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1725, 12, vol. 1-2
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358
John Bigelow
to the
Century
Association




Decor なら
7
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
DECEMBRE 1725
1. VOLUME.
MR
QUA COLLIGIT SPARGIT
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEVYCH
PUBLIC LIBRAR
335 46
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
1905
Lo
A VIS.
ครั้ง
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à - vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , nonnon
- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 3o. fels .
2761
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU Ror
DECEMBRE 1725 .
1. VOLUME.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
Mat
LES CHARMES DU SOHEIL.
CANTATE.
Ous an ombrage frais près d'un
Seruiffeau tranquille ,
Dont les eaux par mille détours
Sembloient chercher à retarder leur cours ;
Pourjoüir plus long- tems de ce charmantazile, "
Licas imploroit par ces mots ,
Ι . νοί .
Le A ij
1762 MERCURE DE FRANCE.
Le fecours du Dieu des pavots .
Sommeil, toi qui fufpend les plus cruelles
peines ,
Sois touché des maux que je fens !
Pour éteindre l'ardeur qui coule dans mes
veines ,
Sommeil,fur mes yeux languiffans ,
Viens verfer tes pavots les plus affoupiffans....
Délivre-moi des fers d'une beauté cruelle ,
Bannis pour jamais de mon coeur ,
Les defirs qu'il forma pour elle ;
Délivre- moi des fers d'une beauté cruelle ;
Où peins la moi du moins fenfible à mon ar¬
deur.
D'une tranquillité profonde ,
Déja Licas fent les douceurs , ..
Morphée approche , & fes douces vapeurs,
Lui préparent un fort le plus heureux du
monde .
Le tendre murmure de l'onde ,
S'unit au fouffle des Zephires ;
Tout l'invite au repos au gré de ſes defirs.
Le fommeil eft favorable ,
Plus qu'on ne croit aux amans,
Il donne d'heureux momens
Pour
DECEMBRE 1725. 2763
Pour joüir d'un objet aimable :
Si trop de rigueur les accable',
Il fçait charmer leurs tourmens ,
Le fommeil eft favorable ,
Plus qu'on ne croit aux amans.
J'apperçois Licas qui repoſe
Dans les bras du fommeil , un fonge gracieux
Change les maux qu'amour lui cauſe ,
En des plaifirs dignes des Dieux .
Il croit voir la beauté qui captive fon ame ,
Senfible à fes tendres foupirs ,
Elle fuit , il la prefe , à fes ardens defirs.-
Elle fuccombe enfin , & couronne ſa flâme.
Jeunes Courtisans de Cythere ,
Qui comptez qu'un objet fevere
Vous doit ceder avec facilité ;
Heureux, fi pour vous fatisfaire ,
D'un doux femmel la flateufe chimere ,
Vous tient lieu de la verité....... fin.
Par un audacieux menſonge ,
Tel nous vient vanter fes faveurs ,
Qui fans l'heureux fecours d'un fonge ,
N'éprouveroit que des rigueurs.
Jeunes , & c.
1. νοί . A iij. NO J.
2764 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE PROMULGATION
faite la premiere année du regne de
l'Empereur Yon Tchin , par laquelle
Sa Majefté a la bonté d'ordonner , entre
autres chofes , qu'on pardonne aux
criminels.
J'ai reçû du Ciel ma deftinée à l'Empire.
L'EMPEREUR YON TCHIN MANDE ,
M
ET DIT.
A famille Imperiale a été affiftée
du Ciel , à commencer depuis mes
faints & divins ancêtres jufqu'à preſent.
L'Empereur mon ayeul , furnominé l'Illuftre
, par fa force a fondé nôtre Mo.
narchie en la Chine .
Le feu Empereur mon pere a gouverné
cet Empire 61 , ans. Sa vertu a fleuri ,
fon merite a été éminent , il a été admirable
dans la fcience de la Robe & de
l'Epée ; il a tenu la terre & la mer en
paix fon regne a été de longue durée .
Lorfque nous y penfions le moins il à
quitté les Mandarins & le peuple , il eft
monté au Ciel porté fur un Char traîné
par le Dragon , après m'avoir lui- même
I. vol.
remis
DECEMBRE 1725. 2765
remis fon divin pouvoir pour gouverner
l'Empire.
Je fuis le fils de la Dame TE , Reine
du feu Empereur mon pere. Le fecond fils
de l'Empereur étant encore tout jeune, fut
établi fucceffeur de l'Empire ; l'Empereur
l'aimoit extrêmement , il ne pouvoit
fe feparer de lui. Après avoir eu la
bonté de le declarer fon fuccefleur , il l'aima
encore plus qu'auparavant , mais cela
n'a pas eu une bonne iffuë ; car à l'âge
de virilité l'efprit lui tourna malheureufement.
L'Empereur mon pere penfant
qu'il feroit difficile que ce fecond fis
Fû fupporter l'importante charge de facrifier
au Ciel , à la terre , & aux ancêtres
, il n'a pû s'empêcher de le desheriter
une feconde fois , après avoir attendu
environ dix années . Ses grandes infimitez
continuerent comme auparavant , &
il n'a jamais pû fe rétablir ; c'eft pcur
cela que l'Empereur mon pere au jour
de fa mort m'ordonna de continuer de
gouverner la Monarchie de nos ancêtres ,
me chargeant de l'Empire. Mes freres
aînez , cadets & neveux font en trèsgrand
nombre ; mais mon deffein eft que
nous ne foyons qu'un , que nous foyons
très-amis , & qu'il n'y ait rien de défectueux
dans nôtre union , que le bonheur
de la paix nous foit commun , & que
1. val. A nôtre
2766 MERCURE DE FRANCE.
nôtre gouvernement foit toûjours fondé
fur la pierre ferme.
CONFUCIUS dit , pendant trois ans il ne
faut rien changer à la maniere de gouverner
de fon pere.L'Empereur mon pere
depuis le commencement de fon regne
jufques à prefent peut fervir de modele
à tous les fiecles à venir par les beaux
Reglemens , & par fes admirables actions.
Je fuis obligé de me conformer toûjours
à fa maniere de gouverner. Je n'oferois
pas y faire le moindre changement. Pourquoi
fe contenter de ne rien changer à la
methode de fon pere feulement pendant
trois ans ? Ce grand Empereur connoiffoit
veritablement les gens , & fçavoit
dequoi chacun étoit capable , il étoit trèsclair-
voyant , & d'une grande fermeté.
Pour moi je fouhaite ardemment que
vous tous grands Mandarins de la Cour
tant ceux du dedans du Palais , que ceux
du dehors , m'affiftiez,afin que nous nous
éclairions mutuellement ; vous devez
travailler pour moi de tout vôtre coeur ,
de toutes vos forces , & en toute verité ;
vous m'honorerez par vos vertus , &
par là j'augmenterai mes bienfaits envers
vous anciens Officiers de la Couronne
& je remplirai mes devoirs envers mon
pere : fi au contraire vous ne gardez pas
les obligations des Mandarins , vous vio-
I. vol.
lerez
DECEMBRE 1725. 2767
lerez vous mêmes les loix de l'Empire
vous mépriferez les bienfaits de l'Empereur
mon pere , qui vous avoit choifi &
élevé chacun de vous dans fa Charge ,
vous mépriferez auffi le jufte amour que
j'ai pour vous mes grands Miniftres.
Les Officiers des Tribunaux des Pɛ
KING & NAN KING , & ceux de chaque
Province doivent auffi marcher dans la
verité , être purs & équitables , ne pas
renvoyer les affaires aux Mandarins fuperieurs
, en negligeant eux- mêmes leur
devoir. O ! vous , peuples de l'Empire ,
vous avez reçû pendant long- temps les
bienfaits de mon pere. Quand vous n'avez
pas eu dequoi payer le tribut , il
vous l'a remis. Dans les temps de famine
il vous a nourris , & cela pendant longtemps
; il vous a exhorté à la vertu , &
yous a détourné du vice , en récompenfant
le bien , & en puniflant le mal ..
Lorfque quelqu'un avoit violé les loix ,
on lui faifoit fon procès , qui étoit rapporté
à l'Empereur mon pere . Il l'examinoit
avec foin , & quand il y avoit le
moindre jour à fauver la vie au criminel,
il lui faifoit mifericorde.
Quiconque eft de mon peuple , doit
Loorer fes parens , porter refpect à fes
Superieurs ; craignez le peché & le châtiment
, par là le peuple & moi imite-
1.vol. Ay rons
2768 MERCURE DE FRANCE.

rons l'Empereur mon pere , qui , comme
le Ciel , vouloit la vie & non la mort
des hommes .
Prefentement , parce que les Princes
les Seigneurs , & les premiers Officiers
de la Couronne , & les autres , tant de
Robe que d'Epée , difent tous qu'il n'eſt
pas permis de laiffer long - temps le Trône
de l'Empire vuide , & qu'il faut établir
au plutôt un Saerificateur des Temples
, des ancêtres , du Ciel & de la
Terre , étant venus trois fois réïterer
leurs inftances & leurs Prieres , je fuis
forcé d'y confentir , fi bien que je fuis
contraint d'étouffer ma grande douleur ,
& d'arrêter mes gemiffemens fur la mort
de mon pere.
Le 20. jour de la 11. Lune je declarai
refpectueufement au Cicl , à la
Terre , à mes ancêtres , au Dieu tutelaire
du Pays qui préfide à toutes les generations
, & au Dieu des grains que j'allois
prendre poffeffion du Trône Imperial.
Ainfi cette année appellée KOUEL
MAO eft la premiere année de mon regne
, mon unique but eft de fuivre l'exemple
& les intentions de l'Empereur
mon prédeceffeur pour bien remplir mon
devoir , defirant ardemment d'affermir
pour long- temps cet Empire.
* C'eſt le 27. Decembre 1722 .
1. vol.
Je
DECEMBRE 1725. 2769
Je manifefte à prefent mes nouvelles
loix qui font faites pour porter mes peupes
au bien , mon deffein eft de furpaffer
en bienfaits le regne précedent . Je
vais donc marquer ce que j'ai regle &
ftarué felon le devoir d'un Empereur.
1. Je récompenfe tous ceux de ma
Cour depuis les Princes jufques aux
Mandarins du neuviéme Ordre.
11. Je récompenfe ceux qui font hors
de la Cour depuis les Princes jufqu'aux
Ducs.
III. Je récompenfe les filles & les
petites- filles de l'Empereur , tant celles
de la Cour que celles du dehors .
IV. Quant aux Mandarins , foit Tartares
, foit Chinois , tant ceux de la Cour
que ceux du dehors ; pour ceux du premier
Ordre je récompenfe leurs parens
défunts à remonter jufqu'à la troifiéme
generation d'une patente de la même dignité
que poffedent leurs fils , ceux du
2. & du 3. Ordre , je récompenſe de
même leurs parens défunts à remonter
jufqu'à la feconde generation . Pour les
Mandarins du 4. 5. 6. & 7. Ordre , je
récompenfe de même leur pere & leur
mere. Ceux du 8. & 9. Ordre , je récompenfe
leur perfonne par des lettres
honoraires .
V. Excepté les Tartares des cinq ba
Ι . νοί. A vj nieres
1770 MERCURE DE FRANCE .
nieres du Palais , & ceux qui leur appartiennent
, que je ne récompenfe pas , je
récompenfe tous ceux des huit banieres
du dehors, du Palais , tous les Fufilliers ,
Canoniers , tous les gens de pied & de
cheval , tant Tartares Orientaux , Occidentaux
, que Chinois , leur accordant à
chacun gratuitement la paye d'un mois .
VI . Quant à ceux qui ont été à la derniere
guerre contre les Indouftans , foit
des huit banieres , tant Tartares Orientaux,
Occidentaux , que Chinois , foit des
fix banieres Chinoifes , tant foldats Chinois
que Tartares Occidentaux , qui pour
acquerir le merite du fervice ont éte
d'eux-mêmes à cette guerre ; ayant.compaffion
d'eux, je leur remets le fond &
I'ufure de l'argent qu'ils ont empruntez
au Tréfor Imperial.
VII. Quant aux foldats des huit banieres
, & à leurs Mandarins , qui autrefois
ont été à l'armée , & qui faute feulement
d'un degré de fervice ne peuvent
obtenir le Mandarinat , étant cependant
tous gens qui ont merité , en expofant
leur vie , on doit en avoir compaffion . Je
les remets donc au Tribunal des armes ,
pour qu'il examine ceux qui ne manquent
que d'un degré de merite pour obtenir le
Mandarinat , & j'ordonne qu'on m'en
avertiffe , de même pour les foldats & *. vol..
Mane
DECEMBRE 1725 2778
Mandarins des fix banieres Chinoifes qui
font dans le même cas des précedens.
J'ordonne qu'on en faffe l'examen , &
qu'on m'en donne avis .
VIII. Pour tous ceux qui ont été à
l'armée , & qui ont combattu pour repouffer
l'Indouftan , j'ordonne qu'on
marque diftinctement leurs belles actions ,
& qu'on m'en inftruife.
IX. Quant à ceux qui ont été anciennement
à la guerre , qui font devenus
vieux , & nnee ffoonntt plus la fonction de
foldats , n'ayant plus la paye , & manquant
d'entretien, on doit avoir compaffion
d'eux , fi leurs fils ou petits - fils ont
une paye de foldats , je l'approuve ; fi
au contraire leurs fils & petits- fils n'ont
pas cette paye , on examine comment on
pourra pourvoir à leur entretien , & leur
donner une paye , & qu'on m'en donne
avis.
,
X. Pour les Criminels , foit grands ,
petits Mandarins , foit foldats , gens du
peuple , & autres , je leur pardonne , excepté
lé crime de revolte , celui des petits
- fils qui ont tué leurs ayeuls des
Els qui ont tué leurs peres & meres , &
l'incefte , le crime des femmes , ou des
concubines qui ont tué ou accufé leurs
maris , des efclaves qui ont tué leurs
Maîtres de ceux qui ont tué une famille
I. vol.
de
2772 MERCURE DE FRANCE.
de trois perfonnes , de ceux qui éventrent
les femmes enceintes pour avoir
leur fruit & en faire des fortileges ;
des meurtriers par fraude , par haine ;
excepté auffi le poifon lent , les malefices
, le poifon violent qui tuë d'abord
les brigandages , les autheurs des revoltes
, ces méchancetez , & autres fembla--
bles , font des crimes qui meritent veritablement
la mort , & que je ne pardonne
pas.
3.
Je ne pardonne pas non plus aux traîtres
qui donnent des avis aux ennemis ,
contre le bien de la patrie ; pour les autres
moindres crimes commis depuis le
commencement du regne de mon pere ,
qui a duré foixante & un an , jufqu'au
2. jour de la 11. Lune que j'ai pris poffeffion
de l'Empire , foit connus , foit
cachez , foit qu'on en ait porté fentence
ou non , je les pardonne tous ; s'il fe trouve
quelqu'un qui en accufe un autre ,
pour les crimes qu'on vient de pardonner
, l'accufateur fubira la peine de l'accufe.
XI. Quant aux Sacrifices des cinq
principales Montagnes , des quatre prin
cipaux Fleuves & autres , pour lefquels
on doit envoyer des Mandarins pour préfider
aufdits Sacrifices , qu'on garde les
anciennes coûtumes .
I. vol.
XII.
DECEMBRE 1725. 2773
XII. Pour les Mandarins de robe
qui font à la Cour , depuis le 4. rang
jufqu'au premier , ceux qui font hors la
Cour depuis le 3. jufqu'au premier rang,
pour les Mandarins d'armes du premier
& du fecond rang , tant ceux de la Cour
que ceux du dehors , que chacun d'eux
envoye un de fes fils au College Imperial
pour y étudier.
XIII. A l'égard des Soldats Tartares
Orientaux , qui à caufe des bleſſures
reçûës dans les combats , ne peuvent
plus fervir , & des Vieillards qui ne
peuvent plus travailler , j'ordonne qu'ils
foient tous récompenfez.
XIV. Quant au nombre déja fixé des
Licentiez , qui doivent recevoir le Doc
torat , j'ordonne que le Tribunal des Lettres
attende le temps de l'examen , a &
qu'alors il vienne demander mes ordres
pour en augmenter le nombre.
Pour l'examen b des Bacheliers à la
Licence , qui fe fait hors de la Cour ,
je veux que dans les grandes Provinces
on augmente le nombre des Licentiez
jufqu'à trente , dans les moyennes jufa
Cet examen fe fait feulement à la Cour
pour tous les Licentiez de l'Empire .
b Cet examen fe fait dans chaque Metropole
ou Capitale.
1. νοί .
qu'à
*774 MERCURE DE FRANCE.
qu'à vingt , & jufqu'à dix dans les petites.
XV. Pour les Bacheliers a des deux
Cours , & de chaque Province , il n'importe
pas qu'ils foient de l'Ecole des
Villes du premier , du fecond , du troifiéme
ordre , ou des Villes des Exilez .
A chaque Ecole , au lieu d'un KON SEN
on en établira deux .
XVI. Dans chaque Province , au nombre
fixé des Lettrez qui deviennent Ba
cheliers , qu'on en ajoûte aux grandes
Ecoles jufqu'à fept , aux Ecoles moyennes
jufqu'à cinq , & aux petites Ecoles ,
jufqu'à trois. Ce bienfait eft accordé une
fois feulement à la premiere année du
regne de YoN TCHIN , après quoi on
fuivra l'ancien ufage .
XVII. Je pardonne à tous Mandarins
de robe ou d'épée , qui font prévenus
en juftice , & fur le délit defquels on
n'a pas encore porté de fentence , même
à ceux qu'on avoit privé de leurs appointemens
à caufe de leurs fautes . Pour
les Mandarins de la Cour , qui ont été
deftituez de leurs Charges , à caufe de
leurs maladies ou de leur grand âge , je
a Titre de Lettres entre le Bacheliarat &
La Licence.
L. vol. leur
DECEMBRE 1725. 2775
leur permets de reprendre leurs Char
ges.
XVIII . Que dans chaque Ville du premier
, du fecond , & du troifiéme ordre
, & dans les lieux des Exilez , on
diftingue , & on faffe connoître les gens,
de bien , pour leur donner le bonnet &
l'habit de Mandarin du fixiéme ordre ,
afin d'honorer leur perfonne , en attendant
qu'il y ait des ordres pour les employer.
Qu'on s'applique donc de toutes
fes forces à choifir de veritables fujets
; je ne veux pas que ce choix foit
fait à l'avanture , & fans difcernement .
XIX. Le labourage étant le principal
foutien de l'Empire , j'ordonne que dans
chaque Ville , dans les lieux dés Exilez ,
& par tout où il peut y avoir des Laboureurs
, on les encourage à travailler,
que les Mandarins des lieux les récompenfent
pour exciter entr'eux l'amour du
travail.
XX . Pour les Provinces où le peuple
n'a pas achevé de payer le tribut ,
j'ordonne au Tribunal , qui a foin du
Threfor Royal , d'examiner cette affaire
pour m'en rendre compte ; & à l'égard
de ceux qui doivent il y a longtemps
, qu'ils ne foient pas moleftez ,
mais qu'on attende mes ordres là - deffus .
XXI. Pour ceux qui font indirectei.
vol.
ment
2776 MERCURE DE FARNCE.
ment criminels , & qui pour leurs propres
fautes , ou celles de leur famille
ont été faits Efclaves des * KY HIA ,
j'ordonne qu'on en fafle l'examen de leurs
délits , & qu'on m'en rende compte , afin
de pardonner , s'il y a lieu , à toute la famille
du criminel..
XXII. Ces dernieres années les Soldats
& les Exilez , qui ont porté les
dépêches publiques , ont beaucoup fouffert
, j'ordonne aux TSON TOU & aux
Vicerois des Provinces d'en avoir bien
foin.
XXIII. Pour les Vieillards , de tout
temps on a eu des égards pour eux , foit
Tartares , foit Chinois , depuis 80. ans
& au-deffus , excepté les Efclaves , j'or--
donne que les Tribunaux examinent foigneufement
quel titre de Mandarin on
doit leur donner , & qu'on m'en rende
compte..
XXIV. Quant aux Mandarins des fix
Banieres , parmi lefquels il y en a qui
n'ont pas dequoi s'entretenir , j'ordonne
que les Tribunaux mandent aux Mandarins
des lieux , aux TSON TOU , & aux
Vicerois , d'examiner s'ils font veritable-
Les KY HIA font des Chinois qui font
foumis aux Tartares , & qui font Eſclaves de
Pempereur.
1. vol.
ment
DECEMBRE 1725. 2797
ment Mandarins de mérite , & qu'on effaye
comment on pourra leur faire du
bien , fur quoi les Tribunaux m'en donneront
leur avis .
XXV. Pour les Mandarins des peuples
non Chinois , mais foûmis à l'Empire
, ils ont toûjours merité , & ils
n'ont pas encore reçû de récompenfe ,
j'ordonne que chaque TSON TOU & Viceroi
examine quels font ceux qui font
Mandarins de ces peuples foûmis , & qui
ont du merite , pour m'en donner avis ,
afin de les recompenfer felon leur merite.
XXVI. Il y a des peuples fur les montagnes
& dans les lles de la mer , qui
habitent des lieux forts d'affiette , qui fe
font fouftraits à nôtre domination , s'ils
veulent venir fe foumettre tous , je leur
pardonne le paffé , & je les éleverai aux
dignitez , ou je leur donnerai d'autres récompenfes
felon l'ancien ufage."
XXVII . A l'égard des voleurs de chaque
lieu particulier , s'ils font devenus
voleurs , ou à caufe de la famine , n'ayant
pas dequoi manger , ou à caufe du froid ,
n'ayant pas d'habits pour fe vêtir , ce qui
les met hors d'état de fubfifter , ou s'ils
y ont été contraints par l'avarice , & par
les vexations des Mandarins , ils font veritablement
dignes de compaffion . S'ils
1. vol. veulent
2778 MERCURE DE FRANCE.
veulent changer de vie , & venir d'euxmêmes
le foumettre , je promets de leur
pardonner.
XXVIII . On doit par tout rechercher
ceux qui retiennent le bien d'autrui
injuſtement , enexaminant les biens
qui leur reftent ; & s'il fe trouve qu'ils
ne foient plus en état de pouvoir reftituer
je leur pardonne à tous . Je ne
veux pas même qu'on recherche leurs
parens , ou ceux de leur famille làdeffus
.
,
XXIX. Si les Mandarins des deux
Cours & des Provinces , en portant le
tribut aux Treforiers , ont été volez en
chemin , ou dans les Hôtelleries , & fi
on les recherche là - deflus , je veux bien
leur pardonner , & leur remettre le
tout .

XXX. Je permets aux Soldats , & à
tous ceux du peuple qui font âgez de
70. ans & au- dellus , d'avoir un homme
chacun pour les fervir ; cet homme
fera difpenfe des travaux publics ; les
Mandarins ne pourront pas l'employer
autre part , ni le prendre à leur fervice.
Pour ceux qui ont depuis 80. jufqu'à
9o . ans . je veux qu'il leur foit donné
une pièce de faya faya , une livre de
cozon , un pic de ris , & 1c liv . de cochon ;
& à ceux qui ont paffé l'âge de so . le
I. val
double
DECEMBRE. 1725. 2779
double de ce que je viens de regler.
Quand je confidere les grandes Actions
de l'Empereur mon pere , je ne
fçaurois jamais les oublier ; je penfe jour
& nuit à marcher fur fes traces ; fes
bienfaits font en fi grand nombre , & font
répandus depuis long-temps dans tout
l'Empire. Vous tous mes parens ,
darins de robbe , Mandarins d'armes de
mon Royaume , montrez- vous gens de
probité que chacun de vous me faffe
connoître la vertu , afin que je me ferve
de lui pour continuer, fans interruption
, les beaux faits de mes Ancêtres ,
pour perpetuer à jamais le bonheur de
la paix.
Man-
J'ordonne qu'on publie cet Edit dans
tout l'Empire , pour que tout le monde
en foit informé.
aaaaaaaaaa33333367
A M. DE LA VISCLE DE.
EPITRE ,
Au fujet des Prix de l'Académie Fran-
Içoise qu'il a nouvellement remportéz.
Efefpoir éternel de tes nombreux Ri-
DE vaux ,
1. vol
Quoi
2730 MERCURE DE FRANCE.
Quoi la Vifclede , encore une double Vic
toire !
Quoi ! nos efforts & nos travaux
Seront donc pour jamais affervis à ta gloire !
Poëte cheri d'Apollon ,
Orateur , qu'inſpira la fage Polymnie ,
L'un & l'autre decerne à ton divin genie
Les honneurs du facré Vallon .
Tout couvert de lauriers cüeillis fur le Parnaffe
,
Tu les dois , fier vainqueur , à ton heureuſe
audace.
Triomphe. Je le veux. Moins jaloux qu'étonné
,
Je refpecte un Rival tant de fois couronné.
Mais fi le Pinde enfin t'honore avec juftice ,
Jouis de cette gloire , & n'entre plus en lice
Citoyen né du Parnaffe François :
Deformais nos combats , nos liriques exploits
Ne te feront aucun ombrage. '
Trop feur de vaincre & de nous effacer ]
Sois plutoft notre Juge en cet Areopage ;
Où tes rares talens auront ſçû te placer.
Deja je t'y contemple , & ma Muſe char
mće ,
1. vol.
Quoique
DECEMBRE. 781 1725 .
Quoique deux fois vaincuë , & deux fois defarmée
,
De chanter tes fuccès fe fait un doux
plaifir,
Deux fois , au gré de fon defir ,
Ombre foumife , ombre fidele ,
Elle a de près fuivi tes pas .
Ah ! fi vers le haut rang , où la Gloire t'appelle
,
Elle pouvoit un jour .... mais non . Ne rifquons
pas
Un temeraire parallele,
Bannirai - je pourtant l'espoir
D'égaler celui qui m'efface ?
S'il eut ainfi jugé des Heros du Parnaffe ,
Avant luiparvenus au rang qu'il doit avoir ,
L'eut- on vû , jeune encor , fi- bienfuivre leur
trace ?
L'eut-on vù s'en faire un devoir ?
Une admiration fterile & peu loüable
Au premier pas l'eut arrêté.
La Viſclede n'eut point noblement imité.
Ce qu'en eux l'Univers trouvoit d'imitable.
De Vaugency , Chanoine de l'Eglife de
Chalons en Champagne.
L'Autheur de cette Epitre a fait deux
1, vol. Odes
2782 MERCURE DE FRANCE. 1
Odes , qui font entrées en concurrence
des deux derniers Prix propofez par l'Académie
Françoife , & qu'elle a fait imprimer
dans les Recueils.
**********
REJOUISS ANCES faites à Rome , au
fujet du Mariage du Roi. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le 10 .
Octobre 1725.
A Fête que le Cardinal de Polignac,
Lchchargé des Affaires du Roi en cette
Cour , donna à l'occaſion du Mariage de
S. M. commença le 24. du mois dernier
à l'entrée de la nuit , par une décharge
de cent boëtes difpofées dans la
Place de l'Apollinaire , où eft le Palais
de ce Cardinal . Elle étoit illuminée par
un grand nombre de pots à feu , par des
lampions à toutes les fenêtres des maifons
, & par des flambeaux de cire blanche
à toutes les façades , & au milieu on
avoit élevé un Fort à quatre baftions , au
haut duquel s'élevoit un grand baffin ,
d'où couloient cinq fontaines de vin./
Les Tambours & les Trompettes fuccederent
aux boëtes , & toute la Ville
vint voir l'illumination. Il y en eut le
même foir une magnifique à l'Eglife
I. vol.
NatioDECEMBRE
1725. 2783
Nationale de S. Louis , & de très -belles à
celle de laTrinité duMont, de S.Antoine ,
de S. Yves , de S. Claude , de S. Denis, de
N. D. des Miracles , même au Convent du
S. Efprit , dont les Religieufes font Italiennes
, mais fous la protection du Roi.
Les Palais des Cardinaux , Ottoboni , Gualterio,
& Cienfuegos , l'Académie de France
pour la Peinture & Sculpture, & le plus
grand nombre des Palais & des autres maifons
de la Ville furent auffi illuminez .
Le 25. au matin le Cardinal de Polignac
, accompagné d'un grand nombre
de Prelats , alla en grande ceremonie à
l'Eglife de S. Louis , où les Cardinaux
Ottoboni & Gualterio fe rendirent , ainfi
que les principaux Seigneurs de cette
Ville. La façade de cette Eglife étoit tapiffée
de damas cramoify , & le dedans,
depuis la voute jufqu'au bas des Pilaftres
, de brocard d'or & de velours , enrichi
de galons , de franges d'or & de
feftons , qui ornoient les Arcades fous
lefquelles on avoit placé des luftres de
criftal. L'Evêque d'Eleuteropolis celebra
la Meffe , qui fut chantée par une excellente
Mufique, de même que le Te
Deum , pendant lequel on tira une grande
quantité de boëtes. Les fontaines de
vin continuerent à coûler ce jour- là .
Le foir les illuminations recommence-
1. vel.
rent B
2784 MERCURE
DE FRANCE. rent , & il y eut une Cantate chez le Car
très - bien
dinal de Folignac
, qui fut très bien
executée.
i.
La cour de fon Palais tapiffée d'étofes
d'or , de damas cramoifi , & de feftons ,
reprefentoit
un Salon richement meublé,
& Pillumination
en rehauffoit l'éclat .
La galerie du Palais , en face de laquelle
on avoit dreffé un Theatre pour la Mufique
, etoit occupée par les Cardinaux,
qui s'y trouvèrent au nombre de 19. par
1Ambafladeur
de Venife , par les Princes
Romains , les Prélats & les Gentilshommes
du premier ordre par les Princeffes
& les autres Dames de cette Ville,
& par un grand nombre d'Etrangers de
confideration
, & les autres perfonnes
qui n'avoient pû être placées dans la galerie
, le furent fur des bancs rangez des
deux côtez du Theatre . On diftribua
une grande quantité de rafraichiflemens
;
& après la Cantate on fervit une collation
très-magnifique de confitures , & de
fruits glacez. Cette Cantate , dont les
' paroles font d'Ignazio de Bonis , de l'Académie
' des Arcadiens , & la Mufique
de Francefco Gafparini , tous deux Auteurs
renommez , párut
les.connoiffeurs
parfaitement
belle ; & d'une
execution admirable. On l'a faite imprimer
ici & je vous en envoyé un
Exemplaire. Il y a parmi les vignettes,
à tours
DECEMBRE 1725. 2785
qui font très -bien gravées , & qui ont
rapport à ce grand fujet , plufieurs emblêmes
& devifes que vous goûterez fans
doute : celle- ci entre les autres . Le Globe
terreftre qu'éclaire un Soleil levant,
avec ces mots ,JAM MAGNUS SED QUANTUS
ERIT.
Cette Fête devoit être terminée par
un feu d'artifice , qui avoit été préparé
dans la Place Navonne pour le 26. mais
la pluye continuelle obligea de le remettre
au 4. de ce mois. Le Cardinal
de Polignac fit une nouvelle invitation,
il ne vint que douze Cardinaux , les
autres étant déja partis pour la campagne
, mais tout le refte de la Cour &
tout ce que Rome a de diftingué accourut
en foule. Le Cardinal Ottoboni
avoit prêté au Cardinal de Polignac ,
pour recevoir la Compagnie , le Palais
Ornani , fitué vis- à - vis le feu.
Comme la Place de l'Apollinaire s'unit
à la Place Navonne , S. E. avoit choifi
ce vafte lieu pour y élever la machine
du feu d'artifice . Avant que de le tirer
, on eut foin d'illuminer pour la troifiéme
fois toutes les fenêtres des maifons
des deux Places , & des rues qui
y aboutiffent. Il y avoit des éc affauts
par tout , & on voyoit du monde juſques
fur les toits.
I. vol.
Bij Def2786
MERCURE DE FRANCE .
*
Defcription du Feu d'artifice.
L'édifice de charpente qui contenoit
l'artifice & toute la décoration dont je
vais vous parler , avoit 160. palmes
Romains , ou 115 pieds de Paris d'élevation
, fur une largeur proportionnée.
Le principal fujet de la décoration
reprefentoit le Mariage de Cupidon &
de Pfyché , celebré fur le Mont Olym-,
pe. On voit par l'eftampe qui en a été
gravée ici , & que je vous envoye , Jupiter
qui préfide aux noces , Venus &
& les Graces qui font près de l'Amour
& de Pfyché , Ganimede qui leur donne
le Nectar. La Déeffe de la Beauté y paroit
avec celle de la Sagefle fur laquelle
elle s'appuye. La jaloufe Junon n'a
point été appellée à la Fête . Apollon y
reprefente ce qu'il y a de plus poli , la
Cour , les Grands , les Villes , les Gens
de Lettres . Pan & Sylvain repreſentent
les Peuples de la Campagne. La Seine
& la Viftule , dont les Dieux font reprefentez
au bas du Mont avec les fymboles
convenables , mêlent leurs eaux ;
les Zephirs enfin font prêts à fervir les
jeunes Epoux .
On commença à une heure de nuit à
mettre le feu à tout l'artifice , au fon des

I vol.
TamDECEMBRE
1725. 2787
Tambours & des Trompertes . Il réüffic
dans la derniere perfection , & dura fans
être interrompu d'un moment , près de
deux heures,toûjours de la même force &
dans la mêine abondance . Cette vafte
Place étoit pleine de fpectateurs , & le
peuple de Rome , qui depuis long- tems
n'aime rien tant , comme vous fçavez
que les jeux & les grands fpectacles , témoigna
fa joye par des acclamations continuelles
.
>
Ce feroit faire tort au merite & à la
vertu , & fupprimer auffi une circonftance
confiderable de cette Fête , en
omettant qu'elle a eu un Surintendant
& un Conducteur , qui a beaucoup.contribué
à fon fuccès : c'eft le Chevalier
Ghezzi , homme d'un goût admirable , &
d'un excellent caractere , lequel s'eft
donné plus de peine dans cette occafion,
que s'il eut été queſtion de fa fortune.Il eſt
né avec des talens rares qui ont été cultivez
par fon pere , Peintre de reputation .
Il a fi bien profité de fes leçons , & des
grands modeles de la Grece & de l'Ita- .
lie , qu'on a ici devant les yeux , qu'il
eft devenu , pour ainfi dire , l'arbitre des
Arts ; mais ce qu'on admire en lui plus
que le goût , c'est la douceur , la facilité ,
la generofité , & la fureté de fon caractere
, auffi a- t-il des amis de la premiere
I. vol.
confi- B iij
2788 MERCURE DE FRANCE.
confideration . Il peint à preſent le Concile
Romain par ordre du Pape , après
quoi il finira un tableau qu'il a commencé
pour le Cardinal de Polignac , à qui il
eft particulierement attaché. Ainfi une
Fête ordonnée par S. Em . & dirigée par
le Chevalier Ghezzi ne pouvoit pas manquer
de réüffir.
Voici l'Eftampe reçûë de Rome , réduite
à la jufte moitié de fa grandeur ,
que nous avons fait graver pour la fatisfaction
de nos lecteurs .
VERS envoyez à Mile B ** le jour
de fa Fête , par M. Cocquard.
Ar les premiers rayons de la naiffante
ра Aurore ,
Les Cieux à peine étoient ouverts ,
Quand j'ai reçû pour vous ces dons cheris de
Flore.
Je voulois belle Iris , y joindre quelques
vers ,
Et folemnifer vôtre Fête ,
En chantant vos appas divers.
Mais à ce doux emploi ma Muſe envain s'apprête
:
De louer finement il n'eft pas trop aifé.
I. vol. Cas
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.
DECEMBRE 1725. 1
2789
Car de dire en grands vers : » Que des fleurs
» les plus belles ,
" Par vôtre teint charmant l'éclat eft effacé ,
» Ou bien que fous vos pas il en naît de nou-
» velles ;
»
Le compliment eft trop ufé.
Tandis que de Phoebus j'implorois l'affiftance
,
J'ai vu paroître Amour ( ce petit Dieu rufé ,
Lorfque l'on fonge à vous , eft plus près qu'on
ne penſe. ]
Laiffe-là , m'a-t'il dit , tous ces foins fuperflus
':
Iris offre à tes yeux tant d'attraits , de vertus,
Qu'il les faut feulement admirer & te taire.
Eh ! quel portrait pourrois- tu faire ,
De fon efprit divin qui charme d'autant plus,
Que moins il s'étudie à plaire ,
De fon vifagrément égal à fa beauté ,
De fa douce feverité ,
Qui fans qu'on l'ofe aimer , fait cependang
qu'on l'aime !
Le fidele portrait de fes appas vainqueurs ,
Eft celui que l'Amour lui- même
Sçait imprimer au fond des cours.
C'est peu pour elle auffi que les prefens de
Flore ,
I. vol.
A B
2790 MERCURE DE FRANCE :
A peine une feconde aurore
Leur trouve les mêmes couleurs ,
Il lui faut quelque chofe encore ,
De plus durable que des fleurs.
Croi-moi , ne force plus ton amour au filence
,
Ofe lui découvrir tes tendres fentimens :
Son merite lui feul , mieux que tous tes fer-
4
mens ,
Doit l'affurer de ta conftance.
A ce qu'ordonne Amour me voilà réfolu .
Je ne puis de mes feux vous cacher le myftere :
Iris , cet enfant de Cythere ,
Exerce fur les coeurs un empire abfolu .
Je vois au nom d'Amour , frémir vôtre colere ;
Mais malgré vôtre humeur fevere ,
Peut-on n'en parler pas quand on parle de
Vous ?
Helas ! puifqu'à fes loix vous fçavez vous
fouftraire ,
Devriez-vous traiter avec tant de couroux ,
Ce Dieu qui fait tout pour vous plaire ?
I. vol. EXDECEMBRE
1725. 2791
akakakakakakakakakakakakak *
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure de France , par le
R. P.... Religieux Minime , au sujet
de la femme Portugaife , dont il eſt
parlé dans le fecond volume du mois de
Septembre dernier.
ON demande, Meffieurs , dans la
Lettre qui fait le fujet de celle - cy .
fi on a jamais vû dans le monde une femblable
femme. On pourroit d'abord répondre
que peut - être n'y en eut- il jamais
de pareille , & qu'il feroit à fouhaiter
, que fon talent étant une fois bien
averé , elle put le communiquer ; car
alors on n'auroit plus befoin d'avoir recours
au mauvais ufage de la baguette
divinatoire , condamnée aujourd'hui ,
non- feulement à Rome par la facrée Congregation
, mais encore par plufieurs celebres
Docteurs de Sorbonne , par l'Académie
des Sciences de Paris , par le P.
Mallebranche , par le P. Alexandre , & c.
Le R. P. le Brun de l'Oratoire qui a
fait un Livre exprès fur cette matiere ,
rapporte toutes les condamnations dont
je viens de parler.
Au refte , Meffieurs , fuppofant toû-
و
J. vol.
Bv jours
2792 MERCURE DE FRANCE .
jours le talent bien prouvé de nôtre Portugaife
, je vous dirai que ce n'eft pas
l'unique perfonne qui ait été pourvûë dụ
rare avantage d'une vûë fi penetrante :
on a vû à Anvers un prifonnier , dont la
vûë étoit fi perçante & fi vive , qu'il
découvroit fans aucun fecours d'inftrument
, & avec facilité , tout ce qui étoit
caché & couvert , fous quelque forte
d'étoffes ou d'habits que ce fuſt ,
l'exception feulement des étoffes teintes.
en rouge.
à
Mon garant fur un fait fi fingulier eft
M. Huygens , ce celebre Mathematicien
fi connu de tout le monde fçavant , qui
l'a écrit au R. P. Merfenne , Religieux
de nôtre Ordre , & fon intime ami . Je
n'ai pas befoin de vous dire qui étoit le
P. Merfenne. La Lettre de M. Huygens
eft écrite de la Haye le 26. Novembre
1646 .
Et puis que l'occaſion s'en preſente ,
permettez- moi de ne pas oublier ici , en
faveur des fçavans qui lifent vôtre Journal
, que nous confervons dans la Bibliotheque
de nôtre Convent de la Place
Royale , les originaux des Letttes qui
ont été écrites de toute l'Europe au P.
Merfenne , fur une infinité de matieres ,
de fciences curieufes , & c. Elles compofent
quatre volumes in folio , celle de
I. vol.
M.
DECEMBRE 1725.
2795
M. Huygens eft la huitiéme du troifiéme
volume. Nos Superieurs fe feroient un
plaifir de publier ces Lettres , fi on pouvoit
avoir en même temps les réponses à
toutes les queftions , qui ont été faites à
ce fçavant Religieux. Réponfes qui font
aujourd'hui en differentes mains ; mais
qu'il feroit aife de réunir pour executer
le deffein que je viens de dire , fi vous
voulez bien , Meffieurs , inviter ceux qui
les poffedent de nous les rapporter.
Je reviens , en finiffant , à nôtre Portugaife
, & à l'homme d'Anvers , dont
les yeux perçans auroient pû fervir à découvrir
plufieurs myfte res impenetrables
de la nature ; à réfoudre , par exemple ,
le Problême de Fhyfique , qui réfulte de
la fameufe experience faite par le P.
Merfenne , dont je viens de parler , du
boulet de canon , lequel étant tiré directement
au Zenith , ne retombe point à
terre , demeurant fufpendu , & comme
perdu en l'air . Je n'ofe pas m'étendre ici
fur un fait fi extraordinaire , dont M.
Defcartes parle dans une de fes Lettres
imprimées ; je pourrai en faire la matiere
d'une Lettre particuliere. J'attendrai cependant
qu'il vous vienne d'autres éclairciffemens
fur les talens de la femine de
Lisbonne , qui pourront donner matiere
à d'autres réflexions .
1. vol.
B vj SON2794
MERCURE DE FRANCE .
M&MEMMMM:DLEUNDE
'
SONNET fur les Bouts - rimez donnez-
P
Efte foit du métier qui me rend Taciturne :
Phoebus eft plus cruel qu'un More de
Maroc.
Quand je veux m'élever auffi haut que saturne,
Souvent je reste à fec échoué contre un Roc.
Ma foi, je veux quitter brodequins & Coturne;
Ce fantafque exercice eft plus gênant qu'un
Froc.
Le fublime qu'on cherche eft caché dans une
La nature l'en tire , & non le fer d'un
Le fuccès poëtique eſt une rare
Urne ;
Croc
Perles
Tel croaffe qui croit fiffler bien mieux qu'un
Merle;
Il veut tendre fa corde & fait rompre fon Arc.
Quand fon expreffion eft trop courte ou trop
Longue ,
La tyrannique rime , un mot , une Diphtongue,
Letiennent comine un Cerfenfermé dans un
Pare.
I. vol.
LETDECEMBRE
1725. 2795
BECODECOM CORECORECOUTCOSTS
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
,fur le Phenoméne du Port
de Marfeille.
E
N lifant , Meffieurs , la Lettre de
M. du Marfais du 2. Juillet dernier ,
interée dans vôtre Mercure du mois
d'Aouft , page 1787. au fujet du Flux
& Reflux qui eft arrivé dans le Port de
Marſeille , fes hypothefes m'avoient d'abord
paru affez vrai- ſemblables ; mais après
les avoir examinées plus exactement, j'ai
reconnu qu'elles ne pouvoient nullement
fervir à expliquer ce Phenoméne.
M. du Marlais fait un long préambule
pour prouver , 1 ° qu'il y a de l'air dans
la terre , que cet air a du reffort , & que
ce reffort peut être augmenté par la compreffion
, & par la fermentation , 2 ° qu'on
peut fuppofer qu'il y a une fermentation
fort chaude dans le centre de la terre , 3 °
que le reffort de l'air augmenté par la
compreffion & la fermentation produit
fouvent des effets très - furprenants .
Tous les Phyficiens conviennent de
ces principes mais voyons l'application
que M. du Marfais en fait au Phenomene
maritime.
1. vol.
II
2796 MERCURE DE FRANCE.
>>
» Il me paroît vrai - femblable , dit- il ,
» qu'une certaine quantité d'air fouter-
» rain ait été rarefiée auprès de Marſeille;
» & que par fon reffort elle ait élevé une
large & mince croute de cette terre glu-
» tineufe , qui compofe le fond de la
» Mer . Cette croute étant élevée per-
» pendiculairement , la Mer qui étoit par-
» deffus aura été élevée auffi , quelque
haute qu'ait été la colomne d'eau qui
» étoit fur ce fond. Or une portion de
» Mer étant tout d'un coup élancée avec
force au-deffus de fa bafe ordinaire ,
» fans qu'il y ait un pareil volume d'au-'
» tre matiere qui occupe la même place ,
» il eft neceffaire que l'eau des environs
» fe rapproche de celle qui s'éleve , &
» qu'elle en vienne occuper la place ;
" c'est ce qu'a fait l'eau, du Port en fe
» retirant , & voilà l'explication du Flux .
Cette hypotheſe meriteroit quelque
attention , fila colomne d'eau qu'on fuppole
avoir été élevée avec cette croute
étoit un corps folide ,; enforte qu'elle
n'eut pas pû s'épancher de côté & d'autre
; mais comme il s'agit d'un corps
fluide , cette hypothefe ne peut pas produire
l'effet qui lui eft attribué ; car dans
la même proportion de volume & de viteffe
que l'eau du Port de Marfeille feroit
accourue pour remplir le deffous de
1. vol.
cette
DECEMBRE 1725. 2797
cette croute , dans la même proportion
la colomne d'eau , élevée par le reffort
de l'air fouterrain , fe feroit répanduë
dans le Port de Marſeille , & de cette
maniere la fuperficie de la Mer auroit
toûjours été de niveau .
Il y a plus ; car bien loin que l'hypothefe
en queſtion ait pû faire baiffer l'eau
de la Mer dans le Port de Marſeille , je
foutiens au contraire qu'elle auroit dû la
faire monter au- deffus de fes bornes ordinaires.
Cet air fouterrain rarefié occupoit une
plus grande place qu'auparavant ; &
ayant foulevé une croute de terre, la Mer
n'avoit plus tant de fond en cet endroit ,
par confequent la capacité de fon lit
étoit diminuée : or le volume des eaux
étoit toûjours égal , il falloit donc qu'elles
montaffent vers les bords .
Prenez un vaiffeau plein d'eau , par
exemple , un cuvier , au fond duquel on
ait mis un morceau de cuir non tendų , -
dont les bords foient tout autour bien
joints avec ce fond , introduifez enfuite
de l'air par une foupape entre le fond du
cuvier & le cuir , celui - ci s'élevera auffitôt,
& fera l'effet de la croute fuppofée .
Alors vous verrez fi l'eau monte ou baiffe
vers les bords de ce cuvier.
Je ne crois pas que perfonne ait la cu-
I. vol .
riofité
2798 MERCURE DE FRANCE .
riolité d'en faire l'épreuve ; on fera affez
perfuadé que certainement l'eau montera.
Mais M. du Marfais va d'abord m'objecter
que la comparaifon de cette expec
rience avec fon hypotheſe n'eſt pas juſte ,
parce que l'eau ne peut pas couler entre
le cuir & le fond du cuvier. Croyez - vous
donc , Meffieurs , qu'elle ait pu couler
fous la croute de fon hypothefe: l'efpace
entre cette croute & le globe de la terre
n'étoit pas vuide ; il étoit auffi plein de
matiere que tous les autres endroits de la
terre & de la mer ; c'eft pourquoi comme
la penetration eft impoffible , l'eau
n'a pû couler fous cetre croute , que l'air
qui y étoit , n'en fut forti auparavant , &
auffi -tôt qu'il en aura été forti , la force
de la colomne d'eau , qui pofoit fur cette
croute , & qui étoit infiniment plus grande
que celle de l'eau qui étoit à côté, a
dû la faire retomber dans fon premier
état. Donc l'eau ne pouvoit pas plus aifément
couler fous la croute de l'hypothefe
, que fous le cuir de l'experience.
>> Peut-être auffi , continue M. du Marfais
, l'irruption de l'air interieur s'eft
faite en ligne diagonale . L'eau de la
» pleine Mer n'a point été élevée , elle
a feulement été pouffée avec violence
» du côté d'Afrique ou d'Efpagne , felon
la détermination de cet air fouterrain .
1. vol.
Alors
DECEMBRE 1725. 2799
Alors la pleine Mer étant repouffée in- «
terieurement de l'autre côté de Mar- «
feille par cette force foudaine , il eft
clair que l'eau dù Port a dû d'abord fea
retirer , & revenir enfuite avec plus
d'abondance & d'impetuofité par le con- «
tre-coup. "
(
Cette feconde hypotheſe n'eſt pas meilleure
que la premiere. Eft- il croyable
que l'air rarefié ait pû pouffer avec tant
de force un corps fluide d'une grandeur
fi énorme ? L'air ne fe feroit - il pas plu
tôt fait un paffage au travers des eaux
pour en fortir , en faifant bouillonner
leur fuperficie On voit dans les exem-.
ples mêmes citez par M. du Marfais , "
que l'air renfermé dans les nuës , & mis
en reffort la fermentation des vapeurs
de fouffre & de falpêtre qui produit le
tonnerre , ne pouffe pas la nuë fur la
terre , mais fe fait jour au travers , en la
faifant crever , pendant que l'air fouterrain
dilaté éleve en un moment des Ifles ,
qui font des corps folides.
par
Et à fuppofer que l'eau de la Mer ait
été pouffée vers les côtes d'Afrique , je
ne trouve pas qu'il foit bien clair qu'elle
ait dû revenir avec plus d'abondance &
d'impetuofité par le contre- coup. Je crois
plutôt qu'il est très- clair , & très - certain
que plus un corps mis en mouvement fait
1. vol. de
33545
2800 MERCURE DE FRANCE.
de chemin , plus fon mouvement diminue,
parce qu'il eft communiqué à un plus
grand nombre d'autres corps voifins : la
réflexion même ou le contre- coup , diminue
encore ce mouvement . Jettéz une
balle de jeu de Paume contre un mur ,
elle reviendra à vous , mais avec beau
coup moins de force qu'elle n'aura été
jettée ; ainfi fuppofé que l'eau de la Mer
ait été pouffée contre les côtes d'Afrique
, le contre- coup n'a pû la repouffer
avec plus d'abondance & d'impetuofité.
D'ailleurs cette hypothefe attribue un
fi grand balancement à la Mer Mediterrannée
, que ce Phenoméne devroit avoir
paru en plus d'un endroit , & on n'a
point eu d'avis jufqu'à prefent qu'il ait
paru ce jjoouurr-llàà aucun Flux & Reflux ,
je ne dis pas fur les côtes d'Afrique , mais
pas même fur le refte des côtes de Provence.
Comment les eaux revenant
d'Afrique auroient elles dirigé leurs
cours préciſement dans le Port de Marfeille
, & fans qu'on s'en fut apperçu au
large. Je fuis , Meffieurs , & c.
-
A Montreuil-fur- Mer , ce 28. Octobre
1725 .
I. vol. LE
DECEMBRE 1725. 2801
aaaaaaaaa¥¥¥¥¥¥¥ M
IMPATIENCE AMOUREUSE
FAis ceffer mon
inquiétude ,
Amour , preffe Philis , de répondre à mes
voeux ;
Auroit -elle oublié , qu'en cette folitude
Elle m'avoit promis de couronner mes feux ?
Dieux ! elle ne vient point , qu'aurois-je donc
à craindre ?
L'ingrate ! la parjure ! .... helas ! à qui m'en
plaindre ?
Infenfibles témoins de mes nouveaux tourmens
,
Petits oiſeaux , heureux Amans ,
Vous ne chanteriez pas de même ,
Si vous pouviez pendant quelques momens
,
Eprouver la rigueur extrême
D'attendre envain l'objet qu'on aime.
Et vous , brillantes eaux , quels feroient vos
foupirs ,
Si pour quelques momens , des amoureux Zephirs
Une trop rigoureuſe abſence
1. vol.
Vous
2802 MERCURE DE FRANCE .
Pouvoit retarder vos plaifirs.
1
Alors , mille nouveaux , mille preffans defirs ,
Vous apprendroient bien- tôt combien l'impatience
Eft une cruelle fouffrance.
Mais tout eft infenfible aux peines que je
fens ;
L'Echo d'un ton railleur
cens .
, repeté mes ac-
Toi-même, Dieu cruel! tu ris de mes allarmes!
Ne m'aurois - tu flatté qué d'un eſpoir trom-
,peur ?
Ne pourrai- je fçavoir , Amour, quels font tes
charmes ?
Pour qui font tes plaifirs ? Ah ! Barbare vainqueur!
Tu t'applaudi en vain d'avoir foûmis mon
coeur .
Sans les yeux de Philis , j'aurois bravé tes
armes
Ciel ! je la vois paroître , ah que mon fort eft
doux !
Redoublez vos concerts , augmentez ce murmure
,
Aimables oifeaux , onde pure ,
Vous me verrez bien- tôt auffi content que
yous.
I. vol
De
NOVEMBRE 1725. 2803
De mes plaintes , Amour , par plus d'un fa
crifice ,
Je vais reparer l'injuftice,
QUESTION finguliere fur les Tefta
mens militaires , jugée par Arrest du
Parlement de Provence.
I'
L s'agiffoit de fçavoir fi un Intendant
de fanté , qui dans une Ville peftiferée
étoit chargé de tenir un Controlle
des détails courans , avoit pû tefter militairement.
Ceux qui foutenoient la negative , fe
fondoient fur une circonftance qui paroiffoit
former une difficulté effentielle.
C'est que le Teftateur étoit mort d'une
autre maladie que de la pefte , & au tems
où elle finiffoit.
,
,
Pour lever cet obftacle les Deffenfeurs
du Teftament produifoient le
Certificat de deux Notaires du lieu
portant qu'ils avoient été requis par le
défunt , de venir recevoir fon Teſtament
, ce qu'ils avoient refufé de faire,
de crainte que le Malade ne fût attaqué
de la pefte. Ils produifoient auffi
Patteftation du Curé , qui au défaut des
1
I. vole No.
2804 MERCURE DE FRANCE.
Notaires avoit reçû le Teftament , fur
le refus formel qu'ils lui firent de ſe
tranfporter chez le Malade , ajoûtant
qu'ils lui laiffoient ce profit , &c.

Par Arreft rendu le 16. Juin 1724 .
au rapport de M. de . Volonne , il fut
jugé entre les enfans & heritiers de
Jacques Merindel , & la veuve du fieur
Antoine , du Lieu de Peliflane , qu'un pareil
Teftament étoit bon & valable , &
devoit avoir fon plein & entier effet.
Cet Arreft jugea auffi › que la declaration
faite par le Malade devant témoins
, que telle étoit fa volonté , tenoit
lieu de la publication , ou de la
clauſe lû & publié , qui avoit été omiſe .
*******************
LE LAIROT. A Mademoiſelle de Marcellet
, au Boifguillaume.
Pour
FABLE.
Our mieux furprendre une jeune
Bergere ,
L'Amour prit l'autre jour la forme d'un Lairot ,
En peu de temps il eut l'art de lui plaire.
Il n'avoit point l'air endormi ni fot .
Docile , apprivoifé , foumis au badinage ,
3
I. vol.
Ifme ne
DECEMBRE 1725.
2805
Ifmene le baifoit , le nichoit dans fon fein ,
De tout ce qu'elle offroit il mangeoit en fa main,
Et paroifföit cherir un fi doux efclavage ;
Lairot heureux au gré de fes defirs ,
Ne mettoit plus de borne à fes plaifirs,
Aux moindres marques de careffe ,
Par mille tendres foins elle répond fans ceſſe.
Comme un Furet vif &
perçant ,
Dans les défauts que le Corfet lui laiffe ,
Il fe couloit avec adreffe ,
Et baifoit cent fois en paffant ,
Tous les charmes naiffans de l'innocente If
mene.
Qui n'eut crû que tant de douceurs
Devoient former une éternelle chaîne ;
Mais ce n'eft pas à force de faveurs ,
Qu'on peut rendre un Amant fidele :
L'ingrat Lairot au comble de fes voeux ,
Se laffe bien-tôt d'être heureux ,
S'échape des mains de fa Belle ,
Elle le cherche envain , il s'enfuit pour jamais,
Et fe fait un plaifir de caufer des regrets.
Amour Lairot , charmante Ifmene ,
Eft le portrait de la legereté.
I. vol.
Avec
2806 MERCURE DE FRANCE.
Avec tant de merite à peine ,
Pourriez-vous vous fauver de la réalité.
Fixer un Amant infidele .
N'eft pas oeuvre mortelle ;
Il en eft maints , dont les défauts
Paffent encore ceux des Lairots .
XXXXXX
LETTRE écrite au R. Pere Mottet de
l'Oratoire , Profeffeur en Philofophie
dans le College de Marfeille , fur fon
Explication Physique du Phenoméne
arrivé dans le Port de Marfeille le 29.
du mois de Juin dernier, Par le R. Pere
B *** de l'Oratoire , le 29. Aonft dernier.
MON ON REVEREND PERE ,
Il y a près de quatre
mois
que M. de
P *** n'eft point ici , & que nous ignorons
où il eft , & c.
Sur le Phenoméne que vôtre Lettre
le chargeoit de me communiquer , voici
quelle eft ma conjecture Phyfique.
Je ne doute point que la caufe n'en
oit une inflammation de matieres fulphu-
I, vol. reufes
DECEMBRE 1725. 2807
reufes , la mauvaife odeur le prouve allez .
Mais au lieu de vos colomnes d'eau élevées
( que je n'ai pourtant garde de contefter
) je crois plus court de penfer que
ce font des colomnes d'eau foudainement
enfoncées dans la terre pour aller remplir
l'efpace des voutes que ces feux auront
entr'ouvertes ; tellement qu'une
grande mafle d'eau étant promptement
tombée par là , le preffement de l'air
aura fait couler avec précipitation les
eaux voifines , lefquelles pouffées de tous
côtez vers l'endroit de l'entonnoir , &
s'étant rudement heurtees les unes contre
les autres , auront fait d'abord le regonflement
en queſtion ; & après que
toute la caverne aura été remplie , l'eau
fe fera remife à fon niveau ordinaire.
Pour mieux s'affurer de cette conjecture
il auroit fallu fonder le Port , pour
voir s'il n'y auroit pas quelque endroit
où l'eau eut plus de profondeur . Il eſt
vrai que fi l'ouverture fuppofée s'étoit
faite obliquement , on ne pourroit rien
éclaircir par là, Quoiqu'il en foit vôtre
fyftême & le mien reviennent au même,
& il n'eft gueres poffible qu'un tel effet
n'ait pas une telle caufe. Je fuis , &c.
1. Vol.
c
Pre-
C
2808 MERCURE DE FRANCE.
Premier effai de Montagne travesti ,
aux Auteurs du Mercure.
adreffe
EN plus d'un agréable écrit ,
De Montagne autrefois on admira l'eſprit,
La varieté des pensées ,
La vivacité , l'enjouëment ,
›Les réflexions fi fenfées
Qu'il énonce legerement ,
N'en font pas le feul ornement,
Dans l'antiquité memorable ,
Il puife contes & bons mots ,
Et de l'Histoire & de la Fable
Cite des traits à tout propos .
Si de fa conduite un peu vaine
Il détaille trop les façons ,
Ce n'est que pour donner de plus fages leçons
Qu'il fe prefente fur la Scene.
Ses vertus , fon humeur , fes défauts , fes talens
,
Tout lui fert pour inftruire à fes propres dépens
.
Mille replis fecrets du coeur , de la nature , I. vol.
11
DECEMBRE 1725. 2809
Il fonde & développe avec fubtilité.
S'il échappe à fa plume impure
Des excès de naïveté ,
Sur ce point délicat il merite cenfure ,
Et je condamne en lui cette ingenuité.
Du refte inimitable en fa Philofophie ,
Ou de tous préjugez il cherche à fe guerir ;
De fon temps cet heureux genie
Fut honoré , fe fit eftimer & cherir.
Qu'est- ce aujourd'hui que ſon ouvrage ,
Qui fous le nom d'Eſais eut un fi beau deſtin ?
Un livre en vieux langage ,
François , Gafcon , Grec & Latin ,
Un garde boutique , un bouquin ,
Dont peu de lecteurs font ufage.
綠茶
****
EXTRAIT du Memoire de M. Dufay ,
la à la derniere Affemblée publique
de l'Académie des Sciences.
MR
R Dufay lut un Memoire fur quelques
experiences fingulieres de
Catoptrique. La premiere qu'il dit lui
avoir été communiquée par M. de Varinge
, Mathématicien de S. A. R. M le
I. vol .
Cij
Dic
2810 MERCURE DE FRANCE.
Duc de Lorraine , & très - verfé dans la
Phyfique experimentale , confifte en
deux Miroirs concaves paraboliques , qui
étant placez verticalement vis - à- vis l'un -
de l'autre brûlent des matieres combuftibles
au foyer de l'un des deux , lorsqu'on
met au foyer de l'autre un charbon ardent.
Les Miroirs dont M. Dufay s'eft
fervis font de plâtre doré & bruni , ils
ont un pied de diametre , & brûlent étant
placez à 18. pieds l'un de l'autre.
M. Dufay a jugé que des Miroirs ou
des verres fpheriques faifoient le même
effet , & il a mis le feu avec deux Miroirs
fpheriques concaves , éloignez de 20 .
pieds l'un de l'autre ; il s'eft auffi fervi
d'une lentille de verre, plaçant derriere
cette lentille , & à fon foyer un charbon
ardent , & réuniffant avec un Miroir
concave les rayons qui fortoient parallelement
du verre ; mais alors il n'a pû élọigner
le Miroir concave de la lentille que
de 4 pieds , d'où il conclut que la réflexion
n'affoiblit pas autant ces rayons
émanez d'un charbon de feu que la refraction
.
Cette diftance à laquelle eft tranfinife
l'action d'un charbon ardent a engagé M.
Dufay à faire quelques experiences fur
ces prodiges que les Auteurs racontent
des Mirois d'Archimedes & de Pioclus, I, vol.
il
DÉCEMBRE 1725 .
2811
il rapporte en peu de mots les fentimens
des Auteurs modernes fur ce fujet , &
décrit plufieurs experiences qu'il a faites ;
une de celles qui lui paroît favorifer le
plus l'opinion de ceux qui croyent qu'on
peut bruler non pas à l'infini , mais à une
très -grande diftance , eft celle qu'il dit
avoir fait le 8. Octobre dernier ; il renvoya
avec un Miroir plan l'image du
Soleil à 550. pieds de diftance ; & ayant
porté dans cet endroit un Miroir concave
d'un pied de diametre , il s'en fervit pour
réunir les rayons de cette image du Soleil
, & brûla à fon foyer un morceau de
bois ; il porta enfuite fon Miroir concave
jufques à 600. pieds du Miroir
plan , mais il ne pût brûler à cette diftance
, quoique la chaleur du foyer ne fut
pas fupportable. Il conclut affez naturellement
de cette experience , que file
premier Miroir , au licu de renvoyer les
rayons du Soleil parallele , ou même un
peu divergents , les renvoyoit convergents
à cette distance de 600. pieds , il y
brûleroit infailliblement ; puifque malgré
la perte qu'il s'en fait par deux réflexions
ils ont encore affez de force pour
brûler. Il ajoûte quelques experiences
qu'il a tentées avec deux Miroirs paraboliques
convexes & concaves , avec un
Miroir elliptique , & plufieurs autres ,
I. vol. Cij dans
2812 MERCURE DE FRANCE.
dans le détail defquels nous n'entrerons
point. Il finit par les ufages aufquels il
croit qu'on peut appliquer ces experiences
, & s'engage à les continuer , & à
donner un fecond Memoire fur le même
fujet , dans lequel il compte en faire
entrer plufieurs qu'il a déja faites , & qui
n'ont pu avoir place dans le premier.
PARODIE , fur l'Air : Quel plaifir
d'aller à la Guinguette , &c.
G Loire ,
honneur ,
Fou qui vous facrifie ,
De fa vie ,
Le bonheur.
Le plaifir
Eft le bien veritable :
Bonne table ,
Nymphe aimable ,
Doux loifir.
Je foutiens
Que ce qui fait le fage .
C'est l'ufage
De ces biens .
bis
I. vol .
LETDECEMBRE
1725 .
2813
kakak
LETTRE écrite à M. de la R ... par.
M. le Beuf, Chanoine & Sous - Chantre
de l'Eglife Cathedrale d'Auxerre ,
au fujet du Tombeau trouvé à Barfac
en Gascogne , au mois de Decembre de
l'année 1724. dont il eft parlé dans le
Mercure du mois de Mars dernier.
E ne fuis pas moins furpris que Monfieur
de Coutures , de la conftruction
du Tombeau qui a été trouvé à Barfac
près de Bordeaux dans l'hyver dernier.
Quoique je puiffe me vanter d'en avoir
vù un grand nombre dans les differens
endroits où l'on a creufé en ma prefence
, il eft certain qu'il ne s'en eft jamais
trouvé fous mes yeux , de l'efpece dont
eft celui qui fait le fujet de fa lettre.
Ceux que j'ai vûs , étoient tous de pierre
ou de plâtre. Le feul que j'aye trouvé
de brique , étoit proche l'Eglife de
l'Abbaye de S. Germain , à cinq ou fix
pieds dans terre. Les briques qui paroiffoient
faites exprès , & qui avoient
auffi un rebord , étoient de la longueur
d'un pied & demi ou environ , & d'une
largeur un peu moindre elles étoient
rangées de maniere à reprefenter une ef-
1. vol.
C iiij
Fece
2814 MERCURE DE FRANCE.
pece de biere en forme d'auge , dont le
Couvercle étoit de femblables briques
mifes à plat , & non en dos d'âne ; en
forte que tout le tombeau pouvoit être
formé de vingt-fix briques au plus , ' de
même que celui qui eft en question . On
s'apperçût au refte que les terres de cet
endroit avoient déja été remuées , & que
le fepulcre avoit été rompu ; mais il eft
certain que les pieds de ce tombeau s'étendoient
du côté de l'Orient , & il n'y
fut rien remarqué de curieux .
,
Celui qui a été trouvé à Barfac me paroît
d'une espece à exercer plus longtems
la curiofité des Antiquaires. Malgré
la lettre inferée dans le Mercure du
mois de Mai dernier entre les diffe.
rens jugemens qu'on en a déja porté , je
crois qu'il n'y a que le peuple , qui ,
voyant que l'endroit où le Tombeau a
été trouvé , n'eſt pas une terre fainte ,
ait pû imaginer que c'est celui d'un heretique.
Les perfonnes qui font tant foit
peu au fait de l'antiquité , ne peuvent
pas tirer une telle conclufion fur de fi
foibles indices . Il y a.eu des temps où
il étoit défendu d'inhumer les Fideles en
terre fainte . On voit dans l'Hiftoire Ecclefiaftique
quantité d'interdits jettez par
les Evêques en ce cas -là on inhumoit
les morts où on pouvoit . Lorfque Mau
1. vol.
rice,
DECEMBRE
1725. 2815
>
rice , Archevêque de Rouen , au treiziéme
fiecle , en jetta un fur tout fon
Diocèfe il défendit d'inhumer aucuns
Laïques en terre fainte , ni de laiffer
leurs corps fur aucun terrain qui eut été
beni , foit qu'on leur eut préparé des fepulcres
de pierre on de plâtre , ou un
tronc d'arbre creufé en forme d'auge ,
comme on s'enfert en Mofcovie , foit
qu'on eut feulement deffein de les expofer
fur les arbres d'un Cimetiere. ( a )
Lors donc qu'on trouve des Tombeaux
dans des lieux que l'on eft affuré n'avoir
jamais été benis , il n'en faut pas conclure
que ce ne foient pas des fepultures
de Chrêtiens ni de Catholiques. IL
y a peu de pays où il n'y ait eu des interdits
felon la mode de ces temps là , &
ils duroient quelquefois un grand nombre
d'années. Il a pû y en avoir fur le
>
( a ) Interdicimus omnia cimeteria ... inhibentes
fub poena excommunicationis ne aliquis
prafumat in eis corpora fepelire , vel in
terra , vel fuper terram in plaftro vel in
trunco vel lapide , vel aliocunque modo , aut
etiam ponere fuper arbores Cimeterii , nififuevint
corpora Religioforum vel Clericorum Spicileg.
Tom. 2. pag. 522. & 821. Cet interdit
dură un an dans tout le Diocèfe de Rouen.
Nous en avons eu un dans le Diocèfe d'Auxerre
, fur la fin du douzième fiecle , qui dura
quinze ans.
1. vol.
ter-
Cy
2816 MERCURE DE FRANCE
territoire où eft Barfac , comme il y en
a eu ailleurs : & en ce cas , le lieu où
le tombeau fe rencontre , n'eft pas une
preuve fuffifante qu'il foit d'un heretique
. Il peut auffi fort bien être celui
d'un Catholique , fans qu'il s'enfuive delà
que ce foit celui d'un Saint , comme
d'autres l'ont pû croire. Mais il yyaa,, à
mon avis , plus de vrai-femblance que ce
n'eft aucunement le Tombeau d'un Chiétien.
Je regarde la fituation des pieds du
côté de l'Orient , comme un figne trèséquivoque
en faveur du Chriftianifme.
En effet , fi elle étoit décifive , on n'exigeroit
point d'autres marques de Chrif
tianifme dans les Tombeaux que l'on
trouve à Rome & aux environs fur
cette fituation feule on décideroit que
tel ou tel Tombeau feroit d'un Chrétien.
Cependant le fçavant Pere Mabillon
nous apprend qu'il faut des indices plus
pofitifs , comme des figures de l'Hiftoire
facrée , des colombes , des agneaux , des
anchres , ou femblables fymboles ; & que
fans ces marques la fituation des pieds
d'un Tombeau du côté de l'Orient eft
و
fort équivoque. ( a) Comme c'étoit l'ufage
chez les Romains , depuis qu'ils
eurent ceffé de brûler les corps , auffibien
que chez plufieurs peuples de la
( a ) Epift. de cultu SS. Ignotor. Num. II
1. vol.
Grece,
DECEMBRE 1725.
2817
Grece , de placer les têtes des défunts dans
la partie occidentale du Tombeau , &
les pieds dans la partie orientale , la difpofition
du Tombeau de l'inconnu qu'on
a marqué être telle , n'eft aucunement
décifive en faveur de fon prétendu Chrif
tianifme .
Il eft fâcheux pour la fatisfaction des
peuples des environs de Bourdeaux ,
qu'au lieu de trouver dans les circonſtances
qui accompagnent cette découverte ,
des indices de Chriftianifme
, on n'y
trouve que des marques de funerailles
conduites par les Payens . Ce fable fin ,
dont le Tombeau étoit plein , me paroît
defigner un Rit du Paganifme , & même
un Ritaffez bizarre & particulier. Quoiqu'il
femble que les Chrétiens euffent
adopté les ufages des Payens , & les euffent
feulement fanctifié par la priere &
le changement d'objet ; il eft cependant
conftant , qu'ils ne les adopterent point
tous . Il est vrai qu'en Occident ils imiterent
ce qu'ils avoient trouvé en ufage
à Rome touchant la fituation des fepultures
; & même felon quelques anciens.
Ecrivains , ils y furent déterminez par la
reffemblance de cette fituation avec celle
de Jefus Chrift dans le tombeau. Mais ils
fe donnerent bien de garde d'imiter la
terra gravis des Idolâtres , parce que les
1. vol.
Cvj Payens
2818 MERCURE DE FRANCE.
"
Payens de Rome & d'ailleurs n'ufoient
de cette ceremonie que fur les corps de
ceux à qui ils fouhaitoient du mál . On
voit dans Tertullien , que c'étoit une imprécation
qu'on faifoit fur le tombeau de
ceux dont on vouloit fe venger. ( a ) La
formule fit tibi terra levis étoit pour les
amis , pour ceux de qui on tenoit quelque
bienfait. On fouhaitoit que leurs
corps ne fuffent point preffez ni accablez
par la terre. Il y avoit encore d'autres
expreffions affez fynonymes , que
l'on entrevoit dans les Poëtes Romains
du fiecle d'Augufte : ( b ) Virgile les a
defignées par ces mots de fon fecond Livre
de l'Eneïde , placidâ compofiti in pace
quiefcant. Les Chrétiens ont fuivi ou
imité cette derniere formule , parce qu'elle
s'accorde avec la charité , qui doit
animer toutes leurs ceremonies . Mais
comme leur caractere a toûjours été d'aimer
leurs ennemis , il eſt certain qu'ils
n'ont jamais emprunté des Payens l'im-
( a ) Quid? quod ut fentienti maledicis fi
cujus Memoriam cum alicujus offenfa morfu
facis , terram gravem imprecaris & cineri pe-,
nes inferos tormentum : aque ex bona parte ,
cui gratiam debes , offibus & cineri ejus refrigerium
comprecaris , & ut bene requiefcat
apud inferos cupis . Tertull. de Teftimonio animæ
, cap. 4.
(b ) Tibulle , Ovide , & c
3. vol.
precation
NOVEMBRE 1725. 2819
precation que ceux - ci faifoient aux corps
des perfonnes dont ils prétendoient avoir
reçû quelque offenfe. Je ne fçai fi je
me trompe , en croyant que l'inconnu
de Barfac a pû fe trouver dans cette conjoncture
; & que non feulement on lui
fouhaita terram gravem , mais même
qu'on mit la chofe en pratique à fon
égard. Je ne dis point ceci pour rappro
cher de notre temps la conftruction du
Tombeau en queftion c'eft au contraire
pour la rendre plus ancienne. Lorfqu'on
voit en afage une formule de ceremonie
qui indique une action , il eft
à préfumer que primitivement l'action
fe pratiquoit à la lettre ; & que dans la
fuite étant devenue trop difficile , on n'en
a retenu que la forme. On a dans les
ceremonies de l'Eglife , des exemples familiers
de cette transformation de quelques
pratiques réelles & effectives , & de
pures formules.
Il eft vrai qu'on a pû avoir agi par
differens motifs , lorfqu'on a enfoncé fi
avant dans la terre le corps de cet inconnu
fi la raillerie qu'on trouve dans
Martial , ( a ) peut fervir de fondement
à quelque conjecture , il femble que chez
Ies Romains on fouhaittoit quelquefois
aux défunts , par efprit ' d'impieté, ter-
( a ) Lib. 9. in Epitaph. Philanis .
1. vol.
ram
2820 MERCURE DE FRANCE .
-
+
ram levem , afin que les chiens puffent
avoir plus aifément les os de celui à qui
on vouloit du mal. Si c'eft pour être fouftrait
aux dents des chiens , que le corps
de l'inconnu a été placé fi avant dans la
terre , il en faut tirer une conclufion
toute contraire à celle que j'ai tirée d'abord
, & avouer que bien loin d'avoir
été un fujet d'averfion , c'étoit parce qu'on
l'aimoit , qu'on avoit enfoüi fon corps fi
profondément dans la terre , & parce
qu'on appréhendoit que fes Manes ne
fulent inquiétez. Mais n'étoit- ce point
plutôt un homme qui s'étoit rendu formidable
, dont on auroit ainfi caché le
corps , dans l'appréhenfion que fes Manes
ne continuaffent à porter préjudice
au public , comme il faifoit de fon vivant
, fi fon cadavre n'étoit mis bien
avant dans la terre ? Il femble que ce
fut pour cela qu'on remplit de fable la
cavité du fepulcre autant qu'il fut poffible
. Que fçait - on fi les Idolâtres du
lieu n'avoient point fait confommer fes -
chairs par des animaux , comme c'étoit
la pratique de quelques Peuples , &
comme Ciceron dit que cela s'obfervoit
parmi les Mages , ( a ) afin que dans
( a ) Magorum mos eft , non humare corpo- .
ra fuorum , nifi à feris fint antea laniata. In
I. vol.
le
DECEMBRE 1725. 2821
1
le Tombeau qu'on devoit remplir de lable
, il ne fe trouvât jamais aucun vuide
? Il eſt évident , que s'ils euffent mis
dans le tombeau le corps revêtu de fes
habits & de fes chairs , le fable qu'ils y
ajoûterent fe feroit trouvé infuffifant dans
la fuite pour remplir le vuide de ce
tombeau , à moins qu'on ne préfumât ,
que pour y fuppléer , il en dût entrer
par les jointures des rebords , ce qui
n'eft gueres probable , felon le recit de
M. de Coutures. Comme ce curieux
eft témoin , que toute la capacité du tombeau
étoit pleine de ce fable , & que cependant
il étoit fermé , pour ainfi dire ,
hermetiquement , on peut conclure avec
affez de vrai - femblance le fable y
avoit été mis à deffein . Les offemens du
défunt étant chargez & opprimez , fon
ombre devoit en fouffrir extrêmement
felon l'opinion des Payens, ( a ) C'étoit
comme fi le fepulcre eut été enchanté.
On s'imaginoit de la part des Manes
, ce que Quintilien a dit dans une
de fes Déclamations touchant un fepulque
Hircania plebs publicos alit canes , optimates
domefticos ; nobile autem genus canum illud
fcimus effe , fed pro fua quifque familia parat
, à quibus lanietur. Cic. lib . 1. Tufculan.
quæft. ad fin.
( a ) Propert. lib. 4.Eleg. s.
.1 . vol .
cre
2822 MERCURE DE FRANCE.
cre , où les Magiciens avoient lié l'ombre
d'un jeune homme mort , qui aupa
ravant venoit toutes les nuits dans la
maifon de fon pere , & apparoiffoit à fa
mere en la même forme que s'il eût été
vivant. ( a ) On fe figuroit que l'ombre
faifoit toutes les nuits des efforts violens
pour repouffer le poids immenfe de la terre
qui comprimoit les os , & qu'elle
étoit dans le dernier étonnement de ce
qu'ayant pu auparavant fe tranſporter jufques
dans le fond des enfers , elle fe
voyoit reflerrée dans un fepulcre profond
, d'où elle ne pouvoit le faire aucune
ouverture pour le produire comme
auparavant , vers ceux avec qui elle avoit
à faire.
En effet , lorsqu'un mort étoit du nombre
de ceux qui avoient merité l'indignation
du peuple , il n'y avoit point de
malheur qu'on ne ſouhaitât arrivér autour
de fon tombeau , afin qu'il fe trouvât
accablé de ruines & d'immondices ,
outre le fardeau des terres qui le cou
( a) Nunc barbaro carmine gravem terram
totis noctibus pulfat : & impofitum fibi fepulcrum
quod non poffit evolvere , qua folebat ipfos
difcutere inferos , Umbra miratur. Quintil.
De clamat , X. Et plus bas : Queritur folitò
terram graviorem , utique cum fentit veniffe
noctem , quando Umbra feliciores dimittuntur
ad matres.
I. vol. wroit.
DECEMBRE 1725. 2823
vroit. On fouhaitoit qu'il crût promptement
des ronces & des épines ( a ) autour
de ce tombeau , & en particulier des
figuiers fauvages , ( b ) afin que leurs
racines , qui font fort fpacieufes , puffent
faire tomber les petits murs qui environnoient
le lieu de la fepulture , & que
l'ombre abandonnât la place , ou qu'elle
fut retenue captive dans le fond du tombeau.
Ceux qui pouvoient atteindre le
lieu fous lequel repofoient les os du défunt
, marchoient deffus avec indignation,
& le fouloient des pieds , ( c ) pour faire
de la peine aux Manes du défunt : ceux
qui ne pouvoient y atteindre des pieds ,
y jettoient des pierres , ( d ) avec les imprécations
dont une telle action peut être
accompagnée. ( e )
Je m'apperçois , Monfieur , qu'infenfiblement
ma lettre devient un peu lon-
( a ) Turneb. lib. 23. cap. 7. ex Propertio ,
Eleg. s .
(6 ) Britannic, in Juvenal. Satyr. X, & Turneb,
fuprà.
(e)Propert. lib. 2. Eleg. 7.
(d ) Idem lib . 4. Eleg. 4.
(e)Jam tua qui Venerem docuifti vendere primus
,
Quifquis es , infelix urgeat offa lapis.
Tibull. lib. 2. Eleg. 4.
I. vol.
gue,
2824 MERCURE DE FRANCE.
gue ; mais comme je veux menager vôtre
attention je réſerve à une autre fois
ce que j'ai à vous dire au fujet de la matiere
du tombeau , cela me donnera occafion
de faire mes remarques fur quelques
ceremonies Ecclefiaftiques . Je fuis
toûjours très-parfaitement , Monfieur ,
vôtre , & c.
A Auxerre ', ce 23. Avril 1725 .
XX : XXXXXX : XXXXXXX
ODE envoyée à M. de Voltaire en 1721 .
E plaifir de re connaître ,
Eft un bien qui m'eſt certain ;
Mais ce moment qui doit naître ,
Quoique fur , eft loin peut être ,
Et j'ai la plume à la main.
Pardonne donc à ma Lyre,
Ces impatiens accords ,
Soumis au Dieu qui m'inſpire ,
Tu fçais avec quel empire
Il fait regner fes tranfports.
1. vol..
InconDECEMBRE
1725. 2825
Inconnu rien ne m'engage
A trahir la verité ;
Au moins , avec cet hommage
Tu recevras l'avantage
D'en voir la fincerité.
Dans l'aimable folitude
Que tu fçûs fi bien choifir ,
Souftrait à l'inquiétude ,
Qui rend nôtre fort fi rude ,
Quels foins flattent ton loifir ?
Ami du plaifir facile ,
Fait pour de plus doux penchans ,
Tu fuis la peine fterile ,
De chaffer de fon azile ,
L'Hôte timide des champs.
Du fein des eaux fur la rive
Entraînes-tu les poiſſons ?
Ou d'une main attentive ,
Surprends tu la troupe oifive ,
Que trahiffent les buiffons?
I. vol.
Non,
2826 MERCURE DE FRANCE
Non , c'est une ardeur plus pure ,
Qui t'attire au fond des bois ;
Là ta main hardie & fure ,
Peint à la race future
Le modele de fes Rois.
Pourfuis , plein de cette yvreffe
Qui s'empara de tes fens ,
Quand ta Lyre enchantereffe ,
Ofa ravir à la Gréce
La gloire de nôtre encens .
Trace une immortelle hiftoire ,
Qu'Henry revive aujourd'hui ,
Le Ciel te doit à fa gloire ,
Et tu dois à ta memoire ,
Des accords dignes de lui ,
Par le Chevalier de Clairac , Capitaine
d'Infanterie , Ingenieur des Armies du
Roi.
py
1. vol. REDECEMBRE
1725. 2827
RELATION de l'arrivée en France
de quatre Sauvages de Mifficipi , de
Leur fejour , & des audiences qu'ils ont
eues du Roi , des Princes du Sang , de
la Compagnie des Indes , avec les complimens
qu'ils ont faits , les honneurs &
les prefens qu'ils ont reçûs , &c,
CE
Es quatre Sauvages n'étoient pas
les feuls qui devoient paffer en
France. Les Commiffaires Regifleurs de
la Compagnie des Indes , avoient donné
ordre à la Loüifianne de faire venir tous
les Chefs des plus confiderables Nations
du Mifficipi pour leur donner une idée
de la grandeur du Roi , & de la magnificence
de fon Royaume.
Le Chevalier de Bourgmont , Commandant
fur la riviere du Miffoury , fur
ces ordres,avoit affemblé quinze ou feize
Sauvages de differentes nations du Miffoury,
quatre Chefs Ilinois étoient defcendus
fous la conduite du R. P. de Beaubois
, Jefuite , Superieur General des
Miffions de fa Compagnie à la Loüifianne
, & Grand Vicaire de l'Evêque de
Quebec. Ce Pere repaffant en France.
pour les affaires de fa Miffion , & pour
I. vol.
faire
2828 MERCURE DE FRANCE
faire une recruë de Miffionnaires François
; il étoit outre cela chargé de la pa
role du Grand Chef des Ilinois ; les Commandans
François n'ayant pas voulu qu'il
quittât fa nation qu'il maintient dans le
devoir à l'égard du Roi. Ce Grand Chef
écrivoit au Roi, & lui faifoit des prefens
par les mains de ce Jefuite.
Tous ces Sauvages au nombre de 22 .
fe rendirent à l'Ile Dauphine , où le faifoit
leur entbarquement ; mais le Navire
ayant été englouti en un inftant lorfqu'on
fe mettoit en devoir d'appareiller,
les Sauvages qui en furent témoins , &
qui étoient prêts d'y entrer , perdirent
courage pour la plupart , & s'en retournerent
, à la réserve d'un Ilinois qui ne
voulut pas quitter le P. de Beaubois , &
trois autres , l'un Miffoury , l'autre Ozage
, & le troifiéme Octotata , lefquels
continuerent de fuivre le Chevalier de
Bourgmont. Ils s'embarquerent dans un
autre Vaiffeau , & arriverent enfin à Paris
le 20. Septembre dernier .
Le 27. Septembre les nommez Menfperé
, Chef Miffoury , Boganienhin ,
Chef Ofage , Aguiguida , Chef Otoptata,
fuivis d'Ignon Ouaconifen , fille d'un
Chef Milfoury , & d'un Efclave nommé
Pilate , de la Nation Atanana , vinrent à
I. vol.
·la
DECEMBRE 1725. 2829
la Compagnie des Indes , prefentez par
M. de Bourgmont.
Ils étoient en habit de ceremonie de
leur pays , c'eft - à- dire , nuds , tout le
corps barbouillé de differentes couleurs ,
ayant en tête un bonnet de plume , &
pour couvrir leur nudité , un morceau
d'écarlatte paffé dans une ceinture.
Ils avoient à la main des arcs & des
fléches , & celui qui marchoit le premier
portoit une longue pipe qu'ils appellent
Calumet , d'où pendoit un ornement de
plumes de differentes couleurs , dans la
même forme que les banderolles des
Trompettes . Ce même Sauvage étoit
chargé de porter la parole pour tous.
M. le Contrôleur General les reçût ;
& après les avoir examinez , le harangueur
débita fon Difcours avec des efforts
étonnans , tant de la poitrine que du refte
du corps pour le mieux faire eatendre ;
de forte qu'en peu de temps il devint en
fueur & enroué au point que la parole
lui manqua tout d'un coup .
M. de Bourgmont qui lui fervoit d'interprette
dit que fon Difcours contenoit
en fubftance ; qu'il n'avoit point hefité
d'abandonner les terres & fa famille pour
obéir à l'ordre du Grand Chef des François
, que les rifques d'un fi long voyage
ne lui avoient point fait peur , & qu'il
I , vol.
étoit
2830 MERCURE DE FRANCE .
étoit fi content de ce qu'il avoit déja vû
en France , que quand il devroit mourir.
dans le moment , il feroit fatisfait , mille
vies comme la fienne ne pouvant payer
fa fatisfaction .
Le 28. Septembre Agapit Chicagou ,
Chef des Metchigamia , une des Nations
Ilinoifes , vint à la Compagnie des Indes
, amené par le R. P. Beaubois , Superieur
des Miffions de la Compagnie de
Jefus à la Loüifiane . Ce Sauvage eft trèsbien
fait , mais il n'a pas ceffé d'être malade
depuis fon arrivée en France .
Ces Chefs de Nations ont été demandez
, comme on l'a déja dit , pour leur
faire voir la France , leur faire connoître
par eux - mêmes la magnificence
du Roi , & la puiffance des François,
Ils font chargez de paroles de la part
de leurs Nations.
On leur a fait voir ce qu'il y a de curieux
à Paris , & ce qu'ils y ont de plus
particulierement remarqué , font les
chaudieres & les broches de la cuifine
des Invalides , lefquelles étoient fi bien
garnies , qu'ils demanderent s'il y avoit
alfez de guerriers pour manger toutes ces
viandes ; ils ont cependant vû l'Opera
avec une grande admiration ; ils le frottoient
les mains de joye , & fe tiroient
les uns & les autres pour marquer les
1. vol.
choDECEMBRE
1725. 2831
chofes qui les furprenoient le plus . Enfin
lorfqu'ils virent baiffer la toille , ils
tomberent dans une grande confternation ,
& demanderent en fortant s'ils pourroient
voir les mêmes chofes le lendemain .
Le 17. Octobre ils furent conduits à
Verſailles , où l'on fit jouer les eaux
pour eux ; le 18. ils virent tout ce qu'il
a de curieux , tant dans ce lieu qu'à la
Menagerie & à Trianon , & le 19. on
les mena à Marly , où ils virent auffi les
appartemens , les jardins , jouer les eaux
& la machine . Leur étonnement fur les
belles chofes qu'ils y ont vues eft inexprimable
; ils demanderent fi c'étoit des
hommes qui avoient fait la grande Galerie
à Versailles , & ils étoient fort inquiets
dans les jardins de fçavoir comment
les animaux & les oifeaux pouvoient
jetter de l'eau , les uns par la
gueule , & les autres par le bec , ne
voyant point les tuyaux qui conduifoient
l'eau.
Le 8. Novembre les quatre Chefs &
la Sauvageffe furent prefentez par leurs
conducteur & interprete à la Compagnie
dans le temps que l'affemblée de l'adminiftration
alloit fe tenir.
Le Chef des Ilinois , comme Chrétien
, & ancien allié des François , prefenta
le premier fa Harangue , traduite
1. vol. Den
2832 MERCURE DE FRANCE.
en François , à M. le Contrôleur General ,
& le Chef Miffoury prefenta auffi celle
qu'il avoit compofée , avec les deux autres
Chefs , au nom de leurs trois Nations.
Le Secretaire de la Compagnie en fit
lecture.
HARANGUE DE L'ILINOIS
à la Compagnie des Indes.
A Robe noire me dit que vous êtes
Ldes confiderez de la Nation Françoise,
дне le Roi a fait Grands Chefs du Miſſicipy
; je fuis honteux d'être fi petit par
rapport à vous ; quoique je fois Chef de
mon Village , & confideré dans ma Nation,
je ne fuis rien , mais j'aime la priere &
Les François ; ainfi vous devez m'aimer &
aimer ma Nation qui a toûjours été alliée
des François.
Les François font avec nous , nous leur
avons cedé la terre que nous occupions aux
Cafcakias ; nous en fommes bien aifes ,
mais cela n'eft pas bien , qu'ils viennent
fe mêler avec nous , & fe mettre au milieu
de nôtre Village & de nos deferts. Mapenei
La Robe noire eft le nom que les Sauvages
donnent aux Jefuites , celui dont il eft
queftion ici , eft le Pere de Beaubois. F
J. vol.
fea
DECEMRE . 1725.
2833
fee eft que vous qui êtes les Grands Chefs
vous nous laiffiez maîtres de la terre où
mus avoit placé nôtre feu.
Je fuis venu ici pour voir le Roi au nom
de ma Nation & de mes jeunes gens . Quand
eft - ce que je le verrai ? Toutes les belles
chofes queje vois c'est fans deffein, fi je ne
vois pas le Roi , nôtre veritable pere , &
le vôtre , & fi je n'entends pas fa parole
pour la reporter à mes jeunes gens .
J'étois mort ces jours paſſe , maintenant
je revis , parce que l'on a eu grand foin
de moi , je vous en remercie , & j'espere
que vous continuerez. Enfin,puifque vous
êtes nos Chefs; parlez-moi bien ; faites que
mes jeunes gens foient contents lorsque je
les reverrai , & qu'ils voyent que vous
avez le coeur bien fait à notre égard. Voilà
ce que j'avois à vous dire , moi vôtre
fils & l'ami des François , CHICAGOU.
Après cette lecture M. le Contrôleur
General fit lire la réponse à cesHarangues,
laquelle fut compofée dans le même efprit
qu'il convient de parler à ces genslà
pour en être bien entendus par la bouche
de leurs Interpretes : il en donna copie
à chacun des Chefs Ilinois & Mif
fouris.
Enfuite il leur fut délivré les prefens
de la Compagnie , qui confiftoient en un
I. vol.
Dij ha2834
MERCURE DE FRANCE
habillement complet à la Françoife , compoté
d'un habit bleu avec des agrémens
d'argent en boutonnieres , de veftes d'écarlatte
bordées d'argent , culotte & bas
rouges , chapeau bordé d'argent , avec un
plumet , aux uns rouge , aux autres bleu
fix chemifes garnies , fix cols , & c.

Un habillement fauvage confiftant en
une couverte de drap de cinq quarts en
quarré , bordée d'un galon d'argent à
deux doigts au - deffus des lizieres que
l'on y avoit laiffées , parce que c'eft un
ornement pour les Sauvages ; un braguet
qui eft un quart d'aune de drap écarlatte ,
orné d'un galon d'argent au- deffus de
la liziere ; ils s'en fervent pour couvrir
leurs nuditez.
Et une paire de mitaffe , qui font des
chauffes de drap , moitié bleu , & moitié
rouge , elles montent jufqu'au haut des
cuilles , & tiennent par des cordons à
leur ceinture.
L'habillement de la Sauvageffe étoit
compofé d'une robe de damas couleur de
feu avec des fleurs d'or , d'un jupon de
la même étoffe , d'un panier , de deux
corfets , de fix chemifes garnies , de fix
paires d'engageantes, point de garnitures ,
parce qu'elle a toûjours la tête nuë . De
rubans , or , argent & unis , d'une paire
de bas de foye , & c ,
J, vol.
HARAN
DECEMBRE 1725. 2835.
HARANGUE A MESSIEURS
de la Compagnie des Indes , par les
Chefs des Nations Miffoury , Ofages
& Otoptata.
Im
Ly a douze Lunes entieres que nous
fommes partis defur nos terres pour nous
rendre ici , il est mort un de nos Chefs en
chemin , les autres ont relâché du bord
de la Mer.
L'on nous a fait entendre que le Roi &
la Compagnie demandoient quelques - uns
de chacune de nos Nations , nous fommes .
ici devant vous fans fçavoir ce que vous
fouhaitez de nous.
Nous fommes honteux de voir nôtre parole
nuë , nous apportions avec nous quelques
peaux & travaux de nos femmes , ce
que vous n'auriez pas fort eftimé , ayant
en abondance des chofes plus belles & de
confequence , tout a peri dans le premier
Vaiffeau où nous devions paffer.
Nous ne pouvons affez admirer les
belles chofes que nous voyons tous les jours ,
que nous n'oublirons point, cela réjouira
tous ceux à qui nous le raconterons .
Nous fommes très - contents du traitement
que l'on nous a fait depuis que nous fommes
arrivez fur cette terre , nous n'avons
3
1. τοί. Dij 77.es
2836 MERCURE DE FRANCE.
pas été de même avant d'y être.
Nos anciens , chacun pour fa Nation,
nous ont enjoint & chargé de vous reprefenter
leurs demandes .
1° Ils vous reprefentent de ne les pas
abandonner , & demandent des François ,
tant pour maintenir l'union que pour fournir
à leurs befoins .
2 ° Qu'il n'y a jamais eu chez eux perfonne
pour les inftruire à prier , qu'un Colet
blanc qui y eft venu depuis peu dont
ils font contents ; ils vous prient de leur
en envoyer.
*
30 Ils vous prient de nous renvoyer
chargez de vôtre parole : ils regardent tous
de ce côté-ci pour nous revoir.
4° Les François nous ont appris que
vous déliberez dans tout ce pays, & que
les magafins qui y font , font à vous : nous
fommes entre vos bras , déliberez de nos
corps.
REPONSE de M. le Contrôleur
General , prononcée par le Secretaire
de la Compagnie . Ecoutez Ilinois ,
Miffoury , Ofages & Otoptata.
J
E fuis bien aife que vous ayez écouté
la parole de la Compagnie ; je vous vois
Ici avec plaifir ; la Compagnie vous aura
Ils appellent Colet blanc un Miffionnaire
des Miffions Etrangeres .
2
I. vol.
to njours
DECEMBRE 1725. 2837
toujours prefents devant fes yeux ; elle fe
fouviendra de vos paroles.
Elle fçait Ilinois , que vous êtes un
homme de la priere ; elle compte que vous
Miffoury , vous Ofages , vous Otoptata
écouterez les paroles des Miſſionnaires qui
vous feront envoyez.
Vous avez va ici le nombre d'hommes
aufquels le grand * Onontio commande
vous avez connu fes rich :ffes & fa magnificence
par fes maifons &jardins où vous
avez été.
C'est à ce grand Onontio que nous
obéiffons tous ; il eft vôtre pere , & le Commandant
de la Loüifianne eft fon interprete
il a allumé le feu de fon confeil à
la nouvelle Orleans ; c'eft, delà d'où doivent
venir toutes vos pensées ; n'écoutez
point d'autres paroles que celles qui vous
feront dites de cet endroit ; ce feront celles
du grand Onontio ; c'est en les écoutant
que les chemins feront libres , & que vous
ferez de bonnes & heureufes chaffes.
La Compagnie qui vous aime , & qui
vous porte dans fon fein , vous donne du
tabac pour vous tenir le coeur en joye , dif
fiper les nuages qui pourroient être dans
vôtre efprit, & vous tenir contents juſqu'à
vôtre départ. Elle vous donne auffi des
habillemens pour vous vêtir ici , & d'au-
Le Roi. ་
;
1. 201 . Diiij
tres
2838 MERCURE DE FRANCE.
tres à la mode de vôtre Nation ; elle en
donne auffi pour la femme Chef qui eft
venue avec vous.
Dans la premiere audience que les
Sauvages eurent de la Compagnie dés
Indes , il n'y eut que l'Ilinois qui parut
en habit de Sauvage , les trois autres
étant habillez à la Françoife. Leurs Harangues
y furent lûes publiquement ,
telles que le Chevalier de Bourgmont &
le P. de Beaubois les avoient interpretées.
L'Ilinois attira plus d'attention que
les autres , foit par fon habillement fau-.
vage , foit parce qu'il eft Chrétien , &
qu'il eft prefenté par un Miffionnaire.
Le 22. Novembre ces Sauvages partirent
pour Fontainebleau. Le 24. ils
furent conduits chez tous les Princes ,
Princeffes , & autres Seigneurs & Dames
de la Cour qui s'emprefferent de
voir des homines Sauvages , qu'ils furent
furpris de trouver auffi plein d'efprit &
de bon fens que les hommes ordinaires.
Le foir M. le Contrôleur General
les prefenta au Duc de Bourbon : l'Ilinois
harangua en ces termes felon l'interpretation.
1. vel.
GRAND
DECEMBRE 1725 .
2839
GRAND RAND CHEF , MON PERE .
Je fçai que vos Peres étoient de grands
Chefs , & de grands Guerriers qui ont
rougi fouvent leurs caffe - têtes du fang des
ennemis des François . Vous , vous n'avez
point aujourd'hui ce caffe- tête à la main
comme eux , parce qu'il n'y a point d'ennemis
; mais vous avez donné aux François
leur veritable Mere , qui eft au deffus
de toutes les femmes Chefs du monde. C'eft
plus que de frapper fur l'ennemi. Je fçai
encore que le Pere des François vous aime ,
qu'il vous confie fes enfans , & qu'il écoute
vos paroles. Apprenez lui donc toujours à
être veritablement le Pere des François &
le nôtre : faites qu'il penfe à nous , & qu'il '
nous aime moi & ma Nation . Vous même
aimez- nous autant que je vous admire
& votre penfee fera que vous ne nous aimerez
jamais trop..
Le Duc de Bourbon répondit à l'Ilinois.
qu'il étoit bien obligé de l'idée avantageufe
qu'il avoit de lui , & qu'il ne pou
voit mieux répondre à fon compliment
qu'en l'affurant qu'il le regardoit luis
même comme un Chef & un grand Guerrier
, & en lui promettant de faire enfortequ'il
s'en retournât content , & plus
1. vol. Dy
atta2840
MERCURE DE FRANCE.
attaché que jamais à la Nation Françoife.
S. A. S. reçût enfuite les complimens
du Miffoury , de l'Ozage , & de l'Otoptata
; & après avoir répondu à tous d'une
maniere gracieuſe , il leur promit de les
préfenter le lendemain au Roi au retour
de la chaffe . Il eut effectivement la bonté
de le faire , & les introduifit tous habillez
à la Sauvage dans le Cabinet du
Roi. Le R. P. de Beaubois eut l'honneur
de haranguer le premier S. M. en lui
préfentant le Chef Ilinois & la lettre du
grand Chef.
HARANG UE A U ROY,
du Pere de Beaubois , Jefuite .
SIRE,
Ce Sauvage , qui a l'honneur de paroître
devant VOSTRE MAJESTE” , n'eſt
point un homme du commun ; cependant ,
quoique Chef de fon Village , & un des
plus confiderez de fa Nation , il n'a rien
de cet éclat ni de cette grandeur qui environnent
les Princes , & qui les rendent fi
respectables aux Peuples qui leur fontfoû-.
I. vol.
miss
DECEMBRE 1725. 2841
>
mis ; mais qui font inconnus aux Nations
de l'Amerique. Au refte , ce que
VOSTRE MAJESTE estimera , fans
doute dans lui, c'est que cet Indien ,
né , pour ainfi dire , dans un autre monde
, & élevé au milieu desforefts , ait pû
concevoir une affez haute idée de Vôtre
Suprême Grandeur , pour defirer ft ardemment
de l'envisager de plus prés , &
de lui venir faire hommage. Un trifte
nauffrage , qui a déconcertéceux qui l'accompagnoient
, ne l'a point intimides &
depuis qu'il eft en France , la vûë¯de ce
qui fait l'étonnement de tous les Etrangers,
n'a fait qu'augmenter en lui l'empreffement
qu'il avoit de voir le Monarque
fi puiffant Empire. Le plus confiderable
Chef de toute la Nation Ilinoife a mille
fois envié le bonheur de celui - ci , comme
il le dit lui même à VOSTRE MAJESTE'
d'une maniere fi ingenieufe , & mille
fois il a regretté , pour ainfi dire , d'être
fi neceffaire dans fon Pays à la Nation
Françoife. Daignez , SIRE , recevoir
avec bonté la lettre qu'il ofe écrire à
VOSTRE MAJESTÉ' , & lui répondre
favorablement.
1
d'un
Pour moi , SIRE , je m'eftime trop
heureux d'approcher aujourd'hui de vôtre
Trône, & d'y être témoin des merveilles
que la France admire dans votre Perfon .
1. vol.
ne C vj
2842 MERCURE DE FRANCE.
la
ne facrée. Permettez- moi , SIRE , de
demander à VOSTRE MAJESTE' fa
Royale protection pour les Miffions de la
Louifianne ; cette vafte Province , où l'orz
ne sçauroit trop les multiplier pour le bien
de vôtre Colonie , pour procurer à tant
de Nations fauvages qui l'habitent , la
connoiffance du vrai Dien. LOUIS le
Grand , de glorieufe memoire , fe fit tojours
un plaifir de proteger ceux que
Providence honore d'un fifaint Miniftere,
& de marquer par là le zele qu'il avoit
pour la propagation de la Foi : Heritier
de fes heroiques vertus , comme vous l'étes
de fon fuperbe Diadême , SIRE ,
faites éclater le même zele qui ne peut que
vous êtreinfinimentglorieux. Nous avons
droit, ce femble , de l'attendre de vôtre pieté
, qui a paru fi éminente dans le choix
que vous avez fait de la plus vertuense
Princeffe du monde , pour la placer à côté
de vous fur le plus augufte Trône de l’Vnivers.
PAROLE de Mamantoüenfa , Chef des
Ilinois Kaskakias.
1
Aujourd'hui le 12. Novembre 1724.
ledit Mamantoüenfa , accompagné de
tous les Confiderez de fon Village , eft
venu en prefence de M. de Boifbriant ,
I. vol.
pre
DECEMBRE 1725. 2843
premier Lieutenant du Roi , & Commandant
General de la Province , & de
M. du Tifné , Commandant aux Ilinois ,
charger le R. P. de Beaubois de la
Compagnie de Jefus , d'un Collier pour
prefenter au Roi , avec la parole fuivante.
SIRE , MON
PERE ,
,
Je ne fuis rien, & fi je te parle , ce
n'eft qu'au nom de toute ma Nation , &
particulierement de ceux que je regarde
pour mes Chefs ; mes Peres, mes Vieillards
me rendent hardi ; ils ont autrefois
écouté ta parole , & ce que j'ai à te dire,
c'eft , ce me femble , ton Pere , ton Ayeu !,
ton Oncle qui me le font dire ; c'est à eux
particulierement à qui j'ai obligation
d'être éclairé. Mon Pere , je fuis de ta
Priere , les Robbes noires m'ont inftruit ,
& ont inftruit mes Anciens ; mon Pere ,
c'eft à toi à me fortifier dans la Priere
mais ne fuis-je point honteux , après avoir
vú la Chapelle des Espagnols à Penfacole
, où j'ai aidé mon pere de Bienville dans
ta prife qu'il en a faite. Oui , mon Pere ,
je fuis honteux , c'est ce qui fait que je
te demande ouvertement , fois magnifique
dans nos Maifons de la Priere , dans celle
,
1. vol.
des
2844 MERCURE DE FRANCE.
des Metchigamias , dans celle des Kao
kias , & des Tamaroas , & dans la mienne.
Regarde toute ma Nation préferablement
à toute autre , puifqu'elle a l'avantage
d'étre attachée à la Priere ; envoyenous
des Robbes noires & des colets blancs,
ce font eux qui ont commencé à nous inf
truire , & tous mes parens Peorias , Tamaroas
, Kaokias , Metchigamias , Moingonans
,
&c.
Je te prie encore , mon Pere , de confir
mer ta parole , que m'a donné ici mon Pere
de Boisbriant. Il m'a promis qu'on ne
m'inquieteroitpas dans mon Village, qu'on
ne me le feroit plas changer, pour faire place
aux François , mes freres & mes gendres
tes enfans ; je me fuis retiré , mais je
crains encore ce changement ; le changement
nuit à la Priere , dérange mes jeunes
gens , la Robbe noire , qui fe laffe de
bâtir , n'eft pas prompte à nous fuivre ; nos
femmes & nos enfans en fouffrent ; c'est
pourquoi je fauhaite d'être le maître de la
terre de mon Village , & qu'on ne me parle
pas fi- toft de changement.
Fe defirois , mon Pere , t'aller voir moimême
, mais mes Peres de Boifbriant & du
Tifné qui tiennent ici ta place , m'ont dit
de refterpour maintenir mon Village , défendre
les Robbes noires , & le Village
1. vol.
FranDECEMBRE
1725. 2845
François contre les Renards tes ennemis
les nôtres .
La Robbenoire , Grand Chefde la Priere
, te porte mon collier , c'est lui qui me
rapportera ta réponse , & me ramenera
mes Chefs qui auront le bonheur de te
voir ; ils verront mon Pere de près le Soleil
, ce beau Soleil , qui fait croître nos
plantes. Pour moi , je reste comme dans
Les tenebres , je fuis petit , & ne puis
croître , que quand tu me feras fentir tes
rayons ; je defire d'étre éclairé , que mes
Chefs qui vont te voir reviennent contens
, que la Robbe noire , Chef de la
Priere , revienne me retirer de la honte
où je fuis ; que toute ma Nation dans les
differens Villages , fe fente de plus en plus
de ta protection. J'invoque fans ceffe le
grand Efprit pour toi , pour toute ta Cabane
, & tous ceux dont tu es le Maître.
Vis long-temps , fois , fi tu peux ,
plus grand Chef que ton Pere & tes
Ayeux : C'est fait , je fuis ton enfant , le
frere desFrançois, moi MAMANT OUENSA.
+
1. vol.
HA
2846 MERCURE DE FRANCE. 4
XX : XXXX
HARANGUE de Chicagou , Chef.
des Merchigamias.
AU ROY ,
Chef des Chefs mêmes , & Pere
des François.
Jfert,d'avoir quitté ma femme , mes
E ne regrette plus d'avoir tant foufenfans
, & toute ma Nation , parce que
je vois aujourd'hui le Pere de tous les
François au milieu de fes Chefs. Je fuis
Ch.f moi-même , & confideré dans ma
Nation ; mais je vois bien maintenant
que je ne fuis rien devant vous , à qui
obeiffent tant de Chefs , & autant de monde
qu'il y a d'arbres dans nos foreſts.
Je devrois craindre de vous parler , cependant
mon coeur fe raffure ; & voici ce
que je vous dis , SIRE , mon Pere.
Vous êtes comme un bel aftre qui fe leve
& qui brille dans un beau Ciel , où
il n'y a point de nuages , & j'ai autant
de plaifir à vous voir après un fi long
voyage , que nos femmes en ont dans un
printemps lorfqu'elles défrichent nos
Campagnes , de voir paroître le Soleil
*
1. vol.
après
NOVEMBRE 1725. 2847
après plusieurs jours de pluye. Echauffeznous
donc de vos rayons , moi & tous les
Ilinois mes freres . Nous aimons tous la
priere , nous avons le coeur François , &
nous voulons teûjours écouter vôtre parole.
Parlez quand vous voudrez , nous
obeirons . Les Renards font vos ennemis
comme les nôtres : eh bien ! commandez
que les François aillent avec toutes les
Nations frapper für eux , & moi Chicagou
, je leur montrerai le chemin , & je
leur apprendrai à lever des chevelures.
Ceft fait , multipliez- vous dans une nombreufe
pofterité qui foit femblable à vous.
Regardez- nous comme vos enfans , foyez
plus grand que vos Ayeux mêmes enfin,
que nos enfans , qui font dans le fein de
leurs meres , vous puißent encore appeller
leur Fere , lorsqu'ils feront dans une
extrême vieilleffe . Voilà comme vous parle
aujourd'hui vôtre fils Chicagon. '
3. vol. HA2848
MERCURE DE FRANCE.
HARANGUE des Chefs des trois
Nations Sauvages , Miffoury , Offage
, & Otoptata , amenez en France
par ordre du Roi.
GRAND IRAND CHEF DES FRANCOIS
1
Le Grand Efprit , Maître de ta vie ,
nous a conduit dans ton païs , & nous a
donné le courage de traverser les mers
pour te voir. Ton Nom feul nous étoit connus
nous reconnoiẞons aujourd'hui , par◄
ce que nous voyons que tu éclaire la terre
, ainfi que le Soleil , dont un rayon eft
tombé fur nous , lequel nous avons fuiviz
nous tremblons , & nos yeux n'ofent regarder
ton vifage ; tes Officiers & Soldats
nous font connoître avec quel foin ils gardent
ton corps nous remporterons dans
nôtre tête ta perfonne , ta magnificence , la
beauté de tes demeures , de tes Villages,
de tes terres , & la maniere dont nous aurons
été traitez , ce que nos Vieillards
attendent , en regardant du côté où nous
avons marché : nous fouhaiterions que leurs
yeux puffent voir jufqu'ici.
:
Nous te faifons offe de la part des
1. vol . trois
DECEMBRE 1725. 2849
trois Nations , de nos bras , armez de
fléches : l'arbre de paix , nous le planterons
où tu voudras ; ceux que tu voudras
feront à l'abri de nous nos terres font à
toi il y a long-temps , ne les abandonne
pas ; plantes -y des François , protege nous
comme tes veritables Soldats . & nous
donne des Colets blancs , Chefs de Priere
pour nous inftruire ; aye pitié de nous
ici & ailleurs , nous fommes entre tes bras
tu as le coeur grand ; nous mettons à tes
pieds nos Couronnes & les Calumets de
paix en gage d'alliance.
>
Les Sauvages ayant fait leurs complimens
, fe dépouillerent tous quatre de tout
leur affortiment de Chef & de Guerrier
, c'eft à -dire , de leur cafque de plumes
, qui n'eft pas le moindre de leurs
ornemens , & que tout le monde admiroit
, & de leur caffe- tête , de leurs arcs
& de leurs carquois , & e. Cet hommage
qui ne pouvoit être plus complet ni
plus foumis , accompagné de fermens au
nom de toutes leurs Nations , fut trouvé
d'un goût fingulier & nouveau , & on en
a fort parlé comme d'une chofe bien imaginée
& bien entendue. Le Roi fit paroître
dans cette occafion la vivacité
de fon efprit , & fon attention aux chofes
par mille queftions qu'il fit au P. de
1. vol.
Beau2850
MERCURE DE FRANCE
Beaubois & au Chevalier de Bourgmont
fur les manieres , les moeurs , & les differentes
Religions des Sauvages. On admira
fur tout l'excès de bonté & d'affabilité
, dont il faifoit l'honneur à ces deux
perfonnes de converfer avec eux pendant
plus d'une heure , en prefence de
tous les Seigneurs de fa Cour. L'audience
auroit même duré plus long - temps ,
fi le Roi n'avoit remarqué lui- même que
l'heure du Confeil étoit venuë . Sa Majefté
promit en particulier , qu'il feroit
enforte que des Nations qu'on lui affuroit
être fi dociles & fi traitables , ne
manquaffent pas dans la fuite de Miffionnaires
, qui profitaffent d'un fonds fi heureux
pour la Religion . Ces Sauvages eurent
l'honneur d'accompagner le Roi le
Mardi 27. à la chaffe du Lievre , Sa Majefté
ayant voulu leur procurer ce divertiffement
.
On devoit les conduire à l'Audience
de la Reine , qui fouhaitoit de les voir ,
mais le Roi ne jugea pas qu'elle dût les
voir dans leur alfortiment fauvage &
trop bizare. Elle vir feulement le P. de
Beaubois , qui eut l'honneur de l'entretenir
pendant une heure dans fon Cabinet
, avec le R. P. de Lynieres , Confeffeur
du Roi. Comblez d'honneurs , &
après avoir goûté tous les divertiffemens ·
1. vol.
de
DECEMBRE 1725. 2851
de la Cour par ordre de Sa Majefté , les
Sauvages allerent remercier M. le Controlleur
General le Jeudi 28. & M. le
Duc , que le Chef Ilinois complimenta
en ces termes .
>>
GRAND CHEF , MON PERE ,
Je viens avec empreffement vous
>> remercier , & vous dire que je m'en
» retourne content. C'eft fait , je fuis
» maintenant tout François , & il n'y
» aura plus deformais de difference en-
>> tre le coeur des François & le mien.
» Dites de ma part au Chef des Chefs ,
» le Pere des François , que ma pensée
>> eft , qu'il eft le plus beau , comme il
" eft le plus grand de tous les Chefs ;
foyez toûjours aimé de lui , & ne cef-
>> fez jamais de m'aimer , & d'aimer mat
>> Nation , qui aimera toûjours la Priere
» & les François .
S. A. S. répondit à cela . Perfeve
» rez toujours dans les beaux fentimens
» où vous êtes , & comptez que je ferai
» enforte que vous foyez auffi content,
>> lorfque vous ferez chez vous , que·
» vous l'étes ici , & que j'aurai toûjours
devant les yeux vôtre Nation & fes
>>> Chefs.
Les Prefents du Roi pour chacun de
1. vol.
ces
2852 MERCURE DE FRANCE
-
4
ces Sauvages , font fa Médaille avec une
chaîne d'or , un Fufil , une Gibeciere ,
une Epée , une montre , & un Tableau ,
dans lequel doit être reprefentée l'Audience
qu'ils ont euë du Roi , indépendamment
des prefents confiderables que
la Compagnie des Indes leur fera faire
à la nouvelle Orleans lorfqu'ils y feront
de retour , pour les diftribuer dans
leurs Villages.
>
Le Chef Ilinois avoit outre cela eu
l'honneur d'être prefenté en particulier
à leurs A. S. Monfeigneur le Duc d'Orleans
& Madame la Ducheffe d'Orleans.
D'abord M. le Marquis de Pons
l'introduifit dans l'Appartement de M.
le Duc d'Orleans , qu'il complimenta
de la maniere qui ſuit.
Compliment de Chicagou à M. le Dus
d'Orleans , & c.
GRAND RAND CHEF , MON PERE .
Je n'ai pas aßez d'esprit pour vous
louer comme il faut , car je fçais combien
vous êtes élevé au- deffus des François .
Mais je vous vois avec plaifir , & je
vous admire plus que je ne puis dire. Ce
que je vois de beau parmi les François me
I. vol,
frapDECEMBRE.
1725.
2853
frappe ; cependant cela me fait paroître
petit à mes yeux , & j'en mépriſe ma perfonne
, il n'en est pas de même de vous :
comme le Soleil communique fa chaleur à
ce qui eft expofe à fes rayons , vous qui
êtes grand, vous me faites grand aujourd'hui
je commence à m'estimer parce que
vous mefouffrez devant vous , & que vous
m'écoutez. Je fuis cependant honteux.
mon Pere , de vous parler fans deffein , &
contre nôtre coutume , mais je n'en ai pas
le coeur moins bien fait ; j'espere auffi que
vous n'en n'aimerez pas moins ma Nation
qui aime la Priere & les François. C'eſt
fait , je prie le grand Efprit que vous viviez
long-temps , que vous foyez toûjours
heureux , & que vous deveniez encore
plus grand Chef que vous n'êtes , parce
que je fuis votre fils.
CHICAGOU.
S.A. S. lui donna près d'une heure d'au
dience , pendant laquelle ce grand Prince
en s'informant des moeurs des Sauvages
, parut en être auffi inftruit que le
P. de Beaubois qu'il interfogeoit fur tout
ce détail , & qui étoit furpris de fe voir
prévenu dans prefque toutes fes réponfes
. De l'appartement de M. le Duc d'Or
leans le Chef Ilinois paffa dans celui de
Madame la Ducheffe d'Orleans , à qui la
Marquise de Pons , Dame- d'Honneur de
I , vol.
S. A. S.
2854 MERCURE DE FRANCE.
S. A. S. fit l'honneur de le prefenter ;
voici le compliment qu'il lui fit.
A Madame la Ducheffe d'Orleans.
GRANDE FEMME , CHEF Et ma Mere.
Je vois avec beaucoup de joye que vous
êtes cherie du Grand Eſprit , puifqu'après
vous avoirfait la fille de tant de grands
Chefs il vous a donné pour époux celui qui
eft lui-même fi grand Chef, & fils d'un
fi grand Guerrier. Votre vertu fait que le
grand Esprit vous regarde & vous aime
comme votre bon coeur fait que tous les
François vous regardent & vous admirent.
Soyez toujours heureufe comme vous
P'êtes , & plus encore , foyez feconde en
Guerriers & en grands Chefs qui reffemblent
aux ayeux de vôtre époux , & aux
vôtres ; enfin vivez affez long- temps pour
que
Les enfans de mes enfans puiffent venir
un jour vous voir comme j'ai le bonheur
de vous voir aujourd'hui.
AGAPIT CHICAGOU.
Le Chef Ilinois eut bien lieu d'être
charmé autant qu'ébloui de la maniere
pleine de ponté , dont cette
même dans une condition.
roit être citée comme un
Princelle qui
modele d'huprivée
pour-
1. vol.
DECEMBRE 1725.
2855
manité & de politelle répondit à fa Harangue
; après bien des queftions , & encore
plus de démonftrations de bienveillance.
S. A. S. ordonna que fur le champ
& fans attendre fon abfence , on conduifit
le Sauvage dans tous fes appartemens,
dont la magnificence & le nombre prodigieux
des plus beaux tableaux qui foient
en Europe , font l'admiration des perfonnes
intelligentes , & l'étonnement de
tout le monde : fon Alteffe S. fit plus ,
elle alla elle -même avec toute la Cour
vifiter tous les appartemens pour donner
plus de liberté au Sauvage , & à fa fuite
d'y demeurer , & de les contempler à
loifir , jufqu'à donner ordre qu'on retardât
l'heure de fon dîner , & à faire danfer
devant le Sauvage , qu'elle enchanta
par cent autres traits d'une bonté de coeur
que cette augufte Princeffe par la nobleffe
de fes fentimens allie fi bien avec
la fuperiorité de fon rang . Enfin ce Chef
Ilinois fut fi vivement frappé des bontez
de S. A. S. qu'il a ofé prendre la liberté
de lui demander la permiflion de prendre
congé d'elle avant fon départ ; c'étoit lui
'demander de nouvelles marques de bonté
, chofe qu'on eft toûjours affuré d'obtenir.
Il l'obtint en effet , & la Princeffe
voulant qu'il ne pût jamais oublier fes
bienfaits , les couronna par le prefent
In vol.
E
qu'elle
2856 MERCURE
DE FRANCE
,
qu'elle lui fit d'une magnifique
tabatiere
d'une belle écaille fort noire , dont le
deffus eft cizelé en or , ayant dans le centre
une fleur d'or enrichie de plufieurs
pierreries. C'eſt Madame la Marquise de
Pons , dont la vertu , la fageffe , la politefle
, tout le merite perfonnel , autant
que la nobleffe font univerfellement
ap- plaudies , qui a procuré tous ces honneurs
& tous ces bienfaits à cet Ilinois , & au
Pere de Beaubois fon conducteur
.
TRADUCTION
en vers de la Harangue
faite au Roi par les Chefs des trois
Nations Sauvages , Milfoury , Ofages
& Oloptala , amenez en France par
ordre au Roi , par le Chevalier de
Bourgmont.
Rand Chef, le grand Eſprit maître de nô-
G tre vie ,
Pour te voir nous conduit au ſein de la Patrie ,
Et nous encourageant à traverser les Mers ,
Nous a fait fans regret fortir de nos déferts .
De ton nom feulement nous avions connoiffance
;
Mais nous reconnoiffons par ta magnificence ,
Que femblable au Soleil , brillant & radieux ,
Comme
1. vol.
DECEMBRE 1725. 2857
Comme lui tu répands ton éclat en tous lieux ,
Ta gloire a fat tomber fur nôtre ame groffiere
,
Le Rayon dont nos pas ont fuivi la lumiere ;
Nous tremblons , & nos yeux n'ofent te regarder
;
Près de toi ces Soldats armez pour te garder ,
Ces peuples empreffez nous font affez connoître
,
Leur zele , leur amour & leur foin pour leur
Maître.
De ce que nous voyons tous nos fens enchantez
,
Ne fçauroient concevoir les diverfes beautez .
Tes ſujets ; tes Soldats , ta Cour , tout nous
étonne ;
Ton fouverain pouvoir, l'éclat de ta perfonne ;
Tes Villestes jardins , tes demeures , tes
jeux , *
Et plus encor les biens , dont tu combles nos
voeux :
Nous remporterons tout gravé dans la memoire
,
Et nous en conterons la merveilleuſe Hiſtoire,
A nos jeunes Guerriers , à nos fages vieillards ,
Qui jettent vers ces lieux d'impatiens regards ,
* On a fait voir aux Sauvages l'Opera &
la Comedie.
1. vol.
Eij
Ils
2858 MERCURE
DE FRANCE .
Ils ignorent quels font nos heureux avantąges
;
Ah ! que ne nous voyent- ils du fond de leurs
Villages!
Nos braves Nations t'offrent de toutes parts ,
Pour combattre pour toi leurs bras armez de
darts :
Accepte le prefent qu'ils te font de leur vie ,
Tu les verras encor au gré de ton envie ,
Planter l'arbre de paix , & deffeus fes Rameaux
,
Tous ceux que tu voudras jouiront du repos ,
Dans nos Pais foumis à ton obéiffance ,
Plantes- y des François , (a) portes- y l'abondance
;
Protege tes Soldats , protege tes enfans ,
Donne nous pour prier des Chefs à Colets
blancs. (b)
Nôtre efprit dévoré du defir de s'inftruire
Attend de ta bonté ces Chefs pour nous conduire
;
Ton coeur eft grand , eft bon , nous formes
dans tes bras ,
Aye pitié de nous , ici dans nos climats .
(a) Façon de parler Sauvage.
(b) C'eft ainfi que les Sauvages appellent
les Prêtres Miffionnaires ,
1. vel,
Nous
DECEMBRE 1725 .
2859
Nous mettons à tes pieds toute nôtre puiffance
,
Avec nos calumets en gage d'alliance .
L'Auteur de cette Traduction a laiffé
fubfifter quelques façons de parler inufitées
dans nôtre langue , dont les Sauvages
fe font fervis . Il a crû ne devoir pas
les rendre par des termes équivalants ,
afin de mieux conferver dans fes vers
l'efprit du Difcours qu'il a traduit..
BOUTS-RIMEZ propofez à remplir
dans le dernier Mercure.
Du Bout-rimé jadis nâquit la Diſparate ,
Calliope pour lui brûloit depuis un An ,
Pour lui plaire mettoit fa robe d'
Ecarlate ,
Et pour s'en faire aimer cherchoit un Taliſman .
De fes mains elle même eut fait une Fregate ,
Pour fuivre fon ingrat jufqu'au climat Perfan.
Elle le regaloit & d'Ode & de
Cantate ;
Les pleurs qu'il lui coutoit, groffiroient l'Ocean.
Un jour qu'il affembloit des fleurs & des Carotes
1. vol.
La E iij
2860 MERCURE DE FRANCE.
La Mufe le furprend & lui met les Menotes ;
Il fe rend , & d'amour lui marque quelque
Brin.
Difparate en nâquit d'efpece blanche & Negre,
Plus folle mille fois que ce Chevalier Maigre,
Pour qui baffin à barbe eſt armet de Mambrin.
MKXXXXXXX¥¥¥¥¥¥¥¥
COPIE d'une Lettre écrite à S. E. M. le
Bailly de Mefmes , de Marseille , en
datte du 19. Novembre 1725 .
J
E dois au public un avis fur le remede
de l'Eau à la glace , un de mes amis
nommé M. de la Cigognade , chez qui je
fuis logé , tourmenté d'une colique qui
le tenoit dans le ventre & dans l'eftomach,
prit plufieurs verres d'Eau à la glace
, je le trouvai dans le friffon avec une
groffe fiévres fubdelegué du Pere Bernard
en France , je lui détachai à vûë 50 .
onces d'Eau , la rotondité du ventre ma
lade , & fon ampleur en pouvant contenir
un muid ; les douleurs cefferent , il
dormit & le lendemain j'ordonnai 50 .
onces pour fon déjeûné ; le voilà fur pied ,
mais l'Eau ne paffoit pas , ce qui me furprit
, cependant plus de douleur . Deux
1. vol.
jours
DECEMBRE. 1725: 2861 .
jours après me fentant moi-même plein
& pefant , je pris 45. onces d'Eau en
m'éveillant , autant à midy fans manger ,
autant le foir de même , je dormis tranquillement
, & le lendemain au matin
je me fournis de la même dofe , cependant
cette Eau ne perça point comme à
Malthe , & je fentis des renvois peu obligeans
, mon ami s'en plaignoit auffi , nous
eûmes l'un & l'autre recours à Hipocrate
qui balaya & déterga nos vifceres fort à
propos. Delà je conclus , Monfieur , que
toutes les Eaux ne font pas propres aux
merveilleux effets que j'en ai vû à Malthe
, celles - là font de citerne & de pluye
extrêmement legeres , qui paffent , ce
font les bonnes ; celles que j'ai bû ici
font crues & pefantes , & deflors trèsdangereufes
fi on s'opiniâtroit à en prendre
, mais on ne rifque rien à les quitter
lorfqu'on s'apperçoit qu'elles ne paffent
pis , hors dans les maux qui demandent
la prefence du Pere Capucin . Les Eaux
dans ce cas - là après avoir remué la machine
doivent déterminer la cure , &
c'eft là où gît l'habileté du Medecin de
l'Eau . Je me fouviens d'avoir vu le Capucin
pefer & goûter les Eaux dont il fe
fervoit pour tous fes malades raffemblez
à la camarade.
1. vol.
PREE
2862 MERCURE DE FRANCE.
MMMM
PREMIERE ENIGME.
N
Ous allons toujours deux à deux ,
Nous nefentons point la froidure ,
Et fommes de telle nature ,
Que l'Hyver le plus rigoureux ,
Eft ce qui nous convient le mieux ,
Quand defa caverne profonde ,
L'Aquilon vient glacer le monde ,
Alors les humains ont recours
A nôtre agréable fecours ,
Nous leurs rendons pourtant un perilleux
ſervice ,
Quoique foumis aveuglément
A chaque mouvement
Que nous fait faire leur caprice.
Parcourant avec nous les eaux ,
Ils peuvent s'ils en ont l'adreffe
Le faire avec une vîteffe ,
Egale prefque à celle des oifeaux ,
Mais nôtre fort n'eft - il pas rude ,
Par eux dans nôtre fervitude ,
Nous fommes fans ceffe foulez ,
I. vol.
A
DECEMBRE
2863 1725.
A nôtre tour auffi nous avons l'avantage ,
De tenir comme en eſclavage ,
Tels que des Captifs enchaînez ,
Tous ceux à qui nous fommes attachez.
DEUXIE'ME ENIGME
Par l'Auteur du Sonnet en Bouts - rimez ,
inferé dans le Mercure du mois
d'Aouft dernier.
N me trouve en tout lieu , je fuis dans la
Calabre ,
De même qu'au Palais du Sophid Iſpaham,
Je fers aux Mufulmans comme au fils d'Abraham
»
J'adoucis leur ennui , mais un rien me Délabre,
On me teint quelquefois de couleur de Cina
bre
Surtout aux lieux où fut le Paradis d' Adam ,
Je fuis d'un plus haut prix quand je viens
d'Amfterdam ,
Aux hommes je plais fort , mais le fexe me
Sabre
J'accompagne partout le Janiffaire Aga
Il iroit avec moi juſques à
Malaga
1. vol.
Toû
Ev
2864 MERCURE DE FRANCE.
Toûjours dans mon étui comme une riche
Perle.
En des climats lointain je fuccede au Café ,
Mais fi je fers long- temps je prends couleur de
Merle ,
Souvent d'un Capuchon le Marin m'a Coëffé.
Les vers de Clement Marot , les Moushettes
, font les mots des deux Enigmes
du mois dernier.
Jakkakkakakakakakakakakakakak નાના
NOUVELLES LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
La
A RELIGION , Poëme avec un Difcours
pour difpofer les Déiftes à l'examen
de la verité. Et quelques autres
ouvrages de Poëfie. A Paris , chez François
l'Hermite, Quay des Auguftins , aux
Armes d'Angleterre , 1. vol. in 8º 1725 .
Ce Recueil contient un Foëme de trois
ou quatre cens vers fur l'établiſſement
de la Religion . Un difcours en forme de
réflexions pour difpofer les Déiftes à l'examen
de la verité , & quelques ouvravrages
de Poëfie fur differens fujets .
1. vol.
L'AuDECEMBRE
1725.
2865
L'Auteur dans le commencement du
Poëme décrit en peu de vers l'impoffibilité
où l'homme a été d'étouffer les fentimens
de Religion. qui étoient nez avec
lui , & montre en cela la fource de l'erreur
, qui a fubftitué l'idolâtrie à la place
de la Religion naturelle : il paffe enſuite
à la neceffité de la révelation qui a été
faire aux Juifs , & fon fujet le conduit de
lui-même à l'établiffement de la Religion
Chrétienne. Nous en citerons quelques
endroits , conformément à ces trois
differens rapports , fous lefquels la Religion
y eft confiderée .
Après avoir parlé des vains efforts que
l'homme a faits pour étouffer en lui les
fentimens de la Religion naturelle. L'Auteur
dit :
Dans fon coeur où d'un Dieu s'exerce la
puiffance ,
Rentrent les fentimens d'une humble dépendance
;
Mais fon efprit , qu'aveugle un penchant qui
lui plaît ,
Peint ce Dieu tel qu'il veut , & non point tel
qu'il eft :
Touchant la révelation faite aux Juifs
il dit :
Ce Dieu , dont l'Univers avoit perdu l'idée .
1
1. vol.
E vj D'un
2866 MERCURE DE FRANCE:
D'un rayon de fa grace éclaira la Judée :
Aux Hebreux que choifit fon amour paternel
Il apprit que lui feul étois l'Etre Eternel ,
Qui difpofe à fon gré des vents & du tonnerre,
Dont la main fur le vuide a fufpendu la terre ,
Ouvre aux traits de l'Aurore un chemin dans
les airs ,
Et foutient la barriere où fe brifent les Mers .
Lorsqu'il décrit l'établiffement de la
Religion Chrétienne , il parle ainfi des
effets de la foi dans l'homme qu'elle
éclaire,
Pour lui les vains plaiſirs ne font plus qu'un
Phantome ,
Les fiecles un inftant , l'Univers un atome ,
Les grandeurs un éclair , qui s'efface en naiffant
,
Dieu fe montre , tout rentre en fon premier
néant .
Le Difcours qui tend à difpofer les
Déiftes à la maniere d'examiner les veritez
de la Religion , ne roulent point für
les preuves du Chriftianifme ; mais fur
les caufes qui en empêchent le fentiment
dans l'homine : l'Auteur veut feulement
préparer le coeur au goût de la verité ,
fans quoi elle ne devient jamais fenfible.
1. vol.
Nous
DECEMBRE 1725. 2867
Nous n'en rapporterons qu'un endroit ,
où il répond a ceux qui fe plaignent du
don que Dieu leur à fait de la liberté ,
dans laquelle ils trouvent la caufe de
tous leurs maux.-
O homme ! eft - ce vous qui parlez ? «<
eft-ce vous qui ofez vous plaindre que «
Dieu exige de vous un amour éclairé , «
& qui dépende de vôtre choix ? l'amour «
eft un commerce où l'objet qui aime , «
& l'objet aimé fe communiquent , par «
un retour reciproque , tous les biens «
qui font en leur puiffance , & fe don- «
nent eux- mêmes parce qu'ils n'ont rien «<
de plus cher à donner ; mais vous qui «
n'avez en partage que le néant ; que e
pouviez - vous donner à celui qui a la «
plenitude de l'Etre , tout ce qui eft en «
vous , eft à lui ; vous ne pouviez diſ- «
pofer de rien à fon égard , s'il ne vous «
avoit fait le maître de lui reftituer fes «,
propres dons , & il falloit que vous «<
euffiez le pouvoir de les lui refufer , «
pour qu'il y eut en vous quelque merite
à les lui rendre. «
Nous rapporterons auffi quelques
fragmens des Poëfies qui fuivent le Dif
cours.
1. val.
Dans
2863 MERCURE DE FRANCE.
Dans l'Ode du mépris de la Fortune.
Biens trop chers aux ames ferviles ,
Avez -vous des attraits fi doux ?
Et connoît-on les biens tranquilles ,
Quand on les peut quitter pour vous ?
Vos charmes n'ont rien de folide ;
Ce n'eft qu'une apparence vuide ,
Qui malgré nous nous éblouit ;
Un goût qui naît de la chimere ,
Ardent & vif , quand on eſpere ,
Et qui s'éteint dès qu'on joüit.
Certain de leur experience ,
J'ofe attefter les plus grands Rois ,
Accoutumez à leur puiffance ,
Ils n'em fentent plus que le poids.
Comblez des faveurs de Bellone ,
L'Univers au pied de leur Trône
Vient adorer leur volonté i
Leur char entraîne la victoire ;
Mais cet éclat qui fait leur gloire ,
Ne fait point leur felicité.
I. vol
Dans
DECEMBRE 1725. 2869
Dans l'Ode de la paix du coeur.
Heureux qui dans la folitude ,
Jaloux de fa tranquillité ,
De fon repos fait fon étude ,
Son plaifir de fa liberté !
Qui du vain defir de l'eſtime ,
Dont l'orgueilleux eft la victime ,
Sçait méprifer l'illufion ,
Et maître de fa deſtinée ,
Ne fent point fon ame enchaînée
Sous le joug de l'opinion .
Dans l'Epitre à un ami.
Tu fçais que m'éloignant d'une foule importune
,
Je n'ai point par mes voeux fatigué la fortune.
Je fuis ceux qui fans ceffe immolant leur
repos ,
Percent pour la trouver un tenebreux cahos ,
Et dans un labyrinthe où ſe perd la prudence ,
Tenant toûjours en main le fil de l'eſperance ,
Par les fentiers divers de cent obfcurs détours,
S'éloignent du bonheur qu'ils pourſuivent
toûjours.
I. vol.
Dans
2870 MERCURE DE FRANCE .
Dans´un Eglogue qui a pour titre ſur la
Mort d'un Ami.
Ses troupeaux & les miens , à l'ombre de nos
haîtres ,
Imitoient à l'envi l'exemple de leurs Maîtres ,
Se cherchoient , fe fuivoient par un penchant
fecret
Et fur la fin du jour fe quittoient à regret.
Dans des Stances qui ont pour titre :
Confeils à une jeune perfonne.
Ce mal qui plaît encor quand même on en
foupire ,
N'eft pas pour qui le caufe un plaifir innocent
,
Et n'eft pas moins à craindre à celui qui l'infpire
Qu'à celui qui le ſent.
Je ne condamne pas un innocent commerce ,
Dont on fe fait un jeu , qui plaît fans engager ;
Mais certain enjoüement où nôtre efprit s'exerce
,
N'eft jamais fans danger.
De l'efprit jufqu'au coeur le chemin eft
facile :
1. val. BienDECEMBRE
1725. 287 ¥
-
Bien-tôt l'idée en nous fe change en fentiment
,
Et fouvent pour troubler le fort le plus tramquille
Il ne faut qu'un moment.
Nous devons ce Recueil aux fentimens
, & au genie heureux de M. l'Abbé
Affelin : plufieurs des Pieces qui le compofent
ont remporté le prix de l'Académie
Françoiſe & des Jeux Floraux ; auffi
a t'il été reçû avec applaudiffement , d'abord
à la Cour , enfuite à la Ville , & ce
qui n'eft pas un petit éloge , nos meilleurs
Poëtes lui ont donné à l'envi leurs
fuffrages .
LE TRIOMPHE DES MELOPHILETES ;
Idylle en Mufique. Par M. Bouret L.
G. D. G. Brochure in 12. de 25. pages.
A Paris , chez P. Prault , Quay de Gef
ures. A fon Alteffe fereniffime Monfeigneur
le Prince de Conti.
Toi que Minerve occupe en l'abfence de
Mars ,
Prince , dont le goût fûr & les vives lumieres,
Sçavent mettre à profit pour l'honneur des
beaux Arts
Le repos des vertus guerrieres ,
Plus que de nos refpects , objet de nôtre amour,
1. vol. Toi ,
2872 MERCURE DE FRANCE:
Toi , dont l'aimable caractere ,
Conferve fur nos coeurs un droit hereditaire ,
Digne fang du Heros à qui tu dois le jour,
Apprend & pardonne une audace
Qu'à fait naître en moi ta bonté ;
La plus haute témerité
Eft la plus commune au Parnaffe :
Charmé des progrès fortunez ,
Qué fait fous tes yeux la Mufiqne ,
Pour fes amans paſſionnez
J'entreprends un eſſai lyrique ,
.Et fur un foible chalumeau
J'ofe chanter leur triomphe nouveau :
Paffe encor ; mais voici le trait inexcufable.
Long- temps de ton merite admirateur fecret ,
Prince , je m'impofois un filence difcret ,
Attendant pourle rompre un inftant favorable;
J'ai crû l'avoir trouvé , mon zele féducteur ,
Embraffe avidement un prétexte flateur.
Pour s'affranchir de fa contrainre ,
D'un éloge étranger mon coeur a fçû couvrir,
L'éloge qu'enchaînoient le refpect & la
crainte ,
Hommage déguifé que je fonge à t'offrir ,
1. vol.
Quelle
DECEMBRE . 1725. 2873
Quelle audace que cette offrande !
Mais loin de s'y borner , l'Eleve d'Apollon ,
La veut juſtifier par une autre plus grande ,
En la mettant à l'abri de ton Nom.
Ma Mufe avec ce ftratagême ,
Penfe acquerir plus finement
- Le droit de te louer toi - même
Et te louer impunément.
Illufion frivole & bien tôt démentie !
Quel est l'orgueil de mon projet ?
Pour qui loue , eft- ce affez du plus riche fujet ?
Si fa plume n'eſt aſſortie
De ces traits fins & délicats ,
Qui même ne revoltent pas
La plus fevere modeſtie ?
Novice en ce grand art , ce feroit abuſer
Du droit que j'ai de tout ofer .
Satisfait d'obtenir pour mes premiers hommages
,
Un de tes careffants regards,
Ineftimable prix des plus nobles Ouvrages ,
Ma Lyre s'interdit d'audacieux écarts .
Oui , PRINCE , en fes deffeins plus fagement
guidée ,
1. vol
Tout
2874 MERCURE DE FRANCE
Tout fon effor fera borné
A cet Eloge détourné ,
Dont un Concert brillant m'ouvre l'heureufe
idée .
Je chanté l'Harmonie & fes Adorateurs,
Pour mieux les celebrer , j'intereffe à leur
gloire
Les Dieux & les fçavantes Soeurs ;
Le Parnaffe , le Ciel , confacrent leur me
moire ,
Par un concours de fuffrages flateurs.
Mais foible idée ! inutile entrepriſe !
Pourquoi leur mandier des honneurs fabuleux
?
Vainement mon refpe&t l'enfante & l'autorife
,
PRINCE , leur vrai Triomphe , eft ton amour
pour eux .
La Scene ouvre par un Dialogue entre
Timandre & Clarice , Melophiletes ,
qui témoignent leur impatience d'entendre
le Concert.
Timandre.
Venez , touchantes voix ? delices des oreilles
!
Nous faire entendre ces accords ,
1. vol.
Qui
DECEMBRE 1725. 2875
1
Qui du plus doux des arts expriment les merveilles
;
L'harmonie en ces lieux yous ouvre fes tréfors.
Clarice.
Sons enchanteurs ! voix raviffantes !
Des tendres roffignols rivales triomphantes !
Venez par vos divins accens ,
Enchaîner à la fois & nos coeurs & nos
fens .
Le refte de la Scene eft un petit Eloge
de l'harmonie & de Lully , après quoi
une fimphonie tendre annonce l'arrivée
de Polimnie & d'Euterpe , Mufes qui
préfident à la Mufique vocale & inftrumentale
, elles font fuivies de tous les
Melophiletes qu'elles raffemblent pour
commencer le Concert . Ces Mules &
leur fuite font voir que la Mufique regne
dans toute la nature , qu'elle fait le
delice des hommes & des Dieux , que
fes divers inftrumens fervent leur gloire
ou leur plaifir ; par exemple , la Trompette
, le Cor , la Flute , & c. ce qui
amene differens caracteres de Mufique ,
& forme la feconde Scene. Un Suivant
de Polimnie fait l'Eloge d'une belle
voix par ces Vers,
Ivol.
Qu'une
2876 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une voix touchante a d'appas !
Que fans la beauté même elle fait de conquêtes
!
Ame des plus brillantes Fêtes
Elle eft encor l'ornement des repas.
Un petit Concert de Hautbois & de
Flutes annonce l'arrivée de Pan , qui
ouvre la troifiéme Scene par l'éloge des
progrès qu'on a fait de nos jours dans
fon art , & de la perfection qu'a acquife
la Flute dont il eft l'inventeur.
Euterpe.
Flute aimable quelle eſt ta gloire !
Fille d'un Dieu , ta voix fur mille tons divers
,
De fes feux à jamais celebre la memoire ;
Tendre Echo des foupirs ! ame de nos Concerts
!
Tu regnes dans les plus beaux airs ,
L'amour même à tes fons doit plus d'une victoire
;
Ils fçavent peindre de nos coeurs
Les faififfemens , les langueurs , &c.
Un divertiffement champêtre , de
Dryades , de Sylvains , & de Bergers ,
coupé par des airs détacheż & des
I. vol.
Choeurs,
DECEMBRE. 1725. 2877
Choeurs , remplit le refte de cette Scene
, qui finit par une grande fimphonie,
fervant de Prélude à l'arrivée d'Apollon
, Dieu de l'harmonie , qui , fuivi des
beaux Arts , des Eleves de la Poëfie
& de la Mufique , ouvre la quatrième
Scene , où il invite les
Melophiletes à
cultiver leurs talens & leurs goûts , fous
les aufpices du Prince , qui , comme eux,
cherit la Mufique , & l'honore de fes
foins les plus doux . Dans ce divertiffement
un Eleve de la Mufique chante cette
Cantatine.
A ton charme invincible ,
Eft-il un coeur qui ne foit pas fenfible ?
Mufique à tes divins appas ,
Eft-il un coeur qui ne ſe rende pas.
Du Dieu qui préfide à la table ,
Tu rends les dons plus précieux s
Son Empire en eft plus durable ,
Etfon jus plus délicieux .
De Bachus & de l'Amour même ,
Tu raffembles tous les plaifirs ;
L'Amant boit , le Bûyeur aime,
Que manque-t- il à leurs defirs ?
1. voi.
Enterpe
2878 MERCURE
DE FRANCE.
Euterpe.
Plus d'une fois nos Luths charmerent
Les noirs accès de la fureur ;
Souvent leurs tendres fons calmerent
Les tranſports violents d'un coeur
Où regnoit le trouble & l'horreur
Polimnie chante cette Cantate.
Doux lien des mortels ! ô divine harmonie !
C'est toi qui du vafte Univers
Soutiens les mouvemens divers ,
Tout reconnoît ta puiffance infinie :
Sans toi , fans tes celeftes Loix ,
Dans un triſte cahos languiroit la nature ;
Les fauvages humains errans à l'avanture ,
Vivroient encor diſpoſez dans les bois ,
&c .
Doux lien , & c.
Beauté , charme des yeux ! Souveraine des
coeurs !
Vous relevez de fon Empire ;
Vous lui devez tout ce qu'inſpire`
L'affemblage
touchant de vos áttraits vainqueurs!
J. vol.
Apollon
COVETEMBRE
1925. 2879
inny Apollon aux Mufes.
Tout s'enflâme aujourd'hui pour vous
Mufes, vos conquêtes nouvelles.
Doivent vous faire des jaloux 5 L
Que les Chanfons les plus belles
Celebrent un deftin fi doux.
D'illuftres mortelles
Uniffent dans ces lieux ,-
La douceur de leur voix au pouvoir de leurs
yeux.
Mais que vois- je ? Venus , pour chanter avec
elles ,
Venus même a quitté les Cieux !
Què fa voix , fes appas raffemblent de mer
Sveilles !
2. Tant de charmes nous font douter
Ce qu'elle fçait mieux enchanter ,
De nos yeux ou de nos oreilles.
On chante un Choeur fuivi d'un petit
Prélude pour Mercure , qui vient rendre
compte à Apollon de la commiffion
qu'il lui a donnée , d'évoquer les Ombres
de Lully & de Corelly ; c'eft le fujet
de la cinquiéme Scene.
1. vol.
F Apol2880
MERCURE DE FRANCE.
Apollon après avoir entendu Mercure.
L'Italie autrefois enfanta deux Mortels ,
leins de mon feu divin , de mes douces
yvreffes ;
Ils ont de l'harmonie épuifé les richeſſes ;
Dignes fils d'Apollón relevez leurs Autels !
Trop tôt la Parque meurtriere
Ofa terminer leur carriere ;
Mais quand votre zele & vos foins
Honorent fi bien leur memoire ,
Il ne manque plus à leur gloire ,
+
Que d'en être ici les témoins.
Sortez , illuftres Ombres ;
Sortez des Royaumes fombres ;
Quittez pour un inftant ces bois délicieux ,
Ou par ma main vos Lyres couronnées ,
De leurs accords mélodieux
Charment les ombres foreunées,
Après un Choeur , qui repete , Sortez,
illuftres Ombres , &c. on entende fimphonie
qui exprime un bruit fouterrain :
les Ombres de Lully & de Corelly paroiffent
, Apollon leur parle en ces termes
.
7. vol.
Par
DECEMBRE 1725. 2881
Par mon ordre en ces lieux to ut- à coup tranfportez
,
Voyez fur ce noble Theatre ,
De vos heureux travaux une foule idolâtre ;
Jugez fi dans leurs mains vos Luths reffufcitez
,
Sçavent en rendre les Beautez :
Aux Melophiletes .
Et vous que leur préfence anime ,
Par de nouveaux efforts meritez leur eſtime ;
Signalez cette ardeur , ces foins que j'ai vantez
.
En cet endroit les Melophiletes executent
quelques beaux morceaux de Lully
, & un grand Concert de Corelly
fur quoi l'un & l'autre portent
leur jugement
par ces Vers ...
L'Ombre de Lully à Apollon.
Arbitre de nos chants , Pere de l'harmonie ,
Nous obéiffons à ta voix ;
Si nos travaux ont autrefois
- Charmé la France & l'Italie ,
Nous devons ce bonheur à ton divin genie ,
Mais aujourd'hui plus que jamais ,
Au fort d'être immorte Is nos noms doivent
prétendre ,
I. vol
· Et Fij
2832 MERCURE DE FRANCE.
Et tu viens de combler leur gloire & tes
bienfaits ,
En formant les ſujets que nous venons d'entendre.
L'Ombre de Corelly.
Ils ont embelli leur modele ;
En prêtant à nos airs une grace nouvelle,
C'eft nous rendre encor plus qu'ils n'ont reçu
de nous ;
Mais bien loin d'en être jaloux ,
Nous rentrons fatisfaits dans la nuit éternelle.
Leur fuite compofée des Ombres de
ceux qui ont excellé dans leur Art ,
chante quelques airs détachez tant François
qu'italiens , pour fermer cette Scene
, dans laquelle l'execution des grands
morceaux de Lully & de Corelly tient
lieu de divertillement .
La Scene feptiéme & derniere exprime
la reconnoiffance des Melophiletes
..
LE MAISTRE A DANSER , qui enfeigne
la maniere de faire tous les differens
pas de la Danfe dans toute la regularité
de l'art , & de conduire les
bras à chaque pas . Enrichi de figures en
J. vol.
tailleDECEMBRE
1725. 2883
taille-donce , fervant de démonſtration
pour tous les differens mouvemens qu'il
convient faire dans cet exercice. Ouvrage
très - utile , non feulement à la
jeunelle qui veut apprendre à bien danfer
, mais encore aux perfonnes honnêtes
& polies , & qui leur donne des regles
pour bien marcher , faluer ,
faire les reverences convenables dans
toutes fortes de Compagnies , Par le
fieur Rameau , Maître à danfer des Pages
de S. M. Catholique la Reine d'Ef
pagne. A Paris , rue S. Jacques , chez
J. Vilette 1725. in 8. de 271. pages ,
fans la Préface & l'Epitre dédicatoire au
Duc de Retz .
&
C'eft la Danfe , dit l'Auteur , qui
donne la grace aux avantages que nous
recevons de la nature , en reglant tous
les mouvemens du corps , & l'affermiffant
dans fes juftes politions ; & fi elle
n'efface pas abfolument les défauts que
nous apportons en naiffant , elle les adoucit
ou les cache. Nous ne rapporterons
que ce trait ; le détail d'un extrait feroit
peut-être inutile , peu convenable , &
fans doute trop long , s'il falloit donner
une jufte idée de cet Ouvrage. M. Pecour
qui l'a approuvé , en trouve tous
les preceptes établis avec ordre & avec
netteté Les figures gravées pour repre-
1. val.
Fij
fenter
2884 MERCURE DE FRANCE.
fenter les diverfes attitudes du corps ,
peuvent , dit- il , en rendre l'execution
plus aifée , & il croit que ce Livre ne
donnera pas moins de facilité aux Ecoliers
qui veulent apprendre , que de foulagement
aux Maîtres .
Le fieur Rameau , ayant obtenu depuis
un Privilege du Roi , pour la correction
& augmentation de la Danfe par
écrit , &c. donnera ince@amment de
nouvelles Danfes pour l'année 1726. avec
une explication fur l'augmentation qu'il
a faite. Il donne avis aux Maîtres à danfer
des Provinces , que s'ils veulent lui
écrire , en affranchiffant le port des lettres
, il leur envoyera telles Danfes qu'ils
fouhaiteront , tant férieufes que comiques.
Son adreffe eft au Fauxbourg de
Montmartre , chez Madame Bour.
TRAITE' de la communauté des biens
entre- vifs , par de Renuffon. A Paris ,
rue S. Jacques , chez Briaffon , 1724 .
in 4.
TRAITE' du Douaire de la Garde - noble
, par le même , 172 4. idem .
TRAITE' des Subrogations de ceux qui
fuccedent àla place des creanciers. Idem .
1. vel. TRAITE'
DECEMBRE 1725. 2885
TRAITE' de la Confcience . Idem. 1725
in 12 .
LA VIE de la Mere de l'Incarnation ,
Inftitutrice & premiere Superieure des
Urfulines de la Nouvelle France. Idem.
in 4. de 452. pages 1725 .
VIE ET AVANTURES de Zizime , fils
de Mahomet II . Ibid. 1722. in 12 .
figures .
DISSERTATIONS Medicinales & Chirurgicales.
Par M. Deidier , Chevalier
de l'Ordre de S. Michel , Profeſſeur Roya
en Chimie de Montpellier , de la Societ
Royale de Londres. A Paris , chez d'Hou
ry. 1725. in 12.de 3 29. pages .
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
univerſelle de l'Europe , depuis 1600 .
jufqu'en 1716 , avec des Reflexions &
des Remarques critiques. A Paris . ruë
de la Harpe , chez Pierre Simon.
ORTHOGRAPHIA moderna Italiana ,
con qualche altra cofa di lingua . Per ufe
del Seminario di Padova. Editione fecunda
migliorata , &c. A Padonë , dans
le Seminaire , chez Jean Manfre, 1723 .
in de 562. pages . 4 .
1. vol.
Fij
His2886
MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE du Royaume d'Alger , par
M. Saugier de Tally. Amfterdam , 17 25 .
in 12.
CEREMONIES , Coûtumes , Religions
& Superftitions de toutes les Nations.
Amfterd . 1725. & fe vend à Paris chez
Briaffon . 3. vol. in folio avec figures.
DU GOUVERNEMENT CIVIL , où l'on
traite de l'origine , des fondemens , du
pouvoir , & des fins des Societez, politiques
, traduit de l'Anglois. A Genève.
1724. Ibid.
\
LETTRES fur les Anglois , les François
& les Voyages. Ibid. 1725. in 8..
PRESERVATIF contre le Fanatifine , ou
Refutation des prétendus Infpirez des.
derniers fiecles. Par M. Turretin. Geneve,
1723. Ibid.
VERITABLE CALENDRIER CHRONOLOGIQUE
pour l'année 1726. contenant à
chaque jour l'Epoque des évenemens les
plus memorables & les plus intereffans,
arrivez depuis l'établillement de la Monarchie
Françoife. Enſemble , les élec
tions des Papes , leurs naiffances , celles
I. vola des
DECEMBRE 1725. 288:
des Rois , Reines , Princes & Princeffes
de France , les Sacres , les Mariages,
Morts , & c.
Cet Ouvrage a été corrigé , & confiderablement
augmenté des Antiquitez de
plufieurs Edifices de Paris , des établiſiemens
qui fe font faits dans le Royaume,
des faits les plus curieux , tant de
Hiftoire facrée & profane , que de celle
ancienne & moderne , & enfin de
ce qui s'eft paflé de remarquable depuis.
la derniere Edition de l'Ouvrage jufqu'à
prefent.
On y a joint une Table alphabetique
& chronologique indicative des matieres
, laquelle fera d'une grande utilité
pour trouver facilement & fur le champ
les differens points dont on voudra être
éclairci. Le débit s'en fera chez Giffey ,
Libraire-Imprimeur, au milieu de la rue
de la vieille Draperie , à main gauche ,
en defcendant par le Pont S. Michel. On
avertit que , comme cet Ouvrage n'eft
nullement comparable à celui de l'année
derniere , par les corrections , les
changemens , & les augmentations curieufes
que P ony a faites , on s'eft
propofe , pour enrendre la diftinction :
plus facile d'avec tous les autres , d'en
parapher les Exemplaires au commence- :
ment & à la fin , au lieu que ceux de
I. vol. E v l'ane
2888 MERCURE DE FRANCE .
née paffée ne l'étoient qu'au commencement
feulement. D'ailleurs l'avis que
l'on trouvera fur le verfo du titre , concourra
à en rendre la diftinction fenfible.
Comme ce Recueil reçoit indiftinctement
toutes fortes de matieres , pourvû
qu'elles ayent une Epoque fixe ,
l'Auteur prie ceux qui en fçauront quelques-
unes , qui pourroient convenir &
intereffer les Maifons , Familles , Communautez
& Fabriques , ou le goût general
de vouloir lui enfaire part , afin
d'être , inferez audit Ouvrage , ils pourront
adreffer leurs Memoires audit
Giffey.
On apprend de Londres , que le Docteur
Wilkins , Aumônier de l'Archevêque
de Cantorberi , & Archidiacre de
Suffolk , a préfenté au Prince de Galles,
une nouvelle Edition des Ouvrages du
fameux Selden , en 3. vol. in folio.
On imprime actuellement à Rome ,
les Decrets du dernier Concile National
, tenu dans l'Eglife de S. Jean de Latren
, pour les publier , & les faire executer
dans les Diocèfes foûmis à la Jurifdiction
du S. Siege .
1. vol.
Un
DECEMBRE 1725. 2889
Un Gentilhomme Anglois doit faire
au Village de Paffi près Paris , l'épreuve
d'une Pompe afpirante par le feu , qui
a été inventée en Angleterre depuis longtemps
, pour tirer l'eau des mines fans
interruption . C'est un fimple tuyau trempant
dans l'eau , auquel eft adapté , à angles
droits , un cylindre de cuivre , d'une
certaine capacité , qu'on entoure de charbons
ardens , & qu'on a foin d'entretenir
dans une certaine chaleur .
Dans l'Affemblée publique de l'Acamie
Royale des Infcriptions & belles
Lettres du 13. Novembre , M. l'Abbé
Gedoyn lût fa traduction d'un endroit de
Paufanias lib. 10. ) où cet Hiftorien
décrit un Tableau qui fe voyoit à Delphes
, & qui étoit de Polygnote , Peintre
celebre.
Il reprefentoit la prife de Troye &
le retour des Grecs dans leur patrie. Ce
Tableau contenoit plus de 200. figures ,
la plupart avoient leur nom ou infcription
au- deffous , pour épargner aux Curieux
la peine de deviner qui elles étoient,
M. l'Abbé Gedoyn avoit joint quelques
remarques à cette defcription , qui n'eft
qu'un fragment tiré de la traduction du
Paufanias entier , à laquelle il travaille ,
I. vol.
F vj &
2890 MERCURE DE FRANCE.
& qu'il doit donner inceffamment au
public.
M. Boivin entretint enfuite l'Affemblée
de la vie de Guillaume Budé. On
fçait que ce fut en faveur de cet illuftre
Sçavant , que François I. créa la Charge
de Maître, de la Librairie du Roi ,
M. Boivin , qui fait l'Hiftoire de cette
Bibliotheque , a été obligé de rechercher
ce qui concerne la vie & les études de
Budé. Il l'a fait avec exactitude , & le
public doit lui fçavoir bon gré du détail
, entr'autres avec lequel il a parlé des
notes manufcrites grecques , qui fe trouvent
fur un Exemplaire de la premiere
Edition Grecque d'Homere , faite à Flo-
´rence en 1488. Cet Exemplaire appartient
à M. de Boze.
M. Secouffe lut enfuite l'Hiftoire de
Julius Sabinus & de fa femme Epponina,
un des plus grands exemples d'Heroïfme
& d'amitié conjugale , que l'Antiquité
nous ait laiffez.
Enfin,on lût la differtation de M. l'Abbé
Bannier, dans laquelle il prétend prouverque
la Cyropedie de Xenophon n'eft point
un Roman , contre ce que quelques Anciens
& plufieurs Modernes ont avancé,
& qu'elle eft conforme , non feulement à
ce que l'on peut trouver dans la Sainte-
L. vol
EcriDECEMBRE
1725.
289t
Ecriture qui y a quelque rapport , mais
encore à l'Hiftoire.
M. de Boze préfida & parla avec la
facilité , la netteté , la décence , & la précifion
qui font fon caractere .
On donnera un Extrait de ces Differta
tions.
OUVERTURE DU COLLECE ROYAL.
Les Profeffeurs du College Royal de
France , fondé à Paris par François I. ont
reptis leurs exercices, & commencé leur
année Académique le Lundi 19. du mois
de Novembre . Voici les noms de Profeffeurs
qui rempliffent actuellement les
Chaires de ce fameux College.
Pour la Langue Hebraïque..
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque..
Mrs Boivin & Capperonnier..
Pour les Mathematiques.
Mrs Chevalier & de Liffe.
Pour la Philofophie..
Mrs Terrallon & Privat de Molieres :
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Couture & Rollin. Pour
2892 MERCURE DE FRANCE.
Pourla Medecine , la Chirurgie , la Pharmacie
, & la Botanique .
Ms Preaux , Andry , Geoffroy , &
Burette.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes & Fourmont.
Pour le Droit Canon .
Mrs Capon & le Maire.
Pour les Langues , Syriaque , Chaldaïque,
Ethiopienne , Copte , &c.
M. l'Abbé Fourmont.
La veille des Fêtes de la Touffaints ,
on préfenta à la Reine à Fontainebleau ,
un Crucifix de 16. pouces de haut , fculpté
fur le plus bel albâtre d'Egypte . La
draperie eft d'un blanc parfait , & tranfparente
comme du cryftal ; le Corps du
Chrift eft d'une vraie cou eur de chair ,
& le côté fur lequel il eft panché , paroît
tout meurtri . Ce qu'il y a de plus
fingulier , c'eft que le coloris du fang ,
au travers des veines , fe trouve marqué
dans l'albâtre même. L'attitude &
l'expreffion de la tête font excellentes ,
& tout le morceau eft fi admirable , que
la Reine l'a fait mettre dans fon Cabinet.
I. vol.
La
DECEMBRE 1725. 2893
La Demoiſelle Grangeron , qui a préfenté
ce rare & fingulier Ouvrage à S.
M. eft de S. Amand-fous - Mouron , petite
Ville près Bourges.
AVIS qu'on nous prie d'inferer.
La liqueur & la poudre que debite le fieur
Desmarefts , produit des effets fi prodigieux,
que Meffieurs les Medecins du Roi & de la
Reine , qui en ont fait des experiences réiterées
par eux-mêmes fur plufieurs & differentes
maladies les plus dangereufes & les
plus inveterées , ont rendu juftice à l'excellente
bonté & utilité de ce remede , comme
il eft prouvé par les Privileges & Brevets
qui lui ont été donnez pour les diftribuer,
tant dans Paris que dans toutes les Provinces
du Royaume avec défenfes à toutes
perfonnes de contrefaire l'une & l'autre , ou
debiter fans fa permiffion.
>
On donnera un Memoire imprimé . qui
marquera les vehecules qui conviennent pour
prendre ladite liqueur & poudre , pour la
guerifon de chaque maladie. Ledit fieur Defmarefts
demeure rue Verdret , quartier des
Halles , & pour la commodité du Public ,
on en aura auffi ruë S. Louis au Marais , visà-
vis le Calvaire.
I. vol.
SPEC1894
MERCURE DE FRANCE.
*MARK¥¥¥¥¥¥¥¥•MM
J
SPECTACLES.
Eudi 25. Octobre les Comediens
François reprefenterent devant leurs
Majeftez , à Fontainebleau , la Tragedie
d'Arianne , & pour petite Piece , l'Efprit
de Contradiction.
Le 27. les Comediens Italiens reprefenterent
Thimon le Misantrope , Comedie
Françoife'en trois Actes , fuivie d'Arlequin
Voleur , Comedie Italienne réduite
en un Acte , qui divertit beaucoup.
Me Prevoft qui étoit venue ce jour- là à
Fontainebleau par or tre de Sa Majesté ,
danfa dans le premier & le dernier Acte
de la grande Piece , avec toutes les graces
qui lui font fi naturelles.
Le 6. Novembre la mort de Pompée ,
Tragedie de M. Corneille , & pour petite
Piece , Crifpin , Rival de ſon Maître.
Le 8. Arlequin muet par crainte , Co--
medie Italienne en trois Actes.
Le 10. le Mélifant , Comedie en vers
& en cinq Actes , & pour petite Piece ,
Attendez- moi fous l'orme : par les François.
La Dll Dubuiffon , nouvelle Actrice
débuta dans le rôle de Lifette , dans
I..vol.
• La
DECEMBRE 1725. 2895
T
la premiere Piece , & s'en acquitta fort
bien.
Le 13. la Dame Invifible , Comediet
Italienne en 5. Actes , fuivie de Pheritier
de Village , Piece Françoife , en un Acte,
par les Italiens. 1
Le 15. la Troupe des Comediens François
reftez à Paris , alla à Fontainebleau
par ordre de S. M. & y reprefenta l'Impromptu
de la Folie , Comedie nouvelle ,
avec des agrémens , par le fieur le Grand,
Comedien du Roi , qui y fit beaucoup de
plaifir.
Le 17. Arlequin , jouet de la Fortune ,
Comedie Italienne en 5. Actes , Me Preyoft
& le fieur Dumoulin danferent enfemble.
Mlle Frevoft finit par les carac
teres de la danfe.
Ie 20. la Tragedie de Bajazet , fuivie
du Florentin , par les François.
Le Jeudi 22. le Pere de Bonne - foi
Piece Italienne - en un Acte , fuivie
du Cahos , Parodie du Ballet des Elemens..
Le Samedi 24, Polycute , Tragedie
Chrétienne , par les François , fuivie du
.
1. vol.
Sici
2896 MERCURE DE FRANCE.
Sicilion , ou l'Amour Peintre , Comedie
de Moliere en un Acte.
L'IMPROMTU , DE LA FOLIE ; . Extrait.
Cet ouvrage du fieur le Grand eft un
ambigu Comique , compofé d'un Prologue
, de deux Comedies d'un Acte chacune
, & de trois Divertiffemens .
PROLOGUE.
Le Theatre reprefente Montmartre .
Thalie y paroît endormie au chant des
Roffignols d'Arcadie. Elle y a été releguée
par Apollon pour des raifons qu'elle
ne nous dit pas. La Comedie Françoiſe
vient implorer fon fecours pour amufer
le public pendant l'abfence de la moitié
de fa troupe , & de toute la troupe Italienne,
que la Cour a attirées à Fontainebleau
. Thalie fe réveille à la voix . Les
Députez de Paris qui fuivent la Comedie
Françoife , s'avancent auffi- tôt. Thalie
ayant appris de la Comedie Françoiſe ce
qui les amene , leur demande dans quel
goût ils voudroient que fut la Piece qu'ils
lui demandent . Ils font fi peu d'accord
fur le choix , que Thalie les quitte , fans
leur rien promettre . La Folie arrive . La
Comedie Françoife s'addreffe à elle , &
la prie de lui donner une Piece de fa façon.
La Folie y confent , & leur donne
deux fujets , l'un dans le goût François ,
I. vol.
l'autre
DECEMBRE 1725. 2897
1
l'autre dans le goût Italien. Le premier a
titre les nouveaux Débarquez , & le dernier
, la Françoife Italienne. Le Regiment
de la Calote , que la Folie palle en .
revûë , fait le divertiffement de ce l'rologue
, qui eft auffi vif & auffi brillant
qu'on puiffe le deſirer.
LES NOUVEAUX DE BARQUEZ.
Premiere Piece.
M. Baguenaudier & le Baron fon fils ,
cy-devant Maître de Forges dans le Nivernois
, font arrivez à Paris pour époufer
deux parentes de Dorimont , mais ils
fe font tous deux refroidis fur ce double
mariage depuis qu'ils ont vû Dorimene ,
femme de ce même Dorimont qui leur
offroit fon alliance . Ils en font devenus
amoureux , à l'infçû l'un de l'autre , &
n'ont fait confidence de leur amour qu'à
un intriguant qui s'appelle l'Eveillé ,
c'eft celui- ci qui ouvre la Scene avec
Zerbine , Suivante de Dorimene . Cette
Zerbine l'a déja inftruit de fon fort , &
lui a appris qu'elle fut dès fon enfance
enlevée par des Bohémes ; & qu'ayant
appris dans la fuite qu'on s'étoit emparé
de fon bien dans le Nivernois , elle avoit
été réduite à fervir , n'ayant pas le moyen
de e faire rendre juftice fur l'ufurpation
I. vol.
de
2898 MERCURE DE FRANCE .
de fes biens qui montoient à vingt mille
francs. L'Eveillé la furprend agréablement
en lui difant qu'elle peut recrouvrer
cette fomme par fes foins . Il lui apprend
que ce même Baguenaudier & le
Baron fon fils , qui font venus du Nivernois
pour époufer les deux parentes de
Dorimont , font ceux qui fe font emparez
de fon patrimoine. Il ajoûte qu'ils fe
font avifez tous deux de devenir amoureux
de la Maîtreffe Dorimene . Zerbine
rit de leur témerité , connoiffant trop
bien la vertu de Dorimene , pour croire
qu'elle puiffe oublier fon devoir en faveur
de tels foupirans. L'Eveillé convient
avec elle que l'entreprife eft toute
des plus mal fondées ; mais que cela ne
doit pas les empêcher de profiter de leur
fottife , & de les plumer jufqu'à la concurrence
des vingt mille francs qu'ils lui
ont volez. Ils fe retirent pour aller pren
dre leurs mefures fur ce nouveau genre
de reftitution. Baguenaudier , pere, & fils,
arrivent à mesure que l'Eveillé & Zerbine
fe retirent . Leur converſation roule
fur le dégoût qu'ils ont pour le mariage
que Dorimont leur à propofé ; mais ils
n'ont garde de fe faire confidence du motif.
de ce dégoût . Baguenaudier le fils fe
retire ; l'Efveillé arrive avec une réponfe
à une Lettre dont Baguenaudier le pe-
* . ναίο
DECEMBRE 1725. 2899
"
re l'avoit chargé pour Dorimene . Cette
réponſe eft de la main de Zerbine , qui
la faite toute des plus favorables , pour
faire mieux donner ce vieillard tranfi
dans le panneau que l'Efveillé doit lui
tendre. On confent dans cette réponfe
à accepter le coeur & la bourſe
qu'on a offerts à Dorimene par une
Lettre qu'on n'a eu garde de lui rendre.
Baguedaudier charmé d'un aveu fi
favorable demande à l'Efveillé par où il
pourroit faire plaifir à fon aimable Maîtreffe.
L'Efveillé lui montre des boucles
d'oreilles de dix mille francs que Zerbine
lui a mifes entre les mains ; c'eft une
emplette que Dorimont vient de faire
pour fa femme, fans l'en avoir avertie , &
qu'il veut qu'elle trouve fur fa toilette ,
quand elle viendra à fe parer pour un bal
qu'il a ordonné pour elle . L'Efveillé fait
accroire à Baguenaudier que c'eſt un bijou
de hazard . Baguenaudier n'hefite point
à lui donner un billet au porteur de dix
mille francs . Il lui demande comment il
doit s'y prendre pour faire ce preſent
à Dorimene ; l'Efveillé lui dit que pour
le faire d'une façon plus galante , il faut
qu'il furprenne agréablement Dorimene ,
en faifant mettre ces boucles d'oreilles
fur fa toilette , & qu'elle ne doutera point
que ce prefent ne vienne de lui , & ne
1. vol.
foit
2900 MERCURE DE FRANCE .
foit une réponse à la Lettre. Baguenaudier
prend tout cela pour argent comptant
, il laiffe entre les mains de l'Eſveillé
les boucles d'oreilles & les dix mille
francs . Il a dans fa poche le double de la
Lettre qui doit fervir à tromper le fils
comme le pere. En effet , l'Efveillé joüe
le même rôle auprès du Baron . Dix mille
francs font encore livrez fous les mêmes
conditions , cela produit une Scene d'im¬
broglio très - plaifante . Dorimene vient
parée des boucles d'oreilles qu'elle croit
ne tenir que de fon mari , à qui elle en
fait des remercimens , qu'il reçoit d'une
maniere tout- à- fait galante. Il la laiffe
avec les Baguenaudiers , pere & fils , après
l'avoir prié de tâcher de leur infpirer un
peu plus d'ardeur pour le double Hymen
qui les a fait venir à Paris. Ils fe fçavent
bon gré chacun en particulier de voir que
Dorimene ait voulu fe parer de leur prefent
auffi- tôt qu'elle l'a reçû. Ils lui en
parlent d'une maniere à lui faire croire
qu'ils ont perdu l'efprit , fur tout quand
elle leur dit que ces boucles d'oreilles ,
dont ils femblent vouloir rabbaiffer le
prix , lui viennent d'une main qui lui eft
bien chere , chacun des amans prend alors
pour foi ce qui ne regarde que le mari.
Le moment vient enfin où l'Enigme fe
débrouille. L'Efveillé avoue la fourberie
I. vol.
qu'il
DECEMBRE 1725. 290 I
qu'il rectifie par le motif de reftitution .
Il fait reconnoître Zerbine pour celle
que Baguenaudier a dépouillée de fes
biens , cela fait le dénouement de la Piece
, qui eft fuivie d'un bal.
LA FRANÇOISE ITALIENNI.
Deuxième Piece.
Pantalon , Tuteur & amoureux d'Agathine
, ayant appris pendant un voyage
qu'un jeune homme , appellé Lucidor ,
étoit introduit chez fa pupille , par l'entremiſe
d'une ſervante Françoife qu'elle
avoit auprès d'elle , & qu'il n'avoit jamais
vûë , a écrit à Agathine pour la porter à
congedier cette fervante Françoiſe, & à en
prendre une Italienne. Agathine qui ouvre
la Scene avec Liſon ( c'eſt le nom de
la fervante Françoife ) voit par là toutes
fes mefures rompuës. Elle s'étoit adreſſée
par le confeil de Lifon à un Notaire qui
n'entendoit point l'Italien , & qui parloit
fi vîte le François , que perfonne ne pou
voit l'entendre , elle s'étoit flattée que
Pantalon figneroit fur la foi , & fur celle
de Lifon le contrat de mariage , par lequel
il s'engageoit de laiffer tout fon
bien à Lucidor en faveur de fon mariage
avec Agathine , la fourberie auroit pû
réüffir , s'il n'eut pas envoyé cet ordre
I. vol.
fatal
2902 MERCURE DE FRANCE.
fatal de congedier Lifon . Autre contretemps
; Pantalon arrive un jour plutôt
qu'il n'étoit attendu on l'entend frapper
à la porte , Agathine ne fçait comment
cacher Lifon ; mais cette fine foubrette
fçait bien fe tirer d'affaire . On a
déja dit que Pantalon ne l'a jamais vûë ;
elle prend le parti de fe donner pour Ita .
lienne au jaloux tuteur , à la faveur de
quelques mots Italiens qu'elle a appris
d'Arlequin fon amant. Pantalon prend le.
change , comme elle fe l'eft promis . Ildemande
à Agathine fi elle a donné les
foins qu'il faut pour le contrat de mariage
; elle l'affure que tout eft difpofé
felon fes defirs . Il fort pour aller donner
quelques ordres. Lucidor vient un moment
après ; Agathine effrayée lui apprend
que Pantalon eft arrivé . A peine
a-t'elle donné cette nouvelle à Lucidor
que Pantalon revient , il eft fort étonné
de trouver un homme auprès d'Agathine
, mais Lifon ne demeure pas court ;
elle chante un air Italien fur le champ
& feignant de ne faire que d'appercevoir
Pantalon , elle lui dit que ce Monfieur
eft un Maître à Chanter . Pantalon donne
dans ce fecond piege , prie le prétendu
Maître de Mufique de continuer fa leçon
en fa prefence. La fauffe Italienne loin .
de fe déferrer , continue à chanter des
1. vol.
chanDECEMBRE
1725. 2903
chanfons qu'elle a apprifes à la Come die
Italienne . Mais le fort lui livre un troifiéme
affaut , fous lequel vrai - femblablement
elle doit fuccomber ; Scapin arrive
inopinément , & la reconnoît pour Nifon.
Pantalon irrité , la chaffe de chez
Agathine ; mais elle ne fort pas fans aflurer
tout bas fa Maîtreffe, qu'elle trouvera
bien le fecret de rentrer . Elle a entendu
dire à Pantalon que le Docteur Lanternon
, fon ami , lui doit envoyer un valet
fidele & incorruptible , qui s'appelle Arlequin
, cet Arlequin elt fon amant ; fur
cette découverte elle fonde de nouvelles
efperances , & revient bien - tôt après fous
l'habit d'Arlequin ; Agathine y eft trompée
toute la premiere. Pantalon les laiffe
enfemble ; c'eft pour lors que le prétendu
Arlequin fe fait connoître pour Nifon.
Enfin le Notaire vient avec Pantalon &
Scapin ; ce dernier paroiffant de trop au
faux Arlequin , eft prié de fe retirer ,
fous peine d'avoir cent coups de bâton
par la feule raifon que fon vifage déplaît
au nouvel Arlequin . Scapin fe retire . Le
Notaire fait la lecture du contrat de mariage
avec tant de rapidité que Pantalon
n'y comprend rien . Le faux Arlequin
qu'il croit très-fidele , puifqu'il lui a été
donné de la main du Docteur Lanternon ,
lui explique comme il lui plaît tout ce
1. vol.
G qu'il
2904 MERCURE DE FRANCE .
¿
1
qu'il n'entend pas. Le contrat eft enfin
figné par Pantalon , par Agathine, & par
Lucidor qui furvient à propos , & qui.
paffe toûjours auprès de Pantalon pour
un Maître à Chanter. Le Notaire fort
pour aller faire figner le contrat à d'autres
témoins. Scapin vient faire le dénouement
; il dit à Pantalon qu'il eft trahi
, & que le Notaire qu'il vient de rencontrer
la fort furpris , en lui apprenant
que le contrat qui vient d'être figné eft
en faveur de Lucidor ; il reconnoît ce
même Lucidor qui n'eft pas forti : Pantalon
veut tuer Agathine ; mais Lucidor
le retient , & appaife fa colere , en lui
apprenant qu'il vient d'être reconnu pour
fils du Docteur Lanternon ; cela fait dire
à Nifon ; nous allons bien - tôt voir un
dénouement à l'Italienne . La Piece finit
par une Fête compofée de tous les per
fonnages de la Comedie Italienne.
Dans le Prologue la D'e la Motte joüe
le perfonnage de Thalie , & la De Labar
celui de la Comedie Françoife . La
Dile du Frefne y reprefente la Folie avec
beaucoup de vivacité & de préciſion , dans
un habit parfaitement caracterifé. Le
fieur Armand y paroît en vieux Commandeur
, grand Partifan des anciens
Comediens , parlant du nez & fecoüant la
tête. Il remplit ce caractere d'une manie
I. vol.
re
DECEMBRE 1725. 2905
re originale. Le Ballet de la Folie & de
fes fuivans , qui eft parfaitement caracte
rifé , fait un très -grand plaifir .
>
. Dans la premiere Piece qu'on pourroit
appeller les Boucles d'oreilles , car
elles en font prefque le noeud & le dénouëment
& donnent lieu à une trèsplaifante
Scene , le fieur le Grand fils
& la Dlle Labat joüent les rôles de Dorimont
& Dorimene , les fieurs de la Voye
& la Torilliere , fils , ceux de Baguenaudier,
pere & fils , & la Dile du Frefne
& le fieur Armand , Zerbine & l'Efveille.
Le Divertiffement qui fuit cette Piece
eft composé d'une danfe grave de Polonois
& de Polonoifes , d'un Menuet danſé
par la Dle Labat , avec le fieur Dangeville
, qui fait un fort grand plaifir & d'une
entrée de la petite Dle Dangeville qui y
danfe une forlane avec toutes les graces ,
la vivacité & la précifion qu'on trouveroit
à peine dans une perfonne qui auroit
trois fois fon áge . Elle chante à tous
les Divertiflemens , & le public qui connoît
tous les talens , ne ceffe de l'applaudir.
Les rôles d'Agathine & de Nifon ,
dans la derniere Piece font remplis par
les Diles Labat , & la D'le le Grand , jeune
perfonne , fille du fieur le Grand , Comedien
du Roi , Auteur de la Piece . Le
I. vol.
G ij fieur
2906 MERCURE DE FRANCE.
fieur Armand joue celui de Pantalon , &
c'eſt une imitation fi parfaite du vrai Pantalon
, excellent Acteur de la Troupe
Italienne , qu'on y eft trompé : ton dé
voix , geftes , attitudes , démarche , tout
eft employé avec jufteffe & fort plaifamment.
Le fieur Poiffon y joue le rôle
du Notaire Bredouilleur d'une maniere
viye & originale . La Dlle le Grand imite
parfaitement Violeta , & la Chanteufe de
la Comedie Italienne , dans un air Italien
& dans un couplet François qu'elle chante
mais ce qui fait le plus d'honneur à
Les talens , & ce que le parterre applau
dit le plus , c'eft fon déguiſement en Arlequin
, dans lequel elle copie avec beaucoup
d'art les graces de l'inimitable Thomafin
. El e foutient ce perfonnage d'une
maniere à étonner par la fingularité , l'agrément
& la legereté.
Le dernier Divertiffement eft compofé
de differentes danfes , & de plufieurs
Vaudevilles , dont le refrain à été
trouvé joli. La Dle Labat y danfe une
Loure & Efpagnolette. La D le la Motte
& le fieur Armand y danfent enſemble
une Entrée en Pierrot , & en Perrette
que le Parterre applaudit.
Le fieur Quinaut , Comedien du Roi
& le fieur Dangeville , de l'Académie
Royale de Mufique , le premier Auteur
B. vol. de
DECEMBRE 1725 .
2907
,
de la Mufique , & le fécond compofiteur
des Ballets de cette Piece , doivent avoir
part au triomphe du fieur le Grand , qui
a déja donné quantité de preuves de fon
genie fecond & Comique .
Voici quelques couplets des Divertiffemens.
Premier Divertiffement de la Folie.
Lubin jaloux & curieux ,
Obfervoit fa femme en tous lieux ;
Ennuyé de n'y rien connoître ,
Il fe déguiſe en petit Maître :
Il est bien- tôt heureux Amant ,
Et fe fait ce qu'il croyoit tänt ,
Ah ! que l'épreuve eft fotte ,
Et plan , plan , plan ,
Place au Regiment de la Calotte.
Mon Tuteur me fait élever ,
Croyant pour lui me conferver ,
Il me nourrit dans l'ignorance ,
Mais je n'en ai pas tant qu'il penſe.
A quatorze ans , ah ! voyez donc,
Comme je voudrois d'un barbon !
Je ne fuis pas fi fotte .
Et plan , & c.
I. vol.
Deu- Gij
2908 MERCURE DE FRANCE :
Deuxième Divertiffement.
Clitandre eft fage autant qu'on le peut être ,
Quand d'une Belle il feint d'être amoureux ;
Mais auffi-tôt qu'il eft Amant heureux ,
Le mafque tombe , on voit le petit Maître.
M
D'un riche habit le fot Damon fe pare ,
Tant qu'il fe tait , il en peut impofer ;
Mais auff tôt qu'il commence à jafer ,
Le mafque tombe & le fot fe declare.
Certain mari faifoit le difficile ,
Et fur l'honneur n'entendoit pas raiſon :
Un Financier a'meublé fa maiſon ,
Le mafque tombe on voit l'époux docile.
Autre Vaudeville.
Quand un Berger de bonne grace
Vient me demander un baifer ,
Faut- il le refuſer ?
Ah ! pour un baiſer paffe :
Mais s'il venoit tout cy tout ça .
Bredi breda ,
I. vol.
D'une
DECEMBRE 1925. 2909
D'une main indifcrete ,
Lever ma collerette ,
Alte - là
Quoique l'on dife & que l'on faffe ,
Fillette peut fecretement ,
Ecouter un Amant ;
Encor un autre paſſe ,
Mais s'il falloit tout cy tout ça ,
Bredi breda ,
Que fans en rien rabattre ,
Elle allât jufqu'à quatre ,
Alte - là
Miman du Convent me menace,
Si je n'attends jufqu'à quinze ans ,
Pour avoir des Amans
Ah ! jufqu'à quinze ans paſſe
Mais s'il falloit tout cy tout ça ,
Bredi breda ,
Attendre jufqu'à feize ,
Cela change la thefe ,
>
Alte - la .
1. vol.
Gij
Troi2910
MERCURE DE FRANCE ,
Troisième Divertiſſement.
Je mets au bas de la requête ,
Amoureufe , honnête ,
D'un galant de bonne façon ,
Bon ;
Mais à celle que me prefente ,
D'une main tremblante ,
Un vieillard froid & languiffant
Neant.
Vaudeville.
Maris, fi vous êtes jaloux ,
Et gardez vos femmes chez-vous ,
Elles s'en vangent d'ordinaire :
Si par douceur vous les menez ,
Elles vous menent par le nez ;
Comment faire ?
Si vôtre femme a peu d'appas ,
On ne vous la ravira pas ;
Mais elle ne vous plaira gueres
Pour peu qu'elle ait dequoi tenter
Vos voisins en voudront tâter :
Comment faire :
I. vol. Un
DECEMBRE 1725 . 2911
Un Vieillard.
Les jeunes filles de mon temps
S'armoient de griffes & de dents ;
Ma foi je n'en attrapai gueres :
Elles font douces à preſent ,
Mais moi j'ai quatre-vingt- un an ;
Comment faire?
Une petite fille.
Un galant d'un âge un peu mûr ,
M'eft choifi pour époux futur ;
Mon enfance fait qu'il differe :
Si je fuis trop jeune à preſent ,
Il fera trop vieux s'il attend ;
Comment faire ?
Arlequin.
Si nous voulons parler François ,
Nous nous trompons à chaque fois ,
Faute de fçavoir la Grammaire ;
Si nous parlons Italien ,
Les trois quarts n'y comprennent rien ;
Comment faire ?
I
1. vol.
Gy Les
2912 MERCURE DE FRANCE.
Les Comediens Italiens qui n'avoient
pas pû donner plutôt des marques publiques
de leur zele , à l'occafion du mariage
du Roi , firent l'ouverture de leur
Theatre , après leur retour de Fontainebleau
, le 27. de l'autre mois , & donnerent
gratis les Comedies de Belphegor,
& du Fleuve d'Oubli . Il eft inutile d'ajoûter
que l'affemblée fut des plus complettes
.
Ils donnerent le lendemain une petite
Comedie nouvelle , fous le titre des Enfans
de la Joye , qui n'a pas eu de fuccès ;
on en donnera un petit Extrait dans le
2. vol. de ce mois.
Les Bals qu'on donne tous les ans fur
le Theatre de l'Opera ont commencé le
jour de la Saint Martin , & ont continué
jufqu'au premier Dimanche des Avents.
On les reprendra après Noël jufqu'au
Carême.
>
Le Mardi 4. de ce mois les Comediens
François reprefenterent , à Versailles
devant leurs Majeftez le Misantrope de
Moliere , & pour petite Piece , la Metamorphofe
amoureuse du fieur le Grand ,
dans laquelle la petite De Dangeville
joüa en Crifpin.
Le 11. ils y reprefenterent la Trage-
1. vol.
die
DECEMBRE 1725. 2913
die de Mithridate , de Racine , & les Folies
Amoureuſes , de Renard. La Dlie Quinaut
du Freſne y joua le rôle de la Folle,
& la Dle le Grand celui de la Suivante.
Cette derniere Actrice dont les talens
ont été goûtez à la Cour , fut reçûë le
lendemain , par ordre de la Reine , dans
la Troupe Françoiſe , à demi part .
·
>
Le fieur Florent Carton Dancourt
qui avoit quitté le Theatre depuis environ
10. ans , eft mort à fa terre de Courceiles
le Roi , en Berri , âgé d'environ
65. ans. Il fut long - temps l'Orateur
de la Troupe , & il s'en acquittoit
très-bien, C'étoit un homme d'efprit , &
de Lettres qui parloit avec beaucoup de
juftefle , & très- aifément. Il reprefentoit
avec fuccès les rôles de Jaloux , de
Financier , d'Hypocrites , & entre autres
celui du Mifantrope. Il laifle au Theatre
une très -grande quantité de Pieces que le
Public voit encore tous les jours avec
plaifir . Son ftile eft leger , vif , agréable ,
& fi tous fes ouvrages ne font pas auffi
châtiez qu'on le defiteroit , on peut dire
que le Dialogue en eft toûjours admirable.
I. vol.
G vj NOU
2914 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES DU TEMPS.
O
L
TURQUIE..
Na appris à Conftantinople vers
la fin du mois d'Octobre dernier ,
par un Exprès dépêché par Abdula Bacha
qui commande l'armée Otomane
aux environs de Tauris , que le Gouverneur
d'Erzerum avoit emporté d'aflaut
la Ville de Chenfe , & fait main baſſe ſur
la girniſon , & fur tous les habitans , excepré
les Chrétiens qui avoient imploré,
& obtenu la grace & la protection du
Grand Seigneur .
On a été informé par le même Exprès
, que le Prince Thamas , fils du
vieux Roi de Perfe , s'étant avancé vers
Ifpahan avec fon armée , dans l'efperance
d'être reçû dans cette Capitale , & de
monter fur le Trône , avoit été rencontré
& attaqué par le P. Efchref , Sultan ,
qui après la mort de Miry-Mamouth
s'eft fait reconnoître en qualité de Roi
de Perfe. On dit que la victoire s'étant
entiere nent declarée en faveur de celuicy
, le Prince Thamas a été obligé de
1. vol.
prenDECEMBRE
1725. 2915
prendre la fuite , pour ne pas tomber entre
les mains du vainqueur.
RUSSIE.
N affure que la Czarine a pris la
refolution d'entreprendre l'année
prochaine la pêche de la Baleine , & que
par fes ordres on travaille en differens.
Ports aux préparatifs de cette pêche.
Cette rinceffe ayant appris que l'Empereur
avoit nommé le Comte de Rabutin
pour fon Ambaffadeur en cette Cour ,
& que ce Miniftre étoit prêt à partir de
Vienne , S. M. Cz . a envoyé ordre au
Prince de Repnin , Gouverneur General
de la Livonie , de faire rendre à cet Ambaffadeur
les honneurs qui lui font dûs ,
auffi - tôt qu'il fera arrivé fur les terres
de fon Gouvernement , & de le faire défrayer
fur la route .
On apprend de Varfovie que les Non-
Conformistes de Pologne apprehendant
les fuites fâcheufes de l'animofité du
peuple contre eux , ont pris le parti d'écrire
en Corps au Primat du Royaume ,
& d'implorer fa protection , jufqu'à cê
que leurs differens foient terminez.
I. vol.
ALLE
2916 MERCURE DE FRANCE.
Lice
ALLEMAGNE .
E Duc de Richelieu , Pair de Fran-
Ambaffadeur extraordinaire du
Roi très - Chrétien , fit fon entrée publique
à Vienne le 7. du mois dernier . Le
Comte de Brandeis , qui fait par interim
les fonctions de Maréchal de la Cour ,
alla avec les caroffes de l'Empereur au
jardin de M. Schleger prendre cet Ambiffideur
qui s'y étoit rendu dès le matin .
Vers les trois heures après-midi la marche
fut commencée par un Fourier de la
Cour à cheval qui précedoit les canolles
à fix chevaux des Chambellans de la
Clef d'Or , des Confeillers d'Etat & des
Miniftres de l'Empereur , au nombre de
69. Le premier caroffe de S. M. I. qui
venoit enfuite , étoit fuivi de la livrée
de l'Ambaffadeur , magnifiquement ha
billée , & de celle du Comte de Brandeis
. On vit paroître enfuite le fecond
caroffe de l'Empereur , dans le fond duquel
étoit le Duc de Richelieu feul , &
fur le devant le Maréchal de la Cour.
Les douze Heyduques de l'Ambaffadeur
marchoient aux portieres de ce caroffe
qui étoit fuivi de deux Fouriers de la
Cour , de l'Ecuyer , du fous-Ecuyer , &
des douze Pages de l'Anballadeur vêtus
1. vol.
de
DECEMRE. 1725. 2917
de velours cramoify , galonné de points.
d'Efpagne d'argent , & ayant des veftes
de drap d'argent garnies de franges. Après
les Pages , douze Palefreniers à cheval
conduifoient en main douze chevaux richement
caparaçonnez. Ils précedoient le
premier caroffe de ceremonie de l'Ambaffadeur
qui étoit de la plus grande magnificence
, & après lequel marchoient
les caroffes que le Nonce du Pape &
l'Archevêque de Vienne avoient envoyez
avec leurs Gentilshommes pour
faire cortege au Duc de Richelieu. Les
quatre autres caroffes de cet Ambaffadeur
venoient enfuite , & fermoient la
marche.
Le 12. de l'autre mois L. M. I. affifterent
à une grande chaſſe dans le voiſinage
de Thornbach , à deux lieuës de
Vienne , où l'on prit 200. Sangliers.
Le 22. du même mois le Prince Electoral
de Baviere & le Duc Ferdinand
fon frere , pafferent à Cologne en pofte
allant à Bonn , d'où l'on mande que l'Electeur
de Cologne & l'Evêque de Ratifbonne
y étoient arrivez le 20 .
On affure à Vienne que le General ,
Comte de Bonneval obtiendra dans peu
fa liberté.
I. vol.
ITALI E.
918 MERCURE DE FRANCE
D
ITALIE.
E Prince hereditaire de Modene &
la Princeffe fon époufe , arriverent
à Venife le 6. Novembre de Borgo-
Forte.
On mande de . Genes qu'on avoit eu
la confirmation des premiers avis reçûs
de la conclufion d'un traité de Paix entre
l'Empereur & les Regences de Tunis
& de Tripoli .
M. Cornejo , Agent du Roi d'Espagne
à la Cour de Rome , a reçû ordre de Sa
Majefté Catholique d'acheter toutes les
maifons voisines du Palais d'Espagne .
pour les abattre afin d'ifoler ce Palais.
On mande de Faenza dans la Romagne
, que le 4. du mois dernier on y
avoit fenti des fecouffes aflez violentes
de tremblement de terre qui avoit caufé
beaucoup d'effroi dans les environs de
cette Ville .
Le 5. il y eut à Florence un grand
orage , & il tomba une fi grande quantité
de pluye que quelques quartiers bas
de la Ville en furent inondez . Vers le
foir on reffentit quelques fecouffes de
tremblement de terre qui durerent 9. à
10. minutes , qui ne cauferent cependant
aucun dommage , non plus qu'aux envi-
Γ. vol . rons
DECEMBRE 1725 . 2910
rons de Bologne , où le même tremblement
de terre s'eft fait fentir, mais à Marali
le dommage a été très- confiderable
les Payfans ayant pris le parti de fe retirer
en pleine campagne pour être plus
en feureté.
La Congregation de l'Examen des
Evêques & Reguliers fe tint le 16. de
l'autre mois à Rome , en prefence du
Pape. On y interrogea fur la Theolo-.
gie morale le P. Paul Collia , Mininime
, qui a été nommé à l'Evêché de
Lerine dans le Royaume de Naples.
On a appris que le tremblement de
terre arrivé à Faenza , a caufé beaucoup
de dommage , tant dans cette Ville
qu'aux environs : les fecouffes y ont été
fi violentes , qu'elles ont renverfé quelques
Eglifes & plufieurs maifons. 20.
maifons de Fontana , y compris l'Eglife
Paroiffiale & le College des Chanoines
, ont été engloutis , fans qu'il en
paroiffe aucuns veftiges. Trois Eglifes
du Bourg de S. André , qui n'eſt pas
éloigné , la maison du Curé de ce Bourg,
le Convent & l'Eglife Paroiffiale de Cafola
, ont été renverfez.
"
I. vol. ESPAGNE.
29 20 MERCURE DE FRANCE
LE
ESPAGNE.
E Prince Dom Ferdinand ayant été
reconnu en qualité de Prince des Afturies
, l'Infant Dom Philippe fon frere,
a été nommé en fa place Grand- Prieur
de la Religion de Malte dans le Royaume
de Caftille & de Leon , & le Roi
lui a donné pour Lieutenant pendant fa
minorité , le Bailly Dom Pierre Davilay-
Gufman , actuellement Ambaffadeur du
Grand-Maître à la Cour de Madrid.
La Capitulation que le Roi a faite
pour les deux Regimens que S. M. C.
fait lever en Suiffe , porte que les Capitaines
feront obligez tous les deux ans ,
de faire venir des recrues pour rendre
leurs Compagnies completes , & que l'accord
fait avec les Suiffes pour ces deux
Regimens , fubfiftera pendant quinze années.
La Cour a nommé des Commiffaires
pour aller en Andaloufie , prendre un
état des chevaux , dont les habitans de
cette Province peuvent fe défaire , fans
faire tort à la culture des terres , afin
qu'on puiffe s'en fervir en cas de befoin
pour remonter la Cavalerie .
On écrit de Lisbonne , qu'on y a publié
depuis peu un Ecrit très- vif contre
1. vol.
le
DECEMBRE 1725. 2921
le Decret que le dernier Concile National
de Rome a rendu en faveur des
particuliers accufez & poursuivis par le
Tribunal de l'Inquifition ; le Grand-
Inquifiteur paroît l'approuver , & tous
les Officiers qui dépendent de ce Tribunal
, en répandent des Exemplaires .
L'Inquifition de la Ville de Grenade a
celebré depuis peu deux Auto da fé dans
L'Eglife des Religieux de la Redemption
des Captifs ; dans le premier , ce Tribunal
a jugé 22. perfonnes , dont 13 .
ayant abjuré le Judaïfme , ont été admis
aux Inftructions ordinaires qui précedent
le Baptêmes deux autres ont été
condamnez à diverfes penitences , pour
avoir feint des revelations extraordinaires
, & fept autres avoient été brûlez
en effigie , pour avoir judaïfé après leur
converfion. Par la Sentence prononcée
dans le fecond Auto - da -fé , contre un
jeune garçon Cordonnier âgé de 2 1. ans ,
avoit été condamné à 200. coups de
fouet , à fix ans de galeres , & à un banniffement
à perpetuité , pour avoir celebré
la Meffe , & adminiftré les Sacremens
dans plufieurs Paroiffes de la campagne.
I. vol.
PAYS2922
MERCURE DE FRANCE .
L
PAYS-BAS.
E Prince Electoral de Baviere , &
le Duc Ferdinand fon frere , qui arriverent
incognito le 19. du mois dernier
à Utrecht , en partirent le lendemain
pour fe rendre à Munich, L'Electeur
de Cologne partit de Bruxelles
le 20. du même mois pour retourner à
Bonn ; l'Evêque de Ratisbonne fon frere
en partit le lendemain pour s'y ren
dre.
1
Le 25. du mois dernier , le Comte de
Daun partit de Bruxelles avec la Comteffe
fon Epoufe, pour le rendre par l'Allemagne
au Duché de Milan , dont l'Empereur
l'a fait Gouverneur & Capitaine
General. On croit qu'il n'y reftera que
jufqu'à l'arrivée de l'Archiduchefſe Marie-
Magdelaine en Italie .
>
On a publié à Bruxelles la Pragmatique
Sanction concernant l'établiffe-.
ment des Païs hereditaires de l'Empe ...
reur dans la ligne feminine de la Maifon
d'Autriche , & l'on a imprimé à la
fin une explication du neuviéme article
du Traité de Paix conclu à Vienne entre
l'Empereur & le Roi d'Efpagne ,
qui regarde le rétabliffement de leurs
Sujets dans les biens qui leur avoient
1. vol.
été
DECEMBRE 1725. 2923
été confifquez pendant la derniere
guere.
,
On mande d'Anvers qu'il s'y étoit
tenu le 4. de ce mois une Aflemblée
generale des Intereflez de la Compagnie
des Païs - Bas , & qu'on y avoit deliberé
fur plufieurs propofitions , dont les
principales font l'entreprif de la baleine
& du hareng , l'établiflement du
commerce de la Compagnie dans les Indes
Orientales , conformément aux articles
qui peuvent lui être avantageux ,
dans le dernier Traité de commerce de
navigation conclu entre l'Empereur &
le Roi d'Efpagne , la continuation de l'établiffement
du Comptoir de Coblon fur
la côte de Coromandel , commencé par
le Colonel de la Merveille , les magazins
qu'on a propofé d'établir à Bengal ,
& à Canton ; & enfin , s'il ne conviendroit
pas à la Compagnie d'employer
encore cette année dans fon commerce
les fommes deftinées à payer le dividende
échû . Ces lettres ajoûtent , que les Intereffez
s'en étoient rapportez à la prudence
des Directeurs , pour la décifion
de tout ce qui avoit été propofé dans
l'Affemblée.
Le 16. du mois dernier , la Comteffe
de Berlaimont reçût à Nivelle par un
Courier de Cabinet les Patentes de l'Em-
I. vol.
pereur,
2924 MERCURE DE FRANCE .
pereur , par lefquelles elle eft declarée
Princefle de Nivelle & du S. Empire.
Le 17. les Patentes furent prefentées
au Chapitre par le Duc de Croy , &
après la lecture , la nouvelle Princefle
fut appellée au Chapitre par deux Chanoinelles
deputées du Corps , où elle
fut conduite par fon Mayeur & par les
Echevins. Le Doyen l'ayant complimen
tée fur fa nouvelle dignité , elle laiffa
tomber fon manteau de Chanoineffe , &
fut conduite au Choeur , où l'on entonna
le Te Deum , qui fut continué par la
Mufique , après quoi le Batonnier la
proclama trois fois dans l'Eglife , Princeffe
de Nivelle & du Saint Empire.
Cette Ceremonie fe fit auffi dans les autres
quartiers de la Ville felon la coûtume.
La Princeffe fut enfuite recondui
te à fa maifon par les Chanoineffes &
les Chanoines en corps , étant préce
dée des Echevins & de fon Mayeur .
L'après -midi , le Magiftrat la complimenta
, & lui préfenta en hommage ,
felon l'ancienne coûtume , deux pieces
de vin & deux grands brochets . Le foir
on alluma des feux de joye , & c.
I. vol.
MORT'S
,
DECEMBRE 1725. 2925 .
XX:XXXXXXX : XXXX :XX
MORTS , NAISSANCES , & c.
LR
E Landgrave Guillaume de Heffe-
Rinfels - Rottembourg , eft mort à
Schwalbach le 20. du mois dernier , âgé
d'environ 77. ans . Il étoit ayeul de la
Princeffe hereditaire de Piemont , c'étoit
le plus âgé des Princes de l'Empire.
M. Hopfon , Miniftre d'Eltham , dans
le Comté de Kent en Angleterre , eſt
mort dans la 100. année de fon âge :
il joüiffoit de ce Benefice depuis le temps
de l'Ufurpateur Cromwel .
La Princeffe de Radzivil , Epouſe du
Comte de Flemming- Feld , Marêchal
des Armées de Pologne , accoucha d'un
fils , qui doit être nommé par le Roi de
Pologne.
Le 24. du mois dernier , la Princeffe
hereditaire de Sultzbach , fille unique de
l'Electeur Palatin , accoucha d'un Frin
ce à Manheim. On écrit de Duffeldorp,
que les Etats de Juliers & de Bergues
ont fait un prefent de 15000. écus au
jeune Prince nouveau né.
I. vol.
FRANCE
.
1926 MERCURE DE FRANCE .
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.

A Commiffion nommée pour exa ,
miner les Requêtes des Criminels ,
qui s'étoient rendus dans les prifons de
Fontainebleau , pour avoir part aux graces
que le Roi devoit accorder à l'occafion
de fon Mariage , ayant fait fes
rapports le du mois dernier , ces criminels
, au nombre de 201. furent élargis
le même jour. Ils furent conduits fur
les fix heures du foir dans la Cour ovale,
cù après avoir crié plufieurs fois Vive le
Roi & la Reine , ils furent renvoyez
abfous .
le
24.
1
Le 27. de l'autre mois le Roi envoya
à la Ducheffe d'Orleans , par le Mar.
quis de Gandeleu , frere du Duc de Gêvres
, une magnifique tabatiere d'or ,
dans laquelle eft le Portrait de S. M.
Le Roi a permis à M. Samuel Bernard
de faire ériger la Terre de Coubert
en Comté , dont il portera le nom,
qui fera tranfmis de pere en fils.
Le Gouvernement de la Ville & Principauté
de Sedan , vacant par la mort du
1. vol, MaDECEMBRE
1725. 2927
Marêchal de Medavi , a été donné au
Marquis de Cognies , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant General de fes
Armées , & Colonel General des Dragons
de France.
,
Le Roi a accordé l'agrément du Regiment
Dauphin Dragons , fur la démiſfion
volontaire du Comte de Rioms , à
M. Bonnier de la Moffon Marêchal
General des Logis des Camps & Armées
de S. M. ci-devant Meftre de Camp de
Cavalerie , fils de M. Bonnier , Treforier
General des Etats de Languedoc.
Le 28. du mois dernier , le Roi ac
compagné de la Reine , partit de Fontainebleau
, pour venir à Petit-Bourg chez
le Duc d'Antin , où leurs Majeftez ont
refté jufqu'au Samedi premier de ce mois,
qu'elles en partirent pour Verfailles , où
elles arriverent le foir après neuf heures.
Le Roi & la Reine monterent au Châ- ·
teau par l'Escalier de marbre , & traverferent
le grand Appartement & la grande
Gallerie illuminez.
La Comteffe de Toulouze eft relevée
de couches, & fe porte très -bien , le fils
dont elle eft accouchée porte le nom de
Duc de Penthievre.
Deux grandes chaffes dans la forêt
de Senart ont agréablement occupé le
Roi , pendant le féjour que la Cour a
1. vol.
H
fait
2928 MERCURE DE FRANCE .
fait à Petit- Bourg. Tout s'eft paffé dans
cette fuperbe maifon avec une magnificence
& un ordre admirable. La Ducheffe
de Bourbon , Mademoiſelle de
Charollois , Mademoiſelle de Clermont
& Mademoiſelle de la Roche - fur Yon,
ont toûjours mangé à la table de Leurs
Majeftez , qui a été ſervie par le Maître-
d'Hôtel de quartier , & par les Gentilshommes
Servans . Outre la table du
Duc de Bourbon , il y en avoit une de
vingt couverts de Mademoiſelle de Clermont
, à laquelle les Dames du Palais &
de la fuite, avec les Seigneurs de la Cour,
mangerent , fans compter celles que
Duc d'Autin fit fervir.
le
Le 2. de ce mois , premier Dimanche
de l'Avent , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de
Verſailles , la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après - midi Leurs Majeftez
affifterent à la Prédication de l'Abbé de
la Paufe .
Le 8. Fête de la Conception de la
Vierge , le Roi entendit la Melle chan
tée par la Mufique , & l'après - midi le
Sermon du même Prédicateur . Le même
jour , la Reine accompagnée des Dames
de fa Cour , alla à la Maifon Roya
Je de S. Cyr. S. M. y entendit la Meſſe,
& communia par les mains de l'ancien
ទ Evêque
DECEMBRE 1725. 29 : 9
Evêque de Frejus , fon Grand- Aumônier.
La Reine y paffa la journée , &
elle y aflifta à tout l'Office.
Le Roi a donné à la Dame de Mornay-
Montchevreuil l'Abbaye du Parc -aux-
Dames , Ordre de Cîteaux , Diocèfe de
Senlis , vacante par la démiffion volontaire
de la Dame le Pelletier. L'Evêché
de Grenoble à l'Abbé Caulet , Aumônier
de S. M. L'Abbaye de Billon , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Befançon , à
l'Abbé de Marnefia, & celle de S. Laurent
de Bourges , à la Dame d'Angennés.
Le 11. de ce mois , on chanta dans
l'Eglife de la Paroiffe de Verfailles un
Te Deum à l'occafion du Mariage du Roi.
La Reine y aſſiſta ainſi qu'au Salut . Le
foir il y eut des feux & des illuminations
dans toutes les rues de la Ville.
La nuit du 4. au 5. du mois de Novembre
, environ une heure après minuit
, le feu prit dans la maifon d'un
Droguifte , nommé Gulpin , fituée à la
porte Chapeliere d'Angers , & fut fi vif,
que la maifon fut entierement confumée
en trois heures de temps.
Le feu fe communiqua auffi tôt à deux
maiſons voisines , & la flamme fut fi forte
, qu'elle mit en feu deux maifons fituées
vis- à- vis de l'autre côté de la ruë.
Il y avoit lieu de craindre un incen-
1. vol.
Hij
die
2930 MERCURE DE FRANCE .
die femblable à celui de Rennes , parce
que ce quartier , qui eft le centre de la
Ville eft prefque tout occupé par des
Droguistes , Aubergiftes , Marchands de
Beurre , de Chandelle , d'Eau - de- vie &
de poudre ; les maifons y font de bois , &
les rues fort étroites .
Le feu a été pendant deux jours dans
fa cave , & l'eau qu'on y jettoit faifoit
furnager les huiles enflammées fans les
éteindre ; on étouffa le feu par les terres
dont on la remplit.
Il y avoit quatre perfonnes dans cette
maiſon , dont trois perirent ; le mari fe
fauva en chemife au travers des flammes ;
La fervante fe jetta par une fenêtre &
fe tua. La femme n'ayant pas voulu ſe
fauver fans emporter un enfant qu'elle
avoit au berceau , fut écrafée dans fa
boutique par le plancher qui tomba fur
elle ; on la retira le lendemain prefque
toute brûlée , & on remarqua que le bras
fur lequel elle portoit fon enfant , n'étoit
point endommagé .
On rend ce témoignage au fieur Defmafures
, Procureur du Roi , de la Prevôté
& Police d'Angers , que c'eft à fes
foins , à fa vigilance & aux bons ordres
qu'il donna , qu'on eft redevable de
la confervation d'une partie confiderable
de la Ville il obligea les Charpentiers
1. vol.
DECEMBRE 1725. 2931
,
& les Couvreurs de venir travailler à
jetter à bas la maifon qu'on ne pouvoit
fauver, & garantir les autres ; il fit même
venir des Bateliers , qui avec un
mats de batteau ébranlerent , & firent
enfin tomber le principal pilier qui foutenoit
la maifon. C'eft le troifiéme incendie
où ce jeune Magiftrat a fait paroître
fon activité & fa prudence depuis
deux ans , qu'il eft reçû dans cette
Charge.
Le Lundi 26. Novembre les ouvertures
des grandes Audiances du Parlement
fe firent. M. Gilbert de Voifins , Premier
Avocat General , y adreffa aux Avocats
un Difcours également éloquent &
folide fur la vertu . Il fit voir qu'elle
devoit être la bafe de toutes leurs actions
& de toutes leurs démarches , qu'elle
étoit la fource de la veritable gloire à
laquelle ils afpiroient ; que fans elle
leurs plus grands talens ne fervoient
qu'à les faire redouter davantage , & les
lumieres , qu'un travail affidu leur avoit
acquifes , n'en étoient que plus dangereufess
enfin , que la vertu pouvoit feule
donner la perfection à une reputation
brillante , qui feroit bien - tôt ternie malgré
le fçavoir le plus profond & la plus
vive éloquence de l'Avocat , fi les qualitez
du coeur ne lui attiroient la con-
I. vol.
Hij fiance
2932 MERCURE DE FRANCE.
#.
ces ,
fiance ,
que
le Public
n'accorde
jamais
qu'à
la vertu
. De l'éloge
general
de la
vertu
il palla
aux éloges
particuliers
de
Mrs du Cornet
Vezin
, Macé
& le
Gendre
, celebres
Avocats
, morts
dans
le cours
du dernier
Parlement
; & après
les avoir
caracterifez
par des traits
convenables
à chacun
d'eux
, il dit que quelle
fuft l'étendue
de leurs
connoiffanque
ils s'étoient
tous
rendus
encore
plus
recommandables
par leur vertu
, qui leur
avoit
érigé
un Tribunal
domeftique
, où
ils étoient
les premiers
Juges
de la fortune
de leurs
Concitoyens
. Il finit d'une
maniere
pathetique
, en reprefentant
qu'il
n'y avoit
point
de récompenfes
, point
d'honneurs
aufquels
la vertu
ne dût prétendre
, que
nous
en avions
devant
les
yeux
un exemple
bien
memorable
dans
le grand
évenement
, qui l'avoit
placée
fur le premier
Trône
du monde
.
Monfieur le Premier Prefident fit auffi
un très beau Difcours fur la probité, que
l'Avocat , dit- il , doit regarder comme
fa qualité principale . Il montra qu'elle
feule pouvoit être un fur guide pour fournir
une carriere où la fcience & la beauté
du genie perdent tout leur luftre , fi
elles ne font accompagnées de la droiture
du coeur , & que fans cela le Public
fe retracte bien - tôt des applaudiffemens
1. vol.
que
DECEMBRE. 1725: 2933
cats ,
Avoque
les premiers fuccès de l'Avocat lui
ont furpris . Il fit voir que les quatre
dont on regrettoit la perte , perte s'étoient
diftinguez par cette probité & cette
droiture , autant que par les grands talens
de leur efprit , & particulierement,
dit - il , en parlant de M. du Cornet , ce
vieillard refpectable , qui jufques dans
l'âge le plus avancé ne s'eft jamais démenti
de l'austere vertu qui l'a toûjours
caracterifé , & qui jointe à des lumieres
fans bornes , & à une experience confommée
, lui a attiré avec juftice jufqu'au
dernier moment de fa vie , la confiance
des plus illuftres familles , & l'admiration
même des premiers Magiftrats .
Le Mercredi 2 8. du même mois , toutes
les Chambres du Parlement s'affemblerent
pour les Mercuriales . M. le Procureur
General , qui a été indifpofé une
grande partie de l'Automne , n'ayant pas
été en état de les faire , M. l'Avocat General
Gibert de Voifins s'en étoit chargé
, & s'en acquitta par un Difcours qu'il
fit fur l'amour de là Patrie , à laquelle
il dit , que le Magiftrat devoit être entierement
dévoué , & devoit même facrifier
fes amis & fa propre famille , &
generalement tout ce qu'il avoit de plus
précieux . Il y fit entrer en peu de mots
l'éloge de défunt M. le Prefident d'Ali-
1. vol.
Hiiij
gre,
2934 MERCURE DE FRANCE:
gre , mort au mois de Juin dernier , &
celui de M. fon fils , qui remplit aujourd'hui
fa place.
Ces éloges furent repris avec un peu
plus d'étendue dans le Difcours que M.
le Premier Prefident prononça enfuite
fur l'égalité de l'ame dans le Magiftrat.
Après les Mercuriales , M. le Premier
Prefident rendit compte à la Compagnie
de ce qui s'étoit paffé au mois de Septembre
dernier , lors de la députation, du
Parlement pour complimenter le Roi &
la Reine fur leur Mariage. Il en lût le
procès verbal , ainfi que les complimens
qu'il avoit prononcez à la tête des Députez
, pour être le tout inferé dans les
Regiſtres de la Cour.
On mande de Semeur , Capitale de
l'Auxois , en Bourgogne , que le 18. Novembre
le Marquis de Maffol de Colonge
, donna à l'occafion du mariage du Roi
une fête fuperbe , où il fit paroître le bon
goût qui lui eft naturel , & la magnificence
qui lui eft ordinaire . Dès le commencement
de la nuit toutes les croisées
de fa maiſon , qui eft une des plus grandes
& des mieux fituées de la Ville , furent
illuminées d'un nombre prodigieux
de lampions , très - bien difpofez , & qui
faifoient un fpectacle très agréable ; cette
illumination fit briller les armes du Roi
DECEMBRE 1725. 2935
& de la Reine , & grand nombre d'Emblêmes
, de Devifes & d'Infcriptions à
l'honneur de leurs Majeftez , en même
temps plufieurs pieces d'Artillerie qui
étoient placées fur une tour de fa maifon
fort élevée , annoncerent le fujet de cette
augufte fête . Dès que le peuple fut affemblé
, il vit avec joye couler une fontaine
de vin , aux deux côtez de laquelle étoient
placez des Tambours , des Haut bois , &
autres inftrumens très- propres à divertir
, & à exciter à la danfe ; au moment
mêine on entendit fur le grand eſcalier
une agréable fimphonie deftinée à réjouir
toutes les perfonnes qui occupoient la
falle & les appartemens ; vers les huit
heures on fit une feconde décharge de
canons , & auffi - tôt toute la façade de la
maiſon parut de nouveau illuminée par
un très- beau feu d'artifice ; les foleils de
feu , les roues enflammées , les dragons
les fufées volantes, d'une beauté extraor
dinaire , tout fut mis en ufage pour rendre
la fête celebre , & tout fut parfaitement
bien executé . Le Marquis de Maf
fot donna enfuite un fouper fplendide ,
auquel il avoit invité trente - cinq perfonnes
des plus diftinguées de la Ville &
des environs , & au commencement du
troifiéme fervice , s'étant levé & découvert
, il invita toute la compagnie , le verre
*
1. vol. Hv
2936 MERCURE DE FRANCE .
5
à la main à boire la fanté du Roi & de
la Reine , ce que tous les conviez executerent
auffi debouts & découverts , &
avec de grandes démonftrations de joye ;
en même temps on enten lit de nouvelles
falves d'artillerie , aufquelles le peuple
répondit par des cris redoublez de vive
le Roi , vive la Reine. Le fouper fut
fuivi d'un grand bal qui dura tout le reſte
de la nuit.
Le 8. de ce mois , Fête de la Conception
de la Vierge , on donna le concert
de Mufique fpirituelle au Château
des Thuilleries , on y chanta le Cantate
Domino , Motet de M. de la Lande ,
Surintendant de la Mufique du Roi , on
joua après deux Sonnates qui furent executez
avec beaucoup de vivacité par les
deux excellens Maîtres dont nous avons
déja parlé , & le concert fut terminé par
un nouveau Motet du même M. de la
Lande , Lauda Jerufalem Dominum , qui
fut très -applaudi.
Le 16. de ce mois les Députez des
Etats d'Artois eurent audience du Roi ,
ayant été prefentez par le Prince Charles
de Lorraine , Grand Ecuyer de France
, Gouverneur de la Province , & par
le Marquis de Breteuil , Secretaire d'Etat.
Ils furent conduits en la maniere ac
coutumée par le Marquis de Dreux ,
I. vol .
GrandDECEMBRE
1725. 2937
Grand- Maître des Ceremonies , & par
M. des Granges , Maître des Ceremonies.
La députation étoit compofée de l'Abbé
d'Auchy , pour le Clergé , du Marquis
de Bethune d'Heſdigneul , pour la Nobleffe
, & de M. Guerard , Avocat &
Echevin de la Ville d'Atras
Tiers Etat.
› pour
le
9
Le 18. M. Gueda , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Suede , eut fa premiere
audience du Roi & de la Reine
étant conduit par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaffadeurs , qui
étoit allé le prendre à Paris dans les caroffes
de L. M. Il eut auffi audience de
Madame la Ducheffe d'Orleans ; & après
avoir été traité par les Officiers du Roi ,
il fut reconduit à Paris dans les mêmes
carolles.
*******************
MORTS ,
J
MARIAGES,
& Naiffances.
Erôme Bignon , Confeiller d'Etat ordinaire
, & ancien Prevôt des Marchands
, mourut à Paris le 5. de ce mois ,
dans la 68. année de fon âge .
Charlotte de Bautru . Nogent , veuve
du Prince de Montauban , mort le 24.
I. vol.
H vj
Octo
2938 MERCURE DE FRANCE.
Octobre 1724. mourut à Paris le 10. de
ce mois,âgée de 84. ans. Elle avoit épousé
en premieres nôces Nicolas d'Argouges ,
Marquis de Rannes .
Michel le Pelletier de Souzi , Doyen
du Confeil , cy -devant Confeiller au Confeil
de Regence , & au Confeil Royal
des Finances , mourut le même jour , dans
la 85 année de fon âge.
M. Gafcon , connu fous le nom du
Poëte fans fard , eft mort depuis peu dans
un âge avancé , dans fon Prieuré qu'il
ávoit à 6. lieuës de Paris.
Louis -Nicolas le Tellier , Marquis de
Souvré , Chevalier des ordres du Roi ,
Maitre de la Garderobe de S. M. & Lieutenant
General des Provinces de Bearn ,
& Foyaume de Navarre , mourut a Verfailles
le 10. de ce mois , dans la 59 .
année de fon âge.
Aymar Louis , Marquis de Sailly ,
Lieutenant General des Armées du Roi ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & Gouverneur de
S. Venant , mourut le 11. de ce mois.
Jean - Emanuel , Marquis de Noailles,
Mestre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant
General de la Province de Guyenne
, mourut le 16. de ce mois en la 34.
année de fon âge .
Le 8. Novembre Dame Marie . Loüi- 1, vol
LeDECEMBRE
1725. 2939
fe-Elifabeth Hennequin , époufe de Jofeph
Trudaine , Chevalier Seigneur
d'Oify , Riancourt , & c. Brigadier des
- armées du Roi , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Bretagne , Comman
deur de l'Ordre Militaire de S. Louis , &
Inspecteur General de la Gendarmerie
accoucha d'une fille qui fut nommée Marie-
Elifabeth .
La Marquife de Bezons , belle- fille
du Maréchal de ce nom , accoucha d'un
fils fur la fin de l'autre mois .
>
Dame Marie de Sacres de l'Aigle ,
époufe de Parfait de Prunelé , Chevalier,
&c. accoucha d'une fille le 3. de ce mois ,
qui fut tenue fur les fonts , & nommée
Loüife- Françoife- Leontine , par François--
Joachim- Bernard Potier , Duc de Gefvres
, Fair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi , Brigadier
de fes armées , Gouverneur de Paris , &
par Dame Loüife - Charlotte de Foix ,
époufe d'honoré Comte de Sebran & de
Forcalquier , Grand Senéchal de Toulon .
Premier Chambellan de S. A. R. feu M.
le Duc d'Orleans.
Dame Marie - Anne- There fe de Ferriere
de Saulvebeuf , époufe de Charles
Chevalier, Marquis de Vaffan , Premier
Baron du Limoufin , à caufe de la Baronie
de Pierre Buffiers , Marquis de Saul-
La vola
vebeuf
,
2940 MERCURE DE FRANCE .
vebeuf , Seigneur de Chernac , la Tournelle
, & c . Brigadier des Armées du Roi,
accoucha d'une fille qui fut tenuë fur les
fonts le 4. & nommée Marie . Geneviève
par Jean- Angelique de Ferriere , Chevalier
, Comte de Saulvebeuf , Grand Senéchal
d'Auvergne , Seigneur de Lobrant
, du Modin , & c. & par Dame Ma .
rie- Magdelaine de Vallan , veuve de M ...
Chevalier , Marquis de Courtalvert , Pezé
, & c .
Le 9. du même mois Anne - Efperance ,
fille de Germain - Louis Chauvelin , Chevalier
, Prefident du Parlement de Pa- 、
ris , & de Dame Anne Cahoüet de Beauvais
, fut baptifée & nommée par M.
Louis Chauvelin , Avocat du Roi au
Châtelet , & par Dame Esperance Fontaine
de Megrigny , époufe de M. Charles
- Hubert de Megrigny , Confeiller au
Parlement , fes Parain & Maraine.
M. de Monconfeil , Meſtre de Camp
du Regiment d'Infanterie de Monconfeil
, ayant l'agrément du Roi pour la
Charge d'Introducteur des Amballadeurs
& Princes Etrangers près Sa Majefté , a
époufé le 20. de ce mois Mademoiſelle
de Curzay , à qui le Roi Staniflas après
la fignature du Contrat a envoyé un Brevet
de Dame- d'Honneur de la Reine ,
fon épouſe.
I. vol.
EDITS
,
DECEMBRE 1725. 2941
Jikkakakakakakakaki
EDITS , DECLARATIONS,
ARRESTS , & c.
RREST du 12. Juin , qui prefcrit les délais
pour faire les Tiercemens & Doublemens
fur les Adjudications des Domaines ,
qui fe font en execution de l'Arreſt du Confeil
du 13. Mai 1724 .
ARREST du 13. Juin , par lequel le Roi ordonne
, que pendant fes abfences de Verfailles,
& la durée de fon féjour ailleurs qu'à Meudon
& Marly , les Loyers des Maifons de la Ville
de Verlailles feront diminuez de la moitié du
prix porté par les Baux paffez devant Notaires
, ou fous Seing privé , par proportion dudit
temps. Veut Sa Majefté , qu'en payant par
les Locataires la moitié du Loyer du temps defdites
abfences de la Cour , ils demeurent quittes
du furplus envers les proprietaires , &c.
ORDONNANCE du Roi du 17. Juin , qui
fixe le prix qui fera payé pour les Chevaux de
Poftes , fervant aux Chaifes à deux perfonnes,
aux Chaiſes à une perfonne feule , aux Berlines
, aux Courriers allant en guide , & aux
Courriers du Cabinet.
ARREST du 26. Juin, qui nomme des Commiffaires
pour la liquidation de la Finance des
Offices fupprimez de Receveurs generaux &
Controlleurs generaux des Domaines & Bois
de Sa Majefté.
1. vol.
ARREST
2942 MERCURE DE FRANCE .
ARREST du même jour , qui nomme des
Com miffaires pour la liquidation de la Finance
des Offices fupprimez de Treforiers Receveurs
, Paieurs, Argentiers , Maffards , Controlleurs
, Verificateurs des Deniers d'Octroys
& Patrimoniaux des Villes & Communautez
du Roiaume.
ARREST du 1. Juillet , qui regle la maniere
en laquelle fera fait le Recouvrement du droit
de confirmation à caufe de l'avenement du
Roi à la Couronne , & celui de la finance qui
doit provenir de la vente des Maîtriſes créées
par Edit du mois de Juin 1715. & qui fubroge
Jean Grillau à Martin Girard pour faire le
recouvrement de ce qui refte à vendre des
Maîtrifes créées & établies par Edit du mois
de Novembre 1722 .
ARREST du même jour , qui commet Ga
briel Nicolas Bouriée , pour faire la Regie &
Recouvrement dejla Finance qui doit provenir
de la vente des Offices de Receveurs & Contrôleurs
Generaux des Domaines & Bois , des
Receveurs particuliers des Bois de l'alienation
& de l'attribution d'un fol pour I. aux Avocats
& Procureurs du Roi des Bureaux des Finances
& Chambres des Comptes où il n'y a
point de Bureau des Finances , & qui connoiffent
de fes Domaines ; enfemble des Offices
de Receveurs & Contrôleurs des Octrois , &
Receveurs des deniers Patrimoniaux , créés
par Elits du mois de Juin 1725. Et permet audit
Bouriée de commettre à l'exercice defdits
Offices .
ARREST du 2. Juillet , qui ordonne que
les Acquereurs des Offices de Receveurs &
1. vol.
Con
DECEMBRE 1725. 2943
Contrôleurs des Octrois créés par Edit du
mois de Juin dernier , entreront en exercice ,
& jouiront des droits & priv.leges auffi tôt
apris l'acquifition qui en fera farte ; & que
les Commis qui feront établis en attendant la
vente , jouiront des Taxations , Droits , Privileges
, & Emolumens , conformément aux
Articles II. & X. de l'Edit du mois de Juïn
dernier.
LETTRES PATENTES pour la conftruction
d'un Pont fur la Riviere de Seine , aux
environs de la rue de Bourgogne , en point
de vûë du Pont Tournant du Jardin des
Thuilleries. Données à Chantilly le 3. Juillet
1725. par lefquelles Sa Majefté crdonne ce
qui fuit Nous ordonnons par ces Prefentes ,
fignées de notre main , que conformément au
Plan , Profil & Devis ci- attachez fous le contre-
fcel de notre Chancellerie , les Prevôt des
Marchands & Echevins de notre bonne Ville
de Paris feront conftruire aux dépens de ladite
Ville , un Pont de Bois fur la Riviere de
Seine , aux environs de la ruë de Bourgogne,
nouveau Quartier de Saint Germain , en point
de vue du Pont Tournant de l'entrée du Jardin
des Thuilleries , pour la communication
dudit Quartier à ceux de Saint Honoré , de
la Ville - l'Evêque & du Roule , avec une Machine
pour élever de l'Eau , & en fournir aux
Fontaines publiques par Nous ordonnées : le
tout fuivant les alignemens qui en feront
donnez par le Maître General des Bâtimens
de ladite Ville , en prefence defdits fieurs Prevôt
des Marchands & Echevins. Et pour donner
moien aufdits Prevôt des Marchands &
Echevins de fubvenir à la dépenfe neceflaire
pour ladite conftruction , leur permettons
I. vol.
d'em
2944 MERCURE DE FRANCE .
d'emprunter à conftitution de rente jufqu'à
concurrence de la fomme de cinq cens mille
livres , pour être emploiée à la conftruction
defdits Pont & Machine hidraulique , & petit
Bâtiment en Pavillon pour ladite Machine
; ainfi qu'aux autres parties d'ouvrages
qu'ils trouveront neceffaires pour les abords
dudit Pont ; & d'obliger , affecter & hypothequer
au paiement defdites Rentes tous les
biens & revenus de la Ville . Ordonnons qu'il
fera paié pour le paffage fous ledit Pont de
chacun Bateau chargé , en remontant la Ri
viere , douze fols fix deniers par courbe de
Chevaux pour le droit , tant du Maître dudit
Pont , qui y fera établi par lefdits Prevôt des
Mar chands & Echevins , que de fes Aydes :
ainfi & de la même maniere que ledit droit
paye au Pont-Roial.
LETTRES PATENTES fur Arreſt , du
17. Juillet , qui moderent à trois livres deux
fols trois deniers par quintal les droits d'Entrées
des cinq groffes Fermes fur les Sucres
raffinez dans les Provinces reputées étran
geres .
ARREST du 28. Juillet , qui ordonne que
les Commandemens , Exploits , Saifies , Executions
, & autres Actes concernant la levée
& perception du Cinquantiéme Denier , en
execution de la Declaration du 5. Juin 1725.
feront faits fur papier non timbré , & déchargez
du Contrôle .
DECLARATION du Roi , du 30. Juillet ,
qui proroge jufqu'au premier Septembre 1726.
l'attribution donnée aux Jurifdictions Confu-
I. vol.
laires,
DECEMBRE 1725. 2945
faires , pour connoître de toutes les Faillites &
Banqueroutes.
ARREST du 12. Aouft , pour l'ouverture
de l'Annuel pour l'année 1726. laquelle fe
fera le 1. Novembre 1725. & continuera jufqu'au
dernier Decembre fuivant inclufivement
, & c.
ARREST du 24. Aouft , qui décharge jufqu'au
premier Janvier prochain , du payement
des droits de Peages , Travers , Paffages
& tous autres , les Bleds , Farines , & toutes
efpeces de Grains qui feront conduits dans la
Ville de Paris .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 25.
Aouft , qui nomme des Commiffaires au fujet
des conteftations entre le Clergé de France &
l'Ordre de Malthe , tant fur l'exercice de la
Jurifdiction Ecclefiaftique , que fur l'exemption
prétendue par ledit Ordre , comme auffi
pour juger les conteftations à l'occafion de
Pexemption prétendue par quelques Abbayes
& Monafteres.
ARREST de la Cour de Parlement , du 27.
Aouft , concernant les alimens des Prifonniers
détenus pour dettes. Par lequel la Cour ordonne
que par provifion , & jufqu'à ce que
par elle il en ait été autrement ordonné , il
fera payé , à commencer du jour du prefent
Arreft , aux Prifonniers détenus pour dettes
civiles en cette Ville de Paris , fept fols par
jour pour leurs alimens , & que les Creanciers
feront tenus , d'en configner un mois , & par
avance , conformément aux Ordonnances ,
Edits , Declarations , & c.
1. vel.
ARREST
1946 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du même jour , qui proroge juf
qu'au premier Decembre prochain , le terme
fixé par celui du 27. Fevrier dernier pour faire
proceder à la Liquidation des Offices & droits
fupprimez , & jufqu'au premier Janvier de
l'année prochaine 1726. pour en recevoir le
rembourfement Et qui ordonne que jufqu'au
dit jour premier Janvier 1726. il fera délivré
par les Gardes du Tréfor Royal , pour valeur
defdits rembourfemens , des quittances portant
intereſt au denier cinquante , ou des affignations
fur les Rentes perpetuelles au denier
cinquante fur les Tailles , créées par Edit du
mois d'Aouft 1720. au choix des Proprietaires
defdits Offices & droits fupprimez ; paffé lequel
temps ils demeureront déchûs de toutes
prétentions.
ARREST du même jour , qui proroge juf
qu'au premier Octobre 1725. le délai accordé
aux Gens d'affaires , pour recevoir le rembourfement
de leurs avances .
ARREST du 28. Aouft , qui ordonne que
par les fieurs Commiffaires du Confeil députez
pour la Liquidation des Offices des Greniers
à Sel fupprimez par l'Edit du mois de
Decembre 1716. il fera procedé à celle des
Offices de Prefidens , réünis aufdits Greniers
à Sel en execution de la Declaration du 8.
Mai 1691. nonobftant ce qui eft porté par la
Declaration du 24. Aoult 1720 .
EDIT du Roi , donné à Fontainebleau au
mois de Septembre , regiftré en Parlement le
7. portant permiffion de faire une Navigation
en Picardie par les Rivieres de Somme & I. vol.
d'Oife
'
DECEMBRE. 1725. 2947
Oife , & Canal de communication defdites
deux Rivieres.
?
ARREST de la Cour de Parlement , portant
Reglement pour la Police & la fureté de
la Ville de Paris , du 7. Septembre 1725. par
lequel il eft ordonné que les Ordonnances
Edits , Declarations du Roi , Arreft & Reglement
de la Cour au fujet de la feureté de la
Ville de Paris , & le Guet qu'on y doit faire ,
feront executées felon leur forme & teneur ,
& notamment l'Arreft du 19. Fevrier 1691 ,
&c.
ARREST du 11. Septembre , qui fait défenfes
de recevoir aucuns Maîtres , qu'au préalable
les Lettres de Maîtrifes créées par les
Edits des mois de Novembre 1722. & ' Juin
1725 n'ayent été remplies , & les pourvûs
d'icelles reçûs & mis en poffeffion , fous les
peines y portées .
>
ARREST du 11. Septembre , qui remét
l'ouverture des petites Foires de Guibray
pour la prefente année , au premier & au 15.
Octobre prochain , qui avoient coutume de
s'ouvrir au 15. & jo . Septembre de chaque
année,
DECLARATION du Roi , pour l'em-.
prunt d'un million à faire par la Ville de Paris
, pour employer en achat de Bleds . Donnée
à Fontainebleau le 14. Septembre 1725. Regiftrée
en Parlement le 2. Septembre.
ARREST de la Cour des Aydes , du 20 .
Septembre , qui ordonne qu'en attendant l'enregistrement
des Lettres Patentes fur le Réful-
1. vol,
tar
2948 MERCURE DE FRANCE .
>
eat du cinq Juin 1725. qui continuë la Regie
des Fermes , fous le nom de Charles Cordier
pendant trois années , qui commenceront pour
les Gabelles , cinq groffes Fermes , Aydes ,
Papier & Parchemin timbrez des Provinces
où les Aydes ont cours , au premier Octobre
prochain ; & pour les Domaines de France ,
Domaine & Barrage de la Ville de Paris , &
Domaine d'Occident , au premier Janvier
1726. ledit Cordier entrera en poffeffion , &
jouira des droits dépendans defdites Fermes :
& difpenfe les Commis & Employez qui ont
prêté ferment , & qui font actuellement en
place , de prêter nouveau ferment,
ORDONNANCE du 22. Septembre , qui
enjoint aux Boulangers de garnir fuffisamment
de Pain leurs Maifons , Ouvroirs , Fenêtres ,
& Places dans les Halles & Marchez , à peine
de trois mille livres d'amende privation de
Maîtriſe & de punition corporelle.
ARREST du 28. Septembre , qui proroge
Pour un an , à commencer du premier Octobre
de la prefente année , la moderation des
droits d'entrée fur le Charbon de terre venant
Angleterre , Ecoffe & Irlande ordonnée
par PArreft du 12. Septembre de l'année derniere.
ARREST du même jour , qui proroge pour
un an , à commencer du premier Octobre de
la prefente année , la moderation des droits
d'entrée tant fur les Beurres & Fromages venans
des Pays Etrangers , que fur ceux du crû
du Royaume.
ARREST du 2, Octobre , qui ordonne
1. vol.
qu'en
DECEMBRE 1725. 2949
qu'en attendant l'expedition des Rolles qui
doivent être arrêtez pour la levée du Cinquantiéme
du revenu des Maifons des Villes
& Fauxbourgs du Royaume , & pour celles
de la Campagne , il fera par les Sieurs Intendans
arrêté des états des fommes qui font
dues pour ledit Cinquantiéme , fur les declarations
qui leur ont été ou feront fournies par
les proprietaires defdites Maiſons.
ARREST du même jour , portant que tous
Fermiers , Locataires à temps ou à vie , &
tous autres tenans ou exploitans des biens de
quelque nature que ce foit , dont le revenu
fera dans le cas de la levée du Cinquantiéme
en argent , feront tenus en leurs propres &
& privez noms , de payer par préference à
tous Creanciers , Douaires & autres dettes
privilegiées , entre les mains de ceux qui feront
prépofez à cet effet , les fommes pour
lefquelles lefdits biens feront compris dans
les états ou Rolles qui en feront arrêtez ; nonobftant
toutes faifies & arrêts faits ou à faire
; Et qu'en rapportant par lefdits Fermiers,
Locataires ou autres , les quittances de ce,
qu'ils auront payé pour ledit Cinquantiéme
en l'acquit des proprietaires , ils en demeurent
bien & valablement quittes & déchar
gez.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les oppofitions ou autres conteftations qui
pourfoient naître au fujet de la levée du Cinquantième,
feront portées pardevant les Sieurs
Intendans , & jugées par eux pendant le temps
& efpace de deux années.
ARREST du mime jour , Qui ordonne
I. vol.
qu'en
2950 MERCURE DE FRANCE.
qu'en attendant l'expedition des Rolles qui
doivent être arrêtez au Confeil pour la levée
du Cinquantiéme du revenu des Maiſons de
la Ville & des Fauxbourgs de Paris , il fera
arrêté par le Sieur Prevolt des Marchands ,
des états des fommes qui font dûës pour ledit
Cinquantiéme , fur les declarations qui lui ont
été & feront fournies par les proprietaires
defdites Maifons.
ARREST du 23. Octobre , qui ordonne
qu'il fera procedé par les Commis & Prépofez
de Martin Girard , aux Inventaires &
Marques des Vins , fix femaines aprés les Vendanges
, à compter du jour de l'ouverture
d'icelles, tant dans les Villes d'Auxerre & Barfur-
Seine , que dans les autres Villes & lieux
des deux Contez.
ARREST du 23. Oftobre , portant prorogation
pendant un an , de la permiffion ci - devant
accordée aux Negocians François qui
font le commerce des Illes Françoifes de l'Amerique,
de faire venir des Pays Etrangers des
Lards , Beurres , Suifs , Chandelles & Saumons
falez , fans payer aucuns Droits.
ARREST du 6. Novembre , qui ordonne,
que les Droits aufquels les Dentelles venant
du Puy & du Havre font affujetties dans les
Provinces de Lyonnois , Provence , Dauphiné
, & Languedoc , feront acquittez à l'avenir
au net , de la même maniere qu'il fe pratique
a l'égard dez Marchandiſes d'Or , d'Argent
ou de Soye.
ARREST du 13. Novembre , par lequel
3. M. ordonne que l'Ecrit imprimé fous le ti-
1. vol.
trer
DECEMBRE. 1725. 2951
tre de Lettre circulaire de M. l'Evêque de
Montpellier aux Evêques de France , fera &
demeurera fupprimé , comme contraire aux
décifions de l'Eglife & aux Loix de l'Etat ; &
en confequence , que tous les exemplaires qui
en ont été diftribuez dans lepublic , feront inceffamment
rapportez ; Sçavoir , dans la Ville,
Prevôté & Vicomté de Paris entre les mans
du Sieur Lieutenant General de Police,& dans
les Provinces , aux Greffes des Sieurs Intendans
& Commiffaires départis , pour être par
eux fupprimez & lacerez.
ARREST du même jour , concernant la
Signature des Marques en parchemin à attacher
au chef & à la queue de chaque piece
de Mouffeline & Toile de Coton blanche ,
provenant du commerce de la Compagnie des
Indes, par lequel S. M. commet les Sieurs Dujoncheray
, Dubois , & Pinfon de Sainte Catherine
pour figner lefdites Marques , & c.
DECLARATION du Roi , portant reduction
des Penfions. Donnée à Fontainebleau le
20. Novembre 1725. Regiſtrée en la Chambre
des Comptes le 13. Decembre fuivant. Par
laquelle s . M. ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Que les Penfions perfonnelles & les gratifications
ordinaires accordées par le feu Roi
nôtre Bifayeul , & celles que nous avons_accordées
pendant nôtre minorité , que Nous
jugerons à propos de conferver , foient &
demeurent reduites ; Sçavoir , celles de Dix
mille livres & au- deffus , aux trois cinquiémes
; celles de Six mille livres jufqu'à Dix
mille livres , aux deux tiers ; celles de Trois
mille livres jufqu'à Six mille livres , aux trois
Io vol I quarts
2952 MERCURE DE FRANCE,
quarts ; celles de Mille livres jufqu'à Trois
mille livres , aux quatre cinquiémes ; & celles
au- deffus de Six cens livres jufqu'à Mille
livres , aux cinq fixiemes ; Enforte neanmoins
que lorfque par la reduction ci deffus marquée
les parties excederont la dixaine de livres
, ledit excedent fera retranché : Et à l'égard
des Penfions de Six cens livres & audeffous
, . comme elles ont été accordées la
plupart a des Officiers de nos Troupes ; ou
à d'autres qui auroient peine à fe pafler de ce
fecours , elles feront & demeureront exceprées
dudit retranchement.
II.
N'entendons comprendre dans les reductions
ordonnées par l'Article precedent , les
Penfions de l'Ordre de S. Leüis , ni pareillement
celles qui avoient été attribuées dès le
Regne du feu Roi , aux Charges & Emplois
Militaires , par forme d'appointemens ou de
fupplément de folde, & qui font attachées à la
place & non à la perfonne , mi pareillement
les Penfions qui font partie des appointemens
& attributions des Charges de nôtre Mai
fon , & de plufieurs Officiers de nos Cours.
III.
par
Voulons que conformement à ce qui étoit
porté P'Edit du mois d'Aout 1717. fur
lefdites Penfions & gratifications ordinaires
fur le pied auquel elles font reduites par notre
prefente Declaration , comme auffi fur
celles des Princes & Princeffes de nôtre Sang,
il foit retenu un cinquième au lieu du Di
xiéme , & ce tant pour ce qui eft dû du palé
que pour l'avenir. N'entendons neanmoins
comprendre dans la prefente difpofition les
Penfions de Six cens livres & au- deffous , à
quelques perfonnes qu'elles ayent été accor- A wolp
décs
DECEMBRE 1725. 2953
·
dées , même celles de Mille livres & au- deffous
accordées aux Officiers de nos Troupes,
ni pareillement les Penfions qui étoient attri
buées dès le Regne du feu Roi , aux charges
& aux emplois , & qui tiennent lieu de gages
, ou d'appointemens , à quelque fomme
qu'elles montent , fur toutes lefquelles Penfions
il fera feulement retenu le Dixiéme en la
maniere accoûtumée.
pour
I V.
Et comme les Penfions , fur le pied qu'elles
font reduites par la prefente Declaration ,
forment une charge encore trop confiderable
l'Etat , pour ne pas employer tous les
moyens convenables pour la diminuer fucceffivement
autant qu'il nous fera poffible :
Nous voulons & ordonnons , qu'au cas que
ceux qui auront defdites Penfions & gratifications
, obtiennent de Nous dans la fuite
quelques autres emplois ou établiffemens , lef
dites Penfions demeureront éteintes & fupprimées
pour l'année qui fuivra immediatement
celle de leur nomination aufdits emplois
Et Nous n'accorderons de nouvelles
Penfions , que dans les cas que Nous jugerons
abfolument necellaires , jufqu'à ce que
par le décès des Penfionnaires , ou par leur
nomination à d'autres emplois , la totalité
defdites Penfions foit reduite à un pied proportionné
à ce que Nous en pouvons facilement
payer , fans rien déranger aux dépenfes
ordinaires de nôtre Etat.
V.
Et comme en execution de l'Arreſt de nô- ·
tre Confeil du 23. Fevrier 1720. les Penfions
& gratifications ordinaires ont été payées ,
à commencer du premier Janvier 1720. fur
le pied qu'elles étoient avant la reduction or- A. vol.
I ij
don
2954 MERCURE DE FRANCE .
donnée par la Declaration du 30 Janvier
1717. & par l'Edit du mois d'Aouft de la
même année qu'il eft neceffaire de valider
dans les comptes du Trefor Royal & autres
qu'il appartiendra , le payement qui a été fait
des arrerages defdites Penfions , fur un pied
contraire à ce qui étoit reglé par ledit Edit &
Declaration : & que les Articles de ladite
Declaration concernant tant la forme du
payement des Penfions perfonnelles & gratifications
ordinaires , que les états qui en devoient
être arrêtez au Conſeil , & differentes
autres difpofitions de ladite Declaration font
reftées fans execution par les difficultez qui
s'y font rencontrées , qui ont obligé à en ufer
comme il s'étoit pratiqué précedemment à
cet égard , & que les mêmes difficultez fubfiftantes
encore pour l'execution deladite Declaration
, il eft neceffaire d'y pourvoir tant
pour le paffé que pour l'avenir : Nous avons
revoqué & revoquons toutes les difpofitions
de la Declaration du 36. Janvier 1717. qui
ne fe trouveront point nommément comprifes
& repetées dans les prefentes. Voulons
en confequence que lefdites difpofitions demeurent
comme nulles & non avenuës , &
qu'il en foit ufé à cet égard comme avant ladite
Declaration , & Nous avons validé &
validons par ces prefentes , les payemens qui
ont été faits defdites Penfions , en execution
de l'Arreft du 23. Fevrier 1720. enſemble
tout ce qui peut avoir été fait & pratiqué
fuivant les regles établies avant ladite Declaration
, & qui fe trouveroit contraire aux
nouvelles formes prefcrites par ladite Declaration
, qui demeurera fans execution à
set égard.
J. vol.
ARREST
DECEMBRE 1725. 2955
ARREST du même jour , concernant le
Payement des Penfions , par lequel le Roiordonne
ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Que les arrerages dûs des Penfions échûës
en l'année 1723. feront payez dans le cours de
l'année 1726 , fuivant la datte des Brevets &
Ordonnances qui en ont été expediées.
I I.
Que ce qui eft dû des années 1724. &
1725, fera payé en viager par forme d'augmentation
de Penfion fur le pied du Denier
Vingt -cinq du montant de ce qui eſt dû à
chaque Penfionnaire pour chacune defdites.
années.
III
Ordonne en confequence Sa Majefté , qu'il
fera expedié un nouveau Brevet à chaque
Penfionnaire qui en a eu un précedemment ,
lequel Brevet contiendra lefdites augmentations
de Penfions avec les reductions ordonnées
fur lefdites Penfions par la Declaration
de ce jour , lequel Brévet confervera la datte
du jour & du mois de l'ancien Brevet :
enforte que ceux dont le Brevet étoit originairement
du 1.Janvier, auront la datte de leur
nouveau Brevet du 1. Janvier 1726. & ainſi
des autres , afin que leurs Penfions commencent
à courir toujours du même jour ; Et à
l'égard de ceux qui n'ont eu que des Ordonnances
, il fera fait mention du tout en la
même forme , dans les Ordonnances qui leur
feront expediées pour l'année 1726. & avec
la même datte des précedentes Ordonnances .
I V.
Veut Sa Majesté que l'année qui commencera
à courir en 1726. pour chacun des Penfionnaires
, à compter du jour da la datte
I. vol.
I iij def2956
MERCURE DE FRANCE
defdits Brevets ou Ordonnances , foit payée
dans le cours de 1727. au jour de l'année revolue
de chacune defdites Penfions , & qu'il
en foit ufé de même pour les années ſuivanses
, même pour les Penfions que Sa Majesté.
pourroit accorder dans la fuite ; dont chaque
année fera payée au jour de l'année re-
Voluë.
V.
Ordonne en confequence Sa Majefté , que
lors du décès de quelqu'un defdits Penfionnaires
, leurs heritiers feront payez au terine
de Lecheance de ladite Penfion , de la por--
tion de temps du commencement de l'année
jufqu'au jour dudit décès , en rapportant
par eux dans les fix mois , à compter du
jour dudit décès , l'extrait mortuaire en bonne
forme , à l'effet de juftifier du jour dudit
décès ; Et faute par eux d'y fatisfaire dans
ledit temps , ils feront privez & déchûs de
ladite portion d'arrerages qui demeurera ac
quife au profit de Sa Majesté.
ARREST du même jour , qui ordonne que
dans quatre mois , les Proprietaires des Droits
deBacs fur lesRivieres navigables & Ruiffeaux
y affluants , reprefenteront leurs Titres en
vertu defquels ils perçoivent lefdits Droits.
ARREST du même jour , qui refilie le
Bail fait à Claude-Henri Vanneffon , du Droit
fur les Huiles & Savons ; Et ordonne que
lefdits Droits feront regis par Martin Girard
, fes Commis & Prepofez ainfi que
les autres Droits de la Regie defquels ils font
chargez.
I. vel.
ARREST
DECEMBRE 1725. 2957
ARREST du 20. Novembre , qui ordonne
que toutes les Villes & Communautez du
Koyaume payeront à Jean Grillau ou à fes
Commis , dans quinzaine du jour de la publication
du prefent Arreft , & par préference
à toutes autres dettes , les fommes pour lefquelles
elles font employées aux Rôles arrê
tez au Confeil pour le droit de Confirmation
à caufe de fon avenement à la Couronne ; &
qui enjoint aux Maires & Echevins , Capitouls
, Jurats & autres , de ne donner ni vifer
aucuns Mandemens ou Ordonnances , & aux
Tréforiers , Fermiers & Adjudicataires d'en
acquitter aucuns , qu'il ne leur ait été juſtîfié
du payement dudit droit.
LETTRES PATENTES , qui permettent
au Clergé de France d'emprunter la fomme de
huit cens quatre- vingt- quatorze mille trois
cens quarante neuf livres fept fols deux de
niers , au denier vingt . Données à Fontainebleau
le 25. Novembre 1725. Registrées en
Parlement le 22 Decembre 1725.
EDIT du Roi , donné à Verſailles au mois
de Decembre 1725. par lequel il eft dit ce qui
fuit ; Nous ordonnons , voulons & nous plaît,
que le délai de dix années prefcrit par nôtre
Edit du mois de Juin dernier , pour avoir entrée
, féance & voix déliberative dans les Affemblées
de nos Cours , où il fera queftion de
l'enregistrement de nos Ordonnances , Edits ,
Declarations ou Lettres Patentes émanées
de nôtre propre mouvement , foit & demeure
réduit à cinq années. Voulons neanmoins que
ceux des Confeillers de nos Parlemens & autres
Cours , qui n'auront pas les cinq années
de fervice requis par nôtre prefent Edit ,
I. VOL
Liiij
puif
2958 MERCURE DE FRANCE .
puiffent avoir entrée , féance & opinion aufdites
Affemblées , à condition que leur voix
ne fera comptée qu'après les cinq années de
fervice requifes par nôtre prefent Edit . Et
pour marquer à ceux defdits Officiers qui
font actuellement pourvûs & reçûs aufdits
Offices , la fatisfaction que Nous avons de
leurs fervices ; Nous voulons & ordonnons
que leurs voix foient comptées dans les Déliberations
qui feront prifes aufdites Affemblées
, comme avant nôtre Edit du mois de
Juin dernier.
ARREST du 22. Decembre , qui proroge
jufqu'au premier de Juillet 1726. la décharge
des droits de Peages , Travers , Paffages , &
tous autres , fur les Bleds ; Farines & toutes
efpeces de grains qui feront conduits dans la
Ville de Paris.
ARREST du 4. Decembre , qui indique
des diminutions fur les Efpeces & Matieres
d'Or & d'Argent , par lequel le Roi ordonne
qu'à commencer au premier Janvier prochain
1726. les Louis d'Or qui ont actuellement
cours pour feize livres n'auront plus cours
que pour quatorze livres , les doubles & les
demis à proportion. Que les Ecus , tant de la
nouvelle que de l'ancienne fabrique , qui ont
cours pour quatre livres , n'auront plus cours
que pour trois livres dix fols , les demis &
autres diminutions defdits Ecus à proportion.
Veut Sa Majesté qu'à commencer au premier
Fevrier auffi prochain , lefdites Efpeces &
Matieres d'or & d'argent foient réduites ; fçavoir
, les Louis de la derniere fabrication à
douze livres , les doubles & demis à proportion
, les Ecus ayant actuellement cours , à
I. Usl.
trois
DECEMBRE. - 1725. 2959
trois livres , les demis & autres diminutions
defdits Ecus à proportion , &c.
SUPPLEMENT.
M
R Boffrand , Architecte du Roi
& Infpecteur des Ponts & Chauffées
du Royaume , a fait en ſa maiſon , à
Cachant , près d'Arcüeil , une Machine
qui par l'operation du feu éleve une trèsgrande
quantité d'eau .
Elle eft compofée d'une chaudiere
remplie d'eau à moitié , qui eft fur un
fourneau où il y a du feu ; la vapeur de
l'eau bouillante paffe de la chaudiere par
un robinet dans un recipient rempli d'eau
& la preffe en forte qu'elle eft forcée de
s'élever dans un tuyau montant qui a
communication au bas du recipient. Le
robinet qui a donné l'entrée à la vapeur
eſt enſuite tourné d'un autre côté pour
donner dans le recipient un peu d'eau
froide , dont l'injection y condenſe la vapeur
dans le moment , & y fait un vuide:
qui par un tuyau afpirant au bas du recipient
, fait que l'eau du puits ou d'une
riviere preffée par le poids de l'air eſt
forcée de monter dans le recipient , &
ainfi en tournant le robinet alternativement
du côté de la vapeur , & du côté
1
1. vol.
I E de
2960 MERCURE DE FRANCE.
de l'eau froide , le recipient fe remplit &
fe vuide cinq ou fix fois dans l'efpace
d'une minute ; enforte que fi le recipient
contient un muid d'eau , on peut
élever cinq ou fix inuids d'eau en une
minute ; il ne faut qu'un homme qui
tourne le robinet pour la faire marcher.
M. le Duc Dantin , Surintendant des
Bâtimens du Roi , fut il y a quelques
jours voir l'operation de cette Machine
& fut enfuite en la maiſon du fieur Boffrand
, à Paris , où il a fait le modele
d'une autre Machine qui agit par le même
principe de la rarefaction , & de la
condenfation de la vapeur de l'eau's enforte
que par l'operation de la Machine
faite en grand , à Cachant , on peut voir
effe: de celle qui eft en modele.
Elle est compofée d'un fourneau &
d'une chau ere remplie d'eau à moitié.
ou environ , fur laquelle il y a un cilin
dre , dans lequel un pifton monte & def
cend ce pifton, eft fufpendu au bout
d'une pou re en bafcule , & à l'autre bout
de cette bafcule il y a un autre pifton qui
par des pompes ordinaires ou à Mercure
peut élever l'eau d'une mine à trois cens
pieds de hauteur. Cette Machine eft mife
en mouvement par une palette au bas du
cilindre , qui étant ouverte quand la bafeule
eft baiffée , donne l'entrée dans le ci-
I a vola lindre
DECEMBRE 1725. 2961
le
lindre à la vapeur qui pouffe en haut le
pifton , par le moyen duquel la bafcule
s'éleve par un bout , & s'abaiffe de l'autre.
Le mouvement de cette bafcule fait.
en même temps lever une plate-forme à
plomb , qui par des mouvemens differens"
tourne un robinet qui ferme la paletté
qui a donné l'entrée à la vapeur , & en
même temps ouvre un autre robinet , par
lequel il entre un peu d'eau froide dans
le cilindre , dont l'injection condenfe la
vapeur , & y forme un vuide , qui par
poids de l'air qui preffe le pifton dans le
cilindre , fait defcendre la bafcule par un
bout , & monter l'autre bout où le pifton
de la pompe eft attaché ; enforte le
cilindre étant rempli alternativement de
la vapeur & de l'injection de l'eau froide
la bafcule s'éleve & s'abaiffe & fait mouvoir
les piſtons des corps de pompe. Cette
Machine n'agit que par les mouvemens
que lui donnent la vapeur & l'eau froide ,
& il ne faut qu'un homme qui de temps
en temps met du bois dans le fourneat
pour élever une très grande quantité
d'eau.
·
que
I. vol.
RE- I vj
2962 MERCURE DE FRANCE:
RE'JOUISSANCES faites à Toulouse
pour le Mariage du Roi.
A Ville de Toulouſe encore plus ce-
Llebre par fon attachement au Roi
que par l'antiquité de fes monumens , -
& par la gloire qu'elle s'eft acquife de
puis plufieurs fiecles dans les fciences
furtout dans l'Art Militaire , fut des premieres
à fignaler fon zele & fa joye fur
le Mariage du Roi. Les Fêtes durerent
trois jours. M. de Maniban , Premier
Prefident du Parlement les commença
par un repas fuperbe où furent invitées
toutes les perfonnes de conditions , &
quelques Princes étrangers. Ce feftin fut
fuivi d'une belle illumination & d'un
grand feu d'artifice . Le lendemain Mrs les
Capitouls en firent tirer un autre magnifique
, dont la décoration étoit ornée
d'Emblêmes & de Devifes proportionnées
au fujet. M. de Mazuyer , Procureur
General donna une Fête au peuple le
troifiéme jour. Durant ces trois jours la
Borgeoifie fut fous les armes , & toute
la Ville illuminée chaque foir.
Les Jefuites du College Académique
de Toulouſe prirent part à ces réjouiffances
par un Difcours Latin que le P.
Fleury , l'un des Profeffeurs de Rheto
J. voka
Lique
DECEMBRE 1725. 2963
rique prononça en prefence du Parle
ment , & d'une affemblée nombreufe &
diftinguée. Après une peinture des dernieres
guerres
, de la mort des Princes ,
de la contagion , & des autres calamitez
qui ont affligé la France , l'Orateur in-
- vite les peuples à la joye en leur annonçant
des temps plus heureux. Une paix
profonde , une majorité pleine de fagefle,
un Mariage augufte d'un Prince accompli
, & d'une Princeffe aimable vont relever
le Royaume de tous ces malheurs.
Il examine les loix de ce noeud facré
qu'il reprefente comme un don mutuel
de vertus & d'avantages . En confrontant
les coutumes des differens peuples , &
des temps differens , il trouve que tantôt
c'étoit l'époux qui portoit la dot à
fon époufe , tantôt l'époule qui enrichiffoit
fon époux. Ici , ajoute- t'ik , on ne
confulte ni la loi ni la coutume ; mais
guidez par la feule affection , Louis &
Marie s'empreffent de s'enrichir mutuellement.
La dot que le Roi porte à la Reine
eft brillante , celle de la Reine eft précieuſe
l'un & l'autre infiniment eftimable.
C'est la divifion & le plan du
Difcours .
L'éclat des trois dons que le Roi fait
à fon époufe réfulte de la majefté de fa
Perfonne Royale , du Sceptre & du Dia-
I. vol.
dême,
2964 MERCURE DE FRANCE.
dême , & enfin du merite des nouveaux
fujets qu'il lui prefente. La Reine reconnoît
ces dons fi éclatans par trois dons
bien précieux à fçavoir par une grande
nobieffe , de rares vertus & d'heureufes
efperances. L'Orateur par cette maniere
d'envifager fon fujet , s'eft ouvert une
grande carriere qui lui à donné lieu de
s'étendre dans la premiere partie fur l'éloge
du Roi & de la Maiſon Royale ; ſur
l'éclat de l'Empire François , & fur le
caractere des fujets qui le compofent , &
dans la feconde fur les dignitez & les exploits
de la Maiſon de Leczinski , fur les
qualitez perfonnelles de la Reine , & enfin
fur les avantages qu'on doit attendre
d'un Mariage celebré fous de fi heureux
aufpices. Tous ces points font traitez
avec tant de feu , tant d'art & de fineffe ,
qu'ils ont bien merité les applaudiffemens
de l'Affemblée .
MEMOIRE fur M. Abbé de Hautefeuille.
Extrait d'une Lettre écrite
d'Orleans aux Auteurs du Mercuré.
M
R l'Abbé de Hautefeuille connu
dans la République des Lettres ,
mourut à Orleans le 17. du mois d'Octobre
dernier . Comme il avoit une inclination
extrême pour les Sciences , & un
I. vol. talent
DECEMBRE 1725. 2965
talent tout extraordinaire pour les Arts ,
& en particulier pour tout ce qui regarde
l'Horlogerie , on peut dire que cet
Art a fait une vraye perte dans la perfonne
de M. l'Abbé de Hautefeuille. Il
augmenta , pour ainfi dire , la perfection
de cet Art en publiant en 1674. l'in
vention du reffort droit , qu'il adapta aux
montres , ce qui donna lieu au reffort en
ligne fpirale. Il perfectionna auffi les vibrations
des pendules à fecondes , en diminuant
leurs Arcs , & par ce moyen il
en a beaucoup prolongé le cours fans en
augmenter la force motrice , parce que
par fa nouvelle conftruction il a trouvé
le moyen de faire aller pendant un mois.
une pendule , qui auparavant n'alloit
qu'un feul jour. Il fut reçû en 1712 .
Membre de l'Académie des Sciences de
Bordeaux , où il avoit déja remporté le
prix , que cette Académie avoit propofé
fur la caufe de l'écho. La varieté des ma--
tieres qu'il a traitées , tant fur la Phifique
que fur la Mechanique , fait connoîtrequ'il
étoit univerfel en ce genre. On en
peut juger par le nombre des differensouvrages
qu'il a donnez au Public . A
l'exemple de plufieurs grands hommes ,
il a fait lui- même fon Epira; he qui eſt
comme un abregé de la vie , & que vous ne ferez
pas
fâché de trouver ici.
I. vol.
D.
1966 MERCURE DE FRANCE .
D. O. M.
In fpem refurrectionis.
Hic jacet.
JOHANNES DE HAUTEFEUILLE ,
LIANENSIS ,
Philofophus Chriftianus .
AUREE
Regia Burdigalenfi Scientiarum Academia
,
Horologiorum vibrationibus elafticis moderatorum
Inventor ,
Pendula perfecit.
Plurimaque tùm in Phyficis , tùm in
Mechanicis ,
Nonfagaciter minùs , quàm utiliter detecta,
Typis mandavit.
Eruditos Regia Societatis in Anglia
alumnos ,
Vifurus ,
Londinum bis petiit , non ut viator,
Sed quafi Rei Litteraria Artiumque Mechanicarum
,
Minifter & Legatus
Cum his acturus
Morum comitate omnibus charus
Obiit an. Sal. M. D. CC. XXIV.
17. Octob. atat. 78 .
Placidè quiefcat.
Nous donnerons une autrefois le Catalogue
des ouvrages de l'Abbé d'Hautefeuille.
I. vol.
Le
DECEMBRE
1725. 2967
· Le Comte de Teffé , Premier Ecuyer
de la Reine , Grand - d'Eſpagne , Lieutenant
General de la Province du Maine ,
préfenta à la Reine à Fontainebleau , le
13. du mois dernier , les Sieurs de Lorchere
, Lieutenant General , & de Roüillon
, Lieutenant Criminel , députez de la
Ville du Mans , lefquels eurent l'honneur
de préfenter à la Reine , un repas
en cire , de la façon de la Dlle Anne le
Mar- Moine , fille du feur le Moine ,
chand Cirier de la Ville du Mans , connu
en France & dans les Pays étrangers,
pour les ouvrages & fruits de cire qu'on
y envoye ; cet ouvrage fut reçû favorablement
de Leurs Majeftez , & admiré
de toute la Cour.
Le 20. du même mois ladite Dlie le
Moine eut l'honneur de préfenter ellemême
à la Reine à Fontainebleau
un
Enfant-Jefus de cire , dans un berceau ,
dont le naturel , les graces & les ornemens
font admirables,
Le 24. & le 25. Decembre , jour de
la veille de la Fête de Noël le Concert
commença
au Château des Tuilleries . On
joua pendant ces deux jours une fuite de
Noëls , des pieces de Simphonie
, qui ont
été applaudies ; on a chanté auffi trois Motets
de M. de la Lande , qui ont été trèsbien
executez par les foins du fieur Phi-
I. vol. lidor,
2968 MERCURE DE FRANCÉ.
lidor ; ces Motets font , le Lauda Jeritfalem
, Dominus regnavit , & Omnes gen
tes. Mile Antier y a chanté avec toute la
propreté & la délicatefle que tout le monde
lui connoît. Le prochain Concert ſera
chanté le Samedi 2. Fevrier jour de la
Fête de la Purification.
DISSERTATION fur l'air maritime a
Marfeille , de l'Imprimerie de J. Baptifte
Boy. 1725.
S'il eft dangereux , dit l'Auteur de
cette Differtation , de s'élever contre les
préventions publiques , il eft auffi quelquefois
neceffaire de les foumettre à un
Fouvel examen , foit pour les détruire ,
fi elles font fauffes , foit pour les accrediter
de nouveau , fi elles font conformes
à la raifon , & foutenues de l'experien
ce. Cette liberté de corriger les erreurs
vulgaires , doit être plus permife , quand
elle intereffe la fanté , qu'en toute autre
matiere. Telle eft , continue l'Auteur ,
La prévention où l'on eft contre l'air maritime
, & les Pays fituez fur le bord de
la mer . On les regarde comme mal fains,
nuisibles à la poitrine , & c. On ſe perfuade
que cet air eft , pour ainfi dire
falé , & qu'impregné du fel marin , il
doit faire des impreffions funeftes fur les
poumons , qu'il deffeche les corps , qu'il
zuine l'embonpoint , &c.
و
1. val. ComDECEMBRE
, 1725. 2969
Comme cette opinion ne porte que fur
des fondemens ruineux , c'eſt - à- dire, fur
des préventions que la raifon détruit , &
que l'experience de favouë : j'entreprens ,
dit l'Auteur, de la combattre , & de prouver
que l'air maritime n'eft pas fi dangereux
qu'on le penfe , & que le voifinage
de la mer n'a rien de contraire à la
fanté.
L'Auteur fe borne à ces deux conclufions
, & les preuves dont il fe fert font
de trois fortes ; la raifon fournit les premiéres
, les fecondes font appuyées for
l'autorité , & les troifiémes lont fondées
fur l'experience.
CATALOGUE des Mercures in primez
depuis l'année 1720. jusqu'à present.
Nnée
1720.
A Année 1721
12. vol.
Janvier & Fevrier 1722 .
12. vol .
2. vol.
Mars 1722 . 2. vol.
Avril.
I. vol.
Mai.
Juin , Juillet & Aouft.
2. vol .
Septembre .
3. vol
.
2. vol.
Octobre .
1. vol.
Novembre.
Decembre.
2. vol
1. val.
1. vel. Annce
1970 MERCURE DE FRANCE.
Année 1723. le mois de Decembre double
.
13. vol.
Année
1724
les mois
de Juin
& Decembre
double .
Janvier & Fevrier 1725 .
14. vol.
2. vol.
Année 1725. les mois de Juin , de Septembre
& de Decembre doubles . 15. vol.
82. vol.
On fera une compofition raifonnable
à ceux qui prendront la fuite entiere.
PRIVILEGE DU ROT.
PAAr & 1924. figné par le
Grace & Privilege du Roi . donné à
Roi en fon Confeil , de Saint Hilaire ; il eft
permis au Sieur Antoine de la Roque, Ecuyer,
ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de la Garde ordinaire du Roi , &
Chevalier de l'Ordre Militaire de S Louis ,
& conformément au Brevet du Roi , en datte
du 17. Octobre de ladite année ; de compofer
à l'avenir, exclufivement à tous autres,
le Mercure de France , contenant plufieurs relations
, hiftoires , & generalement tout ce
qui dépend dudit Livre , & de le faire imprimer
tous les mois , en tel volume , forme ,
marge , caractere , conjointement , ou feparément
, & autant de fois que bon lui femblera
, & de le faire vendre & debiter par
tout le Royaume , pendant le temps de dou-
I. vol.
ze
DECEMBRE 1725. 1971
ze années confecutives , à compter de la datte
dudit Privilege , faifant Sa Majesté défenfes
à toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire
d'impreffion étrangere , comme auffi
à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs &
autres , d'imprimer , faire imprimer , graver,
vendre ou faire vendre , debiter , ni contrefaire
ledit Livre , ou planches , le tout ou en
partie , ni d'en faire aucun extrait fans la permiffion
expreffe & par écrit dudit Sieur de la
Roque ; ou de ceux qui auront droit de lui ,
à peine de 6000. livres d'amende payables fans
déport par chacun des contrevenans , ainfi
qu'il eft plus au long porté par ledit Privilege
, & c,
AVIS.
Le fecond volume de ce mois , qui eft
Actuellement fous preffe . & qui doit fuivre
celui- ci de près , fervira de Supplement
aux matières qui n'ont pù trouver
place dans le cours de la prefente année
& contiendra une Table generale , au
moyen de laquelle on trouvera aisément
toutes matieres dont on pourra avoir besoin,
>
2972
J'AY
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Decembre , 1. volume , & j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impreffion. A Paris
le 31. Decembre 1725 .
HARDION.
TABLE
IECES Fugitives , les Charmes du Som- PIECES
meil , Cantate.
2761
Nouvelle Promulgation de l'Empereur de la
Chine.
Epitre à M. de la Vifclede.
2764
2779
Réjouillances faites à Rome par le Cardinal de
Polignac.
Feu d'Artifice & Etampe.
Vers de M. Coquart à Mademoiselle.
2782
2788
2788
Lettre au fujet de la Femme Portugaife , &c.
Bouts- rimez , Sonnet.
2791
2794
Lettre fur le Phenoméne du Port de Marſeille.
Impatience Amoureufe , Poëme.
Queſtion fur les Teftamens Militaires.
Le Lairot , Fable .
Lettre fur le Phenoméne de Marſeille.
2795
2801
1805
2804
2.806
Ellai de Montagne travefti , Vers , & c. 2808
Difcours fur une experience de Catoptrique
Extrait.
Parodie fur un Rigaudon,
2809
2812
Lettre au fujet du Tombeau de Barfa. 2813
Ode à M. de Voltaire.
2824
Arrivée des Sauvages de Miciffipi , leurs Harangues
, & c. 2827
Traduction en Vers de la Harangue faite au
Roi.
Bouts-rimez donnez à remplir.
2856
2859
Lettre fur le remede de l'Eau à la glace . 286.
Enigmes & explication .
2862
Nouvelles Litteraires , &c. La Religion ,
Poëme.
Le Triomphe des Melophilettes , & c.
Le Maître à Danfer.
2864
287
2882
Veritable Calendrier Chronologique pour
1726 .
2886
Rentrée de l'Académie Royale des Belles-
Lettres.
Ouverture du College Royal.
2889
2891
Spectacles , Impromptu de la Folie ; Extrait.
2896
Nouvelles du Temps , de Turquie , Ruffie ,
& c. 2914
Morts , Naiffances , & c des Pays Etrangers.
2925
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , & c,
2926
2929
Ouvertures des grandes audiences du Parle-
Incendie à Angers .
ment.
2931
Fête donnée en Bourgogne. 2934
Morts , Mariages , & Naiffances. 2937
Edits , Declarations ; Arrefts , & c. 2941
Supplement Machine pour élever l'eau par
l'operation du feu , 2959
Réjouiffances , à Touloufe , Difcours pro
noncé , &c.
Memoire fur l'Abbé d'Hautefeuille.
Ouvrages de cire prefentez à la Reine .
Differtation fur l'air Marin.
2942
2944
2946
2948
Catalogue des Mercures , imprimez depuis
l'année 1721. jufqu'à prefent.
2949
Privilege. 2950
Avis. 2951
Errata de Novembr .
Page 1661. ligne xs . compagnie , lifes
Page 2665. ligne 12. Chinois , lifez Finois ou
Finlandois.
Page 2738. ligne 12. & 17. Bechamel life
Brehamel.
L'Eftampe doit regarder lapage 2788
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
DECEMBRE 1725 .
11. VOLUME.
SANTRE
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AAAAAAAAAAAAA
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
M. MOREAU ,
L'ADRESSE
toutes chofes
Commis au Mercure¸vis
- à -vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
eachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
- On prie très inftamment , quand on
adreffe des Leures ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner
à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
selui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , on aux Mef
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
2973
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
DECEMBRE 1725 .
11. VOLUME.
XXXXXXX**XX **XXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
SECONDE Lettre écrite à M. de la R...
par M. le Beuf, Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglife Cathedrale d'Auxerre
, au fujet du Tombeau trouvé à
Barfac en Gascogne , au mois de Dec.
de l'année 1725. dont il eft parlé dans
le Mercure du mois de Mars dernier.
E me fuis engagé , Monfieur , dans ma
Jderniere lettre, à vous donner mès conjectures
fur la matiere dont le tombeau
de Barfaceft compofé , & de vous envoyer
mes remarques fur quelques Ceremonies
Ecclefiaftiques.C'eft, Monfieur,pour fatiſfaire
à ma parole , que je me donne l'hon-
2. vol.
A ij neur
2974 MERCURE DE FRANCE.
neur de vous écrire cette feconde lettre. A
l'égard donc de la matiere dont le tombeau
en queſtion eft compofé , elle ne defigne
d'elle - même , ni le Chriſtianiſme , ni le
Paganifme , parce que les Payens & les
Chrétiens s'en font fery 'sindifferemment.
Outre l'exemple de celui qui fut trouvé
en ma prefence dans le veftibule de l'Eglife
de S. Germain , lorfqu'on y cherchoit
le fepulcre de nôtre Evêque Gaudri, mort
en 933. Je puis apporter celui d'un frere
jumeau de l'EmpereurLoüis leDébonnaire,
qui fe nommoit Lothaire , & qui mourup
fortjeune dans l'Agenois ; celui d'unChrêtien
, nommé Titulf , qui fit bâtir proche
la Ville de Sens l'Eglife de S. Savinien
, où l'on trouva fon corps l'an 1068 .
fous le marchepied de l'Autel , dans un
tombeau de briques maftiquées. ( a )
On fe fervoit de briques lorfque la pier,
re manquoit , ou pour plus grande facilité
ou bien les tombeaux de cette efpece
n'étoient employez qu'en attendant qu'on
en eût dreffé de plus fomptueux . On en
peut voir un exemple dans la Ville de
Rome , fous l'Empereur Severe . Un Citoyen
, ayant perdu en très - peu
de temps
fa femme & fon fils , fe vit obligé de
faire renfermer leurs corps dans un cer
( a ) Chron. Clarii Monachi Senon. T. 2.
Spicil . p. 746.
2. vol.
de
DECEMBRE 1725. 2.975
cueil de briques , jufqu'à ce que le tombeau
de marbre , que l'Empereur lui -permit
de conftruire à une lieuë & demie
de Rome fut achevé. ( a ) C'eft ici un
exemple affez ancien d'un tombeau de
brique parmi les Payens . Il feroit inutile
d'en rapporter davantage , puifque
Pline a écrit , qu'avant fon fiecle bien des
perfonnes avoient préferé les fepulcres
de terre cuite à ceux d'une autre matiere
: Quin & defunctos fefe multi fictilibus
foliis condi maluere. ( b ) Solium
fignifioit quelquefois fepulcrum chez les
Anciens , comme on peut le voir dans
Florus & Suetone ; & je crois qu'il faut
préferer cette leçon à celle de doliis
avec Kirchman , qui femble avoir épuifé
la matiere dans fon Traité des Funerailles
Romaines . J'ofe cependant croire
qu'il s'eft trompé , lorfque parmi les
exemples de tombeaux de brique ou de
terre cuite , il rapporte ce que Strabon
dit , qu'on trouva à Corinthe , lorfque
Cefar y envoya une Colonie. Strabon ne
dit pas que les tombeaux qu'on y trouva
fuffent de terre : mais il dit feulement
,que lorfque les Romains eurent
ouvert tous ces fepulcres qui étoient fous
les ruines , ils y trouverent des vafes ,
( a ) Savaron in Not . ad Epift. Sidon. pag.
133. ( b ) Lib . 36. cap. 12 .
>
2. vol.
tes A iij
1976 MERCURE DE FRANCE
G
dont les uns étoient d'argile ou de terre,
& les autres de cuivre ; & que ces fortes
de petits ouvrages leur parurent
délicatement travaillez , qu'ils ne laifferent
aucun tombeau fans en faire ouverture
; de forte qu'ayant apporté ces petits
vafes à Rome , ils les vendirent bien
cherement & de là vient que les Romains
donnerent le nom de Necrocorinthes
principalement à ces petits ouvrages
faits en forme de vaiffelle de terre . ( a )
Il eut été à fouhaiter qu'on eut trouvé
quelque
chofe d'approchant dans le
tombeau de Barfac, ou du moins quelque
infcription , qui pût appuyer quelqu'une
des differentes conjectures qu'on peut
faire fur un tombeau fi fingulier . Mais
quelle induction tirer de cette efpece da
double S ? c'étoit peut- être feulement la
marque du Maître Potier. Quoiqu'il en
foit , il vaut mieux que ce tombeau fe
foit trouvé fans aucune infcription , que
d'y en rencontrer de faites à plaiſir ,
comme il paroît qu'eft celle que Ga-
(a ) Cùm rudera capiffent moliri , fimulat
que fepulcra effodiffent , teftacea opera plurima
atque etiam area multa invenerunt , quorum
admirati artificium , nullum fepulcrum
non effoderunt , magnâque id genus rerum copia
poriti iifque magno divenditis , Romam impleverunt
Necrocorinthiis : fic enim appellabant
qua è fepulcris erant eruta opera maxi
mè teftacea. Strabo lib. 8,
DECEMBRE 1725. 2977
riel rapporte dans fon Hiftoire des Evêques
de Montpellier , ) a ) & celle qui
fut trouvée à Vars proche Angoulême en
1511. où les fept voyelles Grecques fe
trouvent combinées , fans aucune confone
, & d'une maniere impenetrable au
plus habile Pythagoricien ( b )
Il y a toute apparence que M. de Coutures
aura fait regarder de fort près dans
le fable , qui couvroit immediatement
les offemens de l'inconnu : & puiſqu'il
dit qu'on n'y a rien trouvé , il faut l'en
croire . Lorfque je fis chercher , il y a
onze ans , le corps d'un de nos Evêques
du douzième fiecle , que je foûtenois devoir
être fous les ruines de l'Eglife de
Saint Marien , au Fauxbourg de nôtre
Ville , où les animaux paiffoient depuis
plus de cent ans ; la moitié du tombeau
de pierre où il étoit fe trouva pleine de
terre qui y étoit entrée par une cuverture
; c'est à dire , que depuis la tête
jufqu'aux cuilles l'on ne voyoit plus les
offemens. C'étoit par malheur la place
où j'avois compté trouver d'abord fon an-
( a ) Pag. 69.
(6 ) Kirchman. lib . 3. cap. 24. pag. 516 .
517. edit. 1605. Quelques- uns femblent mettre
dans cette claffe d'infcriptions faites à plai
fir , celle du chynodax faite proche Dijon en
1598. fur laquelle il y a eu un Livre imprimé
dans la même Ville en 1623 .
1
2. vol. A j neau
1978 MERCURE DE FRANCE.
neau ou quelque infcription . C'eft pourquoi
,, pour n'être pas fruftré de mon
efperance , je fis lever avec bien de l'attention
toute cette terre étrangere pendant
que l'aspect du Soleil rendoit la
premiere confiftance aux offemens des
cuifles & des jambes , fur lefquels le
conflict des baumes & de l'eau filtrée
à travers les fentes des pierres , avoit
formé une espece de falpêtre reffemblant
au fucres & lorfque toute la terre
eut été épanchée fur l'herbe , on y trouva
le fceau de cetEvêque en cuivre rouge ,
qui parut avoir été caffé à grands coups
de haches , & dont les deux morceaux
raffemblez reprefenterent ces quatre
mots SIGILLVM GVILLELMIEPISCOPI
AVTISSIODORI , l'empreinte
en ayant été tirée , fe trouva toute conforme
aux fceaux qui font au bas des chartes
que cet Evêque avoit accordées entre
les années 1168. & 1181. La trouvaille
du fceau fut une preuve convain--
cante que c'étoit le corps de Guillaume
de Touci , Evêque d'Auxerre , qui avoit
repofé en cet endroit , & il me fut trèsfacile
enfuite de détromper ceux qui
avoient ajoûté foi trop aifément au texte
de M. Robert , qui dans la Gaule
Chrétienne marque , contre le témoignage
des Hiftoriens contemporains , que
A
2. vol.
cet
DECEMBRE 1725. 297
que
le
cet Evêque a été inhumé dans nôtre
Cathedrale. Ils devinrent auffi dociles
fur cet article , que ceux qui prétendoient
fur un manufcrit donné par
Pere Labbe , ( a ) que le même Evêque
avoit été inhumé dans une Eglife du titre
de Nôtre - Dame. Chacun reconnut
le manufcrit donné par le même Jefuite
, page 470. du même volume , avoit
dit la verité , & que dans celui qu'il avoit
publié , page 405. outre le mot de Tμ-
ciaci , fon Imprimeur avoit mis Marie
pour Mariani ; & enfin on avoia ,
que j'avois eu raifon, de faire chercher
dans le côté feptentrional de ce Sanctuaire
détruit ce que le titre ci - deffus
allegué , marquoit être dans le côté
gauche.
Je ne crois pas m'étendre inutilement
fur ces fortes de remarques. La
derniere principalement peut avoir lieu
en ce temps - ci , où malgré l'Antiquité qui
crie de toutes parts , bien des gens s'accoûtument
à appeller côté droit dans une
Eglife ce qui eft le côté gauche , è vice
versa ; il s'enfuit quelquefois de- là ,
qu'ils nous voudroient perfuader de chercher
dans le côté meridional d'une Eglife
, ce que les Anciens ont écrit avoir
(a ) Labb . Tom. 1. Biblioth . novæ Manufcriptor.
2. vol.
été A v
2980 MERCURE DE FRANCE
été caché dans le côté gauche : en quoi
certainement ils prennent le change. Le
côté droit dans une Eglife eft toûjours
celui qui eft à la droite de ceux qui entrent
par la grande porte : & fi l'Eglife
eft tournée à l'Orient , comme il eft à
préfumer d'une Eglife dont on fuppofe
qu'il eft parlé dans d'anciens titres , ce
côté droit doit être le côté meridional
& non pas le côté feptentrional . On peut
voir là- deffus S. Ifidore de Sevile dans
fon Livre des Origines , ( a ) où l'on
trouve dequoi conclure , que les Chrétiens
d'Occident ont imité les Payens
dans la difpofition de leurs Temples. Ce
qui fe confirme par le témoignage de Vitruve.
(b)
Cette remarque ecclefiaftique me conduit
à vous faire part d'une feconde reflexion
, qui m'eft venue en lifant ce que
M. de Coutures dit vers la fin de fa lettre.
Ce curieux Magiftrat a raiſon de
( a ) Templi quatuor partes erant ; antica
ad ortum , poftica ad occafum , finiftra ad
feptentrionem , dextra ad meridiem fpectans,
Unde& quando Templum conftruebant Orientem
fpectabant aquinoctialem ; ita ut linea ab
Ortu ad Occidentem miffa , fierent partes cali
dextra finiftra aquales , ut qui confuleret ac
deprecaretur , rectum afpiceret Orientem . Ifid.
lib. 15. Orig. cap. 4.
( b ) Libr. 4. de Architect . cap. 5.
2. vol.
trouDECEMBRE
1725. 2981
trouver de la reffemblance entre la fepulture
des Chrétiens & celle des Payens :
mais il pouvoit l'étendre plus qu'il n'a
fait , & ne pas excepter les Evêques ni
les Prêtres de la maniere commune &
ordinaire de tous les Fideles , d'être couchez
dans la foffe les pieds étendus vers
l'Orient. On a vû cette difference naître
prefque de nos jours. On peut furement
s'en rapporter au celebre Pere Mabillon
, ( a ) & croire avec lui , que la
date de ce changement inefperé eft d'en- ,
viron l'année 1620. ou très- peu d'années
auparavant : & l'on doit être perfuadé
avec lui , que fi un grand nombre
d'Eglifes celebres que je pourrois vous
nommer , (b , n'ont pas jugé à propos de s'y
conformer , ce n'eft pas fans bonne raifon.
Elles fe fondent fur l'antiquité de
cet ufage qui eft né avec l'Eglife , qui a
pour appui l'exemple du tombean de Jefus-
Chrift , tel qu'on le voyoit encore
au feptiéme & huitiéme Giecle , & generalement
toutes les inhumations faites
avant le dix - feptiéme fiecle , tant celles
des Evêques & Prêtres , que celles des
Laïques , étant convenable que le défunt
, pour qui l'aflemblée prie , regar
( a ) Epift. de cultu SS. Ignot. Append 1 .
b ) Milan , Sens , Reims , Auxerre , Metz,
Toul , & c.
2. vol .
de A vj
2982 MERCURE DE FRANCE .
de fon Createur , à qui on adreffe la parole
pour luis à peu près comme s'il
prioit lui - même , felon la remarque de
Durand , Evêque de Mende , ( a ) &
qu'il n'ait pas une fituation differente de
ceux qui prient en fon nom. Je ne ſçai
même fi les premiers obfervateurs de
l'ufage contraire étoient bien entrez dans.
l'intention de ceux qui avoient preferit
pour la fuite une differente fituation des
Evêques & des Prêtres d'avec le refte
des Fideles. Il faut obferver que ce fut
vers ce temps la qu'en bien des Eglifes
le grand Autel qui avoit été vers le fond
de l'apfide , fut avancé vers le milieu
de l'édifice , && que
les fieges du Clergé
furent portez au fond de l'apfide . Il
arriva de là que le Clergé , qui auparavant
en priant avoit regardé l'Orient,
conmença à regarder l'Occident. Ce
fut une fuite neceffaire , que les Evêques
& les Prêtres , qui avoient feuls
le droit d'être expofez ou inhumez proche
le Sanctuaire , entre les deux rangs
( a ) Debet autem quis fic fepeliri ut capite
ad Occidentem pofito pedes dirigat ad
Orientem , in quo quafi ipsâ pofitione orat
innuit quod promptus eft ut de occafu feftinet
ad orrum ; de mundo ad feculum . Dur . lib.
7. C. 3. num . 39. Quis veut dire autant ici
que Quivis , Quicunque.
2. vol.
du
DECEMBRE 1725. 2983
du Clergé , commençaffent auffi à être
expofez ayant les pieds étendus vers
l'Occident , afin que leur fituation fut la
même que celle des perfonnes qui
prioient en leur nom , & qu'ils ne tournaffent
point le dos à l'Autel . On ne
changea point la maniere d'expofer les
autres , parce qu'on les plaçoit dans la
Nef, d'où leur afpect , pour être dirigé
vers l'Autel , devoit être par confequent
vers l'Orient. J'avoue que le
grand Autel étant rapproché de l'Occident
, & le Choeur qui eft la place où
étoit cet Autel , comme tout Paris en
peut voir un exemple à S. Germain des
Prez, il eft convenable en ce cas, que les
corps des défunts , foit dans l'expofition ,
foit dans l'inhumation , ayent les pieds
tournez vers l'Occident ; mais lorsqu'an
Autel eft placé felon l'ancienne maniere
, il paroît convenable que la fituation
des corps quels qu'ils foient , continue
à être auffi felon l'ufage même. Au
refte , les deux pratiques , l'ancienne &
la moderne , peuvent s'allier fort bien
enfemble , en ce que le grand Autel eſt
comme le centre oriental , vers lequel
les morts ( pourvû qu'ils ne foient pas
inhumez dans des Chapelles d'une fituation
differente , doivent tendre , pour
ainsi dire , auffi bien que les vivans :je
2. vol.
dis
2984 MERCURE DE FRANCE.
dis , pourvû qu'ils ne foient pas inhumez
dans des Chapelles d'une fituation
differente , parce qu'on voit , que dans
plufieurs anciennes Eglifes , comme celles
de S. Denis & autres , où les Autels
des Chapelles qui forment le rond- point
de l'Eglife étant tournez , les uns au Septentrion
, ou à l'Orient d'Eté , les autres
à l'Orient d'Hyver , ou prefqu'au
Midi , les Evêques , Abbez ou Prêtres
y font inhumez fuivant la difpofition de
ces Chapelles , & ont toûjours les pieds
étendus vers l'Autel qui eft particulier
à chacune.
Vous pouvez , Monfieur , communiquer
à Monfieur de Coutures mes remarques
fur la lettre qu'il affure vous
avoir écrite exprès , pour être donnée au
public. Il ne pouvoit pas mieux s'adreffer
qu'à vous , qui avez des relations
par toute l'Europe . Il feroit bien à fou-*
haiter qu'un Journal auffi curieux qu'eſt
le vôtre , eut commencé dès le temps
que l'impreffion fut mife en ufage ; je
ne craindrai pas même de dire qu'il eut
été très - utile que l'impreffion eut été
inventée deux cens ans plutôt qu'elle ne
l'a été , afin de voir plutôt voler vôtre
ouvrage par toute la terre . Peut -être
que tous les excellens livres qui n'ont
paru que dans le XVI fiecle euffent vû
1. vol.
le .
DECEMBRE 1725. 2985
le jour dès le quatorziéme les Sciences
auroient été tirées plutôt de l'obfcurité
. & l'on auroit la fatisfaction de
connoître en quoi confifterent bien des
trouvailles , qui ont dû être faites en
France pendant les quatorziéme & quinziéme
fiecles , lorfque la plupart des
Villes ont été aggrandies où fortifiées .
Il est étonnant de voir quelle a été l'indifference
des anciens Habitans de nôtre
Ville , qui fous les Rois Charles V.
& Charles VI. firent faire à l'occafion
des guerres , quantité de foffez dans le
lieu où les monumens de la Religion
des anciens Idolâtres devoient fe retrouver,
fans qu'aucun ait laiffé à la poſterité
des memoires de ce qui fut trouvé
du côté de l'Abbaye de S. Julien ,
dans la Plaine qu'on appelloit alors Villiers
, où l'on voit feulement fur la fuperficie
de la terre des reftes de briques
ou tuilles femblables à celles du tombeau
de Barfac , des morceaux d'urnes
eineraires & de fimpules, des fragmens de
lampes fepulcrales , lachrymatoires , &c.
tous ouvrages de terre que les Laboureurs
expofent aux yeux du Soleil d'année
à autre. Comme toutes les terres
couvertes de ces veftiges d'Antiquitez
Romaines ne furent pas autrefois remuées
, je crois que la curiofité des An-
2. vol.
tiquaires
2986 MERCURE DE FRANCE.
quaires trouveroit encore dequoi s'y fatisfaire
, fi on entreprenoit d'y chercher
ou d'y bâtir. Je ne içai qu'augurer d'une
certaine pierre extraordinairement grande
, qui eft couchée environ dans l'endroit
où étoit le milieu de ce veritable
terrain , & fur laquelle la jeuneffe
de ce pays- ci prenoit autrefois fes repas
avant qu'on l'eut couverte d'un peu de
terre. Avant que d'entreprendre de raifonner
fur cette pierre , qui eft de la
grandeur & de la figure d'une table ovale
de dix -huit ou vingt couverts , où de
faire chercher deſſous , je voudrois qu'on
eut trouvé la veritable origine du Silicernium
des Romains qu'on dit feulement
avoir été un repas qui fe preparoit aux
Funerailles , & probablement dans le
champ des fepulcres . Il peut fe faire que
la pierre en queftion couvre quelque
chofe de rare & de curieux . Elle eft veritablement
de l'efpece qu'on appelleflex
, & elle a dû être apportée d'ailleurs .
Kirchman , qui étoit un habile connoif,
feur , fe rend , auffi -bien que Scaliger ,
au témoignage de Servius , qui affure ,
que Silicernium , ainfi dit felon lui par
corruption , de Silicanium , étoit un repas
qu'on preparoit fur un veritable caillou
, dans le lieu où l'on croyoit que les
Manes des défunts faifoient leur fjour.
2. vel.
Cette
DECEMBRE 1725. 1987
Cette étymologie feroit de bon augure en
faveur de l'opinion que j'ai conçûë de ce
caillou. Cependant j'en pourrois raifonner
plus furement , fi je l'avois vû , &
fi on avoit fait quelques recherches dans
le lieu qu'il occupe . Cela pourra arriver
par la fuite.
Me feroit-il permis avant que de finir
ma lettre,de vous faire part d'une petite reflexion
. Je ne fçaurois époufer l'expreffion
de Maître- Autel , il y a long- temps .
que j'ai qui dire qu'elle ne devoit point
être ufitée . Un Archi- rubricaire de Paris
m'a dit , il y a vingt ans , qu'il falloit
toûjours dire grand Autel . En effet,
Maitre ne fçauroit devenir adjectif , il
fera toûjours fubftantif , & je ne vois pas
en quoi on peut attribuer un genre de
Maitrife à un Autel . On peut excufer ce
terme dans la lettre de M. de Coutures qui
n'eft pas du métier : mais fi Meffieurs de
S. Sulpice s'en fervent , je ne fçaurois le
leur pardonner. Je fuis , Monfieur , vêtre
, & c.
A Auxerre ce 2. Mai 1725.
2. vol.
ODE
2988 MERCURE DE FRANCE
XX :XXXXXXXXXXX :XX
ODE tirée du Pfeaume LIII . Deus ,
nomine tuo falvum me fac , &c.
Toi dont le Nom, toûjours propice
A l'Innocent perfecuté ,
Contre la force & la malice
Garantit l'humble verité ;
Grand Dieu ! mon unique refuge !
Soutien -moi , daigne être le Juge
De la pureté de mon coeur .
Si tu n'as l'oreille attentive
Aux accens de ma voix plaintive ,
Je vais expirer de douleur.
Déja par une voye oblique
L'ennemi trouble mon repos ,
Une Puiſſance fanatique
Va feconder fes noirs complots ;
Je la vois de mon fang avide
Apprêter un glaive homicide ,
L'impofture guide fes coups :
O loix ! helas ! rien ne les touche ,
in
2. vol.
Du
DECEMBRE 1725 .
2989
Du Dieu qu's confeffent de bouche ,
Leurs coeurs méprifent le couroux.
Mais quelle lumiere éclatante
Vient frapper mes regards furpris ?
Quelle vertu mâle & conftante
Prête fa force à mes eſprits ?
Ah ! c'eft de toi , Bonté fuprême ;
C'eſt de ton Bras , c'eft du Giel même ;
Que part ce genereux fecours.
Tonne , écarte des coeurs perfides ;
Lance core eux les traits rapides
Qui menaçoient mes triftes jours.
Bien- tôt ma voix reconnoiffante
Annoncera dans l'Univers
Le Nom & la Bonté recente
Du Dieu qui me fauva des fers.
Oui , Seigneur , pour cette victoire ,
Tu verras du haut de ta Gloire ,
L'encens fumet fur tes Autels ;
C'est alors que je pourrai dire :
Mesyeux ont vû comme la cire ,
Fondre les Hommes criminels.
P. J. M **** de Blois.
2990 MERCURE DE FRANCE .
A l'occafion d'un Arreft du Confeil
d'Etat rendu le 19. Juin dernier en faveur
de M. le Marquis d'Albon , Prince
d'Yvetot , & inferé dans le fecond volume
du Mercure du même mois , nous
avons fait imprimer dans le premier volume
du mois de Septembre fuivant un
petit Memoire fur l'origine des privile
ges de cette Principauté. Nous avons
averti à la fin du Memoire que M. l'Abbé
de Vertot a fait une Differtation qui ne
laille rien à defirer là- deffus , furquoi
plufieurs perfonnes ont fouhaité que nous
en fiffions part au Public dans notre Journal
; c'eſt ce que nous avons tâché d'executer
dans l'Extrait qui fuit.
EXTRAIT de la Differtation de M.
l'Abbé de Vertot , fur l'origine
du Royaume d'Yvetot.
T
Out le monde fçait qu'au Pays de
Caux dans la haute Normandie il
y a une Seigneurie appellée le Royaum
d'Yvetot ; mais quelle eft l'origine de ce
Royaume , en quel temps , & par qui
l'érection a été faite ; c'eft ce dont jufqu'à
prefent on n'a pas été bien éclairci:
M. l'Abbé de Vertot animé du loüable
2. vol.
defir
DECEMBRE 1725. 2991
defir d'approfondir ce point d'Hiftoire , a
recherché , & a recücilli tout ce qu'il a
pû trouver fur cette matiere ; c'eft ce qui
fait le fujet de la Differtation dont nous
avons à rendre compte.
Suivant l'opinion commune Gauthier ,
Seigneur d'Yvetot , fut malfacré par le
Ror Clotaire I. dans la Ville de Soillons ,
Capitale de fes Etats , action dont le Pape
Agapet fut fi indigné, qu'il menaça le
Roi des foudres de l'Eglife s'il ne reparoit
fa faute. Quelque temps après , ce
Prince repentant & intimidé , érigea pour
reparation du meurtre de fon fujet la
Seigneurie d'Yvetot en Royaume. Cet
évenement extraordinaire fe ppaafſfſaa en
l'an de grace 536.
Nôtre Auteur remarque d'abord que
ce fait doit fon illuftration à Robert Gaguin
, Hiftorien du 16. fiecle qui fe fait
même un merite d'avoir été le premier
qui l'ait tranfmis à la pofterité , mirari
licet , dit-il , à nullo franco fcriptore lit- .
teris fuiffe commendatum , &c. mais ces
circonftances meritent d'être foigneufement
examinées.
Il eft queſtion de fçavoir fi aucun des
Hiftoriens contemporains a fait mention
d'un évenement fi fingulier , fi Clotaire I.
qu'on fuppofe Souveraiin du Pays où eft
fitué la Seigneurie d'Yvetot , regnoit dans 2. vol,
cette
2992 MERCURE DE FRANCE .
cette contrée , fi on dattoit alors les actes
de l'an de grace , &c. C'est ce que M.
l'Abbé de Vertot difcute fuivant les regles
de la plus exacte Critique ; mais il nous
eft impoffible de renfermer dans les bornes
d'un Extrait les preuves contraires
au recit de Gaguin que produit le fçavant
Ecrivain. Nous nous contenterons
de rapporter les principales.
Il remarque d'abord que Gregoire de
Tours , le premier de nos Hiftoriens ,
qui écrivoit fous le regne des enfans de
Clotaire 1. & qui nous a inftruit de tout
ce qui s'étoit paffé fous le regne de ce
Prince , n'a pas dit un feul mot de toute
l'Hiftoire particuliere de Gautier d'Yvetot.
On trouve le même filence dans Fredegaire
, dans Aimoin , & c . Anaſtaſe le
Bibliothecaire , qui vivoit dans le 1x . fiecle
, & qui a recueilli avec tant de foin
tout ce qui concerne le Pape Agapet , a
gardé un auffi profond filence.
De plus , Gaguin a fuppofé fans preuves
, qu'en 536. Clotaire regnoit dans
cette partie de la Neuftrie , appellée depuis
Normandie où eft fituée la Seigneurie
d'Yvetot ; cependant il eft certain que
cette Province faifoit alors partie des
Etats de Childebert , Roi de Paris , nôtre
Auteur en rapporte les preuves , & démontre
que cette partie de la Neuftrie
2. vol.
étoit
DECEMBRE 1725. 2993
étoit alors fous la domination du Roi
Childebert qui fut maître tant qu'il vêcut
, du Cotentin , du Beffin , &c. & par
confequent que Clotaire , Roi de Soiffons
, fon frere , n'y pouvoit faire alors
aucun changement.
D'ailleurs le fauffaire qui a dreffé les
Lettres de l'érection de la terre d'Yvetot
en Royaume , & qui les datte de l'an de
grace 536. ne fçavoit apparemment pas
que fous la premiere race de nos Rois ,
les Actes & les Chartes ne fe dattoient
ordinairement que des années de leur regne
, que depuis Pepin , Chef de la feconde
race , on ajoûta l'indiction , & que
ce ne fut que fous le regne de Charles le
Chauve qu'on commença à datter les
années de la naiflance de Jefus - Chrift.
Mais bien loin que l'établiffement de
eet Etat , & fon indépendance foient
un ouvrage dù vi . fiecle , le nom d'Yvetot
n'eft connu dans l'Hiftoire que vers
la fin de l'x1 . auquel temps le nom du
Seigneur d'Yvetot fe trouve confondu
avec ceux des Seigneurs de la même Province
; il n'a dans l'Hiftoire ni titre , ni
rang diftingué , preuve bien certaine qu'a
lors on n'avoit point encore inventé cette
efpece fi finguliere de Royauté.
En fuivant l'ordre des temps , on trouve
dans les liftes du x11 . & XIII. fiècles
2. vol.
le
-2994 MERCURE DE FRANCE .
le nom des Seigneurs d'Yvetot , & il y
eft expreffement marqué qu'il devoit
fournir la troifiéme partie d'un homme
d'armes , c'est - à- dire , qu'ils devoient contribuer
pour une troifiéme part aux frais
de fon armément. Robertus de Yvetot tertiam
partem militis. Donc il n'étoit point
encore mention de ce prétendu Royau
me , & ce fief étoit fi peu confiderable
qu'il ne contribuoit que d'un tiers à l'armément
d'un Chevalier.
Enfin dans la Chambre des Comptes
de Paris il y a des Etats de differentes revûes
, faites de la Nobleffe de Normandie
par le Connétable du Guefclin , fous le
regne de Charles V. Il y en a de 1360.
& de 1370. On y trouve les noms de
Guy de Houdetot , de Henry des Ifles ,
de Perrinet d'Yvetot , & c. Et c'est une
nouvelle preuve que dans ces années le
Seigneur d'Yvetot n'étoit point encore
affranchi des devoirs Feodeaux , qu'il
devoit au Roi comme Duc de Normandie
, & par confequent qu'il n'étoit point
encore question en l'année 1370. de l'érection
d'Yvetot en Souveraineté indépendante.
Mais comme il n'y a point de tradition
, fi mêlée de Fables qu'elle foit , qui
n'ait quelque fondement dans l'Hiftoire ,
& quelque chofe de vrai , M. l'Abbé de 2. vol.
Vertot
DECEMBRE 172.5. 2995
Vertot tâche de découvrir la veritable
époque du titre de Royaume donné à la
Seigneurie d'Yvetot .
On vient de voir que depuis l'an 1204 .
jufqu'en 1370. les Seigneurs d'Yvetot
font compris en differens rôles des Valfaux
du Duché de Normandie . Cependant
M. de la Roque , Auteur de l'Hiftoire
de la Maifon de Harcourt , affure
dans fon Traité particulier de la Nobleffe,
que l'on trouve encore dans les Regiſtres
de l'Echiquier de Normandie , confervez
à Rouen , un Arreft de l'an 1392 , qui
donne le titre de Roi au Seigneur d'Yve
tot. Ce n'eft donc que dans l'intervale de
22. ans que la Seigneurie d'Yvetot a été
honorée du titre de Royaume.
M. de la Roque a pris foin de joindre
à cet Arreft de l'Echiquier plufieurs Let
tres Patentes de nos Reis , d'autres Arrefts
& Sentences qui tous n'ont pour
objet que de faire celler les troubles &
les entreprifes qui fe faifoient contre les
Privileges des Seigneurs d'Yvetot. On
en voit de Charles VI . de Charles VIL
& de Louis XI .
Dans les comptes de Jean l'Alle
mand , Receveur General des Finances
fous Charles VIII . des années 1498 .
& 1499. Jean Baucher eft qualifié Roi
d'Yvetot. Dans un rôle fait en 1506 ,.
zo vole
B pour
2996 MERCURE DE FRANCE .
pour
la Vicomté de Caudebec , il eft
dit que Perrot Chenu , Ecuyer, poffede
le Fief & Seigneurie d'Yvetot , & qu'en
cette qualité il eft exempt de fervice &
d'hommage envers le Roi fuivant les
Chartes. Les rôles de l'an 1525. attri
buent la qualité de Roi au Seigneur
d'Yvetot , & François I. par fes Lettres
du 13. Aouft 1543. donne la qualité de
Reine à la Dame d'Yvetot . On voit les
mêmes prérogatives confirmées par des
Lettres de Henry II . de Charles IX. &c
Suivant tous ces titres on peut placer
l'érection de la terre d'Yvetot en Royaume
, ou Principauté , vers la fin du x1v .
fiecle . Ce n'étoit , comme on l'a vû ,
qu'un fimple Fief en 1370. & on trouve
ce même Fief qualifié du nom de Royaume
en 1392. Depuis ce temps là il n'eft
mention que de fes privileges & de fes
droits , mais quel en fut l'Auteur & le
motif ? C'eft ce que ni l'Hiftoire , ni les
titres ne nous apprennent point , & il
paroît témeraire en pareilles matieres de
vouloir deviner .
Cela ne doit point furprendre combien
d'établiffemens plus confiderables ,
dont la negligence des Ecrivains nous a
dérobé la connoiffance de l'inftitution.
Rien n'eft plus certain que l'établiffement
des Pairs de France , & rien n'eſt
2. vol.
plus
DECEMBRE 1725. 2997
plus incertain que le temps de cet établiffement
les uns l'attribuent à Charlemagne
, & ce ne font que des Romanciers
; d'autres avec aufli peu de fondement
, en font Auteur Hugues Capet ,
chef de la troifiéme race , & c.
Au refte le Royaume d'Yvetot n'eſt
pas le feul de cette efpece dont on
ait connoiffance . L'Angleterre nous en
fournit un pareil , appellé le Royaume
de Man , de la petite 1fle-de ce nom , fituée
dans la Mer d'Irlande. On prétend
que les anciens Rois de Man n'ayant pas
le moyen d'avoir des couronnes d'or &
d'argent , fe fervoient de couronnes d'étain
. Nous ne fommes pas fi inftruits des
ceremonies qui s'obfervoient au Couron-
.nement des Rois d'Yvetot : la tradition ,
ou, pour mieux dire , les contes populaires
ne font point étendus jufques- là ; tout ce
que nous fçavons de plus certain , c'eft.
que
la Seigneurie d'Yvetot , fituée dans
le pays de Caux , jouit aujourd'hui de
tous les privileges des Franc - Alleus Nobles
, & que ces privileges font attachez
à une terre à laquelle le vulgaire a donné
le nom de Royaume , ainfi que s'exprime
un de nos anciens Poëtes .
Au noble Pays de Caux
Ya quatre Abbayes Royaux ,
2. vol.
Sir
Bij
1998 MERCURE DE FRANCE,
Six Prieurez Conventuaux ,
Et fix Barons de grand arroy ,
Quatre Comtes , trois Ducs , un Roi.
XXX: XXXXXXXXX :XXX
SUR la mort de Bourin & de Blondine
petits Chiens Martriers de Madame
de Saane. Par M. Richer , Avocat au
Parlement de Rouen.
B
Ourin en fon vivant Prince des Martiiers.
Rendoit les Martes miferables ,
Buchers, greniers à foin , les plus profonds
terriers ,
Ne les défendoient point de fes dents redou̟-
tables ;
Il les fentoit , s'il ne les voyoit pas ,
Ce peuple étoit en un grand embarras,
Dans ce peril preffant , leur Senat délibere ,
De fupplier des Dieux l'arbitre fouverain ?
De les fauver des fureurs de Bourin ?
Et de fa troupe fanguinaire .
Afin d'y réüffir , nos Matoifes , dit - on ,
Dans leur parti mirent Dame Junon ,
En lui laiffant fur fa toilette ,
De mufc plein une caffolette :
3. vol.
Petits
DECEMBRE 1725. 2999
Petit prefent ne gâta jamais rien ,
Et mieux que long placet mene une affaire
bien ;
Sur l'efprit de Junon la caffolette opere ,
Elle follicite Jupin ;
Et tandis qu'avec le deſtin ,
Sur cette Requête il confere ,
La Déeffe, adroite commere ,
Feuillette du Vieillard les faftes redoutez ,
Au Chapitre des Chiens de Chaffe ,
Et d'un trait de plume elle efface ,
à
Les ans que pour Bourin la Parque avoit
comptez ;
D'où vint que ce Heros , ( ah ! grands Dieux
quel dommage !
Mourut fubitement à la fleur de ſon âge.
Quand on le mit dans le cercueil ,
Toute la baffe- cour auffi - tôt prit le deüil ,
Les Dindons l'ont pleuré , tout genre de volailles
,
Ont à leur protecteur fait d'amples funerailles ;
Mais de Junon la haine va plus loin ,
Elle a juré d'éteindre fa famille ,
Nôtre Chaffeur ne laiffa qu'une fille ,
Qui merita d'Iris la tendreffe & le foin.
2. vol.
C'é B iij
3000 MERCURE DE FRANCE .
C'étoit la petite Blondine ,
Dont l'inſtinct de fort près imitoit la raifon
Elle connoiffoit à la mine
Tous les amis de la maiſon ;
Pour eux plus douce qu'un Mouton ,
Contre gens inconnus faifoit la diablotine ,
Et ne manquoit jamais d'aboyer au Larron ,
On ne la voyoit point badine & fretillante ;
Mais toûjours d'un grand ferieux ,
Attentive & réflechiffante ,
Et vers Iris tournant fouvent les yeux.
Vous euffiez dit qu'elle entendoit fineffe
Aux difcours éloquents de fa jeune Maîtreſſe :
Blondine avoit tant de délicateffe ,
Qu'elle auroit méprifé le ragoût le plus fin ,
S'il n'étoit offert de fa main :
Partageant fon lit avec elle ,
Et faifant nuit & jour exacte fentinelle.
Sous fon regne pourtant Martes vivoient en
paix ,
Mais pour finir leurs craintes , & remplir
leurs fouhaits ,
Il falloit extirper fa race.
Il étoit dangereux que par un beau matin ,
Elle ne mit au jour quelque petit Bourin ,
2. vol.
Qui
DÉCEMBRE 1725. 300
Qui d'un Ayeul fuivroit la trace .
Leurs voeux font exaucez , Blondinę ne vit
plus ,
Et nous laiffe en mourant des regrets fuperflus.
Je ne puis retracer un trépas fi funeſte ,
Mes pleurs & mes foupirs vous diront mieux
le refte:
MMMMMMMMMMMMMMMMMM
EXPLICATION d'une Monnoye d'or
de l'Empereur Charles -Quint , par
M. de la R.
LA
A Monnoye en queſtion eft de la
grandeur d'un double Louis d'or , &
appartient à M. le Duc de B ... Elle
à d'un côté la tête de l'Empereur Charles
- Quint , couronnée de Lauriers , avec
cette Legende . CAROLUS V. IMPERATOR .
De l'autre côté , on voit une Aigle à
deux têtes , qui tient de chaque ferre une
colonne avec cette autre Legende. Mo-
NETA CIVI . IMP . BISUNTINE 1665 .
Ce n'eft pas fans raifon que cette
Monnoye a paru en quelque façon myfterieufe
. Car d'abord , comment accorder
cette année 1665. Epoque de nos
jours , avec la Chronologie du Regne de
Charles - Quint , qui étoit mort depuis
2. vel.
Biiij
près
2002 MERCURE DE FRANGE.
près de cent ans , quand cette piece a
été frappée ?
Il y a quelque temps que j'acquis une
pareille Monnoye en argent , frappée en
l'année 1642. Je la montrai à plufieurs
Curieux qui s'y trouverent embaraffez.
Quelques- uns crurent que c'étoit une erreur
du Monetaire , qui avoit gravé le
chiffre 6. au lie de 5. fur le coin de la
Monnoye. D'autres prirent, bonnement
Civ . Imp. Bifuntine pour Bifance , ou
Conftantinople ; mais je leur foutins
qu'il s'agiffoit ici de la Ville de Befançon
, que les anciens Auteurs ont nommée
Vefuntio , Vifuntium , & Bifuntium.
Enfin , avec un peu d'application , la
verité ne m'a pas été difficile à trouver.
Befançon , Ville libre & Imperiale ,
avant qu'elle fût unie à la Monarchie
Efpagnole , avoit reçû quelques privileges
des Empereurs , & furtout de Charles
-Quint qui l'avoit particulierement favorifée
.
En reconnoiffance , de ces faveurs , Befançon,
par un ufage très fingulier , n’a jamais
ceff de mettre l'image de ce Prince
fur fes monnoyes
même après fa
mort , & jufqu'au temps que cette Ville
ceffa d'ê re fous la domination de la Maifon
d'Autriche , c'eft à dire , jufqu'en
1. vol.
l'année
DECEMBRE 1725. 3003
pre-
J'année 1668. que le feu Roi fit la
miere conquête de la Franche - Comté.
J'ai dit que cet ufage eft très - fingulier
, c'eft l'unique exemple que je fçache
d'une pareille innovation en fait de
Monnoye , chaque Prince étant jaloux
de voir fon image fur celle qu'il fait frapper
; c'eft un des plus beaux droits des
Souverains.
Il est vrai qu'on a frappé des Monnoyes
, ou des Médailles à l'image de
plusieurs Empereurs Romains , même
après leur mort ; mais le Peuple Romain
ne l'a fait qu'après leur Apotheofe,
par un excès de flaterie pour leurs parens
, & fucceffeurs à l'Empire . La Ville
de Rome ne ceffoit pas pour cela de
frapper fa monnoye courante au coin de
l'Empereur regnant.
Ceux de Belançon ont encore marqué
leur reconnoiffance , ou leur flatterie envers
Charles- Quint d'une autre maniere
, & qui entre naturellement dans cette
explication . Sçavoir , par une Statuë de
bronze de ce Prince , portée par une Aigle
à double tête , jettant de l'eau par fes
deux becs , qui fert de principal ornement
à la magnifique Fontaine de l'Hô
tel de Ville , & cette Aigle , pour le dire
en paffant , n'eft pas celle des Armes
de Bef nçon comme on l'a prétendu
Befinçon
,
2. vol. dans B v
3004 MERCURE DE FRANCE:
dans le Dictionnaire hiftorique , mais la
veritable Aigle de l'Empire , & celle
qui porte ordinairement les Armes de
la Maifon d'Autriche.
La Monnoye en queftion porte de l'autre
côté cette même Aigle , avec les colonnes
d'Hercule , & reprefente ainfi
fimboliquement la vafte domination de
Charles- Quint , qui regnoit , non - feulement
fur une grande partie de l'ancien
Monde , mais encore fur le nouveau .
En effet , outre les découvertes faites fous
l'Ayeul maternel de ce grand Prince , on
découvrit encore fous fon Regne d'autrès
Terres qui furent ajoûtées à fon Emp re,
enforte que les Colonnes d'Hercule , ces
fameufes barrieres de l'Antiquité étoient
levées en fa faveur , & qu'il en étoit ,
pour ainfi dire , en poſſeſſion , Les Médailles
de cet Empereur portent auſſi ſur
le revers cette Aigle & ces Colonnes
avec le mot , PLUS ULTRA , qui eft pris
du Grec de Pindare , & que Charles-
Quint avoit pris pour fa Devife.
Ce mot confirme ce que je viens de
dire , & marque encore l'ambition de ce
Prince , qui afpiroit à une Monarchie
univerfelle , fur quoi les Poëtes de fon
fiecle ne manquerent pas de le flatter ,
comme on peut voir par cet échantillon.
2. vol.
Plus
DECEMBRE 1725. 3005
Plus ultrà Herculeas Calpen , Abilamque columnas
Carole , victoris nobile nomen habes.
Struxit in extremo quas æquoris orbe columnas
Qui fatus Alcmenâ de genitrice fuit.
Has tua virtute fuperafti Carole Cæfar ,
Plus ultrà rebus forte favente tuïs.
Mais tout le monde fçait de quelle
maniere les grands projets de Charles-
Quint furent renverfez , lors qu'ayant
affiegé Mets avec une Armée de cent.
mille hommes , en l'année 1552. il fut
obligé d'en lever le fiege ; ce qui fut la
derniere de ſes expeditions , le veritable
non plus ultra de fa fortune , & ,
à ce que
l'on croit , la premiere caufe de fa retraite
. On n'ignore pas non plus le fameux
Diftique qui fut fait fur cet évenement,
par oppofition au plus ultra de Charles-
Quint.
Herculis optafti longas tranfire columnas
Silte viam Metis , hæc tibi meta datur.
Au reste la Monnoye qui vient d'être
expliquée , eft une preuve, qu'il eft toûjours
plus fûr d'expliquer les Médailles
& les Monnoyes par l'Hiftoire , lorf-
B vj qu'elles
. 2. vol.
vj
.
3006 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles contiennent des difficultez ou
des contradictions apparentes , que de
s'arrêter aux conjectures : qu'on donne
quelquefois pour des veritez conftantes,
& qui le plus fouvent n'ont aucune folidité.
VERS envoyez à M. de Pibrac , Comte
de Marigny , le jour de fa Fête ,
par M. Cocquard.
Q
Ue ce jour pour ma Mufe eft une rude
époque !
Dès qu'il faut t'envoyer des vers pour ton
bouquet ,
Elle demeure court , malgré tout fon caquet.
Quand j'ofe te louer , je t'offenfe & te choque,
Le plus foible encens te fuffoque ;
Comment faire ? je vais en agir fans façon ,
Au lieu de toi , Pibrac , je loïerai ton Patron.
Saint François fut doux , équitable >
Sçavant , laborieux , affable ,
Ami de la fincerité.
S'il aina les tréfors , ce fut pour les répandre.
De fes rares talens un Poëte enchanté ,
Un Poëte fe plût à le voir , à l'entendre.
2. vol.
Et
DECEMBRE 1725. 3007
Et ce qui doit charmer le plus ,
C'eft que durant le cours d'une fi belle vie ,
Une éternelle modeftie
Couronna toutes fes vertus.
Mais , que dis- je ? où m'emporte un zele politique
?
Malgré tous mes détours , cher Pibrac , o
voit bien
Qu'en faifant fon panegyrique ,
Je fais en méme le tien .
*YYYYYYYY YYYYYYYYY
REPONSE à la question de Diplo
matique propofée dans une Lettre , inferée
dans le Mercure du mois d'Octobre
dernier.
A
Laquelle des deux autoritez ilfaut
donner la préference , à des Chartes
revêtues de toutes leurs formalitez , mais
qui ne s'accordent pas avec l'Histoire ? ou
à l'Hiftoire qui dit le contraire des Char
tes ?
Quoique le fentiment du P. Mabillon ,
cité dans la Lettre , foit une réponſe fuffifante
à la queftion , j'y ajoûterai quelques
réflexions , fi ce n'eft pour l'appuyer , ce
fera au moins pour la développer.
2. vel.
L'HIC
foo8 MERCURE DE FRANCE.
L'Hiftoire , felon le P. Meneftrier ;
(a ) eft , eu égard à fa forme , fimple ,
figurée , ou mêlée .
L'Hiftoire fimple eft fans artifice , &
n'eft qu'un recit nud & fidele des chofes
paffées comme elles fe font paffées : telles
font les Chroniques du bas Empire ,
les Faftes , les Tables Chronologiques
les Journaux , les Hiftoires Diplomatiques
, & c.
L'Hiftoire figurée eft celle qui a reçû
divers ornemens de l'adreffe , & de l'efprit
des Hiftoriens , comme font les Hiftoires
politiques & morales , lefquelles
font agréables & inftructives ; mais fur
la verité defquelles on ne peut pas toûjours
compter. L'Hiftoire mêlée eft celle
qui outre les ornemens de l'Hiſtoire figurée
, a des preuves qu'elle tire de l'Hif
toire fimple ; c'est- à - dire , qu'elle appuye
fes faits & fes dattes fur des pieces authentiques
, des actes publics , des Chartes
, & d'autres pieces de cette nature ,
qu'elle rapporte ou qu'elle cite . Il eft
inutile d'en donner des exemples , puifque
les Hiftoriens depuis plus d'un fiecle
fuivent tous cette methode , & que c'eſt
à ce deffein que l'on a tant imprimé de
nos jours de Diplomes , de Chroniques,
(a) Pref. de l'éloge Hift. de la Ville de
Lyon.
>
2. vol
&
DECEMBRE. 1725. 3009
& d'autres pieces dont on a fait de trèsamples
(a) Recueils.
Si ces trois caracteres de l'Hiftoire
font vrais , comme l'on n'en peut douter
, la réponſe à la queftion vient d'ellemême
. Si l'Hiftoire eft fimple , comme
elle n'eft fondée que fur des Chroniques
, des Journaux , des Actes publics,
& des Diplomes , il ne peut y avoir de
contradiction réelle , entre elle & les
Chartes qui ont les formalitez requifes ;
s'il y en paroît , il faudra plutôt croire
que la faute fera dans les Chroniques ,
les Faftes & les Journaux que dans les
Actes publics & les Diplomes. La raifon
eft que dans le moment que l'Acte public
eft dreffé , la datte , les noms & les
qualitez des perfonnes qui contractent y
font exactement marquez , & qu'il eft
fait non par un feul particulier , mais
par des perfonnes publiques , & avec des
formalitez qui n'y peuvent fouffrir d'erreur.
Il n'en eft pas de même des Chroniques
, des Journaux , & des autres ouvrages
de cette nature , qui ne font faitsordinairement
que dans le cabinet par
(a) D'Achery Spicil . Mabill, Aniceta
Acta SS. Ord. Bened. Bollandus Henfch. Acta
SS. Martene Thef. Anecd. Collect. ampliff.
1. Bez. coll. nova.
2. vol.
des
Joró MERCURE DE FRANCE.

6
des particuliers , qui travaillent fouvent
fur des oüi- dires , long temps après que
les faits font arrivez , & dans des lieux
éloignez ; mais quand ils feroient fur les
lieux , & qu'ils écriroient à mesure que
les chofes arrivent , je dis qu'il eft prefque
impoffible qu'ils les rapportent
exactement , à moins qu'ils ne fe foient
trouvez à tous les évenemens , & qu'ils
n'ayent un grand talent pour démêler le
vrai d'avec le faux . A - t'on jamais vû , par
exemple , de deux cens Relations d'une
même bataille , qu'il y en eut de bien
conformes ? Ainfi fi celui qui fait un Journal
de ce qui fe paffe , n'a grand foin de
s'aflurer de la verité , combien de fauffetez
n'écrira- t'il pas . Quelqu'un mal inftruit
lui dira, que M. de ** eft mort à
tel endroit , tel jour & telle année : le
même.bruit fe répand de tous côtez , on
lui repete la même nouvelle , il la marque
fur fon Journal , elle y demeure , &
cependant il n'en eft rien ; M. de ……..
n'a été que malade , & ne meurt que
deux ans après , quelques - uns font détrompez
mais la plupart le croyent toûjours
mort. Nôtre Journaliſte eft du
nombre , & ne corrige point fon Journal.
Cependant M. de ... depuis qu'on
l'a fait paffer pour mort , fait plufieurs
Actes de vente , de donation , & c. Le
2. vol.
Jours
DÉCEMBRE 1725. 361

Journal s'imprime dans la fuite , & voilà
un moyen de faux contre les Actes faits .
en fon nom depuis qu'on l'a crû mort ,
& que le Journaliſte l'a écrit .
S'il eft facile de fe tromper dans l'Hif
toire fimple , où l'on negligeroit l'autorité
des Actes publics , quel fond peuton
faire fur l'Hiftoire figurée , dans laquelle
l'Hiftorien fe trouveroit contraire
à des Chartes authentiques ? il faut dire
la même chofe de l'Hiftoire mêlée , &
convenir comme d'un fait très- certain ,
qu'il faut réformer l'Hiftoire fur les Actes
publics. , & non pas les Actes publics
fur l'Hiftoire.
Après avoir établi le fait qui donne
lieu à la queftion , l'Auteur de la Lettre
dit que les deux Chartes citées ne s'accordant
pas avec l'Hiftoire , les Critiques
fe font déterminez à les croire fauffes &
fuppofées.
J'aurois tiré une confequence toute op
pofée , & j'aurois dit : il faut que les Hiftoriens
n'ayent été pas affez bien inftruits ,
& n'ayent pas eu les Memoires neceffaires
, puifqu'ils fe trouvent oppofez à des
Chartes qui n'ont d'ailleurs aucune
marque effective de fauffeté ; ainfi il
feroit bon d'avertir de ce fait ceux qui
travaillent à la nouvelle édition de l'Hif
toire Genealogique des Grands Officiers
,
2. vol.
de
3012 MERCURE DE FRANCE.
de la Couronne , afin qu'ils corrigent
l'article qui regarde le Comte de Dunois .
Mais ne prenons aucun parti dans cette
conteftation , & ne condamnons pas ceux
qui prétendent que Jean Bâtard d'Orleans
n'a pas été Grand Chambellan de
France avant l'année 1446. & qu'il ne
l'étoit pas en 1424. tâchons au contraire
de fortifier l'Hiftoire qu'ils défendent
par de nouvelles autoritez , enfuite nous
propoferons avec le même defintereflement
, ce qui peut fervir à foutenir la
validité de la Charte de Jean Bâtard
d'Orleans.
Moyens contre la Charte de Jean d'Or
leans , donnée à Tours le 28. Mai
1424. avant Pâques.
On ne peut difconvenir que Jean
d'Orleans n'ait été Chambellan de Charles
VII. dès les premieres années de fon
regne , & même pendant qu'il n'étoit
que Regent du Royaume , mais il ne prenoit
point la qualité de Grand Chambellan
; c'eft ce qui paroît premierement par
plufieurs quittances de ce Seigneur , &
par les comptes de Guillaume Charrier ,
Receveur General de Languedoc des années
1421. & 1422. 1423. & 1424.
où ce Prince n'eft jamais qualifié que
1. vol.
ConDECEMBRE
1725. 3013
Confeiller Chambellan , premierement de
Monfeigneur le Dauphin , Regent , enfuite
du Roi ; mais ce qu'il y a de plus
pofitif ce font des Lettres du même Roi ,
* dattées du 4. d'Octobre 1424. le 2. de
fon regne , pourfaire , dit - il , délivrer à
nos amez & feaux Confeillers & Cham
bellans , le Sire d'Orval , & le Bâtard
d'Orleans la fomme de 2000. l. tournois
&c.
Par d'autres Lettres du 15. Decembre
1427. On voit qu'il n'étoit encore que
Confeill & Chambellan , car ce font les
propres termes dont le Roi fe fert en lui
donnant une Ordonnance pour recevoir
de Jean le Clerc la fomme de 400. écus
d'or. La même chofe fe voit en d'autres
Lettres , dattées du dernier Fevrier 14298
Moyens contre la Charte de Charles VII.
Je n'ai rien à ajoûter à ce que les Adverfaires
de cette Charte ont dit contre
elle . D'ailleurs , elle doit tomber d'ellemême
, auffi- toft qu'on fera voir la fauſfeté
de celle du Bâtard d'Orleans , puifqu'on
ne la fuppofe donnée que pour
la confirmer.
* Cabinet de M. de Claerembaut.
2. vol
Moyens
3014 MERCURE DE FRANCË.
Moyens de défenfe pour les deux Cháre
tes , & premierement pour celle du
Bâtard d'Orleans.
ن م
Il paroît d'abord que c'eft un foible
moyen pour attaquer la verité d'une
Charte , bien en forme d'ailleurs , que de
dire qu'elle eft fauffe , parce que quelqu'un
. y prend des qualitez qu'il n'a pas.
Si cette nouvelle Jurifprudence avoit
lieu , combien faudroit il caffer de contrats
de mariage , de vente , & d'autres
où l'on s'attribue fouvent les qualitez
d'Ecuyer , de Chevalier , de Seigneur
de , &c. & d'autres qui ne font pas dûës
aux contractans. Tout cela ne rend point
faux des Actes publics , mais jette feulement
un ridicule fur ceux qui , fans
en avoir le droit , fe donnent de telles
qualitez .
Quand donc Jean d'Orleans feroit tombé
dans le même cas , les Actes paffez en
feroient-ils moins vrais mais loin de
laiffer cette petite tache fur la memoire
d'un fi grand homme , je prétens qu'au
moins depuis 1422. il a eu droit de prendre
la qualité de Grand Chambellan , &
qu'il l'a prife en effet dans un grand nombre
d'Actes , & de pieces originales , que
l'on trouve encore dans les Cabinets des
2. vol.
ScaDECEMBRE
1725. 3015
"
Sçavans , & dans les Archives de la
Chambre des Comptes .
Je ne contefte point la verité des Actes
citez ci- deſſus , ni de tous ceux où Jean
d'Orleans ne fe trouvera qualifié que
de
Confeiller Chambellan du Roi. Je les
crois tous vrais , autant que ceux où il
prend le titre de Grand- Chambellan.
L'Auteur de la Lettre en a donné la ve
ritable raiſon , lorsqu'il a dit que fous
un même Regne , on voyoit pluſieurs
Seigneurs qualifiez du titre de Grands-
Chambellans de France.
L'entrepriſe des
Anglois fur la Couronne , & l'injuſtice
faite au Dauphin par le Roi fon pere ,
cauferent des troubles dans le Royaume,
dont l'Hiftoire de ce temps - là s'est fort
reffentie. En effet , il fera toûjours difficile
de démêler lequel étoit le veritable
Chancelier , le veritable Connêtable , le
veritable Grand-
Chambellans tant que
l'on trouvera des Actes de differentes
perfonnes qui prennent ces titres en un
même temps.
Char;es VI. avoit fes Officiers , dont
La plupart fuivoient le parti de l'Anglois,
& très- peu ofoient avant la mort de ce
Prince fe declarer pour le legitime fucceffeur
; ils avoient tout à craindre de la
part de la Reine , des Anglois & de
leurs Partifans . Le Dauphin s'étant de-
,
2. vol.
claré
3016 MERCURE DE FRANCE.
claré Regent du Royaume en 1448 .
nomma des Officiers parmi les Seigneurs
qui lui étoient attachez , & il leur conferva
toûjours les mêmes Charges & Dignitez
à fon avenement à la Couronne .
Alors Henri VI . Roi d'Angleterre ,
qui fe fit proclamer Roi de France , remplit
de fon côté les places vacantes des
Officiers de la Couronne de fes propres
Sujets , ou de François qui lui étoient
affectionnez . Cependant il fe détachoit
toûjours quelques - uns des Grands Officiers
qui avoient fervi fous Charles VI.
lefquels prenoient le parti de Charles
VII. fon fucceffeur. Comme leurs Charges
& leurs Dignitez étoient déja données
à d'autres , tout ce que ce premier
pouvoit faire en leur faveur , c'étoit
de leur en conferver le titre & les
honneurs , & quelquefois de les leur faire
exercer par quartier. D'ailleurs l'ufage
des furvivances étant déja introduit,
on ne doit point s'étonner de voir en
même temps plufieurs Grands Ecuyers ,
plufieurs Grands - Chambellans , &c.
En effet , Jacques II. de Bourbon fut
pourvû de la Charge de Grand- Chambellan
en 1397. & ne mourut qu'en
1438. fans qu'il paroiffe en avoir été
dépouillé. Cependant Guy de Courfan
Pexerçoit en 1401. & 1407. Jacques
1
β . vol.
de
DECEMBRE 1725. 3017
de Montmorency en a dû recevoir les
Provifions en 1424. & le Seigneur de la
Trimoüille , en 1427. Joignez y le Bâtard
d'Orleans , lequel , après avoir été
Confeiller-Chambellan du Dauphin Regent
, fut maintenu dans cette Charge ,
depuis que ce Prince fut declaré Roi de
France. Bien plus , je trouve des Lettres
de Charles VII. du 4. Octobre 1424.
le 2. de fon Regne , dans lefquelles ce
Prince ordonne , qu'il fera délivré à nos
amez & feaux Confeillers & Chambellans
le Sire d'Orval & le Bâtard d'Or
leans la fomme de 2000. livres tournois ,
c. donc le Sire d'Orval étoit Chambellan
, & Chambellan qui pouvoit prendre
la qualité de Grand , puifqu'il eſt
nommé dans ces Lettres avant le Bâtard
d'Orleans qui prenoit certainement ce titre
dès 1423.
qua-
Car outre les Actes rapportez ci- def
fus , les moyens contre la Charte en queftion
, dans lesquels ce Seigneur eft
lifié Confeiller Chambellan du Dauphin .
& puis du Roi dans les années 1421 .
1422. 1423.1424. Je puis produire une
copie authentique d'une quittance du 28 .
Mai 1423. où il eft qualifié Grand-Chambellan.
De plus , une autre ( a ) quittan-
( a ) L'Original eft chez M. le Chevalier
Gougnon , à Bourges,
2. vol.
3018 MERCURE DE FRANCE
ce en parchemin avec un fceau en Acire
rouge aux Armes d'Orleans , & la Cotice
en barre , datée du 4 Fevrier 1427,
figné le Bâtard d'Orleans , où il ſe qualife
Comte de Mortaing , Seigneur de
Kalbonnois , & Grand- Chambellan de
France, baioyung al pup bar 192 ein &
...En 1434. le 5. Juin il fut fait à Blois
un Traité d'Alliance , & de Confedera
tion entre lui Jean Batard d'Orleans
' LLY
Comte de Pierregort , Seigneur de Romo
& Grand- Chambellan de France
Monfeigneur le Vicomte d'Orleans. 255
En 1434. le 10. Octobre dans une quittance
( a ) il prend les mêmes titres de
Comte de Pierregort, Seigneur de Romonens
Grand- Chambellan de France. Ce
qui fe trouve encore en d'autres quittans
ces du 12. de Mars , du 23. Aouſt, du 9.
sdu
Septembre , du 4 Octobre , & du 288
Octobre 1435..dans une autre de 14379
deux de 1438. deux de 1439 , deux de
1442. & une de 1444 .
rentin
tin ,
Voilà donc fix Grands - Chambellans
en 1437. & peut- être huits car j'ai copie
de Lettres du même Roi , données
a Loches ས་ ས་ le I1s5. Decembre 1427 eng
faveur de notre amé & feal Coufin , Conv
( a ) Cette quittance & les fuivantes ffe >
trouvent en original dans le Cabiner de M. 1
de Claeremb.
vole บร
No fillex
DECEMBRE 1725. 30 9
feiller& Chambellan , Jehan Bâtard d'Orleans,
par le Roi enfon Confeil , auquel les
Sires d'Orval, de Laigle, de la Trimouille,
de Bafoges & autres étoient. Frefnoy.
Nous venons de voir que le Sire d'Or
val étoit nommé Confeiller- Chambellan
avant le Bâtard d'Orleans , qui fe
qualifioit dès 142-3 . Grand- Chambellan ,
& nous avons conclu , que le Sire d'Orval
pouvoit donc auffi -bient que lui prendre
le même titre. De plus , le voici
encore avec le Sire de Laigle , énoncé
devant le Sire de la Trimoüille , que
l'on convient avoir été Grand-Chambellan.
Par la même raifon le Sire de
Laigle peut bien avoir été Grand- Cham--
bellan , & même le Sire de Bafoges . Car
les quatre Seigneurs nommez à la fin de
ces Lettres paroiffent avoir été Chambellans
, & par confequent Gardes du
Scel fecret du Roi , ainfi obligez d'être.
marquez prefens à l'expedition de ces
fortes de Lettres , qui ne font qu'une
ordonnance de 400. écus d'or en faveur
du Bátard d'Orleans.
*
Maís , diront les Critiques , pourquoi
le Roi dans fes Lettres ne qualifie- t- il
point avant 1446. le Bâtard d'Orleans
du titre de Grand - Chambellan de France?
Je répons que c'étoit par ménagement
pour le grand nombre de Seigneurs qui
2. vol.
C
pre
3020 MERCURE DE FRANCE .
prenoient ce même titre , & qu'afin de
n'y donner pas plus de droit aux uns
qu'aux autres , il garda toujours la même
regle pour les autres Chambellans , jufqu'à
ce que, par la mort de plufieurs , &
par la cellion des autres , Jean d'Orleans
fe trouva feul Chambellan & obtint les
Lettres Patentes qui le nommoient ou confirmoient
Grand- Chambellan de France.
fio
3
Une autre difficulté que l'on peut faire
, eft au fujet des quittances , que Jean
d'Orleans a données pendant le temps où
on lui contefte la qualité de Grand - Cham
bellan , & où il a pû la prendre fuivant
ce que nous avons dit. J'avoue qu'il s'en
peut trouver , & même qu'il n'eft qualifié
dans les Comptes de Guillaume
Charrier des années 1422. 1423. &
1424. que de Confeiller- Chambellan du
Roi mais je foutiens que cette feule
qualité emportoit avec elle celle de
Grand Chambellan.
J
La preuve que j'en ai , & qui paroît
décifive , c'eft qu'en 1457. où il étoit inconteftablement
Grand Chambellan , il
ne prend que la qualité de Confeiller &
Chambellan. C'eſt dans une quittance
pour le revenu de fes Terres de Valbonnois
& de Clais du 7. Janvier 1457 .
( a ) Il fait encore plus dans une quit
( ) Cabinet de M. de Claeremb.
2 , vol,
tance
DECEMBRE , 1725. 3024
tance du Juillet 1453. car il ne s'y
qualifie que Comte de Dunois , & non
Grand- Chambellan , mais peut, être ne
l'étoit - il plus . Cela ne le peut foutenir ;
car on a des Lettres de Charles VII . ( a)
du mois de Mars 144 & du 31. Mai
1457- où il eft nommé Grand- Chambellan.
D'ailleurs , il eft certain qu'il agardé
cette Charge jufqu'à fa mort.
De tout ceci , Meffieurs , joint à ce
que l'Auteur de la Lettre inferée dans
vôtre Journal , a avancé fur l'autorité La
de l'Hiftorien de Harcourt du P. Lobineau
, & des autres qu'il cite , il me
femble qu'on doit conclure , qu'au commencement
du Regne de Charles VII . il
n'y avoit proprement point de Grand-
Chambellan de France , & qu'il n'y avoit
que des Confeillers Chambellans qui exerçoient
en quelque façon cette Charge
par indivis , lefquels avoient cependant
le droit de prendre le titre de Grands
Chambellans
* , $ *༽ , * ,
Je ne crois pas même que l'on puiſſe
au jufte en déterminer le nombre ; car
en feuilletant les Regiftres de la Chambre
des Comptes , les Porte-feuilles de
la Bibliotheque du Roi , & ceux de
plufieurs fameux Cabinets de cette Ville ,
j'ai trouvé les noms de deux ou trois au-
(4 )Dans le même Cabinet.
2. vol.
Cij
tres
3022 MERCURE DE + FRANCE .
tres Seigneurs , avec le même titre de
Confeiller Chambellan ; mais comme il
ne s'agiffoit point alors de cette matiere,
je negligeai de les remarquer.
Après tant de preuves , s'il eft conftant
que Jean Bâtard d'Orleans , depuis
Favénement de Charles VII . à la Ĉouronne
, a eu le droit de prendre , & a
pris en effet la qualité de Grand- Cham
bellan de France , quoiqu'il y eut d'autres
Seigneurs qui priffent auffi ce titre en
même temps , on ne peut fur un tel
moyen contefter la verité de la Charte
du Mont S. Michel , & fi cette Charte
eft bonne , comme on n'en peut douter
il est inutile aux adverfaires de cette
Charte d'attaquer celle de Charles VII .
qui n'eft qu'une confirmation de celle- ci:
ainfi je ne dirai rien ici pour fa défenfe
; d'ailleurs , les raifons des défenfeurs
me paroiffent bonnes & folides , & fur
tout celles où ils prétendent que c'eſt une
faute de l'Ecrivain , arrivée par l'omiffion
ou l'addition du Chifre Romain I.
Pour les autres moyens des adverfaires des
deux Chartes , ils me paroiffent fi foibles,
qu'ils ne meritoient pas que les défenfeurs
s'étendiffent fi fort dans leurs réponfes
.
2, vol.
APOLLON
DECEMBRE 1725. 30% 3

0.00
APOLLON ET DAPHNE'
ife . 1 ) 29vu iq sh 100d
. : 02 2 CANTATEAU ,
* TIM 290d ) 96 105m razi
Ans l'aimable Tempé ; Vallon délicieux
, firul b
D
Que fouvent à POlympe sont préferé lés
Dieux
Le Vainqueur de Python , trop fier de fa victoire
, 197. no
Avec l'Enfant aflé difputant pour la gloire ,
Prononça contre lui ces mots audacieux.
En vain par tes armes fragiles
Des coeurs tu crois troubler la paix ;
Amour , tes mains font trop debiles ,
C'eft à moi de lancer des traits.
A Cithere fi l'on t'adreffe
Des voeux aux pieds de tes Autels ,
Tu ne le dois qu'à la foibleffe ,
A l'aveuglement des Mortels.
En vain , & c.
2. vol
Cuc Cilj
3024 MERCURE DE FRANCE:
Cupidon indigné , s'élevant dans la nuë
Pour confondre Apollon s'arme d'un trait
vengeuray . C
Il tire , le trait vole , & lui bleffe le coeur,
ID 21oqiag
Pour la jeune Daphné qui paroît à ſa vûë.
Il fe trouble , il foûpire, il l'aborde , elle
fuit :
Sur les aîles d'Amour Apollon la pourfuit.
25
Arrêtez , Nymphe adorable ,
Arrêtez ; qui fuyez- vous ?
C'eſt un Amant miſerable
Que vous percez de vos coups.
C'est moi qu'à Delphe on revere .
C'est moi qui fuis Dieu du jour :
Mais quand j'aſpire à vous plaire ,
Ce n'eft
que par mon amour.
Arrêtez , & c.
Inutiles difcours ! la fille de Penée
Redouble fa courſe obſtinée ,
Un amoureux Zephir fait flotter fes cheveux ,
Et laiffe , en fe joüant dans fa gaze legere ,
Entrevoir des appas qu'on adore à Cythere.
2. vol .
Apollon
7
DECEMBRE 1725 3025
Apollon que Daphné brûle de nouveaux
feux ,
ا ر
97767 ?
Vole , l'atteint , Parrête. O Penée lê mon
pere !
Aokoy 105
Sauve - moi des tranfports d'un Amant temeraire.
bq iup Safood or 人C
Elle dit. Et le Dieu qu'elle vient de prier , i
Secondant les fouhaits d'une Nymphe fi che-
Dans les bras d'Apollon ne laiffe qu'un lawsidarobe
start:7 , 106 Ya rier.
Par une injufte violence
N'efperez pas gagner les coeurs s
Une tendre perfeverance
Vous en rendra plutoft vainqueurs.
Portez conftamment vôtre chaîne ,
Vous verrez vos defirs contens :
La beauté la plus inhumaine
Cedé to ûjours avec le temps.
Par une , &c.net zuoclé zalm t
COCQUARD
.
2. vol.
C iiij
LET
3016 MERCURE DE FRANCE :
***********akakak
LETTRE du P. Caftel à M. de Joly ,
Avocat au Parlement du 1. Octobre
1725 , à Paris.

" Ous croyez donc , Monfieur , que
pour faire taire certaines gens , je
ne ferois pas mal de donner ma nouvelle
Geometrie au Public ? c'eft- à - dire , que
vous voudriez que je répondiffe en Geometre
à des Critiques de Grammaire? Bon!
& ne voyez - vous pas que je me priverois
du plaifir de rire avec vous des bévues
dans lefquelles le genie de la critique
fait donner ces beaux efprits je les
connois , & j'ai voulu plus d'une fois
me donner le divertiffement de leur faire
prendre le change. J'ai fupprimé calcul
, algebre , fymboles , figures ; en un
mot , tout l'appareil & le jargon de la
Geometrie & j'ai parlé Mathematique
comme on parle Phyfique , Metaphyfique
, Morale , ou Hiftoire : peut- être
m'en eut- il moins coûté d'en parler moins
intelligiblement. Mais c'eft - là que nos
Critiques ont eu beau jeu : ils ont crû
entendre une Geometrie qu'ils fçavoient
lire il y en a tel même qui ne s'eft pas
apperçû que c'étoit- là de la Geometrie ,
2. vol.
fes
DECEMBRE 1725. 3027
Tes yeux ne lui en difoient rien : car ces
gens- là ont des yeux : mais ne vous y
trompez pas , ils ont auffi une langue ,
ils fe font donc ingerez de dire leur avis .
comme d'une affaire de ftile ou de Grammaire.
Par exemple , dans un endroit où je
parlois de la forme de la Logistique ,
qui eft une courbe que vous connoiffez
bien , ils ont prononcé magiftralement
que l'expreffion n'étoit pas françoife , &
qu'il falloit dire correctement , la forme
fyllogiftique. Cela n'eſt-il pas aimable ? &
vous repentéz - vous d'en avoir ri ? Maispeut-
être eft- ce à ceux - ci que je dois une
réponſe profondément geometrique ? j'avois
avancé quelque part comme une
chofe démontrée depuis plus d'un fiecle ,
& connue de tous les vrais Geometres,
la ligne droite n'étoit pas toûjours le
plus court chemin pour arriver à un but;
mais je l'avois avancé en ftile aifé d'épître
familiere. Auffi -tôt voilà mes Cri--
tiques en campagne , frais & moulus ,fortis
de leurs élemens d'Fuclide , ils faififfent:
cette affaire , la portent à tous les tribu-›
naux des Caffez ου des g. d'où émane enfin
cette fentence en dernier reffort , que
la ligne droite eft la plus courte de toutes
Les lignes c'eft de la doctrine cela. Il y
dans le monde une nation de gens qui
que
1. vol.
3028 MERCURE DE FRANCE .
vent tout ! four le penfe qu'avec leur bon
fens
tout
d'un coup combien le Soleil et plus
grand que la Terre, S
ab tupv. Aquovuol 201
91
Croyez moi , faitez - moi jouît du plaifir
piquant de les voir , mordre, a Thalast
fut
meçon & le débatre tout autour , fans
prefque fentir le morceau fatal qu'ils
ont avalé. J'aime naturellement ce pe- tit jeu. C'est dans le mAnd sticks f
out que
j'ai pris plaifir au contraire quelquefois
d'énoncer la fimple Phyfique en ftile
geometrique ou algebrique , fçachant
bien qu'ils n'y mordroient pas , ou qu'ils
n'y mordroient que comme la Vipere
mord à la lime , ou le Chien à la pierre.
My fuis -je mépris ? , non en verité.
Je viens de lire par hazard un endroit
d'au Ouvrage imprimé il y a deux
ans n . c, d, c. en deux volumes ou
l'on me fait l'honneur de me citer comme
trop Geometre & trop Algebrifte
dans la Phyfique , tandis que d'autres me
trouvent trop Phyficien dans la Geometrie
; tant il eft vrai que le ftile fait tout
auprès des perfonnes qui fçavent tout ,
parce qu'ils ont des yeux & une langne.
Avec du ftile , croyez moi , avec un
certain file vous allez être Muficien ,
Peintre , Philofophe , Geometre ; fies de
Rhetore Conful
2. vol.
Yous
เมน
AJOAUN 8106
DECEMBRE 1725. 3029
Vous fouvenez vous de l'Hiftoire du
fieur Rob : cet homme- là , parce qu'il
ir de Ro
de & étoit
Maitre
titré en Ge
Geometrie
, ofoit
bien
s'elegtom -denus
do soles
,
agacer
, comme
on dit, fa verve
Geometri
que. Il fut facile
à celui- ci de le montrer
tel
qu'il
étoit , & de faire
paroître
les adverfaires
tels
qu'ils
étoient
, Rob
& toute
fa cabale
en furent
les
dupes
la
Geometrie
de Defcartes
fut le
*
-AL HO
eft
coup decifif, &
parfait aneanpour
tiffeque précife de leur
Sucarleur,
car leur dernier effort
Iui ravir la gloire de l'invention par l'Ariftarque
, impofteur , qu'ils firent imprimer
, ne fit que les enfoncer plus avant
dans le neant , où on venoit de les faire
CALD HIG
9 41
rentrer.
>
Il s'en faut bien que je n'aye les mêmes
reffources que ce grand Geometre
à qui cependant je m'applaudis fort de
reflembler par ce dernier trait , puifque
le petit Livre de C. a été mandé tout
exprès delà les Monts , pour venir convaincre
de plagiarifme mon fyftême de
l'action des hommes , mais fans effet juf
qu'ici. 2sb 100 el
"
Pour ma Geometrie rien ne me preffe
de la donner la fçaurai- je mieux quand
je l'aurai donnée ? & que m'importe que
tel & tel la fçachent ? elle leur applaniroit
trop certains chemins , où je ne fuis
2. vol. C vj pas
3030 MERCURES DE FRANCE
pas fâché de les voir encore s'évertuer
quelques années . Car vous fçavez bien
que ma methode n'eſt pas recommandable
par fa difficulté comme tant d'autres ;
puifque mon but unique au contraire eft
de mettre la plus haute Geometrie tout
d'un coup à la portée de toute forte de
gens de forte qu'avec la plus fimple
theorie des proportions , & les quatre ou
cinq premieres regles d'Arithmetique ,
ils puiffent fans autres préliminaires penetrer
dans le fanctuaire des lignes courbes
des dégrez les plus élevez , juſqu'à
en déterminer la nature préciſe d'une
maniere tout autrement intelligible que
ne l'eft une équation ou une Analyſe
Algebrique .
Cependant comme je défere beaucoup
à vos avis que je ne puis foupçonner
que de trop d'amitié & de zele , voici
une petite notion préliminaire de cette
Geometrie. Je la fonde , fi ces Meffieurs
l'agréent , fur un Problême qui eft , je
crois , le dernier que la plus haute Geometrie
s'eft flatée de réfoudre par fes
nouvelles methodes du calcul infinitefimal.
I eft vrai que le celebre M. Huguens
eft mort fans vouloir trop couvenir
de cette réfolution ; de forte que ce
Problême femble tenir toute la Geometrie
en échec. Voici ma réfolution :
2. vela
Prenez
DECEMBRE 1725. 3031
Prenez un bâton , ou une lame mince,
également fléxible dans toutes fes parties,
fléchiffez ce bâton , il fe courbera ; c'eft
cette courbure qu'il faut déterminer .
1. Cas. Lorique le fléchiffement eft
fimple , je décris un arc de cercle , dont
la circonference égale le bâton , & dont
la corde égale la corde. Ce cas eft donz
circulaire ; mais il jeft bon d'avertir les
Geometres que je n'y fuppofe point la
quadrature du cercle.
2. Cas. Il eft elliptique lorsqu'au fléchiffement
on ajoûte la traction vers let
même côté paral element au grand axe ,
ou vers le côté oppofé parallelement au
petit axe. Je ne dis rien des deux cas , le
parabolique & l'hiperbolique , ils font
faciles. Tel eft le premier ordre des courbes
& le fecond degré des lignes. Les
lignes du premier degré , c'est - à - dire , la
feule ligne droite eft -ouverte , & les extrêmitez
fe divariquent à l'infini . Le fecond
degré eft , à le bien prendre , tout
fermé , rentrant & révolutif. Car la parabole
eft une ovale allongée à l'infini ,
comme l'ovale eft un cercle fimplement
allongé. Or l'hyperbole eft auffi un cercle
convexe vers fon centre ; mais il
n'eft complet que par les quatre hyperboles
conjuguées .
وج
3. Cas. Deux fléchiffemens à contre-
2. vol. fens
3032 MERCURE DE FRANCE .
3.0 b
du
JC1
fens l'un de l'autre forment l'hyperbole
nouée , la conchorde , la campaniforme , en
un mor tabor 120
lignes
20siden
gré , dont les nouds , pointes , infléxions
branches & autres affections
quelconques font faciles à déterminer.
Ĉes lignes font ouvertes , & en general
celles des degrez impairs le font , au
celles des degrez pairs font rentrantes
, & toutes peuvent être détermi
nées par les fimples conditions du flechiffement
& de la traction , c'eſt- à dire ,
du reffort & de la pefanteur , ou plus
generalement par les loix de l'équilibre.
lieu
que
Les Geometres modernes ont crû leur
Geometrie bien fuperieure à l'ancienne ,
parce qu'ils fe font flatez de fuivre de
plus près la nature dans la generation des
courbes. On ne peut difconvenir que la
Geometrie n'ait reçû de grands accroiffemens
entre leurs mains. Mais il me
fera permis
de remarquer
que
jamais la
nature n'a formé de courbe par le gliffement
d'une ligne fur une autre , ni même
par la rotation d'une ligne autour d'un
centre. C'eft de la méchanique , ou plutôt
de la ftatique , & du contrebalancement
des forces & des loix de l'équilibre
qu'il faut emprunter des methodes veritablement
Phyfico - Mathematiques : fans
parler que les nouvelles methodes , loin
(
2. vol.
• d'être
DECEMBRES 73M 3033
fico- Mathematiques font plud'être
Phyfico-
96
tôt Algebriques que Geometriquessen
appelle aux refolutions modernes des
Problêmes de la chainete , de l'elaſtique,
de la voiliere , du linge plein d'un liqui
de. Sont- ce- la des réfolutions fpecifiques
qui nous fallent connoître en aucune
forte par une idée claire & intelligible
la nature de toutes ces courbes que ce
foient des réfolutions Algebriques , Symboliques
, & par confequent enveloppées
& enigmatiques , je veux le croire. Mais
des réfolutions Phyficomathematiques &
intelligibles qui rendent raifon à priori
de la nature & de toutes les proprietez
d'une courbe , c'eft ce que l'on demande,
c'eft même ce qu'on promet , mais c'eft
ce qu'on ne donne pas , & qu'on ne donnera
jamais par Algebre ni par aucun cal
cul ; c'eft l'idée , c'eft la connoiffance
c'eft le raifonnement , encore une fois ,
qui fait les découvertes en Geometrie
comme par tout ailleurs , & le calcul ne
peut que tâtonner , & tout au plus exprimer
, ou plutôt envelopper ce qu'on fait,
& même ce
qu'on ignore.
L'élaftique fimple eft une courbe fimple
comme un cerveau , la voiliere l'eft
auffi comme un balon , lorfqu'elle eſt enflée
, mais lorfqu'elle s'enfle la courbure
eft un peu plus compofée , la traction fe
2. vol.
jois
3034 MERCURE DE FRANCE .
joignant au fléchiffement , ou l'impulfion
au reffort , la chainette de même eft
un peu plus compofée ; mais tout cela ne
fort pas du fecond degré , quoiqu'en dife
' Algebre qui ne peut pas plus l'emporter
fur la mécanique que la fpeculation
fur la réalité du fait. Au contraire la
courbe de la chûte qu'on s'obtine de fimplifier
jufqu'au fecond degré , atteint du
premier cas au trois ou quatrième , & s'éleve
enfuite aux degrez les plus compofez
des fpirales déterminées qui aboutiffent
au même centre par les deux extrêmitez
.
Comme ma methode eft veritablement
Phyfico Mathematique , elle dépend de
deux Theoremes ou principes dérivez des
deux fciences qu'ils allient. Le premier
tiré de la Phyfique ou de la ftatique eft ,
que toutes les parties d'une courbe réelle
font tellement en équilibre, qu'on ne peut
pas changer la pofition relative d'une
feule fans changer specifiquement la courbe.
Le fecond qui eft le même tranfporté
à la Geometrie , c'est que l'espece d'une
courbe dépend en effer de la pofitton rela
tive de deux tangentes contigues infiniment
voisines , ou même en general de deux
tangentes données. Je finis en vous difant
que la courbe du redreſſement d'un bâton
fléchi , n'est pas la même que celle du dé-
1
2. vol .
veloppe
DECEMBRE 1725 3035
veloppement du même bâton . Je vous laiffe
le plaifir d'en trouver vous - même la démonftration
toute geometrique, auffi bien
que la réfolution de ce Problême qui
vous donnera la courbe redreflante dans
une infinité de cercles ou d'ellipfes qui fe *
touchentinterieurement au même point couper
des portions égales à une tangente commune
qui eft donnée. Si nos Critiques
n'entendent point tout ceci , ils peuvent
le critiquer ; s'ils l'entendent , qu'ils le
faffent voir , non par des clameurs , mais
par la réfolution du dernier Problême ,
que j'attends bien plus de vous que
d'eux. Je fuis , & c..
CASTEL , Jef.
XXXXXXXXXXXXXX *
L
EPIGRAM ME ,
Le Congé forcé.
Ycas depuis long- temps importunoit Lifette
,
Entre Tyrcis & moi décidez en ce jour ,
Lui difoit- il , ma flamme eft plus diſcrete ,
Et pour vous avant lui j'ai fenti de l'amour.
Lifette adroitement differoit la fentence ,
La Coquette vouloit les menager tous deux 2. vol.
Mais
3036 MERCURE DE FRANCË.
Mais à la fin Lycas outré d'impatience ?
Prononcez , lui dit- il , & faites un heureu.x.. un heureux ....
Ou pour jamais je fuis vôtre prefence.s
Berger le cas n'eft point douteux ,elles zinem
Répond- elle , eh ! comment as-tu pa ty méprendreren
uns exisboig úg no ..
M.nb svad
Lorfque un Amant demande un choix , dub

2011
T S'il doit être pour lui , le faifons -nous ] at-r
tendre ! }
vige mot alletup 2
Quand les amours fe font entendre 1:
Un coeur pour prononcer a bien- tôt pris leurs
م ت
VOIX. 30 1911 neb
EXTRAIT d'une Lettre écrite au
Auteurs du Mercure fur la question.
propofée dans celui du mois d'Octobre
dernier , page 2Z30% ST Hoap
P
Our bien décider de la validité d'u
ne Charte , contrat , ou autre titres
il faut d'abord examiner s'il y a eu quelque
perfonne qui en ait pu tirer de l'a
vantage dans des temps plus moderness
que celui de leurs dattes. Si par exem
ple ces Chartes portoient conceffion de
certains droits qui fuffent conteftez , ou
qui l'euffent été il y a cent ans , on pour
2. vol. roit
DECEMBRE 1725. 3037
Foit foupçonner les proprietaires de ces
droits de les avoir fait fabriquer pour fe
maintenir dans leur ufurpation ; ainfi de
telles Chartes pourroient être fufpectes ;
mais celles en queftion ne font pas dans
ce cas- là , car depuis l'année 1446, elles
n'ont pu produire aucun avantage à l'Abbaye
du Mont S. Michel , d'où je con
cluds qu'elles ont été,écrites & fignées
réellement dans le temps de leurs dattes ,
& qu'elles font bonnes & veritables : car
il eft inoui qu'on ait fabriqué ou fait
fabriquer de faux Actes fans efperance
d'en tirer quelque avantage.
7
Voyons maintenant fi les moyens de
faux alleguez par les Critiques de ces
Chartes font admiffibles.
PREMIER MOYEN . Il n'y a pas d'appay
rence que Jean d'Orleans ait été revêtu à
l'âge de 21. ans d'une auffi grande Char
ge qu'est celle de Grand Chambellan. Ce
fait n'eft ni impoffible ni unique ; nous
en avons vu plufieurs exemples depuis
60 ans . $1B MO
C
SECOND MOYEN , Jean d'Orleans n'a
été pourvû de la Charge de Grand Chambellan
qu'enes 446mil n'eft pas neceffaire
d'examiner files Lettres données
par Charles VIII en 1446. n'étoient que
la confirmation d'autres Lettres accor→
dées dès fon avenement à la Couronne ;
2. vol.
ni
3038 MERCURE DE FRANCE

ni s'il étoit commun de voir plufieurs
perfonnes prendre en même temps la
qualité de Grand Chambellan ; encore
moins de rechercher la raifon de cette
confufion apparente , qui peut venir ou
de ce qu'il y avoit alors plufieurs Grands
Chambellans par commiffion , par brevet
, ou par furvivance , ou bien de cé
qu'il y avoit plufieurs Chambellan's ,
Chambriers , ou premiers Gentilshommes
de la Chambre , qui prenoient tous
par honneur la qualité de Grand , à peu
près comme les Prevoſts des Maréchauf
fées prennent tous la qualité de Grand
Prevoft. Tout cela , dis -je , eft inutile ,
il fuffit que la qualité de Grand Chainbellan
ait été donné à Jean d'Orleans
avant cette époque dans d'autres Actes
non fufpects , comme il eft rapporté dans
le Memoire , pour qu'il l'ait pu prendre
auffi dans la Charte en queſtion.
TROISIE ME MOYEN. Qui regarde la
Charte donnée par Charles VII . en
1443. cette Charte en rapporte une autre
du même Prince , qu'elle datte du 24. Jan.
vier 1438. & de fon regne le xvj . furquoi
les Critiques obfervent que comme
en ce temps -là l'année commençoit au jour
de Pâques , Charles VII . étoit alors dans
la xvij . année de fon regne. Il est encore!
inutile d’examiner fi lon comptoit tou
V
2. vol.
jours
DECEMBRES 1725. 3039
jours en commençant au jour de Pâques ,
ou fi l'on comptoit quelquefois en commençant
au premier Janvier à quoi bon
s'embarafler d'une datte qui n'eft pas celle
de la Charte dont il s'agit ? cette erreur
s'il y en a une , ne peut être regardée.
que comme une mépriſe du copifte . Si le
Roi , par exemple , donnoit une Declaration
, dite en interpretation du titre 1x .
de l'Ordonnance au lieu de dire du
titre x1 . cette erreur difpenferoit- elle
d'obéir & fans chercher des exemples
ailleurs , la faute d'impreffion qui fe trouye
dans le Mercure à la page 23 30. où
il eft dit que la Charte de Jean d'Orleans
eft du 28. Mars 1724. pour 1424. n'eft
pas un fujet de cenfurer le Memoire où
elle fe trouve.
3
QUATRIE ME MOYEN. La Charte de
1438. rapportée dans celle de 1443. eſt
dite feeliée d'un fceau en l'absence du
Grand, & qui , au fentiment des Critiques
, rend cette Charte fufpecte. Nonfeulement
il fuffit qu'on trouve encore
une Charte à peu près de ces temps - là
avec cette formule , comme les défenfeurs
excitent , pour autorifer celle en
queftion ; mais je prétends même que
cette circonftance qui paroît extraordinaite
ne fert qu'à confirmer la fincérité de
la Charte. Un fauffaire qui l'auroit vouly
{
2. vol.
fabri
S040 MERCURE DE FRANCE.
fabriquer auroit plutôt dit celle de 1438,
fcellée à l'ordinaire du grand fceau ,
d'aller imaginer de la dire fcellée d'un
autre fceau en l'abfence du Grand.
יז
HG
que
CINQUIE ME MOYEN. Il étoit inutile
d'accorder des Chartes pour lever des contributions
dans un pays dont le Roi étoit
dépouillé. Les Critiques trouvent abſurde
de lever des contributions dans un
pays ennemi ; mais il feroit bien plus
abfurde de les lever dans fon propre pays.
Les loix de la guerre font bien differen
tes de celles du Barreau. Le Parlement
ordonne à fes Huiffiers de faire payer de
l'argent par des débiteurs jufticiables de .
fon reffort , & un General ordonne à fes
foldats d'en faire payer par ceux même
qui ne dépendent pas de lui.
21741
W
A Montreuil -fur-Merle 12. Decembre
725.
1818318
SOUHAITS D'UN AMANT.
Q
Hom 4
EPIGRAMME.
Ue n'ai-je efprit , gentilleffe , beauté ,
Non pour offrir à quelque autre Bergere,
Car avec vous j'ai perdu liberté;
2. Vo!, Non
LOKAUT KO
DECEMBRE
Non pour paroître en Cour , je fuis fincere :
Non pour fçavoir débrouiller une affaire
Car au Palais ne font mes rendez - vous ;
JINR 31019 MAYON
Mais pour pouvoir apprendre l'art de plaire
Autante qu'il faut pour être aimé de vous?
Byulda misvuon adipisi
EXTRAIT de la Differtation de M.
Seconße , intitulée Hiftoire de Sabinus,
Si d'Epponina , lue dans l' Affemblée
Jilted
publique de l'Académie Royale des
Belles - Lettres.
Mla
Effieurs , après avoir averti que
la fingularité des évenemens qu'il
álloit rapporter.ne devoit pas empêcher
de les coire , puifqu'ils étoient atteftez
par Tacite , & par Plutarque , Hiftoriens
fideles , & d'ailleurs contemporains , fit
connoître à p n ces termes le capeu
près en
près
ractere de Sabinus & d'Epponina.
--Julius Sabinus étoit du pays de Langres
; il étoit iffu d'une illuftre famille .
& fa Nobleffe auroit pû lui faire honneur
fi elle ne lui eût pas donné d'orgueil . Il
prétendoit en relever encore l'éclat , en
publiant que Jules Cefar dans le temps.
qu'il faifoit la guerre dans les Gaules,>
1 avoit
2. vol.
3942 MERCURE DE FRANCE .
avoit été fenfible aux charmes de fa bis
fayeule qui s'étoit trouvée flatée de la
paffion de ce grand homme. Sabinus dès
Ta jeunelle fe trouva à la tête des affaires
de la patrie. Ses grands biens le mettoient
en état de foutenir dignement fon
rang & fa naillance ; mais il étoit beaucoup
moins touché de tous ces avantages
que du bonheur de pofleder l'illuftre Epponina
qu'il avoit épousée. Plutarque dit
que c'étoit une femme accomplie . Il paroît
en effet qu'elle avait joint aux perfections
, qui font l'appanage ordinaire
des Dames , celles que l'injuftice ou la
jaloufie des hommes voudroit pouvoir
leur refufer pour fe les attribuer à eux
feuls , une conftance inébranlable , de la
fuperiorité dans la maniere de penſer ,
un genie élevé , une ame forte & courageufe.
Epponina étoit née pou la gloire
de fon fexe , & pour apprendre aux
hommes que les femmes peuvent s'élever
jufques à l'heroïme , & que fi la plupart
meritent leurs hommages , il en eft qui
font dignes de leur admiration . Elle couronnoit
toutes fes vertus par le tendre
attachement qu'elle avoit pour fon mari ,
qui de fon côté l'adoroit. Jamais union ne
fut plus parfaite, & dans le fein de l'abondance
ils jouiffoient de toutes les délices
d'une focieté , qui fait la fuprême felicité
2. vol,
des
NOVEMBRE
1725. 3043
+
des homines , lorsqu'ils peuvent y conferver
de la tendreffe . Trop heureux l'un
& l'autre , fi Sabinus n'avoit point eu
d'ambition . Mr. S. entra de- là dans le recit
d'une revolte qui s'excita dans les
Gaules pendant les guerres civiles qui
fuivirent la mort de Neron . Sabinus fe
mit à la tête des revoltez , il fongeoit à
fe faire Souverain dans les Gaules , & il
prit même le titre de Cæfar , mais il fut
vaincu . Nous ne fuivrons pas M. S. dans
le détail de cet évenement , nous nous
contenterons de rapporter le trait par lequel
Mr. S. termina ce recit. Après avoir
raconté la défaite des Gaulois , il ajoûta :
ils n'étoient pas deftinez à détruire dans
leur pays la domination des Romains.
Cette gloire étoit réſervée à une nation
plus belliqueufe , qui fur les ruines de ce
puillant Empire en a fondé un nouveau
qui l'égale par fa fplendeur , & déja le
furpaffe par la durée.
Sabinus vaincu ne pût le réfoudre , ni
à fe donner la mort , ni même à s'éloigner
; il ne pouvoit quitter fa chere
Epponina. Il prit le parti de fe cacher
dans des voutes fouterraines , & fit publier
qu'il s'étoit empoisonné. Il le fit
même dire à fa femme ; parce qu'il prévoyoit
que l'excès de fa douleur ne laif
feroit aucun doute fur le bruit de fa mort.
2. vol.
D Eppo
3044 MERCURE DE FRANCE.
Epponina ne voulut pasfurvivre à un mari
qu'elle avoit fi tendrement cheri , & elle
fut trois jours fans manger ; fon defefpoir
détermina fon mari à lui faire dire qu'il
étoit vivant ; mais il la fit prier de continuer
toûjours les mêmes démonſtrations
de douleur pendant le jour. Epponina
jouoit en public le rôle d'une veuve defefperée
, & le foir elle fe déroboit pour
aller tenir compagnie à fon mari . Leurs
amis les manderent à Rome , ils y allerent
déguifez , mais ce fut inutilement.
Epponina y fit plufieurs voyages feule ,
mais ce fut avec auffi peu de fuccès . Elle
prit alors le parti de fe renfermer dans
la caverne avec fon mari. Mr S. fit dans
cet endroit la peinture de la vie qu'ils
menoient dans ce féjour affreux . Îls ſe
faifoient l'un à l'autre , ajoûta- t'il , leur
plus grande peine ; le mari ne reffentoit
que celle de fa femme , & la femme que
celle du mari , & leur difgrace commune
avoit ajoûté un nouveau degré de fenfibilité
à leur tendreffe. Dans le temps
même qu'il fembloit qu'ils dûffent maudir
l'inftant de leurs naiffances , & regarder
comme un prefent funefte la vie
qu'ils avoient reçûë , ils la tranfmirent
à d'autres , & Epponina devint enceinte.
Fendant fa grofleffe elle fut encore obligée
d'aller à Rome. Elle ne fçavoit
2. vol,
ment
DECEMBRE 1725. 3045
ment faire pour cacher fon état qui prouvoit
que fon mari étoit vivant , ou qui
la deshonoroit . Elle fe tira heureufement
de cet embarras par le moyen d'une
liqueur dont elle fe frotta prefque tout
le corps , & qui lui procura une bouffiffeure
qui cachoit fa groffeffe , en fe confondant
avec elle . Son voyage fut inutile ;
& de retour dans fa caverne , n'ofant fe
confier à perfonne , elle fe délivra ellemême
, & elle accoucha de deux enfans .
Sabinus & fa femme après un féjour
de neuf ans furent enfin découverts . Vefpafien
les fit venir à Rome , & voulut
les voir , & voici à peu près comment
Mr S. décrivit cette audience . Ils
parurent
enfin , tous les regards fe confondirent
fur eux ; mais ils firent fur les affif
tans des impreffions bien differentes . Sabinus
abbattu & confterné excita cette
pitié que l'on ne peut refuſer aux malheureux
, même lorfqu'ils font crimi
nels. La démarche & la contenance affurée
d'Epponina infpirerent du refpect &
de la veneration. Elle conduifoit fes deux
petits enfans. Ils ne fentoient pas leurs
malheurs , & on voyoit peint fur leur
vifage le plaifir qu'ils avoient de n'être
plus dans les tenebres , & de jouir de la
lumiere du jour. Leur enfance , leur grace
, leur innocence , & leur joye , fi peu
2. vol.
Dij
con3046
MERCURE DE FRANCE
convenable à leur fortune , firent naître
dans tous les fpectateurs une compaffion
mêlée de tendrelle qui leur arracha des
larmes. Vefpafien même parut ému .
Epponina faifit cet inftant , elle fe jetta
avec fes enfans aux pieds de l'Empereur,
en lui difant : Seigneur , je ne fuis devenuë
mere qu'afin que ces innocentes
creatures intercedaffent pour mon mari ,
& pour moi. Un trait fi touchant porta
jufqu'au coeur de tous ceux qui l'entendirent.
Tout le monde fondit en larmes .
Vefpafien même ne pût retenir les fiennes
; & cependant il envoya le pere &
la mere au fupplice . Cet Arreft ébranla
la conftance d'Epponina , & elle répandit
contre l'Empereur tout ce que le
defefpoir peut infpirer à une femme qui
n'a plus rien à menager . Il parut alors
pour la premiere fois une tache dans cette
belle vie à l'inftant qu'elle alloit finir ,
& le mépris de fa mort eft le feul trait
qui ait manqué à l'Heroïsme d'Epponina.
La feverité de l'Empereur revolta tous
les efprits , & Plutarque dit qu'il ne fe
paffa rien de plus odieux fous fon regne .
M' . S, malgré ce jugement de Plutarque ,
& quoiqu'il n'ignorât pas qu'il eft fouvent
inutile , & quelquefois dangereux
de vouloir effacer par le raifonnement
çes impreffions fondées fur les loix de la
2 , vol.
nature
2
DECEMBRE 1725. 3047
hature , que les chofes touchantes font
fur le coeur des hommes , entreprit de
juftifier Vefpafien , & voici le précis de
fon raifonnement . Tous les Hiftoriens
conviennent que la bonté & la clemence
étoient les vertus qui le caracterifoient
naturellement , même il étoit tendre &
compatillant , jufqu'à répandre des larmes
lorfqu'il condamnoit un criminel au
fupplice. Si donc une fois en fa vieț il a
fait une action qui a l'apparence d'une
trop grande ſeverité , on lui doit là juſtice
de croire qu'il ne l'a pas fait fans y
avoir été comme forcé par de puiffantes
raifons. Les Hiftoriens ne les ont pas
marquées , mais il n'eft pas difficile de
les deviner ; & fans vouloir l'abandon
ner à des conjectures qui , quoique trèsvtai-
femblables , n'auroient cependant aucun
fondement dans l'Hiftoire ; il fuffit
de dire en general , que pour peu que
faffe attention au caractere d'Epponina ,
on fent bien que ce pouvoit être une ennemie
très- dangereuse , & que l'on peut
préfumer , fans craindre de fe tromper ,
que fa mort étoit neceffaire pour le repos
& la tranquillité de l'Empire.
l'on
2. vol.
D iij VERS
3048 MERCURE DE FRANCE .
** ************
VERS fur le mariage d'un François &
d'une Allemande qui ne fçavoit
pas un mot de François .
DEs le moment qu'un coeur foupire,
On connoît en tous lieux ce que cela veut
dire ;
Et malgré Babel & fa Tour ,
Dans le climat le plus fauvage
Ne demandez que de l'amour ,
On entendra vôtre langage.
>
La terre en mille états a beau fe partager ,
En Afie, en Afrique, en Europe , il n'importe
L'amour n'eft jamais étranger
En quelque pays qu'on le porte ,
On fçait d'abord ce qu'il prétend ,
En quelque langue qu'il s'exprime ,
Et dès qu'il peut parler fans crime ,
Une honnête fille l'entend.
Si-tôt que l'on en vient aux privautez ſecretes>
Parmi toutes les nations,
L'Hymen a des expreffions
2.vol. Qui
DECEMBRE
3049 1725.
Qui n'ont point befoin d'interpretes ;
Les plus beaux diſcours qu'on entend ,
Pour des coeurs enflammez font des contes
frivoles ,
Et l'amour pour être content ,
Ne s'amufe pas aux paroles. 鴦
Qu'un mariage eft plein d'appas ,
Quand la nuit un époux peut contenter fa
flamme ,
Et que le jour il n'entend pas ,
Les fottifes que dit fa femme.
M.
Vergier.
XX :XXXXXXXXXXX : XX
LETTRE de M. l'Abbé le Beuf;
Chanoine & fous - Chantre de l'Eglife
d'Auxerre , à M. de la R. fur les Medailles
trouvées au mois de Janvier dernier
à Luci fur- Cure , proche Auxerre,
dont il a été parlé dans le Mercure du
même mois.
'Eft , Monfieur , un agréable enga-
Cgement pour moi , que celui de
vous rendre compte des Medailles qui
ont été trouvées depuis peu dans nôtre
2. vol.
D iiij
voi3050
MERCURE DE FRANCE
voifinage à Luci fur - Cure . Mais je crains
que vôtre curiofité ne foit pas fatisfaite
au point que je le fouhaiterois. On a eu
raifon de vous marquer que cette décou
verte n'eft pas fi confiderable que je l'avois
cru d'abord. Peut- être que les Medailles
les plus belles ou les plus fingulieres
étoient déja diffipées , lorfque je
me fuis tranfporté fur le lieu. Ce n'eft
que depuis quelques jours que j'ai recouvré
un Marius que la fingularité de
fon revers avoit fait mettre à part. Les
gens du pays croyoient bonnement que
les deux mains qu'on y voit , l'une dans
l'autre, font pour marquer le mariage de
nôtre Comteffe Mathilde de Courtenai
(a ) avec Hervé de Donzi , au treizième
(a ) Il paroît neceffaire de donner à cette
Mathilde le nom de Courtenai , à l'exemple
du Pere Anfelme , puifqu'elle étoit fille du
fameux Pierre de Courténai , Comte d'Auxerre
, mort Empereur de Conftantinople , &
cela pour la diftinguer des deux autres Mathildes
, Comteffes d'Auxerre. Comme le vulgaire
ne connoît celle-ci que fous le fimple
nom de Mahaud , que quelques Modernes ont
bien voulu écrire Maho ; il eft bon de l'inftruire
qu'Auxerre avoit eu plus anciennement pour
Comteffe,Mathildefde Bourgogne , petite- fille
de Hugues II . Duc de Bourgogne. Elle époufa
nôtre Comte Guy qui effaya envain de
mettre des impôts fur le vin & fur la vendange
, & elle mourut en 1176. Et depuis la
2. vol.
fiecle ,
DECEMBRE 1725. 3051
à
fecle , à caufe qu'elle venoit quelquefois
dans le beau Château qu'elle avoit
à Berri , qui n'en eft éloigné que d'une
demie lieue. Cette Medaille eft en petit
bronze , mais elle eft bien marquée ; c'eſt
un Concordia militum qui ne fert gueres
prouver que ce Marius , tyran , n'ait regné
dans les Gaules que deux ou trois
jours, comme on le croit communément.
11 eft pardonnable à des Payfans de ne
pas fçavoir que ce prétendu Empereur
n'étoit qu'un fimple Serrurier , ou Armurier
, qu'un foldat qui avoit été fon
apprentif tua d'un coup d'épée , en lui
celebre Mahauld il y a eu Mathilde de Bour».
bon , petite- fille d'Archambaud - le Grand ,
Sire de Bourbon . Cette derniere Mathilde fucceda
immediatement dans la Comté d'Auxer
xerre , à la grande Mahauld , ſa Biſayeule , &
mourut cinq ans après. Celle qui avoit fi bien
cimenté toutes les franchiſes des Auxerrois
& qui eft la bienséance de prefque toutes les
Communautez des Comtez d'Auxerre & de
Nevers , eft Mathilde de Courtenai . Ce ne fut
point elle qui fe rendit Religieufe fur la fin de
fes jours dans l'Abbaye de Fonteverault, comne
l'a écrit le P. Anfelme , page 227. mais
Mathilde de Bourgogne. La celebre Mahauld
mourut en 1257. à Colanges-fur- Yonne , comme
j'ai marqué dans la Preface de mon Livre ,
& elle fut inhumée à l'Abbaye de Recomfort
qu'elle avoit fondée à fix ou fept lieues de là
dans le Diocèſe d'Autun.
2. vol. Dr. difant
:
3052 MERCURE DE FRANCE.
!
difant : Tien , voilà une épée que tu as fai
briquée toi-même.
Vous aviez efperé que je vous aurois
communiqué la découverte de quelque
nouvelle tête . Mais je puis vous certifier
qu'il ne s'y en eft trouvé aucune dans
tout ce que j'ai vu jufqu'ici. Les Medailles
de Gallien , de Poſtume , de Victorin
le pere , Claude le Gothique & des Tetricus
font celles qui ont paru en plus
grand nombre ; elles ne font pas fi bien
conditionnées que ce qu'il y a d'Aurelien,
Tacite & Probus ; ce qu'il y a de ces
trois derniers Empereurs eft mieux confervé
, & ne doit être nullement fufpect
par fa beauté. Quoique leurs Medailles
ne foient que de bronze faulfé , elles ne
laiffent pas que d'avoir leur meritę à
caufe de leur confervation. Il eft vrai
qu'il y en a eu quelques - unes qui ont
quitté, comme d'elles-mêmes, cette faulfe
argentée , ayant eu le malheur d'être
dans une veine de terre moins favorable ;
mais il y en a auffi plufieurs qui ayant
été fous quelque pierre à l'abri de l'injure
du temps, ont mieux confervé le fond du
métal fain & fauf, enforte que l'argent
y paroît très -intimement uni,, & même
parfemé de quelques grains de cette noble
rouille , qu'il eft impoffible d'ôter
quand on le voudroit entreprendre.
12. vola
D'auDECEMBRE
1725. 3053
D'autres , mais en petit nombre , y ont
contracté un brun très-poli , & très- liffé ,
& dont la délicateffe furpalle ce que nos
plus habiles ouvriers peuvent faire en
ce genre .
par
L'utilité qu'il m'a paru qu'on pouvoit
retirer de ces Medailles d'Aurelien &
des Empereurs fuivans , c'eſt qu'on y
trouve dequoi appuyer de nouveau l'un
des fyftêmes que les connoiffeurs le font
formé fur les Exergues par rapport à la
maniere dont elles ont commencé à être
conçûës fous cet Empereur. Quoique je
n'aye pas l'honneur d'être connu du R. P.
Joubert , je puis dire que l'explication
que ce fçavant Jefuite donne de ces Exergues
fe trouve autorifée de plus en plus
la nouvelle découverte , outre que
cette explication eft la plus naturelle &
la plus aifée . Il y avoit dans les Medailles
de Luci des Oriens Aug. en l'honneur
d'Aurelien un affez bon nombre.
C'eft une Statue nue avec la tête rayonnée
qui remplit le revers felon la coutume
de tous les Oriens ; mais les uns de
ces revers ne reprefentent qu'un Captif
aux pieds de la Statue , les autres y en
repreſentent deux , & la Statuë eft dans
ceux- ci un peu plus dilatée & écartée .
On remarque tout auffi- tôt que l'Exergue
des Medailles où la Statue du Soleil
2. vol.
D vj
3054 MERCURE DE FRANCE.

a deux captifs à fes pieds , fe trouve
toûjours plus chargée que celle où il
n'y en a qu'un . Je n'ai point le Livre
de Mezzabarba , pour pouvoir vous dire
file revers d'un feul captif y eft ,
ou non. Je ne le trouve pas dans Occo,
ni dans l'Index qui eft à la fin du vo
lume de M. Patin : ce qui me fait conclure
qu'il eft plus rare de cette derniere
maniere. L'Oriens Aug. de l'une ou de l'autre
façon n'enrichit pas davantage la
fcience des Medailles mais comme je
me borne à parler des Exergues , voici
ce que je remarque d'abord :
Comme les Medailles , dont le revers
Oriens Aug. contient deux captifs , font
d'un coin un peu plus ample que cel·les
où il n'y en a qu'un , auffi l'Exergue eft
moins chargée à ces derniers revers
qu'aux autres. On y voit dans l'Exergue
du grand Oriens deux lettres fi éloignées
l'une de l'autre , qu'il y en pourroit
tenir deux ou trois dans l'efpace
vuide. Ces lettres font P M. ou bien
S.M. ou enfin T M. Je crois pouvoir
inferer de là que ces lettres n'ont aucun
rapport entre elles , & que leur fignification
doit être difparate. Mais comme
en fait de Medailles il ne faut jamais
pofer de principe trop general , n'étant
autorifé que par ces trois exemples , je
2. vol.
n'ofe
DECEMBRE 1725. 3055
que
n'ofe pas conclure toutes les autres
Medailles de la grandeur d'Oriens à deux
captifs , doivent avoir toûjours deux lettres
ainfi feparées & éloignées : car la
foffe de Luci s'eft trouvée en renfermer
de toutes pareilles , c'eft - à - dire , de même
grandeur, Legende & revers , à l'Exergue
defquelles on voit fimplement V.
& rien davantage , & à d'autres feulement
VIII. Il y avoit un plus grand
nombre d'Oriens d'un bronze plus petit,
c'eſt - à- dire , à un feul captif : l'Exergue
de tous ceux - là ne contient qu'une feule
lettre . Aux uns il y a P , à d'autres
aux autres R , ou S ou T ,
ou enfin V , mais toûjours une feule
lettre & rien de plus . J'ai remarqué
auffi qu'aucune n'a rien dans le champ :
cependant un femblable Oriens Aug. que
j'avois plus anciennement , contient un
B dans le champ , & a pour Exergue
XXI . tout de fuite fans intervalle.
Dans les Concordia militum , où font
reprefentées deux figures qui fe donnent
les mains. Il y a pour Exergue S, ou bien
* S, ou enfin P X X I. Dans un revers
de la même Legende , qui reprefente
les deux figures au milieu de trois étendarts
pliez , il n'y a que T pour Exergue .
Les Virtus militum , que je ne trouve ni
dans la feconde édition d'Occo , ni à la
J
2. vol. Table
3056 MERCURE DE FRANCE
*
Table de M. Patin , & qui reprefentent
deux figures debout , ont auffi pour feule
Exergue la lettre T. Fortuna redux a
pour Exergue ou S ou T. Reftitutor or
bis a R dans l'Exergue. Pax Augufti B.
Pacator orbis S I. Jovi confecr. I
& enfin Providen. Deor. qui n'eft nullement
dans Occo , eft dans le nombre
de nos medailles avec une Exergue differente
de celle de M : Patin , à fçavoir
QXXT. J'ajoûterai encore ici que e
crois avoir trouvé dans ce nombre une de
ces fauffes pieces , qui furent fabriquées
par ceux qui exciterent dans Rome la
guerre appellée des Monnoyeurs , dont
il eft parlé dans Aurelius Victor & dans
Eutrope , & qui coûta la vie à fept mille
Soldats fur le mont Coelius. Cette piece
eft frappée d'un coin fort irregulier .
On y lit Aurilianus , & au revers Pax...
Dans le champ eft un C. Toutes les autres
Medailles d'Aurelien étoient faulfées
à la referve de celle- la . Zozime
dit qu'Aurelien ayant fait punir les faux-
Monnoyeurs , fit diftribuer de la nouvelle
monnoye en place de la faufle qui
fut rendue par le peuple.
Jufqu'à Tacite qui lui fucceda , il avoit
été affez commun chez les Monnoyeurs,
de mêler les métaux enfemble , l'or , l'argent
& les autres . Cet Empereur fit dé-
2. vol.
fenfe
DECEMBRE 1725 : 3057
fenfe fur peine de mort & de confifcation
, de faire ces mêlanges qui étoient
devenus fifrequens fous les derniers Empereurs.
Je n'ai cependant trouvé dans
les Medailles de Luci d'autres pieces
d'Aurelien , que de celles qui font femblables
à celles de Tacite , c'eft à -dire ,
du cuivre rouge ou bronze faulfé . Celles
qui m'ont paru moins communes parmi
celles de Tacite , font Mars victor
qui n'a point d'Exergue , & dont une feulement
a un B dans le champ. Provid.
Deor. dont l'Exergue n'eft pas lifible.
Reftitutor orbis dont l'Exergue eft B A ,
ou bien R A. Securit. perp. qui n'a que
la lettre M. dans l'Exergue.
3
Probus eft l'Empereur le mieux partagé
parmi ceux de la trouvaille de Luci.
Ses Medailles paroiffent un peu plus
larges , & il y en a quelques -unes qui
ne font pas fi communes par exemple
, Mars victor. Pietas Aug. Oriens
Aug. avec deux captifs ; & parmi les
revers de Virtus Probi Aug. en eft un
que porte Jovi confervat. que M. Patin
n'a pas marqué , ni Occo avant luis
L'Exergue de cette derniere eft PXXT.
L'Exergue de Mars victor eft II ou III.
Pietas n'en a point . Oriens n'a pour
Exergue que la lettre ou chifre 1. Mais
l'Exergue la plus remarquable dans le
2. vol.
plus
3058 MERCURE DE FRANCE.
plus grand nombre des Medailles de Probus
, eft , felon moi , celle qui contient
deux XX entre un autre chifre & une
lettre , ou bien entre deux lettres . On
voit , par exemple , pour Exergue à Secarit.
perp. IIIXXI : à Pax Augufti
l'Exergue eft VXXI ; à Fides milit. il
y a VIXXT. Certainement le premier
chifre doit fignifier quelque chofe de
different de ce que le fecond fignifie ;
& de même qu'on ne peut pas dire que
toute l'Exergue, faffe un chifre total ; on
ne peut pas non plus dire que le dernier
figne foit une dépendance du chifre
qui eft au milieu .
Ce fentiment fe trouve fortement appuyé
par les Exergues des Medailles
fuivantes , dans lesquelles c'eft toûjours
le chifre XX qui fe trouve environné
de deux lettres. Outre Jovi confervatori
, dont j'ai parlé ci - deſſus , il y a à
Concordia militum PXXT. Au revers
de Virtus Aug. il y a QXXT , à ceux
de Felicitas fac. & de Securit. perp.il
y a SXXT , & pour Exergue de Confervat.
Aug. on lit T XX T. ou bien
le numero XX de la valeur de la piece
eft le premier dans l'Exergue , & les
deux autres font enfuite exprimez quelquefois
par une lettre grecque : c'eft ainfi
que fous Adventus Aug. il y a XXIS ,
2. vol. fous
DECEMBRE 1725. .3059
fous Salus Aug. XXI A, & fous Soli
invicto XXIII.
Il ne faut point fe fatiguer à chercher
dans ces trois fortes de fignes que
trois chofes difparates , qui ont cependant
quelque rapport l'une à l'autre. Le
XX marque la valeur de la piece : l'un
des deux autres fignes , foit le premier
ou le dernier , eft pour marquer la Ville
où la piece a été battue , & l'autre le
numero de la Chambre des Monnoyes de
cette Ville. Tel eft le fentiment des plus
habiles dont je ne crois pas devoir me
départir. Et une preuve que le premier
& le dernier figne n'ont point un rapport
de liaifon avec celui du milieu ,
c'eft que quelquefois ce chifre du milieu
ne fe trouve pas dans l'Exergue , &
qu'au lieu de cela il y a une étoile , ou
telle autre figure qu'il a plû au Monetaire
de mettre par exemple , à Rome
ater. il ya R N
ou bien deux T
feparez par le moyen d'une ligne T-T;
*
comme dans un des revers d'Adventus .
Aug. il y a RA; & dans un de Fides
militum on apperçoit comme la figure
d'un infecte fort long entre la lettre
R & la lettre E. Que ne juge - t- on
par l'ufage des Monetaires de nos jours,
de ce que les anciens ont pu faire ?
Pourquoi le caffer la tête à aller cher-
4

2. vol.
cher
3060 MERCURE DE FRANCE.
1
cher du myftere où tout eft naturel ?
Un Ouvrier eft bien aiſe qu'on diftingue
fon ouvrage d'avec celui des autres : il
ý met fon nom ou fa marque d'une maniere
intelligible à fes contemporains. II
croit qu'on fera toûjours en état d'expliquer
fes abbreviations , parce qu'il ne
peut prévoir dans les temps à venir
Que diroient nos faveux Graveurs ou
Sculpteurs , fi dans trois ou quatre cens
ans on alloit s'imaginer, que chaque lettre
de ce qu'ils mettent au coin d'une eftampe
, ou au pied d'une ftatue , fignifie un
-mot myfterieux , tandis que ce n'eft que
leur nom qu'ils ont voulu mettre , ow.
l'abregé du verbe actif qui exprime leur
Art .
Les Medailles de Probus dont je
viens de vous faire une espece de def
cription , m'ont paru les mieux confervées
& les mieux faulfées d'entre celles
de la trouvaille . Je puis dire auffi qu'elles
font les plus belles . Il n'y avoit peutêtre
pas quatre ans qu'elles avoient cours,
lorfqu'elles ont été cachées dans le lieu
où on les a trouvées. La memoire de cet
Empereur a dû être précieufe dans un
vignoble auffi confiderable que l'eft le
Comté d'Auxerre. La vigne où elles ont
été trouvées devoit être marquée meliore
lapillo , au moins par ceux qui ai-
2. vol, ment
DECEMBRE 1725. 3061
ment le vin. Les Hiftoriens nous apprennent
que ce fut lui qui permit aux
Gaulois , & à quelques autres Feuples ,
d'avoir des vignes autant qu'il leur plairoit
; permiffion , qui depuis l'Empereur
Domitien n'avoit pas été donnée à
tout le monde , & qu'il feroit encore
bon que tout le monde n'eut pas , mais
feulement les habitans des pays propres
au bon vin . On peut en paflant faire cette
reflexion à l'occafion de certains Vignerons
, qui plantent depuis quelques
années de la vigne jufques dans les prez :
car fi les Peuples de la Grande Bretagne ,
qui , felon Vopifque , avoient auffi la
permiffion de planter de la vigne , ont
appris par l'experience à ne s'en plus
fervir , la foibleffe , ou , pour ainfi dise
, la platitude de certains vins , devroit
bien faire ouvrir les yeux à une infinité
de difciples de Bacchus , & les détourner
de planter la vigne dans les
lieux qui n'y font aucunement propres .
Qu'il me foit auffi permis de faire remarquer
, que l'Empereur Aurelien a dû
être en grande veneration chez ceux qui
aimoient le jus de Septembre. Ce fut lui
qui fe propofa de fournir gratuitement
au Peuple Romain la provifion de vin ,
de même que ce Peuple avoit déja gratis
le pain , l'huile , & la chair de porc.
2. vol.
Pour
3662 MERCURE DE FRANCE.
,
Pour cela il avoit conçû le deffein de
faire planter des vignes le long des côtes
du chemin d'Aurele , dans la Tofcane , &
jufqu'aux Alpes maritimes , c'eſt - à dire ,
jufqu'aux côtes de Genes. La dépen fe de
la façon des vignes , des tonneaux , &
de la voiture par mer avoit déja été fupputée.
Mais Vopifque affure que le bruit
commun étoit , que le Prefet du Pretoire
avoit empêché cet Empereur de mettre
cette entrepriſe à execution , lui remontrant
, que fi on fourniffoit le vin au
Peuple Romain , outre ce qu'on lui don .
noit déja , il ne refteroit plus qu'à lui
diftribuer auffi des poulets & des canards
pour lui faire faire bonne chere. (a)
Ce projet , quoique fans effet , ne laiffa
pas de marquer un bon coeur dans Aurelien
. Probus ne l'avoit pas moins bien
placé , quoique la permiffion qu'il donna
ait été reconnue depuis fujette à bien
des inconveniens . Mais il faut efperer
qu'avec le temps on verra revivre en
France une police que cet Empereur
n'interrompit que pour achever de fe
concilier les efprits qu'il craignoit déja
par toutes fortes de manieres.
(a ) Alii dicunt à prafecto Pratorii fuipro
hibitum , qui dixiffe fertur : Si & vinum Populo
Romano damus ; fupereft ut & pullos &
anferes demus. Vopifc.in Aurel . circa finemr.
2 val.
Dans
THE NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
THA
NEWNE
saman
, TSMOK
MAR FILOTM
BAUENDATIONE
DECEMBRE
1725. 3063
Probus dans plufieurs de fes Medailles
eft repreſenté contre l'ordinaire , du côté
gauche , & fa figure eft comme un buſte
où l'on voit paroître la moitié des bras .
Dans les unes il tient un javelot qu'il
femble lancer , ou qu'il appuye fur fon
épaule ; dans d'autres , où il eft revêtu
de fes habits Confulaires , il tient un
Sceptre. Comme ce Sceptre a quelque
chofe de remarquable , par rapport au
pays d'où j'ai l'honneur de vous écrire,
vous ne trouverez pas mauvais que je
falle à fon fujet une petite digreffion ,
& que je vous parle de quelques ufages
de l'Eglife d'Auxerre ; c'eft ce que je referve
pour le fujet d'une feconde lettre ;
en attendant foyez perfuadé que je fuis
très-parfaitement , Monfieur , vôtre , & c,
A Auxerre le 12. Avril 1725.
MMMMMMMMMMMMMMM
Le Carillon de M. Dufrefni.
BI , bam , bom.
Entendez-vous les groffes cloches
Bim , bam , bom .
Quand j'entens fonner fur ce ton
2. vol.
3064 MERCURE DE FRANCE .
Je me fouviens toûjours qu'hier ma femme
eft morte.
Le temps n'affoiblit point une douleur fi forte
;
Elle redouble à ce lugubre fon.
Bim , bam , bom.
Pour égayer ce bim , bam , bom ,
Faifons un autre carillon ,
Carillon du verre
De la pinte & du flacon.
La pauvre femme elle est en terre .
Je l'aimois tant , buvons pour elle en çaril,
lon.
En double carillon.
Tirez du bon , bon , bon ,
Bin bon , bin bon.
Exerçons- nous fur ce jambon ,
Ce fauciffon ,
N'est- il bin bon , bin bon
pas
Et tâtons donc de ce dindon ,
Dindon , dindan don ,
Ma femme eft en terre.
Oh ! qu'il eft bon ce carillon ,
2, vol.
RE
DECEMBRE 1725. 3065
REJOUISSANCES faites au College de .
Louis le Grand , au fujet du
Mariage du Roy.
E 30. Novembre les Jefuites du
LCollege de Louis le Grand , témoignerent
par une Fête publique , la joye
qu'ils reflentent de l'augufte Mariage de
Louis XV. avec la Princeffe Marie. Le
P. de la Sante , un des Profeffeurs de
Rhetorique , prononça un beau Difcours
Latin devant une Affemblée des plus illuftres
: M. le Nonce , grand nombre de
Prelats , & autres perfonnes de confideration
, honorerent l'Orateur de leur
prefence
& de leurs éloges , il les meritoit
, & foutint la reputation qu'il s'eft
acquife de parler avec beaucoup d'ef
prit , de feu & d'éloquence. Pendant que
Affemblée te formoit , on y diftri
bua quantité de Poëfies Latines & Françoifes
qui furent bien reçûës . On avoit
placé fous un fuperbe dais les Portraits du
Roi & de la Reine . Il y cut à la fin de
la Harangue une illumination magnifique
des quatre corps de logis qui environnent
la grande cour des Claffes , elle
s'élevoit jufqu'au fixième étage , dans les
2. vol.
trois
3068 MERCURE DE FRANCE.
trois Pavillons , & elle dura jufqu'à 2 .
heures après minuit. Pour rendre le fpectacle
auffi varié que brillant , on tira
quantité de fufées qui réüffirent .
Extrait de l'Oraifon Latine du
P. de la Sante.
Quoiqu'on doive hâter l'impreffion de
cette Harangue , nous allons d'avance fatisfaire
la curiofité des gens de goût : ceux
pour qui le Latin n'eft point familier ,
feront bien aifes de la connoître Qu'ils
n'en jugent pourtant pas tout- à - fait par
ce plan racourci & François : outre que
le genie des deux Langues eft different,
on ne peut reflerrer un Difcours gracieux
, vif , éloquent , fans le rendre
froid , fec & difforme . on effleure alors
tout au plus quelques beautez , & on fupprime
les mouvemens au moment même
qu'on les indique. Nous demandons.
grace pour cet Extrait , nous l'étendrons
un peu en faveur d'une Piece remplie
de traits finement imaginez , appliquez
heureufement , poliment exprimez , &
prefentez dans un beau jour.
Voici le précis de l'Exorde . La divifion
qu'il renferme , offre avec art les
idées les plus nobles & les plus interef
fantes , que le fujet pût fournir,
2, vol.
Après
DECEMBRE 1725. 3067
Après avoir reprefenté entre la France
, qui a donné un Roi à la Pologne
& la Pologne , qui donne une Reine à
la France , un combat de generofité , où
la France demeure victorieufe , l'Orateur
foutient , qu'il ne faut reconnoître.
& celebrer ici que le pouvoir d'un Dieu
bienfaisant. En effet , c'eft par une faveur
finguliere du Ciel , que Louis fait un
choix fi fage ; qu'un fi grand Roi époufe
une Princeffe fi vertueufe ; & que
1'Empire François trouve dans leur union
des efperances auffi-bien fondées de fon
bonheur.
C'est ce que la Reine a reconnu &
declaré la premiere , lorfque l'Ambaffadeur
de France lui offrit la main & le
Sceptre de Louis. Il ne me refte , répondit
- elle avec un refpect également pieux
& tendre , il ne me refte de voix & de
fentiment , que pour adorer la Providence
de Dieu , & le choix d'un grand Roi,
& que pour obéir avec foumiſſion aux volonte
de l'un & de l'autre.
Il s'agit donc de feliciter fur cette augufte
Alliance , le Roi , la Reine , & le
Royaume. Le Roi , parce que c'est l'ouvrage
de fa fageffe ; la Reine , parce que
c'eft la récompenfe de fa vertu ; le
Royaume , parce que c'eft un gage de
fon bonheur.
2. vol, E Dans
3068 MERCURE DE FRANCE.
:
Dans da première Parties 919. sonjapplaudit
fort à ce que dit l'Orateur des
Princeffes des Europe quilpouvoient
prétendre d'alliance du Roi cettendroit
délical fatstourné d'une maniere
obligeante & fpirituelle . Les éloges
adu Roi, Stanislap , adelid Ridine fon épou
fel & de Madame Roytdeig furent fouvezrauf
beaux que reffemblaits par
refpect pour cettel augufte Famille nous
asles rapporterons touflentiers , so
970La fage de duschlóixreft d'autanti »
meceffaire dans les Mariages, & fufiout
madans deux des Princes , que l'erreun yet
6lphis funefte & plus irreparablesdonbien
node fois cependant , an dien del s'unir par
desbraifons de prudence , diamour & de
Religion arrive- t- il qu'omne stallie que
par des ûes d'intereft de cupidité de
politiquep Lar Sagefle a preserve Louis
d'un pareil aveuglementelle d'aonfpi-
Turel , elle l'a dirigé dans le choix.qu'il a
fait de la Princeffe la plus convenable &
plus accomplie belqueq nu'b
... Celles qui ont pu prétendue à l'adlian-
19 cel de notre jeune Monarquenots- pardonneront
de juger comme lui , nous ne
voulons nivrabaifleruleur meritojɔni lui
refufer nos éloges qula Reineselle-mê-
"me rebuteroit un encens , qui huisferoit
prodigué aux dépens de fes rivales ; il
2. vol. Jow.a
leus
JODECEMBREJO1725. 3069
-euroa été glorieux d'entre en concurzencesaved
elle ilne leur fera pas honeutelui
cedends preference i
-L'Europeloffroit à Lollis pluheurs Bripiffer:
digués de poffedet londoeus& de
2 partager lla . Coutonnezifi chacune n'eût
-joint aux plus belles, qualitez , qui les
-faifoient afpirer à cet honneur , quelque
1sqbftacle particulier qui les sen éloignoit.
evonUneli Nation voifine & amie de la
France , à qui elle a donné fouvent des
zu eines & dont elle a reçu des Souve-
Jugains ,le promettoit de nous donnersenflocore
une heure,&12.aimable Reine en
benjouement François animoit la
gravine Efpagnoles; que fesgraces , fon
ab efprite fan fang fon nom , fa tendrelle,
supletésrendoient également cherer &
9bfemblable àb Louis La feule diverfité
zindage , fepara des delinées que toutdem-
-igbloit dexbic uniraslguoys liotiq aub
sliu La Francel paffede plus d'une Bour-
38 bonnycapable de stendre heureux plus
f
d'un peuple , & douéd des vertus Roya-
-siles , fans porten leqtitre de Reine . Qu'a-
-1sqal manquéances Brince les pour regner
fur nous de fuffrages de leur propre
l Freres Elles ont éprouvé encore plus
-Smfevereque ce Juge de Lacedemone , qui,
Jiortoutes les fois qu'il s'agiffoit de lui-mêlime
ou de ſes proches , ne craignoit rien
ausi. 2. vol. E ij tant
ג
300 MERCUREAM FRANCE.
tane que d'éequer lavois de la natuer
ou les fentimenisqdel Famitié , & aimoit
mieux ne point : fedeclarer pour les fiehs, )
que de paroître moins favorableauxgalo
resup oldstove in quɔsdɔ
Inba PrinceffeqMarico vecummerste
éclaganusmaniapporteunobftackeɛdib
côté Hell'agent du dun caractereb , dedi
Religion ou des politiques On trou
veenellel la noblelle dinnerMaifoman
cienne & triompható , fish pour åffortir)
l'alliance du plus grands Monarque ¡NURE,
dignitén graciéyleys pour plaire) au plus !
charmant des épouxbune Religion pu
re & conftante pour s'allier au Ellsai
né de l'Eglife ; un naturel ouverts &
prudent , fincere &opoli , genereux &
fenfible pour meriter l'affection des
François enfin de parc & dautresnon
pas à la verité , un égabhombre d'années,
mais une compenfation d'âge & de matu
rité quilles rend égaux sling on 91-
1
Europe entiere a rendu témoignage
à la fagelle de Louis Quand la nouvel
le de ce beau choix s'y répandit'qur fut
furpris d'abord penfuite onexaminal on
loŭa on convint que mulle fille deRoil
nemeritoit mieux detehonneur Quelle:
idée n'en avoit pas conçûëra Gout du
monde la plus éclairée Affi -toft queq
( a Okolsky , tiszǝdu monde Polonois .
2. vol. Movie la
DECEMBREUIM '307
La Reme yl párutaelle remplit cette idée
avantageufe elle l'a farpaffam fomair af
fable , foh efprits infinuant les manieres:
obligeantelddun gagnerent tous les cours
chacun ratifia le jugement favorable qu'en
avoie porté le Robifompetefur le point
debs da fepareru Dans ces momens pré-à
cieux , deſtinezs, non và flatter llæ Prin
ceffe ; mais adinforuides non à lui gxas!
gerem les douceurs maisna hii repre
fenter les dangers , de l'élevation , dans
ces momens où un fage intereft écláite !
lawendre foi day plusqaveuglenan Pere,
auf fage que rendre contraint par lán
force de la veritée, avoue qu'il me rest
connoît dans fa filte aucun défaut shr
q@iksmes craintilopour ellenque, Pexcès,
dest vextits.Pouvions-nousoqvoiridune )
prouve plus bmagnifique & moins fuf I
Restendibfuroddsoddsfon éducation moble
&nchrétienne? Education que la Princeffe
ne puifa points dans des fources :
étrangèces donnellemen fut redevable
quanxoexemples domestiques : & quels
exemplest! brings y'a xiol used so ab 51
C
- ་
Elleradmirait dans nun Pere auguften
Tail&ch held fentimens d'un i Rois, des acol
tipis lessersid'un HerasogiPhabis ,
leté d'un Geherako& le courage intrepide
d'un Soldat ; elle étudioit fans celle .
un rinkel maître de luimême , & fual
2. vol. E iij operieur
2
3672 MERCURE DE FRANCE.
perreût aux capricés du fortau fermez
dans les revers ; qu'il fut modeſte dansh
la profperite , fameux par les exploits ?
guerriers , glorieux dans les occupations
paffibles digne par la pureté de faforg
& Integrite de les murs de fermin
aux Rois de modele ; un Prince: ɗd actis
ceffible ban ! fie prodiguel de lui-mêsq
mea la Cour , la Ville , dans les
Camp
, que les Soldats même a
me
...
re
verent comme leur Roi , l'aiment cofaé
un de leurs égaux , & lui donnent
avec une familiarité refpectueuse le doux
nom de Pere : un Prince d'ailleurs en
qui la popularité tempere la Majefté Lans
Tavilir , qui ( a ) à la fleur de fon age
cheri des peuples , ainsi qu'un autre Titus
faifoit déja l'ornement & les dustces
de la Pologne qu'on ne pouvoitdeflors
ni voir ni entendre , fans l'aimer
& Jans l'admirer Qui élevé fur le
Trône par les vertusya tegné avec éclat ;
privé de fes Etats , a confervé toute fa
gloire ; qui force enfin la fortune à ¡lui
rendre juftice , & voit entrer dansı fa
famille la plus brillante Couronnenzot
Une Ayeule venerable jjude mesa tendre
, n'offroient pas à la Princeffe Marie
des vertus moins dignes de fon émylation
elle remarquoit dans l'une un
( a ) Zaluski Evêque de Valmie , Ep. 4 E
2. vel.
genie
CDECEMBRE A WINĄ M3973;
19
J'
e
genia fubtil & penerant que la raison
damine nervigneur, d'efprit, que 12-
ge : hoiblis point une fermeté d'ame
aurdedas du foxer une pohitelle, engageanta
, shais ennemie de tout déguifements
sint de qualirez Royales dans
utres condition privée que fi elle n'a
pas occipé le Trône , elle en atoujours
ézá digne ; fi elle n'a pas été Reine
ella a merité de donner à la patrie , &
d'aider de les confeils un grand Roi .
Dans l'autre une conduite fage foutenuë
par un esprit, folide , une douceur inalte-
Lable , excepté lorfqu'il faut reprimer
levices une autorité toujours indulgentesyficesh'eft
quand il s'agit de venger
la vertu dans toutes les deux une nobleffe
diftinguée fans orgueil , une pieté
éclatante fans oftentation ; autant d'horreur
pour la flaterie cherie de tant de
Princes que d'amour pour la verité ,
qu'ils méconnoiffent, & rebuttent fi fou
ventos Solo & .3
ນ Il étoit rhifonmable conclut l'Ora
teutysqu'unes Princeffe fi bien élevée
formée parede sf beaux exemples fut
choifiesparsLoüistice choix n'eſt pas plus
Pouvrage de la Lagelle que la récompenfenderla
vergib aniom amnov zoben
Su PlUnelvertuenfe Princeffe s'unit
au plus grand des Rois , au plus tendre
E iiij
V
341992. vol. &
3074 MERCURE DE FRANCE.
& au plus aimable le des époux : jugeons
Sale Pro
du prix de la
recompenfe..
de la vertu par la grandeur d
eng not as signal ulq.fts li
La vertu il eft
12
до Я па
alpire
qua
des mais plus
ecompenfes
inmortel
me
effe eft humble plus Dien quelquefois
prend plaifir àTelever , & pour force
Timpieté lui Pete au rendre hommage , &pour
29 953 thenfio
pallagere
ubora
cet ellai de felicite
qu'un
jour
elle
doit
être
heurenfe.
*
210 291 29
!
Golimpo
snici l'Orateur expoſe la maniere on
on fecht à Veifleribourg les offres hun
jeune Rot épris
la
Tes fentimens font genereux & chrétienss
5111-91199 Loy 519
901011.
0. 209 $10 emem for
mais variez fuivant les divers caracteres
de ceux qui compofoient
cette Cour
inful, do 1000
décrit enfuite la ceremonie
du Mariage
2551
Strafbourg ; l'eloquence du Cardinal
de Rohan
les liberalitez du Dug
a Orleans la piete de la Princelle
font
9299VOM
21 ATES
des traits qui fait a propos tohs alls
Eloignez de la pompe & des plais
Pune Cour brillante , la Princelle Marie
goûsoit dans la re raite les pures delice
de la vertu : tranquille dans 18
Los
ne formolt des voeux que pour
f profperité de fon pere orfqu'on lu
perelor
lui
annonce tout à coup que le plus grandRbi
du monde veut faire regrerfur fou
& fur fes Eats. Quels fentimens confus
amor
T
lib, JAIOT
etat , elle
100 .
1095861 S1
2. vol.
d'adDECEMIR
TAUPE 1725
mtrationTe joye, & de reconnoillan-
WJ19V
reçoit cette nouvelle
en Roi , il eft.plu fenfible au triomphe
de la Vertu de fa il qu' fl ne le fut jastiphes
triomphes de la valeur . Quel- SupBurich augaffe époule Louis
for getting thous bonheur & celui, de fes Su
mais
Fonde
Jefs,fur vertus dont elle a fait ger
1er la
précieufe femence auf 909 897 189 915091000
me-t- elle que par les larmes & les embraffemens
la joye & la tendreffe d'une
mere. La piete de
in
veure l'anime

gouter un laift egalement vif & pur
elle. Voit la petite-fille placée par la Relast
ligion meme fur le plus beau Trone ,
& elle n'afpire plus qu'à la joye du Ciel ,
dont la foi lui fait de
go
les pré-
L'étonnement de la jeune Princeffe
,
fon relpectueux filence , fa no-
Ble pudeur , fon humble foumiffion déclarent
les mouvemens de fon coeur ;
elle
adore avec la Cour PAUER INT
verain des Couronnes , & lui confacre
toute fa grandeur.
fou-
Ne differez point vôtre triomphe
Vertueufe Princeffe
,
un Prélat diftinqué
par la Religion , fa nailfance , ſon
barra
fit , fa "politeffe vous attend à l'Autel
: témoin de votre gloire , il doit ferefprit
,
que voy
rer les noeuds facrez que vous allez former
: un Prince
aimable & genereux ,
bib.
vol.
Pimage
E v
3076 MERCURE DE FRANCE.
l'image de votre augufte époux , & le gash
rant de la tendrelle Yous ooffffrree la main aut
nom de }
& vos defirs hatent ce moment heureux as
vous differez, cependant, Jardeur des
Sharon Shelt
voo
tre piete modere l'empreffement defle
fortune , quem
& fufpend les faveurs vvoouussnnáeI
voulez recevoir le titre & les honneurs
INDE TOT
de Reine • qu'après avoir rendu vos
hommages a la Reine des Cieux, ob iup
montez enfin für Je T
Lour SEO
rez
à le joindre,
Votre
Xusb 293 ,
Jamilum
291009
*
2 Trône, qùv
eVertu vous cleve , contemplazos
heureuse Epoule , le Monarque qui exq
devient le prix : l'Univers a til rien de i
plus charmant Jettez les yeux fur ide!
vafte Royaume que fon coeur vous four
met , en eft - il un plus floriflant & plus
quiby
fidelleen
fidelle ? Et vous , a jeune Louise :
varoh sustain
xez
regards fur cette Rripe, trèshGhoézi
tienne , que la fageffe vient de placerà
vos côtez, elle doit le premier titre à
vor a
vôtre puittance , & ne doit l'autre qu'à
fa vertu .
imp
115 6-3195
1
2 in 299aifish 251 sing ip
Avant de reprefenter
combien
Louisp
eft un époux tendre & aimable, ra
teur remarque
que fouvent Itlymen
fait
fuir l'Amour
; il cite la fiction ingenieufer
de ce Poete , qui après avoir peintul Ab
mour leger , aveugle, & impulent
si lui
* La Reine fit differer fon mariage jufqu'à
l'Affomption. fi modion I no
edura
2. vol .
donna
DECEMBRE ADAM Broe
12 3130 ab 3307 /
over
YPA
donal pour ideladvertu
fessailes , entevoit fon Bandeau, dirigepit ,
fes traits ? Fe Poëte alle pretendoit prouver
en general qu'une tendreffe mutuelle, &
conftante unit les époux bien alfortis .
c'elt be que nous trouvons dans le Ma
riage de notre Monarque. Ce fage Prin
ceurenfermot dans fon coeur , & refers
voit tout fon amour pour une Princelle
qui devoie lui apporter en dot toutes les
endorsed
vertus Royales Ces deux
*
919born
MOV9091
22195 up
époux avoient fien aimé jusqu'iched volentien
pour le confacrer mutuellement comme
la Heur de leurs plus tendres affections f
delà cette attention reciproque ,
foins empreffez de fe plaire , delà cette
vivacité d'inquiétudes , ces allarmes de
tendrelle fur la fante l'un de l'autre , dont
la
ag
&
ils one donne
clantes ob insists
e's
des preuves tous
supe
59102 201
L'Orateur coffjure le Ciel dede confer
vérun Roi & uhe Reine ; dont l'amour
unira les deftinées , qui s'aimeront tant
qu'ils aimeront la vertu , & qu'ils feront
eux- mêmes aimables c'eft- à dire , qui
S'aimeront toujouts finit par un portrait
de Louis XV. des plus brillans, &.
des plus ingenieu£.201
1-651 ton
iP. Malgre Pattention donnée aux
deux premieres Parties les traits piquans
dont la troifiéme eft femée , les faits glo
VI SUDIS
:
2. vol.
rieux E vj
17 METEUR DEMERANCE.
.
siemxsqu'ellensappelle , ieshofperanzes
legitimes qu'elle inspine , siquède gas
rantit la firent écouter avec un hɑmy edu
plaifirð1991 al 19illa simpì alla , sbom
Les Princesaquishei lviventspaŝq maos
pourla mêmes que pour leurs ! E
doigent confulererb leurs fugleun
qu'eut mêmes dansdsualliances quits
contractental L'union de Louis1& ide
Marie doit rendre toute la Francesheut
reufe , ils feront d'exemple de la Couth
L'appui de la Religion le foutien de pest
pleb quede précieuxgages entre
felionétreg en no‘up abilo) Sısiq , twoƆ
Les Cours des Princes sont d'autant
phis befoin de bons exemples quel les
mauvais y font plus frequens mais combien
la pieté des auguftes Epouxoniauda
T'ella point de forces pour commandefl,
pout perfuader le refpe & a fomiffondus
à BEbre fuprême deur foixvimą
leur pofture humiliéel en fa prefence ne
la rendrelle pas fenfible aux bortifans ?
le Roi ne nous rappelle'ib pasì alors le
fouvenir d'um Saim Lipuisa Reinerne
nous reprefente t'elles pas unenGlotilde
& uhe Radegonde : fideleàrfisresen
tout ces parfaits modeles selle oppoſeizau
lukes une caimablel fimplicité exces
du jeu des liberalitez abondantes à l'oi
fiyeté un travail utilegradadicentebune
2. vol.
Low Levere
I
D'ACEMBREAUG
379
Leveres pudent , aldiqtemperancezne
excelfabrieté , tranquille au dedansi affab
bke van dehorsy partout édifiantel & com
mode , elle fçait allier la fermetélla
tomplaifancev, i vl'indulgpnee Texaktitade
lesuadis que sarpdance affaifone
plfensbian duil der shafqter , & gid
riffent domallaualieu de laigtiny facons
duite read recommandable lapiété 51 qui
luisfait homeira pieté fineereincapabile
deusechercher l'orilde's shommes , & ude
lescraindreyopidténbumble quib aimes'à
ter à fe dérobar aux regards delfa
Cour , pieté folide qu'on ne peut qu'adi
mirerb revererithershimiter 291
291 La Religiqmtrouvera de l'appui dans
un Rai qu'elle aformé avec foin, & quiset
Theritiery&q 'infitaten dus zelenden for
Bibyeul de fon peret dansmine Bldire
qumdoitsfeconden & animé des de feins
pieivxidiunépouxtrès -Chrétiens dans la
stigaarfilla delcas Heros qui sont porté da
Foi en Pologne gidiyon défenduë , act
drugsfeelée de leursfangondences Nail
dants chabées qui ont à enver fé d'heret
fididerund'erreur! )s'exterminéda noueautéipars
tothoù : isolûladéca it's
rislode cétsayoidhgen exeux en particu
Ker quitétadri General de la Grandes Polognes
contribuadrifort à préferver Vien
esde la dominationides Turcs & à la
E
areval vol. Jus con3088
MERCURE DE FRANCE
conferver a ka vertibleceligion Jhen arri
moig, dans ¹undup fincelle ? dont hiprudence
fortifiée par
d'heureuse
9
pehchans
ou lui- apprend à¹éviter tous les échell
la foi peut fouffriPatteime , & faire me
me aufgage, inuq is'n iup , asidƆ - 2511
Elle fait qu'angourt hur des femmesids
bizarres lle piquent d'une feiende fathea 29
fe , & dianporgueilleufe opiniâtreté , & !!!
font dos vebitez de la Religion les plus
ferienfes , l'exercice bleu de euro
entretiens profanes! Pourel fauver Uesvi
perilo de la curiofité pour confondr
ces femmes hautainesellent homid el
qui flate lavanité mais ce qui daniol
la pietéduononce qui la feroit pa
Parorist
plus éclaircie plus fpirituellas mais ao
qui la tend plus fidèle de plus pure . Ellen
fçait que ces goût de houveauté qui e
traîne les autres en un goût de feb
tion qui les sperd & qu'il ne faut pour
les féduire qu'une exterieur Humble
compofé , un langage doux & policom -310
patible d'ordinaire avec le het de la Sal ”
tyre , les higreurs de la vengeance
un mépris autacieugde toute autorité
pour fer preferver une non trop
commune , fauregle eft de respecter
Paſteurs , au lieu de les cenfurer ,"d'a
beïr à leurs jugemens , Tans les exaff "
ner , & d'infpirer fon refpect & fa fide-
9
res
901
2
2. vol.
lité
DECEMBRE BAZSAI J08Ec .
lité à tous ceux qui l'approchents 19vbino
De plus elle accupe un Trône, où
depuis le Grand Clovis on n'a vu au consi
Monarque allis , qui n'ait merité de join- m
dresle titre de Gatholique à celui de
très- Chrétien , qui n'ait punireptomé su
abbattu toutes les herefies qui le font élea
vées dans leurs Etats , foit qu'elles fes
montraflent à découverte foit qu'elles fe 5.
déguifallent fous un masque de pieté 150°
foit qu'elles s'étendiffent par des progrès
publics, & rapides, foit qu'elles stingen
nualfent par de fecrets rallots , foit quasq
la force des armes des rendit formidables ...
foit que les foupirs hippocrites les rendiffent
plus dangereufes : la Reine n'oublierą
donc pas que la foi pure eft l'heritage.l
effentiel de nos Rois; & en qualité de Rei
ne de France , elle aura pour la Religions
des fentimens veritablement Françoisan
Comine une autre Pulcherie elle feraon
fuit ces nouveaux Ariens que les perèses!
ont banni de la Pologne , & qui infeça o
tent les Cours des Princes voluptueux ,
délicats , habiles à raffiner fur des plaisu v
firs , railleurs infipides d'une Religion
Sainte , Panegyriftes infenfez d'une rai fonc
corrompue gens dont la fauffe probité
n'eft qu'un titre, frivole qui n'eft plus
même capable d'impofer, put i
* Sociniens. Bago 01 : 10th
2. vol.
Com38828
MERCURE VERANCE.
Comme une autre Blanche "elle a
mafquera ces nouveaux Albigedis ennemis
de la libertemis Tecrets de la
licence , & elle les reduira hon à ce pre-
Tendu filence refpectueur qur leat ffeft
de feffource , Inais au filence veritable &
falutaire qu'elle va leur inpofere
dillipant leurs tenebres par l'éclat de
vertu ; ainfi confolera t'elle l'Eglife qui
gemit & rappelle des enfans qui seg
rent.
3
200 xus asid
و ا ل و
Elle fera encore le foutien du peuple?
l'Orateur a crû pouvoir apporteren
preuve le fentiment du public fur 12
beau temps qu'il fit à l'arrivée de la Reine;
il s'étend davantage fur l'experience
qu'elle a faité de la mauvaiſe fortune.
un
Le Ciel , à l'arrivée de la Reine , vou
lut nous donner un préfage fenfible de
nôtre felicité future : il fit fucceder u
temps pur & fec aux pluyes continuelles
qui avoient defolé nos campagnes. If d
voila le Soleil , qui s'étoit cache jarg
qu'alors , & faifoit craindre une difette ,
dont la face de la terre "nous monicrofti
déja des traces funeftes.
Les revers qua éprouve la Pfiheelle
nous affurent de la rendibilitée n'a
point la dureté de ces Princesalladurur
ris dans les délices , Payjamas
rien fouffertsignspent les illerès des
2. vol.
. Stres
tres oujours leges
élevée parmi les débris du Trône , inft
truite a la compaffion ,par un pere cou a
rageys,& qui aima mieux quitter le
fiseres que debe difputer au prix du
Jang deles, fujer elle ne veut fire hew
sule aye Pour faire des heureux , 18
moins on left , plus on a droit à fes fayeurs
attentive elle difcerne les iniferables
liberale elle
Tagement
fait, du
juba
bien aux uns , fans aux autres
shedésage les débiteurs par charité
elle acquitte les creanciers par juftice ;
elle,delivre les captifs ; maisen brifant les
shanes de leur fervitude), elle les retient
dans devoir par les liens de la vertu .
Te
Imitons dit l'Orateur en finiflant
imitons la confiance & la tranquillité de
La Reinefutce qui fut le ſujet des vecux
de tous les François autant qu'elle defire
silsun donne bientôt ung gage préciguide
on union avec Lours , autant fe
prometele dulapies l'avoir élevée à la
digniffing Reine Dieu ne lui refufera
pas le doux nom de mere .
S
.2909пut 2951125 #1
Heding Desembre le P. Porée fit reci-
SUP
ter à plufieurs Ecoliers choifis devant
une belle aflemblée un grand nombre de
vers Latins dont il leur , avoit fourni la
matisse, qu'ils avoient travaillez avec
2. vol.
foin
3084& MERCURE DE FRANCE.
feinaceonesercice nouveau fingulier
euth touth le fuccès poffiblegal.confiftoit
em fix Devifes au fujet du Mariage dur
Roi. Le foods eftiré des principales cira
comlances qu'on remarque dans le choik
qu'a faithLoisis XM. zdoła rindeffe Mariel
-oLink ention shburgute l'application!
jufteiled rapports délicats fileqtAfemip
à chacun la lageffeos habileté du Maî4
trer quiz avoit adirigé ceux qui les expli
querent. Les chilités font fi nátarelles &
fi propres du Latin , que nous nelpourtions
leur donner en François un tour
auffi gracieux : comme d'ailleurs on ne
doit pas refufer au public l'impreffion de
ces pieces , nous ne dirons ici qu'un mot
de chacune .
ཨལཾ ཝི
M. de Mortemart de Tonnai - Charente
ouvrit l'Exercice , il reprefentoit le Dieu
de l'Hymenée , qui invitoit les jeunes
Eleves du College à celebrer les louanges
du Roi & de la Reine , dont on avoit
Elevé les portraits au milieu du Theatre
& au - dellus des Devifes
L'amour , dit -il , que vous avez pour
vos Rois , ne vous permet plus de arder
le fllence tous les differens ordres
de l'Etat one preſenté leur Feurs &
leurs hommages à ces auguftes Epox
la Religion accompagnée de fes facrez
Miniftres Themis à la tête d'un ' illuftre
2. vol
Senat
,
DECEMBREяUKM 3085
Senlarg diverſes Académies, chacune fuis.
vantifas talens feffont acquitté d'un de
voir de plété de juſtice , de zele & de
raconnbillance an scélebre Orateur &
plufieurs Poctes ontdanné exemple à
leurs diffiples tous.covient d'imiter
laurailleur masugaaddz vous d'indoquer
Apollon tousMinerves: Ldülse &
Marie doiventdels vous infpiteny fidez
les yeuxfur leurs portraits vous ypres
connoîtrez la majefté & ldvertu , c'eft lẹ
fujet de vos éloges.. ni ub 291209
او
M. d'Armenonville expliquoit la preniere
Devile qui s'addeeffoit au Roi.
nettettmáli silang n
REGI
Conjugem in feptentrionali plågå eligenti.
Elle reprefentoit un Aiman tourné vers l'E
toile du Nord.
29009 23
Magnes ad Stellam Arteam fe convertens
- GHIDI -51 1910
Avec ces parolesøn välub v
NI
Unam fevertit ad Arton.
Il fe tourne vers la feufe Etoile du Nord.
1000 SVS 200V 9
"
Ce n'eft pas par un pur effet du
hazard que aiman ne fe fixe fur augune
autre Etoile de quelque côté du monde
qu'on le dirige , il revient fur fes pas ,
&fe tourne vers la feule Etoile du Nord.
Les autres me meritent elles point d'atti-
9
2. vol.
rer
3086 : MENCURE DE FRANCE.
ર .
sb
Le
du Ciel
rer l'Aiman ,font elles fans elat ? non
fans doute quelle et donc la tai ſo in ide
cette préference ? s'il eft permis à un
mortel de découvrir les my iteres du Ciel ,
nous offrons de diep adeh'e point par
un amour aveugle que l'Aiman tone
verslafoule Erdite di Nord"}, tan tandis qu
les Autres pardiffent bu difparoiffent à nos
yeux ,Leton que, to
les, emporte Emile du Nord toûjours
dh
viſible me ferplonge jamais dans l'Oceanéh
& fideles manqui la fuit e
frestonjours à fes regards ! sup
al
Aimiskoors pour le choifir une époufed
jette les yeux dir haut de fon Trone (ur .
souff
toute l'Europe it apperçoit pluficers
Princelles dignes de la Couronne mais.
il fixe fon choix Tur une intere du
Nord, quidiftinguée par toutes fortes de
verque montre un vilage riant au milieu .
des nuages qui environment , & qui toujours
attachéerau Cief eft incapable, de
tre entraînée par les révolutions du fiecle.
sus
ch
م ا ن
La deuxième Deviſe regardoje la Reine
& fut expliquée par M. Moufle de
Georville, oni sau b xiq 197
sługuj
42) & tuoms erbes nu in s
RIGINE
.
! SAOTI SI M 1959 al ob rahsuling
Coronam Regiam deconatural'l
, no mellind
p
Diamant deftinée.
Le Symbole
étoit un Bl
pour la Couronne
Royale.
2.vol. Gemma
DECEMBRENÍM388%
200 $ 16 Gemma Corbhe inferenda in 192
Vaicidame de la Devife.alloup : such ans)
aus eine der 1190
Jei ub 2919lym
Decks decorata repsudeh əb lɔ110m
5l6 lione ècat qutellenbalo ao
you wait up piques tuos nu
Dramant
un chetdavre
de zibusi
nature & de l'art d'una sfatrel
une précieuſe
20b
ors Precure temence , puted la mis?
en état de recevoir & de répandre de
tous côtez la lumiere demeurera- t'il
dans les tenebres ? non. Unage & puif
fant Monarque touché de fa beauté en fait
l'ornement
de fa Couronne , & cette pierre
brillante donne à la Couronne Royale autant
d'éclat qu'elle en reçoit.
eb 201
01
90
Tel a été le fort de l'illuftre Heroine
que nous devons à la Pologne : la nature.
en la comblant de fes dons lui a donné
un efprit folide & brillant ; un pere habile
l'a formée avec foin , pour empêcher
qu'aucun défaut ne ternit rant de vertus ,
& il l'a rendue digne de recevoir autant
d'éclat qu'elle eft capable d'en répandre.
leureux moins à qui lafazelle a fait
connoître le prix d'une Princeffefi vero
tueuſe , à qui
amour a
perfuader de la placer fur le Trône !
fçû • tendre
Non , l'éclat des Dramans qui brillent
furtable
fit
point
. compa- a lui qu'elle reçoit des vertus natavol
d'une

3088 MERCURE MERANCE
.
d'une augufte épouſe feet le plus Beau
prefent que le Gil vous pût faire da
gloire qui doit vous en revenir fengdu-
Stable ce qui dans les Cours des Brinces
bbfauroit les Vertus colamines neotermita
1pbinella liennes Toujours purety toûjours
brillante ette répandra Jur Donsolat
- qu'elle en reçoitation
qilib 201
sa Mdee Charoft expliqua ladrolfiéme
-Deviſerselle
reprefente le Roi qui releorverdå
fortuner de la Pointelle Mariel , fous
lil'idée du Soleil yavrend getawwe totip-
Yée toute la fplendeur . ob sano
toilet 907 al topla ,no tot brav in
REGI
Alduous & iup 10 SLAM 20
suolo Maria conjugis fortunam raparanıbɔi
-lam 291 sanger (Symbalümoq9 xvob 296
tub iugi, 9110 9002109 21μed
Lung Splendorem reparans
silind aq
Job
Sch
Jnioq 98
2tudjemmend
ab 191995
Jiovelle
zupetta
reparat zol szbais13
-imul pares regards il lui rend la lumière,
3 2 Put 3 15
up xur
Cette Reine du Cieloubenspartage
-Empire avec le Soleil , & qui par fadumieres
diffipe les tenebres de lanit ,
envolta paru quelque templiobfcurçie ;
mais le Soleil quplaime¹àbéclairer stout
l'Univers y appercevant ceubelaftre
· éclypfé plui communiqua ifes rayons .Į &
Thi rendit tout fon éclat,
£
Jou s
C'eft

7
2. vol.
DECEMBREЛUDA 3089
wa Cel ce qu'a fait Louis , en jettant les
yeux fur une illuftre Princelles qu'il
-vinge des injures du fort selle avoit vû
2for auguftepede relevorbéclat sie fa
&Couronne parcelui adeisfes , vertus Idda
2fpdendryngeandoRobrejaillifoit fur
Princolle sifa sfillele fare en peu de
jours diffipa cette gloires bouts.j¢É „Soddon
Frence qui mapas besoin d'une
-lumiere étangeres & quillpeut répanadhe,
laihienne furtout in mondeà journe
-Cdo bonnestegards vers la Princeffe & il
la couronne de fes proptes rayons

lui rend tourfon éclar. Ici le Poëte felicite
Louis & MARIE . L'orage qui a troublé la
face de la Pologne a contribué à la gloire
des deux épouxun repare les malheurs
de la fortune , l'autre jouit d'une
fortune plus brillante . La France doit
efperer de beaux jours & ne point
craindre les temps tenebreux ; elle voit
rétabli dans ſa ſplendeur cet Aftre lumineux
qui éclaire les nuits & éclypfe la
glumiere des autres Aftres ; le Ciel ne l'a
-upas vŷ plutôt briller al qu'il a pris lui-
Jmême une fadenpures & fiantesEté
squi paroiffoit séxiléple forcé d'Automne
Jade 1lais ceder quelque temps la place ;
97 infil roue parat til applaudire au jeune
Locossi qui partageantofa gloire avec la
2. vol. otulog mot tuot tipmy iPrin3090
MERCURE DE FRANCE .
1.
Princeffe Marie , lui rend avec ufure tout
fon premier éclat.
La quatrième Devife fut expliquée par
M. de Baudrys elle a pour objet les cinq'
Langues que fçait la Reine. Le corps reprefente
une Lyre à 5. cordes,
REGINE
Quinque Linguarum perita
Symbolum
Pentachordon Scythicum
Lemma
Voici l'ame de la Devife.
Reddit vocum difcrimina quinque,
Elle rend cinq fons differens .
Le pays volfin du Septentrion vit autrefois
un autre Orphée inventer une
efpece de Lyre à 5. cordes , qui fçavoit
imiter la voix humaine , & rendre 5.
fons differens : on s'en fervit pour chanter
les Dieux & les Heros , & elle charme
encore aujourd'hui les oreilles des
Rois ; mais il doit moins fe glorifier
d'une fi belle invention , que d'être la
patrie d'une Princeffe, qui par un prodige
de fçavoir, inconnu au fexe, poffede cinq
Langues differentes ; l'Allemand, le Polonois
, le Latin , l'Italien & le François.
Nous tâcherions envain de rendre ici les
2. vol.
expref
DECEMBRE 1725. 309 11
expreffions du Poëte , qui décrit avec
tout l'efprit poffible le different genie ,
& la diverfe prononciation de ces Lan
gues ; il ajoûte que la Princeffe les parle
fi bien , qu'on croiroit que chacune eft fa
Langue naturelle ; elle s'exprime furtout
en François avec tant de grace & de facilité
, qu'on peut juger par- là , qu'elle
étoit née pour regner en France. Le
Poëte ofe demander à la Reine , pour--
quoi elle s'eft appliquée à l'étude de tant
de Langues differentes ? fi c'eft , dit- il ,
pour apprendre ce que penfent de vous
les autres nations , la connoiffance de 5 .
Langues ne vous fuffit pas ; vous ne pouvez
entendre les éloges que chacun fait
de vous , fans poffeder toutes les Langues
de l'Univers il fe plaint en finiſſant
d'être forcé par de dures loix à ne louer
la Princeffe qu'en Latin ; il voudroit fur
un fi beau fujet pouvoir s'exprimer en
toute forte de Langues , il emploiroit fur
tout celle qui eft devenue propre à la
Reine , & qui lui plaît davantage ,
quoiqu'elle en poffede_5 . differentes .
Le Roi en s'uniflant à la Princeffe
Marie , a en vûë le bien de ſes ſujets :
c'eft ce que figure l'ormeau joint à la vigne.
M. de Saint Aignan expliqua cette
Devife.
2. vol.
F REGI
3092 MERCURE DE FRANCE.
REGI
Conjugium ad publicam utilitatem ineunti
Symbolum
Ulmus vitem fociam admittens
Lemma
Sociatum ad publica commoda foedus.
Le bien des peuples fera le fruit de cette
union.
Le Lierre dans les Forefts aime à s'étendre
, & à s'élever au- deffus des arbres
, aufquels il s'attache : cette union
produit tout au plus quelques raifins
amers , ou quelques Lauriers fteriles .
Mais fur le haut d'une colline bien expofée
, l'union d'un jeune Ormeau , avec
une Vigne choifie , donne d'heureux fruits
dans fon temps : l'Ormeau les embraffe
& les foutient , la Vigne fe montre avec
honneur chargée d'un poids agréable &
utile : ce doux prefent du Ciel doit bannir
les chagrins & ranimer la joye des
mortels. Image naturelle des avantages
que nous fait efperer l'augufte Mariage
de Louis il n'a point choifi pour épouſe
une Princeffe faftueufe , dont l'alliance
ne promit à l'Etat que des fruits amers ,
ou infipides ; mais une Princeffe telle que
l'intereft de la nation la demandoit , qui
::
2. vol fortie
DECEMBRÉ 1725. 2093
fortie d'une tige illuftre apportât toutes
les vertus en dot , & nous donnât bientôt
des Princes femblables à ceux dont
ils recevront le jour : elle remplira les
defirs de Louis , elle comblera nos efperances
; nous verrons fortir de ces deux
tiges Royales un auguſte rejetton, favorifé
du Ciel & cheri des peuples , dont il
fera la felicité.
Dans la derniere Devife qui fut appliquée
par M. de Rippert de Monclar , à
la pieté de la Reine , on voit monter
au Ciel la vapeur de l'encens & des
parfums qu'on brûle dans les Temples.
Cette Devife eft pleine de fentimens , &
fut expliquée d'une maniere vive &
animée.
REGIN E.
Eximiam in Templis pietatem exhibenti
Symbolum
Acerra Thuri crema
Lemma
Sacrum templis diffundit odorem .
Elle répand dans les Temples une fainte odeur .
L'ardente pieté que la Reine fait pa
roître dans les Temples eft figurée fenfiblement
par l'odeur des parfums précieux
qu'on y brûle. On ne prétend point
flater nos fens par cette odeur agréable
2. vel,
Fij mais
3094 MERCURE DE FRANCE.
mais honorer l'Etre fuprême , reconnoître
fes bienfaits , appaifer fa colere ,
attirer les faveurs. Ce font - là les motifs
qui conduifent la Reine aux pieds des
Autels ; elle n'y vient point chercher
l'oeil des hommes , mais témoigner à celui
qui voit le fond des coeurs , la ferveur
& la pureté de fon amour. Tantôt
repaffant fur les évenemens divers de fa
vie , elle reconnoît , elle adore un Dieu
bienfaifant ; tantôt méprifant le fafte de
fa condition elle lui fait hommage de fa
grandeur à l'exemple d'Efther , & ne fe
croit veritablement grande , que parce
qu'elle a l'honneur de le fervir ; tantôt
gemiffant fur les miferes des peuples elle
fufpend le couroux celefte , & s'offre
,
elle-même en victime . Grand Dieu ne
rebutez point des prieres fi ferventes
exaucez des voeux que vous formez
vous-même dans un coeur digne de vous .
Accordez à la pieté d'une Princeffe que
vous avez fait Reine , le nom de mere
qu'elle vous demande pour combler les
juftes defirs de fes fujets.
L'Hymenée dans la perfonne de M. de
Mortemart de Tonnai - Charente finit par
louer les efforts des jeunes Eleves , il invite
enfuite la Mufique à fe joindre à
eux pour rendre la fête complette. Auſſitôt
les Muficiens préluderent par une
2, vol.
belle
DECEMBRE 1725. 3༠9 ༈
belle & nombreuſe fymphonie , elle accompagna
les voix de Mrs Tribou &
Dun qui chanterent les vers fuivans ; la
piece eft une des plus fages & des plus
gracieufes qui fe foit faite fur le Mariage
du Roi. La Mufique eft de la compofition
de M. Campra.
Pour rendre de nos Lis la tige plus féconde,
Et préparer des Rois à nos derniers Neveux ,
Le plus aimable Roi du monde
Vient de former les plus aimables noeuds
On a vû la Majeſté même
Offrir à la Vertu fa main , fon Diadême.3
Eclatez , éclatez , Trompette , & par vos airs
Répandez la nouvelle
D'une union fi belle ;
Répandez-la dans cent Climats divers.
Le Dieu qui fouffle fur la Terre
Les feux dévorans de la Guerre ,
De vos fons effrayans ne trouble plus les airs.
Un Dieu , dont le flambeau n'allume dans les
ames
Que d'innocentes flammes ,
Veut vous mêler dans fes Concerts:
Fiij
Eclas
3096 MERCURE DE FRANCE:
Eclatez , éclatez , Trompette , & par vos airs
Annoncez le beau choix que fait en fa jeuneſſe
Un Roi , qui pour aimer confulte la Sageffe.
Qu'un fi beau choix étonne , & charme l'Univers.
Louis , tel qu'Hippolyte , infenfible , indomptable
,
Bravoit avec fierté Venus & fes attraits .
Chaque coup qu'il portoit aux Hôtes des Forefts
,
Etoit un coup inévitable.
L'Amour , pour entamer fon coeur invulne
rable ,
Décochoit tous fes traits ,
Et ne bleffoit jamais .
L'Hymen guidé par le Genie ,
Qui veille au bien de la Patrie ,
N'a pasfi long - temps combattu .
Il n'a , pour triompher , employé d'autres
charmes ,
Que le portrait de la Vertu :
LOUIS l'a vâ ;
Il a rendu les armes.
2. vol. Qu'aux
DECEMBRE 1725. 3097
Qu'aux accens de nos voix
Les fons bruyans du Cor s'uniffent :
Louis les aime dans les Bois ;
Mais qu'en ce jour ils s'attendriffent.
Qu'avec les doux fons du Haut- bois-
Dans nos vallons ils retentiffent :
Qu'ils faffent repeter aux échos d'alentour :
L'Hymen guidé par le Genie ,
Qui veille au bien de la Patrie ,
A foumis à fes loix le Vainqueur de l'Amourg
Bergers , de vôtre Roi publiez la défaite :
Ne craignez point de l'outrager :
Il cede à des appas , dont la force fecrette
A droit de l'engager.
Chantez fur le Pipeau , dites fur la Muſette :
Hymen , ta victoire eft complette .
Louis eft défarmé :
Son coeur jufqu'alors invincible ,
Eft devenu fenfible ;
Il aime , comme il eft aimé.
Mais de cette illuftre victoire ,
Amour , tu n'auras pas la gloire
C'eſt la Vertu qui l'a charmé.
2. vol. Une
Fiiij
3098 MERCURE DE FRANCE.
Une Vertu plus pure que l'Aurore ,
Qui de la nuit perçant l'horreur ,
Du fein des ombres femble éclore ,
A captivé fon coeur.
Chantez fur le Pipeau , & c.
Les Jeux , les Ris , les Graces ,
D'un pas leger fuivent les traces
De ces tendres Epoux :
A les rendre heureux tout confpire :
Pour chanter leur bonheur , que la Flute & la
Lyre
Forment les accords les plus doux ,
Et ne ceffent de dire :
A vous rendre heureux tout confpire ;
Vivez heureux , tendres Epoux ,
M
Chantons Louis, chantons l'objet de fa tendreſſe
,
Offrons pour eux au Ciel nôtre encens & nos
voeux ,
L'amour , le devoir nous en preffe :
Leur bonheur eft pour nous , encor plus que
pour eux.
Que la Timbale & laTrompette ,
2. vol, Le
DECEMBRE 1725. 3099.
Le Fifre & le Tambour ;
Que le Hautbois & la Mufette ,
Celebrent tour à tour
L'heureux jour ,
י
Où la vertu , par l'Hymen couronnée ,
Sur nôtre amour acquit de nouveaux droits
Et pour nôtre bonheur , unit fa deſtinée ,
Au deſtin glorieux du plus puiſſant des Rois …
Que la Timbale & la Trompette ,
Le Fifre & le Tambour ;
Que le Hautbois & la Mufette,
1
.
Celebrent tour à tour
Un fi beau jour.
**:******* **** : **
PREMIERE ENIGME.
V Ivant je fuis
prefqu'inutile »
Ce n'eft qu'après ma mort qu'on peut ufer de
moi ,
Et quoique je paroiffe une matiere vile ,
Je fuis aimé du peuple , & des Grands & du
Roi.
2. vola
Fy Mais
3100 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré toute fa puiffance ,
Je n'en reçois honneur , ni récompenſe ,
On me traite , au contraire , en infigne Affaffin,
Et je fais tôt ou tard une fatale fin :
Tantôt d'un fer tranchant on me réduit en
pieces ,
Tantôt par un feu lent finiffent mes tourmens ,
Et certain inftrument par furcroît de détreffe,
Me déchire le corps par fes cruelles dents.
J. G.
DEUXIE'ME ENIGME.
E fuis blanc , je fuis noir , j'ai du poil com-
J' me un homme ,
On me bat tous les jours fans que j'en dife
rien ;
On nepeut me fouffrir en Perfe , mais à Rome
Chacun me veut avoir , & s'en trouve fort
bien ;
Je fuis mol , je fuis dur , ainfi que le defire
La maiſon animée à qui je fers de toict ;
Pour rendre honneur à qui l'on doit ,
De mon lieu naturel il faut que l'on me tire ,
Je couvre également le Berger & le Roi.
Eufin ma deftinée eft- t'elle ,
Que voulant acheter autre chofe que moi ,
2. vol.
De
DECEMBRE 1725.
3101
De Frippiers un genre femelle ,
Me crie à haute voix fi - tôt que je fuis vieux ;
Ma vieilleffe me force à faire la grimace ;
Mais jeune ou vieux , jamais je ne me ſoutiens
mieux ,
Qu'au moment que j'ai de l'audace.
TROISIEME ENIG ME.
N
Ous fommes grand nombre de foeurs ,
De matiere diverſe, ainfi que de couleurs
Toutes fervant au même ufage ,
Mais fous different perfonnage ,
Nous changeons préfqu'à chaque pas ,
De figure , de nom , de viſage & d'appas »
Selon le goût capricieux du Maître ,
Qui le premier nous donne l'être ;
On nous expoſe aux injures du temps ,
A la critique des paffans ,
Et pour digne loyer de nôtre complaifance
Nous pendons la plupart au bout d'une po
tence.
2. vol.
F vj NOU
3102 MERCURE DE FRANCE
akakakakakakakakakakakakakak
NOUVELLES
LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE des Plantes de Provence ,
par Garidel , in fol . avec fig. A
Paris , rue Saint Jacques , chez Briaßon ,
1723.
HISTOIRE du Socinianifme , des erreurs
des Sociniens , & de leurs écrits.
Ibid. 4°.
HISTOIRE de Dom Juan de Portu
gal. Ibid. 1724. in 12 .
HISTOIRE du grand Schifme d'Occident
par Mainbourg , 1723. 2. vol . in 12.
Ibid.
INSTRUCTION fur l'Hiftoire de France-
& Romaine , par le Ragois , Ibid.
INTRODUCTION à la Philofophie , &
à la connoiffance de Dieu , & de foimême
, 1722. Ibid..
MAJORITE DES ROIS. A Rouen
&e. Ibid. in 8 ° 2. vol.
.4
2. vol.
METHO
DECEMBRE. 1725. 3103
METHODE pour apprendre la Geographie
, Par le François . Ibid. 1722 .
in 12.
SECRETS Concernant les Arts & Mé
tiers. Ibid. 1724. 4. vol. in 12 .
1
DIALOGUE fur la Mufique des Anciens
à M. de *** A Paris , chez
Noël Piffot. 1725. pag . 126 .
On a intitulé ce petit Ouvrage , Dialogue
fur la Mufique , parce qu'en effet
c'eft la principale partie d'une fost
belle lettre , de l'Auteur de laquelle on
ne nous dit pas le nom , & que l'on fuppofe
avoir été écrite de Paris à un homme
, qui , pour s'être retiré à la campagne
, n'en avoit que plus de goût , &
plus d'avidité pour apprendre tout ce
qui fe pafloit à la Ville.
>
On l'informa donc par cette lettre 5.
qu'un Muficien étranger , inventeur
d'une efpece finguliere de Tympanum
s'étant fait entendre avec de grands applau
diffemens à une Compagnie nombreuſe
affemblée chez Leontium, deux des Auditeurs
avoient, après qu'il fe fut retiré, pris
ccafion de parler de la Mufique
Theagene , partifan jufqu'à la veneration
de l'ancienne , avoit commencé par en
rapporter divers effets , plus furprenans.
, que·
2. vola
&
3104 MERCURE DE FRANCE.
& plus merveilleux les uns que es autres
; & que la difpute s'étant échauffée
par les réponſes de Callimaque ( qui
ne fe piquoit d'époufer aucune opinion
que pour fe menager fa liberté d'en
changer tant qu'il lui plairoit ) celui là
s'étoit engagé à prouver des propofitions;
l'une ,, que les Anciens nous égaloient
en inftrumens de Mufique ; l'autre ,
qu'ils nous furpaffoient , 1. dans l'expreffion
, 2. dans la délicateffe , 3. dans
la varieté , 4. enfin dans l'habitude &
dans l'exercice du chant . Theagene tient
parole , comme on en peut juger par le
dérail fuivi de tout ce qui fe dit fur ce
fujet.
Cette converfation fçavante finit par
l'éloge de Leontium , & cet éloge eft
fans contredit un des morceaux les
plus parfaits que nous ayons en ce genre:
car fi par les idées qu'il nous trace
, il est trés propre à faire revivre
la memoire de la fameufe Mic Lenclos
il ne l'eft gueres moins à nous faire regretter
la perte du judicieux & délicat
Ecrivain à qui nous le devons.
Le Public doit fçavoir gré à M. Morabin
de la publication de ce chef- d'oeu
vre , qu'il a pris la peine de revoir &
d'enrichir de notes qui lui donnent un
nouveau merite .
2. vol.
Nous
DECEMBRE 1725. 3105
Nous fuccombons à la tentation de fimir
ce petit Extrait par le orttait abregé
de Leontium , & nous croyons que
le Lecteur ne nous en içaura pas mauvais
gré.
1
Leontium , dit un des Interlocuteurs ,
vous auroit paru telle dans tous les temps
qu'elle vous paroît aujourd'hui . Comme
elle conferve dans l'efprit les mêmes
agrémens que l'on y a toujours trouvez,
elle a eu , toute jeune qu'elle étoit , cette
même folidité qui vous paroît peut -être
en elle le fruit des années & de l'experience
; & l'on a retenu des chofes qu'elle
a dites autrefois , qui prouvent qu'elle
reflechiffoit dans un âge , ou à peine les
autres font capables de penfer , & que
fa prévoyance lui reprochoit deflors les
temps de fa vie les plus éloignez ....
& ce qui eft encore à remarquer , c'eſt
que fon fiecle a changé de goût plus d'une
fois , que la mode n'a pas moins fait fentir
fon pouvoir fur la maniere de penſer
que fur celle de s'habiller , & que cependant
Leontium a été fucceffivement
du goût de tout le monde , fans être differente
d'elle - même , & qu'elle a toujours
été à la mode fans reffembler à
perfonne.... Combien a- t-on connu de
perfonnes , qui , ayant trouvé autrefois
des admirateurs ,, ont furyêcu à leur
2. vol.
nom
3106 MERCURE DE FRANCE
nom fans qu'il foit arrivé de changement
à leur efprit ? Vous verrez , reprit
Theagene , que les perfonnes don't
vous parlez avoient l'efprit de leur temps
& non pas le leur. D'où vient la comparaifon
que l'on en fait fi communément
avec les vertugadins & les colets moritez
qu'on voit dans d'anciens portraits ;
au lieu que quand on a un efprit à foi ,
on a un efprit de tous les temps , & qu'on
eft feur de plaire toûjours , par la même
raifon que certains autres portraits qui
ne reprefentent aucunes modes , mais des
ornemens fimples & naturels ( une coeffure
de fleurs , un voile , une draperie
legere ) ont le privilege de ne vieillir jamais.
Leontium eft un exemple bien ſen .
fible de cette difference ..... Ce qu'on
appelle des contes dans la bouche d'un
autre , font dans la fienne des ſcenes parfaites
, foit pour la reffemblance des caracteres
, foit pour la netteté ou la brie
veté du recit , où l'on ne peut rien retrancher
ni ajoûter. Vous me rappellez
dans ce moment , dit Callimaque , une
particularité que je tiens de Moliere luimême
, qui nous la raconta peu de jours
avant qu'il donna fon Tartufe , & qui
confirme bien ce que vous dites . Je
me reffouviens , dis- je , que me trouvant
dans une Compagnie où il étoit ,
2. vol. on
DECEMBRE 1725. 3107
on parla du pouvoir de l'imitation , nous
lui demandâmes , pourquoi le même ridicule
, qui nous échape fouvent dans
l'original , nous frape à coup fur dans fa
copie. Il nous répondit que c'eſt parce
que nous le voyons alors par
les yeux
de l'imitateur qui font meilleurs que les
nôtres : car , ajoûta - t - il , le talent de
l'appercevoir par foi-même n'eft pas don.
né à tout le monde. Là- deffus il nous
cita Leontium , comme la perfonne qu'il
connoiffoit fur qui le ridicule faifoit une
plus forte impreffion ; il nous apprit
qu'ayant été la veille lui lire fon Tartufe
, felon la coûtume de la confulter fur
tout ce qu'il faifoit , elle l'avoit payé en
même monnoye par le recit d'une avan
ture qui lui étoit arrivée avec un ſcelerat
à peu près de cette efpece ; dont
elle lui fit le portrait avec des couleurs
fi vives & fi naturelles , que fi fa piece
n'eut pas été faite , nous difoit- il, il
ne l'auroit pas entreprife , tant il fe feroit
crû incapable de rien mettre fur le
Theatre d'auffi parfait que le Tartufe de
Leontium.... Elle joint toutes les vertus
de nôtre fexe aux graces du fien ,
en dépit duquel elle s'eft mife au rang
des hommes illuftres . Comme le premier
ufage qu'elle a fait de fa raifon à été de
s'affranchir des erreurs vulgaires , elle
2. vol.
3108 MERCURE DE FRANCE.
a compris de bonne heure , qu'il ne peut
y avoir qu'une même morale pour les
hommes & pour les femmes , fuivant
cette maxime , qui a toûjours fait la regle
de fa conduite , il n'y a ni exemple
ni coûtume qui pût lui faire excuſer en
elle la fauffeté , l'indiſcretion , la malignité
, l'envie , & tous les autres défauts,
qui pour être ordinaires aux femmes ,
n'en bleffent pas moins les premiers devoirs
de la focieté . Mais ce principe qui
lui fait ainfi juger des paffions felon qu'elles
font en elles -mêmes , s'engage auffi
par une fuite necellaire à ne les pas condamner
plus feverement dans l'un que
dans l'autre fexe. C'eft pour cela , par
exemple , qu'elle n'a jamais pû ref
pecter l'autorité de l'opinion , dans l'injuftice
qu'ont les hommes de tirer vanité
de la même paffion , à laquelle ils attachent
la honte des femmes , jufqu'à en
faire leur plus grand , ou plutoft leur unique
crime , de la même maniere qu'on
reduit auffi leurs vertus à une feule , &
que la probité qui comprend toutes les
autres , eft une qualification auffi inufitée
à leur égard , que fi elles n'avoient aucun
droit d'y prétendre ... Mais fi Leontium
fe fouleve contre un préjugé fi
dangereux , qui en faifant de l'amour le
plus grand vice des femmes , femble leur
2. vol.
laiffer
DECEMBRE 1725. 3109
laiffer la liberté de s'abandonner à tous
les autres ; il faut convenir auffi qu'on ne
peut être plus éloigné qu'elle l'eft, d'une
autre extrêmité , je veux dire , de l'erreur
infenfée de ceux , qui fous le nom
de belle paffion , voudroient presque
ériger l'amour en vertu ; l'amour qu'elle
n'a jamais pris que pour ce qu'il eft ;
pour un goût fondé fur les fens , pour
un fentiment aveugle , qui ne fuppofe
aucun mérite dans l'objet qui fe fait naî-
› ni ne l'engage à aucune reconnoiffance
; en un mot , pour un caprice dont
la durée ne dépend point de nous , fujet
au dégoût & au repentir : & ce qui ſembloit
lui donner encore plus de droit de
le traiter ainfi , c'eft qu'elle reſervoit
toute fon eftime & toute la conftance pour
l'amitié , qui lui a toûjours paru une liaifon
refpectable , & dans laquelle elle ne
s'eft jamais permis ni legereté ni refroidiffement
, jufqu'à faire avouer à fes
amans , qu'ils n'avoient point de rivaux
plus à craindre que fes amis ; & c.
NUMISMATA Regum Parthorum , Pon
ti , Bofphori , & Bythinia . Autore J.
FOY VAILLANT , Bellov. D. Med. &
Regis antiq.
Cet Ouvrage contient deux volumes
in 4. Le premier renferme le Regne des
2. vol.
Arfa
3110 MERCURE DE FRANCE.
Arfacides , ou l'Hiftoire des Rois des Par
thes .
On voit dans le fecond volume leRegne
des Achemenides , ou l'Hiftoire des Rois
de Pont , du Bofphore , de Thrace , & de
Bythinie.
Chaque Volume contient plufieurs
Tables , entr'autres une de Chronologie,
& une des Auteurs dont il est fait mention
dans cet Ouvrage , qui fe vend chez
Moëtte , ruë de la Bouclerie , à l'Image
S. Alexis .
SAILLIES d'efprit, ou choix curieux de
traits utiles & agreables pour la conver
fation.
Après tous les Livres qui ont paru
fur les bons mots , les reparties vives , les
faillies d'efprit , &c. on avoit crû qué
cette matiere étoit épuifée. En effet , le
nouveau Compilateur de celui que nous
annonçons , ne donne prefque rien de
nouveau mais pour épargner bien du
temps à ceux qui entreprendroient de
lire de femblables Recueils , il a pris
toute la peine fur lui , il a fait un choix
curieux ; & il a tiré comme un Elixir
de fes differentes lectures. Cet Ouvrage
par confequent , outre l'avantage de la
nouveauté , aura celui de la brieveté. Le
Lecteur ne s'attend pas , fans doute , que
2. vol.
nous
DECEMBRE 1725. 3111
nous en donnions ici un Extrait . Nous
nous contenterons d'un Quatrain , par lequel
finit la premiere partie de ce Recueil
.
La Pologne aujourd'hui regle nôtre deſtin ,
Pour un Roi qu'autrefois elle tint de la
France ;
Elle fçait par reconnoiffance
Nous donner une Reine & promettre un
Dauphin,
On vient d'imprimer à Paris , ruë
S. Jacques , à la Fleur - de- lys d'or , chez
Jean- François Jofle , Libraire ordinaire
de Sa Majefté Catholique , la Reine
d'Espagne , feconde Douairiere , un Livre
nouveau in 12. d'environ 500.pages
, qui a pour titre , Nouveaux Effais
de Morale ou Confiderations Chrétiennes
fur les plus importantes verite de la Religion
, diftribuées par chaque Semaine
de l'Année , felon l'efprit & le ftile de
L'Imitation de Jefus- Chrift.
De la Roche , Libraire , Quay des
Auguftins , Robuftel , Chaubert & Com
pagnie , propofent par foufcription les
Poëfies d'Horace , difpofées fuivant l'ordre
chronologique , & traduites en François
, avec des Remarques & des Dif 2. vel,
Lerta$
112 MERCURE DE FRANCE.
fertations critiques , par le R. P. Sana
don , de la Compagnie de Jefus. L'Auteur
ornera cet Ouvrage d'une Preface
critique , où il rendra un compte détaillé
de fon travail. Il y ajoûtera la vie du
Poëte , tirée de fes Ouvrages , où l'on
verra les differens évenemens qu'Horace
avoit devant les yeux , & les pieces
qu'il a produites chaque année à cette
occafion. De plus cette Edition fera ornée
d'un Traité exact & methodique des
Vers d'Horace , & de deux grandes Tables
les plus exactes qu'il fe pourra ,
l'une françoife des matieres , & l'autre
latine des mots & des conftructions du
Poëte. La lecture du projet de foufcription
, qui fe diftribue actuellement chez
les Libraires indiquez ci -deſſus , & auquel
nous renvoyons le Lecteur ,
l'inftruira
plus particulierement des avantages
confiderables qu'aura cette Edition
au-deffus de toutes celles qui ont paru juſqu'à
prefent de cet Auteur. L'Ouvra
ge contiendra deux Volumes in 4. fur du
quarré fin d'Auvergne ; il fera imprimé
& mis en vente au mois de Mars
1727. les foufcriptions feront ouvertes
jufqu'au mois de Mars 1726. pour Paris
, & pour les Provinces & Pays étrangers
, jufqu'au 1. Avril de la même année.
Le prix fera de 14. livres pour le
2. vol₂
petit
DECEMBRE .
1725.
3113
pour
petit papier , dont on payera 7. livres en
foufcrivant , & 7. autres livres en retirant
l'Exemplaire , & de 24. livres
le grand papier , dont on payera 12. livres
en
foufcrivant , & les 12. autres livres
en
retirant
l'Exemplaire pour lequel
on aura foufcrit.
Le grand papier dont on tirera trèspeu
d'Exemplaires , fe vendra à ceux qui
n'auront
pas
foufcrit 36 , livres , & le petit
papier 20. livres.
ALMANACH DE PARIS , ou
Calendrier
hiftorique pour l'année 1726.
contenant
les chofes les plus
fingulieres qui fe paffent
à Paris à certains jours de l'année ,
l'origine &
l'inftitution des Fêtes , l'extrait
de la vie des
principaux Saints &
Saintes , les lieux où font leurs Reliques;
les Séances &
Vacations des
Tribunaux ,
Académies ,
Bibliotheques ,
Conferen
ces , & des
principales Foires de France,
A Paris , rue S.
Severin , chez
Jacques
=
Chardon , vol. in 12. de 141. pages fans
- la Préface.
$
-
Traité de la
conftruction & des ufages
- des
Inftrumens de
Mathematique , avec
les figures
neceffaires pour
l'intelligen
= ce de ce Traité ; dédié au Roi ,
troifiéme
Edition , revûë , & de
beaucoup aug-
-2. vole P mens
3114 MERCURE DE FRANCE.
mentée par le fieur Bion , Ingenieur dư
du
Roi pour les Inftrumens de Mathemati
que , Quay de l'Horloge du Palais , où
l'on trouve tous ces Inftrumens dans leur
perfection. A Paris , chez Michel Bru
net , Grande-Salle du Palais , au Mercure
Galant , Etienne Ganneau aux Armes
de Dombes , & Claude Robustel , ruë
S. Jacques , 1725. vol. in 4. Il paroît
que l'Auteur n'a rien épargné pour rendre
cette Edition des plus belles .
L'Inftrument , ou la Machine inventée
par M. du Fay, de l'Académie Royale des
Sciences, pour connoître l'Equation Solaire,
l'heure vraie tous les jours de l'année ,
& pour regler les Pendules & les Montres
, fe trouve toute montée avec fon
ufage , chez le fieur Bion , Ingenieur du
Roi pour les Inftrumens de Mathematique
, Quay de l'Horloge du Palais ; au
Quart de cercle.
Le Pere le Faure , Prêtre de l'Otatoire
, qui travailleà la continuation de
1'Hiftoire Ecclefiaftique du feu ” Abbé
Fleury , a publié le premier Volume de
cette continuation , dont on paroît trèscontent.
On va imprimer ici le Projet , & quel-
2. vola
ques
DECEMBRE
1725. 3115
ques fragmens d'un Dictionnaire Hifto-
Fique & Critique fur le plan de M. Bayle.
L'Ouvrage entier comprendra deux
Volumes in fol. & le Projet que nous
annonçons fera un petit in quarto.
·
Claude Antoine Briaffon , Libraire ,
rue S. Jacques , à la Science , imprime
actuellement une Brochure , qui a pour
titre : Deſcription Abregée d'une Horloge
de nouvelle invention pour la jufte
mefure du tems fur Mer , par M. Sully
Anglois , Horloger de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , approuvé par
Academie Royale des Sciences en
1724. Cet Abregé , qui n'eft que préparatoire
à une Defcription plus étendue,
à quoi l'Auteur travaille , eft fuivi de
l'approbation de l'Academie, & d'une Differtation
fur la nature des tentatives ,
pour la découverte des longitudes , &
fur l'ufage de les Pendules de mer , avec
figures .
Ce Livre fera publié dans le mois
de Janvier , & le vendra, comme cy- deſfus
, 30. fols , broché.
Il y a eu depuis le 28. du mois paffé ,
tous les Mercredis , des Affemblées chez
M. Sully , compofées de nombre de perfonnes
de la premiere diſtinction , Miniftres
& autres Seigneurs Etrangers
2. vol.
des G
3116 MERCURE DEFRANCE .
2
des principaux Officiers de la Mariñe
de plufieurs Meffieurs de l'Academie
des Sciences & autres Sçavans & ou-)
rieux . Le principal objet de M.p Sully:
dans ces Allembléés júfquià¡ préfenormal
été de démontrer publiquement par des
experiences auffi- bien que par des rai ,
fonnemens , les belles proprietez des Hörb
loges qu'il a inventé pour la jufte me
fure du tems fur mer , qui ont éténaps.
prouvez par l'Academies Royale edes
Sciences il y a deux ans , & dont il a
été parlé dans le Mercure du mois de
Juin 1723. & dans les nouvelles pus
bliques. On a été extrêmement fatisfait
de la perfection que cet Artifte afçu déjal
donner à fon invention , & l'on en efpere
un bon fuccès . "
}
Despareilles Affemblées fe , tiendront
au même endroit , ruë de la Comedie.
tous les Mercredis , depuis 5 heures juf
qu'à 8 heures , où toutes les perfonnes
qui aiment les beaux Arts , où qui s'y
diftinguent , feront reçûs, On s'entretien.
dra dans ces Aflemblées des matieres de
Phylique , de Mathematique au de Mechanique
, & de tout ce qu'on peut receuillir
des nouvelles découvertes , foit
d'ici ou des païs étrangers , tendantes à
la perfection des Arts & à Payancement.
des Sciences .
12,
2. vel.
New Nous
DECEMBRE 2017
"
• Nous hous propofons de rendre compte
an Public tous les mois de ce qui le pafabr
fern de plus intereffant dans ces Affem-b :
blées? qui font déja fort goutées des per
fonnes qui aiment les beaux Arts.25 2
29b 189 ansmoupilduq 191tucah ob ba
LETTRE enp forme de Diflertations
de M. Thomaffin , l'un des Ingenieurs en
Chef ordinaires du Roy écrite à un de !
fes amis , fur la découverte de la Colomne
de Cully & fur d'autres fujets d'Antiquité
de Bourgogne. A Dijon , de l'Imprimerie
d'Arnauld , Jean- Baptifte Augé,
in 82 pages 29. auch sel
$
L'Auteur , qui fe difpofe à publier un
Livre fur les Antiquitez d'Autun , donne
cette Lettre pour préparer les Auteurs
aux differentes Differtations qui y feront
contenues ; il dit d'abord que ce n'eſt
point à des Auteurs vivans qu'il faut attribuer
la découverte de la Colomne qu'on
voit à trois lieues de Beaune dans le territoire
du Village de Cutly ; que le fameux
Saumaife l'avoit vûe dès l'an 1619 .
& avoit jugé que cette Colomne pouvoit
bien avoir été élevée en l'honneur de
Jules Cefaro, après qu'il eut vaincu les
Suiffesil parle auffi des trois tentatives
qu'on a faites en different temps , pour
découvrir quelque chofe de curieux fous
sette Colomne , & il en promet une
Hal2,
G
P vol.
Gijs Def
3118 MERCURE DE FRANCE
Deſcription exacte. Il y marque en paffant
que les habitans de Beaune font très
mal fondez à prendre leur Ville pour
l'ancienne Bibracte de Cefar. Il s'étend
enfuite fur les Tombeaux du Village de
Quarrée proche Avallon , parce qu'il
a apris que le fentiment de M. Bocquillot
, Chanoine d'Avallon , qui a écrit
avant luy fur ces Tombeaux , commence
a être fuivi par quelques curieux du voi
finage ; nous n'avons point vu ce qu'il
dit nous avoir été envoyé là -deflus par
M. le Sous- Chantre d'Auxerre, pour apa
puyer le fentiment de M. Bocquillot ; fa
Diflertation a pû tomber en d'autres
mains. M. Thomaffin finit par quelques
remarques fur les grands chemins Ro
mains qu'on voit dans la Bourgogne , &
qui tendent toutes à détruire la préten
tion de la Ville de Beaune fur la Bix
bracte des Gaulois , 25 Hutto !
M. Nicolas Hartfoeker , Affocié étran
ger de l'Academie Royale des Sciences
de Paris , Membre de la Societé Royale
de Berlin , & cy - devant Profeffeur Ho
noraire en Philofophie dans l'Univerfité
d'Heydelberg , mourut à Utrecht le 10.
de ce mois dans la 70. année de fon âge,
étant né à Gouda le 26. Mars 1656 11
a compofé divers Quvrages , qui lui
1
2. vol . 1 avoient
DECEMBRE 1725.
HUDAIM
3179
Eshant
&
avoient acquis beaucoup de réputation ;
entr'autres celuy qui paroît imprimé fous
le titre de Conjectures Physiques : un état
de Dioptrique , publié en 1694. & divers
Memoires inferez dans les Journaux
& dans les Acta Eruditorum Ilalité,
en Manufcrit , un cours de Phyfique
complet qu'il avoit deffein de faire imprimer
, avec un Extrait de ce qu'il y
a de plus remarquable dans les Lettres
de M. Leerrenhoeck, de la Societé Royale
de Londres , fur les diverfes experiences
faites par par le moyen du Microſcope.
i
1
*
François Dumont , Sculpteur ordinaire
du Roy , Adjoint Profeffeur de
Academie Royale de Sculpture & de
Peinture dont nous avons parlé dans
le Mercure du mois de Juillet dernier ,
vient de pofer dans les deux Niches du
Portail de S. Sulpice qui regarde le Luxembourg
, deux figures de dix pieds de
proportion , dont l'une reprefente S. Jean
& l'autre S. Jofeph. Quoique le Public
ait admiré avec juftice le S. Pierre & le
S. Paul , oppofe ,
dont l'élegance des draperies , les attitu
des nobles & naturelles & la beauté jointe
à la verité des expreffions , n'ont rien
laiffé à fouhaiter , il femble que cet excellent
Sculpteur a voulu donner un nouqui
font
au
Portal
atti
12102. vol.
Giij yeau
3120 MERCURÉ DE FRANCE :
veau luftre à la réputation qu'il s'eft acquife
en montrant la fécondité de fon
genie , par l'heureuſe varieté qu'il répand
dans fes Ouvrages. Le S. Jean eft
prefque nud , une peau de Chameau dont
une partie eft jettée ſur ſon bras droit &
le refte lui ceint le milieu du
corps &
tombe jufques fur fes genoux , laiffe voir
la beauté & la jufte proportion des parties
du corps , qui ne font pas ailées à
mettre bien enſemble dans une figure de
cette grandeur. Il a le bras gauche appuyé
fur un tronc d'arbre & tient une croix
de rofeau , envelopée d'une banderolle .
Són bras droit eft étendu & l'avant bras
eft levé vers le Ciel. Il eſt aifé de juger
par cette attitude & par le caractere de
fon vifage , qu'il eft le Précurfeur de Jefus-
Chrift , qu'il eft plein de l'efprit de
Dieu , & qu'il annonce le Miftere de la
Rédemption. Le S. Jofeph tient de fa
main droite un lys , & porte fur fa gauche
un livre , fur lequel il femble méditer
profondément. Le caractere qu'on lui
donne dans l'Ecriture Sainte , eft parfaitement
marqué fur fon vifage ; la draperie
qui le couvre , jettée avec art , laiſſe
voir toutes les proportions . Quoique ces
deux Figures ne foient pas pour le prefent
dans leur point de veuë , elles ne
perdent rien de leur beauté , par le fini
* de
2. vol.
COMA TEM ong
1
site's litup cor qua el é fel unsy
Hoiab kunst al nem пs slaap silagestal
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Blob
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REG
96100386 & 63 ww wowpie qe
290169
DECEMBRE 1725. 3121
de l'ouvrage & par un nombre de parties
exactement déffinées, & renduës avec dilicateffe
& préciſion : enfin les quatre
Figures qui font le principal ornement
de l'un & de l'autre Portail , font , pour
parler le langage des Maîtres de l'Art ,
d'un très -grand goût & d'une très gran
de maniere.
Medaille de M. le Duc.
Cette Medaille a été frappée en l'année
1724. D'un côté ce Prince y eft reprefenté
en Bufte avec cette Infcription :
LUD. HEN. DUX BORBONIUS PR. REG.
ADMINISTER. & fur le revers , deux
belles figures de femme reprefentant
l'une la Paix , tenant d'une main un rameau
d'olivier , & de l'autre , un flambeau
allumé , avec lequel elle met le
feu à un Trophée d'armes. L'autre figure
reprefente l'abondance , tenant de
l'un de fes bras une corne d'abondance
, & pour Legende , ORDO FIDESQUE
PERENNANT, & dans l'Exergue
M. D CC XXIV. Cette Medaille eft
de M. Duvivier.
2. vol. G iiij SPEC
3122 MERCURE DE FRANCE .
4118
Naaaaaaakaaaaaaaaa-
En u
SPECTACLE SS1I22400077
eggsit
des
Ndaspromis de dire quelque chofe
nouvelles infans de la Jays Comedie
repreſentée depuis peu fur le
Théatre Italien . En voici un leger crayon .
Momus a épousé la joye , qui met au
monde trois enfans , Scaramouche , Pierrot
& Arlequin . Até ; Déeffe malfaifante
& du analheur s'introduit chez Momus
pour troubler la fête , où elle n'a point
été invitée , elle fait éclater fa fureur Ľ
i.
& annonce au pere que fes enfans feront
trois fcelerats ; Scaramouche un
matamore , Pierrot un fainéant , & Arlequin
un poltron , un gourmand & un
fripon , après quoi elle leur donne l'âge
& l'experience de trente ans . Momus
témoigne fa douleur. La Morale malgré
les imprécations d'Até , fe charge de l'éducation
des trois, enfans de Momus ;
elle promet de les inftruire , & fait confentir
les trois Graces à les époufer, Voi
ci une Fable recitée par Momus , qui
prouve qu'il y auroit du ridicule aux
hommes de vouloir corriger celui des
autres }
2. vol.
FABLE
..
DECEMBRE 1725.
3123
BLOE
a
Tous les gens d'un navire échapez du naufrage
,
alodo Pormoient paisiblement au bord
sibemoD'une me déferte && 29
fauvage von
al not usg vingeb. 99305191497
Où les avoit
Mitjettez le fort : 1
C
573:
US 19m finges,
Des finges , habitans
de l'Ifeol
sh -1919 ,Tandis que tout étoit t que tout étoit tranquille
l'introduifent dans le Vaiffeau , uhd Ɑ , MA , Giup3174 %
sabordara aumos
JioF
Et là cette gent libertine ,duort me
Fouille par tout , pille , butine ;
Chacun tire à lui fon morceau ,
Puis regagnant le bord de l'eau,
911A 2
AU $8
La Caravanne baladine or
ས་ ལ
Spl Defon brigandage nouveau ,
21teno Fait l'ufage qu'elle imagine ;
P
' .
Saxol's
Sur les pieds de derriere un d'entre eux fe
levant , ou asb nòisɔu . zumoM
-101 Marche à pas grave , & pédanteſque
D'une morgue fevere , & d'un air impofant
up Décorant fa face burlefque
gun 91stIDIL
Il hauffoit fa tête à l'évant , emme
zeb is
Et d'une robe dont la queüe
Traînoit après lui d'une lieuë ,
12.vol.
Gy Baloyo
3106 MERCURE DE FRANCE
1
nom fans qu'il foit arrivé de changement
à leur efprit ? Vous verrez , reprit
Theagene , que les perfonnes don't
vous parlez avoient l'efprit de leur temps
& non pas le leur. D'où vient la comparaifon
que l'on en fait fi communément
avec les vertugadins & les colets montez
qu'on voit dans d'anciens portraits ;
au lieu que quand on a un efprit à ſoi ,
on a un efprit de tous les temps , & qu'on
eft feur de plaire toûjours , par la même
raifon que certains autres portraits qui
ne repreſentent aucunes modes , mais des
ornemens fimples & naturels ( une coeffure
de fleurs , un voile , une draperie
legere ) ont le privilege de ne vieillir jamais.
Leontium eft un exemple bien fen .
fible de cette difference ..... Ce qu'on
appelle des contes dans la bouche d'un
autre , font dans la fienne des ſcenes
parfaites
, foit pour la reffemblance des caracteres
, foit pour la netteté ou la brieveté
du recit , où l'on ne peut rien retrancher
ni ajoûter . Vous me rappellez
dans ce moment , dit Callimaque , une
particularité que je tiens de Moliere luimême
, qui nous la raconta peu de jours
avant qu'il donna fon Tartufe , & qui
confirme bien ce que vous dites . Je
me reffouviens , dis - je , que me trouvant
dans une Compagnie où il étoit ,
2. vol. on
DECEMBRE 1725. 3107
on parla du pouvoir de l'imitation , nous
lui demandâmes , pourquoi le même ridicule
, qui nous échape fouvent dans
l'original , nous frape à coup fur dans fa
copie. Il nous répondit que c'eft parce
que nous le voyons alors par les yeux
de l'imitateur qui font meilleurs que les
nôtres car , ajoûta - t- il , le talent de
l'appercevoir par foi-même n'eft pas don
né à tout le monde. Là- deffus il nous
cita Leontium , comme la perfonne qu'il
connoiffoit fur qui le ridicule faifoit une
plus forte impreffion ; il nous apprit
qu'ayant été la veille lui lire fon Tartufe
, felon la coûtume de la confulter fur
tout ce qu'il faifoit , elle l'avoit payé en
même monnoye par le recit d'une avan
ture qui lui étoit arrivée avec un fcelerat
à peu près de cette efpece ; dont
elle lui fit le portrait avec des couleurs
fi vives & fi naturelles , que fi fa piece
n'eut pas été faite , nous difoit- il , il
ne l'auroit pas entreprife , tant il fe feroit
crû incapable de rien mettre fur le
Theatre d'auffi parfait que le Tartufe de
Leontium ..... Elle joint toutes les vertus
de nôtre fexe aux graces du fien ,
en dépit duquel elle s'eft mife au rang
des hommes illuftres. Comme le premier
ufage qu'elle a fait de fa raiſon a été de
s'affranchir des erreurs vulgaires , elle
2. vola
3108 MERCURE DE FRANCE.
,
a compris de bonne heure , qu'il ne peut
y avoir qu'une même morale pour -les
hommes & pour les femmes fuivant
cette maxime , qui a toûjours fait la regle
de fa conduite , il n'y a ni exemple
ni coûtume qui pût lui faire excufer en
elle la fauffeté , l'indifcretion , la malignité,
l'envie , & tous les autres défauts,
qui pour être ordinaires aux femmes ,
n'en bleffent pas moins les premiers devoirs
de la focieté. Mais ce principe qui
lui fait ainfi juger des paffions felon qu'elles
font en elles- mêmes , s'engage auffi
par une fuite neceffaire à ne les pas condamner
plus feverement dans l'un que
dans l'autre fexe . C'eft pour cela , par
exemple , qu'elle n'a jamais pû refpecter
l'autorité de l'opinion , dans l'injuftice
qu'ont les hommes de tirer vanité
de la même paffion , à laquelle ils attachent
la honte des femmes , jufqu'à en
faire leur plus grand , ou plutoft leur unique
crime , de la même maniere qu'on
reduit auffi leurs vertus à une feule , &
que la probité qui comprend toutes les
autres , eft une qualification auffi inufitée
à leur égard , que fi elles n'avoient aucun
droit d'y prétendre ... Mais fi Leontium
fe fouleve contre un préjugé fi
dangereux , qui en faifant de l'amour le
plus grand vice des femmes , femble leur
2. vol.
lailler
DECEMBRE 1725. 3100
laiffer la liberté de s'abandonner à tous
les autres ; il faut convenir auffi qu'on ne
peut être plus éloigné qu'elle l'eft, d'une
autre extrêmité , je veux dire , de l'erreur
infenfée de ceux , qui fous le nom
de belle paffion , voudroient prefque
ériger l'amour en vertu ; l'amour qu'elle
n'a jamais pris que pour ce qu'il eft s
pour un goût fondé fur les fens , pour
un fentiment aveugle , qui ne fuppofe
aucun mérite dans l'objet qui fe fait naître
, ni ne l'engage à aucune reconnoiffance
; en un mot , pour un caprice dont
la durée ne dépend point de nous , fujet
au dégoût & au repentir : & ce qui fembloit
lui donner encore plus de droit de
le traiter ainfi , c'eft qu'elle refer voit
toute fon eftime & toute fa conftance pour
l'amitié , qui lui a toûjours paru une liaifon
refpectable , & dans laquelle elle ne
s'eft jamais permis ni legereté ni refroidiffement
, jufqu'à faire avouer à fes
amans , qu'ils n'avoient point de rivaux
plus à craindre que fes amis ; & c.
NUMISMATA Regum Parthorum , Ponti
, Bofphori , & Bythinia . Autore
FOY VAILLANT , Bellov. D. Med. &
Regis antiq.
Cet Ouvrage contient deux volumes
in 4. Le premier renferme le Regne des
2. vol. Arfa
3110 MERCURE DE FRANCE .
Arfacides , ou l'Hiftoire des Rois des Par
thes .
On voit dans le fecond volume leRegne
des Achemenides , ou l'Hiftoire des Rois
de Pont , du Bofphore , de Thrace , & de
Bythinie.
Chaque Volume contient plufieurs
Tables , entr'autres une de Chronologie,
& une des Auteurs dont il eſt fait mention
dans cet Ouvrage , qui fe vend chez
Moëtte , ruë de la Bouclerie , à l'Image
S. Alexis .
SAILLIES d'efprit, ou choix curieux de
traits utiles & agreables pour la conver
fation.
Après tous les Livres qui ont paru
fur les bons mots , les reparties vives , les
faillies d'efprit , &c. on avoit crû qué
cette matiere étoit épuifée. En effet , le
nouveau Compilateur de celui que nous
annonçons , ne donne prefque rien de
nouveau mais pour épargner bien du
temps à ceux qui entreprendroient de
lire de femblables Recüeils , il a pris
toute la peine fur lui , il a fait un choix
curieux ; & il a tiré comme un Elixir
de fes differentes lectures. Cet Ouvrage
par confequent , outre l'avantage de la
nouveauté , aura celui de la brieveté. Le
Lecteur ne s'attend pas , fans doute , que
2. vol.
nous
DECEMBRE 1725. 3111
nous en donnions ici un Extrait . Nous
nous contenterons d'un Quatrain , par lequel
finit la premiere partie de ce Recüeil.
La Pologne aujourd'hui regle nôtre deſtin >
Pour un Roi qu'autrefois elle tint de la
France ;
Elle fçait par reconnoiffance
Nous donner une Reine & promettre un
Dauphin,
On vient d'imprimer à Paris , ruë
S. Jacques , à la Fleur- de - lys d'or , chez
Jean- François Jofle , Libraire ordinaire
de Sa Majefté Catholique , la Reine
d'Espagne , feconde Douairiere , un Livre
nouveau in 12. d'environ 509. pages
, qui a pour titre , Nouveaux Effais
de Morale ou Confiderations Chrétiennes
fur les plus importantes verite de la Religion
, diftribuées par chaque Semaine
de l'Année , felon l'efprit & le ftile de
L'Imitation de Jefus-Chrift .
De la Roche , Libraire , Quay des
Auguftins , Robuftel , Chaubert & Compagnie
, propofent par foufcription les
Poëfies d'Horace , difpofées fuivant l'ordre
chronologique , & traduites en François
, avec des Remarques & des Difs 2. vol.
ferta
:
$ 112 MERCURE DE FRANCE.
fertations critiques , par le R. P. Sana◄
don , de la Compagnie de Jefus. L'Auteur
ornera cet Ouvrage d'une Preface
critique , où il rendra un compte détaillé
de fon travail. Il y ajoûtera la vie du
Poëte , tirée de fes Ouvrages , où l'on
verra les differens évenemens qu'Horace
avoit devant les yeux , & les pieces
qu'il a produites chaque année à cette
occafion. De plus cette Edition fera ornée
d'un Traité exact & methodique des
Vers d'Horace , & de deux grandes Tables
les plus exactes qu'il fe pourra ,
l'une françoife des matieres , & l'autre
latine des mots & des conftructions du
Poëte. La lecture du projet de foufcription
, qui fe diftribue actuellement chez
les Libraires indiquez ci -deſſus , & auquel
nous renvoyons le Lecteur , l'inf
truira plus particulierement des avantages
confiderables qu'aura cette Edition
au-deffus de toutes celles qui ont paru jufqu'à
prefent de cet Auteur. L'Ouvra
ge contiendra deux Volumes in 4. fur du
quarré fin d'Auvergne ; il fera imprimé
& mis en vente au mois de Mars
1727. les fouſcriptions feront ouvertes
jufqu'au mois de Mars 1726. pour Paris
, & pour les Provinces & Pays étrangers
, jufqu'au 1. Avril de la même année.
Le prix fera de 14. livres pour le
2. vole
petit
DECEMBRE . 1725. 3113
5
petit papier , dont on payera 7. livres en
foufcrivant , & 7. autres livres en retirant
l'Exemplaire , & de 24. livres pour
le grand papier , dont on payera 12. livres
en foufcrivant , & les 1 2 , autres livres
en retirant l'Exemplaire pour lequel
on aura foufcrit.
Le grand papier dont on tirera trèspeu
d'Exemplaires , fe vendra à ceux qui
n'auront pas foufcrit 36 , livres , & le petit
papier 20. livres.
ALMANACH DE PARIS , ou Calendrier
hiftorique pour l'année 1726. contenant
les chofes les plus fingulieres qui ſe paffent
à Paris à certains jours de l'année ,
l'origine & l'inftitution des Fêtes , l'extrait
de la vie des principaux Saints &
Saintes , les lieux où font leurs Reliques ;
les Séances & Vacations des Tribunaux,
Académies , Bibliotheques , Conferences
, & des principales Foires de France.
A Paris , rue S. Severin , chez Jacques
Chardon , vol. in 12. de 141. pages fans
la Préface.
Traité de la conftruction & des ufages
des Inftrumens de Mathematique , avec
les figures neceffaires pour l'intelligen
ce de ce Traité ; dédié au Roi , troifiéme
Edition , revûë , & de beaucoup aug-
-2. vol₂
mene
3114 MERCURE DE FRANCE.
mentée par le fieur Bion , Ingenieur du
Roi pour les Inftrumens de Mathemati
que , Quay de l'Horloge du Palais , où
l'on trouve tous ces Inftrumens dans leur
perfection. A Paris , chez Michel Bru
Grande- Salle du Palais , au Mercure
Galant , Etienne Ganneau aux Armes
de Dombes, & Claude Robustel , ruë
S. Jacques , 1725. vol. in 4. Il paroît
que l'Auteur n'a rien épargné pour rendre
cette Edition des plus belles.
+
L'Inſtrument , ou la Machine inventée
par M. du Fay, de l'Académie Royale des
Sciences , pour connoître l'Equation Solaire,
l'heure vraie tous les jours de l'année ,
& pour regler les Pendules & les Montres
fe trouve toute montée avec fon
ufage , chez le fieur Bion , Ingenieur du
Roi pour les Inftrumens de Mathemati
que , Quay de l'Horloge du Palais ; au
Quart de cercle.
>
Le Pere le Faure , Prêtre de l'Oratoire
, qui travailleà la continuation de
1'Hiftoire Ecclefiaftique du feu Abbé
Fleury , a publié le premier Volume de
cette continuation , dont on paroît trèscontent.
On va imprimer ici le Projet , & quel-
2. vola
gues
DECEMBRE 1725.
3115
ques fragmens d'un Dictionnaire Hifto-
Fique & Critique fur le plan de M. Bayle.
L'Ouvrage entier comprendra deux
Volumes in fol . & le Projet que nous
annonçons fera un petit in quarto.
ruë
Claude - Antoine Briaffon , Libraire ,
rue S. Jacques , à la Science , imprime
actuellement une Brochure , qui a pour
titre Deſcription Abregée d'une Horloge
de nouvelle invention pour la jufte
mefure du tems fur Mer , par M. Sully ,
Anglois , Horloger de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , approuvé par
Academie Royale des Sciences en
1724. Cet Abregé , qui n'eft que préparatoire
à une Deſcription plus étendue,
à quoi l'Auteur travaille , eft fuivi de
l'approbation de l'Academie, & d'une Differtation
fur la nature des tentatives
la découverte des longitudes , &
pour
fur l'ufage de fes Pendules de mer , avec
figures.
Ce Livre fera publié dans le mois
de Janvier , & le vendra , comme cy-deſfus
, 30. fols , broché.
Il y a eu depuis le 28. du mois paffé
tous les Mercredis , des Affemblées chez
M. Sully , compofées de nombre de perfonnes
de la premiere diftinction , Miniftres
& autres Seigneurs Etrangers
Der vol,
des
G
3116 MERGURE DEFRANCE .
9
des principaux Officiers de la Marine ,
de plufieurs Meffieurs de l'Academie
des Sciences & autres Sçavans & cu- )
rieux . Le principal objet del M.p Sullydans
ces Allemblées jufquiài préfentonal
été de démontrer publiquement par des
experiences Tauffi-bien que par des raifonnemens
, les belles proprietez des Hor-t
loges qu'il a inventé pour la jufte mefure
du tems fur mer , qui ont éténapprouvez
par l'Academies Royale odes:
Sciences il y a deux ans , & dont il a
été parlé dans le Mercure du mois de
Juin 1723. & dans les nouvelles pus
bliques . On a été extrêmement fatisfait
de la perfection que cet Artifte afçu déjal
donner à ſon invention , & l'on en efpere:
un bon fuccès. El Ce

3
De pareilles Affemblées fe ,tiendront
au même endroit , ruë de la Comedie,
tous les Mercredis , depuis 5 heures juf
qu'à 8 heures , où toutes les perfonnes
qui aiment les beaux Arts , où qui s'y:
diftinguent , feront reçûs, On s'entretien
dra dans ces Aflemblées des matieres de
Phyfique , de Mathematique au de Mechanique
, & de tout ce qu'on peut receuillir
des nouvelles découvertes & foie
d'ici ou des païs étrangers , tendantes à
la perfection des Arts & à l'avancement.
des Sciences.
2
2. vel.
Now Nous
DECEMBRE 17
Nous nous propofons de rendre compte
an PublicAous les mois de ce qui le paſht
fera de plus intereffant dans ces Affem b
blées ? qui font déjà fort goutées des per- ^
fonnes qui aiment les beaux Arts.
29b 18 ansmoupilduq 191tucasb ob 9 :
LETTRE en forme de Differtation
de M. Thomaffing, l'un des Ingenieurs en
Chef ordinaires du Roy écrite à un del
fes amis , fur la découverte de la Colomne
de Cully & fur d'autres fujets d'Antiquité
de Bourgogne. A Dijon , de l'Imprimeried
Arnauld , Jean- Baptifte Augé,
in 82 pages 29. col sub
L'Auteur , qui fe difpofe à publier un
Livre fur les Antiquitez d'Autun , donne
cette Lettre pour préparer les Auteurs
aux differentes Differtations quiilyy feront
contenues ; il dit d'abord que ce n'eft
point à des Auteurs vivans qu'il faut at
tribuer la découverte de la Colomne qu'on !
voit à trois lieues de Beaune dans le térritoire
du Village de Cully ; que le fameux
Saumaiſe l'avoit vûe dès l'an 1629 .
& avoit jugé que cette Colomne pouvoit
bien avoir été élevée en l'honneur de
Jules-Cefar , après qu'il eut vaincu les
Suiffes il parle auffi des trois tentatives
qu'on a faites en different temps , pour
découvrir quelque chofe de curieux fous
cette Colomne , & il en promet une
C
quel2 , vol. Gijs Def
3118 MERCURE DE FRANCE
Defcription exacte. Il exacte. Il y marque en paffant
que les habitans de Beaune font très
mal fondez à prendre leur Ville pour
l'ancienne Bibracte de Cefar. Il s'étend Segelar, illas
enfuite fur les Tombeaux du Village de
Quarrée , proche Avallon , parce qu'il
a apris que le fentiment de M. Bocquillot
, Chanoine d'Avallon , qui a écrit
avant luy fur ces Tombeaux , commence
a être fuivi par quelques curieux du voifinage
; nous n'avons point vu ce qu'il
dit nous avoir été envoyé là- deffus par
M. le Sous Chantre d'Auxerre, pour apa
puyer le fentiment de M. Bocquillot ; fa
Differtation a pû tomber en d'autres
mains . M. Thomaffin finit par quelques
remarques fur les grands chemins Ro
mains qu'on voit dans la Bourgogne , &
qui tendent toutes à détruire la prétent
tion de la Ville de Beaune fur la Biz
bracte des Gaulois ,
ah Hatto¶
M. Nicolas Hartfoeker , Affocié étran
ger de l'Academie Royale des Sciences
de Paris , Membre de la Societé Royale
de Berlin , & cy -devant Profeffeur Honoraire
en Philofophie dans l'Univerfité
d'Heydelberg , mourut à Utrecht le 10.
de ce mois dans la 70. année de fon âge,
étant né à Gouda le 26. Mars 1656 11
a compofé divers Quvrages , qui lui
J
2. vol. avoient
DECEMBRE$149 HIM
1925M3245
avoient acquis beaucoup de réputation
entr'autres celuy qui paroît imprimé fous
le titre de Conjectures Phyſiques ; un état
de Dioptrique , 1694. & di-
Sun
publié ee brot
vers Memoires inferez dans les Journaux
& dans les Acta Eruditorum lalité,
en Manufcrit un cours de Phyfique eh
complet qu'il avoit deffein de faire imprimer
, avec un Extrait de ce qu'il y
a de plus remarquable dans les Lettres
de M. Leerrenhoeck , de la Societé Royale
de Londres , fur les diverfes experiences
faites par le moyen Microſcope. du
Microſcope
.
a ; solliupbo i
29 François Dumont , Sculpteur ordinaire
du Roy , Adjoint Profeffeur de
l'Academie Royale de Sculpture & de
Peinture , dont nous avons parlé dans
le Mercure du mois de Juillet dernier,
vient de pofer dans les deux Niches du
Portail de S. Sulpice qui regarde le Luxembourg
, deux figures de dix pieds de
proportion , dont l'une reprefente S. Jean
& l'autre S. Jofeph . Quoique le Public
ait admiré avec juftice le S. Pierre & le
S. Paul qui font au Portail oppoſe
dont l'elegance des draperies , les attitu
des nobles & naturelles & la beauté jointe
à la verité des expreffions , n'ont rien
laiffé à fouhaiter , il femble que cet excellent
Sculpteur a voulu donner un nouqui
vol. Giij yeau
3120 MERCURE DE FRANCE :
veau luftre à la réputation qu'il s'eft ac
quiſe en montrant la fécondité de fon
genie , par l'heureuſe varieté qu'il répand
dans les Ouvrages. Le S. Jean eſt
prefque nud , une peau de Chameau dont
une partie eft jettée ſur ſon bras droit &
le refte lui ceint le milieu du corps &
tombe juſques fur fes genoux , laiffe voir
la beauté & la jufte proportion des parties
du corps , qui ne font pas aifées à
mettre bien enfemble dans une figure de
cette grandeur. Il a le bras gauche appuyé
fur un tronc d'arbre & tient une croix
de rofeau , envelopée d'une banderolle .
Són bras droit eft étendu & l'avant bras
eft levé vers le Ciel. Il eft aifé de juger
par cette attitude & par le caractere de
fon vifage , qu'il eft le Précurfeur de Jefus-
Chrift , qu'il eft plein de l'efprit de
Dieu , & qu'il annonce le Miftere de la
Rédemption. Le S. Jofeph tient de fa
main droite un lys , & porte fur fa gauche
un livre , fur lequel il femble méditer
profondément. Le caractere qu'on lui
donne dans l'Ecriture Sainte , eft parfaitement
marqué fur fon vifage ; la draperie
qui le couvre , jettée avec art , laiſſe
voir toutes les proportions . Quoique ces
deux Figures ne foient pas pour le prefent
dans leur point de veuë , elles ne
perdent rien de leur beauté , par le fini
2. vol. de
SATO NELCOME DE LKVZCSfl'e litup po aqui el é od unsy
lugnt nem ne slup at en
gour
15fla noille si ag,tvnO al zith banqBu bet
bioqda , unyɔ
juanLGHTS ATLISLE
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34 11016 2410 пol vul 93229; f.9 sinq 90%
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діяBICYCLES
1150REG
PR
Tagpaing slangt
ADMINISTER
96 100 & Bet mu noшpic qe buca
DECEMBRE 1725. 1725. 3121
de l'ouvrage & par un nombre de parties
exactement déffinées, & renduës avec dilicateffe
& préciſion : enfin les quatre
Figures qui font le principal ornement
de l'un & de l'autre Portail , font , pour
parler le langage des Maîtres de l'Art ,
d'un très - grand goût & d'une très gran
de maniere.
Medaille de M. le Duc.
Cette Medaille a été frappée en l'année
1724. D'un côté ce Prince y eft reprefenté
en Bufte avec cette Infcription :
LUD. HEN. DUX BORBONIUS PR. REG.
ADMINISTER. & fur le revers , deux
-belles figures de femme reprefentant ,
l'une la Paix , tenant d'une main un rameau
d'olivier , & de l'autre , un flambeau
allumé , avec lequel elle met le
feu à un Trophée d'armes. L'autre figure
reprefente l'abondance , tenant de
l'un de fes bras une corne d'abondance
, & pour Legende , ORDO FIDESQUE
PERENNANT, & dans l'Exergue
M. D CC XXIV. Cette Medaille eft
de M. Duvivier.
2. vol.
G iiij SPEC
3122 MERCURE DE FRANCE.
Mababak
SPECTACLE SI 20T En 5
O
nouvelle
99sit
KNdaspromis
de dire quelque chofe
des Enfans de la Jaye Comedie
, reprefentée depuis peu fur le
Théatre Italien . En voici un leger crayon .
Momus a épousé la joye , qui met au
monde trois enfans , Scaramouche , Pierrot
& Arlequin
. Até
31s'introduit chez Momus
& du analheur
Déelle malfaifante
pour troubler fa fête , où elle n'a point
été invitée ; elle fait éclater fa fureur
& annonce au pere que
fes enfans feront
trois fcelerats ; Scaramouche un
matamore , Pierrot un fainéant , & Arlequin
un poltron , un gourmand & un
fripon , après quoi elle leur donne l'âge
& l'experience de trente ans . Momus
témoigne fa douleur. La Morale malgré
les imprécations d'Até , fe charge de l'éducation
des trois, enfans de Momus ;
elle promet de les inftruire , & fait confentir
les trois Graces à les époufer, Voici
une Fable recitée par Momus , qui
prouve qu'il y auroit du ridicule aux
hommes de vouloir corriger celui des
autres.
2. voldsom
de
FABLE
.
1
DECEMBRE
UP250
3123
A BOLE
2
Tous les gens d'un navire échapez du naufrage
,
aloda Pormoient paifiblement au bord
aibamoD'une
me déferte & fauvage von
sl ui am ibqab. 99309191997
"Ou les avoit
C
US 19m
At jettez le fort :

Des finges , habitans de l'Ifeol
AaiupaA
H
-1919 , Tandis que tout étoit tranquille ,
saliesintroduifent dans le Vaiſſeau
zumos jaborare
cu
Et là cette gent libertine , duort nu
1911Fouille par tout , pille , butine ,
Chacun tire à lui fon morceau ,
Puis regagnant le bord de l'eau,
911A B
La Caravanne baladine le
nu ara
epal De fon brigandage nouveau ,
ano Fait l'ufage qu'elle imagine ;
Sur les pieds de derriere un d'entre eux fe
levant sinu asb nöisɔol
- Marche à pas grave , & pédanteſque
D'une morgue fevere , & d'un air impofant
M
up Décorant fa face burlefque, ovunq
Il hauffoit fa tête à l'évant , smport
sob is
Et d'une robe dont la queüe
Traînoit après lui d'une lieuë ,
2. vol. Gy Baloyo
3424 MERCURE DE FRANCE.
(919 anBaloyoit lenſable mouvant.alaT}
L'autreyle plumet fur la tête
ism Lair étourdi vif & mutingo usib A
Ti ta ta contre fon voiſin ,
.913
anchrisda al 10 I
S'efcrimoit d'une longue brette
Seclarè elgoi no
Un autre avec un ris malin
apsribed us and runot s
Barbouilloit fur une tablette ;
Celui- ci faifoit le Poëte ,
Cerquei quos 90 1989
Et celui- là le fpadaffin :
~ Dans un miroir de toilette you
Trouvé parmi le butin ,
Une guenon difforme & vieille
EL PIEM
Cherchoit de petits airs fripons , el
de
cent brimborion
Peinturoit fon muſeau , s'ajuftoit fur l'o- 3 borio
Oreille
THE "TUATII
2900 Un moulinet & des pompons oxime
prom
Et fe trouvoit belle à merveilleasvid
Nos gens venant à s'éveiller
5119Ɔ
A certe rare mafcarade , snpopul
Prirent un plaifir fingulier Idensis " J
Et de l'animal familier
"
50% lo sİ
Ils admiroient tous la boutade;
Quand ne voila-t-il pas deux foux I 24 vol.
Tels
DECEMBREU723M , 3125
(Tels que vous , & moi pourrions être)
Qui lapident les lapajouxun I
Adieu Robin ,rimeur, coquette sipetit maître.
niliov not a002 £1 £ 1 iT
fe débarraffant
Le
magot
De fon ridicule étalage ,
rilen 22 nu SYSTER AU
Ne fongea plus au badinage
Et fe fit en difparoiffant
51504 of riglish p -inisƆ
Regretter de tout l'équipage.
Voyez vous , Madame la morale.
Les hommes extravaguent tous ,
Mais ne leur jettons point de pierre ;
Plus dede ridicule fur terre ,
De quoi nous divertirons nous ?
-ol wl som ?
L'ITALIENNE FRANÇOISE , Comedie
en trois Actes , avec un Prologué & des
Divertiffemens
. ponovnen
Cette Piece Françoife en profe fut reprefentée
fur le Théatre de l'Hôtel de
Bourgogne , le Samedi 15. de ce mois.
L'affemblée fut des plus nombreuſes , &
le Prologue fut applaudi ; le 1. Acte de la
Piece fut à peine écouté , & les deux
derniers ne le furent point du tout.
Les Comediens Italiens , à la priere
elsT 2. vol. Gvj
de
36 MERCURE DE FRANCE.
de l'Auteur , qui ne s'eſt pas fait connottre
opprnherent la Piece & ne dón→
nerent le Lundi d'après que le Prologuej
précedé de la Surprise de l'Amoura Mais
plufieurs perfonnes engagerent les Co
mediens à donner une feconde reprefent
tation de taliennes Françolfe, pour pou
voir juger fi elle meritoit le mauvais fort
qu'elle avoit eu. Elle parut faire plaifir
à cette feconde repreſentation , ayant été
écoutée avec attention i
Au Prologue le Theatre reprefente une
folitude , Arlequin & Pantalon fatiguez a
long voyage qu'ils ont fait , difent qu'ils
ne peuvent pouffer plus loin , & qu'ils ne
fçavent à qui s'adreffer pour trouver la
Fée bienfaifante qu'ils cherchent depuis fi
long-temps . Après une Scene fort courte
une agréable fimphonie fe fait, entendre ,
un Rocher fe fepare en deux , on Ten
voit fortir deux Fées qui forment lune
danfe gracieufe ; la Fée bienfaifante paroît
, & demande à Arlequin & à Panta
lon le fajet qui les attire à quoi Arlequin
répond qu'il vient lui porter fes
plaintes & la prier de répandrenfes
bienfaits fur lui & fur fes Camarades;›il
lui raconte que les Comediens François
pendant le féjour que la Troupe Italienne
a fait à Fontainebleau , fe font avifez par
le confeil de la Folie , d'introduite fur
2. vo!.
leur
DECEM BREяM 17
T
leur Theatre les caracteres Italiens , &
qu'une jeune Actrice joue le rôle d'Arlequino
Pantalon fe plaint qu'un Gomique
François l'a contrefait. La Fée sleur
confeille de les contrefaire à leur rOUS &
Arlequin & Pantalon sexcufent fut ce
qu'ils ne poffedent pas allez bien la Langue
Françoife pour y pouvoir réuffir la
Féelles touches de fa baguette , & leur
donne le talent de l'imitation Arlequin
contrefait Hector dans fon Monologue du
Joueurs Pantalon copie M. Thibaudois
dans l'efprit de contradiction . La Fée qui
s'apperçoit que ces Acteurs trouvent des
difficultez dans ce qu'elle leur propoſe ,
leur promet d'infpirer à une de leurs
camarades plus entreprenante , le deffein
de contrefaire un des caracteres de la
Comedie Françoife ; & pour les amufer
par un fpectacle plaifantjelle fait paroître
plufieurs genies familiers qui reprefentent
les caracteres du Theatre François.
On voit auffi - tôt Fourceaugnac , Sganarelle
Bafquin , le Docteur en Payfam,
M. & Madame de Sottenville , précedez
d'un Valet qui porte une lanterne au
bout d'un bâton , le malade imaginaire
avec fai petite fille Loüifon , un Romain
avec fon confident de Romain chante
un grand air qu'il adreſſe aux Comediens
Italiens, en leur difant, qu'ils efper
7
1
anal2. vol. rent
3128Ɛ MERCURE DEMININ
DE FRANCE
rent envain , pouvoiroles contrefaire ,
qu'ils font inimitables dans tous les rô
les qu'ils reprefentent . Après cet air qui
eft fort beau , & dans lequel le fieur
Mouret a ingenieufement dépeint les differens
caracteres des Comediens François
, foit dans le rendre , foit dans la
fureur , l'orcheftre joue un Vaudeville
danfé par Pafquin & par Sganarelle . Le
Romain chantesfur l'air du Vaudeville
les paroles fuivantes i al sist eionuoq
Le Romain aux Italienzuiq xuA .
Par l'avis de la Folie
2222 nibed in?
Myer al 13
Qui nous comble de bienfaits ,
Fameux Acteurs d'Italie , ૧૯૬૩ મ
Nous vous avons contrefaits
Cela fent un peu la Foires
Mais malgré ce qu'on en dit ,
;
Nous en avons moins de gloire
Et plus de profit .
gore not st singles
La Chanteufe de la Comedie Italienne
La jeune Actrice nouvelle mêm duo d * .
Dont on vante tant la voix , ub zal zuo; (3
Dans l'Italien excelle ,
ci a
Comme moi dans le François no. 193
2. vol.
DECEMBRE
MATT A JOBIM 3328
Il lui manque encor levrefte , nisva
Et pour me bien copiedamini no) aliup
Tuis 193 251 Anstnsleger di'up as !
Ce n'eſt pas affez du gefte und 1101 fle
bfaut
R
leigofionemolusinggai & 19100M
-17 ansibamoƆ asb 297 29
sl asb siol Rafquin. 2nsb dio) , ziop
silivsbu V no
C.
daro usb
Mes talens pour le Comique qurb
Ont charmé les fpectateurs nismo A
Je pourrois
faire la nique viul colonnq as
Aux plus agiles fauteurs .
Je fuis badin dans mes rôles ,
Et fans regle dans mes pas »
Je plais par mes cabrioles ,
Et mes entre- chats.
Pantalon, Jual sleg
Le Gros Pierrot de la Foire
M'a contrefait le premier
Pafquin fe fait une gloire
De pouvoir me copier
»
30
งา
Ils ont la même marottebog 95 nib
Et tous les deux pour ce trait
Meritent que la Calotte
Leur donne un brevet .
2. vol.
Arle
3130 MERCURE DE FRANCE .
Sup allsupost up tibiul sid
Arlequin aux Comediens
251 155ediens François. 1 100 j
297a Labfence de Melpomenet liup 297
a e no batup , 29lorsq esb ang
Yous avoir tous consterne
lam suplup
Onidéfettait vôtre fcenel anlls Tog
Vous étiez abandonnez
1009
slor solls'up
DiteM, suas exist, s1, job tup 9p6izam sl
chute étoit feureɔ Livlič 8
Oui ,
votre
Sans le mafque d'Arlequin , up mating
Il me falloit ma figure ,iftsup no sitsm
nigi ma jiflever st saidmoloƆ
Et mon cafaquin .
SV19 13 st dad Isvпon 95 200}
Après ces couplets les Comediens
Fran
çois danfent
une contre danfe fort bien
imaginée
fur l'air du Vaudeville
, & à la fin de la danfe un Apotiquaire
& quatre
Mataffins
avec des, Seringues
pourfuivent
Pourceaugnac
qui s'enfuit
, & le Prologue finit.diego
) alto
s ! TUC
Sarapiqu
Gun L'Italienne Françoife. Extrait. ~ .. ~
$119Nous ne donnerons qu'une legere idée
de cette Piece. Voici dequoi il s'agit.
Mario veut époufer Silvia malgré les
engagemens qu'il a depuis long- temps
avec Lucinde , dont il eft tendrement aimé.
Lucinde informée de l'infidelité de
Mario , s'en plaint à Colombine qui eft
entrée depuis peu à fon fervice ; Colom
2. vol.
bine
DECEMBRE
13zim 1725. gıza
bine lui dit qu'elle ne fera
fe bhainard 291090 KNK MINRINK que
elle n'avancera point fes
affaires , & qu'il faut des actions . & non
pas des paroles , quand on eft menacé de
quelque malheur . Elle lui promet d'agir
pour elle , fans lui faire part du projet
qu'elle roule dans fa tête pour rompre
le mariage qui doit le faire entre Mario
& Silvia. Ce projet confifte dans un déguilement
qui donne le titres à la Cơmedie
en queſtion . s soli em 1
Colombine fe traveftit en Criſpin , &
fous ce nouvel habit , fe met au fervice
de Mario. C'eſt au grand regret d'Atlequin
, déja Valet de Mario & qui ne
peut fouffrir qu'un nouveau domeftique
vienne le fupplanter , ou du moins partager
avec lui la confiance de fon Maître .
Il témoigne d'abord une averfion fecrette
pour le Crifpin femelle. Crifpin prévoyant
les effets que fon fexe , quoiqu'inconnu
à Arlequin , produira fur fon coeur,
lui demande fon amitié , & pouffe les
avances jufqu'à l'embraffer. Arlequin
ne comprend rien dans les mouvemens
qui l'agitent ; il fçait qu'il devroit haïr
Crifpin , & cependant il fent qu'il l'aimė
malgré qu'il en ait . Cette Scene a fait
plaifir , mais on croit que l'Auteur en auroit
fait encore davantage , s'il avoit fuivi
la même idée dans une autre Scene qui
J
Said 2. vol.
Jos of Le
3132 MERCURE DE FRANCE .

fe palle entre Crifpin & Rofette . En
effet , au lieu que cette derniere devient
amoureufe de Crifpin , on auroit fouhaite
que toutes les avances que Crifpin
lui sauroit pu faire ' cullent rien produit
fur fon coeur par la même raifon qu'el
les ont beaucoup produit fur celui d'Arlequin
. Rolette auroit dû fentir que Crif Scompin
étoit d'un même fexe qu'elle , comme
Arlequin avoit fenti qu'elle étoit d'un
fexe different du lien. Revenons au pro
jet de Colombine traveftie en Crifpin.
Mario la charge de porter une Lettre
à Silvia qu'il doit époufer : Colombine
eft ravie que fon nouveau Maitre lui
donne une pareille commiffion , dont elle
va profiter pour rompre le mariage qui
fait tant de peine à fa veritable Maîtreffe.
Elle apprend à Silvia les engagemens de Mario avec Lucinde . Ces

.
ΠΟ
confiftent en promeffes de mariage par
écrit, Silvia qui n'époufoit Mario que
pour obéir à fon pere , & qui panchoit
du côté de Lelio fon premier amant , prie
Pantalon fon pere de differer de huit
jours le mariage arrêté ; ce délai donne
le temps d'approfondir tout ce que Crifpin
a infinué à Silvia contre Mario . Ce
dernier retourne à Lucinde qui éroit
prêt à trahir , & Lelio époufe fa chere
Silvia qui ne le quittoit qu'à regret ."
nera
2. vol.
Voilà
105
DECEMBRE U7253 M 34 33
In
Voila toute l'action de cette Piece . Il
Sa
eft aife de fentir qu'il n'y en a pas allez
pour comporter trois Actes , & que le
traveltillement de Colombine n'a fervi
qu'à donner le titre à la Comedie , &
qu'a contrafter avec celui de la Piece
des Comediens François , en un mot , on
ayoulu oppofer l'Italienne Françoife à la
France Italienne . Le public a jugé en fayeur
de la derniere ; nous ne croyons
en doive appellerstub
9x3
pas quen en doiv
gigli pasilevers evidqolgDish tex
996 , de ce mois l'Académie Royale
Le 16 .
de Munique donna la derniere reprefenta .
tion de Telegone , dont nous avons donné
l'Extrait , & le 2-3 . on remit au
Theatre Aty's , Tragedie qui n'avoit pas
été jouée depuis plus de 15 ans. Cette Piece
a été parfaitement bien reçûë du
public qui l'attendoit avec impatience ,
& on n'a rien épargné , foit en habits ou
en décorations de tout ce qui pouvoit
contribuer à la faire féüffir. Cet Opera
fut reprefenté à Paris pour la premiere
fois en 1676. Le feu Roi en fit donner
une fuperbe repreſentation en 1682. au
Château de S. Germain en Laye , où les
Princeffes & les principaux Seigneurs
de la Cour danferent devant S. M. Les
Fôles à cette derniere reprife ont été fort
bien diftribuez , ceux du Prologue qui £lio 2. vol.
repre$
134 MERCURE DE FRANCE
reprefentent le Temps , Flore & Melpomene
font remplis par le heur Challe ,
& parules Diles Hermance & Antier , cadette
, Dansula Piècebeu du Roi de
Phragit d'Atys & da Fleuve Sangar
fout jouezlapar les heurs Thevenard ,
Muraire & du Bourg , & les rôles de Cybele
& de Sangaride font reprefentez
par les Des Antier & le Maure . Entre
les meilleurs Acteurs qui contribuent au
à
grand fuccès de cet Opera , le Public
diftingue le fieur Muraire , dont la voix
& l'action enchantent les oreilles, & les
yeux touchent le coeur.ggs
xfquchent
coeur.10
**

Le fieur Pierre Trochon de Baubourg,
Comedien du Roi , qui avoit fuccedé au
fieur Baron , quand celui- ci fe retira en
1691 dans les rôles ferieux & d'amou
reux Comiques , & qui s'étoit retiré de
puis le mois d'Avril 1718. mourut à
Paris , âgé de 63 , ans , le 27. de ce mois,
dans de grands fentimens de pieté. Il étoit
très- bon Comedien , quoique fujet à
confondre les plus beaux endroits d'une
Piece avec les mediocres , qu'il declamot
fouvent avec un égal entoufiafme . Il
étoit affez bien fait plus laid que beau ,
mais il n'avoit rien de bas.
ble^2 .
Ade
• On apprend de Naples que le 2. de
2. vol.
ce
DECEMBRE 225M 3135
ce mois on donna fur le Theatre de Saint
Barthelemi , la premiere reprefentation
de l'Opera d'Aftianax qui a été univer
fellement applaudi , La Mufique eft du
celebre Vinci Maître de la Chapelle
Royale du Palais du Cardinal Viceroidol
Makakakakaka
gruod ub 110M
22 29 150
sund spath
OUVELLES DU TEMPS.
pildu sl . 61590 195 ob sont bang
ol xiov al nob TURQUIE l sugnistib
ellioto asl instindore mois 18
esl
Q
N
O apprend de Conftantinople que
Parmee du Grand Seigneur contil'armée
nue de faire des conquêtes très- confide
rables dans la Perfe. Le Bacha de Babilone
qui la commande , s'eft rendu maître
de la Province de Loreftan & de la
gomis b 39
Ville Capitale dont elle porte de nom™,
& dont les habitans avoient chaffe Ali-
Meidan leur Gouverneur , qui par fon
obftination à foutenir le fiege , les expofoit
à être paffez au fil de l'épée , comme
ceux de la Ville de Tauris , dont l'exem ,
ple les a intimidé.oibsmelova SOŠÍ
20m 99,90
11
Après cette conquête le Bacha de Babilone
a continué la marche vers Ifpahan ,
qui n'eft éloigné de Loreftan que d'environ
22. Parafangues ou lieuës de Perfe
On Ine doute point qu'il ne s'empare de
2. vol.
Cette
1 Jou
8136 MERCURE DE FRANCE .
cette Capitale , parce que le nouveau
Chef des Rebelles qui en eft encore Maitre
, n'a pas plus ddee 10000. homines ,
pour la défendre.
Muftafa Bacha , Seraskier , qui ccoommi
mande un autre corps de troupes Ottomanes
, s'eft emparé de plufieurs autres
places dans les Provinces de Schirvan &
de Ghylan .
ܐ
Il
71
La Ville d'Erdebet s'eft foumiſe à un
autre General Turc , & le Gouverneur
d'Erzerum a pris d'affaut celle de Gandia
, fituée à l'extrênité feptentrionale
de la Province d'Erivan , & la plus coufiderable
de tout le pays par confequent.
y a eu quelque trouble dans les
Etats de Crimée dépendans de la Forte ,
plus de So. Myrfas ou Seigneurs du pays .
ayant eu avis que , le Gr . S. de concert.
avec le Kan des Tartares , vouloit fe faifir
d'eux pour établir une domination
arbitraire dans la Crimée , fe font abou-,
ché avec le Sultan Deli , Prince de Circaffie
, frere cadet de ce Kan & ayant 1
raffemblé les Tartares du Petit Nagaya ,
de la Circaflie , de la grande Tartarie
un grand nombre de Tartares Calmouques
& les Cofaques de Zaporow , ils
ont marché du côté de Kafichierme , ré--
folus d'attaquer le Kan des Tartares , &
2. vel
de
DECEMBRE 17254 13 37
de le chaffer , ainfi que les
font ans la Circaffie..
s Tures
qui
On apprend de Conftantinople que le
Grand Vifir avoit donné une audiance
particuliere au Major, General Romanshoff
Envoyé extraordinaire de la Czarie
dans laquelle il lui avoit fait enque
le
: nommer E EMVOJ
པ ༑
lre
ne poupour
aller
regler avec lui les limites des Provinces
conquifes
fur la Perfe , tant que les troubles
de ce Royaume
dureroient
. Ces lettres
ajoutent
que les nouvelles
de la
Perfe continuent
d'être favorables
, &
Perfecontinues
que la plupart des Gouverneurs
des places
frontieres
des Frovinces
, actuelle
nient occupées par les les troupes Ottoma
nes venoient en offrir les clefs aux Generaux
du G. S. afin de fe garantir du
pillage , & d'obtenir la confervation de
emplois .
Les dernieres Lettres qu'on a reçues
de Conftantinople , portent qu'il étoit
arrive un Courier avec la nouvelle de
l'arrivée du Bacha de Babilone devant
Ifpahan , dont il avoit formé le fiege.
armée de plus de 70000. hommes
, & qu'on attendoit à chaque inftant)
celle de la prife de cette Ville , Capitale'
de la Perfe
ave lo
2. vol. RUSSIE,
3138 MERCURE DE FRANCE
RUSSIE.

A Czarine a réfolu d'envoyer un
renfort confiderable de troupes en
Perfe pour s'oppofer aux hoftilitez des
rebelles du pays & des Tartares : on
prepare auffi par fes ordres un train d'artillerie
qui partira inceffamment pour le
même pays.
On apprit par un Courier arrivé à
Petersbourg le 22. du mois dernier , la
nouvelle d'une victoire remportée le 26.
Septembre dernier fur les Tartares du
Degheftan par un Corps de troupes Mof
covites de 1500. hommes , commandez
par les Majors Generaux Kropotoff &
Scheremetoff , & qu'il leur a tué 674.
hommes , fait dix prifonniers , & pris
trois pieces de canon de fonte & deux de
fer , quelques chevaux & beaucoup de
provisions. La Lettre du General Ma
toufchin porte que les Tartares fe font
retirez dans les Montagnes après avoir
perdu dans le combat quatre de leurs
Chefs , & un des Princes leur voilin
qui les avoit joints , qu'après cette action
l'armée Mofcovite avoit pillé & brûlé
la Ville de Taku , & 20. Villages des
environs , & c.
On a publié depuis peu à Petersbourg
&
2. vol.
en
DECEMBRE 1725. 3739
en faveur des Etrangers une nouvelle
declaration de la Czarine , par laquelle,
en confirmation des Privileges qui leur
ont été accordez par le feu Czar , elle
leur promet de les faire jouir des mêmes
franchiſes dont jouiffent fes fujets Mofcovites
, leur laiffant la liberté de changer
de demeure toutes les fois qu'ils le
jugeront à propos , & de paffer d'une
Ville à une autre avec tous leurs effets.
Elle accorde aux particuliers , qui par
leurs écrits & leurs ouvrages pourront
procurer le progrès des Sciences & des
Arts , l'exemption de toutes impofitions
pendant dix ans , & aux Artifans le droit
d'être admis dans les differens corps de
Métiers , fans frais & fans autre charge
que celle de la moitié du droit que les
naturels du pays payent par an.
La Czarine a donné ordre à fes Minif
tres dans les pays Etrangers d'engager des
Matelots experimentez dans la pêche de
la baleine , dont elle veut faire l'établiffement
d'une Compagnie à Archangel .
++
L'Impofteur qui vouloit fe faire reconnoître
pour le feu Czarowitz , &
qu'on amena de Smolensko à Peterf
bourg il y a environ neuf mois , eut la
tête tranchée le 4. Decembre , ainfi qu'un
autre particulier qui avoit féduit en fa
faveur quelques habitans de Smolensko ,
2. vol.
H
&
8140 MERCURE DE FRANCE.
& quelques Payfans des environs .
On allure que la Czarine a refolu de
faire une levée extraordinaire de 40000 .
hommes , pour être en état de s'oppofer
aux Turcs , en cas qu'ils fe difpotent à
étendre leurs conquêtes en Perfe du côté
des Provinces qui ont été cedées au
feu Czar , par le Traité conclu à Conftantinople
il y
a environ deux ans .
Tous les Monafteres des Etats de S M
Cz. ont reçû ordre d'envoyer en Cour
un etat exact de leurs revenus & de leur
dépense.
I
Le jeune Comte de Collofskin , fils
du Grand Chancelier , eft parti pour fon
Ambaffade à la Cour de Vienne ; il à une
fuite de 3. perfonnes & de 60. chevaux
& il mene avec lui un chariot
Chargé de prefens , que la Czarine envoye
à l'Empereur & à fes principaux
Miniftres.
La groffeffe de la Ducheffe d'Holftein
eft déclarée.
J
LE
SUEDE.
Es Comtes Ulric , Spaar , Banner &
Elkebat , Senateurs ; le Baron Opken
Secretaire d'Etat , & M Kochen , Confeillers
de Chancellerie , ont été nommez
par le Roi , pour entrer en conference
30 vol
avec
DECEMBRE 1725. 314
avec les Miniftres de France & d'Angleterre
, au fujet des propofitions qui ont été
faites depuis peu à S.M.de la part des Rois
de France & de la Grande - Bretagne . Ces
Commiffaires ont commencé le 14 , de
ce mois à entrer en conference.
On apprend de Warfovie , que les
Grands du Royaume de Pologne perfiftent
à ne vouloir écouter aucune propofition
fur l'affaire des Proteftans , prétendant
que les Puiffances étrangeres
n'ont aucun droit d'y prendre p art , &
qu'elle doit être examinée dans la Diete
generale .
ALLEMAGNE
N mande d'Hanover , que l'Intendant
de la Maifon de Correction
établie à Zell , y avoit envoyé un jeune
garçon d'environ quinze ans , qui fut
pris il y a un mois dans la Foreſt voiſine
de Hamelen , où'on le trouva marchant
& courant fur les pieds & les mains . Il
n'articule aucun fon qui puiffe avoir
quelque rapport au langage du pays , &
il n'a qu'un cri comme les animaux. On
ignore quelle eft fon origine , par qui
il a été élevé , ni pour quelle raifon il
a été ainfi abandonné . On l'accoûtume
peu à peu aux alimens ordinaires. Le
2. vol.
Hij
Roi
3142 MERCURE DE FRANCE .

T
Roi d'Angleterre qui le fait venir quela
quefois quand il eft à table , lui fait gout
ter de tous les mets qu'on lui fert, S. M.
a donné des ordres pour le faire inftrui
re autant qu'on pourra. On ajoûte que
ce garçon s'étant fauvé dans le même
bois , on le retrouva fur un atbre ; & on
lefreprit.ch mag satul qazol
Le Traité de Commerce entre l'Em
pereur & le Roi del Portugal , já été
figné à Vienne depuis peu. On ignore
ce qu'il contient; mais le bruit court, que
le port Triefte y eft declaré Port frant
pour les Vailleaux d'Italie o d'Espagne
& de Portugal.
Le Prince Emanuel de Portugal, qui
eft à Vienne , fe difpofe à partir pour
Madridy où il doit demeurer quelques
mois. Ce Prince confervera pendant fon
abfence fon Regiment de Cavalerie. Im
periale , & l'Empereur lui fera payer en
Efpagne la penfion qu'il lui a accordée
depuis quelques annéesto asper
L'Imperatrice Amelie s'eft retirée dans.
Je Monaftere qu'elle sa fondé pour y
paffer le reste de les jours ; la plupart
des Seigneurs qui avoient des Charges
dans la Maifon de cette Princeffe y ont été
remerciez , & l'on aflure qu'elle ne rendra
deforimais vifite à L. Ma lo qu'inco-
2, vol.cat.
gnitay
3 DECEMBRE 17251/ 3143
ghito, & accompagnée feulement de fix
Dames tui , sicut & its li basup utup
On parle fort à Vienne d'une Alliance
entre l'Empereurode Ronde Pologne &
la Czarine. пoup 10
109 !
Een Roi d'Angleterre a dépêché d'Ha
povre un Courier à l'Electeur de Cologne
, pour lui faire part des raisons qui
l'ont obligé à faire marcher des Trou
pes du côté de l'Evêché d'Hildesheim ,
pour prendre poffeffion de la petite Ville
dep Peine , fur laquelle la Maifon de
Brunſwick a des prétentions legitimes
qui font connues de tous les Princes de
P'Empire.
Iscuring sh
Le 13. de ce mois M. André Corna-
To Ambaffadeur ordinaire de la Repu
blique de Venise , fit fon Entrée publique
à Vienne . La marche qui partit d'un jardin
appartenant à la Maifon de Lobkowits
, commença par un Fourier de l'Empereur
, à cheval , qui précedoit les Caroffes
des Chambellans de la Clef d'or ,
des Confeillers d'Etat , & des Miniftres
de S. M. I. un Caroffe de l'Empereur ,
dans lequel étoient le Secretaire d'Ambaffade
, le Maître de Chambre de l'Ambaffadeur
& un Commiffaire Imperial ,
marchoit après ce premier Cortege il
étoit entouré des Eftafiers de l'Amballadeur
, qui venoit enfuite dans le ſecond
2. vol.
H iij Ca
3144 MERCURE DE FRANCE .
Caroffe de S. M. I. accompagné du Com
te de Brandeis . Sa livrée magnifiquement
habillée , fes Pages , des Palfreniers
, tenant en main des chevaux richement
caparaçonnez , précedoit le premier
de fes Caroffes de Ceremonies ,
après lequel marchoient ceux du Nonce
du Pape , du Duc de Richelieu , Ambaſ
fadeur du Roi Très - Chrêtien , & du
Comte de Colloredo , Archevêque de
Vienne. Les trois autres Carolles de
l'Ambaffadeur marchoient enfuite , & ils
étoient fuivis des Caroffes de plufieurs
Seigneurs de la Cour. Le lendemain
l'Ambaffadeur de Veniſe alla avec le même
Cortege à l'Audience publique de
1'Empereur , étant conduit par le Com
te de Khevenhuller , Chambellan de la
Clef d'or. Après quoi il eut fon Audience
publique de l'Imperatrice & de l'Imperatrice
Amelie.
Le Clergé d'Hongrie , & celui de Boheme
ont commencé de payer à l'Empereur
les Decimes qui lui ont été accordées
par le Pape.
Le Prince de Modene , fecond fils du
Duc de ce nom , eft parti depuis quelques
jours de Vienne , pour le rendre
auprès du Duc fon pere qui l'a mandé.
2. vol.
ITALIE .
DECEMBRE 1725 3149
1725..
ITALIE .
Na appris qu'il y a eu un tremblement
de terre très - conſiderable dans
la Romagne , qui a cauſé de grands dom →
mages les Eglifes & les maifons de
Caftello & de Fontana ont été renverfées
; une partie des maifons de Rivella
a été ruinée ; le feul Gouverneur de
Faffignano s ' eft fauvé comme par miracle
, le Convent des Carmes à Caſto eft
renversé l'Eglife & le Convent des Dominicains
à Cazalo font à moitié ruinez ;
tout le Territoire de Pallazzuolo eft fous
Peau.
Le 19. du mois dernier le Pape tine
un Confiftoire fecret , dans lequel S. S.
propofa l'Evêché de Malaga dans le
Royaume de Grenade , vacant par la dé
miffion volontaire du Cardinal Alberoni,
pour Dom Diegue de Toro -y - Villa Lobos
, Vicaire General de cet Evêché. Le
Cardinal Ottoboni , Protecteur des Affaires
de France , propofa l'Abbaye de
S. Michel en Thierache , Diocèse de
Laon , pour l'Evêque Comte de Châlons-
fur- Marne , & celle de N. Dame
de Bournet , Diocèfe d'Angoulême, pour
l'Abbé Jolyot , Chapelain de la Chapel
le & Oratoire du Roi T. Ch .
2. vol
Hilij
Les
3146 MERCURE DE FRANCE.
Les Prieres publiques & les Pfocef
fions ordonnées pour la ceffation de la
pluye à Venife , le font faites avec beaucoup
de folemnité , & l'on a expofè à la
devotion des peuples l'Image miraculeufe
de la Vierge , peinte par l'Evangelifté
SuLucasd , coulwe¶ finibu ) X ९
Le Dimanche 18. du mois dernier, le
Pape facra le Cardinal Alberoni Evêque
de Malagaz , après quoi S. Estfit entre
les mains du S. Pere la démiffion volon
taire de cet Evêché qui fut enfuite conferé
au PoDidaco de Toro & Vallalo
bas à la prefentation du Roi d'Elpa
gned £. for Heludah start 0
,
On écrit de Rome , que le celebre Architecte
Perugino a été choisi pour faire
les nouveaux deffeins des embelliffemens
qu'on va faire au Palais d'Efpa
gne.2935 236 desuos sb men så rukob
Les Lettres de Florence portent , qué
les pluyés continuelles qui y font tombées
fur la fin du mois dernier , ont fait
déborder toutes les rivieres , & que le
dernier tremblement de terres qui s'eft
fait fentir à Maradi avec beaucoup de
violence , a prefque entierement ruiné
1'Abbaye de Suziniana , de l'Ordre de
S. Jean Gualbert , les Religieux ont eu
bien de la peine à fe fauver.
1
C
On écrit de Turin , que le Roi de
22. vol. PoloDECEMBRE
1725. 3147
Pologne avoit envoyé au Roi de Sardaigne
, & au Prince de Piémont , 17. chevaux
, & plufieurs caiffes de Porcelaines
des Manufactures de Saxe , qui paroiffent
auffi belles que les plus eftimées
du Japon.
>
Le Cardinal Paulucci , Secretaire d'Etat
& Doyen du Sacré College , len
qualité de Vicaire , a envoyé un Man- i
dement dans toutes les Eglifes Paroiffiales
& Regulieres de Rome , portant or
dre d'y reciter pendant la Melle , la Col
lecte accoûtumée pour demander à Dieu
un temps plus favorable.com di
On mande de Milan , que le 28. Novembre
on avoit fait dans toutes les Eglifes
de cette Ville , l'ouverture des Prieres
de 40 heures , pour demander à Dieur
la cellation des pluyes qui ont caufé Ter
débordement de toutes les rivieres du
Milaneznog pool ob 299.1 29.1
Le 13 de ce mois , Fête de Sainte
Luce de Gardinal de Polignac , chargé
des Affaires du Roi Trés- Chrêtien à Ro
me accompagné des Cardinaux Otto
boni & Gualterio , fe rendit en grand)
Cortege à l'Eglife Patriarchale de Sant
Jean de Latran , où il affifta à la Melle,
qui fut chantée à plufieurs Chocurs de
Muſique , en action de graces à Dieu de
la converfion du Roi Henri le Grand ,
alez . vol. Hv de
3148 MERCURE DE FRANCE:
de glorieofe memoire , à la Foi Catholique.
Après la Ceremonie le Cardinal
de Polignac donna un repas magnifique
à ces deux Cardinaux & aux Prelats qui
y avoient affifté .
Le Gouverneur de Rome a fait la vifite
des Theatres , accompagné de plufieurs
Architectes ; on a commencé à travailler
à ceux qui avoient befoin de -reparation
l'ouverture s'en fera après la
clôture de l'Année Sainte.
On a appris de Savone , qu'une centaine
de Loups , defcendus des Montagnes
de Genes , avoient fait beaucoup de
ravage dans la Plaine , & qu'on avoit
donné ordre aux Payfans de s'armer & de
les pourfuivre.
Les dernieres Lettres du Ferrarois portent
, que le Po a rompu fes digues en
trois endroits ; fçavoir, à Cologna , petite
Ville fituée aux confins du Veronois , &
dont on a été obligé de faire murer les
portes , pour prévenir les fuites de l'inondation
; à Bregantino , & à Ariano , où
le dommage a été très- confiderable , la
plupart des habitans de ce Bourg ayant
peri avec leurs beftiaux & leurs grains,
dont les greniers ont été abbatus par la
violence du courant de cette riviere. On
apprend auffi que les Territoires de Pi-
2. Vol.
fe,
DECEMBRE 1725. 3149
fe , de Cremone & de Brefcia font prefque
fous l'eau.
On apprend de Florence que le Grand
Duc avoit donné audience au Miniftre de
l'Empereur , & que le bruit couroit ,
qu'il avoit declaré que fon deffein étoit
de demeurer neutre , comme le Grand
Duc Cofme III. fon pere , & qu'ainſi ik
étoit inutile de le preffer d'acceder au
Traité conclu à Vienne entre S. M. 1. &
Le Roi d'Espagne ..
O
ESPAGNE .
N apprend de Lisbonne , qu'une
tempête qu'on y effuya fur la fim
du mois dernier , avoit jetté dans la prairie
de Penafirme , une jeune baleine qui a
90. palines de contour .
Le Roi d'Efpagne a donné au Bailly
d'Avila- y- Gufman , Ambafiadeur de la
Religion de Malte à Madrid , cinq canons
& deux grands Mortiers de fonte,
pour les faire mettre dans le Fort Manoel,
que le Grand- Maître fait conftruire
la défenfe de l'Ifle de Malte .
pour
Le Duc de Riperda , ci - devant Ambaffadeur.
Plenipotentiaire de S. M. Ca
tholique à la Cour de Vienne qui arriva
le 11. de ce mois à Madrid , eut audience
le même jour du Roi & de la
2. vol. H vj Reine,
310 MERCURE DE FRANCE.
Reine , qui le reçûrent très - favorablement
; le lendemain il fut nommé Secretaire
d'Etat del Deſpacho T
Dom Zacharie Cavalé , Ambaffadeu
ordinaire de la Republique de Venife b
fit le 17 de ce mois fon Entrée publish
que à Madrid & le 18 ik cut a premiere
audience publique du Roi, sétant!
conduit par le Comte de Villafranca , In
troducteur des Ambaffadeurs, & accompa
gné duComte deCoĉorani , Mayordome de
femaine, & des Gentilshommes de la Bouv
che & de la Maifon du Roi. Après cette
audience , il fut conduit à celle de la Rei-!
ne , du Prince des Afturies , & des Im
fans , & enfuite il fut reconduit à fom Hős
tel dans les Caroffes de L. M.on 29ulhum
On a appris de Malaga , qu'un Vaifs:
feau de l'Ile de Mayorque , qui avoit été
armé pour aller en courfe contre les Cor-l
faires de Barbarie , s'étoit fait Forban , &
qu'il attaquoit indifferemment les Bâti
mens qu'il rencontroit de quelque Nation
qu'ils fuffent . F
Dom Auguftin Grimaldi , Envoyé de
la Republique de Genes , eut le 18. ide
ce mois à Madrid fa premiere audience
du Roi , étant accompagné du Comte de
Cocorani , Mayordome de femaine , &
conduit par le Comte de Villafranca , Introducteur
des Ambaffadeurs . 1
2. vel.
PAYS- }
DECEMBRE SELIMI HR
oldstovat - 611 10911 51 9
PAYS - BAS .
I 1
1
La été réfolu dans l'Affemblée gene
rale des Antereffez de la Compagnie
de Commerce de ce physi, sid'envoyer
deux Vaiffeaux à Bengale, deux autrest
à la Chine & ungel à Sunate Mfi les
Directeurs jugent à propos d'équiper ce
derniers Le Duc d'Urfel , le Comte de
Callenbourg & le Baron de Kiefegen, ont
été élus , pour que l'Archiduchelle Gouvernante
en choififfe un des trois pour
affifter ben qualité de Commiffaire de
1'Empereur à la reddition des , comptes
des deniers provenus de la derniere vente
, conjointement avec d'autres Commiffaires
nommez de la part des Intereffeznu
up . B MSD enq & AU
La propofition de l'établiffement de
la pêché de la baleine & du hareng
a été rejettée , celle de Fétabliſſement
de deux Magazins à Bengal & à Canton
a paffé à la pluralité des voix enfin
il a été réfolu de repartir aux mêmes
Intereffez un dividente de 6 pour cent ,
qui ne fera payé qu'après la reddition
des comptes de la derniere vente , & les
Intereffez de leur part fe font foumis de
fournir de dernier payement , de leurs
Soufcriptions , anffi-tôt qu'ils en feront
requis. LausbrinemAb neft.ben
}
Met
V
2. vol.
MONAIS3152
MERCURE DE FRANCE.
.
MMMMMMMM•¥¥¥¥¥¥¥¥MK
NAISSANCES › MORTS
des Pays Etrangers .
A Princeffe Electorale de Baviere
Laccoucha à Munich le 6. de ce mois ,
d'une Princeffe qui fut baptifée le même
jour , & nommée Therefe - Benedictine ,
Marie-Barbe- Antoine- Vvalburge- Nicole-
Felicité .
Le 13. de ce mois on baptifa à Hanover
la fille dont l'époufe du Comte
de Staremberg , Amballadeur de l'Einpereur
, étoit accouchée depuis quelques
jours : l'Evêque de Spiga en fit la Ceremonie
, accompagné de fon Aumônier &
de trois Ecclefiaftiques de l'Eglife Catholique
de cette Ville , & il la nomma ,
Marie - Elifabeth - Henriette - Jofephine-
Eve-Odilie.
Dona Chaterine Zeffirina Salviati
époufe du Connétable Colonne , accouchia
d'un fils à Rome le 7. de ce mois ,
il fut baptifé le lendemain dans l'Eglife
des douze Apôtres , & nommé Pierre-
Marie - Jofeph - Joachin - Paul - Barnabé-
Ambroife- François- Antoine- Xavier - Jerôme-
Louis- Vincent-Janvier - Gaſpar - Baltha
zar-Melchior.
2. vol.
Le'
DECEMBRE 1725. 3153
Le Cardinal Jofeph Vallemani de Fabriano
, dans les Etats du Pape , Cardinal
Prêtre du Titre de Ste Marie des
Anges , mourut à Rome le 15. de ce
mois dans la 78. année de fon âge , étant
né le 9. Juin 1648. Il avoit été fait Cardinal
par le Pape Clement XI . le 17.
Mai 1706. mais ayant été réfervé in petto
, il n'avoit été déclaré qu'au mois
d'Août de l'année fuivante. Il étoit alors
Secretaire de la Congregation de l'Immunité.
Il fut depuis Cardinal Inquifiteur
de la Congregation du S. Office ;
par fa mort il laiffe un 4. lieu vacant
dans le facré College .
kakakakakakakak
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 3. de ce mois , le Roy chaffa le
Dain dans la Foreft de S. Germain ,
& revint à Verfailles de bonne heure
pour le Confeil , après lequel S. M.
fe rendit dans le grand Appartement
pour y entendre le Concert de la Reine.
La Mufique étoit placée dans les Tribunes
, qui ont fervi autrefois à cet ufage .
On chanta quelques morceaux de l'O-

2. vol.
: pera
3154 MERCURE DE FRANCE.
pera de Phaeton , dans lefquels la Demoiſelle
Antier brilla beaucoup. On fervit
des fruits , des confitures , des glaces
& autres rafraîchiffemens. Après le Concert
qui dura une heure , le Roy & la
Reine pafferent dans la Chambre du
Trône , où leurs Majeftez prirent couleur
dans la partie de Lanfquenet , dont
le Roy avoit nommé les Joueurs. Il y
avoit quelques tables de Berlan & d'autres
Jeux. Après le feu le Roy conduifit
la Reine dans fon Appartement cul
leurs Majeftez fouperent à leur grand :
Couvert.
*
Le 4. le Roy chaffa le lievre dans le
Parc de Marly , & la Reine alla felpromener
à la Ménagerie , avec les Prin
celfes & les Dames de fa Cour. A fept
heures on reprefenta fur le Théatre def
Verfailles la Comedie du Mifantrope.sh
Le 5. le Roy alla à la chaffe du fan
*་
glier dans la Foreft de S. Germain , let
foir il y eut Concert & Jeu dans led
grand Appartement , après lel Confeil!
de Finance Juo v hmot et 38

Le 6. il y eat chaffe du Cerf dans le
bois de Folle repofe. Au retour il yeut
Gonfeil de Confcience & de foir Co
medie Italiennes on reprefenta Arlequin
dévalifeur de Maifon. La Reine étoit dans
la Loge du Roy,
2. vol.
Le
DECEMBRE , 1725 3155
"
Le 7. le Roy challa le Dain dans le
bois de Boulogne.
Le 8. la Reine revint vers les 7 .
heures du foir de S. Cyr , où elle avoit
été faire les dévotions . Elle foupa à for
petit couvert avecle Roy. lag
-Le 9. il yeeut jeu chez la Reine dans
fon Cabinet , &cle foir leurs M. fou
perent à leur grand couvert.
Le 10. le Roy chaffale Cerf ; il fou
pa le foir à fon petit couvert chez la
Reine , qui n'étoit point fortie , ayant
pris medecine . insan yst
Le 11. il y eut chaffe du Sanglier dans
la Foreſt de S. Germain . La Reine alla
à la Paroiffe où elle affifta au Te Deum
& au Salut . Ily eut le foir des feux &
des illuminations dans Verfailles . Vers
les 7. heures la Reine vitla Tragedie
de Britannicus , & la petite Comedie du
Mariage force. ! 5 .
Le 13. le Roy chaffa le Dain dans le
bois de Boulogne , & fit collation à la
Meutte. La Reine alla fe promener à
Trianon , & le foir il y eut Comedie
Italienne des Deux , Arlequins .
Le 14. le Roy prit deux Cerfs à Foffe-
repofe. La Reine alla fe promener à
Meudon. Le foir il y eut jeu chez la
Reine , où leurs Majeftez fouperent à
2. vol.
leus
3156 MERCURE DE FRANCE.
leur petit couvert , fervis par les Dames
& les Femmes de Chambre de la Reine:
Le 2. de ce mois , lorfque la Reine
fut prête d'entrer dans la Chapelle du
Château de Versailles , défervie par les
Prêtres de la Congrégation de S. Lazare
, S. M. fut complimentée à la porte
par leur Superieur , dont le diſcours fut
receu fort gracieuſement & fut fort applaudi
.
Le 9. le Pere Hyacinthe de la Place ,
Provincial des Recolets , accompagné de
fix Definiteurs de fon Ordre , fut introduit
par le Duc de Gefvres chez la
Reine , qu'il complimenta fur fon mariage
, S. M. le receut très -favorablement
, & l'afura de fa protection pour
tout fon Ordre .
Les Concerts , les Appartemens &
les Spectacles cefferent à Verfailles le
10. de ce mois , jufqu'au lendemain des
Fêtes de Noël . Le 29. les Comediens
François reprefenterent devant L. M. la
Tragedie du Comte d'Efex , & la Comedie
du Cocu Imaginaire.
M. de la Billarderie l'aîné , Lieute
nant des Gardes du Corps , a obtenu le
Gouvernement de S. Venant , vacant
par la mort du Marquis de Sailly.
Le Roy a donné au Marquis de Bonnelle
, Meftre de Camp d'un Regiment
1

2. vol. -de
DECEMBRE 1725. 3157
de Dragons , la Lieutenance Generale
de la Province de Guienne , vacante par
la mort du Marquis de Noailles.
Le 24. de ce mois , veille de Noël ,
le Roy revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles , où Sa
Majefté communia par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de
France ; enfuite le Roy toucha un grand
nombre de malades . L'aprés - midy le Roy
& la Reine entendirent les premieres
Vêpres chantées par la Mufique , aufquelles
l'Evêque de la Rochelle of
ficia.
Le 25. jour de la Fête , L. M. qui
avoient entendu les trois Melles de minuit
, entendirent la grande Meffe celebrée
pontificalement par le même Prélat
l'après midy Elles affifterent à la
Prédication de l'Abbé de la Paufe , & enfuite
ils entendirent les Vêpres , aufquelles
le même Prélat officia.
Le 20. Decembre , le Comte Stadion ,
Envoyé Extraordinaire de l'Electeur de
Mayence , eut fa première Audience publique
du Roy, & de la Reine , étant
conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit
allé le prendre à Paris dans les Caroffes
de Leurs Majeftez . Il eut auffi Audience
2. vol.
de
18
MERCURE DE
FRANCE
de
Madame la
Ducheffe
d'Orleans , &
après avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut
reconduit à Paris dans
les mêmes Carolles.
Le Roy a donné
l'Abbaye de Landais,
El ob alipome
Ordre de
Citeaux ,
Diocefe de
Bourges,
à l'Abbé
Herault , frere de M.
Herault ,
Lieutenant
General de Police de Paris
Le 31. de ce mois , la Reine paffa la
journée dans la Maiſon Royale de faind
Cyr , & S. M. y
communia par les mains
de l'ancien Evêque de Frejus , fon Grand
Aumônier
Le Roy a donné au Cardinal de Po
Jose 7 ob
lignac
l'Archevêché
d'Auch.
******************
MORTS ,
NAISSANCE.
MiJacques Henri de Bezard de
Montalet , Marquis de
Villebreuil ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de faint
Louis , déceda le 6.
Decembre , âgé de
76. ans.
Louis
François Moufle ,
Seigneur de
Champigni , & de Valence , Confeille
du Roy , Tréforier General de la Marine
, & c. mourut le 7.
Decembre âgé.
58. ans.
t.
Pierre Clapiffon , Chevalier , Sei-
2. vol
gneur
DECEMBRE 1725 3159
gneur d'Ulin , Chartraitte , &c. mort le
même jour , âgé de 55. ans. ,
Marie- Elifabeth de la Tour,de Bouillon,
feeur du Duc de Bouillon , Pair & Grand
Chambellan de France , mourut à Paris le
24. de ce mois , âgée de plus de 60 ans.
Dame Marie- Anne Benard de Mali
fons , époufe de Louis - Gabriel Bazin
Marquis de Bezons , accoucha d'un fils
le 21 Octobre dernier , il fut tenu fur
les Fonts le lendemain 22, & nommé
Jacques Gabriel par le Marechal de
les
Bezons & par Dame Marie Sufanne
de époufe
Sitvo
Fail de la T de Jean Hector du
des Armées du Roy , &c.
3
Brigadier
SUPLEMENTOW
le
LETTRE écrite de Toulouse to f
Novembre 1725. par M. Hofte , cy-
Jirsademore
devant Chirurgien Major du Regiment
de la Feuillade, Infanterie , fur un fait
fingulier de Chirurgie.
M 20
Jun Efeais
avec quelle
attention
, Mon- fieur
, vous cherchez
à approfondir
les miracles
de la nature
, & que la fanté de l'homme
étant vôtre principal
objet , yous aimez
qu'on
vous faffe part de ce 2. vol.
qui
3160 MERCURE DE FRANCE.
qui lui arrive de fingulier , & qui peut
Fintereffer . J'ai l'honneur de vous prefenter
la Relation exacte & fuccincte
d'un fait de Chirurgie qui m'a paru nouveau
; & fi vous la jugez digne d'être
donnée au Public , je fuis perfuadé qu'elle
fera bien mieux reçûë partant d'une plume
comme la vôtre . J'ai parcouru les
écrits des plus celebres Auteurs qui nous
ont donné des obfervations , & je n'en
ai point trouvé de pareille. Je joins au
recit du fait la maniere dont je me fuis
comporté ; & quoique le fuccès m'ait
favorifé , je ne croirai ma methode digne
de fervir de regle , dans un cas pareil ,
que lorfqu'elle aura eu vôtre approbation .
Le 27. du mois d'Octobre 1724. la
femme de M. le Noble , très - habile Chirurgien
de cette Ville , accoucha d'un
garçon . Deux jours s'étant écoulez fans
que l'enfant vuida le Meconium , on
s'apperçût que non - feulement il n'avoit
point d'Anus , mais même que les deux
felles étant jointes enfemble ne faifoient
qu'un tout imparfait fans aucun
veftige de raye pour les feparer .
M. le Noble me pria de voir fon fils ,
je m'y tranſportai ; & l'ayant trouvé dans
l'état que je viens de décrire , je crus
qu'il étoit neceffaire de lui faire prompte
ment un Anus , partie fi neceffaire , &
2. vel.
que
DECEMBRE .
1725: 3161
que la nature lui avoit refufé. La maigreur
de l'enfant , fa foibleffe extraordinaire
, l'impoffibilité où il étoit de pren-,
dre le tetten , & la tenfion extraordinaire .
de fon ventre , d'où le Meconium remontant
par un mouvement antiperiftaltique :
jufques dans l'eftomach , fortoit par un
vomiffement continuel , menaçant d'une
mort prochaine, me paroiffoient des acci
dens affez graves pour engager à y porter
un prompt fecours. On le fit promp
tement baptifer , & le pere me pria d'operer.
En l'acceptant je le priai de joindre
à nous un Medecin & deux de nos confreres
. 11 manda M. de Lord , Profeffeur,
dont le nom , l'habileté & la probité vous
font connus , avec Mrs Peyronet & Sainte
, très- habiles Chirurgiens, à qui le fait
parut nouveau comme à moi. M. Peyronet
, très -habile accoucheur , nous dit
qu'il avoit vû un enfant , non dans le
cas de celui - ci , mais dont l'Anus étoit
feulement clos , qu'on le lui avoit ouvert
, & que cette operation ne l'avoit
pas empêché de mourir trois femaines
après qu'ainfi il hefitoit à confentir à
cette operation , d'autant plus qu'il craignoit
que les parois de l'inteftin rectum
ne fuffent collez l'un à l'autre. Je penfai
autrement , & je conclus à une operation
douteufe plutôt que d'attendre
2. vol.
une
$162 MERCURE DE FRANCE.
:
une mort certaine & prompte. Le pere
qui étoit Chirurgien décida entre nous ,
& fut de mon avis je me mis en devoir
d'operer fur le champ. Je fis tenir
l'enfant par la Sage- Femme , je lui mis
un oreiller fous le ventre ; & lui faifant
tenir les cuiffes écartées , les jambes
un peu pliées , & le dos tourné vers le
jour , je reconnus avec mon doigt le
coccix , & je marquai avec de l'encre
l'endroit où j'avois deffein d'operer. Alors
je pris une grande lancette à abfcès , dont
-je portai la pointe fur l'endroit que j'aivois
marqué avec de l'encre ; & tournant
l'un des tranchans vers le coccix
& l'autre vers le raphé , je l'enfonçai
prefque toute entiere jufqu'à l'endroit
où je penfois qu'étoit l'extrêmité du rectam.
Il en fortit un vent , ce qui me fit
bien augurer pour la réuffite de l'operation.
Je quittai cette lancette pour en
prendre une plus petite que je portai
dans la même ouverture auffi avant que
la précedente , mais dans un fens oppolé ,
c'est - à -dire , que les deux tranchans regardoient
les deux felles . Dans l'inftanc
ile meconium fortit en grande quantité ,
& le volume du ventre diminua confiderablement.
Je mis dans l'ouverture un
petit bourdonnet trempé dans de l'huile
d'amendes douces , & par deflus des com-

2. vol.
preſſes
- DECEMBRE 1725. 3163
preffes foutenues d'un bandage convena
ble ; je mis fur le ventre des fomentations
émolientes . Le lendemain je fis des injections
dans lerectum avec de l'eau & -de
Phuile d'amendes-douces , & je fis prendre
à l'enfant une demie- once de firop de
fleurs de pefché, ce qui le purgea fort bien.
Il tetta fans peine , prit des forces , & fut
en moins de quinze jours en état de fupporter
une feconde operation beaucoup
plus douloureufe que la précedente : il
s'agiffoit de lui faire deux feffes . D'abord
j'allongeai l'incifion du côté du raphé ;
enfuite ayant introduit.ma fonde crennelée
jufqu'à la marge de l'Anus , je portai
dans la crennelure un biftouri droit , & je
coupai de bas en haut, pouflant l'incifion
vers le coccix . Cela donna un peu de fang,
je l'arrêtai avec des bourdonnets de charpie
feche que je mis dans le fond de la playe,
j'en mis d'autres par deffus trempez dans
un digeftif fimple , je mis des compreffes
& un bandage pour contenir le tout .
Le lendemain je couvris les bords de
la playe de linge garni de Pompholix ,
enfuite M. le Noble nous propofa de
mettre entre les deux feffes des écailles
d'huitres pilées & mifes en poudre , afin
de deffecher , & faire cicatrifer " l'extrê
mité des fibres charnues que j'avois conpées.
Cela réüfft , & en moins de quinze 2 , vol.

jours
3164 MERCURE DE FRANCE.
EDE
jours la cicatrice fut faite , de inaniere
les felfes de cet enfant font auffi natu
baka kushindwe
bien moulées
&
des autres.
2.
que celles
fanté
Beaucoup de cutidur le font venu ofr;
la fingularité du fait m'a engagé de rendre
cette dbfervation publique. Avant de
le faire, j'ai crû devoir laiffer
palle
quelque
temps,pour rendre compte de la
de l'enfant, qui eft gros & gras, contre
l'attente de bien des gens qui fe perfua
doient qu'il ne pouvoit furvivre longtemps
à une pareille operation . 25 ano
Le fait eft attefté par les Mesturi
étoient prefens à l'operation . J'ofe me
flatter , Monfieur , que vous recevrez
favorablement ce que j'ai l'honneur de
Vous prefenter , & je profite de cette
occafion pour vous affurer du refpect
avec lequel j'ai l'honneur d'être , & CMP
290
11 211 1
Pener 29ms T
2160 209
M 5 :
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ВО ТРАЯЛА
Xus neitono 991975 100009
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05 2007st of da je go
4 TAUSA
2. vol. 2mpati 4-0 . j 'CLA
2. vol.
919 DECEMBRE 2165
am ob
1725.
.2911s 2sh
ARRESTS , ORDONNANCE ,
+91 96 996209 s'm ist ub 9fluyan ol
SbETA DECLARATION 915
Loup ishing wellial riogh û is"( STI ) I
RREST du s . Octobre , concernant les
Proprietaires des Rentes affignées fur le
Clergé par lequel le Roi a prorogé & pro-
Toge le délai paccordé aux Proprietaires des
rentes affignées fur le Clergé, qui fe payent
dans les Hôtels de Ville de Paris, & de Touloufe
, & des Offices de Controlleurs des
memes
rentes , par l'Arreft du Confeil du
Janvier 1725. jufqu'au premier Juillet 1726.
paffés lequel temps , & fans efperance d'autre
délai , ils demeureront déchûs des gages
& arrerages qui leur feront dûs de tout le
qu'ils reprefentent titres
201
27.
Be
Tétat defupplement
lande
qui fera neceffaire pour le payement des gages
& arrerages dûs aufdits Officiers & Rentiers
, arrêté par les Commiffaires , dans le
temps , & ainfi qu'il fera ordonné par Sa Majelté
, &c,
ARREST du 4. Novembre , portant que les
Redevables du Droit de Confirmation , ne
pourront être reçûs à former oppofition aux
Rolles , qu'après avoir payé moitié des Sommes
pour lefquels ils y feront compris.
ARREST du même jour , portant que ceux
qui ont acquis ou acquerront des Lettres de
Maîtriſe de Barbiers- Perruquiers , Baigneurs-
2. vol.
1 ij Etu*
1

3166 , MERCURE DE FRANCE .
Etuviftes , creees. Ipar les
Novembre 174 Pis Edits des mois de
1722 & Juin 1725. tant dans la
Ville de Paris , que dans les autres Villes du
Royaume , même dans les Villes où il n'y a
point de Juftice Royale , jouiront des mêmes
& femblables Droits , Franchifes , Heredité ,
Libertez & Privileges dont jouiffent les autres
Maitres furez du même Métier,
ARREST du 11. Novembre , qui débourte
Je fieur Curé & Habitans du Bourg de Cle
cy , Election de Vire , & ceux des Hameaux ,
dépendans de la Paroiffe defdits Bourgs , de
l'appel par eux interjetté au Confeil , de deux
Ordonnances de Monfieur Daube , Intendant
de Caen , qui les condamnent en l'amende ,
pour avoir refufé de payer les Droits d'Infpecteurs
aux Boi fons , & la vifite des Commis
de Martin Girard, qu'ils font tenus de fouffrir
pour les recenfemens des Cidres & Poiréz
ORDONNANCE du Roi du 13. Novembre
, contre les indécences qui fe commettent
dans les Eglifes , par laquelle le Roi ordonne
que les Ordonnances , Arrefts & Reglemens
-rendus fur un point fi effentiel de la Religion,
feront executées , à peine de défobéiffance &
fous les autres peines y contenues . Enjoint
a toutes perfonnes de fe comporter dans les
Eglifes avec la décence & la veneration convenables
à la fainteté du lieu . Mande & Ordonne
Sa Majefté au Sieur Herault , Confeiller
en fes Confeils d'Etat & eraufe des
Requêtes ordinaire de fon Hotel , Lieutenant
General de Police de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , d'y tenir la main , même de
l'informer des contraventions & de ceux qui
les auront commifes , pour y être pour ù
vol.
avec
་ ཉ ༈
-
8

2:
DECEMBRE 1725. 3767
avec toute la diligence & la feverité qu'il con
viendra fuivant l'exigence des cas .
و 21
ARREST du 4 Decembre , qui, ordonne
que les Deniers qui proviendront de l'Impoition
qui doit être faite pour le Droit de
Confirmation à caufe dur joieux Avènement
Ales
les Com
munautez d'Habitans qui jouiffent des Droits
d'Ulages , feront reçus par les Collecteurs ,
& par eux remis aux Receveurs des Tailles
qui feront tenus de les remettre aux Rece
Veurs, generaux des Finances , nonobitant ce
qui eft porté par l'Arreft du Confeil du s.
Octobre 1725cm
.
de Sa Majefté àla Couronne , au par
2 DECLARATION
du Roi du 11. Decembre
, en faveur de l'Hôpital General , & de
celui des Enfans trouvez , par laquelle S. M.
ordonne que le Vingriéme accordé ci- devanc
aux Hôpitaux , continuera d'être perçu à leur
profit pendant les années 1726. 1727. & 1728. ur tous les droits , fans exception , qui fe
levent dans notre bonne Ville de Paris , fuivant
& conformément aux Declarations des
saj. Decembre 1711. 27 Decembre 1712 22 .
Decembre 1714. 2. Juillet & 14. Decembre
201715. aux exceptions feulement des droits fur
les Vins,Eaux - de- vie, Liqueurs & autresBoif
fons mentionnées dans lefdites Declarations.
ARREST du 18. Decembre , qui confirthe
la nomination de la perfonne du Sieur
Auvray pour la regie des Fermes des Caroffes
& Meflagerics d'Orleans & routes ; commet
le Sieur de Maupeou d'Ableiges , Maître
des Requêtes pour l'arrêté des comptes defditees
; ordonnee que für fes Ordonque
fur fes Ordon-
I ilj
2. vol.
nances
3168 MERCURE DE FRANCE.
nances à Paris & dans les Provinces fur celles
des Sieurs Intendans & Commiffaires dépar
tis , au deurs Subdeleguez, Tera procedé à
l'eſtimation des équipages des mêmes Fermess
& que les Creanciers du défunt Sieur Cherier
de Mareuil , tant privilegiez qu'autrement
, feront tenus de reprefenter pardevant
ledit Sieur de Maupeou , dans un mois , les
titres de leurs créances and
zomibng & ftah yangpildo stuba: M §.
ARREST du 26. Decembre , qui proroge
jufqu'au preinier Avril de l'année prochaine le
terme fixé par celui du 27: "Roult
dernier
pour faire proceder à la Liquidation des Of
fices & Droits fupprimez : Et juſqu'au premier
Mai 1726. pour en recevoir le rembourfement
: Et qui ordonne que jufqu'audit jour
premier Mai 1726. il foit delivré par les Gardes
du Trefor Royal , pour valeur defdits
Rembourfemens , des Quittances portant intereft
au denier Cinquante , ou des Affignations
fur les Rentes perpetuelles au denier
Cinquante fur les Tailles , créées par Edit du
mois d'Aout 1720 conformément audit Arreft
du 27. Aouft dernier paffé lequel temps
les Proprietaires defdits Offices & Droits fup
primez demeureront déchûs de toutes préten
tions .
172es
délais
ARREST du 2. Janvier 1726. qui prorogejufqu'au
premier
porrez par divers Arrefts concernant les Rembourfemens
à faire aux Traittans dont les
cautions font en avance envers S. M.
2. vol.
EXGAUTAM
8
PODECEMBRE
1725.9 3169
DECEMBRE
sqbb etishio 8 aneba9101 270912 29b
EXPLICATION des deux Enigmes dur
premier Volume du Mercure demifle i
Cousine 21 9 38
-up steliving clues Mobi
·
<
C
eal Ans les Enigmes que nous trace is
Le Mercure obligeant , il eft à préfumer
zasto9qu & M busi2 sibel
Qu'il nous fait un prefent de Pipe pourfumer
JOA
Et de Patins , pour gliffer
-
Pour gliffer fur la glace. St
-10 250 пon's rupie 61 +190930
gust o -919 peupluj
14 i seminggul
elo: ɑ ✨ asom . of vos Le Maire., EM in
quc sibus'upini
sep saneb.o
o up id : 0903)
On donnera dans le premier
Mercure
ane Estampe fur les Modes & unefur les
nouveaux
Jettons de l'année 1726.11
ub sib 18q 359012
-1A sibu P PROBATION.
2qmat (sups . Shise
J
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Decembre , 2. volume , & j'ay crû qu'on
permettre l'impreffion. A Paris
pouvoit en 1726
1911919
us uplc ( 93 )
le ig. Janvier 17261
moЯasl satanss005 aflanĦARDTON. I
el mich ancheT XUL 116
M.2 219/19 900£VE 19 Jul eroise
2. vol.
TAI
iiij
3105f21X 13 superosbra C
3170 MERCURE DE FRANCEA
5ised sh. ugod J
emrod 20 vonupfina serga stroja ub
TABLE GENERALE
erit jedna znal sbrodi ya urgyanátno , our fa
De l'année 1725.
rt
Bbé Foux.
A.
1595
Académie Françoife , Reception. 342 343
Election. 775. Prix diftribuez. 1829 190s
Des Sciences , rentrée 777. 906, 925
2678. Receptions 1626 1830 2031 Prix
Des Infcriptions & Belles -Lettres ,
980
rentrée
776 11-37 1488
Des Jeux Floraux
De Bordeaux 981 227211
à Lion , fon établiffement
To Des Arcadi
De Ruffie
De Peinture
pations
Académie de Jeux
Agathocle , fa vie
Des Sciences & des Belles- Lettres,
DeGuimaraens enPortugal 132346
2677
2483
Académies , quelles doivent être leurs occu-
Air , fi l'air maritime eft nuifible à la fanté.
1774
2889
1778
2675
1933
. : 1495
SURA 702
24-488
Aix , Hiftoire de cette Ville
152132968
408
Albert le R. P. ) Auguftin Déchauffe , fa
mort. 1192
Ame, plufieurs peuples la croyent materielle 39
Amuſemens de l'Automne , Comedie 2490
3171
965
Andromaque , traduction Italienne
Anglois du chictetel 184pectacles.
Antiquitez , tombeau de Barfac 425 979
1813
181771Ons
weektrouvée a 3. cambernon
cacher de berissi bronze 1826 2674 Sceau
antique de bronze 1913. antiquitez de Bour
СОРА ЯЗИНО ЭЛЧАТ 3117
Anus , enfant venu au monde fans Anus, 3159
c'eft
Appaltis , ce que ces
comedie
L'Arbitre
des differends
,
2331
820
Arc Jeanne d' ) dite Pucelle d'Orleans , elle
n'a point été brûlée à Rouen 241 292
Armand , crigine de ce nom 2590
Armide , Comedie 138 351. réflexions fur la
( Critique de POpera d'Armide
594
2864
Afne , mener l'Afite ; ce que c'eftoifali 917
Affelin Poefles de M. Abbé ) ,
Atis , Opera
084
133
*Autel , fi l'on doit dire Maître- Autel 2987
88
B.
& E Babillard , Comedie
L
( 1410
Balonmaniere de jouer à ce jeu à Venite
46.3
461
& Batême de Venifer wuolhidan not , noiI s
Beaubourg ( Pierre Trochon de fa mort 3 134
La Belle mère , Comedie 829
mere,
987
Berenice , réponse à la Critique de cette Tragedie
254. défenfe de cette Critique 739
Bethleem , qui a titre d'Evêché eſt du Dioceſe
49d'Auxerre
Bibliotheca Rhetorum
200064 100
Bitume dans la generalité de Bordeaux9
Bofphore Cimmerien
DeRois du )
xual ob dies1391
Differtation fur les
1306
Bouquet à Madame B. à M. 1504. à
Me 19 à Ma B. 1788. à M. de Pibrac
Iv
3006
sile.moniA ish bd SULLA
3172
Bouts rimez of 316 6277078541876 924939
221141 1366 1760 2428 2606 2629 2794 2859
Bristol ( eaux de ) - ( u stoms ) 113
Buffier le Pere ) v . fens communot ,zivo. ?
Buons ( Mad. la Marquife de ) Lettres! o >
Buftum, tombeau pe
2271
1749
€2li spor de AraCirelliudT
29 11956)
C
171 emoЯ sh sliɔno )
Ce qu'il fignifie alla tête des noins de
nos premiers Roisotno obef1296
Le Cahos , Comedie 165701g ) tassler1861
Calcio. Jen pratiqué à Veniſe 2500 3463
Cantate , la fageffe victorieufe de l'Amour
2421. Ragotin 913 Narciffe 28 ; l'Amant
malheureux 1322 Alexis 1962 Danaë 1972
eles Fêtes Bifantines 277 les charmes du
Sommeil 2761 Apollon & Daphné go
Carillon de Dufrefni
26-23063
Cartouche , Poëme 2465
Caton d'Utique , Tragedie 1868
Ceremonie de l'Eftoc & du Chapeau 2630
Chambor
2537
1998
Chanfon imitée de Mofchus .
Chant Ecclefiaftique remarques furcé ſujet
310 k
Charettes à Vent 1770
Chartes , fi l'on doit les admettre lorfqu'elles
ne s'accordent pas avec l'Histoire 2330
3036
3007
Chaffe de Sainte Geneviève ( Porteurs de la )
1187
Chaffe d'Auxerre en particulier , celle de Saint
Hubert 67 l'inclination pour la Chale ett
le profage d'une vertu heroiqued 1443
Chaulieu l'Abbé de ) fes Poëlies 748
Les Chimeres , Comedie
887
343
Chine ( Teftament de l'Empereur de la )
3173
estreo promulgation de YonTchini: 22764-
Clavecin pour les yeux, or , der 142952
Clergé ( affemblée du ) ( sh xurs ) lofa30
Clovis , Poeme épiques) ( stel ) 1166
College Royal sb stiupraм sl.beM ) 22891
Conardorum Abbas , ce que c'eft 72408.
f 1593
Concert des Thuilleries 614 836 1040 1199
Concile de Rome 1351 1766
Conciles du P. Hardouing? Hep sƆ .966
Confrairies de Veniſe a simtg 208 455
Congelation ( grote de smo zodi 3097-
Coquillages trouvez en terre 642 877 Hiftoi
re des Coquillages iv buat al 267
Corps , pefanteur des Corps 669 857 Corps
Confervez sex vixelA saski Kusteni:2605
Les Coufins , Comedieani8 2957 2033
Cravates ( Regiment des fon originem 1041
Gures de Gerard , Chirurgien no 11633
Czar , fa mort & fon éloge 574 fes funerailles
66893 fes faftes en Langue Ruffienne 198
of whom a
Beel
D.
hot rohang
Ancourt ( la ) Comediene
, fa mort roto Dancourt , Comedien
, fa mort & fon
DA
evéloge
1
Danfe de deux Sauvages 2274 le Maître à
Danfer Jushroobe ? 2882
3115
Le Dedain affecté , Comedie
17508135
Dictionnaire Geographique de du Lignon 770
Hiftorique & Critique
Difciplina vera's ) Monaftica A 12476
Difcours du R. P. de la Sante fur le Mariage
** du Roi orpioned new sunt 3066
Dunum , mot Celtique , ce qu'il fignifie 1146
I vi
1709
3174
&
E
mo , 25lledǝiz 25ɛ.rogneb al úo , spoluï
Au à la glace remede à pluſieurs maladies
396 512 736 1194 1335 1629
Eglogue , Climene 1271 Ifmene
,
2860
1784
Elegie de Vergieron
al 'sldArg
Les Elemens Ballet e sigrov stebisl 1299
L'Embarras des richeffes Comedie noll1647
Les Enfans de la joye , Comedie 291276 3022
Enigmes 112 316 324626745 954 1164 1368
J
1605 18044 2019 2248 2456 260:2862 3099
Leurs Explications en vers 190 $27 982 1329
3169, denok slab zuppaM ; ³
Enigmes propofées aux Jefuites 1724
Entrée de la Reine d'Efpagne en France 1244
de l'Envoyé du Czar à Conftantinople 2367
de l'Archiducheffe aux Pays- Bas. 255
Epigramme 626 de Catulle 735 le congé forcé
3033 fouhait d'un amant
Epithalame 652 deVergier àM. d'Hervart 1986
de Louis XV .
14
A
notuin.3040
30.2877
Epitaphes de Philippe le Bon 29 à Poilly
1194 1748 1750 3282181
Epitres en vers de Vergier à M. de Moncourt
109 à Mad d'H..... 404, pour accompagner
des jarretieres 20 à M. Courtin 847 à
M Herefort 936, à M. d'Ambleval 945, à
M de la Ferriere 1091 à une Dame rì44
à M. le D. de Noailles 1298, à Mar de B.
1333 M. de la Ferriere 1547 Mole D.
d'Aumont 1797 à M. le C. de Pontchartrain
Het ft 53 Huth 21 ( 1983
De M. Pajon 1497 à FAbbe de
1
Vaugency 1719 de Mad, la Marquife de V.
1764 à M. de la Vifclede
Epponina . Sabinus
Eltampes du ch, Dorigni
779
10002
2481
+3175 Euloge , ou le danger des richeffes , Comedie
1833
Examen des préjugez vulgarety al & NA° 147
4301 278X APTI DER 17 de asib
8381
ATI
F.
Sam smil , supola .
Able , le Péfcheur & le Chaffeura Adelaide
de Vergier 93 , la Rofe 419le Papillon
& iles Tourterelles 723 Protée 839,
le Singe & ile Renard 94. le Miroir 1433
le Hiboux & le Roignol 1777, le soleil &
le Ruiffeaus 1944 , la Maitreffe & le petit
Chien 198 , le Lairo anolasi 122804
Fare le Marquis de la ) fes Poëfies (
Le Faucon & les Oyes de Bocace , Comed
748
Comedie
757
Fête pour la naiffance du Duc de Chartres
11142 , à Peliffane pour le Mariage du Roi
992607 à Marseille 2643 , a Toulon , 2645
CARochefort , à Breft , au Port Louis , au lavre
de Grace 2651 , à Touloufe 2654, 2962 à
Berlin 26559 à Clermont e nBeauvoifis
Là Rome 2782 aux Jefuites
Flaminia , fon compliment à l'ouverture du
Theatre st
Fleuri ( Julien ) fa mort
2729
3065
826
bbqM
6 2741 Flux & reflux d'un puits 15 ,' de la Mer, à Marfeille
1619 1756 1787 1975 2389 2586 2795
La Folle Raifonnable , Comedie
1000
2805
137
829
La Force du fang , ou le for toujours fot ,
Comedie
France , le droit & la forme de la fucceffion
dans la premiere Race de nos Rois 1137, les
Vlimites de la France Germanique d'avec
Aquitaine Gotique 1290 ; fi c'eft avec
juſtice qu'on accufe les François de legereté
foglieti uno kk
531
1191290 sb supirvilab molture) ei
3176
GA
noifbub
.99006 91190 eb ancza
Acon , fa mort
fa 153
2918
Garnier ( D. Julien ) fa mort & lon
élogenes olomo
SHOT L Sb inmoto
Les Geans , Poëme épique, 2199Ah sibli
Gellé ( D. Jean ) fa mort & fon éloge. 1800 , Gordez ( hiftoire de la Comtelle de t 170
Gout ( difcours fur le pro el 95 noin 3101
Grandeur, on fe trouve plus grand en fortant
dudit lematin , qu'en y entrant le foir . 777-
amise efter slab su797UQ
2000
925
1896
Grêle d'une groffeur extraordinaire.
Guidon du chef-d'oeuvre de S. Côme , condamné.
ágols n
2737
hem el , 100 2737
958614 49 7100 % not , synwysł
HHauAtefeuille
Art beker ( Nicolas ) fa mort. 3118
Hautefeuille(mort & éloge de l'Abbé de)
2964
142
les Heritiers ingrats , Comedie . 2.6°
Hiftoire des Auteurs facrez & Ecclefiaftiques,
1186. des Ordres Militaires de l'Eglife &
de Chevalerie , 2024. 2462. Genealogique
& Chronologique de la Maifon Royale de
France , & c.
Hiftoire Ecclefiaftique continuée.
Holstein le Duc de ) fon mariage.
inains , & vivant comme les bêtes.
957
21
3114
7420
Home marchant fur les pieds & fur les
3141
29173715
Horace nouvelle traduction.
Horloge de nouvelle invention.
pour leur Patron. 83.
S. Hubert , pourquoi les Chaffeurs l'ont pris
*
J.
Alpe d'Occident , fes`taches s'enflament.
JApe
478
3177
la Jerufalem delivrée , Critique de cette tra¬
duction.
*
1381
Jettons de cette année.
Idille ,Apotheofe de la belle Hollandoife. 504
L'Impromtu de la folie , Comedie. 2709 2896
Incendie d'Angers supias smo¶ , 21692929 !
L'Indiferet Comedie, 2276 ( 65) ( ) 346
Infante , fon départ, l , sb szioflid ) set
Infertion de la petite verole uoslib )
L'Ile des Efclaves , Comedie , $ 65.ush(784)
L'Italienne Françoife, Comediesmal BARS
Jubilé , ouverture de la porte Sainte. 163
Sanistone Tolong saub sta
-200,980 20 % do ub nobiun = 109
Lafont,fa mort&fan éloge.
Sush
62F
Lagrange , fon retour en France. 834
Laifnez , fon caractere & fes Poëfies s07
altez, fon caractere, & les Poetics,1079
AddA
Langue de nos Rois, de la premiere & feconde
race . 317698
3104 Lenclos ( Ninon ) fon éloge.
Lefzczinsky, Genealogie de cette Maifon . 2130
32357
Lettres familieres , &c . 116. de Vergier , 708 .
fur les Anglois , les François & les Voyages
, 771. de la Marquife de Buous fur fa
converfion , 963. écrite de Conftantinople ,
22911009955..22661122.. aux Auteurs du Mercure , 1528.
de Ciceron à Quintus , 1615 , contre le Pere
Caftel , 1619. du P. Caftel , à M. Joli , 3026.
7 Lettres Curieufes.
Librairie . (Arreft notable fur la ) .
Lit de Juftice .
vuon an
1807
1084
1227
Louis XIV. fa Statue Equeftre élevée à Dijon .
947
Louis XV.fon mariage. 1900. 2079 2 15 4. 218 20
2221 2 3 18. 23236 2398
3178
M.
Malab aneminetk
M
Achine pour la fureté des maifons , contre
les voleurs. 9JKLA 250 20 1628
Magie , malefices , & c . Lettres de M. de faint
André à ce fujet. 758
Malthe ( Hiftoire de ) de l'Abbé de Vertot,
1815. du P. Lucas
Manufcrits. Projet d'un Cataloguede ) 18
Mariage déclaré nul & abafif. 838
Mariane de l'Abbé Nadal . 348. $49. de Voltaire
, 566. 800 .
Mo2017
.
Les quatre Marianes , Opera Comique , 62 .
les huit Marianes , Coinedie . sukelia1007
Le mari retrouvé , Comedie.
Le Mauvais ménage , Comedie. 1009 -
Mechanique du fieur Lagache.
2487
1201
1189
Medailles , 184 3049. du Roi , 347. 448
pour fon mariage, 2206. de la Czarinę. 168.
antiques , 2680. de M le Duc.
Melanges d'Hiltoire & de Litterature.
Melophiletes. ( le trioniphe des )
Mercuriales , leur origine.
3121
971
2871
La Metamorphofe des yeux de Philis en altres
eft de Chambon .
༣ །
~ £485
Metaphifique
( Elemens de ) du P. Buffier. 74
Mignard (Pierre ) Peintre , fa mort 984.248+
Mine d'argent trouvée en Baviere."
ée en
Miracle du Fauxbourg
S. Antoine 1437.
Mandement à ce sujet. 1945 .
t. 1945 ° , damul no 28e9
Miroirs ardens . 203 .
34 Momus exilé , Comedie."
2429
2389
Monnoie d'or de Charles V. 5b 29: 4661
Monftre , 1: 1367. homme marin. 1965. 2657
Montagne ( les Ellais de ) 126. vers für cet
01379 46702868
Ouvrage.
Montfleuri
( A. J. ) fes oeuvres.
140

3179
Monumens de la Monarchie Françoife. 959
Mofcovie ( nouveaux Memoires de la ) 386
Mufique des Anciens , Dialogue. y 3103
2 gb M gb zonatol
N.
Negotiations
fecrettes , touchant la paix de Munſter & d'Ofnabrug. 1-761
Noms Hebreux dennez aux lieux qu'on prenoit
en affection.
Nouveau Teftament en Arabe.
Nouvelle Portugaife de Vergier. 46.
Numifmata Regum Parthorum , &c.
201
0.
110
345
214
3109
De , laveue. r. le Laurier , 28, au Rey,
43.1525. fur fon mariage , 2136.215To
la Pareffe , 234. l'Efperance , 635. à l'Evêque
de Bazas , 696. à Mle de Catellan , 1059
le Chriftianifme , 1130. l'Eloquence de la
chaire , 1693. l'incertitude de nos connoiffances
, 171. le Tabac , 1935. fur la campagne
de 1897. 2006. à M. de Voltaire.
2824
Traductions , d'Horace Od. X. 1. IV. 290 Od .
IX.1 . III. 1349. Pleaume LIII. 2928
Oifeau Royal Chevaliers de P) à Chartres.
Oraifon funebre de Louis I.
715
319
Oratoires de Venife.
Ordres des Chevaliers du Bain , rétabli 1429.
454
1667
Orleans ( Pucelle d' ) v. Arcq.
Ouragan extraordinaire
.
Alinod , ce que c'eft . 409 . P Panegyrique
de C.Lotus.
168
P.
1286
2142
31802
Paradoxes de Ciceron , traduction. 1615
Paraphrafe du Pleaume CXXXVI par Vergier.
25.0
Paris , plus grand que Londres , 744747.. fa grandeur
, 906. erreur corrigée dans l'Hiftoire de
cette Ville .
Parlement ( ouverture de?)
Pendules , moyen de les rendrePplluuss
tomxi (de les 7772110m st ( sgnÅ ‚C
2479
2931
parfaites
.
778 Perce- oreille , fait fes ceufs dans l'oreille d'un
jeune homme.zuigsk
1761
Peris ( la Reine des 9 Ballet 568 £ ll 787
Perfeg troubles de ce Royaume. 153. 71. 17 %
101116137 12 46. 1419. 1656. 1871. 1874
2066 20680012938 2295. 1962 332 2b 2295. 2494. 2496, 2104.
2622 2711. 2914 3135 .
Phenomene veu dans le Ciel. 773
ub.M 31370
1625
Pierre , Payfan qui fe la tire lui- même de la
veffie , 773. ce fait corrigé.
Pierrot , Perrette , Opera Comique
Plaidoyers des Ecoliers des Jefuites.
Plantes de Ruffiel
2680
559
2663
333
255955
Plume avalée , caufe la mort. ma cel
Poëme , le progrez de l'Aftronomie.
Pompe pour éteindre le feu , 984, afpirante
par le feu. 1889. 2919
Porte-plume qui écrit deux lignes à la fois.
Précieufes ridicules ( les ) Comedie,
755568
Comedie
130
2488
Préjugez vulgaires ."
1530
Prieres publiques pour les biens de la terre.
840
Prifon , vifite des prifonniers.
Procez , Memoire pour en diminuer le nombre
.
1608
Proceffions du Jeudi faint à Venife , 46. de
Ste Geneviève , 1553. du Clergé , 1566. du
Recteur , 1581. de N. D. de Bon Secours,
1672
39875
Pfeaume CXXVII , traduit en vers 245obLe
CXLIX,
fur ce puit
en vers
623.
Remarques
T
1123
C Puy. v . Palinod. 1600.I up her zulq 24789
Pyrrhus Tragedie de Crebillon doe
RTAS
Bles
<
.elliv 91199
( b )
29 eula sbn97 29l sb novom , zslubas¶
Uinquet ( le P. D. Ange ) fa mort & for
éloge anb tuo 251 vist , allio702-68807
Queftion. Lequel eft le plus malheureux &
Te plus à plaindre , ou d'un homme qui déo I
plait à tout le monde, ou d'un hommelà
qui tout le monde déplaît . 73063733
Defaut de ces fortes de questions , ibid. Rés
ponie ,
Quer M.du ) fes découvertes dans les MedT
L
chaniques ,
kar
R.
2105.1 TI 1276
mp adva¶ 19391¶
A Rage d'Amour , Comedie ,
Regles à une femme âgée ,
Riviere a de lit ,
Roi fort la
de
char
3018538
377
THON 2834
Roli Paul ) fes éditions d'Auteurs Italiens ,
904640290
828
Romagnefy , fon debat aux Italiens ,
aux te
Rondeau ,
pisma) jesh, fak, 117325254291
Roquette ( l'Abbé de ) fa morty
$9 619
Rubens, tableaux retrouvez , long 11999
Rue le P. de la ) fa mort & fon éloge , 1324
048 assigroling sob svítry ( noliya
mon al buntu ib Soma
€ 50 L
Sabinus , Hiftoire de Sabinus & d'Epponi-
Sacremens ( Traité des
I
23041
2022
* 182
Saillies d'efprit ,
Sainte
Marthe
(
D.
Denis de ) fa mort , 1049.
fon éloge
*2
1865
S. Sulpice L'Autel & la Coupole de cette Egli
fe , 473 48. Statues , ' 1632,3119
Satire de Perfe traduite en Vers ,
Sauvages. v. Danfe. Sauvages arrivez en Fran
ce ,
192
2827
Scarlati ( le Chevalier Alexandre ) fa mort
2720
Science des perfonnes de la Cour , de l'épée &
de la Robe ,
Seine ( de ) fon début ..
Semelier le Pere le ) fon éloge ,
Sens commun , s'il eft fuffisant pour découvrir
les premieres veritez ,
412
139
1522
365279 , 1303
Sermon , de Venife , 454 prêché devant le
Noi , 1177
Silicernium , ce que c'eft , 2986
Sommeil extraordinaire , 169
Songe de Scipion traduit ,
1612
Spectacles Anglois , 1638
Stances au Pape Benoist XIII . 902. Au fom.
meil 1103. A la Reine , 2117. Sur le Mariage
du Roi ,
Statues pofées à Nôtre - Dame , 1396. Equéftre
de Louis XIV..
2128
131 1396
Suiffe . Collection diplomatique de Suiffe , 76
Hiftoire de la Suiffe Romande ,
T.
767
Ableaux expofez à la Fête- Dieu , 1399.
au Louvre , -2253
Theatre Hollandois , 143
Telegone , Tragedie , 2049. Opera , -2691
2485
1858
Terre , comment elle fera détruite , 401. Let-
Temple de la mort eft de Chambon ,
Temple de Memoire , Comedie
tredu P. Caftel à ce fujet
3185
522
Feltament , caffé comme étant fait ab irata
38.
Extraordinaire de M. Rouillé de Mef-,
lai , 1246. De
l'Empereur de la Chine , 1506 ,
Arreft fur un
teftament olographe , 2011
2017. Sur un teftament militaire ,
" 2803.
>
21
2171
1193
Thoiras ( Paul de Rapin de fa mort & fon
éloge
Thorn. Suite de ce qui a été ordonné au fujet
du tumulte arrivé en cette Ville ,
Tombeeux de Quarrée , 330. De Guillaume ,
ISS
Evêque d'Auxerre , 2977. Ce n'eft pas une
preuve fuffifante qu'un tombeau foit d'un
Heretique , parce qu'il n'eft pas en terre
fainte ,
Tonnerre.explication d'un effetextraordinaire
du tonnerre 22, Critiquée par le P. Caftel
199. Réponse à cette Critique , 1089
2814
15.00.
Tremblement de terre . 159. A Faenza , 2919 .
dans la Romagne , 3145 , A Maradi , 3146..
Trefor de S. Marc ,
mol if
Ache grife ( Fête de la )
453
1601
453 1317
Venife , quelques ufages qui fe pratiquent
en cette Ville
Vers à M. da D. d'Orleans , 14 , 190. à Mile
Rolland par Vergier, 6. A M de Roc , 11.
AM G. fur la mort de fon fils , 414. Imitation
de Boece, 449. Sur un Tableau d'Hercules
filant , 468. A unejeune perfonne cu
rieufe de fçavoir fa deftinée , 479. Condition
heureufe , 625. De Poiffon , ibid. Sur l'ori
gine de la Comedie 666. Printemps , 730 .
Sur l'eau à la glace 737. Traduits de Cajulle
, 1978 , 1305. Les avantages de l'eau
3384
82fur le vin , 1122 Porcraft
de PAmours
107288 -Declaration
d'amour
prife de Pulche fie , 1314. Critiquée
, il peu Caprice , 133 . 2.A un ami fur la mort de famere 1590. Uta- nie à Imprimeriee769
Divain 3773- Sur le Mariage
du Roi , 2170 , 2212 , 2363 03405. Sur l'arrivée
de la Reiner
Eife
ab
235 Tones à M. d'Andrezel
23822 A la Reine 25492656.
Au Roi Stanillas
2989.A Mlle de Clermont
.V 1988. A la jeune Iris, 259 Impatience
amoureuſe
, 2861. Sur la mort de Bourin & ide Blondine
, 2998 De Vergier
fur le Mariage
d'un François
&
d'une Allemande
, comushiG
& ob lis3048 Vellales
( Hiftoire
des )
mobaɔA ! Vieilleffe
extraordinaire
Vies des Saints ,
340
18902147
1121821
Voyage de Gentil, 543. De Corneille le Bruyn,
1382
Urfins , éclairciffemens fur cette maifon , 481
Vue extraordinaire d'une Portugaife , 2120 ,
~ 2791
Uxellodunum de Cefar ett la Ville de Luzex ,
541. Cette opinion refutée , 1699. Celt ce
qu'on appelle à prefent Lou Pech d'Uffolum,
Y
Y
1709
Vetot , origine de cette Principauté, 1918,
2990. **
1
TABLEnnod
Du 2. volume de Décembre.
Econde Lettre fur les Tombeaux trouvez à
Barfac SECO
Seconderette
fo916 30015 773
Ode tirée du
Pleaume ,311
3185
niv
vol 1988
1990
Extrait de la
Differtation de l'Abbé de Vertot,
fur le
Royaume d'Yvetor
Vers fur la mort d'un petit chien ms 1998
Explication d'une
monnoyede
Charles V
2112001
303007
ES SISS coris , ub MSI
Vers de M. Coquarus,
Bouquerque 103006
Réponse à la queftion diplomatiqne ,
Apollon & Daphné , Cantate , seet3023
Lettre du P. Caftel à M. Joly, b 3026
Epigramme , Hocu ace.com 1
Lettre fur la queftion au fujer des Chartres &
3035
fouhaits d'un Amant ,
Epigramme , 3040
Extrait de la
Diflertation de M. Secouffe , lue
l'Académie des Belles Lettres ,
253041
Vers fur le
Mariaged'un
François & d'une Allemande
ettres fur des Medailles trouvées prés d'Au-
3048
xerre ,.
3049
Le Carillon , Chanfon de M. Dufrefni , 3063
Réjouiffances faites au College de Louis le
Grand, au fujet du Mariage du Roi , & c.
0.3065
Extrait du Difcours du P. de la Sante , & c.
Extrait des Devifes , & c.
Vers chantez ,
Enigmessia Sur .
3066
3083
3095
>
3099
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , &c.
Difcours fur la Mufique des Anciens , & c.
3 103
Saillies d'efprit, ou choix curieux de traits utiles
, & c.
Poëfies d'Horace, Traduction propofée , &c.
3110
3111
Defcription d'une Horloge , &
c.315
Lettre fur
quelques
antiquitez de
Bourgogne,
& c.
3117
,
3186
Medaille de M. le Duc,
3127
Spectacles , les Enfans de la joye , Extrait ,
3122
L'Italienne Françoife , Comedie nouvelle , Extrait
,
3125
Nouvelles du temps , de Turquie , de Ruifie
& c.
3135
Naiffances , Morts des Pays Etrangers , 3152
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Morts , Naiffances , & c .
3153
Supplément. Lettre fur un fait de Chirurgie
3158
3159
Arrefts , & c.
3163
3169
Table generale pour l'année 1725. 3170
Explication des Enigmes ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
As
Praje 3027. I. 3. dub. frais & moulus, lifez
Age 2973.1. 12. 1725. lifex 1724.
frais émoulus .
Page 3028. 1. 5. du bas , langne , lifez langue.
Page 3033.1.4. du bas , cerveau, lifez cerceau
Page 3041. L. 11. Melfieurs 1. II. , lifez M. Secouffe.
Page 3086 1. 2. du bas , diftinée , lifez deftiné.
Page 3107. l. 15. ia coûtune, lifez fa coûtume.
Page 3130. 1. 8 il me , life il vous.
Page 3133. 1. 9. France , lifez Françoiſe.
Page 3134. touchent , lifex & touchent .
L'Air noté doit regarder la page 3663
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FEB 19 1931
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