théatins , fe fauva le jour de Pâques, déguisé en
Domeſtique , & l'on ignore la route qu'il a prife
pour fortir du Royaume.
Le bruit court que le Prince Lubomirski ,
Gendre du Comte de Vicedom , avoit fait ap-.
peller le Comte de S. Gilles , pour venger la
mort de fon Beau- pere , mais que le Roi a empêché
ce fecond combat.
DANE
1046 MERCURE DE FRANCE
DANNEMAR C.
N apprend de Copenhague
} que la
Flotte Danoife eft prête à mettre à la voile,
& qu'elle fe joindra à celle d'Angleterre , qui
doit arriver inceffamment dans la Mer Baltique
La Flotte Angloife , compofée de 23. Vaiffeaux
de ligne , de trois Brulots , & d'un Vaiffeau
d'Hôpital , deftinée pour la Mer Baltique
commandée par le Chevalier Charles Wager ,
Vice-Amiral de l'Efcadre Rouge , & qui étoit
partie des Ports d'Angleterre le 28. du mois
dernier , arriva le 4. Mai dans le Sund , & les
foir elle moüilla dans la Rade de Coppenhague .
Le 6. le Vice-Amiral Anglois eut Audience du
Roi , & eut l'honneur de dîner avec S. M. Il
retourna enfuite à bord de ſes Vailleaux , dontik
fit lever l'anere & fe remit à la voile quelques
jours après pour la Mer Baltique.
ALLEMAGNE .
Lperatice alterenta vienne a la Prédication
E 16. Avril après midi l'Empereur & l'Im-
Italienne , & à un Oratoire en Mufique , où l'on
chanta une Cantate , intitulée , Le Teftament de
Jefus Chrift fur le Calvaire.
Le 18. L. M. I. entendirent la Meffe celebrét
pontificalement par 1 Nonce du Pape , & re-
Ceurent la Comunion de fes mains . L'Empereur
lava enfuite les pieds à douze pauvres Vieillards
, & l'Imperatrice en fit autant à douze pauvres
vieilles Femmes. L. M. I les fervirent à
table , & leur firent diftribuer des aumônes
L'EmMAY.
1726.
1047
L'Empereur a accedé vers le milieu du mois
dernier au Traité de Paix & d'Alliance concla
à Niſtadt en Finlande le 10. Septembre 1721.
entre les Plenipotentiaires du feu Czar & ceux
du Roi de Suede .
Le 16. Avril un Officier de la Cour partit de
Vienne , pour aller au devant de l'Aga que la
Porte envoye à la Cour Imperiale , avec caractere
de Commiffaire du Grand Seigneur , pour
l'execution des Conventions particulieres du
Traité de Paffarowitz , concernant le Commerce
entre les deux Nations , & l'accompagn
en cette Capitale où il doit refider.
ner
Le 29. Avril au matin , le feu prit par accident
à l'Hôtellerie de l'Agneau , dans le Fauxbourg
d'Italie à Vienne , & s'étant communiqué
aux maiſons voisines , il en a confumé 18 .
endeux jours qu'il a duré.
L'Empereur a donné depuis peu au Prince de
Cardonne , Grand - Maître de la Maifon de l'Imperatrice
, une Seigneurie en Tranfylyanic ,
dont le revenu eft de 40000. écus.
ITALIE .
'Abbé d'Althan , neveu du Cardinal Vice-
>
mencement du mois dernier , fit part à ce Cardinal
de la refolution que le Pape avoit prife
de retarder fon départ pour l'Archevêché de
Benevent . On a contremandé les Ouvriers qu'on
avoit fait partir pour conftruire un Pont fur le
Guariliano, & pour reparer les chemins où S. S.
devoit paffer.
Le . Avril les Députez du Chapitre de la
Cathedrale de Luques , préfenterent au Pape
les Ornemens Pontificaux de damas blanc brodé
-
1048 MERCURE DE FRANCE
dé d'or , en, reconnoiffance du privilege que
S S. a accordé aux Chanoines de cette Eglife .
de porter la Mitre dans les grandes Ceremonies.
Le 5. Avril au matin , il y eut à Rome , après
la Prédication , Congregation de l'Examen des
Evêques Reguliers , dans laquelle le Pere Chriftophle
Bianchi , Auguftin , nommé à l'Archevêché
titulaire de Nazaret , & le Pere Charles
Cornaccioli , Carme , nommé à l'Evêché de Bobbio
, répondirent fur la Théologie Scholaftique.
L'Evêque de Cavaillon , dans le Comtat d'Avignon
, qui eft arrivé à Rome depuis peu , a
été nommé Prélat Affiftant du Trône.
Le 15. Avril , le Pap: alla en Caroffe vifiter
l'Hôpital du S. Efprit , où S. S. confeffa quel
ques malades . Le 16. Elle alla à l'Hôpital de
Sainte Marie de la Confolation , où elle donna
la benediction in articulo mortis , un agonizant.
à
Le 17 le Pape celebra la Meffe dans la Cha
pelle de Sixte , & il donna la Communion pour
les Pâques aux Prélats du Palais , à fes autres
Officiers & à fes Domeſtiques. Le même jour les
Cardinaux firent la même chofe dans leurs Palais,
à l'exemple de S. S. Le 18. Jeudi -Saint , le Pape,
aprés toutes les autres Ceremonies , n'ayant
que l'Etole violette & la fimple Mitre , fe rendit
dans la Salle Ducale , où il lava les pieds
àdouze pauvres Prétres Etrangers qu'il fervit à
table .
On a envoyé des ordres du Pape à Civita-
Vecchia , pour y faire équiper deux Galeres de
SS. qui doivent aller vers les côtes de Tofcane
au devant de la Reine Douairiere d'Efpagne
, Veuve de Charles II . qu'on attend en
Italie.
On a reffenti à Florence depuis peu deux qu
trois
MA Y. 1726. 1049
trois fecouffes de tremblement de terre qui
ont été affez confiderables , mais qui n'ont caufé
aucun dommage. Ils fe font fait fentir juſqu'à
Livourne & le long de la Côte.
On a reçû avis de Turin que l'Empereur
avoit cedé depuis peu au Roi de Sardaigne la
fupreme Jurifdiction & la Souveraineté des dix
Fiefs Imperiaux , fituez dans les Lanques , entre
les Rivières de Sture & de Tenaro d'un côté
& le Belbo de l'autre, moyennant 125000 Piſto
les, qui doivent être payées dans certains termes,
ESPAGNE .
ON a appris de Madrid
du mois le que IO.
dernier vers les fept heures du foir , tout
vers
le nouveau Bâtiment & la Voute de la grande
Chapelle du College de faint Thomas d'Aquin ,
vulgairement nommé de Attocha , tomberent &
firent perir fous leurs ruines la plupart des Maffons
qui y travailloient , & plusieurs perfonnes
qui faifoient leurs Stations pour le Jubilé de
l'année Sainte. Les autres eurent le bonheur de
fe fauver dans l'ancienne Eglife. Le Roy a donné
des ordres pour faire réparer ce Bâtiment le
plutôt qu'ilfera p offible.
Quelques Lettres d'Efpagne marquent qu'on
y va réformer tous les Regimens qui ne font
pas fur le pied de 2.000. hommes , pour en faire
enfuite 40. Regimens complets de pareil nombre
de Soldats.
Dom Antoine Guedez Pereira , Envoyé Extraordinaire
de Portugal , donna le 31. Mars dernier
, à l'occafion de l'anniverſaire de la naiffance
de l'Infante d'Efpagne , future Princeffe du
Brefil , une grande Fête , & fit réprefenter dans
fon Hôtel , une Comedie en Mufique , intitulée
Le
10 MERCURE DE FRANCE.
le Triomphe de l'Erreur & de l'Amour.
On a reçû la nouvelle d'un avantage confiderable
remporté fur les Maures qui affiegent Ceuta.
Le Comte de Charni , qui commande dans cette
Place , fit faire une fortie , pendant laquelle deux
détachemens des Troupes de la Garniſon , attaquerent
les Affiegeans par deux endroits , en
tuerent un grand nombre & comblerent une
partie de leurs travaux . Cette action qui dura
près de trois heures , a coûté très peu de monde
aux Espagnols
GRANDE- BRETAGNE .
' Amiral d'Hozier , partit le 19. du mois der-
>
Roy envoye dans les Indes Occidentales.
que
le
Le Capitaine du Compton , Vaiffeau qui vient
d'arriver du Bombay & du Fort Saint- Georges ,
a rapporté que les Forbans établis dans l'Ifle de
Madagaſcar , avoient fi cruellement maltraité
les naturels du Pays , que ces derniers s'étoient
foulevez & les avoient tous maffacré , à la réſerve
de douze qui s'étoient fauvez dans les Bois
où ils périront fans doute.
L'infertion de la petite verole qu'on a faite
à la Princeffe Marie , opere heureufement , la
petite verole fort fans fievre & fans autre accident.
100.
On a reçû avis que le Grand - Alexandre ,
Vaiffeau de 26. Canons , d'environ hommes
d'équipage , commandé par le Capitaine Dunn ,
ayant relâché au Cap Falfo , près du Cap de
Bonne- Efperance , les Hollandois avoient trouvé
moyen de fe faifir du Capitaine & du Munitionnaire
du Navire , & que pendant qu'ils éxaminoient
leur Commiffion & leurs Paffeports ,
l'Equipage avoit coupé les Cables & s'étoit ſauvé
avec
M -A Y. 1726. 1o༈t
avec le Vaiffeau , dans le deffein , à ce que l'on
croit , d'augmenter le nombre des Forbans.
Il eft arrivé à Londres vers la fin du mois dernier
, un Roy Indien , venant du Fort Saint-
George , qui falua le Roy au Palais de S. James.
Le is. d'Avril le nommé Bunworth & autres
furent condamnez à mort , aux Affifes tenues à
Kingſton. Bunworth avoit d'abord refuſé de répondre
; mais la Cour ayant ordonné qu'il fuft
preffé , on le ramena dans le cachot , où on le
coucha tout nud à terre fur le dos , les bras &
les jambes étenduës , & on mit ſur ſon eſtomach
un poids de quatre Quintaux qu'il ne put endurer
qu'environ une demie heure & promit de répondre.
On apprend par des Lettres de Lisbonne , que
le Fort des Anglois à Gambo , fur la Côte d'Afrique
, avoit fauté en l'air , le feu ayant pris par
accident au Magazin des Pou dres .
Les Lettres de la Jamaïque , portent que le
Samuel , Vaiffeau commandé par le Capitaine
Grey , y étoit arrivé de l'Ifle de Madere , après
avoir été retenu pendant quatre jours par trois
Vaiffeaux Efpagnols , Garde- Côtes .
Le Guillaume & l'Elifabeth , qui avoient chargé
des Vins à Cette en Languedoc , pour la Hollande
, étant le 16. d'Avril à 70. lieuës ou environ
du Cap Saint- Vincent , le Capitaine Michel
qui le commandoit fut affaffiné par l'Equipage
,qui conduifit enfuite ce Bâtiment jufqu'à
la Baye de Lagos , où plufieurs Matelots fe mirent
dans la Chaloupe avec deux Grecs qui
étoient à bord & vinrent à terre . Trois d'entre
eux s'étant rendus à Saint - Ubez , y furent interrogez
; & ayant varié dans leurs réponſes , le
Magiftrat Portugais les fit mettre en priſon , où
ils ont confeffé leur crime.
Une femme de la Paroiffe de Sutton Bengor ,
dans
Jo MERCURE DE FRANCE.
dans le Comté de Wiltz , agée de plus de 40
ans , accoucha vers le milieu de ce mois de cin
enfans , dont trois reçûrent le Baptême.
HOLLANDE , PAYS- BAS.
E de ce mois , les Auguftins de Bruxelles
Lelébrerent la Fête feculaire de la donation
faite à leur Egliſe en 1626. par l'Infante d'E
pagne , Ifabelle - Claire- Eugenie , de l'Image miraculeufe
de Notre Dame de bon fuccès , qu'elle
avoit fait venir d'Ecoffe. Cette Image fut portée
proceffionellement au bruit d'une triple décharge
de l'Artillerie des Remparts.
Le Prince de Rubempré , Grand- Ecuyer de
l'Archiducheffe , Gouvernante des Pays- Bas comme
Provôt , portoit l'Etendart devant l'Image
miraculeufe , qui étoit fuivie par le Chapitre de
l'Eglife Collegiale, en Châpe. L'Evêque de Trical
portoit le S. Sacrement , derriere lequel marchoit
Î'Archiducheffe , tenant un Cierge à la main &
conduite par le Comte Visconti , Grand- Maître
de fa Maifon & fuivie des Dames de la Cour , &c.
Après la Proceffion , les Etudians des Auguf
tins firent une Cavalcade , fuivis de divers enfans
proprement ajuſtez & affis fur des Animaux
reprefentant les quatre Parties du Monde, On
voy it enfuite trois Chars de Triomphe , dont
l'un réprefentoit un Temple , l'autre un Vaiffeau
de Guerre , & le dernier , le Triomphe de la
Vierge. La Cavalcade fut terminée par la réprefentation
des quatre derniers Rois d'Espagne &
de leur Cour.
DE
MAY. 1726 .
1053
DE LA HAY L.
E 30. Avril dernier , la Compagnie des
Bourgeois du Drapeau Bleu , planta felon la
Coutume, le May en ceremonie,& on y employa
es Devifes fuivantes.
Pour les Etats Generaux.
In dubiis crefcit conftantia rebus.
Pour les Etats de Hollande & de Weft- Frize.
Dulci pro libertate laborant.
Pour la Princeffe de Naffau- Orange.
Splendet avis atavifque potens.
Pour le Prince.
Stimulat pracordia virtus ..
Pour les Magiftrats de la Haye.
Amor Civium fructus Juftitia.
Pour le Colonel Affendelft.
Confilioque , manuque.
XXX: XXXXXXXXX : X **X
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
La
mourut
>
E Prince Chriftian - Augufte de Holftein ,
de la Branche de Gottorp , Evêque de Lubec
à Eutin le 22. du mois dernier dans la
14e année de fon âge. Il avoit épousé le de
Septembre 1704. Albertine-Frederique , fille du
Landgrave de Bade Dourlach , dont il avoit
2.
eu
1054 MERCURE DE FRANCE :
eu cinq Princes & fix Princeffes. Il étoit oncle
du Duc d'Holftein , gendre de la Czarine.
Le Cardinal Julle Piazza , Evêque de Facuza ,
dans la Romagne , y eft mort le 24. du mois
dernier , dans la 64e année de fon âge , étant né
à Forly le 13 Mars 1663. Il avoit été Internonce
à Bruxelles , Nonce à Cologne , à Warfovie
& à Vienne. Il avoit été fait Cardinal le
12. May 1712. par Clement XI . qui lui donna
le Titre de faint Laurent , in Pane & Perna,
quelque temps après il alla à Ferrare , en qualité
de Légat , après quoi il fe retira dans 'fon
Diocèfe. Il vaque par la mort un fixiéme licu
dans le facré College.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
E s . de ce mois , le Comte de Maf-
Lei , Grand-Maitre de l'Artillerie ,
& Ambaffadeur Extraordinaire du Roy
de Sardaigne auprès de Sa Majefté , fit
fon Entrée publique dans Paris. Le Ma
réchal Duc de Roquelaure & le Comte
de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeur,
sallerent le prendre dans les Carroffes
de L. M. au Monaftere de Picpus ,
d'où la marche fe fit en cet ordre . Le
Carroffe de l'Introducteur , celui du Maréchal
, Duc de Roquelaure , précedé de
deux Pages à cheval , la Livrée de l'Ambaffadeur
MAY. 1726. 1055
· baffadeur à pied , fon Ecuyer & fix Pages
à cheval , le Carroffe du Roy , aux
côtez duquel marchoient la livrée di
Maréchal Duc de Roquelaure & celle
du Comte de Monconfeil , le Carroffe
de la Reine , celui de Madame la Ducheffe
d'Orleans , Doüairiere , ceux du
Duc d'Orleans , de la Ducheſſe d'Orleans
, de la Ducheffe de Bourbon ,
Doüairiere , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , de la Princefle de
Conty , Douairiere , de la Princelle de
Conty , feconde Douairiere , du Prince
& de la Princeffe de Conty , du Duc &
de la Ducheffe du Maine , du Comte &
de la Comteffe de Toulouſe , & celui
du Comte de Morville , Miniftre &
Secretaire d'Etat , ayant le département
des affaires étrangeres ; & à une diftance
de 30. à 40. pás , le Suiffe de l'Ambaffadeur
à cheval. Il précedoit les quatre
Carroffes de l'Ambaffadeur , qui
étoient très magnifiques , ainfi que fa
Livrée. Après que l'Ambaffadeur fut
arrivé à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
, il fut complimenté de la
part du Roy par le Duc d'AuPont ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de
S. M. de la part de la Reine , par le
Marquis de Villacerf , fon premier Maî- .
tre d'Hôtel , & de la part de Madame la
I Ducheffe
1056 MERCURE DE FRANCE
Ducheffe d'Orleans , Doüairiere , par le
Marquis de Crevecoeur , fon premier
Ecuyer . L'Ambaffadeur a logé les trois
jours fuivans au même Hôtel des Ambaffadeurs
, où il a été traité par les Of
ficicis du Roy .
Le le Prince 7 de Lambefc & le Com
te de Monconfeil , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
à l'Hôtel des Ambaffadeurs dans
les Carrolles du Roy & de la Reine, &
le conduifirent à Verfailles , où il eut fa
premiere Audiance publique du Roy. Il
trouva à fon paffage , dans l'avant- Court
du Château , les Compagnies des Gardes
Françoifes & Suifles fous les armes ,
les Tambours appellant ; & dans la Court,
les Gardes de la Porte & ceux de la
Prévôté fous les armes , à leurs poftes .
ordinaires . L'Ambaffadeur fut reçû au
bas de l'Escalier par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Ceremonics , & par
M. Defgranges , Maître des Céremonies ,
les Cent- Suiffes étant fur l'Efçalier , en
habit de ceremonie , la Hallebarde à la
min. Il fut reçû en dedans de la Salle
des Gardes , par le Duc de Bethune
Capitaine des Gardes du Corps , qui
étoient en haye & fous les armes . Après
Audiance du Roy , l'Ambaffadeur fut
conduit à celle de la Reine , par le Prince
de
MAY. 1726 . 1057
de Lambefc & le Comte de Monconfeil;
& après avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à l'Hôtel des
Ambaffadeurs , par le Comte de Monconfeil
, dans les Carroffes de L. M. &
avec les céremonies accoûtumées .
+
Le ro. au matin , ce Miniftre rendit.
vifite aux Princes du Sang , & l'aprèsmidi
les Princes du Sang l'allerent voir
à fon Hôtel , ruë faint Antoine.
Le Marquis de Maillebois , Maréchal
de Camp des Armées du Roy , Lieutenant
General de la Province de Languedoc
, a été nommé par le Roy pour aller
complimenter le Duc de Baviere fur la
mort de l'Electeur fon Pere , & fur fon
avenement à l'Electorat.
Le 25. du mois dernier , le Roy alla
coucher à Rambouillet : S. M. y retour
na le 29. & en revint le 30. au foir .
Le 28. Dimanche de la Quafimodo , le
Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Verſailles , la Meffe
chantée par la Mufique . Pendant la Meffe
du Roy , l'Evêque de Grenoble prêta ferment
de fidelité entre les mains de S. M.
Le 3. de ce mois , le Roy alla cou
cher au Château de Rambouillet . S. M.
y retourna le 8. & elle en revint le g .
au foir. Elle y fut encore le 13. & elle
en revint le lendemain .
I ij
Le
1058 MERCURE
DE FRANCE .
Le Prince de Vendôme vend fon Régiment
d'Infanterie 80000. livres au
Marquis de Rouffillon - Tonnerre , avec
l'agrément du Roy.
L'Abbé de Fontenay , Aumônier de
Quartier de la Reine , a été nommé fon
Aumônier Ordinaire , à la place du feu
Abbé de Vienne , & l'Abbé de Sainte-
Hermine , Chantre & Chanoine de l'Eglife
de Reims , a été nommé Aumônier
de Quartier , à la place de l'Abbé de
Fontenay .
Le Roy a difpofé du Regiment de
Brie , en faveur du Comte de la Marche
, fils aîné du Prince de Conty .
Le Samedy 11. de ce mois , un des
Ouvriers qui travaillent aux échafaux
qu'on fait pour réparer la Voute de l'Eglife
de Notre Dame , laiffa tomber du
feu , en fumant , fur une grande toile qui
fervoit comme de rideau pour couvrir
toute cette Charpente , & la féparer du
Choeur où l'on fait l'Office . Prefque
tout d'un coup cette grande toile parut
enflâmée , & il y avoit lieu de craindre
un embrafement très- confiderable . Un
prompt fecours a garanti de ce malheur ;
il a été fi grand , que , le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris , a fait
chanter une grande Meffe &, un Te Deum
en action de grace.
Le
MAY. 1726. 1059
Le Marquis de Courtenvaux ayant
parié 300. Louis contre 100. avec le
Marquis de Saillant , qu'un Cheval défigné
de l'Ecurie de ce dernier , n'iroit
pas de la Grille de Verfailles à celle de
Î'Hôtel des Invalides , en 30. minutes
de temps. La courfe fut faite le 9. de
ce mois à fix heures du foir . Le Marquis
de Saillant perdit de près de trois minutes
. Son Valet de Chambre qui montoit
le Cheval , étoit chargé d'une cuiraffe
de plomb d'environ 35. livres ; le
Marquis de Saillant , qui devoit faire la
courfe , s'étant trouvé pefer plus que fon
Valets de Chambre , d'environ ce poids.
On croit qu'une grofle pluye qui furvint
fut caufe de la perte du
pary....
BENEFICES.
Abbaye Commandataire de Femy
Cambray , vacante par le déceds de l'Abbé
Coignet , à été donnée à M. Trudaine
, Evêque de Senlis.
L'Abbaye Commandataire de S. Martin
de Nevers , Ordre de S. Auguſtin ,
vacante par le décès de l'Abbé de
Vienne , à Monfieur Jean- Simon Brif-
I iij
fart ,
060 MERCURE DE FRANCE.
fart , Clerc du Diocèfe de Chartres.
L'Abbaye Commandataire de la Valette
, Diocèle de Tulles , Ordre de Cîteaux
, vacante par le décès de Mr. de
Lort , à l'Abbé Neez , Clerc Tonfuré du
Diocèfe d'Evreux .
L'Abbaye de Sainte Croix , dans la
Ville de Poitiers , vacante par le décès
de la Dame de Laval , en faveur de Dar
me Marie- Therefe - Radegonde de Baudean
de Parabére , Religieufe dans la
même Abbaye.
L'Abbaye Commandataire de Billon ,
Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Befançon
, vacante par la démiffion du, fieur
de Courbouzon , en faveur de l'Abbé de
Marnezia.
L
Affaires du Palais .
E Jeudy 21. Mars , il a été rendu
un Arreft à la Grand'Chambre du
Parlement , fur deux Appels comme
d'abus , refpectivement interjettez par
deux femmes qui avoient épousé le même
homme, & qui s'oppofoient l'une à
l'autre le deffaut de prefence du propre
Curé. Le fait étoit que Michel Dauphin,
dont le pere étoit Confeiller au Préfi ,
dial de Tours , ayant eu commerce avec
la Damoiſelle Françoife Tenebre , de la
Che
MA Y. 1726. 1061
Chevalerie , dont on prétendoit qu'il
avoit eu un enfant , alla fe marier avec
elle dans la Chapelle d'un Prieuré de
Poitou , devant un Prêtre , qui fe difoit
Vicaire de la Paroiffe de S. Mazire ; les
pere & mere du fieur Dauphin , ni aucune
perfonne de fa familic n'affifterent
à ce Mariage , qui fe fit le 2. Juillet
1708. il étoit alors âgé de 27. ans . En
1714. le fieur Dauphin , dont le Mariage
n'avoit point encore éclaté , quoiqu'il
en fuft venu un enfant , quitta la prétenduë
femme & s'embarqua pour les
Iles de S. Domingue ; il y établit fon
domicile au Port de Paix. Le 26. Juin
1716. il y époufa dans toutes les formes
Marie Danzé , fille du Major de l'Ile
de la Tortuë, & veuve du fieur du Laurent
, Colonel des Milices ; ce Mariage
fut celebré dans la Paroiffe de Notre - Dame
de Paix , après la publication de deux
Bans & difpenfe du troifiéme , en prefence
d'un Coufin iffu de germain du,
fieur Dauphin & des Parens de la Da
moifelle Danzé. Le fieur Dauphin ayant
fait fçavoir fon Mariage à fes pere &
mere & à fa famille , ils l'approuverent
par leurs lettres , & il fut fuivi de la
naiffance de deux enfans. Le 29. Septembre
1722. le fieur Dauphin mourut ;
après la mort la Damoiſelle Danzé prit
I iiij le
1062 MERCURE DE FRANCE.
parti de venir en France , & alla à Tours
avec les deux enfans fe prefenter à la
famille du fieur Dauphin , dont elle fe
difoit veuve. La Damoifelle de la Chevalerie
prit auffi - tôt la même qualité &
fe prefenta comme telle à la même famille
avec un enfant qu'elle avoit eu
du fieur Dauphin. Les pere & mere du
mari reclamé par ces deux femmes , ne
voulurent point décider entr'eux & déclarerent
feulement qu'ils reconnoîtroient
en qualité de veuve de leur fils celle qui
y feroit maintenue en Juftice. Ces deux.
femmes interjetterent donc refpective
ment appel comme d'abus de la celebration
de leur Mariage , fur le même
moyen , qui étoit le défaut de prefence
du propre Curé . La Damoiſelle de la
Chevalerie ne rapporta pour Acte de la
célebration de fon Mariage , qu'un Certificat
du Prêtre qui l'avoit mariée , conçû
en ces termes : L'an 1708. le deuxiéme
jour de Juillet , fur l'heure de midy,
je François de Largue , Vicaire de faint
Mire , après avoir vu le Contrat de
Mre Michel Dauphin , fils de Mr Mi-.
eh Dauphin , Confeiller au Préfidial de
Tours , & de Loüife Girault , fa femme ,
demeurant Paroiffe de faint Venant de
Tours , & de Damoiselle Françoiſe Tenebre
de la Chevalerie , fille de deffunt
M
MA Y. 1726. 1063
Mre Jacques Tenebre , vivant Confeiller
du Roy, Maître des Eaux & Forefts en
la Ville & Fauxbourgs de Tours , & de
deffunte Dame Marie Gaudré , demeurante
Paroiffe de Notre -Dame de Lecrignole
agée de 26. ans & ledit Dauphin de 27 .
reçu par Giraud , Notaire Royal à Lufignans
j'ay cejourd'hui , pour certaines
confiderations que notre Mere Sainte Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine nous
permet , en l'Eglife dépendante du Prieuré
de Fomblanche en Poitou , reçu au Sacrement
de Mariage le fieur Dauphin & la
Damoifelle Tenebre, & les ayant interrogez
fur les principaux points de notre Religion
, je leur ay donné dans ladite Eglife
la Benediction Nuptiale , en prefence de
Louis Martonay , Pierre Dermivant , Jean
Taillebaut & Samuel Audinet , en foi
de quoi j'ay aufdits fieur Dauphin &
Damoifelle Tenebre , octroyé le prefent Certificat
pour leur fervir & valoir en tant
que de raifon. Fait audit Prieuré de Fomblanche
, Signé François de Largue.
On prétendoit que cet Acte , fous fignature
privée , non extrait d'un Regiftre
public , ni légalifé , ne pouvoit faire
preuve de la verité d'un Mariage .
qui d'ailleurs avoit été celebré devant
un Prêtre étranger , & qui n'étoit point
le Curé des Parties.
ly A
1064 MERCURE DE FRANCE.
A l'égard de la Dame Danzé , elle
rapportoit en bonne forme un Acte de
la célebration de fon Mariage contracté
devant le Curé des Parties , & on ne
l'attaquoit que par le défaut de domicile
de la part du fieur Dauphin , qu'on difoit
n'avoir pas demeuré affez long- tems
aux Ifles de S. Domingue , pour y acquerir
un domicile capable d'y faire contracter
mariage , & par confequent que
le fien n'avoit pas été célebré par Гол
propre Curé mais outre que la Damoifelle
de la Chevalerie ne put pas prouver
que le fieur Dauphin n'étoit pas arrivé
au Port de Paix auffi - tôt qu'on le
prétendoit , on la foutint non - recevable
dans fon appel , fur ce que fon Mariage
étant nul , elle n'avoit ni qualité ni intereft
pour attaquer le Mariage contracté
entre le fieur Dauphin & la Dame Danzé.
Sur ces moyens la Cour , conformé
ment aux Conclufions de Monfieur l'Avocat
General Dagueffeau , a jugé que le
Mariage de la Damoiſelle de la Chevalerie
avoit été mal , nullement & abufivement
contracté & célebré , & a renvoyé
fon fils à fe pourvoir pour fes alimens
; & fur l'appel comme d'abus par
elle interjetté de la célebration du Mariage
contracté entre le fieur Dauphin &
la Dame Danzé , elle a été déclarée nonrece
MA Y. 1726. 1065
recevable , & condamnée en tous les dépens
; & faifant droit , fur le Réquifitoire
du Procureur General du Roy , il
a été ordonné que le nommé François
de Largue , Vicaire de S. Mazire , feroit
pris & apprehendé au corps ; que les
témoins qui avoient affifté à la célebration
du Mariage de la Damoifelle de la
Chevalerie , & elle- même , feroient décretez
d'affigné pour être ouis.
Le Samedy 13. Avril , il a été rendu
dans le même Tribunal un Arrêt , dans
les circonftances
fuivantes.
La Damoifelle de Saint- Cyr , ou de
Choifeul , demandoit à faire preuve par
témoins de plufieurs faits par elle articulez
pour établir qu'elle étoit née le
8. Octobre 1697. du mariage de Monfieur
le Duc & de Madame la Duchefle
de Choifeul , & que la groffeffe & l'accouchement
aufquels elle devoit fa naiffance
, avoient été publics .
Elle fondoit fa demande fur deux propofitions.
La premiere , que pour admettre une
preuve teftimoniale en faveur de toute
perfonne , dont l'état eft contefté , le
commencement
de preuve par écrit - n'eft
pas neceffaire, & qu'il y auroit abfurdité
de le demander .
I vj La
1066 MERCURE DE FRANCE.
La feconde , que quand le commencement
de preuve par écrit pourroit raifonnablement
être exigé , les pieces qu'el
le rapportoit feroient plufque fuffifantes
pour y fatisfaire .
Ces pieces étoient , 1 ° . l'Interrogatoire
de Mr. le Duc de la Valliere , frere de
Madame la Ducheffe de Choifeul , que
la Damoiſelle de Saint - Cyr ou de Choifeul
prétendoit lui être favorable par
l'équivoque & l'ambiguité des réponſes .
2. Un Regiſtre ou Livre journal de le
Duc , Chirurgien & Accoucheur , mort
depuis quelques années , où il eft dit que
le 8. Octobre 1697. il a accouché , Madame
de Choifeul d'une fille , & où il a
écrit en détail ce qui a fuivi la naiffance
de cette fille . 3. L'Interrogatoire de
de M. le Chevalier de la Valiere , auffi
frere de Madame la Ducheffe de Choifeul
, où il convenoit de fon accouchement
, & que la Damoiſelle de Saint - Cyr
étoit celle dont elle étoit accouchée. 4° .
Une Lettre de Madame la Marquife de
Tournon , foeur de Madame la Ducheffe
de Choifeul , dans laquelle elle parloit
de a Damoifelle de Saint - Cyr & d'une
affaire importante qui la concernoit &
qu'on prétendoit être le deffein qu'on
avoit pris de la faire reconnoître pour
fille de M. le Duc de & Madame la Ducheffe
de Choifeul. De
MAY. 1726. 1067
De la part de M. le Duc de la Valiere
& de Madame la Marquife de Tournon ,
on combattoit les deux propofitions de la
Damoiſelle de Saint- Cyr ou de Choifeul ,
par celle- cy . Qu'en matiere d'Etat , la
preuve teftimoniale n'eft admiffible que
dans le concours de deux circonftances :
quand d'un côté la perte ou l'inexiftence
des monumens publics deftinez à affurer
l'état des hommes , met un enfant dans
l'impoffibilité de rapporter le titre primitif
que la Loy exige ; & quand d'un
autre côté ce même enfant a en fa faveur
une poffeffion qui puiffe fuppléer
au défaut de ce titre primitif. Après
quoi on tâchoit de prouver que les pieces
dont la Damoiſelle de Saint - Cyr ,
ou de Choifeul tiroit avantage , ne contenoient
aucun commencement de preuves
par écrit, capable de la faire admettre
à la preuve teftimoniale .
Monfieur l'Avocat General Gilbert.
qui a parlé dans cette affaire , avoit conclu
à ce que la Damoiſelle de Saint - Cyr
fuft déboutée de fa demande . Cependant
la Cour , par fon Arrêt , lui a permis de
faire preuve par témoins de fon état.
MORT'S
1068 MERCURE DE FRANCE.
kakakakakak
MORTS , NAISSANCES ,
Mariages.
HE
Enri
- Auguftin
le
Pilleur
, ancien
Evêque
de
Xaintes
, &
ci- devant
Abbé
d'Epernay
Diocèle
de
Reims
,
mourut
à Paris
le
25.
Avril
, âgé
de
76.
ans.
,
Dame Marie - Geneviève Eſchalart de
la Mark , Veuve de Pierre , Sire & Comte
de Lannion , Baron & Pair de Bretagne
, Vicomte de Rennes , Marquis
d'Epinay , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur des Villes &
Châteaux de S. Malo , Vannes & Auray
, mourut le 27. du même mois dans
la 76. année de fon âge.
Jean- Baptifte de Johanne , de la Carre
, Chevalier , Marquis de Saumeri ,
Seigneur de la Houffaye , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , ci - devant
Sous- Gouverneur de S. M. Cornetze
des Chevaux Legers de la Garde , &
Envoyé Extraordinaire du Roi près du
feu Electeur de Baviere , mourut le 5.
ce mois , âgé de 48. ans.
Il étoit fils aîné de Jacques - François
de Johanne , de la Carre , Chevalier ,
MarMAY.
1726. 1069
Marquis de Saumeri , Gouverneur des
Ifles de Sainte Marguerite & de Saint
Honorat , Capitaine & Gouverneur des
Château & Chaffes de Chambort , fucceffivement
Sous - Gouverneur de MM .
les Ducs de Bourgogne , d'Anjou & de
& du Roi Louis XV. & de
Dame Marguerite- Charlotte de Móntlezun
de Befmaus , fille de François ,
Chevalier , Seigneur de Beſmaus , Gouverneur
de la Baftille.
Berry
Le Marquis de Saumeri eft fils de
M. Jacques de Johanne , de la Carre ,
Chevalier , Seigneur de Saumeri , Confeiller
du Roi en fes Confeils , Maréchal
de fes Camps & Armées , Gouverneur
& Bailly de Blois , Capitaine des
Château & Parc de Chambort , Grand-
Maître des Eaux & Forêts au département
de l'Ile de France , & c . Il avoit
été élevé Page de Gafton , Duc d'Orleans
, qui lui donna en 1631. la furvivance
de la Charge de Capitaine des
Chaffes au Comté de Blois , & en 1644-
celle de Capitaine de fon Château & Parc
de Chambort , & lui donna fon Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiffion
du Marquis de Vardes . La Commiffion
lui en fut expediée le 8. Avril
1651. Il mourut le 4. Mai 17 09. II
avoit époufé par Contrat du 26. Fevrier
1070 MERCURE DE FRANCE .
vrier 16 50. Catherine Charron , fille de
Jacques , Confeiller du Roi en ſes Confeils
d'Etat & Privé , Intendant des Tur
cyes & levées , & niéce de Guillaume
Charron , Seigneur de Meners , Treforier
General d'Artillerie de France .
Jacques étoit fils de François de Johanne
de la Carre , Chevalier , Seigneur
de Saumeri , Premier Gentilhomme
de la Chambre de Gafton , Duc d'Or.
leans , Capitaine des Chaffes de fon Comté
de Blois , & Capitaine de fon Château
& Parc de Chambort . Il fut toujours
très - attaché à ce Prince qu'il fuivit dans
toutes les occafions , & lui donna desmarques
d'un zele & d'un dévouement
fi parfait , qu'il le combla de bienfaits.
Ce fut à la follicitation qu'il fut fait
Confeiller d'Etat d'Epée , par Brevet du
mois de Fevrier 1647. Il en prêta ferment
le 6. du mois d'Avril fuivant entre
les mains du Chancelier Seguier . Il
avoit épousé par Contrat du 12. Novem- .
bre 1617. Charlote Martin , fille de
Daniel , Ecuyer , Sieur de Villiers , Comfeiller
du Roi , Treforier Provincial de
l'Extraordinaire des Guerres en la Ge
neralité d'Orleans . Il mourut en 1661 .
Son pere Arnaud de Johanne de la
Carre Ecuyer , Sieur de Mauleon , de
Sauneri & des Landes , fut le premier
de
MAY. 1726. 1071 :
de fa Maifon qui paffa du Pays de Bearn,
d'où il étoit originaire , dans le Blefois ,
fous le Regne de Henri III. Menaud de
la Carre , fon oncle maternel , Sieur de
de Saumeri , Confeiller & Aumônier du
même Roi Henri III . le fit venir , & lui
donna fa Terre de Saumeri. Lui- même y
avoit été attiré par Bernard de Ruthye ,
Abbé de Pontleroy , & Grand Aumônier
de France , fon parent.
Arnaud de Johanne , après plufieurs
acquifitions qu'il joignit à fa Terre de
Saumeri en 1586. & années fuivantes ,
fe fixa à Blois , & s'y maria en 1593.
avec Damoiselle Cyprienne Rouleau ,
Veuve de noble homme Pierre Morin ,
en fon vivant Seigneur de Villecellyer
& des Montignys , Confeiller du Roi ,
Controlleur General- Provincial ordinaire
des Guerres és Pays & Gouvernemens
d'Orleans , Berry , Blaifois , Dunois ,
Vendômois , Touraine , le Maine & Anjou
, & niéce de noble homme Sebaftien
Malier , Seigneur de Longuy , &
de Villeveuve , Confeiller du Roi , &
Treforier General de France en la Generalité
d'Orleans , alors transferée à Blois.
Henri IV. lui fit expedier des Lettres
Patentes le 4. Novembre 1598. par lefquelles
Sa Majefté déclarant qu'elle a
particuliere connoiflance de fa Maifon
&
1072 MERCURE DE FRANCE .
& Famille , & du lieu dont il eft iflu ,
même d'une bonne partie de fes parens
& prédecefleurs , qui font demeurans &
habituez en fon Royaume de Navarie
& Pays de Bafque , tous y vivans noblement
, n'étant auffi raifonnable , que le
changement de demeure qu'il a fait d'une
de nos Provinces à une autre lui chan .
ge en rien la qualité où Dieu l'a fait naî
tre , & en laquelle il a toujours vêcũ ;
Elle veut & enjoint à fes Commiſlaires,
pour le regalement des Tailles en la Ge
néralité d'Orleans , que fi dans leurs
Procès verbaux ou ailleurs , ils ont déclaré
icelui Sieur de Saumeri non tail-
Jable à caufe de fes Offices feulement ,
ils ayent à l'en faire rayer & biffer , com
me étant contre toute raifon & juftice ,
voulant ledit Sieur de Saumeri être tenu
cenfé & reputé , tant par eux que par
tous ceux du Pays où il eft habitué , pour
Gentilhomme iffu de noble Race & Famille
; & qu'en cette qualité , lui , fes
enfans & pofterité , jouiffent de tous les
privileges des autres Gentilshommes du
Pays , & c. Ces Lettres furent enregiftrées
au Bureau de la Commiffion & Election
de Blois , le 3. Fevrier 1 599.
Arnaud de Johanne ne s'en tint pas
feulement à ces Lettres , il fit faire une
Enquête en 1613. à Mauleon de Soule,
où
MAY. 1726. 1073
leon , Y
où furent entendus plufieurs témoins , les
uns de 90 , 80. & 75. ans ; entr'autres
M. Arnaud de May tie , Evêque d'Oleron
, par laquelle il paroît que ledit
Sieur Arnaud de Johanne , natifde Mauavoit
fa Maifon noble & Domicile
originaire paternel , dit de Johanne,
de Mauleon , avec les Terres , Fiefs ,
Cens , & autres droits & appartenances
d'icelle Maifon de Johanne , qu'il étoit
fils d'autre Arnaud de Johanne , Ecuyer ,
Sieur dudit lieu , & de Damoifelle Gratianne
de la Carre , que cet Arnaud étoit
fils de feu Evenot , Sieur de Johanne ,
Ecuyer , &c. que tous les titres de ladite
Maifon noble de Johanne , avec le
reftant de ladite Ville de Mauleon , ont
été brûlez deux fois depuis 75. ans ençà.
Arnaud de Johanne , après avoir rendu
de grands Services importans aux Rois
Henri III. Henri IV. & Louis XIII.
avoit rempli differentes Charges , & été
honoré d'un Brevet de Confeller d'Etat
du 27. Avril 1616, dont il prêta ferment
entre les mains du Chancelier de
Silleri le 29. du même mois , mourut
dans un âge très - avancé en 1641 .
Le 4. Louis- Mathieu Duport , Confeiller
au Parlement , mourut à Paris ,
âgé de 54. ans.
Le
1074 MERCURE DE FRANCE
Le 9. Jean - Charles Doujat , Maître
des Requêtes Honoraire , âgé de 73. ans.
L'Abbé de Secondat de Montefquiou,
ci - devant Abbé de la Faife , Ordre de
Citeaux , mourut à Bordeaux le de
9.
ce mois , âgé de 82. ans .
Gabriel de Maulde , Marquis de Colemberg
, Chevalier de S. Loüis , ancien
Brigadier des Armées du Roi , Lieu
tenant de Roi , & Commandant des Vil
le & Château de Boulogne & Pays Bou
lonnois , mourut le 25. du mois dernier,
âgé de 77. ans , generalement regretté.
·
Le 19. Avril 1726. Dame Marie-
Gabrielle Angelique de la Mothe -Houdancourt
, Veuve de Henri - François de
la Ferté- Seunecterre , Duc & Pair de
France , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur de Mets & Pays
Meffin , de Vic , de Moyenvic , & des
trois Evêchez , mort à Paris le 1 .
Aouft 1703. mourut à Paris , âgée de 72 .
ans ou environ . Son corps fut tranfporté
de S. Euſtache , fa Paroiffe , aux Feuillans
de la ruë S. Honoré , lieu de ſa ſepulture.
Cette Dame avoit eu l'honneur
de tenir le Roi fur les Fonts de
Baptême . La Maifon de la Mothe - Houdancourt
porte écartelé au 1. & 4. d'azur
à la Tour crenelée d'argent , au 2 .
3. d'argent au Levrier courant de
& guenles ,
MA Y. 1726. 1075
gueules accole d'azur , à la Boucle d'or,
accompagné de trois Tourteaux de gueules
, & d'un Lambel de même , à 3. pendans
, en chef. La Ferté - Senneterre porte
d'azur à 5. Fufees d'argent,
Le 16. Mai , Dame Claude Antoinette
Caflagnet de Tilladet , Veuve de
Gilles du Bouzet , Chevalier , Marquis
de Roque pine , Lieutenant General des
Armées du Roi , Gouverneur de la Capelle
, mourut âgée de 90. ans.
Le 9. Avril on fuppléa les Ceremonies
du Baptême à une fille de Jean - François
de Creil , Chevalier , Marquis de
Choify , Brigadier des Armées du Roi ,
&c. & de Dame Emilie de Mailli du
Breuil. Elle étoit née le 11. Decembre
1725. & fut nommée Madeleine par le
Marquis d'Angennes , & par Dame Madeleine
de Jauche- Bouton de Chamilli.
Le 21. du même mois , Dame Marie-
Marguerite Duret , Epoufe de M. René
Herault , Seigneur de Fontaine l'Abbé ,
Confeiller du Roi en fes Confeils , Maître
des Requêtes , & Lieutenant General
de Police de Paris , accoucha d'une fille
qui fut nommée Jeanne Charlotte par
Jean- Baptifte Duret , Préfident au Grand
Confeil , & par Dame Jeanne - Charlotte
Guillard de la Vacherie , Veuve de Louis
Hefault ,
1076 MERCURE DE FRANCE .
Herault , Seigneur de Mefnieres , & c.
Le 4. Mai , Dame N. de Ximenés ,
Epoufe du Marquis de Monthiers , Meftre
de Camp de Cavalerie , Sous - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux Legers
de Berry , accoucha d'un fils , qui
fut tenu fur les Fonts dans l'Eglife Paroiffale
de S. Sulpice de Monthiers en
Picardie , par le Marquis de Ximenés ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Regiment Royal - Rouffillon , Infanterie ,
& par la Dame de Monthiers fon Ayeule.
M. Claude Pellot , Chevalier , Confeiller
au Parlement de Paris , petit- fils
de Claude Pellot , Premier Prefident du
Parlement de Normandie , époufa le 29.
Avril dernier D. Marie Megret , fille de
François- Nicolas Megret , Seigneur de
Pally , Grand Audiancier de France , &
de Marguerite Beaucoufin.
Le 26. Mai , M. Louis - Philippe de
Menou , Chevalier , Marquis de Turbilly
, Brigadier des Armées du Roi , Colonel
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , épouſa D.
Elifabeth Rouillé , fille de Pierre Rouillé,
Ecuyer, Seigneur de Beauvoir, Confeiller
& Secretaire du Roi Honoraire , & de D.
Anne Pajot . La Maiſon de Turbilly eft des
plus illuftres & des plus anciennes de la
›
Pros
MAY. 1726 .
1077
Province du Maine , & eft alliée aux plus
confiderables du Royaume.
Les Vers qu'on va lire fur ce Mariage
, font de M. Moreau de Mautour . M.
de Bouffet les a mis en Mufique..
Cedez , Trompettes & Tambours ,
Cedez aux chants de l'Hymenée.
Four celebrer cette heureuſe journée ,
Mars a raffemblé les Amours ,
Jadis à la Beauté ce Dieu rendit les armes.
Il joint le Myrthe & le Laurier ,
Pour affurer le bonheur d'un Guerrier ,
Et veut unir deux coeurs par des noeuds pleins
de charmes.
Cedez , Trompettes , & c.
L'Epoux Amant , l'Epouſe aimable ,
Seront foumis à leurs plus douces Loix.
Et tous deux contens de leur choix ,
Jouiront d'un fort favorable .
Cedez , Trompettes , & c,.
Le Marquis de Caumont , de la Ville d'Avignon
a quion a fait un vol confiderable de
Vaiffelle d'argent , offre cinquante piftoles , à
quiconque pourra fournir des preuves fuffifantes
contre
1078 MERCURE DE FRANCE:
contre les coupables , où indiquer le larcin. On
pourra s'adrefler au Pere Recteur du College des
Jefuites de la même Ville , foit par lui - même ,
foit par quelque Prétre , Religieux ou autre
perfonne de confiance . Le Pere Recteur fera
compter les cinquante piftoles . Si celui qui don.
nera des nouvelles füres de ce vol , eft un des
complices , on lui promet fa grace , par ordre du
Vice- Legat , & outre ce ,lefdites cinquante piftoles
, quand ce feroit même le principal aureur
du vol , en revelant les complices . Ces
conditions font contenues dans une feuille imprimée
, que des perfonnes de confideration nous
prient de publier.
On fera obligé de donner deux Volu
mes le mois prochain , pour avoir lieu
d'employer quelques Pieces qui auendent
depuis long temps , & qui font dignes de
la curiofié du public.
XX:XXXXXX : XX
ARRESTS , DECLARATION ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST dus . Mars , portant Reglement
A pour la vifite & marque desBieres
quées dans toutes les Villes & Bourgs fermez ou
il y a des Barrieres & la perception des Droits
d'Infpecteurs des boiffons fur lefdites Bierres .
ARREST du 12. Mars qui enjoint aux Maires
Echevins , Jurats , Capitouls & autres qui ont
l'ad
MAY. 1726. 1079
Padminiftration des Deniers communs d'Octrois
& Revenus Patrimoniaux des Villes , de remer
tre aux Sieurs Intendans dans quinzaine du jour
de la publication du prefent Arrêt , des États
d'eux certifiez , du montant de chacune des cinq
dernieres années de leurs Octrois , Tarifs &
Revenus Patrimoniaux , pour fixer le payement
du Droit de Confirmation , & c.
ARREST du 2. Avril pour le Rang , Séance ,
& voix déliberative , Fonctions & Privileges
des Offices de Receveurs & Controlleurs des
Octrois & deniers Patrimoniaux des Villes &
Communautez .
ARREST du même jour qui regle dans la
Generalité de Paris la levée du Cinquantiéme
fur les Bóis & fur les Etangs.
ARREST du 9. Avril qui confifque fur le
fieur le Grand de Saint- Arts , Receveur particulier
des Bois des Maîtrifes de faint Germain
& de Fontainebleau , la fomme de quinze mille
quatre cens quatre- vingt- feize livres , le condamne
au quadruple de ladite fomme & le déclare
incapable de poffeder aucun Office com
table.
ARREST du même jour, qui maintient plufieurs
Receveurs generaux & particuliers des
Domaines & Bois dans l'exercice & fonctions de
leurs Offices , à condition de payer leur fupplement
de finance dans le courant de la preſente
année ; & ordonne qu'il fera inceffamment commis
aux Offices de ceux qui n'ont pas fait leurs
foumiffions , ou qui les ayant faites , n'ont pas
payé un tiers du fupplément dont ils font tenus.
K AR
1080 MERCURE DE FRANCE..
ni
SENTENCE de Police du 16. Avril qui fait
défenſes à toutes perfonnes de laiffer vaguer dans
les rues , les Chiens qui leur appartiennent ,
de les exciter à fe battre les uns contre les autres
; & défend pareillement de faire tirer par
aucuns Chiens , des Charettes & Chaifes dans
les ruës de Paris , au Cours , aux Champs Elizez
& autres Promenades publiques , à peine de deux
cens livres d'amende.
ARREST du 20. Avril portant Reglement
pour le commerce des Matieres d'Or & d'Argent,
DECLARATION du Roi , portant le rétabliſ
fement de la pêche du poiffon de Mer, & qui
interdit à cet effet toutes les efpeces de Dreiges
& autres Filets traînans , excepté pour la pêche
de l'Huitre ; & fupprime l'ufage des Batteaux
fans quilles , mats , voiles ni gouvernail pour
faire la pêche en Mer le long des Côtes , & aux
embouchûres des Rivieres . Donnée à Versailles
le 23. Avril 1726. Regiftrée au Parlement le 18 .
May.
ARREST du 24. Avril , en interpretation de
celui du 12. Février dernier concernant le Droit
de Confirmation qui doit être payé par les Notaires.
SENTENCE de Police du 26. Avril , qui fait
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de vendre
& débiter en Regrat aucuns Reftes de Viande
cuite fous quelque prétexte que ce puiffe être ,
à peine de deux cens livres d'amende , & de
confifcation ,
ARREST du 29. tous Avril qui ordonne que
Les Sauf-Conduits , accordez par Sa Majesté aux
MarMAY
1726 .. 108 1
Marchands Bouchers , ne pourront avoir lieu à
l'égard des dettes qu'ils ont contractées avec les
Marchands Forains.
ARREST du 30. Avril qui proroge de deux
mois les diminutions ordonnées par les Articles
IV. V. & VI. de l'Edit du mois de Janvier dernier
, fur le prix des anciennes Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent , &c.
ORDONNANCE de Police du 2. May , qui
défend à tous Particuliers demeurans dans le
Fauxbourg faint Antoine , & à tous autres ,
de
tirer aucunes Armes à feu ès environs de l'Eglife
, Maifons , Bâtimens & Enclos de l'Abbaye
des Dames Religieufes de faint Antoine , ni fur
leur Colombier , à peine de Prifon ; & qui fait
pareillement défenfes à tous Particuliers demeurans
tant dans la Ville de Paris , fur les
Ports & Quais , que dans ledit Fauxbourg faint
Antoine & autres , d'avoir chez eux des Pigeons,
à peine de tels dommages , intereſts & amende
qu'il conviendra.
SENTENCE de Police du 3. May qui condamne
le nommé Pafquier , Fermier , en mille
livres d'amende , pour avoir contrevenu à la Déclaration
de Sa Majefté du 19. Avril 1723. qui
défend à toutes fortes de perfonnes , d'acheter
& vendre des Grains ailleurs que dans les Halles
& Marchez.
AUTRE du même jour qui condamne le
Anommé Jofeph Lorry en deux cens livres d'a
, pour avoir contrevenu aux Ordonnan-
& Reglemens de Police concernant la vente
des Grains.
tettende
Kij ARE
1082 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE du même jour , qui condamne en une
amende plufieurs Particuliers , pour s'être immifcez
dans la Vente & Courtage de la Marchandiſe
de Foin..
AUTRE du même jour , concernant la Vente
des Foins , & portant confifcation de deux cens
fix Bottes de Foin de poids plus leger que celui
fixé par les Ordonnances.
ARREST du 4. May qui permet aux Bouchers
, Rotiffeurs , Hôteliers de la Ville de Paris ,
de tuer & expofer en vente des Agneaux achetez
dans les Marchez publics de ladite Ville , & aux
Fermiers , Laboureurs & autres , d'en apporter.
SENTENCE de Police du 15 May , qui ordonne
qu'il fera informé à la requête du Procureur
du Roy au Châtelet de Paris , contre ceux
qui par malice ou affectation , répandent dans
le Public & dans les Marchez , des bruits qui
tendent à interrompre l'abondance & l'apport
des Bleds dans les Marchez.
AUTRE du 17. May, portant défenſe à tous
Marchands de Bois d'en décharger fur le Port au
Foin , dans l'Ifle Louvier ; & qui condamne les
fieurs Chreftien & Bizot , Marchands de Bois ,
en cent livres d'amende.
AUTRE du 18 May , portant défenfes de
faire aucuns dégâts dans les Bleds , fous prétexte
d'y cueillir des Fleurs, appellées Barbeaux , n'y
d'en vendre & débiter , à peine de cinquante
livres d'amende.
ARREST du 16. May , pour l'augmentation
des Efpeces & Matieres d'Or & d'Argent , par
lequel
M A Y. 1726. 1083
lequel il eft ordonné qu'à commencer du jour de
la publication du prefent Arreft , les Louis d'Or
de la derniere fabrication, ordonnée par l'Edit
du mois de Janvier dernier , auront cours pour
Vingt-quatre livres , les demis Louis à proportion
; & que les Ecus fabriquez en execution du
même Edit , auront cours pour fix livres , les demis
& autres diminutions de l'Ecu à proportion.
Ordonne Sa Majefté que jufqu'au premier Septembre
prochain , le marc des anciens Louis fera
reçû en fes Hôtels des Monnoyes fur le pied de
fix cens trente -fept livres dix fols , & le marc des
anciens Ecus fur le pied de quarante-quatre livres
, & les autres Efpeces & Matieres d'Or &
d'Argent à proportion . Qu'audit jour premier
Septembre prochain & jufqu'au premier Novem
bre fuivant , le marc defdits Louis ne fera reçû
dans lefdits Hôtels des Monnoyes que fur le pied
de fix cens trente livres , le Marc d'Ecus fur le
pied de quarante- trois livres dix fols , & les autres
Efpeces & Matieres d'Or & d'Argent à proportion.
Veut Sa Majefté , qu'au premier Novembre
, le Marc de Louis ne foit plus reçû aux
Hôtels des Monnoyes que pour la fomme de fix
cens vingt- trois livres , & le Mare d'Ecus pour
quarante trois livres , les autres Efpeces & Matieres
à proportion . Ordonne Sa Majefté , pour
faciliter à fes Sujets l'occafion de fe défaire des
anciennes Efpeces & accelerer le recouvrement
de fes revenus , qu'à commencer du jour de la
publication du prefent Arreft , tous les anciens
Louis & Ecus & autres Efpeces d'Or & d'Argent
fabriquées dans les Hôtels des Monnoyes de Sa
Majefté , feront reçûs dans les Bureaux de Recettes
de fes deniers; Sçavoir, les Louis fabriquez
avant l'Edit du mois de May 1709, du poids de
cinq deniers fix grains , pour dix - fept livres fix
Tols chacun ; ceux fabriquez en confequence des
Edits
to 84 MERCURE DE FRANCE .
!
Edits des mois de May 1709. & Decembre 1715.
du poids de fix deniers neuf grains , pour vingtune
livres ; ceux fabriquez en confequence de
l'Edit du mois de Novembre 1716. du poids de
neuf deniers treize grains , pour trente une livres
dix fols ; ceux dont la fabrication a été ordonnée
par Edits des mois de May 1718 & Septembre
1720 du poids de fept deniers quinze grains ,
pour vingt cinq livres quatre fols , & ceux de la
derniere fabrication , du poids de cinq deniers
deux grains , pour feize livres feize fols , les
doubles & demis de tous lefdits Louis à proportion
Les Ecus fabriquez avant l'Edit du
mois de May 1709. du poids de vingt - un deniers
, pour quatre livres quinze fols ; ceux des
fabrications de 1709. & 1715. du poids de vingttrois
deniers dix- huit grains , pour cinq livres
fept fo's ; ceux des fabrications de 1718. &
de 1720. du poids de dix -neuf deniers , pour
quatre livres cinq fols fix deniers ; & ceux de la
derniere, fabrication , pour quatre livres trois fols
fix deniers , & c,
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monſeigneur
le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de May , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 3. Juin
1726 .
HARDION.
TABLE
leces fugitives. Vers de l'Abbé de Villiers fur
Pleces
vicilieles
"
865
Ré
1085
1
Réponse du P. Caftel à M. de Barras ,
Chanfon Paftorale du Poëte Lainez ,
871
880
Lettre fur un point d'Hit , & de Geographie, 88
Salade Epicurienne , &c.
889
Lettre fur un endroit de l'Hiftoire des Juifs au
fujet de S. Jean Baptiste ,
Le Pinçon & la Fauvette , Fable.
891
Ibid.
900
Lettre du P. Caſtel à M. B. ſur les Mathematiques
,
L'Inconftance reciproque , Cantate.
,
୨୦୫ .
Explication d'un terme au fujet d'une ancienne
Danfe Ecclefiaftique abolie , 911
Etrennes au Lieutenant General de Police , 925.
Lettre d'un Philof. Gafcon au R P. Caftel , 929
Les Paffions , Ode de M. de la Vifclede , qui a
remporté , &c.
Article des Modes , Planche gravée ,
Placet au Mercure ,
Enigmes ,
Explication des Enigmes ,
glois , & c.
949
946
959
961
964
Nouvelles Litteraires . Siftême d'un Medecin An-
Ibid.
Lettres de la Marquife de Sevigné à la Comteffe
de Grignan fa fille ,
Service fomptueux de Vaiffelle d'argent ,
970
988
Lettre fur le Livre , intitulé Abregé de la vie
des anciens Philofophes .
Rentrée des Académies , & c.
Prix propofé par l'Acad.Royale des Sciences , 998
Programe de l'Académie de Bordeaux ,
Spectacles ,
Comedie du Taliſman , Extrait ,
Pyrrhus , Tragedie nouvelle , Extrait ,
Chanfons notées ,
994
995
1000
1001
1004
1023
1041
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie , &c.
Morts , & c .
1042
1053
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c
1054
1086
Benefices ,
Affaires du Palais ,
Morts , Naiffances , Mariages ,
1059
1060
-1068
Arrefts , Declarations , Sentences , & c. ( 1078
Ans le Mercure de Mars dernier , page 574
Dau haut de la page , après le 1. Vers , il faut
mettré celui- ci.
Charmer les Spectateurs ;
Par , & c.
A la page 447. ligne 17. du même Vol. en conduifant
, lifez en condamnant .
Errata d'Avril.
Page 850. attirent , lifex attire.
Page 808. ligne 2. du bas , voyez , lifez voici.
Page 809. ligne 3. n'auriez , lifez n'aurez.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 594. ligne 10. en deux , lifez ou deux.
Page 978. ligne 13. à la , lifez à fa.
Page 981. igne de rniere , les lifez le.
Page 988 ligne 22. Baux , lifex Boeufs.
Page 1009. ligne s . du bas , de lifez du.
Page 1023. 1. 6. du bas , Bouage lifex Boccago,
Page 1034. lignes de lifex du.
Page 1039. ligne 17. Peripatie , lifez Peripetic.
Page 1043. ligne 20. Pocobazinski , lifez Prcobafinski
.
L'Eftampe fur les Modes doit regarder la page
L'Air noté, page 1941
.953.
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
JUIN 1726 .
PREMIER VOLUME.
QUE COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
| GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy
รับ
L'AD
AVIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inſtamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fols.
1087
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
JUIN. 1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE
SUR L'AMBITION..
Ource feconde d'injuftice ,
S Redou table Divinité ,
Qui veux le nous en facrifice ,
Nos jours & noterté;
1. vol. A ij
Du
1088 MERCURE DE FRANCE
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons - nous long- temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuſes !
Nos miferes les plus affrenfes ,
Sont l'ouvrage de tes forfaits,
St
Pour te fuir , l'équitable Aftrée ,
Se bannit de ces triftes lieux ;
La terre de fang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux,
L'aimable Paix & la Juſtice ,2
Fuyant le tumulte & le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quel les fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ,
Nous enfanglantions tes Autels .
M
Quelle erreur ! follement avides ,
De lafuprême autorité ,
Nous armons nos bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force jointe à l'injuſtice ,
L'A
1, vol
JUIN 1726. 1089
L'aveuglement & le caprice ,
Sont les feuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux temeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'être plus que leurs Tyrans.
M
Laiffe les Indiens tranquilles ,
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs ferviles ,
Veux- tu deshonorer Porus ?
Tyran que dévore l'envie ,
Quoi toute la Perfe affervie , !
Aton orgueil ne fuffit pas !
Vas-tu , des horreurs de la guerre ,
Remplir le reſte de la terre ,
Et dompter tous les Potentats ?
Acheve , cruelle Déeffe ,
De porter partout ta fureur ;
Que tous les Peuples foient fans ceffe ,
Remplis de trouble & de terreur .
7
Etends partout la tyrannie ;
Des fiers Peuples de l'Aufonic ,
I. vol. A iij Fais
1090 MERCURE DE FRANCE .
Fais des Maîtres de l'Univers ;
Toi , Rome , tremble pour toi- même ;
Du haut de ta grandeur fuprême ,
Je te vois tomber dans les fers.
Divinité , des plus finiftres ,
Les chutes des plus grands Etats
De tes fanguinaires Miniftres ,
Ne font pas les feuls attentats :
De la plus injufte victoire ,
Its fe font un fujet de gloire ,
Pour infulter à nos malheurs :
Et nous les voyons dans leur
Appeller du nom de courage ,
Les plus execrables fureurs.
rage,
Que n'ofe pas un coeur perfide ,
Dans fes tranfports ambitieux ?
Ciel ! quel horrible parricide !
Quel fpectacle frappe mes yeux.
Je vois tout un Peuple infidelle ,
Sur les pas fanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ;
1. vol.
JUIN. 1726. 1091
O fuccés plus noir que le crime !
La Tête d'un Roi legitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets .
Des horreurs qu'enfante la guerre ,
Periffejufqu'au fouvenir ;
Pour laiffer refpirer la terre ,
Themis & la Paix vont s'unir.
LOUIS guidé par la Prudence ,
Fera refpecter la puiſſance ,
Jufqu'aux plus reculez climats ;
Il ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des differends des Potentats.
*******************
RE'PONSE an Memoire de M. l'Abbé
de S. Pierre , fur les Spectacles , inferé
dans le Mercure du mois d'Avril
1726.
R l'Abbé de S. Pierre , dans fon
MMemoire pour rendre les Spectacles
plus utiles à l'Etat , nous propoſe
deux moyens pour y parvenir. Le pre-
1. vol. A iiij
mier
1
1092 MERCURE DE FRANCE.
mier , eft la maniere d'empêcher qu'on
ne prefente au Public de mauvaifes Pieces
, & de corriger ce qu'il y a de défectueux
dans les anciennes ; le ſecond ,
eft d'avoir des regles fures pour réüffir
dans les Ouvrages de Theatre.
A l'égard du premier, quelque beau
que paroiffe un projet dans la fpéculation
, il devient inutile, s'il n'eft pas poffible
de le reduire en pratique ; il peut être
comparé à un objet qui nous paroît magnifique
dans un point de vue éloigné ,
mais qui fe diffipe & le détruit à mefure
que nous en approchons , & nous fait regretter
de n'être plus placez dans cet endroit
, qui nous en donnoit une idée fi
avantageufe .
M. l'Abbé de S. Pierre propofe un confeil
de douze perfonnes , habiles Connoiffeurs
en Ouvrages de Theatre , à qui
chaque Auteur feroit obligé de préfenter
les Pieces , pour en être approuvées
ou rejettées , & éviter par-là le torrent
de mauvaiſes Pieces , dont nous fommes
tous les jours affaillis. Je me tiens trèsheureux
d'avoir pû penfer fur ce pointlà
comme lui , je m'étonne même que
cela ne foit pas établi depuis long- temps
chez une Nation auffi polie que la nôtre
car il eft affez bizarre , qu'un Auteur
, quelque habile qu'il puiffe être ,
1. vol.
Loit
JUIN. 1726. 1093
foit obligé de foumettre les Pieces au jugement
des Comediens , qui à la réferve
d'un petit nombre , ne peuvent fonder
leur décifion que fur une efpece d'efprit
de comparaifon , d'une multitude de Pieces
dont ils ont la tête remplie , avec
celle qu'on leur préfente ; ainfi un Auteur
foudroyé par un Arreft prononcé
par ce Senat , fe retire honteux fans pouvoir
en appeller. Je voudrois exiger encore
des Cenfeurs propofez , qu'ils fuffent
defintereffez ; & fans partialité :
car la plupart feroient Auteurs eux- mêmes
, ou Partifans d'Auteurs , qui voyent
de mauvais oeil les autres réüffir ; ce que
je dis n'eft pas fans fondement , l'experience
nous le prouve tous les jours .
Mais je ne puis être de l'avis de la
création de la Charge de premier Poëte,
qui auroit le foin de corriger & d'habiller
à la mode d'anciennes Pieces . 1°.
Par rapport au Poëte lui- même , tout le
monde fçait que la Nation des Poëtes
eft orgueilleufe , remplie d'elle- même
amoureufe de fes productions à un tel
point , que s'ils n'ofent pas dire qu'ils
ont égalé, & même furpaffé leurs Prédeceffeurs
, ils aiment du moins à le penfer;
ils fe rempliffent de cette idée avec
beaucoup de complaifance , & les regar
dent par confequent comme un obftacle
1. vel. A v
1094 MERCURE
DE FRANCE:
.
à leur parfaite gloire. Je crois donc que
c'eft fuppofer un être de raiſon , qu'un
Auteur qui veuille fe dépouiller de fes
propres talens pour relever l'éclat furanné
des Anciens , & employer fes veilles
pour nous faire trouver ces beautez
anciennes , toujours nouvelles. Les récompenfes
qu'il pourroit efperer de
ce penible & defagréable Ouvrage , ne
pourroient jamais balancer le facrifice
qu'il feroit au Public ; car la reputation
de l'efprit n'eft pas à mettre en parallele
avec le falaire qui ne tente que les
ames baffes. Il eft inutile de dire , que
les Pieces porteroient le nom du réformateur
, le Public fera toujours obftiné
à admirer Corneille , Racine , & c. ce
feront les Auteurs qu'on le plaira à reconnoître
, & le fecond Poëte n'aura que
la gloire d'avoir fait une Edition , revûë
, corrigée & augmentée , on n'en
impofera pas à la pofterité , dans l'efprit
defquels il paffera pour plagiaire. Quelque
Préface qu'il y mette , il lui fera impoffible
d'éviter ces inconveniens.
2º. Pour ce qui regarde la correction
, je ne crois pas , fi elle étoit poffible
, qu'elle fut du goût du Public : il
eft vrai que les goûts changent , que certains
vices regnent dans des temps qui
ne fubfiftent plus dans d'autres , que des
1. vol.
traits
JUIN. 1726. 1095
traits qui ont paru brillans dans de certaines
conjonctures , deviennent infipides
dans la fuite ; mais il faut confiderer
fi ces défauts à corriger font le fondement
de la Piece , ou s'ils n'y font
qu'acceffoires. S'ils en font le fondement ,
inutilement fe fatiguera-t'on à corriger
une chofe qui eft vicieuſe dans fon principe.
Il vaut beaucoup mieux travailler
fur nouveaux frais . S'ils ne font qu'ac
ceffoires , les gens de fon goût , fans s'arrêter
à ces minuties , fçauront toujours
difcerner le beau qui fera toujours beau .
Les Peintres confervent avec veneration
des morceaux défectueux des grands
Maîtres , fans ofer les finir , ni corriger
les défauts qu'ils y reconnoiffent. Je me
fers même de la raifon du changement
des goûts , pour faire connoître qu'il ne
faut pas toucher à ces anciennes Pieces
de Theatre car le goût change prefque
tous les 50, ans ; ainfi ce qu'on trou
vera bien corrigé préfentement , fera
regardé d'un autre ceil dans 50. autres
années par confequent en 200. ans la
Piece aura changé quatre fois : ajoûtez à
cela que les goûts étant auffi differens
que les vifages , les premiers Poëtes ne
feront pas plus exempts que les autres
hommes de cette variation. Cela ſuppofe
, telle chofe qui aura paru belle à l'un
1. vol.
A vj
dans
1096 MERCURE
DE FRANCE:
dans une Piece de Corneille , paroîtra
à l'autre digne d'être rayée , foit par
ce qu'elle lui paroîtra outrée , mife hors
de la place , ou quelque autre prétextes
de forte que , quand une Piece aura paſſé
par dix mains differentes , il n'y reftera
plus rien du tout de Corneille ; ce
fera un Ouvrage qui n'aura point de pere
pour en avoir eu un trop grand nombre
, qui par amour pour cette production
du premier pere en feront un
monftre hideux à la place du premier
chef-d'oeuvre .
,
Je demande maintenant à M. l'Abbé
de S. Pierre , fi dans la Republique Romaine
on avoit créé un pareil Officier ,
auroit- il maintenant le plaifir d'admirer
les beautez de Plaute , de Terence , &
de tous ces Sçavans des fiecles les plus
reculez ? Non ; car ceux qui fe feroient
trouvez en poffeffion de ces Charges , dans
les fiecles qu'on appelle d'ignorance ,
auroient eu le même privilege que M.
1'Abbé de S. Pierre veut attribuer à ces
nouveaux Officiers.
Je n'ai garde de trouver à redire aux
regles que M. l'Abbé de S. Pierre nous
donne pour les Ouvrages de Theatre ,
elles font juftes & fondées fur de bons
principes ; mais quelques belles & quelques
vraies qu'elles foient , je lui repre- I. vol.
Lenterai
JUIN. 1726. 10978
fenterai
cependant que les gens d'un goû
exquis , ne font pas les fouls qui frequen
tent les Spectacles
, qu'il faut avoir un
peu de condefcendance
pour ceux qui
n'ont pas des vûës fi relevées , & que
quelque beauté qu'il y ait dans le Mifantrope
de Moliere , l'Hôtel des Comediens
feroit fouvent vuide , fi on n'y
joignoit quelque chofe qui piquât la curiofité
du Public. Il faut comparer ce Pu
blic à un malade obftiné , qui ne prendra pas
de remedes falutaires , fi on n'a quelque
complaifance
pour fon goût dépravés on
aura beau fe recrier que c'eft une corruption
dans les moeurs , j'en conviens ;
mais , après tout , les Spectacles font pour
le divertiffement
du Public , autant que
pour fon inftruction
; fi vous ne lui donnez
que du fublime , que penfez -vous
que fera le bon Bourgeois
, il ira une fois
par curiofité à votre Piece ; fi vous voulez
l'engager à y retourner , il s'en débaraffera
, en vous difant que cela eft trop
beau pour lui. Ileft jufte d'en bannir tout
ce qui peut bleffer la bienfeance
& les
bonnes moeurs ; le Confeil des Douze ,
par les mains defquels pafferoient
toutes
les Pieces , remedieroit
à cela.
I. vol.
DAPH
1098 MERCURE DE FRANCE .
kikikik:
DAPHNI S.
CANTATE.
Ans un Jardin cheri de Pomone & de
D
Flore ,
Couché fur un gazon , près d'un Myrthe amoureux
,
Daphnis , le beau Daphnis , brûlé de mille feux ,
Attendoit l'objet qu'il adore.
Le murmure des eaux , & le chant de Progné ,
Ne faifoient qu'irriter fa vive impatience ,
Et fans ceffe rêvant au moment fortuné
Où fon coeur devoit voir ſon amour couronné ,
Des Echos d'alentour il troubloit le filence.
O Nuit , charmante Nuit ,
Hâte-toi d'effacer la clarté qui nous luit.
Quand de tes voiles fombres
Tu couvriras les Cieux ,
Iris doit fe rendre en ces lieux ,
A la faveur de tes ombres.
O Nuit , charmante Nuit ,
Hâte- toi d'effacer la clarté qui nous luit.
1. vol. Ainfi
JUIN. 1726. 1099
Ainfi parloit Daphnis. Dans le fein d'Amphitrite
,
L'Aftre brillant du jour , bien - tôt fe précipite.
La nuit à tous les yeux dérobe les couleurs ;
Et fans foin d'éclairer le Monde
Diane à fon Berger prodigue fes douceurs,
Dans cette obfcurité profonde ,
Iris vient , les cheveux négligemment épars ;
Venus lui donne fa Ceinture ,
Ce tiffu féduifant qu'a formé la Nature.
Elle attendrit fa voix , enflamme ſes regards ;
Elle l'armé furtout d'un gracieux foûrire ,
Et de ce doux refus qui charme & nous attire,
L'Amour , l'Arc à la main ,
La porte fur les aîles ,
Et fait dans le chemin
Naître cent fleurs nouvelles.
Les Jeux & les Plaiſirs ,
N'ofent quitter les traces .
Dans fon fein les Zéphirs
Vont careffer les Graces.
Que ne penetrent point les regards d'un Amant !
I. vol.
Daphnis
1100 MERCURE DE FRANCE.
Daphnis la voit de loin , & vole en ce moment,
S'enyvrer du plaifir que cauſe fa prefence.
Alors les enchaînant par des liens de fleurs ;
Goûtez , leur dit l'Amour , mes plus tendres faveurs
,
Vous êtes feuls ici , je fuis d'intelligence.
Soudain éteignant fon flambeau ,
Ce Dieu les livre en proye à toute leur tendreffe ,
Et jettant dans les airs mille cris d'allegreffe ,
Va conter à Paphos un triomphe ſi beau.
Vous qui dans un lieu folitaire
Confondez ves tendres foupirs ,
Le filence & le doux myſtere
Augmentent encor vos plaifirs.
On n'eft presque jamais fans crainte ,
Lorſque l'on eft prêt des jaloux ;
Et l'Amour qu'on tient en contrainte ,
Perd fes agrémens les plus doux.
Vous qui , &c.
Ces Paroles font de M. Cocquard ,
& la Mafique de M. Collet de Dijon.
1. vol.
RE
JUIN 1726. 1101
333333333K
REPONSE à l'Auteur d'une Lettre
anonyme fur l'Immenfité & l'Infinité
du Monde , addriffée aux Auteurs du
Mercure
N
Ous recevons fouvent des Pieces
accompagnées de Lettres anonymes
, où dont les noms de ceux qui nous
les adreffent font vifiblement fuppofez .
Ces Pieces pechent ordinairement contre
quelqu'une des Regles que nous nous
fommes prefcrites dans la compofition
de notre Journal , & en ce cas , nous
fommes obligez de les fupprimer . Telle
eft la Lettre d'un Profeffeur de Philofophie
à un de fes Amis , fur l'Immenfité
& l'Infinité du Monde. Lettre qui nous
a été addreffée pour la feconde fois avec
une autre pour nous , fignée Laurent
Valbrock , dans laquelle on nous fait des
reproches fur l'omiffion faite d'imprimer
dès la premiere fois cette Lettre
Philofophique , & des inftances pour
l'inferer , s'il eft poffible , dans le premier
Journal , priant auffi de faire part à
l'Auteur, pár la même voye, des difficultez
qu'on pourra lui faire fur fon Systême.
Nous fommes fâchez de ne nous pas
1. vel. trouver
tro2 MERCURE DE FRANCE.
trouver dans cette poffibilité , & d'être
obligez de déclarer au fçavant Auteur ,
que nous avons crû voir dans fa Lettre
des principes & des raifonnemens propres
à furprendre des Lecteurs peu éclairez
, & une Phyſique qui ne s'accorde
pas avec celle de l'Ecriture. De plus
comme nous pouvons errer nous- mêmes
dans nos jugemens , nous avons communiqué
la Lettre en queftion à quelques
perfonnes intelligentes fur ces matieres ,
& elles ont approuvé le parti que nous
avons pris là -deflus :Voici ce qu'un * Sçavant
du premier ordre nous a fait l'honneur
de nous en marquer. En rapportant
fon fentiment , nous donnons à l'Auteur
une partie de la fatisfaction qu'il nous
demande.
"Je vous renvoye l'Ecrit fur l'Im-
» menfité du Monde. L'Auteur a raifon
» de dire que le fentiment de M. D. eft
» plus dangereux que le fien ; mais fon
» fentiment n'eft ni bien fondé ni exempt
» d'affinité avec le Spinofifme. Toute
» cette prétendue Immenfité n'eft établie
»que fur des illufions de l'imagination
contre laquelle les Cartefiens crient
»fort haut, fans ceffer d'être fes efclaves.
» Le monde n'eft point immenfe , je le
» démontre , chaque partie du Monde
* Le R. P. Tournemine.
I. vol .
»peut
JUIN. 1726. 1103
peut être mefurée : les mefures de tou-
»tes les parties raflemblées donneront la
>> meſure du Monde : le Monde peut
> donc être meſuré , donc le Monde n'eſt
>> pas immenfe.
» Mais ce qui eft au-delà du Monde ,
qu'eft-ce , Efprit ou Corps ? Au- delà
»du Monde il n'y a rien , mais il peut
»y avoir d'autres Mondes , quand il plaipra
à Dieu de les créer , d'autres Corps
» quand il plaira à Dieu de les y placer.
» Si j'étois aux dernieres extremitez du
»Monde , je pourrois étendre ma main
>> au-delà de ces limites : ma main feroit
» alors dans le vuide. Ne parlons point
» d'eſpaces imaginaires , c'eſt un phanto-
>> me de mon imagination ; mais difons
» qu'au- delà du Monde , il n'y a point
» d'étendue actuelle , qu'il n'y a rien ,
mais que Dieu peut y créer ce qu'il
» lui plaira , & que les divifions , les
»mefures que je me figure dans ce vui-
» de , ne font pas dans le vuide même ,
» mais dans mon imagination , qui com-
»pare entr'eux les Corps que Dieu peut
» créer dans ce vuide , & les diſtances
» poffibles de ces Corps .
"
» La faine Philofophie qui fe défie de
»l'imagination , eft d'accord dans ce Syf-
>> me , avec la Religion & l'Ecriture .
1. vol. EPI1104,
MERCURE DE FRANCE.
**:*XXXXXXXXXX :XX
EPIGRAMME A SILVIE.
LEs plus doux inftants de ma vie,
Ont commencé fous vos aimables loix ;
C'eft de vous que mon coeur , adorable Silvie ,
Apprit à foupirer pour la premiere fois.
Pour chanter ma flâme naiffante ,
J'appris à compoſer des Vers ,
Et de ma Mufe bégayante
Les effais vous furent offerts ;
Vous avez de mes feux lieu d'être fatisfaite ,
Et je ferois un grand Poëte ,
Si ma Muſe , juſqu'à ce jour ,
S'étoit accrue ainſi que mon amour.
Par M. Devaulx . B.
www
TT
1. vol. LETJUIN.
1726. 1105
Maaaaaaaaakkk
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , à M .... fur
les fauffes Apparitions , où il fait voir
quelles en font les caufes ordinaires
comment on peut les reconnoître & ce
qu'il convient de faire pour les diffiper.
N
Otre ancien ami , Monfieur , m’étant
venu rendre vifite ces jours
paffez , il me dit que la derniere fois qu'il
vous avoit vû , la converſation n'avoit
prefque roûlé que fur les Apparitions
des Efprits , qui eft un fujet fur lequel
prefque tout le monde a quelque chofe
à dire & comme dans la converfation
on avoit avancé que j'avois raiſonné beaucoup
fur cette matiere l'année derniere ,
à l'occafion d'une jeune fille de cette
Ville qui difoit voir fa foeur , morte depuis
deux ans ; vous l'aviez inftamment
prié de m'engager à vous mander ce que
je penfe fur ces fortes d'Apparitions.
Puifqu'il nnee mm''eefftt pas poffible de vous
rien refufer , je vous dirai donc , Monfieur
, qu'il faut avoüer , que Dieu permet
quelquefois aux ames des deffunts
d'apparoître à ceux qui font vivans ,
pour leur apprendre des chofes qu'il juge
∙1. vol. devoir
$106 MERCURE DE FRANCE .
devoir leur être annoncées par ce moyen
extraordinaire. Chacun fçait l'Apparition
de Samuël à Saül pour lui faire de
Juftes reproches de la part du Seigneur ,
& pour lui annoncer la mort prochaine.
Nous voyons dans le Nouveau Teftament
que plufieurs morts fortirent de
leurs tombeaux , & qu'ils apparurent à
differentes perfonnes dans la Ville de
Jerufalem après la Réfurrection du Fils
de Dieu , pour confirmer la Divinité du
Meffie , la verité de fes promeffes , &
en particulier de fa Réfurrection.
On ne peut difconvenir que depuis ce
temps - là , Dieu n'ait encore permis quelques
Apparitions des ames des deffunts
pour de juftes fujets . Celle de Dinocrate
, frere de fainte Perpetuë , qui lui
apparut dans un fonge , de maniere à
lui faire comprendre qu'il lui demandoit
des Prieres pour être délivré des peines
du Purgatoire , eft tellement authoriſée
de l'antiquité , & fi autentiquement reconnue
pour vraye par Saint Auguſtin ,
que perfonne n'oferoit en contefter la
verité. Il fe peut donc , que des ames
des perfonnes deffuntes puiffent quelquefois
apparoître à ceux qui font vivans ,
afin d'être foulagées dans leurs peines
par le moyen de leurs Prieres ou d'autres
bonnes oeuvres.
1. vol. *Mais
JUIN. 1726.
1107
Mais parce que l'efprit humain eft
naturellement fujet à fe tromper , que
plufieurs ont une imagination aifée à fe
troubler , & qu'on eft louvent prévenu
que ces fortes d'Apparitions font fréquentes
, cela qui fait que plufieurs s'imaginent
avoir des vifions qui ne font
neanmoins qu'un pur effet du dérangement
de leur cerveau : ce qui fe juftifie
tous les jours , lorfqu'on vient à exami
ner ces prétendues Apparitions avec un
peu de pénetration & de difcernement,
ainfi que vous l'allez voir par le récit
que je vais vous faire de celles dont j'ai
eu une parfaite connoillance.
La premiere fut à une Servante, qui s'imagina
voir un efprit , fous l'apparence
de quelque chofe de blanc qui fe prefentoit
à elle chaque jour , précisément à
une heure après minuit. Ayant été témoin
des larmes qu'elle verfoit & des
cris qu'elle faifoit à l'afpect de ce prétendu
Spectre , je jugeai par la couleur
enflâmée de fon vifage , par fon embonpoint
& les infomnies qui précedoient
cette vifion , que le refoûlement du fang
vers la tête , étoit l'unique caufe de ce
trouble de fon imagination : je lui fis faire
une ample faignée ; & ayant empêché
que perfonne ne lui en parlât , pour ne
pas lui en renouveller l'idée , elle dor-
1. vol.
mit
1108 MERCURE DE FRANCE .
mit tranquillement dès la nuit fuivante ,
& il ne fut plus parlé de cet efprit.
Une autre fois je fus confulté touchant
une femme qui difoit voir chaque jour
à midi , un Esprit en figure d'homme ,
vêtu de gris , avec des boutons jaunes ,
lequel , à ce qu'elle difoit , la maltraitoit
très-fort , lui donnant de grands foufflets ,
& qui paroiffoit d'autant plus certain ,
qu'une de fes voifines proteftoit qu'ayant
mis fa main contre la jouë de cette femme
,dans le temps qu'elle fe difoit maltraitée
, elle avoit fenti que quelque chofe
d'invifible lui repouffoit fortement la
main. Comme il me fut dit que cette
femme étoit veuve , & qu'elle n'avoit que
vingt- cinq ans , je conclus qu'il convenoit
de lui faire une faignée du pied ,
avec la précaution de lui en cacher le
motif; ce qui ayant été adroitement executé
, l'Apparition s'évanoüit.
Il arriva peu après qu'une fille , fe
trouvant attaquée de vapeurs & affoiblie
de maladies , voulut me perfuader que
les douleurs qu'elle fouffroit de fois
à autres , & les contorfions que fon mal
lui faifoit faire , lui étoient caufées par
fa mere qui étoit morte depuis quelque
temps ; ce que fes parens confirmoient
par le bruit extraordinaire qu'ils difoient
entendre dans la maifon toutes les nuits :
1. vol.
comme
JUIN 1726. 1109
comme je ne doutai aucunement que leur
feule prévention produifoit toutes ces
idées , je les diffipai abſolument, en les
raillant fur cette extravagante penſée, &
tous ceux qui étoient affez fimples pour
les croire. Ayant pareillement été confulté
touchant une autre femme qui croyoit
voir fon neveu , mort à l'armée , lequel,
à ce qu'elle difoit , la prioit de lui faire
dire des Meffes dans certaines Eglifes ;
je diffipai encore cette Apparition , en n'en
tenant aucun compte, & empêchant même
qu'on ne dît ces Meffes dans ladite
Eglife, pour les détromper plus efficacement
, ce qui réüffit parfaitement, & cette
prétendue Apparition dégenera en vapeurs
hyfteriques très violentes.
Une bonne femme fort âgée m'étant
venu trouver , me dit que toutes les nuits
un Esprit la tourmentoit , lui tirant les
couvertures de fon lit ; je vis bien que
cette idée ne venoit que de la foibleffe
de fon âge, & qu'elle n'avoit befoin que
d'être fortifiée , & que fon imagination
fuft raffermie ; ce que je fis en lui promettant
de lui donner une Eau Benite faite
exprès contre les malins efprits , l'affeurant
que dès le moment qu'elle en auroit
jetté fur fon lit & dans fa maiſon ,
ils n'en approcheroient jamais. En effet
la fermeté avec laquelle je l'affurai de la.
I. vol. B. réüffite
TITO MERCURE DE FRANCE.
réüffite , les petits myfteres dont j'ufai
pour lui donner cette Eau , qui étoit de
Î'Eau - Benite ordinaire , ce que je lui dis
d'obferver en la jettant fur fon lit , tout
cela réüffit de telle forte , qu'elle me vint
remercier quelques jours après , & me
dire que fes frayeurs étoient diffipées ',
& qu'il ne lui étoit plus rien arrivé depuis
qu'elle avoit fait ce que je lui avois dit.
Enfin la fille qui l'année derniere difoit
dans cette Ville fa foeur lui apparoiffoit
, s'étant auffi adreffée à moi , je reconnus
aifément que cette Apparition
n'avoit pas d'autre caufe que l'âge de dixhuit
ans qu'elle avoit, & la fituation où
elle fe trouvoit , ce qui demandoit qu'on
lui fift les remedes convenables ; mais
au lieu de cela , ayant fait de fuite plufieurs
pelerinages , le mouvement qu'elle
fe donna par ce moyen ayant eu le même
effet que les remedes auroient pû
produire , l'Apparition cefla en même
temps.
que
Je vous rapporte , Monfieur , tous ces
faits , afin que vous foyez perfuadé , que
prefque toutes ces fortes de vifions ont
leur fource dans une imagination dérangée
; mais je ne doute pas que vous ne fou
haitiez que je vous dife comment il fe peut
faire qu'une perfonne conferve tout fon
bon fens , & néanmoins qu'elle croye voir
I. vol.
ce
•
JUIN. 1726.
ce qu'elle ne voit pas , entendre ce qu'elle
n'entend pas , & fenti: des coups qu'on
ne lui donne pas : c'eft cependant , ivions
feur , ce qui ne doit pas vous furprendre
, puifque la même chofe arrive tous
les jours aux Hypocondriaques , lefquels
fe croyent voir eux-mêmes fort differens
de ce qu'ils font ; quoique d'ailleurs ils
confervent auffi tout leur bon fens , lorfqu'il
s'agit de raifonner fur toute autre
chofe.
Celui qui s'imaginoit avoir un nez
d'une longueur prodigieufe , croyoit avoir
certainement ce merveilleux nez s'étendre
fort loin hors de fon vifage. Celui
qui fe croyoit de verre , croyoit fans
doute voir fon corps & tous fes membres
transformez en verre. Celui que
j'ai vû qui croyoit que toutes les dents
étoient continuellement prêtes à tomber ,
ce qui l'obligeoit à les toucher & à les
regarder fans ceffe dans un miroir , n'avoit
cette inquiétude , que parce qu'il.
croyoit les fentir vacillantes , quoique
réellement elles fuffent bien fermes ; hors
de-là néanmoins c'étoit un homme fort
raifonnable. Enfin la Parente de S. François
de Sales , dont il eft parlé dans fa
Lettre 23. Liv. 2. qui croyoit être ref
tée enceinte après la mort de fon mari ,
& qui après avoir crû fouvent fentir fon
... I. vol.
Bij enfant
1112 MERCURE DE FRANCE .
enfant , cria pendant tout un jour & une
nuit , croyant par un pur effet de fon
imagination , fentir les douleurs de fon
prétendu enfantement , ne laiffoit pas
que d'être hors de- là fort raifonnable.
Oui , Monfieur , l'Hypocondriafme &
toutes les fauffes Apparitions viennent à
peu près de la même ſource . Voici comme
cela fe fait . Vous fçavez que nous
ne voyons les objets qui font hors de
nous , qu'à la faveur de la lumiere dont
les rayons , après être tombez fur l'objet ,
fe réflechiffent vers nos yeux ; & en ayant
pénetré les parties tranfparentes , vont
frapper & ébranler d'une maniere particuliere
les fibres ou petits filets du nerf
optique qui tapiffent le fond des yeux ,
& qui y forment ce qu'on appelle la
retine ; alors les efprits animaux qui réfident
dans ce nerf , fe trouvant agitez
& inquiétez par cet ébranlement , refluent
impetueufement vers leur fource
, en fuivant la direction des diverfes
fibres qui fe trouvent agitées par cette
efpece de fuite , paffant avec impétuofité
à travers les petits canauxqui compofent
la racine fibreufe de ce nerf ; ils s'y ou
vrent de nouveaux paffages , par lefquels
ils rentrent dans leur commun réſervoir :
& voilà juſtement ce qui donne à l'ame
l'idée particuliere de l'objet qui frappe I. vol.
les
JUIN. 1726. 1113
yeux ; car ces efprits paffant par ces nouvelles
ouvertures , y font à peu près le
même effet que les rayons du Soleil ,
lefquels pafferoient à travers des trous
d'épingle dont on auroit formé quelque
figure fur du papier, & qui iroient porter
cette même figure fur un plan oppofé .
C'est donc cette impreffion lumineuſe &
figurée , portée ainfi dans le cerveau ,
qui devient l'occafion fpeciale de l'idée
que l'ame reçoit de l'objet qui eft vû
par les yeux.
Quand cette idée s'eft ainfi formée ,
c'eſt par les defirs de l'ame qu'elle fe
renouvelle enfuite, & qu'elle fe conferves
car felon l'ordre établi de Dieu pour
la fubfiftance de l'homme , dès le moment
que l'ame defire de percevoir cette
idée , au même inftant les efprits qui fe
trouvent vers l'extremité exterieure du
nerf optique , refluant en dedans & directement
dans les mêmes traces ou ouvertures
qui ont premierement formé
cette idée , ils les r'ouvrent ; & en les
r'ouvrant , ils rendent de nouveau cette
idée très - prefente à l'ame. Enfin
ce font ces retours réiterez qui entretiennent
ces traces & les confervent ,
pendant que tout au contraire , elles fe
renferment peu à peu , fi ces efprits n'y
font pas rappellez de temps en temps ,
J. vol. Bijj ce
>
1114 MERCURE DE FRANCE .
ce qui fait qu'alors l'idée de l'objet fe
diffipe auffi peu à peu.
Ceci pofé , Monfieur , voici de quelle
maniere fe font les fauffes Apparitions ,
Comme c'est le retour précipité des
efprits animaux , contenus dans les nerfs
vers le centre du cerveau , où eft leur
commun refervoir , qui eft la caufe des
diverfes idées que l'ame reçoit par les
fens , il s'enfuit que plus ces efprits refluent
avec rapidité pour tracer une idée,
plus cette idée eft forte , parce que les
traces & les ouvertures de l'extremité
des nerfs qui la produifent , font plus ouvertes
& plus dilatées ; de forte que fi
ces efprits viennent par hazard à refluer
avec autant de force qu'ils en ont eu
quand un objet exterieur les a agitez ,
c'est alors que refluant par les mêmes
' traces avec la même vivacité , l'idée en
paroît auffi forte que fi elle étoit formée
par l'objet même , & c'eft à ce moment
qu'on croit voir ou fentir réellement la
chofe ; voilà juftement ce qui caufe les
fauffes apparitions . Il s'agit maintenant
de fçavoir par quel moyen les efprits
animaux acquiérent cette force , & pourquoi
les traces qui forment ces idées
s'ouvrent quelquefois de la forte.
Vous fçaurez , Monfieur , que cela arrive
premierement par le refoulement
I. vol.
trop
JUIN. 1726. ·
trop violent de ces efprits vers la tête ;
car pour lors s'y trouvant en trop grande
abondance , s'il arrive que l'ame rappelle
tout-à- coup par une efpece de furpriſe
dans les traces qui produifoient certaine
idée , il fe peut faire qu'ils y refluent
avec une telle précipitation & fi abondamment
, qu'ils les ouvrent autant qu'elles
le pourroient être par l'objet même
que l'idée reprefente ; cela étoit ainſi à
l'egard de la Servante & de la jeune Veuve
dont j'ai parlé cy - deflus. On con--
noît les perfonnes en qui cela fe fait de
la forte , par la couleur rouge & vermeille
de leur tein , par leur embonpoint
, le brillant de leurs yeux , leur
jeune âge & leur infomnie , & on y
peut apporter remede par d'abondantes
faignées , particulierement celles du pied,
par un regime de vivre rafraîchiſſant ,
de fréquens bains des jambes dans l'eauchaude
, & leur tenant le ventre toûjours
libre.
La feconde chofe qui donne aux efprits
cette force non accoûtumée , & qui caufe
de prétendues Apparitions , font les mouvemens
fubits de crainte & de frayeur
qui arrivent quelquefois par hazard lorfqu'on
vient à penser à quelque chofe
d'affreux , fur tout quand cela fe rencontre
dans une perfonne dont les efprits
I. vol.
B iiij font
1116 MERCURE DE FRANCE.
font naturellement difpofez à fe refugier
à leur centre. Car c'eft le propre de la
crainte & de la frayeur de rappeller précipitamment
les efprits au- dedans ; on le
voit affez par la pâleur du vifage , par
l'abbatement du corps , & les tremblemens
qu'elle cauſe. D'ailleurs il y a certaines
indifpofitions qui produisent dans
les humeurs des particules comme veneneuſes
, dont les efprits animaux ont
une espece d'horreur , & c'eft ce qui
produit la trifteffe naturelle de certaines
perfonnes, & ce qui difpofe ces efprits
à fe refugier plus facilement & avec plus
de rapidité vers leur centre. S'il arrive
donc que dans ces perfonnes il fe forme
quelque idée affreuſe , le mouvement de
crainte qu'elle cauſe étant joint à la difpofition
de leurs efprits , fait qu'ils en
ouvrent les traces avec autant de force
que fi la chofe qui fait peur étoit préfente.
Les infirmitez
qui caufent
cette
difpofition
des efprits , font dans les femmes
le dérangement
de leurs regles , dans les hommes
, la fuppreffion
du flux hemoroidal
& le mal hypocondriaque
,
ce qui fe connoît
par les fignes qui dé- notent
ces maladies
, & ce qu'on peut
guérir par les remedes
qui conviennent
à ces maux. La femme
dont j'ay parlé ,
aux vifions
de laquelle
fuccederent
des I. vel.
vapeurs
JUIN. 1726. 1117
peurs, & fa fille qui en étoit attaquée ,
étoient dans ce cas- là .
Enfin les fauffes Apparitions peuvent
venir encore du peu de fermeté des fibres
qui compofent les racines des nerfs ;
parce qu'avec fi peu de violence que les
efprits y refluent , ils y dilatent extraordinairement
les traces par lefquelles
ils paffent , à caufe du peu de réfiftance
qu'ils trouvent dans les fibres , ce qui
rend l'idée auffi forte que fi elle venoit
de la prefence de l'objet. La vieille femme
dont j'ai parlé , étoit dans cette ſituation
, la même chofe peut arriver aux
enfans comme aux perfonnes fort âgées ,
à ceux qui fe trouvent fort affoiblis ,
foit
par maladies on par des abftinences , des
aufteritez ou des travaux exceffifs , ou
enfin par des études , des applications
d'efprit trop violentes . On peut y donner
remede en fortifiant & ranimant ces
perfonnes par de bonnes & fucculentes
nourritures , jointes au repos & à la tranquillité.
Il est encore bon de fçavoir que de
telle maniere & par telles caufes que
les fauffes Apparitions , arrivent , il convient
toûjours pour les diffiper , d'empêcher
le plus qu'il eft poffible , les efprits
de refluer dans les traces qui les ont produites
: ce qu'on peut faire en empêchant
1. vol.
By qu'ou
1118 MERCURE DE FRANCE :
A
qu'on en parle aux perfonnes qui en font
frappées , & qu'elles n'en parlent pas
elles - mêmes , les détournant d'y penfer ,
foit en les raillant , & en leur en faifant
honte , foit en les occupant beaucoup
d'autres chofes , ou en les engageant à
faire quelques voyages en compagnie ,
car par tous ces moyens , les empêchant
de renouveller ces idées , cela fait que
les traces trop ouvertes fe referment peu
à peu
, & que l'ame n'eft plus frappée de
ces fauffes apparitions . Je fuis , & c.
A Eu le 29. Septembre 1725.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
TRADUCTION de l'Ode cinquième
du premier Livre d'Horace.
Q
Quis multâ Gracilis , &c.
Uel eft ce beau Garçon qu'avec un foin extrême
,
D'effences on a parfumé ?
Dans ce charmant reduit , s'il me fait voir qu'il
t'aime ,
Tu m'apprens qu'il eſt trop aimé.
M
Tu releves pour lui ta blonde chevelure ,
Tu recherches les agrémens ,
I. vol.
Toi
JUIN. 1726. 1119
Toi qui fans employer l'éclat de la parure ,
Enchantes fi bien tes Amans.
Que je le plains ! combien il pleurera de rage ,
Combien il fechera d'ennui ,
Quand il reconnoîtra par un fubit orage ,
Que les Dieux font changez pour lui !
If penfe que ta foi fera toujours durable ;
Il ne prévoit aucun revers ;
Celui- là , Cleanthis , eft cent fois miferable ,
Qui s'expofe à porter tes fers.
Pour moi , qui , fecondé de ma bonne fortune ,
Suis à peine échapé de l'eau ,
J'ai placé mes habits au Temple de Neptune ;
Mon voeu s'y lit dans un tableau.
D *
z. vol.
B.vj EX- vi
1120 MERCURE DE FRANCE.
冷藏經慈慈
EXTRAIT d'une Explication nouvelle
de l'Epitaphe de Poiffy,par le R. P. H
inferée dans les Memoires de Trévoux ,
du mois de Mars dernier , & de ce
qu'il dit des noms de quelques Fils de
France de la troisième Race : à quoi on
a joint quelques Remarques .
Omme les diverfes Explications de
Cl'Epitaphe de Poiffy , que vous avez
mile , Meffieurs , dans votre Mercure
ont donné lieu au R. P. H. de l'expliquer
auffi , & d'une maniere toute nouvelle
, vous jugerez , fans doute , que
fon interpretation y doit pareillement
avoir place. Ce fçavant homme prétend.
que les mots , Buftorum Comitum cujufdan
nomen avitum , gratia dat reliquo,
fignifient : cy gifent deux Comtes de Villes
brûlées ou réduites en cendres. L'un d'eux
avoit le nom de fon Ayeul ( Philippe )
l'autre qui eft resté , c'est- à- dire , qui a
vêcu quelques années après lui, quoiqu'ils
faffent nez enfemble , marquoit par fon
nom ( de Jean, qui fignifie gracieux ) qu'il
étoit né par une grace particuliere , étant
le feconl jumeau : & trois chofes lui ont
fait découvrir un fens fi caché,
1 , upl
La
JUIN. 1726.
1121
La premiere eft , que le mot buftum,
qui fignifie un bucher pour reduire les
chofes en cendres , a été employé dans le
même fens par Pline , qui , parlant de
la Ville d'Engudda, que Vefpafien avoit
brûlée après celle de Jerufalem , dit que
par là elle étoit auffi comme elle devenue
un bucher. Engudda oppidum fuit
fecundum ab Jerofolymis fertilitate ; nuns
alterum buftum.
La feconde chofe eft , que les Villes
du Mans & d'Evreux , deflors chef- lieux
de Comté , perirent femblablement par
le feu que Philippe- Augufte y fit mettre:
celle- là en 1189. celle- ci en 1194.
Et la troifiéme eft , que Jean , fils de
Louis VIII. fut Comte d'Anjou & du
Maine , & par confequent , qu'il doit
être le Jean de l'Epitaphe , qui eut le
même Roi pour pere. Or comme après
le Mans , on ne voit point pour ce tempslà
d'autre Ville avec titre de Comté , qui
eut été brûlée que celle d'Evreux, il faut
donc que ce foit ce Comté d'Evreux que
le Philippe de l'Epitaphe aura eu en appanage.
A la verité tout cela femble s'ajuftes
merveilleufement bien cependant comment
pouvoir accorder cette Explication
avec le teftament de Louis VIII . du
mois de Juin 1225. que le P. Daniel a
La vola mis
1122 MERCURE DE FRANCE.
mis à la fin de l'Hiftoire du Regne de ce
Prince ? car ce ne fut que par cet Acte
qu'il regla les appanages de les enfans . Il
donna à fon fecond fils le Comté d'Artois,
à fon troifiéme fils les Comtez d'Anjou
& du Maine , à fon quatriéme fils le Comté
de Poitou : & il ordonna que fon cinquiéme
fils & les autres qui pourroient
naître feroient deſtinez à l'Etat Ecclefiaftique.
Ainfi le Philippe de l'Epitaphe ,
* Le P. Daniel veut , après Du Tillet , que
Jean , fils de Louis , foit ce cinquiéme fils , &
parce que deux ans aprés il fut accordé à
titre de Comte d'Anjou & du Maine avec Yoland
, fille de Pierre le Maucler , Duc de Bretagne
, il croit qu'en fa faveur Louis aura par
quelque codicile changé les difpofitions de fon
teftament , comme s'il ne répugnoit pas de fuppofer
fans titre , que Louis eût ôté un appanage
fon troifiéme fils pour le donner au cinquié
me, & principalement pendant leur enfa ice.
Ainfi il doit être conftant , & par ce teftament,
& par ce Traité de Mariage , que Jean étoit
alors le troifiéme fils de Louis , & que Charles
devenu Comte d'Anjou & du Maine après la
mort de ce Jean , & encore depuis Roi de Sicile
, étoit le cinquiéme fils que le pere confacroit
à l'Eglife , qui eft ce que croyent tous les
Genealogites modernes . Il eft de plus à remar
quer , que le troifiéme fils de Louis n'étoit préferé
pour ce Mariage à fon fecond fils , l'un &
l'autre étant encore enfans , que parce que l'alliance
d'un Comte d'Anjou & du Maine convenoit
bien mieux à un Duc de Bretagne que
d'un Comte d'Artois.
celle
"
*I . vol.
qui
JUIN 1726. .1123.
qui étoit décedé avant ce teftament , étoit
donc mort fans avoir eu de Comté , puif
qu'il feroit contre toute vrai - femblan
ce , qu'il eut eu un partage avant le fe
cond fils de Louis , dont il étoit cadet ,
furtout l'un & l'autre étant encore enfans.
Les Fils de France, n'avoient point
alors , comme à prefent , befoin de noms
d'appanages pour être bien connus , &
par cette raifon on ne fe hâtoit point de
leur en donner , leur nom de Baptême,
& leur qualité de Fils du Roi les diftinguant
toujours affez , comme il fe pratique
encore en Espagne.
Il y auroit plufieurs autres objections
à faire contre cette nouvelle Explication
du R. P. H. mais on ne doutera pas qu'il
ne s'en tirât facilement , s'il donne une
bonne folution de celle- la , qui eft la plus
forte.
L'habile J. obferve enfuite , à l'occafion
du Philippe de l'Epitaphe , que pendant
près de deux cens cinquante ans ,
nos Rois de la Race prefente furent dans
l'ufage de donner les noms de Philippe &
de Louis à leurs deux premiers enfans.
Il demande la caufe de leur attachement
à ces noms , que Louis le Jufte & Loüis
le Grand rétablirent au fiecle paffé ; &
elle meriteroit bien , dit- il , que nos Hiftoriens
s'appliquaffent à la rechercher.
1. vol.
Mais
1124 MERCURE DE FRANCE .
Mais qui en eft plus capable que lui ;
que l'on fçait avoir fait l'Hiftoire de nos
Rois des trois Races par les Médailles
qui en font la fource la plus certaine ,
quand on en a la clef ? Il pourroit bien
même avoir déja trouvé le myſtere dont
il s'agit , & n'en propofer la recherche
aux autres Hiftoriens François , que pour
avoir le plaifir de voir , s'ils le découvri
roient auffi . Quoiqu'il en foit , il feroit
toujours fort à fouhaiter qu'il ne differât
pas davantage à publier cette forte d'Hif
toire , que nul autre que lui n'a ofé tenter
, où l'on apprendra tant de faits nouveaux
, & qu'il lui convient fi bien de
faire paroître fous le regne de notre jeune
Monarque.
Cependant , en attendant , ou qu'il
veüille bien lui-même nous marquer ce
qu'il faut penfer des deux noms en queftion
, ou que les habiles Hiftoriens , qu'il
provoque là-deffus , daignent nous en
inftruire , ne pourroit-on point croire
par provifion , que ce feroit l'inclination
particuliere des peres ou des meres ,
peut- être auffi celle de la Nation , qui
les auroit fait impofer aux deux Princes
qui les premiers les ont portez ? car ce
ne font pas toujours des noms d'Ancêtres
qu'on donne aux enfans des Rois ,
& témoin ceux d'Alexandre & d'Her-
&
1. vol.
cules
JUIN 1726. 1125
cules , qu'eurent d'abord les deux der
niers fils de Henri II. & qu'on changea
depuis en ceux de Henri & de Franfois
, lorfqu'on vit qu'ils pourroient parvenir
à la Couronne. Ainfi on ne peut
pas toujours appercevoir la veritable raifon
de leurs noms .
On voit bien , par exemple , que Robert
, fils de Hugues Capet , dont parle
l'Auteur , devoit fon nom àfon Bifayeul
& à fon Trifayeul , & que Hugues
étoit redevable du fien à fon pere ,
qui il pouvoit avoir été donné en memoire
du celebre Abbé Hugues , Duc de
France , qu'on conjecture avoir été fon
grand oncle paternel . Le nom de Henri
, fils de Robert , venoit encore manifeftement
de l'Empereur Henri l'Oy .
feleur , ayeul maternel de Hugues Capet
, & d'autant plus que ce nom avoit
déja été donné à un Duc de Bourgogne,
frere du même Hugues. Mais pour le
nom de Philippe , impofé au fils aîné
de ce Henri , comme on ne le voit point
dans fa Genealogie , & que dans l'Hiſtoire
il faut remonter jufqu'à l'Empereur
Philippe , mort l'an 249. pour le
rencontrer fur la tête d'un Souverain
on fe fent forcé de l'attribuer à quelque
prédilection , ou même , fi on veut , à
quelque caprice. Auffi un Auteur con-
I. vol.
tem1126
MERCURE DE FRANCE
temporain , dit- il , dans la Chronique
d'Ingulfe , Abbé de Croiland en Angle
terre , que Henri avoit choiſi le nom de
Philippe , à caufe qu'il étoit fort commun
parmi les François Et c'eft en quoi pour
tant il exageroit beaucoup : car il étoit
feulement vrai , que ce nom que les
François, fembloient auparavant ne pas
connoître , commença dans ce XI . fiecle
à être affez en ufage pour eux . Cet Ecri
vain remarque de plus , qu'ils confideroient
alors S. Philippe , comme l'Apôtre
qui les avoit convertis à la Foi
quand après avoir annoncé l'Evangile aux
Scytes , il palla par chez les Sicambres,
dont ils faifoient en ce temps - là partie,
Et Ingulfe , qui avoit vû auffi le Roi
Henri , ajoûte de fon côté , que la Frans
ce pouvoit être appellée la Terre Philip
pique , parce que le mot de lieuë , qui
eft une mefure de terre propre aux François
( lefquels la tiennent neanmoins des
anciens Gaulois ) vient probablement du
mot leucon , qui dans la Langue des Scytes
fignifie Philippe : toutes rêveries
*
1
* Et fortè leuca dicitur à leucon, quod in Scytica
Lingua interpretatur Philippus. Unde Magifter
in Ifagogis fuis O. M. L. 3. & niveus
Teucon , dicit ibi hunc leucon fuiffe Philippum
Imperatorem , qui niveus defcriptus eft , quia
Chriftianus. Et alio loco ubi exponit illud...
1. vol.
qui
J'U IN. 1726 . 1127
qui étoient affez du goût de ce temps- là ,
pour avoir pû déterminer le même Hen-
Fi en faveur de ce nom.
A l'égard du nom de Louis , qu'eut le
fils de Philippe , & qui eft le même que
celui de Clovis , premier Roi Chrétien
des François , & l'un de leurs plus grands
Monarques ; puifque Charlemagne , qui
le donna à un de fes fils , voulut que ce
nom regnât auffi dans la feconde Race ;
n'étoit -il pas naturel qu'on en usât de
même dans la troifiéme Race ? & n'a- ce pas
toujours été l'uſage d'impofer aux Princes
nez pour remplir le Trône , des noms des
Rois précedens , qu'on fçait être agreables
aux Peuples . De plus , la troifiéme
Phabum adamaffe Leucothoen , dicit Deum adamaffe
Chriftianitatem Regni Franciæ , id eft ,
Philipporum , cum apud Francos nomen Philippi
frequentiffimum habetur , in tantum ut
Rex Henricus qui modo regnat in Francia filium
fuum jam primogenitum Philippum fecerit
appellari. Beatus enim Chrifti Apoftolus
Philippus cum Scytis verbum Dei prædicaffet...
sediens in Afiam per Sicambros viam fecit , ac
illis Chrifti nomen primus annuntiavit , de quibus
exeuntes Franci , ut plures eorum Hierochronographi
teftantur, Bearum Philippum Apof
tolum fuum fpecialem Protodoctorem & Neapoftolum
adhuc tenent . Ex his omnibus colligitur
quod leuca dicitur à leucon , id eft , menfura
Terra Philippica , id eft , Philippi vel Philipporum
. Ingulf . fol. 517. verfo,
11. vol.
Race
1128 MERCURE DE FRANCE.
les Race defcendoit de la feconde par
femmes , & cette feconde Race prétendoit
venir de la premiere par le même
côté , ce qui fuffifoit pour en prendre les
noms.
On dira peut- être que Philippe I. s'étant
couvert d'une infamie éternelle pour
fon Mariage adulterin avec Bertrade de
Montfort , qui obligea les Evêques de
France à l'excommunier par deux fois ,
fon nom ne devoit plus être en honneur
dans la Maifon Royale , ni auprès des
François mais les Princes ont - ils jamais
été fort frappez de pareils crimes ,
qui étoient en ce temps - là fi frequens
parmi eux ? & Philippe II. qui s'en rendit
auffi coupable un fiecle après , en at'il
pour cela paru moins grand à la Nas
tion , qui l'a furnommé Augufte. Le P.
Daniel , & quelques autres Hiftoriens
modernes , croyent même qu'à la fin le
Mariage de Philippe I. fut approuvé par
le Pape Paſcal II. mais indépendemment
de ce fait qui pourroit bien être trèsfaux
, parce qu'on n'auroit pas manqué
de s'en prévaloir dans la caufe femblable
de fon arriere-petit -fils , & qu'il ne
fut point allegué en fa faveur ; il eſt toujours
vrai que ce Monarque ne laiffoit
pas d'avoir de bonnes qualitez qui le pouvoient
faire aimer des Peuples . D'ail
1. vol.
leurs,
JUI N. 1726.
1129
leurs , quand ce n'auroit été que par la
reconnoiffance
que
Louis lui devoit , pour
l'avoir défigné Roi cinq ou fix ans avantfa
mort , & avoir partagé avec lui le
Gouvernement ; ce Prince n'étoit- il pas
obligé de faire gloire de l'avoir eu pour
pere i Il n'y a que les Souverains qui
ont eu une fin funefte , dont les Succeffeurs
n'aiment pas à perpetuer les noms .
Mais celle de Philippe I. fut pacifique &
affez heureuſe. Son fils conduifit luimeme
fon corps à S. Benoît fur- Loire,
où il eut la fepulture , & ce fut après
un regne de quarante- neuf ans deux mois
& fept jours , qui ne cede en durée pour
nos Rois qu'à celui de Clotaire I. qui
fut de cinquante ans accomplis , & à celui
de Louis le Grand qui a été de plus
de 72. ans , ce qui pouvoit encore aider
à rendre fon nom de bon augure .
Saint Louis ne fe conforma pas fur ce
nom & fur le fien propre , à l'ordre que
fes Prédeceffeurs y avoient tenu , qui
étoit d'appeller leur fils aîné Philippe , &
leur fecond fils Louis , quand le pere
étoit un Louis , & de faire le contraire
quand le pere étoit un Philippe. Car il
voulut que fon fils aîné portât le nom
de Louis comme lui , & il donna le nom
de Philippe à fon fecond fils. C'eſt ce
qui montre qu'il n'y avoit point de re-
1. vol. gle
130, MERCURE
DE FRANCE.
>
gle fixe là-deffus : & fi Philippe le Hardi
& Philippe le Bel fuivirent encore
l'ancien ordre , en impofant le nom de
Louis à leurs fils aînez , on voit bien
que c'étoit plutôt en confideration du
même S. Louis dont le nom étoit fi
reveré , que par attachement à cet ordre.
Le R. P. H. dit que ces deux noms
furent d'ufage pour les aînez , tant que
la ligne directe dura ; mais il ne s'eft
pas fouvenu que le fils pofthume de Louis
Hatin , qui ne regna que quatre jours ,
felon le P. Anfelme , fut nommé Jean ,
& apparemment à caufe de Jeanne de
Navarre fon ayeule , heritiere du Royau
me de Navarre , & des Comtez de Champagne
& de Brie. Il remarque encore ,
que Louis le Jufte fit rentrer dans la
Maifon Royale le nom de Philippe , qu'il
donna à fon fecond fils , & il auroit été
bon d'ajoûter , que ce ne fut pas en memoire
des Rois de France de ce nom
( quoique pourtant ce nom remontât jufqu'à
eux par les Ducs de Bourgogne )
mais à caufe des Rois d'Efpagne , Ancêtres
d'Anne d'Autriche fon Epouſe ,
iffus de Marie de Bourgogne , femme
de Maximilien d'Autriche , ce qui fut
bien obfervé , quand on vit un de fes
arrieres petits- fils reporter le même
·
I. vol.
nom
JUIY. 1726 .. 113 T
nom fur leur Trône , où il regne heureufement
.
Telle fera donc , Meffieurs , mon opinion
fur les deux noms de Philippe &
de Louis , que ce fçavant homme a mis en'
queftion , jufqu'à ce que lui , ou les Hiftoriens
aufquels il nous renvoye , en ayent
établi un autre plus fure. Il demande
encore pourquoi les noms de Hugues &
de Robert ont difparu , & qu'on a été
soo. ans fans revoir celui de Henri ,
ce qui eft même , dit-il , arrivé par
une raiſon étrange mais je ne trouve
non plus en cela rien qui ne foit l'effet
d'une fimple prédilection ou du hazard .
Le nom de Pepin , premier Roi de la
feconde Race , n'y fut- il pas encore.plutôt
oublié , que celui de Hugues Capet
ne l'a été dans la troifiéme Race dont il
eft auffi le Chef ? Pour en convenir on
n'a qu'à repaffer la fuite des Fils de
France car fi dans cette derniere Race
tous les Hugues n'ont pas regné comme
les Pepins ont fait dans la feconde Race ,
c'eft que la Couronne ne s'y eft jamais
partagée , puifqu'on voit encore un Hugues
, fils de Louis le Gros ; il en eft de
même du nom de Robert , qu'eut un des
fils de S. Louis , qui eft celui dont nos
Rois d'aujourd'hui defcendent. Le nom
de Henri fut donné à un fils de Philipvol.
1.
pe
1132 MERCURE DE FRANCE.
pe I. & à un autre de Louis le Gros ;
mais s'il regna encore après 500. ans.
dans la perfonne du fecond fils de François
I. ce fut en effet par une raiſon
étrange , c'est-à-dire , par l'empoifonnement
du Dauphin François , frere aîné
de ce Prince , qui étoit neanmoins trésinnocent
de ce crime , & auffi par une
raifon étrangere , Henri II. tenant fon
nom de Henri VIII . Roi d'Angleterre,
qu'il eut pour parrain . Je fuis , &c.
Ce 15. Avril 1726.
Sur Mademoiselle *** par M.F. A.Enp.
Ucille a , felon moi , tout ce qu'il faut pour
L
plaire ,
Efprit , douceur , vertu , beauté ,
Grandeur d'ame , furtout un coeur plein de
bonté ,
Et fi ce coeur pour moi fe montroit moins
fevere ,
Rien ne manqueroit plus à ma felicité.
R. vol.
LET
JUIN. 172.6. 1133
LETTRE contenant ce qui s'eft paffé dans
la Séance publique de l'Académie des
Belles - Lettres Sciences & Arts de
›
Bordeaux , tenuë le 1. Mai 172 6. Fête
de M. le Duc de la Force , Protecteur
de l'Académie , & jour de la diftribution
du Prix.
MR de Caupos, Confeiller au Par-
› lement , un des Académiciens &
tenant la place du Directeur abſent , ouvrit
la Séance dans la Salle , & à l'heure
ordinaire , par un Difcours , dans lequel
il rendit compte au Public des raifons
qu'on avoit euës de donner le Prix à
l'Ouvrage du R. Pere Dom Jacques Alexandre
, Religieux Benedictin du Monaftere
de Notre-Dame de Bonnes- Nouvelles
à Orleans. On a été obligé de
relâcher un peu de l'ancienne rigueur ,
pour exciter le zele des Sçavans , procurer
l'avancement des Sciences , donner
de la hardieffe & du courage pour
travailler , & fuivre l'objet principal d'un
illuftre Protecteur. Enfuite il dit que ,
quoique ce fut ici le lieu d'expliquer l'état
de la queftion fur la caufe du Flux &
Reflux de la Mer , fur laquelle avoit
I. vol. C tra
1134 MERCURE DE FRANCE
travaillé le Pere Alexandre , & fur la
quelle les Anciens n'avoient point fatif
fait nos defirs , il n'avoit qu'une obſervation
à faire fur l'hypothefe des Modernes
, tous réunis à celle des Carthefiens,
Seduits par l'accord des marées avec le
mouvement de la Lune , ils en ont at
tribué la caufe à la preffion de cette Planete
fur l'air , & à la preffion de l'air
fur la Mer ; mais aujourd'hui que l'on
connoît un peu mieux la preffion de l'air
ou fa pefanteur fous l'Equateur , fous les
Poles & partout ailleurs , dans les va
lons & fur les montagnes , par les variations
du Barometre , qui ne varie point
au flux & au reflux de la mer : aujour
d'hui , dis -je , que l'on a ces experiences,
peut- on avoir recours à cette preffion de
la Lune ? fi les caux font preffées fous
l'Equateur , & obligées de courir vers
les Poles , fans doute que l'air les fuivra
dans la même direction , puifqu'il eft
également preflé. Si cela eft , il y aura
des vents periodiques , qui ayant fuivi
l'eau dans fon cours , la fuivront dans fon
retour ; ainfi le flux nous donnera un vent
Sud , & le reflux un vent Nord dans la
partie de la terre que nous habitons. Mais,
dit M. de Caupos , ces difficultez , &
d'autres qu'on peut relever , ne nuiront
point à l'idée fublime qu'on s'eft formée
I. vol.
du
JUIN. 1726. 1135
du genie de celui qui a formé cette hypothefe.
Par ces Obfervations , M. le Directeur
fut difpenfé de parler de toutes
les Differtations qu'on avoit reçûës pour
le Prix , parce qu'elles ne contenoient
que l'hypothefe Carthefienne . Il fe contenta
de toucher l'idée finguliere d'un de
ces Ouvrages , où l'Auteur prétend que
l'air étant plus preffé fous les Poles que
fous l'Equateur , il faut que la Mer s'éleve
fous cette partie du Globe , où elle
trouve moins de refiftance , s'étant élevée
à un certain point , elle retombe par
fon propre poids. Suivant ce principe ,
les eaux doivent quitter fucceffivement
les côtes, & y revenir , & voilà les marées.
Mais l'Auteur ne s'eft point embarraffe
des difficultez qui fe préfentent
en foule , de la regularité des marées , de
l'augmentation des eaux au plein , au renouveau
de la Lune & aux Equinoxes ,
& c. Peut-être trouverions - nous nousmêmes
des folutions à beaucoup de ces difficultez
; mais il ne nous appartient pas
de défendre un fyftême , c'eft à l'Auteur
de le faire , & à nous de lui donner les
éloges qu'il merite. C'eft par où finit
M. le Directeur.
Enfuite on lut les Conjectures ou la Dif
fertation fur le flux & reflux de la Mer.
Elle avoit pour Sentence Mirabiles ela-
1. vol.
Cij tiones
1136 MERCURE DE FRANCE.
tiones maris , & elle étoit de l'Auteur
déja nommé.
Après cette lecture on publia le Programme
pour le 1. Mai de l'année prochaine
1727. Le fujet eft , la caufe de la
variation de l'Aiguille aimantée .
Un Religieux Benedictin de Bordeaux,
qui étoit dans l'Affemblée , préfenta une
Procuration du R. P. Alexandre pour
recevoir le Prix , s'il lui étoit adjugé ,
& l'Académie le lui livra fur fon recepiffé
. C'eft une Médaille d'or du poids
qu'elle a toujours eu , ayant d'un côté les
Armes de M. le Protecteur avec cette
Legende , Jacobus - Henricus Nompar de
Caumont , Dux de la Force , Par Franc.
Protect. Acad. Et de l'autre , la Devife
de l'Académie , qui eft un Croiffant avec
cette Ame Crefcam & lucebo , & dans
l'Exergue , Præmium Academia .
Enfuite M. Bellet , Medecin du Roi
de cette Ville , affocié de l'Académie
lût un Difcours fur les Signes , par lefquels
on peut reconnoître fi un enfant
eft né mort , ou vivant, Ce qui a donné
lieu à ce Difcours , eft un rapport qu'il
avoit fait d'un enfant trouvé dans des aifemens
, fur lequel rapport on avoit
agité la queſtion de la certitude des Signes.
II appuya fes preuves fur des faits
connus , plutôt , dit-il , que fur des fub-
A. vol.
tilitez
JUIN. 1726. 1137
tilitez phyfiques. Le premier fait eft l'état
du foetus dans le fein de la mere , où
il ne refpire pas ; d'où l'on conclut que
les poumons de l'enfant n'étant pas imbibez
d'air qui en rempliffe les veficules
, ils ne peuvent nager jettez dans l'eau,
ce qui eft un figne certain que l'enfant eft
mort dans le fein de fa mere.
Il eft vrai qu'Hypocrate a dit , que les
enfans dans le fein de leurs meres , refpiroient
par la bouche & par le nez , &
qu'il ne leur falloit que très peu d'air.
Un feul coup de fcalpel , dit M. Bellet ,
a détruit cette autorité. Neanmoins Charleton
eft venu après , qui , pour foutenir
l'opinion de fon Maître , a dit
que l'enfant renfermé dans l'uterus
fucçoit un fuc laiteux , qu'il ne pouvoit
le fuccer fans comprimer la liqueur , ni
la comprimer qu'avec de l'air , & que
s'il y a de l'air , l'enfant refpire. Hac
quidem ratio Areopagitica videtur. Et il
ajoûte beaucoup d'autres raifons qui ne
paroiffent pas plus folides à M. Bellet
ni plus prouvées : car , dit M. Bellet ,
le fang de la mere , qui n'eft fouvent
que trop abondant dans les groffeffes , ne
fuffiroit- il pas à la nourriture du foetus
fans ce fuc laiteux ? l'air pourroit-il penetrer
les membranes dont ce foetus eft
enveloppé ? s'il refpire , ne fe noyera-
1. vol.
.
C iij t'il
1138 MERCURE DE FRANCE.
dans le liquide où il nage. Il
t'il pas
combat
encore
ce fuc laiteux
dont
le
,
paffage par l'ofophage jufques au ventricule
du foetus ne peut le faire , toutes
les parties de ce canal étant affaiffées
, & ne cedant qu'au mouvement
interne .
.
L'exemple tiré des poiffons par Charleton
, ne prouve rien . Il eft vrai que
les poiffons n'ayant pas de poumons , ne
refpirent pas . Baglivi n'a pas crû pour
cela , que les enfans qui avoient des poumons
refpiraffent dans le fein de la mere.
Ce font , dit M. Bellet , des pierres
d'attente qui auront bien - tôt leur
ufage. En effet , il y a des parties dans
le foetus qui ont leur ufage dans le fein
de la mere , & qui n'en ont plus lorfque
l'enfant eſt né & a grandi . Telles
font le coccum & fon appendice , & le
Thymus dans les agneaux & dans les
veaux , lefquels ne fe trouvent plus dans
les moutons & dans les boeufs.
Les autres faits qu'apporta M. Bellet,
& qui font contre la refpiration du foetus
, font pris des Memoires de l'Aca .
démie des Sciences de Paris , année 1701.
Deux foetus , l'un mâle , l'autre femelle,
fans têtes , ayant le col fermé par la peau;
& un autre foetus qui avoit les narines
& la bouche tout-à-fait fermées . Un en-
1. vol.
fant
JUIN. 1726. 1132
le
fant monftrueux , fans tête ni col ,
tronc bien couvert de la peau , fe voit
dans le 3. vol. du Journal des Medecins
de Berlin .
Après de pareils faits , M. Bellet paffe
à la nourriture du foetus par les vaiffeaux
umbilicaux , & par la circulation
du fang de la mere au foetus. Cette circulation
eft établie par l'anatomie des
parties , & par l'ufage du trou ovalaire .
Enfuite, examinant la ftructure des poumons
, leur état different , quand le foetus
eft dans l'uterus , & quand il a vêcu
hors du fein de fa mere , il trouve
dans le fecond la couleur plus rouge ,
ainfi que dit Harvée , & les lobules
pleins d'air , ce qui les enfle & les rend
plus legers , fignes certains que l'enfant
a refpiré. C'eft auffi le fentiment des
Medecins de Berlin , de Keil , Anatomifte
Anglois , de Baglivi , Medecin d’Italie
, de Palfin , Profeffeur de Leyde en
Hollande , de M. Meri en France , avec
lequel fon adverfaire M. Verrhoyen s'eft
accordé fur la refpiration interdite au
foetus dans le fein de la mere , quoique
contraires fur le principal fujet de leur
difpute. M. Bellet avoit auffi fait venir
de Paris une atteftation de Meffieurs
les Chirurgiens , qui a été remiſe à M.
le Secretaire de l'Académie. Cette at-
I. vol.
Cijij tefta1140
MERCURE DE FRANCE .
teftation confirme l'ufage de cette grande
verité. Les fignes , par lefquels on
peut juger fi un enfant eft né mort ou
vivant. Cet ufage eft de jetter les poumons
dans l'eau . S'ils fe précipitent au
fond , c'eft figne que l'enfant n'a point
refpiré , & par confequent qu'il eft mort
avant que de naître ; au contraire , s'ils
nagent , l'enfant eft né vivant , & a refpiré.
Il feroit avantageux , dit M. Bellet
, en finiffant , d'avoir toujours dans
la Medecine des regles auffi fûres , &
des experiences auffi conftantes.
M. le Directeur , dans la refomption
de ces Difcours , dit des chofes fort obligeantes
à M. Bellet , en faisant voir
combien il étoit intereflant pour le Public
, de reconnoître par des fignes certains
le crime & l'innocence des accufez
, & qu'un honnête homme devoit
fe mettre au- deffus de l'envie , ou de l'ignorance
de ceux qui cenfuroient fes jugemens.
I. vol.
JUIN. 1726. 1141
XX:XXXXXXX XXXX : XX
Le Merle , l'Hirondelle & le Hibou
Fable .
,
A MADEMOISELLE ....
Ris , il eſt donc vrai : Damon a fon congé
Vos yeux n'ont plus pour lui que de l'indiffe
rence ;
Et par une fage inconftance ,
D'un noeud mal afforti , votre coeur dégagé ,
Peut s'applaudir d'avoir changé.
Je l'avois bien prévû; jeune , opulente , aimable,
Un tel Amant n'étoit point votre fait ;
Pour vous en mieux convaincre , écoutez cette
Fable ,
C'est votre Damon , trait pour trait
Un Hibou des plus laids , voifin d'une Hirondelle
2.
Se mit un jour dans la cervelle
De l'aimer , & foudain lui offrit fon coeur
Un Hibou , direz-vous , fy ! la vilaine bête !
N'importe , il fçût fi bien déguifer fa laideur ,
Qu'il vint , grace à la nuit , à bout de fa Con
quête.
&. vol. Cy L'Hi1142
MERCURE DE FRANCE.
L'Hirondelle agréa ſes feux;
Bien-tôt d'auprès d'elle elle chaffe
Beaux Tarins , doux Pinçons , & Serins amou
reux ;
A Monfieur le Hibou , tous cederent la place.
Toutes les nuits ce fale Amant
1
Alloit chercher infolemment
Dans un Bocage des plus fombres ,
L'Objet dont il étoit épris ;
Et-la pauvre femelle , à la faveur des ombres ,
Le prenoit pour un Adonis.
Des Amans prévenus , que l'erreur eſt extrême !
Elle admiroit juíqu'à ſon chant ,
Le trouvoit cent fois plus touchant
Que celui du Roffignol même,
Bref. L'Oiseau de nuit , plus fier
Que l'Aigle de Jupiter ,
Ofa parler d'hymen. Dans fa flame indiſcrete ,
Si l'Hirondelle eût confulté fon coeur ,
L'affaire eût été bien- tôt faite ;
Mais il falloit avoir l'aveu de fon Tuteur.
C'étoit un Merle fin , à tromper difficile ;
Le Hibou la nuit s'offre à favorifer,
que
Vole au nid du fin Merle & penfe l'abuſer
1. vol. Comme
JUI N. 1726 .. 1143
Comme il a trompé fa Pupille.
Mais il s'en fallut bien , à fes lugubres cris ,
Le Merle reconnut toute la fourberie :
Bel Oifeau , lui dit il d'un ton de raillerie ;
De cet hymen , vraiment , je conçois tout le prix ;
Sur ma parole que j'en donne ,
Aſſemblez dès demain tous les Oiſeaux icy ,
De bon matin , rendez - vous-y ;
Si la clarté du jour n'a rien qui vous étonne ,
L'Hirondelle eſt à vous , & je vous l'abandonne.
Vous jugez bien que le Hibou ,
Pour s'y trouver ne fut pas affez fou.
Que conclure de- là ? C'eſt qu'au fiecle où nous
Tommes ,
Il est bien des Hiboux fous la forme des hommes;
Ce font Tableaux placez dans un obfcur féjour ;
Des chefs- d'oeuvres d'Apelle ils paffent pour l'élite
;
Mais ils perdent tout leur mérite ,
Dès qu'on les expofe au grand jour.
1. vol. C vj LET
1144 MERCURE DE FRANCE .
******
LETTRE écrite de Conftantinople par
M. de Valnay , Chevalier du Saint
Sepulchre & Conful de France aux
Dardanelles , à M. de la R. le 1. Fëvrier
1726.
J
E ferois ravi , Monfieur , de pouvoir
contenter votre curiofité fur les affaires
de Perfe , auxquelles & l'Afie & l'Euzope
prennent également interêt : Mais
elles le traittent fi fecrettement en cette
Cour , que je ne pourrois vous en rien
dire que fur des conjectures incertaines ;
ainfi je ne vous dirai rien fur cet article
pour cette fois.
Le Capitaine Fagot de Marſeille , a apporté
ici le 15. Decembre dernier , le
Coeur de M. le Comte Defalleurs , cydevant
Ambaffadeur de France qui
mourut à Paris dans la Maifon de l'Inf
titution de l'Oratoire , au mois d'Avril
1725. âgé de 82. ans . Il avoit promis.
auxR. P. Capucins qui deffervent la Chapelle
du Roy au Palais de France , que
fon Cour leur feroit envoyé peu de tems
après la mort , quelque part qu'elle arrivâ
, & il leur avoit donné une fomme
pour faire élever un Maufolée à cette
I, Vol.
occaJUIN.
1726. 1145
occafion , ce que ces Peres avoient executé
lorfqu'ils ont appris la mort de M.
Defalleurs.
Toutes les pieces qui le compofent ont
été travaillées à Venife. Elles font d'un
très - beau Marbre blanc , excepté celle qui
contient l'Epitaphe, laquelle eft gravée en
Lettres d'or fur un Marbre noir. Ce Monument
, dont l'Architecture & la Sculpture
font d'un très- bon goût , eft furmonté
par une Urne auffi de Marbre blanc
de laquelle fort un Coeur de Marbre rouge
jafpé. Comme on attendoit de France
ce dépôt plutôt qu'il n'eft arrivé , le Maufolée
avoit été élevé dès le mois de Novembre
dernier , dans une Chapelle féparée
du refte de l'Eglife , & fituée à
côté du Grand- Autel.
Les PP . Capucins ayant réfolu de faire
à cette occafion , un Service des plus
folemnels , & ayant pris là deffus les
ordres de M. le Vicomte d'Andrezel ,
Ambaffadeur du Roy , on convint que
le Service feroit fixé au 22. du mois de
Janvier, que les Miniftres des Puiffan
ces Catholiques y feroient invitez , &
que M. l'Ambaffadeur feroit les frais
d'un grand diner , qui feroit donné au
Convent des Capucins après la ceremonie.
Cependant ces PP. firent tendre de
`I. vol. noir
3.
1146 MERCURE DE FRANCE
noir toute l'Eglife . Cette tenture étoit
chargée , outre les Armoiries , de plufieurs
Cartouches contenant des Emblêmes
& des Devifes convenables au fujet.
Du milieu du Jubé pendoit un grand
Tableau , contenant l'Eloge abregé de M.
Defalleurs , en Langue Latine .
Toute la Corniche qui regne autour
de cette Eglife étoit chargée de Chandeliers
portant de gros cierges. On
dreffa au milieu de l'Eglife un grand,
Catafalque, duquel fortoit une Pyramide,
qui s'élevoit jufqu'à quatre pieds près de
la Voute ; fur le haut de la Piramide étoit
pofé le Coeur de M. Defalleurs , enfermé
dans un Coeur d'argent , couvert d'un
crêpe noir. La Pyramide peinte en noir
avec diverfes reprefentations de têtes &
d'offemens de mort , étoit illuminée de
plus de 500. Bougies , & fur fon piedd'eftal
étoient pofez fix gros Chandeliers
qui contenoient autant de Cierges. Enfin
aux quatre coins de la Pyramide étoient
quatre gros Flambeaux auffi de cire blanche
, pefant chacun 30. livres .
Le jour du Service arrivé on couvrit
de Velours noir le Prie- Dieu de M.
l'Anbaffadeur , fur lequel on mit trois
Fauteuils & trois Carreaux , auffi de Velours
noir , & vis - à - vis ce Prie- Dieu on
plaça un autre petit Prie Dieu , auffi
·
1. vol.
couvert
JUIN. 17.26. -1147
couvert de noir , avec fon Fauteüil.
Dès le matin l'Ambaffadeur de Venife
& le Réfident d'Allemagne , avec Madame
fon Epouſe , fe rendirent au Palais
de France en habits de deüil , fuivis d'un
grand cortege de gens des deux Nations
& de leurs Officiers , fans parler des Domeftiques
en grande livrée . M. l'Ambaffadeur
les reçut dans fon Appartement,
& leur fit fervir , ainfi qu'à toute leur
fuite , du Thé , du Caffé , du Chocolat ,
& des Vins de Chypre & de Tokai . On
vint avertir quelque temps après que
tout étoit prêt à l'Eglife ; auffi- tôt l'Ambaffadeur
de Venife donna la main à Madame
la Réfidente d'Allemagne , & l'Ambaffadeur
de France avec le Réfident
fuivirent immédiatement , accompagnez
de tout leur monde.
M. l'Ambaffadeur fit les honneurs de
fon Prie-Dieu , en y faiſant placer l'Ambaffadeur
de Venife & Madame la Réfidente
, l'un & l'autre à fa droite . Le
Réfident fe plaça fur l'autre Prie Dieu ,
préparé à la gauche ; vis - à - vis celui de
M. l'Ambaffadeur , & à côté du Réfident
, étoit une chaife couverte de drap
noir & fans Prie Dieu , pour M. Dalion ,
Gentilhomme François , parent de M. le
Marquis de Bonac , cy-devant Ambaffadeur
à la Porte.
I. vol.
Outre
1148 MERCURE DE FRANCE.
Outre ces Miniftres invitez il fe trouva
quantité d'Anglois , de Mofcovites ,
d'Hollandois , &c. que la curiofité avoit
attiré à cette Pompe funebre , fans compter
les Grecs diftinguez , de Galata & de
Pera , de forte que toute l'Eglife fut extrêmement
remplie.
Les Matines des Morts , qu'on achevoit
lorfque M. l'Ambaffadeur entra ,
étant entierement finies , le R. P. Thomas
Cuftode des Capucins , monta
Chaire , & prononça une Oraifon Funebre
, enfuite de laquelle M. l'Archevêque
de Carthage , Vicaire General Apoftolique
à Conftantinople , officia pontificalement.
Tout le Service , qui dura près
de quatre heures , fut fait avec beaucoup
de dévotion , de magnificence & de dignité.
Tous les Religieux qui font à
Conftantinople fous la protection de France
, s'y trouverent.
A la fin du Service , M. l'Ambaſſadeur
pria à dîner , au nom des PP. Capucins ,
I'A nbaffadeur de Venife & fon Cortege ,
le Réfident & Madame la Réfidente
d'Allemagne & leur Cortege , l'Archevêque
de Carthage , beaucoup d'autres
perfonnes de diftinction , & tous les Religieux
qui avoient fait quelque fonction,
ou qui avoient affifté au Service . Le Repas
fut grand & magnifique on y
but
I. vol.
diffeJUIN.
1726. 1149
differens Vins de Bourgogne , de Champagne
, de Hongrie , &c . enforte qu'avec
les fecours genereux de M. l'Ambaffadeur
les PP. Capucins ont parfaitement
bien fait les honneurs de leur Maifon
, dans une occafion importante &
qui ne leur étoit jamais arrivée.
Je fuis , Monfieur , &c.
IMITATION de la Poëfie de Catulle,
qui commence ainfi Nulli fe dicit
Mulier , &c.
Sjen
:
j'en crois ma Maîtreffe , elle n'aime que
moy ,
De tout autre fon coeur méprife les tendreffes ;
Je fuis l'objet de fes careffes ,
Comme je le fuis de fa foy.
Quand même Jupiter la voudroit pour Epouſe ,
Elle eft de fon bonheur , dit- elle , fi jalouſe ,
Qu'elle n'aura jamais un autre Epoux que moy.
Elle me parle ainfi ; mais tout ce qu'une femme
Dit à celui qui l'aime tendrement ,
Pour flatter ſon amour & foulager fa flâme,
Je ne le crois que foiblement.
Son efprit eft leger , fon ferment eft moins ſtable
1. val.
Que
1150 MERCURE DE FRANCE .
Que s'il étoit écrit fur l'onde ou fur le fable.
Elle a des mots flatteurs , mais les plus doux ,
fouvent ,
Ne font que mots en l'air , & que difcours
frivoles ,
De toutes les douceurs , de toutes fes paroles ,
Autant en emporte le vent.
Par M. de Mautour,
MMMMMMMMMMMMMMMMMM
QUESTION DE DROIT, jugée au
Parlement de Provence , le 23 .
Avril 1725.
I
L fe prefenta à l'Audiance du Rôle
le 23. Avril 1725. deux Queſtions ,
dont on fera bien-aife de fçavoir la décifion.
L'une fur l'Amovibilité , & l'autre
fur la Multiplicité des Curez dans une
même Paroiße. Elles formoient les qualitez
d'un Procès qui s'étoit élevé entre
Melchior de Gombert , Curé de l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , Appellant d'or .
donnance de Pieces mifes , renduës le
3. Juillet 1724. avec claufe d'évocation
du fond & principal , Deffendeur en Requête
du 3. Janvier 1725. l'Econome
du Chapitre de Sifteron , Intimé , & N.
I. vol.
Pierre
JUIN. 1726. 1151
Pierre Roux, autre Curé de la même
Eglife.
Dans la premiere , Queftion il s'agiffoit
de fçavoir , Siy ayant eu depuis plufieurs
fiecles deux Curez établis dans l'Eglife
Cathedrale de Sifteron, ces deux Curez,
par un violement des Conftitutions Canoniques
, étant devenus dans la fuite amovibles
& deftituables , toutes les années
au gré du Chapitre , cet abus étoit corrigé
& les chofes rétablies fur le pied de la
Fondation par la Déclaration du Roy du
mois de Janvier 1686. & l'Edit de 1695 .
art. 24. qui ordonnent que les Cures autrefois
deffervies par des Prêtres amovibles
, le feront à l'avenir par des Prêtres
ou Curez perpetuels .
Il eft bon , pour donner une idée juſte
des motifs qui ont donné lieu à la décifion
de cette premiere Queftion , d'être
inftruits de l'état & des circonftances particulieres
fur lefquelles eft intervenu
l'Arrêt rendu fur cette matiere au Par
lement de Provence.
Après la Déclaration de 1686. le Chapitre
de Sifteron nomma un Curé en
titre , & négligea ( pour avoir peut- être
un Prêtre plus foûmis & plus dépendant )
de conferer l'autre Cure, & d'y inftituer
un Curé perpetuel . M. l'Evêque de Sifteron
ne fut pas plus vigilant ; enforte 1. vo '.
que
1152 MERCURE DE FRANCE
que Melchior
de Gombert , Prêtre , Ba
chelier en Theologie
, impetra
le 23 . Decembre
1723. cette feconde Cure en
la Vicelegation
d'Avignon
, comme vacante
à primava
erectione , par le décès. du premier poffeffeur
, avec claufes de
prévention
& dévolution
. I obtint fon
forma dignum
le 21. Janvier 1724. &
le lendemain
il prit poffeffion
de cette feconde Cure .
L'Oeconome du Chapitre forma fon
oppofition , ce qui obligea le fieur de
Gombert à prefenter Requête le 26. Janvier
1724. au Lieutenant General de
Sifteron , tendante à obtenir la maintenuë
définitive, & fubfidiairement la recreance
fur laquelle le Lieutenant fit le 13. Juil
let 1724. une Ordonnance de Pieces
mifes , dont il fut relevé appel avec claufe
d'évocation du fonds & principal,
La Déclaration de 1686. confirmée
par l'Edit de 1695. étoit , fans doute ,
fuffifante pour déterminer les Juges en
faveur de Gombert , fans une difficulté
effentielle , qui venoit de ce que les Religionnaires
ayant brûlé les Chartres &
les vieux Titres de l'Eglife de Sifteron ,
l'Acte de Fondation des deux Cures fe
trouvoit perdu .
On objectoit que c'étoit fans fondement
qu'on demandoit que cette Cure
1. vol
.
fuft
JUI N.. 1726. 1153
fuft rétablie , conformément à la Déclaration
du Roy, dès qu'il ne conftoit pas
la fondation .
de
Le Deffendeur du fieur de Gombert
convenoit de la perte du Titre Primordial
, mais à fon défaut il reprefentoit les
Statuts de l'année 1259. & une Sentence
de réforme de 1431. qu'il foutenoit avoir
force du Titre Primordial , puifque lè
tout n'avoit été fait que pour remplacer
& conftater les Reglemens contenus dans
les Chartres.
La perte des anciens Titres de Sifteron
fe trouvant juftifiée par le témoignage
de Bouche , dans fon Hiftoire de
Provence & du P. de Colomby dans celle
de l'Evêché de Sifteron , l'Avocat de
Gombert en tiroit cette confequence , que
le Statut & la Sentence de réforme devoient
dans ces circonftances avoir le même
effet que le Titre Primordial . Sur ce
principe il s'attacha à faire voir que plufieurs
articles de ce Statut parloient in
terminis de la Fondation de deux Cures
à titre de Benefices , & que la Sentence
de réforme de M. l'Archevêque d'Aix
& de M. l'Evêque de Digne , qui avoient
été commis par une Bulle du Pape Eugene
IV. le 29. Avril 1431. pour proceder
à la réforme de l'Eglife de Sifteron ,
s'expliquoit fi clairement fur la qualité
I. vol.
des
1154 MERCURE DE FRANCE .
des deux Cures dont il s'agilfoit , qu'il
n'y avoit aucun lieu de douter , qu'avant
que le Chapitre eût fçu artificieufement
s'attribuer le droit de nommer
annuellement les deux Curez , & de les
mettre au nombre des fimples Officiers
de leur Chapitre , ces deux Cures étoient
regardées comme deux Benefices veritablement
diftincts .
Il ne fuffifoit pas pour le gain de cette
caufe , d'établir la Fondation des deux
Cures , il falloit encore faire voir qu'il
pouvoit y avoir deux Curez dans une
même Paroille , & par là faire tomber
la Requête d'intervention & d'adherance
du fieur Roux , feul Curé en titre . C'étoit
la feconde Queſtion qu'il falloit dé
cider , dont la premiere , de laquelle on
vient de parler , devoit dépendre.
Elle fut traitée avec beaucoup d'éru
dition. M. Honoré , A vocat de Gombert
convint que felon la plupart des Conftitutions
Canoniques , & l'ufage même du
Royaume , il ne devoit y avoir qu'un
feul Curé dans chaque Eglife , il ne dif
fimula point que Barbofa ne l'eût décidé
ainfi dans fon Traité De officio & poteftate
Parochi, part. 1. ch. 1.N.43 . il avoüa que
Cabaffut. Juris Canonici Theoria , l . 10 .
c. 17. & Rebuffe , dans fa Pratique ,
Tit. de non promotis intra annum , n. 69.
fuivoit cette opinion.
JUI N. 1726. 1155
Il fit voir cependant contre cette maxime
generale , qu'il y avoit plufieurs
exemples en Provence , comme à la Major
, aux Accoules & à S. Martin de
Marſeille , que ces exemples ont été autorifez
par des Arrêts ; telle eft la difpofition
de celui du 31. Mars 1707. de
ce Parlement , qui rétablit l'une des deux
Cures qui avoient été fupprimées dans
l'Eglife Collegiale de Cueur , auffi bien
que celui du 12. Mars 1722. qui rétablit
l'une des deux Cures de l'Eglife Collegiale
d'Hyeres , & qui en déclara la fuppreffion
abufive.
}
Comme on trouve dans Bengeur Pinfonius
, de Beneficiis , Tit. de Divifib . beneficiorum.
ff. 23. n . 6. & 7. & dans le
Journal des Audiances , tom. I. 1. 11.
c. 44. plufieurs Arrefts contraires en
apparence à ceux du Parlement de Provence
, l'Avocat en foutint les objections
par cette diftinction remarquable ;
SÇAVOIR , que dans la plûpart de ces
Arrêts il s'agiffoit d'un feul Benefice
Curial par fa Fondation ; au lieu que
dans l'efpece de cette caufe il s'agiffoit
de deux Cures établies par le Statut de
1259. & la Sentence de réforme de
1431. par confequent que la Déclaration
du Roy devoit avoir fon effet à l'égard
des deux Cures qui fe trouvoient incon-
1. vol. tefta1156
MERCURE DE FRANCE.
teftablement établies dans l'Eglife Cathedrale
de Sifteron . Tant d'Arrêts rendus
dans le même cas , une diftinction fi bien
fondée contre ceux qui pouvoient y être
contraires , déterminerent le Parlement
de Provence à décider en faveur de Gombert
. I intervint Arrêt le 23. Avril
qui mit l'appellation & ce dont étoit appel
au neant , & par nouveau jugement,
évoquant & retenant le fonds & principal
de la matiere , & fur icelui faifant
droit , fans s'arrêter à la Requête du fieur
Roux , dont il fut démis & débouté, M.
Gombert fut maintenu définitivement dans
la poffeffion & joüißance de la Cure dont
il s'agiffoit , l'Oeconome & M. Roux furent
condamnez aux dépens.
XXXXXXXXXXXXXXXX: XXXX
ODE tirée du Cantique de Moïfe.
Exode , Chap. 15 .
C
•
Elebrons du Très-Haut la gloire & la puiffance;
Que fon Nom foit l'objet de nos chants les plus
doux;
Son Bras contre l'Egypte à pris notre défenſe,
Notre Dieu , le Dieu fort a combatu pour nous ,
Nous fuyons au travers d'une Campagne aride,
1. vol.
Les
JUIN. 1157 1726.
Les fiers auteurs des maux que nous avons foufferts
;
Nous fuïons , mais en vain : & la plaine liquide ,
Rampart impénétrable , éternifoit nos fers.
柒
Plein de fureur, devant nos Troupes alarmées ,
En fuperbe Geant , fur un Char enflâmé ,
A marché le Seigneur , le feul Dieu des Armées,
Du Tonnerre vengeur , fon bras étoit armé.
柒
La Mer , à fon afpect , a fremi d'épouvante :
Que ces eaux , a- t- il dit , s'élevent des deux
parts ;
L'onde a formé foudain , efclave obéiffante ,
Dans les goufres profonds , deux humides ramparts.
M
Sur tes pas , Dieu puiffant , la Troupe Ifraëlite
Dans ces abîmes creux s'eft ouvert un chemin;
En vain nos Ennemis menaçoient notre fuite ,
Nous t'avons vûfur eux appeſantir ta main.
Qu'importe , difoient- ils, aveugles dans leur rage,
Qu'à ce Peuple qui met en fon Dieu fon apui ;
1. vol. D Pro
1150 MERCURE DE FRANCE .
Que s'il étoit écrit fur l'onde ou für le fable.
Elle a des mots flatteurs , mais les plus doux ,
Louvent ,
Ne font que mots en l'air , & que difcours
frivoles ,
De toutes les douceurs , de toutes les paroles ,
Autant en emporte
le vent.
Par M. de Mautour.
洗洗洗洗洗洗洗洗光:洗洗洗汽汽洗洗洗
QUESTION DE DROIT , jugée au
Parlement de Provence , le 23 .
Avril 1725.
I le 23. Avril 1725. deux Queſtions ,
L fe prefenta à l'Audiance du Rôle
dont on fera bien - aife de fçavoir la décifion.
L'une fur l'Amovibilité , & l'autre
fur la Multiplicité des Curez dans une
même Paroiße. Elles formoient les qualirez
d'un Procès qui s'étoit élevé entre
Melchior de Gombert , Curé de l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , Appellant d'or .
donnance de Pieces mifes , renduës le
3. Juillet 1724. avec claufe d'évocation
du fond & principal , Deffendeur en Requête
du 3. Janvier 1725. l'Econome
du Chapitre de Sifteron , Intimé , & N.
I. vol.
Pierre
JUIN. 1726.
1151
Pierre Roux, autre Curé de la même
Eglife.
Dans la premiere Queftion il s'agiffoit
de fçavoir , Si y ayant eu depuis plufieurs
fiecles deux Curez établis dans l'Eglife
Cathedrale de Sifteron , ces deux Curez,
par un violement des Conftitutions Canoniques
, étant devenus dans la fuite amovibles
& deftituables , toutes les années
au gré du Chapitre , cet abus étoit corrigé
& les chofes rétablics fur le pied de la
Fondation par la Déclaration du Roy du
mois de Janvier 1686. & l'Edit de 1695 .
art. 24. qui ordonnent que les Cures autrefois
deffervies par des Prêtres amovibles
, le feront à l'avenir par des Prêtres
ou Curez perpetuels .
Il eft bon , pour donner une idée jufte
des motifs qui ont donné lieu à la décifion
de cette premiere Queſtion , d'être
inftruits de l'état & des circonftances particulieres
fur lesquelles eft intervenu
l'Arrêt rendu fur cette matiere au Parlement
de Provence.
Après la Déclaration de 1686. le Chapitre
de Sifteron nomma un Curé en
titre , & négligea ( pour avoir peut- être
un Prêtre plus foûmis & plus dépendant )
de conferer l'autre Cure, & d'y inftituer
un Curé perpetuel . M. l'Evêque de Sifteron
ne fut pas plus vigilant ; enforte
I. vo '.
que
158 MERCURE DE FRANCE .
àfon deffein la Mer ouvre un paffage ,
Nous pouvons dans ſon ſein pénétrer comme lui,
Propice
Hâtons- nous . Pourfuivons à travers ces abîmes
Des Efclaves craintifs , vil rebut des humains ;
Ne ceffons de fraper ces indignes Victimes ,
Que le glaive émouffé ne tombe de nos mains,
柒
Ils entrent. Parvenus au terme redoutable ,
Le Soleil s'eft couvert d'un voile ténébreux;
L'air au loin a gémi. La foudre épouvantable ,
A fillons redoublez a fait luire fes feux.
淡
-A cet affreux ſignal, cette Montagne humide ,
Que fur nous d'un feul mot l'Eternel fufpendit
;
Sur ces Guerriers hautains que la vengeance
guide ,
S'ébranle en mugiffant , tombe & les engloutit,
Tel du front fourcilleux d'un Mont inacceſſible,
Roule un roc arraché par les fiers Aquilons;
L'Echo dans les Vallons raiſonne au bruit terrible
,
1. vol.
Et
JUIN. 1726. 1159
Et la terre gémit fous fes horribles bonds.
M
Redoutable inftrument de ta jufte vengeances
Le vent de ta colere a fouflé fur les eaux ;
Seigneur , en tourbillons l'onde fixe s'élance ,
Le goufre engloutit tout , Soldats , Armes , Che
vaux.
粥
Comme foudain s'abîme uneRoche orgueilleuse,
Qu'ébranloient & les flots & les vents furieux ;
Telle de Pharaon l'Armée audacieuſe ,
Vient d'être , à ta parole , engloutie à nos yeux ,
Flaté d'un fol efpoir , & prêt à nous atteindre,
En vain nous poursuivons ce Tiran inhumain ,
Tu combattois pour nous : eh ! qu'avions nous à
craindre ?
Quand tu combats , Seigneur , le triomphe eſt
certain.
諾
Et qui peut être à toi ſemblable fur la terre ,
Dieu terrible ? Qui peut t'égaler dans les Cieux ?
Tu parles , & ta voix eſt un affreux Tonnerre,
Sans ceffe des éclairs échapent de tes yeux.
1. vol. Dij
La
1160 MERCURE DE FRANCE.
La Mer te voit , & fuit. La terre , à ta preſence ,
Se taît , frémit foudain de reſpect & d'éfroi;
Des Peuples conjurez , l'orgueilleuſe puiſſance
foibleffe & néant devant toi. Ne feroit
que
Mais c'eſt peu de finir notre long esclavage ,
D'abîmer dans les flots nos cruels ennemis :
Tu veux guider nos pas vers le riche heritage ,
Que tant de fois ta bouche à Jacob a promis,
讚
Le Seigneur , Ifraël , race benie & fainte ,
Déploie en ta faveur la force de fon bras ;
Loin de toi les accès d'une frivole crainte ,
La terreur & la mort marchent devant tes pas.
De ton fang alterez , & fremiſſant de rage ,
Le vaillant Moabite , & l'altier Philiftin ,
Viendront à flots preffez s'oppofer au paffage ,
Que t'ouvre du Très - Haut la foudroiante main.
Mais l'altier Philiftin , le vaillant Moabite ,
I. vol.
Dé
JUIN.
1161
1726 .
Démentant leur audace & leur fiere valeur
A ton fatal afpect prendront foudain la fuite,
Er partout de ton Nom porteront la terreur .
M
D'une courfe rapide , au travers des Campagnes ,
Telfaifi de frayeur , fuit le timide Dain ;
A l'afpect d'un Lion , que du haut des Montagnes,
Dans les fombres Forêts précipite la faim.
M
De troubles , de terreur , par un nouveau prodige
,
L'Eternel frappera les Chefs & les Soldats ;
Il répandra fur eux cet efprit de vertige ,
Qui renverse , à fon gré , les plus fermes Etats.
Hé , Seigneur , faudroit- il pour nous rendre
terribles ,
Faudroit- il dans leurs coeurs porter ainfi l'éfroi ?
Non . Pour nous redouter , pour nous croire invincibles
,
Qu'ils fçachent ( c'eft affez ) que notre Dieu ,
c'eft toi.
Oui , tu l'es. De ce nom ta bonté paternelle
- I. vol .
D'iir Hos
"
1162 MERCURE DE FRANCE
Honora nos aïeux , & nous daigne honorer ;
Eh ! de l'heureux Hebreu le coeur pur & fidele
Eft feul , dans l'Univers , digne de t'adores.
#
I
Li dans nos coeurs touchez , li la reconnoiſſance
Que par ces foibles chants font éclater nos voix;
Tribut que nous rendons à ce pouvoir immenfe
Qui vient de nous fouftraire à de honteufes Loix.
Aton Peuple choifi foit toûjours favorable ;
Si l'ardeur d'un beau zele eft digne de fecours ;
Nous efperons , Seigneur , que ton bras redou
table ,
Comme il nous deffendit , nous deffendra toû
jours.
I. val.
LET
M A Y. 1726., 1163
kikikik skakjkjkjkjk k
LETTRE écrite par M. le Beuf , Sous-
Chantre & Chinoine de l'Eglife Cathedrale
d'Auxerre , à M. de la R.
à l'occafion du nouveau Breviairepublié
par M.Archevêque de Sens , &
M. l'Evêque d'Auxerre.
V
Ous m'avez prié , Monfieur , de
vous donner des nouvelles du Breviaire
qu'on préparoit pour les deux
Eglifes de Sens & d'Auxerre. Je le puis
faire à prefent , que les deux Eglifes Cathedrales
de ces Diocèfes s'en fervent
dans l'Office public & particulier. Comme
ces deux Eglifes , dont l'une eft Metropolitaine
, & l'autre Suffragante , font
fous l'invocation du même faint Martyr,
qui eft S. Etienne , & qu'elles avoient
confervé à peu près les mêmes prati- .
ques de l'antiquité , il leur a été facile de
convenir enſemble pour la compoſition
d'un même Livre de Prieres . Vous n'ignorez
pas que dès l'an 1715. feu Monfeur
de la Hoguette , Archevêque de
Sens fit une Lettre Paftorale , pour
donner avis à tout le Clergé de fon Diocèſe
de la nouvelle Edition qu'il prépa
24 I. vol.
Diiij roit,
,
1164 MERCURE DE FRANCE .
roit , afin que tous ceux qui avoient des
remarques à communiquer fur le Bre
viaire qu'on recitoit depuis l'an 1702 .
les envoya fent à Monfieur Fenel , Doyen
de l'Eglife Metropolitaine , qui étoit à
la tête de l'Ouvrage projetté . Cette
Lettre Paftorale fe trouve imprimée dans
le troifiée volume des Pieces fugitives,
donnée en 1717. par l'Abbé Archimbaud
, & elle a été auffi- tôt répandue dans
le Public , que le Breviaire de 170z.
dont un grand nombre d'Exemplaires fut
diftribué dès l'an 1703. en differens
Diocèles , même hors le Royaume . Comme
dès le temps de la publication de cette
Lettre Paftorale , on fe difpofoit dans
le Diocèle d'Auxerre , à profiter de cet
Ouvrage naiffant , on y travailla prefqu'aui
- tôt à recueillir le refte des materiaux
qui pouvoient être necellaires
pour la confection d'un Breviaire propre,
dont le fond feroit celui de Sens . Il y eut
pour cela des Avis imprimez , qui furent
répandus dans tout de Diocèfe d'Auchacun
fit fes remar- que
fur le Calendrier du Breviaire qui
étoit alors en ufage , fur le Propre des
Saints , fur les Rits , Rubriques , & c.
en un mot , fur tout ce qui paroifloit
avoir befoin d'être changé pour être rexerre
ques
1
afin
I. vol.
mis
¿
MAY. 1726. 1165
mis dans fon premier état , ou d'être ôté
tout-à - fait. On profita en effet des Memoires
, qui furent envoyez par plufieurs
Ecclefiaftiques , ftudieux & attentifs
au bien fpirituel de l'Eglife d'Auxerre
, & on les confera avec tout ce qui
avoit été remarqué dans les Livres les
plus anciens , foit manufcrits , foit imprimez
à l'uſage de la Cathedrale . Il y
eut en confequence un projet de Calendrier
imprimé dès l'an 1720. & dif
tribué dans le Diocèfe , à deflein d'informer
le Public de l'ufage qu'on avoit
fait de plufieurs Memoires venus de divers
lieux , & des recherches faites
dans les monumens les plus anciens
& les plus rares pour la perfection de ce
plan.
Tout ce travail du Diocèfe d'Auxerre
, n'etoit qu'une imitation de celui qui
s'avançoit à Sens , fous les yeux & par les
foins de l'illuftre Prélat , qui gouverne
fi fagement cette ancienne & venerable
Eglife . On tenoit dans la Ville de Sens
de frequentes Conferences , pour examiner
murement chaque chofe. Là fe trouverent
fouvent les perfonnes de l'un & de l'autre
Diocèle les plus verfées dans les Antiquitez
Ecclefiaftiques & Liturgiques
avec toute liberté de faire remarquer
pratiques anciennes dont on s'étoit éloi-
I. vol D gné
"'
les
1166 MERCURE DE FRANCE.
gné mal- à-propos . ( a ) Et le defir qu'on
y avoit de ne tendre qu'au bien , & à ce
qu'il y auroit de mieux , fit qu'on les
écouta toujours favorablement. De forte
qu'après un travail de plus de dix ans,
fait de concert dans les deux Diocèfes
voifins , il reſulte aujourd'hui un Bre
viaire commun , & cependant propre à
chacun de ces deux Diocefes , imprimé
à Sens , chez André Jannot , petit Romain,
gros oeil , 4. vol. in 8 .
Le Public doit faire attention , que
c'eft- là une obfervation à la lettre de
tout ce que les Canons ont jamais dit ,
pour infinuer cette intelligence qui doit
fe trouver entre les Eglifes d'une même
Province : intelligence formée & entretenue
dans celles de Sens & d'Auxerre.
L'intention qu'on avoit également dans
chacune , de furpaffer en exactitude tous
les autres Breviaires , & laquelle on n'a
vû produire de fi bons effets , que parce
que dans l'un & l'autre Diocèſe on eft
convenu de fe communiquer ce qu'on
avoit de plus approchant de la veritable
& refpectable antiquité , & par confequent
de plus conforme à l'origine des
( a ) Je puis parler fçavamment de ce fait,
en ayant été témoin un grand nombre de fois ,
foit dans les Conferences , où Monfeigneur
l'Archevêque de Sens préfida , foit dans celles
ù M, l'Evêque de Waterford le reprefenta.
JUIN. 1726.
1167
pas
ou
Offices Ecclefiaftiques . La Metropole
n'ayant pas eu de peine à faire revivre
des pratiques louables & primitives , qui
avoient été heureufement confervées par
la fuffragante , & la fuffragante n'ayant
fait de difficulté de fe conformer à
tout le bon goût qu'elle voyoit regner
dans la difpofition des Offices de la Metropolitaine
, ni de reprendre auffi quel
ques Rits anciens que l'Eglife Mere paroifloit
avoir confervé plus purs ,
qu'elle avoit rétabli dans leur premier
état . Ce bon goût éclate particulierement
dans le choix de tout ce qui compofe
les Antiennes & les Répons. Tout y eft
de l'Ecriture Sainte , prife dans les fens
dans lefquels il eft permis de l'employer,
fans aucune alteration de temps ni de
'perfonnes , & fans qu'une même Antienne
, ou un même corps de Répons ,
foient formez de plufieurs Chapitres
joints ou coufus enfemble. Ce qui eft
encore bien remarquable dans les Répons
, & que les veritez du corps des
Répons , tirées de l'Ancien Teftament ,
font toujours confirmées dans le Verfet
par une du Nouveau ; & reciproquement
le Répons renferme une verité
prife du Nouveau Teftament , la verité
qui lui fait allufion , efttirée de l'Ancien
, & employée pour Verfet ; le tout
-1. vol. D vj ce
1168 MERCURE DE FRANCE.
1
cependant de maniere que le Verfet renferme
toujours un fens complet , & que
la reclame , quoique rélative à ce qui
vient d'être dit dans le Verfet , dife auffi
en particulier une verité , ou une Sentence
, ce qu'on appelle en Logique une
propofition. Si S. Agobard , celebre Ar
chevêque de Lyon , au neuviéme fiecle,
revenoit fur terre , il auroit la fatisfaction
de voir fes fouhaits accomplis , lui
qui étoit fi porté à faire employer l'Ecriture
Sainte fans glofes ni additions ,
qu'il ne craignoit point de dire , que c'étoit
une folie de ne pas convenir que cet
ufage eft plus raifonnable & plus falutaire
, & qu'il ne put s'empêcher d'eme
ployer les termes les plus forts contre
la liberté qu'on prenoit d'ajoûter à l'Ecriture
Sainte , & de lui faire dire ce
qu'elle ne dit pas . On a auffi obfervé dans
le Breviaire de Sens & d'Auxerre , en
difpofant les petits Verfets du Plautier ,
que ces petits paffages euffent toujours
quelque chofe d'édifiant & de propre
aux Heures , c'est- à- dire , aux temps aufquels
ces Offices doivent être chantez
ou recitez , afin de porter à conferver ,
autant qu'il eft poffible , l'ancien Rit de
dire les Offices à differens temps con-
· venables aux noms qu'ils portent. Par
exemple , pour les Nocturnes , vulgai-
C
1. vol.
rement
JUIN. 1726. 1169
rement appellez Matines , on y voit des
Sentences qui rappellent dans l'efprit
du Lecteur le fouvenir que c'eft la nuit
qu'il faut reciter cet Office ; pour Vêpres
, d'autres Sentences qui marquent
l'approche de la nuit , & cela pour inculquer
toujours aux Ecclefiaftiques ,
que plus on dit les Nocturnes vers le
minuit , & Vêpres vers le coucher du
Soleil , plus on eft conforme à l'Efprit.
de l'Eglife , fi bien confervé dans certaines
Cathedrales , & dans plufieurs
Monafteres. Il en a été de même des
Hymnes du Plautier. On leur a laiffé
tous les avertiffemens qu'elles donnent
de l'heure à laquelle chaque Office doit
être recité ; & quoiqu'on en ait retouché
plufieurs pour les rendre plus onctueules
& plus poëtiques , on a mieux
aimé laiffer dans celles là quelque chofe
à defirer pour le ftyle , plutôt que de
leur ôter leur propre caractere , qui eft
une leçon perpetuelle & journaliere fur
les intervalles differens aufquels il faut
recourir à la Priere . On a auffi fait dans
ce Breviaire une diftribution du Plautier,
differente de celle de tous les derniers
Breviaires , & même de celui de 1702 .
enforte que dans le cours d'une femaine,
les cent cinquante feaumes font recitez.
felon le rang qu'ils ont dans la Bible
1a vola ex1170
MERCURE DE FRANCE .
excepté de certaines folemnitez . Cette
varieté fait que les Ecclefiaftiques retournent
à la priere avec une nouvelle
avidité , ainfi que l'a remarqué S. Bafile
dans fes Regles détaillées . ( a ) Et
pour réaffir à bien diftribuer ces Pfeaumes
aux differentes Heures de chaque
jour de la femaine , on a été obligé de.
pratiquer ce que dit un Canon du Concile
de Narbonne , de l'an 589. c'eſt-àdire
, d'intercaler le Gloria Patri une ou
deux fois dans les Pleaumes longs . Il n'y
a aucun jour dans l'année où on ne faffe à
Matines une Lecture affez confiderable ,
prife dans les endroits les plus importans
'de la Sainte Ecriture. Les Sermons
& Homelies des Peres font choifis des
plus beaux endroits de leurs Ouvrages :
& fi les Extraits en font quelquefois
courts , on a eu foin de choisir des textes
qui difent beaucoup en peu de paroles.
Les Actes des Saints font purgez de
toutes les fables qui s'y étoient gliflées ,
& qui étoient reconnues comme telles ,
generalement par tous les Agiographes.
On a verifié ces Actes fur les recherches
des plus habiles Critiques , & l'on
s'eft fervi utilement du grand Recueil de
Bollandus & de fes fçavans Continuateurs
. qui ont fait part de leurs lumie-
( « ) Interrog, 37% ,
I. vol.
res
JUIN. 1726. 1141
res aux Examinateurs des Antiquitez
Ecclefiaftiques du Diocèfe d'Auxerre ;
fans negliger ce que les Gardiens des
plus anciens & plus curieux Manuſcrits
qui font dans Paris ont bien voulu
communiquer pour la perfection de
cette partie du Breviaire. Enfin on a
tellement muni ce Breviaire de tout ce
qui eft utile & avantageux pour le main
tien du bon ordre , que fi fa brieveté
pouvoit par hazard infpirer aux perfonnes
moins ferventes du relâchement ,
& de la moleffe dans la Difcipline Ecclefiaftique
, il renferme en même temps
des armes , non- feulement capables d'éloigner
ces relâchemens , mais encore
très - propres à faire rétablir , felon les
anciennes Regles , ce qui a été affoibli
dans les derniers fiecles . Je veux parler
des Canons des Conciles qu'on y fait lire
entre Prime & Tierce chaque jour de
l'année. Ils entrent par ordre des matieres
dans un fi grand détail , de ce que
les Ecclefiaftiques doivent pratiquer ou
éviter , qu'on peut dire que les Chanoines
y trouveront à profiter , pour le
moins autant que dans le Concile d'Aixla
Chapelle , que l'Empereur Louis le
Débonnaire leur prefcrivit pour Regle
au neuviéme fiecle ; & que le refte du
Clergé y pourra puifer abondammènt les
1. vol. ma1172
MERCURE DE FRANCE.
maximes de la conduite qu'on doit tenir
dans les differentes fonctions des Ordres
facrez. On efpere que cet ufage de lire
auffi les Conciles & les Peres , rétabli par
les Eglifes d'Orleans , de Lifieux , d'Ângers
, de Troyes , & c. fera fuivi un jour
par toutes les autres , ayant eté autrefois
univerfel ; & que les Congregations de
Chanoines , qui ont pris le furnom de
Regulieres , ne tarderont pas à fe conformer
aux louables & trés - fenfées pratiques
des anciennes Eglifes Cathedrales, ou au
moins à examiner les ufages modernes
qu'un Breviaire emprunté leur a fait
adopter , en place des anciens qui étoient
femblables à ceux de ces Eglifes Cathedrales
, & qui étoient bien plus raifonnables
& dignes de veneration .
Comme la confection des Livres de
Chant eft une fuite neceffaire d'un nouveau
Breviaire , ce fera auffi le fujet
d'une feconde lettre que j'aurai l'honneur
de vous écrire . Les deux Eglifes
étant dans le deffein de fe diftinguer par
la beauté de leur mélodie , par la varieté
de leur Pfalmodie , & de profiter de ce
que toutes les Eglifes , qui avant elles
ont reformé leurs Breviaires , ont introduit
de Chant nouveau , ou rétabli d'ancien
, prennent les mesures de s'en rapporter
aux plus habiles Connoiffeurs de
1. vol.
tout
JUIN. 1726. 1173
tout le Royaume en fait de Plein - Chant.
Vous fçavez que c'eft un fujet grave &
important pour l'Eglife de Sens , puiſqu'on
n'y chante que le pur Plein- Chant
non plus qu'à Lyon . Cependant on y a
quitté , fans grande peine , cette prétendue
myfterieufe gothicité , qui depuis
plufieurs fiecles accompagnoit la prononciation
des fyllabes fous le Chant , & on
eft refolu , en confervant les anciennes
beautez , d'adopter toutes celles des autres
Eglifes en matiere de Chant , comme
de donner aux Hymnes Lyriques le
mouvement qu'elles doivent avoir , &
qui en fait paroître toute l'harmonie ,
fuivant l'inftitution primitive de ces metres
empruntez , comme vous lçavez ,
des anciens Romains . La Profe Veni
Sanite Spiritus , qu'on attribue au Roi
Robert , eft une preuve de l'antiquité de
cette maniere de chanter , auffi bien que
l'Hymne Conditor alme fiderum , qui eſt
encore beaucoup plus ancienne.
Vous parlez fi fouvent dans vos Journaux
de tout ce qui regarde les Sciences
& les beaux Arts , & la Mufique en partulier
, que j'efpere que vous ne ferez
pas fâché d'ajoûter à la lettre qui vous
fut écrite de la Brie au mois d'Aouft dernier
, les découvertes qu'on fe propofe de
faire ici fur la fcience du Plein- Chant ,
I. vol.
par
1174 MERCURE DE FRANCE .
par une revue meditée , & un examen
fcrupuleux de l'application des principes
de cette lettre , defquels tout ce qu'il y a
ici de vrais Connoiffeurs & de gens fenfez
font facilement convenus. Je n'ofe
vous rien promettre fi - tôt de ma part,
quoique depuis plus de vingt ans , il n'y
ait Livres de Chant manufcrits ou impri
mez d'aucun Diocèle où j'ai voyagé , dans
lequel je n'aye trouvé à profiter pour
l'Ouvrage que je compte donner un jour
fur le Chant Ecclefiaftique. Il eft juſte de
produire d'abord au Public les découver
tes que ceux , qui font plus âgez que
moi , ont eu le loifir de faire depuis trente
ou quarante ans qu'ils chantent dans
PEglife. Mais en attendant , je ne puis
m'empêcher de vous faire part des terreurs
paniques de ceux qui croyent qu'en
mettant de nouvelles paroles en Plein-
Chant , on détruit & on abolit le Chant
Gregorien. Ces perfonnes permettront ,
qu'on fe ferve d'une comparaifon familiere
pour leur faire entendre raifon , &
les remettre de leurs frayeurs. Il arrive
tous les jours qu'un Maitre de Muſique
eft obligé de mettre en Mufique un Motet
compofé de nouvelles paroles : peuton
dire pour cela qu'il la détruit , à caufe
qu'il aura changé le mode ou la mefure
qui étoit dans le Motet précedent ? La I vol.
MuJUIN.
1726. 1175
Mufique ne change point de fond , pour
être appliquée fur de nouveaux textes.
Ce qu'il arrive feulement lorfqu'on donne
à un Muficien de nouvelles paroles ,
c'est que de là il eft à fa liberté de choifir
tel ou tel mode felon fon genie , le
majeur ou le mineur , & de changer de
mefures comme bon lui femblera ; mais
ce qu'il compofera , fera toujours de la
Mufique & non du Plein- Chant . Il en
eft de même d'un Compofiteur de Chant
d'Eglife. Dès - là que c'eft du Plein Chant
qu'il fait , c'eft de neceffité du Chant Grégorien
: le changement de paroles ne change
pas la fubftance du Plein Chant ; il
refulte feulement de- là , que les fons qui
forment les modes ou les tons , feront
autrement difpofez ; & que les modes ,
majeur ou mineur , avec leurs foudivifions
auront fubi la place que le Compofiteur
aura trouvé bon de leur affigner .
Lorfque les Sentences font belles , pleines
de mots nobles , énergiques , & qui
demandent de l'expreffion , elles obligent
quelquefois à des progrès plus fonores
qu'à l'ordinaire , à des traits mélodieux ,
élegans , gracieux , à des chutes ou cadences
délicates & coulantes ; mais c'eſt
toujours du Plein - Chant , du Chant traité
dans les bornes de celui qu'on appelle
Grégorien ; & il n'y a aucune de ces
JI. vol. chutes
1176 MERCURE DE FRANCE
chutes , ou de ces élevations ; qui ne fé
rencontre quelquefois dans les Livres
répandus dans Rome , & par toute l'Eglife
. Si on s'apperçoit qu'elles devien- .
nent plus communes dans les nouveaux
Antiphoniers , ce n'eft pas aux Compofiteurs
du Chant qu'il faut s'en prendre ,
c'eft aux Auteurs des Breviaires qu'il
faut imputer la faute , fi tant eft que ce
foit une faute d'avoir rendu les plus beaux
textes de l'Ecriture Sainte , & les belles"
Poefies plus frequentes qu'anciennement;
ce qui a engagé à faire des Chants plus
harmonieux , dont la majesté correfpondit
à celles des paroles , des Chants , qui
infpiraffent la devotion & la componction
, ou cette joye fpirituelle qui empêche
l'ennui dans les Eglifes. Si Santeuil ,
que tant de gens fe felicitent d'avoir connu
, étoit témoin de l'air chagrin & méprifant
, dont quelques-uns envifagent les
perfonnes qui trouvent du goût à accompagner
les Hymnes des plus beaux
Chants qu'il eft poffible , il auroit bien
raifon de repeter pour le coup le Proverbe
de l'Evangile ( a ) qui lui étoit fi
familier , lorfqu'il voyoit mal executer
fes Poëfies enlevantes , & d'appliquer à
ces Provençaux certains traits de la Fable
, qui n'étoient pas rares dans la bou-
( a ) Matth: 7.6.
I. vol.
che
JUIN 1726. I 177
che . Auffi l'Eglife de Paris qui fe glorifie
de l'avoir eû pour fon Poëte , remit-
elle en vigueur , de fon temps , plus
que jamais les mesures dont les Hymnes
Sapphiques & quelques- unes des
Alcaïques , demandent à être chantées ,
pour correfpondre à la beauté du Textes
& elle le fit afin que le chant & les paroles
euffent une certaine proportion."
C'eft ce que bien des gens de Province.
ignorent ou ne veulent pas fçavoir : car
s'ils le fçavent , il ne leur eft pas pardonnable
de croire être d'un meilleur
goût que dans la Capitale du Royaume ,
encore moins de dire en des Affemblées
publiques , que le Clergé du Diocèfe de
Paris , fi éclairé, fi fage & fi grave , chante
des Chants puifez dans les Places publiques
. Je fuis , & c. Ce 7. May 1726.
XX:XXXXXX : XXXXXXX
ELEGIE
Sur le départ d'une Maîtreffe.
I'
Left donc réfolu , cet injufte voyage ,
Qui ravit à mes yeux la Beauté qui m'engage;
Vous avez prononcé , vous & mon mauvais fort
L'Arrêt de votre abfence & celui de ma mort :
Helas !
I. vol.
1178 MERCURE
DE FRANCE .
Helas : j'allois mourir , & cette loy fevere ,
Pour terminer mes jours n'étoit pas neceffaire';
Au gré de vos rigueurs , j'allois par mon trépas,
Expier des defirs que vous n'approuvez pas ,
Vous immoler un coeur dont l'amour eft extrême;
Mais qui n'eſt criminel que parce qu'il vous aime;
Pourquoi donc,inhumaine,abandonner ces lieux ?
Ma douleur fuffifoit pour venger vos beaux yeux,
Elle alloit de mes jours vous faire un triſte hom-`
mage ,
Et peut-être adoucir cette humeur trop fauvage ;
Que fçai-je fi vos yeux témoins de mes malheurs
N'auroient pas à ma cendre accordé quelques
pleurs ?
Vous auriez plaint men fort & votre ame attendrie
Eût rendu mon trépas plus heureux que ma vie ;
En proye à vos remords vous auriez dit un jour,
C'eft ainfi que ma haine a payé tant d'amour.
Quelfort ! & qu'à ce prix la mort me feroit chere !
que j'éprouve helas ! un deftin bien con-
Mais
traire !
1.
Rien n'adoucit ma peine, & je m'en vais mourir,
Et fans vous rendre hommage & fans vous at
tendrir ;
Qu'importe que moi- même enfin je me puniffe.
I. vol.
Vous
JUI N. 1726,
1179
Vous fçaurez mon trépas & non pas mon fupplice
;
Et vous ignorerez qu'avec vous trop d'accord,
Je vous vengeay moi - même en me donnant la
mort.
Ainfi toute efperance à mon coeur eft ravie ;
Je perdrai mon trepas en terminant ma vie ;
La mort , terme fatal des plus affreux malheurs ,
Ne le deviendra point de mes vives douleurs .
Me refuſerez - vous la faveur que j'implore ?
Que je meure à vos yeux ; ne partez point encore ,
Armez - vous de rigueur , je n'en murmure pas ;
Mais laiffez-moi du moins le choix de mon
- trépas .
Cefler un feul moment de voir tout ce que j'aime,
C'est bien plus que la mort , c'eſt pour moi l'enfer
même ;
Trouvez-vous que mon coeur foit trop ambitieux,
Quand il borne fa gloire à mourir à vos yeux ?
Cette auftere pudeur qui partout vous confeille ,
Ne peut vous reprocher une faveur pareille ;
Payer ainfi mes feux eft un trait de bonté
Qu'on pourroit dans un autre appeller cruauté,
Mais en vain pour tout prix de ma perfeverance ,
J'ofe à votre pitié porter mon efperance ;
1. vol, Vous
1180 MERCURE DE FRANCE.
Vous ne les plaignez pas , ces iours infortunez ,
Et ce n'eft qu'en fuyant oous m'affaffinez.
Ah ! fi dans ce moment qui fait toute ma crainte ,
Vous fentiez de mes maux quelque legere atteinte
,
Si près d'un trifte éxil , pour moi fi rigoureux ,
Vous donniez un foupir au fort d'un malheureux,
Ce foupir en fortant de votre belle bouche ,
Impoferoit filence àl'ennui qui me touche ,
Et peut être mon coeur pourroit fans expirer ,
Souffrir ce dur moment qui va nous féparer ;
Jufques- là feulement, tâchez de vous contraindre,
Si vous plaignez mes maux , ils ne font plus à
plaindre ;
Et quelque âpre tourment qu'il me faille fouffrir,
Si ma mort vous déplaît , je ne fçaurois mourir,
Qui , malgré les affauts que ma douleur me livre,
Malgré votre rigueur , je tâcherai de vivre
me réferver au bonheur que j'attends
De ma perfeverance , & de vous & du temps,
Er de
L. S. R.
1. vol.
MEJUI
N. 1726. 1181
MEMOIRE contenant ce qui s'eft paffe
à Marseille , lorfque M. le Marquis
de Pilles a été reçû Capitaine- Gouverneur-
Viguier de cette Ville , en furvivance
de M. le Marquis de Pilles fon
pere.
N Marſeille qui nous ont appris l'a-
Ous avons reçû des Lettres de
plaudiffement general que cette Ville a
donné à l'inftallation de M. le Marquis
de Pilles , fils , dans la Charge de Gouverneur-
Viguier de cette Ville .
Cette Charge , qui eft depuis longtemps
dans la Maifon de Fortia de Pilles,
eft très -ancienne & très- confiderable..
Autrefois le Viguier n'étoit pas feulement
Gouverneur de Marſeille , il étoit
encore le Maître de la Juftice & de la
Police , il faifoit des Reglemens pour la
Ville & pour la Marine , & même les
Deniers Royaux n'étoient diſtribuez aux
Officiers que fur fes Ordonnances . Cette
Charge a été exercée par des Gentilshommes
des plus anciennes Familles de la
Province , comme de Baux , d'Agout , de
Sabran , de Caftellane , d'Adhemar , de
Porcellet , deVilleneuve , de Glandevés ,
1. vol. E d'Al1182
MERCURE DE FRANCE .
d'Allamanon , de Brancas , de Barras , de
Simiane , de Grimaldi , d'Aube , d'Ance
zune , de Pontevés , de Sado , de Candole
, de Graffe , de Vintimille , d'Are
latan , de Bouliers , de Quiqueran , de
Fourbin , de Vento , de Caftillon , de Puget,
&c.
L'Hiftorien de Marfeille remarque
que deux Gentilshommes en ayant été
pourvus en même- temps par le Roy ,
pour terminer leur differend , François
de Luxembourg , Vicomte de Martigues,
Gouverneur de Provence , & d'une Maifon
qui a donné des Empereurs & des
Souverains à l'Europe , prit lui - même
le Bâton de Viguier , & en prêta le ferment
à l'Hôtel de Ville.
Il y a eu en divers temps des variations
fur la durée de cette Charge , anciennement
elle étoit annuelle. François
1. la mit en vente comme toutes les autres
Charges du Royaume ; mais fur les
remontrances des Habitans de Marfeille ,
il la rendit annuelle , comme elle étoit auparavant.
Sous Charles IX . elle fut triennale
; Pierre de Sado fut le premier qui
l'exerça pendant trois ans avec un défintereffement
auquel nos Hiftoriens ont fait
honneur.
En 1660. Louis XIV . donna cette
Charge à vie à Paul de Fortia , Baron
To vala
de
JUI N. 1726. 1182
A
de Pilles , & c. & depuis cette Charge eft
toûjours demeurée dans cette Maiſon , au
grand contentement des Marfeillois . Le
Gouverneur- Viguier jonit encore de fort
beaux privileges , c'eft à lui qu'on portė
les Clefs de la Ville , il préfide à tous .
les Confeils de Ville & les autoriſe , c'eſt
lui qui commande les Troupes , quand
il y en a, & qui fait à Marſeille toutes les
fonctions de
Commandant , & c'eſt pour
cela qu'il a des Gardes.
Le Roy ayant accordé la furvivance de
cette Charge à M. le Marquis de Pilles ;
fils , qui n'a pas encore douze ans , ce
jeune Seigneur fut inftallé le premier de
May dernier , & fit fon entrée publique
dans la Ville ce jour- là. Il donna maj
gnifiquement à dîner à une nombreuſe
compagnie hors la porte d'Aix. Sur les
5. heures du foir les quatre Capitaines
de quartier, à la tête de leurs Compagnies,
precedez de Hauts - Bois & de Tambours ,
allerent fe ranger en haye auprès de cette
Porte de la Ville. Peu de temps après
MM. les Echevins & le fieur Pichatti de
Croifainte , Orateur de la Ville , fe rendirent
auffi à cette Porte ; ils étoient en
Robe de ceremonie , accompagnez des
principaux Habitans , & precedez par les
Gardes de Police .
Le jeune Marquis étant entré dans la
1. vol.
E ij
Ville
184 MERCURE
DE FRANC
Ville par cette Porte , fut complimenté
au nom de la Ville , par le fieur Pichatti,
auquel il répondit en ces termes : Jefuis
d'autant plus fenfible , Meffieurs , aux
marques de votre amitié , que je n'ay encore
pû vous affurer du cas que j'en fais
la foibleffe de mon âge fufpend les occa
fons de la meriter , Sans en diminuer l'envie;
je vous en demande d'avance la
continuation , & je vous prie d'être bien
perfuadez que je ne négligeray jamais les
occafions qui pourront m'attirer vore ef
time,
Après ces paroles qui furent prononcées
avec beaucoup de grace & de dignité
, il fut falué par le bruit d'un grand
nombre de Boëtes , & prit fa place à la
tête des Echevins qui l'accompagnerent
chez lui , fuivi d'un nombreux & magnifique
cortege ; il fut encore falué au
bruit des Boetes qui étoient dans le Cours ,
& à fon arrivée chez lui .
Le lendemain il alla avec fon illuftre
pere , rendre vifite à la Nobleffe & aux
principaux Habitans, & les prier d'affifter
le 5 , du même mois à fon inſtallation
dans l'Hôtel de Ville.
Ce jour là à 4. heures du foir M. le
Marquis de Pilles , pere , fe rendit feul à
l'Hôtel de Ville , prit fa place ordinaire ;
peu temps après M. le Marquis, fon
de
.
:
I. vol. i
fils
JUIN. 1726. 1185
f1s,arriva , accompagné de la Noblefte &
des principaux Habitans. Les Echevins
le vinrent recevoir à la porte de la Sale
du Confeil , le conduifirent à la place
qui lui étoit deftinée : alors le jeune Marquis
mit fes Lettres Patentes entre les
mains de M. fon Pere , qui en ordonna
la lecture au Secretaire de la Ville , après
quoi M. le Marquis de Pilles , pere, prenant
la parole, parla en ces termes à fon
fils :
Voici , mon Fils , un jour que vous
devez regarder , à juste titre , comme le
plus heureux de votre vie. Ce qui s'y
paffe m'intereffe fenfiblement par la tendreffe
que j'ay pour vous , & plus encore
par l'honneur que je reçois de voir con
tinuer dans ma Maifon les marques de la
bonté du Roy & de fa confiance. Vous
avez en la perfonne de votre Bifayeul
de votre grand Oncle , des exemples à
fuivre qui vous attireront , fans doute ,
L'eftime & l'amitié d'une Ville qui doit
Vous être chere. Vous avez , comme eux ,
le bonheur de voir la partie la plus refpectable
& la plus confiderable de cette même
Ville , prendre part à ce qui vous regardes
Joyez attentif à lui plaire, c'est à monégard
la reconnoißance que je vous demande &
que j'attens de vous. Le jeune Marquis në
répondit que par une profonde réverence ;
E iij 1. vol. le
1186 MERCURE DE FRANCE
?
le
pere fe leva , prit fon fils par la main,
le fit affeoir à la place , lui remit le Bâton
de Viguier , & fe retira . Alors le fils
avec une contenance noble & douce remercia
l'Affemblée en ces termes :
Je reffens , Meffieurs , tout le prix de
la grace que le Roy a bien voulu faire
à mon pere, & celui de l'honneur que
je reçois ; il me reste cependant encore à
defirer de pouvoir marquer mon zele pour
fon fervice & à ma Patrie , l'etendue de
de mon attachement.
MM . les Echevins & toute l'Affemblée
le reconduifirent enfuite chez lui.
En fortant de l'Hôtel de Ville il fut précedé
de fes propres Gardes , avec leurs
Pertuifanes & leurs Cafaques d'Ordonnance
; & à fon arrivée il fut complimenté
en Vers François par un jeune
Ecolier , au nom du College de Marſeille.
Tous les Corps , toutes les Communautez
& les Particuliers font venus rendre
leurs devoirs au Pere & au Fils avec
tous les fentimens finceres d'eftime &
d'affection que doit s'attirer un merite
hereditaire.
La Maifon de Fortia eft ancienne &
illuftre , elle defcend de Bernard de For
tia , General des Armées de Dom Pedro
IV. Roy d'Arragon ; ce Prince épousa en
fecondes nôces Sibille de Fortia. Voyez
1. vol.
Mariana
JUIN 1726. 1187
Mariana , Hiftoire d'Espagne , liv. 18.
Zurita nous apprend que cette Reine
eut de grands démêlez avec Dom Juan
& Dom Martin , Infants du premier lit
de Dom Pedro ; & qu'après la mort de
ce Prince elle fut mife en prifon avec
Bernard de Fortia fon frere , d'où ils ne
furent relâchez qu'à la priere du Pape
mais que fes parens & fes domeftiques
furent condamnez à avoir.la tête tran
chée. Il est vrai - ſemblable , ajoûte l'Hiftorien
, que ce fut en cette occafion que
les Fortia fortirent d'Aragon. ( Zurita
Chron. Arrag. anno 1380. )
Les Fortia fe retirerent alors à Montpelier
, d'où ils fe diviferent dans la fuite
en plufieurs branches ; l'une s'établit en
Touraine ; celle-la s'eft tranfplantée à
Paris , où elle fubfifte encore en la perfonne
de M. de Fortia , Confeiller d'E
sat ; elle a eu aufli fes grands Hommes.
Jean de Fortia quitta Montpelier &
vint s'établir à Avignon en 1505. il fut
pere de Marc de Fortia , Seigneur de
Caderouffe , qui laiffa trois garçons de
deux differens lits , & qui ont fait les
trois branches d'Urban , de Montreal &
de Pilles .
Gilles de Fortia , Chef de la premiere
branche , fut Capitaine de Galere , Chevalier
des Ordres du Roy & Gentilhom-
E iiij
J. vol. me
1188 MERCURE DE FRANCE.
་
me de faChambre . Loüis , fon petit - fils ,
fut Briga er des Armées du Roy & Gouverneur
de Montlouis.
Paul de Fortia de la branche de Montreal
, s'acquit une gloire immortelle en
1638. au co.nbat des Galeres de France
contre celles d'Efpagne , il prit la Capitane
d'Espagne.
Paul de Fortia I. du nom , fut Chef de
la branche de Pilles , il nâquit à Carpentras
; il fut Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance fous Henry III. en 1932 .
Mestre de Camp de la Cavalerie Legere
& Etrangere en France fous Henry IV.
en 1591. Gentilhomme Ordinaire de fa
Chambre en 1595. Le Duc de Savoye
ayant rendu la Ville & Citadelle de
Berre en Provence , le Roy lui en donna
le Gouvernement en 1596. & le fit
Chevalier de fon Ordre. En 1598. les
Florentins ayant évacué le Château d'If
& les autres lles de Marſeille. Le Roy
le pourvut de ce Gouvernement ; le Roy
écrivant cette même année au Marquis
de Rofni , fon premier Miniftre , lui
dit M. de Pilles m'a bien fervi , je
connois fon ardeur & fa fidelité ; je voudrois
en avoir dans mon Royaume plu
fieurs femblables à lui. En 1608. le Roy
le fic Confeiller d'Etat d'Epée ; il mourut
en 162 1. & laiffa fix enfans , dont
I. val
l'aîné
JUIN. 1726.
1189
Taîné fut Paul II. élevé auprès de Louis
XIII. en qualité d'Enfant d'Honneur.
A l'âge d'onze ans il eut la furvivance
de tous les Gouvernemens de fon
pere. En 1614. il fut fait Capitaine de
Galere , & fix ans après Meftre de
Camp de la Cavalerie Legere , & Etrangere
en France . En 1635. il fut Cololonel
d'un Regiment d'Infanterie qui porta
fon nom . Louis XIII . s'entretenant un
jour avec fes Confidens : Vous ne me dites
rien de de Pilles , leur dit- il , qui
vant bien autant que ceux que vous ve
nez de nommer ; c'est l'un des plus braves
hommes de mon Royaume ; je le connois
car je l'ai nourri , je l'aime infiniment.
Il fe diftingua en plufieurs occaſions , &
furtout aux Sieges de Montauban , & de
La Rochelle.
Pendant le Siege de Montauban , le
Roi fut averti que le pere de de Pilles
étoit à l'extrêmité ; le Roi fit chercher
de Pilles par tout , on le trouva enfeve
li tout vivant fous un tas de terre & de
pierres enlevées par un fourneau qu'on
venoit de faire jouer ; le Roi lui ap
prit l'état où étoit fon pere , & lui or
donna de fe rendre auprès de lui pour
mettre ordre à fes affaires. Quoique de
Pilles fut extrêmement affligé de cette
nouvelle , il fupplia le Roi de lui per-
1. vola E v met
1190 MERCURE DE FRANCE :
mettre de ne quitter l'Armée qu'a
près que S. M. auroit triomphé de cette
Ville rebelle , & il ne fallut pas moins
qu'un ordre abfolu de S. M. pour l'obliger
de partir. Louis XIV. lui témoi
gna la même eftime & la même confiance.
En 1644. il lui donna une penfion de
4000. livres , en 1649. il le fit Maréchal
de Camp , & lui confia l'adminiftration
des affaires de la Province , dans les temps
de trouble . Ce Prince arrivé à Tarafcon en
1660. lui fit l'honneur de le faire fouper
à fa table ; & lorfque le Roi fut arrivé
à Marſeille M. de Pilles lui 2 & que
préfenta les Clefs d'or de la Ville , S. M.
les lui remit fur le champ , & lui dit :
Confervez-les , je ne sçaurois les mettre
en meilleurs mains que les vôtres. Ce
grand homme mourut à Marseille au mois
de Juin 1682. Ses Obfeques furent faites
´à la Cathedrale , où l'on prononça
fon Oraiſon Funebre. On porta enſuite
fon corps par toute la Ville . Le Convoi
étoit compofé de toute la Nobleffe de
Marſeille , & des environs. Tous les
Ordres Seculiers & Reguliers le précedoient
avec quelques Troupes reglées ,
& les Compagnies de Ville. Ces troupes
firent trois décharges , ainfi que tou
tes les Galeres & tous les Vaiffeaux qui
fe trouverent dans le Port ; le cor ps fut
La Vol.
enfim
JUI N. 1726.
enfin porté fur la Galere de M. le Marquis
de Fourville fon fils . Ses proches
parens l'accompagnerent jufqu'au Château
d'If , où il fut inhumé avec beau- ,
coup de ceremonie . On croit devoir rapporter
ici l'Epitaphe qui fut faite à cette
occafion.
Nochers qui fillonnez les mers ,
Ne craignez plus aucun orage ,
Sur l'Empire des eaux il n'eft plus de naufrage,
Parcourez hardiment tout ce vaſte Univers.
Cy git au milieu de cette Ifle ,
Le corps de l'illuftre de Pille ,
Qui par un fort des plus heureux ,
Après avoir pendant la guerre ,
Diffipé long- temps de la terte
Les brouillards les plus tenebreux ,
Va par un doux regard , comme un Aftre pai
ble,
Calmer le courroux dangereux ,
D'un Element bien plus terrible.
Il avoit épousé en 1627. Marguerite
de Covet , fille du Baron de Bormes ,
& de Dame Lucrece de Graffe . I laiffa
une nombreuſe pofterité. Charles , Paul
E vj II .
I. vol.
1192 MERCURE DE FRANCE.
III . Gafpar , Alexandre , Alphonfe , Joſeph
, & Jeanne.
I. Charles Bernard , Baron de Beaunes
, Marquis de Sainte Jalle , & c. fe
fignala en Flandres à l'Armée comman
dée par le Maréchal d'Aumont ; il ne
laiffa qu'une fille , mariée à Jofeph François
de Coriolis , Baron de Limage .
II. Paul III . Marquis de Pilles , & c.
fucceda à Paul II. fon pere au Gouvernement
du Château d'If. Il époufa Ge--
neviève de Vento , fille du Marquis des
Pennes , & de Renée, de Fourbin -Janfon,
foeur du Cardinal de ce noi ,
De ce mariage font iffus Louis - Alphonſe
, pere du jeune Marquis qui donne
lieu à ce Memoire . Touffaint qui a
été Page de Lou's XIV. enfuite Moufquetaire
, actuellement Capitaine de Galere
depuis 1725. Marthe mariée à Jofeph
Hubert de Vintimille , Seigneur
de Saiffous. Anne mariée à N. d'Agout,
Marquis d'Oliéres . Genevieve , mariée
à N. d'u rre , & deux autres filles Religieufes
du S. Sacrement à Marſeille.
III Gafpard , Chevalier de Malthe
appelté le Chevalier d'Aubre , mort en
Afrique à l'Expedition de Gigeri en
1664-
IV. Alexandre , Abbé de Pilles .
V. Alphonfe , Marquis de Fourvil-
1. val.
le,
JUIN. 1726. · 1193
le , fut Officier dans les Gardes Françoiſes
en 1659. Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment des Cravates en
1667. Capitaine d'un des Vaiffeaux de
S. M. en 166 8. d'une Galere en 1669 .
Capitaine Gouverneur- Viguier de Marfeille
en 1682. un des quatre Lieutenans
de Roi en Provence au département d'Aix
en 1693. Chef d'Efcadre des Galeres en
1695. Il cominanda en 1706. les fix
Galeres qui furent envoyées à Naples ,
où il eut l'honneur de recevoir dans fa
Galere Philippe V. Roi d'Eſpagne ; mais
le mauvais temps ayant obligé S. M.
Catholique de relâcher à Antibe pour
prendre le chemin de terre , le Marquis
de Fourville continua fa route avec les
Galeres , arriva à Marfeilie avant le Roi,
vint à fa rencontre , & eut l'honneur
d'entrer à Marseille , à cheval , à côté de
S. M. C. Il mourut en 1710.
VI. Joſeph , reçû Chevalier de Malthe
en 1657. mourut à Meffine Lieutenant
de la Galere du Marquis de Fourville
fon frere.
VII. Jeanne époufa Annibal de Graffe.
Louis-Alphon fe, fils de Paul III. Marquis
de Pilles & de Fourville , & c. a
été Page de Louis XIV. enfuite Moufquetaire
, & Capitaine dans le Regiment
du Roi ; il fut pourvû du Gou-
1. vol.
ver1194
MERCURE DE FRANCE.
1
A
.... vernement du Château d'If en... &
après la mort du Marquis de Fourville
fon oncle , il lui fucceda en la Charge de
Capitaine Gouverneur- Viguier de Marfeille
, auffi bien que dans celle de Lieutenant
de Roi de Provence. Il a rendu
de grands fervices à fa Patrie , furtout
pendant la derniere pefte. S. M. lui
accorda en 1722. une gratification confiderable
, & la furvivance de fa Charge
pour fon fils ; il a eu de fon mariage
avec Elifabeth de Flotte , Touffaint-Alphonfe
, né le 14. de Juillet 1714. qui
fait le fujet de ce Memoire , & qui eft
le quatrième de fa Maifon qui ait été
Capitaine - Gouverneur -Viguier de Marfeille
.
Fortia porte d'azur à une Tour ronde
d'argent , crenelée de quatre pieces d'or ,
maçonnée de fable , & portée ſur un tertre
de finople
.
TTT
K. veli
ELE
JUIN. 1726. 1195
લેખ kakakakakakak
ELEGIE qui a remporté un des Prix des
Jeux Floraux de Toulouze , au mois
de May dernier.
A
Par M. Dulard de Marfeille.
Infi fon lâche coeur , au mépris de fa foi ,
Soupire pour une autre , & ne vit plus pour
moi:
Ainfi de mon amour , cet amour fi fincere ,
Une noire inconſtance eſt l'indigne ſalaire ;
Et pour comble à mes maux , quand l'ingrat pe
changer ,
En de nouveaux liens je ne puis m'engager.
Dieux ! quelle eft la rigueur du deftin qui m'acable
!
Des caprices d'amour , victime déplorable ,
Quelle fatalité , par une injufte loi ,
Veut que j'éprouve , helas ! un manquement de
.foi ,
Et défend à mon coeur trop tendre &
dele ,
trop from
De former à fon tour une chaîne nouvelle
Mais que dis - je hé , pourquoi m'obſtiner dans
mes fers ?
Brifons - les. De Daphnis les voeux me font of
ferts ::
Io vol. Ecou1196
MERCURE DE FRANCE:
Ecoutons fon ardeur ; & dans mon inconſtan
ce ,
En fervant nos plaifirs , fervons notre vengeance
.
Oublions l'infidele . Aimons aimons Daph
nis ;
>
Et portons mon amour plus loin fes mépris.
que
Qu'à jamais ..... Cependant fi l'ingrat qui
m'outrage ,
De fon coeur fugitif me rapportoit l'hommage
!
Si , fenfible & touché d'un repentir heureux,
Ce coeur , fi cher encor , brifoit les nouveaux
noeuds !
Efperance frivole ! Illufion flateuſe !
Ta fatale beauté , Rivale dangereuſe ,
Ne le tiendra que trop affervi fous ta lof;
Et l'ingrat pour moi feule aura manqué de
foi.
Si cheri de mon coeur , tant qu'il me fut fi
dele ,
Lieu champêtre , oùfans ceffe un doux panchant
m'appelle ,
Bois épais , verds gazons , témoins de fes fermens
,
Ruiffeaux qui parcourez ces vallens fi charmans
,
L... vol.
Toi,
JUIN 1726. 1197
Toi , naître malheureux , où jufqu'alors paifible,
Je le vis , & foudain ceffai d'être infenfible ;
→ Non vous ne verrez point le trop aimable
Iphis ,
Brûler des premiers feux dont fon coeur fur
épris
Vous ne le verrez point comme jadis fidele ,
Démentant mes frayeurs fur une ardeur nouvelle
,
Me promettre de vivre à jamais fous ma loi ,
Et donner fon amour pour garand de fa foi.
Plus d'espoir de retour. Amante infortunée ,
A quel nouveau malheur es - tu donc condamnée
?
Quoi ! N'eft - ce pas affez d'avoir perdu fon
coeur ?
Faut - il encor , faut - il perdre un eſpoir fla-
Et
teur ?
pour
nefte ,
comble aux horreurs de mon deftin fu-
Voir difparoître , kelas ! le feul bien qui me
refte ,
..... Des pleurs s'échapent de
Le feul qui peut ...
mes yeux.
Je fuccombe à mes maux. Cruel , vien dans
ces lieux.
Dut ton coeur inhumain m'en haïr davantage
,
Ia vola
Vien
1198 MERCURE DE FRANCE.
Vien , & dans mes tourmens reconnois ton
ouvrage.
Tu ne me verras point , dans mes tranſports
jaloux ,
Déployer à tes yeux , fureur , haine , courroux .
Non. Ma feule douleur punira ton offenfe ,
Les pleurs que je répands t'en donnent l'affe
rance ;
Et , barbare , malgré ton infidelité ,
Mon coeurfera toujours plus tendre qu'irrité .
Plus tendre qu'irrité ! Dieux , quelle eft ma foibleffe
!
Ah , lâche ! & pour qui donc cet excès de tendreffe
?
Pour un parjure Amant qui me fuit fans retour
,
Qui voit d'un oeil glacé le plus ardent amour ,
Et qui , d'un fort affreux me faiſant la vic
time ,
Ofe , injuſte & cruel , me punir de fon crime.
Mais ce n'eft point affez. Il brave ma douleur .
Il infulte à des maux dont il eſt ſeul l'Auteur
;
Et quand de fon image en tous lieux obfedéo,
Je ne puis , ni ne veux fouffrir une autre idée :
Plein de l'objet nouveau dont fon coeur eft
frappé ,
I. vol.
De
JUI N. 1199 1726.
De fon bonheur prefent feulement occupé ,
Il ne s'informe point , il ne fonge pas même ,
Si , tendre ou fans amour , je le hais , ou je
l'aime.
Ah ! traître , c'en eft rrop. Venez , dépit ven
geur ;
Venez , fierté , raiſon . Eteignez mon ardeur.
J'aibrûlé trop long - temps d'une honteufe fa
me ,
Rendez la liberté , le repos à mon ame ;
Et rentrant dans ce coeur dont j'oſai vous ban
nir ,
Qu'il perde de l'ingrat juſques au ſouvenir.
Que dis je ? Vain projet ! Aveuglement e
trême !
Ah ! dans mes fentimens je m'ignore moi- même.
Je ne veux plus aimer , & toujours dans mon
coeur ,
L'amour , le tendre amour vit & regne сп
y vainqueur
J'appelle à mon fecours l'heureuſe indifference,'
D'un fatal afcendant je combats la puiffance !
Inutiles efforts ! que produifent mes foins?
Helas ! cet afcendant ne triomphe pas moins ;
Et voulant m'oppofer au panchant qui m'eng
traîne ,
1. vol. J'ap
1200 MERCURE DE FRANCE.
J'appefantis encor , je refferre ma chaîne.
Hé bien je n'ai que trop combattu contre
moi.
Je ne refifte plus . Je cede , & fous ma loi ,
Ne duffai-je jamais ramener le volage :
Puifque du fort cruel ma conftance eſt l'ouvrage
,
Et qu'en l'aimant je fuis le panchant de mon
coeur ,
Aimons-le , & s'il fe peut , redoublons mon ardeur.
I
Solamenque mali,
Ea fola voluptas ,
Virg. Æneid. lib. 3.
Nous nous acquittons de notre pro
meffe ; des trois Differtations lûës à l'ouverture
de la derniere Affemblée publi
que de l'Académie des Belles -Lettres
Voici les Extraits de deux . Il ne tien
dra pas à nos foins que nous ne parlions
de celle de l'Abbé Sevin fur la
vie & les Ouvrages d'Evhemere. Com
me les deux Eloges funebres lûs: par
M. de Boze , ne font gueres fufcepti
bles d'Extraits , nous n'en ra parterons
I. vol. rien.
JUI N. 1726.
1201
rien. M. l'Abbé Bignon qui préfidoit à
cette Affemblée , donna à ces Difcours
les éloges qui leur étoient dûs , ainſi
qu'aux Ouvrages dont on va parler .
aaaaaaaaaaaaaaak
L
EXTRAIT d'une Differtation
fur l'Elegie.
' Abbé Souchay , Auteur de cette Dif
fertation , fe propofa de rechercher
d'abordl'origine de l'Elegie , & d'en établir
enfuite le caractere.
Après avoir rapporté les differentes
Etymologies que les Grammairiens donnent
de l'Elegie , il fe fixe à celle de Didyme
, quidérive ce terme de deux mots
grecs qui fignifient, dire helas , & prétend
que l'Elegie fut ainfi nommée , parce
qu'elle étoit remplie de l'exclamation
lugubre EE fi familiere aux Poëtes Tragiques
Grecs , & qui échape fi naturellement
aux perfonnes affligées .
Il définit enfuite l'Elegie , un air triſte ,
& qui fe chante fur la flute ; & cette
circonftance qu'il prouve par les Regiftres
des Jeux Pythiens , le détermine à
croire que l'Elegie eft auffi ancienne, que
les plaintes ufitées aux funerailles dans
tous les temps , & chez tous les Peu
S. I. vol.
.ples
4202 MERCURE DE FRANCE.
ples de la terre. L'Auteur appuye for
opinion fur la conformité qu'il y aentre
ces plaintes & l'Elegie. Il y trouve
la même définition , le même caractere ,
le même inftrument , & le même ufage.
Puis il cherche de quelle maniere on fit
un art de ces plaintes dont il donne des
exemples , puis de l'écriture , & ajoûte :
que bien qu'elles appartiennent de droit
Elegie , il n'oferoit décider qu'elles
en euffent la forme telle qu'on la voit
dans Mimnerme , & dans ceux qui l'ont
fuivi. Il croit pourtant que c'eft Mimnerme
qui perfectionna le Vers Elegiaque
, en le rendant plus doux & plus
harmonieux , & que c'eft pour cela qu'il
a paffé pour en être l'inventeur. La premiere
partie eft terminée par une Criti
que des Modernes , qui , quelques fujets
qu'ils ayent traité , lui ont donné le
titre d'Elegie , comme fi la forme fuffifoit
toute feule pour caracterifer un Poë
me fans la matiere qui lui eft propre ,
ou que ce fût la nature des Vers , & non
pas celle de l'imitation qui fit & diftinguât
les Poëtes.
Pour ce qui eft de la feconde partie
il femble que l'Auteur faffe confifter le
caractere de l'Elegie dans une efpece de
defordre , qui reprefente feul la fituation
des perfonnes qui font accablées de dou-
I. vol.
leur,
JUAN. 1726. 1203
leur , ou tranfportées de joye , car voilà
proprement les paffions que peint l'Ele
gie ; & c'eft pour cela que le même Auteur
veut que les penfées en foient vives
& naturelles , les expreffions fimples
& faciles , les fentimens tendres &
delicats . Il appuye toutes ces reflexions
d'exemples , en bien & en mal , pris des
Latins , des Italiens , & de nos Fiançois,
*****
tee
DISSERTATION fur le Sault de Leu
cade , lûë dans l'Académie Royale des
Belles - Lettres le 30. Avril 1726. Par
M. Hardion .
2
> eft 'Objet de cette Differtation
Led'éclaircir une matiere qui n'avoit
été traitée jufqu'ici que très- imparfaite
ment , & fur laquelle on n'avoit pas eu
des idées bien juftes. Le Sault de Leucade
confiftoit à fe précipiter dans la mer
du haut d'une montagne , ou Promontoire
de l'Ile- Leucade. On attribuoit à cé Sault
la vertu de guerir l'amour , on entreprenoit
de fang froid le voyage de l'Ifle-
Leucadé , on fe préparoit par des facrifi
ces & par des offrandes à fe précipiter
& l'on s'y engageoit par un voeu qu'on
I. vol.
faifoit
I 204 MERCURE DE FRANCE.
faifoit dans un Temple d'Apollon , qui
étoit bâti fur le haut du Promontoire ;
ces circonftances établiffent la difference
qu'il y avoit entre la refolution qu'on
prenoit d'aller à Leucade , pour y chercher
une guérifon certaine contre l'amour
, & ces mouvemens de défeſpoir ,
qui portent des Amans malheureux à ſe
donner la mort pour mettre fin à leurs
peines .
M. Hardion décrit la fituation de l'Iſle
& du Promontoire de Leucade : il paſſe
enfuite à l'origine de la fuperftition , qui
faifoit regarder le Sault de Leucade comme
un remede affuré contre l'amour , il
parcourt les divers exemples d'hommes
& de femmes qui ont eu le courage de
recourir à ce dangereux remede ; il obferve
que de tout ce qu'on trouve de femmes
dans l'Hiftoire qui ont fait le Sault de
Leucade , il n'y en a aucune qui n'y ait
perdu la vie , & que plufieurs hommes
s'en font fauvez ; il ne doute pas que la
Phyfique ne puiffe fournir des raifons
de la guérifon des uns & de la mort des
autres , & il fait voir qu'on ne peut contefter
la verité des faits . Il ne feroit
pas
poffible d'entrer ici dans le détail de tous
ces faits que M. Hardion a accompagnez
des Obfervations critiques que le fujet
lui a fournies , pour ne rien laiffer à de-
1. vol.
firer,
JUIN. 1726. 1205
firer , autant qu'il étoit poffible , fur un
fujet dont l'éclairciffement ne lui a pas
paru inutile pour l'intelligence de plufieurs
paffages d'anciens Ecrivains.
Dans le fecond Volume de ce mois on
trouvera les Extraits des Differtations lûës
à l'Académie Royale des Sciences.
On doit expliquer les Enigmes du
mois dernier par les Yeux , l'Ecuelle , la
Femme.
ENIG ME. Par M. F. A.
Ous fommes deux qui ne faifons qu'un
Tout ; Nous
On nous employe à maint uſage ,
Utile dans les Arts & dans le Jardinage.
Sans nous , le plus fouvent , d'un difficile Ou
vrage ,
On ne viendroit jamais à bout :
Quand on s'eft fait une bleſſure ,
On emprunte notre fecours D
Et lorfque de fa tête on cherit la parure ,
Six fois au mo ns par an à nous on a recours :
1. vol. F Une
1206 MERCURE DE FRANCE.
1
Une Déefle impitoyable ,
Nous tient fans ceffe dans fes doigts ,
Et par nous , à fon gré , d'un coup inévitable ,
Décidé du deftin des Bergers & des Rois .
DEUXIEME ENİG ME.
Ous une figure polie ,
Voyez quelle eft ma trahiſon !
Souvent je pique au viftel qui fait la folic
De me tenir hors de priſon :
Cependant aux humains je fuis fi favorable ,
Que de mes quatre bouts , en me tenant par deux,
Je m'étale , m'agite & je deviens traitable ;
Tu fais enfin de moi , Lecteur , ce que tu veux.
**********: 菜菜
NOUVELLES
*******
LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ELATION des Etats de Fez & de
R Maroc , écrite par un Anglois qui y
été long-temps Efclave , & traduite de
l'Anglois ; publié par M. Simon Ockley,
Profeffeur en Langue Arabe dans l'Univerfité
de Cambridge , vol . in 12. A
I. vol.
Paris ,
JUIN. 1726. 1207:
Paris , chez Piffot , Quay des Auguftins,
è la Croix d'Or , 1726 .
Ce n'est pas une petite recommandation
pour cet Ouvrage , qu'il ait paru
digne à M. Ockley , d'occuper fon
loifir , & qu'il ait bien voulu en être
l'Editeur. Ce fçavant Profeffeur , fi
verfé dans l'Erudition Orientale , & en
particulier dans la connoiffance de tout
ce qui concerne la Barbarie , nous affure
qu'il a trouvé cette Relation très - fincere,
& digne d'être donnée au Public , après
en avoir lû le Manufcrit avec attention
& conferé ce que l'Auteur , témoin oculaire
, rapporte des coûtumes des Peuples
de Barbarie & fur divers autres articles ,
avec ce qu'il en avoit déja lû dans d'autres
Auteurs eftimez.
Le ftile de celui qui parle dans cette
Relation eft , au jugement du même M.
Ockley , fimple & fans affectation : s'il
n'a pas, dit- il, étudié l'Eloquence , il fait
voir du moins qu'il a eu quelque éducation
, & il décrit fi naturellement dans
fon dernier Chapitre , les miferes des
Chrétiens Captifs en Barbarie , qu'il a
lui-même reffenties , qu'il fait paffer julqu'aux
autres , d'une maniere inimitable ,
à la plus fine Rhetorique , cette tendre
compaffion dont fon coeur eft penetré
pour les freres ; tant il eft vrai que
I. vol.
PArt
Fijn'ar-
7
1208 MERCURE DE FRANCE.
n'arrive jamais au pathetique de la Nature
; tant il y a de difference entre un
homme qui plaide fa propre cauſe , &
celui qui plaide pour un autre. Sans citer
fur ce fujet les plaintes de Job & les Lamentations
de Jeremie , Quintilien n'a
jamais rien écrit de fi touchant que le
commencement de fon fixiéme Livre ;
où il déplore la perte de ce qu'il avoit de
plus cher au monde , c'eſt - à - dire de fa
femme & de les enfans .
:
Le fçavant Editeur fait à cette occafion
une remarque fur l'état des Juifs , pendant
la Captivité de Babilone , lefquels
outre l'affliction de fe voir tranfplantez
de Judée en Affyrie , étoient très rudement
traitez par les vainqueurs à quoi
il ajoûte cette obfervation que les Coûtu
mes qui font actuellement en ufage chez
les Mahometans & leur Langue même ,'
font le meilleur Commentaire qu'on ait
de l'Ancien Teftaments obfervation qu'il
finit ainfi : « Si l'on eft curieux de voir
» Abraham dans fa tente qui régale
» fes amis , ou Saül fur fon Trône , la
» Javeline à la main , on n'a qu'à faire
» le voyage du Levant , on les y trou-
>> vera encore. En effet la plupart des Peuples
du Levant font précisément tels
qu'ils étoient il y a 3000 , ans.
,
Le Lecteur eft ici averti qu'il ne doit
I. vol.
i pas
JUIN. 1726. 1209
pas juger de tous les Mahometans en
general , par ce que l'Auteur de la Relation
dit des Mores en particulier. Il eft
vrai , dit M. Ockley , qu'ils ont tous la
même Religion ; mais leur temperament,
leur génie & leur éducation , font infiment
au-deffous de ce qu'on remarque
dans ces Afiatiques fi polis , parmi lefquels
les Perfans ont , fans contredit , la
préference : fur quoi il nous fait efperer
qu'il donnera lui - même quelque jour
au Public une Relation de ce Pays- là , &
en attendant il lui offre celle- cy , qu'il
affure avoir fon mérite , bien perfuadé que
tout ce qui peut donner connoiffance des
Pays qui s'étendent depuis le Cap Spartel
jufqu'au Gange , eft utile & inte-
-reffant.
Il eſt à fouhaiter que M. Ockley puiffe
s'acquitter bien-tôt de fon engagement ;
nous fommes perfuadez que la Relation
qu'il prépare fera auffi bien reçûë des
Curieux , que celle du Sud- Ouest de
la Barbarie , qu'il fit imprimer à Cambridge
en l'année 1713. dans laquelle
l'Auteur rapporte plufieurs Lettres du
Roy de Maroc , & prie là -deffus tous
ceux qui auront de femblables Lettres
Arabes de les lui communiquer , convaincu
que ces fortes de Lettres qui reprefentent
le genie & la maniere de s'expri-
4. vol. Fiij mer
1210 MERCURE DE FRANCE.
mer des Orientaux , font très - propres à
nous faire bien entendre plufieurs endroits
de l'Ecriture Sainte .
Notre Profeffeur réitere ici la même
priere , en ajoûtant à la Relation de l'Efclave
Anglois , une Lettre de Mouley-
Ifmael , Roy de Maroc , au Colonel
Anglois Kirk , & une autre Lettre du
même Prince au Capitaine Cloudefly- Shovel
, avec la Réponse de ce Capitaine.
»Jeſçai, dit - il, qu'il y aura des gens qui
» me railleront de l'ufage que je veux fai-
» re de pareilles Lettres, & qui ne concevront
pas que je puiffe trouver l'expli-
» cation d'un Paffage de l'Ecriture- Sainte
» dans une Lettre écrite pour des affaires
» ordinaires. Ils n'ont pas lû , fans doute ,
>>ce que rapporte un fameux Commen-
» tateur Juif de l'Ecriture , que les plus
fçavans Rabins ignoroient la fignificantion
du mot Hebreu Beefom , dans un
» Chapitre d'Haïe , & qu'ils l'apprirent
» par hazard d'une Servante Arabe , qui
»fe fervit de ce mot pour exprimer un
» Balai , ce terme autrefois commun à la
» Langue Hébraïque & à la Langue Arabe,
»s'étant perdu dans la premiere , & con-
» fervé dans la derniere .
Nous n'entrerons point dans le détail
de cette Relation , que nous croyons d'autant
plus propre à amufer agréablement
11. vol. des
JUIN. 1726. 1211
des Lecteurs intelligens , qu'elle inftruit
de plufieurs particularitez curieufes qu'on
attendroit vainement d'un Ecrivain plus
habile que celui qui l'a compofée. Nous
devons auffi fçavoir bon gré à l'Auteur
François qui vient de nous la donner en
notre Langue : il feroit à fouhaiter que
tous les bons Livres Anglois euffent le
même fort.
1
Theodore le Gras , Libraire au'Palais,
à l'enfeigne de l'L couronnée , vient de
donner au Public un Livre intitulé , les
·Vies de plufieurs Hommes illuftres , &
grands Capitaines de France , depuis le
commencement de la Monarchie jufqu'à
prefent ; Quurage enrichi de Portraits gravez
en Taille- douce . Quelques Vies de
nos Grands Hommes ont déja été écrites
chacune en particulier ; mais il femble
que c'eft plutôt l'Hiftoire des Rois fous
lefquels ils ont fervi , que leur Hiftoire
-particuliere. Le Recueil qu'on vient d'imprimer
a cela de nouveau , qu'il ne regarde
que les Heros mêmes , leurs Exploits
, leurs paroles & leurs traits de
fageffe , que l'on a tirez de Memoires
particuliers on y verra même les Vies
de nos derniers Heros , lefquelles n'ont
jamais été écrites , comme celle du Maréchal
de Grammont , du Duc de Ven-
1. vol.
Finj dôme ,
1212 MERCURE DE FRANCE.
dôme , du Maréchal de Luxembourg , &
du Maréchal de Catinat , dont les Cam
pagnes font très - curieuſes , fur tout des
trois derniers , & contiennent pluſieurs
grands éveneméns du Regne de Louis
le Grand , fous lequel ils ont vécu , &
dont ils ont fait redouter la puiffance à
fes ennemis. Cet Ouvrage eft divisé en
deux vol . in 12. Le premier de 680 .
pages , le fecond de 562. parfaitement
bien imprimé , & fur de beau papier.
Comme on n'a point mis d'Errata , à
caufe , fans doute , du petit nombre de
fautes d'impreffion , nous croyons devoir
avertir que dans l'Article du Maréchal
Duc de Montmorency , T. I. p . 447.:&
448.on trouve le Comte de Charlais , pour
le Comte de Charlus. Ce Seigneur qui
demanda de la part du Roy à M.de Montmorency
l'Ordre du S. Efprit & le Bâton
de Maréchal de France , étoit de la
Maifon de Levi , & Capitaine des Gardes
du Corps , ce qu'on a obmis de marquer
dans la même page 448. On lit
dans une Note , qu'on fit mourir le Duc
de M. dans la premiere Caur du Palais ,
il falloit dire de l'Hôtel de Ville .
1. vol. DISJUIN.
1726. 1213
DISSERTATIONS Hiftoriques &
Dogmatiques fur les Liturgies de toutes
les Eglifes du Monde Chrétien , où l'on
voit ces Liturgies , le temps auquel elles
ont été écrites , comme elles fe font répanduës
& confervées dans tous les
Patriarchats ; leur uniformité dans tout
ce qu'il y a d'effentiel an Sacrifice
& cette uniformité abandonnée par les
Sectaires du XVI. fiecle. Par le Pere
PIERRE LE BRUN , Prêtre de l'Oratoire.
A PARIS , chez la Veuve de FLORENTIN
DELAULNE , ruë Saint
Jacques , à l'Empereur , 1726.
Près que le Pere le Brun eut don-
A né en 17 16. l'Explication litterale,
Hiftorique & Dogmatique des Prieres &
des Ceremonies de la Meffe , il conçut le
deffein d'expofer de quelle maniere on a
celebré les faints Myfteres depuis les
premiers fiecles dans toutes les Eglifes
du Monde Chrétien ; & il l'a fait en
quinze Differtations qui forment trois volumes
in 8°. Il traite d'aboid des Liturgies
des quatre premiers fiecles. On
marque le temps auquel elles ont été
écrites : on expofe ce qui fe trouve dans
les Auteurs des quatre premiers fiecles
Fy les
I. vol...
1214 MERCURE DE FRANCE:
pour chaque partie de la Meffe ; & l'on
voit comment ces Liturgies fe font répandues
& confervées dans tous les Patriarchats
, en commençant par celui de
Rome , qui eft le premier , dans lequel
on trouve quatre Liturgies principales ;
celle de Rome & de la plus grande par
tie de l'Italie , celle de Milan , attribuée
à Saint Ambroife ; l'ancienne Gallicane
, qui a été en ufage jufqu'à Charle
magne ; & celle des Eglifes d'Espagne ,
nommée Mozarabe. Ces quatre Liturgies
font le fujet des quatre Differtations fuivantes.
Dans la fuite l'Auteur vient aux Liturgies
du Patriarchat de Conftantinople ,
qui ont été fuivies par un grand nombre
de Chrétiens Orientaux , & enfuite
par les Ruffiens ou Mofcovites , dont on
marque les ufages depuis qu'ils ont été
Chrétiens. On paffe aux autres Patriar
chats , où l'on voit les Liturgies des
Cophtes, des Ethiopiens ou Abiffins , des
Syriens Orthodoxes & Jacobites & des
Maronites.
On s'étend davantage fur les ufages &
fur la Liturgie des Arméniens , parce
qu'elle n'étoit point connue en France ;
& en donnant les Liturgies des Neftoriens
qui fe font extrêmement répandus
dans l'Orient jufqu'à la Chine , & qui
1.vol
.
fe
JUIN. 1726. 3215
fe font maintenus dans le Malabar , on
a fait une Hiftoire fort recherchée de
leur origine , de leur progrès & de leur
décadence .
Les Liturgies de tous ces Peuples font
fuivies de la douzième Differtation qui
fait voir leur uniformité dans tout ce qu'il
y a d'effentiel au Sacrifice , & l'on n'a
pas manqué de faire obferver que le confentement
univerfel de toutes les Nations
Chrétiennes touchant la prefence réelle
de Jeſus - Chrift dans l'Euchariftie , ſe
trouve confirmé par des Miracles autentiques
, & en dernier lieu par celui qui
eft arrivé au Fauxbourg S. Antoine de
Paris. C'est là ce que renferment les
deux premiers volumes des Differtations.
Le dernier contient les nouvelles Liturgies
du XVI . fiecle , celles de Luther,
des Zuingliens , des Calviniftes , des Anglicans
& des autres Proteftans , jufqu'à
la derniere imprimée à Neufchatel en
1713. où l'on voit toûjours l'uniformité
abandonnée dans l'effentiel du Sacrifice.
Il y a dans le même volume deux au-.
tres Differtations ; l'une , en quelles Langues
on a celebré par tout la Liturgie ,
où l'on voit que toutes les Nations Pant
confervée dans l'ancienne Langue , quoique
le Peuple ne l'entende plus ; &
l'autre , que la récitation fecrete & h-
I. vol. F vj
le n
1216 MERCURE DE FRANCE .
lentieufe du Canon qui eft prefcrite
dans nos Miffels , & que nous avons pris
de l'Eglife de Rome fous Charlemagne ,
remonte jufqu'aux premiers fiecles.
DISSERTATION THEOLOGIQUE fur la
celebre difpute entre le Pape S. Etienne
& S. Cyprien Evêque de Carthage , où
l'on explique le veritable fentiment de
S. Auguftin fur la même difpute. A Paris
, che la Veuve Mazieres & Jean-
Baptifte Garnier , ruë S. Jacques , à la
Providence , volume in 12. 1725 .
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties.
Dans la premiere l'Auteur établit
ces deux Propofitions : 1. Que du temps
de S. Cyprien la queftion du Baptême
n'avoit point encore été décidée , ni dans
un Concile general , ni dans un particu
lier , au Tribunal du Souverain Pontife.
2°. Qu'il eft très- probable , que fi cette
queſtion eût alors été décidée à l'un ou à
l'autre de ces deux Tribunaux , ce faint.
Martyr n'eût point hélité de s'y foumettre.
L'Auteur appuïe fon fentiment fur
le témoignage de S. Auguſtin.
>
Dans la feconde partie cet Auteur prétend,
que quand on fuppoferoit même que
la Lettre du Pape S Etienne à S. Cyprien,
fut un veritable Decret , jamais S. Auguſtin
n'a approuvé S. Cyprien de ne s'y
2. vol.
être
JUI N. 1217
•
1726.
être pas foumis , ni crû que le Concile
Oecumenique fuft l'unique Tribunal à
l'autorité duquel il fuft obligé de fe foumettre.
Il répond enfuite à toutes les
objections que l'on a coûtume de tirer
de S. Auguftin pour prouver le contraire
, & il a foin de les expofer dans
tout leur jour.
Dans la troifiéme Partie il affure que
bien loin que S. Auguftin fift confifter le
mérite de S. Cyprien dans la maniere dont
il s'eft comporté à l'égard du Pape faint
Etienne dans le differend du Baptême ,
il l'eût blâmée au contraire , s'il en eût
été queftion , & fi par un fage ménagement
il n'eût crû devoir s'impofer le filence
fur cette difpute , pour ne rien
dire qui pût alterer la réputation d'un
Saint fi recommandable d'ailleurs par fes
vertus.
Dans la quatriéme Partie , il établit des
regles pour juger fainement des maximes
que S. Cyprien établit dans quelques - uns
de fes Ecrits fur la Hierarchie de l'Eglife ,
& il conclud fon Ouvrage en détruifant
les trois principes fur lefquels l'Auteur
du témoignage de la verité fonde tout
fon fyftême de la puiffance Ecclefiaftique ;
le premier, de l'unité & de Pindivifibilité
de la Chaire ; te fecond , de la folidité
que S. Cyprien femble donner aux Evê-
1. val. ques
1218 MERCURE DE FRANCE.
·
ques fur le tout , outre la portion du
Troupeau qui leur appartient à chacun
en particulier ; la troiliéme , de l'égalité
entre les Apôtres & entre les Succeffeurs
des Apôtres.
à
LA MANIERE D'ENSEIGNER & d'Etudier
les Belles - Lettres , par rapport
l'efprit & au coeur. Par M. Rollin , ancien
Recteur de l'Univerfité , Profeſſeur
d'Eloquence au College Royal , & Affor
cié à l'Académie Royale des Infcriptions
Belles - Lettres . A Paris , rue S. Jacques
, chez Etienne . 1726. vol , in 12. dẹ
près de 1100. pages.
VERITEZ ET PRATIQUES CHRETIEN
NES , avec des Exemples & des Reflexions.
vol. in 12. de 35 1. pages . A Paris
, Quay des Auguftins , chez Rollin .
PRIERE A JESUS - CHRIST , en Vers , & c .
avec des Reflexions fur les principales
veritez Chrétiennes contenues dans ce
Poëme. Par M. l'Abbé de Villiers . A
Paris , rue S. Jacques , chez Colombat,
1725. in 12. de 407. pages.
SECONDE LETTRE d'un Profeffeur de
l'Univerfité de Paris , à Monfieur ***
fur le Pline du R. P. Hardouin , brochure
1. vol.
in
JUIN. 1726. 1219
in 4°. & in 12 , A Paris , chez Chaus
ber , 1726.
NOUVEAU THEATRE de la Grande Brétagne
, deffiné ſur les lieux & gravé ſur
planches. En 4. vol. grand in fol . de
12. pouces de large , fur 21. de haut.
A Londres , chez J. Smith , dans le
Strand , 1726.
L
HISTORIA de gli Anni fanti, &c. c'est
à-dire , Hiftoire des Années Saintes &
de leur inſtitution folemnelle , jufqu'en
la prefente année 1725. fous N. T. S.P.
Benoît XIII. aujourd'hui Souverain Pontife
. Par le R. P. Thomas - Marie Alfani ,
de l'Ordre des FF, Prêcheurs , Theologien
de S. M. Imperiale. A Naples , chez
Gennaro Muzio , in 8. de $ 92 . pages.
L'AGRICULTURE & le Jardinage des
Anciens , recueillis des Ouvrages de
Varron , de Caton , de Columelle , de
Virgile, & autres , tant Grees que Latins.
Par M. Bradlay , Profeffeur en
Botanique dans l'Univerfité de Cambridge.
A Londres , in 8. de 373. pages ,
avec figures.
DISSERTATION fur le droit qu'ont les
Compagnies de Commerce des Provin-
1. vol.
ces
1220 MERCURE DE FRANCE .
ces Unies , d'empêcher les Habitans des
Pays - Bas Espagnols , à prefent Autrichiens
, de naviger & de faire le Commerce
dans les Indes Orientales . A
Amfterdam , chez Rodolphe & Gerard
Wefteins. 1724. in 4° . de 24. pages.
Cet Ouvrage eft en latin.
,
DEFFENSES du Droit qu'ont les Habitans
des Pays- Bas Autrichiens de naviger
& faire le Commerce dans les Indes
& en Afrique , fuivant le Privilege.
qui leur en a été accordé par l'Empereur.
A Leipfic , 1724. in 4. de 132.
pages. Cet Ouvrage eft auffi en latin.
La Vie d'Olivier Cromwel , Lord ,
Protecteur de la République d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , recueillie
des meilleurs Auteurs , & de plufieurs
excellens Manufcrits , traduite de l'Anglois.
Ala Haye , chez Jacob de Jongh.
1725. in octavo.
LIVRES que Cavelier , ruë S. Jacques,
a nouvellement reçûs des Pays
Etrangers.
Heineccii Jo. Got ) ad Legem Juliam
& Papiam Poppapiam Commentarius,
quo multa Juris Auctorumque ve-
1. vol.
te rum
JUI N. 1726.
1221
terum loca explicantur. in 4.
Amft.
1726
.
BIBLIOTHEQUE
Ancienne & Moderne
, par J. le Clerc , Tome 24. pour
l'Année 1725. in 12. Amſt.
BIBLIOTHEQUE
Germanique pour l'Année
1725. Tome 1o . in 8. Amft.
LETTRES & Negociations entre M.
Jean de Wit , Penfionnaire & Garde des
Sceaux de Hollande , aux Cours de France,
d'Angleterre , de Suede , de Pologne
, & c. depuis 1652. jufqu'en 1669 .
5. vol . in 12. Amft. 1725 .
D. Auguftinus , D. Thomæ fecundis
curis conciliatu sin Quæftione de gratiâ
Primi Hominis , & Angelorum
ftudio ,
Jo. Hia , Serry Ord. Præd. Sec. Editio
priori multo auctior , in 12. Patavii ,
1724 .
Morgagni ( Jo. Bap. ) adverfaria Anatomica
omnia , 6. vol. in 4. fig. Patavii
, 1719.
Ejufd. in Cor. Celfum & Samonicum
Epiftolæ , in 4. Haga , 1724.
Conringii ( Hermanni ) introductio
in univerfam Medicinam , fingulafque
ejus partes cum Præfatione Frid. Haffmanni
, in 4. Hala , 1726..
Juncker (Jo. ) Confpectus Theropia
Generalis cum Notis Tabulis XX . Me-
I. vol.
thodo
1..
1222 MERCURE DE FRANCE .
thodo Statiliana confcriptus , in 4. Hala
Magd. 1725.
Ruifch ( Fred . ) de Mufculo in fundo
uteri Obfervationes antetiæ à nemine de
tecto , in 4. fig. Amft . 1726.
Ejufdem , Operum Anatomico
Medico Chirurgicorum Index locuple
tiffimus , in 4. Amft. 1725. ว
: Johrenii , vade mecum Botanicum , in
8. Colberga.
Bianchi ( Jo. Bap. ) Hiftoria Hepatica ,
nov. Editio , aućta , 2. vol. in 4. c. fig.
Geneva , 172-5. 2
NEGOCIATIONS fecrettes touchant la
Paix de Munſter & d'Ofnabrug , depuis
1642. jufqu'en 1645. incluf. 2. vol. fol
la Haye , 1725 .
SATYRE MENIPPE'E , de la vertu da
Catholicon d'Espagne , & de la tenue des
Etats de Paris , nouv . Edition augmentée
, 3. vol. in 8. fig. Ratisbonne , 1726.
Amanitates Litterariæ , quibus variæ
Obfervationes fcripta item quædam &
rariora Opufcula exhibentur , 3. vol. in
8. Francofurti , 1725.
Crugeri ( Theod. ) de eo quod juftum
circa morem ſe devovendi pro falute alterius
, in 4. fig. Vitemberge , 1724.
Hauberi ( Eber. ) de
Metempsychofi ,
in 8. Ulme , 1724.
c. Dethordingii ( Georg. ) Intellectus Ani-
1. vol.
mæ
JUI N. 1726. 1223
mæ infiti ab adventitio probe difcernendi
eruitur , in 4. Roftochi , 1723 .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence
, le 20. Mai 1726.
E Memoire fur M. de Chafteüil , in-
Lferé dans le Mercure de Fevrier , pa
ge 3.2.6. n'eft point exact. Je ne releve
point le nom de la famille défiguré : Gal
Lope au lieu de Gallaup. Ce n'eft apparemment
qu'une faute d'Impreffion ; ce
qu'il
y a de plus effentiel , c'eft qu'on
a confondu le pere avec le fils , & l'Avocat
General au Parlement avec l'Avocat
General à la Chambre des Comptes . Jean
de Gallaup , Seigneur de Chafteuil , qui
donna le deffein des Arcs de Triomphe ,
érigez à l'honneur de Louis XIII. qui
travailloit à l'Hiftoire de la Ville d'Aix,
& qui eft le pere de celui qui vit au
jour l'hui , & le frere du Solitaire du
Mont-Liban , fut : Procureur General en
la Chambre des Comptes. Il laiffa d'Ifabeau
de Puget , des Barons de S. Marc
plufieurs enfans. Hubert de Gallaup , fon
aîné , fut reçû dans la Charge de fon
pere , & la quitta enfuite pour en prendre
une d'Avocat General au Parlement,
qu'il perdit dans les troubles de la Province.
Il avoit beaucoup travaillé fur
I. val.
1'Hif
12:24 MERCURE DE FRANCE
l'Hiftoire de l'ancienne Poëfie Françoiſe.
Le même défaut d'exactitude , qui a
fait confondre encore un Ouvrage imprimé
avec un Ouvrage MS. & a ré
pandu fur le Memoire une obfcurité , &
une espece de contradiction , qu'on pourroit
peut-être mettre fur le compte des
Imprimeurs , qui auront oublié quelques
lignes. Pierre de Gallaup , frere d'Hubert
, a inferé un morceau fur les anciens
Troubadours & les Cours d'Amour,
dans l'Ouvrage qu'il publia lors de l'entrée
des Princes à Aix. Il a travaillé
depuis à une Hiftoire particuliere & fort
détaillée des Troubadours , qui eft encore
en MS. & qu'on voudroit faire imprimer.
On nous écrit auffi de Provence , que
M. de Maynier , Sieur de Francfort , a
compofé l'Hiftoire de la principale Nobleffe
de cette Province. L'Auteur y a
fait des Obfervations , & a corrigé
les erreurs que les précedens Hifto
riens avoient faites . : le tout tiré des
Chartres & des anciens Titres des Archives
de la Province.
Cet Ouvrage eft accompagné d'un Traité
general de la difference de chaque efpece
de Nobleffe , de l'origine des Fiefs,
des Armoiries & de leurs ornemens. Des
I. vol.
Ma2″
JUIN 1726. 122
Maximes &
Reglemens generaux - en
fait de Nobleffe , & une Explication des
Monnoyes qui ont eu cours autrefois
en Provence , fous la domination des'
Grecs , des Romains , des Goths , des
Sarrazins , fous les Comtes de Provence
& fous nos Rois. Cet Ouvrage eft dédié
à M. le Maréchal Duc de Villars
Gouverneur de la Province .
LETTRE fur le Telescope , dont on a
parlé dans le Mercure d' Avril , écrite
de Paris le 28. May.
Cor
Elui qui a imaginé le Teleſcope ,
dont vous avez parlé dans le Mercure
du mois d'Avril , Monfieur , eft ,
comme vous avez dit , l'illuftre Chevalier
Newton , Gentilhomme Anglois,
celebre par les rares découvertes dans
les Mathematiques . Cette Lunette eft de
deux pieds & demi de longueur , & fon
effet eft bien plus confiderable , que celui
d'une Lunette à longue vûë de 8. ou
9. pieds . Je m'en rapporte pour le Chevalier
Newton à Meffieurs Caffini &
Maraldi , qui font les plus capables d'en
juger , lorfqu'ils auront fait des experiences
& obfervations nocturnes avec ce
Teleſcope.
Je l'ai fait venir d'Angleterre , dans le
I. vol. deffein
226, MERCURE DE FRANCE .
deffein de l'offrir au Roi , après avoir
fait éprouver , s'il étoit digne de l'atten
tion d'un fi grand Prince , & pour cet
effet , je l'ai mis à l'Obfervatoire , àl'examen
de Meffieurs Caffini & Maraldi
pendant quinze jours. Un illuftre Prélat
a fait naître à mon fils l'occaſion de
le préfenter au Roi , & même de le faire
agréer par. Sa Majeſté . Meffieurs Cal
fini & Maraldi , qui ont bien voulu fe
joindre à mon fils , pour faire voir an
Roi l'utilité de cette curieufe Machine ,
& ont parlé de l'Inventeur avec l'éloge
qu'il merite. Voilà dequoi je crois de
voir vous informer , en vous affurant que
j'ai l'honneur d'être , &c.´
Rob. Arbuthnot , Bang. Ecoffois.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Troyes,
le 29. Mai 1726.
I'v ,
y a quelques jours qu'un Vigneron ,
travaillant dans une Vigne qui eft
dans un des Fauxbourgs de cette Ville,
découvrit une Urne de terre , qui a la
forme d'un citron , dans laquelle il fe
trouva 212. Médailles d'or de pluſieurs
Empereurs Romains , & de quelques
Imperatrices . La plus ancienne eft de
1. vol.
NeJUIY.
1726. 1227
Neron , & elles font toutes très -bien confervées.
Les Membres de l'Académie Royale
des Sciences , qui allerent à Paffy le 11.
Mai , pour voir l'épreuve de la Pompe
Angloife de rarefaction , par le moyen
du feu , qu'on a conftruite chez le Marquis
de Bulty , en trouverent la réüffite
parfaite. Cette Machine peut élever &
fournir environ 21900. muids d'eau en
24. heures. L'Académie a donné un cer
tificat fort avantageux à l'Auteur .
On apprend de Ruffie , que la Czarine
a fait venir de Mofcou à Petersbourg,
divers Actes publics neceffaires pour la
compofition de l'Hiftoire du feu Czar ,
qu'un Membre de la nouvelle Académie
s'eft chargé d'écrire & de publier en Langue
Latine & Ruffienne.
Le P. Manuel Gaetano de Souza , a
lû dans une Affemblée Affemblée publique de
l'Académie Royale de l'Hiftoire à Lif
bonne , un Catalogue hiftorique des
Souverains Pontifes , Cardinaux , Archevêques
& Evêques Portugais , qui
ont gouverné differentes Eglifes hors
du Royaume de Portugal. Il a compris
dans ce Catalogue deux Papes , un An-
I. vol. tipape ,
1228 MERCURE
DE FRANCE:
tipape , 17. Cardinaux , & 170. Arche
vêques & Evêques . L'Inquifiteur
Nu
no de Sylva- Tellès , fit lecture dans la
même Affemblée des Corrections
qu'il
a faites à l'Hiſtoire des Evêques de Porto
, que l'Archevêque
Dom Roderic d'A
cunha a donné au Public .
le zo
On apprend
de Madrid
, que
Avril
, l'Académie
Royale
Eſpagnole
alla
en Corps
préfenter
au Roi & à la Reine
le premier
Volume
du Dictionnaire
de la Langue
Caftillane
qu'elle
compofe
.
Après
avoir
eu l'honneur
de baifer
la
main
à Leurs
Majeftez
, les Académi
ciens
pafferent
chez
le Prince
des Afturies
, auquel
ils prefenterent
un fembla
ble Volume
.
,
Le fieur Audran , Graveur du Roi
aux Gobelins vient de mettre au jour
deux grandes Estampes , d'après les Tableaux
de feu M. Jean Jouvenet. Ce font
deux grandes Compofitions . La Refurrection
du Lazare , & la Pêche miracu
teuse .
Il paroît fept autres Eftampes moyennes
, du même Auteur , dont une du def
fein du fieur Openort , en ornemens gro
tefques , repréfente le Triomphe de Venus
fur les Saifons & les Elemens.
Les
C I. vol.
JUI N. 1726. 1229
Les fix autres en douze bandes , auffi
en ornemens grotefques , reprefentent
les douze mois de l'Année , fous les aufpices
des douze principales Divinitez,
Payennes , d'après les defleins du fieur
Audran , l'aîné.
Le même Graveur donnera dans peu
d'autres fuites d'Eftampes fur differens
fujets . Cette fimple annonce fuffit pour
exciter la curiofité des Amateurs des
beaux Arts. Ni les Ouvrages , ni l'Auteur
n'ont pas befoin d'éloges de notre
part .
ak
SPECTACLES.
LE
CHEVALIER ERRANT , Parodie
de l'Edipe nouveau ,
repréſentée
fur le Theatre Italien , le 30. Avrildernier.
ACTEURS.
Le Baron Alcipe , Seigneur de Paroiſſe ,
Le Sieur
Dominique .
Madame Cocafle , Mere & Femme d'Al-
La De Flaminia.
cipe ,
Jannot & Poliche , fils d'Alcipe & de
Cocaffe.
1. vol. G Ras
1230 MERCURE DE FRANCE .
Ratichon , Barbier de Village , Vieillard,
Le Sieur Thomaſſin.
Dimas , Domestique d'Alcipe , Le Sieur
Lelio , fils.
Claudine , vieille Servante de Madame
Cocaffe ,
La Scene eft dans le Château d'Alcipe.
Cit
Ette Piece , dont l'Auteur ne fe
nomme point , n'a pas eu beaucoup
de fuccès. On l'a trouvée trop conforme
à la Tragedie parodiée ; en effet , c'eft
Oedipe , fous le nom du Chevalier errant
; c'eft la même Fable , le même
fond de Scenes , les mêmes fituations
& fouvent les mêmes Vers , avec cette
difference , que les Perfonnages y changent
de condition , pour paffer du Tragique
au Comique . Il eft vrai que la
Parodie n'a qu'un Acte , au lieu que la
Tragedie en a cinq ; mais un feul Acte
de trente Scenes en vaut bien cinq , de fix
Scenes chacun . Le Lecteur n'a qu'à revoir
l'Extrait que nous avons donné d'Oedipe
le mois paffé , pour être au fait du
plan du Chevalier errant. Voici de quoi
il s'agit dans cette derniere Piece .
Alcipe , ci -devant Medecin , ayant
donné dans la Chevalerie , & tué un
Sanglier , qui ravageoit la Terre de Ma-
I , vel.
dame
JUIN. 1726. 1238
dame Cocaffe , reçoit fa main en reconnoiffance.
Après quelques années de mariage
, il voit tous les troupeaux de fa
Terre mourir de la clavelée. Sa premiere
qualité de Medecin ne lui fourniffant
point de remede pour un fi grand mal , il
a recours à celle de Chevalier . Comme
les gens de cette derniere profeffion font
très-fouvent vifionnaires , il croit voir
pendant la nuit un Lutin , qui lui annonce
que fes troupeaux ne feront point délivrez
de la contagion , s'il ne fe facrifie
pour eux . Le voilà déterminé au facrifice
que l'Enfer lui demande ; il ne
s'agit plus pour lui que de fçavoir par
quel genre de mort il doit s'immortalifer
dans l'Hiftoire ; il ordonne à un de
fes Valets , appellé Dimas , d'aller confulter
une Devinereffe , fur le choix qu'il
lui refte à faire . Dimas inftruit Madame
Cocaffe d'un deffein auffi bizarre que tragique
, les enfans d'Alcipe fe joignent à
leur mere , pour en détourner notre Chevalier
errant ce font deux Penfionnaires
de College , qui repréfentent Etheocle
& Polynice. Ils embraffent les genoux
du nouvel Oedipe , pour arracher de fon
coeur ce funefte deffein de mourir , mais ils
n'avancent rien fur lui. Dimas revient ;
il prie Alcipe de faire fortir fes enfans ,
il a confulté la Devinerefle , qui lui a
I. vol. Gij dé
1232 MERCURE DE FRANCE.
déclaré ce que fon Maître doit faire ;
voici comment elle s'eft expliquée à
Dimas :
Une coupable main a fait perirjadis
Le vieux Seigneur de ce Village ;
L'impunité du crime eſt cauſe du ravage ,
Qui défole tout ce pays :
Vos maux ne finiront jamais , quoique l'on
faſſe ,
Sans la mort d'un des fils de Madame Cocaffe.
Alcipe frappé de ce que la Devinereffe
lui annonce , rentre pour fe conful
ter lui même .
Le danger où MadameCocaffe fe voit de
perdre l'un de fes deux fils, lui rappelle la
perte de celui qu'elle avoit eu de fon premier
mari. Elle l'avoit fait expofer par
fa Servante Claudine pour détourner
l'effet fincere de la prédiction d'un vieux
Rabin ; la voici :
Le Fils que tu vas mettre au jour a
Ayant tué fon pere ,
Epoufera fa mere :
Si tu veux l'empêcher , garde -toi de l'amour.
Madame Cocaffe, parlant à cette mê-
I. vol.
me
JUIN. 1726. 1233
me Claudine , qu'elle avoit chargée d'expofer
ce fils malheureux , qui devoit être
incefte & parricide , fe reproche de n'avoir
pas rempli exactement la condition
qui devoit détourner le malheur dont le
vieux Rabin l'avoit menacée ; c'eſt -àdire
, de ne s'être pas gardée de l'Amour.
Elle n'avoit confenti à époufer Alcipe
en fecondes nôces , que parce qu'elle
l'avoit trouvé aimable . Ses deux fils
ayant appris que la Devinereffe vient
d'ordonner que l'un d'eux foit facrifié
pour le falut des troupeaux , fe difputent
cette gloire , ils font jumeaux ; l'un s'appelle
Jannot , & l'autre Poliche. Voici
quelques Vers de la Scene qu'ils font enfemble
en la préſence de ſa mere.
Jannot.
Il vous appartient bien de mourir: c'est àmoi
Je ſuis fils de ma mere , & j'ignore pour quoi ,
Me voyant votre aîné . ...
Poliche.
Doucement , je vous prie ,
Vous le croyez ainfi , mais moi je vous le nie.
Madame Cocaffe .
Ah!nous y voici donc encor ſur nouveaux frais i
Et vous recommencez votre ancien procès.
I. vol. Giij Po1234
MERCURE DE FRANCE .
Poliche.
Avant
que
Frere ?.
d'être nez ,
vous souvient - il , mon
Jannot.
Ma foi , s'il m'en fouvient , il ne m'en fou
vient guere.
Poliche.
Avez- vous oublié
que , Freres ennemis ,
Déja le droit d'aîneſſe irritoit nos efprits ?
Jannot.
Non; mais je me fouviens du jour qui nous vit
naître ;
Je nâquis le premier pour être votre maître:
Jejoüis avant vous de la clarté des Cieux ;
Et je fuis votre aîné d'une minute ou deux.
Poliche .
L'aineffe des jumeaux est encore indéciſe ;
Et , fans vouloir ufer avec vous de ſurpriſe ,
Pour refoudre ce fait fi souvent diſputé ,
J'en crois les Avocats.
Jannot.
Et moi la Faculté.
Reprenons le fil de l'action . Comme on
l'a déja vûë dans l'Extrait du dernier Oedi-
1. vol.
pe,
JUIN. 1726. 1235
pe , nous l'abregerons le plus qu'il nous
fera poffible.
Alcipe , qui eft forti pour fe confulter
lui nême , revient , & dit à Madame
Cocaffe , que , puifque c'eft l'impunité
du meurtre de fon premier mari , qui attire
ce fleau fur les troupeaux , il faut
chercher le coupable , & l'immoler au
' lieu d'un de leurs enfans . Madame Cocaffe
lui répond , qu'un vieux Serviteur
qu'il avoit , & qui avoit été préſent
à ce meurtre , lui dit alors que c'étoit
un loup garou qui avoit tordu le cou à
fon bon Maître. Alcipe dit que cet Iphicrate
pourroit bien avoir menti ; & comme
il fçait qu'il eft encore en vie , il l'envoye
chercher à Poiffy , où il s'eft retiré
accablé de trifteffe. Dimas execute les ordres
de fon Maître , mais il trouve Iphicrate
mort , & qui ne faifoit que d'expirer.
Ratichon , Barbier de Poiffy , vient
au lieu d'Iphicrate , qui , avant que de
mourir lui a confié fon fecret , avec ordre
de ne le reveler qu'à Madame Cocaffe.
C'eſt par Ratichon qu'elle apprend
que fon premier mari fut tué ; non par
un loup- garou , mais par un Medecin.
Elle fait part à Alcipe du teftament de
mort d'Iphicrate . Alcipe fe reconnoît
pour ce même Medecin , qui a fait mourir
le premier mari de fa femme : voici
I. vol. G iiij
com
1236 MERCURE DE FRANCE.
comment il s'explique , parlant à Ma
dame Cocaffe.
Je venois de Poiffy, vifiter un Malade,
Lorfqu'entrant dans le Bois , près d'une Paliſſade;
Je trouve un Gentilâtre au milieu d'un foffé ,
Par fon Cheval retif , à terre renversé :
Attaqué qu'il étoit d'une étrange colique ,
Je lui fis avaler une once d'émetique.
Ce qu'Alcipe dit à Me Cocaffe , joint
au rapport des temps & des lieux , ne
laiffe pas douter un feul moment
que ce
ne foit fon Mari qui a tué fon Mari ; mais
comine ce meurtre ne s'eft fait que par
hazard & avec privilege , elle fe contente
de pleurer celui qu'elle a perdu , fans
ceffer d'aimer celui qu'elle a recouvré.
Alcipe fort pour aller encore confulter
la Devinereffe. Madame Cocaffe refte
avec Claudine , à qui elle dit qu'elle eft
un peu confolée de fon premier malheur,
quelque grand qu'il foit , quand elle
fonge à ceux qu'elle a évitez en lui faifant
expofer cet enfant qui devoit tuer
fon pere & époufer fa mere , felon la
prédiction du vieux Rabin ; elle lui demande
fi elle prit foin alors de bien executer
fes ordres. Claudine lui jure qu'elle
expofa ce malheureux Enfant à Paris
I. vol.
fur
JU I N. 1726 . 1237
fur le pas d'une porte , & qu'on l'affura
qu'il étoit mort quelque temps après ,
faute d'un promptfecours . Mais Ratichon
viendra bien tôt la démentir. Il a déja
parlé d'un Enfant qu'il a perdu autrefois
& qu'il pleure encore tous les jours.
Alcipe qui vient de confulter la Devinereffe
, & qui a appris d'elle que Ratichon
, qu'il n'a point encore vû , lui
doit reveler tout ce qui lui refte à ſçavoir
de fon fort , commande qu'on le
faffe venir. Ratichon vient & reconnoît
Alcipe pour ce même Enfant qu'il a tant
pleuré. Alcipe qui l'a toûjours tenu pour
fon Pere , l'embraffe en veritable fils ,
mais Ratichon le voyant devenu Seigneur
d'un Château , lui confeffe par modeftie
& par amour de la verité , qu'il n'eſt pas
fon fils , & qu'il le reçut d'une maniere
affez étrange dans le temps que ces cruels
Parens l'avoient dévoué à la mort . Ces
dernieres paroles font frémir Madame
Cocaffe . Elle prie Alcipe de la laiffer un
moment avec Ratichon . Elle interroge
ce Barbier de Poiffy fur la maniere dont
il a reçû Alcipe . Il lui raconte cette
hiftoire avec la même fincerité qu'il vient
de faire paroître , en avoüant qu'Alcipe
n'eft pas fon fils. Madame Cocaffe n'entend
aucune circonftance qui n'augmente
La frayeur; elle fait approcher Claudine ;
r . vol .
G v Ra
1238 MERCURE DE FRANCE.
Ratichon la reconnoît pour celle qui fui
a remis l'Enfant qu'elle alloit expofer ,
par ordre de fa Maîtreffe ; Madame Cocaffe
voyant revenir Alcipe , ne peut
foutenir la prefence , elle le prie de la
laiffer un moment en liberté , & lui promet
, pour prix de cette complaifance ,
de lui apprendre le fecret qu'il ne peut
lui arracher. A peine a- t - elle quitté Alcipe
, qu'elle va s'enfermer pour toute
fa vie dans un Convent. Alcipe qui l'apprend
de fes enfans , fe perce d'un coup
de coûteau. Dimas vient lui annoncer que
dès le moment que Madame Cocaffe eft
partie , la contagion à ceffé ; Alcipe lui
lui
dit qu'il devoit lui annoncer cette nouvelle
un peu plutôt , & qu'il ne fe feroit
pas frappé ; il acheve ces mots en riant ,
& fait entendre qu'il n'a pas été fi fou
que de fe tuer férieufement ; il fe confole
de la retraite de Madame Cocaffe ,
& finit la Piece par ces Vers :
A quels tranſports faut-il , Ciel ! que je m'abandonne
!
Je trouve Mere & Femme en la même perfonne ;
Les perdant à la fois , la joye & la douleur
Se difputent à qui regnera dans mon coeur :
La Nature me parle & fait taire ma flamme ;
Trifte d'être fans mere , & guai d'être fans femme;
I. vol.
Je
JUIN. 1726. 1239
Je perds infiniment , & je gagne encore plus .
Ciel , vous récompenferez mon crime & mes
vertus .
Le 28. de l'autre mois , l'Académie
Royale de Mufique donna un nouveau
divertiffement intitulé Le Ballet fans
titre lequel eft compofé de quelques Actes
differens d'anciens Ballets ; fçavoir ,
du Prologue de Maleagre , Tragedie réprefentée
en 1709. dont les paroles font
de M. Joly , & la Mufique de M. Battiftin
; de la quatriéme entrée du Ballet
des Mufes , joué en 1703. & mis en Mufique
par M. Campra ; du troifiéme Acte
de la Venitienne , Comédie- Ballet joué
en 1705. dont les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. de la
Barre ; & du premier Acte des Fêtes de
Thalie , par M. Mouret. Ce Divertiflement
n'a pas été goûté du Public , puifqu'on
n'en a donné que trois réprefentations
.
Le s . de ce mois on redonna Thetis &
Pelée, dont le principal Rôle fut chanté
avec applaudiffement par la nouvelle
Actrice dont on a parlé. Les caracteres
de la danfe furent auffi executez par la
nouvelle Danfeufe , qui eft.d plus en
plus goûtée du Public.
1. vol. \ G
>
Tra1240
MERCURE DE FRANCE:
Le 16. on remit au Théatre Ajax ;
Tragedie , réprefentée dans fa nouveauté
en 1716. Les paroles font de M.
Meneffon , & la Mufique de M. Bertin
. Cet Opera a été fort bien reçû du
Public , & fait beaucoup de plaifir .
Le 13 de ce mois les Comédiens Italiens
joüerent pour la premiere fois une
Piece de l'ancien Théatre Italien , qui a
pour titre Arlequin Misantrope , compofée
d'un Prologue & de trois Actes , avec
des agrémens de Chants & de Danfes
dans les entr' Actes . Les anciens Comédiens
Italiens l'avoient réprefentée dans
fa nouveauté en Décembre 1696. avec
un très -grand fuccès.
Le 15. de ce mois , ' les Comédiens
François remirent au Théatre , la Tragedie
d'Atrée & Thiefte de M. Crebillon ,
qui a fait grand plaifir au Public. Ils doivent
donner dans peu Rhadamiste & Zinɔbie
, du même Auteur .
Le 23. du mois dernier , on répreſenta
au College de la Ville d'Evreux , une
Tragedie intitulée , Daniel éxaucé , ou
l'Incarnation annoncée , par les Ecoliers
du même College.
1. vol. du
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
K
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
AUR
JUIY. 1726:
1241
4 de ce mois , les Penfionnaires
;e de Louis le Grand , réprefentein
Drame Comique , intitulé l'Ees
Peres.
apprend de Venife , que le 2 6. du
dernier au foir , on ouvrit les Theade
faint Samuel & de faint Moyfe,
efquels on répreſenta deux nouvel-
Pieces intitulées , les Rivaux gene-
& le Délire de l'Amour.
** XXXXXXXXXXXXXXXXX
CHANSON.
E petit Dieu folâtrant près des Parques ,
Leur déroba le Fuſeau de mes jours ;
itôt mon coeur en reffentit les marques ,
mon Printems coula dans les Amours.
ais cet Enfant voltigeant fur la Tone ,
ifle tomber ce Fuſeau dans le jus ;
cchus le prend. Quel fera mon Autone !
es jours heureux font filez par Bacchus.
I. vol. + NOU1242
MERCURE DE FRANCE
******X *XX * XX *XXXX
NOUVELLES DU TEMPS .
D
RUSSIE.
Ans la Ceremonie qui fe fit à Petersbourg
le 26. Avril , lors de la promotion du Duc
d'Holſtein à la Charge de Lieutenant Colonel du
Regiment des Gardes du Corps , nommé Preobafinski
; ce Regiment étoit en bataille dans les
Prairies , à côté de l'Amirauté , où la Czarine
fe rendit vers le midi , accompagnée d'une nombreufe
fuite. Elle étoit dans un fuperbe Caroffe
à moitié découvert , & en habit d'Amazone de
velours vert , une Perruque blonde , & un chapeau
orné d'un Plumet blanc. S. M. Cz . étoit
fuivie d'un très nombreux & magnifique Cortege.
>
On parle du Mariage de la feconde Princeſſe
Czarienne avec le fecond fils du feu Duc
d'Holstein , Evêque d'Eutin , & l'on affure que
ce jeune Prince a du fe rendre à Petersbourg au
commencement de ce mois .
Le 12.
du mois dernier , la Czarine reçût le Collier de l'Ordre de l'Aigle blanc des mains du Prince Menzikoff
, que le Roi de Pologne avoit nommé Ambafiadeur
- Plenipotentiaire
pour cette
Ceremonie , qui fe fit avec toute la folemnité imaginable
.
La Fregate Mofcovite , qui croifoit dans la
Mer Baltique , & qui étoit venue à Peterſburg,
pour donner avis de l'arrivée de l'Eſcadre Angloife
, eft repartie avec des ordres pour l'Amiral
Kruitz , qui commande les Vaiſſeaux de la
1. vol.
CzaUIN.
1726, 124
Czarine fur les côtes de Finlande ; auquel S. M.
Cz. a fait dire de rendre aux Vaiffeaux Anglois
& Danois qu'il rencontrera , les honneurs qui
font ufitez fur mer.
LE
POLOGNE.
E corps du feu Comte de Vicedom , qui fut
tranfporté le 27. Avril d'Ujuftorf pour être
inhumé à Drefde , fut eſcorté jufqu'à une lieuë
hors de la Ville par un Détachement des Gardes
du Corps du Roi , tenant à la main leur épée
nuë , la pointe contre la poitrine , par les Officiers
de l'Ecurie du Roi , les Pages , les Heyduques
, & les Palfreniers de S. M. Le corps du
défunt étoit fur un Char couvert d'un Poifle , &
tiré par fix chevaux , aux deux côtez duquel
marchoient les Trompettes du Roi . Il étoit fuivi
d'un premier Caroffe de deuil , dans lequel
étoit le Prince Lubomirski , gendre du défunt
Comte, & le Prince fon frere , & de plufieurs autres
Caroffes des Miniftres , Generaux & Chambellans
de la Cour. Un fecond Dé : achement des
Gardes du Corps fermoit la marche. On a reçû
avis de Drefde , que le corps de ce Comte étoit
arrivé à Welchau , où il avoit été inhumé. Le
Comte de S. Gilles , qui s'eft fauvé de l'Eglife
des Theatins , a pris fa route par le Palatinat
de Ploskow , pour le rendre en Pruffe . Il a été
condamné par contumace à avoir la tête tranchée
, & fes emplois ont été déclarez vacans.
Le Roi ayant fait offrir l'Ordre de l'Aigle blanc
à la Czarine , on a envoyé à M. le Fort , Envoyé
de S. M. à Petersbourg , une Croix enrichie
de diamans de la valeur de 20000. écus qui
a été préſentée à S. M. Cz.
I. vol. SUEDE.
244 MERCURE DE FRANCE ;
LE
SUEDE .
Es Vaiffeaux du Roi qu'on équipoit à Carelfcroon
, font prêts de mettre à la voile , & les
4000. hommes qu'on doit tranfporter dans la
Pomeranie , attendent les derniers ordres pour
s'embarquer.
L'Efcadre Angloife arriva le 20. Mai près des
Dunes de ce Royaume , venant de Dantzic ; le
Miniftre du Roi d'Angleterre en ayant reçû avis,
alla trouver le Vice-Amiral Wager qui la commande
, & l'amena à Stockolm , où ils eurent
l'un & l'autre une longue Conference avec le
Comte de Horn , lequel donna le 22. un magnifique
repas à ce Vice- Amiral , au Miniftre de
S. M. Brit. & à pluſieurs Senateurs & Miniſtres
Etrangers. Le 24 ce Commandant de l'Eſcadre
Angloife prit congé du Roi & de la Reine , & le
23. il partit pour Elfenap , accompagné du Comte
de Cereft- Brancas , Miniftre- Plenipotentiaire
du Roi T. Ch. & du Miniftre du Roi d'Angle.
terre , & vers le foir il remit à la voile .
L
DANNEMAR C.
'Efcadre Angloife qui arriva le 4. Mai à la
Rade de Copenhague , en partit le 14. au
matin. Le 8. du même mois le Roi fit l'honneur
au Vice-Amiral Wager qui la commande ,
d'aller dîner à bord de fon Vaiffeau , avec le
Prince Royal , & quelques-uns des principaux
Miniftres de la Cour.
ont
L'Efcadre du Roi eft fur fon départ. Les Regimens
des Colonels Geifter & Bermer
ordre de fe tenir prêts pour s'y embarquer.
+ 1. vol. Le
JUIN 1726. 1245
Le 25. du mois dernier après midi , la Flotte
partit de Copenhague, & mit à la voile avec un
vent très favorable.
Les Matelots qu'on attendoit de Norvegue
ont été embarquez fur les Vaiffeaux qui font al-
-lez joindre la Flotte du Roi , commandée par
le Vice-Amiral Bille , lequel a mandé en Cour
qu'il avoit jetté l'ancre à la hauteur de Bornholm
. Le bruit court , que le Roi lui a envoyé
ordre de mettre à la voile , & d'aller joindre
I'Efcadre Angloife qui eft allée du côté de Revel
. pour mieux obferver les mouvemens de la
Flotte Mofcovite .
ALLEMAGN E.
L'Empereur a nommé l'Abbé Comte de Zinzendorff
, fils du Grand Chancelier de la
Cour , à l'Evêché de Javarin en Hongrie , vacant
par la mort du Cardinal de Saxe- Zeits.
>
On affure que l'Aga Turc , qui eft attendu à
Vienne a ordre d'y faire bâtir une maiſon ,
pour loger les Negocians de fa Nation qui viennent
aux Foires d'Allemagne , & qu'il prétend
établir à Vienne un Confulat , fur le même pied
des Miniftres Etrangers qui refident à Conſtantinople.
On a fait un fonds de 400000. florins pour
achever les nouvelles Fortifications de Belgrade
, que l'Empereur a deffein de rendre la plus
forte Place de l'Europe avant qu'il foit deux
ans .
Le Comte de Zinzendorff , Grand Chancelier
de la Cour de l'Empereur eft allé en qualité
d'Ambaffadeur à la Cour de l'Electeur de Bavie
re , pour le complimenter fur la mort de l'Electeur
fon pere , & fur fon avenement à l'Electo
I. vol. rat.
1246 MERCURE DE FRANCE .
rat. Il eft non feulement accompagné par les
Confeillers & autres Officiers de la Chancellerie
, mais encore par le Comte de Kufftein , Confeiller
Aulique de l'Empire ; ce qui forme une
députation des plus folemnelles . Le Ceremonial
qui a été reglé , eft le même qui fut obfervé en
1662. par le Comte de Diedrichſtein , lorſqu'il y
fut envoyé de la part de l'Empereur. Ce Comte
fut de retour à Vienne le 6. du mois dernier.
On affure , qu'en vertu du Traité de Stockolm
& de l'acceffion de l'Empereur , la Czarine
doit fournir en cas de guerre 4000. Cavaliers &
12000. Fantaffins , 9. Vaiffeaux de ligne & 3 .
Fregates le Roi de Suede 2000. Cavaliers &
8000. Fantaffins , 6. Vaiffeaux de ligne & 2.
Fregates ; & l'Empereur , 4000. Cavaliers &
12000. Fantaffins , outre un équivalent par rapport
aux Vaiffeaux .
Le General Comte de Merci a été choifi par
l'Empereur , pour commander les Troupes Imperiales
qui s'affemblent vers les frontieres de Silefie.
On écrit de Manich , que l'Empereur a fait remettre
à l'Electeur de Baviere l'Investiture de
fon Electorat , & qu'il l'a difpenfé d'envoyer des
Plenipotentiaires à Vienne , pour la recevoir avec
les formalitez qu'on a fait obferver depuis plu
fieurs années à tous les autres Princes de l'Empire.
L'Empereur a envoyé des ordres aux Direc
teurs de la Compagnie des Pays - Bas , de ne faire
partir aucun Vailleau d'Oftende , fans permiffion
expreffe de S. M. I.
Le Prince Jean- Frederic de Modene arriva
d'Italie à Vienne fur la fin du mois dernier.
Le 20. de ce même mois on tint les portes de
Vienne fermées jufqu'à onze heures du matin ,
pour faire la recherche des gens fans aveu ,
I. vol. dont
JUIN 1726. 1247
dont on arrêta un très grand nombre.
On mande de Berlin , que les Officiers des
Regimens , dont le Roi de Fruffe a fait la revûe
, ont reçû ordre d'augmenter leurs Compagnies
de dix hommes chacune : les Generaux
qui commandent dans la Pruffe , ont ordre pareillement
de renforcer les Campemens qu'ils
ont faits fur les frontieres de Pologne.
On a publié depuis à Vienne une Ordonnance
, pour augmenter les Regimens de l'Empereur
jufqu'à 2300. hommes chacun,
L'Aga Turc qui vient refider à Vienne pour
l'intereft des Commerçans de fa Nation , eft arrivé
à Belgrade avec une fuite de 70. perfonnes.
L'Empereur a fait notifier à la Diete de Ratifbonne
fon acceffion au Traité de Stockolm ,
mais on ne fçait pas encore fi elle fera ratifiée
par les Princes & Etats de l'Empire. Le bruit
court , qu'auffi - tôt que cette ratification aura été
admife à la pluralité des voix , S. M. I. reconnoîtra
la Czarine en qualité d'Imperatrice de
Ruffie.
ITALIE.
E 29. Avril on publia à Rome un Decret de
la Congregation ' des Rites , pour la Canonization
du P. Louis Gonzague , de la Compagnie
de Jefus.
>
On a fondu dans l'Arcenal de Veniſe , deux
Canons de bronze , d'une nouvelle invention
qui feront éprouvez inceffamment , & dont les
boulets font de 500. livres .
Le Cardinal Pereira , n'ayant pu obtenir du
Pape l'Audiance qu'il avoit demandée , alla le 21.
du mois dernier chez le Cardinal Cofcia , pour
fçavoir quelle étoit la refolution de S. S. tou
1. vol. chant
1248 MERCURE DE FRANCE .
chant la Promotion de M. Bichi au Cardinalať,
que le Roi de Portugal follicite depuis plufieurs
années ; & le Cardinal Cofcia lui ayant fait entendre
qu'il n'avoit rien à efperer pour ce Prélat
, qu'aux conditions des démarches de foumiffion
que le Pape exige de lui , le Cardinal
Pereira declara qu'il ſe retireroit avec l'Ambaffadeur
de S. M. Portugaife & tous les Portugais
qui font à Rome , & que vrai -ſemblablement
tous les Italiens établi en Portugal auroient ordre
de fortir du Royaume. S. S. ayant été inftruite
de cette Conference , a fait dire au Cardinal
Pereira de retarder fon départ jufqu'au retour
d'un Courrier qui a été dépêché à Liſbonne.
ESPAGNE .
Na ordonné des Prieres publiques dans
toutes
toutes les Eglifes de Madrid , pour l'heureufe
délivrance de la Reine , qui eft entrée dans
le neuvième mois de fa groffeffe : le Cardinal
Borgia a vifité au nom & à la priere de S. M.
les 9.Eglifes qui font dédiées à la fainte Vierge.
Le Nonce du Pape & les Ambaffadeurs de l'Empereur,
d'Angleterre , de Veniſe & de Hollande ,
ont été invitez de la part du Roy , d'affiſter aux
couches de la Reine , où fe doivent trouver
auffi les Grands du Royaume & les Miniſtres
de S. M.
Le Prince Emanuël , frere du Roi de Portugal ;
arriva à Madrid le 14. May , vers les fix heures
du foir , accompagné de Dom Gafpard Giron
, Majordome de la Maifon du Roi , qui
étoit allé au-devant de ce Prince jufqu'à Alcala
avec les Carroffes de S. M. Il fut reçû à une
demie lieue de la Ville par un détachement des
Gardes du Corps du Roi , qui l'accompagna au
Palais , où L. M. le Prince des Afturies & les
1. vol.
Infans
JUIN. 1726. 1249
toutes les marques
Infans le reçûrent avec
d'honneur & de diftinction dues à fon rang. Après
avoir demeuré une heure avec L. M. il fut conduit
à l'Hôtel qui lui avoit été préparé par ordre
du Roi,& dans lequel il eft fervi par les Officiers
de S. M. La même nuit & les trois jours fui
vans , deux Détachemens , l'un des Halbardiers
& l'autre des Gardes Efpagnoles & Walonnes ,
monterent la garde chez le Prince , le Roi ayant
voulu qu'il fuft traité comme un Infant d'Efpagne
. Etant arrivé dans fon Hôtel , il fut complimenté
de la part de L. M. par le Marquis de
Villagarfia , Mayordome du Roi , après quoi il
fut vifité par l'Infant Dom Carlos ; le lende
main au matin par l'Infant Dom Philippe , &
l'après midi par le Prince des Afturies."
Grands du Royaume , les Miniftres du Roi &
la principale Noblelle de Madrid ont rendu leurs
devoirs à ce Prince , qui ne fort que dans les
Carroffes de S. M. & accompagné d'un Détachement
des Gardes du Corps.
Les
Le Roi ayant demandé au Duc de Riperda
la démiffion des differens Emplois, dont il avoit
été honoré depuis fon retour de Vienne , S. M. a
rendu le Gouvernement des affaires étrangeres
au Marquis de Grimaldo , en qualité de Secretaire
d'Etat , & à Dom Jean - Baptifte Orenduin , pour
ce qui regarde l'éxecution du Traité de Vienne ;
celui de la Guerre , au Marquis de Caſtelar ; la
Surintendance des Finances , à Dom François
de Arriaza , qui étoit actuellement Gouverneur
du Confeil des Finances & la Surintendance de
la Ferme generale du Tabac , à Dom Jacob de
Flon- y-Zurbaran.
Le 17. May , le Roy accorda au Duc de Riperda
une penfion de 3000. Piftoles , pour récompenfe
de ſes ſervices ; S. M en fit expedier le
Decret. Aufli tôt que le Duc l'eut reçû , il alla
1. vol. chez
1250 MERCURE DE FRANCE.
chez M. Vander Meer , qui le conduifit dans fon
Carroffe chez le Colonel Stanhope , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre , lequel après avoir lû
le Decret accordé par S. M. Catholique au Duc
de Riperda , ne fit aucune difficulté de le recevoir
chez lui . Le Roi informé de cette démarche
, envoya le 18. un Détachement de fes Gardes
, fe pofter aux avenues de l'Hôtel du Colonel
Stanhope , qui d'ailleurs avoit promis que le
Duc de Riperda ne fortiroit pas de fa Maifon.
Comme on appréhendoit que ce Duc ne fe retirât
dans quelque Eglife , dans l'efperance de
jouir des immunitez , en attendant qu'il fe fuſt
ménagé une retraite dans les Pays Etrangers , le
Roi a fait affembler le Confeil de Caſtille , qui a
déclaré qu'un Miniftre qui avoit été chargé du
fecret de l'Etat , ne devoit jouir d'aucun Privilege
qui pûtle fouftraire à l'autorité de fon Souverain
. Conformément à cette déciſion , S. M. a
fait arrêter le Duc de Riperda & l'a fait conduire
au Château de Segovie . Le bruit court que
ce Confeil a été chargé par S. M. d'éxaminer les
chefs d'accufation qui ont été portez contre ce
Duc .
On a arrêté par ordre du Roy l'Adminiſtrateur
du Convent du Bon Succès & Don François
Bruzo , l'un des Secretaires du Duc de Riperda.
GRANDE- BRETAGNE .
E feu prit à Bath le 17. du mois dernier
Là la maifon d'une Blanchiſſeuſe , près du
Pont de cette Ville ; & s'étant communiqué aux
maiſons voisines , il en conſuma 60. avant qu'on
pût l'éteindre .
Le Naffau , l'un des Vaiffeaux de Guerre ' de
l'Eſcadre de la Mer Baltique , qui n'avoit pû la
fuivre , ayant radoubé , mit à la voile fur la fin
1. vol.
du
JUIN. 1726. 1251
du mois dernier pour aller la joindre à la Rade
de Dantzic , où l'on dit qu'on va envoyer encore
un renfort de huit Vaiffeaux de Guerre.
Le 2. de ce mois le Roi fit l'honneur au Duc
de Richemont d'aller fouper à fa Maiſon dans
l'enceinte de Whitehall.
Le 4. le Parlement fut prorogé jufqu'au premier
du mois d'Août prochain.
Le bruit court que le Roi , pour rendre plus recommandable
l'ancien Ordre du Bain , que S. M.
a rétabli l'année derniere, a déclaré qu'il n'y auroit
dorénavant que les Chevaliers de cet Órdre
qui feroient honorez de celui de la Jarretire.
O
PAYS - BA S.
N commence à travailler avec toute la
diligence imaginable aux Fortifications
d'Oftende , ou 500. Ouvriers font employez. On
a commencé à jetter les fondemens de la maifon
d'un Gouverneur.
L'Archevêque de Cambray qui arriva à Bruxelles
le 31. du mois dernier , eut le 3. de ce mois
Audiance de l'Archiducheffe , Gouvernante des
Pays - Bas , avec les mêmes ceremonies obfervées
à l'égard des Princes de Baviere.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Saint - Philippe
, Ambaffadeur du Roi d'Espagne à la Haye,
alla à Amſterdam avec le Comte de Konigfec-
Erps , Envoyé extraordinaire de l'Empereur ,
pour retirer des mains de M. de Lambilli , Agent
du Duc de Riperda , les 80000. Piſtoles dont ce
Duc l'avoit chargé . L'Ambaffadeur de S. M. Catholique
revint à la Haye le 10. au foir , & le
II. au matin il mourut fubitement dans la 56.
année de fon âge.
On a publié à Bruxelles le Traité conclu à¹Tunis
le 23. de Septembre dernier entre les Com-
I. vol. millaires
1252 MERCURE
DE FRANCE.
miffaires de l'Empereur & la Régence de Tunis
, par la médiation des Commiffaires du
Grand- Seigneur , il confifte en 13. articles qui
contiennent une promeffe réciproque de ceffer
les hoftilitez par mer & par terre ; la liberté
de Commerce entre les Sujets de l'Empereur &
ceux de cette Régence ; celle de retraite dans
leurs Ports & Rades pour les Bâtimens des deux
Nations ; un libre paffage pour les mêmes Bâtimens
munis de paffe-ports convenables ; une
promeffe de la part des Tuniffiens , de remettre
en liberté les Sujets de l'Empereur qui feroient
pris fur des Vaifleaux ennemis de la Regence ; une promeffe auffi de leur de ne donner
part
aucun fecours ni protection aux Vaiſſeaux ennemis
de S. M Im. Le droit à l'Empereur d'établir
à Tupis un Conful pour diftribuer des
Certificats & décider des differends entre les Sujet
de S. M. I fans que les Juges établis par la
Régence en puiffent connoître , le privilege
pour les Sujets de l'Empereur , lorfqu'ils aufont
quelque conteftation avec les Turcs ,
ne pouvoir être jugez que par le Confeil du
Bacha , du Bey ou du Commandant des Ports ;
& lorfqu'ils auront frappé un Turc , de ne pou
voir être condamnez & punis qu'après que le
Conful aura été mandé , fans que cet Officier
Imperial foit obligé de reprefenter le coupable ,
enfin liberté pour
s'il venoit à fe fauver ;
le Conful Imperial & pour les Sujets de l'Empereur
de retourner dans leur Pays , pendant le
terme de trois mois , à compter du jour de la
rupture formelle de ce Traité , fi des cas impré
yus obligeoient de recommencer la guerre.
une
de
1. vol.
Morts
J.UIN.
1726. 1253
MORTS , NAISSANCES
des Pays Etrangers.
E Cardinal Laurent de Fiefchi , Archevê-
Lque de Gennes , dont il étoit originaire , I
y
mourut le premier May dans fa 84. année prefque
accomplie , étant né le 11. May 1642. Il
avoit été Nonce Extraordinaire en France. Le
Pape Clement XI . le fit Cardinal le 17. May
1706. & lui donna le Titre de fainte Marie de
la Paix. Ce Cardinal laiffe par fa mort un 7e lieu
vacant dans le Sacré College. Le 2 : & le 3. fon
corps fut exposé dans le Salon du Palais Archiépifcopal
, & fes Obfeques furent célebrées le 4.
avec beaucoup de pompe dans l'Eglife Métropolitaine.
Le Chevalier Thomas Mathei , celebre Architecte
Romain , mourut le r2 . du mois dernier.
> Charles Beauclerc , Duc de Saint- Alban's
Capitaine de la Compagnie des Gentilshommes
Penfionnaires , Lieutenant pour le Roy d'Angleterre
, & Garde des Rôles du Comté de Berks,
& Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere , mou--
rur à Bath le 20. du mois dernier. Il étoit fils
naturel du Roi Charles II , & de la Dlle Eleonore
Gowyn. Il avoit épousé en 1694. la Dlle Diane
Vere, fille ainée d'Aubery de Vere , le 20. &
dernier Comte d'Oxford de cette famille. Il a
eû fept enfans mâles , dont l'aîné , Charles ,
Comte deBatford , Membre du Parlement pour
Windfor , qui doit fucceder à fes Titres & à
fes biens , elt actuellement malade de la petite
verole .
M. Thomas Pitt , Membre du Parlement d'An-
I. vol.
gleterre
H
1254 MERCURE DE FRANCE .
gleterre pour Saliſbury , cy-devant Gouverneur
du Fort Saint- George , aux Indes Orientales ,
d'où il avoit rapporté de grandes richeſſes , &
entr'autres précieux Effets, le gros Diamant qu'il
vendit au Roi de France il y a quelques années
la fomme de 120000 liv . fterlin , mourut fubitement
à Londres , le 9. du mois dernier.
Le premier de ce mois , la Reine de Danemarc
accoucha à Copenhague d'un Prince qui
fut Baptiféle 3. ayant pour Parrains le Roi , la
Prince Royal de Danemare & le Roy de Prufſe ;
réprefenté par le Prince de Culmbach , qui le
nommerent Frederic- Chriftian . La nouvelle de
la naiffance de ce Prince fur annoncée
triple décharge de l'Artillerie .
ac
parune
La Comteffe de Kokorzoüa
, Epoufe du Comte Charles Gobert d'Alpremont
& Reckheim
, coucha à Maeftricht
d'une fille le 8 de ce mois ,
qui fut Baptifée le même jour , & nommée , Ma- rie-Elizabeth - Gobertine
- Petronille
- Antoinette-
Jeanne Nepomucene .
*******************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &e.
'Abbé de Grammont de Lanta , nom-
Liné à l'Evêché de Perpignan , fut lacré
le 26. de l'autre mois , dans la Chapelle
exterieure du Noviciat des Jefuites ,
par l'Evêque de Lavaur , affifté des Evêques
du Puy & de Valence.
Le 30. du mois dernier , Féte de l'Af
I. vol.
cenfion ,
A
JUI N. 1726.1255
€
cenfion , le Roi & la Reine entendi rent
dans la Chapelle du Château de Verfailles,
la Mefle chantée par la Mufique. Pendant
la Melle du Roi , le nouvel Evêque
de Perpignan prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
M. Boreel , Amballadeur des Etats
Generaux des Provinces Unies , qui étoit
arrivé à Paris le 15. du mois dernier
eut le 5. de ce mois,audience particulie
re du Roi & de la Reine , étant conduit
par
le Comte de Monconfeil , Introducteur
des Ambaffadeurs,
Le même jour , M. le Fort , fecond
Syndic de la République de Geneve ,
eut Audience du Roi & de la Reine ,
étant conduit le même Introducteur,
par
& il fut traité par les Officiers de Sa
Majefté.
Le 25. Mai , la Reine Douairiere
d'Efpagne , vint de Vincennes au Palais
Royal , voir S. A. R. Madame la Duchelle
d'Orleans , fa mere .
Le Comte de Maurepas , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a fait venir pour le
Roi , un Tigre d'une grande beauté , &
un jeune Lion de dix mois , qui ont été
mis à la Ménagerie de Verfailles .
Les gageures font extrêmement à la
mode ; on en voit faire chez les gens de
tous états de fort fingulieres & d'efpe-
Hij ces
A. vol.
1256 MERCURE DE FRANCE
,
ces très - differentes. Le 5. de ce mois
Sebaftien Langlois Porteur d'eau du
quartier de S. Roch , homme maigre ,
fec , & à qui on reprochoit fa petite taille
& fon peu de force , gagea la fomme
de 12. livres contre fes Camarades ,
qu'il porteroit une voye d'eau, prife dans
la Seine , de Paris à S. Denis , fans fe
repofer qu'à fon retour à la Chapelle .
Cette lente courſe fe fit le même jour.
Langlois partit à dix heures du matin ,
après avoir puifé fon eau à l'Abbreuvoir
de la rue des Poulies , prit fa route par
le bas de Montmartre , fuivi de ceux contre
qui il parioit , & de quantité de curieux
, arriva à la Porte de l'Abbaye de
S. Denis , fit trois fois le tour de la Place
, ( c'étoit une des conditions du pari )
reprit le chemin de Paris , & arriva à la
Chapelle à une heure après midi , victorieux
, le déchargea de fes deux feaux
d'eau , que le Cabaretier de la Chapelle fit
mettre dans fa fontaine , & fit tirer à la place
quantité de pintes de vin , dont Langlois
, couvert de gloire , regała ceux qui
lui avoient fait cortege. La voye d'eau,
la fangle , les crochets , & tout l'attirail
que le parieur avoit fur le
corps , pefoit
près de cent livres .
Le Roi a donné la Lieutenance generale
de la Province de Champagne , &
C I. vol.
le
JUIN. 1726. 1257
le Gouvernement de Chaumont en Baf
figni , vacans par la mort du Comte de
Choifeuil- Beaupré , au Comte ſon fils
aîné.
Sur la fin du mois dernier le feu prit
à Hannecy , Village près de Pontoife ,
& y confuma trente maifons en moins de
deux heures .
Le 22. Mai , la Reine , accompagnée
des Dames de la Cour,alla fe promener au
Château de Meudon , & le lendemain au
Moulineau , au bout du Canal de Verfailles.
"
Le 24. le Roi alla au Château de la
Muette , & la Reine au Val , & de- là au
Château de S. Germain en Laye.
Le 25. S. M. alla fe promener en
grande Caleche , qu'on appelle Gondole ,
à Vanves , près le Village d'iffy ; en
montant en Caroffe , la Reine nomma les
Dames qui devoient l'accompagner.
Le 26. après le Salut, le Roi alla à la
Menagerie , & la Reine fe rendit par eau
à Trianon dans la grande Barque à voiles
, couverte de Damas cramoify avec
des crépines d'or. S. M. étoit accompagnée
des Dames du Palais & des Officiers
de fa Maifon. Le refte de fa fuite ,
les Pages & les Gardes du Corps , fuivoient
dans deux Gondoles à la Venitienne.
Le Roi fe rendit auffi peu après
Hiij par I. vol.
1258 MERCURE DE FRANCE .
par eau à Trianon ; & fur les fix heures
L. M. retournerent enſemble par eatr
à la Ménagerie , où l'on fervit une magni
fique collation.
Le 27. au matin , le Roi partit pour
Rambouillet , d'où S. M. revint le 28 .
au foir.
S. M. y retourna coucher le 4. de ce
mois , & en revint le 6.
Le 8. veille de la Pentecôte , le Roi
revêtu du grand Collier de l'Ordre du
Saint Efprit , fe rendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M. entendit
la Meffe , & communia par les
mains de l'Abbé de Sufe , Doyen & Comte
de Lyon , Aumônier du Roi de quar
tier , enfuite le Roi toucha un grand
nombre de malades. L'après- midi , le Roi
& la Reine entendirent les premieres
Vepres chantées par la Mufique.
Le jour de la Fête , les Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint- Efprit , fe rendirent vers les
dix heures du matin dans le Cabinet du
Roi , d'où S. M. alla à la Chapelle du
Château , étant précedée du Duc de Bourbon
, du Comte de Charolois , du Comfe
de Clermont , du Prince de Conti , du
Duc du Maine , du Comte de Toulouſe ,
& des Chevaliers , Commandeurs & Of
ficiers de l'Ordre le Roi , devant le
21. vol.
quel
JUI N. 1726. 1259
L
quel les deux Huilliers de lá Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en man
teau , le Collier de l'Ordre par - deffus ',
ainfi que les Chevaliers . S. Mentendit
la grande Meffe , celebree par l'Abbé de
Tefieres
Chapelain de la Chapelle de
Mufique ; enfuite le Roi fut reconduit à
fon appartement dans le même ordre qui
avoit été obfervé , lorfque S M. en étoit
fortie pour aller à la Chapelle : La Rei
ne , accompagnée des Dames de fa Cour,
entendit la grande Melle dans la Tribune.
L'après-midi , L. M. entendirent le
Sermon de l'Abbé le Beuf; Chapelain du
Roi , & enfuite les Vêpres .
Le Roi ayant pris la refolution de
gouverner par lui-même , S. M. aa fupprimé
le Titre & les fonctions de principal
Miniftre,
Le Marquis d'O , Lieutenant General
des Armées Navales de S. M. a été
nommé Grand - Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis .
Le 27. du mois dernier , on brûla un
grand nombre d'Actions à la Compagnie
des Indes , qui avoient été retirées .
Le 28. la Compagnie des Indes tint
une Affemblée generale , dans laquelle
les Directeurs rendirent compte de fa fituation
prefente , & firent le détail des
fonds employez dans les differentes par-
Hiiij ties
1. vol.
1260 MERCURE DE FRANCE.
ties de fon Commerce , qui depuis le
mois de Mars 172 5. juſqu'au 15. Avril
1726. fe trouvant monter à 138900000.
livres. M. Dodun , Controlleur General,
qui préfidoit à cette Affemblée, loiia fort
Je zele & l'activité des Directeurs , & affura
la Compagnie de la protection du
Roi & de fes bons offices . Il fut refolu
que le Dividende continueroit d'être
payé fur le pied de 150. livres par Action
chaque année.
On écrit de S. Malo , que le 28. du
mois dernier , depuis cinq jufqu'à Gix
heures du foir , il y eut une tempête
épouventable ; le tonnerre y brûla une
maifon , le Clocher de l'Hôpital General
, où deux Couvreurs furent tuez ; un
Vaiffeau dans le Port , appellé le Saint-
Efprit , qu'on n'a pû fecourir fut auffi
brûlée. M. Jolly; Armateur , eut le bonheur
de fauver le fien fans être bleffé ,
ayant eu deux hommes tuez à fes côtez .
A
Le 11. de ce mois , le Roi alla coucher
à Rambouillet , d'où S. M. revint
à Versailles le 14. Elle y retourna le 17 .
& revint à Versailles la veille de la Fête
-Dieu .
•
Le même jour 11. Juin , vers les 7. heures
du foir , le Duc de Charoft, Capitaine
des Gardes du Corps , rendit au Duc de
Bourbon une Lettre de la part du Roi.
1. vol. Ce
JUIN. 1726. 126e
Ce Prince partit peu de temps après de
Verfailles pour Chantilly.
Le 13. la Reine fortit pour prendre
le plaifir de la promenade . S. M. alla
d'abord à Vaucreffon , où elle ſe promena
pendant quelque temps , entendit le
Salut à la Paroiffe de ce Village , & revint
enfuite à Versailles par Marly ..
Le 16. Dimanche de la Trinité , la
Reine entendit la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verſailles , & S. M.
communia par les mains de l'Abbé de
Sainte Hermine , fon Aumônier en quartier.
Le 20. Fête du S. Sacrement , L. M.
fe rendirent à l'Eglife de la Paroiffe de
Verfailles , & y entendirent la grande
Meffe , après avoir affifté à la Proceffion
. L'après - midi , le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château
,les Vêpres chantées par la Mufique
& le Salut.
Le Roi a rétabli M. le Blanc dans les
fonctions de Secretaire d'Etat de la Guerre
, à la place du Marquis de Breteuil ,
qui avoit demandé à S. M. la permiſfion
de fe retirer. Il les a trouvées aug--
mentées du Département des Frovinces
de Flandres , d'Artois , de Haynault , des
treis Evéchez , du Comté de Bourgogne ,
d'Alface , du Dauphiné & du Rouffillon,
I. vol. Hy qui
1262 MERCURE DE FRANCE:
qui en avoient été diftraits lors de l'établiſſement
des Conſeils , & qui y ont
été depuis réunis. M. le Blanc eut l'honneur
de faluer le Roi le 15. de ce mois ,
& il en fut reçû très - favorablement.
M. Dodun , Controlleur Gneral des
Finances , ayant demandé au Roi la même
permiffion de fe retirer , S. M. a
nommé Controlleur General des Finances
, M. le Pelletier des Forts , Confeiller
au Confeil Royal des Finances.
Le Roi a accordé au Marquis de Bre
teüik , en confideration de ſes ſervices ,
une penfion de dix mille livres , oùtrė
celle de fix mille livres qu'il avoit déja .
S. M. lui a auffi accordé un appartement
dans le Château de Verfailles.
Le Chapitre General des Benedictins
de la Congregation de S. Maur , affemblé
en l'Abbaye de Marmoutiers près de
Tours , finit le 14 Juin . Le R. P. Dom
Pierre Thibault y a été élû Superieur General
de la même Congrégation , par les
fuffrages unanimes de tous les Définiteurs
, & les Benedictins paroiffent tous
très -fatisfaits de l'heureux fuccès de leur
Chapitre.
Le 16. de ce mois , le Roi confirma
dans fon Confeil d'Etat , la refolution qu'il
avoit prife de gouverner par lui- même ,
& de fupprimer le titre & les fonctions
1. vol. · -
de
JUIN. 1726. 1263-
de principal Miniftre. S. M. après avoir
expliqué les changemens qu'elle avoit
faits dans le Miniftere , & la maniere dont
les affaires feroient traitées dans la fuité,
déclara que fon intention étoit de gouverner
fon Royaume , conformément à
ce qui s'étoit pratiqué pendant le Regnes
du feu Roi , fon Bifayeul , dont elle vouloit
fuivre l'exemple le plus exactement
qu'il lui feroit poffible. Le Roi a fait paroître
dans ce qu'il a dit à fon Confeil ,
le defir qu'il a de récompenfer la fidelité
de fes Peuples , & de rendre fon Regne
glorieux en contribuant à leur bonheur,
Sa Majefté n'eut pas plutoft formé ces
deffein , & fait la déclaration dont nous
venons de parler , que fuivant les mouvemens
ordinaires de fa pieté , elle donna
fes ordres pour faire des Prieres publiques
, afin de demander à Dieu fa benediction
fur la réfolution qu'elle a pri
fe. C'eft en conféquence de ces ordres ,
que M. le Cardinal de Noailles , Arche -i
vêque de Paris , donna un Mandement
le 19. du même mois de Juin , pour or
donner des Prieres dans tout fon Diocè -b
fe. "Nous croyons devoir le rapporter ici,
à caufe de l'importance du fujet , & de
fa brièveté.
7. voltolyol da vj . LOUIS .
I
1264 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS-ANTOINE DE NOAIL
LES , & c. Vous êtes inftruits , mes chers
Freres , de la réfolution que le Roi vient
de prendre de gouverner ſon Royaume
par lui- même , & que Sa Majeſté n'a
pris cette importante réfolution que pour
faire connoître à fes Peuples tout l'amour
qu'Elle a pour eux , & combien Elle
eft fenfible à leur fidelité.
Que ne pouvons - nous point augurer ,
du Regne d'un Prince formé par des
mains fages , en qui l'on a reconnu dès
fon enfance un naturel heureux , un efprit
de douceur , de difcretion , de difcernement
, qualitez fi néceffaires pour
un bon Gouvernement , mais fur tout
un profond refpect pour les Sacrez Mifteres
, & pour tout ce qui a rapport à la
Religion ? Dans un âge où les Princes ne
font ordinairement occupez que de leur.
plaifir , notre Monarque donne la confolation
à fon Royaume de nous annoncer
lui -même qu'il veut fe donner tout entier
aux foins de fon Etat , & qu'il n'a.
point d'autre objet dans fes travaux , qu'il
n'envifage point d'autre gloire que celle
d'aflurer le bonheur de fes Sujets ?
Que ne devons-nous point efperer ,
lorfque nous voyons Sa Majefté dans une ,
fi grande jeuneffe marcher déja fur les
traces de fon Bifayeul, de glorieufe mé-
I. vol.
moire ,
JUIN 1726. 1265
moire,fe propofer fon exemple comme le
modele qu'Elle véut imiter , établir dans
fes Confeils le même ordre que cet Augufte
Prisce a toûjours fuivi , & vouloir
mettre en pratique les inftructions fi fages
, fi chrétiennes, fi dignes d'une expe
rience & d'une vertu confommée qu'Elle
a reçûës de ce grand Roy mourant , &
qui ont toûjours écé depuis gravées dans
fon coeur.
Notre fidelité & notre attachement inviolable
pour la Perfonne . facrée de Sa
Majeſté , nous avoient déja porté à remercier
Dieu des fentimens qu'il infpire
au Roy , & des graces qu'il veut repandre
par là fur ce Royaume ; mais la pieté
de Sa Majefté qui connoît toute la grandeur
du fardeau dont elle eft chargée ,
& du befoin qu'Elle a des fecours & des
lumieres du Ciel pour le foutenir , a défiré
que l'on fit des Prieres publiques
afin de demander à Dieu pour Eile , at
l'exemple de Salomon , * un coeur docile
pour fuivre les confeils les plus juftes.
& les plus falutaires , la fageffe & l'intelligence
qui viennent d'en - haut , pour
conduire felon la juftice ce Peuple immenfe
qu'Elle va gouverner , pour faire .
obferver exactement la loi de Dieu , &
pour maintenir dans toute leur pureté le
* Liv. 3. Reg. c. 3 .
1. vol. culte
1266 MERCURE DE FRANCE.
culte & la foy de fes Peres.
Que l'amour du Roy pour fes Peuples,
& le defir de les rendre heureux , dont
Sa Majefté vous donne un gage fi précieux
, que les vûës de Sageffe & de Religion
dont elle eft animée , redoublent
donc l'ardeur de vos voeux pour fa confervation,
& augmentent, s'il eft poffible,
votre fidelité & votre zele pour fon fervice.
Pénetrez de fes fentimens dans ce
faint temps que l'Eglife confacre à honorer
JESUS -CHRIST prefent dans l'Euchariftie
, venez aux pieds des Autels
prier avec ferveur le Roi des Rois , afin
que Sa Majefté éclairée par l'Esprit de
Dieu , foûtenue par de fages Conſeils ,
dans le choix des Miniftres du Seigneur,
donne toûjours à fon Eglife de dignes
Pafteurs ; qu'Elle mette la principale
gloire à proteger la Religion , à faire Ĥleurir
de plus en plus la Science & la pieté
dans fon Clergé , & qu'Elle employe
l'autorité qu'Elle a reçûte de Dieu , pour
faire jouir l'Eglife de France d'une parfaite
tranquillité
.
L
Ne doutons point que Dieu , touché de
ces faints defirs du Roi & des prieres
ferventes que nous lui offrirons dans la
mêne vûe , ne lui accorde comme par
furcroît , auffi - bien qu'à Salomon , * des
Lib. 3. Reg. c. 3. v . iz. & 12.
1. vol.
⚫jours
JUI N. 1726. 1267
jours longs & heureux , & une nombreufe
pofterité , qu'il ne répande l'abondance
& les richeffes dans fes Etats ,
& qu'il ne rende fon Regne encore plus
pacifique & plus glorieux que ceux des
plus grands Princes qui l'ont précedé .
A CES CAUSES , pour nous conformer"
aux ordres du Roi , & feconder les pieufes
intentions de Sa Majefté , & c.
Le 24. Juin on fit dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale de Saint Germain des
Prez,dépendante immédiatement du Saint
Siege Apoftolique , l'ouverture folemnelle
des Prieres publiques , dont nous
avons dit le fujet , en vertu d'un Mandement
, donné le 22. par le R. P. Dom
Charles Conrade , Grand Prieur de cette
Abbaye , Vicaire General de M. le Cars
dinal de Billy, Evêque de Meaux , & Abbé
de Saint Germain , adreffé à tous les
Fideles qui font foumis à la Juriſdiction
de la même Abbaye. Tout eft édifiant &
digne d'attention dans ce Mandement .
Nous n'en toucherons ici qu'un ou deux
traits. » Sa Majefté plus touchée du re-
>>pos & du bonheur de fes Peuples , que
de fa gloire & de fon interêt particulier
, ne demande point à Dieu des Vic-
»toires & des Conquêtes , mais cet ef
» prit de confeil qui fait regner avec fa-
» geffe . Elle fe voit comme Salomon , au
>> milieu r. vol.
1268 MERCURE DE FRANCE .
» milieu d'un grand Peuple , d'un Peuple
» infini qui eft innombrable , à caufe de fa
»multitude. C'est ce qui lui fait deman- .
der avec le plus fage des Rois , un
» coeur docile pour pouvoir juger fon Peu-
»ple & difcerner entre le bien & le mal....
» Remercions Dieu des fentimens de pieté
» qu'il inſpire au Roy,& demandons - lui
encore qu'il lui accorde , comme à Salo-
» mon , des jours longs & heureux , qu'il
» rende fonNom celebre par toute la ter-
» re, qu'il faffe croître fon amour pour la
» Religion & pour l'Eglife , qu'il répan-
» de l'abondance & les richeffes dans fes
>> Etats , qu'il lui donne une pofterité
"nombreuſe , & qu'il éleve fon Trône
» au deffus de celui de fes Auguftes Pré-
» déceffeurs , & c.
!
XXXXXXXXXXXXX :XX
BENEFICES.
E Prieuré Régulier Conventuel &
Electif de la Faye de Jumillac , Ordre
de Grandinont , Diocèfe de Périgueux
, vacant par le décès de Dom Molineau
, a été donné à Dom Martial de
Puitifon , Religieux du même Ordre .
Le Prieuré de Guilleftre , au Diocèle
* III. Reg. 3.
1. νοί. d'EmJUIN.
1726. 1169
d'Embrun , qui a vaqué en Régale de
fait ou de droit pendant qu'elle étoit ouverte
dans l'Archevêché d'Embrun , à
M. Gafpard d'Hugues , Prêtre & Grand-
Vicaire de l'Archevêque d'Embrun .
La Prévôté de Seillac , au Diocèfe de
Limoges , à la Collation de l'Evêque de
Tulles , qui a vaqué en Régale , de fait
ou de droit , pendant qu'elle étoit ouverte
dans l'Evêché de Limoges , à M. Charles
du Pleffis Dargentré , Clerc Tonfuré
du Diocèfe de Rennes.
MORTS , NAISSANCES ,
M
Mariages .
Adame de Caffainet de Tilladet ,
veuve du Marquis de Roquepine,
Lieutenant General des Armées du Roy
& Gouverneur de la Capelle ; Dame auffi
recommandable par fa vertu que par fa
naiſſance , mourut le 16. May dernier ,
dans la quatre - vingt- uniéme année de
for âge. Elle étoit fille du Marquis de
Tilladet , Gouverneur de Brifac , & de
Madame le Tellier , foeur du Chancelier
le Tellier ; elle avoit pour freres l'Evêque
de Mâcon , fi diftingué par fon mérite
perfonnel, & le feu Marquis de Til-
1. vol.
ladet ,
1278 MERCURE DE FRANCE.
ladet , Chevalier des Ordres du Roi
Capitaine des Cent-Suiffes , Gouverneur
d'Arras , Lieutenant General des Armées
de Sa Majefté , qui , commandant la gauche
de l'Armée , à la Bataille de Stin
querque , tanima avec tant d'ardeur les
Troupes qui avoient plié , qu'elles revinrent
à fon exemple , fuivant celui du
grand Prince de Conty , qui de même ,
avoit rallié la droite , ce qui réüffit &
heureufement , qu'il eut l'honneur avec
cet illuftre Prince , d'y ramener la vietoire
, quoique ce fut aux dépens de fa
vie , ayant reçû un coup dont il mourut
quelques jours après.
Le Marquis de Tilladet leur pere ,
étoit frere du Marquis de Firmacon , aîné
de la Maifon de Tilladet , qui ayant épou
fé l'héritiere de celle de Firmacon , en a
le premier pris le nom.
L'illuftre Deffunte avoit eû de fon mariage
cinq garçons , dont trois ont été
tuez au fervice du Roy & le quatrième
au fervice de l'Ordre de Malthe , au
Siége de Negrepont , & le cinquième eft
1'Abbé de Roquepine , fi généralement
eftimé ; elle eut auffi trois filles , choifies
pour être à la tête de trois célebres Monafteres
, dont deux font Abbefles.
Le nom de la Maifon de Roquepine
eft du Bouzet , & une des plus anciennes
To vol.
de
JUIN. 1726. 1277
de la Gascogne une Héritiere de ce nom
fut mariée à un Neveu du Pape Clement
V. à la charge d'en porter le nom & les
Armes. La Maifon du Bouzet de Roquepine
étoit en grande confidération dans
la Province dont elle eft originaire , dès
le Regne d'Henry III.
Une Feüille volante , imprimée en
1601. qui nous eft tombée entre les mains ,
contient une Relation de la Pompe fune
bre faite à Condom pour Renard du Boužet
, Seigneur de Roquepine , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitaine des jo .
Hommes d'Armes de fes Ordonnances ,
Maréchal de Camp en Guienne , Gouver
neur de la Ville & Citadelle de Condom ,
où il mourut le 8. Décembre 1599.
*⚫
Dame Antoinette Potier de Novion ,
Epoufe de Charles- Adolphe de Lions ,
Comte Defpaux , &c. mourut le 19. Mai,
âgée de 38. ans .
Antoine Cleriadus , Comte de Choi
feul Beaupré Lieutenant General des
Armées du Roi , & Lieutenant General
pour S. M. au Gouvernement de Champagne
, mourut le 19. Mai dans fon Chateau
d'Aillecourt en Champagne , âgé de
62. ans .
Le même jour , le Comte de Harte-
Joyre , Grand- Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , le plus ancien
1. vol. des
1272 MERCURE DE FRANCE.
des Lieutenans Generaux des Armées Navales
de S. M. mourut dans fon Château
de la Harteloyre près de Tours , âgé de
78. ans & fix mois , dont il en avoit paffe
66. au fervice du Roi.
· Philippe Charles Gaultier- Dubois
Seigneur de Ladon , Confeiller en la
Grand' Chambre du Parlement de Paris ,
mourut le 22. Mai , âgé de 70.ans.
M. de Niquet , Lieutenant de Roi
d'Antibes , Directeur du Canal Royal
qui joint les deux Mers , & des Fortifications
de Provence & de Languedoc
après l'avoir été de Bretagne & de Dauphiné
, mourut à Antibes le 24. du mois
dernier âgé de 86. ans . Il avoit fervi le
Roi avec diftinction pendant plus de 50 .
années. C'eft lui qui fit fortifier Mets ,
Toul & Verdun , ainfi qu'Antibes &
Toulon , où il a fait conftruire des Arfenaux
d'une beauté achevée. Il fe trou
va au bombardement de Genes , fous les
ordres du Marquis de Seignelay , & il
donna des preuves de fa capacité & de
fa bravoure ; mais ce qu'il a fait de plus
remarquable , c'eft la conftruction du
Port de Cette , capable de contenir des
Vaiffeaux de 300. tonneaux. Il a rendu
les deux Ports des Graux , d'Agde &
de la Nouvelle , aujourd'hui navigable
pour les plus grandes Barques. Il a auffi
■. vol ..
gaJUIN.
1726. 1273
garanti des inondations du Rône , pour
environ 200. ans , les Salins de Feccais ,
& toutes les terres qui étoient expofées ,
depuis Beaucaire & Tarafcon jufqu'à la
Mer ; ce qui a amelioré le bien de la
Province de plufieurs millions de rente.
M. de Niquet étoit de la Famille des Niquets
de Bourges , qui y étoient Maires
fous Charles VII . Il étoit parent de l'Abbé
de Niquet , l'un des principaux bienfaicteurs
des PP. Jefuites de Bourges.
II laiffe un fils , Préfident à Mortier au
Parlement de Touloufe , & une fille mariée
au Marquis de Grammont - Lanta ,
Baron des Etats de Languedoc.
Dame Anne Potier de Novion , veuve
de François de Montholon , Intendant
de Saint Domingue , mourut le 24. du
même mois , âgée d'environ 40. ans .
Le 25. Mai , Daniel Tourres , Confeiller-
Secretaire du Roi , Syndic de fa
Compagnie , mourut âgé de 90. ans .
Demoiſelle Anne- Angelique de Malartie
, Comteffe de Montricoux , Dame
d'Artigues, &c. mourut le 29. Mai, âgée
de 70 ans.
Ernès- Bogeflas- Touffaint , Chevalier
de Croy , fils de N. de Croy , Duc d' Havré
, Grand d'Espagne , Prince du S. Empire,
& de Dame Anne de Noirmonftier,
1. vol. mourut
4274 MERCURE DE FRANCE.
mourut à Paris le 30. du même mois ;
agé d'environ 8. ans.
Le 31. Dame Loüife-Marie Dabancourt
, veuve de M. Efprit de Jouffeaume
, Chevalier , Marquis de la Bretel
che , Lieutenant General des Armées du
Koi , Gouverneur d'Hombourg , mouruc
âgée de 7 2. ans.
Pierre Antoine de la Luzerne , ' Mart
quis de Arénant , mourut le 9. Juin ,
âgé d'environ 69. ans. La Luzerne porte
d'azur à la Croix ancrée d'or , chargée
de cing Coquilles de fable.
Le 8. Juin Dame Anne Helvetius,
Epoufe de M. Louis Beraud de la Haye
de Rion , Chevalier , Seigneur de la Gauvriere
, la Foix , &c. Gentilhomme de la
Manche du Roi , mourut âgée de 3 4. ans,
Le 18. de ce mois , Michel de la Lande
, Chevalier de l'Ordre de S. Michel ,
Surintendant de la Mufique de la Chambre
du Roi , & Maître de Mufique de
La Chapelle , qui avoit excellé dans la
compofition de la Mufique d'Eglife , &
dont les Ouvrages font en grande reputation
, mourut à Versailles , âgé de 68. ans.
Dame Elizabeth Huguet , veuve de
M. Nicolas Poullet , Maître des Comptes
, mourut le 19. de ce mois , âgée
de 83. ans .
Demoiselle Marguerite Hebert , veu-
I. vol.
JUI N. 1726. 1275
ve de M. Dalencé , Bourgeois de Paris ,
mourut le 20. âgée de 95. ans . Elle étoit
née à 7. mois.
1
Marie Suzanne Bazin de Bezons .
Epaufe de Jean Hector de Fay , Chevalier
, Marquis de la Tour- Maubourg
Seigneur de Fay , Sainte Sigolaine , Labatie
, Cleffi Chaffi , & c. Brigadier des
Armées du Roi , Infpecteur General
d'Infanterie , mourut à Paris le 19. de
ce mois , âgée de 30. ans.
A
Le 8. Mai , Dame Therefe - Gillete
Loquet de Grandville , Epoufe de François
, Comte de Broglie , Ambaffadeur
du Roi en Angleterre , Lieutenant General
de fes Armées , Directeur General
de la Cavalerie , & Gouverneur de
Mont-Dauphin , accoucha d'une fille
qui fut tenuë fur les Fonts , & nommée
Marie- Therefe , par Jean Aymar de Nicolaï
, Premier Préſident de la Chambre
des Comptes , & par Dame Marie-
Jeanne Voilin , veuve de François Chretien
de Lamoignon , Préſident à Mortier.
Le 14. Juin , Dame Catherine Pecoil ,
Epoufe de Charles - Louis - Timoleon de
Coffe , Duc de Briffac , Pair & Grand
Pannetier de France , Colonel du Regiment
de Laval , accoucha d'une fille ,
qui fut nommée Anne- Françoife Judith ,
1. vol.
par
1276 MERCURE
DE FRANCE
par Michel le Tellier , Maître des Requêtes
, & par Dame Françoife-Judith
de Coffé , Abbeffe de S. Pierre de Lyon ,
reprefentée par D. Catherine le Gendre
, veuve de N. Pecoil , Marquis de
Septen , Maître des Requêtes .
Le 4. Juin , les Ceremonies du Baptême
furent fuppléées dans l'Egliſe Paroiffiale
de S. Sulpice , à Marthe - Charlotte
, née le 10. Decembre 1713. fille
de Louis de la Rochefoucault , Marquis
de Roye , Lieutenant General des Galeres
, & de Dame Marthe de Baudri : elle
a eu pour Parrain , Charles de la Rochefoucault
de Roye , Comte de Blanfac
, Lieutenant General des Armées du
Roi , & pour Marraine , N. de Baudri,
veuve de Jean Ducaffe , Lieutenant General
des Armées Navales .
Dame Anne Garnier de Salins , Epoufe
de Gabriel - Madeleine de Cour-
-bon , Chevalier , Marquis de Blenac ,
- accoucha le 6. d'un fils , qui fut tenu für
les Fonts , & nommé Arnoult - Pierre ,
par Louis-Arnoult Garnier , Chevalier ,
Marquis de Salins , & par Dame Petronille
Vandertinde , Epoufe de Michel
Raune , Ecuyer , & c.
Dame Louife - Françoife de Villemur ,
Epoufe de Louis - Pierre , Comte de Hou-
I. vol.
detot
,
JUIN 1726. 1277
Colonel du Regiment d'Artois , Lieutenant
de Roi de Picardie , accoucha le
10. du même mois , d'une fille , nommée
Adelaide - Louife- Camille , par Marie .
Camille de Villemur , & par Anne-
Loüife- Françoife de Montpellier.
Le 20. de ce mois , la Princeffe de
Conti accoucha à Paris d'une Princeffe.
Le 31. du mois dernier , le Marquis
de Mailly , Capitaine- Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Ecoffois du
Roy , époufa avec difpenfe , dans la Chapelle
du Château de Verfailles , Mademoiſelle
de Nefle , fa niéce à la mode de
Bretagne , fille du Marquis de Nefle ,
Chevalier des Ordres de S. M. L'Abbé
de Saint Hermines , Aumônier de la
Reine , leur donna la Benediction Nuptiale
. Ils avoient été fiancez la veille
dans le Cabinet de la Reine , par l'ancien
Evêque de Fréjus , fon Grand- Aumônier
, en prefence de L. M. qui fignerent
le Contrat de Mariage , ainfi que les
Princes & Princeffes du Sang qui s'y
trouverent.
-
I. vol. I ARS
1278 MERCURE DE FRANCE .
XXX:XXXXXXXXX :XXX
ARRESTS , ORDONNANCES ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
ENTENCE de Police du 17. May , qui
condamne le Sieur Prieur de Monthlery en
mille livres d'amende , pour avoir contrevenu
à la Déclaration de Sa Majefté , qui défend à
toutes fortes de perfonnes de vendre des Bleds,
Farines & autres Grains fur une montre , dans
les Marchez,
AUTRE du même jour , qui renouvelle les
défenfes aux Perés & aux Meres , de laiffer courir
& vaguer leurs Enfans dans les rues de Paris
, leur enjoint d'empêcher qu'ils n'infultent
les Paffans , & condamne à l'amende le nommé
Mifeux , pour y être contrevenu.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
tous Marchands & Artifans qui n'ont encore été
reçûs ni pris Lettres de Monfieur le Procureur
du Roy au Châtelet de Paris , feront tenus de
prefter ferment devant lui , & prendre Lettres
de Maîtrife trois jours après la fignification de la
prefente Sentence.
ARREST du 18. Mai , portant Suppreffion
d'un Ecrit imprimé fous le titre de Requeste à
Son Eminence M. le Cardinal de Noailles , par
lequel le Roy ordonne que ledit Ecrit fera &
demeurera fupprimé , & que tous les Exemplaires
en feront rapportez inceffamment entre les
mains du Lieutenant General de Police de la 1. vol.
Ville
JUIN. 1726. 1279
Ville & Banlieuë de Paris , pour être lacerez :
Fait deffenſes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en garder
ni d'en diftribuer aucun , à peine de quinze cens
livres d'amende.
ORDONNANCE du Roy du 19. May , par
laquelle il eft dit que Sa Majefté étant informée
que dans quelques Provinces & Generalitez du
Royaume , ceux à qui le fort est tombé pour
fervir à la Milice , s'attroupent armez de fufils ,
de bâtons ou autres armes , courent le pays , &
entrent par force dans les maiſons des habitans ,
dont ils exigent par menaces & violences des
contributions en argent ou en denrées , fous
pretexte du fervice qu'ils doivent rendre pour
leurs Communautez : & voulant reprimer une
licence auffi feverement deffenduë par les Ordonnances
, & eftablir dans le corps defdites Milices
la régularité de la difcipline militaire , à
laquelle elles doivent être affujetties fuivant l'Article
XIX , de celle du 25. Fevrier dernier ; Sa
Majefté a ordonné & ordonne que ceux qui fe
trouveront prévenus defdits crimes d'attroupemens
illicites , avec port d'armes ou fans armes,
& d'exaction foit en argent ou en denrées , ſous
pretexte dudit fervice de la Milice ou autrement ,
foient arreftez par les Prevofts des Marêchaux
leurs Lieutenans , & autres Officiers & Jufticiers
qu'il appartiendra , pour leur être le procès fait
comme à des perturbateurs du repos public , pillards
& concuffionnaires , fuivant la rigueur def
dites Ordonnances.
>
ARREST du 20. May, qui ordonne que les Foires
de Guibray feront ouvertes & tenuës , tant en
la prefente année que dans les fuivantes , dans
les termes qu'elles avoient coutume de l'être cidevant
, & fuivant l'ancien ufage.
Iij I vol. ORDON1280
MERCURE DE FRANCE .
ORDONNANCE de Police du 27. May ,
Halportant
défenfes de laiffer dans les Ruës ,
les , Marchez & Places publiques , aucuns Pieds
& Feuilles d'Artichaux , ni Ecoffes de Pois ou
de Féves , à peine de cinquante livres d'amande
& de confifcation .
ORDONNANCE du Roy du 30. May , pour
annuller les Engagemens volontaires faits à
prix d'argent pour fervir à la Milice , par laquelle
il eft dit que S. M. voulant prevenir les
inconveniens qui pourroient refulter de ces facilitez
, contre l'efprit de fon Ordonnance du
25. Fevrier dernier , & faire connoître encore
plus clairement fes intentions à ce sujet , ordonne
que les Paroiffes qui fans avoir fait tirer
au fort auront été admifes à prefenter des gens
achetez , foit qu'ils foient originaires de la Paroiffe
, ou étrangers , pour remplir le nombre
des Miliciens qui leur étoit preferit , feront tenuës
de faire affembler de nouveau la Communauté
, pour faire tirer au fort dans la forme
prefcrite par l'Article VI. de ladite Ordonnance,
fans en exclure ceux qui n'auront précisément
que la taille de cinq pieds ; annullant pour cet
effet tous procès - verbaux , enrollemens , conventions
& enregistremens qui s'y trouveroient
contraires . Ordonne pareillement Sa Majeſté ,
que les particuliers à qui le fort fera échû pour
fervir à la Milice , feront tenus d'y fervir le
temps preferit par ladite Ordonnance , fans pouvoir
, fous quelque pretexte que ce puifle être ,
fubftituer par des engagemens volontaires , d'autres
Miliciens à leur place ; déclarant Sa Majefté
lesdits engagemens nuls , comme étant direct
ment contraires à la difpofition de ladite
Ordonnance , & c.
Ι . vol.
SENJUIN.
1726. 1281
SENTENCE de Police du 31. May , qui condamne
le nommé Claude Roger , Maître Boulanger
, en cent livres d'amende , pour avoir
fait fon Pain de poids leger , & avoir contrevenu
aux Ordonnances .
AUTRE du même jour , qui condamne le
nommé Hebuterne , Limonadier , à deux cens
livres d'amende , & ordonne que fa Boutique
fera murée pendant une année , pour ne l'avoir
pas fermée aux heures marquées par les Arrefts ,
Sentences , Reglemens & Ordonnance de Police.
AUTRE du 4. Juin , qui condamne plufieurs
Particuliers en quinze livres d'amende
chacun , pour avoir nourri des Pigeons chez eux,
au mépris des Ordonnances & Reglemens de
Police.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes aux
Porteurs & Porteufes d'Eau , d'empêcher les
Bourgeois de puifer avant eux aux Fontaines , &
de les maltraiter lorfqu'ils s'y preſentent : &
condamne les nommez Pagné , Lenoin & Janneton
, en trois livres d'amende chacun.
ORDONNANCE de Police du 7. Jain , qui
enjoint aux Bourgeois & Habitans de la Ville
& Fauxbourgs de Paris , d'arrofer deux fois par
jour le devant de leurs Portes pendant les Eftez
& durant les grandes chaleurs.
SENTENCE de Police du 12. Juin, qui défend
à toutes Perfonnes de tirer avec Fufils & autres
Armes à feu , tant fur les Quays que le long de
la riviere de Seine , depuis les dernieres Maiſons
de Charenton jufqu'aux dernieres Maiſons de a. vol.
I iij Chail
1282 MERCURE DE FRANCE
Chaillot & Paffy , à peine de trois cens livres
d'amende , faifie des Armes , & même de prison.
ORDONNANCE de Police du même jour ,
qui défend aux Bouchers d'ouvrir leurs Etaux
les Samedis pour y vendre Chairs de Boucherie :
& qui leur permet de les ouvrir dorénavant les
jours de Dimanche depuis le premier Dimanche
d'après la Trinité , jufqu'au premier Samedy
d'après la Nôtre- Dame de Septembre , à cauſe
des grandes chaleurs .
ARREST du 25. Juin , portant augmentation
fur les anciennes Efpeces & Matieres d'Or &
d'Argent , par lequel il eft dit que le Roy defirant
de procurer à fes Sujets une partie des
avantages qu'ils doivent attendre de là connoiffance
que prend prefentement Sa Majesté par
Elle même , de tout ce qui concerne l'adminif
tration des affaires de fon Etat , Sa Majefté a crû
que l'une de fes principales vûës devoit être de
ranimer le Commerce par une circulation plus
abondante des Efpeces : & comme il ne paroît
pas de moyen plus convenable pour y parvenir
que de rapprocher le prix des Efpeces décriées ,
de celui fixé pour les nouvelles , en abandonnant
encore la portion la plus confiderable du
benefice de la fabrication ; à quoy voulant pourvoir.
Oüy le rapport du Sicur le Pelletier , Confeiller
ordinaire au Confeil Royal , Controlleur
General des Finances , Le Roy étant en
fon Confeil , a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft , le marc des anciens Louis
d'Or fabriquez dans les Hôtels des Monnoyes ,
enfemble des Piſtoles du titre porté par les anciennes
Ordonnances des Rois d'Espagne , des
J. vol
MilleJUIN
1716. 1283
Millerets de Portugal & des Guinées d'Angleterre
, fera payé dans les Hôtels des Monnoyes,
ainfi que par les Changeurs , à raifon de fix
cens foixante dix- huit livres quinze fols ; le
marc des Fiftoles neuves du Perou , à raifon de
fix cens foixante fept livres trois fols , & les autres
Efpeces & Matieres à proportion , de fept
cens quarante livres neuf fols un denier un onziéme
le marc d'Or fin ou de vingt- quatre Ka
rats , ſuivant les évaluations qui feront arrêtées
par les Officiers des Cours des Monnoyes.
II.
Qu'à commencer du même jour , le marc des
Ecus & des Vaiffelles des Provinces , fera payé
dans les Hôtels des Monnoyes & par lefdits
Changeurs , à raifon de quarante- fix livres dixhuit
fols celui de la Vaiffelle platte du Poinçon
de Paris , à raifon de quarante - huit livres
fix fols cinq deniers ; celui de la Vaiffelle montée
du même Poinçou , à raifon de quarantefept
livres douze fols deux deniers ; celui des
Piaftres neuves du Mexique , à raifon de quarante-
fix livres deux fols ; & les autres Efpeces
& Matieres à proportion de leur titre , & de
cinquante une livres trois fols trois deniers trois
onzies le marc d'Argent fin , ou de douze
deniers , même celles defdites Vaidelles qui pourront
être effayées.
III.
Veut Sa Majesté que lefdites Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent continuent d'être reçûës
fur ledit pied dans les Hôtels des Monnoyes &
par lefdits Chargeurs , jufqu'au premier Janvier
de l'année 1727. auquel jour tous lesdits
prix feront réduits à proportion de fix cens
foixante fix livres dix fols dix deniers dix onziémes
le marc d'Or fin , & de quarante fix livres
huit deniers huit onzièmes le marc d'Argent
1. vol. I iiij
fin,
1284 MERCURE DE FRANCE .
fin , fuivant les évaluations qui en feront auffi
arrêtées par lefdits Officiers des Cours des Mon.
noyes.
IV.
Permet Sa Majesté audits Changeurs , de continuer
à fe faire payer de leurs Droits , à raiſon
d'un denier par livre pour ceux qui font établis
dans les Villes où il y a Hôtel des Monnoyes ,
de trois deniers pour ceux établis dans la diſtance
de moins de dix lieuës , & de quatre deniers
pour ceux éloignez de dix lieuës , à condition
toutefois de peler toutes les Efpeces dans des
balances proportionnées aux quantitez , & de
payer la valeur de tout ce qu'elles peferont , à la
feule déduction defdits Droits , fous peine de
deftitution , même de plus grandes , fuivaat
l'exigence des cas .
V.
Ordonne Sa Majesté que pour la facilité de
fes Sujets & l'acceleration de la refonte , les
anciennes Efpeces feront reçûes juſqu'au premier
Janvier prochain , à la piece , dans les
Bureaux de fes Recettes , fur le pied de dix-huit
livres fept fols le Louis fabriqué avant l'Edit
du mois de May 1709. du poids de cinq deniers
fix grains ; de vingt- deux livres fix fols celui
fabriqué en conféquence des Edits des mois de
May 1709. & Decembre 1715. du poids de fix
deniers neuf grains ; de trente- trois livres neuf
fols celui fabriqué en confequence de l'Edit du
mois de Novembre 1716. du poids de neuf deniers
treize grains ; de vingt - fix livres quinze
fols celui de la fabrication ordonnée par l'Edit
du mois de May 1718. du poids de fept deniers
quinze grains ; & de dix -fept livres dix - huit fols
celui de la derniere fabrication du poids de cinq
deniers deux grains , les doubles & demis defdits
Louis à proportion ; de cinq livres un fol l'Ecu
I. val.
fabriJUIN.
1726 . 1285
Fabriqué avant l'Edit du mois de May 1709. du
poids de vingt - un deniers ; de cinq livres quinze
fols l'Ecu des fabrications de 1709. & 1715. du
poids de vingt- trois deniers dix- huit grains ; de
quatre livres onze fols celui des fabrications de
1718. & 1720. du poids de dix - neuf deniers ; &
de quatre livres neuf fols celui de la derniere
fabrication , fans que par cet Article , Sa Majesté
entende rien innover à ce qui a été reglé pour
la confifcation des anciennes Efpeces qui ne feront
pas portées aux Hôtels des Monnoyes ni
permettre en aucun cas le cours defdites anciennes
Efpeces dans le commerce ou entre particuliers
, voulant au contraire que tous les Edits
Declarations & Arrefts rendus , tant à l'égard
defdites confifcations , que de l'expofition des
anciennes Especes , foient executez felon leur
forme & teneur , & c.
ORDONNANCE de Police , du 15. Juin , pour
l'Ouverture de la Foire Saint Laurent , qui commencera
le Vendredy 28. Juin.
DECLARATION du Roi , qui revoque la levée
du Cinquantiéme en nature de fruits. Donnée
à Versailles le 21. Juin 1726. regiſtrée en
Parlement le 25. dudit mois , par laquelle il eſt
dit ce qui fuit. Voulons & Nous plait , que la
perception du Cinquantiéme en nature de fruits ,
foit & demeure revoquée pour toujours , nonobftant
ce qui eft porté par notre Déclaration du s .
Juin 1725. à laquelle Nous avons derogé & derogeons
pour ce regard feulement . Voulons
neanmoins que pendant la prefente année feulement
, & en attendant qu'illaiſe à Dieu nous
mettre en état de pourvoir autant que nous le
defirons au foulagement de nos Sujets , ledit Cinquantiéme
ſoit levé en argent par impoſition ,
I, vol. OW
1286 MERCURE DE FRANCE.
ou par forme d'abonnement , tout ainfi & de la
même maniere que le Dixiéme a été levé en execution
de la Declaration du 14. Octobre 1710.
& des Traitez & abonnemens qui ont été faits
en confequence. Ordonnons au furplus que notredite
Declaration du Juin 1725. fera executé
felon fa forme & teneur , en ce qui ne ſe trouvera
contraire à ces prefentes .
Le deuxième Volume extraordinaire
du Mercure de ce mois, eft actuellement
fous preffe , & paroîtra inceſſamment.
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 1. Volume du Mercure do
France du mois de Juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris ,
le 28. Juin 1726 .
HARDION.
MaaaaaaM
TABLE
Ieces fugitives . Ole fur l'Ambition ',
pieces
Réponse au Memoire fur les Spectacles ,
Daphnis , Cantate ,
1087
1091
1098
1101
Réponse à l'Auteur d'une Lettre fur l'immenfité&
l'infin té du monde ,
Epi1287
Epigramme à Sylvie , 1104
Lettre de M. Capperon fur les fauffes apparences
,
Ode d'Horace , Traduction ,
1105
1118
Nouvelle explication de l'Epitaphe de Poiffy ,
Vers à Mademoiſelle **
1120
1132
Ce qui s'eft paffé à la Sceance publique de l'Académie
de Bordeaux , à la diftribution du
prix ,
Fable , le Merle , l'hyrondelle , & c.
Lettre écrite de Conftantinople ,
Vers , Imitation de Catule ,
Queſtion de Droit ,
Ode ,
1133
1141
1144
1149
1150
1156
Lettre à l'occafion d'un nouveau Breviaire ,
1163
Elegie fur le départ d'une Maîtreffe , 1177
Ce qui s'eft paffé à Marſeille à la reception du
Marquis de Pilles , Gouverneur Viguier ,
& c. 1181
Elegie , qui a remporté un prix des Jeux Floraux
, 1195
Affemblée publique de l'Académie des Belles
Lettres , Differtation fur l'Elegie ,
Differtation fur le Sault de Leucade ,
Enigmes.
1201
1203
1205
Nouvelles Litteraires , & c. Relation des Etats
de Fez & de Maroc , 1206
Les Vies de plufieurs Hommes illuftres de
France , 1211
Differtation fur les Liturgies , & c. 1213
Differtation Theologique , & c . 1216
Extraitde Lettre écrite de Provence , 1223
Lettre fur un nouveau Teleſcope ,
Médailles trouvées à Troyes ,
Nouvelles Eftampes gravées par le Sieur Au-
1225
1226
dran ,
1228
Spec1288
Spectacles. Le Chevalier errant , Parodie , Extrait
,
Chanfon notée ,
Nouvelles du Temps , de Ruffie , de Pologne ,
& c.
1229
1241
1242
1253
Mouvelles de la Cour , de Paris , & c. 1254
1255
Morts , Naiffances des Pays Etrangers ,
Gageure finguliere ,
Refolution prife par le Roi de gouverner par
fui - même ,
Mandement du Cardinal de Noailles ,
Benefices donnez ,
Morts , Naiffances , & Mariages ,
1262
1263
1268
1269
Arrefts , Ordonnances , Sentences de Police ,
& c. 1278
Errata de May.
Age 890. 1. 7. Engelique , lifez Angeliquè.
Pibid. 1. 16. fes amis , lifez cet Amant.
Page 1031. 1. 21. verification , lifez verfification
.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1141. ligne 18. foudain lui , lifex fou
dain il lui. PAge
Page 1197. 1. 1. naitre , lifez Hêtre.
Page 1227. 1. 8. Bulti , lifez Bully.
La Chanfon regarde la page 1243
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUIN. 1726.
SECOND VOLUME.
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy
AVIS.
L
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , les faire & de
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 fols.
1301
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU
ROT
AV
JUIN. 1726 .
XXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE
SUR LA MORT .
U d'ennuis , que de miferes , E
De vos ans fuivent le cours !
Mortels , de vaines chimeres ,
Vous vous bercez tous les jours.
2. vol. A ij
L'i
1302 MERCURE DE FRANCE .
L'image du Monde paſſe ,
La pâle Mort vous menace ;
Rien n'eft exempt de fa loi ;
Tout perit , tout fe confume ;
Ces traits legers de ma plume ,
Vivront encor plus que moi .
Ouvrez-vous , tombeau funefte ;
A mes timides regards ,
Etalez ce trifte reſte
D'os , & de membres épars .
Je fremis quand j'enviſage ,
Ces mains , ces traits , ce viſage,
Ces yeux autrefois vainqueurs ;
En vain j'y cherche des traces
De ces attraits , de ces graces ,
Qui foumettoient tant de coeurs.
Eft-il rien de moins durable ,
Que notre fragile corps ?
Travail , repos , tout l'accable ;
Il cede aux moindres efforts.
Déchû de fon origine ,
2.vol.
JUIN.
1726. 1303
Il arme pour fa ruine ,
Son ennemi✶ courroucé ;
Le bras de la Mort fe leve ;
Et ce bras vainqueur acheve
Ce que l'homme a commencé .
柒
Nouveau Neftor à qui l'âge
Tient lieu de toute vertu ;
De la Mort vivantè image ,
Jufqu'à quand combattras tu ?
Plus fragile que le verre ,
Tu vois le fein de la terre ,
S'ouvrir fous tes pas tremblans ;
"
Elle te prête un afile ,
Accepte un repos utile
Tu fatigues les vivans .
,
Quelque brillante carriere ,
Qui s'ouvre devant nos pas ,
A la Parque meurtriere ,
Nous ne nous dérobons pas .
Comme la flamme legere ,
* L'Efprit.
I. vol. A iij Qui
1304 MERCURE DE FRANCE .
Qui du moment qu'elle éclaire ,
Echappe à l'oeil qui la fuit :
La plus éclatante vie >
Par le trépas pourſuivie ,
Panche vers l'obfcure nuit.
來
Beautez , qui fur nos hommages a
Comptię z dans votre printemps ,
Voyez les affreux ravages ,.
Que fur vous ont fait les ans.
Pleurez vos malheurs extrêmes ,
Triftes ombres de vous - mêmes ,
Vous ne vous reffemblez pas ;
Eh ! comment vous reconnoître ?
Quel regret de ceffer d'être ,
Long- temps avant le trépas.
粥
Marbres froids , rochers fteriles ,
Murs qui défiez le temps ,
Vous êtes auffi fragiles ,
Qu'un rofeau battu des vents.
L'infortune eft generale ;
Non ; d'une loi fi fatale ,
2. vol. Rien
JUIN 1726, 1305
Rien ne peut ſe préſerver ;
L'arbre meurt fur fes racines ;
Cependant fur fes ruines ,
L'homme prétend s'élever.
Au travers de la Prairie ,
S'écoulent vos flots cheris ,
Ruiffeaux , ainfi notre vie
Voit diffiper fes efprits.
Ce fleuve , fier dans fa courfe ,
En s'éloignant de fa fource ,
Perd fon nom & fon orgueil.
Tels nous ferons , tels nous fommes.
La gloire des plus grands hommes ,
Se perdra dans le cercueil .
2. vol.
A iiij OB1306
MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS de M. l'Abbé de
Saint Pierre
Sur la beauté des Ouvrages d'efprit.
AVERTISSEMENT.
Ceci est une espece de Plan d'un Ouvrage
que j'ay eu autrefois deßein de compofer
pour perfectionner le difcernement
de ceux qui veulent juger du prix des
Ouvrages d'efprits mais des vues plus
importantes au bien public , ont attiré
ailleurs mon attention ; cependant tel qu'il
eft , il m'a pari que d'autres plus à
loifir , pourroient profiter de quelques
vûës de mes pensées pour executer euxmêmes
un deffein que je n'ai fait qu'ébaucher.
BEL
I.
OUVRAGE.
'Appelle un Ouvrage beau , dans lequel
, felon fon étendue , il y a plus
d'endroits qui font grand plaisir à lire
aux perfonnes qui ont & beaucoup de
lumières & beaucoup de vertu.
Explication de cette définition .
1º. Je ne prétens pas aſſujettir les au-
2, vol .
tres
JUIN. 1726.
1307
tres à ma définition , je les invite à perfectionner
celle cy.
2º . Je demande que l'Ouvrage beau
foit plus rempli que les autres de beaux
endroits ; car un grand Ouvrage où il
n'y auroit qu'un ou deux beaux endroits,
& où il y auroit beaucoup d'inutile , ne ſe;
roit pas un bel Ouvrage .
3. Je n'appelle ces endroits beaux
que parce qu'ils caufent du plaifir , & un
grand plaifir ; car s'ils ne caufent que peu
de plaifir ; je ne les appelle pas beaux .
4°. Je demande que ce foient des perfonnes
éclairées , qui fentent un grand
plaifir ; car l'ignorant peut trouver beau
ce qui n'eft
éclairé.
que
médiocre
pour l'homme
5 ° . Je demande que celui qui eft regardé
comme juge competant du beau ,
foit vertueux, & qu'il fçache eſtimer toûjours
les Ouvrages , non - feulement par
rapport au plaifir actuel qu'ils peuvent
caufer aux Lecteurs , aux Spectateurs ;
mais encore par rapport à l'utilité , c'eftà
- dire aux plaifirs futurs qu'ils peuvent
procurer .
Je ne parle ici que de la beauté des
Ouvrages qui fe li fent , fans avoir égard
à la belle prononciation , qui contribuë
cependant fi fort ou à perfuader les opinions
nouvelles , ou à confirmer les an-
2. vol. Ау cien
1308 MERCURE DE FRANCE .
ciennes , ou à inſpirer des ſentimens nouveaux
, ou à fortifier les anciens .
Chaque efpece d'Ouvrage d'efprit a
fon but particulier , & par confequent
fa beauté particuliere ; beauté dans les
penſées , beauté dans les expreffions
beauté dans l'arrangement des parties.
裴
I I.
Ouvrages de Géometrie.
Un Ouvrage de Géometrie peut être
écrit avec plus de netteté , avec plus de
brieveté , avec un arrangement plus commode
; il peut contenir plus de démonstrations
nouvelles , mieux choifies , plus
difficiles à inventer , plus fécondes , plus
curieufes , plus utiles au public ; telle eft
la forte d'Eloquence & de beauté qui
convient à un Ouvrage de Géometrie .
On peut citer ici les Ouvrages de Mathématique
, & en faire quelque comparaifon:
c'est l'Ouvrage d'un Géometre , homme
d'efprit.
I I I.
Ouvrages de Phyfique.
Un excellent Ouvrage de Phyfique eft
certainement un Ouvrage d'efprit . Quel
eft le but du Phyficien éloquent ? C'eſt
2. vol.
de
JUIN. 1726. ?. 1309
de faire enforte que les Lecteurs curieux
montent avec plaifir par degrez faciles
au même point de vue où il eft , c'eſt
de leur bien faire fentir la difficulté d'exciter
, ainſi ſuffiſamment , leur curiofité ,
& de leur développer enfuite agreablement
le myftere de la Nature , ou du
moins de lui montrer nettement le point
où les plus habiles en font demeurez .
J'imagine une méthode d'écrire la Phyfique
que l'on a commencé à fuivre en
quelques occafions , mais que l'on peut
beaucoup perfectionner ; c'eft de ranger
tellement les faits & les experiences ,
qu'ils fervent par leur arrangement à l'expliquer
mutuellement , & à paffer infenfiblement
du plus fimple ou du moins
compofé au plus compofé.
Le bel Ouvrage de Phyfique donne
des explications nouvelles meilleures que
les anciennes , ou explique mieux les
fiftêmes des autres , ou arrange mieux fes.
matieres que les autres ; on le lit avec
plus de facilité & de plaifir ; tel efſt l'effet
de l'éloquence du Phyficien , telle eft
la beauté d'un Ouvrage de Phyfique.
Citer ici quelques beaux endroits de
Defcartes , de Rohaut , de Malebranche ,
de Mairan , de Reaumur , de Fontenelle ,
Differtations courtes fur le beau de chacun
de ces morceaux .
2. vol. A vj
IV.
1310 MERCURE DE FRANCE
I V.
Beauté des Apologies .
Un excellent Factum , une excellente
Apologie , eft un Ouvrage d'efprit . Quel
eft le but de l'Apologifte ? C'eft de perfuader
fes Lecteurs de la juftice de la
caufe qu'il défend ; il employe l'expofition
du Droit & des Loix , l'arrangement
& la force du raifonnement , afin
d'attaquer l'efprit , il employe la Peinture
& l'arrangement des Images propres
à exciter la compaffion , la colere , l'indignation
ou autres paffions dans le coeur;
car il fçait que le plus fouvent l'efprit
eft la duppe du coeur , & que l'on croit
facilement jufte ce que l'on defire juſte;
il fait plaifir au Lecteur par les beaux
endroits de fes Ouvrages , & ces endroits
ne font beaux que parce qu'ils font nouveaux
& perfuafifs ; j'ay vû des Lettres
fur des affaires & fur des négociations
qui faifoient plaifir à lire par la maniere
fage & forte dont les raifons pour perfuader
tel ou tel parti y font déduites .
Citer ici quelques endroits des beaux
Plaidoyers de M. Patru , des beaux Factums
de M. de Sacy , des belles Apologies
pour la Religion , examiner ce qui
en fait la beauté.
2. vol.
V.
JUIN. 1726. 1311
V.
Beauté des Ouvrages de Morale.
Un excellent difcours de Morale eft
un Ouvrage d'efprit , quelquefois l'Auteur
ne veut qu'éclairer l'efprit par des
raifonnemens bien arrangez , quelquefois
il veut encore échauffer le coeur par des
images vives qui doivent auffi avoir leur
arrangement particulier . Le but de l'Aueur
eft de plaire par la nouveauté des
penfées & des expreffions, & de perfuader,
tant par
la force des raiſons nouvelles
que par la vivacité des nouvelles images
propres à exciter des fentimens nouveaux.
La moralité tend à déveloper le vrai
interêt du Lecteur, & à le lui faire fentir
d'une maniere perfuafive.
Citer quelques beaux endroits de Cheminais
, de Saurin , d'Abadie , de Nicole
, de Bourdalonë , & c . faire des ob-
- fervations fur chacun.
V I.
Ouvrages de Politique.
Un excellent difcours de Politique eft
un Ouvrage d'efprit , fon éloquence &
fa beauté eft dans l'expofition exacte des
2. -vol. maux
1312 MERCURE DE FRANCE .
maux que l'on fouffre ou que l'on crain'
& que l'on propofe de faire ceffer ou
d'éviter, dans l'expofition exacte des biens
que l'on veut procurer , dans la maniere
de bien démontrer que tels moyens fe.
roient efficaces , & qu'ils coûteroient peu
de peine & de dépenfe en comparaifon
des autres moyens, & en comparaifon des
grands avantages qu'ils procureront.
VII.
Beauté des Ouvrages Hiftoriques.
Une excellente Hiftoire eft un Ouvrage
d'efprit , l'Hiftorien a fon éloquence
particuliere , fon but eft de divertir &
d'inftruire , fon éloquence, outre le choix
des faits & des expreffions , demande qu'il
excite coutinuellement la curiofité du
Lecteur par l'enchaînement des faits les
uns avec les autres , par l'interêt qu'il
fait prendre aux perfonnages qu'il met
fur la Scene , par les portraits qu'il en
fait , par les paffions dont il les repre
fente agitez .
Pour plaire , il faut qu'il développe en
entier les caufes des grands évenemens ,
il faut qu'il expofe bien les difficultez
qu'il a fallu furmonter & les moyens
proportionnez & efficaces dont le prin
cipal perfonnage s'eft fervi , il faut fur
2. vol .
tout
MAY. 1726. 1313
tout que pour inftruire le Lecteur de
bonnes maximes , & pour le rendre plus
prudent , moins vicieux & plus vertueux,
il lui faffe faire attention que les malheurs
viennent de l'ignorance , de la pareffe
& des autres vices , & furtout de
l'impatience , & que les grands fuccès
viennent de la grande application à acquerir
avec peine des talens utiles , de la
grande attention & de la grande patience
à pratiquer la juftice & la bienfailance .
Le développement parfait des caufes
des évenemens demande un efprit de
juftefle & de raifonnement , qui eft rare
dans les Auteurs qui ne s'attachent qu'à
bien peindre & qu'à bien conter ; c'eft
qu'il faut beaucoup de méditation pour
pénetrer les vrayes cauſes , & beaucoup
d'éxactitude pour fe tenir dans les bornes
du vrai , malgré le penchant que l'on
fent à fe laiffer aller à peindre , non d'après
la fimple nature qui eft mêlée de
bien & de mal , mais d'après une imagination
vive & féconde , qui felon les
paffions de l'Ecrivain , fait les hommes ,
les biens & les maux , tantôt beaucoup
plus grands , tantôt beaucoup plus petits
que le naturel.
Cette exactitude à peindre bien la Nature
demande , non ces imaginations vives
& hardies , qui n'aiment qu'à pein ,
2. vol.
1314 MERCURE DE FRANCE.
dre , ou plus en grand ou plus en agréa
ble que le naturel même , mais des efprits
timides & fcrupuleux qui veulent
que leurs Peintures reffemblent parfaitement
au vrai & à la Nature elle- même;
la Peinture exacte de la Nature eft toujours
nouvelle , elle eft très - rare , parce
qu'elle eft très- difficile.
Si la Peinture plate étoit parfaitement
exacte dans l'augmentation & dans la
diminution des clairs & des obfcurs des
fujets colorez , nous croirions toujours
dans les Tableaux voir de la boffe ; & fi
nous ne croions pas la voir , c'eſt le défaut
de cette exactitude dans la Peinture
des degrez de clair & d'obfcur des objets
colorez , par rapport à la diftance fuppofée
; le naïf dans certaines Hiftoires demande
la Peinture des circonftances &
même les paroles , le ton , le gefte, &c.
La plupart de nos Peintures hiftoriques ne
font que des Tableaux croquez ; & pour
vouloir dire beaucoup de chofes en peu
d'efpace , nos Hiftoriens , loin d'être de
vrais Peintres , ne font que des Deffinateurs
de petites figures en lointain & même
croquées ; nos Hiftoriens generaux ne
font que des Cronologiftes , & à dire la
verité , peu d'actions , peu de perfonnes
méritent d'être peintes avec éxactitu
de , c'eſt à- dire avec vérité , cependant
I, vol.
pour
JUIN. 1726. 1315
pour plaire il en faut peindre.
Citer des exemples , les beaux endroits
de Polibe , de Plutarque , de Salufte ,
faire des Differtations courtes fur les canfes
du beau de chaque endroit.
VIII.
Fables , Romans , Poêmes Epiques .
Le but de ceux qui écrivent des Romans
, foit en Profe , foit en Vers , c'eft
de plaire au Lecteur & de l'amufer
agréablement ; mais ce ne doit pas être
leur unique but , il faut joindre l'utile
à l'agréable ; il faut que l'Auteur , outre
le plaifir actuel qu'il procure , tâche de
procurer au Lecteur des plaifirs futurs, en
lui perfuadant par des exemples , d'acquerir
des talens & des vertus qui procurent
du bonheur & d'éviter les injuftices
qui caufent des malheurs ; il faut
que le Lecteur s'amufe , mais il faut ,
s'il eft poffible , qu'il forte de fon amufement
& de fa lecture , plus prudent
plus inftruit de fes devoirs & plus difpofé
à pratiquer la juftice & la bienfaifance
.
"
Le but du Romancier eft le même à peu
près que le but du Moralifte & de l'Hiftorien
; mais fes moyens font differens , il
donne des avis fages , fans faire femblant
2. vol.
29
d'en
1316 MERCURE DE FRANCE .
"
d'en donner , il fait aimer les differentes
vertus , parce qu'il a foin d'en parer fes
Héros & fes Héroïnes , & de les rendre
d'autant plus aimables , qu'il peint mieux
leurs differens caracteres vertueux , qu'il
fçait mieux les contrafter , & qu'il les
fait agir plus fréquemment , felon leurs
caracteres , dans les diverſes ſituations
ou les divers évenemens qu'il invente
exprès pour avoir plus d'occafions de les
faire ou parler avec efprit ou agir avec
vertu .
Il faut diftinguer les beautez particulieres
des differentes parties du Roman ,
de la beauté qui réfulte du total de l'Ouvrage
à peu près comme l'on diftingue
dans un Tableau la répreſentation vive
& naïve des figures & la beauté du Tout
enfemble du Tableau qui naît de l'affemblage
de toutes les figures, & qui réprefente
tous les Acteurs & tous les Témoins
naturels d'une action , leurs differentes
paffions & les differens degrez
de ces paffions .
En general , plus on peut par les fituations
où l'on met les perfonnages , les
rendre agitez de paffions , plus il eft facile
en les peignant d'intereffer le Lecteur.
On ne demande pas de vrai dans les
évenemens des Romans & des pures fictions
, mais on demande du vrai ſemblable
2. vol.
&
JUIN. 1426. 1317
& furtout du convenable , mais le vraifemblable
, le convenable , ne ,fuffifent pas
pour former le beau , il faut qu'il y ait
du nouveau agréable , des vrai-femblances
nouvelles , des convenances nouvelles
, des fituations nouvelles , des veritez
anciennes , mais propofées d'une maniere
nouvelle.
Roman de Telemaque en Profe , Poëme
de Grifelidis , Fables de la Fontaine , de
la Motte , Obfervations fur la Construction
generale , & fur les beaux endroits
particuliers cela demande une vraie
étude.
' I X.
Beauté du Tragique.
Ce qui intereffe , ce qui agite le plus
les hommes , c'eft la perte de la vie ;
ainfi la repréfentation de la mort ou du
peril de mort , intereffe fort le Spectateur
, furtout lorfqu'il s'agit de perfonnes
confiderables par leur grand rang ,
par leurs belles qualitez , & par leurs
grandes reputations ; voilà des évenemens
dont la repréſentation eft capable
'd'agiter agréablement , c'est- à - dire , d’intereffer
vivement le Spectateur.
Mais parmi ces fujets hiftoriques où
l'on trouve le grand intereft de la mort ,
2. vol.
ceux
1318 MERCURE DE FRANCE.
ceux où la vertu eft malheureuſe & le
crime heureux , ne font pas dignes d'être
mis fur le Theatre ; ce n'eft pas que
le Poëte habile ne puiffe avec beaucoup
d'art intereffer le Spectateur , comme Racine
dans Phedre ; mais il l'interefferoit
& lui plairoit bien davantage dans un
autre fujet , où la vertu aimable eft récompenfée,
& où le crime odieux fe trouve
puni ; le Poëte qui choifit un fujet ingrat
, & qui le traite bien , prouve qu'il
a de l'efprit & peu de difcernement .
Les belles Pieces ne doivent pas fe borner
à divertir pour le moment , elles
doivent faire fur tous les Spectateurs un
effet tel , qu'ils en fortent avec plus d'inclination
pour les actions vertueufes : la
Piece eft belle à proportion qu'elle repréfente
bien les fentimens des perfon
nes importantes , aimables , eftimables ,
dans une grande agitation qui foit bien
amenée par les évenemens.
Parler de l'effet de la beauté du tout
enfemble des plus belles Pieces de Corneille
& de Racine , citer & rapporter un bel
endroit de chacun , & faire faire attention
à la beauté d'une fituation bien amenée.
2. vol.
X.
JUIN. 1319 1726.
X.
Le Comique.
Le but de l'Auteur eft de faire plaifir
; & comme fon profit augmente à
proportion du nombre des Spectateurs , il
eft forcé d'avoir attention au goût de la
multitude.
En general ce qui plaît , c'eft 1. la
naïveté de la repréſentation ; ainfi plus
la repréſentation approche du naturel ,
plus il y a de beau dans la Piece.
2º. Plus les Acteurs paroiffent agitez
& embarraffez , plus le dénouement
en plaît.
3. Plus les Caracteres font marquez
par des traits faillans , plus il eft facile de
les repréſenter.
4°. Plus il y a du nouveau dans les
Caracteres , dans la repréſentation , dans
le noeud , dans le dénouement , dans les
fentimens , plus il y a de beauté.
Donner l'idée de la beauté qui eft com.
mune auTragique & au Comique , expliquer
la beauté qui eft particulière à l'un ,
& la beauté qui est particuliere¸ à l'antre
.
Mitridate de Racine , & l'Avare de
Moliere , même fujet , l'un traité tragiquement
, l'autre comiquement. Expo-
I. vol. fer
1320 MERCURE DE FRANCE :
fer divers beaux endroits de Moliere .
X I.
Chanfons , Epigrammes , Lettres.
Une Chanſon eſt une Epigramme qui
fe chante , le Chant ajoûte beaucoup d'agrément
à l'Epigramme .
Les Chanfons hiftoriques , ou les Hiftoires
paftorales verfifiées & chantées ,
ce font quatre degrez d'agrément . 19 .
L'Hiftoire. 2. Paftorale. 3 ° . En Vers.
4°. En Chant .
Tous les Auteurs veulent fe diftinguer
par l'éloquence & par la beauté de
leurs Ecrits , & faire plus d'impreffion
fur le Lecteur par les expreffions ; mais
les Auteurs qui empruntent preſque toutes
leurs forces des peintures & des images
, doivent avoir une attention fingu
liere aux expreffions .
Les Lettres ont auffi leur but & leur
forte d'Eloquence ; les Lettres enjouées ,
galantes , font des efpeces d'Epigrammes
en Profe.
X I I.
Force de
Raifonnement ,
Force des Images .
Le Phyficien , l'Apologifte , le Mora-
2. vol.
Lifte
JUIN. 1726. 1321
pour ifte , le Politique , l'Hiftorien fenſé
laire & pour éclairer , employent beauoup
plus la force du Raifonnement que
a force des Images .
L'Hiftorien qui n'eft qu'agréable , le
Romancier , le Tragique , le Comique
e Fabulifte , le Chanfonnier , l'Epigranifte
, pour plaire & pour perfuader, emloyent
beaucoup plus la force qui vient
le la vivacité des Images , que celle qui
vient de la jufteffe du Raifonnément .
XIII.
Joindre l'Agréable à l'Utile.
à
Un Ouvrage eft beau à proportion
qu'il caufe de plaifir actuel ; il eft eftimable
à proportion qu'il eft utile , c'eftà
-dire , propre procurer des plaifirs
futurs ; il faut bien obferver qu'un Livre , ´
pour être utile , doit être agreable ; car
s'il n'étoit qu'agréable , il ne feroit point
lû , ainfi il ne produiroit aucune utilité ;
le parfait , c'eft de joindre le beau à l'eftimable
; & pour juger du prix entre deux
Ouvrages , il ne fuffit pas d'en comparer
la beauté , il faut encore en comparer
l'utilité ; car , à beauté égale , celui
qui eft d'une plus grande utililé , eft l'Ouvrage
du plus grand prix ; entre deux
beaux endroits , celui qui infpire plus de
2. vol.
vertu ,
1322 MERCURE DE FRANCE:
vertu , une plus grande vertu , une vertu
de plus d'uſage , eft le plus précieux.
XIV.
Difference entre bean & joli.
Nous nous fervons ordinairement du
terme beau. 1 ° . quand l'objet dont nous
parlons , nous plaît. 2 ° . quand il nous
paroît grand ou important ; au lieu que
nous nous fervons du terme de joli ,
quand l'objet qui nous plaît nous paroît
ou petit ou peu important : une belle
maiſon , une jolie maiſon ; une belle ftatuë
, une jolie ſtatue ; Telemaque eſt un
beau Roman , Dom Quichotte eft un joli
Roman ; belle Hiftoire , jolie Hiftoire ;
belle Fable , jolie Fable ; belle Epigramme
, jolie Epigramme .
Citer des Exemples .
Les Regles du beau peuvent s'appliquer
au joli , ainfi je ne parle que du
beau .
X V.
Arrangement convenable.
Le bel arrangement fert beaucoup à la
beauté d'un Ouvrage , il y a un arrangement
naturel dans les propofitions & dans
les raifonnemens , qui eft trés - propre à
2. vol.
operer
JUI N. 1726. 1323
1
operer la perfuafion d'intelligence & la
conviction ; il y a de même un arrangement
dans les Images , qui eft très - propre
à operer la perfuafion de fentiment,
& à exciter les paffions qui mettent les
hommes en mouvement.
Citer des Exemples des Effets de l'ar
rangement des Propofitions , & des raifonnemens
dans les Ouvrages d'intelligence
, & de l'arrangement des Images
dans les Ouvrages d'imagination.
X V I.
Obfcur bien éclairci.
Nous appellons beau dans un Difcours,
ce qui d'abord nous a paru difficile à développer
, & qui dans la fuite nous paroît
tellement éclairci & développé , que
nous fentons notre efprit monté de quelques
degrez , & en état de voir avec plus.
d'étendue & avec plus de clarté, que nous
ne voyons , foit les mêmes objets , foit
ceux qui y touchent ; ce fentiment nous
fait à peu près le même plaifir , que
lorf
qu'on fe fert d'une bonne Lunette d'approche
, avec laquelle on voit avec diftinction
un objet éloigné , & les autres
objets voifins , que l'on ne voyoit que
confufément fans Lunette ; mais cette
forte de plaifir ne peut gueres fe goûter
2. vol.
B que
1324 MERCURE DE FRANCE .
que dans les Difcours éloquens , où l'on
découvre clairement , ou la verité , ou la
juftice , ou le parti le plus avantageux
à l'Etat.
Le beau dans la penfée fe remarque ,
1 °. lorfque la penſée obfcure fe développe
, lorfque l'erreur reçue difparoît
pour faire place à la verité ; car on aime
à voir clair ce qu'on ne voyoit qu'obf.
curément. 2 °. Le beau fe fait fentir
lorfque par une nouvelle preuve on apperçoit
du grand., où l'on ne voyoit que
du mediocre , où lorfque l'on voit petit
, ce qui paroiffoit grand ou important.
XVII
Jufteffe dans la penfee ,
Jufteffe dans l'expreffion.
11 eft certain que tous les gens d'efprit
qui lifent , remarquent à cinquante
ans des fautes qu'ils ne remarquoient pas
à vingt ans , c'eft que la raifon ſe perfectionne
, & que la raifon fait partie
du goût.
De- là il fuit que le goût fe perfec
tionne & fe rafine , à mesure que l'efprit
voit plus diftinctement , à mefure
qu'il fent plus finement , à mesure que
par des reflexions délicates , il met de la
2. vol.
difJUIN.
1726.
~ 1325
diftinction entre les fentimens , à meſure
qu'il s'accoûtume à raiſonner plus juſte,
& à s'exprimer plus jufte ; le faux rai
fonnement bleffe l'efprit jufte. L'efprit
accoûtumé à l'ordre & à
l'arrangement ,
eft bleſſe par le bon même , lorfqu'il eft
déplacé.Celui qui eft accoûtumé aux bienféances
délicates , fe trouve bleflé de tout
ce qui fied mal ,
De-là il fuit , que plus l'efprit eft accoûtumé
au clair , au vrai , au convenable
, au bienféant , à
l'arrangement , ou à
la methode , au
raifonnement jufte &
confequent , plus il apperçoit facilement
dans les Ouvrages d'efprit ce qui manque
, ou de clarté , ou de verité , ou d'arrangement
, ou de vrai- femblance , ou de
convenance , ou de bienséance
ou dé
jufteffe , ou de confequence , & c'eft ce
qu'on appelle bon goût , diſcernement
délicat & jufte.
Des Exemples.
XVIII.
Beauté
d'Expreſſion.
Le beau dans l'Expreffion fe confond
fouvent avec le beau dans les Images :
mais cependant il merite d'en être dif
tingué. La beauté dans l'Expreffion demande
une reffemblance la plus exace
$2. vol.
Bij
que
1326 MERCURE DE FRANCE :
que l'on peut entre la penſée & l'expreffion
, qui eft employée pour exprimer
en entier , ou l'idée , ou le fentiment
dans l'efprit du Lecteur ; cela s'appelle
tantôt force , tantôt naïveté , les
tours de phrafes , les allufions , les metaphores
, & les autres figures fervent beaucoup
à perfectionner ces Expreffions.
Le commun des Lecteurs eft fort ſenfible
à la beauté & à la gentilleffe d'Expreffion
, & fouvent c'eſt le plus grand
merite de certaines Epigrammes.
XIX .
Difficulté de juger.
Un Ouvrage d'efprit contient divers
beaux endroits , & divers endroits défectueux
.
Ce qui eft beau pour les efprits de
la premiere claffe , n'eft pas toujours
fenti par les efprits d'une claffe inferieure
; ce qui eft nouveau pour la claffe inferieure
ne l'eft plus pour la claffe fupe
rieure.
aux uns
Les beaux endroits eux -mêmes ont des
défauts.
: Les défauts paroiffent plus aux
qu'ils ne paroiffent aux autres , à proportion
du degré de connoiffance ou
d'ignorance , à proportion de l'habitude
2. vol.
que
JUIN. 1726. 1327
que l'on a à raiſonner faux , ou à raifonner
jufte , à proportion que ces défauts
bleflent les moeurs , les coutumes ,
les préjugez.
De-là il fuit , qu'il eft très- difficile de
comparer un bel Ouvrage avec un autre
bel Ouvrage de même genre & de même
efpece ; peu de gens même ont les
principes neceffaires pour comparer avec
jufteffe les genres entre eux , & les efpeces
entre elles voilà pourquoi je ris
quand je vois des efprits du commun entreprendre
de comparer Cinna avec Polieuce
, les Horaces avec Sertorius , eux
qui n'ont pas affez de lumieres pour comparer
avec jufteffe deux beaux endroits de
la même espece.
X X.
Signification des Mots.
La fignification de quelques mots devient
plus étendue avec le temps ; la fignification
de quelques autres fe rapetiffe &
fe refferre , de- là vient qu'on ne trouve
plus de jufteffe d'Expreffion où il y en
avoit autrefois , & que l'on peut en trouver
dans les Langues mortes , là où originairement
il n'y en avoit point.
Le beau en Latin eft fouvent plus beau
pour nous, qu'il ne l'a été pour les Con-
Bij tem-
2. vol.
1330 MERCURE DE FRANCE .
paraifon à l'excellent ; mais il pourra
bien arriver que l'excellent d'aujourd'hui
ne fera que mediocre dans deux
cens ans , par comparaifon à l'excellent
de ce temps - là.
Nouveauté dans les penfées . Nouveauté
dans les expreffions .
Pour nous faire fentir du beau dans
un Ouvrage , il faut du nouveau ; car fi
les penfées , les expreffions où il y avoit
du beau & du joli pour nos Ancêtres ,
c'est- à - dire , un nouveau agréable , ne
nous paroiffent plus belles , c'eſt qu'à
force de les voir repeter aux enfans ,
aux femmes , au peuple même , à force
d'y être accoûtumez , nous n'y trouvons
plus rien de nouveau .
-De-là il fuit , que les Ouvrages an
ciens ont perdu de leur beauté à notre
égard , à mesure que nous avons adopté
leurs penfées & leurs expreffions , &
que lorfque nous y trouvons encore de
beaux endroits , c'eft qu'ils ne nous font
pas encore devenus familiers. Le familier
ne pique plus , ne réveille plus ; fur
ce pied- là nous pouvons foupçonner
qu'il y avoit du temps d'Homere , du
temps de Demofthêne , du temps de Ciceron
& de Virgile , beaucoup de beautez
dans leurs Ouvrages qui fe font évanoüies
pournoùs ; mais en récompenfe ,
2. vol. comme
JUIN. 1726. 1331
*
comme leurs Langues ont ceffé de vivre,
nous y trouvons plufieurs beautez qui
n'y étoient point de leur temps .
De- là il fuit , que ce qui eft mediocre
pour la premiere claffe des gens d'eſprit
, pour qui la chofe n'eft plus nou
velle , fera beau pour les efprits de la
feconde claffe , pour qui la penfée ou
l'expreffion eft nouvelle.
Exemple. Les Ouvrages mediocres de
le Noble ont réüffi pour certaines claffes
d'efprits , & c .
De- là il fuit , que les jugemens fur
une même Piece de Theatre , doivent
être differens felon les diverfes claffes
des efprits qui en jugent , & felon fa nouveauté.
De-là il fuit que plufieurs des Exemples
du beau cefferont d'être de bons
Exemples dans deux ou trois cens ans ,
parce que les penfées & les expreffions
auront paffé dans l'ufage commun & fa
milier , & par confequent elles n'auront
plus rien de beau ; & puis à l'égard des
expreffions , elles auront vieilli , & la
langue aura tellement changé , que peutêtre
ne pourront- elles pas être entendues
fans Commentaires ; mais nos Suc
ceffeurs , en fe fervant des mêmes ob
fervations & des mêmes principes , chos
2. vol.
By firont
1332 MERCURE DE FRANCE .
firont des Exemples tirez des Ouvrages
d'efprit de leur temps.
De-là il fuit , que ce qui eft beau aujourd'hui
du côté des penfées pour nos
efprits de la premiere claffe , ne paroîtra
plus que bon fens , que fens commun
à la premiere claffe des efprits qui vivront
dans trois cens ans ,c'eft que l'eſprit
humain va en croiffant de generation en
generation. Je vois avec étonnement &
avec plaifir les Ecoliers de 15. ans , bien
plus inftruits , bien plus éclairez que je
n'étois il y a cinquante ans.
De cette augmentation perpetuelle ,
foit du côté de connoiffances , foit du
côté de la jufteffe du raiſonnement , &
de cetté diminution de nouveauté il ſuit ,
que je ne dois pas être étonné de trouver
préfentement moins de beaux endroits
, & plus de fautes dans certains
beaux Ouvrages, que je n'en trouvois il y
a 4o. ans.
De-là il fuit , que tel Ouvrage , que
tel endroit , lorsqu'il fait plaifir à tel ou
à tel , a réellement une forte de beauté
pour tel & pour tel .
De- là il fuit , que les Ouvrages & les
endroits de ces Ouvrages de Theatre ,
qui font fentir un plus grand plaifir aux
perfonnes les plus éclairées & les plus
vertueufes , font de la beauté la plus pré-
2. vol.
cieuſe,
JUIN 1726.
1333
cicule , & que ce qui plaît aux ignorans
au peuple , aux perfonnes mal élevées
fans éducation , de moeurs corrompues ,
licentieufes, font des beautez de bas prix,
& que ce qui plaît aux Lecteurs d'efprit
féditieux, de caractere malin & medifant,
n'a qu'une beauté dangereufe & pernicieufe.
De-là il fuit que le degré de beauté
d'un Ouvrage doit fe mefurer par rap
port , non au nombre de perfonnes à qui
il plaît , mais aux qualitez eftimables des
perfonnes à qui il plaît , & par rapport
au degré du plaifir qu'il leur caufe ; &
de-là eft venu la diftinction du bon &
du mauvais goût ; mais ce qui eft fait
pour plaire au bas peuple & qui lui plaît,
eft - il mauvais ? Non , s'il n'y a point de
licence & de corruption , il eft bon , il
eft beau pour le peuple.
& non
De là il fuit , que pour éviter les que,
relles fur le goût à l'occafion de tel Ŏuvrage
, de tel endroit de cet Ouvrage ,
chacun devroit fe contenter de dire , cela
eft bien , ou fort beau pour moy ,
pas fort beau en general , parce que c'eft
prétendre affujettir les autres à fon goût,
prétention auffi injufte que fi les autres
vouloient vous affujettir au leur , & à fen
tir ce qu'ils fentent , lorfqu'ils ont un
grand plaifir à lite tel endroit d'un Qu
Ch 2. vol. B vj vrage,
1334 MERCURE
DE FRANCE :
vrage , lorfque vous ne fentez point papas
reil plaifir en le lifant .
De -là il fuit , que comme il y a des
Ouvrages qui plaisent quelque temps, &
qui ceffent de plaire aux mêmes perſonnes
, on peut dire qu'il y a des beautez
fuperficielles & paffageres . Je ne les appellerois
pas pour cela fauffes beautez ;
car le plaifir paffager qu'elles caufent pour
n'être pas durable , ne laiffent pas d'être
१
vrai & réel .
De- là il fuit, que c'eft une fuppofition
fauffe que de fuppofer qu'il y a des Ouvrages
& des endroits d'Ouvrages d'une
beauté abfolue , indépendante , éternelle ,
ar ce qui eft beau pour moi prefente
tement & du dernier degré de beau, ne
feroit pas beau pour un homme dix fois
plus éclairé & dix fois plus vertueux quel
moi , cela ne feroit pour lui qu'une verité
commune qui reffemble au plat.
Un Ange riroit de mon adiniration
fur une pareille beauté , c'eft que le nouveau
qui fait le beau pour moi , ne feroit
ni nouveau ni beau , par confequent
pour cet Ange. L'admiration eft fille de
P'ignorance ; & je me fouviens d'avoir
bien admiré à vingt ans des chofes que
je n'admire plus du tout.
T
Il ne faut pas confondre vérité avec
convenance : il y a même divers degrez
de
JUI N. 172627 1333
de convenance, & il n'y a point de degrez
à la verité ; il y a de même des degrez
de difconvenance en nombre infini , une
obfcenité fera une convenance pour le bas
peuple , & une difconvenance pour des
perfonnes bien élevées.
Naïveté fignifie , ce me femble , Peintu
re reffemblante de la Nature or il y a
des Peintures plus & moins reflemblantes
, plus & moins vives , plus & moins
nobles , plus & moins complettes .
A l'égard des circonftances naturelles
que l'on veut peindre , on les choifit avec
plus ou moins de prudence & de juftefle
par rapport à l'effet que l'Auteur doit en
attendre ; mais l'habile fçait choifir le plus
beau , le plus joli , le plus riant de ce que
peut offrir la Nature .
XXII
Regles immuables.
En general il y a des regles immuables,
fans lefquelles il n'y a point de beau . Il
faut de la verité dans les penfées , il faut
de la jufteffe dans les expreffions , il faut
de la convenance aux lieux , aux temps ,
aux perfonnes ; mais l'effentiel , du beau
c'eft la nouveauté or la nouveauté a un
rapport effentiel à ceux pour qui elle eſt
nouveauté ; ainfi l'on voit que cet effen-
2. vol. tiel
1336 MERCURE DE FRANCE.
tiel eft veritable , parce que les Lecteurs
pour qui le beau eft fait , font des hommes
dont la nature eft de changer , le
même homme change d'âge en âge , &
la même nature humaine change de fiecle
en fiecle. Elle a fes âges.
Pour le beau, il faut, ou des veritez nouvelles
, ou une nouvelle combinaiſon de
veritez anciennes ; il faut dans les expreffions
un peu de nouveauté , il faut exciter
ou des fentimens eſtimables & nour
veaux , où , par une nouvelle combinaiſon
de fentimens déja connus , faire un effet
nouveau fur l'ame du Lecteurs il faut ,
s'il eft poffible , des expreffions nouvelles
de ces fentimens . Le vrai , l'eſtimable,
le convenable , la jufteffe dans les expreffions
, dans les allufions , & dans les autres
figures , tout cela ne plaît qu'autant qu'il
y a de nouveauté ; & cela me fait croire
que la nouveauté eft l'effence de la beauté
; or la nouveauté eft une qualité
relative & perfonnelle ; donc l'ellence
de la beauté eft relative & perfonnelle ;
ainfi la beauté dépend de la proportion
que l'objet qui doit caufer un grand plai
fir peut avoir avec l'efprit & le coeur de
celui qui doit lire le bel Ouvrage.
2. vol.
AVERJUIN
17265 : 1337
AVERTISSEMENT.
I
Pour encourager ceux qui vondroient
écrire fur cette matiere , j'ay à leur faire
confiderer que c'est un grand avantage pour
plaire au Lecteur , de n'avoir à leur expofer
que les plus beaux morceaux des plus
beaux Ouvrages , & même des Ouvrages
de toutes les efpeces differentes , car la varieté
plaît : & que c'est un autre grand
avantage de n'avoir à raifonner que fur
= les caufes & fur les effets de la beauté &
même fur la comparaison de beauté à
beauté.
5.
888888
の
L'HYMEN d'accord avec l'Amour.
UNjour l'Hymen comblé de gloire
De voir fous fes aufteres Loix ,
Le plus fage de tous les Rois ,
S'applaudiffoit de fa Victoire.
Il comptoit depuis quelques mois
Cette Victoire fortunée ,
Et de ces mois chaque journée ,
Chaque instant confacroit fes droits.
Empreffemens pleins d'allegreſſe ,
2. vol.
Pour
1338 MERCURE DE FRANCE
2
Pour l'Epoufe animoient l'Epoux:
L'Epouſe avoir même tendreſſee;
Ils goûtoient le fort le plus doux.
De ce rare & charmant myſtere ,
Hymen s'attribuoit l'honneur ,
Lorsqu'il vit le Dieu de Cythere ,
Des Epoux infpirant le coeur.
Que prétends.tu , Dieu témeraire ?
S'écria l'Hymen en colere ?
Rendre ces deux Epoux heureux ,
Répond l'Amour. C'est mon affaire ,
Dit l'Hymen ; porte ailleurs tes feux ;
Retire - toi . L'Amour s'obſtine ,
Il réfifte au commandement.
Hymen le pouffe , il ſe mutine ;
Débat entre eux . Dans le moment ,
Hymen de l'Amour faifit l'aîle ,
Et pour fe montrer le plus fort ,
Il s'émeut , il tire , il harcelle ;,
La plume cede à fon effort.
O !
trop heureuſe violence !
Cria le petit entêté,
Hymen , grace à ton imprudence,
2. vol. Hymen
JUIN. 1726. 1339
Me voilà bien mieux arrêté ,
Comment veux- tu que je m'envole ?
Un ris malin fuit la parole ,
L'Hymen voit fa faute à l'inſtant:
Amour , dit-il , plus de querelle ;
Le bonheur d'un couple fidelle ,
N'en deviendra que plus conftant.
L'Amour foufcrit à l'alliance ,
Par eux le Styx eft atteſté.
O charmant , ô divin traité ,
Qui fait le bonheur de la France !
L'Hymen regne fans deffiance ,
Et l'Amour fans legereté.
Bareau Devarabe.
零零
2. vol. DIS
1340 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS prononcé par M... en
prefence de fes Pere & Mere & d'une
affemblée nombreuse de Parens & Amis,
le jour de la cinquantième année de leur
Mariage , avani la Meffe folemneile
qu'il celebra à cette occafion.
C
' Eft un fpectacle bien touchant , &
tout -à- fait digne de la pieté Chrétienne
, de voir la Religion ramener aux
pieds des Autels , des Epoux qu'elle y
benit autrefois par un Mariage heureux ,
& l'Eglife , cette tendre Mere , revoit
avec joye fes enfans venir après tant
d'années lui demander une feconde Benediction
, renouveller à fes yeux des
engagemens toûjours faints , toûjours refpectables
, & la prier de porter au Souverain
Trône , le jufte tribut de leurs
hommages & de leur reconnoiffance.
Senfibles à une faveur fi rare & fi
précieuſe , & fideles à un devoir ſi légitime
, vous venez icy , mes très - chers &
très honorez Pere & Mere , preſenter au
Dieu des mifericordes un coeur vivement
pénetré de fes bienfaits. Vous invitez
une Famille Chrétienne à fe joindre à
vos actions de graces , & témoin moi-
12 vol.
même
JUIN. 1726. 1341
>
même d'une grande partie de ce que
le Seigneur a fait pour vous Vous
m'ordonnez de l'en louer en Votre
nom , & de prêter mon miniftere & ma
voix à votre reconnoillance & à votre
amour.
Quelle fatisfaction pour moi de vous
obéir dans une circonftance fi confolante,
& de rappeller à votre fouvenir des graces
que je regarde comme faites à moimême,
& dont je ne puis affez remercier
celui de qui vous les avez reçûës . En
effet ne femble- t-il pas que le Seigneur
ait pris plaifir à vous combler de toutes
les benedictions des Patriarches ? Longue
vie , fécondité , fanté prefqu'inalterable ,
graces fpirituelles & temporelles .
Dans le moment où vous formiez ce
lien facré , que l'Apôtre appelle honorable
, vous lui adreffiez fans doute
cette Priere que l'Ecriture (a ) met dans
la bouche de deux faints Epoux : Faitesnous
mifericorde , Seigneur , & que nous
puiffions vivre ensemble jufqu'à la vieil
Leffe dans une parfaite fanté. Vos voeux
ont été exaucez , les fiecles fourniffent
à peine quelques exemples d'une union
auffi conftante & auffi defirable : il eſt
peu d'Epoux mieux affortis pour le tem-
( a ) Miferere nobis , Domine , & confenescamus
ambo pariter fani. Tob. 8.
2. vol.
Phu
1342 MERCURE DE FRANCE ;
pérament , le caractere , la fympathie ,
'humeur , & nous pouvons affurer que
cet amour mutuel, qui fait la douceur &
la felicité de cet engagement, & qui finit
fi fouvent avec les premiers jours ,
fe foutient encore, & ne s'éteindra qu'a
vec le dernier foupir.
Vous vous êtes vûs fouvent renaître
dans vos enfans , dont plufieurs dérobez
de bonne heure à la malice & à la corrup
tion du fiecle , font morts dans l'innocence
, & femblent ne vous avoir précedez
que pour vous préparer par leurs prieres
le fejour heureux que vous devez habiter.
Une fille aînée que les dons de la Nature
, de l'efprit & du coeur , n'avoient
renduë que trop capable de plaire au mon
de , & par là devenue plus digne d'être
confacrée à J. C. attendrit fouvent votre
coeur par le regret de fa perte, ( a ) &
tire encore tous les jours de vos yeux
des larmes qui font votre confolation &
fon éloge.
Deux autres ,à fon exemple , ont choifi
la meilleure part , en prenant la qualité
d'Epoufes d'un Dieu crucifié à toutes les
fortunes périffables, & ne ceffent de lui
demander pour vous les graces de déta-
( a ) Morte Religieufe à l'âge de vingt - deux
ans dans de grands fentimens de pieté.
*2 . vol.
chement
JUIN
. 1726. 1343
chement & d'abnégation , que vous leur
avez procurées.
L'une d'elles (a) qui m'entend , & qui
vous voit au pied de cet Autel , imiter
l'offrande genereufe qu'elle y a faite d'elle-
même , innocemment jaloufe du bonheur
de fes freres , a defiré de partager
avec eux la benediction paternelle fous
le Voile facré. La Nature a reclamé des
droits que la Religion refpecte ; vos entrailles
ont été émuës , & vous n'avez pû
refufer à cette chere fille une fatisfaction
fi raiſonnable ; mais par un heureux retour
, c'eſt à fes pieux empreffemens que
vous devez la confolation de répandre
aujourd'hui les derniers efforts de votre
Foi dans un lieu Saint , où l'on a tant de
fois follicité le Ciel en votre faveur, de
refpirer cet efprit de force & de renoncement
, fi néceffaire parmi des Vierges
fages , que la Grace à mieux inftruites
que l'experience , fur le néant de tout ce
qui n'eft pas Dieu , & d'apprendre de ces
ferventes Epoufes l'ufage que vous devez
faire d'une vie que leurs prieres ont
obtenuë.
Vous rendez ainfi , ma très - chere Soeur ,
benediction pour benediction , votre fainte
Communauté , par une effufion nou-
( a ) Fille Religieufe qui a fouhaité que cette
ceremonie fe fift dans l'Eglife de fon Monaftere.
2. vol. velle
1
1344 MERCURE DE FRANCE :
velle de fa charité , toûjours ingenieufe &
prévenante , fait comme aujourd'hui une
efpece de fête & de triomphe à celui que
les foupirs & les larmes ont , pour ainsi
dire, reffufcité, & nous fentons dans cette
ceremonie la confidération qu'elle a pour
le pere & pour la mere.
Vos autres enfans , mes très- chers Pere
& Mere , qu'une vocation moins favorables
a retenus dans le monde , n'ont rien
qui foit indigne de vous , vous avez lieu
d'efperer qu'ils feront honneur à l'éducation
que vous leur avez donnée ; & qu'après
vous avoir rendu toute l'obéïſſance ,
tout l'amour , toute la veneration qu'ils
vous doivent , ils fermeront refpectueu
fement vos yeux , & feront un jour votre
gloire & votre couronne. Que dirai-je
des évenemens de votre vie ? Une Providence
attentive & bienfaifante a toûjours
veillé fur vos befoins , & conduit
heureufement toutes vos démarches .
Dieu qui difpofe tout avec bonté &
avec fageffe , a fait fervir à votre bien & à
votre fanctification les chagrins mêmes
& les difgraces inféparables de la condition
humaine. Sa main toute puiffante
vous a mis au- deffus des tribulations qui
vous font arrivées ; & cette fâcheuſe (a)
épreuve qui a paru fi long -temps troubler
(4) Long Procès heureuſement terminé.
2. vol.
-votre
JUIN. 1716. 7345
votre repos , & qui a enfin cedé à nos défirs
, ne vous avoit été envoyée que pour
former votre (a) patience & augmenter
votre mérite.
Vous avez paffé vos jours avec honneur
& fans reproche. Des perfonnes diftinguées
par leur mérite , leurs Charges .
leur naiffance , ont bien voulu vous donner
part à leur confiance & à leur eftime ;
& c'eft avec raifon qu'une Famille qui
vous aime & qui vous honore , ne peut
retenir les mouvemens de fa joye , &
vient aujourd'hui comme celle de Tobie,
vous féliciter de tous les biens que le Seigneurvous
a faits : Veneruntque confobrini
Tobie gaudentes & congratulantes ei de
omnibus bonis , qua circa illum oftenderat
Deus. Tob. 11. 20.
Je fens , mon très - cher Pere & ma
très - chere Mere , que vous écoutez avec
un plaifir fecret l'hiftoire des ( b ) mifericordes
de Dieu fur vous ; mais j'ai des
objets encore plus grands à vous propofer
, & voici des graces plus intereffantes
que je montre à votre reconnoiffance .
Quelle grace en effet , de trouver dans
un fi long ufage de la vie des motifs fi
( a) Probatio patientiam operatur ; patien.
tia autem opus perfectum habet. Jacob. 1. 4..
(b ) Et fenectus mea in mifericordia uberi.
Pf. 91. 16.
preffans 2. vol.
1346 MERCURE DE FRANCE
preffans & des raifons fi fortes de la
méprifer & de s'en détacher ! De n'avoir
point été furpris comme tant d'autres
qui font tombez à vos côtez au milieu
des diffipations de la jeuneffe , dans l'embarras
& le tumulte des affaires , dans les
ténebres & l'aveuglement des paffions ;
& de fçavoir par experience que tout
n'eft que néant , que vanité & affliction
d'efprit ? Oui , & vous pourriez le dire
mieux que moi ; les plaifirs les plus
agréables & les plus féduifans , n'ont
qu'une fauffe douceur & font pleins d'amertume.
Les richeffes & la gloire n'ont rien de
réel , & ne defcendent point avec l'homme
dans le fépulchre. Les amis nous
quittent en mourant , & leur foible protection
ne nous accompagne pas devant le
Juge Eternel.Les enfans mêmes, quelques
talens qu'ils puiffent avoir , quelque gran
de que foit leur fortune , ne font, à pro
prement parler , un fujet de gloire qu'à
proportion qu'ils font Chrétiens. Enfin
quelque honneur qu'il y ait de fe trouver
à la tête d'une( a ) Compagnie conderable
par elle- même & utile par fes
fonctions , on n'y parvient qu'après l'avoir
vû mourir , pour ainfi dire , plufieurs
fois , & c'eſt un titre humiliant qui
( a ) Il étoit le Doyen de fa Communauté.
2..vol.
avertit
JUIN. 1725. 1347
·
avertit bien férieufement qu'on eft mortel.
Tout paffe , tout périt , la vie n'eſt
qu'un finftant , & les bonnes oeuvres feules
nous fuivent dans l'Eternité.
Qu'il eft confolant pour un Chrétien
d'avoir encore le temps de compter avec
la mifericorde, avant que de paroître au
Tribunal de la Juftice , de pouvoir expier
par une humble & fincere penitence
les pechez d'une longue vie , & à réparer
tant de fautes inévitables dans les
Emplois publics & dans les inquiétudes
du mariage ; de reconnoître enfin , après
avoir long-temps goûté les biens & les
meaux , qu'il n'y a rien de grand , rien
de folide , rien de neceffaire fur la terre ,
que de fervir le Seigneur , & que la veritable
fageffe confifte à aflurer fon falut.
Permettez -moy de vous le dire , mon
très- cher Pere , & fouffrez avec bonté
cette marque effentielle , & peut - être la
derniere de mon zele & de ma ten ireffe ;
c'eft pour vous occuper uniquement de
ces importantes veritez que Dieu a re
fermé pour quelque temps le tombeau (a)
que la mort avoit ouvert à vos yeux , &
fa mifericorde n'a peut- être prolongé vos
jours que pour vous donner la confolation
de venir encore une fois les lui offrir.
(a ) Il a été malade à l'extremité deux fois depuis
un an.
2. vol.
C Pros
Y348 MERCURE DE FRANCE .
Profitez d'une faveur fi finguliere , &
ménagez avec un foin infini des momens
fi courts & fi décififs ; préparez à votre
famille , non le trifte appareil de ces
morts déplorables & fi communes , qui
affligent la foi , allarment la pieté , mais
le doux fpectacle d'un Jufte qui s'endort
tranquillement au Seigneur , & ( a ) la
joye de vous voir mourir en Chrétien .
Acceptez en efprit de facrifice les infirmitez
de l'âge , & les maux par leſquels
il plaira peut- être à Dieu de vous purifier
; dites - lui comme ( b ) le Prophete
Roy : Ne me rejettez pas , Seigneur , dans
le temps de la vieilleffe , & ne m'abandonnez
pas dans ces jours de foibleffe où
l'on ne vit presque plus .
Confolez - vous dans vos peines avec
I'Epouſe fidelle que le Seigneur vous a
donnée ; aimez - la encore plus , s'il eft
poffible , & récompenfez par redoublement
d'affection & de confiance , fon
attention continuelle fur vous, & fes foins
à vous plaire.
Pour nous qui fommes vos Enfans ,
( reconnoiffez ici votre coeur & vos fen-
.16.
( a ) Cum gaudio fepelierunt eum. Tob. 14
(b ) Ne projicias me in tempore fenectutis ;
cum defecerit virtus mea ne derelinquas me.
Pl. 70. 9.
2. vol.
timens
JUIN. 1726. 1349
timens , mes Freres & mes Soeurs , qui
m'écoutez ) pour nous , contens de ce
que vous avez fait pour notre éducation ,
& charmez d'avoir occafion de vous en
témoigner publiquement notre reconoif
fance , nous ne vous demandons plus rien
que votre propre falut ; vous avez affez
vécu pour nous , ne penfez plus qu'à
vivre pour vous - mêmes : laiffez - nous
pour notre heritage la juftice & la paix ,
& faites- nous recueillir dans le fouvenir
de vos vertus une fucceffion mille fois
plus précieufe que tous les tréfors de la
terre. Prenez plaifir à raffembler vos enfans
dans votre maifon ; & avec cette
autorité que l'âge , la fageffe , l'experience
donnent aux dernieres inftructions
d'un bon Pere & d'une bonne Mere , répetez-
leur fans ceffe ces tendres paroles
d'un grand Apôtre : ( a ) Mes chers enfans
, aimez- vous les uns les autres ; gravez
dans leur efprit & dans leur coeur
ces admirables leçons du faint homme
Tobie : ( b ) Mes enfans , fervez le Seigneur
dans la verité, & travaillez à faire
ce qui lui eft agreable ; recommande avec
foin à tous ceux qui vous appartiennent
de faire des oeuvres de juftice & des au-
( a ) Filioli, diligite invicem.
( b) Servite Domino in veritate , &c. Tob.
Cij mônes
14. f. &c.
2. vol.
1350 MERCURE DE FRANCE .
mones , de fe fouvenir de Dieu & de le
benir en tout temps.
Par là vous nous édifierez , vous nous
inftruirez , vous nous confolerez ; & fi
nous ne meritons pas que Dieu renouvelle
votre jeunelle , comme ( a ) celle
de l'Aigle , nous le fupplierons du moins
avec inftance qu'il vous faffe éprouver
l'heureux fort de ce faint Patriarche ,
dont le Saint - Efprit à honoré les derniers
jours par ce beau Panégyrique . Le
refte deja vie fe paffa dans une joyefaintes
ayant beaucoup avancé dans la crainte
de Dieu , il mourut dans la paix . Tob.
14. 4.
Vous mourrez , il eft vrai , mais la
mort ne vous effacera point de notre
coeur ; vous y vivrez malgré la révolu
tion des années & l'ingratitude des Enfans
de ce fiecle .
Votre mémoire ſera immortelle & en
benediction parmi nous : l'odeur de votre
pieté & de vos exemples fe confervera
cherement dans votre pofterité , & nous
efperons de la bonté de Dieu qu'on pourra
dire de votre Famille ce qu'on difoit
de celle du faint Modele , que je ne puis
affez vous mettre devant les yeux . Tous
fes alliez & tous ses enfans perfevererent
avec fidelité dans une bonne vie & dans
( a ) Pleaume 16. 25.
2. 20 .
une
JUIN. 1726. 1351
une conduite fainte , & ils furent aimez
de Dieu & des hommes .
:
Jouiffez donc , heureux Epoux , d'une
deftinée fi digne d'envie , rempliffez des
cfperances fi douces & fi confolantes , &
mettez à profit des mifericordes fi rares
& fi extraordinaires .
Ce font les voeux que va porter au
Saint Autel le Miniftre que vous avez
donné à l'Eglife ; ce font les fentimens
& les defirs du plus fincere & du plus
refpectueux ami que vous ayez au monde.
C'eſt la voix , c'eft le coeur de vo
tre fils.
********
LE REMORS.
POEME.
米米米
Ufe , raconte - moi quelle main venge-
MⓇ
reffe,
A fçû punir le crime avec tant de fageffe ?
Comment elle a tiré du fond de nos forfaits ,
Le jufte châtiment dont nous fentons les traits :
Jadis , pour arrêter les crimes de la terre ,
Jupiter , malgré lui , s'arma de fon tonnerre.
Son bras depuis long- temps levé fur des ingrats
,
2. vol.
Ciij Pou1352
MERCURE DE FRANCE.
Pouvoit les écrafer ; mais ne les changeoit pas ,
Quoi des mortels , dit -il , l'audace devient
pire !
Sous mes coups redoublez en vain le crime expire
.
Si je plonge un forfait dans la nuit du tombeau
,
Auffi-tôt de fa cendre il renaît de nouveau !
Que dis- je ? un criminel , dont j'étouffe l'audace
,
Trouve cent criminels qui reprennent la place !
C'en eſt trop . Détruiſons des hommes fi pervers
;
Dans fon premier néant replongeons l'Univers,
Il retiroit déja fa main toute puiffante ,
Quand, pour fléchir fon coeur , Minerve fe préfente
.
Pere des Dieux , dit- elle , embraffant fes genoux
,
Soyez pour les mortels , plus fevere , & plus
doux.
N'en eft- il pas encor , dont le culte fidele ,
Revere la justice , & ne revere qu'elle ?
En puniffant le crime , épargnez la vertu :
Que l'injufte furvive à l'injuſte abatu ;
Et , fans faire gronder fi fouvent le tonnerre ,
Puniffez encor mieux les crimes de la terre.
2. υοί .
Une
JUIN 1353 1726.
Une trop prompte mort eft un tourment tropi
doux ,
Pour ceux dont la fureur femble braver vos
coups;
Qu'ils vivent ces objets de votre juſte haine ,
Et que leurs crimes feuls foient leur plus rude
peine ;
Que l'image fans ceffe en foit devant leurs
yeux ;
L'horreur qu'ils en auront vous vengera bien
mieux.
Elle dit : Jupiter fléchi par la Déeſſe ,
Sufpend , prête à partir , la foudre vengereffe ,
Et livrant le coupable aux remors de fon
coeur ,
Lui fait de fes forfaits fentir toute l'horreur.
Qu'à cet afpect , dit- il , le trouble le faififfe :
Ce qui fit fon plaifir doit faire fon fupplice.
Depuis ce jour fatal tous les crimes divers ,
Comme autant de bourreaux accablent l'Univers.
Là du meurtre fanglant la figure effrayante ,
Aux yeux de l'affaffin fans ceffe fe préſente ;
Fuit-il elle le fuit ; & dans fon trifte fort ,
Cent fois en un feul jour lui fait fouffrir la
mort.
2. vol.
Ciiij Ici
7354 MERCURE DE FRANCE.
Ici la trahifon , fecretement tramée ,
D'un perfide caché trahit l'ame allarmée ;
Il montre aux yeux de tous par fa noire pâleur
,
De quels funeftes traits elle perce fon coeur.
Plus loin la volupté fous l'appas des délices ,
Livrer ceux qu'elle enchante aux plus cruels
fupplices ;
Du dégoût qui la fuit le dévorant poiſon
A d'éternels regrets affervit leur raifon.
Contre fon propre Auteur par tout le crime
crie ;
Tout pourfuit le méchant ; en vain la flate-
A
rie
Pour de fauffes vertus l'éleve juſqu'aux Cieux ,
La trifte verité lui défille les yeux ;
Au milieu des honneurs il ne voit que fon crime
;
On encenſe l'Autel : mais il eſt la victime.
Par l'Abbé Bellet , Profeſſeur de Rhetorique
au College de Guyenne.
a . vol. LETJUIN.
1726. 1355
LETTRE écrite de S. Ouen , au Diocèfe
d'Amiens , le 19. Mai 1726. fur
un faite très-fingulier.
J
E ne fçai , Meffieurs , fi les fuites du
fait extraordinaire , arrivé au Bourg
de Domard , dans le Diocèfe d'Amiens ,
& que vous avez rendu public , par le
moyen de votre Mercure du mois d'Août
dernier 1725. meritent auffi de trouver
place dans un autre de vos Journaux ;
je me trouve cependant engagé par les
perfonnes les plus notables de notre
Campagne , à vous marquer la continuation
de ce même fait , avec quelques circonftances
nouvelles & toutes fingulieres.
Après tout , je ne prétens point vous impofer
la moindre neceffité de les donner
au Public , à moins que vous n'eftimiez
qu'elles le meritent .
Le fieur de Laffite , Chirurgien de ce
Bourg , après avoir mis en oeuvre les remedes
, que quelques Medecins de notre
Province lui avoient indiqués pour
déloger , s'il étoit poffible , les Perce-
Oreilles , qui féjournent dans la tête de
C. v fon
2. val.
$
1356 MERCURE · DE FRANCE.
fon fils , en tenta un nouveau qui confifte
dans une expreffion d'amers , qu'il
feringua dans fes oreilles. Ce remede fit
d'abord peu d'effet ; mais ne voulant
point y renoncer , il crut devoir le fortifier
par de nouveaux amers , & y faire
entrer une doze d'eau de Mercure . Il en
fit l'épreuve le premier Octobre dernier
& l'ayant continuée pendant fix
jours , lui & fa femme virent fortir des
oreilles de leur enfant , pendant ces fix
jours , quatre - vingt- deux Perce Oreilles
, outre plufieurs autres qu'on trouva
dans fon lit ; & il ne s'eft prefque paffé
aucun jour jufqu'à la fin de l'Automne ,
qu'il n'en foit forti , même pendant l'hyver
de temps à autre.
Mais ce qui a paru de plus fingulier,
c'eſt que parmi le grand nombre de ceux
qui font fortis en differens temps des
oreilles de ce jeune homme , il s'en eft
trouvé plufieurs qui font une fois plus
gros que ceux qu'on voit fur les fleurs
ou dans les fruits ; & un de ces gros
l'ayant fait fouffrir beaucoup pendant huit
ou neuf heures avant que d'arriver à l'orifice
de l'oreille , y étant parvenu , le
jeune homme , en le prenant , s'en fentit
violemment piqué à un doigt , lequel
doigt s'enfla dans l'inftant , & il s'y
2. vol.
forma
JUIN. 1726. 1357
forma un pus , que le pere , Chirurgien
, nettoya le lendemain . Une autre
circonftance encore affez remarquable eft,
que ces infectes fortent de ces oreilles
en reculant , enforte qu'ils font d'abord
paroître leur fourche, ou croiffant de derriere.
د
Cependant , parce que le remede des
amers avec l'eau de Mercure parut trop
violent au fieur Lafitte, & que fon fils ne
pouvoit le fupporter , il a eu recours à
d'autres. Un Prêtre du voifinage lui a
fait connoître que l'huille de chenevis eft
mortelle à ces infectes , & effectivement ;
nous l'avons remarqué par l'experience
que nous en avons faite puifqu'après
en avoir touché plufieurs avec cette huille
, ils font morts fur le champ. Ila donc
feringué de cette huille dans les oreilles
de fon fils , defquelles plufieurs font fortis
morts : mais foit que l'huille n'ait pû
fe répandre dans tous les finus , où ils fe
trouvent renfermez , ou qu'elle ne foit
pas auffi mortelle qu'elle nous a paru l'être,
la fource n'a point tari. Il a encore
foufflé dans les oreilles de cet enfant , de
fumée de tabac & de fouffre , qui en faifoit
, à la verité, fortir ; mais comme l'ovation
ne fe détruit point , malgré tout
ce qu'il a pû faire jufqu'à prefent ; ils
2. vol.
C vj fe
1358 MERCURE DE FRANCE.
fe multiplient fans fin . Pendant l'hyver
on a appliqué à fes oreilles fouvent des
morceaux de poires de bon- chrétien &
d'autre fruit , pour les attirer , qu'ils
mangeoient entierement durant la nuit,
& rentroient fi fubtilement dans les oreilles
, qu'il n'étoit prefque pas poffible d'en
attraper , quelque mefure qu'on prit
pour cela. En un mot , foit que les parties
, par lefquelles ils fortent & rentrent
, foient devenues calleuſes , il y a
déja long-temps qu'il ne les fent plus
fortir ou rentrer. Ce jeune homme , qui
fouffroit peu l'année derniere , & qui
ne reffentoit qu'une douleur legere, quand
ces infectes fortoient de fa tête , fouffre
maintenant beaucoup , & éprouve une
info nnie prefque continuelle. Depuis les
commencemens du Printemps , le nombre
de ces petits animaux s'augmente de
plus en pluss mais un accident imprévû
fournit en lui un nouveau ſpectacle ;
fpectacle bien digne de pitié. En fe divertiffant
avec fes Camarades , il fit une
chure fur une pierre , & s'étant fait une
contufion fur le fourcil de l'oeil gauche ,
cette chute a ouvert un nouveau chemin
aux Perce- Oreilles , qui fortent en
partie prefentement par le nez . Cet accident
arriva au commencement de Mai.
2. vola
Voilà
JUIN. 1726. 1359
Voilà , Meffieurs , en fubftance les
fuites de cet évenement furprenant , &
qui paroît bien digne de l'attention de
Meffieurs les Medecins du Royaume , &
des perfonnes qui exercent la Chirurgie.
C'est dans la vûe de les exciter à dévoiler
, s'il fe peut , cette efpece de myftere
de nature , qu'on m'a engagé à vous communiquer
ce détail , vous le donnant
dans la plus grande fimplicité . Et afin
qu'il faffe foi dans l'efprit des perfonnes
qui ne font pas abfolument incrédules ,
le fieur de Laffite a invité Meffieurs les
Officiers de la Baronnie de Domard à le
certifier. Leur témoignage doit être d'autant
moins fufpect , qu'ils en font les
premiers témoins oculaires. Je pourrois
en citer d'autres , comme des Qfficiers du
Régiment de Mailly , qui faifant battre
la Caiffe dans le Bourg de Domard , ont
eu la curiofité de voir ce jeune homme
& ont eu auffi celle de voir fortir de ces
infectes , & d'en emporter pour les montrer
à leurs parens ou amis. Il ne me
refte qu'à vous prier , fi vous faites ufage
de ce Memoire , de faire l'honneur à
Meffieurs les Officiers de la Baronnie
qui le certifient , de les dénommer, comme
vous avez coûtume d'en uſer toujours
avec la plus grande exactitude . Pour
2. vol.
· moi ,
1366 MERCURE DE FRANCE
moi , en mon particulier , je fuis avec
toute la confideration poffible ,
MESSIEURS ,
›
Votre très- humble & trèsobeïffant
Seviteur , de
Savoye , Curé de S. Quën ,
& Doyen Rural de Vignacourt.
Vous m'obligerez , Meffieurs , de vouloir
rectiffier ce qui ne vous paroîtra point
jufte dans les expreffions de cette Lêttre,
fuppofé que vous en faffiez ufage.
Nous, Officiers , Maire & Echevins du
Bourg de Domard , Election de Doullens
, Diocèse d'Amiens , certifions que
le contenu en la Lettre eft veritable ,
pour avoir vû nous - mêmes fortir les
Perce-Oreilles , dont il y eft fait mention
, en foi dequoi nous avons figné audit
Domard , ce 29. Mai 1726 .
Coffinier. Du Bos . Foubert. Brandicourt
Rouffel. Laffite , pere de l'enfant.
2. vel.
A
JUIN. 1726. 1361
*******************
A MADEMOISELLE
***
JE
STANCES.
Je voudrois aimer à mon tour,
E
Je fuivrois vos confeils , mais je n'ofe m'y rendre
:
On a moins de plaifir à ceder à l'Amour ,
Qu'on n'a de peine à s'en défendre .
On refout aisément une jeune beauté ,
A fouffrir des Amans , attentifs à lui plaire ,
Et toute la difficulté
Eft fur le choix qu'il en faut faire."
Nous laiffons toucher notre coeur ;
Il ne faut pas trop nous contraindre ?
Ce n'eft pas l'Amour qui fait peur ,
Mais les Amans qui font à craindre,
添
Si nous faisons des mécontens ,
Ils font la cauſe de leurs peines ;
2. vol.
Et
1362 MERCURE DE FRANCE.
Et s'il n'étoit point d'Inconftans ,
Il ne feroit point d'inhumaines .
Quand,foumis à nos pieds, vous venez nous flatter
,
D'une fûre & pleine victoire ,
Quel plaifir de vous écouter !
Quel chagrin de n'ofer vous croire !
A peine fommes- nous d'accord ,
Que vos voeux inconftans viennent troubler la
fete ;
Vous ne pouvez aimer que jufqu'à la conquête,
Nous voulons par malheur aimer jufqu'à lª
mort.
Ne nous blâmez donc point d'être pour vous
trop fieres ,
C'est vous qui nous y contraignez.
Nous louffrons toujours les premieres ,
Les rigueurs dont vous vous plaignez.
D'un nouvel Amant qui ſoupire ,
D'abord on fe trouve aſſez bien ;
2. val.
Mais
JUIN. 1726. 1363
Mais le meilleur ne vaut plus rien ;
Dès qu'il a tout ce qu'il defire .
M
C'eſt ainfique j'ai vû trahir ,
La jeune Amarillis & la credule Aminte ;
Gueriffez- moi de cette crainte ,
Al'Amour auffi-tôt je confens d'obéir.
HEM. MA YAMAMAMINTENSE
OMICOFECOMIC
EXTRAIT des Memoires lûs par M. de
Reaumur à la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences
.
Mar
R de Reaumur fit paroître à la
fin de 1722. un Ouvrage , dont
nous rendîmes compte dans le temps ,
qui a pour titre : L'Art de convertir le
Fer en Acier , & l'Art de faire des Ouvrages
de Fer fondu , auffi finis que de
Fer forgé. Le premier de ces Arts eft en
ufage depuis long -temps dans quelques
Pays étrangers ; mais on y a eu tant de
foin d'en tenir les pratiques cachées
qu'elles étoient reftées inconnuës. M.de
Reaumur a découvert & publié les principes
de cet Art , qui commence à faire
des progrès dans le Royaume ,
& il ne
2. vol.
paroît
1364 MERCURE DE FRANCE
paroît pas qu'il ait trouvé rien à ajoûter
aux préceptes qu'il a donnez ſur cette
importante matiere .
Pour l'Art de faire des Ouvrages de
Fer fondu , auffi finis que de Fer forgé , il
eft abfolument nouveau; on trouve tout au
plus des traces des tentatives , qui ont été
faites pour le découvrir. On le regarda
comme devant être d'une grande utilité
au Public. Auffi le Czar , attentif à faire
pafler dans les Etats tout ce qui pouvoit
leur être avantageux , fit traduire l'Ouvrage
entier en Langue Ruffienne , &
fit prier M. de Reaumur , de donner les
éclairciffemens neceffaires à des Ruffiens
qu'il lui envoyeroit pour recevoir
fes inftructions , s'il vouloit bien en
prendre le foin. Cet Art a pour objet
de faire à très bon marché les plus beaux
Ouvrages de Fer , d'en executer qu'on
n'a jamais ofé entreprendre , a caufe des
fommes qu'ils euffent coûté. Il embraffe
tout ce qui a rapport à la décoration
exterieure des Bâtimens , & une infinité
d'Ouvrages qui fervent à en rendre l'interieur
plus fûr , & plus orné , comme
les Serrures , les Verroux , les Targettes
les Feux , les Luftres , & c. Enfin ,
il donne les moyens de fondre en Fer &
en Acier , prefque tout ce qu'on a été
obligé de fondre en Cuivre jufques ici .
2. vol.
Nous
JUIN. 1726. 1365-
Nous donnerons dans le Mercure prochain
une ample annonce des Ouvrages
de tous ces differens genres qu'on trou
ve actuellement à Paris. Quoique le Livre
que M. de Reaumur publia en 1722 .
enfeigne les pratiques , qui mettent en
état d'éxecuter à bon marché tous ces
Ouvrages , il a cherché à les rendre encore
plus faciles .
Le fuccès de fes recherches a été tel ,
qu'elles ont fait vieillir un Art qui ne
faifoit prefque de naître. Le premier des
deux Memoires qu'il lût , donna une idée
generale du nouvel Art qu'il doit rendre
public ; comme ce Memoire n'eft qu'un
Extrait que le peu de tems de la durée de
l'Affemblée a même forcé de refferrer extrêmement
, il ne nous eft pas poffible de
le fuivre ; nous ferons feulement remarquer
un des avantages du nouvel Art fur
l'ancien. Les Ouvrages de Fer fortent
intraitables des moules , les limes , les
cifeaux , les burins n'ont aucune priſe
deffus. M. de Reaumur a enfeigné dans
fon premier Ouvrage , à adoucir par
des
recuits ces Ouvrages intraitables , au
point de fe laiffer travailler comme ceux
de Fer forgé. Dans le nouvel Ouvrage
il apprendra des procedez , au moyen
defquels les Ouvrages de Fer n'ont plus
efoin de ces recuits ; ils font doux , li-
2. vol. mables
1366 MERCURE DE FRANCE.
mables , réparables en fortant des moules
, comme le font ceux du Cuivre . Ce
ne font point des experiences faites en
petit qui ferviront de preuves , on en a
d'inconteftables dans les Ouvrages de toutes
efpeces que fait fondre journellement
une Manufacture confiderable , en fuivant
cette méthode .
Les recherches de M. de Reaumur
pour la perfection de fon nouvel Art ,
lui ont auffi valu des Obfervations de Phyfique
, qu'il n'avoit garde de laiffer
échapper. Aulieu de les indiquer toutes ,
il a crû qu'il valoit mieux en choiſir une
& la détailler. Elle fit la matiere du fecond
Memoire qu'il lût ; il avoit pour
titre ,
Que le Fer eft de tous les Métaux , celui
qui fe moule le plus parfaitement.
Il eſt bien fingulier que le Fer , qui juſqu'icy
n'avoit été jetté en moule que pour
des Ouvrages groffiers , prenne plus parfaitement
les impreffions du moule qu'aucun
autre métal . On auroit d'autant moins
lieu de s'y attendre , qu'il est très- rare"
que le feu le rende auffi fluide qu'il rend
les autres Métaux ; quelquefois on le verfe
fiépaix dans les moules , qu'on doute qu'il
y puiffe entrer ; cependant dans plufieurs
2. vol. citJUIN.
1726. 1367
circonftances pareilles M. de Reaumur
a obfervé qu'on tiroit des moules des
Ouvrages très - nets . Tous les Fondeurs
en Cuivre , & dans les autres Métaux ,
qui voyent pour la premiere fois des
Ouvrages de Fer fondu , font furpris de
les trouver fi parfaits avant d'avoir été
aucunement réparez.
M. de Reaumur avoue, que malgré tout
ee qu'il en avoit vû , il n'auroit pû accorder
au Fer la qualité de fe mouler plus
parfaitement que
les autres Métaux , jufqu'à
-ce qu'il eût reconnu qu'elle étoit
une fuite neceffaire d'une proprieté de
ce Métal , qui paroîtra bien étonnnante à
tout Phyficien.
L'Or , l'Argent , le Cuivre , l'Etain &
le plomb , étant rendus liquides, ont plus
de volume qu'ils n'en ont fous une forme
folide. La loi generale qui veut que tout
corps fe dilate à mefure qu'il s'échauffe,
le demande. M. de Reaumur a rapporté
les expériences neceffaires pour démon
trer que tous ces Métaux fuivent éxactement
cette Loy ; deforte que lorfqu'après
avoir été fondus , ils viennent à fe
figer , à fe durcir , ils diminuënt de volume
; le Fer , au contraire , en paffant
de l'état de fluide à celui de folide , acquiert
du volume. On n'avoit encore
obfervé dans la nature qu'un phénomene
vol.
2.
de
# 368 MERCURE DE FRANCE .
de cette efpece , l'Eau le fournits quand
elle fe durcit , quand elle ſe glace , ell
acquiert du volume ; mais ce phénomene
fait l'admiration & l'embarras des Phyficiens
; & comme M. de Reaumur l'a
fait remarquer , fi on avoit befoin d'en
trouver un pareil , il n'y a guéres d'apparence
qu'on eût été le chercher dans
le Fer.Il promet de donner l'explication de
la caufe de cette dilation du Fer dans un
autre Mémoire , il s'eft contenté dans ce-
-lui- cy de la prouver par des experiences
inconteftables , telles que celles -cy , que
le Fer en maffe furnage le Fer fondu ,
comme la glace furnage l'eau. Que dans
un Creufet qui eft fimplement rempli de
Fer fondu , quand le Fer vient à fe figer,
qu'il s'éleve au - deffus des bords de ce
Creufet , le contraire s'obſerve dans les
autres Métaux .
Or dès que le Fer fe gonfle pendant
qu'il fe fige , & qu'au contraire les autres
Métaux fe condenfent , il eft évident
qu'il fe doit mouler plus parfaitement ; ces
derniers fuyent les traits du moule dans
lequel ils ont été coulez , pendant que
-le premier les va chercher . L'effort qu'il
fait pour acquerir du volume , produit un
"effet femblable à celui de la main qui
preffe un cachet fur de la cire d'Èfpagne.
2. vol. M.
JUIN. 1726. 1369
M. Geoffroy le cadet , lut dans la même
Affemblée un Mémoire avec ce titre :
Differens moyens d'enflammer , nonfeulement
les Huilles eßentielles , mais
même les Baumes naturels , par les
Efprits acides.
Es premiers qui ont parlé de produire
de la flamme par le fimple
mêlange de deux Liqueurs froides font ,
Beccher & Borrichius . Ces Auteurs ont
publié qu'on allumoit l'Huille de Terebenthine
, qui eft une Liqueur Sulphureufe
, avec les efprits acides des Mineraux
, tels que les Eaux-fortes & l'Huille
de Vitriol.
Ces experiences ayant été tentées plufieurs
fois inutilement par les Chimiſtes,
pafferent pour fufpectes . Cependant Mrs.
Tournefort & Homberg firent voir à
l'Academie , l'un en 1698. & l'autre en
1702. que l'Esprit de Nitre bien déflegmé
, allumoit les Huilles effentielles des
Indes Orientales , telles que celles que
l'on tire des Bois de Saffafras , de la
Canelle & du Gerofle.
Dans un Difcours de Chimie , fait au
Jardin des Apoticaires en 1706. M. de
Rouviere le fils , en repetant les mêmes
2. vol.
ex1370
MERCURE DE FRANCE .
experiences en découvrit de nouvelles.
Entr'autres il alluma l'Huille Fetide
tirée du Bois de Gaïac , en y verſant de
fort Efprit de Nitre. Cette Experience
a cela de fingulier , qu'il s'éleve du fond.
du verre un corps fpongieux tout embrafé
, qui fait un fort bel effet.
M. Geoffroy le cadet aiant fouvent occafion
de renouveller toutes ces Experiences
pour des perfonnes de confideration
, s'attachoit à tirer un Efprit de
Nitre allez déflegmé, ou une Eau forte.
affez puiffante pour faire réüffir ces fortes
d'operations , qui font affez fujettes à
manquer.
Il avoit auff en vûë d'enflammer de
cette maniere l'Huille de Terebenthine ;
puifque c'étoit ce qui avoit donné occafion
à toutes ces recherches . Cette Huille
en effet doit avoir la même proprieté
que nos Plantes d'Europe , & celles
d'Afie , qui font toutes fulphureufes
Comme il s'agiffoit d'avoir un Esprit
de Nitre ou une Eau- forte , dont l'action
fuft affez vive pour produire cet effet
d'une maniere fùre , il en fit differentes
préparations, parmi lesquelles il choiſit
les plus fures & les plus commodes .
L'efprit de Nitre qui lui parut le plus
propre à ces fortes d'Experiences , fut
2. vol.
celui
JUIN. 1726. 1371
celui qu'il retira d'une diftillation où il
avoit mêlé une livre de forte Huille de
Vitriol fur trois livres de falpêtre. Quoique
cet Efprit allume affez vivement les
Huilles ellentielles des Plantes Aromatiques
des Indes , il ne produifoit point
le même effet avec l'Huille de Terebentine.
M. Geoffroi jugeant qu'il n'y avoit
point de préparations qui puffent rendre
fon Eſprit de Nitre plus déflegmé , fit
attention que Becher difoit avoir fait fon
experience avec l'Huille de Vitriol. Et
comme ces deux Acides , pris chacun à
part , n'avoient point encore réüffi à allumer
l'Huille de Terebentine , M.Geoffroy
effaya de les joindre enfemble.
Il fut fort fatisfait de cette épreuve ,
car le feu prit fur le champ à la matiere.
Il répeta depuis fort fouvent cette experience
avec le même fuccès.
En étant venu là par fes propres recherches
, il trouva dans un Recueil
d'Obfervations Chimiques de M. Hofman
, célebre Chimifte de Hall en Saxe ,
une préparation d'Efprit de Nitre , faite
à peu près comme celle de M. Geoffroy ,
mais dans une autre proportion, qui allume
tout feul l'Huille de Terebentine .
Pour tirer cette espece d'Eau - forte , on
prend demi livre de Salpêtre rafiné ,
2. vol. D bien
1372 MERCURE DE FRANCE.
bien fee , & autant d'Huille de Vitriol
très -rectifiée , que l'on mêle enſemble
dans une cornuë de verre , & que l'on fait
diftiller à un feu de fable très- doux. Cette
Liqueur acide differe des autres Eſprits
de Nitre , en ce que ceux - cy exhalent
des vapeurs rouges qui font particulieres
au Salpêtre , au - lieu qu'elle en répand
de blanches.
Il falloit s'affurer de la verité de cette
préparation ; car la Chimie ne s'eft perfectionnée
qu'en vérifiant avec foin des operations
annoncées quelquefois trop legerement
; ce qui n'a pas peu contribué à la
débarraffer d'une infinité de faits ou faux
où déguiſez,
M. Geoffroy entreprit donc de tirer
un Efprit de Nitre , à la maniere de M.
Hofman , & il y réuffit. Cet Efprit allume
l'Huille de Terebentine d'une maniere
plus prompte que ne le dit l'Auteur
même ; puifque, felon lui , il faut un
peu de temps & le fecours de quelque
agitation pour faire prendre feu à la matiere
; au lieu que M. Geoffroy produit
la flamme fur le champ en verfant cet
Elprit fur l'Huille de Terebentine.
Il rapporta enfuite toutes les autres
differences qui fe trouvent entre les Experiences
de M. Hofman & les fiennes .
Le Chimifte ne réüffit qu'en mettant les
2. vol.
deux
JUIN . 1726. : 1373
deux Liqueurs au poids d'une once chacune
dans des bouteilles larges & évad
fées , & M. Geoffroy les a faites à une
petite dofe , telle que celle d'un gros
dans un verre pointu. Il convient pour
tant que les operations font plus brillantes
quand on les fait en grand dans un
vaiffeau haut & large ; & c'eft ainfi qu'il
les a executées en plein air dans la Cour
du Louvre. L'Huille de Terebentine
prit feu fi fubitement , & avec une telle
exploſion , qu'on en fut extrêmement
furpris.
M. Hofman outre l'Huille de Therebentine
, n'allume avec fon Efprit aucunes
des Effences de nos Plantes d'Europe
, M. Geoffroy alluma l'Huille de
Geniévre , l'Huille qu'on tire de la diftillation
des Plantes Vulneraires ; il réüffit
de même avec l'Huille de Citron &
plufieurs fortes d'Effences. Bien plus ,
il n'a pas befoin de ces Effences , puifque
par fon mêlange d'Efprit de Nitre &
d'Huille de Vitriol , il embrafe la Terebentine
elle - même & les Baumes na
turels qui coulent des Plantes.
}
2. vola
Dij
RO
1374 MERCURE DE FRANCE ,
ROQUILLART ET PICQUE , PLAIDANS
EPIGRAMME.
Eux Chicaneurs , hagards, de maigre trogne,
Dvieux Vieux ennemis , le deux de l'an nouveau ,
Avec prefents s'en alloient à Valogne ;
L'un bien muni d'un Porc , l'autre d'un Veau.
J'aurai raiſon moyennant ce morceau ,
Dit Roquillart , contemplant fa Geniſſe ;
Si je ne gagne en donnant tel Pourceau ,
Morgué , dit Picque , il n'eſt plus de juſtice.
*******************
OBSERVATIONS fur la Colomne
anique de Cuffy en Bourgogne. Par
M. de Mautour.
Left affez furprenant que de tous
ceux qui ont décrit la France ou fes
Antiquitez , aucun n'ait jamais fait mention
de cette Colomne. Cependant après
l'avoir vûë & éxaminée moi- même fur
les lieux en 1722. j'ay crû qu'elle méritoit
d'être connue par le deffein que
l'on m'avoit envoyé, & que j'ay com-
2. vol . muTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
fam
Ca
m
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E
3
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
E
JUIN. 1726. 1375
muniqué au R. P. Dom Bernard de Monfaucon.
J'en donnai en 1724. une explication
que j'avois faite , telle que les Mémoires
que j'ai recueillis & mes conjectures
m'ont fourni , n'y ayant aucune
infcription qui puifle apprendre le fujet
& l'époque de ce Monument , c'eft peutêtre
la raison pour laquelle l'on n'en avoit
point vû jufqu'à prefent de Deſcription
publique. Voici cette Colomne gravée
en taille-douce :
Le Village de Cuffy ou Cuffey la Colomne
, Cuffeium de Colomna en Bourgogne
, ainfi nommé pour le diſtinguer de
Cuffy le Châtel & de Cully les Forges,
dans la même Province , eft ſitué dans
un Pays rempli de Bois & de Montagnes ,
à une petite lieue du Village d'Ivry , paffage
de la Diligence de Châlons à Paris ,
à deux lieues de la Montagne de S. Romain
, à pareille diftance de celle de la
Rochepot , & environ à cinq lieuës de
la Ville d'Autun .
Au fortir du Village de Cuffy , à deux
portées de moufquet , l'on apperçoit cette
Colomne qui s'étend fur la droite jufques
à des terres labourables que l'on
nomme les Chaumes d'Avenet , & qui
bordent une chaîne de Montagnes , fur le
penchant de laquelle il y a un Bois appellé
le Bois du Deffend .
D iij Cette
2. vol.
1376 MERCURE DE FRANCE .
le
Cette Colomne étoit beaucoup plus éle
vée qu'elle n'est à prefent ; parce que
temps en a détruit une partie par le haut.
Mais en ce qui fubfifte encore , elle a
trente pieds environ de hauteur . Elle eſt
compofée de quatre principales parties.
A les examiner chacune en détail , l'on
voit que les ornemens & les proportions
de l'Architecture ont été affez obfervez
par rapport au temps de la conftruction
de ce Monument ; car à confiderer les
Colomnes antiques & ifolées que le temps
nous a confervées , comme celle de Pompée
à Alexandrie , celle de Trajan & de
Marc-Aurele à Rome , & de Théodofe
à Conftantinople , on verra que celle de
Cuffy eft un Ouvrage affez fingulier &
peu conforme au goût de la belle Antiquité.
Mais fans entrer dans la difcuffion de
cette difference , je remarquerai feulement
que la premiere Piece de ce Monument
confiſte en une baze ou un focle
maffif , nud & quarré , ayant quatre faces
égales , un peu concaves , & terminées
aux angles par quatre pans couppez. La
feconde partie au - deffus eft le pied d'efta'
C'est une grande pierre octogone
ayant huit faces égales , qui font autant
de niches , dans chacune defquelles il y
a une Figure en bas relief, que les inju-
2. vol. res
JUIN. 1726 . 1379
res du temps ont un peu effacées. Ces
Figures au nombre de huit réprefentent
des Divinitez Payennes avec des attri
buts. L'on croit appercevoir Saturne
ayant les mains enchaînées , Hercule , Jupiter
, Junon , Pallas , Hebe qui prefente
à manger à l'Aigle de Jupiter , & ayant
un Cafque en tête pour défigner qu'elle
avoit époufé Hercule , Adonis ayant un
Chien à fes pieds , & Venus diftinguée
par une Coquille qu'elle tient dans chaque
main , nommée par les Latins Venus
Marine , & par les Grecs Anadyomene.
Sur ce Pied- d'Eftal eft pofée une
Corniche en faillie , d'un bon goût d'Architecture.
Elle eft compofée de fon ar
chitrave & de fa frife , ornée de mo
dillons en confolles & de rofettes entredeux
.
Enfin fur cette Corniche eft une baze
attique réguliere , accompagnée d'un
plinthe à huit pans coupez , fur lequel
eft élevé le fût de la Colomne qui elt
compofé de plufieurs pierres jointes l'une
fur l'autre. Sur les premieres eſt une
efpece de Mofaïque ornée de fleurons
quarrez difpofez en lozanges . Celles qui
fuivent font fculptées en écailles de poiffon
ou feuilles de Lierre renverfées. Au
deffus de la derniere de ces pierres on
voit deux troux où il y avoit des cram-
D iiij
2. vol.
pons
1378 MERCURE DE FRANCE . pons
de fer pour
lier & en attacher
d'autres
qui achevoient
toute
la hauteur
du
fût
de la Colomne
, lequel
ayant
deux
pieds
de diametre
, devoit
avoir
, ſelon
les regles
de proportion
, vingt
pieds
de
hauteur
, fans
compter
le refte
de l'Ouvrage.
Dans le Cimetiere de la Paroiffe l'on
voit une partie d'une grande & large
pierre qui a été tranfportée depuis longtemps
, & que par la Tradition du Pays
on croit avoir fervi de chapiteau à la Colomne.
Ce qui en fait douter , c'eſt que
l'on n'a jamais vû de Colomne antique
ainfi terminée , à moins que cette pierre
n'ait été employée pour couronnement
à tout l'Ouvrage & au-deffus même du
chapiteau ; ce qui le fait juger , c'eft qu'elle
eft figurée comme une Coquille renevrfée
, ayant huit eſpeces de canelures,
quatre grandes & quatre petites , difpofées
comme des égoûts pour écouler les
eaux, & dont chaque côté & tout le diametre
répondent à l'applond & au renfoncement
des quatre faces concaves &
ainfi qu'aux quatre pans coupez de la
premiere baze. C'est ce que l'on peut
voir dans le Deffein gravé dans les Antiquitez
du R. P. de Montfaucon , T. II.
du Supplement .
J'ajoute à ces Deſcriptions les circonf-
2. vol.
tances
JUIN. 1726. 1379
tances fuivantes dont j'ay été informé par
M. Cottin , Curé de Monceau , du voifinage
de Cuffy & autres. Au pied de
la Montagne où eft le Bois du Deffend
& dins les Chaumes d'Avenet dont j'ay
parlé , ainfi que dans un Champ défriché
depuis quarante ans au bas du Village de
Monceau , fitué fur une hauteur , à un
quart de lieuë de la Colomne , l'on a
trouvé & l'on trouve encore en labou
rant la terre ou en la creufant pour faire
des Fourneaux , plufieurs Tombeaux de
pierre pleins de cendres ou d'Offemens
humains & quantité de Médailles Romaines
du haut & du bas Empire , mais
beaucoup plus de ce dernier.
En l'an 1700. deux Gentilshommes
de Bourgogne ayant eû la curiofité d'aller
visiter la Colomne de Cuffy , firent
fouiller la terre aux environs par des
Païfans. Ils découvrirent plufieurs Offemens
de corps humain , des Médailles antiques
& des Figures de bronze de la
hauteur de quatorze poulces. Ces Figures
qui étoient des Dieux Lares ou Domeftiques
, dont ils ne connoiffoient point
le mérite , furent envoyées à Paris à un
Brocanteur qui les acheta pour les revendre
& l'on n'a pas fçû ce qu'elles font
devenues . C'eft ainfi que l'ignorance d'un
côté , & de l'autre l'avidité du gain , laif
2. vol. Dy fent
1380 MERCURE DE FRANCE .
fent échaper fouvent des curiofitez qui
ferviroient à l'Hiſtoire antique .
En 1703. Un Magiftrat du - Confeil,
qui a une Terre dans le voisinage de
Cuffy , eut auffi la même curiofité. Il fit
ouvrir & creufer la terre au pied de la
Colonne. L'on trouva à quatre ou cinq
pieds de profondeur , trois Tombeaux de
pierre , qui renfermoient des offemens
de corps humains tout entiers , ayant audeffus
de leur tête des Médailles Romaines.
L'on trouva auffi dans la terre la
Jame d'une épée antique de la longueur
de deux pieds , une garde de cuivre , des
efpeces de boucles de ceinturon de métal ,
des miroirs d'acier , & beaucoup d'autres
choſes.
De toutes ces circonftances que je viens
de rapporter , que peut -on conclure , finon
qu'il faut qu'il y ait eu autrefois
dans la Plaine de Cuffy , une Bataille
qui ait donné occafion au vainqueur d'élever
cette Colonne , qui fubſiſte encore
aujourd'hui en partie.
- Pour tâcher d'en découvrir le fujet ,
il eft à remarquer que dans le nombre
des Médailles que l'on a trouvées , il y
en a beaucoup plus de celles du bas Empire
qui reprefentent les Empereurs
Gallien , Claude le Gothique & Tetri
cus. Or au défaut d'infcription , & en
2. Woll
cons
JUIN. 1726. 1381
conciliant ces Médailles avec l'Hiftoire ,
l'on peut déterminer le fujet & l'épo
que de ce monument , qui doit être du
milieu environ du troifiéme fiecle , tems
auquell'Architecture & la Sculpture n'avoient
pas encore dégenerés mais auffi
qui précedoit celui auquel le goût Gothique
avoit commencé à s'établir , enfuite
de l'irruption generale des Barbares
dans l'Italie & dans les Gaules .
On fçait que fous le regne de Gallien,
1'Empire Romain fut divifé & poffedé
par plufieurs Ufurpateurs , furtout dans
les Gaules. Car l'an 2 57. de l'Ere Chrétienne
, après la mort de Pofthume tué à
Mayence , Lollien , Marius , Victorin ,
Tetricus , du vivant même de Gallien
ufurperent le titre d'Empereur , & ce fut
vers la fin de la même année , que Tetricus
prit la pourpre à Bordeaux , & ſe
rendit maître d'une grande partie de la
Gaule.
L'année fuivante 268. Gallien fut tué
devant Milan . Claude lui fucceda , &
fut élû à Pavie en 269. Il regna un peu
plus de deux ans , fuivant l'opinion la
plus commune des Hiftoriens.
Dès le commencement de fon Regne ,
les Gots , avec une Armée formidable
vinrent piller & ravager la Thrace` , la
Macedoine & l'Illirie. Avant que ces
2. vol. D vj Bar1382
MERCURE DE FRANCE:
Barbares euffent penetré dans les Pro- Sena
vinces qui confinent l'Allemagne , du cô- co
té de l'Italie , Claude fe mit en devoir de
les aller combattre ; & voulant paffer par
l'Allemagne , dont les Peuples , toûjours
ennemis des Romains , s'oppoferent à foa
paffage , il les vainquit & les défit entierement
proche le Lac de Garde , à l'entrée
de l'Allemagne , ainſi qu'il eſt rapporté
par Aurelius Victor , Auteur du
quatrième fiécle. Cette premiere Victoire
merita à Claude le titre de Germanique
, avec celui de Gothique , comme on
le remarque fur fes Médailles . Ainfi
pourſuivant la route , & étant parvenu
à la tête d'une Armée victorieuſe , juf
ques dans les Provinces que les Goths
ravageoient , il les défit proche de la Ville
de Naiffus dans la haute Mafie.
Mais durant cette expedition , la Ville
d'Autun , qui étoit dans le parti de
Claude & toujours fidelle aux Romains
,fe revolta contre Tetricus , qu'elle
regarda comme un Ufurpateur. Elle
appella Clau le à fon fecours. Ce Prince
, plein de valeur , & qui le préparoit
à combattre ailleurs pour la gloire de
Rone , ne put venir en perfonne au fecours
d'Autun & des Autunois .
Zonare rapporte que cet Empereur ,
ayant appris l'irruption des Goths , &
C
2. vol.
le
JUIN. 1726. 1383
le Senat déliberant s'il falloit qu'il marchât
contre eux ou contre Tetricus ( qu'il
Eaut lire ainfi dans Zonare , au lieu de
Pofthume , qui étoit mort pour lors , fuivant
la correction de M. Triftan de faint
Amant & de M. de Tillemont . ) Ce
Prince répondit , que la guerre de Tetricus
étoit veritablement la fienne , mais
que celle contre les Goths étoit celle
du Public & de l'Empire Romain , dont
il préferoit l'interêt au lien propre.
Cependant Tetricus affiegea la Ville
d'Autun ce Siege dura l'efpace de fept
mois , pendant lequel les Habitans fouffrirent
tout ce que la famine a de plus
affreux , & furent enfin contraints de fe
rendre. C'est un fait que l'on apprend ,
quoique fuccinctement, d'Eumenius dans
fon Panegyrique à Conftantin , au nom
des Habitans d'Autun , où en lui parlant
de Claude, il lui dit . Atten le, quafo , quantifit
, Imperator , quod Divum Claudium
parentem tuum , ad recuperandas Gallias
primi follicitaverunt , expectanteſque ejus
auxilium , feptem menfibus , claufi , &
omnia inopia miferan la perpeſſi , tum demùn
irrumpendas rebellibus Gallicanis
portas reliquerunt ; cùm fefſi obfervare
non poffent. C'est dommage que cet Qrateur
, ou quelque Hiftorien , ne nous ait
rien appris du détail de ce Siege , mais ,
2. vol. ayant
2
1384 MERCURE DE FRANCE.
,
ayant duré l'espace de fept mois , il eft
préfumer , qu'il y eut pour traverſer ce
Siege des actes d'hoftilité ou une bataille
, entre ceux du parti de Claude , &
ceux du parti de Tetricus dans la
Plaine de Cuffy , à cinq lieues d'Autun ,
& que l'un de ces deux partis victorieux
de l'autre , a fait ériger cette Colonne.
Car , foit qu'un fecours foit venu , ou
par ordre de Claude , ou par ordre du
Senat , peut on douter que des Legions
Romaines , qui étoient prépofées pour la
garde des frontieres des Gaules du côté
de l'Allemagne & du Rhin , ne fe foient
jointes au Peuple Autunois , Alliez des
Romains , & dont la contrée , jadis celle
des Eduens , comprenoit le territoire de
Cuffy & des environs ; & puifque , felon
les termes de l'Orateur Eumenius , les
Habitans d'Autun furent contraints de livrer
leur Ville aux rebelles Gaulois , rebellibus
Gallicanis portas reliquerunt.
Il faut croire que ce fut Tetricus qui
fut le vainqueur du parti oppofé , dans la
Plaine de Cuffy où l'on fit conſtruire
cette Colonne comme monument de fa
victoire , & que quelques- uns de fes Generaux
, qui avoient peri dans le combat,
furent inhumez au pied de la Colonne,
ainfi que beaucoup d'Officiers & de Soldacs
, dont on voit les tombeaux répan
,
12. vol .
dus
JUIN. 1726. 1389
lus en plufieurs endroits aux environs
de la Colonne .
On fçait que Tetricus furvêquit Claude
de beaucoup , & que fon Regne dura
l'efpace de dix ans , au bout defquels s'étant
foumis volontairement à l'Empereur
Aurelien après la défaite de Zenobie ,
cet Empereur lui donna le Gouvernement
des plus grandes Provinces d'Italie
, & le traita toûjours avec honneur .
11 fut même deifié après fa mort , comme
on le voit dans fes Médailles , par
le Senat . Ainfi ce monument de la Colonne
de Cuffy aura fubfifté toûjours
comme une marque publique des premieres
victoires de Tetricus dans les
Gaules .
aaaaaaa
Peinture Poëtique du Poëte Lainez.
9
[N Ruifeau -m'endormoit en tombant dans
UNla
Seine ,
Mille oifeaux m'éveilloient & ranimoient ma
- veine ,
I J
Une aurore naiffante éclairoit un chemin ,
J ( )
D'où le Zephir & Flore avec leur douce halei
ne ,
Faifoient neger fur moi la Rofe & le Jafmin :
2. vol.
L'ap
1386 MERCURE DE FRANCE.
J'apperçus tout -à- coup la Beauté que j'adore ,
J'oubliai les Ruiſſeaux ,
Je n'ouis plus d'Oiſeaux ,
Je ne vis plus de Flore,
De Rofes , de Jaſmins , de Zephir , ni d'Aurore
.
XX:XXXXXX :XXXXXXX
LETTRE écrite de Paris , par M. Sully
, le 15. Juin 1726. aux Auteurs
du Mercure de France , fur les Longitudes
.
V
Ous avez déja annoncé dans vos
Mercures de Decembre & d'Avril,
un petit Ouvrage que j'ai donné au Public
, fous le titre de Defcription abregée
d'une Horloge d'une nouvelle invention ,
pour la plus jufte meſure du temps fur
mer , avec une Differtation fur la natu
re des tentatives pour la découverte des
Longitudes dans la Navigation , qui ſe
vend chez Briaffon , rue S. Jacques ;.
on en a donné un Extrait dans le Jour
nal des Sçavans au mois de Juin , & peut.
être en verra - t - on bien tôt un autre dans
les Journaux de Trevoux.
J'ai donné cette Deſcription au Public,
dans le deffein de fatisfaire la curioſité
2. vol.
des
JUIN 1726. 1387
=
des perfonnes ingenieufes , fur une invention
qui pourra n'être pas indifferente
pour l'utilité publique ; & comme
je fçai que les Auteurs font allez
fujets à s'aveugler fur leurs propres inventions
, j'ai pris le parti d'expofer le
plutôt que j'ai pû ce que j'ai executé à
la critique des Sçavans fur ces matieres,
dans la vûë de profiter des lumieres
qu'on pourra me donner, ou de répondre
aux objections qu'on me pourroit faire,
Entre les obftacles qui pourront encore
s'oppofer au fuccès que j'ai quelque lieu
d'efperer, ce n'en eft pas le moindre queles
préjugez , qui font fi fort répandus dans
le monde , contre la poffibilité de trouver
les Longitudes en mer par quelque moyen
que ce foit . On ne trouve prefque par
tout , que des gens qui mettent au pair ,
la recherche de la Quadrature du Cercle
de la Pierre philofophale , du Mouvement
perpetuel , & des Longitudes ;
& on ne rencontre que rarement ceux
qui fçavent diftinguer les principes fur
lefquels roulent chacune de ces recherches.
On a vû , dit- on , nombre de fous
& d'ignorans dans la pourfuite de pa
reilles découvertes , & toujours fans fuccès
; pourra - t -on fe mettre dans l'efprit ,
que des gens fenfez & capables de faire
quelque chofe d'utile , donnent dans ces
2. vol.
fortes
1388 MERCURE DE FRANCE
fortes d'entrepriſes chimeriques & ri
dicules ? Il n'eft pas aifé de déraciner ces
préjugez de l'efprit de ceux qui en font
imbus de bonne foi , & on ne peut pas
en conſcience exiger des honnêtes gens,
qui ne font occupez que de leurs affaires
, ou de leurs plaifirs , d'apprendre
de propos deliberé , ce qu'il leur faudroit
fçavoir pour entendre feulement
une propofition de cette nature , & pour
en juger.
J'ai donné dans ma Differtation quelques
éclairciffemens fur cette matiere ,
qui pourront faire plaifir à ceux qui ne
font pas au fait de la queftion , & qui tendent
à affoiblir les préventions mêmes
les mieux fondées , contre la poffibilité
de la chofe ; peut - être feront- ils leur effet
: mais à preſent , Meffieurs , je crois
mieux faire ; je viens muni d'une autorité
, qui juftifie à la fois & mes recherches
& mes raiſons.
la
J'ai fçû depuis long- temps , que l'Angleterre
& la Hollande avoient propolé
des récompenfes confiderables pour
découverte des Longitudes fur mer , &
j'ai cité autant que j'en fçavois , page 21.
de mon Livre ; mais ce n'eft que depuis
peu que l'Acte de Parlement d'Angleterre
fait à ce fujet , m'eft tombé entre
les mains. Je l'ai traduit en François , &
2. vol.
je
JUIN. 1726. 1389
je vous l'envoye , Meffieurs , pour que
vous l'inferiez , fi vous le voulez bien ,
dans votre Mercure .
Les motifs énoncez dans cet Acte , me
paroiffent fuffifans pour perfuader ceux
qui ne le fçavent pas déja , que la recherche
des Longitudes n'eft pas une entreprife
ridicule , & les fages & genereufes
difpofitions qu'on y voit ne font pas
moins propres pour encourager ceux qui
travaillent à cette recherche avec connoiffance
de caufe. Au refte , je ne doute
pas , Meffieurs , que les Curieux ne
vous fçachent gré de la publication de
cette Piece , qui fait honneur au Gouvernement
de l'Angleterre , & qui merite
d'être imitée par toutes les autres
Puiffances maritimes. Je fouhaite du
moins qu'elle donne lieu à quelque Sçavant
, de vous communiquer les particularitez
de ce que les Etats , ou les Amirautez
d'Hollande ont fait fur ce fujet.
Ce feroit faire honneur à ce fage & floriffant
Etat. Je fuis , & c.
2. vol. Anno
1390 MERCURE DE FRANCE .
Anno duodecimo .
ANNA REGIN E.
'Acte de Parlement , pour récompenfer
publiquement quiconque découvrira
la Longitude en mer.
De
Autantqu'il eft bien connu à tous ceux que
entendent bien la Navigation , que rien n'y
manque tant , ni n'eft autant defiré fur mer que
la découverte de la Longitude pour la fureté &
pour l'expedition des Voyages , & pour la confervation
des Vaiffeaux & la vie des hommes :
& dautant que fuivant le jugement d'habiles
Mathematiciens & Navigateurs , plufieurs methodes
ont été déja découvertes , vrayes dans
la Theorie ; quoique difficile dans la pratique,
dont il y en a quelques unes , lefquelles il y a
lieu d'efperer qu'elles pourront être perfectionnées
, quelques autres peut -être déja découvertes
, qui pourront être propofées au Public : &
dautant qu'une telle découverte feroit d'un avan
tage particulier au Commerce de la Grande Bretagne
, & feroit honneur à ce Royaume ; mais ,
qu'outre la grande difficulté de la chofe en ellemême
, foit faute de quelque récompenfe publique
propofée pour un Ouvrage fi utile & fi avantageux
, foit faute d'argent pour faire les épreu
ves & les experiences neceffaires . que les inven
tions jufqu'ici propofées n'ont pas été affez perfectionnées
; pour ces caufes , foit ordonné par
7. vol. l'auJUIN.
1726 . 1391
l'autorité de la Reine , & de l'avis des Seignents
Spirituels & Temporels , & des Communes aftemblées
en Parlement , que les perfonnes cyprès
nommées , foient conftituées Commiffaies
perpetuels pour la découverte des Longitudes
en mer , & pour examiner , effayer , & juger de
toute invention ou propofition qui leur pourra
être fait. Sçavoir :
I. Le Grand Amiral de la Grande Bretagne,
ou le premier Commiflaire de l'Amirauté.
2. L'Orateur de la Chambre des Communes.
3. Le premier Commiſſaire du Commerce.
4. 5. 6 Les trois Amiraux des Eſcadres ,
Rouge , Blanche & Bleue.
70 Le Directeur de la Maifon nommée de la
Trinité.
8, Le Préſident de la Societé Royale,
9. L'Aftronome Royal de l'Obfervatoire
Royale de Greenwich ."
11. 12. 13. Les trois Profeffeurs de Mathematique
, Savilien , Lucafien , & Plumien , des
Univerfitez d'Oxford & de Cambridge.
13. Les Comtes de Pembroc & de Mongomery.
14. Phillippe , Lord , Evêque de Hereford.
15. George , Lord , Evêque de Briſtol.
16. Thomas , Lord Trevor.
17. Le Ch Thomas Hanmer , Baronet,
18. François Roberts , Ecuyer.
19. Jacques Stanhope , Ecuyer .
20. Guillaume Clayton , Ecuyer.
21. Guillaume Lowndes , Ecuyer.
Soit ordonné par l'autorité fufdite , qu'un
nombre de ces Commiffaires , qui ne fera
pas moindre que cinq, aura plein pouvoir de
jouir & recevoir toute propofition qui
vol.
leur fera
faite
1392 MERCURE DE FRANCE .
faite pour la découverte des Longitudes en
mer.
Et lorfque les Commiffaires feront affez fatisfaits
de la probabilité d'une telle découverte
pour la juger digne qu'on en faffe l'expérience ,
ils le certifieront fur leurs fignatures aux Commilaires
de la Marine , avec le nom de l'Auteur
& la fomme que lefdits Commiſſaires pour
les Longitudes jugent devoir être avancée pour
faire les experiences propofées , laquelle fomme
pourvu qu'elle n'excede pas (4) 20co . livres Serlings
, le Tréforier de la Marine eft requis par
l'autorité de ce prefent Acte , de payer à vûë
du Certificat ratifié par les Commiſſaires de la
Marine , ce qui leur eft auffi enjoint de faire par
l'autorité fufdite.
Il eft de plus ordonné par la même autorité ,
qu'après telles experiences faites , les Commiffaires
nommez par cet Acte , à la pluralité des
voix , déclareront & détermineront jufqu'où la
chofe expérimentée s'eft trouvée praticable &
jufqu'à quel degré de juſteffe .
If eft de plus ordonné par la même autorité
que pour fuffisamment encourager ceux qui pourront
tenter utilement la découverte des Longitudes
, la perfonne qui y aura réüffi ou fes ayans
caufe , autont droit aux récompenſes ſuivantes ;
fcavoir
A la fomme de (b ) 10000. livres sterlings , fi
la méthode trouvée fert à déterminer la Longitude
à un degré près d'un grand cerclę , cũ à
60. milles Geographiques près.
A la fomme de (c) 15000. liv . fterlins , fi la
(a) 2000. livres fterlins à 15. francs la livre
fterlings , font 30000. liv.de France.
(b) 130000. liv. de France.
(c) 225000. livres de France .
?
2. vol.
mé
JUIN. 1726. 1393
méthode trouvée fert à déterminer la Longitu
de à deux tiers de cette distance ou à 40. milles
Geographiques près.
Et à la fomme de ( 6 ) 20000. liv fterlings , f
la méthode trouvée fert à déterminer la Longi
tude pour la moitié de cette diſtance ou à 30 .
milles Geographiques près .
La moitié de chacune de ces fommes refpectives
fera payée auffi - tôt que les Commiflaires
cy- deffus , ou la pluralité d'eux conviendront ,
que la méthode trouvée s'étende à la fureté des
Vaiffeaux , à la diſtance même de 80. milles
Geographiques près des Côtes , qui font les lieux
où il y a le plus grand danger , & l'autre moitié
fera payée lorsqu'un Vaifleau aura par l'ordre
defdits Commiffaires fait un Voyage fur l'Ocean
, de quelque Port de la Grande Bretagne
à quelqu'autre Port de l'Amerique , au choix
defdits Commiffaires , fans avoir par ladite méthode
perdu la Longitude au- delà des limites
cy-deffus prefcrites ; & ces fommes feront payées
fur les Certificats defdits Commiffaires.
Il eft de plus ordonné par la même autorité ,
que fi l'invention ou methode propofée ne répondoit
point dans l'experience aux conditions cydeffus
, elle fe trouve pourtant dans le jugement
des Commiffaires , de quelque utilité confiderable
au Public , que même en ce cas l'Auteur d'une
telle invention ou méthode , aura le titre & droit
à telle moindre fomme que celle cy - deffus , qui
lui fera adjugée par lefdits Commiffaires & lui
fera payée de la maniere fufdite.
(b) 300900. livres de France .
2. vol.
LET'
1394 MERCURE DE FRANCE .
aaaaaaaaaaaaa
LETTRE de M. Vergier à M. L.
de M. 1690 .
Ue vous venez de m'apprendre une
Qagréable nouvelle , mon cher frere;
car je ne puis maintenant vous donner
ce nom , & qu'elle a bien frappé mon
coeur par fon endroit le plus fenfible :
vous aimant comme je fais , que pouvais
- je fouhaiter avec plus de paffion que
de vous voir dans le chemin où vous êtes
enfin entré ? Je me fuis fenti des entrailles
de pere , à la lecture de votre Lettre ,
me flattant que mon bon exemple n'a
pas peu contribué à vous engendrer en
Bacchus ; que j'aime à voir le zele que
vous me marquez ; cependant , & j'elpere
que vous voudrez bien me le pardonner
, je ne fçaurois m'empêcher de
m'en défier je fçai que les meilleures
actions ont fouvent des caufes vicieuſes,
& je crains que votre converfion ne ſoit
de ce caractere .
N'est - ce point , dites- moi , quelque tendre dépit,
Qui vous fait renoncer à l'amoureux Empire ?
Souvent on croit éteindre un feu qui s'affoupit ;
Mais à peine en air libre un moment on refpire ,
2. vol.
Qu'on
JUIN
. 1726 . 1398
Qu'on renoue un lien qu'à regret on rompit.
Notre Chronique n'eft remplie
Que de femblables Deferteurs ,
Qui,bi- tôt que l'Amour prefente une Amnistie,
Quittent l'Etendart des Buveurs
Un regard un peu fier fait fuïr leur coeur volage;
Un regard un peudoux dans l'inftant les rengage.
Confultez bien votre coeur & éx aminez
avec foin votre vocation avant que
de vous engager plus avant. Bacchus n'eft
pas un Dieu qui fouffre impunément
qu'on profane fes Myfteres , & l'éxemple
de Penthée doit vous faire trembler :
cependant fi votre converfion eft véritable
, & s'il n'y a plus à craindre en vous
que les fragilitez attachées à l'humaine
nature , vous pourrez les prévenir en
fuivant éxactement les préceptes que je
vais vous donner.
Si vous voulez vous conferver fidele
A ce Dieu , qui par fa Liqueur ,
Maintient la paix dans notre coeur
Déclarez à l'Amour une guerre éternelle ,
Fuyez , mais avec fermeté ,
Tout ce qu'on appelle beauté ,
2. vol. E Fuyez
1396 MERCURE DE FRANCE,
Fuyez même jusqu'à la laïde.
L'Amour fe fert de tout ; cet artificieux
Vous féduira peut- être à l'aide ,
D'une bouche édentée ou d'un oeil chaffienx ,
Votre vertu trop chancelante encore ,
Contre ce Sexe entier doit vous tenir armé ;
Sous cette fleur repoſe un Serpent qui dévore,
Quand vous ferez en grace confirmé ,
Ainfi que nous le
pouvons être ,
Nous vous en permettrons davantage peut- être ,
Peut-être même alors nous vous ordonnerons ,
Suivant la fermeté que nous vous trouverons ,
De joindre au vin quelque peu de tendrefſe ,
Une pointe d'amour affaifonne un repas ,
Pourvû qu'il n'y domine pas ;
Et que mettant à part , ennui , foupçon , triſteſſe,
On aime feulement pour boire à fa Maîtreffe.
Défaites -vous fur tout d'un vain entêtement ,
D'acquérir le furnom d'aimable & de charmant,
Ce fantôme leger autrefois prit naiffance
Au bord de la Garonne , & d'un cours véhement ,
Il s'étendit par tout prefque dans un moment.
Pour pere il eut l'orgueil , pour mere l'infolence,
3. 7. vol.
Ses
JUI N. 1726. I 397
Ses Soeurs font la legèreté ,
Le menfonge , la vanité ,
Il eft fans corps , & n'a que l'apparence.
Tant que de ce poiſon vous ferez infecté ,
De revivre en Bacchus , perdez toute efperance ;
Ce Dieu veut la fimplicité s
L'innocence , la verité ,.
Sont les feules vertus qu'il aime :
Du moment que vous le ſuivrez ,
Il vous rendra le maître de vous- même
A fa fuire vous trouverez
La joye & les plaifirs , les grandeurs & la gloire
Mais fi vous défirez être encore mieux inftruit
Des folides biens qu'il produit ,
Lifez feulement mon Hiſtoire.
EASEISEN Jkakakak *
TRAIT SINGULIER de l'Hiftoire
s de Mahomet IV.
A Challe a toûjours fait l'un des plus
Lgrands plaifirs des Princes Orien
taux , mais ces Princes font en chaffant
des dégâts funeftes , & ruinent des Pays
entiers , telle fut la Chaffe prodigieufe de
Genghifcan , Empereur des Mogols &
E ij Tar
2. vol.
1398 MERCURE DE FRANCE.
, Tartares dont nous avons donné une
/ curieuſe Deſcription dans notre Journal
du mois d'Octobre 1724.
+
Mahomet IV . fils d'Ibrahim , qui monta
fur le Trône en 1648. aimoit paffionément
la Chaffe. Suivant l'exemple des
Princes Mogols il faifoit venir quantité
de monde de quatre ou cinq lieuës
des environs du lieu où il vouloit chaffer
, pour entourer un grand efpace de
terrain , & l'enfermer fi bien qu'aucune
bête n'en pût échapper. Cela ne fe pouvoit
faire qu'en ruinant les Campagnes
& en fatiguant le Payfan , qui quittoit
fon travail pour entrer dans un autre
encore plus rude , fous lequel il fuccomboir
fouvent. Ces corvées prefque continuelles
firent enfin murmurer. Un Eunuque
qui étoit dans la faveur , ayant
pris un jour la liberté de réprefenter
au Sultan le grand préjudice qu'il
caufoit à fes Sujets , il fe mit en colere
contre lui ; & après quelques jours de
prifon , il le chaffa honteufement du
Serrail.
Le mal augmentant de jour en jour
le Grand Vifir & les Principaux Pachas ,
prierent le Mufti de lui en remontrer les
fuites . Le Mufti s'en deffendit d'abord,
& le fit enfin avec beaucoup d'adrelle &
2. vol.
de
JUIN 1726 1399
•
•
t
de ménagement . Il parla furtout au Sultan
de la coûtume de fes Prédeceffeurs,
qui prenoient plaifir à s'occuper à des
gentilleffes , & à travailler des mains ,
quand la guerre ou les affaires de l'Etat
le leur permettoient , ajoûtant que le
Sultan Amurath , fon oncle ,faifoit fort bien
des anneaux de corne pour tirer de l'Arc ;
7qu Ibrahim fon pere travailloit proprement
à des curedents & à d'autres petits
Ouvrages d'écaille de tortue ; que d'ailleurs
il étoit beaucoup plus honnête de
Vivre du travail de fes mains , que de la
fueur des Peuples, ce que la Loy deffendoit
-aux Princes Mafulmans; Il n'oublia pas
que la dépenfe de bouche de fes Ancêtres
, pour leur perfonne feule , ne ve
noit ordinairement que de leur travail ,
parce , dit- il , que quand ils avoient ache
vé quelqu'Ouvrage , ils l'envoyoient par
une grace particuliere à quelque Grand
de leur Cour , qui le recevoit avec
profond refpect & avec réconnoiffance :
le Porteur ayant dit, en le prefentant ,
que cet Ouvrage étoit de la propre main
du Grand- Seigneur , qu'il l'envoyoit vendre
pour le nourrir , celui à qui il étoit
adreffé envoyoit fur le champ quantité
de Bourſes , * fans compter la gratifica-
* Chaque Bourfe contient 15oo. livres de notre
Monnoye.
2. vol.
E iij tion
1400 MERCURE DE FRANCE.
<
*
&
2
cation qui étoit due au Porteur.
›
2
Le Grand- Seigneur diffimulant , témoi
gna au Mufti , qu'il avoit fouvent penfé
à ce qu'il venoit de lui dire , & qu'il
avoit un Métier en tête ; où il efperoit
de bien reüffit , dont on entendroit bientôt
parler. Quelques jours fe pafferent
fans le Grand Seigneur parlat d'aller
à la Chaffe , ce qui fit bien augurer
du fuccès de la remontrance . Mais enfin
ce Prince fortit du Serrail pour chaffer ,
il tua d'abord un Lievre d'un coup d'Arquebufe
, & àl'heure même il l'envoya
au Mufti par un Officier , avec ordre
de lui dire qu'il avoit fuivi fon confeil ; &
qu'ayant appris le métier de Chaſfeur ,
il lui faifoit prefent de la premiere piece
du fruit de fon métier , fui ordonnant
au furplus , de lui envoyer vingt Bourfes
,fans oublier les droits du Porteur. "
Le Mufti qui ne s'attendoit pas -à te
melage , reçût le Lievre avec de grands
témoignages de refpect & de joye , lil
envoya fur le champ foixante Bourfes
au G. 5. & en donna vingt à l'Officier.
2. vol. L'AIGLE
JUI N. 1726. 1401
L'AIGLE
ET LA PIE PROPHETESSE,
Ου
LES OISEAUX D'AUGURE.
E
ABLE
'N Aigle qu'un fonge inquiete ,
UN
Fait public dans fes Etats ,
Que,parmi les Sujets s'il fe trouve un Prophete ,
Qui puifle de fon rêve éclaircir l'embarras ,
Il paira graflement le nouvel Interprete
Auffi- tôt d'accourir de par tout maints Oiseaux ;
A bon titre paroît un Doyen des Corbeaux ,
Puis le Vautour, puis la Choüete ,
Tuis le Hibou fournois ; mais la Pie indifcrete ,
Tranche de la Sibylle , & comme faits conftans
,
C
Se vante d'annoncer la pluye & le beau temps.
Et qui n'eût crû la bonne babillarde ?
Bref à prophetiſer la belle ſe haſarde.
Montrez , dit- elle , un peu ce gros becq rabatu ,
2. vol. E iiij Cette
402 MERCURE DE FRANCE.
Cette griffe affilée , & cet ongle pointu ,
Ouvrez la patte ? Hé quoi ! voilà des doigts bien
croches ,
Et des
yeux
proches ;
bien hagards , võus foit dit ſans re-
Mais ça : voyons un peu la Conſtellation ,
Qui préfida fur, vous lors de votre naiſſance :
C'est justement le Signe du Lion.
Ah Ciel ! quelle noire influence !
Tant de meurtres , de vols , & d'autres attentats
2
Me paroiffent par vous commis dans votre Empire
,
« Que le Ciel irrité , puifqu'il faut vous le dire ,
Vous menace d'un prompt & funefte trépas !
Mais vous , Madame la caufeuſe ,
( Lui répondit l'Aigle en courroux :)
l'on ditpar tout une voleuſe ,
Vous que
Ce Ciel
que fera- t'il de vous ?
·
Moi ! dit- elle , jamais fur la gent volatile ,
Je n'ai porté de parricides coups ;
J'ai pû gruger par fois quelque petit reptile ,
Ma's ces vils animaux ne font faits que pour
nous ;
Partant j'efpere une fin bien tranquile ,
2. vol.
Et
JUIN.
1403 1726.
Et mon étoile me prédit ,
Que dans vingt ans je mourrai dans mon
nid .
Or , pour faire mentir le Prophete & l'Epoque
,
Apprenez ce que l'Aigle fit :
Il prend la Pie , & vous la crocque ,
Ton préfage , dit -il , ayant failli pour toi ,
Peut bien encor mentir pour moi.
De tout ceci , Caufeurs , voici la confequence
,
Il ne faut pas aux Grands dire tout ce qu'on
penſe.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
2. vol.
DEU1410
MERCURE DE FRANCE .
DEUXIE'ME ENIGME
JE
E ne fçaurois fervir fans un guide éclairé ,
Ma fille par fes foins va d'un pas meſuré ;
Mon corps étroit & long, toujours en efcla
vage ,
Eft expofé fans ceffe à tout vent , à l'orage ,
Tantôt la tête en haut , tantôt la tête en bas ,
De côté , de travers , cela n'importe pas ;
Selon le temps , le lieu , ma puiffance eſt bornée
:
De differens atours ma demeure eft ornée ;
Mes fujets fous mes yeux font rangez avec
art ,
Chacun felon fon rang , & ma poſture ,
Et fuivant un deſtin contraire à la Nature ,
La jeuneſſe a chez-moi le pas fur le vieillard ;
Au refte , remarquez , Lecteur , mon indulgence
,
Chacun a tour à tour ſon heure d'audience.
Par M. C. Germaiſe.
· 2. vol . TROL
JUI N. 1726. I4LX
TROISIEME ENIGME.
JE te prens E te prens par le nez , incorrigible yvrogne ,
Et par mainte tentation ,
Je fuis prochaine occafion ,
D'un peché qui rougit ta trogne :
Tu ne me connois bien , qu'en jouiffant de moi ,
Je fuis une Enigme pour toi.
Je crains , Lecteur , que tu ne t'imagine ,
Que je fuis la liqueur divine ;
Il eft vrai que jefuis fouvent pernicieux
>
Pour être trop délicieux.
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
ETHODE très- ailée pour apprendre
MIOrtographe par principes à ceux
ou celles qui n'ont pas étudié le Latin ,
& utile aux perfonnes qui ont la connoiflance
des Belles - Lettres . Par le Sicur
Jacquier. A Paris , chez J. Joffe , Theodore
le Gras , & N. Piffot 1726. in 8.
de 232. pages.
2.vol. TRAITE
1412 MERCURE DE FRANCE
TRAITE de la Societé civile
& du moyen de fe rendre heureux ,
en contribuant au bonheur des perfonnes
avec qui l'on vit , avec des Obfervations
fur les Ouvrages renommez de Morale.
A Paris , rue Saint Jacques , chez
Giffart , Briaffon , Bordelet, 172 6. in 12 .
de 472. pages , fans la Preface & les
Tables.
REGLES pour travailler utilement à
l'éducation chrétienne des Enfans. A
Paris , rue S. Jacques , chez G. Defprez
& J. Defeffarts , 1726. in 1 2 .
RECUEIL de Poëfies diverfes, troifiéme
Edition , revue , corrigée , & beaucoup
augmentée. A Paris , ruë S. Jacques ,
chez Jacques Etienne . 1726. in 8. de
520. pages.
Jean Villette , fils , ruë S. Jacques , débite
actuellement les nouveaux Livres
fuivans imprimez en Hollande .
THEOLOGIE PHYSIQUE , ou Démonttration
de l'Exiftence & des Attributs
de Dieu , tirée des Oeuvres de la Créa
tion , accompagnée d'un grand nombre
de Remarques & d'Obfervations curieu
fes , par Guillaume Dorham , Recteur
2. vol.
a'UpJUIN
1726. 1413
d'Upminster , dans le Comté d'Effex , &
Membre de la Societé Royale , traduite
de l'Anglois. A Roterdam . 1726. 2. vol .
in 8. avec 24. Figures contenuës dans
une feule planche.
L'on trouvera che le même le TRATTE'
de l'Exiftence , & des Attributs de
Dieu , des Devoirs de la Religion naturelle
& de la verité de la Religion
Chrêtienne du Docteur Clark , 2. vol .
in 14
3
LE MISANTROPE . A la Haye , 172 6 .
2. vol. in 126
Le même Libraire avertit ceux qui ont foufcrit
pour les Negociations fecrettes de la Paix de
Munfter & d'Ofnabrug , que les Tomes trois
& quatre font achevez , & qu'il leur livrera
ces deux derniers Volumes quand bon leur femblera.
left dit dans le Projet de ladite foufcription
, donné au Public au mois de Mars 172 .
que les quatre Volumes auront 560. feuilles ,
& en cas qu'il y en ait plus , que l'on payera au
dernier payement un fol par feuille du furplus
Lefdits quatre Volumes ont à preſent 6 10. feuilles
ce
font to feuilles de plus , ainfi , au lieu
de 10. florins , ce font 13. florins 10. fols pour
le petit papier , & au lieu de 18. florins pour le
grand papier ce font 22. florins à payer , en rezirant
lesdits deux derniers Volumes.
REPONSES aux Objections fur divers
endroits d'une Brochure , qui a pourti-
2. vol. tre,
1414 MERCURE DE FRANCE.
tre , Explications nouvelles des mouve
mens les plus confiderables de l'Univers,
accompagnées de Dénonftrations par le
jeu de differentes Machines qui les imitent.
Par M. Mathulon , Docteur en Me
decine , in 4. 1726. A Paris , chez
Guillaume Debure , Quay des Auguf
2
tins.
Cette Brochure eft de 56. pages , avec
une Planche pour les Démonftrations
géometriques. L'Auteur , dans fes Ré
ponfes aux Objections qu'on lui a faites
fur l'Ouvrage qu'il a déja donné au Pu
blic , entreprend de démontrer parki
tement & fans replique , fuivant fes
nouveaux principes , tous les Phenome
nes des mouvemens de la Terre , & des
Planettes autour du Soleil & fur leurs
axes , du flux & reflux de la Mer , &
la caufe phyfique de la pefanteur , & i
a l'attention d'aflurer fouvent le Lec
teur , que les Démonftrations font trèsclaires.
Enfuite viennent fes Effais de God
metrie & de Physique , qui ne renfer
ment pas moins que la découverte de la
Quadrature du Cercle , du Mouvement
perpetuel & des Longitudes , qui font
à ce qu'en dit l'Auteur , de ces veritez
fimples , qu'un Phyficien attentif & dė
gige de beaucoup de faux préjugez
2. vol.
cherJUIN.
1726. 1415
cherche pas inutilement , & qui femblent
même , pour ainfi dire , ceder aux
moindres efforts de l'efprit humain.
Nous ne nous mêlons pas de porter
notre jugement fur un Ouvrage fi extraordinaire
, dont la fimple annonce ex
eitera fans doute la curiofité du Public.
Mais nous croyons que l'Auteur , en ate
tendant , ne fera peut être pas mal de fe
préparer à de nouvelles Objections ; car
il n'y a pas d'apparence qu'on ne trouve
quelque chofe à redire , où un feul
Sçavant donne fi gratuitement tant & de
fi grandes découvertes à la fois .
DISSERTATION fur une Médaille de
Pofthume , Brochure in 12. A Paris ,
chez Mariette , 1726.
DISSERTATION fur les caufes du Flux
& Reflux de la Mer , qui a remporté
le Prix de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences & Arts , pour l'année
1726. par le R. P.D.JACQUES ALEXANDRE
, Benedictin du Monaftere de
Bonne-Nouvelle , d'Orleans , Brochure
in 1 2. à Bordeaux , chez R. Brun , Imprimeur
de l'Académie Royale , 1726.
avec des Figures ,
LA VIE de François - Eudes de Meze-
-22. vol. ray,
1416 MERCURE DE FRANCE.
ray ,Hiftoriographe de France. Par M ***
A Amfterdam , chez Pierre Brunel, 1726.
111. pages.
ANATOMIE du corps humain avec
des Remarques utiles aux Chirurgiens
dans la pratique de leurs operations , enrichie
de 40. Figures en taille- douce.
Par M. Palfin , Chirurgien- Anatomiste ,
à Gand , 2. vol , in 8. A Paris , chez G.
Cavelier , rue S. Jacques ; 1726. relié
en un 7. livres .
ANATOMIE du corps de l'homme en
abregé , ou Defcription courte de fes
parties , où l'on donne l'explication de
leurs differens ufages , tirée de leur ftructure
, & des Obfervations les plus modernes.
Par M. Noguez , 2. Edition
corrigée & augmentée d'un grand nombre
de Planches , A Paris , chez Cavelier
, rue S. Jacques , 1725. 464. pages,
outre 51. de l'Explication des Figures &
la Préface , in Iz. 3. livres 10. fots.
REFLEXIONS fur l'ufage de l'Opium
des Calmans & des Narcotiques , pour
la guerifon des malades , en forme de
Lettre . Par M. Hecquet , in 12. Paris ,
1726. chez G. Cavelier , ruë S. Jacques,
374 pages , 2. div. 5.- £7
L
"
2. vol.
HIS
JUIN. 1726.
1417
HISTOIRE des Pirates Anglois , depuis
leur établiffèment dans l'lfle de la Providence
, jufqu'à prefent , leurs avantures
, cruautez , & c. avec la vie de deux
femmes Pirates , Marie Read & Anne
Bonny , traduit de l'Anglois , de C. Johnfon
in 12. de 3.60 . pages. 6. de
Introduction . Paris , 1726. chez Cavelier
, 2.liv. 10. f.
TRAITE' des Vertus Medicinales. de
l'Eau commune , où l'on fait voir qu'elle
prévient & guerit une infinité de maladies,
&c. avec quelques regles pour le
régime de vivre . Par M. Smith , & le
g. Febrifuge du Docteur Hancock , trad.
de l'Anglois . On a ajoûté les Theſes de
Meffieurs Hecquet & Geoffroy , 2. Ediaugmentée
de quelques Reflexions
fur l'eau à la glace , in 12. Paris,
1726. chez G. Cavelier , fils , ruë S. Jacques
, de 340. pages , fans la Préface ,
2. liv. 10. f.
tion >
L'OFFICE de la quinzaine de Pâques ,
felon l'ufage de Rome & de Paris , en
Latin & en François , traduction nouvelle
, dédié à la Reine , avec l'expli
cation des ceremonies propres de ce faint
temps , des Méditations fur les Evangi
les de chaque jour, Paris , 1726. chez
22 vol. G.
1418 MERCURE DE FRANCE.
G. Cavelier , fils , ruë S. Jacques , in 12 .
de 621. pages , 2, 1. 10. f.
Le même Libraire a fous Preffe.
Freind ( Jo . ) Emmenologia in qua
Aluxus muliebris menftrui Phenomena ,
cum medendi methodo , in 12 .
TRAITE' de la vente des Immeubles
par Decrets. Par M. Dericourt , 2. vol.
in 4.
-LE DICTIONNAIRE des Arreſts , par
M. Brillon , 6. vol. infol.
RELATION des Côtes d'Affrique , par
le R.P. Labat , de l'Ordre des FF. Prêcheurs
, 5. vol. in 12. Figures.
›
Les Antiquitez de l'Eglife de Valen
ee , avec des Reflexions fur ce qu'il ya
de plus remarquable dans ces Antiquitez
, recueillies par M. Jean de Catellan
Evêque & Comte de Valence ,
pour l'inftruction & l'édification du Clergé
& du Peuple de fon Diocèfe , 1. vol.
in 4. imprimé à Valence , & fe vend à
Paris , chez Chaubert , Quay des Auguftins,
à la Renommée.
On trouve chez le même Chaubert un
2. vol.
Livre
JUIN. 1726. 1419
Livre nouvellement imprimé à Rouen ,
en 4. vol. in 12. dont voici le titre
Abregé hiftorique de la Bible , avec des
Notes litterales , & de courtes Explications
pour en faciliter l'intelligence , &
aider la memoire à la faveur d'un Diftique
, exprimant en fubftance le contenu
de chaque Chapitre. Nouvelle Methode
pour l'apprendre avec facilité , &
la retenir fidellement . Par le R. P. de
Saint- André , Religieux Minime .
M. Garengeot , Auteur des Operations
de Chirurgie , le prépare à donner une
nouvelle Edition augmentée de cet Ouvrage,
en trois Volumes , & enrichie d'un
grand nombre de Planches , qui reprefenteront
l'attitude du Malade , du Chirurgien
Operateur , & des Aides , pendant
le temps de l'operation ; ce qui fera
fort utile pour bien apprendre la maniere
d'operer.
THESE dédiée au Roi Staniſlas .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Blois,
le 30. Mai 1726 .
On a foûtenu dans cette Ville le 24
de ce mois , une Thefe de Theologie ,
dédiée au Roi Stanislas , dans l'Eglife
2. vol. F des
1420 MERCURE DE FRANCE .
des Religieux de S. Dominique . La Décoration
étoit magnifique . La Cour de
Chambort , le Clergé , la Chambre des
Comptes , les Maire & Echevins de Blois
y ont affifté en Corps , & generalement
toute la Ville a donné en cette
occafion des marques publiques du refpect
qu'elle a pour le Prince , pere de
notre Augufte Reine. La Theſe a été
foutenue par le Pere Szezerbinski , Dominicain
Polonis , Bachelier de Sorbonne
, que la Faculté de Théologie de
Paris à difpenfé du Quinquennium , à la
demande de la Reine. Il a donné dans
cet Acte des preuves de fon érudition
fous la Préfidence du R. P. Deſvignes ,
Docteur en Théologie , & Grand- Vicaire
de Beauvais .
Le 11. Juin , cette Thefe fut préfentée
à la Reine au Château de Verfailles
: S. M. la reçût avec beaucoup de
bonté. Le P. Szezerbinski , qui portoit
la parole , eut l'honneur de la compli
menter en Polonois , & le P. Delvignes
, fon Préfident , en François. Ils
étoient accompagnez de M. Knabé , Refilent
à la Cour de France , pour le
Roi Stanislas , & ils furent préfentez
par la Comteffe de Mailly , Dame d'Atour
de S. M.
2. vol.
Le
JUIN. 1726. : 1421
Le 2. Juin , M. Démoz , Prêtre , après
avoir conferé de fon nouveau Systême de
Chant avec des Perfonnes habiles , qui
l'ont approuvé , eut l'honneur de le prefenter
à Meffieurs de l'Academie Royale
des Sciences , qui nommerent deux Commiffaires
pour l'examiner. Les Commiffaires
firent leur rapport le 5. du même
mois , & l'Académie approuva ce Syf
tême pour le Plein Chant.
L'Auteur fait voir dans fon explication
, que par ce moyen le Plein - Chant
devient , fans comparaifon , plus court ,
plus facile , plus feur à imprimer , à apprendre
& à mettre en pratique , que
par tous les précedens moyens.
Plus court , enforte qu'on renfermera
dans un volume in 12. de la groffeur
d'une des Parties du Breviaire Romain
ou Parifien , géneralement tout le lein-
Chant de l'Eglife avec tout le Plautier.
Plus facile , deforte que quiconque a
dit-il , aflez de jugement pour app endre
à lire , peut auffi apprendre le Chant
avec la même facilité , ce Syftême étant
naturel & à la portée de tout le monde ;
obviant à tous les changemens , bouleverfemens
des Notes , degrez conjoints , &
differens intervales , caufez par les differentes
Clefs , & leurs tranfpofitions ,
qui caufent bien des difficultez & fatiguent
2. vol. Fij
1422 MERCURE DE FRANCE
guent extraordinairement l'attention , la
mémoire & la vûë, & dégoûtent enfin la
plupart des gens d'apprendre cet Art ,
néceffaire & fi agréable .
L'Auteur fit en même- temps & en
prefence de Meffieurs de l'Académie ,
quelques experiences des plus difficiles
pieces de la Mufique , felon fon nouveau
principe. Il efpere dans la fuite de foumettre
à l'examen de ces Meffieurs , une
Méthode très-facile pour la Mufique, à
laquelle il travaille, Son Syftême confifte
à cet égard , en un feul principe
très- naturel , & en une feule efpece de
caractere , qui ne tiendra pas plus de place
qu'une lettre ordinaire , & qui fera
mife en ligne directe , après les fyllabes
aufquelles peuvent appartenir les Notes,
Ce principe & ce caractere conftitue
felon l'Auteur , tout ce qui eft effentiel
au Chant , comme on le verra dans les
Livres imprimez . On y trouvera que
les Notes fe connoiffent par elles- mêmes,
& forment toûjours jufte & également
la diftance qui fe doit trouver entre les
Notes qui forment un degré conjoint ,
ou differens intervales , foit qu'on imprime
en gros ou en menu caractere.
Enfin l'Auteur foutient qu'un enfant
peut apprendre la fuite des Notes , felon
fa Gamme , dans un feul jour ; à plus 2. vol.
forte
JUIN. 1726. 1423
forte raifon , dit-il , ceux qui fçavent
déja le Chant , pourront chanter plus
facilement , & avec plus de feureté
qu'ils n'ont jamais chanté par les principes
ordinaires : enforte qu'on peut dire
, qu'on apprendra dans un jour , ce
que l'on ne pouvoit fçavoir bien feurement
, après un exercice de toute la
vie.
Les 19. & 21. du mois dernier , M.
Delaunay , Chirurgien Juré , fit en préfence
de plufieurs perfonnes habiles de
fa profeffion , diverfes épreuves d'un nouveau
Bandage fans acier , qu'il a inventé
pour les Hernies ou Defcentes .
Il l'appliqua à un nommé Piquet ,
Serrurier ,demeurant au Fauxbourg Saint
Antoine , attaqué d'une Epiplocele des
plus confiderables , du côté gauche , &
ancienne de 23. à 24. ans , à qui rien
n'a paru depuis , auffi - bien qu'à trois
Soldats invalides , des plus incommodez
depuis long-temps dans ce genre de maladie
, & d'un âge très-avancé. Le rapport
& la vifite des malades fut faite
par Meffieurs les Prevôts de S. Côme,
& par M. Moran , Chirurgien en chef
de l'Hôtel Royal des Invalides. Ils affurent
unanimement les avantages de cette
nouvelle invention : fur les bandages
2. vol.
Fiij dont
1424 MERCURE DE FRANCE .
dont on s'eft fervi jufqu'à prefent , dont
elle n'a point les inconveniens.
Les experiences en avoient été commencées
le 5. & le 6. du même mois ,
aux Invalides, devant M. Moran , & plufieurs
perfonnes de la profeffion , fuivant
les ordres que M. Delaunay en avoit reçûs.
Il fera toujours difpofé à en donner la
preuve à ceux qui voudront s'adreſſer à
lui pour leur curiofité , ou pour leur
befoin.
Par cette nouvelle ceinture , les parties
font contenuës avec exactitude , fans
gêner le malade dans aucune fituation ,
& dans quelque effort qu'il puiffe faire.
Par une Démonftration particuliere
qu'il efpere donner au Public , l'on ju.
gera mieux des prérogatives de cette
nouvelle Methode . Sa demeure eft au
coin de la rue de Nevers & d'Anjou ,
qui eft la premiere rue à droite en entrant
dans la rue Dauphine par le Pontneuf.
On peut s'y rendre auſſi par la petite
ruë de Nevers.
On apprend de Bruxelles , que le
corps du feu Marquis de S. Philippe
doit y être inhumé aux Doninicains dans
la Chapelle Espagnole , deftinée pour les
Miniftres & Generaux de cette Nation.
2. vol.
Cet
JUIN. 17268 1425
Cet Ambafladeur avoit écrit en Langue
Efpagnole la Vie de Philippe V.
depuis fon avénement à la Couronne
jufqu'à fon abdication. On a auffi de
lui l'Hiftoire de la Monarchie des Hebreux
, & la Vie de Job en Vers ; de
même que plufieurs Ecrits de Philofophie
& de Morale en Langue Latine.
Le Docteur Jurin , Secretaire de la
Societé Royale , a publié à Londres le
détail du fuccès de l'infertion de la petite
verole en Angleterre pour l'année
$ 1723 . par lequel il paroît que cette operation
ayant été faite à 143. perfonnes ,
il en étoit mort feulement trois .
M. Uleughels , Peintre du Roi , &
ancien Profeffeur en fon Académie Royale
de Peinture , à prefent Directeur de
l'Académie de France à Rome , a été depuis
peu honoré par leRoi de fon Ordre
de S. Michel , en confideration de fon
merite , & de l'honneur qu'il fait à la
Nation dans le pofte qu'il remplit.
PROGRAMME.
I
L'Académie des Jeux Floraux fait fçavoir au
Public , que le troifiéme jour du mois de Mai
de l'année 1727. elle diftribuera les quatre Prix,
2. vol.
Fij ou
1426 MERCURE DE FRANCE
ou Fleurs qu'elle doit donner chaque année .
Le premier des Prix que l'on diftribue tous les
ans eft une Amaranthe d'or de la valeur de
tre cens livres , qui fera adjugé à une Ode.
qua
Le fecond eſt une Violette d'argent , de la valeur
de deux cens cinquante livres , qui fera adjugé
à un Poëme de foixante Vers au moins , &
de cent Vers au plus , tous Alexandrins & fuivis
, ou à rimes plates , dont le fujet doit être
heroïque.
Le troifiéme eft une Eglantine d'argent , du
prix de deux cens cinquante livres , qui fera adjugé
à une Piece de Profe d'un quart d'heure , ou
d'une petite demie - heure de lecture , dont le fujet
fera pour l'année prochaine 1727.
La Nobleffe ne fait honneur qu'autant que
l'on eft vertueux. -
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent , de
la valeur de deux cens livres . On le donnera à
une Elegie , à une Eglogue ou à une Idile.
L'Académie a refervé cette année le Prix du
Poëme , qui avoit été refervé l'année derniere ,
auffi -bien que les deux Prix de la Proſe , qu'elle
avoit refervez les deux dernieres années . Cette
abondance de Prix excitera fans doute une nouvelle
émulation .
Le fujet de toutes fortes de Poëfies qui peu- .
vent prétendre à ces Prix , fera au choix des
Auteurs.
A l'égard des Vers , ils doivent être réguliers,
& n'avoir rien de burlefque , de fatirique , ni
d'indécent. On recommande furtout aux Auteurs
d'avoir une grande attention à ne rien laiffer
eliffer dans leurs Ouvrages qui puiffe bleſſer
les moeurs.
Toutes Perfonnes , de quelque qualité & pays
2. vol.
qu'elles
JUIN. 1726. 1427
qu'elles foient , de l'un & de l'autte fexe , pourront
afpirer aux Prix.
Les Auteurs qui y prétendront , feront remettre
leurs Ouvrages dans tout le mois de Janvier
de l'année 1727. lequel étant expiré , on n'en recevra
plus .
Si les Auteurs n'envoyent pas trois Copies de
leurs Ouvrages , ils ne feront point examinez ,
& feront exclus des Prix.
Il faudra qu'on s'adreffe à M. le Chevalier de
Catelan , Secretaire perpetuel des Jeux Floraux ,
qui loge près la Place du Salin.
Les Auteurs ne mettront point leurs noms à
leurs Ouvrages ; mais feulement une Sentence ,
& ils prendront les précautions neceffaires pour
n'être pas reconnus & nommez dans le Public
comme Auteurs de ces Ouvrages , avant qu'ils
ayent été examinez & jugez.
Le Secretaire des Jeux en écrira la reception
fur un Regiſtre , où il mettra le nom , la qualité
& la demeure des Perfonnes qui lui auront délivré
les Ouvrages , lefquelles figneront le Regiftre
, & en même tems en recevront un Recepiffe .
Les Auteurs feront obligez de lui fournir trois
Copies pareilles & bien lifibles de chacun de
leurs Ouvrages,
On avertit les Auteurs de ne fe point faire
connoître avant la diſtribution des Prix , & de
s'abftenir de toute follicitation , les Statuts de
de l'Académie excluant du Prix tout Ouvrage
pour lequel on aura follicité.
On avertit encore que c'eft une Loi de l'Académie
de n'adjuger les Prix qu'à des Ouvrages
nouveaux , & d'exclure ceux qu'on reconnoîtra
avoir déja paru ; que les Auteurs qui font courir
leurs Ouvrages avant qu'ils foient examinez &
jugez , contreviennent à cette Loi ; & qu'à l'avenir
un Ouvrage done il aura couru des Copies
200 Vol dans
1428 MERCURE DE FRANCE.
dans le Public , ne fera pas regardé comme nou、
veau , & qu'il fera exclus du Prix .
Les Ouvrages qu'on découvrira n'avoir pas été
faits pär celui qui s'en dira l'Auteur , feront auffi
exclus du Prix , c'eſt un des Statuts de l'Académie.
On avertit donc les Auteus de qui les Ouvrages
auront remporté des Prix qu'ils feront
obligez , pour les recevoir , de fe préfenter euxmêmes
l'après - midi du troifiéme jour du mois de
Mai , s'ils font dans la Ville de Toulouſe ; & en
ce cas , on leur délivrera les Prix , dès qu'ils fe
préfenteront. Que s'ils font Etrangers , & hors
de portée de venir les recevoir eux - mêmes , ils feront
obligez d'envoyer à une Perfonne domiciliée
à Toulouſe , une Procuration en bonne forme
, pour la remettre à M. le Chevalier de Catellan
, avec le Recepiffé qu'il aura fait de l'Ouvrage.
Après que les Auteurs fe feront fait connoître,
on leur donnera des Atteftations portant qu'un
tel , une telle année , pour un tel Ouvrage par
lui compofé , a remporté un tel Prix ; & l'Ouvrage
en Original y fera attaché fous le Contre-
Scel des Jeux.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un defquels
fera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître , & il fera toute fa vie du Corps
des Jeux Floraux , avec droit d'affifter & d'opiner
comme Juge avec le Chancelier , les Mainteneurs
& les autres Maîtres aux Affemblées publiques
& particulieres qui regarderont les jugemens
des Ouvrages & l'adjudication des Prix.
On avertit auffi , que ceux qui remettront au
Bureau de la Pofte des Paquets adreffez à M. le
Secretaire des Jeux, les doivent affranchir , s'ils
veulent qu'on les retire : fans cette précaution
ils doivent être affurez qu'on laiffera leurs Paquets
au Bureau ; ou que, quand même on les re- 2. vol.
tireroit
JUIN. 1726.
1429
tirero it , on ne les remettra point à la Compagnie.
D'ailleurs , pour ce qui regarde les Ouvrages
qu'on envoyera pour les Prix , il eſt neceffaire
de fe fervir de la voye de quelque Habitant
de Toulouſe , qui remette les Ouvrages ,
& en retire le Recepiffé de M. le Secretaire ,
pour éviter l'embarras qui furviendroit , fi une
Piece ainfi remife par le Courier , à droiture , à
M. le Secretaire , venoit à étre jugée digne du
Prix , parce qu'on ne fçauroit à qui le délivrer .
Les Ouvrages de Poëfie , compofez fur des fujets
propofez par d'autres Académies , n'entreront
point dans le concours , & on ne recevra
point de correction des Ouvrages , aprés que M.
le Secretaire les aura remis. L'on ne fuppléera
point non plus aux omiſſions ; ainfi les Auteurs
doivent examiner avec foin les Copies qu'ils font
faire de leurs Ouvrages.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
& de Poëfie , qui ont été préſentées
à l'Académie des Jeux Floraux , pour la Diftribution
des Prix de chaque année depuis
1710. fe trouveront à Toulouſe chez le Sieur
Lecamus , Imprimeur du Roi & de l'Académie
des Jeux Floraux , ruë de la Porterie , & chez
le Sieur Huart l'aîné , Marchand Libraire à
Paris , ruë S. Jacques , proche la Fontaine
S. Severin , à la Justice.
HISTORIETTES , Contes , Bons Mots ,
Fables , Pafquinades , Reparties vives &
piquantes , Jeux de mots , Naïvetez plaifantes
, Penfées & Queſtions ingenieufes ,
Simplicitez pueriles , Traits d'Hiftoire
& de Morale finguliers , Griphes , Lo-
2. vol.
F vj gogri1430
MERCURE DE FRANCE.
gogriphes , Rebus , Equivoques , &c.
L'Auteur de cette compilation prie les
Curieux , de vouloir lui faire part des
morceaux de cette efpece propres à enrichir
fon Recueil , avant qu'il le faffe
mettre fous preffe.
La nouvelle Tragedie de Pyrrhus de
M. de Crebillon , eft actuellement fous
preffe, chez la Veuve Couftelier , Quay
des Auguftins , qui la mettra en vente
inceffamment , & non chez la Veuve
Ribou, comme on l'a imprimée par abus.
REveillez
MUSETTE..
Eveillez - vous , ma Muſette ,
Retentiffez à jamais ,
Celebrez de ma Lifette ,
Les adorables attraits.
Que l'Echo de nos Prairies ;
Ne repete que fon nom ,
Et que fes rives fleuries ,
Celadon.
M
Me prennent pour
Elle a l'air d'une Déeſſe ,
Et les appas des Amours ,
2. vol.
Elle
[
THE NA AURK
PUBLIC
LIMARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
JUIN. 1726 . 1431
Elle a toute ma tendreſſe ,
Mon coeur l'aimera toujours.
Que, & c.
Sa belle voix qui m'enchante
Charmeroit même les Dieux ,
Sa vivacité brillante
Ravit les coeurs & les yeux,
Que , &c.
Toute la Cour de Cithere,
N'allume pas plus de feux >
Que les yeux de ma Bergere ,
Font naître de tendrés voeux.
Que, &c.
M
Quoique l'éclat de ſes charmes ,
Range cent coeurs fous fa loi,
Je l'adore fans allarmes ,
Car elle n'aime que moi.
Que, & c.
Qu'une Bergere fidelle ,
Eft un tréfor précieux !
2. vol.
>
Puil
1432 MERCURE DE FRANCE.
Puifque ma Lifette eft telle ,
Mon fort vaut celui des Dieux.
Que l'Echo de nos Prairies ,
Ne repete quefon nom ,
Et que fes rives fleuries ,
Me prennent pour Celadon !
L'Affichard.
VAUDEVILLE.
HE ! comment ne pas fe rendre ?
Comment fauver ma raiſon dans ce jour ?
Le Dieu du vin pour la furprendre,
A fait ligue avec l'Amour.
Accordons dans cette Fêtę ,
Deux vainqueurs qui m'attaquent tour àtour ,
Au Dieu du vin livrons ma têre ,
Et mon coeur au tendre Amour.
Sta
Cher Bacchus, fi je ſoupire ,
Si je neglige ton jus précieux ,
Pardonne moi , c'eft pour Themire ,
Mon excufe eft dans les yeux.
2. vol.
SPEC
JUIN 1726. 1433
****************** 紅茶
SPECTACLES.
N apprend de Londres , que l'on
reprefente l'Opera d'Alexandre ,
que le Roi & toute la Famille Royale
ont honoré de leur préfence.
TRAGEDIE D'ESTHER.
Reprefentée à l'Hôtel de l'Enfant Jefus.
L'Hôtel de l'Enfant Jefus , ruë de Vaugirard
, où étoit ci -devant la penfion du
Sieur le Jeune , eft loué depuis quelques
années par M. le Curé de S. Sulpice ,
pour loger en Communauté plus de 30 .
jeunes Demoifelles , qui font élevées d'une
maniere convenable à des Filles de
condition , & entretenues de tout , fans
payer aucune penfion , fur le fond de
la Providence . Plufieurs de ces Demoifelles
, qui ont eu de la vocation pour
être Religieufes ont été reçues gratuitement
dans les meilleurs Monaſteres ,
ou bien la même Providence a pourvû à
leur dote. Elles font continuellement occupées
ou au travail , ou aux Inftructions
Chrétiennes qu'elles reçoivent.
2. vol. On
1434 MERCURE DE FRANCE.
و
On leur a permis depuis quelque
temps d'apprendre , à leurs heures de
recréation , pour former leur memoire ,
la Tragédie d'Esther , que le celebre Racine
avoit faite pour la Maifon de Saint
Cyr. Elles la reprefenterent enfin le
Mardi 18. Juin , de la même maniere
qu'elle l'a été plufieurs fois à S. Cyr ,
c'eſt - à -dire avec les intermedes' de
Chants & de Symphonies . On peut dire
que ce fut avec un très- heureux fuccès ,
tant pour la Déclamation que pour le
Chant. On avoit dreffé pour cela tin
Theatre dans la grande Cour , qui fepare
la principale porte de l'Hôtel , du
corps du Bâtiment. Sa Décoration étoit
d'une agréable fimplicité. La Sympho
nie confiftoit en Hautbois & Flutes traverfieres
, dont joüoient les enfans des
fieurs des Jardins , Hautbois des Moufquetaires.
Il y avoit auffi une Balle continue
, jouée par le fieur Labbé . La Mue
fique & la Symphonies furent conduite
par le fieurCléramnbaut, Organiſte de Saint
Sulpice , fi connu par fes Cantates , &
eftimé dans fa Profeffion. Quoique ces
Demoiselles n'euffent invité prefque perfonne
à cette reprefentation , il y eut
cependant un très - grand concours , tant
des
gens de lá plus haute qualité , que de
la plus honnête Bourgeoisie. Enfin , quoi-
2. vol.
que
JUIN. 1726. 1455
que la Piece ait duré plus de trois heures
, tout le monde en fortit extrêmement
fatisfait.
Nous n'oublierons pas , que dans ce
même Hôtel , & dans de grandes Salles
féparées , on y fait travailler depuis près
de deux ans toutes les pauvres Filles qui
s'y font préfentées , enforte que cet établiffement
a fait fubfifter près de 5co .
perfonnes dans les temps les plus difficiles.
Ces pauvres Filles paflent la jour-.
née à filer le plus beau lin de Flandres,
& à chanter les louanges de Dieu pendant
leur travail . Le foir elles s'en retournent
dans leur famille ; & avec un
falaire raisonnable qu'on leur donne chaque
jour , elles y portent les bonnes inftructions
qu'elles ont entenduës.
Ce font les Filles Hofpitalieres de
S. Thomas de Villeneuve , qui font prépofées
pour la conduite de cette Maiſon ;
les unes font occupées uniquement à l'inf
truction & à l'éducation des Demoifelles
dont on a parlé , les autres à conduire
le travail des pauvres Filles de dehors
qui y viennent tous les jours.
2. vol.
L'A
1436 MERCURE DE FRANCE:
L'AMANTE CAPRICIEUSE,
Comedie de M. Jolly , reprefentée
fur le Theatre de l'Hôtel de Bout
gogne.
Orphife.
ACTEURS.
La Dlle Silvia.
Clitandre , Amant d'Orphife. Le Sieur
Lelio , fils.
Dorante, ami d'Orphiſe & de Clitandre ,
Le Sieur Lelio.
Juftine , Suivante d'Orphiſe , La D
Flaminia.
Scapin , Valet de Clitandre. Le Sieur
Dominique.
Un autre Laquais.
La Scene eft à Paris dans la maison
d'Orphife.
Quoique cette Piece n'ait pas eu beaucoup
de fuccès , on n'a pas laiffé de
rendre juſtice à la plume dont elle eſt
partie. On l'a trouvée bien verfifiée , &
s'il y avoit eu un peu plus d'action , elle
auroit été du gré de tout le monde ;
mais il a paru que la fimplicité , qui fait
le prix des Comedies des Anciens , eft
pouffée un peu trop loin dans celle- ci.
2. vol.
Le
JUIN. 1726. 1437
Le Public a trouvé que l'Amante Capricieuse
, que l'on y jouë , ne dément
jamais fon caractere ; mais que,
Les caprices
ne font pas affez variez , & ne
fortent point du petit cercle où l'Auteur
les a renfermez . Voici en peu de
mots à quoi fe réduit toute l'action .
ACTE I.
Clitandre aime Orphife ; il en eft aimé
. Elle lui a promis de l'époufer avant
que l'action theatrale commence ; elle
fe repent de cette promeffe , & lui fait
dire par Dorante , leur ami commun ,
qu'elle ne veut plus l'époufer. Voici les
propres termes :
Sans rien approfondir , allez lui faire entendre',
Qu'à recevoir ma main il ne doit plus penfer.
Dorante qui ignore ce qui fe paffe depuis
quelques momens dans le coeur de
fa Maîtreffe , vient , en Amant affuré de
fon bonheur ; elle trouve fort mauvais.
qu'il ne fe foit pas fait annoncer , & le
quitte brufquement , en lui difant que
Dorante l'inftruira de fes intentions . Clitandre
ne fçait que penfer de ce qu'il
2. vel. vient
1438 MERCURE DE FRANCE.
vient d'entendre ; Dorante lui explique
l'énigme en cette maniere .
Ce que tu dois penfer , c'eft que tous ces fermens
,
Ces tranfports , cette joye & ces empreffemens
,
>
Ce prochain Hymenée , & cette foi promiſe ,
Ont difparu foudain.
Le confeil qu'il lui donne , c'eft de
ceffer de la voir pendant quelque temps ,
pour éprouver par cette abfence s'il eft
aimé. Clitandre a beaucoup de répugnance
à y confentir ; mais enfin il s'y réfout
par complaifance pour fon Ami,
ACTE II.
Orphife s'allarme de ne voir plus Clitandre
, quoiqu'il ne faffe en cela que
lui obéir ; elle le foupçonne d'inconf
tance , elle lui envoye dire de lui venir
parler. I obéit encore. La broüillerie &
le raccommodement fe fuivent de bien
près , elle lui promet de l'époufer fans
plus de délai , & le charge d'aller chercher
le Notaire , Clitandre y court tout
tranſporté de joye. A peine fort-il d'auprès
d'Orphife , qu'elle fe repent enco
re de cette feconde promeffe , qui n'eft,
2. vol.
JUIN. 1726.
1439
à proprement parler , que la premiere ;
elle va dans fon Cabinet , pour executer
ce que fon caprice vient de lui infpirer.
Clitandre revient , il eft furpris de ne
point trouver Orphife , qui lui avoit promis
de l'attendre dans le même lieu où
il l'avoit laiffée ; mais il n'a que trop
tôt de fes nouvelles ; un Laquais vient de
fa part lui apporter une lettre , dans laquelle
Orphife , après l'avoir affuré de
La plus vive tendreffe , lui fignifie un fecond
congé. Les fuites funeftes que trop
d'amour traîne aprés foi en font la feule
raiſon. Voici la fin de la lettre en queftion
:
Nous nous aimons trop , Clitandre ,
pour nous unir. Demeurons comme nous
fommes. Ne maccnfez point de caprice .
Ma paffion feule me dilte ce que je vous
écris , & je croi vous en donner une preuve
évidente en rompant notre Hymen.
Clitandre picqué d'un procédé fi étrange
, jure de ne la revoir de fa vie , & fe
retire après avoir chargé Juftine , de dire
à fa Maîtreffe qu'il l'oubliera pour
toujours. Toute la difference qu'on a
trouvée entre ce fecond Acte & le premier
, pour le fond de l'Action , c'eft
que du moins , par la lettre qu'Orphife
lui écrit , il apprend qu'il eft aimé ;
cependant , malgré cette heureufe décou
2. vol. verte,
1440 MERCURE DE FRANCE:
verte , il fe détermine à la fuir pour tou
jours , lui qui ne s'y étoit réfolu qu'avec
peine , quand il avoit lieu de douter
qu'elle répondit à ſon amour.
ACTE III.
Juftine , Suivante d'Orphiſe , vient
apprendre à Dorante , que fa capricieuſe
Maîtreffe veut s'aller con finer dans un
recoin du Maine , prendre une houlette
en main ; & oubliant le refte du monde,
ne s'occuper que de fon troupeau . Orphife
vient elle-même le confirmer à
cet Ami de fon Amant ; cependant elle
a mandé Clitandre , à qui elle veut faire
part de fon projet. Clitandre vient , &
commence par lui dire qu'il obéit à fes
ordres pour la derniere fois . Orphiſe eſt
picquée de ces derniers mots ; la refolution
que fon Amant a prife de ne la plus
voir , déconcerte toutes les fiennes ; elle
lui reproche fon peu d'amour ; Clitantandre
lui dit qu'il pourroit bien aller
jufqu'à la haine ; cependant fa tendrelle
éclate à travers fon dépit . Vous voulez
me haïr , lui dit enfin Orphiſe , & moije
veux vous plaire. A peine a - t'elle proferé
ces dernieres paroles , qu'un Laquais lui
vient dire que le Notaire , qui avoit été
mandé dans le fecond Acte , eft arrivé.
I
2. vol.
Venez,
JUIN
1726.
144 Ti
Venez figner , dit- elle à Clitandre . Cecte
Piece , de l'aveu des Spectateurs , ne
pouvoit finir d'une maniere plus conforme
au caractere qu'elle traite , & Clitandre
ne pouvoit être heureux que par un
caprice .
T
Cet Extrait doit fuffire , pour prouver
que c'eft avec raifon que le Public
a trouvé la fimplicité pouffée trop loin
dans ce qui s'appelle Action theatrale ;
il ne nous refte plus qu'à faire voir , qu'on
n'a pas eu moins de raifon de trouver le
Poëme bien écrit. En voici la preuve
dans la premiere Scene du premier Acte,
c'eft Scapin , Valet de Clitandre , qui
parle à fon Maître .
Ah ! vraiment , c'eſt bien là comme on aime à
prefent.
Etre indifcret , volage , & fort peu complaifant
;
Courir de Belle en Belle , & n'en aimer aucune
;
Suivre un temps celle- ci , pour tenter la fortune
;
S'attacher à cette autre , à deffein feulement
D'arborer en tous lieux le nom de fon Amant ; "5
Deffervir un Rival , pour ſe mettre en fa place ;
Effuyer à ſon tour une même difgrace ;
Etre de mille foins nuit & jour occupé ;
2. vol.
Courir,
1442 MERCURE DE FRANCE.
Courir , fe voir fort peu , tromper , être trom
pé ....
Que vous dirai - je enfin ? il eſt mille manie
res ,
Qui toutes , en un mot , ne fe rapportent gueres
,
A la façon d'aimer , qu'ici vous débitez , &c.
Ce même Scapin fait le portrait d'Orphife
en ces termes :
Ce Frere que je dis , a donc fervi chez elle.
Il croyoit voir fans ceffe une Orphiſe nouvelle ,
Prenant de fa Maîtreffe , & la taille & les
traits ,
Soit dans tous fes difcours , foit dans tous fes
projets ;
Même en fes actions ; jamais déterminée ,
Et d'idée en idée à toute heure entraînée .
Sans fujet , fans raifon , une fombre vapeur ,
La rendoit difficile & de mauvaiſe humeur :
Ce mouvement paffé , la joye & l'allegreffe ,
Sans que l'on fçût pourquoi , diffipoient fa trif
telle .
Enfin dans fon cerveau , pour vous en bien
parler ,
Par un prodige infigne , elle fçait raſſembler
Toutes les volontez qui chamaillent entre elles,
2. vol.
Ec
JUIN. 1726 . 1413
Et fe font tous les jours des difputes nouvel
les ,
Et je ne pense pas qu'il foit aucun effort ,
Qui puiffe les reduire à fe mettre d'accord .
Clitandre , loin d'être dégoûté d'Ora
phile , par le portrait que fon Valet vient
de lui en faire , lui répond , que ce font
ces mêmes caprices qui la rendent plus
aimable à fes yeux :
Je hais dans une femme ,
Ces defirs meſurez , cette égalité d'ame ,
Que rien ne peut troubler , & de qui la tie-
Eft
deur ,
pe u propre
deur
à nourrir une amoureufe ars
C'est là ce qui produit une extrême indolence ,
Qui fait mourir l'amour prefque dans fa naiffance.
Autre portrait de la Capricieuſe , fait
à elle-même par Juftine La Suivante ,
dans la quatriéme Scene du fecond Acte.
Vous vous adreffez mal , Juftine eft veridique
;
Sur tous vos procedez , s'il faut qu'elle s'expli
que ,
Elle ufera très - bien de cette liberté ,
Et parlera , Madame , avec fincerité.
2. vol.
G Je
1444 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis approuver cette manie extrême , ร
D'un efprit qui toujours fe broüille avec luimême
,
Qui n'eft jamais d'accord , & , du matin au
foir ,
Approuve , blâme , veut , & ceffe de vouloir.
Avec égalité je veux qu'on ſe conduife ;
Que la droite raiſon nous guide & nous maîtrife
;
Qu'on l'écoute fouvent , que , d'un Amant
cheri ,
Si la chofe eft poffible , on faffe un bon Mari ;
Et qu'à ce feul objet attachant ſa penſée ,
On paffe pour agir en perfonne fenfée.
the
Dans le troifiéme Acte , Juftine raconté
à Dorante un nouveau caprice de ſa
Maîtreffe.
Oui , pour fuir tout le monde ,
Et vivre deformais dans une paix profonde ,
Elle choifit le Maine , & partira demain.
Là , dit- elle , je veux , la houlette à la main ,
Conduifant mes troupeaux dans les valtes prairies
,
Entretenir en paix mes douces rêveries ;
Là , je ferai revivre avec mes habitans ,
Du monde encore naiffandles plaifirsinnocens. 2. vol.
En
JUIN. 1445 1726.
En fuivant ce projet en mille biens fertile ,
Loin du tumulte affreux & du bruit de la Ville
Je pafferai des jours tranquilles , fortunez :
Au foin de mon repos tous mes defirs bornez ,
N'auront plus à former ces fouhaits inutiles ,
D'un ennuyeux loifir amuſemens ftériles :
Voilà fes
propres mots , fans y rien ajoûter,
Nous avons crû que ces Vers fuffiroient
pour faire juger à nos Lecteurs que la
Piece eft bien vérfifiée .
$
Le 25. Juin , les Comediens Italiens
donnerent la premiere Réprefentation
d'une Comedie nouvelle françoife , compofée
d'un Prologue & de deux Actes ,
avec trois Divertiffemens , intitulée le
Temple de la Verité . Cette Piece a été
parfaitement bien reçûë du Public & très
applaudie. Elle eft du Sieur Romagneſy ,
l'un des Acteurs de la Comedie Italienne
qui a auffi compofé la Mufique des Divertiffemens.
Il y a un Pas de deux
danfé par le fieur Romagnefy , en Suiffe,
& par la De Flaminia , en Feinme uifle,
qui a fait beaucoup de plaifir , de même
qu'une autre Entrée , danfée par la Dile
Silvia en Arlequine , & par le fieur Lélio
le fils en Polichinelle ; en voici l'Extrait.
2. vol. Gij Acteurs
1446 MERCURE DE FRANCE .
Un Auteur
Un Libraire.
Le Vicomte.
Le Marquis.
Acteurs du Prologue.
Le fieur Dominique.
Le fieur Paquetti.
Arlequin.
Le fieur Romagnefi.
Acteurs de la Piece.
Arlequin.
Dindonnet.
Le fieur Dominique.
Un Philofophe. Le fieur Riccoboni, pere.
Un Normand .
Un Gafcon.
L'Illufion .
Un Suiffe.
La Verité.
Un Procureur.
Lucinde.
Erafte.
La Gazette.
Le fieur Paquetti.
Le fieur Riccoboni , fils.
La Dle Silvia .
Le fieur Romagnefi .
La DleRiccoboni.
Le fieur Mario.
La Dile la Lande.
Le fieur Romagneſi.
Le fieur Dominique.
Riccoboni, pere. Un Comédien Italien .
Un Comédien François . Lefieur Mario.
Un Poëte.
Un Commiffaire.
Le fieur Paquetti.
Scaramouche.
LEA
EXTRAIT.
Prologue.
E Théatre réprefente la Chambre de
l'Auteur du Temple de la Verité.
Un Libraire lui dit franchement que fa
2. vol.
Piece
JUIN. 1726. 1447
Piece ne vaut rien , & qu'elle n'a rien
de bon que le Titre , qu'elle ne remplit
pas. l'Auteur ne l'en croit point . Un
Vicomte & un Marquis viennent chez
lui pour en entendre une lecture . Il fe
met en état de fatisfaire leur curiofité ;
mais ils l'interrompent à chaque mot par
des queſtions hors de faifon ; ils lui promettent
enfin de l'écouter attentivement ,
mais à peine a-t'il lû le Titre & les noms
des Acteurs , qu'on vient l'avertir que les
Comédiens Italiens vont joüer fa Piece ,
fans l'avoir affichée , pour prévenir les
cabales. Il en eft au défefpoir , parce qu'il
comptoit beaucoup fur la premiere réprefentation
, qui n'ayant pas été annoncée
, ne fçauroit rapporter beaucoup
d'argent. Pallons à la Piece.
ACTE I.
Le Théatre réprefente un Bois .
Arlequin eft chaffé d'une Hôtellerie par
le Maître qui s'appelle Dindonnet . Preffé
par la faim , il étoit venu demander à dîner
, en homme qui ne prenoit pas garde
aux frais, mais après s'être fait fervir ce
qu'il y avoit de meilleur , il avoit avoué
à Dindonnet qu'il n'avoit point d'ar
gent. Il le prie pourtant de compter , pour
avoir lieu de boire encore une bouteille.
2. vol. Giij G iij Din1448
MERCURE DE FRANCE .
Dindonnet le quitte en jurant de faire
toûjours payer d'avance.
Arlequin fe trouve bien malheureux
de ce que la Nature lui ayant donné un
fi bon appétit , la Fortune ne lui a pas
fourni de quoi le fatisfaire . Un Philofophe
attiré par fes plaintes , vient le
confoler & l'exhorte à fe donner à la
Philofophie & à s'attacher à la recherche
de la Verité . Il lui affure même , fur fa
phyfionomie , qu'il eft tel qu'il faut être
pour la trouver. Arlequin fe met en état
de chercher cette Divinité qui doit le
rendre heureux , il regarde de tous côtez
où peut être fon Temple ; mais les
obftacles naiffent à mesure qu'il veut
executer ce que le Philofophe lui a confeillé.
Dabord un Normant fe prefente
à lui ; il lui dit que rien n'eft plus facile
à trouver que la Verité, & que dans
fon Païs on la fait comparoître à l'Audiance
quand on veut . Arlequin le chaſſe .
Au Norinant fuccede un Gafcon , qui
lui fait entendre que les tréfors de la
Verité roulent fous les eaux de la Garonne
, comme les Lettres de Change ;
Arlequin le traite comme le Normant.
Une belle Nymphe fe prefente à lui ,
il en eft enchanté , il lui demande des
nouvelles de la Verité ; la Nymphe lui
répond qu'il cherche ce qui n'éxifta ja-
2. vol. mais.
JUIN. 1726. 1449
mais . Elle lui parle avec tant de grace ,
qu'il croit que c'eft elle feule , & non
la Verité , qui doit faire fon parfait bonheur.
La Nymphe a beau lui proteſter
qu'elle le trompera , il ne laiffe pas de
fe fier à elle ; enfin elle confent en apparence
à le rendre heureux , elle fe livre
à lui mais croyant la poffeder , il
s'apperçoit qu'elle eft difparue à fes yeux,
& ne lui a laiffé que fon voile. Il reconnoît
par là que cette Nymphe dont il
étoit fi enchanté , n'étoit autre chofe que
l'Illuſion ; ce qui acheve de l'en convaincre
, c'est une troupe de menfonges dont
il fe voit tout à coup environné ; ils voltigent
autour de lui & font le divertif
fement du premier Acte . Ils font diffipez
par le Portier du Temple de la Verité.
Arlequin le prend pour un efprit ,
mais il lui répond naïvement qu'il n'eſt
qu'un Suiffe , & lui prouve qu'il eft un
corps par un coup de poingt qu'il lui
applique fur la face . Cette preuve démonftrative
eft adoucie par quelques verres
de vin dont il le régale ; ils chantent
enfemble , & , pour verifier le proverbe
in vino veritas , ils n'entrent dans le
Temple de la Verité qu'après s'être enyvrez
.
2. vol.
Giiij AC1450
MERCURE DE FRANCE.
ACTE II. -
Le Theatre reprefente le Temple de la
Verité , orné des attributs qui
conviennent à cette Déeffe.
La Vérité paroît fur fon Trône , environnée
de la Cour. Le Suiffe lui prefente
Arlequin. Elle lui demande ce qu'il
fouhaite d'elle. Arlequin lui répond qu'il
vient la prier de le rendre heureux , en
lui donnant aſſez d'argent pour fatisfaire
à fon appétit & à tous fes defirs. La Vérité
, après lui avoir fait entendre que
ce ne font pas les richeffes qui font la
félicité des hommes , le tranfporte tout
à coup à Paris avec elle , pour lui faire
examiner toutes les differentes conditions
de la vie , afin qu'il choififfe celle qui
lui conviendra mieux. Le Théatre change
& réprefente un Palais où la Verité
donne audience à tout le monde. Le bruit
de fon arrivée y attire les curieux , ce
qui donne lieu à plufieurs Scenes , dont
quelques - unes ont été fort applaudies .
Un Procureur qui a plaidé contre fa
femme en féparation , prie la Vérité d'éclairer
le Public , & de lui faire voir
que les Juges ont eu tort de le débouter
de fa demande ; la Vérité lui répond qu'il
vaut bien mieux pour lui que le Public
2. cl.
deJUIN.
1726. 1451
demeure dans fon erreur , & croye que
fa femme ne lui a point manqué de foi.
Un Cavalier & une Dame viennent
implorer le fecours de la Vérité , pour
des motifs bien differens. Le Cavalier ,
qui s'appelle Eraſte , voudroit être débarraffe
de Lucinde , c'eſt le nom de la
Dame. Lucinde reproche à Erafte une
inconftance qui la défefpete , & Eraſte ſe
plaint d'une fidelité qui l'importune . La
Vérité récompenfe la Dame fidele & punit
le Cavalier inconftant. Apeine a- t - elle
touché Lucinde d'une espece d'Egide
qu'elle tient dans fa main , que cettè
Amante , trop prévenue en faveur de fon
volage , reconnoît tous fes deffauts & le
méprife autant qu'elle l'a aimé ; le même
Egide ouvrant les yeux au Cavalier , lui
fait voir tout le prix de fa conquête. Il
veut revenir à Lucinde , mais elle le
fuit comme un objet indigne de fon attachement.
Cette Scene a été goûtée des
connoiffeurs.
La Gazette vient fe vanter aux yeux
de la Vérité , d'avoir tenu la place à Paris
pendant fon abfence, & lui rapporte
des nouvelles comiques de la Cour &
de la Ville ; Arlequin égaye cette Scene.
4
Une Coquette fe plaint à la Vérité des
malheurs où elle n'eft tombée que pour
l'avoir trop fuivie . La Vérité étonnée
2. vol. GY d'un
1452 MERCURE DE FRANCE
d'un pareil difcours , lui en demande l'explication.
La coquette lui dit qu'elle s'eft
décriée par tout pour avoir été trop fincere
envers fes Amans , en leur déclarant
tout ce qu'elle fentoit pour eux , & qu'elle
s'eft fait méprifer pour avoir fait un
aveu trop fidelle de fon panchant aux
plaifirs . La Vérité lui fait connoître qu'une
pareille fincerité eft un défaut , &
qu'on peut prendre des plaifirs , fans perdre
l'eftime des honnêtes gens .
Deux Comédiens , l'un François &
l'autre Italien , prient la Vérité d'apprendre
aux Auteurs à ne pas donner dans
le faux ; ils fe blâment l'un l'autre , en
paroiffant fe louer . Un Auteur furvient ,
qui ne fcachant pas qu'il parle devant des
Comédiens , prie la Vérité de vouloir
bien rendre ces Meffieurs affez bons Acteurs
pour ne pas gâter fes Pieces , qu'il
croit parfaites. Les Comédiens le traitent
affez mal , quoiqu'il veuille chanter la
palinodie , dès qu'il apprend qui ils fonts
il repouffe enfin l'outrage par l'outrage
& enchérit encore. De tous les divers
états qui viennent de paffer fous les yeux
d'Arlequin, celui de Comédien lui paroît
le plus propre à faire fon bonheur ,
trouvant l'Italien plus à fon gré que le
François il fe détermine en faveur de
la Troupe Italienne ; la Vérité approuve
fon choix. L'auJUIN.
1726. 1453
L'audience finit par l'arrivée du Portier
de cette Déeffe , qui vient tout allarmé
l'avertir qu'on va mettre le feu àfon
Palais , fi elle ne quitte Paris . La Vérité
fait difparoître cette demeure qu'elle
n'avoit choifie que pour faire plaifir à Arlequin
, & pour lui donner lieu de faire
un choix qui pût le rendre heureux . Un
Commiffaire qui venoit chercher la Vérité
pour la faire déloger , eft très furpris
& très - mortifié qu'elle ne l'ait pas attendu
. Une troupe de gens qui s'étoient
mafquez pour bruler le Palais de la Vérité
, ne l'y trouvant plus , ſe réjouiffent
de fon évafion , & c'eft par cette Fête
que finit la Piece. Les applaudiffemens
dont elle a été honorée , en font affez
l'éloge , fans que nous en difjons notre
fentiment. On y a remarqué des beautez
& des deffauts ; mais il y a apparence
que les beautez l'emportent , puifque
les applaudiffemems continuent : Les critiques
ont beau en appeller ; le Public ne
conviendra jamais qu'il ait pris le change ;
& quand il l'auroit pris , on devroit toû
jours faire un mérite de l'illufion , à l'Auteur
du Temple de la Verité.
M. Hérault , Lieutenant General de
Police , fit l'ouverture de la Foire S. Lau
tent le 28. de ce mois , avec les cérez
2. vol.
G vj monies
1454 MERCURE DE FRANCE.
moni s accoûtunées. Lés Entrepreneurs
de l'Opera Comique fe préparent à donner
des Divertiffemens au Public. Ils
ouvriront leur Théatre le 3. Juillet par
le Sant de Leucade , fuivi de l'Amant
Brutal , Parodie de l'Opera d'Ajax , précedée
d'un Prologue. On parlera plus
au long de ces Pieces , fi elles amufent
le Public .
Les Comédiens François doivent jouer
inceffamment une Piece d'un Acte , qu'ils
ont reçûe depuis peu , fous le titre de
la Fauffe Comteffe . Elle eft de M. d'Alinval
, Auteur du Tour de Carnaval , qu'on
a joüé il n'y a pas longtemps fur le
Théatre Italien. Nous en rendrons compte
dans le prochain Mercure.
kakakakaka :
NOUVELLES DU TEMPS.
LE
RUSSIE.
E 18. May , on celebra à Pétersbourg
avec beaucoup de magnificence ,
l'Anniverfaire du Couronnement de la
Czarine. Cette Princeffe fe rendit l'après
midi à fon Palais d'Eté , où il y eut un
grand feftin , auquel avoient éte invitez
les Miniftres Etrangers , les Principaux
2. vol. du
JUIN. 1726. 1455
Clergé & les Seigneurs & Dames de la
Cour. On avoit dreflé dans la grande
Salle de ce Palais , une table en forme
d'un C. qui eft la premiere lettre du nom
de S. M. Cz. Cette Table fut fplendidement
fervie des mets les plus exquis .
Grand nombre de perfonnes de diftinction
occuperent une autre Table. Il y avoit
auffi des Maîtres de Navires , Pilotes
Hollandois & autres Etrangers nouvellement
arrivez en Ruffie , enforte qu'on
compta plus de 900. Conviez. On entendit
pendant le Feftin une excellente
Mufique , & on but les fantez au bruit
du Canon. Après le repas on vit le Spectacle
d'un beau Feu d'Artifice qui fut terminé
par un Bal .
On a reçû avis que les Tartares de
Crimée menacent d'entrer fur les Terres
de la domination de la Czarine , avec
200000. hommes .
On a parlé dans le dernier Journal ,
de l'Ordre de l'Aigle blanc , que la Czarine
a reçû à Peterſbourg. Le Roi de Pologne
avoit choifi le Prince Menzikoff,
fon Ambaffadeur - Plenipotentiaire , comme
le plus ancien Chevalier de cet Ordre
qui foit en Ruffie , pour en revêtir
en fon nom S. M. Cz . Après un fort beau
Difcours , ce Prince prefenta le Collier à
la Czarine & l'en revêtit en l'embraffant..
2. vol. Ce
1456 MERCURE DE FRANCE.
Ce Collier paffe pour une piece d'une
grande magnificence par les Diamans brillans
dont il eft enrichi . Ce Prince prefenta
enfuite à S. M. Cz . l'Etoile de l'Or
dre que la Princeffe , Epoufe du Prince
Menzikoff, attacha à la poitrine de la
Czarine.
Les 18. Vaiffeaux de la Flote de la Czarine
qui mirent à la voile le 18. May ,
font allez fur la Côte d'Efthonie , avec
deux Régimens de Milice qu'on a embarquez
deflus .
Le premier de ce mois , le feu prit
pendant la nuit au Chantier de la Marine
à Pétersbourg ; & s'étant communiqué aux
Galeres , il y en eut huit de confumées
avec un autre Bâtiment nouvellement
conftruit.
LE
POLOGNE.
E Vice- Amiral Wager , qui commande
l'Efcadre Angloife dans la Mer
Baltique , a donné ordre au Commiſſaire
Anglois qui réfide à Dantzic , d'affurer
les Magiftrats de cette Ville de la part
du Roi d'Angleterre , que l'arrivée de la
Flotte dans ces Mers , ne cauferoit aucune
interruption dans leur commerce .
On apprend de Stockolm , que depuis
le départ de l'Escadre Angloife des én
2. vol.
virons
JUIN. 1726. 1457
virons d'Elfenap , le Comte de Horn a
eu des Conferences plus frequentes avec
le Miniftre du Roy d'Agleterre , & l'on
ne doute point en Suede que les Traitez
conclus entre les Rois de France , d'Angleterre
, de Dannemarc & de Pruffe , ne
foient exactement obfervez .
%
Au commencement de ce mois , le Roi
donna Audiance publique à l'Envoyé du
Kan des Tartares , qui y parut fans Manteau
, fans Bonnet & fans Sabre , felon la
coûtume. En prefentant fes Lettres de
Créance au Roi , il prononça un Diſcours
en Langue Tartare , contenant des affurances
de la part que fon Seigneur &
Maître prenoit à la profperité de S. M.
Le Grand Chancelier de la Couronne
lui répondit au nom du Roi , en Langue
Polonoife après quoi ce Miniftre ſe retira
, & on lui rendit fon Bonnet dans
l'Anti-Chambre , fon Manteau fur l'Ef
calier & fon Sabre hors du Palais.
Lee
&
ALLEMAGNE .
E Baron de Riperda , fils du Duc de
ce nom , qui étoit chargé à Vienne des
Affaires du Roi d'Efpagne , reçut le z . de'
ce mois par un Exprès dépêché de Ma-'
drid , des ordres de S. M. Cat . de remet-1
tre les pouvoirs , & le fcellé a été mis
fur fes papiers.
2. vol. L'Aga
1458 MERCURE DE FRANCE:
L'Aga Turc qu'on attendoit à Vienne,
y eft arrivé dans le Fauxbourg de Leopolstadt
, où l'on avoit fait préparer
I'Hôtellerie de l'Agneau blanc pour le
loger jufqu'à nouvel ordre.
Il y aun differend dont on ne fçait pas
encore le fujet, entre les Troupes Imperiales
commiſes à la garde des frontieres,
& les Turcs, Cette querelle a donné lieu
à un combat entre un parti de 60.Soldats
Imperiaux & un autre de 150. Turcs.
Ces derniers ayant fait feu fur les autres
dans un défilé , en ont tué deux hommes
, mais les Imperiaux ont vangé la
mort de leurs Camarades , ayant maffacré
près de 70. Turcs , & mis les autres
en fuite.
D
,
ITALIE .
Ans le Confiftoire fecret que le
Pape tint le 3. de ce mois , le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires
de France à Rome , préconifa l'Abbé de
Premeaux ancien Agent general du
Clergé de France
pour l'Evêché de
Couferans , l'Abbé d'Antelmy , Provok
de l'Eglife de Fréjus , pour l'Evêché de
Graffe , & le P. Jerôme Coquelin , Religieux
Benedictin , de la Congrégation de
S. Vannes pour la Coadjutorerie de
2. vol.
l'AbJUIN.
1726. 1459
l'Abbaye Reguliere de Notre- Dame de
Favernay , Ordre de S. Benoît , Diocèſe
de Befançon .
1
Le 8. de ce mois , on éprouva deux
fois de fuite au Lido , les deux canons
de bronze nouvellement fondus dans
l'Arcenal de Venife , & dont les boulets
font de 500. livres . On les avoit
mis fur un Vaiffeau de guerre où ils firent
l'effet qu'on en attendoit.
Le Pape a nommé Vicaire de Rome,
à la place du Cardinal Paulucci qui vient
de mourir , le Cardinal Marefofchi. La
Charge de Secretaire d'Etat qu'avoit ce
Cardinal , a été donnée par S. S. à M.
Lercari , Archevêque de Nazianze , &
fon Maître de Chambre.
L
ESPAGNE.
E Colonel Stanhope , Ambaffadeur
du Roi d'Angleterre à Madrid , s'eft
retiré de la Cour , après avoir proteſté
contre la violence qu'il prétend qu'on a
exercé contre lui , en enlevant le Duc de
Riperda de fon Hôtel. Ce Miniftre at
écrit , avant que de partir pour la campagne
, au Marquis de la Paz , Secretai
re d'Etat , & aux Miniftres Etrangers
qui font à la Cour d'Espagne , pour leur
faire part de fa refolution . La démarche
2. vol . de
1460 MERCURE DE FRANCE .
de ce Colonel a donné lieu à un Manifefte
, qu'on a publié par ordre du Roi ,
& qui a été communiqué à tous les
Miniftres Etrangers pour juftifier la
conduite de S. M. & l'avis donné par
le Confeil de Caftille.
Le Duc de Riperda eft toujours étroitement
gardé dans le Château de Ségovie
, où perfonne n'a la permiffion de lui
parler .
Dans le dernier Confeil particulier ,
tenu en préſence du Roi , il a été refofolu
d'envoyer en Catalogne feize Regimens
de Cavalerie , fept de Dragons ,
60. Bataillons & trois Compagnies des
Gardes du Corps ; dans la Navarre ,
un Regiment de Cavalerie & trois Ba
taillons , outre les huit que le Pays entretient
pour fa défenſe ; dans la Galice
, un Regiment de Dragons & fix Bataillons
, qui ferviront à renforcer les
neuf de Milices employez à la garde des
Côtes.
On mande de Barcelone , que la difgrace
du Duc de Riperda a caufé une
grande joye dans toute la Catalogne , à
laquelle fes arrangemens mal digerez
étoient très- préjudiciables . On lui reproche
, qu'en traitant de la Paix avec
l'Empereur , il a negligé les interêts de
cette Principauté , qui n'a reffenti d'au-
2. vol. tre
JUI N. 1726. 1461
tre effet de cette Paix , que celui de la
reftitution de quelques Dignitez à trois
ou quatre Ecclefiaftiques , qui en étant
pourvûs par l'Empereur , du temps qu'il
occupoit le Pays , n'avoient pas encore
été reconnus par S. M. C. D'un autre
côté les Catalans s'étoient flattez que la
Cour Imperiale auroit ftipulé par le
Traité de Vienne , le rétabliffement de
leurs anciens privileges , dont ils n'ont
été dépouillez que par leur trop grand
dévouement aux interêts de Sa Majeſté
Imperiale.
MR
GRANDE- BRETAGNE.
pour R Thomas Ripley a été choifi
bâtir le Pont qui doit être conftruit
inceffamment fur la Tamife entre
Fulham & Putney.
On a reçû des Lettres de Madere ,
qui portent que l'Efcadre commandée
par l'Amiral d'Hofier , étoit arrivée à
la vue de cette Ifle le 16. du mois dernier
, & qu'elle en étoit partie cinq jours
après pour continuer fa route vers les
Indes Occidentales , d'où l'on a eu avis
que les Commandans Efpagnols des Vaiffeaux
garde-côtes avoient ordre de faifir
tous les Vaiffeaux étrangers qui pafferoient
à la vûë des côtes , fur lefquels
2. vol.
on
1462 MERCURE DE FRANCE.
on trouveroit du bois de Campeche &
des pieces de huit.
On a appris par une Lettre écrite du
II. de ce mois , que le Vice - Amiral
Wager , Commandant de l'Eſcadre Angloife
dans la Mer Baltique , étoit arrivé
le 10. près de l'Ile de Nargin , à
trois lieues de Revel , avec tous les Vaiffeaux
de fon Efcadre ; que le 11. au
matin il avoit écrit au Lieutenant General
Woulkoff qui commande à Revel ;
au retour de l'Officier , qui avoit été
chargé de fa Lettre , il avoit fait partir
pour Cronfloot le Vaifleau le Pori- Mahon
, avec M. Barnet , l'un de fes Lieutenans
, que ce Commandant avoit chargé
d'un paquet pour l'Amiral Apraxin ,
dans lequel étoit la Lettre du Roi d'Angleterre
à S. M. Cz . & qu'enfuite il
avoit dépêché une Fregate au Commandant
de la Flotte Danoife , qui étoit prêt
de Bornholm , pour l'avertir de ne pas
joindre l'Efcadre Angloiſe juſqu'à nouvel
ordre.
Le Meffager d'Etat qu'on avoit envoyé
à Madrid , & qui revint à Londres
le 20. de ce mois , a rapporté que
le 2. il avoit remis au Duc de Wharton ,
la Lettre de cachet de S. M. Brit. par
laquelle elle lui ordonnoit de revenir
inceffamment en Angleterre ; que ce
2. vol.
Duc
JUIN 1726. 1463
>
Duc ayant fçû duMeffager d'Etat ce qu'ele
contenoit , avoit refufé de l'ouvrir ,
l'avoit jettée par terre : que le Colotel
Stanhope , Ambaffadeur du Roi d'Anleterre
, informé que le Duc de Wharon
faifoit courir le bruit qu'il s'étoit
plaint au Roi d'Efpagne de ce prétendu
attentat , avoit écrit au Marquis de la
Paz à ce fujet , & que ce Secretaire d'Eat
lui avoit fait réponſe le lendemain ,
que S. M. C. avoit fçû par une autre
hoye ce qui s'étoit paffé , mais qu'elle
'interpoferoit point fon autorité en fayeur
du Duc de Wharton.
PAYS- BAS.
*
Imperatrice & le Marquis de Prié,
Vailleaux de la Compagnie de Comnerce
d'Oftende , commandez par les
Capitaines de Clerck & Ulaenderlink ,
qui partirent d'Oftende au mois de Janvier
de l'année derniere , arriverent le
18. de ce mois des côtes de la Chine à la
rade de cette Ville , avec une charge trèsconfiderable
. Le troifiéme Vaiffeau de
cette Compagnie qu'on attendoit , eft arrivé
de Bengale , fur les côtes de Porcugal.
2. vol.
NAIS1464
MERCURE DE FRANCE .
NAISSANCES MORT S
>
des Pays Etrangers .
E 11. Juin , à fix heures trois quarts
du matin , la Reine d'Eſpagne accoucha
heureufement à Madrid d'une
Princeffe , qui fut baptifée le même jour ,
& nommée Marie - Therefe - Antoinette-
Raphael . Les Miniftres Etrangers , les
Chefs des Maifons Royales , les Prélats
, les Grands du Royaume & les Mi
niftres de la Cour d'Espagne , invitez ou
nommez pour affifter , fuivant l'ufage,
aux couches de S. M. fe trouverent
dans la Chambre voifine de celle de la
Reine.
Le nommé Pierre Onghena , du Vil
lage de Lokeren , fitué dans le Pays
de Waes , y eft mort le 13. de ce mois
âgé de 112. ans , après 78. ans de mariage
, avec Catherine Vermehrem , morte
le 13. Avril 1717.
Le Cardinal Paulucci , Vicaire & Secretaire
d'Etat , mourut à Rome le ....
âgé de
2. vol. FRANCE
JUIN. 1726. 1465
****************
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 26. de ce mois au matin , la Reine
alla à la Maiſon Royale de Saint
Cyr , & y paffa la journée , S. M. y en -
tendit la Melle , & communia par les
mains de l'Abbé de Saint Hermines , fon
Aumônier en quartier. L'après -midi , la
Reine affifta à la Prédication du P. Segaut
, de la Compagnie de Jefus , qui
avoit déja prêché dans la même Maiſon
devant S. M. le 21. & le 24. de ce
mois
Le Roi a accordé à M. Portail , Premier
Préfident du Parlement , l'agrément
de fa Charge de Préfident à Mortier,
qui vaquoit depuis qu'il avoit été
nommé Premier Préfident , pour M.Portail
fon fils , Confeiller au Parlement.
S. M. a accordé en même temps l'expectative
de la premiere Charge vacante de
Préſident à Mortier , à M. Molé , Confeiller
au Parlement .
M. Amelot de Chaillou , Intendant de
la Rochelle , a été nommé Intendant des
2. vol. 1 Finan
1466 MERCURE DE FRANCE .
Finances , à la place de M. Berthelot de
Montchefne.
Le Dimanche 23. de ce mois , il y eut
Prieres publiques & Proceffion à Sainte
Marguerite , Fauxbourg S. Antoine ,
en commemoraifon du Miracle arrivéil
y a un an , au fujet de la maladie de la
Dame de la Foffe.
Le Roi a indiqué à Melun , l'Affemblee
generale des Députez du Clergé au
mois de Septembre prochain , afin qu'elle
foit plus près de la Cour , qui fera
lors à Fontainebleau .
pour
Le 19. de ce mois , la Reine , accompagnée
des Dames de fa Cour , alla fe
promener à Choifi , chez la Princeffe de
Conti , premiere Doüairiere , qui fit fervir
une magnifique collation à S. M. &
aux Dames de fa fuite.
Le 30. du mois dernier , Fête de
l'Afcenfion , on chanta au Concert fpirituel
des Tuilleries le Miferere de M. Bernier
, Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi , & le Confitebor de M. Pe
touil , auffi Maître de Mufique .
Le 9. de ce mois , Fête de la Pentecôte
, on y chanta , Domini eft terra ,
Motet du Sieur Philidor , & un autre
nouveau Motet , Quare fremuerunt , &c .
du Sieur Courtois ."
Le 20. jour de la Fête-Dieu , il n'y
2. vol.
eut
JUIN. 1726. 1467
eut point de Concert , les exeeflives chaleurs
qui regnent depuis quelque temps.
ant empêché le Sieur Philidor de faire
chanter ; il a remis le prochain Concert
au 15. du mois d'Aouft prochain , Fête
de l'Affomption .
Le Roi a accordé la Charge d'Intendant
des Finances , vacante par la démiffion
de M. Berthelot de Montchefne
, à M. Amelot de Chaillou , Maître
des Requêtes , & Intendant de la Rochelle
, qui eft remplacé dans cette Intendance
par M. Bignon , Maître des Requêtes.
Le 18. Juin , M. le Pelletier des Forts,
Controlleur General des Finances , fut
reçû à la Chambre des Comptes avec les
ceremonies accoûtumées. Il fit un trèsbeau
Diſcours , dans lequel il promit de
faire remettre exactement à la Compagnie
generalement tous les Comptes ,
comme du temps du feu Roi , & de rétablir
toutes chofes fur l'ancien pied.
Le Duc de Chartres , le Neptune &
l'Apollon , Vaiffeaux de la Compagnie
des Indes , arriverent le 20. du mois
dernier au Port de l'Orient , richement
chargez. On en attend trois autres au
mois de Septembre prochain , qui font
l'Hercule , la Syrene , & la Minerve ,
2. vol. H venant
1468 MERCURE DE FRANCE.
venant de Bengale , de Pondichery , &
de la Chine.
Le 27. de ce mois , la Marquife d'Alincourt
fut nommée Dame du Palais de
la Reine , à la place de la Marquise de
Prie.
Bouts rime à remplir.
Bêche.
Email,
Camail.
Méche.
Bréche.
Portail
Serrail.
Pêche,
Reconfort,
1 Fort.
Chaume
Manoir.
Ваите.
Antonoir
MORTS.
JUIN. 1726.1469
kakakakakakakak
MORTS.
Ean - Baptifte - Dominique Ricard, Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, Lieutenant au Régiment du Roi,
fils de M. Jofeph- Paul , Marquis de Ricard
& de Bréganfon , Confeiller au
Parlement de Provence , & de défunte
Dame Anne de Julhans, fa premiere fem-.
me , eft mort âgé de feize ans & demi
le 21. de ce mois , en l'Hôtel de M. Ju
les de Ricard , Baron de Courgy , fecond
Préſident de la Cour des Aydes de
Paris , fon'oncle.
C'étoit un jeune homme très-bien fait,
& qui promettoit beaucoup ; il avoit été
reçû Chevalier dès l'âge de huit mois .
Cette Famille a donné plufieurs autres
Chevaliers , Commandeurs & Grands-
Croix , tant à Rhodes qu'a Malthe , qui
ont tous contribué à la Gloire de la Re
ligion , & notamment le Bailly de Ricard
, oncle du défunt ', lequel étant apitaine
de Galere , il y a environ 30. aus ,,
aborda le premier un Vaifle u Turc de
70. pieces de canon , qui fut pris après
an fanglant combat , où le Chevalier de
Ricard , frere de ce Bailly , & Lieute-
2. vol. Hij nant
1470 : MERCURE DE FRANCE .
nant de fa Galere , fut dangereufement
bleffé . Le principal Etendart de ce Vaiffeau
fut envoyé à Aix , lieu de leur naiſlance,
par l'ordre du Grand- Maître , pour être
mis dans l'Eglife de la Commanderie de
cette Ville , en mémoire d'une fi belle
action.
•
M. N ... Lambert de Torigny , Confeiller
du Roy en ſes Conſeils , Preſident
aux Requêtes du Palais , mourut à Paris,
de la petite verole , le 22. Juin , âgé
d'environ 40. ans.
M. Jean Dupuis , Ecuyer , Confeiller
Tréforier General de la Maifon du Roi ,
mourut à Paris,le 24-Juin, âgé de 66. ans.
Le même jour mourut Dame Magdeleine
Pellé , Epoufe de M. Jaques-Etienne
Hallée , Confeiller du Roy en fon
Grand- Confeil , âgée de 32. ans.
L
SUPPLEMENT.
Es Eaux Minérales , Ferrugineufes,
du Village de Paffi , près Paris , ſont
beaucoup en regne depuis environ fix ans,
elles guériffent & foulagent quantité de
Malades. Il y a quatre Sources de ces
Eaux , qui ne different entr'elles que par
Je plus ou le moins de force , le plus ou
moins du Mineral dont elles font em-
2. vol.
preinJUIN.
1726. 1470
敏
preintes. La premiere Source eft de la
force des Eaux de Spa ; la feconde & la
troifiéme font au même degré de force ,
que la Royale de Forges , & la quatriéme
répond aux Eaux de Provins & d'Abecourt.
On affure que ces Eaux , entre
les propriétez generales des Eaux de
cette efpece , ont encore une vertu fpecifique
pour guérir les maladies inveterées
, les maux de tête , les affections mélancoliques
, les vapeurs , les vertiges ,
les palpitations de coeur , l'apétit dépravé,
la plus grande partie des maladies des
reins & de la veffie , & c. On les employe
de toutes les manieres , en boiffon , &
c'eft le plus grand ufage , en gargarifme ,
en injection , en bains , en fuffumigation ,
en douche , en friction , ou en baſſinant ;
quelquefois on prend feulement les réfidences
ferrugineufes ou leurs fels féparez
des Eaux ; & quelquefois les Eaux toutes
feules & féparées de leur fer. Elles font
de toutes les faifons , toûjours réfidentes
dans la mine de fer & à couvert de l'injuré
de l'air. Et foit en yver , foit en été ,
elles font également limpides & falutaires
. On doit le foulagement qu'on trouve
dans l'ufage de ces Eaux , aux foins , à
l'application & aux dépenfes de M. l'Abbé
le Ragois , qui en donne libéralement
aux pauvres .
2, vol. 1
H iij QUES
1472 MERCURE DE FRANCE.
QUESTION DE DROIT , jugée au
Parlement de Provence le 2. Juin 1725.”
11.
L fut jugé au Parlement de Provence
le 2. Juin 1725. une Queſtion notable
qui renfermoit deux difficultez. Dans
la premiere , il s'agiffoit de fçavoir , fi le
fond fubfidiairement dotal , jouit du privilege
de la dot dans le cas de l'infuffi
fance des biens du mari ; dans la feconde,
il falloit décider fi l'action contre le fonds
fubfidiairement dotal , dure trente ans entré
le premier, le fecond acquereur& le troifiéme,
qui ne peut pas oppofer la pref
cription de dix ans.
Ce Procès s'étoit élevé entre Jean
Roubin , Laboureur du lieu du Baullet ,
en qualité de mari & maître de la dot
& droits de Magdelene Seren , & les
Hoirs du fieur Auguftin Guerouard de
la Ciotat , defquels Magdeleine Souliers
prenoit le fait & caufe.
Dans tout le fait particulier de ce Pro
cès , il paroiffoit que Marguerite Blanc
fut mariée à Jean Seren . Par Contrat de
Mariage du 2. Aouft 1664. il lui fut
conftitué une Vigne pour le prix de soo..
liv. cette eftimation rendoit le mari acheteur
du fonds , & parconfequent maître
d'en difpofer.
2. vol.
: 1
JUIN. 1726. 1473
Il eft certain que cette faculté étoit fubordonnée
aux droits que la femme avoit
fur le fonds. Cependant Seren le vendit
& déceda en 1706. Sa Hoirie prife par
Inventaire , Marguerite Blanc fut rangée
au huitième degré de la Sentence d'Ordre
, degré infructueux à caufe des créanciers
antérieurs , ce qui l'obligea à ſe
pourvoir devant le Juge de la Ciotat , aux
fins que Guerouard , qui étoit le troifiéme
acquereur , & poffedoit ladite Vigne , føt
condamné à la lui defemparer. Le Juge
de la Ciotat débouta Roubin de fa revendication
par Sentence , dont il fut relevé
appel devant le Lieutenant du Siege
d'Aix , lequel la réforma & condamna
Guerouard à la défemparation . Cette Affaire
fut portée au Parlement .
Il eft bon de faire remarquer fur cette
premiere difficulté , qu'il eft certain en
Droit , que le fonds fubfidiairement dotal
eft fujet à la revendication & à l'action
de dot. Dans l'cfpece de ce Procès , le
mari étant infolvable , on ne devoit plus
diftinguer fi le fonds avoit été donné avec
eftimation ou non , intereft Reipublica
dotes falvas fore , ce fonds devoit être
régardé comme dotal , fuivant la L. 30 .
du Code de jure Dotium & la Loy ex
pecunia fur laquelle , pour juger fi elle
eft bien dans le cas , je crois que l'on
2. vol. Hiiij doit
1474 MERCURE DE FRANCE.
>
doit confulter M. Cujas , qui la concilie
en fon Obfervation 29. liv. 5. L. 55. d.
de donatio inter virum & uxorem. Dumoulin
fuit cette opinion , Consilium Parifienfe
, ff. 1. glo. 2. n . 45 , ainfi
que Fabert
, deff. 45. Cod. liv . 5. tit . 7. M. le
Prefident de Saint -Jean , decif. 18 .
Sur la feconde difficulté qui dépendoit
de fçavoir fi l'action du fonds fubfidiairement
dotal , devoit durer 30. ans ou LQ .
ans feulement. Il fut dit , qu'il auroit été
inutile d'introduire une action de revendication
fur le fondsfubfidiairement dotal,
-fi cette action n'avoit dû durer que 10.
ans , la femme ayant l'action hypotequaire
qui a le même cours.
fon
On alleguoit au premier acquereur ,
que la Conftitution de Juftinien & la
Loy Quemadmodum 7. Cod. de agricolis,
déclare nulles toutes les aliénations faites
contre la prohibition de la Loy , ſuivant
la Loy ubi eft de ufuris , l'achat ou titre
étant nul , l'acheteur ne peut fe fervir de
la prefcription de 10. ans , parceque
titre étant déclaré nul par la Loy , il
poffede en effet fans titre , & la prefcription
de 10. ans requiert un titre , & la
bonne foi fur ces raifons. On objectoit au
premier acquereur du fonds fubfidiairement
dotal de Marguerite Blanc , que
fon titre ne valoit rien , attendu qu'il
2. vol.
avoit
JUIN. 1726. 1475
avoit acquis un fonds fubfidiairement dotal,
& que c'étoit inutilement. Ce fonds
ayant été eftimé , que le mari qui l'avoit
vendu , prétendoit avoir pû l'aliéner
puifque deflors il étoit infolvable ; ainfi
que l'acquereur d'un heritage fubftitué
ne peut fe fervir que de la prefcription
de 30. ans à compter depuis que la condition
du fidei-commis eft arrivée , parce
que l'aliénation des biens fubftituez eſt
prohibée par la Loy ; de même le mari
de Marguerite Blanc n'avoit pû vendre
le fonds fubfidiairement dotal.
Au fecond acquereur on oppofoit la
mauvaiſe foi de fon vendeur qui étoit
paffée en fa perfonne. Suivant la doctrine
de Mornac , l'authentique mala fidei &
le fentiment de tous les Jurifconfultes.
Quant au troifiéme acquéreur qui pou
voit feul oppofer la bonne foi & à qui la
prefcription de 10 ans eût fuffi : comme
il n'avoit poffedé que pendant trois ans,
& que d'ailleurs on eftime generalement
que l'action fur le fonds fubfidiairement
dotal dure 30. ans , il intervint Arreſt
le 2. Juin 1725. en faveur de Margue
rite Blanc.
2. vol. Hy BOO
1476 MERCURE DE FRANCE.
BOUQUET prefenté à Madame la
Marquife de... le jour de fa Fête ,
par Monfieur.
Perfonne à qui ce Bouquet a été
Loffert , eft nonfeulement recomman
dable par fa naiffance , mais encore pat
les qualitez de fon coeur & de fon ef
prit. Elle a une inclination toute particuliere
pour Architecture , & elle eſt
actuellement occupée à faire bâtir une
magnifique Maifon de Campagne.
L'Auteur du Bouquet avoit fait faite
une Figure d'Apollon , habillé en Maçon
, d'environ un pied de hauteur fur un
pied d'eftal d'Ebene. Dans ce pied d'ef
tal il y avoit un tiroir. L'Apollon avoit
une Truelle d'argent à fon côté , une
-Regle à la main , & dans le tiroir étoient
les inftrumens d'Architecture , que les
Mufes offroient à la Daine. Tout cela
étoit d'argent limé & travaillé avec la
derniere délicateffe.
APOLLON EN MAÇON.
AM AD.AME
LA MARQUISE DE .....
Vous qui mille fois m'avez vû ,
De tout mon éclat revétu ,
Faire pour orner votre Fête ,
2. vol.
Un
JUIN. 1726. 14.77
Un amas délicat de ces aimables Fleurs ,
Que fur ledouble Mont cultivent mes neuf foeurs .
Lorsqu'à l'envi chacun s'apprête ,
A vous donner de fon zele en ce jour ,
Une marque fidele , un tendre témoignage ;
Oferois-je efperer , qu'en ce nouvel atour ,
Vous daignerez auffi recevoir mon hommage
Banni du celefte féjour..
2.
Errant de Rivage en Rivage ,,
Tantôt Berger , tantôt Maçon ,
Autrefois chez Laomedon ,
De ce Métier je fis l'apprentiſſage .
Depuis m'en étant rebuté ,
Par des raifons ici trop longues à vous dire ,
Je quittai la Truelle & je repris la Lyre.
Long-temps fur elle j'ay chanté ,
Les mépris , les refus ; l'outrageante fierté ,
Dont Daphné paya ma tendreſſe ,
Souvent auffi quittant de fi triftes accords ,
J'ay de votre beau nom fait retentir les bords ,
Qu'arrofe le cours du Permeffe
LA
Mais fçachant qu'à bâtir vous donniez tous vos
foins ,
Toujours veillant pour vous marquer mon zele ,
2. vol,
Hvj Tou
1478 MERCURE DE FRANCE:
Toûjours prêt à tous vos befoins ,
J'abandonne la Lyre & reprens la Truelle ,
Regner parmi les Dieux eft un deftin moins doux
Que de fervir auprès de vous.
URANIE ,
donnant un Compas.
N'ofant en Filles bien nées,
Quitter de notre Vallon,,
Les Solitudes facrées ,
Pour aller comme Apollon ,
Vous donner de notre zele
Un témoignage fidele ;
Nous l'avons , mes foeurs & moi ,
Prié d'en prendre l'emploi ;
Affez fouvent occupées ,
A vous amaffer des Fleurs ,
Dont les brillantes couleurs ,
Ne craignent point les rigueurs ,
Des frimats ni des gelées.
Au deffein d'Apollon , d'un même efprit que lui ,
Toutes de concert animées ,
A l'envi , nous voulons concourir aujourd'hui ,
Je vous offre un Compas , il fereit difficile ,
2. vol.
De
JUIN. 1726. 1479
De vous bien tracer dans ces Vers ,
Les ufages divers ,
A quoi fçait l'employer un Architecte habile ,
Propre à conduire , à mesurer ,
Le Deffein , le Plan d'un Ouvrage ,
Il eſt bien malaifé de ne pas s'égarer ,
Quand on en néglige l'uſage.
MELPOMENE ,
donnant un Niveau.
Du Niveau qu'à vos yeur je fais ici paroître ,
Je ne m'amufe point à vous faire connoître,
Le mérite , la qualité ,
Ni quelle eft fon utilité :
Un quart d'heure d'experience ,
Vous en aura bientôt donné la connoiffance.
Vous qu'on ne vit jamais agir que feurement ,
D'un coeur & d'un efprit droits & pleins de jufteffe,
Recevez dans cet Inftrument ,
Le Symbole de la fageffe ,
Et je veux deformais que la regle du beau ,
Soit prife fur votre Niveau.
2. vola
CAL
1480 MERCURE DE FRANCE.
CALLIOPE ,
donnant une Equerre.
Non moins jaloufe de vous plaire ,
Que le font aujourd'hui mes Soeurs
Je vous offre un prefent utile , néceſſaire ,
Un prefent qui vaut tous les leurs :
L'Equerre feule fait l'office ,
En cent occafions de Regle & de Compas ,
Et l'on ne peut fans injuſtice ,
Sur eux , lui refufer le pas."
ERATO ,
donnant des Cifeaux & des Aiguilles.
En ce qui dépend de fon Art ,
Ce n'eft pas affez qu'un Manſart ,
Qu'un Vitruve moderne, ait rempli votre attente,
Ainfi que les dehors , on fçait que les dedans ,
Demandent leurs ajuſtemens ;
Dans ce deffein je vous prefente ,
D'Aiguilles un petit paquet ,
Aquoi , pour groffir mon Bouquet ,
Je joins des Cifeaux une paire ,
Puiffent mes foins trouver le fecret de vous plaire.
2. vol.
La
JUIN, 1726.
14.81
La divine Pallas , ces Aiguilles en main
Executa plus d'un charmant deffein ,
Vous en avez la beauté , la fageffe ,
Pourriez -vous moins avoir d'adreffe ?
THALIE ,
donnant des Gans de toile.
Daignez agréer , je vous prie ,
Les Gans qu'ici je vous ai deſtinez ;
Par les mains d'Aracné , la toile en fut ourdie ,
Les miennes les ont façonnez ,
Qu'entre mes foeurs & moi je verrois de diſtance,
Si mes foins étoient couronnez ,
Par une heureuſe préference !
CLIO ,
donnant des Cloux.
Je ne m'attache pas en vous donnant des Cloux ,
A vous faire un prefent qui foit digne de vous ,
Il faudroit épuiſer l'un & l'autre Hemiſphere ,
D'ailleurs je vais au néceflaire ;
Ce ne
font que des Cloux , mais les Cloux ont
leur prix.
D'un Bâtiment ils rende at la durée ,
Conftante , folide , affurée :
2. vol.
Dehors
1482 MERCURE DE FRANCE:
Dehors , dedans , en tout , lear ufage eft requis;
A peine pourrois-je fuffire ,
A vous en définir l'emploi :
Mais pour qui ce difcours, & que puis-je vous dire,
Que vous ne fçachiez mieux que moi ?
EUTERPE ,
donnant un Cifean.
Sur le Cifeau qu'ici vous prefente mon zele,
Je ne vous ferai point un diſcours étendu ,
En tous lieux , je le fçais , fon ufage eft connu.
Si quelquefois il vous rappelle
Le fouvenir de celle
Qui vous l'a prefenté ,
C'eft plus en vous l'offrant , que je n'ai mérité.
A côté de Pallas nous voyons votre image ,
Elevée au facré Valon ,
Où chaque jour nous lui rendons homage:
Ce Cifeau change de deftin
De la main d'Apollon il paffe en votre main ,
Et je ne ſcay quel fort l'honore davantage.
20 vol
TERJUI
N. 1726. 1483
TERPSICORE ,
donnant des Tenailles.
Comme il arrive affez fouvent ,
Qu'un Clou chaflé trop bruſquement ,
'ait un mauvais effet , choque & bleffe la vûë.
Je vous fais un Prefent
>'une neceffité qu'on peut dire abfoluë ,
Et qui réparera ce defordre à l'inftant.
De ce vil inftrument , Dieu quelle utilité !
'il arrachoit du coeur certain trait qui le bleſſe ,
Comme il arrache un Clou, qu'un coup précipité,
Souvent place avec peu d'adreffe.
POLY MNIE ,
donnant un Marteau.
Bien ou mal , felon qu'en ſa tête ,
Chacune de nous le réfoût ;
'une croit qu'un Niveau fera de votre goût ,
' autre offrant un Compas , veut fe faire de fête ,
lio vante fes Cloux , Euterpe fon Cifeau
Moi je vous prefente un Marteau ;
Sans lui dans un Ouvrage ,
es Cloux & le Ciſeau feroient de peu d'ufage.
2. vol.
Peut1484
MERCURE DE FRANCE :
Peut-on condamner mon deſſein ?
Vous donnant pour avis à ce beau jour de fête ,
Qu'il vaut mieux s'amufer , un Marteau dans la
main ,
Que de porter toûjours martel en tête,
Le Comte de Jumelle & fes Affociez ,
continuent toûjours à pourfuivre l'obtention
du Privilege , pour la conftruc
tion du nouveau Canal de Paris , pour
communiquer de la Seine à la Seine ,
depuis la pointe de l'Arcenal jufqu'audelfous
de l'Ifle S. Denis en France , visà-
vis de la Maifon Seine .
ii y a * quelques perfonnes • qui ont
voulu s'attribuer l'honneur de l'invention
de ce Canal , mais mal à propos. Le
Comte de Jumelle en eft l'Auteur: M. de
Seine , de l'Academie des Sciences , l'Ingenieur
: & les Affociez de M. de Jumelle
par leur travail & par de groffes dépenfes
, ont éclairci & fuivi la chofe pour
la mettre au point où elle eſt aujourd'hui .
Voici une Fable qui a été composée
ce ſujet.
2. vol.
L
JUIN. 1726.
1489
LE SANGLIER ET LA TAUPE.
N
FABLE.
On loin d'une Forêt antique & venerable ,
Du Roi des Animaux , majeſtueux ſejour ,
Et qui dans fon vafte contour ,
Renfermoit un Peuple innombrable
Sur un fable doré ferpentoit un Ruiffeau
Dont l'Onde tranſparente & pure ,
Des Prez fleuris nourriffoit la verdure ,
: - Et déſalteroit maint troupeau.
Là , pour calmer l'ardeur preffante ,
De lafoif toûjours renaiffante ,
Accouroient à tous inftants,
De la grande Foreft , les nombreux habitans ;
Mais pour y parvenir , leur peine étoit extrême
Quoique le Ruiffeau fût voiſin :
Un rude & fatiguant chemin ,
Qui par de longs détours revenoit fur lui -même,
Faifoit aux plus conftans , maudire leur deftin.
Que ne peut point le fçavoir , l'induſtrie !
Que ne peut point l'amour de la Patrie !
Il n'eft rien qu'avec eux on ne puiffe tenter :
Ils ont produit plus d'un miracle :
2. vol. La
14.86 MERCURE DE FRANCE.
La Nature elle-même , en vain leur fait obftacle
A leurs nobles efforts rien ne peut réſiſter.
Auffi pour adoucir , pour abreger la courſe ,
Qui faifoit arriver à l'agréable ſource ,
Un Sanglier fourni d'un excellent cerveau,
Et ne démentant point fa race genereuſe ,
Par une tentative heureuſe ,
Bien- tôt ouvre au Public un chemin tout nou
veau :
Il fend la terre , il perce les collines :
Les arbres font coupez juſquesdans leurs racines
Le Rocher faute en l'air , & fes morceaux briſez
Retombent au loin difperfez
Dans peu l'on apperçoit une route applanie ,
Conduite de droit -fil , courte , facile , unie :
Un figracieux changement ,
Semble fait par enchantement.
Le Lion l'applaudit : fa Cour en eft charmée ;
Mais tandis qu'en tous lieux encourt la renom
mée ,
Et que le Sanglier en reçoit tout l'honneur ,
Une émulation frivole & déreglée ,
Se gliffe dans le fond du coeur,
Et tourmente l'esprit d'une Taupe aveuglée.
2. vol.
Ell
JUI N. 1726. 1487
Du Perroquet elle emprunte la voix :
lle fait publier dans les Champs , dans les Bois ,
Qu'elle eft l'auteur du chemin qu'on admire,
Et que fa force a pûì fuffire ,
Pour fracaffer les Rochers & les Monts.
De difcours auffi vains , loin qu'on faſſe aucun
compte ,
On s'en mocque en tant de facons ,
Qu'elle eft contrainte enfin de chercher à tâtons
Son trou , pour y cacher ſa honte.
*** *****
DESCRIPTION de la Sphere mouvante
, que M. Meynier , Hidrographe
du Roi , a inventée & executée en Provence
en l'année 1719 .
Ette Sphere a 20. pouces de dia-
Cimetre , l'Auteur l'a fait apporter å
Paris , il eut l'honneur de la faire voir
u Roi le 12. du mois d'Avril de l'année
72 4. & de lui faire remarquer l'Eclipſe
entrale du Soleil qui arriva enfuite le
2. du mois de Mai de la même année ;
le même que tous les mouvemens des
utres Planettes qui font reprefentez dans
ette Sphere avec beaucoup d'induſtrie
de précifion . Il fait tourner d'Occident
en Orient, Mars , Jupiter & Satur
2. vol ne
1488 MERCURE DE FRANCE.
re ,
ne autour de la terre , qu'il a place
dans le centre. Il fait tourner Venus &
Mercure autour du Soleil , afin de faire
remarquer comment ces deux Planettes
fe trouvent , tantôt entre le Soleil & la
Terre , & comment le Soleil fe trouve
tantôt entre ces deux Planetes & la Ter
il les confidere pour lors comme fa
tellites du Soleil. Le Zodiaque n'y ef
reprefenté que par trois lignes paralleles
entre elles , & également diftantes , les
deux des côtez terminent la largeur de
ce Cercle , & celle du milieu reprefen
te l'Ecliptique. Tous ces Cercles font
divifez exactement de degré en degré
les degrez de 1o . en ro . font marquez
par des chifres. Le Zodiaque eſt à jour ,
afin de pouvoir remarquer la grandeur
des Eclipfes , lors des nouvelles ou plei
nes Lunes ; il n'y a de plein dans toute
fa largeur que l'efpace des corps des douze
Signes , que l'on ôte quand on veut ,
par la même raifon des Eclipfes . Les figures
des Signes font peintes des deux
côtez . Tous les Cercles font ornez des
lignes paralleles , qui ferment des moulures
, tant en dedans qu'en dehors , &
fur les côtez. Le tout eft executé avec
beaucoup de propreté & de jufteffe.
2. vol.
Des
UIN. 1726. 1489
Des Eclipfes.
Les Eclipfes y font reprefentées par
s corps même du Soleil , de la Terre ,
de la Lune , lefquels corps pour cet
fet font proportionnez à la Sphere ſen
leurs apparences , & font par con
quent fi petits , qu'ils n'y font d'aucu
nement à la vûë. Pour y fuppléer , il
mis toutes les Planetes doubles , c'eſtdire,
une grande & une petite ; la peite
, pour la jufteffe des apparences , &
1 grande pour l'ornement . Il a auffi mis
eux Terres , dont la grande eft un Gloe
de trois pouces de diametre , fur leuel
Globe font deffinées toutes les par
ies du monde affez diftinctement feit
eurs pofitions . Les degrez de latitude
ceux de longitude , y font marquez
le même. L'Europe y eft diftinguée par
ine couleur rouge fort claire , l'Afie par
ne jaune , l'Afrique par une gris - dein
, & l'Amerique par une rouge , diferente
de celle de l'Europe. Les points
ù doivent être les Capitales des Royaunes
font marquez par des petits clous
l'or , afin de les diftinguer facilement
& de voir plus au jufte l'heure du lever
& celle du coucher du , Soleil pour ces
mêmes endroits,
2. vol. Du
1490 MERCURE DE FRANCE.
Du Jour & de la Nuit fur la Terre.
Il y a fur le Globe de la Terre un
Cercle d'acier blui , qui reprefente l'horifon
du Soleil , ou la nuit & le jour ;
le jour du côté de l'Aftre , & la nuit
côté oppofé. Ce même Cercle porte.
une bandelete de laiton , fur laquelle le
Soleil marque fes degrez de déclinaifon
.
Il y a un fecond Cercle de laiton qui
reprefente l'Equateur terreftre , autour
duquel font gravées les heures , & indi-.
quées par un Meridien fixe , lequel Meridien
fert lorfqu'on veut , pour tous les
droits de la terre.
Du lever & du coucher du Soleil.
Pour fçavoir à quelle heure le Soleil
fe leve , ou le couche , à quelque
endroit propofé de la terre à un jour
nommé , on n'a qu'à mettre le Meridien
fixe fur l'endroit propofé , le Soleil
dans fon cercle au jour requis , &
faire tourner la Sphere du mouvement
diurne , jufques à ce que le Cercle qui
reprefente l'horifon du Soleil , couvre
ou découvre le point de l'endroit propofe
lorfqu'il le couvre , le Soleil s'y couche
; & lorfqu'il le découvre , le Soleil
s'y leve ; le Meridien marque en même
2. vol.
temps
JUIN. 1726 . 1491
temps l'heure fur l'Equateur. Il y a un
fecond Meridien mobile qui fuit le Soleil.
De la Longitude à la Mer.
Par le moyen de ces Cercles l'on voit
au même moment l'heure qu'il eft dans
tous les endroits du monde , & l'on y
comprend facilement comment , par le
moyen d'une Montre parfaite , s'il étoit
poffible de l'avoir , on connoîtroit en
mer les degrez de longitude d'une maniere
affez aflurée , & comment un Pilote
, qui feroit deforienté à la mer , pourroit
fçavoir où il a trouvé la route qu'il
auroit à faire .
De l'horifon univerfel du Soleil
L'on voit auffi fur la même terre
tous les endroits où le Soleil fe leve , &
tous ceux où il fe couche , dans le même
moment & à toutes les heures qu'on fouhaite
. Exemple , on veut fçavoir à Paris
, à une heure connue , dans un jour
propofé , tous les endroits du monde où
il est jour , & tous ceux où il eſt nuit ,
tous les endroits où le Soleil fe leve , &
tous ceux où il fe couche , il n'y a qu'à
mettre le Meridien fixe fur Parise
Soleil dans fon cercle au jour propofé ,
& faire marquer l'heure requife fur l'E-
2.ˆvol.
931
ང་
1492 MERCURE DE FRANCE .
quateur , en donnant à la Sphere le mouvement
diurne , il fera jour pour lors dans
tous les endroits de la terre qui feront
vûs du côté du Soleil fur le bord de fon
horifon , il fera nuit dans tous ceux qui
feront de l'autre côté du même horiſon ,
le Soleil fe leve en même temps à tous
les endroits qui font fur la moitié du
bord de ce Cercle , & fe couche aux endroits
qui font fur le bord de l'autre moitié
, lefquelles moitiez font diftinguées
par le Meridien mobile , les noms des
lieux font écrits fur la terre áutant que
fa grandeur l'a pû permettre .
"De l'inégalité des jours & des nuits .
La raifon de l'inégalité des jours &
des nuits s'y remarque très- diſtinctement
, de même que celle qui fait que
les nuits égalent les jours pendant toute
P'année fous la Ligne Equinoxiale. La
terre en grand fe meut , lorfqu'on veut ,
du mouvement diurne fur fon axe , on
voit par là que les apparences des mouvemens
celeftes font les mêmes , foit que
la terre tourne fur fon axe dans l'eſpace
de 24. heures , ou qu'elle foit fixe , &
que tous les Cieux lui tournent autour
dans le même efpace de temps.
On voit dans cette Sphere les apparences
des Planetes avec beaucoup plus
&. vol.
de
JUIN. 1726. 1493
de précifion , & d'une maniere plus fenfible
, que dans une autre conftruite felon
le fiftême de Copernic , où on ne
fçauroit voir de la même maniere toutes
les Planetes , jour par jour , dans leur
vrai lieu du Zodiaque , parce qu'il eft
impoffible de conftruire une Sphere fe
lon le fiftême de Copernic , où le cercle
que la terre fait autour du Soleil dans
l'efpace d'une année par fon
propre , ne foit qu'un point en comparaifon
de la diftance de la terre au Zodiaque
ou au Firmament.
Du Soleil.
mouvement
Les jours & les mois de l'année font
marquez fur un cercle , il y a un autre
petit arc qui porte le Soleil , & en même
temps une aiguille qui marque les
jours & mois , en la faifant circuler autour
de ce cercle , & en l'arrêtant au
jour & mois que l'on fouhaite. Le Soleil
, outre fon grand cercle , y parcourt
un Epycicle , par le moyen duquel on
vort de combien cet Aftre eft plus près
de nous en Hyver qu'en Eté , & la raifon
pourquoi il nous paroît aller plus vîte
dans un temps que dans l'autre.
On voit auffi dans la même Sphere un
demi cercle de laiton qui porte une Alidade
fur fon centre , qui fe meut lorf-
2. vol. I ij que
1494 MERCURE DE FRANCE.
que la Sphere eft muée du mouvement
diurne , & qui fait voir à toutes les heures
du jour & de la nuit , de combien de
degrez le Soleil eft élevé fur l'horifon .
dans tous les en iroits du monde , & de
combien de degrez il fetrouve fous l'horifon
à toutes les heures de la nuit..
De la Lune.
T
La Lune en grand y eft reprefentée
par un petit Globe argenté d'un pouce
de diametre , fur lequel Globe eft marquée
la face qui eft toujours apperçue de
la terre , pour faire voir que la Lune,
dans cette Sphere , ne tourne pas furt
fon axe , non plus que la Lune dans le
Ciel. Ce même Globe eft couvert à moitié
par une petite calotte noire , qui reprefente
l'ombre que la Lune fe fait ellemême
, à mesure que le Soleil l'éclaire
, cette calotte eft placée de maniere
que lorsqu'on fait tourner la Lune de fon ,
mouvement propre autour de la Terre
οoμu le Soleil du fien ,ou toute la Sphere
du mouvement diurne , on remarque
que le Soleil ne peut jamais éclairer de
la Lune que ce que la calotte ne couvre
pas ; cette même calotte reprefente la
nuit de la Lune , fi on met cette Planete
dans fon cercle fur le zero qui y
eft marqué , & qu'on la regarde comme
>
4. vol.
fi
JUIN. 1726. 1495
fi on étoit fur la petite terre on ne verra
que la calotte , c'est - à - dire , qu'on ne
verra que la partie qui n'eft pas éclairée ;
mais fi on la place à fon fecond ou troifiéme
jour , on la voit en croiffant , le
dos duquel fait face au Soleil comme
dans le Ciel ; fi enfuite on avance la
Planete jour par jour dans fon cercle , on
voit augmenter fon Croiffant , à proportioi
de ce qu'elle a été avancée , elle paroît
à moitié éclairée lorsqu'on l'a avancée
à fon feptiéme ou huitième jour , &
entierement , c'eft - à - dire , dans fon plein ,
lorfqu'on l'avance à fon quinzième jour.
Si pour lors on continue de l'avancer fur
fon cercle fucceffivement d'un jour à l'autre
jufques au zero dont on a parlé , on
la verra décroître de la même maniere
qu'elle a crû , & former fon Croiffant de
la même maniere , les pointes duquel répondent
continuellement aux mêmes endroits
du Zodiaque que ceux de la Lune
dans le Ciel.
Des differens mouvemens de la Lune.
Il a donné à cette Planete trois mouvemens
, qui font le periodique , le finodique
, & un troifiéme dans un Epicicle
par le moyen duquel on voit
de quelle maniere la Lune nous paroit
parcourir une Ellipfe dans l'efpace
72. vol.1 embun at iij = d'en,
WAL
1496 MERCURE DE FRANCE .
d'environ 29. jours & demi , & pourquoi
elle fe trouve plus proche de nous
lors de fa conjonction , & oppofition que
lors de fes quadratures ; ce troifiéme
mouvement fert auffi à faire voir l'inégalité
des jours lunaires , & des Lunaifons
, en ajoûtant à ce dernier cas
la caufe que lui produit l'irregularité du
mouvement propre du Soleil . Le mouvement
periodique de cette Planete eft
marqué autour de fon cercle , par une
aiguille fur des divifions qui valent huit
heures chacune , trois defquelles font un
jour. La portion de cercle quiporte la
Lune , porte en même temps une deuxiéme
aiguille qui marque fes degrez de
latitude , fi elle eft afcendante, ou defcendante,
meridionale ou feptentrionale , l'année
, le mois, & le mouvement finodique
y eft marqué par une troifiéme aiguille.
Ufage de cette Sphere pour Les
Eclipfes.
Pour fçavoir fi une nouvelle ou pleine
Lune fera écliptique , il n'y a qu'à mettre
le mouvement des noeuds au jour &
an de la nouvelle ou pleine Lune en
queftion , & le Soleil de même au jour
du mois ; fi pour lors il y a Eclipfe ,
en alignant avec l'oeil les trois petits
corps qui reprefentent le Soleil , la Terre
& la Lune , on voit qu'ils fe trouvent
tous trois dans la même ligne , plus ou
jUIN.
1726. 1497
moins , felon que l'Eclipfe eft plus ou
moins grande ; l'on remarque dans le
même temps ,
fi l'Eclipfe n'eft pas totale
, la latitude de la Lune , & l'on voit
fi elle eft meridionale ou Septentrionale ,
& par confequent fi la Planete eft éclipfée
vers le midi , ou vers le Septentrion.
S'il n'y a pas d'Eclipfe , les trois corps
ne fe rencontrent pas en ligne droite , &
on remarque pour lors que la Lune eft
hors de l'Ecliptique vers le Midi , ou vers
leSeptentrion, conformément à fa latitude.
L'âge de la Lune eft marqué fur fon cercle
par une aiguille que leSoleil entraîne.
De la durée des jours & des nuits
I' fur la Lune.
On remarque fur le Globe de la Lune
, par le moyen de cette calotte , que
la durée d'un jour fur cette Planete en
vaut près de 15. des nôtres , & la durée
d'une nuit autant , que les jours &
les nuits font éternellement de la même
durée , à très peu de chofe près , d'où il .
conclut que chaque jour y doit être un
Eté extraordinaire , & chaque nuit un
Hyver de même .
Si la Lune peut être habitée par des Hatans
de notre efpece .
Si la Lune eft une terre habitée , comme
I 'iiij
2. vol.
Pont
T498 MERCURE DE FRANCE.
l'ont avancé quelques Philofophes , elle
ne doit l'être que par des Habitans fort
differents de notre efpece. Pour pouvoir
refifter à des faifons à differentes des nôtres
, & réiterées environ 13. fois dans
l'année , il n'eſt pas non plus probable,
qu'aucune des Plantes qui fervent à notre
nourriture, puiffe y croître, & y donner
des fruits.
Des autres Planetes en general.
Les cercles fur lefquels font divifez les
mouvemens propres des autres Planetes,
le font d'une maniere, que, par le moyen
des années qui y font marquées autour ,
qui font toutes celles du prefent fieele ,
l'on peut fur le champ mettre la Planete
dans fon cercle au jour & mois de l'année
propofée , afin qu'elle fe trouve répondre
à l'endroit du Zodiaque qu'elle doit .
De l'heure du lever & du coucher
des Planetes.
Si l'on fouhaite de fçavoir à quelle
heure fe levera , ou fe couchera une Planete
dans un jour déterminé , d'une année
propofée , l'on n'a qu'à mettre le Soleil
dans fon cercle au jour précis , la
Planete de même dans le fien , & donner
à la Sphere le mouvement diurne,
4
2. vol.
juf
JUI N. 1726.
1499
Jufques à ce que l'on voye paroître la Planete
fur l'horifon , ou fe cacher deffous ;
l'heure que marquera dans le même
temps le Meridien fixe de la terre , fera
l'heure pour le lever , ou pour le cou
cher de la Planete.
Il a donné des Epicicles à Mars, à Jupiter,&
à Saturne qui font divifez de maniete
qu'on y place très facilement la Planete
au jour de l'années ce qui fe faitde même
que dans fon gran cercle. Ces trois
Planetes y font vues ftationaires , directes
, & retrogrades dans les mêmes temps
qu'elles le font dans le Ciel , Mars parcourant
dans fa retrogradation plus de degrez
que Jupiter , & Jupiter plus que
Saturne du même nombre de degrez ,
que les mêmes Planetes retrogradent dans
le Ciel dans le même efpace de temps.
Outre les deux mouvemens qu'il a
donnez à toutes les Planetes , qui font
celui du grand Cercle , & celui de l'Epicicle
, il leur a auffi donné celui de
leurs noeuds , pour les faire répondre au
degré du Zodiaque , que répondent les
noeuds des mêmes Planetes dans le Ciel.
De Venus & de Mercure
Venus & Mercure y font reprefentez
comme Satellites du Soleil , elles tournent
autour de cet Aftre , de la même
2. vol
I'v ma1500
MERCURE DE FRANCE'
maniere que les Satellites de Jupiter
tournent autour de Jupiter , elles ne peuvent
jamais s'en écarter davantage , fçavoir
Venus de 48. degrez , & Mercure
de 28. Elles y font auffi veuës ftationaires
, directes , & retrogrades dans
leur temps
Cette Sphere reprefente le Sisteme de
Copernic , en donnant a la terre le nom
du Soleil , & en donnant au Soleil celui
de la terre , en donnant le nom de la
Lune à ce qui reprefente Venus , & le
nom de Venus à ce qui réprefente la
Lune ; on y voit pour lors comment la
terre du mouvement annuel emporte
avec elle la Lune , & de quelle maniere
la Lune tourne autour de la terre , de
fon mouvement propre , & comment la
Terre tourne fur fon axe du mouvement
diurne,on y voit en même temps l'impoffibilité
qu'il y a de pouvoir pour lors voir
la Lune , jour par jour dans fon vrai lieu
du Zodiaque ni dans fa veritableafcenfion
droite ; le centre de la terre n'étant pas
le même que celui du Zodiaque , & que
cette difference devient plus grande fi
ces deux centres font plus éloignez l'un
de l'autre .
Cette Sphere jointe aux autres inftrumens
de Mathematique que M. Meynier
a inventez , qui ont eu une approbation
Jan 8910.
geneJUIN.
1726., Isor
generale de tous les connoiffeurs dont
nous avons parlé dans les Mercures du
mois de Février & du mois d'Avril de
cette année , fait affez connoître les talens
de cet Auteur , pour l'invention &
pour l'execution . Nous avons appris
qu'il réfidera à l'avenir au Havre- de-
Grace , où le Roi l'a nommé Profefleur
d'Hydrographie & qu'il fe fera un plaifir
de communiquer les Ouvrages aux Scavans
& aux Curieux.
XX: XXXXXX : XXXXXXX
ARRESTS , ORDONNANCES ,
SENTENCES DE POLICE , & c.
DEcturesdeVeterance des Officiersde la Mai-
ECLARATION du Roy , concernant les
fon du Roy. Donnée à Versailles le 22 Mars
1726. Enregistrée à la Cour des Aydes , le 3
Juillet fuivant.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi die
30. Mars , qui proroge jufqu'au premier Septembre
prochain , le terme fixé par celui du 26.
Decembre dernier , pour faire proceder à la liquidation
des Offices & Droits fupprimez ; &
jufqu'au premier Octobre auffi prochain , le
terme fixé par ledit Arreft , pour en recevoir le
semboursement ; & qui ordonne que jufqu'audit
jour premier Octobre 1726. il foit délivré par
2. vol
I vj
les
1402 MERCURE DE FRANCE.
les Gardes du Tréfor Royal , pour valeur defdits
rembourfemens , des Quittances portant
intereft au denier Cinquante , ou des affigna-"
tions fur les Rentes perpetuelles au denier
Cinquante fur les Tailles , créés par Edir du
mois d'Aout 1720. conformément à l'Arreſt
du 27. Aouft 1725. paffé lequel temps les proprietaires
defdits Offices & Droits fupprimez ,
demeureront déchûs de toutes prétentions.
ARREST du 23. Avril , qui ordonne que les
fommes employées fur les Etats du Roi , des
années 1724. & 1725. foit pour Gages , Augmentatious
de Gages ,Taxations fixes , Interes
& Rentes , pourront être données en payement
pour l'acquifition des Offices créés par les Edits
du mois de Juin mil fept cens vingt cinq .
ARREST du même jour , qui ordonne que
le fol pour livre attribué aux Offices de Controlleurs
des Octrois , fera impofé , levé & perçû
outre & pardeffus les droits d'Octrois , Tarifs
& autres Impofitions , & conjointement avec
iceux dans la quinzaine , à compter du jour du
prefent Arreft , à la diligence des Fermiers ,
Adjudicataires , Régiffeurs , Collecteurs , Commis
& Préposez au nom des Villes & Communautez
, & c .
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous les Offices de Receveurs Generaux & Particuliers
des Bois , pourront être acquis , poffedez
& exercez fans incompatibilité par une feule
& même perfonne dans une même Generalité ,
avec f culté de les defunir , vendre & en dife
pofer toutes fois & quantes : difpenfe les Officiers
fupprimez qui acquereront lefdies Offices , de
prendre de nouvelles Proviſions , ni de ſe fairé
2. vol. de
JUIN. 1726. " 1503
de nouveau recevoir , tant aux Chambres des
Comptes , qu'aux Bureaux des Finances.
les ARREST du 7. Mai , qui ordonne que
Acquereurs des Offices de Confeillers - Tréforiers-
Receveurs des Deniers , Biens & Revenus
patrimoniaux , d'Octrois , Dons , Conceffions ,
Tarifs , Subventions & Impofitions ordinaires
& extraordinaires , qui fe fevent au profit des
Villes & Communautéz du Royaume , jouiront
des mêmes Privileges & Prérogatives , dont
jouiffoient les Officiers fupprimez par l'Edit du
mois de Juin dernier ; & qu'en attendant la
vente defaits Offices , ceux qui feront commis
ou prepofez pour en faire les fonctions , jouiront
de tous les Privileges énoncez dans le prefent
Arreft.
ARREST du 14. Mai , qui décharge les Officiers
des Bureaux des Finances des Provinces &
Generalitez y mentionnées , leurs Veuves &
Veterans , du Droit de Confirmation , comme
érant Officiers de Cours Superieures."
ARREST du 2r. May, qui décharge du Droit
de Confirmation ceux des Engagiftes des Do
maines de Sa Majefté , aufquels il aura été fignifié
des Arreſts de revente de ces mêmes Domaines
, & c.
ARREST du même jour , concernant la coupe
des Herbes de Mer connues fous les noms de
Varech ou Vraicq , Sar ou Gouefmon ; & qui
fait deffenfes de la pratiquer depuis le 16. de
Fevrier , jufques & compris le dernier Septembre
de chaque année.
ARREST du même jour , qui ordonne l'inter
2. vol. diction
I
•
1 504 MERCURE DE FRANCE:
diction des Notaires , Procureurs , Huiffiers &
Sergens , faute par eux de fatisfaire au payement
du Droit de Confirmation dans quinzaine ,
jour de la fignification du prefent Arrêt .
ORDONNANCE du Prevôt des Marchands
& Echevins , du 3. Juin , par laquelle il eft fair
tres-expreffes inhibitions & deffenfes à tous Soldats
, Gagne- Deniers , gens fans aveu & autres ,
de s'attrouper les jours de travail , jours de Dimanches
& de Fêtes , fur les Ports & Quais , Ifle
Louvier , Ifles aux Cignes , dans les Bateaux ,fur
les Trains , dans les Chantiers & fur les Cours &
Remparts de cette Ville, Fauxbourgs & Banlieuë;
d'y jouer à aucuns jeux , d'y jurer & proferer aucunes
paroles fcandaleufes , à peine de prifon , &
d'y porter & allumer aucuns feux , fous quelque
prétexte que ce foit . Fait auffi deffenſes à toutes
perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles
foient , de tirer aux Hirondelles ni au blanc ,
ou d'effayer aucunes armes le long de la Riviere
de Seine , fur les bords d'icelle , fur les Ports &
Quais , Ifle Louvier , Ifle aux Cignes , fur les Bateaux
& Trains de bois , dans les Chantiers & fur
les Cours & Remparts de cette Ville , Fauxbourgs
& Banlieuë.
ARREST du 4. Juin , qui ordonne qu'à comp
ter du jour & datte du prefent Arreſt , & jufqu'au
premier Janvier 1727. ceux qui leveront
des Offices vacans aux Parties Cafuelles , demeureront
déchargez du payement du Droit de
Confirmation .
EDIT du Roy , portant fuppreffion des Greniers
à Sel de Montmiral , de Conneré & de la
Gravelle , qui compofent les Directions du Mans
& de Laval. Donné à Verſailles au mois de May
2. vol.
1726
JUI N. 1726. 1505
1726. Regiftré en la Cour des Aydes , les Juin
fuivant,
ARREST du 11 Juin , qui maintient le fieur
des Baratz , feul Curé de la Ville de Pau , Capitale
de Bearn , dans le droit d'avoir féance &
voix délibérative au Bureau de la Direction &
Administration de l'Hôpital General & Hôtel-
Dieu de ladite Ville , en exécution des Déclarations
du Roy , des 12 Decembre 1698 & 18 Juil-
* let 17.24 .
ORDONNANCE de Police , portant Reglement
pour la Foire S Laurent. Du 15 Juin 1726
par laquelle il eft dit ce qui fuit : Il eſt enjoint à
tous Marchands de cette Ville de Paris & Forains ,
qui feront établis à la Foire S. Laurent , pour y
vendre leurs Marchandiſes & Denrées, de garder
& obferver les Ordonnances , Arrêts & Reglemens
de Police concernant le débit d'icelles :
Leur faifant deffenfes de tenir leurs Boutiques
ouvertes , d'y vendre n'y étaller les Dimanches
& Fêtes de commandement : Comme auffi de debiter
leurs Marchandiſes & Denrées ailleurs que
dans l'Enclos de la Foire , & de les colporter par
les rues pour les vendre en regrat , à peine de
faifie des Marchandifes, & de cent liv . d'amende .
Deffendons à toutes perfonnes de tirer l'épée,
de blafphemer & jurer le Saint Nom de Dieu , ni
de commettre aucun défordre dans l'Enceinte &
Preau de la Foire ; & à tous Soldats , Femmes de
mauvaife vie , Vagabonds & Gens fans aveu de
s'y arrêter & attrouper , à peine de Priſon , d'amende
& de punition exemplaire.
Faifons deffenfes fous les mêmes peines , à tou
tes perfonnes , autres que celles refervées par la
Declaration du Roi , & Reglemens de Police
rendus en conféquence, de porter aucunes Armes
2. vol .
死
1508 MERCURE DE FRANCE.
à feu , Poignards , ni autres prohibées ; & à tous
Laquais & Gens de livrée , foit François , foit
Etrangers , de porter aucunes Armes , Cannes ,
Bâtons & Baguettes , pour quelque cauſe & ſous
quelque prétexte que ce puifle être.
Deffendons aux Marchands Maîtres des Spectacles
, & autres , d'embarraffer la voïe publique,
d'arrêter ni retenir les paffans , fous prétexte de
les faire entrer dans leurs Loges ; & à toutes perfonnes
de nuire aux Arbres qui font dans les rues
& préau de la Foire , ni aux Boëtes pofées pour
les conferver , à peine de cent livres d'amende ,
& de tous dépens , dommages & interêts dont les
Maîtres & Maîtreffes feront civilement refponfables.
Faifons pareillement deffenfes à tous Marchands
& autres de donner à jouer , ni de ſouffrir
que l'on joue dans leurs Boutiques & Loges ,
fi ce n'eft pour le payement des Marchandiſes de
leur Commerce qui y feront actuellement expoſées
, & qu' y auront été achetées , à peine de
cinq cens livres d'amende pour chaque contravention
, & de plus grande peine s'il y échoit.
Leur enjoignons de fe retirer & fermer leurs
Boutiques & Loges à dix heures du foir au plus
tard , fans permettre qu'il y refte aucunes perfonnes
autres que celles de leur famille & domeſtiques
, aufquels il eft expreffément deffendu de
faire aucunes danfes dans les rues à heure indue
, ni de troubler la tranquilité publique , a
peine d'amende & de telle autre peine qu'il appartiendra.
Enjoignons auffi aux Syndics de la Foire d'en
faire fermer toutes les Portes à dix heures précifes
du foir , & de veiller à l'obfervation de la
prefente Ordonnance , à peine de demeurer refponfables
en leur propre & privé nom , de la négligence
des Portiers , &c.
2. vol.
ORJUIN.
1726 . 1507
ORDONNANCE de Police du 21 Juin 1726.
qui condamne quelques Particulieres , Marchandes
de Marée , en quinze livres d'amende chacune
, pour avoir expofé leurs Denrées fur le
paffage des Proceffions le Jour de la Fête-Dieu.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes de
tirer dans les Cheminées , en cas d'incendie ,
aucuns coups de Fufil , chargez à balle ou de
gros plomb , &c.
ORDONNANCE de Police du 28 Juin 1726.
qui fait deffenfes aux Porteurs d'eau de puifer de
l'eau pendant l'Eté , depuis les grands Dégiez
jufqu'au Pont Neuf , & depuis le Port Saint Paul
jufqu'au Quay de l'Ecole , à peine de punition
corporelle: Et à toutes perfonnes de fe baigner
dans cette étenduë de la Riviere,à peine de quatre
cens livres d'amende , & c.
LETTRES Patentes , qui ordonnent des coupes
dans les Bois de la Maitrife de Saint Germain
en Laye, pour l'ordinaire de 1727.Données
à Versailles le 21 Mai 1726. Regiſtrées en Parlement
le 21 Juin 1726.
ORDONNANCE du Roy , concernant les
Spectacles ; du 17 Janvier 1726. renouvellée &
publiée le 26 du même mois , par laquelle Sa
Majefté fait tres-expreffes inhibitions & deffenfes
à toutes perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient , même aux Officiers de fa
Maifon, fes Gardes , fes Gendarmes , Chevaux-
Legers , Moufquetaires ; & à tous Pages , Valets
de pied , Gens de livrée & autres, fans aucune referve
, exception ni diftinction , d'entrer fans
payer aufdits Spectacles des Foires de S. Laurent
& de S. Germain , même aux Pages de Sa Ma
2. vol.
jefté
1408 MERCURE DE FRANCE.
jelté , des Princes & autres perfonnes de diſtinc
- tion , de fe placer fur le Théatre , mais feulement
dans les Loges qui leur feront indiquées par les
Maîtres des Jeux . Deffend pareillement Ŝa Majesté
à toutes perfonnes qui affifteront aufdits
Spectacles , d'y commettre aucun défordre ni
trouble , ni d'interrompre les Acteurs pendant
leurs Repreſentations & Entr'Actes , à peine de
défobéiffance : Comme auffi de commettre aucun
défordre , ni violence , ni indécence aux entrées
ou aux forties , ni auprès des Loges & des
lieux où le font les Représentations , fous telles
peines qu'il fera jugé convenable . Permet Sa Ma
jelté d'emprisonner les contrevenans , &c.
ARREST du 30 Juin , concernant les Stipulations
en Efpeces , par lequel Sa Majesté ordonne
que toutes Lettres de Change , tirées fur
des Négocians ou autres Particuliers , réfidans
dans les Provinces de la domination de Sa Ma-
~ jeſté , Billets & autres dettes de Commerce con-
-tractées avant les dernieres diminutions , avec
ftipulations de payement en Especes fuivant le
cours qu'elles avoient alors , feront acquitées en
Efpeces de la nouvelle fabrication , à raison de
dix -huit livres pour la valeur du Louis de trenteſept
& demi au marc , & de quatre livres dix fols
pour celle de l'Ecu de dix & trois huitièmes au
marc ; dans lesquelles Efpeces lesdites Lettres de
Change , Billets & dettes de commerce auroient
été payées , fi lefdites Efpeces n'étoient décriées
de tout cours & mife , &c.
EDIT du Roy , portant fuppreffion de l'Office
de Garde du Tréfor Royal Triennal , dont étoit
pourvu le fieur Paris de Montmartel. Donné à
Verfailles au mois de Juin 1726. Regiftré en Pare
lement le 3 Juillet 1726. ,
2. vel, AP:
1509
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 2. Volume du Mercure de
France du mois de juin , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris ,
le 2. Juillet 1726.
HARDIO N.
adaaaaaaaaaaaaaa
TABLE
du fecond Volume de Juin.
1306
Ieces Fugitives , Ode fur la Mort , 1301
Obfervations fur la beauté des Ouvrages
d'Efprit ,
L'Hymen d'accord avec l'Amour , Poëme , 1337
Difcours pathetique fur la cinquantième année
de Mariage , & c .
Le Remords , Poëme ,
Lettre fur un fait très - fingulier ,
Stances à Mademoiſelle ***
1340
1351
1353
1361
Memoire de M. de Reaumur , fur l'Art de faire
dés Ouvrages finis en Fer fondu , 1364
Memoire de M. Geoffroy , contenant differens
moyens d'enflâmer , non - feulement les Huilles
Effentielles , mais les Baumes , &c . 1369
Epigramme ,
Obfervations & Planche gravée fur la Colomne
de Cuffy ,
Peinture Poëtique de Lainez ,
2. vol.
1974
ibid.
1387
Let1510
Lettre de M. Sully , fur les Longitudes , 11989
Acte du Parlement d'Angleterre , pour récom
1392
penfer ceux qui découvriront la Longitude
en Mer ,
Lettre en Profe & en Vers de M. Vergier , 1397
Trait fingulier de Mahomet IV.
Les Oiseaux d'Augure , Fable ,
Lettre fur les Bons Mots ,
Enigmes ,
Nouvelles Litteraires ,
Thefe dédiée au Roy Staniſlas ,
Nouveau Syteme de Chant
Nouveau Bandage fans Acier ,
1397
1401
140
14090
1411
1419
I228
1423
Programme de l'Académie des Jeux Floraux, 1425
Spectacles , Tragedie d'Efther ,
1439
1435
L'Amante Capricieufe , Comedie , Extrait , 1436
Muzette & Coupler notez ,
Le Temple de la Verité , autre ,
Naiffances , Morts & Mariages ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Morts des Perfonnes de confideration
1445
Nouvelles du Temps , de Ruffie , Pologne , 1454
Supplément, Eaux Minerales de Paffy ,
Queſtion de Droit ,
Bouquet en Vers , &c .
Nouveau Canal de Paris à S. Denis ,
Le Sanglier & la Taupe, Fable,
Defcription d'une Sphere mouvante ,
1464
146
1469
1476
1472
1476
1484
148
1487
Arrêts , Ordonnances , Sentences de Police, &
Isol
Fantes à corriger dans ce Livre.
PPage 1331. lign. derniere , jouis , lifez, ouit,
Age 135. ligne 3. faite ,lifez , fait .
Page 1394. ligne s. ne , ôtez ce mot.
Page 1415. ligne 12. ou un feul , l. qu'un feul,
;
PRIVILEGE
·
DU ROT.
&
OUIS, par la grace de Dieu , Roi de France & de
Navarr à nos Amez & Feaux Confeillers , les
tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
êtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil
ifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & au
nos Officie s & Jufticiers qu't! appartiendra, Sa
l'applaudiffement que reçoit le M.RCURE DE
NCE , Cy devant appelé le Mercure Gaiant'.
pofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé ,
es Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
laire du dernier Brevet étant decedé , il ne conit
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ouze
auffi utile qu'a réable , tant à nos fujets qu'aux
ingers; c'eft dans cette vûë que bien informé des
ns , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
yer , ancien Gendarme dans la Compa nie des
ndarmes de nôtre Garde ordinaire , & Cheva ier
nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
ifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
re ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
ANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
vet le 17 , Octobre dernier , pour l'execution du
el ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai-
: A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
avons permis & permettons par ces Prefentes de
mpofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
urra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
ractere , conjointement , ou feparement , & autant
fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
ire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , & ce
endant le temps de douze années confecutives ,
ompter du jour de adatte des Prefentes ; à condi
ion neanmoins que chaque volume portera fon Appro❤
ation expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
à
1512
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'eller
foient d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiſſance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , d'im
primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendr
débiter ni contrefaire ledir Livre , ou planches en cou
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmentation , correc
tions , changement de titre , ou autrement , lans
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui , le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000, livres
d'amende , payables fans déport par chacun des con
trevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , domma
ges & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur les Regiitres de la Com
munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avan
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qu
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fer
remis dans le même état , où les Approbations y 2
ront été données és mains de notre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France ,
fieur FLEURIAU D'ARMĀNONVILLE , Commandeur de no
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exempla
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , u
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dan
celle de notredit très - cher & Feal Chevalier , Gard
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullicé de
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons d
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine
ment & paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fa
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet now
avons revoqué & revoquons tous autres Privilege
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autr
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement o
à la fin dudit Livre foit tenue pour duëment ſignifiée
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Ame
& Feaux Confeillers . Secretaires , foy foit ajoutée, &
1513
ISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c .
Touloufe , chez la veuve Tene .
ordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
lantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
ennes , chez Vattar.
lois , chez Maffon.
Cours , chez Gripon.
louen , chez la veuve Euftache Herault.
hâlons - fur-Marne , chez Seneuze
miens , chez François , & chez Godard,
irras , chex C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J Roux.
Dijon , chez la veuve Armil.
ille , chez Danel .
Verſailles , chez Pigeon .
Befançon , chez Charmet.
aint Germain , chez Doré.
-yon , chez
1514
CATALOGUE des Mercures de France;
depuis l'année 1721. jusqu'à preſent.
Uin & Juillet 1721 .
JAouft , Septembre , Octobre ,
2. vol
5. vol.
Novembre & Decembre
Janvier & Fevrier 1722. 2. vol.
Mars 1722. 2. vol.
Avril. 1. vol.
Mai. 2. vol.
Juin , Juillet & Aouft.
3. vol.
Septembre. 2. vol.
Octobre.
1. vol.
Novembre.
2. vol.
Decembre.
I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double .
Année 172 4. les mois de Juin
& de Decembre double.
13. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
14. vol.
de Septembre & de Decembre
doubles.
Les fix premiers mois de 1726.
le mois de Juin double.
15.
vol.
7. vol.
72. vol.
La Chanson doit regarder la page 1430
La Planche gravée , page 1375.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères