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Presented by
John
Bigelow
to the
Century
Association
* DM
Mere
"
A
米
M
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JANVIER 1726. ,
QUA COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais:
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or •
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LI
335147
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
A VIS.
generale . pour toutes
MOREAU ,
1905 ADRESSE
chofes eft
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué, afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 3o. fols.
PRIVILEGE
DU ROr.
LOUIS, par la grace deDieu , Roi de France & de
:
Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand-Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officie´s & Jufticiers qu'il appartiendra, SA
LUT l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672 , par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne.convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compa nie des
Gendarmes de nôtre Garde ordinaire , & Cheva ier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE, & nous iui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lertres de Privilege fur ce neceffaires
: A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
àlui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement, ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout notre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de ladatte des Prefentes ; à condi.
tion neanmoins que chaque volume portera fon Appropation
expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
A ij
>
2
trevenans ,
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'elles foient d'en introduire d'impreffions
étrangeres dans aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
d'im-
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendre, débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout au en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel❤ que prétexte que ce foit , d'augmentation
, correc❤ tions , changement
de titre , ou autrement , fans la permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de con- fifcation des exemplaires contrefaits , de 6000. livres d'amende , payables fans déport par chacun des con dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel- Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux qui auront droit de lui , & de tous dépens , domma- ges & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront enregistrées tout au long fur les Regiftres de la Com. munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
& non
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor- mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
le manufcrit ou imprimé qui
de l'expoſer en vente ,
aura fervi de copie à l'impreflion
dudit Livre fera remis dans le même étar , où les Approbations
y au ront été données es mains de notre très -cher & Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le fieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE
, Commandeur
de nos ordres , & qu'il en fera enfuice remis deux Exemplai . res de chacun dans notre Bibliotheque
publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans celle de notredit très-cher & Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine ment & paifiblement
, fans fouffrir qu'il leur foit fait aucuns troubles & empêchemens
, & à cet effet nous avons revoqué & revoquons tous autres Privileges qui pourroient avoir été donnez cy-devant à d'autres qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefente qui fera imprimée tout au long au commencement
ou la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée & qu'aux copies collationnées
par l'un de nos Amez Feaux Confeiliers-
Secretaires, foy foit ajoûtée, &
7
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vattar
Blois, chez Maſſon.
Tours , chez Gripon.
Roüen , chez la veuve Euftache Heraulta
Châlons-fur-Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard!
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J. Rouxe
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verſailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Charmet
Lyon , chez
A iij
4
CATALOGUE des Mercures de Francez
depuis l'année 1721. jusqu'à prefent.
Uin & Juillet 1721 .
Novembre & Decembre
Aouft , Septembre , Octobre ,
2. vol.
Janvier & Fevrier 1722 .
5. vol.
2. vol.
Mars 1722. 2. vol.
Avril .
1. vol.
Mai. 2. vol.
Juin , Juillet & Aouſt.
Septembre .
3. vol.
2. vol.
Octobre .
1. vol.
Novembre.
2. vol.
Decembre.
I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
'Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre double.'
13. vol.
14. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
de Septembre & de Decembre
doubles.
Janvier 1726.
15. vol.
I.
66. vol.
AVERTISSEMENT.
QVoique
ce Livre ait un débit aſſez
te public pa- que raifonnable , &
roille n'en être pas dégoûté , nous ne nous
perfuadons pas neanmoins qu'il ait le bonheur
de plaire à tout le monde , & à la
verité les matieres oppofées en tout genre
dont il eft rempli, ne peuvent être d'un goût
general , fe trouvant toujours des gens qui
aiment paffionnement
des chofes , pour lef
quelles d'autres ont une parfaite indiffe
rence. Et comme on ne doit point difputer
des goûrs, & qu'il y en a de bizarres
on n'aura rien à répondre à ceux à qui
nôtre Journal , en l'état qu'il eft , pourra
avoir le malheur de ne pas plaire , finon
que le plus grand nombre eft de nôtre côté,
& que le goût general doit toûjours l'em
porter.
Quelques perfonnes ont reproché au Mercure
de rapporter les mêmes nouvelles que
les Gazettes . Les Gazettes ont foin d'informer
le public une ou deux fois la femaine
des chofes qui arrivent. Si nous
fommes à quelques égards l'écho des Ga-
Zettes , au fujet des évenemens & des ace
tions memorables , c'est beaucoup moins
pour apprendre ces faits à nos contempo-
A iiij
rains que pour les tranfmettre à la pofterité
, avec des circonstances qu'on trouve
rarement dans les Gazettes , à caufe de la
précipitation , & de la précision avec la
quelle elles font compofees ; enforte que
nous prétendons moins apprendre une
nouvelle, que donner un morceau d'Hiftoire
Nous prions encore ceux qui ont pris
la peine de nous envoyer des pieces pour
enrichir le Mercure de ne pas s'impatien
ter fi l'impreffion en eft retardée . Comme
on en reçoit fouvent beaucoup à la fois , il
eft impoffible de mettre tout dans le même
volume. On eft obligé de préferer celles
qui ont le plus de rapport aux affaires
du temps , & aux matieres dont on a déja
parlé. Mais rien ne fera omis de ce que
nous croyons devoir être agréable ou utile
an public.
Nous avons avancé un fait il y a quelques
mois qui fe trouve faux . Ceux qui
donnent ces fortes d'avis agiffent maligne .
ment ou imprudemment ; its hazardent
plus qu'ils ne penfent ; les perfonnes intereffées
pouvant s'en choquer à un tel point
que les Auteurs de ces faux Memoires
qu'on découvriroit aifément avec un peu
de recherche , pourroient avoir lieu de s'en
repentir.
Les Memoires fur lefquels on fait les
Relations qui fe trouvent dans le Mercure
viennent fouvent de bon lieu , & quelque7
fois même accompagnez d'ordres refpectables
qui infpirent aux moins habiles l'ardeur
de bien faire , & de réſir par un
travail exact & affidu ; mais de quelque
Zele qu'on foit animé , on ne sçauroit pref
que empêcher , non-feulement qu'il ne fe
gliße des fautes d'impreffion , dans un
ouvrage tel que le nôtre , à caufe de la
précipitation avec laquelle on travaille :
mais encore qu'il n'y manque quelques circonftances
, parce qu'on n'a pas Le temps
de les recueillir toutes , ou qu'on a fait des
changemens ou des augmentations dans
l'ordre des chofes qui fe font paffées. Quand
en est tombé dans quelques - uns de ces cas,
on ne peut y remedier que par une addition
au même article dans le Mercure
fuivant.
Plufieurs perfonnes fouhaiteroient que
dans l'article de ce Livre qui regarde les
Sciences & les Beaux Arts , on y inferat
une Defcription Sommaire des Belles Ef
tampes que les habiles Graveurs mettent en
Lumiere d'après les Tableaux des grands
Peintres , avec le nom du Graveur & du
Peintre , le prix de l'Estampe , & la de
meure de celui qui la vend. Nous invitons
donc les Marchands & les Gra
veurs à nous communiquer les nouvelles
Eft ampes pourles annoncer d'une maniere
avantageufe. Les Estampes ne s'affichan
Αν
8
point comme les Livres nouveaux , reftent
ignorées dans les porte -feuilles des Marchands
, faute d'être annoncées aux curieux
quife feroient un plaifir de les acheter
s'ils les connoiffoient. Si on feconde
nôtre intention , non feulement les grands
curieux d'Estampes y gagneront & feront
gagner les Marchands qui les débitent ;
mais encore les Peintres & leurs Eleves
les Sculpteurs , Graveurs , Architectes ,
Orfévres , Cizeleurs , Serruriers , Menuifiers
, Brodeurs , Jardiniers , & c. on fçait
de quelle utilité font les Estampes . Elles
apprennent l'Hiftoire , les actions qu'elles
reprefentent parlent aux yeux dans un
inftant , nous font voir les portraits des
grands hommes , & en confervent la memoire.
Si les Etrangers veulent nous inf
truire des Estampes nouvelles qui paroif
fent chez eux , nous nous ferons un plaifir de
publier leurs ouvrages . Sur les memoires
où les Estampes qu'on en verra on fera une
defcription détaillée des fujets hiftoriques ,
allegoriques ou fabuleux , l'on marquera
à quelle profeffion les autres pourront être
utiles , & dans quelle vûë on les a faites.
Enfin nous n'oublierons rien en procurant
la fatisfaction de ceux qui aimentles beaux
Arts, pour procurer auffi le débit des Marchands
.
On demande encore avec empreffement
des Provinces & des Pays Etrangers qui
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AZEY
.
YNX
AND
LDER
FOMODATIONS
,
M
Ja
fe plaisent à imiter les François en beaucoup
de chofes , que le Mercure leur apprenne
les modes nouvelles de la Cour &
de la Ville , & les nouveaute qui paroiffent
pour la parure en chaque faifon dans
l'ajustement des Hommes & des Femme
Nous fatisferons nos Lecteurs à cet
*
égard',
pour le faire d'une maniere bien fenfible
, & qui puiffe fervir de modele , nous donnerons
un nombre d'Estampes
tous les
ans , bien deffinées
& gravées proprement
,
qui apprendront
à chaque changement
de
faifon
de mode , la maniere de s'habiller
de bon goût. Nous efperons que cette
fuite d'Estampes
& de changemens
de mode
, à quoi notre nation eft fi fujette , &
qu'on n'interrompra
point , ne fera pas un article des moins curieux de nôtre Journal
, foit pour le temps prefent , foit pour
l'avenir. Quel plaifir n'auroit- on pas aujourd'hui
de fçavoir au jufte comment nos
ayeux étoient habillez , & qu'elle torture
ne fe donne- t'onpas fouvent pour le deviner.
Et pour ne pas renvoyer la chofe plus
loin voici un effai de gravure , qui fervira
comme defrontispice à la fuite des Eftampes
que nous allons donner fur les modes.
On efpere que ce petit fujet , de la maniere
qu'il eft ici traité , avecles expreffions in .
genienfes qu'on y voit , pourra fatisfaire
les gens de goûts . On a placé une toilette
A vj
+
10
dreffée au milieu ; & aux côtez deux Dames
en pied qui paroiffent fe mocquer l'une
de l'autre , celle de la droite eft habillée à
l'ancienne mode , en corps , en habit trouſſe
avec de grandes manches & des engageantes
, en écharpe , & en juppe en falbala ,
coeffée à triple étage avec des cornettes
très - hautes , & des fontanges de ruban trèslarge
, comme on les portoit il n'y a gueres
plus de dix ans . La Dame qui fert de
contrafte du côté gauche , eft vêtue à la
mode d'aujourd'hui , en robe abbatuë que
fon panier fait bouffers en petites manches
plattes , qu'on appelle manches de Pagode,
en corfet , en mitayes fourrées , & en
Palatine de fourcis d'aneton , & coëffée
en cheveux avec une cornette ft petite
&fi baffe qu'elle eft imperceptible. Ces
deux figures dans des attitudes ingenieufes
femblent fe difputer chacune le bon
goût de fon temps , & juſtifier ſa parure.
Mais qui ne voit qu'elles ont également
raifon ? le propre des Belles eft de donner
de l'agrément à tout ce qui fert à leur ajuftement
, & de rendre agréable , & même
raisonnable aux yeux , les chofes qui d'abord
le paroiffoient le moins.
Si cet article des Modes peut faire quelque
plaifir au beau fexe , que nous avons
particulierement en vue d'obliger , on ne
negligera rien pour le fatisfaire & pour meriter
fon attention.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY
***
JANVIER
PIECES
1726.
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES MUSES AU ROY.
G
Rand Roi , qui , jeune encor , au
monde qui t'admire ,
Fais paroître plus de vertus ,
Que n'en firent briller les Trajans , les Titus
Lorfqu'ils tenoient en main les rênes de
l'Empire ;
Jette quelques regards fur nous ,
Et
10 MERCURE DE FRANCE:
Et nous fais un deftin plus doux .
Pour nous , fur les bords de la Seine
Fay renaître le fiecle d'or;
Nous avons un Auguſte encor ,
Mais nous n'avons plus de Mecene.
Sans appui , fans fecours , envain nos pas errants
,
Pour aller jufqu'à toi , cherchent d'illuftres
guides ;
Loin de favorifer nos démarches timides ,
On nous laiffe morfondre à la porte des
Grands.
Nous languiffons à leur fervice ;
Ils veulent de l'encens , un culte , des Autels ;
Cependant on ne trouve aucun de ces mortels
Qui veuille au moins fournir aux frais du
Sacrifice.
Sourds à nos plus chers nourriffons ,
A peine un feul moment daignent- ils les entendre
;
De leur afpect glacé nous ne pouvons attendre,
Un accès glorieux au Palais des Bourbons .
C'eft à toi de finir nos peines ;
Grand Roi , nous n'avons pas toûjours,
Repofé dans les bois , vêcu près des fontaines
De cent peuples jadis nous fûmes les amours &
De
JANVIER 1726. 13
Et les murs de Rome & d'Athenes ,
N'ont pas à nos befoins refufé des fecours,
Alors nous bravions la Fortune ;
Mais que nous rappellons une image im
portune !
Daignes nous rendre ces beaux jours.
C'eft nôtre art fi vanté qui dans ce premier
âge ,
Où le monde naiffant n'habitoit que les bois ,
Des ruftiques humains polit l'humeur fauvage,
Chaſſa loin d'eux , meurtre , vol , brigandage,
Leur fit bâtir des murs leur prefcrivit des loix,
Et fixa pour l'Hymen leur penchant trop volage.
Les Dieux pour s'expliquer empruntoient nôtre
voix ,
Les peuples dans nos vers puiferent la fageffe,
On voyoit même peu de Rois
Qui ne duffent leur gloire aux filles du Per
meffe ;
Elle eft encore entre nos mains
Et que feroient fans nous ces Maîtres des hu
mains ?
A peine fur le ftyx la mort les fait defcendre ,
Que nous leur préparons un fort plus glo
rieux ,
Nous
14 MERCURE DE FRANCE.
Nous ranimons leur froide cendre ,
Nous les faifons affeoir à la table des Dieux.
C'eft nous qui chantons les conquêtes,
Des Heros qui de Mars furent les favoris ,
Les lauriers immortels dont nous ceignons
leurs têtes ,
Par l'injure des ans ne font jamais flétris."
N'en doute point , Loüis , nôtre divin langage ,
Pourra feul t'exempter d'un éternel oubli ,
Sans nous le plus noble courage ,
Dans une affreufe nuit demeure enfeveli
Pardonne cet aveu fincere ,
Oui , toi-même , grand Roi , quoique eu
puiffes faire ,
Pour te rendre fameux en cent climats divers ,
Soit feur de difparoître aux yeux de l'Univers ,
Devoir paffer ton nom comme une ombre
legere ,
Si ton heureux tableau ne paroît dans nos vers.
Quelle feroit la deſtinée ,
De Charles , de Martel , d'Hugues , de Meroüée
,
Si par nous la pofterité
N'eut appris leurs exploits d'éternelle memoire
;
Leurs noms ne feroient pas au faifte de la
gloire ,
QuoiJANVIER
15
1726.
Quoiqu'ils l'euffent bien merité.
Si mieux qu'aux temps paffez l'on connoît
dans cet âge ,
De Clovis quel fut le courage ,
Si partout on l'admire , en illuſtre guerrier
A qui doit-il et avantage ?
C'eſt au pinceau dé Saint Didier.
Ce Roi n'eft pas le feul dont la haute vail
lance ,
Avant même les Pharamons ;
Pour faire reſpecter l'Empire de la France s
Ait livré des combats dignes de nos chand
fons.
Combien d'autres François , Ducs , Princes
ou Monarques ,
De leur valeur ont donné mille marques 2
A peine on fçait qu'ils ont été;
L'on ne parle point d'eux , aucun ne les res
grette ,
Et comme leur valeur n'avoit point de Poëte ,
Leur nom eft dans l'obfcurité.
Pour toi , que le Ciel a fait naître »
Pour finir nos triftes malheurs ,
Nos plumes te feront connoître ,
Nos jardins à toi feul vont confacrer leurs
fleurs.
ᎬᏂ !
18 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! qui merite mieux les faveurs du Parnaffe ,
Qu'un Prince , doux eſpoir de fon auguſte
race ,
Qui veut par fes bienfaits regner fur tous
les coeurs !
Le plus riche marbre de Pare ,
N'orne point de Temple pareil ,
Au Temple glorieux que nôtre Art te prépare
L'or le plus pur qu'enfante le Soleil ,
Tout ce que dans fon fein la terre a de plus
rare ,
Enrichira le Temple , auffi bien que le Dieu
Nos mains y placeront ton image au milieu.
Et pour achever l'édifice ,
A tes pieds graveront le vice ,
Sous ton regne heureux abbatu ,
Sur les débris de l'artifice ,
On verra s'élever un Trône à la vertu.
Autour de cent pilliers d'yvoire ,
Sur des murs brillans de rubis ,
Nous voulons étaler la gloire ,
7
Dont tu couvres les champs où fleuriffent les
*
lys.
Le croiffant y verra deux de fes plus grands
Princes ,
Par tes foins , de Bellone , éteindre le flambeau
;
Le
JANVIER 1726. 17
Le Czar , du fond de fes Provinces ,
Viendra te preſenter un hommage nouveau .
Dans un char de Saphir , le Dieu de l'Hymenée
Conduira la beauté qu'il t'avoit deſtinée ;
Nos pinceaux à l'envi traceront fes appass
Les Amours conduiront un Reine fi belle;
Les graces & les jeux danferont autour d'elle ,
Mille fleurs naîtront fous fes pas.
O Ciel ! Que de vertus par nous feront écri
tes !
Vos deux noms chantez par nos Vers
N'auront jamais d'autres limites ,
Que les bornes de l'Univers.
kakak
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé le
Beuf, Chanoine & Sous- Chantre de
l'Eglife Cathedrale d'Auxerre , écrite à
M. de L. R. au fujet de quelques usages
de l'Eglife d'Auxerre , verifiez par
des Medailles , dont il est parlé dans
le 2. Volume du Mercure du mois de
Decembre dernier.
Ntre toutes les Medailles , Monfieur,
E dont je vous ai parlé dans ma Lettre
18 MERCURE DE FRANCE.
tre du 12. Avril dernier , je vous en
ai cité de differente espece de Probus ,
& fur tout une , fur laquelle cet Empereur
eft reprefenté revêtu de fes habits
Confulaires , tenant un Sceptre. Il n'y a
qui que ce foit dans notre Ville , qui ,
en regardant ce Sceptre , ne le prenne
pour un bâton de Chantre de la Cathedrale
d'Auxerre , tel qu'il eft en ufage
depuis 1695. ou environ , & tel que les
Chantres de l'Abbaye de S. Germain de
notre Ville le portoient il y a cent , ou
cent cinquante ans. La feule difference
qui paroît entre les deux , eft que le
corps du Sceptre eft plus délié que celui
de nos Chantres . On affure qu'il n'y a
en France , que l'Eglife de Cahors où le
Chantre porte un bâton femblable . Peutêtre
l'un a t'il été fait fur le modele de
l'autre. ( a ) Mais pour ce qui eft de celui
de ce pays-ci , il n'a fallu y apporter qu'un
très - petit changement pour le rendre
femblable au Sceptre des Empereurs. Les
bâtons de Chantre finiffoient ordinairement
en efpece de potences ou becs de
corbin ; fouvent c'étoit une figure d'oifeau
qui fervoit de poignée , & il fortoit
du bec de l'oifeau une chaîne que l'on
Les Chanoines Reguliers de l'Abbaye de
Semur en Bourgogne , ont imité depuis un ou
deux ans la Cathedrale d'Auxerre.
entorJANVIER
1726. 19
entortilloit autour de la main , pour
mieux tenir le bâton . Depuis l'an 1580.
le bâton du Chantre d'Auxerre a été
élevé à hauteur de la tête , & un oiſeau y
alété reprefenté pour couronnement ; d'où
étoit venue l'expreffion ancienne de porter
l'oiseau , au lieu de laquelle on dit
à préfent , porter le bâton . On s'eft rempli
au dix-feptiéme fiecle d'un fauffe idée
fur l'Empereur Charlemagne on a cru
qu'il étoit Fondateur de plufieurs Eglifes
Cathedrales du Titre de S. Etienne ;
il n'en a pas fallu
davantage
pour faire
croire dans quelques unes , que c'étoit
pour cela que le Chantre portoit un bâton
terminé par un oifeau . En confequence
de cette opinion ( dont on a reconnu
depuis la fauffeté ) on a fait faire une veritable
aigle à Auxerre , vers l'an 1695.
& on l'a reprefentée étendant les ailes
ou voltigeant , de même qu'on la voit
fur le Sceptre des Empereurs ; mais avec
cela de fingulier , qu'il fort du bec de
l'aigle un bout de chaîne terminé par
un diamant ; ce qui dément ce qu'on avoit
voulu perfuader , & qui fait voir la veritable
origine de cet oifeau & de fes dépendances.
Je ne dis pas cela pour improuver
la nouvelle méthode , dont quel
ques-uns ont tiré des fens myſterieux . (a)
( a ) Sicut aquila provocans,
Je
20 MERCURE DE FRANCE.
Je dis feulement que c'eft bien tard commencer
à fanctifier l'ufage de l'Aigle Romaine
déployée . L'ufage en paroîtroit
plus authentique & mieux appuyé , s'il
étoit de plus ancienne date. Si les Chré
tiens ont pris comme par droit fucceffif
plufieurs des pratiques des payens
ça été dans les premiers temps. Ils n'ont
fait que les fanctifier , en dirigeant leur
intention vers un objet réel & éternel
au lieu des objets infames ou chimeriques
des payens. Tel eft l'ufage de la
croffe , qui eft comme le lituus des Augures,
repreſenté fur les Medailles d'Augufte
& des autres . La chafuble que tout
le Clergé portoit autrefois , ne venoitelle
pas du Paganifme ? & fi vous en
ôtez la Croix , quelle difference y aurat
- il entre cet habit , tel qu'on le voit fur
les Medailles Romaines & les Chafubles
de nos anciennes peintures ou ftatues
? A quoi fuccedent nos Bannieres
finon aux anciens Etendarts militaires ?
Les Images de nos Saints ne fuccedentelles
pas à celles de toutes ces fauffes
divinitez , qui ont féduit les hommes
pendant tant de fiecles ? Je ne vois
pas que ceux qui fe tiennent féparez
de nous , d'ailleurs grands amateurs de
l'Antiquité profane , ayent tant de fujet
de fe recrier contre les pratiques de l'E-
>
glife
JANVIER 1726. 2 T
glife Catholique , qui ne retient fouvent
d'autres ufages , que ceux que fes premiers
Auteurs ont herité des payens
au milieu defquels ils vivoient , & qu'ils
n'ont pas crû devoir abolir ni changer
entierement ; car enfin il falloit des habits
dans la Religion , il falloit des bâtons
de ceremonie , il falloit parler quelque
langue . Il s'eft trouvé le plus fou
vent qu'on a adopté ce qui étoit en ufage ;
on n'a fait que le continuer en le rectifiant
, en fupprimant ce qui pouvoit trop
reffentir l'idolâtrie ou la fuperftition ;
en un mot , en ſanctifiant ce qui étoit profane
ou impur.
par
Je m'apperçois que je retombe malgré
que j'en aie dans les matieres Ecclefiaftiques
: mais ceci me conduit infenfiblement
à une remarque que je fuis sûr
être du gout des curieux , & qui ne fera
pas rebutée par les Anglois . C'eft
rapport
à cette fanctification des chofes
du Paganiſme dont je viens de vous parler
; ce que je pourrai vous dire à ce fujet
fervira à vous dédommager de ce que
les Medailles de Luci n'ont pas eu d'aſſez
curieux pour vous .
Les Chrétiens ne fe contenterent pas
feulement de faire faire des vafes neufs
felon le goût de leur temps , ni de fuivre
dans leurs habillemens le modele de ceux
des
22: MERCURE DE FRANCE.
des Payens. Ils faifoient plus : en certains
pays ils employoient dans l'ufage de
leurs ceremonies , les propres vafes des
Payens , ou au moins dans leur ufage
particulier ; & ils ſe ſervoient de ces vafes
tels qu'ils les avoient trouvé , en les
faifant auparavant purifier par les prie
res de l'Eglife. Dans l'un des quatre ou
cinq voyages que j'ai fait en Normandie,
depuis dix ou douze ans , je me fuis
trouvé à portée de confulter les Manufcrits
de la celebre Abbaye de Jumieges,
proche Rouen. J'y ai vû entre autres un
fort beau Miffel , dont il ne paroît pas
que
le Pere Martenne ni d'autres aïent
fait mention. ( a ) Il a été écrit certainement
pour une Eglife d'Angleterre , felon
qu'il eft aifé de le voir par le Calendrier
& les Litanies. L'ordre de la
Ceremonie de l'Extrême - onction , c'eſt - àdire
, ce qu'on appelle les Rubriques ,
y eft en langage vulgaire Anglois de ce
temps - là , mais toutes les prieres y font
en Latin l'écriture eft du onzième fie-
(a) Je n'en ai trouvé aucune citation dans
l'Edition du Sacramentaire de S. Gregoire ni
des autres Livres Liturgiques de ce Saint Pape,
à laquelle Dom Denis de Sainte - Marthe ,
General de la Congrégation de S. Maur , a
travaillé principalement fur les Manufcrits de
Ja Normandie , lorfqu'il y faifoit fa demeure ,
felon que je lui ai entendu dire plufieurs fois .
cle
JANVIER 1726. 23
de au plus tard ; & on croit dans le
Monaftere , que ce Miffel y a été donné
par l'Abbé Robert , qui fut enfuite Evêque
deLondres vers l'an 1050. & qui dans
le Catalogue que j'ai des Evêques de ce
Siege , écrit au douziéme fiecle , eft le
vingt-neuviéme Evêque depuis S. Mellit.
Voici l'Oraifon qui me frappa le plus
de tout ce Miffel , & à laquelle je crois
que perfonne n'avoit encore fait attention.
Oratio fuper vafa in locis antiquis
reperta.
Mnipotens fempiterne Deus infere
te officiis noftris ; & hæc vaſcula
arte fabricata Gentilium fublimitatis ine
potentia ita emundare digneris , ut omni
immunditiâ depulså fint tuis Fidelibus
tempore pacis atque tranquillitatis utenda .
Per Chriftum Dominum noftrum.
Lorfqu'on voit que l'on employoit en
France dans la celebration des facrez
Myfteres, des Diptyques dont les dehors
ne font remplis que de figures du Paganiſme
, on ne doit pas douter que la
priere que je viens de rapporter , n'y
ait auffi été ufitée , & qu'elle n'ait été
employée pour leur purification , ou quel
que autre priere femblable.
B
Ja
MERCURE DE FRANCE.
Je ne repeterai pas ici les remarques
que j'ai faites fur ces fortes de Diptyques
dans les notes des pieces juftificatives de
mon petit Livre des Guerres de la Religion
. On peut voir la reprefentation de
ces Tables d'Yvoire dans le Traité de
1Utilité des Voyages de M. Baudelot
dans le premier Voyage du Pere Martenne
& ailleurs . J'ajouterai feulement
que j'en ai vû depuis peu de fort petites,
mais affez femblables pour les figures du
Paganifme , dans le tréfor de l'Eglife
Cathedrale d'Autun ; elles fervent de
couverture à un recueil de Répons . Graduels
& Alleluiatiques ( a ) qui eft d'une
écriture de fept ou huit cens ans ; ce
qui confirme ce que j'ai dit dans ma
note , que ces Diptyques fervoient quelquefois
à renfermer les parchemins notez
, qu'un Chantre portoit pour chanter
(a) Ceux qui fe rendent familiere la lecture
du Gloffaire de M. du Cange , ne feront
pas furpris de ces termes de Répons - Graduels,
Répons- Alleluiatiques. Comme ce qu'on appelle
communément l'Alleluia à la Meffe eft
un vrai Répons , il paroît que pour fe mieux
faire comprendre & diftinguer ce dernier Répons
du premier , il eft convenable de fe fervir
d'un adjectif , que S. Jerôme & d'autres Auteurs
n'ont pas dédaigné d'employer dans leurs
écrits . Hieron. Ep. 7. 17. 107. Victor. Vitens
Greg. Turon. de Vit . Pat. Synod, Trullan, Joan
Abrinc
JANVIER 1726. 25
à la Tribune , qui étoit élevée dans l'un
des côtez de l'Eglife , en maniere de
perron d'Orient en Occident , & non
pas en maniere de Portes Triumphales
ou d'Arcs de Triomphe , tels qu'on en
voit depuis deux cens ans , qui traverfent
nos Eglifes du Septentrion au Midi.
On trouve auffi que fous nos premiers
Rois , lorfqu'un Evêque puiffant faifoit
la Dedicace de fon Eglife Cathedrale
il la combloit en même temps de toute
l'argenterie qu'il avoit pû ramaffer.Comme
dans le grand nombre de vafes que
les Evêques fe piquoient alors d'offrir
il ne manquoit pas de s'en trouver qui
avoient été fabriquez par les Payens , ou
qui avoient même été à leur ufage , qui
peut douter que l'Eglife ne les fanctifiât
auparavant par les prieres , comme elle
faifoit en Angleterre , tous les uftencilles
du Paganiſme qu'on trouvoit , & qu'on
trouve encore de temps én temps fous les
ruines des anciens édifices , tels que pouvoient
être des urnes de cuivre où de
bronze , des baffins , des pateres , des
cuvettes , foucoupes ou patenes & autres
femblables vafe s?
Permettez que je vous rapporte un
exemple domeftique de cette oblation de
vafes profanes faite à une Eglife de
France par un Prélat de fainte vie . Je.
Bij veux
;
26 MERCURE DE FRANCE.
veux parler de notre Evêque S. Didier,
que M. Godeau , par une mauvaiſe ap❤
plication des paroles du Continuateur de
la Chronique de Frédegaire , a fait paffer
pour un Payfan , & qui felon nos Ecri
vains mieux fournis de preuves , étoit
proche parent de la Reine Brunehauld .
Cet Evêque ayant fait aggrandir fon
Eglife du côté de l'Orient , & y ayant
ajoûté un édifice en forme de coupole ,
il en fit orner la voute d'une mofaïque
femblable à celle qu'il avoit vû à Autun,
où il en fubfifte encore dans le Prieuré
de S. Raco : il y transfera l'Autel le 18 .
ou 19. Avril , & en fit la Dedicace avec
une telle folemnité , que les copies du
Martyrologe Hieronymique les plus an
ciens , en font mention ( a ) Les prefens
qu'il fit de vafes d'argenterie ou
d'uftencilles qu'il jugeoit propres au
Miniftere de la Sacriftie , furent fi confiderables
, qu'ils monterent juſqu'au poids
de plus de quatre cent vingt livres. Ceux
qui feront curieux d'en voir le détail ,
peuvent le lire dans le premier Tome
de la Bibliotheque des Manufcrits du
Pere Labbe , pages 423. & 434. mais
ils doivent être avertis que cette copie
( a ) Spicileg. Tom. IV. pag. 640. j'ai dit
18. ou 19. parce que notre vie MS, de S. Didier
met le 19.
JANVIER 17:261 17
eft pleine de fautes d'impreffion , & que
c'est ce qui eft caufe que le celebre M.
Du Cange , dont ils pourroient confulter
le Gloffaire , n'a pas toujours heureufement
rencontré , lorfqu'il a voulu donner
l'explication de ces vafes ou meubles
profanes. Il les appelle par tout vafes
Sacrez , en fuppofant apparemment
la Ceremonie préliminaire de leur fanctification
, par les prieres de l'Eglife , ou
leur emploi dans les Ceremonies du
Chriftianifme , mais il ne nous donne
pas toujours le texte tel qu'il eft dans
le Livre qu'on peut appeller aujourd'hui
l'original des Geftes de nos Evêques.
C'eft un gros in 4 ° . qui a été
tranfcrit en fort beaux caracteres , vers
l'an 1160. fur un Livre plus ancien , &
dont les premiers Auteurs avoient redigé
en un corps fous Charles le Chauve ,
toutes les Chartes & inftrumens anciens
qu'ils avoient pû trouver , faiſant à l'Hiſtoire
de nos Prélats.
Il est bien vrai que Monfieur du Cange
a raifon de nous dépeindre comme
une espece de petite table , ce que les
Anciens appelloient Mifforium , & de
corriger le gravellatum du Pere Labbe ,
en mettant en place granellatum ; mais
il n'a pas pû être fuffifamment fondé fur
un imprimé auffi peu exact que l'eft ce-
B iij lui,
28 MERCURE DE FRANCE .
lui- là , pour fournir à fes Lecteurs une
jufte idée de ce que fignifie l'épithete qui
eft donné à chacun de ces vafes . Si le
Manufcrit de nôtre Chapitre lui avoit été
communiqué , il y auroit lû par tout pour
adjectif après chaque fubftantif , anacleum
bien marqué , & non pas anacteum.
Ainfi il y a dans cet original , mif
forium anacleum, bacchovicam anacleam ,
caucos anacleos, fcutellas anacleas , falariolas
anacleas , gabatas anacleas , hicinarios
anacleos , fuppoftorium anacleum,
anafum ... fufcinam ... cochleares .
Et c'eft , fans doute , le même terme qu'on
doit lire dans le teftament de Leodebold
, Abbé de Mici proche Orleans ,
où Monfieur du Cange , ſe fondant toûjours
fur l'imprimé , a lù anacletum ,
vafa argentea anacleta , au lieu d'anaelea.
Les fubftantifs fcutella & falariola ,
qui font intelligibles à tout le monde ,
doivent faire naître l'idée d'un preſent
affez bizarre fur un Autel. On n'eſt pas
accoûtumé à y voir aujourd'hui des écuel-
·les ni des falieres ; mais on feroit enco
re plus furpris d'y voir quantité d'autres
meubles plus confiderables qui étoient
ornez de figures vraiment payennes , des
baffins , des plats , des flacons , des taffes ,
des cueilleres , des fourchettes , des bouteilles
deftinées à renouveller du vin
tout
JANVIER 1726 .
19
vieux , qui étoient appellées recentarios ;
tout cela garni de figures de Centaures ,
de Syrenes , de Joueurs , d'hommes reprefentez
avec des cornes , de Chaffes &
de Chaffeurs , de combats de bêtes & de
Gladiateurs. C'eft cependant ce qui fe
voyoit fur les vales que nôtre faint Evêque
offrit au Dieu vivant en lui dédiant
ún Autel. Les prefens qu'il fit à l'Ab.
baye de Saint Germain , étoient auffi de
même genre . Il y avoit entr'autres vafes
un grand Mifforium , où étoit reprefentée
l'Hiftoire d'Enée avec des infcriptions
grecques , & le nom de Thorfomo
dus , qui pouvoit être celui de l'Ouvrier,
des aiguieres & baffins propres àrecevoir
l'eau des mains, fur l'un defquelsNeptune
étoit reprefenté avec fon trident . ( a )
Si on voyoit aujourd'hui un Evêque
offrir folemnellement fur les facrez Autels
un prefent de cette nature , on le regarderoit
comme fort fingulier . Les perfonnes
qui ne veulent point d'armoirie
dans les Eglifes , feroient à plus forte raifon
choquées d'une telle oblation . Mais
cela etoit pardonnable pour le commencement
du feptiéme fiecle : & s'il n'y
avoit pas de Prieres particulieres pour
fanctifier ces vaſes , on croyoit au moins,
que les offrant à l'Eglife , c'étoit lui faire
(a) Labb. fuprà. pag. 425.
B iiij con30
MERCURE DE FRANCE.
contracter une efpece de fanctification.
Peut - être auffi furent- ils échangez peu
de temps après pour d'autres , ou bien on
les referva feulement pour l'ufage civil ,
& pour fervir au Clergé lorsqu'il mangeoit
avec l'Evêque. Quoiqu'il en foit ,
il y a un temps infini que toute cette battetie
de cuifine eft difperfée du tréfor de
P'Eglife d'Auxerre. Apparemment que
quelques Juifs s'en accommoderent par
la fuite : j'entens parler de ceux qui couroient
dans le Royaume ( comme on en
voit encore de nos jours , ) & qui fçavoient
attraper fi finement les Ecclefiaftiques
& les Moines , dépofitaires des tréfors
de l'Eglife , que l'Empereur Charlemagne
( a ) fut obligé d'ordonner par
un Capitulaire formel , qu'on eût à feſe
défier de ces fortes de gens , qui fe vantoient
de pouvoir acheter en meubles
(a ) Ut finguli Epifcopi , Abbates , feu Abbatiffa
diligenter confiderent thefauros Ecclefiafticos
, ne propter perfidiam aut negligentiam
cuftodum aliquid de gemmis aut de vafis
, vel de reliquo quoque thefauro perditum
fit : quia dictum eft nobis quod negotiatores
Judai , necnon & alii gloriantur , quod quidquid
eis placeat poffint ab eis emere. Capitufare
Car. M. ad Niumag. anno 806. art . s.
Edit. Baluz. T. 1. p. 453. & lib. 1. Magna collect.
cap. 117. pag.726.
d'Eglife
JANVIER 1726 . 31
d'Eglife tout ce qui leur plaifoit , par
l'extrême facilité des Tréforiers & des
Sacriftains .
Si les Tréforiers des Eglifes Cathedrales
étoient conftituez gardiens de vafes
profanes , il leur étoit auffi permis
de conferver dans leur exterieur un
refte de ce qui defigne aujourd'hui le
profane & le feculier. Ces fortes d'Officiers
, qu'on appelloit Archiclaves , pouvoient
venir à l'Office , & occuper leur
place dans le Choeur en habit laïc , l'oi-
Teau de proye fur le poing. Je ne tire
point cela de Memoires apocriphes , mais
des Regiſtres mêmes du Chapitre de nôtre
Eglife , qui renvoyent à l'uſage de
l'Eglife de Nevers , & de fon dernier
Ceremoniel ou Ordinaire ; & cela s'obfervit
principalement les jours aufquels
les Chanoines fe revêtoient de tous les
habits qui les diftinguoient du Clergé inferieur.
C'eft ainfi que dans les Chapitres
des Eglifes Cathedrales il y a toujours
une certaine varieté , par le moyen
de laquelle on peut y appercevoir mieux
qu'ailleurs , que l'Eglife a confervé un
grand nombre de pratiques de l'antiquité
Romaine , & qu'elle s'eft contentée
de les fanctifier , & de leur donner des
fens myftiques & fpirituels . Si dans quelques
Cathedrales on a confervé ou re-
B v pris
32 MERCURE DE FRANCE.
pris l'ufage de la pourpre , ou de ce qui
en approche,c'eft qu'on a crû infpirer par
là à ceux qui la porteroient , la même
gravité qui a parû dans ceux qui en
étoient revêtus chez les Romains . Mais
fi les premiers du Corps Ecclefiaftique
ont participé à l'honneur de l'habit Imperial
, ils ont auffi crû ne devoir pas refufer
aux Rois ni aux Empereurs l'honneur
de quelques fonctions Ecclefiaftiques.
Ainfi a-t- on vû à Rome dans la
grande Eglife les Empereurs & les Rois
la Chappe fur le corps , & l'épée nuë
à la main lire une Leçon à l'Office
Nocturne des grandes Fêtes . ( a ) Que
fçai-je fi dans les Eglifes fubalternes ,
où l'on voit encore des Seigneurs Laïques
poffeder des Prébendes , il n'en a
pas été de même ? Il ne paroît donc pas
que l'Eglife ait jamais fi fort abhorré ,
que quelques-uns le croyent , l'ufage de
ce qui étoit originairement profane , ou
qu'elle étoit fi difficile , lorfqu'il s'eft
agi d'admettre dans fes pratiques , ce
qui étoit mêlé de quelque exterieur du
fiecle , lorfque la modeftie & la gravité
n'y étoient pas bleffées . Or c'est ce
qui n'étoit nullement à craindre , dans
>
( a ) Mabillon. Muf. Ital. T. 1. pag. 163. &
Tom. 2. pag. 325. 326. & 452. in Ordinib,
Rom. XIV. fæculi.
des
JANVIER 1725 33
des temps qui touchoient à ceux où l'on
avoit vû l'exterieur du Chriftianifine
s'enter fur la Gentilité .
Quoique nous ne touchions plus de fi
près a ces temps- là , nous pouvons encore
être inftruits fur certaines chofes
mieux que ceux qui vivoient il y a quelques
fiecles , par le moyen des recherches
qui ont été faites des coûtumes &
ufages de toute l'antiquité par tant d'habiles
gens & avec ce principe d'un
grand Docteur de l'Eglife , que l'homme
étant compofé de corps auffi- bien que
d'ame , il lui a fallu de tout temps
quelques rits exterieurs pour arrêter fest
fens , on conviendra qu'il eft convenable
qu'il y ait parmi les Chrétiens des
marques exterieures de la fubordination
des differens états , de même qu'il y en
a eu chez les Hebreux , les Grecs & les
Romains , & même chez les Barbares .
Comme cette Lettre eft déja trop longue
, je ne vous parlerai point des anciennes
trouvailles faites en ce païs - ci ,
qu'on n'a fait que vous defigner dans la
lettre qui vous a été écrite au mois de
Janvier. Je ferois trop long à vous détailler
ce qu'on y remarqua de curieux ,
& qui n'existe plus , au grand regret des
Antiquaires de cette Ville. Il feroit à
fouhaiter qu'il y eût un ordre pour em
B vj pêcher
34 MERCURE DE FRANCE :
*
pêcher la diffipation des Antiquitez ;
comme pour la confervation des Manuf
crits , & qu'une perfonne intelligente en
fut chargée dans chaque canton . Si on
avoit toûjours été exact à fuivre de vûë
les Manufcrits & les Antiquitez , on ne
feroit pas aujourd'hui en peine de fçavoir
le fort d'une infinité de belles chofes , que
des perfonnes peu éclairées ont laiffé brifer
ou jetter en fonte par des mains profanes
, ou qu'on a laiffé emporter fans
qu'on connoiffe l'endroit où ces curiofitez
font confervées. ( a )
y
En vous donnant avis des Medailles
trouvées à Luci , on vous a dit un mot
du Deus Terminus , qui a été trouvé il
a deux ans dans nôtre vignoble. Quoiqu'il
foit fort pefant , il n'avoit d'abord
paru n'être que de pierre tendre , parce
qu'à l'exterieur il n'eft pas plus dur que
le plâtre . Mais un malheur ayant permis
( a ) J'ai fait tout ce que j'ai pû pour découvrir
ce qu'étoient devenues les Antiquitez
qui avoient été ramaffées par Jean - Baptifte
Duval , natif d'Auxerre , autrefois Profeffeur
des Langues Orientales à Paris , fans en avoir
pû rn apprendre . Ce fut lui qui emporta à
Paris tout ce qu'on avoit trouvé d'ancien à
Auxerre jufqu'à l'an 1620. & même des groffes
pierres chargées d'Infcriptions . Il y mou
rut après l'an 1630. dans fa maifon fituée ruë
du Coq.
qu'il
4
JANVIER 1726. 35
qu'il fe foit éclatté en deux endroits ,
j'ai reconnu que cette Divinité avoit d'abord
été figurée groffierement en terre
cuite fort dure , & qu'enfuite on l'avoit
couverte d'un enduit de couleur blanche ,
de l'épaiffeur d'un de nos écus , fur lequel
le Sculpteur , qui ne paroît pas
avoir été des plus habiles , a figuré une
efpece de bufte affez groffier . Je fuis ,
&c.
▲ Auxerre , ce 2. Mai 1725 .
VERS prefente à M. C ..... le jour
de S. Denis.
Nous vous offrons pour vôtre Fête ,
Sire Denis , humble falut ;
Nous eſperions au fon du Luth ,
Pouvoir chapter à pleine tête ,
Ut , re , mi , fa , ſol , la , fi , ut ,
Mais la Mufique n'eft pas prête.
Pour répondre à nôtre defir ,
Ce docte Abbé dont les merveilles ,
Charment les fçavantes oreilles ,
N'a point affez eu de loifir.
L'em
36 MERCURE DE FRANCE.
L'embarras où le fort nous jette ,
Etant privez de ſes beaux airs ,
Me reduit , moi pauvre Mazette ,
Au foin de vous faire des Vers,
S *** le Geomettre illuftre ,
Yjoint un Difcours qui fait voir
Dans leur éclat & dans leur luftre ,.
Et vos talens & fon fçavoir.
Il m'eft doux que fa main habile
De vos vertus trace le Plan ;
L'Enée eftdigne du Virgile ,
Le Pline eft digne du Trajan.
Vôtre amitié nous eft fi chere,
Qu'on ne peut affez l'exprimer ;
Nôtre bonheur eft de vous plaire ,
Nôtre plaifir de vous aimer.
Mais parmi tous ceux qui font gloire
D'avoir le nom de vos amis ;
Faites- moi la grace de croire
Que je fuis un des plus foumis.
Le Maire.
AVIS'
JANVIER - 1726 . 37
AVIS à ceux qui envoyent aux Дúteurs
du Mercure des Memoires
concernant l'Hiftoire naturelle.
Irelle ,que le recit des évenemens foit
Left important pour l'Hiftoire natufait
avec fidelité , & par des perfonnes
inftruites. Le defir d'y répandre du merveilleux
& la précipitation peuvent
également nuire : & il femble que ce
n'eft bien meriter du Fublic ni des
pas
Sçavans , que de vouloir impofer pour
quelque motif que ce puiffe être.
Ce n'eft que depuis quelques jours
que le hazard a fait tomber quelquesuns
des Mercures de France entre les
mains d'une perſonne , qui trop occupée
d'ailleurs , n'étoit pas affez informée de
ce qui fe paffe dans la Republique des
Lettres , pour avoir connoiffance de ces
utiles & agreables Memoires , dont il
ne peut affez louer les Editeurs. Et comme
on a lû avec furprife ce qui y eft
rapporté touchant le Phenomene arrivé
à Marseille le 29. du mois de Juin de
l'année 1725. il prie ces Meffieurs
d'agréer la liberté qu'il prend de leur
adrefler les remarques fuivantes , ſauf à
eux
38 MERCURE DE FRANCE.
eux de les publier , ou de les fupprimer ;
fuivant qu'ils les jugeront utiles ou inu
tiles.
Mois de Juillet.
1. Dans l'avis inferé à la
.
page 1619.
il eft dit les vents ont varié dans la
journée , de l'Ouest
à l'Est par le Sud ,
& ont resté l'après - midi à l'Eft , petit frais.
Quand les gens de mer difent , les
vents font à l'Eft , ou restent à l'Eft , ils
entendent qu'ils foufflent venant de l'Eft,
& fe portant vers l'Oüeft. Si l'Auteur de
l'avis envoyé de Marſeille , l'a ainſi entendu
d'un vent paffager qui fe fit fentir
dans la Ville , & non du Sud - Eft , que
l'on croit qui regnoit actuellement au
large à plufieurs lieuës de cette rade ,
auroit dû dire tout le contraire , puifque
ce vent paffager venoit de terre , plutôt
de l'Ouest que de l'Eft. L'on croit
pouvoir affurer fur une obfervation qui
fut faite dans la Ville , fans aucune attention
à ce Phenomene que l'on ne foupçonnoit
pas , & fur les témoignages de
plufieurs perfonnes à qui l'on en parla
enfuite , que c'étoit le Nord- Oueſt.
Ceux qui obferverent le mouvement
des Bâtimens dans le Port , ne conviennent
JANVIER 1726. 39
hent pas du refte de l'avis . Mais la méprife
à cet égard ne tire pas à confequence.
29. Dans l'Extrait qui fuit, page 1621 .
on affigne mal l'heure de l'évenement .
Tout étoit fini , & l'eau du Port avoit
repris fon calme à 8. heures , ou peu
après. La décruë , à l'occafion de laquelle
plufieurs commencerent à s'appercevoir
du Phenomene , arriva vers les fept
heures & demie . C'eft un fait conftant &
averé. Ainfi l'on n'a pas dû dire que l'élevation
, que l'on croit avoir précedé
cette décrue ou abaiffement , n'ait
commencé qu'à neuf heures. Cependant
l'heure eft une circonftance qui paroît
effentielle à fçavoir , pour concilier ce
fait avec ce que l'on a appris qui fe paffa
ailleurs , & qui peut avoir une même
cauſe.
و
La crue & la décruë , ou fi l'on veut,
la pouffée & l'écoulement de l'eau du
baffin ne pouvoient pas manquer de
faire rouler & de déplacer la vafe en quelques
endroits . C'eſt tout ce qu'on auroit
dû annoncer au Public , pour ne pas donner
lieu de chercher des cauſes d'un effet
purement fuppofé.
} 3º. Dans un autre Extrait , page 1622 .
outre que l'on s'eft encore trompé fur
l'heure de l'évenement , l'on a exageré
en
40 MERCURE DE FRANCE.
en des endroits qui peuvent être de quel
que importance. Les deux Vaiffeaux que
F'on vit fortir du Port , étoient amarrez
à fon entrée auprès de la chaîne , où la
violence du torrent & l'élevation de
l'eau , furent incomparablement plus
fenfibles , que dans tout le refte du baffin.
Il
y eut peu
de mouvement au milieu
du Port , du côté de la rive neuve,
& il ne s'en détacha aucun Bâtiment ,
qui ait été porté hors du Port. Le Pacquebot
ne revint pas de fi loin , ni de la
maniere qu'on le dit . Il fit , à la verité ,
vers l'entrée du- Port, quelques allées &
venues au gré du flot ; mais comme il
avoit tout fon équipage , il manoeuvra
fi bien qu'il gagna le large , & fe fauva.
L'autre Vaiſſeau , après être rentré &
refforti , roula en tournoyant auprès du
Fort de S. Jean , comme par l'effet de
quelque tourbillon , & heurta contre la
Galerie de la Tour quarrée , où il rompit
fon Beaupré , &c .
On fuppofe gratuitement , que dans
cet intervalle tous les Bâtimens qui
étoient dans le Port jufques vers l'Hô
tel de Ville , fe fracafferent en heurtant
les uns contre les autres : & c'eft par
une liberalité mal fondée , que l'on affigne
pour caufe de ce prétendu fracaffement
, du bouillonnement du fond & de
la .
JANVIER 1726. 47
la vafe du Port qui ne fut remarqué de
perfonne. Il y a apparence que cette fup:
pofition a été meditée après coup , pour
appuyer la décifion précipitée de ceux
qui ont d'abord publié , que le Phenomene
étoit l'effet de quelque tremblement
de terre , ou de quelque inflam
mation fubite des exhalaifons fouterraines
Mois d'Aouft.
1. Si les recits précedens euffent été
faits avec plus de bonne foi & de connoiffance
, l'on auroit pû attendre des
Sçavans éloignez , des explications plus
juftes que celles qui ont été publiées .
M. Boyer , Medecin du Roi qui a le
premier déclaré fon fentiment , dans fa
Lettre aux Auteurs du Mercure , page
1756. croyant qu'il n'étoit rien arrivé
hors du Port , parce qu'on l'avoit ainfi
avancé contre la verité , a crû trouver
la caufe de cet évenement dans quelque
violente fecouffe & tremblement de terre
, comme l'avoient penfé d'abord bien
des gens , avant qu'on eut eu le loifir
d'être mieux informé , & il a , ce femble,
voulu défigner le lieu à peu près ou s'eft
faite cette fecouffe , ou du moins en indiquer
la vrai-femblance en parlant
d'un petit trou fous l'eau en forme de
,
puits
42 MERCURE DE FRANCÊ
puits perdu , à quelque distance de l'en
trée du Port , qui n'eft connu que de
peu de perfonnes , & dont les Pêcheurs
que l'on fçait être fort portez à la fuperftition
, prennent occafion d'augurer
des changemens de temps , lorfque les
immondices que l'on croit s'y rendre &
y croupir , excitent par leur fermentation
, ou autrement , quelque bouillonnement
qui fe rend fenfible à la furface
de l'eau. Il eſt vrai que cela arrive quelquefois
mais ceux qui voudroient en
tirer quelque induction , doivent fçavoir
que le temps
de ces bouillonnémens
n'eft aucunement reglé , qu'il ne s'y eft .
jamais produit autre chofes que l'endroit
eft à plus de 30. toifes hors de l'entrée
du Port , au lieu de 3. ou 4. que lui don
ne M. Boyer , & que fon diametre eft
de plus d'une toile & demie ; en forte
qu'il faudroit que ce trou eut changé de
place & fe fut confiderablement agrandi
depuis que ce Medecin , en le fondant
comme il dit , trouva que fon ouverture
n'avoit que 3. ou 4. pieds .
,
20. Il y a erreur de lieu & de tems
à la datte de la Réponſe de M. du Marfais
, à M. Dalmas , inferée à la page
1788. Cette Réponſe , qui dans le Mercure
paroît être écrite de Paris le 12 .
d'Août , avoit été luë à Marſeille dès
2
le .
JANVIER 1726. 43
le mois de Juillet , & étoit dattée de
Juilly le 10. Juillet. L'on remarque exprès
cette méprife , parce que l'on croit
que fi M. du Marfais avoit attendu jufques
au 12. d'Août , pour être informé
de plus de circonftances qu'il n'en avoit
appris par la Lettre de M. Dalmas , dattée
du 2. Juillet , il auroit pû affigner de cet
évenement une cauſe réelle , au lieu de
former une hypotefe trés ingenieuſe à la
verité , mais purement arbitraire , & qui
n'eft pas fans quelque difficulté.
Mois de Septembre.
Le R. P. Caftel dans fa Lettre du 22
Aouft , inferée au mois de Septembre ,
page 1975. prend occafion du Phénomene
de Marfeille , pour combattre avec
vehemence le fentiment oppofé au fien,
fur la caufe generale du flux & reflux
de la mer . On efpere que ce R. P. ne
trouvera pas mauvais , que fans ofer afpirer
à l'honneur d'entrer en lice avec
lui , on faffe remarquer au Public , que
c'eft fans raifon & fans aucune preuve
qu'on a pû lui avancer , que lors de l'évenement
le fond de la mer étoit plus
agité que la furface , puifqu'il n'eft per- рев
fonne de ceux qui avoient les yeux ouverts
fur le lieu , qui s'en foit apperçu,
&
44 MERCURE DE FRANCE
& que c'est encore avec moins de fonde
ment que l'on ajoûte , que l'on y voyoit
de fable bouillonner , la vafe fe gonfler ,
les cailloux s'entre- beurter , qu'il y eus
un bouillonnement de l'eau , tout femblable
à celui qu'on voit dans un vafe qui eft
plein d'eau fur le feu , &c. Tous ces faits
font fi peu averez & fi peu crus, qu'il n'y
a pas apparence qu'ils puiffent être employez
efficacement pour détromper les
Lunatiques , non plus que les faifeurs
d'hypothefes , vrais Philofophes Romanciers
dont parle le R. P. Caſtel .
Mois d'octobre.
L'on pourroit bien confirmer par la
Lettre du R. P. Mottet , inferée à la
page 2389. que celui qui a inftruit le
R. P. Caftel fur les circonstances du Phénomene
, a voulu lui impofer ; car malgré
l'attention du P. Mottet , & les recherches
exactes qu'il a pû faire fur le
lieu pendant plus de fix femaines , il n'a
pû apprendre rien de femblable , aux faits
prétendus du bouillonnement de l'eau du
Port , du gonflement de la vafe & de
l'entre-heurtement des cailloux , dont ce
Profeffeur de Philofophie , que l'on sçait
être très habile , n'auroit pas manqué
de faire mention dans fa Lettre , pour ap
puyer
JANVIER 1726. 45
puyer l'opinion où il eft , que la caufe
de cet accident n'eft autre que la caufe
ordinaire des tremblemens de terre. 11
feroit à fouhaiter qu'il eût voulu prendre
connoiffance de ce qui s'eft paffe au
large , & près de terre , dans toute l'étendue
de la Côte , comprife depuis la
Plage d'Aren jufques à Caffis.
que
Il n'eft pas certain que l'événement
ait commencé par une diminution de l'eau
du Port ; comme le fuppofe l'hypotefe
du R. P. Mottet , auffi bien que celle
de M. du Marfais ; bien des gens loutiennent
le contraire. D'ailleurs la Colomne
d'eau eft un fait difficile à croire,
puifqu'elle n'a pas été vue comme elle
auroit dû l'être , ainfi que M. Gerbier
le fait remarquer dans fa Réponſe inferée
à la page 2395. Mais il femble
ce dernier en difant qu'il y avoit des
Pêcheurs au large , auroit dû s'expliquer .
Peut- être a- t - il voulu dire qu'il y en avoit
en divers endroits du Rivage & de la
Côte où ils ont leurs refidences ; car il
y a peu d'apparence qu'ils fuffent en
mer le jour de S. Pierre qui étoit leur
Fête. Mais il ne manquoit pas d'autres
Obfervateurs à Aren , aux Infirmeries, à
la Joliette , à la Tourette , aux Citadeles,
à N. D. de la Garde , au Château d'If,
à Montredon , & c. outre une infinité de
Bafti46
MERCURE DE FRANCE ,
Baftides ou maifons de campagne , d'ou
l'on auroit pû appercevoir la prétendue
colomne. F. H. E. C.
EPITRE de M. Cary à M. de la Vifelede
C
Her la VISCLEDE , la Provence
Doit celebrer de fibeaux jours ;
Tu feras bien-tôt dans la France ,
Oublier nos vieux Troubadours.
Les neuf Soeurs te font favorables ,
Les quarante l'ont attefté ;
Deux triomphes fi memorables ,
Fixent ton immortalité.
Cependant ta plume s'apprête ,
Ceux-ci ne font pas les derniers ;
Et bien-tôt je verrai ta tête ,
Ceinte des troifiémes lauriers .
Mais alors ta Mufe contente ,
Du rang qu'elle tient fans rivaux ,
Doit dans fa fortune brillante
Gouter le fruit de ſes travaux ,
Elle verra d'un oeil tranquille
Afpirer à pareil honneur ' ;
Ceux
JANVIER 1726. 47
Ceux qu'un fuccès fi difficile
Anime d'une noble ardeur.
Couronne une gloire immortelle ,
Ceux qui dans le facré vallon ,
Suivront un fi parfait modele ,
Digne favori d'Apollon.
Et puiffions- nous voir la VISCLEDE
Accablé de biens & d'honneur
Des glorieux prix qu'il poffede
Devenir le diftributeur.
REPONSE de M. de la Vifelede
Cher CART, vôtre compliment ,
Me comble d'une joye extrême ,
D'un ami que j'aime , & qui m'aime ,
J'y reconnois l'empreffement.
L'encens que vôtre main apprête
Eft dangereux en verité ;
Plus l'encens eft bien apprêté ,
Et mieux il fait tourner la tête.
Contre cet aimable poiſon ,
Qui de vôtre plume diftile ,
Mon efprit un peu trop facile ,
A grand beſoin de ſa raiſon .
C C'eft
48 MERCURE DE FRANCE ,
C'est elle qui me dit fans ceffe ,
Que les éloges fi fleuris ,
Que vous donnez à mes écrits
Partent de vôtre politeffe .
Je vous marquerai foiblement •
Et mon retour , & mon eftime ;
Difficilement on exprime ,
Ce que l'on fent bien vivement,
NOUVEAU MEMOIRE fur le
Royaume d'Yvetot.
L
A Province de Normandie n'eft pas
la feule qui puiffe fe vanter d'enfermer
dans fon fein un Royaume comme
celui d'Yvetot.
La Flandre , le Hainaut , le Brabant
& d'autres Provinces des Pays- Bas ont
les mêmes avantages , & renferment de
petits Empires , Royaumes , & Princi
pautez Souveraines , auffibien fondées les
unes que les autres.
Il n'a pas fallu inventer des Fables
pour les ériger , la nature libre d'ellemême
les a produites .
Ceux qui ont penetré dans l'antiquité
悲
JANVIER 1726.
4.9
ont trouvé une infinité de terres libres,
& indépendantés de toute domination.
Ce n'est que par la puiffance des grands
Seigneurs que les petits Seigneurs ont
été affujettis , & que ceux qui en
étoient les proprietaires ont été fujets à
leur rendre les devoirs de fujets.
Quelques beaux noms que l'on ait
donné à ces prétendus Royaumes &
Principautez , ce n'étoient que des francs
alleux qui jouiffoient des exemptions
qui leur étoient naturelles.
Les proprietaires les tenoient de Dieu
& du Soleil , de Dieu & de l'Epée. Le
Chapitre de Tournay a une Seigneurie ,
nommée Melle , qu'il prétend ne tenir
que de Dieu & de Nôtre- Dame.
Les neceffitez publiques ont enfanté
les impofitions , il n'y a d'exemption que
pour ceux qui ont eu du credit pour s'en
faire exempter , ou qui en ont merité
l'affranchiffement par des fervices importants.
L'Hiftoire fait mention d'une infinité
de petites guerres , qui fe font faites
dans differentes Provinces , en vûë d'affujettir
ceux qui refufoient de reconnoître
un Souverain.
Il y en a eu une fameufe entre les
Comtes de Hainaut & les Ducs de Brabant
, au fujet de la Seigneurie de Lem-
C ij becq .
30 MERCURE DE FRANCE.
becq, que ces deux Princes prétendoient
être de leur domination , & qui par ce
differend eft reftée dans une neutralité
qui approche de la Souveraineté .
11 y en a eu une autre entre les Comtes
de Flandres , & les Comtes de Hainaut
, au fujet de la terre de Flobecq , &
de Lelines , qui a été terminée en faveur
de ce dernier Comte on pourroit en
rapporter encore d'autres exemples.
Le Royaume ou la Principauté d'Yvetot
a confervé fon indépendance , non
par l'érection de cette terre en Royaume
ou Principauté Souveraine , mais en fe
maintenant dans une franchiſe qu'elle
tenoit de fon origine , & à laquelle on
n'a encore donné aucune atteinte .
Il y a dans les Pays - Bas quantité de
femblables terres franches . L'Abbeffe de
Nivelle , en Brabant, fe qualifie de Princeffe
, & jouit de quelques droits Regaliens
, dans les terres de fa premiere fondation.
L'Abbaye de S. Amand prétend les
mêmes droits , en vertu d'un titre du
Roi Dagobert , fon fondateur.
Celle de S.. Vaaft d'Arras prétend nonfeulement
les droits Regaliens ; mais encore
les Epifcopaux , fuivant l'Epitaphe
qu'ils ont fait mettre fur le Tombeau du
Roi Thierry , où il eft dit que ce Prince
K
&
JANVIER 1726. 3r
& l'Evêque de Cambray , nommé Vindicien
, leur ont accordé ces prérogatives.
Nobis Regale dant & Pontificale.
L'Abbé de S. Pierre de Gand fe dit
Prince de Camphin dans la Châtellenie
de Lille.
Et fi l'on veut rechercher les Abbayes
fondées par nos Rois de la premiere &
de la feconde race , on en trouvera peu
qui ne fe vantent d'une Souveraineté ,
ou d'une franchiſe qui en approche .
C'est ce qui a authorifé plufieurs Evêques
, Abbez & Abbeffes de fe donner
les titres de Ducs , Princes , Comtes
Souverains & Seigneurs , tant au ſpiri
tuel qu'au temporel , dont ils jouiffent
encore à prefent , quoique leurs Souverainetez
prétendues ayent été affujetties
aux loix commuffes des Pays où ils ont
été fondez.
Les Seigneurs de Trafegnies , de Fumay
& de Revin ſe flattent de tenir ces
terres en Souveraineté.
Le Royaume des Eftimaux , dans la
Châtellenie de Lille , n'eft à prefent
qu'une fimple juſtice Vicomtiere , à qui
il ne reste plus que le nom illuftre qu'elle
a confervé ; il eft dans la maifon des
Comtes de Wletteren , du nom de Vignacourt.
C iij
La
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
La Souveraineté prétendue de Hau
bourdin , près cette Ville de Lille , fe
trouve réduite au titre de Vicomté.
Le Royaume de Maude , prés de Tournay
, eft fi petit qu'on auroit peine à y
trouver le labourage de trois charuës .
Les Rois de l'Epinette n'étoient que
des particuliers qui prefidoient aux
Jouftes , & décidoient fouverainement
les differends qui y arrivoient.
L'Empire de Blandain , entre les Villes
de Lille & Tournay , n'a pris ce nom
que pour le fouftraire aux charges pu- .
bliques , à quoi il n'a pas réüffi.
Les Maîtreffes des Beghinages de
Gand , de Malines , & autres , font nommées
Souveraines , les métiers même ont
leurs Maîtres Souverains ; mais ce ne
font que titres d'honneur , qui ne donnent
d'authorité que pour faire executer
les Reglemens de ces maifons & de ces
Métiers .
Quant à la franchife d'Yvetot , à qui
on a donné le nom de Royaume , on
peut dire que c'eft
par une espece d'u
fage qui n'eft pas fans exemple.
die
Ce Royaume pré endu auroit dû être
de la dépendance des Ducs de Normancomme
étant entierement enclavé
dans cette Province ; mais les Seigneurs
de cette terre n'avoient jamais voulu
>
rendre
JANVIER
1926. 53
tendre à ces Ducs aucuns devoirs de fujettion
, ni de vallalité.
Pour fe maintenir dans leurs franchifes
, ils ont eu recours à la protection de
nos Rois , ce qui a fait dire qu'ils n'étoient
pas du Duché , mais du Royaume' ;
& par une maniere de parler qui étoit
autrefois en ufage , on a dit Royaume
d'Yvetot , au lieu de dire Yvetot du
Royaume , comme on dit encore Caën
en France.
Le Royaume de Maude s'eft formé de
la même maniere.
Le Village de ce nom eft compofé de
deux parties , dont l'une eft de la Province
de Hainaut , & l'autre du Tournefis
, qui eft de toute ancienneté du Royaume
de France.
Pour diftinguer les deux parties de ce
Village , les habitans fe font dits , lés
uns de Maude Hainaut , les autres de
Maude Royaume , ce qui a formé le
Royaume de ce nom , qui n'en eft pas
plus privilegié , pour porter un fi beau
titre .
La Souveraineté
de Haubourdin , dans
la Châtellenie de Lille , n'étoit tout au
plus qu'un franc alleu. Nôtre Roi Henry
IV. à qui elle appartenoit , difoit qu'il
ne la tenoit que de Dieu & de fon épée.
Il la vendit avec tous les droits de Sou-
C- iiij verais
1
54 MERCURE DE FRANCE.
veraineté , qui y étoient attachez . Ceux
qui l'ont acquife de ce Prince , s'en font
quelquefois qualifiez Souverains ; mais
les Archiducs Albert & Ifabelle , Sou--
verains des Pays -bas , ayant fait examiner
les raifons de ces Seigneurs , ne les ont
pas trouvez affez fortes pour reconnoî
tre la Souveraineté , & les exemptions
de cette terre.
Les Seigneurs d'Yvetot fe font fait
maintenir dans leurs franchiſes . Plufieurs
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
des Pays -bas , ont auffi obtenu des confirmations
de leurs anciennes exemptions.
Ils font en cela femblables les uns aux
autres , puifqu'ils n'ont d'autre liberté que
la naturelle , confirmée fucceffivement
par des Princes , qui ont trouvé qu'il
étoit de la juftice de les traiter avec plus
de dignité & de diftinction que leurs autres
fujets.
A Lille , ce 31. Octobre 1725 .
SONA
1
JANVIER 1726. 55
WE MW¥¥¥¥¥¥
SONNET , fur les Bouts - Rimez , propofez
dans le Mercure du mois de Juin dernier.
J
E ne fuis point tenté de courir la Calabre,
N'y d'aller admirer les Palais d' Ifpaham ,
Sans vifiter les lieux qu'habitoit Abraham,
Je fçay bien qu'il n'eft rien que le temps ne
Delabre
J'aime mieux voir d'Iris les levres de Cinabre
Que l'antique terrain cultivé par Adam :
Près d'elle , plus heureux qu'un Bourgeois d'
Amfterdam ,
Des Arabes cruels ,je ne crains point le Sabre.
Je préfere mon fort à celui d'un
J'eftime cent fois plus Paris que
Agai
Malaga ,
Et que les riches bords ou l'on pêche la Perle
J'y trouve des tendrons , du vin & du Caffé ,
J'y bois comme un Abbé , j'y jaſe comme un
Merle :
Quand on peut vivre ainfi , n'eft on pas né
Coëffé ?
Le Maire.
Cv LET
36 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE du R. P. C * * * à M. A * *
C *** A ***
écrite le 26. Novembre 1725. fur le
flux reflux des Mers , &c.
MONSIEUR ,
Quoique je ne réponde pas volontiers en
public à des Lettres anonymes , & que
vous n'ayez pas voulu que vôtre nom parut
dans celle du 3. Novembre dont vous
m'avez honoré cependant la jufteffe de
vos reflexions , & vôtre maniere polie
& impartiale, m'engagent à vous fatif
faire fur les trois ou quatre Articles que
vous fouhaiteriez de voir éclaircis dans
mon fyftême du flux & reflux des mers .
Vos doutes font d'un homme intelligent,
qui fent le fond des chofes , & qui fans
tout ce verbiage furanné d'hypothefes
courantes , ´va tout d'un coup au vrai
noeud de la difficulté.
Je conviens avec vous , que les deux
points capitaux , fur quoi doivent rouler
deformais toutes mes explications à cet
égard , font la regularité du flux , & fon
rapport au mouvement de la Lune .Vous
n'exigez pas apparemment que dans une
lettre.
JANVIER 1726. 57
lettre je traite à fonds cette matiere ,
ainfi vous me ferez la grace de ne vous
preffer pas de triompher
, comme
certaines
gens , qui , fans
penfer
au lendemain
, croyent
que dès qu'on
parle , on
dit tout ce qu'on
a à dire ; mais ce n'eft
pas à ces gens -là que je parle ; c'eſt à
& je veux bien vous en dire affez,
pour
meriter
que vous
fufpendiez
au
moins
vôtre
jugement
, jufqu'à
ce qu'il
me convienne
de dire tout ce que j'ay à
dire là-deffus.
vous ,
1. Comme je n'aime pas les repetitions
, je fuppofe que vous avez lû mon
fyftême general de la pefanteur , & bien
des morceaux que j'en ai inferez dans
divers Ouvrages periodiques ; j'ai droit
de le fuppofer , & il me paroît tout- àfait
contre l'équité , que des gens veüillent
juger d'une Piece relative à vingt
autres , fans avoir aucune connoiffance
de ces autres . Qu'ils fortent de leur Province
, & fe mettent au fait de la litterature
, alors ils jugeront en maîtres de ce
qui eft , & de ce qui n'eft pas. Jufqueslà
je me crois difpenfé de leur répondre,
étant difpenfé de redire vingt fois la même
chofe. Je fuppofe donc que vous connoiffez
mon fyftême du feu central , de
circulation terreftre , d'interruption d'é-
C vj quili
38 MERCURE DE FRANCE:
quilibre , & de balancemens alternatifs
& periftaltiques.
Cela fuppofé , je dis que les eaux
qui circulent entraînent au centre de la
terre des fels , des fouffres , des corps
combuftibles , qui peu à peu s'échaufent
felon mon fyftêine de réaction ( affezexpliqué
ailleurs ) & à la fin s'y embraſent
avec violence , comme le charbon ou le
bois qu'on met fur un feu . C'eft cet embrafement
, & les vapeurs , & les exhalaifons
qui en émanent , que je crois la
caufe précife du foulevement des Mers ,
tantôt en un endroit , tantôt en l'autre ,
& plus ou moins grand dans l'un que
dans l'autre , felon que ces endroits reçoivent
plus ou moins immediatement ,
& en plus ou moins grande quantité les
impreffions & les écoulemens de ce feu
ctral. Cet embralement eft fuivi d'une
diffipation , & par confequent d'un rallentiffement
dans le feu central , & lę
flux eft auffi fuivi d'un reflux , comme
la plenitude & le gonflement du coeur
eſt ſuivi de fon évacuation & de fa contraction
, comme la fermentation du levain
fievreux eſt ſuivi de fa diffipation.
Mais le fang rentre dans le coeur , le levain
fievreux s'amalle de nouveau , de
mê ne auffi il fe forme dans le centre de
la terre de nouveaux amas de matieres
com
JANVIER 1726. 59
combustibles , qui donnent lieu à un nou
vel embraſement , à une nouvelle diffipation
, à un nouveau gonflement des
Mers , & c.
Il n'eft donc pas furprenant que le
flux foit auffi regulier que l'eft le mouvement
du coeur , l'accès de la fievre ,
ou le mouvement d'une Pendule ; en un
mot , celui de toutes les chofes dont l'équilibre
eft rompu , & qui fe forment
par des accroiflemens fucceffifs de mouvement
ou de matiere : voilà pour le
premier Article.
2. Pour ce qui eft du rapport de ce
mouvement à celui de la Lune , il y a
bien à dire ; ' mais je tâcherai d'abreger.
1. Je prie les Partifans de la Lune de
s'accorder , & fi fon action fur les Mers
eft fi fenfible , de nous dire une fois pour
toutes , fi c'eſt par fon humide radical ,
comme le prétendoient les Anciens , par
fa preffion , comme le prétendoit Def
cartes , ou par
fon attraction , comme le
prétend aujourd'hui M. Newton , que cet
Aftre caufe le flux & reflux . Il y a plus ,
& il faut 2. qu'on s'accorde avec la nature.
Faut-il que la Lune foit à l'horifon?
faut-il qu'elle foit au Zenith faut- il
qu'elle l'ait paffé , ou qu'elle foit même
fous l'horifon pour que le flux commence
, & qu'il finiffe ? car s'il y a un rapport
60 MERCURE DE FRANCE .
•
port fi marqué entre le mouvement de
cet Aftre & celui des Mers , & qu'on
veuille m'en rendre partifan , il faut
qu'on le détermine , afin que je puifle
me fixer à quelque chofe. Or preuve évidente
qu'il n'y a rien de déterminé à cet
égard , c'eſt que les contradictoires font
également affirmez par les plus habiles
partifans du fyftême lunaire , Descartes
voulant que la Mer s'abaiffe fous la
preffion de la Lune , & M. Newton voulant
qu'elle s'éleve vers la Lune par attraction
.
,
3. En effet , en certains endroits le
flux cominence lorfque la Lune eft à
l'horifon , & d'autres , lorfqu'elle eft au
Zenith , & d'autres , lorfqu'elle eft à
l'horifon occidental , & d'autres , lorfqu'elle
eft fous l'horifon ; & il n'y a
pas de point intermediaire ni d'heure
lunaire , qui ne foit l'époque du flux
pour quelque endroit , je dis fur les mêmes
côtes , & fous les mêmes meridiens.
Ce font des faits cela , & ceux qui viennent
me citer les obfervations des Marins
, peuvent croire que je les ai lûës
peut - être mieux qu'eux , & que c'eſt cette
lecture , accompagnée de quelques reflexions
, qui m'a defabufé du fyftême lunaire
dont j'ai été auffi partifan en mon
temps.
JANVIER 1726. 61
4. Belle conformité que celle qui regue
entre la Lune & le flux ! la Lune
paffe une fois le jour fur pos Mers , or
nos Mers s'élevent & s'abaiflent deux
fois le jour. A entendre parler les partifans
de la Lune , on croiroit que le
flux eft monté à l'uniflon du mouvement
de cet Aftre , & qu'il regne autant` d'uniformité
dans l'un que dans l'autre : mais
qu'il s'en manque !
5. On croiroit au moins , que le flux
eft une montagne d'eau , qui roule d'un
mouvement continu & regulier d'Orient
en Occident , & de l'Equateur aux Poles
, fauf quelques legeres variations fort
faciles à difcerner ; ceux qui n'ont lû
que les livres des Phyficiens , ne doutent
pas que la chofe ne foit ainfi , parce
qu'ils y ont une des belles figures , dans
lefquelles on reprefente la terre couverte
d'eau fous une figure ovale , & qu'on
leur fait entendre que cette figure répond
& fuit le mouvement de la Lune.
De forte qu'ils font bien étonnez , lorſqu'on
leur fait voir , felon le rapport des
Marins , le flux partagé en des milliers
de flots differens , qui font plus grands
en une Mer qu'en l'autre , qui ſouvent
même regnent dans toutes les extrêmirez
d'une Mer , fans regner dans cette Mer
intermediaire , mais qui furtout courent
dans
62 MERCURE DE FRANCE:
dans l'une de l'Occident à l'Orient , dans
l'autre du Sud au Nord , dans l'autre du
Nord au Sud , & fuivent, en un mot , tous
les rhumbs de vent ; car il n'y a , dit
Fournier dans fon Hydrographie , livre
9. ch. 16. » aucun flux & reflux qui re-
» gne univerfellement par toutes les cô-
» tes , par exemple , és côtes de l'Europe
, les marées y roulent fi diverſement,
» qu'en cette Mer il y a prefqu'autant
» de mouvemens & chutes differentes ,
» qu'il y a de côtes dans fes Provinces :
or ce que dit Fournier , tous les gens de
mer le difent ; qu'on life la Geographie
de Varene , l'Atlas , & tous les Journaux
de mer , je n'en citerai qu'un exemple.
Le détroit de Magellan eft entre deux
grandes Mers , l'Atlantique & la Pacifique
, & cependant le flux y arrive en
même temps de ces deux Mers , venant
ici de l'Occident , & là de l'Orient , ou
plutôt du Nord .
"
6. Je ne dis rien des Mers qui n'ont
point de flux , de celles qui n'en ont
qu'un par jour , de celles qui en ont
trois , quatre , ou davantage : je vous ai
demandé permiffion de ne dire pas tout
pour cette fois , & en voilà peut - être
affez pour conclure que le flux n'a point
de rapport au mouvement de la Lune . Je
m'en rapporte aux défenfeurs du Lunatilme
JANVIER 1726. 63
*
tifme des Mers , je dis à ceux qui ne font
pas fi aveugles partifans d'une hypothefe
, qu'ils ne fe piquent auffi de connoître
la veritable hiftoire de la nature ;
Fournier , Varene , tous avouent qu'après
avoir trouvé une convenance generale
entre la Lune & le flux , elle difparoît
dans le détail des divers flux , & qu'il n'y
a pas moyen de les bien concilier.
7. A la verité , comme l'habitude de
penfer de tous les temps eft pour la Lu
ne , on s'en déprend avec peine , on a
donc recours à la pofition des Mers , des
Ifles , des côtes , des fonds , aux goufres
qui font au fond des Mers , aux courants,
& aux feux fouterrains , pour 'y trouver
des caufes generales des modifications du
mouvement uniforme que caufe la Lunes
mais outre que dans le détail particulier
on ne voit rien qui favorife ces prétendues
modifications d'un mouvement qui
eft par tout réellement difforme & va
rié ces caufes particulieres à quoi on a
recours, étant fuffifantes pour produire autant
que pour varier le flux , le fyftême
lunaire me paroît de refte & imaginé en
pure perte.
8. Mais dans chaque endroit , dit- on ,
le flux s'accorde affez bien avec le mouvement
de la Lune , enforte qu'à la vûë
de l'un on peut prévoir l'autre : voilà
d'ob
64 MERCURE DE FRANCE.
و
l'objection la plus forte , & j'ofe dire le
feul noeud du fyftêine lunaire : mais outre
que ce rapport n'eft pas auffi exact
qu'on le fuppofe , & qu'il arrive des variations
fans fin à cet égard , comme je
le ferai voir en temps & lieu , & comme
je le fis remarquer il y a un an , au
fujet d'un flux extraordinaire arrivé à
Porfinouth dont le Mercure a parlé
ce rapport n'eft pas plus grand que l'eft
celui de la fievre , des maladies épide
miques , de la feve des arbres , de la pienitude
des écreviffes , & de mille autres
fymptomes ou Phenomenes reguliers &
periodiques , qui dès là même qu'ils font
reguliers , fe trouvent avoir un rapport
avec la Lune , & avec tout ce qui eft regulier
, fans en excepter nos horloges.
Dira - on que la Lune caufe ou regle
les maladies épidemiques ? j'aimerois au
tant dire que nos horloges en font la
caufe.
t
9. Le Peuple , à la verité , rapporte
tout à la Lune , & il faut bien que dans
la genealogie du Lunatifme des mers , les
Philofophes fe réfolvent de bonne grace à
voir le peuple en jetter les premieres
femences , & en favorifer tous les progrès.
Car avant qu'il y eut des Philofophes
, & depuis qu'il y en a , le peuple
a toujours attribué à la Lune le flux ,
comme
JANVIER 1726.
65
comme il lui a attribué l'Empire fur les
févres , fur les peftes , fur toute forte
de maladies épidemiques , fur tout ce
qui eft , en un mot , régulier & periodi
que. Peu à peu les Philofophes fe font
détrompez de l'erreur du peuple ; il n'y
a gueres que les mers , fur quoi ils lui
ont fait grace ; mais je puis bien répondre
qu'il ne tiendra pas à moi , que je
ne dépopularife en ce point tout- à - fait la
Philofophie ; je ne me vante pas cependant
d'y réuffir .
10. Ceux qui font partir de la circonference
du Tourbillon de la terre le
mouvement qui agite les mers , ne pren
nent pas garde que c'eft bien plutôt le cen
tre qui donne la loi & le ton à la circonfe
rence & à tout le tourbillon , puifque
c'eft fur ce centre , comme fur un point
fixe que font buttées toutes les parties qui
font dans l'enceinte de ce tourbillon ;
de forte que je trouverois moins étrange
qu'on fit le mouvement des mers , le
principe de celui de la Lune , que celuici
le principe de l'autre. Sur quoi , pour
montrer combien je fuis plus amateur de
la verité , que d'aucune penfée qui me
foit particuliere , je vous ferai entrevoir
une efpece de conciliation du fiftême lunaire
avec le mien.
11. Villemot , comme bien d'autres,
ay bit
#6 MERCURE DE FRANCE
avoit bien fenti que la Lune étoit un
trop petit objet dans notre tourbillon ,
pour lui faire tout l'honneur du flux &
reflux des mers ; il a donc taché d'agrandir
la fphere de cet aftre, en lui donnant
une vafte atmoſphere , dont l'impreffion
pût devenir fenfible fur nos mers : agran
diffons la un peu plus , & penfons que
le centre de la terre eft en effet preffe
par le poids , non- feulement de la terre
entiere & de la Lune , mais auffi de tout
le tourbillon qui s'étend depuis la terre
jufqu'au delà de la Lune ; imaginons enfuite
ce que j'ai démontré ailleurs , que
l'équilibre étant rompu dans toutes les
parties de la terre , cette preffion du centre
& des matieres qui forment la fphere
centrale , leur donne une force de reaction
, qui fait que les parties fluides &
détachées du globe terreftre , s'élevent
tantôt ici & tantôt là , & que ces élevations
font fuivies d'abbaiffemens altertifs
, auffi reguliers que ceux d'une Pendule
; non- feulement les eaux , mais l'atmoſphere
même , & toute la matiere
fluide du tourbillon , & la Lune même
qui y nage , auront part dans ces balancemens
, avec cette difference , que la Lune
étant plus éloignée du centre , aura ces
balancemens plus lents & plus longs que
les mers. Car , pour le dire en paffant ,
ce
JANVIER 1726. 67
ce n'eft pas avec le mouvement circu
laire de la Lune autour de la terre , mais
avec fon mouvement en hauteur du Perigée
à l'Apogée & de l'Apogée au Perigée ,
le flux & reflux des mers a le plus
que
de rapport : & ce que je dis ici mérite
peut-être quelque attention ; mais du
refte il n'eft pas étonnant que le mouvement
de la Lune & celui des mers dé- Y
pendant de l'action du même centre de
la terre , ayent une certaine convenance
l'un avec l'autre. Je fuis , &c. C. J.
A LA RE IN E.
STANCES.
( Elles fe peuvent chanter für un Vaudeville
très connu. )
J
Eune & vertueufe Princeffe ,
Epouſe du plus grand des Rois ;
Avec la commune allegreffe ,
Souffrez que je mêle ma voix.
Vos Vertus & votre naiffance
Méritoient un illuftre Epoux ;
Le Ciel , par fa toute Puiffance ,
Yous en donne un digne de Vous.
Cette
68 MERCURE DE FRANCE
Cette favorable Alliance ,
Qui fait l'objet de nos Concerts ,
Doit donner des Rois à la France ,
Et des Heros à l'Univers.
Venez, aimable Souveraine ,
Regner en nos heureux Climats ;
Et que les Nymphes de la Seine ,
Admirent vos divins appas .
Nous brûlons de vous voir paroître ,
Comblez notre felicité ;
Sous votre Regne doit renaître
Le premier fiecle ſi vanté.
Puiffe le Souverain du monde ,
Par vous faire fleurir les Lys ;
Et que dans une paix profonde
Vous voyez
les Fils de vos Fils .
Et videas filios filiorum tuorum patem fuper
Ifrael. Pfal, 127. V. 7.
RE'PONSE
JANVIER 172. 69
REPONSE au R, Pere Castel , fur fon
Explication du flux & reflux , par
M. De la Bruyere , Capitaine Ingenieur,
&.
MON
REVEREND PERE ,
J
Il feroit à fouhaiter que vous euffiez
voulu nous inftruire de votre fiftême
touchant le flux & reflux de la mer , &
même que vous en euffiez donné quelques
preuves dans la Lettre que vous avez
écrite , au fujet du Phénomene de Marfeille.
Les Phyficiens , comme vous ſçavez
, ne fe payent pas de traits de plaifanteries,
ils les rejettent comme,fufpects,
& ne s'attachent qu'à l'effentiel des chofes
, & à la jufteffe du raifonnement . Les
engagemens que vous avez pris de démontrer
votre propofition , me paroiffent
difficiles à remplir , & quelque ha
bile que vous foyez , je doute que vous
en veniez a bout ; car ce ne font point
( comme vous le prétendez ) de fimples
convenances que vous avez à combatre,
mais des rapports reglez & fuivis , qui'
par des révolutions periodiques , ramenent
70
MERCURE DE FRANCE.
nent fucceffivement les mêmes combinai
fons , variées dans tous les endroits differens
, mais toujours conftamment les
mêmes dans chaque endroit particulier.
•
C'eft de cette varieté , mon Reverend
Pere , que vous avez tiré vos Argumens
contre le fiftême qui vous déplaît. Cependant
elle lui fournit des preuves fi
claires , qu'il eft étonnant que vous ayez
pris le change : car il fuffit d'être médiocrement
Geometre , pour comprendre
que les eaux étant preflées à peu près
entre les deux Tropiques , la preffion ne
peut le faire fentir que fucceffivement
du côté des Poles ; de forte qu'un endroit
, par exemple , où les eaux ne s'éleveront
qu'une heure ou deux après la
preffion , cet endroit , dis- je , marquera
le commencement de fon flux au quinziéme
, ou au trentiéme meridien de la
Lune , parce qu'elle aura parcouru- environ
quinze ou trente dégrez dans
l'intervalle de l'heure ou des deux heures
qu'il aura fallu aux eaux , pour
communiquer leur mouvement juſqueslà
cette idée fimple & toute naturelle ,
nous fait voir la caufe du retardement
des Marées , fur les côtes éloignées les
unes des autres , Bayonne , la Rochelle
, Nantes , Breft , Dieppe , Londres,
&c. ont leur pleine mer à des heures
diffe--
1
JANVIER 1726. 73
differentes, parce que leurs latitudes , ni
leurs longitudes ne font pas les mêmes ;
ajoûtez à cela les divers obftacles qui
s'opposent au regonflement des eaux , les
renfoncemens des golfes , des rivieres, les
caps , les promontoires , les lles qui varient
ces retardemens ; mais toutes ces
chofes une fois combinées , la combinaifon
eft ftable , & ne change plus , chaque
côte , chaque Port a fa grande marée environ
le jour de la nouvelle & pleine
Lune à une certaine heure : fon retardement
pour les jours fuivans eft le même
que celui du paffage de la Lune par
le Meridien de ce Port , les periodes de
l'un & de l'autre s'accordent par tout fans
alteration , & la nouvelle, ou pleine Lune
ramene la même Marée dans le même
endroit fçachez l'une , vous fçavez
l'autre.
:
Ce n'eft pas tout , mon R. Pere : voici
des circonftances encore mieux marquées,
defquelles vous ne fçauriez difconvenir,
puifqu'elles font fondées fur l'experien<>
ce continuelle ; c'eft que les Marées augment
ou diminuent à mesure que la Lune
s'éloigne ou s'approche des quadratures
, & qu'ainfi les quartiers donnent une
progreffion , dont la nouvelle ou pleine
Lune eft le grand terme , & la quadrature
la plus petite , que les Marins de la
D Ro
74 MERCURE DE FRANCE .
inva
Rochelle appellent mort d'eau , ce qui
s'explique d'autant plus clairement par
la preffion de la Lune , que les augmentations
ou diminutions proportionnelles
qu'on y remarque ont des rapports
riables avec la fituation de cette planette,
comme on le voit dans fon Perigée , qui
augmente les Marées ; parce qu'alors la
Lune étant plus près de nous , fa preffion
devient plus fenfible , & moindre parconfequent
dans fon Apogée , parce
qu'elle eft plus éloignée .
.
Quant à la diminution des Marées dans
les quadratures , rien n'eft plus facile à
comprendre ; nous voyons fenfiblement
que le Soleil rarefie l'air qu'il éclaire
ce qui doit caufer une dilatation qui s'étend
de tous les côtez ; celle de haut en
bas qui frappe contre les eaux à mefure
que leurs fuperficies fe prefentent à cet
aftre , cauſe ainfi un petit flux continue!
d'Orient en Occident entre les deux Tropiques
, la dilatation qui fe fait à côté,
caufe des mouvemens continuels dans
l'air , & occafionne ainfi des vents qui
fe font fentir jufqu'à nous ; mais dans
les endroits où le trouve un corps folide,
tel que la Lune , on conçoit qu'elle augmente
ces dilatations pour la place qu'elle
Occupe ; & pour peu que l'on connoifle
les loix du mouvement , on juge que le
plus
JANVIER 1726. 75
plus grand effet de cette augmentation
doit fe faire felon le prolongement d'une
ligne tirée du Soleil à la Lune ; de forte
que dans les quadratures , cette ligne
paflant loin de la terre, l'effet y eft moins
confiderable que dans les conjonctions
où elle en paffe fort près ; & qu'enfin il
doit fe faire fentir avec plus de violence
, lorfqu'elle entre dans le cercle de la
terre , comme au temps des équinoxes
où la Lune fe trouve fous l'équateur diametralement
placée entre le Soleil & la
terre , ce qui rend la preffion plus forte,
& parconfequent la Marée plus haute ;
il en eft de même de celles des folftices
d'été qu'on appelle de la Magdelaine
parce qu'elles arrivent à peu près au
temps de cette Fête , elles furpaflent encore
celles des équinoxes ; parce que le
Soleil & la pleine Lune étant à peu près
fous le tropique du Cancer , la preſſiondirecte
qui fe fait plus près de nous ,
d'environ vingt degrez , caufe auffi un
effet plus confiderable dans nos Mers , &
cela eft fi vrai que la Marée de la nouvelle
Lune qui précede celle de la Magdelaine ,
eft une des moindres de l'année , auffi bien
que celle qui la fuit ; parce qu'alors la
Lune renouvelle fous le Capricorne , tandis
que le Soleil eft fous le Cancer , ce
qui diminue la preffion , & par confe-
Dij quent
6 MERCURE
DE FRANCE
quent la Marée. Toutes ces Obfervations
qui font fondées fur l'experience , nous
donnent une explication aifée & naturelle
de toutes les differences qui arrivent
dans le flux ; car la preffion, par
exemple , étant moindre aux temps des
quadratures , & repouffant ainfi les eaux
avec moins de violence , il est évident
qu'elles ne fçauroient monter en certains
endroits où il n'y a que la nouvelle
ou pleine Lune qui puiffe les pouffer ,
d'autres où les feules Marées des équinoxes
peuvent parvenir , ou enfin celles
des folftices d'Eté dans les Mers Septentrionales
, & des folftices d'Hiver
dans les Mers auftrales , delà les Marées
qui arrivent une , deux fois la femaine ,
le mois , l'année , & c.
Je crois , mon Reverend Pere , qu'il
fuffit des rapports que je viens de citer
pour faire voir que le fyftême des Partifans
de la Lune eft affez bien fondé ;
fi vous en expliquez feulement la dixiéme
partie par la vôtre , vous ferez beaucoup
plus que je n'en attens ; je n'ignore
pas que les feux fouterrains peuvent caufer
des regonflemens d'eaux , mais fans
periodes reglez ; il peut fortir du fond
de la Mer des vapeurs , des exhalaiſons ,
des vents , des houragans , & même des
feux , cela fe voit frequemment au feu
près
JANVIER 1726 . 27
près qui eft plus rare ; je veux même
que le Phenoméne de Marfeille foit l'ef
fet de quelqu'une de ces caufes , quoique
j'aimerois mieux lui donner une explication
plus fimple que je tirerois de
la fituation du Port de Marfeille , dont
la rade forme un petit golfe à l'abri des
vents par les montagnes qui l'envi
ronnent , & par les Illes qui font à fon
embouchure , & j'ai remarqué fur les
lieux, que quand les vents de Sud- Eft
regnent le long de la côte , les eaux font
pouffées du côté du Martigues , & celles
du golfe & du Port coulent alors dans
la pleine Mer qui eft devenue plus baffe,
& cela fait fouvent baiffer le Port qui
reprend fon niveau quand les eaux reviennent,
& elles peuvent même.remonter
plus haut fi leur retour eft violent ,
ce qui doit caufer une alternative de courants
très- rapides à la chaîne du Port qui
n'a en cet endroit qu'environ vingt toifes
, autant que je puis m'en fouvenir ;
mais pour juger fainement du Phenoméne
, il faudroit avoir été témoin des circonftances
, ou en être inftruit par gens
habiles ; je m'en rapporte donc à l'expli
cation de M. Marfais qui eft très - fenfée ,
& établie fur de bons principes.
Je ne réponds point à ce que vous
dites touchant le flux de la Mediterran-
D iij
née
78 MERCURE DE FRANCE.
née , duquel vous ne paroiffez pas inftruit
à fond ; quand il vous plaira je tâcherai
d'expliquer la caufe des courans
irreguliers qu'on y remarque , il fuffic
de ce que j'ai dit pour vous faire voir que
j'accepte vôtre défi dans toutes les circonftances
; il ne tiendra qu'à vous de
nous donner vos folutions qui doivent
être excellentes , fi elles répondent à vos
promeffes. Je fuis , & c.
aikakakakaka
REQUESTE AU SOLEIL.
Oi qui , pouffant ton char fur les deux
horifons , Toi
Devrois d'un pas égal faire aller les faifons ,
Et du froid & du chaud reglant mieux la
mefure ,
Faire rire à propos , ou pleurer la nature ,
Lumineux Apollon , ne parcours tu les Cieux,
Que pour y dérober ta prefence à nos yeux >
Prêts à recommencer leur penible carriere ,
Tes couriers indomptez vont franchir la barriere
;
Attends & fi tu veux conferver tes Autels ,
Ecoute, par ma voix, les plaintes des mortels.
L'Eté qui l'an paffé charma d'abord la France,
Sem,
JANVIER 1726. 79
Sembloit pancher fur nous la corne d'abon
dance ;
Nous beniffions tes dons prodiguez aux hu
mains :
Il ne faut , difions- nous , qu'aller tendre les
mains.
Le vieillard décrepit à qui les deftinées ,
Avoient du vieux -Neftor accordé les années ,
N'avoit point encor vûla divine Cerès ,
De tant d'épics dorez heriffé nos guerets !
Et faifant par avance aiguifer fa faucille ,
Fondoit fur fa moiffon l'efpoir de fa famille.
Allions- nous quelquefois errer fur nos côteaux
?
Bacchus y promettoit de remplir nos ton
neaux .
Une double moiffon , deux vendanges pour
une ,
Sembloient fixer pour nous l'inconftante Fortune
;
Dans nos vergers Pomone étalloit fes bienfaits
;
Tout flatoit , en un mot , nos plus ardens fouhaits
;
Lorfque , hors de faifon , nous cachant ta
prefence ,
Tu fis prefque en naiffant mourir nôtre efperance.
D iiij
Le
B80o MERCURE DE FRANCE.
Le plus noir des enfans qu'Eole ait dans fes
fers ,
Contre les loix du fort vint s'emparer des airs,
Et contre fes rivaux ranimant fon haleine ,
Eut bien - tốt defolé côteau , gueret & plaine.
Le funefte Orion volant à fon fecours ,
Entreprit avec lui d'éteindre nos beaux jours ;
Et pour y réüffir , fe preffant les paupieres ,
De fes pleurs redoublez fit enfler nos rivieres.
Tu fçais dans quel malheur tout fut précipité ,
Pour avoir à nos yeux dérobé ta clarté.
De tes feux déformais fais un meilleur ufage ,
Ne va plus par caprice obfcurcir ton viſage ;
Daigne te ſouvenir de l'utile leçon ,
Que tu fis autrefois à ton fils Phaeton.
Parcourant , lui dis tu , l'un & l'autre Hemiſphere
,
n
Ni trop haut , ni trop bas ne porte ta lu-
» miere :
Trop bas , tes feux pourroient embrafer
» l'Univers ,
Trop haut , ils changeroient les faiſons en
» Hyvert ;
"
Le milieu fut toûjours le parti le plus fage :
» Du monde en l'embraffant emporte le fuffrage.
Le
JANVIER 8 I 1726.
Le confeil étoit bon , Soleil , fi tu le veux ,
Tu peux en le fuivant rendre le monde heureux
.
De tes propres avis obſervateur docile ,
Rend donc à l'Univers ton flambeau plus utile,
Quand ton char éclatant aura fini fon tour ,
A quel excès pour toi montera nôtre amour ?
mais du matin l'étoile
Nos chants .... •
avant-couriere ,
A depuis quelque temps annoncé ta lumiere ,
Va , pars & fouviens- toi que les Dieux immortels
,
Doivent fur leurs bienfaits établir leurs Autels.
LETTRE fur les Spectacles d'Italie , fur
leur origine , fur les Perfonnages , & c.
Jeurs, les Italiens prétendent tenir
E vous l'ai dit plufieurs fois , Mefle
premier rang pour le Comique . Ils
le font confifter dans les geftes & la foupleffe
du corps , & dans leurs intrigues
affez bien conduites , & fort plaiſamment
executées , tâchant principalement de fatisfaire
les fens. Ils ne réüffiffent pas dans
D v. les
82 MERCURE DE FRANCE.
'les fujets tragiques , & ne peuvent , comme
les François , traiter toutes fortes de
caracteres c'est-à -dire , qu'on ne va
gueres les voir que pour
le pur divertiffement
, & l'on n'en remporte que peu
d'inftruction pour les moeurs , parce qu'ils
ne s'y attachent pas fort : mais nous leur
fommes redevables de l'invention des
machines , & des décorations , qui rendent
aujourd'hui nos Spectacles fi magnifiques
, principalement celui de l'Opera
; ainfi on doit avouer que le Theatre
Italien en general a quelque chofe
de plus grand & de plus furprenant que
le nôtre ; mais ces Spectacles ne font que
pour les yeux & pour les oreilles ; ils
ne touchent pas le fond de l'ame , & l'on
peut dire en fortant que l'on a vû & oüi ,
mais non pas que l'on a fenti & qu'on a
été inftruit ; d'où l'on peut , ce me femble
, conclure , que la Comedie Italienne
n'a pas le même objet que la nôtre , de
divertir & d'inftruire ; ce qui eft & doit
être l'intention du Poëme Dramatique .
Les Italiens d'aujourd'hui fe contentent
d'être éclairez du même Soleil , de
reſpirer le même air , & d'habiter la inême
terre qu'ont habité autrefois les anciens
Romains ; mais ils ont laiffé pour
les Hiftoires cette vertu fevere qu'ils
pratiquoient , ne croyant pas avoir befoin
JANVIER 1726. 83
en
foin de la Tragedie , pour s'animer à des
exercices qu'ils n'ont pas envie de mettre
pratique.Comme ils aiment la douceur
de la vie ordinaire , & les plaifirs de la
vie voluptueuse , ils ont voulu former
des repreſentations qui euffent du rapport
avec l'une & avec l'autre ; & delà
eft venu le mêlange de la Comedie , &
de l'art des Pantomimes que nous voyons
fur le Theatre Italien.
Les Rôles des Amans font toûjours
fort difficiles dans la Comedie Italienne,
& les bons Acteurs en ce genre font trèsrares
; attendu que tout Perfonnage qui
ne prête point au Comique par fon action
, eft prefque toûjours froid chez les
Italiens. On recite la Tragedie du même
ton , & prefque avec les mêmes
geftes qu'on recite la Comedie ; le Cothurne
n'eft prefque pas different du Socque.
Dès que les Auteurs Italiens veulent
s'animer & donner dans le pathetique
, ils font outrez . Le Heros devient
un Capitan .
Pour lesCaftrati, qui font très- communs
dans toutes les Mufiques d'Italie , &
particulierement dans les Opera , ils font
d'un grand fecours dans ces derniers ,
parce qu'on leur fait faire tel perfonnage
qu'on veut , felon qu'on en a befoin .
Ils font tellement accoûtumez à faire des
D vj rôles
84 MERCURE DE FRANCE.
1
rôles de femme , felon l'Abbé Rague
net , Paral. des Italiens & des François,
que les meilleures Actrices ne les font
pas mieux qu'eux .
, ,
Au lieu que nous marquons nos applaudiffemens
en frappant des mains l'une
contre l'autre les Italiens d'abord
qu'un Acteur & une Actrice a achevé
de chanter un air , on entend toute la
Salle retentir d'un bruit long & confus
de gens qui crient, brave , brave , & de
toute leur force . Les uns outre cela ,
battent des mains , les autres jettent leurs
bonnets en l'air , & enfin tout le monde
marque des tranfports d'admiration avec
des emportemens terribles .
Les Italiens , dit M. de Freneuſe ,
font incapables de plaire dans les endroits
gracieux & doux , & d'entrer ,
comme il faut , dans la paffion aux endroits
furieux & emportez ; il n'eft pas
poffible de les touver méme mediocres
dans le ferieux .
Leurs décorations , leurs changemens
de Theatre font fuperbes , & en un
Opera on en voit jufqu'à 15. ou 16.
mais tout cela eft pour l'ordinaire aflez
mal éclairé. Nulle illumination , fi nous
en croyons Millon en fon Voyage d'Italie
, quelques chandelles par - ci par - là ;
& avec ces machines ; ces decorations
freJANVIER
1726. 85
frequentes , & d'une magnificence extraordinaire
, ils ont des habits de la derniere
gueuferie , & en un mot auffi vilains
que leurs décorations font belles.
Quand Cefar , Pompée , ou quelqu'autre
Heros , ou Roi d'Opera entre fur le
Theatre , il a une fuite de 30. ou 40.
perfonnes. Ils ne font point là
pour former
des Choeurs ou des Balets , comme
parmi nous ce font des Manoeuvres
louez à la journée , immobiles & mefquins
, revêtus d'habits de friperie , de
mauvais air , dégoûtans & defagreables
où tout refpire la lezine & la mesquinerie
.
Miffon ne parle pas avantageufement
des Opera Italiens . Nous attendons
toûjours la fin de la Piece avec impatience
, dit - il , avant que d'en avoir entendu
le quart. Des voix de fillettes &
de Caftrati , impatientent fouvent par
leurs longs fredons , leurs roulemens outrez
, & c.
Tout bien compté , dit M. de Freneufe
, les Italiens excellent en deux
chofes dans leurs Opera : en machines ,
en fimphonies : leurs habits, leurs danſes,
leur recitatif font pitoyables . Ils n'ont
point de Choeurs leur Orcheſtre eft
éclatant , mais rude ; la plupart de leurs
Pieces font des farces & des rapfodies
Il
86 MERCURE DE FRANCE.
Il y a une forte de Mufique , & des
efpeces de reprefentations en Italie , qui
ne font point du tout d'ufage en France
& qui meritent bien qu'on en faffe
mention . Cela s'appelle ftile recitatif.
Donnons- en un exemple. En l'Oratoire
S. Marcel à Rome , où il y a une
Congregation des Freres du S. Crucifix,
compofée des plus grands Seigneurs de
la Ville , qui par confequent ont le pouvoir
d'affembler tout ce que l'Italie produit
de plus rare ; & en effet , les plus
grands Muficiens fe piquent de s'y trouver
,& les plus habiles Compofiteurs briguent
l'honneur d'y faire entendre leurs
compofitions , & s'efforcent d'y faire paroître
tout le fublime de leur talent .
pas
fi
Cette raviffante Mufique ne fe fait que
les Vendredis de Carêine , depuis trois
heures jufqu'à fix. L'Eglife n'eft
grande que la Sainte Chapelle de Paris ,
au bout de laquelle il y a un fpacieux
Jubé , avec un Orgue très - doux & trèspropre
pour la voix . Aux deux côtez il
· y a encore deux petites Tribunes où
l'on place les Inftrumens . Les voix commencent
par un Pfalme en forme de Motet
, & puis tous les Inftrumens font une
très melodieufe fimphonie. On chante
enfuite une Hiftoire du vieux Teſtament
en Dialogue , comme une efpece de Comedie
JANVIER
87
JANVIER
1726
.
medie fpirituelle : on choifit ordinairement
les fujets de Sufanne , de Judith &
d'Holoferne , de David , de Goliath
&c. Chaque Chantre repreſente un Perfonnage
de l'Hiftoire , & exprime parfaitement
bien l'énergie des paroles . Enfuite
un Prédicateur fait l'Exhortation ,
laquelle finie , la Mufique recite l'Evangile
du jour ou autre , comme l'Hiſtoire
de la Samaritaine , de la Cananée , du
Lazare , de la Madeleine , & de la Paffion
de N. S. Les Chantres imitans fort
bien les divers Perfonnages que rapporte
l'Evangile. Cette Mufique recitative a
de très grands agrémens.
,
Pour la Mufique inftrumentale , elle
eft composée d'un Orgue , d'un grand
Clavecin , d'une Lyre , de deux ou trois
Violons , & de deux ou trois Archiluths.
Tantôt un Violon joue feul avec l'Orgue,
& puis un autre répond : une autre fois
ils jouent tous trois differentes parties ,
& puis tous les Inftrumens reprennent
enfemble ; quelquefois un Archiluth fait
mille varietez fur dix ou douze notes ,
à chaque note de cinq en fix mefures.
Il fut reprefenté un Opera à Rome au
College des Jefuites en 1706. dont on
dit , que fi tous les Ouvrages de cette efpece
lui reffembloient , la Mufique feroit
auffi utile qu'elle eft pernicieufe.
Cet
88 MERCURE DE FRANCE.
(a ) Ces Opera a pour fujet la Paffion de
Jefus - Chrift. En le lifant, difent les Auteurs
citez , on ne peut s'empêcher de reconnoître
, que le feu poëtique, infpiré par poëtique , infpiré
l'Amour facré , n'a ni moins d'éclat , ni
moins de force que les flammes criminelles
de l'Amour profane ; & que les
matieres de devotion font fufceptibles de
toutes les beautez de l'art , quand une
main habile les met en oeuvre. Le Poëme
eft en Italien , les Acteurs font le
Peché , la Penitence , la Grace , &c .
Un autre Opera , intitulé Sedecias ,
ou la prise de Jerufalem par Nabuchodo
for , fut reprefenté au même College Romain
en 1706 .
A l'égard des anciens Spectacles , je
vous dirai , Monfieur , que la Comedie ,
qui avoit été en grande vogue pendant
tout le feiziéme fiecle en Italie , ſouffrit
un grand échec , lorfque Ottavio Binuccini
, ayant fait reprefenter en Mufique
quelques unes de fes Paftorales , ce nouveau
Spectacle fut fort goûté , & la Comedie
fut negligée ; mais vers le milieu
du fiecle précedent , lorfque Hiacinths-
André Cicognini eut abfolument mis en
ufage , ce qu'on appelloit alors dans le
Pays Drammi muficali , l'art comique ,
( a ) Memoires de Trevoux , Decembre 1706.
Art.des Nouvelles,
&
JANVIER 1726. 89
F
& même la Tragedie furent prefque exterminez
par cette nouvelle invention,
qui avoit reçû plus de perfection & plus
de luſtre.
1
Dans le quatriéme Livre de l'Hiftoire
de la Poëfie vulgaire en Italien , l'Auteur
G. M. Crefcimbeni , examine l'origine
de la Poëfie dramatique . La Comique
, dit- il , fut la premiere ; mais dans
ces commencemens les compofitions comiques
furent mêlées de reprefentations
& de narrations . Daute fut le premier
qui intitula fon Poëme du nom de
Comedie , ce qui excita alors de grandes
conteftations entre les Critiques , dont
quelques -uns n'ont jamais voulu le nommer
que Satyre. La premiere qu'on puiffe
veritablement appeller Satyre, eft celle
de Laurens de Medicis, par lui intitulée
i Beoni , & cette autre de la Compagnie
del Mantellaccio , lorfqu'elles cependant
ne furent point encore appellées Satyres.
Les premieres qui parurent fous ce nom ,
furent celles d'Antonio Vinciguerra , Secretaire
de la Republique de Venife ,
vers la fin du quinziéme fiecle. Celles
de l'Ariofte occuperent enfuite le premier
rang .
Aux Satyres dans le caractere comique
fuccederent les Farces , introduites vers
l'an 1450. Pour en marquer l'imperfectiona
go MERCURE DE FRANCE.
tion . La Crufca a défini leur genre , Comi
media mozza : Il y en avoit de deux fortes
, les unes fans divifion , & les autres
divifées en cinq Actes , & quelquefois
même en fix. Le Lingarefche , comme
parlent les Italiens , fe reduifent à l'ef
pece comique , & comme ces reprefen
tations populaires qu'on voit à Rome
principalement en Carnaval fur des
chars tirez par des boeufs , &c. mais après
tant de groffieretez on arriva enfin à la
bonne Comedie par le moyen de l'Ariof
te , lequel en 1525. publia la Caffaria ,
& la même année les Suppofiti. En premier
lieu il les donna en profe en imitation
de la Calandra du Cardinal de Bibiena,
qui avoit été imprimée à Rome en
1524.
Les Fables Paftorales reçûrent leur
commencement des Farces , pour la forme
, & des Eglogues pour le fond . L'Orphée
d'Ange Politien en fut , pour ainfi
dire , la premiere ébauche. On en vit
paroître quelques autres , à la verité ' ,
mais toutes irregulieres & imparfaites
jufqu'en l'année 1545. que Jean - Baptifte
Giraldi de Ferrare mit au jour fon
Eglé , à laquelle il joignit le nom de
Satyre. Le premier qui appella une telle
compofition Fable Paftorale , fut Auguftin
deBectari, auffi Ferrarois, qui en 1555-
publia
JANVIER 1726.. 91
publia fous ce titre fon Sacrifice. Et en
1563. Alberto Lollio , de la même Ville
, donna naiffance à fon Arethuſe , mais
avec le titre de Comedie Paſtorale . Il
vint enfuite l'Aminthe du Taffo , & le
Paftor fido du Guarini , pour lefquelles
deux principalement ont prife ce genre
de compofition.
De la Paftorale nâquit enfuite la Poëſie
maritime. L'Egloghe Pefcatorie , comme
parlent les Italiens , de Bernardin Rota
furent les premieres que l'on vit. La premiere
Fable Peſcatoria fut l'Aliée d'Antoine
Ongaro , qui pour l'avoir faite
trop femblable à l'Aminte du Taffe , on
lui donna le furnom de Aminte Bugnato
.
Les Dramnus en Mufique ne commena
cerent à faire quelque bruit en Italie
que vers la fin du feiziéme fiecle .L'Euridice
, la Daphné , & l'Ariane d'Ottavio
Binuccini peuvent fe compter pour
les premiers.
L'Andromede de Benedetto Ferrari fut
le premier qu'on recita fur les Theatres
de Veniſe en 1637. Il femble que le
Cicognini ait donné la derniere main à
ces reprefentations avec fon Jafon , qui
pour la feconde fois fut reprefenté en
1644: Quefti Arommi , dit M. Crefcimbeni
, dans fon Hiftoire della volger
[poëfiax
92 MERCURE DE FRANCE.
نم
poëfia , afforbirono tutta la Comica ,
tutta la Tragia. Cependant la plûpart de
ces Pieces étoient très - irregulieres &
très -corrompuës , mais peu d'années après
on travailla à leur compofition avec plus
d'ordre , foit pour le ftile , foit pour le
fujet. Sous ce genre Dramatique on mit
les Fêtes en mufique , les Cantates &
les Serenades.
On prétend que la Tragedie en Italie
eft dérivée des Ponpes , Repreſenta
tions & Fêtes fpirituelles , qui le faifoient
anciennement . L'Auteur que je viens de
citer , met l'époque de ſa naiſſance avant
l'an 1449. auquel temps fut reprefentée
la Tragedie d'Abraham & d'Ifaac ,
dont Feo Belcari étoit l'Auteur : & en
effet on lit dans l'Hiftoire de Sienne, que
les repreſentations facrées ne commencerent
à être en ufage àSienne que vers l'an
1273. à l'occafion du B. Ambroise Sanfedoni,
qui obtint du Pape Gregoire X. l'abfolution
des Sienois excommuniez , dont
on renouvelloit la memoiretoutes les années
le jour du Vendredi du Lepreux.
La gloire de la premiere vraie Tra
gedie qu'on ait vûe en Italie , eft dûë à
Jean - Georges Triftino, de Vicenfe , Auteur
de la Sophonifbe, publiée par lui en 1529 .
à laquelle fucceda la Rofmonda de Jean
Bucellay , Florentina Canace de Sperone
JANVIER 1726. 93
rone Speroni , Padoüan , & c.
Pour fatisfaire vôtre curiofité , Monfieur
, je me fuis informé avec foin des
Acteurs & Actrices celebres qui ont le
plus brillé dans ces derniers temps fur
les Theatres d'Italie , foit par leurs belles
voix , foit par leurs autres talens dans
la déclamation & la reprefentation theatrale.
La Margarita de Bologne a eu beau,
coup d'applaudiffemens dans l'Opera ,
qui a pour titre , le Roi Infant. Elle a
paffé pour une des plus belles voix d'Italie.
C'étoit une belle Blonde , de taille
mediocre , mais bien priſe , l'air noble &
aifé , & très- bonne Comedienne.
Le fameux Clement Hader , connu
fous le nom de Clementin , Alleinand ,
natif de Haderſberg.
Jean-Baptifte Speroni.
Ferdinand Chiaravelle.
Anne-Marie Manarini , fameufe par
La belle voix , fa belle taille , & fa beauté
perfonnelle.
Le Filanin , qui s'eft extrêmement diftingué
dans divers chants , avec un accompagnement
de Trompettes.
Parmi les plus excellentes voix d'Italie
, le Cavalier Loretto , & Marc- Antonio
ont tenu le premier rang.
La celebre, Leonora , fille de cette bel
94 MERCURE DE FRANCE.
·
le Adriana Mantouana , dont vous avez,
fans doute , oui parler , a été un miracle
de fon temps. On parle encore d'elle
dans toute l'Italie comme d'une merveille
du monde. Cette incomparable Dame
eft fort exaltée , dans un affez gros volume
, rempli d'excellentes Pieces Grecques
, Latines , Italiennes , Françoifes &
Efpagnoles , imprimé à Rome fous le titre
d'Applaufi Poëtici , alle glorie della
Signora Leonora Baroni .
&
Outre le talent de la voix , elle avoit
encore celui de la compofition ; ce qui
faifoit qu'elle poffedoit parfaitement le
fens des paroles qu'elle chantoit
qu'elle prononçoit & exprimoit d'une
maniere à n'y rien defirer. Son recit étoit
accompagné d'une pudeur affurée , d'une
genereufe modeftie & d'une douce gravité.
Sa voix étoit d'une haute étenduë ;
jufte , fonore , harmonieufe , l'adouciffant
& la renforçant fans peine & fans
faire aucunes grimaces. Ses élans & fes
Loupirs n'avoient rien de laffif , fes regards
rien d'impudique , & fes geftes rien
qui ne fut dans la bienfeance d'une honnête
fille. En paffant d'un ton en un autre
, elle faifoit quelquefois fentir la divifion
des genres en harmonique & chromatique
, avec tant d'art & d'agrément ,
que
JANVIER 1726. 95
que tout le monde étoit ravi. Elle joüoit
parfaitement du Thuorbe & de la Viole
dont elle s'accompagnoit ordinairement
elle-même. Un Concert raviffant qu'elle
fe plaifoit quelquefois de faire entendre,
c'étoit de fa mere , de fa four & d'elle.
c'eft -à - dire , des trois plus belles voix
qu'il y eut dans toute l'Italie . La mere
jouoit en même temps de la Lyre , la
foeur jouoit de la Harpe , & Leonora du
Thuorbe.
A
11 me refte , Monfieur , à vous dire
quelque chofe fur les Perfonnages Comiques
dont vous me parlez . A Rome,
on appelle Arlequin Tracagnino ; dans
le refte de l'Italie il n'eft connu que fous
le nom de Trufaldino .
Dom Ponfevre eft un Perfonnage Genois
, à manteau , comme un bon Bourgeois
, un Banquier , &c. Ponfevre eft
le nom d'une petite Riviere , qui dẹfcend
des montagnes de Genes à S. Pierre
d'Arene.
Pandochio eft le Perfonnage d'un Valet
intriguant : il eft ordinairement Sici
lien de Palerme,
Gio Gourgolo eft un Spadaffin ou Capitan
, avec un grand nez. Il eft ordi
nairement Calabrois .
Enfin , je vous dirai en finiffant cette
longue
96 4 MERCURE DE FRANCE:
longue Lettre , qu'on a joué le Carna✩
val dernier fur le Théatre S. Angelo à
Venife , Mariane & Vlyffe , deux Opera
du Sgr. Dalli , qui ont eu un grand
fuccès , ils ont été executez par les Muficiens
& Acteurs dont vous allez lire
les noms , dont quelques-uns font affez
celebres pour vous être déja connus .
La Sgra Roſaura Mazzanti , Hauteconte
, elle avoit pour le Carnaval 1500.
Philipes.
Le Sgr. Paita , 1200. Philipes .
Le Sgr. Careftini , Muficien de l'Em
pereur , Deffus , 2000. Philipes .
Le Sgr. Raina , Milanois , Deffus .
La Sgra. Bettamero , Venitiene , Haute-
Conte.
La Sgra . Spinola , de Florence , Def
fus,
Les autres Théatres n'ont pas eu des
Sujets moins celebres ; ceux qui reprefentoient
à S. Jean Chrifoflomo , étoient
La Fauftina , 1200, Sequins .
te.
La Sgra. Merichi , 1900. Ducats.
Le Sgr. Carlo Scalzi , 2000. D.
Le Sgr. Ofli , Romain , Haute - Con
Le Sgr. Antonio Barbieri Baffe
Taille .
€
2
JANVIER 1726. 97
A fan Caffano.
La Romanina , 3000. Ducats .
Le Cavalier Nicolino , 2500. D.
Le Sgr . Egizzii , Napolitain , Deffus
1500. D.
La Grechetta , Haute- Conte.
Le Sgr. Baratti , Taille .
La Sgra. Denzia , Venitiene , Haute-
Conte.
Le Sgr. Pertici , Florentin , Baffe-
Taille.
Afan Moife.
La Sgra. Chiara Orlandi , Deffus .
Le Sgr. Angelo Cantelli , de Boulogne
, Taille.
La Sgra, Stella Cantelli de Boulogne ,
Haute- Conte.
Le Cavalier Gafpari , Deffus.
Le Sgr.FeliceNovello , Venitien , Taille.
La Sgra. Anna Giro.
Puifque je fuis fur les Spectacles , je
ne dois pas oublier les Comediens ..
Sur le Theatre fan Samuel.
Premier Amant , Silvio .
Le fecond , le fils de Monti , dit Petronio
& Gaetanino , tour à tour .
E Pre
98 MERCURE DE FRANCE.
Premiere Amante , Baftonina & Ro
manina , tour à tour.
La feconde , la Sgari.
1
Pantalon , Fioretti , Venitien.
Premier Zanni , Monti , dit Petronio,
Le fecond , le fils du vieux Gradelin,
La Soubrette , Argentina.
A fan Luca.
Premier Amant , Pompilio.
Le fecond , Argante & Verzer , tour
à tour.
Premiere Amante , Aurelia , femme
de Pompilio,
Seconde Amante , Bettina Bergonzina,
La Soubrette, Corallina.
Pantalon , Garelli.
Le Docteur , Galeazzo.
Premier Zanni , Campion.
Le fecond , le fils de Caroli.
Je vous demande pardon du peu
d'ordre que vous trouverez dans ma
Lettre ; je ferai plus exact une autre
fois. Je fuis , & c.
ETRENJANVIER
1726 99
ETRENNES.
Quoique ma Mufefoit glacée
Par les embarras où je fuis :
Ta bonté , tes bienfaits s'offrent à ma pensée, (
Et je vais , Bernard , fi je puis ,
Mettant à côté mes ennuis ,
Te tracer une foible idée
Des fouhaits que pour toy je forme dans un
jour ,
Où les habitans du Permeffe ,
Celebrent d'un ton d'allegreffe ,
L'amitié , l'eftime & l'amour.
L'Encens que l'on donne à l'Eftime ,
Eft le plus pur & le plus précieux ;
Sans le moindre foupçon de crime ,
On le mêle à l'Encens qu'on brûle pour les
Dieux,
Mais tu ne l'aime pas peut- être ?
Trop content de faire du bien ,
[Bernard , tu ne comptes pour rien
Qu'un coeur reconnoiffant te faffe trop connoître
;
E ij
Sage,
SSCPT10o0o
MERCURE DE FRANCE.
Sage , bon Citoyen , & zelé pour ton Roy ,
Tu fers également & l'Etat & ton Maître;
Puiffes-tu dans ce noble Employ ,
A nos regards long- temps paroître!
Puiffai - je de tes heureux jours
Dans mes Vers celebrer le cours !
Et m'expofant à te déplaire
Te louer pour me fatisfaire.
M. D. L.
I
Ce 1. jour de l'année 1726..
LETTRE de F. R. M. D. N. D. L. C,
fur unfaitfingulier. Eerite de Paris
le 18. Decembre 1725.
J
E cede enfin , Monfieur , à la follicitation
que me font mes amis depuis
fort long- temps , & je prends la plume
, pour vous dire , qu'il y a plus
de vingt ans qu'un accident m'arri
va , qui fut accompagné de fymptomes
, qu'aucun Medecin , qu'aucun Phyficien
, qu'aucun Anatomiſte n'a pû juſques
à prefent bien expliquer , mais
qui , par votre moyen , le pourront
être , de quelqu'autre Sçavant. Voici
le
JANVIER 1726. Ler
que
le fait autant exactement circonftancié
que je pourrai. J'avois environ 44. ans,
lorfqu'à cinq heures , un quart du foir,
au mois d'Octobre , l'air n'étant que
médiocrement froid , il tomba fur ma
tête , d'environ quatre pieds de haut ,
à l'endroit où la future fagitale fe joint
à la coronale , une de ces tringues de
lit fur lefquelles on coule les rideaux ,
du poids d'environ deux livres & demie
; une calote de laine que j'avois
fur la tête en modera fi bien le coup,
que je ne fentis d'abord qu'une douleur
facile à fupporter , ce qui fut caufe
reftant de bout , je continuai le petit exercice
que je faifois ; mais peu de temps
après , la douleur s'étant augmentée , je
me retirai pour aller m'affeoir près du
feu , d'où j'allai me mettre au lit , après
avoir pris un bouillon . Le lendemain
ne fentant aucune douleur , je me levai
; mais on m'invita avec tant d'empreflement
de me faire faigner , que
j'y confentis ce jour là & même le fuivant
, quoique j'eftimaffe n'en avoir aucun
befoin , ma maniere de vivre étant
reglée , la Plétore ne dominant point en
moi , & toutes les fonctions naturelles
s'y faifant reglément. Je penfai donc que
mes amis devoient être fatisfaits , que
pour condefcendre à leurs volontez j'euf-
E iij fe
102 MERCURE DE FRANCE.
fe pris quatre jours de repos ; le cin
quiéme jour , me trouvant parfaitement
bien , je repris mes petits exercices ordinaires
. Mais ce même jour à cinq heures
un quart du foir , qui étoit l'heure
au jufte que j'avois receu le coup , à
quoi je ne penfois nullement , n'ayant
d'autre penfée en l'efprit , que celle de
l'objet qui m'occupoit alors , je perdis ,
tout - à - coup , fi entierement le fentiment
des deux genoux , des deux jambes &
des deux pieds , qu'il me fembloit être
fufpendu en l'air , ne fentant , en aucune
maniere , les carreaux fur lefquels j'étois
, ni les mouvemens des jambes que
je faifois ailément pour marcher , & cela
de telle maniere , que j'étois obligé de
regarder mes pieds pour être perfuadé
que je les avançois & que je les pofois
à terre , comme je devois les avancer .
& les pofer pour marcher : car leur
mouvement n'étoit point intercepté. En
cet état , je me conduifis avet bien de la
peine près de deux cens pas , auprès d'un
grand feu qu'on avoit eu le temps de
difpofer, où après un peu plus d'une heure
le fentiment commença à revenir un
peu fuperficiellement, puis profondément
comme un filet qui me reprefentoit affez
bien l'idée de l'axe de chaque jambe ,
puis augmentant & revenant de plus en
plus
JANVIER 1726. 103
plus , je ne trouvai entierement rétabli
à la fin de cette feconde heure. Le
lendemain je continuai mes petits exercices
, fans plus penfer à ce qui m'étoit
arrivé la veille ; mais l'après midi à la
même heure & au même quart d'heure
que le jour précedent , les mêmes fymptômes
recommencerent , & pendant huit
à neuf jours ils continuerent à me reprendre
au même temps , fans augmentation
, fans changement , fans diminution ,
n'y faifant rien que ce que j'y fis le premier
jour que je les fentis , qui fut de
m'approcher d'un bon feu & d'y refter
jufques à ce qu'ils fuffent diffipez. Après
ces huit ou neuf jours , ils diminuerent
petit à petit en huit ou neuf autres jours ,
& depuis je n'en ai eu aucun reffentiment
, ayant toujours joui d'une bonne
fanté.
Si vous estimez , Monfieur , ce petit
récit digne d'avoir place en votre Mercure
; & que vous invitiez les Sçavans
à donner leurs fentimens , prévenez - les,
je vous fupplic , de ne point éluder la
difficulté , en nous donnant pour raifon
que ce font autant d'effets d'une imagination
frappée , parce qu'on fçait certai
nement que cette raifon eft entierement
fauffe , & qu'elle ne fera point eftimée
ici de bon aloy.
E iiij Je
104 MERCURE DE FRANCE.
,
Je crois , Monfieur , ne devoir pas
vous celer mon nom de crainte que
vous ne croyez que cette petite avanture
n'eft qu'un jeu d'efprit ; mais je vous
fupplie de ne le pas rendre public ,
vous fuffifant de me connoître pour la
certitude du fait , & que je vous affure
que je fuis , & c.
********************
LE MOINE AU
ET LA TOURTERELLE.
FABLE.
UN Moineau , vif , jeune & fringuant
Beau , guai , de lui - même content ,
N'ayant d'autre défaut que d'être trop volage,
Voloit de bocage en bocage ,
Et laiffoit par tout chaque jour .
Mille marques de fon amour ;
C'eftoit à qui l'auroit : Aloüette , Linotte ;
A toutes il montroit la notte ,
Et toutes s'en trouvoient fort bien ;
Mais un même matin voyoit mourir , & naître
,
Les amitiez du petit traitres
Ce
JANVIER 1726 105.
Ce n'étoit qu'un Oiſeau de paffage , un vau¬
rien.
Un jour certaine Tourterelle ,
Voulut l'appeller infidelle :
Bon ! lui répondit- il , fuis -je moineau pour
rien ?
CRUCHES FECONDES du Cabinet de
M. Paul Lucas .
N parlant dans nôtre Journal du
mois de Novembre dernier , du curieux
Cabinet de M. Paul Lucas , An- .
tiquaire du Roi , & fameux Voyageur ,
que les Princes de Baviere lui ont fait
l'honneur de vifiter , nous nous fommes
engagez de parler plus particulierement
de certaines cruches fecondes , qu'on voit
parmi les autres curiofitez qu'il a rapportées
du Levant . Nous nous acquit
tons avec plaifir de nôtre promeffe , fur
un Memoire qu'il vient de nous communiquer.
Les meilleures & les plus eftimées de
ces Cruches fe fabriquent daus une Ville
de la Haute Egypte , nommée Kana ,
près des fameufes ruines de Dandera ,
décrite , page 36. du troifiéme Volume
du dernier Voyage de M. Lucas , feconde
édition 1724.
E v Ces
106 MERCURE DE FRANCE.
τέ
Ces Cruches font d'une terre plus fi
ne que toutes celles que l'on fait ail-
-leurs. On en tranfporte jufqu'à Conf
tantinople , & dans toutes les autres Villes
confiderables de la Turquie . Elles
ont une finguliere vertu de rafraîchir
l'eau en peu de temps , ce qui eft d'une
grande commodité , furtout en Egypte ,
où l'air eft fort chaud , & où il n'y a ni
glace , ni neige . On expofe ordinairement
ces Cruches à l'air fur une fenêtre du côque
le vent foufle , & en moins d'un
quart d'heure l'eau s'y rafraîchit merveilleufement.
Les François qui font en
Egypte , ont coûtume avant leurs repas,
d'y faire rafraîchir ainfi leurs vins . Les
Turcs prennent plaifir à femer fur l'exterieur
de ces Cruches , ( humectées par
le tranfpiration de l'eau ) de la falade .
qui y croît , & qui eft bonne à manger
en quatre ou cinq jours de temps. C'eft
principalement au temps de ces herbes
naiffantes , qu'ils affectent de boire dans
ces Cruches , en ayant le vifage tout rafraîchi
en même temps qu'ils fe defalterent
par la boiffon . Outre cela , on af
fure dans le pays , que l'eau qui a été
quelque temps dans ces Cruches , a encore
la vertu de guerir la dyffanterie , &
pertes de fang , caufées par quelque
vaiſleau rompu dans le corps.
les
ENIGME
JANVIER 1726. 107
XX:XXXXXXXXXXX:XX
PREMIERE ENIGME.
DE Deux inégales parties
Par certain Ouvrier juſtement afforties ,
On trouva le fecret de me former un corps ,
7
Qu'on fait agir fans beaucoup de refforts.
Semblable à bien des gens , le jour je me repoſe
,
Et je me plais la nuit au mouvement :
Non pas qu'à la clarté mon naturel s'oppoſe,
Puifqu'au contraire , bien fouvent
J'en rehauffe l'éclat ceffant.
D'un étourdi , le peu d'adreffe
Eft tout le malheur que je crains ,
Car , ainſi qu'un enfant ſe bleſſe
Des armes qu'on laiffe en fes mains :
Ainfi toujours ennemi de lui-même ,]
Quand le brutal à fait fon coup fâcheux ,
Il demeure ifte & honteux ,
D'avoir fait périr ce qu'il aime.
E vj DECE
108 MERCURE DE FRANCE
DEUXIEME ENIGME
P
Our moi l'hiver eft la belle faifon ,"
Et l'on m'entend affis au coin de fon
tifon ;
Je repofe le jour , mais tant que la nuit dure.
Je cours comme un hibou , errant à l'avanture.
Je me trouve fouvent à la fin d'un repas ,
Lorfque pour faire chere entiere ,
On fait de mon labeur un affez grand fracas
Je porte avec moy la lumiere ,
Et je finis enfin chantant avec effort ,
Mon heureux ou malheureux fort.
TROISIEME ENIG ME.
Quoique je fois un grand parleur ,
Et par confequent grand menteur
On voit chez moi troupe choifie ,
De Rois , de riches , d'indigens .
Tous connus pour honnetes gens
Et placez fans ceremonie.
Je m'attache à fuivre les pas
D'une belle , mais inégale ,
Qui
JANVIER 1726.
109
Qui quelquefois toute entiere s'étale ,
Quelquefois ne fe montre pas ;
On me vient voir toute l'année ,
Mais fi-tôt qu'elle eft terminée ,
Tous mes commerces font rompus ,
Et fuis au rang des Saints que l'on ne fête
plus.
Les deux Enigmes du premier vol.
de Decembre doivent être expliquées
par les Patins & la Pipe. Des vrais mots
des trois Enigmes du fecond vol . du même
mois , font le Tabac , le Chapeau ,
les Enfeignes de Paris .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c. -
M
EMOIRE SECRET DE LA COUR
D'ANGLETERRE , de ce qui s'eft
paffé de plus curieux fous Charles L
Par M. *** A Paris , rue S. Jacques ,
chez André Morin , 2. vol . in 12. de
près de 800. pages.
Cet ouvrage qui eft dedié au Duc du
Maine ,
frd MERCURE DE FRANCE.
Maine , contient plufieurs avantures veritables
& galantes , arrivées en Angleterre
fous lé regne de Charles I. & de
Cromwel.
>
Le même Libraire a auffi imprimé
deux autres livres à peu près de même
titre , mais d'une étendue & d'un prix
bien different. Le premier eft les Jour
nées amufantes de Madame Gomez en 5 .
vol. in 12. Le deuxième , les Amuſemens
ferieux & Comiques de M. du Frefni
vol. in 12.
LETTRES CRITIQUES , écrites d'Angleterre
au R. P. Caftel , de la Compagnie
de Jefus , fur trois articles importans
, & furprenans de fon nouveau fyf
tême de la pefanteur de l'air . Par le Chevalier
*** de la Societé Royale de Londres
. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez Mufier , 1725. brochure in 12. de
41. pages.
OBSERVATIONS fur la Mufique , la
Flute & la Lyre des anciens. A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Flahaut , 1726.
brochure in 12. de 34. pages.
Pierre Prault , Libraire fur le Quay
de Gefvres , débite depuis peu une nouvelle
édition du Poëme de Cartouche ,
plus
JANVIER 1726. 111
-plus belle & plus correcte que les précedentes
, & de plus ornée de feize planches
proprement gravées , qui reprefentent
les principales actions de ce fameux
Voleur , & les lieux où il s'eft le plus
fignalé.
DISSERTATION fur les Maladies Veneriennes
, avec une Lettre écrite par
un fçavant hyficien Chimifte , fur la
caufe & la nature des maladies , & fur
la préparation des remedes propres à
guerir doucement , promptement , radicalement,
& fans danger tous les maux
Veneriens , quelques inveterez qu'ils
puiffent être. Par le fieur Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans fa Compapagnie
des Cent Suiffes de la Garde du
Corps de S. M. Tome 1. A Paris , Quai
des Auguftins , 1725. in 12. de 274.
pages , fans l'Epitre & les Approbations .
DESCRIPTION de la nature , des caufes
des maladies Veneriennes , & de plufieurs
remedes propres à les guerir . Par
Le même Auteur. Tome 2. chez le même
Libraire , in 12. de 502. pages fans l'Avertiffement,
lesApprobations & laTable.
VOYAGE du Chevalier Chardin , & c.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Briaſſon ,
·1724. 10. vol. in 12.
VOYA112
MERCURE DE FRANCE.
VOYAGE de Grece , de Paleſtine , d'E
gypte , d'Italie , de Suiffe & des Pays-
-Bas , 1725. Ibid.
VOYAGE de J. B. Tavernier , &c.
Ibid. 1724. 6. vol . in 12 .
VOYAGE DE FRANCE , & c. Ibid. 2 .
vol.
PRINCIPES de la Nature & c. Ibid.
31725. 2. vol. in 12 .
RECUEIL NOUVEAU des Epigrammatiftes
François , anciens & modernes.
Ibid. 1724. 2. vol . in 12 .
LES VIES de S. Prudence , Evêque
de Troye , & de Sainte Maure , Vierge.
A Paris , chez F. Babuti , ruë Saint Jacques
, 1725.
ESSAI SUR LA SANTE' , & fur les
moyens de prolonger la vie , traduit de
l'Anglois de M. Cheyne , Docteur en
Medecine , Membre de la Societé Royale
de Londres . Par M. *** A Paris , Quay
des Auguftins , chez Rollin , 1725. in
-12 . de 367. pages.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent aux
enviJANVIER
1726. 113
environs de Paris , avec leurs ufages dans
la Medecine . Par M. Pitton de Tournefort
, &c. Seconde Edition , revûë &
augmentée par M. Bernard de Juffieu ,
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier , &c. A Paris , Quay des
Auguftins , chez J. Mulier , 1725. 2 .
vol. in 12. de plus de 900. pages.
TRAITE DE LA PARESSE , ou l'Art
d'employer le temps . A Paris , rue Saint
Jacques , chez J. T. Joffe, in 12. 2. 1. 10 f
LE NOUVEAU TESTAMENT tout Latin,
1725. chez le même , in 12. 35. f.
LE TEINTURIER PARFAIT , ou l'Art
de teindre les Soyes , Laines , Fils , &c.
Idem. 2. vol. in 12. 4. 1. 10. f
NOUVEAUX ESSAIS DE MORALE , OU
Obfervations Chrétiennes fur les plus
importantes veritez de la Religion , tirées
de l'Ecriture Sainte , des Conciles
& des Peres , pour toutes les femaines
de l'année , felon l'efprit & le ftile de
l'Imitation de J. C. A Paris , rue Saint
Jacques , chez Joffe , 1726 vol. in 12. de
454 pages , fans la Preface , la Table &
1'Epître Dedicatoire à S. A. S. Mademoi
felle de Clermont.
•
-STA
114 MERCURE DE FRANCE :
STATO della Chiefa Lateranenfe Pa
pale , in Roma , 1723. in 4 ° . fig .
PASCOLI , Trattato del Moto . Roma.
Ibid.
MEMOIRES de Pierre le Grand , Empereur
de Ruffie , Pere de la Patrie , &c
Par le Baron Jwan Neftefieranei. A la
Haye , chez Albert , 1725. in 12. de
470. pages.
,
Il paroît depuis quelque temps à Londres
un Livre Anglois fous ce titre :
Hiftoire naturelle des infectes d'Angle
terre , enrichie d'une centaine de planches,
gravées avec soin d'après nature & en-
Tuminées exactement , pour ceux qui le
fouhaiteront, par l'Auteur même , Elea
zar Albin , Peintre . On y a joint d'amples
notes , & plufieurs obfervations curieufes
, par Guillaume Derham , de la Societé
Royale. A Londres , 1724. in 4° .
RECUEIL des Poëfies diverfes qu'on
diftribua au College des Jefuites , le jour
de la Harangue du P. de la Sante , au fujet
du Mariage du Roi. Il contient une
douzaine de Pieces , au bas defquelles fe
trouve le nom des Auteurs . Voici l'idée
& le goût de chacune :
La
JANVIER 1726. IFS
La premiere eft une Eglogue de deux
Bergers. Thyrcis affligé de la guerre que
les Loups font aux troupeaux , fe livre à
fa douleur , & refufe de chanter fur le
pipeau : Lycidas confole fon ami & lui
annonce que Daphnis' leur Roi s'unit à
Eucharis.
Le feul nom d'Eucharis aux ferpens eft con
traire ,
Daphnis contre les Loups eftun nom falutaire,
Son bifayeul Alcandre en purgea les Forefts.
Thyrcis ne réfifte plus , & s'offre à
celebrer avec Lycidas cette heureuſe alliance.
Après avoir loué d'une maniere
Poëtique la fageffe du choix
que fait
Daphnis , ils chantent tour à tour le fujet
de leur joye & de leur efperance .
L'Olivier qui fert d'appui à la vigne ,
& à qui elle fait honneur. La Grenade
qui eft deftinée à porter la Couronne
renferme plus de richeffles , qu'elle n'en
fait briller au - dehors. L'Aimant qui fe
tourne vers l'Etoile du Septentrion , &
fixe fur elle fes regards. Le Mirte , dont
la chafte Uranie couronne les tendres
époux , & qui eft le lien des ames bien
afforties. Les Lys qui font l'image de la
candeur , & l'appanage du beau Daphnis,
font des comparaifons naturelles & riandont
la fimplicité & la juſteſſe for- *tes ,
ment
116 MERCURE DE FRANCË .
ment & développent une allegorie fen
fible . Des comparaifons , les Bergers
pallent aux préfages , les moutons bondiffans
fur l'herbe malgré une pluye
abondante, fembloient preffentir & annon .
cer leur bonheur , les Dieux operoient
cette merveille , touchez de la pieté &
du zele de Daphnis & d'Eucharis ; ils
veulent par cette union confondre le vi-
& vanger leurs Autels . Thyrcis
& Lycidas finiffent par des voeux ardents
qui ont pour objet le culte des
-Dieux , la fécondité des époux , la felicité
des campagnes , & la fureté des Bergeries.
ce ,
L'Auteur de cette Eglogue eft déja
connu par celle qu'il fit imprimer à la
•Majorité , & qui fut fort applaudie.
2° Ode Latine du P. Sanadon . Le nom
de l'Auteur en fait l'éloge , & on ne
peut le pouffer plus loin , qu'en ajoûtant
qu'il s'eft furpallé lui - même dans ce
genre de Poefie. Le fujet et heureux ,
Ia nobleffe & l'élevation qui font la
beauté des Odes , diftinguent celle- ci en
particulier. On fuppofe que Raphaël
Laczinski , fixième du nom , furnommé
L'Apollon de la Pologne , & Bifayeul du
Roi Staniflas , étant au lit de la mort ,
découvre & prédit la gloire de fa famille.
C'eft un Heros , c'eft un Poëte qui parle
Depuis
JANVIER 1726.
Depuis que cette Ode eft imprimée, on l'a
traduite en deux façons ; la premiere eft
plutôt une imitation qu'une traduction ,
Elle eft courte , & a pour Auteur celui
qui a traduit l'Eglogue précedente : on
y trouve du feu & de la Poëfie.
OD E.
De la Parque illuftre victime ,
Prêt à rejoindre fes ayeux ,
Leczinski , ce Chantre fublime ,
D'un vol hardi s'élance aux Cieux ;
Et perçant la nuit éternelle ,
Qui voile les temps tenebreux ,
Il prédit en ces mots la grandeur immortelle,
Que le deftin réserve à fes derniers neveux,
&
Heros , dont le zèle fincere ,
Embraffe & foutient les Autels ,
Le Ciel , à qui vous fçûtes plaires
Vous place au rang des immortels.
La Religion elle-même ,
En dépit de l'Enfer jaloux ,
Va vous combler de gloire , & fa faveur
fuprême
Vous rendra tout l'éclat qu'elle a reçû de vous,
Par
C
$18 MERCURE DE FRANCE .
Par vos foins la Foi triomphante
Chez le Sarmate & le Hongrois,
Répand fa lumiere éclatante ,
Et foumet les coeurs à fes loix .
Je vois la licence écrasée ,
L'innocence regner en paix ,
Et l'herefie en deüil de nos climats chaffée
Jurer en frémiffant de n'y rentrer jamais.
Pour prix de cette foi foumife ,
Plus d'un Heros de nôtre fang,
Et dans l'Etat & dans l'Egliſe
Tint toûjours un illuftre rang.
Armez , Seigneur , pour vôtre gloire
Les uns ont combattu l'erreur ,
Les autres couronnez des mains de la Victoire
,
Chez nos fiers ennemis ont femé la terreur.
M
Grand Dieu ! quel éclat m'environne
Quel fpectacle enchante mes yeux !
Quel Heros brille fur le Trône ,
Ainfi qu'un aftre radieux !
A fes vertus tout rend hommage ,
Mais
JANVIER 1726.
119
Mais quoi...... ce pompeux appareil ,
Tout à coup eft troublé par un affreux orage ,
Une vapeur obfcure éclipfe ce Soleil…………..
Où fuis -je ? une clarté foudaine
Frappe mes regards enchantez ,
Quel Roi fur les bords de la Seine
Nous comble de profperitez !
Quelle éclatante deſtinée
Se montre à mes yeux éblouis !
Trop heureufe Sophie , une auguſte Hymenée,
Unira vos deftins , aux deftins de Louis,
Plein d'une fi douce efperance ,
Du fort foutenez les revers ,
Leczinski que vôtre conftance
Serve d'exemple à l'Univers.
Mais lorsqu'au temps de vôtre gloire,
Vous verrez luire un jour fi beau ,
De vôtre bifayeul honorant la memoire ,
Venez couvrir de Lys ma cendre & mos
tombeau.
3 Le même Poëte nous a donné une
Elegie touchante & gracieuſe ; celui qui
l'a
116 MERCURE DE FRANCE .
l'a traduite s'eft rendu fa matiere propre,
il a fçû trouver dans nôtre Langue des
tours & des expreffions qui répondiffſent
à la beauté du Latin ; on en jugera par
ces vers nobles & coulants :
Mais ne t'enfle point trop , amour de la vic
toire ,
Tufçais qu'une Déeffe en partage la gloirei
Que feule elle pouvoit fur un coeur fi conftant,
Meriter d'obtenir ce triomphe éclatant.
La naiffance , l'efprit , la pieté fincere ,
Ja majefté , la grace , & l'heureux don de
plaire
Sont les titres divers qui fonderent fes droits $
Pour monter en ce jour au Trône de nos Rois,
Hâte- toi donc , Amour , d'achever ton ou
vrage ,
Sollicite l'Hymen de nous donner un gage ;
Qui de ce couple augufte éternifant les noeuds,
De la France attentive accompliffe les voeux.
De la Villemauri
* 4° Ode Anacreontique. Le premier
couplet fournit d'heureux refrains à tous
les autres nous voudrions que le Grec
fut intelligible au commun des lecteurs ,
ils nous fçauroient gré de mettre ici la
piece
JANVIER 1726 121 .
piece entiere , pour les empêcher de la
regretter. Une plume habile & délicate ,
qui fe prête à tout avec fuccès , & enrichit
tous les mois un Journal par des Extraits
fçavans & polis , en a fait une Tra
duction Françoife & élegante .
Un Prince augufte , une augufte Princeffe
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas
La majefté , la vertu , la jeuneffe ,
Sur leurs rivaux leur affurent le pas :
Eft-il François qui ne fe livré pas ,
Aux doux tranſports d'une jufte allegreffe
Le chafte Amour, enfant de la Sageffe ,
Pour les foumettre armoit déja fon bras ;
Minerve fçût guider avec adreſſe
Deux traits vainqueurs du temps & du trépas;
Depuis ce jour les Chantres du Permeſſe
Repetent tous dans leurs fçavans combats :
Un Prince augufte , une augufte Princeffe ,
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas
Plus d'un Heros , & plus d'une Déeſſe
Revit en eux & charme nos climats ;
Sur eux le Ciel répand avec lar geffe ,
F Tout
122 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'on voit d'éclatant icy bas,
Des fentimens nobles & délicats
Ornent leur ame exempte de foibleffe ;
La Majeſté , la Vertu , la Jeuneffe ,
Sur leurs Rivaux leur affurent le pas,
A leur bonheur l'Univers s'intereffe ,
D'eux il naîtra d'illuftres Potentats ;
Cheris des Dieux , dignes de la tendreſſe ,
Dignes des voeux des plus vaftes Etats.
Je ne crains point d'en rifquer la promeffe
De tels Epoux me tirent d'embarras ;
Eft- ilFrançois qui ne fe livre pas
Aux doux transports d'une jufte allegreffe ;
Un Prince Augufte , une Auguſte Princeſſe ,
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas.
P. F. J.
'L'Auteur de l'Eglogue dont nous
avons parlé , a auffi traduit cette Ode
en François & en Latin,
5°. Les Regrets de la Fortune font
la matiere d'une Elegie latine , dont la
Fiction eft ingenieufe , l'Allegorie jufte ,
les Sentimens nobles, la Poëfie naturelle.
La
JANVIER 1726. 123
La Vertu perfecutée par la Fortune ,
fans fe plaindre , ni des Dieux , ni des
hommes , avoit choifit le lieu de fa retraite
aux bords du Rhin ; elle y vivoit
dans un calme , que la vie des débris
de fa premiere condition ne pouvoit al
terer : libre & indépendante , elle méprifoit
les grandeurs , & s'en montroit digne
fans y afpirer .
Elle s'occupoit des exercices de la chafte
& fçavante Pallas , c'étoient les deux
amuſemens d'un fage , boifir ; elle cultivoit
encore , & préferoit à toutes les autres
fleurs , des Lys plus blancs que la
nege , & que la rigueur des vents fembloit
refpecter , lorfque la Fortune ſe
prefente à fes yeux . Cette Déeffe volage
étoit montée fur un char d'Yvoire , femé
de pierreries, & entouré d'avides clients ,
dont l'Auteur préfente une peinture forte
& reffemblante. La Vertu ne reconnoiffoit
plus la Fortune : celle ci fe fait connoître
& s'avoue coupable ; la fermeté
de fa rivale l'étonne , elle lui dit pour
marquer fon admiration & le défir fin-.
cere de réparer fa faute : Aimable vertu ,
je veux me reconcilier avec vous , fixer
ma roue en votre faveur , & vous élever
au plus haut degré. La réparation eft audeffus
de l'offenſe , je vous offre plus
que je ne vous ai enlevé ; on ne m'ac-
Fij cufera
124 MERCURE DE FRANCE.
cufera plus d'être capricieuſe & injuſte ;
vous guiderez mes pas , vous reglerez
mes faveurs , je ne marcherai qu'à votre
fuite , & ne me declarerai que pour
vos favoris. Le Ciel vous ordonne de
confentir à cet accord ; la Vertu foumiſe
& tranquille agrée les offres de la Fortune
, & modere fa joye , comme elle
avoit moderé fa douleur . Toutes deuxvont
figner le traité fur les Autels de la
paix là elles s'embraffent & fe jurent
une foy durable : les Dieux applaudiffent
, l'Enfer frémit , Apollon veut en
conferver le fouvenir , l'Amour le gra
ve au milieu du Temple.
69. Le Triomphe de l'Hymenée Sur
l'Amour , fait le fujet d'une nouvelle
Elegie.
L'Amour s'efforcoit de foumettre à
fes loix un jeune & fage Monarque.
Il montoit fur les Théatres , il fe mêloit
dans les Concerts , il animoit les
bals , où fe trouvoit le Prince , fans pouvoir
le rendre fenfible . Pour affurer fes
coups il fe déguiſe en Chaffeur , il le
pourfuit à travers les forêts ; mais loin
de l'atteindre , il fe laffe , il s'égare ; confus
de fa foibleffe , il éclate , il fe plaint,
& le refus d'une feule victoire lui fait
meriter toutes les autres. La honte lui
ferme enfin la bouche & livre fes fens
.
au
JANVIER 1726. 125
au fommeil. Minerve , qui couvroit de
fon Egide le coeur du Monarque , pour
en écarter tous les traits , appercoit l'Amour
endormi ; elle lui dérobe fon arc,
fon bandeau , fa torche & fes fléches ;
elle met cette précieufe dépouille entre
les mains de l'Hymenée , & lui apprend
l'ufage innocent qu'il en doit faire.
Ce jour qui voit l'Amour defarmé ,
doit être celui de vôtre triomphe ; j'ai
formé avec foin un aimable Roi & une
vertueufe Princeffe , c'eft à vous de les
unir par les plus tendres noeuds , je ga
rantis la durée d'une auffi belle chaîne :
PHymen transporté de joye , prend fes
plus riches atours , il amene SOPHIE
efcortée de toutes les vertus , qui ne la
quittent jamais la Fortune la fuit , mais
avec un air qui annonce le repentir de
fon crime. La France vole au-devant de
La Reine , & lui offre tous les coeurs
d'une Nation fidelle ; l'Hymen prefente
la Princeffe à fon augufte Epoux , la
douceur de fes attraits animée d'un
ris gracieux , charme LOUIS . Au même
inftant le Dieu armé des traits & du flam.
beau de l'Amour , allume dans les deux
coeurs une chafte flamme , & les perce
du même trait. LOUIS cede au mouvement
de fa tendreffe , & couronne l'aimable
SOPHIE. Minerve étend fur leur
F iij tête
;
126 MERCURE DE FRANCE.
tête le voile de l'Hymen , foutenu par
les Graces ; le Dieu grave fes loix
dans le coeur des Epoux ; les Graces &
les Jeux forment des danfes & des concerts.
Au bruit des réjoüiffances l'A
mour s'éveille , il tremble à la vûë d'une
Fête où l'on ne l'a point appellé , & il
prétend partager la gloire d'un triomphe
remporté par fes armes. Un regard
de SOPHIE l'arrête & le fait rougir
vos armes ( lui dit la Troupe avec un ris
moqueur ); vos armes font victorieufess
mais il n'eft permis qu'à l'Hymen de s'en
fervir.
De dépit l'Amour s'enfuit à Cythere,
le Poëte en felicite l'Hymen , &le con
jure de nous faire goûter bien- tôt les heu
reux fruits de fa victoire.
7. L'Ode latine adreffée au Roi Sta
niflas eft noble & harmonieufe ; elle a
pour Auteur celui de l'Ode Grecque ,
qui a été fi bien reçûë : celle- ci commence
d'une maniere fpirituelle.
La Fortune jaloufe de voir les Leczinski
s'élever au plus haut degré de
1'Honneur par le moyen de la feule vertu
, s'empreffe de les fervir , & de par
tager la gloire de fa Rivale. On rappelle
enfuite combien la Religion & la Po
logne font redevables aux Heros divers
de cette illuftre Famille .....Peu à peu
l'imaJANVIER
1725.
127
il Pimagination du Poete s'échauffe
prend l'effor il apperçoit une jeune
Déeffe portée fur un char éclatant ; fon
air augufte , fa douceur engageante la lui
font prendre pour la Vertu même , qui
vient rétablir fon empire fur la terre ,
& qui va s'attacher les cours de tous les
hommes ; il s'explique & finit par un
fouhait qui intereffe toute la France , &
en particulier le genereux Prince , à qui
nous devons nôtre Reine.
89. Quelque longue que foit la Piece
fuivante , nous en mettrons une grande
partie: nous devons cette juftice au merite
connu de l'Auteur , dont le goût fûr &
l'efprit fertile fçavent allier ce qu'il y a
de plus fleuri dans les belles Lettres ,
avec ce qu'il y a de plus abftrait dans les
Sciences .
LA RELIGION A LA REINE ;
au fujet de fon Mariage.
REINE , objet de mes foins , vous qui dès l'âge
tendre ,
Sçûtes me rechercher , me goûter & m'en
tendre ;
De la Religion reconnoiffez la voix.
Vous regnez , & je viens applaudir à mon
+
2
choix.
F iiij Oui
128 , MERCURE DE FRANCE
Oui , lorfque dans le fein d'une humble foli
tude ,
Vous faifiez de mes loix vôtre plus douce
étude ,
J'allois interroger au celefte lambris ,
Le livre , où des bons Rois les deftins fone
écrits :
Dieu faint , diſois - je alors , fi ton oeil favorable
,
"
» Jette encor fur la France un regard fecourable
,
»Daigne en nous confervant un Roi felon ton
>> coeur >
» Par la main d'une Eſther couronner fon bon-
» heur.
L'Eternel m'entendit : il mit dans la ba
lance
Le deftin de MARIE , & celui de la France,
Pefa les interefts de LOUIS & les miens ,
enviſagea la fin , arrangea les moyens ...
Sur l'Europe en fufpens balança la Couronne ,
Et par mille degrez vous élevant au Thrône,
Il parut annocer à l'Univers furpris ,
Qu'à vos feules vertus il refervoit ce prix .
Si-tôt qu'en ces climats nous les voyons éclore
,
LOUIS impatient les connoît , les adore :
Aux
JANVIER 1726 . 129
Aux yeux de tout fon peuple , il conduit à
l'Autel ,
L'objet auquel il jure un amour immortel.
Quel fur cet heureux jour ! que fa pompe
éclatante
De la France affemblée a fçû remplir l'attente !
Sur l'Epoufe & l'Epoux tous les yeux attachez
,
Y confultoient le cours de leurs deftins ca
chez,
Moi-même intereffée à cette augufte Fête ,
Je verfois mes faveurs fur l'une & l'autre
tête....
Goutez un fort fi beau , que l'Europe étonnée
,
Beniffe un jour la main qui vous a couronnée
!
£
Mais ce jour eft venu ,vous forcez mes voifins
Areconnoîrre en vous l'ouvrage de vos mains
C'eſt Eſther , difent- ils , fa pieté fincere
B
La dérobe à dex yeux empreffez à lui plaire,
»Pour faire au Roi des Rois un hommage
profond ,
"
» De ce bandeau facré qui brille furfon front ,
» Sur ſes peuples cheris , comme Eſther al-
» larmée,
Aux pieds du Dieu vivant on la voit abî-
» mée ,
Fy
Lui
130 MERCURE DE FRANCE
• Lui prefenter pour eux fes plus ardents des
» firs ,
» Et la Religion porte au Ciel fes foupirs s
Reine , fuivez toûjours cette trace adorable ,
Faites-moi triompher , en me rendant aima◄
ble.
Souveraine en ces lieux , vous l'étes à ce
prix ;
Soumettez-moi les coeurs que je vous ai ſou
mis ,
Et fur les volontez regnent l'une par l'autre.
Fa fons aimer par tout mon empire & le vô
tre ,
Uniffons toutes deux des interests fi chers ,
& dédommagez-moi des maux que j'ai ſoufferts
.
Epoufe d'un grand Roi , Fils aîné de l'Eglife ;
Si j'attens tout de vous , ce beau nom m'autorife.
Ayeux , dont l'Heroïfme eft au - deffus des Rois,
Pere , dont les vertus l'emportent fur fes
droits ,
Mere digne de lui , comme il eft digne d'elle ,
Tout doit pour me cherir ·
modeles....
, vous fervir de
Que de titres d'efpoir ! François , raffurezs
vous.
Déja de vôtre fort cent Peuples font jaloux
Sous
JANVIER
1726.
131
Sous MARIE & LOUIS la
candeur , Pin
nocence30 1
Vont bannir pour jamais le crime & la li
cence :
Tous deux m'en font garants , & leur coeur
genereux ,
Mettra tout fon bonheur à faire des heureux ,
Pour nous ratifier "ce fortuné préfage ,
Daigne le jufte Ciel achever fon ouvrage t
Si tu fondes fur moi leur plus folide appui ,
Grand Dieu , veille toûjours & fur elle & fua
lui!
Cultive dans leur ſein mes dons , qu'ilsy raffemblent
,
Et fais naître enfin d'eux des Rois qui leur
reffemblent.
• P.
Brumoy , J
9. La Balade eft un genre de , Poëfies
eelt
auffi gênant qu'il doit être naturel ; c'eſt
ce qui l'a rendu moins communé . La
Fontaine parmi
plufieurs très -belles , nous
en a laiffé une fur le
Mariage de Louis
XIV. Dans celle qu'on donne ici fur le
Mariage de Louis XV. on expofe le motifglorieux
du choix qu'a fait nôtre Monarqué
; on reprefente le caractere de la
Princeffe qu'il époufe ; on unit l'Amour
avec l'Hymen , pour regner fur deux
F vj
734 MERCURE DE FRANCE
De ce réfor il n'avoit connoiffance ;
Quels doux tranfports ! l'augufte Amant s'avance,
Son coeur foupire , & le Dieu fatisfait
Des noeuds d'Hymen joint ce couple parfait ,
D'un trait d'Amour le tendre Hymen le bleffe:
Amour , Hymen ! le triomphe eft complet ,
LOUIS ne veut aimer que la Sageffe .
ENVO r.
Heureux Epoux , nos voeux ont leur effet ,
Vôtre union du Ciel eft un bienfait ,
A la benir fa gloire l'intereffe :
Vous infpirez les Chantres du Permelle
De leurs Concerts agréez le fujet ,
Tous vous diront avec plus de fineffe ,
Moi fimplement : LOUIS , jeune & bien fait ,
Ne fait regner, n'aime que la Sageffe.
H. J. E. J.
T
10. L'Ode Françoise merite d'autant
plus d'être applaudie , que cette forte de
Poëfie demande plus de talens , & que
l'Auteur , qui a réüffi , n'eft pas François.
Il commence par tirer d'heureux
pre-
•
1
JANVIER 1726. 135
préfages du beau temps qu'il fit après
l'arrivée de la Reine.
Que vois-je ! quels heureux aufpices ,
Soudain fufpendent nos douleurs ?
Quelles mains à nos voeux propices s
S'empreffent d'effüyer nos pleurs ?
Quelle eſt la puiſſance adorable ,
Dont la prefence ſecourable
Rétablit l'ordre des faifons ?
Eft-ce la brillante Pomone ,
Qui vient par une heureufe Automne
Remplacer d'ingrates moiffons ?
M
Oui , François , c'eft à votre Reine ,
Que vous devez ces doux plaifirs ;
C'est elle dont l'afpect ramene
Flore , Phoebus , & les Zephirs.
Déja dans cet heureux Empire ,
Les vents & l'air qu'on y reſpire
Tout femble obéir à fa voix ;
Et dans un Soleil fans nuage ,
Tracer une fidelle image
Des temps qu'ameneront fes loix
136 MERCURE DE FRANCE.
Les vertus font à la Reine un fuperbe
cortege ; c'eft ainfi que le Poëte les ran
ge autour d'elle.
Un effain de Vertus celeftes
L'environne de toutes parts ,
Et la pudeur aux yeux modeftes
Regne en fes gracieux regards.
A fes côtez eft l'alllegreffé ,
Les Graces , la vive Jeuneffe ,
La circonfpecte Gravité :
Sur fon front ouvert & fincere ,"
Une affable douceur tempere
L'éclat d'une noble fierté.
Une Princeffe aimable & bienfaiſante,
foutient & anime l'efpoir de fes Sujets,
De la meurtriere indigence •
Peuples , ne craignez plus les coups .
La douce & riante abondance ,
Vient vous fouftraire à ſon couroux
Je la vois ; & fes mains fertiles
Déja fur nos terres fteriles ,
Verfent mille dons précieux :
De fes falutaires richeffes
La
JANVIER 1726. 137
La Reine par mille largeffes ,
Attire le cours en ces lieux.
L'Ode finit par des voeux pour l'extirpation
de l'herefie , le progrès de la
Religion & le bonheur de toute la
France.
Monftre au coeur double , à l'oeil perfide ,
Loin d'ici porte tes noirceurs ;
Parmi nous ta langue homicide
N'a que trop répandu d'horreurs ;
'Rentre dans ces réduits funebres ,
Où jadis au fein des tenebres ,
La fraude t'avoit enfanté ;
A la place de tes parjures ,
Et de tes lâches impoftures ,
Voi triompher la verité.
潞
Et toy , Religion facrée ,
Ne va point fuiant nos Autels ,'
Chercher à l'exemple d'Aftrée ,
D'azile chez les Immortels.
Jadis la fiere Samartie ,
Apprit des Ayeux de Marie
A t'offrir un pieux encens
De
138 MERCURE DE FRANCE .
De leur zele digne heritiere ,
Elle va de l'erreur altiere ,
Confondre les traits impuiffans.
Qu'ainfi des Reines le modele ;
Long- temps elle comble nos voeux
Que d'un Hymen , tendre & fidele ,
Ses vertus refferen tles noeuds :
Que l'innocence & la justice
Contre la fraude & la Malice ,
Trouvent chez elle un ferme appui ;
Que fon afpect , un fiecle encore ,
Puiffe d'une Cour qui l'adore ,
Bannir les foucis , & l'ennui.
P. Routh. J.
110. L'Epithalame mérite l'acueil
favorable qu'on lui a fait ; l'invention eſt
heureufe , le tour agréable & poëtique,
le ftile aifé , leger & coulant :
Triomphe Hymene , enfin voici le jour »
Qui doit unir la Sageffe & l'Amour.
C'eft de tout temps , qu'ennemis implacables
Sageffe , Amour , l'un de l'autre jaloux ,
Par des combats & des coups redoutables ,
Ont
JANVIER 1726.
139
Ont à l'envi fignalé leur couroux.
Chacun vouloit regner feul fur la terre ,
Et dominer fur le coeur des humains :
Tous deux , helas ! feroient encore aux mains
fini la guerre.
Si tu n'avois , Hymen ,
Triomphe , Hymen , enfin , &c.
De plus , dit-on , certaine antipatie ,
Les aigriffoit fans trop fçavoir pourquoi ,
L'une traitoit fon adverſe partie ,
De Dieu volage , inconftant & fans foy.
L'autre faifoit dans plus d'un manifefte ,
De la Déeffe un odieux portrait ;
L'humeur fauvage étoit le moindre trait ,
Tous deux charmez d'un débat fi funeſte,
Crioient , Hymen , en vain tu crois unjour
Pouvoir unir la Sageffé & l'Amour.
21€
Les deftins confultez , décident que
c'eſt à l'Hymen de finir la querelle .
Hymen , touché de ces cris , de ces larmes ,
Parle de Paix , les veut mettre d'accord ;
Mais l'Amour crie encor plus fort aux armes
;
ཝ
Sage
140 MERCURE DE FRANCE
Sageffe auffi croit n'avoir jamais tort .
Les Dieux du Ciel fe firent les arbitres ,
De part & d'autre on péfa les raifons ;
On décida , qu'en eux ces deux beaux noms,
Sageffe , Amour , n'étoient que de vains titres.
Triomphe , Hymen ; Je vois , dit - il , le jour ,
Qui doit unir la Sageffe & l'Amour..
L'Hymen pourfuit & prouve que ces
deux beaux noms conviennent avec plus
de juftice à LOUIS & à SOPHIE'; le
parallele qu'il fait du Roy & de la Reine
avec l'Amour & la Sageffe eft auffi flateur
qu'ingenieux.
Voyez ce Roi , dont l'Augufte perfonne ,
Par fes Vertus , fon air , fa Majeſté ,
Charme les yeux plus que par fa couronne
Il a d'Amour , l'éclat & la beauté ,
Mais il n'a point ſes rigueurs , fes caprices }
Il a fes yeux , mais non fon ris trompeur ;
Il a fa grace avec plus de grandeur :<
Voila l'Amour , chantez fous fes aufpices ,
Triomphe , Hymen , enfin , &e.
(
Comme
JANVIER 1726. 141
Comme le Dieu qu'on adore à Cythere ,
Il prend plaifir à lancer mille traits :
Déja , mortels , vous craignez fa colere ,
Mais il n'en veut qu'aux hoftes des forêts .
Ce fage Amour n'eut jamais à fa fuite ,
L'oifiveté , le dangereux repos :
Depuis long-temps de la Cour du Heros ,
La volupté cria , prenant la fuite :
Triomphe , Hymen , je ne puis voir le jour
Qui doit , &c.
B
Difparoiffez , trop auftere Déeffe ,
Une Princeffe attire tous les yeux ;
Seule elle a droit fur le nom de Sageſſe ,
Au jugement des hommes & des Dieux.
Elle n'a point ce front , cet air farouche ,
Qui fait haïr juſques à vos vertus:
Pour réformer les vices , les abus ,
Jamais le fiel ne coula de fa bouche.
Triomphe , Hymen , enfin , &c.
涯
Ainfi parla le Dieu de l'Hymenée ;
Les immortels approuverent fon choix ;
Cupidon
142 MERCURE DE FRANCE .
Cupidon fuit , la Déeffe étonnée ,
Laiffe le monde à de plus douces loix.
Malgré Venus , les jeux , les ris , les graces ,
Ont de Paphos abandonné la Cours
Et les vertus vers un plus beau féjour ,
Ne craignent plus de marcher fur leurs traces.
Triomphe , Hymen , &c.
諾
Acheve . Hymen : cette union féconde
Doit faire un jour naître d'un fi beau Sang
Mille Heros , qui partageant le monde ,
Après les Dieux tiendront le premier rang.
Depuis qu'ainfi la querelle eft finie ,
On ne connoît dans ce charmant Païs ,
Plus d'autre Amour que le Jeune LOUIS ,
Et la Sageffe eft l'Augufte SOPHIE.
Triomphe , Hymen , enfin voici le jour ,
Qui vient d'unir la Sageffe & l'Amour,
P. De deffus le Pont J.
La derniere piece du Recueil eft une
Fable allegorique , où il y a de l'efprit.
Il s'agit d'un Bouquet que les Dieux ,
dans un jour de Fête , veulent donner
au Maître de l'Empyrée. Ils choififfent
pour
JANVIER 1726,
1431
pour cet effet le Lys & la Rofe. Le Poete
parle ainfi des deux Fleurs .
C'étoit un jeune Lys , fils aîné de l'Aurore
Enfant cheri , qui tous les jours
Avec elle faifoit éclorre
De nouvelles beautez & de nouveaux Amours,
Son deftin , pour être complet ,
Sembloit défirer quelque chofe ;
Il falloit réunir dans le même Bouquet ,
Au plus charmant des Lys la plus aimable
Rofe.
Le Souverain des Dieux admire l'alliance
De deux Fleurs , dont l'heureux rapport ,
La mutuelle dépendance ,
Produifoit un fi bel accord ;
Et fa puiffante main qui modere la terre ,
Les prend & de nouyeau les unit & les ferre
D'une noeud , que le fiecle à venir
Ne pourra jamais défunir.
REFLE
144 MERCURE DE FRANCE .
REFLEXIONS fur l'Antiquité expli
quée , &c. Par M. Deflandes , Contrôleur
de la Marine , à Breft.
Q
Uelque déference que j'aye pour
les lumieres , & l'érudition du celebic
Auteur de l'Antiquité expliquée ,
& reprefentée en figures , j'ai cependant
bien de la peine à approuver un endroit
du cinquiéme tome de fon fupplement .
C'eft celui qui regarde quelques tombeaux
des anciens Gaulois , Germains , Cimbres
, Teutons , & c. Ces tombeaux , ditil
, étoient compofez de pierres brutes
d'une énorme grandeur , les unes jettées
confufément , les autres arrangées avec
quelque ordre , & quelque fymetrie .
Heft certain que l'ufage de faire fervir
des pierres aux monumens publics
eft très- ancien. Les nations policées élevoient
des piramides , & des colomnes :
les groffieres fe contentoient de pierres
brutes , qu'elles raffembloient au hazard.
On en a des exemples dans toutes les regions
feptentrionales . Ceux qui ont écrit
les Antiquitez de la Scandinavie , affurent
qu'ils ont été obligez d'aller confulter
les pierres & les rochers qui bordent
la Mer : c'étoit-là toute la Bibliotheque
du Nord. Cependant il ne faut
point
JANVIER 1726. 145
point étendre trop loin cet ufage , &
prendre pour anciens monumens toutes
les pierres monftrueufes qu'on rencontre
en certaines campagnes . Je voudrois que
quelque autre preuve vint fe joindre à
celle qu'on tire de l'ufage , & juftifiât
les découvertes qu'on fe flatte d'avoir
faites .
Par exemple , toutes les campagnes
de la baffe Bretagne , furtout en approchant
de la Mer , offrent un grand nombre
de pierres d'une groffeur prodigieufe
, & dont quelques- unes même font
arrangées avec affez d'art & de fymetrie,
ce qui furprend d'abord ceux qui parcourent
ces campagnes . En allant de
Vannes à Hennebon , j'ai admiré plus
d'une fois ces arrangemens fortuits , où
les hommes ne paroiflent pas avoir mis
la main. Car à quel deffein l'auroientils
fait ? Et il y a telle pierre qu'on ne
peut remuer , fans fe fervir de machines
extraordinaires ? On voit furtout à quelque
diſtance d'Avrai plus de 250. pierres
arrangées trois à trois , & qui étonnent
par leurs figures & par leur pofition
uniforme . Deux font fichées en
terre , & elles foutiennent une troifiéme
qui eft mife de travers par- deffus. Ce qui
reffemble tout-à - fait au monument gra-
Gové
146 MERCURE DE FRANCE.
vé dans la foixante- douziéme planche du
même cinquiéme tome .
Certainement , ce ne font point -là des
tombeaux . Pourquoi y en auroit- on raffemblé
un fi grand nombre ? Combien
de frais cela n'eut - il point coûté ? de
quelles machines s'eft- on fervi ? Comment
l'Hiftoire a t'elle oublié un ouvrage
fi bizarre & fi extraordinaire ? J'avoue
qu'elle parle d'une grande bataille
qui fe donna près d'Avrai le 29. de Septembre
1364. C'eft celle où Charles de
Blois fut tué , où Bertrand du Guefclin
qui commandoit fous lui fut pris prifonnier
, & où le Comte de Montfort refta
paifible poffeffeur du Duché de Bretagne
. Mais outre que cette bataille fe
donna prefque aux portes d'Avrai , on
fonge moins pendant le feu des guerres
civiles à élever des monumens , qu'à cacher
la propre victoire . Auffi les armées
de ces deux illuftres Rivaux furent trèsfouvent
en prefence l'une de l'autre ,
fans ofer combattre. Les amis , quoique
engagez dans des partis contraires , trouvoient
le moyen de ménager quelque
tréve,
Je crois avec plus de vraisemblance ,
que ces pierres font une fuite & un effet
des bouleverſemens que la terre a foufferts
par ce grand nombre de déluges ,
de
JANVIER 1726. 147
de tremblemens , d'inondations & d'incendies
, dont toute fa furface a été defigurée
: boule verfemens qui font encore
plus remarquables dans les Provinces
Maritimes que dans les autres ; & ce
qu'on croit y appercevoir de régulier ,
doit être , non- feulement confondu dans
le nombre infini de combinaiſons irregu
lieres que produit le mouvement , mais
en faire encore partie.
Voilà mon fentiment que j'ofe mettre
en regard avec celui du R. Pere
Montfaucon . Mais il pourroit bien arriver
, que ce qui paroît monument aux
yeux d'un Antiquaire , ne pàrût qu'un
effet de la nature à ceux d'un Phyficien
..
LETTRE écrite au R. P. Caftel le 3.
Novembre 1725. fur fon explication
du flux d'un Puits.
I
Ly a quelques difficultez, mon R. P.
fur l'explication que vous avez donnée
du flux d'un Puits qui eft du côté
de Breft , dont les eaux font bafles quand
la Mer voiſine eft haute, & au contraire.
Au nombre onzième vous dites que
le flux de la Mer eft produit par le mouvement
peristaltique de toutes les fub-
Rances terreftres , alternativement du
Gij centre
148 MERCURE DE FRANCE.
centre à la circonference , & de la
circonference au centre.
Il y a une difficulté qui n'eft pas petite
contre cette fuppofition ; fçavoir , d'où
provient cette régularité de mouvement
qui s'accorde avec le mouvement de la
Lune . Car ce mouvement du centre à
la circonference , & de la circonference
au centre , n'a rien qui lui donne une regularité
qui réponde au mouvement de
la Lune .
Au nombre douziéme rien n'eft plus
naturel que ce fyftême . Il feroit à fouhaiter
qu'on en eut marqué la fimplicité.
J'accorde que la Lune n'eft point là caufe
efficiente du flux , mais il faut donner
une raifon naturelle pourquoi le flux
s'accorde avec le mouvement de la Lune
, quoique la Lune ne foit point la caufe
efficiente du flux.
Au nombre treizième. Le flux arrive
diverſement dans la Mer , & dans le
Puits, par la même raifon que dans le
même corps les battemens ne fe font
en même temps dans les diverfes parties.
pas
Cela ne réfout point la difficulté qui
eft de fçavoir pourquoi ces differens flux
s'accordent avec le mouvement de la Lune
, & pourquoi l'eau eft baffe dans le
Puits , quand elle eft haute dans la Mer
voifine.
Vous
JANVIER 1726. 149
Vous faites efperer de donner au public
l'Hiftoire Syftêmatique du flux. Voilà
l'occafion la plus favorable pour mettre
au jour vôtre nouveau fyftême . Le
Prix que l'Académie de Bourdeaux propofe
pour celui qui donnera le meilleur
fyftême fur le flux , vous fomme de mettre
au jour vôtre nouveau Syftême pour
avoir l'approbation de cette Académie ,
& remporter le Prix fur un fujet qui n'a
gueres bien été éclairci jufques à ce jour.
Je fuis vôtre très-humble ferviteur ,
A ****
Le R. P. Ange de Sainte Rofalie
( François Raffart ) Auguftin Déchauffé ,
mourut à Paris dans fon Convent de la
Place des Victoires le 4. Janvier 1726 .
dans la 71. année de fon âge , & la 54.
de fa Profeffion. Il avoit paffé par lés
principales Charges de fa Congregation ,
& étoit Auteur de plufieurs ouvrages
qui lui ont acquis de la réputation , qu'il
a foutenu d'ailleurs par toutes les qualitez
d'un vrai Chrétien & parfait Religieux
. Il travailloit actuellement à une
nouvelle Edition de l'Hiftoire Genealogique
& Chronologique de la Maifon de
France , & des Grands Officiers de la
Couronne , donnée premierement au Pu-
G iij blic
150 MERCURE DE FRANCE .
í
blic en 1672. par le P. Anfelme , auffi
Auguftin Déchauffé , & augmentée depuis
par M. du Fourny , Auditeur des
Comptes en 1712 .
Le Programme par lequel on a propofé
des Soufcriptions pour cet ouvrage a
appris au Fublic les loins & les recherches
que le P. Ange avoit faites pour
l'augmentér & le rendre plus utile . I
doit être en 6. vol . in fol. & les deux
premiers feront bien - tôt en état de paroître
, comme on l'a promis. La mort
de l'Auteur n'en interrompra point l'Impreffion
, & le Pere Simplicien , fon
confrere , que le Pere Ange avoit affocié
à fon travail , remplira tout ce qui
a été promis au Public .
Le grand Procès qui duroit depuis
plus de cent ans entre l'Univerfité de
Paris , & les Imprimeurs & Libraires ,
a été jugé au Confeil d'Etat en faveur
de l'Univerfité. Les Imprimeurs & Libraires
feront obligez de fouffrir l'examen
devant le Recteur de l'Univerfitée
avant que d'être reçûs .
Le 9. de ce mois M. Piat , Profeffeur
de Rhetorique du College du Pleffis
prononça un Difcours Latin très - éloquent
, à l'occafion du Mariage du Roi.
Le
JANVIER 1727 15.1
Le Cardinal de Noailles y affifta , ainfi
que plufieurs Prélats & grand nombre
de perfonnes de diſtinction.
Le 17. M. Gilbert , ancien Recteur
& l'un des Profeffeurs de Rhetorique .
du College Mazarin , prononça au nom
de l'Univerfité dans l'une des Salles de
Sorbonne , un Difcours Latin très - éloquent
, fur le Mariage du Roi , en prefence
du Cardinal de Noailles , & de
plufieurs perfonnes de diftinction .
Quoique la derniere année 1725. ait
paru extrêmement pluvieufe , il n'eft
cependant tombé à Paris , felon les Obfervations
de M. Maraldi , de l'Académie
Royale des Sciences , & Aftronome
de l'Obfervatoire Royal de Paris , que
la quantité de 17. pouces 6. lignes un
tiers de pluye , moindre de 1. pouce 5 .
lignes deux tiers , que la quantité de
pluye qu'il doit tomber dans une année
moyenne. La quantité de pluye répondant
à l'année moyenne , a été eftimée
par feu M. de la Hire , à 19. pouces , &
c'eft le réfultat de 30. années d'Obfervations
qu'il avoit faites fur la quantité de
pluye tombée à Paris pendant ce temps.
Le fieur Chevillard , l'aîné , Auteur
G iiij
du
12 MERCURE DE FRANCE .
du Dictionnaire Heraldique , gravé en
1725. vient de donner au Public l'Armorial
ou Recueil des Armes de la Nobleſſe
du Duché de Bourgogne & de la Province
de Breffe , avec les noms des Familles &
des Seigneuries ; enſemble les dattes, des
Arreſts & Jugemens de maintenue en leur
Nobleffe . Le même Recueil contient les
Armes des Evêques , Chefs d'Ordre , &
des Bailliages de ces deux Provinces , en
huit feuilles . Dedié & preſenté à S. A. S.
Monfeigneur le Duc de Bourbon , par
l'Auteur qui demeure à Paris , fur le petit
- Pont , au Nom de Jefus.
Nous avons reçû plufieurs Lettres de
Marfeille , écrites par differentes perfonnes
, lefquelles affurent , que M. Sicard,
Medecin de cette Ville , a un remede
excellent contre la goute , quelqu'inve
terée qu'elle foit . Ce remede s'applique
feulement fur le mal , fans qu'on foit
obligé de prendre autre chofe , & ce Medecin
le donne journellement avec un
fuccès furprenant . Deux des lettres dont
nous venons de parler , font fignées des
perfonnes qui ont été gueries par ce re
mede.
Le 11. de ce mois on fit à Rome , felon
la coutume , dans la grande falle du
;
Capie
JANVIER 1726. 153
Capitol , la diftribution des Prix adjugez
aux Eleves de l'Académie de Peinture
& Sculpture. Dix Cardinaux fe trouverent
à cette ceremonie , ainfi que les
Ambaffadeurs de Portugal & de Veniſe.
La Harangue fut prononcée par M. Nicolas
Simoni , Camerier fecret participant
; on lût enfuite diverfes Pieces - de
Proſe & de Vers , compofées par les Arcadi
, & à la fin il y eut un grand con
cert de voix & d'inftrumens.
Le Comte Fantoni , dont l'érudition
étoit connue de tous les Sçavans d'Italie,
mourut vers la fin du mois dernier à
Florence dans la 70. année de fon âge ;
il avoit affifté au Congrès d'Utrecht en
qualité de Miniftre du Duc de Guaſtalla.
SUJETS propofez par l'Académie
des Sciences des Beaux Arts , établie
à Pau. Pour les Prix des années
1745. & 1726 .
L
Es Etats Generaux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer
quelque utilité , ou quelque ornement
à la Province , ont bien voulu concourir
au zele des Meffieurs qui ont formé
l'Académie , en contribuant avec
eux , d'une fomme annuelle , aux frais
GY necef154
MERCURE DE FRANCE.
neceffaires pour l'entretien de cet étag
bliffement.
Cette liberalité a engagé Meffieurs de
l'Académie à employer une partie de cet
argent à un prix qu'ils donnent chaque
année , vers la Fête de S. Louis , à
lui qui a le mieux réüffi dans une Piece
d'Eloquence ou de Poëfie , felon le genre
d'écrire qui a été propofé.
ce-
Ce Prix eft une Medaille d'Or , où
font gravées d'un côté les Armes de la
Province , & de l'autre la Deviſe de
l'Académie.
On l'avoit deſtiné pour cette année
4725. à une Piece de Profe d'une demi
heure de lecture , dont le fujets étoit
cette penſée .
S
Le mauvais ufage que nous faisons de
nôtre bonheur , est souvent la cauſe
de nos difgraces.
Mais les Pieces qui ont été envoyées
dans le temps marqué , n'ayant pas paru
avoir la perfection qu'on auroit fouhaité,
on a jugé à propos de referver le Prix
pour l'année prochaine , comme il fe pratique
en pareil cas dans les autres Académies
, en forte qu'on en donnera deux
en 1726 .
L'un & l'autre feront de même adjugez
JANVIER
155 1726 .
gez à deux Pieces de Profe , compofées
fur le Sujet précedent , ou fur celui - ci ,
au choix des Auteurs .
Le bon Goût vient plus du jugement
que de l'efprit.
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition , & de tous les Pays pourront
prétendre aux Prix .
Comme l'Académie veut ignorer les
noms des Auteurs , dont les Ouvrages
auront été jugez les moins dignes , on
les avertit de mettre une Sentence au bas
de leurs Pieces , & leur nom feparément
dans un billet cacheté , fur le dos
duquel ils mettront auffi la même Sentence.
Par ce moyen on trouvera ' d'abord
le billet où fera le nom de l'Auteur
, & loin d'en ouvrir aucun autre ,
on les brûlera tous en public.
Comme il faut un certain temps pour
l'examen des Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le pre
mier de Juillet 1726. ceux qui arriveront
après ce terme ne feront point reçûs
. Il eft même arrivé cette année qu'on
n'a point voulu donner le Prix à une
-Piece qui a pour Sentence , Infelix eft
qui, &c. par cette raifon qu'elle a été
remife trop tard. Cependant comme on
G vj
.
156 MERCURE DE FRANCE.
adjugé qu'elle avoit des beautez , il a été
deliberé qu'elle entreroit en concours
avec les Ouvrages quiferont envoyez l'année
prochaine ; mais on avertit le Public
qu'on n'ufera plus de pareille indulgence.
On pourra addreffer les Ouvrages à
M. l'Abbé Levaffeur. , Secretaire de l'Académie
, ou à quelque autre de Meffieurs
les Académiciens , & l'on aura foin d'affranchir
les paquets qu'on enverra par
la Pofte.
Levaßeur, Chanoine de l'Eglife Cathedrale
de Lefcar , & Secretaire perpetuel
de l'Académie.
MEDAILLES DE LA REINE:
TA
Andis que les plus beaux Arts celebrent
à l'envi les vertus de nôtre
augufte Reine , le Burin travaille à les
immortalifer . On a déja vu quelques
Medailles frappées fur ce fujet. Le fieur
Simonneau , très- habile Graveur de cette
Ville , vient de fe diftinguer en ce genre
par un Ouvrage d'un goût exquis & fingulier.
Cet Ouvrage confifte en douze
petites figures en taille - douce , correctement
deffinées , & excellemment gravées
. On les a affemblées dans un cahier,
& on a ajoûté au bas de chacune un petit
JANVIER 1726. 157
tit nombre de Vers convenables au fujet.
Ce Cahier a pour titre Medailles de
la Reine. On voit immediatement après
la Face d'une Medaille de cette Prin
cefle , comme nous l'avons dit , en cuivre
, par le fieur Simonneau , d'après
l'une de celles qui ont été frappées à la
Monnoye des Medailles , dont les coins
ont été gravez en creux par le fieur Duvivier.
On lit ces mots à l'entour ; MARIA
LESCZINSKA REGIS STANISL . FIL
ET NAV. REGINA. M. DCC . XXV. Au
bas de la Medaille on lit les Vers qui
fuivent :
Fille d'un Souverain , vertueux , magna
nime ,
Qui grand dans fes fuccès , plus grand dans
fes malheurs ,
En perdant fes Etats fe conferva les coeurs 3
Et de tout l'Univers fçut meriter l'eftimes
Seule je relevai nos deftins abbarus ,
Par les arrefts du Ciel un augufte hymenée ,
Sur le Trône des Eys porta ma deftinée ,
Et couronnant mon front , couronna mes verë
tus.
Dans les pages fuivantes on trouve
onze Revers de la même face , qui font
autour
158 MERCURE DE FRANCE
autour de Medailles differentes , & contiennent
des fimboles très - ingenieux des
vertus & des principaux évenemens de
la vie de la Reine , & de celle du Roi
fon pere. Nous ne rapporterons que le
premier de ces Revers , lequel a pour
objet la Pieté & la Charité de la Reine .
On y voit de front , dans un Ecu , la tête
du Taureau des Armes de la Maiſon
Lefezinski , ayant d'un côté un Autel ,
& de l'autre un Arbriffeau avec cette Legende.
ARIS SE INCURVAT ET ARVIS ,
& dans l'Exergue , SCUTUM REGINA .
M. DCC. XXV. & au -deffous on lit
ces quatre Vers .
A quelqu'e nploi que je fois deftinée ,
Aux befoins de la terre , au culte des Autels ,
On me voit toûjours inclinée
Pour la gloire des Dieux , ou le bien des mor
tels .
Toutes les lettres tant des titres des
Medailles , que des Vers qui les expliquent
, font auffi gravées de la même
main. Nous ne fçaurions trop dire que
ce morceau de gravure eft tout- à - fait
digne de l'attention des Curieux . On le
trouve chez le fieur Simonneau , ruë de
Biévre , près la Place Maubert .
EXTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
1726
MIAY TORK
MC LIBRARY
DEVIA
BTO . LENOX AND
DEN FOUNDATIONS.
•
HAMBRE
X DENIERS.
1726
IN
ARMIS
FRAORDINAIRE
S GUERRES .
1726-
JANVIER 1726. 159
EXPLICATION des Types & Le²
gendes des Jettons frappez pour
le premier Janvier 1726.
I. TRESOR ROYAL.
}
Une Fontaine dont le refervoir fe
répand par plufieurs robinets. Legende.
Quo poftulat ufus. Où l'usage ( la ) demande.
pe CO DA
II. PARTIES CASUELLES .
Un Lys fur lequel tombe la rofée du
matin. Legende. Servatur rore levi. Il
eft conferve par une legere rofé .
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Une Bouffole. Legende. Nufquam devia
. Jamais détournée.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES .
L'Oriflame ou Drapeau femé de fleursde-
lys . Legende , Belli & Pacis honos.
L'honneur de la Guerre & de la Paix.
V. EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES .
Un Elephant armé en guerre avec la
Tour garnie de Soldats . Legende. Quantus
in armis. Qu'il eft puiffant dans les
Armées.
VI.
BATIMENS DU ROY.
Minerve
affife entre des Preffes &
autres inftrumens
propres à l'Impreflion
.
Le160
MERCURE DE FRANCE :
Legende. Colit quas excitat artes . Elle
cultive les Arts qu'elle excite.
VII. MARINE.
La Lune en forme de Croiffant audeffus
de la mer . Legende. Tu variis
conftans vicibus, Conftante dans fes divers
changemens.
VIII. GALERES.
Un Faiffeau de fleches dans un Carquois.
Legende. Ad obfequium celeres.
Agiles à l'obéiffance.
IX. MAISON DE LA REINE .
L'Etoile du matin jointe au Soleil.
Legende. Lætior affulget populis . Plus
éclatante & plus gaye , elle brille auxe
Peuples.
X. LA VILLE.
D'un côté les Armes de la Ville de Paris
, avec ces mots au-deffous , la Vill'e
de Paris 1725. & de l'autre , les Armes
du Prefident Lambert , Prevôt des
Marchands : on lit ces mots autour. De
la Prevôté de Meff. Nicolas Lambert ,
Prefident aux Requêtes du Palais.
SPEC
JANVIER 1726. 161
Maaaaaaaaaaaaaaaaak
SPECTACLES.
Es Comediens François donnerent
fur la fin du mois dernier , quelques
repreſentations de la Tragedie d'Herodes
& Mariamne de M. de Voltaire . Ils ont
repris auffi la petite Comedie de l'Indifcret
du même Auteur . Nous avons don→
né les Extraits de ces deux Pieces. Dans
la repreſentation de cette derniere il y
quelque changement dans les rôles.
Celui d'Hortenfe , Maîtreffe de Damis ,
que la De Labat joüoit , eft rempli par la
De le Couvreur , & celui du Valet
, que le fieur de la Torilliere joüoit,
eft joué par le fieur Armand , ainfi que
le rôle de la mere , rempli d'abord par
la Dame des Hayes , qui eft joué par la
Dlle Lamotte.
Le 7. de ce mois , les mêmes Comediens
repreſenterent la Comedie de l'Ecole
des Femmes de Moliere , dans' laquelle
la Die Angelique , nouvelle Actrice
, qui a été reçue pour fix mois ,
joua le rôle d'Agnès , & on l'applaudit.
Mais ce qu'il y avoit de plus intereffant
dans la reprefentation de cette Piece
162 MERCURE DE FRANCE.
ce , c'eft que le fieur Baron y jouoit le
rôle d'Arnolfe.
Le 5. de ce mois les Comediens Italiens
donnerent une petite Commedie nouvelle,
intitulée Le retour de la Tragedie ,
qui fut fort applaudie. On en va donner
un Extrait.
Le 10. les mêmes Comediens reprefenterent
La furprise de l'Amour ; c'eſt
une des meilleures Pieces de M. de Marivaux.
Le fieur Riccoboni , fils du fieur
Lelio & de la Dle Flaminia , y parut
pour la premiere fois dans le rôle de
' Amoureux , & fut fort goûté & fort
applaudi . C'eft un jeune homme qui fort
du College , & dont l'efprit & les
moeurs font eftimables . Son pere fit un
petit Difcours très -fenfé aux Spectateurs
pour les captiver. C'eft ce qui a donné
lieu à un Poëte de lui adreffer ces
Vers.
Pour ton fils , Lelio , ne fois plus allarmé ,
Il n'a pas befoin d'indulgence ;
D'un heureux coup d'effay le Parterre charmé
,
N'a pû lui refufer toute fa bienveillance..
Pour fes fuccés futurs ceffe donc de trembler
;
Que
JANVIER 1726. 183
Que nulle crainte ne t'agite ,
Si.ce n'eft d'avoir dans la fuite
Ungenereux rival qui pourra t'égaler.
Le Samedi 12. de ce mois la Dile Hamoche
, Comedienne de Campagne , qui
fe prefente au Theatre François , y joua
le rôle de Clilemneftre dans la Tragedie
d'Iphigenie. Elle a encore repréfenté depuis
dans le Mifantrope , & dans Rodogune
les rôles de Celimene & de Cleopatre.
Le Lundi 21. le fieur Clavaro & la
D'e Clavaro fa femme , reprefenterent
auffi fur le même Theatre dans la Tragedie
des Horaces ; le premier , le rôle
du pere d'Horace , & l'autre , ce lui
de Camille.
Les Comediens François vont reprefenter
inceffamment la nouvelle Trage
die d'Edipe de M. de la Motte , de l'Academie
Françoife , & la petite Comedie
nouvelle du Talifman , du même Auteur
. 1
Les mêmes Comediens ont lû & reçû
le Mariage fecret , Comedie nouvelle de
M. Nericaut des Touches , de l'Academie
Françoife.
Le
1
164 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. les Comediens Italiens donnerent
une reprefentation de , la vie eft
un fonge , Tragi - Comedie Italiennè en
einq Actes , tirée de l'Eſpagnol , fous le
titre de, la vida es fueno . Cette Piece a
été jouée ici dans fa nouveauté en Fevrier
17.17. Comme elle a été traduite ent
François & imprimée , & que d'ailleurs
on en peut voir un Extrait fort étendu
dans le Mercure de Mars 1717. Nous
nous diſpenſerons de parler du fujet de la
Piece ; nous dirons feulement , que le
fils du fieur Lelio y a joué le rôle du
Sigifmond , qui eft le principal de la Piece
, avec toute l'intelligence imaginable,
& avec l'applaudiffement de toute la
nombreuſe Affemblée que cette nouveauté
avoit attiré. On joua enfuite une petite
Piece nouvelle , qui a pour titre ,
Arlequin Arys , qui eft une Parodie de
l'Opera qu'on joue actuellement , ou
plutôt c'eft Atys travefti , avec des Vaudevilles
fort plaifans. On pourra en parler
plus au long. Il y a un pas de deux
dans le dernier divertiffement , danfé par
le fieur Lelio le fils , & par la Dle Sil
via qui a été fort applaudi .
Les mêmes Comediens reprefenterent
le 28. Le Faucon & les Oyes de Bocace,
Comedie en Profe en trois Actès , par
M. Delifle , dont nous avons donné l'Extrait
JANVIER 1726 . 165
trait dans le Mercure de Fevrier de l'année
derniere. Le fils du fieur Lelio y a
joué le rôle de Pierrot avec applaudiffement
, ayant parfaitement bien caracteri
fé ce Perfonnage.
Le Retour de la Tragedie Françoife , pe
tite Comedie , reprefentée depuis peu
fur leTheatre de l'Hôtel de Bourgogne.
Extrait.
*
Ous renvoyons le Lecteur au précedent
Mercure , pour apprendre
ce qui a donné lieu à cette petite Comedie.
Il y eft parlé de la Piece du fieur le
Grand , intitulée l'Impromptu de la Folie
, & donnée pendant le Voyage de
Fontainebleau . Les Comediens Italiens
voyant que les Comediens François
avoient introduit un Arlequin , uh Pantalon
& une Violette fur leur Theatre
en voulurent avoir raifon ; ils donnerent
d'abord une Piece qui avoit pour
titre , l'Italienne Françoife , pour l'ope
pofer à l'une des deux Pieces de l'Im
promptu de la Folie , qui étoit la Fran-
Coife Italienne. Cette premiere Piece des
Comediens Italiens n'ayant pas réüſſi ,
le fieur Bomagnefi , reçû depuis Pâques
dans leur troupe , en fit une feconde ,
dont le fuccès a dédommagé fes Cama
sades
166 MERCURE DE FRANCE.
rades de la chute de la précedente. C'est
de cette derniere Piece que nous allons
parler , fous le titre du retour de la Tragedie
Françoife.
Le Theatre reprefente Montmartre
& la Scene eft fur le Theatre même des
Comediens François. La Troupe , qui
étoit allée à Fontainebleau , y eft perfonnifiée
fous le nom de la Tragedie ;
elle eft fort furpriſe de trouver fur fon
Theatre une decoration au li nouvelle à
Les yeux que celle de Montmartre elle
en demande la raifon à Pafquin , qui lui
dit , que le pitoyable état où fa foeur la
Comedie s'étoit trouvée reduite par le
départ de fes principaux Acteurs , l'avoit
obligée à donner quelque chofe qui
pût rappeller le Public chez elle . La
Tragedie apprend avec colere les baſſeſfes
que fa foeur a faites ; mais elle eft
bien plus irritée , quand elle voit approcher
fa fccur fous l'habit d' Arlequin.
Sanglantes reproches d'un côté , justifications
plaifantes de l'autre . Cette Scene
eft interrompue par l'arrivée du Baron
de Trinquembg , qui eft dans une
colere épouventable. Le fujet de ce
grand courroux , c'eft que M. l'Opera
veut faire affigner la Comedie Françoife,
pour avoir joué fur fon Theatre une Piece
dévolue de plein droit à fon frere l'Opera
JANVIER 1726. 157
pera Comique , ce qui donne lieu à la
Tragedie , à évaporer encore fa bile contre
une foeur , par qui elle prétend avoir
été deshonorée pendant fon abfence. Elle
lui dit , qu'outre ce procès qu'elle lui
fait de la part de l'Opera , elle a porté
les Comediens Italiens à faire une Piece
nouvelle , où leur vengeance éclatera,
Le Baron prétend la raffurer de ce côté
là , en lui difant que cette Piece ne vaur
rien , & qu'il vient d'en voir le Prologue
, qui a été très - mal reçû du Parterre.
La raifon qu'il en donne , c'eſt qu'on
n'y a fait que rire depuis le commencementjufqu'a
la fin. La Tragedie ne prend
pas la charge comme le Baron , elle ne
voit que trop que ce Prologue où l'on
n'a fait que rire a réüffi , ce qui lui eft
confirmé fur le champ par un de fes amis,
quilui
prouve par fes larmes combien
le Public a ri au Prologue en queftion.
La Tragedie la priè d'aller voir fi la Piece
aura le même fuccès , & de renvoyer
lui en rendre un compte fidele.
Arlequin , en Marquis Gafcon arrive.
Il pefte contre les Comediens Italiens ,
& les trouve bien plaifans de l'avoir fair
rire dans le Prologue , pour l'en faire repentir
dès la premiere Scene du premier
Acte. Il dit qu'il n'a pû y tenir , ni en
voir davantage.
Une
168 MERCURE DE FRANCE.
juger
Une femme furvient , qui dit qu'elle a
vû toute la Piece , mais qu'elle n'y a
rien compris , & qu'on n'y a fait un fi
grand bruit , qu'il lui a été impoffible de
fi elle étoit bonne ou mauvaiſe.
La Tragedie brûle d'impatience d'être
mieux inftruite du fuccès d'une Piece
qui lui tient fi fort au coeur. Pafquin vient
enfin la tirer d'une incertitude qu'elle ne
peut plus foutenir . Le recit qu'il lui fàit
du mauvais fuccès eft parodié , partie de
la conjuration de Cinna , partie du Cid :
nous avons crû qu'on ne feroit pas fâché
de la voir ici toute entiere.
Pafquin.
Mes Dames , vous fçaurez qu'en ce danger
preffant ,
Qui jette dans nos coeurs un effroi fi puiſfant
,
Une troupe d'Auteurs , chez Procope affems
blée ,
Sollicita mon ame encor toute troublée ;
Mais je ne voulus point entrer dans le pro
jet ,
Et fans rien hazarder j'en attendis l'effet.
Jamais contre une piece , entrepriſe conçûë
Ne permit d'efperer une plus belle iffuë ;
Jamais
JANVIER 1726. 169
Jamais de tant d'ardeur on n'en profcrit le
fort ,
Et Poëtes jamais ne furent mieux d'accord .
Ils partent ; & l'on voit leurs cauftiques cohortes
,
De l'Hôtel de Bourgogne environner les por
tes .
Ils entrent au Parterre , y prennent leurs quartiers
,
Aiguifent leurs fifflets , dérouillent leurs gohers
;.
Animent leurs Amis , entrez fous leurs aufpices
,
Et d'un tumulte affreux annoncent les prémi
ces.
Le Prologue commence , où malgré leur ardeur
,
Les Conjurez furpris font frappez de terreur ;
En ce trifte moment la cabale troublée
Semble s'être fans fruit au Parterre affemblée
:
Amis , dit l'un des Chefs , je ne vous connois
plus ;
Eft- ce pour écouter que vous étes venus ?
Rompez , rompez enfin un fi lâche filence.
Chacun reprend courage , & la Piece commence
:
On l'écoute d'abord affez tranquillement ,
H Atten170
MERCURE DE FRANCE .
Attendant de fiffler , le bien- heureux moment.
Il arrive bien-tôt , & la feconde Scene ,
Pronostique à la Piece une chute prochaine,
Ils a giffent alors , & tous en même temps
Pouffent jufques au Ciel mille cris éclatans .
Leurs Amis à ces cris d'un autre coin répons
dent
On les entend fiffler ; les Acteurs fe confon
dent ;
Ils ne peuvent parler , leurs efprits font glacez
;
La Cabale leur crie : annoncez , annoncez.
Le fecond Acte enfin n'a pas meilleure chan
ce ;
Un Crifpin y paroît , on lui donne audience;
Pendant quelques momens on fufpend le fra
cas ;
Il eſt méme applaudi : cela ne dure pas ;
Et contraint de ceder au deftin de la Piece ,
Il ne peut au Public redonner l'allegreffe :
On n'écoute plus rien , & la confuſion ,
Augmente à chaque inftant , & malgré Pantalon
,
Qui vient en Bagnolette , on fiffle , on étér
nuë:
Le diyertiffement paye fa bien-venuë ;
Le
JANVIER 1726. 173
Le milieu du Parterre , & fes coins , & recoins
,
Sont des champs de carnage où triomphent
leurs foins.
Ce recit porte la joye dans le coeur
de la Tragedie & de la Comedie fa foeur.
Cette derniere dit qu'elle avoit fi bien
prévu cette catastrophe , qu'elle avoit
déja fait faire une Piece à ce fujet. Elle
en fait repeter le divertiffement.
Les Acteurs François entrent gayement
d'un côté , & les Acteurs Italiens
triftement de l'autre.
Un Comedien François dit à Arlequin
, qu'il prend une veritable part à
fon infortune , & lui confeille de dire
que c'eft la Cabale qui a caufé la chute de
fa Piece. Arlequin lui répond par ce cou
plet.
D'une cruelle raillerie ,
J'éprouve tous les traits piquants :
Il faut agir felon le temps :
Et je cede à fa tyrannie ;
Mais fongez que je vous attens
A la premiere Tragedie.
La prétendue raillerie du Comedien
François à Arlequin a eu fon effet ; le
confeil a été ponctuellement fuivi , ou
Hij plutôt
12 MERCURE DE FRANCE.
plutôt il avoit été prévenu , & le Pu
blic a bien fenti que cette derniere Piece
étoit l'apologie de la premiere , dont on
a voulu imputer la chute à la Cabale.
C'eft à ce même Public à juger fi l'on a
eu raifon .
LETTRE écrite de Tours fur l'Académie
de Mufique.
Li
' Académie de Mufique établie à
Tours depuis deux ans , Monfieur ,
merite bien une place dans vôtre Journal.
Les Muficiens excellens qui la compofent
, parmi lefquels on peut dire
qu'il eft de rares fujets , auroient ici
leurs noms , fi je ne craignois que leur
modeftie n'en fouffrit.
Un concours d'amateurs de la Mufique
a donné lieu à l'etabliffement de
cette Académie. La Police qu'on y
fait
obferver , des Statuts auffi bien dirigez
qu'ils font neceffaires pour la maintenir
, ont eu l'approbation de M. l'Intendant
, fous le bon plaifir de Sa Majefté
, celles des Gens du Roi & de l'Hô
tel de Ville.
Je me contenterai de dire qu'il y a
un Tréforier , des Infpecteurs , des
Commiffaires , un Secretaire , un Direceur
de la Mufique , &c. dont les fonet
tions
JANVIER 1726. 173
tions font parfaitement bien diftribuées.
On nomme Académiciens honoraires.
ceux qui payent tous les ans une ſomme
fixée pour l'entretien de l'Académie .
L'Académicien Concertant , eft celui qui
chante , ou qui jouë de quelque inſtrument
fans retribution . Les autres Concertans
avec retribution font les Penfionnaires
: & le nombre des uns ni des
autres n'eft point fixé , mais on n'admet
parmi les Académiciens que des perfon
nes qui peuvent faire honneur.
*
Deux fois la femaine on s'affemble
dans un Hôtel , bâti exprès, pour cette
Académie. La font executez par 35. ou,
40. Concertans les Opera du celebre Lul-.
li , & les Ouvrages des meilleurs Muficiens
Italiens & François , excepté pendant
le temps de Carême , où les fujets
profanes font place aux Motets . Enfin ,
tout s'y paffe dans un ordre , & avec
une émulation à faire penfer que cette
Academie fe foutiendra long - temps ; avec
d'autant plus de vrai -femblance encore ,
que tous les Penfionnaires ont des établiflemens
dans la Ville. ,
La preuve de ce que j'avance fe trouve
dans les éloges que cette Académie a reçûs
desPrinceffes même du SangRoyal, accoûtumées
aux plus charmans Concerts : &
de la gracieuſe reception qu'on y fait
H iij aux
174 MERCURE DE FRANCE.
aux Etrangers je me fuis chargé avec
plaifir de vous en faire part. J'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , vôtre , &c.
માં ગાડાંમાંદમ ( ધર્મ
NOUVELLES DU TEMPS.
RUSSIE.
Es Negocians d'Archangel doivent
entreprendre cette année la pêche
de la Baleine , en vertu du privilege qui
leur en a été accordé. Ils attendent inceffamment
des Matelots experimentez
ils efperent rendre cette pêche très-avantageufe
à la nation .
Les Lettres qu'on a reçû de Perfe depuis
peu , portent que l'armée du jeune
Roi étoit augmentée confiderablement
par la jonction de divers corps de troupes
que des Seigneurs du pays avoient
levées depuis qu'ils avoient eu avis du
progrès de l'armée du Grand Seigneur ,
& elles ajoûtent qu'il étoit entré dans
Hifpahan plufieurs convois de munitions,
& un renfort de troupes qui pouvoient
mettre cette place en état de foutenir un
fiege pendant plufieurs mois.
POLOS
JANVIER 1926 . 179
POLOGNE .
Es Tartares de Crimée font en marche
vveetress l'Ukraine eatu nombre de
près de 1ooooo . hommes. Le General
Wiefbach qui commande les troupes
Mofcovites qui font dans cette Province ,
en attendant l'arrivée du General qui a
été nommé pour le relever , a reçû or
dre de refermer les paffages , & le Grand
General de l'armée de la Couronne fait
marcher vers l'Ukraine Polonoife les
troupes nationales qui étoient en quartier
dans la Podolie , & dans la Wolhinie.
On apprend de Drefde que les Etats
de l'Electorat de Saxe ont accordé un
fubfide très -confiderable au Roi de Pologne
pour augmenter fes troupes , &
faire travailler aux reparations des fortifications
de fes Places.
ALLEMAGNE
L'Empereur a accordé depuis peu le tide
Marquis della Carabina à
Dom Pierre Martinés Romo , Chevalier
de l'Ordre de Chrift de Portugal ,
en confideration des fervices qu'il a rendus
à la Maifon d'Autriche.
Hiiij
Dans
176 MERCURE DE FRANCE.
Dans la grande chaffe du Sanglier
que S. M. I. fit fur la fin du mois dernier
près de Maufbach , environ 400. de
ces bêtes furent tuées , il y en avoit d'une
groffeur prodigieuſe , & qui pefoient
plus de 250.
Le 10. de ce mois l'Empereur fe rendit
avec le Prince hereditaire de Lorraine
au Château de Schonburn pour voir
un Cerf blanc ; marqueté de noir qu'on
y avoit amené d'Eckerzo .
Le même jour on fit à Vienne l'ouverture
des bals publics , qui fe doivent
donner trois fois la femaine.
Le temps s'étant mis à la gelée vers
le 6. de ce mois , on a fait à Vienne diverfes
courfes de traîneaux , dont la plus
magnifique fut celle du Jeudi 10. Janviér
il y parut 24. Seigneurs de la
Cour , conduifant autant de Dames magnifiquement
parées qui traverferent la
Ville aux flambeaux , & firent le tour
de la place.
L
ITALIE .
É 19. du mois dernier le Pape tint
un Confiftoire fecret , dans lequel
le Cardinal Ottoboni , Protecteur des
affaires de France , préconifa l'Abbé Baglion
de la Salle , pour l'Evêché d'Arras
, & l'Abbé Milon , Aumônier du
Roi
ANVIER 1726. 177
Roi T. Ch . pour celui de Valence en
Dauphiné. Le Cardinal de Polignac ,
chargé des affaires de S. M. T. Ch. fe
démit de fon titre de Sainte Marie in
via lata , pour opter celui de Sainte Marie
des Anges , près les Termes Diocletiens.
Le 24. de l'autre mois , veille de Noël,
le Primicier de l'Eglife Ducale de Saint
Marc , à Venife , ayant le droit d'y faire
toutes les fonctions Epifcopales , fans
dépendre du Patriarche , y celebra pontificalement
la Meffe à fix heures du foir,
felon la coutume , en prefence des Prin
cipaux du Senat .
Le 5. de ce mois on proceda à Genes
avec les formalitez accoutumées
à l'Election d'un nouveau Doge , & ce
fut M. Jerôme Venerofo , Magiſtrat d' une
grande probité qui fut honoré de
cette Dignité. On élût enfuite les 30.Noblés
qui doiventformer leGrand & lePetit
Confeil pour le fervice de l'année 1726 .
Pendant les trois premiers jours de
cette année que le Doge & la Seigneurie
ont été en devotion à Venife , les Theatres
d'Opera & de Comedies & les Ridotti
furent fermez. On publia le 4. dans
toutes les Eglifes l'Ordonnance du Confeil
des Dix , par laquelle il eft défendu
pendant le Carnaval d'aller en maſque
H V les
178 MERCURE DE FRANCE.
les jours de Fêtes de commandement , finon
le foir ; non plus que la veille &
tout le jour de la Purification de la Sainte
Vierge , durant lefquels les Theatres
d'Opera & de Comedies feront fermez ,
de même que toute forte d'affemblées de
jeu , & d'autres divertiffemens du Carnaval.
· Le Comte de Daun Felt Maréchal
des Armées de l'Empereur , arriva le
24. du mois dernier à Milan avec la
Comtefle fon époufe. Il fit fon entrée
vers les 6. heures du foir au bruit de
plufieurs faives de l'Artillerie des remparts
& du Château , & il alla deſcen→
dre au Falais , où les Miniftres & les
Principaux de la Nobleffe le reçûrent au
bas de l'efcalier : le 16. il prit poffeffion
du Gouvernement avec les ceremonies
accoutumées , & en preſence du Conſeil
Privé.
Le Comte de Cambis , Maréchal des
Camps & Armées du Roi de France ,
Lieutenant de fes Gardes du Corps
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & Ambaffadeur de
S. M. T. Ch. à Turin , y fit fon entrée
publique le 31. du mois dernier. Tout
le cortege s'étant affemblé à une maifon
de Plaifance , fituée à une lieuë de la Ville,
fur le chemin de Rivole , la marche commença
JANVIER 1726. 179
mença par le Suiffe & la livrée de l'Ambaffadeur,
qui étoit nombreuſe & magnifique
, & elle fut continuée par fon
Ecuyer , à la tête de fix Pages vêtus de
velours jaune , galonné d'argent , & ayant
des veftes de brocard d'argent . Le Comte
de Cambis parut enfuite dans le caroffe
du Roi qui étoit fuivi de ceux de la Reine
, du Prince & de la Princeffe de Piémont
& des Princes du Sang . Les Gentilhommes
de l'Ambaffadeur , & plufieurs
Officiers François qui s'étoient
rendus à Turin pour lui faire cortege ,
avoient pris place dans ces caroffes . Ceux
du Comte de Cambis marchoient enfuite
; le premier doublé de velours cramoifi
, & brodé d'or étoit tiré par huit che
vaux magnifiquement harnachez . Le fe
cond & le troifiéme à fix chevaux , &
d'un goût different , mais auffi richement
ornez , étoient fuivis des principaux Seigneurs
de la Cour . La marche après
avoir traversé une partie de la Ville arri
va au Palais de l'Ambaffadeur , chez lequel
il y eut le foir , & les deux jours
fuivans deux tables magnifiquement fervies.
Hvj ESPA
180 MER CURE DE FRANCE
ESPAGNE.
×
N apprend de Madrid que le 6.
de ce mois , Fête de l'Epiphanie
le Roi accompagné du Prince des Afturies
, tint Chapelle publique au Palais ,
& que pendant la Meffe S. M. offrit fuivant
la coutume , trois Calices , en memoire
de l'offrande des trois Rois.
Stre
GRANDE- BRETAGNE.
Uivant le Bill ou Extrait des Regif
tres des Paroiffes de Londres , publié
le 25. du mois dernier , on a baptife
pendant l'année 1725. 18859. enfans ,
& il eft mort 255 23. perfonnes , ce qui
fait 429. plus qu'en 1724.
Le Roi d'Angleterre étant parti le
29. du mois dernier arriva le . de ce
mois au foir à Helvoetfluys', d'où S. M.
partit le 12. de ce mois , & arriva à Londres
le 20. à dix heures du foir , après
avoir été plus de 40. heures en mer.
La tempête du 11. de ce mois fut fi
violente , qu'elle fit échouer plufieurs
Vaiffeaux elle força des Marfoüins de .
remonter avec la marée , jufqu'à la Tour
de Londres , où l'on en tua plufieurs à,
coups de fufil.
Les
JANVIER 1726. ༈ ་ 18131༔
و ي
Les Commiffaires de la Tréforerie
ont ordonné d'ouvrir à l'Echiquier un
livre de foufcriptions pour emprunter à
4. pour cent d'intereft les fommes neceffaires
pour achever de bâtir les so . nouvelles
Eglifes qu'on a commencées.
O
PAYS- BAS .
que 1'Ar- N apprend de Bruxelles
chiducheffe , Gouvernante
des
Pays- Bas , a acheté depuis peu trois cens
piftolles un diamant plat pefant douze
grains , fur lequel font gravées les armes
de la Maifon d'Autriche.
On apprend de Bruxelles que la baffe
Ville fut inondée pendant la nuit du
14. de ce mois par le débordement de la
riviere qui y paffe ; & que prefque toutes
les petites Villes , voifines , principalement
du côté de Condé , ont été
pareillement inondées , ainfi que du côté
de Bruges .
Les Directeurs de la Compagnie de
Commerce des Pays- Bas ne doivent équiper
cette année, que deux fregates legeres
de 30. pieces de canon pour conduire
jufqu'aux Ifles Canaries les 4. ou 5. Navires
Marchands qu'ils envoyent aux Indes
Orientales , & qui doivent partir le
mois prochain. On dit que ces deux Fregates
182 MERCURE DE FRANCE.
gates iront enfuite faire quelque échange
de Marchandiſe fur les côtes du Brefil
, & dans les Ports Eſpagnols des Indes
Occidentales. Les Actions de cette
Compagnie qui s'étoient vendues à dix
pour cent de profit , font retombées à
quatre , y compris le Dividende qui doit
être payé à la fin de ce mois.
NAISSANCES , MORTS
des Pays Etrangers.
L
A Princeffe Boromei - Altieri, accoucha
le 31. du mois dernier à Rome,
d'un fils qui fut baptifé le lendemain par
I'Archevêque de Theffalonique , Coinmandeur
du St. Efprit , & tenu fur les
fonts par le Cardinal Altieri , fon oncle
, qui le nomma Jean- Baptifte-Ange-
Silveftre.
Le Comte François Sigifmond de la
Tour Taxis de Valfaffine , Meſtre de
Camp General des armées de l'Empereur
, Gouverneur & Capitaine General
de la Province de Limbourg , mourut
à Bruxelles le 19. de ce mois .
FRANJANVIER
1726 .
183
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 1. de ce mois , les Princes &
Princeffes du Sang eurent l'honneur
de complimenter le Roi & la Reine , ſur
la nouvelle année .
Le même jour les Commandeurs , les
Chevaliers & les Grands Officiers de
l'Ordre du S. Efprit , fe rendirent vers
les dix heures dans le Cabinet du Roy,
où S. M. tint un Chapitre , dans lequel
les preuves du Comte de Tarlo , propofé
pour être Chevalier le 19. du mois
d'Août dernier , furent admiſes . Le Roi
alla enfuite à la Chapelle du Château ,
étant précedé du Duc d'Orleans , du
Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Duc du Maine , du
Comte de Touloufe & des Commandeurs
, Chevaliers & Grands Officiers
de l'Ordre. Le Comte de Tarlo , en habit
de Novice , marchoit immediatement
après les Grands Officiers . Le Roy
devant lequel les deux Huifiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit
en
184 MERCURE DE FRANGE .
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
deffus , ainfi que les Chevaliers. Le Roi
étant entré dans la Chapelle , on commença
FHymne , Veni Creator Spiritus ,
après lequel S. M. entendit la Meffe qui
fut celebrée par l'Evêque de Mets , Prélat
Commandeur de l'Ordre ; lors qu'elle
fut finie , le Roi donna le Collier de
l'Ordre au Comte de Tarlo ; & après
cette Ceremonie , S. M. fut reconduite
dans fon appartement dans le même ordre
qui avoit été obfervé lorfqu'elle en
étoit fortie pour ſe rendre à la Chapelle.
La Reine , accompagnée des Dames de
fa Cour , vit cette Ceremonie de la Tribune
, & elle entendit la grande Meffe.
Le 2. de ce mois , le Roi & la Reine
partirent de Verfailles pour aller à Marly
, où leurs Majeftez doivent paffer quelque
temps .
Le Roi a donné le Gouvernement de
Canada , vacant par la mort du Marquis
de Vaudreuil , au Chevalier de Beauharnois
.
Le 15. de ce mois , le Roi chafla le
Dain dans le bois de Boulogne & fut
enfuite faire collation au Château de la
Meutte , où le Sr. Hamoche , Acteur de
l'Opéra Comique en habit de Pierrot
divertit baaucoup . S. M. par des Vaudevilles
& autres morceaux finguliers &
comiJANVIER
1726. 185
comiques qu'il chanta. Le Roi lui fit
donner dix louis.
Pendant le féjour de Marly , S. M.
a prefque été tous les jours à la Chaffe
du Cerf ou du Sanglier . Le premier jour
que le Roi y arriva , il foupa avec la
Reine . L. M. furent fervies par les Gentilshommes
fervans du Roi & de la Reine
. Un côté de la Table fut fervi par
les Officiers de la bouche du Roy , &
l'autre par les Officiers de la bouche de
la Reine , & de même pour le deflert :
le Gobelet du Roi fervant à droite , &
le Gobelet de la Reine à gauche . Le lendemain
cet ordre fut changé. Les Gentils
-hommes fervans du Roi & de la Reine
ne fervirent plus. Les Officiers de
leurs Majeftez prirent le fervice. Le Marquis
de Livry , Premier Maître d'Hôtel,
fert le Roi quand le Duc de Bourbon ,
Grand- Maître de la Maifon de S. M.
ne s'y trouve point, & M. le Mercier ,
Contrôleur General de la Maifon de la
Reine , fert cette Princeffe en l'abſence
du Marquis de Vilacerf , fon premier
Maître d'Hôtel .
Avant la gelée , le Roi fit une battue
de lapins auprès de Marly; S. M. en tua
184. fans compter un faifan , deux perdrix
rouges , trois beccaffes & quatre lievres.
Pen
186 MERCURE DE FRANCE.
Pendant la rigueur du froid , le Roi
n'a point chaffé. S. M. fe promenoit tous
les jours dans les jardins de Marly &
jouoit au mail avec les Princes & Seigneurs
de la Cour . S. M. s'eft promenée
plufieurs fois fur la nege , dans un traineau
tiré par un cheval caparaçonné .
Le grand Salon du Château de Marly
eft le lieu où la Cour s'affemble tous les
foirs pour la partie de Lanfquenet , &
autres jeux avant & après le fouper de
L. M.
Le Duc de Beaufort , jeune Seigneur
Anglois, qui voyage en France , a receu
à la Cour un accueil très gracieux. Ce
Seigneur vifitant les Maifons Royales , a
été arrêté à celle de S. Germain en Laye
par les manieres prévenantes d'un grand
nombre de perfonnes . Il y donna le z.
de ce mois une Fête des plus galantes ,
malgré le peu de temps que fes Officiers
eurent à y employer . Une table de 50 .
Couverts pour les Dames , les Dames , fervie ' par
les Meffieurs , faifoit un coup d'oeil admirable.
Les rafraîchiffemens furent donnez
avec profufion toute la nuit que dura
le bal , qui fuivit le fouper. L'affemblée
étoit compofée de beaucoup de perfonnes
de diftinction. Les attentions du Duc
de Beaufort ont été ce qui a le plus charmé
tout le monde. Ses manieres nobles
&
JANVIER 1726. 189
& engageantes font efperer qu'il fuivra
ies traces de fes illuftres ancêtres.
Sur la démiffion de M. Alexandre
Gaſton , Comte du Châtelet , Ecuyer du
Roy , S. M. a donné l'agrément de cette
charge pour le quartier de Janvier à M.
Alexis - Jean du Châtelet , Marquis de
Frefnieres , fon frere. La Maiſon du Châtelet
de Frefnieres tire fon origine d'un
Robert du Châtelet , originaire du païs
d'Artois, qui vivoit avec Ifabeau de Fienne
, fon épouse en 1061. dont les enfans ,
Pierre , Seigneur du Châtelet & du Freffay
, furent faits Chevaliers à la priſe de
Jerufalem , l'an 1099. où ils fe fignale-".
rent , comme ils firent en plufieurs autres
endroits de la terre Ste. On ne dira
rien de plus ici de la Maiſon du Châtelet
, dont la Genealogie a été miſe tout
au long dans le Mercure du mois de
Juillet 1695. au fujet du mariage du Comte
de Choifeul , dont la mere étoit Anne
Marthe du Châtelet.
Le 12. de ce mois , il y eut plufieurs
incendies dans Paris , qui meriterent l'attention
des Magiftrats qui s'y tranfporterent.
Dans la rue des Barres , chez un
fripier , au troifiéme étage , par l'imprudence
d'une fervante qui gardoit un malade
, & qui laiffa tomber la chandelle
dans la paillaffe du lit. Ce feu fut éteint
par
188 MERCURE DE FRANCE.
par
le fieur du Perier avec cinq pompes
Les Capucins du Marais y travailleren
avec beaucoup de zele pendant fix heures.
Chez un Chirurgien rue du Four , Fauxbourg
S. Germain , à deux heures après
midi. Il fut éteint en trois heures de
temps , par le fecours des pompes .
A l'Hôpital de Bifceftre , à onze heures
du foir , le feu avoit pris dans les
greniers du pavillon du côté de Paris ;
il fut éteint par le prompt fecours de
trois pompes , & par les bons ordres que
donnerent M. le Premier Préfident , M.
le Prévôt des Marchands & M. le Lieutenant
Genéral de Police.
Le temps doux & la pluye qui ont regné
pendant tout l'hyver ; cefferent le
Lundy 14. de ce mois par une fi violente
gelée , que des le furlendemain la riviere
charia d'une telle force , ' qu'elle
étoit toute couverte de glaçons , & le
jour d'après elle fut totalement prife audeffus
de la porte S.. Bernard . Ce qui a
paru fort extraordinaire ; c'eft que
le 4 .
jour de la gelée , la riviére groffit beaucoup
par les eaux de la Marne. Le 18 .
les cables , de quelques bateaux chargez
de vin & d'autres denrées , le rompirent &
floterent au gré des vagues & des glaçons ;
plufieurs fer briferent contre les piles des
Ponts , & les autres allerent échouer plus
me
loin
JANVIER
1726.- 180
loin. Deux moulins du Pont au Change
e détacherent & vinrent s'engager tous
deux fous une arche du Pont - neuf; &
le feu ayant pris à leurs couvertures par
leurs cheminées , ils brûlerent & fe confumerent
pendant 24. heures. Deux au
tres moulins détachez du même endroit,
furent emportez par la rapidité de l'eaų
& des glaçons , audeffous du Pont - Royal.
Le même jour , à 8. heures du matin ,
le feu prit à un bateau chargé de chaux,
au port S. Paul ; on le coula à fond , après
avoir rangé les piles de bois qui étoient
auprès.
•
Le Prieuré Regulier de Nôtre- Dame
de Fricourt , Ordre de S. Benoist , Diocefe
de Metz , dont la nomination appartient
à Sa M. par Indult du Pape Clement
IX. a été donné à Dom Nicolas
de Neuville , Religieux Profès du même
Ordie , de la Congregation de faint
Vannes.
Le Prieuré Conventuel & Electif de
S. Gerard de Limoges , Ordre de faint
Auguftin , vacant par le décès de M. de
Verthamon , Evêque de Couferans ,
l'Abbé Defauzieres , Prêtre , Docteur en
Theologie.
à
Le Prieuré de Cholet , dépendant de
l'Abbaye de S. Michel en l'Herm , vacant
par le decès de l'Abbé du Planty , à
Abbé de Beauvau. MORTS
190 ཟླ 9 。
MERCURE DE FRANCE .
MORTS › MARIAGES.
E 30. du mois dernier mourut d'a-
Lpoplexie , aux Boifpreaux , près Efcouys
, en Vexin , Dame Marguerite le
Courtois , âgée de 88. ans , n'ayant jamais
reffenti aucune des infirmitez de la
vieilleffe , & ayant toujours mené une
vie très - pieufe & très- exemplaire ; elle
étoit veuve de M. Nicolas de Trie- Pillavoine
, Chevalier , Seigneur de Boifemont
, mort en 1686. De trois enfans
qu'elle a eu il ne refte que M. Charles
Pierre de Trie - Pillavoine , Chevalier
, Seigneur des Boifpreaux , ancien
Capitaine du Regiment de Soiffonnois ;
les deux autres ayant été tuez au fervice
du Roy.
Le 6. Janvier , Amedée Philibert Palavicin
, Comte de Perle , mourut à Pa
ris , âgé de 72. ans.
Le 12. de ce mois mourut à Paris ,
âgé de près de 78. ans , Charles de Maffre
de Cruzel , Brigadier des armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , & Sous - Lieutenant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires du Roi.
Le
JANVIER 1726. 191
Le 18. Louis Levefque , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Curé de l'Eglife Paroiffiale
de S. Chriftophe, agé de 84. ans.
9
Dame Marguerite Louife de Bethune,
fille de Maximilien François de Bethune,
troifiéme du nom , Duc de Sully , Pair
de France , Prince d'Henrichemont , & c.
Et de Dame Charlotte Seguier , fille du
Chancelier , veuve en premieres noces.
d'Armand de Grammont , Comte de Guiche
, & en fecondes , de Henry de
Daillon , Duc du Lude , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roi , premier
Gentilhomme de la Chambre
Grand- Maître de l'Artillerie , & c . mourut
à Paris le 25. Janvier , âgée de 83 ,
ans , fans laiffer de pofterité. Elle a été
premiere Dame d'Honneur de Madame
la Ducheffe de Bourgogne,depuis Dauphi
ne de France : & dans ce pofte , auffibien
que dans fa retraite , elle a donné.
de grands exemples de toutes les vertus
Chrétiennes , fingulierement celui d'une
charité fans bornes envers les pauvres
de toutes conditions . Son corps fut tranfporté
aux Carmelites de Pontoife le
30. & fon coeur aux Religieufes de la
Vifitation de S. Denis.
Le 20. du mois de Decembre dernier,
M. Guy Antoine de S. Simon , Marquis
de
792 MERCURE DE FRANCE
dé Courtomer , Meftre de Camp de Cavalerie
, Capitaine des Gardes de feue
Madame la Ducheffe de Berry , époufa
Mademoiſelle Marie Magdeleine de faint
Remy.
"
La Ceremonie de la Benediction Nuptiale
fe fit dans la Chapelle du Château
du Méfle fur Sarthe , chez la Comtelle
de Montgomery , par le Pere Fran
çois Richer , Religieux du grand Convent
des Cordeliers de Paris , Docteur
de Sorbonne.
t
Le Marquis de Courtomer eft fils
de feu M. Claude Antoine de S. Simon ,
Marquis de Courtomer , & de feuë Madame
Jeanne de Caumont la Force foeur
du Duc de la Force , & Mademoiſelle
de S. Remy , eft fille de M. Jean- Baptifte
Jacques de S. Remy , Marquis de Cofté,
& de Madame Marie- Therefe - Nicole de
Montgomery , foeur du feu Comte de
ce nom .
Le 27. Decembre , Jofeph - Antoine
Crozat , Me des Requêtes , Lecteur du
Cabinet du Roi , fils d'Antoine Crozat ,
Marquis de Noy , Commandeur des Ordres
du Roy , & de Marguerite le Gendre
, époufa Michelle- Catherine Amelot
de Gournay , fille de Michel Charles
-Amelot , Préfident à Mortier au Parlement
, & de Marguerité Pelagie de Lepine
Danican, AVIS
JANVIER 1726. 193
A V. I S.
E fieur Rouffelot , Marchand Gantier , Pri
vilegié & Parfumeur ordinaire du Roi ,
rue Tirchape , à Paris , qui a toujours vendu
& diftribué l'Eau de Béauté du fieur Lambert,
Parfumeur du Roy. d'Angleterre , donne avis
au Public qu'il vient d'obtenir une nouvelle
Approbation de M. Dodart , Confeiller d'Etat
, & Premier Medecin de Sa Majefté , pour
en continuer la vente & diftribution , pour
les boutons , rougeurs & taches du vifage.
Cette Eau eft tellement goûtée dans les
Cours Etrangeres , que le fieur Rouffelot en
envoye très -fouvent en Allemagne à Madrid,
en Portugal & en Pologne. Il donne un
imprimé , portant la maniere de s'en fervir
dans toutes les faifons de l'année , où font
empreints, pour la feureté du Public , les Cachets
dont font cachettées les bouteilles , avec
l'ordonnance de Monfieur le Lieutenant General
de Police , portant deffenfes à qui que
ce foit de vendre , diftribuer , ni contrefaire"
ladite Eau de Beauté , à peine de cinq cens
livres d'amende.
SUPPLEMENT.
N apprend de la Haye , que les
OFEtats d'Hollande
ont accordé un
octroi pour quinze ans à M. Chambrier
Ingenieur & Capitaine-Lieutenant dans le
1 Regi194
MERCURE DE FRANCE .
Regiment Suiffe du Brigadier Chambrier,
pour faire conftruire cinq nouvelles Ma
chines hydrauliques qu'il a inventées.
La premiere, qui eft pour l'ufage de la
Marine , peut être mife dans un Vaiffeau,
fans qu'elle y embaraffe , & elle n'y occupera
qu'une place , l'efpace dé 4. ou 5.
pieds en tout lens : quatre hommes la feront
ailement jouer , & lui feront ren
dre beaucoup plus d'eau , que ne font les
pompes dont on fe fert actuellement ,
defquelles on pourra toûjours fe fervir
indépendamment de cette Machine .
La feconde , eft pour deflecher commodément
& en peu de temps , les Polders
& les inondations dont elle évacuëra
les eaux à la hauteur neceffaire.
La troifiéme fert pour tirer l'eau des
foffez & des terrains , fur lefquels on eft
obligé de travailler : on la pourra affeoir
fans qu'il foit befoin de faire aucuns frais,
& un homme feul pourra aifément la faire
jouer.
La quatriéme eft pour arrofer les
Campagnes , les Prairies , les Blancheries
, & les grands Jardins : c'eſt une
voiture à deux ou à quatre rouës , fur laquelle
eft pofée une espece de coffre qu'on
remplit d'eau , & où eft attachée la Machine
qui pouffe l'eau en maniere de
pluye , à une diftance confiderable, à droit
&
4
JANVIER 1726 195
& à gauche , lorfque des hommes ou des
animaux tirent la voiture , laquelle peut
auffi rouler fa ns que la Machine jouë ,
afin de la pouvoir conduire fur les lieux
qu'on veut arrofer.
La cinquiéme eft pour tirer l'eau des
puits , & dellecher les minieres inondées
de quelque profondeur qu'elles puiffent
être .
Ces Machines jouent par le moyen
d'un nouveau
mouvement , qu'on pour
ra faire mouvoir à force d'hommes ou
d'animaux , par le vent , par l'eau courante
, & dans de certaines occafions par
les poids.
La force de ce nouveau mouvement confifte
en deux differentes puiffances indépendantes
l'une de l'autre , par le moyen
defquelles on pourra faire mouvoir des
milliers avec une facilité inufitée jufquesici
..
VERS.
NE peut on du Calendrier
Effacer le premier Janvier :
Ce jour fatal aux pauvres bourſes ,
Ce jour fertile en fottes courſes ,
Ce jouroù cent froids vifiteurs ,
A titre de Complimenteurs ,
I ij Pleins
106 MERCURE DE FRANCE .
Pleins du zele qui les tranſporte ,
Sement l'ennui de porte en porte !
Où fuir les affauts petulants
De ces baifeurs congratulants
Qui viennent donner pour Etrenne ,
Le fier poifon de leur haleine.
Ojour ! qui n'a pour amateurs ,
Que l'Ordre des Freres Quêteurs ,
Quand du joug dur de tes corvées ,
Verrons-nous nos citez fauvées ,
Pour vous , ami trop liberal ,
Dans un mois qui les bourſes purge ,
Gardez-vous d'encourir le mal,
Dont fut toûjours atteint Panurge.
QUESTION de droit jugée par Arrest
du Parlement de Provence.
Si les Teftamens mutuels peuvent être revoquez
, fans en donner connoiffance
an Conjoint , à qui il importe de ne pas
ignorer ce changement.
CE
Ette Queftion qu'on peut regarder
comme nouvelle , & rare en Pays
de Droit écrit, fe prefenta le 30. Octobre
de
JANVIER 1726. 197
dé l'année 1724. au Parlement de Provence.
Ce fut en la caufe de M , Charlès
d'Hugues , Baron de la Motte , heritier
teftamentaire de N. de Chaix , Seigneur
de la Penne , Intimé en Appel
d'Ordonnance de pieces mifes , rendue
par le Lieutenant au Siege de Sifteron le
Avril 1724. & de Dame Françoife
d'Auftric de Vintimille Beau mette , veuve
de N. de Chaix , Seigneur de la Pen
ne , Appellant.
Il eft bon de faire d'abord remarquer les
principales circonftances du fait particu
lier de cette affaire . Le 4. du mois de
Janvier 1712. le fieur de Chaix , Seigneur
de la Penne , âgé d'environ 60 .
ans , fit un contrat civil de Mariage avec
la Dule d'Auftric. Cette Dame fçut en
cette occafion profiter de ces momens ,
où la paffion des vieillards ne s'explique
que par des liberalitez . Elle fit declarer
dans cet Acte que fes droits qui
n'avoient prefque rien de réel , montoient
à dix mille livres . Elle fe fit faire
une donation de furvie de fix mille
livres , & plufieurs autres avantages
gratuits,
Non contente d'avoir obtenu par de
feduifantes careffes toutes ces liberalitez
, le 13. du même mois elle porta fon
futur époux à faire un teftament mutuel,
I iij par
198 MERCURE DE FRANCE.
par lequel ils s'intimerent reciproque
ment heritiers.
De fi heureux commencemens promettoient
, fans doute , un mariage de
paix & d'union ; mais les hommes qui
s'engagent fous ce lien , le plus fouvent
fans le connoître , font fujets à être
trompez , & à découvrir quelquefois ,
après avoir vécu peu de temps enfemble,.
des défauts qui ne prenant pas même le ſoin
de fe cacher , infpirent bien- tôt une
indifference que le dégoût fuit . C'eft ce
qui arriva entre le fieur de la Penne &
fa femme , & qui fut la caufe d'une feparation
, arrêtée reciproquement entre
eux le 27. Juillet 1716.
Enfuite de cette feparation le fieur dé
la Penne fe retira à Gap , où il fit le 8.
Octobre 1716. fon dernier teftament folemnel
, par lequel il inftitua le fieur
Baron d'Hugues fon heritier , & ſubſtitua
le fief de la Penne à fes enfans mâles
.
On doit remarquer qu'il revoqua tous
les teftamens qu'il avoit faits précedemment
, & notamment le teftament mutuel
, nonobftant toutes les claufes dérogatoires
qui pouvoient y avoir été ing
ferées.
Le fieur de la Penne tomba malade
en 1722. le fieur Baron d'Hugues en
ayant
JANVIER 1726. .199
ayant informé la Dame d'Auftric , elle
fe rendit auprès de lui , pour tenter dans
cette extrémité de fa vie , de lui
рек
fuader de revoquer le dernier teftament ,
& rétablir le mutuel. Tout ce qu'elle affecta
n'ayant point eu de fuccès , elle partit
fur le champ pour fe retirer au Château
de la Penne .
Dans toutes ces circonftances , M.Blanc ,
Avocat de la Dame d'Auftric , fontint
avec éloquence trois propofitions . Dans
la premiere , il examina , fi les teftamens
mutuels font autorifez par le Droit , &
par l'ufage. Il établit d'abord , que les
Loix des XII. Tables accordoient aux
Teftateurs une liber é indéfinie de difpofer
de leurs biens , & iben tiroit cette
confequence . Comment pourroit- on, ditil,
leur interdire l'ufage des teftamens mutuels
, dont une affection reciproque eft
le principe.
Ilfe fonda fur la décifion.de Papinien
inférée dans le Corps du Droit en la
Loi Captatorias. 701 d . de hæredibus inftituendis.
Il fit tous fes efforts pour faire
voir que c'étoit le fentiment de Cujas ,
en fon interpretation fur cette Loi.
expliqua la Loi Licet Cod . de Pactis. qui
reprouve les conventions reciproques fur
les fucceffions futures au profit des furvivans
prétendant que cette Loi ne
I iiij parle
i
200 MERCURE DE FRANCE .
parle en cet endroit que des conventions
dénuées des formalitez des teftamens ,
defquelles les Soldats font feuls exempts .
Il foutint enfuite , que de femblables
teftamens ont été confirmez dans tous
les temps par l'ufage univerfel du Royaume.
Il appella à fon fecours un grand
nombre d'Auteurs citez par Barry, liv. I.
de Teftamentis . tit. 1. n. 47.
M. Pafery de Thorame , qui plaidoit
pour le Baron d'Hugues , établit au
contraire , que les Loix Romaines ont
toûjours rejetté toute forte de pactes reciproques
de fe fucceder , & qu'elles
n'ont autorifé de femblables difpofitions,
qu'entre ceux qui étoient prêts à combattre
pour le falut de la Republique
fuivant la Loi Licet Col. de Pactis . Il
cita pour appuyer fon fentiment Balde ,
Alexander , Godefroy , & plufieurs autres
Interpretes , qui d'un commun confentement
, ont crû que la Loi Licet. en
autorifant les fucceffions reciproques
parmi les Soldats , les condamnoit à l'égard
de tous autres , conformément à la
Loi 4. Cod. de inutilibus ftipulationibus.
Il expliqua la Loi Captatorias oppofée
, & fit voir que Papinien vivant
dans le II. fiecle , les Empereurs Theodofe
, & Valentinien dans le V. ceux-ci
ayant été obligez de publier une Novelle,
pour
JANVIER 1726 201
pour introduire & autorifer cette forte
de teftamens mutuels , il étoit évident
que cette Loi n'avoit pas été fuivie , &
que ces teftamens prenoient leur origine
de la Novelle de Theodofe & de Valentinien
, inferée dans le Code Theodofien ,
tit. de Teftamentis .
Il foutint que cette Novelle , n'étant
point compriſe dans le Corps du Droit ,
elle ne pouvoit avoir autorité de Loi ,
qu'elle avoit même été abrogée par l'ufage
, puifque Juftinien , qui vivoit dans
le cinquiéme fiecle , & qui a fait compiler
toutes les Loix qui étoient en uſa
ge de fon temps , ne fait nulle mention
de celle- ci on ne doit pas être furpris,
file contraire femble avoir prévalu en
Pays Coûtumier , parce que , lorique la
compilation de Juftinien fut perdue , les
Loix du Code Theodofien y furent introduites
, & pour la plupart y ont reſté
en vigueurs au lieu que la compilation
de Juftinien ayant été heureufement re
couvrée , les Provinces de Languedoc ,
de Provence & de Dauphiné , rejetterent
celles du Code Theodofien , & adop
terent celles de Juftinien .
Sur la deuxième propofition , qui confiftoit
à fçavoir ,files teftamens mutuels
ne peuvent être revoquez par l'un des Tef
tateurs, qu'en faifant notifier cette revo
I v cation
202 MERCURE DE FRANCE.
le
cation à la Partie intereffée. L'Avocat
dit , que les Loix ne peuvent autoriſer
la perfidie , & qu'il eft évident que
myftere affecté par l'un des conjoints , ne
peut avoir en vûë que de profiter de la
difpofition de l'autre. Il cita Brodeau , fur
Louet , Lettre T. Sommaire 10. Ricard,
Traité du Don mutuel , ch . 5. Sect. 7. & c.
L'Avocat de la Partie adverfe au contraire
s'attacha à démontrer , que toutes
fortes de teftamens font revocables , parce
que toutes les Loix Romaines , dit- il , défendent
de s'ôter la liberté de tefter , ce qui
eft décidé formellement par la Loi 2 z.
Digeft . de Legatis . 30.
La défenfe de cette caufe , quant à
cet article , fút terminée par ces principes
du Droit écrit ; Qu'il n'y a point
dans les Provinces qui le fuivent de reciprocité
, que les deux conjointsne
peuvent difpofer en faveur l'un de l'autre
par Acte entre- vifs , mais feulement
par Acte de derniere volonté.
Sur la troifiéme queftion , Si le défaut
de notification de la revocation du
teftament n'étoit pas fuppléé par l'écrit
de feparation du fieur de la Penne , &
la Dame fon époufe , M. Blanc n'eut à
cet égard d'autre raifon à donner , fi ce
n'eft que cet écrit n'étoit pas ferieux .
Sur ces differentes défenfes , il intervint
JANVIER 1726. 203
vint Arreft en la Grand'Chambre le 30 .
Octobre 1724. par lequel la Cour mit
l'appellation & ce dont étoit appel au
neant, & par nouveau jugement , maintint
le fieur Baron d'Hugues dans l'heredite,
condamna la Dame d'Auftric
aux dépens 27.
BOUQUET en Vers Anacreontiques ,
envoyé à une Dame. Par M. de
Mautour.
Hilis en vain Flore s'apprête ,
Philis
A vous parer pour vôtre Fête ;
Rien n'eft fi commun que des fleurs ,
Rien de fi rare que des coeurs ;
J'entens coeurs tendres & fidelles ,
Qui valent mieux que fleurs nouvelles
Tels font ceux que vous captivez ,
Amour les fçait, vous les ſçavez .
Pour vous faire dignes offrandes ,
Chacun vous prefente le fien ,
Compofez en , nobles guirlandes
Surtout n'oubliez pas le mien.
I
Ivi
Autre
204 •
MERCURE DE FRANCE.
Autre Bouquet , par le même.
FLore & Lore les Mufes dans ce jour ,
Pour la charmanteIris s'empreffent tour à tour,
Par jolis Vers , par fleurs nouvelles ,
A lui faire leur cour.
L'Amour plus fin , plus rufé qu'elles ,
Rit de tout leur empreffement.
Et moi , dit il , j'en ordonne autrement ,
Pour celebrer fa Fête,
Iris n'aura de moi ni jolis Vers , ni fleurs ,
Mais je lui fais prefent , en figne de conquête
,
D'un trait de mon carquois pour bleffer tous
les coeurs.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M..
Pelliffert, fils , Docteur enMedecine de
la Faculté de Montpellier , fur la compofition
d'un Dictionaire de Medecine.
L
2
Utilité des Dictionaires eft fi grande
, fur tout lorfque les matieres
qu'ils traitent font approfondies
fans
être pourtant diffuſes , que j'ai crû devoir
donner à la Republique des Lettres
un Dictionaire fur la Medecine . Notre
fiecle en a vû de très accompli fur toutes
les Sciences , excepté fur celle- là , qui
e m
JANVIER 1926 . 205
embrafle toute la nature , & qui , par la
diverfité des objets qu'elle contemple ,
eft une des plus utiles , des plus curieufes
& des plus neceffaires à l'homme .
Tous les Livres fur cette Science qui
courent dans le Public , font imparfaits ,
& par leur peu d'étendue , ils ne contentent
pas les Lecteurs. Il manque d'ordre
de doctrine , & d'une ample explication
des matieres qu'ils renferment.
Je ne vois que le Dictionaire des drogues
de M. Lemeri , qui foit dans un
certain point de perfection à fatisfaire
un efprit judicieux ; & curieux ; encore
n'eft-il pas dans le point de perfection
qu'on fouhaite. Le Lexicon de Caftel
ne donne que l'explication d'un terme ,
ou la définition fimplement d'une maladie
, fans entrer dans un détail , qui toin
d'être ennuieux , feroit très utile. Un
Medecin qui confulte ces Dictionaires
pour foulager la mémoire dans certains
cas de confultation , ou dans d'autres où
il ne peut lire les originaux qui parlent
de ce qu'il fouhaite de fçavoir , ne fe
trouve- t-il pas trompé dans ces recherches
? Un homme fçavant qui veut ſe
rappeller l'hiftoire d'une plante ou d'un
animal , réuffi- t- il dans fon deffein par la
lecture de ce Livre ? Vous voyez , Monfieur
, qu'il manque une étendue à ces
ou
206 MERCURE DE FRANCE.
ouvrages. Défaut qui les fera toujours
négliger , quoiqu'ils foient très meditez
& bien écrits .
C'eft , Monfieur , ce défaut general ,
qui m'a fait former le deffein de compofer
un Dictionaire Univerfel fur la Medecine
, qui traitat à fond de toutes ces
parties . On y trouvera les maladies détaillées
, les remedes qui leur conviennent
, avec les regles de curation & de
pratiques. Les matieres anatomiques y
feront traitées avec ordre. L'Hiftoire des
Plantes y fera parfaite. On y verra leurs
vertus & leur ufage. Je n'oublierai point
de décrire les principes qui les compofent
, de fixer les lieux où elles naiffent
, & le temps qu'elles fleuriffent ,
& même cette defcription fera terminée
par l'étimologie du nom de la Plante
décrite , accompagnée des traits de
l'Hiftoire & de ceux de la Fable qui lui
conviennent avec le nombre de ces differentes
efpeces. Le même ordre fera
prefque obfervé dans la defcription des
animaux & des mineraux. Je ne paflerai
pas fous filence laChimie hermetique.
Les Curieux y trouveront l'explication
de ces termes , ils y liront fes operations
qui s'executent par la voye des ferments.
J'y expliquerai auffi les qualitez des levains
, leur different genre , & leur veritable
IANVIER. 1726. 207
ritable ufage . Tous les remedes chimiques
& galeniqués , fimples & cómpofez
, y feront décrits avec leur compofition
, leur doſe , leur qualité & leur
maniere d'agir.
Son titre , Monfieur , vous confirmera
affez l'idée que je vous en donne . Il eft
tel . Dictionnaire de Medecine , concernant
l'explication de toutes les parties de
cette Science , la Phifiologie , la Patologie
, la Semiotique , la Diptique , la Therapeutique
, la Theorie , & la Pratique
de toutes les maladies , leurs caufes , &
leurs remedes , l'Anatomie , la Chirurgie ,
la Pharmacie , là Chimie , la Botanique ,
P'Hiftoire naturelle des Animanx , des
Mineraux, & generalement tout ce qui eft
compris fous le nom de matieres medicales :
le tout extrait des meilleurs. Auteurs anciens
& modernes.
Uni de nos Medecins de Marſeille
avoit eu avant moi le même deffeins
mais ayant abandonné l'Ouvrage , je l'ai
pourfuivi en fuivant fon même plan.
Mon Ouvrage , Monfieur , eft affez
avancé , & fans des preffantes occupations
qui m'ont diftrait long- temps de ce
travail , il feroit prefque fur la fin, Mats
je vous promets de le reprendre avec
chaleur , & c.
TRA
208 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION de l'Ode du Pere
Sanadon .
APHAEL , prêt d'aller rejoindre fes
RA ayeux ,
Ranima tout le feu de fa verve lyrique ,
Et prédit, entraîné par l'efprit prophetique
De fon Sang le fort glorieux.
Maifon de LECZINSKI , tu mets toute ta
gloire
A défendre l'Eglife & fon premier Paſteur :
Le Ciel pour couronner ton zele & ton ardeur ,
Eternifera ta memoire,
Jadis ,, par tes efforts l'on vit fuir en couroux,
De nos heureux climats l'aveugle idolâtrie ,
Et l'on entend encor la fougueufe herefie
Gemir , expirant fous tes coups .
De là fur tes Heros quel éclat de lumiere ?
Je les vois, fiers gueriers , ou vertueux Prélats
,
Reverez dans le Temple , ou craints dans les
combats ,
Fournir une illuftre carriere.
Que
JANVIER 209 1726.
Que dis-je ? Dieu prépare un trône floriant;
Staniflas le remplit , il regne , il en eft digne...
Mais où fuis-je ? Ah ! grand Dieu ! quelle vapeur
maligne
Me cache cet aftre naiffant ?
Goûte ton heureux fort , ô ma chere Patrie ;
Mais non , tu prends plaifir à te percer le
flanc :
Sous l'homicide fer je vois couler ton Sang;
Ah ! fufpends enfin ta furie.
Fortunes , la Vertu fe rit de tes projets ,
Seule elle eft fa reffource en fon malheur ex
trême ,
Elle auroit en horreur le plus beau diadême
Rougi du Sang de fes Sujets,
Ce magnanime effort aura fa recompenfe . ::
Afile genereux des Roys infortunez ,
Pour recevoir chez toi mes Heros détrônez ,
Ouvre ton fein , heureuſe France.
Là, quels nouveaux rayons fur mon nom répandus
......
Le
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel de la fortune en réparant l'injure ,
*
Par un honneur plus grand lui rend avec
ufure
Tous les honneurs qu'il à perdus. “
Quel fpectacle pompeux fur les bords de la
Seine ,
Ah ! quel eft ce Heros , ce jeune Souverain ,
Qui préfente à MARIE & fon Sceptre & fa
main .
Et la déclare Souveraine
Je le vois à fon air grand & majestueux + :
C'eſt un BOURBON , l'amour fuivi de PHymenée
,
De ces Nobles Époux unit la deftinée ,
Et leurs coeurs par les plus doux noeuds
1
Songez à ces beaux jours , LECZINSKI , dans
l'orage :
Mais en yoyant s'unir MARIE avec LOUIS,
Verfez à pleines mains fur ma tombe des LIS;
De votre amour j'attends ce gage.
P. Delattre J.
EDIT
JANVIER 1726 . 2 FI
Ά
EDIT , ARRET S
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST du 4. Decembre , qui ordonne
que les Deniers qui proviendront de
Impofition qui doit être faite pour le droit
de confirmation à caufe du joyeux Avene→
ment de Sa Majefté à la Couronne , dû par les
Communautez d'Habitans qui jouiffent des
Droits d'Ufages , feront reçûs par les Collecteurs
, & par eux remis aux Receveurs des
Tailles , qui feront tenus de les remettre aux
Receveurs Generaux des Finances , nonobftant
ce qui eft porté par l'Arreft du Confeil
du 8. Octobre 1725.
ORDONNANCE & Sentence de M. le
Lieutenant General de Police du 11. Janvier
1726. concernant les jeux de hazards , & les
proprietaires ou principaux locataires des
maifons , & qui condamne la Dame de Blancbuiffon
, folidairement avec le nommé Dupleffis
, Aubergifte en 3000. liv . d'amende &
la Dame Godemart en 1000. liv. pour avoir
tenu des affemblées de jeux défendus , &c.
Autre Sentence de Police du même jour qui
condamne les nommez Huron , Bruhant
Longpré & Richer , Boulangers , en soc. liv.
d'amende , folidairement pour avoir concerté
frauduleufement de faire rencherir le bled audelà
du prix courant.
Autre
212 MERCURE DE FRANCE .
Autre Sentence du même jour , qui con
damne les nommez Charles Grimperey &
Michel Bernardot , Boulangers, en 3oco liv
d'amende chacun , & les declare déchus de la
Maîtrife , &c. pour n'avoir pas fourni leurs
places de pain au Marché du Cimetiere Sain
Jean...
ARREST du 15. Janvier , portant défenfes
de vendre , acheter ni tuer des Agneaux
pendant deux ans à commencer du premier
jour de Carême prochain.
EDIT du Roi , donné à Marly au mois de
Janvier 1726. regiftré en la Cour des Monnoyes
le 4. Fevrier , par lequel le Roy ordonhe
une fabrication de nouvelles Efpeces d'or
& d'argent , fçavoir , les Louis d'or de 30. au
marc , fur le pied de 20 liv. & les Ecus de
huit & trois dixiémes au marc à S. liv.
Le même Edit ordonne que du jour de fa
publication , toutes les anciennes efpeces d'or
& d'argent demeureront décriées de tous
cours , & feront portées aux Hôtels des Monnoyes
, pour y être fondues & converties en
Efpeces de la nouvelle fabrication , & le prix
en être payé , ainfi qu'il eft porté par l'Edit ,
par lequel S M. fixe encore le prix qui doit
être payé defdites Efpeces & matieres , dans
les mois de May , Août & Septembre prochain
; veu S. M. que les anciennes Elpeces
continuent d'avoir cours dans le commerce,
fçavoir , le Louis à 12. liv . & les Ecus à 3 .
liv. jufques au dernier Avril prochain , afin
que le commerce ne foit pas interrompu , &
qu'on puiffe fabriquer un nombre fuffifant de
nouvelles Efpeces . Ordonne en outre S M.
que les Efpeces d'or & d'argent de la derniere
fabriJANVIER
1726. 213
brication , feront rece ues dans les Bureaux
e recettes de fes deniers fur le pied de 12. 1
8. f. le Louis d'or , & les Ecus à 3.1. 4. T
kc.
Et à l'égard des anciens Louis & Ecus , ils
eront auffi receus dans lefdits Bureaux , jufues
& compris le dernier jour d'Avril , fçaoir
, les Louis d'or fabriquez avant l'Edit du
Rois de May 1709. pour 13 , liv . 7, f. & les
Ecus de la même fabrication pour 3. livres
14.f. Les Louis d'or frabriquez en confequenre
des Edits des mois de May 1709. & Detembre
1715. pour 16. liv. 4. f. & les Ecus
des mêmes fabrications pour 4. liv . 3. f. 6.
deniers. Les Louis d'or fabriquez en confequence
de l'Edit du mois de Novembre 1716,
pour 24.
liv. 6. f. & ceux dont la fabrication
a été ordonnée par Edits des mois de May
1718. & Septembre 1720. pour 19. liv. 8. f
& les Ecus des fabrications de 1718. & 1729,
pour 3. liv. 6. f. &c.
APPRO
214.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Gardi
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Janvier , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 9. Fe
vrier 1726 .
HARDION.
TABLE
Privilege
du Roy ,
Lifte des Libraires qui , debitent le Mercu
re ,
Catalogue des Mercures de France ,
Avertiйlement ,
Modes , Eftampe gravée , &c.
Pieces fugitives , les Mufes au Roy
>
5
9
II
Seconde Lettre fur quelques ufages de l'Eglife
d'Auxerre ,
Vers prefentez le jour de S. Denis ,
17
35
37
46
47
Avis fur les perfonnes qui écrivent fur l'Hiftoire
naturelle & obfervations , & c.
Epitre à M. de la Viſclede ,
Réponse ,
Nouveau Memoire , le Royaume d'Yvetot , 48
Bouts-rimez remplis , Sonnet ,
Lettre fur le flux & reflux de la mer , & c.
A la Reine , Stances ,
55
56
67
Réponse au Pere Caftel fur fon explication du
Aux & reflux , par M. de la Bruyere , 69
Requête
215
Requête au Soleil , Poëme ,
Lettre fur les Spectacles d'Italie , &c.
Etrennes ,
Lettre fur un fait fingulier
78
81
99
100
102
Le Moineau & la Tourterelle , Fable
Cruchesfecondes du Cabinet du fieur Lucas,
Enigmes ,
103
107
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts , 109
Recueil des Poëfies diverfes diftribuées au Colege
des Jefuites , & c.
Ode , Traduction , & c.
114
117
Reflexions fur l'antiquité expliquée , &c. 144
Le tre écrite au P. Caftel fur fon explication
du flux d'un Puits ,
Mort du P. Ange ,
Sujets propofez par l'Acad. de Pau ,
Medailles de la Reine ,
147
149
153
156
Explication des Types & Legendes des jettons
de cette année ,
Spectacles ,
159
161
Le Retour de la Tragedie Françoife. Extrait,
165
Lettre fur l'Academie de Mufique de Tours
172
Nouvelles du Temps , de Ruffie , Pologne ,
& c.
Naiffances , morts des Pays Etrangers ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Morts & Mariages ,
Avis fur l'eau de Beauté ,
Supplément , & c .
Vers fur le premier jour de l'an ,
174
182
183
199
193
ibid.
194
Queſtion de Droit jugée au Parlement de Provence
,
Deux Bouquets en Vers ,
1196
203
Lettre fur la compofition d'un Dictionnaire de
Medecine ,
204
Tra216
Traduction de l'Ode du Pere Sanadon ,
Edits , Arrefts , Sentences , & c.
PA
Fantes à corriger dans ce Livre
298
211
Age 78. ligne 21. Couriers , lifez Courfiers .
Page 81. 1. 17. Meffieurs , lifez Monfieur.
Page 89. 1. 21. lorfqu'elles , lifez lefquelles.
Page 90, 1. derniere Bectari , lifez, Beccari.
Page 91.1 . 7. ont , lifez an.
Ibid. 1. 16. Bugnato , lifez Bagnato .
Ibid. 1. 19. Dramnus , lifez Drammes,
Ibid. 1. 23. Binuccini , lifez Rinuccini,
Ibid. 1. 31. Aommi , lifez
Aommi , life Drammi.
Page 92.1 . 2. Tragia , lifez Tragica .
Ibid. 1. 4. du bas Triftino , lifez Triffino.
Page 169. l. 10 , Des , lifez Les.
Page 123. l. 11. deux , lifez doux.
Page 132.1 . 5. en faveur l'art , lifez en faveur
de l'art.
Ibid. 1. 11. deux , lifez doux.
Page 156. 1. 1. adjugé , lifez a jugé.
Page 158. 1. 1. autour , lifez autant.
Page 164. 13. du , lifz , de.
Page 165. 1.3 du bas , Bomagnefi , lifez Romagnefi.
Page 166.1.23 . fanglantes , lifez fanglans.
Page 167. 1. 16. la charge , lifez le change ,
La Planche pour les Modes doit regarder la
page 9.
Celle pour les Jettons de cette année , p. 159
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
FEVRIER 1726.
QUE COLLIGIT SPARGIT:
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Rois
A VIS.
Ľ
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire & de
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
215
LS
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
FEVRIER 1726.
XXXXXXXXXXXXXXX ******
! PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'HY VER.
Portrait à M. le Chevalier de
Lluftre Chevalier, la faifon des fri
mats ,
Commence à ravager la terre ;
Et les vents ennemis nous decla
rant la guerre ,
A ij
Font
216 MERCURE DE FRANCE.
Font fecher les fleurs fous nos pas.
Phoebus abregeant fa carriere ,
Fait taire les oifeaux qui lui faifoient la cour ,
Et ne nous donne plus qu'un refte de lumiere,
Pour faire voir encor qu'il eſt le Dieu du jour.
C'eft peu que fa prompte retraite ,
Impofe filence aux oiſeaux ;
On n'entend plus fous les ormeaux
Le fon de la douce mufette ,
Ni le murmure des ruiffeaux.
Dans les valons & dans les plaines ,
L'écho ne retentit que du lugubre fon ,
De la hache du Bucheron ,
Qui fe vange fur quelques chefnes
Des injures de la faifon.
Helas ces aimables retraites ,
Qui fembloient n'avoir été faites
Que pour d'amoureux rendez- vous ;
Ces aziles charmans , ces réduits agréables
Sont maintenant inhabitables ,
Ou font habitez par les Loups.
Flore & les Nymphes fes compagnes »
Ont quitté nos triftes campagnes ;
Apeine trouvons - nous en parcourant les bois,
QuelFEVRIER
1726. 217
Quelque Dieu Chevrepied , quelque amoureux
Satyre ,
Occupé fans relâche à fouffler dans fes doigts ;
Il n'a ni la force de rire ,
Ni celle d'enfler fon hautbois.
Du finiftre Corbeau la mufique funefte ,
Eft la feule enfin qui nous refte :
Chacun fe rencoignant dans fa froide maiſon ,
Soufflant quelque humide tifon ,
Sous un pâle & morne vifage ,
Et fous un pefant équipage ,
Nous montre les effets de la rude faifon.
Le Berger tremblottant fous fa cabane antique
,
A peine montre fon muſeau ;
La Bergere , à fon tour , près d'un foyer ruftique
Fait à peine tourner fon fragile fuſeau .
L'on n'apperçoit partout que d'affreufes ima.
ges :
L'air s'obfcurcit d'épais nuages ,
Et même en plein midi fait douter s'il eft jour,
Nos yeux ne font frappez que des affreux
ravages
Que caufent dans nos champs la nege & les
orages
A iij Qui
218 MERCURE DE FRANCE:
Qui fe fuccedent tour à tour.
C'eft affez , Chevalier , cette trifte peinture ,
Rend déja mes efprits glacez ;
Chez- toi près d'un bon feu corrigeant la na
ture ,
Rappellons nos plaifirs paffez .
C'eft- là que fans aller fredonner fous des *
haîtres
Quelques airs tendres & champêtres ,
En tout temps ami genereux ,
#
On trouve la faifon des plaifirs & des jeux.
* kkakakkkkkkkkk
1-1
REMARQUES fur les anciennes
Réjouiffances Ecclefiaftiques durant les
Fêtes de Noël , à l'occafion du mot :
DEFRUCTUS . Lettre écrite d'Auxerre à
ce fujet .
PUifque l'explication de certains termes
bizarres de la baffe Latinité vous
fait plaifir , vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous envoye, pour étrenne
celle d'un mot de cette efpece qui me
: tomba dernierement fous la vûë . Il eft
de la faifon , puifqu'il vous développera
une petite pratique de nos anciens dans
les mois de Decembre & de Janvier. Le
Concile
FEVRIER 1726. 219
.......
Concile Provincial de Narbonne de l'an
1551. après avoir défendu les danſes &
autres badineries qui fe faifoient autrefois
dans les Eglifes , ajoûte que pour
y obvier , les Curez s'abftiendront de
faire venir leurs Paroiffiens à certains repas
appellez Defructus . Canon 47. Quia
in ipfis Templis .... ducuntur chorea
fiunt faltationes , aliaque tripudiorum &
ludibriorum genera Parochis prohibemus
ne pofthac ad comeffationes quas
defructus appellant , ullo modo parochianos
fuos admittant. Voilà un repas appellé
Defructus . En étoit- ce un où l'on ne fervoit
que du fruit , & qui pour cette raifon
s'appelloit de-fructus ? où plutôt en
étoit- ce un où l'on ne prefentoit aucun .
fruit , comme la prépofition de fembleroit
le defigner ? Je crois qu'il pouvoit
y avoir du fruit à ce repas , ou n'y en
point avoir ; & que fi ces fortes de repas
s'appelloient defructus , c'étoit par
rapport aux Fêtes dans lefquelles on les
donnoit , & au motif qui les faifoit faire.
Ce n'étoit pas certainement la faifon des
fruits ; puifque je prétends qu'on les
prenoit au temps de Noël jufqu'à l'Epiphanie
; mais , felon moi , ces repas s'appelloient
defructus ; premierement , à caufe
de l'Antienne de fructu , qu'on chante
dans ce temps - là à Vêpres fur le Pfeau-
A iiij me
220 . MERCURE DE FRANCE.
me Memento : fecondement , parce que
cette Antienne devoit être commencée
par quelque notable perfonnage de la Paroiffe
, qui payoit enfuite la collation , à
peu près comme on fait encore en plufieurs
endroits à l'égard des O. de Noël .
Le fondement de mon explication eft que
le Concile immediatement après les paroles
cy-deffus rapportées , continue ainfi :
Nec permittant quempiam canere ut dicunt
; Memento , Domine , David fans
truffe , & c. nec alia hujufmodi ridenda ,
que in contemptum divini officii ac in
dedecus & probrum totius cleri &fiunt &
cantantur. La liaifon du repas appellé de
fructus , avec le chant du Pfeaume Memento
, paroît ici très - visiblement : Mais
ce n'eſt pas tout. J'ai encore une preuve
domeftique de la jufteffe de mon explication.
C'étoit l'ufage en cette Ville il
n'y a pas plus de foixante & dix ans , que
1'Ecclefiaftique qui faifoit dans les Paroiffes
la fonction de Chorifte aux Vêpres
du jour de Noël , & autres Fêtes
fuivantes,annonçoit l'Antienne De fructu
au plus notable des feculiers de la Paroiffe
qui fe trouvoit placé dans le
Choeur. Dans telle , par exemple , où de
meuroit leLieutenant- General, c'étoit à lui
à l'entonner le jour de Noël : dans une
autre où il n'y avoit que des Confeillers
*
FEVRIER 1726. 221
lers , on l'annonçoit au plus ancien , & il
l'entonnoit de fon mieux ; & ainfi à tour de
rôle à mesure que les Fêtes s'écouloient,
En la lui annonçant le Chorifte ou Chappier
lui prefentoit une branche d'oranger
, garnie de fon fruit , ou au défaut
une branche de laurier , à laquelle étoit
attachée une orange ; & lorfque le Magiftrat
avoit entonné fon De fructu , il
alloit directement au grand Autel , fur
la table duquel il dépofoit la branche
d'oranger ou de laurier. Par cette honorable
ceremonie il étoit engagé à donner
à fouper au Clergé de la Paroiffe , & il
le donnoit en effet. Quelques Religieux
mandians s'étoient mis auffi fur le pied
d'annoncer à leurs bons amis le De fructu
; mais comme cela tiroit à confequence,
chacun évita dans la fuite de fe trouver
à leurs Vêpres les jours qu'on devoit
chanter cette Antienne , ou de monter
dans leurs hautes Chaires. Deux Octogenaires
de ce pays - ci m'ont appris ces
circonftances il y a quelques années : l'un
fe fouvenoit très- bien d'avoir vû la ceremonie
pratiquée en entier par Claude
Girardin , qui étoit Lieutenant General
au Bailliage & Siege Prefidial de cette
Ville en 1650. Je crois que voilà le
Defructus du Concile de Narbonne fuffifamment
éclairci , & tiré de l'obfcurité.
A v
Ce
222 MERCURE DE FRANCE
Ce qui fe faifoit ici , fe pratiquoit auffi
fans doute en Languedoc , au moins cent
ans auparavant. J'efpere que ce mot n'étant
point dans le Gloffaire de M. du Cange
, vous ne manquerez pas de l'y faire
inferer dans la nouvelle édition avec le
Vacca-varia le Pilota , & quantité d'autres
pratiques burleſques , dont j'ai eu
l'honneur de vous entretenir à l'occafion
de la Fête des Foux .
Il eſt étonnant de voir des perfonnes
dont la pieté eft fi portée à tout excufer
ou à ne rien croire , qu'elles ne peuvent
s'empêcher de dire , que tout ce qu'on
rapporte de cette Fête des Foux , de la
conduite de l'afne , des danfes & jeux
dans l'Eglife , & autres femblables fpectacles
, eft faux , & n'a jamais exifté . Elles
difent qu'on fait mettre dans le Dictionnaire
de Moreri tout ce que l'on veut ,
qu'il eft impoffible qu'on ait fait dans
l'Eglife toutes les actions ridicules qui y
font marquées. Quand on leur ajoûte que
le celebreM.duCange rapporte les mêmes
chofes dans fon Gloffaire , après les Manufcrits
authentiques du temps , & après
même les Livres d'Eglife encore exiftants,
ils en font quittes pour fecouer la tête
& nier le fait. Je ferois bien fâché d'avoir
affaire à ces gens- là au fujet d'aucun
point hiftorique. Mais rien ne doit
mieux
FEVRIER 1726. 223
mieux convaincre les perfonnes les plus
incredules & les plus graves , qu'il falloit
que le ridicule fut pouffé à bout au
quinziéme fiecle , que la Lettre Circulaire
que la Faculté de Theologie de Paris
addreffa aux Evêques à ce fujet l'an
1444. Comme la Bibliotheque des Peres
a quelques degrez d'authenticité au - deffus
du Dictionnaire de Moreri , peuvent
-elles fe refufer à ce qu'on y trouve
? Entre les folies dont les Docteurs
font un fcrupule aux Evêques de ce qu'ils
ne s'armoient pas de tout leur zele pour
les empêcher , on y voit ce petit détail
en forme de conference :
Divini ipfius officii tempore larvatos
monftruofos vultibus , aut in veftbus mu-
·lierum aut lenonum vel hiftrionum choreds
ducere in choro .
Cantilenas inhoneftas cantare.
Offas pingues fupra cornu altaris juxta
celebrantem Miffam comedere.
Ludum taxillorum ibidem exarare.
Thurificare de fumo foetido ex corio
veterum fotularium .
Per totam Ecclefiam currere , faltare ,
& faire pis encore . (a ) Je rapporte ce
texte d'autant plus hardiment qu'il ne
nous regardoit pas. Il y avoit plus de
vingt ans que nôtre Evêque Michel de
(4 ) Tom. XXIV, Bibl. PP.
A vj Cre224
MERCURE DE FRANCE:
"
Crenei, tranfigeant avec le Chapitre d'Au
xerre , avoit fait entrer dans ce traité la
ceffation de la Fête des Foux . Ce fçavant
Prélat , l'un des plus celebres Theolo
giens que produifit alors la Faculté de
Paris , eut cependant le déplaifir d'avoir
dans fa Ville Epifcopale quelques particuliers
fi zelez pour cette Fête des Foux,
que lorsqu'il fut queſtion de l'abolir , l'un
d'entre eux foutint que cette Fête étoit
auffi approuvée que celle de la Conception
de la Sainte Vierge qui fe celebroit
ici depuis peu d'années . Nous fçavons
ce fait de Gerfon , Chancelier de l'Univerfité
de Paris , & M. Deflyons Theologal
de Senlis a fait remarquer plufieurs
fois dans les deux volumes qu'il a donné
contre le Paganifme du Roi-boit ( a ) cette
réflexion de nôtre Auxerrois. Je ne
vois pas qu'aucun s'empreffe aujourd'hui
de la juftifier. Gerfon ne dit ni le
nom , ni la qualité de celui qui fut aſſez
fimple pour ufer de cette comparaiſon
que M. Deflyons juge avoir été faite en
Chaire. Il eft à croire que c'étoit un des
plus obſtinez pour la confervation de la
Fête des Foux ; comme il y en a toûjours
qui marquent un attachement aveugle
pour les plus mauvaiſes chofes. La
maniere dont Gerfon s'explique , laiffe à
(4) En 1664. & 1670.
entenFEVRIER
1726. 225
entendre que cet habitant de nôtre Ville
publioit hautement , & même dogmatiquement
cette bizarre comparaifon puif
qu'il ajoûte que tel étoit le bruit public
& que l'on en parloit fi communément ,
que ce fut ce qui le détermina à dreſſer
fes cinq fameufes conclufions contre cette
Fête ; dans la premiere (a ) defquelles il a
fait entrer ce fait Hiftorique. Gerfon
n'avoit pas cependant befoin d'attendre
le bruit public pour fçavoir ce qui fe
paffoit ici . Sa liaifon avec le celebre Nicolas
de Clamengis Aggregé au Chapitre
d'Auxerre en qualité de Chanoine de
Bayeux , le mettoit en état de fçavoir par
les amis communs , que l'un & l'autre
avoit ici tout ce qui s'y paffoit de confiderable.
Il nous auroit fait plaifir s'il
nous eut laiffé le nom du perfonnage en
queftion. Au refte , je ne trouve que
(a) Prima Conclufio . Afferere aut fuftinere
quod per longum uſum vel ſub umbrajocorum,
aut aliter fit res permiffibilis aut approbata
fieri hujufmodi ludos ftultorum cum iftis inordinantibus
quibus fieri cernuntur in Sancta
Ecclefia , error eft in fide noftra , & in Chriftianam
religionem blafphemia. Et adhuc pejus
eft dicere feftum hoc adeò approbatum effe ficut
Feftum Conceptionis Virginis Maria
quod paulò ante afferuit quidam in urbe
Altiffiodorenfi fecundum quod dicitur & narrari
folet. Gerfon , Parte 4. operum , num x.
"
trois
226 MERCURE DE FRANCE.
trois Chanoines qui favoriferent la continuation
de cette Fête . Le premier nommé
Jean Piqueron , qui n'étant que Soudia
re fouhaitoit qu'elle ne fut point
abolie pour toûjours , prétendant que
c'étoit la Fête des Soudiacres , fes confreres
; les deux autres s'appelloient Jean
Bonat & Jean Berthome. Mais peut - être
rechercherois- je envain parmi les Chanoines
un perfonnage de ce caractere qui
pouvoit être membre d'un autre corps.
Quelque ce foit cet Anonyme , on doit
avouer qu'il a immortalifé fa memoire
par un bel endroit. Mais auffi je dois
dire à la louange du corps dont je fais
partie , que s'il n'a pas été le premier à
abolir la Fête des Foux , il n'a pas auffi
été le dernier . Dès l'an 1401. fur le
bruit qui courut que l'Univerfité de Paris
prenait des mefures pour faire ceffer
cette indigne Fête par voye d'autorité ,
Regnauld de Fontaines , nôtre Chanoine,
qui fut depuis Evêque de Soiffons , &
d'autres de la compagnie auffi éclairez
que lui , s'étant munis de l'avis de tous
les habiles gens de Paris , vinrent à bout
de faire conclure , d'un commun confentement
( à la réferve des trois Chanoines
que je vous ai nomimez) qu'elle feroit
ôtée pour toûjours , & que jamais on ne
la rétabliroit. Quelques -uns de fes membres
1
FEVRIER 1726.
227
bres fournirent auffi dans la fuite leur
plume pour la faire ceffer ailleurs . Pierre
de Vaucelles , l'un des huit Docteurs
auxquels ou attribue la Lettre circulaire
aux Evêques de l'an 1444. étoit Chanoine
de notre Eglife. On y voit dans
cette Lettre notre celebre S. Germain
propofé comme un modele , entre les
Prélats de l'antiquité , qui fe font le plus
oppofé aux reftes du Paganifme ( a ) .
Pour ce qui eft de l'Eglife de Paris ,
elle avoit eu dès la fin du douzième fiecle
un Evêque qui fe déclara fortement
contre ces pratiques . J'ai même
bien de la peine à croire , que dans cette
grande Ville où l'on a toujours été plus
poli qu'ailleurs , on ait fouffert des groffieretez
, ou pour mieux dire , des infamies
telles que la Lettre des Docteurs
les détailloit . Odon de Sully , tiré de
l'Eglife de Bourges , dont il étoit Chantre
, pour gouverner celle de Paris , fit
à ce fujet un reglement digne d'attention.
Il n'y marque point en quoi confiftoit
ce qu'il fupprimoit 11 fe contenta
(a ) Sequimini gloriofos Epifcopos quam
plurimos , puta Martinum , Hilarium , Chry
foftomum , Nicolaum , Germanum Autiffiodorenfem
, & univerfos alios ufque ad propinqua
tempora , qui acerrimè contra hujufmodi execrationes
infurrexerunt. Tom. 24. Bibl. PP.
de
228 MERCURE DE FRANCE.
de dire par fon ordonnance de l'an 11981
que déformais pour rendre la Fête des
Foux plus fupportable , on pourroit ſeulement
avant les premieres Vêpres du
jour de la Circoncifion , chanter la Profe
Latemur gaudiis : lire à la Meffe une
Epître farcie , c'est -à - dire , une Epître
dont une ou deux perfonnes chantoient
l'explication en François , à mesure que
le Soudiacre la lifoit en Latin , ( a ) &
qu'à l'égard des Vêpres , en dépofant de
fa charge le Batonnier de la Fête , on
ne diroit dans le Magnificat le Verſet
Depofuit que cinq fois au plus. J'ai fait
quelques recherches pour recouvrer cette
Profe Latemur gaudiis , afin d'y voir ce
qu'elle contenoit de particulier : mais on
trouve en Province trop peu de Livres
anciens & Manufcrits felon l'ufage Parifien
, pour que j'aie pû la rencontrer.
Je laiffe ce foin à quelque curieux de la
Ville ou du Diocefe de Paris. Le préambule
du Statut de l'Evêque Odon me confirme
dans la penſée que j'ai , qu'on n'eſt
(a ) On m'a écrit de Dijon , qu'il n'y a pas
plus de vingt ans qu'on y chantoit encore dans
l'Eglife de S. Etienne une Epître farcie le jour
du Patron c'étoient deux enfans de choeur
qui en chantoient le François fur le ton d'une
complainte , comme autrefois cela s'obſervoir
ici.
jamais
FEVRIER 1726. 219
jamais venu dans la Capitale du Royaume
aux excès marquez ci- deffus , au
moins dans l'Eglife de Nôtre - Dame. Il
en releve l'éclat & la fplendeur en ces
termes : Quantò nobilis Parifienfis Ecclefia
in regni capite & urbe tam celebri
conftituta , de cujus plenitudine omnes accipiunt
, puriores radios circumquaque
diffundit , & ubique terrarum famofius
pradicatur , & c. Et plus bas : Ut de cujus
fonte ad univerfa pene mundi climata.
fcientia rivuli derivantur , vita honeftatis
poculum deguftetur ; & ubi litteratura viget
magifterium , ibi morum elegantia preluceat
cateris ad exemplum. ( a ) Je ne dis
point qu'à Sens , qui étoit notre Metropole
commune , on n'eût commencé auſſi
à enfevelir dans l'oubli ces reftes de
Paganisme reveillez dans le dixiéme ou
onzième fiecles. Au moins il eft certain
qu'en 1245. le Cardinal Odon de Tufculum
étant dans cette ville , joignit à
l'autorité de l'Archevêque toute celle de
Legat qu'il avoit , pour abolir les maſcarades
qu'on pratiquoit à l'Eglife , aux
Fêtes de S. Jean l'Evangelifte , des Innocens
& de la Circoncifion . ( b ) Il eſt
( a) Tomo 24. Biblioth. Patrum , ex chartu -´
Lario Jo. Bapt. Decontes , Decani Parif.
(b) Charta vetus in Codice Manufcripto
Martyral. Eccl. Senon .
éton
230 MERCURE DE FRANCE .
;
étonnant que dans la Province de Nar
bonne , ces fortes de fpectacles ou autres
approchants , euflent duré juſqu'au milieu
du xvi . fiecle. "On y chantoit encore
alors dans les Eglifes des chanfons profanes
; on y donnoit des farces ; on y fai
foit des bruits & des fracas effroiables
on n'en peut pas douter , puifque le Concile
de 1551. le dit en termes formels ,
& menace d'excommunication ceux qui
commettroient ces irreverences , ajoutant
qu'il n'y avoit que des foux & des petits
enfans qui puffent aimer de telles
repréſentations. Præfcribiturne in Templis
cùm aliqui dies fefti coluntur , vel alio
tempore , fpectacula quibus ftultorum puerorumque
animi folent delectari , artes ludicra
, cantilena faculares , ftrepitus
clericis vel laicis , neque alia hujufmodi
fiam quibus à religione populus revocatur,
& in cachinnationes immodicofque
rifus folvitur. Fevret , dans fon Traité de
1'Abus , parle auffi d'un petit fpectable
puerile , qui fe donnoit à Bourges le matin
du jour de Pâques , fous le nom des
Trois- Maries , & il dit qu'il fut fupprimé
par un Arreft du Parlement . Aujourd'hui
qu'on eſt plus éclairé que dans
certains fiecles paffez , on n'a pas befoin
de plaidoirie pour concevoir du dégoût
& du mépris pour ces pratiques grof-
,
fieres
FEVRIER 1726. 23
fieres & gothiques , fi tant eft qu'il en
refte, quelque part du genre de celles
quibus ftultorum puerorumque animi folent
delectari , comme dit le Concile de
Narbonne. On porte même compaffion à
ceux qui ont redigé de certains vieux
Regiftres , dont les expreffions taxent
de grand fcandale l'omiffion de ces fortes
de ceremonies.
Je ne vous celerai point , Monfieur
que mon deffein avoit été de vous dire
ici un mot fur un ufage encore exiſtant,
que quelques - uns appellent depuis peu
la Lumiere Septentrionale , à cauſe qu'elle
eft en mouvement du côté du Septentrion .
Cette lumiere ne ſe montre ici au milieu
des airs que dans le temps de l'Avent ;
mais comme on veut que je la refpecte
, je n'ofe en dire du mal . Si je vous
marquois le nom vulgaire qu'on lui donne
en ce pays- ci , vous feriez curieux
de confulter auffi tôt le Dictionaire Etymologique
de M. Ménage , où vous ne
le trouveriez pas , ni peut- être dans aucun
autre , du moins dans le fens qu'on
l'entendra. Ne voulant donc point vous
faire perdre du temps , ni vous mettre
en peine , je vous dirai en general , que
cette lumiere n'a aucun rapport avec
l'Aftronomie , & que vous ne devez
point la confondre avec celle fur laquelle
on
232 MERCURE DE FRANCE.
·
on vous écrivit de cette Ville l'année
derniere : mais que tout au plus elle peut
avoir quelque reffemblance avec le prétendu
Phenomene , à l'occafion duquel certaines
perfonnes de bien , fur Loire, dans
notre Dioceſe , ont voulu épouventer les
fimples au mois de Juillet dernier (a) .
Ce 1. Janvier 2726 .
( a ) Mercure de Juillet 1725. pag. 16236
XXXXXXXXX
VERS fur le mariage du Roy.
Au Roy Stanifas.
Es temps étoient venus , où l'Augufte
LES
LOUIS
Sous la Loy de l'Hymen mettant fes deſtinées,
Devoit par un beau choix dans fes jeunes années
,
Affermir le bonheur de l'Empire des Lis.
Quand ce Dieu qu'environne une Cour Inmortelle
Jupiter fouverain de la Terre & des Cieux ,
Dans le Palais facré de l'antique Cybele
Affembla le Confeil des Dieux.
Affez , dit -il , affez ma colere implacable ,
A puni les forfaits des malheureux humains.
Je ceffe d'être inexorable ,
Et
FEVRIER 1726. 233
Et leur promets des jours plus purs & plus ferains.
Les Climats qu'arrofe la Seine ,
Auront le premier gage & la preuve certaine
De mon amour pour l'Univers ,
Je
leur donne une Augufte Reine
Qui par fes agrémens divers ,
Fera d'un Roy puiffant les plaifirs les plus
chers.
Deja ce jeune Roy ma Gloire & mes Delices
Leur fait tout efperer de mes bontez propices;
Mais je veux par un noeud facré ,
Affurer pour toujours ce bonheur defiré :
Mortels ce feront là les heureufes premices
De ce repos heureux qui vous eft preparé,
Vous Immortels foumis à ma vaſte puiffance,
Mon choix ne vous déplaira pas ,
Vous la connoiffez tous , le jour de fa naiffance
Vous voulûtes l'orner de yos plus doux appas.
Minerve , il m'en fouvient , lui donna la fas
geffe ,
Venus l'orna de mille attraits ;
Apollon de fon art lui montra la fineffe ,
Et les charmes les plus fecrets.
A
234 MERCURE DE FRANCE.
A peine il eût parlé , que chacun à ces traits
Reconnut aisément la divine SOPHIE ,
C
Et des Dieux attentifs , la troupe réunie
Du Monarque fuprême admira les Decrets.
Il faut , reprit ce Dien , d'une chaîne inviſible,
Unir pour mon deffein ces deux Coeurs en ce
jour :
Cet employ vous regarde : allez , partez
Amour ,
Rendez à vos douceurs l'un & l'autre fenfible;
Jamais plus digne objet au terreſtre ſéjour ,
N'honora de vos Loix le pouvoir invincible.
Eh ! la chofe eft- elle poffible ,
Dit auffi -tôt l'Amour , qui l'oferoit tenter a
Moy je croirois pouvoir dompter
Un jeune Monarque inflexible ,
Et fur qui tous mes traits n'ont jamais pûpor
ter.
Diane eſt la ſeule Déeſſe
Qui puiffe fixer fes defirs ,
Et dans la faifon des plaifirs ,
Il n'écoute que la fageffe.
Depuis fes premiers ans refide à fes coſtez
Un mortel ennemi de mon pouvoir fuprême,
Si ce n'eft Minerve elle - même
Qui
FEVRIER 1726 . 235
Qui fe cache à fes yeux fous des traits empruntez
,
C'eft lui qui de tout tems par d'aufteres maxi-
$ mes,
A contre mes Confeils fortifié fon Coeur ,
Et qui lui peint encor comme les plus grands
crimes ,
L'attrait de mes plaifirs , & leur charme vain-
1 queur.
Irai- je en une autre contrée
Effuyer de pareils mépris ?
Eh ! quand je paroîtrai , qui m'ouvrira l'eng
trée ?
Dans cette demeure facrée
Mon culte eft detefté , mes honneurs font flé
tris.
Une Reine toujours oppofée à ma flame ,
Qui pourtant tient de moy fes plus doux agrémens
;
De ce Coeur qu'on veut que j'entame ,
A reglé tous les mouvemens ;
Toujours elle veilla fur l'aimable SOPHIE ,
Et verfa dans fon ame , en lui donnant la
vie ,
La fierté de fes , fentimens.
Non , je n'entreprens point fi penible conquête
Amour
•
236 MERCURE DE FRANCE
Amour , reprit alors Junon ,
Une jufte peur vous arrête ;
Mais pour mieux réuffir , prenez un compa
gnon ;
A cette grande Fête il faut que je préfide ,
Vous ne l'ignorez pas , & tel eft mon employ,
Je vous donne l'Hymen pour guide ,
Suivez fes pas , & croyez moy ;
Allez ne craignez rien fous fes heureux auf
pices.
Elle dit , & foudain tout l'Olympe applaus
dit ,
L'Amour perfuadé lui-même , fe rendit :
C'eft fur vous que je compte & fur vos arti
fices ,
Dit-il , aimable Hymen , partons fans diffe
rer :
J'y confens , dit ce Dieu , je vais m'y prépas
rer.
Pour tenter ce fameux Ouvrage ,
Il faut que deux Portraits foient tracez de
ma main ;
Je n'en dirai pas d'avantage ,
C'en eft affez pour mon deffein,
Il dit & d'une ardeur extrême ,
Chacun yeut feconder fes defirs empreffez :
Tout
FEVRIER 1726. 237
Tout eft facile aux Dieux. Par Minerve ellemême
,
Déja de fon travail les apprêts font dreffez :
Au carquois de l'Amour une fléche enlevée ,
Dans fa main tient lieu de pinceau ,
Et dans l'inftant il trace un fuperbe Tableau ,
Dont l'éclat merveilleux & la grace achevée,
De tous les habitans du celefte Lambris ,
Enchantent les regards & frappent les efprits.
Sur un Augufte Front , fon adreffe Divine ,
A marqué du Heros la celeſte origine ;
Il a peint dans fes yeux , où regne la bonté ,
Je ne fçai quel beau feu , quelles douces lumieres
;,
Il a par d'heureux traits peint cette activité ,
Ces Graces tendres , quoyque fieres
Cet Air noble, ce Port , & cette Majefté.
L'Immortel ouvrier avec même artifice ,
De la jeune Heroïne exprime la beauté ,
Certain air d'affabilité ,
D'humeur bien-faifante & propice ,
Cet accord merveilleux , fans être concerté ,
D'enjouëment & d'aufterité ,
Que la vertu cherit , que refpecte le vice ,
B Dans
2:38 MERCURE DE FRANCE,
Dans les yeux , animez d'un modefte agré
ment ,
Il peint de fon efprit la grace naturelle ,
Et mille qualitez qu'une plume mortelle
Ne peut exprimer dignement.
Muni de ces armes puiffantes ,
Le Dieu quitte du Ciel les regions brillantes ,
Il part avec l'Amour , s'élance dans les airs ,
Traverſe en un inftant leurs immenſes deſerts;
Il découvre déja cette Plage fameuſe ,
Où pour fe délaffer de fes travaux Guerriers,
Un Grand Roy fatigué de Gloire & de Lau,
riers ,
Eleva ce Palais , dont la beauté pompeufe ,
Digne du Potentat de l'Empire François ,
Annonce aux yeux furpris la demeure des
Rois .
L'éclat & la magnificence
Qui brille en ces paisibles lieux ,
N'arrêtent pas long - temps leurs regards cu
rieux .
Ils font à leur abord reçûs fans refiftance ,
Sur fon air ingenu , l'Hymen eft introduit ;
L'Amour à fa faveur fe gliffe , entre , & le
fuit.
Als paroiffent en la prefence
Du
"
FEVRIER 1726. : 239
Du Monarque fi renommé ,
Prefentent le Portrait , le Prince en eft char
イmé ,
Il l'admire fans defiance ,
Son Coeur eft déja fans défenfe ,
Ce Coeur qui fut juſqu'à ce jour
Toujours armé contre l'amour.
L'Hymen s'en apperçoit , ce Dieu prudent &
fage ,
D'un clin- d'oeil à l'amour fait figne adroite
ment ,
L'Amour entend bien ce langage ,
Il prend fon Arc en ce moment ,
Et foumet à fes Loix ce genereux courage.
C'en eft fait & les Dieux pourfuivent leur
voyage ,
Flatez du doux eſpoir d'un pareil avantage ,
Ils volent vers les bords du Rhin :
Un fuccès tout pareil fuivit pareil deffein ;
L'Heroine à fon tour ceffe d'être rebelle ,
Et les Dieux vers le Ciel reprenant leur che
min ,
S'en vont aux Immortels porter cette nouvelle.
GRAND ROY , qui dès vos jeunes ans
Sçûtes fouler aux pieds les plaifirs féduiſans ,
Bij Qui
1
240 MERCURE DE FRANCE.
Qui fuyant les douceurs d'une oifive indolence
,
Bravâtes mille fois les dangers & la Mort .
Et fûtes fi long temps par un heureux rapport
De Magnanimité , de Valeur , de Conftance ,
L'Amy, le Compagnon de l'Hercule du Nord,
Que ne puis- je d'un ton plus fublime & plus
fort ,
Celebrer dans mes Vers vos grandes Avan
tures ;
Et les faifant paffer jufqu'aux Races futures ,
Venger votre Vertu des caprices du fort .
Mais ce grand & penible effort
Etonne mon efprit , accable mon courage ;
Et la peur d'un trifte naufrage
Eteint toute l'ardeur d'un fi noble tranſport.
Puiffe de vos vertus la vive & noble image ,
Pour l'honneur éternel , & l'appui de nos Lys,
Dans vos derniers Neveux revivre d'âge en
âge
Sur le Trône du Grand Clovis.
5. Conprye , de la Compagnie de Jefusi
LET
FEVRIER 1726. 241
aaaaaaaaakkkkkk
LETTRE écrite de Venife fur le Car
naval , les Spectacles , &c.
LE
E Carnaval de Venife , dont on parle
tant dans toute l'Europe , eft proprement
un affemblage de plufieurs fortes
de divertiffemens qui ne fe permettent
publiquement que dans ce tempslà
, à moins de quelque occafion de réjouiffance
extraordinaire.
,
Ces divertiffemens confiftent en Comedies
, Opera , Reduits , Bals , Feftins,
Courſes & Combats de Taureaux , Danfeurs
de cordes , Marionettes , Bâteleurs
& Farceurs. Tout le monde a la liberté
d'aller mafqué le jour & la nuit.
Autrefois le Carnaval commençoit dès
le lendemain de Noël ; mais étant arrivé
plufieurs fois , que des perfonnes mafquées
faifoient quelques defordres fans
qu'on les connut , les Chefs du Confeil
des Dix , qui font trois des premiers Magiftrats
, prepofez entr'autres chofes pour
les Fêtes & Divertiffemens
qu'il étoit de l'intereft & de la feureté
publique , de le commencer plus tard ;
ce qui fait qu'aujourd'hui on n'accorde la
permiffion de fe mafquer que bien long-
B iij temps
ont crû
242 MERCURE DE FRANCE
temps après , quoiqu'ils fouffrent les
Ridotti dès le lendemain de Noël , fuivant
l'ancien ufage , & qu'ils tolerent
quelque temps auparavant les Comedies
& les Opera , où ce defordre n'eft pas à
craindre. Les Comedies & les Opera
ont commencé l'hyver dernier des le
mois d'Octobre.
Il y a à Venife ordinairement jufqu'à
huit Theatres publics , qui prennent le
nom de l'Eglife la plus proche du lieu
où ils font fituez. Ils appartiennent pref
que tous à des Nobles qui les ont fait
conftruire. Les petits fe louent à des
Troupes de Comediens , qui fe rendent
d'ordinaire à Venife au commencement
de l'hyver , & les grands font deftinez
pour les Opera, que les Nobles ou d'autres
Entrepreneurs font compofer à leurs
frais , fouvent plutôt pour leur divertif
fement particulier , que pour, le profit
qu'on en peut retirer.
Ces Theatres font fort grands , fpacieux
& fort élevez , ayant cinq ou fix
rangs de Loges ou Pales , comme on les
appelle ici , les uns fur les autres , & 30 ,
ou 35. à chaque rang. y peut tenir
trois perfonnes de front fur chacun. Les
Pales du premier rang , qui fe trouvent
à plein pied du Theatre , ne font
regardez comme les meilleures places ,
pas
FEVRIER 1725. 243
à caufe qu'on eft trop près du Parterre
& de l'Orcheſtre , & que les manches`
des Theorbes cachent toûjours quelque
chofe à la vûë. Ceux du fecond rang
font les plus recherchez , & entre ceuxci
on prefere ceux du fond qui font en
face du Theatre , où font d'ordinaire les
Loges des Ambaffadeurs. Comme on
loue ces Loges pour tout le Carnaval ,
ceux qui les doivent occuper , ne manquent
point de les faire peindre & tapiffer
très-proprement , ce qui fait un ornement
confiderable pour le Spectacle
en general. On est fort commodément
au Parterre , qui eft prefque rempli de
fieges plians avec des bras & des doffiers.
1
L'Opera eft un Spectacle magnifique,
où l'on voit toûjours du grand & du
merveilleux , mais extrêmement ferieux ,
& qui paroît toujours long. Les paroles
ne bleffent jamais la pudeur. Auffi
on voit la plus grande partie des Pales
remplis de Gentiles - Dames, c'est - à- dire
de femmes de condition , & de perfonnes
de la premiere qualité.
Les Machines & les Décorations font
admirables ; tous les changemens fe font
chaque fois également dans le fond &
aux aîles du Theatre, avec un art infini ;
en forte qu'on ne voit jamais un vefti-
Biiij bule
244 MERCURE DE FRANCE.
bule , ou falon , ou autre appartement de
cette efpece fans être plafonné. Les Galleries
& grandes Salles y font voutées ,
& les moindres Cabinets y paroiffent
lambriffez & ornez de glaces & de meubles
précieux .
Lorfqu'un Empereur , un Roi , ou un
grand Prince entre fur la Scene , il eſt
toûjours accompagné de 40. ou 50. Gardes
, qui font autour de lui , & qui fe
rendent maîtres des portes & des avenuës
de fon Palais . Les Reines & les
Princelles ont de même à leur fuite
quantité de Dames , d'Officiers , de Pages
, & c.
Les Chanteurs font appellez Virtuofi..
Les Italiens aiment extrêmement les voix
de deffus , & goûtent beaucoup moins les
baffes. Les Venitiens furtout font très
curieux de faire chercher les plus belles
voix en hommes & en femmes , & ne
regardent nullement à la dépenfe . Il y
a tel fujet à qui on donne jufqu'à 2000.
piftoles pour chanter pendant le Carnaval.
La Diamantine , qui a chanté ces
années paffées , en avoit autant. C'étoit
une voix claire , nette , ferme & affurée
, fans gêne & fans contrainte , ménageant
fes tons d'une maniere admirable
, ayant une forte de tremblement , de
roulemens , de cadences & d'échos ,
qu'elle
FEVRIER . 1726. 245
qu'elle varioit & conduifoit avec un art
capable d'enchanter & de ravir. C'eft
une chofe affez plaifante d'entendre , lorfqu'un
Acteur ou une Actrice du premier
ordre à fini quelque grand air , les Barquerolles
avec tout le peuple , & même
quantité de perfonnes de confideration ,
s'écrier de toutes,leurs forces , viva Bella
, viva, a cara ! fic benedetta , &c. La
Symphonie eft compofée de plufieurs
Clavecins , Epinettes , Theorbes & Violons
, qui accompagnent les voix avec une
jufteffe merveilleufe.
Jufqu'à ces derniers temps il y a toujours
eu à Venife tous les ans pendant le
Carnaval , huit Theatres ouverts , fçavoir
, deux de Comediens & fix d'Opera.
Ces derniers doivent donner chacun
deux differentes Pieces avant la fin du
Carnaval.
Les deux Theatres deftinez à la Comedie
, font celui de S. Moïfe & celui
de S. Samuel . Le premier n'eft pas fort
grand , & ne contient que deux rangs de
Loges ; mais le fecond en a quatre , &
35. à chaque rang. Ces Theatres font
très bien decorez & peints par d'habiles
Maitres ; les Comediens qui les occupent
changent de Piece tous les jours.
Des autres Theatres qui fervent aux
reprefentations des Opera , celui de Saint
By Jean
146 MERCURE DE FRANCE .
Jean Chryfoftome eft , fans doute , le
plus frequenté , le plus grand & le plus
beau. Il fut conftruit en 1677. en moins
de quatre mois . Cinq rangs de Loges
occupent le pourtour de la Salle qui eft
ovale. Il y en a 35. de chaque côté . Les
parois font enrichis de fculptures dorées
en relief & bas- reliefs : on y voit
des vafes antiques , des mufles , des rofes
& fleurons , des feuillages , rinteaux,
coquillages , & autres ornemens très-bienentendus
, qui fe groupent avec des figures
grandes comme le naturel , de ronde
botle & pecules en marbre blanc , avec
des attributs qui les caracterifent
d'une maniere convenable au caractere
qui convient au lieu de la Scene , &
qui fervent comme de ceriftides , & de
termes de l'un & de l'autre fexe , adof
fées à des pilaftres , qui foutiennent l'entablement
des Loges qui font au - deffus ;
avec des groupes de genies & de petits
enfans , & c.
Le Plafond eft peint d'une feinte Architecture
, en forme de Gallerie , où
quelques Spectateurs font reprefentez .
Du côté du Theatre font les Armes de
Grimani , & au - deffus une gloire compofée
de quelques Divinitez fabuleuleufes
, avec quantité de Genies aîlez qui
Ce Theatre appartient à cette Famille.
qui
FEVRIER 1726. 247
qui foûtiennent des guirlandes .
Le Theatre a 13. toifes & demie de profondeur
, fur dix toifes deux pieds de
largeur. Il eft ouvert par un grand Portique
, prefque de la hauteur du Plafond
de la Salle , dans la largeur duquel
, qui forme le Profcenium , ou lieu
de la Scene , on a pratiqué de chaque
côté quatre Pales ou Loges dans la même
fimetrie , & qui répondent à celles
de la Salle , mais beaucoup plus decorées
& ornées. A la naiffance de l'Arcade
, qui eft reprefentée fur une toile,
deux Renommées paroiffent fufpenduës
en l'air , & au milieu Venus , qu'un petit
Amour careffe.
Environ uue heure avant la reprefentation
, on allume , vis- à - vis , une espece
de luftre à quatre branches , de plus de
douze pieds de hauteur , avec une couronne
au- deffus. Ce luftre eft garni de
flambeaux de poing de cire blanche , qui
éclairent toute la Salle , jufqu'au mo、
ment de l'ouverture du Theatre ; alors
la toile & le luftre difparoiffent , & reviennent
dans leur premier état dès que
la Piece eft finie , pour éclairer la Salle
tandis que les Spectateurs fortent .
グ
Le Theatre Luc , ou de S. Sauveur
après celui dont je viens de parler , eft
le plus grand & le plus beau ; il eft ex-
B vj trême
248 MERCURE DE FRANCE.
trêmement orné de peintures & de dorures
, & contient cinq rangs de Pales ,
35. à chaque côté .
Le Theatre de S. Jean & de S. Paul ,
eft encore un des plus beaux de Venife.
Il eft extrêmement profond , & contient
cinq rangs de Pales ; 31. à chaque rang.
Il eſt auffi orné de beaucoup de peintures
& de dorures .
Le Theatre de S. Angelo n'eft pas fi
grand que les autres , quoiqu'il foit auffi
orné. Il contient cinq rangs de Pales,
29. à chaque rang. Il est très heureufement
fitué fur le bord du grand Canal.
Le Theatre de S. Caffian eft de même ,
orné de peintures & de dorures . Il a cinq
rangs de Pales , & 31. à chaque rang.
à
Le Theatre de Canalreggio , ou du
Canal Royal , eft fort petit , mais fort
proprement decoré. Il eft ainfi nommé ,
contre la regle dont je vous ai parlé ,
-caufe qu'il eft fitué fur le Canal de ce
nom , qu eft le plus large après le grand
Canal. Il contient trois rangs de Pales,
23. à chaque rang. Ce Theatre fert auffi
fouvent aux Comedies qu'aux Opera.
J'ai oui dire qu'on a vû , il y a environ
45. ans , fur un Theatre à Veniſe ,
une décoration & des machines très-furprenantes.
Il y avoit fur la Scene diverfes
FEVRIER 1726. 249
fes pyramides & autres monumens confacrez
à la memoire d'un Heros : tout-àcoup
des Furies fortirent de l'Enfer , qui
renverferent tout ; de forte que le Theatre
n'offroit plus à la vûë qu'un amas
confus de débris & de ruines. Les Loges,
qui auparavant étoient ornées d'une Ar- .
chitecture agreable , changerent en mê
parurent en un auffi mauvais
état que le Theatre . Les Spectateurs
dans le Parterre étoient agitez ,
comme on le feroit dans un veritable
tremblement de terre. La premiere fois
on fut fi furpris & fi épouventé , qu'on
entendit des cris horribles . Tout s'executa
cependant avec tant d'intelligence ,
que perfonne ne fut incommodé.
me temps , &
On m'a encore affuré , que vers ce
temps -là , on joua à Parme un Opera ,
pendant la reprefentation duquel , le Parterre
, qui étoit chargé de plus de mille
perfonnes , ainfi que l'Orchestre , qui
étoit fur le devant du Theatre , furent
portez deffous , & tout cela fans que perfonne
reçût la moindre incommodité.
Tout le Parterre fut enfuite inondé d'environ
fept pieds d'eau , & fur cette eau
il fe fit un combat naval à la maniere des
Romains. Ce combat fini , les Combattans
fortirent de leurs Vaiffeaux , &
monterent par des efcaliers , qui parurent
250 MERCURE DE FRANCE.
-
rent tout d'un coup aux deux côtez du
Theatre , & firent un nouveau combat
fur terre en cadence : l'eau fortit du Parterre
, & tout fut remis en fon premier
état . On prétend qu'il n'y eut que 24.
Suiffes employez à cette Machine.
Les Opera d'Italie durent d'ordinaire
près de cinq heures . Ils font executez
par fept ou huit Chanteurs tout au plus :
& ces merveilleux Opera de Venife , de
Naples , de Rome , & c. dont vous entendez
tant parler , n'en ont gueres davantage.
Les Italiens font prefque tous Comediens
naturellement ; c'eft pour cette raifon
qu'ils réuffiffent fi parfaitement dans
leurs Pieces de Theatre. Ils font furtout
incomparables & inimitables dans cette
Mufique fcenique ; non feulement pour
le chant , mais encore pour l'expreffion
des paroles , des poftures & des geftes
des Perfonnages , où l'on remarque un
vrai & un naturel admirable.
Les cinq Tragedies Italiennes de M.
Gravina , ont été imprimées à Naples en
1714. dès que je les aurai , je vous les
` enverrai.
J'ofe vous dire , Monfieur , que vous
n'avez pas une idée jufte du Theatre Italien
; chez cette Nation les Perfonnages
font toûjours les mêmes ; le Dialogue
n'eft
FEVRIER 1726. -251-
n'eft prefque jamais ni préparé ni compofé
. Ils fe paffent de maurs , de caracteres
; & s'aflujettiffent peu à peu aux
regles du Foëme Dramatique. Ils fe contentent
de faire un plan pour la diftribution
des rôles , & , lors de la reprefentation
, chaque Acteur produit fur le
champ ce qui lui convient dire ; enforte
qu'à cet égard , les Comedies Italiennes
reffemblent parfaitement aux converfations
& aux entretiens ordinaires . La
vivacité de l'intrigue , les incidens & le
jeu du Theatre font le refte , & foutiennent
toute l'action ; ainfi le degré de perfection
de ces trois points fait celui de
la Comedie Italienne : ce qui montre
qu'elle n'eft comparable qu'avec elle- mê
me , & que fon genre eft fingulier , &
n'eft propre qu'à elle.
Les Italiens ont cependant des Pieces
ferieuſes , & même des Tragedies , dont
les rôles font appris par coeur ; mais ou
tre qu'elles leur paroiffent moins propres
, les Arlequinades qu'ils y mêlent
fouvent , défigurent ces fortes de reprefentations.
A la verité , ce n'eft peutêtre
pas tout- à- fait ,
, parce qu'ils crient
qu'ils paroiffent fe quereller , que l'excès
de la paffion s'exprime chez eux ,
plutôt par la petulence , que par le faififfement
, & que les emportemens font
9
pleins
252 MERCURE DE FRANCE
pleins de geftes un peu outre z.
, D'ailleurs on peut raifonnablement
croire , que la difficulté de bien entendre
la Poëfie Italienne , toûjours ampoulée
& pleine de metaphores , d'hyperboles &
de figures outrées , la longueur des defcriptions
, la tiedeur des moralitez , les
préparatifs des fituations , peuvent n'ê
tre pas moins contraires au fuccès de la
Tragedie Italienne.
›
Dans les Opera , quoique le recitatifait
toujours été peu goûte , on s'obſtine
cependant à le faire durer long - temps.
M. de S. Evremont nous affure que , felon
les Italiens mêmes dans les plus
beaux Opera , fans en excepter ceux du
fameux Luiggi , les beaux endroits étoient
impatiemment attendas , & venoient
trop rarement. M. de Freneuſe , dans
fon parallele de la Mufique Françoife &
Italienne , eft outré dans fes expreffions ,
dans le mal.qu'il dit des Opera d'Italie.
La langue coulante , badine & emmielée ,
dit- il , fuffit aux Muficiens pour le faire
admirer avec des talens mediocres.
,
Comme le goût & le talent des Italiens
eft de toûjours jouer , toûjours badiner
& que ce font des Muficiens
enyvrez de leurs fçavans agrémens , &
fouvent incapables d'arrêter leurs faillies
& leurs excès ; les endroits ferieux,
qui
FEVRIER 1726. 253
qui demandent de la gravité & de la fageffe
, font quelquefois hors de leur
portée. Ainfi les facrifices , les invocations
, les tombeaux , les fermens , & c.
font des chofes prefque inconnues chez
eux .
Selon ce que j'ai appris en ce Pays,
les Oratoires & les Cantates fpirituel
les , qui font fi en ufage par toute l'Italie
, doivent leur origine à S. Philippes
de Neri. Je fuis , & c .
A Madame la Marquife de S **
lui envoyant un Devidoir.
Hortenfe , Ortenfe , une quenoüille en main ,
en
D'un lin rude & groffier tiroit un fil trèsfin
:
Les Dieux admiroient fon adreffe ,
Et mainte folette Deeffe ,
Badinoit autour d'elle , & tournoit fon roüet
Tous avoient part à fon ouvrage ,
On vouloit le voir faire , on vouloit le voir
fait.
Minerve qui prefide aux travaux du menage
,
De
254 MERCURE DE FRANCE.
De la belle Ouvriere adoucifloit les doigts ;
Mais Hortenfe en fçavoit plus qu'elle.
Apollon qui prefcrit des regles à fa voix ,
( Comine on chante en filant) apprenoit à la
belle
Quelque chanfonnete nouvelle ,
Que le Roüet fuivoit en forme de Hautbois.
L'Amour étoit de fa partie ,
C'étoit lui qui moüilloit le lin ;
C'eft , comme on fçait , un petit Dieu malin ,
Qui fe gliffe toûjours en bonne compagnie.
Tout alloit bien : l'Amour moüilloit ,
L'adroite Hortenfe travailloit ,
Quand Momus qui n'aime qu'à rire ,
Se tourna vers Hercule , & feprit à lui dire ,
Qu'Hortenfe pour filer manquoit d'un devidoir
,
Et qu'il auroit bien du fçavoir ,
Comme ancien ami d'Omphale ,"
Que l'on devide après avoir filé.
A peine Momus eût parlé ,
Qu'avec une malice égale ,
Auxtraits de ce Bouffon tout le monde applaudit.
Le
FEVRIER 255 1726.
Le Heros en fut interdit ;
Mais reprenant bien- tôt un air de confiance ,
Je t'approuve ( dit- il ) tu te veux fignaler ;
Pour Omphale on ma vû filer ,
Je veux faire plus pour Hortenfe :
Je prens avec plaifir le foin ,
De conftruire aujourd'hui moi-même
L'inftrument dont elle a befoin :
Pour cet amuſement qu'elle aime:
A ces mots le Heros fait de fouples efforts
Il travaille , il ajuſte , & de diverſes pieces
"
Conftruit un devidoir dont les Dieux , les
Déeffes ,
Admirent la ftructure & les fecrets refforts .
Momus en le voyant dit en riant qu'Hercule
Venoit de fe montrer parfaitement Heros ,
Et que l'on ne pouvoit fans être ridicule ,
Ne pas mettre ce fait au rang de ſes travaux ;
Mais Jupiter témoin de la querelle ,
Dit d'un ton qui finit ce petit differend ;
Oüi da , Momus , Hortenfe nous apprend
Qu'on peut être Heros dans une Bagatelle.
.Par M. de Bazincourt.
156 MERCURE DE FRANCE.
akakakakakakak k
LETTRE du P. Caftel , à M. de la
R. fur l'Homme Marin.
MONSIEUR ,
Vous avez prévenu le gout de tous
les Lecteurs judicieux , lorfqu'à la Relation
de l'Homme Marin de Breft , vous
avez ajoûté celles de divers Hommes
femblables qu'on a vus en divers temps
dans d'autres mers. De pareils évenemens
font toujours incroyables , lorfqu'ils
font uniques ; & rien n'eft mieux , que
de multiplier les preuves en multipliant
les faits , parce qu'en même temps on en
multiplie les témoins comme cet article
de votre Journal a mérité l'attention
de bien des perfonnes intelligentes , qui
m'ont témoigné fouhaiter qu'on éclaircit
tout - à - fait , s'il étoit poffible, ce point intereffant
de l'hiftoire naturelle ; je crois
que yous ne fauriez mieux faire que de
groffir la lifte des Hommes Marins , en
ajoûtant à ceux dont vous avez parlé ,
tous ceux dont on trouve quelques monumens
dans l'Hiftoire ; mais comme la
belle varieté qui regne dans votre Journal
FEVRIER. 1726. 257
nal , ne vous permet pas de vous borner
à un objet peut -être ferez - vous bien
aife qu'on vous communique les connoiffances
qu'on peut avoir là - deſſus :
voici quelques traits que ma memoire
m'a fournis fur ce fujet , le premier mérite
d'autant plus d'être communiqué au
Public , qu'il eft approprié au principal
fujet de votre Relation : car c'eft encore
un Homme Marin vû en la rade de
Breft , de forte qu'on pourroit croire que
celui dont vous venez de parler eft un
de fes defcendants. C'eft Fournier , dans
fa celebre Hidrographie, liv. 19. ch. 39.
qui parle ainfi ;
»
Il y a quelques années que des pê-
» cheurs étant proche de Belle- ifle ,apper-
» çurent en mer un Homme Marin , &
>> reconnoiffant par fa pofture qu'il ne
» s'étonnoit pas d'eux , même qu'il prenoit
plaifir à les regarder & à fe laiffer voir,
» ne s'écartant point lorfqu'ils s'appro-
» choient, ils remarquerent à loifir ce qui
>> en paroiffoit. Il avoit une grande che-
>>
velure fort blanche qui lui flottoit fur
» les épaules , & la barbe qui lui deva-
» loit jufques à l'eftomac ; les bras paroiffoient
un peu plus petits qu'ils n'euf-
» fent dû être pour la proportion de fon
>> corps ; fes yeux étoient grands & fa-
» rouches , fa peau n'étoit ni blanche ni
noire
258 MERCURE DE FRANCE.
» noire , mais elle paroiffoit un peu rude;
» on ne pût remarquer de quelle figure
étoit la partie inferieure: car s'apperce-
» vant qu'il étoit pris dans les filets , &
» qu'on le vouloit enlever , en un mo-
» ment il rompit les filets , & renverſa le
» Vaiffeau. Il parut encore plufieurs fois
depuis , mais loin , vers des rochers , au
» Soleil, tenant toujours le train de derrie-
» re en mer , battant par fois des mains ,
& faifant de la bouche un bruit , com-
» me s'il eut voulu rire ; mais un jour
un Vaiffeau armé l'ayant apperçu &
ayant lâché fur lui un coup de canon ,
» il n'a depuis reparu , & c.
La feule circonftance peu croyable dans
ce récit , eft le renversement d'un Vaiffeau
par cet Homme Marin , mais apparemment
ce Vaifleau n'étoit qu'un Ba .
teau de pêcheurs , puifqu'en effet le P.
Fournier ajoûte un peu plus bas , que ce
fait n'a été obfervé que par des pêcheurs.
A ce fait , le même Auteur en ajoûte un
autre plus circonftancié , qu'il tire de
l'Hiftoire de fa compagnie . Voici ce qu'il
en dit.
رود
» L'an 1564. le P. Henry Henriquez,
étant en l'Ile de Manar , diftante de
» 200. lieues de Goa , fut appellé par des
pêcheurs qui lui montrerent fept tri-
> tons & neuf firenes qu'ils avoient pris
en
FEVRIER 1726. 259
>> en leurs filets. Un habile Medecin qui
» fit la Differtation d'un triton & d'une
» firene , dit qu'ils avoient la tête ronde,
qui leur fortoit des épaules fans aucun
» col , que leurs oreilles étoient de carti-
»> lage , bien arrondies , couvertes de chair,
» & entierement femblables aux nôtres,
tant exterieurement qu'interieurement,
auffi bien que leurs yeux & leurs four-
» cils. Le nez étoit un peu difforme &
plat , les levres toutes femblables aux
» nôtres , qui couvroient des dents fort
blanches , plattes , & non en fie , comme
font celles des poiffons. L'eftomac
» étoit un peu large , mais fort blanc,
Ils avoient le fein auffi- bien arron-
>> di qu'aucune Vierge puiffe l'avoir
» l'ayant preffé , il en fortit quantité
de lait extrêmement blanc ; leurs
» bras étoient plats , propres à nager ,
» longs de deux coudées , fans aucun cou-
#de mains ni doigts , ils avoient
»du poil fous les bras & aux autres lieux
» où nous en avons , l'un & l'autre
>>> fexe fe retrouvoit en ces Tritons &
, ,
Sirenes , ne differant en rien ni exte-
>> rieurement ni interieurement de celui
» de l'homme & de la femme : la par
» tie d'en-bas fe terminoit en poiffon .
Fournier ajoûte , qu'il s'en trouve
» auffi quantité au Brefil , les Sauvages
30
les
260 MERCURE DE FRANCE
» les nomment Ypupiapra , & en ont fi
» grande horreur , que fouvent ils en
> meurent de peur; leur vifage eft bien fait ,
» excepté qu'ils ont les yeux plus enfon-
» cez dans la tête que nous ne les avons,
» les femelles ont les cheveux longs , &
» le vifage beau . On en trouve fouvent
» à l'embouchure des rivieres , particu
» lierement au deffous deJagoaripe, ſept
» ou huit lieues au deffous de la Baye
» de tous les Saints ; comme auffi près de
» Portofeguro, où on dit qu'ils ont tue plu-
>> fieurs Sauvages , les embraffant de trop
» d'affection , & même qu'on entendoit
» pouffer des foupirs après qu'ils les
>> avoient tuez. On a remarqué encore
» dans des rivieres , une autre forte de
» Tritons nommeź Baepapina , de la
grandeur d'un enfant , qui ne font au-
» cun mal.
"
Ce que Fournier ajoûte de l'idée qu'on
a en Espagne , que la famille des Marins
qui eft en Galice , vient d'un Triton
qui eut compagnie d'une jeune fille de ces
quartiers-là , & fur tout la prodigieufe
Hiftoire d'un homme de mer habillé en
Evêque , me paroît une addition faite à
l'Hiftoire car comme il y a toujours un
fond de verité dans la fable , tel eft le
genie de l'homme qu'il faut qu'il y ait
toujours un vernis de fable répandu fur
Outre P'Hiftoire.
FEVRIER 1726. 2611
Outre ces traits je me fouviens d'avoir
lû quelque part que c'eft une chofe
verifiée , que dans l'Ile de Borneo
il y a de petits hommes brutes qui vivent
dans les Forêts , qu'on n'a jamais
pû faire parler , ni manger , ni les apprivoifer
en aucune façon , & qui , du
refte , paroiffoient aimer les hommes &
fur tout les femmes . S. Jerôme qui n'étoit
point un efprit foible , affure auffi
que S. Antoine avoit vû des Satyres dans
fes déferts ; bien d'autres Auteurs affurent
la même chofe , & je ne vois pas
que tout cela foit impoffible ; le finge a
affez de reffemblance avec l'homme ; on
ne peut pas même douter qu'il n'y en
ait qui lui reffemblent encore de plus
près que nos finges ordinaires ; & après
tout , il n'eft queftion que d'une petite´
conformation exterieure ; car tout l'interieur
des animaux qui eft bien le plus
confiderable , eft fort reflemblant au nôtre
; l'exterieur même ne differe du nôtre
que par quelques traits fort fuperficiels
; l'animal a une tête , un col , des
yeux , des oreilles , une bouche , des
dents ; il a prefque tout ce que nous
avons , & l'action en eft à peu près la
même ; ce n'eſt pas après cela la figure
ni interieure ni exterieure qui nous caracerife
, c'eft l'efprit : or cet efprit eſt
C une
262 MERCURE DE FRANCE .
une fubftance parfaitement differente de
cette figure & de ce corps figuré. Dieu
a pû les unir pour nous faire ce que nous
fommes , il a pû les féparer , & encore
plus , ne pas les unir. Toute la queſtion
eft de verifier les faits qu'on cite là -deffus
, & de fçavoir fi en effet Dieu a fait,
comme il eft certain qu'il a pû faire des
hommes , qui n'euffent de l'homme que
l'exterieur , & qui par confequent ne
fuffent pas plus enfans d'Adam , que le
font les finges , ou tout autre animal brute
car du refte il n'y a que les perfonnes
qui ont l'eſprit auffi mal fait que le
coeur , qui puiffent trouver en ceci un fujet
de fcandale contre la Providence , oy
contre la fpiritualité de nos ames.
Pour ce qui eft de la grande queftion
qu'on a agitée à cette occafion , fi les
hommes peuvent vivre dans l'eau , il
faut n'être point du tout Phyficien pour
en douter. L Hiftoire du celebre plongeur
Pefce-cola qui vivoit tout auffi-bien dans
l'eau que dans l'air , celle de bien d'autres
non moins celebres , celles des Indiens
qui pêchent les perles , font bien
voir que tout dépend de l'habitude . Combien
d'animaux amphibies ne voit on pas
qui vivent dans l'eau & dans l'air tourà
tour. Les poiffons mêmes ne font pas
toujours dans l'eau , & il paroît qu'il
Y
FEVRIER 1726. 263
y avoit aufli
peu à faire pour nous rendre
habitans des eaux , que pour rendre les
poiffons habitans des terres ; les plantes
mêmes peuvent vivre & vegeter dans les
eaux & dans les mers. Ainfi , comme j'ai
dit , il n'eft queftion dans tout ceci , que
de verifier les faits , qui quoique poffibles
& vrai -femblables
, peuvent abfolument
être faux. Mon but n'eft ici que
d'engager ceux qui auroient quelque con- noiffance fur cette matiere à la communiquer
au Public par votre moyen,
afin qu'une bonne fois on ait affez de
Phenomenes
, pour prendre tout- à -fait
fon parti fur le fyftême general qui commence
à être un peu plus que vrai-femblable,
au moins pour moi : car fi j'avois un
peu plus de memoire , ou un peu plus
de temps pour relire mes papiers , il
me femble que je pourrois citer là - deffus
bien d'autres faits auffi averez pour
le moins que ceux ci . Je fuis avec beau
coup d'eftime , & c.
A Paris, ce 15. Novembre
17259
Cij
La
264 MERCURE DE FRANCE,
LA SEIN E.
CANTATE;
A l'occafion du Mariage du Roy.
Sur
un Trône élevé par les Nymphes des
eaux ,
Formé de joncs naiffans , ombragé de ros
feaux ,
La Seine paroiffoit des Amours adorée ,
De Nayades , de Ris , & de Jeux entourée.
Panchant fon urne , elle tient ce difcours
A l'Onde qu'elle verfe, en lui traçant ſon
cours.
Une adorable & fage Reine ,
Tendre Epouſe d'un tendre Epoux ,
Regne fur moi comme fur vous :
Celebrons nôtre Souveraine.
Faifons nôtre plus doux bonheur ,
D'être foumis à fon Empire ;
Et que la France qui l'admire ,
Pourl'aimer n'ait qu'un même coeur.
Une
FEVRIER 1726. 265
L
Une adorable & ſage Reine ,
Tendre Epoufe d'un tendre Epoux,
Regne fur moi comme fur vous ;
Celebrons nôtre Souveraine,
Les Ris , les Jeux & les Amours ,
Vont ramener les plus beaux jours.
L'Hymen a rappellé les Graces fugitives ;
Venez , chers habitans , de mes heureufes ri
yes ;
Sur les fons les plus touchans ,
Faites entendre ces chants
A mes ondes attentives.
Que le Trône a de fplendeur ,
Quand la vertu l'environne !
LOUIS , quel eft ton bonheur ?
Dieu même eft ton bienfaicteur
Voi quelle Epoufe il te donne ;
Son ame a plus de candeur
Que le lys qui la couronne ;
Regnez & vivez tous deux
Rendez vos Sujets heureux !
C iij
A
266 MERCURE DE FRANCE .
A ces mots , prête à rendre hommage
Atant de vertus à la fois,
La Seine par ce doux langage ,
Afes flots empreffez fait entendre fes loix.
Allez offrir mon diadême ,
A celle qui regne fur nous:
Par le murmure le plus doux ,
Dites- lui cent fois que je l'aime ,
Autant qu'elle aime ſon Epoux.
Apprenez à toute la terre ,
Quel eft le bonheur des François ;
Ils vivent fous de douces loix ;
Et la Paix fuccede à la Guerre ,
Sous le plus aimable des Rois.
Allez offrir mon diadême
A celle qui regne fur nous :
Par le murmure le plus doux ;
Dites-lui cent fois que je l'aime
Autant qu'elle aime fon Epoux .
LES
JANVIER 1716. 267
LES HIRON,DELLES.
ON
Fable allegorique.
On voit avec les fleurs nouvelles ,
Reparoître les Hirondelles ;
Elles voltigent dans nos champs ,
Avec Zephire & le Printemps ,
Dans la faifon où l'on moiffonne ,
Et dans celle où Baccus nous donne
Ce Nectar fi cher & fi doux ,
Elles demeurent parmi nous ;
Mais auffi -tôt que la froidure
Vient faire expirer la nature ,
Et qu'aux plus riantes faiſons ,
Succede celle des glaçons ;
On les voit ces oifeaux volages ,
Regagner les heureux rivages ,
Où le Soleil pouffant fon cours ,
Fait alors regner les beaux jours.
Ainfi quand l'homme & la finance
Sont en parfaite intelligence ,
C iiij
A
68 MERCURE DE FRANCE .
A fes voeux chacun eft foumis ;
Mais fi par malheur la Fortune ,
Change ( chofe , helas ! trop commune )
Tout le fuit ; il n'a plus d'amis.
******************
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France , au fujet de l'Epitaphe
de Poiffy.
L
E Curieux , Meffieurs , qui a demandé
aux Sçavans l'explication de
1'Epitaphe de Poilly , s'eft plant dans
votre Journal du mois de Novembre
1725. de ce que ceux qui l'ont expli--
quée dans le Mercure du mois d'Aouſt,
n'en ont point levé l'obfcurité , ni n'ont
point marqué la fignification du mot reliquo
, n'approuvant pas apparemment
celle que l'un d'eux en a donnée , il
voudroit qu'en fa faveur , ils fuffent defcendus
jufqu'en Sixième , jufqu'à lui
faire regulierement les parties du thême
des deux premiers Vers , qui eft ce qui
l'arrête le plus ; & c'eft là auffi à quoi
un ami m'a condamné , perfuadé qu'il
eft , que ces Meffieurs ne voudront pas
fe rabaiffer jufqu'à ce point.
Pour mieux réüffir , j'ai d'abord cherché
FEVRIER 1726. 269
ché la quatriéme Carte genealogique de
la Maifon de France , où le P. Labbe
a mis l'explication de cette Epitaphe , il
y a près de 80. ans , felon qu'il l'affu
re dans fes Tableaux genealogiques , page
54. ne pouvant fur telle matiere recommencer
ma Sixième fous un plus excellent
Regent ; mais cette Carte ne fe
trouve pas dans la Bibliotheque même
du College de Clermont où il eft mort,
ainfi je fuis forcé de faire fans aucun
guide les parties de l'Epitaphe en queftion
& la voici encore une fois.
>
Buftorum comitum cujufdam nomen avitum
Gratia dat reliquo. Blanca nati & Ludo
vico
Regibus hi nati , ne non Reges habeantur
Vita morte dat calefti fede locantur.
Il eft clair que toute la difficulté de
cette Epitaphe ne confifte que dans les
deux premiers mots , qui forment une
équivoque affectée , & dont par confequent
on ne déterminera jamais avec une
entiere certitude le fens de l'Auteur , qui
eft mort il y a près de 500. ans.Mais il fuffira
de trouver le fens le plus naturel ,
Les Sainte- Marthe , dans leur Hiſtoire,
Edition de 1628. en ont donné le premier
Vers changé de cette maniere , qui
Cy en
270 MERCURE DE FRANCE.
en ôte tout l'embaras . Buftum horum
comitum , cuftodit nomen avitum. Mais
fans doute que cette alteration ne vient
pas d'eux puifque dans l'Edition de
1647. ils ont rétabli ce Vers comme il
doit être , & elle prouve feulement
qu'il y a des Copiftes , qui font quelquefois
dire aux Originaux ce qui leur
plaît. Les Interpretes modernes de l'Epitaphe
ont fort bien vû que le mot comitum
y fignifioit des Compagnons , &
non pas des Comtes , comme l'ont crû
les Sainte- Marthe , qui par cette raifon
ont écrit ce mot de Buftorum pour le gepitif
plurier de Buftum , & c'eft furquoi
je differerois d'avec eux , puifqu'il n'y a
à Foiffy qu'une Epitaphe ( ce qui n'y
fait fuppofer auffi qu'un Sepulchre ) &
qu'il eft très -probable , comme on le
prétendoit du temps de Sainte- Marthe ,
que les deux Princes dont il s'agit étoient
jumeaux ; enforte qu'étant nez , baptifez
, & morts en même temps , ils au
roient auffi eu la même fepulture. Ainfi
dans cette fuppofition , je m'imagine que
l'Auteur de l'Epitaphe , qui cherchoit
à la rendre enigmatique , a été bien aife
par le moyen d'une élifion très- cachée de
ne faire qu'un mot de deux mots , & que
buftorum eft au lieu de bufti horum. Or
cela étant , le fens de l'Epitaphe ſe déve-
Jopera
FEVRIER 1726. 271
lopera de lui- même pour le refte , & en
voici la traduction .
Le nom d'un de ces Compagnons étoit
celui de fon ayeul. ( a ) La Grace donna
à l'autre le nom. ( b ) Leurs pere & mere
furent , Louis ( c ) & Blanche. ( d )
mais de peur qu'ils ne fuffent pas des
Rois ( ici-bas quoique nez de Rois
parce qu'ils avoient des freres ainez , à
qui la Couronne appartenoit par préferenrence
à eux , la mort les a fait paffer
tout d'un coup dans le Ciel , où ils re
gnent avec Jeſus- Christ . On peut encore
dire , & ce qui revient au même , étant
nez de Rois , afin qu'ils fuffent auffi des
Rois , ce qu'ils n'auroient pas été dans ce
monde , & c .
Il n'y a pas , à mon avis , d'autre myftere
dans cette Epitaphe
, & il ne me
refte plus qu'à ranger les mots du Texte
latin felon la conftruction
la plus naturelle
.
Nomen cujufdam i. e. unius . Horum
Comitum bufti eft avitum. feu eft nomen
avi ejus. Sc. Philippi II. Gratia.
›
(a ) Le Roy Philippe II. furnommé Augufte.
(b) De Jean , qui dans la Langue Hebrai
que d'où il est tiré , fignifie GRACIEUX.
(c ) Louis VIII.
( d) De Caftilles
C vi der
272 MERCURE DE FRANCE
quo
dat nomen Johannis i . e. gratiofi . Reli
i. e . alteri. nati funt ex Ludovico
VIII . & Blancha . ne hi nati ex Regibus
non habeantur reges , dati funt vita æternæ
morte ac locantur in fede calefti , les
particules ne non fe mettant fouvent pour
ut, on peut encore dire , ut hi nati ex regibus
habeantur reges , & c'est ce qui fait
le fecond fens qui revient au premier.
Il faut pourtant obferver encore , que,
felon ma traduction , l'un des Commentateurs
de l'Epitaphe s'eft trompé , en
croyant qu'il s'y agit de Philippe , fils
aîné de Louis VIII . mort en 12 18. âgé
de 9. ans , & inhumé à Nôtre- Dame de
Paris , dont il fuppofe que le coeur &
les entrailles auroient été portées à Poif
fy: car fi ce Prince avoit vêcu , il auroit
regné , & ainfi il n'auroit pas été
neceffaire qu'il mourût pour devenir Roi.
Le P. Labbe s'eft pareillement mépris , en
voulant dans fes Tableaux genealogiques,
que le Jean de l'Epitaphe foit celui qui
fut accordé à 8. ans à la fille du Duc de
Bretagne en 1227. parce qu'ainfi que je
l'ai marqué , l'Epitaphe ne convient bien
qu'à deux Princes , qui étant morts en
même temps , auront auffi eu un même
tombeau : & comme ceux - là auront porté
des noms qui leur font communs avec
leurs freres , & que ce n'eft point l'ufage
FEVRIER 1926. 273
ge des Souverains de donner le même
nom à plufieurs de leurs fils actuellement
vivans ; il eft par là plus que probable,
que les deux freres du tombeau de Poilly
étoient nez & morts entre le décès du
premier Philippe furvenu en 1218. &
la naiffance du fecond Jean arrivée vers
l'an 12 20. Il eft vrai neanmoins qu'on
pourra m'objecter l'exemple de nôtre
jeune Monarque Louis XV. qui étant
baptifé avec le Dauphin fon frere , fut
appellé Louis comme lui , mais ce fut à
caufe que le Dauphin , qui mourut quelques
jours après , étoit déja malade , &
qu'on vouloit que le fucceffeur de Louis
le Grand eût auffi fon nom , ce qui n'au
roit pas ici d'application . Il y auroit encore
une autre objection à faire contre ce
fentiment , qui eft que l'Epitaphe donne
à entendre , que Louis VIII. regnoit déja
, & que Philippe Augufte fon pere
ne mourut qu'en 1223. ce qui feroit
conclure , que les Princes dont elle parle
ne feroient morts que depuis. A cela
je répons , que Loüis avoit été couronné
Roi d'Angleterre à Londres dès 1216.
étant au droit de Blanche fa femme , &
que quoiqu'il n'eut pû conferver cette
Couronne , il devoit pourtant avoir toûjours
confervé le titre de Roi , qui ne
s'efface jamais fur la tête d'un Prince qui
Pa
174 MERCURE DE FRANCE:
l'a une fois reçûë , & de plus pour la
verité de cette opinion , il fuffit que les
Ancêtres des Princes de l'Epitaphe fuffent
des Rois , & que leur pere dût regner
après leur ayeul .
Après avoir fatisfait de mon mieux à
la demande du Curieux d'Evreux fur
l'Epitaphe de Poiffy , puifque j'en ai
l'occafion , je fuis bien aife de l'obliger
par un endroit plus fenfible , qui- regarde
en particulier l'Hiftoire de fon pays ;
mais comme ma lettre eft déja fort longue
, ce fera , Meffieurs , au premier
jour. Je fuis toûjours très - parfaitement
vôtre , &c.
Ce 15. Decembre 1725.
1
LE CYGNE ET LE PINÇON.
FABLE
PArmi les animaux , il eſt des envieux
Comme il en eft parmi les hommes ;
Ma Fable va prouver qu'ils font tels que nous
fommes .
Par
FEVRIER 1726. 275
Par fes Concerts harmonieux ,
Un Cigne , habitant de la Seine ,
Attiroit nouvelle Syrenne ;
!
Non plus Uliffe & fes Vaiffeaux ,
Mais des Bergers & des oyfeaux ,
Dont la gloire fur le rivage
Venoit faire un trifte nauffrage.
Les Bergers dépitez brifoient leurs chalu
meaux ,
Et-les oyfeaux confus abjuroient leur ramage
Un feul Pinçon bouffi de vanité ,
Lui veut difputer la Victoire ,
Et croit qu'il trahiroit fa gloire,
S'il cedoit à la verité.
Comment s'y prendre ? il reve , il s'alambi
que , il creufe
Son petit cerveau de pinçon
Il a reçu du Ciel une memoire heureuſe :
De la Chanfon duCygne il retient chaque fon
Prêt au combat, foin qu'il recule ,
Je n'ai , dit-il , qu'à repeter .
Ce qu'on vient d'entendre chanter ,
Pour en montrer le ridicule.
176 MERCURE DE FRANCE:
On dit vrai quelquefois , & plus qu'on n'a
penſé :
Car à peine a t- il commencé ,
Que l'impatience du Cygne
Ne pouvant fouffrir cet affront ,
Au premier enroûment l'arrête & l'interrompt.
Tai toi , dit- il , rival indigne ,
Tu crois qu'on va s'extafier ,
Du plaifir qu'on a de t'entendre ;
Mais avec ma Chanfon que tu prétends nous
rendre ,
Il falloit avoir mon gofier.
Tels , pour tout fubjuguer , orgueilleux plagiaires
,
Vous rangez en bataille , Auteurs Grecs &
Latins ,
Comme troupes auxiliaires ;
Vos richeffes font des larcins.
Mais en vain on yous voit enfanter maints
volumes
A la faveur de leurs écrits ;
Les meilleurs perdent tout leur prix
Si-tôt qu'ils paffent par vos plumes.
DEMONS}
277
FEVRIER
1926
.
Clavecin Les
DEMONSTRATION Geometrique du
pour yeux & pour tous
les fens , avec l'éclairciſſement de quel
ques difficultez, & deux nouvelles
Obfervations , par le R. P. Caftel , Je
fuite.
Difoit qu'on prit l'état de la quef
Ans mon premier écrit , il me fuftion
, & qu'on entrevit la poffibilité du
Clavecin oculaire : il s'agit maintenant
de fixer un peu ces premieres idées par
le fecours de la Geometrie. Je tâcherai
cependant encore d'en dire affez pour me
rendre intelligible , au moins à ceux qui
font capables de lire deux fois ce qu'ils
n'auront pas entendu la premiere. Au
refte , pour ne pas revenir précisément
fur le même fujet , j'étendrai ma Démonſtration
jufqu'à tous les autres fens,
dont bien des gens n'ont pas laiffé d'entretenir
l'analogie avec les yeux & avec
les oreilles car une découverte un peu
feconde , doit aller toujours en avant ,
jufqu'à nouvel ordre.
Ie Propofition. Les fons excitent uniquement
des vibrations ou des ondulations
dans l'oreille , & ce n'eft que par
ces
178 MERCURE DE FRANCÉ .
ces vibrations ou ces ondulations , qu'ils
frapent l'ame agréablement ou défagréa
blement.
11. Prop. On peut en même temps
entendre diſtinctement plufieurs fons differents.
C'est l'experience . Scholie. On
pourroit croire que deux ou plufieurs
fons qu'on entend en même temps , forment
dans l'oreille & dans l'ame , une
impreffion qui n'eft aucune de celles que
ces fons exciteroient chacun à part ; mais
une impreffion compofée des deux , quoi
que fimple en elle - même , comme le
mouvement qui refulte de deux mouvemens
eft auffi fimple que celui qui refulteroit
d'un mouvement mitoyen : mais
fi cela étoit , on n'entendroit effectivement
qu'un fon fimple , qui ne feroit
aucun des deux dont il refulteroit , au
lieu qu'on diftingue fort bien les deux,
trois & quatre fons qu'on entend en mê
me temps , ce qui nnee peut venir que de
ce que chacun de ces fons fait fur l'oreille
& fur l'aine , la même impreffion
s'il étoit feul. Je ne dis pas comment
cela s'execute ; je ne parle que du fait.
Du refte ce fait n'a rien d'extraordinaire
, puifque nous voyons tous les jours ,
que deux ou trois pierres qu'on jette dans
l'eau y caufent chacune des ondulations
& des vibrations fort diftinctes.
que
III.
FEVRIER 1726 . 279
III. Propof. Ces fons ou leurs vibrations
ne peuvent plaire à l'ame ou lui déplaire
, que par leur commenfurabilité oư
leur incommenfurabilité. En faveur de
ceux qui ne font pas Geometres , je vais
prendre un petit détour qui ne fera pas
peut-être inutile aux Geometres mêmes,
pour l'intelligence de cette Propofition
qui n'a pas , que je fçache , encore été
démontrée .
IV. Propof. L'affemblage de plufieurs
fons & de leurs vibrations dans l'oreil
le, ne peut plaire à l'ame , qu'autant
qu'elles fubfiftent féparément , fans fe
troubler les unes & les autres.
V. Prof. Chaque fon divife la mem→
brane auditive en un certain nombre dé
terminé de petites parties égales , qui
font chacune en même temps un certain
nombre de vibrations.
Démonftration. Car l'organe ne tremble
pas tout d'une piece , mais par par
ties fort petites , qui font comme dé
tachées les unes des autres par autant
de petits chevalets qui leur fervent de
points fixes.
VI . Propof. Deux ou plufieurs fons
s'accordent agreablement dans l'oreille ,
lorfqu'elle peut fe divifer & fe fous- divifer
en un nombre de parties égales ,
lequel nombre foit multiple, c'est- à- dire,
dous
80 MERCURE DE FRANCE
double , triple quintuple , millecuple,
& c. des differens nombres qui expriment
chacun de ces fons.
>
Démonftration. J'entends , par exemple,
la quinte ut fol , rendue par deux cordes,
dont l'une eft les deux tiers de l'autre ;
fi l'oreille ne pouvoit fe divifer qu'en z .
en 4. en 8. en 10. en 20. en 100. en
1000. &c. parties , óu fi elle ne pouvoiť
fe divifer qu'en 3. en 9. en 15. en 27.
&c. parties. Dans le premier cas je ne
pourrois entendre que le fol , & dans le
fecond , l'ut , & dans aucun , je ne
pourrois entendre les deux enfemble.
Mais fil'oreille peut fe divifer en 6. qui
eft en même tems double de trois & triple
de deux ; en 18. qui eft fextuple de
trois & nonculpe de deux , & de même
en 300. en 900. en 3000. &c. alors if
n'y a plus de difficulté ; car la membrane
de l'oreille fe partageant en trois
vibrations ou ondulations pour l'ut , cha
cune de ces ondulations peut fe partager
en deux pour le fol.
Scholie. Les Geometres peuvent re
marquer que la multiplication étant réciproque
à la divifion , l'idée d'un mul
tiple commun que j'employe ici , revient
leur idée de la mesure commune qu'ils
employent dans la doctrine des incommenfurables,
toutce qui n'a point de multiple
FEVRIER 1726. 281
7
ple commun , ne pouvant avoir de mefure
commune , & réciproquement , & c.
VII. Propof. Tout ce qui eft en proportion
numerique, eft en proportion harmonique.
Démonftration. Par exemple , 3. & 40.
font en proportion harmonique : car tous
ces nombres 40. 20. 10. 5. font en proportion
donnée de l'octave , & ceux - ci
alli auffi 3. 6. 12. & c. or 5. eft à 6. en proportion
harmonique de la tierce mineure,
& 3. à 5. en proportion de la fixte ma
jeure , donc , &c.
Scholie. Je ne m'arrête pas à une pe
tite Objection que pourroient faire des
perfonnes un peu profondes dans ces
fpeculations harmoniques , cela me meneroit
trop loin , & il faut garder quelque
chofe pour une autre fois . Je me contenterai
de remarquer , que c'eft manque
d'intelligence qu'on regarde la proportion
harmonique comme un grand
myftere ; car voilà que de toutes les proportions
, c'eft la plus fimple & la plus
naturelle. C'eft la proportion Aritmetique
qui refulte de la fimple proportion
d'égalité , par la fimple addition ; & c'eſt
là un point fur lequel les modernes ont
furement encheri fur les anciens , chez
qui la proportion harmonique étoit effec
tivement un myftere . Quoiqu'il en soit,
voilà
282 MERCURE DE FRANCE.
voilà mes préliminaires d'acouſtique , venons
à l'Optique ou en general à tous
les fens. Ce feroit bien une merveille >
que la nature fuivit à leur égard une
proportion plus recherchée & moins naturelle
qu'à l'égard de l'oreille.
VIII. Propof. Dans quelque partie du
corps que l'ame fente des vibrations moderées
, & commenfurables , c'est- à - di- ,
re , dont le rapport foit numerique , elle
doit en avoir du plaifir , & au contrai
re , & c.
Demonftration. Toutes les parties du
corps font fufceptibles de plaifirs ; c'eſt
un fait. Or ce n'eft pas parce que l'oreille
eft l'oreille , que des vibrations commenfurables
lui plaifent , mais parce qu'elles
font commenfurables , & que l'ame
peut diftinguer fes objets & en connoître
ou fentir le rapport.
Scholie. La raifon ulterieure , eft que
tout mouvement moderé qui ne va point
à la deftruction du corps , mais à l'animer
un peu , à réveiller un peu les efprits
, à rarefier un peu le fang , à for
tifier un peu le mouvement tonique , &
qui eft d'ailleurs régulier , & en quelque
forte intelligible , diftinct , cadencé , periodique
& toujours agréable. Le mouvement
de vibration fur tout , outre que
c'est notre mouvement tonique & celui
L
de
FEVRIER 1726. 28g
de tous nos organes , de toutes nos parties.
folides , nous balance &fnous berce d'une
maniere que nous goûtons toujours ,
parce qu'il nous tient dans un jufte milieu
, & ne nous emporte pas hors de
nous-mêmes. Je ramene autant que je
puis mes idées à celles de la Phyfique la
plus connue , afin d'être entendu.
IX. Propof. Dans toutes les membranes
de notre corps , les objets exterieurs
ne peuvent en effet exciter que
des vibrations ou ondulations régulieres
ou irrégulieres .
Démonftration. Car à moins qu'on ne
recoure à des qualitez occultes & incorporelles
, on ne peut admettre que
de l'impulfion de la part des objets corporels
, & des ébranlemens , des fecouffes
, des tremouffemens , des vibrations ;
en un mot , dans les membranes , dans
les nerfs , ou dans les efprits qui y font
contenus ; en un mot , dans des organes
corporels.
Scholie . Peu de gens penetrent le fens
profond des idées qui leur font le plus
familieres , & tous ceux qui ne penfent
qu'après avoir parlé ne s'en vantent pas,
Tout le monde a voulu dire fon mot
fur le Clavecin oculaire : auffi l'avois - je
propofé en ftile intelligible . Une chofe
m'a furpris de la part de quelques Phi
lofo
284 MERCURE DE FRANCE.
•
lofophes & Philofophes Cartefiens ; il y
a bien de la difference , ont- ils dit , entre
l'oreille & les autres fens . Quelle
difference ? le fon fait impreffion fur l'oreille
par des vibrations , mais l'impreffion
des autres fens confifte dans un je
ne fçai quel mouvement ; & c. S'ils ne
le fçavent pas , qu'ils me permettent de
les leur définir en fuivant leurs propres
principes ; car je n'ai jamais aimé les je
ne fçai quoi dans la Philofophie , c'eft
donc en leur faveur que j'ajoute la propofition
fuivante , qui explique la précedente.
i
X. Propof. Chaque objet de nos fens
y excite une même maniere de vibrations ,
c'eft- à-dire les divife en très petites parties
égales , qui font leurs vibrations en
même temps , autour de leurs points extrêmes
, comme autour d'autant de petits
chevalets , abfolument de même que l'oreille
eft divifée par le fon.
Démonftration. 10. De la part des
membranes , la diverfité ne fait rien , futelle
encore plus grande car foit qu'on
frape une corde de fil , de foye , de boyau,
de fer , d'acier , de cuivre, d'or , d'argent,
foit qu'on frape un verre , un morceau
de bois , une pierre , une cloche , un
chaudron , une tymbale ; foit qu'on ſoufle
dans une flute, dans une trompette , dans
FEVRIER 1725. 285
unchalumeau , &c. Toujours il s'excite
dans tous ces divers corps une même
maniere de vibrations , toute la difference
n'étant jamais que du grave à l'aigu ,
du plus au moins ; encore même peuton
mettre tous ces corps , fils , ou membranes
à l'uniffon .
2º. De la part des objets qui frapent
nos divers fens , il ne peut non plus réfulter
aucune diverfité effentielle dans
les vibrations : car c'est toujours un amas
de petites parties globuleufes , rameufes,
ou autres qui frapent en même temps la
membrane de l'oreille , de l'oeil,ou de toute
autre ; & des baguetes de bois ne caufent
pas une autre maniere de vibrations dans
un tambour qu'un archet de crin n'en
caufe fur la corde d'un violon .
3º . La maniere de frapper non plus,
Car il eft démontré en Mathématique ,
que foit qu'un corps tombe obliquement
ou perpendiculairement fur un autre ,
l'impreffion eft toujours reçue perpendiculairement
; & qu'elqu'autre diverfité
qu'on y imagine , foit que l'organe foit
tiré , pincé , piqué , chatouillé , careflé,
racle , il n'eft geometriquement que
pouffé fimplement , la diverfité de nos
termes n'influant que dans nos jugemens
, & nullement dans le procedé de
La nature . Je parle toujours d'après l'ex-
D perien
286 MERCURE DE FRANCE.
perience. Qu'on pince une corde , qu'on
fa frappe , qu'on la racle , qu'on la morde
, le je ne fçais quoi n'a point de lieu,
ce font toujours foncierement des vibrations
& une même maniere de vibrations
qu'on y excite . Je crois cela affez
démontré. Nous voici donc arrivez.
XI. Propof principale. Donc le plaifir
& le déplaifir de tous nos fens confifte
dans la même espece de vibrations ,
c'eft- à-dire , dans des vibrations & proportion
harmonique .
Démonftr. Des vibrations incommenfurables
déplairoient or dès que les
vibrations font commenfurables , elles
font en proportion harmonique. Donc
ce qu'il falloit démontrer.
Scholie. Dès que la rétine , ou tout
autre membrane de la vifion ou de tout
autre fens fe partage en parties égales
pour faire fes vibrations , ce qui eft la
divifion la plus fimple & la plus natu
relle , ou même l'unique naturelle , dèslors
il est démontré que fes vibrations
font en proportion harmonique , tant
on s'éloigne du but lorfqu'on veut rafiner.
On croit qu'il faudroit beaucoup
de façon pour introduire la proportion
harmonique dans les couleurs
& voilà qu'elle y eft , & qu'il ne peut
pas y en avoir mêine d'autre ; fans elle
rien
FEVRIER 1728. 287
rien ne pourroit nous plaire , & tout
nous feroit très- défagréable , autant qu'une
mufique toute diffonante. C'eft - là
je crois , tout ce qu'on peut exiger de
moi pour la démonſtration de mon nouveau
Clavecin ; mais je ne m'en contenterai
pas , & de nouvelles idées ont droit
d'en amener de nouvelles , comme une
récolte fert de femence à une nouvelle
récolte : car il y a plufieurs choſes , mais
il n'y a qu'un fyftême.
Nouvelle Démonftration du Clavecin pour
tous les fens.
I. Propofition . Quand on touche une
corde feule , ou tel autre corps fonore ,
il rend , non - feulement le fon fpecifique
qui lui convient , mais encore fon octave
double , triple , fa quinte repliquée
& tripliquée , fa tierce majeure , & en
un mot tous les fons confonants , tons ,
demi- tons , diefes , doubles diefes , jufqu'à
la derniere divifion actuellement
poffible de la corde , il n'y a que la quarte
diatonique d'exceptée avec le fyltême
des bemols qui en dérivent ; en un mot ,
cette corde rend un fon compofé de tous
les fons du fyftême naturel & commenfurable,
Scholie. La Démonftration de cette
Dij Pro288
MERCURE DE FRANCE.
Propofition me jetteroit dans un traité
complet d'Acoustique ; ceux qui ne la
fçavent pas , peuvent s'en inftruire de
ceux qui la fçavent : car elle eft fondée
fur des experiences inconteſtables , aidées
d'un peu de raifonnement geometrique.
On peut toujours lire les préliminaires
d'Acoustique de M. Sauveur , & ce que
j'en ait dit, il y a deux ou trois ans , dans
les Journaux de Trévoux .
II. Propof. Donc une corde & tout autre
corps frappé & mis en vibration ', fe
divife naturellement & de foi , & fait
fes vibrations ou ondulations harmoniquement
& felon toutes les cordes du
fyftême naturel harmonique , comme fi
elle étoit à l'uniffon de toutes ces cor
des.
Scholie. Sans entrer dans un plus grand
éclairciffement , je me contenterai d'indiquer
, qu'une corde , une membrane,
& tout autre corps tendu par fes extrémitez
, eft inégalement tendue dans toutes
fes parties , & qu'elle répond à tous
les degrez de tention de toutes les cordes
du fyftême harmonique , dont elle
eft la bafe . Une cloche frappée dans les
divers points de fa longueur , fait divers
tons , & fi l'on y prend bien garde , c'eſt
le même d'une corde tendue , & de tout
Autre inftrument de Mufique ; par exemplea
FEVRIER 1726. 289
ple , la flute fouflée à plein , fait bien
furement un ton compofé de tous les autres
tons ; de même qu'un tuyau d'orgue
compofé de plufieurs tuyaux , fait un
ton compofé , quelque fimple qu'il paroiffe.
C'eft fur ce principe , que je ne
fais qu'indiquer , qu'eft fondée non - feulement
toute la Theorie de l'Acoustique ,
mais la pratique même de la Mufique ;
& fi je ne me trompe , la découverte de
plufieurs nouveautez en ce genre .
III.Propof. Plufieurs fons qu'on entend
enfemble , ou même fucceffivement , ne
peuvent s'accorder & faire plaifir, qu'autant
qu'ils font du nombre de ceux que le
plus grave ou le fondamental d'entr'eux
fait entendre , ou , fi l'on veut , fous - entendre
, entendre équivalemment , entendre
, fi je puis m'exprimer ainfi , en
femence .
Démonftr. L'oreille entendant un fon
fedivife naturellement d'une certaine
maniere harmonique , qui reprefente
à l'ame , non- feulement tout l'accord
parfait de ce fon , mais encore tout
le fyftême harmonique naturel ; qu'à ce
fon il s'en joigne un autre , il ne peut
plaire à l'ame qu'autant qu'il fe trouve à
l'uniffon de quelqu'un de ceux que ce
premier renferme, & que l'oreille en
quelque forte eft fecondée dans fa pre-
D iij miere
290 MERCURE DE FRANCE.
miere action , & diſpenſée de fe mettre
fur de nouveaux frais , ce qui la déchireroit
& la mettroit en convulfion.
Scholie. L'oreille entendant un fon ,
entend toute une harmonie ; auffi fans
fçavoir prefque ce que l'on dit , dit - on
tous les jours qu'un tel ton , qu'un tel
fon , qu'une telle corde , qu'un tel inftrument
eft harmonieux , ce qui bien
analyfé revient à ce que je dis , comme
je crois pouvoir le démontrer quand il
en fera temps & c'eft ainfi pour rendre
le fon d'un tuyau d'orgue plein & harmonieux
, qu'on lui affocie plufieurs petits
tuyaux harmoniques , & qu'on double
les cordes du Clavecin : or pour le dire en
paffant , on pourroit les tripler & les quadrupler
, & le faire d'une maniere plus
harmonieuſe , en mettant les doubles &
triples cordes , non à l'uniffon ou à l'octave
ſeulement , mais à la quinte ou plutôt
à la douzième , à la tierce ou plutôt
à la dix-feptiéme , &c. L'oreille trouve
beaucoup de plaifir à entendre toute cette
harmonie ; mais fon plaifir feroit plus
grand , fi cette harmonie étoit plus developpée
& moins concentrée ; lorfqu'à
un premier fon vous en joignez un &
deux & trois , qui font à l'uniffon de ceux
que l'oreille entend déja par le moyen
du premier , vous ne faites que developer
FEVRIER 1726. 291
per cette premiere femence , & vous faites
reconnoître diftinctement à l'ame ce
qu'elle fentoit déja comme confuſément :
or rien ne flate plus une fubftance intelligente
, que de connoître par intelligence
ce qu'elle ne connoiffoit d'abord
que par fentiment. Ceux qui ont pris la
premiere ébauche du Clavecin oculaire
pour une idée jettée ou échappée , qui a
plus de gentilleffe poëtique , que de folidité
fcientifique , verront peut - être
avec plaifir , qu'elle étoit en effet le réfultat
& l'annonce d'une Acouſtique , ' ou
même d'une Mufurgie complette , dans
laquelle on peut rendre des raifons Geometriques
, ou, plus generalement , Philofophiques
à priori de tous les fons ,
tons & accords , diffonances mêmes , &
ce qui n'avoit pas été encore tenté , du
plaifir même de toutes ces chofes .
IV. Propof. Donc la membrane de la
vifion & de tout autre fens , fait pour
chaque objet fes vibrations en proportion
harmonique; de maniere qu'en voyant
plufieurs couleurs , elle entrevoye ou
voye même réellement , mais d'une maniere
enveloppée , tout le fyftême des
couleurs que le Priſme fait voir diſtinctement.
Démonftration. Car la membrane de la
vifion , comme tout autre , doit faire fes
D iiij vibra
292 MERCURE DE FRANCE :
vibrations, & fe diviſer naturellement de
la même maniere que la membrane auditive
; & d'ailleurs , il eft viſible qu'elle
eft inégalement tendue dans fes diverfes
parties .
V. Propof. Donc les couleurs & tous
les autres objets de nos fens qui s'accordent
pour nous plaire, font en proportion
harmonique .
Démonftration.Car ils ne peuvent plaire
qu'autant que leurs vibrations font à l'uniflon
de celles qu'excite celui d'entr'eux
qui a le plus de force , & qui détermine
toutes les efpeces de vibrations qui
fe font dans la membrane . Ce qu'ilfalloit
démontrer.
Nous renvoyons à un autre Mercure
l'éclairciffement des difficultez , & les
deux nouvelles obfervations .
LA MODESTI E. ·
O D E.
Umble & touchante Modeftie ,
Humble
Devoile- moi tous tes attraits
Montre-moi quel charme nous lie ,
A tout ce que porte tes traits .
:
Pou
FEVRIER
293
1726 .
Pouvoir , Valeur , Beauté , Science ,
Tout emprunte de ta puiffance
Cet afcendant maître du coeur :
Je dis plus : fans ton caractere ,
La Vertu n'a point droit de plaïre ,
Elle n'eft même qu'une erreur
諾
Oui , fi j'apperçois que ce Sage
Aime à m'étaler ſes vertus ,
Un foupçon triste eſt le fuffrage ,
Que dictent mes fens combattus.
Ne les montre -t- il qu'avec peine ,
Alors un doux penchant m'entraîne ;
Je les vois dans leur plus beau jour
Aucun fcrupule ne me reſte ,
Et je livre à cet air modefte ,
Et mon eftime & mon amour.
Tu nous fais aimer la Sageffe ,
Quand elle marche fous tes loix ;
La verité jamais ne bleffe ,
Quand elle parle par ta voix ;
Des vains préjugez de l'enfance
D V De
294 MERCURE DE FRANCE :
De l'erreur & de l'ignorance ,
Tu bannis le mortel poiſon ;
Ta voix eft toûjours fi touchante ,
Qu'elle paroît plus convainquante
Que la force de la raiſon.
M
La Beauté même , à qui tout cede ,
Cede toûjours à tes appas ;
O trop heureux qui te poffede !
L'amour le plus pur fuit tes pas .
Ton voile gracieux l'attire ;
Il cherche , il aime ton empire ,
Il y trouve mille agrémens ,
Et tes graces toûjours nouvelles ,
Sont en droit d'affurer aux Belles
La conftance de leurs Amans .
Qui cauſe ces cris d'allegreffe ?
C'eft le défenfeur de nos Loix :
Il arrive. Fendons la preffe :
Heureux Vainqueur , je t'apperçois.
Que j'aime à contempler ta gloire !
Tout ret.ntit de ta victoire :
Touc hante tes exploits guerriers.
Prodige l'honneur t'importune.
FEVRIER 1726. 295
Vrai Heros , la feule Fortune
N'embellit pas tous tes lauriers .
諾
Pourfuis toûjours , Vertu celefte ,
Surtout exerce ton pouvoir :
Sous cet air doux , ce front modefte ,
On aime par tout à te voir .
Sur un front ceint du diadême
Rien n'eft fi brillant que
toi- même ;
On fe plaît à t'y reſpecter :
Tu fais le prix de la Couronne ,
C'est la Fortune qui la donne ;
C'est toi qui la fais meriter.
M
Si pour celebrer ta puiffance ,
J'ai formé d'affez doux accords ,
Honore.moi de ta prefénce ,
Mais , quoi ? je fais de vains efforts
Je vois fon modefte vifage ,
Se couvrir d'un nouveau nuage ,
Elle ne peut fe démentir.
Apprens , imprudent , me dit- elle »
Que le voile qui me recele ,
Dvi Eft-co
296 MERCURE DE FRANCE.
Eft ce qui me fait mieux fentir.
Cependant puifque fur ta lyre ,
Tu chantes mes attraitt vainqueurs
Suis mes pas : j'étens mon empire
Jufqu'au fejour des chaftes Soeurs :
Sur le pinde , chacune loüe ,
Ce que la Modeftie avoüe ;
Et je vais leur offrir tes chants
Mais craits un écueil ordinaire ;
La gloire d'avoir fçû leur plaire ,
Peut-être enyvrera tes fens .
2
Par l'Abbé Bellet , Profeffeur de Rherique
au College de Guyenne.
kakakakaka
LETTRE de M. Dezalller d'Argenville
, Confiller- Secretaire du Roi en la
grande Chancellerie , écrite aux Autears
du Mercure , le 30. Janvier
1726. au sujet d'une Hiftoire naturelle
des Coquilles .
MESSIE ESSIEURS ,
Comine vous vous prêtez volontiers à
conFEVRIER
1726 . 297
contribuer à l'avancement des Arts &
des Sciences , & que vôtre attention làdeffus
m'eft connue depuis long temps ,
par la lecture de vôtre Mercure ( Ouvrage
auffi utile qu'agreable ) rien ne
m'a paru plus convenable , que de vous.
prier , Meffieurs , de rendre cette Lettre
publique . Elle engagera peut- être les
Sçavans à me faire part de leurs lumieres
, au fujet de quelques mots latins
dérivez du grec , lefquels font d'une
difficulté extrême à bien rendre en nô
tre Langue. J'ai déja confulté plufieurs
Sçavans , qui m'ont envoyé , au lieu des
mots françois que je demande , force latin
& force grec , dont font remplis tous
les Auteurs qui ont traité de l'Hiftoire
naturelle des Coquilles , comme Aldrovandus
, Rondelletius , Jonfton , Gefner,
Rumphius , Lifter , Bonanni , & c ..
.
La lecture de ces Auteurs , par rapport
à une Collection aflez complette de
Coquilles , qui fait partie d'un Cabinet
curieux que j'amaffe depuis long- temps ,
m'ayant été neceffaire pour les mettre en
ordre , je me fuis trouvé des plus embaraffez.
La quantité de claffes , de genres,
de divifions , & de fections qui fe trou
vent dans ces Auteurs , embrouille extrêmement
cette matiere , qui n'eft pas
une des moins curieufes de l'Hiftoire
na
298 MERCURE DE FRANCE.
naturelle , quoiqu'aux yeux de la plupart
des gens elle paroiffe une bagatelle.
Prévenu contre l'arrangement confus ,
où tous ces Auteurs mettent les Coquilles
, j'ai tâché de les développer d'une
maniere plus methodique & plus facile ,
ne confondant point leur different
genre , ou famille . Je les ai diftribuées
feulement en trois claffes , compofées
d'une vingtaine de genres ou familles ,
aufquelles fe peuvent rapporter generament
toutes les efpeces de Coquilles ,
qui nous font connuës juſqu'à preſent ;
fans y admettre aucune autre diftinction,
& fans m'arrêter à leurs belles couleurs ;
dont parle fi bien Pline en ces termes
: In quibus mira ludentis natura varietas
tot colorum differentia , tot figure ,
&c.
Ce petit Ouvrage eft en Latin & en
François , chofe effentielle , pour conferver
toûjours à chaque genre de Coquilles
, les noms latins admis chez les
Auteurs , & connus de tous les Sçavans.
La difficulté confiftoit à bien traduire
ces mots latins & c'eft , fans
doute , cette difficulté , qui a privé juſ
qu'ici le Public , d'avoir cette partie de
Phyfique ennôtre Langue ; dans laquel-
Le
FENVIER 1726. 299
le nous avons des Traitez fur toutes les
autres Sciences.
Je pourrois , Meffieurs , dans la fuite
faire part au Public de cet Ouvage , fi
je croyois qu'il pût être de quelque utilité
, comme me le veulent perfuader
nos amis . Il viendra peut être quelque
main plus habile : qui débrouillera cette
matiere , non en Philofophe , mais en
vrai curieux & amateur de la nature .
Feu M. de Tournefort étoit fort capable
de ce projet , & par fa capacité , & par
par la belle collection de Coquilles ,
qu'il avoit faite , & qu'il a laiffée en
mourant à Louis XIV.
Voici , au refte , les mots latins dont
il faudroit enrichir nôtre Langue Françoiſe
, qui en feroit redevable aux perfonnes
qui voudroient bien s'en donner
la peine . On leur rendroit publiquement
la justice qui leur feroit dûë , fans vouloir
en aucune maniere fe faire honneur
de leur travail .
Ces noms latins font : Murex , Pura
pura , Chama , Solen , Nerita , Telli-
Pinna , Porcellana , Patella.
na ,
Obtinuit nomen Muricis ( a ) hac Concha
ob figuram que repræfentat faxorum
afpera. Eadem pariter voce exprimitur bellica
clava , ferreis aculeis horrida , quam
( a ) Murex
eximiè
300 MERCURE DE FRANCE.
eximiè refert tefta admodùm craffa , tu—-
berculifque borrida & afpera prope fummitatem
, à latere dextro fulcata & aurita.
Le fang de ce Poiffon fervoit chez
les Romains à teindre leurs Robes de
pourpre ceux de Tyr furtout y excelloient
, comme le dit Virgile. ( a )
Tyrioque ardebat muricè lana.
De forte que Murex & Tribulus fignifient
la même chofe. Pourroit- on traduire
le mot de Murex par celui de
Chauffe-trape (b) ( Cheval de Frife ) ou
par celui de Rocher ?
Purpura ( c ) eft. Concha univalvia , fatis
affimilis murici ; à quo tantummodo
differt , quod fit à capite ufque ad ba-
Zim laciniata inftar braffica foliorum s
ore tenui , ferè rotundo ; pleraque , baſi
in longum roftrum exerta. Cette Coquille
, ainfi que le Murex , fervoit à teindre
les robes des Romains . Ciceron dit , (d)
veftis purpurea ; Purpurâ fulgere ; unde
purpurati dicti funt , qui apud Principes
, cateris dignitate anteeuntes , pur- ୮ purea vefte utebantur. Comment rendre
ce mot en françois , la Pourpre ?
( a ) Æneid. 4. 1.
( b) Terme de fortification
(c) Purpura.
( d) Lib. i . Tuf. quæf
Chama
1
FEVRIER 1726. 3or
Chama ( a ) Concha Bivalvia , oftrei
quadam fpecies, ore patulo & hianti , a
verbo graco xarw , Dehifco. Aldrovan
dus décrit ainfi ces Coquilles , quorum
ora non perfectè ubique conjunguntur, fed
alicubi patent. Comment pouvoir rendre
en un feul mot une Coquille dont la
bouche eft ouverte & béanie ?
Solen ( b ) dicitur à Græcis , hoc eft,
fiftula , five canalis cui affimilatur cum
tefta amba quibus constat , conjunguntur,
à Latinis vocatur Unguis ; quem fubftantiâ
& colore imitatur. Les Italiens
Pappellent Cannolicchio , & les François
ont coutume de l'appeller manche
de couteau , par rapport à fa figure , ce
qui ne rend gueres bien , à ce qu'il me
femble , le mot grec Solen , & le latin
Vnguis.
Nerita eft concha univalvia compactili
corpore , plano ore in qua umbones , five
mucrones parum eminent. A Gracis
dicitur Nnes , à Latinis Nerita , ex
eo quòd aliquafunt dentata ex parte Columella
, quædam apice paulum exerto ,
quadam compreffo apice , d'autres ( c )
l'appellent Concha valvata , five femilunaris
, parce que fa bouche eft toûjours
( a ) Chama.
( be Solen feu Unguis.
(c ) Rumphius.
ceing
302 MER CURE DE FRANCE .
ceintrée en forme de demi - cercle . Il y a
des Curieux qui l'appellent Nerite , faute
d'un autre mot .
Tellina ( a ) Concha bivalvia , oblonga
& tenuis ex genere mitulorum feu muf
culorum. Appelleroit-on cette Coquille
Telline , ou , moule faite en dard ? ..
Pinna marina eft Concha bivalvia , id
eft , è duabus compofita teftis , à mytulo-
Lorum figurâ parum differens exteriorem
faciem terrea gleba fimilem habet , multoque
luto maculatam , hinc nonnulli crediderunt
nomen Pinna ex graco Tivés
que vox fordes denotat provenire ; adnafcuntur
huic Pinna fila vel lineum Capillamentum
, d'où quelques-uns la nomment
en françois Aigrette ; d'autres ,
comme Bonanni , l'appellent Nacre.
Porcellana , ( b ) feu Venerea nomen
accepit à fimilitudine pudendi muliebris
quòd Gracis xoreov , Latinis
Porculus feu Porcellus ; cujus aliquam fimilitudinem
refert hujus Concha Rima.
Hinc etiam Concha venerea dicitur. Pline
dit qu'elle eft appellée Venerea , eò quòd
apud Gnidiorum Venerem colebantur. Au
contraire Gefner veut qu'on l'appelle
Porcellana, quia ex illis Porcellanica vafa
conficiuntur , præcipuè in Provincia Sinarum
Kiamfi. L'appellera - t- on Porcelai-
( a ) Tellina.
(b )Porcellana feu Venerea.
no
J
FEVRIER 1726. Yo
fie ou Conque de Venus : ce qui la confondroit
avec la Concha Veneris , qui eft
une Coquille bivalve & fort differente
?
vata ,
A
Patella ( a ) Concha eft univalvia , in
Je non contorta , in apice tantillum incurvalvâ
fuperiùs convexa , fubtùs
verò concavâ ; à Latinis vocatur Patella .
à vafis Efcarii fimilitudine. A Gracis
autem dicitur Lepas , quafi fquama Saxorum
, quibus femper adharet. Comment
donc appeller cette Coquille Patelle , ou
Lepas ?
On a pris la licence de rendre en nôtre
Langue le mot latin univalvia Con
cha par celui de Coquilles univalves ,
bivalvia Conche par celui de Coquilles
bivalves , multivalvia Concha par celui
de Coquilles multivalves , & cela pour
éviter les Periphraſes , & pour conferver
l'idée & le terme propre de ces noms
generiques.
Il ne nous manque plus que la traduction
de ces neuf mots latins , pour joindre
à près de 400. mots déja traduits
concernant l'Hiftoire des Coquilles .
C'eft donc fur la maniere de rendre
en nôtre Langue ces neuf termes latins
qu'on ofe efperer les éclairciffemens neceffaires.
Je fuis , &c,
( a ) Patella.
RE
304 MERCURE DE FRANCE.
MMMM MMMMMKKKKKKK
REGRETS de Catulle fur la mort du
Moineau de Leſbie.
Lugete & Veneres Cupidinefque
Imitation ou Paraphrafe.
PLeurez , Graces , pleurez , Amours ;
Que les Jeux , les Plaifirs , les Ris & la Jeu
neffe ,
De leur doux paffe- temps interrompent le
cours s
Pour plaindre le malheur de ma jeune Mattreffe.
L'heureux Moineau qu'elle aimoit tendrement
,
N'eft plus , & la Parque ennemie ,
Dans un fatal moment ,
A coupé le fil de fa vie.
Rien ne peut adoucir la douleur de Leſbie ,
Qui cheriffoit plus que fes yeux ,
Cet Oifeau qui fembloit être un preſent des
Dieux.
0
FEVRIER 1726. 305
On le voyoit plein de reconnoiffance ,
Ne pouvoir un moment fupporter fon ab
fence ,
Attentif à lui plaire , il fuivoit tous les pas
Et docile à ſa voix il couroit après elle ,
Comme un enfant qui fuit fa mere qui l'appelle,
Que dans fes enjoumens on découvroit d'ap
-pas ?
Tantoft il badinoit fur la main de Leſbie ,
Tantoft fur fon beau fein il alloit repoſer ,
Cent fois pour un bonheur pour moi digne
d'envie >
Je l'ai vûbecqueter fur fa bouhe un baifer,
Quelquefois à deffein , cette tendre Maî
treffe ,
Feignoit d'avoir de la trifteffe ,
Où marquoit le plaifir que reffentoit fon
coeur ,
Lui s'exprimoit pour elle , en fon petit ras
mage ,
Et fembloit lui donner un fecret témoignage
De fa joye ou de fa douleur.
M
Maintenaint dans l'horreur de la nuit infernale,
306 MERCURE DE FRANCE
Il habite ces lieux où chacun à fon tour ,
Doit fubir du deftin la loi dure & fatale ,
Sans efperance de retour.
M
Noire Divinité , Puiffance inexorable ,
Qui détruis à nos yeux tout ce qu'on voit
d'aimable ,
Qui foumets la nature à tes injuftes loix ,
Puiffes-tu pour jamais avec tes triftes ombres
,
Ettes fpectres affreux , & tes cavernes fombres
;
Rentrer dans le neant où tu fus autrefois !
證
Tes ordres inhumains ont privé ma Leſbie ,
De tout ce qui faifoit les plaifirs de fa vie.
Petit infortuné ! trop aimable Moineau !
Ton bonheur mille fois caufa ma jaloufie ,
Et même après ta mort , ton fort me paroît
beau.
C'est pour toi que j'entens dès la naiffante Au
fore ,
Soupirer tendrement ,
La beauté que mon coeur adore.
C'eft
FEVRIER 1726. 307
Ceft ton feul fouvenir qui caufe fon tourment
,
C'eft pour toi que fes yeux fi doux , fi pleins
de charmes ,
A force de verfer des larmes ,
N'ont plus que des regards triftes & languif
fants ,
Et ne font qu'augmenter les maux que je reffens
.
Moreau de Mautour.
L'on trouve des Traductions de ce
Poëte par le même Auteur , imprimées
fous fon nom dès l'année 1682. dans le
Mercure de Juin , ayant traduit pour lors
une partie de Catulle.
LETTRE écrite par M. Lafage de Moftolac
, Archi- Prêtre de Lufech , à un
de fes amis , fur la Differtation inferée
dans le Mercure de France du mois
d'Août 1725. au sujet d'Uxellodu
num .
Vi
Ous fçavez ; Monfieur , qu'au mois
d'Avril dernier j'envoyai à Paris
un Memoire , dans lequel je prouvois
qu'on ne pouvoit placer Uxellodunum
de
3.08 MERCURE DE FRANCE.
de Cefar , autre part qu'à Lufech , & que
je combatois les raifons de tous ceux qui
prétendent le trouver ailleurs. Ma furprife
a été extrême & au- delà de ce que
je pourrois vous exprimer , quand j'ai
veu dans le Mercure de France , que
vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer,
que M. Augier , Curé de Sauveterre
s'étoit érigé en Auteur de cette décou
verte. Il vint chez moi l'année paflée ;
je ne lui cachai pas une feule circonftan-.
ce de ce que j'en voulois écrire. Je puis
bien dire ce que l'Ecriture Sainte nous
apprend du Roi Ezechias , en faveur des
Ambaffadeurs du Roi de Babilone , non
fuit verbum quod non monftraret eis Ezechias
in domo fua. Je le menai même fur
les lieux pour le convaincre de la verité
de ce que j'avançois ; s'il avoit eu l'approbation
à laquelle il s'attendoit , j'aurois
fujet de me plaindre , avec le Poëte
Romain , hos ego verficulos feci, tulit
alter honores , le Memoire que j'ai envoyé
aux Mrs qui compofent le Dictionaire
Hiftorique de la France , & qui a
précedé le fien de plufieurs mois , juftifie
ce que j'avance : comme c'eſt mon Ouvrage
plutôt que celui de M. Augier ,
& M. l'Abbé de Vayrac l'attaque , je
me vois forcé de le deffendre par des
aifons qui ont échappé à la memoire
que
de
FEVRIER 1726. 3.09
de l'Auteur prétendu , & de répondre à
la Critique de M. l'Abbé . J'eftime plus,
Monfieur , votre approbation que celle
du Public : fi je la mérite , je ne crains
rien de la part des Sçavans. Agréez , s'il
vous plaît, que je prenne ici la qualité de
votre ami , fans m'écarter du refpect que
je vous dois.
:
*
M. l'Abbé de Vayrac , dont le mérite
m'eft connu , & non pas la perfonne , m'excufera
fi je lui réponds qu'il critique
mal à propos fur ce que M. Augier a
écrit que felon les Commentaires ,
Uxellodunum étoit une Péninfule flumen
ultimam vallem dividebat , que pene totum
montem cingebat , in quo pofitum erat
præruptum undique UXELLODUNUM ; c'eſt
le valon , dit M. l'Abbé , qui fait le
tour , & non pas la riviere. Il eft bien
naturel de conclure que puifque la riviere
fépare le valon qui fait le tour d'Vxellodunum
, que , que la riviere faffe le tour ;
car elle ne peut pas divifer où elle ne
paffe pas. M. l'Abbé n'a pas fait reflexion
à ce qui fuit , qui prouve inconteftablement
que la riviere en fait le tour. Sub
ipfius oppidi murum magnus fons prorumpebat
, ab ea parte qua fere trecentorum
pedum intervallo flumini vacabat. Puifque
la riviere ne laiffe qu'un vuide de
300. pieds d'un bord à l'autre , au bout
E de
310 MERCURE DE FRANCE .
de la Ville, M. Augier n'a- t- il pas
raifon
de dire , qu'Oxellodunum eft fitué dans
une prefqu Ifle . C'eft ce qui le trouve
précilement à Lufech ; il n'y a pas un
pied de plus ni de moins dans cet efpace
que la riviere laiffe vuide. Je l'ai mefu- .
ré plufieurs fois fcrupuleufement & je l'ai
trouvé de même , lorfque la riviere eft
dans fon canal ordinaire. La fontaine tarie
qu'Hirtius y place , eft dans cet ef
pace , le valon que le Loth fépare du
côté du Levant va de Caix à S. Vincent
du côté du Couchant , celui qui va
de S. Vincent au bas . L'efpace qu'il laiffe
vuide au bout de la Ville eft du côté du
Septentrion , & du côté du midi ; le
Loth laiffe un grand territoire , qu'on a
appellé dans les actes les plus anciens
le territoire de l'Ifle , qui eft fort vafte,
& où l'on voit un vignoble très - confiderable
, qui produit le meilleur vin de la
Province ; il y a des metairies , des prez ,
des bois , &c.
Je ne vois pas que M. l'Abbé puiſſe
conteſter un fait qui eft fi vifible ; je le
remets fur l'endroit pour qu'il en tombe
d'accord; il dit qu'il a été fur les lieux;
ce qui fait que je fuis furpris qu'il n'ait
pas remarqué ce qui tombe fous les
fens , c'eft- à- dire , que le Loth environne
Lufech de fi près , qu'il ne laiffe de
vuide
JANVIER 1726. 311
uide qu'environ 300. pieds d'un bord à
l'autre, où font les murailles de laVille, &
que par conféquent, & la Ville & ce qu'il
enferme dans fon circuit fait unePeninfule.
Si UXELLODUNUM , dit - il , étoit environné
de toutes parts d'une riviere , horf
mis de cet efpace , les habitans auroient
en la liberté d'y aller puifer de l'eau par
quelqu'endroit qui auroit été libre , dantant
que Canimius n'avoit invefti qu'une
partie de la place , n'ayant pas affez de
troupes pourgarder les lignes de la circonvalation
; cependant les habitans n'avoiene
aucune communication avec la riviere.
ce qui prouve infailliblement que la monta
gne n'eft pas une Peninfule
Je demande à M. l'Abbé , quand il dit
fi Uxellodunum étoit environné de toutes
parts de la rivieres s'il doute que les Commentaires
de Cefar expofent à faux : car
ils répetent jufques à deux fois , qu'Vxellodunum
étoit environné de la riviere
comme nous avons dit ci - deffus , en parlant
du valon pene totum montem cingebat,
& que nous avons prouvé qu'en divifant
le valon qui faifoit le tour , il falloit
que la riviere le fit de même, & lorſqu'ils
difent que leLoth ne laiffe que 300. pieds
de vuide , d'un de fes bords à l'autre
au bout de la place , ou fur les murailles,
c'est s'énoncer fi clairement , qu'on n'a
Eij qu'à
312 MERCURE DE FRANCE.
qu'à lire pour n'en point douter ; il faut
donc que M. l'Abbé accufe Hirtius d'as
voir alteré la verité , en nous traçant
le plan d'Oxellodunum : fi cela eft , la
queftion eft décidée. Envain nous embarralferions
nous de chercher Uxellodunum
par fa fituation ; fi la verité de ce que
Hirtius nous en apprend , n'étoit notre
guide , puifque c'eft de lui feul que nous
devons l'attendre. Je veux encore juftifier
l'Auteur Romain , & faire voir par
fes propres paroles , que les habitans de
de Lufech ne pouvoient pas aller puiſer
de l'eau à la riviere , quoiqu'elle environât
la Ville ; Cefar fagittariis funditori
bufque difpofitis , tormentis etiam quibufdam
locis , contra facillimos defcenfus collocatis
, aqua fluminis prohibebat oppie
danos.
Il est vrai que lorfque Caninius fut
arrivé devant Uxellodunum , il ne fit que
la bloquer , n'ayant pas affez de troupes
pour l'affieger , & ainfi tous les habitans
avoient toute liberté d'aller puifer de
l'eau à la riviere ; mais quand Tabius
& Calenus l'eurent joint avec leurs Le
gions , & Cefar même avec la Cayalerie
alors on forma le fiege , & Cefar
difpofa des foldats vers les endroits
où on pouvoit defcendre à la riviere ,
pour leur en empêcher la venue ; il n'y
>
avoit
FEVRIER 1726. 313
avoit donc que l'accès de la Fontaine qui
fut libre aux affiegez. Quorum omnis
poftea multitudo aquarum unum in locum
conveniebat: fub ipfius oppidi murum
magnusfons prorumpebat, ea parte qua fere
300. pedum intervallo fluminis vacabat.
Il paroît par l'édifice de cette fontaine
qui s'eft confervé jufques à préfent,
qu'elle étoit bien grande , elle eft à fec ,
& dans l'endroit où Cefar la place près
des murs de la Ville , dans le vuide que
la riviere laiffe , & l'accès en étoit facile &
fans rifque , les ennemis ne pouvant pas
s'en approcher, à caufe qu'elle eft défendue
par la Citadelle", comme on l'appelle encore
, & par le Château qui la domine.
M. Augier a tort de l'appeller citernë ;
c'étoit une fource d'eau vive qui couloit
de la montagne , au pied de laquelle elle
eft fituée. Je fis creufer par deffous cette
fontaine en ligne directe près du Loth ,
& j'y trouvai une fource qui fournit de
l'eau à la Ville , pendant le temps même
de la fechereffe , qui doute qu'elle
ne coule par ces canaux que Cefar fit
creufer pour mettre à fec la fontaine en
queftion? Il fort auffi dans le temps des
pluies de cette même fontaine , un ruiffeau.
J'appellai un Fontainier des plus experimentez
& des plus employez , qui
in'affeura que l'eau de cette fontaine ,
E iij qui
314 MERCURE DE FRANCE.
qui eft à préfent comblée , n'étoit pas
plus de 8. pieds de hauteur.
L'idée que M. l'Abbé de Vayrac nous
donne de la fituation de la fontaine I
foulou , eft tout - à- fait oppofée à celle
que les Commentaires nous fourniffent ;
il la place au deffous d'un rocher fort
élevé , qui defcend à plomb fur l'endroit
où elle eſt fituée : comment veut- il faire
defcendre par ce rocher impratiquable ,
emnis mulutudo adaquatum ? on ne pouvoit
y aller que de ce côté- là , c'eſt- àdire
, par cet espace de 300. pieds , dont
nous avons parlé . Toutes les voyes
qui y conduifoient d'ailleurs , étoient
bordées par les affiegeans , il n'y avoit
par conféquent qu'un endroit , où l'on
pouvoit paller fans peril pour fe fervit
de la fontaine ; c'eft précisément à Lufech,
où omnis multitudo pouvoit paffer par
la
grande porte pour aller prefque de plein
pied à la fontaine , qui n'en eft éloignée
que d'environ trente pieds ; on y pouvoit
auffi aller de la fortereffe par une
porte qu'on voit encore au fond de la
Tour , & cela fans peril , à caufe , comme
j'ai dit ci - deffus , que les Romains ne
pouvoient pas empêcher l'ufage de cette
fontaine , parce qu'elle étoit defendue
par la fortereffe qui la domine de fi près,
la fontaine étant placée entre la citadelte
&
FEVRIER 1726. 315
& la grande Tour à une petite dif
tance .
Uxellodunum commandoit à tout ce
qui l'environnoit , dit M. l'Abbé , &
M. Augier le fait commander par un
Château , qui , felon lui , eft plus élevé
que la Ville. M. l'Abbé changera de
fentiment , quand il fçaura que lorfque
les Commentaires nous tracent le plan
de certaines Villes , c'eft plutôt de leur
Château , & de leurs fortifications , que
de leur enceinte , comme Samſon à trèsbien
remarqué ; c'eft par conféquent du
Fort de Lufech, qui fe trouve très - conforme,
qu'il faut entendre l'élévation d'Uxellodunum
.
M. l'Abbé dit qu'il y a une grande conformité
du nom d'Ißoulou à celui d'Uxellodunum
, ce qu'on ne trouve point à celui
de Lufech ; c'eft précisément l'erreur
de tous les Auteurs qui ont placé Vxellodunum
à Iffoulou , quoiqu'il n'y ait pref
que pas de rapport entre ces deux noms.
Je réponds premierement , que les Villes
des Gaules ont tellement changé de nom,
qu'on ne fçauroit les connoître par celui
que nous trouvons dans les Commentaires.
Par exemple , ils nomment
Orleans , Genabum , Bourges , Avaricum
, Sens , Agendicum : quel rapport
y a-t-il du Latin au François ? Je veux
pour-
E iiij
16 MERCURE DE FRANCE
tant faire voir qu'il y a un très grand
rapport , du nom de Lufech avec Oxellodunum
, & encore davantage de celui
d'Iffoulou à Vxellodunum je me flate
que ce que j'en vais dire fera bien receu
comme très-conforme à la verité. Cefar
avant que d'affieger Lufech , avoit pris
Alexia , cette Ville s'appelle à préſent
Alize , les Romains changerent la lettre
z en x , où les Gaulois ont changé x en
z: il faut que les Romains ayent fait ce
changement , & qu'elle retienne fon premier
nom ; on a fait de même ici , on a
changé la lettre x en z. 11 faut donc
prononcer Uxech au lieu d'Uzech. La
Carte du Quercy , les Actes autentiques,
appellent ce lieu Vzech de Rivedolht ,
pour le diftinguer d'un autre Uzech qui
eft à deux lieues , qu'on appelle Vzech
des oules , c'eft- à - dire , des pots de terre,
parce qu'il y a plufieurs Potiers . Le Loth
s'appelle en Latin Oldus , le Commentateur
a fait un adjectif d'Oldus en mettant
Oldunum , qui veut dire du Loth ;
joignons Uxel Oldunum , il fe trouvera
Uxellodunum. Je laiſſe à juger s'il y a
une grande difference , puifqu'il n'y aqu'une
lettre d'ajoutée : voilà ce que je
n'ai pas dit à M. Augier , car il n'auroit
pas manqué de le mettre.
M. l'Abbé prétend prouver , par acte,
qu'lf
FEVRIER. 1726. 317
qu'Iffoulon eft Uxellodunum , par une donation
que te Roi Raoul fit d'Iffoulou ,
qu'il traite d'Oxellodunum , à l'Abbaye de
Tulles . Je fuppofe qu'il y ait eu un Roi
de ce nom , ce que je n'ai pas lû dans
l'Hiftoire ; ce Roi auroit fait une donation
bien onereuſe à ces Moines , puifqu'il les
obligeoit à démolir entierement cette Ville.
M. l'Abbé nous la reprefente comme
la plus grande du Quercy : voici fes termes
; ce qui marque la grandeur de cette
Ville , c'eft que les Romains malgré leurs
troupes , n'en purent inveftir qu'une partie :
Ileft bien für que le terrain n'auroit pas
pû les dédomager des frais qu'il auroit
fallu faire pour la démolir , pour tranfporter
les pierres ; quelle recolte auroient
ils pû percevoir , fur des fondemens de
maifons couvertes de chaux & de fable,
C'eſt une feconde Troye , nunc feges eft
ubi Troia fuit; il faut avouer que la con
dition fous laquelle on accepta la donation ,
a été bien executée , puifqu'on n'y laiffa
pas une feule maifon à démolir , fort peu
de pierres fur les lieux . Il eft vrai -ſemblable
, dit M. l'Abbé de Vayrac , que le
Château & le Monaftere qui font tout
proche d'Iffoulou , ont été bâtis des ruines
de cette Ville, Elle étoit par conféquent
bien petite , ou le Château & le Monaftere
font bien grands , fi on a employé
Ev tous
318 MERCURE DE FRANCE .
tous les materiaux de cette Ville pour
les conftruire.
J'ajoute encore que , quand même cette
Ville auroit été rébelle au prétendu Roi
Raoul , il fe feroit contenté de faire démolir
les fortifications & rafer les murailles
pourquoi auroit- il voulu effacer
ce précieux monument de l'antiquité ,
ne laiffant qu'un portique dont parle le
Bret?M. l'Abbé eft de trop bon gout pour
donner dans cette fable.
Les pierres fepulchrales qu'on a tranf
porté d'lloulou à Vayrac , ni les Medailles
qu'on y trouve , ne prouvent pas le
fiege ; on ne s'avife pas de dreffer des
mauzolées à des foldats qui meurent dans
les fieges , ni le foldats n'ont pas accoutumé
dans un fiege d'enfouir leur ar
gent.
En vain m'amuferois- je à refuter les
écrits de tous ceux qui ont prétendu prouver
qu'Oxellodonum étoit ailleurs qu'àLufech
, puifque je n'ai qu'une feule démonftration
naturelle pour les convaincre
d'erreur , & que par la même raifon
e ferme la bouche à tous ceux qui
dans la fuite pourroient dire le contraire.
Perfonne ne peut me faire voir aucun
endroit dans le Quercy , ailleurs qu'à
Lufech, qui foit environné de toutes
parts
FEVRIER 1726. 319
parts d'un fleuve , excepté d'un vuide de
30. pieds qu'il laiffe , où font les murailles
de la Ville. C'eſt par cette demonftration
que je fais voir , dans le Memoire
que j'ai envoyé à Paris , que Samfon
fe trompoit , en plaçant Uxellodunum à
Cahors , le P. Labbe à Martel , les Payfans
à Cadenac , le Bret à Iffoulou. Je
-ne connois pas ici le genie fuperieur de
M. l'Abbé de Vayrac , il accufe Scaliger
de s'être trompé , lorfqu'il dit que la
Dordogne fait le tour d'Ifoulou , que
c'eft la Tourmente . M. l'Abbé peut- il faire
ce tort à cet habile Romain , de qui nous
tenons les Commentaires de Cefar , qu'il
ait donné dans un tel échange , de pren
dre un petit ruiffeau pour un fleuve ; il
nomme juſques à trois fois flumen. Cette
Riviere qui fait le tour d'Uxellodunum
qui a jamais pris la Tourmente pour flumens
mais encore de plus , M. l'Abbé
peut- il dire , que la Tourmente faffe le
tour d'Iffoulou : s'il prétend que la Tour
mente le faffe d'un côté & la Dordogne
de l'autre , le Commentateur n'auroit
pas dit flumen au fingulier : mais flumifuppofé
qu'il eut pris un ruiffeau
pour une riviere : quand je conviendrois
que Hirrius n'auroit pas diftingué la
Tourmente de la Dordogne , il auroit
dit faux, quand il ne met que 300. pieds
E vi
na
>
d'up
320 MERCURE DE FRANCE:
d'un bord de l'un à l'autre de ces deux
Rivieres , M. l'Abbé eft de trop bonne
foi , pour ne pas avouer qu'il y en a plus
de trois mille.
Si quelqu'un me conteftoit un fief ,
fur lequel je pourrois prétendre d'avoir
droit , je m'attacherois à produire un acte
autentique , qui prouvât qu'il étoit à
moi , qu'on trouvât dans cet Acte la fituation
du fief, avec les confrontations
permanentes , & la dimenſion du terrain
que je demanderois , l'Acte autentique
que je produis font les Commentaires de
Cefar: j'y trouve la fituation de Lufech
fur un rocher efcarpé de toutes parts ,
j'y trouve la confrontation permanente ,
qui eft le Loth & tellement permanente ,
qu'elle n'apû changer , c'eft l'Acte même
qui
le porte , en parlant de la Riviere
qui en fait le tour , hoc avertere natura
loci prohibebat ; fic enim radicibus montis
ferebatur , ut nullam in partem , depreffis
foffis , derivari poffit , j'y trouve
la dimenfion de 300. pieds d'un bord à
l'autre de la Riviere , ni plus ni moins,
je trouve dans cet eſpace la Fontaine tarie
, je trouve encore que cet efpace vuide
de 300. pieds va en montant , comme
difent les Commentaires : cela eft fi
uni , qu'il monte également de chaque
côté, qu'il finit en pointe. Je défie tous
les
FEVRIER. 2726. 3.2.1
les mortels enſemble de pouvoir mieux
établir un fief qui feroit en difpute ,
puifque le feul local en décide , & je défie
chaque particulier de pouvoir adapter
ailleurs ce qu'on trouve à Lufech conformément
aux Commentaires.
Voilà , Monfieur , ce que la décou →
verte que M. Augier s'attribuë , me donne
occafion de vous écrire. J'ai l'honneur
d'être vôtre très - humble & trèsobéiffant
ferviteur , la Fage de Moftolac,
Archiprêtre de Lufech.
Ce 1. Octobre 1725.
PORTRAIT de Madame ***
Oindre à beaucoup d'efprit un teint où mil
le roſes ,
Semblent nouvellement éclofes ,
Unebouche vermeille , un fouris gracieux
Je ne fçais quoi de vif & de doux dans les
yeux
Qui penetrant jufques dans l'ame ,
Y répand, quoiqu'on faffe , une fecrete flame
me ;
Iris , c'eft-là vôtre portrait,
Mais d'un coeur qui vous aime adoucir l'ef
clavage ,
La
322 MERCURE DE FRANCE.
Le rendroit encor plus parfait ,
S'il pouvoit l'être davantage.
Le Chevalier de Belleville.
REMARQUES fur une Médaille de
Philippe fecond , Roi d'Espagne ,
par M. D. P.
Puifque
vous le voulez , Monfieur
je vais continuer de vous entretenir
de quelquesMédailles ,qui font parmi celles
que je poffede , mais ne vous attendez
pas à des recherches fçavantes & curieufes
, cela eft au- deffus de mes forces ; je
ne cherche feulement qu'à répondre à
vôtre empreffement je commence donc,
& c'eft Lukius aujourd'hui qui m'en fournit
le fujet.
Cet Auteur , dans fon Sylloge Numifmatum
elegantiorum à la page 185. donne
le deffein d'une Médaille de Philippe fecond
, Roi d'Espagne , où ce Prince eft reprefenté
d'un côté à demi- corps , le dos
couvert d'une cuiraffe ; & la tête nuë,
pour Legende PHILIPPUS HISPANIARUM
REX INVICTISSIMUS : le Revers eft chargélan
Soleil -Lev ant fur un Char attelé
FEVRIER 1726. 323
telé de quatre chevaux , & le champ de
la Médaille eft couvert de montagnes ,
de mers & de Villes , dans un lointain ,
pour Legende , JAM ILLUSTRABIT OMNIA.
L'explication que donne Lukius à cette
Médaille regarde l'avantage que le
Comte d'Egmont , qui commandoit les
Troupes Espagnoles en 1558. remporta
fur le Maréchal de Thermes , & fur
l'Armée Françoiſe , près de Gravelines,
le 13. Juillet , quelque temps après
que nous nous fûmes rendus maîtres de
Dunquerque , comme fi cette victoire alloit
ouvrir un chemin à la conquête de
l'Univers , ce qui eft exprimé par la Legende
JAM ILLUSTRABIT OMNIA.
Je ne fçai fi cette explication eft bien
jufte , & je ne vois pas ce qui peut avoir
déterminé Lukius à rapporter cette Médaille
à l'année 1558. car vous remarquerez
, s'il vous plaît , que l'année n'eft
point fur la Médaille , il y avoit alors
déja trois ans ou environ , que Philippes
regnoit , & il me femble que ce
jam illuftrabit omnia n'eft gueres flateur
en cette occafion , c'eft prefque fairé
entendre , que jufques - là ce Prince
étoit refté dans l'inaction ; cette de vife
ne convenant qu'à un jeune Prince qui
commence à fe mettre en campagne , ou
qui
324 MERCURE DE FRANCE.
qui monte fur le Thrône , il feroit aifé
de vous en donner des exemples à peu
près pareils.
pas
Je ferois donc tenté de croire , que
Lukius , qui peut - être ne travailloit
toûjours fur les Originaux , & qui pouvoit
fe fervir des defcriptions de Médailles
qu'on lui envoyoit , aura pû être
trompé par la faute de quelque Copifte
, ou bien il aura pû , comme il avoit
l'efprit rempli d'un nombre infini de Legendes
, prendre l'une pour l'autre.
Ce qui me donne ce foupçon , c'eft une
Médaille que j'ai du même Prince , toute
femblable pour le métail , la grandeur,
la Tête , le Revers & la Legende du
Revers , mais dont la Legende de la tête
eft differente, & quadre bien mieux avec
celle du Revers , outre que l'année eft
marquée , la voici : PHILIPPUS REX
PRINC. HISP. ÆT. S. XXVIII . 1555.
Cette année , qui eft , comme vous le
fçavez, celle de l'Abdication de Charles
V. en faveur de fon fils , donne un grand
jour à cette Médaille , & en juſtifie pleinement
le Revers , fans qu'il foit beſoin
de grandes explications pour le prouver,
un coup d'oeil fuffit pour s'en convaincre.
Mais vous me demanderez peut -être ,
fi cette Médaille a été frappée avant ou
après l'abdication , le titre de Roi femble
FEVRIER 1726 .. 325
>
ble déterminer que c'eft après ; celui de
Prince des Efpagnes , qui eft celui de
l'heritier de la Couronne , prouve au
contraire que c'eft avant. II y a fi je
ne me trompe , une maniere de concilier
ces contradictions apparentes , c'eſt de
dire que la Médaille a été frappée imme
diatement après l'abdication que fit Charles
en faveur de fon fils , de fes Etats de
Flandres , en Octobre , & avant celle
qu'il lui fit , quelques mois après , de fes
Royaumes d'Efpagne & des Indes. Le
titre de Roi que porte Philippe , n'a rien
qui gêne ce fentiment , depuis fon Mariage
avec Marie , Reine d'Angleterre
en 1554. Il portoit le titre de Roi d'Angleterre
, que Marie lui avoit accordé
un des articles du Mariage.
par
Voilà , Monfieur , tout ce que vous
aurez de moi aujourd'hui.
Je fuis , & c.
D'Orleans , ce 9. Novembre 1725.
DER326
MERCURE DE FRANCE.
DERNIERE Ode du 1. Livre d'Horaces
Traduction.
Je n'aime point les dépenfes , E
Chers Amis dans un feftin s
Il ne me faut point d'effences ,
Lorfque j'ai d'excellent vin.
Je me paffe de couronne ,
Quand au milieu de l'Automne
Je bois le jus de Bacchus ;
Dans la plus brillante Fête ,
Je me couronne la tête
Del'arbre aimé deVenus.
*******************
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. de
la R .... le 4. Janvier 1726. fur
quelques faits qui regardent l'Histoire
litteraire de Provence.
JH
E n'ai rien à vous dire de plus , Monfieur
, fur le morceau d'Antique dont
vous me parlez , trouvé dans nos anciens
Bains , avec la figure d'un Priape , que
ce
C
FEVRIER 1726. 327
ce qu'en a dit M. de Chafteuil - Gallope
dans fa Lettre , qui eft à la fin de l'Hif
toire naturelle des Eaux chaudes de la
Ville d'Aix en Provence , imprimée en
1705. Il a épuifé la matiere fur ce fujet
, & toutes les conjectures qu'on peut
former fur les trois lettres myfterieufes
1. H. C. qui fe trouvent fur cette figure
.
A l'égard de M. de Chafteuil , Auteur
de cette Lettre , pour lequel il me femble
que vous vous intereffez , c'eft un
Gentilhomme de notre Province , qui eſt
dans un âge fort avancé , & accablé d'infirmitez
. Il a été en fon temps hommede
beaucoup d'efprit & d'érudition , & il
fort d'une Maifon fertile en Gens de
Lettres. Il eft propre neveu de ce fa
meux Solitaire du Mont Liban , dont
vous avez donné depuis peu la Vie dans
le fecond volume de votre Voyage de
Syrie. Son pere étoit Avocat General,
du Parlement ; mais il perdit fa Charge
à l'occafion des troubles de cette Province
, vers l'année 1660. Ce Magif
trat avoit amaffé beaucoup de livres curieux
, furtout les Ouvrages des vieux
Romanciers , & des Poëtes François , &
quelques Manufcrits que j'ai acquis . Il
mettoit pour Devife à la tête de fes Livres
Adverfante fortuna. Ce fut lui qui
donna
18 MERCURE DE FRANCE."
donna le deffein , & qui compofa les
Emblêmes & les Devifes des Arcs de
Triomphes , érigez en l'honneur de
Louis XIII. lorfqu'il fit fon entrée dans
la Ville d'Aix. Ils ont été imprimez , &
bien reçûs des Connoifleurs . Il annonce
dans ce Livre , qu'il avoit deffein de
donner l'Histoire de la Ville d'Aix , &
j'ai vû quelques Memoires de lui fur ce
fujet. M. fon fils , dont je viens de vous
parler , a continué le même Ouvrage
mais fon travail n'eft pas fort avancé. Il
fut chargé , lors du Voyage des trois Princes,
petits - fils de LOUIS LE GRAND,
de donner le deffein & les emblêmes des
Arcs triomphaux , dreffez pour leur reception
dans Aix , & il en a publié un
Ouvrage in folio , dans lequel il y a un
morceau très - curieux fur les Anciens
Troubadours & les Cours d'Amour. Il
rencherit beaucoup fur Jean Noftradamus
, qui a traité le même fujet . Si on
en retouchoit un peu le ftile , on en feroit
un Ouvrage excellent. On travaille
ici à le faire imprimer , mais l'Auteur
n'eft plus en état d'y rien changer . Il a
été affez bon Poëte , furtout pour le Provençal.
Il étoit lié d'amitié avec M. de
la Fontaine , avec l'Abbé Tallemant , &
avec plufieurs autres Poëtes & Gens de
Lettres. S'étant un jour trouvé dans une
AffemFEVRIER
1726. 345
Affemblée à Paris , où quelqu'un foutint
, que la Langue Provençale n'étoit
propre que pour de petites chanfons ;
pour defabufer de cette opinion , il s'avifa
de faire une Ode dans cette Langue
fur la prife de Maftrich , elle fut fort
goûtée , & on trouva qu'il avoit atteint
à la majefté du Lyrique.
PREMIERE ENIGME.
Ans contredit les Enfers m'ont fait naître
Sans
Pour maltraiter du Ciel les favoris ;
Nul contre moi ne fe peut rendre maître ,
Les plus vaillans par moife trouvent pris.
Auffi chacun me fuit comme une pefte ;
Mais trop fouvent j'attrape qui me fuit.
Où l'on me fçait fans demander fon reſte ,
Avecgrand' hâte on s'éloigne , & fans bruit.
Le croiroit- on ? par mes fâcheufes armes ,
J'anéantis la plus fiere beauté ;
Et l'on ne peut par prieres ni larmes
En certains temps vaincre ma cruauté.
Pour
380 MERCURE DE FRANCE:
Pour toi , Lecteur , qui metiens en peine
ture ,
Vois fi tu peux me connoître à ces traits ,
Si tu n'y peux penetrer ma nature ,
N'afpire pas à me voir de plus près.
J
DEUXIEME ENIGME
E fuis fille d'une mere ,
Et volage & très - legere ,
Qui me produit en paffant' ,
Et puis fe perd à l'inſtant. .
On me chaffe , on me fait la guerre ;
J'ai fous moi des flammes , des feux ;
Il n'eft permis qu'à quelques malheureux
De venir me jetter par terre.
Si on me laiffe augmenter & groffir ,
Si je peris dans mes fombres demeures ,
On eft trop tard fujet au repentir ,
Je fais paffer de très- échans quarts d'heures.
TROISIEME ENIGME
INcapable de
courroux ,
Il faut pourtant qu'on fuccombe ,
Qu'on
FEVRIER 1726 .
335
Qu'on periffe , & que l'on tombe
Sous la force de mes coups.
Je fuis faite pour détruire ;
Pour marque de mon pouvoir,
Jadis un fuperbe Empire ,
En pompe me faifoit voir.
Ala gêne fans te mettre ,
Je te dirai fans façon ,
Qu'avec une feule lettre ,
Tu peux rencontrer mon nom .
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier , par les Mouchettes
l'oublieux & l'Almanach.
XX :XXXXXX :XXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voifins , ddeeppuuiiss la décadence des
Royaumes d'Ifraël & de Juda , juſqu'à
la mort de Jefus - Chrift . Par M. Prideaux
, Doyen de Norwic , traduite de
Anglois. Nouvelle Edition revûë
core
632 MERCURE DE FRANCE.
corrigée & augmentée , avec des Cartes
& des Figures en taille-douce . A Paris
, ruë S. Jacques , chez G. Cavelier,
1726. 7. vol in 12 ,.
LE CHIRURGIEN -MEDECIN , ou Lete
tre au fujet des Chirurgiens qui exercent
la Medecine . A Paris , rue S. Jac
ques , chez F. Babuti , 1726. petit in 12
de 89. pages.
LA LANGUE FRANÇOISE expliquée
dans un ordre nouveau , où l'on trouve
des Principes certains fur toutes les parties
du Difcours , plufieurs Lettres choifies
, tirées des meilleurs Auteurs , avec
des Remarques critiques , & un Abregé
de la Verfification . Par M. V. Malher
be. A Paris , Quay des Auguftins , chez
N. le Breton , 1725. in 12. de 343 .
pages.
LETTRES fur divers fujets de morale
& de pieté , Tome fecond. A Paris ;
ruë S. Jacques , chezJ. Etienne , & F.
Babuti , 1726. in 12. de 516. pages .
APPARAT ROYAL , ou nouveau Dic
tionnaire François-Latin . A Lyon , & ſe
vend à Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques
, 1725. in 8.
CHI
FEVRIER 1726. 333
CHIRURGIE MEDICALE & raiſonnés
d'Etmuller. Lyon , 1723. Ibid..
。
METHODE PRATIQUE pour converfer
avec Dieu. Lyon , 1724. Ibid. in 12 .
II.
OEUVRES DIVERSES de M. de Segrais.
Lyon , 1723. Ibid. 2. vol. in 12 .
PENSEZ - Y -MIEUX , Abregé hiftorique
des erreurs de tous les fiecles , fur les
-matieres du Penfez-y-bien des Sçavans.
Memoriale noviffimorum ad ufum Sanc-
-tuarii. A Paris rue des Amandiers
chez L. Seveftre , & Quay des Auguf
atins , chez Chaubert. 1725. in 12. de
117. pages,
GEOGRAPHIE UNIVERSELLE , hiftorique
& chronologique ancienne & moderne
, &c. Par M. Noblot. A Paris ,
schez Huart l'aîné & Compagnie ,11725 .
-6 . vol. in 12.
ABREGE' DES VIES DES ANCIENS PHILOSOPHES
, avec un Recueil de leurs plus
abelles Maximes . Par M. D. F. A Raris,
rue S. Jacques , chez J..Etienne , in 17.
-de 495 pages.
3 ?)
*
F EPITRE
334 MERCURE DE FRANCE .
EPITRE A DIOGNETE , dans laquelle
FAuteur, fur les ruines de l'Idolâtrie &
du Judaïſme , établit les plus folidės
fondemens de la Religion Chrétienne .
Ouvrage du premier fiecle , traduit de
l'Original Grec. A Paris , ruë S. Fac
ques , chez Armand . 1725. Broch. in
12. de 40. pages .
1
RECUEIL HISTORIQUE , chronologique
& Topographique des Archevêchez ,
Evêchez , Abbayes & Prieurez de France
, tant d'hommes que de filles , de nomination
& collation Royale , les noms
des Titulaires , la taxe en Cour de Rame
, telle qu'elle eft fur le livré de la
Chambre Apoftolique ; les revenus , les
unions & penfions fur les Benefices ,
&c. Par Dom Louis Beaunier , Religieux
Benedictin. A Paris , au Palais chez
Menier , 2. vol . in 4. 1
TRAITE' de la Societé civile , & du
moyen de fe rendre heureux en contribuant
au bonheur des perfonnes avec qui
l'on vit. Par le Pere Buffier , de la Compagnie
de Jefus, 1. vol . in 8. A Faris ,
chez Giffart , & chez Bordelot, rue Saint
•Jacques , 1726.
On peut dire que de tous les Ouvrages
de l'Auteur , il n'en eft point qui doi-
་
ve
FEVRIER 1726 335
४
ve plus intereffer que celui- ci. Tous les
hommes ont à vivre avec d'autres hommes,
& tous veulent être heureux . II
eft certain que rien ne contribue davantage
à le devenir ( autant que le comporte
la condition humaine ) que de contribuer
à la fatisfaction de ceux à qui nous
avons rapport ; par là ils font diſpoſez
à procurer la nôtre.
$
Le P. Buffier a attaché à ce point , non
feulement la fcience de la Societé civile ,
mais encore toute la fcience de la Mo
rale en general : car il n'eft aucun des
devoirs de l'homme , qui ne faffe partie
des devoirs de la focieté , par là chacun
eft intereffé , non - feulement à être
raifonnable , reglé , vertueux , mais encore
à faire que les autres le foient auffi.
Si un homme vicieux ne faifoit tort qu'à
lui- même , quand il eft vicieux , je dirois
feulement , tant pis pour lui ; mais
dans le plan de ce Livre , je dois dire
auffi , tantpis pour moi . Car fi ceux avec
qui je vis font déreglez , je ne devrai ,
qu'à de purs hazards de n'être pas la
victime de leur mauvaiſe foi , de leur
trahi fon * de leur emportement , & c.
L'Auteur , à ce fujet , montre dans un
Chapitre particulier , qu'effectivement
il n'eft point de paffion déréglée , ni de
vice , ni même de défaut , qui ne foit
Fij con336
MERCURE DE FRANCE .
contraire ou plus ou moins au bonheur &
au repos de la Societé..
On fait des applications de cette regle
à des fujets qui font de l'ufage le plus
fréquent dans la Societé civile ; tel que
le foin de parler obligeamment aux autres
, de prévenir les occafions de contradiction
qui fe rencontrent , de ne ſe
permettre la raillerie qu'avec des circonfpections
dont on marque ici le détail .
On obferve d'ailleurs , que lorfque la
raillerie eft bien entendue , elle peut
quelquefois produire un bon effet : témoin
celle du Prince de Guimené au
Comte de Soiffons , qui avoit ordre d'affieger
Corbie . Les Officiers ayant res
connu la place , affurerent qu'elle ne
pouvoit tenir , & qu'il ne falloit que la
tommer. Le Comte repliqua , par les
motifs qu'on peut imaginer , qu'il falloit
cependant faire le fiege , pour exe
cuter les ordres du Roi & du Cardinal
de Richelieu , furquoi le Prince de Guimené
dit : Si la Place veut bien fe rendre,
prenons -la toûjours : quitte à la rendre
, fi M. le Cardinal trouve mauvais
que nous l'ayons prife fans coup ferir. La
plaifanterie donna à entendre , ce que le
refpect n'auroit peut - être pas permis de
dire férieufement.
Les autres fujets , tels que ceux quil
re-
་
FEVRIER 1726. 337
regardent l'excès des paroles , les marques
à quoi nous pouvons connoître , fi
nous ennuyons les autres en parlant ; le
foin qu'on doit prendre d'éviter les inanieres
hautaines , infolentes , piquantes ,
bizares , chagrines , diftraites , précieufes
, affectées , pédantefques , font expofées
avec des détails qui peuvent être
d'un grand ufage. Ce fait qui de ce Livre
comme un Traité raifonné & fondé
en principes de civilité & de fçavoir
vivre.
En parlant des qualitez morales . On
donne bien à rabattre de la haute idée
qu'ont plufieurs du Traité de l'Amitié
fait par Ciceron , & par d'autres Auteurs
de fa fuite. On fait entendre ici qu'ils
ont fait le Roman de l'Amitié . Ils en ont
parlé , fuppofant les hommes dans l'état
où il feroit à fouhaiter qu'ils fuflent , &
non dans l'état où ils font en effet . Quoiqu'il
en foit , ceux qui aiment à philofopher
, feront apparemment fatisfaits de
voir la netteté , avec laquelle notre Philofophe
démêle les refforts du premier
mobile de la Morale & de la vie , qui eft
l'amour de nous - mêmes ; & comment les
actes les plus genereux , qui font que
nous nous facrifions à un ami , ne font
qu'un facrifice que nous faifons de nousmêmes
à nous- mêmes. C'eft à peu près
Fiij ( fi
338 MERCURE DE FRANCE
fi nous prenons bien fa penfée ) le fa
crifice que font quelques- uns d'eux - mêmes
& de leur fanté , au plaifir de faire
trop bonne chere.
En examinant la nature de la, fineffe ,
par rapport aux moeurs & à la conduïte
de la vie. Le talent , dit- on , n'en est pas
mauvais en foi , mais l'usage en eft dangereux,
& la reputation n'en vaut rien.
La derniere Partie où l'on traite des
Jources des droits de la Societé , fournit
des principes generaux qui s'étendent
toujours à la pratique , & qui fous le
jour où on les montre ici , découvrent
toujours quelque chofe de nouveau . Ainfi
on recherche au Chapitre VII. fi c'eſt
une maxime generalement à fuivre , de
faire à autrui ce que nous voudrions qu'on
ous fit à nous-mêmes . Si la maxime étoit
vraie dans toute fon étendue & la précifion
, un homme qui aime le vin , &
qui fouhaite qu'on le faffe boire à l'excès
, devroit donc enyvrer les autres
parce qu'il voudroit qu'on l'enyvrât luimême.
On cite à cette occafion un trait
d'Hiftoire particulier rapporté par Arif
tote.
Dans certaine famille , un pere fe tenoit
content , pourvû que fon fils usât
avec lui des mêmes traitemens qu'il avoit
faits lui- même à fon pere. Un d'eux repris
FEVRIER 1726. 339
pris d'avoir battu fon pere , je ne fuis pas
blamable , dit-il , car mon pere avoit battu
le fien ; & mon fils me battra à fon
tour , c'est l'usage dans notre famille. Un
d'eux étant encore chaffé violemment
de la maifon par fon fils : Hola , mon
fils , lui dit- il , voilà le terme à je ne
chaffai pas mon pere plus loin. Eftoit- ce
un droit bien établi au fils , demande le
P. Buffier , de maltraiter fon pere , fous
prétexte que
fon
vouloit bien , que
le fils qu'il auroit en usât de même ?
Une morale traitée de la forte , quel
que folide & inftructive qu'elle foit ,
peut , comme on le voit par ces traits
tenir lieu d'un amufement ingenieux .
En effet l'Auteur a pris foin de mettre
beaucoup de veritez dans fon Ouvrage,
& d'inferer en chacun des Chapitres ,
des traits d'Hiftoire choifis du caractere
de ceux que nous avons rapportez .
pere
On fait à la fin de ce Livre un examen
critique des Traitez de Morale d'Auteurs
tenommez ; tels que Ciceron , Char-
- ron , Regis , Puffendorf , Gaflendi , & c.
Ces difcuffions philofophiques veulent
être lûës dans l'Ouvrage même .
L'Auteur nous à priez d'avertir , qu'on
doit ajoûter à fon Errata , qu'à la page
48. ligne 29. au lieu du mot en Flandre
, il faut lire en Suille. La choſe ne
Fiiij fait
340 MERCURE DE FRANCE .
fait rien au fens & à la fuite du Livrer
mais les Flamans polis d'aujourd'hui ,
n'agréroient peut-être pas , qu'on leur attribuât
l'ufage de boire plufieurs dans un
même verre , fans le rincer.
1
L'IMPROMPTU DE LA FOLIE , Ambigu
Conique , par M. le Grand , Comedien
du Rois A Paris , Quay des Augustins
chez la veuve Ribou , Pepins
gue & Flahaut , 1726 , in 12. de 120
pages , faris l'Epître au Seigneur Aimon ,
General de la Calotte. Le frontispice eft
orné de trois morceaux de gravure de
bon goût , qui ont rapport au fujet qu'on
traite.
Les détails , dans lefquels nous fommes
entrez , lorfque cet Ouvrage a pal
ru fur le Theatre François , & le compte
que nous en avons rendu au Public,
nous difpenfent de faire aucun Extrait . Il
fuffira de dire un mot de l'Epître dedicatoire
, pour mettre le Lecteur en état
d'en juger. L'Auteur la commence ainfi
MONSEIGNEUR ,
Duffiez- vous me placer furnumeraire
dans votre Brigade des Faux - Plaifans
, ou dans celle des Ennuyeux , j'ai
crû ne pouvoir mieux meriter l'hon-
.... neur
FEVRIER 1726. 341
neur que vous m'avez fait , de m'enroller
dans votre illuftre Corps , qu'en
vous dédiant mon Impromptu de la Folie.
Il a fait plaifir à toute la Calotte , c'eſtà-
dire , qu'il a été du goût de bien du
monde ; & fur le fuccès , je pourrois
me flatter d'être reçû dans votre Brigade
des Foux heureux , fi quelque ſubalterne
de la Brigade des Difficiles ne tra
verfoit mes deffeins.
Je veux parler de ces Calotins flegmatiques
que rien ne réjouit , & qui ne
réjouiffent perfonne de ces Poltrons
critiques , qui n'ayant jamais ofé monter
la tranchée du Parnaffe , ni même
courir le moindre hazard , ' ne font
occupez qu'à rabailler le merite des actions
des autres.
En verité , Monfeigneur , vous devriez
forcer ces Cagnards cauftiques à
s'expofer au feu à leur tour , ou les'condamner
du moins à demeurer pour toujours
renfermez dans leurs Cazernes.
Vous avez affez d'autres Soldats pour
tenir tête à la Sageffe , en cas qu'elle
voulut remuer & rompre le Traité que
vous avez arrêté depuis un temps entre
elle & la Folie , &c. Vous avez commencé
par porter notre Déeffe à être
moins extravagante & moins outrée , &
F v fa
342 MERCURE DE FRANCE.
fa fiere ennemie à paroître moins bizarre
& moins auftere , & c.
Quelle gloire pour vous
Monfei
gneur , étant General de la Calotte , de
vous voir en même temps fi bien avec
la Sageffe ! d'avoir trouvé le moyen de
ramener fes Sujets à fon obéiflance , en
inventant un nouvel art de corriger les
moeurs en folâtrant , & de faire la guer
reau Ridicule , en lui donnant des louanges
à le faire rougir , & c. Je fuis avec
un profond refpect , & c .
Il paroît un Livre , qui a pour titre,
Memoires, ou Differtation fur la validité
des Ordinations des Anglois , & fur la
fucceffion des Evêques Anglicans , pour
fervir de Réponse au Livre du R. Pere
le Couroyer. Par M. Efenvell , Premier
Doyen de Laonne en Irlande . Il fe vend
à Paris , chez Nicolas le Clerc , ruë de
la Bouclerie , & Jacques Joffe , rue Saint
Jacques .
La Bibliotheque de feu M. de Camilly
, Archevêque de Tours , fera vendue
à Paris en détail le 7. Mars & jours
fuivans . Le Catalogue imprimé fe diftri
bue che Charles Ofmont, pere , & Ga
briel Martin Libraires ruë S. Jacques.
> ›
On
FEVRIER 1726. 343
On trouve chez le même Martin le
Catalogue imprimé de la Bibliotheque
de M. de Boiffier , en 3. vol . in 12. de
350. pages .
Le P. de la Maugeraye , J. ci - devant
Profeffeur des Mathematiques au College
de Louis le Grand , va donner au Public
plufieurs Traitez de Mathematique.
11 commencera par le Mouvement local,
les Mechaniques , & l'équilibre des Liqueurs.
Les Etats d'Hollande firent publier un
Placard le 21. Janvier , par lequel il eſt
défendu fous de rigoureufes peines
d'imprimer aucuns écrits de quelque nature
qu'ils puiffent être , fans que l'Original
foit figné par l'Auteur ou par l'Editeur
qui doivent être connus ; & au
cas que ces Ecrits concernent la Religion
ou les affaires d'Etat , il eft enjoint
aux Imprimeurs de fe munir d'une per-
"miffion particuliere , fuivant les anciennes
Ordonnances du pays.
Nul Imprimeur n'entreprendra d'imprimer
aucuns Ecrits , à moins qu'ils ne
foient fignez & qualifiez , comme il eft
dit ci - deffus , laquelle fignature & qualification
il fera toujours obligé de gar
* der , & tenu d'exhiber lorfqu'il en fera
requis.
F vj
Aucun
344 MERCURE DE FRANCE .
Aucun Imprimeur n'aura la hardieffe
de laiffer fortir de fa Preffe , moins encore
de debiter , envoyer , au vendre aucuns
Ecrits , de quelque nature qu'ils
puiffent être , à moins qu'il n'y mette
fon nom & le lieu de fa demeure ; faute
dequoi il en fera regardé comme l'Auteur.
Il eft défendu auffi de recevoir aucuns
Libelles imprimez ou Manufcrits venant
de dehors ; ou les ayant reçûs par inadvertance
, de les debiter ou divulguer.
Perfonne ne pourra acheter aucuns papiers
imprimez , de la nature dont il eft
parlé ci- deffus , & où le nom & la demeure
de l'Imprimeur ne fe trouveront
point ni les negocier , les avoir publiquement
ou fecretement , les garder ou
les montrer , & encore moins les répandre
, ou les faire répandre , le tout directement
ou indirectement.
*
Au contraire , chacun fera tenu , quand
quelques - uns des fufdits Ecrits ou Libelles
défendus , imprimez ou non imprimez
, foit en dedans ou hors de ce pays,
feront parvenus à fa connoiffance , de les
declarer , ou de les faire connoître fur le
champ & en cas qu'ils foient en fon
pouvoir , de les remettre , & d'en dénoncer
Auteur & le Poffeffeur , s'il les
connoît , au Procureur General , ou aux
1
་
#
BailFEVRIER.
1726. 345
-
•
Baillifs des lieux où le cas écherra , & c.
Merville , Libraire à la Haye , im
prime l'Hiftoire Litteraire de l'Europe
qu'il publiera tous les mois . Ce Journal,
qui fera de fix feuilles d'impreffion , paroîtra
regulierement la premiere femaine
de chaque mois. On y donnera l'Extrait
des meilleurs Livres de quelque Matiere
qu'ils traitent , & en quelque Langue
qu'ils foient écrits ; on y joindra un Ca
talogue choifi des Ouvrages nouveaux ,
les nouvelles Litteraires les plus intereffantes
, & de temps en temps les Pieces
fugitives qu'on jugera dignes de la cu
riofité du Lecteur.
JOEUVRES de M. de S. Evremont , publiées
fur les Manufcrits de l'Auteur.
Nouvelle Edition , revûe , corrigée &
augmentée de la vie de l'Auteur. A
Londres , fe vend à Paris , rue Saint
Jacques chez Briaffon . 1725. 7. vol.
in 12.
HISTOIRE DE DAUPHINE' , & des Princes
qui ont porté le nom de Dauphin
particulierement de ceux de la troifiéme
Race , defcendus des Barons de la : Tour
du Pin , fous le dernier defquels a été
fait le tranfport de leurs Etats à la Cou-
Ion
346 MERCURE DE FRANCE.
ronne de France , avec plufieurs Obfervations
fur les moeurs & coutumes anciennes
& fur les familles . A Geneve
2. vol . in fol .
Harangue & Vers , fur le mariage du
Roy.
On écrit de Blois , que le 14. de Janvier
, le P. Foreftier, Jefuite , Profeffeur
de Rhetorique au College Royal de cette
Ville , y prononça un Difcours Latin ,
en préfence d'une Affemblée nombreufe
& diftinguée ; le Roi Staniflas ne pût
s'y trouver en perfonne , comme Sa
Majesté avoit bien voulu le faire efperer.
Il envoya fon grand Maréchal pour y affifter
de fa part : ce Seigneur y vint accompagné
de quelques perfonnes de diftinction
de la Cour de Chambort.
La Harangue fut écoutée avec beaucoup
de plaifir . L'Orateur félicita le Roi
d'avoir choisi pour Epoufe une Princeffe
digne de lui , & la Reine , d'avoir pour
Epoux un Prince plus recommandable
par les vertus Royales , que par l'éclat
de fa Couronne. La piece eft femée de
traits brillants & ingenieux , qui ont mérité
d'être applaudis . L'Auteur a fçû ménager
& placer avec art , tout ce qui pouvoit
interefler le Roi Staniflas & fon
Augufte Famille . Les Portraits du Roi
&
1
FEVRIER 1726. 347
& de la Reine de France , dont l'éloge
faifoit le fond du Difcours , furent trou
vez également beaux & reffemblants .
Ceux qui les ont entendus , nous fçauront
mauvais gré de n'en pas mettre ici
quelques morceaux détachez ; la modeftie
de l'Orateur nous fervira d'excufe .
On diftribua dans l'affemblée , la piece de
Vers au Roi Stanislas que nous avons
inferée dans ce Volume , page 232. dont
la fiction eft ingenieufe & bien fuivie ,
& la verfification noble & foutenue .
-L'Academie des Sciences , nouvellement
établie à Petersbourg , y tint le 7.
Janvier la premiere affemblée publique ,
en prefence du Duc d'Holſtein , des Senateurs
& de quelques Miniftres étran
gers . M. Bulfinger , Profeffeur de Phyfique
, en fit l'ouverture par un très beau
Difcours Latin ; dans lequel après avoir
fait voir quel étoit le but , le devoir &
l'utilité d'une Academie des Sciences ; il
fit l'éloge du feu Czar, Fondateur de celleci
, & celui de la Czarine Regnante ,
qui en eft la Protectrice. Enfuite il traita
cette Queſtion . Si l'on étoit déja affez
avancé dans la connoiffance des proprié
tez de l'Aiman & des Aiguilles aimantées,
pour en pouvoir tirer une folution fuffisante
du fameux. Problême de la longitude fur
terre & fur mer.
Ce
348
MERCURE DE FRANCE .
Ce Difcours du Profeffeur & la manie
re dont il traita la queftion , lui attirerent
les applaudiffemens de tous les Auditeurs.
Les Membres de l'Academie furent
regalez magnifiquement par le Duc
d'Holftein . Les Profeffeurs de cette Academie
fant en Mathematiques , Mrs
Herman , Bernoully , de l'Ile , Goldbuch
en Mechanique , M. Leurman :
en Phyfique , M. Bulfinger : en Philofophie
, Ms Mattiny & Mayer : en Medecine
, Mrs Honenger , du Vernois ,
Bruiher , Bernoully en Hiftoire , Antiquitez
, Belles - Lettres & Droit public
, Mis Groff , Kohl , Bayer & Beckenftein.
On doit publier dans peu le
premier Memoire approuvé par cette
Academie ; il contient une Differtation
fur les longitudes , dont M. Bulfinger eft
Auteur.
Déformais on affure que ces Memoires
feront imprimez en langue Ruffienne
, pour l'inſtruction des Mofcovites
en Latin & en François. Les Academiciens
reçoivent tous les jours de nouvelles
graces de S. M. Cz. Elle les'a fait
loger dans des maifons magnifiques , en
attendant que leur bâtiment public foit
achevé leur Bibliotheque eft déja trèsconfiderable
, & entre les nouveaux Privileges
qu'elle leur vient d'accorder , ils
ont
FEVRIER 1726. 349
ont celui de donner des paffe- ports valables
à tous les Sçavans qui voudront
aller en Ruffie , où en fortir pour retourner
chez eux .
Les leçons publiques de l'Academie
devoient commencer à la fin du mois de
Janvier ; les affemblées particulieres fe
tiendront les Jeudy & Vendredy de chaque
femaine.
Les Academiciens qui s'appliquent à
l'étude de l'Hiftoire naturelle , ayant déja
formé un Cabinet très-confiderable ' de
curiofitez apportées des bords de la
mer Cafpienne , le Roi de Pologne en
ayant été informé , a fait prier la Czarine
de lui en envoyer pour enrichir
fon Cabinet de Drefde.
Un Artifan Mofcovite qui n'eft jamais
forti du pays , a préfenté depuis peu un
Globe celefte , & un Globe terreftre à
l'Academie , qui les a approuvez , & lui
a fait obtenir de Sa M. Cz . un Privilege
-honorable .
Le 13. Janvier dernier , jour de l'Otave
de la Fête des Rois , il y eut à Rome
une affemblée de gens de Lettres ,
dans une des Salles du College de Propaganda
fide, où l'on recita diverſes Pieces
de Poëfie & de Profe , en prefence
de neuf Cardinaux & d'un grand nom
bre
350 MERCURE DE FRANCE.
bre de Prélats. Le Pape y envoya felon
la coutume fix baffins de confitures feches.
Le Pere Bernard de Caftel- Branco ,
Abbé General de l'Ordre de S. Bernard
en Portugal , Grand Aumônier de S. Majefté
Portugaife , Confeiller d'Etat , Doc
teur en Theologie, Qualificateur du Saint
Office , Seigneur en qualité de General
d'Ordre & de Donataire de la Couronne
, des Villes de Alcobaça , Pederneïra,
Cos , Mayorga , Aljubarota , Cella- Nova
, S. Martin , Alfazeiraon , Sellier ,
Paredes , Ste. Catherine , Evora , Tur
guel & Alvorninha , Grand Chronolo
gifte du Royaume , & l'un des Princi
paux Membres de l'Academie Royale de
I'Hiftoire , mourut vers la fin du mois de
Decembre dernier dans le Monaftere d'Alcobaça
: il avoit commencé l'Hiftoire des
Rois Dom Ferdinand & Dom Pierre I.
& il en avoit lû les Difcours préliminaires
dans une des affemblées publiques de
l'Academie.
Affaires du Palais.
Le Jeudy 24. Janvier , il fut rendu
à la Grande Audiance du Parlement ,
un Arrest très notable , qui a déclaré un
mariage nullement & abufivement contracté
FEVRIER 1726. 351
tracté dans les circonftances qui fuivent.
Le fieur Jouflon Dupleffis , domicilié
dans le Dioceſe de Luçon , ayant épousé
la Dlle Arnaud , en eut des enfans . On
prétendoit qu'il avoit eu pendant fon mariage
un commerce fcandaleux avec la
De Daroft , & même qu'il lui avoit fait
une promeffe de l'époufer après la mort
de la femme.
Pour interrompre ce commerce , le fre
re de la Dlle Daroft fut obligé en 17 07.
de la faire enfermer dans le Couvent des
Filles Penitentes de la ville de Nantes ,
mais l'ayant fait fans aucun ordre des Superieurs
, M. le Procureur General du
Parlement de Rennes fit ordonner fur fon
réquifitoire , qu'il feroit informé des
caufes de cette détention .
L'information faite , la Dlle Daroft &
fa mere , furent décretées d'ajournement
perfonnel , avec défenfes à la Superieure
du Couvent de mettre en liberté la
Dile Daroft , fans un ordre exprès des
Juges , qui inftruifoient la Procedure
criminelle.
Cependant cette affaire n'eut point de
fuite ; mais la Dlle Daroft demeura toujours
renfermée jufqu'au 7. Mai 1711 ,
qu'elle fut mife en liberté , en vertu d'un
fecond Arreft.
}
Au mois de Septembre fuivant , le
fieur
352 MERCURE DE FRANCE .
fieur Jouffon , dont la femme étoit mor
te dès le 14. Mars 1710. fit publier un
ban pour fon mariage avec la Dlle . Daroft
, dans la Paroiffe d'Apremont , fur
laquelle il demeuroit ; il obtint de M.
l'Evêque de Luçon , difpenfe des deux
autres bans , & le mariage fut celebré
dans l'Eglife de S. Denis de Nantes ,
fans qu'il eût été publié aucun ban dans
cette Paroiffe , ni dans celle ou demeuroit
la mere de la Dile Daroft .
Il nâquit une fille de ce mariage . Les
enfans du premier lit du fieur Jouffon
affifterent au baptême de cette fille , &
même l'un deux avoit prié fa belle - mere
d'être maraine d'un de fes enfans ; en
forte
que pendant la vie du fieur Jouffon,
fon fecond mariage & l'enfant qui en étoit
Iffu , furent également reconnus dans ſa
famille.
La Dife Daroft mourut avant le fieur
Jouflon , qui n'eft mort qu'en 1720. Son
frere reprefenta alors un Codicile qu'il
fui avoit remis , auquel étoit attaché un
Bref de la Penitencerie de Rome , par
fequel , fans nommer perfonne , il étoit
permis à des particuliers de fe marier,
quoiqu'ils fuffent coupables d'adultere ,
& qu'ils fe fuffent fait des promefles réciproques
de mariage , lorfque l'un deux
étoit engagé dans un autre mariage ; mais
FEVRIER 1726. 353
il n'y avoit pas lieu de douter , que le
fieur Jouflon n'eût obtenu ce Bref pour
lui- même , puifque fon Codicile contenoit
ces termes : Voilà l'Extrait de mes
éponfailles fait à Nantes le 7. S ptembre
1711. avec les difpenfes de la penitence
que j'ai obtenues de Cour de Rome , qui
rendent mon mariage en bonne forme. Je
veux & entens que celui qui fera fa ofé
que de le contefter , foit privé de ce qui
peut lui venir de ma fucceffion .
Cependant un Oncle maternel de la
fille du fecond lit , ayant voulu en qualité
de fon Tuteur s'immifcer dans la fuc-"
ceffion du fieur Jouffon , les enfans du
premier lit s'y oppoferent , & interjet
terent appel comme d'abus du fecond mariage
de leur pere.
Ils établifloient leur appel fur deux
moyens . Le premier étoit le défaut de
préſence du propre Curé , le mariage.
n'ayant été celebré ni dans la Paroille.
du fieur Jouffon , ni dans celle de la
Dlle Daroft , mais dans une Paroiffe, de
Nantes , qui leur étoit étrangere , & où
ils s'étoient mariez fans permiffion de
leur Evêque , ni de leurs Curez .
f
Le fecond moyen étoit fondé fur le
commerce criminel qu'il y avoit eu entre
le fieur Jouffon & la Dlle Daroft avant
leur mariage , & avant la mort de la premiere
854 MERCURE DE FRANCE
miere femme du fieur Jouffon , ce qui
difoit-on , avoit formé un empêchement
dirimant , qu'un Bref de la Penitencerie
n'avoit pas pû lever.
: De la part du Tuteur de la fille du
fecond lit , on oppofoit d'abord à ces
moyens des fins de non - recevoir , fondées
, 1 ° . Sur les differens Actes par lefquels
les Appellans avoient reconnu pour
valable , le fecond mariage de leur pere.
2º. Sur la paisible & conftante poffeffion
où la Dlle Daroft avoit été de fon état
de femme du fieur Jouffon , & la Dlle
Jouflon de fon état de fa fille legitime .
On répondoit au premier moyen d'abus
, que le fieur Jouffon avoit rempli ce
que les Loix exigeoient de lui , en faifant
publier un ban dans fa Paroiffe , &
en obtenant de M. l'Evêque de Luçon
une difpenfe des deux autres bans ; que
la Dule Daroft ne devoit pas être censée
domiciliée dans le même Dioceſe lors de
fon mariage fait en 1711. quoiqu'elle y
demeurât autrefois avec fa mere ,
puilque
depuis 1707. elle avoit été renfermée
dans un Couvent de Nantes ; qu'une
habitation auffi longue fuffifoit lui
pour
acquerir un domicile de fait dans cette
Ville ; qu'à la verité ce Couvent étoit
fitué fur la Paroiffe de S. Leonard , mais
que c'étoit par des raifons de bienfeance
&
FEVRIER 1726. 355
& pour éviter le fcandale , que les Parties
avoient jugé à propos de celebrer
leur mariage devant le Curé de S. Denis
de la même Ville ; que tout ce qui s'étoit
pallé devoit faire préfumer , que
-ce Curé avoit été délégué par celui de
S. Leonard , pour leur donner la Benediction
Nuptiale ; qu'en effet la Elle Daroft
avoit obtenu difpenfe des trois bans
de M. l'Evêque de Nantes , que cette
difpenfe étoit adreffée au Curé de S. Leonard
, que la Directrice des Filles Pehitentes
avoit affifté à ce mariage , que
dans l'Acte de celebration , le Curé de
S. Denis avoit reconnu lui-même , que
te domicile de la Dlle Daroft étoit fur la
Paroille de S. Leonard , que ce Curé
étoit trop inftruit des regles pour avoir
receu le confentement des Parties contractantes
fans la permiffion de leurs Curez,
& que ces Curez étant décedez depuis ,
il n'étoit pas poffible de rapporter la
preuve de ce fait ; mais que le temps qui
s'étoit écoulé depuis ce mariage , devoit
faire préfumer en fa faveur & pour l'écat
de la Dlle Jouffon.
On difoit contre le fecond moyen ,
que les Appellans ne rapportoient aucune
preuve de l'adultere , dont ils accufoient
leur pere & la Dlle Daroft , ni
des promeffes de mariage qu'ils préten356
MERCURE DE FRANCE:
tendoient avoir accompagné ce crime ;
que l'information faite contre la Dile Daroft
n'avoit été fuivie d'aucune inftruction
, ce qui rendoit les dépofitions des
témoins indignes de foi ; que la Dlle Daroft
interrogée fur fes prétendues habi
tudes avec le fieur Jouffon , avoit tou
jours nié qu'elle eût jamais eu aucun
commerce avec lui avant leur mariage ,
& qu'elle étoit décedée fans que la juſ
tice eut rien prononcé contr'elle , que
le Codicile du fieur Jouffon étoit un écrit
fans aucun caractere d'autenticité , & que
l'énonciation qu'il faifoit du Bref de Penitencerie
, ne pouvoit être d'aucune confequence
, ,
parce que l'état des enfans ne
dépend jamais de la reconnoiffance ou du
défaveu des peres & meres ; que le Bref
de Penitencerie étoit anonime , & ne
pouvoit donner lieu qu'à de fimples préfomptions
peu importantes en matiere
d'état , que d'ailleurs ce Bref étoit indivifibles
que fi les Appellans vouloient
fe prévaloir des faits qui y étoient énonil
falloit admettre fon effet en faveur
du mariage en queftion , ou bien ,
que fi l'on vouloit qu'il ne fût d'aucun
effet pour la validité de ce mariage , il
falloit rejetter les faits y mentionnez ;
qu'enfin l'adultere , quand il feroit prou
vé , n'avoit jamais été feul un empê
,
cheFEVRIER
1726. 357
chement dirimant du mariage .
Nonobftant toutes ces raifons , le mariage
a été déclaré nul , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
Talon , qui fit voir qu'il n'y avoit
point de fin de non - recevoir à oppofer
aux Appellans , parce que la poffeffion ,
où la Dlle Daroft & fa fille avoient été
de leur état , n'avoit pas été affez lon- .
gue pour pouvoir le leur affurer ; parce
que le filence des enfans du premier lit
paroifloit avoir été forcé pendant la vie
de leur pere ; parce qu'ils ne pouvoient
pas par ce filence fe dépouiller d'un droit
qui n'eft pas encore ouverts parce qu'enfin
les Actes , par lefquels ils avoient
reconnu la De Daroft pour leur bellemere,
& la Dlle Jouffon pour leur foeur,
avoient été ou extorquez par la crainte
d'être privez de la fucceffion paternelle ,
ou arrachez par la foumiffion qu'ils devoient
à leur pere.
Qu'au fond , le Curé de S. Denis de
Nantes , qui avoit celebré le mariage
du fieur Jouffon & de la Dlle Daroft n'étoit
le propre Curé ni de l'un ni de l'au
tre , que le fieur Jouffon avoit lui même
reconnu par la publication d'un de
fes bans , & par la difpenfe qu'il avoit
obtenue des deux autres , qu'il étoit domicilié
fur la Paroifle d'Apremont , &
G dar.s
A
358. MERCURE DE FRANCE.
dans le Dioceſe de Luçon ; que la Dile
Daroft étoit auffi domiciliée dans ce Diocefe
, que fa demeure chez les Filles
Penitentes de Nantes ne lui avoit point
donné le droit de contracter mariage dans
le Dioceſe de Nantes , parce que le domicile
fuppofe le choix de la perfonne , &
que nous ne reconnoiffons point en cette
matiere de domicile forcé ; qu'ainſi les
Parties n'auroient pas pû contracter mariage
devant le Curé de S. Leonard de
Nantes , qui étoit celui des Filles Penitentes
; qu'à plus forte raifon elles n'avoient
pas pû le marier devant celui de
S. Denis , qui leur étoit abfolument étranger
, & qui n'avoit eu à cet effet le confentement
d'aucun de leurs Curez , ni
même celui de M. l'Evêque de Nantes,
qui d'ailleurs n'auroit pû lui en donner
le pouvoir , le fieur Jouffon & la De Da
roft n'étant point fes Dioceſains .
Que quant à l'adultere , lorfqu'il étoit
accompagné de promeffes de mariage , il
étoit felon les Loix & la Jurifprudence
un empêchement dirimant au mariage ,
que celui dont on accufoit le fieur Jouf
fon & la De Daroft étoit parfaitement
prouvé par les informations , que la circonftance
des promeffes qu'ils s'étoient
faites de s'époufer , étoit conftatée par la
difpenfe de la Penitencerie que le fieur.
JoufFEVRIER
1726. 3.59
Jouffon avoit obtenue & par fon codicile
; qu'encore que cette difpenfe pût conftater
ces faits , elle ne pouvoit pas rendre
le mariage legitime , foit parce que
celui qui l'avoit accordée avoit borné
tous les effets au for interieur , foit parce
que les Tribunaux du Royaume ne
reconnoiffent point ces fortes de dif
penfes.
Le Vendredy premier jour de ce mois ,
on jugea à la grande Audience de la Tournelle
une Caufe , qui avoit excité la curiofité
des Jurifconfultes. Il s'y agifloit
de fçavoir , fi le Juge d'Eglife étoit recevable
à interjetter appel comme d'abus
d'une Procedure faite par le Juge Royal,
fur le fondement que ce Juge avoit entrepris
fur la Jurifdiction Ecclefiaftique ;
M. l'Evêque d'Angers avoit fait informer
par fon Official contre un Curé de
fon Dioceſe ,, pour avoir rendu des vifites
familieres au fexe , contre la diſpoſition
des Canons . Ce Curé ayant depuis
rendu plainte devant le Lieutenant Criminel
d'Angers , contre des témoins qui
avoient été entendus contre lui à l'Officialité
, ce Juge avoit procedé contr'eux ;
M. l'Evêque d'Angers appella comme
d'abus de cette Procedure , prétendant
qu'il y avoit entrepriſe fur la Jurifdiction
; on le foutint non-recevable dans
Gij fon
360 MERCURE DE FRANCE
fon appel , attendu , difoit - on , que cette
entrepriſe ne pouvoit donner lieu à un
pareil appel ; mais la Cour n'eût point
d'égard à cette fin de non - recevoir , &
jugea que comme l'entrepriſe du Juge
d'Eglife fur laJurifdiction du Juge Royal
donne lieu à un appel comme d'abus , de
même l'entrepriſe du Juge Royal fur la
Jurifdiction du Juge d'Eglife y peut don
ner lieu . Cependant la Cour prononçant
fur l'appel de M. l'Evêque d'Angers
dit qu'il n'y avoit abus ; & comme le
Curé étoit auffi appellant comme d'abus
de la Procedure faite contre lui à l'Officialité
d'Angers , il fut dit par le même
Arreft qu'il y avoit abus , en ce que la
plainte rendue contre lui , énonçant un
cas privilegié , l'Official n'avoit pas dès
ce moment appellé le Juge Royal . Cet
Arreft a été rendu conformément aux
Conclufions de M. l'Avocat General Gilbert.
aaaaaaaaaaaaabMM
CHANSON.
JE n'ai jamais apris , fa , mi , re , ut , fïí , la
Je ne fçai , ni game , ni note ;
Mais à la place de cela
J'ai le gofier brillant pour fifler la linotte.
:
Des
Air de Mr Guillo
ཆོས ཤུག ཚེ རེ
LASTOR
, LENO
ANO
TILDEN
FOUNDATIONS
,
डू
FEVRIER 1726.
361
Des Rois & de la Saint Martin ,
Je fais à plein la double Octave ;
Et fans connoître clefque celle de la cave ,
A merveille j'entonne un verre de bon vin.
L
SPECTACLES.
E 4. de ce mois les Comediens François
repreſenterent à la Cour la Tragedie
d'Iphigenie , & la petite Conredie
de l'Epreuve reciproque.
3
Le Mercredi 6. les Italiens y reprefenterent
Arlequin Bouffon de Cour , &
la petite Piece du Retour de la Tragedie
Françoife.
Le 7. Cinna & les Plaideurs par les
François.
On repete la nouvelle Tragedie d'Edipe
de M. de la Motte. Elle fera reprefentée
au commencement du mois
prochain.
Agrippa , Tragedie nouvelle , a été
reçûe depuis peu par les Comediens
François ; ainfi qu'une autre Tragedie
nouvelle de M. de Boiffi , qui a pour
titre Admete & Alcefte.
G iij
ON
362 MERCURE DE FRANCE .
On a repris la petite Comedie du
Mari retrouvé , dont on a parlé il n'y a
pas long- temps , & on y a ajoûté un Balet
nouveau , compofé de 14. perfonnes
, toutes de la Troupe Françoiſe , qui
fait un grand plaifir au Public.
Le Jeudi 21. de ce mois on reprit
Bajazet , Tragedie de M. Racine , dans
laquelle les Diles Labat & de Seine
jouerent les Rôles d'Atalide & de Roxane
.
La Dlle du Chemin la mere , qui étoit
au Theatre François depuis quelques
années , s'eft retirée avec mille livres
de penfion .
L'Académie Royale de Mufique continue
toujours les reprefentations d'Athys
avec fuccès. La Dile Lambert chanta
le 7. le rôle de Cybelle , à la place
de Mlle Antier , dans lequel elle fut applaudie.
On a diftribué les rôles d'un Opera
nouveau , qu'on doit jouer après Athys,
intitulé les Stratagênes de l'Amour. Le
Poëme eft de M. Roy , & la Mufique eft
de M. Deftouches : nous en parlerons
dans fon temps.
Le 8. Les Comediens Italiens remirent
au Theatre la Fanße Suivante ou le
Fourbe
FEVRIER 1726. 363
Fourbe puni. Cette Piece avoit été reprefentée
pour la premiere fois en Juillet
1724. nous en avons donné un Extrait
dans le Mercure du même mois .
Le fils du fieur Lelio y joiia le rôle d'Amoureux
avec beaucoup d'intelligence :
les talens qu'il fait paroitre pour le Theatre
, font efperer qu'il deviendra un trèsbon
Acteur.
Les mêmes Comediens donnerent le
Jeudi 14. de ce mois , la premiere reprefentation
d'une Comedie nouvelle en
5. Actes , en Profe Françoife , dont la
Dile Flaminia eft Auteur , intitulée Le
Naufrage. Cet Ouvrage a été fort bien
reçû du Public qui l'a beaucoup applaudi.
On en donnera un Extrait dans le
prochain Mercure.
Foire Saint Germain.
>
Les Entrepreneurs de l'Opera Comique
, qui avoient leur Theatre dans une
Loge du Preau de la Foire S. Germain
& qu'on a abbatue pour faire place au
marché qu'on y va établir , ont fait conftruire
un Theatre & des Loges , dans un
Jeu de Paume de la rue de Buffy , au
voifinage de la Foire. Ils y ont donné le
19. de ce mois la premiere reprefentation
de deux petites Pieces nouvelles ,
G iiij
inti364
MERCURE DE FRANCE .
intitulées l'Ambigu Comique & la Parodie
d'Athys en Vaudevilles ; avec des divertiffemens
dans les Entre - Actes : la
premiere , qui eft une Critique de l'Impromptu
dela Folie , de la Comedie Françoife
, a été plus goûtée que la Parodie :
en voici à peu près le fujet.
Cette Piece commence par une Scene
entre l'Entrepreneur de l'Opera Comique
& la Foire perfonnifiée ; le premier
lui fait des reproches , fur ce qu'elle
l'a prefque abandonné ; la Foire lui fait
entendre qu'elle attend une Troupe que
la Folie lui doit envoyer , & qu'elle efpere
par ce fecours lui faire gagner beaucoup
d'argent. La Troupe promife arrive
, elle eft compofée d'un Boffu , d'un
Begue , d'Arlequin en fille , & d'un
vieux Danfeur . La Foire chaffe tous ces
Acteurs contrefaits , & ne retient que la
fille , fur ce qu'elle lui dit , qu'elle eft
propre à jouer toute forte de rôles , foit
en homme , foit en femme , & qu'elle
fçait jouer même le rôle d'Arlequin.
La Folie vient joindre la Foire ; celleci
la querelle fur ce qu'elle lui a envoyé
une Troupe d'Acteurs prefque tous con
trefaits ; elle lui reproche auffi d'avoir
donné à la Comedie Françoife une Piece
, qui naturellement devoit appartenir
à la Foire. La Folie lui fait entendre
qu'elle
t
FEVRIER 1726. 365
qu'elle ne doit pas être fáchée des Acteurs
qu'elle lui a envoyez , & qui font
'prefque les mêmes qu'elle a donnez à la
Comedie Françoife car ( dit la Folie )
que feroit devenue la Piece de l'Impromp
tu de la Folie ,fans le fecours d'un Nazillard
, d'un Bredoü illeur , & d'un Arlequinfemelle
? Enfin , la Foire & la Folie
fe raccommodent enſemble ; cette derniere
confeille à l'autre de donner feconde
Piece un Athys en capilotade ; elle
lui confeille auffi de n'avoir aucune rancune
contre fes voifins , par ce Vaudeville
que la Folie commence de chanter
La Folie...
Emere voifins point de rancune.
La Foire.
pour
Meffieurs , plaignez mon infortune,
Cela n'eft- il pas enrageant ?
Tout le monde me dévalife ,
Mon Coufin me prend mon argent ,
Et mes voifins mamarchandiſe.
Le fieur John Riner , Anglois , a fait
conftruire aufli un Theatre dans un Jeu
de Paume de la rue des Foffez de M. le
Prince , où fa Troupe fait fon exercice
de fauts & de danfes : on y a joint un
Spec
366 MERCURE DE FRANCE.
Spectacle de Marionnettes , qui repres
fenterent le 10. une Piece , intitulée La
Grand' Mere amoureuse , dont le fujet eft
encore une Parodie de l'Opera d'Athys.
Le 8. Janvier on ouvrit à Rome les
Theatres d'Opera & de Comedie , à
l'occafion du Carnaval ; on repreſenta
fur celui de Capranica , le Triomphe de
Camille , Reine des Volfques : fur celui
de Ruffelaï , la Prifonniere fidelle : fur
celui de Faix , la Rivale genereuſe , &
fur celui du Prince Pamphyle , le veritable
heritier du Trône.
Le Theatre d'Alibert fut ouvert le 14.
par la premiere reprefentation d'un Opera
, qui a pour titre , Didon abandonnée.
On apprend d'Allemagne , qu'on a
reprefenté à Caffel , pour l'ouverture
du Carnaval , un Opera nouveau , fous
le titre de l'Innocence défenduë.
On écrit de Londres › qu'on a ceffé
T'Opera de Rodelinde , qui fut joué dans
fa nouveauté l'année pallée , pour y reprefenter
le nouvel Opera d'Annibal en
Italien , compofé à Rome par un celebre
Muficien , nommé Porpora.
Le
FEVRIER. 1726.
367
Le 26. Janvier le Roi & les trois
jeunes Princeffes affifterent à la reprefentation
du nouvel Opera , intitulé
Elife.
On mande de Bruxelles , qu'on a fait
des reparations au Theatre du Palais ,
our les Seigneurs & Dames de la Cour
de l'Archiducheffe , doivent reprefenter
la Comedie pendant les derniers jours
du Carnaval , ainfi que cela fe pratique
à la Cour de Vienne.
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE.
Na eu avis que le Sultan Deli
avoit attiré dans fon parti les Tartares
de Circaffie , de Nogay & les Calmuques
, & qu'il attendoit encore un
fecours de la grande Tartarie , qui le
mettroit en état de fe foutenir dans fa
rebellion ; que ces nouvelles cau foient de
l'inquiétude au Grand Vizir qu'il avoit
deux fois affemblé le Divan ; qu'il avoit
été refolu de propofer un accommodement
à ce Prince rebelle à la Porte , &
qu'au cas qu'il refusât de l'accepter , on
G vj feroit
368 MERCURE DE FRANCE.
feroit marcher contre lui trois Corps de
Troupes , commandez par trois Bachas
qui étoient déja nommez.
t
On a reçû avis de Conftantinople , que
la Province de Loreftan en Perfe , la
Ville d'Ardebil , & celle de Sultania ,
s'étoient foûmifes au Commandant des
Troupes du G. S. à des conditions avantageufes
que le fucceffeur de l'Ufurpateur
Miry- Mamouth s'étoit déterminé
à envoyer un de fes principaux Officiers
, pour propofer à Sa Hauteffe un
partage des Provinces de la Perfe , qui
rftent à conquerir que fuivant les
ordres du Grand Vizir , les Troupes Ottomanes
, qui font dans ce Royaume ,
avoient été mifes en quartier de rafraî
chiffement , pour être en état de pourfuivre
leurs conquêtes au Printemps prochain.
RUSSIE.
A Czarine a formé un nouveau Regiment
, compofé de Gentilshommes
Mofcovites , qui lui ferviront de Gardes
du Corps lorfqu'elle fortira , & une
autre Compagnie de Chevaliers , qui
n'aur nt de fervice qu'auprès de la Perfonne.
Le jour des Rois S. M. Cz. entendit
le Service Divin dans l'Eglife de la Trinité
FEVRIER 1726. 369
nité , pendant lequel elle donna l'Ordre
de Sainte Catherine à la Ducheffe de
Meckelbourg , à la Ducheffe Douairiere
de Curlande , & à la Princeffe Czarienne
Profcovie- Jwanowna , l'Ordre de
S. André , au Baron de Mardefeldt ,
Miniftre & Flenipotentiaire du Roi de
Pruffe à Petersbourg , & celui de Saint
Alexandre à M. Munick , Lieutenant
General des Armées de S. M. Cz.
..
- 'La Czarine fe rendit enfuite fur la Riviere
de Neva , où les Archevêques ,
les Evêques , & les autres Ecclefiaftiques
vinrent en Proceffion . On avoit
dreffé fur la glace un Pavillon , fous lequel
on avoit fait un trou , & le plus .
ancien des Archevêques benit l'eau de
la Riviere , avec les Ceremonies qui
s'obfervent tous les ans à pareil jour à
Petersbourg. On entendit des falves de
PArtillerie de la Fortereffe & de l'Amirauté
, & des décharges de Moufqueterie
des Gardes du Corps , & autres
Troupes de la Garnifon qui étoient en
bataille . Le foir toutes les maifons de la
Ville furent illuminées , & c .
-Le General Staff doit partir inceffamment
pour fe rendre en Perfe , où il menera
16000. hommes de Troupes reglées.
SUEDE
$70 MERCURE DE FRANCE.
LR
SUEDE.
E Baron de Bullow , Miniſtre du
Roi de Pruffe , qui arriva à Stockolm
dans les premiers jours du mois.
dernier , eft entré dans les Conferences
qui fe tiennent entre les Miniftres des
Rois de France & d'Angleterre , & les
Commiffaires nommez par le Roi.
On mande de Cracovie , que le Starofte
de Zeplir & le Prince Lubomirſki
, y ont fait reprefenter une Conedie
, dont le fujet étoit allegorique à l'é
tat prefent du Royaume de Pologne .
ALLEMAGNE.
LE 17. Janvier au foir il y eut à
Vienne une courfe de 39. traineaux,
& tous les Seigneurs & Dames qui y
parurent , furent magnifiquement rega
lez par le Prince d'Averfperg , chez
lequel il y eut enfuite un Bal public
qui dura toute la nuit .
Suivant l'état des Troupes de l'Empereur
qu'on a rendu public , il paroît
qu'elles confiftent à prefent en 47. Regimens
d'Infanterie & deux de Heyduques
, de 2000 hommes chacun ; 21 .
Regimens de Cuiraffiers , & onze de
• DraFEVRIER
1726. 37
Dragons de 957. hommes , & deux de
Huffars de 605. hommes chacun. De ces
Troupes , celles qui font en quartier
dans la Hongrie , dans la Servie , & à
Temefwar , font au nombre de 12. Régimens
d'Infanterie , fix de Cavalerie &
deux de Huffars . Il y a en Tranfilvanie
trois Regimens, d'Infanterie & trois de
Cavalerie ; en Autriche , Bohème , Silefie
, Moravie & autres Provinces voifines
, cinq Regimens d'Infanterie &
fix de Cavalerie ; fur le haut Rhin ,
trois Regimens d'Infanterie ; aux Pays-
Bas , huit Regimens d'Infanterie & trois
de Cavalerie ; dans le Milanez & le Du
ché de Mantouë , fix Regimens d'Infanterie
, deux de Cavalerie & un de Heyduques
dans le Royaume de Naples ,
cinq Regimens d'Infanterie , & deux de
Cavalerie ; en Sicile , cinq Regimens
d'Infanterie & un de Heyduques. Outre
ces Troupes l'Empereur entretient
encore 24. Compagnies indépendantes ,
de 200. hommes chacune qui font en
garnifon avec quelques Regimens de
Dragons ; à Vienne , Brun , Gratz , Paffau
, Breflaw , Raab , Comorren , Gran
& Erlau .
On apprend de Berlin , que le Roi de
Prufle a envoyé ordre au Faron de Mardefeldt
, fon Miniftre à Petersbourg , de
com
372 MERCURE DE FRANCE.
communiquer le Traité d'Herrenhauſer
à la Czarine ; & de demander à cette
Princeffe des éclairciffemens fur l'alliance
qu'elle eft fur le point de conclure
avec l'Empereur.
Le Comte Jerôme de Colloredo , cidevant
Gouverneur du Milanez , arriva
de Milan à Vienne le 22. du mois dernier
, pour prendre poffeffion de la Charge
de Maréchal de la Cour , qui a été
exercée par iinntteerriimm par le Comte
de Brandeis , Chambellan de la Clef
d'or ; il prêta ferment pour fa nouvelle
Charge le 28. & le même jour le Comte
de Sinzendorf , Grand- Maître de la
Maifon de l'Empereur , l'inftalla avec les
formalitez accoûtumées.
Le bruit court que l'Infant Dom Carlos
viendra en Allemagne au Printemps
prochain , pour être élevé à la Cour de
Vienne , jufqu'au décès du Grand Duc de
Tofcane.
On apprend de Caffel que le 22. du
mois dernier , jour de la naiffance de la
Reine de Suede , on y fit l'ouverture du
Carnaval par la reprefentation d'un
Opera intitulé , l'Innocence défendue , où
toute la Cour fe trouva. On fervitenfuite
un magnifique repas fur une table de 80.
Couverts , laquelle for noit le nom de la
Reine de Suede. La Fête fut terminée
par
FEVRIER 1726. 375
par un Bal qui dura jufqu'au jour.
On mande de Vienne , que le Com
te de Bonneval étoit forti le 10. du
mois dernier du Château de Spielberg
en Moravie , où il étoit prifonnier , &
qu'il efperoit dans peu rendre fes refpects
à l'Empereur .
Il elt tombé une fi grande quantité de
nege , que les bêtes fauves , ne trouvant
plus de nourriture à la campagne , en
viennent chercher dans les Bourgs &
dans les Villages . Les Loups font de
grands ravages , & l'on a appris qu'ils
avoient devoré un Gentilhomme , qui
étoit dans un traineau avec fon époufe,
fur le chemin de Hongrie , & un Dra
gon du Regiment de Daun , entre Offen
& Prefbourg..
ITALIE.
ON affure que le Pape a affigné 6000 .
Ο
>
écus par an des revenus de la Chambre
Apoftolique , pour l'entretien de la
Princefle Sobieska pendant le temps
qu'elle demeurera dans le Monaftere des
Religieufes de Sainte Cecile , où cette
Princeffe aura deux Dames d'honneur ,
quatre Demoifelles , trois femmes pour
fa cuifine , deux Valets de Chambre , &
un
374 MERCURE DE FRANCE
un autre Domeftique pour faire les com
miffions du dehors .
La gelée a été fi vive dans la Poüille,
qu'elle a fait perir plufieurs beftiaux , &
caufé un dommage confiderable aux biens
de la terre.
La derniere enchere pour la ferme des
Loteries , ou Jeux de Genes , a été portée
à 170000. écus.
Dona Marie Alexandre , & Dona Ma
rie -Helene de Graffis , foeurs jumelles ,
firent profeffion le 24. Janvier à Rome,
dans le Monaftere de la Conception du
Champ de Mars , entre les mains du Cardinal
Albani de S. Clement .
Les Habitans de la Ville de Pife ont
obrenu du Grand Duc la permiffion de
reprefenter le 17.Janvier , Fête de Saint
Antoine , les faits d'Armes de leurs Ancêtres
; ufage qui étoit prefque aboli.
་
Le Tribunal de l'Inquifition expofa le
13. de l'autre mois fur un Theatre élevě
dans l'Eglife de Sainte Croix à Florence
, un Criminel que les Loix condamnoient
au dernier fupplice , mais auquel
il a fait grace , en l'obligeant à une
penitence publique .
ESPAFEVRIER
1726. 375
ESPAGNE.
Le Roy a nommé à l'Ambaflade de
Venife le Marquis de Caftelar , ci - devant
Secretaire d'Etat , ayant le département
de la guerre ; S. M. a réuni ce
département à la Secretairerie Generale
du Duc de Ripperda.
On a publié un nouveau Decret par
lequel le Roi deffend à tous ceux qui
font chargez du foin d'adminiftrer la juftice
dans les Etats , de retarder fous quelque
prétexte que ce foit le Jugement des
Procès Civils & Criminels , qui font
pendans en leurs Tribunaux. Il leur eft
ordonné d'envoyer en Cour un état de
tous ces Procès à la fin de chaque mois,
áfin que la Cour foit informée de la
maniere dont ils auront été jugez ; S. M.
déclarant qu'elle fe trouvera au Confeil
toutes les fois que le rapport s'en fera.
Un autre Decret nouveau a été publié
pour continuer à Cadix le Confulat des
Indes , qui devoit être tranfporté à Seville.
Le Comte de Konigfek , Ambaffadeur
Extraordinaire de l'Empereur , arrivé
depuis peu à Madrid , alla le 7. Janvier
au Pardo , où il eut fa premiere Audiance
particuliere du Roi , du Prince des
Afturies & des Infans.
.
S.
376 MERCURE DE FRANCE.
S. M. Cath. a nommé le Marquis de
Los -Balbazès pour fon Ambaffadeur Extraordinaire
à la Cour du Roi de Portugal
, à l'occafion du double mariage du
Prince des Afturies , avec l'Infante de
Portugal , & du Prince du Brefil , avec
l'Infante d'Espagne.
Le Roi a donné les ordres pour faire
revenir à Madrid les Gardes du Corps qui
font en Catalogne , & pour faire retirer
dans l'interieur du Royaume, les troupes
qui étoient depuis quelques mois fur la
frontiere.
On a publié & affiché par ordre du
Roi dans differentes villes d'Efpagne ,
que les Etrangers qui voudront y venir
établir des Fabriques de fils , de toiles ,
de papier fin & d'autres Manufactures ,
n'auront qu'à s'adreffer au Duc deRiperda
, Secretaire d'Etat del Defpacho , qui
leur fera des conditions avantageufes.
Le Roi a donné depuis peu à Dom
Nicolas Ginés - Gomés de Hinojofa , Chevalier
de l'Ordre d'Alcantara , une place
de Confeiller dans le Confeil de Hazienda
ou des Finances , avec le titre de
Tréforier General , fpecial & perpetuel
de tous les revenus du Royaume. S. M.
én créant cette nouvelle Charge en fa
faveur , lui a donné le droit de faire.ren
dre compte à tous les Tréforiers, Payeurs
&
FEVRIER 1726. 377
Dépofitaires particuliers , même aux
Tréforiers de la Marine , de l'Ordinaire
les guerres , des rentes generales , des
jalines & du Tabac , aux Directeurs
es Hôtels des Monnoyes & à tous aures
Officiers comptables qui feront déormais
dépendans du Tréforier General,
uquel S. M. a remis l'autorité necefaire
pour faire la difpofition & diftriution
des fonds .
Le Roi confiderant qu'un emploi de
cette importance , devoit être ftable &
perpetuel pour établir la confiance de fes
Sujets , l'a déclaré tel par un Decret
figné de fa main , donné au Pardo le 29 .
du mois dernier , dans lequel le Roi lui
accorde 1 2000, écus d'appointemens, avec
le pouvoir de prendre dans toutes les Tréforeries
, tant generales que particulieres,
tous les papiers , comptes & autres inftructions
dont il aura befoin , &c. Dans
le département du Tréforier General feront
compris les fonds des rentes Provinciales
, ceux des rentes generales , les
revenus des Droits Royaux , & generalement
tous les autres revenus particuliers
de la Couronne , de quelque nature
qu'ils puiffent être , fans aucune exception.
Ce nouvel Officier difpofera des
fonds deftinez pour la Flote & les Gallions
; de ceux provenans du retour de
ces
$78 MERCURE DE FRANCE.
ces Vaiffeaux , dont les Officiers parti
culiers des Ports du Royaume feront tenus
de lui donner avis de l'arrivée , en
y joignant un état fidele de leurs Cargaifons.
Il difpofera auffi des fonds provenans
des Droits qui fe levent fur les
Marchandifes qu'on embarque , tant à
Cadix que dans les autres Ports de ce
Royaume & de la nouvelle Efpagne , des
revenus de la Cruzade dans ce Royaume
& dans les Indes Occidentales , dont le
produit fera toujours employé felon la
deftination accoutumée . Il payera en vertu
des ordres du Roy les gages des Officiers
de Juftice , les troupes de terre &
de mer , & les autres charges de la Couronne
; & comme il eft neceflaire d'établir
un meilleur ordre dans l'adminif
tration des finances , qu'on ne l'a pû faire
dans les temps de guerre , S. M. a ordonné
particulierement à fon nouveau
Tréforier General , de faire chaque année
un état de la recette & de la dépenfe
generale , & de la remettre au Duc
de Riperda , Secretaire d'Etat del Def
pacho , que le Roi a nommé pour figner
les Mandemens , Ordonnances & autres
ordres Royaux , fans lefquels le Tréforier
General ne pourra acquitter vala .
blement les Charges annuelles de l'Etat .
On a publié à Madrid un nouveau
Decret
FEVRIER 1726. 379
Decret , donné au Pardo le 14. Janvier
dernier , par lequel le Roi augmente d'un
huitième le prix des Efpeces d'or fabriquées
dans les Etats enforte que les
Ecus d'or qui valoient feize Reaux de
Plate double , en valent 18. depuis la
publication de ce Decret . Les doublons
& autres efpeces font augmentées dans
la même proportion . S. M. s'eft crû engagée
à ordonner cette augmentation pour
empêcher le tranfport des efpeces d'or
dans les Pays Etrangers. Les Billets &
les Lettres de Change d'une datte anterieure
à la publication du Decret , feront
payez par les débiteurs en efpeces
du prix qu'elles avoient avant l'aug
mentation.
Par un Decret du 22. du mois dernier
, le Roi declare que n'ayant pas deffein
de nommer aux Dignitez vacantes
d'Amirante & de Connétable de Caftille
, S. M. réunit ces deux Charges à la
Chambre de Caftille.
Jean - Jofeph le Gendre , fils du premier
Chirurgien de S. M. Cath . qui
étoit ci- devant Secretaire du Cabinet du
feu Roi d'Espagne , a été fait Secretaire.
de la Chambre du Prince des Afturies
& Tréforier de fes menus plaifirs .
POR
380 MERCURE DE FRANCE.
PORTUGAL.
Depuis le premier Janvier jufqu'au
dernier Decembre de l'année derniere ,
il eft entré dans le Port de Lisbonne 57.
Bâtimens François , 391. Vaiffeaux Anglois
, 66. Hollandois , 15. Suedois.
8. Danois 3. Mofcovites , 19. Hambourgeois
, 3. Efpagnols , 4. Tartanes
Genoifes , une Venitienne , & 139. Navires
Portugais.
?
GRANDE-BRETAGNE .
Le 31. du mois dernier , à deux heures
après midi , le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs , avec les Ceremonies accoutumées
, S. M. fit l'ouverture du Parlement
, par un Difcours qui contient
en fubftance ; Que le trifte état auquel ont
été réduits quelques Proteftans dans les
Pays Etrangers , & les engagemens dans
Lefquels quelques Puiffances font entrées
ayant paru menacer l'Europe de nouveaux
troubles , & les Anglois en particulier
de la perte des parties les plus avantageufes
de leur Commerce , le Roi avoit éte
obligé de prendre au plûtot , avec d'autres
Puiffances , des mesures qui puffent faire
évanouir les projets ambitieux de celles.
3
qui
FEVRIER 1726. 381
•
qui tâchent de fe rendre formidables : Que
le Traité d' Alliance qui avoit été concla
pendant le fejour de S. M. dans fon Electorat
, feroitinceffamment communiqué aux
deux Chambres ; Que par ce Traité & par
l'affiftance de fes Sujets , S. M. Je croyoit
en état de les maintenir dans la jouiſſance
des droits des privileges qui leur
font acquis depuis long- temps , par les
Traitez les plus folemnels , & de confer
ver la Paix & la balance entre les Puif
fances de l'Europe.
Le II . de ce mois on celebra à Londres
l'anniverfaire du Martyre de Charles
I. avec les Ceremonies accoutumées;
l'Evêque de Norwich prêcha devant la
Chambre des Seigneurs , le Docteur Lockier
, Doyen de Peterborough devant
celle des Communes & le Docteur
Warren , Recteur de l'Eglife de Sainte,
Marie , devant le Lord Maire & les Aldermans.
Le 6. de ce mois , la Chambre des
Communes réfolut d'accorder 10000 .
hommes au Roi , pour le fervice de la
Flote pendant le courant de cette année,
& de lui fournir un fubfide de 520000 .
Liv . fterlin , pour payer ces troupes fur le
pied de 4. livres fterlin par mois 'pour
chaque homme , en comptant l'année de
13. mois felon l'ancien ufage.
Η Le
382
MER CURE
DE FRANCE
.
Le 8. la même Chambre accorda au
Roi 18226. hommes , pour les gardes
& garnifons dans le Royaume & dans
les ifles de Guernesey & de Jerſey , &c.
& pour l'entretien de ces troupes un
fubfide de 655778. liv . fterlin , un autre
de 152637. liv, fterlin , pour entretenir
les troupes & garnifons des Plan- .
tations de l'Amerique , de l'Ifle de Minorque
, de Gibraltar , &c. une autre
fomme de 14030. liv . fterlin , pour les
Penfionnaires qui font hors du College.
de Chelfea , 5287. liv. fterlin , pour
plufieurs dépenfes extraordinaires , aufquelles
le Parlement n'avoit pas pourvû
dans la derniere feffion , & 73000. liv.
fterlin , pour les Officiers de terre & de
Marine à la demie -paye .
Le Roi ayant réfolu d'avoir une Flote
confiderable en mer au Printemps prochain
, les Seigneurs Commiflaires de
l'Amirauté , mirent le 6. en Commiffion
les douze Vaiffeaux de guerre , dont on
a publié la lifte,, avec le nombre des Ca
nons & des équipages . On affure que
: cette Flote qui fera compofée de 30 .
Vaiffeaux , fera commandée par le Chevalier
Jean Norris en Chef , & par Mi
d'Hofier & Hopfon, en qualité de Vice-
Amiraux .
Le bruit court auffi qu'on doit en-
•
voyer
FEVRIER 1726. 383
voyer inceffamment deux Vaiffeaux de
guerre dans le Port d'Oftende , pour
Tommer tous les Officiers de Marine &
Matelots Anglois qui font fur les Vaiffeaux
de la Compagnie des Pays- Bas
de rentrer au ſervice de S. M. à peine
etre déclarez rebelles & traîtres au Roi
& à leur Patrie.
HOLLANDE ET PAÏS BAS.
La digue de la Riviere de Leck
ayant été rompue en deux endroits près
de Sehoohove , les Pays de Kemperderweert
& d'Albafferweert , avec 16.
ou 19. Villages , ont été entierement
fubmergez.
La digue , entre Gorcum & Mariekerck
, ayant été percée , l'eau eft entrée
dans le Territoire de Viane ; les
habitans de la Campagne le font refugiez
dans la Ville avec leurs beftiaux &
leurs meilleurs effets . On employe 200 .
hommes jour & nuit à prevenir l'inondation
du Diefdyk , & l'on efpere de réuffir
, parce que les eaux ont paffé de 7. à
8. pouces à Culembourg.
Hij
MORT'S
384 MERCURE DE FRANCE .
MORTS , NAISSANCE.
L
E Marquis de Prié , qui eut une attaque
d'Apoplexie à Vienne le 4.
Janvier , mourut la nuit du 11. au 12,
du même mois dans la 77 ° . année de fon
âge ; il s'appelloit Hercule- Jofeph- Louis
de Turinetti ; il étoit Chevalier de l'Ordre
de l'Annonciade , Grand- d'Eſpagne ;
Confeiller d'Etat de l'Empereur , & avoit
été Commiffaire General de l'armée Imperiale
en Italie , fon Ambaffadeur à
Rome auprès du Pape Clement XI , &
Miniftre Plenipotentiaire pour le Gouvernement
general des Pays- Bas Autrichiens
pendant celui du Prince Eugene ,
La Comteffe de Platen mourut à Hanovre
le 23. du mois dernier , après
quinze jours de maladie , âgée d'environ
50. ans . Son corps fut inhumé le 27 .
avec beaucoup de pompe , dans l'Eglife
Catholique d'Hanover , où l'on celebra
le 30. un Service folemnel pour le repos
de fon ame.
Le Cardinal Jean - Baptifte Tolomeï
de Piftoye en Tofcane , Cardinal , Prê
tre du Titre de S. Etienne le Rond ,
mourut à Rome la nuit du 17. au 18 .
JanFEVRIER
1726. 385
Janvier , d'une retention d'urine , âgé de
72. ans , un mois & 15. jours . Il étoit
de la Compagnie de Jefus , lorfque Clement
XI . le fit Cardinal le 18. May
1712. Il a fait les fonctions de Camerlingue
dans les deux derniers Conclaves.
Le Chevalier Roland Gwin , Baronet,
mourut à Londres le 4. de ce mois dans
un âge fort avancé : il étoit Membre du
Parlement fous le regne du feu Roi Guillaume
, ce fut lui qui porta le Bill pour
établir la fucceffion à la Couronne dans
la Maifon d'Hanover.
Le 18. Janvier , la Reine de Pruffe
accoucha d'un Prince qui fut baptifé le
20. par M. Noltenius , Prédicateur du
Roi , & tenu fur les fonts au nom de
la Reine de France , du Roi de Dannemarc
, du Prince Royal de Pruffe , du
Duc d'Orleans , & du Duc de Bourbon :
il fut nommé Frederic Henry- Louis , en
prefence du Roi & de la FamilleRoyle, de
divers Miniftres Etrangers, Generaux & c.
糕糕
FRANCE ,
XX
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c .
E 1. de ce mois , la Reine enten-
Lait
dit la Mefle dans la Chapelle du Château
de Marly , & S. M. communia par
Hiij
les
386 MERCURE DE FRANCE
les mains de l'Evêque Comte de Châ
lons , fon Premier Aumônier. L'aprèsmidi
le Roi & la Reine revinrent à
Verfailles .
Le 2. de ce mois , Fête de la Purification
de la Sainte Vierge , les Cheva
liers , Commandeurs , & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , fe rendirent
vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roi , d'où S. M. alla à la
Chapelle du Château , étant précedée du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conti , du Duc
du Maine , du Comte de Toulouſe , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre . Le Roi , devant le
quel les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs malfes , étant entré dans
Ja Chapelle , l'Evêque de Metz , Prélat
Commandeur de l'Ordre , préfenta un
Cierge à S. M. Le Roi affifta à la Proceffion
qui fe fit dans la Chapelle , & à
la grande Meffe , celebrée pontificalement
par le même Prélat. Enfuite S. M.
fut reconduite dans fon appartement ,
dans l'ordre obfervé en allant à la Chapelle.
La Reine , accompagnée des Dames de
fa Cour , entendit la grande Metfe dans
la Tribune. L'après -midi , le Roi & la
Reine
FEVRIER 1725. 307
Reine affifterent à la Prédication du
Pere Boyé , Theatin , & enfuite aux
Vêpres .
Le 8. Leurs Majeftez retournerent au
Château de Marly pour y pafler quelques
jours.
Dans le peu de féjour que la Cour a
fait à Versailles , il n'y a eu qu'un Concert
le 5. de ce mois chez la Reine . On
y chanta le Prologue & fecond Acte de
l'Opera d'Amadis , avec la Cantate d'Orphée
, de M. de Clerambault , chantée
par Mlle Camille , jeune Muficienne ,
qui a une fort belle voix.
Le 2. de ce mois , le Pere Commandeur
des Religieux de la Mercy , du
Convent du Marais , accompagné de
trois Religieux de la Maiſon , eut l'honneur
de préfenter un Cierge à la Reine ,
pour fatisfaire à une des conditions de
l'établiffement de ces Religieux , fait à
Paris en 1615. & par lequel la Reine
Marie de Medicis , qui fonda leur Mai .
fon , voulut que ces Religieux la reconnuffent
, & toutes les Reines de France ,
pour leurs Fondatrices , & les chargea
de leur préfenter tous les ans , en figne
d'hommage , un Cierge à la Fête de la
Purification.
Le 9. le vent ayant renversé le gros
mur d'une maifon › qu'on démoliffoit
Hiiij pour
388 MERCURE DE FRANCE.
pour faire le nouveau Marché dans le
Preau de la Foire S. Germain , au bout
de la rue du Four , il y eut deux femmes
& un petit garçon d'écrafez . Une de ces
femmes étoit prête d'accoucher ; on lui
tira l'enfant qui n'étoit pas encore mort,
& qui fut baptifé.
Le 15. de ce mois , jour de la naiffance du
Roi,qui entroit dans la17.année de fon âge ,
S. M.reçut à cette occafion les complimens
des Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames
de la Cour,
0
L'Abbaye de S. Sigifmond lès - Bayonne ,
Ordre de S. Bernard , Diocèfe de Dacqs
vacante par le décès de la Dame d'Epinoy ,
a été donnée à la Dame Angelique de la
Noue , Religieufe du même Ordre .
Pendant le voyage de la Cour à Marly
au mois de Janvier dernier , il y eut fix
Concerts , dans lefquels on executa divers
fragmens des Opera de Lully
comme d'Amadis & de Bellerophon. Les
Cantates de Cardenio , d'Enone , de Bacchus
& de l'Amour , & autres Airs détachez
de Mts de la Lande , Deftouches ,
Clerambault , Bourgeois , &c . chantez
par les Dlles Antier , Tulou , Desjardins,
le Peintre , Piefche & Dreüin , de la
Mufique du Roi , & par les fieurs Blonquiere
, Francifque , Hyacinte , Boutelou
, le Prince , Guefdon , Bury , Dumefnil
, Roger , Courciet , Daigremont,
1
FEVRIER 1726 .
389
F
Baftaron , Fregard , Taron , Godoneſche
& Dangerville.
Les Symphoniſtes pour le Clavecin , le
Violon , Hautbois & Flutes , Balles de
Violon & Baffons , font les fieurs Marchand
, Beffon , Aubert , Battifte , Mathieu
, la Lande , Anne Philidor , Pierre
Philidor , Lenoble , Belleville l'aîné,
la Ferté , Marchand , de la Porte , Hallarius
, du Bois , Belleville le cadet , Philidor
le cadet.
Le 31. Janvier , les Maîtres en charge ,
& Adminiſtrateurs de l'Archiconfrerie
Royale des Chevaliers , Voyageurs &
Palmiers du S. Sepulchre de Jerufalem ,
érigée par S. Louis , Roi de France , en
l'année 1254. dans l'Eglife des RR . PP .
Cordeliers du grand Convent , & dont
les Rois de France ont toûjours été les
Protecteurs , eurent l'honneur de rendre
leurs refpects au Roi en lui préſentant
un Cierge ; ils avoient eu le même
honneur le 23. Aouft 1721. en préfentant
la Palme à S. M. ils furent enfuite
introduits à l'audience de la Reine , par
l'ancien Evêque de Fréjus , fon Grand-
Aumônier. Ils lui préfenterent auffi un
Cierge ; S. M. les reçût très- favorablement
, & eut la bonté de permettre que
fon nom fut infcrit fur le Regiſtre des
Confreres & Soeurs de ladite Confrerie ,
H v fng
390 MERCURE DE FRANCE .
暑
fur lequel S. M. figna. Elle les affura de
fa Royale protection , & leur donna enfuite
des marques de fa liberalité . Les
Officiers qui étoient en charge l'année
paffée , font les fieurs Favereau & Gue❤
rin , comptables. Le premier eut l'honneur
de prefenter le Cierge au Roi , &
le fecond à la Reine , Moreau & la Pierre
, Adminiftrateurs , Moreau , Bâtonnier,
& de Villiers , Porte- Guidon , ils font
tous Marchands , ou Bourgeois de Paris.
Le 2. de ce mois , Fête de la Purification
, on donna le Concert fpirituel au
Château des Tuilleries ; on y chanta un
ancien Motet, Beatus, &c. de feu M. Gilles
, Maître de Muſique de la Cathedrale
de Touloufe , qui fut fort applaudi , de
même que le fecond Motet du fieur Courbois
, Omnes gentes , avec Timballes &
Trompettes. L'Abbé Palmerini , Muficien
étranger , chanta auffi , à voix feule , un
Motet de fa compofition , avec accompagnement
, qui fut goûté par les amateurs
de la Mufique Italienne. Le prochain
Concert recommencera le Lundi 25.
Mars , Fête de l'Annonciation .
Le R. P. Drugeon , Dominicain du
grand Convent de Paris , Docteur de
Sorbonne , Exprovincial de la Province
de Paris , après avoir prêché avec beaucoup
d'applaudiffement , dans les prin
cipales
FEVRIER. 1726. 39L
*
cipales Eglifes de cette Ville , deux
Avents & deux Carêmes devant le feu
Roi d'Angleterre , & des Sermons détachez
devant Louis XIV. fut nommé le
26. du mois dernier , par le Roi , Prédi
cateur ordinaire de S. M.
La Foire S. Germain eft commencée
depuis le 3. de ce mois. On y voit toujours
quantité de Marchands , & beaucoup
de beau monde , qui s'y amufe jufqu'à
dix heures du foir qu'on la ferme.
On en fit l'ouverture le 3. de ce mois
avec les ceremonies accoutumées. Elle
ne dure que 15. jours pour les Marchands
Forains , mais elle eft toujours
prorogée pour les Marchands de Paris ,
jufqu'au Dimanche de la Paffion.
鲨
On fera peut- être bien aife d'apprendre
, que cette Foire commença en l'année
1482. fous le Regne de Louis XI.
Hy eut alors un differend avec les Religieux
de St Denis , pour le temps auquel
elle fe tiendroit . Par Arreſt du
Parlement de Paris , du 1 2. Mars 1484.
il fut ordonné qu'elle commenceroit le
lendemain de la Chandeleur , ce qui n'a
jamais fouffert d'interruption depuis.
Elle fe tient dans le Fauxbourg S. Germain
, près l'Eglife de S. Sulpice , à l'extrêmité
de la rue de Tournon . Le lieu
H vj n'a
392 MERCURE DE FRANCE.
n'a rien de fort remarquable. Ce font
plufieurs allées couvertes , difpofées dans
un quarré, qui fe coupent les unes les autres
affez regulierement , dans lefquelles
les Boutiques des Marchands font
commodément placées . On y vend prefque
de toutes fortes de chofes , à l'e
ception des Livres & des Armes. Com
me cette Foire eft franche , il eft permis
, non feulement aux Marchands de
dehors d'y venir vendre leurs marchandifes
, mais encore aux Ouvriers de Paris
qui ne font pas Maîtres , fans crainte
d'être inquietez par les Jurez de la Ville.
On y voit des Boutiques remplies
de riches marchandifes & de curiofitez ,
qui attirent un grand concours , principalement
le foir , temps où l'affluence
eft toujours plus grande que dans le reſte
de la journée .
Le 24. Janvier dernier , le P. Mecenati
, Religieux Carme , foutint dans l'Eglife
du grand Convent , & College des
Car nés de la Place Maubert , fa premiere
Thefe de Licence , qu'il a dédiée au
Pape. Les Cardinaux de Noailles & de
Biffy s'y trouverent , ainfi que tous les
Evêques qui étoient à Paris. Le Nonce
du Pape y vint auffi , les Miniftres des
Cours d'Italie , & plufieurs autres per
fon
1
FEVRIER 1726.
393
fonnes de qualité, de tout rang, y affifterent.
Le Répondant fatisfit parfaitement
aux Argumens de l'Archevêque d'Embrun
, qui préfida à fa Thefe , laquelle
rouloit fur ce paffage de la deuxième Epitre
de S. Paul aux Ephefiens , Verſet 2 .
PER QUE OSTENDIT DEUS ABUNDAN
TES DIVITIAS GRATIÆ SUÆ . Il montra
tant d'érudition , en répondant aux Bacheliers
qui difputerent contre lui , que
tout le monde en fut fatisfait.
La difpofition du lieu , la décoration
& l'illumination étoient d'un bon goût
& le tout fut bien executé. La Thefe
9
qui eft d'un deffein nouveau , n'a pas été
moins goûtée , les Pofitions s'y trouvent
gravées au bas d'une très grande Eftampe
, dont la principale figure eft l'Eglife
, accompagnée de tous fes attributs ,
tenant d'une main un Calice & des clefs,
& de l'autre le Portrait du Pape ; elle
eft d'après le Brun , & d'une compofition
très- riche.
On avoit élevé un Trône , fur lequel ,
& ſous un dais magnifique , étoit placé
un très -beau Portrait original de S. S.
& autour du Trône étoient des Suiffes en
faction qui fe relevoient d'heure en heure.
Le Répondant avoit eu l'honneur de
prefenter fa Theſe au Roi , & S. M. envoya
l'Evêque de Rennes , Maître de fa
Cha
194 MERCURE DE FRANCE .
Chapelle , avec deux de fes Aumôniers
pour y affifter. Il eut auffi l'honneur d'en
prefenter une à la Reine , aux Princes
& aux Princelles , & à toutes les perfonnes
les plus diftinguées de la Cour .
La nuit du 18. au 19. de ce mois un
Charron, nommé le Fevre, ayant une fievre
violente avec tranfport , s'échapa de
chez lui , fit plus d'une lieue à pied lelong
de la Seine, pour chercher à fe jetter -
dedans fans être apperçû. Il s'y jetta en
effet , mais il en fut retiré après avoir
fait un long trajet , nageant & fuyant ceux
qui vouloient le repêcher. On le porta
chez lui , & en peu de jours il a été par->
faitement rétabli. Si un Medecin avoit
ordonné à ce malade les remèdes ordinaires
, & qu'il n'en fut pas mort , il
auroit eu l'honneur de l'avoir gueri .
MORTS , NAISSANCES ,
FR
Mariages.
Rançois Martel , Comte de Claire ,
Meftre de Camp de Cavalerie , ci devant
Guidon de Gendarmerie , mourut le
29. du mois dernier dans la 27. année de
fon âge.
Dame Françoife - Melanie de Salomon
de
FEVRIER 1726 . 395
de la Lande , époufe de M. Michel - Jean
de Grouy , Marquis d'Arfis , Meftre de
Camp de Cavalerie , Gouverneur de Beziers
, & ci -devant l'un des Gentil- hommes
de la Manche du Roi , mourut à Paris
le to . de ce mois , âgée de 2 6. ans.
>
>
M. Louis de Philip , Marquis de Saint
Viance , Vicomte d'Objat , Seigneur de
la Baſtide , &c. ancien premier Lieutenant
des Gardes du Corps du Roi , de la
Compagnie Ecoffoife Maréchal des
Camps & Armées de S. M. Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , ci -devant Gouverneur
des Ville & Château de Cognac,
mourut à Paris le 7. de ce mois , âgé de
$4. ans.
Le même jour mourut Dame Marie le
Camus , veuve de M. Adrien de Hanivelle
, Chevalier , Comte de Mannevillette
, Marquis de Crevecoeur , Baron
de Belloy , &c. âgée de 92. ans.
Le 12. Fevrier M. André , Mylord
Brummond de Melfort , Brigadier des
Armées du Roi d'Angleterre , Meſtre
de Camp de Cavalerie , Chevalier des
Ordres Militaires de S. Louis & de Saint
Lazare , mourut à Paris âgé de 38. ans .
Le 4. Fevrier, Dame Louife-Hyppolite
Grimaldi de Monaco , Ducheffe de
Valentinois , époufe de Jacques Fran
çois Leonor de Matignon , Grimaldi ,
Duc
396 MERCURE DE FRANCE .
Duc de Valentinois , & d'Eftouteville ,
Pair de France , &c. accoucha d'un fils,
qui fut tenu fur les fonts & nommé François
- Charles- Magdeleine - Jofeph , par
François de Neuville , Duc de Villeroy
, Pair & premier Maréchal de Fran .
ce , & c. & par Dame Catherine-Charlote
de Grammont , veuve de Louis-
François , Duc de Bouflers , Pair &
Maréchal de France , &c. repreſentée
par Dame Magdelaine - Angelique de
Neuville , Ducheffe de Bouflers , époufe
de Jofeph - Marie , Duc de BouĤers,
Pair de France , & c.
Michel le Pelletier , Officier au Regiment
des Gardes Françoifes , fils de
Claude-Henry le Pelletier de la Houffaye
& de Dame Elifabeth -Michelle de
Givry , époufa le 7. Fevrier , Angelique
Dugué , fille de feu François Dugué ,
Prefident de la Chambre des Comptes ,
& de Dame Françoiſe de Paris.
Mercredy 27. de ce mois , le Marquis
de Croiffi , fils du Marquis de Torcy
, ci - devant Miniftre des affaires étrangeres
& Sur - Intendant General des Poftes
, épousa Mademoiſelle de Cognies ,
fille du Marquis de Coignies , Lieutenant
General des Armées du Roi , General
des Dragons , Chevalier des Ordres
du Roi & Gouverneur de Sedan .
-
SUPFEVRIER
1726. 397
部
I'
SUPPLEMENT.
paroît depuis peu à la fuite d'un Livre
intitulé , Dißertation en forme de
Lettres , &c. Une autre Lettre qui a pour
titre le Chirurgien Medecin.
On a répandu dans celle - ci des traits
fort défobligeans , & même des invectives
contre le Corps des Chirurgiens
& celui des Apoticaires , deux Corps
eftimables les fecours qu'ils procurent
au Public & par le merite de plufieurs
Sujets très - celebres dans l'un &
dans l'autre.
par
M. Andry , Doyen de la Faculté de
Medecine de Paris , apprenant qu'on im
putoit à cette Faculté , la production d'un
pareil Ouvrage , en a donné un défaveu
formel , dans une Lettre qu'il a
adreffée aux Gardes Apoticaires .
les
On verra par cette Lettre , que
Medecins font bien éloignez de penfer,
ni des Apoticaires , avec qui ils n'ont
rien à démêler , ni même des Chirurgiens
avec qui ils font en Procès , comme
penfe l'Auteur de la Lettre intitulée :
le Chirurgien Medecin .
LET
398 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite à Meffieurs les Gara
des Apoticaires , par M. Andry
Doyen de la Faculté de Medecine de
Paris.
MESSIEURS ,
'Apprends que vous attribuez à la
Faculté de Medecine , la Lettre intitulée
: le Chirurgien Medecin : où certainement
votre Compagnie n'eft point
traitée avec les égards & la juftice qu'elle
merite . Je puis vous protefter devant
Dieu , Meffieurs , que cette Lettre , non
plus que la Differtation qui la précede ,
ne vient d'aucun Medecin de notre Faculté
, ni directement ni indirectement ,
& que qui que ce foit de fes Docteurs
n'y a la moindre part . L'endroit qui vous
concerne nous a paru très- indigne à tous ,
& je vous affure que nous y fommes plus
fenfibles que vous.
Vous fçavez , Meffieurs , combien nous
vous confiderons , nous ne nous fommes
jamais départis , & nous ne nous dépar
tirons jamais de l'eftime infinie que nous
faifons d'une Compagnie comme la vôtre
, qui nous donne d'ailleurs tant de
fujet de nous louer , & d'elle en general
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
10
Laquaio
de 1726.
910
FEVRIER 1726. 399
fal & de tous ceux qui la compofent en
particulier.
Quoique nous foyons en Procès avec
les Chirurgiens , nous ne laiffons pas de
défaprouver très fort les invectives qui
fe trouvent contre eux dans ces deux
écrits. Jugez par-là , Meffieurs , quels
font nos fentimens à votre égard & revenez
du préjugé injufte où l'on vous a
mis.
On ne peut être avec plus d'ardeur
pour vos interefts que j'ai l'honneur d'ê
tre , Meffieurs , & c.
Signé , ANDRY.
A Paris ce dernier Janvier 1726-
Sde
MODE S.
I toutes les Nations ont leurs Mo
des qu'on peut remarquer , on doit
convenir que la Françoife merite une
diftinction particuliere , & un article
plus étendu que toutes les autres enfemble
car on peut dire qu'en France , les
Modes font variées à l'infini : elles fe
renouvellent & fe multiplient fans ceffe.
La moiffon fera toujours très - abondante
à la Cour & à la Ville fur ce fujet
nous efperons en tirer dequoi réjouir &
peut
400 MERCURE DE FRANCE.
für
peut- être intereffer nos Lecteurs
tout dans les Provinces & dans les Pays
étrangers , où l'on a une telle ardeur pour
fe
parer & fe mettre felon les ufages &
le goût François
, qu'on ne trouve rien de bien , que ce qui eft à la Mode de
France . Parmi nous , on fçait quel Empire
tyrannique
la mode a fur tout.
Après les engagemens que nous avons
pris dans le precedent Mercure , & la
planche que nous avons donnée fur les
Modes , il s'agit ici de remplir la promeffe
que nous avons faite , de donner
une idée jufte & inftructive , & qui puiffe
fervir de modele , fur la façon de s'habiller
& de s'ajufter , foit pour les hommes
, foit pour les femmes , felon la maniere
la plus en vogue & l'ufage receu
à la Cour & à la Ville parmi le beau
monde .
Comme il y a autant de foibleffe à
fuir obftinement la Mode qu'à l'affecter
avec oftentation , les gens les plus fenfez
, & même les plus graves s'y laiffent
alfujettir , quelque bizarre qu'elle foit .
Madame de la Suze a dit :
Les Modes font certains ufages ,
Suivis des fous & quelquefois des fages ,
Que le caprice invente & qu'approuve l'Amo
ur.
On
FEVRIER 1726. F40 f
On a autrefois gravé certaines eftampes
au trait où les Modes du temps étoient
reprefentées. Il y en a de S. Jean & de
le Clerc de cette efpece qui font trésrecherchées
par les Curieux & qui font
devenues fort rares . Il y a plus de 30 ,
ans qu'on n'en a vû paroître . C'étoient
des Dames & des Cavaliers diverfement
vêtus en habits de Ville , de Cour,
de Campagne, d'Hyver & d'Eté , en deshabillé
, en manteau & en habits de dif
ferens états , foit en homme , foit en
femme , en habits de caracteres de l'Opera
, de la Comedie Françoife & de la
Comedie Italienne , ainfi que des Danfeurs
& Danfeufes dans les Ballets , & c,
Nous avons deffein de parcourir les états
& les caracteres remarquables , & de ne
rien laifler à defirer fur cette matiere , fi
I nous voyons que le Public la trouve
agréable .
Au lieu de figures feules , on donnera
autant que cela pourra convenir , des
fujets traitez dans une intention raifonnée
, où il y aura une action qui pourra
faire plaifir à l'eſprit & aux yeux . On
fuppléera par un petit Difcours , à ce
qui pourra n'être pas fenfible dans la
gravure , comme les couleurs , les dimenſions
, &c.
On fera attentif à faifir toutes les
Mos
402 MERCURE DE FRANCE ;
Modes , même celles qui changent avant
qu'elles foient generalement receuës, pour
en conferver le fouvenir , lorfqu'elles
reviendront ; car il y en a trop , & elles
changent trop fouvent pour ne pas compter
fur leur retour , foit de la maniere
qu'elles ont d'abord été en ufage , foit
avec quelques changemens .
Les Juft'au - corps fe foutiennent depuis
affez long-temps fans changement notable,
avec les poches en travers & fort hautes,
avec de petites boutonnieres & de trèspetits
boutons. Au commencement de
'hiver il en a paru quelques uns avec
la manche fermée en botte fort étroite
; les furtous à doubles boutonnieres
ne fe font pas autrement aujourd'huis
mais les habits qu'on appelle à habiller,
fe portent toujours à manches ouvertes
un peu arrondies . On en voit de très - riches
en galons , cartifanes , points d'Efpagne
, Brandebourg & broderies d'or &
d'argent. Les plus fuperbes font brodez
fur toutes les coutures , les poches & les
manches en plein , & même à quelquesuns
, le deffus des plis des côtez . Sans
parler des habits d'étoffes d'or & d'argent
enrichis encore de broderie , avec
de riches noeuds d'épaule.
Les Brandebourgs de chainettes , avee
des franges à graine d'épinards d'or de
de
FEVRIER 1726. 403
Paris , font fort à la mode ; on les met
deux à deux , ordinairement fur des habits
de velours noir croifez , doublez de
fatin , couleur de cerife , avec la vefte
de la même couleur , galonnées d'or,
Chaque Brandebourg pefe un peu moins
d'une once , & l'once coute onze francs.
Les habits en agrémens font beaucoup
moins à la mode , ainfi que les habits de
velours gaufrez qu'on portoit l'année der
niere ; mais les habits de velours plein
ou cizelé fans dorure font fort en regne,
Les jeunes gens qui en portent , ont la
vefte , la doublure & les paremens d'une
couleur differente & tranchante , comme
la couleur de maron & le rouge . Les
Juft'au corps n'avoient pas encore été fi
amples ni fi larges qu'ils le font par le bas,
Depuis l'année paffée les hommes portent
beaucoup de Redingotes; c'eft une efpece
de grand furtout boutonné par de vant,
avec un colet & des ouvertures derriere
&& aux cotez , dont l'origine vient d'Angleterre;
la Redingote eft faite à peu près
le comme une Cafaque , mais moins ample
, & toutefois plus longue & plus large
qu'un Juft'au- corps ; dans les temps
de gelée ou de pluye , on voit preſque
tout le monde en Redingote . C'eft un habit
très peu parant , & qui felon les ap
parences fera plus de fortune à la campa
404 MERCURE DE FRANCE .
pigne qu'à la Ville , où on commence
à le trouver défagréable à la chaffe du
Roi , quand il fait mauvais temps , tous
les Seigneurs font en Redingotes . C'eft,
la verité, un habit très - propre pour
monter à cheval & pour refifter aux injures
de l'air.
Les Chapeaux font d'une grandeur
raifonnable , on les porte fous le bras &
prefque jamais fur la tête : il n'y a gueres
que les Officiers qui en portent de bordez
d'un galon d'or ou d'argent. Les plumets
font beaucoup moins à la mode qu'ils
ne l'ont été.
Les Perruques naturelles & en bourfe
font generalement en ufage chez les
jeunes gens , elles imitent beaucoup les
cheveux qu'on porte auffi prefque toujours
en bourfe, & friſez d'une façon finguliere
, que la gravure rendra plus fenfible.
Deux rubans noirs de cette bourfe
fe nouent par deffous le menton , &
font une espece de noeud de cravate. Les
Perruques carrées ne font plus en uſage
que chez les gens de Robe , & elles
font beaucoup moins amples qu'elles n'ont
été , les nouées fe foutiennent chez les
gens d'un certain âge .
Les Cravates de Mouffeline fe portent
toujours avec des glands de point ou de
noeuds plutôt que d'émail. Les jeunes
gens
FEVRIER 1726. 405
gens ne portent gueres que des cols ;
mais en ce cas on ne porte point de che-
S mife fans jabot ; car il y a long- temps
qu'on ne boutonne plus les juft au- corps
ni les veftes au- deffus du nombril. Les
manchettes , foit en dentelles , foit en battifte
unie , fe portent encore fort baſſes.
Les gands à frange ne font prefque
plus à la mode chez les gens les plus
propres , ils font ornez d'une dentelle ou
point d'Efpagne d'or ou d'argent ; mais
en general les gands deviennent d'un
très petit ufage aux hommes.
On porte des manchons de martre & de
loup - cervier , raisonnablement grands ,
avec des ceintures de treffe de foie , d'or
ou d'argent . Les manchons d'ours ou tigres
, à poil ras , ne font plus à la mode
non plus que les riches , efpece de petit
gris , fort en ufage ces années dernie
res .
Pour les femmes , les robes les plus
en regne font celles de velours uni à
paremens de martre , en velours cifelé
& en damas noir , avec des fleurons ,
ramages & compartimens aurore de differens
deffeins.
Il n'y a plus gueres que les jeunes filles
à marier qui foient en corps , avec le
manteau & la jupe de la même étoffe.
I Toutes
406 MERCURE DE FRANCE :
Toutes les Dames font en corfets , & en
robes volantes , fans ceinture
paniers très-amples.
, avec des
Les rubans étroits,d'une feule couleur,
font toujours fort à la mode , les coëffures
en cheveux en font ornées par de petits
nccuds , qui forment une efpece de toufe
du côté gauche de la tête , d'où s'élevent
ordinairement quelques brins de
fleurs artificielles , des papillons de pierreries
, & autres ornemens galants . Les
garnitures ou cornettes font toujours trèspetites
, très balles & très - legeres ; elles
font faites de mouffeline claire , de gaze ,
Gu de blondes de foye , qui eft une efpece
de dentelle à peu près comme de
la mignonette. Les deux barbes ou pendans
font fouvent ornez de moulinets
ou de boutons de fleurs artificielles . Ces
barbes font variées prefqu'à l'infini par
les differens arrangemens de la dentelle
, de la mouffeline , de la gaze , ou du
marly , à volans , en zigzag , & c. On
les appelle auffi de noms differens felon
leur differente configuration & leurs differens
ornemens: des folettes , des volages ,
& de plufieurs autres noms differens : en
negligé on porte des garnitures de batifte ,
bien plus amples que celles dont on vient
de parler ; on les appelle des dormeufes. Elles
couvrent toute la tête , elles avancent
FEVRIER 1726. 407
cent vers le front & les jouës , & les
barbes qu'on plie en deux font courtes
mais affez larges , & ordinairement bordées
d'une dentelle . Pour les coëffes noires
, qu'on met quelquefois par- deffus ,
elles font de petit taffetas ou de gaze on
les place fur le haut de la tête , pour
Jaifler voir le chignon frifé , &après
l'avoir bien tortillée , on la vient nouer
pardevant.
Les Dames ne portent plus les cheveux
que fort courts , fouvent entierement frifez
par petites boucles, fans ruban ni cornette
,fi ce n'eft un très petit bonnet , dont
en apperçoit à peine le bec fur le haut
du front ; ce qui donne un air de jeunelle
tout-à - fait galant ; & en ce cas la
tête d'une femme ne differe de celle d'un
jeune homme en cheveux naiffans , que
par les boucles d'oreille qu'on porte en
girandoles de quatre pieces , en perles ,
en diamans , & en pierres de couleurs
fi bien qu'on fe coëffe ordinairement en
petit bonnet fans barbe , bonnet qui occupe
fort peu de place tout au haut de
la tête, dont tout le tour eft entierement
frifé. Le rouge & les mouches font plus
en regne que jamais .
Il ne tiendroit qu'à nous de faire un
long article des Palatines , il y en a d'une
infinité d'efpeces. Mais les plus genera-
I ij lement
408 MERCURE DE FRANCE.
lement en vogue dans cette faifon , font
celles de martre. Il y en a de chenilles ,
de fourcils d'hanneton , de cigne , & c.
Celles de la derniere mode font appellées
des couleuvres : elles meritent bien
ce nom ; car elles font compofées de
petites queues de ferpent très - bien imitées.
On appelle Palatines à la Reine ,
celles qui fe nouënt par derriere , &
dont les pendans naiffent des deux côtez
> du col , & laiffent voir un collier de
même que la Palatine. On porte de ces
colliers fans pendans , qui fe nouënt pardeffous
le menton , en forme de petits
noeuds de crayate , & qu'on appelle des
folitaires.
Mais infenfiblement cet article devient
trop long ; il eft difficile d'être
court,quand on parle des Dames & de leurs
ajuftemens . Nous renvoyons au premier
Mercure , pour parler de la Mantille
qu'elles portent depuis peu fur le col ;
c'eft une nouvelle mode venue d'Efpagne
, & c.
Après avoir donné deux figures de femmes
dans le précedent Mercure , nous
donnons dans l'Eftampe qu'on voit ici ,
deux Figures d'hommes avec leurs La
quais. Dans les prochains Journaux ,
nous entrerons dans un plus grand détail
fur les Modes , & on tâchera de fatisfaire
FEVRIER 1726. 409
tisfaire fur cette matiere ceux que cette
forte de curiofité peut piquer.
REJOUISSANCES faites au College
des Jefuites de la Ville de Rouen.
E to.. de Fevrier on fit au College
Les
-
des Jefuites de Rouen , à l'occafion
de l'augufte Mariage du Roi & de la Reine
, differens Exercices , qui eurent un
très -grand fuccès. Le Pere de Tilly ,
Profeffeur de Rhetorique ' , prononça un
beau Difcours Latin , en prefence du
Parlement , & d'une illuftre & nombreuſe
Affemblée , dont les applaudiffemens
réiterez firent l'éloge de l'Orateur.
Les Pieces de Poësie qu'on diftribua , &
dont nous avons reçû differens Exem
plaires , nous ont paru d'un très bon
goût. Elles portent le nom des Rhetoria
ciens qui les ont travaillées , mais elles
font dignes des meilleurs Maîtres . Les
voeux de la France , l'Epithalame , les
confeils du Roi Stanislas à la Reine fa
fille , les Fables , les Elegies , les Symboles
, tout eft également foutenu &
touché avec délicateffe . Comme ces Pieces
font imprimées , nous nous contenterons
de mettre ici les Devifes au fujet du
-Royal Hymenée , dont il fera aifé de faire
l'application.
I iij
I
410 MERCURE DE FRANCE
1. Devife .
L'Amour qui unit deux coeurs .
Geminum ne dixeris effe .
2 .
Un Aiman tourné vers l'Etoile polaire.
Una placet
3 .
Une Grenade couronnée.
Habet propriâ de ftirpe coronam.
4.
Un Arbre chargé de fleurs .
Fruitu magis illa placebit.
5.
Deux lumieres réunies enſemble.
Majus duo lumina lumēn.
6.
Un Diamant expoſé aux rayons du Soleil.
Clarius inde nitet.
7.
Une Perle enchaffée dans l'or-
Ipfa fibi pretium.
8.
Une Fleur cueillie entre mille.
Eligit unam.
On avoit encore expofé d'autres Infcriptions
& d'autres Symboles , au - deffous
defquels on avoit mis l'explication en
Vers , fur le modele de ceux qui ſuivent.
FEVRIER
411 1726.
I.
Lux LODOICUS erat tibi , Galle , MARIA
Polono,
Ambosfelici fædere , junxit amor.
Non fatis eft gemina genti fplendefcere; MA
jus ,
Nunc DUO terrarum LUMINA , LUMEN
erunt .
2 .
( a ) Nox propera , tecumque tuos , age nigra ,
vapores
Non mihi , vis ignes auferet illa meos.
Scilicet eft virtus celari nefcia , major ,
4Quo fuit umbra mihi , lux mihi major erit
3,
(b ) Semper Hyperboreum magnes fe ver
tit ad axem
Stella rapit , tentas vertere , fola placet.
Fruftrà alias,LODOIX, profpectat lumine terras,
Sola rapit Regem , fola Maria placet.
On fit le lendemain un Exercice de
Poëfie fur le même fujet , qui eut un
(a ) Stella vincens nubila.
(b) Magnes ad ftellam polarem.
I iiij fuccès
412 MERCURE DE FRANCE.
fuccès extraordinaire . Apollon , dans la
perfonne de M. Talbot de S. Owen , ouvrit
l'Exercice , & invita les Poëtes à
celebrer le Mariage du Roi & de la Reine
, dont on avoit élevé les Portraits à
côté du Theatre , dans une Salle magnifiquement
ornée. M. le Chapelain , fils
de M. le Procureur General , qui a une
difpofition rare pour les Sciences , &
qui reprefentoit Virgile , celebra en
Vers heroïques cette heureufe Union.
M. de la Marre recita une Ode dans le
ftile d'Horace , avec une vivacité & un
feu proportionné aux Vers qu'il avoit
compofez. La troifiéme Piece fut recitée
par M. Bigot , qui fit dans l'élevation
de Lucain , l'éloge du Roi Staniflas.
M. Auzanet chanta l'Epithalame dans
le gout de Catulle. La cinquiéme Piece
, qui regardoit le bonheur de la France
, fut dite par M. Foffard ; il l'avoit
travaillée dans le ftile d'Ovide , & il fit
voir qu'il étoit digne des prix qu'il a
remportez cette année fur le Puy de
1'Immaculée Conception établi dans cette
Ville. Juvenal feul , qui étoit le fixiéme
Poëte , ne put exercer fa Satyre ſur
un fujet qui ne merite que des éloges;
il dit qu'il ne falloit point s'étonner des
louanges que les autres Poëtes prodiguoient,
à l'enyi, à notre augufte Reine ;
puifque
FEVRIER 1726. 413
puifque ce n'étoit point de la main des
hommes , mais de celle des Dieux que
nous l'avions receue.
Define mirari , Coeli , de munere regnat.
Apollon loüa le zele de fes Eleves &
les invita à réunir leurs voeux & leurs
hommages , en faveur de LOUIS & de
MARIE.
M
R Meynier eft de retour de l'Ifle
Royale , en Terrreneuve , dans l'Amerique
Septentrionale , où il a été par
ordre de la Cour , dans le Vaiffeau du
Roi l'Elifabeth , pour faire pendant ce
voyage l'experience de plufieurs inftrumen's
qu'il a inventez, pour l'avantage de
la navigation , trois de fquels lui ont réuffi,
quoique avec des temps extraordinaires .
Pendant toute la campagne ce navire a
couru rifque plufieurs fois de faire nau
frage , tant par les furieufes tempêtes
qui l'ont fort endommagé , & qui lui ont
détruit beaucoup de monde, parce qu'il s'eft
trouvé que plufieurs fois parmi des montagnes
de glace qui n'étoient pas moins
dangereufes que des roches , & que™ les
brouillards qui ont duré prefque toute la
campagne , ne leur permettoient pas de
les voir de loin pour les éviter , ces
Iv glaces
414 MERCURE
DE FRANCE
glaces étoient écartées près de 100. lieuës
de la plus prochaine terre , par la latitude
d'environ 45. degrez & demie à
l'Eft du grand banc de Terreneuve :
entretepar
M. le
Ces inftrumens feront fort utiles au
pilotage , comme M. Meynier le prouve
par le Memoire des Obfervations qu'il
en a faites pendant la campagne , figné
de Meffieurs les Officiers & des Pilotes
qui les ont vûs faire , & comme on
peut le voir auffi par la copie ci -jointe,
d'un certificat figné de tous les principaux
Pilote's , comme des Amiraux , des
Vice -Amiraux & des autres ,
nus dans le Port de Breft , vifé
Commandant du même Port .
Nous fouffignez , Pilotes , Amiraux &
autres , certifions que l'Inftrument de
M. Meynier , pour obferver la variation
de la Bouffole pendant toute la nuit
à l'étoile Polaire , pour fervir auffi à relever
les terres , où les navires à la mer
avec beaucoup de préciſion , & qu'il fera
fort utile à la navigation , de même que
fon Aftrolabe , qui donne l'heure pendant
toute la nuit , fans avoir befoin de la latitude
, laquelle heure nous feroit fouvent
fort importante en plufieurs cas differens
, comme pour déterminer la longitude
des endroits où on fe trouve dans
le temps des Eclipfes de Soleil , de Lune
FEVRIER 1726. 415
·
ne , ou des étoiles fixes par la Lune ; on
s'en fervira auffi très-utilement pour les
marées à l'approche des terres . -
Nous certifions de plus , que fon demi
Cercle pour obferver la latitude , étant
fort précis à terre, commenous l'avons vû
par les experiences que nous en avons
faites , fera très -bon pour obferver la
latitude fur les côtes , où nous ne pouvons
pas l'obferver avec nos inftrumens,
lorfque les terres nous cachent l'horifon ;
ce qui fait que nous reconnoiffons affez
fouvent dans nos voyages , que la pofition
de plufieurs terres , foit dans le
Levant , dans l'Amerique & ailleurs
n'eft pas exacte en latitude , & qu'il ſeroit
très - important de s'en affurer avec
cet Inftrument , dont la pratique eft fort
facile , afin de pouvoir enfuite en faire
la correction fur les Cartes , & naviguer
plus jufte en cherchant ces mêmes terres .
En foi de quoi nous avons figné le prefent
, pour valoir & fervir ce que de
raifon , fait à Breft , ce 31. d'Octobre
1725. figné à l'original , Boifouze Liard,
premier Pilote Amiral , Michot , Pilote
Amiral , Touffain Maupin , Pilote Vice-
Amiral , Alexandre Maupin Pilote
entretenu Aubin Cloirée , Pilote entretenu
Sané , Pilote entretenu , &
plus bas , Nous Lieutenant General des
>
>
,
I vj A
416 MERCURE DE FRANCE
Armées navalles , certifions que tous les
fignez des nommez ci -deffus, font veritables
, à Breft , ce trente- uniéme d'Octobre
17 25. Signé , Defnos Champmerlin.
M. Meynier en l'année 1723. fit voir
au Roi & à l'Academie Royale des Sciences
, plufieurs autres Ouvrages de fon invention
, qui ont eu les éloges de tous
les connoilleurs ; Meffieurs de l'AcademieRoyale
des Sciences lui en ont accordé
des certificats d'approbation très - authentiques
.
Ces Ouvrages font une Sphere mouvante
, qui pafle parmi les connoiſſeurs
pour la plus curieufe qui foit connue ,
parce qu'on y voit toutes les apparences
des differens mouvemens des planetes
avec beaucoup plus de précifion que dans
aucune autre .
Plus , une Pendule qui marque le tems
vrai , avec la difference du temps vrai au
temps moyen , & plufieurs autres chofes
auffi curieufes que utiles.
Plus , un Odometre pour mefurer les
chemins en caroffe , Berline, & en chaife
roulante , qui fert auffi à pied , & à
cheval ; il fera très utile pour des nouvelles
Cartes de Geographie , & pour
des itineraires nouveaux ; on pourra de
même s'en fervir à mefurer plufieurs
autres diftances , fans peine & en peu de
temps
FEVRIER. 1726. 417
temps ; il donne ces diftances avec tant
'de précifion , que plufieurs de Meffieursde
l'Academie Royale des Sciences n'ont
pû voir , fans en être furpris , jufques
où elle a été dans les differentes épreuves
qu'ils en ont faites. Le Roi a eu la
bonté de lui accorder un Privilege , pour
faire conftruire de ces Odometres & bientôt
le Public pourra en trouver chez les
Ouvriers que nous lui indiquerons dansles
Mercures fuivans , où nous donnerons
un plus grand détail des ufages de
cet Inftrument , & la Defcription de plufieurs
autres Ouvrages curieux de cet
Auteur.
N
A Mademoifelle P. *
E tenir rien de l'art , devoir à la na
ture
Tout ce qu'à votre fexe il prête d'agrémens s
Méprifer de vains ornemens ,
Et laiffer aux Amours le foin de fa parure
.
Avec tous les traits de Cipris ,
Briller par fes appas , moins que par fon
genie ;
C'eft là votre Portrait dû-t- il , aimable Iris :
Etre défavoté par votre modeftie ?
RE418
MERCURE DE FRANCE .
REPONSE à la Differtation fur l'Air
Maritime. A Marseille , de l'Inprimerie
de J. P. Brebion , 1726. in 40.
Ous avons donné dans notre Journal
du mois de Decembre dernier , page
2968. une idée de la nouvelle Differtation
fur l'Air Maritime ; l'Auteur prétend
y faire voir , que l'Air Maritime
n'eft pas fi dangereux qu'on le penfe , &
que le voisinage de la Mer n'a rien de
contraire à la fanté. Pour foûtenir ces
deux propofitions , il tire fes preuves de
la raifon , de l'autorité & de l'expe
rience .
L'Auteur de la Réponse que nous annonçons
, refute le fyftême de fon adverfaire
; & pour le pourfuivre , dit - il ,
jufques dans fes retranchements , il fuit
fon même plan ; & fes preuves ( comme
celles de fon Antagoniſte ) font auffi appuyées
fur la raifon , fur l'autorité , &
fur l'experience.
17
> un Voilà , comme on peut voir
champ de bataillé bien ouvert ; nous allons
rapporter quelques preuves de l'un
& de l'autre parti , afin qu'on puifle juger
plus facilement de la force , & de
l'adreffe des combatans.
La raifon la plus plaufible , & la plus
forte,
FEVRIER 1726. 49
>
forte , qu'on puiffe faire valoir , en faveur
de l'Air Marin , eeflt dit le premier
de nos Auteurs , celle qui le juftifie
du reproche qu'on lui fait d'être falé.
S'il eft vray ,
continue- t'il , que l'Air
fe charge facilement de toutes fortes de
corps étrangers , il n'eft pas moins vrai
auffi qu'un corps ne peut refter fufpendu
dans un fluide , qu'il ne foit en proportion
de pefanteur avec lui . Or les
particules du fel marin font trop pefantes
pour pouvoir voltiger dans l'air &c.
Et fi dans l'état ordinaire chaque particule
de fel marin eft plus pefante que
chaque particule d'eau , puifque celle- cy
eft fimple , & que celle là eft compofée
de plufieurs principes , comment fe peutil
faire , que ces mêmes particules falines
, ne foient pas plus pefantes , & plus
fixes que celles de l'eau refoute en va
peurs ?
و
Cet Auteur ne fe borne pas à cette
preuve pour appuyer fon raifonnement ;
mais , comme il la trouve la plus forte ,
& la plus plaufible , nous nous en contenterons
& nous allons rapporter ce
que fon adverfaire y oppofe. Pour fappes
les fondemens du nouveau fyftême , qui
infpireroit aux Phtyfiques une fatale fécurité
, il me fuffit de prouver ( dit l'Auteur
de la Réponfe) que l'air de la mer eft.
falé..
416 MERCURE DE FRANCE.
falé. Il eft conftant , dit - il , que l'air que
nous refpirons eft chargé d'une infinité
de corpufcules terreftres , & eft ſenſiblement
plus épais , & plus pefant au pied
des Montagnes qu'à leur fommet ce
qui vient principalement du mélange
continuel des parties terreftres avec celles
de l'air. Or il s'éleve fans ceffe de la
mer plus de particules falines qui fe mélent
dans l'air , qu'il ne s'éleve de la terre
d'autres particules terreftres , &c.
Voilà des preuves de l'un & de l'autre
adverfaire que la raifon leur fournit fur
la faleure de l'air maritime : voyons celles
qu'ils appuyent fur l'autorité.
,
Les anciens Maîtres dans l'art de guerir
, qui ont été fi attentifs à examiner
les differentes qualités de l'air , non par
des raifonnemens vagues , & fur des
idées fyftematiques mais par des obfervations
conftantes & fideles , avoient
remarqué , fans doute ( dit l'Auteur de la
Differtation ) que l'air de la mer n'étoit
point contraire à la poitrine , puifqu'ils
envoyoient leurs Phtyfiques dans les pays
maritimes , & qu'ils leur confeilloient
de naviguer. Ils prétendoient, à la verité,
continue t'il , que cet air convenoit aux
Phtyfiques par la fecherelle propre à tavir
l'ulcere du poumon , qui fait le fond de
cette maladie ; mais fi la raiſon fur laquelle
FEVRIER 1726. 42 T
quelle ils fe fondoient étoit fauffe , l'expérience
qu'ils avoient faite de l'utilité
de la navigation pour les Phtyfiques eft
conftante. Celfe , Aretée , Pline , & c.
font les anciens qui fourniffent des armes
deffenfives à notre Auteur , qui trouve
encore de quoi fe fortifier dans les Modernes
; Mercurial , Sennert , Perdulcis ,
Moreau , & c. font du nombre des derniers
, tous Medecins qui ont fait la Medecine
dans des temps fort éloignés les
uns des autres & dans des
differens.
, pays
fort
Quelques Medecins , avoue l'Auteur
de la Réponſe , confeilloient autrefois à
leurs Phtyfiques les navigations , & le
fejour des villes maritimes fur quel
principe fe fondoient- ils ? c'eſt au fel de
l'air marin , dit - il , qu'ils fe croyoient
redevables du retour heureux de ceux
qui échapoient à cette épreuve mortelle ;
mais l'antiquité en nous laiffant une lifte
très courte , & très exacte de ces Phtyfiques
fortunés , ne nous a pas rapporté
avec la même franchiſe , le nombre des
victimes de cette erreur, qui n'ont jamais.
reveu leur chere Patrie .
Si cependant quelques Phtyfiques fe
font reparés fur mer , continue l'Auteur
de la Réponſe , ne pourroit- ce pas être
l'effet d'un temperament particulier ?
comme
422 MERCURE DE FRANCE.
4
comme il arrive quelquefois à des per
fonnes gralles de fe deffecher dans un
air nourriffant ? & c.
Il femble que l'Auteur de la Réponſe ,
fe foit oublié ici , ayant promis d'abord de
refuter fon adverfaire par fes mêmes preu
ves , & nous ne voyons pas qu'il oppoſe
d'autres Médecins à ceux dont fon Antagoniste
rapporte le fentiment .
Pallons aux preuves fondées fur l'expérience.
La premiere que l'Auteur de
la Diflertation puiffe apporter eft , dit- ik ,
celle qu'il en a faite lui - même ; car depuis
trente ans continue-t'il , que je
fais la Médecine dans des pays maritimes,
je n'ai prefque point vu d'homme de
mer Phtyfique , non pas même dans les
villes où cette maladie eft › pour ainfi
dire , endemique : comme par exemple
, dit-il , à Marſeille , où la fechereffe
eft la maladie la plus commune ,
où elle attaque les perfonnes de tout
âge , de tout fexe , & de toute condition ,
& où enfin la plupart des autres maladies
dégenerent en Phtyfie .
,
L'Auteur de la Réponſe examine de
près les experiences folitaires de fon adverfaire,,
afin , dit - il , de ne lui rien laiffer
dont il puiffe fe prévaloir. Il ne voit
pas , continue t'il , que la Phtyfie falle
beaucoup plus de grace aux gens
de mer
qu'aux
FEVRIER 1725.
4.2.32
qu'aux perfonnes fixées à Marfeille ; &
s'il eft vrai que les premiers en foient
moins frapés que les autres , c'eft que la
fituation particuliere de cette ville , les
vents affectés qui y regnent , le degré du
climat , & c. compofent à Marſeille un
air particulier , qu'on doit differencier
de celui de la pleine mer , & cet air joint
à l'acrimonie qu'il reçoit des exhalaifons de
la mer , porte des coups plus prompts , &
plus violens à un temperament mal dif
pofé ; mais c'eft toujours , dit- il , à la
faleure de l'air , comme à l'agent princi
pal , que la Phtyfie doit fa naiffance.
QUESTION DE DROIT jugée
par Arreft du Parlement d'Aix.
Si les Affureurs ne répondent point des
pertes arrivées durant la quarantaine
des Infirmeries , quoique l'Ordonnance
de 1680 , l. 3. t. 5. art. 5. & t. 5. art.
13. ne décharge les Affureurs des rifques
, qu'après que les marchandifes ont
été delivrées à terre au lieu de leur def
tination.
Lilyaquduqueferfen, en
A perte, qui fe fit fentir en Provence
il y a quelque temps , a donné lieu
au jugement d'une queſtion qui ne s'étoit
jamais préſentée. On difoit d'une part que
comme les Infirmeries, & l'Ile de Jarre,
aux
424 MERCURE DE FRANCE.
aux environs de Marfeille , deftinée aux
quarantaines des Vaiffeaux qui arrivent du
Levant au port de cette Ville,n'étoit pas le
vrai Port de Marfeille, il s'enfuivoit que
le rifque n'étoit point fini ; mais comme
P'ufage a introduit à Marſeille que les
Allureurs ne répondent pas des déchets ,
pertes pu accidents qui arrivent aux Infirmeries
; enforte que pour les y foumettre
, il feroit aujourd'hui neceffaire que la
Police ou Lettre de Chargement du Vaif
feau en fit mention . Cette même Police
devoit être prefumée faite felon l'ufage
univerfellement obfervé , qui ne devoit
pas avoir moins de force que l'Ordonnance
même , attendu qu'elle permet
toutes les ftipulations dont les parties
veulent convenir én matiere d'affurance
maritime.
Il y avoit encore d'autres raifons pour
les affureurs , fçavoir , qu'ils ne devoient
pas fupporter le brûlement du Vaiffeau &
des marchandifes , que la Cour avoit ordonné
en particulier du Vailleau , commandé
par le Capitaine Chataud , que
cet ordre ne pouvoit avoir été donné que
par deux motifs , ou pour punir les interellez
, ou pour éviter les fuites de la
contagion & infection de ces marchandifes
Au premier cas les Affureurs devoient
être exempts de cette perte , à
caufe
JANVIER 1726. 425
caule que les Proprietaires , ou le Capitaine
, du fait duquel ils font tenus , Y
avoit feul donné lieu . En effet , il paroiffoit
au procès , qu'en fortant de Tripoly
de Syrie , le Capitaine avoit reçû
dans fon Navire plufieurs Turcs paffàgers
pour Chypre , fans le declarer , ni
au Conful de Tripoly , ni à celui de
Chypre. Ces Turcs étoient partis de
Seyde dans le temps que la contagion
s'y étoit manifeftée ; ils en étoient euxmêmes
atteints , l'un d'eux mourut fubirement
le lendemain de fon départ de
Tripoly , & deux autres bien -tôt après .
Le Capitaine Chataud étant arrivé à
Chypre , préfenta au Conful de la Nation
la Patente de Santé de Seyde , fans
lui faire voir celle de Tripoly , ni declarer
les paffagers qu'il avoit reçu dans
fon bord.
En fecond lieu on foutenoit que la précaution
dont la Cour avoit ufé en faifant
brûler ce Vaiffeau , n'étoit qu'un plus
grand déchet , la perte totale étant une
avanie extrême , de même que l'avanie
ordinaire eft une perte moindre , en forte
que celui qui ne répond point de la petite
perte ou déchet , qui donne lieu à
l'avanie , ne répond point de la perte
totale , & il eft certain que pour aucune.
perte ou déchet arrivé aux Infirmeries
426 MERCURE
DE FRANCE .
il n'a jamais été deffé aucun rapport ,ou
Procès Verbal d'avanie . Ce procès ſouffrit
cependant beaucoup de difficultez, mê
me à la Grande Chambre , où il fut
porté par le partage arrivé aux Enquêtes
fur cette affaire , ce qui venoit de ce
qu'on étoit convenu , que fi les marchandifes
perilfoient au Quay dans le tranfport
des Infirmeries , les Affureurs en
feroient tenus reſponſables , d'où l'on
concluoit qu'elles étoient aux Infirmeries
à leur rifque , comme fi elles n'avoient
pas été débarquées , puifque le temps du
rifque n'étoit pas fini ; mais cette objec
tion tomboit , parce qu'il fut arrêté unanimement
par les Affureurs , & les affu ,
rez , que le temps & le lieu de la purge
font une fufpenfion de riſque ; ce qui
étant fuppofé , comme l'on n'en peut
douter , tout ce qui s'en fuit eft au rifque
des proprietaires.
Toutes ces raifons déterminerent à décharger
les Affureurs de leur affurance ,
& à faire fupporter aux allurez toute la
perte du Vaiffeau & des Marchandifes,
qui avoient fait la matiere de ce Procès,
en forte qu'il intervint Arreft au mois
de Mars 1725. qui condamna les Affurez
à toute la perte , & mit hors de Cour
de Procés les Affureurs.
AP
427
Ja
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Fevrier , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 9. Fevrier
1726.
HARDION.
TABLE
Pleces Fugitives , l'Hyver , Portrait , &c.
215
Anciennes Rejouiffances Ecclefiaftiques à Au-
1 xerre.
Vers fur le mariage du Roi .
219
233
Lettre de Venife , fur le Carnaval ; les Spectacles
, & c. 241
Vers à la Marquife *** . en lui envoyant un
devidoir.
253
Lettre du P. Caftel , fur l'homme Marin . 256
La Seine , Cantate.
Les Hirondelles , Fable allegorique,
264
267
Lettre , au fujet de l'Epitaphe de Poiffy. 168
Le Cigne & le Pinçon , Fable.
277
274
Démentration Geometrique du Clavecin pour
les yeux & pour tous les fens & c.
La Modeftie , Ode.
Lettre fur une Hiftoire naturelle des Coquilles.
;
292
296
Regrets de Catulle , fur la mort du moineau
de
428
de Lefbie , Imitation.
Portrait de Madame.
Lettre , au fujet d'Uxellodunum , & c. ·
304
307
321
Remarques fur une Medaille de Philippe II.
•
Derniere Ode du 1. Livre d'Horace.
Lettre fur l'Hiftoire. Litteraire de Provence..
Enigmes.
Nouvelles Litteraires.
322
326
ibid.
329 ។
330
Traité de la Societé Civile du P. Buffier. 334
L'Impromptu de la Folie , & c. 340
Difcours & Vers fur le mariage du Roi. 346
Academie établie à Petersbourg.
Affaires du Palais , & c.
Chanfon.
Spectacles.
347
350
360
361
Nouvelles du temps , de Turquie , de Ruſſie ,
& c
Morts , Naiffances , & c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Foire S. Germain.
Morts , Naiffances & Mariages .
367
383.
385
391
394
Supplement , Lettre & défaveu de M. Andry.
Modes .
397
399
Réjouiffances au College des Jefuites de
Rouen .
Nouveaux Inftrumens de M. Meynier .
Vers à Mademoiſelle.
409
413
417
418
423
Réponse à la Differtation , fur l'air Maritime.
Queſtion de Droit jugée à Aix.
L'Air noté regarde la page 360.
La Figure regarde la page 408,
MERCURE
9
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MARS 1726 .
R
QUA COLLIGIT SPARGIT:
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or•
M DC C. XXVI.
Abic Approbation & Privilege du Ro
เจ
L
AVIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M.
MOREA V
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris, Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toujours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
сорів.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
4
429
A
<
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MARS . 1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES :
en Vers & en Profe.
DIFFEREND DE L'AMOUR
& de l'Hymen , terminé par
S
Minerv e.
UR des bords inconnus , près des
rivages fombres ,
Qu'une éternelle nuit couvre d'affreufes
ombres ,
S'éleve un roc audacieux ,
A ij
Dont
430 MERCURE DE FRANCE .
Dont le fommet , bravant les Dieux ,
. Et s'ouvrant dans les airs une fuperbe route,
Monte même au-deffus de la celefte voute.
Sur ce rocher myfterieux ,
Aux plus hardis mortels toujours impenetrable
,
La nature a fixé cẹ temple reſpectable ,
Dont mille colomnes d'airain ,
Portent en gemiffant la cime inacceffible :
Sur un trône de fer , l'inflexible Deftin ,
Tient & tourne l'urne terrible ;
Ce Dieu dont l'oracle certain
Fait retentir ce fejour redoutable ,
Grave fur fes facrez Autels ,
D'un caractere ineffaçable ,
L'ordre de tous les temps ignoré des Mortels .
Ce Temple à fon afpect , effrayant ; mais augufte
,
Avec l'étonnement infpire la terreur.
L'Hymen rempli d'une fecrete hore
reur ,
Admire du Deftin le decret toujours jufte ;
Il unit mille Heros fameux par leurs exploits,
Qui doivent un jour à la terre
Donner
MARS. 1726. 431
Donner des Maîtres & des Rois ,
Les Heros de la paix , les Heros de la guerre
Dont l'Univers furpris confacrera les noms ,
Surtout le plus grand nombre eft celui des
BOURBONS.
Heureux celui , dit- il , le Roi , dont la tige
> divine ,
De tant de Demi Dieux doit être l'origi-
>> ne !
» C'eſt LOUIS ; apprenons quel eſt l'objeť
vainqueur ,
5
Que le Ciel avec lui , doit placer fur fon
» Trône ;
Sçachons quelle Beauté , Maîtreffe de ſon
" coeur ,
» Doit partager un jour fon lit & fa Cou-
>> ronne.
Il dit & s'avance foudain
Vers le terrible Sanctuaire ,
Où fon oeil étonné , reveré ,
L'arreft tracé par le Deſtin.
Il voit l'augufte nom de l'heureuſe Princeſſe ,
Qui doit être l'appui des Lis ,
Et que des Dieux l'éternelle Sageffe
N'a fait naître que pour LOUIS.
L'Hymen reçoit l'arreft du Dieu dont la puiffance
,
A iij Regle
432 MERCURE DE FRANCE.
Regle le fort des plus grands Rois ,
Et d'un rapide vol dans les airs il s'élance ,
Pour aller dans les champs François ,
Que la Seine majeſtueufe ,
Dans un vafte & profond canal ,
Roulant mille flots de criſtal ,
Arrofe lentement de fon onde orgueilleufe
Il arrive d'abord dans cet heureux fejour ,
Où LOUIS dédaignant l'Amour ,
Loin des bras énervez d'une oifive moleffe ,
Aux travaux de Diane exerce fon adreſſe ,
Et prévenant de plus nobles exploits
Fait la guerre aux hôtes des bois.
Il voit à travers la pouffiere ,
Ce jeune Roi voler dans la carriere ,
Pouffer , le dard en main, fur un courfier fou
gueux ,
De fes ardents limiers les efcadrons pou
dreux ;
Il le voit de fes traits terribles ,
Perçant le Daim épouvanté ,
Et troublant au milieu des bois inacceffibles
,
Du timide Chevreuil le gîte enfanglanté.
L'Hy
MARS 1726. 433
L'Hymen s'avance alors , & d'une main har
die
Il prefente à LOUIS le Portrait de MARIE
:
Mais l'Amour du plus haut des Cieux ,
Accourt auffi-tôt en ces lieux.
Arrête , lui dit-il , arrête , temeraire ;
03 Quitte ce frivole deffein ;
De mes traits tout eft tributaire ;
C'eft à moi de remplir les arrefts du Def
atin ;
» Veux -tu me ravir une gloire ,
Que jedois feul obtenir en ce jour ?
» Hymen , une telle victoire
Ne peut regarder que l'Amour ;
» C'est moi qui fur les coeurs préfide;
D'un invincible feu par moi l'on eft épris;
»Et qui mit des fufcaux entre les mains d'Alcide
, גכ
» Peut bien porter l'Amour dans le coeur de
LOUIS .
» Renonce , Hymen , à l'avantage ,
» De te vòir fon heureux vainqueur ;
Ce n'eft que d'un Portrait que tu lui fais
20 hommage
A iiij » Et
434 MERCURE DE FRANCE.
30 Et je lui viens offrir un coeur.
A ces mots , l'Amour indocile ,
Prend fon carquois , allumefon flambeau;
Il tend fon arc , .... mais quel charme nou◄
veau ,
Rend de l'Amour l'arc inutile ?
C'eft en vain que fon bras redouble fes ef
forts ,
Un obftacle divin arrête fes tranfports ;
Il s'irrite , il fremit ; quand du fein d'uns
nuë
,
Il voit à la clarté du jour ,
Defcendre une Déeffe à fes yeux inconnuë ;
La Sageffe eft ſouvent inconnue à l'Amour ;
C'étoit Minerve , arbitre fouveraine >
Des differends que fait naître la haine ;
Uniffez-vous , dit- elle , en cet heureux fé
jour ;
וכ
» C'eſt Minerve qui vous l'ordonne ;
» Amour , par les plus doux attraits
Tu fçais former des neeuds , mais l'Hymen
les couronne.
» En vaintes redoutables traits
Enflammeroient LOUIS d'une vive ten
dreffe ;
a Ses feux s'éteindroient quelque jour
MARS
435
1726.
30 Son coeur ne connoît point l'Amour,
» S'il n'eft conduit par la Sageſſe.
A peine elle a parlé , que ces aimables Dieux
Courent s'embraffer à fes yeux.
Allez ; partez : les Dieux vous font propices ;
Fiers Rivaux que Minerve a fi bien réünis ;
Faites part aux Mortels de fes biens infinis ;
Amour , Hymen , allez , fous fes heureux aufpices
,
Au plus fage des Rois faire hommage d'un
coeur ,
Elevé par le Ciel , cultivé par l'honneur ,
Et qu'une tige en Demi - Dieux feconde,"
Forma pour le bonheur de LOUIS & du
monde.
Achevez vôtre ouvrage ; & vous , tendres
Ероих ,
Donnez à l'Univers des Rois dignes de vous.
Skakakakakak at
DISCOURS de M. l'Abbé de S. Pierre..
pour perfectionner les Langues.
I'
y a trois moyens principaux pour
perfectionner les Langues . 1. Multiplier
ou les mots ou les phrafes , à proportion
436 MERCURE DE FRANCE :
portion de la multiplication des idées &
des fentimens que l'on veut exprimer
2º. Rendre les expreffions fi claires
que tout le monde les entende facilement
, & que perfonne ne puiffe par
l'effet des équivoques , prendre un autre
fens que le fens de celui qui écrit,
ou qui parle. 3. Abreger le difcours
prononcé , & le difcours écrit , le plus
qu'il eft poffible , fans tomber ni dans
fobfcurité , ni dans l'équivoque .
Il eft certain que les connoiffances
humaines , dans les Sciences & dans les
Arts , vont tous les jours en croiffant
tant par le fecours de la converfation &
des conferences , que par le fecours de
la lecture ; le progrès en fera très- ſenſible
, fi l'on veut comparer deux Ouvrages
fur la même matiere , faits à cent ans
de diftance , dans un pays où la guerre
n'aura point interrompu le cours des
Sciences or pour exprimer , ou des inftrumens
nouveaux , ou la combinaifon
nouvelle de certaines idées , ou des rapports
nouveaux , ou des allufions nouvelles
, ou pour diftinguer tantôt nos
idées , tantôt les degrez differens de nos
fentimens avec plus de précifion , & même
pour abreger notre difcours , nous
avons fouvent beſoin , non ſeulement de
termes nouveaux , mais encore de phrafes
MARS 1726. 437
fes & d'expreffions nouvelles , & c'eft
un avantage d'une Langue , de pouvoir
avec un feul mot éviter un long amas de
mots.
On m'a reproché la liberté que je
prens quelquefois , de me fervir de mots
qui ne font point en ufage ; ce reproche
n'eſt pas fans fondement , & ma conduite
n'est pourtant pas fans raifon .
Quand je prens la liberté d'ufer d'un
terme qui n'eft pas en ufage , ce n'eft
point du tout par la fotte vanité d'un
Grammairien de nos jours , qui fe vantoit
ridiculement d'avoir fait un mot . Les
Courtifans & les Dames dans la converfation
, les Artifans dans chaque Art ,
les Ecoliers , les Matelots , les Chaffeurs
, les Sçavans dans chaque Science,
fabriquent de temps en temps des mots
nouveaux , & même des phrafes nouvelles
, perfonne n'eft affez ridicule pour
s'en vanter.
De ces mots nouveaux , les uns s'adoptent
par l'ufage , foit comme neceffaires
, foit comme commodes , pour
abreger , & quelques autres tombent ou
comme inutiles , ou comme mal fabriquez
; mais tout le monde en forme , il
eft permis à chacun d'en former pour le
faire entendre , j'ufe d'une liberté com
inune à tout le monde .
A vj Un
438 MERCURE DE FRANCE:
Un Ecolier a fait Polifon , un autre
fait poliffonner ; ces Fabricateurs , fi on
les connoiffoit , auroient autant de raiſon
de fe vanter que le Grammairien , mais
cela n'en vaut pas la peine , ils n'ont fait
qu'ufer de la liberté , que l'on a de cher
cher à fe faire entendre en abregeant le
langage.
Ce qui feroit contre la liberté commune
, ce feroit fi le Fabricateur d'un mot
nouveau , prétendoit que les autres doivent
l'adopter , l'adoption de ceux qui le
lifent , ou qui l'entendent prononcer pour
la premiere fois , doit être auffi libre
que
l'ufage nouveau qu'en fait celui qui le
propoſe.
Les mots nouveaux , les phrafes nouvelles
, paffent ordinairement de la converfation
où l'ufage les a reçus , dans
l'impreffion où ils font tous nouveaux ,
& cela , felon les divers ftiles des livres :
or pourquoi , en certaines occafions , ne
pafferoient- ils pas recta dans la converfation
, lorfqu'ils ont les quatre conditions
fuivantes.
1º . Lorſqu'un terme eft neceſſaire pour
faire entendre fa penfee , & furtout dans
les Arts & dans les Sciences.
2 °. Lorsqu'il eft commode pour abreger
le Difcours.
3. Lorfque le terme inufité est très-facile
J
MAR'S 1726 . 439
eile à entendre , tant par ce qui precede ,
que par ce qui fuit.
4. Lorsqu'il eft dans l'Analogie de
la Langue , foit pour la formation , foit
pour la terminaifon.
On peut même obferver dans l'Impreffion
, de mettre le mot en caractere italique
afin d'avertir le Lecteur , que l'Auteur ne
le donne pas comme adopié par l'usage,
mais comme adoptable.
En fuivant ces regles , en obfervant
ces conditions, notre Langue, d'un côté,
s'enrichira & s'abregera , & de l'autre
on évitera toujours ce que l'on appelle
Jargon , dans lequel on ne trouve ni
regle , ni facilité , ni commodité , ni neceffité
, ni analogie.
و
on ne
Pour les phraſes nouvelles
m'en reproche aucune ; mais j'avouë ,
que j'en ferois , fi j'en avois befoin , foit
pour faire entendre quelque idée nouvelle
, ou même quelque idée commune
d'une maniere nouvelle , qui fut plus vive
& plus abregée , foit pour exprimer
quelque degré de fentiment , qui n'a
point encore d'expreffion propre , foit
pour faire quelque allufion agreable , jufte
& propre à faire mieux voir une verité
importante , ou à faire plus refpecter
la vertu .
Je fçai bien , qu'il y a de bons Auteurs
440 MERCURE DE FRANCE.
teurs qui ont fait de mauvaiſes phrafes,
c'eft - à dire , des phraſes qui ne font pas
felon les regles , mais je vois avec peine ,
que les Critiques outrez condamnent indiſtinctement
toutes les phrafes nouvelles
, foit bonnes foit mauvaiſes , foit celies
qu'on doit rejetter , foit celles qu'on
devroit adopter ; il leur fuffit , que l'Auteur
ait tenté de s'exprimer avec plus de
delicateffe , avec plus de grace , ou avec
plus de jufteffe que fes pareils , pour le
condamner d'affectation vicieuſe , comme
s'il n'y avoit pas des affectations , qui font
très -utiles au public , & par confequent
très permifes , & même très - louables ,
car n'est-il pas louable de chercher de la
diftinction , en procurant quelques avantages
aux autres.
Blâmerez-vous ,, ne louërez - vous pas
au contraire des aumônes , parce que celui
qui les fait peut- être foupçonné d'être
diftingué par de pareilles liberalitez?
il faudroit avoir bien envie de blâmer,
pour chercher à rendre ridicules des affectations
apparentes , lorfqu'elles font
utiles aux Citoyens.
Cet Auteur cherche la reputation de
faire plus de plaifir à fes Lecteurs que
les autres Auteurs , il lui en coûte beaucoup
d'application & de recherches pour
plaire davantage ; s'il arrive à fon but ,
s'il
MARS 1726. 441
s'il lui fait plus de plaifir , ces Lecteurs
auroient- ils bonne grace de lui reprocher
fes efforts , & fon affectation à leur plaire
pour obtenir leur approbation ? n'eftil
pas jufte au contraire , n'eft il pas de
l'intereft public , de louer ceux de leurs
efforts qui ont réüffi , & d'avoir de l'in
dulgence pour les tentatives qui ne réüffiflent
pas ? n'eft- ce pas le moyen de l'encourager
à continuer fes efforts ?
Mais revenons aux mots nouveaux
que fais - je que n'ayent fait nos prédeceffeurs
, foit pour leur propre commodité
foit pour la commodité des Lecteurs de
leur temps , & furtout pour l'utilité de
leurs fucceffeurs ? car enfin , que feroitce
que notre Langue d'aujourd'hui , fi
nous n'avions que les termes qui étoient
utiles , il y a trois cens ans , dans les li
vres & dans la converfation ?
#C
Le Dictionnaire de Nicod parut il y a
environ cent cinquante ans , c'étoit le
plus ample & le plus parfait de fon temps,
il comprend non- feulement les termes
de l'ufage commun de la converfation
de la Chaire , des Spectacles & du Barreau
; mais encore les termes des Arts &
des Sciences ; comparez- le avec le Dictionnaire
de Trevoux , qui a fuivi fagement
le même plan , de mettre en un
même Dictionnaire generalement tous
les
442 MERCURE DE FRANCE
les mots françois , tant ceux de l'ufage
commun, que ceux des Arts & des Sciences.
Examinez-en quelques pages , &
vous trouverez , qu'en cent cinquante
ans la Langue eft devenue deux ou trois
fois plus riche qu'elle n'étoit en nombre
de mots , fans compter qu'elle s'eft auffi
enrichie en nombre de phrafes.
J'ai eu la curiofité de voir dans Nicod
, combien il y a de termes de l'uſage
ordinaire fous la lettre Z. J'en ai
trouvé fix , & dans le Dictionnaire de
l'Académie Françoife de 1718. j'en ai
trouvé douze , j'ai de même compté les
mots d'un ufage commun fous la fillabe
Be. J'en ai trouvé environ 45. dans Nicod
, & 217. dans le Dictionnaire de
l'Académie. Je n'ai pas confulté le Dictionnaire
de Trevoux , ni fur la lettre
Z, ni fur la fillabe Be. J'y aurois trou .
vé beaucoup d'autres termes françois ,
que fourniffent les Arts & les Sciences ,
& qui , à ce que j'efpere , feront un
jour dans le Dictionnaire de l'Acadé
mie.
Je fçai bien qu'il fe peut faire , que
Nicod n'ait pas été fi exact à ramnaffer
les mots de fon temps , que nous les
nôtres ; mais cette difference ne peut pas
être confiderable ; ainfi la preuve du
nombre prodigieux de mots alors inutiles,
MARS 1726. 443
iles , & qui fe font établis depuis dans
notre Langue , fubfifte toujours , & la
feule comparaifon des Dictionnaires forme
fur cela une demonftration complette,
qui eft à la portée de tout le monde .
N'eft il pas vrai , que fi les perfonnes
, qui dans la converfation , dans la
Chaire , dans les Plaidoyers , fur les
Theatres , & dans les livres , ont ufé
les premiers de ces termes , qui étoient
inufitez du temps de Nicod , n'avoient
ofé rien hazarder , nous ferions privez
encore aujourd'hui de plus de la moitié
de notre Langue ? Je conviens , que dans
la converfation & dans l'impreffion , ils
ont hazardé quelques mots qui n'ont pas
été adoptez ; mais ne leur devons- nous
pas au moins ceux que les Auditeurs &
les Lecteurs ont adopté , & qui par cette
adoption font venus jufqu'à nous ?
1
Nous leur devons même la hardieffe
qu'ils ont eu d'en hazarder plufieurs qui
ont été rejettez , & dont on s'eft mocqué
or n'eft- il pas utile à notre Nation
, & même aux autres Nations qui
étudient le François , que notre Langue
s'enrichiffe , & s'abrege tous les ans infenfiblement
par les petites hardieffes des
les adoptions infenfibles des
&
par uns , & ›
autres.
Il eft bon d'obſerver , que celui qui
criti
444 MERCURE DE FRANCE.
critique des termes inufitez , des phrafes
inufitées , ufe fouvent de mauvaiſe foi
pour les faire condamner , il les tire d'une
place où ils avoient été amenez , où ils
étoient faciles à entendre ; & même neceffaires
pour abreger le difcours , il les
expofe ainfi au jugement du public , dénuez
de tout ce qui leur étoit favorable,
il a pour lors un grand avantage devant
des Juges , qui fouvent ne fongent pas,
que pour condamner avec fagefſe , il
f: ut entendre les deux parties : or l'Au
teur peut-il être entendu fur la raison
qu'il a euë de placer ce terme ou cette
phrafe dans fon Ouvrage , fi l'accufateus
ne rapporte pas l'endroit en entier où ils
fe trouvent placez convenablement ? &
ne fçait-on pas , que pour juger du coя-
venable , c'eft la place feule qui décide ?
un mot nouveau , qui eft déplacé , ne paroît
ni commode . ni neceffaire à la Lan.
,
gue , laiffez - le dans fa place on fent
qu'il eft commode , & qu'il feroit à fou
haiter qu'il fut reçû dans l'uſage , fouvent
même on ne s'apperçoit pas qu'il eft
nouveau.
Les termes inufitez ne font d'abord reçûs
dans la converfation , que pour telle
ou telle place , & quand ils font bien affermis
dans une place , ils paroiffent
moins étrangers dans une autre , on en
revient
MARS. 1726. 4:45
revient à ne diftinguer plus ces nou
veaux habitans des anciens bourgeois &
le mot , qui eft bien établi dans la converfation
, paffe peu à peu dans l'écritu
re & puis dans l'impreflion , telle eft la
maniere imperceptible , dont les langues
s'enrichiffent & deviennent plus comiñodes
, & delà il eft vifible , que ceux qui
font indulgens pour ces mots inufitez ,
favorifent & procurent l'Enrichiffement
de leur langue.
Tout le monde fçait que les Anglois ,
foit dans la converfation , foit dans les
livres , ne font nulle difficulté de faire
& de prefenter des mots nouveaux , qui
enrichiffent tous les jours leur Langue ;
heureuſement pour la Langue Angloife ,
ils n'ont point eu jufqu'ici chez eux certains
prétendus puriftes , comme nous en
avons eu chez nous , le Public adopte ou
n'adopte pas en Angleterre quelquesuns
de ces mots hazardez , mais aucun
Anglois n'eft affez frivole , pour s'avifer
de fe faire honneur de critiquer des
mots , & de faire un procès à un Auteur,
fur la liberté qu'il a prife de hazarder un
mot ou une phrafe or il me femble ,
›
que
de ce côté- là les Anglois Auteurs
font plus hardis dans leurs expreffions
& les Anglois Lecteurs plus fenfez dans
leurs critiques que les François.
J'ai
446 MERCURE DE FRANCE.
J'ai vû , il y a 45. ans , le mot de rena
versement frondé par les faux Puriftes , il
s'eft trouvé commode , & dans l'analogie
de la Langue , & je le vois preſentement
avec plaifir tout établi , malgré
fa malheureufe note de nouveauté , fur
laquelle on attaquoit très - mal -à - propos
celui qui l'avoit hazardé , puifqu'il eft
commode , puifqu'il abrege , puifqu'il
eft dans l'analogie de la Langue , & trèsfacile
à entendre.
De ce que toute nouveauté n'eft pas
bonne dans le langage , s'enfuit - il que toute
nouveauté y foit mauvaife ? c'eft donc
très mal raifonner , que de dire , comme
ces prétendus Puriftes voilà un mot
nouveau , voilà une phraſe inufitée , donc
on ne doit jamais s'en fervir ni l'adopter;
qu'importe que ce mot foit ou nouveau ,
ou ancien s'il a les conditions qui le
rendent digne d'être adopté par l'ufage ?
,
Si le Public en avoit cru les froides
railleries des Puriftes il y a 50. ans ,
nous n'aurions pas même dans le ftile familier
quantité de mots , qui étoient alors
inufitez , & qui font prefentement d'un
auffi grand ufage dans la Langue que les
plus anciens . En voici quelques - uns.
Elle est encore dans l'Enyvrement de
la Cour.
Se piquer d'exceller dans un talent
qui
MARS 1726 .
447
qui n'eft pas convenable , c'eft une vraie
fatuité.
C'eft une affaire infaifable dans les conjonctures
prefentes .
S'il a manqué à ce devoir , c'eft pure
inattention.
On l'a fort deffervi auprès du Miniftre.
Il eft à prefent fort defoccupé.
Il le reçut d'un air gracieux.
Il le gracieufa fort durant le dîner.
Cette nouvelle l'a fort tranquilisé.
Si nous connoiffons aujourd'hui la date
de la naiffance de ces mots , c'eft qu'il
s'eft trouvé de petits Critiques , & des
Ecrivains frivoles , qui avec une fauffe
delicateffe fur le langage , ont voulu acquerir
la reputation de gens d'efprit , en
conduifant ces termes uniquement , parce
qu'ils étoient nouveaux .
Je ne rapporte que dix de ces mots
nouveaux , mais fi l'on vouloit comparer
le Dictionnaire de ce temps- là avec
notre dernier Dictionnaire , je ne doute
pas que l'on n'en trouvât dix fois autant
d'autres , que les Courtifans , les Dames
, & les autres hommes de toutes les
profeffions , ont établi depuis 50. ans
dans le ftile de la converfation , d'où ils.
paffent tous les jours dans les autres ftiles
.
Ces mots ont eu le défaut de nouveau448
MERCURE DE FRANCE .
té en ce temps- là , & cependant ils font
reçus prefentement dans l'ufage commun
de la Langue ; fi nous ne connoiffons pas
la date de leur naiffance , c'eft qu'ils
n'ont point été critiquez , en nailfant
par certains petits Auteurs , qui fe
font arrêtez à critiquer des mots , peutêtre
parce qu'ils ne fe fentoient pas la
force de bien critiquer les raifonnemens.
Quelques perfonnes croyent , que nous
perdons peu à peu autant de vieux mots,
que nous en acquerons de nouveaux ; &
que la moitié des mots d'Amiot , qui étoit
contemporain de Nicod , ne font plus
ufitez , mais j'ai compté les mots des vingt
premieres lignes de la vie de Thefée in
folio , il y en a environ 240. & je n'en
ai trouvé que fix qui ne font plus ufitez,
ce n'eft que la quarantiéme partie de
mots perdus , & encore ces fix mots per- 1
dus font- ils tous remplacez par d'autres
équivalens , verifimilitude eft remplacé
par vraisemblance , reale par réele , trouve
l'on par trouve- ton
controuvé par
fauffement inventé , certaineté eft rempla
cé par certitude, fi ai penfe eft remplacé
par & j'ai penfe , ou par j'ai même penfe.
La Langue n'a donc rien perdu depuis
150. ans , qu'elle n'ait réparé , elle
a au contraire gagné la moitié , & même
les deux tiers , plus de termes qu'elle
n'en
MARS 1726. -449
n'en avoit or ces termes pouvoient - ils
jamais fervir à enrichir notre Langue ,
s'ils n'avoient commencé d'y entrer comme
nouveaux & comme inufitez ?
en
Je ferai toujours étonné , que des Auteurs
croyent acquerir la reputation de
Gens d'efprit & d'Ecrivains delicats ,
s'attachant à critiquer des mots nouveaux
ou des phrafes nouvelles , lorfqu'il n'y a
point de femme ignorante , qui ne puiffe
faire de pareilles remarques , & de femblables
critiques , & fe recrier contre un
mot inufité ; ces Critiqueurs de mots ne
font pas même l'office de Grammairiens
raifonnables ; car le Grammairien raifonnable
ne doit- il pas vifer à abreger &
à enrichir la Langue en peu de temps ?
or cela fe peut-il faire , fi un grand nombre
de gens ne hazardent fouvent quelles
uns à
ques mots ,
les autres
propos ,
mal- à -propos ; les uns que l'ufage rejet »
tera , les autres que l'ufage adoptera ? or
fi ces petits Critiques veulent qu'on rejette
également tous les mots nouveaux,
comment veulent- ils que la Langue s'enrichifle
comment veulent - ils qu'elle
s'abrege ?
>
Je ne difconviens pas que l'on peut
outrer la hardieffe dans l'ufage des mots
nouveaux & des phrafes nouvelles , en
n'obſervant pas les quatre conditions ne
ceffaiz
450 MERCURE
DE FRANCE .
cellaires ; mais on m'avouera auſſi , que
l'on peut outrer la delicateffe dans la
critique , en rejettant indiftinctement
ceux mêmes qui ont les conditions necellaires
pour être adoptez. Ce que je
propofe donc , c'eft que dans l'ufage que
l'on peut faire des mots nouveaux & des
phrafes nouvelles , l'on fuive un milieu
qui foit également éloigné de tout excès
, & qui approche le plus de la raifon
, & c'eſt ce milieu que je tâche de
fuivre dans les occafions , & que l'on ne
doit , ce me ſemble , jamais reprocher à
perfonne.
,
OBJECTION
.
Je croi comme vous , que la Langue
ne peut s'enrichir ni de mots ni de phrafes
foit pour abréger le difcours , foit
pour le rendre plus clair , fi les Auteurs,
de peur d'être blamez dans des écrits
publics , n'ofent hazarder rien de nouveau
je comprens bien même , qu'il
n'eft pas poffible que parmi les mots qui
fe trouveront dignes de l'adoption du Public
, il ne s'en trouve plufieurs qui ſeront
rejettez ; je fuis donc de votre ſentiment,
fi vous vous bornez à la tolerance
& à l'indulgence pour les mots nouveaux
& pour les phrafes nouvelles , qui ont
tes
६
MAR S. 2726 . 451
les quatre conditions que vous demandez ;
mais vous ne vous bornez pas à tolerer
ces fabricateurs de nouveautez , vous
allez jufqu'à les encourager à cette fabrication
, en foutenant que le Public leur
fera redevable de ce qu'ils lui apporte
ront de bon , & qu'en cette confideration ,
on doit avoir de l'indulgence pour ce
qu'ils prefenteront de mauvais ; or c'eft
cet encouragement que je ne faurois ap-.
prouver , parce que je crains qu'ils n'en
abufent.
REPONS E.
Ou c'eft un bien défirable que la Lanque
s'enrichiffe de mots nouveaux & de
phrazes nouvelles, commodes & fouvent
neceffaires , tant pour abreger le diſcours,
que pour le rendre plus clair & plus vif
ou bien c'eſt un défavantage pour la Lanla
Nation : fi c'eſt un mal
gue & pour
il ne faut pas même le tolerer , & je
défaprouve à mon tour votre tolerance
& votre indulgence , pour les mots nouveaux
, qui méritent d'être adoptez , mais
fi c'eft un bien , fi c'eft un avantage pour
la Langue , pourquoi n'encourageriez - vous
pas avec moi les bons fabricateurs de
mots nouveaux & de phrazes nouvelles ,
à nous donner tant qu'ils pourront de
B dignes
452 MERCURE DE FRANCE,
dignes d'être adoptez par le Public ?
Je vous prie de bien obferver que je
n'ai garde de les encourager à nous en
propofer qui foient indignes de cette
adoption , mon encouragement ne tombe
pas fur le nouveau qui a le démerite
d'être mauvais , mais fur le bon qui a le
malheur d'être nouveau : or confultez
vous vous-même , confultez votre raifon,
vous qui êtes fi raifonnable : peuton
apporter trop de bon ? & fi cela eft,
peut-on trop encourager les Auteurs à
nous donner de bons mots & de bonnes
phrazes ? d'un autre côté s'ils nous appor
tent fouvent du bon , peut - on avoir trop
d'indulgence pour le mauvais qu'ils nous
apportent , parce qu'ils le prennent pour
bon ? n'avons nous pas à craindre que
fi nous les découragions fur le mauwais
par des critiques publiques , ils ne
nous privaffent même du bon?
J'appelle ici mauvais , ce que le Public
n'adopte point ; or en cette occafion
comment ce qui n'eft point adopté feroitil
nuifible ? & en fait de langage , ce que
le Public adopte ne devient- il pas trèsbon
par fon adoption même ? Il n'y a donc
point à craindre , que l'abus que les bons
Auteurs pourroient faire de notre indulgence
, tourne jamais à notre défavantayoilà
pourquoi je m'en tiens toujours
MARS 1726. 453
Pencouragement pour le bon , & à l'in
dulgence pour le mauvais , lorfque celuf
qui préfente du mauvais , n'a d'autre intention
que de préfenter du bon : & ne
·
la
convenez vous pas vous - même que
Sonne intention , lors même qu'elle ne
mérite pas de louanges , mérite toujours
de l'indulgence ?
CONCLUSION.
Encourager les Auteurs à produire du
bon & du nouveau dans leurs expreffions,
ne les pas. effaroucher par des Critiques
publiques fur le mauvais qu'ils préfentent
comme bon , c'eft un moyen de perfec
tionner les Langues , & c'est ce que je
m'étois propofe de démontrer.
LE CHEVAL ET LE COQ,
Fable morale.
N Coq , chef d'une République
UN
Ou tributaire de l'Amour ,
Tout un Peuple femelle à lui faire fa cour ,
Du matin jufqu'au foir uniquement s'applique,
Vient infulter mal à propos ....
Bij
Le
454 MERCURE DE FRANCE .
Le Bardot d'un Meunier , animal pacifique :
Malheureux , lui dit- il , tous les jours fur
ton dos
Tu portes la farine & de l'un & de l'autre ;
Roué de coups , tu n'as point de reposs
Mal couché , mal nourri , l'on compteroit
tes os,
Que l'intervale eft grand de ton deftin au
nôtre!
Mille plaifirs , point de travail ,
Jeune , frais & gaillard , j'ai toujours vingt
poulettes ,
Dont l'Amour a pris ſoin de peupler mon Ser.
rail ;
J'exerce mes talents , je leur conte fleuretes ,
On plutôt je les vois prévenir tous mes voeux :
Voilà ce qui s'appelle un fort vraiment heu
reux ;
durera long-temps , c'eft moi qui t'en affure,
Cependant un Renard , qui cherchoit avan
ture ,
Vient , le faifit , le crocque , & lui prouve
qu'il ment.
Tous les biens d'ici - bas font de peu de durées
Et leur poffeffion eft fi mal affurée ,
Qu'on n'y peut compter un moment.
DIFMARŠ
1726. 483
DIFFICULTEZ fur le Clavecin oculaire
, avec leurs Réponses."
culté.
le Clavecin oculaire eft
1. Diffi-
Spoffible , que n'en fait-on ?
Réponse. C'est aux Luthiers
qu'il faut
demander
pourquoi
ils n'en font pas.
C'est même à ceux qui s'amufent
à faire
de pareilles
difficultez
, qu'il faut demander
pourquoi
ils n'en font point faire
, puifqu'ils
en font fi curieux . Je fuis
Geometre
, je fuis Philofophe
tant qu'on
voudra , mais je ne fuis pas d'avis de me
faire Maçon pour faire mes preuves d'Architecte
; & puis , qui vous a dit qu'on
n'en fait pas ?
2. Difficulté. M. Newton , dit- on , n'a
fort exactement défini la proportion
harmonique des couleurs.
pas
Réponse , Peu importe , ma démonftration
n'eft point appuyée fur fes définitions.
Si je l'ai cité , ç'a été pour lui
rendre juftice & en même temps pour
fermer la bouche par un grand nom à ceux
qui n'ouvrent point l'oreille à un raiſonnement.
3. Difficulté. Mais comment executer
ce Clavecin pour les yeux ?
Biij 3.
456 MERCURE DE FRANCE .
Réponse. Prenez un nombre de cou→
leurs , & rangez- les à votre fantaiſie ,
de maniere que les touches les découvrent
, ou fimplement les faffent mouvoir
: voilà tout : car un Clavecin ordinaire
eft fait dès qu'il a des cordes
à portée de raiſonner au mouvement
des touches : jouez , & montez vos cordes
jufqu'à ce que l'oreille foit contente
; jouez , & rangez vos couleurs jufqu'à
ce que l'oeil foit content.
4. Difficulté. Un homme qui n'a jamais
connu l'harmonie des fons , ne fçauroit
monter un Clavecin . Perſonne n'a
encore éprouvé la jufte harmonie des
couleurs , comment donc montera- t- on
ce nouveau Clavecin ?
Réponse. C'est cette difficulté qui mẹ-
rite une réponſe . Je dis donc , qu'avec
le temps on a trouvé les confonances &
-les accords de la Muſique , & qu'avec le
temps on trouvera celles de la Peinture.
5. Difficulté. Il faudra un long temps .
Réponje. Il y faudra très - peu de temps ,
pour ceux qui le voudront bien . 1º .
Parce que la choſe eſt déja à peu
près trouvée. 2 °. Parce qu'on a des fecours
infinis pour la trouver. 3º . Parce
qu'on fçait ce que l'on cherche , & par-
: ce qu'on le cherche en effet. Quand on
ignoroit les confonances & les accords
de
MARS 1726. · 459
de la Mufique , on s'en tenoit- là , on ne
penfoit pas même à les chercher , on ne
Içavoit pas même s'il y en avoit on n'y
eft donc arrivé que par hazard , & lorfqu'elles
fe font comme prefentées d'elles
mêmes. On eft aujourd'hui , par rapport
à l'harmonie des couleurs , comme
un homme qui , fans avoir jamais monté
un Clavecin , entreprend de le monter.
D'abord il s'y trompe , mais peu à peu il
fe rend attentif , & s'accoutume à comparer
, à difcerner , & par confequent à
reconnoître les fons. Faut - il deux mois
pour qu'un homme apprenne à accorder
un Clavecin , un Violon , ou tout autre
inftrument ? une découverte eft comme
faite , lorfqu'on fçait ce que l'on cherche.
Le prifme , le goût de la Peinture ,
la connoiflance du clair obfcur , & mille
autres connoiffances auxiliaires , & furtout
la perfection où eft la Mufique, font
ici de bons préliminaires .
6. Difficulté. Mais fi abſolument on
n'en venoit point à bout.
$
Réponse. Je répons à tout . Rangez tou
jours à vôtre fantaifie , & comme à vûë
de pays , vos couleurs : tout arrangement
plaira tandis que vous n'en fçavez
pas affez pour accorder votre Clave
cin , vous n'en fçaurez pas affez pour en
fentir l'imperfection. Un Violon faux
B iiij. qui
458 MERCURE DE FRANCE .
.
d'a
qui jure fous l'archet , ne laiffe pas
mufer le peuple tout un jour : les diffonances
éternelles , les faux tons , les
faux accords font du chant & de l'harmonie
pour ceux qui ne connoiffent rien
de mieux , & bien des gens laifferont la
plus fçavante piece d'harmonie fur l'Orgue
, pour un miferable petit flageolet
enroué & glapiffant. Un bruit un peu varié
plaît toujours à ceux qui n'ont pas la
tête fonnante ; des couleurs jettées au hazard
ne revoltent perfonne. Quand je ne
fçavois pas jouer du Clavecin , j'en
jouois les deux & trois heures de fuite
avec plaifir ; mon oreille n'en fçavoit
pas plus que mes doigts. Un Efpagnol ,
un Allemand , un François aiment autant
chacun leur Mufique , qu'un Italien
aimme la fienne. Les Anciens , fans peutêtre
aucune connoiffance de l'harmonie
& en chantant tous la même partie , ou
qui pis eft des parties toujours à la quinte
, à la tierce , ou à la quarte l'une de
l'autre , croyoient faire des ' concerts &
de beaux concerts d'harmonie. On ne ſe
laffera d'un Clavecin oculaire mal monté
, que lorsqu'on fera en état de le mieux
monter. Il faut étudier les hommes &
les raifons fecretes des chofes , avant
que de dire decifivement , cela eft bien ,
ن ب ا
MARS 1726. 459
cela eft mal'; cela est vrai & cela est
faux.
17. Difficulté. On fera donc des Clavecins
pour tous les fens.
Réponse. Ce n'eft pas moi qui élude les
difficultez
. 1 °. Mettez de fuite une quarantaine
de caffoletes pleines de divers
parfums , couvrez-les de foupapes , &
faites enforte que le mouvement
des touches
ouvre ces foupapes : voilà pour le
nez. 2 °. Sur une planche , rangez tout
de fuite , avec une certaine diftribution
des corps capables de faire diverſes impreffions
far la main , & puis faites- la
couler uniment fur ces corps : voilà pour
le toucher. 30. Rangez de même des
corps agréables au goût , entremêlez
de
quelque amertume. Mais parlai -je à des
gens à qui il faille tout dire ? j'ajoûte.
rai qu'il y a des gens ,
gens , qui par le fim
ple toucher connoiffent
les divers bois ,
les diverfes étofes , les cartes ; l'écriture
, les couleurs , &c. Il y a à Paris un
homme qui a appris à fon fils aveugle ,
par le feul tact , à lire , à écrire , à chanter,
à déchifrer la Mufique , &c. Nos
fens font tous capables d'une grande
-perfection
; mais ceux qui n'ont rien vû,
ne conçoivent que ce qu'ils voyent. S'ils
voyoient des Clavecins oculaires , ils les
By croi460
MERCURE DE FRANCE.
croiroient rare & puiffant effort d'une
imaginative , &c.
8. & derniere Difficulté . C'eft le pont
aux ânes . Y a- t - il tant de plaifir dans ce
Clavecin oculaire ?
Réponse. 10. La vivacité du plaifir dé
pend de la fineffe des organes , de la fubtilité
des agents , & de la celerité des
mouvemens. De tous nos fens , j'ai honte
de le dire pour ceux qui font des objections
, le plus groffier , le plus indolent
, le plus ftupide , eft celui de l'oüie.
Il lui faut pour l'émouvoir un peu ,
du
bruit , & un bruit qui faffe trembler toute
la machine , & jufqu'aux vitres & aux
murailles d'une chambre. Ceux qui objectent
devroient fçavoir au moins , que
la lumiere de l'éclair laiffe beaucoup en
arriere le bruit du tonnerre , & que fi
on joignoit le Clavecin auriculaire avec
l'oculaire , comme on peut le pratiquer
l'oreille n'auroit en quelque forte
les reftes du plaifir de l'oeil . On n'a jamais
dit qu'entendre fut vivre , mais de
tout temps la vie & la lumiere ont été
fynonimes. Eft- ce le tympan qu'on compare
que
à la retine , l'éther à l'air , ou le
tiraillement de l'oreille à l'action comme
immaterielle de l'oeil ? je n'ai encore
vû perfonne fortir d'une chambre ,
parce qu'il y avoit de belles tapifferies
ou
MARS 1726. 461
ou de beaux tableaux ; mais j'en ai vû
fouvent fortir au bruit du plus beau concert.
2 °. Un jour ayant fermé toutes les
fenêtres d'une chambre que le Soleil
éclairoit , & mis aux trous que j'avois
faits dans les volets quatre ou cinq prif
mes qu'on faifoit tourner fans celle , je
vis fur la muraille oppofée une tapiflerie
mouvante , qui fans autre concert
d'harmonie , me donna le plus agreable
fpectacle que je me fouvienne d'avoir
jamais vû ni entendu . 3 °. L'harmonie
vaut mieux que le chant , le trio mieux
que le duo , les Chours mieux que les
trio. Plus une nature eft perfectionnée ,
plus elle est belle & agreable ; & un
plaifir fçavant & profond eft double &
triple d'un fimple plaifir. Le Clavecin
vaut mieux que la Flute , le Clavecin
oculaire eft , je penfe , une nature plus
perfectionnée que le Clavecin auriculaire
.
Deux nouvelles Obfervations pour la per
fection du Clavecin oculaire.
Premiere Obfervation. On fçait que
les
piquures de la tarantule font gueries par
la Mufique , & par certaine Mufique.
Kirker in'apprend qu'elles font gueries
auffi par les couleurs , & par certaines
B vj cous
462 MERCURE DE FRANCE .
couleurs : mais je n'ai pas dit encore tout
ce qu'il m'apprend . 1 ° . Que la tarantule
elle- même le porte plus volontiers vers
certaines couleurs. 20. Qu'au fon des inftrumens
elle fe tremoulle comme en cadence
. 30. Que le fuc dont elle file fa
toile eft des plus vifqueux , & par la
très-fufceptible des vibrations harmoniques.
4°. Que les araignées les plus viles
font la repartition de leurs fils en
proportion, harmonique . 5o. Que les rofeaux
gardent d'un noeud à l'autre , foit
en groffeur , foit en longueur , la proportion
des tuyaux d'Orgue. 6 °. Que les
tuyaux des aîles d'une gruë font dans la
même proportion , &c . Car il faut garder
quelque chofe pour le lendemain :
or en general on n'a qu'à fe fouvenir
que la proportion harmonique eft la plus
fimple & la plus facile , & puis , fi l'on
eft Phyficien , on conclura tout de fuite
que c'eft celle de la Nature.
;
Seconde Obfervation. Le fon contient
tous les fons le blanc , comme l'a découvert
M. Newton , contient actuellement
toutes les couleurs. Une grande
corde fait entendre communément trois
fons , une goute d'eau , un prifme , font
voir communément trois couleurs . Ces
trois fons font accompagnez d'une infinité
d'autres ces trois couleurs font
د
nuanMARS
1726. 465
nuancées d'une infinité de couleurs . Or
pour le dire en paffant , voilà votre tonique,
votre tierce & votre quinte de couleurs
dans les trois principales du prifme
ou de l'Arc- en- ciel. Lorfque je penfai
pour la premiere fois au Clavecin oculaire
, je penfai auffi à faire une maniere
de prifme auriculaire , qui dans chaque
fon en fit entendre diftinctement trois ou
davantage. Je n'en dirai pas la maniere,
parce je n'y ai pas une entiere confiance,
& que j'en ai affez dit déja , pour amufer
quelque temps les Curieux & même
les parleurs. Ne quid nimis.
XXX:XXX
ODE
XXXXXX
Sur ces paroles du Prophete Roi
1
Dixit impius in corde fuo , non eft Deus
D
Ans la folle ardeur qui l'anime ,
L'impie efface au fond du coeur
Le faint caractere qu'imprime
L'augufte main du Createur.
La verité fimple & touchante ,
Veut dans fon ame chancelante ›
Faire
464 MERCURE DE FRANCE .
Faire luire un divin flambeau ;
Il s'obftine à la méconnoître
A la clarté du premier Etre ,
Il oppole un fatal bandeau.
粥
Envain les remords redoutables ,
Excitez par un Dieu vengeur
De fes plaifirs abominables ,
Viennent corrompre la douceur.
Le pecheur devient moins timide ,
Et par un affreux Déïcide ,
Couronnant ſon impieté ,
Il croit qu'un doute facrilege ,
Peut lui donner le privilege ,
D'errer avec impunité.
M
C'en eft fait : la digue eft rompuë ,
Les flots ne font plus arrêtez.
Ciel ! dans fon ame corrompuë,
Quel deluge d'iniquitez !
Ardent il court de crime en crime ,
Il tombe d'abîme en abîme ;
Il voudroit dans fon noir courroux ,
Voir
MARS 1726. 465
Voir la Religion fanglante ,
Au milieu des feux expirante ,
Tomber fous l'horreur de fes coups.
Toi qui t'attaques à Dieu même ,
Ignores tu quel eft ce Dieu ?
De tes jours Arbitre ſuprême ,
Sans lui ferois - tu dans ce lieu ?
Sur les ruines de Gomorrhe ,
Son feu vengeur éclate encore ,
Les flots de la mer entr'ouverts,
Pour fauver un peuple fidele,
Perdre l'Egypte.criminelle ,
L'annoncent à tout l'Univers .
C'eft lui qui lance le tonnerre
Son bras l'allume & le conduit
Il dit : le Ciel , l'onde , la terre ,
De fa parole fut le fruit.
Les Elemens les plus terribles ,
A fa voix fe montrent fenfibles ;
Plus éclairé , moins innocent ,
'
Par quelle yvreffe, par quels charmes ,
L'hom
466 MERCURE DE FRANCE.
1
L'homme tranquille & fans allarmes ,
Brave- t-il un Dieu menaçant ?
Mais répondez , efprits fublimes ,
Dont la noble intrepidité ,
De nos efprits pufillanimes ,
Raille l'humble credulité.
J'entens une horrible tempête ,
Alle gronde fur notre tête ;
La nature femble expirer ,
Le Ciel s'entrouve , il étincelle ,
D'où vient cette pâleur mortelle ,
Dont je vois vos traits s'alterer ?
譏
Auffi foibles que nous le fommes ,
Vous levez les mains vers les Cieux ;
Soutenez donc mieux , ô grands hommes !
Cet heroifme précieux.
La peur vous faifit & vous glace ,
Et bien- tôt marchent fur fa trace ,
Les noirs foucis , les vains remords ;
Eft- il dans ces fombres journées ,
Un arbitre des deſtinées ?
N'étes - vous plus des efprits forts
MARS 657 1726.
Non , non , le parfait heroïſme ,
Chez vous ne fe trouva jamais ,
Et votre odieux fanatiſme ,
Ne m'en reprefente aucuns traits.
La fraude , l'erreur , l'impofture ,
Monftres qu'abhorre la nature ,
Et qui germent dans votre coeur ,
Le deſeſpoir au teint livide »
La rage au regard parricide :
Voilà votre unique grandeur.
Qui nous fournira des exemples
D'une invincible fermeté ?
C'eſt ce jufte qui dans nos Temples .
Adore & croit la verité.
A qui nos fublimes Myſteres ,
Ne paroiffent point de chimeres
L'Eternel eftfon feur appui ,
Il peut voir s'écrouler la terre ,
Sans que fa conftance s'altere ,
Il craint Dieu , mais ne craint que lui.
BARDON de Rennes.
LET
468 MERCURE DE FRANCE.
Skakakakaka akakakakak
LETTRE à M. de L. R. fur les Onvrages
Geographiques de M. De
Lifle , Premier Geographe du Roy , de
l'Academie Royale des Sciences , & fiss
fa mort, &c.
MONSIEUR ,
Voici le détail que vous m'avez demandé
au fujet de M. Guillaume Delifle,
premier Geographe du Roi , Affocié de
l'Academie Royale des Sciences , & Cenfeur
Royal des Livres . Il étoit né à Paris
en 1675. au mois de Mars ; enforte
qu'il étoit dans fa 51. année , lorſqu'il
eft mort. Claude Delifle fon pere , prit
un foin tout particulier de fon éducation ,
& dirigea lui- même fes études ; le fils ne
pouvoit avoir de meilleur maître que fon
pere , & le progrès de fes études répon
dit pleinement à l'habileté de celui qui
les conduifoit, Claude Delifle , mort en
1720. dans un âge très avancé , étoit
l'homme de Paris qui avoit le plus de
réputation pour enfeigner l'Hiftoire &
la Géographie. Prefque tout ce que nous
avons de Seigneurs l'on eu pour maître
fur
MAR S. 1726. 469
far ces matieres , & feu Monſeigneur
le Duc d'Orleans , auquel il avoit montré
l'Hiftoire & la Geographie , lui a témoigné
juſqu'à fa mort la bienveillance
qu'il avoit confervée pour lui . M. Delifle
le pere , n'étoit pas de ces maîtres ,
dont on trouve beaucoup dans Paris , qui
pour avoir appris par coeur des Tables
Chronologiques , qu'ils n'ont point faites
, & pour s'être mis dans la tête les
divifions & les fubdivifions politiques
des Etats , ou pour avoir retenu quelques
pofitions Aftronomiques , ou quelques
principes generaux de la Sphere Celefte,
fe croyent Hiftoriens , Geographes & Aftronomes
, & fe préfentent pour enfeigner
ces connoiffances . M. Delifle le pere
étoit homme de lettres , & regardé comme
tel par les gens fçavans , avec lef
quels il étoit en commerce. Les leçons
qu'il donnoit à fes écoliers , & les cahiers
qu'il leur dictoit étoient à lui ; il les avoit
compofez , & ils étoient le fruit d'une
lecture exacte & approfondie des Hiftoriens
originaux ; mais ce qui manque
affez fouvent aux gens profondément favans
, la clarté , la methode , la précifion
, la douceur , la patience pour fupporter
les diftractions de ceux à qui l'on
enfeigne , il l'avoit dans un dégré éminent
. Il favoit être fuperficiel avec les
efprits
2
470 MERCURE DE FRANCE.
efprits incapables d'approfondir , & lorf-.
qu'il rencontroit dans fes difciples des
efprits attentifs & curieux de connoître
le détail & toutes les circonftances des
évenemens , il étoit toujours en état de
remplir fur le champ leur curiofité. L'on
a gravé une partie des Tables Chrono--
logiques qu'il avoit dreffées pour les
écoliers . Il feroit à fouhaiter que l'on
publiât le refte , ainfi que fon Introduc- 1
tion à l'Hiftoire Univerfelle ; l'utilité
dont pourroient être ces Ouvrages , ne
fe borneroit pas à faciliter l'inftruction
des Commençans , ( ce qui feroit pourtant
un objet très - conſiderable , ) mais ils
ferviroient encore à ceux même qui favent
déja , ils y trouveroient du moins
de quoi mettre de l'ordre dans ce qu'ils !
auroient appris.
J'efpere , Monfieur , que vous me
pardonnerez cette difgreffion , je n'ai pú
refufer ce témoignage à la memoire d'un
homme auffi eftimé & auffi confideré de
tous ceux qui l'ont connu que l'étoit
M. Delifle le pere. Son éloge doit faire
partie de l'Hiftoire de fon fils : car ce fils
faifoit gloire de devoir à fon pere une
grande partie des progrès qu'il avoit faits
dans la Geographie.
C'étoit du côté de cette fcience que fon
inclination naturelle le portoit ; j'ai vũ
des
MARS 1726. 4711
des Cartes qu'il avoit dreffées & deffignées
lui- même fur l'Hiftoire ancienne
ades l'âge de huit à neuf ans. Son pere
perfuadé que le goût naturel eft ce qui
produit les grands fuccès , dirigea les études
de fon fils du côté de la Géographie,
Il avoit fenti en étudiant l'Hiftoire , nonfeulement
combien cette ſcience lui étoit
neceffaire , mais encore combien peu elle
étoit perfectionnée . La Géographie avoit
été comme abandonnée depuis la mort de
Nicolas Sanfon , & l'on n'avoit fait que
Copier les Cartes de ce grand homme ;
cependant ces Cartes étoient remplies
de fautes , parce que le petit nombre
d'Obfervations exactes que l'on avoit
lorfqu'elles avoient été faites , n'étoit pas
Liffilant pour régler toutes les pofitions ,
Les diftances itineraires qui fervoient à
déterminer la fituation des Villes , étoient
peu exactes & évaluées par une efpece
d'eftime affez imparfaite , la vraie quan,
tité des mesures employées dans les differens
Pays pour exprimer les diftances ,
n'étant pas connuë,
La fituation des Villes , le cours des
Rivieres & les finuofitez de leurs contours
, le gifement des côtes , & c . tout
cela étoit mal orienté , parce qu'il les
avoit marqué fur la foi des memoires
dreffez fur des obfervations faites ayee
la
172 MERCURE DE FRANCE.
la bouffole , par des gens , à qui la varia
tion de l'aiguille aimantée étoit inconnuë,
ou du moins qui ignoroient la veritable
quantité de cette variation . Outre ces
deffauts generaux , communs à toutes les
Cartes , celles de M. Sanfon en avoient
qui leur étoient particuliers , perfonne
ne fent mieux que moi l'étendue des obligations
que lui a la Géographie , & je fuis
étonné qu'avec auffi peu de fecours que
l'on en avoit , lorfqu'il commença , il
ait porté cette fcience auffi loin qu'il l'a
fait ; mais il faut l'avouer , il ne perfectionna
pás fes découvertes comme il l'auroit
pu faire , il demeura toujours atta
ché à fes anciens préjugez , fes dernieres
Cartes font auffi imparfaites que les premieres
& fur le mauvais prétexte de con
ferver l'uniformité dans fes Ouvrages ,
il mit toujours dans fes Cartes les fources
du Nil au-delà de la ligne , fous le tro
pique du capricorne , fur la foi de Ptolomée
, quoique la fauffeté de cette opinion
fût démontrée , & il donna à la
haute Afie , à la Chine , à la Tartarie,
une étendue & une difpofition contraire
au témoignage de toutes les relations
exactes . On vit toujours dans fes Cartes
la terre d'Yeço plus proche de l'Amerique
qu'elle ne l'eft en effet , & c.
M. Delifle , en étudiant la Géogra
phie , fentit ces deffauts , & il fe fervit
MARS. 1726. 473 .
de cette connoiffance pour éviter d'y tomber
, il fe crut obligé de faire fubir un
nouvel examen à toute la Géographie ,
& de ne regarder tout ce que nous avions
d'Ouvrages géographiques & de Cartes,
que comme des materiaux , dont il ne
falloit pas faire ufage , fans avoir murement
pezé pour s'aflurer du degré d'authorité
qu'il leur devoit accorder.
Il ne reçut donc aucunes pofitions ni
aucunes fituations comme certaines , fans
s'être affuré des preuves fur lefquelles
elles étoient appuyées , & par là il fe forma
de l'Univers un plan prefque tout
nouveau , tous les lieux de la terre étant
liez les uns aux autres , le déplacement
d'un de ces points entraîne neceffairement
celui de prefque tous les autres.
L'étenduë que l'on donnoit à notre
continent d'Occident en Orient étoit trop
grande , ainfi la pofition de tous les lieux.
de la terre péchoit en longitude. Les
Obfervations Aftronomiques faites à la
Chine , rendoient cette erreur très - fenfible
; mais les Géographes peu familiarifez
avec l'Aftronomie chicannoient
encore l'exactitude des Obfervations ; on
ne pouvoit leur faire comprendre qu'entre
deux Obfervations exactes , faites ,
Pune à Paris , & l'autre à Pekin , l'im
perfection des inftrumens , où les autres
,
petits
274 MERCURE DE FRANCE.
petits accidens meritables dans ces opera
tions , ne pourroient produire une difference
plus grande que celle qui pourra
fe trouver entre deux Obfervations faites
dans le même lieu & en même temps par
deux des plus habiles Aftronomes , ils
ne pouvoient concevoir que cette difference
, à peine fenfible dans ce dernier
exemple , difparoîtroit entierement , f
elle fe trouvoit répanduë fur une diſtan
ce , comme celle d'ici à la Chine. M.
Delifle entreprit de les convaincre par
une methode qui fût davantage à leur
portée ; il raffembla tout ce qu'il put
amaffer de journaux & de routiers des
navigations de la mer Mediterranée , tanţ
des routes faites de cap en cap en fuivant
les terres , que de celles qui traverfoient
cette mer d'une extremité à l'autre dans
tous les fens . Il traça toutes ces routes
fur un même plan , les évaluant fuivant
l'eftime des Pilotes , & faifant les déduc
tions neceflaires pour les courants connus
: il les dirigea felon les Rhumbs de
vent , ayant égard à la variation de la "
bouffole , & trouva que fur cette Carte
dans laquelle il n'avoit fait aucun ufage
des Obfervations Aftronomiques , l'étenduë
de la mer Mediterranée le trouvoit
précisément la même que celle qu'il augoit
fallu lui donner en fuivant ces Ob-
Lese
MARS. 1726. 475.
fervations. Je n'oublierai jamais la bonté
avec laquelle M. Delifle le pere voulut
bien m'expliquer tout ce détail , dans un
âge auquel il ne me devoit regarder que
comme un Ecolier , & même comme un
Ecolier qu'il ne connoiffoit que par la
curiofité qu'il lui vo yoit pour les Cartes
nouvelles de fon fils ; & je vous écris
ce détail, parce que je ne me fouviens
de l'avoir vu en aucun endroit , quoi
qu'il foit propre à donner une idée de
l'exactitude avec laquelle il travailloit.
M. Delifle étudiant avec un methode
fi parfaite , joignant toujours les Obſervations
Aftronomiques aux voyages tant
de terre que de mer , & comparant le
refultat trouvé par ces deux voyes avec
le détail que nous apprennent l'Hiftoire
& les Defcriptions particulieres des Païs ,
fit en peu de temps de très - grands pro
grès.
1700.
A l'âge de 25. ans , en 17 00. il pu
blia une Mappemonde , les Cartes de
l'Europe , de l'Afie , de l'Affrique & de
l'Amerique , une Carte de l'Italie &
fes deux Globes, d'un pied de diamêtre;
le Globe celefte avoit été conftrut fur
les Obfervations les plus exactes des
Aftronomes de l'Academie des Sciences ,
& M. Caffini le pere avoit dirigé l'Ouvrage.
Ce fçavant Aftronome , à qui
C PAL
476 MERCURE DE FRANCE.
l'Aftronomie moderne doit prefque toute
la perfection où elle eft maintenant , fe
croyoit encore obligé d'aider de fon fecours
& de fes lumieres , les fciences
que l'Aftronomie pouvoit perfectionner,
ainfi il avoit communiqué au jeune Géographe
toutes les Obfervations Aftrono
miques qui avoient été faites .
Cette même année M. Delifle publia
une Carte de l'Affrique ancienne , depuis
Carthage jufqu'au détroit, Cette Carte
étoit deftinée à éclaircir la Notice des
Evêchez de ce grand Pays. Mais comme
dans la plus grande partie de l'Affrique
les Evêchez n'étoient gueres que de grof
fes Cures , cette Carte extrêmement détaillée
, & fur laquelle toutes les routes
des itineraires anciens étoient marquées ,
pouvoit être d'un très grand ufage pour
I'Hiftoire ancienne ,
On remarqua avec furprife fur ces
nouvelles Cartes , combien notre conti
nent étoit racourci d'Orient en Occident,
quoiqu'il y eût bien d'autres nouveautez,
elles ne l'étoient que pour ceux qui examinoient
les Ouvrages Géographiques
de près , & peu de gens étoient en état
de le faire ; mais il ne falloit què des yeux
pour s'appercevoir de celle - la. On s'y
eft accoutumé peu à peu ; & quoique
M. Delifle n'ait jamais publié fon introduc-
1
MARS 1726. 477
duction à la Géographie , dans laquelle
il promettoit de donner les raifons de
ces changemens , on eft perfuadé aujour
d'hui de la neceffité qu'il y avoit de les
faire. M. Delifle a donné depuis une
nouvelle Edition fur cette Mappemonde
& de fes quatre parties du monde : cette
nouvelle Edition eft beaucoup plus parfaite
; mais la plus grande partie des changemens
font de l'efpece des premiers ,
& en font feulement des fuites. Il y en
a même qu'il auroit voulu faire dés fa
premiere Edition , mais une efpece de
pudeur l'avoit retenu , il avoit crû devoir
refpecter le préjugé & ne le choquer
que fur les points où la force de fes
preuves alloit jufqu'à l'efpece de démonftration
qui a lieu dans la Géogra
phie.
En 1701. il publia les Cartes d'Alle
magne & d'Espagne , celles de la Tur
quie , de l'Arabie & de la Perfe.
En 1702. il publia celle de l'Angleterre
, celle des Pays - Bas Catholiques ,
& celle des Provinces Unies .
Cette même année il fut reçû à l'Academie
des Sciences , en qualité d'Eleve
d'Aftronomie . Quoi qu'il ne fût pas
Obfervateur , l'Academie crut avec raifon
pouvoir regarder comme un Aftronome,
celui qui avoit fi utilement ap-
Cij pli
478 MERCURE DE FRANCE.
pliqué les fpeculations de cette Science ,
à des chofes d'un uſage univerfel & continuel
, comme la Géographie.
En 1703. il publia la Carte de la France
, où l'on vit combien il étoit refté d'er,
reurs dans les Cartes de M. Sanfon,parce
qu'il avoit été deftitué du ſecours des
Obfervations . Cette même année M. Delifle
publia une Carte de la Pologne , une
de la Hongrie , ou de la Turquie d'Europe
Septentrionale , & quatre Cartes
particulieres de l'Amerique , contenant
toute la defcription de ce grand Pays ..
En 1704. il publia la Carte particuliere
du Diocéfe de Narbonne , celle du Pays
d'Artois & de la partie Septentrionale
de la Picardie , celle du Comté de Flandre
, celle du cours du Rhin , depuis
Bafle jufqu'à Bonne , en trois feuilles,
& celle de la Souabe en deux feuilles .
En 1705. il publia la Carte particuliere
du Brabant & des Pays voifins , celle de
l'Inde , de la Chine & des Ifles de l'Afie
, il publia auffi la Carte intitulée ,
Theatrum Hiftoricum , en deux feüilles ,
reprefentant la face des Pays fituez entre
le Fleuve Indus & l'Ocean , qui eft
à l'Occident de l'Efpagne , telle qu'elle
étoit vers l'an 400. de l'Ere Chrétienne ,
Epoque de la deftruction de l'Empire Romain
en Occident , & de la fondation des
Royau
MARS 1726. 479
Royaumes qui fe font élevez fur fes débris .
En 1706. il publia la Carte de la Tartarie
, Pays abfolument inconnu jufqu'alors
, & fur laquelle on trouve un détail
, auquel on ne fe feroit pas attendu .
Il donna en même temps la Carte generale
du Royaume du Nord , ( Dannemarc,
Norvege , Suede & Lapponie ) en deux
feuilles , celle de la Mofcovie ou Ruffie
, en deux feuilles , & celle des Pays
de Hainaut , Namur & Cambrefis .
En 1707. il publia la Carte du Piedmon
& du Montferrat , en deux feuilles ,
celle de la Grece Moderne ou de la partie
Meridionale d'Europe . Celle de l'Affrique
en 3. feuilles , & celle du Dioceſe de
Toul , intitulée Civitas Leucorum , pour
fervir à la Géographie du moyen âge .
En 1708. il publia une Carte particuliere
du Dioceſe de Befiers , & une Carte
de la Grece ancienne , en deux feuilles .
En 1709. la Carte particuliere de la
Bourgogne , en deux feuilles, & une Carte
du Diocéfe de Senlis.
En 1710. le Royaume de Dannemarc,
& le Diocéfe de Beauvais .
En 1711 , la Carte de la Prevôté &
Vicomté de Paris , celle du Dauphiné
par rapport à la Géographie du moyen
âge , & celle des environs de Rome ,
de tout le Latium , & d'une partie de
C iij l'Etru
480 MERCURE DE FRANCE.
l'Etrurie , pour fervir à l'Hiftoire Ro
maine.
En 1712. la Picardie Meridionale , &
une feconde Edition de la Picardie Septentrionale
, la partie Meridionale de la
Guyenne , où font le Bearn , l'Armagnac
, & c. & deux Cartes pour la divifion
des Provinces de l'Empire de Conftantinople
, vers le huit & neuvième
fiecle .
En 1713. la Champagne , en deux
feuilles.
En 1714. la partie Septentrionale de
la Guyenne ou le Bourdelois , &c. une
Carte de la partie de l'Univers connuë
des anciens , Orbis veteribus noti , une
Mappemonde en deux feuilles , reprefentant
, l'une l'Hemifphere Septentrional
vû par le Pole , l'autre l'Hemifphere
Meridional.
En 1715. la Carte de la Provence
' celle de la Suiffe , l'Italie ancienne , la
Sicile ancienne.
En 1716. le Plan de Paris levé géometriquement
, la Carte de la Normandie.
En 1717. la Carte particuliere de la
Hongrie , celle de la Sicile & celle des
Ifles Antilles qui appartiennent aux François.
En 1718. la Generalité d'Orleans ,
la
MARS 1726. 481
la Carte de la Louifiane , ou Miffif
fipi.
En 1719. la Carte du Maine & du
Perche .
En 1720. il donna l'Anjou & la Principauté
de Neuchatel , & publia une ſeconde
Edition de fa Mappemonde , dans
laquelle il avoit fait un très grand nombre
de changemens , dont il rendit compte
à l'Academie des Sciences;
En 1721. il publia une nouvelle Edidion
de fa Carte de France.
En 1722. il publia , en deux feuilles , la
Carte de la mer Cafpiene , telle qu'elle
avoit été envoyée à l'Academie par Sa
Majefté Czariene . Il donna une Carte
particuliere de l'Indoftan ou des Pays de
Malabar , Coromandel , & c. Il publia
auffi cette année une feconde Edition de
la Carte de l'ifle de Ceylan , & fit une
nouvelle Edition de fes Cartes de l'Af-
'frique & de l'Amerique , ces deux dernieres
avec de très grands changemens .
En 1723. il donna une nouvelle Edition
de fa Carte d'Afie , auffi avec des
changemens confiderables , parce qu'il
avoit acquis beaucoup de connoiffances
touchant ces Pays , depuis la Carte qu'il
avoit donnée en 1700. *
Il publia cette année la Carte de la
Retraite des Dix mille , pour l'intelli-
Ciiij
gen.
482 MERCURE DE FRANCE.
gence de Xenophon , elle avoit été dreffée
pour l'ufage du Roi ; & comme il y
avoit beaucoup de chofes abfolument nouvelles
pour la pofition & la diſtance des
lieux , & pour le cours des Rivieres ,
il rendit compte des preuves de tous
ces changemens dans une Differtation leüe
à l'Academie des Sciences . Ce fut auffi
cette année qu'il donna fa Carte de la
Mer Cafpiene & des Pays voifins de
cette mer à l'Oueſt & au Sud , cette Carte
comprenant la Georgie , la Mengrelie
& une partie de l'Armenie , Pays qui
n'avoient pas encore été bien connus ,
& fur lefquels il avoit ramaffé des memoires
très- curieux.
-
En 172 4. il donna une nouvelle Edition
de fon Europe , dans laquelle il avoit
fait auffi de très grands changemens ,
defquels il fe promettoit de rendre compte
à l'Academie. Il donna auffi cette année
une nouvelle Edition de fa Mappemonde
, mais en deux feuilles féparées ,
& fur une plus grande échelle . Il publia
vers la fin de cette année une Carte
de la Perfe abfolument nouvelle & trèsdétaillée.
Ce grand Pays étoit demeuré
abfolument inconnu , jufques à ce qu'il
eût publié cette Carte ; & lorfque l'on
comparoit les Hiftoires & les Deſcriptions
des anciens , auffi - bien que les relations
MARS 1726. 483
lations des Voyageurs modernes , avec
les Cartes que nous avions , on n'y reconnoiffoit
plus rien , & on croyoit qu'elles
reprefentoient un autre Pays que la
Perfe. M. Delifle avoit déja fait de grands
changemens à ce Pays dans les Cartes
qu'il avoit publiées , mais il avoit toujours
fenti qu'il en falloit encore faire de
plus grands , & il ramaffoit tous les jours
avec foin tout ce qui pouvoit lui donner
des lumieres fur le Pays. La Carte de la
mer Cafpiene levée par ordre du Czar,arriva
& prouva à M. Delifle que Les foupçons
étoient conformes à la verité ; car
de tous les Géographes il étoit le feul
qui avoit le plus approché de la veritable
figure & de la veritable grandeur de
cette mer , ainfi il ne balança plus à publier
la nouvelle Carte de Perfe . Il eut
foin d'y tracer exactement les routes qu'il
avoit tirées des Voyageurs modernes &
des Geographes Orientaux , dont il s'étoit
fait donner des extraits , & par
cette Carte , qui porte par elle - même
la preuve de fa verité , fera d'un très
grand ufage pour la lecture de l'Hiftoire
Orientale moderne , & même pour celle
de l'ancienne : car en la comparant aux
anciens , elle leur fert d'un excellent Commentaire.
là ,
En 1725. M. Delifle n'a publié que
Су La
484 MERCURE DE FRANCE :
la Carte de l'lfle de Saint Domingue
Je n'ai pas voulu interrompre la fuite
des années dans lefquelles il a publié fes
Cartes , pour vous parler de l'honneur
qu'il reçut , lorfqu'il fut appellé pour
montrer la Géographie au Roi , & pour
aider les perfonnes chargées du foin de
conduire les études de ce jeune Prince.
Le feu Roi avoit envoyé M. l'Abbé Perrot
confulter M. Delifle , fur le choix
des Cartes que l'on devoit mettre entre
les mains du jeune Dauphin , & fur la
methode que l'on devoit fuivre , pour
l'inftruire des premiers élemens de la
Géographie . Lorsque ce Prince fut fur
le Throne & dans un âge un peu plus
avancé , M. Delifle fut chargé de travailler
avec lui fur la Géographie ; il
crut qu'il ne pouvoit mieux remplir les
vues de ceux qui l'avoient appellé , qu'en
dreffant plufieurs Cartes , fur lefquelles
il marqua les noms modernes & les noms
anciens des mêmes lieux , & dont les divifions
étoient relatives à certaines époques
determinées , afin d'éclaircir entierement
l'Hiftoire des temps aufquels elle
avoit rapport. Son travail fut fi agréable
au Roi , que pour l'en récompenfer
il lui conféra par Brevet du 24. Août
1718. la qualité de fon premier Géogra
phe , avec 1200. liv. d'appointemens . II
n'y
MARS 1726. 485
n'y avoit point d'exemple de ce titre de
premier Géographe du Roi ; & comme
c'étoit à fon merite fingulier qu'il avoit
été accordé , on peut juger s'il fera poffible
de le remplacer.
Le Public a déja la Carte de la Retrai
te des Dix mille , dreffée pour l'ufage du
Roi. M. Delifle comptoit de publier dans
la fuite la Carte de l'Empire des Perfes
fous Darius , celle de l'Empire des Macedoniens
fous Alexandre , & celle de l'Empire
des Romains , dans le temps de fa
plus grande étendue. Il avoit auffi dreffé
plufieurs Cartes pour fervir à l'Hiftoire
de France ; elles font divifées felon les
divers partages de la Monarchie , entre
des defcendans de Clovis & entre ceux
de Charlemagne. Je crois qu'elles font
abfolument finies & en état de voir le
jour. Sa veuve qui continuë de débiter
fes Cartes , eft réfoluë de faire graver
celles qui fe trouveront en état de paroître
, & de les donner comme elle les
trouvera , fans permettre que l'on y faſſe
aucun changement . On en trouvera fans
doute plufieurs dans les papiers de M.
Delifle , & probablement celle de la
Terre- Sainte. La Géographie de ce Pays
avoit été un objet qu'il n'avoit jamais perdu
de vue dans fes études , non content
de ce qu'il avoit trouvé dans les Livres
C vj
fur
486 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet , il avoit tiré de tous ceux
qui font actuellement dans le Pays ou
qui y ont voyagé , toutes les lumieres
qu'il avoit pû , & il ne fe paffoit gueres
d'année qu'il n'en envoyât des memoires
, & qu'il n'en reçût des éclairciffemens
; dès qu'il rencontroit un Syrien
ou un Armenien à Paris , il le quef
tionoit & le menoit chez lui pour l'interoger
; & pourvû qu'il pût en tirer la
connoiffance d'une feule route ou la diftance
& la pofition de quelques Villages,
il comptoit avoir bien employé le temps
lui avoient coûté ces converfations
qui finiffoient le plus fouvent par leur
donner de l'argent ; par cette voye il
avoit ramaffé un nombre prodigieux de
materiaux , il les avoit mis en ordre
& ne balançoit à publier une Carte de
la Terre Sainte , que par l'efperance de
recevoir encore de plus grands éclaircif
femens . Il étoit dans le même cas pour
l'Egypte , & il efperoit nous donner une
Carte bien détaillée de ce Pays , fur le
quel il avoit fait de très grandes recherches.
que
稀
Il avoit auffi ramaffé beaucoup de memoires
fur la variation de la Bouffole
& il fe croyoit en état de propofer fur
cette matiere quelque chofe de plus sûre
que
MARS. 1726. 487
que tout ce qui avoit paru jufqu'à prefent.
Outre les Cartes qui ont paru ſéparément
, il en a fait qui ont été publiées
dans des Ouvrages hiftoriques pour lef
quels elles étoient deftinées ; telles font
celles de l'Hiftoire Romaine du Pere
Catrou , gravées par le fieur Liebaux ,
très-habile graveur , qui avoit autrefois
gravé une partie des Ouvrages de M.
Delifle , avant qu'il fe fût mis à enfeigner
la Géographie dans Paris . Il grave
actuellement une Carte de M. Delifle
qui paroîtra avec les Volumes de la même
Hiftoire que l'on débitera inceffamment.
Telles font encore les Cartes deftinées
pour l'Hiftoire de Malte de M.
1'Abbé de Vertot , de l'Academie Roya
le des belles Lettres . M. Delifle у avoit
travaillé pendant les derniers jours de
fa vie , & le jour même de fa mort il
avoit paffé la matinée à les finir ; enforte
que fa mort n'empêchera pas qu'elles ne
paroiffent avec cette Hiftoire. Le fieur
de la Haye , Graveur , très habile Ouvrier
, les a actuellement entre fes mains.
M. Delifle étoit dans fa cinquanteuniéme
année , & joüiffoit d'une fanté
qui paroiffoit très vigoureufe. Il avoit
paffé plufieurs jours fans fortir de chez
Iui,
488 MERCURE DE FRANCE.
lui , & avoit travaillé aux Cartes de l'Hif
toire de Malte , comme je vous l'ai dit , le
Vendredi 25. Janvier de cette année 1726.
Ayant fini entierement ces Cartes , il fortit
après avoir dìné, à fon ordinaire , avec
fa famille , pour aller rendre vifite à
M.deValincourt , qui avoit quelque chofe
à lui communiquer . Il demeura quelque
temps avec lui, & ne parut fentir aucune
incommodité ; mais lorsqu'il fut à
l'Hôtel de Torcy , à l'extrêmité de la
ruë de Bourbon ( où loge M. de Valin
court , depuis le funefte accident arrivé
à la maifon de S. Cloud ) il fentit que
fes forces lui manquoient ; comme il n'étoit
pas fujet à s'inquieter fur fa fanté ,
il espera que cet accident n'auroit aucune
fuite , & fe contenta d'appeller un
jeune homme qui paffoit dans la rue , &
de l'engager à lui aider à marcher. Il fe
conduifit de cette forte d'un pas foible &
chancelant jufques vers l'Hôtel de Bouillon
; mais en cet endroit fes forces l'abandonnerent
tout à - fait , il perdit connoiffance
& tomba par terre . Cet accident
ayant fait du bruit , on accourut de
l'Hôtel de Bouillon pour lui donner du
fecours , on lui fit prendre de l'Eau de
Meliffe , mais fans aucun effet . On envoya
chercher un caroffe , & on le ramena
chez lui , parce qu'on trouva fur lui
une
MARS 1726. 489
une lettre où étoit fon adreffe.
Depuis le moment de fa chute , la connoiffance
ne lui revint plus ; il ne donnoit
d'autre figne de vie , que par un peu
de mouvement & de chaleur , & par le
fang qui fortit de la yeine lorfqu'on le
faigna ; mais ce remede , non plus que
tous les autres qu'on effaya , ne produifit
aucun effet , & il mourut le foir même
du Vendredi 25. Janvier. Il ne laiſſe
qu'une fille âgée d'environ 15. ans . Il
avoit trois freres , qui ont pris tous trois
le parti des Sciences ; les deux plus jeunes
fe font attachez à l'Aftronomie , &
font de l'Académie des Sciences , l'un en
qualité d'Affocié , l'autre en qualité d'Adjoint.
Ils font actuellement à Petersbourg ,
où ils ont été appellez, par Sa Majefté
Czarienne , en confequence des projets
formez par le feu Czar , pour y établir
un Obfervatoire & une Ecole d'Aftronomie.
Le troifiéme frere de M. Delifle
s'eft attaché à l'Hiftoire , & a marché avec
fuccès fur les traces du pere.
Voilà , Monfieur , ce que je puis vous
apprendre de M. Delifle. Ses Ouvrages
font la preuve de fon habileté , & elle
eft affez reconnue , pour qu'il ne foit pas
néceffaire de vous en parler . Il femble
même que fa perte en faffe mieux fentir
l'éten
390 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue : car je remarque , que la plu
part de ceux qui fe préfentent pour le
remplacer , affectent de vouloir paffer
pour les Eleves , quoiqu'il n'ait jamais
travaillé avec eux , & quoique de fon
vivant ils cruffent fe diftinguer en décriant
fes Ouvrages . Il eft vrai , que tout
ce que quelques- uns d'eux fçavent de
Geographie , ils l'ont appris en copiant
le plan & les pofitions de fes Cartes , ou
même en les gravant fous fes yeux . Maís
quelle que foit leur habileté , dans le
deffein des Cartes , vous fçavez mieux
que moi , Monfieur , que le merite du
meilleur Deffinateur ne fuffit pas pour
faire un Geographe même mediocre.
Le feul qui puiffe prétendre avec juftice
au titre d'Eleve de feu M. Delifle ,
eft un jeune homme qui travaille depuis
fix ansfous les yeux , & qui- a demeuré
depuis ce temps chez lui , & y eft encore
actuellement. Il fçait de la Geometrie &
de l'Aftronomie , plus même que l'on
n'en demande à un Geographe. M. Delifle
l'Aftronome qui lui à montré à obferver,
l'a chargé, en partant pour la Mofcovie
, du foin de continuer au Luxembourg
a ) les Obfervations aftronomiques
qu'il y avoit commencées . Ce jeune
homme eft auffi fort bon Deffinateur , &
( a) Il y a un Obſervatoire.
trèsMARS
1726 . 49 T
très-inftruit de tous les fondemens geometriques
des pratiques de la Geographies &
lorfque M. le Chevalier de Luynes v oulut
avoir fous lui , au Bureau des Cartes
de la Marine , un homme choifi par le
fieur Delifle , & duquel il fe chargeât
de diriger le travail , ce fut celui dont je
vous parle qui lui fut propofé , & qui
fut mis dans cette place où il eft actuellement
. Comme il eft le feul qui ait
une entiere connoiffance de la methode
de M. Delifle , & de fes principes dans
la conftruction des Cartes , il n'y a que
lui qui puifle fe fervir utilement de fes
memoires. La Veuve de M. Delifle femble
refolue à n'en donner la communication
qu'à lui feul , afin que les memoires
de fon mari puiffent fervir dans la
fuite à continuer , & à perfectionner les
Ouvrages que l'on trouvera commencez
, en fuivant les mêmes principes &
les mêmes vûës , en forte que ce foit toujours
à M. Delifle que le Public ait la
principale obligation de ces Ouvrages
lorfqu'ils paroîtront. Je fuis , Monfieur,
avec l'eftime la plus tendre & la plus parfaite
, & c .
492 MERCURE DE FRANCE
**: *******
AM. l'Abbé de Vaugency , Chanoine
de l'Eglife Cathedrale de Châlons
en Champagne.
T
Andis que les Rimeurs dont la lyrique
audace ,
Afpire aux lauriers du Parnaffe ;
L'an de l'autre à l'envi méprifant les travaux
,
Deviennent ennemis auffi tôt que Rivaux ;
Vaugency , qui l'eut ofé croire ?
Et qui n'en feroit étonné ?
Par un nouveau chemin t'élevant à la gloire ,
Tu chantes les fuccès d'un rival couronné ?
Grand , fi d'un coeur né magnanime ,
Part fans effort ta generofité ,
Plus grand, fi ta raiſon , par un effort fublime,
Sçait triompher de ton coeur revolté.
Auffi je ne fçaurois le taire :
Jouis de cet aveu qui doit t'être affez "doux ;
Tu fais ce que je n'ai pu faire ,
Tu trouves le fecret de me rendre jaloux.
Permets que d'un feul point ici j'ofe me plaindre.
Dans
MARS 1726.
493
Dans tes Vers je fuis trop flatté.
Ignores -tu que rien n'eſt plus à craindre ,
Qu'un encens fibien aprêté ,
Et qu'enyvré de fa douceur extrême ,
Souvent on fe cache à foi - même ,
Combien on l'a peu merité ?.
Quel charme dans tes Vers ! quelle grace
nouvelle !
Avec quelle éloquence , & par quels tours
heureux
Ton Epitre m'exprime -t- elle
Les fentimens d'un rival genereux !
Tes Odes mille fois m'ont fait pâlir de crainte
,
Au fouvenir de mes perils paffez ;
Mais ton Epitre , à te parler fans feinte ,
Plus vivement me les a retracez .
Quel folide garant de ta gloire future !
Dans le premier combat je te verrai vain
"
queur ;
Et rien ne flate plus mon coeur ,
Que le plaifir de t'en donner l'au gure.
Pour moi , fi deformais tranquille ſpectateur,
Je contemple de la barriere ,
Ceux qui viendront dans la docte carriere ,
Signa
494
MERCURE DE FRANCË
Signaler avec toi leur poëtique ardeur ,
Ce n'eft pas , Vaugency , que j'ofe´ me permettre
,
L'efpoir du rang trop élevé pour moi ,
Que tes Vers femblent me promettre,
C'eft que plus fage en fin je voi ,
Que c'eft trop fouvent me commettre
Avec des Rivaux tels que toi .
LA VISCLEDE.
Cette Epitre fert de Réponse à celle
de M. l'Abbé de Vaugency, inferée dans
le Mercure du mois de Decembre 1725.
i. vol . p. 2779.
M. de la Vifclede a envoyé cette Réponſe
directement à M. L. de Vaugency,
c'eſt par un ami de ce dernier quenous
en avons eu communication.
LET
MARS 1726. 495
LETTRE de M. de Barras , Premier
Chef d'Eſcadre des Galeres du Roi ,
aux Auteurs du Mercure de France.
Nouvelles Obfervations de Phyfique ;
faites à l'occafion du Phenomene
du Port de Marseille , & c .
' Ai vù , Meffieurs , dans le Mercure
du mois d'Aouft 1725. une lettre de
M. Boyer , Medecin , au fujet du Phe
nomene arrivé dans le Port de Marfeille
le 29. Juin 1725. Je ne puis vous
diffimuler , que bien loin de l'avoir lûë
avec le même plaifir , qu'il dit avoir lû
celles qui vous ont été adreffées fur le
même fujet , j'ay été fort étonné du contenu
de cette lettre . L'approbation précipitée
du R. P. Caftel , qui a paru enfuite
dans un autre Mercure , ne m'a
point fait changer de fentiment : je ne
Içaurois voir de fang froid impofer à la
erité.
Je ne fuis point furpris , que ce Medecin
n'ait pas expofé le vrai du fait &
des circonftances du Phenomene , parcequ'il
n'en a pas été témoin , non plus
que
de ce qu'il dit , que cette espece de
flux
496 MERCURE DE FRANCE.
flux & reflux n'ont été fenfibles que dans
le Port de Marfeille , quoiqu'il foit trèscertain
qu'on s'en eft apperçû à l'Eſtaque
mouillage environ fix milles au
Nord du Port de Marſeille, c'eſt- à - dire,
deux petites lieues de France.
>
Perfonne n'a exactement décrit ce Phenomene
, la relation qu'en a fait l'Auteur
de la Lettre , écrite de Marſeille à
M. de Marfais , le 2. Juillet 1725. n'eft
pas éxacte ; l'accroiffement & le décroiflement
des eaux n'ont pas paffé trois
pieds ; la puanteur affreufe qu'on attri
bue à la promptitude avec laquelle les
eaux baifferent , n'eft que trop frequente
dans le Port de Marfeille , pour ceux
qui craignent les mauvaiſes odeurs , j'en
ai fenti de beaucoup plus fortes & plus
puantes , en faifant voguer une Galere
d'un bout du Port à l'autre , pour exercer
les Chiourmes : cette mauvaiſe odeur
n'a rien de furprenant dans un Port fermé
, qui n'eft pas fort grand , & dont le
fond de vafe & de boue molle & gluante
reçoit tous les égouts de la Ville , ce
qui d'ailleurs eft d'une grande utilité
pour les Bâtimens qui y féjournent , l'eau
bourbeufe & fale les garentit des vers ,
qui rongent & qui percent les plus gros
Vaiffeaux.
L'eau du Port n'a point paffé pardeffus
le
MARS 1726. 497
le Quay , qu'un peu vers les Auguſtins,
au bout du Port , ce qui arrive très - fouvent
dans l'année , quand les Mers font
pleines. Les deux flux & reflux n'ont
pas duré chacun un quart d'heure , l'accroiffement
& décroiffement des eaux
ont eu quelques petits intervales ; tout
le temps du Phenomene peut avoir duré
environ deux heures . Dans tout le
Golfe de Marfeille le flux & le reflux
n'ont été remarquez qu'à l'Eftaque , on
ne s'en eft point apperçû à Caffis , à la
Ciotat , à Toulon , ni en aucun autre endroit
de la côte. On fait avec certitude
, que ce Phenomene extraordinaire
eft arrivé plufieurs fois dans le Port de
5 Marfeille.
Quand même on auroit décrit tous les
faits dont je viens de parler avec plus
d'exactitude & de précifion , cela ne me
paroîtroit pas fuffifant pour en découvrir
la caufe , il y a bien d'autres obfervations
à faire ce n'eft donc pas ce qui
m'a furpris dans la Lettre de M. Boyer,
c'eft d'y avoir lû , qu'on ne s'est jamais
apperçu à Marseille d'une pareille cruë
d'eau. Ce qui m'a encore plus étonné
ce font les faits particuliers , qu'il dit
avoir vû & examiné , dont les uns font
fideles , & les autres faux de notrès
- peu
torieté
498 MERCURE DE FRANCE.
torieté publique , ce qui démontre la va
lidité de fes idées touchant leurs caufes
.
Entr- autres faits , comment pouvoir
le juftifier fur le prétendu goufre , qu'il
dit avoir remarqué plufieurs fois dans le
fond de la mer à l'embouchure du Port de
Marfeille fa Patrie , à trois ou quatre
toifes loin & en dehors de la chaîne . Ce
Medecin a , fans doute , les yeux de la
Portugaife , dont il eft parlé dans quelqu'un
de vos Mercures , qui voit l'eau
à 15. & 20. pieds fous terre ; lui au
contraire voit un goufre couvert de 15 .
& 20. pieds d'eau , celui de la mer a
tout-au - moins cette profondeur à l'entrée
du Port de Marfeille , & l'eau n'y
eft jamais fort claire. J'aurai bien - tôt
occafion d'expliquer , ce que c'est que
ce goufre imaginaire , dans lequel M.
Boyer a précipité le P. Caftel .
Suivons le Medecin , le fait qu'il rapporte
enfuite , & qu'il dit avoir vû en
certains temps , eft accompagné de tant
de circonftances , qu'on ne peut point
compter fur le témoignage de fa vûë
ne pourroit - on point la comparer à celle
de Lincee , l'un des Argonautes qui
voyoit jufqu'aux Enfers , & la Lune le
premier jour qu'elle étoit dans fa conjonction.
Il faut au moins croire , que
се
MARS 1726. 499
ce Medecin a des yeux de taupe , puifqu'il
voit au fond de la Mer ce qui n'y
eft point , & ne voit pas en dehors ce
qui paroît cent & cent fois dans l'année
aux yeux de tout le monde.
pou-
Ce que M. Boyer appelle un bouillonnement
confiderable , n'eft qu'un fimple
mouvement qui fait élever l'eau de la
Mer au - deffus de la furface d'un trou ,
qui fe trouve quinze toifes en dehors
de l'entrée du Port on voit quelque
fois l'eau couverte de quantité d'Algue,
s'élever tout-à- coup directement au -deffus
de ce trou , d'environ ſept à huit
ces , & reprendre fon niveau un inftant
après l'Algue enfuite fe répand fur toute
la furface de la Mer , ce qui produit
une mauvaiſe odeur , ordinaire dans
toutes les côtes où la Mer jette de
cette herbe , odeur qui devient plus
forte dans les endroits où l'Algue fe trouve
refferrée & remuée par l'agitation des
vagues. Cette odeur a contribué de faire
donner à ce trou le nom de Sueille ;
odeur que M. Boyer qualifie de puanteur
horrible , dont il attribue la caufe
aux égouts de la Ville , ce qui a la même
folidité que les obfervations ont d'exactitude.
Il n'y a rien de vrai que le nom
du trou , qui eft quinze toifes loin de la
Chaîne , dans l'Avant-port, appellé Fa-
Ꭰ roty.
500 MERCURE DE FRANCE
rot , plus prés du Fort S. Jean que de la
Citadelle S. Nicolas.
Cette feule fituation ne permet pas de
penfer qu'il puiffe rien entrer dans ce
trou des immondices que les égouts de
la Ville dégorgent dans le Port de Marfeille
; il eft d'ailleurs conftant , qu'il
n'y a dans ce trou que trois à quatre
pieds d'Algue , plus ou moins que le
Reffac des côtes voifines y entraîne.
Ce font les Pêcheurs qui ont donné à
ce trou le nom de Sueille , fa figure &
fa profondeur plus baffe que le fond de
la Mer , ayant beaucoup de rapport avec
certains trous que les Païfans font exprès
, dans tout le Territoire de Marfeille
, auprès de chaque Baftide , où ils
tiennent le fumier que font les cochons
qu'ils nourriffent , & où ils portent quelquefois
des charges d'Algue , pour mêler
avec leur fumier dans ce trou , qu'ils
nomment Sueille ; les Pêcheurs , à leur
imitation , ont donné le même nom au
trou qui fe trouve dans le Farot , toujours
rempli de trois ou quatre pieds
d'Algue.
Ce trou que M. Boyer dit avoir fondé,
dans lequel il n'a point trouvé de fond ,
où fa fonde enfonçoit autant qu'il la
laiffoit filer : ce trou , dis -je , n'a certainement
au milieu que 29. pieds de profondeur,
MARS 1726. 501
fondeur , à compter de la fuperficie de
la Mer jufqu'au fond du trou mêmes
le fond de la Mer en dehors de fa circonference
, ( qui n'a qu'environ quatre
pieds de diametre ) n'eſt que de 20. 18 .
& 17. pieds , allant toujours en dimi
nuant à mesure qu'on approche de ter
re de forte que le trou appellé Sneille,
n'a en lui- même que fept à huit pieds
de profondeur , qu'il y a toujours au foni
trois à quatre pieds d'Algue , plus ou
moins , & que le fol de ce trou , au-def
fous de l'Algue , eft très-dur par tout.
Ce font- là très - certainement les dimenfions
exactes de ce goufre , fur lequel
le R. P. Caftel a compté un peu
trop legerement. Jel'avois autrefois fon
de moi- même ; mais crainte que ma memoire
ne m'eût joué le même tour qu'a
produit celle du Medecin , je viens tout
nouvellement , à la priere du R. P. La
val , Profeffeur Royal de Mathemati
ques à Toulon , de faire fonder cette
Sueille par M. de Blacas , homme intelligent
, chargé de la cure du Port de
Marſeille , accompagné de M. de Giraudi
, Lieutenant de Galere & du Port ,
Officier trés- capable & très- appliqué
qui ont exactement trouvé le même fond ,
& toutes les dimenfions que je viens de
rapporter,
.
Dij
Les
502 MERCURE DE FRANCE.
Les Pêcheurs de Marfeille , ou ceux
qui ont inftruit M. Boyer de ce qui regarde
la Sueille , ont grand tort de ne
lui avoir point parlé d'un autre trou ,
qu'ils appellent le Porquet , qui eft auffi
dans le Farot , fur le bord de la côte d'un
Cap , nommé Tête de More , éloigné de
la Sueille de 40. toifes. L'ouverture de
ce trou a trois pieds de diametre fur huit
de profondeur , fa furface étant à niveau
de celle de la Mer ; pour peu que celleci
foit agitée , les vagues , entrant fucceffivement
dans ce trou , font un grand
bruit , qui reffemble au cri d'un cochon
ce qui de temps immemorial a obligé
les Pêcheurs de donner à ce trou le nom
de Porquet. Il y en a même quelquesuns
, qui prétendent que ce trou communique
fous terre avec la Sueille par
quelque canal inconnu , ce que je ne certifie
point , & que je tâcherai de découvrir
, s'il eft poffible , parce que cette
communication verifiée , on pourroit
avec raifon attribuer le mouvement , dont
on a parlé , ( ce qui fe fait quelquefois
au-deffus de la Sueille ) à la communication
des eaux d'un trou à l'autre.
Je ne vous ai point parlé , Meffieurs ,
de l'article dans lequel M. Boyer affeure
qu'on ne s'est jamais apperçû à Marfeille
d'une pareille cruë d'eau dans le
Port.
MARS 1726. ༦༠༣་
Port. Je n'ai pas même cru devoir m'amufer
à rechercher les témoignages d'une
infinité de perfonnes qui foûtiennent le
contraire, lefquelles, auffi-bien que moi,
ont vu cent fois de pareilles crues d'eau
dans ce Port. Il n'y a rien d'extraordinaire
dans le dernier Phenomene , que
la rapidité avec laquelle les eaux font
entrées dans le Port, & forties deux fois
en très peu de temps ; c'est ce qu'on ne
voit que très- rarement , quoiqu'on s'apperçoive
fort fouvent dans l'année que
les eaux entrent dans ce Port avec une
rapidité beaucoup plus fenfible qu'à l'ordinaire
; mais alors cette rapidité alternative
de l'entrée ou de la fortie des eaux,
n'eft ni auffi forte ni auffi promptement
fucceffive : les eaux entrent quatre ou
cinq heures plus ou moins avec affez de
force , & fortent enfuite fans fucceffion
prompte ni rreeggllééee ,, à peu près dans le
même temps.
Ces obfervations réelles & frequentes
ne permettent pas de douter que les divers
courants de la mer ne contribuent
beaucoup à augmenter ou à diminuer la
rapidité avec laquelle les eaux entrent
& fortent du Port de Marfeille : ne pourroit-
on point penſer que la rapide, promp
te & fucceffive entrée & fortie des eaux
de ce Port , arrivée le 29. Juin dernier,
Diij pour504
MERCURE DE FRANCE .
pourroit avoir pour caufe la rencontre
de deux courants contraires , rapides &
également forts , qui s'étant oppofez alternativement
l'un à l'autre en dehors
& par le travers de l'avant- Port de Marfeille
, nommé Farot , ont été fucceffivement
fuperieurs l'un à l'autre , & ont
produit les promptes & rapides entrées
& forties des eaux du Port de Marfeilfes
, à peu près comme deux Luteurs
combattans fur l'arene , fe terraflent alternativement
l'un l'autre .
Cette conjecture eft d'autant plus plaufible
, qu'on fçait qu'il y a un courant
ordinaire dans la Mer Mediterranée , qui
court de l'Est à l'Ouest , tout le long des
côtes d'Italie , de Provence , & de toutes
les côtes Septentrionales de cette Mer ;
& qu'au contraire fur les Meridionales
le courant court de l'Ouest à l'Eft , ces
coutants font plus ou moins éloignez de
la côte , & plus ou moins rapides ; j'en
ai remarqué d'affez forts , pour augmenter
la viteffe d'une Galere de fept à huit
milles par heure , c'est- à-dire , près de
trois lieues de France.
Il n'eſt pas moins conſtant qu'on voit
quelquefois regner un courant extraor
dinaire , mais très rapide , caufé par les
eaux des Etangs de Than , de Frontignan
& autres , lorfque ces Etangs font pleins,
ce
MARS 1726. 509
ce qui arrive fort fouvent ; les eaux ett
fortent avec force & viteffe , & produifent
un grand & rapide courant en mer
tout le long des plages fabloneuſes , renfermées
entre le mont de Cete & Aigue
mortes, & même en deçà des embouchu
res du Rhône jufqu'aux Tignes , autre
longue plage fabloneufe qui s'étend environ
vingt milles . Il eft certain qu'on
s'eft apperçu de la rapidité de ce courant
pendant les fept ou huit jours , qui ont
precedé celui du Phenomene , trois Patrons
differens venus alors du Port de
Cete à Marseille , me l'ont certifié . Il
pourroit bien être que ce courant renfor
cé par celui du Rhône , qui a été fort
gros pendant plus de fix femaines , avant
le jour du Phenomene , il pourroit , diss
je , bien être que ces deux courants unis
en euffent produit un encore plus fort ;
qui a pris fon cours directement fur l'entrée
du Port de Marfeille.
Il eſt auffi fort vrai- femblable , que
le courant qui court de l'Eft à l'Ouest
fur les côtes Orientales du Port de Marfeille
, peut avoir receu de nouvelles forces
des vents d'Eft , qui ont régné plufieurs
mois avant le jour du Phenomene,
auffi-bien que diverſes autres cauſes inconnues
& éloignées ; il n'eft pas poffible
de fçavoir tout ce qui fe paffe dans
D iiij
une
406 MERCURE DE FRANCE
une auffi longue étenduë de côtes , ce
qui pourroit avoir contribué à augmenter
la force du courant ordinaire ; il n'eft
pas même neceffaire , dans le cas prefent
, de connoître toutes les caufes éloignées
qui ont pû augmenter la force de
ce courant , il fuffit qu'on fçache qu'il
eft réel , & qu'on fe foit apperçû que
celui de l'Est a été plus rapide qu'à l'ordinaire
, & que celui de l'Ouest a regné
plufieurs jours avant le Phenomene ; il
fuffit , dis -je , qu'on foit informé de ces
obfervations , pour penfer que ces deux
courants peuvent avoir beaucoup contribué
au Phenomene du 29. Juin.
Ces courants de concert avec les vents
& les flots de la mer , ont produit des
faits réels & vifibles cent & cent fois
plus extraordinaires que le Phenomene,
ils ont donné à la mer de nouvelles bornes
, ils ont joint des Ifles au continent,
ils ont retranché du Golfe de Leon une
partie de fon étenduë , ils ont créé , pour
ainfi dire , de nouvelles Plages , Barrieres
invincibles à toute l'impetuofité de
la mer la plus agitée. On ne peut pas douter
, en confiderant ces plages & ces étangs,
que les courants ne les ayent formez peu
à peu & de fiecle en fiecle ; ces longues
plages fabloneufes , qui s'étendent depuis
le Cap d'Agde , juſqu'aux Tignes ,
n'ont
MARS 1726. 507
n'ont pas été de tout temps , & en croiffant
peu à peu , elles ont dérobé à la mer
toutes les eaux contenues & renfermées
dans les Etangs de Thau , de Frontignan,
de Palaras & de tous ceux qu'on voit
depuis Aiguemortes jufqu'à Agde ; ces
plages ont auffi joint l'Ile de Cete au
Continent : les courants & les flots ne fe
laffent point , ils travaillent encore peu
à peu à traiter de même l'Ifle de Maguelone
, déja fort enfablée dans l'Etang
qui porte fon nom ; il n'eft plus queftion
du Port d'Aiguemortes, d'où S. Louis eft
autrefois parti avec une nombreuſe Flote,
deftinée à la conquête de la Terre- Sainte
; on ne trouve aujourd'hui aucun veftige
de ce Port , la Ville d'Aiguemortes
eft dans les terres plus de quatre milles
loin du bord de la mer.
J'ai paffé en 1690. avec la Felouque
de la Galere Reale dans tous ces Etangs ,,
depuis Aiguemortes jufqu'à Agde , je
trouvai par tout dans le moindre fond
cinq & fix pieds d'eau , où il n'y a aujourd'hui
que deux ou trois pieds d'eau
tout au plus , ce qui démontre que les
courants , les vents & les flots travaillent
continuellement à combler cesEtangs
& que puifque dans trente- cinq ans ils
ont comblé de trois pieds ceux de Peran,
Mauguiot , Palavas & Frontignan , en
DY moins
508 MERCURE DE FRANCE.
moins de cent ans ils parviendront à les
remplir tout- à fait , & à joindre l'Ile de
Maguelone au Continent.Ils n'auront pas
la même facilité , & ils auront befoin
d'un grand nombre de fiecles pour combler
les deux Etangs de Thau , qui font
les plus confiderables & les plus profonds
, parce qu'on met un grand obftacle
à leur entrée , par le travail continuel
qu'on fait au Port de Cete , pour fon
entretien , fans quoi les fables qu'on y
voit entrer en abondance , mêlez avec les
vagues que les vents d'Eft , de Sudeft &
de Sud portent dans ce Port , le rempliroient
bien-tôt fi l'on difcontinuoit d'y
travailler.
Or puifque les courants , les vents &
les flots ont fait tant de prodiges , feroitil
furprenant qu'ils euffent beaucoup de
part au Phenomene arrivé le 29. Juin
de l'année paffée , puifqu'il eft d'ailleurs
très-certain qu'il n'y a point eu de tremblement
de terre dans le Port de Marfeille
, ni aux environs , & qu'aucun feu
central n'y a ouvert des goufres , le changement
qu'on a trouvé dans le fond du
Port, en le fondant , n'a pas été affez confiderable
pour pouvoir l'attribuer à quel
que violente fecouffe ; on peut raifonnablement
croire qu'il a été produit par la
rapidité de l'entrée & de la fortie des
eaux ;
MARS. 1726. 509
eaux ; il n'eft pas furprenant qu'elles
ayent , en divers endroits du Port , renverfé
un fond de vafe mobile & fi molle,
que le Turc le plus fort & le plus vigoureux
ne peut s'en tirer , dès qu'en
tombant il a mis les pieds fur ce fond.
Les obfervations , Meffieurs , que je
viens de rapporter , font toutes réelles
& certaines , les Sçavans peuvent y compter
, le R. P. Caſtel en particulier doit
les preferer à celles de M. Boyer & à
fon goufre imaginaire ; on ne peut pas
ajouter plus de foy , a ce qu'il dit lorfqu'il
vous a affeuré qu'on ne s'est jamais
apperçu à Marseille d'une pareille cruë
d'eau. Non feulement on en voit trèsfouvent
de femblables , mais on a veu
auffi plufieurs fois des Phenomenes en
tout conformes à celui du 29. Juin dernier
, un entr'autres arrivé il y a foixante
ans , qui fut mieux obfervé que le dernier
ne l'a été , qu'on a fi diverſement
& fi fuperficiellement raconté , qu'il ne
faut pas être furpris , fi divers Sçavans
fe font égarez dans la recherche de fa
cauſe.
Le Phenomene dont je veux parler a
été obfervé par un ancien Ingenieur , qui
étant à Marseille par ordre du Roi , profita
de cette occafion pour obferver un
prétendu flux & reflux , qu'il croyoit ordinai
D vj
510 MERCURE DE FRANCE.
dinaire & reglé fur toutes les côtes de
la Mer Mediterranée, ce fçavant fe trouva
tout porté fur le Port lorfque le Phenomene
furvint. Il a rapporté ce fait dans
fon Livre intitulé , SYSTEME DU MONDE ,
& c. Cefar d'Arcons , imprimé à
par
Bourdeaux 1665. page 2 14. Pour épargner
au Lecteur la peine de chercher ce
Livre peu connu & devenu rare , j'ai
crû le devoir rapporter mot à mot dans
cette Lettre.
CHAPITRE V.
Du Flux & Reflux ordinaire & extraordinaire
, que l'Auteur a vû
dans le Port de Marfeille.
» Il eft certain que le Flux & Re-
>> flux de la mer Mediterranée paroît vi-
» fiblement dans le Port de Marſeille
» par le décroiffement & par l'accroiffe-
» ment alternatifs qu'on y voit arriver
» aux eaux , prefque toujours deux fois
» dans 24. heures , jufques à la hauteur
» de demi pied pour le plus , quoique
» le plus fouvent avec beaucoup d'irre-
» gularité , à caufe des vents qui agi-
>> tent diverſement la mer au dehors , &
» qui par ce moyen avancent ou re-
1
taxMARS
1726. 511
» tardent ce petit mouvement qu'elle a
» ordinaire & naturel..
>> Ce fut au commencement du mois
» d'Août de l'année derniere 1665. qu'é-
» tant à Marseille , j'y obfervai aflez foi-
» gneufement ce que je viens de dire du
» flux & reflux ordinaire de la mer Mediterranée
. Mais le ce jour du mê-
» me mois , à 5. heures du matin & par
» un temps calme & ferain , ayant trouvé
» la mer décruë d'un grand pied dans le
>> Port , je demeurai fort attentif à regar-
» der du côté de l'entrée , pour voir ce
>> qui arriveroit de ce décroiffement fi ex-
» traordinaire.
» Fort de peu temps après je vis
que » la mer commença
à refluer de ce côté
» là dans le Port , avec tant de rapidité,
que toutes les Barques & tous les Vaif-
» feaux qui étoient dedans tournerent à
>> ce mouvement , lequel dura un demi
» quart d'heure , moitié en augmentant &
» moitié en diminuant , & jufqu'à ce
» que le baffin du Port fut tout plein &
» inondé de toute la hauteur des Quays.
» En cet état là les eaux demeurerent
>>calmes & fans mouvement pendant quel-
>> ques momens , au bout defquels elles
»commencerent à fluer & à fortir par
» où elles étoient entrées , & avec la mê
» me rapidité. Plufieurs Barques furent
eme
51 MERCURE DE FRANCE.
» emportées & prefque fracaffées par ce
» courant contre les pilliers & contre les
» chaînes de fer qui ferment l'entrée du
Port , & toute la Ville accourut pour
>> voir ce flux & reflux qu'on n'avoit plus
vu depuis 14. ans & qui dura deux
>> heures , chaque reflux ne durant qu'en-
» viron demi quart d'heure , ni chaque
» flux qu'autant , avec un peu de repos
» dans leurs points de reflexion comme
» j'ai dit.
» Leur rapidité neanmoins fut plus
» grande au premier reflux , allant tou-
» jours depuis en diminuant peu à peu ,
» tant au flux qu'au reflux , auffi bien
» que l'acroiffement & le décroiffement
» des eaux , lefquels devenoient toujours
» moindres,comme les allées & les venues
>> d'une pendule : & jufques à ce qu'enfin
» tous ces mouvemens cefferent tout-à- fait
» de part & d'autre , & laifferent les eaux
» dans leur premier état de repos & de
» confiftance , & c.
酱
rez ,
Voilà , Meffieurs , deux faits bien aveil
ne faut que deux témoins pour
prononcer un jugement decifif. On peut
donc s'affeurer fur le rapport de Cefar
d'Arcons , qu'on s'eft autrefois apperçû à
Marseille d'une pareille cruë d'eau dans
le Port , & tout femblable à celle qui eft
arrivée le 29. Juin dernier ; il pourroit
bien
MARS. 1925. 513
bien être qu'il y en a eu d'autres qui n'ont
pas fait tant de bruit , il eft d'ailleurs certain
au regard des grands accroiffemens &
décroiffemens des eaux en particulier ,
que ce font des faits qu'on voit très -fouvent
arriver dans le Port de Marſeille,
auffi- bien que fur toutes les côtes de la
mer Mediterranée : mouvemens qui font
plus ou moins fenfibles , par rapport
la fituation des côtes , à la diverfité des
vents & à la force des courants , à quoi
on peut encore ajouter au regard de celui
de Marfeille en particulier , l'entrée
étroite de fon Avant- Port , nommé Farot
, auffi bien que celle du Port même,
qui eft encore plus petite , ce qui doit
beaucoup augmenter la rapidité des eaux
en entrant ou en fortant.
à
Les Pilotes & tous les gens de mer
ne donnent point le nom de flux ni de
reflux à ces divers & très- variables mouvemens
des eaux dans leur accroiffement
, ils disent que les mers font pleines
, & quand elles ont décru , ils difent
qu'elles font baffes ; ils ne font point
furpris de ces évenemens ordinaires ,
non plus que des extraordinaires , qu'ils
attribuent uniquement aux caufes , dont
on a ci -devant parlé , fans avoir recours
au feu central de la terre , ni à fes tremblemens
.
Quand
514 MERCURE DE FRANCE.
;
Quand les vents viennent de terre en
Provence , & qu'ils fouflent avec plus
de force qu'à l'ordinaire , les eaux de
la mer fe retirent au large plus ou moins,
elles baiffent par confequent dans tous
les Ports de la côte ; on voit dans celui
de Marſeille très -fouvent baiffer les eaux
d'un & de deux pieds quelquefois juf
qu'à trois ; j'ai veu dans le Port de Bouc
baiffer les eaux de quatre pieds & demi ;
on peut regarder ce décroiflement comme
un fait extraordinaire , les Pêcheurs
du Païs les plus âgez , m'aflurerent n'en
avoir jamais veu d'auffi grand , quoiqu'ils
en euffent remarqué plufieurs de deux
& de trois pieds . Il faut obferver que le
Port de Bouc eft fort enfoncé dans les
terres.
Cette même raifon ne me permet pas
de douter de ce qu'on ditdu grand accroiffement
& décroiffement des eaux à Venife
, qu'on m'a affeuré être quelquesfois
de cinq & fix pieds , ce que plufieurs
Sçavans , fur de faux rapports , ont
regardé comme un flux & reflux reglé,
& tout femblable à ceux de la mer Oceane
; c'eft fur de pareils faits mal obſervez
que Cefar d'Arcons s'eft trompé , lorfqu'il
a dit qu'il eft certain que le flux &
reflux de la mer Mediterranée paroît vifiblement
dans le Port de Marseille , prefque
MARS. 1726. 5 : 5
que toujours deux fois dans 24. heures.
Ce fait,bien loin d'être certain , n'eft fou
vent pas même fenfible pendant plufieurs
jours , au lieu que l'accroiffement ou le
décroiffement des eaux font grands &
très visibles plufieurs jours de fuite.
Je viens tout recemment de faire obferver
un accroiffement extraordinaire arri
vé dans le mois de Novembre dernier; on
y a veu pendant plus de trois fois vingtquatre
heures, nuit & jour , les eaux auffi
hautes qu'elles l'étoient le jour du Phenomene
, arrivé le 29. Juin . Il faut obferver
qu'alors le vent de Sudoueft avoit
fouflé au large avec beaucoup de force ,
ce vent ne fe fit point fentir fur nos côtes
, mais la mer qu'il y amene & qui
dura huit à neuf jours , ne permet pas de
douter que ce vent n'ait regné dehors ,
ce qui fit que les eaux furent fi longtemps
pleines dans le Port de Mar feille,
où l'on fentit auffi une espece d'ouragan
qui fit affez de défordre dans le Port ,
mais qui ne dura pas long-temps.
Voilà , Monfieur , une exacte def
cription des faits dont M. Boyer à parlé
dans fa Lettre , & une Relation des circonftances
du Phenomene arrivé le 29 .
Juin 1725. dans le Port de Marſeille ,
fur laquelle les Sçavans qui ne l'ont pas
vû peuvent tabler , s'ils veulent étudier
lá
16 MERCURE DE FRANCE.
la Nature , pour en rechercher les caufes
furnaturelles & inconnuës ; mais je doute
que fur un fait tout maritime , la Phyfique
feule puiffe rien établir de certain
il ne fuffit pas d'être bon Phyficien , ik
faut encore être marin , & marin auffi appliqué
, qu'experimenté , ou tout au
moins être informé des divers mouvemens
de la mer , de la fituation des côtes
, de toutes les circonftances réelles &
vifibles , prochaines & éloignées , prefentes
& antecedentes ; peut - on s'empê
cher de dire que tout cela a manqué à M.
Boyer ? il a veu au fond de la mer ce qui
n'y eft point , & il n'a pas veu en dehors
ce qui paroît aux yeux de tout le monde.
C'est ainsi que plufieurs Sçavans
paffent leur vie à ne pas croire ce qu'ils
voyent , & à deviner ce qu'ils ne voyent
point. Comme je n'envie pas cette condition
, je ne me fuis point occupé à rechercher
les caufes cachées & inconnues
du Phenomene , pour ne m'appliquer qu'à
vous faire part des obfervations réelles &
vifibles ; je me fuis borné à dire ce que j'ai
vû, ce que j'ai obſervé, & ce que j'ai appris
de ceux qui ont vû.Je laifle auxSçavans le
foin de rêver fur les caufes inconnuës .
Puifqu'il s'agit de Phenomene, je crois ,
Meffieurs , que je ferai plaifir au Public
de lui faire part par votre entremise d'un
fait
MARS 1726.
fait encore plus extraordinaire , arrivé
fur la côte de Barbarie dans le mois de
Juin de l'année paffée 1725. il a été obfervé
à Bonne par M. Peyffonnel , Medecin
de Marfeille , homme d'efprits
voici ce qu'il a écrit à M. Olivier fon
ami , Avocat à Marſeille , dont le genie
égale la probité : c'eft lui qui m'a fait l'a
mitié de me le communiquer.
Extrait d'une Lettre de M. Peyffonnel .
» Le 4. Juin 1725. le temps fut très
» variable , il plut l'après-dîné , & les
vents foufflerent après la pluye au
» Sudoueft , fur les fix heures du foir il
» devint calme & la Mer fort tranquille
Comme j'étois fur la terraffe de la mai-
» fon de la Compagnie des Indes , de-
» mie heure avant le Soleil couché ,
>> nous obfervâmes que les eaux étoient
très - pleines & hautes , il arriva tout
» d'un coup un courant , les eaux de
» la Mer dans une minute de temps fe
» retirerent très- promptement , & dimi-
»> nuerent de plus de dix pieds , le ri-
» vage de la Mer fe trouva à fec , plus de
» deux cens pas de fes bornes ordinaires ,
le courant furprit les poiffons , qui reſ-
» terent à fec fur le rivage : l'on en prit
» plufieurs , entr'autres une efpece de
» Raye grisâtre & verdâtre , qui pefoit .
envir
18 MERCURE DE FRANCE :
» environ foixante livres , dans laquélle
on trouva quatre petites Rayes qu'el-
» le avoit dans la matrice . On voit par
» là qu'il y a beaucoup de poiffons Vivi
» pares ; trois minutes après, les eaux en-
» trerent avec la même vivacité qu'elles
» étoient forties ; j'obfervai jufques à la
» nuit , que de deux en deux minutes les
eaux entroient & fe retiroient , pet
» dant infenfiblement leur mouvement ,
>> tout comme les ondulations d'un vafe
» plein d'eau qu'on a ſecoué , dont le
» mouvement ceffe peu à peu & à diver
» fes repriſes.
Le R. P. Caftel adoptera, fans doute ,
les ondulations de ce Phenomene , auffibien
que les allées les venues d'une
pendule ; de l'autre , peut - être trouvera- til
qu'elles approchent plus de fon Syftême
, que les faits de M. Boyer qui n'a
fait que le frifer ; mais au regard du
goufre , certifié par ce Medecin , le fçavant
Phyficien fera forcé de le fupprimer
du nombre des faits bien averez ,
fur lefquels il a fondé fon Syftême ; je
le prie d'agréer , qu'à fon exemple , je
me donne le plaifir de rire , avec cette nation
de gens qui fçavent tout de rire ,
dis- je , de fa credulité précipitée touchant
le goufre imaginaire ; je le prie
encore de ne pas trouver mauvais fi je
n'ai
MARS 1726. 519
n'ai pas
>
la même credulité touchant fes
promelles Phifico - mathematiques , & fi je
l'affure en file naturel , guidé par le bon
fens bourgeois , que puifqu'il a refolu de
fe divertir encore quelques années , aux
dépens du Public fans lui donner le
plaifir piquant de me voir mordre à l'hameçon
, comme la Vipere mord à la lime,
ou le chien à la pierre , je le prie , disje
, de ne pas trouver mauvais , fi en
attendant cette haute Geometrie qui tout
d'un coup fera à la portée de toute forte de
gens ; je continue tranquilement à me
fervir du Jargon des anciens Geometres.
M. Boyer vous ayant écrit , Meffieurs
, qu'il fouhaite que ce qu'il rapporte
, puiffe répondre aux foins que vous
prenez d'informer le Public avec exactititude
des effets les plus furprenans de la
nature j'ai crû qu'il étoit important
de vous faire part de la fimple verité de
ces faits.
J'ai l'honneur d'être , Meffieurs , trèsparfaitement
votre très - humble & très
obéillant ferviteur ,
DE BARRAS DE LAPENNE.
A Marseille le 15. Fevrier 1726.
LA
520 MERCUR DE FRANCE.
La piece qu'on vient de lire , n'a pas
befoin d'éloges , nous sommes perfuadez
que nos Lecteurs en jugeront auffi favo
rablement que nous, Sa longueur fur une
matiere affez rebattuë nous l'auroit fais
Supprimer, mais nous aurions cr faire
un vol an Public , & une injustice an
merite diftingué de l'Auteur.
ODE qui a remporté le prix du Palino d
à Caen. Le fujet qui avoit été propofé
, étoit Jonas forti vivant du fein
de la Baleine , tiré du Prophete Jo
nas. ch. 1 .
Andis que l'éclat de ta gloire ,
Occupe aujourd'hui l'Univers ,
Vierge , digne objet de nos Vers ,
Je vais celebrer ta victoire.
Et toi , Mortel audacieux ,
Qui fans ceffe aux ordres des Cieux ,
Oppoſes un coeur infidele ;
De Jonas defobéïſſant ,
Apprens à n'être plus rebelle
Aux volontez du Tout - puiſſant .
* Nous avons expliqué ce que c'eft que le
Palinod dans le Mercure de Septembre 1724
P. 1886. Ninive
MARS 17:26.
522
*
Ninive , Merveille du monde ,
Ne cedoit qu'aux Cieux en beauté :
Son nom des peuples refpecté ,
Voloit fur la terre & fur l'onde :
Ses innombrables Citoyens
Trouvoient dans fon fein tous les biens ,
Qui rendent un bonheur extrême ,
Mais fa gloire fit fon malheur ;
Fiere de fa grandeur fuprême ,
D'ingrate en méconnut l'Auteur.
粥
On n'y fait point de facrifice :
L'impieté regne en tout lieu :
On n'y connoît point le vrai Dieu ;
Chacun s'en forme à fon caprice.
Chez ce peuple à fes fens livré ,
Le crime feul eft adoré ,
On perfecute l'innocence ;
Quels monftres vomis par l'Enfer
Par tout triomphent la licence ,
Le vol , l'adultere , & le fer.
Que fait donc , grand Dieu , ton tonnerre ?
Contre
322 MERCURE "DE FRANCE :
Contre eux que n'armes - tu ton bras
Donne en détruifant ces ingrats ,
Un fecond exemple à la terre.
Que fit Sodome de plus noir,
Quand fur elle tu fis pleuvoir ,
Un torrent de feux & de foufre ?
Enhardis par l'impunité ,
Plus ta patience les foufre
Plus ils outragent ta bonté .
5
Trop long-temps , je retiens la foudre ,
» Dit le Tout- puiffant en couroux :
Tonnons , frappons , lançons nos coups
» Et reduifons Ninive en poudre ....
Le coup partoit : fon bras vengeur
Fut arrêté par fa douceur ,
Toujours lente à punir les crimes;
Va : preffe-les d'avoir recours
Au jeûne , aux larmes , aux victimes :
Je leur donne quarante jours.
Jonas, fui la voix qui t'appelle:
Tu l'entens : pourquoi tardes - tu !
Que
MARS
523 1726.
Quel doute ébranle ta vertu ›
A ton Dieu feras- tu rebelle ?
Une folle erreur le feduit :
Il balance , il s'alarme , il fuit :
Sur les flots il cherche un afile :
Efpere- t'il tromper des yeux ,
Dont la clarté vive & fubtile,'
Voit la mer , la terre & les Cieux ?
*
Son Vaiffeau vogue à pleines voiles :
Mais quels troubles bien- tôt après ?
La mer s'enfle : un nuage épais
Dérobe l'aspect des étoiles.
Tout-à-coup brillent les éclairs :
La foudre gronde dans les airs :
L'Aquilon groffit la tempête ;
Les Nochers pâles , effrayez ,
Trouvent mille morts fur leur tête ,
Et mille tombeaux fous leurs pieds .
Dans ce peril Jonas paifible ,
S'endort ... Image du Pecheur ,
L'endurciffement de fon coeur ,
E Le
1
524 MERCURE DE FRANCE .
Le rend à fa perte inſenſible.
Enfin la grace ouvre les yeux.
J'ai , dit-il , irrité les Cieux :
Qu'on me livre aux fureurs de l'onde;
On l'y jette , & dès ce moment ,
Un doux calme , une paix profonde,
Regna fur l'humide Element.
Mais que deviendra le Prophete?
1
Perira- til fous les flots ?
Seigneur , écoute fes fanglots
Il voit fa faute , il la regrette.
Commande. Il eft prêt de voler
Où ta voix voudra l'appeller .
C'en eft fait , le Ciel rend les armes ;
Du Trés-Haut telle eft la bonté :
A peine il voit couler des larmes ,
Que le Pecheur eſt écouté.
Tandis que dans l'humide plaine,
Le Prophete aux flots menaçans ,
Oppofe des bras impuiffans .
eft reçû d'une Baleine,
Trois
MARS. 525 1726.
Trois jours il gemit dans fon fein ;
Prodige ! & le Monftre inhumain
Le rendit vivant au rivage.
Allufion.
VIERGE , tel eft ton heureux fort:
Tu fortis fans aucun dommage
D'unfein où nous trouvons la mort.
Par M. Heurtauld , Prêtre de
S. Gilles de Caën.
Le même Auteur a auffi remporté le
prix de l'Ode Latine , dont le fujet étoit
en l'honneur des beaux Arts . Le Poëte
y a décrit agréablement en Vers lambiques
, l'ancienne Maifon du Poëte Pindare
, à laquelle , dans le Sac general de
Thebes , Alexandre fit grace en faveur
de celui qui l'avoit habitée .
M. Louet , Profeffeur de Rhetorique
au College du Bois à Caën , & Recteur
de l'Univerfité de la même Ville , fe
diftingue par fa vigilance , & condamne
la negligence des anciens Recteurs , qui ,
fouvent ne donnoient les prix qu'un an
ou deux après la lecture des Pieces. 11
a fait fçavoir par un Manitum , qu'on
les donnera dorénavant exactement quinze
jours après la Fête ; & pour
relever
E ij le
326 MERCURE DE FRANCE
le courage abbatu des Poëtes , on les
couronnera publiquement : ce qu'on commença
de faire le Mardi 19. du mois de
Fevrier dernier , où M. Heurtauld , Auteur
des deux Pieces dont on vient de
parler , reçût , les deux prix qu'il a remportez
.
Au refte , ce Monitum de M. le Recteur
de Caën , nous a paru digne de la
curiofité des gens de Lettres : nous l'ajoûterons
ici à caufe de fa brieveté , de
la nobleffe des expreffions , & en faveur
d'une Ville qui s'eft toujours difftinguée
du côté des Sciences & des beaux
Arts .
NOS RENATUS LOUET • Sacer
dos , Paftor Ecclefia Paroecialis Beata
Maria Huberto - Folienfis , Eloquentia
Profeffor in Collegio Sylvano
Celeberrima Academia Cadomenfis ,
necnon ejufdem Academia Rector
Literatis Cadomenfibus SALUTEM.
33
ADOMUS ab omni hominum memoria
Cingenuarum Artium laude ita femper
inclaruit , ut florentiffimis hujus imperii
Academiis aut admirationem movere pof-
» fet , aut invidiam. Luctuofo tamen rei literariæ
fato contigit , ut in hoc celeberrimo
1
MARS 1726. 327
30
mò fcientiarum omnium hofpitio Pocti
cam , quæ noftri nominis erat pars non ul-
» tima aliquot abhinc annis à Noftratibus
negligi omnino , haud fine acerbiffime doloris
fenfu videamus . Virginis fine maculâ
conceptæ Podium , fanctiffimum illud
avitæ gloriæ monumentum , non nifi inani
quodam & vacuo ritu celebratur ,
acrioribus , ut olim , Poëtarum animos ftimulis
incitat. Eò jam non afferuntur elucubrationes
illæ , ut multitudine propemodùm
infinitæ , fic numeris abfolutæ omnibus
, quæ de ingenii laude ita decertabant ,
ut in adjudicandâ victoriâ ancipites hærerent
ac dubii Judices vel oculatiffimi.
»
nec
ARDENS ille Noftratum in literas amor:
pacata , quæ gerebant ftilo , bella : ipsáque
victoriarum ; quas alias ex aliis referebant ,
fama , non brevibus patriæ circumfcripta
limitibus , fed ad exteras etiam provincias
pervagata , illuftriffimos poëticæ artis Antiftites
pari ad Podium Cadomenfe vincendi
» ftudio inflammabant . Atque ut plurimos
» omittamus omni politiore doctrinâ excul-
>> tiffimos , qui in eruditis illis certaminibus
non minus fibi gloriæ , vel fuo judicio
» pepererunt , quàm huic Academiæ fplendo-
>> ris attulerunt & ornamenti ; Cornelius , ille
Cornelius , Gallice Tragoedia facilè princeps
, Aulæ ipfiúfque Parifienfis Academiæ
plaufus , nifi iis Univerfitatis noftræ ſuffragium
accederet , ad nominis fui commendationem
fatis effe non duxit.
90
ود
و د
" De veteri illâ famâ multum deperdidimus
, quia de veteri in Mufas ftudio multum
remifimus. Siccine , Cadomenfes , artem ,
» quam à patribus velut hæreditario jure accepimus
, obliterari , domefticáfque lauros
E iij noftri
3
528 MERCURE DE FRANCE .
95
ב כ
noftri eripi manibus patiemur otiofi ? nihil
per nos ftabit , quin Cadomenfe Podium
occidat , & hic occafus ad fæculorum om-
» nium memoriam noftrum verò dedecus
fempiternum annalibus confignetur ? fic
Majorum noftrorum degeneres oblivifce-
» mur? Videamus , ne , utillis pulcherrimum
» fuit tantum nobis Academiæ decus relin-
» quere , fic nobis turpiffimúm fit id , quod
accepimus tueri & confervare non poffe.
ככ
3
ג כ
» Ut autem Cadomenfis Univerfitas fopi-
» tam Poëtarum folertiam exfufcitet , ipsifque
novos ad audendum aliquid animos fubjiciat
, decrevit , ut de carminibus , quibus
illi puriffimam Sanctiffimæ Virginis Conceptionem
illuftraverint , deinceps feratur
» judicium octavo à Fefto die , & pariter octavo
à judicio die laureâ publicè donentur
auctores , qui vicerint . Si digna labore
præmia rependere non opis eft noftræ , præmiorum
tenuitatem gloriâ certè compenſa-
» bimus .
30
30
" QUAPROPTER adhibitis in confilium
» & confentientibus digniffimis omnium
» Univerfitatis Ordinum Decanis aliifque
Parthenici Podii Judicibus integerrimis , ad
publicam & folennem præmiorum diftributionem
generalia Univerfitatis hoc anno celebrabuntur
comitia in Majoribus Artium
» Scholis die Martis proximâ , horâ decimâ
5 matutina arque ut Juventus Poëtarum
noftrorum gloriæ teftis , eorum præmiis &
exemplo pari in literas amore , & in Mapriam
pietatis fenfu moveatur , Mandamus , ut
omnes omnium Facultatum & Collegiorum
» Schola illâ die totâ vacent à publicis lectionibus
. DATUM Cadomi in noftris Sylvani
Collegii Edibus , die Mercurii 13. Februa-
33
MARS
529 I26 .
tii , an. Dom . 1726. R. LOUET , Rector. De
Mandato ampliffimi Domini D. Rectoris . Bus-
NEL , Secret.
LE progrès de l'Aftronomie , fous le regne
de Louis le Grand , & les avantages
qu'il en a tirez pour la Religion .
Par M. Girardeau , ancien Controleur
des Rentes de l'Hôtel de Ville.
Toi , que le fombre oubli ſuivit toujours
de près ,
O Mort , cruelle Mort , rien n'échape à tes
traits.
Cependant de LOUIS , les grandes deſtinées,
Vainement par tes coups ont été terminées ,
Ce Heros vit toujours dans le coeur des François
;
Ils aiment à chanter fon nom & fes exploits.
Quel Monarque en effet , par fa magnificence
,
En protegeant les Arts montra plus de puiffance
?
Tandis qu'il triomphoit de cent Peuples di
vers ,
Son bras victorieux uniffoit les deux mers; (a)
( a ) Le Canal de Languedoc.
E iiij Ele
530 MERCURE DE FRANCE.
"
Elevoit des Palais , dont la noble ſtructure
Efface des Romains l'antique Architecture :
Il contraignoit la Seine à mouvoir , en fuyang
Les humides refforts d'un Dédale (a) bruyant;
La forcoit d'embellir fes Jardins , fes bocages
,
Lorfque les Nations lui rendoient leurs hommages
;
Jardins par les Zephirs , par les Dieux ha
bitez ,
Et dont Semiramis envîroit les beautez !
Mais élevons nos yeux au - deffus de la
terre ,
Contemplons dans le Ciel les Aftres qu'il enferre
;
Confiderons leurs cours , leurs aſpects radieux
:
Ces objets éclatans doivent fixer nos yeux.
En voyant le Soleil dans fa brillante courſe,
J'adore en frémiffant la fplendeur de fa fource:
Les ouvrages d'un Dieu racontent fon pouvoir
;
Mortels , pour le comprendre il fuffit de les
voir.
C'eft ainfi que parloit le plus grand des Mo
narques :
( a ) La Machine de Marly.
A
MARS 1726 .
531
A fa puiffante voix s'animent nos Hipparques
;
Ils attachent bien- tôt leurs regards curieux
Sur les Globes divers qui roulent dans les
Cieux.
Tout leur eft dévoilé , Phenomenes , Cometes
,
Des Emblêmes du Ciel ils font les interprê
tes;
Et s'ils ne fondent point les fecrets des Def
tins ,
D'un avenir Phyfique ils font prefque certains.
LOUIS , qui des beaux Arts connoiffoit tous
les charmes ,
A porté leurs progrès auffi loin que fes ar
mes :
Il ne fe bornoit pas à combler nos fouhaits
Jufqu'au bout de la terre il femoit ſes bienfaits
.
Pour nous affocier aux travaux d'un grand
homme , (a)
LOUIS n'heſita point de traiter avec Rome:
Les Doctes Etrangers accourent à fa voix ;
( a ) Feu M. Caffini , que Clement IX. n'ac◄
corda aux defirs de la France , qu'à condition
qu'il retourneroit en Italie au bout de quelques
années.
Ev IIs
532
MERCURE
DE FRANCE
:
Ils n'ont plus de Rivaux , ils font déja Fran
çois.
Ils viennent dans ces lieux , (a) retraite d'Uranie,
Au plus noble des Arts confacrer leur Genic.
De leurs heureux travaux les Peuples éblouis,
Celebrent à l'envi le fiecle de LOUIS.
Pour fruit de fes bienfaits , les Sçavans par
leurs veilles ,
De fon
les ,
regne
éclatant fecondent les merveil.
L'Univers attentif admire nos progrès :
La Nature eft trahie & n'a plus de fecrets .
A mes yeux enchantez le Ciel fe développe :
Je voi tout l'Empirée avec le Teleſcope.
Galilée inventeur de ce docte inſtrument ,
Aux regards des Mortels livra le Firmament.
Il n'a point cependant franchi tous les obftacles
;
Nous l'avons furpaflé par de nouveaux miracles
,
Ce qu'autour de Saturne il prenoit pour deux
corps ,
N'eft qu'un brillant anneau détaché de fes
bords ,
( a ) L'Obfervatoire.
Ces
MARS 1726.
533
Cet anneau merveilleux , s'élargit , fe refferre;
Il eſt unique enfin dans la celefte Sphere.
Obfervons de Venus les fuites , les retours ;
Elle a comme la Lune , un Croiffant, un Dé◄
cours ,
Toutefois fa grandeur paroît toujours la mê
me :
Il faut de Copernic ( a ) refoudre le Problê
me ;
Venus proche de nous , paroît fur fon dé
clin ,
Fuit-elle de la terre ? Elle entre dans fon
plein ;
Mars près de l'horifon forme un vrai Paralaxea
Là , je voi Jupiter qui tourne fur fon axe :
Que j'aime à voir les feux ( b ) dont il eft ef
corté !
Souvent à fon aſpect s'éclipfe leur clarté ;
Mais par leurs prompts retours trouvant les
longitudes ,
Nos Neveux jouiront du fruit de nos études.
L'Aftronomie encor guidant les Matelots
Les confole fouvent du caprice des flots .
ร
( a ) Il a prédit qu'on fçauroit un jour pour
quoi cette Planete paroiffoit toujours de même
grandeur.
(b ) Les Satellites de Jupiter.
E vj Que
334 MERCURE DE FRANCE!
Que deformais Neptune agité par Eole ,
Emporte nos Vaiffeaux de l'un à l'autre Poles
Sur un bord inconnu qu'il les jette avec bruit;
Malgré tout fon courroux l'Eſperance nous
luit ,
Quand nous pouvons , conftants au milieu du
déiaftre ,
3
Tracer un quart de cercle & contempler un
Aftre.
Mais qui voudroit nombrer tous nos fuccès
nouveaux ,
Pourroit compter du Ciel tous les divers flambeaux.
A l'aide d'un criftal les Cieux n'ont plus de
voiles ;
Il femble que nos yeux détachent les étoiles.
Nous voyons du Soleil , les taches , les beau
tezi
Nous voyons que la Lune a des concavitez ,
Des Illes , des Cofteaux , des Bocages , des
Ondes ,
Et que dans fa furface il eft de nouveaux Mondes
.
C'eft par ce verre encor , chef- d'oeuvre de
nos mains , ( a)
( a ) Les Verres travaillez pas Mrs de l'Academie
Royale des Sciences , ont donné entrée
aux Miffionnaires dans le Royaume de Siam ,
&C. Que
MARS 1728: 535
Que la foi penetra dans les climats lointains
Les Peuples d'Orient excitez par nos veilles,
Contemplent avec nous les celeftes merveilles.
Animez par LOUIS , nos modernes Xaviers,
De l'éternel féjour leur montrent les fentiers :
Dans les beautez du Ciel qu'ils cherchent
connoître ,
On leur fait entrevoir la fource de leur Etre
Effet prodigieux du zele d'un grand Roi !
L'Empire de la Chine eſt ouvert à la foi .
XX:XXXXXX : XXXXXXX
REFLEXIONS de M. Adrien Maillarr
Avocat au Parlement de Paris , à l'oc
cafion d'un endroit de la Differtation
fur Ifis & fur Cybele , inferée à la tête
du 3. Volume de l'Hiftoire de Paris
Edition de 1725. page 4.
Z
-
Ozime , qui vivoit au commencement
du cinquième fiecle fous l'Empire
de Theodofe le jeune , appelle cette
Ville Parifium , où Julien faifoitfon fejour,
il en fait une petite Ville de la Germanie,
peut- être parce qu'il a crû , mais fans fondement
, que les François en étoient originaires.
Tels font les termes de la Differtation
336 MERCURE DE FRANCE.
tation ci -deffus . Voici les termes de Zozi
me Livre 3. Conftance & Julien .
Julien étoit à Paris , petite Ville de la
Germanie , lorfque des foldats qui avoient
paffé la nuit à boire près le Palais de cet
Empereur , entrerent avec grand bruit
dans fon Appartement, & l'ayant contraint
d'en fortir , ils l'expoferent fur un bossclier
aux yeux du Public , & lui donnerent
le titre d'Empereur Augufte.
Cet évenement eft rapporté au long
par le même Empereur , en fon Traité
intitulé Mifo -pogon . M. Maillart eft perfuadé
que ce n'eft pas imprudemment
que Zozime a placé Paris au nombre des
petites Villes de la Germanie .
L'Anonyme d'Amboife qui écrivoit
vers la fin du douzième fiecle , dit précifement
dans le Spicilege de D. Luc
d'Achery , tome 3. que tout le Pays qui
s'étend depuis la Loire jufqu'à Cologne ,
s'appelloit autrefois Germanie , omnis terra
à fluvio Ligeri ad Coloniam olim Germania
vocabatur .
Cet Ecrivain n'ignoroit pas ,fans doute,
que Cefar & Tacite bornent la Germanie
par le Rhin à l'Oueft. Par confequent
il est vrai - femblable que cet adverbe
Olim , ne peut avoir fa Relation qu'à un
temps pofterieur à celui de Tacite , qui
écrivoit vers l'an cent de Jefus - Chrift.
C'est
MARS 1726. 537
C'eft pourquoi M. Maillart attribue cet
extention de la Germanie jufqu'à la
Loire , aux irruptions que les Germains
commencerent à faire dans les Gaules
fous l'Empire de Valerien , vers la fin
du deuxième fiecle , & continuerent
fous les Empereurs , fuivant l'Hiftorien
Eutrope , dit qu'ils penetrerent même
jufqu'en Efpagne , Germani ad Hifpanias
penetraverunt & civitatem Terraconem
expugnaverunt , les Germains penetrerent
jufqu'en Efpagne , & affiegerent la
ville de Tarragonne , Eutrop , Liv. 3.
Ces frequentes irruptions étendirent
les limites des Germains , & le Pays qui
fervit de theatre continuel à leurs guerres,
put être appellé pour lors Germanie. Ce
ne peut être que par cette raifon que Zozime
, Hiftorien éclairé , pour fe conformer
à l'ordre des temps , a placé Paris
au nombre des petites Villes de la Germanie
des fiecles 4. & 5 1
Ces Reflexions ferviront de Supple
ment à la Diflertation inferée dans le
Mercure de France, deuxième vol. deJuin
1725. page 1291 .
PRE338
MERCURE DE FRANCE
PREMIERE ENIGME.
' Ai les dents mille fois plus dures
J'A
Que celles des Lions , des Tigres & des
Ours;
Je vas , je viens , je fais cent tours ;
Et ne fais aucunes bleffures .
On me place en un lieu qui n'eft fait que
pour moi.
On a pour moi du foin & de l'exactitude ;
Et ceux qui par malheur tombent deſſous ma
loi ,
N'y font pas fans inquietudes.
On repofe avec moi en toute feureté ;
Et fans trop vous vanter mon zele ,
Ce que je garde , eft mieux gardé
Que par le chien le plus fidele.
DEUXIE'ME ENIGME
JE
E fuis la fille du befoin ;
Mais je ne rougis pas de ma baffe naiffance ;
Je fais m'en relever & n'ai point d'autre
foin
Que
MARS 1726. 539
Que de produire l'abondance.
Utile dans la guerre , encor plus dans la
paix ;
Sans Royaume , ni Seigneurie ,
J'ai l'ordre de Chevalerie ,
Le plus nombreux qui fut jamais.
J'aime à voir briller dans mes armes
La celebre & riche Toifon ,
Que Medée autrefois par l'effort de fes char
mes ,
Mit entre les mains de Jafon.
Bien qu'aux autres je donne à vivre ,
Je ne mange , ni je ne bois ;
Je fçais prêcher d'utiles loix
Que plufieurs s'attachent à fuivre
Favorite des gens fans fonds ,
Sur tout compagne des Gafcons.
TROISIEME ENIGME,
Nous fommes d'ordinaire deux ,
Nous reffemblant comme deux oeufs.
jeune fuit notre affiftance ,
On nous met fur une éminence ,
Sous laquelle font deux canaux ,
Qui
340 MERCURE DE FRANCE
Qui font parfaitement égaux.
Nous rendons fervice à deux freres ,
Semblables en toutes manieres .
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier par la Petite verole , la
Suye , & la Hache.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Miles differens remedes pour la gueri-
ANUEL des Ecuyers , ou Recueil
fon les maladies qui arrivent aux chevaux
, & autres animaux fervant à l'utilité
de l'homme s par le fieur Carbon de
Begrieres. A Paris , chez André Cailleau
, Place de Sorbonne , au coin de la
rue des Maffons à S. André , 1725. in
8. pages 205. prix de so . fols .
Il y a peu de perfonnes qui ne conviennent
, que rien n'eft plus difficile ,
que de n'être pas trompé dans l'achat
des chevaux. Un Maquignon avoüa un
jour à une perfonne de confideration ,
qu'en fait de cette marchandiſe il tromperoit
fon propre pere , ce qui eft depuis
paffé en proverbe . C'eft pour le précautionner
contre ces fortes de Marchands
MARS 1726. 54
chands , que le fieur de Carbon donne
fon Livre , quoiqu'il n'ait pas deffein
dit-il , de s'élever au - deffus de ceux qui
l'ont précedé dans fon art. Son principal
objet eft d'inftruire ceux qui ne fçavent
rien , & d'épargner à ceux qui font un
peu plus endoctrinez , le foin de la recherche
des remedes dans de gros volumes.
Comme c'est ici en partie une compilation
de differens remedes que l'Auteur
donne , pour bien connoître fon deffein ,
& pour juger de la commodité avec la
quelle il prétend qu'on peut fe fervir de
fon Livre , nous renvoyons les Lecteurs
au Livre même , croyant en avoir aſſez
dit pour le faire connoître.
PRIERES & Inftructions Chrétiennes,
avec un abregé de l'Hiftoire Sainte , divifées
en deux parties in 12. 1725. A
Paris , Place de Sorbonne , chez Defpilly.
EPITRES ET EVANGILES pour toute
l'année , avec les Explications par Demandes
& Réponfes , & une Methode
pour bien faire l'Oraifon mentale , à Orleans
, in 12. 2. vol . chez le même.
LES PASSIONS DE L'AME , le mondey
ou
542 MERCURE DE FRANCE .
ou Traité de la Lumiere , & la Geome
trie de Descartes , avec figures , &c . idem.
Et tous les autres Ouvrages , confiftant
en treize volumes , avec figures.
LETTRES de M. de S. André fur la
Magie , in 12. &c. Idem.
TRAITE' de l'étude des Conciles , &
de leurs Collections , divifez en trois
parties , par M. Salmon , Bibl . de Sorbonne
, in 4. Idem.
LETTRES fur les François & autres Na
tions , in 12. 2. vol . Idem.
TRAITE du Blafon du Pere Menef
trier , Figures , in 12. Idem.
TRAITE' des Signes, pour manifefter fes
penfées , in 12. 12. vol . figures .
DEUX DISSERTATIONS Medicinales
& Chirurgicales ; l'une fur la Maladie
Venerienne , l'autre fur la nature des Tumeurs.
Par M. Deidier , Confeiller- Medecin
du Roi , & c. Traduction Françoife
, par un Chirurgien de Paris , fur l'Edition
Latine , imprimée à Londres en
1723. A Paris , rue de la Harpe , che
Charles- Maurice d'Houry , 1725. in 12.
de 329. pages.
HIS
MARS 1726. 543
,
HISTOIRE DES PIRATES ANGLOIS ,
depuis leur établiffement dans l'Iffe de
la Providence jufqu'à prefent ; contenant
leurs avantures avec la vie de
Marie Read & Anne Bonni , & c. traduite
de l'Anglois du Capitaine Charles
Johnfon . Seconde Edition corrigée. A
Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques
1-726 . in 12.
NOUVELLES OEUVRES de M.
' Abbé de Maucroix contenant la
premiere Tufculane de CICERON , du mépris
de la mort LALIUS , ou de l'Amitié:
CATON L'ANCIEN , ou de la Vieil
Leffe , avec quelques Lettres de Brutus &
I de Celius au même. Les SATYRES , les
EPITRES , & l'ART POETIQUE D'HORACE
, in 12. p. 468. A Paris , chez André
Cailleau , Place de Sorbonne ,, au
coin de la rue des Maffons , à S. André
1726. 2.1 . 10 f.
Ces Traductions que l'on met au jour ,
fous le nom de M. de Maucroix , dixhuit
ans après la mort , meritent bien
l'attention du Public. Le ftile en eft coulant
& aifé , au moins pour ce qui eft
traduit de Ciceron que nous avons examiné
avec plus d'attention , & ne reſfemble
point à certaines Traductions
dont la diction eft ordinairement gênée
$44 MERCURE DE FRANCE
& embaraffée. Auffi paroît- il que le Traducteur
n'a pas fuivi fervilement fon
Original , & c'eft ce que tous ceux qui
entreprennent des Traductions devroient
faire, s'ils veulent conferver dans notre
Langue les graces de leur Auteur . Il y
a mille façons de parler qui font élegantes
dans le Latin , qui étant rendues mot
pour mot en François , feroient fades &
infipides. Il paroît donc qu'il eft du devoir
d'un Traducteur judicieux de les
changer en d'autres tours , qui conviennent
à la délicateffe & au genie de notre
Langue , fans cependant faire aucune violence
au fens de fon Original , c'eſt , à
ce qu'il nous a paru , ce qu'on a fuivi
dans cet Ouvrage , & nous croyons ,
qu'on prendra autant de plaifir à lire Ciceron
dans le François que dans le Latin
. Nous devons auffi avertir , pour
rendre juſtice , que le Libraire , qui a
imprimé ce Livre , s'eft fervi de trèsbon
papier , & de fort beaux caracteres,
Le Public fera encore bien aife d'apprendre
qu'il a l'obligation de l'Edition de
cet Ouvrage à Madame la Comteffe de
Montmartin. Cette Dame , auffi refpectable
par fa vertu , & par les belles qualitez
de l'ame & de l'efprit , que par fa
naiffance , eft d'une Maifon , où l'amour
des Sciences , & des beaux Arts eft herediMARS
1726. 545
reditaire. Le Chancelier de Sillery fon
trifayeul , le Marquis de Sillery fon
ayeul , le Marquis de Puyfieux fon pere,
&c. tous ces Seigneurs ont aimé les belles
Lettres , & favorifé les Sçavans . Madame
la Comteffe de Montmartin a herité
de fes illuftres Ancêtres cette noble
paffion . Elle a eu prefque en naiffant du
goût pour les Livres , & elle l'a toujours
cultivé par la lecture affidue des Auteurs
François , Latins & Italiens . M. l'Abbé de
Maucroix , ou l'Auteur de l'Ouvrage que.
nous annonçons , n'a pas peu contribué à le
Jui former, il la regardoit comme une Eleve
quilui faifoit beaucoup d'honneur ; c'eſt
ce qu'il marqua trois ou quatre ans avant
fa mort , en envoyant à cette Dame le.
Manufcrit de fes dernieres Traductions
comme celles qu'il eftimoit le plus : c'eft
J'Ouvrage qui paroît aujourd'hui .
Le même Libraire , qui vient de pu
blier ce Livre , a auffi imprimé les Livres
fuivans.
COLLECTIO Judiciorum de novis er
roribus , qui ab initio duodecimi feculi
poft Incarnationem Verbi , ufque ad annum
1712. in Ecclefia profcripti funt &
notati , &c. opera & ftudio CAROLI
PLESSIS D'ARGENTRE ' , Epifcopi Tutelenfis
, in quo exquifita monumenta ab
Anna
546 MERCURE DE FRANCE.
anno 1100. ufque ad annum 1542. continentur.
Tomus primus in folio 2 5. liv.
TOMUS SECUNDUS , in quo exquifita
monumenta ab anno 1543. ad annum
1713. continentur , in folio fub pralo.
COLLECTIO Effatorum divina Scriptu
ra , quibus Myfteria Fidei Catholica explicantur,
errores iis contrarii refellun
tur , ejufdem Autoris , 2. volumes in 4.
10. liv.
€
ORAISONS & Prieres tirées mot à mot
de l'Ecriture Sainte. Par Meffire Charles
, Evêque de Tulles , pour l'inftruction
des Fideles de fon Dioceſe , in 18.
1. 1. s. f.
TARIF GENERAL pour le cinquantiéme
en argent , lequel peut fervir auffi
pour toutes fortes de rentes à deux pour
cent , avec les Edits , Arrefts , Declarations
, Memoires & Reglemens , concernant
le cinquantiéme , par le fieur Gi
raudeau, neveu , in 8. 2. 1. 10. f.
HISTOIRE de l'exil de Ciceron , par
M. Morabin , in 12. 2. l. 10. £.
LES
MARS 1726. 547
LES PRINCIPES de la Nature , fuivant
les opinions des anciens Philofophes
avec un Abregé de leurs fentimens fur
la compofition des corps , où l'on fait
voir que toutes leurs opinions fur ces
principes peuvent ſe reduire aux deux
Sectes des Atomiftes & des Académiciens.
Par M. * * * in 12. 2. vol . 4.
k. 19. f.
TRAITE' DE PHYSIQUE fur la pefanteur
univerfelle des corps , par le P. Caftel ,
Jefuite, in 12. 2. vol. 6. 1.
LES ANTIQUITEZz de l'Eglife de Valence
, & c. recueillies par Jean de Catellan
, Evêque & Comte de Valence ,
l'inftruction & l'édification du Clergé
& du Peuple de fon Dioceſe. A Valence
, chez J. Gilibert , 1724. in 4. de
366. pages.
pour
LA VIE DU CARDINAL D'AMBOISE ;
Premier Miniftre de Louis XII . avec
un parallele des Cardinaux celebres qui
ont gouverné des Etats , dédiée au Roi.
Par M. Louis le Gendre , & c. A Roüen,
chez R. Machuel , 1726. 2. vol . in
12.
RECUEIL DES COMMENTATEURS an
F ciens
$48 MERCURE DE FRANCE,
ciens & modernes , fur les Coûtumes ges
nerales & particulieres de France , avec
leurs Textes corrigez . , tome I. & II .
qui comprend la Coûtume de Picardie .
A Paris , aux dépens de la Societé, 1726.
in folio de 1555. pages les deux volu
mes.
On n'a point encore écrit fur pareille
matiere un fi grand Ouvrage . On
compte que ce Recueil entier contiendra
plus de 70. volumes.
LETTRE au R. P. Courayer , fur fon
Traité des Ordinations Angloifes . Par
un Religieux Benedictin. A Paris , ruë
des Noyers , chez J. B. Lamefle , 1726.
brochure in 12. de 61. pages,fans l'Avertiffement,
le Privilege, & l'Approbation
de M. le Moine , Docteur de Sorbonne,
lequel estime que le Public fera content
de la moderation de l'Auteur
& qu'il
jugera que les preuves qu'il a employées
font Theologiques , bonnes & folides.
?
LES FACETIEUSES NUITS du Seigneur
Straparole , 1725. 2. vol . in 12. de plus
de 400. pages chacun , fans nom de
Ville , ni de Libraire.
TRAITE' dogmatique & moral de la
Grace univerfelle , tirée du Nouveau
TeftaMARS
1726. 549
Teftament. Par M. Claude le Pelletier,
Prêtre , Docteur en Theologie , Chanoine
de l'Eglife de Rheims . A Luxembourg,
chez André Chevalier , 1725. in 12. de
178. pages.
en
TRAITE' de la Succeffion des Meres ;
au
vertu de l'Edit de S. Maur ; avec
une Differtation fur les droits de la mere
, & la Succeffion de fes enfans ,
cas de la fubftitution pupillaire. Imprimé
à Dijon , & fe vend à Paris , rue Saint
Jacques , chez Briaffon , 1726. in 8. de
233 pages , fans la Preface & la Table
.
On a imprimé à Trevoux en 4. vol.
in 12 une Edition des Poëfies de M. Peliffon
& de Madame de la Suze.
HISTOIRE phyfique de la Mer , avec
des Figures , 1725. à Amfterdam .
RECUEIL des plus beaux fecrets de la
Medecine , pour la guerifon des maladies
, & autres fecrets de la nature & de
l'art. 1725. in 12. Amfterdam .
•
TUTTE LE OPRE di Torquato Taffo,
colle controverfie fopra la Gierufalemme
liberata. In Fiorenza , 1724.6 . vol .
in folio. Fij OR350
MERCURE DE FRANCE ,
ORLANDO INAMORATO de Boiardo ,
Rifato del Seignor Berni. Fiorenza ,
1725. in 4 .
Ces deux derniers Livres fe trouvent
à Paris chez Briaffon , ruë S. Jacques.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE & de fes
effets , en quoi confifte fa beauté , &c. A
Amfterdam , 4. vol. in 12 .
Il paroît à Leyde , par les foins de
M. Shakemburg , un Quinte-Curce in
4. de 824. pages , enrichi de Suplémens,
de Variantes , & furtout de quantité de
Notes .
Van Ghelen , Imprimeur de l'Empereur
, a fait imprimer à Vienne le
premier Tome de l'Ouvrage , qui a pour
titre , Francifci Antonii Spada Sacerdotis
, & c . Antelucanes Vigilia , five exercitationum
libri tres , quibus pracipuè ad
civilem facultatem pertinentia , necnon ce-
Lebriorum Civitatum ortus , progreffufque
tractantur.
On apprend de Leipfick qu'on continue
d'imprimer le curieux Ouvrage,
intitulé Le Theatre univerfel des Machines,
3. vol, in folio ont déja paru
MARS 1726. 351
ils feront fuivis de plufieurs autres .
On mande de Suiffe , que le Baron
de Duben , Secretaire d'Etat , a traduit
en Vers Suedois les Oeuvres de Boileau.
Il paroît à Londres depuis l'année
paffée un Journal des Sçavans en Anglois
, fous le titre de Memoire de Litterature
, Par M. de la Roche , François
Refugié.
On a imprimé à Zurich une Differtation
de M. Oramer , fur la certitude
des principes de la vraye Religion Chrézienne.
Nous exhortons les Libraires , qui fons
bien - aifes que leurs Livres paroiffent ,
ou frient annoncez dans le Mercure ,
d'en marquer le prix dans les Liftes ou
Memoires qui nous feront envoyez de
leur part , & de fuivre en cela l'exemple
du fieur Cailleau leur Confrere . C'eft
une chofe que le Public nous a témoigné
plus d'une fois de fouhaiter , & qui nous
paroît également raisonnable & avantageufe
aux Libraires .
On apprend de Suede , que divers
F iij
Ou
352 MERCURE DE FRANCE
Ouvriers ont trouvé le moyen d'em
ployer des os d'Elan , au lieu d'yvoire
qui jaunit toujours , quelque chofe que
Fon faffe ; ils prennent un plus beau poli
que l'Ivoire , font d'un blanc plus
parfait , & ne perdent point cette blancheur.
M., Maurice Ante Capifter , a fait à
Lucerne des Recherches curieuſes fur les
Criftaux ; il en doit donner inceffamment
une Hiftoire , qui fera intitulée ,
Cristallographia.
t
On mande de Naples , qu'on y a apperçu
au commencement du mois dernier
, du côté d'Orient , une Comete
très - brillante , & qui paroiffoit à la vûë
comme une Etoile de la premiere grandeur.
On apprend de Portugal , que le Pere
Dom Manuel de Toja & Silva , Clerc
Regulier de la divine Providence , prononça
à Liſbonne , dans une Affemblée
publique de l'Académie Royale de l'Hif
toire , l'Eloge funebre de Dom Bernard
de Caftello Branco , Abbé general de
l'Ordre de S. Bernard en Portugal , à la
place duquel on a élû pour Académicien
Dom François de Souza , Capitaine
MAR S. 1726. $58
-
taine de la Garde Allemande de S. M.
P. lequel s'eft chargé de continuer l'Hif
toire des Rois Dom Pierre I. & Dom
Ferdinand .
Il s'eft établi à Venife , fous la protection
du Doge , une Societé de gens de
Lettres , compofée de 30. Académicienss
elle a pris le nom de Societé Albricien
ne , à la tête de fes Reglemens qu'elle a
fait imprimer depuis peu .
Dans la premiere Affemblée Académique
, qui fe tint vers le commencement
du mois dernier , en prefence de
la principale Nobleffe Venitienne , de
plufieurs Prelats de confideration , & d'un
grand nombre de Sçavans , tant du Pays
qu'Etrangers , on fit lecture de plufieurs
Differtations hiftoriques & phyfiques ,
qui furent generalement applaudies . Il
y eut enfuite un Concert de voix &
d'inftrumens lequel fut terminé par
une illumination magnifique . La fecon
de féance fe tint au commencement du
Carême dans une Salle que le Doge a fait
preparer.
و
On a établi depuis quelques mois à
Strasbourg un Concert , qui , quoiqu'il
ne foit pas fi bien fondé , ni dirigé par
tant de perfonnes , que ceux de plufieurs
F iiij
Villes
354 MERCURE DE FRANCE.
Villes du Royaume , pourra cependant
meriter dans peu le nom d'Académie , de
Mufique ; on y execute deux fois la femaine
des Opera en entier . Les perfonnes
qui y chantent , quoique pour
leur plaifir , s'en acquittent parfaitement
bien , & la Symphonie peut paffer pour
une des meilleures qu'il y ait en France.
Quelques Connoiffeurs , qui fe font trouvez
à ce Concert , ont été étonnez de
rencontrer en Province tant de goût , de
jufteffe & d'execution.
L'Abbé du Val a inventé de nouvelles
Machines de Mathématiques , dont
il ale Privilege exclufif du Roi , pour
les faire debiter par tout le Royaume.
Chacune de ces Machines fert à tous les
ufages de l'Aftronomie & de la Trigonometrie.
La Machine eft compofée
d'un demi cercle divifé en degrez ,
de deux alidades longues de deux ou
trois pieds , fur lefquelles le degré eft
fubdivifé en minutes & fecondes. Il fait
cette fubdivifion en plufieurs manieres
fur differentes Machines . Le demi- cercle
peut tourner autour d'un axe pour
fuivre le mouvement du Ciel. Il peut fe
fixer pour fervir de vertical , ou d'hori
fontal. L'on peut marquer plufieurs déclinaifons
des Aftres à la fois , & leut
diffeMARS
1726. 555
difference d'afcenfion droite par ce moyen ,
voyant au Ciel deux Aftres dont la déclinaiſon
eft connuë , avec leur difference
d'afcenfion droite , l'on peut mettre
très-promptement l'axe de la Machine
parallele à l'axe du monde . Alors elle
montre la latitude du lieu & l'heure des
Aftres qu'on obferve . La Machine étant
ainfi parallele à la Sphere , on peut connoître
toutes les differences d'afcenfion
droite des Aftres qui paroiffent , leurs
déclinaifons & leurs hauteurs meridiennes.
La Machine peut montrer l'heure
par minutes & fecondes , ce qui peut
extrêmement fervir à la Geographie. Il
eft aifé d'obferver par tout le Ciel , &
deux Obfervateurs peuvent facilement
obferver enſemble chacun un Aftre fans
s'incommoder l'un l'autre , d'où elle peut
fervir fur mer pour prendre hauteur à
toute heure qu'on voit des Aftres .
à
L'Auteur en a qu'on peut tenir à la
main pour obferver. Cette Machine s'appelle
, grand Compas trigonometrique ,
caufe des deux alidades qui reprefentent
un compas de proportion . Elle s'appelle
auffi Spherule , parce qu'elle peut fuivre
le mouvement du Ciel. Les alidades portent
des pinnules mobiles , qui font connoître
la fubdivifion du degré , ou des lunettes
. L'Auteur demeure au Chariot
F v d'or,
556 MERCURE DE FRANCE.
d'or , fur le Quay des Orfevres , proche
le Cheval de bronze du Pont- neuf. Il
prie ceux qui lui feront l'honneur de lui
écrire , d'acquitter les ports de lettres .
La guerifon parfaite des Hernies , Defcentes
, & de toutes les efpeces , comme
celle du Nombril , appellée Exomphale,
qui fuit fort fouvent les accouchemens
laborieux.
Laquelle guerifon s'execute fans rechute
, par le fecours d'une fimple application
d'un remede fort innocent , fans
fe fervir du fer , ni d'aucune operation ,
ni des bandages , defquels on eft exempt
pour toujours.
Le témoignage de M. le Premier Medecin
, de ceux de la Cour , & de M. le
Premier Chirurgien du Roi , fous les
yeux defquels le fieur Boles a travaillé ,
ne laiffera aucun fcrupule au Public
d'autant plus qu'il continue de travailler
à Paris avec le même fuccès , ayant
obtenu un Privilege de S. M. bien informée
de la verité de tous ces faits.
L'alfujettiffement , la neceffité , & la
contrainte du bandage , n'a pas feulement
excité l'Art du fieur Boles , mais le
danger où font continuellement ceux qui
ont des defcentes , par un engagement
confiderable de l'inteftin , lequel ne pouvant
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
BENEDICT
XIII
HAMERANI
MAGNO
ROZ
CAROLO
PONT.
MAX
ECCLESTAR
ANNO IVBILEI
M D C C X XV
VINDICI
MARS 1726. 557
vant être reduit , expofe la perfonne in
commodée au peril de la vie , ce qui
n'arrive que trop fouvent au grand malheur
de ceux qui ont des defcentes.
Le fieur Boles demeure dans le Fauxbourg
S. Germain
rue des mauvais
,
Garçons , à l'Hôtel d'Angleterre.
MEDAILLE du Pape Benoift XIII
fur le Jubilé de l'Année Sainte M.
DCC . XXV .
Nous avons donné dans notre Jour
nal du mois d'Octobre dernier la Médaille
du Pape , qui fut frappée à Ro
me , peu de temps après fon exaltation ,
fur l'indication du Jubilé de l'Année
Sainte. Nous en avons reçu depuis peu
une autre , auffi frappée à Rome , fur le
Jubilé même , ouvert dans cette Capitale
du Monde Chrétien , durant l'Année
courante M. DCC . XXV . & nous la
donnons ici gravée en taille douce par une
bonne main. Elle reprefente d'un côtẻ
le Buſte du Pape , avec cette Infcription
BENEDICTUS XIII. PONTIFEX MAXIMUS
. Sur le Revers la Statue Equeftre
de l'Empereur Charlemagne , élevée
depuis peu par les ordres de Sa Sainteté
, fous le Portique de l'Eglife'de Saint
Pierre , vis- à- vis de celle du Grand
Conftantin , avec cette Legende , Ro-
F vj
MANS
558 MERCURE DE FRANCE:
MANÆ ECCLESIA VINDICI . & dans l'E
xergue, ANNO JUBILAI M. DCC. xxv.
Cette Médaille eft encore du fameux
Hameranus , Graveur Romain , qui en
a fait les coins , qui a auffi gravé les plus
belles Médailles des derniers Papes , &
qui a un talent merveilleux pour animer
fes figures , & pour donner la reffemblance
.
Nous ne fçaurions placer plus à propos
qu'ici une Infcription qu'on vient
de nous envoyer , & qui a été faite pour
mettre au- deffous d'un Bufte de Sa Sainteté.
BENEDICTUS XIII. ORD . PRÆD.
NATUS IN ORBIS URBE.
EX NULLI SECUNDA
TOTIUS URBIS ,
GENTE
>
STIRPIS URSINE , DE GRAVINA ,
PRIMOGENITUS.
TANDEM , TER , SACR. COLLEG. JURE
DECANUS,
ET URBIS ET ORBIS PONTIFEX MAXIMUS.
M. DCC. XXIV.
CHANSON.
Ton
temps eft paffé ,
Vieille
Coquette ;
Ton
MARS 1726. 559
Ton timbre eft caffé,
Vieille pendule , tu repete ,
A cinquante ans ,
Le carillon de la clochette ,"
Qui fonnoit l'heure d'amourette
Dans ton printemps.
Tu n'avois qu'à tinter & ta douce fonette ,
T'attiroit mille amans;
Mais àprefent
Ton toxin tintant ,
Ne reveille perfonne.
Dis-moi , quand fur le tendre ton
Ta groffe cloche fonne ,
T'entend- on ? non , non.
Si l'on t'entend ,
Ce n'eft qu'au fon de ton argent contane.
M. du Frefni
SPEC
360 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMMMMMMMMMMM
L
SPECTACLES.
'Opera Comique dont nous avons
déja parlé , donna le premier de ce
mois la premiere reprefentation d'une
Piece nouvelle en trois Actes , avec des
chants & des danfes intitulée Arlequin
, Sultane favorite.
Les Comediens François remirent au
Theatre fur la fin du mois dernier , la
petite Comedie du Naufrage de feu
M. de la Font , & au commencement de
celui-ci ils ont donné quelques repre
fentations du Bourgeois Gentilhomme de
Moliere , dont le fleur de la Torilliere
a joué le principal rôle , le fieur Quinaut
du Frefne celui du Mufti ; le fieut
de Fontenay celui du Comte ; le fieur
Armand celui de Covielle ; & la Dlle
du Frefne celui de Nicole : les autres
rôles étoient remplis à l'ordinaire par
le fieur Quinaut , la Dlle Dangeville , la
Dlle Jouvenot , & c.
On a repris auffi la Tragedie d'Ariamne
, dans laquelle la Dlle Duclos a extrêmement
brillé dans le principal rôle,
qui de tout temps a été fon rôle favori.
LE
MARS 1726. 563
LE NAUFRAGE , Comedie nouvelle ,
en cinq Actes , par Madame Flaminia ,
reprefentée fur le Theatre Italien le 144
du mois paffé .
Argument de la Comedie.
Cette Piece eft une imitation de deux
Comedies de Plaute , fçavoir , le Mer
cator & le Rudens . Le Mercator a ſervi
au fujet principal , & le Rudens a fourni
les Epiſodes neceffaires pour arriver
aux reconnoiffances qui en font le dénouëment
.
Pour donner plus de facilité à l'intelligence
de la Piece , nous avons jugé à
propos de mettre en Argument , ce que
Î'Auteur a mis dans l'expofition .
Horace , riche Negociant , établi depuis
long - temps à la Martinique , en a
fait partir fon fils Lelio , pour venir étudier
à Paris . Lelio , pendant les études ,
eft devenu amoureux d'une jeune perfonne
, appellée Sylvia . Ses études étant
finies , il reçoit un ordre de fon pere
pour retourner à la Martinique. Cetordre
qui va le feparer , peut - être pour toujours
, de fa chere Sylvia , lui paroît l'arreft
de fa mort. Il s'en plaint à fon Amante
qui, loin de le porter à defobéir à
fon pere , l'exhorte à executer la loi
,
qu'il
562 MERCURE DE FRANCE .
qu'il lui impofe. Pour l'y mieux engager
, elle lui promet de l'aller trouver
à la Martinique , où elle a un oncle , appellé
Ligmaque , qui lui tient lieu de
pere. Lelio obéit à fon pere & à fa Maîtreffe
, il retourne à la Martinique , flatté
de la promeffe de Sylvia , qui , quelque
temps après , ayant perdu fa mere,
tient parole à fon Amant , & s'embarque
pour la Martinique fur le Vaiffeau de
M. de la Bouffole , ancien ami de ſa mere.
Sylvia confie à ce Capitaine un coffret
, dans lequel font renfermez tous
les papiers qui doivent fervir à la faire
reconnoître par fon oncle Lyfimaque ,
qui ne l'a jamais vûë. M. de la Bouffole
ferre ce petit coffret dans une calfette, où
font toutes les richelles. Le Vaiffeau eft
battu d'un violent orage à la vûë du Fort
Royal de la Martinique . M. de la Bouffole
fait defcendre Sylvia & fa fuivante
Spinette dans un efquif , où il a déja fait
mettre la caflette ; mais dans le temps
qu'il y veut defcendre lui - même , un
coup de vent fepare, l'efquif du Vaiffeau.
L'efquif eft emporté au gré des
flots , & le Vaiffeau va fe brifer contre
un rocher. Ils font pourtant tous fauvez,
& c'eft ici que commence l'action theatrale
.
ExMAR
S. 2726.
565
Extrait.
La Scene eft au Fort Royal de la
Martinique. La décoration repreſente
dans le fond du Theatre une mer extrêmement
agitée , un grand rocher , & fur
le derriere du Theatre des maifons .
Lelio , qui fçait que Sylvia eft fur
mer pour le venir trouver à la Martinique
, eſt allarmé de cet orage . Sylvia &
Spinette fe fauvent , après que l'Efquif
où on les avoit fait defcendre a été brifé
contre le rocher que la décoration reprefente
, & ne fçachant où trouver un
afile , elles frappent à la porte de la maifon
d'Horace , pere de Lelio , qui les reçoit
chez lui , & qui devient amoureux
de Sylvia . Tout cela arrive fans que
Lelio en fçache rien , & ce n'eft que par
fon Valet Trivelin , qu'il apprend que
fa chere Sylvia eft chez fon pere. Il y
court fur le champ ; il rencontre fon pere
, avec qui il a une converfation affez
tendre , qu'il aimeroit mieux avoir avec
fa Maîtreffe , quoiqu'il ait pour
fon pere
tous les fentimens que le fang &
le devoir puiffent infpirer à un fils vertueux.
L'empreffement qu'il témoigne
de voir les perfonnes à qui Horace a
prêté afile après leur naufrage , donne
une jaloufe crainte au pere ; le prompt
effet
564 MERCURE DE FRANCE.
effet que la beauté de Sylvia a produit
fur fon coeur, lui fait juftement appréhender
que fon fils ne devienne fon rival ;
& pour détourner une entrevûë qui feroit
fi fatale à fon amour , il fait une querelle
à fon fils , qu'il prétexte le mieux
qu'il peut , & lui défend l'entrée de fa
maifon. Cela ne lui fuffit pas pour cal
mer fa frayeur , il cherche à mettre Sylvia
en lieu de feureté , pour la mieux
fouftraire aux regards de Lelio .
Il confie Sylvia & Spinette à un de
fes anciens amis , nommé Fabrice , qui
s'en charge avec plaifir , & qui peut
d'autant plus commodément lui rendre
ce bon office , que fa femme Flaminia eſt
à la campagne.
Horace voulant regaler ces deux Etrangeres
, donne fes ordres à fon Valet Arlequin
, & lui donne en même temps
l'argent neceflaire pour le fouper. Arlequin
, pour fe referver quelque petit
profit , fe difpofe à aller pêcher cette
circonftance n'eft pas inutile à la Piece.
Flaminia arrive de fa campagne plutôt
que Fabrice, fon Epoux , n'avoit crû. Elle
rencontre d'abord Lelio , qui , après
quelques complimens fur fon retour , la
quitte pour entrer dans la maifon de fon
pere , dont il voit la porte ouverte . Il
fe flatte d'y voir fa chere Sylvia , ignėrant
MARS . 1726 .
rant que fon pere l'ait transferée ailleurs.
Cependant Rofette qui eft entrée ,
avant fa Maîtreffe dans la maifon de Fabrice
, a été fort étonnée d'y trouver
deux filles ; elle en vient avertir Flaminia
qui en eft tranfportée de jaloufie ;
Lelio , qui fort de chez fon pere , n'eſt
pas moins agité de n'y avoir point trouvé
fa chere Sylvia ; Rofette , à qui
les interefts de fa Maîtreffe font trèschers
, eft fort fcandalifée de l'infidelité
de Fabrice ,tous les trois parlant à la fois
cela produit une Scene très - comique . Fabrice
arrive , il eft très- furpris de voir
fon Epoufe Flaminia qu'il n'attendoit pas
fi - tôt , & qui lui fait de fanglants reproches
. Dans le temps qu'il eft prêt à
lui tout reveler pour l'appaifer , le Cuifinier
, qui doit préparer le fouper , arrive
avec Arlequin . Ces apprêts d'un
fouper irritent encore plus Flaminia
qui , fans donner le temps à Fabrice de
fe juftifier , chaffe Sylvia & Spinette ;
Horace les reprend , & leur rend leur
premier afile , ou plutôt leur premiere
prifon.
Lelio , au défefpoir de trouver un rival
dans fon pere , veut quitter pour
jamais un pays qui lui eft fi fatal ; il ignore
où eft la chere Sylvia ; Cynthio , fils
de
566 MERCURE DE FRANCE.
de Fabrice , vient lui en donner des nou
velles , l'ayant vûë chez fon pere avant
l'arrivée de Flaminia. Il s'offre à conduire
cet Amant defefperé auprès de fa
Maîtreffe ; mais ils ne la trouvent plus
chez Fabrice , Flaminia l'en ayant fait
fortir , comme nous l'avons déja remarqué.
Ce dernier coup du fort accable
Lelio ; mais Cynthio lui rend quelque
efperance , par le confeil qu'il lui donne
, de venir chez fon pere Fabrice , de
l'inftruire de tout ce qui fe paffe , de le
prendre pour interceffeur auprès de fon
pere , & de mettre Flaminia même dans
fes interefts ; Lelio confent à tout ce que
fon ami Cynthio exige de lui.
Arlequin , qué nous avons laiffé allant
à la pêche , en revient avec une caf
fette qu'il a trouvée dans le fond de la
mer ; Trivelin a été témoin d'une fi heureufe
pêche ; il ne doute point que ce ne
foit la caffette que M. de la Bouffole ,
qui a été fauvé auffi bien que Sylvia , fe
plaint d'avoir perdue dans fon naufrage.
Arlequin & lui fe difputent & fe battent
pour ce fujet. Horace qui furvient , ayant
écouté les raifons de part & d'autre , ordonne
que la caffette foit portée dans fon
Cabinet , pour être rendue à M. de la
Bouffole ; cependant , toujours inquiet
& jaloux , il charge Arlequin de conduire
MARS 1726.
567
re Sylvia & Spinette chez Argentine ;
Trivelin , qui entend ce nouvel ordrecontraire
à l'amour de fon Maître
prend fon parti fur le champ ; il s'avance
vers Arlequin , le vifage couvert , & .
lui fait tant de peur , qu'il l'oblige à lui
livrer les deux Demoifelles . Pendant
tous ces petits incidens , Fabrice , qui
s'est trouvé ce même Lifimaque , que
Sylvia venoit chercher , comme nous
l'avons dit dans l'argument , & comme
l'Auteur l'a expofé dans le cours de la
Piece , a reconnu Sylvia pour fa niece ,
& a promis fa protection à Lelio. Il ne
s'étoit fait connoître que fous le nom de
Fabrice pour des raifons qui l'y avoient
obligé. La tendrefle du fang lui perfuade
affez que Sylvia eft veritablement fa
niece ; mais cela ne fuffit pas dans une
Comedie. On n'eft pas long- temps à en
trouver des preuves plus folides , elles
font renfermées dans la caffette qu'Arlequin
a pêchée. Horace & Fabrice confentent
au bonheur de Lelio & de Sylvia
; la caffette eft rendue à M. de la
Bouffole , qui récompenfe Arlequin par
qui elle a été trouvée. Arlequin regale
les Pêcheurs de ce rivage , qui finiſſent
la piece par une fête qu'ils font entre
cux .
La conduite de cette Piece eft très- re
guliere,
468 MERCURE DE FRANCE.
guliere , l'intrigue nette , & fe développe
d'elle-même ; les Scenes en font bien
liées , les caracteres bien foutenus . Le
Comique eft dans les chofes plus que dans
les expreffions , & il eut été plus goûté
dans le temps où l'on aimoit moins les
chofes piquantes que les chofes fenfées ,
le vin de Bourgogne que l'eau des Barbades.
#
Les mêmes Comediens reprefente rent
fur leur Theatre le 24. Fevrier , une
petite Piece nouvelle , qui a pour titre,
Le Tour de Carnaval, dont voici l'Extrait.
Acteurs.
Madame Richard .... La Damoiselle
Lalande.
Marianne fille de Madame Richard ...
La Damoifelle Silvia.
Clitandre , Officier , Amant de Marianne
... le fieur Riccoboni , Fils.
M. de Sotenrobe , Amoureux de Marianne...
le fieur Mario.
Sans quartier , Valet de Clitandre ...
le fieur Dominique.
Marthon , Suivante de Marianne ...
la Damoiselle Flaminia .
Le
MARS
1726. 569
La Scene eft à Paris , dans une Antichambre
d'un Hôtel garni.
Madame Richard veut marier fa fille
Marianne à M. de Sotenrobe ;, Marianne
lui témoigne qu'elle eft prête à lui
obéir . Sa mere lui dit de s'aller habiller
pour un Bal que fon Epoux futur
lui donne , tandis qu'elle vaffaire quelques
emplettes , pour emporter à Gi
fors , où le Mariage fe doit faire.
,
Marthon témoigne fa furpriſe à Marianne
, fur le confentement qu'elle vient
de donner à un Mariage avec le plus
grand Benêt qui fut jamais tandis
qu'elle oublie les tendres fermens qu'elle
a faits à Clitandre à fon départ pour
l'armée , de n'être jamais qu'à lui . Marianne
lui répond , qu'elle n'a pû fe dérober
autrement aux perfecutions de fa
mere , que par une feinte obéillance ;
elle ajoûte que Clitandre eft arrivé de
l'armée , qu'elle vient de le voir , qu'il
n'a ofé l'aborder , mais qu'il l'a fait fuivre
par Sans - quartier fon Valet .
Sans quartier vient , comme Marianne
l'a prévû. On l'informe de tout ce qui
Le paffes Sans- quartier , au nom de Sotenrobe
, fe fouvient de l'avoir connu autrefois
chez un Procureur , & ne doute
point
370 MERCURE DE FRANCE
point qu'il ne foit homme à donner fa
cilement dans le paneau le plus groffiereinent
tendu. Il avertit Marianne que
fon Maître viendra bien -tôt , fous une
forme qui ne le rendra point ſuſpect ,
Sans -quartier fe retire.
Marianne & Marthon fe flattent du
fuccés que Sans- quartier vient de leur
faire efperer. M. de Sotenrobe arrive ,
en robe , fans chapeau , & fans perru
que ,
& raconte d'une maniere convenable
à fon caractere de nigaud , plufieurs
tours de Carnaval , que les Laquais , les
Fiacres & les enfans viennent de lui
jouer. Marianne affecte de prendre un
tendre intereft dans tout ce qu'il lui con;
te , & lui confeille d'aller dans fa cham.
bre prendre une perruque & un cha,
peau.
A peine Sotenrobe eſt ſorti que Cli
tandre arrive , travesti en Haut- à -bas ,
avec une malle fur le dos ; après un petit
jeu de Theatre il eft reconnu par
fa Maîtrefle. Il la preffe de confentir à
une tromperie qu'il veut faire à ſon indigne
Rival . Marianne donne les mains
à tout ce qui pourra affurer fon bonheur
& celui de fon Amant.
Sotenrobe rentre , Clitandre ouvre fa
malle. Il en tire plufieurs éventails. Sotenrobe
en prend un , & le prie de lui
ex.
MARS. 1726. 571
د
expliquer ce que fignifient trois oifeaux
qui y font peints . Ecoutez- moi , dit alors
Clitandre en s'adreffant à Marianne :
L'oifeau que vous voyez au milieu , eft
un moineau éperduëment amoureux d'une
jeune Fauvette , qui eft de ce côté ; il s'efe
couvert de plumes étrangeres , pour ne
point donner d'ombrage au Coucou , fon
Rival , qui eft à ma gauche il veut
adroitement faire entendre à la Fauvette ,
qu'il viendra l'enlever au Coucou , fi elle
y confent. Sotenrobe lui demande quelle
eft la refolution de la Fauvette ; Clitandre
lui répond , qu'il faut qu'il la voye
yeux :: Vous verrez dit Marianne
, que l'averfion qu'elle a pour le Concou
, la déterminera à fuivre fon moineau.
On a trouvé cette Allegorie trés - ingenieufe
, & toute la Scene a fait beaucoup
de plaifir.
dans fes
譬
Sans Quartier arrive ; il renoue connoiffance
avec Setenrobe , & l'amuſe par
des contes qu'il lui fait , pour donner le
temps àClitandre d'entretenir ſa chereMa-
Fianne. Il prie Soten robe de vouloir bien ,
en faveur de leur vieille amitié , permettre
que fon Maître , qui eft un Officier
fort eftimé , vienne à fon Bal , où
il a un rendez- vous avec fa Maîtreffe
qu'il doit enlever , pour l'arracher à la
tyrannie de fes parens . Sotenrobe con-
G fent
572 MERCURE DE FRANCE,
fent à tout , & fe fait par avance un
grand plaifir de cet enlevément."
L'enlevement propofé s'execute de
cette maniere ; Pendant que Madame Ri◄
chard danfe avec fon gendre futur , Cli
tandre mafqué enleve Marianne déguifée
en Amazone. Quelque temps après
Fenlevement , Sans - quartier , déguifé en
femme , vient fe plaindre de ce qu'on
a enlevé fa fille. Sotenrobe ne répond à
ces plaintes qu'en riant d'une chofe à la
quelle il s'eft prêté . Ce qui trompe Madame
Richard , plus clairvoyante que
lui , c'eft qu'elle croit toujours voir fa
fille dans le Bal ; parce qu'un maſque
habillé comme elle a pris fa place. La
fauffe mere de la fille enlevée menace
de tout faire pendre fi on ne lui rend fa
fille.
Clitandre ramene Marianne mafquée
en Domino . Il s'adreffe à Sans - quartier,
qu'il prie de lui donner fa fille en mariage.
Sans- quartier fe fait tenir à quatre
il fe rend enfin aux prieres de Sotenrobe
& de Madame Richard. Cette
derniere dit connoître le nom & les facultez
de Clitandre. On prefente un con
trat de mariage tout dreffé . Madame Ri
chard ne balance pas à le figner comme
témoin , non plus que Sotenrobe , qui
trouve l'aventure très - plaifante . Clitandre
MARS 1726. 573
Are veut y faire figner auffi une perſonne
qu'il voit affife au fond du Theatre ;
Madame Richard lui dit que c'eft fa fille
; on la démafque , & l'on trouve un
Cuifinier au lieu de Marianne. Madame
Richard demande fa fille , Marianne ôte
fon Domino , & fait voir par-là à fa mere
, qu'elle eft cette même fille enlevée
dont elle vient de figner le contrat. Après
quelques plaintes , Madame Richard fe
laille fléchir , & confent au mariage ,
n'ayant point de meilleur parti à prendre
après un enlevement qui a fait tant
d'éclat.
Cette Piece a fait beaucoup de plaifir
, la Fête furtout en a paru très -brillante.
La Mufique eft du fieur Mouret ,
& le Ballet du fieur Marcel : un Eleve
de ce dernier y a danfé avec la Dlle
Thomaffin , d'une maniere à le faire generalement
applaudir. Des Chanfons ont
achevé le fuccès , & couronné l'Ouvrage.
En voici quelques- unes. On en
trouvera l'air gravé à la page 5 58 .
Un Vioillard,
Dans ma jeuneffe ,
L'on voyoit des Auteurs
Fertiles Protecteurs,,
Gij Ens
874 MERCURE DE FRANCE,
Enchanter les Lecteurs ,
Par leur delicateffe :
Aujourdhui ce n'eftplus cela ;
Les Rimeurs languiffent ,
Les Vers affoupiffent ,
Les Mufes gemiffent ,.
Succombent , periffent :
Pegaze va ,
Cahin , caha .
Une Vieille.
Dans ma jeuneſſe ,
Les Papas , les Mamans ,
Severes , vigilans ;`
En dépit des Amans ,
De leurs tendrons charmans ,
Confervoient la fageſſe :
Aujourd'hui ce n'eft plus cela
L'Amant eft habile ,
La Fille docile ,
La Mere facile ,
Le Pere imbecile
Et
l'honneur va ,
Cahin , caha,
re
MARS 575 1726.
Au Parterre :
Dans ma jeuneſſe ,
Ce Spectacle cheri ,
Se voyoit applaudi ;
Le Parterre rempli ,
Le Theatre garni , !
Nous combloit d'allegreffe.
Faites- nous voir encor cela ;
Qu'une ardeur nouvelle ,
Chez nous vous rappelle
Pour vous notre zele ,
Conftant & fidele ,
Jamais n'ira ,
Cahin , caba,
Le 14. de ce mois , les mêmes Comediens
jouerent à la Cour , la Surprife
de l'Amour, & la petite Piece du Tour
de Carnaval , dont on vient de parler .
Les Vaudevilles du Divertiffement ont
fait beaucoup de plaifir , & ont été autant
applaudis à la Cour qu'à la Ville.
3 Le 15. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , avec des agrémens
& un Vaudeville, ' intitulée la Bague magique.
Le Public n'a pas goûté cette nouveauté
, puifqu'elle n'a été jouée qu'une
fois. Elle fut précedée d'une autre Piece
Giij Ita576
MERCURE DE FRANCE
Italienne en trois Actes , qui eft une excellente
Comedie de caractere , intitulée
La Femme jaloufe. Elle a été jouće ici
dans fa nouveauté en 1716. Elle eft de
la compofition du fieur Lelio , & fon premier
Ouvrage , fait en Italie,
Le 10. Mars les Comediens François
remirent au Theatre la Tragedie
d'Alcibiade, de feu M.de Capiftron , dans
laquelle le fieur Baron joüa le principal
rôle , & les Dl'es de Seine & Angelique
, ceux d'Artemife & de Palmis .
Les mêmes Comediens reprefenterent
à la Cour la Tragedie des Horaces,
& la petite Comédie de la Foire S. Lanrent
, le 13. de ce mois .
Le 16. ils y reprefenterent les Femmes
fçavantes , & le Cocu imaginaire , &
trois jours après Andronic & le Gentilhomme
ufurier.
Le Lundi 18. on joua au Theatre François
, avec un concours prodigieux &
un grand fuccès , la Tragedie nouvelle
d'Edipe , de M. de la Motte , de l'Académie
Françoife. On trouve le fujet
traité avec beaucoup d'art , fans Epiſode
& fans Amour. Nous en donnerons un
Extrait dans le prochain Mercure , pour
mettre le Lecteur en état d'en juger .
Voici
MARS 1726 . 577
Voici un Sonnet fur les Bouts - rimez ,
propofez dans le Mercure , fait par l'Auteur
d'Edipe , la veille de la premiere
reprefentation .
A Piece eft à mes yeux fottife &
ΜΑ
Disparates
Quels jugemens divers j'en forme en moins
d'un
an !
D'abord tout m'en fembloit or, azut, Ecarlates
Pour l'immortalité c'étoit mon Taliſman.
J'aurois prefque penfé que dans mainte
Elle m'eût amené l'Arabe & le
Fregate,
Perfans
Qu'elle eût fait le fujet de plus d'une Cantate,
Et répandu ma gloire au boutde l' Ocean.
Prête à la voir jouer , fleurs m'y ſemblent
Carotes.
Je crois voir le Public qui me met les Menotes,
Et m'ôte mes lauriers jufques au moindre
Brin.
J'étois blanc comme albâtre , & je me trouve
Negres un
De vermeil & de fort devenu pâle & Maigre;
Me voilà Dom Quichote , au lieu d'être
Membrin.
Giiij
Le
$78 MERCURE DE FRANCE.
Le 12. la Dlle Lambert , Actrice de
l'Académie Royale de Mufique, reprefenta
le rôle d'Athys ; elle fut fort ap
plaudie par la nombreuſe Aſſemblée que
cette nouveauté avoit attiré. Elle a joué
plufieurs fois le même rôle avec un
très- grand ſuccès .
Le 26. de ce mois , les Comediens
Italiens joüerent une Comedie nouvelle
en trois Actes , fous le titre de la Veuve
à la mode. Nous en parlerons le mois
prochain.
>
On a repreſenté à Vienne fur le
Theatre du Palais le nouvel Opera
Italien de Spartacus , de la compofition
de l'Abbé Pafquini , & il a eu une gran
de réüffite.
Le 24. du mois dernier , on repre- Le - 24
fenta fur le grand Theatre de Bruxelles ,
en prefence de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays- Bas , une nouvelle
Comedie Italienne , intitulée les Metamorphofes
d'Arlequin for & fage. C'eft
une Piece fort comique , de la compofition
d'un Medecin .
MAR S. 1726. 572
jkjkjkjkakakakakakakakakak i
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le neveu
du Roi de Perfé détrôné , dont le Seraskier
de Babilone s'étoit faifi dans l'action
de Hamadan , & que le Grand Seigneur a fait
venir dans cette Capitale , y avoit embraflé la
Religion Mahometane.
Les dernieres nouvelles qu'on a reçûës , por
tent que l'Armée du Grand Seigneur , qui
s'étoit approchée d'Ifpahan pour en former le
blocus , avoit été obligée de fe retirer à caufe
des pluyes continuelles , qui ayant rompu
les chemins , retardoient l'arrivée des Convois
de vivres & de munitions . On ajoûte que le
Bacha qui la commande , avoit appris par fes
efpions & par quelques deferteurs , que la
Garnifon & les Habitans de cette Ville étoient
refolus de fe défendre jufqu'à la derniere extrêmité
, & qu'ils avoient des magazins de
vivres & de munitions de guerre pour plus
d'une année ; que d'ailleurs l'Armée du jeune
Roi de Perfe , étant confiderablemeut augmentée
, ce Prince fe trouvoit en état de fecourir
la Capitale du Royaume , & d'empêcher
les Turcs de pourfuivre leurs conquê
tes
Quelques Lettres de Conftantinople portent
, que l'accommodement de la Porte avec
le jeune Roi de Perfe , étoit conclu , que les
Troupes Ottomanes devoient abandonner la
G V fiege
480 MERCURE DE FRANCE:
fiege d'Ifpaham , & qu'elles marcheroient au
Printemps prochain vers les frontieres de la
Georgie.
RUSSIE.
A Czarine a nommé l'aîné des Princes de
LHeffle-Hombourg, General en Chefde l'Infanterie
, avec une augmentation d'appointemens
de 6000. Roubles par an.
Les principaux du Clergé , appréhendant
les fuites de la recherche qui a été ordonnée
depuis quelques mois , ont fait leurs
foumiffions de payer tous les ans un don
tuit très- confiderable à la Chambre Imperiale,
gramais
on ne croit pas que la Cour abandonne
le projet de la reduction des revenus Ecclefiaftiques.
Dès le commencement du mois dernier on
faifoit défiler pour Aftracan & pour Derbent ,
fix Regimens d'Infanterie , qui étoient en
quartier aux environs de Mofcou ; ils doivent
fe joindre à 10000. Tartares qu'on employera
cette année à la défenfe des Provinces conquifes
fur la Perfe.
On a eu avis de Conftantinople , que le
Major General Romanshoff avoit eu ordre
de revenir à Petersbourg , fi le Grand Vizir
ne fait pas partir dans un mois les Commiffaires
nommez pour le reglement des limites des
Provinces conquifes fur la Perfe,
POLOGNE .
A Diete generale qui doit s'affembler a
Lerodno , le tiendra au mois de Septembre
prochain ; on a déja commencé d'expedier
les
MARS. 1726. 587
les Univerfaux pour les Dietes des Palatinats.
Le Prince Electoral de Saxe , ayant été
nommé par le Roi , Prefident du Confeil de
S. M. ce Prince prit poffeffion de cette Charge
à Varfovie le 13. Fevrier dernier. Depuis
ce jour là il donne Audience aux Miniltres
Etrangers & aux Miniftres de la Cour.
Les Generaux du Royaume de Pologne &
du Grand Duché de Lithuanie , ont reçû ordre
d'affembler les deux Armées , & d'en
former trois Corps qui feront envoyez à Ermelande
, dans la haute Pologne , & vers les
frontieres du Grand Duché.
On a diſtribué dans le Public deux nouvelles
Brochures ; dans la premiere on fait
voir , que malgré le refultat des dernieres Conferences
, la plupart des Grands ont refolu
d'en venir à une rupture , plutôt que de rien
ceder aux Proteftans'; qu'on a envoyé ordre
dans divers Palatinats de paliffader les Châteaux
, d'y faire des foflez & des lignes de
communication , & qu'on eft fur le point de
faire monter la Nobleffe à cheval. L'Auteur
de la feconde Brochure flatte les Peuples an
contraire , de l'efperance d'un prochain ac
commodement avec les Puiffances voisines.
LE
SVEDE .
7. du mois dernier , le Comte de Cerefte
- Brancas , Miniftre' Plenipotentiaire
du Roi de France à Stokolm , y donna une
Fête d'une très - grande magnificence , à l'occafion
du Mariage de S. M. T. Ch . Elle commença
à une heure après- midi , par un feftin
auquel avoient été invitez les Miniftres Etranger's
, les Senateurs du Royaume , leurs Epou-
G vj Lesa
82 MERCURE DE FRANCE:
fes , & plufieurs autres perfonnes de la pre
miere confideration. La table étoit de 60
couverts dreffée en fer -à- cheval : le premier
fervice fut annoncé par une décharge de
douze pieces de canon , qui étoient rangez
fur le bord du Lac , qui paffe devant une des
portes de l'Hôtel de ce Miniftre , & par des
fanfares de trompettes & de timbales. Lorfque
les conviez eurent pris leurs places , un
excellent concert de voix & d'inftrumens fe
fit entendre , & dura jufqu'au moment que
T'on but les fantez. Le Comte de Horn , prémier
Senateur , porta celle du Roi de France
au Comte de Cerette , qui lui porta celle de
S. M. Suedoife : elles furent buës au bruit de
deux falves des douze pieces de canon , fuivies
des fanfares , aufquelles la Simphonie
répondit. Celles des Reines de France & de
Suede furent portées & buës avec les mêmes
honneurs. Pendant le repas , qui fut fervi à
trois fervices de 120. plats chacun , on fit
couler à la principale porte de l'Hôtel deux
fontaines de vin pour intereffer le peuple à
cette grande Fête. Il y eut enfuite jeu dans
les appartemens , où les perfonnes les plus
diftinguées s'affemblerent vers le foir , au
nombre d'environ 300. perfonnes.
A l'entrée de la nuit la face principale de
l'Hôtel fut illuminée : fous un Portique orné
de frifes fleurdelifées , on voyoit les Ecuffons
des Armes de L. M. T. C. furmontez du Pavillon
Royal , & foutenus par les Supports
d'Anges , en Dalmatiques fleurdelifées , tenant
les Guidons de France.
Sur les côtez étoient deux grands Cartouches
, dans l'un defquels l'Amour prefentoit à
la France une Perle dans fa Conque avec cette
Infcription..
ED
MARS 1726. 583
En tuâ perdignam Corona
Voilà une Perle digne de votre Couronne.
Dans le Cartouche pareil , l'Amour prefen
toit les Chiffres Royaux , avec ces mots :
Conjun&a tuebor.
J'entretiendrai leur union.
Les trois rangs de croifées de la même
face étoient ornez de tableaux tranfparens ,
formant un agreable mêlange de Fleurs - de-lis,
de Chiffres & de Devifes convenables au fujet.
Le haut de la decoration étoit terminé
par un autre grand Cartouche , reprefentant
Je Soleil , avec la Devife : Nec pluribus Im
par.
Les croifées des autres faces de l'Hôtel
étoient illuminées par des bougies.
Le Bal commença vers les 7. heures du foir,
& il fut ouvert par la Barone de Sack , bellefille
du Maréchal Comte de Spaar : le Roi
de Suede l'ayant honoré de fa prefence , fur
reçû au bruit du canon & des fanfares , &
S. M. y danfa un Menuet avec la Reine du
Bal. Fendant le Bal on fervit toutes fortes de
rafraîchiffemens.
Vers les dix heures du foir , on fervit dans
un appartement feparé , deux tables de 25.
couverts chacune , qui furent renouvellées
avec abondance & delicateffe , juſqu'à deux
heures du matin que la Compagnie fe fe-
рага.
Le 25. du mois dernier , l'avis du College
de la Chancellerie , par rapport à l'acceffion
au Traité d'Hanover , ayant été examiné pour
84 MERCURE DE FRANCE .
la feconde fois par le Senat , fut approuvé
& vers le foir , le Comte de Horn en envoya
faire part aux Miniftres des Rois de France ,
d'Angleterre & de Pruffe.
La
DANNEMARK.
E Roi a choifi M. de Scheftedt pour com
mander en Chef la Flote Danoife , qui fera
compofée au Printemps prochain de 40.
Vaiffeaux de guerre , de 36. Fregates , de 7.
Prames , & d'un grand nombre d'autres Bâtimens
plats & Galeres , qui ferviront dans la
Mer Baltique , fur l'Elbe , & c.
On a reçû avis de Coppenhague , que le
-Comte de Freytadt , Miniftre- Plenipotentiaire
de l'Empereur , en étoit parti fans avoir pu
réüffir dans fes negociations , & fans avoir
obtenu l'acceffion du Roi au Traité de Vienne.
ALLEMAGNE.
La delle oudonner les Etats d'Autriche
E bruit court à Vienne , que l'Empereur
en fief à l'Archiducheffe fa fille aînée , & que
ce fera le Comte de Sinzendorf, Grand- Maître
de la Maifon de S. M. I. qui en recevra
P'Inveftiture au nom de cette Princeffe.
On continuë de faire des recrues pour rendre
les Regimens complets. Le bruit court ,
qu'il a été refolu dans le Confeil de l'Empe
reur de les augmenter : fçavoir , ceux d'Infanterie
, de 300. hommes , & ceux de Cavalerie
, de 200. Les ordres ont été donnez pour
faire travailler aux fortifications de toutes les
Places frontieres.
On a publié une Brochure en François ,
dans
MARS 1726. 585
dans laquelle l'Auteur prétend prouver par
des témoignages authentiques , & par divers
Traitez , que l'Empereur a eu droit d'accorder
un octroi , pour l'établiffement de la nouvelle
Compagnie de Commerce des Pays-Bas , &
que cet établiffement ne peut qu'être utile
aux Sujets de la Republique d'Hollande.
On écrit de Berlin , qu'on continuoit les
levées de Troupes ordonnées par le Roi de
Pruffe & qu'on croyoit qu'au Printemps
prochain il y auroit un Camp volant de 15
à 16000. hommes près de Prenflow.
On mande d'Aftorff en Suiffe , que dans les
montagnes voiſines , on y avoit trouvé dans
un Village , quatre maifons enfevelies fous la
neige , avec 18. perfonnes , & quantité de bétail
morts.
L'Ecrit intitulé , la verité du Fait , du Droits
de l'Intereft de tout ce qui concerne le
Commerce des Indes , établi aux Pays - Bas
Autrichiens , par ordre de S M. I. fut imprimé
& publié à Vienne vers le milieu du mois
dernier.
L'Infant Dom Emanuel de Portugal partit
de Vienne le 19. du mois dernier , pour fe
rendre en Efpagne .
,
Le bruit court , que le Baron de Riperda
eft chargé de folliciter auprès de l'Empereur
pour obtenir l'agrément neceffaire , afin que
le Comte Guy de Staremberg puiffe fe charger
du Commandement des Troupes de S. M.
Cath. en cas qu'elle foit obligée d'entrer en
guerre avec quelque Puiffance.
On a donné des ordres très -précis aux Gou
verneurs des Places de la Hongrie & de la
Tranfilvanie , d'obferver les Peuples de ces
Pays , & principalement les Proteftans dont
on craint les intelligences Secretes avec la
Porte. Ꮮe '
$ 86 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit court , que 8060. hommes des
Troupes Palatines & de Wurtzbourg , doivent
paffer aux Pays-Bas Autrichiens , & que
ce Corps fera entretenu par le Roi d'Eſpagne.
Le General Comte de Bonneval , qui a obtenu
fa liberté depuis la mort du Marquis de
Prié , eft parti de Brinn pour ſe rendre à
Dreſde.
Il y a eu à Leipfic une émeute confiderable
, à l'occafion d'une Ordonnance du Roi
de Pologne , qui défend aux Etudians de cette
Ville , de paroître dans les rues pendant la
nuit , après que la retraite a été fonnée. Ils
s'attrouperent au commencement de ce mois ,
& cafferent les vitres de la maifon du Recteur
de l'Univerfité & du Bourg- Meftre, Regent ,
criant , Vive Lange , & meure Steger & Fleming.
On en arrêta quelques - uns , que leurs
Camarades redemanderent le lendemain , me-'
naçant par des affiches feditieufes , que fi on
ne les relâchoit , ils mettroient le feu dans la
Ville. Ces menaces ont obligé les Magiftrats
de prendre des précautions pour leur feureté,
en attendant le retour d'un Courier qu'ils ont
dépêché à Varsovie.
ITALIE.
Ne Barque Françoife , nommée le S. Jofeph
, qui étoit arrivée des Echelles du
Levant à Civita - Vecchia , avec l'argent de la
vente des Marchandifes qu'elle y avoit portées
, partit de ce Port à la fin de Mars pour
retourner en Provence , ayant à bord quatre
Siciliens & un Maltois , qui faifoient partie de
l'Equipage. Ces cinq hommes complotterent
entr'eux d'affaffiner le Patron & le refte de
Equipage de partager l'argent , & de fe.
fauver
MARS 1726. 587
fauver dans la Chaloupe ; ce qu'ils execute
rent dès la premiere nuit. Un Matelot Frangois
, qui avoit feint d'être mort des coups
de poignard qu'il avoit reçus , mais qui n'é
toient pas dangereux , gouverna fi heureufement
la Barque où il reftoit feul ; qu'il arriva
à Civita Vecchia ſept ou huit heures après
les affaffins qui étoient entrez avec la Cha
loupe , comme échappez du naufrage , & auf
quels le Capitaine du Port avoit laiflé la li
berté de fe retirer où ils voudroient. Le Matelot
François ayant fait fon rapport aux Ma
giftrats , ils envoyerent des gens après ces
fcelerats , & l'un d'eux fut arrêté à Cerneto,
les quatre autres furent pourſuivis & arrêtez
à Rome.
On publia à Rome , fur la fin du mois de
Janvier , une Ordonnance , qui défend fous
des peines rigoureufes , de fe mafquer pen
dant ce Carnaval , & le Marquis Albizi ,
Chef des Entrepreneurs des Opera , a eu
ordre d'empêcher qu'il n'entrât aucune perfonne
mafquée dans les Spectacles , quoique
cela eut été toleré les années précedentes.
Le Duc de Parme fait de grands préparatifs
pour recevoir la Reine d'Efpagne , premiere
Doüairiere , qui doit paffer par fes
Etats au mois de Mai prochain , en allant à
Rome , où l'on croit qu'elle fera dorénavant.
fon fejour ordinaire .
Le 10. Fevrier le Cardinal Coccia_prir
poffeffion à Rome , dans l'Eglife de S. Thomas
in Parione , du titre de Protecteur de la
Confrairie des Ecrivains & Copiftes.
A la requifition du General des Cordeliers
, le Pape a confirmé & augmenté depuis
peu les Privileges accordez par la Bulla
de Pie V. qui exemte les quatre Ordres Mandians
88 MERCURE DE FRANCE
dians de tous Droits d'Entrées , des Gabelles
& de Ports de Lettres.
S. S. envoya vers le milieu du mois dernier
, mille écus d'or à la Princefle Sobieska,
époufe du Chevalier de S. George.
Le Gouverneur de Rome a accordé aux Dames
de cette Ville , la permiffion de s'affembler
dans la Salle des Peintures de l'Academie
de France & de s'y régaler pendant les
trois derniers jours du Carnaval."
On a eu avis qu'un fils du Prince Ragotfki
, qui étudioit & faifoit fes exercices à Naples
, s'étant embarqué à Ancone pour paffer
en Albanie , & ayant été forcé par les vents
contraires à rentrer dans le Port , avoit été
arrêté comme un fugitif , auffi - tôt qu'il eut
mis pied à terre , qu'ayant été conduit chez
le Cardinal Buffi , il s'étoit nommé & avoit
été reconnu par le Neveu de ce Cardinal ;
qu'on lui avoit rendu la liberté fur la parole
qu'il avoit donnée de fe rendre à Rome &
de retourner à Naples ; mais que vers le foir
il étoit retourné au Port , & avoit fait voile
pour la Dalmatie , d'où l'on croit qu'il fe fera
rendu auprès du Prince Ragotski fon pere,
On ajoute que quatre ou cinq heures après
fon départ , il étoit arrivé de Rome un Exprès,
chargé d'arrêter ce jeune Seigneur & de le
conduire à Milan.
Le 8. Fevrier , on publia à Florence une
Ordonnance du Grand Duc , qui affranchit
tous les Laboureurs , Cochers & Domeſtiques
de fes Etats de l'Impofition par tête qu'ils
payoient annuellement : tous les particuliers
dont le revenu n'excede pas cent écus , ont été
auffi compris dans cette exemption , qui a
caufé une joye univerfelle parmi le Peuple.
Le 20. Fevrier , le Pape tint un Confiftoire
MARS 1726. 580
re fecret , dans lequel il propofa l'Archevêché
d'Auch pour le Cardinal de Polignac
chargé des affaires du Roi T. Ch. à Rome. Le
Cardinal Ottoboni , Protecteur des Affaires
de France , propofa l'Evêché du Puy en Velay,
pour l'Abbé de Beringhen ; l'Evêché de Valence
en Dauphiné , pour l'Abbé Milon , Aumonier
du Roi de France ; la Coadjutorerie
de l'Abbaye Reguliere de S. Vaa d'Arras ,
dont le Cardinal de Rohan , Grand Aumônier
de France , eft Titulaire , pour le P. Leon
de Meaulde de la Buffiere , Religieux de l'Or
dre de S. Benoift. Il préconifa enfuite l'Abbé
Caulet , Aumônier de S. M. T. C. pour l'Evê
ché de Grenoble , l'Abbé du Bois , frere du
feu Cardinal de ce nom , pour l'Abbaye de
Caunes , Ordre de S. Benoift , Diocèfe de
Narbonne & l'Abbé Gautier de Montreuil
pour l'Abbaye de Nielle , Ordre de Citeaux
Diocèfe de la Rochelle.
Le Miniftre du Roi d'Efpagne a demandé au
Pape de la part de S. M. C. la permiffion de
lever des decimes fur les revenus Ecclefiafti
ques des Indes Eſpagnoles , fous prétexte de
s'en fervir contre les Maures qui continuen
Je Siege de Ceuta.
L
ESPAGNE .
Es Ordres que le Roi avoit donnez il y a
quelque temps pour faire revenir dans
l'interieur du Royaume une partie des troupes
qui étoient fur la frontiere , n'ont eu lieur
que pour les Gardes du Corps qui avoient été
envoyez en Catalogne.
On a envoyé de Madrid des fommes confi-
Berables pour faire continuer les travaux des
nou
$ 96 MERCURE De France.
nouvelles fortifications de Pampelune , de
$. Sebaftien & de Fontarabie.
Relativement au Decret du 14. Janvier derhier
, par lequel le Roy a augmenté d'un
se, en fus , le prix des efpeces d'or , afin d'em
pêcher le tranfport qui s'en faifoit dans les
Pays Etrangers , S. M. rendit le 8 Fevrier un
fecond Decret pour l'augmentation des efpeces
d'argent. Le Pefo ou écu de Plate , qui a
été receu jufqu'à prefent pour 8 Reaux de
Plate double , en vaut prefentement neuf &
demi . Les Pefos & demi Peſos venant des Indes
, auront le même cours , à l'exception de
ceux qui ont été nouvellement fabriquez ,
dont il s'en trouve quelques-uns qui ne font
pas du poids & titre portez par les Ordonnances.
Pour remedier à cet inconvenient &
reduire à un même titre , poids & figure ,
toutes les efpeces du Royaume , le Roi ordonne
qu'à compter du jour de la publication
de ce Decret , elles foient receuës pendant
trois mois fur le pied de leur nouvelle valeur
par tous les Tréforiers , Receveurs , Depofitaires
& Fermiers des Droits Royaux , qui
feront tenus de les envoyer dans les Hôtels
des Monnoyes , pour y être fondues & fabri
quées de nouveau d'une même taille . Après
ce terme , les demi Reaux , les Reaux , les
pieces de deux Reaux , de Plate- double &
toute la monnoye qui a cours fous le nom de
Plate-neuve , fera hors de cours & de nulle
valeur dans le commerce. S. M. déclare qu'elle
n'entend faire aucun changement à la monoye
Provincia I qui a cours dans les Royaumes
d'Arragon & de Valence , & dans la Principauté
de Catalogne , laquelle continuera d'ê
tre receue fur l'ancien pied : elle ordonne que
le marc d'argent , tant en barres , lingots , que
fabri
MARS 1726. 597
fabriqué en vaiffelle au titre de r . deniers ,
foit augmenté dans une proportion correfpondante
à l'augmentation ordonnée pour les
Pefos des Indes d'ancienne fabrication ; & afin
d'éviter toutes les conteftations qui pourroient
naître entre les Particuliers , à l'occafion du
nouveau prix des efpeces d'argent , S. M. or
donne que tous les Contrats , Obligations
Billets , Lettres de Change , & autres promeffes
de payemens , de quelque nature qu'elles
foient , d'une datte anterieure à celle de ce
Decret, foient payées en efpeces au prix qu'elles
avoient avant fa publication.
Le 23. le Roy par un 3. Decret rendu en
interpretation des deux premiers , ordonne
que chaque écu d'or qui avoit cours cy- devant
pour 16. Reaux de Platte - double , foir
reçu pour 18. les écus d'argent de 8. Reaux,
pour 9. & demi , les demis de fabrication d'Ef
pagne à proportion , & l'or en pâte , lingots
& en poudre du titre de 22. Carats , fur le
pied de l'augmentation ordonnée par le Decret
du 14. Janvier.
On a appris de Cadix , que les Deputez de
cette Ville avoient obtenu la revocation de
FEdit que le Roi avoit accordé il y a quel
ques mois , pour tranfporter la Chambre du
commerce à Seville.
Le bruit court à Madrid , que le Roi a refo
lu de créer un nouvel Ordre de Chevalerie
fous le nom de S. Philippe.
On meuble , des meubles de la Couronne,
le Palais du Prince Pio , pour le Prince Dom
Emanuel de Portugal , auquel le Roi doit for
mer une Maifon pour tout le temps qu'il demeurera
en Espagne.
On affure que les Compagnies des Gardes
Walonnes & Italiennes , feront inceffamient
refor
392 MERCURE DE FRANCE.
reformées , & que les Ducs de Bournonville
& d'Atri qui les commandent , obtiendron
d'autres emplois équivalens.
Mie
GRANDE-BRETAGNE.
Finch qui arriva de la Haye à Londres
le 11. II. du Mois dernier , apporta au Roy
la nouvelle de la réfolution prife par les
Etats d'Hollande & de Weft -Frize , pour l'acceffion
au Traité d'Hanover . Il affura S. M.
qu'on ne doutoit pas que les autres Provinces
ne fuiviffent cet exemple.
Le nombre des Guinées étant confiderablement
diminué par le tranſport qui s'en fait
dans les Pays Etrangers , à caufe qu'elles font
de deux ou trois fols au-deffous de leur va
leur , on affure qu'elles feront inceffamment
remifes à 21. chelins & demi qui eft leur
an cien prix.
Le 21. on remit par ordre du Roy , à la
Chambre des Communes , une Copie du
Traité conclu à Hanover le 3. du mois de
Septembre dernier, entre le Roi Très -Chretien ,
S. M. Br. & le Roi de Pruffe ; & les Copies
des Traitez de Paix , de Commerce & de navigation
, conclus précedemment entre l'Empereur
& S. M. Cat .
Le même jour , les Communes agréerent t
da refolution prife le jour précedent , d'accor- t
der au Roi une fomme de 990000. liv. fterlin
, pour payer ce qui refte à acquitter des
billets de l'Echiquier qui ont été faits en
vertu de l'Acte paffé en la 11. année du regne
du Roi.
On publia le 26. une Proclamation portant
300. liv. fterlin de recompenfe , pour la dé
соц
MARS 1726. $93
Couverte d'une bande de Voleurs de nuit , qui
depuis plus de deux mois font des vols confi
derables dans Londres,
❤
Le Comte de Portmore , Gouverneur de
Gibraltar , & le General Carpenter , Gouverneur
de l'Ile de Minorque , ont receu ordre
de fe tenir prets à partir pour fe rendre à leurs
Gouvernemens , où l'on juge que leur préfence
eft neceffaire .
La Chambre Haute & les Communes , ayant
pris en confideration le Traité d'Alliance
conclu à Hanover le 3. Septembre dernier ,
& les Traitez de Vienne que le Roi leur a fait
communiquer , elles ont déclaré que ces derniers
avoient été faits en veuë de mettre le
commerce des Indes Efpagnoles , Orientales
& Occidentales , entre les mains des Sujets de
l'Empereur , au préjudice du Traité de la Barriere
conclu entre S. M. I. & les Etats Generaux
, & de plufieurs autres Traitez folemnels,
entre les Couronnes d'Eſpagne & de
Ja Grande-Bretagne. Les deux Chambres ont
préfenté leur Adreffe au Roi , pour le remercier
de la bonté qu'il a eu de leur communiquer
ces Traitez , & des foins qu'il s'eft don
né pour maintenir la paix & la balance de
'Europe par le Traité d'Hanover ; pour l'affurer
de leur reconnoiffance & de la réfolution
qu'elles ont prife de deffendre S. M. de
tout leur pouvoir , fi elle étoit attaquée par
quelque Puiffance dans les Etats particuliers
qu'elle poffede en Allemagne.
On a expedié des ordres pour faire radouber
& équiper inceffamment fix des Vaiffeaux
de guerre qui ont été mis en commiffion ,
fçavoir un de 70. Canons , trois de 60.un de
50. & un de 22. Ils doivent aller aux Indes
Occidentales , pour y former , avec les Vaif
feaux
394 MERCURE DE FRANCE:
feaux qui y font déja , une Efcadre de 1
Vaiffeaux qui fera commandée par l'Amiral
d'Hofier.
Le bruit court à Londres qu'on doit délivrer
une fomme de 100000. liv. fterlin , pour
Favitaillement de la Flote , dont il y aura une
Efcadre au commencement du Printemps
dans la Mediterranée , pour la fureté de Gilbraltar
& de Port Mahon.
ONE
PAYS - BAS.
Na appris d'Hollande que la digue qui
ett près de Linfchooten , s'étoit rompue
la nuit du 16. au 17. de l'autre mois , que
les glaces qui s'étoient arrêtées au deffous de
Schoonhoven ayant retenu les eaux , l'inondation
avoit penetré jufques dans le Polder
de Snel , & que les habitans de Gouda &
de Werden , auroient couru rifque d'être fubmergez
, fi les glaces ne fe fuffent pas détachées
le 16. au foir.
Des cinq Vaiffeaux de la Compagnie de
Commerce des Pays-Bas , qui étoient fortis
du Port d'Oftende le 15. de Fevrier pour fe
mettre en rade , quatre leverent l'ancre le 25 .
à 9. heures du foir , pour profiter d'un vent
favorable qu'ils attendoient depuis dix jours:
le se . nommé la Paix , deftiné pour la Côte
de Bengale , ayant été maltraité par le coup
de vent qu'on effuya le 23. a été obligé de
rentrer dans le Port pour fe radouber & pour
joindre enfuite les autres quand le temps le
permettra ; le rendez - vous a été donné au
Cap vert. On a eu avis que ce Vaiffeau commandé
par le Capitaine Carpentier , partit le
.de ce mois pour Bengale.
MORT
MARS
1726. 595
理
Vent
MORTS ,
MARIAGES
des Pays Etrangers.
E Comte Jerôme, Colloredo de Valdfée ,
Grand Ecuyer hereditaire du Royaume de
Boheme , Confeiller d'Etat Ordinaire , Marechal
de la Cour de l'Empereur , & ci - deyant
Gouverneur du Milanès , mourut fubitement
à Vienne le 2. du mois dernier , dans
la 2. année de fon âge. Le 12. le 13. & le
14. on celebra dans l'Eglife de S. Jerôme des
Francifcains , trois Services folemnels pour
repos de fon ame. le
L'Abbé Sebaftien Battiftini , Agent de l'Ordre
Teutonique, & de quelques Princes d'Allemagne
, mourut à Rome le 27. Mars der
nier , dans la 90. année de fon âge.
On écrit de Londres , que le 24 Decembre
dernier , la nommée Anne Pollard , étoit
morte à Bolton , âgée de 10s . ans , laiffant
130. de fes defcendans en vie.
11.
Dona Theodore Vecchierelli Conti , mourut
à Rome le 10. Fevrier , dans la 77. année
de fon âge.
+
L'Electeur de Baviere Maximilien Marie-
Emanuel , mourut à Munich le 26. du mois
dernier , vers les fept heures du foir , âgé de
63. ans , 7 mois & 15. jours , étant né le rr,
de Juillet 1662. Ce Prince étoit fils de l'Elec
eur Ferdinand Marie , mort le 36. de Mai
1679. & d'Adelaide Henriette de Savoye ,
morte le 18. de Mars 1676. Il avoit épousé en
15
H pres
$ 96 MERCURE DE FRANCE.
premieres Nôces Marie- Anne d'Autriche, fille
de l'Empereur Leopold , morte le 24. de Decembre
1692. & en fecondes , Thereſe Cunegonde
Sobieski , fille du Roi de Pologne Jean
HI. Les trois Princes qu'il a eu de fon premier
mariage font morts, Les enfans du fecond
qui vivent à prefent font , la Princeſſe
Marie-Anne Caroline , née le 4. ' Aouft 1696.
Religieufe depuis le mois d'Octobre 1719,
dans le Monaftere de S. Jacob , de l'Ordre de
Sre Claire Charles Albért , à préfent Elec
teur dé Baviere , né le 6 Août 1697. qui a
épousé le 5. Octobre 1722. Marie Amelie
d'Autriche , fille de l'Empereur Jofeph , dont
il a deux Princeffes ; Ferdinand Marie né le
1. Aouft 1699. qui a époufe le 9. Fevrier 1719 .
Marie- Anne Caroline , fille du feu Prince Philippe
Guillaume de Nenbourg , dont il a deux
Princes & une Princeffe ; Clement Augufte,
Electeur Archevêque de Cologne & Evê
que de Munfter , de Paderborn & d'Hadel
heim , hé le 16. Août 1700. & Jean Theodore
, Evêque de Ratisbonne & Coadjuteur de
l'Evêque de Freyfingen , né le 3. Septembre
1703. Le Corps du feu Electeur, fut porté le
2. de ce mois dans l'Eglife des Théatins de
Munich, & dépofé dans le Caveau de la Mai-
Ton Electorale , auprès de celui, de l'Electeur
fon pere.
•
C
Le 1. Fevrier , les Articles de mariage de
Dona Anne de Lorraine , fille du Marquis
d'Abrantes , avec le Cointe de Benaguiaon
fon Oncle , furent figuez à Lisbonne.
Le fils du Comte Fleming fut baptifé le 28.
du mois dernier , dans la Chapelle du Palais
He Vatfovie , par l'Eveque de Plosko, fut tenu
fur les fonts de baptême par le Roi de Polone
, le Prince Electoral de Saxe , & au nom
du
MARS 1726. 597
du Roy de Pruffe ; fes Marraines furent la
Ducheffe Douairiere de Radzivil , la Ducheffe
Douairiere de Radzivil , veuve du Grand
Chancelier de Lituanie, & Belle-foeurdu Comte
Fleming , & la Princeffe cadete deRadzivil.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c.
LE
E Chapitre de Nôtre - Dame de Paris
a fondé une grande Meffe à perpetuité
, pour le jour de la Fête du Patron
du Cardinal de Noailles , en reconnoiffance
de ce que S. E. a donné zoooo . liv.
pour réparer la croifée de cette Eglife
du côté de l'Archevêché .
Le G. de ce mois , jour des Cendres,
le Roi entendit dans la Chapelle du Château
de Marly la Melle , avant laquelle
S. M. reçut les Cendres par les mains
du Cardinal de Rohan , Grand- Aumô
nier de France.
Le même jour , la Reine reçut les
Cendres dans la même Chapelle , & enfuite
S. M. communia par les mains de
l'ancien Evêque de Fréjus , fon Grand-
Aumônier.
fes.
Le 9. Leurs M. revinrent à Verfail-
3
Hij Loge
598 MERCURE DE FRANCE,
Logement de Marly :
Le Roi , la Reine,
Madame la Ducheffe d'Orleans, Douairiere
, le Duc d'Orleans , la Duchefle
d'Orleans , la Ducheffe de Bourbon , le
Duc de Bourbon , le Comte de Charolois
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conti , la Princeffe de Conti , Mademoiſelle
de Charolois , Mademoiſelle
de Clermont , Mademoiſelle de la Roche
Sur - Yon , le Duc du Maine , le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Comte de Touloufe , la Comtelle de
Toulouſe.
. Le Cardinal de Rohan , l'ancien Evêque
de Fréjus , l'Evêque de Mets , l'Evêque
de Châlons .
Les Princes Charles , de Pont , de Carignan
, de Rohan , de Bouillon , de Chalais.
Les Princeffes de Pont , de Carignan ,
de Chalais.
Les Maréchaux de Villars & d'Eftrées,
les Ducs d'Aumont , de la Rochefoucault
, de la Rocheguion , de Tallard ,
de Bethune , d'Epernon , de Grammont,
d'Antin , de Briffac, de Bouflers , de Reiz,
de Chaulnes , de S. Aignan , d'Olonne
de Charoft , de Gefvres , & d'Humieres ,
Les
MARS. 1726. 595
Les Maréchales de Bouflers , d'Ef
trées , de Villars.
Les Ducheffes de Tallard , de Bethune
, de Bouflers , de Briffac , de Grammont
, d'Epernon.
Les Comteffes d'Egmont,de Rupelmonde,
de Morville, de Maurepas , de S. Florentin
, de Merodes , de Teflé..
Les Marquifes du Bellay , de Mailly
, de Prie , de Buffi , de Pont , de Sezanne
, de Gontault , de la Vrilliere ,
de Riberac , de Tavanes , d'Epinay , de
Tonnerre, de Clermont , de Charoft , de
Villars , de Matignon , de Nefle , de
Feuquieres , Mlle de Villeneuve .
Les Comtes d'Egmond , de Morville,
de Maurepas , de S. Florentin , de Clermont-
d'O , de Lionne , de Matignon ,
de Martor.
Les Marquis de Livri , de Courten
vaux , de Beringhen , premier Ecuyer ,
de Souvrai , de Croiffi , de Breteuil , de
Goutault , de Nangis , de Laffay , de
Coignies, pere & fils , de Goefbriant , de
Pezé , de Villacerf , de Villars , de Nefle
, de Conflans , de Saillant , de Mati
gnon .
Mis le Grand Prévôt , Dodun , de
Montaran ; en tout 122. perfonnes.
qu'on n'a pas prétendu nommer exacte-
H iij ment
600 MERCURE DE FRANCE
ment ' felon leurs rangs & leurs naif
fances.
Cette Lifte fe fait ordinairement la
veille du départ pour Marly , chez M.
Bloin , Gouverneur des Châteaux de
Verfailles , Marly & Trianon . On la
prefente au Roi , qui l'augmente ou la
diminue..
Le 1o. premier Dimanche de Carê
me , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfailles
, la grande Meffe chantée par la
Mufique , & l'après midi , la Prédica
tion du P. Boyer , Théatin .
Le Roi a accordé à M. Bontems , l'un
de les premiers Valets de Chambre , &
Gouverneur du Château des Thuilleries ,
la Charge d'Intendant & Controlleur
General des Bâtimens & Jardins de la
Reine.
Le Dimanche 17. de ce mois , le
Roi & la Reine prirent le deuil pour
l'Electeur de Baviere qui vient de mourir.
I durera fix femaines .
M. de Monconfeil a commencé les
fonctions de fa Charge d'Introducteur
des Ambaffadeurs , dans une Audiance
que le Roi a donné au Bailly de Mefmes
, Ambaffadeur de la Religion de
Malte , qui prefenta à Sa Majefté les Oi
feaux
MAR S. 1726. Göt
feaux de proye envoyez par le Grand-
Maître.
Le 26. de l'autre mois , 20. Suiffes
du Regiment aux Gardes , firent l'exercice
de la danfe avec leurs épées nuës à
la main fous les fenêtres de l'Appartement
du Roi à Marly , au fon d'un Tambour ,
d'un Fifre & d'un Violon , un Arlequin
& un Scaramouche étoient de la partie: un
Caporal, commandoit ce Ballet militaire
& comique qui fit beaucoup de plaifir . Il
a auffi été danfé devant la Reine. Leurs
Majeftez gratifierent ces Danfeurs de so.
piftolles. Quelques jours aprés , huit
Coureurs de divers Seigneurs de la Cour,
danferent devant la Reine la danfe des
Bafques , dont S. M. parut fatisfaite .
Le 27. le Roi fit une batue de lapins,
on en tua 1.20 . & trois lievres.
.. Le 28. S. M. alla tirer du côté de la
Menagerie & tua 40. faifans .
3. Le 1. Mars , le Roi alla courir le Cerf
dans la Foreft de S. Germain .
Le jeu du lanfquenet a fait un des
principaux amufemens des foirées dans
le grand Salon de Marly ; il commençoit
à fept heures du foir jufqu'à neuf ,
que le Roi alloit fouper avec la Reine à
fon grand couvert ; à onze heures , le
jeu recommençoit jufqu'au coucher du
Roi.
H iiij M.
602 MERCURE DE FRANCE
M. Guillard de la Vacherie , Oncle
de M. Herault , Lieutenant General de
Police , ci -devant Major des Ville &
Citadelle du Havre-de- Grace , & Commandant
de la Province , a obtenu le
Gouvernement de la Citadelle d'Arras ,
fur la démiffion du Marquis de Miane.
La famille des Guillard eft très ancienne
; Charles Guillard , étoit Preſident à
Mortier au Parlement de Paris , fous le
regne de Louis XII . il eut deux enfans ,
dont, l'un fut Evêque de Chartres , &
l'autre Confeiller d'Etat & Ambaffadeur
à Rome. Le fils & le petit - fils de ce dernier
, furent l'un & l'autre premiers Prefidens
au Parlement de Bretagne.
Le 26. & le 27. Fevrier , l'Abbé des
Jardins , Licentié en Théologie de la
Faculté de Paris , prononça deux Difcours
Latins , & un Poëme fur le Mariage
du Roi , dans la Salle des Jacobins ,
à l'occafion des Paranymphes . Il ouvrit
le premier jour les Paranymphes par un
Difcours fur la gloire que procure la Theologie
. L'utilité de cette Science fit le fujet
du'fecond Diſcours. Elle eſt utile , ditil
, à ceux qui s'y appliquent , à l'Eglife
, & à l'Etat , & c.
Le Poëme fur le Mariage du Roi fut
extrêmement goûté ; cela n'eft pas fur
prenant , il fuffit de parler aux Fran_
çois
MARS 1726. 603
çois de leur Roi & de leur Reine ,
pour recevoir leurs applaudiffemens .
Incendies.
,
Le 26. du mois dernier , le feu prit à
7. heures du foir dans la cave d'un Epicier
de la Porte Montmartre , par l'inprudence
d'une fervante qui mit fa
chandelle fous le robinet de la piece , à
laquelle elle tiroit de l'eau - de - vie : cette
piece & deux autres qui étoient aux
côtez furent enflammées en peu de tems.
La fervante fe fauva à demi-brûlée fur
les premieres marches de la montée ,
d'où on la retira. Le feu qui avoit déja
gagné la Boutique , faifoit un progrès
très rapide , par les huiles , la cire , le
favon , & c. & menaçoit d'un grand incendie.
On prit le parti de boucher la
trape de la cave avec quantité de fumier,
& on jetta pardeſſus la valeur d'environ
40. muids d eau , ce qui éteignit le feu fi
heureuſement , que le lendemain à ſept
heures du matin , lorfqu'on fe fit jour
pour entrer dans cette cave , on trouva
encore une piece d'eau- de- vie toute entiere
, & c.
Le 6. de ce mois , vers les 4. heures du
matin , le feu prit au fecond étage d'une
maiſon , ruë S. Anaſtaſe , au Marais.. II
H v come
804 MERCURE DE FRANCE
commença avec une telle violence , &
fit un progrès fi rapide , qu'en moins de
trois quarts d'heure , deux chambres de
cet étage , occupées par Meffieurs de Colonne
& Laurent, qui y perirent , furent
confumées malgré tous les fecours qu'on
put apporter. Le premier âgé de plus de
8o. ans , avoit coutume de lire dans fon
lit , &
fans
doute
fon
imprudence
a caufé
cet
incendie
. Il lui
étoit
déja
arrivé
plufieurs
accidens
qui
auroient
dû
le
corriger
. M.
Laurent
, à peu
près
de
même
âge
, connu
autrefois
fous
le nom
de l'Abbé
Laurent
, fils
d'un
Tréforier
de
l'Ordinaire
des
Guerres
, étoit
l'intime
ami
de
M.
de
Colonne
. En
foupant
le foir
enfemble
, avec
Madame
Colonne
& un
autre
de
leurs
amis
, ils
s'embrafferent
dans
la gayeté
que
le
Mardigras
peut
in pirer
à deux
Philofophes
de
cet
âge
, &
fe feliciterent
de
ce
qu'ils
vivoient
enſemble
depuis
fi long
- temps
.
Il
y a bien
de
l'apparence
que
M.
de
Colonne
fut
d'abord
étouffé
par
la
fumée
& par
les
flâmes
; mais
M.
Laurent
eut
un
fort
bien
plus
cruel
. Il s'apperçut
du
feu
, & il auroit
pû
ſe fauver
,
fi fon
laquais
ne
l'avoit
enfermé
dans
fa
chambre
. On
ne
put
lui
donner
aucun
fecours
. Les
flâmes
étoient
dans
l'efcalier
& au
troifiéme
étage
, d'où
ce
laquais
MARS 1726. 8 605
quais, fe jetta par la fenêtre , & fe calla
les jambes & les reins . Madame de Colonne
, qui occupoit le premier étage , ſe
fauva en chemiſe. A cinq heures & demie
trois pompes du fieur du Perier jetterent
une telle quantité d'eau , qu'en
moins de quatre heures de temps le feu
fut entierement éteint , fans. que le pre
mier étage de cette maifon ait été endommagé
.
Ainfi moururent à Paris , par un accident
auffi funefte que fingulier , les
fieurs Colonne & Laurent ; ils furent
tous deux confumez dans l'embrasement
de leur maiſon , & leurs triftes reftes mis
dans le même cercueil , après avoir vêcu
enſemble l'efpace de 56. ans , dans
une union d'autant plus rare , qu'elle n'avoit
jamais fouffert d'alteration .
Ils s'étoient rendus recommandables ,
chacun dans un different genre de Litterature.
Le fieur Laurent avoit donné au
Public laTraduction de Sagredo , Hiftoire
Turque, que nous avons en cinq volumes;
il étoit fur le point de mettre fous la
preffe une Traduction de Tite- Live , à
laquelle il travailloit depuis 20. ans ,
qui a été perdue dans le feu avec tous
fes papiers. Les Bibliotheques & Cabinets
des Gens de Lettres lui étoient redevables
des Globes de Coronelly , qu'il
H vj
avoit
606 MERCURE DE FRANCE.
avoit fait construire fous les yeux , avec
toute l'attention & le fuccès poffible . It
joignoit à l'utilité de ces Ouvrages , l'agrément
de la Poëlie , & avoit fait quan
tité de Pieces en Vers , que fa modeftie
l'avoit empêché de mettre au jour , &
qui pourroient tenir leur place dans ce
que nous avons de meilleur .
M. de Colonne , né à Rome , devoit
moins à la fortune qu'à fon merite
( qui le fit bientôt connoître ici ,
où il vint fort jeune . ) L'eftime & l'amitié
d'un très- grand nombre d'honnêtes
gens , les talens & fon fçavoir l'avoient
fait fouhaiter des Grands & des Gens de
Lettres fa prudence & fa modeftie lui
avoient fait attendre les ordres des premiers
pour le préfenter à eux , & l'envie
d'apprendre lui avoit fait rechercher
les derniers , qui ne trouvoient qu'à
gagner dans le commerce qu'ils avoient
avec lui. Perfonne n'a fçu comme lui
joindre l'étude dés Sciences les plus abf
traites , comme la Phyfique , l'Aftronomie
, l'Algebre , & prefque toutes les
parties des Mathematiques , à toutes les
autres. Sciences qui tiennent leur place
dans la vie civile ; l'enjouëment & la
folidité de fon efprit avoient fait naître
à quelques perfonnes d'un rang diftingué
, tant par leur naiffance , que par
leur
MARS 1726. 607
feur genie fuperieur , l'envie d'appren
dre de lui les principes de la Philofophie
, qu'il avoit mis fi parfaitement à
leur portée , qu'elles y avoient fait
un progrès confiderable . Il a été connu
de prefque tous les Miniffres , &
avoit eu un libre accès chez les plus
Grands du Royaume ; il les a tous vûs.
avec un fi grand defintereffement , qu'après
avoir vêcu dans une honnête mediocrité
, & fimplement hors de l'indigence
, il eft mort âgé de 84. ans , regretté
des Grands & des petits , fans avoir
eu aucune infirmité de corps & avec un
efprit fain & entier , qui faifoit l'admiration
de tous ceux qui le connoiffoient .
,
Il parut l'année paffée un Ouvrage de
lui, en 2. vol . in 12. imprimé à Paris ,
fous ce titre Les Principes de la Nature
, fuivant l'opinion des anciens Philofophes.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
Le
BENEFICE S.
E Roi a donné l'Abbaye Reguliere
de Montiers - Neuf , Ordre de S. Benoift
, Diocéfe de Poitiers , à l'Abbé Barbier
Secretaire du Cardinal de Rohan.
L'Ab
608 MERCURE DE FRANCE .
L'Abbaye Commendataire de S. Hi
laire de la Celle , dans la Ville de Poitiers
, Ordre de S. Auguftin , vacante
par la démiffion de l'Abbé Barbier , a
été donnée à l'Abbé Peigné, Prêtre , Doc
teur en Theologie , à la charge de faire
toutes les reparations de cette Abbaye.
•
L'Abbaye Commendataire de l'ile-
"Chauvet , Ordre de S. Benoist , Diocéfe
de Luçon , vacante par le décès du
fieur d'Aynac , à l'Abbé d'Aubuffon.
L'Abbaye Reguliere de la Croix-.
Saint- Leufroy , Ordre de S. Benoiſt
Dioceſe d'Evreux , vacante par le décés .
du fieur Pelot , pour la poffeder en com-.
mende , à l'Abbé de Mathan .
MANDEMENT de S. E. M. le Cardinal
DE NOAILLES , Archevêque
de Paris , touchant l'obfervation du
jeune & l'abftinence du Carême.
Par ce Mandement , donné à Paris le
3. Mars 1726. M. le Cardinal de Noailles
exhorte les Pafteurs & autres Minif
tres , chargez du foin & de la conduite
des ames , & les Prédicateurs , de faire
de nouvelles Inftructions fur la matiere
du Jeûne , & de l'abftinence du Carême,
& d'employer les motifs les plus puiffants
, pour porter les Fideles à s'acquit..
ter
MARS 1726. 609
-
fer de ce devoir , de, veiller avec une
nouvelle attention fur toutes les difpenfes
qu'on leur demandera , & de ne recevoir
que des atteftations en bonne forme
, données par les Medecins , qui feuls
ont droit de les délivrer , & c.
Un amateur des beaux Arts , & en particulier
de la Choregraphie , perfuade
qu'on n'eft pas encore bien inftruit fur
l'origine , le progrès , & c. de la Danfe ‹,
nous a prié de propoſer dans notre Journal
cette recherche aux Sçavans. Elle
paroît digne de la curiofité publique.
MORTS , NAISSANCES ,
L
Mariages.
E 24. Fevrier , Charlotte Bonnemay,
veuve de Louis Barbier , mourut à
Paris , âgée de 96. ans . Elle étoit restée
feule de tous les Rentiers qui compofoient
la 13. Claffe de la premiere Tontine
, & la 14. de la feconde : elle joüiffoit
au jour de fon décès , de 73500. livres
de rente viagere pour une action de
300. livres qu'elle avoit dans chacune de
Ces deux Claffes .
M. Jofeph- Ignace -Jean Baptifte de
Mefgrini , Evêque de Gralle mourut
dans
Bio MERCURE DE FRANCE.
dans fon Diocéfe le 2. de ce moi , âgé
de 73. ans. Il étoit Religieux de l'Or
dre des Capucins lorfqu'il fut nommé à
cet Evêché .
Dame Loüife de Corioulle , Epoufe
de M. Pierre du Guet d'Herbigni , mou
rut le même jour en fon Château d'Herbigni
, proche Retel , âgée de 100. ans
accomplis.
Louis Camus Deftouches , Chevalier,
Maréchal des Camps & Armées du Roi,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Capitaine General des
Bombardiers de France , Lieutenant General
de l'Artillerie , Directeur General
des Ecoles & Inftructions des Bataillons
du Regiment Royal d'Artillerie , mourut
à Paris le 1 1. de ce mois , âgé d'environ
58. ans , generalement regretté.
Dame Marie Gourdon Huntly , Ducheffe
Douairiere de Perth , Dame d'honneur
de la feue Reine d'Angleterre ,
mourut à S. Germain en Laye , le 13. de
ce mois , âgée d'environ 80. ans.
Le Marquis de Thoy ,Gentilhomme de
l'une des plus anciennes Maiſons des
Pays de Breffe & de Bugey , après avoir
commandé à Calais & en Savoye avec
beaucoup de diftinctions , devint Lieutenant
General des Armées du Roi , & fut
envoyé en Efpagne par Louis XIV. à la
priere
MARS 1726. Gir
priere du Roi Philippe V. qui l'honora
d'abord de la qualité de Capitaine Gene
ral de fes Armées . Il y fervit fi utilement
, qu'ayant forcé avec 2000. hommes
7000. Anglois dans la Ville de Brivoga
, & fait prifonnier les Comtes de
Stanope & S. Amant , leurs Generaux,
il fut eftropié dans cette affaire d'un
coup de feu à la main gauche en paffant
par la breche , & bleffé au pied en même
temps mais à peine l'appareil futil
mis , qu'il remonta à cheval en pantoufle
, & demeura vingt - cinq heures
dans cet état , pour donner fes ordres à
le Bataille de Villaviciofa qui fe donna
le lendemain . Sa valeur l'ayant trop engagé
dans le Combat , il fut fait prifonnier.
Il en donna fa parole ; & quoique
peu de temps après il fut dégagé & repris
par les fiens ,
les fiens , cependant par délicateffe
pour fa parole , il remercia S. M.
C. du Gouvernement de Cadix qu'elle
voulut lui donner alors. Ileft mort Gouverneur
de Belle- ifle le 12. Mars 1726.
âgé de 77. ans , eftropié , & le corps
criblé de cinq coups de feu après plus de
69. ans de fervice.
Henri Faydeau , Chevalier , Seigneur
de Calende , Prefident Honoraire au Parlement
, mourut à Paris le 5. de ce mois
dans fa 84. année .
Le
612 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour mourut Arinand- Jac
ques de Gourgue , Chevalier , Marquis
de Vayres , &c. Doyen des Maîtres des
Requêtes du quartier d'Avril , âgé de
88. ans.
F Vincent le Blanc , Grand Audiancier
de France , décedé le même jour , âgé de
64. ans .
Le 8. Jacques Gouret , Ecuyer , Cons
feiller- Secretaire du Roi , âgé de 931
ans .
Le 16. Dame Agnès Bouvard de Fourqueux
, veuve de M. Jean-Jofeph de
Montullé , Confeiller au Parlement ,
Doyen de la Premiere des Requêtes du
Palais , âgée de 77. ans.
Le même jour , Hyacinthe de Goufault
, Chevalier , Seigneur du Mont ,
d'Anneville , Hemevé , Riou , & c. Gou
verneur de Meudon , mourut à Paris ,
âgé de 79. ans .
>
Le 2 Mars 1726. Dame Marguerite-
Françoise de Jaucen , Epoufe de François
- Louis Martial , Comte Defmoutiers
de Merinville , Vicomte de Brigueuil ,
Baron de Montrocher & de Chateaubrun
, Capitaine des Gendarmes de la
Reine , & c. accoucha d'une fille , qui
fut nommée Genevieve .
Le 28. Fevrier Dame Marie- Lambertine
de la Mark , Epoufe d'Auguftin de
XimeMARS
1726.1 613
Ximenès , Brigadier des Armées du Roi,
Colonel du Regiment Royal - Rouffil
lon , Infanterie , accoucha d'un fils , qui
fut nommé Auguftin- Louis par Louisde
la Mark , Secretaire du Roi , & par
Dame Marie d'Abancourt de Ximenès ,
veuve de Jofeph de Ximenès , Lieutenant
General des Armées du Roi , &
Gouverneur de Maubeuge .
Le 2. de ce mois Dame Elizabeth de
Matignon , Epoufe de Jacques de la
Cour , Marquis de Balleroy , Colonel
de Dragons , accoucha d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts , & nommé Jean-
Paul François- Henri par M. Jean - Paul-
François le Fevre de Caumartin , Evêque
de Blois , & par Dame Mariane de
Matignon , époufe de François Henri ,
Marquis de Grave , Chevalier de Saint
Louis , & Meftre de Camp de Cavalerie.
Le 21. Fevrier M. Etienne Daligre,
Prefident à Mortier , époufa Marie
Loüife- Adelaide Duret.
Le 27 , du même mois , Charles Barjot
, Marquis de Roncée , Capitaine au
Regiment Royal - Rouffillon , époufa Genevieve
Alfonfine de Borderic de Ver
nejoux.
AR,
14 MERCURE DE FRANCE.
skakakakaka સમડ
EDIT ,
ARRESTS ,
SENTENCE DE POLICE,
RREST du 4. Janvier , qui proroge juf-
Aqu'au dernier Decembre 1726. inclufivement
, le délai porté par celui du 2. Janvier
1725. pour la moderation des Droits de Marc
d'Or , d'enregistrement aux Gardes des Rolles
, Sceau des Provifions , frais de Reception
& d'Inftallation des Offices qui feront levez
vacans aux Revenus Cafuels de Sa Majesté.
ARREST du 1. Janvier , qui décharge de
la Retenue du cinquiéme , ce qui eft du des
Penfions & gratifications ordinaires anterieurement
à la prefente année.
ARREST du même jour , pour faire jouir
les Etrangers des arrerages des Rentes Viageres
qu'ils ont acquifes fur les Tailles , en
confequence des Edits de Juillet 1723. &
Janvier 1724. Et qui regle la forme des Certificats
de vie qu'ils doivent rapporter.
ARREST du 19. Janvier , qui ordonne,
que le Sieur Antoine Hogguer , & tous autres
porteurs des Affignations à lui delivrées fur
le Benefice des Monnoyes , montant à un Million
, en datte du 26. Mars 1723. feront tenus.
de les porter dans le délai de deux mois au
Trefor Royal , pour la valeur leur en être
payée en Rentes fur les Tailles , faute de quoi
Lef
MARS 1726. 615
1efdites Affignations feront annullées .
ARRESTdu même jour , qui évoque auCon-
-feil toutes les demandes & conteftations nées
& à naître pour raifon des Dettes que le Sieur
Perrin de Boiffieux a contractées à l'occafion
de differentes entreprifes dont il a été chargé
pour le fervice de Sa Majefté ; Et qui nomme
des Commiflaires pour juger fommairement ,
tant en demandant qu'en défendant , & en dernier
reffort lefdites conteftations.
ARREST du 22 Janvier' , qui permet d'em ,
prunter les fommes neceffaires pour payer le
tout ou partie de la finance , & les deux fols
pour livre , tant des Offices de Receveurs &
Controlleurs Generaux des Domaines & Bois ,
& autres qui connoiffent des Domaines , que
des Treforiers- Receveurs & Controlleurs des
Deniers Communs Patrimoniaux & Orois ,
& c.
ARREST du même jour , qui ordonne que
jufqu'au dernier Juin 1726. les Vins de la Sénéchauffée
de Bordeaux , qui feront tranfportez
par mer dans la Ville de Paris , feront déchargez
des Droits d'Entrée des Cinq Groffes
Fermes , & de la fubvention par doublement.
ARREST du 9. Fevrier , qui regle le temps
& la manière dont feront faites les Adjudications
du Cinquantiéme. Et défigne les Privi
leges des Adjudicataires,
ARREST du 12. Fevrier , qui fixe les Sommes
qui doivent être payées par les Notaires ,
Procureurs & Huiffiers ou Sergens de toutes
les Cours & Jurifdictions Royales , autres que
elles des Villes de Paris & de Lyon , pour le
Droit
16 MERCURE DE FRANCE.
Droit de Confirmation dû à Sa Majefté ,
caufe de fon Avenement à la Couronne.
ARREST du même jour , qui ordonne que
des anciens Titulaires des Offices de Receveurs
& Controlleurs , foit des Octrois ou Deniers
Patrimoniaux , qui acquereront les nouveaux
Offices , jouiront du titre de Receveurs &
Controlleurs , tant des Octrois que des Patri
moniaux , fur leurs anciennes Provifions,
& c.
EDIT du Roi , contre les Faux-Monnoyeurs
& Faux Fabricateurs ; Et qui renouvelle les
défenfes de garder des Efpeces décriées , & de
trani porter l'Or & l'Argent hors du Royaume.
Donné à Marly au mois de Fevrier 1726,
Regiſtré en la Cour des Monnoyes le 15. du
même mois.
ARREST du 19. Fevrier , qui regle la forme
du payement des Lettres de Change tirées
en Elpeces avant la derniere fabrication , par
lequel le Roi ordonne , que toutes les Lettres
de Change , tirées avant les dernieres diminutions
fur des Negocians , ou autres Particuliers
refidans dans les Provinces de la domination
de Sa Majefté , payables en Efpeces
à un plus haut cours que le produit qu'elles
donneroient actuellement aux Hôtels des
Monnoyes , feront reduites à proportion de
treize livres le Louis , & de trois livres cinq .
fols l'Ecu , pour être payées fur ledit pied en
Louis de vingt livres & Ecus de cinq livres
de la nouvelle fabrication : Et à l'égard de
celles tirées depuis les diminutions en Ecus
anciens au cours de trois livres . Veut Sa Ma-"
jeité qu'elles foient aufli acquittées en Efpeces
neuves
MARS 1726. 617
neuves , avec une plus value d'un douzième
du montant des Lettres en faveur des Proprietaires
d'icelles .
ARREST du 26. Fevrier , concernant la
Negociation des Actions de la Compagnie des
Indes , & des autres Effets & Papiers com
merçables , par lequel S. M. permet à tous
Marchands , Negocians , Banquiers & autres,
qui ont été ou feront admis à la Bouffe , de
negocier entre eux les Actions de la Compa
gnie des Indes , & autres effets & Papiers
commerçables , ainfi & de la même maniere
que fe negocient les Lettres de change , Bil
dets au porteur ou à ordre , & les Marchandi .
fes , nonobftant ce qui eft porté par la difpofition
de l'Arreft du 24. Septembre 1724. &C,
ARREST du même jour , concernant les dé
fenfes faites aux Particuliers d'envoyer des
Vailleaux , & faire Commerce dans les Pays
de la Conceffion de la Compagnie des Indes."
ARREST du 27. Fevrier , qui défend de
commercer les Lettres de change & autres
Papiers , autrement qu'en nouvelles Efpeces
fabriquées , en execution de l'Edit du mois
de Janvier dernier , &c...
5. 1902 ,
-ARREST du 2. Mars , qui ordonne qu'il
-ne pourra être tanfporté hors des Villes où il
ya Hôtel des Monnoyes , aucunes autres Ef
peces d'Or & d'Argent , que celles fabriquées
en confequence de l'Edit du mois de Janvier
-1726. &c.
T
ARREST du 16. Mars , pour l'impofition
he la depenfe.des Miliceś par lequel S.. M ,
618 MERCURE DE FRANCE.
ordonne que les fommes aufquelles montes
ront la folde & l'habillement defdites Milices
, enfemble les fix deniers pour livre d'i
celles , à raifon de deux deniers pour les taxations
du Tréforier General de l'Extraordinaire
des Guerres , & quatre deniers qui doivent
être retenus fur toutes les dépenfès de la
Guerre , feront impofez dans chaque Generalité
ou Département par les Srs Intendans
& Commiffaires départis , au marc la livre
de la Taille dans les Pays Taillables , & des
autres levées dans les Pays d'Etats & Pays
conquis , pour être les deniers provenans du
recouvrement deſdites impofitions , remis par
les Collecteurs aux Receveurs des Tailles
dans les Pays d'Elections , & aux Receveurs
ordinaires & particuliers dans les Pays conquis
& Pays d'Etats , & par eux aux Receveurs
Generaux des Finances , & Tréforiers
des Pays d'Etats , lefquels feront tenus de
faire porter lefdits deniers au Tréfor Royal ,
pour être diftribuez fuivant & conformément
aux Etats qui feront arrêtez au Confeil . Veut
Sa Majefté , qu'outre & par deffus lefdites
fommes , il foit impofé un fol pour livre pour
des frais ordinaires du recouvrement d'iceldes
, à raifon de quatre deniers pour livre pour
le Collecteur , quatre.deniers pour le Receveur
des Tailles , & quatre deniers pour le
Receveur general. Et attendu que la dépen- "
fe defdites Milices doit commencer du premier
Mai prochain , & qu'il ne feroit pas poffible
d'en faire l'impofition la prefente année,
fans déranger le recouvrement des deniers impofez
, dont les Rolles font vérifiez & émargez
des payemens faits fur iceux , Sa Majesté
Kordonne que les fommes neceffaires tant pour
la folde defdites Milices , pendant les huir der-
1
niers
MARS 1726. 619
iers mois de la prefente année , que pour
deur habillement , feront impofées avec la folde
de l'année entiere 1727. conjointement avec
ké montant des Fourrages de la même année
dans les Pays d'Elections , & conjointement
avec les autres levées dans les Pays d'Etats ;
& qu'en attendant , ce qui fe trouvera du
tant pour l'habillement defdites Milices , que
pour leurs foldes , pendant les huit derniers
mois de la prefente année , fera avancé par
la Caiffe commune des Recettes generales des
Finances pour les Pays d'Elections & Pays
conquis, & par les Tréforiers des Pays d'Etats
pour ce qui les concerne , & ce des Deniers
qui feront deftinez à cet effet , & conformément
aux ordres que Sa Majefté leur fera envoyer
, & c .
SENTENCE de Police du 29. Janvier , qui
condamne André Danet , Boucher , à 100. livres
d'amende , pour avoir vendu de la viande
à 8. fols la livre au lieu de 7. fols , ainfi qu'il
eft ordonné par l'Ordonnance de Police du 9.
Novembre dernier.
AUTRE SENTENCE de Police du 8.
Mars 1726. Concernant les Jeux de hazard ,
& qui condamne la Dame de Fontenay en
3000 livres d'amende , avec défenfe de recidiver
, pour avoir donné à jouer dans fa maifon
, au Pharaon & autres jeux défendus .
AUTRE SENTENCE de Police du même
jour , qui condamne le nommé François
Pirois , commis pour allumer les Chandelles ,
en quinze livres d'amende , pour les avoir allumées
à heure indue fur les fept heures &
I demie
620 MERCURE DE FRANCE.
demie du foir , & pour les avoir rognées d'un
quart par le bout d'en bas.
AUTRE SENTENCE de Police du 15 Mars
qui condamne le nommé Jean- Baptifte Herbillon
, Marchand de foin , demeurant à No
gent fur-Marne > en soo.. livres d'amende,
pour avoir vendu des voitures de foin , dont
les bottes étoient mêlées en dedans de fein
pourri & gâté.
- ARREST Notable du Parlement de
Normandie.
Larr20 Puence 47
E 20. Decembre 1725. il fut rendu un
Arrelt d'Audience en la Grand Chambre
du Parlement de Rouen , fingulier pour la
Province de Normandie , & celebre par les
circonstances de l'affaire qui y a donné lieu.
M. Haillet , Lieutenant General Criminel
au Bailliage & Siege Prefidial de Rouen , qui
avoit un fils naturel de la De Tirand , faun
Teftament Olographe en 1696. par lequel il
donna à la D Haillet fa foeur ious fes meubles
, de quelque nature , & à quelque valeur
qu'ils puffent fe monter , & en outre toutes
selles chofes que la Coutume lui permettoit de
donner , fans qu'on lui en put rien retenir ni
contefter ; ce font les propres termes dans
lefquels il s'expliqua. En 1709. il époufa la
Die Tirand , & legitima fon fils par fon ma
riage. Etant decedé au mois de Mai 1723 .
fans avoir laiffé d'autres enfans que ce fils
legitimé revêtu de fa Charge , ni revoqué
fon teftament , dont la De Haillet étoit demeurée
faifie , cette Legataire fe pourvut aux
Requêtes du Palais pour avoir la délivrance
•
MARS 1726 .
621
de fon legs , qui fe trouvoit reduit au tiers
par la legitimation du fieur de Couronne ,
fils du Teltateur ; & fur ce qu'elle obtint une
Commiffion à cet effet , qui lui permit d'appofer
le fcellé fur les effets de la fucceffion , le
fieur de Couronne s'en rendit appellant ,,
ayant , après l'inftruction faite fur fon appel
au Parlement , prefenté Requête pour demander
l'évocation du principal , laquelle fut confentie
par la Dlle Haillet.
M. le Chapelain , qui a exercé avec dif
tinction la fonction d'Avocat au Parlement
de Rouen pendant plufieurs années , & pre-,
fentement Procureur General au même Parlement
plaida pour le fieur deCouronne fon gendre,
avec toute l'éloquence qui lui eft naturelle,
& dit , que la revocation du teftament du
fieur Haillet s'étoit faite par fon mariage
contracté avec la Dlle Tirand, & par la legi
timation de leur enfant qui s'en étoit enfuivie,
qu'on pouvoit d'autant moins douter de
cetté maxime , que le Droit & la Coûtume
concouroient pour l'établir. Que par rapport
au Droit Romain , la difpofition de la Loi: si
unquam au Code , de revocandis donationibus , "
y étoit formelle . Que fi elle paroiffoit n'avoir
été faite que par les donations entre- vifs , les
Interpretes , la Jurifprudence de tous les Parlemens
du Royaume , & l'ufage univerſel obfervé
parmi toutes les Nations , l'avoient éten
due aux Donations teftamentaires ; en forte
que c'étoit un droit public generalement reçû
& approuvé , que la furvenance d'un enfant
, & fa legitimation qui avoit le même
effet , anéantiffoient de plein droit toutes do
nations , que les peres avoient faites auparavant
regle certaine , dit - il , qu'on trouve.
même avoir été gardée de tout temps chez les
I ij Ro622
MERCURE DE FRANCE
Romains , à examiner la Loi Si qui, au Digef
te , De Jure Codicillorum , dont l'efpece eft
d'un pere qui avoit fait un Codicile dans un
temps qu'il avoit un fils , qu'il chargea de
l'executer . mais qui étoit mort , ayant laiffe
La femme enceinte , raifon par laquelle le Pofthume
fut declaré exempt de payer la moitié
des legs, & fon frere né avant le Codicile
obligé feulement de fatisfaire à l'autre moitié
.
A l'égard de la Coûtume de la Province ,
M. le Chapelain reprefenta , que fur le fait des
Teftamens , elle n'avoit confideré l'homme
que dans deux états differens , l'un dans le cas
de l'Article 414. comme non marié, ou n'ayant
enfans ; & l'autre dans le cas de l'Article 418 .
quand il a des enfans vivans ou deſcendans
d'eux , habiles à lui fucceder au moment de
fon décès , l'un & l'autre Article ne parlantque
des meubles , à quoi il faut ajoûter le
422. au fujet des acquets & conqueſts immeubles.
Que dans le premier état l'homme
non marié , & n'ayant point d'enfans , pouvoit
donner tous fes meubles & le tiers de fes
acquets & conquefts , lorfque dans le fecond
état il n'avoit la liberté que de difpofer d'un
tiers de fes meubles : ces deux états ne pouvoient
point être confondus ; de forte que la
Loi municipale avoit rejetté le troifiéme que
l'on vouloit introduire mal - à-propos , qui étoit
le cas d'un homme non marié quand il a
fait fon teftament , & qui à fa mort a des
enfans legitimes habiles à lui fucceder ; deux
fituations , dit il , bien differentes , dont la
réunion n'eft pas poffible , pour être directement
oppofées. Qu'il eft bien vrai qu'un tef
tament n'a fon execution qu'après le décès da
Teltateur , parce qu'il eft reputé être le dernier
MARS 1726.
323
hier Acte de fa volonté ; mais qu'ici il n'y a
pas lieu de pouvoir feindre que le Teftateur
ait perfevere dans fa volonté , après avoir
changé d'état , pareil à celui d'un mariage
fubfequent , fuivi de la naiffance d'un enfant,
ou accompagné de la legitimation de celui
qui eft né auparavant ; n'y ayant pas à douter
que le changement d'état n'ait revoqué &
abforbé toutes les difpofitions , de quelque
nature qu'elles foient faites en faveur d'autres
perfonnes qu'à des enfans legitimes , à
moins que le Teftateur , devenu pere , n'ait
declaré le contraire par un Acte , qui porte
que fa volonté eft que fon ancien teftament
ait lieu , fuivant & aux termes de la Coûtume
, ou par un nouveau teftament fait dans
les formes requifes. Il conclut par toutes ces
raifons à ce que le teftament en queſtion fut
déclaré nul .
M. Perchel , Avocat de reputation , pour
la De Haillet , répondit qu'il y avoit une
grande difference entre les donations entre- vifs
& les donations teftamentaires . Qu'il falloit
une Loi pour refoudre le contrat de donation
entre vifs , qui transfere au Donataire la proprieté
de la chofe donnée au moment que
Acte en eft paffé ; au lieu que le Teftament,
qui n'avoit d'effet que par le decès du Teftateur
, peut être par lui révoqué toutes fois &
quantes qu'il le veut ; que de quelque temps
qu'un Teltament foit datté , même avant le
mariage du Teftateur , & la naiffance & la
legitimation de fon enfant , il n'eft censé avoir
été fait qu'à l'article de la mort Suprema
defuncti voluntas ea eft , poftquam nulla alia.
declarata eft , dit la Loi 1. au Digefte , de
bon . poff. fec. tabul. & la même Loi ajoute,
fuprema tabula ha funt non qua ſub ipfo mor
I iij tis
624 MERCURE DE FRAN CE
tis tempore facta funt , fed poft quas nulla
facta funt , licet ha veteres fint. De forte que
la furvenance d'un enfant ne peut pas revoquer
une donation teftamentaire , lorfque le
pere a laiffé fubfilter fon Teftament après fa
naillance , ou fa legitimation ; puifqu'on ne
doit regarder un pareil Acte que pour avoir
été fait au moment de la mort du Teftateur ;
que la Loi fi unquam a d'autant moins d'ap
plication au fait dont il s'agit , qu'elle n'a
été faite que pour anneantir les Donations
entre- vifs , & que s'il y a des Docteurs qui
ont foutenu qu'elle devoit auffi avoir lieu
pour les Donations Teftamentaires , il s'en
trouve d'autres qui font d'un fentiment oppofé
; que dans le cas de la Loi fi qui , le
pere , qui avoit fait un codicile , n'avoit
pas fçû que fa femme fut enceinte quand il
mourut , & que s'il l'avoit fçû , fa difpofition
auroit eu fon execution en entier , fuivant
la Loi 16. au même titre de Jure Codicil.
ab intefto , dit-elle , factis Codicillis relicta ,
etiam poftea natus inteftati fucceffor debebit,
qui eft le cas d'un pere , lequel après avoir
eu un enfant , a laiffé fon Teſtament fubfifter
fans le révoquer.
Il ajoute qu'à examiner la Coutume de la
Province , qui feule devoit faire la loi entre
les Parties , ces difpofitions étoient également
contraires à la prétention du fieur de Couronne.
Que fa diftinction de deux Etats de per
fonnes , auxquelles il eft permis de tefter ,
n'excluoit pas le troifiéme qu'il cherchoit à
rejetter ; que jamais on n'auroit penfe que le
Teftament d'un homme non marié , & qui
qui
dans la fuite avoit des enfans legitimes , devint
nul par fon changement de condition,
que le Teftateur étoit toujours cenfé perfifter
MARS 1726. 625
ter dans fa volonté , tant qu'il ne la révoquoit
pas , foit en fupprimant fon premier Teltament
, foit en faifant un nouveau. Que quand
un Teftament fe trouvoit exceder les bornes
limitées par la Coutume , on le réduiſoit à
ce que celui qui l'avoit fait en quelque temps
que ce pût être , pourroit leguer à fa mort ,
fans que fans aucun prétexte on pût alleguer
qu'il fut nul. Que ce n'étoit pas aux articles
citez en faveur du fieur de Couronne
qu'il falloit s'attacher , que c'étoit à l'article
449. qu'on devoit s'en tenir , lequel malgré
tous les efforts qu'on a fait pour donner un
fens contraire aux termes clairs & précis ,
dans lefquels il eft conçu faisoit connoître
que la loi fi unquam , n'a été adoptée en Nor
mandie , uniquement que pour la donation
entre-vifs d'heritages , encore avec cette cir
conftance que la furvenance d'un enfant , ne
la revoque point de plein droit , & que le
Donateur doit déclarer par quelque Acte qu'il
- n'entend point qu'elle fubfifte , fur quoi tous
les fentimens des Commentateurs de la même
Coutume fe trouvent conformes. Ainfi il conclud
au principal à ce que le Teftament du
fieur Haillet fut executé pour le tiers de fes
meubles , aux termes de l'article 418. de la
Coutume , & que les Parties feroient renvoyées
aux Requêtes du Palais pour en faire
Ja Liquidation .
Il y eut quelques queftions de fait agitées
par M. le Chapelain pour le fieur de Couron
he , prétendant 1 ° . que le Teftament étoit un
Fidei- commis , qui devoit lui revenir en cas
que le mariage ne fe fit pas , 2. qu'il y avoit
de l'indignité dans le procedé de la Dule Hailfet
qui avoit excité le fils d'un autre frere &
conteſter ſon état ; 3 ° . que le fieur Haillet
I iiij fon
626 MERCURE DE FRANCE.
fon pere avoit revoqué de fait fon Teftaments
mais il n'en pût rapporter aucunes preuves.
,
A la derniere Audiance M. le Baillif , fe
cond Avocat General parla & conclut en
fayeur du fieur Haillet de Couronne , à ce
que le Teftament fut déclaré nul fur tous les
moyens par lui propofez.
M's les Juges à caufe de la grande affluence
d'Auditeurs , que de long- temps on n'avoit
vû fi grande pendant huit Audiences que les
Plaidoiries ont duré, fe retirerent dans la Chambre
du Confeil , pour déliberer en particulier
avec plus de tranquillité ; & après avoir formé
leur Arreft , ils vinrent réprendre leurs
féances en la Grand Chambre , où M. de
Pontcarré , Premier Préfident le prononça en
ces termes. LA COUR ordonne que le Teftament
fera executé pour le tiers des meubles .
conformément à ce dont il eft permis de difpofer
par la Coutume , en affirmant neanmoins
par la De Haillet prefente à l'Audience
qu'elle n'a aucune connoiffance que directement
ni indirectement , en telle forte & maniere
que ce foit , les avantages à elle faits par
le Teftament en question , ayent été faits
en tout ou en partie pour autre perfonne que
pour elle, & qu'elle n'y a prêté fon nom à
perfonne ; & par la Liquidation dudit tiers
des meubles leguez , les Parties renvoyées aux
Requêtes du Palais . Après la prononciation
de l'Arreft , fe prefenta la Dlle Haillet , qui
prêta le ferment , & fit l'affirmation ordonnée
par cet Arreft , enfuite de quoi M. le Premier
Prefident lui en donna Acte , & en conſequence
, dit que l'Arreft feroit executé.
Quoique cette Affaire ait été Jugée en grande
connoiffance de Caufe & par des Juges
également integres & éclairez , M. de Couronne
MARS 1726.
627
ronne s'eft pourvû au Confeil contre cet Arreft
, & par Arreft du Confeil d'Etat Privé
du 4. Fevrier 1726. LE ROY , au raport de
M. Maboul , Maître des Requêtes , après en
avoir communiqué au Bureau de Caffation ,
lordonné qu'il feroit mit neant fur ladite
Requête.
L
SUPPLEMENT.
E Roi a donné l'Evêché de Graffe ,
vacant par la decès de M. de Megri,
gni , à l'Abbé d'Anthelmi.
Le 26. de ce mois , l'Abbé de Beringhen
, Evêque du Puy , fut facré à Paris
dans l'Eglife des Théatins , par l'Archevêque
de Sens , affifté de l'Evêque de
Mende & de l'Evêque Comte de Châ
lons.
Le S Oudri , Peintre de l'Académie,
eut ordre au commencement de ce mois
de faire porter au Roi , un Tableau qu'il
a peint devant S. M. reprefentant Turlu
& Miffe , deux levriers Anglois , dans
un fond d'Architecture & de paylage .
11 lui fut ordonné en même temps de
faire porter tous les Tableaux de fon Attelier
qui font en grand nombre , & dont
la plupart ont déja été expofez aux yeux
du Public.
I v Le
628 MERCURE DE FRANCE.
fit
Le Dimanche 10. Mars , le St Oudri
porter
à Verfailles 26. Tableaux de
La compofition , parmi lefquels il y en
avoit un de 15. pieds de long , deux de
11. de 8. de 6. de 5. & c. qu'il plaça le
matin dans trois pieces du grand Appar
tement du Château . Le Roi & la Reine
virent ces peintures avec beaucoup de fatisfaction
& s'y amuferent long- temps ;
le Roi voulut même les revoir l'après
midi. Avec l'applaudiffement de L. M.
le fieur Oudri eut encore la fatisfaction
de recevoir ceux de toute la Cour , qui
étoit extrêmement nombreuſe ce jour- là.
On lui a ordonné cinq Tableaux pour
le Cabinet de la Reine..
*
Le fieur Jean - Baptifte Oudri s'eſt déja
acquis beaucoup de reputation , quoi
qu'il n'ait pas quarante ans. Il fut éle
vé chez fon pere , Maître Peintre &
habile homme , jufqu'à l'âge de 18. ans .
Il apprit de lui les principes de fon art
avec beaucoup de facilité , & dès fa plus
tendre jeunelle il gagna des prix à l'Académie
Royale & à l'Académie de faint
Luc. Il fortit de chez fon pere pour travailler
chez M. Serre , premier Peintre
des Galeres du Roi à Marseille , très
diftingué dans fa profeffion : il y demeura
près d'un an, après quoi il entra chez M.
de Largilliere , l'un des principaux Membre
MARS 1726
629
bré de l'Académie Royale de Peinture ";
il profita beaucoup fous cet habile Maître
pendant 5. années. Il travailla enfuite
très- long-temps & avec un application
extraordinaire d'après les Tableaux de
Rubens , de la fameufe Galerie du Luxem
bourg.
Après de très grandes & penibles étu →
des , il prefenta à l'Académie un grand
Tableau de l'Adoration des Rois , qu'on
voit aujourd'hui à S. Martin des Champs
Il enrichit cet Ouvrage de divers animaux
, de fleurs & de fruits . On lui ordonna
pour fon chef-d'oeuvre de traiter
Abondance , ce qui lui donna lieu de
faire paroître tous fes talens , & il fut
receu à l'Académie comme Peintre d'Hiftoire
au mois de Fevrier 1719. Il s'eft
beaucoup attaché à peindre les animaux de
toute efpece, les chaffes , les pêches , &c.
Il a fait divers voyages fur les côtes de
la mer , pour pouvoir peindre d'après
nature les beaux poiffons & les oifeaux
maritimes. Il fut gratifié il y a trois ans
d'un Attelier au Château des Thuilleries
, & au mois de Decembre dernier
on lui a donné un Logement dans le même
Château,
Le 2. des Comediens Italiens jouerent
à la Cour , Arlequin Sauvage , Pie
I vj ce
630 MERCURE DE FRANCE:
ce Françoiſe & Arlequin Voleur , petite
piece Italienne : Elles firent beaucoup de
plaifir.
Le 23. les François y jouerent le Tarè
tuffe & le Florentin.
Le 26. de ce mois la nouvelle Tragedie
d'Edipe fut reprefentée à la Cour avec
fuccez , & le 27. la petite Comedie du
Talisman ,auffi de M. de la Motte ,fut reprefentée
à Paris & applaudie.
Le 28. les Italiens jouerent à la Cour
la double Inconftance & l'Ifle des Efclaves,
& les Comediens François y reprefenterent
le 30.le Bourgeois Gentilhomme.
La premiere reprefentation de l'Ope
ra , intitulé les Stratagêmes de l'Amour,
fut donnée le 28. Nous en donnerons un
Extrait le mois prochain .
t
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation
de la Vierge , le St Philidor fit chanter
le Concert de Mufique fpirituelle au
Château des Thuilleries , on y executa
deux Motets , Dixit Dominus & Lauda
Jerufalem Dominum , mis en Mufique
par M. de la Lande , qui firent beaucoup
de plaifir , de même que quelques
Pieces de Simphonies ou concerto , avec
Tim
MARIS 1728.
631
Timballes & Trompettes , qui furent
parfaitement bien executées & très -applaudies.
Le même Concert recommencera
le Dimanche de la Paffion , pour continuer
pendant les trois femaines jufques
& compris le Dimanche de Quafimodo.
COUPLETS envoyez pour étrennes à
M. & à Madame D. H. par M. Joffe ,
fur l'air : amis ,prenons le verre en main.
buvons à nos Bergeres .
Ur ma foi c'eft de tout mon coeur
Sur
Que je vous la fouhaite ,
Plaine de plaifir , de bonheur
Et de fanté parfaite.
Non , je ne m'imagine rien ,
Qui pour moi foit un plus grand bien ..
Parque , juſqu'à cent ans paffez
Conduis leur destinée :
Si tu n'as pas de fil affez ,
Prens- en fur ma fufée.
Ah ! j'ai trop vécu , fi ta main
Peut executer ce deffein.
Ache
832 MERCURE DE FRANCE.
灌
Acheve de remplir mes voeuxi
Fixe ton inconftance ,
Fortune , enfin ouvre les yeux ,
Et verfe en abondance
Tes biens fur ces charmants époux ,
Tu ne feras point de jaloux.
Addition aux nouvelles Etrangeres.
ON
'N mande de Petersbourg de la fin du mois
dernier , que le Traité d'Alliance qui fe
négocie depuis quelques mois , entre la Cour
deRuffie & celle de Vienne , à été communiqué
au Senat , qui ne paroît pas l'approuver ; on
affure même que quelques Senateurs ont reprefenté
que l'acceffion au Traité d'Hannover
leur paroiffoit beaucoup plus convenable aux
interêts de Sa M. Cz. & de fes Sujets : Ces
Lettres ajoutent qu'on formera au commencement
du mois de Mai , fix nouveaux Regimens
d'Infanterie , & douze de Cavalerie ,
des nouvelles levées qu'on continue de faire
dans les Provinces avec beaucoup de fuccès.
Les Lettres de Coppenhague portent que
les Commandans des 8. Bataillons & des trois
Regimens de Cavalerie , qui avoient eu ordre
de fe préparer à marcher au premier commandement
, ont été avertis de fe munir de
tout ce qui eft neceffaire pour une Campagne,
ce qui fait croire que ces troupes feront enp'oyées
MARS. 1726. 633
ployées au fervice d'une Puiffance Etrangere
Le -3. de ce mois , on publia dans toutes
les Eglifes de Vienne la Bulle du Jubilé Univerfel
de l'année Ste. qui doit durer fept fe
maines confecutives .
On afficha à Rome au commencement de
ce mois , une Conftitution du Pape , par laquelle
ileft deffendu à tous Religieux de l'Or
dre , dont la Cloture fait une partie de la
Regle , de paffer , fous quelque prétexte que
ce foit , dans un autre Ordre où la Cloture
n'eft pas obfervée , quoique ce fut un Ordre
Hofpitalier ou Militaire , fans en avoir ob
tenu la permiffion de Sa S.
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Etienne
ont obtenu à la recommandation du Grand
Duc de Toscane , d'être admis à l'Audiance
du Pape , avec les mêmes honneurs qu'on accorde
aux Chevaliers de Malthe.
On chanta le 1. de ce mois au Seminaire
Romain , une Cantate à deux voix , intitulée
le Sacrifice de Jephté , en prefence de plufieurs
Cardinaux & de la principale Nobleffe.
On écrit de Florence , que le Grand Duc
a nommé l'Evêque de Piftoye , pour aller au
Monaftere de la reforme de la Trappe , établie
depuis quelques années dans fes Etats , s'informer
des raifons qui obligent les Moines à
fe plaindre fi fouvent du P. Molinès , leur Superieur.
On apprend de Turin, que la Princeffe Loui
fe Philiberte de Savoye , fille du feu Comte
de Soiffons , mort le 7. Juin 1673. & foeur du
Prince Eugene , étoit morte le 22. du mois
dernier , dans la 59º. année de fon âge.
On
634 MERCURE DE FRANCE
On mande de Londres qu'on a tué à l'Of
fice des vivres près de la Tour , 204. boeufs
& 3000. porcs , pour l'avitaillement de la
Flote qu'on continuë d'équiper avec toute la
diligence poffible.
Les 6. Vaiffeaux de guerre de l'Efcadre , qui
doit aller en Amerique , fous le Commandement
du Vice-Amiral d'Hofier , ont été pourvus
de toutes fortes de provifions ; leurs
équipages font complets , & ils attendent
leurs derniers ordres pour mettre à la voile.
Quelques Seigneurs de la Chambre des
Pairs , firent inferer le 5. de ce mois fur les
Regiftres , une proteftation contre le refus qui
fut fait le 28. du mois dernier , d'ajouter à
l'Adreffe prefentée au Roi , une clauſe qui rappellat
la ftipulation particuliere , portée par
un Acte paffé la 13e. année du Regne du feu
Roi Guillaume III . par laquelle il eft expreffement
ftatué , qu'en cas que la Couronne d'An.
gleterre foit deferée à un Prince né hors du
Royaume, la Nation ne fera pas obligée d'entrer
dans aucune guerre pour la deffenſe des
Etats ou Domaines qui n'appartiendroient pas
à la Couronne d'Angleterre , fans le confentement
du Parlement. Cette Proteſtation a été
fignée par les Lords , Strafford , Compton ,
Craven , Scarsdale , Aberdeen , Lechmere ,
Bristol & Litchfield.
On apprend de Bruxelles , que les Directeurs
de la Compagnie des Pays - Bas font
conftruire à Hambourg trois nouveaux Vailfeaux
, qu'on croit deſtinez pour les Indes
Occidentales .
GraMARS
1726. 639
Gravures & Medailles au fujet du
Mariage du Roi.
Ma
R Simonneau , habile Graveur
dont nous avons annoncé un Ous
vrage de même goût , eft l'Auteur de
celui- ci . Son merite l'a fait choisir pour
un deffein , où l'on ne vouloit rien épar
gner. La multitude , la varieté , la fineffe
des nouvelles Gravures & Me
dailles lui font honneur , & doivent pi
quer la curiofité du Public . Elles enrichiffent
un Recueil de Poëfies , dont le
P. Porée , Jefuite , Regent de Rhetori
que au College de Louis le Grand , avoit
fourni la matiere à fes Eleves , & qui
furent travaillées avec foin , & recitées
avec grace il y a trois mois par des Ecoliers
choifis. Le fuccès qu'eut cet exercice
en fit defirer l'impreffion : le zele
& la reconnoiffance de celui qui s'en eſt
chargé , lui ont fait imaginer tout ce qui
pouvoit embellir cet Ouvrage ; il efpere
dédommager par là du retardement de
l'édition. Nous avons donné l'idée &
l'extrait de chacune de ces pieces dans le
Mercure de Janvier.
Au premier feuillet , & au- deffous du
titre , on a mis les Armes du Roi & de
la Reine , adoffées & entourées d'ornemens
836 MERCURE DE FRANCE.
mens gracieux à la tête de la premiere
invitation de l'Hymenée , on a place
les Portraits du Roi & de la Reine ; ils
ont pour Supports les divers Symboles
de l'Hymenée. La gravure des fix Devifes
qui fuivent eft auffi délicate que
l'invention en est heureufe , & la Poëfie
naturelle. La feconde invitation de
l'Hymenée , qui engage la Mufique à ſe
joindre à la Poëfie , pour celebrer l'augufte
Alliance , eft précedée d'une belle
Vignette , où l'on voit toutes fortes d'Inf
trumens de Mufique arrangez avec goût.
Une Idylle ingenieufe & mife en Mufique
par M. Campra , termine le Recueil.
La Vignette qui eft à la tête , reprefente
l'execution même d'un Concerts
à la fin des Pieces , pour remplir les pages
, on a gravé le Chiffre du Roi & de
la Reine , & les Symboles de l'Amour
& de l'Hymenée , réunis & enlacez avec
art. Letout forme un petit in 4 en beau
papier , de 40. pages d'impreffion , ornées
de 14. gravures on Medailles. 11 fe
vend chez M. Thibouft , Place de Cambrai
: le prix n'eft que de zo . fols. L'Auteur
de l'Edition n'a eu d'autre vûë, que
de faire à l'Ouvrage l'honneur qu'il me
rite , ni d'autre intereft que de le répandre
dans le Public.
L'E
MARS 1726. 637
L'Evêché de Couferans , vacant par
le décès de M. de Verthamont , a été
donné à l'Abbé de Macheco de Premeaux
.
L'Abbaye Commandataire de Notre-
Dame de la Vieuville , Ordre de Cîteaux
, Dioceſe de Dol , vacante par le
décès de M. Fagon , a été donné à M.
Achiles Louis Gouyon du Vaurouault ,
Prêtre du Diocéfe de S. Brieuc.
La Brochure in 4. de 48. pages avec
3. Planches pour l'intelligence du fujet ,
que nous avons annoncée dans le 2. Volume
du Mercure de Decembre dernier ,
paroît fous ce titre : Defcription abregie
d'une Horloge d'une nouvelle invention,
pour la jufte mesure du temps fur mer;
avec le jugement de l'Académie Royale
des Sciences fur cette invention , & une
Dißertationfur la nature des tentatives ,
pour la découverte des Longitudes dans
la Navigation , & fur l'ufage des Horloges
, par la mesure du temps fur mer:
Par Henri Sully , Horlogeur de S. A. R.
Monſeigneur le Duc d'Orleans. A Paris
, rue S. Jacques , chez Briaffon , &
chez l'Auteur , rue de la Comedie Frangoife
. On donnera un Extrait circonf
tancié de cet Ouvrage.
HIS
638 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE des Juifs , & des Peuples
voifins , depuis la décadence des
Royaumes d'Ifraël & de Juda , jufqu'à
la mort de Jefus Chrift. Par M. Prideaux
, Doyen de Norvvich. Traduite
de l'Anglois , Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée , & augmentée avec des Cartes ,
des Figures en taille- douce , à Paris ,
chez G. Cavelier , au Lys d'or , 1726.
7. volumes in 12. de près de 400. pages
chacun.
De tous les Ouvrages écrits en An
glois , & que l'on traduit en notre Langue
, iill nn''yy en a gueres qui le meritent
davantage que celui - ci . C'eſt auffi ce qui
a déterminé un de nos principaux Librai
ces à la réimprimer à Paris , & à ne rien
negliger de ce qui étoit de fa profeffion .
Les Figures qu'on y a jointes ont étégravées
avec foin & avec goût. Les Cartes
font de M. Delifle , ou ont été revûës pag
cet illuftre Geographe.
Ce qui releve encore cette Edition audeffus
des autres qui ont été faites , tant
en Angleterre qu'en Hollande , ice ſont
les notes que l'Editeur a mifes au bas des
pages , & M. le Garde des Sceaux , toujours
attentif aux interefts de la Religion ,
a engagé le R. P. Tournemine , Jefuite
, à mettre à la tête de çet Ouvrage ,
une Differtation fous le titre d'Eclairciffement,
MARS. 1726. 639
ciffement, fur les Livres de l'Ancien Teftament
, que les Proteftans rejettent malà-
propos. Le Libraire y en a ajoûté un
autre du même Pere fur un point important
de Chronologie . Cet Eclairciffement
fervira de préfervatif , & l'on ne
doit pas craindre , que ce que dit M. Prideaux
fur ces points conteftez , puiffe induire
perfonne en erreur. Les interefts
de la Religion ne pouvoient être mis en
de meilleures mains .
Il y a encore un Extrait de la Chronologie
de M. Newton , & la refutationde
cette Chronologie qui merite une at
tention particuliere.
On donnera le mois prochain un Article
fur les Modes , qui fera accompagné d'une
Estampe.
P
AP
640
APPROBATION.
'Ay lú par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Mars , & j'ay crû qu'on pouvoit enpermettre
l'impreffion. A Paris , le 30 Mars
1726 .
HARDION.
D
TABLE
Ifferend de l'Amour & de l'Hymen , 429
Difcours pour perfectionner les Langues
Le Cheval & le Cocq , Fable ,
435
453
Difficultez fur le Clavecin oculaire, avec leurs
Réponſes ,
Ode ,
455
463
Lettre fur les Ouvrages & la mort de M. Delifle
,
468
Vers de M. de la Vifclede à M. l'Abbé de Vaugenci
, 492
Lettre de M. de Barras à l'occafion du Phenomene
de Marfeille , & c. 495
Ode qui a remporté le prix du Palinode à
Caen , & c.
520
Le progrès de l'Aftronomie fous Louis le G.
Poëme, 529
Reflexions de M. Maillard , fur lfis & fur
Cybele ,
535
EnigEnigmes
,
641
538
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , &c. 540
Manuel des Ecuyers , & c .
Nouvelles Oeuvres de l'Abbé de Maucrois ,
ibid.
543.
Societé de Gens de Lettres établie à Venife , 553
Nouvelles Machines de
Mathematiques de
l'Abbé du Val ,
La guerifon des Hernies , & c.
Medaille du Pape fur le Jubilé
Chanfon notée & Vaudeville ,
Spectacles ,
554
556
557
558
560
Le Naufrage , Comedie , Extrait ,
567
Le Tour de Carnaval , autre Extrait ,
567
Nouvelle Tragedie d'Edipe & Sonnet ,
576
.Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie, & c.
579
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
595
597
J Lifte pour les Logemens à Marly ,
598
Danfe des Suiffes , & c. 601
Incendies ,
603
Benefices ,
Morts , Naiffances & Mariages ,
Edits , Arrefts , Sentences , & c.
607
Mandement du Cardinal de Noailles ,
608
609
614
Arreft notable du Parlement de Rouen.
620
Supplément ,
627
Tableaux du fieur Oudri ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
Gravures & Devifes , & c.
ibid,
632
635.
Fautes
642
Fautes à corriger dans le Merc. de Fev
PA
Age 218. ligne 18. étrenne , lifez étrennes.
Page 219.1.2 . & autres , lifez & les autres.
Page 223.115. en forme de Conference , lifez
en forme d'Examen de conſcience.
Ibid. 1. 17. veftbus , lifez veftibus .
Page 225. 1. 24. inordantibus lifez inordinatio
nibus .
Page 226.112 . quelque ce foit , lifez quel
quefoit.
Page 231. 1. 26. l'entendra , lifez l'entend ici ,
Page 245. 1. 9. fic, lifez fia.
Page 246. 1. 18. & 19. de ceriftides , lifex
de Cariatides .
Ibid. 1. 10. rinteanx , lifez rainceaux .
Ibid. 1. 14. pecules , lifez peintes.
Ibid. 1. 19. adoffées , lifez adoffez .
Page 249. 1. 3. du b. Luc , lifez de S. Luc.
Page 251. 1. 3. peu à peu , lifez peu.
Page 254 au 7. vers, fa partie, lifez la parties
Page 259. 1. 2, Differtation , lifez diffection.
Page 282.1 . 5. bien , lifez Gien.
Page 307 1. 16. la Sage , lifez la Fage.
Page 337. 1. 9. ce fait , lifez ce qui fait.
Page 340. 1. 20. de faire , lifez d'en faire,
Page 383. 1. 2. du bas , paffé , lifez batffé.
Page 423. 1. 5. du bas , perte , lifez peſte.
Fautes à corriger dans ce Livre .
Page 521.1 . 10. D'ingrate , lifez L'ingrate,
L'Air noté , page
La Medaille , page
556
557
John
Bigelow
to the
Century
Association
* DM
Mere
"
A
米
M
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
JANVIER 1726. ,
QUA COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais:
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or •
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LI
335147
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
A VIS.
generale . pour toutes
MOREAU ,
1905 ADRESSE
chofes eft
Commis au Mercure ,vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué, afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
La premiere main , & plus promptement ;
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 3o. fols.
PRIVILEGE
DU ROr.
LOUIS, par la grace deDieu , Roi de France & de
:
Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand-Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officie´s & Jufticiers qu'il appartiendra, SA
LUT l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672 , par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne.convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compa nie des
Gendarmes de nôtre Garde ordinaire , & Cheva ier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE, & nous iui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lertres de Privilege fur ce neceffaires
: A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois
àlui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement, ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout notre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de ladatte des Prefentes ; à condi.
tion neanmoins que chaque volume portera fon Appropation
expreffe de l'Examinateur , qui aura été com
A ij
>
2
trevenans ,
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de perfonnes de quelques qualitez & conditions qu'elles foient d'en introduire d'impreffions
étrangeres dans aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
d'im-
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres , primer , faire imprimer , graver , vendre , faire vendre, débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches en tout au en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel❤ que prétexte que ce foit , d'augmentation
, correc❤ tions , changement
de titre , ou autrement , fans la permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de con- fifcation des exemplaires contrefaits , de 6000. livres d'amende , payables fans déport par chacun des con dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel- Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux qui auront droit de lui , & de tous dépens , domma- ges & interefts ; à la charge que ces Prefentes feront enregistrées tout au long fur les Regiftres de la Com. munauté des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impreffion
& non
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor- mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
le manufcrit ou imprimé qui
de l'expoſer en vente ,
aura fervi de copie à l'impreflion
dudit Livre fera remis dans le même étar , où les Approbations
y au ront été données es mains de notre très -cher & Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le fieur FLEURIAU D'ARMENONVILLE
, Commandeur
de nos ordres , & qu'il en fera enfuice remis deux Exemplai . res de chacun dans notre Bibliotheque
publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans celle de notredit très-cher & Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine ment & paifiblement
, fans fouffrir qu'il leur foit fait aucuns troubles & empêchemens
, & à cet effet nous avons revoqué & revoquons tous autres Privileges qui pourroient avoir été donnez cy-devant à d'autres qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefente qui fera imprimée tout au long au commencement
ou la fin dudit Livre foit tenue pour dûëment fignifiée & qu'aux copies collationnées
par l'un de nos Amez Feaux Confeiliers-
Secretaires, foy foit ajoûtée, &
7
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Charles Labottiere l'aîné , vis - à - vis la Bourfe
, & chez Chapui , fils , au Palais.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du
Verger.
Rennes , chez Vattar
Blois, chez Maſſon.
Tours , chez Gripon.
Roüen , chez la veuve Euftache Heraulta
Châlons-fur-Marne , chez Seneuze
Amiens , chez François , & chez Godard!
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau .
Chartres , chez Feltil , & chez J. Rouxe
Dijon , chez la veuve Armil.
Lille , chez Danel.
Verſailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Charmet
Lyon , chez
A iij
4
CATALOGUE des Mercures de Francez
depuis l'année 1721. jusqu'à prefent.
Uin & Juillet 1721 .
Novembre & Decembre
Aouft , Septembre , Octobre ,
2. vol.
Janvier & Fevrier 1722 .
5. vol.
2. vol.
Mars 1722. 2. vol.
Avril .
1. vol.
Mai. 2. vol.
Juin , Juillet & Aouſt.
Septembre .
3. vol.
2. vol.
Octobre .
1. vol.
Novembre.
2. vol.
Decembre.
I. vol.
Année 1723. le mois de Decembre
double.
'Année 1724. les mois de Juin
& de Decembre double.'
13. vol.
14. vol.
Année 1725. les mois de Juin ,
de Septembre & de Decembre
doubles.
Janvier 1726.
15. vol.
I.
66. vol.
AVERTISSEMENT.
QVoique
ce Livre ait un débit aſſez
te public pa- que raifonnable , &
roille n'en être pas dégoûté , nous ne nous
perfuadons pas neanmoins qu'il ait le bonheur
de plaire à tout le monde , & à la
verité les matieres oppofées en tout genre
dont il eft rempli, ne peuvent être d'un goût
general , fe trouvant toujours des gens qui
aiment paffionnement
des chofes , pour lef
quelles d'autres ont une parfaite indiffe
rence. Et comme on ne doit point difputer
des goûrs, & qu'il y en a de bizarres
on n'aura rien à répondre à ceux à qui
nôtre Journal , en l'état qu'il eft , pourra
avoir le malheur de ne pas plaire , finon
que le plus grand nombre eft de nôtre côté,
& que le goût general doit toûjours l'em
porter.
Quelques perfonnes ont reproché au Mercure
de rapporter les mêmes nouvelles que
les Gazettes . Les Gazettes ont foin d'informer
le public une ou deux fois la femaine
des chofes qui arrivent. Si nous
fommes à quelques égards l'écho des Ga-
Zettes , au fujet des évenemens & des ace
tions memorables , c'est beaucoup moins
pour apprendre ces faits à nos contempo-
A iiij
rains que pour les tranfmettre à la pofterité
, avec des circonstances qu'on trouve
rarement dans les Gazettes , à caufe de la
précipitation , & de la précision avec la
quelle elles font compofees ; enforte que
nous prétendons moins apprendre une
nouvelle, que donner un morceau d'Hiftoire
Nous prions encore ceux qui ont pris
la peine de nous envoyer des pieces pour
enrichir le Mercure de ne pas s'impatien
ter fi l'impreffion en eft retardée . Comme
on en reçoit fouvent beaucoup à la fois , il
eft impoffible de mettre tout dans le même
volume. On eft obligé de préferer celles
qui ont le plus de rapport aux affaires
du temps , & aux matieres dont on a déja
parlé. Mais rien ne fera omis de ce que
nous croyons devoir être agréable ou utile
an public.
Nous avons avancé un fait il y a quelques
mois qui fe trouve faux . Ceux qui
donnent ces fortes d'avis agiffent maligne .
ment ou imprudemment ; its hazardent
plus qu'ils ne penfent ; les perfonnes intereffées
pouvant s'en choquer à un tel point
que les Auteurs de ces faux Memoires
qu'on découvriroit aifément avec un peu
de recherche , pourroient avoir lieu de s'en
repentir.
Les Memoires fur lefquels on fait les
Relations qui fe trouvent dans le Mercure
viennent fouvent de bon lieu , & quelque7
fois même accompagnez d'ordres refpectables
qui infpirent aux moins habiles l'ardeur
de bien faire , & de réſir par un
travail exact & affidu ; mais de quelque
Zele qu'on foit animé , on ne sçauroit pref
que empêcher , non-feulement qu'il ne fe
gliße des fautes d'impreffion , dans un
ouvrage tel que le nôtre , à caufe de la
précipitation avec laquelle on travaille :
mais encore qu'il n'y manque quelques circonftances
, parce qu'on n'a pas Le temps
de les recueillir toutes , ou qu'on a fait des
changemens ou des augmentations dans
l'ordre des chofes qui fe font paffées. Quand
en est tombé dans quelques - uns de ces cas,
on ne peut y remedier que par une addition
au même article dans le Mercure
fuivant.
Plufieurs perfonnes fouhaiteroient que
dans l'article de ce Livre qui regarde les
Sciences & les Beaux Arts , on y inferat
une Defcription Sommaire des Belles Ef
tampes que les habiles Graveurs mettent en
Lumiere d'après les Tableaux des grands
Peintres , avec le nom du Graveur & du
Peintre , le prix de l'Estampe , & la de
meure de celui qui la vend. Nous invitons
donc les Marchands & les Gra
veurs à nous communiquer les nouvelles
Eft ampes pourles annoncer d'une maniere
avantageufe. Les Estampes ne s'affichan
Αν
8
point comme les Livres nouveaux , reftent
ignorées dans les porte -feuilles des Marchands
, faute d'être annoncées aux curieux
quife feroient un plaifir de les acheter
s'ils les connoiffoient. Si on feconde
nôtre intention , non feulement les grands
curieux d'Estampes y gagneront & feront
gagner les Marchands qui les débitent ;
mais encore les Peintres & leurs Eleves
les Sculpteurs , Graveurs , Architectes ,
Orfévres , Cizeleurs , Serruriers , Menuifiers
, Brodeurs , Jardiniers , & c. on fçait
de quelle utilité font les Estampes . Elles
apprennent l'Hiftoire , les actions qu'elles
reprefentent parlent aux yeux dans un
inftant , nous font voir les portraits des
grands hommes , & en confervent la memoire.
Si les Etrangers veulent nous inf
truire des Estampes nouvelles qui paroif
fent chez eux , nous nous ferons un plaifir de
publier leurs ouvrages . Sur les memoires
où les Estampes qu'on en verra on fera une
defcription détaillée des fujets hiftoriques ,
allegoriques ou fabuleux , l'on marquera
à quelle profeffion les autres pourront être
utiles , & dans quelle vûë on les a faites.
Enfin nous n'oublierons rien en procurant
la fatisfaction de ceux qui aimentles beaux
Arts, pour procurer auffi le débit des Marchands
.
On demande encore avec empreffement
des Provinces & des Pays Etrangers qui
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AZEY
.
YNX
AND
LDER
FOMODATIONS
,
M
Ja
fe plaisent à imiter les François en beaucoup
de chofes , que le Mercure leur apprenne
les modes nouvelles de la Cour &
de la Ville , & les nouveaute qui paroiffent
pour la parure en chaque faifon dans
l'ajustement des Hommes & des Femme
Nous fatisferons nos Lecteurs à cet
*
égard',
pour le faire d'une maniere bien fenfible
, & qui puiffe fervir de modele , nous donnerons
un nombre d'Estampes
tous les
ans , bien deffinées
& gravées proprement
,
qui apprendront
à chaque changement
de
faifon
de mode , la maniere de s'habiller
de bon goût. Nous efperons que cette
fuite d'Estampes
& de changemens
de mode
, à quoi notre nation eft fi fujette , &
qu'on n'interrompra
point , ne fera pas un article des moins curieux de nôtre Journal
, foit pour le temps prefent , foit pour
l'avenir. Quel plaifir n'auroit- on pas aujourd'hui
de fçavoir au jufte comment nos
ayeux étoient habillez , & qu'elle torture
ne fe donne- t'onpas fouvent pour le deviner.
Et pour ne pas renvoyer la chofe plus
loin voici un effai de gravure , qui fervira
comme defrontispice à la fuite des Eftampes
que nous allons donner fur les modes.
On efpere que ce petit fujet , de la maniere
qu'il eft ici traité , avecles expreffions in .
genienfes qu'on y voit , pourra fatisfaire
les gens de goûts . On a placé une toilette
A vj
+
10
dreffée au milieu ; & aux côtez deux Dames
en pied qui paroiffent fe mocquer l'une
de l'autre , celle de la droite eft habillée à
l'ancienne mode , en corps , en habit trouſſe
avec de grandes manches & des engageantes
, en écharpe , & en juppe en falbala ,
coeffée à triple étage avec des cornettes
très - hautes , & des fontanges de ruban trèslarge
, comme on les portoit il n'y a gueres
plus de dix ans . La Dame qui fert de
contrafte du côté gauche , eft vêtue à la
mode d'aujourd'hui , en robe abbatuë que
fon panier fait bouffers en petites manches
plattes , qu'on appelle manches de Pagode,
en corfet , en mitayes fourrées , & en
Palatine de fourcis d'aneton , & coëffée
en cheveux avec une cornette ft petite
&fi baffe qu'elle eft imperceptible. Ces
deux figures dans des attitudes ingenieufes
femblent fe difputer chacune le bon
goût de fon temps , & juſtifier ſa parure.
Mais qui ne voit qu'elles ont également
raifon ? le propre des Belles eft de donner
de l'agrément à tout ce qui fert à leur ajuftement
, & de rendre agréable , & même
raisonnable aux yeux , les chofes qui d'abord
le paroiffoient le moins.
Si cet article des Modes peut faire quelque
plaifir au beau fexe , que nous avons
particulierement en vue d'obliger , on ne
negligera rien pour le fatisfaire & pour meriter
fon attention.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY
***
JANVIER
PIECES
1726.
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES MUSES AU ROY.
G
Rand Roi , qui , jeune encor , au
monde qui t'admire ,
Fais paroître plus de vertus ,
Que n'en firent briller les Trajans , les Titus
Lorfqu'ils tenoient en main les rênes de
l'Empire ;
Jette quelques regards fur nous ,
Et
10 MERCURE DE FRANCE:
Et nous fais un deftin plus doux .
Pour nous , fur les bords de la Seine
Fay renaître le fiecle d'or;
Nous avons un Auguſte encor ,
Mais nous n'avons plus de Mecene.
Sans appui , fans fecours , envain nos pas errants
,
Pour aller jufqu'à toi , cherchent d'illuftres
guides ;
Loin de favorifer nos démarches timides ,
On nous laiffe morfondre à la porte des
Grands.
Nous languiffons à leur fervice ;
Ils veulent de l'encens , un culte , des Autels ;
Cependant on ne trouve aucun de ces mortels
Qui veuille au moins fournir aux frais du
Sacrifice.
Sourds à nos plus chers nourriffons ,
A peine un feul moment daignent- ils les entendre
;
De leur afpect glacé nous ne pouvons attendre,
Un accès glorieux au Palais des Bourbons .
C'eft à toi de finir nos peines ;
Grand Roi , nous n'avons pas toûjours,
Repofé dans les bois , vêcu près des fontaines
De cent peuples jadis nous fûmes les amours &
De
JANVIER 1726. 13
Et les murs de Rome & d'Athenes ,
N'ont pas à nos befoins refufé des fecours,
Alors nous bravions la Fortune ;
Mais que nous rappellons une image im
portune !
Daignes nous rendre ces beaux jours.
C'eft nôtre art fi vanté qui dans ce premier
âge ,
Où le monde naiffant n'habitoit que les bois ,
Des ruftiques humains polit l'humeur fauvage,
Chaſſa loin d'eux , meurtre , vol , brigandage,
Leur fit bâtir des murs leur prefcrivit des loix,
Et fixa pour l'Hymen leur penchant trop volage.
Les Dieux pour s'expliquer empruntoient nôtre
voix ,
Les peuples dans nos vers puiferent la fageffe,
On voyoit même peu de Rois
Qui ne duffent leur gloire aux filles du Per
meffe ;
Elle eft encore entre nos mains
Et que feroient fans nous ces Maîtres des hu
mains ?
A peine fur le ftyx la mort les fait defcendre ,
Que nous leur préparons un fort plus glo
rieux ,
Nous
14 MERCURE DE FRANCE.
Nous ranimons leur froide cendre ,
Nous les faifons affeoir à la table des Dieux.
C'eft nous qui chantons les conquêtes,
Des Heros qui de Mars furent les favoris ,
Les lauriers immortels dont nous ceignons
leurs têtes ,
Par l'injure des ans ne font jamais flétris."
N'en doute point , Loüis , nôtre divin langage ,
Pourra feul t'exempter d'un éternel oubli ,
Sans nous le plus noble courage ,
Dans une affreufe nuit demeure enfeveli
Pardonne cet aveu fincere ,
Oui , toi-même , grand Roi , quoique eu
puiffes faire ,
Pour te rendre fameux en cent climats divers ,
Soit feur de difparoître aux yeux de l'Univers ,
Devoir paffer ton nom comme une ombre
legere ,
Si ton heureux tableau ne paroît dans nos vers.
Quelle feroit la deſtinée ,
De Charles , de Martel , d'Hugues , de Meroüée
,
Si par nous la pofterité
N'eut appris leurs exploits d'éternelle memoire
;
Leurs noms ne feroient pas au faifte de la
gloire ,
QuoiJANVIER
15
1726.
Quoiqu'ils l'euffent bien merité.
Si mieux qu'aux temps paffez l'on connoît
dans cet âge ,
De Clovis quel fut le courage ,
Si partout on l'admire , en illuſtre guerrier
A qui doit-il et avantage ?
C'eſt au pinceau dé Saint Didier.
Ce Roi n'eft pas le feul dont la haute vail
lance ,
Avant même les Pharamons ;
Pour faire reſpecter l'Empire de la France s
Ait livré des combats dignes de nos chand
fons.
Combien d'autres François , Ducs , Princes
ou Monarques ,
De leur valeur ont donné mille marques 2
A peine on fçait qu'ils ont été;
L'on ne parle point d'eux , aucun ne les res
grette ,
Et comme leur valeur n'avoit point de Poëte ,
Leur nom eft dans l'obfcurité.
Pour toi , que le Ciel a fait naître »
Pour finir nos triftes malheurs ,
Nos plumes te feront connoître ,
Nos jardins à toi feul vont confacrer leurs
fleurs.
ᎬᏂ !
18 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! qui merite mieux les faveurs du Parnaffe ,
Qu'un Prince , doux eſpoir de fon auguſte
race ,
Qui veut par fes bienfaits regner fur tous
les coeurs !
Le plus riche marbre de Pare ,
N'orne point de Temple pareil ,
Au Temple glorieux que nôtre Art te prépare
L'or le plus pur qu'enfante le Soleil ,
Tout ce que dans fon fein la terre a de plus
rare ,
Enrichira le Temple , auffi bien que le Dieu
Nos mains y placeront ton image au milieu.
Et pour achever l'édifice ,
A tes pieds graveront le vice ,
Sous ton regne heureux abbatu ,
Sur les débris de l'artifice ,
On verra s'élever un Trône à la vertu.
Autour de cent pilliers d'yvoire ,
Sur des murs brillans de rubis ,
Nous voulons étaler la gloire ,
7
Dont tu couvres les champs où fleuriffent les
*
lys.
Le croiffant y verra deux de fes plus grands
Princes ,
Par tes foins , de Bellone , éteindre le flambeau
;
Le
JANVIER 1726. 17
Le Czar , du fond de fes Provinces ,
Viendra te preſenter un hommage nouveau .
Dans un char de Saphir , le Dieu de l'Hymenée
Conduira la beauté qu'il t'avoit deſtinée ;
Nos pinceaux à l'envi traceront fes appass
Les Amours conduiront un Reine fi belle;
Les graces & les jeux danferont autour d'elle ,
Mille fleurs naîtront fous fes pas.
O Ciel ! Que de vertus par nous feront écri
tes !
Vos deux noms chantez par nos Vers
N'auront jamais d'autres limites ,
Que les bornes de l'Univers.
kakak
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé le
Beuf, Chanoine & Sous- Chantre de
l'Eglife Cathedrale d'Auxerre , écrite à
M. de L. R. au fujet de quelques usages
de l'Eglife d'Auxerre , verifiez par
des Medailles , dont il est parlé dans
le 2. Volume du Mercure du mois de
Decembre dernier.
Ntre toutes les Medailles , Monfieur,
E dont je vous ai parlé dans ma Lettre
18 MERCURE DE FRANCE.
tre du 12. Avril dernier , je vous en
ai cité de differente espece de Probus ,
& fur tout une , fur laquelle cet Empereur
eft reprefenté revêtu de fes habits
Confulaires , tenant un Sceptre. Il n'y a
qui que ce foit dans notre Ville , qui ,
en regardant ce Sceptre , ne le prenne
pour un bâton de Chantre de la Cathedrale
d'Auxerre , tel qu'il eft en ufage
depuis 1695. ou environ , & tel que les
Chantres de l'Abbaye de S. Germain de
notre Ville le portoient il y a cent , ou
cent cinquante ans. La feule difference
qui paroît entre les deux , eft que le
corps du Sceptre eft plus délié que celui
de nos Chantres . On affure qu'il n'y a
en France , que l'Eglife de Cahors où le
Chantre porte un bâton femblable . Peutêtre
l'un a t'il été fait fur le modele de
l'autre. ( a ) Mais pour ce qui eft de celui
de ce pays-ci , il n'a fallu y apporter qu'un
très - petit changement pour le rendre
femblable au Sceptre des Empereurs. Les
bâtons de Chantre finiffoient ordinairement
en efpece de potences ou becs de
corbin ; fouvent c'étoit une figure d'oifeau
qui fervoit de poignée , & il fortoit
du bec de l'oifeau une chaîne que l'on
Les Chanoines Reguliers de l'Abbaye de
Semur en Bourgogne , ont imité depuis un ou
deux ans la Cathedrale d'Auxerre.
entorJANVIER
1726. 19
entortilloit autour de la main , pour
mieux tenir le bâton . Depuis l'an 1580.
le bâton du Chantre d'Auxerre a été
élevé à hauteur de la tête , & un oiſeau y
alété reprefenté pour couronnement ; d'où
étoit venue l'expreffion ancienne de porter
l'oiseau , au lieu de laquelle on dit
à préfent , porter le bâton . On s'eft rempli
au dix-feptiéme fiecle d'un fauffe idée
fur l'Empereur Charlemagne on a cru
qu'il étoit Fondateur de plufieurs Eglifes
Cathedrales du Titre de S. Etienne ;
il n'en a pas fallu
davantage
pour faire
croire dans quelques unes , que c'étoit
pour cela que le Chantre portoit un bâton
terminé par un oifeau . En confequence
de cette opinion ( dont on a reconnu
depuis la fauffeté ) on a fait faire une veritable
aigle à Auxerre , vers l'an 1695.
& on l'a reprefentée étendant les ailes
ou voltigeant , de même qu'on la voit
fur le Sceptre des Empereurs ; mais avec
cela de fingulier , qu'il fort du bec de
l'aigle un bout de chaîne terminé par
un diamant ; ce qui dément ce qu'on avoit
voulu perfuader , & qui fait voir la veritable
origine de cet oifeau & de fes dépendances.
Je ne dis pas cela pour improuver
la nouvelle méthode , dont quel
ques-uns ont tiré des fens myſterieux . (a)
( a ) Sicut aquila provocans,
Je
20 MERCURE DE FRANCE.
Je dis feulement que c'eft bien tard commencer
à fanctifier l'ufage de l'Aigle Romaine
déployée . L'ufage en paroîtroit
plus authentique & mieux appuyé , s'il
étoit de plus ancienne date. Si les Chré
tiens ont pris comme par droit fucceffif
plufieurs des pratiques des payens
ça été dans les premiers temps. Ils n'ont
fait que les fanctifier , en dirigeant leur
intention vers un objet réel & éternel
au lieu des objets infames ou chimeriques
des payens. Tel eft l'ufage de la
croffe , qui eft comme le lituus des Augures,
repreſenté fur les Medailles d'Augufte
& des autres . La chafuble que tout
le Clergé portoit autrefois , ne venoitelle
pas du Paganifme ? & fi vous en
ôtez la Croix , quelle difference y aurat
- il entre cet habit , tel qu'on le voit fur
les Medailles Romaines & les Chafubles
de nos anciennes peintures ou ftatues
? A quoi fuccedent nos Bannieres
finon aux anciens Etendarts militaires ?
Les Images de nos Saints ne fuccedentelles
pas à celles de toutes ces fauffes
divinitez , qui ont féduit les hommes
pendant tant de fiecles ? Je ne vois
pas que ceux qui fe tiennent féparez
de nous , d'ailleurs grands amateurs de
l'Antiquité profane , ayent tant de fujet
de fe recrier contre les pratiques de l'E-
>
glife
JANVIER 1726. 2 T
glife Catholique , qui ne retient fouvent
d'autres ufages , que ceux que fes premiers
Auteurs ont herité des payens
au milieu defquels ils vivoient , & qu'ils
n'ont pas crû devoir abolir ni changer
entierement ; car enfin il falloit des habits
dans la Religion , il falloit des bâtons
de ceremonie , il falloit parler quelque
langue . Il s'eft trouvé le plus fou
vent qu'on a adopté ce qui étoit en ufage ;
on n'a fait que le continuer en le rectifiant
, en fupprimant ce qui pouvoit trop
reffentir l'idolâtrie ou la fuperftition ;
en un mot , en ſanctifiant ce qui étoit profane
ou impur.
par
Je m'apperçois que je retombe malgré
que j'en aie dans les matieres Ecclefiaftiques
: mais ceci me conduit infenfiblement
à une remarque que je fuis sûr
être du gout des curieux , & qui ne fera
pas rebutée par les Anglois . C'eft
rapport
à cette fanctification des chofes
du Paganiſme dont je viens de vous parler
; ce que je pourrai vous dire à ce fujet
fervira à vous dédommager de ce que
les Medailles de Luci n'ont pas eu d'aſſez
curieux pour vous .
Les Chrétiens ne fe contenterent pas
feulement de faire faire des vafes neufs
felon le goût de leur temps , ni de fuivre
dans leurs habillemens le modele de ceux
des
22: MERCURE DE FRANCE.
des Payens. Ils faifoient plus : en certains
pays ils employoient dans l'ufage de
leurs ceremonies , les propres vafes des
Payens , ou au moins dans leur ufage
particulier ; & ils ſe ſervoient de ces vafes
tels qu'ils les avoient trouvé , en les
faifant auparavant purifier par les prie
res de l'Eglife. Dans l'un des quatre ou
cinq voyages que j'ai fait en Normandie,
depuis dix ou douze ans , je me fuis
trouvé à portée de confulter les Manufcrits
de la celebre Abbaye de Jumieges,
proche Rouen. J'y ai vû entre autres un
fort beau Miffel , dont il ne paroît pas
que
le Pere Martenne ni d'autres aïent
fait mention. ( a ) Il a été écrit certainement
pour une Eglife d'Angleterre , felon
qu'il eft aifé de le voir par le Calendrier
& les Litanies. L'ordre de la
Ceremonie de l'Extrême - onction , c'eſt - àdire
, ce qu'on appelle les Rubriques ,
y eft en langage vulgaire Anglois de ce
temps - là , mais toutes les prieres y font
en Latin l'écriture eft du onzième fie-
(a) Je n'en ai trouvé aucune citation dans
l'Edition du Sacramentaire de S. Gregoire ni
des autres Livres Liturgiques de ce Saint Pape,
à laquelle Dom Denis de Sainte - Marthe ,
General de la Congrégation de S. Maur , a
travaillé principalement fur les Manufcrits de
Ja Normandie , lorfqu'il y faifoit fa demeure ,
felon que je lui ai entendu dire plufieurs fois .
cle
JANVIER 1726. 23
de au plus tard ; & on croit dans le
Monaftere , que ce Miffel y a été donné
par l'Abbé Robert , qui fut enfuite Evêque
deLondres vers l'an 1050. & qui dans
le Catalogue que j'ai des Evêques de ce
Siege , écrit au douziéme fiecle , eft le
vingt-neuviéme Evêque depuis S. Mellit.
Voici l'Oraifon qui me frappa le plus
de tout ce Miffel , & à laquelle je crois
que perfonne n'avoit encore fait attention.
Oratio fuper vafa in locis antiquis
reperta.
Mnipotens fempiterne Deus infere
te officiis noftris ; & hæc vaſcula
arte fabricata Gentilium fublimitatis ine
potentia ita emundare digneris , ut omni
immunditiâ depulså fint tuis Fidelibus
tempore pacis atque tranquillitatis utenda .
Per Chriftum Dominum noftrum.
Lorfqu'on voit que l'on employoit en
France dans la celebration des facrez
Myfteres, des Diptyques dont les dehors
ne font remplis que de figures du Paganiſme
, on ne doit pas douter que la
priere que je viens de rapporter , n'y
ait auffi été ufitée , & qu'elle n'ait été
employée pour leur purification , ou quel
que autre priere femblable.
B
Ja
MERCURE DE FRANCE.
Je ne repeterai pas ici les remarques
que j'ai faites fur ces fortes de Diptyques
dans les notes des pieces juftificatives de
mon petit Livre des Guerres de la Religion
. On peut voir la reprefentation de
ces Tables d'Yvoire dans le Traité de
1Utilité des Voyages de M. Baudelot
dans le premier Voyage du Pere Martenne
& ailleurs . J'ajouterai feulement
que j'en ai vû depuis peu de fort petites,
mais affez femblables pour les figures du
Paganifme , dans le tréfor de l'Eglife
Cathedrale d'Autun ; elles fervent de
couverture à un recueil de Répons . Graduels
& Alleluiatiques ( a ) qui eft d'une
écriture de fept ou huit cens ans ; ce
qui confirme ce que j'ai dit dans ma
note , que ces Diptyques fervoient quelquefois
à renfermer les parchemins notez
, qu'un Chantre portoit pour chanter
(a) Ceux qui fe rendent familiere la lecture
du Gloffaire de M. du Cange , ne feront
pas furpris de ces termes de Répons - Graduels,
Répons- Alleluiatiques. Comme ce qu'on appelle
communément l'Alleluia à la Meffe eft
un vrai Répons , il paroît que pour fe mieux
faire comprendre & diftinguer ce dernier Répons
du premier , il eft convenable de fe fervir
d'un adjectif , que S. Jerôme & d'autres Auteurs
n'ont pas dédaigné d'employer dans leurs
écrits . Hieron. Ep. 7. 17. 107. Victor. Vitens
Greg. Turon. de Vit . Pat. Synod, Trullan, Joan
Abrinc
JANVIER 1726. 25
à la Tribune , qui étoit élevée dans l'un
des côtez de l'Eglife , en maniere de
perron d'Orient en Occident , & non
pas en maniere de Portes Triumphales
ou d'Arcs de Triomphe , tels qu'on en
voit depuis deux cens ans , qui traverfent
nos Eglifes du Septentrion au Midi.
On trouve auffi que fous nos premiers
Rois , lorfqu'un Evêque puiffant faifoit
la Dedicace de fon Eglife Cathedrale
il la combloit en même temps de toute
l'argenterie qu'il avoit pû ramaffer.Comme
dans le grand nombre de vafes que
les Evêques fe piquoient alors d'offrir
il ne manquoit pas de s'en trouver qui
avoient été fabriquez par les Payens , ou
qui avoient même été à leur ufage , qui
peut douter que l'Eglife ne les fanctifiât
auparavant par les prieres , comme elle
faifoit en Angleterre , tous les uftencilles
du Paganiſme qu'on trouvoit , & qu'on
trouve encore de temps én temps fous les
ruines des anciens édifices , tels que pouvoient
être des urnes de cuivre où de
bronze , des baffins , des pateres , des
cuvettes , foucoupes ou patenes & autres
femblables vafe s?
Permettez que je vous rapporte un
exemple domeftique de cette oblation de
vafes profanes faite à une Eglife de
France par un Prélat de fainte vie . Je.
Bij veux
;
26 MERCURE DE FRANCE.
veux parler de notre Evêque S. Didier,
que M. Godeau , par une mauvaiſe ap❤
plication des paroles du Continuateur de
la Chronique de Frédegaire , a fait paffer
pour un Payfan , & qui felon nos Ecri
vains mieux fournis de preuves , étoit
proche parent de la Reine Brunehauld .
Cet Evêque ayant fait aggrandir fon
Eglife du côté de l'Orient , & y ayant
ajoûté un édifice en forme de coupole ,
il en fit orner la voute d'une mofaïque
femblable à celle qu'il avoit vû à Autun,
où il en fubfifte encore dans le Prieuré
de S. Raco : il y transfera l'Autel le 18 .
ou 19. Avril , & en fit la Dedicace avec
une telle folemnité , que les copies du
Martyrologe Hieronymique les plus an
ciens , en font mention ( a ) Les prefens
qu'il fit de vafes d'argenterie ou
d'uftencilles qu'il jugeoit propres au
Miniftere de la Sacriftie , furent fi confiderables
, qu'ils monterent juſqu'au poids
de plus de quatre cent vingt livres. Ceux
qui feront curieux d'en voir le détail ,
peuvent le lire dans le premier Tome
de la Bibliotheque des Manufcrits du
Pere Labbe , pages 423. & 434. mais
ils doivent être avertis que cette copie
( a ) Spicileg. Tom. IV. pag. 640. j'ai dit
18. ou 19. parce que notre vie MS, de S. Didier
met le 19.
JANVIER 17:261 17
eft pleine de fautes d'impreffion , & que
c'est ce qui eft caufe que le celebre M.
Du Cange , dont ils pourroient confulter
le Gloffaire , n'a pas toujours heureufement
rencontré , lorfqu'il a voulu donner
l'explication de ces vafes ou meubles
profanes. Il les appelle par tout vafes
Sacrez , en fuppofant apparemment
la Ceremonie préliminaire de leur fanctification
, par les prieres de l'Eglife , ou
leur emploi dans les Ceremonies du
Chriftianifme , mais il ne nous donne
pas toujours le texte tel qu'il eft dans
le Livre qu'on peut appeller aujourd'hui
l'original des Geftes de nos Evêques.
C'eft un gros in 4 ° . qui a été
tranfcrit en fort beaux caracteres , vers
l'an 1160. fur un Livre plus ancien , &
dont les premiers Auteurs avoient redigé
en un corps fous Charles le Chauve ,
toutes les Chartes & inftrumens anciens
qu'ils avoient pû trouver , faiſant à l'Hiſtoire
de nos Prélats.
Il est bien vrai que Monfieur du Cange
a raifon de nous dépeindre comme
une espece de petite table , ce que les
Anciens appelloient Mifforium , & de
corriger le gravellatum du Pere Labbe ,
en mettant en place granellatum ; mais
il n'a pas pû être fuffifamment fondé fur
un imprimé auffi peu exact que l'eft ce-
B iij lui,
28 MERCURE DE FRANCE .
lui- là , pour fournir à fes Lecteurs une
jufte idée de ce que fignifie l'épithete qui
eft donné à chacun de ces vafes . Si le
Manufcrit de nôtre Chapitre lui avoit été
communiqué , il y auroit lû par tout pour
adjectif après chaque fubftantif , anacleum
bien marqué , & non pas anacteum.
Ainfi il y a dans cet original , mif
forium anacleum, bacchovicam anacleam ,
caucos anacleos, fcutellas anacleas , falariolas
anacleas , gabatas anacleas , hicinarios
anacleos , fuppoftorium anacleum,
anafum ... fufcinam ... cochleares .
Et c'eft , fans doute , le même terme qu'on
doit lire dans le teftament de Leodebold
, Abbé de Mici proche Orleans ,
où Monfieur du Cange , ſe fondant toûjours
fur l'imprimé , a lù anacletum ,
vafa argentea anacleta , au lieu d'anaelea.
Les fubftantifs fcutella & falariola ,
qui font intelligibles à tout le monde ,
doivent faire naître l'idée d'un preſent
affez bizarre fur un Autel. On n'eſt pas
accoûtumé à y voir aujourd'hui des écuel-
·les ni des falieres ; mais on feroit enco
re plus furpris d'y voir quantité d'autres
meubles plus confiderables qui étoient
ornez de figures vraiment payennes , des
baffins , des plats , des flacons , des taffes ,
des cueilleres , des fourchettes , des bouteilles
deftinées à renouveller du vin
tout
JANVIER 1726 .
19
vieux , qui étoient appellées recentarios ;
tout cela garni de figures de Centaures ,
de Syrenes , de Joueurs , d'hommes reprefentez
avec des cornes , de Chaffes &
de Chaffeurs , de combats de bêtes & de
Gladiateurs. C'eft cependant ce qui fe
voyoit fur les vales que nôtre faint Evêque
offrit au Dieu vivant en lui dédiant
ún Autel. Les prefens qu'il fit à l'Ab.
baye de Saint Germain , étoient auffi de
même genre . Il y avoit entr'autres vafes
un grand Mifforium , où étoit reprefentée
l'Hiftoire d'Enée avec des infcriptions
grecques , & le nom de Thorfomo
dus , qui pouvoit être celui de l'Ouvrier,
des aiguieres & baffins propres àrecevoir
l'eau des mains, fur l'un defquelsNeptune
étoit reprefenté avec fon trident . ( a )
Si on voyoit aujourd'hui un Evêque
offrir folemnellement fur les facrez Autels
un prefent de cette nature , on le regarderoit
comme fort fingulier . Les perfonnes
qui ne veulent point d'armoirie
dans les Eglifes , feroient à plus forte raifon
choquées d'une telle oblation . Mais
cela etoit pardonnable pour le commencement
du feptiéme fiecle : & s'il n'y
avoit pas de Prieres particulieres pour
fanctifier ces vaſes , on croyoit au moins,
que les offrant à l'Eglife , c'étoit lui faire
(a) Labb. fuprà. pag. 425.
B iiij con30
MERCURE DE FRANCE.
contracter une efpece de fanctification.
Peut - être auffi furent- ils échangez peu
de temps après pour d'autres , ou bien on
les referva feulement pour l'ufage civil ,
& pour fervir au Clergé lorsqu'il mangeoit
avec l'Evêque. Quoiqu'il en foit ,
il y a un temps infini que toute cette battetie
de cuifine eft difperfée du tréfor de
P'Eglife d'Auxerre. Apparemment que
quelques Juifs s'en accommoderent par
la fuite : j'entens parler de ceux qui couroient
dans le Royaume ( comme on en
voit encore de nos jours , ) & qui fçavoient
attraper fi finement les Ecclefiaftiques
& les Moines , dépofitaires des tréfors
de l'Eglife , que l'Empereur Charlemagne
( a ) fut obligé d'ordonner par
un Capitulaire formel , qu'on eût à feſe
défier de ces fortes de gens , qui fe vantoient
de pouvoir acheter en meubles
(a ) Ut finguli Epifcopi , Abbates , feu Abbatiffa
diligenter confiderent thefauros Ecclefiafticos
, ne propter perfidiam aut negligentiam
cuftodum aliquid de gemmis aut de vafis
, vel de reliquo quoque thefauro perditum
fit : quia dictum eft nobis quod negotiatores
Judai , necnon & alii gloriantur , quod quidquid
eis placeat poffint ab eis emere. Capitufare
Car. M. ad Niumag. anno 806. art . s.
Edit. Baluz. T. 1. p. 453. & lib. 1. Magna collect.
cap. 117. pag.726.
d'Eglife
JANVIER 1726 . 31
d'Eglife tout ce qui leur plaifoit , par
l'extrême facilité des Tréforiers & des
Sacriftains .
Si les Tréforiers des Eglifes Cathedrales
étoient conftituez gardiens de vafes
profanes , il leur étoit auffi permis
de conferver dans leur exterieur un
refte de ce qui defigne aujourd'hui le
profane & le feculier. Ces fortes d'Officiers
, qu'on appelloit Archiclaves , pouvoient
venir à l'Office , & occuper leur
place dans le Choeur en habit laïc , l'oi-
Teau de proye fur le poing. Je ne tire
point cela de Memoires apocriphes , mais
des Regiſtres mêmes du Chapitre de nôtre
Eglife , qui renvoyent à l'uſage de
l'Eglife de Nevers , & de fon dernier
Ceremoniel ou Ordinaire ; & cela s'obfervit
principalement les jours aufquels
les Chanoines fe revêtoient de tous les
habits qui les diftinguoient du Clergé inferieur.
C'eft ainfi que dans les Chapitres
des Eglifes Cathedrales il y a toujours
une certaine varieté , par le moyen
de laquelle on peut y appercevoir mieux
qu'ailleurs , que l'Eglife a confervé un
grand nombre de pratiques de l'antiquité
Romaine , & qu'elle s'eft contentée
de les fanctifier , & de leur donner des
fens myftiques & fpirituels . Si dans quelques
Cathedrales on a confervé ou re-
B v pris
32 MERCURE DE FRANCE.
pris l'ufage de la pourpre , ou de ce qui
en approche,c'eft qu'on a crû infpirer par
là à ceux qui la porteroient , la même
gravité qui a parû dans ceux qui en
étoient revêtus chez les Romains . Mais
fi les premiers du Corps Ecclefiaftique
ont participé à l'honneur de l'habit Imperial
, ils ont auffi crû ne devoir pas refufer
aux Rois ni aux Empereurs l'honneur
de quelques fonctions Ecclefiaftiques.
Ainfi a-t- on vû à Rome dans la
grande Eglife les Empereurs & les Rois
la Chappe fur le corps , & l'épée nuë
à la main lire une Leçon à l'Office
Nocturne des grandes Fêtes . ( a ) Que
fçai-je fi dans les Eglifes fubalternes ,
où l'on voit encore des Seigneurs Laïques
poffeder des Prébendes , il n'en a
pas été de même ? Il ne paroît donc pas
que l'Eglife ait jamais fi fort abhorré ,
que quelques-uns le croyent , l'ufage de
ce qui étoit originairement profane , ou
qu'elle étoit fi difficile , lorfqu'il s'eft
agi d'admettre dans fes pratiques , ce
qui étoit mêlé de quelque exterieur du
fiecle , lorfque la modeftie & la gravité
n'y étoient pas bleffées . Or c'est ce
qui n'étoit nullement à craindre , dans
>
( a ) Mabillon. Muf. Ital. T. 1. pag. 163. &
Tom. 2. pag. 325. 326. & 452. in Ordinib,
Rom. XIV. fæculi.
des
JANVIER 1725 33
des temps qui touchoient à ceux où l'on
avoit vû l'exterieur du Chriftianifine
s'enter fur la Gentilité .
Quoique nous ne touchions plus de fi
près a ces temps- là , nous pouvons encore
être inftruits fur certaines chofes
mieux que ceux qui vivoient il y a quelques
fiecles , par le moyen des recherches
qui ont été faites des coûtumes &
ufages de toute l'antiquité par tant d'habiles
gens & avec ce principe d'un
grand Docteur de l'Eglife , que l'homme
étant compofé de corps auffi- bien que
d'ame , il lui a fallu de tout temps
quelques rits exterieurs pour arrêter fest
fens , on conviendra qu'il eft convenable
qu'il y ait parmi les Chrétiens des
marques exterieures de la fubordination
des differens états , de même qu'il y en
a eu chez les Hebreux , les Grecs & les
Romains , & même chez les Barbares .
Comme cette Lettre eft déja trop longue
, je ne vous parlerai point des anciennes
trouvailles faites en ce païs - ci ,
qu'on n'a fait que vous defigner dans la
lettre qui vous a été écrite au mois de
Janvier. Je ferois trop long à vous détailler
ce qu'on y remarqua de curieux ,
& qui n'existe plus , au grand regret des
Antiquaires de cette Ville. Il feroit à
fouhaiter qu'il y eût un ordre pour em
B vj pêcher
34 MERCURE DE FRANCE :
*
pêcher la diffipation des Antiquitez ;
comme pour la confervation des Manuf
crits , & qu'une perfonne intelligente en
fut chargée dans chaque canton . Si on
avoit toûjours été exact à fuivre de vûë
les Manufcrits & les Antiquitez , on ne
feroit pas aujourd'hui en peine de fçavoir
le fort d'une infinité de belles chofes , que
des perfonnes peu éclairées ont laiffé brifer
ou jetter en fonte par des mains profanes
, ou qu'on a laiffé emporter fans
qu'on connoiffe l'endroit où ces curiofitez
font confervées. ( a )
y
En vous donnant avis des Medailles
trouvées à Luci , on vous a dit un mot
du Deus Terminus , qui a été trouvé il
a deux ans dans nôtre vignoble. Quoiqu'il
foit fort pefant , il n'avoit d'abord
paru n'être que de pierre tendre , parce
qu'à l'exterieur il n'eft pas plus dur que
le plâtre . Mais un malheur ayant permis
( a ) J'ai fait tout ce que j'ai pû pour découvrir
ce qu'étoient devenues les Antiquitez
qui avoient été ramaffées par Jean - Baptifte
Duval , natif d'Auxerre , autrefois Profeffeur
des Langues Orientales à Paris , fans en avoir
pû rn apprendre . Ce fut lui qui emporta à
Paris tout ce qu'on avoit trouvé d'ancien à
Auxerre jufqu'à l'an 1620. & même des groffes
pierres chargées d'Infcriptions . Il y mou
rut après l'an 1630. dans fa maifon fituée ruë
du Coq.
qu'il
4
JANVIER 1726. 35
qu'il fe foit éclatté en deux endroits ,
j'ai reconnu que cette Divinité avoit d'abord
été figurée groffierement en terre
cuite fort dure , & qu'enfuite on l'avoit
couverte d'un enduit de couleur blanche ,
de l'épaiffeur d'un de nos écus , fur lequel
le Sculpteur , qui ne paroît pas
avoir été des plus habiles , a figuré une
efpece de bufte affez groffier . Je fuis ,
&c.
▲ Auxerre , ce 2. Mai 1725 .
VERS prefente à M. C ..... le jour
de S. Denis.
Nous vous offrons pour vôtre Fête ,
Sire Denis , humble falut ;
Nous eſperions au fon du Luth ,
Pouvoir chapter à pleine tête ,
Ut , re , mi , fa , ſol , la , fi , ut ,
Mais la Mufique n'eft pas prête.
Pour répondre à nôtre defir ,
Ce docte Abbé dont les merveilles ,
Charment les fçavantes oreilles ,
N'a point affez eu de loifir.
L'em
36 MERCURE DE FRANCE.
L'embarras où le fort nous jette ,
Etant privez de ſes beaux airs ,
Me reduit , moi pauvre Mazette ,
Au foin de vous faire des Vers,
S *** le Geomettre illuftre ,
Yjoint un Difcours qui fait voir
Dans leur éclat & dans leur luftre ,.
Et vos talens & fon fçavoir.
Il m'eft doux que fa main habile
De vos vertus trace le Plan ;
L'Enée eftdigne du Virgile ,
Le Pline eft digne du Trajan.
Vôtre amitié nous eft fi chere,
Qu'on ne peut affez l'exprimer ;
Nôtre bonheur eft de vous plaire ,
Nôtre plaifir de vous aimer.
Mais parmi tous ceux qui font gloire
D'avoir le nom de vos amis ;
Faites- moi la grace de croire
Que je fuis un des plus foumis.
Le Maire.
AVIS'
JANVIER - 1726 . 37
AVIS à ceux qui envoyent aux Дúteurs
du Mercure des Memoires
concernant l'Hiftoire naturelle.
Irelle ,que le recit des évenemens foit
Left important pour l'Hiftoire natufait
avec fidelité , & par des perfonnes
inftruites. Le defir d'y répandre du merveilleux
& la précipitation peuvent
également nuire : & il femble que ce
n'eft bien meriter du Fublic ni des
pas
Sçavans , que de vouloir impofer pour
quelque motif que ce puiffe être.
Ce n'eft que depuis quelques jours
que le hazard a fait tomber quelquesuns
des Mercures de France entre les
mains d'une perſonne , qui trop occupée
d'ailleurs , n'étoit pas affez informée de
ce qui fe paffe dans la Republique des
Lettres , pour avoir connoiffance de ces
utiles & agreables Memoires , dont il
ne peut affez louer les Editeurs. Et comme
on a lû avec furprife ce qui y eft
rapporté touchant le Phenomene arrivé
à Marseille le 29. du mois de Juin de
l'année 1725. il prie ces Meffieurs
d'agréer la liberté qu'il prend de leur
adrefler les remarques fuivantes , ſauf à
eux
38 MERCURE DE FRANCE.
eux de les publier , ou de les fupprimer ;
fuivant qu'ils les jugeront utiles ou inu
tiles.
Mois de Juillet.
1. Dans l'avis inferé à la
.
page 1619.
il eft dit les vents ont varié dans la
journée , de l'Ouest
à l'Est par le Sud ,
& ont resté l'après - midi à l'Eft , petit frais.
Quand les gens de mer difent , les
vents font à l'Eft , ou restent à l'Eft , ils
entendent qu'ils foufflent venant de l'Eft,
& fe portant vers l'Oüeft. Si l'Auteur de
l'avis envoyé de Marſeille , l'a ainſi entendu
d'un vent paffager qui fe fit fentir
dans la Ville , & non du Sud - Eft , que
l'on croit qui regnoit actuellement au
large à plufieurs lieuës de cette rade ,
auroit dû dire tout le contraire , puifque
ce vent paffager venoit de terre , plutôt
de l'Ouest que de l'Eft. L'on croit
pouvoir affurer fur une obfervation qui
fut faite dans la Ville , fans aucune attention
à ce Phenomene que l'on ne foupçonnoit
pas , & fur les témoignages de
plufieurs perfonnes à qui l'on en parla
enfuite , que c'étoit le Nord- Oueſt.
Ceux qui obferverent le mouvement
des Bâtimens dans le Port , ne conviennent
JANVIER 1726. 39
hent pas du refte de l'avis . Mais la méprife
à cet égard ne tire pas à confequence.
29. Dans l'Extrait qui fuit, page 1621 .
on affigne mal l'heure de l'évenement .
Tout étoit fini , & l'eau du Port avoit
repris fon calme à 8. heures , ou peu
après. La décruë , à l'occafion de laquelle
plufieurs commencerent à s'appercevoir
du Phenomene , arriva vers les fept
heures & demie . C'eft un fait conftant &
averé. Ainfi l'on n'a pas dû dire que l'élevation
, que l'on croit avoir précedé
cette décrue ou abaiffement , n'ait
commencé qu'à neuf heures. Cependant
l'heure eft une circonftance qui paroît
effentielle à fçavoir , pour concilier ce
fait avec ce que l'on a appris qui fe paffa
ailleurs , & qui peut avoir une même
cauſe.
و
La crue & la décruë , ou fi l'on veut,
la pouffée & l'écoulement de l'eau du
baffin ne pouvoient pas manquer de
faire rouler & de déplacer la vafe en quelques
endroits . C'eſt tout ce qu'on auroit
dû annoncer au Public , pour ne pas donner
lieu de chercher des cauſes d'un effet
purement fuppofé.
} 3º. Dans un autre Extrait , page 1622 .
outre que l'on s'eft encore trompé fur
l'heure de l'évenement , l'on a exageré
en
40 MERCURE DE FRANCE.
en des endroits qui peuvent être de quel
que importance. Les deux Vaiffeaux que
F'on vit fortir du Port , étoient amarrez
à fon entrée auprès de la chaîne , où la
violence du torrent & l'élevation de
l'eau , furent incomparablement plus
fenfibles , que dans tout le refte du baffin.
Il
y eut peu
de mouvement au milieu
du Port , du côté de la rive neuve,
& il ne s'en détacha aucun Bâtiment ,
qui ait été porté hors du Port. Le Pacquebot
ne revint pas de fi loin , ni de la
maniere qu'on le dit . Il fit , à la verité ,
vers l'entrée du- Port, quelques allées &
venues au gré du flot ; mais comme il
avoit tout fon équipage , il manoeuvra
fi bien qu'il gagna le large , & fe fauva.
L'autre Vaiſſeau , après être rentré &
refforti , roula en tournoyant auprès du
Fort de S. Jean , comme par l'effet de
quelque tourbillon , & heurta contre la
Galerie de la Tour quarrée , où il rompit
fon Beaupré , &c .
On fuppofe gratuitement , que dans
cet intervalle tous les Bâtimens qui
étoient dans le Port jufques vers l'Hô
tel de Ville , fe fracafferent en heurtant
les uns contre les autres : & c'eft par
une liberalité mal fondée , que l'on affigne
pour caufe de ce prétendu fracaffement
, du bouillonnement du fond & de
la .
JANVIER 1726. 47
la vafe du Port qui ne fut remarqué de
perfonne. Il y a apparence que cette fup:
pofition a été meditée après coup , pour
appuyer la décifion précipitée de ceux
qui ont d'abord publié , que le Phenomene
étoit l'effet de quelque tremblement
de terre , ou de quelque inflam
mation fubite des exhalaifons fouterraines
Mois d'Aouft.
1. Si les recits précedens euffent été
faits avec plus de bonne foi & de connoiffance
, l'on auroit pû attendre des
Sçavans éloignez , des explications plus
juftes que celles qui ont été publiées .
M. Boyer , Medecin du Roi qui a le
premier déclaré fon fentiment , dans fa
Lettre aux Auteurs du Mercure , page
1756. croyant qu'il n'étoit rien arrivé
hors du Port , parce qu'on l'avoit ainfi
avancé contre la verité , a crû trouver
la caufe de cet évenement dans quelque
violente fecouffe & tremblement de terre
, comme l'avoient penfé d'abord bien
des gens , avant qu'on eut eu le loifir
d'être mieux informé , & il a , ce femble,
voulu défigner le lieu à peu près ou s'eft
faite cette fecouffe , ou du moins en indiquer
la vrai-femblance en parlant
d'un petit trou fous l'eau en forme de
,
puits
42 MERCURE DE FRANCÊ
puits perdu , à quelque distance de l'en
trée du Port , qui n'eft connu que de
peu de perfonnes , & dont les Pêcheurs
que l'on fçait être fort portez à la fuperftition
, prennent occafion d'augurer
des changemens de temps , lorfque les
immondices que l'on croit s'y rendre &
y croupir , excitent par leur fermentation
, ou autrement , quelque bouillonnement
qui fe rend fenfible à la furface
de l'eau. Il eſt vrai que cela arrive quelquefois
mais ceux qui voudroient en
tirer quelque induction , doivent fçavoir
que le temps
de ces bouillonnémens
n'eft aucunement reglé , qu'il ne s'y eft .
jamais produit autre chofes que l'endroit
eft à plus de 30. toifes hors de l'entrée
du Port , au lieu de 3. ou 4. que lui don
ne M. Boyer , & que fon diametre eft
de plus d'une toile & demie ; en forte
qu'il faudroit que ce trou eut changé de
place & fe fut confiderablement agrandi
depuis que ce Medecin , en le fondant
comme il dit , trouva que fon ouverture
n'avoit que 3. ou 4. pieds .
,
20. Il y a erreur de lieu & de tems
à la datte de la Réponſe de M. du Marfais
, à M. Dalmas , inferée à la page
1788. Cette Réponſe , qui dans le Mercure
paroît être écrite de Paris le 12 .
d'Août , avoit été luë à Marſeille dès
2
le .
JANVIER 1726. 43
le mois de Juillet , & étoit dattée de
Juilly le 10. Juillet. L'on remarque exprès
cette méprife , parce que l'on croit
que fi M. du Marfais avoit attendu jufques
au 12. d'Août , pour être informé
de plus de circonftances qu'il n'en avoit
appris par la Lettre de M. Dalmas , dattée
du 2. Juillet , il auroit pû affigner de cet
évenement une cauſe réelle , au lieu de
former une hypotefe trés ingenieuſe à la
verité , mais purement arbitraire , & qui
n'eft pas fans quelque difficulté.
Mois de Septembre.
Le R. P. Caftel dans fa Lettre du 22
Aouft , inferée au mois de Septembre ,
page 1975. prend occafion du Phénomene
de Marfeille , pour combattre avec
vehemence le fentiment oppofé au fien,
fur la caufe generale du flux & reflux
de la mer . On efpere que ce R. P. ne
trouvera pas mauvais , que fans ofer afpirer
à l'honneur d'entrer en lice avec
lui , on faffe remarquer au Public , que
c'eft fans raifon & fans aucune preuve
qu'on a pû lui avancer , que lors de l'évenement
le fond de la mer étoit plus
agité que la furface , puifqu'il n'eft per- рев
fonne de ceux qui avoient les yeux ouverts
fur le lieu , qui s'en foit apperçu,
&
44 MERCURE DE FRANCE
& que c'est encore avec moins de fonde
ment que l'on ajoûte , que l'on y voyoit
de fable bouillonner , la vafe fe gonfler ,
les cailloux s'entre- beurter , qu'il y eus
un bouillonnement de l'eau , tout femblable
à celui qu'on voit dans un vafe qui eft
plein d'eau fur le feu , &c. Tous ces faits
font fi peu averez & fi peu crus, qu'il n'y
a pas apparence qu'ils puiffent être employez
efficacement pour détromper les
Lunatiques , non plus que les faifeurs
d'hypothefes , vrais Philofophes Romanciers
dont parle le R. P. Caſtel .
Mois d'octobre.
L'on pourroit bien confirmer par la
Lettre du R. P. Mottet , inferée à la
page 2389. que celui qui a inftruit le
R. P. Caftel fur les circonstances du Phénomene
, a voulu lui impofer ; car malgré
l'attention du P. Mottet , & les recherches
exactes qu'il a pû faire fur le
lieu pendant plus de fix femaines , il n'a
pû apprendre rien de femblable , aux faits
prétendus du bouillonnement de l'eau du
Port , du gonflement de la vafe & de
l'entre-heurtement des cailloux , dont ce
Profeffeur de Philofophie , que l'on sçait
être très habile , n'auroit pas manqué
de faire mention dans fa Lettre , pour ap
puyer
JANVIER 1726. 45
puyer l'opinion où il eft , que la caufe
de cet accident n'eft autre que la caufe
ordinaire des tremblemens de terre. 11
feroit à fouhaiter qu'il eût voulu prendre
connoiffance de ce qui s'eft paffe au
large , & près de terre , dans toute l'étendue
de la Côte , comprife depuis la
Plage d'Aren jufques à Caffis.
que
Il n'eft pas certain que l'événement
ait commencé par une diminution de l'eau
du Port ; comme le fuppofe l'hypotefe
du R. P. Mottet , auffi bien que celle
de M. du Marfais ; bien des gens loutiennent
le contraire. D'ailleurs la Colomne
d'eau eft un fait difficile à croire,
puifqu'elle n'a pas été vue comme elle
auroit dû l'être , ainfi que M. Gerbier
le fait remarquer dans fa Réponſe inferée
à la page 2395. Mais il femble
ce dernier en difant qu'il y avoit des
Pêcheurs au large , auroit dû s'expliquer .
Peut- être a- t - il voulu dire qu'il y en avoit
en divers endroits du Rivage & de la
Côte où ils ont leurs refidences ; car il
y a peu d'apparence qu'ils fuffent en
mer le jour de S. Pierre qui étoit leur
Fête. Mais il ne manquoit pas d'autres
Obfervateurs à Aren , aux Infirmeries, à
la Joliette , à la Tourette , aux Citadeles,
à N. D. de la Garde , au Château d'If,
à Montredon , & c. outre une infinité de
Bafti46
MERCURE DE FRANCE ,
Baftides ou maifons de campagne , d'ou
l'on auroit pû appercevoir la prétendue
colomne. F. H. E. C.
EPITRE de M. Cary à M. de la Vifelede
C
Her la VISCLEDE , la Provence
Doit celebrer de fibeaux jours ;
Tu feras bien-tôt dans la France ,
Oublier nos vieux Troubadours.
Les neuf Soeurs te font favorables ,
Les quarante l'ont attefté ;
Deux triomphes fi memorables ,
Fixent ton immortalité.
Cependant ta plume s'apprête ,
Ceux-ci ne font pas les derniers ;
Et bien-tôt je verrai ta tête ,
Ceinte des troifiémes lauriers .
Mais alors ta Mufe contente ,
Du rang qu'elle tient fans rivaux ,
Doit dans fa fortune brillante
Gouter le fruit de ſes travaux ,
Elle verra d'un oeil tranquille
Afpirer à pareil honneur ' ;
Ceux
JANVIER 1726. 47
Ceux qu'un fuccès fi difficile
Anime d'une noble ardeur.
Couronne une gloire immortelle ,
Ceux qui dans le facré vallon ,
Suivront un fi parfait modele ,
Digne favori d'Apollon.
Et puiffions- nous voir la VISCLEDE
Accablé de biens & d'honneur
Des glorieux prix qu'il poffede
Devenir le diftributeur.
REPONSE de M. de la Vifelede
Cher CART, vôtre compliment ,
Me comble d'une joye extrême ,
D'un ami que j'aime , & qui m'aime ,
J'y reconnois l'empreffement.
L'encens que vôtre main apprête
Eft dangereux en verité ;
Plus l'encens eft bien apprêté ,
Et mieux il fait tourner la tête.
Contre cet aimable poiſon ,
Qui de vôtre plume diftile ,
Mon efprit un peu trop facile ,
A grand beſoin de ſa raiſon .
C C'eft
48 MERCURE DE FRANCE ,
C'est elle qui me dit fans ceffe ,
Que les éloges fi fleuris ,
Que vous donnez à mes écrits
Partent de vôtre politeffe .
Je vous marquerai foiblement •
Et mon retour , & mon eftime ;
Difficilement on exprime ,
Ce que l'on fent bien vivement,
NOUVEAU MEMOIRE fur le
Royaume d'Yvetot.
L
A Province de Normandie n'eft pas
la feule qui puiffe fe vanter d'enfermer
dans fon fein un Royaume comme
celui d'Yvetot.
La Flandre , le Hainaut , le Brabant
& d'autres Provinces des Pays- Bas ont
les mêmes avantages , & renferment de
petits Empires , Royaumes , & Princi
pautez Souveraines , auffibien fondées les
unes que les autres.
Il n'a pas fallu inventer des Fables
pour les ériger , la nature libre d'ellemême
les a produites .
Ceux qui ont penetré dans l'antiquité
悲
JANVIER 1726.
4.9
ont trouvé une infinité de terres libres,
& indépendantés de toute domination.
Ce n'est que par la puiffance des grands
Seigneurs que les petits Seigneurs ont
été affujettis , & que ceux qui en
étoient les proprietaires ont été fujets à
leur rendre les devoirs de fujets.
Quelques beaux noms que l'on ait
donné à ces prétendus Royaumes &
Principautez , ce n'étoient que des francs
alleux qui jouiffoient des exemptions
qui leur étoient naturelles.
Les proprietaires les tenoient de Dieu
& du Soleil , de Dieu & de l'Epée. Le
Chapitre de Tournay a une Seigneurie ,
nommée Melle , qu'il prétend ne tenir
que de Dieu & de Nôtre- Dame.
Les neceffitez publiques ont enfanté
les impofitions , il n'y a d'exemption que
pour ceux qui ont eu du credit pour s'en
faire exempter , ou qui en ont merité
l'affranchiffement par des fervices importants.
L'Hiftoire fait mention d'une infinité
de petites guerres , qui fe font faites
dans differentes Provinces , en vûë d'affujettir
ceux qui refufoient de reconnoître
un Souverain.
Il y en a eu une fameufe entre les
Comtes de Hainaut & les Ducs de Brabant
, au fujet de la Seigneurie de Lem-
C ij becq .
30 MERCURE DE FRANCE.
becq, que ces deux Princes prétendoient
être de leur domination , & qui par ce
differend eft reftée dans une neutralité
qui approche de la Souveraineté .
11 y en a eu une autre entre les Comtes
de Flandres , & les Comtes de Hainaut
, au fujet de la terre de Flobecq , &
de Lelines , qui a été terminée en faveur
de ce dernier Comte on pourroit en
rapporter encore d'autres exemples.
Le Royaume ou la Principauté d'Yvetot
a confervé fon indépendance , non
par l'érection de cette terre en Royaume
ou Principauté Souveraine , mais en fe
maintenant dans une franchiſe qu'elle
tenoit de fon origine , & à laquelle on
n'a encore donné aucune atteinte .
Il y a dans les Pays - Bas quantité de
femblables terres franches . L'Abbeffe de
Nivelle , en Brabant, fe qualifie de Princeffe
, & jouit de quelques droits Regaliens
, dans les terres de fa premiere fondation.
L'Abbaye de S. Amand prétend les
mêmes droits , en vertu d'un titre du
Roi Dagobert , fon fondateur.
Celle de S.. Vaaft d'Arras prétend nonfeulement
les droits Regaliens ; mais encore
les Epifcopaux , fuivant l'Epitaphe
qu'ils ont fait mettre fur le Tombeau du
Roi Thierry , où il eft dit que ce Prince
K
&
JANVIER 1726. 3r
& l'Evêque de Cambray , nommé Vindicien
, leur ont accordé ces prérogatives.
Nobis Regale dant & Pontificale.
L'Abbé de S. Pierre de Gand fe dit
Prince de Camphin dans la Châtellenie
de Lille.
Et fi l'on veut rechercher les Abbayes
fondées par nos Rois de la premiere &
de la feconde race , on en trouvera peu
qui ne fe vantent d'une Souveraineté ,
ou d'une franchiſe qui en approche .
C'est ce qui a authorifé plufieurs Evêques
, Abbez & Abbeffes de fe donner
les titres de Ducs , Princes , Comtes
Souverains & Seigneurs , tant au ſpiri
tuel qu'au temporel , dont ils jouiffent
encore à prefent , quoique leurs Souverainetez
prétendues ayent été affujetties
aux loix commuffes des Pays où ils ont
été fondez.
Les Seigneurs de Trafegnies , de Fumay
& de Revin ſe flattent de tenir ces
terres en Souveraineté.
Le Royaume des Eftimaux , dans la
Châtellenie de Lille , n'eft à prefent
qu'une fimple juſtice Vicomtiere , à qui
il ne reste plus que le nom illuftre qu'elle
a confervé ; il eft dans la maifon des
Comtes de Wletteren , du nom de Vignacourt.
C iij
La
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
La Souveraineté prétendue de Hau
bourdin , près cette Ville de Lille , fe
trouve réduite au titre de Vicomté.
Le Royaume de Maude , prés de Tournay
, eft fi petit qu'on auroit peine à y
trouver le labourage de trois charuës .
Les Rois de l'Epinette n'étoient que
des particuliers qui prefidoient aux
Jouftes , & décidoient fouverainement
les differends qui y arrivoient.
L'Empire de Blandain , entre les Villes
de Lille & Tournay , n'a pris ce nom
que pour le fouftraire aux charges pu- .
bliques , à quoi il n'a pas réüffi.
Les Maîtreffes des Beghinages de
Gand , de Malines , & autres , font nommées
Souveraines , les métiers même ont
leurs Maîtres Souverains ; mais ce ne
font que titres d'honneur , qui ne donnent
d'authorité que pour faire executer
les Reglemens de ces maifons & de ces
Métiers .
Quant à la franchife d'Yvetot , à qui
on a donné le nom de Royaume , on
peut dire que c'eft
par une espece d'u
fage qui n'eft pas fans exemple.
die
Ce Royaume pré endu auroit dû être
de la dépendance des Ducs de Normancomme
étant entierement enclavé
dans cette Province ; mais les Seigneurs
de cette terre n'avoient jamais voulu
>
rendre
JANVIER
1926. 53
tendre à ces Ducs aucuns devoirs de fujettion
, ni de vallalité.
Pour fe maintenir dans leurs franchifes
, ils ont eu recours à la protection de
nos Rois , ce qui a fait dire qu'ils n'étoient
pas du Duché , mais du Royaume' ;
& par une maniere de parler qui étoit
autrefois en ufage , on a dit Royaume
d'Yvetot , au lieu de dire Yvetot du
Royaume , comme on dit encore Caën
en France.
Le Royaume de Maude s'eft formé de
la même maniere.
Le Village de ce nom eft compofé de
deux parties , dont l'une eft de la Province
de Hainaut , & l'autre du Tournefis
, qui eft de toute ancienneté du Royaume
de France.
Pour diftinguer les deux parties de ce
Village , les habitans fe font dits , lés
uns de Maude Hainaut , les autres de
Maude Royaume , ce qui a formé le
Royaume de ce nom , qui n'en eft pas
plus privilegié , pour porter un fi beau
titre .
La Souveraineté
de Haubourdin , dans
la Châtellenie de Lille , n'étoit tout au
plus qu'un franc alleu. Nôtre Roi Henry
IV. à qui elle appartenoit , difoit qu'il
ne la tenoit que de Dieu & de fon épée.
Il la vendit avec tous les droits de Sou-
C- iiij verais
1
54 MERCURE DE FRANCE.
veraineté , qui y étoient attachez . Ceux
qui l'ont acquife de ce Prince , s'en font
quelquefois qualifiez Souverains ; mais
les Archiducs Albert & Ifabelle , Sou--
verains des Pays -bas , ayant fait examiner
les raifons de ces Seigneurs , ne les ont
pas trouvez affez fortes pour reconnoî
tre la Souveraineté , & les exemptions
de cette terre.
Les Seigneurs d'Yvetot fe font fait
maintenir dans leurs franchiſes . Plufieurs
Seigneurs Ecclefiaftiques & Seculiers
des Pays -bas , ont auffi obtenu des confirmations
de leurs anciennes exemptions.
Ils font en cela femblables les uns aux
autres , puifqu'ils n'ont d'autre liberté que
la naturelle , confirmée fucceffivement
par des Princes , qui ont trouvé qu'il
étoit de la juftice de les traiter avec plus
de dignité & de diftinction que leurs autres
fujets.
A Lille , ce 31. Octobre 1725 .
SONA
1
JANVIER 1726. 55
WE MW¥¥¥¥¥¥
SONNET , fur les Bouts - Rimez , propofez
dans le Mercure du mois de Juin dernier.
J
E ne fuis point tenté de courir la Calabre,
N'y d'aller admirer les Palais d' Ifpaham ,
Sans vifiter les lieux qu'habitoit Abraham,
Je fçay bien qu'il n'eft rien que le temps ne
Delabre
J'aime mieux voir d'Iris les levres de Cinabre
Que l'antique terrain cultivé par Adam :
Près d'elle , plus heureux qu'un Bourgeois d'
Amfterdam ,
Des Arabes cruels ,je ne crains point le Sabre.
Je préfere mon fort à celui d'un
J'eftime cent fois plus Paris que
Agai
Malaga ,
Et que les riches bords ou l'on pêche la Perle
J'y trouve des tendrons , du vin & du Caffé ,
J'y bois comme un Abbé , j'y jaſe comme un
Merle :
Quand on peut vivre ainfi , n'eft on pas né
Coëffé ?
Le Maire.
Cv LET
36 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE du R. P. C * * * à M. A * *
C *** A ***
écrite le 26. Novembre 1725. fur le
flux reflux des Mers , &c.
MONSIEUR ,
Quoique je ne réponde pas volontiers en
public à des Lettres anonymes , & que
vous n'ayez pas voulu que vôtre nom parut
dans celle du 3. Novembre dont vous
m'avez honoré cependant la jufteffe de
vos reflexions , & vôtre maniere polie
& impartiale, m'engagent à vous fatif
faire fur les trois ou quatre Articles que
vous fouhaiteriez de voir éclaircis dans
mon fyftême du flux & reflux des mers .
Vos doutes font d'un homme intelligent,
qui fent le fond des chofes , & qui fans
tout ce verbiage furanné d'hypothefes
courantes , ´va tout d'un coup au vrai
noeud de la difficulté.
Je conviens avec vous , que les deux
points capitaux , fur quoi doivent rouler
deformais toutes mes explications à cet
égard , font la regularité du flux , & fon
rapport au mouvement de la Lune .Vous
n'exigez pas apparemment que dans une
lettre.
JANVIER 1726. 57
lettre je traite à fonds cette matiere ,
ainfi vous me ferez la grace de ne vous
preffer pas de triompher
, comme
certaines
gens , qui , fans
penfer
au lendemain
, croyent
que dès qu'on
parle , on
dit tout ce qu'on
a à dire ; mais ce n'eft
pas à ces gens -là que je parle ; c'eſt à
& je veux bien vous en dire affez,
pour
meriter
que vous
fufpendiez
au
moins
vôtre
jugement
, jufqu'à
ce qu'il
me convienne
de dire tout ce que j'ay à
dire là-deffus.
vous ,
1. Comme je n'aime pas les repetitions
, je fuppofe que vous avez lû mon
fyftême general de la pefanteur , & bien
des morceaux que j'en ai inferez dans
divers Ouvrages periodiques ; j'ai droit
de le fuppofer , & il me paroît tout- àfait
contre l'équité , que des gens veüillent
juger d'une Piece relative à vingt
autres , fans avoir aucune connoiffance
de ces autres . Qu'ils fortent de leur Province
, & fe mettent au fait de la litterature
, alors ils jugeront en maîtres de ce
qui eft , & de ce qui n'eft pas. Jufqueslà
je me crois difpenfé de leur répondre,
étant difpenfé de redire vingt fois la même
chofe. Je fuppofe donc que vous connoiffez
mon fyftême du feu central , de
circulation terreftre , d'interruption d'é-
C vj quili
38 MERCURE DE FRANCE:
quilibre , & de balancemens alternatifs
& periftaltiques.
Cela fuppofé , je dis que les eaux
qui circulent entraînent au centre de la
terre des fels , des fouffres , des corps
combuftibles , qui peu à peu s'échaufent
felon mon fyftêine de réaction ( affezexpliqué
ailleurs ) & à la fin s'y embraſent
avec violence , comme le charbon ou le
bois qu'on met fur un feu . C'eft cet embrafement
, & les vapeurs , & les exhalaifons
qui en émanent , que je crois la
caufe précife du foulevement des Mers ,
tantôt en un endroit , tantôt en l'autre ,
& plus ou moins grand dans l'un que
dans l'autre , felon que ces endroits reçoivent
plus ou moins immediatement ,
& en plus ou moins grande quantité les
impreffions & les écoulemens de ce feu
ctral. Cet embralement eft fuivi d'une
diffipation , & par confequent d'un rallentiffement
dans le feu central , & lę
flux eft auffi fuivi d'un reflux , comme
la plenitude & le gonflement du coeur
eſt ſuivi de fon évacuation & de fa contraction
, comme la fermentation du levain
fievreux eſt ſuivi de fa diffipation.
Mais le fang rentre dans le coeur , le levain
fievreux s'amalle de nouveau , de
mê ne auffi il fe forme dans le centre de
la terre de nouveaux amas de matieres
com
JANVIER 1726. 59
combustibles , qui donnent lieu à un nou
vel embraſement , à une nouvelle diffipation
, à un nouveau gonflement des
Mers , & c.
Il n'eft donc pas furprenant que le
flux foit auffi regulier que l'eft le mouvement
du coeur , l'accès de la fievre ,
ou le mouvement d'une Pendule ; en un
mot , celui de toutes les chofes dont l'équilibre
eft rompu , & qui fe forment
par des accroiflemens fucceffifs de mouvement
ou de matiere : voilà pour le
premier Article.
2. Pour ce qui eft du rapport de ce
mouvement à celui de la Lune , il y a
bien à dire ; ' mais je tâcherai d'abreger.
1. Je prie les Partifans de la Lune de
s'accorder , & fi fon action fur les Mers
eft fi fenfible , de nous dire une fois pour
toutes , fi c'eſt par fon humide radical ,
comme le prétendoient les Anciens , par
fa preffion , comme le prétendoit Def
cartes , ou par
fon attraction , comme le
prétend aujourd'hui M. Newton , que cet
Aftre caufe le flux & reflux . Il y a plus ,
& il faut 2. qu'on s'accorde avec la nature.
Faut-il que la Lune foit à l'horifon?
faut-il qu'elle foit au Zenith faut- il
qu'elle l'ait paffé , ou qu'elle foit même
fous l'horifon pour que le flux commence
, & qu'il finiffe ? car s'il y a un rapport
60 MERCURE DE FRANCE .
•
port fi marqué entre le mouvement de
cet Aftre & celui des Mers , & qu'on
veuille m'en rendre partifan , il faut
qu'on le détermine , afin que je puifle
me fixer à quelque chofe. Or preuve évidente
qu'il n'y a rien de déterminé à cet
égard , c'eſt que les contradictoires font
également affirmez par les plus habiles
partifans du fyftême lunaire , Descartes
voulant que la Mer s'abaiffe fous la
preffion de la Lune , & M. Newton voulant
qu'elle s'éleve vers la Lune par attraction
.
,
3. En effet , en certains endroits le
flux cominence lorfque la Lune eft à
l'horifon , & d'autres , lorfqu'elle eft au
Zenith , & d'autres , lorfqu'elle eft à
l'horifon occidental , & d'autres , lorfqu'elle
eft fous l'horifon ; & il n'y a
pas de point intermediaire ni d'heure
lunaire , qui ne foit l'époque du flux
pour quelque endroit , je dis fur les mêmes
côtes , & fous les mêmes meridiens.
Ce font des faits cela , & ceux qui viennent
me citer les obfervations des Marins
, peuvent croire que je les ai lûës
peut - être mieux qu'eux , & que c'eſt cette
lecture , accompagnée de quelques reflexions
, qui m'a defabufé du fyftême lunaire
dont j'ai été auffi partifan en mon
temps.
JANVIER 1726. 61
4. Belle conformité que celle qui regue
entre la Lune & le flux ! la Lune
paffe une fois le jour fur pos Mers , or
nos Mers s'élevent & s'abaiflent deux
fois le jour. A entendre parler les partifans
de la Lune , on croiroit que le
flux eft monté à l'uniflon du mouvement
de cet Aftre , & qu'il regne autant` d'uniformité
dans l'un que dans l'autre : mais
qu'il s'en manque !
5. On croiroit au moins , que le flux
eft une montagne d'eau , qui roule d'un
mouvement continu & regulier d'Orient
en Occident , & de l'Equateur aux Poles
, fauf quelques legeres variations fort
faciles à difcerner ; ceux qui n'ont lû
que les livres des Phyficiens , ne doutent
pas que la chofe ne foit ainfi , parce
qu'ils y ont une des belles figures , dans
lefquelles on reprefente la terre couverte
d'eau fous une figure ovale , & qu'on
leur fait entendre que cette figure répond
& fuit le mouvement de la Lune.
De forte qu'ils font bien étonnez , lorſqu'on
leur fait voir , felon le rapport des
Marins , le flux partagé en des milliers
de flots differens , qui font plus grands
en une Mer qu'en l'autre , qui ſouvent
même regnent dans toutes les extrêmirez
d'une Mer , fans regner dans cette Mer
intermediaire , mais qui furtout courent
dans
62 MERCURE DE FRANCE:
dans l'une de l'Occident à l'Orient , dans
l'autre du Sud au Nord , dans l'autre du
Nord au Sud , & fuivent, en un mot , tous
les rhumbs de vent ; car il n'y a , dit
Fournier dans fon Hydrographie , livre
9. ch. 16. » aucun flux & reflux qui re-
» gne univerfellement par toutes les cô-
» tes , par exemple , és côtes de l'Europe
, les marées y roulent fi diverſement,
» qu'en cette Mer il y a prefqu'autant
» de mouvemens & chutes differentes ,
» qu'il y a de côtes dans fes Provinces :
or ce que dit Fournier , tous les gens de
mer le difent ; qu'on life la Geographie
de Varene , l'Atlas , & tous les Journaux
de mer , je n'en citerai qu'un exemple.
Le détroit de Magellan eft entre deux
grandes Mers , l'Atlantique & la Pacifique
, & cependant le flux y arrive en
même temps de ces deux Mers , venant
ici de l'Occident , & là de l'Orient , ou
plutôt du Nord .
"
6. Je ne dis rien des Mers qui n'ont
point de flux , de celles qui n'en ont
qu'un par jour , de celles qui en ont
trois , quatre , ou davantage : je vous ai
demandé permiffion de ne dire pas tout
pour cette fois , & en voilà peut - être
affez pour conclure que le flux n'a point
de rapport au mouvement de la Lune . Je
m'en rapporte aux défenfeurs du Lunatilme
JANVIER 1726. 63
*
tifme des Mers , je dis à ceux qui ne font
pas fi aveugles partifans d'une hypothefe
, qu'ils ne fe piquent auffi de connoître
la veritable hiftoire de la nature ;
Fournier , Varene , tous avouent qu'après
avoir trouvé une convenance generale
entre la Lune & le flux , elle difparoît
dans le détail des divers flux , & qu'il n'y
a pas moyen de les bien concilier.
7. A la verité , comme l'habitude de
penfer de tous les temps eft pour la Lu
ne , on s'en déprend avec peine , on a
donc recours à la pofition des Mers , des
Ifles , des côtes , des fonds , aux goufres
qui font au fond des Mers , aux courants,
& aux feux fouterrains , pour 'y trouver
des caufes generales des modifications du
mouvement uniforme que caufe la Lunes
mais outre que dans le détail particulier
on ne voit rien qui favorife ces prétendues
modifications d'un mouvement qui
eft par tout réellement difforme & va
rié ces caufes particulieres à quoi on a
recours, étant fuffifantes pour produire autant
que pour varier le flux , le fyftême
lunaire me paroît de refte & imaginé en
pure perte.
8. Mais dans chaque endroit , dit- on ,
le flux s'accorde affez bien avec le mouvement
de la Lune , enforte qu'à la vûë
de l'un on peut prévoir l'autre : voilà
d'ob
64 MERCURE DE FRANCE.
و
l'objection la plus forte , & j'ofe dire le
feul noeud du fyftêine lunaire : mais outre
que ce rapport n'eft pas auffi exact
qu'on le fuppofe , & qu'il arrive des variations
fans fin à cet égard , comme je
le ferai voir en temps & lieu , & comme
je le fis remarquer il y a un an , au
fujet d'un flux extraordinaire arrivé à
Porfinouth dont le Mercure a parlé
ce rapport n'eft pas plus grand que l'eft
celui de la fievre , des maladies épide
miques , de la feve des arbres , de la pienitude
des écreviffes , & de mille autres
fymptomes ou Phenomenes reguliers &
periodiques , qui dès là même qu'ils font
reguliers , fe trouvent avoir un rapport
avec la Lune , & avec tout ce qui eft regulier
, fans en excepter nos horloges.
Dira - on que la Lune caufe ou regle
les maladies épidemiques ? j'aimerois au
tant dire que nos horloges en font la
caufe.
t
9. Le Peuple , à la verité , rapporte
tout à la Lune , & il faut bien que dans
la genealogie du Lunatifme des mers , les
Philofophes fe réfolvent de bonne grace à
voir le peuple en jetter les premieres
femences , & en favorifer tous les progrès.
Car avant qu'il y eut des Philofophes
, & depuis qu'il y en a , le peuple
a toujours attribué à la Lune le flux ,
comme
JANVIER 1726.
65
comme il lui a attribué l'Empire fur les
févres , fur les peftes , fur toute forte
de maladies épidemiques , fur tout ce
qui eft , en un mot , régulier & periodi
que. Peu à peu les Philofophes fe font
détrompez de l'erreur du peuple ; il n'y
a gueres que les mers , fur quoi ils lui
ont fait grace ; mais je puis bien répondre
qu'il ne tiendra pas à moi , que je
ne dépopularife en ce point tout- à - fait la
Philofophie ; je ne me vante pas cependant
d'y réuffir .
10. Ceux qui font partir de la circonference
du Tourbillon de la terre le
mouvement qui agite les mers , ne pren
nent pas garde que c'eft bien plutôt le cen
tre qui donne la loi & le ton à la circonfe
rence & à tout le tourbillon , puifque
c'eft fur ce centre , comme fur un point
fixe que font buttées toutes les parties qui
font dans l'enceinte de ce tourbillon ;
de forte que je trouverois moins étrange
qu'on fit le mouvement des mers , le
principe de celui de la Lune , que celuici
le principe de l'autre. Sur quoi , pour
montrer combien je fuis plus amateur de
la verité , que d'aucune penfée qui me
foit particuliere , je vous ferai entrevoir
une efpece de conciliation du fiftême lunaire
avec le mien.
11. Villemot , comme bien d'autres,
ay bit
#6 MERCURE DE FRANCE
avoit bien fenti que la Lune étoit un
trop petit objet dans notre tourbillon ,
pour lui faire tout l'honneur du flux &
reflux des mers ; il a donc taché d'agrandir
la fphere de cet aftre, en lui donnant
une vafte atmoſphere , dont l'impreffion
pût devenir fenfible fur nos mers : agran
diffons la un peu plus , & penfons que
le centre de la terre eft en effet preffe
par le poids , non- feulement de la terre
entiere & de la Lune , mais auffi de tout
le tourbillon qui s'étend depuis la terre
jufqu'au delà de la Lune ; imaginons enfuite
ce que j'ai démontré ailleurs , que
l'équilibre étant rompu dans toutes les
parties de la terre , cette preffion du centre
& des matieres qui forment la fphere
centrale , leur donne une force de reaction
, qui fait que les parties fluides &
détachées du globe terreftre , s'élevent
tantôt ici & tantôt là , & que ces élevations
font fuivies d'abbaiffemens altertifs
, auffi reguliers que ceux d'une Pendule
; non- feulement les eaux , mais l'atmoſphere
même , & toute la matiere
fluide du tourbillon , & la Lune même
qui y nage , auront part dans ces balancemens
, avec cette difference , que la Lune
étant plus éloignée du centre , aura ces
balancemens plus lents & plus longs que
les mers. Car , pour le dire en paffant ,
ce
JANVIER 1726. 67
ce n'eft pas avec le mouvement circu
laire de la Lune autour de la terre , mais
avec fon mouvement en hauteur du Perigée
à l'Apogée & de l'Apogée au Perigée ,
le flux & reflux des mers a le plus
que
de rapport : & ce que je dis ici mérite
peut-être quelque attention ; mais du
refte il n'eft pas étonnant que le mouvement
de la Lune & celui des mers dé- Y
pendant de l'action du même centre de
la terre , ayent une certaine convenance
l'un avec l'autre. Je fuis , &c. C. J.
A LA RE IN E.
STANCES.
( Elles fe peuvent chanter für un Vaudeville
très connu. )
J
Eune & vertueufe Princeffe ,
Epouſe du plus grand des Rois ;
Avec la commune allegreffe ,
Souffrez que je mêle ma voix.
Vos Vertus & votre naiffance
Méritoient un illuftre Epoux ;
Le Ciel , par fa toute Puiffance ,
Yous en donne un digne de Vous.
Cette
68 MERCURE DE FRANCE
Cette favorable Alliance ,
Qui fait l'objet de nos Concerts ,
Doit donner des Rois à la France ,
Et des Heros à l'Univers.
Venez, aimable Souveraine ,
Regner en nos heureux Climats ;
Et que les Nymphes de la Seine ,
Admirent vos divins appas .
Nous brûlons de vous voir paroître ,
Comblez notre felicité ;
Sous votre Regne doit renaître
Le premier fiecle ſi vanté.
Puiffe le Souverain du monde ,
Par vous faire fleurir les Lys ;
Et que dans une paix profonde
Vous voyez
les Fils de vos Fils .
Et videas filios filiorum tuorum patem fuper
Ifrael. Pfal, 127. V. 7.
RE'PONSE
JANVIER 172. 69
REPONSE au R, Pere Castel , fur fon
Explication du flux & reflux , par
M. De la Bruyere , Capitaine Ingenieur,
&.
MON
REVEREND PERE ,
J
Il feroit à fouhaiter que vous euffiez
voulu nous inftruire de votre fiftême
touchant le flux & reflux de la mer , &
même que vous en euffiez donné quelques
preuves dans la Lettre que vous avez
écrite , au fujet du Phénomene de Marfeille.
Les Phyficiens , comme vous ſçavez
, ne fe payent pas de traits de plaifanteries,
ils les rejettent comme,fufpects,
& ne s'attachent qu'à l'effentiel des chofes
, & à la jufteffe du raifonnement . Les
engagemens que vous avez pris de démontrer
votre propofition , me paroiffent
difficiles à remplir , & quelque ha
bile que vous foyez , je doute que vous
en veniez a bout ; car ce ne font point
( comme vous le prétendez ) de fimples
convenances que vous avez à combatre,
mais des rapports reglez & fuivis , qui'
par des révolutions periodiques , ramenent
70
MERCURE DE FRANCE.
nent fucceffivement les mêmes combinai
fons , variées dans tous les endroits differens
, mais toujours conftamment les
mêmes dans chaque endroit particulier.
•
C'eft de cette varieté , mon Reverend
Pere , que vous avez tiré vos Argumens
contre le fiftême qui vous déplaît. Cependant
elle lui fournit des preuves fi
claires , qu'il eft étonnant que vous ayez
pris le change : car il fuffit d'être médiocrement
Geometre , pour comprendre
que les eaux étant preflées à peu près
entre les deux Tropiques , la preffion ne
peut le faire fentir que fucceffivement
du côté des Poles ; de forte qu'un endroit
, par exemple , où les eaux ne s'éleveront
qu'une heure ou deux après la
preffion , cet endroit , dis- je , marquera
le commencement de fon flux au quinziéme
, ou au trentiéme meridien de la
Lune , parce qu'elle aura parcouru- environ
quinze ou trente dégrez dans
l'intervalle de l'heure ou des deux heures
qu'il aura fallu aux eaux , pour
communiquer leur mouvement juſqueslà
cette idée fimple & toute naturelle ,
nous fait voir la caufe du retardement
des Marées , fur les côtes éloignées les
unes des autres , Bayonne , la Rochelle
, Nantes , Breft , Dieppe , Londres,
&c. ont leur pleine mer à des heures
diffe--
1
JANVIER 1726. 73
differentes, parce que leurs latitudes , ni
leurs longitudes ne font pas les mêmes ;
ajoûtez à cela les divers obftacles qui
s'opposent au regonflement des eaux , les
renfoncemens des golfes , des rivieres, les
caps , les promontoires , les lles qui varient
ces retardemens ; mais toutes ces
chofes une fois combinées , la combinaifon
eft ftable , & ne change plus , chaque
côte , chaque Port a fa grande marée environ
le jour de la nouvelle & pleine
Lune à une certaine heure : fon retardement
pour les jours fuivans eft le même
que celui du paffage de la Lune par
le Meridien de ce Port , les periodes de
l'un & de l'autre s'accordent par tout fans
alteration , & la nouvelle, ou pleine Lune
ramene la même Marée dans le même
endroit fçachez l'une , vous fçavez
l'autre.
:
Ce n'eft pas tout , mon R. Pere : voici
des circonftances encore mieux marquées,
defquelles vous ne fçauriez difconvenir,
puifqu'elles font fondées fur l'experien<>
ce continuelle ; c'eft que les Marées augment
ou diminuent à mesure que la Lune
s'éloigne ou s'approche des quadratures
, & qu'ainfi les quartiers donnent une
progreffion , dont la nouvelle ou pleine
Lune eft le grand terme , & la quadrature
la plus petite , que les Marins de la
D Ro
74 MERCURE DE FRANCE .
inva
Rochelle appellent mort d'eau , ce qui
s'explique d'autant plus clairement par
la preffion de la Lune , que les augmentations
ou diminutions proportionnelles
qu'on y remarque ont des rapports
riables avec la fituation de cette planette,
comme on le voit dans fon Perigée , qui
augmente les Marées ; parce qu'alors la
Lune étant plus près de nous , fa preffion
devient plus fenfible , & moindre parconfequent
dans fon Apogée , parce
qu'elle eft plus éloignée .
.
Quant à la diminution des Marées dans
les quadratures , rien n'eft plus facile à
comprendre ; nous voyons fenfiblement
que le Soleil rarefie l'air qu'il éclaire
ce qui doit caufer une dilatation qui s'étend
de tous les côtez ; celle de haut en
bas qui frappe contre les eaux à mefure
que leurs fuperficies fe prefentent à cet
aftre , cauſe ainfi un petit flux continue!
d'Orient en Occident entre les deux Tropiques
, la dilatation qui fe fait à côté,
caufe des mouvemens continuels dans
l'air , & occafionne ainfi des vents qui
fe font fentir jufqu'à nous ; mais dans
les endroits où le trouve un corps folide,
tel que la Lune , on conçoit qu'elle augmente
ces dilatations pour la place qu'elle
Occupe ; & pour peu que l'on connoifle
les loix du mouvement , on juge que le
plus
JANVIER 1726. 75
plus grand effet de cette augmentation
doit fe faire felon le prolongement d'une
ligne tirée du Soleil à la Lune ; de forte
que dans les quadratures , cette ligne
paflant loin de la terre, l'effet y eft moins
confiderable que dans les conjonctions
où elle en paffe fort près ; & qu'enfin il
doit fe faire fentir avec plus de violence
, lorfqu'elle entre dans le cercle de la
terre , comme au temps des équinoxes
où la Lune fe trouve fous l'équateur diametralement
placée entre le Soleil & la
terre , ce qui rend la preffion plus forte,
& parconfequent la Marée plus haute ;
il en eft de même de celles des folftices
d'été qu'on appelle de la Magdelaine
parce qu'elles arrivent à peu près au
temps de cette Fête , elles furpaflent encore
celles des équinoxes ; parce que le
Soleil & la pleine Lune étant à peu près
fous le tropique du Cancer , la preſſiondirecte
qui fe fait plus près de nous ,
d'environ vingt degrez , caufe auffi un
effet plus confiderable dans nos Mers , &
cela eft fi vrai que la Marée de la nouvelle
Lune qui précede celle de la Magdelaine ,
eft une des moindres de l'année , auffi bien
que celle qui la fuit ; parce qu'alors la
Lune renouvelle fous le Capricorne , tandis
que le Soleil eft fous le Cancer , ce
qui diminue la preffion , & par confe-
Dij quent
6 MERCURE
DE FRANCE
quent la Marée. Toutes ces Obfervations
qui font fondées fur l'experience , nous
donnent une explication aifée & naturelle
de toutes les differences qui arrivent
dans le flux ; car la preffion, par
exemple , étant moindre aux temps des
quadratures , & repouffant ainfi les eaux
avec moins de violence , il est évident
qu'elles ne fçauroient monter en certains
endroits où il n'y a que la nouvelle
ou pleine Lune qui puiffe les pouffer ,
d'autres où les feules Marées des équinoxes
peuvent parvenir , ou enfin celles
des folftices d'Eté dans les Mers Septentrionales
, & des folftices d'Hiver
dans les Mers auftrales , delà les Marées
qui arrivent une , deux fois la femaine ,
le mois , l'année , & c.
Je crois , mon Reverend Pere , qu'il
fuffit des rapports que je viens de citer
pour faire voir que le fyftême des Partifans
de la Lune eft affez bien fondé ;
fi vous en expliquez feulement la dixiéme
partie par la vôtre , vous ferez beaucoup
plus que je n'en attens ; je n'ignore
pas que les feux fouterrains peuvent caufer
des regonflemens d'eaux , mais fans
periodes reglez ; il peut fortir du fond
de la Mer des vapeurs , des exhalaiſons ,
des vents , des houragans , & même des
feux , cela fe voit frequemment au feu
près
JANVIER 1726 . 27
près qui eft plus rare ; je veux même
que le Phenoméne de Marfeille foit l'ef
fet de quelqu'une de ces caufes , quoique
j'aimerois mieux lui donner une explication
plus fimple que je tirerois de
la fituation du Port de Marfeille , dont
la rade forme un petit golfe à l'abri des
vents par les montagnes qui l'envi
ronnent , & par les Illes qui font à fon
embouchure , & j'ai remarqué fur les
lieux, que quand les vents de Sud- Eft
regnent le long de la côte , les eaux font
pouffées du côté du Martigues , & celles
du golfe & du Port coulent alors dans
la pleine Mer qui eft devenue plus baffe,
& cela fait fouvent baiffer le Port qui
reprend fon niveau quand les eaux reviennent,
& elles peuvent même.remonter
plus haut fi leur retour eft violent ,
ce qui doit caufer une alternative de courants
très- rapides à la chaîne du Port qui
n'a en cet endroit qu'environ vingt toifes
, autant que je puis m'en fouvenir ;
mais pour juger fainement du Phenoméne
, il faudroit avoir été témoin des circonftances
, ou en être inftruit par gens
habiles ; je m'en rapporte donc à l'expli
cation de M. Marfais qui eft très - fenfée ,
& établie fur de bons principes.
Je ne réponds point à ce que vous
dites touchant le flux de la Mediterran-
D iij
née
78 MERCURE DE FRANCE.
née , duquel vous ne paroiffez pas inftruit
à fond ; quand il vous plaira je tâcherai
d'expliquer la caufe des courans
irreguliers qu'on y remarque , il fuffic
de ce que j'ai dit pour vous faire voir que
j'accepte vôtre défi dans toutes les circonftances
; il ne tiendra qu'à vous de
nous donner vos folutions qui doivent
être excellentes , fi elles répondent à vos
promeffes. Je fuis , & c.
aikakakakaka
REQUESTE AU SOLEIL.
Oi qui , pouffant ton char fur les deux
horifons , Toi
Devrois d'un pas égal faire aller les faifons ,
Et du froid & du chaud reglant mieux la
mefure ,
Faire rire à propos , ou pleurer la nature ,
Lumineux Apollon , ne parcours tu les Cieux,
Que pour y dérober ta prefence à nos yeux >
Prêts à recommencer leur penible carriere ,
Tes couriers indomptez vont franchir la barriere
;
Attends & fi tu veux conferver tes Autels ,
Ecoute, par ma voix, les plaintes des mortels.
L'Eté qui l'an paffé charma d'abord la France,
Sem,
JANVIER 1726. 79
Sembloit pancher fur nous la corne d'abon
dance ;
Nous beniffions tes dons prodiguez aux hu
mains :
Il ne faut , difions- nous , qu'aller tendre les
mains.
Le vieillard décrepit à qui les deftinées ,
Avoient du vieux -Neftor accordé les années ,
N'avoit point encor vûla divine Cerès ,
De tant d'épics dorez heriffé nos guerets !
Et faifant par avance aiguifer fa faucille ,
Fondoit fur fa moiffon l'efpoir de fa famille.
Allions- nous quelquefois errer fur nos côteaux
?
Bacchus y promettoit de remplir nos ton
neaux .
Une double moiffon , deux vendanges pour
une ,
Sembloient fixer pour nous l'inconftante Fortune
;
Dans nos vergers Pomone étalloit fes bienfaits
;
Tout flatoit , en un mot , nos plus ardens fouhaits
;
Lorfque , hors de faifon , nous cachant ta
prefence ,
Tu fis prefque en naiffant mourir nôtre efperance.
D iiij
Le
B80o MERCURE DE FRANCE.
Le plus noir des enfans qu'Eole ait dans fes
fers ,
Contre les loix du fort vint s'emparer des airs,
Et contre fes rivaux ranimant fon haleine ,
Eut bien - tốt defolé côteau , gueret & plaine.
Le funefte Orion volant à fon fecours ,
Entreprit avec lui d'éteindre nos beaux jours ;
Et pour y réüffir , fe preffant les paupieres ,
De fes pleurs redoublez fit enfler nos rivieres.
Tu fçais dans quel malheur tout fut précipité ,
Pour avoir à nos yeux dérobé ta clarté.
De tes feux déformais fais un meilleur ufage ,
Ne va plus par caprice obfcurcir ton viſage ;
Daigne te ſouvenir de l'utile leçon ,
Que tu fis autrefois à ton fils Phaeton.
Parcourant , lui dis tu , l'un & l'autre Hemiſphere
,
n
Ni trop haut , ni trop bas ne porte ta lu-
» miere :
Trop bas , tes feux pourroient embrafer
» l'Univers ,
Trop haut , ils changeroient les faiſons en
» Hyvert ;
"
Le milieu fut toûjours le parti le plus fage :
» Du monde en l'embraffant emporte le fuffrage.
Le
JANVIER 8 I 1726.
Le confeil étoit bon , Soleil , fi tu le veux ,
Tu peux en le fuivant rendre le monde heureux
.
De tes propres avis obſervateur docile ,
Rend donc à l'Univers ton flambeau plus utile,
Quand ton char éclatant aura fini fon tour ,
A quel excès pour toi montera nôtre amour ?
mais du matin l'étoile
Nos chants .... •
avant-couriere ,
A depuis quelque temps annoncé ta lumiere ,
Va , pars & fouviens- toi que les Dieux immortels
,
Doivent fur leurs bienfaits établir leurs Autels.
LETTRE fur les Spectacles d'Italie , fur
leur origine , fur les Perfonnages , & c.
Jeurs, les Italiens prétendent tenir
E vous l'ai dit plufieurs fois , Mefle
premier rang pour le Comique . Ils
le font confifter dans les geftes & la foupleffe
du corps , & dans leurs intrigues
affez bien conduites , & fort plaiſamment
executées , tâchant principalement de fatisfaire
les fens. Ils ne réüffiffent pas dans
D v. les
82 MERCURE DE FRANCE.
'les fujets tragiques , & ne peuvent , comme
les François , traiter toutes fortes de
caracteres c'est-à -dire , qu'on ne va
gueres les voir que pour
le pur divertiffement
, & l'on n'en remporte que peu
d'inftruction pour les moeurs , parce qu'ils
ne s'y attachent pas fort : mais nous leur
fommes redevables de l'invention des
machines , & des décorations , qui rendent
aujourd'hui nos Spectacles fi magnifiques
, principalement celui de l'Opera
; ainfi on doit avouer que le Theatre
Italien en general a quelque chofe
de plus grand & de plus furprenant que
le nôtre ; mais ces Spectacles ne font que
pour les yeux & pour les oreilles ; ils
ne touchent pas le fond de l'ame , & l'on
peut dire en fortant que l'on a vû & oüi ,
mais non pas que l'on a fenti & qu'on a
été inftruit ; d'où l'on peut , ce me femble
, conclure , que la Comedie Italienne
n'a pas le même objet que la nôtre , de
divertir & d'inftruire ; ce qui eft & doit
être l'intention du Poëme Dramatique .
Les Italiens d'aujourd'hui fe contentent
d'être éclairez du même Soleil , de
reſpirer le même air , & d'habiter la inême
terre qu'ont habité autrefois les anciens
Romains ; mais ils ont laiffé pour
les Hiftoires cette vertu fevere qu'ils
pratiquoient , ne croyant pas avoir befoin
JANVIER 1726. 83
en
foin de la Tragedie , pour s'animer à des
exercices qu'ils n'ont pas envie de mettre
pratique.Comme ils aiment la douceur
de la vie ordinaire , & les plaifirs de la
vie voluptueuse , ils ont voulu former
des repreſentations qui euffent du rapport
avec l'une & avec l'autre ; & delà
eft venu le mêlange de la Comedie , &
de l'art des Pantomimes que nous voyons
fur le Theatre Italien.
Les Rôles des Amans font toûjours
fort difficiles dans la Comedie Italienne,
& les bons Acteurs en ce genre font trèsrares
; attendu que tout Perfonnage qui
ne prête point au Comique par fon action
, eft prefque toûjours froid chez les
Italiens. On recite la Tragedie du même
ton , & prefque avec les mêmes
geftes qu'on recite la Comedie ; le Cothurne
n'eft prefque pas different du Socque.
Dès que les Auteurs Italiens veulent
s'animer & donner dans le pathetique
, ils font outrez . Le Heros devient
un Capitan .
Pour lesCaftrati, qui font très- communs
dans toutes les Mufiques d'Italie , &
particulierement dans les Opera , ils font
d'un grand fecours dans ces derniers ,
parce qu'on leur fait faire tel perfonnage
qu'on veut , felon qu'on en a befoin .
Ils font tellement accoûtumez à faire des
D vj rôles
84 MERCURE DE FRANCE.
1
rôles de femme , felon l'Abbé Rague
net , Paral. des Italiens & des François,
que les meilleures Actrices ne les font
pas mieux qu'eux .
, ,
Au lieu que nous marquons nos applaudiffemens
en frappant des mains l'une
contre l'autre les Italiens d'abord
qu'un Acteur & une Actrice a achevé
de chanter un air , on entend toute la
Salle retentir d'un bruit long & confus
de gens qui crient, brave , brave , & de
toute leur force . Les uns outre cela ,
battent des mains , les autres jettent leurs
bonnets en l'air , & enfin tout le monde
marque des tranfports d'admiration avec
des emportemens terribles .
Les Italiens , dit M. de Freneuſe ,
font incapables de plaire dans les endroits
gracieux & doux , & d'entrer ,
comme il faut , dans la paffion aux endroits
furieux & emportez ; il n'eft pas
poffible de les touver méme mediocres
dans le ferieux .
Leurs décorations , leurs changemens
de Theatre font fuperbes , & en un
Opera on en voit jufqu'à 15. ou 16.
mais tout cela eft pour l'ordinaire aflez
mal éclairé. Nulle illumination , fi nous
en croyons Millon en fon Voyage d'Italie
, quelques chandelles par - ci par - là ;
& avec ces machines ; ces decorations
freJANVIER
1726. 85
frequentes , & d'une magnificence extraordinaire
, ils ont des habits de la derniere
gueuferie , & en un mot auffi vilains
que leurs décorations font belles.
Quand Cefar , Pompée , ou quelqu'autre
Heros , ou Roi d'Opera entre fur le
Theatre , il a une fuite de 30. ou 40.
perfonnes. Ils ne font point là
pour former
des Choeurs ou des Balets , comme
parmi nous ce font des Manoeuvres
louez à la journée , immobiles & mefquins
, revêtus d'habits de friperie , de
mauvais air , dégoûtans & defagreables
où tout refpire la lezine & la mesquinerie
.
Miffon ne parle pas avantageufement
des Opera Italiens . Nous attendons
toûjours la fin de la Piece avec impatience
, dit - il , avant que d'en avoir entendu
le quart. Des voix de fillettes &
de Caftrati , impatientent fouvent par
leurs longs fredons , leurs roulemens outrez
, & c.
Tout bien compté , dit M. de Freneufe
, les Italiens excellent en deux
chofes dans leurs Opera : en machines ,
en fimphonies : leurs habits, leurs danſes,
leur recitatif font pitoyables . Ils n'ont
point de Choeurs leur Orcheſtre eft
éclatant , mais rude ; la plupart de leurs
Pieces font des farces & des rapfodies
Il
86 MERCURE DE FRANCE.
Il y a une forte de Mufique , & des
efpeces de reprefentations en Italie , qui
ne font point du tout d'ufage en France
& qui meritent bien qu'on en faffe
mention . Cela s'appelle ftile recitatif.
Donnons- en un exemple. En l'Oratoire
S. Marcel à Rome , où il y a une
Congregation des Freres du S. Crucifix,
compofée des plus grands Seigneurs de
la Ville , qui par confequent ont le pouvoir
d'affembler tout ce que l'Italie produit
de plus rare ; & en effet , les plus
grands Muficiens fe piquent de s'y trouver
,& les plus habiles Compofiteurs briguent
l'honneur d'y faire entendre leurs
compofitions , & s'efforcent d'y faire paroître
tout le fublime de leur talent .
pas
fi
Cette raviffante Mufique ne fe fait que
les Vendredis de Carêine , depuis trois
heures jufqu'à fix. L'Eglife n'eft
grande que la Sainte Chapelle de Paris ,
au bout de laquelle il y a un fpacieux
Jubé , avec un Orgue très - doux & trèspropre
pour la voix . Aux deux côtez il
· y a encore deux petites Tribunes où
l'on place les Inftrumens . Les voix commencent
par un Pfalme en forme de Motet
, & puis tous les Inftrumens font une
très melodieufe fimphonie. On chante
enfuite une Hiftoire du vieux Teſtament
en Dialogue , comme une efpece de Comedie
JANVIER
87
JANVIER
1726
.
medie fpirituelle : on choifit ordinairement
les fujets de Sufanne , de Judith &
d'Holoferne , de David , de Goliath
&c. Chaque Chantre repreſente un Perfonnage
de l'Hiftoire , & exprime parfaitement
bien l'énergie des paroles . Enfuite
un Prédicateur fait l'Exhortation ,
laquelle finie , la Mufique recite l'Evangile
du jour ou autre , comme l'Hiſtoire
de la Samaritaine , de la Cananée , du
Lazare , de la Madeleine , & de la Paffion
de N. S. Les Chantres imitans fort
bien les divers Perfonnages que rapporte
l'Evangile. Cette Mufique recitative a
de très grands agrémens.
,
Pour la Mufique inftrumentale , elle
eft composée d'un Orgue , d'un grand
Clavecin , d'une Lyre , de deux ou trois
Violons , & de deux ou trois Archiluths.
Tantôt un Violon joue feul avec l'Orgue,
& puis un autre répond : une autre fois
ils jouent tous trois differentes parties ,
& puis tous les Inftrumens reprennent
enfemble ; quelquefois un Archiluth fait
mille varietez fur dix ou douze notes ,
à chaque note de cinq en fix mefures.
Il fut reprefenté un Opera à Rome au
College des Jefuites en 1706. dont on
dit , que fi tous les Ouvrages de cette efpece
lui reffembloient , la Mufique feroit
auffi utile qu'elle eft pernicieufe.
Cet
88 MERCURE DE FRANCE.
(a ) Ces Opera a pour fujet la Paffion de
Jefus - Chrift. En le lifant, difent les Auteurs
citez , on ne peut s'empêcher de reconnoître
, que le feu poëtique, infpiré par poëtique , infpiré
l'Amour facré , n'a ni moins d'éclat , ni
moins de force que les flammes criminelles
de l'Amour profane ; & que les
matieres de devotion font fufceptibles de
toutes les beautez de l'art , quand une
main habile les met en oeuvre. Le Poëme
eft en Italien , les Acteurs font le
Peché , la Penitence , la Grace , &c .
Un autre Opera , intitulé Sedecias ,
ou la prise de Jerufalem par Nabuchodo
for , fut reprefenté au même College Romain
en 1706 .
A l'égard des anciens Spectacles , je
vous dirai , Monfieur , que la Comedie ,
qui avoit été en grande vogue pendant
tout le feiziéme fiecle en Italie , ſouffrit
un grand échec , lorfque Ottavio Binuccini
, ayant fait reprefenter en Mufique
quelques unes de fes Paftorales , ce nouveau
Spectacle fut fort goûté , & la Comedie
fut negligée ; mais vers le milieu
du fiecle précedent , lorfque Hiacinths-
André Cicognini eut abfolument mis en
ufage , ce qu'on appelloit alors dans le
Pays Drammi muficali , l'art comique ,
( a ) Memoires de Trevoux , Decembre 1706.
Art.des Nouvelles,
&
JANVIER 1726. 89
F
& même la Tragedie furent prefque exterminez
par cette nouvelle invention,
qui avoit reçû plus de perfection & plus
de luſtre.
1
Dans le quatriéme Livre de l'Hiftoire
de la Poëfie vulgaire en Italien , l'Auteur
G. M. Crefcimbeni , examine l'origine
de la Poëfie dramatique . La Comique
, dit- il , fut la premiere ; mais dans
ces commencemens les compofitions comiques
furent mêlées de reprefentations
& de narrations . Daute fut le premier
qui intitula fon Poëme du nom de
Comedie , ce qui excita alors de grandes
conteftations entre les Critiques , dont
quelques -uns n'ont jamais voulu le nommer
que Satyre. La premiere qu'on puiffe
veritablement appeller Satyre, eft celle
de Laurens de Medicis, par lui intitulée
i Beoni , & cette autre de la Compagnie
del Mantellaccio , lorfqu'elles cependant
ne furent point encore appellées Satyres.
Les premieres qui parurent fous ce nom ,
furent celles d'Antonio Vinciguerra , Secretaire
de la Republique de Venife ,
vers la fin du quinziéme fiecle. Celles
de l'Ariofte occuperent enfuite le premier
rang .
Aux Satyres dans le caractere comique
fuccederent les Farces , introduites vers
l'an 1450. Pour en marquer l'imperfectiona
go MERCURE DE FRANCE.
tion . La Crufca a défini leur genre , Comi
media mozza : Il y en avoit de deux fortes
, les unes fans divifion , & les autres
divifées en cinq Actes , & quelquefois
même en fix. Le Lingarefche , comme
parlent les Italiens , fe reduifent à l'ef
pece comique , & comme ces reprefen
tations populaires qu'on voit à Rome
principalement en Carnaval fur des
chars tirez par des boeufs , &c. mais après
tant de groffieretez on arriva enfin à la
bonne Comedie par le moyen de l'Ariof
te , lequel en 1525. publia la Caffaria ,
& la même année les Suppofiti. En premier
lieu il les donna en profe en imitation
de la Calandra du Cardinal de Bibiena,
qui avoit été imprimée à Rome en
1524.
Les Fables Paftorales reçûrent leur
commencement des Farces , pour la forme
, & des Eglogues pour le fond . L'Orphée
d'Ange Politien en fut , pour ainfi
dire , la premiere ébauche. On en vit
paroître quelques autres , à la verité ' ,
mais toutes irregulieres & imparfaites
jufqu'en l'année 1545. que Jean - Baptifte
Giraldi de Ferrare mit au jour fon
Eglé , à laquelle il joignit le nom de
Satyre. Le premier qui appella une telle
compofition Fable Paftorale , fut Auguftin
deBectari, auffi Ferrarois, qui en 1555-
publia
JANVIER 1726.. 91
publia fous ce titre fon Sacrifice. Et en
1563. Alberto Lollio , de la même Ville
, donna naiffance à fon Arethuſe , mais
avec le titre de Comedie Paſtorale . Il
vint enfuite l'Aminthe du Taffo , & le
Paftor fido du Guarini , pour lefquelles
deux principalement ont prife ce genre
de compofition.
De la Paftorale nâquit enfuite la Poëſie
maritime. L'Egloghe Pefcatorie , comme
parlent les Italiens , de Bernardin Rota
furent les premieres que l'on vit. La premiere
Fable Peſcatoria fut l'Aliée d'Antoine
Ongaro , qui pour l'avoir faite
trop femblable à l'Aminte du Taffe , on
lui donna le furnom de Aminte Bugnato
.
Les Dramnus en Mufique ne commena
cerent à faire quelque bruit en Italie
que vers la fin du feiziéme fiecle .L'Euridice
, la Daphné , & l'Ariane d'Ottavio
Binuccini peuvent fe compter pour
les premiers.
L'Andromede de Benedetto Ferrari fut
le premier qu'on recita fur les Theatres
de Veniſe en 1637. Il femble que le
Cicognini ait donné la derniere main à
ces reprefentations avec fon Jafon , qui
pour la feconde fois fut reprefenté en
1644: Quefti Arommi , dit M. Crefcimbeni
, dans fon Hiftoire della volger
[poëfiax
92 MERCURE DE FRANCE.
نم
poëfia , afforbirono tutta la Comica ,
tutta la Tragia. Cependant la plûpart de
ces Pieces étoient très - irregulieres &
très -corrompuës , mais peu d'années après
on travailla à leur compofition avec plus
d'ordre , foit pour le ftile , foit pour le
fujet. Sous ce genre Dramatique on mit
les Fêtes en mufique , les Cantates &
les Serenades.
On prétend que la Tragedie en Italie
eft dérivée des Ponpes , Repreſenta
tions & Fêtes fpirituelles , qui le faifoient
anciennement . L'Auteur que je viens de
citer , met l'époque de ſa naiſſance avant
l'an 1449. auquel temps fut reprefentée
la Tragedie d'Abraham & d'Ifaac ,
dont Feo Belcari étoit l'Auteur : & en
effet on lit dans l'Hiftoire de Sienne, que
les repreſentations facrées ne commencerent
à être en ufage àSienne que vers l'an
1273. à l'occafion du B. Ambroise Sanfedoni,
qui obtint du Pape Gregoire X. l'abfolution
des Sienois excommuniez , dont
on renouvelloit la memoiretoutes les années
le jour du Vendredi du Lepreux.
La gloire de la premiere vraie Tra
gedie qu'on ait vûe en Italie , eft dûë à
Jean - Georges Triftino, de Vicenfe , Auteur
de la Sophonifbe, publiée par lui en 1529 .
à laquelle fucceda la Rofmonda de Jean
Bucellay , Florentina Canace de Sperone
JANVIER 1726. 93
rone Speroni , Padoüan , & c.
Pour fatisfaire vôtre curiofité , Monfieur
, je me fuis informé avec foin des
Acteurs & Actrices celebres qui ont le
plus brillé dans ces derniers temps fur
les Theatres d'Italie , foit par leurs belles
voix , foit par leurs autres talens dans
la déclamation & la reprefentation theatrale.
La Margarita de Bologne a eu beau,
coup d'applaudiffemens dans l'Opera ,
qui a pour titre , le Roi Infant. Elle a
paffé pour une des plus belles voix d'Italie.
C'étoit une belle Blonde , de taille
mediocre , mais bien priſe , l'air noble &
aifé , & très- bonne Comedienne.
Le fameux Clement Hader , connu
fous le nom de Clementin , Alleinand ,
natif de Haderſberg.
Jean-Baptifte Speroni.
Ferdinand Chiaravelle.
Anne-Marie Manarini , fameufe par
La belle voix , fa belle taille , & fa beauté
perfonnelle.
Le Filanin , qui s'eft extrêmement diftingué
dans divers chants , avec un accompagnement
de Trompettes.
Parmi les plus excellentes voix d'Italie
, le Cavalier Loretto , & Marc- Antonio
ont tenu le premier rang.
La celebre, Leonora , fille de cette bel
94 MERCURE DE FRANCE.
·
le Adriana Mantouana , dont vous avez,
fans doute , oui parler , a été un miracle
de fon temps. On parle encore d'elle
dans toute l'Italie comme d'une merveille
du monde. Cette incomparable Dame
eft fort exaltée , dans un affez gros volume
, rempli d'excellentes Pieces Grecques
, Latines , Italiennes , Françoifes &
Efpagnoles , imprimé à Rome fous le titre
d'Applaufi Poëtici , alle glorie della
Signora Leonora Baroni .
&
Outre le talent de la voix , elle avoit
encore celui de la compofition ; ce qui
faifoit qu'elle poffedoit parfaitement le
fens des paroles qu'elle chantoit
qu'elle prononçoit & exprimoit d'une
maniere à n'y rien defirer. Son recit étoit
accompagné d'une pudeur affurée , d'une
genereufe modeftie & d'une douce gravité.
Sa voix étoit d'une haute étenduë ;
jufte , fonore , harmonieufe , l'adouciffant
& la renforçant fans peine & fans
faire aucunes grimaces. Ses élans & fes
Loupirs n'avoient rien de laffif , fes regards
rien d'impudique , & fes geftes rien
qui ne fut dans la bienfeance d'une honnête
fille. En paffant d'un ton en un autre
, elle faifoit quelquefois fentir la divifion
des genres en harmonique & chromatique
, avec tant d'art & d'agrément ,
que
JANVIER 1726. 95
que tout le monde étoit ravi. Elle joüoit
parfaitement du Thuorbe & de la Viole
dont elle s'accompagnoit ordinairement
elle-même. Un Concert raviffant qu'elle
fe plaifoit quelquefois de faire entendre,
c'étoit de fa mere , de fa four & d'elle.
c'eft -à - dire , des trois plus belles voix
qu'il y eut dans toute l'Italie . La mere
jouoit en même temps de la Lyre , la
foeur jouoit de la Harpe , & Leonora du
Thuorbe.
A
11 me refte , Monfieur , à vous dire
quelque chofe fur les Perfonnages Comiques
dont vous me parlez . A Rome,
on appelle Arlequin Tracagnino ; dans
le refte de l'Italie il n'eft connu que fous
le nom de Trufaldino .
Dom Ponfevre eft un Perfonnage Genois
, à manteau , comme un bon Bourgeois
, un Banquier , &c. Ponfevre eft
le nom d'une petite Riviere , qui dẹfcend
des montagnes de Genes à S. Pierre
d'Arene.
Pandochio eft le Perfonnage d'un Valet
intriguant : il eft ordinairement Sici
lien de Palerme,
Gio Gourgolo eft un Spadaffin ou Capitan
, avec un grand nez. Il eft ordi
nairement Calabrois .
Enfin , je vous dirai en finiffant cette
longue
96 4 MERCURE DE FRANCE:
longue Lettre , qu'on a joué le Carna✩
val dernier fur le Théatre S. Angelo à
Venife , Mariane & Vlyffe , deux Opera
du Sgr. Dalli , qui ont eu un grand
fuccès , ils ont été executez par les Muficiens
& Acteurs dont vous allez lire
les noms , dont quelques-uns font affez
celebres pour vous être déja connus .
La Sgra Roſaura Mazzanti , Hauteconte
, elle avoit pour le Carnaval 1500.
Philipes.
Le Sgr. Paita , 1200. Philipes .
Le Sgr. Careftini , Muficien de l'Em
pereur , Deffus , 2000. Philipes .
Le Sgr. Raina , Milanois , Deffus .
La Sgra. Bettamero , Venitiene , Haute-
Conte.
La Sgra . Spinola , de Florence , Def
fus,
Les autres Théatres n'ont pas eu des
Sujets moins celebres ; ceux qui reprefentoient
à S. Jean Chrifoflomo , étoient
La Fauftina , 1200, Sequins .
te.
La Sgra. Merichi , 1900. Ducats.
Le Sgr. Carlo Scalzi , 2000. D.
Le Sgr. Ofli , Romain , Haute - Con
Le Sgr. Antonio Barbieri Baffe
Taille .
€
2
JANVIER 1726. 97
A fan Caffano.
La Romanina , 3000. Ducats .
Le Cavalier Nicolino , 2500. D.
Le Sgr . Egizzii , Napolitain , Deffus
1500. D.
La Grechetta , Haute- Conte.
Le Sgr. Baratti , Taille .
La Sgra. Denzia , Venitiene , Haute-
Conte.
Le Sgr. Pertici , Florentin , Baffe-
Taille.
Afan Moife.
La Sgra. Chiara Orlandi , Deffus .
Le Sgr. Angelo Cantelli , de Boulogne
, Taille.
La Sgra, Stella Cantelli de Boulogne ,
Haute- Conte.
Le Cavalier Gafpari , Deffus.
Le Sgr.FeliceNovello , Venitien , Taille.
La Sgra. Anna Giro.
Puifque je fuis fur les Spectacles , je
ne dois pas oublier les Comediens ..
Sur le Theatre fan Samuel.
Premier Amant , Silvio .
Le fecond , le fils de Monti , dit Petronio
& Gaetanino , tour à tour .
E Pre
98 MERCURE DE FRANCE.
Premiere Amante , Baftonina & Ro
manina , tour à tour.
La feconde , la Sgari.
1
Pantalon , Fioretti , Venitien.
Premier Zanni , Monti , dit Petronio,
Le fecond , le fils du vieux Gradelin,
La Soubrette , Argentina.
A fan Luca.
Premier Amant , Pompilio.
Le fecond , Argante & Verzer , tour
à tour.
Premiere Amante , Aurelia , femme
de Pompilio,
Seconde Amante , Bettina Bergonzina,
La Soubrette, Corallina.
Pantalon , Garelli.
Le Docteur , Galeazzo.
Premier Zanni , Campion.
Le fecond , le fils de Caroli.
Je vous demande pardon du peu
d'ordre que vous trouverez dans ma
Lettre ; je ferai plus exact une autre
fois. Je fuis , & c.
ETRENJANVIER
1726 99
ETRENNES.
Quoique ma Mufefoit glacée
Par les embarras où je fuis :
Ta bonté , tes bienfaits s'offrent à ma pensée, (
Et je vais , Bernard , fi je puis ,
Mettant à côté mes ennuis ,
Te tracer une foible idée
Des fouhaits que pour toy je forme dans un
jour ,
Où les habitans du Permeffe ,
Celebrent d'un ton d'allegreffe ,
L'amitié , l'eftime & l'amour.
L'Encens que l'on donne à l'Eftime ,
Eft le plus pur & le plus précieux ;
Sans le moindre foupçon de crime ,
On le mêle à l'Encens qu'on brûle pour les
Dieux,
Mais tu ne l'aime pas peut- être ?
Trop content de faire du bien ,
[Bernard , tu ne comptes pour rien
Qu'un coeur reconnoiffant te faffe trop connoître
;
E ij
Sage,
SSCPT10o0o
MERCURE DE FRANCE.
Sage , bon Citoyen , & zelé pour ton Roy ,
Tu fers également & l'Etat & ton Maître;
Puiffes-tu dans ce noble Employ ,
A nos regards long- temps paroître!
Puiffai - je de tes heureux jours
Dans mes Vers celebrer le cours !
Et m'expofant à te déplaire
Te louer pour me fatisfaire.
M. D. L.
I
Ce 1. jour de l'année 1726..
LETTRE de F. R. M. D. N. D. L. C,
fur unfaitfingulier. Eerite de Paris
le 18. Decembre 1725.
J
E cede enfin , Monfieur , à la follicitation
que me font mes amis depuis
fort long- temps , & je prends la plume
, pour vous dire , qu'il y a plus
de vingt ans qu'un accident m'arri
va , qui fut accompagné de fymptomes
, qu'aucun Medecin , qu'aucun Phyficien
, qu'aucun Anatomiſte n'a pû juſques
à prefent bien expliquer , mais
qui , par votre moyen , le pourront
être , de quelqu'autre Sçavant. Voici
le
JANVIER 1726. Ler
que
le fait autant exactement circonftancié
que je pourrai. J'avois environ 44. ans,
lorfqu'à cinq heures , un quart du foir,
au mois d'Octobre , l'air n'étant que
médiocrement froid , il tomba fur ma
tête , d'environ quatre pieds de haut ,
à l'endroit où la future fagitale fe joint
à la coronale , une de ces tringues de
lit fur lefquelles on coule les rideaux ,
du poids d'environ deux livres & demie
; une calote de laine que j'avois
fur la tête en modera fi bien le coup,
que je ne fentis d'abord qu'une douleur
facile à fupporter , ce qui fut caufe
reftant de bout , je continuai le petit exercice
que je faifois ; mais peu de temps
après , la douleur s'étant augmentée , je
me retirai pour aller m'affeoir près du
feu , d'où j'allai me mettre au lit , après
avoir pris un bouillon . Le lendemain
ne fentant aucune douleur , je me levai
; mais on m'invita avec tant d'empreflement
de me faire faigner , que
j'y confentis ce jour là & même le fuivant
, quoique j'eftimaffe n'en avoir aucun
befoin , ma maniere de vivre étant
reglée , la Plétore ne dominant point en
moi , & toutes les fonctions naturelles
s'y faifant reglément. Je penfai donc que
mes amis devoient être fatisfaits , que
pour condefcendre à leurs volontez j'euf-
E iij fe
102 MERCURE DE FRANCE.
fe pris quatre jours de repos ; le cin
quiéme jour , me trouvant parfaitement
bien , je repris mes petits exercices ordinaires
. Mais ce même jour à cinq heures
un quart du foir , qui étoit l'heure
au jufte que j'avois receu le coup , à
quoi je ne penfois nullement , n'ayant
d'autre penfée en l'efprit , que celle de
l'objet qui m'occupoit alors , je perdis ,
tout - à - coup , fi entierement le fentiment
des deux genoux , des deux jambes &
des deux pieds , qu'il me fembloit être
fufpendu en l'air , ne fentant , en aucune
maniere , les carreaux fur lefquels j'étois
, ni les mouvemens des jambes que
je faifois ailément pour marcher , & cela
de telle maniere , que j'étois obligé de
regarder mes pieds pour être perfuadé
que je les avançois & que je les pofois
à terre , comme je devois les avancer .
& les pofer pour marcher : car leur
mouvement n'étoit point intercepté. En
cet état , je me conduifis avet bien de la
peine près de deux cens pas , auprès d'un
grand feu qu'on avoit eu le temps de
difpofer, où après un peu plus d'une heure
le fentiment commença à revenir un
peu fuperficiellement, puis profondément
comme un filet qui me reprefentoit affez
bien l'idée de l'axe de chaque jambe ,
puis augmentant & revenant de plus en
plus
JANVIER 1726. 103
plus , je ne trouvai entierement rétabli
à la fin de cette feconde heure. Le
lendemain je continuai mes petits exercices
, fans plus penfer à ce qui m'étoit
arrivé la veille ; mais l'après midi à la
même heure & au même quart d'heure
que le jour précedent , les mêmes fymptômes
recommencerent , & pendant huit
à neuf jours ils continuerent à me reprendre
au même temps , fans augmentation
, fans changement , fans diminution ,
n'y faifant rien que ce que j'y fis le premier
jour que je les fentis , qui fut de
m'approcher d'un bon feu & d'y refter
jufques à ce qu'ils fuffent diffipez. Après
ces huit ou neuf jours , ils diminuerent
petit à petit en huit ou neuf autres jours ,
& depuis je n'en ai eu aucun reffentiment
, ayant toujours joui d'une bonne
fanté.
Si vous estimez , Monfieur , ce petit
récit digne d'avoir place en votre Mercure
; & que vous invitiez les Sçavans
à donner leurs fentimens , prévenez - les,
je vous fupplic , de ne point éluder la
difficulté , en nous donnant pour raifon
que ce font autant d'effets d'une imagination
frappée , parce qu'on fçait certai
nement que cette raifon eft entierement
fauffe , & qu'elle ne fera point eftimée
ici de bon aloy.
E iiij Je
104 MERCURE DE FRANCE.
,
Je crois , Monfieur , ne devoir pas
vous celer mon nom de crainte que
vous ne croyez que cette petite avanture
n'eft qu'un jeu d'efprit ; mais je vous
fupplie de ne le pas rendre public ,
vous fuffifant de me connoître pour la
certitude du fait , & que je vous affure
que je fuis , & c.
********************
LE MOINE AU
ET LA TOURTERELLE.
FABLE.
UN Moineau , vif , jeune & fringuant
Beau , guai , de lui - même content ,
N'ayant d'autre défaut que d'être trop volage,
Voloit de bocage en bocage ,
Et laiffoit par tout chaque jour .
Mille marques de fon amour ;
C'eftoit à qui l'auroit : Aloüette , Linotte ;
A toutes il montroit la notte ,
Et toutes s'en trouvoient fort bien ;
Mais un même matin voyoit mourir , & naître
,
Les amitiez du petit traitres
Ce
JANVIER 1726 105.
Ce n'étoit qu'un Oiſeau de paffage , un vau¬
rien.
Un jour certaine Tourterelle ,
Voulut l'appeller infidelle :
Bon ! lui répondit- il , fuis -je moineau pour
rien ?
CRUCHES FECONDES du Cabinet de
M. Paul Lucas .
N parlant dans nôtre Journal du
mois de Novembre dernier , du curieux
Cabinet de M. Paul Lucas , An- .
tiquaire du Roi , & fameux Voyageur ,
que les Princes de Baviere lui ont fait
l'honneur de vifiter , nous nous fommes
engagez de parler plus particulierement
de certaines cruches fecondes , qu'on voit
parmi les autres curiofitez qu'il a rapportées
du Levant . Nous nous acquit
tons avec plaifir de nôtre promeffe , fur
un Memoire qu'il vient de nous communiquer.
Les meilleures & les plus eftimées de
ces Cruches fe fabriquent daus une Ville
de la Haute Egypte , nommée Kana ,
près des fameufes ruines de Dandera ,
décrite , page 36. du troifiéme Volume
du dernier Voyage de M. Lucas , feconde
édition 1724.
E v Ces
106 MERCURE DE FRANCE.
τέ
Ces Cruches font d'une terre plus fi
ne que toutes celles que l'on fait ail-
-leurs. On en tranfporte jufqu'à Conf
tantinople , & dans toutes les autres Villes
confiderables de la Turquie . Elles
ont une finguliere vertu de rafraîchir
l'eau en peu de temps , ce qui eft d'une
grande commodité , furtout en Egypte ,
où l'air eft fort chaud , & où il n'y a ni
glace , ni neige . On expofe ordinairement
ces Cruches à l'air fur une fenêtre du côque
le vent foufle , & en moins d'un
quart d'heure l'eau s'y rafraîchit merveilleufement.
Les François qui font en
Egypte , ont coûtume avant leurs repas,
d'y faire rafraîchir ainfi leurs vins . Les
Turcs prennent plaifir à femer fur l'exterieur
de ces Cruches , ( humectées par
le tranfpiration de l'eau ) de la falade .
qui y croît , & qui eft bonne à manger
en quatre ou cinq jours de temps. C'eft
principalement au temps de ces herbes
naiffantes , qu'ils affectent de boire dans
ces Cruches , en ayant le vifage tout rafraîchi
en même temps qu'ils fe defalterent
par la boiffon . Outre cela , on af
fure dans le pays , que l'eau qui a été
quelque temps dans ces Cruches , a encore
la vertu de guerir la dyffanterie , &
pertes de fang , caufées par quelque
vaiſleau rompu dans le corps.
les
ENIGME
JANVIER 1726. 107
XX:XXXXXXXXXXX:XX
PREMIERE ENIGME.
DE Deux inégales parties
Par certain Ouvrier juſtement afforties ,
On trouva le fecret de me former un corps ,
7
Qu'on fait agir fans beaucoup de refforts.
Semblable à bien des gens , le jour je me repoſe
,
Et je me plais la nuit au mouvement :
Non pas qu'à la clarté mon naturel s'oppoſe,
Puifqu'au contraire , bien fouvent
J'en rehauffe l'éclat ceffant.
D'un étourdi , le peu d'adreffe
Eft tout le malheur que je crains ,
Car , ainſi qu'un enfant ſe bleſſe
Des armes qu'on laiffe en fes mains :
Ainfi toujours ennemi de lui-même ,]
Quand le brutal à fait fon coup fâcheux ,
Il demeure ifte & honteux ,
D'avoir fait périr ce qu'il aime.
E vj DECE
108 MERCURE DE FRANCE
DEUXIEME ENIGME
P
Our moi l'hiver eft la belle faifon ,"
Et l'on m'entend affis au coin de fon
tifon ;
Je repofe le jour , mais tant que la nuit dure.
Je cours comme un hibou , errant à l'avanture.
Je me trouve fouvent à la fin d'un repas ,
Lorfque pour faire chere entiere ,
On fait de mon labeur un affez grand fracas
Je porte avec moy la lumiere ,
Et je finis enfin chantant avec effort ,
Mon heureux ou malheureux fort.
TROISIEME ENIG ME.
Quoique je fois un grand parleur ,
Et par confequent grand menteur
On voit chez moi troupe choifie ,
De Rois , de riches , d'indigens .
Tous connus pour honnetes gens
Et placez fans ceremonie.
Je m'attache à fuivre les pas
D'une belle , mais inégale ,
Qui
JANVIER 1726.
109
Qui quelquefois toute entiere s'étale ,
Quelquefois ne fe montre pas ;
On me vient voir toute l'année ,
Mais fi-tôt qu'elle eft terminée ,
Tous mes commerces font rompus ,
Et fuis au rang des Saints que l'on ne fête
plus.
Les deux Enigmes du premier vol.
de Decembre doivent être expliquées
par les Patins & la Pipe. Des vrais mots
des trois Enigmes du fecond vol . du même
mois , font le Tabac , le Chapeau ,
les Enfeignes de Paris .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c. -
M
EMOIRE SECRET DE LA COUR
D'ANGLETERRE , de ce qui s'eft
paffé de plus curieux fous Charles L
Par M. *** A Paris , rue S. Jacques ,
chez André Morin , 2. vol . in 12. de
près de 800. pages.
Cet ouvrage qui eft dedié au Duc du
Maine ,
frd MERCURE DE FRANCE.
Maine , contient plufieurs avantures veritables
& galantes , arrivées en Angleterre
fous lé regne de Charles I. & de
Cromwel.
>
Le même Libraire a auffi imprimé
deux autres livres à peu près de même
titre , mais d'une étendue & d'un prix
bien different. Le premier eft les Jour
nées amufantes de Madame Gomez en 5 .
vol. in 12. Le deuxième , les Amuſemens
ferieux & Comiques de M. du Frefni
vol. in 12.
LETTRES CRITIQUES , écrites d'Angleterre
au R. P. Caftel , de la Compagnie
de Jefus , fur trois articles importans
, & furprenans de fon nouveau fyf
tême de la pefanteur de l'air . Par le Chevalier
*** de la Societé Royale de Londres
. A Paris , Quay des Auguftins ,
chez Mufier , 1725. brochure in 12. de
41. pages.
OBSERVATIONS fur la Mufique , la
Flute & la Lyre des anciens. A Paris ,
Quay des Auguftins , chez Flahaut , 1726.
brochure in 12. de 34. pages.
Pierre Prault , Libraire fur le Quay
de Gefvres , débite depuis peu une nouvelle
édition du Poëme de Cartouche ,
plus
JANVIER 1726. 111
-plus belle & plus correcte que les précedentes
, & de plus ornée de feize planches
proprement gravées , qui reprefentent
les principales actions de ce fameux
Voleur , & les lieux où il s'eft le plus
fignalé.
DISSERTATION fur les Maladies Veneriennes
, avec une Lettre écrite par
un fçavant hyficien Chimifte , fur la
caufe & la nature des maladies , & fur
la préparation des remedes propres à
guerir doucement , promptement , radicalement,
& fans danger tous les maux
Veneriens , quelques inveterez qu'ils
puiffent être. Par le fieur Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans fa Compapagnie
des Cent Suiffes de la Garde du
Corps de S. M. Tome 1. A Paris , Quai
des Auguftins , 1725. in 12. de 274.
pages , fans l'Epitre & les Approbations .
DESCRIPTION de la nature , des caufes
des maladies Veneriennes , & de plufieurs
remedes propres à les guerir . Par
Le même Auteur. Tome 2. chez le même
Libraire , in 12. de 502. pages fans l'Avertiffement,
lesApprobations & laTable.
VOYAGE du Chevalier Chardin , & c.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Briaſſon ,
·1724. 10. vol. in 12.
VOYA112
MERCURE DE FRANCE.
VOYAGE de Grece , de Paleſtine , d'E
gypte , d'Italie , de Suiffe & des Pays-
-Bas , 1725. Ibid.
VOYAGE de J. B. Tavernier , &c.
Ibid. 1724. 6. vol . in 12 .
VOYAGE DE FRANCE , & c. Ibid. 2 .
vol.
PRINCIPES de la Nature & c. Ibid.
31725. 2. vol. in 12 .
RECUEIL NOUVEAU des Epigrammatiftes
François , anciens & modernes.
Ibid. 1724. 2. vol . in 12 .
LES VIES de S. Prudence , Evêque
de Troye , & de Sainte Maure , Vierge.
A Paris , chez F. Babuti , ruë Saint Jacques
, 1725.
ESSAI SUR LA SANTE' , & fur les
moyens de prolonger la vie , traduit de
l'Anglois de M. Cheyne , Docteur en
Medecine , Membre de la Societé Royale
de Londres . Par M. *** A Paris , Quay
des Auguftins , chez Rollin , 1725. in
-12 . de 367. pages.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent aux
enviJANVIER
1726. 113
environs de Paris , avec leurs ufages dans
la Medecine . Par M. Pitton de Tournefort
, &c. Seconde Edition , revûë &
augmentée par M. Bernard de Juffieu ,
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier , &c. A Paris , Quay des
Auguftins , chez J. Mulier , 1725. 2 .
vol. in 12. de plus de 900. pages.
TRAITE DE LA PARESSE , ou l'Art
d'employer le temps . A Paris , rue Saint
Jacques , chez J. T. Joffe, in 12. 2. 1. 10 f
LE NOUVEAU TESTAMENT tout Latin,
1725. chez le même , in 12. 35. f.
LE TEINTURIER PARFAIT , ou l'Art
de teindre les Soyes , Laines , Fils , &c.
Idem. 2. vol. in 12. 4. 1. 10. f
NOUVEAUX ESSAIS DE MORALE , OU
Obfervations Chrétiennes fur les plus
importantes veritez de la Religion , tirées
de l'Ecriture Sainte , des Conciles
& des Peres , pour toutes les femaines
de l'année , felon l'efprit & le ftile de
l'Imitation de J. C. A Paris , rue Saint
Jacques , chez Joffe , 1726 vol. in 12. de
454 pages , fans la Preface , la Table &
1'Epître Dedicatoire à S. A. S. Mademoi
felle de Clermont.
•
-STA
114 MERCURE DE FRANCE :
STATO della Chiefa Lateranenfe Pa
pale , in Roma , 1723. in 4 ° . fig .
PASCOLI , Trattato del Moto . Roma.
Ibid.
MEMOIRES de Pierre le Grand , Empereur
de Ruffie , Pere de la Patrie , &c
Par le Baron Jwan Neftefieranei. A la
Haye , chez Albert , 1725. in 12. de
470. pages.
,
Il paroît depuis quelque temps à Londres
un Livre Anglois fous ce titre :
Hiftoire naturelle des infectes d'Angle
terre , enrichie d'une centaine de planches,
gravées avec soin d'après nature & en-
Tuminées exactement , pour ceux qui le
fouhaiteront, par l'Auteur même , Elea
zar Albin , Peintre . On y a joint d'amples
notes , & plufieurs obfervations curieufes
, par Guillaume Derham , de la Societé
Royale. A Londres , 1724. in 4° .
RECUEIL des Poëfies diverfes qu'on
diftribua au College des Jefuites , le jour
de la Harangue du P. de la Sante , au fujet
du Mariage du Roi. Il contient une
douzaine de Pieces , au bas defquelles fe
trouve le nom des Auteurs . Voici l'idée
& le goût de chacune :
La
JANVIER 1726. IFS
La premiere eft une Eglogue de deux
Bergers. Thyrcis affligé de la guerre que
les Loups font aux troupeaux , fe livre à
fa douleur , & refufe de chanter fur le
pipeau : Lycidas confole fon ami & lui
annonce que Daphnis' leur Roi s'unit à
Eucharis.
Le feul nom d'Eucharis aux ferpens eft con
traire ,
Daphnis contre les Loups eftun nom falutaire,
Son bifayeul Alcandre en purgea les Forefts.
Thyrcis ne réfifte plus , & s'offre à
celebrer avec Lycidas cette heureuſe alliance.
Après avoir loué d'une maniere
Poëtique la fageffe du choix
que fait
Daphnis , ils chantent tour à tour le fujet
de leur joye & de leur efperance .
L'Olivier qui fert d'appui à la vigne ,
& à qui elle fait honneur. La Grenade
qui eft deftinée à porter la Couronne
renferme plus de richeffles , qu'elle n'en
fait briller au - dehors. L'Aimant qui fe
tourne vers l'Etoile du Septentrion , &
fixe fur elle fes regards. Le Mirte , dont
la chafte Uranie couronne les tendres
époux , & qui eft le lien des ames bien
afforties. Les Lys qui font l'image de la
candeur , & l'appanage du beau Daphnis,
font des comparaifons naturelles & riandont
la fimplicité & la juſteſſe for- *tes ,
ment
116 MERCURE DE FRANCË .
ment & développent une allegorie fen
fible . Des comparaifons , les Bergers
pallent aux préfages , les moutons bondiffans
fur l'herbe malgré une pluye
abondante, fembloient preffentir & annon .
cer leur bonheur , les Dieux operoient
cette merveille , touchez de la pieté &
du zele de Daphnis & d'Eucharis ; ils
veulent par cette union confondre le vi-
& vanger leurs Autels . Thyrcis
& Lycidas finiffent par des voeux ardents
qui ont pour objet le culte des
-Dieux , la fécondité des époux , la felicité
des campagnes , & la fureté des Bergeries.
ce ,
L'Auteur de cette Eglogue eft déja
connu par celle qu'il fit imprimer à la
•Majorité , & qui fut fort applaudie.
2° Ode Latine du P. Sanadon . Le nom
de l'Auteur en fait l'éloge , & on ne
peut le pouffer plus loin , qu'en ajoûtant
qu'il s'eft furpallé lui - même dans ce
genre de Poefie. Le fujet et heureux ,
Ia nobleffe & l'élevation qui font la
beauté des Odes , diftinguent celle- ci en
particulier. On fuppofe que Raphaël
Laczinski , fixième du nom , furnommé
L'Apollon de la Pologne , & Bifayeul du
Roi Staniflas , étant au lit de la mort ,
découvre & prédit la gloire de fa famille.
C'eft un Heros , c'eft un Poëte qui parle
Depuis
JANVIER 1726.
Depuis que cette Ode eft imprimée, on l'a
traduite en deux façons ; la premiere eft
plutôt une imitation qu'une traduction ,
Elle eft courte , & a pour Auteur celui
qui a traduit l'Eglogue précedente : on
y trouve du feu & de la Poëfie.
OD E.
De la Parque illuftre victime ,
Prêt à rejoindre fes ayeux ,
Leczinski , ce Chantre fublime ,
D'un vol hardi s'élance aux Cieux ;
Et perçant la nuit éternelle ,
Qui voile les temps tenebreux ,
Il prédit en ces mots la grandeur immortelle,
Que le deftin réserve à fes derniers neveux,
&
Heros , dont le zèle fincere ,
Embraffe & foutient les Autels ,
Le Ciel , à qui vous fçûtes plaires
Vous place au rang des immortels.
La Religion elle-même ,
En dépit de l'Enfer jaloux ,
Va vous combler de gloire , & fa faveur
fuprême
Vous rendra tout l'éclat qu'elle a reçû de vous,
Par
C
$18 MERCURE DE FRANCE .
Par vos foins la Foi triomphante
Chez le Sarmate & le Hongrois,
Répand fa lumiere éclatante ,
Et foumet les coeurs à fes loix .
Je vois la licence écrasée ,
L'innocence regner en paix ,
Et l'herefie en deüil de nos climats chaffée
Jurer en frémiffant de n'y rentrer jamais.
Pour prix de cette foi foumife ,
Plus d'un Heros de nôtre fang,
Et dans l'Etat & dans l'Egliſe
Tint toûjours un illuftre rang.
Armez , Seigneur , pour vôtre gloire
Les uns ont combattu l'erreur ,
Les autres couronnez des mains de la Victoire
,
Chez nos fiers ennemis ont femé la terreur.
M
Grand Dieu ! quel éclat m'environne
Quel fpectacle enchante mes yeux !
Quel Heros brille fur le Trône ,
Ainfi qu'un aftre radieux !
A fes vertus tout rend hommage ,
Mais
JANVIER 1726.
119
Mais quoi...... ce pompeux appareil ,
Tout à coup eft troublé par un affreux orage ,
Une vapeur obfcure éclipfe ce Soleil…………..
Où fuis -je ? une clarté foudaine
Frappe mes regards enchantez ,
Quel Roi fur les bords de la Seine
Nous comble de profperitez !
Quelle éclatante deſtinée
Se montre à mes yeux éblouis !
Trop heureufe Sophie , une auguſte Hymenée,
Unira vos deftins , aux deftins de Louis,
Plein d'une fi douce efperance ,
Du fort foutenez les revers ,
Leczinski que vôtre conftance
Serve d'exemple à l'Univers.
Mais lorsqu'au temps de vôtre gloire,
Vous verrez luire un jour fi beau ,
De vôtre bifayeul honorant la memoire ,
Venez couvrir de Lys ma cendre & mos
tombeau.
3 Le même Poëte nous a donné une
Elegie touchante & gracieuſe ; celui qui
l'a
116 MERCURE DE FRANCE .
l'a traduite s'eft rendu fa matiere propre,
il a fçû trouver dans nôtre Langue des
tours & des expreffions qui répondiffſent
à la beauté du Latin ; on en jugera par
ces vers nobles & coulants :
Mais ne t'enfle point trop , amour de la vic
toire ,
Tufçais qu'une Déeffe en partage la gloirei
Que feule elle pouvoit fur un coeur fi conftant,
Meriter d'obtenir ce triomphe éclatant.
La naiffance , l'efprit , la pieté fincere ,
Ja majefté , la grace , & l'heureux don de
plaire
Sont les titres divers qui fonderent fes droits $
Pour monter en ce jour au Trône de nos Rois,
Hâte- toi donc , Amour , d'achever ton ou
vrage ,
Sollicite l'Hymen de nous donner un gage ;
Qui de ce couple augufte éternifant les noeuds,
De la France attentive accompliffe les voeux.
De la Villemauri
* 4° Ode Anacreontique. Le premier
couplet fournit d'heureux refrains à tous
les autres nous voudrions que le Grec
fut intelligible au commun des lecteurs ,
ils nous fçauroient gré de mettre ici la
piece
JANVIER 1726 121 .
piece entiere , pour les empêcher de la
regretter. Une plume habile & délicate ,
qui fe prête à tout avec fuccès , & enrichit
tous les mois un Journal par des Extraits
fçavans & polis , en a fait une Tra
duction Françoife & élegante .
Un Prince augufte , une augufte Princeffe
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas
La majefté , la vertu , la jeuneffe ,
Sur leurs rivaux leur affurent le pas :
Eft-il François qui ne fe livré pas ,
Aux doux tranſports d'une jufte allegreffe
Le chafte Amour, enfant de la Sageffe ,
Pour les foumettre armoit déja fon bras ;
Minerve fçût guider avec adreſſe
Deux traits vainqueurs du temps & du trépas;
Depuis ce jour les Chantres du Permeſſe
Repetent tous dans leurs fçavans combats :
Un Prince augufte , une augufte Princeffe ,
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas
Plus d'un Heros , & plus d'une Déeſſe
Revit en eux & charme nos climats ;
Sur eux le Ciel répand avec lar geffe ,
F Tout
122 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'on voit d'éclatant icy bas,
Des fentimens nobles & délicats
Ornent leur ame exempte de foibleffe ;
La Majeſté , la Vertu , la Jeuneffe ,
Sur leurs Rivaux leur affurent le pas,
A leur bonheur l'Univers s'intereffe ,
D'eux il naîtra d'illuftres Potentats ;
Cheris des Dieux , dignes de la tendreſſe ,
Dignes des voeux des plus vaftes Etats.
Je ne crains point d'en rifquer la promeffe
De tels Epoux me tirent d'embarras ;
Eft- ilFrançois qui ne fe livre pas
Aux doux transports d'une jufte allegreffe ;
Un Prince Augufte , une Auguſte Princeſſe ,
Viennent d'unir leurs coeurs & leurs appas.
P. F. J.
'L'Auteur de l'Eglogue dont nous
avons parlé , a auffi traduit cette Ode
en François & en Latin,
5°. Les Regrets de la Fortune font
la matiere d'une Elegie latine , dont la
Fiction eft ingenieufe , l'Allegorie jufte ,
les Sentimens nobles, la Poëfie naturelle.
La
JANVIER 1726. 123
La Vertu perfecutée par la Fortune ,
fans fe plaindre , ni des Dieux , ni des
hommes , avoit choifit le lieu de fa retraite
aux bords du Rhin ; elle y vivoit
dans un calme , que la vie des débris
de fa premiere condition ne pouvoit al
terer : libre & indépendante , elle méprifoit
les grandeurs , & s'en montroit digne
fans y afpirer .
Elle s'occupoit des exercices de la chafte
& fçavante Pallas , c'étoient les deux
amuſemens d'un fage , boifir ; elle cultivoit
encore , & préferoit à toutes les autres
fleurs , des Lys plus blancs que la
nege , & que la rigueur des vents fembloit
refpecter , lorfque la Fortune ſe
prefente à fes yeux . Cette Déeffe volage
étoit montée fur un char d'Yvoire , femé
de pierreries, & entouré d'avides clients ,
dont l'Auteur préfente une peinture forte
& reffemblante. La Vertu ne reconnoiffoit
plus la Fortune : celle ci fe fait connoître
& s'avoue coupable ; la fermeté
de fa rivale l'étonne , elle lui dit pour
marquer fon admiration & le défir fin-.
cere de réparer fa faute : Aimable vertu ,
je veux me reconcilier avec vous , fixer
ma roue en votre faveur , & vous élever
au plus haut degré. La réparation eft audeffus
de l'offenſe , je vous offre plus
que je ne vous ai enlevé ; on ne m'ac-
Fij cufera
124 MERCURE DE FRANCE.
cufera plus d'être capricieuſe & injuſte ;
vous guiderez mes pas , vous reglerez
mes faveurs , je ne marcherai qu'à votre
fuite , & ne me declarerai que pour
vos favoris. Le Ciel vous ordonne de
confentir à cet accord ; la Vertu foumiſe
& tranquille agrée les offres de la Fortune
, & modere fa joye , comme elle
avoit moderé fa douleur . Toutes deuxvont
figner le traité fur les Autels de la
paix là elles s'embraffent & fe jurent
une foy durable : les Dieux applaudiffent
, l'Enfer frémit , Apollon veut en
conferver le fouvenir , l'Amour le gra
ve au milieu du Temple.
69. Le Triomphe de l'Hymenée Sur
l'Amour , fait le fujet d'une nouvelle
Elegie.
L'Amour s'efforcoit de foumettre à
fes loix un jeune & fage Monarque.
Il montoit fur les Théatres , il fe mêloit
dans les Concerts , il animoit les
bals , où fe trouvoit le Prince , fans pouvoir
le rendre fenfible . Pour affurer fes
coups il fe déguiſe en Chaffeur , il le
pourfuit à travers les forêts ; mais loin
de l'atteindre , il fe laffe , il s'égare ; confus
de fa foibleffe , il éclate , il fe plaint,
& le refus d'une feule victoire lui fait
meriter toutes les autres. La honte lui
ferme enfin la bouche & livre fes fens
.
au
JANVIER 1726. 125
au fommeil. Minerve , qui couvroit de
fon Egide le coeur du Monarque , pour
en écarter tous les traits , appercoit l'Amour
endormi ; elle lui dérobe fon arc,
fon bandeau , fa torche & fes fléches ;
elle met cette précieufe dépouille entre
les mains de l'Hymenée , & lui apprend
l'ufage innocent qu'il en doit faire.
Ce jour qui voit l'Amour defarmé ,
doit être celui de vôtre triomphe ; j'ai
formé avec foin un aimable Roi & une
vertueufe Princeffe , c'eft à vous de les
unir par les plus tendres noeuds , je ga
rantis la durée d'une auffi belle chaîne :
PHymen transporté de joye , prend fes
plus riches atours , il amene SOPHIE
efcortée de toutes les vertus , qui ne la
quittent jamais la Fortune la fuit , mais
avec un air qui annonce le repentir de
fon crime. La France vole au-devant de
La Reine , & lui offre tous les coeurs
d'une Nation fidelle ; l'Hymen prefente
la Princeffe à fon augufte Epoux , la
douceur de fes attraits animée d'un
ris gracieux , charme LOUIS . Au même
inftant le Dieu armé des traits & du flam.
beau de l'Amour , allume dans les deux
coeurs une chafte flamme , & les perce
du même trait. LOUIS cede au mouvement
de fa tendreffe , & couronne l'aimable
SOPHIE. Minerve étend fur leur
F iij tête
;
126 MERCURE DE FRANCE.
tête le voile de l'Hymen , foutenu par
les Graces ; le Dieu grave fes loix
dans le coeur des Epoux ; les Graces &
les Jeux forment des danfes & des concerts.
Au bruit des réjoüiffances l'A
mour s'éveille , il tremble à la vûë d'une
Fête où l'on ne l'a point appellé , & il
prétend partager la gloire d'un triomphe
remporté par fes armes. Un regard
de SOPHIE l'arrête & le fait rougir
vos armes ( lui dit la Troupe avec un ris
moqueur ); vos armes font victorieufess
mais il n'eft permis qu'à l'Hymen de s'en
fervir.
De dépit l'Amour s'enfuit à Cythere,
le Poëte en felicite l'Hymen , &le con
jure de nous faire goûter bien- tôt les heu
reux fruits de fa victoire.
7. L'Ode latine adreffée au Roi Sta
niflas eft noble & harmonieufe ; elle a
pour Auteur celui de l'Ode Grecque ,
qui a été fi bien reçûë : celle- ci commence
d'une maniere fpirituelle.
La Fortune jaloufe de voir les Leczinski
s'élever au plus haut degré de
1'Honneur par le moyen de la feule vertu
, s'empreffe de les fervir , & de par
tager la gloire de fa Rivale. On rappelle
enfuite combien la Religion & la Po
logne font redevables aux Heros divers
de cette illuftre Famille .....Peu à peu
l'imaJANVIER
1725.
127
il Pimagination du Poete s'échauffe
prend l'effor il apperçoit une jeune
Déeffe portée fur un char éclatant ; fon
air augufte , fa douceur engageante la lui
font prendre pour la Vertu même , qui
vient rétablir fon empire fur la terre ,
& qui va s'attacher les cours de tous les
hommes ; il s'explique & finit par un
fouhait qui intereffe toute la France , &
en particulier le genereux Prince , à qui
nous devons nôtre Reine.
89. Quelque longue que foit la Piece
fuivante , nous en mettrons une grande
partie: nous devons cette juftice au merite
connu de l'Auteur , dont le goût fûr &
l'efprit fertile fçavent allier ce qu'il y a
de plus fleuri dans les belles Lettres ,
avec ce qu'il y a de plus abftrait dans les
Sciences .
LA RELIGION A LA REINE ;
au fujet de fon Mariage.
REINE , objet de mes foins , vous qui dès l'âge
tendre ,
Sçûtes me rechercher , me goûter & m'en
tendre ;
De la Religion reconnoiffez la voix.
Vous regnez , & je viens applaudir à mon
+
2
choix.
F iiij Oui
128 , MERCURE DE FRANCE
Oui , lorfque dans le fein d'une humble foli
tude ,
Vous faifiez de mes loix vôtre plus douce
étude ,
J'allois interroger au celefte lambris ,
Le livre , où des bons Rois les deftins fone
écrits :
Dieu faint , diſois - je alors , fi ton oeil favorable
,
"
» Jette encor fur la France un regard fecourable
,
»Daigne en nous confervant un Roi felon ton
>> coeur >
» Par la main d'une Eſther couronner fon bon-
» heur.
L'Eternel m'entendit : il mit dans la ba
lance
Le deftin de MARIE , & celui de la France,
Pefa les interefts de LOUIS & les miens ,
enviſagea la fin , arrangea les moyens ...
Sur l'Europe en fufpens balança la Couronne ,
Et par mille degrez vous élevant au Thrône,
Il parut annocer à l'Univers furpris ,
Qu'à vos feules vertus il refervoit ce prix .
Si-tôt qu'en ces climats nous les voyons éclore
,
LOUIS impatient les connoît , les adore :
Aux
JANVIER 1726 . 129
Aux yeux de tout fon peuple , il conduit à
l'Autel ,
L'objet auquel il jure un amour immortel.
Quel fur cet heureux jour ! que fa pompe
éclatante
De la France affemblée a fçû remplir l'attente !
Sur l'Epoufe & l'Epoux tous les yeux attachez
,
Y confultoient le cours de leurs deftins ca
chez,
Moi-même intereffée à cette augufte Fête ,
Je verfois mes faveurs fur l'une & l'autre
tête....
Goutez un fort fi beau , que l'Europe étonnée
,
Beniffe un jour la main qui vous a couronnée
!
£
Mais ce jour eft venu ,vous forcez mes voifins
Areconnoîrre en vous l'ouvrage de vos mains
C'eſt Eſther , difent- ils , fa pieté fincere
B
La dérobe à dex yeux empreffez à lui plaire,
»Pour faire au Roi des Rois un hommage
profond ,
"
» De ce bandeau facré qui brille furfon front ,
» Sur ſes peuples cheris , comme Eſther al-
» larmée,
Aux pieds du Dieu vivant on la voit abî-
» mée ,
Fy
Lui
130 MERCURE DE FRANCE
• Lui prefenter pour eux fes plus ardents des
» firs ,
» Et la Religion porte au Ciel fes foupirs s
Reine , fuivez toûjours cette trace adorable ,
Faites-moi triompher , en me rendant aima◄
ble.
Souveraine en ces lieux , vous l'étes à ce
prix ;
Soumettez-moi les coeurs que je vous ai ſou
mis ,
Et fur les volontez regnent l'une par l'autre.
Fa fons aimer par tout mon empire & le vô
tre ,
Uniffons toutes deux des interests fi chers ,
& dédommagez-moi des maux que j'ai ſoufferts
.
Epoufe d'un grand Roi , Fils aîné de l'Eglife ;
Si j'attens tout de vous , ce beau nom m'autorife.
Ayeux , dont l'Heroïfme eft au - deffus des Rois,
Pere , dont les vertus l'emportent fur fes
droits ,
Mere digne de lui , comme il eft digne d'elle ,
Tout doit pour me cherir ·
modeles....
, vous fervir de
Que de titres d'efpoir ! François , raffurezs
vous.
Déja de vôtre fort cent Peuples font jaloux
Sous
JANVIER
1726.
131
Sous MARIE & LOUIS la
candeur , Pin
nocence30 1
Vont bannir pour jamais le crime & la li
cence :
Tous deux m'en font garants , & leur coeur
genereux ,
Mettra tout fon bonheur à faire des heureux ,
Pour nous ratifier "ce fortuné préfage ,
Daigne le jufte Ciel achever fon ouvrage t
Si tu fondes fur moi leur plus folide appui ,
Grand Dieu , veille toûjours & fur elle & fua
lui!
Cultive dans leur ſein mes dons , qu'ilsy raffemblent
,
Et fais naître enfin d'eux des Rois qui leur
reffemblent.
• P.
Brumoy , J
9. La Balade eft un genre de , Poëfies
eelt
auffi gênant qu'il doit être naturel ; c'eſt
ce qui l'a rendu moins communé . La
Fontaine parmi
plufieurs très -belles , nous
en a laiffé une fur le
Mariage de Louis
XIV. Dans celle qu'on donne ici fur le
Mariage de Louis XV. on expofe le motifglorieux
du choix qu'a fait nôtre Monarqué
; on reprefente le caractere de la
Princeffe qu'il époufe ; on unit l'Amour
avec l'Hymen , pour regner fur deux
F vj
734 MERCURE DE FRANCE
De ce réfor il n'avoit connoiffance ;
Quels doux tranfports ! l'augufte Amant s'avance,
Son coeur foupire , & le Dieu fatisfait
Des noeuds d'Hymen joint ce couple parfait ,
D'un trait d'Amour le tendre Hymen le bleffe:
Amour , Hymen ! le triomphe eft complet ,
LOUIS ne veut aimer que la Sageffe .
ENVO r.
Heureux Epoux , nos voeux ont leur effet ,
Vôtre union du Ciel eft un bienfait ,
A la benir fa gloire l'intereffe :
Vous infpirez les Chantres du Permelle
De leurs Concerts agréez le fujet ,
Tous vous diront avec plus de fineffe ,
Moi fimplement : LOUIS , jeune & bien fait ,
Ne fait regner, n'aime que la Sageffe.
H. J. E. J.
T
10. L'Ode Françoise merite d'autant
plus d'être applaudie , que cette forte de
Poëfie demande plus de talens , & que
l'Auteur , qui a réüffi , n'eft pas François.
Il commence par tirer d'heureux
pre-
•
1
JANVIER 1726. 135
préfages du beau temps qu'il fit après
l'arrivée de la Reine.
Que vois-je ! quels heureux aufpices ,
Soudain fufpendent nos douleurs ?
Quelles mains à nos voeux propices s
S'empreffent d'effüyer nos pleurs ?
Quelle eſt la puiſſance adorable ,
Dont la prefence ſecourable
Rétablit l'ordre des faifons ?
Eft-ce la brillante Pomone ,
Qui vient par une heureufe Automne
Remplacer d'ingrates moiffons ?
M
Oui , François , c'eft à votre Reine ,
Que vous devez ces doux plaifirs ;
C'est elle dont l'afpect ramene
Flore , Phoebus , & les Zephirs.
Déja dans cet heureux Empire ,
Les vents & l'air qu'on y reſpire
Tout femble obéir à fa voix ;
Et dans un Soleil fans nuage ,
Tracer une fidelle image
Des temps qu'ameneront fes loix
136 MERCURE DE FRANCE.
Les vertus font à la Reine un fuperbe
cortege ; c'eft ainfi que le Poëte les ran
ge autour d'elle.
Un effain de Vertus celeftes
L'environne de toutes parts ,
Et la pudeur aux yeux modeftes
Regne en fes gracieux regards.
A fes côtez eft l'alllegreffé ,
Les Graces , la vive Jeuneffe ,
La circonfpecte Gravité :
Sur fon front ouvert & fincere ,"
Une affable douceur tempere
L'éclat d'une noble fierté.
Une Princeffe aimable & bienfaiſante,
foutient & anime l'efpoir de fes Sujets,
De la meurtriere indigence •
Peuples , ne craignez plus les coups .
La douce & riante abondance ,
Vient vous fouftraire à ſon couroux
Je la vois ; & fes mains fertiles
Déja fur nos terres fteriles ,
Verfent mille dons précieux :
De fes falutaires richeffes
La
JANVIER 1726. 137
La Reine par mille largeffes ,
Attire le cours en ces lieux.
L'Ode finit par des voeux pour l'extirpation
de l'herefie , le progrès de la
Religion & le bonheur de toute la
France.
Monftre au coeur double , à l'oeil perfide ,
Loin d'ici porte tes noirceurs ;
Parmi nous ta langue homicide
N'a que trop répandu d'horreurs ;
'Rentre dans ces réduits funebres ,
Où jadis au fein des tenebres ,
La fraude t'avoit enfanté ;
A la place de tes parjures ,
Et de tes lâches impoftures ,
Voi triompher la verité.
潞
Et toy , Religion facrée ,
Ne va point fuiant nos Autels ,'
Chercher à l'exemple d'Aftrée ,
D'azile chez les Immortels.
Jadis la fiere Samartie ,
Apprit des Ayeux de Marie
A t'offrir un pieux encens
De
138 MERCURE DE FRANCE .
De leur zele digne heritiere ,
Elle va de l'erreur altiere ,
Confondre les traits impuiffans.
Qu'ainfi des Reines le modele ;
Long- temps elle comble nos voeux
Que d'un Hymen , tendre & fidele ,
Ses vertus refferen tles noeuds :
Que l'innocence & la justice
Contre la fraude & la Malice ,
Trouvent chez elle un ferme appui ;
Que fon afpect , un fiecle encore ,
Puiffe d'une Cour qui l'adore ,
Bannir les foucis , & l'ennui.
P. Routh. J.
110. L'Epithalame mérite l'acueil
favorable qu'on lui a fait ; l'invention eſt
heureufe , le tour agréable & poëtique,
le ftile aifé , leger & coulant :
Triomphe Hymene , enfin voici le jour »
Qui doit unir la Sageffe & l'Amour.
C'eft de tout temps , qu'ennemis implacables
Sageffe , Amour , l'un de l'autre jaloux ,
Par des combats & des coups redoutables ,
Ont
JANVIER 1726.
139
Ont à l'envi fignalé leur couroux.
Chacun vouloit regner feul fur la terre ,
Et dominer fur le coeur des humains :
Tous deux , helas ! feroient encore aux mains
fini la guerre.
Si tu n'avois , Hymen ,
Triomphe , Hymen , enfin , &c.
De plus , dit-on , certaine antipatie ,
Les aigriffoit fans trop fçavoir pourquoi ,
L'une traitoit fon adverſe partie ,
De Dieu volage , inconftant & fans foy.
L'autre faifoit dans plus d'un manifefte ,
De la Déeffe un odieux portrait ;
L'humeur fauvage étoit le moindre trait ,
Tous deux charmez d'un débat fi funeſte,
Crioient , Hymen , en vain tu crois unjour
Pouvoir unir la Sageffé & l'Amour.
21€
Les deftins confultez , décident que
c'eſt à l'Hymen de finir la querelle .
Hymen , touché de ces cris , de ces larmes ,
Parle de Paix , les veut mettre d'accord ;
Mais l'Amour crie encor plus fort aux armes
;
ཝ
Sage
140 MERCURE DE FRANCE
Sageffe auffi croit n'avoir jamais tort .
Les Dieux du Ciel fe firent les arbitres ,
De part & d'autre on péfa les raifons ;
On décida , qu'en eux ces deux beaux noms,
Sageffe , Amour , n'étoient que de vains titres.
Triomphe , Hymen ; Je vois , dit - il , le jour ,
Qui doit unir la Sageffe & l'Amour..
L'Hymen pourfuit & prouve que ces
deux beaux noms conviennent avec plus
de juftice à LOUIS & à SOPHIE'; le
parallele qu'il fait du Roy & de la Reine
avec l'Amour & la Sageffe eft auffi flateur
qu'ingenieux.
Voyez ce Roi , dont l'Augufte perfonne ,
Par fes Vertus , fon air , fa Majeſté ,
Charme les yeux plus que par fa couronne
Il a d'Amour , l'éclat & la beauté ,
Mais il n'a point ſes rigueurs , fes caprices }
Il a fes yeux , mais non fon ris trompeur ;
Il a fa grace avec plus de grandeur :<
Voila l'Amour , chantez fous fes aufpices ,
Triomphe , Hymen , enfin , &e.
(
Comme
JANVIER 1726. 141
Comme le Dieu qu'on adore à Cythere ,
Il prend plaifir à lancer mille traits :
Déja , mortels , vous craignez fa colere ,
Mais il n'en veut qu'aux hoftes des forêts .
Ce fage Amour n'eut jamais à fa fuite ,
L'oifiveté , le dangereux repos :
Depuis long-temps de la Cour du Heros ,
La volupté cria , prenant la fuite :
Triomphe , Hymen , je ne puis voir le jour
Qui doit , &c.
B
Difparoiffez , trop auftere Déeffe ,
Une Princeffe attire tous les yeux ;
Seule elle a droit fur le nom de Sageſſe ,
Au jugement des hommes & des Dieux.
Elle n'a point ce front , cet air farouche ,
Qui fait haïr juſques à vos vertus:
Pour réformer les vices , les abus ,
Jamais le fiel ne coula de fa bouche.
Triomphe , Hymen , enfin , &c.
涯
Ainfi parla le Dieu de l'Hymenée ;
Les immortels approuverent fon choix ;
Cupidon
142 MERCURE DE FRANCE .
Cupidon fuit , la Déeffe étonnée ,
Laiffe le monde à de plus douces loix.
Malgré Venus , les jeux , les ris , les graces ,
Ont de Paphos abandonné la Cours
Et les vertus vers un plus beau féjour ,
Ne craignent plus de marcher fur leurs traces.
Triomphe , Hymen , &c.
諾
Acheve . Hymen : cette union féconde
Doit faire un jour naître d'un fi beau Sang
Mille Heros , qui partageant le monde ,
Après les Dieux tiendront le premier rang.
Depuis qu'ainfi la querelle eft finie ,
On ne connoît dans ce charmant Païs ,
Plus d'autre Amour que le Jeune LOUIS ,
Et la Sageffe eft l'Augufte SOPHIE.
Triomphe , Hymen , enfin voici le jour ,
Qui vient d'unir la Sageffe & l'Amour,
P. De deffus le Pont J.
La derniere piece du Recueil eft une
Fable allegorique , où il y a de l'efprit.
Il s'agit d'un Bouquet que les Dieux ,
dans un jour de Fête , veulent donner
au Maître de l'Empyrée. Ils choififfent
pour
JANVIER 1726,
1431
pour cet effet le Lys & la Rofe. Le Poete
parle ainfi des deux Fleurs .
C'étoit un jeune Lys , fils aîné de l'Aurore
Enfant cheri , qui tous les jours
Avec elle faifoit éclorre
De nouvelles beautez & de nouveaux Amours,
Son deftin , pour être complet ,
Sembloit défirer quelque chofe ;
Il falloit réunir dans le même Bouquet ,
Au plus charmant des Lys la plus aimable
Rofe.
Le Souverain des Dieux admire l'alliance
De deux Fleurs , dont l'heureux rapport ,
La mutuelle dépendance ,
Produifoit un fi bel accord ;
Et fa puiffante main qui modere la terre ,
Les prend & de nouyeau les unit & les ferre
D'une noeud , que le fiecle à venir
Ne pourra jamais défunir.
REFLE
144 MERCURE DE FRANCE .
REFLEXIONS fur l'Antiquité expli
quée , &c. Par M. Deflandes , Contrôleur
de la Marine , à Breft.
Q
Uelque déference que j'aye pour
les lumieres , & l'érudition du celebic
Auteur de l'Antiquité expliquée ,
& reprefentée en figures , j'ai cependant
bien de la peine à approuver un endroit
du cinquiéme tome de fon fupplement .
C'eft celui qui regarde quelques tombeaux
des anciens Gaulois , Germains , Cimbres
, Teutons , & c. Ces tombeaux , ditil
, étoient compofez de pierres brutes
d'une énorme grandeur , les unes jettées
confufément , les autres arrangées avec
quelque ordre , & quelque fymetrie .
Heft certain que l'ufage de faire fervir
des pierres aux monumens publics
eft très- ancien. Les nations policées élevoient
des piramides , & des colomnes :
les groffieres fe contentoient de pierres
brutes , qu'elles raffembloient au hazard.
On en a des exemples dans toutes les regions
feptentrionales . Ceux qui ont écrit
les Antiquitez de la Scandinavie , affurent
qu'ils ont été obligez d'aller confulter
les pierres & les rochers qui bordent
la Mer : c'étoit-là toute la Bibliotheque
du Nord. Cependant il ne faut
point
JANVIER 1726. 145
point étendre trop loin cet ufage , &
prendre pour anciens monumens toutes
les pierres monftrueufes qu'on rencontre
en certaines campagnes . Je voudrois que
quelque autre preuve vint fe joindre à
celle qu'on tire de l'ufage , & juftifiât
les découvertes qu'on fe flatte d'avoir
faites .
Par exemple , toutes les campagnes
de la baffe Bretagne , furtout en approchant
de la Mer , offrent un grand nombre
de pierres d'une groffeur prodigieufe
, & dont quelques- unes même font
arrangées avec affez d'art & de fymetrie,
ce qui furprend d'abord ceux qui parcourent
ces campagnes . En allant de
Vannes à Hennebon , j'ai admiré plus
d'une fois ces arrangemens fortuits , où
les hommes ne paroiflent pas avoir mis
la main. Car à quel deffein l'auroientils
fait ? Et il y a telle pierre qu'on ne
peut remuer , fans fe fervir de machines
extraordinaires ? On voit furtout à quelque
diſtance d'Avrai plus de 250. pierres
arrangées trois à trois , & qui étonnent
par leurs figures & par leur pofition
uniforme . Deux font fichées en
terre , & elles foutiennent une troifiéme
qui eft mife de travers par- deffus. Ce qui
reffemble tout-à - fait au monument gra-
Gové
146 MERCURE DE FRANCE.
vé dans la foixante- douziéme planche du
même cinquiéme tome .
Certainement , ce ne font point -là des
tombeaux . Pourquoi y en auroit- on raffemblé
un fi grand nombre ? Combien
de frais cela n'eut - il point coûté ? de
quelles machines s'eft- on fervi ? Comment
l'Hiftoire a t'elle oublié un ouvrage
fi bizarre & fi extraordinaire ? J'avoue
qu'elle parle d'une grande bataille
qui fe donna près d'Avrai le 29. de Septembre
1364. C'eft celle où Charles de
Blois fut tué , où Bertrand du Guefclin
qui commandoit fous lui fut pris prifonnier
, & où le Comte de Montfort refta
paifible poffeffeur du Duché de Bretagne
. Mais outre que cette bataille fe
donna prefque aux portes d'Avrai , on
fonge moins pendant le feu des guerres
civiles à élever des monumens , qu'à cacher
la propre victoire . Auffi les armées
de ces deux illuftres Rivaux furent trèsfouvent
en prefence l'une de l'autre ,
fans ofer combattre. Les amis , quoique
engagez dans des partis contraires , trouvoient
le moyen de ménager quelque
tréve,
Je crois avec plus de vraisemblance ,
que ces pierres font une fuite & un effet
des bouleverſemens que la terre a foufferts
par ce grand nombre de déluges ,
de
JANVIER 1726. 147
de tremblemens , d'inondations & d'incendies
, dont toute fa furface a été defigurée
: boule verfemens qui font encore
plus remarquables dans les Provinces
Maritimes que dans les autres ; & ce
qu'on croit y appercevoir de régulier ,
doit être , non- feulement confondu dans
le nombre infini de combinaiſons irregu
lieres que produit le mouvement , mais
en faire encore partie.
Voilà mon fentiment que j'ofe mettre
en regard avec celui du R. Pere
Montfaucon . Mais il pourroit bien arriver
, que ce qui paroît monument aux
yeux d'un Antiquaire , ne pàrût qu'un
effet de la nature à ceux d'un Phyficien
..
LETTRE écrite au R. P. Caftel le 3.
Novembre 1725. fur fon explication
du flux d'un Puits.
I
Ly a quelques difficultez, mon R. P.
fur l'explication que vous avez donnée
du flux d'un Puits qui eft du côté
de Breft , dont les eaux font bafles quand
la Mer voiſine eft haute, & au contraire.
Au nombre onzième vous dites que
le flux de la Mer eft produit par le mouvement
peristaltique de toutes les fub-
Rances terreftres , alternativement du
Gij centre
148 MERCURE DE FRANCE.
centre à la circonference , & de la
circonference au centre.
Il y a une difficulté qui n'eft pas petite
contre cette fuppofition ; fçavoir , d'où
provient cette régularité de mouvement
qui s'accorde avec le mouvement de la
Lune . Car ce mouvement du centre à
la circonference , & de la circonference
au centre , n'a rien qui lui donne une regularité
qui réponde au mouvement de
la Lune .
Au nombre douziéme rien n'eft plus
naturel que ce fyftême . Il feroit à fouhaiter
qu'on en eut marqué la fimplicité.
J'accorde que la Lune n'eft point là caufe
efficiente du flux , mais il faut donner
une raifon naturelle pourquoi le flux
s'accorde avec le mouvement de la Lune
, quoique la Lune ne foit point la caufe
efficiente du flux.
Au nombre treizième. Le flux arrive
diverſement dans la Mer , & dans le
Puits, par la même raifon que dans le
même corps les battemens ne fe font
en même temps dans les diverfes parties.
pas
Cela ne réfout point la difficulté qui
eft de fçavoir pourquoi ces differens flux
s'accordent avec le mouvement de la Lune
, & pourquoi l'eau eft baffe dans le
Puits , quand elle eft haute dans la Mer
voifine.
Vous
JANVIER 1726. 149
Vous faites efperer de donner au public
l'Hiftoire Syftêmatique du flux. Voilà
l'occafion la plus favorable pour mettre
au jour vôtre nouveau fyftême . Le
Prix que l'Académie de Bourdeaux propofe
pour celui qui donnera le meilleur
fyftême fur le flux , vous fomme de mettre
au jour vôtre nouveau Syftême pour
avoir l'approbation de cette Académie ,
& remporter le Prix fur un fujet qui n'a
gueres bien été éclairci jufques à ce jour.
Je fuis vôtre très-humble ferviteur ,
A ****
Le R. P. Ange de Sainte Rofalie
( François Raffart ) Auguftin Déchauffé ,
mourut à Paris dans fon Convent de la
Place des Victoires le 4. Janvier 1726 .
dans la 71. année de fon âge , & la 54.
de fa Profeffion. Il avoit paffé par lés
principales Charges de fa Congregation ,
& étoit Auteur de plufieurs ouvrages
qui lui ont acquis de la réputation , qu'il
a foutenu d'ailleurs par toutes les qualitez
d'un vrai Chrétien & parfait Religieux
. Il travailloit actuellement à une
nouvelle Edition de l'Hiftoire Genealogique
& Chronologique de la Maifon de
France , & des Grands Officiers de la
Couronne , donnée premierement au Pu-
G iij blic
150 MERCURE DE FRANCE .
í
blic en 1672. par le P. Anfelme , auffi
Auguftin Déchauffé , & augmentée depuis
par M. du Fourny , Auditeur des
Comptes en 1712 .
Le Programme par lequel on a propofé
des Soufcriptions pour cet ouvrage a
appris au Fublic les loins & les recherches
que le P. Ange avoit faites pour
l'augmentér & le rendre plus utile . I
doit être en 6. vol . in fol. & les deux
premiers feront bien - tôt en état de paroître
, comme on l'a promis. La mort
de l'Auteur n'en interrompra point l'Impreffion
, & le Pere Simplicien , fon
confrere , que le Pere Ange avoit affocié
à fon travail , remplira tout ce qui
a été promis au Public .
Le grand Procès qui duroit depuis
plus de cent ans entre l'Univerfité de
Paris , & les Imprimeurs & Libraires ,
a été jugé au Confeil d'Etat en faveur
de l'Univerfité. Les Imprimeurs & Libraires
feront obligez de fouffrir l'examen
devant le Recteur de l'Univerfitée
avant que d'être reçûs .
Le 9. de ce mois M. Piat , Profeffeur
de Rhetorique du College du Pleffis
prononça un Difcours Latin très - éloquent
, à l'occafion du Mariage du Roi.
Le
JANVIER 1727 15.1
Le Cardinal de Noailles y affifta , ainfi
que plufieurs Prélats & grand nombre
de perfonnes de diſtinction.
Le 17. M. Gilbert , ancien Recteur
& l'un des Profeffeurs de Rhetorique .
du College Mazarin , prononça au nom
de l'Univerfité dans l'une des Salles de
Sorbonne , un Difcours Latin très - éloquent
, fur le Mariage du Roi , en prefence
du Cardinal de Noailles , & de
plufieurs perfonnes de diftinction .
Quoique la derniere année 1725. ait
paru extrêmement pluvieufe , il n'eft
cependant tombé à Paris , felon les Obfervations
de M. Maraldi , de l'Académie
Royale des Sciences , & Aftronome
de l'Obfervatoire Royal de Paris , que
la quantité de 17. pouces 6. lignes un
tiers de pluye , moindre de 1. pouce 5 .
lignes deux tiers , que la quantité de
pluye qu'il doit tomber dans une année
moyenne. La quantité de pluye répondant
à l'année moyenne , a été eftimée
par feu M. de la Hire , à 19. pouces , &
c'eft le réfultat de 30. années d'Obfervations
qu'il avoit faites fur la quantité de
pluye tombée à Paris pendant ce temps.
Le fieur Chevillard , l'aîné , Auteur
G iiij
du
12 MERCURE DE FRANCE .
du Dictionnaire Heraldique , gravé en
1725. vient de donner au Public l'Armorial
ou Recueil des Armes de la Nobleſſe
du Duché de Bourgogne & de la Province
de Breffe , avec les noms des Familles &
des Seigneuries ; enſemble les dattes, des
Arreſts & Jugemens de maintenue en leur
Nobleffe . Le même Recueil contient les
Armes des Evêques , Chefs d'Ordre , &
des Bailliages de ces deux Provinces , en
huit feuilles . Dedié & preſenté à S. A. S.
Monfeigneur le Duc de Bourbon , par
l'Auteur qui demeure à Paris , fur le petit
- Pont , au Nom de Jefus.
Nous avons reçû plufieurs Lettres de
Marfeille , écrites par differentes perfonnes
, lefquelles affurent , que M. Sicard,
Medecin de cette Ville , a un remede
excellent contre la goute , quelqu'inve
terée qu'elle foit . Ce remede s'applique
feulement fur le mal , fans qu'on foit
obligé de prendre autre chofe , & ce Medecin
le donne journellement avec un
fuccès furprenant . Deux des lettres dont
nous venons de parler , font fignées des
perfonnes qui ont été gueries par ce re
mede.
Le 11. de ce mois on fit à Rome , felon
la coutume , dans la grande falle du
;
Capie
JANVIER 1726. 153
Capitol , la diftribution des Prix adjugez
aux Eleves de l'Académie de Peinture
& Sculpture. Dix Cardinaux fe trouverent
à cette ceremonie , ainfi que les
Ambaffadeurs de Portugal & de Veniſe.
La Harangue fut prononcée par M. Nicolas
Simoni , Camerier fecret participant
; on lût enfuite diverfes Pieces - de
Proſe & de Vers , compofées par les Arcadi
, & à la fin il y eut un grand con
cert de voix & d'inftrumens.
Le Comte Fantoni , dont l'érudition
étoit connue de tous les Sçavans d'Italie,
mourut vers la fin du mois dernier à
Florence dans la 70. année de fon âge ;
il avoit affifté au Congrès d'Utrecht en
qualité de Miniftre du Duc de Guaſtalla.
SUJETS propofez par l'Académie
des Sciences des Beaux Arts , établie
à Pau. Pour les Prix des années
1745. & 1726 .
L
Es Etats Generaux de Bearn , toûjours
attentifs à ce qui peut procurer
quelque utilité , ou quelque ornement
à la Province , ont bien voulu concourir
au zele des Meffieurs qui ont formé
l'Académie , en contribuant avec
eux , d'une fomme annuelle , aux frais
GY necef154
MERCURE DE FRANCE.
neceffaires pour l'entretien de cet étag
bliffement.
Cette liberalité a engagé Meffieurs de
l'Académie à employer une partie de cet
argent à un prix qu'ils donnent chaque
année , vers la Fête de S. Louis , à
lui qui a le mieux réüffi dans une Piece
d'Eloquence ou de Poëfie , felon le genre
d'écrire qui a été propofé.
ce-
Ce Prix eft une Medaille d'Or , où
font gravées d'un côté les Armes de la
Province , & de l'autre la Deviſe de
l'Académie.
On l'avoit deſtiné pour cette année
4725. à une Piece de Profe d'une demi
heure de lecture , dont le fujets étoit
cette penſée .
S
Le mauvais ufage que nous faisons de
nôtre bonheur , est souvent la cauſe
de nos difgraces.
Mais les Pieces qui ont été envoyées
dans le temps marqué , n'ayant pas paru
avoir la perfection qu'on auroit fouhaité,
on a jugé à propos de referver le Prix
pour l'année prochaine , comme il fe pratique
en pareil cas dans les autres Académies
, en forte qu'on en donnera deux
en 1726 .
L'un & l'autre feront de même adjugez
JANVIER
155 1726 .
gez à deux Pieces de Profe , compofées
fur le Sujet précedent , ou fur celui - ci ,
au choix des Auteurs .
Le bon Goût vient plus du jugement
que de l'efprit.
Les perfonnes de tout fexe , de toute
condition , & de tous les Pays pourront
prétendre aux Prix .
Comme l'Académie veut ignorer les
noms des Auteurs , dont les Ouvrages
auront été jugez les moins dignes , on
les avertit de mettre une Sentence au bas
de leurs Pieces , & leur nom feparément
dans un billet cacheté , fur le dos
duquel ils mettront auffi la même Sentence.
Par ce moyen on trouvera ' d'abord
le billet où fera le nom de l'Auteur
, & loin d'en ouvrir aucun autre ,
on les brûlera tous en public.
Comme il faut un certain temps pour
l'examen des Ouvrages , les Auteurs feront
tenus de les envoyer avant le pre
mier de Juillet 1726. ceux qui arriveront
après ce terme ne feront point reçûs
. Il eft même arrivé cette année qu'on
n'a point voulu donner le Prix à une
-Piece qui a pour Sentence , Infelix eft
qui, &c. par cette raifon qu'elle a été
remife trop tard. Cependant comme on
G vj
.
156 MERCURE DE FRANCE.
adjugé qu'elle avoit des beautez , il a été
deliberé qu'elle entreroit en concours
avec les Ouvrages quiferont envoyez l'année
prochaine ; mais on avertit le Public
qu'on n'ufera plus de pareille indulgence.
On pourra addreffer les Ouvrages à
M. l'Abbé Levaffeur. , Secretaire de l'Académie
, ou à quelque autre de Meffieurs
les Académiciens , & l'on aura foin d'affranchir
les paquets qu'on enverra par
la Pofte.
Levaßeur, Chanoine de l'Eglife Cathedrale
de Lefcar , & Secretaire perpetuel
de l'Académie.
MEDAILLES DE LA REINE:
TA
Andis que les plus beaux Arts celebrent
à l'envi les vertus de nôtre
augufte Reine , le Burin travaille à les
immortalifer . On a déja vu quelques
Medailles frappées fur ce fujet. Le fieur
Simonneau , très- habile Graveur de cette
Ville , vient de fe diftinguer en ce genre
par un Ouvrage d'un goût exquis & fingulier.
Cet Ouvrage confifte en douze
petites figures en taille - douce , correctement
deffinées , & excellemment gravées
. On les a affemblées dans un cahier,
& on a ajoûté au bas de chacune un petit
JANVIER 1726. 157
tit nombre de Vers convenables au fujet.
Ce Cahier a pour titre Medailles de
la Reine. On voit immediatement après
la Face d'une Medaille de cette Prin
cefle , comme nous l'avons dit , en cuivre
, par le fieur Simonneau , d'après
l'une de celles qui ont été frappées à la
Monnoye des Medailles , dont les coins
ont été gravez en creux par le fieur Duvivier.
On lit ces mots à l'entour ; MARIA
LESCZINSKA REGIS STANISL . FIL
ET NAV. REGINA. M. DCC . XXV. Au
bas de la Medaille on lit les Vers qui
fuivent :
Fille d'un Souverain , vertueux , magna
nime ,
Qui grand dans fes fuccès , plus grand dans
fes malheurs ,
En perdant fes Etats fe conferva les coeurs 3
Et de tout l'Univers fçut meriter l'eftimes
Seule je relevai nos deftins abbarus ,
Par les arrefts du Ciel un augufte hymenée ,
Sur le Trône des Eys porta ma deftinée ,
Et couronnant mon front , couronna mes verë
tus.
Dans les pages fuivantes on trouve
onze Revers de la même face , qui font
autour
158 MERCURE DE FRANCE
autour de Medailles differentes , & contiennent
des fimboles très - ingenieux des
vertus & des principaux évenemens de
la vie de la Reine , & de celle du Roi
fon pere. Nous ne rapporterons que le
premier de ces Revers , lequel a pour
objet la Pieté & la Charité de la Reine .
On y voit de front , dans un Ecu , la tête
du Taureau des Armes de la Maiſon
Lefezinski , ayant d'un côté un Autel ,
& de l'autre un Arbriffeau avec cette Legende.
ARIS SE INCURVAT ET ARVIS ,
& dans l'Exergue , SCUTUM REGINA .
M. DCC. XXV. & au -deffous on lit
ces quatre Vers .
A quelqu'e nploi que je fois deftinée ,
Aux befoins de la terre , au culte des Autels ,
On me voit toûjours inclinée
Pour la gloire des Dieux , ou le bien des mor
tels .
Toutes les lettres tant des titres des
Medailles , que des Vers qui les expliquent
, font auffi gravées de la même
main. Nous ne fçaurions trop dire que
ce morceau de gravure eft tout- à - fait
digne de l'attention des Curieux . On le
trouve chez le fieur Simonneau , ruë de
Biévre , près la Place Maubert .
EXTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
1726
MIAY TORK
MC LIBRARY
DEVIA
BTO . LENOX AND
DEN FOUNDATIONS.
•
HAMBRE
X DENIERS.
1726
IN
ARMIS
FRAORDINAIRE
S GUERRES .
1726-
JANVIER 1726. 159
EXPLICATION des Types & Le²
gendes des Jettons frappez pour
le premier Janvier 1726.
I. TRESOR ROYAL.
}
Une Fontaine dont le refervoir fe
répand par plufieurs robinets. Legende.
Quo poftulat ufus. Où l'usage ( la ) demande.
pe CO DA
II. PARTIES CASUELLES .
Un Lys fur lequel tombe la rofée du
matin. Legende. Servatur rore levi. Il
eft conferve par une legere rofé .
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Une Bouffole. Legende. Nufquam devia
. Jamais détournée.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES .
L'Oriflame ou Drapeau femé de fleursde-
lys . Legende , Belli & Pacis honos.
L'honneur de la Guerre & de la Paix.
V. EXTRAORDINAIRE DES
GUERRES .
Un Elephant armé en guerre avec la
Tour garnie de Soldats . Legende. Quantus
in armis. Qu'il eft puiffant dans les
Armées.
VI.
BATIMENS DU ROY.
Minerve
affife entre des Preffes &
autres inftrumens
propres à l'Impreflion
.
Le160
MERCURE DE FRANCE :
Legende. Colit quas excitat artes . Elle
cultive les Arts qu'elle excite.
VII. MARINE.
La Lune en forme de Croiffant audeffus
de la mer . Legende. Tu variis
conftans vicibus, Conftante dans fes divers
changemens.
VIII. GALERES.
Un Faiffeau de fleches dans un Carquois.
Legende. Ad obfequium celeres.
Agiles à l'obéiffance.
IX. MAISON DE LA REINE .
L'Etoile du matin jointe au Soleil.
Legende. Lætior affulget populis . Plus
éclatante & plus gaye , elle brille auxe
Peuples.
X. LA VILLE.
D'un côté les Armes de la Ville de Paris
, avec ces mots au-deffous , la Vill'e
de Paris 1725. & de l'autre , les Armes
du Prefident Lambert , Prevôt des
Marchands : on lit ces mots autour. De
la Prevôté de Meff. Nicolas Lambert ,
Prefident aux Requêtes du Palais.
SPEC
JANVIER 1726. 161
Maaaaaaaaaaaaaaaaak
SPECTACLES.
Es Comediens François donnerent
fur la fin du mois dernier , quelques
repreſentations de la Tragedie d'Herodes
& Mariamne de M. de Voltaire . Ils ont
repris auffi la petite Comedie de l'Indifcret
du même Auteur . Nous avons don→
né les Extraits de ces deux Pieces. Dans
la repreſentation de cette derniere il y
quelque changement dans les rôles.
Celui d'Hortenfe , Maîtreffe de Damis ,
que la De Labat joüoit , eft rempli par la
De le Couvreur , & celui du Valet
, que le fieur de la Torilliere joüoit,
eft joué par le fieur Armand , ainfi que
le rôle de la mere , rempli d'abord par
la Dame des Hayes , qui eft joué par la
Dlle Lamotte.
Le 7. de ce mois , les mêmes Comediens
repreſenterent la Comedie de l'Ecole
des Femmes de Moliere , dans' laquelle
la Die Angelique , nouvelle Actrice
, qui a été reçue pour fix mois ,
joua le rôle d'Agnès , & on l'applaudit.
Mais ce qu'il y avoit de plus intereffant
dans la reprefentation de cette Piece
162 MERCURE DE FRANCE.
ce , c'eft que le fieur Baron y jouoit le
rôle d'Arnolfe.
Le 5. de ce mois les Comediens Italiens
donnerent une petite Commedie nouvelle,
intitulée Le retour de la Tragedie ,
qui fut fort applaudie. On en va donner
un Extrait.
Le 10. les mêmes Comediens reprefenterent
La furprise de l'Amour ; c'eſt
une des meilleures Pieces de M. de Marivaux.
Le fieur Riccoboni , fils du fieur
Lelio & de la Dle Flaminia , y parut
pour la premiere fois dans le rôle de
' Amoureux , & fut fort goûté & fort
applaudi . C'eft un jeune homme qui fort
du College , & dont l'efprit & les
moeurs font eftimables . Son pere fit un
petit Difcours très -fenfé aux Spectateurs
pour les captiver. C'eft ce qui a donné
lieu à un Poëte de lui adreffer ces
Vers.
Pour ton fils , Lelio , ne fois plus allarmé ,
Il n'a pas befoin d'indulgence ;
D'un heureux coup d'effay le Parterre charmé
,
N'a pû lui refufer toute fa bienveillance..
Pour fes fuccés futurs ceffe donc de trembler
;
Que
JANVIER 1726. 183
Que nulle crainte ne t'agite ,
Si.ce n'eft d'avoir dans la fuite
Ungenereux rival qui pourra t'égaler.
Le Samedi 12. de ce mois la Dile Hamoche
, Comedienne de Campagne , qui
fe prefente au Theatre François , y joua
le rôle de Clilemneftre dans la Tragedie
d'Iphigenie. Elle a encore repréfenté depuis
dans le Mifantrope , & dans Rodogune
les rôles de Celimene & de Cleopatre.
Le Lundi 21. le fieur Clavaro & la
D'e Clavaro fa femme , reprefenterent
auffi fur le même Theatre dans la Tragedie
des Horaces ; le premier , le rôle
du pere d'Horace , & l'autre , ce lui
de Camille.
Les Comediens François vont reprefenter
inceffamment la nouvelle Trage
die d'Edipe de M. de la Motte , de l'Academie
Françoife , & la petite Comedie
nouvelle du Talifman , du même Auteur
. 1
Les mêmes Comediens ont lû & reçû
le Mariage fecret , Comedie nouvelle de
M. Nericaut des Touches , de l'Academie
Françoife.
Le
1
164 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. les Comediens Italiens donnerent
une reprefentation de , la vie eft
un fonge , Tragi - Comedie Italiennè en
einq Actes , tirée de l'Eſpagnol , fous le
titre de, la vida es fueno . Cette Piece a
été jouée ici dans fa nouveauté en Fevrier
17.17. Comme elle a été traduite ent
François & imprimée , & que d'ailleurs
on en peut voir un Extrait fort étendu
dans le Mercure de Mars 1717. Nous
nous diſpenſerons de parler du fujet de la
Piece ; nous dirons feulement , que le
fils du fieur Lelio y a joué le rôle du
Sigifmond , qui eft le principal de la Piece
, avec toute l'intelligence imaginable,
& avec l'applaudiffement de toute la
nombreuſe Affemblée que cette nouveauté
avoit attiré. On joua enfuite une petite
Piece nouvelle , qui a pour titre ,
Arlequin Arys , qui eft une Parodie de
l'Opera qu'on joue actuellement , ou
plutôt c'eft Atys travefti , avec des Vaudevilles
fort plaifans. On pourra en parler
plus au long. Il y a un pas de deux
dans le dernier divertiffement , danfé par
le fieur Lelio le fils , & par la Dle Sil
via qui a été fort applaudi .
Les mêmes Comediens reprefenterent
le 28. Le Faucon & les Oyes de Bocace,
Comedie en Profe en trois Actès , par
M. Delifle , dont nous avons donné l'Extrait
JANVIER 1726 . 165
trait dans le Mercure de Fevrier de l'année
derniere. Le fils du fieur Lelio y a
joué le rôle de Pierrot avec applaudiffement
, ayant parfaitement bien caracteri
fé ce Perfonnage.
Le Retour de la Tragedie Françoife , pe
tite Comedie , reprefentée depuis peu
fur leTheatre de l'Hôtel de Bourgogne.
Extrait.
*
Ous renvoyons le Lecteur au précedent
Mercure , pour apprendre
ce qui a donné lieu à cette petite Comedie.
Il y eft parlé de la Piece du fieur le
Grand , intitulée l'Impromptu de la Folie
, & donnée pendant le Voyage de
Fontainebleau . Les Comediens Italiens
voyant que les Comediens François
avoient introduit un Arlequin , uh Pantalon
& une Violette fur leur Theatre
en voulurent avoir raifon ; ils donnerent
d'abord une Piece qui avoit pour
titre , l'Italienne Françoife , pour l'ope
pofer à l'une des deux Pieces de l'Im
promptu de la Folie , qui étoit la Fran-
Coife Italienne. Cette premiere Piece des
Comediens Italiens n'ayant pas réüſſi ,
le fieur Bomagnefi , reçû depuis Pâques
dans leur troupe , en fit une feconde ,
dont le fuccès a dédommagé fes Cama
sades
166 MERCURE DE FRANCE.
rades de la chute de la précedente. C'est
de cette derniere Piece que nous allons
parler , fous le titre du retour de la Tragedie
Françoife.
Le Theatre reprefente Montmartre
& la Scene eft fur le Theatre même des
Comediens François. La Troupe , qui
étoit allée à Fontainebleau , y eft perfonnifiée
fous le nom de la Tragedie ;
elle eft fort furpriſe de trouver fur fon
Theatre une decoration au li nouvelle à
Les yeux que celle de Montmartre elle
en demande la raifon à Pafquin , qui lui
dit , que le pitoyable état où fa foeur la
Comedie s'étoit trouvée reduite par le
départ de fes principaux Acteurs , l'avoit
obligée à donner quelque chofe qui
pût rappeller le Public chez elle . La
Tragedie apprend avec colere les baſſeſfes
que fa foeur a faites ; mais elle eft
bien plus irritée , quand elle voit approcher
fa fccur fous l'habit d' Arlequin.
Sanglantes reproches d'un côté , justifications
plaifantes de l'autre . Cette Scene
eft interrompue par l'arrivée du Baron
de Trinquembg , qui eft dans une
colere épouventable. Le fujet de ce
grand courroux , c'eft que M. l'Opera
veut faire affigner la Comedie Françoife,
pour avoir joué fur fon Theatre une Piece
dévolue de plein droit à fon frere l'Opera
JANVIER 1726. 157
pera Comique , ce qui donne lieu à la
Tragedie , à évaporer encore fa bile contre
une foeur , par qui elle prétend avoir
été deshonorée pendant fon abfence. Elle
lui dit , qu'outre ce procès qu'elle lui
fait de la part de l'Opera , elle a porté
les Comediens Italiens à faire une Piece
nouvelle , où leur vengeance éclatera,
Le Baron prétend la raffurer de ce côté
là , en lui difant que cette Piece ne vaur
rien , & qu'il vient d'en voir le Prologue
, qui a été très - mal reçû du Parterre.
La raifon qu'il en donne , c'eſt qu'on
n'y a fait que rire depuis le commencementjufqu'a
la fin. La Tragedie ne prend
pas la charge comme le Baron , elle ne
voit que trop que ce Prologue où l'on
n'a fait que rire a réüffi , ce qui lui eft
confirmé fur le champ par un de fes amis,
quilui
prouve par fes larmes combien
le Public a ri au Prologue en queftion.
La Tragedie la priè d'aller voir fi la Piece
aura le même fuccès , & de renvoyer
lui en rendre un compte fidele.
Arlequin , en Marquis Gafcon arrive.
Il pefte contre les Comediens Italiens ,
& les trouve bien plaifans de l'avoir fair
rire dans le Prologue , pour l'en faire repentir
dès la premiere Scene du premier
Acte. Il dit qu'il n'a pû y tenir , ni en
voir davantage.
Une
168 MERCURE DE FRANCE.
juger
Une femme furvient , qui dit qu'elle a
vû toute la Piece , mais qu'elle n'y a
rien compris , & qu'on n'y a fait un fi
grand bruit , qu'il lui a été impoffible de
fi elle étoit bonne ou mauvaiſe.
La Tragedie brûle d'impatience d'être
mieux inftruite du fuccès d'une Piece
qui lui tient fi fort au coeur. Pafquin vient
enfin la tirer d'une incertitude qu'elle ne
peut plus foutenir . Le recit qu'il lui fàit
du mauvais fuccès eft parodié , partie de
la conjuration de Cinna , partie du Cid :
nous avons crû qu'on ne feroit pas fâché
de la voir ici toute entiere.
Pafquin.
Mes Dames , vous fçaurez qu'en ce danger
preffant ,
Qui jette dans nos coeurs un effroi fi puiſfant
,
Une troupe d'Auteurs , chez Procope affems
blée ,
Sollicita mon ame encor toute troublée ;
Mais je ne voulus point entrer dans le pro
jet ,
Et fans rien hazarder j'en attendis l'effet.
Jamais contre une piece , entrepriſe conçûë
Ne permit d'efperer une plus belle iffuë ;
Jamais
JANVIER 1726. 169
Jamais de tant d'ardeur on n'en profcrit le
fort ,
Et Poëtes jamais ne furent mieux d'accord .
Ils partent ; & l'on voit leurs cauftiques cohortes
,
De l'Hôtel de Bourgogne environner les por
tes .
Ils entrent au Parterre , y prennent leurs quartiers
,
Aiguifent leurs fifflets , dérouillent leurs gohers
;.
Animent leurs Amis , entrez fous leurs aufpices
,
Et d'un tumulte affreux annoncent les prémi
ces.
Le Prologue commence , où malgré leur ardeur
,
Les Conjurez furpris font frappez de terreur ;
En ce trifte moment la cabale troublée
Semble s'être fans fruit au Parterre affemblée
:
Amis , dit l'un des Chefs , je ne vous connois
plus ;
Eft- ce pour écouter que vous étes venus ?
Rompez , rompez enfin un fi lâche filence.
Chacun reprend courage , & la Piece commence
:
On l'écoute d'abord affez tranquillement ,
H Atten170
MERCURE DE FRANCE .
Attendant de fiffler , le bien- heureux moment.
Il arrive bien-tôt , & la feconde Scene ,
Pronostique à la Piece une chute prochaine,
Ils a giffent alors , & tous en même temps
Pouffent jufques au Ciel mille cris éclatans .
Leurs Amis à ces cris d'un autre coin répons
dent
On les entend fiffler ; les Acteurs fe confon
dent ;
Ils ne peuvent parler , leurs efprits font glacez
;
La Cabale leur crie : annoncez , annoncez.
Le fecond Acte enfin n'a pas meilleure chan
ce ;
Un Crifpin y paroît , on lui donne audience;
Pendant quelques momens on fufpend le fra
cas ;
Il eſt méme applaudi : cela ne dure pas ;
Et contraint de ceder au deftin de la Piece ,
Il ne peut au Public redonner l'allegreffe :
On n'écoute plus rien , & la confuſion ,
Augmente à chaque inftant , & malgré Pantalon
,
Qui vient en Bagnolette , on fiffle , on étér
nuë:
Le diyertiffement paye fa bien-venuë ;
Le
JANVIER 1726. 173
Le milieu du Parterre , & fes coins , & recoins
,
Sont des champs de carnage où triomphent
leurs foins.
Ce recit porte la joye dans le coeur
de la Tragedie & de la Comedie fa foeur.
Cette derniere dit qu'elle avoit fi bien
prévu cette catastrophe , qu'elle avoit
déja fait faire une Piece à ce fujet. Elle
en fait repeter le divertiffement.
Les Acteurs François entrent gayement
d'un côté , & les Acteurs Italiens
triftement de l'autre.
Un Comedien François dit à Arlequin
, qu'il prend une veritable part à
fon infortune , & lui confeille de dire
que c'eft la Cabale qui a caufé la chute de
fa Piece. Arlequin lui répond par ce cou
plet.
D'une cruelle raillerie ,
J'éprouve tous les traits piquants :
Il faut agir felon le temps :
Et je cede à fa tyrannie ;
Mais fongez que je vous attens
A la premiere Tragedie.
La prétendue raillerie du Comedien
François à Arlequin a eu fon effet ; le
confeil a été ponctuellement fuivi , ou
Hij plutôt
12 MERCURE DE FRANCE.
plutôt il avoit été prévenu , & le Pu
blic a bien fenti que cette derniere Piece
étoit l'apologie de la premiere , dont on
a voulu imputer la chute à la Cabale.
C'eft à ce même Public à juger fi l'on a
eu raifon .
LETTRE écrite de Tours fur l'Académie
de Mufique.
Li
' Académie de Mufique établie à
Tours depuis deux ans , Monfieur ,
merite bien une place dans vôtre Journal.
Les Muficiens excellens qui la compofent
, parmi lefquels on peut dire
qu'il eft de rares fujets , auroient ici
leurs noms , fi je ne craignois que leur
modeftie n'en fouffrit.
Un concours d'amateurs de la Mufique
a donné lieu à l'etabliffement de
cette Académie. La Police qu'on y
fait
obferver , des Statuts auffi bien dirigez
qu'ils font neceffaires pour la maintenir
, ont eu l'approbation de M. l'Intendant
, fous le bon plaifir de Sa Majefté
, celles des Gens du Roi & de l'Hô
tel de Ville.
Je me contenterai de dire qu'il y a
un Tréforier , des Infpecteurs , des
Commiffaires , un Secretaire , un Direceur
de la Mufique , &c. dont les fonet
tions
JANVIER 1726. 173
tions font parfaitement bien diftribuées.
On nomme Académiciens honoraires.
ceux qui payent tous les ans une ſomme
fixée pour l'entretien de l'Académie .
L'Académicien Concertant , eft celui qui
chante , ou qui jouë de quelque inſtrument
fans retribution . Les autres Concertans
avec retribution font les Penfionnaires
: & le nombre des uns ni des
autres n'eft point fixé , mais on n'admet
parmi les Académiciens que des perfon
nes qui peuvent faire honneur.
*
Deux fois la femaine on s'affemble
dans un Hôtel , bâti exprès, pour cette
Académie. La font executez par 35. ou,
40. Concertans les Opera du celebre Lul-.
li , & les Ouvrages des meilleurs Muficiens
Italiens & François , excepté pendant
le temps de Carême , où les fujets
profanes font place aux Motets . Enfin ,
tout s'y paffe dans un ordre , & avec
une émulation à faire penfer que cette
Academie fe foutiendra long - temps ; avec
d'autant plus de vrai -femblance encore ,
que tous les Penfionnaires ont des établiflemens
dans la Ville. ,
La preuve de ce que j'avance fe trouve
dans les éloges que cette Académie a reçûs
desPrinceffes même du SangRoyal, accoûtumées
aux plus charmans Concerts : &
de la gracieuſe reception qu'on y fait
H iij aux
174 MERCURE DE FRANCE.
aux Etrangers je me fuis chargé avec
plaifir de vous en faire part. J'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , vôtre , &c.
માં ગાડાંમાંદમ ( ધર્મ
NOUVELLES DU TEMPS.
RUSSIE.
Es Negocians d'Archangel doivent
entreprendre cette année la pêche
de la Baleine , en vertu du privilege qui
leur en a été accordé. Ils attendent inceffamment
des Matelots experimentez
ils efperent rendre cette pêche très-avantageufe
à la nation .
Les Lettres qu'on a reçû de Perfe depuis
peu , portent que l'armée du jeune
Roi étoit augmentée confiderablement
par la jonction de divers corps de troupes
que des Seigneurs du pays avoient
levées depuis qu'ils avoient eu avis du
progrès de l'armée du Grand Seigneur ,
& elles ajoûtent qu'il étoit entré dans
Hifpahan plufieurs convois de munitions,
& un renfort de troupes qui pouvoient
mettre cette place en état de foutenir un
fiege pendant plufieurs mois.
POLOS
JANVIER 1926 . 179
POLOGNE .
Es Tartares de Crimée font en marche
vveetress l'Ukraine eatu nombre de
près de 1ooooo . hommes. Le General
Wiefbach qui commande les troupes
Mofcovites qui font dans cette Province ,
en attendant l'arrivée du General qui a
été nommé pour le relever , a reçû or
dre de refermer les paffages , & le Grand
General de l'armée de la Couronne fait
marcher vers l'Ukraine Polonoife les
troupes nationales qui étoient en quartier
dans la Podolie , & dans la Wolhinie.
On apprend de Drefde que les Etats
de l'Electorat de Saxe ont accordé un
fubfide très -confiderable au Roi de Pologne
pour augmenter fes troupes , &
faire travailler aux reparations des fortifications
de fes Places.
ALLEMAGNE
L'Empereur a accordé depuis peu le tide
Marquis della Carabina à
Dom Pierre Martinés Romo , Chevalier
de l'Ordre de Chrift de Portugal ,
en confideration des fervices qu'il a rendus
à la Maifon d'Autriche.
Hiiij
Dans
176 MERCURE DE FRANCE.
Dans la grande chaffe du Sanglier
que S. M. I. fit fur la fin du mois dernier
près de Maufbach , environ 400. de
ces bêtes furent tuées , il y en avoit d'une
groffeur prodigieuſe , & qui pefoient
plus de 250.
Le 10. de ce mois l'Empereur fe rendit
avec le Prince hereditaire de Lorraine
au Château de Schonburn pour voir
un Cerf blanc ; marqueté de noir qu'on
y avoit amené d'Eckerzo .
Le même jour on fit à Vienne l'ouverture
des bals publics , qui fe doivent
donner trois fois la femaine.
Le temps s'étant mis à la gelée vers
le 6. de ce mois , on a fait à Vienne diverfes
courfes de traîneaux , dont la plus
magnifique fut celle du Jeudi 10. Janviér
il y parut 24. Seigneurs de la
Cour , conduifant autant de Dames magnifiquement
parées qui traverferent la
Ville aux flambeaux , & firent le tour
de la place.
L
ITALIE .
É 19. du mois dernier le Pape tint
un Confiftoire fecret , dans lequel
le Cardinal Ottoboni , Protecteur des
affaires de France , préconifa l'Abbé Baglion
de la Salle , pour l'Evêché d'Arras
, & l'Abbé Milon , Aumônier du
Roi
ANVIER 1726. 177
Roi T. Ch . pour celui de Valence en
Dauphiné. Le Cardinal de Polignac ,
chargé des affaires de S. M. T. Ch. fe
démit de fon titre de Sainte Marie in
via lata , pour opter celui de Sainte Marie
des Anges , près les Termes Diocletiens.
Le 24. de l'autre mois , veille de Noël,
le Primicier de l'Eglife Ducale de Saint
Marc , à Venife , ayant le droit d'y faire
toutes les fonctions Epifcopales , fans
dépendre du Patriarche , y celebra pontificalement
la Meffe à fix heures du foir,
felon la coutume , en prefence des Prin
cipaux du Senat .
Le 5. de ce mois on proceda à Genes
avec les formalitez accoutumées
à l'Election d'un nouveau Doge , & ce
fut M. Jerôme Venerofo , Magiſtrat d' une
grande probité qui fut honoré de
cette Dignité. On élût enfuite les 30.Noblés
qui doiventformer leGrand & lePetit
Confeil pour le fervice de l'année 1726 .
Pendant les trois premiers jours de
cette année que le Doge & la Seigneurie
ont été en devotion à Venife , les Theatres
d'Opera & de Comedies & les Ridotti
furent fermez. On publia le 4. dans
toutes les Eglifes l'Ordonnance du Confeil
des Dix , par laquelle il eft défendu
pendant le Carnaval d'aller en maſque
H V les
178 MERCURE DE FRANCE.
les jours de Fêtes de commandement , finon
le foir ; non plus que la veille &
tout le jour de la Purification de la Sainte
Vierge , durant lefquels les Theatres
d'Opera & de Comedies feront fermez ,
de même que toute forte d'affemblées de
jeu , & d'autres divertiffemens du Carnaval.
· Le Comte de Daun Felt Maréchal
des Armées de l'Empereur , arriva le
24. du mois dernier à Milan avec la
Comtefle fon époufe. Il fit fon entrée
vers les 6. heures du foir au bruit de
plufieurs faives de l'Artillerie des remparts
& du Château , & il alla deſcen→
dre au Falais , où les Miniftres & les
Principaux de la Nobleffe le reçûrent au
bas de l'efcalier : le 16. il prit poffeffion
du Gouvernement avec les ceremonies
accoutumées , & en preſence du Conſeil
Privé.
Le Comte de Cambis , Maréchal des
Camps & Armées du Roi de France ,
Lieutenant de fes Gardes du Corps
Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & Ambaffadeur de
S. M. T. Ch. à Turin , y fit fon entrée
publique le 31. du mois dernier. Tout
le cortege s'étant affemblé à une maifon
de Plaifance , fituée à une lieuë de la Ville,
fur le chemin de Rivole , la marche commença
JANVIER 1726. 179
mença par le Suiffe & la livrée de l'Ambaffadeur,
qui étoit nombreuſe & magnifique
, & elle fut continuée par fon
Ecuyer , à la tête de fix Pages vêtus de
velours jaune , galonné d'argent , & ayant
des veftes de brocard d'argent . Le Comte
de Cambis parut enfuite dans le caroffe
du Roi qui étoit fuivi de ceux de la Reine
, du Prince & de la Princeffe de Piémont
& des Princes du Sang . Les Gentilhommes
de l'Ambaffadeur , & plufieurs
Officiers François qui s'étoient
rendus à Turin pour lui faire cortege ,
avoient pris place dans ces caroffes . Ceux
du Comte de Cambis marchoient enfuite
; le premier doublé de velours cramoifi
, & brodé d'or étoit tiré par huit che
vaux magnifiquement harnachez . Le fe
cond & le troifiéme à fix chevaux , &
d'un goût different , mais auffi richement
ornez , étoient fuivis des principaux Seigneurs
de la Cour . La marche après
avoir traversé une partie de la Ville arri
va au Palais de l'Ambaffadeur , chez lequel
il y eut le foir , & les deux jours
fuivans deux tables magnifiquement fervies.
Hvj ESPA
180 MER CURE DE FRANCE
ESPAGNE.
×
N apprend de Madrid que le 6.
de ce mois , Fête de l'Epiphanie
le Roi accompagné du Prince des Afturies
, tint Chapelle publique au Palais ,
& que pendant la Meffe S. M. offrit fuivant
la coutume , trois Calices , en memoire
de l'offrande des trois Rois.
Stre
GRANDE- BRETAGNE.
Uivant le Bill ou Extrait des Regif
tres des Paroiffes de Londres , publié
le 25. du mois dernier , on a baptife
pendant l'année 1725. 18859. enfans ,
& il eft mort 255 23. perfonnes , ce qui
fait 429. plus qu'en 1724.
Le Roi d'Angleterre étant parti le
29. du mois dernier arriva le . de ce
mois au foir à Helvoetfluys', d'où S. M.
partit le 12. de ce mois , & arriva à Londres
le 20. à dix heures du foir , après
avoir été plus de 40. heures en mer.
La tempête du 11. de ce mois fut fi
violente , qu'elle fit échouer plufieurs
Vaiffeaux elle força des Marfoüins de .
remonter avec la marée , jufqu'à la Tour
de Londres , où l'on en tua plufieurs à,
coups de fufil.
Les
JANVIER 1726. ༈ ་ 18131༔
و ي
Les Commiffaires de la Tréforerie
ont ordonné d'ouvrir à l'Echiquier un
livre de foufcriptions pour emprunter à
4. pour cent d'intereft les fommes neceffaires
pour achever de bâtir les so . nouvelles
Eglifes qu'on a commencées.
O
PAYS- BAS .
que 1'Ar- N apprend de Bruxelles
chiducheffe , Gouvernante
des
Pays- Bas , a acheté depuis peu trois cens
piftolles un diamant plat pefant douze
grains , fur lequel font gravées les armes
de la Maifon d'Autriche.
On apprend de Bruxelles que la baffe
Ville fut inondée pendant la nuit du
14. de ce mois par le débordement de la
riviere qui y paffe ; & que prefque toutes
les petites Villes , voifines , principalement
du côté de Condé , ont été
pareillement inondées , ainfi que du côté
de Bruges .
Les Directeurs de la Compagnie de
Commerce des Pays- Bas ne doivent équiper
cette année, que deux fregates legeres
de 30. pieces de canon pour conduire
jufqu'aux Ifles Canaries les 4. ou 5. Navires
Marchands qu'ils envoyent aux Indes
Orientales , & qui doivent partir le
mois prochain. On dit que ces deux Fregates
182 MERCURE DE FRANCE.
gates iront enfuite faire quelque échange
de Marchandiſe fur les côtes du Brefil
, & dans les Ports Eſpagnols des Indes
Occidentales. Les Actions de cette
Compagnie qui s'étoient vendues à dix
pour cent de profit , font retombées à
quatre , y compris le Dividende qui doit
être payé à la fin de ce mois.
NAISSANCES , MORTS
des Pays Etrangers.
L
A Princeffe Boromei - Altieri, accoucha
le 31. du mois dernier à Rome,
d'un fils qui fut baptifé le lendemain par
I'Archevêque de Theffalonique , Coinmandeur
du St. Efprit , & tenu fur les
fonts par le Cardinal Altieri , fon oncle
, qui le nomma Jean- Baptifte-Ange-
Silveftre.
Le Comte François Sigifmond de la
Tour Taxis de Valfaffine , Meſtre de
Camp General des armées de l'Empereur
, Gouverneur & Capitaine General
de la Province de Limbourg , mourut
à Bruxelles le 19. de ce mois .
FRANJANVIER
1726 .
183
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 1. de ce mois , les Princes &
Princeffes du Sang eurent l'honneur
de complimenter le Roi & la Reine , ſur
la nouvelle année .
Le même jour les Commandeurs , les
Chevaliers & les Grands Officiers de
l'Ordre du S. Efprit , fe rendirent vers
les dix heures dans le Cabinet du Roy,
où S. M. tint un Chapitre , dans lequel
les preuves du Comte de Tarlo , propofé
pour être Chevalier le 19. du mois
d'Août dernier , furent admiſes . Le Roi
alla enfuite à la Chapelle du Château ,
étant précedé du Duc d'Orleans , du
Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Duc du Maine , du
Comte de Touloufe & des Commandeurs
, Chevaliers & Grands Officiers
de l'Ordre. Le Comte de Tarlo , en habit
de Novice , marchoit immediatement
après les Grands Officiers . Le Roy
devant lequel les deux Huifiers de la
Chambre portoient leurs Maffes , étoit
en
184 MERCURE DE FRANGE .
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
deffus , ainfi que les Chevaliers. Le Roi
étant entré dans la Chapelle , on commença
FHymne , Veni Creator Spiritus ,
après lequel S. M. entendit la Meffe qui
fut celebrée par l'Evêque de Mets , Prélat
Commandeur de l'Ordre ; lors qu'elle
fut finie , le Roi donna le Collier de
l'Ordre au Comte de Tarlo ; & après
cette Ceremonie , S. M. fut reconduite
dans fon appartement dans le même ordre
qui avoit été obfervé lorfqu'elle en
étoit fortie pour ſe rendre à la Chapelle.
La Reine , accompagnée des Dames de
fa Cour , vit cette Ceremonie de la Tribune
, & elle entendit la grande Meffe.
Le 2. de ce mois , le Roi & la Reine
partirent de Verfailles pour aller à Marly
, où leurs Majeftez doivent paffer quelque
temps .
Le Roi a donné le Gouvernement de
Canada , vacant par la mort du Marquis
de Vaudreuil , au Chevalier de Beauharnois
.
Le 15. de ce mois , le Roi chafla le
Dain dans le bois de Boulogne & fut
enfuite faire collation au Château de la
Meutte , où le Sr. Hamoche , Acteur de
l'Opéra Comique en habit de Pierrot
divertit baaucoup . S. M. par des Vaudevilles
& autres morceaux finguliers &
comiJANVIER
1726. 185
comiques qu'il chanta. Le Roi lui fit
donner dix louis.
Pendant le féjour de Marly , S. M.
a prefque été tous les jours à la Chaffe
du Cerf ou du Sanglier . Le premier jour
que le Roi y arriva , il foupa avec la
Reine . L. M. furent fervies par les Gentilshommes
fervans du Roi & de la Reine
. Un côté de la Table fut fervi par
les Officiers de la bouche du Roy , &
l'autre par les Officiers de la bouche de
la Reine , & de même pour le deflert :
le Gobelet du Roi fervant à droite , &
le Gobelet de la Reine à gauche . Le lendemain
cet ordre fut changé. Les Gentils
-hommes fervans du Roi & de la Reine
ne fervirent plus. Les Officiers de
leurs Majeftez prirent le fervice. Le Marquis
de Livry , Premier Maître d'Hôtel,
fert le Roi quand le Duc de Bourbon ,
Grand- Maître de la Maifon de S. M.
ne s'y trouve point, & M. le Mercier ,
Contrôleur General de la Maifon de la
Reine , fert cette Princeffe en l'abſence
du Marquis de Vilacerf , fon premier
Maître d'Hôtel .
Avant la gelée , le Roi fit une battue
de lapins auprès de Marly; S. M. en tua
184. fans compter un faifan , deux perdrix
rouges , trois beccaffes & quatre lievres.
Pen
186 MERCURE DE FRANCE.
Pendant la rigueur du froid , le Roi
n'a point chaffé. S. M. fe promenoit tous
les jours dans les jardins de Marly &
jouoit au mail avec les Princes & Seigneurs
de la Cour . S. M. s'eft promenée
plufieurs fois fur la nege , dans un traineau
tiré par un cheval caparaçonné .
Le grand Salon du Château de Marly
eft le lieu où la Cour s'affemble tous les
foirs pour la partie de Lanfquenet , &
autres jeux avant & après le fouper de
L. M.
Le Duc de Beaufort , jeune Seigneur
Anglois, qui voyage en France , a receu
à la Cour un accueil très gracieux. Ce
Seigneur vifitant les Maifons Royales , a
été arrêté à celle de S. Germain en Laye
par les manieres prévenantes d'un grand
nombre de perfonnes . Il y donna le z.
de ce mois une Fête des plus galantes ,
malgré le peu de temps que fes Officiers
eurent à y employer . Une table de 50 .
Couverts pour les Dames , les Dames , fervie ' par
les Meffieurs , faifoit un coup d'oeil admirable.
Les rafraîchiffemens furent donnez
avec profufion toute la nuit que dura
le bal , qui fuivit le fouper. L'affemblée
étoit compofée de beaucoup de perfonnes
de diftinction. Les attentions du Duc
de Beaufort ont été ce qui a le plus charmé
tout le monde. Ses manieres nobles
&
JANVIER 1726. 189
& engageantes font efperer qu'il fuivra
ies traces de fes illuftres ancêtres.
Sur la démiffion de M. Alexandre
Gaſton , Comte du Châtelet , Ecuyer du
Roy , S. M. a donné l'agrément de cette
charge pour le quartier de Janvier à M.
Alexis - Jean du Châtelet , Marquis de
Frefnieres , fon frere. La Maiſon du Châtelet
de Frefnieres tire fon origine d'un
Robert du Châtelet , originaire du païs
d'Artois, qui vivoit avec Ifabeau de Fienne
, fon épouse en 1061. dont les enfans ,
Pierre , Seigneur du Châtelet & du Freffay
, furent faits Chevaliers à la priſe de
Jerufalem , l'an 1099. où ils fe fignale-".
rent , comme ils firent en plufieurs autres
endroits de la terre Ste. On ne dira
rien de plus ici de la Maiſon du Châtelet
, dont la Genealogie a été miſe tout
au long dans le Mercure du mois de
Juillet 1695. au fujet du mariage du Comte
de Choifeul , dont la mere étoit Anne
Marthe du Châtelet.
Le 12. de ce mois , il y eut plufieurs
incendies dans Paris , qui meriterent l'attention
des Magiftrats qui s'y tranfporterent.
Dans la rue des Barres , chez un
fripier , au troifiéme étage , par l'imprudence
d'une fervante qui gardoit un malade
, & qui laiffa tomber la chandelle
dans la paillaffe du lit. Ce feu fut éteint
par
188 MERCURE DE FRANCE.
par
le fieur du Perier avec cinq pompes
Les Capucins du Marais y travailleren
avec beaucoup de zele pendant fix heures.
Chez un Chirurgien rue du Four , Fauxbourg
S. Germain , à deux heures après
midi. Il fut éteint en trois heures de
temps , par le fecours des pompes .
A l'Hôpital de Bifceftre , à onze heures
du foir , le feu avoit pris dans les
greniers du pavillon du côté de Paris ;
il fut éteint par le prompt fecours de
trois pompes , & par les bons ordres que
donnerent M. le Premier Préfident , M.
le Prévôt des Marchands & M. le Lieutenant
Genéral de Police.
Le temps doux & la pluye qui ont regné
pendant tout l'hyver ; cefferent le
Lundy 14. de ce mois par une fi violente
gelée , que des le furlendemain la riviere
charia d'une telle force , ' qu'elle
étoit toute couverte de glaçons , & le
jour d'après elle fut totalement prife audeffus
de la porte S.. Bernard . Ce qui a
paru fort extraordinaire ; c'eft que
le 4 .
jour de la gelée , la riviére groffit beaucoup
par les eaux de la Marne. Le 18 .
les cables , de quelques bateaux chargez
de vin & d'autres denrées , le rompirent &
floterent au gré des vagues & des glaçons ;
plufieurs fer briferent contre les piles des
Ponts , & les autres allerent échouer plus
me
loin
JANVIER
1726.- 180
loin. Deux moulins du Pont au Change
e détacherent & vinrent s'engager tous
deux fous une arche du Pont - neuf; &
le feu ayant pris à leurs couvertures par
leurs cheminées , ils brûlerent & fe confumerent
pendant 24. heures. Deux au
tres moulins détachez du même endroit,
furent emportez par la rapidité de l'eaų
& des glaçons , audeffous du Pont - Royal.
Le même jour , à 8. heures du matin ,
le feu prit à un bateau chargé de chaux,
au port S. Paul ; on le coula à fond , après
avoir rangé les piles de bois qui étoient
auprès.
•
Le Prieuré Regulier de Nôtre- Dame
de Fricourt , Ordre de S. Benoist , Diocefe
de Metz , dont la nomination appartient
à Sa M. par Indult du Pape Clement
IX. a été donné à Dom Nicolas
de Neuville , Religieux Profès du même
Ordie , de la Congregation de faint
Vannes.
Le Prieuré Conventuel & Electif de
S. Gerard de Limoges , Ordre de faint
Auguftin , vacant par le décès de M. de
Verthamon , Evêque de Couferans ,
l'Abbé Defauzieres , Prêtre , Docteur en
Theologie.
à
Le Prieuré de Cholet , dépendant de
l'Abbaye de S. Michel en l'Herm , vacant
par le decès de l'Abbé du Planty , à
Abbé de Beauvau. MORTS
190 ཟླ 9 。
MERCURE DE FRANCE .
MORTS › MARIAGES.
E 30. du mois dernier mourut d'a-
Lpoplexie , aux Boifpreaux , près Efcouys
, en Vexin , Dame Marguerite le
Courtois , âgée de 88. ans , n'ayant jamais
reffenti aucune des infirmitez de la
vieilleffe , & ayant toujours mené une
vie très - pieufe & très- exemplaire ; elle
étoit veuve de M. Nicolas de Trie- Pillavoine
, Chevalier , Seigneur de Boifemont
, mort en 1686. De trois enfans
qu'elle a eu il ne refte que M. Charles
Pierre de Trie - Pillavoine , Chevalier
, Seigneur des Boifpreaux , ancien
Capitaine du Regiment de Soiffonnois ;
les deux autres ayant été tuez au fervice
du Roy.
Le 6. Janvier , Amedée Philibert Palavicin
, Comte de Perle , mourut à Pa
ris , âgé de 72. ans.
Le 12. de ce mois mourut à Paris ,
âgé de près de 78. ans , Charles de Maffre
de Cruzel , Brigadier des armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , & Sous - Lieutenant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires du Roi.
Le
JANVIER 1726. 191
Le 18. Louis Levefque , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Curé de l'Eglife Paroiffiale
de S. Chriftophe, agé de 84. ans.
9
Dame Marguerite Louife de Bethune,
fille de Maximilien François de Bethune,
troifiéme du nom , Duc de Sully , Pair
de France , Prince d'Henrichemont , & c.
Et de Dame Charlotte Seguier , fille du
Chancelier , veuve en premieres noces.
d'Armand de Grammont , Comte de Guiche
, & en fecondes , de Henry de
Daillon , Duc du Lude , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roi , premier
Gentilhomme de la Chambre
Grand- Maître de l'Artillerie , & c . mourut
à Paris le 25. Janvier , âgée de 83 ,
ans , fans laiffer de pofterité. Elle a été
premiere Dame d'Honneur de Madame
la Ducheffe de Bourgogne,depuis Dauphi
ne de France : & dans ce pofte , auffibien
que dans fa retraite , elle a donné.
de grands exemples de toutes les vertus
Chrétiennes , fingulierement celui d'une
charité fans bornes envers les pauvres
de toutes conditions . Son corps fut tranfporté
aux Carmelites de Pontoife le
30. & fon coeur aux Religieufes de la
Vifitation de S. Denis.
Le 20. du mois de Decembre dernier,
M. Guy Antoine de S. Simon , Marquis
de
792 MERCURE DE FRANCE
dé Courtomer , Meftre de Camp de Cavalerie
, Capitaine des Gardes de feue
Madame la Ducheffe de Berry , époufa
Mademoiſelle Marie Magdeleine de faint
Remy.
"
La Ceremonie de la Benediction Nuptiale
fe fit dans la Chapelle du Château
du Méfle fur Sarthe , chez la Comtelle
de Montgomery , par le Pere Fran
çois Richer , Religieux du grand Convent
des Cordeliers de Paris , Docteur
de Sorbonne.
t
Le Marquis de Courtomer eft fils
de feu M. Claude Antoine de S. Simon ,
Marquis de Courtomer , & de feuë Madame
Jeanne de Caumont la Force foeur
du Duc de la Force , & Mademoiſelle
de S. Remy , eft fille de M. Jean- Baptifte
Jacques de S. Remy , Marquis de Cofté,
& de Madame Marie- Therefe - Nicole de
Montgomery , foeur du feu Comte de
ce nom .
Le 27. Decembre , Jofeph - Antoine
Crozat , Me des Requêtes , Lecteur du
Cabinet du Roi , fils d'Antoine Crozat ,
Marquis de Noy , Commandeur des Ordres
du Roy , & de Marguerite le Gendre
, époufa Michelle- Catherine Amelot
de Gournay , fille de Michel Charles
-Amelot , Préfident à Mortier au Parlement
, & de Marguerité Pelagie de Lepine
Danican, AVIS
JANVIER 1726. 193
A V. I S.
E fieur Rouffelot , Marchand Gantier , Pri
vilegié & Parfumeur ordinaire du Roi ,
rue Tirchape , à Paris , qui a toujours vendu
& diftribué l'Eau de Béauté du fieur Lambert,
Parfumeur du Roy. d'Angleterre , donne avis
au Public qu'il vient d'obtenir une nouvelle
Approbation de M. Dodart , Confeiller d'Etat
, & Premier Medecin de Sa Majefté , pour
en continuer la vente & diftribution , pour
les boutons , rougeurs & taches du vifage.
Cette Eau eft tellement goûtée dans les
Cours Etrangeres , que le fieur Rouffelot en
envoye très -fouvent en Allemagne à Madrid,
en Portugal & en Pologne. Il donne un
imprimé , portant la maniere de s'en fervir
dans toutes les faifons de l'année , où font
empreints, pour la feureté du Public , les Cachets
dont font cachettées les bouteilles , avec
l'ordonnance de Monfieur le Lieutenant General
de Police , portant deffenfes à qui que
ce foit de vendre , diftribuer , ni contrefaire"
ladite Eau de Beauté , à peine de cinq cens
livres d'amende.
SUPPLEMENT.
N apprend de la Haye , que les
OFEtats d'Hollande
ont accordé un
octroi pour quinze ans à M. Chambrier
Ingenieur & Capitaine-Lieutenant dans le
1 Regi194
MERCURE DE FRANCE .
Regiment Suiffe du Brigadier Chambrier,
pour faire conftruire cinq nouvelles Ma
chines hydrauliques qu'il a inventées.
La premiere, qui eft pour l'ufage de la
Marine , peut être mife dans un Vaiffeau,
fans qu'elle y embaraffe , & elle n'y occupera
qu'une place , l'efpace dé 4. ou 5.
pieds en tout lens : quatre hommes la feront
ailement jouer , & lui feront ren
dre beaucoup plus d'eau , que ne font les
pompes dont on fe fert actuellement ,
defquelles on pourra toûjours fe fervir
indépendamment de cette Machine .
La feconde , eft pour deflecher commodément
& en peu de temps , les Polders
& les inondations dont elle évacuëra
les eaux à la hauteur neceffaire.
La troifiéme fert pour tirer l'eau des
foffez & des terrains , fur lefquels on eft
obligé de travailler : on la pourra affeoir
fans qu'il foit befoin de faire aucuns frais,
& un homme feul pourra aifément la faire
jouer.
La quatriéme eft pour arrofer les
Campagnes , les Prairies , les Blancheries
, & les grands Jardins : c'eſt une
voiture à deux ou à quatre rouës , fur laquelle
eft pofée une espece de coffre qu'on
remplit d'eau , & où eft attachée la Machine
qui pouffe l'eau en maniere de
pluye , à une diftance confiderable, à droit
&
4
JANVIER 1726 195
& à gauche , lorfque des hommes ou des
animaux tirent la voiture , laquelle peut
auffi rouler fa ns que la Machine jouë ,
afin de la pouvoir conduire fur les lieux
qu'on veut arrofer.
La cinquiéme eft pour tirer l'eau des
puits , & dellecher les minieres inondées
de quelque profondeur qu'elles puiffent
être .
Ces Machines jouent par le moyen
d'un nouveau
mouvement , qu'on pour
ra faire mouvoir à force d'hommes ou
d'animaux , par le vent , par l'eau courante
, & dans de certaines occafions par
les poids.
La force de ce nouveau mouvement confifte
en deux differentes puiffances indépendantes
l'une de l'autre , par le moyen
defquelles on pourra faire mouvoir des
milliers avec une facilité inufitée jufquesici
..
VERS.
NE peut on du Calendrier
Effacer le premier Janvier :
Ce jour fatal aux pauvres bourſes ,
Ce jour fertile en fottes courſes ,
Ce jouroù cent froids vifiteurs ,
A titre de Complimenteurs ,
I ij Pleins
106 MERCURE DE FRANCE .
Pleins du zele qui les tranſporte ,
Sement l'ennui de porte en porte !
Où fuir les affauts petulants
De ces baifeurs congratulants
Qui viennent donner pour Etrenne ,
Le fier poifon de leur haleine.
Ojour ! qui n'a pour amateurs ,
Que l'Ordre des Freres Quêteurs ,
Quand du joug dur de tes corvées ,
Verrons-nous nos citez fauvées ,
Pour vous , ami trop liberal ,
Dans un mois qui les bourſes purge ,
Gardez-vous d'encourir le mal,
Dont fut toûjours atteint Panurge.
QUESTION de droit jugée par Arrest
du Parlement de Provence.
Si les Teftamens mutuels peuvent être revoquez
, fans en donner connoiffance
an Conjoint , à qui il importe de ne pas
ignorer ce changement.
CE
Ette Queftion qu'on peut regarder
comme nouvelle , & rare en Pays
de Droit écrit, fe prefenta le 30. Octobre
de
JANVIER 1726. 197
dé l'année 1724. au Parlement de Provence.
Ce fut en la caufe de M , Charlès
d'Hugues , Baron de la Motte , heritier
teftamentaire de N. de Chaix , Seigneur
de la Penne , Intimé en Appel
d'Ordonnance de pieces mifes , rendue
par le Lieutenant au Siege de Sifteron le
Avril 1724. & de Dame Françoife
d'Auftric de Vintimille Beau mette , veuve
de N. de Chaix , Seigneur de la Pen
ne , Appellant.
Il eft bon de faire d'abord remarquer les
principales circonftances du fait particu
lier de cette affaire . Le 4. du mois de
Janvier 1712. le fieur de Chaix , Seigneur
de la Penne , âgé d'environ 60 .
ans , fit un contrat civil de Mariage avec
la Dule d'Auftric. Cette Dame fçut en
cette occafion profiter de ces momens ,
où la paffion des vieillards ne s'explique
que par des liberalitez . Elle fit declarer
dans cet Acte que fes droits qui
n'avoient prefque rien de réel , montoient
à dix mille livres . Elle fe fit faire
une donation de furvie de fix mille
livres , & plufieurs autres avantages
gratuits,
Non contente d'avoir obtenu par de
feduifantes careffes toutes ces liberalitez
, le 13. du même mois elle porta fon
futur époux à faire un teftament mutuel,
I iij par
198 MERCURE DE FRANCE.
par lequel ils s'intimerent reciproque
ment heritiers.
De fi heureux commencemens promettoient
, fans doute , un mariage de
paix & d'union ; mais les hommes qui
s'engagent fous ce lien , le plus fouvent
fans le connoître , font fujets à être
trompez , & à découvrir quelquefois ,
après avoir vécu peu de temps enfemble,.
des défauts qui ne prenant pas même le ſoin
de fe cacher , infpirent bien- tôt une
indifference que le dégoût fuit . C'eft ce
qui arriva entre le fieur de la Penne &
fa femme , & qui fut la caufe d'une feparation
, arrêtée reciproquement entre
eux le 27. Juillet 1716.
Enfuite de cette feparation le fieur dé
la Penne fe retira à Gap , où il fit le 8.
Octobre 1716. fon dernier teftament folemnel
, par lequel il inftitua le fieur
Baron d'Hugues fon heritier , & ſubſtitua
le fief de la Penne à fes enfans mâles
.
On doit remarquer qu'il revoqua tous
les teftamens qu'il avoit faits précedemment
, & notamment le teftament mutuel
, nonobftant toutes les claufes dérogatoires
qui pouvoient y avoir été ing
ferées.
Le fieur de la Penne tomba malade
en 1722. le fieur Baron d'Hugues en
ayant
JANVIER 1726. .199
ayant informé la Dame d'Auftric , elle
fe rendit auprès de lui , pour tenter dans
cette extrémité de fa vie , de lui
рек
fuader de revoquer le dernier teftament ,
& rétablir le mutuel. Tout ce qu'elle affecta
n'ayant point eu de fuccès , elle partit
fur le champ pour fe retirer au Château
de la Penne .
Dans toutes ces circonftances , M.Blanc ,
Avocat de la Dame d'Auftric , fontint
avec éloquence trois propofitions . Dans
la premiere , il examina , fi les teftamens
mutuels font autorifez par le Droit , &
par l'ufage. Il établit d'abord , que les
Loix des XII. Tables accordoient aux
Teftateurs une liber é indéfinie de difpofer
de leurs biens , & iben tiroit cette
confequence . Comment pourroit- on, ditil,
leur interdire l'ufage des teftamens mutuels
, dont une affection reciproque eft
le principe.
Ilfe fonda fur la décifion.de Papinien
inférée dans le Corps du Droit en la
Loi Captatorias. 701 d . de hæredibus inftituendis.
Il fit tous fes efforts pour faire
voir que c'étoit le fentiment de Cujas ,
en fon interpretation fur cette Loi.
expliqua la Loi Licet Cod . de Pactis. qui
reprouve les conventions reciproques fur
les fucceffions futures au profit des furvivans
prétendant que cette Loi ne
I iiij parle
i
200 MERCURE DE FRANCE .
parle en cet endroit que des conventions
dénuées des formalitez des teftamens ,
defquelles les Soldats font feuls exempts .
Il foutint enfuite , que de femblables
teftamens ont été confirmez dans tous
les temps par l'ufage univerfel du Royaume.
Il appella à fon fecours un grand
nombre d'Auteurs citez par Barry, liv. I.
de Teftamentis . tit. 1. n. 47.
M. Pafery de Thorame , qui plaidoit
pour le Baron d'Hugues , établit au
contraire , que les Loix Romaines ont
toûjours rejetté toute forte de pactes reciproques
de fe fucceder , & qu'elles
n'ont autorifé de femblables difpofitions,
qu'entre ceux qui étoient prêts à combattre
pour le falut de la Republique
fuivant la Loi Licet Col. de Pactis . Il
cita pour appuyer fon fentiment Balde ,
Alexander , Godefroy , & plufieurs autres
Interpretes , qui d'un commun confentement
, ont crû que la Loi Licet. en
autorifant les fucceffions reciproques
parmi les Soldats , les condamnoit à l'égard
de tous autres , conformément à la
Loi 4. Cod. de inutilibus ftipulationibus.
Il expliqua la Loi Captatorias oppofée
, & fit voir que Papinien vivant
dans le II. fiecle , les Empereurs Theodofe
, & Valentinien dans le V. ceux-ci
ayant été obligez de publier une Novelle,
pour
JANVIER 1726 201
pour introduire & autorifer cette forte
de teftamens mutuels , il étoit évident
que cette Loi n'avoit pas été fuivie , &
que ces teftamens prenoient leur origine
de la Novelle de Theodofe & de Valentinien
, inferée dans le Code Theodofien ,
tit. de Teftamentis .
Il foutint que cette Novelle , n'étant
point compriſe dans le Corps du Droit ,
elle ne pouvoit avoir autorité de Loi ,
qu'elle avoit même été abrogée par l'ufage
, puifque Juftinien , qui vivoit dans
le cinquiéme fiecle , & qui a fait compiler
toutes les Loix qui étoient en uſa
ge de fon temps , ne fait nulle mention
de celle- ci on ne doit pas être furpris,
file contraire femble avoir prévalu en
Pays Coûtumier , parce que , lorique la
compilation de Juftinien fut perdue , les
Loix du Code Theodofien y furent introduites
, & pour la plupart y ont reſté
en vigueurs au lieu que la compilation
de Juftinien ayant été heureufement re
couvrée , les Provinces de Languedoc ,
de Provence & de Dauphiné , rejetterent
celles du Code Theodofien , & adop
terent celles de Juftinien .
Sur la deuxième propofition , qui confiftoit
à fçavoir ,files teftamens mutuels
ne peuvent être revoquez par l'un des Tef
tateurs, qu'en faifant notifier cette revo
I v cation
202 MERCURE DE FRANCE.
le
cation à la Partie intereffée. L'Avocat
dit , que les Loix ne peuvent autoriſer
la perfidie , & qu'il eft évident que
myftere affecté par l'un des conjoints , ne
peut avoir en vûë que de profiter de la
difpofition de l'autre. Il cita Brodeau , fur
Louet , Lettre T. Sommaire 10. Ricard,
Traité du Don mutuel , ch . 5. Sect. 7. & c.
L'Avocat de la Partie adverfe au contraire
s'attacha à démontrer , que toutes
fortes de teftamens font revocables , parce
que toutes les Loix Romaines , dit- il , défendent
de s'ôter la liberté de tefter , ce qui
eft décidé formellement par la Loi 2 z.
Digeft . de Legatis . 30.
La défenfe de cette caufe , quant à
cet article , fút terminée par ces principes
du Droit écrit ; Qu'il n'y a point
dans les Provinces qui le fuivent de reciprocité
, que les deux conjointsne
peuvent difpofer en faveur l'un de l'autre
par Acte entre- vifs , mais feulement
par Acte de derniere volonté.
Sur la troifiéme queftion , Si le défaut
de notification de la revocation du
teftament n'étoit pas fuppléé par l'écrit
de feparation du fieur de la Penne , &
la Dame fon époufe , M. Blanc n'eut à
cet égard d'autre raifon à donner , fi ce
n'eft que cet écrit n'étoit pas ferieux .
Sur ces differentes défenfes , il intervint
JANVIER 1726. 203
vint Arreft en la Grand'Chambre le 30 .
Octobre 1724. par lequel la Cour mit
l'appellation & ce dont étoit appel au
neant, & par nouveau jugement , maintint
le fieur Baron d'Hugues dans l'heredite,
condamna la Dame d'Auftric
aux dépens 27.
BOUQUET en Vers Anacreontiques ,
envoyé à une Dame. Par M. de
Mautour.
Hilis en vain Flore s'apprête ,
Philis
A vous parer pour vôtre Fête ;
Rien n'eft fi commun que des fleurs ,
Rien de fi rare que des coeurs ;
J'entens coeurs tendres & fidelles ,
Qui valent mieux que fleurs nouvelles
Tels font ceux que vous captivez ,
Amour les fçait, vous les ſçavez .
Pour vous faire dignes offrandes ,
Chacun vous prefente le fien ,
Compofez en , nobles guirlandes
Surtout n'oubliez pas le mien.
I
Ivi
Autre
204 •
MERCURE DE FRANCE.
Autre Bouquet , par le même.
FLore & Lore les Mufes dans ce jour ,
Pour la charmanteIris s'empreffent tour à tour,
Par jolis Vers , par fleurs nouvelles ,
A lui faire leur cour.
L'Amour plus fin , plus rufé qu'elles ,
Rit de tout leur empreffement.
Et moi , dit il , j'en ordonne autrement ,
Pour celebrer fa Fête,
Iris n'aura de moi ni jolis Vers , ni fleurs ,
Mais je lui fais prefent , en figne de conquête
,
D'un trait de mon carquois pour bleffer tous
les coeurs.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M..
Pelliffert, fils , Docteur enMedecine de
la Faculté de Montpellier , fur la compofition
d'un Dictionaire de Medecine.
L
2
Utilité des Dictionaires eft fi grande
, fur tout lorfque les matieres
qu'ils traitent font approfondies
fans
être pourtant diffuſes , que j'ai crû devoir
donner à la Republique des Lettres
un Dictionaire fur la Medecine . Notre
fiecle en a vû de très accompli fur toutes
les Sciences , excepté fur celle- là , qui
e m
JANVIER 1926 . 205
embrafle toute la nature , & qui , par la
diverfité des objets qu'elle contemple ,
eft une des plus utiles , des plus curieufes
& des plus neceffaires à l'homme .
Tous les Livres fur cette Science qui
courent dans le Public , font imparfaits ,
& par leur peu d'étendue , ils ne contentent
pas les Lecteurs. Il manque d'ordre
de doctrine , & d'une ample explication
des matieres qu'ils renferment.
Je ne vois que le Dictionaire des drogues
de M. Lemeri , qui foit dans un
certain point de perfection à fatisfaire
un efprit judicieux ; & curieux ; encore
n'eft-il pas dans le point de perfection
qu'on fouhaite. Le Lexicon de Caftel
ne donne que l'explication d'un terme ,
ou la définition fimplement d'une maladie
, fans entrer dans un détail , qui toin
d'être ennuieux , feroit très utile. Un
Medecin qui confulte ces Dictionaires
pour foulager la mémoire dans certains
cas de confultation , ou dans d'autres où
il ne peut lire les originaux qui parlent
de ce qu'il fouhaite de fçavoir , ne fe
trouve- t-il pas trompé dans ces recherches
? Un homme fçavant qui veut ſe
rappeller l'hiftoire d'une plante ou d'un
animal , réuffi- t- il dans fon deffein par la
lecture de ce Livre ? Vous voyez , Monfieur
, qu'il manque une étendue à ces
ou
206 MERCURE DE FRANCE.
ouvrages. Défaut qui les fera toujours
négliger , quoiqu'ils foient très meditez
& bien écrits .
C'eft , Monfieur , ce défaut general ,
qui m'a fait former le deffein de compofer
un Dictionaire Univerfel fur la Medecine
, qui traitat à fond de toutes ces
parties . On y trouvera les maladies détaillées
, les remedes qui leur conviennent
, avec les regles de curation & de
pratiques. Les matieres anatomiques y
feront traitées avec ordre. L'Hiftoire des
Plantes y fera parfaite. On y verra leurs
vertus & leur ufage. Je n'oublierai point
de décrire les principes qui les compofent
, de fixer les lieux où elles naiffent
, & le temps qu'elles fleuriffent ,
& même cette defcription fera terminée
par l'étimologie du nom de la Plante
décrite , accompagnée des traits de
l'Hiftoire & de ceux de la Fable qui lui
conviennent avec le nombre de ces differentes
efpeces. Le même ordre fera
prefque obfervé dans la defcription des
animaux & des mineraux. Je ne paflerai
pas fous filence laChimie hermetique.
Les Curieux y trouveront l'explication
de ces termes , ils y liront fes operations
qui s'executent par la voye des ferments.
J'y expliquerai auffi les qualitez des levains
, leur different genre , & leur veritable
IANVIER. 1726. 207
ritable ufage . Tous les remedes chimiques
& galeniqués , fimples & cómpofez
, y feront décrits avec leur compofition
, leur doſe , leur qualité & leur
maniere d'agir.
Son titre , Monfieur , vous confirmera
affez l'idée que je vous en donne . Il eft
tel . Dictionnaire de Medecine , concernant
l'explication de toutes les parties de
cette Science , la Phifiologie , la Patologie
, la Semiotique , la Diptique , la Therapeutique
, la Theorie , & la Pratique
de toutes les maladies , leurs caufes , &
leurs remedes , l'Anatomie , la Chirurgie ,
la Pharmacie , là Chimie , la Botanique ,
P'Hiftoire naturelle des Animanx , des
Mineraux, & generalement tout ce qui eft
compris fous le nom de matieres medicales :
le tout extrait des meilleurs. Auteurs anciens
& modernes.
Uni de nos Medecins de Marſeille
avoit eu avant moi le même deffeins
mais ayant abandonné l'Ouvrage , je l'ai
pourfuivi en fuivant fon même plan.
Mon Ouvrage , Monfieur , eft affez
avancé , & fans des preffantes occupations
qui m'ont diftrait long- temps de ce
travail , il feroit prefque fur la fin, Mats
je vous promets de le reprendre avec
chaleur , & c.
TRA
208 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION de l'Ode du Pere
Sanadon .
APHAEL , prêt d'aller rejoindre fes
RA ayeux ,
Ranima tout le feu de fa verve lyrique ,
Et prédit, entraîné par l'efprit prophetique
De fon Sang le fort glorieux.
Maifon de LECZINSKI , tu mets toute ta
gloire
A défendre l'Eglife & fon premier Paſteur :
Le Ciel pour couronner ton zele & ton ardeur ,
Eternifera ta memoire,
Jadis ,, par tes efforts l'on vit fuir en couroux,
De nos heureux climats l'aveugle idolâtrie ,
Et l'on entend encor la fougueufe herefie
Gemir , expirant fous tes coups .
De là fur tes Heros quel éclat de lumiere ?
Je les vois, fiers gueriers , ou vertueux Prélats
,
Reverez dans le Temple , ou craints dans les
combats ,
Fournir une illuftre carriere.
Que
JANVIER 209 1726.
Que dis-je ? Dieu prépare un trône floriant;
Staniflas le remplit , il regne , il en eft digne...
Mais où fuis-je ? Ah ! grand Dieu ! quelle vapeur
maligne
Me cache cet aftre naiffant ?
Goûte ton heureux fort , ô ma chere Patrie ;
Mais non , tu prends plaifir à te percer le
flanc :
Sous l'homicide fer je vois couler ton Sang;
Ah ! fufpends enfin ta furie.
Fortunes , la Vertu fe rit de tes projets ,
Seule elle eft fa reffource en fon malheur ex
trême ,
Elle auroit en horreur le plus beau diadême
Rougi du Sang de fes Sujets,
Ce magnanime effort aura fa recompenfe . ::
Afile genereux des Roys infortunez ,
Pour recevoir chez toi mes Heros détrônez ,
Ouvre ton fein , heureuſe France.
Là, quels nouveaux rayons fur mon nom répandus
......
Le
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel de la fortune en réparant l'injure ,
*
Par un honneur plus grand lui rend avec
ufure
Tous les honneurs qu'il à perdus. “
Quel fpectacle pompeux fur les bords de la
Seine ,
Ah ! quel eft ce Heros , ce jeune Souverain ,
Qui préfente à MARIE & fon Sceptre & fa
main .
Et la déclare Souveraine
Je le vois à fon air grand & majestueux + :
C'eſt un BOURBON , l'amour fuivi de PHymenée
,
De ces Nobles Époux unit la deftinée ,
Et leurs coeurs par les plus doux noeuds
1
Songez à ces beaux jours , LECZINSKI , dans
l'orage :
Mais en yoyant s'unir MARIE avec LOUIS,
Verfez à pleines mains fur ma tombe des LIS;
De votre amour j'attends ce gage.
P. Delattre J.
EDIT
JANVIER 1726 . 2 FI
Ά
EDIT , ARRET S
SENTENCES DE POLICE , & c.
RREST du 4. Decembre , qui ordonne
que les Deniers qui proviendront de
Impofition qui doit être faite pour le droit
de confirmation à caufe du joyeux Avene→
ment de Sa Majefté à la Couronne , dû par les
Communautez d'Habitans qui jouiffent des
Droits d'Ufages , feront reçûs par les Collecteurs
, & par eux remis aux Receveurs des
Tailles , qui feront tenus de les remettre aux
Receveurs Generaux des Finances , nonobftant
ce qui eft porté par l'Arreft du Confeil
du 8. Octobre 1725.
ORDONNANCE & Sentence de M. le
Lieutenant General de Police du 11. Janvier
1726. concernant les jeux de hazards , & les
proprietaires ou principaux locataires des
maifons , & qui condamne la Dame de Blancbuiffon
, folidairement avec le nommé Dupleffis
, Aubergifte en 3000. liv . d'amende &
la Dame Godemart en 1000. liv. pour avoir
tenu des affemblées de jeux défendus , &c.
Autre Sentence de Police du même jour qui
condamne les nommez Huron , Bruhant
Longpré & Richer , Boulangers , en soc. liv.
d'amende , folidairement pour avoir concerté
frauduleufement de faire rencherir le bled audelà
du prix courant.
Autre
212 MERCURE DE FRANCE .
Autre Sentence du même jour , qui con
damne les nommez Charles Grimperey &
Michel Bernardot , Boulangers, en 3oco liv
d'amende chacun , & les declare déchus de la
Maîtrife , &c. pour n'avoir pas fourni leurs
places de pain au Marché du Cimetiere Sain
Jean...
ARREST du 15. Janvier , portant défenfes
de vendre , acheter ni tuer des Agneaux
pendant deux ans à commencer du premier
jour de Carême prochain.
EDIT du Roi , donné à Marly au mois de
Janvier 1726. regiftré en la Cour des Monnoyes
le 4. Fevrier , par lequel le Roy ordonhe
une fabrication de nouvelles Efpeces d'or
& d'argent , fçavoir , les Louis d'or de 30. au
marc , fur le pied de 20 liv. & les Ecus de
huit & trois dixiémes au marc à S. liv.
Le même Edit ordonne que du jour de fa
publication , toutes les anciennes efpeces d'or
& d'argent demeureront décriées de tous
cours , & feront portées aux Hôtels des Monnoyes
, pour y être fondues & converties en
Efpeces de la nouvelle fabrication , & le prix
en être payé , ainfi qu'il eft porté par l'Edit ,
par lequel S M. fixe encore le prix qui doit
être payé defdites Efpeces & matieres , dans
les mois de May , Août & Septembre prochain
; veu S. M. que les anciennes Elpeces
continuent d'avoir cours dans le commerce,
fçavoir , le Louis à 12. liv . & les Ecus à 3 .
liv. jufques au dernier Avril prochain , afin
que le commerce ne foit pas interrompu , &
qu'on puiffe fabriquer un nombre fuffifant de
nouvelles Efpeces . Ordonne en outre S M.
que les Efpeces d'or & d'argent de la derniere
fabriJANVIER
1726. 213
brication , feront rece ues dans les Bureaux
e recettes de fes deniers fur le pied de 12. 1
8. f. le Louis d'or , & les Ecus à 3.1. 4. T
kc.
Et à l'égard des anciens Louis & Ecus , ils
eront auffi receus dans lefdits Bureaux , jufues
& compris le dernier jour d'Avril , fçaoir
, les Louis d'or fabriquez avant l'Edit du
Rois de May 1709. pour 13 , liv . 7, f. & les
Ecus de la même fabrication pour 3. livres
14.f. Les Louis d'or frabriquez en confequenre
des Edits des mois de May 1709. & Detembre
1715. pour 16. liv. 4. f. & les Ecus
des mêmes fabrications pour 4. liv . 3. f. 6.
deniers. Les Louis d'or fabriquez en confequence
de l'Edit du mois de Novembre 1716,
pour 24.
liv. 6. f. & ceux dont la fabrication
a été ordonnée par Edits des mois de May
1718. & Septembre 1720. pour 19. liv. 8. f
& les Ecus des fabrications de 1718. & 1729,
pour 3. liv. 6. f. &c.
APPRO
214.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Gardi
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Janvier , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 9. Fe
vrier 1726 .
HARDION.
TABLE
Privilege
du Roy ,
Lifte des Libraires qui , debitent le Mercu
re ,
Catalogue des Mercures de France ,
Avertiйlement ,
Modes , Eftampe gravée , &c.
Pieces fugitives , les Mufes au Roy
>
5
9
II
Seconde Lettre fur quelques ufages de l'Eglife
d'Auxerre ,
Vers prefentez le jour de S. Denis ,
17
35
37
46
47
Avis fur les perfonnes qui écrivent fur l'Hiftoire
naturelle & obfervations , & c.
Epitre à M. de la Viſclede ,
Réponse ,
Nouveau Memoire , le Royaume d'Yvetot , 48
Bouts-rimez remplis , Sonnet ,
Lettre fur le flux & reflux de la mer , & c.
A la Reine , Stances ,
55
56
67
Réponse au Pere Caftel fur fon explication du
Aux & reflux , par M. de la Bruyere , 69
Requête
215
Requête au Soleil , Poëme ,
Lettre fur les Spectacles d'Italie , &c.
Etrennes ,
Lettre fur un fait fingulier
78
81
99
100
102
Le Moineau & la Tourterelle , Fable
Cruchesfecondes du Cabinet du fieur Lucas,
Enigmes ,
103
107
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts , 109
Recueil des Poëfies diverfes diftribuées au Colege
des Jefuites , & c.
Ode , Traduction , & c.
114
117
Reflexions fur l'antiquité expliquée , &c. 144
Le tre écrite au P. Caftel fur fon explication
du flux d'un Puits ,
Mort du P. Ange ,
Sujets propofez par l'Acad. de Pau ,
Medailles de la Reine ,
147
149
153
156
Explication des Types & Legendes des jettons
de cette année ,
Spectacles ,
159
161
Le Retour de la Tragedie Françoife. Extrait,
165
Lettre fur l'Academie de Mufique de Tours
172
Nouvelles du Temps , de Ruffie , Pologne ,
& c.
Naiffances , morts des Pays Etrangers ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Morts & Mariages ,
Avis fur l'eau de Beauté ,
Supplément , & c .
Vers fur le premier jour de l'an ,
174
182
183
199
193
ibid.
194
Queſtion de Droit jugée au Parlement de Provence
,
Deux Bouquets en Vers ,
1196
203
Lettre fur la compofition d'un Dictionnaire de
Medecine ,
204
Tra216
Traduction de l'Ode du Pere Sanadon ,
Edits , Arrefts , Sentences , & c.
PA
Fantes à corriger dans ce Livre
298
211
Age 78. ligne 21. Couriers , lifez Courfiers .
Page 81. 1. 17. Meffieurs , lifez Monfieur.
Page 89. 1. 21. lorfqu'elles , lifez lefquelles.
Page 90, 1. derniere Bectari , lifez, Beccari.
Page 91.1 . 7. ont , lifez an.
Ibid. 1. 16. Bugnato , lifez Bagnato .
Ibid. 1. 19. Dramnus , lifez Drammes,
Ibid. 1. 23. Binuccini , lifez Rinuccini,
Ibid. 1. 31. Aommi , lifez
Aommi , life Drammi.
Page 92.1 . 2. Tragia , lifez Tragica .
Ibid. 1. 4. du bas Triftino , lifez Triffino.
Page 169. l. 10 , Des , lifez Les.
Page 123. l. 11. deux , lifez doux.
Page 132.1 . 5. en faveur l'art , lifez en faveur
de l'art.
Ibid. 1. 11. deux , lifez doux.
Page 156. 1. 1. adjugé , lifez a jugé.
Page 158. 1. 1. autour , lifez autant.
Page 164. 13. du , lifz , de.
Page 165. 1.3 du bas , Bomagnefi , lifez Romagnefi.
Page 166.1.23 . fanglantes , lifez fanglans.
Page 167. 1. 16. la charge , lifez le change ,
La Planche pour les Modes doit regarder la
page 9.
Celle pour les Jettons de cette année , p. 159
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
FEVRIER 1726.
QUE COLLIGIT SPARGIT:
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXVI.
Avec Approbation & Privilege du Rois
A VIS.
Ľ
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire & de
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
215
LS
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
FEVRIER 1726.
XXXXXXXXXXXXXXX ******
! PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'HY VER.
Portrait à M. le Chevalier de
Lluftre Chevalier, la faifon des fri
mats ,
Commence à ravager la terre ;
Et les vents ennemis nous decla
rant la guerre ,
A ij
Font
216 MERCURE DE FRANCE.
Font fecher les fleurs fous nos pas.
Phoebus abregeant fa carriere ,
Fait taire les oifeaux qui lui faifoient la cour ,
Et ne nous donne plus qu'un refte de lumiere,
Pour faire voir encor qu'il eſt le Dieu du jour.
C'eft peu que fa prompte retraite ,
Impofe filence aux oiſeaux ;
On n'entend plus fous les ormeaux
Le fon de la douce mufette ,
Ni le murmure des ruiffeaux.
Dans les valons & dans les plaines ,
L'écho ne retentit que du lugubre fon ,
De la hache du Bucheron ,
Qui fe vange fur quelques chefnes
Des injures de la faifon.
Helas ces aimables retraites ,
Qui fembloient n'avoir été faites
Que pour d'amoureux rendez- vous ;
Ces aziles charmans , ces réduits agréables
Sont maintenant inhabitables ,
Ou font habitez par les Loups.
Flore & les Nymphes fes compagnes »
Ont quitté nos triftes campagnes ;
Apeine trouvons - nous en parcourant les bois,
QuelFEVRIER
1726. 217
Quelque Dieu Chevrepied , quelque amoureux
Satyre ,
Occupé fans relâche à fouffler dans fes doigts ;
Il n'a ni la force de rire ,
Ni celle d'enfler fon hautbois.
Du finiftre Corbeau la mufique funefte ,
Eft la feule enfin qui nous refte :
Chacun fe rencoignant dans fa froide maiſon ,
Soufflant quelque humide tifon ,
Sous un pâle & morne vifage ,
Et fous un pefant équipage ,
Nous montre les effets de la rude faifon.
Le Berger tremblottant fous fa cabane antique
,
A peine montre fon muſeau ;
La Bergere , à fon tour , près d'un foyer ruftique
Fait à peine tourner fon fragile fuſeau .
L'on n'apperçoit partout que d'affreufes ima.
ges :
L'air s'obfcurcit d'épais nuages ,
Et même en plein midi fait douter s'il eft jour,
Nos yeux ne font frappez que des affreux
ravages
Que caufent dans nos champs la nege & les
orages
A iij Qui
218 MERCURE DE FRANCE:
Qui fe fuccedent tour à tour.
C'eft affez , Chevalier , cette trifte peinture ,
Rend déja mes efprits glacez ;
Chez- toi près d'un bon feu corrigeant la na
ture ,
Rappellons nos plaifirs paffez .
C'eft- là que fans aller fredonner fous des *
haîtres
Quelques airs tendres & champêtres ,
En tout temps ami genereux ,
#
On trouve la faifon des plaifirs & des jeux.
* kkakakkkkkkkkk
1-1
REMARQUES fur les anciennes
Réjouiffances Ecclefiaftiques durant les
Fêtes de Noël , à l'occafion du mot :
DEFRUCTUS . Lettre écrite d'Auxerre à
ce fujet .
PUifque l'explication de certains termes
bizarres de la baffe Latinité vous
fait plaifir , vous trouverez bon , Monfieur
, que je vous envoye, pour étrenne
celle d'un mot de cette efpece qui me
: tomba dernierement fous la vûë . Il eft
de la faifon , puifqu'il vous développera
une petite pratique de nos anciens dans
les mois de Decembre & de Janvier. Le
Concile
FEVRIER 1726. 219
.......
Concile Provincial de Narbonne de l'an
1551. après avoir défendu les danſes &
autres badineries qui fe faifoient autrefois
dans les Eglifes , ajoûte que pour
y obvier , les Curez s'abftiendront de
faire venir leurs Paroiffiens à certains repas
appellez Defructus . Canon 47. Quia
in ipfis Templis .... ducuntur chorea
fiunt faltationes , aliaque tripudiorum &
ludibriorum genera Parochis prohibemus
ne pofthac ad comeffationes quas
defructus appellant , ullo modo parochianos
fuos admittant. Voilà un repas appellé
Defructus . En étoit- ce un où l'on ne fervoit
que du fruit , & qui pour cette raifon
s'appelloit de-fructus ? où plutôt en
étoit- ce un où l'on ne prefentoit aucun .
fruit , comme la prépofition de fembleroit
le defigner ? Je crois qu'il pouvoit
y avoir du fruit à ce repas , ou n'y en
point avoir ; & que fi ces fortes de repas
s'appelloient defructus , c'étoit par
rapport aux Fêtes dans lefquelles on les
donnoit , & au motif qui les faifoit faire.
Ce n'étoit pas certainement la faifon des
fruits ; puifque je prétends qu'on les
prenoit au temps de Noël jufqu'à l'Epiphanie
; mais , felon moi , ces repas s'appelloient
defructus ; premierement , à caufe
de l'Antienne de fructu , qu'on chante
dans ce temps - là à Vêpres fur le Pfeau-
A iiij me
220 . MERCURE DE FRANCE.
me Memento : fecondement , parce que
cette Antienne devoit être commencée
par quelque notable perfonnage de la Paroiffe
, qui payoit enfuite la collation , à
peu près comme on fait encore en plufieurs
endroits à l'égard des O. de Noël .
Le fondement de mon explication eft que
le Concile immediatement après les paroles
cy-deffus rapportées , continue ainfi :
Nec permittant quempiam canere ut dicunt
; Memento , Domine , David fans
truffe , & c. nec alia hujufmodi ridenda ,
que in contemptum divini officii ac in
dedecus & probrum totius cleri &fiunt &
cantantur. La liaifon du repas appellé de
fructus , avec le chant du Pfeaume Memento
, paroît ici très - visiblement : Mais
ce n'eſt pas tout. J'ai encore une preuve
domeftique de la jufteffe de mon explication.
C'étoit l'ufage en cette Ville il
n'y a pas plus de foixante & dix ans , que
1'Ecclefiaftique qui faifoit dans les Paroiffes
la fonction de Chorifte aux Vêpres
du jour de Noël , & autres Fêtes
fuivantes,annonçoit l'Antienne De fructu
au plus notable des feculiers de la Paroiffe
qui fe trouvoit placé dans le
Choeur. Dans telle , par exemple , où de
meuroit leLieutenant- General, c'étoit à lui
à l'entonner le jour de Noël : dans une
autre où il n'y avoit que des Confeillers
*
FEVRIER 1726. 221
lers , on l'annonçoit au plus ancien , & il
l'entonnoit de fon mieux ; & ainfi à tour de
rôle à mesure que les Fêtes s'écouloient,
En la lui annonçant le Chorifte ou Chappier
lui prefentoit une branche d'oranger
, garnie de fon fruit , ou au défaut
une branche de laurier , à laquelle étoit
attachée une orange ; & lorfque le Magiftrat
avoit entonné fon De fructu , il
alloit directement au grand Autel , fur
la table duquel il dépofoit la branche
d'oranger ou de laurier. Par cette honorable
ceremonie il étoit engagé à donner
à fouper au Clergé de la Paroiffe , & il
le donnoit en effet. Quelques Religieux
mandians s'étoient mis auffi fur le pied
d'annoncer à leurs bons amis le De fructu
; mais comme cela tiroit à confequence,
chacun évita dans la fuite de fe trouver
à leurs Vêpres les jours qu'on devoit
chanter cette Antienne , ou de monter
dans leurs hautes Chaires. Deux Octogenaires
de ce pays - ci m'ont appris ces
circonftances il y a quelques années : l'un
fe fouvenoit très- bien d'avoir vû la ceremonie
pratiquée en entier par Claude
Girardin , qui étoit Lieutenant General
au Bailliage & Siege Prefidial de cette
Ville en 1650. Je crois que voilà le
Defructus du Concile de Narbonne fuffifamment
éclairci , & tiré de l'obfcurité.
A v
Ce
222 MERCURE DE FRANCE
Ce qui fe faifoit ici , fe pratiquoit auffi
fans doute en Languedoc , au moins cent
ans auparavant. J'efpere que ce mot n'étant
point dans le Gloffaire de M. du Cange
, vous ne manquerez pas de l'y faire
inferer dans la nouvelle édition avec le
Vacca-varia le Pilota , & quantité d'autres
pratiques burleſques , dont j'ai eu
l'honneur de vous entretenir à l'occafion
de la Fête des Foux .
Il eſt étonnant de voir des perfonnes
dont la pieté eft fi portée à tout excufer
ou à ne rien croire , qu'elles ne peuvent
s'empêcher de dire , que tout ce qu'on
rapporte de cette Fête des Foux , de la
conduite de l'afne , des danfes & jeux
dans l'Eglife , & autres femblables fpectacles
, eft faux , & n'a jamais exifté . Elles
difent qu'on fait mettre dans le Dictionnaire
de Moreri tout ce que l'on veut ,
qu'il eft impoffible qu'on ait fait dans
l'Eglife toutes les actions ridicules qui y
font marquées. Quand on leur ajoûte que
le celebreM.duCange rapporte les mêmes
chofes dans fon Gloffaire , après les Manufcrits
authentiques du temps , & après
même les Livres d'Eglife encore exiftants,
ils en font quittes pour fecouer la tête
& nier le fait. Je ferois bien fâché d'avoir
affaire à ces gens- là au fujet d'aucun
point hiftorique. Mais rien ne doit
mieux
FEVRIER 1726. 223
mieux convaincre les perfonnes les plus
incredules & les plus graves , qu'il falloit
que le ridicule fut pouffé à bout au
quinziéme fiecle , que la Lettre Circulaire
que la Faculté de Theologie de Paris
addreffa aux Evêques à ce fujet l'an
1444. Comme la Bibliotheque des Peres
a quelques degrez d'authenticité au - deffus
du Dictionnaire de Moreri , peuvent
-elles fe refufer à ce qu'on y trouve
? Entre les folies dont les Docteurs
font un fcrupule aux Evêques de ce qu'ils
ne s'armoient pas de tout leur zele pour
les empêcher , on y voit ce petit détail
en forme de conference :
Divini ipfius officii tempore larvatos
monftruofos vultibus , aut in veftbus mu-
·lierum aut lenonum vel hiftrionum choreds
ducere in choro .
Cantilenas inhoneftas cantare.
Offas pingues fupra cornu altaris juxta
celebrantem Miffam comedere.
Ludum taxillorum ibidem exarare.
Thurificare de fumo foetido ex corio
veterum fotularium .
Per totam Ecclefiam currere , faltare ,
& faire pis encore . (a ) Je rapporte ce
texte d'autant plus hardiment qu'il ne
nous regardoit pas. Il y avoit plus de
vingt ans que nôtre Evêque Michel de
(4 ) Tom. XXIV, Bibl. PP.
A vj Cre224
MERCURE DE FRANCE:
"
Crenei, tranfigeant avec le Chapitre d'Au
xerre , avoit fait entrer dans ce traité la
ceffation de la Fête des Foux . Ce fçavant
Prélat , l'un des plus celebres Theolo
giens que produifit alors la Faculté de
Paris , eut cependant le déplaifir d'avoir
dans fa Ville Epifcopale quelques particuliers
fi zelez pour cette Fête des Foux,
que lorsqu'il fut queſtion de l'abolir , l'un
d'entre eux foutint que cette Fête étoit
auffi approuvée que celle de la Conception
de la Sainte Vierge qui fe celebroit
ici depuis peu d'années . Nous fçavons
ce fait de Gerfon , Chancelier de l'Univerfité
de Paris , & M. Deflyons Theologal
de Senlis a fait remarquer plufieurs
fois dans les deux volumes qu'il a donné
contre le Paganifme du Roi-boit ( a ) cette
réflexion de nôtre Auxerrois. Je ne
vois pas qu'aucun s'empreffe aujourd'hui
de la juftifier. Gerfon ne dit ni le
nom , ni la qualité de celui qui fut aſſez
fimple pour ufer de cette comparaiſon
que M. Deflyons juge avoir été faite en
Chaire. Il eft à croire que c'étoit un des
plus obſtinez pour la confervation de la
Fête des Foux ; comme il y en a toûjours
qui marquent un attachement aveugle
pour les plus mauvaiſes chofes. La
maniere dont Gerfon s'explique , laiffe à
(4) En 1664. & 1670.
entenFEVRIER
1726. 225
entendre que cet habitant de nôtre Ville
publioit hautement , & même dogmatiquement
cette bizarre comparaifon puif
qu'il ajoûte que tel étoit le bruit public
& que l'on en parloit fi communément ,
que ce fut ce qui le détermina à dreſſer
fes cinq fameufes conclufions contre cette
Fête ; dans la premiere (a ) defquelles il a
fait entrer ce fait Hiftorique. Gerfon
n'avoit pas cependant befoin d'attendre
le bruit public pour fçavoir ce qui fe
paffoit ici . Sa liaifon avec le celebre Nicolas
de Clamengis Aggregé au Chapitre
d'Auxerre en qualité de Chanoine de
Bayeux , le mettoit en état de fçavoir par
les amis communs , que l'un & l'autre
avoit ici tout ce qui s'y paffoit de confiderable.
Il nous auroit fait plaifir s'il
nous eut laiffé le nom du perfonnage en
queftion. Au refte , je ne trouve que
(a) Prima Conclufio . Afferere aut fuftinere
quod per longum uſum vel ſub umbrajocorum,
aut aliter fit res permiffibilis aut approbata
fieri hujufmodi ludos ftultorum cum iftis inordinantibus
quibus fieri cernuntur in Sancta
Ecclefia , error eft in fide noftra , & in Chriftianam
religionem blafphemia. Et adhuc pejus
eft dicere feftum hoc adeò approbatum effe ficut
Feftum Conceptionis Virginis Maria
quod paulò ante afferuit quidam in urbe
Altiffiodorenfi fecundum quod dicitur & narrari
folet. Gerfon , Parte 4. operum , num x.
"
trois
226 MERCURE DE FRANCE.
trois Chanoines qui favoriferent la continuation
de cette Fête . Le premier nommé
Jean Piqueron , qui n'étant que Soudia
re fouhaitoit qu'elle ne fut point
abolie pour toûjours , prétendant que
c'étoit la Fête des Soudiacres , fes confreres
; les deux autres s'appelloient Jean
Bonat & Jean Berthome. Mais peut - être
rechercherois- je envain parmi les Chanoines
un perfonnage de ce caractere qui
pouvoit être membre d'un autre corps.
Quelque ce foit cet Anonyme , on doit
avouer qu'il a immortalifé fa memoire
par un bel endroit. Mais auffi je dois
dire à la louange du corps dont je fais
partie , que s'il n'a pas été le premier à
abolir la Fête des Foux , il n'a pas auffi
été le dernier . Dès l'an 1401. fur le
bruit qui courut que l'Univerfité de Paris
prenait des mefures pour faire ceffer
cette indigne Fête par voye d'autorité ,
Regnauld de Fontaines , nôtre Chanoine,
qui fut depuis Evêque de Soiffons , &
d'autres de la compagnie auffi éclairez
que lui , s'étant munis de l'avis de tous
les habiles gens de Paris , vinrent à bout
de faire conclure , d'un commun confentement
( à la réferve des trois Chanoines
que je vous ai nomimez) qu'elle feroit
ôtée pour toûjours , & que jamais on ne
la rétabliroit. Quelques -uns de fes membres
1
FEVRIER 1726.
227
bres fournirent auffi dans la fuite leur
plume pour la faire ceffer ailleurs . Pierre
de Vaucelles , l'un des huit Docteurs
auxquels ou attribue la Lettre circulaire
aux Evêques de l'an 1444. étoit Chanoine
de notre Eglife. On y voit dans
cette Lettre notre celebre S. Germain
propofé comme un modele , entre les
Prélats de l'antiquité , qui fe font le plus
oppofé aux reftes du Paganifme ( a ) .
Pour ce qui eft de l'Eglife de Paris ,
elle avoit eu dès la fin du douzième fiecle
un Evêque qui fe déclara fortement
contre ces pratiques . J'ai même
bien de la peine à croire , que dans cette
grande Ville où l'on a toujours été plus
poli qu'ailleurs , on ait fouffert des groffieretez
, ou pour mieux dire , des infamies
telles que la Lettre des Docteurs
les détailloit . Odon de Sully , tiré de
l'Eglife de Bourges , dont il étoit Chantre
, pour gouverner celle de Paris , fit
à ce fujet un reglement digne d'attention.
Il n'y marque point en quoi confiftoit
ce qu'il fupprimoit 11 fe contenta
(a ) Sequimini gloriofos Epifcopos quam
plurimos , puta Martinum , Hilarium , Chry
foftomum , Nicolaum , Germanum Autiffiodorenfem
, & univerfos alios ufque ad propinqua
tempora , qui acerrimè contra hujufmodi execrationes
infurrexerunt. Tom. 24. Bibl. PP.
de
228 MERCURE DE FRANCE.
de dire par fon ordonnance de l'an 11981
que déformais pour rendre la Fête des
Foux plus fupportable , on pourroit ſeulement
avant les premieres Vêpres du
jour de la Circoncifion , chanter la Profe
Latemur gaudiis : lire à la Meffe une
Epître farcie , c'est -à - dire , une Epître
dont une ou deux perfonnes chantoient
l'explication en François , à mesure que
le Soudiacre la lifoit en Latin , ( a ) &
qu'à l'égard des Vêpres , en dépofant de
fa charge le Batonnier de la Fête , on
ne diroit dans le Magnificat le Verſet
Depofuit que cinq fois au plus. J'ai fait
quelques recherches pour recouvrer cette
Profe Latemur gaudiis , afin d'y voir ce
qu'elle contenoit de particulier : mais on
trouve en Province trop peu de Livres
anciens & Manufcrits felon l'ufage Parifien
, pour que j'aie pû la rencontrer.
Je laiffe ce foin à quelque curieux de la
Ville ou du Diocefe de Paris. Le préambule
du Statut de l'Evêque Odon me confirme
dans la penſée que j'ai , qu'on n'eſt
(a ) On m'a écrit de Dijon , qu'il n'y a pas
plus de vingt ans qu'on y chantoit encore dans
l'Eglife de S. Etienne une Epître farcie le jour
du Patron c'étoient deux enfans de choeur
qui en chantoient le François fur le ton d'une
complainte , comme autrefois cela s'obſervoir
ici.
jamais
FEVRIER 1726. 219
jamais venu dans la Capitale du Royaume
aux excès marquez ci- deffus , au
moins dans l'Eglife de Nôtre - Dame. Il
en releve l'éclat & la fplendeur en ces
termes : Quantò nobilis Parifienfis Ecclefia
in regni capite & urbe tam celebri
conftituta , de cujus plenitudine omnes accipiunt
, puriores radios circumquaque
diffundit , & ubique terrarum famofius
pradicatur , & c. Et plus bas : Ut de cujus
fonte ad univerfa pene mundi climata.
fcientia rivuli derivantur , vita honeftatis
poculum deguftetur ; & ubi litteratura viget
magifterium , ibi morum elegantia preluceat
cateris ad exemplum. ( a ) Je ne dis
point qu'à Sens , qui étoit notre Metropole
commune , on n'eût commencé auſſi
à enfevelir dans l'oubli ces reftes de
Paganisme reveillez dans le dixiéme ou
onzième fiecles. Au moins il eft certain
qu'en 1245. le Cardinal Odon de Tufculum
étant dans cette ville , joignit à
l'autorité de l'Archevêque toute celle de
Legat qu'il avoit , pour abolir les maſcarades
qu'on pratiquoit à l'Eglife , aux
Fêtes de S. Jean l'Evangelifte , des Innocens
& de la Circoncifion . ( b ) Il eſt
( a) Tomo 24. Biblioth. Patrum , ex chartu -´
Lario Jo. Bapt. Decontes , Decani Parif.
(b) Charta vetus in Codice Manufcripto
Martyral. Eccl. Senon .
éton
230 MERCURE DE FRANCE .
;
étonnant que dans la Province de Nar
bonne , ces fortes de fpectacles ou autres
approchants , euflent duré juſqu'au milieu
du xvi . fiecle. "On y chantoit encore
alors dans les Eglifes des chanfons profanes
; on y donnoit des farces ; on y fai
foit des bruits & des fracas effroiables
on n'en peut pas douter , puifque le Concile
de 1551. le dit en termes formels ,
& menace d'excommunication ceux qui
commettroient ces irreverences , ajoutant
qu'il n'y avoit que des foux & des petits
enfans qui puffent aimer de telles
repréſentations. Præfcribiturne in Templis
cùm aliqui dies fefti coluntur , vel alio
tempore , fpectacula quibus ftultorum puerorumque
animi folent delectari , artes ludicra
, cantilena faculares , ftrepitus
clericis vel laicis , neque alia hujufmodi
fiam quibus à religione populus revocatur,
& in cachinnationes immodicofque
rifus folvitur. Fevret , dans fon Traité de
1'Abus , parle auffi d'un petit fpectable
puerile , qui fe donnoit à Bourges le matin
du jour de Pâques , fous le nom des
Trois- Maries , & il dit qu'il fut fupprimé
par un Arreft du Parlement . Aujourd'hui
qu'on eſt plus éclairé que dans
certains fiecles paffez , on n'a pas befoin
de plaidoirie pour concevoir du dégoût
& du mépris pour ces pratiques grof-
,
fieres
FEVRIER 1726. 23
fieres & gothiques , fi tant eft qu'il en
refte, quelque part du genre de celles
quibus ftultorum puerorumque animi folent
delectari , comme dit le Concile de
Narbonne. On porte même compaffion à
ceux qui ont redigé de certains vieux
Regiftres , dont les expreffions taxent
de grand fcandale l'omiffion de ces fortes
de ceremonies.
Je ne vous celerai point , Monfieur
que mon deffein avoit été de vous dire
ici un mot fur un ufage encore exiſtant,
que quelques - uns appellent depuis peu
la Lumiere Septentrionale , à cauſe qu'elle
eft en mouvement du côté du Septentrion .
Cette lumiere ne ſe montre ici au milieu
des airs que dans le temps de l'Avent ;
mais comme on veut que je la refpecte
, je n'ofe en dire du mal . Si je vous
marquois le nom vulgaire qu'on lui donne
en ce pays- ci , vous feriez curieux
de confulter auffi tôt le Dictionaire Etymologique
de M. Ménage , où vous ne
le trouveriez pas , ni peut- être dans aucun
autre , du moins dans le fens qu'on
l'entendra. Ne voulant donc point vous
faire perdre du temps , ni vous mettre
en peine , je vous dirai en general , que
cette lumiere n'a aucun rapport avec
l'Aftronomie , & que vous ne devez
point la confondre avec celle fur laquelle
on
232 MERCURE DE FRANCE.
·
on vous écrivit de cette Ville l'année
derniere : mais que tout au plus elle peut
avoir quelque reffemblance avec le prétendu
Phenomene , à l'occafion duquel certaines
perfonnes de bien , fur Loire, dans
notre Dioceſe , ont voulu épouventer les
fimples au mois de Juillet dernier (a) .
Ce 1. Janvier 2726 .
( a ) Mercure de Juillet 1725. pag. 16236
XXXXXXXXX
VERS fur le mariage du Roy.
Au Roy Stanifas.
Es temps étoient venus , où l'Augufte
LES
LOUIS
Sous la Loy de l'Hymen mettant fes deſtinées,
Devoit par un beau choix dans fes jeunes années
,
Affermir le bonheur de l'Empire des Lis.
Quand ce Dieu qu'environne une Cour Inmortelle
Jupiter fouverain de la Terre & des Cieux ,
Dans le Palais facré de l'antique Cybele
Affembla le Confeil des Dieux.
Affez , dit -il , affez ma colere implacable ,
A puni les forfaits des malheureux humains.
Je ceffe d'être inexorable ,
Et
FEVRIER 1726. 233
Et leur promets des jours plus purs & plus ferains.
Les Climats qu'arrofe la Seine ,
Auront le premier gage & la preuve certaine
De mon amour pour l'Univers ,
Je
leur donne une Augufte Reine
Qui par fes agrémens divers ,
Fera d'un Roy puiffant les plaifirs les plus
chers.
Deja ce jeune Roy ma Gloire & mes Delices
Leur fait tout efperer de mes bontez propices;
Mais je veux par un noeud facré ,
Affurer pour toujours ce bonheur defiré :
Mortels ce feront là les heureufes premices
De ce repos heureux qui vous eft preparé,
Vous Immortels foumis à ma vaſte puiffance,
Mon choix ne vous déplaira pas ,
Vous la connoiffez tous , le jour de fa naiffance
Vous voulûtes l'orner de yos plus doux appas.
Minerve , il m'en fouvient , lui donna la fas
geffe ,
Venus l'orna de mille attraits ;
Apollon de fon art lui montra la fineffe ,
Et les charmes les plus fecrets.
A
234 MERCURE DE FRANCE.
A peine il eût parlé , que chacun à ces traits
Reconnut aisément la divine SOPHIE ,
C
Et des Dieux attentifs , la troupe réunie
Du Monarque fuprême admira les Decrets.
Il faut , reprit ce Dien , d'une chaîne inviſible,
Unir pour mon deffein ces deux Coeurs en ce
jour :
Cet employ vous regarde : allez , partez
Amour ,
Rendez à vos douceurs l'un & l'autre fenfible;
Jamais plus digne objet au terreſtre ſéjour ,
N'honora de vos Loix le pouvoir invincible.
Eh ! la chofe eft- elle poffible ,
Dit auffi -tôt l'Amour , qui l'oferoit tenter a
Moy je croirois pouvoir dompter
Un jeune Monarque inflexible ,
Et fur qui tous mes traits n'ont jamais pûpor
ter.
Diane eſt la ſeule Déeſſe
Qui puiffe fixer fes defirs ,
Et dans la faifon des plaifirs ,
Il n'écoute que la fageffe.
Depuis fes premiers ans refide à fes coſtez
Un mortel ennemi de mon pouvoir fuprême,
Si ce n'eft Minerve elle - même
Qui
FEVRIER 1726 . 235
Qui fe cache à fes yeux fous des traits empruntez
,
C'eft lui qui de tout tems par d'aufteres maxi-
$ mes,
A contre mes Confeils fortifié fon Coeur ,
Et qui lui peint encor comme les plus grands
crimes ,
L'attrait de mes plaifirs , & leur charme vain-
1 queur.
Irai- je en une autre contrée
Effuyer de pareils mépris ?
Eh ! quand je paroîtrai , qui m'ouvrira l'eng
trée ?
Dans cette demeure facrée
Mon culte eft detefté , mes honneurs font flé
tris.
Une Reine toujours oppofée à ma flame ,
Qui pourtant tient de moy fes plus doux agrémens
;
De ce Coeur qu'on veut que j'entame ,
A reglé tous les mouvemens ;
Toujours elle veilla fur l'aimable SOPHIE ,
Et verfa dans fon ame , en lui donnant la
vie ,
La fierté de fes , fentimens.
Non , je n'entreprens point fi penible conquête
Amour
•
236 MERCURE DE FRANCE
Amour , reprit alors Junon ,
Une jufte peur vous arrête ;
Mais pour mieux réuffir , prenez un compa
gnon ;
A cette grande Fête il faut que je préfide ,
Vous ne l'ignorez pas , & tel eft mon employ,
Je vous donne l'Hymen pour guide ,
Suivez fes pas , & croyez moy ;
Allez ne craignez rien fous fes heureux auf
pices.
Elle dit , & foudain tout l'Olympe applaus
dit ,
L'Amour perfuadé lui-même , fe rendit :
C'eft fur vous que je compte & fur vos arti
fices ,
Dit-il , aimable Hymen , partons fans diffe
rer :
J'y confens , dit ce Dieu , je vais m'y prépas
rer.
Pour tenter ce fameux Ouvrage ,
Il faut que deux Portraits foient tracez de
ma main ;
Je n'en dirai pas d'avantage ,
C'en eft affez pour mon deffein,
Il dit & d'une ardeur extrême ,
Chacun yeut feconder fes defirs empreffez :
Tout
FEVRIER 1726. 237
Tout eft facile aux Dieux. Par Minerve ellemême
,
Déja de fon travail les apprêts font dreffez :
Au carquois de l'Amour une fléche enlevée ,
Dans fa main tient lieu de pinceau ,
Et dans l'inftant il trace un fuperbe Tableau ,
Dont l'éclat merveilleux & la grace achevée,
De tous les habitans du celefte Lambris ,
Enchantent les regards & frappent les efprits.
Sur un Augufte Front , fon adreffe Divine ,
A marqué du Heros la celeſte origine ;
Il a peint dans fes yeux , où regne la bonté ,
Je ne fçai quel beau feu , quelles douces lumieres
;,
Il a par d'heureux traits peint cette activité ,
Ces Graces tendres , quoyque fieres
Cet Air noble, ce Port , & cette Majefté.
L'Immortel ouvrier avec même artifice ,
De la jeune Heroïne exprime la beauté ,
Certain air d'affabilité ,
D'humeur bien-faifante & propice ,
Cet accord merveilleux , fans être concerté ,
D'enjouëment & d'aufterité ,
Que la vertu cherit , que refpecte le vice ,
B Dans
2:38 MERCURE DE FRANCE,
Dans les yeux , animez d'un modefte agré
ment ,
Il peint de fon efprit la grace naturelle ,
Et mille qualitez qu'une plume mortelle
Ne peut exprimer dignement.
Muni de ces armes puiffantes ,
Le Dieu quitte du Ciel les regions brillantes ,
Il part avec l'Amour , s'élance dans les airs ,
Traverſe en un inftant leurs immenſes deſerts;
Il découvre déja cette Plage fameuſe ,
Où pour fe délaffer de fes travaux Guerriers,
Un Grand Roy fatigué de Gloire & de Lau,
riers ,
Eleva ce Palais , dont la beauté pompeufe ,
Digne du Potentat de l'Empire François ,
Annonce aux yeux furpris la demeure des
Rois .
L'éclat & la magnificence
Qui brille en ces paisibles lieux ,
N'arrêtent pas long - temps leurs regards cu
rieux .
Ils font à leur abord reçûs fans refiftance ,
Sur fon air ingenu , l'Hymen eft introduit ;
L'Amour à fa faveur fe gliffe , entre , & le
fuit.
Als paroiffent en la prefence
Du
"
FEVRIER 1726. : 239
Du Monarque fi renommé ,
Prefentent le Portrait , le Prince en eft char
イmé ,
Il l'admire fans defiance ,
Son Coeur eft déja fans défenfe ,
Ce Coeur qui fut juſqu'à ce jour
Toujours armé contre l'amour.
L'Hymen s'en apperçoit , ce Dieu prudent &
fage ,
D'un clin- d'oeil à l'amour fait figne adroite
ment ,
L'Amour entend bien ce langage ,
Il prend fon Arc en ce moment ,
Et foumet à fes Loix ce genereux courage.
C'en eft fait & les Dieux pourfuivent leur
voyage ,
Flatez du doux eſpoir d'un pareil avantage ,
Ils volent vers les bords du Rhin :
Un fuccès tout pareil fuivit pareil deffein ;
L'Heroine à fon tour ceffe d'être rebelle ,
Et les Dieux vers le Ciel reprenant leur che
min ,
S'en vont aux Immortels porter cette nouvelle.
GRAND ROY , qui dès vos jeunes ans
Sçûtes fouler aux pieds les plaifirs féduiſans ,
Bij Qui
1
240 MERCURE DE FRANCE.
Qui fuyant les douceurs d'une oifive indolence
,
Bravâtes mille fois les dangers & la Mort .
Et fûtes fi long temps par un heureux rapport
De Magnanimité , de Valeur , de Conftance ,
L'Amy, le Compagnon de l'Hercule du Nord,
Que ne puis- je d'un ton plus fublime & plus
fort ,
Celebrer dans mes Vers vos grandes Avan
tures ;
Et les faifant paffer jufqu'aux Races futures ,
Venger votre Vertu des caprices du fort .
Mais ce grand & penible effort
Etonne mon efprit , accable mon courage ;
Et la peur d'un trifte naufrage
Eteint toute l'ardeur d'un fi noble tranſport.
Puiffe de vos vertus la vive & noble image ,
Pour l'honneur éternel , & l'appui de nos Lys,
Dans vos derniers Neveux revivre d'âge en
âge
Sur le Trône du Grand Clovis.
5. Conprye , de la Compagnie de Jefusi
LET
FEVRIER 1726. 241
aaaaaaaaakkkkkk
LETTRE écrite de Venife fur le Car
naval , les Spectacles , &c.
LE
E Carnaval de Venife , dont on parle
tant dans toute l'Europe , eft proprement
un affemblage de plufieurs fortes
de divertiffemens qui ne fe permettent
publiquement que dans ce tempslà
, à moins de quelque occafion de réjouiffance
extraordinaire.
,
Ces divertiffemens confiftent en Comedies
, Opera , Reduits , Bals , Feftins,
Courſes & Combats de Taureaux , Danfeurs
de cordes , Marionettes , Bâteleurs
& Farceurs. Tout le monde a la liberté
d'aller mafqué le jour & la nuit.
Autrefois le Carnaval commençoit dès
le lendemain de Noël ; mais étant arrivé
plufieurs fois , que des perfonnes mafquées
faifoient quelques defordres fans
qu'on les connut , les Chefs du Confeil
des Dix , qui font trois des premiers Magiftrats
, prepofez entr'autres chofes pour
les Fêtes & Divertiffemens
qu'il étoit de l'intereft & de la feureté
publique , de le commencer plus tard ;
ce qui fait qu'aujourd'hui on n'accorde la
permiffion de fe mafquer que bien long-
B iij temps
ont crû
242 MERCURE DE FRANCE
temps après , quoiqu'ils fouffrent les
Ridotti dès le lendemain de Noël , fuivant
l'ancien ufage , & qu'ils tolerent
quelque temps auparavant les Comedies
& les Opera , où ce defordre n'eft pas à
craindre. Les Comedies & les Opera
ont commencé l'hyver dernier des le
mois d'Octobre.
Il y a à Venife ordinairement jufqu'à
huit Theatres publics , qui prennent le
nom de l'Eglife la plus proche du lieu
où ils font fituez. Ils appartiennent pref
que tous à des Nobles qui les ont fait
conftruire. Les petits fe louent à des
Troupes de Comediens , qui fe rendent
d'ordinaire à Venife au commencement
de l'hyver , & les grands font deftinez
pour les Opera, que les Nobles ou d'autres
Entrepreneurs font compofer à leurs
frais , fouvent plutôt pour leur divertif
fement particulier , que pour, le profit
qu'on en peut retirer.
Ces Theatres font fort grands , fpacieux
& fort élevez , ayant cinq ou fix
rangs de Loges ou Pales , comme on les
appelle ici , les uns fur les autres , & 30 ,
ou 35. à chaque rang. y peut tenir
trois perfonnes de front fur chacun. Les
Pales du premier rang , qui fe trouvent
à plein pied du Theatre , ne font
regardez comme les meilleures places ,
pas
FEVRIER 1725. 243
à caufe qu'on eft trop près du Parterre
& de l'Orcheſtre , & que les manches`
des Theorbes cachent toûjours quelque
chofe à la vûë. Ceux du fecond rang
font les plus recherchez , & entre ceuxci
on prefere ceux du fond qui font en
face du Theatre , où font d'ordinaire les
Loges des Ambaffadeurs. Comme on
loue ces Loges pour tout le Carnaval ,
ceux qui les doivent occuper , ne manquent
point de les faire peindre & tapiffer
très-proprement , ce qui fait un ornement
confiderable pour le Spectacle
en general. On est fort commodément
au Parterre , qui eft prefque rempli de
fieges plians avec des bras & des doffiers.
1
L'Opera eft un Spectacle magnifique,
où l'on voit toûjours du grand & du
merveilleux , mais extrêmement ferieux ,
& qui paroît toujours long. Les paroles
ne bleffent jamais la pudeur. Auffi
on voit la plus grande partie des Pales
remplis de Gentiles - Dames, c'est - à- dire
de femmes de condition , & de perfonnes
de la premiere qualité.
Les Machines & les Décorations font
admirables ; tous les changemens fe font
chaque fois également dans le fond &
aux aîles du Theatre, avec un art infini ;
en forte qu'on ne voit jamais un vefti-
Biiij bule
244 MERCURE DE FRANCE.
bule , ou falon , ou autre appartement de
cette efpece fans être plafonné. Les Galleries
& grandes Salles y font voutées ,
& les moindres Cabinets y paroiffent
lambriffez & ornez de glaces & de meubles
précieux .
Lorfqu'un Empereur , un Roi , ou un
grand Prince entre fur la Scene , il eſt
toûjours accompagné de 40. ou 50. Gardes
, qui font autour de lui , & qui fe
rendent maîtres des portes & des avenuës
de fon Palais . Les Reines & les
Princelles ont de même à leur fuite
quantité de Dames , d'Officiers , de Pages
, & c.
Les Chanteurs font appellez Virtuofi..
Les Italiens aiment extrêmement les voix
de deffus , & goûtent beaucoup moins les
baffes. Les Venitiens furtout font très
curieux de faire chercher les plus belles
voix en hommes & en femmes , & ne
regardent nullement à la dépenfe . Il y
a tel fujet à qui on donne jufqu'à 2000.
piftoles pour chanter pendant le Carnaval.
La Diamantine , qui a chanté ces
années paffées , en avoit autant. C'étoit
une voix claire , nette , ferme & affurée
, fans gêne & fans contrainte , ménageant
fes tons d'une maniere admirable
, ayant une forte de tremblement , de
roulemens , de cadences & d'échos ,
qu'elle
FEVRIER . 1726. 245
qu'elle varioit & conduifoit avec un art
capable d'enchanter & de ravir. C'eft
une chofe affez plaifante d'entendre , lorfqu'un
Acteur ou une Actrice du premier
ordre à fini quelque grand air , les Barquerolles
avec tout le peuple , & même
quantité de perfonnes de confideration ,
s'écrier de toutes,leurs forces , viva Bella
, viva, a cara ! fic benedetta , &c. La
Symphonie eft compofée de plufieurs
Clavecins , Epinettes , Theorbes & Violons
, qui accompagnent les voix avec une
jufteffe merveilleufe.
Jufqu'à ces derniers temps il y a toujours
eu à Venife tous les ans pendant le
Carnaval , huit Theatres ouverts , fçavoir
, deux de Comediens & fix d'Opera.
Ces derniers doivent donner chacun
deux differentes Pieces avant la fin du
Carnaval.
Les deux Theatres deftinez à la Comedie
, font celui de S. Moïfe & celui
de S. Samuel . Le premier n'eft pas fort
grand , & ne contient que deux rangs de
Loges ; mais le fecond en a quatre , &
35. à chaque rang. Ces Theatres font
très bien decorez & peints par d'habiles
Maitres ; les Comediens qui les occupent
changent de Piece tous les jours.
Des autres Theatres qui fervent aux
reprefentations des Opera , celui de Saint
By Jean
146 MERCURE DE FRANCE .
Jean Chryfoftome eft , fans doute , le
plus frequenté , le plus grand & le plus
beau. Il fut conftruit en 1677. en moins
de quatre mois . Cinq rangs de Loges
occupent le pourtour de la Salle qui eft
ovale. Il y en a 35. de chaque côté . Les
parois font enrichis de fculptures dorées
en relief & bas- reliefs : on y voit
des vafes antiques , des mufles , des rofes
& fleurons , des feuillages , rinteaux,
coquillages , & autres ornemens très-bienentendus
, qui fe groupent avec des figures
grandes comme le naturel , de ronde
botle & pecules en marbre blanc , avec
des attributs qui les caracterifent
d'une maniere convenable au caractere
qui convient au lieu de la Scene , &
qui fervent comme de ceriftides , & de
termes de l'un & de l'autre fexe , adof
fées à des pilaftres , qui foutiennent l'entablement
des Loges qui font au - deffus ;
avec des groupes de genies & de petits
enfans , & c.
Le Plafond eft peint d'une feinte Architecture
, en forme de Gallerie , où
quelques Spectateurs font reprefentez .
Du côté du Theatre font les Armes de
Grimani , & au - deffus une gloire compofée
de quelques Divinitez fabuleuleufes
, avec quantité de Genies aîlez qui
Ce Theatre appartient à cette Famille.
qui
FEVRIER 1726. 247
qui foûtiennent des guirlandes .
Le Theatre a 13. toifes & demie de profondeur
, fur dix toifes deux pieds de
largeur. Il eft ouvert par un grand Portique
, prefque de la hauteur du Plafond
de la Salle , dans la largeur duquel
, qui forme le Profcenium , ou lieu
de la Scene , on a pratiqué de chaque
côté quatre Pales ou Loges dans la même
fimetrie , & qui répondent à celles
de la Salle , mais beaucoup plus decorées
& ornées. A la naiffance de l'Arcade
, qui eft reprefentée fur une toile,
deux Renommées paroiffent fufpenduës
en l'air , & au milieu Venus , qu'un petit
Amour careffe.
Environ uue heure avant la reprefentation
, on allume , vis- à - vis , une espece
de luftre à quatre branches , de plus de
douze pieds de hauteur , avec une couronne
au- deffus. Ce luftre eft garni de
flambeaux de poing de cire blanche , qui
éclairent toute la Salle , jufqu'au mo、
ment de l'ouverture du Theatre ; alors
la toile & le luftre difparoiffent , & reviennent
dans leur premier état dès que
la Piece eft finie , pour éclairer la Salle
tandis que les Spectateurs fortent .
グ
Le Theatre Luc , ou de S. Sauveur
après celui dont je viens de parler , eft
le plus grand & le plus beau ; il eft ex-
B vj trême
248 MERCURE DE FRANCE.
trêmement orné de peintures & de dorures
, & contient cinq rangs de Pales ,
35. à chaque côté .
Le Theatre de S. Jean & de S. Paul ,
eft encore un des plus beaux de Venife.
Il eft extrêmement profond , & contient
cinq rangs de Pales ; 31. à chaque rang.
Il eſt auffi orné de beaucoup de peintures
& de dorures .
Le Theatre de S. Angelo n'eft pas fi
grand que les autres , quoiqu'il foit auffi
orné. Il contient cinq rangs de Pales,
29. à chaque rang. Il est très heureufement
fitué fur le bord du grand Canal.
Le Theatre de S. Caffian eft de même ,
orné de peintures & de dorures . Il a cinq
rangs de Pales , & 31. à chaque rang.
à
Le Theatre de Canalreggio , ou du
Canal Royal , eft fort petit , mais fort
proprement decoré. Il eft ainfi nommé ,
contre la regle dont je vous ai parlé ,
-caufe qu'il eft fitué fur le Canal de ce
nom , qu eft le plus large après le grand
Canal. Il contient trois rangs de Pales,
23. à chaque rang. Ce Theatre fert auffi
fouvent aux Comedies qu'aux Opera.
J'ai oui dire qu'on a vû , il y a environ
45. ans , fur un Theatre à Veniſe ,
une décoration & des machines très-furprenantes.
Il y avoit fur la Scene diverfes
FEVRIER 1726. 249
fes pyramides & autres monumens confacrez
à la memoire d'un Heros : tout-àcoup
des Furies fortirent de l'Enfer , qui
renverferent tout ; de forte que le Theatre
n'offroit plus à la vûë qu'un amas
confus de débris & de ruines. Les Loges,
qui auparavant étoient ornées d'une Ar- .
chitecture agreable , changerent en mê
parurent en un auffi mauvais
état que le Theatre . Les Spectateurs
dans le Parterre étoient agitez ,
comme on le feroit dans un veritable
tremblement de terre. La premiere fois
on fut fi furpris & fi épouventé , qu'on
entendit des cris horribles . Tout s'executa
cependant avec tant d'intelligence ,
que perfonne ne fut incommodé.
me temps , &
On m'a encore affuré , que vers ce
temps -là , on joua à Parme un Opera ,
pendant la reprefentation duquel , le Parterre
, qui étoit chargé de plus de mille
perfonnes , ainfi que l'Orchestre , qui
étoit fur le devant du Theatre , furent
portez deffous , & tout cela fans que perfonne
reçût la moindre incommodité.
Tout le Parterre fut enfuite inondé d'environ
fept pieds d'eau , & fur cette eau
il fe fit un combat naval à la maniere des
Romains. Ce combat fini , les Combattans
fortirent de leurs Vaiffeaux , &
monterent par des efcaliers , qui parurent
250 MERCURE DE FRANCE.
-
rent tout d'un coup aux deux côtez du
Theatre , & firent un nouveau combat
fur terre en cadence : l'eau fortit du Parterre
, & tout fut remis en fon premier
état . On prétend qu'il n'y eut que 24.
Suiffes employez à cette Machine.
Les Opera d'Italie durent d'ordinaire
près de cinq heures . Ils font executez
par fept ou huit Chanteurs tout au plus :
& ces merveilleux Opera de Venife , de
Naples , de Rome , & c. dont vous entendez
tant parler , n'en ont gueres davantage.
Les Italiens font prefque tous Comediens
naturellement ; c'eft pour cette raifon
qu'ils réuffiffent fi parfaitement dans
leurs Pieces de Theatre. Ils font furtout
incomparables & inimitables dans cette
Mufique fcenique ; non feulement pour
le chant , mais encore pour l'expreffion
des paroles , des poftures & des geftes
des Perfonnages , où l'on remarque un
vrai & un naturel admirable.
Les cinq Tragedies Italiennes de M.
Gravina , ont été imprimées à Naples en
1714. dès que je les aurai , je vous les
` enverrai.
J'ofe vous dire , Monfieur , que vous
n'avez pas une idée jufte du Theatre Italien
; chez cette Nation les Perfonnages
font toûjours les mêmes ; le Dialogue
n'eft
FEVRIER 1726. -251-
n'eft prefque jamais ni préparé ni compofé
. Ils fe paffent de maurs , de caracteres
; & s'aflujettiffent peu à peu aux
regles du Foëme Dramatique. Ils fe contentent
de faire un plan pour la diftribution
des rôles , & , lors de la reprefentation
, chaque Acteur produit fur le
champ ce qui lui convient dire ; enforte
qu'à cet égard , les Comedies Italiennes
reffemblent parfaitement aux converfations
& aux entretiens ordinaires . La
vivacité de l'intrigue , les incidens & le
jeu du Theatre font le refte , & foutiennent
toute l'action ; ainfi le degré de perfection
de ces trois points fait celui de
la Comedie Italienne : ce qui montre
qu'elle n'eft comparable qu'avec elle- mê
me , & que fon genre eft fingulier , &
n'eft propre qu'à elle.
Les Italiens ont cependant des Pieces
ferieuſes , & même des Tragedies , dont
les rôles font appris par coeur ; mais ou
tre qu'elles leur paroiffent moins propres
, les Arlequinades qu'ils y mêlent
fouvent , défigurent ces fortes de reprefentations.
A la verité , ce n'eft peutêtre
pas tout- à- fait ,
, parce qu'ils crient
qu'ils paroiffent fe quereller , que l'excès
de la paffion s'exprime chez eux ,
plutôt par la petulence , que par le faififfement
, & que les emportemens font
9
pleins
252 MERCURE DE FRANCE
pleins de geftes un peu outre z.
, D'ailleurs on peut raifonnablement
croire , que la difficulté de bien entendre
la Poëfie Italienne , toûjours ampoulée
& pleine de metaphores , d'hyperboles &
de figures outrées , la longueur des defcriptions
, la tiedeur des moralitez , les
préparatifs des fituations , peuvent n'ê
tre pas moins contraires au fuccès de la
Tragedie Italienne.
›
Dans les Opera , quoique le recitatifait
toujours été peu goûte , on s'obſtine
cependant à le faire durer long - temps.
M. de S. Evremont nous affure que , felon
les Italiens mêmes dans les plus
beaux Opera , fans en excepter ceux du
fameux Luiggi , les beaux endroits étoient
impatiemment attendas , & venoient
trop rarement. M. de Freneuſe , dans
fon parallele de la Mufique Françoife &
Italienne , eft outré dans fes expreffions ,
dans le mal.qu'il dit des Opera d'Italie.
La langue coulante , badine & emmielée ,
dit- il , fuffit aux Muficiens pour le faire
admirer avec des talens mediocres.
,
Comme le goût & le talent des Italiens
eft de toûjours jouer , toûjours badiner
& que ce font des Muficiens
enyvrez de leurs fçavans agrémens , &
fouvent incapables d'arrêter leurs faillies
& leurs excès ; les endroits ferieux,
qui
FEVRIER 1726. 253
qui demandent de la gravité & de la fageffe
, font quelquefois hors de leur
portée. Ainfi les facrifices , les invocations
, les tombeaux , les fermens , & c.
font des chofes prefque inconnues chez
eux .
Selon ce que j'ai appris en ce Pays,
les Oratoires & les Cantates fpirituel
les , qui font fi en ufage par toute l'Italie
, doivent leur origine à S. Philippes
de Neri. Je fuis , & c .
A Madame la Marquife de S **
lui envoyant un Devidoir.
Hortenfe , Ortenfe , une quenoüille en main ,
en
D'un lin rude & groffier tiroit un fil trèsfin
:
Les Dieux admiroient fon adreffe ,
Et mainte folette Deeffe ,
Badinoit autour d'elle , & tournoit fon roüet
Tous avoient part à fon ouvrage ,
On vouloit le voir faire , on vouloit le voir
fait.
Minerve qui prefide aux travaux du menage
,
De
254 MERCURE DE FRANCE.
De la belle Ouvriere adoucifloit les doigts ;
Mais Hortenfe en fçavoit plus qu'elle.
Apollon qui prefcrit des regles à fa voix ,
( Comine on chante en filant) apprenoit à la
belle
Quelque chanfonnete nouvelle ,
Que le Roüet fuivoit en forme de Hautbois.
L'Amour étoit de fa partie ,
C'étoit lui qui moüilloit le lin ;
C'eft , comme on fçait , un petit Dieu malin ,
Qui fe gliffe toûjours en bonne compagnie.
Tout alloit bien : l'Amour moüilloit ,
L'adroite Hortenfe travailloit ,
Quand Momus qui n'aime qu'à rire ,
Se tourna vers Hercule , & feprit à lui dire ,
Qu'Hortenfe pour filer manquoit d'un devidoir
,
Et qu'il auroit bien du fçavoir ,
Comme ancien ami d'Omphale ,"
Que l'on devide après avoir filé.
A peine Momus eût parlé ,
Qu'avec une malice égale ,
Auxtraits de ce Bouffon tout le monde applaudit.
Le
FEVRIER 255 1726.
Le Heros en fut interdit ;
Mais reprenant bien- tôt un air de confiance ,
Je t'approuve ( dit- il ) tu te veux fignaler ;
Pour Omphale on ma vû filer ,
Je veux faire plus pour Hortenfe :
Je prens avec plaifir le foin ,
De conftruire aujourd'hui moi-même
L'inftrument dont elle a befoin :
Pour cet amuſement qu'elle aime:
A ces mots le Heros fait de fouples efforts
Il travaille , il ajuſte , & de diverſes pieces
"
Conftruit un devidoir dont les Dieux , les
Déeffes ,
Admirent la ftructure & les fecrets refforts .
Momus en le voyant dit en riant qu'Hercule
Venoit de fe montrer parfaitement Heros ,
Et que l'on ne pouvoit fans être ridicule ,
Ne pas mettre ce fait au rang de ſes travaux ;
Mais Jupiter témoin de la querelle ,
Dit d'un ton qui finit ce petit differend ;
Oüi da , Momus , Hortenfe nous apprend
Qu'on peut être Heros dans une Bagatelle.
.Par M. de Bazincourt.
156 MERCURE DE FRANCE.
akakakakakakak k
LETTRE du P. Caftel , à M. de la
R. fur l'Homme Marin.
MONSIEUR ,
Vous avez prévenu le gout de tous
les Lecteurs judicieux , lorfqu'à la Relation
de l'Homme Marin de Breft , vous
avez ajoûté celles de divers Hommes
femblables qu'on a vus en divers temps
dans d'autres mers. De pareils évenemens
font toujours incroyables , lorfqu'ils
font uniques ; & rien n'eft mieux , que
de multiplier les preuves en multipliant
les faits , parce qu'en même temps on en
multiplie les témoins comme cet article
de votre Journal a mérité l'attention
de bien des perfonnes intelligentes , qui
m'ont témoigné fouhaiter qu'on éclaircit
tout - à - fait , s'il étoit poffible, ce point intereffant
de l'hiftoire naturelle ; je crois
que yous ne fauriez mieux faire que de
groffir la lifte des Hommes Marins , en
ajoûtant à ceux dont vous avez parlé ,
tous ceux dont on trouve quelques monumens
dans l'Hiftoire ; mais comme la
belle varieté qui regne dans votre Journal
FEVRIER. 1726. 257
nal , ne vous permet pas de vous borner
à un objet peut -être ferez - vous bien
aife qu'on vous communique les connoiffances
qu'on peut avoir là - deſſus :
voici quelques traits que ma memoire
m'a fournis fur ce fujet , le premier mérite
d'autant plus d'être communiqué au
Public , qu'il eft approprié au principal
fujet de votre Relation : car c'eft encore
un Homme Marin vû en la rade de
Breft , de forte qu'on pourroit croire que
celui dont vous venez de parler eft un
de fes defcendants. C'eft Fournier , dans
fa celebre Hidrographie, liv. 19. ch. 39.
qui parle ainfi ;
»
Il y a quelques années que des pê-
» cheurs étant proche de Belle- ifle ,apper-
» çurent en mer un Homme Marin , &
>> reconnoiffant par fa pofture qu'il ne
» s'étonnoit pas d'eux , même qu'il prenoit
plaifir à les regarder & à fe laiffer voir,
» ne s'écartant point lorfqu'ils s'appro-
» choient, ils remarquerent à loifir ce qui
>> en paroiffoit. Il avoit une grande che-
>>
velure fort blanche qui lui flottoit fur
» les épaules , & la barbe qui lui deva-
» loit jufques à l'eftomac ; les bras paroiffoient
un peu plus petits qu'ils n'euf-
» fent dû être pour la proportion de fon
>> corps ; fes yeux étoient grands & fa-
» rouches , fa peau n'étoit ni blanche ni
noire
258 MERCURE DE FRANCE.
» noire , mais elle paroiffoit un peu rude;
» on ne pût remarquer de quelle figure
étoit la partie inferieure: car s'apperce-
» vant qu'il étoit pris dans les filets , &
» qu'on le vouloit enlever , en un mo-
» ment il rompit les filets , & renverſa le
» Vaiffeau. Il parut encore plufieurs fois
depuis , mais loin , vers des rochers , au
» Soleil, tenant toujours le train de derrie-
» re en mer , battant par fois des mains ,
& faifant de la bouche un bruit , com-
» me s'il eut voulu rire ; mais un jour
un Vaiffeau armé l'ayant apperçu &
ayant lâché fur lui un coup de canon ,
» il n'a depuis reparu , & c.
La feule circonftance peu croyable dans
ce récit , eft le renversement d'un Vaiffeau
par cet Homme Marin , mais apparemment
ce Vaifleau n'étoit qu'un Ba .
teau de pêcheurs , puifqu'en effet le P.
Fournier ajoûte un peu plus bas , que ce
fait n'a été obfervé que par des pêcheurs.
A ce fait , le même Auteur en ajoûte un
autre plus circonftancié , qu'il tire de
l'Hiftoire de fa compagnie . Voici ce qu'il
en dit.
رود
» L'an 1564. le P. Henry Henriquez,
étant en l'Ile de Manar , diftante de
» 200. lieues de Goa , fut appellé par des
pêcheurs qui lui montrerent fept tri-
> tons & neuf firenes qu'ils avoient pris
en
FEVRIER 1726. 259
>> en leurs filets. Un habile Medecin qui
» fit la Differtation d'un triton & d'une
» firene , dit qu'ils avoient la tête ronde,
qui leur fortoit des épaules fans aucun
» col , que leurs oreilles étoient de carti-
»> lage , bien arrondies , couvertes de chair,
» & entierement femblables aux nôtres,
tant exterieurement qu'interieurement,
auffi bien que leurs yeux & leurs four-
» cils. Le nez étoit un peu difforme &
plat , les levres toutes femblables aux
» nôtres , qui couvroient des dents fort
blanches , plattes , & non en fie , comme
font celles des poiffons. L'eftomac
» étoit un peu large , mais fort blanc,
Ils avoient le fein auffi- bien arron-
>> di qu'aucune Vierge puiffe l'avoir
» l'ayant preffé , il en fortit quantité
de lait extrêmement blanc ; leurs
» bras étoient plats , propres à nager ,
» longs de deux coudées , fans aucun cou-
#de mains ni doigts , ils avoient
»du poil fous les bras & aux autres lieux
» où nous en avons , l'un & l'autre
>>> fexe fe retrouvoit en ces Tritons &
, ,
Sirenes , ne differant en rien ni exte-
>> rieurement ni interieurement de celui
» de l'homme & de la femme : la par
» tie d'en-bas fe terminoit en poiffon .
Fournier ajoûte , qu'il s'en trouve
» auffi quantité au Brefil , les Sauvages
30
les
260 MERCURE DE FRANCE
» les nomment Ypupiapra , & en ont fi
» grande horreur , que fouvent ils en
> meurent de peur; leur vifage eft bien fait ,
» excepté qu'ils ont les yeux plus enfon-
» cez dans la tête que nous ne les avons,
» les femelles ont les cheveux longs , &
» le vifage beau . On en trouve fouvent
» à l'embouchure des rivieres , particu
» lierement au deffous deJagoaripe, ſept
» ou huit lieues au deffous de la Baye
» de tous les Saints ; comme auffi près de
» Portofeguro, où on dit qu'ils ont tue plu-
>> fieurs Sauvages , les embraffant de trop
» d'affection , & même qu'on entendoit
» pouffer des foupirs après qu'ils les
>> avoient tuez. On a remarqué encore
» dans des rivieres , une autre forte de
» Tritons nommeź Baepapina , de la
grandeur d'un enfant , qui ne font au-
» cun mal.
"
Ce que Fournier ajoûte de l'idée qu'on
a en Espagne , que la famille des Marins
qui eft en Galice , vient d'un Triton
qui eut compagnie d'une jeune fille de ces
quartiers-là , & fur tout la prodigieufe
Hiftoire d'un homme de mer habillé en
Evêque , me paroît une addition faite à
l'Hiftoire car comme il y a toujours un
fond de verité dans la fable , tel eft le
genie de l'homme qu'il faut qu'il y ait
toujours un vernis de fable répandu fur
Outre P'Hiftoire.
FEVRIER 1726. 2611
Outre ces traits je me fouviens d'avoir
lû quelque part que c'eft une chofe
verifiée , que dans l'Ile de Borneo
il y a de petits hommes brutes qui vivent
dans les Forêts , qu'on n'a jamais
pû faire parler , ni manger , ni les apprivoifer
en aucune façon , & qui , du
refte , paroiffoient aimer les hommes &
fur tout les femmes . S. Jerôme qui n'étoit
point un efprit foible , affure auffi
que S. Antoine avoit vû des Satyres dans
fes déferts ; bien d'autres Auteurs affurent
la même chofe , & je ne vois pas
que tout cela foit impoffible ; le finge a
affez de reffemblance avec l'homme ; on
ne peut pas même douter qu'il n'y en
ait qui lui reffemblent encore de plus
près que nos finges ordinaires ; & après
tout , il n'eft queftion que d'une petite´
conformation exterieure ; car tout l'interieur
des animaux qui eft bien le plus
confiderable , eft fort reflemblant au nôtre
; l'exterieur même ne differe du nôtre
que par quelques traits fort fuperficiels
; l'animal a une tête , un col , des
yeux , des oreilles , une bouche , des
dents ; il a prefque tout ce que nous
avons , & l'action en eft à peu près la
même ; ce n'eſt pas après cela la figure
ni interieure ni exterieure qui nous caracerife
, c'eft l'efprit : or cet efprit eſt
C une
262 MERCURE DE FRANCE .
une fubftance parfaitement differente de
cette figure & de ce corps figuré. Dieu
a pû les unir pour nous faire ce que nous
fommes , il a pû les féparer , & encore
plus , ne pas les unir. Toute la queſtion
eft de verifier les faits qu'on cite là -deffus
, & de fçavoir fi en effet Dieu a fait,
comme il eft certain qu'il a pû faire des
hommes , qui n'euffent de l'homme que
l'exterieur , & qui par confequent ne
fuffent pas plus enfans d'Adam , que le
font les finges , ou tout autre animal brute
car du refte il n'y a que les perfonnes
qui ont l'eſprit auffi mal fait que le
coeur , qui puiffent trouver en ceci un fujet
de fcandale contre la Providence , oy
contre la fpiritualité de nos ames.
Pour ce qui eft de la grande queftion
qu'on a agitée à cette occafion , fi les
hommes peuvent vivre dans l'eau , il
faut n'être point du tout Phyficien pour
en douter. L Hiftoire du celebre plongeur
Pefce-cola qui vivoit tout auffi-bien dans
l'eau que dans l'air , celle de bien d'autres
non moins celebres , celles des Indiens
qui pêchent les perles , font bien
voir que tout dépend de l'habitude . Combien
d'animaux amphibies ne voit on pas
qui vivent dans l'eau & dans l'air tourà
tour. Les poiffons mêmes ne font pas
toujours dans l'eau , & il paroît qu'il
Y
FEVRIER 1726. 263
y avoit aufli
peu à faire pour nous rendre
habitans des eaux , que pour rendre les
poiffons habitans des terres ; les plantes
mêmes peuvent vivre & vegeter dans les
eaux & dans les mers. Ainfi , comme j'ai
dit , il n'eft queftion dans tout ceci , que
de verifier les faits , qui quoique poffibles
& vrai -femblables
, peuvent abfolument
être faux. Mon but n'eft ici que
d'engager ceux qui auroient quelque con- noiffance fur cette matiere à la communiquer
au Public par votre moyen,
afin qu'une bonne fois on ait affez de
Phenomenes
, pour prendre tout- à -fait
fon parti fur le fyftême general qui commence
à être un peu plus que vrai-femblable,
au moins pour moi : car fi j'avois un
peu plus de memoire , ou un peu plus
de temps pour relire mes papiers , il
me femble que je pourrois citer là - deffus
bien d'autres faits auffi averez pour
le moins que ceux ci . Je fuis avec beau
coup d'eftime , & c.
A Paris, ce 15. Novembre
17259
Cij
La
264 MERCURE DE FRANCE,
LA SEIN E.
CANTATE;
A l'occafion du Mariage du Roy.
Sur
un Trône élevé par les Nymphes des
eaux ,
Formé de joncs naiffans , ombragé de ros
feaux ,
La Seine paroiffoit des Amours adorée ,
De Nayades , de Ris , & de Jeux entourée.
Panchant fon urne , elle tient ce difcours
A l'Onde qu'elle verfe, en lui traçant ſon
cours.
Une adorable & fage Reine ,
Tendre Epouſe d'un tendre Epoux ,
Regne fur moi comme fur vous :
Celebrons nôtre Souveraine.
Faifons nôtre plus doux bonheur ,
D'être foumis à fon Empire ;
Et que la France qui l'admire ,
Pourl'aimer n'ait qu'un même coeur.
Une
FEVRIER 1726. 265
L
Une adorable & ſage Reine ,
Tendre Epoufe d'un tendre Epoux,
Regne fur moi comme fur vous ;
Celebrons nôtre Souveraine,
Les Ris , les Jeux & les Amours ,
Vont ramener les plus beaux jours.
L'Hymen a rappellé les Graces fugitives ;
Venez , chers habitans , de mes heureufes ri
yes ;
Sur les fons les plus touchans ,
Faites entendre ces chants
A mes ondes attentives.
Que le Trône a de fplendeur ,
Quand la vertu l'environne !
LOUIS , quel eft ton bonheur ?
Dieu même eft ton bienfaicteur
Voi quelle Epoufe il te donne ;
Son ame a plus de candeur
Que le lys qui la couronne ;
Regnez & vivez tous deux
Rendez vos Sujets heureux !
C iij
A
266 MERCURE DE FRANCE .
A ces mots , prête à rendre hommage
Atant de vertus à la fois,
La Seine par ce doux langage ,
Afes flots empreffez fait entendre fes loix.
Allez offrir mon diadême ,
A celle qui regne fur nous:
Par le murmure le plus doux ,
Dites- lui cent fois que je l'aime ,
Autant qu'elle aime ſon Epoux.
Apprenez à toute la terre ,
Quel eft le bonheur des François ;
Ils vivent fous de douces loix ;
Et la Paix fuccede à la Guerre ,
Sous le plus aimable des Rois.
Allez offrir mon diadême
A celle qui regne fur nous :
Par le murmure le plus doux ;
Dites-lui cent fois que je l'aime
Autant qu'elle aime fon Epoux .
LES
JANVIER 1716. 267
LES HIRON,DELLES.
ON
Fable allegorique.
On voit avec les fleurs nouvelles ,
Reparoître les Hirondelles ;
Elles voltigent dans nos champs ,
Avec Zephire & le Printemps ,
Dans la faifon où l'on moiffonne ,
Et dans celle où Baccus nous donne
Ce Nectar fi cher & fi doux ,
Elles demeurent parmi nous ;
Mais auffi -tôt que la froidure
Vient faire expirer la nature ,
Et qu'aux plus riantes faiſons ,
Succede celle des glaçons ;
On les voit ces oifeaux volages ,
Regagner les heureux rivages ,
Où le Soleil pouffant fon cours ,
Fait alors regner les beaux jours.
Ainfi quand l'homme & la finance
Sont en parfaite intelligence ,
C iiij
A
68 MERCURE DE FRANCE .
A fes voeux chacun eft foumis ;
Mais fi par malheur la Fortune ,
Change ( chofe , helas ! trop commune )
Tout le fuit ; il n'a plus d'amis.
******************
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France , au fujet de l'Epitaphe
de Poiffy.
L
E Curieux , Meffieurs , qui a demandé
aux Sçavans l'explication de
1'Epitaphe de Poilly , s'eft plant dans
votre Journal du mois de Novembre
1725. de ce que ceux qui l'ont expli--
quée dans le Mercure du mois d'Aouſt,
n'en ont point levé l'obfcurité , ni n'ont
point marqué la fignification du mot reliquo
, n'approuvant pas apparemment
celle que l'un d'eux en a donnée , il
voudroit qu'en fa faveur , ils fuffent defcendus
jufqu'en Sixième , jufqu'à lui
faire regulierement les parties du thême
des deux premiers Vers , qui eft ce qui
l'arrête le plus ; & c'eft là auffi à quoi
un ami m'a condamné , perfuadé qu'il
eft , que ces Meffieurs ne voudront pas
fe rabaiffer jufqu'à ce point.
Pour mieux réüffir , j'ai d'abord cherché
FEVRIER 1726. 269
ché la quatriéme Carte genealogique de
la Maifon de France , où le P. Labbe
a mis l'explication de cette Epitaphe , il
y a près de 80. ans , felon qu'il l'affu
re dans fes Tableaux genealogiques , page
54. ne pouvant fur telle matiere recommencer
ma Sixième fous un plus excellent
Regent ; mais cette Carte ne fe
trouve pas dans la Bibliotheque même
du College de Clermont où il eft mort,
ainfi je fuis forcé de faire fans aucun
guide les parties de l'Epitaphe en queftion
& la voici encore une fois.
>
Buftorum comitum cujufdam nomen avitum
Gratia dat reliquo. Blanca nati & Ludo
vico
Regibus hi nati , ne non Reges habeantur
Vita morte dat calefti fede locantur.
Il eft clair que toute la difficulté de
cette Epitaphe ne confifte que dans les
deux premiers mots , qui forment une
équivoque affectée , & dont par confequent
on ne déterminera jamais avec une
entiere certitude le fens de l'Auteur , qui
eft mort il y a près de 500. ans.Mais il fuffira
de trouver le fens le plus naturel ,
Les Sainte- Marthe , dans leur Hiſtoire,
Edition de 1628. en ont donné le premier
Vers changé de cette maniere , qui
Cy en
270 MERCURE DE FRANCE.
en ôte tout l'embaras . Buftum horum
comitum , cuftodit nomen avitum. Mais
fans doute que cette alteration ne vient
pas d'eux puifque dans l'Edition de
1647. ils ont rétabli ce Vers comme il
doit être , & elle prouve feulement
qu'il y a des Copiftes , qui font quelquefois
dire aux Originaux ce qui leur
plaît. Les Interpretes modernes de l'Epitaphe
ont fort bien vû que le mot comitum
y fignifioit des Compagnons , &
non pas des Comtes , comme l'ont crû
les Sainte- Marthe , qui par cette raifon
ont écrit ce mot de Buftorum pour le gepitif
plurier de Buftum , & c'eft furquoi
je differerois d'avec eux , puifqu'il n'y a
à Foiffy qu'une Epitaphe ( ce qui n'y
fait fuppofer auffi qu'un Sepulchre ) &
qu'il eft très -probable , comme on le
prétendoit du temps de Sainte- Marthe ,
que les deux Princes dont il s'agit étoient
jumeaux ; enforte qu'étant nez , baptifez
, & morts en même temps , ils au
roient auffi eu la même fepulture. Ainfi
dans cette fuppofition , je m'imagine que
l'Auteur de l'Epitaphe , qui cherchoit
à la rendre enigmatique , a été bien aife
par le moyen d'une élifion très- cachée de
ne faire qu'un mot de deux mots , & que
buftorum eft au lieu de bufti horum. Or
cela étant , le fens de l'Epitaphe ſe déve-
Jopera
FEVRIER 1726. 271
lopera de lui- même pour le refte , & en
voici la traduction .
Le nom d'un de ces Compagnons étoit
celui de fon ayeul. ( a ) La Grace donna
à l'autre le nom. ( b ) Leurs pere & mere
furent , Louis ( c ) & Blanche. ( d )
mais de peur qu'ils ne fuffent pas des
Rois ( ici-bas quoique nez de Rois
parce qu'ils avoient des freres ainez , à
qui la Couronne appartenoit par préferenrence
à eux , la mort les a fait paffer
tout d'un coup dans le Ciel , où ils re
gnent avec Jeſus- Christ . On peut encore
dire , & ce qui revient au même , étant
nez de Rois , afin qu'ils fuffent auffi des
Rois , ce qu'ils n'auroient pas été dans ce
monde , & c .
Il n'y a pas , à mon avis , d'autre myftere
dans cette Epitaphe
, & il ne me
refte plus qu'à ranger les mots du Texte
latin felon la conftruction
la plus naturelle
.
Nomen cujufdam i. e. unius . Horum
Comitum bufti eft avitum. feu eft nomen
avi ejus. Sc. Philippi II. Gratia.
›
(a ) Le Roy Philippe II. furnommé Augufte.
(b) De Jean , qui dans la Langue Hebrai
que d'où il est tiré , fignifie GRACIEUX.
(c ) Louis VIII.
( d) De Caftilles
C vi der
272 MERCURE DE FRANCE
quo
dat nomen Johannis i . e. gratiofi . Reli
i. e . alteri. nati funt ex Ludovico
VIII . & Blancha . ne hi nati ex Regibus
non habeantur reges , dati funt vita æternæ
morte ac locantur in fede calefti , les
particules ne non fe mettant fouvent pour
ut, on peut encore dire , ut hi nati ex regibus
habeantur reges , & c'est ce qui fait
le fecond fens qui revient au premier.
Il faut pourtant obferver encore , que,
felon ma traduction , l'un des Commentateurs
de l'Epitaphe s'eft trompé , en
croyant qu'il s'y agit de Philippe , fils
aîné de Louis VIII . mort en 12 18. âgé
de 9. ans , & inhumé à Nôtre- Dame de
Paris , dont il fuppofe que le coeur &
les entrailles auroient été portées à Poif
fy: car fi ce Prince avoit vêcu , il auroit
regné , & ainfi il n'auroit pas été
neceffaire qu'il mourût pour devenir Roi.
Le P. Labbe s'eft pareillement mépris , en
voulant dans fes Tableaux genealogiques,
que le Jean de l'Epitaphe foit celui qui
fut accordé à 8. ans à la fille du Duc de
Bretagne en 1227. parce qu'ainfi que je
l'ai marqué , l'Epitaphe ne convient bien
qu'à deux Princes , qui étant morts en
même temps , auront auffi eu un même
tombeau : & comme ceux - là auront porté
des noms qui leur font communs avec
leurs freres , & que ce n'eft point l'ufage
FEVRIER 1926. 273
ge des Souverains de donner le même
nom à plufieurs de leurs fils actuellement
vivans ; il eft par là plus que probable,
que les deux freres du tombeau de Poilly
étoient nez & morts entre le décès du
premier Philippe furvenu en 1218. &
la naiffance du fecond Jean arrivée vers
l'an 12 20. Il eft vrai neanmoins qu'on
pourra m'objecter l'exemple de nôtre
jeune Monarque Louis XV. qui étant
baptifé avec le Dauphin fon frere , fut
appellé Louis comme lui , mais ce fut à
caufe que le Dauphin , qui mourut quelques
jours après , étoit déja malade , &
qu'on vouloit que le fucceffeur de Louis
le Grand eût auffi fon nom , ce qui n'au
roit pas ici d'application . Il y auroit encore
une autre objection à faire contre ce
fentiment , qui eft que l'Epitaphe donne
à entendre , que Louis VIII. regnoit déja
, & que Philippe Augufte fon pere
ne mourut qu'en 1223. ce qui feroit
conclure , que les Princes dont elle parle
ne feroient morts que depuis. A cela
je répons , que Loüis avoit été couronné
Roi d'Angleterre à Londres dès 1216.
étant au droit de Blanche fa femme , &
que quoiqu'il n'eut pû conferver cette
Couronne , il devoit pourtant avoir toûjours
confervé le titre de Roi , qui ne
s'efface jamais fur la tête d'un Prince qui
Pa
174 MERCURE DE FRANCE:
l'a une fois reçûë , & de plus pour la
verité de cette opinion , il fuffit que les
Ancêtres des Princes de l'Epitaphe fuffent
des Rois , & que leur pere dût regner
après leur ayeul .
Après avoir fatisfait de mon mieux à
la demande du Curieux d'Evreux fur
l'Epitaphe de Poiffy , puifque j'en ai
l'occafion , je fuis bien aife de l'obliger
par un endroit plus fenfible , qui- regarde
en particulier l'Hiftoire de fon pays ;
mais comme ma lettre eft déja fort longue
, ce fera , Meffieurs , au premier
jour. Je fuis toûjours très - parfaitement
vôtre , &c.
Ce 15. Decembre 1725.
1
LE CYGNE ET LE PINÇON.
FABLE
PArmi les animaux , il eſt des envieux
Comme il en eft parmi les hommes ;
Ma Fable va prouver qu'ils font tels que nous
fommes .
Par
FEVRIER 1726. 275
Par fes Concerts harmonieux ,
Un Cigne , habitant de la Seine ,
Attiroit nouvelle Syrenne ;
!
Non plus Uliffe & fes Vaiffeaux ,
Mais des Bergers & des oyfeaux ,
Dont la gloire fur le rivage
Venoit faire un trifte nauffrage.
Les Bergers dépitez brifoient leurs chalu
meaux ,
Et-les oyfeaux confus abjuroient leur ramage
Un feul Pinçon bouffi de vanité ,
Lui veut difputer la Victoire ,
Et croit qu'il trahiroit fa gloire,
S'il cedoit à la verité.
Comment s'y prendre ? il reve , il s'alambi
que , il creufe
Son petit cerveau de pinçon
Il a reçu du Ciel une memoire heureuſe :
De la Chanfon duCygne il retient chaque fon
Prêt au combat, foin qu'il recule ,
Je n'ai , dit-il , qu'à repeter .
Ce qu'on vient d'entendre chanter ,
Pour en montrer le ridicule.
176 MERCURE DE FRANCE:
On dit vrai quelquefois , & plus qu'on n'a
penſé :
Car à peine a t- il commencé ,
Que l'impatience du Cygne
Ne pouvant fouffrir cet affront ,
Au premier enroûment l'arrête & l'interrompt.
Tai toi , dit- il , rival indigne ,
Tu crois qu'on va s'extafier ,
Du plaifir qu'on a de t'entendre ;
Mais avec ma Chanfon que tu prétends nous
rendre ,
Il falloit avoir mon gofier.
Tels , pour tout fubjuguer , orgueilleux plagiaires
,
Vous rangez en bataille , Auteurs Grecs &
Latins ,
Comme troupes auxiliaires ;
Vos richeffes font des larcins.
Mais en vain on yous voit enfanter maints
volumes
A la faveur de leurs écrits ;
Les meilleurs perdent tout leur prix
Si-tôt qu'ils paffent par vos plumes.
DEMONS}
277
FEVRIER
1926
.
Clavecin Les
DEMONSTRATION Geometrique du
pour yeux & pour tous
les fens , avec l'éclairciſſement de quel
ques difficultez, & deux nouvelles
Obfervations , par le R. P. Caftel , Je
fuite.
Difoit qu'on prit l'état de la quef
Ans mon premier écrit , il me fuftion
, & qu'on entrevit la poffibilité du
Clavecin oculaire : il s'agit maintenant
de fixer un peu ces premieres idées par
le fecours de la Geometrie. Je tâcherai
cependant encore d'en dire affez pour me
rendre intelligible , au moins à ceux qui
font capables de lire deux fois ce qu'ils
n'auront pas entendu la premiere. Au
refte , pour ne pas revenir précisément
fur le même fujet , j'étendrai ma Démonſtration
jufqu'à tous les autres fens,
dont bien des gens n'ont pas laiffé d'entretenir
l'analogie avec les yeux & avec
les oreilles car une découverte un peu
feconde , doit aller toujours en avant ,
jufqu'à nouvel ordre.
Ie Propofition. Les fons excitent uniquement
des vibrations ou des ondulations
dans l'oreille , & ce n'eft que par
ces
178 MERCURE DE FRANCÉ .
ces vibrations ou ces ondulations , qu'ils
frapent l'ame agréablement ou défagréa
blement.
11. Prop. On peut en même temps
entendre diſtinctement plufieurs fons differents.
C'est l'experience . Scholie. On
pourroit croire que deux ou plufieurs
fons qu'on entend en même temps , forment
dans l'oreille & dans l'ame , une
impreffion qui n'eft aucune de celles que
ces fons exciteroient chacun à part ; mais
une impreffion compofée des deux , quoi
que fimple en elle - même , comme le
mouvement qui refulte de deux mouvemens
eft auffi fimple que celui qui refulteroit
d'un mouvement mitoyen : mais
fi cela étoit , on n'entendroit effectivement
qu'un fon fimple , qui ne feroit
aucun des deux dont il refulteroit , au
lieu qu'on diftingue fort bien les deux,
trois & quatre fons qu'on entend en mê
me temps , ce qui nnee peut venir que de
ce que chacun de ces fons fait fur l'oreille
& fur l'aine , la même impreffion
s'il étoit feul. Je ne dis pas comment
cela s'execute ; je ne parle que du fait.
Du refte ce fait n'a rien d'extraordinaire
, puifque nous voyons tous les jours ,
que deux ou trois pierres qu'on jette dans
l'eau y caufent chacune des ondulations
& des vibrations fort diftinctes.
que
III.
FEVRIER 1726 . 279
III. Propof. Ces fons ou leurs vibrations
ne peuvent plaire à l'ame ou lui déplaire
, que par leur commenfurabilité oư
leur incommenfurabilité. En faveur de
ceux qui ne font pas Geometres , je vais
prendre un petit détour qui ne fera pas
peut-être inutile aux Geometres mêmes,
pour l'intelligence de cette Propofition
qui n'a pas , que je fçache , encore été
démontrée .
IV. Propof. L'affemblage de plufieurs
fons & de leurs vibrations dans l'oreil
le, ne peut plaire à l'ame , qu'autant
qu'elles fubfiftent féparément , fans fe
troubler les unes & les autres.
V. Prof. Chaque fon divife la mem→
brane auditive en un certain nombre dé
terminé de petites parties égales , qui
font chacune en même temps un certain
nombre de vibrations.
Démonftration. Car l'organe ne tremble
pas tout d'une piece , mais par par
ties fort petites , qui font comme dé
tachées les unes des autres par autant
de petits chevalets qui leur fervent de
points fixes.
VI . Propof. Deux ou plufieurs fons
s'accordent agreablement dans l'oreille ,
lorfqu'elle peut fe divifer & fe fous- divifer
en un nombre de parties égales ,
lequel nombre foit multiple, c'est- à- dire,
dous
80 MERCURE DE FRANCE
double , triple quintuple , millecuple,
& c. des differens nombres qui expriment
chacun de ces fons.
>
Démonftration. J'entends , par exemple,
la quinte ut fol , rendue par deux cordes,
dont l'une eft les deux tiers de l'autre ;
fi l'oreille ne pouvoit fe divifer qu'en z .
en 4. en 8. en 10. en 20. en 100. en
1000. &c. parties , óu fi elle ne pouvoiť
fe divifer qu'en 3. en 9. en 15. en 27.
&c. parties. Dans le premier cas je ne
pourrois entendre que le fol , & dans le
fecond , l'ut , & dans aucun , je ne
pourrois entendre les deux enfemble.
Mais fil'oreille peut fe divifer en 6. qui
eft en même tems double de trois & triple
de deux ; en 18. qui eft fextuple de
trois & nonculpe de deux , & de même
en 300. en 900. en 3000. &c. alors if
n'y a plus de difficulté ; car la membrane
de l'oreille fe partageant en trois
vibrations ou ondulations pour l'ut , cha
cune de ces ondulations peut fe partager
en deux pour le fol.
Scholie. Les Geometres peuvent re
marquer que la multiplication étant réciproque
à la divifion , l'idée d'un mul
tiple commun que j'employe ici , revient
leur idée de la mesure commune qu'ils
employent dans la doctrine des incommenfurables,
toutce qui n'a point de multiple
FEVRIER 1726. 281
7
ple commun , ne pouvant avoir de mefure
commune , & réciproquement , & c.
VII. Propof. Tout ce qui eft en proportion
numerique, eft en proportion harmonique.
Démonftration. Par exemple , 3. & 40.
font en proportion harmonique : car tous
ces nombres 40. 20. 10. 5. font en proportion
donnée de l'octave , & ceux - ci
alli auffi 3. 6. 12. & c. or 5. eft à 6. en proportion
harmonique de la tierce mineure,
& 3. à 5. en proportion de la fixte ma
jeure , donc , &c.
Scholie. Je ne m'arrête pas à une pe
tite Objection que pourroient faire des
perfonnes un peu profondes dans ces
fpeculations harmoniques , cela me meneroit
trop loin , & il faut garder quelque
chofe pour une autre fois . Je me contenterai
de remarquer , que c'eft manque
d'intelligence qu'on regarde la proportion
harmonique comme un grand
myftere ; car voilà que de toutes les proportions
, c'eft la plus fimple & la plus
naturelle. C'eft la proportion Aritmetique
qui refulte de la fimple proportion
d'égalité , par la fimple addition ; & c'eſt
là un point fur lequel les modernes ont
furement encheri fur les anciens , chez
qui la proportion harmonique étoit effec
tivement un myftere . Quoiqu'il en soit,
voilà
282 MERCURE DE FRANCE.
voilà mes préliminaires d'acouſtique , venons
à l'Optique ou en general à tous
les fens. Ce feroit bien une merveille >
que la nature fuivit à leur égard une
proportion plus recherchée & moins naturelle
qu'à l'égard de l'oreille.
VIII. Propof. Dans quelque partie du
corps que l'ame fente des vibrations moderées
, & commenfurables , c'est- à - di- ,
re , dont le rapport foit numerique , elle
doit en avoir du plaifir , & au contrai
re , & c.
Demonftration. Toutes les parties du
corps font fufceptibles de plaifirs ; c'eſt
un fait. Or ce n'eft pas parce que l'oreille
eft l'oreille , que des vibrations commenfurables
lui plaifent , mais parce qu'elles
font commenfurables , & que l'ame
peut diftinguer fes objets & en connoître
ou fentir le rapport.
Scholie. La raifon ulterieure , eft que
tout mouvement moderé qui ne va point
à la deftruction du corps , mais à l'animer
un peu , à réveiller un peu les efprits
, à rarefier un peu le fang , à for
tifier un peu le mouvement tonique , &
qui eft d'ailleurs régulier , & en quelque
forte intelligible , diftinct , cadencé , periodique
& toujours agréable. Le mouvement
de vibration fur tout , outre que
c'est notre mouvement tonique & celui
L
de
FEVRIER 1726. 28g
de tous nos organes , de toutes nos parties.
folides , nous balance &fnous berce d'une
maniere que nous goûtons toujours ,
parce qu'il nous tient dans un jufte milieu
, & ne nous emporte pas hors de
nous-mêmes. Je ramene autant que je
puis mes idées à celles de la Phyfique la
plus connue , afin d'être entendu.
IX. Propof. Dans toutes les membranes
de notre corps , les objets exterieurs
ne peuvent en effet exciter que
des vibrations ou ondulations régulieres
ou irrégulieres .
Démonftration. Car à moins qu'on ne
recoure à des qualitez occultes & incorporelles
, on ne peut admettre que
de l'impulfion de la part des objets corporels
, & des ébranlemens , des fecouffes
, des tremouffemens , des vibrations ;
en un mot , dans les membranes , dans
les nerfs , ou dans les efprits qui y font
contenus ; en un mot , dans des organes
corporels.
Scholie . Peu de gens penetrent le fens
profond des idées qui leur font le plus
familieres , & tous ceux qui ne penfent
qu'après avoir parlé ne s'en vantent pas,
Tout le monde a voulu dire fon mot
fur le Clavecin oculaire : auffi l'avois - je
propofé en ftile intelligible . Une chofe
m'a furpris de la part de quelques Phi
lofo
284 MERCURE DE FRANCE.
•
lofophes & Philofophes Cartefiens ; il y
a bien de la difference , ont- ils dit , entre
l'oreille & les autres fens . Quelle
difference ? le fon fait impreffion fur l'oreille
par des vibrations , mais l'impreffion
des autres fens confifte dans un je
ne fçai quel mouvement ; & c. S'ils ne
le fçavent pas , qu'ils me permettent de
les leur définir en fuivant leurs propres
principes ; car je n'ai jamais aimé les je
ne fçai quoi dans la Philofophie , c'eft
donc en leur faveur que j'ajoute la propofition
fuivante , qui explique la précedente.
i
X. Propof. Chaque objet de nos fens
y excite une même maniere de vibrations ,
c'eft- à-dire les divife en très petites parties
égales , qui font leurs vibrations en
même temps , autour de leurs points extrêmes
, comme autour d'autant de petits
chevalets , abfolument de même que l'oreille
eft divifée par le fon.
Démonftration. 10. De la part des
membranes , la diverfité ne fait rien , futelle
encore plus grande car foit qu'on
frape une corde de fil , de foye , de boyau,
de fer , d'acier , de cuivre, d'or , d'argent,
foit qu'on frape un verre , un morceau
de bois , une pierre , une cloche , un
chaudron , une tymbale ; foit qu'on ſoufle
dans une flute, dans une trompette , dans
FEVRIER 1725. 285
unchalumeau , &c. Toujours il s'excite
dans tous ces divers corps une même
maniere de vibrations , toute la difference
n'étant jamais que du grave à l'aigu ,
du plus au moins ; encore même peuton
mettre tous ces corps , fils , ou membranes
à l'uniffon .
2º. De la part des objets qui frapent
nos divers fens , il ne peut non plus réfulter
aucune diverfité effentielle dans
les vibrations : car c'est toujours un amas
de petites parties globuleufes , rameufes,
ou autres qui frapent en même temps la
membrane de l'oreille , de l'oeil,ou de toute
autre ; & des baguetes de bois ne caufent
pas une autre maniere de vibrations dans
un tambour qu'un archet de crin n'en
caufe fur la corde d'un violon .
3º . La maniere de frapper non plus,
Car il eft démontré en Mathématique ,
que foit qu'un corps tombe obliquement
ou perpendiculairement fur un autre ,
l'impreffion eft toujours reçue perpendiculairement
; & qu'elqu'autre diverfité
qu'on y imagine , foit que l'organe foit
tiré , pincé , piqué , chatouillé , careflé,
racle , il n'eft geometriquement que
pouffé fimplement , la diverfité de nos
termes n'influant que dans nos jugemens
, & nullement dans le procedé de
La nature . Je parle toujours d'après l'ex-
D perien
286 MERCURE DE FRANCE.
perience. Qu'on pince une corde , qu'on
fa frappe , qu'on la racle , qu'on la morde
, le je ne fçais quoi n'a point de lieu,
ce font toujours foncierement des vibrations
& une même maniere de vibrations
qu'on y excite . Je crois cela affez
démontré. Nous voici donc arrivez.
XI. Propof principale. Donc le plaifir
& le déplaifir de tous nos fens confifte
dans la même espece de vibrations ,
c'eft- à-dire , dans des vibrations & proportion
harmonique .
Démonftr. Des vibrations incommenfurables
déplairoient or dès que les
vibrations font commenfurables , elles
font en proportion harmonique. Donc
ce qu'il falloit démontrer.
Scholie. Dès que la rétine , ou tout
autre membrane de la vifion ou de tout
autre fens fe partage en parties égales
pour faire fes vibrations , ce qui eft la
divifion la plus fimple & la plus natu
relle , ou même l'unique naturelle , dèslors
il est démontré que fes vibrations
font en proportion harmonique , tant
on s'éloigne du but lorfqu'on veut rafiner.
On croit qu'il faudroit beaucoup
de façon pour introduire la proportion
harmonique dans les couleurs
& voilà qu'elle y eft , & qu'il ne peut
pas y en avoir mêine d'autre ; fans elle
rien
FEVRIER 1728. 287
rien ne pourroit nous plaire , & tout
nous feroit très- défagréable , autant qu'une
mufique toute diffonante. C'eft - là
je crois , tout ce qu'on peut exiger de
moi pour la démonſtration de mon nouveau
Clavecin ; mais je ne m'en contenterai
pas , & de nouvelles idées ont droit
d'en amener de nouvelles , comme une
récolte fert de femence à une nouvelle
récolte : car il y a plufieurs choſes , mais
il n'y a qu'un fyftême.
Nouvelle Démonftration du Clavecin pour
tous les fens.
I. Propofition . Quand on touche une
corde feule , ou tel autre corps fonore ,
il rend , non - feulement le fon fpecifique
qui lui convient , mais encore fon octave
double , triple , fa quinte repliquée
& tripliquée , fa tierce majeure , & en
un mot tous les fons confonants , tons ,
demi- tons , diefes , doubles diefes , jufqu'à
la derniere divifion actuellement
poffible de la corde , il n'y a que la quarte
diatonique d'exceptée avec le fyltême
des bemols qui en dérivent ; en un mot ,
cette corde rend un fon compofé de tous
les fons du fyftême naturel & commenfurable,
Scholie. La Démonftration de cette
Dij Pro288
MERCURE DE FRANCE.
Propofition me jetteroit dans un traité
complet d'Acoustique ; ceux qui ne la
fçavent pas , peuvent s'en inftruire de
ceux qui la fçavent : car elle eft fondée
fur des experiences inconteſtables , aidées
d'un peu de raifonnement geometrique.
On peut toujours lire les préliminaires
d'Acoustique de M. Sauveur , & ce que
j'en ait dit, il y a deux ou trois ans , dans
les Journaux de Trévoux .
II. Propof. Donc une corde & tout autre
corps frappé & mis en vibration ', fe
divife naturellement & de foi , & fait
fes vibrations ou ondulations harmoniquement
& felon toutes les cordes du
fyftême naturel harmonique , comme fi
elle étoit à l'uniffon de toutes ces cor
des.
Scholie. Sans entrer dans un plus grand
éclairciffement , je me contenterai d'indiquer
, qu'une corde , une membrane,
& tout autre corps tendu par fes extrémitez
, eft inégalement tendue dans toutes
fes parties , & qu'elle répond à tous
les degrez de tention de toutes les cordes
du fyftême harmonique , dont elle
eft la bafe . Une cloche frappée dans les
divers points de fa longueur , fait divers
tons , & fi l'on y prend bien garde , c'eſt
le même d'une corde tendue , & de tout
Autre inftrument de Mufique ; par exemplea
FEVRIER 1726. 289
ple , la flute fouflée à plein , fait bien
furement un ton compofé de tous les autres
tons ; de même qu'un tuyau d'orgue
compofé de plufieurs tuyaux , fait un
ton compofé , quelque fimple qu'il paroiffe.
C'eft fur ce principe , que je ne
fais qu'indiquer , qu'eft fondée non - feulement
toute la Theorie de l'Acoustique ,
mais la pratique même de la Mufique ;
& fi je ne me trompe , la découverte de
plufieurs nouveautez en ce genre .
III.Propof. Plufieurs fons qu'on entend
enfemble , ou même fucceffivement , ne
peuvent s'accorder & faire plaifir, qu'autant
qu'ils font du nombre de ceux que le
plus grave ou le fondamental d'entr'eux
fait entendre , ou , fi l'on veut , fous - entendre
, entendre équivalemment , entendre
, fi je puis m'exprimer ainfi , en
femence .
Démonftr. L'oreille entendant un fon
fedivife naturellement d'une certaine
maniere harmonique , qui reprefente
à l'ame , non- feulement tout l'accord
parfait de ce fon , mais encore tout
le fyftême harmonique naturel ; qu'à ce
fon il s'en joigne un autre , il ne peut
plaire à l'ame qu'autant qu'il fe trouve à
l'uniffon de quelqu'un de ceux que ce
premier renferme, & que l'oreille en
quelque forte eft fecondée dans fa pre-
D iij miere
290 MERCURE DE FRANCE.
miere action , & diſpenſée de fe mettre
fur de nouveaux frais , ce qui la déchireroit
& la mettroit en convulfion.
Scholie. L'oreille entendant un fon ,
entend toute une harmonie ; auffi fans
fçavoir prefque ce que l'on dit , dit - on
tous les jours qu'un tel ton , qu'un tel
fon , qu'une telle corde , qu'un tel inftrument
eft harmonieux , ce qui bien
analyfé revient à ce que je dis , comme
je crois pouvoir le démontrer quand il
en fera temps & c'eft ainfi pour rendre
le fon d'un tuyau d'orgue plein & harmonieux
, qu'on lui affocie plufieurs petits
tuyaux harmoniques , & qu'on double
les cordes du Clavecin : or pour le dire en
paffant , on pourroit les tripler & les quadrupler
, & le faire d'une maniere plus
harmonieuſe , en mettant les doubles &
triples cordes , non à l'uniffon ou à l'octave
ſeulement , mais à la quinte ou plutôt
à la douzième , à la tierce ou plutôt
à la dix-feptiéme , &c. L'oreille trouve
beaucoup de plaifir à entendre toute cette
harmonie ; mais fon plaifir feroit plus
grand , fi cette harmonie étoit plus developpée
& moins concentrée ; lorfqu'à
un premier fon vous en joignez un &
deux & trois , qui font à l'uniffon de ceux
que l'oreille entend déja par le moyen
du premier , vous ne faites que developer
FEVRIER 1726. 291
per cette premiere femence , & vous faites
reconnoître diftinctement à l'ame ce
qu'elle fentoit déja comme confuſément :
or rien ne flate plus une fubftance intelligente
, que de connoître par intelligence
ce qu'elle ne connoiffoit d'abord
que par fentiment. Ceux qui ont pris la
premiere ébauche du Clavecin oculaire
pour une idée jettée ou échappée , qui a
plus de gentilleffe poëtique , que de folidité
fcientifique , verront peut - être
avec plaifir , qu'elle étoit en effet le réfultat
& l'annonce d'une Acouſtique , ' ou
même d'une Mufurgie complette , dans
laquelle on peut rendre des raifons Geometriques
, ou, plus generalement , Philofophiques
à priori de tous les fons ,
tons & accords , diffonances mêmes , &
ce qui n'avoit pas été encore tenté , du
plaifir même de toutes ces chofes .
IV. Propof. Donc la membrane de la
vifion & de tout autre fens , fait pour
chaque objet fes vibrations en proportion
harmonique; de maniere qu'en voyant
plufieurs couleurs , elle entrevoye ou
voye même réellement , mais d'une maniere
enveloppée , tout le fyftême des
couleurs que le Priſme fait voir diſtinctement.
Démonftration. Car la membrane de la
vifion , comme tout autre , doit faire fes
D iiij vibra
292 MERCURE DE FRANCE :
vibrations, & fe diviſer naturellement de
la même maniere que la membrane auditive
; & d'ailleurs , il eft viſible qu'elle
eft inégalement tendue dans fes diverfes
parties .
V. Propof. Donc les couleurs & tous
les autres objets de nos fens qui s'accordent
pour nous plaire, font en proportion
harmonique .
Démonftration.Car ils ne peuvent plaire
qu'autant que leurs vibrations font à l'uniflon
de celles qu'excite celui d'entr'eux
qui a le plus de force , & qui détermine
toutes les efpeces de vibrations qui
fe font dans la membrane . Ce qu'ilfalloit
démontrer.
Nous renvoyons à un autre Mercure
l'éclairciffement des difficultez , & les
deux nouvelles obfervations .
LA MODESTI E. ·
O D E.
Umble & touchante Modeftie ,
Humble
Devoile- moi tous tes attraits
Montre-moi quel charme nous lie ,
A tout ce que porte tes traits .
:
Pou
FEVRIER
293
1726 .
Pouvoir , Valeur , Beauté , Science ,
Tout emprunte de ta puiffance
Cet afcendant maître du coeur :
Je dis plus : fans ton caractere ,
La Vertu n'a point droit de plaïre ,
Elle n'eft même qu'une erreur
諾
Oui , fi j'apperçois que ce Sage
Aime à m'étaler ſes vertus ,
Un foupçon triste eſt le fuffrage ,
Que dictent mes fens combattus.
Ne les montre -t- il qu'avec peine ,
Alors un doux penchant m'entraîne ;
Je les vois dans leur plus beau jour
Aucun fcrupule ne me reſte ,
Et je livre à cet air modefte ,
Et mon eftime & mon amour.
Tu nous fais aimer la Sageffe ,
Quand elle marche fous tes loix ;
La verité jamais ne bleffe ,
Quand elle parle par ta voix ;
Des vains préjugez de l'enfance
D V De
294 MERCURE DE FRANCE :
De l'erreur & de l'ignorance ,
Tu bannis le mortel poiſon ;
Ta voix eft toûjours fi touchante ,
Qu'elle paroît plus convainquante
Que la force de la raiſon.
M
La Beauté même , à qui tout cede ,
Cede toûjours à tes appas ;
O trop heureux qui te poffede !
L'amour le plus pur fuit tes pas .
Ton voile gracieux l'attire ;
Il cherche , il aime ton empire ,
Il y trouve mille agrémens ,
Et tes graces toûjours nouvelles ,
Sont en droit d'affurer aux Belles
La conftance de leurs Amans .
Qui cauſe ces cris d'allegreffe ?
C'eft le défenfeur de nos Loix :
Il arrive. Fendons la preffe :
Heureux Vainqueur , je t'apperçois.
Que j'aime à contempler ta gloire !
Tout ret.ntit de ta victoire :
Touc hante tes exploits guerriers.
Prodige l'honneur t'importune.
FEVRIER 1726. 295
Vrai Heros , la feule Fortune
N'embellit pas tous tes lauriers .
諾
Pourfuis toûjours , Vertu celefte ,
Surtout exerce ton pouvoir :
Sous cet air doux , ce front modefte ,
On aime par tout à te voir .
Sur un front ceint du diadême
Rien n'eft fi brillant que
toi- même ;
On fe plaît à t'y reſpecter :
Tu fais le prix de la Couronne ,
C'est la Fortune qui la donne ;
C'est toi qui la fais meriter.
M
Si pour celebrer ta puiffance ,
J'ai formé d'affez doux accords ,
Honore.moi de ta prefénce ,
Mais , quoi ? je fais de vains efforts
Je vois fon modefte vifage ,
Se couvrir d'un nouveau nuage ,
Elle ne peut fe démentir.
Apprens , imprudent , me dit- elle »
Que le voile qui me recele ,
Dvi Eft-co
296 MERCURE DE FRANCE.
Eft ce qui me fait mieux fentir.
Cependant puifque fur ta lyre ,
Tu chantes mes attraitt vainqueurs
Suis mes pas : j'étens mon empire
Jufqu'au fejour des chaftes Soeurs :
Sur le pinde , chacune loüe ,
Ce que la Modeftie avoüe ;
Et je vais leur offrir tes chants
Mais craits un écueil ordinaire ;
La gloire d'avoir fçû leur plaire ,
Peut-être enyvrera tes fens .
2
Par l'Abbé Bellet , Profeffeur de Rherique
au College de Guyenne.
kakakakaka
LETTRE de M. Dezalller d'Argenville
, Confiller- Secretaire du Roi en la
grande Chancellerie , écrite aux Autears
du Mercure , le 30. Janvier
1726. au sujet d'une Hiftoire naturelle
des Coquilles .
MESSIE ESSIEURS ,
Comine vous vous prêtez volontiers à
conFEVRIER
1726 . 297
contribuer à l'avancement des Arts &
des Sciences , & que vôtre attention làdeffus
m'eft connue depuis long temps ,
par la lecture de vôtre Mercure ( Ouvrage
auffi utile qu'agreable ) rien ne
m'a paru plus convenable , que de vous.
prier , Meffieurs , de rendre cette Lettre
publique . Elle engagera peut- être les
Sçavans à me faire part de leurs lumieres
, au fujet de quelques mots latins
dérivez du grec , lefquels font d'une
difficulté extrême à bien rendre en nô
tre Langue. J'ai déja confulté plufieurs
Sçavans , qui m'ont envoyé , au lieu des
mots françois que je demande , force latin
& force grec , dont font remplis tous
les Auteurs qui ont traité de l'Hiftoire
naturelle des Coquilles , comme Aldrovandus
, Rondelletius , Jonfton , Gefner,
Rumphius , Lifter , Bonanni , & c ..
.
La lecture de ces Auteurs , par rapport
à une Collection aflez complette de
Coquilles , qui fait partie d'un Cabinet
curieux que j'amaffe depuis long- temps ,
m'ayant été neceffaire pour les mettre en
ordre , je me fuis trouvé des plus embaraffez.
La quantité de claffes , de genres,
de divifions , & de fections qui fe trou
vent dans ces Auteurs , embrouille extrêmement
cette matiere , qui n'eft pas
une des moins curieufes de l'Hiftoire
na
298 MERCURE DE FRANCE.
naturelle , quoiqu'aux yeux de la plupart
des gens elle paroiffe une bagatelle.
Prévenu contre l'arrangement confus ,
où tous ces Auteurs mettent les Coquilles
, j'ai tâché de les développer d'une
maniere plus methodique & plus facile ,
ne confondant point leur different
genre , ou famille . Je les ai diftribuées
feulement en trois claffes , compofées
d'une vingtaine de genres ou familles ,
aufquelles fe peuvent rapporter generament
toutes les efpeces de Coquilles ,
qui nous font connuës juſqu'à preſent ;
fans y admettre aucune autre diftinction,
& fans m'arrêter à leurs belles couleurs ;
dont parle fi bien Pline en ces termes
: In quibus mira ludentis natura varietas
tot colorum differentia , tot figure ,
&c.
Ce petit Ouvrage eft en Latin & en
François , chofe effentielle , pour conferver
toûjours à chaque genre de Coquilles
, les noms latins admis chez les
Auteurs , & connus de tous les Sçavans.
La difficulté confiftoit à bien traduire
ces mots latins & c'eft , fans
doute , cette difficulté , qui a privé juſ
qu'ici le Public , d'avoir cette partie de
Phyfique ennôtre Langue ; dans laquel-
Le
FENVIER 1726. 299
le nous avons des Traitez fur toutes les
autres Sciences.
Je pourrois , Meffieurs , dans la fuite
faire part au Public de cet Ouvage , fi
je croyois qu'il pût être de quelque utilité
, comme me le veulent perfuader
nos amis . Il viendra peut être quelque
main plus habile : qui débrouillera cette
matiere , non en Philofophe , mais en
vrai curieux & amateur de la nature .
Feu M. de Tournefort étoit fort capable
de ce projet , & par fa capacité , & par
par la belle collection de Coquilles ,
qu'il avoit faite , & qu'il a laiffée en
mourant à Louis XIV.
Voici , au refte , les mots latins dont
il faudroit enrichir nôtre Langue Françoiſe
, qui en feroit redevable aux perfonnes
qui voudroient bien s'en donner
la peine . On leur rendroit publiquement
la justice qui leur feroit dûë , fans vouloir
en aucune maniere fe faire honneur
de leur travail .
Ces noms latins font : Murex , Pura
pura , Chama , Solen , Nerita , Telli-
Pinna , Porcellana , Patella.
na ,
Obtinuit nomen Muricis ( a ) hac Concha
ob figuram que repræfentat faxorum
afpera. Eadem pariter voce exprimitur bellica
clava , ferreis aculeis horrida , quam
( a ) Murex
eximiè
300 MERCURE DE FRANCE.
eximiè refert tefta admodùm craffa , tu—-
berculifque borrida & afpera prope fummitatem
, à latere dextro fulcata & aurita.
Le fang de ce Poiffon fervoit chez
les Romains à teindre leurs Robes de
pourpre ceux de Tyr furtout y excelloient
, comme le dit Virgile. ( a )
Tyrioque ardebat muricè lana.
De forte que Murex & Tribulus fignifient
la même chofe. Pourroit- on traduire
le mot de Murex par celui de
Chauffe-trape (b) ( Cheval de Frife ) ou
par celui de Rocher ?
Purpura ( c ) eft. Concha univalvia , fatis
affimilis murici ; à quo tantummodo
differt , quod fit à capite ufque ad ba-
Zim laciniata inftar braffica foliorum s
ore tenui , ferè rotundo ; pleraque , baſi
in longum roftrum exerta. Cette Coquille
, ainfi que le Murex , fervoit à teindre
les robes des Romains . Ciceron dit , (d)
veftis purpurea ; Purpurâ fulgere ; unde
purpurati dicti funt , qui apud Principes
, cateris dignitate anteeuntes , pur- ୮ purea vefte utebantur. Comment rendre
ce mot en françois , la Pourpre ?
( a ) Æneid. 4. 1.
( b) Terme de fortification
(c) Purpura.
( d) Lib. i . Tuf. quæf
Chama
1
FEVRIER 1726. 3or
Chama ( a ) Concha Bivalvia , oftrei
quadam fpecies, ore patulo & hianti , a
verbo graco xarw , Dehifco. Aldrovan
dus décrit ainfi ces Coquilles , quorum
ora non perfectè ubique conjunguntur, fed
alicubi patent. Comment pouvoir rendre
en un feul mot une Coquille dont la
bouche eft ouverte & béanie ?
Solen ( b ) dicitur à Græcis , hoc eft,
fiftula , five canalis cui affimilatur cum
tefta amba quibus constat , conjunguntur,
à Latinis vocatur Unguis ; quem fubftantiâ
& colore imitatur. Les Italiens
Pappellent Cannolicchio , & les François
ont coutume de l'appeller manche
de couteau , par rapport à fa figure , ce
qui ne rend gueres bien , à ce qu'il me
femble , le mot grec Solen , & le latin
Vnguis.
Nerita eft concha univalvia compactili
corpore , plano ore in qua umbones , five
mucrones parum eminent. A Gracis
dicitur Nnes , à Latinis Nerita , ex
eo quòd aliquafunt dentata ex parte Columella
, quædam apice paulum exerto ,
quadam compreffo apice , d'autres ( c )
l'appellent Concha valvata , five femilunaris
, parce que fa bouche eft toûjours
( a ) Chama.
( be Solen feu Unguis.
(c ) Rumphius.
ceing
302 MER CURE DE FRANCE .
ceintrée en forme de demi - cercle . Il y a
des Curieux qui l'appellent Nerite , faute
d'un autre mot .
Tellina ( a ) Concha bivalvia , oblonga
& tenuis ex genere mitulorum feu muf
culorum. Appelleroit-on cette Coquille
Telline , ou , moule faite en dard ? ..
Pinna marina eft Concha bivalvia , id
eft , è duabus compofita teftis , à mytulo-
Lorum figurâ parum differens exteriorem
faciem terrea gleba fimilem habet , multoque
luto maculatam , hinc nonnulli crediderunt
nomen Pinna ex graco Tivés
que vox fordes denotat provenire ; adnafcuntur
huic Pinna fila vel lineum Capillamentum
, d'où quelques-uns la nomment
en françois Aigrette ; d'autres ,
comme Bonanni , l'appellent Nacre.
Porcellana , ( b ) feu Venerea nomen
accepit à fimilitudine pudendi muliebris
quòd Gracis xoreov , Latinis
Porculus feu Porcellus ; cujus aliquam fimilitudinem
refert hujus Concha Rima.
Hinc etiam Concha venerea dicitur. Pline
dit qu'elle eft appellée Venerea , eò quòd
apud Gnidiorum Venerem colebantur. Au
contraire Gefner veut qu'on l'appelle
Porcellana, quia ex illis Porcellanica vafa
conficiuntur , præcipuè in Provincia Sinarum
Kiamfi. L'appellera - t- on Porcelai-
( a ) Tellina.
(b )Porcellana feu Venerea.
no
J
FEVRIER 1726. Yo
fie ou Conque de Venus : ce qui la confondroit
avec la Concha Veneris , qui eft
une Coquille bivalve & fort differente
?
vata ,
A
Patella ( a ) Concha eft univalvia , in
Je non contorta , in apice tantillum incurvalvâ
fuperiùs convexa , fubtùs
verò concavâ ; à Latinis vocatur Patella .
à vafis Efcarii fimilitudine. A Gracis
autem dicitur Lepas , quafi fquama Saxorum
, quibus femper adharet. Comment
donc appeller cette Coquille Patelle , ou
Lepas ?
On a pris la licence de rendre en nôtre
Langue le mot latin univalvia Con
cha par celui de Coquilles univalves ,
bivalvia Conche par celui de Coquilles
bivalves , multivalvia Concha par celui
de Coquilles multivalves , & cela pour
éviter les Periphraſes , & pour conferver
l'idée & le terme propre de ces noms
generiques.
Il ne nous manque plus que la traduction
de ces neuf mots latins , pour joindre
à près de 400. mots déja traduits
concernant l'Hiftoire des Coquilles .
C'eft donc fur la maniere de rendre
en nôtre Langue ces neuf termes latins
qu'on ofe efperer les éclairciffemens neceffaires.
Je fuis , &c,
( a ) Patella.
RE
304 MERCURE DE FRANCE.
MMMM MMMMMKKKKKKK
REGRETS de Catulle fur la mort du
Moineau de Leſbie.
Lugete & Veneres Cupidinefque
Imitation ou Paraphrafe.
PLeurez , Graces , pleurez , Amours ;
Que les Jeux , les Plaifirs , les Ris & la Jeu
neffe ,
De leur doux paffe- temps interrompent le
cours s
Pour plaindre le malheur de ma jeune Mattreffe.
L'heureux Moineau qu'elle aimoit tendrement
,
N'eft plus , & la Parque ennemie ,
Dans un fatal moment ,
A coupé le fil de fa vie.
Rien ne peut adoucir la douleur de Leſbie ,
Qui cheriffoit plus que fes yeux ,
Cet Oifeau qui fembloit être un preſent des
Dieux.
0
FEVRIER 1726. 305
On le voyoit plein de reconnoiffance ,
Ne pouvoir un moment fupporter fon ab
fence ,
Attentif à lui plaire , il fuivoit tous les pas
Et docile à ſa voix il couroit après elle ,
Comme un enfant qui fuit fa mere qui l'appelle,
Que dans fes enjoumens on découvroit d'ap
-pas ?
Tantoft il badinoit fur la main de Leſbie ,
Tantoft fur fon beau fein il alloit repoſer ,
Cent fois pour un bonheur pour moi digne
d'envie >
Je l'ai vûbecqueter fur fa bouhe un baifer,
Quelquefois à deffein , cette tendre Maî
treffe ,
Feignoit d'avoir de la trifteffe ,
Où marquoit le plaifir que reffentoit fon
coeur ,
Lui s'exprimoit pour elle , en fon petit ras
mage ,
Et fembloit lui donner un fecret témoignage
De fa joye ou de fa douleur.
M
Maintenaint dans l'horreur de la nuit infernale,
306 MERCURE DE FRANCE
Il habite ces lieux où chacun à fon tour ,
Doit fubir du deftin la loi dure & fatale ,
Sans efperance de retour.
M
Noire Divinité , Puiffance inexorable ,
Qui détruis à nos yeux tout ce qu'on voit
d'aimable ,
Qui foumets la nature à tes injuftes loix ,
Puiffes-tu pour jamais avec tes triftes ombres
,
Ettes fpectres affreux , & tes cavernes fombres
;
Rentrer dans le neant où tu fus autrefois !
證
Tes ordres inhumains ont privé ma Leſbie ,
De tout ce qui faifoit les plaifirs de fa vie.
Petit infortuné ! trop aimable Moineau !
Ton bonheur mille fois caufa ma jaloufie ,
Et même après ta mort , ton fort me paroît
beau.
C'est pour toi que j'entens dès la naiffante Au
fore ,
Soupirer tendrement ,
La beauté que mon coeur adore.
C'eft
FEVRIER 1726. 307
Ceft ton feul fouvenir qui caufe fon tourment
,
C'eft pour toi que fes yeux fi doux , fi pleins
de charmes ,
A force de verfer des larmes ,
N'ont plus que des regards triftes & languif
fants ,
Et ne font qu'augmenter les maux que je reffens
.
Moreau de Mautour.
L'on trouve des Traductions de ce
Poëte par le même Auteur , imprimées
fous fon nom dès l'année 1682. dans le
Mercure de Juin , ayant traduit pour lors
une partie de Catulle.
LETTRE écrite par M. Lafage de Moftolac
, Archi- Prêtre de Lufech , à un
de fes amis , fur la Differtation inferée
dans le Mercure de France du mois
d'Août 1725. au sujet d'Uxellodu
num .
Vi
Ous fçavez ; Monfieur , qu'au mois
d'Avril dernier j'envoyai à Paris
un Memoire , dans lequel je prouvois
qu'on ne pouvoit placer Uxellodunum
de
3.08 MERCURE DE FRANCE.
de Cefar , autre part qu'à Lufech , & que
je combatois les raifons de tous ceux qui
prétendent le trouver ailleurs. Ma furprife
a été extrême & au- delà de ce que
je pourrois vous exprimer , quand j'ai
veu dans le Mercure de France , que
vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer,
que M. Augier , Curé de Sauveterre
s'étoit érigé en Auteur de cette décou
verte. Il vint chez moi l'année paflée ;
je ne lui cachai pas une feule circonftan-.
ce de ce que j'en voulois écrire. Je puis
bien dire ce que l'Ecriture Sainte nous
apprend du Roi Ezechias , en faveur des
Ambaffadeurs du Roi de Babilone , non
fuit verbum quod non monftraret eis Ezechias
in domo fua. Je le menai même fur
les lieux pour le convaincre de la verité
de ce que j'avançois ; s'il avoit eu l'approbation
à laquelle il s'attendoit , j'aurois
fujet de me plaindre , avec le Poëte
Romain , hos ego verficulos feci, tulit
alter honores , le Memoire que j'ai envoyé
aux Mrs qui compofent le Dictionaire
Hiftorique de la France , & qui a
précedé le fien de plufieurs mois , juftifie
ce que j'avance : comme c'eſt mon Ouvrage
plutôt que celui de M. Augier ,
& M. l'Abbé de Vayrac l'attaque , je
me vois forcé de le deffendre par des
aifons qui ont échappé à la memoire
que
de
FEVRIER 1726. 3.09
de l'Auteur prétendu , & de répondre à
la Critique de M. l'Abbé . J'eftime plus,
Monfieur , votre approbation que celle
du Public : fi je la mérite , je ne crains
rien de la part des Sçavans. Agréez , s'il
vous plaît, que je prenne ici la qualité de
votre ami , fans m'écarter du refpect que
je vous dois.
:
*
M. l'Abbé de Vayrac , dont le mérite
m'eft connu , & non pas la perfonne , m'excufera
fi je lui réponds qu'il critique
mal à propos fur ce que M. Augier a
écrit que felon les Commentaires ,
Uxellodunum étoit une Péninfule flumen
ultimam vallem dividebat , que pene totum
montem cingebat , in quo pofitum erat
præruptum undique UXELLODUNUM ; c'eſt
le valon , dit M. l'Abbé , qui fait le
tour , & non pas la riviere. Il eft bien
naturel de conclure que puifque la riviere
fépare le valon qui fait le tour d'Vxellodunum
, que , que la riviere faffe le tour ;
car elle ne peut pas divifer où elle ne
paffe pas. M. l'Abbé n'a pas fait reflexion
à ce qui fuit , qui prouve inconteftablement
que la riviere en fait le tour. Sub
ipfius oppidi murum magnus fons prorumpebat
, ab ea parte qua fere trecentorum
pedum intervallo flumini vacabat. Puifque
la riviere ne laiffe qu'un vuide de
300. pieds d'un bord à l'autre , au bout
E de
310 MERCURE DE FRANCE .
de la Ville, M. Augier n'a- t- il pas
raifon
de dire , qu'Oxellodunum eft fitué dans
une prefqu Ifle . C'eft ce qui le trouve
précilement à Lufech ; il n'y a pas un
pied de plus ni de moins dans cet efpace
que la riviere laiffe vuide. Je l'ai mefu- .
ré plufieurs fois fcrupuleufement & je l'ai
trouvé de même , lorfque la riviere eft
dans fon canal ordinaire. La fontaine tarie
qu'Hirtius y place , eft dans cet ef
pace , le valon que le Loth fépare du
côté du Levant va de Caix à S. Vincent
du côté du Couchant , celui qui va
de S. Vincent au bas . L'efpace qu'il laiffe
vuide au bout de la Ville eft du côté du
Septentrion , & du côté du midi ; le
Loth laiffe un grand territoire , qu'on a
appellé dans les actes les plus anciens
le territoire de l'Ifle , qui eft fort vafte,
& où l'on voit un vignoble très - confiderable
, qui produit le meilleur vin de la
Province ; il y a des metairies , des prez ,
des bois , &c.
Je ne vois pas que M. l'Abbé puiſſe
conteſter un fait qui eft fi vifible ; je le
remets fur l'endroit pour qu'il en tombe
d'accord; il dit qu'il a été fur les lieux;
ce qui fait que je fuis furpris qu'il n'ait
pas remarqué ce qui tombe fous les
fens , c'eft- à- dire , que le Loth environne
Lufech de fi près , qu'il ne laiffe de
vuide
JANVIER 1726. 311
uide qu'environ 300. pieds d'un bord à
l'autre, où font les murailles de laVille, &
que par conféquent, & la Ville & ce qu'il
enferme dans fon circuit fait unePeninfule.
Si UXELLODUNUM , dit - il , étoit environné
de toutes parts d'une riviere , horf
mis de cet efpace , les habitans auroient
en la liberté d'y aller puifer de l'eau par
quelqu'endroit qui auroit été libre , dantant
que Canimius n'avoit invefti qu'une
partie de la place , n'ayant pas affez de
troupes pourgarder les lignes de la circonvalation
; cependant les habitans n'avoiene
aucune communication avec la riviere.
ce qui prouve infailliblement que la monta
gne n'eft pas une Peninfule
Je demande à M. l'Abbé , quand il dit
fi Uxellodunum étoit environné de toutes
parts de la rivieres s'il doute que les Commentaires
de Cefar expofent à faux : car
ils répetent jufques à deux fois , qu'Vxellodunum
étoit environné de la riviere
comme nous avons dit ci - deffus , en parlant
du valon pene totum montem cingebat,
& que nous avons prouvé qu'en divifant
le valon qui faifoit le tour , il falloit
que la riviere le fit de même, & lorſqu'ils
difent que leLoth ne laiffe que 300. pieds
de vuide , d'un de fes bords à l'autre
au bout de la place , ou fur les murailles,
c'est s'énoncer fi clairement , qu'on n'a
Eij qu'à
312 MERCURE DE FRANCE.
qu'à lire pour n'en point douter ; il faut
donc que M. l'Abbé accufe Hirtius d'as
voir alteré la verité , en nous traçant
le plan d'Oxellodunum : fi cela eft , la
queftion eft décidée. Envain nous embarralferions
nous de chercher Uxellodunum
par fa fituation ; fi la verité de ce que
Hirtius nous en apprend , n'étoit notre
guide , puifque c'eft de lui feul que nous
devons l'attendre. Je veux encore juftifier
l'Auteur Romain , & faire voir par
fes propres paroles , que les habitans de
de Lufech ne pouvoient pas aller puiſer
de l'eau à la riviere , quoiqu'elle environât
la Ville ; Cefar fagittariis funditori
bufque difpofitis , tormentis etiam quibufdam
locis , contra facillimos defcenfus collocatis
, aqua fluminis prohibebat oppie
danos.
Il est vrai que lorfque Caninius fut
arrivé devant Uxellodunum , il ne fit que
la bloquer , n'ayant pas affez de troupes
pour l'affieger , & ainfi tous les habitans
avoient toute liberté d'aller puifer de
l'eau à la riviere ; mais quand Tabius
& Calenus l'eurent joint avec leurs Le
gions , & Cefar même avec la Cayalerie
alors on forma le fiege , & Cefar
difpofa des foldats vers les endroits
où on pouvoit defcendre à la riviere ,
pour leur en empêcher la venue ; il n'y
>
avoit
FEVRIER 1726. 313
avoit donc que l'accès de la Fontaine qui
fut libre aux affiegez. Quorum omnis
poftea multitudo aquarum unum in locum
conveniebat: fub ipfius oppidi murum
magnusfons prorumpebat, ea parte qua fere
300. pedum intervallo fluminis vacabat.
Il paroît par l'édifice de cette fontaine
qui s'eft confervé jufques à préfent,
qu'elle étoit bien grande , elle eft à fec ,
& dans l'endroit où Cefar la place près
des murs de la Ville , dans le vuide que
la riviere laiffe , & l'accès en étoit facile &
fans rifque , les ennemis ne pouvant pas
s'en approcher, à caufe qu'elle eft défendue
par la Citadelle", comme on l'appelle encore
, & par le Château qui la domine.
M. Augier a tort de l'appeller citernë ;
c'étoit une fource d'eau vive qui couloit
de la montagne , au pied de laquelle elle
eft fituée. Je fis creufer par deffous cette
fontaine en ligne directe près du Loth ,
& j'y trouvai une fource qui fournit de
l'eau à la Ville , pendant le temps même
de la fechereffe , qui doute qu'elle
ne coule par ces canaux que Cefar fit
creufer pour mettre à fec la fontaine en
queftion? Il fort auffi dans le temps des
pluies de cette même fontaine , un ruiffeau.
J'appellai un Fontainier des plus experimentez
& des plus employez , qui
in'affeura que l'eau de cette fontaine ,
E iij qui
314 MERCURE DE FRANCE.
qui eft à préfent comblée , n'étoit pas
plus de 8. pieds de hauteur.
L'idée que M. l'Abbé de Vayrac nous
donne de la fituation de la fontaine I
foulou , eft tout - à- fait oppofée à celle
que les Commentaires nous fourniffent ;
il la place au deffous d'un rocher fort
élevé , qui defcend à plomb fur l'endroit
où elle eſt fituée : comment veut- il faire
defcendre par ce rocher impratiquable ,
emnis mulutudo adaquatum ? on ne pouvoit
y aller que de ce côté- là , c'eſt- àdire
, par cet espace de 300. pieds , dont
nous avons parlé . Toutes les voyes
qui y conduifoient d'ailleurs , étoient
bordées par les affiegeans , il n'y avoit
par conféquent qu'un endroit , où l'on
pouvoit paller fans peril pour fe fervit
de la fontaine ; c'eft précisément à Lufech,
où omnis multitudo pouvoit paffer par
la
grande porte pour aller prefque de plein
pied à la fontaine , qui n'en eft éloignée
que d'environ trente pieds ; on y pouvoit
auffi aller de la fortereffe par une
porte qu'on voit encore au fond de la
Tour , & cela fans peril , à caufe , comme
j'ai dit ci - deffus , que les Romains ne
pouvoient pas empêcher l'ufage de cette
fontaine , parce qu'elle étoit defendue
par la fortereffe qui la domine de fi près,
la fontaine étant placée entre la citadelte
&
FEVRIER 1726. 315
& la grande Tour à une petite dif
tance .
Uxellodunum commandoit à tout ce
qui l'environnoit , dit M. l'Abbé , &
M. Augier le fait commander par un
Château , qui , felon lui , eft plus élevé
que la Ville. M. l'Abbé changera de
fentiment , quand il fçaura que lorfque
les Commentaires nous tracent le plan
de certaines Villes , c'eft plutôt de leur
Château , & de leurs fortifications , que
de leur enceinte , comme Samſon à trèsbien
remarqué ; c'eft par conféquent du
Fort de Lufech, qui fe trouve très - conforme,
qu'il faut entendre l'élévation d'Uxellodunum
.
M. l'Abbé dit qu'il y a une grande conformité
du nom d'Ißoulou à celui d'Uxellodunum
, ce qu'on ne trouve point à celui
de Lufech ; c'eft précisément l'erreur
de tous les Auteurs qui ont placé Vxellodunum
à Iffoulou , quoiqu'il n'y ait pref
que pas de rapport entre ces deux noms.
Je réponds premierement , que les Villes
des Gaules ont tellement changé de nom,
qu'on ne fçauroit les connoître par celui
que nous trouvons dans les Commentaires.
Par exemple , ils nomment
Orleans , Genabum , Bourges , Avaricum
, Sens , Agendicum : quel rapport
y a-t-il du Latin au François ? Je veux
pour-
E iiij
16 MERCURE DE FRANCE
tant faire voir qu'il y a un très grand
rapport , du nom de Lufech avec Oxellodunum
, & encore davantage de celui
d'Iffoulou à Vxellodunum je me flate
que ce que j'en vais dire fera bien receu
comme très-conforme à la verité. Cefar
avant que d'affieger Lufech , avoit pris
Alexia , cette Ville s'appelle à préſent
Alize , les Romains changerent la lettre
z en x , où les Gaulois ont changé x en
z: il faut que les Romains ayent fait ce
changement , & qu'elle retienne fon premier
nom ; on a fait de même ici , on a
changé la lettre x en z. 11 faut donc
prononcer Uxech au lieu d'Uzech. La
Carte du Quercy , les Actes autentiques,
appellent ce lieu Vzech de Rivedolht ,
pour le diftinguer d'un autre Uzech qui
eft à deux lieues , qu'on appelle Vzech
des oules , c'eft- à - dire , des pots de terre,
parce qu'il y a plufieurs Potiers . Le Loth
s'appelle en Latin Oldus , le Commentateur
a fait un adjectif d'Oldus en mettant
Oldunum , qui veut dire du Loth ;
joignons Uxel Oldunum , il fe trouvera
Uxellodunum. Je laiſſe à juger s'il y a
une grande difference , puifqu'il n'y aqu'une
lettre d'ajoutée : voilà ce que je
n'ai pas dit à M. Augier , car il n'auroit
pas manqué de le mettre.
M. l'Abbé prétend prouver , par acte,
qu'lf
FEVRIER. 1726. 317
qu'Iffoulon eft Uxellodunum , par une donation
que te Roi Raoul fit d'Iffoulou ,
qu'il traite d'Oxellodunum , à l'Abbaye de
Tulles . Je fuppofe qu'il y ait eu un Roi
de ce nom , ce que je n'ai pas lû dans
l'Hiftoire ; ce Roi auroit fait une donation
bien onereuſe à ces Moines , puifqu'il les
obligeoit à démolir entierement cette Ville.
M. l'Abbé nous la reprefente comme
la plus grande du Quercy : voici fes termes
; ce qui marque la grandeur de cette
Ville , c'eft que les Romains malgré leurs
troupes , n'en purent inveftir qu'une partie :
Ileft bien für que le terrain n'auroit pas
pû les dédomager des frais qu'il auroit
fallu faire pour la démolir , pour tranfporter
les pierres ; quelle recolte auroient
ils pû percevoir , fur des fondemens de
maifons couvertes de chaux & de fable,
C'eſt une feconde Troye , nunc feges eft
ubi Troia fuit; il faut avouer que la con
dition fous laquelle on accepta la donation ,
a été bien executée , puifqu'on n'y laiffa
pas une feule maifon à démolir , fort peu
de pierres fur les lieux . Il eft vrai -ſemblable
, dit M. l'Abbé de Vayrac , que le
Château & le Monaftere qui font tout
proche d'Iffoulou , ont été bâtis des ruines
de cette Ville, Elle étoit par conféquent
bien petite , ou le Château & le Monaftere
font bien grands , fi on a employé
Ev tous
318 MERCURE DE FRANCE .
tous les materiaux de cette Ville pour
les conftruire.
J'ajoute encore que , quand même cette
Ville auroit été rébelle au prétendu Roi
Raoul , il fe feroit contenté de faire démolir
les fortifications & rafer les murailles
pourquoi auroit- il voulu effacer
ce précieux monument de l'antiquité ,
ne laiffant qu'un portique dont parle le
Bret?M. l'Abbé eft de trop bon gout pour
donner dans cette fable.
Les pierres fepulchrales qu'on a tranf
porté d'lloulou à Vayrac , ni les Medailles
qu'on y trouve , ne prouvent pas le
fiege ; on ne s'avife pas de dreffer des
mauzolées à des foldats qui meurent dans
les fieges , ni le foldats n'ont pas accoutumé
dans un fiege d'enfouir leur ar
gent.
En vain m'amuferois- je à refuter les
écrits de tous ceux qui ont prétendu prouver
qu'Oxellodonum étoit ailleurs qu'àLufech
, puifque je n'ai qu'une feule démonftration
naturelle pour les convaincre
d'erreur , & que par la même raifon
e ferme la bouche à tous ceux qui
dans la fuite pourroient dire le contraire.
Perfonne ne peut me faire voir aucun
endroit dans le Quercy , ailleurs qu'à
Lufech, qui foit environné de toutes
parts
FEVRIER 1726. 319
parts d'un fleuve , excepté d'un vuide de
30. pieds qu'il laiffe , où font les murailles
de la Ville. C'eſt par cette demonftration
que je fais voir , dans le Memoire
que j'ai envoyé à Paris , que Samfon
fe trompoit , en plaçant Uxellodunum à
Cahors , le P. Labbe à Martel , les Payfans
à Cadenac , le Bret à Iffoulou. Je
-ne connois pas ici le genie fuperieur de
M. l'Abbé de Vayrac , il accufe Scaliger
de s'être trompé , lorfqu'il dit que la
Dordogne fait le tour d'Ifoulou , que
c'eft la Tourmente . M. l'Abbé peut- il faire
ce tort à cet habile Romain , de qui nous
tenons les Commentaires de Cefar , qu'il
ait donné dans un tel échange , de pren
dre un petit ruiffeau pour un fleuve ; il
nomme juſques à trois fois flumen. Cette
Riviere qui fait le tour d'Uxellodunum
qui a jamais pris la Tourmente pour flumens
mais encore de plus , M. l'Abbé
peut- il dire , que la Tourmente faffe le
tour d'Iffoulou : s'il prétend que la Tour
mente le faffe d'un côté & la Dordogne
de l'autre , le Commentateur n'auroit
pas dit flumen au fingulier : mais flumifuppofé
qu'il eut pris un ruiffeau
pour une riviere : quand je conviendrois
que Hirrius n'auroit pas diftingué la
Tourmente de la Dordogne , il auroit
dit faux, quand il ne met que 300. pieds
E vi
na
>
d'up
320 MERCURE DE FRANCE:
d'un bord de l'un à l'autre de ces deux
Rivieres , M. l'Abbé eft de trop bonne
foi , pour ne pas avouer qu'il y en a plus
de trois mille.
Si quelqu'un me conteftoit un fief ,
fur lequel je pourrois prétendre d'avoir
droit , je m'attacherois à produire un acte
autentique , qui prouvât qu'il étoit à
moi , qu'on trouvât dans cet Acte la fituation
du fief, avec les confrontations
permanentes , & la dimenſion du terrain
que je demanderois , l'Acte autentique
que je produis font les Commentaires de
Cefar: j'y trouve la fituation de Lufech
fur un rocher efcarpé de toutes parts ,
j'y trouve la confrontation permanente ,
qui eft le Loth & tellement permanente ,
qu'elle n'apû changer , c'eft l'Acte même
qui
le porte , en parlant de la Riviere
qui en fait le tour , hoc avertere natura
loci prohibebat ; fic enim radicibus montis
ferebatur , ut nullam in partem , depreffis
foffis , derivari poffit , j'y trouve
la dimenfion de 300. pieds d'un bord à
l'autre de la Riviere , ni plus ni moins,
je trouve dans cet eſpace la Fontaine tarie
, je trouve encore que cet efpace vuide
de 300. pieds va en montant , comme
difent les Commentaires : cela eft fi
uni , qu'il monte également de chaque
côté, qu'il finit en pointe. Je défie tous
les
FEVRIER. 2726. 3.2.1
les mortels enſemble de pouvoir mieux
établir un fief qui feroit en difpute ,
puifque le feul local en décide , & je défie
chaque particulier de pouvoir adapter
ailleurs ce qu'on trouve à Lufech conformément
aux Commentaires.
Voilà , Monfieur , ce que la décou →
verte que M. Augier s'attribuë , me donne
occafion de vous écrire. J'ai l'honneur
d'être vôtre très - humble & trèsobéiffant
ferviteur , la Fage de Moftolac,
Archiprêtre de Lufech.
Ce 1. Octobre 1725.
PORTRAIT de Madame ***
Oindre à beaucoup d'efprit un teint où mil
le roſes ,
Semblent nouvellement éclofes ,
Unebouche vermeille , un fouris gracieux
Je ne fçais quoi de vif & de doux dans les
yeux
Qui penetrant jufques dans l'ame ,
Y répand, quoiqu'on faffe , une fecrete flame
me ;
Iris , c'eft-là vôtre portrait,
Mais d'un coeur qui vous aime adoucir l'ef
clavage ,
La
322 MERCURE DE FRANCE.
Le rendroit encor plus parfait ,
S'il pouvoit l'être davantage.
Le Chevalier de Belleville.
REMARQUES fur une Médaille de
Philippe fecond , Roi d'Espagne ,
par M. D. P.
Puifque
vous le voulez , Monfieur
je vais continuer de vous entretenir
de quelquesMédailles ,qui font parmi celles
que je poffede , mais ne vous attendez
pas à des recherches fçavantes & curieufes
, cela eft au- deffus de mes forces ; je
ne cherche feulement qu'à répondre à
vôtre empreffement je commence donc,
& c'eft Lukius aujourd'hui qui m'en fournit
le fujet.
Cet Auteur , dans fon Sylloge Numifmatum
elegantiorum à la page 185. donne
le deffein d'une Médaille de Philippe fecond
, Roi d'Espagne , où ce Prince eft reprefenté
d'un côté à demi- corps , le dos
couvert d'une cuiraffe ; & la tête nuë,
pour Legende PHILIPPUS HISPANIARUM
REX INVICTISSIMUS : le Revers eft chargélan
Soleil -Lev ant fur un Char attelé
FEVRIER 1726. 323
telé de quatre chevaux , & le champ de
la Médaille eft couvert de montagnes ,
de mers & de Villes , dans un lointain ,
pour Legende , JAM ILLUSTRABIT OMNIA.
L'explication que donne Lukius à cette
Médaille regarde l'avantage que le
Comte d'Egmont , qui commandoit les
Troupes Espagnoles en 1558. remporta
fur le Maréchal de Thermes , & fur
l'Armée Françoiſe , près de Gravelines,
le 13. Juillet , quelque temps après
que nous nous fûmes rendus maîtres de
Dunquerque , comme fi cette victoire alloit
ouvrir un chemin à la conquête de
l'Univers , ce qui eft exprimé par la Legende
JAM ILLUSTRABIT OMNIA.
Je ne fçai fi cette explication eft bien
jufte , & je ne vois pas ce qui peut avoir
déterminé Lukius à rapporter cette Médaille
à l'année 1558. car vous remarquerez
, s'il vous plaît , que l'année n'eft
point fur la Médaille , il y avoit alors
déja trois ans ou environ , que Philippes
regnoit , & il me femble que ce
jam illuftrabit omnia n'eft gueres flateur
en cette occafion , c'eft prefque fairé
entendre , que jufques - là ce Prince
étoit refté dans l'inaction ; cette de vife
ne convenant qu'à un jeune Prince qui
commence à fe mettre en campagne , ou
qui
324 MERCURE DE FRANCE.
qui monte fur le Thrône , il feroit aifé
de vous en donner des exemples à peu
près pareils.
pas
Je ferois donc tenté de croire , que
Lukius , qui peut - être ne travailloit
toûjours fur les Originaux , & qui pouvoit
fe fervir des defcriptions de Médailles
qu'on lui envoyoit , aura pû être
trompé par la faute de quelque Copifte
, ou bien il aura pû , comme il avoit
l'efprit rempli d'un nombre infini de Legendes
, prendre l'une pour l'autre.
Ce qui me donne ce foupçon , c'eft une
Médaille que j'ai du même Prince , toute
femblable pour le métail , la grandeur,
la Tête , le Revers & la Legende du
Revers , mais dont la Legende de la tête
eft differente, & quadre bien mieux avec
celle du Revers , outre que l'année eft
marquée , la voici : PHILIPPUS REX
PRINC. HISP. ÆT. S. XXVIII . 1555.
Cette année , qui eft , comme vous le
fçavez, celle de l'Abdication de Charles
V. en faveur de fon fils , donne un grand
jour à cette Médaille , & en juſtifie pleinement
le Revers , fans qu'il foit beſoin
de grandes explications pour le prouver,
un coup d'oeil fuffit pour s'en convaincre.
Mais vous me demanderez peut -être ,
fi cette Médaille a été frappée avant ou
après l'abdication , le titre de Roi femble
FEVRIER 1726 .. 325
>
ble déterminer que c'eft après ; celui de
Prince des Efpagnes , qui eft celui de
l'heritier de la Couronne , prouve au
contraire que c'eft avant. II y a fi je
ne me trompe , une maniere de concilier
ces contradictions apparentes , c'eſt de
dire que la Médaille a été frappée imme
diatement après l'abdication que fit Charles
en faveur de fon fils , de fes Etats de
Flandres , en Octobre , & avant celle
qu'il lui fit , quelques mois après , de fes
Royaumes d'Efpagne & des Indes. Le
titre de Roi que porte Philippe , n'a rien
qui gêne ce fentiment , depuis fon Mariage
avec Marie , Reine d'Angleterre
en 1554. Il portoit le titre de Roi d'Angleterre
, que Marie lui avoit accordé
un des articles du Mariage.
par
Voilà , Monfieur , tout ce que vous
aurez de moi aujourd'hui.
Je fuis , & c.
D'Orleans , ce 9. Novembre 1725.
DER326
MERCURE DE FRANCE.
DERNIERE Ode du 1. Livre d'Horaces
Traduction.
Je n'aime point les dépenfes , E
Chers Amis dans un feftin s
Il ne me faut point d'effences ,
Lorfque j'ai d'excellent vin.
Je me paffe de couronne ,
Quand au milieu de l'Automne
Je bois le jus de Bacchus ;
Dans la plus brillante Fête ,
Je me couronne la tête
Del'arbre aimé deVenus.
*******************
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. de
la R .... le 4. Janvier 1726. fur
quelques faits qui regardent l'Histoire
litteraire de Provence.
JH
E n'ai rien à vous dire de plus , Monfieur
, fur le morceau d'Antique dont
vous me parlez , trouvé dans nos anciens
Bains , avec la figure d'un Priape , que
ce
C
FEVRIER 1726. 327
ce qu'en a dit M. de Chafteuil - Gallope
dans fa Lettre , qui eft à la fin de l'Hif
toire naturelle des Eaux chaudes de la
Ville d'Aix en Provence , imprimée en
1705. Il a épuifé la matiere fur ce fujet
, & toutes les conjectures qu'on peut
former fur les trois lettres myfterieufes
1. H. C. qui fe trouvent fur cette figure
.
A l'égard de M. de Chafteuil , Auteur
de cette Lettre , pour lequel il me femble
que vous vous intereffez , c'eft un
Gentilhomme de notre Province , qui eſt
dans un âge fort avancé , & accablé d'infirmitez
. Il a été en fon temps hommede
beaucoup d'efprit & d'érudition , & il
fort d'une Maifon fertile en Gens de
Lettres. Il eft propre neveu de ce fa
meux Solitaire du Mont Liban , dont
vous avez donné depuis peu la Vie dans
le fecond volume de votre Voyage de
Syrie. Son pere étoit Avocat General,
du Parlement ; mais il perdit fa Charge
à l'occafion des troubles de cette Province
, vers l'année 1660. Ce Magif
trat avoit amaffé beaucoup de livres curieux
, furtout les Ouvrages des vieux
Romanciers , & des Poëtes François , &
quelques Manufcrits que j'ai acquis . Il
mettoit pour Devife à la tête de fes Livres
Adverfante fortuna. Ce fut lui qui
donna
18 MERCURE DE FRANCE."
donna le deffein , & qui compofa les
Emblêmes & les Devifes des Arcs de
Triomphes , érigez en l'honneur de
Louis XIII. lorfqu'il fit fon entrée dans
la Ville d'Aix. Ils ont été imprimez , &
bien reçûs des Connoifleurs . Il annonce
dans ce Livre , qu'il avoit deffein de
donner l'Histoire de la Ville d'Aix , &
j'ai vû quelques Memoires de lui fur ce
fujet. M. fon fils , dont je viens de vous
parler , a continué le même Ouvrage
mais fon travail n'eft pas fort avancé. Il
fut chargé , lors du Voyage des trois Princes,
petits - fils de LOUIS LE GRAND,
de donner le deffein & les emblêmes des
Arcs triomphaux , dreffez pour leur reception
dans Aix , & il en a publié un
Ouvrage in folio , dans lequel il y a un
morceau très - curieux fur les Anciens
Troubadours & les Cours d'Amour. Il
rencherit beaucoup fur Jean Noftradamus
, qui a traité le même fujet . Si on
en retouchoit un peu le ftile , on en feroit
un Ouvrage excellent. On travaille
ici à le faire imprimer , mais l'Auteur
n'eft plus en état d'y rien changer . Il a
été affez bon Poëte , furtout pour le Provençal.
Il étoit lié d'amitié avec M. de
la Fontaine , avec l'Abbé Tallemant , &
avec plufieurs autres Poëtes & Gens de
Lettres. S'étant un jour trouvé dans une
AffemFEVRIER
1726. 345
Affemblée à Paris , où quelqu'un foutint
, que la Langue Provençale n'étoit
propre que pour de petites chanfons ;
pour defabufer de cette opinion , il s'avifa
de faire une Ode dans cette Langue
fur la prife de Maftrich , elle fut fort
goûtée , & on trouva qu'il avoit atteint
à la majefté du Lyrique.
PREMIERE ENIGME.
Ans contredit les Enfers m'ont fait naître
Sans
Pour maltraiter du Ciel les favoris ;
Nul contre moi ne fe peut rendre maître ,
Les plus vaillans par moife trouvent pris.
Auffi chacun me fuit comme une pefte ;
Mais trop fouvent j'attrape qui me fuit.
Où l'on me fçait fans demander fon reſte ,
Avecgrand' hâte on s'éloigne , & fans bruit.
Le croiroit- on ? par mes fâcheufes armes ,
J'anéantis la plus fiere beauté ;
Et l'on ne peut par prieres ni larmes
En certains temps vaincre ma cruauté.
Pour
380 MERCURE DE FRANCE:
Pour toi , Lecteur , qui metiens en peine
ture ,
Vois fi tu peux me connoître à ces traits ,
Si tu n'y peux penetrer ma nature ,
N'afpire pas à me voir de plus près.
J
DEUXIEME ENIGME
E fuis fille d'une mere ,
Et volage & très - legere ,
Qui me produit en paffant' ,
Et puis fe perd à l'inſtant. .
On me chaffe , on me fait la guerre ;
J'ai fous moi des flammes , des feux ;
Il n'eft permis qu'à quelques malheureux
De venir me jetter par terre.
Si on me laiffe augmenter & groffir ,
Si je peris dans mes fombres demeures ,
On eft trop tard fujet au repentir ,
Je fais paffer de très- échans quarts d'heures.
TROISIEME ENIGME
INcapable de
courroux ,
Il faut pourtant qu'on fuccombe ,
Qu'on
FEVRIER 1726 .
335
Qu'on periffe , & que l'on tombe
Sous la force de mes coups.
Je fuis faite pour détruire ;
Pour marque de mon pouvoir,
Jadis un fuperbe Empire ,
En pompe me faifoit voir.
Ala gêne fans te mettre ,
Je te dirai fans façon ,
Qu'avec une feule lettre ,
Tu peux rencontrer mon nom .
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier , par les Mouchettes
l'oublieux & l'Almanach.
XX :XXXXXX :XXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voifins , ddeeppuuiiss la décadence des
Royaumes d'Ifraël & de Juda , juſqu'à
la mort de Jefus - Chrift . Par M. Prideaux
, Doyen de Norwic , traduite de
Anglois. Nouvelle Edition revûë
core
632 MERCURE DE FRANCE.
corrigée & augmentée , avec des Cartes
& des Figures en taille-douce . A Paris
, ruë S. Jacques , chez G. Cavelier,
1726. 7. vol in 12 ,.
LE CHIRURGIEN -MEDECIN , ou Lete
tre au fujet des Chirurgiens qui exercent
la Medecine . A Paris , rue S. Jac
ques , chez F. Babuti , 1726. petit in 12
de 89. pages.
LA LANGUE FRANÇOISE expliquée
dans un ordre nouveau , où l'on trouve
des Principes certains fur toutes les parties
du Difcours , plufieurs Lettres choifies
, tirées des meilleurs Auteurs , avec
des Remarques critiques , & un Abregé
de la Verfification . Par M. V. Malher
be. A Paris , Quay des Auguftins , chez
N. le Breton , 1725. in 12. de 343 .
pages.
LETTRES fur divers fujets de morale
& de pieté , Tome fecond. A Paris ;
ruë S. Jacques , chezJ. Etienne , & F.
Babuti , 1726. in 12. de 516. pages .
APPARAT ROYAL , ou nouveau Dic
tionnaire François-Latin . A Lyon , & ſe
vend à Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques
, 1725. in 8.
CHI
FEVRIER 1726. 333
CHIRURGIE MEDICALE & raiſonnés
d'Etmuller. Lyon , 1723. Ibid..
。
METHODE PRATIQUE pour converfer
avec Dieu. Lyon , 1724. Ibid. in 12 .
II.
OEUVRES DIVERSES de M. de Segrais.
Lyon , 1723. Ibid. 2. vol. in 12 .
PENSEZ - Y -MIEUX , Abregé hiftorique
des erreurs de tous les fiecles , fur les
-matieres du Penfez-y-bien des Sçavans.
Memoriale noviffimorum ad ufum Sanc-
-tuarii. A Paris rue des Amandiers
chez L. Seveftre , & Quay des Auguf
atins , chez Chaubert. 1725. in 12. de
117. pages,
GEOGRAPHIE UNIVERSELLE , hiftorique
& chronologique ancienne & moderne
, &c. Par M. Noblot. A Paris ,
schez Huart l'aîné & Compagnie ,11725 .
-6 . vol. in 12.
ABREGE' DES VIES DES ANCIENS PHILOSOPHES
, avec un Recueil de leurs plus
abelles Maximes . Par M. D. F. A Raris,
rue S. Jacques , chez J..Etienne , in 17.
-de 495 pages.
3 ?)
*
F EPITRE
334 MERCURE DE FRANCE .
EPITRE A DIOGNETE , dans laquelle
FAuteur, fur les ruines de l'Idolâtrie &
du Judaïſme , établit les plus folidės
fondemens de la Religion Chrétienne .
Ouvrage du premier fiecle , traduit de
l'Original Grec. A Paris , ruë S. Fac
ques , chez Armand . 1725. Broch. in
12. de 40. pages .
1
RECUEIL HISTORIQUE , chronologique
& Topographique des Archevêchez ,
Evêchez , Abbayes & Prieurez de France
, tant d'hommes que de filles , de nomination
& collation Royale , les noms
des Titulaires , la taxe en Cour de Rame
, telle qu'elle eft fur le livré de la
Chambre Apoftolique ; les revenus , les
unions & penfions fur les Benefices ,
&c. Par Dom Louis Beaunier , Religieux
Benedictin. A Paris , au Palais chez
Menier , 2. vol . in 4. 1
TRAITE' de la Societé civile , & du
moyen de fe rendre heureux en contribuant
au bonheur des perfonnes avec qui
l'on vit. Par le Pere Buffier , de la Compagnie
de Jefus, 1. vol . in 8. A Faris ,
chez Giffart , & chez Bordelot, rue Saint
•Jacques , 1726.
On peut dire que de tous les Ouvrages
de l'Auteur , il n'en eft point qui doi-
་
ve
FEVRIER 1726 335
४
ve plus intereffer que celui- ci. Tous les
hommes ont à vivre avec d'autres hommes,
& tous veulent être heureux . II
eft certain que rien ne contribue davantage
à le devenir ( autant que le comporte
la condition humaine ) que de contribuer
à la fatisfaction de ceux à qui nous
avons rapport ; par là ils font diſpoſez
à procurer la nôtre.
$
Le P. Buffier a attaché à ce point , non
feulement la fcience de la Societé civile ,
mais encore toute la fcience de la Mo
rale en general : car il n'eft aucun des
devoirs de l'homme , qui ne faffe partie
des devoirs de la focieté , par là chacun
eft intereffé , non - feulement à être
raifonnable , reglé , vertueux , mais encore
à faire que les autres le foient auffi.
Si un homme vicieux ne faifoit tort qu'à
lui- même , quand il eft vicieux , je dirois
feulement , tant pis pour lui ; mais
dans le plan de ce Livre , je dois dire
auffi , tantpis pour moi . Car fi ceux avec
qui je vis font déreglez , je ne devrai ,
qu'à de purs hazards de n'être pas la
victime de leur mauvaiſe foi , de leur
trahi fon * de leur emportement , & c.
L'Auteur , à ce fujet , montre dans un
Chapitre particulier , qu'effectivement
il n'eft point de paffion déréglée , ni de
vice , ni même de défaut , qui ne foit
Fij con336
MERCURE DE FRANCE .
contraire ou plus ou moins au bonheur &
au repos de la Societé..
On fait des applications de cette regle
à des fujets qui font de l'ufage le plus
fréquent dans la Societé civile ; tel que
le foin de parler obligeamment aux autres
, de prévenir les occafions de contradiction
qui fe rencontrent , de ne ſe
permettre la raillerie qu'avec des circonfpections
dont on marque ici le détail .
On obferve d'ailleurs , que lorfque la
raillerie eft bien entendue , elle peut
quelquefois produire un bon effet : témoin
celle du Prince de Guimené au
Comte de Soiffons , qui avoit ordre d'affieger
Corbie . Les Officiers ayant res
connu la place , affurerent qu'elle ne
pouvoit tenir , & qu'il ne falloit que la
tommer. Le Comte repliqua , par les
motifs qu'on peut imaginer , qu'il falloit
cependant faire le fiege , pour exe
cuter les ordres du Roi & du Cardinal
de Richelieu , furquoi le Prince de Guimené
dit : Si la Place veut bien fe rendre,
prenons -la toûjours : quitte à la rendre
, fi M. le Cardinal trouve mauvais
que nous l'ayons prife fans coup ferir. La
plaifanterie donna à entendre , ce que le
refpect n'auroit peut - être pas permis de
dire férieufement.
Les autres fujets , tels que ceux quil
re-
་
FEVRIER 1726. 337
regardent l'excès des paroles , les marques
à quoi nous pouvons connoître , fi
nous ennuyons les autres en parlant ; le
foin qu'on doit prendre d'éviter les inanieres
hautaines , infolentes , piquantes ,
bizares , chagrines , diftraites , précieufes
, affectées , pédantefques , font expofées
avec des détails qui peuvent être
d'un grand ufage. Ce fait qui de ce Livre
comme un Traité raifonné & fondé
en principes de civilité & de fçavoir
vivre.
En parlant des qualitez morales . On
donne bien à rabattre de la haute idée
qu'ont plufieurs du Traité de l'Amitié
fait par Ciceron , & par d'autres Auteurs
de fa fuite. On fait entendre ici qu'ils
ont fait le Roman de l'Amitié . Ils en ont
parlé , fuppofant les hommes dans l'état
où il feroit à fouhaiter qu'ils fuflent , &
non dans l'état où ils font en effet . Quoiqu'il
en foit , ceux qui aiment à philofopher
, feront apparemment fatisfaits de
voir la netteté , avec laquelle notre Philofophe
démêle les refforts du premier
mobile de la Morale & de la vie , qui eft
l'amour de nous - mêmes ; & comment les
actes les plus genereux , qui font que
nous nous facrifions à un ami , ne font
qu'un facrifice que nous faifons de nousmêmes
à nous- mêmes. C'eft à peu près
Fiij ( fi
338 MERCURE DE FRANCE
fi nous prenons bien fa penfée ) le fa
crifice que font quelques- uns d'eux - mêmes
& de leur fanté , au plaifir de faire
trop bonne chere.
En examinant la nature de la, fineffe ,
par rapport aux moeurs & à la conduïte
de la vie. Le talent , dit- on , n'en est pas
mauvais en foi , mais l'usage en eft dangereux,
& la reputation n'en vaut rien.
La derniere Partie où l'on traite des
Jources des droits de la Societé , fournit
des principes generaux qui s'étendent
toujours à la pratique , & qui fous le
jour où on les montre ici , découvrent
toujours quelque chofe de nouveau . Ainfi
on recherche au Chapitre VII. fi c'eſt
une maxime generalement à fuivre , de
faire à autrui ce que nous voudrions qu'on
ous fit à nous-mêmes . Si la maxime étoit
vraie dans toute fon étendue & la précifion
, un homme qui aime le vin , &
qui fouhaite qu'on le faffe boire à l'excès
, devroit donc enyvrer les autres
parce qu'il voudroit qu'on l'enyvrât luimême.
On cite à cette occafion un trait
d'Hiftoire particulier rapporté par Arif
tote.
Dans certaine famille , un pere fe tenoit
content , pourvû que fon fils usât
avec lui des mêmes traitemens qu'il avoit
faits lui- même à fon pere. Un d'eux repris
FEVRIER 1726. 339
pris d'avoir battu fon pere , je ne fuis pas
blamable , dit-il , car mon pere avoit battu
le fien ; & mon fils me battra à fon
tour , c'est l'usage dans notre famille. Un
d'eux étant encore chaffé violemment
de la maifon par fon fils : Hola , mon
fils , lui dit- il , voilà le terme à je ne
chaffai pas mon pere plus loin. Eftoit- ce
un droit bien établi au fils , demande le
P. Buffier , de maltraiter fon pere , fous
prétexte que
fon
vouloit bien , que
le fils qu'il auroit en usât de même ?
Une morale traitée de la forte , quel
que folide & inftructive qu'elle foit ,
peut , comme on le voit par ces traits
tenir lieu d'un amufement ingenieux .
En effet l'Auteur a pris foin de mettre
beaucoup de veritez dans fon Ouvrage,
& d'inferer en chacun des Chapitres ,
des traits d'Hiftoire choifis du caractere
de ceux que nous avons rapportez .
pere
On fait à la fin de ce Livre un examen
critique des Traitez de Morale d'Auteurs
tenommez ; tels que Ciceron , Char-
- ron , Regis , Puffendorf , Gaflendi , & c.
Ces difcuffions philofophiques veulent
être lûës dans l'Ouvrage même .
L'Auteur nous à priez d'avertir , qu'on
doit ajoûter à fon Errata , qu'à la page
48. ligne 29. au lieu du mot en Flandre
, il faut lire en Suille. La choſe ne
Fiiij fait
340 MERCURE DE FRANCE .
fait rien au fens & à la fuite du Livrer
mais les Flamans polis d'aujourd'hui ,
n'agréroient peut-être pas , qu'on leur attribuât
l'ufage de boire plufieurs dans un
même verre , fans le rincer.
1
L'IMPROMPTU DE LA FOLIE , Ambigu
Conique , par M. le Grand , Comedien
du Rois A Paris , Quay des Augustins
chez la veuve Ribou , Pepins
gue & Flahaut , 1726 , in 12. de 120
pages , faris l'Epître au Seigneur Aimon ,
General de la Calotte. Le frontispice eft
orné de trois morceaux de gravure de
bon goût , qui ont rapport au fujet qu'on
traite.
Les détails , dans lefquels nous fommes
entrez , lorfque cet Ouvrage a pal
ru fur le Theatre François , & le compte
que nous en avons rendu au Public,
nous difpenfent de faire aucun Extrait . Il
fuffira de dire un mot de l'Epître dedicatoire
, pour mettre le Lecteur en état
d'en juger. L'Auteur la commence ainfi
MONSEIGNEUR ,
Duffiez- vous me placer furnumeraire
dans votre Brigade des Faux - Plaifans
, ou dans celle des Ennuyeux , j'ai
crû ne pouvoir mieux meriter l'hon-
.... neur
FEVRIER 1726. 341
neur que vous m'avez fait , de m'enroller
dans votre illuftre Corps , qu'en
vous dédiant mon Impromptu de la Folie.
Il a fait plaifir à toute la Calotte , c'eſtà-
dire , qu'il a été du goût de bien du
monde ; & fur le fuccès , je pourrois
me flatter d'être reçû dans votre Brigade
des Foux heureux , fi quelque ſubalterne
de la Brigade des Difficiles ne tra
verfoit mes deffeins.
Je veux parler de ces Calotins flegmatiques
que rien ne réjouit , & qui ne
réjouiffent perfonne de ces Poltrons
critiques , qui n'ayant jamais ofé monter
la tranchée du Parnaffe , ni même
courir le moindre hazard , ' ne font
occupez qu'à rabailler le merite des actions
des autres.
En verité , Monfeigneur , vous devriez
forcer ces Cagnards cauftiques à
s'expofer au feu à leur tour , ou les'condamner
du moins à demeurer pour toujours
renfermez dans leurs Cazernes.
Vous avez affez d'autres Soldats pour
tenir tête à la Sageffe , en cas qu'elle
voulut remuer & rompre le Traité que
vous avez arrêté depuis un temps entre
elle & la Folie , &c. Vous avez commencé
par porter notre Déeffe à être
moins extravagante & moins outrée , &
F v fa
342 MERCURE DE FRANCE.
fa fiere ennemie à paroître moins bizarre
& moins auftere , & c.
Quelle gloire pour vous
Monfei
gneur , étant General de la Calotte , de
vous voir en même temps fi bien avec
la Sageffe ! d'avoir trouvé le moyen de
ramener fes Sujets à fon obéiflance , en
inventant un nouvel art de corriger les
moeurs en folâtrant , & de faire la guer
reau Ridicule , en lui donnant des louanges
à le faire rougir , & c. Je fuis avec
un profond refpect , & c .
Il paroît un Livre , qui a pour titre,
Memoires, ou Differtation fur la validité
des Ordinations des Anglois , & fur la
fucceffion des Evêques Anglicans , pour
fervir de Réponse au Livre du R. Pere
le Couroyer. Par M. Efenvell , Premier
Doyen de Laonne en Irlande . Il fe vend
à Paris , chez Nicolas le Clerc , ruë de
la Bouclerie , & Jacques Joffe , rue Saint
Jacques .
La Bibliotheque de feu M. de Camilly
, Archevêque de Tours , fera vendue
à Paris en détail le 7. Mars & jours
fuivans . Le Catalogue imprimé fe diftri
bue che Charles Ofmont, pere , & Ga
briel Martin Libraires ruë S. Jacques.
> ›
On
FEVRIER 1726. 343
On trouve chez le même Martin le
Catalogue imprimé de la Bibliotheque
de M. de Boiffier , en 3. vol . in 12. de
350. pages .
Le P. de la Maugeraye , J. ci - devant
Profeffeur des Mathematiques au College
de Louis le Grand , va donner au Public
plufieurs Traitez de Mathematique.
11 commencera par le Mouvement local,
les Mechaniques , & l'équilibre des Liqueurs.
Les Etats d'Hollande firent publier un
Placard le 21. Janvier , par lequel il eſt
défendu fous de rigoureufes peines
d'imprimer aucuns écrits de quelque nature
qu'ils puiffent être , fans que l'Original
foit figné par l'Auteur ou par l'Editeur
qui doivent être connus ; & au
cas que ces Ecrits concernent la Religion
ou les affaires d'Etat , il eft enjoint
aux Imprimeurs de fe munir d'une per-
"miffion particuliere , fuivant les anciennes
Ordonnances du pays.
Nul Imprimeur n'entreprendra d'imprimer
aucuns Ecrits , à moins qu'ils ne
foient fignez & qualifiez , comme il eft
dit ci - deffus , laquelle fignature & qualification
il fera toujours obligé de gar
* der , & tenu d'exhiber lorfqu'il en fera
requis.
F vj
Aucun
344 MERCURE DE FRANCE .
Aucun Imprimeur n'aura la hardieffe
de laiffer fortir de fa Preffe , moins encore
de debiter , envoyer , au vendre aucuns
Ecrits , de quelque nature qu'ils
puiffent être , à moins qu'il n'y mette
fon nom & le lieu de fa demeure ; faute
dequoi il en fera regardé comme l'Auteur.
Il eft défendu auffi de recevoir aucuns
Libelles imprimez ou Manufcrits venant
de dehors ; ou les ayant reçûs par inadvertance
, de les debiter ou divulguer.
Perfonne ne pourra acheter aucuns papiers
imprimez , de la nature dont il eft
parlé ci- deffus , & où le nom & la demeure
de l'Imprimeur ne fe trouveront
point ni les negocier , les avoir publiquement
ou fecretement , les garder ou
les montrer , & encore moins les répandre
, ou les faire répandre , le tout directement
ou indirectement.
*
Au contraire , chacun fera tenu , quand
quelques - uns des fufdits Ecrits ou Libelles
défendus , imprimez ou non imprimez
, foit en dedans ou hors de ce pays,
feront parvenus à fa connoiffance , de les
declarer , ou de les faire connoître fur le
champ & en cas qu'ils foient en fon
pouvoir , de les remettre , & d'en dénoncer
Auteur & le Poffeffeur , s'il les
connoît , au Procureur General , ou aux
1
་
#
BailFEVRIER.
1726. 345
-
•
Baillifs des lieux où le cas écherra , & c.
Merville , Libraire à la Haye , im
prime l'Hiftoire Litteraire de l'Europe
qu'il publiera tous les mois . Ce Journal,
qui fera de fix feuilles d'impreffion , paroîtra
regulierement la premiere femaine
de chaque mois. On y donnera l'Extrait
des meilleurs Livres de quelque Matiere
qu'ils traitent , & en quelque Langue
qu'ils foient écrits ; on y joindra un Ca
talogue choifi des Ouvrages nouveaux ,
les nouvelles Litteraires les plus intereffantes
, & de temps en temps les Pieces
fugitives qu'on jugera dignes de la cu
riofité du Lecteur.
JOEUVRES de M. de S. Evremont , publiées
fur les Manufcrits de l'Auteur.
Nouvelle Edition , revûe , corrigée &
augmentée de la vie de l'Auteur. A
Londres , fe vend à Paris , rue Saint
Jacques chez Briaffon . 1725. 7. vol.
in 12.
HISTOIRE DE DAUPHINE' , & des Princes
qui ont porté le nom de Dauphin
particulierement de ceux de la troifiéme
Race , defcendus des Barons de la : Tour
du Pin , fous le dernier defquels a été
fait le tranfport de leurs Etats à la Cou-
Ion
346 MERCURE DE FRANCE.
ronne de France , avec plufieurs Obfervations
fur les moeurs & coutumes anciennes
& fur les familles . A Geneve
2. vol . in fol .
Harangue & Vers , fur le mariage du
Roy.
On écrit de Blois , que le 14. de Janvier
, le P. Foreftier, Jefuite , Profeffeur
de Rhetorique au College Royal de cette
Ville , y prononça un Difcours Latin ,
en préfence d'une Affemblée nombreufe
& diftinguée ; le Roi Staniflas ne pût
s'y trouver en perfonne , comme Sa
Majesté avoit bien voulu le faire efperer.
Il envoya fon grand Maréchal pour y affifter
de fa part : ce Seigneur y vint accompagné
de quelques perfonnes de diftinction
de la Cour de Chambort.
La Harangue fut écoutée avec beaucoup
de plaifir . L'Orateur félicita le Roi
d'avoir choisi pour Epoufe une Princeffe
digne de lui , & la Reine , d'avoir pour
Epoux un Prince plus recommandable
par les vertus Royales , que par l'éclat
de fa Couronne. La piece eft femée de
traits brillants & ingenieux , qui ont mérité
d'être applaudis . L'Auteur a fçû ménager
& placer avec art , tout ce qui pouvoit
interefler le Roi Staniflas & fon
Augufte Famille . Les Portraits du Roi
&
1
FEVRIER 1726. 347
& de la Reine de France , dont l'éloge
faifoit le fond du Difcours , furent trou
vez également beaux & reffemblants .
Ceux qui les ont entendus , nous fçauront
mauvais gré de n'en pas mettre ici
quelques morceaux détachez ; la modeftie
de l'Orateur nous fervira d'excufe .
On diftribua dans l'affemblée , la piece de
Vers au Roi Stanislas que nous avons
inferée dans ce Volume , page 232. dont
la fiction eft ingenieufe & bien fuivie ,
& la verfification noble & foutenue .
-L'Academie des Sciences , nouvellement
établie à Petersbourg , y tint le 7.
Janvier la premiere affemblée publique ,
en prefence du Duc d'Holſtein , des Senateurs
& de quelques Miniftres étran
gers . M. Bulfinger , Profeffeur de Phyfique
, en fit l'ouverture par un très beau
Difcours Latin ; dans lequel après avoir
fait voir quel étoit le but , le devoir &
l'utilité d'une Academie des Sciences ; il
fit l'éloge du feu Czar, Fondateur de celleci
, & celui de la Czarine Regnante ,
qui en eft la Protectrice. Enfuite il traita
cette Queſtion . Si l'on étoit déja affez
avancé dans la connoiffance des proprié
tez de l'Aiman & des Aiguilles aimantées,
pour en pouvoir tirer une folution fuffisante
du fameux. Problême de la longitude fur
terre & fur mer.
Ce
348
MERCURE DE FRANCE .
Ce Difcours du Profeffeur & la manie
re dont il traita la queftion , lui attirerent
les applaudiffemens de tous les Auditeurs.
Les Membres de l'Academie furent
regalez magnifiquement par le Duc
d'Holftein . Les Profeffeurs de cette Academie
fant en Mathematiques , Mrs
Herman , Bernoully , de l'Ile , Goldbuch
en Mechanique , M. Leurman :
en Phyfique , M. Bulfinger : en Philofophie
, Ms Mattiny & Mayer : en Medecine
, Mrs Honenger , du Vernois ,
Bruiher , Bernoully en Hiftoire , Antiquitez
, Belles - Lettres & Droit public
, Mis Groff , Kohl , Bayer & Beckenftein.
On doit publier dans peu le
premier Memoire approuvé par cette
Academie ; il contient une Differtation
fur les longitudes , dont M. Bulfinger eft
Auteur.
Déformais on affure que ces Memoires
feront imprimez en langue Ruffienne
, pour l'inſtruction des Mofcovites
en Latin & en François. Les Academiciens
reçoivent tous les jours de nouvelles
graces de S. M. Cz. Elle les'a fait
loger dans des maifons magnifiques , en
attendant que leur bâtiment public foit
achevé leur Bibliotheque eft déja trèsconfiderable
, & entre les nouveaux Privileges
qu'elle leur vient d'accorder , ils
ont
FEVRIER 1726. 349
ont celui de donner des paffe- ports valables
à tous les Sçavans qui voudront
aller en Ruffie , où en fortir pour retourner
chez eux .
Les leçons publiques de l'Academie
devoient commencer à la fin du mois de
Janvier ; les affemblées particulieres fe
tiendront les Jeudy & Vendredy de chaque
femaine.
Les Academiciens qui s'appliquent à
l'étude de l'Hiftoire naturelle , ayant déja
formé un Cabinet très-confiderable ' de
curiofitez apportées des bords de la
mer Cafpienne , le Roi de Pologne en
ayant été informé , a fait prier la Czarine
de lui en envoyer pour enrichir
fon Cabinet de Drefde.
Un Artifan Mofcovite qui n'eft jamais
forti du pays , a préfenté depuis peu un
Globe celefte , & un Globe terreftre à
l'Academie , qui les a approuvez , & lui
a fait obtenir de Sa M. Cz . un Privilege
-honorable .
Le 13. Janvier dernier , jour de l'Otave
de la Fête des Rois , il y eut à Rome
une affemblée de gens de Lettres ,
dans une des Salles du College de Propaganda
fide, où l'on recita diverſes Pieces
de Poëfie & de Profe , en prefence
de neuf Cardinaux & d'un grand nom
bre
350 MERCURE DE FRANCE.
bre de Prélats. Le Pape y envoya felon
la coutume fix baffins de confitures feches.
Le Pere Bernard de Caftel- Branco ,
Abbé General de l'Ordre de S. Bernard
en Portugal , Grand Aumônier de S. Majefté
Portugaife , Confeiller d'Etat , Doc
teur en Theologie, Qualificateur du Saint
Office , Seigneur en qualité de General
d'Ordre & de Donataire de la Couronne
, des Villes de Alcobaça , Pederneïra,
Cos , Mayorga , Aljubarota , Cella- Nova
, S. Martin , Alfazeiraon , Sellier ,
Paredes , Ste. Catherine , Evora , Tur
guel & Alvorninha , Grand Chronolo
gifte du Royaume , & l'un des Princi
paux Membres de l'Academie Royale de
I'Hiftoire , mourut vers la fin du mois de
Decembre dernier dans le Monaftere d'Alcobaça
: il avoit commencé l'Hiftoire des
Rois Dom Ferdinand & Dom Pierre I.
& il en avoit lû les Difcours préliminaires
dans une des affemblées publiques de
l'Academie.
Affaires du Palais.
Le Jeudy 24. Janvier , il fut rendu
à la Grande Audiance du Parlement ,
un Arrest très notable , qui a déclaré un
mariage nullement & abufivement contracté
FEVRIER 1726. 351
tracté dans les circonftances qui fuivent.
Le fieur Jouflon Dupleffis , domicilié
dans le Dioceſe de Luçon , ayant épousé
la Dlle Arnaud , en eut des enfans . On
prétendoit qu'il avoit eu pendant fon mariage
un commerce fcandaleux avec la
De Daroft , & même qu'il lui avoit fait
une promeffe de l'époufer après la mort
de la femme.
Pour interrompre ce commerce , le fre
re de la Dlle Daroft fut obligé en 17 07.
de la faire enfermer dans le Couvent des
Filles Penitentes de la ville de Nantes ,
mais l'ayant fait fans aucun ordre des Superieurs
, M. le Procureur General du
Parlement de Rennes fit ordonner fur fon
réquifitoire , qu'il feroit informé des
caufes de cette détention .
L'information faite , la Dlle Daroft &
fa mere , furent décretées d'ajournement
perfonnel , avec défenfes à la Superieure
du Couvent de mettre en liberté la
Dile Daroft , fans un ordre exprès des
Juges , qui inftruifoient la Procedure
criminelle.
Cependant cette affaire n'eut point de
fuite ; mais la Dlle Daroft demeura toujours
renfermée jufqu'au 7. Mai 1711 ,
qu'elle fut mife en liberté , en vertu d'un
fecond Arreft.
}
Au mois de Septembre fuivant , le
fieur
352 MERCURE DE FRANCE .
fieur Jouffon , dont la femme étoit mor
te dès le 14. Mars 1710. fit publier un
ban pour fon mariage avec la Dlle . Daroft
, dans la Paroiffe d'Apremont , fur
laquelle il demeuroit ; il obtint de M.
l'Evêque de Luçon , difpenfe des deux
autres bans , & le mariage fut celebré
dans l'Eglife de S. Denis de Nantes ,
fans qu'il eût été publié aucun ban dans
cette Paroiffe , ni dans celle ou demeuroit
la mere de la Dile Daroft .
Il nâquit une fille de ce mariage . Les
enfans du premier lit du fieur Jouffon
affifterent au baptême de cette fille , &
même l'un deux avoit prié fa belle - mere
d'être maraine d'un de fes enfans ; en
forte
que pendant la vie du fieur Jouffon,
fon fecond mariage & l'enfant qui en étoit
Iffu , furent également reconnus dans ſa
famille.
La Dife Daroft mourut avant le fieur
Jouflon , qui n'eft mort qu'en 1720. Son
frere reprefenta alors un Codicile qu'il
fui avoit remis , auquel étoit attaché un
Bref de la Penitencerie de Rome , par
fequel , fans nommer perfonne , il étoit
permis à des particuliers de fe marier,
quoiqu'ils fuffent coupables d'adultere ,
& qu'ils fe fuffent fait des promefles réciproques
de mariage , lorfque l'un deux
étoit engagé dans un autre mariage ; mais
FEVRIER 1726. 353
il n'y avoit pas lieu de douter , que le
fieur Jouflon n'eût obtenu ce Bref pour
lui- même , puifque fon Codicile contenoit
ces termes : Voilà l'Extrait de mes
éponfailles fait à Nantes le 7. S ptembre
1711. avec les difpenfes de la penitence
que j'ai obtenues de Cour de Rome , qui
rendent mon mariage en bonne forme. Je
veux & entens que celui qui fera fa ofé
que de le contefter , foit privé de ce qui
peut lui venir de ma fucceffion .
Cependant un Oncle maternel de la
fille du fecond lit , ayant voulu en qualité
de fon Tuteur s'immifcer dans la fuc-"
ceffion du fieur Jouffon , les enfans du
premier lit s'y oppoferent , & interjet
terent appel comme d'abus du fecond mariage
de leur pere.
Ils établifloient leur appel fur deux
moyens . Le premier étoit le défaut de
préſence du propre Curé , le mariage.
n'ayant été celebré ni dans la Paroille.
du fieur Jouffon , ni dans celle de la
Dlle Daroft , mais dans une Paroiffe, de
Nantes , qui leur étoit étrangere , & où
ils s'étoient mariez fans permiffion de
leur Evêque , ni de leurs Curez .
f
Le fecond moyen étoit fondé fur le
commerce criminel qu'il y avoit eu entre
le fieur Jouffon & la Dlle Daroft avant
leur mariage , & avant la mort de la premiere
854 MERCURE DE FRANCE
miere femme du fieur Jouffon , ce qui
difoit-on , avoit formé un empêchement
dirimant , qu'un Bref de la Penitencerie
n'avoit pas pû lever.
: De la part du Tuteur de la fille du
fecond lit , on oppofoit d'abord à ces
moyens des fins de non - recevoir , fondées
, 1 ° . Sur les differens Actes par lefquels
les Appellans avoient reconnu pour
valable , le fecond mariage de leur pere.
2º. Sur la paisible & conftante poffeffion
où la Dlle Daroft avoit été de fon état
de femme du fieur Jouffon , & la Dlle
Jouflon de fon état de fa fille legitime .
On répondoit au premier moyen d'abus
, que le fieur Jouffon avoit rempli ce
que les Loix exigeoient de lui , en faifant
publier un ban dans fa Paroiffe , &
en obtenant de M. l'Evêque de Luçon
une difpenfe des deux autres bans ; que
la Dule Daroft ne devoit pas être censée
domiciliée dans le même Dioceſe lors de
fon mariage fait en 1711. quoiqu'elle y
demeurât autrefois avec fa mere ,
puilque
depuis 1707. elle avoit été renfermée
dans un Couvent de Nantes ; qu'une
habitation auffi longue fuffifoit lui
pour
acquerir un domicile de fait dans cette
Ville ; qu'à la verité ce Couvent étoit
fitué fur la Paroiffe de S. Leonard , mais
que c'étoit par des raifons de bienfeance
&
FEVRIER 1726. 355
& pour éviter le fcandale , que les Parties
avoient jugé à propos de celebrer
leur mariage devant le Curé de S. Denis
de la même Ville ; que tout ce qui s'étoit
pallé devoit faire préfumer , que
-ce Curé avoit été délégué par celui de
S. Leonard , pour leur donner la Benediction
Nuptiale ; qu'en effet la Elle Daroft
avoit obtenu difpenfe des trois bans
de M. l'Evêque de Nantes , que cette
difpenfe étoit adreffée au Curé de S. Leonard
, que la Directrice des Filles Pehitentes
avoit affifté à ce mariage , que
dans l'Acte de celebration , le Curé de
S. Denis avoit reconnu lui-même , que
te domicile de la Dlle Daroft étoit fur la
Paroille de S. Leonard , que ce Curé
étoit trop inftruit des regles pour avoir
receu le confentement des Parties contractantes
fans la permiffion de leurs Curez,
& que ces Curez étant décedez depuis ,
il n'étoit pas poffible de rapporter la
preuve de ce fait ; mais que le temps qui
s'étoit écoulé depuis ce mariage , devoit
faire préfumer en fa faveur & pour l'écat
de la Dlle Jouffon.
On difoit contre le fecond moyen ,
que les Appellans ne rapportoient aucune
preuve de l'adultere , dont ils accufoient
leur pere & la Dlle Daroft , ni
des promeffes de mariage qu'ils préten356
MERCURE DE FRANCE:
tendoient avoir accompagné ce crime ;
que l'information faite contre la Dile Daroft
n'avoit été fuivie d'aucune inftruction
, ce qui rendoit les dépofitions des
témoins indignes de foi ; que la Dlle Daroft
interrogée fur fes prétendues habi
tudes avec le fieur Jouffon , avoit tou
jours nié qu'elle eût jamais eu aucun
commerce avec lui avant leur mariage ,
& qu'elle étoit décedée fans que la juſ
tice eut rien prononcé contr'elle , que
le Codicile du fieur Jouffon étoit un écrit
fans aucun caractere d'autenticité , & que
l'énonciation qu'il faifoit du Bref de Penitencerie
, ne pouvoit être d'aucune confequence
, ,
parce que l'état des enfans ne
dépend jamais de la reconnoiffance ou du
défaveu des peres & meres ; que le Bref
de Penitencerie étoit anonime , & ne
pouvoit donner lieu qu'à de fimples préfomptions
peu importantes en matiere
d'état , que d'ailleurs ce Bref étoit indivifibles
que fi les Appellans vouloient
fe prévaloir des faits qui y étoient énonil
falloit admettre fon effet en faveur
du mariage en queftion , ou bien ,
que fi l'on vouloit qu'il ne fût d'aucun
effet pour la validité de ce mariage , il
falloit rejetter les faits y mentionnez ;
qu'enfin l'adultere , quand il feroit prou
vé , n'avoit jamais été feul un empê
,
cheFEVRIER
1726. 357
chement dirimant du mariage .
Nonobftant toutes ces raifons , le mariage
a été déclaré nul , conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat General
Talon , qui fit voir qu'il n'y avoit
point de fin de non - recevoir à oppofer
aux Appellans , parce que la poffeffion ,
où la Dlle Daroft & fa fille avoient été
de leur état , n'avoit pas été affez lon- .
gue pour pouvoir le leur affurer ; parce
que le filence des enfans du premier lit
paroifloit avoir été forcé pendant la vie
de leur pere ; parce qu'ils ne pouvoient
pas par ce filence fe dépouiller d'un droit
qui n'eft pas encore ouverts parce qu'enfin
les Actes , par lefquels ils avoient
reconnu la De Daroft pour leur bellemere,
& la Dlle Jouffon pour leur foeur,
avoient été ou extorquez par la crainte
d'être privez de la fucceffion paternelle ,
ou arrachez par la foumiffion qu'ils devoient
à leur pere.
Qu'au fond , le Curé de S. Denis de
Nantes , qui avoit celebré le mariage
du fieur Jouffon & de la Dlle Daroft n'étoit
le propre Curé ni de l'un ni de l'au
tre , que le fieur Jouffon avoit lui même
reconnu par la publication d'un de
fes bans , & par la difpenfe qu'il avoit
obtenue des deux autres , qu'il étoit domicilié
fur la Paroifle d'Apremont , &
G dar.s
A
358. MERCURE DE FRANCE.
dans le Dioceſe de Luçon ; que la Dile
Daroft étoit auffi domiciliée dans ce Diocefe
, que fa demeure chez les Filles
Penitentes de Nantes ne lui avoit point
donné le droit de contracter mariage dans
le Dioceſe de Nantes , parce que le domicile
fuppofe le choix de la perfonne , &
que nous ne reconnoiffons point en cette
matiere de domicile forcé ; qu'ainſi les
Parties n'auroient pas pû contracter mariage
devant le Curé de S. Leonard de
Nantes , qui étoit celui des Filles Penitentes
; qu'à plus forte raifon elles n'avoient
pas pû le marier devant celui de
S. Denis , qui leur étoit abfolument étranger
, & qui n'avoit eu à cet effet le confentement
d'aucun de leurs Curez , ni
même celui de M. l'Evêque de Nantes,
qui d'ailleurs n'auroit pû lui en donner
le pouvoir , le fieur Jouffon & la De Da
roft n'étant point fes Dioceſains .
Que quant à l'adultere , lorfqu'il étoit
accompagné de promeffes de mariage , il
étoit felon les Loix & la Jurifprudence
un empêchement dirimant au mariage ,
que celui dont on accufoit le fieur Jouf
fon & la De Daroft étoit parfaitement
prouvé par les informations , que la circonftance
des promeffes qu'ils s'étoient
faites de s'époufer , étoit conftatée par la
difpenfe de la Penitencerie que le fieur.
JoufFEVRIER
1726. 3.59
Jouffon avoit obtenue & par fon codicile
; qu'encore que cette difpenfe pût conftater
ces faits , elle ne pouvoit pas rendre
le mariage legitime , foit parce que
celui qui l'avoit accordée avoit borné
tous les effets au for interieur , foit parce
que les Tribunaux du Royaume ne
reconnoiffent point ces fortes de dif
penfes.
Le Vendredy premier jour de ce mois ,
on jugea à la grande Audience de la Tournelle
une Caufe , qui avoit excité la curiofité
des Jurifconfultes. Il s'y agifloit
de fçavoir , fi le Juge d'Eglife étoit recevable
à interjetter appel comme d'abus
d'une Procedure faite par le Juge Royal,
fur le fondement que ce Juge avoit entrepris
fur la Jurifdiction Ecclefiaftique ;
M. l'Evêque d'Angers avoit fait informer
par fon Official contre un Curé de
fon Dioceſe ,, pour avoir rendu des vifites
familieres au fexe , contre la diſpoſition
des Canons . Ce Curé ayant depuis
rendu plainte devant le Lieutenant Criminel
d'Angers , contre des témoins qui
avoient été entendus contre lui à l'Officialité
, ce Juge avoit procedé contr'eux ;
M. l'Evêque d'Angers appella comme
d'abus de cette Procedure , prétendant
qu'il y avoit entrepriſe fur la Jurifdiction
; on le foutint non-recevable dans
Gij fon
360 MERCURE DE FRANCE
fon appel , attendu , difoit - on , que cette
entrepriſe ne pouvoit donner lieu à un
pareil appel ; mais la Cour n'eût point
d'égard à cette fin de non - recevoir , &
jugea que comme l'entrepriſe du Juge
d'Eglife fur laJurifdiction du Juge Royal
donne lieu à un appel comme d'abus , de
même l'entrepriſe du Juge Royal fur la
Jurifdiction du Juge d'Eglife y peut don
ner lieu . Cependant la Cour prononçant
fur l'appel de M. l'Evêque d'Angers
dit qu'il n'y avoit abus ; & comme le
Curé étoit auffi appellant comme d'abus
de la Procedure faite contre lui à l'Officialité
d'Angers , il fut dit par le même
Arreft qu'il y avoit abus , en ce que la
plainte rendue contre lui , énonçant un
cas privilegié , l'Official n'avoit pas dès
ce moment appellé le Juge Royal . Cet
Arreft a été rendu conformément aux
Conclufions de M. l'Avocat General Gilbert.
aaaaaaaaaaaaabMM
CHANSON.
JE n'ai jamais apris , fa , mi , re , ut , fïí , la
Je ne fçai , ni game , ni note ;
Mais à la place de cela
J'ai le gofier brillant pour fifler la linotte.
:
Des
Air de Mr Guillo
ཆོས ཤུག ཚེ རེ
LASTOR
, LENO
ANO
TILDEN
FOUNDATIONS
,
डू
FEVRIER 1726.
361
Des Rois & de la Saint Martin ,
Je fais à plein la double Octave ;
Et fans connoître clefque celle de la cave ,
A merveille j'entonne un verre de bon vin.
L
SPECTACLES.
E 4. de ce mois les Comediens François
repreſenterent à la Cour la Tragedie
d'Iphigenie , & la petite Conredie
de l'Epreuve reciproque.
3
Le Mercredi 6. les Italiens y reprefenterent
Arlequin Bouffon de Cour , &
la petite Piece du Retour de la Tragedie
Françoife.
Le 7. Cinna & les Plaideurs par les
François.
On repete la nouvelle Tragedie d'Edipe
de M. de la Motte. Elle fera reprefentée
au commencement du mois
prochain.
Agrippa , Tragedie nouvelle , a été
reçûe depuis peu par les Comediens
François ; ainfi qu'une autre Tragedie
nouvelle de M. de Boiffi , qui a pour
titre Admete & Alcefte.
G iij
ON
362 MERCURE DE FRANCE .
On a repris la petite Comedie du
Mari retrouvé , dont on a parlé il n'y a
pas long- temps , & on y a ajoûté un Balet
nouveau , compofé de 14. perfonnes
, toutes de la Troupe Françoiſe , qui
fait un grand plaifir au Public.
Le Jeudi 21. de ce mois on reprit
Bajazet , Tragedie de M. Racine , dans
laquelle les Diles Labat & de Seine
jouerent les Rôles d'Atalide & de Roxane
.
La Dlle du Chemin la mere , qui étoit
au Theatre François depuis quelques
années , s'eft retirée avec mille livres
de penfion .
L'Académie Royale de Mufique continue
toujours les reprefentations d'Athys
avec fuccès. La Dile Lambert chanta
le 7. le rôle de Cybelle , à la place
de Mlle Antier , dans lequel elle fut applaudie.
On a diftribué les rôles d'un Opera
nouveau , qu'on doit jouer après Athys,
intitulé les Stratagênes de l'Amour. Le
Poëme eft de M. Roy , & la Mufique eft
de M. Deftouches : nous en parlerons
dans fon temps.
Le 8. Les Comediens Italiens remirent
au Theatre la Fanße Suivante ou le
Fourbe
FEVRIER 1726. 363
Fourbe puni. Cette Piece avoit été reprefentée
pour la premiere fois en Juillet
1724. nous en avons donné un Extrait
dans le Mercure du même mois .
Le fils du fieur Lelio y joiia le rôle d'Amoureux
avec beaucoup d'intelligence :
les talens qu'il fait paroitre pour le Theatre
, font efperer qu'il deviendra un trèsbon
Acteur.
Les mêmes Comediens donnerent le
Jeudi 14. de ce mois , la premiere reprefentation
d'une Comedie nouvelle en
5. Actes , en Profe Françoife , dont la
Dile Flaminia eft Auteur , intitulée Le
Naufrage. Cet Ouvrage a été fort bien
reçû du Public qui l'a beaucoup applaudi.
On en donnera un Extrait dans le
prochain Mercure.
Foire Saint Germain.
>
Les Entrepreneurs de l'Opera Comique
, qui avoient leur Theatre dans une
Loge du Preau de la Foire S. Germain
& qu'on a abbatue pour faire place au
marché qu'on y va établir , ont fait conftruire
un Theatre & des Loges , dans un
Jeu de Paume de la rue de Buffy , au
voifinage de la Foire. Ils y ont donné le
19. de ce mois la premiere reprefentation
de deux petites Pieces nouvelles ,
G iiij
inti364
MERCURE DE FRANCE .
intitulées l'Ambigu Comique & la Parodie
d'Athys en Vaudevilles ; avec des divertiffemens
dans les Entre - Actes : la
premiere , qui eft une Critique de l'Impromptu
dela Folie , de la Comedie Françoife
, a été plus goûtée que la Parodie :
en voici à peu près le fujet.
Cette Piece commence par une Scene
entre l'Entrepreneur de l'Opera Comique
& la Foire perfonnifiée ; le premier
lui fait des reproches , fur ce qu'elle
l'a prefque abandonné ; la Foire lui fait
entendre qu'elle attend une Troupe que
la Folie lui doit envoyer , & qu'elle efpere
par ce fecours lui faire gagner beaucoup
d'argent. La Troupe promife arrive
, elle eft compofée d'un Boffu , d'un
Begue , d'Arlequin en fille , & d'un
vieux Danfeur . La Foire chaffe tous ces
Acteurs contrefaits , & ne retient que la
fille , fur ce qu'elle lui dit , qu'elle eft
propre à jouer toute forte de rôles , foit
en homme , foit en femme , & qu'elle
fçait jouer même le rôle d'Arlequin.
La Folie vient joindre la Foire ; celleci
la querelle fur ce qu'elle lui a envoyé
une Troupe d'Acteurs prefque tous con
trefaits ; elle lui reproche auffi d'avoir
donné à la Comedie Françoife une Piece
, qui naturellement devoit appartenir
à la Foire. La Folie lui fait entendre
qu'elle
t
FEVRIER 1726. 365
qu'elle ne doit pas être fáchée des Acteurs
qu'elle lui a envoyez , & qui font
'prefque les mêmes qu'elle a donnez à la
Comedie Françoife car ( dit la Folie )
que feroit devenue la Piece de l'Impromp
tu de la Folie ,fans le fecours d'un Nazillard
, d'un Bredoü illeur , & d'un Arlequinfemelle
? Enfin , la Foire & la Folie
fe raccommodent enſemble ; cette derniere
confeille à l'autre de donner feconde
Piece un Athys en capilotade ; elle
lui confeille auffi de n'avoir aucune rancune
contre fes voifins , par ce Vaudeville
que la Folie commence de chanter
La Folie...
Emere voifins point de rancune.
La Foire.
pour
Meffieurs , plaignez mon infortune,
Cela n'eft- il pas enrageant ?
Tout le monde me dévalife ,
Mon Coufin me prend mon argent ,
Et mes voifins mamarchandiſe.
Le fieur John Riner , Anglois , a fait
conftruire aufli un Theatre dans un Jeu
de Paume de la rue des Foffez de M. le
Prince , où fa Troupe fait fon exercice
de fauts & de danfes : on y a joint un
Spec
366 MERCURE DE FRANCE.
Spectacle de Marionnettes , qui repres
fenterent le 10. une Piece , intitulée La
Grand' Mere amoureuse , dont le fujet eft
encore une Parodie de l'Opera d'Athys.
Le 8. Janvier on ouvrit à Rome les
Theatres d'Opera & de Comedie , à
l'occafion du Carnaval ; on repreſenta
fur celui de Capranica , le Triomphe de
Camille , Reine des Volfques : fur celui
de Ruffelaï , la Prifonniere fidelle : fur
celui de Faix , la Rivale genereuſe , &
fur celui du Prince Pamphyle , le veritable
heritier du Trône.
Le Theatre d'Alibert fut ouvert le 14.
par la premiere reprefentation d'un Opera
, qui a pour titre , Didon abandonnée.
On apprend d'Allemagne , qu'on a
reprefenté à Caffel , pour l'ouverture
du Carnaval , un Opera nouveau , fous
le titre de l'Innocence défenduë.
On écrit de Londres › qu'on a ceffé
T'Opera de Rodelinde , qui fut joué dans
fa nouveauté l'année pallée , pour y reprefenter
le nouvel Opera d'Annibal en
Italien , compofé à Rome par un celebre
Muficien , nommé Porpora.
Le
FEVRIER. 1726.
367
Le 26. Janvier le Roi & les trois
jeunes Princeffes affifterent à la reprefentation
du nouvel Opera , intitulé
Elife.
On mande de Bruxelles , qu'on a fait
des reparations au Theatre du Palais ,
our les Seigneurs & Dames de la Cour
de l'Archiducheffe , doivent reprefenter
la Comedie pendant les derniers jours
du Carnaval , ainfi que cela fe pratique
à la Cour de Vienne.
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE.
Na eu avis que le Sultan Deli
avoit attiré dans fon parti les Tartares
de Circaffie , de Nogay & les Calmuques
, & qu'il attendoit encore un
fecours de la grande Tartarie , qui le
mettroit en état de fe foutenir dans fa
rebellion ; que ces nouvelles cau foient de
l'inquiétude au Grand Vizir qu'il avoit
deux fois affemblé le Divan ; qu'il avoit
été refolu de propofer un accommodement
à ce Prince rebelle à la Porte , &
qu'au cas qu'il refusât de l'accepter , on
G vj feroit
368 MERCURE DE FRANCE.
feroit marcher contre lui trois Corps de
Troupes , commandez par trois Bachas
qui étoient déja nommez.
t
On a reçû avis de Conftantinople , que
la Province de Loreftan en Perfe , la
Ville d'Ardebil , & celle de Sultania ,
s'étoient foûmifes au Commandant des
Troupes du G. S. à des conditions avantageufes
que le fucceffeur de l'Ufurpateur
Miry- Mamouth s'étoit déterminé
à envoyer un de fes principaux Officiers
, pour propofer à Sa Hauteffe un
partage des Provinces de la Perfe , qui
rftent à conquerir que fuivant les
ordres du Grand Vizir , les Troupes Ottomanes
, qui font dans ce Royaume ,
avoient été mifes en quartier de rafraî
chiffement , pour être en état de pourfuivre
leurs conquêtes au Printemps prochain.
RUSSIE.
A Czarine a formé un nouveau Regiment
, compofé de Gentilshommes
Mofcovites , qui lui ferviront de Gardes
du Corps lorfqu'elle fortira , & une
autre Compagnie de Chevaliers , qui
n'aur nt de fervice qu'auprès de la Perfonne.
Le jour des Rois S. M. Cz. entendit
le Service Divin dans l'Eglife de la Trinité
FEVRIER 1726. 369
nité , pendant lequel elle donna l'Ordre
de Sainte Catherine à la Ducheffe de
Meckelbourg , à la Ducheffe Douairiere
de Curlande , & à la Princeffe Czarienne
Profcovie- Jwanowna , l'Ordre de
S. André , au Baron de Mardefeldt ,
Miniftre & Flenipotentiaire du Roi de
Pruffe à Petersbourg , & celui de Saint
Alexandre à M. Munick , Lieutenant
General des Armées de S. M. Cz.
..
- 'La Czarine fe rendit enfuite fur la Riviere
de Neva , où les Archevêques ,
les Evêques , & les autres Ecclefiaftiques
vinrent en Proceffion . On avoit
dreffé fur la glace un Pavillon , fous lequel
on avoit fait un trou , & le plus .
ancien des Archevêques benit l'eau de
la Riviere , avec les Ceremonies qui
s'obfervent tous les ans à pareil jour à
Petersbourg. On entendit des falves de
PArtillerie de la Fortereffe & de l'Amirauté
, & des décharges de Moufqueterie
des Gardes du Corps , & autres
Troupes de la Garnifon qui étoient en
bataille . Le foir toutes les maifons de la
Ville furent illuminées , & c .
-Le General Staff doit partir inceffamment
pour fe rendre en Perfe , où il menera
16000. hommes de Troupes reglées.
SUEDE
$70 MERCURE DE FRANCE.
LR
SUEDE.
E Baron de Bullow , Miniſtre du
Roi de Pruffe , qui arriva à Stockolm
dans les premiers jours du mois.
dernier , eft entré dans les Conferences
qui fe tiennent entre les Miniftres des
Rois de France & d'Angleterre , & les
Commiffaires nommez par le Roi.
On mande de Cracovie , que le Starofte
de Zeplir & le Prince Lubomirſki
, y ont fait reprefenter une Conedie
, dont le fujet étoit allegorique à l'é
tat prefent du Royaume de Pologne .
ALLEMAGNE.
LE 17. Janvier au foir il y eut à
Vienne une courfe de 39. traineaux,
& tous les Seigneurs & Dames qui y
parurent , furent magnifiquement rega
lez par le Prince d'Averfperg , chez
lequel il y eut enfuite un Bal public
qui dura toute la nuit .
Suivant l'état des Troupes de l'Empereur
qu'on a rendu public , il paroît
qu'elles confiftent à prefent en 47. Regimens
d'Infanterie & deux de Heyduques
, de 2000 hommes chacun ; 21 .
Regimens de Cuiraffiers , & onze de
• DraFEVRIER
1726. 37
Dragons de 957. hommes , & deux de
Huffars de 605. hommes chacun. De ces
Troupes , celles qui font en quartier
dans la Hongrie , dans la Servie , & à
Temefwar , font au nombre de 12. Régimens
d'Infanterie , fix de Cavalerie &
deux de Huffars . Il y a en Tranfilvanie
trois Regimens, d'Infanterie & trois de
Cavalerie ; en Autriche , Bohème , Silefie
, Moravie & autres Provinces voifines
, cinq Regimens d'Infanterie &
fix de Cavalerie ; fur le haut Rhin ,
trois Regimens d'Infanterie ; aux Pays-
Bas , huit Regimens d'Infanterie & trois
de Cavalerie ; dans le Milanez & le Du
ché de Mantouë , fix Regimens d'Infanterie
, deux de Cavalerie & un de Heyduques
dans le Royaume de Naples ,
cinq Regimens d'Infanterie , & deux de
Cavalerie ; en Sicile , cinq Regimens
d'Infanterie & un de Heyduques. Outre
ces Troupes l'Empereur entretient
encore 24. Compagnies indépendantes ,
de 200. hommes chacune qui font en
garnifon avec quelques Regimens de
Dragons ; à Vienne , Brun , Gratz , Paffau
, Breflaw , Raab , Comorren , Gran
& Erlau .
On apprend de Berlin , que le Roi de
Prufle a envoyé ordre au Faron de Mardefeldt
, fon Miniftre à Petersbourg , de
com
372 MERCURE DE FRANCE.
communiquer le Traité d'Herrenhauſer
à la Czarine ; & de demander à cette
Princeffe des éclairciffemens fur l'alliance
qu'elle eft fur le point de conclure
avec l'Empereur.
Le Comte Jerôme de Colloredo , cidevant
Gouverneur du Milanez , arriva
de Milan à Vienne le 22. du mois dernier
, pour prendre poffeffion de la Charge
de Maréchal de la Cour , qui a été
exercée par iinntteerriimm par le Comte
de Brandeis , Chambellan de la Clef
d'or ; il prêta ferment pour fa nouvelle
Charge le 28. & le même jour le Comte
de Sinzendorf , Grand- Maître de la
Maifon de l'Empereur , l'inftalla avec les
formalitez accoûtumées.
Le bruit court que l'Infant Dom Carlos
viendra en Allemagne au Printemps
prochain , pour être élevé à la Cour de
Vienne , jufqu'au décès du Grand Duc de
Tofcane.
On apprend de Caffel que le 22. du
mois dernier , jour de la naiffance de la
Reine de Suede , on y fit l'ouverture du
Carnaval par la reprefentation d'un
Opera intitulé , l'Innocence défendue , où
toute la Cour fe trouva. On fervitenfuite
un magnifique repas fur une table de 80.
Couverts , laquelle for noit le nom de la
Reine de Suede. La Fête fut terminée
par
FEVRIER 1726. 375
par un Bal qui dura jufqu'au jour.
On mande de Vienne , que le Com
te de Bonneval étoit forti le 10. du
mois dernier du Château de Spielberg
en Moravie , où il étoit prifonnier , &
qu'il efperoit dans peu rendre fes refpects
à l'Empereur .
Il elt tombé une fi grande quantité de
nege , que les bêtes fauves , ne trouvant
plus de nourriture à la campagne , en
viennent chercher dans les Bourgs &
dans les Villages . Les Loups font de
grands ravages , & l'on a appris qu'ils
avoient devoré un Gentilhomme , qui
étoit dans un traineau avec fon époufe,
fur le chemin de Hongrie , & un Dra
gon du Regiment de Daun , entre Offen
& Prefbourg..
ITALIE.
ON affure que le Pape a affigné 6000 .
Ο
>
écus par an des revenus de la Chambre
Apoftolique , pour l'entretien de la
Princefle Sobieska pendant le temps
qu'elle demeurera dans le Monaftere des
Religieufes de Sainte Cecile , où cette
Princeffe aura deux Dames d'honneur ,
quatre Demoifelles , trois femmes pour
fa cuifine , deux Valets de Chambre , &
un
374 MERCURE DE FRANCE
un autre Domeftique pour faire les com
miffions du dehors .
La gelée a été fi vive dans la Poüille,
qu'elle a fait perir plufieurs beftiaux , &
caufé un dommage confiderable aux biens
de la terre.
La derniere enchere pour la ferme des
Loteries , ou Jeux de Genes , a été portée
à 170000. écus.
Dona Marie Alexandre , & Dona Ma
rie -Helene de Graffis , foeurs jumelles ,
firent profeffion le 24. Janvier à Rome,
dans le Monaftere de la Conception du
Champ de Mars , entre les mains du Cardinal
Albani de S. Clement .
Les Habitans de la Ville de Pife ont
obrenu du Grand Duc la permiffion de
reprefenter le 17.Janvier , Fête de Saint
Antoine , les faits d'Armes de leurs Ancêtres
; ufage qui étoit prefque aboli.
་
Le Tribunal de l'Inquifition expofa le
13. de l'autre mois fur un Theatre élevě
dans l'Eglife de Sainte Croix à Florence
, un Criminel que les Loix condamnoient
au dernier fupplice , mais auquel
il a fait grace , en l'obligeant à une
penitence publique .
ESPAFEVRIER
1726. 375
ESPAGNE.
Le Roy a nommé à l'Ambaflade de
Venife le Marquis de Caftelar , ci - devant
Secretaire d'Etat , ayant le département
de la guerre ; S. M. a réuni ce
département à la Secretairerie Generale
du Duc de Ripperda.
On a publié un nouveau Decret par
lequel le Roi deffend à tous ceux qui
font chargez du foin d'adminiftrer la juftice
dans les Etats , de retarder fous quelque
prétexte que ce foit le Jugement des
Procès Civils & Criminels , qui font
pendans en leurs Tribunaux. Il leur eft
ordonné d'envoyer en Cour un état de
tous ces Procès à la fin de chaque mois,
áfin que la Cour foit informée de la
maniere dont ils auront été jugez ; S. M.
déclarant qu'elle fe trouvera au Confeil
toutes les fois que le rapport s'en fera.
Un autre Decret nouveau a été publié
pour continuer à Cadix le Confulat des
Indes , qui devoit être tranfporté à Seville.
Le Comte de Konigfek , Ambaffadeur
Extraordinaire de l'Empereur , arrivé
depuis peu à Madrid , alla le 7. Janvier
au Pardo , où il eut fa premiere Audiance
particuliere du Roi , du Prince des
Afturies & des Infans.
.
S.
376 MERCURE DE FRANCE.
S. M. Cath. a nommé le Marquis de
Los -Balbazès pour fon Ambaffadeur Extraordinaire
à la Cour du Roi de Portugal
, à l'occafion du double mariage du
Prince des Afturies , avec l'Infante de
Portugal , & du Prince du Brefil , avec
l'Infante d'Espagne.
Le Roi a donné les ordres pour faire
revenir à Madrid les Gardes du Corps qui
font en Catalogne , & pour faire retirer
dans l'interieur du Royaume, les troupes
qui étoient depuis quelques mois fur la
frontiere.
On a publié & affiché par ordre du
Roi dans differentes villes d'Efpagne ,
que les Etrangers qui voudront y venir
établir des Fabriques de fils , de toiles ,
de papier fin & d'autres Manufactures ,
n'auront qu'à s'adreffer au Duc deRiperda
, Secretaire d'Etat del Defpacho , qui
leur fera des conditions avantageufes.
Le Roi a donné depuis peu à Dom
Nicolas Ginés - Gomés de Hinojofa , Chevalier
de l'Ordre d'Alcantara , une place
de Confeiller dans le Confeil de Hazienda
ou des Finances , avec le titre de
Tréforier General , fpecial & perpetuel
de tous les revenus du Royaume. S. M.
én créant cette nouvelle Charge en fa
faveur , lui a donné le droit de faire.ren
dre compte à tous les Tréforiers, Payeurs
&
FEVRIER 1726. 377
Dépofitaires particuliers , même aux
Tréforiers de la Marine , de l'Ordinaire
les guerres , des rentes generales , des
jalines & du Tabac , aux Directeurs
es Hôtels des Monnoyes & à tous aures
Officiers comptables qui feront déormais
dépendans du Tréforier General,
uquel S. M. a remis l'autorité necefaire
pour faire la difpofition & diftriution
des fonds .
Le Roi confiderant qu'un emploi de
cette importance , devoit être ftable &
perpetuel pour établir la confiance de fes
Sujets , l'a déclaré tel par un Decret
figné de fa main , donné au Pardo le 29 .
du mois dernier , dans lequel le Roi lui
accorde 1 2000, écus d'appointemens, avec
le pouvoir de prendre dans toutes les Tréforeries
, tant generales que particulieres,
tous les papiers , comptes & autres inftructions
dont il aura befoin , &c. Dans
le département du Tréforier General feront
compris les fonds des rentes Provinciales
, ceux des rentes generales , les
revenus des Droits Royaux , & generalement
tous les autres revenus particuliers
de la Couronne , de quelque nature
qu'ils puiffent être , fans aucune exception.
Ce nouvel Officier difpofera des
fonds deftinez pour la Flote & les Gallions
; de ceux provenans du retour de
ces
$78 MERCURE DE FRANCE.
ces Vaiffeaux , dont les Officiers parti
culiers des Ports du Royaume feront tenus
de lui donner avis de l'arrivée , en
y joignant un état fidele de leurs Cargaifons.
Il difpofera auffi des fonds provenans
des Droits qui fe levent fur les
Marchandifes qu'on embarque , tant à
Cadix que dans les autres Ports de ce
Royaume & de la nouvelle Efpagne , des
revenus de la Cruzade dans ce Royaume
& dans les Indes Occidentales , dont le
produit fera toujours employé felon la
deftination accoutumée . Il payera en vertu
des ordres du Roy les gages des Officiers
de Juftice , les troupes de terre &
de mer , & les autres charges de la Couronne
; & comme il eft neceflaire d'établir
un meilleur ordre dans l'adminif
tration des finances , qu'on ne l'a pû faire
dans les temps de guerre , S. M. a ordonné
particulierement à fon nouveau
Tréforier General , de faire chaque année
un état de la recette & de la dépenfe
generale , & de la remettre au Duc
de Riperda , Secretaire d'Etat del Def
pacho , que le Roi a nommé pour figner
les Mandemens , Ordonnances & autres
ordres Royaux , fans lefquels le Tréforier
General ne pourra acquitter vala .
blement les Charges annuelles de l'Etat .
On a publié à Madrid un nouveau
Decret
FEVRIER 1726. 379
Decret , donné au Pardo le 14. Janvier
dernier , par lequel le Roi augmente d'un
huitième le prix des Efpeces d'or fabriquées
dans les Etats enforte que les
Ecus d'or qui valoient feize Reaux de
Plate double , en valent 18. depuis la
publication de ce Decret . Les doublons
& autres efpeces font augmentées dans
la même proportion . S. M. s'eft crû engagée
à ordonner cette augmentation pour
empêcher le tranfport des efpeces d'or
dans les Pays Etrangers. Les Billets &
les Lettres de Change d'une datte anterieure
à la publication du Decret , feront
payez par les débiteurs en efpeces
du prix qu'elles avoient avant l'aug
mentation.
Par un Decret du 22. du mois dernier
, le Roi declare que n'ayant pas deffein
de nommer aux Dignitez vacantes
d'Amirante & de Connétable de Caftille
, S. M. réunit ces deux Charges à la
Chambre de Caftille.
Jean - Jofeph le Gendre , fils du premier
Chirurgien de S. M. Cath . qui
étoit ci- devant Secretaire du Cabinet du
feu Roi d'Espagne , a été fait Secretaire.
de la Chambre du Prince des Afturies
& Tréforier de fes menus plaifirs .
POR
380 MERCURE DE FRANCE.
PORTUGAL.
Depuis le premier Janvier jufqu'au
dernier Decembre de l'année derniere ,
il eft entré dans le Port de Lisbonne 57.
Bâtimens François , 391. Vaiffeaux Anglois
, 66. Hollandois , 15. Suedois.
8. Danois 3. Mofcovites , 19. Hambourgeois
, 3. Efpagnols , 4. Tartanes
Genoifes , une Venitienne , & 139. Navires
Portugais.
?
GRANDE-BRETAGNE .
Le 31. du mois dernier , à deux heures
après midi , le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs , avec les Ceremonies accoutumées
, S. M. fit l'ouverture du Parlement
, par un Difcours qui contient
en fubftance ; Que le trifte état auquel ont
été réduits quelques Proteftans dans les
Pays Etrangers , & les engagemens dans
Lefquels quelques Puiffances font entrées
ayant paru menacer l'Europe de nouveaux
troubles , & les Anglois en particulier
de la perte des parties les plus avantageufes
de leur Commerce , le Roi avoit éte
obligé de prendre au plûtot , avec d'autres
Puiffances , des mesures qui puffent faire
évanouir les projets ambitieux de celles.
3
qui
FEVRIER 1726. 381
•
qui tâchent de fe rendre formidables : Que
le Traité d' Alliance qui avoit été concla
pendant le fejour de S. M. dans fon Electorat
, feroitinceffamment communiqué aux
deux Chambres ; Que par ce Traité & par
l'affiftance de fes Sujets , S. M. Je croyoit
en état de les maintenir dans la jouiſſance
des droits des privileges qui leur
font acquis depuis long- temps , par les
Traitez les plus folemnels , & de confer
ver la Paix & la balance entre les Puif
fances de l'Europe.
Le II . de ce mois on celebra à Londres
l'anniverfaire du Martyre de Charles
I. avec les Ceremonies accoutumées;
l'Evêque de Norwich prêcha devant la
Chambre des Seigneurs , le Docteur Lockier
, Doyen de Peterborough devant
celle des Communes & le Docteur
Warren , Recteur de l'Eglife de Sainte,
Marie , devant le Lord Maire & les Aldermans.
Le 6. de ce mois , la Chambre des
Communes réfolut d'accorder 10000 .
hommes au Roi , pour le fervice de la
Flote pendant le courant de cette année,
& de lui fournir un fubfide de 520000 .
Liv . fterlin , pour payer ces troupes fur le
pied de 4. livres fterlin par mois 'pour
chaque homme , en comptant l'année de
13. mois felon l'ancien ufage.
Η Le
382
MER CURE
DE FRANCE
.
Le 8. la même Chambre accorda au
Roi 18226. hommes , pour les gardes
& garnifons dans le Royaume & dans
les ifles de Guernesey & de Jerſey , &c.
& pour l'entretien de ces troupes un
fubfide de 655778. liv . fterlin , un autre
de 152637. liv, fterlin , pour entretenir
les troupes & garnifons des Plan- .
tations de l'Amerique , de l'Ifle de Minorque
, de Gibraltar , &c. une autre
fomme de 14030. liv . fterlin , pour les
Penfionnaires qui font hors du College.
de Chelfea , 5287. liv. fterlin , pour
plufieurs dépenfes extraordinaires , aufquelles
le Parlement n'avoit pas pourvû
dans la derniere feffion , & 73000. liv.
fterlin , pour les Officiers de terre & de
Marine à la demie -paye .
Le Roi ayant réfolu d'avoir une Flote
confiderable en mer au Printemps prochain
, les Seigneurs Commiflaires de
l'Amirauté , mirent le 6. en Commiffion
les douze Vaiffeaux de guerre , dont on
a publié la lifte,, avec le nombre des Ca
nons & des équipages . On affure que
: cette Flote qui fera compofée de 30 .
Vaiffeaux , fera commandée par le Chevalier
Jean Norris en Chef , & par Mi
d'Hofier & Hopfon, en qualité de Vice-
Amiraux .
Le bruit court auffi qu'on doit en-
•
voyer
FEVRIER 1726. 383
voyer inceffamment deux Vaiffeaux de
guerre dans le Port d'Oftende , pour
Tommer tous les Officiers de Marine &
Matelots Anglois qui font fur les Vaiffeaux
de la Compagnie des Pays- Bas
de rentrer au ſervice de S. M. à peine
etre déclarez rebelles & traîtres au Roi
& à leur Patrie.
HOLLANDE ET PAÏS BAS.
La digue de la Riviere de Leck
ayant été rompue en deux endroits près
de Sehoohove , les Pays de Kemperderweert
& d'Albafferweert , avec 16.
ou 19. Villages , ont été entierement
fubmergez.
La digue , entre Gorcum & Mariekerck
, ayant été percée , l'eau eft entrée
dans le Territoire de Viane ; les
habitans de la Campagne le font refugiez
dans la Ville avec leurs beftiaux &
leurs meilleurs effets . On employe 200 .
hommes jour & nuit à prevenir l'inondation
du Diefdyk , & l'on efpere de réuffir
, parce que les eaux ont paffé de 7. à
8. pouces à Culembourg.
Hij
MORT'S
384 MERCURE DE FRANCE .
MORTS , NAISSANCE.
L
E Marquis de Prié , qui eut une attaque
d'Apoplexie à Vienne le 4.
Janvier , mourut la nuit du 11. au 12,
du même mois dans la 77 ° . année de fon
âge ; il s'appelloit Hercule- Jofeph- Louis
de Turinetti ; il étoit Chevalier de l'Ordre
de l'Annonciade , Grand- d'Eſpagne ;
Confeiller d'Etat de l'Empereur , & avoit
été Commiffaire General de l'armée Imperiale
en Italie , fon Ambaffadeur à
Rome auprès du Pape Clement XI , &
Miniftre Plenipotentiaire pour le Gouvernement
general des Pays- Bas Autrichiens
pendant celui du Prince Eugene ,
La Comteffe de Platen mourut à Hanovre
le 23. du mois dernier , après
quinze jours de maladie , âgée d'environ
50. ans . Son corps fut inhumé le 27 .
avec beaucoup de pompe , dans l'Eglife
Catholique d'Hanover , où l'on celebra
le 30. un Service folemnel pour le repos
de fon ame.
Le Cardinal Jean - Baptifte Tolomeï
de Piftoye en Tofcane , Cardinal , Prê
tre du Titre de S. Etienne le Rond ,
mourut à Rome la nuit du 17. au 18 .
JanFEVRIER
1726. 385
Janvier , d'une retention d'urine , âgé de
72. ans , un mois & 15. jours . Il étoit
de la Compagnie de Jefus , lorfque Clement
XI . le fit Cardinal le 18. May
1712. Il a fait les fonctions de Camerlingue
dans les deux derniers Conclaves.
Le Chevalier Roland Gwin , Baronet,
mourut à Londres le 4. de ce mois dans
un âge fort avancé : il étoit Membre du
Parlement fous le regne du feu Roi Guillaume
, ce fut lui qui porta le Bill pour
établir la fucceffion à la Couronne dans
la Maifon d'Hanover.
Le 18. Janvier , la Reine de Pruffe
accoucha d'un Prince qui fut baptifé le
20. par M. Noltenius , Prédicateur du
Roi , & tenu fur les fonts au nom de
la Reine de France , du Roi de Dannemarc
, du Prince Royal de Pruffe , du
Duc d'Orleans , & du Duc de Bourbon :
il fut nommé Frederic Henry- Louis , en
prefence du Roi & de la FamilleRoyle, de
divers Miniftres Etrangers, Generaux & c.
糕糕
FRANCE ,
XX
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c .
E 1. de ce mois , la Reine enten-
Lait
dit la Mefle dans la Chapelle du Château
de Marly , & S. M. communia par
Hiij
les
386 MERCURE DE FRANCE
les mains de l'Evêque Comte de Châ
lons , fon Premier Aumônier. L'aprèsmidi
le Roi & la Reine revinrent à
Verfailles .
Le 2. de ce mois , Fête de la Purification
de la Sainte Vierge , les Cheva
liers , Commandeurs , & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , fe rendirent
vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roi , d'où S. M. alla à la
Chapelle du Château , étant précedée du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conti , du Duc
du Maine , du Comte de Toulouſe , &
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre . Le Roi , devant le
quel les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs malfes , étant entré dans
Ja Chapelle , l'Evêque de Metz , Prélat
Commandeur de l'Ordre , préfenta un
Cierge à S. M. Le Roi affifta à la Proceffion
qui fe fit dans la Chapelle , & à
la grande Meffe , celebrée pontificalement
par le même Prélat. Enfuite S. M.
fut reconduite dans fon appartement ,
dans l'ordre obfervé en allant à la Chapelle.
La Reine , accompagnée des Dames de
fa Cour , entendit la grande Metfe dans
la Tribune. L'après -midi , le Roi & la
Reine
FEVRIER 1725. 307
Reine affifterent à la Prédication du
Pere Boyé , Theatin , & enfuite aux
Vêpres .
Le 8. Leurs Majeftez retournerent au
Château de Marly pour y pafler quelques
jours.
Dans le peu de féjour que la Cour a
fait à Versailles , il n'y a eu qu'un Concert
le 5. de ce mois chez la Reine . On
y chanta le Prologue & fecond Acte de
l'Opera d'Amadis , avec la Cantate d'Orphée
, de M. de Clerambault , chantée
par Mlle Camille , jeune Muficienne ,
qui a une fort belle voix.
Le 2. de ce mois , le Pere Commandeur
des Religieux de la Mercy , du
Convent du Marais , accompagné de
trois Religieux de la Maiſon , eut l'honneur
de préfenter un Cierge à la Reine ,
pour fatisfaire à une des conditions de
l'établiffement de ces Religieux , fait à
Paris en 1615. & par lequel la Reine
Marie de Medicis , qui fonda leur Mai .
fon , voulut que ces Religieux la reconnuffent
, & toutes les Reines de France ,
pour leurs Fondatrices , & les chargea
de leur préfenter tous les ans , en figne
d'hommage , un Cierge à la Fête de la
Purification.
Le 9. le vent ayant renversé le gros
mur d'une maifon › qu'on démoliffoit
Hiiij pour
388 MERCURE DE FRANCE.
pour faire le nouveau Marché dans le
Preau de la Foire S. Germain , au bout
de la rue du Four , il y eut deux femmes
& un petit garçon d'écrafez . Une de ces
femmes étoit prête d'accoucher ; on lui
tira l'enfant qui n'étoit pas encore mort,
& qui fut baptifé.
Le 15. de ce mois , jour de la naiffance du
Roi,qui entroit dans la17.année de fon âge ,
S. M.reçut à cette occafion les complimens
des Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames
de la Cour,
0
L'Abbaye de S. Sigifmond lès - Bayonne ,
Ordre de S. Bernard , Diocèfe de Dacqs
vacante par le décès de la Dame d'Epinoy ,
a été donnée à la Dame Angelique de la
Noue , Religieufe du même Ordre .
Pendant le voyage de la Cour à Marly
au mois de Janvier dernier , il y eut fix
Concerts , dans lefquels on executa divers
fragmens des Opera de Lully
comme d'Amadis & de Bellerophon. Les
Cantates de Cardenio , d'Enone , de Bacchus
& de l'Amour , & autres Airs détachez
de Mts de la Lande , Deftouches ,
Clerambault , Bourgeois , &c . chantez
par les Dlles Antier , Tulou , Desjardins,
le Peintre , Piefche & Dreüin , de la
Mufique du Roi , & par les fieurs Blonquiere
, Francifque , Hyacinte , Boutelou
, le Prince , Guefdon , Bury , Dumefnil
, Roger , Courciet , Daigremont,
1
FEVRIER 1726 .
389
F
Baftaron , Fregard , Taron , Godoneſche
& Dangerville.
Les Symphoniſtes pour le Clavecin , le
Violon , Hautbois & Flutes , Balles de
Violon & Baffons , font les fieurs Marchand
, Beffon , Aubert , Battifte , Mathieu
, la Lande , Anne Philidor , Pierre
Philidor , Lenoble , Belleville l'aîné,
la Ferté , Marchand , de la Porte , Hallarius
, du Bois , Belleville le cadet , Philidor
le cadet.
Le 31. Janvier , les Maîtres en charge ,
& Adminiſtrateurs de l'Archiconfrerie
Royale des Chevaliers , Voyageurs &
Palmiers du S. Sepulchre de Jerufalem ,
érigée par S. Louis , Roi de France , en
l'année 1254. dans l'Eglife des RR . PP .
Cordeliers du grand Convent , & dont
les Rois de France ont toûjours été les
Protecteurs , eurent l'honneur de rendre
leurs refpects au Roi en lui préſentant
un Cierge ; ils avoient eu le même
honneur le 23. Aouft 1721. en préfentant
la Palme à S. M. ils furent enfuite
introduits à l'audience de la Reine , par
l'ancien Evêque de Fréjus , fon Grand-
Aumônier. Ils lui préfenterent auffi un
Cierge ; S. M. les reçût très- favorablement
, & eut la bonté de permettre que
fon nom fut infcrit fur le Regiſtre des
Confreres & Soeurs de ladite Confrerie ,
H v fng
390 MERCURE DE FRANCE .
暑
fur lequel S. M. figna. Elle les affura de
fa Royale protection , & leur donna enfuite
des marques de fa liberalité . Les
Officiers qui étoient en charge l'année
paffée , font les fieurs Favereau & Gue❤
rin , comptables. Le premier eut l'honneur
de prefenter le Cierge au Roi , &
le fecond à la Reine , Moreau & la Pierre
, Adminiftrateurs , Moreau , Bâtonnier,
& de Villiers , Porte- Guidon , ils font
tous Marchands , ou Bourgeois de Paris.
Le 2. de ce mois , Fête de la Purification
, on donna le Concert fpirituel au
Château des Tuilleries ; on y chanta un
ancien Motet, Beatus, &c. de feu M. Gilles
, Maître de Muſique de la Cathedrale
de Touloufe , qui fut fort applaudi , de
même que le fecond Motet du fieur Courbois
, Omnes gentes , avec Timballes &
Trompettes. L'Abbé Palmerini , Muficien
étranger , chanta auffi , à voix feule , un
Motet de fa compofition , avec accompagnement
, qui fut goûté par les amateurs
de la Mufique Italienne. Le prochain
Concert recommencera le Lundi 25.
Mars , Fête de l'Annonciation .
Le R. P. Drugeon , Dominicain du
grand Convent de Paris , Docteur de
Sorbonne , Exprovincial de la Province
de Paris , après avoir prêché avec beaucoup
d'applaudiffement , dans les prin
cipales
FEVRIER. 1726. 39L
*
cipales Eglifes de cette Ville , deux
Avents & deux Carêmes devant le feu
Roi d'Angleterre , & des Sermons détachez
devant Louis XIV. fut nommé le
26. du mois dernier , par le Roi , Prédi
cateur ordinaire de S. M.
La Foire S. Germain eft commencée
depuis le 3. de ce mois. On y voit toujours
quantité de Marchands , & beaucoup
de beau monde , qui s'y amufe jufqu'à
dix heures du foir qu'on la ferme.
On en fit l'ouverture le 3. de ce mois
avec les ceremonies accoutumées. Elle
ne dure que 15. jours pour les Marchands
Forains , mais elle eft toujours
prorogée pour les Marchands de Paris ,
jufqu'au Dimanche de la Paffion.
鲨
On fera peut- être bien aife d'apprendre
, que cette Foire commença en l'année
1482. fous le Regne de Louis XI.
Hy eut alors un differend avec les Religieux
de St Denis , pour le temps auquel
elle fe tiendroit . Par Arreſt du
Parlement de Paris , du 1 2. Mars 1484.
il fut ordonné qu'elle commenceroit le
lendemain de la Chandeleur , ce qui n'a
jamais fouffert d'interruption depuis.
Elle fe tient dans le Fauxbourg S. Germain
, près l'Eglife de S. Sulpice , à l'extrêmité
de la rue de Tournon . Le lieu
H vj n'a
392 MERCURE DE FRANCE.
n'a rien de fort remarquable. Ce font
plufieurs allées couvertes , difpofées dans
un quarré, qui fe coupent les unes les autres
affez regulierement , dans lefquelles
les Boutiques des Marchands font
commodément placées . On y vend prefque
de toutes fortes de chofes , à l'e
ception des Livres & des Armes. Com
me cette Foire eft franche , il eft permis
, non feulement aux Marchands de
dehors d'y venir vendre leurs marchandifes
, mais encore aux Ouvriers de Paris
qui ne font pas Maîtres , fans crainte
d'être inquietez par les Jurez de la Ville.
On y voit des Boutiques remplies
de riches marchandifes & de curiofitez ,
qui attirent un grand concours , principalement
le foir , temps où l'affluence
eft toujours plus grande que dans le reſte
de la journée .
Le 24. Janvier dernier , le P. Mecenati
, Religieux Carme , foutint dans l'Eglife
du grand Convent , & College des
Car nés de la Place Maubert , fa premiere
Thefe de Licence , qu'il a dédiée au
Pape. Les Cardinaux de Noailles & de
Biffy s'y trouverent , ainfi que tous les
Evêques qui étoient à Paris. Le Nonce
du Pape y vint auffi , les Miniftres des
Cours d'Italie , & plufieurs autres per
fon
1
FEVRIER 1726.
393
fonnes de qualité, de tout rang, y affifterent.
Le Répondant fatisfit parfaitement
aux Argumens de l'Archevêque d'Embrun
, qui préfida à fa Thefe , laquelle
rouloit fur ce paffage de la deuxième Epitre
de S. Paul aux Ephefiens , Verſet 2 .
PER QUE OSTENDIT DEUS ABUNDAN
TES DIVITIAS GRATIÆ SUÆ . Il montra
tant d'érudition , en répondant aux Bacheliers
qui difputerent contre lui , que
tout le monde en fut fatisfait.
La difpofition du lieu , la décoration
& l'illumination étoient d'un bon goût
& le tout fut bien executé. La Thefe
9
qui eft d'un deffein nouveau , n'a pas été
moins goûtée , les Pofitions s'y trouvent
gravées au bas d'une très grande Eftampe
, dont la principale figure eft l'Eglife
, accompagnée de tous fes attributs ,
tenant d'une main un Calice & des clefs,
& de l'autre le Portrait du Pape ; elle
eft d'après le Brun , & d'une compofition
très- riche.
On avoit élevé un Trône , fur lequel ,
& ſous un dais magnifique , étoit placé
un très -beau Portrait original de S. S.
& autour du Trône étoient des Suiffes en
faction qui fe relevoient d'heure en heure.
Le Répondant avoit eu l'honneur de
prefenter fa Theſe au Roi , & S. M. envoya
l'Evêque de Rennes , Maître de fa
Cha
194 MERCURE DE FRANCE .
Chapelle , avec deux de fes Aumôniers
pour y affifter. Il eut auffi l'honneur d'en
prefenter une à la Reine , aux Princes
& aux Princelles , & à toutes les perfonnes
les plus diftinguées de la Cour .
La nuit du 18. au 19. de ce mois un
Charron, nommé le Fevre, ayant une fievre
violente avec tranfport , s'échapa de
chez lui , fit plus d'une lieue à pied lelong
de la Seine, pour chercher à fe jetter -
dedans fans être apperçû. Il s'y jetta en
effet , mais il en fut retiré après avoir
fait un long trajet , nageant & fuyant ceux
qui vouloient le repêcher. On le porta
chez lui , & en peu de jours il a été par->
faitement rétabli. Si un Medecin avoit
ordonné à ce malade les remèdes ordinaires
, & qu'il n'en fut pas mort , il
auroit eu l'honneur de l'avoir gueri .
MORTS , NAISSANCES ,
FR
Mariages.
Rançois Martel , Comte de Claire ,
Meftre de Camp de Cavalerie , ci devant
Guidon de Gendarmerie , mourut le
29. du mois dernier dans la 27. année de
fon âge.
Dame Françoife - Melanie de Salomon
de
FEVRIER 1726 . 395
de la Lande , époufe de M. Michel - Jean
de Grouy , Marquis d'Arfis , Meftre de
Camp de Cavalerie , Gouverneur de Beziers
, & ci -devant l'un des Gentil- hommes
de la Manche du Roi , mourut à Paris
le to . de ce mois , âgée de 2 6. ans.
>
>
M. Louis de Philip , Marquis de Saint
Viance , Vicomte d'Objat , Seigneur de
la Baſtide , &c. ancien premier Lieutenant
des Gardes du Corps du Roi , de la
Compagnie Ecoffoife Maréchal des
Camps & Armées de S. M. Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , ci -devant Gouverneur
des Ville & Château de Cognac,
mourut à Paris le 7. de ce mois , âgé de
$4. ans.
Le même jour mourut Dame Marie le
Camus , veuve de M. Adrien de Hanivelle
, Chevalier , Comte de Mannevillette
, Marquis de Crevecoeur , Baron
de Belloy , &c. âgée de 92. ans.
Le 12. Fevrier M. André , Mylord
Brummond de Melfort , Brigadier des
Armées du Roi d'Angleterre , Meſtre
de Camp de Cavalerie , Chevalier des
Ordres Militaires de S. Louis & de Saint
Lazare , mourut à Paris âgé de 38. ans .
Le 4. Fevrier, Dame Louife-Hyppolite
Grimaldi de Monaco , Ducheffe de
Valentinois , époufe de Jacques Fran
çois Leonor de Matignon , Grimaldi ,
Duc
396 MERCURE DE FRANCE .
Duc de Valentinois , & d'Eftouteville ,
Pair de France , &c. accoucha d'un fils,
qui fut tenu fur les fonts & nommé François
- Charles- Magdeleine - Jofeph , par
François de Neuville , Duc de Villeroy
, Pair & premier Maréchal de Fran .
ce , & c. & par Dame Catherine-Charlote
de Grammont , veuve de Louis-
François , Duc de Bouflers , Pair &
Maréchal de France , &c. repreſentée
par Dame Magdelaine - Angelique de
Neuville , Ducheffe de Bouflers , époufe
de Jofeph - Marie , Duc de BouĤers,
Pair de France , & c.
Michel le Pelletier , Officier au Regiment
des Gardes Françoifes , fils de
Claude-Henry le Pelletier de la Houffaye
& de Dame Elifabeth -Michelle de
Givry , époufa le 7. Fevrier , Angelique
Dugué , fille de feu François Dugué ,
Prefident de la Chambre des Comptes ,
& de Dame Françoiſe de Paris.
Mercredy 27. de ce mois , le Marquis
de Croiffi , fils du Marquis de Torcy
, ci - devant Miniftre des affaires étrangeres
& Sur - Intendant General des Poftes
, épousa Mademoiſelle de Cognies ,
fille du Marquis de Coignies , Lieutenant
General des Armées du Roi , General
des Dragons , Chevalier des Ordres
du Roi & Gouverneur de Sedan .
-
SUPFEVRIER
1726. 397
部
I'
SUPPLEMENT.
paroît depuis peu à la fuite d'un Livre
intitulé , Dißertation en forme de
Lettres , &c. Une autre Lettre qui a pour
titre le Chirurgien Medecin.
On a répandu dans celle - ci des traits
fort défobligeans , & même des invectives
contre le Corps des Chirurgiens
& celui des Apoticaires , deux Corps
eftimables les fecours qu'ils procurent
au Public & par le merite de plufieurs
Sujets très - celebres dans l'un &
dans l'autre.
par
M. Andry , Doyen de la Faculté de
Medecine de Paris , apprenant qu'on im
putoit à cette Faculté , la production d'un
pareil Ouvrage , en a donné un défaveu
formel , dans une Lettre qu'il a
adreffée aux Gardes Apoticaires .
les
On verra par cette Lettre , que
Medecins font bien éloignez de penfer,
ni des Apoticaires , avec qui ils n'ont
rien à démêler , ni même des Chirurgiens
avec qui ils font en Procès , comme
penfe l'Auteur de la Lettre intitulée :
le Chirurgien Medecin .
LET
398 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE écrite à Meffieurs les Gara
des Apoticaires , par M. Andry
Doyen de la Faculté de Medecine de
Paris.
MESSIEURS ,
'Apprends que vous attribuez à la
Faculté de Medecine , la Lettre intitulée
: le Chirurgien Medecin : où certainement
votre Compagnie n'eft point
traitée avec les égards & la juftice qu'elle
merite . Je puis vous protefter devant
Dieu , Meffieurs , que cette Lettre , non
plus que la Differtation qui la précede ,
ne vient d'aucun Medecin de notre Faculté
, ni directement ni indirectement ,
& que qui que ce foit de fes Docteurs
n'y a la moindre part . L'endroit qui vous
concerne nous a paru très- indigne à tous ,
& je vous affure que nous y fommes plus
fenfibles que vous.
Vous fçavez , Meffieurs , combien nous
vous confiderons , nous ne nous fommes
jamais départis , & nous ne nous dépar
tirons jamais de l'eftime infinie que nous
faifons d'une Compagnie comme la vôtre
, qui nous donne d'ailleurs tant de
fujet de nous louer , & d'elle en general
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
10
Laquaio
de 1726.
910
FEVRIER 1726. 399
fal & de tous ceux qui la compofent en
particulier.
Quoique nous foyons en Procès avec
les Chirurgiens , nous ne laiffons pas de
défaprouver très fort les invectives qui
fe trouvent contre eux dans ces deux
écrits. Jugez par-là , Meffieurs , quels
font nos fentimens à votre égard & revenez
du préjugé injufte où l'on vous a
mis.
On ne peut être avec plus d'ardeur
pour vos interefts que j'ai l'honneur d'ê
tre , Meffieurs , & c.
Signé , ANDRY.
A Paris ce dernier Janvier 1726-
Sde
MODE S.
I toutes les Nations ont leurs Mo
des qu'on peut remarquer , on doit
convenir que la Françoife merite une
diftinction particuliere , & un article
plus étendu que toutes les autres enfemble
car on peut dire qu'en France , les
Modes font variées à l'infini : elles fe
renouvellent & fe multiplient fans ceffe.
La moiffon fera toujours très - abondante
à la Cour & à la Ville fur ce fujet
nous efperons en tirer dequoi réjouir &
peut
400 MERCURE DE FRANCE.
für
peut- être intereffer nos Lecteurs
tout dans les Provinces & dans les Pays
étrangers , où l'on a une telle ardeur pour
fe
parer & fe mettre felon les ufages &
le goût François
, qu'on ne trouve rien de bien , que ce qui eft à la Mode de
France . Parmi nous , on fçait quel Empire
tyrannique
la mode a fur tout.
Après les engagemens que nous avons
pris dans le precedent Mercure , & la
planche que nous avons donnée fur les
Modes , il s'agit ici de remplir la promeffe
que nous avons faite , de donner
une idée jufte & inftructive , & qui puiffe
fervir de modele , fur la façon de s'habiller
& de s'ajufter , foit pour les hommes
, foit pour les femmes , felon la maniere
la plus en vogue & l'ufage receu
à la Cour & à la Ville parmi le beau
monde .
Comme il y a autant de foibleffe à
fuir obftinement la Mode qu'à l'affecter
avec oftentation , les gens les plus fenfez
, & même les plus graves s'y laiffent
alfujettir , quelque bizarre qu'elle foit .
Madame de la Suze a dit :
Les Modes font certains ufages ,
Suivis des fous & quelquefois des fages ,
Que le caprice invente & qu'approuve l'Amo
ur.
On
FEVRIER 1726. F40 f
On a autrefois gravé certaines eftampes
au trait où les Modes du temps étoient
reprefentées. Il y en a de S. Jean & de
le Clerc de cette efpece qui font trésrecherchées
par les Curieux & qui font
devenues fort rares . Il y a plus de 30 ,
ans qu'on n'en a vû paroître . C'étoient
des Dames & des Cavaliers diverfement
vêtus en habits de Ville , de Cour,
de Campagne, d'Hyver & d'Eté , en deshabillé
, en manteau & en habits de dif
ferens états , foit en homme , foit en
femme , en habits de caracteres de l'Opera
, de la Comedie Françoife & de la
Comedie Italienne , ainfi que des Danfeurs
& Danfeufes dans les Ballets , & c,
Nous avons deffein de parcourir les états
& les caracteres remarquables , & de ne
rien laifler à defirer fur cette matiere , fi
I nous voyons que le Public la trouve
agréable .
Au lieu de figures feules , on donnera
autant que cela pourra convenir , des
fujets traitez dans une intention raifonnée
, où il y aura une action qui pourra
faire plaifir à l'eſprit & aux yeux . On
fuppléera par un petit Difcours , à ce
qui pourra n'être pas fenfible dans la
gravure , comme les couleurs , les dimenſions
, &c.
On fera attentif à faifir toutes les
Mos
402 MERCURE DE FRANCE ;
Modes , même celles qui changent avant
qu'elles foient generalement receuës, pour
en conferver le fouvenir , lorfqu'elles
reviendront ; car il y en a trop , & elles
changent trop fouvent pour ne pas compter
fur leur retour , foit de la maniere
qu'elles ont d'abord été en ufage , foit
avec quelques changemens .
Les Juft'au - corps fe foutiennent depuis
affez long-temps fans changement notable,
avec les poches en travers & fort hautes,
avec de petites boutonnieres & de trèspetits
boutons. Au commencement de
'hiver il en a paru quelques uns avec
la manche fermée en botte fort étroite
; les furtous à doubles boutonnieres
ne fe font pas autrement aujourd'huis
mais les habits qu'on appelle à habiller,
fe portent toujours à manches ouvertes
un peu arrondies . On en voit de très - riches
en galons , cartifanes , points d'Efpagne
, Brandebourg & broderies d'or &
d'argent. Les plus fuperbes font brodez
fur toutes les coutures , les poches & les
manches en plein , & même à quelquesuns
, le deffus des plis des côtez . Sans
parler des habits d'étoffes d'or & d'argent
enrichis encore de broderie , avec
de riches noeuds d'épaule.
Les Brandebourgs de chainettes , avee
des franges à graine d'épinards d'or de
de
FEVRIER 1726. 403
Paris , font fort à la mode ; on les met
deux à deux , ordinairement fur des habits
de velours noir croifez , doublez de
fatin , couleur de cerife , avec la vefte
de la même couleur , galonnées d'or,
Chaque Brandebourg pefe un peu moins
d'une once , & l'once coute onze francs.
Les habits en agrémens font beaucoup
moins à la mode , ainfi que les habits de
velours gaufrez qu'on portoit l'année der
niere ; mais les habits de velours plein
ou cizelé fans dorure font fort en regne,
Les jeunes gens qui en portent , ont la
vefte , la doublure & les paremens d'une
couleur differente & tranchante , comme
la couleur de maron & le rouge . Les
Juft'au corps n'avoient pas encore été fi
amples ni fi larges qu'ils le font par le bas,
Depuis l'année paffée les hommes portent
beaucoup de Redingotes; c'eft une efpece
de grand furtout boutonné par de vant,
avec un colet & des ouvertures derriere
&& aux cotez , dont l'origine vient d'Angleterre;
la Redingote eft faite à peu près
le comme une Cafaque , mais moins ample
, & toutefois plus longue & plus large
qu'un Juft'au- corps ; dans les temps
de gelée ou de pluye , on voit preſque
tout le monde en Redingote . C'eft un habit
très peu parant , & qui felon les ap
parences fera plus de fortune à la campa
404 MERCURE DE FRANCE .
pigne qu'à la Ville , où on commence
à le trouver défagréable à la chaffe du
Roi , quand il fait mauvais temps , tous
les Seigneurs font en Redingotes . C'eft,
la verité, un habit très - propre pour
monter à cheval & pour refifter aux injures
de l'air.
Les Chapeaux font d'une grandeur
raifonnable , on les porte fous le bras &
prefque jamais fur la tête : il n'y a gueres
que les Officiers qui en portent de bordez
d'un galon d'or ou d'argent. Les plumets
font beaucoup moins à la mode qu'ils
ne l'ont été.
Les Perruques naturelles & en bourfe
font generalement en ufage chez les
jeunes gens , elles imitent beaucoup les
cheveux qu'on porte auffi prefque toujours
en bourfe, & friſez d'une façon finguliere
, que la gravure rendra plus fenfible.
Deux rubans noirs de cette bourfe
fe nouent par deffous le menton , &
font une espece de noeud de cravate. Les
Perruques carrées ne font plus en uſage
que chez les gens de Robe , & elles
font beaucoup moins amples qu'elles n'ont
été , les nouées fe foutiennent chez les
gens d'un certain âge .
Les Cravates de Mouffeline fe portent
toujours avec des glands de point ou de
noeuds plutôt que d'émail. Les jeunes
gens
FEVRIER 1726. 405
gens ne portent gueres que des cols ;
mais en ce cas on ne porte point de che-
S mife fans jabot ; car il y a long- temps
qu'on ne boutonne plus les juft au- corps
ni les veftes au- deffus du nombril. Les
manchettes , foit en dentelles , foit en battifte
unie , fe portent encore fort baſſes.
Les gands à frange ne font prefque
plus à la mode chez les gens les plus
propres , ils font ornez d'une dentelle ou
point d'Efpagne d'or ou d'argent ; mais
en general les gands deviennent d'un
très petit ufage aux hommes.
On porte des manchons de martre & de
loup - cervier , raisonnablement grands ,
avec des ceintures de treffe de foie , d'or
ou d'argent . Les manchons d'ours ou tigres
, à poil ras , ne font plus à la mode
non plus que les riches , efpece de petit
gris , fort en ufage ces années dernie
res .
Pour les femmes , les robes les plus
en regne font celles de velours uni à
paremens de martre , en velours cifelé
& en damas noir , avec des fleurons ,
ramages & compartimens aurore de differens
deffeins.
Il n'y a plus gueres que les jeunes filles
à marier qui foient en corps , avec le
manteau & la jupe de la même étoffe.
I Toutes
406 MERCURE DE FRANCE :
Toutes les Dames font en corfets , & en
robes volantes , fans ceinture
paniers très-amples.
, avec des
Les rubans étroits,d'une feule couleur,
font toujours fort à la mode , les coëffures
en cheveux en font ornées par de petits
nccuds , qui forment une efpece de toufe
du côté gauche de la tête , d'où s'élevent
ordinairement quelques brins de
fleurs artificielles , des papillons de pierreries
, & autres ornemens galants . Les
garnitures ou cornettes font toujours trèspetites
, très balles & très - legeres ; elles
font faites de mouffeline claire , de gaze ,
Gu de blondes de foye , qui eft une efpece
de dentelle à peu près comme de
la mignonette. Les deux barbes ou pendans
font fouvent ornez de moulinets
ou de boutons de fleurs artificielles . Ces
barbes font variées prefqu'à l'infini par
les differens arrangemens de la dentelle
, de la mouffeline , de la gaze , ou du
marly , à volans , en zigzag , & c. On
les appelle auffi de noms differens felon
leur differente configuration & leurs differens
ornemens: des folettes , des volages ,
& de plufieurs autres noms differens : en
negligé on porte des garnitures de batifte ,
bien plus amples que celles dont on vient
de parler ; on les appelle des dormeufes. Elles
couvrent toute la tête , elles avancent
FEVRIER 1726. 407
cent vers le front & les jouës , & les
barbes qu'on plie en deux font courtes
mais affez larges , & ordinairement bordées
d'une dentelle . Pour les coëffes noires
, qu'on met quelquefois par- deffus ,
elles font de petit taffetas ou de gaze on
les place fur le haut de la tête , pour
Jaifler voir le chignon frifé , &après
l'avoir bien tortillée , on la vient nouer
pardevant.
Les Dames ne portent plus les cheveux
que fort courts , fouvent entierement frifez
par petites boucles, fans ruban ni cornette
,fi ce n'eft un très petit bonnet , dont
en apperçoit à peine le bec fur le haut
du front ; ce qui donne un air de jeunelle
tout-à - fait galant ; & en ce cas la
tête d'une femme ne differe de celle d'un
jeune homme en cheveux naiffans , que
par les boucles d'oreille qu'on porte en
girandoles de quatre pieces , en perles ,
en diamans , & en pierres de couleurs
fi bien qu'on fe coëffe ordinairement en
petit bonnet fans barbe , bonnet qui occupe
fort peu de place tout au haut de
la tête, dont tout le tour eft entierement
frifé. Le rouge & les mouches font plus
en regne que jamais .
Il ne tiendroit qu'à nous de faire un
long article des Palatines , il y en a d'une
infinité d'efpeces. Mais les plus genera-
I ij lement
408 MERCURE DE FRANCE.
lement en vogue dans cette faifon , font
celles de martre. Il y en a de chenilles ,
de fourcils d'hanneton , de cigne , & c.
Celles de la derniere mode font appellées
des couleuvres : elles meritent bien
ce nom ; car elles font compofées de
petites queues de ferpent très - bien imitées.
On appelle Palatines à la Reine ,
celles qui fe nouënt par derriere , &
dont les pendans naiffent des deux côtez
> du col , & laiffent voir un collier de
même que la Palatine. On porte de ces
colliers fans pendans , qui fe nouënt pardeffous
le menton , en forme de petits
noeuds de crayate , & qu'on appelle des
folitaires.
Mais infenfiblement cet article devient
trop long ; il eft difficile d'être
court,quand on parle des Dames & de leurs
ajuftemens . Nous renvoyons au premier
Mercure , pour parler de la Mantille
qu'elles portent depuis peu fur le col ;
c'eft une nouvelle mode venue d'Efpagne
, & c.
Après avoir donné deux figures de femmes
dans le précedent Mercure , nous
donnons dans l'Eftampe qu'on voit ici ,
deux Figures d'hommes avec leurs La
quais. Dans les prochains Journaux ,
nous entrerons dans un plus grand détail
fur les Modes , & on tâchera de fatisfaire
FEVRIER 1726. 409
tisfaire fur cette matiere ceux que cette
forte de curiofité peut piquer.
REJOUISSANCES faites au College
des Jefuites de la Ville de Rouen.
E to.. de Fevrier on fit au College
Les
-
des Jefuites de Rouen , à l'occafion
de l'augufte Mariage du Roi & de la Reine
, differens Exercices , qui eurent un
très -grand fuccès. Le Pere de Tilly ,
Profeffeur de Rhetorique ' , prononça un
beau Difcours Latin , en prefence du
Parlement , & d'une illuftre & nombreuſe
Affemblée , dont les applaudiffemens
réiterez firent l'éloge de l'Orateur.
Les Pieces de Poësie qu'on diftribua , &
dont nous avons reçû differens Exem
plaires , nous ont paru d'un très bon
goût. Elles portent le nom des Rhetoria
ciens qui les ont travaillées , mais elles
font dignes des meilleurs Maîtres . Les
voeux de la France , l'Epithalame , les
confeils du Roi Stanislas à la Reine fa
fille , les Fables , les Elegies , les Symboles
, tout eft également foutenu &
touché avec délicateffe . Comme ces Pieces
font imprimées , nous nous contenterons
de mettre ici les Devifes au fujet du
-Royal Hymenée , dont il fera aifé de faire
l'application.
I iij
I
410 MERCURE DE FRANCE
1. Devife .
L'Amour qui unit deux coeurs .
Geminum ne dixeris effe .
2 .
Un Aiman tourné vers l'Etoile polaire.
Una placet
3 .
Une Grenade couronnée.
Habet propriâ de ftirpe coronam.
4.
Un Arbre chargé de fleurs .
Fruitu magis illa placebit.
5.
Deux lumieres réunies enſemble.
Majus duo lumina lumēn.
6.
Un Diamant expoſé aux rayons du Soleil.
Clarius inde nitet.
7.
Une Perle enchaffée dans l'or-
Ipfa fibi pretium.
8.
Une Fleur cueillie entre mille.
Eligit unam.
On avoit encore expofé d'autres Infcriptions
& d'autres Symboles , au - deffous
defquels on avoit mis l'explication en
Vers , fur le modele de ceux qui ſuivent.
FEVRIER
411 1726.
I.
Lux LODOICUS erat tibi , Galle , MARIA
Polono,
Ambosfelici fædere , junxit amor.
Non fatis eft gemina genti fplendefcere; MA
jus ,
Nunc DUO terrarum LUMINA , LUMEN
erunt .
2 .
( a ) Nox propera , tecumque tuos , age nigra ,
vapores
Non mihi , vis ignes auferet illa meos.
Scilicet eft virtus celari nefcia , major ,
4Quo fuit umbra mihi , lux mihi major erit
3,
(b ) Semper Hyperboreum magnes fe ver
tit ad axem
Stella rapit , tentas vertere , fola placet.
Fruftrà alias,LODOIX, profpectat lumine terras,
Sola rapit Regem , fola Maria placet.
On fit le lendemain un Exercice de
Poëfie fur le même fujet , qui eut un
(a ) Stella vincens nubila.
(b) Magnes ad ftellam polarem.
I iiij fuccès
412 MERCURE DE FRANCE.
fuccès extraordinaire . Apollon , dans la
perfonne de M. Talbot de S. Owen , ouvrit
l'Exercice , & invita les Poëtes à
celebrer le Mariage du Roi & de la Reine
, dont on avoit élevé les Portraits à
côté du Theatre , dans une Salle magnifiquement
ornée. M. le Chapelain , fils
de M. le Procureur General , qui a une
difpofition rare pour les Sciences , &
qui reprefentoit Virgile , celebra en
Vers heroïques cette heureufe Union.
M. de la Marre recita une Ode dans le
ftile d'Horace , avec une vivacité & un
feu proportionné aux Vers qu'il avoit
compofez. La troifiéme Piece fut recitée
par M. Bigot , qui fit dans l'élevation
de Lucain , l'éloge du Roi Staniflas.
M. Auzanet chanta l'Epithalame dans
le gout de Catulle. La cinquiéme Piece
, qui regardoit le bonheur de la France
, fut dite par M. Foffard ; il l'avoit
travaillée dans le ftile d'Ovide , & il fit
voir qu'il étoit digne des prix qu'il a
remportez cette année fur le Puy de
1'Immaculée Conception établi dans cette
Ville. Juvenal feul , qui étoit le fixiéme
Poëte , ne put exercer fa Satyre ſur
un fujet qui ne merite que des éloges;
il dit qu'il ne falloit point s'étonner des
louanges que les autres Poëtes prodiguoient,
à l'enyi, à notre augufte Reine ;
puifque
FEVRIER 1726. 413
puifque ce n'étoit point de la main des
hommes , mais de celle des Dieux que
nous l'avions receue.
Define mirari , Coeli , de munere regnat.
Apollon loüa le zele de fes Eleves &
les invita à réunir leurs voeux & leurs
hommages , en faveur de LOUIS & de
MARIE.
M
R Meynier eft de retour de l'Ifle
Royale , en Terrreneuve , dans l'Amerique
Septentrionale , où il a été par
ordre de la Cour , dans le Vaiffeau du
Roi l'Elifabeth , pour faire pendant ce
voyage l'experience de plufieurs inftrumen's
qu'il a inventez, pour l'avantage de
la navigation , trois de fquels lui ont réuffi,
quoique avec des temps extraordinaires .
Pendant toute la campagne ce navire a
couru rifque plufieurs fois de faire nau
frage , tant par les furieufes tempêtes
qui l'ont fort endommagé , & qui lui ont
détruit beaucoup de monde, parce qu'il s'eft
trouvé que plufieurs fois parmi des montagnes
de glace qui n'étoient pas moins
dangereufes que des roches , & que™ les
brouillards qui ont duré prefque toute la
campagne , ne leur permettoient pas de
les voir de loin pour les éviter , ces
Iv glaces
414 MERCURE
DE FRANCE
glaces étoient écartées près de 100. lieuës
de la plus prochaine terre , par la latitude
d'environ 45. degrez & demie à
l'Eft du grand banc de Terreneuve :
entretepar
M. le
Ces inftrumens feront fort utiles au
pilotage , comme M. Meynier le prouve
par le Memoire des Obfervations qu'il
en a faites pendant la campagne , figné
de Meffieurs les Officiers & des Pilotes
qui les ont vûs faire , & comme on
peut le voir auffi par la copie ci -jointe,
d'un certificat figné de tous les principaux
Pilote's , comme des Amiraux , des
Vice -Amiraux & des autres ,
nus dans le Port de Breft , vifé
Commandant du même Port .
Nous fouffignez , Pilotes , Amiraux &
autres , certifions que l'Inftrument de
M. Meynier , pour obferver la variation
de la Bouffole pendant toute la nuit
à l'étoile Polaire , pour fervir auffi à relever
les terres , où les navires à la mer
avec beaucoup de préciſion , & qu'il fera
fort utile à la navigation , de même que
fon Aftrolabe , qui donne l'heure pendant
toute la nuit , fans avoir befoin de la latitude
, laquelle heure nous feroit fouvent
fort importante en plufieurs cas differens
, comme pour déterminer la longitude
des endroits où on fe trouve dans
le temps des Eclipfes de Soleil , de Lune
FEVRIER 1726. 415
·
ne , ou des étoiles fixes par la Lune ; on
s'en fervira auffi très-utilement pour les
marées à l'approche des terres . -
Nous certifions de plus , que fon demi
Cercle pour obferver la latitude , étant
fort précis à terre, commenous l'avons vû
par les experiences que nous en avons
faites , fera très -bon pour obferver la
latitude fur les côtes , où nous ne pouvons
pas l'obferver avec nos inftrumens,
lorfque les terres nous cachent l'horifon ;
ce qui fait que nous reconnoiffons affez
fouvent dans nos voyages , que la pofition
de plufieurs terres , foit dans le
Levant , dans l'Amerique & ailleurs
n'eft pas exacte en latitude , & qu'il ſeroit
très - important de s'en affurer avec
cet Inftrument , dont la pratique eft fort
facile , afin de pouvoir enfuite en faire
la correction fur les Cartes , & naviguer
plus jufte en cherchant ces mêmes terres .
En foi de quoi nous avons figné le prefent
, pour valoir & fervir ce que de
raifon , fait à Breft , ce 31. d'Octobre
1725. figné à l'original , Boifouze Liard,
premier Pilote Amiral , Michot , Pilote
Amiral , Touffain Maupin , Pilote Vice-
Amiral , Alexandre Maupin Pilote
entretenu Aubin Cloirée , Pilote entretenu
Sané , Pilote entretenu , &
plus bas , Nous Lieutenant General des
>
>
,
I vj A
416 MERCURE DE FRANCE
Armées navalles , certifions que tous les
fignez des nommez ci -deffus, font veritables
, à Breft , ce trente- uniéme d'Octobre
17 25. Signé , Defnos Champmerlin.
M. Meynier en l'année 1723. fit voir
au Roi & à l'Academie Royale des Sciences
, plufieurs autres Ouvrages de fon invention
, qui ont eu les éloges de tous
les connoilleurs ; Meffieurs de l'AcademieRoyale
des Sciences lui en ont accordé
des certificats d'approbation très - authentiques
.
Ces Ouvrages font une Sphere mouvante
, qui pafle parmi les connoiſſeurs
pour la plus curieufe qui foit connue ,
parce qu'on y voit toutes les apparences
des differens mouvemens des planetes
avec beaucoup plus de précifion que dans
aucune autre .
Plus , une Pendule qui marque le tems
vrai , avec la difference du temps vrai au
temps moyen , & plufieurs autres chofes
auffi curieufes que utiles.
Plus , un Odometre pour mefurer les
chemins en caroffe , Berline, & en chaife
roulante , qui fert auffi à pied , & à
cheval ; il fera très utile pour des nouvelles
Cartes de Geographie , & pour
des itineraires nouveaux ; on pourra de
même s'en fervir à mefurer plufieurs
autres diftances , fans peine & en peu de
temps
FEVRIER. 1726. 417
temps ; il donne ces diftances avec tant
'de précifion , que plufieurs de Meffieursde
l'Academie Royale des Sciences n'ont
pû voir , fans en être furpris , jufques
où elle a été dans les differentes épreuves
qu'ils en ont faites. Le Roi a eu la
bonté de lui accorder un Privilege , pour
faire conftruire de ces Odometres & bientôt
le Public pourra en trouver chez les
Ouvriers que nous lui indiquerons dansles
Mercures fuivans , où nous donnerons
un plus grand détail des ufages de
cet Inftrument , & la Defcription de plufieurs
autres Ouvrages curieux de cet
Auteur.
N
A Mademoifelle P. *
E tenir rien de l'art , devoir à la na
ture
Tout ce qu'à votre fexe il prête d'agrémens s
Méprifer de vains ornemens ,
Et laiffer aux Amours le foin de fa parure
.
Avec tous les traits de Cipris ,
Briller par fes appas , moins que par fon
genie ;
C'eft là votre Portrait dû-t- il , aimable Iris :
Etre défavoté par votre modeftie ?
RE418
MERCURE DE FRANCE .
REPONSE à la Differtation fur l'Air
Maritime. A Marseille , de l'Inprimerie
de J. P. Brebion , 1726. in 40.
Ous avons donné dans notre Journal
du mois de Decembre dernier , page
2968. une idée de la nouvelle Differtation
fur l'Air Maritime ; l'Auteur prétend
y faire voir , que l'Air Maritime
n'eft pas fi dangereux qu'on le penfe , &
que le voisinage de la Mer n'a rien de
contraire à la fanté. Pour foûtenir ces
deux propofitions , il tire fes preuves de
la raifon , de l'autorité & de l'expe
rience .
L'Auteur de la Réponse que nous annonçons
, refute le fyftême de fon adverfaire
; & pour le pourfuivre , dit - il ,
jufques dans fes retranchements , il fuit
fon même plan ; & fes preuves ( comme
celles de fon Antagoniſte ) font auffi appuyées
fur la raifon , fur l'autorité , &
fur l'experience.
17
> un Voilà , comme on peut voir
champ de bataillé bien ouvert ; nous allons
rapporter quelques preuves de l'un
& de l'autre parti , afin qu'on puifle juger
plus facilement de la force , & de
l'adreffe des combatans.
La raifon la plus plaufible , & la plus
forte,
FEVRIER 1726. 49
>
forte , qu'on puiffe faire valoir , en faveur
de l'Air Marin , eeflt dit le premier
de nos Auteurs , celle qui le juftifie
du reproche qu'on lui fait d'être falé.
S'il eft vray ,
continue- t'il , que l'Air
fe charge facilement de toutes fortes de
corps étrangers , il n'eft pas moins vrai
auffi qu'un corps ne peut refter fufpendu
dans un fluide , qu'il ne foit en proportion
de pefanteur avec lui . Or les
particules du fel marin font trop pefantes
pour pouvoir voltiger dans l'air &c.
Et fi dans l'état ordinaire chaque particule
de fel marin eft plus pefante que
chaque particule d'eau , puifque celle- cy
eft fimple , & que celle là eft compofée
de plufieurs principes , comment fe peutil
faire , que ces mêmes particules falines
, ne foient pas plus pefantes , & plus
fixes que celles de l'eau refoute en va
peurs ?
و
Cet Auteur ne fe borne pas à cette
preuve pour appuyer fon raifonnement ;
mais , comme il la trouve la plus forte ,
& la plus plaufible , nous nous en contenterons
& nous allons rapporter ce
que fon adverfaire y oppofe. Pour fappes
les fondemens du nouveau fyftême , qui
infpireroit aux Phtyfiques une fatale fécurité
, il me fuffit de prouver ( dit l'Auteur
de la Réponfe) que l'air de la mer eft.
falé..
416 MERCURE DE FRANCE.
falé. Il eft conftant , dit - il , que l'air que
nous refpirons eft chargé d'une infinité
de corpufcules terreftres , & eft ſenſiblement
plus épais , & plus pefant au pied
des Montagnes qu'à leur fommet ce
qui vient principalement du mélange
continuel des parties terreftres avec celles
de l'air. Or il s'éleve fans ceffe de la
mer plus de particules falines qui fe mélent
dans l'air , qu'il ne s'éleve de la terre
d'autres particules terreftres , &c.
Voilà des preuves de l'un & de l'autre
adverfaire que la raifon leur fournit fur
la faleure de l'air maritime : voyons celles
qu'ils appuyent fur l'autorité.
,
Les anciens Maîtres dans l'art de guerir
, qui ont été fi attentifs à examiner
les differentes qualités de l'air , non par
des raifonnemens vagues , & fur des
idées fyftematiques mais par des obfervations
conftantes & fideles , avoient
remarqué , fans doute ( dit l'Auteur de la
Differtation ) que l'air de la mer n'étoit
point contraire à la poitrine , puifqu'ils
envoyoient leurs Phtyfiques dans les pays
maritimes , & qu'ils leur confeilloient
de naviguer. Ils prétendoient, à la verité,
continue t'il , que cet air convenoit aux
Phtyfiques par la fecherelle propre à tavir
l'ulcere du poumon , qui fait le fond de
cette maladie ; mais fi la raiſon fur laquelle
FEVRIER 1726. 42 T
quelle ils fe fondoient étoit fauffe , l'expérience
qu'ils avoient faite de l'utilité
de la navigation pour les Phtyfiques eft
conftante. Celfe , Aretée , Pline , & c.
font les anciens qui fourniffent des armes
deffenfives à notre Auteur , qui trouve
encore de quoi fe fortifier dans les Modernes
; Mercurial , Sennert , Perdulcis ,
Moreau , & c. font du nombre des derniers
, tous Medecins qui ont fait la Medecine
dans des temps fort éloignés les
uns des autres & dans des
differens.
, pays
fort
Quelques Medecins , avoue l'Auteur
de la Réponſe , confeilloient autrefois à
leurs Phtyfiques les navigations , & le
fejour des villes maritimes fur quel
principe fe fondoient- ils ? c'eſt au fel de
l'air marin , dit - il , qu'ils fe croyoient
redevables du retour heureux de ceux
qui échapoient à cette épreuve mortelle ;
mais l'antiquité en nous laiffant une lifte
très courte , & très exacte de ces Phtyfiques
fortunés , ne nous a pas rapporté
avec la même franchiſe , le nombre des
victimes de cette erreur, qui n'ont jamais.
reveu leur chere Patrie .
Si cependant quelques Phtyfiques fe
font reparés fur mer , continue l'Auteur
de la Réponſe , ne pourroit- ce pas être
l'effet d'un temperament particulier ?
comme
422 MERCURE DE FRANCE.
4
comme il arrive quelquefois à des per
fonnes gralles de fe deffecher dans un
air nourriffant ? & c.
Il femble que l'Auteur de la Réponſe ,
fe foit oublié ici , ayant promis d'abord de
refuter fon adverfaire par fes mêmes preu
ves , & nous ne voyons pas qu'il oppoſe
d'autres Médecins à ceux dont fon Antagoniste
rapporte le fentiment .
Pallons aux preuves fondées fur l'expérience.
La premiere que l'Auteur de
la Diflertation puiffe apporter eft , dit- ik ,
celle qu'il en a faite lui - même ; car depuis
trente ans continue-t'il , que je
fais la Médecine dans des pays maritimes,
je n'ai prefque point vu d'homme de
mer Phtyfique , non pas même dans les
villes où cette maladie eft › pour ainfi
dire , endemique : comme par exemple
, dit-il , à Marſeille , où la fechereffe
eft la maladie la plus commune ,
où elle attaque les perfonnes de tout
âge , de tout fexe , & de toute condition ,
& où enfin la plupart des autres maladies
dégenerent en Phtyfie .
,
L'Auteur de la Réponſe examine de
près les experiences folitaires de fon adverfaire,,
afin , dit - il , de ne lui rien laiffer
dont il puiffe fe prévaloir. Il ne voit
pas , continue t'il , que la Phtyfie falle
beaucoup plus de grace aux gens
de mer
qu'aux
FEVRIER 1725.
4.2.32
qu'aux perfonnes fixées à Marfeille ; &
s'il eft vrai que les premiers en foient
moins frapés que les autres , c'eft que la
fituation particuliere de cette ville , les
vents affectés qui y regnent , le degré du
climat , & c. compofent à Marſeille un
air particulier , qu'on doit differencier
de celui de la pleine mer , & cet air joint
à l'acrimonie qu'il reçoit des exhalaifons de
la mer , porte des coups plus prompts , &
plus violens à un temperament mal dif
pofé ; mais c'eft toujours , dit- il , à la
faleure de l'air , comme à l'agent princi
pal , que la Phtyfie doit fa naiffance.
QUESTION DE DROIT jugée
par Arreft du Parlement d'Aix.
Si les Affureurs ne répondent point des
pertes arrivées durant la quarantaine
des Infirmeries , quoique l'Ordonnance
de 1680 , l. 3. t. 5. art. 5. & t. 5. art.
13. ne décharge les Affureurs des rifques
, qu'après que les marchandifes ont
été delivrées à terre au lieu de leur def
tination.
Lilyaquduqueferfen, en
A perte, qui fe fit fentir en Provence
il y a quelque temps , a donné lieu
au jugement d'une queſtion qui ne s'étoit
jamais préſentée. On difoit d'une part que
comme les Infirmeries, & l'Ile de Jarre,
aux
424 MERCURE DE FRANCE.
aux environs de Marfeille , deftinée aux
quarantaines des Vaiffeaux qui arrivent du
Levant au port de cette Ville,n'étoit pas le
vrai Port de Marfeille, il s'enfuivoit que
le rifque n'étoit point fini ; mais comme
P'ufage a introduit à Marſeille que les
Allureurs ne répondent pas des déchets ,
pertes pu accidents qui arrivent aux Infirmeries
; enforte que pour les y foumettre
, il feroit aujourd'hui neceffaire que la
Police ou Lettre de Chargement du Vaif
feau en fit mention . Cette même Police
devoit être prefumée faite felon l'ufage
univerfellement obfervé , qui ne devoit
pas avoir moins de force que l'Ordonnance
même , attendu qu'elle permet
toutes les ftipulations dont les parties
veulent convenir én matiere d'affurance
maritime.
Il y avoit encore d'autres raifons pour
les affureurs , fçavoir , qu'ils ne devoient
pas fupporter le brûlement du Vaiffeau &
des marchandifes , que la Cour avoit ordonné
en particulier du Vailleau , commandé
par le Capitaine Chataud , que
cet ordre ne pouvoit avoir été donné que
par deux motifs , ou pour punir les interellez
, ou pour éviter les fuites de la
contagion & infection de ces marchandifes
Au premier cas les Affureurs devoient
être exempts de cette perte , à
caufe
JANVIER 1726. 425
caule que les Proprietaires , ou le Capitaine
, du fait duquel ils font tenus , Y
avoit feul donné lieu . En effet , il paroiffoit
au procès , qu'en fortant de Tripoly
de Syrie , le Capitaine avoit reçû
dans fon Navire plufieurs Turcs paffàgers
pour Chypre , fans le declarer , ni
au Conful de Tripoly , ni à celui de
Chypre. Ces Turcs étoient partis de
Seyde dans le temps que la contagion
s'y étoit manifeftée ; ils en étoient euxmêmes
atteints , l'un d'eux mourut fubirement
le lendemain de fon départ de
Tripoly , & deux autres bien -tôt après .
Le Capitaine Chataud étant arrivé à
Chypre , préfenta au Conful de la Nation
la Patente de Santé de Seyde , fans
lui faire voir celle de Tripoly , ni declarer
les paffagers qu'il avoit reçu dans
fon bord.
En fecond lieu on foutenoit que la précaution
dont la Cour avoit ufé en faifant
brûler ce Vaiffeau , n'étoit qu'un plus
grand déchet , la perte totale étant une
avanie extrême , de même que l'avanie
ordinaire eft une perte moindre , en forte
que celui qui ne répond point de la petite
perte ou déchet , qui donne lieu à
l'avanie , ne répond point de la perte
totale , & il eft certain que pour aucune.
perte ou déchet arrivé aux Infirmeries
426 MERCURE
DE FRANCE .
il n'a jamais été deffé aucun rapport ,ou
Procès Verbal d'avanie . Ce procès ſouffrit
cependant beaucoup de difficultez, mê
me à la Grande Chambre , où il fut
porté par le partage arrivé aux Enquêtes
fur cette affaire , ce qui venoit de ce
qu'on étoit convenu , que fi les marchandifes
perilfoient au Quay dans le tranfport
des Infirmeries , les Affureurs en
feroient tenus reſponſables , d'où l'on
concluoit qu'elles étoient aux Infirmeries
à leur rifque , comme fi elles n'avoient
pas été débarquées , puifque le temps du
rifque n'étoit pas fini ; mais cette objec
tion tomboit , parce qu'il fut arrêté unanimement
par les Affureurs , & les affu ,
rez , que le temps & le lieu de la purge
font une fufpenfion de riſque ; ce qui
étant fuppofé , comme l'on n'en peut
douter , tout ce qui s'en fuit eft au rifque
des proprietaires.
Toutes ces raifons déterminerent à décharger
les Affureurs de leur affurance ,
& à faire fupporter aux allurez toute la
perte du Vaiffeau & des Marchandifes,
qui avoient fait la matiere de ce Procès,
en forte qu'il intervint Arreft au mois
de Mars 1725. qui condamna les Affurez
à toute la perte , & mit hors de Cour
de Procés les Affureurs.
AP
427
Ja
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Fevrier , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 9. Fevrier
1726.
HARDION.
TABLE
Pleces Fugitives , l'Hyver , Portrait , &c.
215
Anciennes Rejouiffances Ecclefiaftiques à Au-
1 xerre.
Vers fur le mariage du Roi .
219
233
Lettre de Venife , fur le Carnaval ; les Spectacles
, & c. 241
Vers à la Marquife *** . en lui envoyant un
devidoir.
253
Lettre du P. Caftel , fur l'homme Marin . 256
La Seine , Cantate.
Les Hirondelles , Fable allegorique,
264
267
Lettre , au fujet de l'Epitaphe de Poiffy. 168
Le Cigne & le Pinçon , Fable.
277
274
Démentration Geometrique du Clavecin pour
les yeux & pour tous les fens & c.
La Modeftie , Ode.
Lettre fur une Hiftoire naturelle des Coquilles.
;
292
296
Regrets de Catulle , fur la mort du moineau
de
428
de Lefbie , Imitation.
Portrait de Madame.
Lettre , au fujet d'Uxellodunum , & c. ·
304
307
321
Remarques fur une Medaille de Philippe II.
•
Derniere Ode du 1. Livre d'Horace.
Lettre fur l'Hiftoire. Litteraire de Provence..
Enigmes.
Nouvelles Litteraires.
322
326
ibid.
329 ។
330
Traité de la Societé Civile du P. Buffier. 334
L'Impromptu de la Folie , & c. 340
Difcours & Vers fur le mariage du Roi. 346
Academie établie à Petersbourg.
Affaires du Palais , & c.
Chanfon.
Spectacles.
347
350
360
361
Nouvelles du temps , de Turquie , de Ruſſie ,
& c
Morts , Naiffances , & c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Foire S. Germain.
Morts , Naiffances & Mariages .
367
383.
385
391
394
Supplement , Lettre & défaveu de M. Andry.
Modes .
397
399
Réjouiffances au College des Jefuites de
Rouen .
Nouveaux Inftrumens de M. Meynier .
Vers à Mademoiſelle.
409
413
417
418
423
Réponse à la Differtation , fur l'air Maritime.
Queſtion de Droit jugée à Aix.
L'Air noté regarde la page 360.
La Figure regarde la page 408,
MERCURE
9
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MARS 1726 .
R
QUA COLLIGIT SPARGIT:
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or•
M DC C. XXVI.
Abic Approbation & Privilege du Ro
เจ
L
AVIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M.
MOREA V
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris, Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
sette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toujours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
сорів.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
4
429
A
<
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MARS . 1726 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES :
en Vers & en Profe.
DIFFEREND DE L'AMOUR
& de l'Hymen , terminé par
S
Minerv e.
UR des bords inconnus , près des
rivages fombres ,
Qu'une éternelle nuit couvre d'affreufes
ombres ,
S'éleve un roc audacieux ,
A ij
Dont
430 MERCURE DE FRANCE .
Dont le fommet , bravant les Dieux ,
. Et s'ouvrant dans les airs une fuperbe route,
Monte même au-deffus de la celefte voute.
Sur ce rocher myfterieux ,
Aux plus hardis mortels toujours impenetrable
,
La nature a fixé cẹ temple reſpectable ,
Dont mille colomnes d'airain ,
Portent en gemiffant la cime inacceffible :
Sur un trône de fer , l'inflexible Deftin ,
Tient & tourne l'urne terrible ;
Ce Dieu dont l'oracle certain
Fait retentir ce fejour redoutable ,
Grave fur fes facrez Autels ,
D'un caractere ineffaçable ,
L'ordre de tous les temps ignoré des Mortels .
Ce Temple à fon afpect , effrayant ; mais augufte
,
Avec l'étonnement infpire la terreur.
L'Hymen rempli d'une fecrete hore
reur ,
Admire du Deftin le decret toujours jufte ;
Il unit mille Heros fameux par leurs exploits,
Qui doivent un jour à la terre
Donner
MARS. 1726. 431
Donner des Maîtres & des Rois ,
Les Heros de la paix , les Heros de la guerre
Dont l'Univers furpris confacrera les noms ,
Surtout le plus grand nombre eft celui des
BOURBONS.
Heureux celui , dit- il , le Roi , dont la tige
> divine ,
De tant de Demi Dieux doit être l'origi-
>> ne !
» C'eſt LOUIS ; apprenons quel eſt l'objeť
vainqueur ,
5
Que le Ciel avec lui , doit placer fur fon
» Trône ;
Sçachons quelle Beauté , Maîtreffe de ſon
" coeur ,
» Doit partager un jour fon lit & fa Cou-
>> ronne.
Il dit & s'avance foudain
Vers le terrible Sanctuaire ,
Où fon oeil étonné , reveré ,
L'arreft tracé par le Deſtin.
Il voit l'augufte nom de l'heureuſe Princeſſe ,
Qui doit être l'appui des Lis ,
Et que des Dieux l'éternelle Sageffe
N'a fait naître que pour LOUIS.
L'Hymen reçoit l'arreft du Dieu dont la puiffance
,
A iij Regle
432 MERCURE DE FRANCE.
Regle le fort des plus grands Rois ,
Et d'un rapide vol dans les airs il s'élance ,
Pour aller dans les champs François ,
Que la Seine majeſtueufe ,
Dans un vafte & profond canal ,
Roulant mille flots de criſtal ,
Arrofe lentement de fon onde orgueilleufe
Il arrive d'abord dans cet heureux fejour ,
Où LOUIS dédaignant l'Amour ,
Loin des bras énervez d'une oifive moleffe ,
Aux travaux de Diane exerce fon adreſſe ,
Et prévenant de plus nobles exploits
Fait la guerre aux hôtes des bois.
Il voit à travers la pouffiere ,
Ce jeune Roi voler dans la carriere ,
Pouffer , le dard en main, fur un courfier fou
gueux ,
De fes ardents limiers les efcadrons pou
dreux ;
Il le voit de fes traits terribles ,
Perçant le Daim épouvanté ,
Et troublant au milieu des bois inacceffibles
,
Du timide Chevreuil le gîte enfanglanté.
L'Hy
MARS 1726. 433
L'Hymen s'avance alors , & d'une main har
die
Il prefente à LOUIS le Portrait de MARIE
:
Mais l'Amour du plus haut des Cieux ,
Accourt auffi-tôt en ces lieux.
Arrête , lui dit-il , arrête , temeraire ;
03 Quitte ce frivole deffein ;
De mes traits tout eft tributaire ;
C'eft à moi de remplir les arrefts du Def
atin ;
» Veux -tu me ravir une gloire ,
Que jedois feul obtenir en ce jour ?
» Hymen , une telle victoire
Ne peut regarder que l'Amour ;
» C'est moi qui fur les coeurs préfide;
D'un invincible feu par moi l'on eft épris;
»Et qui mit des fufcaux entre les mains d'Alcide
, גכ
» Peut bien porter l'Amour dans le coeur de
LOUIS .
» Renonce , Hymen , à l'avantage ,
» De te vòir fon heureux vainqueur ;
Ce n'eft que d'un Portrait que tu lui fais
20 hommage
A iiij » Et
434 MERCURE DE FRANCE.
30 Et je lui viens offrir un coeur.
A ces mots , l'Amour indocile ,
Prend fon carquois , allumefon flambeau;
Il tend fon arc , .... mais quel charme nou◄
veau ,
Rend de l'Amour l'arc inutile ?
C'eft en vain que fon bras redouble fes ef
forts ,
Un obftacle divin arrête fes tranfports ;
Il s'irrite , il fremit ; quand du fein d'uns
nuë
,
Il voit à la clarté du jour ,
Defcendre une Déeffe à fes yeux inconnuë ;
La Sageffe eft ſouvent inconnue à l'Amour ;
C'étoit Minerve , arbitre fouveraine >
Des differends que fait naître la haine ;
Uniffez-vous , dit- elle , en cet heureux fé
jour ;
וכ
» C'eſt Minerve qui vous l'ordonne ;
» Amour , par les plus doux attraits
Tu fçais former des neeuds , mais l'Hymen
les couronne.
» En vaintes redoutables traits
Enflammeroient LOUIS d'une vive ten
dreffe ;
a Ses feux s'éteindroient quelque jour
MARS
435
1726.
30 Son coeur ne connoît point l'Amour,
» S'il n'eft conduit par la Sageſſe.
A peine elle a parlé , que ces aimables Dieux
Courent s'embraffer à fes yeux.
Allez ; partez : les Dieux vous font propices ;
Fiers Rivaux que Minerve a fi bien réünis ;
Faites part aux Mortels de fes biens infinis ;
Amour , Hymen , allez , fous fes heureux aufpices
,
Au plus fage des Rois faire hommage d'un
coeur ,
Elevé par le Ciel , cultivé par l'honneur ,
Et qu'une tige en Demi - Dieux feconde,"
Forma pour le bonheur de LOUIS & du
monde.
Achevez vôtre ouvrage ; & vous , tendres
Ероих ,
Donnez à l'Univers des Rois dignes de vous.
Skakakakakak at
DISCOURS de M. l'Abbé de S. Pierre..
pour perfectionner les Langues.
I'
y a trois moyens principaux pour
perfectionner les Langues . 1. Multiplier
ou les mots ou les phrafes , à proportion
436 MERCURE DE FRANCE :
portion de la multiplication des idées &
des fentimens que l'on veut exprimer
2º. Rendre les expreffions fi claires
que tout le monde les entende facilement
, & que perfonne ne puiffe par
l'effet des équivoques , prendre un autre
fens que le fens de celui qui écrit,
ou qui parle. 3. Abreger le difcours
prononcé , & le difcours écrit , le plus
qu'il eft poffible , fans tomber ni dans
fobfcurité , ni dans l'équivoque .
Il eft certain que les connoiffances
humaines , dans les Sciences & dans les
Arts , vont tous les jours en croiffant
tant par le fecours de la converfation &
des conferences , que par le fecours de
la lecture ; le progrès en fera très- ſenſible
, fi l'on veut comparer deux Ouvrages
fur la même matiere , faits à cent ans
de diftance , dans un pays où la guerre
n'aura point interrompu le cours des
Sciences or pour exprimer , ou des inftrumens
nouveaux , ou la combinaifon
nouvelle de certaines idées , ou des rapports
nouveaux , ou des allufions nouvelles
, ou pour diftinguer tantôt nos
idées , tantôt les degrez differens de nos
fentimens avec plus de précifion , & même
pour abreger notre difcours , nous
avons fouvent beſoin , non ſeulement de
termes nouveaux , mais encore de phrafes
MARS 1726. 437
fes & d'expreffions nouvelles , & c'eft
un avantage d'une Langue , de pouvoir
avec un feul mot éviter un long amas de
mots.
On m'a reproché la liberté que je
prens quelquefois , de me fervir de mots
qui ne font point en ufage ; ce reproche
n'eſt pas fans fondement , & ma conduite
n'est pourtant pas fans raifon .
Quand je prens la liberté d'ufer d'un
terme qui n'eft pas en ufage , ce n'eft
point du tout par la fotte vanité d'un
Grammairien de nos jours , qui fe vantoit
ridiculement d'avoir fait un mot . Les
Courtifans & les Dames dans la converfation
, les Artifans dans chaque Art ,
les Ecoliers , les Matelots , les Chaffeurs
, les Sçavans dans chaque Science,
fabriquent de temps en temps des mots
nouveaux , & même des phrafes nouvelles
, perfonne n'eft affez ridicule pour
s'en vanter.
De ces mots nouveaux , les uns s'adoptent
par l'ufage , foit comme neceffaires
, foit comme commodes , pour
abreger , & quelques autres tombent ou
comme inutiles , ou comme mal fabriquez
; mais tout le monde en forme , il
eft permis à chacun d'en former pour le
faire entendre , j'ufe d'une liberté com
inune à tout le monde .
A vj Un
438 MERCURE DE FRANCE:
Un Ecolier a fait Polifon , un autre
fait poliffonner ; ces Fabricateurs , fi on
les connoiffoit , auroient autant de raiſon
de fe vanter que le Grammairien , mais
cela n'en vaut pas la peine , ils n'ont fait
qu'ufer de la liberté , que l'on a de cher
cher à fe faire entendre en abregeant le
langage.
Ce qui feroit contre la liberté commune
, ce feroit fi le Fabricateur d'un mot
nouveau , prétendoit que les autres doivent
l'adopter , l'adoption de ceux qui le
lifent , ou qui l'entendent prononcer pour
la premiere fois , doit être auffi libre
que
l'ufage nouveau qu'en fait celui qui le
propoſe.
Les mots nouveaux , les phrafes nouvelles
, paffent ordinairement de la converfation
où l'ufage les a reçus , dans
l'impreffion où ils font tous nouveaux ,
& cela , felon les divers ftiles des livres :
or pourquoi , en certaines occafions , ne
pafferoient- ils pas recta dans la converfation
, lorfqu'ils ont les quatre conditions
fuivantes.
1º . Lorſqu'un terme eft neceſſaire pour
faire entendre fa penfee , & furtout dans
les Arts & dans les Sciences.
2 °. Lorsqu'il eft commode pour abreger
le Difcours.
3. Lorfque le terme inufité est très-facile
J
MAR'S 1726 . 439
eile à entendre , tant par ce qui precede ,
que par ce qui fuit.
4. Lorsqu'il eft dans l'Analogie de
la Langue , foit pour la formation , foit
pour la terminaifon.
On peut même obferver dans l'Impreffion
, de mettre le mot en caractere italique
afin d'avertir le Lecteur , que l'Auteur ne
le donne pas comme adopié par l'usage,
mais comme adoptable.
En fuivant ces regles , en obfervant
ces conditions, notre Langue, d'un côté,
s'enrichira & s'abregera , & de l'autre
on évitera toujours ce que l'on appelle
Jargon , dans lequel on ne trouve ni
regle , ni facilité , ni commodité , ni neceffité
, ni analogie.
و
on ne
Pour les phraſes nouvelles
m'en reproche aucune ; mais j'avouë ,
que j'en ferois , fi j'en avois befoin , foit
pour faire entendre quelque idée nouvelle
, ou même quelque idée commune
d'une maniere nouvelle , qui fut plus vive
& plus abregée , foit pour exprimer
quelque degré de fentiment , qui n'a
point encore d'expreffion propre , foit
pour faire quelque allufion agreable , jufte
& propre à faire mieux voir une verité
importante , ou à faire plus refpecter
la vertu .
Je fçai bien , qu'il y a de bons Auteurs
440 MERCURE DE FRANCE.
teurs qui ont fait de mauvaiſes phrafes,
c'eft - à dire , des phraſes qui ne font pas
felon les regles , mais je vois avec peine ,
que les Critiques outrez condamnent indiſtinctement
toutes les phrafes nouvelles
, foit bonnes foit mauvaiſes , foit celies
qu'on doit rejetter , foit celles qu'on
devroit adopter ; il leur fuffit , que l'Auteur
ait tenté de s'exprimer avec plus de
delicateffe , avec plus de grace , ou avec
plus de jufteffe que fes pareils , pour le
condamner d'affectation vicieuſe , comme
s'il n'y avoit pas des affectations , qui font
très -utiles au public , & par confequent
très permifes , & même très - louables ,
car n'est-il pas louable de chercher de la
diftinction , en procurant quelques avantages
aux autres.
Blâmerez-vous ,, ne louërez - vous pas
au contraire des aumônes , parce que celui
qui les fait peut- être foupçonné d'être
diftingué par de pareilles liberalitez?
il faudroit avoir bien envie de blâmer,
pour chercher à rendre ridicules des affectations
apparentes , lorfqu'elles font
utiles aux Citoyens.
Cet Auteur cherche la reputation de
faire plus de plaifir à fes Lecteurs que
les autres Auteurs , il lui en coûte beaucoup
d'application & de recherches pour
plaire davantage ; s'il arrive à fon but ,
s'il
MARS 1726. 441
s'il lui fait plus de plaifir , ces Lecteurs
auroient- ils bonne grace de lui reprocher
fes efforts , & fon affectation à leur plaire
pour obtenir leur approbation ? n'eftil
pas jufte au contraire , n'eft il pas de
l'intereft public , de louer ceux de leurs
efforts qui ont réüffi , & d'avoir de l'in
dulgence pour les tentatives qui ne réüffiflent
pas ? n'eft- ce pas le moyen de l'encourager
à continuer fes efforts ?
Mais revenons aux mots nouveaux
que fais - je que n'ayent fait nos prédeceffeurs
, foit pour leur propre commodité
foit pour la commodité des Lecteurs de
leur temps , & furtout pour l'utilité de
leurs fucceffeurs ? car enfin , que feroitce
que notre Langue d'aujourd'hui , fi
nous n'avions que les termes qui étoient
utiles , il y a trois cens ans , dans les li
vres & dans la converfation ?
#C
Le Dictionnaire de Nicod parut il y a
environ cent cinquante ans , c'étoit le
plus ample & le plus parfait de fon temps,
il comprend non- feulement les termes
de l'ufage commun de la converfation
de la Chaire , des Spectacles & du Barreau
; mais encore les termes des Arts &
des Sciences ; comparez- le avec le Dictionnaire
de Trevoux , qui a fuivi fagement
le même plan , de mettre en un
même Dictionnaire generalement tous
les
442 MERCURE DE FRANCE
les mots françois , tant ceux de l'ufage
commun, que ceux des Arts & des Sciences.
Examinez-en quelques pages , &
vous trouverez , qu'en cent cinquante
ans la Langue eft devenue deux ou trois
fois plus riche qu'elle n'étoit en nombre
de mots , fans compter qu'elle s'eft auffi
enrichie en nombre de phrafes.
J'ai eu la curiofité de voir dans Nicod
, combien il y a de termes de l'uſage
ordinaire fous la lettre Z. J'en ai
trouvé fix , & dans le Dictionnaire de
l'Académie Françoife de 1718. j'en ai
trouvé douze , j'ai de même compté les
mots d'un ufage commun fous la fillabe
Be. J'en ai trouvé environ 45. dans Nicod
, & 217. dans le Dictionnaire de
l'Académie. Je n'ai pas confulté le Dictionnaire
de Trevoux , ni fur la lettre
Z, ni fur la fillabe Be. J'y aurois trou .
vé beaucoup d'autres termes françois ,
que fourniffent les Arts & les Sciences ,
& qui , à ce que j'efpere , feront un
jour dans le Dictionnaire de l'Acadé
mie.
Je fçai bien qu'il fe peut faire , que
Nicod n'ait pas été fi exact à ramnaffer
les mots de fon temps , que nous les
nôtres ; mais cette difference ne peut pas
être confiderable ; ainfi la preuve du
nombre prodigieux de mots alors inutiles,
MARS 1726. 443
iles , & qui fe font établis depuis dans
notre Langue , fubfifte toujours , & la
feule comparaifon des Dictionnaires forme
fur cela une demonftration complette,
qui eft à la portée de tout le monde .
N'eft il pas vrai , que fi les perfonnes
, qui dans la converfation , dans la
Chaire , dans les Plaidoyers , fur les
Theatres , & dans les livres , ont ufé
les premiers de ces termes , qui étoient
inufitez du temps de Nicod , n'avoient
ofé rien hazarder , nous ferions privez
encore aujourd'hui de plus de la moitié
de notre Langue ? Je conviens , que dans
la converfation & dans l'impreffion , ils
ont hazardé quelques mots qui n'ont pas
été adoptez ; mais ne leur devons- nous
pas au moins ceux que les Auditeurs &
les Lecteurs ont adopté , & qui par cette
adoption font venus jufqu'à nous ?
1
Nous leur devons même la hardieffe
qu'ils ont eu d'en hazarder plufieurs qui
ont été rejettez , & dont on s'eft mocqué
or n'eft- il pas utile à notre Nation
, & même aux autres Nations qui
étudient le François , que notre Langue
s'enrichiffe , & s'abrege tous les ans infenfiblement
par les petites hardieffes des
les adoptions infenfibles des
&
par uns , & ›
autres.
Il eft bon d'obſerver , que celui qui
criti
444 MERCURE DE FRANCE.
critique des termes inufitez , des phrafes
inufitées , ufe fouvent de mauvaiſe foi
pour les faire condamner , il les tire d'une
place où ils avoient été amenez , où ils
étoient faciles à entendre ; & même neceffaires
pour abreger le difcours , il les
expofe ainfi au jugement du public , dénuez
de tout ce qui leur étoit favorable,
il a pour lors un grand avantage devant
des Juges , qui fouvent ne fongent pas,
que pour condamner avec fagefſe , il
f: ut entendre les deux parties : or l'Au
teur peut-il être entendu fur la raison
qu'il a euë de placer ce terme ou cette
phrafe dans fon Ouvrage , fi l'accufateus
ne rapporte pas l'endroit en entier où ils
fe trouvent placez convenablement ? &
ne fçait-on pas , que pour juger du coя-
venable , c'eft la place feule qui décide ?
un mot nouveau , qui eft déplacé , ne paroît
ni commode . ni neceffaire à la Lan.
,
gue , laiffez - le dans fa place on fent
qu'il eft commode , & qu'il feroit à fou
haiter qu'il fut reçû dans l'uſage , fouvent
même on ne s'apperçoit pas qu'il eft
nouveau.
Les termes inufitez ne font d'abord reçûs
dans la converfation , que pour telle
ou telle place , & quand ils font bien affermis
dans une place , ils paroiffent
moins étrangers dans une autre , on en
revient
MARS. 1726. 4:45
revient à ne diftinguer plus ces nou
veaux habitans des anciens bourgeois &
le mot , qui eft bien établi dans la converfation
, paffe peu à peu dans l'écritu
re & puis dans l'impreflion , telle eft la
maniere imperceptible , dont les langues
s'enrichiffent & deviennent plus comiñodes
, & delà il eft vifible , que ceux qui
font indulgens pour ces mots inufitez ,
favorifent & procurent l'Enrichiffement
de leur langue.
Tout le monde fçait que les Anglois ,
foit dans la converfation , foit dans les
livres , ne font nulle difficulté de faire
& de prefenter des mots nouveaux , qui
enrichiffent tous les jours leur Langue ;
heureuſement pour la Langue Angloife ,
ils n'ont point eu jufqu'ici chez eux certains
prétendus puriftes , comme nous en
avons eu chez nous , le Public adopte ou
n'adopte pas en Angleterre quelquesuns
de ces mots hazardez , mais aucun
Anglois n'eft affez frivole , pour s'avifer
de fe faire honneur de critiquer des
mots , & de faire un procès à un Auteur,
fur la liberté qu'il a prife de hazarder un
mot ou une phrafe or il me femble ,
›
que
de ce côté- là les Anglois Auteurs
font plus hardis dans leurs expreffions
& les Anglois Lecteurs plus fenfez dans
leurs critiques que les François.
J'ai
446 MERCURE DE FRANCE.
J'ai vû , il y a 45. ans , le mot de rena
versement frondé par les faux Puriftes , il
s'eft trouvé commode , & dans l'analogie
de la Langue , & je le vois preſentement
avec plaifir tout établi , malgré
fa malheureufe note de nouveauté , fur
laquelle on attaquoit très - mal -à - propos
celui qui l'avoit hazardé , puifqu'il eft
commode , puifqu'il abrege , puifqu'il
eft dans l'analogie de la Langue , & trèsfacile
à entendre.
De ce que toute nouveauté n'eft pas
bonne dans le langage , s'enfuit - il que toute
nouveauté y foit mauvaife ? c'eft donc
très mal raifonner , que de dire , comme
ces prétendus Puriftes voilà un mot
nouveau , voilà une phraſe inufitée , donc
on ne doit jamais s'en fervir ni l'adopter;
qu'importe que ce mot foit ou nouveau ,
ou ancien s'il a les conditions qui le
rendent digne d'être adopté par l'ufage ?
,
Si le Public en avoit cru les froides
railleries des Puriftes il y a 50. ans ,
nous n'aurions pas même dans le ftile familier
quantité de mots , qui étoient alors
inufitez , & qui font prefentement d'un
auffi grand ufage dans la Langue que les
plus anciens . En voici quelques - uns.
Elle est encore dans l'Enyvrement de
la Cour.
Se piquer d'exceller dans un talent
qui
MARS 1726 .
447
qui n'eft pas convenable , c'eft une vraie
fatuité.
C'eft une affaire infaifable dans les conjonctures
prefentes .
S'il a manqué à ce devoir , c'eft pure
inattention.
On l'a fort deffervi auprès du Miniftre.
Il eft à prefent fort defoccupé.
Il le reçut d'un air gracieux.
Il le gracieufa fort durant le dîner.
Cette nouvelle l'a fort tranquilisé.
Si nous connoiffons aujourd'hui la date
de la naiffance de ces mots , c'eft qu'il
s'eft trouvé de petits Critiques , & des
Ecrivains frivoles , qui avec une fauffe
delicateffe fur le langage , ont voulu acquerir
la reputation de gens d'efprit , en
conduifant ces termes uniquement , parce
qu'ils étoient nouveaux .
Je ne rapporte que dix de ces mots
nouveaux , mais fi l'on vouloit comparer
le Dictionnaire de ce temps- là avec
notre dernier Dictionnaire , je ne doute
pas que l'on n'en trouvât dix fois autant
d'autres , que les Courtifans , les Dames
, & les autres hommes de toutes les
profeffions , ont établi depuis 50. ans
dans le ftile de la converfation , d'où ils.
paffent tous les jours dans les autres ftiles
.
Ces mots ont eu le défaut de nouveau448
MERCURE DE FRANCE .
té en ce temps- là , & cependant ils font
reçus prefentement dans l'ufage commun
de la Langue ; fi nous ne connoiffons pas
la date de leur naiffance , c'eft qu'ils
n'ont point été critiquez , en nailfant
par certains petits Auteurs , qui fe
font arrêtez à critiquer des mots , peutêtre
parce qu'ils ne fe fentoient pas la
force de bien critiquer les raifonnemens.
Quelques perfonnes croyent , que nous
perdons peu à peu autant de vieux mots,
que nous en acquerons de nouveaux ; &
que la moitié des mots d'Amiot , qui étoit
contemporain de Nicod , ne font plus
ufitez , mais j'ai compté les mots des vingt
premieres lignes de la vie de Thefée in
folio , il y en a environ 240. & je n'en
ai trouvé que fix qui ne font plus ufitez,
ce n'eft que la quarantiéme partie de
mots perdus , & encore ces fix mots per- 1
dus font- ils tous remplacez par d'autres
équivalens , verifimilitude eft remplacé
par vraisemblance , reale par réele , trouve
l'on par trouve- ton
controuvé par
fauffement inventé , certaineté eft rempla
cé par certitude, fi ai penfe eft remplacé
par & j'ai penfe , ou par j'ai même penfe.
La Langue n'a donc rien perdu depuis
150. ans , qu'elle n'ait réparé , elle
a au contraire gagné la moitié , & même
les deux tiers , plus de termes qu'elle
n'en
MARS 1726. -449
n'en avoit or ces termes pouvoient - ils
jamais fervir à enrichir notre Langue ,
s'ils n'avoient commencé d'y entrer comme
nouveaux & comme inufitez ?
en
Je ferai toujours étonné , que des Auteurs
croyent acquerir la reputation de
Gens d'efprit & d'Ecrivains delicats ,
s'attachant à critiquer des mots nouveaux
ou des phrafes nouvelles , lorfqu'il n'y a
point de femme ignorante , qui ne puiffe
faire de pareilles remarques , & de femblables
critiques , & fe recrier contre un
mot inufité ; ces Critiqueurs de mots ne
font pas même l'office de Grammairiens
raifonnables ; car le Grammairien raifonnable
ne doit- il pas vifer à abreger &
à enrichir la Langue en peu de temps ?
or cela fe peut-il faire , fi un grand nombre
de gens ne hazardent fouvent quelles
uns à
ques mots ,
les autres
propos ,
mal- à -propos ; les uns que l'ufage rejet »
tera , les autres que l'ufage adoptera ? or
fi ces petits Critiques veulent qu'on rejette
également tous les mots nouveaux,
comment veulent- ils que la Langue s'enrichifle
comment veulent - ils qu'elle
s'abrege ?
>
Je ne difconviens pas que l'on peut
outrer la hardieffe dans l'ufage des mots
nouveaux & des phrafes nouvelles , en
n'obſervant pas les quatre conditions ne
ceffaiz
450 MERCURE
DE FRANCE .
cellaires ; mais on m'avouera auſſi , que
l'on peut outrer la delicateffe dans la
critique , en rejettant indiftinctement
ceux mêmes qui ont les conditions necellaires
pour être adoptez. Ce que je
propofe donc , c'eft que dans l'ufage que
l'on peut faire des mots nouveaux & des
phrafes nouvelles , l'on fuive un milieu
qui foit également éloigné de tout excès
, & qui approche le plus de la raifon
, & c'eſt ce milieu que je tâche de
fuivre dans les occafions , & que l'on ne
doit , ce me ſemble , jamais reprocher à
perfonne.
,
OBJECTION
.
Je croi comme vous , que la Langue
ne peut s'enrichir ni de mots ni de phrafes
foit pour abréger le difcours , foit
pour le rendre plus clair , fi les Auteurs,
de peur d'être blamez dans des écrits
publics , n'ofent hazarder rien de nouveau
je comprens bien même , qu'il
n'eft pas poffible que parmi les mots qui
fe trouveront dignes de l'adoption du Public
, il ne s'en trouve plufieurs qui ſeront
rejettez ; je fuis donc de votre ſentiment,
fi vous vous bornez à la tolerance
& à l'indulgence pour les mots nouveaux
& pour les phrafes nouvelles , qui ont
tes
६
MAR S. 2726 . 451
les quatre conditions que vous demandez ;
mais vous ne vous bornez pas à tolerer
ces fabricateurs de nouveautez , vous
allez jufqu'à les encourager à cette fabrication
, en foutenant que le Public leur
fera redevable de ce qu'ils lui apporte
ront de bon , & qu'en cette confideration ,
on doit avoir de l'indulgence pour ce
qu'ils prefenteront de mauvais ; or c'eft
cet encouragement que je ne faurois ap-.
prouver , parce que je crains qu'ils n'en
abufent.
REPONS E.
Ou c'eft un bien défirable que la Lanque
s'enrichiffe de mots nouveaux & de
phrazes nouvelles, commodes & fouvent
neceffaires , tant pour abreger le diſcours,
que pour le rendre plus clair & plus vif
ou bien c'eſt un défavantage pour la Lanla
Nation : fi c'eſt un mal
gue & pour
il ne faut pas même le tolerer , & je
défaprouve à mon tour votre tolerance
& votre indulgence , pour les mots nouveaux
, qui méritent d'être adoptez , mais
fi c'eft un bien , fi c'eft un avantage pour
la Langue , pourquoi n'encourageriez - vous
pas avec moi les bons fabricateurs de
mots nouveaux & de phrazes nouvelles ,
à nous donner tant qu'ils pourront de
B dignes
452 MERCURE DE FRANCE,
dignes d'être adoptez par le Public ?
Je vous prie de bien obferver que je
n'ai garde de les encourager à nous en
propofer qui foient indignes de cette
adoption , mon encouragement ne tombe
pas fur le nouveau qui a le démerite
d'être mauvais , mais fur le bon qui a le
malheur d'être nouveau : or confultez
vous vous-même , confultez votre raifon,
vous qui êtes fi raifonnable : peuton
apporter trop de bon ? & fi cela eft,
peut-on trop encourager les Auteurs à
nous donner de bons mots & de bonnes
phrazes ? d'un autre côté s'ils nous appor
tent fouvent du bon , peut - on avoir trop
d'indulgence pour le mauvais qu'ils nous
apportent , parce qu'ils le prennent pour
bon ? n'avons nous pas à craindre que
fi nous les découragions fur le mauwais
par des critiques publiques , ils ne
nous privaffent même du bon?
J'appelle ici mauvais , ce que le Public
n'adopte point ; or en cette occafion
comment ce qui n'eft point adopté feroitil
nuifible ? & en fait de langage , ce que
le Public adopte ne devient- il pas trèsbon
par fon adoption même ? Il n'y a donc
point à craindre , que l'abus que les bons
Auteurs pourroient faire de notre indulgence
, tourne jamais à notre défavantayoilà
pourquoi je m'en tiens toujours
MARS 1726. 453
Pencouragement pour le bon , & à l'in
dulgence pour le mauvais , lorfque celuf
qui préfente du mauvais , n'a d'autre intention
que de préfenter du bon : & ne
·
la
convenez vous pas vous - même que
Sonne intention , lors même qu'elle ne
mérite pas de louanges , mérite toujours
de l'indulgence ?
CONCLUSION.
Encourager les Auteurs à produire du
bon & du nouveau dans leurs expreffions,
ne les pas. effaroucher par des Critiques
publiques fur le mauvais qu'ils préfentent
comme bon , c'eft un moyen de perfec
tionner les Langues , & c'est ce que je
m'étois propofe de démontrer.
LE CHEVAL ET LE COQ,
Fable morale.
N Coq , chef d'une République
UN
Ou tributaire de l'Amour ,
Tout un Peuple femelle à lui faire fa cour ,
Du matin jufqu'au foir uniquement s'applique,
Vient infulter mal à propos ....
Bij
Le
454 MERCURE DE FRANCE .
Le Bardot d'un Meunier , animal pacifique :
Malheureux , lui dit- il , tous les jours fur
ton dos
Tu portes la farine & de l'un & de l'autre ;
Roué de coups , tu n'as point de reposs
Mal couché , mal nourri , l'on compteroit
tes os,
Que l'intervale eft grand de ton deftin au
nôtre!
Mille plaifirs , point de travail ,
Jeune , frais & gaillard , j'ai toujours vingt
poulettes ,
Dont l'Amour a pris ſoin de peupler mon Ser.
rail ;
J'exerce mes talents , je leur conte fleuretes ,
On plutôt je les vois prévenir tous mes voeux :
Voilà ce qui s'appelle un fort vraiment heu
reux ;
durera long-temps , c'eft moi qui t'en affure,
Cependant un Renard , qui cherchoit avan
ture ,
Vient , le faifit , le crocque , & lui prouve
qu'il ment.
Tous les biens d'ici - bas font de peu de durées
Et leur poffeffion eft fi mal affurée ,
Qu'on n'y peut compter un moment.
DIFMARŠ
1726. 483
DIFFICULTEZ fur le Clavecin oculaire
, avec leurs Réponses."
culté.
le Clavecin oculaire eft
1. Diffi-
Spoffible , que n'en fait-on ?
Réponse. C'est aux Luthiers
qu'il faut
demander
pourquoi
ils n'en font pas.
C'est même à ceux qui s'amufent
à faire
de pareilles
difficultez
, qu'il faut demander
pourquoi
ils n'en font point faire
, puifqu'ils
en font fi curieux . Je fuis
Geometre
, je fuis Philofophe
tant qu'on
voudra , mais je ne fuis pas d'avis de me
faire Maçon pour faire mes preuves d'Architecte
; & puis , qui vous a dit qu'on
n'en fait pas ?
2. Difficulté. M. Newton , dit- on , n'a
fort exactement défini la proportion
harmonique des couleurs.
pas
Réponse , Peu importe , ma démonftration
n'eft point appuyée fur fes définitions.
Si je l'ai cité , ç'a été pour lui
rendre juftice & en même temps pour
fermer la bouche par un grand nom à ceux
qui n'ouvrent point l'oreille à un raiſonnement.
3. Difficulté. Mais comment executer
ce Clavecin pour les yeux ?
Biij 3.
456 MERCURE DE FRANCE .
Réponse. Prenez un nombre de cou→
leurs , & rangez- les à votre fantaiſie ,
de maniere que les touches les découvrent
, ou fimplement les faffent mouvoir
: voilà tout : car un Clavecin ordinaire
eft fait dès qu'il a des cordes
à portée de raiſonner au mouvement
des touches : jouez , & montez vos cordes
jufqu'à ce que l'oreille foit contente
; jouez , & rangez vos couleurs jufqu'à
ce que l'oeil foit content.
4. Difficulté. Un homme qui n'a jamais
connu l'harmonie des fons , ne fçauroit
monter un Clavecin . Perſonne n'a
encore éprouvé la jufte harmonie des
couleurs , comment donc montera- t- on
ce nouveau Clavecin ?
Réponse. C'est cette difficulté qui mẹ-
rite une réponſe . Je dis donc , qu'avec
le temps on a trouvé les confonances &
-les accords de la Muſique , & qu'avec le
temps on trouvera celles de la Peinture.
5. Difficulté. Il faudra un long temps .
Réponje. Il y faudra très - peu de temps ,
pour ceux qui le voudront bien . 1º .
Parce que la choſe eſt déja à peu
près trouvée. 2 °. Parce qu'on a des fecours
infinis pour la trouver. 3º . Parce
qu'on fçait ce que l'on cherche , & par-
: ce qu'on le cherche en effet. Quand on
ignoroit les confonances & les accords
de
MARS 1726. · 459
de la Mufique , on s'en tenoit- là , on ne
penfoit pas même à les chercher , on ne
Içavoit pas même s'il y en avoit on n'y
eft donc arrivé que par hazard , & lorfqu'elles
fe font comme prefentées d'elles
mêmes. On eft aujourd'hui , par rapport
à l'harmonie des couleurs , comme
un homme qui , fans avoir jamais monté
un Clavecin , entreprend de le monter.
D'abord il s'y trompe , mais peu à peu il
fe rend attentif , & s'accoutume à comparer
, à difcerner , & par confequent à
reconnoître les fons. Faut - il deux mois
pour qu'un homme apprenne à accorder
un Clavecin , un Violon , ou tout autre
inftrument ? une découverte eft comme
faite , lorfqu'on fçait ce que l'on cherche.
Le prifme , le goût de la Peinture ,
la connoiflance du clair obfcur , & mille
autres connoiffances auxiliaires , & furtout
la perfection où eft la Mufique, font
ici de bons préliminaires .
6. Difficulté. Mais fi abſolument on
n'en venoit point à bout.
$
Réponse. Je répons à tout . Rangez tou
jours à vôtre fantaifie , & comme à vûë
de pays , vos couleurs : tout arrangement
plaira tandis que vous n'en fçavez
pas affez pour accorder votre Clave
cin , vous n'en fçaurez pas affez pour en
fentir l'imperfection. Un Violon faux
B iiij. qui
458 MERCURE DE FRANCE .
.
d'a
qui jure fous l'archet , ne laiffe pas
mufer le peuple tout un jour : les diffonances
éternelles , les faux tons , les
faux accords font du chant & de l'harmonie
pour ceux qui ne connoiffent rien
de mieux , & bien des gens laifferont la
plus fçavante piece d'harmonie fur l'Orgue
, pour un miferable petit flageolet
enroué & glapiffant. Un bruit un peu varié
plaît toujours à ceux qui n'ont pas la
tête fonnante ; des couleurs jettées au hazard
ne revoltent perfonne. Quand je ne
fçavois pas jouer du Clavecin , j'en
jouois les deux & trois heures de fuite
avec plaifir ; mon oreille n'en fçavoit
pas plus que mes doigts. Un Efpagnol ,
un Allemand , un François aiment autant
chacun leur Mufique , qu'un Italien
aimme la fienne. Les Anciens , fans peutêtre
aucune connoiffance de l'harmonie
& en chantant tous la même partie , ou
qui pis eft des parties toujours à la quinte
, à la tierce , ou à la quarte l'une de
l'autre , croyoient faire des ' concerts &
de beaux concerts d'harmonie. On ne ſe
laffera d'un Clavecin oculaire mal monté
, que lorsqu'on fera en état de le mieux
monter. Il faut étudier les hommes &
les raifons fecretes des chofes , avant
que de dire decifivement , cela eft bien ,
ن ب ا
MARS 1726. 459
cela eft mal'; cela est vrai & cela est
faux.
17. Difficulté. On fera donc des Clavecins
pour tous les fens.
Réponse. Ce n'eft pas moi qui élude les
difficultez
. 1 °. Mettez de fuite une quarantaine
de caffoletes pleines de divers
parfums , couvrez-les de foupapes , &
faites enforte que le mouvement
des touches
ouvre ces foupapes : voilà pour le
nez. 2 °. Sur une planche , rangez tout
de fuite , avec une certaine diftribution
des corps capables de faire diverſes impreffions
far la main , & puis faites- la
couler uniment fur ces corps : voilà pour
le toucher. 30. Rangez de même des
corps agréables au goût , entremêlez
de
quelque amertume. Mais parlai -je à des
gens à qui il faille tout dire ? j'ajoûte.
rai qu'il y a des gens ,
gens , qui par le fim
ple toucher connoiffent
les divers bois ,
les diverfes étofes , les cartes ; l'écriture
, les couleurs , &c. Il y a à Paris un
homme qui a appris à fon fils aveugle ,
par le feul tact , à lire , à écrire , à chanter,
à déchifrer la Mufique , &c. Nos
fens font tous capables d'une grande
-perfection
; mais ceux qui n'ont rien vû,
ne conçoivent que ce qu'ils voyent. S'ils
voyoient des Clavecins oculaires , ils les
By croi460
MERCURE DE FRANCE.
croiroient rare & puiffant effort d'une
imaginative , &c.
8. & derniere Difficulté . C'eft le pont
aux ânes . Y a- t - il tant de plaifir dans ce
Clavecin oculaire ?
Réponse. 10. La vivacité du plaifir dé
pend de la fineffe des organes , de la fubtilité
des agents , & de la celerité des
mouvemens. De tous nos fens , j'ai honte
de le dire pour ceux qui font des objections
, le plus groffier , le plus indolent
, le plus ftupide , eft celui de l'oüie.
Il lui faut pour l'émouvoir un peu ,
du
bruit , & un bruit qui faffe trembler toute
la machine , & jufqu'aux vitres & aux
murailles d'une chambre. Ceux qui objectent
devroient fçavoir au moins , que
la lumiere de l'éclair laiffe beaucoup en
arriere le bruit du tonnerre , & que fi
on joignoit le Clavecin auriculaire avec
l'oculaire , comme on peut le pratiquer
l'oreille n'auroit en quelque forte
les reftes du plaifir de l'oeil . On n'a jamais
dit qu'entendre fut vivre , mais de
tout temps la vie & la lumiere ont été
fynonimes. Eft- ce le tympan qu'on compare
que
à la retine , l'éther à l'air , ou le
tiraillement de l'oreille à l'action comme
immaterielle de l'oeil ? je n'ai encore
vû perfonne fortir d'une chambre ,
parce qu'il y avoit de belles tapifferies
ou
MARS 1726. 461
ou de beaux tableaux ; mais j'en ai vû
fouvent fortir au bruit du plus beau concert.
2 °. Un jour ayant fermé toutes les
fenêtres d'une chambre que le Soleil
éclairoit , & mis aux trous que j'avois
faits dans les volets quatre ou cinq prif
mes qu'on faifoit tourner fans celle , je
vis fur la muraille oppofée une tapiflerie
mouvante , qui fans autre concert
d'harmonie , me donna le plus agreable
fpectacle que je me fouvienne d'avoir
jamais vû ni entendu . 3 °. L'harmonie
vaut mieux que le chant , le trio mieux
que le duo , les Chours mieux que les
trio. Plus une nature eft perfectionnée ,
plus elle est belle & agreable ; & un
plaifir fçavant & profond eft double &
triple d'un fimple plaifir. Le Clavecin
vaut mieux que la Flute , le Clavecin
oculaire eft , je penfe , une nature plus
perfectionnée que le Clavecin auriculaire
.
Deux nouvelles Obfervations pour la per
fection du Clavecin oculaire.
Premiere Obfervation. On fçait que
les
piquures de la tarantule font gueries par
la Mufique , & par certaine Mufique.
Kirker in'apprend qu'elles font gueries
auffi par les couleurs , & par certaines
B vj cous
462 MERCURE DE FRANCE .
couleurs : mais je n'ai pas dit encore tout
ce qu'il m'apprend . 1 ° . Que la tarantule
elle- même le porte plus volontiers vers
certaines couleurs. 20. Qu'au fon des inftrumens
elle fe tremoulle comme en cadence
. 30. Que le fuc dont elle file fa
toile eft des plus vifqueux , & par la
très-fufceptible des vibrations harmoniques.
4°. Que les araignées les plus viles
font la repartition de leurs fils en
proportion, harmonique . 5o. Que les rofeaux
gardent d'un noeud à l'autre , foit
en groffeur , foit en longueur , la proportion
des tuyaux d'Orgue. 6 °. Que les
tuyaux des aîles d'une gruë font dans la
même proportion , &c . Car il faut garder
quelque chofe pour le lendemain :
or en general on n'a qu'à fe fouvenir
que la proportion harmonique eft la plus
fimple & la plus facile , & puis , fi l'on
eft Phyficien , on conclura tout de fuite
que c'eft celle de la Nature.
;
Seconde Obfervation. Le fon contient
tous les fons le blanc , comme l'a découvert
M. Newton , contient actuellement
toutes les couleurs. Une grande
corde fait entendre communément trois
fons , une goute d'eau , un prifme , font
voir communément trois couleurs . Ces
trois fons font accompagnez d'une infinité
d'autres ces trois couleurs font
د
nuanMARS
1726. 465
nuancées d'une infinité de couleurs . Or
pour le dire en paffant , voilà votre tonique,
votre tierce & votre quinte de couleurs
dans les trois principales du prifme
ou de l'Arc- en- ciel. Lorfque je penfai
pour la premiere fois au Clavecin oculaire
, je penfai auffi à faire une maniere
de prifme auriculaire , qui dans chaque
fon en fit entendre diftinctement trois ou
davantage. Je n'en dirai pas la maniere,
parce je n'y ai pas une entiere confiance,
& que j'en ai affez dit déja , pour amufer
quelque temps les Curieux & même
les parleurs. Ne quid nimis.
XXX:XXX
ODE
XXXXXX
Sur ces paroles du Prophete Roi
1
Dixit impius in corde fuo , non eft Deus
D
Ans la folle ardeur qui l'anime ,
L'impie efface au fond du coeur
Le faint caractere qu'imprime
L'augufte main du Createur.
La verité fimple & touchante ,
Veut dans fon ame chancelante ›
Faire
464 MERCURE DE FRANCE .
Faire luire un divin flambeau ;
Il s'obftine à la méconnoître
A la clarté du premier Etre ,
Il oppole un fatal bandeau.
粥
Envain les remords redoutables ,
Excitez par un Dieu vengeur
De fes plaifirs abominables ,
Viennent corrompre la douceur.
Le pecheur devient moins timide ,
Et par un affreux Déïcide ,
Couronnant ſon impieté ,
Il croit qu'un doute facrilege ,
Peut lui donner le privilege ,
D'errer avec impunité.
M
C'en eft fait : la digue eft rompuë ,
Les flots ne font plus arrêtez.
Ciel ! dans fon ame corrompuë,
Quel deluge d'iniquitez !
Ardent il court de crime en crime ,
Il tombe d'abîme en abîme ;
Il voudroit dans fon noir courroux ,
Voir
MARS 1726. 465
Voir la Religion fanglante ,
Au milieu des feux expirante ,
Tomber fous l'horreur de fes coups.
Toi qui t'attaques à Dieu même ,
Ignores tu quel eft ce Dieu ?
De tes jours Arbitre ſuprême ,
Sans lui ferois - tu dans ce lieu ?
Sur les ruines de Gomorrhe ,
Son feu vengeur éclate encore ,
Les flots de la mer entr'ouverts,
Pour fauver un peuple fidele,
Perdre l'Egypte.criminelle ,
L'annoncent à tout l'Univers .
C'eft lui qui lance le tonnerre
Son bras l'allume & le conduit
Il dit : le Ciel , l'onde , la terre ,
De fa parole fut le fruit.
Les Elemens les plus terribles ,
A fa voix fe montrent fenfibles ;
Plus éclairé , moins innocent ,
'
Par quelle yvreffe, par quels charmes ,
L'hom
466 MERCURE DE FRANCE.
1
L'homme tranquille & fans allarmes ,
Brave- t-il un Dieu menaçant ?
Mais répondez , efprits fublimes ,
Dont la noble intrepidité ,
De nos efprits pufillanimes ,
Raille l'humble credulité.
J'entens une horrible tempête ,
Alle gronde fur notre tête ;
La nature femble expirer ,
Le Ciel s'entrouve , il étincelle ,
D'où vient cette pâleur mortelle ,
Dont je vois vos traits s'alterer ?
譏
Auffi foibles que nous le fommes ,
Vous levez les mains vers les Cieux ;
Soutenez donc mieux , ô grands hommes !
Cet heroifme précieux.
La peur vous faifit & vous glace ,
Et bien- tôt marchent fur fa trace ,
Les noirs foucis , les vains remords ;
Eft- il dans ces fombres journées ,
Un arbitre des deſtinées ?
N'étes - vous plus des efprits forts
MARS 657 1726.
Non , non , le parfait heroïſme ,
Chez vous ne fe trouva jamais ,
Et votre odieux fanatiſme ,
Ne m'en reprefente aucuns traits.
La fraude , l'erreur , l'impofture ,
Monftres qu'abhorre la nature ,
Et qui germent dans votre coeur ,
Le deſeſpoir au teint livide »
La rage au regard parricide :
Voilà votre unique grandeur.
Qui nous fournira des exemples
D'une invincible fermeté ?
C'eſt ce jufte qui dans nos Temples .
Adore & croit la verité.
A qui nos fublimes Myſteres ,
Ne paroiffent point de chimeres
L'Eternel eftfon feur appui ,
Il peut voir s'écrouler la terre ,
Sans que fa conftance s'altere ,
Il craint Dieu , mais ne craint que lui.
BARDON de Rennes.
LET
468 MERCURE DE FRANCE.
Skakakakaka akakakakak
LETTRE à M. de L. R. fur les Onvrages
Geographiques de M. De
Lifle , Premier Geographe du Roy , de
l'Academie Royale des Sciences , & fiss
fa mort, &c.
MONSIEUR ,
Voici le détail que vous m'avez demandé
au fujet de M. Guillaume Delifle,
premier Geographe du Roi , Affocié de
l'Academie Royale des Sciences , & Cenfeur
Royal des Livres . Il étoit né à Paris
en 1675. au mois de Mars ; enforte
qu'il étoit dans fa 51. année , lorſqu'il
eft mort. Claude Delifle fon pere , prit
un foin tout particulier de fon éducation ,
& dirigea lui- même fes études ; le fils ne
pouvoit avoir de meilleur maître que fon
pere , & le progrès de fes études répon
dit pleinement à l'habileté de celui qui
les conduifoit, Claude Delifle , mort en
1720. dans un âge très avancé , étoit
l'homme de Paris qui avoit le plus de
réputation pour enfeigner l'Hiftoire &
la Géographie. Prefque tout ce que nous
avons de Seigneurs l'on eu pour maître
fur
MAR S. 1726. 469
far ces matieres , & feu Monſeigneur
le Duc d'Orleans , auquel il avoit montré
l'Hiftoire & la Geographie , lui a témoigné
juſqu'à fa mort la bienveillance
qu'il avoit confervée pour lui . M. Delifle
le pere , n'étoit pas de ces maîtres ,
dont on trouve beaucoup dans Paris , qui
pour avoir appris par coeur des Tables
Chronologiques , qu'ils n'ont point faites
, & pour s'être mis dans la tête les
divifions & les fubdivifions politiques
des Etats , ou pour avoir retenu quelques
pofitions Aftronomiques , ou quelques
principes generaux de la Sphere Celefte,
fe croyent Hiftoriens , Geographes & Aftronomes
, & fe préfentent pour enfeigner
ces connoiffances . M. Delifle le pere
étoit homme de lettres , & regardé comme
tel par les gens fçavans , avec lef
quels il étoit en commerce. Les leçons
qu'il donnoit à fes écoliers , & les cahiers
qu'il leur dictoit étoient à lui ; il les avoit
compofez , & ils étoient le fruit d'une
lecture exacte & approfondie des Hiftoriens
originaux ; mais ce qui manque
affez fouvent aux gens profondément favans
, la clarté , la methode , la précifion
, la douceur , la patience pour fupporter
les diftractions de ceux à qui l'on
enfeigne , il l'avoit dans un dégré éminent
. Il favoit être fuperficiel avec les
efprits
2
470 MERCURE DE FRANCE.
efprits incapables d'approfondir , & lorf-.
qu'il rencontroit dans fes difciples des
efprits attentifs & curieux de connoître
le détail & toutes les circonftances des
évenemens , il étoit toujours en état de
remplir fur le champ leur curiofité. L'on
a gravé une partie des Tables Chrono--
logiques qu'il avoit dreffées pour les
écoliers . Il feroit à fouhaiter que l'on
publiât le refte , ainfi que fon Introduc- 1
tion à l'Hiftoire Univerfelle ; l'utilité
dont pourroient être ces Ouvrages , ne
fe borneroit pas à faciliter l'inftruction
des Commençans , ( ce qui feroit pourtant
un objet très - conſiderable , ) mais ils
ferviroient encore à ceux même qui favent
déja , ils y trouveroient du moins
de quoi mettre de l'ordre dans ce qu'ils !
auroient appris.
J'efpere , Monfieur , que vous me
pardonnerez cette difgreffion , je n'ai pú
refufer ce témoignage à la memoire d'un
homme auffi eftimé & auffi confideré de
tous ceux qui l'ont connu que l'étoit
M. Delifle le pere. Son éloge doit faire
partie de l'Hiftoire de fon fils : car ce fils
faifoit gloire de devoir à fon pere une
grande partie des progrès qu'il avoit faits
dans la Geographie.
C'étoit du côté de cette fcience que fon
inclination naturelle le portoit ; j'ai vũ
des
MARS 1726. 4711
des Cartes qu'il avoit dreffées & deffignées
lui- même fur l'Hiftoire ancienne
ades l'âge de huit à neuf ans. Son pere
perfuadé que le goût naturel eft ce qui
produit les grands fuccès , dirigea les études
de fon fils du côté de la Géographie,
Il avoit fenti en étudiant l'Hiftoire , nonfeulement
combien cette ſcience lui étoit
neceffaire , mais encore combien peu elle
étoit perfectionnée . La Géographie avoit
été comme abandonnée depuis la mort de
Nicolas Sanfon , & l'on n'avoit fait que
Copier les Cartes de ce grand homme ;
cependant ces Cartes étoient remplies
de fautes , parce que le petit nombre
d'Obfervations exactes que l'on avoit
lorfqu'elles avoient été faites , n'étoit pas
Liffilant pour régler toutes les pofitions ,
Les diftances itineraires qui fervoient à
déterminer la fituation des Villes , étoient
peu exactes & évaluées par une efpece
d'eftime affez imparfaite , la vraie quan,
tité des mesures employées dans les differens
Pays pour exprimer les diftances ,
n'étant pas connuë,
La fituation des Villes , le cours des
Rivieres & les finuofitez de leurs contours
, le gifement des côtes , & c . tout
cela étoit mal orienté , parce qu'il les
avoit marqué fur la foi des memoires
dreffez fur des obfervations faites ayee
la
172 MERCURE DE FRANCE.
la bouffole , par des gens , à qui la varia
tion de l'aiguille aimantée étoit inconnuë,
ou du moins qui ignoroient la veritable
quantité de cette variation . Outre ces
deffauts generaux , communs à toutes les
Cartes , celles de M. Sanfon en avoient
qui leur étoient particuliers , perfonne
ne fent mieux que moi l'étendue des obligations
que lui a la Géographie , & je fuis
étonné qu'avec auffi peu de fecours que
l'on en avoit , lorfqu'il commença , il
ait porté cette fcience auffi loin qu'il l'a
fait ; mais il faut l'avouer , il ne perfectionna
pás fes découvertes comme il l'auroit
pu faire , il demeura toujours atta
ché à fes anciens préjugez , fes dernieres
Cartes font auffi imparfaites que les premieres
& fur le mauvais prétexte de con
ferver l'uniformité dans fes Ouvrages ,
il mit toujours dans fes Cartes les fources
du Nil au-delà de la ligne , fous le tro
pique du capricorne , fur la foi de Ptolomée
, quoique la fauffeté de cette opinion
fût démontrée , & il donna à la
haute Afie , à la Chine , à la Tartarie,
une étendue & une difpofition contraire
au témoignage de toutes les relations
exactes . On vit toujours dans fes Cartes
la terre d'Yeço plus proche de l'Amerique
qu'elle ne l'eft en effet , & c.
M. Delifle , en étudiant la Géogra
phie , fentit ces deffauts , & il fe fervit
MARS. 1726. 473 .
de cette connoiffance pour éviter d'y tomber
, il fe crut obligé de faire fubir un
nouvel examen à toute la Géographie ,
& de ne regarder tout ce que nous avions
d'Ouvrages géographiques & de Cartes,
que comme des materiaux , dont il ne
falloit pas faire ufage , fans avoir murement
pezé pour s'aflurer du degré d'authorité
qu'il leur devoit accorder.
Il ne reçut donc aucunes pofitions ni
aucunes fituations comme certaines , fans
s'être affuré des preuves fur lefquelles
elles étoient appuyées , & par là il fe forma
de l'Univers un plan prefque tout
nouveau , tous les lieux de la terre étant
liez les uns aux autres , le déplacement
d'un de ces points entraîne neceffairement
celui de prefque tous les autres.
L'étenduë que l'on donnoit à notre
continent d'Occident en Orient étoit trop
grande , ainfi la pofition de tous les lieux.
de la terre péchoit en longitude. Les
Obfervations Aftronomiques faites à la
Chine , rendoient cette erreur très - fenfible
; mais les Géographes peu familiarifez
avec l'Aftronomie chicannoient
encore l'exactitude des Obfervations ; on
ne pouvoit leur faire comprendre qu'entre
deux Obfervations exactes , faites ,
Pune à Paris , & l'autre à Pekin , l'im
perfection des inftrumens , où les autres
,
petits
274 MERCURE DE FRANCE.
petits accidens meritables dans ces opera
tions , ne pourroient produire une difference
plus grande que celle qui pourra
fe trouver entre deux Obfervations faites
dans le même lieu & en même temps par
deux des plus habiles Aftronomes , ils
ne pouvoient concevoir que cette difference
, à peine fenfible dans ce dernier
exemple , difparoîtroit entierement , f
elle fe trouvoit répanduë fur une diſtan
ce , comme celle d'ici à la Chine. M.
Delifle entreprit de les convaincre par
une methode qui fût davantage à leur
portée ; il raffembla tout ce qu'il put
amaffer de journaux & de routiers des
navigations de la mer Mediterranée , tanţ
des routes faites de cap en cap en fuivant
les terres , que de celles qui traverfoient
cette mer d'une extremité à l'autre dans
tous les fens . Il traça toutes ces routes
fur un même plan , les évaluant fuivant
l'eftime des Pilotes , & faifant les déduc
tions neceflaires pour les courants connus
: il les dirigea felon les Rhumbs de
vent , ayant égard à la variation de la "
bouffole , & trouva que fur cette Carte
dans laquelle il n'avoit fait aucun ufage
des Obfervations Aftronomiques , l'étenduë
de la mer Mediterranée le trouvoit
précisément la même que celle qu'il augoit
fallu lui donner en fuivant ces Ob-
Lese
MARS. 1726. 475.
fervations. Je n'oublierai jamais la bonté
avec laquelle M. Delifle le pere voulut
bien m'expliquer tout ce détail , dans un
âge auquel il ne me devoit regarder que
comme un Ecolier , & même comme un
Ecolier qu'il ne connoiffoit que par la
curiofité qu'il lui vo yoit pour les Cartes
nouvelles de fon fils ; & je vous écris
ce détail, parce que je ne me fouviens
de l'avoir vu en aucun endroit , quoi
qu'il foit propre à donner une idée de
l'exactitude avec laquelle il travailloit.
M. Delifle étudiant avec un methode
fi parfaite , joignant toujours les Obſervations
Aftronomiques aux voyages tant
de terre que de mer , & comparant le
refultat trouvé par ces deux voyes avec
le détail que nous apprennent l'Hiftoire
& les Defcriptions particulieres des Païs ,
fit en peu de temps de très - grands pro
grès.
1700.
A l'âge de 25. ans , en 17 00. il pu
blia une Mappemonde , les Cartes de
l'Europe , de l'Afie , de l'Affrique & de
l'Amerique , une Carte de l'Italie &
fes deux Globes, d'un pied de diamêtre;
le Globe celefte avoit été conftrut fur
les Obfervations les plus exactes des
Aftronomes de l'Academie des Sciences ,
& M. Caffini le pere avoit dirigé l'Ouvrage.
Ce fçavant Aftronome , à qui
C PAL
476 MERCURE DE FRANCE.
l'Aftronomie moderne doit prefque toute
la perfection où elle eft maintenant , fe
croyoit encore obligé d'aider de fon fecours
& de fes lumieres , les fciences
que l'Aftronomie pouvoit perfectionner,
ainfi il avoit communiqué au jeune Géographe
toutes les Obfervations Aftrono
miques qui avoient été faites .
Cette même année M. Delifle publia
une Carte de l'Affrique ancienne , depuis
Carthage jufqu'au détroit, Cette Carte
étoit deftinée à éclaircir la Notice des
Evêchez de ce grand Pays. Mais comme
dans la plus grande partie de l'Affrique
les Evêchez n'étoient gueres que de grof
fes Cures , cette Carte extrêmement détaillée
, & fur laquelle toutes les routes
des itineraires anciens étoient marquées ,
pouvoit être d'un très grand ufage pour
I'Hiftoire ancienne ,
On remarqua avec furprife fur ces
nouvelles Cartes , combien notre conti
nent étoit racourci d'Orient en Occident,
quoiqu'il y eût bien d'autres nouveautez,
elles ne l'étoient que pour ceux qui examinoient
les Ouvrages Géographiques
de près , & peu de gens étoient en état
de le faire ; mais il ne falloit què des yeux
pour s'appercevoir de celle - la. On s'y
eft accoutumé peu à peu ; & quoique
M. Delifle n'ait jamais publié fon introduc-
1
MARS 1726. 477
duction à la Géographie , dans laquelle
il promettoit de donner les raifons de
ces changemens , on eft perfuadé aujour
d'hui de la neceffité qu'il y avoit de les
faire. M. Delifle a donné depuis une
nouvelle Edition fur cette Mappemonde
& de fes quatre parties du monde : cette
nouvelle Edition eft beaucoup plus parfaite
; mais la plus grande partie des changemens
font de l'efpece des premiers ,
& en font feulement des fuites. Il y en
a même qu'il auroit voulu faire dés fa
premiere Edition , mais une efpece de
pudeur l'avoit retenu , il avoit crû devoir
refpecter le préjugé & ne le choquer
que fur les points où la force de fes
preuves alloit jufqu'à l'efpece de démonftration
qui a lieu dans la Géogra
phie.
En 1701. il publia les Cartes d'Alle
magne & d'Espagne , celles de la Tur
quie , de l'Arabie & de la Perfe.
En 1702. il publia celle de l'Angleterre
, celle des Pays - Bas Catholiques ,
& celle des Provinces Unies .
Cette même année il fut reçû à l'Academie
des Sciences , en qualité d'Eleve
d'Aftronomie . Quoi qu'il ne fût pas
Obfervateur , l'Academie crut avec raifon
pouvoir regarder comme un Aftronome,
celui qui avoit fi utilement ap-
Cij pli
478 MERCURE DE FRANCE.
pliqué les fpeculations de cette Science ,
à des chofes d'un uſage univerfel & continuel
, comme la Géographie.
En 1703. il publia la Carte de la France
, où l'on vit combien il étoit refté d'er,
reurs dans les Cartes de M. Sanfon,parce
qu'il avoit été deftitué du ſecours des
Obfervations . Cette même année M. Delifle
publia une Carte de la Pologne , une
de la Hongrie , ou de la Turquie d'Europe
Septentrionale , & quatre Cartes
particulieres de l'Amerique , contenant
toute la defcription de ce grand Pays ..
En 1704. il publia la Carte particuliere
du Diocéfe de Narbonne , celle du Pays
d'Artois & de la partie Septentrionale
de la Picardie , celle du Comté de Flandre
, celle du cours du Rhin , depuis
Bafle jufqu'à Bonne , en trois feuilles,
& celle de la Souabe en deux feuilles .
En 1705. il publia la Carte particuliere
du Brabant & des Pays voifins , celle de
l'Inde , de la Chine & des Ifles de l'Afie
, il publia auffi la Carte intitulée ,
Theatrum Hiftoricum , en deux feüilles ,
reprefentant la face des Pays fituez entre
le Fleuve Indus & l'Ocean , qui eft
à l'Occident de l'Efpagne , telle qu'elle
étoit vers l'an 400. de l'Ere Chrétienne ,
Epoque de la deftruction de l'Empire Romain
en Occident , & de la fondation des
Royau
MARS 1726. 479
Royaumes qui fe font élevez fur fes débris .
En 1706. il publia la Carte de la Tartarie
, Pays abfolument inconnu jufqu'alors
, & fur laquelle on trouve un détail
, auquel on ne fe feroit pas attendu .
Il donna en même temps la Carte generale
du Royaume du Nord , ( Dannemarc,
Norvege , Suede & Lapponie ) en deux
feuilles , celle de la Mofcovie ou Ruffie
, en deux feuilles , & celle des Pays
de Hainaut , Namur & Cambrefis .
En 1707. il publia la Carte du Piedmon
& du Montferrat , en deux feuilles ,
celle de la Grece Moderne ou de la partie
Meridionale d'Europe . Celle de l'Affrique
en 3. feuilles , & celle du Dioceſe de
Toul , intitulée Civitas Leucorum , pour
fervir à la Géographie du moyen âge .
En 1708. il publia une Carte particuliere
du Dioceſe de Befiers , & une Carte
de la Grece ancienne , en deux feuilles .
En 1709. la Carte particuliere de la
Bourgogne , en deux feuilles, & une Carte
du Diocéfe de Senlis.
En 1710. le Royaume de Dannemarc,
& le Diocéfe de Beauvais .
En 1711 , la Carte de la Prevôté &
Vicomté de Paris , celle du Dauphiné
par rapport à la Géographie du moyen
âge , & celle des environs de Rome ,
de tout le Latium , & d'une partie de
C iij l'Etru
480 MERCURE DE FRANCE.
l'Etrurie , pour fervir à l'Hiftoire Ro
maine.
En 1712. la Picardie Meridionale , &
une feconde Edition de la Picardie Septentrionale
, la partie Meridionale de la
Guyenne , où font le Bearn , l'Armagnac
, & c. & deux Cartes pour la divifion
des Provinces de l'Empire de Conftantinople
, vers le huit & neuvième
fiecle .
En 1713. la Champagne , en deux
feuilles.
En 1714. la partie Septentrionale de
la Guyenne ou le Bourdelois , &c. une
Carte de la partie de l'Univers connuë
des anciens , Orbis veteribus noti , une
Mappemonde en deux feuilles , reprefentant
, l'une l'Hemifphere Septentrional
vû par le Pole , l'autre l'Hemifphere
Meridional.
En 1715. la Carte de la Provence
' celle de la Suiffe , l'Italie ancienne , la
Sicile ancienne.
En 1716. le Plan de Paris levé géometriquement
, la Carte de la Normandie.
En 1717. la Carte particuliere de la
Hongrie , celle de la Sicile & celle des
Ifles Antilles qui appartiennent aux François.
En 1718. la Generalité d'Orleans ,
la
MARS 1726. 481
la Carte de la Louifiane , ou Miffif
fipi.
En 1719. la Carte du Maine & du
Perche .
En 1720. il donna l'Anjou & la Principauté
de Neuchatel , & publia une ſeconde
Edition de fa Mappemonde , dans
laquelle il avoit fait un très grand nombre
de changemens , dont il rendit compte
à l'Academie des Sciences;
En 1721. il publia une nouvelle Edidion
de fa Carte de France.
En 1722. il publia , en deux feuilles , la
Carte de la mer Cafpiene , telle qu'elle
avoit été envoyée à l'Academie par Sa
Majefté Czariene . Il donna une Carte
particuliere de l'Indoftan ou des Pays de
Malabar , Coromandel , & c. Il publia
auffi cette année une feconde Edition de
la Carte de l'ifle de Ceylan , & fit une
nouvelle Edition de fes Cartes de l'Af-
'frique & de l'Amerique , ces deux dernieres
avec de très grands changemens .
En 1723. il donna une nouvelle Edition
de fa Carte d'Afie , auffi avec des
changemens confiderables , parce qu'il
avoit acquis beaucoup de connoiffances
touchant ces Pays , depuis la Carte qu'il
avoit donnée en 1700. *
Il publia cette année la Carte de la
Retraite des Dix mille , pour l'intelli-
Ciiij
gen.
482 MERCURE DE FRANCE.
gence de Xenophon , elle avoit été dreffée
pour l'ufage du Roi ; & comme il y
avoit beaucoup de chofes abfolument nouvelles
pour la pofition & la diſtance des
lieux , & pour le cours des Rivieres ,
il rendit compte des preuves de tous
ces changemens dans une Differtation leüe
à l'Academie des Sciences . Ce fut auffi
cette année qu'il donna fa Carte de la
Mer Cafpiene & des Pays voifins de
cette mer à l'Oueſt & au Sud , cette Carte
comprenant la Georgie , la Mengrelie
& une partie de l'Armenie , Pays qui
n'avoient pas encore été bien connus ,
& fur lefquels il avoit ramaffé des memoires
très- curieux.
-
En 172 4. il donna une nouvelle Edition
de fon Europe , dans laquelle il avoit
fait auffi de très grands changemens ,
defquels il fe promettoit de rendre compte
à l'Academie. Il donna auffi cette année
une nouvelle Edition de fa Mappemonde
, mais en deux feuilles féparées ,
& fur une plus grande échelle . Il publia
vers la fin de cette année une Carte
de la Perfe abfolument nouvelle & trèsdétaillée.
Ce grand Pays étoit demeuré
abfolument inconnu , jufques à ce qu'il
eût publié cette Carte ; & lorfque l'on
comparoit les Hiftoires & les Deſcriptions
des anciens , auffi - bien que les relations
MARS 1726. 483
lations des Voyageurs modernes , avec
les Cartes que nous avions , on n'y reconnoiffoit
plus rien , & on croyoit qu'elles
reprefentoient un autre Pays que la
Perfe. M. Delifle avoit déja fait de grands
changemens à ce Pays dans les Cartes
qu'il avoit publiées , mais il avoit toujours
fenti qu'il en falloit encore faire de
plus grands , & il ramaffoit tous les jours
avec foin tout ce qui pouvoit lui donner
des lumieres fur le Pays. La Carte de la
mer Cafpiene levée par ordre du Czar,arriva
& prouva à M. Delifle que Les foupçons
étoient conformes à la verité ; car
de tous les Géographes il étoit le feul
qui avoit le plus approché de la veritable
figure & de la veritable grandeur de
cette mer , ainfi il ne balança plus à publier
la nouvelle Carte de Perfe . Il eut
foin d'y tracer exactement les routes qu'il
avoit tirées des Voyageurs modernes &
des Geographes Orientaux , dont il s'étoit
fait donner des extraits , & par
cette Carte , qui porte par elle - même
la preuve de fa verité , fera d'un très
grand ufage pour la lecture de l'Hiftoire
Orientale moderne , & même pour celle
de l'ancienne : car en la comparant aux
anciens , elle leur fert d'un excellent Commentaire.
là ,
En 1725. M. Delifle n'a publié que
Су La
484 MERCURE DE FRANCE :
la Carte de l'lfle de Saint Domingue
Je n'ai pas voulu interrompre la fuite
des années dans lefquelles il a publié fes
Cartes , pour vous parler de l'honneur
qu'il reçut , lorfqu'il fut appellé pour
montrer la Géographie au Roi , & pour
aider les perfonnes chargées du foin de
conduire les études de ce jeune Prince.
Le feu Roi avoit envoyé M. l'Abbé Perrot
confulter M. Delifle , fur le choix
des Cartes que l'on devoit mettre entre
les mains du jeune Dauphin , & fur la
methode que l'on devoit fuivre , pour
l'inftruire des premiers élemens de la
Géographie . Lorsque ce Prince fut fur
le Throne & dans un âge un peu plus
avancé , M. Delifle fut chargé de travailler
avec lui fur la Géographie ; il
crut qu'il ne pouvoit mieux remplir les
vues de ceux qui l'avoient appellé , qu'en
dreffant plufieurs Cartes , fur lefquelles
il marqua les noms modernes & les noms
anciens des mêmes lieux , & dont les divifions
étoient relatives à certaines époques
determinées , afin d'éclaircir entierement
l'Hiftoire des temps aufquels elle
avoit rapport. Son travail fut fi agréable
au Roi , que pour l'en récompenfer
il lui conféra par Brevet du 24. Août
1718. la qualité de fon premier Géogra
phe , avec 1200. liv. d'appointemens . II
n'y
MARS 1726. 485
n'y avoit point d'exemple de ce titre de
premier Géographe du Roi ; & comme
c'étoit à fon merite fingulier qu'il avoit
été accordé , on peut juger s'il fera poffible
de le remplacer.
Le Public a déja la Carte de la Retrai
te des Dix mille , dreffée pour l'ufage du
Roi. M. Delifle comptoit de publier dans
la fuite la Carte de l'Empire des Perfes
fous Darius , celle de l'Empire des Macedoniens
fous Alexandre , & celle de l'Empire
des Romains , dans le temps de fa
plus grande étendue. Il avoit auffi dreffé
plufieurs Cartes pour fervir à l'Hiftoire
de France ; elles font divifées felon les
divers partages de la Monarchie , entre
des defcendans de Clovis & entre ceux
de Charlemagne. Je crois qu'elles font
abfolument finies & en état de voir le
jour. Sa veuve qui continuë de débiter
fes Cartes , eft réfoluë de faire graver
celles qui fe trouveront en état de paroître
, & de les donner comme elle les
trouvera , fans permettre que l'on y faſſe
aucun changement . On en trouvera fans
doute plufieurs dans les papiers de M.
Delifle , & probablement celle de la
Terre- Sainte. La Géographie de ce Pays
avoit été un objet qu'il n'avoit jamais perdu
de vue dans fes études , non content
de ce qu'il avoit trouvé dans les Livres
C vj
fur
486 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet , il avoit tiré de tous ceux
qui font actuellement dans le Pays ou
qui y ont voyagé , toutes les lumieres
qu'il avoit pû , & il ne fe paffoit gueres
d'année qu'il n'en envoyât des memoires
, & qu'il n'en reçût des éclairciffemens
; dès qu'il rencontroit un Syrien
ou un Armenien à Paris , il le quef
tionoit & le menoit chez lui pour l'interoger
; & pourvû qu'il pût en tirer la
connoiffance d'une feule route ou la diftance
& la pofition de quelques Villages,
il comptoit avoir bien employé le temps
lui avoient coûté ces converfations
qui finiffoient le plus fouvent par leur
donner de l'argent ; par cette voye il
avoit ramaffé un nombre prodigieux de
materiaux , il les avoit mis en ordre
& ne balançoit à publier une Carte de
la Terre Sainte , que par l'efperance de
recevoir encore de plus grands éclaircif
femens . Il étoit dans le même cas pour
l'Egypte , & il efperoit nous donner une
Carte bien détaillée de ce Pays , fur le
quel il avoit fait de très grandes recherches.
que
稀
Il avoit auffi ramaffé beaucoup de memoires
fur la variation de la Bouffole
& il fe croyoit en état de propofer fur
cette matiere quelque chofe de plus sûre
que
MARS. 1726. 487
que tout ce qui avoit paru jufqu'à prefent.
Outre les Cartes qui ont paru ſéparément
, il en a fait qui ont été publiées
dans des Ouvrages hiftoriques pour lef
quels elles étoient deftinées ; telles font
celles de l'Hiftoire Romaine du Pere
Catrou , gravées par le fieur Liebaux ,
très-habile graveur , qui avoit autrefois
gravé une partie des Ouvrages de M.
Delifle , avant qu'il fe fût mis à enfeigner
la Géographie dans Paris . Il grave
actuellement une Carte de M. Delifle
qui paroîtra avec les Volumes de la même
Hiftoire que l'on débitera inceffamment.
Telles font encore les Cartes deftinées
pour l'Hiftoire de Malte de M.
1'Abbé de Vertot , de l'Academie Roya
le des belles Lettres . M. Delifle у avoit
travaillé pendant les derniers jours de
fa vie , & le jour même de fa mort il
avoit paffé la matinée à les finir ; enforte
que fa mort n'empêchera pas qu'elles ne
paroiffent avec cette Hiftoire. Le fieur
de la Haye , Graveur , très habile Ouvrier
, les a actuellement entre fes mains.
M. Delifle étoit dans fa cinquanteuniéme
année , & joüiffoit d'une fanté
qui paroiffoit très vigoureufe. Il avoit
paffé plufieurs jours fans fortir de chez
Iui,
488 MERCURE DE FRANCE.
lui , & avoit travaillé aux Cartes de l'Hif
toire de Malte , comme je vous l'ai dit , le
Vendredi 25. Janvier de cette année 1726.
Ayant fini entierement ces Cartes , il fortit
après avoir dìné, à fon ordinaire , avec
fa famille , pour aller rendre vifite à
M.deValincourt , qui avoit quelque chofe
à lui communiquer . Il demeura quelque
temps avec lui, & ne parut fentir aucune
incommodité ; mais lorsqu'il fut à
l'Hôtel de Torcy , à l'extrêmité de la
ruë de Bourbon ( où loge M. de Valin
court , depuis le funefte accident arrivé
à la maifon de S. Cloud ) il fentit que
fes forces lui manquoient ; comme il n'étoit
pas fujet à s'inquieter fur fa fanté ,
il espera que cet accident n'auroit aucune
fuite , & fe contenta d'appeller un
jeune homme qui paffoit dans la rue , &
de l'engager à lui aider à marcher. Il fe
conduifit de cette forte d'un pas foible &
chancelant jufques vers l'Hôtel de Bouillon
; mais en cet endroit fes forces l'abandonnerent
tout à - fait , il perdit connoiffance
& tomba par terre . Cet accident
ayant fait du bruit , on accourut de
l'Hôtel de Bouillon pour lui donner du
fecours , on lui fit prendre de l'Eau de
Meliffe , mais fans aucun effet . On envoya
chercher un caroffe , & on le ramena
chez lui , parce qu'on trouva fur lui
une
MARS 1726. 489
une lettre où étoit fon adreffe.
Depuis le moment de fa chute , la connoiffance
ne lui revint plus ; il ne donnoit
d'autre figne de vie , que par un peu
de mouvement & de chaleur , & par le
fang qui fortit de la yeine lorfqu'on le
faigna ; mais ce remede , non plus que
tous les autres qu'on effaya , ne produifit
aucun effet , & il mourut le foir même
du Vendredi 25. Janvier. Il ne laiſſe
qu'une fille âgée d'environ 15. ans . Il
avoit trois freres , qui ont pris tous trois
le parti des Sciences ; les deux plus jeunes
fe font attachez à l'Aftronomie , &
font de l'Académie des Sciences , l'un en
qualité d'Affocié , l'autre en qualité d'Adjoint.
Ils font actuellement à Petersbourg ,
où ils ont été appellez, par Sa Majefté
Czarienne , en confequence des projets
formez par le feu Czar , pour y établir
un Obfervatoire & une Ecole d'Aftronomie.
Le troifiéme frere de M. Delifle
s'eft attaché à l'Hiftoire , & a marché avec
fuccès fur les traces du pere.
Voilà , Monfieur , ce que je puis vous
apprendre de M. Delifle. Ses Ouvrages
font la preuve de fon habileté , & elle
eft affez reconnue , pour qu'il ne foit pas
néceffaire de vous en parler . Il femble
même que fa perte en faffe mieux fentir
l'éten
390 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue : car je remarque , que la plu
part de ceux qui fe préfentent pour le
remplacer , affectent de vouloir paffer
pour les Eleves , quoiqu'il n'ait jamais
travaillé avec eux , & quoique de fon
vivant ils cruffent fe diftinguer en décriant
fes Ouvrages . Il eft vrai , que tout
ce que quelques- uns d'eux fçavent de
Geographie , ils l'ont appris en copiant
le plan & les pofitions de fes Cartes , ou
même en les gravant fous fes yeux . Maís
quelle que foit leur habileté , dans le
deffein des Cartes , vous fçavez mieux
que moi , Monfieur , que le merite du
meilleur Deffinateur ne fuffit pas pour
faire un Geographe même mediocre.
Le feul qui puiffe prétendre avec juftice
au titre d'Eleve de feu M. Delifle ,
eft un jeune homme qui travaille depuis
fix ansfous les yeux , & qui- a demeuré
depuis ce temps chez lui , & y eft encore
actuellement. Il fçait de la Geometrie &
de l'Aftronomie , plus même que l'on
n'en demande à un Geographe. M. Delifle
l'Aftronome qui lui à montré à obferver,
l'a chargé, en partant pour la Mofcovie
, du foin de continuer au Luxembourg
a ) les Obfervations aftronomiques
qu'il y avoit commencées . Ce jeune
homme eft auffi fort bon Deffinateur , &
( a) Il y a un Obſervatoire.
trèsMARS
1726 . 49 T
très-inftruit de tous les fondemens geometriques
des pratiques de la Geographies &
lorfque M. le Chevalier de Luynes v oulut
avoir fous lui , au Bureau des Cartes
de la Marine , un homme choifi par le
fieur Delifle , & duquel il fe chargeât
de diriger le travail , ce fut celui dont je
vous parle qui lui fut propofé , & qui
fut mis dans cette place où il eft actuellement
. Comme il eft le feul qui ait
une entiere connoiffance de la methode
de M. Delifle , & de fes principes dans
la conftruction des Cartes , il n'y a que
lui qui puifle fe fervir utilement de fes
memoires. La Veuve de M. Delifle femble
refolue à n'en donner la communication
qu'à lui feul , afin que les memoires
de fon mari puiffent fervir dans la
fuite à continuer , & à perfectionner les
Ouvrages que l'on trouvera commencez
, en fuivant les mêmes principes &
les mêmes vûës , en forte que ce foit toujours
à M. Delifle que le Public ait la
principale obligation de ces Ouvrages
lorfqu'ils paroîtront. Je fuis , Monfieur,
avec l'eftime la plus tendre & la plus parfaite
, & c .
492 MERCURE DE FRANCE
**: *******
AM. l'Abbé de Vaugency , Chanoine
de l'Eglife Cathedrale de Châlons
en Champagne.
T
Andis que les Rimeurs dont la lyrique
audace ,
Afpire aux lauriers du Parnaffe ;
L'an de l'autre à l'envi méprifant les travaux
,
Deviennent ennemis auffi tôt que Rivaux ;
Vaugency , qui l'eut ofé croire ?
Et qui n'en feroit étonné ?
Par un nouveau chemin t'élevant à la gloire ,
Tu chantes les fuccès d'un rival couronné ?
Grand , fi d'un coeur né magnanime ,
Part fans effort ta generofité ,
Plus grand, fi ta raiſon , par un effort fublime,
Sçait triompher de ton coeur revolté.
Auffi je ne fçaurois le taire :
Jouis de cet aveu qui doit t'être affez "doux ;
Tu fais ce que je n'ai pu faire ,
Tu trouves le fecret de me rendre jaloux.
Permets que d'un feul point ici j'ofe me plaindre.
Dans
MARS 1726.
493
Dans tes Vers je fuis trop flatté.
Ignores -tu que rien n'eſt plus à craindre ,
Qu'un encens fibien aprêté ,
Et qu'enyvré de fa douceur extrême ,
Souvent on fe cache à foi - même ,
Combien on l'a peu merité ?.
Quel charme dans tes Vers ! quelle grace
nouvelle !
Avec quelle éloquence , & par quels tours
heureux
Ton Epitre m'exprime -t- elle
Les fentimens d'un rival genereux !
Tes Odes mille fois m'ont fait pâlir de crainte
,
Au fouvenir de mes perils paffez ;
Mais ton Epitre , à te parler fans feinte ,
Plus vivement me les a retracez .
Quel folide garant de ta gloire future !
Dans le premier combat je te verrai vain
"
queur ;
Et rien ne flate plus mon coeur ,
Que le plaifir de t'en donner l'au gure.
Pour moi , fi deformais tranquille ſpectateur,
Je contemple de la barriere ,
Ceux qui viendront dans la docte carriere ,
Signa
494
MERCURE DE FRANCË
Signaler avec toi leur poëtique ardeur ,
Ce n'eft pas , Vaugency , que j'ofe´ me permettre
,
L'efpoir du rang trop élevé pour moi ,
Que tes Vers femblent me promettre,
C'eft que plus fage en fin je voi ,
Que c'eft trop fouvent me commettre
Avec des Rivaux tels que toi .
LA VISCLEDE.
Cette Epitre fert de Réponse à celle
de M. l'Abbé de Vaugency, inferée dans
le Mercure du mois de Decembre 1725.
i. vol . p. 2779.
M. de la Vifclede a envoyé cette Réponſe
directement à M. L. de Vaugency,
c'eſt par un ami de ce dernier quenous
en avons eu communication.
LET
MARS 1726. 495
LETTRE de M. de Barras , Premier
Chef d'Eſcadre des Galeres du Roi ,
aux Auteurs du Mercure de France.
Nouvelles Obfervations de Phyfique ;
faites à l'occafion du Phenomene
du Port de Marseille , & c .
' Ai vù , Meffieurs , dans le Mercure
du mois d'Aouft 1725. une lettre de
M. Boyer , Medecin , au fujet du Phe
nomene arrivé dans le Port de Marfeille
le 29. Juin 1725. Je ne puis vous
diffimuler , que bien loin de l'avoir lûë
avec le même plaifir , qu'il dit avoir lû
celles qui vous ont été adreffées fur le
même fujet , j'ay été fort étonné du contenu
de cette lettre . L'approbation précipitée
du R. P. Caftel , qui a paru enfuite
dans un autre Mercure , ne m'a
point fait changer de fentiment : je ne
Içaurois voir de fang froid impofer à la
erité.
Je ne fuis point furpris , que ce Medecin
n'ait pas expofé le vrai du fait &
des circonftances du Phenomene , parcequ'il
n'en a pas été témoin , non plus
que
de ce qu'il dit , que cette espece de
flux
496 MERCURE DE FRANCE.
flux & reflux n'ont été fenfibles que dans
le Port de Marfeille , quoiqu'il foit trèscertain
qu'on s'en eft apperçû à l'Eſtaque
mouillage environ fix milles au
Nord du Port de Marſeille, c'eſt- à - dire,
deux petites lieues de France.
>
Perfonne n'a exactement décrit ce Phenomene
, la relation qu'en a fait l'Auteur
de la Lettre , écrite de Marſeille à
M. de Marfais , le 2. Juillet 1725. n'eft
pas éxacte ; l'accroiffement & le décroiflement
des eaux n'ont pas paffé trois
pieds ; la puanteur affreufe qu'on attri
bue à la promptitude avec laquelle les
eaux baifferent , n'eft que trop frequente
dans le Port de Marfeille , pour ceux
qui craignent les mauvaiſes odeurs , j'en
ai fenti de beaucoup plus fortes & plus
puantes , en faifant voguer une Galere
d'un bout du Port à l'autre , pour exercer
les Chiourmes : cette mauvaiſe odeur
n'a rien de furprenant dans un Port fermé
, qui n'eft pas fort grand , & dont le
fond de vafe & de boue molle & gluante
reçoit tous les égouts de la Ville , ce
qui d'ailleurs eft d'une grande utilité
pour les Bâtimens qui y féjournent , l'eau
bourbeufe & fale les garentit des vers ,
qui rongent & qui percent les plus gros
Vaiffeaux.
L'eau du Port n'a point paffé pardeffus
le
MARS 1726. 497
le Quay , qu'un peu vers les Auguſtins,
au bout du Port , ce qui arrive très - fouvent
dans l'année , quand les Mers font
pleines. Les deux flux & reflux n'ont
pas duré chacun un quart d'heure , l'accroiffement
& décroiffement des eaux
ont eu quelques petits intervales ; tout
le temps du Phenomene peut avoir duré
environ deux heures . Dans tout le
Golfe de Marfeille le flux & le reflux
n'ont été remarquez qu'à l'Eftaque , on
ne s'en eft point apperçû à Caffis , à la
Ciotat , à Toulon , ni en aucun autre endroit
de la côte. On fait avec certitude
, que ce Phenomene extraordinaire
eft arrivé plufieurs fois dans le Port de
5 Marfeille.
Quand même on auroit décrit tous les
faits dont je viens de parler avec plus
d'exactitude & de précifion , cela ne me
paroîtroit pas fuffifant pour en découvrir
la caufe , il y a bien d'autres obfervations
à faire ce n'eft donc pas ce qui
m'a furpris dans la Lettre de M. Boyer,
c'eft d'y avoir lû , qu'on ne s'est jamais
apperçu à Marseille d'une pareille cruë
d'eau. Ce qui m'a encore plus étonné
ce font les faits particuliers , qu'il dit
avoir vû & examiné , dont les uns font
fideles , & les autres faux de notrès
- peu
torieté
498 MERCURE DE FRANCE.
torieté publique , ce qui démontre la va
lidité de fes idées touchant leurs caufes
.
Entr- autres faits , comment pouvoir
le juftifier fur le prétendu goufre , qu'il
dit avoir remarqué plufieurs fois dans le
fond de la mer à l'embouchure du Port de
Marfeille fa Patrie , à trois ou quatre
toifes loin & en dehors de la chaîne . Ce
Medecin a , fans doute , les yeux de la
Portugaife , dont il eft parlé dans quelqu'un
de vos Mercures , qui voit l'eau
à 15. & 20. pieds fous terre ; lui au
contraire voit un goufre couvert de 15 .
& 20. pieds d'eau , celui de la mer a
tout-au - moins cette profondeur à l'entrée
du Port de Marfeille , & l'eau n'y
eft jamais fort claire. J'aurai bien - tôt
occafion d'expliquer , ce que c'est que
ce goufre imaginaire , dans lequel M.
Boyer a précipité le P. Caftel .
Suivons le Medecin , le fait qu'il rapporte
enfuite , & qu'il dit avoir vû en
certains temps , eft accompagné de tant
de circonftances , qu'on ne peut point
compter fur le témoignage de fa vûë
ne pourroit - on point la comparer à celle
de Lincee , l'un des Argonautes qui
voyoit jufqu'aux Enfers , & la Lune le
premier jour qu'elle étoit dans fa conjonction.
Il faut au moins croire , que
се
MARS 1726. 499
ce Medecin a des yeux de taupe , puifqu'il
voit au fond de la Mer ce qui n'y
eft point , & ne voit pas en dehors ce
qui paroît cent & cent fois dans l'année
aux yeux de tout le monde.
pou-
Ce que M. Boyer appelle un bouillonnement
confiderable , n'eft qu'un fimple
mouvement qui fait élever l'eau de la
Mer au - deffus de la furface d'un trou ,
qui fe trouve quinze toifes en dehors
de l'entrée du Port on voit quelque
fois l'eau couverte de quantité d'Algue,
s'élever tout-à- coup directement au -deffus
de ce trou , d'environ ſept à huit
ces , & reprendre fon niveau un inftant
après l'Algue enfuite fe répand fur toute
la furface de la Mer , ce qui produit
une mauvaiſe odeur , ordinaire dans
toutes les côtes où la Mer jette de
cette herbe , odeur qui devient plus
forte dans les endroits où l'Algue fe trouve
refferrée & remuée par l'agitation des
vagues. Cette odeur a contribué de faire
donner à ce trou le nom de Sueille ;
odeur que M. Boyer qualifie de puanteur
horrible , dont il attribue la caufe
aux égouts de la Ville , ce qui a la même
folidité que les obfervations ont d'exactitude.
Il n'y a rien de vrai que le nom
du trou , qui eft quinze toifes loin de la
Chaîne , dans l'Avant-port, appellé Fa-
Ꭰ roty.
500 MERCURE DE FRANCE
rot , plus prés du Fort S. Jean que de la
Citadelle S. Nicolas.
Cette feule fituation ne permet pas de
penfer qu'il puiffe rien entrer dans ce
trou des immondices que les égouts de
la Ville dégorgent dans le Port de Marfeille
; il eft d'ailleurs conftant , qu'il
n'y a dans ce trou que trois à quatre
pieds d'Algue , plus ou moins que le
Reffac des côtes voifines y entraîne.
Ce font les Pêcheurs qui ont donné à
ce trou le nom de Sueille , fa figure &
fa profondeur plus baffe que le fond de
la Mer , ayant beaucoup de rapport avec
certains trous que les Païfans font exprès
, dans tout le Territoire de Marfeille
, auprès de chaque Baftide , où ils
tiennent le fumier que font les cochons
qu'ils nourriffent , & où ils portent quelquefois
des charges d'Algue , pour mêler
avec leur fumier dans ce trou , qu'ils
nomment Sueille ; les Pêcheurs , à leur
imitation , ont donné le même nom au
trou qui fe trouve dans le Farot , toujours
rempli de trois ou quatre pieds
d'Algue.
Ce trou que M. Boyer dit avoir fondé,
dans lequel il n'a point trouvé de fond ,
où fa fonde enfonçoit autant qu'il la
laiffoit filer : ce trou , dis -je , n'a certainement
au milieu que 29. pieds de profondeur,
MARS 1726. 501
fondeur , à compter de la fuperficie de
la Mer jufqu'au fond du trou mêmes
le fond de la Mer en dehors de fa circonference
, ( qui n'a qu'environ quatre
pieds de diametre ) n'eſt que de 20. 18 .
& 17. pieds , allant toujours en dimi
nuant à mesure qu'on approche de ter
re de forte que le trou appellé Sneille,
n'a en lui- même que fept à huit pieds
de profondeur , qu'il y a toujours au foni
trois à quatre pieds d'Algue , plus ou
moins , & que le fol de ce trou , au-def
fous de l'Algue , eft très-dur par tout.
Ce font- là très - certainement les dimenfions
exactes de ce goufre , fur lequel
le R. P. Caftel a compté un peu
trop legerement. Jel'avois autrefois fon
de moi- même ; mais crainte que ma memoire
ne m'eût joué le même tour qu'a
produit celle du Medecin , je viens tout
nouvellement , à la priere du R. P. La
val , Profeffeur Royal de Mathemati
ques à Toulon , de faire fonder cette
Sueille par M. de Blacas , homme intelligent
, chargé de la cure du Port de
Marſeille , accompagné de M. de Giraudi
, Lieutenant de Galere & du Port ,
Officier trés- capable & très- appliqué
qui ont exactement trouvé le même fond ,
& toutes les dimenfions que je viens de
rapporter,
.
Dij
Les
502 MERCURE DE FRANCE.
Les Pêcheurs de Marfeille , ou ceux
qui ont inftruit M. Boyer de ce qui regarde
la Sueille , ont grand tort de ne
lui avoir point parlé d'un autre trou ,
qu'ils appellent le Porquet , qui eft auffi
dans le Farot , fur le bord de la côte d'un
Cap , nommé Tête de More , éloigné de
la Sueille de 40. toifes. L'ouverture de
ce trou a trois pieds de diametre fur huit
de profondeur , fa furface étant à niveau
de celle de la Mer ; pour peu que celleci
foit agitée , les vagues , entrant fucceffivement
dans ce trou , font un grand
bruit , qui reffemble au cri d'un cochon
ce qui de temps immemorial a obligé
les Pêcheurs de donner à ce trou le nom
de Porquet. Il y en a même quelquesuns
, qui prétendent que ce trou communique
fous terre avec la Sueille par
quelque canal inconnu , ce que je ne certifie
point , & que je tâcherai de découvrir
, s'il eft poffible , parce que cette
communication verifiée , on pourroit
avec raifon attribuer le mouvement , dont
on a parlé , ( ce qui fe fait quelquefois
au-deffus de la Sueille ) à la communication
des eaux d'un trou à l'autre.
Je ne vous ai point parlé , Meffieurs ,
de l'article dans lequel M. Boyer affeure
qu'on ne s'est jamais apperçû à Marfeille
d'une pareille cruë d'eau dans le
Port.
MARS 1726. ༦༠༣་
Port. Je n'ai pas même cru devoir m'amufer
à rechercher les témoignages d'une
infinité de perfonnes qui foûtiennent le
contraire, lefquelles, auffi-bien que moi,
ont vu cent fois de pareilles crues d'eau
dans ce Port. Il n'y a rien d'extraordinaire
dans le dernier Phenomene , que
la rapidité avec laquelle les eaux font
entrées dans le Port, & forties deux fois
en très peu de temps ; c'est ce qu'on ne
voit que très- rarement , quoiqu'on s'apperçoive
fort fouvent dans l'année que
les eaux entrent dans ce Port avec une
rapidité beaucoup plus fenfible qu'à l'ordinaire
; mais alors cette rapidité alternative
de l'entrée ou de la fortie des eaux,
n'eft ni auffi forte ni auffi promptement
fucceffive : les eaux entrent quatre ou
cinq heures plus ou moins avec affez de
force , & fortent enfuite fans fucceffion
prompte ni rreeggllééee ,, à peu près dans le
même temps.
Ces obfervations réelles & frequentes
ne permettent pas de douter que les divers
courants de la mer ne contribuent
beaucoup à augmenter ou à diminuer la
rapidité avec laquelle les eaux entrent
& fortent du Port de Marfeille : ne pourroit-
on point penſer que la rapide, promp
te & fucceffive entrée & fortie des eaux
de ce Port , arrivée le 29. Juin dernier,
Diij pour504
MERCURE DE FRANCE .
pourroit avoir pour caufe la rencontre
de deux courants contraires , rapides &
également forts , qui s'étant oppofez alternativement
l'un à l'autre en dehors
& par le travers de l'avant- Port de Marfeille
, nommé Farot , ont été fucceffivement
fuperieurs l'un à l'autre , & ont
produit les promptes & rapides entrées
& forties des eaux du Port de Marfeilfes
, à peu près comme deux Luteurs
combattans fur l'arene , fe terraflent alternativement
l'un l'autre .
Cette conjecture eft d'autant plus plaufible
, qu'on fçait qu'il y a un courant
ordinaire dans la Mer Mediterranée , qui
court de l'Est à l'Ouest , tout le long des
côtes d'Italie , de Provence , & de toutes
les côtes Septentrionales de cette Mer ;
& qu'au contraire fur les Meridionales
le courant court de l'Ouest à l'Eft , ces
coutants font plus ou moins éloignez de
la côte , & plus ou moins rapides ; j'en
ai remarqué d'affez forts , pour augmenter
la viteffe d'une Galere de fept à huit
milles par heure , c'est- à-dire , près de
trois lieues de France.
Il n'eſt pas moins conſtant qu'on voit
quelquefois regner un courant extraor
dinaire , mais très rapide , caufé par les
eaux des Etangs de Than , de Frontignan
& autres , lorfque ces Etangs font pleins,
ce
MARS 1726. 509
ce qui arrive fort fouvent ; les eaux ett
fortent avec force & viteffe , & produifent
un grand & rapide courant en mer
tout le long des plages fabloneuſes , renfermées
entre le mont de Cete & Aigue
mortes, & même en deçà des embouchu
res du Rhône jufqu'aux Tignes , autre
longue plage fabloneufe qui s'étend environ
vingt milles . Il eft certain qu'on
s'eft apperçu de la rapidité de ce courant
pendant les fept ou huit jours , qui ont
precedé celui du Phenomene , trois Patrons
differens venus alors du Port de
Cete à Marseille , me l'ont certifié . Il
pourroit bien être que ce courant renfor
cé par celui du Rhône , qui a été fort
gros pendant plus de fix femaines , avant
le jour du Phenomene , il pourroit , diss
je , bien être que ces deux courants unis
en euffent produit un encore plus fort ;
qui a pris fon cours directement fur l'entrée
du Port de Marfeille.
Il eſt auffi fort vrai- femblable , que
le courant qui court de l'Eft à l'Ouest
fur les côtes Orientales du Port de Marfeille
, peut avoir receu de nouvelles forces
des vents d'Eft , qui ont régné plufieurs
mois avant le jour du Phenomene,
auffi-bien que diverſes autres cauſes inconnues
& éloignées ; il n'eft pas poffible
de fçavoir tout ce qui fe paffe dans
D iiij
une
406 MERCURE DE FRANCE
une auffi longue étenduë de côtes , ce
qui pourroit avoir contribué à augmenter
la force du courant ordinaire ; il n'eft
pas même neceffaire , dans le cas prefent
, de connoître toutes les caufes éloignées
qui ont pû augmenter la force de
ce courant , il fuffit qu'on fçache qu'il
eft réel , & qu'on fe foit apperçû que
celui de l'Est a été plus rapide qu'à l'ordinaire
, & que celui de l'Ouest a regné
plufieurs jours avant le Phenomene ; il
fuffit , dis -je , qu'on foit informé de ces
obfervations , pour penfer que ces deux
courants peuvent avoir beaucoup contribué
au Phenomene du 29. Juin.
Ces courants de concert avec les vents
& les flots de la mer , ont produit des
faits réels & vifibles cent & cent fois
plus extraordinaires que le Phenomene,
ils ont donné à la mer de nouvelles bornes
, ils ont joint des Ifles au continent,
ils ont retranché du Golfe de Leon une
partie de fon étenduë , ils ont créé , pour
ainfi dire , de nouvelles Plages , Barrieres
invincibles à toute l'impetuofité de
la mer la plus agitée. On ne peut pas douter
, en confiderant ces plages & ces étangs,
que les courants ne les ayent formez peu
à peu & de fiecle en fiecle ; ces longues
plages fabloneufes , qui s'étendent depuis
le Cap d'Agde , juſqu'aux Tignes ,
n'ont
MARS 1726. 507
n'ont pas été de tout temps , & en croiffant
peu à peu , elles ont dérobé à la mer
toutes les eaux contenues & renfermées
dans les Etangs de Thau , de Frontignan,
de Palaras & de tous ceux qu'on voit
depuis Aiguemortes jufqu'à Agde ; ces
plages ont auffi joint l'Ile de Cete au
Continent : les courants & les flots ne fe
laffent point , ils travaillent encore peu
à peu à traiter de même l'Ifle de Maguelone
, déja fort enfablée dans l'Etang
qui porte fon nom ; il n'eft plus queftion
du Port d'Aiguemortes, d'où S. Louis eft
autrefois parti avec une nombreuſe Flote,
deftinée à la conquête de la Terre- Sainte
; on ne trouve aujourd'hui aucun veftige
de ce Port , la Ville d'Aiguemortes
eft dans les terres plus de quatre milles
loin du bord de la mer.
J'ai paffé en 1690. avec la Felouque
de la Galere Reale dans tous ces Etangs ,,
depuis Aiguemortes jufqu'à Agde , je
trouvai par tout dans le moindre fond
cinq & fix pieds d'eau , où il n'y a aujourd'hui
que deux ou trois pieds d'eau
tout au plus , ce qui démontre que les
courants , les vents & les flots travaillent
continuellement à combler cesEtangs
& que puifque dans trente- cinq ans ils
ont comblé de trois pieds ceux de Peran,
Mauguiot , Palavas & Frontignan , en
DY moins
508 MERCURE DE FRANCE.
moins de cent ans ils parviendront à les
remplir tout- à fait , & à joindre l'Ile de
Maguelone au Continent.Ils n'auront pas
la même facilité , & ils auront befoin
d'un grand nombre de fiecles pour combler
les deux Etangs de Thau , qui font
les plus confiderables & les plus profonds
, parce qu'on met un grand obftacle
à leur entrée , par le travail continuel
qu'on fait au Port de Cete , pour fon
entretien , fans quoi les fables qu'on y
voit entrer en abondance , mêlez avec les
vagues que les vents d'Eft , de Sudeft &
de Sud portent dans ce Port , le rempliroient
bien-tôt fi l'on difcontinuoit d'y
travailler.
Or puifque les courants , les vents &
les flots ont fait tant de prodiges , feroitil
furprenant qu'ils euffent beaucoup de
part au Phenomene arrivé le 29. Juin
de l'année paffée , puifqu'il eft d'ailleurs
très-certain qu'il n'y a point eu de tremblement
de terre dans le Port de Marfeille
, ni aux environs , & qu'aucun feu
central n'y a ouvert des goufres , le changement
qu'on a trouvé dans le fond du
Port, en le fondant , n'a pas été affez confiderable
pour pouvoir l'attribuer à quel
que violente fecouffe ; on peut raifonnablement
croire qu'il a été produit par la
rapidité de l'entrée & de la fortie des
eaux ;
MARS. 1726. 509
eaux ; il n'eft pas furprenant qu'elles
ayent , en divers endroits du Port , renverfé
un fond de vafe mobile & fi molle,
que le Turc le plus fort & le plus vigoureux
ne peut s'en tirer , dès qu'en
tombant il a mis les pieds fur ce fond.
Les obfervations , Meffieurs , que je
viens de rapporter , font toutes réelles
& certaines , les Sçavans peuvent y compter
, le R. P. Caſtel en particulier doit
les preferer à celles de M. Boyer & à
fon goufre imaginaire ; on ne peut pas
ajouter plus de foy , a ce qu'il dit lorfqu'il
vous a affeuré qu'on ne s'est jamais
apperçu à Marseille d'une pareille cruë
d'eau. Non feulement on en voit trèsfouvent
de femblables , mais on a veu
auffi plufieurs fois des Phenomenes en
tout conformes à celui du 29. Juin dernier
, un entr'autres arrivé il y a foixante
ans , qui fut mieux obfervé que le dernier
ne l'a été , qu'on a fi diverſement
& fi fuperficiellement raconté , qu'il ne
faut pas être furpris , fi divers Sçavans
fe font égarez dans la recherche de fa
cauſe.
Le Phenomene dont je veux parler a
été obfervé par un ancien Ingenieur , qui
étant à Marseille par ordre du Roi , profita
de cette occafion pour obferver un
prétendu flux & reflux , qu'il croyoit ordinai
D vj
510 MERCURE DE FRANCE.
dinaire & reglé fur toutes les côtes de
la Mer Mediterranée, ce fçavant fe trouva
tout porté fur le Port lorfque le Phenomene
furvint. Il a rapporté ce fait dans
fon Livre intitulé , SYSTEME DU MONDE ,
& c. Cefar d'Arcons , imprimé à
par
Bourdeaux 1665. page 2 14. Pour épargner
au Lecteur la peine de chercher ce
Livre peu connu & devenu rare , j'ai
crû le devoir rapporter mot à mot dans
cette Lettre.
CHAPITRE V.
Du Flux & Reflux ordinaire & extraordinaire
, que l'Auteur a vû
dans le Port de Marfeille.
» Il eft certain que le Flux & Re-
>> flux de la mer Mediterranée paroît vi-
» fiblement dans le Port de Marſeille
» par le décroiffement & par l'accroiffe-
» ment alternatifs qu'on y voit arriver
» aux eaux , prefque toujours deux fois
» dans 24. heures , jufques à la hauteur
» de demi pied pour le plus , quoique
» le plus fouvent avec beaucoup d'irre-
» gularité , à caufe des vents qui agi-
>> tent diverſement la mer au dehors , &
» qui par ce moyen avancent ou re-
1
taxMARS
1726. 511
» tardent ce petit mouvement qu'elle a
» ordinaire & naturel..
>> Ce fut au commencement du mois
» d'Août de l'année derniere 1665. qu'é-
» tant à Marseille , j'y obfervai aflez foi-
» gneufement ce que je viens de dire du
» flux & reflux ordinaire de la mer Mediterranée
. Mais le ce jour du mê-
» me mois , à 5. heures du matin & par
» un temps calme & ferain , ayant trouvé
» la mer décruë d'un grand pied dans le
>> Port , je demeurai fort attentif à regar-
» der du côté de l'entrée , pour voir ce
>> qui arriveroit de ce décroiffement fi ex-
» traordinaire.
» Fort de peu temps après je vis
que » la mer commença
à refluer de ce côté
» là dans le Port , avec tant de rapidité,
que toutes les Barques & tous les Vaif-
» feaux qui étoient dedans tournerent à
>> ce mouvement , lequel dura un demi
» quart d'heure , moitié en augmentant &
» moitié en diminuant , & jufqu'à ce
» que le baffin du Port fut tout plein &
» inondé de toute la hauteur des Quays.
» En cet état là les eaux demeurerent
>>calmes & fans mouvement pendant quel-
>> ques momens , au bout defquels elles
»commencerent à fluer & à fortir par
» où elles étoient entrées , & avec la mê
» me rapidité. Plufieurs Barques furent
eme
51 MERCURE DE FRANCE.
» emportées & prefque fracaffées par ce
» courant contre les pilliers & contre les
» chaînes de fer qui ferment l'entrée du
Port , & toute la Ville accourut pour
>> voir ce flux & reflux qu'on n'avoit plus
vu depuis 14. ans & qui dura deux
>> heures , chaque reflux ne durant qu'en-
» viron demi quart d'heure , ni chaque
» flux qu'autant , avec un peu de repos
» dans leurs points de reflexion comme
» j'ai dit.
» Leur rapidité neanmoins fut plus
» grande au premier reflux , allant tou-
» jours depuis en diminuant peu à peu ,
» tant au flux qu'au reflux , auffi bien
» que l'acroiffement & le décroiffement
» des eaux , lefquels devenoient toujours
» moindres,comme les allées & les venues
>> d'une pendule : & jufques à ce qu'enfin
» tous ces mouvemens cefferent tout-à- fait
» de part & d'autre , & laifferent les eaux
» dans leur premier état de repos & de
» confiftance , & c.
酱
rez ,
Voilà , Meffieurs , deux faits bien aveil
ne faut que deux témoins pour
prononcer un jugement decifif. On peut
donc s'affeurer fur le rapport de Cefar
d'Arcons , qu'on s'eft autrefois apperçû à
Marseille d'une pareille cruë d'eau dans
le Port , & tout femblable à celle qui eft
arrivée le 29. Juin dernier ; il pourroit
bien
MARS. 1925. 513
bien être qu'il y en a eu d'autres qui n'ont
pas fait tant de bruit , il eft d'ailleurs certain
au regard des grands accroiffemens &
décroiffemens des eaux en particulier ,
que ce font des faits qu'on voit très -fouvent
arriver dans le Port de Marſeille,
auffi- bien que fur toutes les côtes de la
mer Mediterranée : mouvemens qui font
plus ou moins fenfibles , par rapport
la fituation des côtes , à la diverfité des
vents & à la force des courants , à quoi
on peut encore ajouter au regard de celui
de Marfeille en particulier , l'entrée
étroite de fon Avant- Port , nommé Farot
, auffi bien que celle du Port même,
qui eft encore plus petite , ce qui doit
beaucoup augmenter la rapidité des eaux
en entrant ou en fortant.
à
Les Pilotes & tous les gens de mer
ne donnent point le nom de flux ni de
reflux à ces divers & très- variables mouvemens
des eaux dans leur accroiffement
, ils disent que les mers font pleines
, & quand elles ont décru , ils difent
qu'elles font baffes ; ils ne font point
furpris de ces évenemens ordinaires ,
non plus que des extraordinaires , qu'ils
attribuent uniquement aux caufes , dont
on a ci -devant parlé , fans avoir recours
au feu central de la terre , ni à fes tremblemens
.
Quand
514 MERCURE DE FRANCE.
;
Quand les vents viennent de terre en
Provence , & qu'ils fouflent avec plus
de force qu'à l'ordinaire , les eaux de
la mer fe retirent au large plus ou moins,
elles baiffent par confequent dans tous
les Ports de la côte ; on voit dans celui
de Marſeille très -fouvent baiffer les eaux
d'un & de deux pieds quelquefois juf
qu'à trois ; j'ai veu dans le Port de Bouc
baiffer les eaux de quatre pieds & demi ;
on peut regarder ce décroiflement comme
un fait extraordinaire , les Pêcheurs
du Païs les plus âgez , m'aflurerent n'en
avoir jamais veu d'auffi grand , quoiqu'ils
en euffent remarqué plufieurs de deux
& de trois pieds . Il faut obferver que le
Port de Bouc eft fort enfoncé dans les
terres.
Cette même raifon ne me permet pas
de douter de ce qu'on ditdu grand accroiffement
& décroiffement des eaux à Venife
, qu'on m'a affeuré être quelquesfois
de cinq & fix pieds , ce que plufieurs
Sçavans , fur de faux rapports , ont
regardé comme un flux & reflux reglé,
& tout femblable à ceux de la mer Oceane
; c'eft fur de pareils faits mal obſervez
que Cefar d'Arcons s'eft trompé , lorfqu'il
a dit qu'il eft certain que le flux &
reflux de la mer Mediterranée paroît vifiblement
dans le Port de Marseille , prefque
MARS. 1726. 5 : 5
que toujours deux fois dans 24. heures.
Ce fait,bien loin d'être certain , n'eft fou
vent pas même fenfible pendant plufieurs
jours , au lieu que l'accroiffement ou le
décroiffement des eaux font grands &
très visibles plufieurs jours de fuite.
Je viens tout recemment de faire obferver
un accroiffement extraordinaire arri
vé dans le mois de Novembre dernier; on
y a veu pendant plus de trois fois vingtquatre
heures, nuit & jour , les eaux auffi
hautes qu'elles l'étoient le jour du Phenomene
, arrivé le 29. Juin . Il faut obferver
qu'alors le vent de Sudoueft avoit
fouflé au large avec beaucoup de force ,
ce vent ne fe fit point fentir fur nos côtes
, mais la mer qu'il y amene & qui
dura huit à neuf jours , ne permet pas de
douter que ce vent n'ait regné dehors ,
ce qui fit que les eaux furent fi longtemps
pleines dans le Port de Mar feille,
où l'on fentit auffi une espece d'ouragan
qui fit affez de défordre dans le Port ,
mais qui ne dura pas long-temps.
Voilà , Monfieur , une exacte def
cription des faits dont M. Boyer à parlé
dans fa Lettre , & une Relation des circonftances
du Phenomene arrivé le 29 .
Juin 1725. dans le Port de Marſeille ,
fur laquelle les Sçavans qui ne l'ont pas
vû peuvent tabler , s'ils veulent étudier
lá
16 MERCURE DE FRANCE.
la Nature , pour en rechercher les caufes
furnaturelles & inconnuës ; mais je doute
que fur un fait tout maritime , la Phyfique
feule puiffe rien établir de certain
il ne fuffit pas d'être bon Phyficien , ik
faut encore être marin , & marin auffi appliqué
, qu'experimenté , ou tout au
moins être informé des divers mouvemens
de la mer , de la fituation des côtes
, de toutes les circonftances réelles &
vifibles , prochaines & éloignées , prefentes
& antecedentes ; peut - on s'empê
cher de dire que tout cela a manqué à M.
Boyer ? il a veu au fond de la mer ce qui
n'y eft point , & il n'a pas veu en dehors
ce qui paroît aux yeux de tout le monde.
C'est ainsi que plufieurs Sçavans
paffent leur vie à ne pas croire ce qu'ils
voyent , & à deviner ce qu'ils ne voyent
point. Comme je n'envie pas cette condition
, je ne me fuis point occupé à rechercher
les caufes cachées & inconnues
du Phenomene , pour ne m'appliquer qu'à
vous faire part des obfervations réelles &
vifibles ; je me fuis borné à dire ce que j'ai
vû, ce que j'ai obſervé, & ce que j'ai appris
de ceux qui ont vû.Je laifle auxSçavans le
foin de rêver fur les caufes inconnuës .
Puifqu'il s'agit de Phenomene, je crois ,
Meffieurs , que je ferai plaifir au Public
de lui faire part par votre entremise d'un
fait
MARS 1726.
fait encore plus extraordinaire , arrivé
fur la côte de Barbarie dans le mois de
Juin de l'année paffée 1725. il a été obfervé
à Bonne par M. Peyffonnel , Medecin
de Marfeille , homme d'efprits
voici ce qu'il a écrit à M. Olivier fon
ami , Avocat à Marſeille , dont le genie
égale la probité : c'eft lui qui m'a fait l'a
mitié de me le communiquer.
Extrait d'une Lettre de M. Peyffonnel .
» Le 4. Juin 1725. le temps fut très
» variable , il plut l'après-dîné , & les
vents foufflerent après la pluye au
» Sudoueft , fur les fix heures du foir il
» devint calme & la Mer fort tranquille
Comme j'étois fur la terraffe de la mai-
» fon de la Compagnie des Indes , de-
» mie heure avant le Soleil couché ,
>> nous obfervâmes que les eaux étoient
très - pleines & hautes , il arriva tout
» d'un coup un courant , les eaux de
» la Mer dans une minute de temps fe
» retirerent très- promptement , & dimi-
»> nuerent de plus de dix pieds , le ri-
» vage de la Mer fe trouva à fec , plus de
» deux cens pas de fes bornes ordinaires ,
le courant furprit les poiffons , qui reſ-
» terent à fec fur le rivage : l'on en prit
» plufieurs , entr'autres une efpece de
» Raye grisâtre & verdâtre , qui pefoit .
envir
18 MERCURE DE FRANCE :
» environ foixante livres , dans laquélle
on trouva quatre petites Rayes qu'el-
» le avoit dans la matrice . On voit par
» là qu'il y a beaucoup de poiffons Vivi
» pares ; trois minutes après, les eaux en-
» trerent avec la même vivacité qu'elles
» étoient forties ; j'obfervai jufques à la
» nuit , que de deux en deux minutes les
eaux entroient & fe retiroient , pet
» dant infenfiblement leur mouvement ,
>> tout comme les ondulations d'un vafe
» plein d'eau qu'on a ſecoué , dont le
» mouvement ceffe peu à peu & à diver
» fes repriſes.
Le R. P. Caftel adoptera, fans doute ,
les ondulations de ce Phenomene , auffibien
que les allées les venues d'une
pendule ; de l'autre , peut - être trouvera- til
qu'elles approchent plus de fon Syftême
, que les faits de M. Boyer qui n'a
fait que le frifer ; mais au regard du
goufre , certifié par ce Medecin , le fçavant
Phyficien fera forcé de le fupprimer
du nombre des faits bien averez ,
fur lefquels il a fondé fon Syftême ; je
le prie d'agréer , qu'à fon exemple , je
me donne le plaifir de rire , avec cette nation
de gens qui fçavent tout de rire ,
dis- je , de fa credulité précipitée touchant
le goufre imaginaire ; je le prie
encore de ne pas trouver mauvais fi je
n'ai
MARS 1726. 519
n'ai pas
>
la même credulité touchant fes
promelles Phifico - mathematiques , & fi je
l'affure en file naturel , guidé par le bon
fens bourgeois , que puifqu'il a refolu de
fe divertir encore quelques années , aux
dépens du Public fans lui donner le
plaifir piquant de me voir mordre à l'hameçon
, comme la Vipere mord à la lime,
ou le chien à la pierre , je le prie , disje
, de ne pas trouver mauvais , fi en
attendant cette haute Geometrie qui tout
d'un coup fera à la portée de toute forte de
gens ; je continue tranquilement à me
fervir du Jargon des anciens Geometres.
M. Boyer vous ayant écrit , Meffieurs
, qu'il fouhaite que ce qu'il rapporte
, puiffe répondre aux foins que vous
prenez d'informer le Public avec exactititude
des effets les plus furprenans de la
nature j'ai crû qu'il étoit important
de vous faire part de la fimple verité de
ces faits.
J'ai l'honneur d'être , Meffieurs , trèsparfaitement
votre très - humble & très
obéillant ferviteur ,
DE BARRAS DE LAPENNE.
A Marseille le 15. Fevrier 1726.
LA
520 MERCUR DE FRANCE.
La piece qu'on vient de lire , n'a pas
befoin d'éloges , nous sommes perfuadez
que nos Lecteurs en jugeront auffi favo
rablement que nous, Sa longueur fur une
matiere affez rebattuë nous l'auroit fais
Supprimer, mais nous aurions cr faire
un vol an Public , & une injustice an
merite diftingué de l'Auteur.
ODE qui a remporté le prix du Palino d
à Caen. Le fujet qui avoit été propofé
, étoit Jonas forti vivant du fein
de la Baleine , tiré du Prophete Jo
nas. ch. 1 .
Andis que l'éclat de ta gloire ,
Occupe aujourd'hui l'Univers ,
Vierge , digne objet de nos Vers ,
Je vais celebrer ta victoire.
Et toi , Mortel audacieux ,
Qui fans ceffe aux ordres des Cieux ,
Oppoſes un coeur infidele ;
De Jonas defobéïſſant ,
Apprens à n'être plus rebelle
Aux volontez du Tout - puiſſant .
* Nous avons expliqué ce que c'eft que le
Palinod dans le Mercure de Septembre 1724
P. 1886. Ninive
MARS 17:26.
522
*
Ninive , Merveille du monde ,
Ne cedoit qu'aux Cieux en beauté :
Son nom des peuples refpecté ,
Voloit fur la terre & fur l'onde :
Ses innombrables Citoyens
Trouvoient dans fon fein tous les biens ,
Qui rendent un bonheur extrême ,
Mais fa gloire fit fon malheur ;
Fiere de fa grandeur fuprême ,
D'ingrate en méconnut l'Auteur.
粥
On n'y fait point de facrifice :
L'impieté regne en tout lieu :
On n'y connoît point le vrai Dieu ;
Chacun s'en forme à fon caprice.
Chez ce peuple à fes fens livré ,
Le crime feul eft adoré ,
On perfecute l'innocence ;
Quels monftres vomis par l'Enfer
Par tout triomphent la licence ,
Le vol , l'adultere , & le fer.
Que fait donc , grand Dieu , ton tonnerre ?
Contre
322 MERCURE "DE FRANCE :
Contre eux que n'armes - tu ton bras
Donne en détruifant ces ingrats ,
Un fecond exemple à la terre.
Que fit Sodome de plus noir,
Quand fur elle tu fis pleuvoir ,
Un torrent de feux & de foufre ?
Enhardis par l'impunité ,
Plus ta patience les foufre
Plus ils outragent ta bonté .
5
Trop long-temps , je retiens la foudre ,
» Dit le Tout- puiffant en couroux :
Tonnons , frappons , lançons nos coups
» Et reduifons Ninive en poudre ....
Le coup partoit : fon bras vengeur
Fut arrêté par fa douceur ,
Toujours lente à punir les crimes;
Va : preffe-les d'avoir recours
Au jeûne , aux larmes , aux victimes :
Je leur donne quarante jours.
Jonas, fui la voix qui t'appelle:
Tu l'entens : pourquoi tardes - tu !
Que
MARS
523 1726.
Quel doute ébranle ta vertu ›
A ton Dieu feras- tu rebelle ?
Une folle erreur le feduit :
Il balance , il s'alarme , il fuit :
Sur les flots il cherche un afile :
Efpere- t'il tromper des yeux ,
Dont la clarté vive & fubtile,'
Voit la mer , la terre & les Cieux ?
*
Son Vaiffeau vogue à pleines voiles :
Mais quels troubles bien- tôt après ?
La mer s'enfle : un nuage épais
Dérobe l'aspect des étoiles.
Tout-à-coup brillent les éclairs :
La foudre gronde dans les airs :
L'Aquilon groffit la tempête ;
Les Nochers pâles , effrayez ,
Trouvent mille morts fur leur tête ,
Et mille tombeaux fous leurs pieds .
Dans ce peril Jonas paifible ,
S'endort ... Image du Pecheur ,
L'endurciffement de fon coeur ,
E Le
1
524 MERCURE DE FRANCE .
Le rend à fa perte inſenſible.
Enfin la grace ouvre les yeux.
J'ai , dit-il , irrité les Cieux :
Qu'on me livre aux fureurs de l'onde;
On l'y jette , & dès ce moment ,
Un doux calme , une paix profonde,
Regna fur l'humide Element.
Mais que deviendra le Prophete?
1
Perira- til fous les flots ?
Seigneur , écoute fes fanglots
Il voit fa faute , il la regrette.
Commande. Il eft prêt de voler
Où ta voix voudra l'appeller .
C'en eft fait , le Ciel rend les armes ;
Du Trés-Haut telle eft la bonté :
A peine il voit couler des larmes ,
Que le Pecheur eſt écouté.
Tandis que dans l'humide plaine,
Le Prophete aux flots menaçans ,
Oppofe des bras impuiffans .
eft reçû d'une Baleine,
Trois
MARS. 525 1726.
Trois jours il gemit dans fon fein ;
Prodige ! & le Monftre inhumain
Le rendit vivant au rivage.
Allufion.
VIERGE , tel eft ton heureux fort:
Tu fortis fans aucun dommage
D'unfein où nous trouvons la mort.
Par M. Heurtauld , Prêtre de
S. Gilles de Caën.
Le même Auteur a auffi remporté le
prix de l'Ode Latine , dont le fujet étoit
en l'honneur des beaux Arts . Le Poëte
y a décrit agréablement en Vers lambiques
, l'ancienne Maifon du Poëte Pindare
, à laquelle , dans le Sac general de
Thebes , Alexandre fit grace en faveur
de celui qui l'avoit habitée .
M. Louet , Profeffeur de Rhetorique
au College du Bois à Caën , & Recteur
de l'Univerfité de la même Ville , fe
diftingue par fa vigilance , & condamne
la negligence des anciens Recteurs , qui ,
fouvent ne donnoient les prix qu'un an
ou deux après la lecture des Pieces. 11
a fait fçavoir par un Manitum , qu'on
les donnera dorénavant exactement quinze
jours après la Fête ; & pour
relever
E ij le
326 MERCURE DE FRANCE
le courage abbatu des Poëtes , on les
couronnera publiquement : ce qu'on commença
de faire le Mardi 19. du mois de
Fevrier dernier , où M. Heurtauld , Auteur
des deux Pieces dont on vient de
parler , reçût , les deux prix qu'il a remportez
.
Au refte , ce Monitum de M. le Recteur
de Caën , nous a paru digne de la
curiofité des gens de Lettres : nous l'ajoûterons
ici à caufe de fa brieveté , de
la nobleffe des expreffions , & en faveur
d'une Ville qui s'eft toujours difftinguée
du côté des Sciences & des beaux
Arts .
NOS RENATUS LOUET • Sacer
dos , Paftor Ecclefia Paroecialis Beata
Maria Huberto - Folienfis , Eloquentia
Profeffor in Collegio Sylvano
Celeberrima Academia Cadomenfis ,
necnon ejufdem Academia Rector
Literatis Cadomenfibus SALUTEM.
33
ADOMUS ab omni hominum memoria
Cingenuarum Artium laude ita femper
inclaruit , ut florentiffimis hujus imperii
Academiis aut admirationem movere pof-
» fet , aut invidiam. Luctuofo tamen rei literariæ
fato contigit , ut in hoc celeberrimo
1
MARS 1726. 327
30
mò fcientiarum omnium hofpitio Pocti
cam , quæ noftri nominis erat pars non ul-
» tima aliquot abhinc annis à Noftratibus
negligi omnino , haud fine acerbiffime doloris
fenfu videamus . Virginis fine maculâ
conceptæ Podium , fanctiffimum illud
avitæ gloriæ monumentum , non nifi inani
quodam & vacuo ritu celebratur ,
acrioribus , ut olim , Poëtarum animos ftimulis
incitat. Eò jam non afferuntur elucubrationes
illæ , ut multitudine propemodùm
infinitæ , fic numeris abfolutæ omnibus
, quæ de ingenii laude ita decertabant ,
ut in adjudicandâ victoriâ ancipites hærerent
ac dubii Judices vel oculatiffimi.
»
nec
ARDENS ille Noftratum in literas amor:
pacata , quæ gerebant ftilo , bella : ipsáque
victoriarum ; quas alias ex aliis referebant ,
fama , non brevibus patriæ circumfcripta
limitibus , fed ad exteras etiam provincias
pervagata , illuftriffimos poëticæ artis Antiftites
pari ad Podium Cadomenfe vincendi
» ftudio inflammabant . Atque ut plurimos
» omittamus omni politiore doctrinâ excul-
>> tiffimos , qui in eruditis illis certaminibus
non minus fibi gloriæ , vel fuo judicio
» pepererunt , quàm huic Academiæ fplendo-
>> ris attulerunt & ornamenti ; Cornelius , ille
Cornelius , Gallice Tragoedia facilè princeps
, Aulæ ipfiúfque Parifienfis Academiæ
plaufus , nifi iis Univerfitatis noftræ ſuffragium
accederet , ad nominis fui commendationem
fatis effe non duxit.
90
ود
و د
" De veteri illâ famâ multum deperdidimus
, quia de veteri in Mufas ftudio multum
remifimus. Siccine , Cadomenfes , artem ,
» quam à patribus velut hæreditario jure accepimus
, obliterari , domefticáfque lauros
E iij noftri
3
528 MERCURE DE FRANCE .
95
ב כ
noftri eripi manibus patiemur otiofi ? nihil
per nos ftabit , quin Cadomenfe Podium
occidat , & hic occafus ad fæculorum om-
» nium memoriam noftrum verò dedecus
fempiternum annalibus confignetur ? fic
Majorum noftrorum degeneres oblivifce-
» mur? Videamus , ne , utillis pulcherrimum
» fuit tantum nobis Academiæ decus relin-
» quere , fic nobis turpiffimúm fit id , quod
accepimus tueri & confervare non poffe.
ככ
3
ג כ
» Ut autem Cadomenfis Univerfitas fopi-
» tam Poëtarum folertiam exfufcitet , ipsifque
novos ad audendum aliquid animos fubjiciat
, decrevit , ut de carminibus , quibus
illi puriffimam Sanctiffimæ Virginis Conceptionem
illuftraverint , deinceps feratur
» judicium octavo à Fefto die , & pariter octavo
à judicio die laureâ publicè donentur
auctores , qui vicerint . Si digna labore
præmia rependere non opis eft noftræ , præmiorum
tenuitatem gloriâ certè compenſa-
» bimus .
30
30
" QUAPROPTER adhibitis in confilium
» & confentientibus digniffimis omnium
» Univerfitatis Ordinum Decanis aliifque
Parthenici Podii Judicibus integerrimis , ad
publicam & folennem præmiorum diftributionem
generalia Univerfitatis hoc anno celebrabuntur
comitia in Majoribus Artium
» Scholis die Martis proximâ , horâ decimâ
5 matutina arque ut Juventus Poëtarum
noftrorum gloriæ teftis , eorum præmiis &
exemplo pari in literas amore , & in Mapriam
pietatis fenfu moveatur , Mandamus , ut
omnes omnium Facultatum & Collegiorum
» Schola illâ die totâ vacent à publicis lectionibus
. DATUM Cadomi in noftris Sylvani
Collegii Edibus , die Mercurii 13. Februa-
33
MARS
529 I26 .
tii , an. Dom . 1726. R. LOUET , Rector. De
Mandato ampliffimi Domini D. Rectoris . Bus-
NEL , Secret.
LE progrès de l'Aftronomie , fous le regne
de Louis le Grand , & les avantages
qu'il en a tirez pour la Religion .
Par M. Girardeau , ancien Controleur
des Rentes de l'Hôtel de Ville.
Toi , que le fombre oubli ſuivit toujours
de près ,
O Mort , cruelle Mort , rien n'échape à tes
traits.
Cependant de LOUIS , les grandes deſtinées,
Vainement par tes coups ont été terminées ,
Ce Heros vit toujours dans le coeur des François
;
Ils aiment à chanter fon nom & fes exploits.
Quel Monarque en effet , par fa magnificence
,
En protegeant les Arts montra plus de puiffance
?
Tandis qu'il triomphoit de cent Peuples di
vers ,
Son bras victorieux uniffoit les deux mers; (a)
( a ) Le Canal de Languedoc.
E iiij Ele
530 MERCURE DE FRANCE.
"
Elevoit des Palais , dont la noble ſtructure
Efface des Romains l'antique Architecture :
Il contraignoit la Seine à mouvoir , en fuyang
Les humides refforts d'un Dédale (a) bruyant;
La forcoit d'embellir fes Jardins , fes bocages
,
Lorfque les Nations lui rendoient leurs hommages
;
Jardins par les Zephirs , par les Dieux ha
bitez ,
Et dont Semiramis envîroit les beautez !
Mais élevons nos yeux au - deffus de la
terre ,
Contemplons dans le Ciel les Aftres qu'il enferre
;
Confiderons leurs cours , leurs aſpects radieux
:
Ces objets éclatans doivent fixer nos yeux.
En voyant le Soleil dans fa brillante courſe,
J'adore en frémiffant la fplendeur de fa fource:
Les ouvrages d'un Dieu racontent fon pouvoir
;
Mortels , pour le comprendre il fuffit de les
voir.
C'eft ainfi que parloit le plus grand des Mo
narques :
( a ) La Machine de Marly.
A
MARS 1726 .
531
A fa puiffante voix s'animent nos Hipparques
;
Ils attachent bien- tôt leurs regards curieux
Sur les Globes divers qui roulent dans les
Cieux.
Tout leur eft dévoilé , Phenomenes , Cometes
,
Des Emblêmes du Ciel ils font les interprê
tes;
Et s'ils ne fondent point les fecrets des Def
tins ,
D'un avenir Phyfique ils font prefque certains.
LOUIS , qui des beaux Arts connoiffoit tous
les charmes ,
A porté leurs progrès auffi loin que fes ar
mes :
Il ne fe bornoit pas à combler nos fouhaits
Jufqu'au bout de la terre il femoit ſes bienfaits
.
Pour nous affocier aux travaux d'un grand
homme , (a)
LOUIS n'heſita point de traiter avec Rome:
Les Doctes Etrangers accourent à fa voix ;
( a ) Feu M. Caffini , que Clement IX. n'ac◄
corda aux defirs de la France , qu'à condition
qu'il retourneroit en Italie au bout de quelques
années.
Ev IIs
532
MERCURE
DE FRANCE
:
Ils n'ont plus de Rivaux , ils font déja Fran
çois.
Ils viennent dans ces lieux , (a) retraite d'Uranie,
Au plus noble des Arts confacrer leur Genic.
De leurs heureux travaux les Peuples éblouis,
Celebrent à l'envi le fiecle de LOUIS.
Pour fruit de fes bienfaits , les Sçavans par
leurs veilles ,
De fon
les ,
regne
éclatant fecondent les merveil.
L'Univers attentif admire nos progrès :
La Nature eft trahie & n'a plus de fecrets .
A mes yeux enchantez le Ciel fe développe :
Je voi tout l'Empirée avec le Teleſcope.
Galilée inventeur de ce docte inſtrument ,
Aux regards des Mortels livra le Firmament.
Il n'a point cependant franchi tous les obftacles
;
Nous l'avons furpaflé par de nouveaux miracles
,
Ce qu'autour de Saturne il prenoit pour deux
corps ,
N'eft qu'un brillant anneau détaché de fes
bords ,
( a ) L'Obfervatoire.
Ces
MARS 1726.
533
Cet anneau merveilleux , s'élargit , fe refferre;
Il eſt unique enfin dans la celefte Sphere.
Obfervons de Venus les fuites , les retours ;
Elle a comme la Lune , un Croiffant, un Dé◄
cours ,
Toutefois fa grandeur paroît toujours la mê
me :
Il faut de Copernic ( a ) refoudre le Problê
me ;
Venus proche de nous , paroît fur fon dé
clin ,
Fuit-elle de la terre ? Elle entre dans fon
plein ;
Mars près de l'horifon forme un vrai Paralaxea
Là , je voi Jupiter qui tourne fur fon axe :
Que j'aime à voir les feux ( b ) dont il eft ef
corté !
Souvent à fon aſpect s'éclipfe leur clarté ;
Mais par leurs prompts retours trouvant les
longitudes ,
Nos Neveux jouiront du fruit de nos études.
L'Aftronomie encor guidant les Matelots
Les confole fouvent du caprice des flots .
ร
( a ) Il a prédit qu'on fçauroit un jour pour
quoi cette Planete paroiffoit toujours de même
grandeur.
(b ) Les Satellites de Jupiter.
E vj Que
334 MERCURE DE FRANCE!
Que deformais Neptune agité par Eole ,
Emporte nos Vaiffeaux de l'un à l'autre Poles
Sur un bord inconnu qu'il les jette avec bruit;
Malgré tout fon courroux l'Eſperance nous
luit ,
Quand nous pouvons , conftants au milieu du
déiaftre ,
3
Tracer un quart de cercle & contempler un
Aftre.
Mais qui voudroit nombrer tous nos fuccès
nouveaux ,
Pourroit compter du Ciel tous les divers flambeaux.
A l'aide d'un criftal les Cieux n'ont plus de
voiles ;
Il femble que nos yeux détachent les étoiles.
Nous voyons du Soleil , les taches , les beau
tezi
Nous voyons que la Lune a des concavitez ,
Des Illes , des Cofteaux , des Bocages , des
Ondes ,
Et que dans fa furface il eft de nouveaux Mondes
.
C'eft par ce verre encor , chef- d'oeuvre de
nos mains , ( a)
( a ) Les Verres travaillez pas Mrs de l'Academie
Royale des Sciences , ont donné entrée
aux Miffionnaires dans le Royaume de Siam ,
&C. Que
MARS 1728: 535
Que la foi penetra dans les climats lointains
Les Peuples d'Orient excitez par nos veilles,
Contemplent avec nous les celeftes merveilles.
Animez par LOUIS , nos modernes Xaviers,
De l'éternel féjour leur montrent les fentiers :
Dans les beautez du Ciel qu'ils cherchent
connoître ,
On leur fait entrevoir la fource de leur Etre
Effet prodigieux du zele d'un grand Roi !
L'Empire de la Chine eſt ouvert à la foi .
XX:XXXXXX : XXXXXXX
REFLEXIONS de M. Adrien Maillarr
Avocat au Parlement de Paris , à l'oc
cafion d'un endroit de la Differtation
fur Ifis & fur Cybele , inferée à la tête
du 3. Volume de l'Hiftoire de Paris
Edition de 1725. page 4.
Z
-
Ozime , qui vivoit au commencement
du cinquième fiecle fous l'Empire
de Theodofe le jeune , appelle cette
Ville Parifium , où Julien faifoitfon fejour,
il en fait une petite Ville de la Germanie,
peut- être parce qu'il a crû , mais fans fondement
, que les François en étoient originaires.
Tels font les termes de la Differtation
336 MERCURE DE FRANCE.
tation ci -deffus . Voici les termes de Zozi
me Livre 3. Conftance & Julien .
Julien étoit à Paris , petite Ville de la
Germanie , lorfque des foldats qui avoient
paffé la nuit à boire près le Palais de cet
Empereur , entrerent avec grand bruit
dans fon Appartement, & l'ayant contraint
d'en fortir , ils l'expoferent fur un bossclier
aux yeux du Public , & lui donnerent
le titre d'Empereur Augufte.
Cet évenement eft rapporté au long
par le même Empereur , en fon Traité
intitulé Mifo -pogon . M. Maillart eft perfuadé
que ce n'eft pas imprudemment
que Zozime a placé Paris au nombre des
petites Villes de la Germanie .
L'Anonyme d'Amboife qui écrivoit
vers la fin du douzième fiecle , dit précifement
dans le Spicilege de D. Luc
d'Achery , tome 3. que tout le Pays qui
s'étend depuis la Loire jufqu'à Cologne ,
s'appelloit autrefois Germanie , omnis terra
à fluvio Ligeri ad Coloniam olim Germania
vocabatur .
Cet Ecrivain n'ignoroit pas ,fans doute,
que Cefar & Tacite bornent la Germanie
par le Rhin à l'Oueft. Par confequent
il est vrai - femblable que cet adverbe
Olim , ne peut avoir fa Relation qu'à un
temps pofterieur à celui de Tacite , qui
écrivoit vers l'an cent de Jefus - Chrift.
C'est
MARS 1726. 537
C'eft pourquoi M. Maillart attribue cet
extention de la Germanie jufqu'à la
Loire , aux irruptions que les Germains
commencerent à faire dans les Gaules
fous l'Empire de Valerien , vers la fin
du deuxième fiecle , & continuerent
fous les Empereurs , fuivant l'Hiftorien
Eutrope , dit qu'ils penetrerent même
jufqu'en Efpagne , Germani ad Hifpanias
penetraverunt & civitatem Terraconem
expugnaverunt , les Germains penetrerent
jufqu'en Efpagne , & affiegerent la
ville de Tarragonne , Eutrop , Liv. 3.
Ces frequentes irruptions étendirent
les limites des Germains , & le Pays qui
fervit de theatre continuel à leurs guerres,
put être appellé pour lors Germanie. Ce
ne peut être que par cette raifon que Zozime
, Hiftorien éclairé , pour fe conformer
à l'ordre des temps , a placé Paris
au nombre des petites Villes de la Germanie
des fiecles 4. & 5 1
Ces Reflexions ferviront de Supple
ment à la Diflertation inferée dans le
Mercure de France, deuxième vol. deJuin
1725. page 1291 .
PRE338
MERCURE DE FRANCE
PREMIERE ENIGME.
' Ai les dents mille fois plus dures
J'A
Que celles des Lions , des Tigres & des
Ours;
Je vas , je viens , je fais cent tours ;
Et ne fais aucunes bleffures .
On me place en un lieu qui n'eft fait que
pour moi.
On a pour moi du foin & de l'exactitude ;
Et ceux qui par malheur tombent deſſous ma
loi ,
N'y font pas fans inquietudes.
On repofe avec moi en toute feureté ;
Et fans trop vous vanter mon zele ,
Ce que je garde , eft mieux gardé
Que par le chien le plus fidele.
DEUXIE'ME ENIGME
JE
E fuis la fille du befoin ;
Mais je ne rougis pas de ma baffe naiffance ;
Je fais m'en relever & n'ai point d'autre
foin
Que
MARS 1726. 539
Que de produire l'abondance.
Utile dans la guerre , encor plus dans la
paix ;
Sans Royaume , ni Seigneurie ,
J'ai l'ordre de Chevalerie ,
Le plus nombreux qui fut jamais.
J'aime à voir briller dans mes armes
La celebre & riche Toifon ,
Que Medée autrefois par l'effort de fes char
mes ,
Mit entre les mains de Jafon.
Bien qu'aux autres je donne à vivre ,
Je ne mange , ni je ne bois ;
Je fçais prêcher d'utiles loix
Que plufieurs s'attachent à fuivre
Favorite des gens fans fonds ,
Sur tout compagne des Gafcons.
TROISIEME ENIGME,
Nous fommes d'ordinaire deux ,
Nous reffemblant comme deux oeufs.
jeune fuit notre affiftance ,
On nous met fur une éminence ,
Sous laquelle font deux canaux ,
Qui
340 MERCURE DE FRANCE
Qui font parfaitement égaux.
Nous rendons fervice à deux freres ,
Semblables en toutes manieres .
On a dû expliquer les trois Enigmes
du mois dernier par la Petite verole , la
Suye , & la Hache.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Miles differens remedes pour la gueri-
ANUEL des Ecuyers , ou Recueil
fon les maladies qui arrivent aux chevaux
, & autres animaux fervant à l'utilité
de l'homme s par le fieur Carbon de
Begrieres. A Paris , chez André Cailleau
, Place de Sorbonne , au coin de la
rue des Maffons à S. André , 1725. in
8. pages 205. prix de so . fols .
Il y a peu de perfonnes qui ne conviennent
, que rien n'eft plus difficile ,
que de n'être pas trompé dans l'achat
des chevaux. Un Maquignon avoüa un
jour à une perfonne de confideration ,
qu'en fait de cette marchandiſe il tromperoit
fon propre pere , ce qui eft depuis
paffé en proverbe . C'eft pour le précautionner
contre ces fortes de Marchands
MARS 1726. 54
chands , que le fieur de Carbon donne
fon Livre , quoiqu'il n'ait pas deffein
dit-il , de s'élever au - deffus de ceux qui
l'ont précedé dans fon art. Son principal
objet eft d'inftruire ceux qui ne fçavent
rien , & d'épargner à ceux qui font un
peu plus endoctrinez , le foin de la recherche
des remedes dans de gros volumes.
Comme c'est ici en partie une compilation
de differens remedes que l'Auteur
donne , pour bien connoître fon deffein ,
& pour juger de la commodité avec la
quelle il prétend qu'on peut fe fervir de
fon Livre , nous renvoyons les Lecteurs
au Livre même , croyant en avoir aſſez
dit pour le faire connoître.
PRIERES & Inftructions Chrétiennes,
avec un abregé de l'Hiftoire Sainte , divifées
en deux parties in 12. 1725. A
Paris , Place de Sorbonne , chez Defpilly.
EPITRES ET EVANGILES pour toute
l'année , avec les Explications par Demandes
& Réponfes , & une Methode
pour bien faire l'Oraifon mentale , à Orleans
, in 12. 2. vol . chez le même.
LES PASSIONS DE L'AME , le mondey
ou
542 MERCURE DE FRANCE .
ou Traité de la Lumiere , & la Geome
trie de Descartes , avec figures , &c . idem.
Et tous les autres Ouvrages , confiftant
en treize volumes , avec figures.
LETTRES de M. de S. André fur la
Magie , in 12. &c. Idem.
TRAITE' de l'étude des Conciles , &
de leurs Collections , divifez en trois
parties , par M. Salmon , Bibl . de Sorbonne
, in 4. Idem.
LETTRES fur les François & autres Na
tions , in 12. 2. vol . Idem.
TRAITE du Blafon du Pere Menef
trier , Figures , in 12. Idem.
TRAITE' des Signes, pour manifefter fes
penfées , in 12. 12. vol . figures .
DEUX DISSERTATIONS Medicinales
& Chirurgicales ; l'une fur la Maladie
Venerienne , l'autre fur la nature des Tumeurs.
Par M. Deidier , Confeiller- Medecin
du Roi , & c. Traduction Françoife
, par un Chirurgien de Paris , fur l'Edition
Latine , imprimée à Londres en
1723. A Paris , rue de la Harpe , che
Charles- Maurice d'Houry , 1725. in 12.
de 329. pages.
HIS
MARS 1726. 543
,
HISTOIRE DES PIRATES ANGLOIS ,
depuis leur établiffement dans l'Iffe de
la Providence jufqu'à prefent ; contenant
leurs avantures avec la vie de
Marie Read & Anne Bonni , & c. traduite
de l'Anglois du Capitaine Charles
Johnfon . Seconde Edition corrigée. A
Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques
1-726 . in 12.
NOUVELLES OEUVRES de M.
' Abbé de Maucroix contenant la
premiere Tufculane de CICERON , du mépris
de la mort LALIUS , ou de l'Amitié:
CATON L'ANCIEN , ou de la Vieil
Leffe , avec quelques Lettres de Brutus &
I de Celius au même. Les SATYRES , les
EPITRES , & l'ART POETIQUE D'HORACE
, in 12. p. 468. A Paris , chez André
Cailleau , Place de Sorbonne ,, au
coin de la rue des Maffons , à S. André
1726. 2.1 . 10 f.
Ces Traductions que l'on met au jour ,
fous le nom de M. de Maucroix , dixhuit
ans après la mort , meritent bien
l'attention du Public. Le ftile en eft coulant
& aifé , au moins pour ce qui eft
traduit de Ciceron que nous avons examiné
avec plus d'attention , & ne reſfemble
point à certaines Traductions
dont la diction eft ordinairement gênée
$44 MERCURE DE FRANCE
& embaraffée. Auffi paroît- il que le Traducteur
n'a pas fuivi fervilement fon
Original , & c'eft ce que tous ceux qui
entreprennent des Traductions devroient
faire, s'ils veulent conferver dans notre
Langue les graces de leur Auteur . Il y
a mille façons de parler qui font élegantes
dans le Latin , qui étant rendues mot
pour mot en François , feroient fades &
infipides. Il paroît donc qu'il eft du devoir
d'un Traducteur judicieux de les
changer en d'autres tours , qui conviennent
à la délicateffe & au genie de notre
Langue , fans cependant faire aucune violence
au fens de fon Original , c'eſt , à
ce qu'il nous a paru , ce qu'on a fuivi
dans cet Ouvrage , & nous croyons ,
qu'on prendra autant de plaifir à lire Ciceron
dans le François que dans le Latin
. Nous devons auffi avertir , pour
rendre juſtice , que le Libraire , qui a
imprimé ce Livre , s'eft fervi de trèsbon
papier , & de fort beaux caracteres,
Le Public fera encore bien aife d'apprendre
qu'il a l'obligation de l'Edition de
cet Ouvrage à Madame la Comteffe de
Montmartin. Cette Dame , auffi refpectable
par fa vertu , & par les belles qualitez
de l'ame & de l'efprit , que par fa
naiffance , eft d'une Maifon , où l'amour
des Sciences , & des beaux Arts eft herediMARS
1726. 545
reditaire. Le Chancelier de Sillery fon
trifayeul , le Marquis de Sillery fon
ayeul , le Marquis de Puyfieux fon pere,
&c. tous ces Seigneurs ont aimé les belles
Lettres , & favorifé les Sçavans . Madame
la Comteffe de Montmartin a herité
de fes illuftres Ancêtres cette noble
paffion . Elle a eu prefque en naiffant du
goût pour les Livres , & elle l'a toujours
cultivé par la lecture affidue des Auteurs
François , Latins & Italiens . M. l'Abbé de
Maucroix , ou l'Auteur de l'Ouvrage que.
nous annonçons , n'a pas peu contribué à le
Jui former, il la regardoit comme une Eleve
quilui faifoit beaucoup d'honneur ; c'eſt
ce qu'il marqua trois ou quatre ans avant
fa mort , en envoyant à cette Dame le.
Manufcrit de fes dernieres Traductions
comme celles qu'il eftimoit le plus : c'eft
J'Ouvrage qui paroît aujourd'hui .
Le même Libraire , qui vient de pu
blier ce Livre , a auffi imprimé les Livres
fuivans.
COLLECTIO Judiciorum de novis er
roribus , qui ab initio duodecimi feculi
poft Incarnationem Verbi , ufque ad annum
1712. in Ecclefia profcripti funt &
notati , &c. opera & ftudio CAROLI
PLESSIS D'ARGENTRE ' , Epifcopi Tutelenfis
, in quo exquifita monumenta ab
Anna
546 MERCURE DE FRANCE.
anno 1100. ufque ad annum 1542. continentur.
Tomus primus in folio 2 5. liv.
TOMUS SECUNDUS , in quo exquifita
monumenta ab anno 1543. ad annum
1713. continentur , in folio fub pralo.
COLLECTIO Effatorum divina Scriptu
ra , quibus Myfteria Fidei Catholica explicantur,
errores iis contrarii refellun
tur , ejufdem Autoris , 2. volumes in 4.
10. liv.
€
ORAISONS & Prieres tirées mot à mot
de l'Ecriture Sainte. Par Meffire Charles
, Evêque de Tulles , pour l'inftruction
des Fideles de fon Dioceſe , in 18.
1. 1. s. f.
TARIF GENERAL pour le cinquantiéme
en argent , lequel peut fervir auffi
pour toutes fortes de rentes à deux pour
cent , avec les Edits , Arrefts , Declarations
, Memoires & Reglemens , concernant
le cinquantiéme , par le fieur Gi
raudeau, neveu , in 8. 2. 1. 10. f.
HISTOIRE de l'exil de Ciceron , par
M. Morabin , in 12. 2. l. 10. £.
LES
MARS 1726. 547
LES PRINCIPES de la Nature , fuivant
les opinions des anciens Philofophes
avec un Abregé de leurs fentimens fur
la compofition des corps , où l'on fait
voir que toutes leurs opinions fur ces
principes peuvent ſe reduire aux deux
Sectes des Atomiftes & des Académiciens.
Par M. * * * in 12. 2. vol . 4.
k. 19. f.
TRAITE' DE PHYSIQUE fur la pefanteur
univerfelle des corps , par le P. Caftel ,
Jefuite, in 12. 2. vol. 6. 1.
LES ANTIQUITEZz de l'Eglife de Valence
, & c. recueillies par Jean de Catellan
, Evêque & Comte de Valence ,
l'inftruction & l'édification du Clergé
& du Peuple de fon Dioceſe. A Valence
, chez J. Gilibert , 1724. in 4. de
366. pages.
pour
LA VIE DU CARDINAL D'AMBOISE ;
Premier Miniftre de Louis XII . avec
un parallele des Cardinaux celebres qui
ont gouverné des Etats , dédiée au Roi.
Par M. Louis le Gendre , & c. A Roüen,
chez R. Machuel , 1726. 2. vol . in
12.
RECUEIL DES COMMENTATEURS an
F ciens
$48 MERCURE DE FRANCE,
ciens & modernes , fur les Coûtumes ges
nerales & particulieres de France , avec
leurs Textes corrigez . , tome I. & II .
qui comprend la Coûtume de Picardie .
A Paris , aux dépens de la Societé, 1726.
in folio de 1555. pages les deux volu
mes.
On n'a point encore écrit fur pareille
matiere un fi grand Ouvrage . On
compte que ce Recueil entier contiendra
plus de 70. volumes.
LETTRE au R. P. Courayer , fur fon
Traité des Ordinations Angloifes . Par
un Religieux Benedictin. A Paris , ruë
des Noyers , chez J. B. Lamefle , 1726.
brochure in 12. de 61. pages,fans l'Avertiffement,
le Privilege, & l'Approbation
de M. le Moine , Docteur de Sorbonne,
lequel estime que le Public fera content
de la moderation de l'Auteur
& qu'il
jugera que les preuves qu'il a employées
font Theologiques , bonnes & folides.
?
LES FACETIEUSES NUITS du Seigneur
Straparole , 1725. 2. vol . in 12. de plus
de 400. pages chacun , fans nom de
Ville , ni de Libraire.
TRAITE' dogmatique & moral de la
Grace univerfelle , tirée du Nouveau
TeftaMARS
1726. 549
Teftament. Par M. Claude le Pelletier,
Prêtre , Docteur en Theologie , Chanoine
de l'Eglife de Rheims . A Luxembourg,
chez André Chevalier , 1725. in 12. de
178. pages.
en
TRAITE' de la Succeffion des Meres ;
au
vertu de l'Edit de S. Maur ; avec
une Differtation fur les droits de la mere
, & la Succeffion de fes enfans ,
cas de la fubftitution pupillaire. Imprimé
à Dijon , & fe vend à Paris , rue Saint
Jacques , chez Briaffon , 1726. in 8. de
233 pages , fans la Preface & la Table
.
On a imprimé à Trevoux en 4. vol.
in 12 une Edition des Poëfies de M. Peliffon
& de Madame de la Suze.
HISTOIRE phyfique de la Mer , avec
des Figures , 1725. à Amfterdam .
RECUEIL des plus beaux fecrets de la
Medecine , pour la guerifon des maladies
, & autres fecrets de la nature & de
l'art. 1725. in 12. Amfterdam .
•
TUTTE LE OPRE di Torquato Taffo,
colle controverfie fopra la Gierufalemme
liberata. In Fiorenza , 1724.6 . vol .
in folio. Fij OR350
MERCURE DE FRANCE ,
ORLANDO INAMORATO de Boiardo ,
Rifato del Seignor Berni. Fiorenza ,
1725. in 4 .
Ces deux derniers Livres fe trouvent
à Paris chez Briaffon , ruë S. Jacques.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE & de fes
effets , en quoi confifte fa beauté , &c. A
Amfterdam , 4. vol. in 12 .
Il paroît à Leyde , par les foins de
M. Shakemburg , un Quinte-Curce in
4. de 824. pages , enrichi de Suplémens,
de Variantes , & furtout de quantité de
Notes .
Van Ghelen , Imprimeur de l'Empereur
, a fait imprimer à Vienne le
premier Tome de l'Ouvrage , qui a pour
titre , Francifci Antonii Spada Sacerdotis
, & c . Antelucanes Vigilia , five exercitationum
libri tres , quibus pracipuè ad
civilem facultatem pertinentia , necnon ce-
Lebriorum Civitatum ortus , progreffufque
tractantur.
On apprend de Leipfick qu'on continue
d'imprimer le curieux Ouvrage,
intitulé Le Theatre univerfel des Machines,
3. vol, in folio ont déja paru
MARS 1726. 351
ils feront fuivis de plufieurs autres .
On mande de Suiffe , que le Baron
de Duben , Secretaire d'Etat , a traduit
en Vers Suedois les Oeuvres de Boileau.
Il paroît à Londres depuis l'année
paffée un Journal des Sçavans en Anglois
, fous le titre de Memoire de Litterature
, Par M. de la Roche , François
Refugié.
On a imprimé à Zurich une Differtation
de M. Oramer , fur la certitude
des principes de la vraye Religion Chrézienne.
Nous exhortons les Libraires , qui fons
bien - aifes que leurs Livres paroiffent ,
ou frient annoncez dans le Mercure ,
d'en marquer le prix dans les Liftes ou
Memoires qui nous feront envoyez de
leur part , & de fuivre en cela l'exemple
du fieur Cailleau leur Confrere . C'eft
une chofe que le Public nous a témoigné
plus d'une fois de fouhaiter , & qui nous
paroît également raisonnable & avantageufe
aux Libraires .
On apprend de Suede , que divers
F iij
Ou
352 MERCURE DE FRANCE
Ouvriers ont trouvé le moyen d'em
ployer des os d'Elan , au lieu d'yvoire
qui jaunit toujours , quelque chofe que
Fon faffe ; ils prennent un plus beau poli
que l'Ivoire , font d'un blanc plus
parfait , & ne perdent point cette blancheur.
M., Maurice Ante Capifter , a fait à
Lucerne des Recherches curieuſes fur les
Criftaux ; il en doit donner inceffamment
une Hiftoire , qui fera intitulée ,
Cristallographia.
t
On mande de Naples , qu'on y a apperçu
au commencement du mois dernier
, du côté d'Orient , une Comete
très - brillante , & qui paroiffoit à la vûë
comme une Etoile de la premiere grandeur.
On apprend de Portugal , que le Pere
Dom Manuel de Toja & Silva , Clerc
Regulier de la divine Providence , prononça
à Liſbonne , dans une Affemblée
publique de l'Académie Royale de l'Hif
toire , l'Eloge funebre de Dom Bernard
de Caftello Branco , Abbé general de
l'Ordre de S. Bernard en Portugal , à la
place duquel on a élû pour Académicien
Dom François de Souza , Capitaine
MAR S. 1726. $58
-
taine de la Garde Allemande de S. M.
P. lequel s'eft chargé de continuer l'Hif
toire des Rois Dom Pierre I. & Dom
Ferdinand .
Il s'eft établi à Venife , fous la protection
du Doge , une Societé de gens de
Lettres , compofée de 30. Académicienss
elle a pris le nom de Societé Albricien
ne , à la tête de fes Reglemens qu'elle a
fait imprimer depuis peu .
Dans la premiere Affemblée Académique
, qui fe tint vers le commencement
du mois dernier , en prefence de
la principale Nobleffe Venitienne , de
plufieurs Prelats de confideration , & d'un
grand nombre de Sçavans , tant du Pays
qu'Etrangers , on fit lecture de plufieurs
Differtations hiftoriques & phyfiques ,
qui furent generalement applaudies . Il
y eut enfuite un Concert de voix &
d'inftrumens lequel fut terminé par
une illumination magnifique . La fecon
de féance fe tint au commencement du
Carême dans une Salle que le Doge a fait
preparer.
و
On a établi depuis quelques mois à
Strasbourg un Concert , qui , quoiqu'il
ne foit pas fi bien fondé , ni dirigé par
tant de perfonnes , que ceux de plufieurs
F iiij
Villes
354 MERCURE DE FRANCE.
Villes du Royaume , pourra cependant
meriter dans peu le nom d'Académie , de
Mufique ; on y execute deux fois la femaine
des Opera en entier . Les perfonnes
qui y chantent , quoique pour
leur plaifir , s'en acquittent parfaitement
bien , & la Symphonie peut paffer pour
une des meilleures qu'il y ait en France.
Quelques Connoiffeurs , qui fe font trouvez
à ce Concert , ont été étonnez de
rencontrer en Province tant de goût , de
jufteffe & d'execution.
L'Abbé du Val a inventé de nouvelles
Machines de Mathématiques , dont
il ale Privilege exclufif du Roi , pour
les faire debiter par tout le Royaume.
Chacune de ces Machines fert à tous les
ufages de l'Aftronomie & de la Trigonometrie.
La Machine eft compofée
d'un demi cercle divifé en degrez ,
de deux alidades longues de deux ou
trois pieds , fur lefquelles le degré eft
fubdivifé en minutes & fecondes. Il fait
cette fubdivifion en plufieurs manieres
fur differentes Machines . Le demi- cercle
peut tourner autour d'un axe pour
fuivre le mouvement du Ciel. Il peut fe
fixer pour fervir de vertical , ou d'hori
fontal. L'on peut marquer plufieurs déclinaifons
des Aftres à la fois , & leut
diffeMARS
1726. 555
difference d'afcenfion droite par ce moyen ,
voyant au Ciel deux Aftres dont la déclinaiſon
eft connuë , avec leur difference
d'afcenfion droite , l'on peut mettre
très-promptement l'axe de la Machine
parallele à l'axe du monde . Alors elle
montre la latitude du lieu & l'heure des
Aftres qu'on obferve . La Machine étant
ainfi parallele à la Sphere , on peut connoître
toutes les differences d'afcenfion
droite des Aftres qui paroiffent , leurs
déclinaifons & leurs hauteurs meridiennes.
La Machine peut montrer l'heure
par minutes & fecondes , ce qui peut
extrêmement fervir à la Geographie. Il
eft aifé d'obferver par tout le Ciel , &
deux Obfervateurs peuvent facilement
obferver enſemble chacun un Aftre fans
s'incommoder l'un l'autre , d'où elle peut
fervir fur mer pour prendre hauteur à
toute heure qu'on voit des Aftres .
à
L'Auteur en a qu'on peut tenir à la
main pour obferver. Cette Machine s'appelle
, grand Compas trigonometrique ,
caufe des deux alidades qui reprefentent
un compas de proportion . Elle s'appelle
auffi Spherule , parce qu'elle peut fuivre
le mouvement du Ciel. Les alidades portent
des pinnules mobiles , qui font connoître
la fubdivifion du degré , ou des lunettes
. L'Auteur demeure au Chariot
F v d'or,
556 MERCURE DE FRANCE.
d'or , fur le Quay des Orfevres , proche
le Cheval de bronze du Pont- neuf. Il
prie ceux qui lui feront l'honneur de lui
écrire , d'acquitter les ports de lettres .
La guerifon parfaite des Hernies , Defcentes
, & de toutes les efpeces , comme
celle du Nombril , appellée Exomphale,
qui fuit fort fouvent les accouchemens
laborieux.
Laquelle guerifon s'execute fans rechute
, par le fecours d'une fimple application
d'un remede fort innocent , fans
fe fervir du fer , ni d'aucune operation ,
ni des bandages , defquels on eft exempt
pour toujours.
Le témoignage de M. le Premier Medecin
, de ceux de la Cour , & de M. le
Premier Chirurgien du Roi , fous les
yeux defquels le fieur Boles a travaillé ,
ne laiffera aucun fcrupule au Public
d'autant plus qu'il continue de travailler
à Paris avec le même fuccès , ayant
obtenu un Privilege de S. M. bien informée
de la verité de tous ces faits.
L'alfujettiffement , la neceffité , & la
contrainte du bandage , n'a pas feulement
excité l'Art du fieur Boles , mais le
danger où font continuellement ceux qui
ont des defcentes , par un engagement
confiderable de l'inteftin , lequel ne pouvant
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
BENEDICT
XIII
HAMERANI
MAGNO
ROZ
CAROLO
PONT.
MAX
ECCLESTAR
ANNO IVBILEI
M D C C X XV
VINDICI
MARS 1726. 557
vant être reduit , expofe la perfonne in
commodée au peril de la vie , ce qui
n'arrive que trop fouvent au grand malheur
de ceux qui ont des defcentes.
Le fieur Boles demeure dans le Fauxbourg
S. Germain
rue des mauvais
,
Garçons , à l'Hôtel d'Angleterre.
MEDAILLE du Pape Benoift XIII
fur le Jubilé de l'Année Sainte M.
DCC . XXV .
Nous avons donné dans notre Jour
nal du mois d'Octobre dernier la Médaille
du Pape , qui fut frappée à Ro
me , peu de temps après fon exaltation ,
fur l'indication du Jubilé de l'Année
Sainte. Nous en avons reçu depuis peu
une autre , auffi frappée à Rome , fur le
Jubilé même , ouvert dans cette Capitale
du Monde Chrétien , durant l'Année
courante M. DCC . XXV . & nous la
donnons ici gravée en taille douce par une
bonne main. Elle reprefente d'un côtẻ
le Buſte du Pape , avec cette Infcription
BENEDICTUS XIII. PONTIFEX MAXIMUS
. Sur le Revers la Statue Equeftre
de l'Empereur Charlemagne , élevée
depuis peu par les ordres de Sa Sainteté
, fous le Portique de l'Eglife'de Saint
Pierre , vis- à- vis de celle du Grand
Conftantin , avec cette Legende , Ro-
F vj
MANS
558 MERCURE DE FRANCE:
MANÆ ECCLESIA VINDICI . & dans l'E
xergue, ANNO JUBILAI M. DCC. xxv.
Cette Médaille eft encore du fameux
Hameranus , Graveur Romain , qui en
a fait les coins , qui a auffi gravé les plus
belles Médailles des derniers Papes , &
qui a un talent merveilleux pour animer
fes figures , & pour donner la reffemblance
.
Nous ne fçaurions placer plus à propos
qu'ici une Infcription qu'on vient
de nous envoyer , & qui a été faite pour
mettre au- deffous d'un Bufte de Sa Sainteté.
BENEDICTUS XIII. ORD . PRÆD.
NATUS IN ORBIS URBE.
EX NULLI SECUNDA
TOTIUS URBIS ,
GENTE
>
STIRPIS URSINE , DE GRAVINA ,
PRIMOGENITUS.
TANDEM , TER , SACR. COLLEG. JURE
DECANUS,
ET URBIS ET ORBIS PONTIFEX MAXIMUS.
M. DCC. XXIV.
CHANSON.
Ton
temps eft paffé ,
Vieille
Coquette ;
Ton
MARS 1726. 559
Ton timbre eft caffé,
Vieille pendule , tu repete ,
A cinquante ans ,
Le carillon de la clochette ,"
Qui fonnoit l'heure d'amourette
Dans ton printemps.
Tu n'avois qu'à tinter & ta douce fonette ,
T'attiroit mille amans;
Mais àprefent
Ton toxin tintant ,
Ne reveille perfonne.
Dis-moi , quand fur le tendre ton
Ta groffe cloche fonne ,
T'entend- on ? non , non.
Si l'on t'entend ,
Ce n'eft qu'au fon de ton argent contane.
M. du Frefni
SPEC
360 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMMMMMMMMMMM
L
SPECTACLES.
'Opera Comique dont nous avons
déja parlé , donna le premier de ce
mois la premiere reprefentation d'une
Piece nouvelle en trois Actes , avec des
chants & des danfes intitulée Arlequin
, Sultane favorite.
Les Comediens François remirent au
Theatre fur la fin du mois dernier , la
petite Comedie du Naufrage de feu
M. de la Font , & au commencement de
celui-ci ils ont donné quelques repre
fentations du Bourgeois Gentilhomme de
Moliere , dont le fleur de la Torilliere
a joué le principal rôle , le fieur Quinaut
du Frefne celui du Mufti ; le fieut
de Fontenay celui du Comte ; le fieur
Armand celui de Covielle ; & la Dlle
du Frefne celui de Nicole : les autres
rôles étoient remplis à l'ordinaire par
le fieur Quinaut , la Dlle Dangeville , la
Dlle Jouvenot , & c.
On a repris auffi la Tragedie d'Ariamne
, dans laquelle la Dlle Duclos a extrêmement
brillé dans le principal rôle,
qui de tout temps a été fon rôle favori.
LE
MARS 1726. 563
LE NAUFRAGE , Comedie nouvelle ,
en cinq Actes , par Madame Flaminia ,
reprefentée fur le Theatre Italien le 144
du mois paffé .
Argument de la Comedie.
Cette Piece eft une imitation de deux
Comedies de Plaute , fçavoir , le Mer
cator & le Rudens . Le Mercator a ſervi
au fujet principal , & le Rudens a fourni
les Epiſodes neceffaires pour arriver
aux reconnoiffances qui en font le dénouëment
.
Pour donner plus de facilité à l'intelligence
de la Piece , nous avons jugé à
propos de mettre en Argument , ce que
Î'Auteur a mis dans l'expofition .
Horace , riche Negociant , établi depuis
long - temps à la Martinique , en a
fait partir fon fils Lelio , pour venir étudier
à Paris . Lelio , pendant les études ,
eft devenu amoureux d'une jeune perfonne
, appellée Sylvia . Ses études étant
finies , il reçoit un ordre de fon pere
pour retourner à la Martinique. Cetordre
qui va le feparer , peut - être pour toujours
, de fa chere Sylvia , lui paroît l'arreft
de fa mort. Il s'en plaint à fon Amante
qui, loin de le porter à defobéir à
fon pere , l'exhorte à executer la loi
,
qu'il
562 MERCURE DE FRANCE .
qu'il lui impofe. Pour l'y mieux engager
, elle lui promet de l'aller trouver
à la Martinique , où elle a un oncle , appellé
Ligmaque , qui lui tient lieu de
pere. Lelio obéit à fon pere & à fa Maîtreffe
, il retourne à la Martinique , flatté
de la promeffe de Sylvia , qui , quelque
temps après , ayant perdu fa mere,
tient parole à fon Amant , & s'embarque
pour la Martinique fur le Vaiffeau de
M. de la Bouffole , ancien ami de ſa mere.
Sylvia confie à ce Capitaine un coffret
, dans lequel font renfermez tous
les papiers qui doivent fervir à la faire
reconnoître par fon oncle Lyfimaque ,
qui ne l'a jamais vûë. M. de la Bouffole
ferre ce petit coffret dans une calfette, où
font toutes les richelles. Le Vaiffeau eft
battu d'un violent orage à la vûë du Fort
Royal de la Martinique . M. de la Bouffole
fait defcendre Sylvia & fa fuivante
Spinette dans un efquif , où il a déja fait
mettre la caflette ; mais dans le temps
qu'il y veut defcendre lui - même , un
coup de vent fepare, l'efquif du Vaiffeau.
L'efquif eft emporté au gré des
flots , & le Vaiffeau va fe brifer contre
un rocher. Ils font pourtant tous fauvez,
& c'eft ici que commence l'action theatrale
.
ExMAR
S. 2726.
565
Extrait.
La Scene eft au Fort Royal de la
Martinique. La décoration repreſente
dans le fond du Theatre une mer extrêmement
agitée , un grand rocher , & fur
le derriere du Theatre des maifons .
Lelio , qui fçait que Sylvia eft fur
mer pour le venir trouver à la Martinique
, eſt allarmé de cet orage . Sylvia &
Spinette fe fauvent , après que l'Efquif
où on les avoit fait defcendre a été brifé
contre le rocher que la décoration reprefente
, & ne fçachant où trouver un
afile , elles frappent à la porte de la maifon
d'Horace , pere de Lelio , qui les reçoit
chez lui , & qui devient amoureux
de Sylvia . Tout cela arrive fans que
Lelio en fçache rien , & ce n'eft que par
fon Valet Trivelin , qu'il apprend que
fa chere Sylvia eft chez fon pere. Il y
court fur le champ ; il rencontre fon pere
, avec qui il a une converfation affez
tendre , qu'il aimeroit mieux avoir avec
fa Maîtreffe , quoiqu'il ait pour
fon pere
tous les fentimens que le fang &
le devoir puiffent infpirer à un fils vertueux.
L'empreffement qu'il témoigne
de voir les perfonnes à qui Horace a
prêté afile après leur naufrage , donne
une jaloufe crainte au pere ; le prompt
effet
564 MERCURE DE FRANCE.
effet que la beauté de Sylvia a produit
fur fon coeur, lui fait juftement appréhender
que fon fils ne devienne fon rival ;
& pour détourner une entrevûë qui feroit
fi fatale à fon amour , il fait une querelle
à fon fils , qu'il prétexte le mieux
qu'il peut , & lui défend l'entrée de fa
maifon. Cela ne lui fuffit pas pour cal
mer fa frayeur , il cherche à mettre Sylvia
en lieu de feureté , pour la mieux
fouftraire aux regards de Lelio .
Il confie Sylvia & Spinette à un de
fes anciens amis , nommé Fabrice , qui
s'en charge avec plaifir , & qui peut
d'autant plus commodément lui rendre
ce bon office , que fa femme Flaminia eſt
à la campagne.
Horace voulant regaler ces deux Etrangeres
, donne fes ordres à fon Valet Arlequin
, & lui donne en même temps
l'argent neceflaire pour le fouper. Arlequin
, pour fe referver quelque petit
profit , fe difpofe à aller pêcher cette
circonftance n'eft pas inutile à la Piece.
Flaminia arrive de fa campagne plutôt
que Fabrice, fon Epoux , n'avoit crû. Elle
rencontre d'abord Lelio , qui , après
quelques complimens fur fon retour , la
quitte pour entrer dans la maifon de fon
pere , dont il voit la porte ouverte . Il
fe flatte d'y voir fa chere Sylvia , ignėrant
MARS . 1726 .
rant que fon pere l'ait transferée ailleurs.
Cependant Rofette qui eft entrée ,
avant fa Maîtreffe dans la maifon de Fabrice
, a été fort étonnée d'y trouver
deux filles ; elle en vient avertir Flaminia
qui en eft tranfportée de jaloufie ;
Lelio , qui fort de chez fon pere , n'eſt
pas moins agité de n'y avoir point trouvé
fa chere Sylvia ; Rofette , à qui
les interefts de fa Maîtreffe font trèschers
, eft fort fcandalifée de l'infidelité
de Fabrice ,tous les trois parlant à la fois
cela produit une Scene très - comique . Fabrice
arrive , il eft très- furpris de voir
fon Epoufe Flaminia qu'il n'attendoit pas
fi - tôt , & qui lui fait de fanglants reproches
. Dans le temps qu'il eft prêt à
lui tout reveler pour l'appaifer , le Cuifinier
, qui doit préparer le fouper , arrive
avec Arlequin . Ces apprêts d'un
fouper irritent encore plus Flaminia
qui , fans donner le temps à Fabrice de
fe juftifier , chaffe Sylvia & Spinette ;
Horace les reprend , & leur rend leur
premier afile , ou plutôt leur premiere
prifon.
Lelio , au défefpoir de trouver un rival
dans fon pere , veut quitter pour
jamais un pays qui lui eft fi fatal ; il ignore
où eft la chere Sylvia ; Cynthio , fils
de
566 MERCURE DE FRANCE.
de Fabrice , vient lui en donner des nou
velles , l'ayant vûë chez fon pere avant
l'arrivée de Flaminia. Il s'offre à conduire
cet Amant defefperé auprès de fa
Maîtreffe ; mais ils ne la trouvent plus
chez Fabrice , Flaminia l'en ayant fait
fortir , comme nous l'avons déja remarqué.
Ce dernier coup du fort accable
Lelio ; mais Cynthio lui rend quelque
efperance , par le confeil qu'il lui donne
, de venir chez fon pere Fabrice , de
l'inftruire de tout ce qui fe paffe , de le
prendre pour interceffeur auprès de fon
pere , & de mettre Flaminia même dans
fes interefts ; Lelio confent à tout ce que
fon ami Cynthio exige de lui.
Arlequin , qué nous avons laiffé allant
à la pêche , en revient avec une caf
fette qu'il a trouvée dans le fond de la
mer ; Trivelin a été témoin d'une fi heureufe
pêche ; il ne doute point que ce ne
foit la caffette que M. de la Bouffole ,
qui a été fauvé auffi bien que Sylvia , fe
plaint d'avoir perdue dans fon naufrage.
Arlequin & lui fe difputent & fe battent
pour ce fujet. Horace qui furvient , ayant
écouté les raifons de part & d'autre , ordonne
que la caffette foit portée dans fon
Cabinet , pour être rendue à M. de la
Bouffole ; cependant , toujours inquiet
& jaloux , il charge Arlequin de conduire
MARS 1726.
567
re Sylvia & Spinette chez Argentine ;
Trivelin , qui entend ce nouvel ordrecontraire
à l'amour de fon Maître
prend fon parti fur le champ ; il s'avance
vers Arlequin , le vifage couvert , & .
lui fait tant de peur , qu'il l'oblige à lui
livrer les deux Demoifelles . Pendant
tous ces petits incidens , Fabrice , qui
s'est trouvé ce même Lifimaque , que
Sylvia venoit chercher , comme nous
l'avons dit dans l'argument , & comme
l'Auteur l'a expofé dans le cours de la
Piece , a reconnu Sylvia pour fa niece ,
& a promis fa protection à Lelio. Il ne
s'étoit fait connoître que fous le nom de
Fabrice pour des raifons qui l'y avoient
obligé. La tendrefle du fang lui perfuade
affez que Sylvia eft veritablement fa
niece ; mais cela ne fuffit pas dans une
Comedie. On n'eft pas long- temps à en
trouver des preuves plus folides , elles
font renfermées dans la caffette qu'Arlequin
a pêchée. Horace & Fabrice confentent
au bonheur de Lelio & de Sylvia
; la caffette eft rendue à M. de la
Bouffole , qui récompenfe Arlequin par
qui elle a été trouvée. Arlequin regale
les Pêcheurs de ce rivage , qui finiſſent
la piece par une fête qu'ils font entre
cux .
La conduite de cette Piece eft très- re
guliere,
468 MERCURE DE FRANCE.
guliere , l'intrigue nette , & fe développe
d'elle-même ; les Scenes en font bien
liées , les caracteres bien foutenus . Le
Comique eft dans les chofes plus que dans
les expreffions , & il eut été plus goûté
dans le temps où l'on aimoit moins les
chofes piquantes que les chofes fenfées ,
le vin de Bourgogne que l'eau des Barbades.
#
Les mêmes Comediens reprefente rent
fur leur Theatre le 24. Fevrier , une
petite Piece nouvelle , qui a pour titre,
Le Tour de Carnaval, dont voici l'Extrait.
Acteurs.
Madame Richard .... La Damoiselle
Lalande.
Marianne fille de Madame Richard ...
La Damoifelle Silvia.
Clitandre , Officier , Amant de Marianne
... le fieur Riccoboni , Fils.
M. de Sotenrobe , Amoureux de Marianne...
le fieur Mario.
Sans quartier , Valet de Clitandre ...
le fieur Dominique.
Marthon , Suivante de Marianne ...
la Damoiselle Flaminia .
Le
MARS
1726. 569
La Scene eft à Paris , dans une Antichambre
d'un Hôtel garni.
Madame Richard veut marier fa fille
Marianne à M. de Sotenrobe ;, Marianne
lui témoigne qu'elle eft prête à lui
obéir . Sa mere lui dit de s'aller habiller
pour un Bal que fon Epoux futur
lui donne , tandis qu'elle vaffaire quelques
emplettes , pour emporter à Gi
fors , où le Mariage fe doit faire.
,
Marthon témoigne fa furpriſe à Marianne
, fur le confentement qu'elle vient
de donner à un Mariage avec le plus
grand Benêt qui fut jamais tandis
qu'elle oublie les tendres fermens qu'elle
a faits à Clitandre à fon départ pour
l'armée , de n'être jamais qu'à lui . Marianne
lui répond , qu'elle n'a pû fe dérober
autrement aux perfecutions de fa
mere , que par une feinte obéillance ;
elle ajoûte que Clitandre eft arrivé de
l'armée , qu'elle vient de le voir , qu'il
n'a ofé l'aborder , mais qu'il l'a fait fuivre
par Sans - quartier fon Valet .
Sans quartier vient , comme Marianne
l'a prévû. On l'informe de tout ce qui
Le paffes Sans- quartier , au nom de Sotenrobe
, fe fouvient de l'avoir connu autrefois
chez un Procureur , & ne doute
point
370 MERCURE DE FRANCE
point qu'il ne foit homme à donner fa
cilement dans le paneau le plus groffiereinent
tendu. Il avertit Marianne que
fon Maître viendra bien -tôt , fous une
forme qui ne le rendra point ſuſpect ,
Sans -quartier fe retire.
Marianne & Marthon fe flattent du
fuccés que Sans- quartier vient de leur
faire efperer. M. de Sotenrobe arrive ,
en robe , fans chapeau , & fans perru
que ,
& raconte d'une maniere convenable
à fon caractere de nigaud , plufieurs
tours de Carnaval , que les Laquais , les
Fiacres & les enfans viennent de lui
jouer. Marianne affecte de prendre un
tendre intereft dans tout ce qu'il lui con;
te , & lui confeille d'aller dans fa cham.
bre prendre une perruque & un cha,
peau.
A peine Sotenrobe eſt ſorti que Cli
tandre arrive , travesti en Haut- à -bas ,
avec une malle fur le dos ; après un petit
jeu de Theatre il eft reconnu par
fa Maîtrefle. Il la preffe de confentir à
une tromperie qu'il veut faire à ſon indigne
Rival . Marianne donne les mains
à tout ce qui pourra affurer fon bonheur
& celui de fon Amant.
Sotenrobe rentre , Clitandre ouvre fa
malle. Il en tire plufieurs éventails. Sotenrobe
en prend un , & le prie de lui
ex.
MARS. 1726. 571
د
expliquer ce que fignifient trois oifeaux
qui y font peints . Ecoutez- moi , dit alors
Clitandre en s'adreffant à Marianne :
L'oifeau que vous voyez au milieu , eft
un moineau éperduëment amoureux d'une
jeune Fauvette , qui eft de ce côté ; il s'efe
couvert de plumes étrangeres , pour ne
point donner d'ombrage au Coucou , fon
Rival , qui eft à ma gauche il veut
adroitement faire entendre à la Fauvette ,
qu'il viendra l'enlever au Coucou , fi elle
y confent. Sotenrobe lui demande quelle
eft la refolution de la Fauvette ; Clitandre
lui répond , qu'il faut qu'il la voye
yeux :: Vous verrez dit Marianne
, que l'averfion qu'elle a pour le Concou
, la déterminera à fuivre fon moineau.
On a trouvé cette Allegorie trés - ingenieufe
, & toute la Scene a fait beaucoup
de plaifir.
dans fes
譬
Sans Quartier arrive ; il renoue connoiffance
avec Setenrobe , & l'amuſe par
des contes qu'il lui fait , pour donner le
temps àClitandre d'entretenir ſa chereMa-
Fianne. Il prie Soten robe de vouloir bien ,
en faveur de leur vieille amitié , permettre
que fon Maître , qui eft un Officier
fort eftimé , vienne à fon Bal , où
il a un rendez- vous avec fa Maîtreffe
qu'il doit enlever , pour l'arracher à la
tyrannie de fes parens . Sotenrobe con-
G fent
572 MERCURE DE FRANCE,
fent à tout , & fe fait par avance un
grand plaifir de cet enlevément."
L'enlevement propofé s'execute de
cette maniere ; Pendant que Madame Ri◄
chard danfe avec fon gendre futur , Cli
tandre mafqué enleve Marianne déguifée
en Amazone. Quelque temps après
Fenlevement , Sans - quartier , déguifé en
femme , vient fe plaindre de ce qu'on
a enlevé fa fille. Sotenrobe ne répond à
ces plaintes qu'en riant d'une chofe à la
quelle il s'eft prêté . Ce qui trompe Madame
Richard , plus clairvoyante que
lui , c'eft qu'elle croit toujours voir fa
fille dans le Bal ; parce qu'un maſque
habillé comme elle a pris fa place. La
fauffe mere de la fille enlevée menace
de tout faire pendre fi on ne lui rend fa
fille.
Clitandre ramene Marianne mafquée
en Domino . Il s'adreffe à Sans - quartier,
qu'il prie de lui donner fa fille en mariage.
Sans- quartier fe fait tenir à quatre
il fe rend enfin aux prieres de Sotenrobe
& de Madame Richard. Cette
derniere dit connoître le nom & les facultez
de Clitandre. On prefente un con
trat de mariage tout dreffé . Madame Ri
chard ne balance pas à le figner comme
témoin , non plus que Sotenrobe , qui
trouve l'aventure très - plaifante . Clitandre
MARS 1726. 573
Are veut y faire figner auffi une perſonne
qu'il voit affife au fond du Theatre ;
Madame Richard lui dit que c'eft fa fille
; on la démafque , & l'on trouve un
Cuifinier au lieu de Marianne. Madame
Richard demande fa fille , Marianne ôte
fon Domino , & fait voir par-là à fa mere
, qu'elle eft cette même fille enlevée
dont elle vient de figner le contrat. Après
quelques plaintes , Madame Richard fe
laille fléchir , & confent au mariage ,
n'ayant point de meilleur parti à prendre
après un enlevement qui a fait tant
d'éclat.
Cette Piece a fait beaucoup de plaifir
, la Fête furtout en a paru très -brillante.
La Mufique eft du fieur Mouret ,
& le Ballet du fieur Marcel : un Eleve
de ce dernier y a danfé avec la Dlle
Thomaffin , d'une maniere à le faire generalement
applaudir. Des Chanfons ont
achevé le fuccès , & couronné l'Ouvrage.
En voici quelques- unes. On en
trouvera l'air gravé à la page 5 58 .
Un Vioillard,
Dans ma jeuneffe ,
L'on voyoit des Auteurs
Fertiles Protecteurs,,
Gij Ens
874 MERCURE DE FRANCE,
Enchanter les Lecteurs ,
Par leur delicateffe :
Aujourdhui ce n'eftplus cela ;
Les Rimeurs languiffent ,
Les Vers affoupiffent ,
Les Mufes gemiffent ,.
Succombent , periffent :
Pegaze va ,
Cahin , caha .
Une Vieille.
Dans ma jeuneſſe ,
Les Papas , les Mamans ,
Severes , vigilans ;`
En dépit des Amans ,
De leurs tendrons charmans ,
Confervoient la fageſſe :
Aujourd'hui ce n'eft plus cela
L'Amant eft habile ,
La Fille docile ,
La Mere facile ,
Le Pere imbecile
Et
l'honneur va ,
Cahin , caha,
re
MARS 575 1726.
Au Parterre :
Dans ma jeuneſſe ,
Ce Spectacle cheri ,
Se voyoit applaudi ;
Le Parterre rempli ,
Le Theatre garni , !
Nous combloit d'allegreffe.
Faites- nous voir encor cela ;
Qu'une ardeur nouvelle ,
Chez nous vous rappelle
Pour vous notre zele ,
Conftant & fidele ,
Jamais n'ira ,
Cahin , caba,
Le 14. de ce mois , les mêmes Comediens
jouerent à la Cour , la Surprife
de l'Amour, & la petite Piece du Tour
de Carnaval , dont on vient de parler .
Les Vaudevilles du Divertiffement ont
fait beaucoup de plaifir , & ont été autant
applaudis à la Cour qu'à la Ville.
3 Le 15. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , avec des agrémens
& un Vaudeville, ' intitulée la Bague magique.
Le Public n'a pas goûté cette nouveauté
, puifqu'elle n'a été jouée qu'une
fois. Elle fut précedée d'une autre Piece
Giij Ita576
MERCURE DE FRANCE
Italienne en trois Actes , qui eft une excellente
Comedie de caractere , intitulée
La Femme jaloufe. Elle a été jouće ici
dans fa nouveauté en 1716. Elle eft de
la compofition du fieur Lelio , & fon premier
Ouvrage , fait en Italie,
Le 10. Mars les Comediens François
remirent au Theatre la Tragedie
d'Alcibiade, de feu M.de Capiftron , dans
laquelle le fieur Baron joüa le principal
rôle , & les Dl'es de Seine & Angelique
, ceux d'Artemife & de Palmis .
Les mêmes Comediens reprefenterent
à la Cour la Tragedie des Horaces,
& la petite Comédie de la Foire S. Lanrent
, le 13. de ce mois .
Le 16. ils y reprefenterent les Femmes
fçavantes , & le Cocu imaginaire , &
trois jours après Andronic & le Gentilhomme
ufurier.
Le Lundi 18. on joua au Theatre François
, avec un concours prodigieux &
un grand fuccès , la Tragedie nouvelle
d'Edipe , de M. de la Motte , de l'Académie
Françoife. On trouve le fujet
traité avec beaucoup d'art , fans Epiſode
& fans Amour. Nous en donnerons un
Extrait dans le prochain Mercure , pour
mettre le Lecteur en état d'en juger .
Voici
MARS 1726 . 577
Voici un Sonnet fur les Bouts - rimez ,
propofez dans le Mercure , fait par l'Auteur
d'Edipe , la veille de la premiere
reprefentation .
A Piece eft à mes yeux fottife &
ΜΑ
Disparates
Quels jugemens divers j'en forme en moins
d'un
an !
D'abord tout m'en fembloit or, azut, Ecarlates
Pour l'immortalité c'étoit mon Taliſman.
J'aurois prefque penfé que dans mainte
Elle m'eût amené l'Arabe & le
Fregate,
Perfans
Qu'elle eût fait le fujet de plus d'une Cantate,
Et répandu ma gloire au boutde l' Ocean.
Prête à la voir jouer , fleurs m'y ſemblent
Carotes.
Je crois voir le Public qui me met les Menotes,
Et m'ôte mes lauriers jufques au moindre
Brin.
J'étois blanc comme albâtre , & je me trouve
Negres un
De vermeil & de fort devenu pâle & Maigre;
Me voilà Dom Quichote , au lieu d'être
Membrin.
Giiij
Le
$78 MERCURE DE FRANCE.
Le 12. la Dlle Lambert , Actrice de
l'Académie Royale de Mufique, reprefenta
le rôle d'Athys ; elle fut fort ap
plaudie par la nombreuſe Aſſemblée que
cette nouveauté avoit attiré. Elle a joué
plufieurs fois le même rôle avec un
très- grand ſuccès .
Le 26. de ce mois , les Comediens
Italiens joüerent une Comedie nouvelle
en trois Actes , fous le titre de la Veuve
à la mode. Nous en parlerons le mois
prochain.
>
On a repreſenté à Vienne fur le
Theatre du Palais le nouvel Opera
Italien de Spartacus , de la compofition
de l'Abbé Pafquini , & il a eu une gran
de réüffite.
Le 24. du mois dernier , on repre- Le - 24
fenta fur le grand Theatre de Bruxelles ,
en prefence de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays- Bas , une nouvelle
Comedie Italienne , intitulée les Metamorphofes
d'Arlequin for & fage. C'eft
une Piece fort comique , de la compofition
d'un Medecin .
MAR S. 1726. 572
jkjkjkjkakakakakakakakakak i
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le neveu
du Roi de Perfé détrôné , dont le Seraskier
de Babilone s'étoit faifi dans l'action
de Hamadan , & que le Grand Seigneur a fait
venir dans cette Capitale , y avoit embraflé la
Religion Mahometane.
Les dernieres nouvelles qu'on a reçûës , por
tent que l'Armée du Grand Seigneur , qui
s'étoit approchée d'Ifpahan pour en former le
blocus , avoit été obligée de fe retirer à caufe
des pluyes continuelles , qui ayant rompu
les chemins , retardoient l'arrivée des Convois
de vivres & de munitions . On ajoûte que le
Bacha qui la commande , avoit appris par fes
efpions & par quelques deferteurs , que la
Garnifon & les Habitans de cette Ville étoient
refolus de fe défendre jufqu'à la derniere extrêmité
, & qu'ils avoient des magazins de
vivres & de munitions de guerre pour plus
d'une année ; que d'ailleurs l'Armée du jeune
Roi de Perfe , étant confiderablemeut augmentée
, ce Prince fe trouvoit en état de fecourir
la Capitale du Royaume , & d'empêcher
les Turcs de pourfuivre leurs conquê
tes
Quelques Lettres de Conftantinople portent
, que l'accommodement de la Porte avec
le jeune Roi de Perfe , étoit conclu , que les
Troupes Ottomanes devoient abandonner la
G V fiege
480 MERCURE DE FRANCE:
fiege d'Ifpaham , & qu'elles marcheroient au
Printemps prochain vers les frontieres de la
Georgie.
RUSSIE.
A Czarine a nommé l'aîné des Princes de
LHeffle-Hombourg, General en Chefde l'Infanterie
, avec une augmentation d'appointemens
de 6000. Roubles par an.
Les principaux du Clergé , appréhendant
les fuites de la recherche qui a été ordonnée
depuis quelques mois , ont fait leurs
foumiffions de payer tous les ans un don
tuit très- confiderable à la Chambre Imperiale,
gramais
on ne croit pas que la Cour abandonne
le projet de la reduction des revenus Ecclefiaftiques.
Dès le commencement du mois dernier on
faifoit défiler pour Aftracan & pour Derbent ,
fix Regimens d'Infanterie , qui étoient en
quartier aux environs de Mofcou ; ils doivent
fe joindre à 10000. Tartares qu'on employera
cette année à la défenfe des Provinces conquifes
fur la Perfe.
On a eu avis de Conftantinople , que le
Major General Romanshoff avoit eu ordre
de revenir à Petersbourg , fi le Grand Vizir
ne fait pas partir dans un mois les Commiffaires
nommez pour le reglement des limites des
Provinces conquifes fur la Perfe,
POLOGNE .
A Diete generale qui doit s'affembler a
Lerodno , le tiendra au mois de Septembre
prochain ; on a déja commencé d'expedier
les
MARS. 1726. 587
les Univerfaux pour les Dietes des Palatinats.
Le Prince Electoral de Saxe , ayant été
nommé par le Roi , Prefident du Confeil de
S. M. ce Prince prit poffeffion de cette Charge
à Varfovie le 13. Fevrier dernier. Depuis
ce jour là il donne Audience aux Miniltres
Etrangers & aux Miniftres de la Cour.
Les Generaux du Royaume de Pologne &
du Grand Duché de Lithuanie , ont reçû ordre
d'affembler les deux Armées , & d'en
former trois Corps qui feront envoyez à Ermelande
, dans la haute Pologne , & vers les
frontieres du Grand Duché.
On a diſtribué dans le Public deux nouvelles
Brochures ; dans la premiere on fait
voir , que malgré le refultat des dernieres Conferences
, la plupart des Grands ont refolu
d'en venir à une rupture , plutôt que de rien
ceder aux Proteftans'; qu'on a envoyé ordre
dans divers Palatinats de paliffader les Châteaux
, d'y faire des foflez & des lignes de
communication , & qu'on eft fur le point de
faire monter la Nobleffe à cheval. L'Auteur
de la feconde Brochure flatte les Peuples an
contraire , de l'efperance d'un prochain ac
commodement avec les Puiffances voisines.
LE
SVEDE .
7. du mois dernier , le Comte de Cerefte
- Brancas , Miniftre' Plenipotentiaire
du Roi de France à Stokolm , y donna une
Fête d'une très - grande magnificence , à l'occafion
du Mariage de S. M. T. Ch . Elle commença
à une heure après- midi , par un feftin
auquel avoient été invitez les Miniftres Etranger's
, les Senateurs du Royaume , leurs Epou-
G vj Lesa
82 MERCURE DE FRANCE:
fes , & plufieurs autres perfonnes de la pre
miere confideration. La table étoit de 60
couverts dreffée en fer -à- cheval : le premier
fervice fut annoncé par une décharge de
douze pieces de canon , qui étoient rangez
fur le bord du Lac , qui paffe devant une des
portes de l'Hôtel de ce Miniftre , & par des
fanfares de trompettes & de timbales. Lorfque
les conviez eurent pris leurs places , un
excellent concert de voix & d'inftrumens fe
fit entendre , & dura jufqu'au moment que
T'on but les fantez. Le Comte de Horn , prémier
Senateur , porta celle du Roi de France
au Comte de Cerette , qui lui porta celle de
S. M. Suedoife : elles furent buës au bruit de
deux falves des douze pieces de canon , fuivies
des fanfares , aufquelles la Simphonie
répondit. Celles des Reines de France & de
Suede furent portées & buës avec les mêmes
honneurs. Pendant le repas , qui fut fervi à
trois fervices de 120. plats chacun , on fit
couler à la principale porte de l'Hôtel deux
fontaines de vin pour intereffer le peuple à
cette grande Fête. Il y eut enfuite jeu dans
les appartemens , où les perfonnes les plus
diftinguées s'affemblerent vers le foir , au
nombre d'environ 300. perfonnes.
A l'entrée de la nuit la face principale de
l'Hôtel fut illuminée : fous un Portique orné
de frifes fleurdelifées , on voyoit les Ecuffons
des Armes de L. M. T. C. furmontez du Pavillon
Royal , & foutenus par les Supports
d'Anges , en Dalmatiques fleurdelifées , tenant
les Guidons de France.
Sur les côtez étoient deux grands Cartouches
, dans l'un defquels l'Amour prefentoit à
la France une Perle dans fa Conque avec cette
Infcription..
ED
MARS 1726. 583
En tuâ perdignam Corona
Voilà une Perle digne de votre Couronne.
Dans le Cartouche pareil , l'Amour prefen
toit les Chiffres Royaux , avec ces mots :
Conjun&a tuebor.
J'entretiendrai leur union.
Les trois rangs de croifées de la même
face étoient ornez de tableaux tranfparens ,
formant un agreable mêlange de Fleurs - de-lis,
de Chiffres & de Devifes convenables au fujet.
Le haut de la decoration étoit terminé
par un autre grand Cartouche , reprefentant
Je Soleil , avec la Devife : Nec pluribus Im
par.
Les croifées des autres faces de l'Hôtel
étoient illuminées par des bougies.
Le Bal commença vers les 7. heures du foir,
& il fut ouvert par la Barone de Sack , bellefille
du Maréchal Comte de Spaar : le Roi
de Suede l'ayant honoré de fa prefence , fur
reçû au bruit du canon & des fanfares , &
S. M. y danfa un Menuet avec la Reine du
Bal. Fendant le Bal on fervit toutes fortes de
rafraîchiffemens.
Vers les dix heures du foir , on fervit dans
un appartement feparé , deux tables de 25.
couverts chacune , qui furent renouvellées
avec abondance & delicateffe , juſqu'à deux
heures du matin que la Compagnie fe fe-
рага.
Le 25. du mois dernier , l'avis du College
de la Chancellerie , par rapport à l'acceffion
au Traité d'Hanover , ayant été examiné pour
84 MERCURE DE FRANCE .
la feconde fois par le Senat , fut approuvé
& vers le foir , le Comte de Horn en envoya
faire part aux Miniftres des Rois de France ,
d'Angleterre & de Pruffe.
La
DANNEMARK.
E Roi a choifi M. de Scheftedt pour com
mander en Chef la Flote Danoife , qui fera
compofée au Printemps prochain de 40.
Vaiffeaux de guerre , de 36. Fregates , de 7.
Prames , & d'un grand nombre d'autres Bâtimens
plats & Galeres , qui ferviront dans la
Mer Baltique , fur l'Elbe , & c.
On a reçû avis de Coppenhague , que le
-Comte de Freytadt , Miniftre- Plenipotentiaire
de l'Empereur , en étoit parti fans avoir pu
réüffir dans fes negociations , & fans avoir
obtenu l'acceffion du Roi au Traité de Vienne.
ALLEMAGNE.
La delle oudonner les Etats d'Autriche
E bruit court à Vienne , que l'Empereur
en fief à l'Archiducheffe fa fille aînée , & que
ce fera le Comte de Sinzendorf, Grand- Maître
de la Maifon de S. M. I. qui en recevra
P'Inveftiture au nom de cette Princeffe.
On continuë de faire des recrues pour rendre
les Regimens complets. Le bruit court ,
qu'il a été refolu dans le Confeil de l'Empe
reur de les augmenter : fçavoir , ceux d'Infanterie
, de 300. hommes , & ceux de Cavalerie
, de 200. Les ordres ont été donnez pour
faire travailler aux fortifications de toutes les
Places frontieres.
On a publié une Brochure en François ,
dans
MARS 1726. 585
dans laquelle l'Auteur prétend prouver par
des témoignages authentiques , & par divers
Traitez , que l'Empereur a eu droit d'accorder
un octroi , pour l'établiffement de la nouvelle
Compagnie de Commerce des Pays-Bas , &
que cet établiffement ne peut qu'être utile
aux Sujets de la Republique d'Hollande.
On écrit de Berlin , qu'on continuoit les
levées de Troupes ordonnées par le Roi de
Pruffe & qu'on croyoit qu'au Printemps
prochain il y auroit un Camp volant de 15
à 16000. hommes près de Prenflow.
On mande d'Aftorff en Suiffe , que dans les
montagnes voiſines , on y avoit trouvé dans
un Village , quatre maifons enfevelies fous la
neige , avec 18. perfonnes , & quantité de bétail
morts.
L'Ecrit intitulé , la verité du Fait , du Droits
de l'Intereft de tout ce qui concerne le
Commerce des Indes , établi aux Pays - Bas
Autrichiens , par ordre de S M. I. fut imprimé
& publié à Vienne vers le milieu du mois
dernier.
L'Infant Dom Emanuel de Portugal partit
de Vienne le 19. du mois dernier , pour fe
rendre en Efpagne .
,
Le bruit court , que le Baron de Riperda
eft chargé de folliciter auprès de l'Empereur
pour obtenir l'agrément neceffaire , afin que
le Comte Guy de Staremberg puiffe fe charger
du Commandement des Troupes de S. M.
Cath. en cas qu'elle foit obligée d'entrer en
guerre avec quelque Puiffance.
On a donné des ordres très -précis aux Gou
verneurs des Places de la Hongrie & de la
Tranfilvanie , d'obferver les Peuples de ces
Pays , & principalement les Proteftans dont
on craint les intelligences Secretes avec la
Porte. Ꮮe '
$ 86 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit court , que 8060. hommes des
Troupes Palatines & de Wurtzbourg , doivent
paffer aux Pays-Bas Autrichiens , & que
ce Corps fera entretenu par le Roi d'Eſpagne.
Le General Comte de Bonneval , qui a obtenu
fa liberté depuis la mort du Marquis de
Prié , eft parti de Brinn pour ſe rendre à
Dreſde.
Il y a eu à Leipfic une émeute confiderable
, à l'occafion d'une Ordonnance du Roi
de Pologne , qui défend aux Etudians de cette
Ville , de paroître dans les rues pendant la
nuit , après que la retraite a été fonnée. Ils
s'attrouperent au commencement de ce mois ,
& cafferent les vitres de la maifon du Recteur
de l'Univerfité & du Bourg- Meftre, Regent ,
criant , Vive Lange , & meure Steger & Fleming.
On en arrêta quelques - uns , que leurs
Camarades redemanderent le lendemain , me-'
naçant par des affiches feditieufes , que fi on
ne les relâchoit , ils mettroient le feu dans la
Ville. Ces menaces ont obligé les Magiftrats
de prendre des précautions pour leur feureté,
en attendant le retour d'un Courier qu'ils ont
dépêché à Varsovie.
ITALIE.
Ne Barque Françoife , nommée le S. Jofeph
, qui étoit arrivée des Echelles du
Levant à Civita - Vecchia , avec l'argent de la
vente des Marchandifes qu'elle y avoit portées
, partit de ce Port à la fin de Mars pour
retourner en Provence , ayant à bord quatre
Siciliens & un Maltois , qui faifoient partie de
l'Equipage. Ces cinq hommes complotterent
entr'eux d'affaffiner le Patron & le refte de
Equipage de partager l'argent , & de fe.
fauver
MARS 1726. 587
fauver dans la Chaloupe ; ce qu'ils execute
rent dès la premiere nuit. Un Matelot Frangois
, qui avoit feint d'être mort des coups
de poignard qu'il avoit reçus , mais qui n'é
toient pas dangereux , gouverna fi heureufement
la Barque où il reftoit feul ; qu'il arriva
à Civita Vecchia ſept ou huit heures après
les affaffins qui étoient entrez avec la Cha
loupe , comme échappez du naufrage , & auf
quels le Capitaine du Port avoit laiflé la li
berté de fe retirer où ils voudroient. Le Matelot
François ayant fait fon rapport aux Ma
giftrats , ils envoyerent des gens après ces
fcelerats , & l'un d'eux fut arrêté à Cerneto,
les quatre autres furent pourſuivis & arrêtez
à Rome.
On publia à Rome , fur la fin du mois de
Janvier , une Ordonnance , qui défend fous
des peines rigoureufes , de fe mafquer pen
dant ce Carnaval , & le Marquis Albizi ,
Chef des Entrepreneurs des Opera , a eu
ordre d'empêcher qu'il n'entrât aucune perfonne
mafquée dans les Spectacles , quoique
cela eut été toleré les années précedentes.
Le Duc de Parme fait de grands préparatifs
pour recevoir la Reine d'Efpagne , premiere
Doüairiere , qui doit paffer par fes
Etats au mois de Mai prochain , en allant à
Rome , où l'on croit qu'elle fera dorénavant.
fon fejour ordinaire .
Le 10. Fevrier le Cardinal Coccia_prir
poffeffion à Rome , dans l'Eglife de S. Thomas
in Parione , du titre de Protecteur de la
Confrairie des Ecrivains & Copiftes.
A la requifition du General des Cordeliers
, le Pape a confirmé & augmenté depuis
peu les Privileges accordez par la Bulla
de Pie V. qui exemte les quatre Ordres Mandians
88 MERCURE DE FRANCE
dians de tous Droits d'Entrées , des Gabelles
& de Ports de Lettres.
S. S. envoya vers le milieu du mois dernier
, mille écus d'or à la Princefle Sobieska,
époufe du Chevalier de S. George.
Le Gouverneur de Rome a accordé aux Dames
de cette Ville , la permiffion de s'affembler
dans la Salle des Peintures de l'Academie
de France & de s'y régaler pendant les
trois derniers jours du Carnaval."
On a eu avis qu'un fils du Prince Ragotfki
, qui étudioit & faifoit fes exercices à Naples
, s'étant embarqué à Ancone pour paffer
en Albanie , & ayant été forcé par les vents
contraires à rentrer dans le Port , avoit été
arrêté comme un fugitif , auffi - tôt qu'il eut
mis pied à terre , qu'ayant été conduit chez
le Cardinal Buffi , il s'étoit nommé & avoit
été reconnu par le Neveu de ce Cardinal ;
qu'on lui avoit rendu la liberté fur la parole
qu'il avoit donnée de fe rendre à Rome &
de retourner à Naples ; mais que vers le foir
il étoit retourné au Port , & avoit fait voile
pour la Dalmatie , d'où l'on croit qu'il fe fera
rendu auprès du Prince Ragotski fon pere,
On ajoute que quatre ou cinq heures après
fon départ , il étoit arrivé de Rome un Exprès,
chargé d'arrêter ce jeune Seigneur & de le
conduire à Milan.
Le 8. Fevrier , on publia à Florence une
Ordonnance du Grand Duc , qui affranchit
tous les Laboureurs , Cochers & Domeſtiques
de fes Etats de l'Impofition par tête qu'ils
payoient annuellement : tous les particuliers
dont le revenu n'excede pas cent écus , ont été
auffi compris dans cette exemption , qui a
caufé une joye univerfelle parmi le Peuple.
Le 20. Fevrier , le Pape tint un Confiftoire
MARS 1726. 580
re fecret , dans lequel il propofa l'Archevêché
d'Auch pour le Cardinal de Polignac
chargé des affaires du Roi T. Ch. à Rome. Le
Cardinal Ottoboni , Protecteur des Affaires
de France , propofa l'Evêché du Puy en Velay,
pour l'Abbé de Beringhen ; l'Evêché de Valence
en Dauphiné , pour l'Abbé Milon , Aumonier
du Roi de France ; la Coadjutorerie
de l'Abbaye Reguliere de S. Vaa d'Arras ,
dont le Cardinal de Rohan , Grand Aumônier
de France , eft Titulaire , pour le P. Leon
de Meaulde de la Buffiere , Religieux de l'Or
dre de S. Benoift. Il préconifa enfuite l'Abbé
Caulet , Aumônier de S. M. T. C. pour l'Evê
ché de Grenoble , l'Abbé du Bois , frere du
feu Cardinal de ce nom , pour l'Abbaye de
Caunes , Ordre de S. Benoift , Diocèfe de
Narbonne & l'Abbé Gautier de Montreuil
pour l'Abbaye de Nielle , Ordre de Citeaux
Diocèfe de la Rochelle.
Le Miniftre du Roi d'Efpagne a demandé au
Pape de la part de S. M. C. la permiffion de
lever des decimes fur les revenus Ecclefiafti
ques des Indes Eſpagnoles , fous prétexte de
s'en fervir contre les Maures qui continuen
Je Siege de Ceuta.
L
ESPAGNE .
Es Ordres que le Roi avoit donnez il y a
quelque temps pour faire revenir dans
l'interieur du Royaume une partie des troupes
qui étoient fur la frontiere , n'ont eu lieur
que pour les Gardes du Corps qui avoient été
envoyez en Catalogne.
On a envoyé de Madrid des fommes confi-
Berables pour faire continuer les travaux des
nou
$ 96 MERCURE De France.
nouvelles fortifications de Pampelune , de
$. Sebaftien & de Fontarabie.
Relativement au Decret du 14. Janvier derhier
, par lequel le Roy a augmenté d'un
se, en fus , le prix des efpeces d'or , afin d'em
pêcher le tranfport qui s'en faifoit dans les
Pays Etrangers , S. M. rendit le 8 Fevrier un
fecond Decret pour l'augmentation des efpeces
d'argent. Le Pefo ou écu de Plate , qui a
été receu jufqu'à prefent pour 8 Reaux de
Plate double , en vaut prefentement neuf &
demi . Les Pefos & demi Peſos venant des Indes
, auront le même cours , à l'exception de
ceux qui ont été nouvellement fabriquez ,
dont il s'en trouve quelques-uns qui ne font
pas du poids & titre portez par les Ordonnances.
Pour remedier à cet inconvenient &
reduire à un même titre , poids & figure ,
toutes les efpeces du Royaume , le Roi ordonne
qu'à compter du jour de la publication
de ce Decret , elles foient receuës pendant
trois mois fur le pied de leur nouvelle valeur
par tous les Tréforiers , Receveurs , Depofitaires
& Fermiers des Droits Royaux , qui
feront tenus de les envoyer dans les Hôtels
des Monnoyes , pour y être fondues & fabri
quées de nouveau d'une même taille . Après
ce terme , les demi Reaux , les Reaux , les
pieces de deux Reaux , de Plate- double &
toute la monnoye qui a cours fous le nom de
Plate-neuve , fera hors de cours & de nulle
valeur dans le commerce. S. M. déclare qu'elle
n'entend faire aucun changement à la monoye
Provincia I qui a cours dans les Royaumes
d'Arragon & de Valence , & dans la Principauté
de Catalogne , laquelle continuera d'ê
tre receue fur l'ancien pied : elle ordonne que
le marc d'argent , tant en barres , lingots , que
fabri
MARS 1726. 597
fabriqué en vaiffelle au titre de r . deniers ,
foit augmenté dans une proportion correfpondante
à l'augmentation ordonnée pour les
Pefos des Indes d'ancienne fabrication ; & afin
d'éviter toutes les conteftations qui pourroient
naître entre les Particuliers , à l'occafion du
nouveau prix des efpeces d'argent , S. M. or
donne que tous les Contrats , Obligations
Billets , Lettres de Change , & autres promeffes
de payemens , de quelque nature qu'elles
foient , d'une datte anterieure à celle de ce
Decret, foient payées en efpeces au prix qu'elles
avoient avant fa publication.
Le 23. le Roy par un 3. Decret rendu en
interpretation des deux premiers , ordonne
que chaque écu d'or qui avoit cours cy- devant
pour 16. Reaux de Platte - double , foir
reçu pour 18. les écus d'argent de 8. Reaux,
pour 9. & demi , les demis de fabrication d'Ef
pagne à proportion , & l'or en pâte , lingots
& en poudre du titre de 22. Carats , fur le
pied de l'augmentation ordonnée par le Decret
du 14. Janvier.
On a appris de Cadix , que les Deputez de
cette Ville avoient obtenu la revocation de
FEdit que le Roi avoit accordé il y a quel
ques mois , pour tranfporter la Chambre du
commerce à Seville.
Le bruit court à Madrid , que le Roi a refo
lu de créer un nouvel Ordre de Chevalerie
fous le nom de S. Philippe.
On meuble , des meubles de la Couronne,
le Palais du Prince Pio , pour le Prince Dom
Emanuel de Portugal , auquel le Roi doit for
mer une Maifon pour tout le temps qu'il demeurera
en Espagne.
On affure que les Compagnies des Gardes
Walonnes & Italiennes , feront inceffamient
refor
392 MERCURE DE FRANCE.
reformées , & que les Ducs de Bournonville
& d'Atri qui les commandent , obtiendron
d'autres emplois équivalens.
Mie
GRANDE-BRETAGNE.
Finch qui arriva de la Haye à Londres
le 11. II. du Mois dernier , apporta au Roy
la nouvelle de la réfolution prife par les
Etats d'Hollande & de Weft -Frize , pour l'acceffion
au Traité d'Hanover . Il affura S. M.
qu'on ne doutoit pas que les autres Provinces
ne fuiviffent cet exemple.
Le nombre des Guinées étant confiderablement
diminué par le tranſport qui s'en fait
dans les Pays Etrangers , à caufe qu'elles font
de deux ou trois fols au-deffous de leur va
leur , on affure qu'elles feront inceffamment
remifes à 21. chelins & demi qui eft leur
an cien prix.
Le 21. on remit par ordre du Roy , à la
Chambre des Communes , une Copie du
Traité conclu à Hanover le 3. du mois de
Septembre dernier, entre le Roi Très -Chretien ,
S. M. Br. & le Roi de Pruffe ; & les Copies
des Traitez de Paix , de Commerce & de navigation
, conclus précedemment entre l'Empereur
& S. M. Cat .
Le même jour , les Communes agréerent t
da refolution prife le jour précedent , d'accor- t
der au Roi une fomme de 990000. liv. fterlin
, pour payer ce qui refte à acquitter des
billets de l'Echiquier qui ont été faits en
vertu de l'Acte paffé en la 11. année du regne
du Roi.
On publia le 26. une Proclamation portant
300. liv. fterlin de recompenfe , pour la dé
соц
MARS 1726. $93
Couverte d'une bande de Voleurs de nuit , qui
depuis plus de deux mois font des vols confi
derables dans Londres,
❤
Le Comte de Portmore , Gouverneur de
Gibraltar , & le General Carpenter , Gouverneur
de l'Ile de Minorque , ont receu ordre
de fe tenir prets à partir pour fe rendre à leurs
Gouvernemens , où l'on juge que leur préfence
eft neceffaire .
La Chambre Haute & les Communes , ayant
pris en confideration le Traité d'Alliance
conclu à Hanover le 3. Septembre dernier ,
& les Traitez de Vienne que le Roi leur a fait
communiquer , elles ont déclaré que ces derniers
avoient été faits en veuë de mettre le
commerce des Indes Efpagnoles , Orientales
& Occidentales , entre les mains des Sujets de
l'Empereur , au préjudice du Traité de la Barriere
conclu entre S. M. I. & les Etats Generaux
, & de plufieurs autres Traitez folemnels,
entre les Couronnes d'Eſpagne & de
Ja Grande-Bretagne. Les deux Chambres ont
préfenté leur Adreffe au Roi , pour le remercier
de la bonté qu'il a eu de leur communiquer
ces Traitez , & des foins qu'il s'eft don
né pour maintenir la paix & la balance de
'Europe par le Traité d'Hanover ; pour l'affurer
de leur reconnoiffance & de la réfolution
qu'elles ont prife de deffendre S. M. de
tout leur pouvoir , fi elle étoit attaquée par
quelque Puiffance dans les Etats particuliers
qu'elle poffede en Allemagne.
On a expedié des ordres pour faire radouber
& équiper inceffamment fix des Vaiffeaux
de guerre qui ont été mis en commiffion ,
fçavoir un de 70. Canons , trois de 60.un de
50. & un de 22. Ils doivent aller aux Indes
Occidentales , pour y former , avec les Vaif
feaux
394 MERCURE DE FRANCE:
feaux qui y font déja , une Efcadre de 1
Vaiffeaux qui fera commandée par l'Amiral
d'Hofier.
Le bruit court à Londres qu'on doit délivrer
une fomme de 100000. liv. fterlin , pour
Favitaillement de la Flote , dont il y aura une
Efcadre au commencement du Printemps
dans la Mediterranée , pour la fureté de Gilbraltar
& de Port Mahon.
ONE
PAYS - BAS.
Na appris d'Hollande que la digue qui
ett près de Linfchooten , s'étoit rompue
la nuit du 16. au 17. de l'autre mois , que
les glaces qui s'étoient arrêtées au deffous de
Schoonhoven ayant retenu les eaux , l'inondation
avoit penetré jufques dans le Polder
de Snel , & que les habitans de Gouda &
de Werden , auroient couru rifque d'être fubmergez
, fi les glaces ne fe fuffent pas détachées
le 16. au foir.
Des cinq Vaiffeaux de la Compagnie de
Commerce des Pays-Bas , qui étoient fortis
du Port d'Oftende le 15. de Fevrier pour fe
mettre en rade , quatre leverent l'ancre le 25 .
à 9. heures du foir , pour profiter d'un vent
favorable qu'ils attendoient depuis dix jours:
le se . nommé la Paix , deftiné pour la Côte
de Bengale , ayant été maltraité par le coup
de vent qu'on effuya le 23. a été obligé de
rentrer dans le Port pour fe radouber & pour
joindre enfuite les autres quand le temps le
permettra ; le rendez - vous a été donné au
Cap vert. On a eu avis que ce Vaiffeau commandé
par le Capitaine Carpentier , partit le
.de ce mois pour Bengale.
MORT
MARS
1726. 595
理
Vent
MORTS ,
MARIAGES
des Pays Etrangers.
E Comte Jerôme, Colloredo de Valdfée ,
Grand Ecuyer hereditaire du Royaume de
Boheme , Confeiller d'Etat Ordinaire , Marechal
de la Cour de l'Empereur , & ci - deyant
Gouverneur du Milanès , mourut fubitement
à Vienne le 2. du mois dernier , dans
la 2. année de fon âge. Le 12. le 13. & le
14. on celebra dans l'Eglife de S. Jerôme des
Francifcains , trois Services folemnels pour
repos de fon ame. le
L'Abbé Sebaftien Battiftini , Agent de l'Ordre
Teutonique, & de quelques Princes d'Allemagne
, mourut à Rome le 27. Mars der
nier , dans la 90. année de fon âge.
On écrit de Londres , que le 24 Decembre
dernier , la nommée Anne Pollard , étoit
morte à Bolton , âgée de 10s . ans , laiffant
130. de fes defcendans en vie.
11.
Dona Theodore Vecchierelli Conti , mourut
à Rome le 10. Fevrier , dans la 77. année
de fon âge.
+
L'Electeur de Baviere Maximilien Marie-
Emanuel , mourut à Munich le 26. du mois
dernier , vers les fept heures du foir , âgé de
63. ans , 7 mois & 15. jours , étant né le rr,
de Juillet 1662. Ce Prince étoit fils de l'Elec
eur Ferdinand Marie , mort le 36. de Mai
1679. & d'Adelaide Henriette de Savoye ,
morte le 18. de Mars 1676. Il avoit épousé en
15
H pres
$ 96 MERCURE DE FRANCE.
premieres Nôces Marie- Anne d'Autriche, fille
de l'Empereur Leopold , morte le 24. de Decembre
1692. & en fecondes , Thereſe Cunegonde
Sobieski , fille du Roi de Pologne Jean
HI. Les trois Princes qu'il a eu de fon premier
mariage font morts, Les enfans du fecond
qui vivent à prefent font , la Princeſſe
Marie-Anne Caroline , née le 4. ' Aouft 1696.
Religieufe depuis le mois d'Octobre 1719,
dans le Monaftere de S. Jacob , de l'Ordre de
Sre Claire Charles Albért , à préfent Elec
teur dé Baviere , né le 6 Août 1697. qui a
épousé le 5. Octobre 1722. Marie Amelie
d'Autriche , fille de l'Empereur Jofeph , dont
il a deux Princeffes ; Ferdinand Marie né le
1. Aouft 1699. qui a époufe le 9. Fevrier 1719 .
Marie- Anne Caroline , fille du feu Prince Philippe
Guillaume de Nenbourg , dont il a deux
Princes & une Princeffe ; Clement Augufte,
Electeur Archevêque de Cologne & Evê
que de Munfter , de Paderborn & d'Hadel
heim , hé le 16. Août 1700. & Jean Theodore
, Evêque de Ratisbonne & Coadjuteur de
l'Evêque de Freyfingen , né le 3. Septembre
1703. Le Corps du feu Electeur, fut porté le
2. de ce mois dans l'Eglife des Théatins de
Munich, & dépofé dans le Caveau de la Mai-
Ton Electorale , auprès de celui, de l'Electeur
fon pere.
•
C
Le 1. Fevrier , les Articles de mariage de
Dona Anne de Lorraine , fille du Marquis
d'Abrantes , avec le Cointe de Benaguiaon
fon Oncle , furent figuez à Lisbonne.
Le fils du Comte Fleming fut baptifé le 28.
du mois dernier , dans la Chapelle du Palais
He Vatfovie , par l'Eveque de Plosko, fut tenu
fur les fonts de baptême par le Roi de Polone
, le Prince Electoral de Saxe , & au nom
du
MARS 1726. 597
du Roy de Pruffe ; fes Marraines furent la
Ducheffe Douairiere de Radzivil , la Ducheffe
Douairiere de Radzivil , veuve du Grand
Chancelier de Lituanie, & Belle-foeurdu Comte
Fleming , & la Princeffe cadete deRadzivil.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c.
LE
E Chapitre de Nôtre - Dame de Paris
a fondé une grande Meffe à perpetuité
, pour le jour de la Fête du Patron
du Cardinal de Noailles , en reconnoiffance
de ce que S. E. a donné zoooo . liv.
pour réparer la croifée de cette Eglife
du côté de l'Archevêché .
Le G. de ce mois , jour des Cendres,
le Roi entendit dans la Chapelle du Château
de Marly la Melle , avant laquelle
S. M. reçut les Cendres par les mains
du Cardinal de Rohan , Grand- Aumô
nier de France.
Le même jour , la Reine reçut les
Cendres dans la même Chapelle , & enfuite
S. M. communia par les mains de
l'ancien Evêque de Fréjus , fon Grand-
Aumônier.
fes.
Le 9. Leurs M. revinrent à Verfail-
3
Hij Loge
598 MERCURE DE FRANCE,
Logement de Marly :
Le Roi , la Reine,
Madame la Ducheffe d'Orleans, Douairiere
, le Duc d'Orleans , la Duchefle
d'Orleans , la Ducheffe de Bourbon , le
Duc de Bourbon , le Comte de Charolois
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conti , la Princeffe de Conti , Mademoiſelle
de Charolois , Mademoiſelle
de Clermont , Mademoiſelle de la Roche
Sur - Yon , le Duc du Maine , le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Comte de Touloufe , la Comtelle de
Toulouſe.
. Le Cardinal de Rohan , l'ancien Evêque
de Fréjus , l'Evêque de Mets , l'Evêque
de Châlons .
Les Princes Charles , de Pont , de Carignan
, de Rohan , de Bouillon , de Chalais.
Les Princeffes de Pont , de Carignan ,
de Chalais.
Les Maréchaux de Villars & d'Eftrées,
les Ducs d'Aumont , de la Rochefoucault
, de la Rocheguion , de Tallard ,
de Bethune , d'Epernon , de Grammont,
d'Antin , de Briffac, de Bouflers , de Reiz,
de Chaulnes , de S. Aignan , d'Olonne
de Charoft , de Gefvres , & d'Humieres ,
Les
MARS. 1726. 595
Les Maréchales de Bouflers , d'Ef
trées , de Villars.
Les Ducheffes de Tallard , de Bethune
, de Bouflers , de Briffac , de Grammont
, d'Epernon.
Les Comteffes d'Egmont,de Rupelmonde,
de Morville, de Maurepas , de S. Florentin
, de Merodes , de Teflé..
Les Marquifes du Bellay , de Mailly
, de Prie , de Buffi , de Pont , de Sezanne
, de Gontault , de la Vrilliere ,
de Riberac , de Tavanes , d'Epinay , de
Tonnerre, de Clermont , de Charoft , de
Villars , de Matignon , de Nefle , de
Feuquieres , Mlle de Villeneuve .
Les Comtes d'Egmond , de Morville,
de Maurepas , de S. Florentin , de Clermont-
d'O , de Lionne , de Matignon ,
de Martor.
Les Marquis de Livri , de Courten
vaux , de Beringhen , premier Ecuyer ,
de Souvrai , de Croiffi , de Breteuil , de
Goutault , de Nangis , de Laffay , de
Coignies, pere & fils , de Goefbriant , de
Pezé , de Villacerf , de Villars , de Nefle
, de Conflans , de Saillant , de Mati
gnon .
Mis le Grand Prévôt , Dodun , de
Montaran ; en tout 122. perfonnes.
qu'on n'a pas prétendu nommer exacte-
H iij ment
600 MERCURE DE FRANCE
ment ' felon leurs rangs & leurs naif
fances.
Cette Lifte fe fait ordinairement la
veille du départ pour Marly , chez M.
Bloin , Gouverneur des Châteaux de
Verfailles , Marly & Trianon . On la
prefente au Roi , qui l'augmente ou la
diminue..
Le 1o. premier Dimanche de Carê
me , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfailles
, la grande Meffe chantée par la
Mufique , & l'après midi , la Prédica
tion du P. Boyer , Théatin .
Le Roi a accordé à M. Bontems , l'un
de les premiers Valets de Chambre , &
Gouverneur du Château des Thuilleries ,
la Charge d'Intendant & Controlleur
General des Bâtimens & Jardins de la
Reine.
Le Dimanche 17. de ce mois , le
Roi & la Reine prirent le deuil pour
l'Electeur de Baviere qui vient de mourir.
I durera fix femaines .
M. de Monconfeil a commencé les
fonctions de fa Charge d'Introducteur
des Ambaffadeurs , dans une Audiance
que le Roi a donné au Bailly de Mefmes
, Ambaffadeur de la Religion de
Malte , qui prefenta à Sa Majefté les Oi
feaux
MAR S. 1726. Göt
feaux de proye envoyez par le Grand-
Maître.
Le 26. de l'autre mois , 20. Suiffes
du Regiment aux Gardes , firent l'exercice
de la danfe avec leurs épées nuës à
la main fous les fenêtres de l'Appartement
du Roi à Marly , au fon d'un Tambour ,
d'un Fifre & d'un Violon , un Arlequin
& un Scaramouche étoient de la partie: un
Caporal, commandoit ce Ballet militaire
& comique qui fit beaucoup de plaifir . Il
a auffi été danfé devant la Reine. Leurs
Majeftez gratifierent ces Danfeurs de so.
piftolles. Quelques jours aprés , huit
Coureurs de divers Seigneurs de la Cour,
danferent devant la Reine la danfe des
Bafques , dont S. M. parut fatisfaite .
Le 27. le Roi fit une batue de lapins,
on en tua 1.20 . & trois lievres.
.. Le 28. S. M. alla tirer du côté de la
Menagerie & tua 40. faifans .
3. Le 1. Mars , le Roi alla courir le Cerf
dans la Foreft de S. Germain .
Le jeu du lanfquenet a fait un des
principaux amufemens des foirées dans
le grand Salon de Marly ; il commençoit
à fept heures du foir jufqu'à neuf ,
que le Roi alloit fouper avec la Reine à
fon grand couvert ; à onze heures , le
jeu recommençoit jufqu'au coucher du
Roi.
H iiij M.
602 MERCURE DE FRANCE
M. Guillard de la Vacherie , Oncle
de M. Herault , Lieutenant General de
Police , ci -devant Major des Ville &
Citadelle du Havre-de- Grace , & Commandant
de la Province , a obtenu le
Gouvernement de la Citadelle d'Arras ,
fur la démiffion du Marquis de Miane.
La famille des Guillard eft très ancienne
; Charles Guillard , étoit Preſident à
Mortier au Parlement de Paris , fous le
regne de Louis XII . il eut deux enfans ,
dont, l'un fut Evêque de Chartres , &
l'autre Confeiller d'Etat & Ambaffadeur
à Rome. Le fils & le petit - fils de ce dernier
, furent l'un & l'autre premiers Prefidens
au Parlement de Bretagne.
Le 26. & le 27. Fevrier , l'Abbé des
Jardins , Licentié en Théologie de la
Faculté de Paris , prononça deux Difcours
Latins , & un Poëme fur le Mariage
du Roi , dans la Salle des Jacobins ,
à l'occafion des Paranymphes . Il ouvrit
le premier jour les Paranymphes par un
Difcours fur la gloire que procure la Theologie
. L'utilité de cette Science fit le fujet
du'fecond Diſcours. Elle eſt utile , ditil
, à ceux qui s'y appliquent , à l'Eglife
, & à l'Etat , & c.
Le Poëme fur le Mariage du Roi fut
extrêmement goûté ; cela n'eft pas fur
prenant , il fuffit de parler aux Fran_
çois
MARS 1726. 603
çois de leur Roi & de leur Reine ,
pour recevoir leurs applaudiffemens .
Incendies.
,
Le 26. du mois dernier , le feu prit à
7. heures du foir dans la cave d'un Epicier
de la Porte Montmartre , par l'inprudence
d'une fervante qui mit fa
chandelle fous le robinet de la piece , à
laquelle elle tiroit de l'eau - de - vie : cette
piece & deux autres qui étoient aux
côtez furent enflammées en peu de tems.
La fervante fe fauva à demi-brûlée fur
les premieres marches de la montée ,
d'où on la retira. Le feu qui avoit déja
gagné la Boutique , faifoit un progrès
très rapide , par les huiles , la cire , le
favon , & c. & menaçoit d'un grand incendie.
On prit le parti de boucher la
trape de la cave avec quantité de fumier,
& on jetta pardeſſus la valeur d'environ
40. muids d eau , ce qui éteignit le feu fi
heureuſement , que le lendemain à ſept
heures du matin , lorfqu'on fe fit jour
pour entrer dans cette cave , on trouva
encore une piece d'eau- de- vie toute entiere
, & c.
Le 6. de ce mois , vers les 4. heures du
matin , le feu prit au fecond étage d'une
maiſon , ruë S. Anaſtaſe , au Marais.. II
H v come
804 MERCURE DE FRANCE
commença avec une telle violence , &
fit un progrès fi rapide , qu'en moins de
trois quarts d'heure , deux chambres de
cet étage , occupées par Meffieurs de Colonne
& Laurent, qui y perirent , furent
confumées malgré tous les fecours qu'on
put apporter. Le premier âgé de plus de
8o. ans , avoit coutume de lire dans fon
lit , &
fans
doute
fon
imprudence
a caufé
cet
incendie
. Il lui
étoit
déja
arrivé
plufieurs
accidens
qui
auroient
dû
le
corriger
. M.
Laurent
, à peu
près
de
même
âge
, connu
autrefois
fous
le nom
de l'Abbé
Laurent
, fils
d'un
Tréforier
de
l'Ordinaire
des
Guerres
, étoit
l'intime
ami
de
M.
de
Colonne
. En
foupant
le foir
enfemble
, avec
Madame
Colonne
& un
autre
de
leurs
amis
, ils
s'embrafferent
dans
la gayeté
que
le
Mardigras
peut
in pirer
à deux
Philofophes
de
cet
âge
, &
fe feliciterent
de
ce
qu'ils
vivoient
enſemble
depuis
fi long
- temps
.
Il
y a bien
de
l'apparence
que
M.
de
Colonne
fut
d'abord
étouffé
par
la
fumée
& par
les
flâmes
; mais
M.
Laurent
eut
un
fort
bien
plus
cruel
. Il s'apperçut
du
feu
, & il auroit
pû
ſe fauver
,
fi fon
laquais
ne
l'avoit
enfermé
dans
fa
chambre
. On
ne
put
lui
donner
aucun
fecours
. Les
flâmes
étoient
dans
l'efcalier
& au
troifiéme
étage
, d'où
ce
laquais
MARS 1726. 8 605
quais, fe jetta par la fenêtre , & fe calla
les jambes & les reins . Madame de Colonne
, qui occupoit le premier étage , ſe
fauva en chemiſe. A cinq heures & demie
trois pompes du fieur du Perier jetterent
une telle quantité d'eau , qu'en
moins de quatre heures de temps le feu
fut entierement éteint , fans. que le pre
mier étage de cette maifon ait été endommagé
.
Ainfi moururent à Paris , par un accident
auffi funefte que fingulier , les
fieurs Colonne & Laurent ; ils furent
tous deux confumez dans l'embrasement
de leur maiſon , & leurs triftes reftes mis
dans le même cercueil , après avoir vêcu
enſemble l'efpace de 56. ans , dans
une union d'autant plus rare , qu'elle n'avoit
jamais fouffert d'alteration .
Ils s'étoient rendus recommandables ,
chacun dans un different genre de Litterature.
Le fieur Laurent avoit donné au
Public laTraduction de Sagredo , Hiftoire
Turque, que nous avons en cinq volumes;
il étoit fur le point de mettre fous la
preffe une Traduction de Tite- Live , à
laquelle il travailloit depuis 20. ans ,
qui a été perdue dans le feu avec tous
fes papiers. Les Bibliotheques & Cabinets
des Gens de Lettres lui étoient redevables
des Globes de Coronelly , qu'il
H vj
avoit
606 MERCURE DE FRANCE.
avoit fait construire fous les yeux , avec
toute l'attention & le fuccès poffible . It
joignoit à l'utilité de ces Ouvrages , l'agrément
de la Poëlie , & avoit fait quan
tité de Pieces en Vers , que fa modeftie
l'avoit empêché de mettre au jour , &
qui pourroient tenir leur place dans ce
que nous avons de meilleur .
M. de Colonne , né à Rome , devoit
moins à la fortune qu'à fon merite
( qui le fit bientôt connoître ici ,
où il vint fort jeune . ) L'eftime & l'amitié
d'un très- grand nombre d'honnêtes
gens , les talens & fon fçavoir l'avoient
fait fouhaiter des Grands & des Gens de
Lettres fa prudence & fa modeftie lui
avoient fait attendre les ordres des premiers
pour le préfenter à eux , & l'envie
d'apprendre lui avoit fait rechercher
les derniers , qui ne trouvoient qu'à
gagner dans le commerce qu'ils avoient
avec lui. Perfonne n'a fçu comme lui
joindre l'étude dés Sciences les plus abf
traites , comme la Phyfique , l'Aftronomie
, l'Algebre , & prefque toutes les
parties des Mathematiques , à toutes les
autres. Sciences qui tiennent leur place
dans la vie civile ; l'enjouëment & la
folidité de fon efprit avoient fait naître
à quelques perfonnes d'un rang diftingué
, tant par leur naiffance , que par
leur
MARS 1726. 607
feur genie fuperieur , l'envie d'appren
dre de lui les principes de la Philofophie
, qu'il avoit mis fi parfaitement à
leur portée , qu'elles y avoient fait
un progrès confiderable . Il a été connu
de prefque tous les Miniffres , &
avoit eu un libre accès chez les plus
Grands du Royaume ; il les a tous vûs.
avec un fi grand defintereffement , qu'après
avoir vêcu dans une honnête mediocrité
, & fimplement hors de l'indigence
, il eft mort âgé de 84. ans , regretté
des Grands & des petits , fans avoir
eu aucune infirmité de corps & avec un
efprit fain & entier , qui faifoit l'admiration
de tous ceux qui le connoiffoient .
,
Il parut l'année paffée un Ouvrage de
lui, en 2. vol . in 12. imprimé à Paris ,
fous ce titre Les Principes de la Nature
, fuivant l'opinion des anciens Philofophes.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
Le
BENEFICE S.
E Roi a donné l'Abbaye Reguliere
de Montiers - Neuf , Ordre de S. Benoift
, Diocéfe de Poitiers , à l'Abbé Barbier
Secretaire du Cardinal de Rohan.
L'Ab
608 MERCURE DE FRANCE .
L'Abbaye Commendataire de S. Hi
laire de la Celle , dans la Ville de Poitiers
, Ordre de S. Auguftin , vacante
par la démiffion de l'Abbé Barbier , a
été donnée à l'Abbé Peigné, Prêtre , Doc
teur en Theologie , à la charge de faire
toutes les reparations de cette Abbaye.
•
L'Abbaye Commendataire de l'ile-
"Chauvet , Ordre de S. Benoist , Diocéfe
de Luçon , vacante par le décès du
fieur d'Aynac , à l'Abbé d'Aubuffon.
L'Abbaye Reguliere de la Croix-.
Saint- Leufroy , Ordre de S. Benoiſt
Dioceſe d'Evreux , vacante par le décés .
du fieur Pelot , pour la poffeder en com-.
mende , à l'Abbé de Mathan .
MANDEMENT de S. E. M. le Cardinal
DE NOAILLES , Archevêque
de Paris , touchant l'obfervation du
jeune & l'abftinence du Carême.
Par ce Mandement , donné à Paris le
3. Mars 1726. M. le Cardinal de Noailles
exhorte les Pafteurs & autres Minif
tres , chargez du foin & de la conduite
des ames , & les Prédicateurs , de faire
de nouvelles Inftructions fur la matiere
du Jeûne , & de l'abftinence du Carême,
& d'employer les motifs les plus puiffants
, pour porter les Fideles à s'acquit..
ter
MARS 1726. 609
-
fer de ce devoir , de, veiller avec une
nouvelle attention fur toutes les difpenfes
qu'on leur demandera , & de ne recevoir
que des atteftations en bonne forme
, données par les Medecins , qui feuls
ont droit de les délivrer , & c.
Un amateur des beaux Arts , & en particulier
de la Choregraphie , perfuade
qu'on n'eft pas encore bien inftruit fur
l'origine , le progrès , & c. de la Danfe ‹,
nous a prié de propoſer dans notre Journal
cette recherche aux Sçavans. Elle
paroît digne de la curiofité publique.
MORTS , NAISSANCES ,
L
Mariages.
E 24. Fevrier , Charlotte Bonnemay,
veuve de Louis Barbier , mourut à
Paris , âgée de 96. ans . Elle étoit restée
feule de tous les Rentiers qui compofoient
la 13. Claffe de la premiere Tontine
, & la 14. de la feconde : elle joüiffoit
au jour de fon décès , de 73500. livres
de rente viagere pour une action de
300. livres qu'elle avoit dans chacune de
Ces deux Claffes .
M. Jofeph- Ignace -Jean Baptifte de
Mefgrini , Evêque de Gralle mourut
dans
Bio MERCURE DE FRANCE.
dans fon Diocéfe le 2. de ce moi , âgé
de 73. ans. Il étoit Religieux de l'Or
dre des Capucins lorfqu'il fut nommé à
cet Evêché .
Dame Loüife de Corioulle , Epoufe
de M. Pierre du Guet d'Herbigni , mou
rut le même jour en fon Château d'Herbigni
, proche Retel , âgée de 100. ans
accomplis.
Louis Camus Deftouches , Chevalier,
Maréchal des Camps & Armées du Roi,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Capitaine General des
Bombardiers de France , Lieutenant General
de l'Artillerie , Directeur General
des Ecoles & Inftructions des Bataillons
du Regiment Royal d'Artillerie , mourut
à Paris le 1 1. de ce mois , âgé d'environ
58. ans , generalement regretté.
Dame Marie Gourdon Huntly , Ducheffe
Douairiere de Perth , Dame d'honneur
de la feue Reine d'Angleterre ,
mourut à S. Germain en Laye , le 13. de
ce mois , âgée d'environ 80. ans.
Le Marquis de Thoy ,Gentilhomme de
l'une des plus anciennes Maiſons des
Pays de Breffe & de Bugey , après avoir
commandé à Calais & en Savoye avec
beaucoup de diftinctions , devint Lieutenant
General des Armées du Roi , & fut
envoyé en Efpagne par Louis XIV. à la
priere
MARS 1726. Gir
priere du Roi Philippe V. qui l'honora
d'abord de la qualité de Capitaine Gene
ral de fes Armées . Il y fervit fi utilement
, qu'ayant forcé avec 2000. hommes
7000. Anglois dans la Ville de Brivoga
, & fait prifonnier les Comtes de
Stanope & S. Amant , leurs Generaux,
il fut eftropié dans cette affaire d'un
coup de feu à la main gauche en paffant
par la breche , & bleffé au pied en même
temps mais à peine l'appareil futil
mis , qu'il remonta à cheval en pantoufle
, & demeura vingt - cinq heures
dans cet état , pour donner fes ordres à
le Bataille de Villaviciofa qui fe donna
le lendemain . Sa valeur l'ayant trop engagé
dans le Combat , il fut fait prifonnier.
Il en donna fa parole ; & quoique
peu de temps après il fut dégagé & repris
par les fiens ,
les fiens , cependant par délicateffe
pour fa parole , il remercia S. M.
C. du Gouvernement de Cadix qu'elle
voulut lui donner alors. Ileft mort Gouverneur
de Belle- ifle le 12. Mars 1726.
âgé de 77. ans , eftropié , & le corps
criblé de cinq coups de feu après plus de
69. ans de fervice.
Henri Faydeau , Chevalier , Seigneur
de Calende , Prefident Honoraire au Parlement
, mourut à Paris le 5. de ce mois
dans fa 84. année .
Le
612 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour mourut Arinand- Jac
ques de Gourgue , Chevalier , Marquis
de Vayres , &c. Doyen des Maîtres des
Requêtes du quartier d'Avril , âgé de
88. ans.
F Vincent le Blanc , Grand Audiancier
de France , décedé le même jour , âgé de
64. ans .
Le 8. Jacques Gouret , Ecuyer , Cons
feiller- Secretaire du Roi , âgé de 931
ans .
Le 16. Dame Agnès Bouvard de Fourqueux
, veuve de M. Jean-Jofeph de
Montullé , Confeiller au Parlement ,
Doyen de la Premiere des Requêtes du
Palais , âgée de 77. ans.
Le même jour , Hyacinthe de Goufault
, Chevalier , Seigneur du Mont ,
d'Anneville , Hemevé , Riou , & c. Gou
verneur de Meudon , mourut à Paris ,
âgé de 79. ans .
>
Le 2 Mars 1726. Dame Marguerite-
Françoise de Jaucen , Epoufe de François
- Louis Martial , Comte Defmoutiers
de Merinville , Vicomte de Brigueuil ,
Baron de Montrocher & de Chateaubrun
, Capitaine des Gendarmes de la
Reine , & c. accoucha d'une fille , qui
fut nommée Genevieve .
Le 28. Fevrier Dame Marie- Lambertine
de la Mark , Epoufe d'Auguftin de
XimeMARS
1726.1 613
Ximenès , Brigadier des Armées du Roi,
Colonel du Regiment Royal - Rouffil
lon , Infanterie , accoucha d'un fils , qui
fut nommé Auguftin- Louis par Louisde
la Mark , Secretaire du Roi , & par
Dame Marie d'Abancourt de Ximenès ,
veuve de Jofeph de Ximenès , Lieutenant
General des Armées du Roi , &
Gouverneur de Maubeuge .
Le 2. de ce mois Dame Elizabeth de
Matignon , Epoufe de Jacques de la
Cour , Marquis de Balleroy , Colonel
de Dragons , accoucha d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts , & nommé Jean-
Paul François- Henri par M. Jean - Paul-
François le Fevre de Caumartin , Evêque
de Blois , & par Dame Mariane de
Matignon , époufe de François Henri ,
Marquis de Grave , Chevalier de Saint
Louis , & Meftre de Camp de Cavalerie.
Le 21. Fevrier M. Etienne Daligre,
Prefident à Mortier , époufa Marie
Loüife- Adelaide Duret.
Le 27 , du même mois , Charles Barjot
, Marquis de Roncée , Capitaine au
Regiment Royal - Rouffillon , époufa Genevieve
Alfonfine de Borderic de Ver
nejoux.
AR,
14 MERCURE DE FRANCE.
skakakakaka સમડ
EDIT ,
ARRESTS ,
SENTENCE DE POLICE,
RREST du 4. Janvier , qui proroge juf-
Aqu'au dernier Decembre 1726. inclufivement
, le délai porté par celui du 2. Janvier
1725. pour la moderation des Droits de Marc
d'Or , d'enregistrement aux Gardes des Rolles
, Sceau des Provifions , frais de Reception
& d'Inftallation des Offices qui feront levez
vacans aux Revenus Cafuels de Sa Majesté.
ARREST du 1. Janvier , qui décharge de
la Retenue du cinquiéme , ce qui eft du des
Penfions & gratifications ordinaires anterieurement
à la prefente année.
ARREST du même jour , pour faire jouir
les Etrangers des arrerages des Rentes Viageres
qu'ils ont acquifes fur les Tailles , en
confequence des Edits de Juillet 1723. &
Janvier 1724. Et qui regle la forme des Certificats
de vie qu'ils doivent rapporter.
ARREST du 19. Janvier , qui ordonne,
que le Sieur Antoine Hogguer , & tous autres
porteurs des Affignations à lui delivrées fur
le Benefice des Monnoyes , montant à un Million
, en datte du 26. Mars 1723. feront tenus.
de les porter dans le délai de deux mois au
Trefor Royal , pour la valeur leur en être
payée en Rentes fur les Tailles , faute de quoi
Lef
MARS 1726. 615
1efdites Affignations feront annullées .
ARRESTdu même jour , qui évoque auCon-
-feil toutes les demandes & conteftations nées
& à naître pour raifon des Dettes que le Sieur
Perrin de Boiffieux a contractées à l'occafion
de differentes entreprifes dont il a été chargé
pour le fervice de Sa Majefté ; Et qui nomme
des Commiflaires pour juger fommairement ,
tant en demandant qu'en défendant , & en dernier
reffort lefdites conteftations.
ARREST du 22 Janvier' , qui permet d'em ,
prunter les fommes neceffaires pour payer le
tout ou partie de la finance , & les deux fols
pour livre , tant des Offices de Receveurs &
Controlleurs Generaux des Domaines & Bois ,
& autres qui connoiffent des Domaines , que
des Treforiers- Receveurs & Controlleurs des
Deniers Communs Patrimoniaux & Orois ,
& c.
ARREST du même jour , qui ordonne que
jufqu'au dernier Juin 1726. les Vins de la Sénéchauffée
de Bordeaux , qui feront tranfportez
par mer dans la Ville de Paris , feront déchargez
des Droits d'Entrée des Cinq Groffes
Fermes , & de la fubvention par doublement.
ARREST du 9. Fevrier , qui regle le temps
& la manière dont feront faites les Adjudications
du Cinquantiéme. Et défigne les Privi
leges des Adjudicataires,
ARREST du 12. Fevrier , qui fixe les Sommes
qui doivent être payées par les Notaires ,
Procureurs & Huiffiers ou Sergens de toutes
les Cours & Jurifdictions Royales , autres que
elles des Villes de Paris & de Lyon , pour le
Droit
16 MERCURE DE FRANCE.
Droit de Confirmation dû à Sa Majefté ,
caufe de fon Avenement à la Couronne.
ARREST du même jour , qui ordonne que
des anciens Titulaires des Offices de Receveurs
& Controlleurs , foit des Octrois ou Deniers
Patrimoniaux , qui acquereront les nouveaux
Offices , jouiront du titre de Receveurs &
Controlleurs , tant des Octrois que des Patri
moniaux , fur leurs anciennes Provifions,
& c.
EDIT du Roi , contre les Faux-Monnoyeurs
& Faux Fabricateurs ; Et qui renouvelle les
défenfes de garder des Efpeces décriées , & de
trani porter l'Or & l'Argent hors du Royaume.
Donné à Marly au mois de Fevrier 1726,
Regiſtré en la Cour des Monnoyes le 15. du
même mois.
ARREST du 19. Fevrier , qui regle la forme
du payement des Lettres de Change tirées
en Elpeces avant la derniere fabrication , par
lequel le Roi ordonne , que toutes les Lettres
de Change , tirées avant les dernieres diminutions
fur des Negocians , ou autres Particuliers
refidans dans les Provinces de la domination
de Sa Majefté , payables en Efpeces
à un plus haut cours que le produit qu'elles
donneroient actuellement aux Hôtels des
Monnoyes , feront reduites à proportion de
treize livres le Louis , & de trois livres cinq .
fols l'Ecu , pour être payées fur ledit pied en
Louis de vingt livres & Ecus de cinq livres
de la nouvelle fabrication : Et à l'égard de
celles tirées depuis les diminutions en Ecus
anciens au cours de trois livres . Veut Sa Ma-"
jeité qu'elles foient aufli acquittées en Efpeces
neuves
MARS 1726. 617
neuves , avec une plus value d'un douzième
du montant des Lettres en faveur des Proprietaires
d'icelles .
ARREST du 26. Fevrier , concernant la
Negociation des Actions de la Compagnie des
Indes , & des autres Effets & Papiers com
merçables , par lequel S. M. permet à tous
Marchands , Negocians , Banquiers & autres,
qui ont été ou feront admis à la Bouffe , de
negocier entre eux les Actions de la Compa
gnie des Indes , & autres effets & Papiers
commerçables , ainfi & de la même maniere
que fe negocient les Lettres de change , Bil
dets au porteur ou à ordre , & les Marchandi .
fes , nonobftant ce qui eft porté par la difpofition
de l'Arreft du 24. Septembre 1724. &C,
ARREST du même jour , concernant les dé
fenfes faites aux Particuliers d'envoyer des
Vailleaux , & faire Commerce dans les Pays
de la Conceffion de la Compagnie des Indes."
ARREST du 27. Fevrier , qui défend de
commercer les Lettres de change & autres
Papiers , autrement qu'en nouvelles Efpeces
fabriquées , en execution de l'Edit du mois
de Janvier dernier , &c...
5. 1902 ,
-ARREST du 2. Mars , qui ordonne qu'il
-ne pourra être tanfporté hors des Villes où il
ya Hôtel des Monnoyes , aucunes autres Ef
peces d'Or & d'Argent , que celles fabriquées
en confequence de l'Edit du mois de Janvier
-1726. &c.
T
ARREST du 16. Mars , pour l'impofition
he la depenfe.des Miliceś par lequel S.. M ,
618 MERCURE DE FRANCE.
ordonne que les fommes aufquelles montes
ront la folde & l'habillement defdites Milices
, enfemble les fix deniers pour livre d'i
celles , à raifon de deux deniers pour les taxations
du Tréforier General de l'Extraordinaire
des Guerres , & quatre deniers qui doivent
être retenus fur toutes les dépenfès de la
Guerre , feront impofez dans chaque Generalité
ou Département par les Srs Intendans
& Commiffaires départis , au marc la livre
de la Taille dans les Pays Taillables , & des
autres levées dans les Pays d'Etats & Pays
conquis , pour être les deniers provenans du
recouvrement deſdites impofitions , remis par
les Collecteurs aux Receveurs des Tailles
dans les Pays d'Elections , & aux Receveurs
ordinaires & particuliers dans les Pays conquis
& Pays d'Etats , & par eux aux Receveurs
Generaux des Finances , & Tréforiers
des Pays d'Etats , lefquels feront tenus de
faire porter lefdits deniers au Tréfor Royal ,
pour être diftribuez fuivant & conformément
aux Etats qui feront arrêtez au Confeil . Veut
Sa Majefté , qu'outre & par deffus lefdites
fommes , il foit impofé un fol pour livre pour
des frais ordinaires du recouvrement d'iceldes
, à raifon de quatre deniers pour livre pour
le Collecteur , quatre.deniers pour le Receveur
des Tailles , & quatre deniers pour le
Receveur general. Et attendu que la dépen- "
fe defdites Milices doit commencer du premier
Mai prochain , & qu'il ne feroit pas poffible
d'en faire l'impofition la prefente année,
fans déranger le recouvrement des deniers impofez
, dont les Rolles font vérifiez & émargez
des payemens faits fur iceux , Sa Majesté
Kordonne que les fommes neceffaires tant pour
la folde defdites Milices , pendant les huir der-
1
niers
MARS 1726. 619
iers mois de la prefente année , que pour
deur habillement , feront impofées avec la folde
de l'année entiere 1727. conjointement avec
ké montant des Fourrages de la même année
dans les Pays d'Elections , & conjointement
avec les autres levées dans les Pays d'Etats ;
& qu'en attendant , ce qui fe trouvera du
tant pour l'habillement defdites Milices , que
pour leurs foldes , pendant les huit derniers
mois de la prefente année , fera avancé par
la Caiffe commune des Recettes generales des
Finances pour les Pays d'Elections & Pays
conquis, & par les Tréforiers des Pays d'Etats
pour ce qui les concerne , & ce des Deniers
qui feront deftinez à cet effet , & conformément
aux ordres que Sa Majefté leur fera envoyer
, & c .
SENTENCE de Police du 29. Janvier , qui
condamne André Danet , Boucher , à 100. livres
d'amende , pour avoir vendu de la viande
à 8. fols la livre au lieu de 7. fols , ainfi qu'il
eft ordonné par l'Ordonnance de Police du 9.
Novembre dernier.
AUTRE SENTENCE de Police du 8.
Mars 1726. Concernant les Jeux de hazard ,
& qui condamne la Dame de Fontenay en
3000 livres d'amende , avec défenfe de recidiver
, pour avoir donné à jouer dans fa maifon
, au Pharaon & autres jeux défendus .
AUTRE SENTENCE de Police du même
jour , qui condamne le nommé François
Pirois , commis pour allumer les Chandelles ,
en quinze livres d'amende , pour les avoir allumées
à heure indue fur les fept heures &
I demie
620 MERCURE DE FRANCE.
demie du foir , & pour les avoir rognées d'un
quart par le bout d'en bas.
AUTRE SENTENCE de Police du 15 Mars
qui condamne le nommé Jean- Baptifte Herbillon
, Marchand de foin , demeurant à No
gent fur-Marne > en soo.. livres d'amende,
pour avoir vendu des voitures de foin , dont
les bottes étoient mêlées en dedans de fein
pourri & gâté.
- ARREST Notable du Parlement de
Normandie.
Larr20 Puence 47
E 20. Decembre 1725. il fut rendu un
Arrelt d'Audience en la Grand Chambre
du Parlement de Rouen , fingulier pour la
Province de Normandie , & celebre par les
circonstances de l'affaire qui y a donné lieu.
M. Haillet , Lieutenant General Criminel
au Bailliage & Siege Prefidial de Rouen , qui
avoit un fils naturel de la De Tirand , faun
Teftament Olographe en 1696. par lequel il
donna à la D Haillet fa foeur ious fes meubles
, de quelque nature , & à quelque valeur
qu'ils puffent fe monter , & en outre toutes
selles chofes que la Coutume lui permettoit de
donner , fans qu'on lui en put rien retenir ni
contefter ; ce font les propres termes dans
lefquels il s'expliqua. En 1709. il époufa la
Die Tirand , & legitima fon fils par fon ma
riage. Etant decedé au mois de Mai 1723 .
fans avoir laiffé d'autres enfans que ce fils
legitimé revêtu de fa Charge , ni revoqué
fon teftament , dont la De Haillet étoit demeurée
faifie , cette Legataire fe pourvut aux
Requêtes du Palais pour avoir la délivrance
•
MARS 1726 .
621
de fon legs , qui fe trouvoit reduit au tiers
par la legitimation du fieur de Couronne ,
fils du Teltateur ; & fur ce qu'elle obtint une
Commiffion à cet effet , qui lui permit d'appofer
le fcellé fur les effets de la fucceffion , le
fieur de Couronne s'en rendit appellant ,,
ayant , après l'inftruction faite fur fon appel
au Parlement , prefenté Requête pour demander
l'évocation du principal , laquelle fut confentie
par la Dlle Haillet.
M. le Chapelain , qui a exercé avec dif
tinction la fonction d'Avocat au Parlement
de Rouen pendant plufieurs années , & pre-,
fentement Procureur General au même Parlement
plaida pour le fieur deCouronne fon gendre,
avec toute l'éloquence qui lui eft naturelle,
& dit , que la revocation du teftament du
fieur Haillet s'étoit faite par fon mariage
contracté avec la Dlle Tirand, & par la legi
timation de leur enfant qui s'en étoit enfuivie,
qu'on pouvoit d'autant moins douter de
cetté maxime , que le Droit & la Coûtume
concouroient pour l'établir. Que par rapport
au Droit Romain , la difpofition de la Loi: si
unquam au Code , de revocandis donationibus , "
y étoit formelle . Que fi elle paroiffoit n'avoir
été faite que par les donations entre- vifs , les
Interpretes , la Jurifprudence de tous les Parlemens
du Royaume , & l'ufage univerſel obfervé
parmi toutes les Nations , l'avoient éten
due aux Donations teftamentaires ; en forte
que c'étoit un droit public generalement reçû
& approuvé , que la furvenance d'un enfant
, & fa legitimation qui avoit le même
effet , anéantiffoient de plein droit toutes do
nations , que les peres avoient faites auparavant
regle certaine , dit - il , qu'on trouve.
même avoir été gardée de tout temps chez les
I ij Ro622
MERCURE DE FRANCE
Romains , à examiner la Loi Si qui, au Digef
te , De Jure Codicillorum , dont l'efpece eft
d'un pere qui avoit fait un Codicile dans un
temps qu'il avoit un fils , qu'il chargea de
l'executer . mais qui étoit mort , ayant laiffe
La femme enceinte , raifon par laquelle le Pofthume
fut declaré exempt de payer la moitié
des legs, & fon frere né avant le Codicile
obligé feulement de fatisfaire à l'autre moitié
.
A l'égard de la Coûtume de la Province ,
M. le Chapelain reprefenta , que fur le fait des
Teftamens , elle n'avoit confideré l'homme
que dans deux états differens , l'un dans le cas
de l'Article 414. comme non marié, ou n'ayant
enfans ; & l'autre dans le cas de l'Article 418 .
quand il a des enfans vivans ou deſcendans
d'eux , habiles à lui fucceder au moment de
fon décès , l'un & l'autre Article ne parlantque
des meubles , à quoi il faut ajoûter le
422. au fujet des acquets & conqueſts immeubles.
Que dans le premier état l'homme
non marié , & n'ayant point d'enfans , pouvoit
donner tous fes meubles & le tiers de fes
acquets & conquefts , lorfque dans le fecond
état il n'avoit la liberté que de difpofer d'un
tiers de fes meubles : ces deux états ne pouvoient
point être confondus ; de forte que la
Loi municipale avoit rejetté le troifiéme que
l'on vouloit introduire mal - à-propos , qui étoit
le cas d'un homme non marié quand il a
fait fon teftament , & qui à fa mort a des
enfans legitimes habiles à lui fucceder ; deux
fituations , dit il , bien differentes , dont la
réunion n'eft pas poffible , pour être directement
oppofées. Qu'il eft bien vrai qu'un tef
tament n'a fon execution qu'après le décès da
Teltateur , parce qu'il eft reputé être le dernier
MARS 1726.
323
hier Acte de fa volonté ; mais qu'ici il n'y a
pas lieu de pouvoir feindre que le Teftateur
ait perfevere dans fa volonté , après avoir
changé d'état , pareil à celui d'un mariage
fubfequent , fuivi de la naiffance d'un enfant,
ou accompagné de la legitimation de celui
qui eft né auparavant ; n'y ayant pas à douter
que le changement d'état n'ait revoqué &
abforbé toutes les difpofitions , de quelque
nature qu'elles foient faites en faveur d'autres
perfonnes qu'à des enfans legitimes , à
moins que le Teftateur , devenu pere , n'ait
declaré le contraire par un Acte , qui porte
que fa volonté eft que fon ancien teftament
ait lieu , fuivant & aux termes de la Coûtume
, ou par un nouveau teftament fait dans
les formes requifes. Il conclut par toutes ces
raifons à ce que le teftament en queſtion fut
déclaré nul .
M. Perchel , Avocat de reputation , pour
la De Haillet , répondit qu'il y avoit une
grande difference entre les donations entre- vifs
& les donations teftamentaires . Qu'il falloit
une Loi pour refoudre le contrat de donation
entre vifs , qui transfere au Donataire la proprieté
de la chofe donnée au moment que
Acte en eft paffé ; au lieu que le Teftament,
qui n'avoit d'effet que par le decès du Teftateur
, peut être par lui révoqué toutes fois &
quantes qu'il le veut ; que de quelque temps
qu'un Teltament foit datté , même avant le
mariage du Teftateur , & la naiffance & la
legitimation de fon enfant , il n'eft censé avoir
été fait qu'à l'article de la mort Suprema
defuncti voluntas ea eft , poftquam nulla alia.
declarata eft , dit la Loi 1. au Digefte , de
bon . poff. fec. tabul. & la même Loi ajoute,
fuprema tabula ha funt non qua ſub ipfo mor
I iij tis
624 MERCURE DE FRAN CE
tis tempore facta funt , fed poft quas nulla
facta funt , licet ha veteres fint. De forte que
la furvenance d'un enfant ne peut pas revoquer
une donation teftamentaire , lorfque le
pere a laiffé fubfilter fon Teftament après fa
naillance , ou fa legitimation ; puifqu'on ne
doit regarder un pareil Acte que pour avoir
été fait au moment de la mort du Teftateur ;
que la Loi fi unquam a d'autant moins d'ap
plication au fait dont il s'agit , qu'elle n'a
été faite que pour anneantir les Donations
entre- vifs , & que s'il y a des Docteurs qui
ont foutenu qu'elle devoit auffi avoir lieu
pour les Donations Teftamentaires , il s'en
trouve d'autres qui font d'un fentiment oppofé
; que dans le cas de la Loi fi qui , le
pere , qui avoit fait un codicile , n'avoit
pas fçû que fa femme fut enceinte quand il
mourut , & que s'il l'avoit fçû , fa difpofition
auroit eu fon execution en entier , fuivant
la Loi 16. au même titre de Jure Codicil.
ab intefto , dit-elle , factis Codicillis relicta ,
etiam poftea natus inteftati fucceffor debebit,
qui eft le cas d'un pere , lequel après avoir
eu un enfant , a laiffé fon Teſtament fubfifter
fans le révoquer.
Il ajoute qu'à examiner la Coutume de la
Province , qui feule devoit faire la loi entre
les Parties , ces difpofitions étoient également
contraires à la prétention du fieur de Couronne.
Que fa diftinction de deux Etats de per
fonnes , auxquelles il eft permis de tefter ,
n'excluoit pas le troifiéme qu'il cherchoit à
rejetter ; que jamais on n'auroit penfe que le
Teftament d'un homme non marié , & qui
qui
dans la fuite avoit des enfans legitimes , devint
nul par fon changement de condition,
que le Teftateur étoit toujours cenfé perfifter
MARS 1726. 625
ter dans fa volonté , tant qu'il ne la révoquoit
pas , foit en fupprimant fon premier Teltament
, foit en faifant un nouveau. Que quand
un Teftament fe trouvoit exceder les bornes
limitées par la Coutume , on le réduiſoit à
ce que celui qui l'avoit fait en quelque temps
que ce pût être , pourroit leguer à fa mort ,
fans que fans aucun prétexte on pût alleguer
qu'il fut nul. Que ce n'étoit pas aux articles
citez en faveur du fieur de Couronne
qu'il falloit s'attacher , que c'étoit à l'article
449. qu'on devoit s'en tenir , lequel malgré
tous les efforts qu'on a fait pour donner un
fens contraire aux termes clairs & précis ,
dans lefquels il eft conçu faisoit connoître
que la loi fi unquam , n'a été adoptée en Nor
mandie , uniquement que pour la donation
entre-vifs d'heritages , encore avec cette cir
conftance que la furvenance d'un enfant , ne
la revoque point de plein droit , & que le
Donateur doit déclarer par quelque Acte qu'il
- n'entend point qu'elle fubfifte , fur quoi tous
les fentimens des Commentateurs de la même
Coutume fe trouvent conformes. Ainfi il conclud
au principal à ce que le Teftament du
fieur Haillet fut executé pour le tiers de fes
meubles , aux termes de l'article 418. de la
Coutume , & que les Parties feroient renvoyées
aux Requêtes du Palais pour en faire
Ja Liquidation .
Il y eut quelques queftions de fait agitées
par M. le Chapelain pour le fieur de Couron
he , prétendant 1 ° . que le Teftament étoit un
Fidei- commis , qui devoit lui revenir en cas
que le mariage ne fe fit pas , 2. qu'il y avoit
de l'indignité dans le procedé de la Dule Hailfet
qui avoit excité le fils d'un autre frere &
conteſter ſon état ; 3 ° . que le fieur Haillet
I iiij fon
626 MERCURE DE FRANCE.
fon pere avoit revoqué de fait fon Teftaments
mais il n'en pût rapporter aucunes preuves.
,
A la derniere Audiance M. le Baillif , fe
cond Avocat General parla & conclut en
fayeur du fieur Haillet de Couronne , à ce
que le Teftament fut déclaré nul fur tous les
moyens par lui propofez.
M's les Juges à caufe de la grande affluence
d'Auditeurs , que de long- temps on n'avoit
vû fi grande pendant huit Audiences que les
Plaidoiries ont duré, fe retirerent dans la Chambre
du Confeil , pour déliberer en particulier
avec plus de tranquillité ; & après avoir formé
leur Arreft , ils vinrent réprendre leurs
féances en la Grand Chambre , où M. de
Pontcarré , Premier Préfident le prononça en
ces termes. LA COUR ordonne que le Teftament
fera executé pour le tiers des meubles .
conformément à ce dont il eft permis de difpofer
par la Coutume , en affirmant neanmoins
par la De Haillet prefente à l'Audience
qu'elle n'a aucune connoiffance que directement
ni indirectement , en telle forte & maniere
que ce foit , les avantages à elle faits par
le Teftament en question , ayent été faits
en tout ou en partie pour autre perfonne que
pour elle, & qu'elle n'y a prêté fon nom à
perfonne ; & par la Liquidation dudit tiers
des meubles leguez , les Parties renvoyées aux
Requêtes du Palais . Après la prononciation
de l'Arreft , fe prefenta la Dlle Haillet , qui
prêta le ferment , & fit l'affirmation ordonnée
par cet Arreft , enfuite de quoi M. le Premier
Prefident lui en donna Acte , & en conſequence
, dit que l'Arreft feroit executé.
Quoique cette Affaire ait été Jugée en grande
connoiffance de Caufe & par des Juges
également integres & éclairez , M. de Couronne
MARS 1726.
627
ronne s'eft pourvû au Confeil contre cet Arreft
, & par Arreft du Confeil d'Etat Privé
du 4. Fevrier 1726. LE ROY , au raport de
M. Maboul , Maître des Requêtes , après en
avoir communiqué au Bureau de Caffation ,
lordonné qu'il feroit mit neant fur ladite
Requête.
L
SUPPLEMENT.
E Roi a donné l'Evêché de Graffe ,
vacant par la decès de M. de Megri,
gni , à l'Abbé d'Anthelmi.
Le 26. de ce mois , l'Abbé de Beringhen
, Evêque du Puy , fut facré à Paris
dans l'Eglife des Théatins , par l'Archevêque
de Sens , affifté de l'Evêque de
Mende & de l'Evêque Comte de Châ
lons.
Le S Oudri , Peintre de l'Académie,
eut ordre au commencement de ce mois
de faire porter au Roi , un Tableau qu'il
a peint devant S. M. reprefentant Turlu
& Miffe , deux levriers Anglois , dans
un fond d'Architecture & de paylage .
11 lui fut ordonné en même temps de
faire porter tous les Tableaux de fon Attelier
qui font en grand nombre , & dont
la plupart ont déja été expofez aux yeux
du Public.
I v Le
628 MERCURE DE FRANCE.
fit
Le Dimanche 10. Mars , le St Oudri
porter
à Verfailles 26. Tableaux de
La compofition , parmi lefquels il y en
avoit un de 15. pieds de long , deux de
11. de 8. de 6. de 5. & c. qu'il plaça le
matin dans trois pieces du grand Appar
tement du Château . Le Roi & la Reine
virent ces peintures avec beaucoup de fatisfaction
& s'y amuferent long- temps ;
le Roi voulut même les revoir l'après
midi. Avec l'applaudiffement de L. M.
le fieur Oudri eut encore la fatisfaction
de recevoir ceux de toute la Cour , qui
étoit extrêmement nombreuſe ce jour- là.
On lui a ordonné cinq Tableaux pour
le Cabinet de la Reine..
*
Le fieur Jean - Baptifte Oudri s'eſt déja
acquis beaucoup de reputation , quoi
qu'il n'ait pas quarante ans. Il fut éle
vé chez fon pere , Maître Peintre &
habile homme , jufqu'à l'âge de 18. ans .
Il apprit de lui les principes de fon art
avec beaucoup de facilité , & dès fa plus
tendre jeunelle il gagna des prix à l'Académie
Royale & à l'Académie de faint
Luc. Il fortit de chez fon pere pour travailler
chez M. Serre , premier Peintre
des Galeres du Roi à Marseille , très
diftingué dans fa profeffion : il y demeura
près d'un an, après quoi il entra chez M.
de Largilliere , l'un des principaux Membre
MARS 1726
629
bré de l'Académie Royale de Peinture ";
il profita beaucoup fous cet habile Maître
pendant 5. années. Il travailla enfuite
très- long-temps & avec un application
extraordinaire d'après les Tableaux de
Rubens , de la fameufe Galerie du Luxem
bourg.
Après de très grandes & penibles étu →
des , il prefenta à l'Académie un grand
Tableau de l'Adoration des Rois , qu'on
voit aujourd'hui à S. Martin des Champs
Il enrichit cet Ouvrage de divers animaux
, de fleurs & de fruits . On lui ordonna
pour fon chef-d'oeuvre de traiter
Abondance , ce qui lui donna lieu de
faire paroître tous fes talens , & il fut
receu à l'Académie comme Peintre d'Hiftoire
au mois de Fevrier 1719. Il s'eft
beaucoup attaché à peindre les animaux de
toute efpece, les chaffes , les pêches , &c.
Il a fait divers voyages fur les côtes de
la mer , pour pouvoir peindre d'après
nature les beaux poiffons & les oifeaux
maritimes. Il fut gratifié il y a trois ans
d'un Attelier au Château des Thuilleries
, & au mois de Decembre dernier
on lui a donné un Logement dans le même
Château,
Le 2. des Comediens Italiens jouerent
à la Cour , Arlequin Sauvage , Pie
I vj ce
630 MERCURE DE FRANCE:
ce Françoiſe & Arlequin Voleur , petite
piece Italienne : Elles firent beaucoup de
plaifir.
Le 23. les François y jouerent le Tarè
tuffe & le Florentin.
Le 26. de ce mois la nouvelle Tragedie
d'Edipe fut reprefentée à la Cour avec
fuccez , & le 27. la petite Comedie du
Talisman ,auffi de M. de la Motte ,fut reprefentée
à Paris & applaudie.
Le 28. les Italiens jouerent à la Cour
la double Inconftance & l'Ifle des Efclaves,
& les Comediens François y reprefenterent
le 30.le Bourgeois Gentilhomme.
La premiere reprefentation de l'Ope
ra , intitulé les Stratagêmes de l'Amour,
fut donnée le 28. Nous en donnerons un
Extrait le mois prochain .
t
Le 25. jour de la Fête de l'Annonciation
de la Vierge , le St Philidor fit chanter
le Concert de Mufique fpirituelle au
Château des Thuilleries , on y executa
deux Motets , Dixit Dominus & Lauda
Jerufalem Dominum , mis en Mufique
par M. de la Lande , qui firent beaucoup
de plaifir , de même que quelques
Pieces de Simphonies ou concerto , avec
Tim
MARIS 1728.
631
Timballes & Trompettes , qui furent
parfaitement bien executées & très -applaudies.
Le même Concert recommencera
le Dimanche de la Paffion , pour continuer
pendant les trois femaines jufques
& compris le Dimanche de Quafimodo.
COUPLETS envoyez pour étrennes à
M. & à Madame D. H. par M. Joffe ,
fur l'air : amis ,prenons le verre en main.
buvons à nos Bergeres .
Ur ma foi c'eft de tout mon coeur
Sur
Que je vous la fouhaite ,
Plaine de plaifir , de bonheur
Et de fanté parfaite.
Non , je ne m'imagine rien ,
Qui pour moi foit un plus grand bien ..
Parque , juſqu'à cent ans paffez
Conduis leur destinée :
Si tu n'as pas de fil affez ,
Prens- en fur ma fufée.
Ah ! j'ai trop vécu , fi ta main
Peut executer ce deffein.
Ache
832 MERCURE DE FRANCE.
灌
Acheve de remplir mes voeuxi
Fixe ton inconftance ,
Fortune , enfin ouvre les yeux ,
Et verfe en abondance
Tes biens fur ces charmants époux ,
Tu ne feras point de jaloux.
Addition aux nouvelles Etrangeres.
ON
'N mande de Petersbourg de la fin du mois
dernier , que le Traité d'Alliance qui fe
négocie depuis quelques mois , entre la Cour
deRuffie & celle de Vienne , à été communiqué
au Senat , qui ne paroît pas l'approuver ; on
affure même que quelques Senateurs ont reprefenté
que l'acceffion au Traité d'Hannover
leur paroiffoit beaucoup plus convenable aux
interêts de Sa M. Cz. & de fes Sujets : Ces
Lettres ajoutent qu'on formera au commencement
du mois de Mai , fix nouveaux Regimens
d'Infanterie , & douze de Cavalerie ,
des nouvelles levées qu'on continue de faire
dans les Provinces avec beaucoup de fuccès.
Les Lettres de Coppenhague portent que
les Commandans des 8. Bataillons & des trois
Regimens de Cavalerie , qui avoient eu ordre
de fe préparer à marcher au premier commandement
, ont été avertis de fe munir de
tout ce qui eft neceffaire pour une Campagne,
ce qui fait croire que ces troupes feront enp'oyées
MARS. 1726. 633
ployées au fervice d'une Puiffance Etrangere
Le -3. de ce mois , on publia dans toutes
les Eglifes de Vienne la Bulle du Jubilé Univerfel
de l'année Ste. qui doit durer fept fe
maines confecutives .
On afficha à Rome au commencement de
ce mois , une Conftitution du Pape , par laquelle
ileft deffendu à tous Religieux de l'Or
dre , dont la Cloture fait une partie de la
Regle , de paffer , fous quelque prétexte que
ce foit , dans un autre Ordre où la Cloture
n'eft pas obfervée , quoique ce fut un Ordre
Hofpitalier ou Militaire , fans en avoir ob
tenu la permiffion de Sa S.
Les Chevaliers de l'Ordre de S. Etienne
ont obtenu à la recommandation du Grand
Duc de Toscane , d'être admis à l'Audiance
du Pape , avec les mêmes honneurs qu'on accorde
aux Chevaliers de Malthe.
On chanta le 1. de ce mois au Seminaire
Romain , une Cantate à deux voix , intitulée
le Sacrifice de Jephté , en prefence de plufieurs
Cardinaux & de la principale Nobleffe.
On écrit de Florence , que le Grand Duc
a nommé l'Evêque de Piftoye , pour aller au
Monaftere de la reforme de la Trappe , établie
depuis quelques années dans fes Etats , s'informer
des raifons qui obligent les Moines à
fe plaindre fi fouvent du P. Molinès , leur Superieur.
On apprend de Turin, que la Princeffe Loui
fe Philiberte de Savoye , fille du feu Comte
de Soiffons , mort le 7. Juin 1673. & foeur du
Prince Eugene , étoit morte le 22. du mois
dernier , dans la 59º. année de fon âge.
On
634 MERCURE DE FRANCE
On mande de Londres qu'on a tué à l'Of
fice des vivres près de la Tour , 204. boeufs
& 3000. porcs , pour l'avitaillement de la
Flote qu'on continuë d'équiper avec toute la
diligence poffible.
Les 6. Vaiffeaux de guerre de l'Efcadre , qui
doit aller en Amerique , fous le Commandement
du Vice-Amiral d'Hofier , ont été pourvus
de toutes fortes de provifions ; leurs
équipages font complets , & ils attendent
leurs derniers ordres pour mettre à la voile.
Quelques Seigneurs de la Chambre des
Pairs , firent inferer le 5. de ce mois fur les
Regiftres , une proteftation contre le refus qui
fut fait le 28. du mois dernier , d'ajouter à
l'Adreffe prefentée au Roi , une clauſe qui rappellat
la ftipulation particuliere , portée par
un Acte paffé la 13e. année du Regne du feu
Roi Guillaume III . par laquelle il eft expreffement
ftatué , qu'en cas que la Couronne d'An.
gleterre foit deferée à un Prince né hors du
Royaume, la Nation ne fera pas obligée d'entrer
dans aucune guerre pour la deffenſe des
Etats ou Domaines qui n'appartiendroient pas
à la Couronne d'Angleterre , fans le confentement
du Parlement. Cette Proteſtation a été
fignée par les Lords , Strafford , Compton ,
Craven , Scarsdale , Aberdeen , Lechmere ,
Bristol & Litchfield.
On apprend de Bruxelles , que les Directeurs
de la Compagnie des Pays - Bas font
conftruire à Hambourg trois nouveaux Vailfeaux
, qu'on croit deſtinez pour les Indes
Occidentales .
GraMARS
1726. 639
Gravures & Medailles au fujet du
Mariage du Roi.
Ma
R Simonneau , habile Graveur
dont nous avons annoncé un Ous
vrage de même goût , eft l'Auteur de
celui- ci . Son merite l'a fait choisir pour
un deffein , où l'on ne vouloit rien épar
gner. La multitude , la varieté , la fineffe
des nouvelles Gravures & Me
dailles lui font honneur , & doivent pi
quer la curiofité du Public . Elles enrichiffent
un Recueil de Poëfies , dont le
P. Porée , Jefuite , Regent de Rhetori
que au College de Louis le Grand , avoit
fourni la matiere à fes Eleves , & qui
furent travaillées avec foin , & recitées
avec grace il y a trois mois par des Ecoliers
choifis. Le fuccès qu'eut cet exercice
en fit defirer l'impreffion : le zele
& la reconnoiffance de celui qui s'en eſt
chargé , lui ont fait imaginer tout ce qui
pouvoit embellir cet Ouvrage ; il efpere
dédommager par là du retardement de
l'édition. Nous avons donné l'idée &
l'extrait de chacune de ces pieces dans le
Mercure de Janvier.
Au premier feuillet , & au- deffous du
titre , on a mis les Armes du Roi & de
la Reine , adoffées & entourées d'ornemens
836 MERCURE DE FRANCE.
mens gracieux à la tête de la premiere
invitation de l'Hymenée , on a place
les Portraits du Roi & de la Reine ; ils
ont pour Supports les divers Symboles
de l'Hymenée. La gravure des fix Devifes
qui fuivent eft auffi délicate que
l'invention en est heureufe , & la Poëfie
naturelle. La feconde invitation de
l'Hymenée , qui engage la Mufique à ſe
joindre à la Poëfie , pour celebrer l'augufte
Alliance , eft précedée d'une belle
Vignette , où l'on voit toutes fortes d'Inf
trumens de Mufique arrangez avec goût.
Une Idylle ingenieufe & mife en Mufique
par M. Campra , termine le Recueil.
La Vignette qui eft à la tête , reprefente
l'execution même d'un Concerts
à la fin des Pieces , pour remplir les pages
, on a gravé le Chiffre du Roi & de
la Reine , & les Symboles de l'Amour
& de l'Hymenée , réunis & enlacez avec
art. Letout forme un petit in 4 en beau
papier , de 40. pages d'impreffion , ornées
de 14. gravures on Medailles. 11 fe
vend chez M. Thibouft , Place de Cambrai
: le prix n'eft que de zo . fols. L'Auteur
de l'Edition n'a eu d'autre vûë, que
de faire à l'Ouvrage l'honneur qu'il me
rite , ni d'autre intereft que de le répandre
dans le Public.
L'E
MARS 1726. 637
L'Evêché de Couferans , vacant par
le décès de M. de Verthamont , a été
donné à l'Abbé de Macheco de Premeaux
.
L'Abbaye Commandataire de Notre-
Dame de la Vieuville , Ordre de Cîteaux
, Dioceſe de Dol , vacante par le
décès de M. Fagon , a été donné à M.
Achiles Louis Gouyon du Vaurouault ,
Prêtre du Diocéfe de S. Brieuc.
La Brochure in 4. de 48. pages avec
3. Planches pour l'intelligence du fujet ,
que nous avons annoncée dans le 2. Volume
du Mercure de Decembre dernier ,
paroît fous ce titre : Defcription abregie
d'une Horloge d'une nouvelle invention,
pour la jufte mesure du temps fur mer;
avec le jugement de l'Académie Royale
des Sciences fur cette invention , & une
Dißertationfur la nature des tentatives ,
pour la découverte des Longitudes dans
la Navigation , & fur l'ufage des Horloges
, par la mesure du temps fur mer:
Par Henri Sully , Horlogeur de S. A. R.
Monſeigneur le Duc d'Orleans. A Paris
, rue S. Jacques , chez Briaffon , &
chez l'Auteur , rue de la Comedie Frangoife
. On donnera un Extrait circonf
tancié de cet Ouvrage.
HIS
638 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE des Juifs , & des Peuples
voifins , depuis la décadence des
Royaumes d'Ifraël & de Juda , jufqu'à
la mort de Jefus Chrift. Par M. Prideaux
, Doyen de Norvvich. Traduite
de l'Anglois , Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée , & augmentée avec des Cartes ,
des Figures en taille- douce , à Paris ,
chez G. Cavelier , au Lys d'or , 1726.
7. volumes in 12. de près de 400. pages
chacun.
De tous les Ouvrages écrits en An
glois , & que l'on traduit en notre Langue
, iill nn''yy en a gueres qui le meritent
davantage que celui - ci . C'eſt auffi ce qui
a déterminé un de nos principaux Librai
ces à la réimprimer à Paris , & à ne rien
negliger de ce qui étoit de fa profeffion .
Les Figures qu'on y a jointes ont étégravées
avec foin & avec goût. Les Cartes
font de M. Delifle , ou ont été revûës pag
cet illuftre Geographe.
Ce qui releve encore cette Edition audeffus
des autres qui ont été faites , tant
en Angleterre qu'en Hollande , ice ſont
les notes que l'Editeur a mifes au bas des
pages , & M. le Garde des Sceaux , toujours
attentif aux interefts de la Religion ,
a engagé le R. P. Tournemine , Jefuite
, à mettre à la tête de çet Ouvrage ,
une Differtation fous le titre d'Eclairciffement,
MARS. 1726. 639
ciffement, fur les Livres de l'Ancien Teftament
, que les Proteftans rejettent malà-
propos. Le Libraire y en a ajoûté un
autre du même Pere fur un point important
de Chronologie . Cet Eclairciffement
fervira de préfervatif , & l'on ne
doit pas craindre , que ce que dit M. Prideaux
fur ces points conteftez , puiffe induire
perfonne en erreur. Les interefts
de la Religion ne pouvoient être mis en
de meilleures mains .
Il y a encore un Extrait de la Chronologie
de M. Newton , & la refutationde
cette Chronologie qui merite une at
tention particuliere.
On donnera le mois prochain un Article
fur les Modes , qui fera accompagné d'une
Estampe.
P
AP
640
APPROBATION.
'Ay lú par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Mars , & j'ay crû qu'on pouvoit enpermettre
l'impreffion. A Paris , le 30 Mars
1726 .
HARDION.
D
TABLE
Ifferend de l'Amour & de l'Hymen , 429
Difcours pour perfectionner les Langues
Le Cheval & le Cocq , Fable ,
435
453
Difficultez fur le Clavecin oculaire, avec leurs
Réponſes ,
Ode ,
455
463
Lettre fur les Ouvrages & la mort de M. Delifle
,
468
Vers de M. de la Vifclede à M. l'Abbé de Vaugenci
, 492
Lettre de M. de Barras à l'occafion du Phenomene
de Marfeille , & c. 495
Ode qui a remporté le prix du Palinode à
Caen , & c.
520
Le progrès de l'Aftronomie fous Louis le G.
Poëme, 529
Reflexions de M. Maillard , fur lfis & fur
Cybele ,
535
EnigEnigmes
,
641
538
Nouvelles Litteraires des beaux Arts , &c. 540
Manuel des Ecuyers , & c .
Nouvelles Oeuvres de l'Abbé de Maucrois ,
ibid.
543.
Societé de Gens de Lettres établie à Venife , 553
Nouvelles Machines de
Mathematiques de
l'Abbé du Val ,
La guerifon des Hernies , & c.
Medaille du Pape fur le Jubilé
Chanfon notée & Vaudeville ,
Spectacles ,
554
556
557
558
560
Le Naufrage , Comedie , Extrait ,
567
Le Tour de Carnaval , autre Extrait ,
567
Nouvelle Tragedie d'Edipe & Sonnet ,
576
.Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie, & c.
579
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
595
597
J Lifte pour les Logemens à Marly ,
598
Danfe des Suiffes , & c. 601
Incendies ,
603
Benefices ,
Morts , Naiffances & Mariages ,
Edits , Arrefts , Sentences , & c.
607
Mandement du Cardinal de Noailles ,
608
609
614
Arreft notable du Parlement de Rouen.
620
Supplément ,
627
Tableaux du fieur Oudri ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
Gravures & Devifes , & c.
ibid,
632
635.
Fautes
642
Fautes à corriger dans le Merc. de Fev
PA
Age 218. ligne 18. étrenne , lifez étrennes.
Page 219.1.2 . & autres , lifez & les autres.
Page 223.115. en forme de Conference , lifez
en forme d'Examen de conſcience.
Ibid. 1. 17. veftbus , lifez veftibus .
Page 225. 1. 24. inordantibus lifez inordinatio
nibus .
Page 226.112 . quelque ce foit , lifez quel
quefoit.
Page 231. 1. 26. l'entendra , lifez l'entend ici ,
Page 245. 1. 9. fic, lifez fia.
Page 246. 1. 18. & 19. de ceriftides , lifex
de Cariatides .
Ibid. 1. 10. rinteanx , lifez rainceaux .
Ibid. 1. 14. pecules , lifez peintes.
Ibid. 1. 19. adoffées , lifez adoffez .
Page 249. 1. 3. du b. Luc , lifez de S. Luc.
Page 251. 1. 3. peu à peu , lifez peu.
Page 254 au 7. vers, fa partie, lifez la parties
Page 259. 1. 2, Differtation , lifez diffection.
Page 282.1 . 5. bien , lifez Gien.
Page 307 1. 16. la Sage , lifez la Fage.
Page 337. 1. 9. ce fait , lifez ce qui fait.
Page 340. 1. 20. de faire , lifez d'en faire,
Page 383. 1. 2. du bas , paffé , lifez batffé.
Page 423. 1. 5. du bas , perte , lifez peſte.
Fautes à corriger dans ce Livre .
Page 521.1 . 10. D'ingrate , lifez L'ingrate,
L'Air noté , page
La Medaille , page
556
557
Qualité de la reconnaissance optique de caractères