Fichier
Nom du fichier
1725, 09, vol. 1
Taille
51.00 Mo
Format
Nombre de pages
223
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE,
QV^£ COLLIGITSPARGIT.
A PARIS,
Chez
GUILLAUME CAVELIER, au PaIai.'
GUILLAUME CAVELIER,Éis
J
ruë
S.Jacques, au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, QuaydesAuguftins, àla
defeente duPont-neuf, à la Croix d'Or-
MDCÇ. XXV.
Avec Approbation&Privilège du Roi,
AVIS. LADRESSE générale pour toutes
chofcs efi à M. MoR EAU,
Commisan Mercurevis-a-1 vis la C-omédie
Françoift
3
à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez. aux Libraires qui vendent le
Mercures Paris
3
peuvent se firvir de
cette voyepour les fairetenir.
On prie très-inflamment
3
qUAnd on
adresse des Lettres ou Paquets parla Poste,
d'dvoir foin d'en a/ranchir le Port,
comme cela s'est toujours pr,it-quej afin
d'épargner, À nous le dép'aiftr de les
rebuter
y
& a ceux qui les envoyent,
celui , non -
feulement de ne pas vsir
lJleroÎtre leurs Ouvrages,maisrnemsde
ldes prerdore, sp'ils ni'eneont p.as gardé de Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les particuliers qui fiuhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main., & pluspro?.npternent ;
n'aurontqu'à donner leurs adresses a M.
Moreàuj quiaura foin defaireleurspiquets
sans perte de temps J
(if de les faire
portersur lheursa la Pojte, ou Aux Mef Iúi4eo,er;Cessqu'on hti-mdiquera.
Le prix est de JO, fqls.
MERCURE
DE FRANCE,
DE1DIE1 AV ROY.
SEPTEMBREi7tj.
I. VOLUME.
PIECESFVGITIVESa
en Vers &en Prose.
LES PROGRE'S de l'Astronomie fous
le Regne, & par la proteébon de Louis
le Grand. Poëme de M. de la Vifclede,
à qui l'Académie Françoise a adjugé
le prix de Poësie de cette année.
OY, dont l'oeil intrépide, &: dédaignant
la terre,
Porte un regard altier au-dessus du
Tonnerre,
Et contemple, charmé,ces globes lumineux,
Qui parent l'Univers, éclairé de leurs feux;
Toi, qui sçais nous marquer leur grandeur s
leur dtfïance
, 1
Qui mesure le cours de leur carriere immense,
Qui prévois ces initans jadis si redoutez,
Qui doivent à nos yeux dérober leurs clartez i
Daigne, daigne en ce jour, ô divine Uranie
1
De l'ardeur qui t'anime échauffer mon genie;
Daigne par mes accords au plus grand de nos
Rois,
Rendre un juste tribut pour ce que tu lui dois.
De cent peuples liguez les forcesterrassées
a
Cent Villes à la fois soumises ou forcees,
A ce Roi triomphant, & partout redouté,
Ecoient des furs garants de l'immortalité i
Mais fidele à Minerve au fein de la Victoire,
Par plus d'une carriere il. couroit à lagloire,
Et fage imitateur du fecond des Cesars ,
Il hatoit par ses foins les progrès des beaux
Arts.
Dodle Fée on la vu par ses foins héroïques,
Te rendre tout l'éclat de tes honneurs antiquese
rr,~Tc~ I.vil. TCJ
Tes heureux nourrissons à peine font connus,
Qu'on voit par ses bienfaits leurs desirs pr
venus.
Ses dons, prix glorieux de leurs travaux utiles,
Ses dons, vont les chercher au fein de leurs
aziles
»
C'estpar ces doux liens qu'il attache à sa Cour,
Ceux qui fous d'autres Ioix avoient reçu le
jour.
Centre des grands talens, centre de l'induftrie,
La France les adopte & devient leur Patrie.
L'Univers, de Loüis fecondant les projets,
En formant des sçavans lui forme des sujets.
(a) Uln'Poalauis qtuirdaes gansesem.b.le brave:
De la Seine embellit le fortuné rivage;
Du triomphe des Arts, monumens glorieux»
Son superbe sommet s'éleve jusqu'aux Cieux;
Là, dans un doux loisir que Louis leur assure,
Les savans ratremblez épiant la nature,
A ses voiles épais,par leurs doétesiravaux ,
Dérobent chaque jour mille secrets nouveaux.
(a) L'Observatoire. 1. I.vol. Aiij An
(a) Au Temple d'Uranie avec peine j'ar
xlve-)
Quels objets offre t'il à ma vûë attentive?
Riches dons de Louis mille instrumens divers,
Servent à mesurer
,
à fonderl'Univers.
Ces fideles secours par une heureuse adresse»
De nos débiles yeux reparent la foiblesse
• !
Des Astres raproçhez nous montrent la gran..
deur,
Temperent du Soleil la trop vive splendeur,
Par les réfractons qu'un Art subtil arrange.
Des plus confus objets débrouillent le mélange.
(b) Maisla France, Loüis, ne peut borner
tes loins,
Mille cl mats divers comme elle en font tmOinSJ
Sous ton Regne ils ont vû de nouveaux Zoroaltres
> -
Au Commet de leurs monts étudier les Astres;
Ils ont vu ce grand Art jadis si florissant»
Briller par tes bienfaits d'un éclat renaissant;
(a) La Tour de l'Observatoire.
- - (b) Le Roi a envoyé des Astronomes a Uraviboug,
à la Gorée,aux Antilles
,
a Cayenne,
à Slam, à la Mer d!1tSud
, au Bresîl» &c.'
J. voL Quels
Quels secours ! mais quels fruits en avonsnous
vu naître!
Quels prodiges bien-tôt,commencent à roitreI pa-
Mille Argus vigilans chaque jour à nos yeux
Montrent un nouveau monde, ouvrent dg
nouveaux Cieuxm "k~, (a) Econne, je les vois » , d'une main afifurée,
PartagJe. r.du Soleil la route mesurée,
(b) Lui tracer tous ses pas, les regler, les
compter ,
Lui prescrire des loix qu'il semble respecter )
L'un savamment hardi nous décrit sa structure,
(e) L'autre pour nous montrer sablonde che.
velure,
Sage, met à profit l'effrayante noirceur,
Dont ore le couvrir son incônstante soeur.
(d)Celui-ci dans son fein voit des taches nouvelles
,
(e) Celui-là réfornrant des calculs peu fidcles
(a) La Méridienne de l'Observatoire. (b)Tables du Soleil deCassini.
(c) Découverte de la Cheveluredu Soleil,
confirmée par l'Eclipse de1706-
(d) Nouvelles taches découvertes d-ans le
Soleil.
(e) Le Soleil reconnu beaucoup plus éloigné
de la terre qu'on ne l'avoitcrû.
i.vft. Aiiij DesabuDesabuse
nôtre oeil qui trop interessé
»
Pour rapprocher de nous l'avoit trop abaisse.
(a) Mais que vois-jeI quels feux inconnus
à nos Peres»
S'offrent à nos regards dans ces sublimes
spheres !
D'Astres long-temps cachet Saturne est efcorté,
Vainement leur distance affoiblit leur clarté;
En leur donnant ton nom d'immortelle mémoire,
Tu leur prêtes,Louis, tout l'éclat de ta gloire,
(b) Et par un monument aussi durable qu'eux)
La France apprend leur fort à nos derniers
neveux.
(c) Ces grands corps dont l'afpefttroubloil
même les fages,
N'offrent plus à nos yeux d'effroyables préfages,
Sans allarme on les voit se mouvoir dans les
airs,
Et leur route connue agrandit l'univers.
(d) L'Astre brillant des mois montre au Pilotte
habile,
(a) Découverte des Satelittesde SatUrne.
nommez les Etoiles de Louis le Grand.
(b) Médaillé frappée sur ce futcc.*
(c) Routes des Commettes connue.
(d) On connoît le temps précis des Marées
par l'observation du cours de la Lune.
i-vol. L- es
Les mouvemens divers del'Océan docile,
Lui prédit de ses flots donc il réglé le cours,
Et les fougueux accès & les fages retours,
((t) Ces utiles tableaux, ces abregez dit monde,
Où l'Art industrieux nous peint la l'Onde, terre &
Par un nouveau calcul dont les Cieux font
garans,
Affranchis des erreurs des siecles ignorans
En raprochant de nous le plus lointain rivage,
Dérobent chaque jour nos vaissèaux au nau- frage. Ainsi, Loüis
,
ainsî fécondantces souhaits,
Les savans à ton nede ont payé tes bienfaits.
A ton Regne,à tes foins, ils devoiènt ces merveilles,
Là Fravncedt,ient de toi tous les fruits de leurs
Et les fruits répandus chez cent peuples divers,
- Assurent à ton nom l'amour del'Univers.
(a) LesCarres réformées sur les nouvelles Tables des Satellites de Jupiter, de Cassini.
1* Av PRIE..
PRIE RE POVRL*EROT. -
GRand Dieudans rÕn auguste Maitre,
Qui faitl'objet de son plustendre amour,
L'heureuse-France voit renaître,
Les vertus des Heros dont il reçûtle jour;
- Tu le formas sur leur modele,
C'est l'oeuvre de tes mains qu'en lui nous
admironsj
Daigne à nos voeux propice, ô sagesse éter- nelle
En conservant ses jours nous conserver te$
dons.
Veteres revûcavit ârtes : Horat.
DISSERTATIONsur un Sceau
antique de Bronze, fondée sur des conjelxres
,
dont on ¡AJlr le jugement aux
Jçuvans.
GE Sceau qui a un Anneau pardessus
Í'Óur pouvoir le tenir en y pananc
un ter, f1ut trouvé a -N-arb, onne le mois
de Mai dernier par un Artisan qui creufoit
dans sa cave. Etant tombé entre mes
mains,il a donné de l'exercice à mon imagination
pour chercher la juste applicartioIn
.desvSyomblol.es", & du mot exsupe- A vJ rarni>
ranti, qui font marquez sur ce Monument
en gros relief Surquoij'ai été partagé
dans mes foibles conjectures. Car il
m'a paru avoir pû servis ou aux Nobles
& riches Citoyens pour marquer au visage
leurs Esclaves fugitifs, ou bien aux
Marchands fabriquanspour marquer leurs
Marchandises.Voici les raisons sur lesquelles
on peut fonder ces idées, & dont
je laisse la décision aux Maîtres de l'An
tiquité.
Premiere idée pour marquer les EJclaves
fugitifs.
L'usage de marquer les Captifs au vir
Il' & ., sage est très-ancien
3
aété pratiqué
par plusieurs nations. Plutarque rapporte
dans , la vie de Nicia que les Syracusains
ayant fait quelques prisonniers de guerre,
les vendirent pour Esclaves, & que leurs
Maîtres imprimèrent sur leur front la
figure d'un Cheval, voulant qu'elle fut
la marque de leur servitude. I. Nous
lisons encore dans le même Auteur, &
dans quelques autres anciens, comme
Strabon, Thucidide, Pline, Aulu-Gelle,
que les Atheniens, fous la conduire de
Pericles, ayant secouru les Milesiens
contre les Samiens leurs ennemis
3
qu'ils I.Plutarch. in Nicia adNnem. -
I. vol. vainVainquirent
; ces Samiens ayant repris
courage, & quelque force par la retraite
de Pericles, voulurent tirer quelque
vengeance desAtheniens; & leur ayant
déclaré la guerre, ils marquerent d'un
fer chaud le front de tous ceux qu'ils firent
prisonniers. Herodote allure que ce
fer avoit la figure -d'une choüette ( elle
étoit le Symbole d'Athenes étant consacrée
à Minerve) ce qui est confirmé par Plutaque. I. Mais quelque temps après
Pericles s'étant reconcilie avec les Atheniens,
il alla assieger laVille de Samos,
qu'ilforça, après neuf mois de siege
,
de
le rendre à la discretiondu vainqueur.
Les Atheniens victorieux ne manquerent
pas de rendre la pareille aux Samiens
Captifs ; ils les marquerent aussi au vi£à—
ge ,
dit Elien
,
de la figure d'une autre
choüette qu'ils tracerent avec des points
2. Alexandre,Napolitain, soutient pour- tant,sans dire sur quelle autorité, que c'étoit
la figure d'un Navire de la fabrique
de leur nation, '& c'est, sans doute, parce
que le Navire étoit le Symbole de la Ville
de Samos. 3. Quoiqu'il en soit le même
I Herodot. Lib.. IV. Plutarch. in Pericle
& alii. 2.ÆlianVar.Hist.Lib II.cap. IX.
3. Alex. ab Alex. Gen. Dier. Lib. v. cap.
XYlii.
I. vol. AuAuteur
ajoûte quequelquefois les anciens
se contentaient d'appliquer sur le
front de leurs Epaves quelques caracres
ou Lettres iâns autres figures, ce
qui leur fit donner le nom de Lettre, I.
C'est pourquoi Plutarque dans l'endroit
cité cy-dessus croit que le Comique Aristophane
faisoit attention à ces caracteres
imprimez sur le front des Samiens, quand
il disoit que le peuple de Samos étoit
fort lettré.
Populus Samiorum valde litteratus cft.
uîrtjlopb eitatus à Plutarch' ubisuprà.
Mais de quelque maniere que ce fut,
on appelloit ces figures & ces Lettres
stigmates ; car, selon les Auteurs, Stigmate
n'est autre chose qu'une marque
ou caractere dont les anciens marquoient
les Captifs & les Esclaves ; ce qu'on
peut prouver parce que raconte Vitruve
au sujet de deux Statuës qu on voyoit
autrefois dans Rhodes, l'une de la Reine
Arthemise, & l'autre de cette Ville fous
la figure d'un Esclave qui recevoit sur le
front les stigmates, ou marques honteusesde
la servitude dans laquelle la
valeur de cette Princene, contre laquelle
elle s'étoit revoltée
, venoit de la faire
I. Idem ibid. i. vol. tomtomber.
I. Cette pratique peut être encore
confirmée par ce que rapporte Herodote
de Xerxez ,Roi de Perse, qui étant
venu faire la guerre aux Grecs avec une
armée formidable qu'on fait monter à
huit cens mille hommes,& une tempête
survenuë l'empêchant de passer le Détroit
de l'Hellespont sur un Pont qu'il y
avoit fait jetter , envoya des gens pour
châtier la Mer & la marquer des Stigmates,
2. ce que n'ayant pu faite, il fit
jetter des chaînes pour la lier, dont a
fait encore mention Juvenal.
Ipsum compedibus qui vinxerat Ennosigæum
Mitius id fane quod non en Stigmate dignum
Credidit.
Juvenal. deXerxe, Satyr. x. Lib. xv. Verf. igz;
Ce qui marque l'antiquité de l'usage
des Stigmates.
A la verité les Romains n'userent pas
de cette marque d'infamieenvers leurs
prisonniers de guerre; ils ne pousserent
pas leur fureur & leur vengeance 11 loin;
car pour mettre leurs victoires à profit
ils les Conserverent, d'où est venu le
motLatinservus à servando, & se contenterent
de les vendre, ce qu'on peut
I.Vitruve Lib. II, cap. vin*
2. Herodot. Lib. VII.
1.vol. prouprouver
par Tite-Live, par S. Augustin,
& par les loix du Digeste. I. Mais si
les Maîtres ne marquerent pas alors leurs
Esclaves, il est incontestable qu'ils le pratiquoient
envers ceux qui avoient été
arrêtez dans leur suite, ce que Ulpien
appelle les vestiges de la servitude. 2.
& Quintilien l'im pression des Stigmates
qu'on faisoitàl'Esclave fugitif. 3.Stig- -,:
mates qui leur étoient impriméessur le
visage, & particulierement sur le front
avec une lame embrasée, ou avec quelques
Lettres, comme l'assure Alexank-
dre
,
Napolitain. 4. Stigmates qu'on ne
pouvoit plus effacer.AussiValere Maxime
rapporte que l'Esclave d'Antius Reftion
a voit reçû sur son visage, à sa grande
honte, la marque de certains caracteres
ineffaçables. 5. à quoi fairallusion
Lucien au
sujet de certains Philosophes
sugitifs, qu'il dit devoir être marquez
au front de la figure d'un Renard ou d'un
T. Tit. Liv.Lib.XXIcap.51. -
D. Aug. de civit. Dci Lib. XIX.
LL.3.&4..ff. deStat.hom.
2. Servitutis Vestigia Ulpian. in fragm. Tic.
l' §.II.
3. Stigmata s-cribere f-ugi-t-ivo. Quintil.
4. Alex ab Alex. Gen. Dier. Lib. III.
Cap XX.
5. Val. Max. Lib- . VI. Cap. VIII.
I.vol. S- inge.
Singe. I. Ausone parle encore dans ces
Vers de ce châtiment.
Pergame, non rectè punicus, fronte subisti
Supplicium,Lentæ quod merueremanus,
Attu,quiDominus peccantiamembra Coërce:
Injustum, falfos excruciare Reos.
Aut Infcribe istam
, quæ non vult scribers
dextram,
Aut profugos ferri pondere necte pedes,
Auson. Epigr. xv.
On appelloit encore cette marque Indice,
ainsi le Jurisconsute Caius dit que
ce sont des indices imprimez sur le corps
ou sur le visage avec lefer & le feu. 2.
& même Inscription, dont Claudien adit;
Pars compede furas
Cruraque signati nigro liventia ferro
Jura regunt, facies, quam vis infcripta repugnet,
Seque fuo prodat titulo.
Claudian. in Eutrop. Lib. lîwVers 541;
Mais comme nous avons déja dit le
plus souvent Stigmates,c'est pourquoi
I.LucianRevivircentibus.
2. Indicia in corpore vel facie igne aut ferro
impressa. Caius, Lib. I. Instit, I. S. 4- I. VoIS. -
4
CiceCiceron
a dit à l'occasion de cequ'Alexandre
Pherée n'entrait jamais dans la
chambre de son Epouse,qu'il ne fit cher mar- au devant dè" lui un de ses Esclayes,
l'épée à la main,à eauTe de la défiance
ou traintequ'il enavoit: Ole ,mift-:\-
rable! de croire qu'un Barbare, & qH>Hri
Esclave,marqué des stigmates,lui fit!phu
fidele que sapropre Epouse. I. Ce qui i fait appeller par Nonius, expliquant ce passage de Ciceron, cetEsclave Stigmatias.
Les Interpretes de Suetone, sur ce que
cet Historien raconte de l'Empereur Ca- ligula
, qu'ildéfiguroit plusieurs per- sonnes
, même d'une condition honnête,
par les stigmates, &c. 2. ajoûtent que c'etoit peut être sur le front qu'il le leur
faisoit imprimer, car on marquoit ainsi
les Esclaves. 3. A quoi fait sans doute
attention Martial, quand il dit:
Frons hæcstigmate non meo notanda est.
Martial. Lib. XII. Epigr. LXII. Vers. ult, de Ligurra.
v
Comme s'il disoit,selon ses Commentateurs:
votre frontd'Esclaven'est pas digne
que j'y imprime les Points de mes Pef- 4, I.Cicero.lib.II. deOffic.
i. Sioeton. in Calig. cap. 27.
3. Beroald. in Comment. Ibid.
4 Comment. Var. Ibidem.
I.vol. Cela
Cela étant ainsi, ne peut-on pas conjecturer,
que le Sceau dont je parle peut avoir
servi pour cet usage. On dira d'abord ,
que cette marque auroit été d'un trop
grand volume: mais Petrone raconte, qu'Eumolpe remplit les fronts d'Eucolpius
& de Gyton de fort grandes lettres,
qu'il appelle l'Inscription connuë des Esclaves
fugitifs. 1. On pourra alleguer encore
, que les Enclaves passoient quelquefois
d'un Maître à l'autre , ou par
vente, ou par succession, & que ce Maîtrenouveau,
ayant le même droit de les
marquer encore
3
s'ils étoient fugitifs,
ç'auroit été une grande confusion de stigmates
: maisilimporte peu, il est incontestable,
que chaque Maître usoit de
sondroit,s'il vouloit. D'ailleurs,on pourra
objecterraussi, queces Esclaves étoient
très-souvent Affranchis, & promûs même
aux Dignitez
,
& qu'ainsi ç'auroitété
une grande note d'infamie pour eux, que
cette marque eût toûjours resté empreinte
sur leur front: mais quand cela arrivoit,
ils s'étudioient à cacher avecadresse
cette marque honteuse. En effet,
Athenée raconte, que Diphile de Sinope,
Poëte Comique,attaquoit dans ses
Vers un certain homme qui portoit une
I. Petronius.
J I. vol. grande
grande chevelure, fous prétexte de vouloir
la dédier à quelque Divinité, mais
qui dans le fond ne nourrissoit ainsi ses
cheveux que pour couvrir les stigmates
de son front. I. Et Martial est encore
plus expressif dans son Epigramme à Ru-,
fus, ou décrivant le sasse d'un certain
personnage, qui d'Esclave étoit parvenu
aprèssonaffranchissement à êtrefait Chevalier
Romain, & portoit toutes les marques
d'honneur de cet Ordre, dit que
pour cacher celles de l'infamie de sa servitude,
il paroissoit toûjours en public
avec de grandes emplâtres sur son front,
( fous prétexte sans doute, ajoûtent ses
Interpretes, de douleur de tête ou de mal
aux yeux: ) or Rufe, continuë ce Poëte t
si vous ignorez qui est cet homme, ôtez
les emplâtres de son front, & vous y lirez
qui il est.
Rufe, vides illumsubsellia prima tenemem,
&c.
Et numerofa linunt stellantem fplenia frontem,
Ignoras quis fit? fplenia talle,leges.
Martial. Lt'h.II.Epig.XXIX.*dRufurnl
Enfin, on pourra peut-êtreopposer à
I. Ut capillis promissis obvelaretfrontem
inustam notis. Athen. lib. VI. Deipnosop. I.vol. cet
cet ulage celui des Coliers
,
puisque
Lucille, ancien Chevalier Romain, ôc
Poëte satyrique
,
declare que les Coliers
étoient trèspropres pour arrêterles
claves fugitifs.
Cum manicis, catulo, collarique ut fugitivum
Deportem.
Lucil. apud Nonium.
Ilest vrai qu'on s'est fer vi deColiers
ou de plaques d'airain, pour marquer au
cou les Esclaves fugitifs, mais ce ne fut
que depuis Constantin, sur lesquels on
gravoit même ces fortes d'inscriptions.
Tene me quia fugi, & revoca me D.
mino meo ( avec le nom du Maître. )
J'en ai vu de figure où se trouve même
le monogramme de J. C. ce qui fait
voir que cet usage nefût introduit que
depuis l'établissement du Christianisme: ainsi le Colier dont parle Lucille, étoit
d'une autre espece; c'étoit un gros Colier
de fer pour le lier, & le serrer
comme un carcan, & comme les fers
qu'on lui mettoit aussi aux pieds & aux
mains; cum manicis
s
catulo ; duquel Carcan
fait mention dans Plaute l'Esclave Tyndarus.
1«VQI, HQQ
Hoc quidem haud molestum est jam quod col<;
luscollariacaret.
NFlaut. Capteivei. Acl. II. Seen, II. Verf. 107.
Mais ce Colier n'empêchoit pas l'empreinte
des stigmates pour le punir de sa
fuite: à quoi peut avoir servi le sceau
dont je parle, & on peut le prouver par
les simbolesmêmes qui y font representez
à demi-relief, & par le mot Exftp:-
ranti qu'on y lit à l'entour.
En effet, le premier simbole qu'on y
voit au milieu, est une Pausicape, ou
petite machine ainsi appellés, qui empêchoit
les Esclaves de manger en faisant
leur travail, surtout lorsque leur
Maître les faisoit moudre, ainsi la nomme
Alexandre Napolitain,qui declare
qu'elle faisoit cet effet I. Et pour ne laiC.
fer aucun doute que cela ne soit, voici
la Peinture queTiraquel, qui est un des
sçavans Interpretes de cet Auteur,en a
faite en expli quant ce mot: la Pausicape,
dit il, est une petite machine ronde
qu'on mettoit à l'entour du cou des
Esclaves, afin qu'ils ne pussent pas mettre
lafarine à leur bouche pour la manger
,
lorsqu'ils travailloient dans la maigi
son.2. Aïnli l'a décriteaussi Coelius
I. Alex, ab Alex. gen, dier. Lib. III. Cap.
}De. 2.Tiraquel.Ibid, bo.
flhodigiti
,
qui ne cite pourtant aucun
tuteur pour garant. I. Mais on sçaitque
t'est la description,qu'en a fait le CommentateurEustathius
sur leLivreXXII.
de l'Iliade d'Homere. Et c'est ainsi qu'on
peut remarquer cette petite machine dans e monument, le rond qui est au haut, tant joint, servoit à leur serrer si forment
le cou & le gosier, qu'il leur
toit impossible de rien avaler, & les
leuxbranchesqui se joignent par le bout
en-bas, étoient, sans doute, pour la pouvoir
ouvrir à force, lorsque le Maître
lordonnoit après leur travail.
De l'un & de l'autre côté de cette Pau- J,
lcape, on voit encore deux poignards,
e ki maniere qu'en ufoient les Anciens
,u'ils appelloient Pugiones, semblables peu près à nos Bayonnetes, & il n'est as difficile de juger qu'ils font l'image
e la mort. Tout le monde sçait, que les
claves étoient tellement reduits fous ~li
klépendance de leurs Maîtres
,
qu'ils
voient sur eux le droit de vie Se de
ort, pouvant leur faire souffrir, non
ufelementtous lestourmensimaginables,
ais encore les tuer impunément, &
our leurplaisir. Tacite dit, que ce droit oit enusage parmi les anciens Germains.
I. Coelius Rhodigin. Lib. XXV.cap.XXII. I.vol.2°
1: Il est allezvrai-semblable , qu'il ie-}
toit aussi parmi les anciens Gaulois,puis- i
que, comme l'a remarquéJules Cesar ,
les Seigneurs de cette Nation choififsoient
& destinoient en mourant les Esclaves
qu'ils vouloient qu'on tuât ôc]
qu'on brûlât avec eux.2. Ammian Marcellina
encore attribuélemême droit aux
Perses. 3. & on ne peut douter, qu'il
ne fûten vigueur parmi les Romains,
puisque par leurs Loix il étoit porté,
qu'un Maître ayoit la puissance d'ôter
vie à les Esclaves
, comme il feprati-i
it
quoit parmi toutes les autres Nations. 4*
C'est pourquoi on donnoit souvent àces
miserables des noms infames & terribles
,
qui leur mettoient à tout moment
la flagellation& la potence devant les
yeux: Flagrionis
,
Veyberionis, Maftt-,
ÇÎAyVurciferi
,
Cruciarii: d'où vient
que Ulpien a comparé la servitude &:.
l'esclavage à la mort. Ç.
Il est 0vrai que les Ordonnances de
quelques Empereurs condamnerentcette
puissance tyrannique des Maîtres à
I. Tacit. de moribus Germanorum.
2. Jul. Cef. de Bel. Gal. Lib. VI,
3.Aminian.Marcell.Lib. XXIII. z
#
m
- ,. 1 ti4.CsaiufsuLibn. I. dte.h,is quilui vel al,!ie-n- i j"ul*'j, --
f 5.Ulpian,Leg.18.deCond.&Dom. -
'1-l 1 1 I.vol. *
l'égard de leurs Esclaves.Claude, dit
Suetone, declara positivement
, que si
un Maître aimoit mieux tuer un Efclave
, que de l'exposer dans l'Isle d'Esculape,
étant malade, lassé de lui faire des
remedes, il feroit coupable d'homicide.
I. Spartienassure encore, que l'Empereur
Adrien leur défendit expressément
de ne plus les tuer, & leur ordonna de
remettre aux Juges la punition de leur
crimes,lorsqu'ils auroient manqué à leur
devoir. 2.Ce qui fut approuvé par An
tonin le Pieux
,
& par la Loi Cornelia
qui punit un homme qui en auroit tu
un autre,quand même il feroit Esclave
3. Et confirmé enfin par le grand Cons
tantin
,
fous lequel l'Empire Romain 1
dépoüilla tout-à-fait de son inhumanité
puifqu'il ordonna qu'un Maître, qui
imitant la cruauté des Barbares, redui
roit un Esclave à mourir dans les tour
mens, seroit coupable d'homicide. 4
Cependant on peut dire, que le sceau marque
par ces poignards cette puissance de
1.Sueton. in Claud. cap iy.
2. Spartian. in Hadriano.
3. L. I. &2. de his qui lui vel aiiefti jurii
lunt.
L. Cornelia de Sicariis.
- - 4. Reum homicidii fore qui servum, &c»
Lunica de emendat, servot.
X.vtiot Dn I-J-lO--I
mort du Maître sur son Esclave, & l'on
peut en tirer même une preuve de sa
haute antiquité,puisque quand il fut fait,
-
cette puissance n'étoit point encore abolie.
Tous les Maîtres ne tuoient pourtant
pas leurs Esclaves pour les punir de leur
fuite
,
ils se contentoient le plus souvent
de leur faire porter sur leur front l'image
de la mort, par l'empreinte des Stigmates,
& le sceau dont je parle, paroît
avoir servi à cet usage
, non feulement
par les simboles que je viens d'expliquer,
mais encore par le mot Exfttperanti,
qui signifie Vainqueur
3 pour
marquer qu'il étoit à celui qui l'avoit
surpris, arrêté, & vaincu dans sa fuite,
& qui avoit le pouvoir de lui ôter la vie;
Exsuperanti. Les Romains cesserent enfin
d'imprimer ces marques honteusès sur
levisage de leurs Esclaves; &quoique
nous n'en sçachions pas précisément le
temps , nous pouvons croire que ce fut
vers le commencement du IV. siecle,
lorsque le grand Constantin défendit par
une Loi expresse de les appliquer sur le
c
visage des Criminels; par cette raison,
que le visage, qui a quelque relfernbbnce
avec la Divinité & la Beauté ceIene"
ne devoit pas être soüillé d'aucunestigmate
,
se contentant que ces fortes de
1.vol. marques
marques fussent empreintes sur les mains
„
ou sur le gras des jambes, ainsi que l'a
écrit Theophile. 1.
Seconde Idée pour marquer les Etofes
ou Draperies.
Tout le monde sçait que Narbone; depuis les anciens temps de sa fondation,
a été une Ville très marchande, a quoi
son heureusèsituation n'avoit pas peu
contribué
3
puisque
)
de l'aveu même de
Strabon,étant située sur l'embouchure du
Fleuve d'Aude,&sur un grand Lac, elle
devint le Marché le plus celebre, & le
lieu le plus considerable d'alentour par
les foires qui s'y tenoient. 2. Le negoce
y florit en effet fous les Celtes, auxquels
elle doit si fondation. Ces Peuples, félon
1j remarque de Jule-Cesar dans ses
Commentaires de la guerre des Gaules.
ayant une particuliere vénération pour
Mercure
, parce qu'il leur paroissoit être
le Patron des Marchands, & de tous ceux
qui cherchoient le gain dans le Com-
1. Theophil. Instit. de Libertis.
i. Narbo super Atacisfluvii ostia & Lacum
Narbonenfem situs est, maximum ibi locorum funt eorum quæ Emporium. Strabo Geo- graph.Lib.III..
.1-vol. B ij merce
merce. I. Et il falloit bien que cela fût,
puisque David, Roi des Israëlites, fit
un Traité de Paix & de Commerce avec
ces anciens Narbonois, si l'on peut ajoûter
foi à un ancien Memoiretiré des Archives
des Juifs d'Avignon
,
qu'on conserve
dans celles de l'Hôtel de Ville de
Narbone en Langue vulgaire assez ancienne
, comme s'ensuit.
lt::m. Se troba que en lo temps del Rey
David la Ciutat de Narbona era'emmttrada
,e que ,n aquel temps lo Rey DavidTrames
y Cavaliers à Narbona perfar
Lianfa am la dita Cieutat, e ayjfo fil
trobat als uirchios dels Jufieus en Avin!*.
hon. .1
Archives de l'Hôtel de Ville. III. Tha
lamus. fol. 130. verso.
Maisdès que les Romains eurent fait
la'conquête decette Ville, & qu'ilsy eurent
établi leurs Colonies, tout les invita
au Commerce, la réputation de la
Ville, le Fleuve, le Lac, la Mer, la
proximité de l'Italie, le voisinage d'Espagne,
& du reste des Gaules qu'ils
avoient dessein de conquerir. Peut-on en
I. Hune ad Quæstus pecuniæ,mercaturasque
habere vim maximam arbitrantur. Jul,
CæfdeBel.Gal.Lib.VI
t.~oÀ d-outer
douter après le témoignage qu'en a porté
Ciceron, voulant justifier M. Fonteius,
qui avoit eu le Gouvernement de
Narbone & de sa Province pendant trois
ans,desconcussions dontles Allobroges
l'accusoient. Le Gaule,dit-il, qui est
pleine de Marchands, est aussi pleine de
Citoyens Romains. Il n'y a point de
Gaulois qui entreprenne le moindre negoce
, sans être en societé avec quelque
Citoyen Romain, l'argent n'y roule que
par les Lettres de change des Citoyens
Romains, 1. Cet Orateur ne fait pourtant
mention que du Commerce que Narbone
avoit avec Rome: mais Ausone
3 apostrophant cette celebre Ville, l'étend
beaucoup plus loin: ontransportoitchez
toi, lui dit-il, de tous les endroits du
monde les marchandises les plus précieuses
qui faisoient tes richesses, de la
Mer d'Orient & d'Espagne, d'Afrique
& de Sicile, & tes propres Vaisseaux
parcouroient tous les Fleuves & toutes
les Mers, & revenoient ensuitechargez
dans ton Port.
Te maris Eoi merces, & Iberica ditant
Æquora , te classis Lybici , ficulique profundi.
1. Gicero. Orat. pro Fonteio,
1.vol., B iij EC
tt quidquid vano per flumina, per freta à
cursu
Advehitur toto tibi navigat orbe KATd..hoIS
Auson.Je clur. Ur". Narbo.XII*
Aussi est ce sur sa Marchandise &c sur
son Commerce que Sidonius Apollinaire a
fondé enpartie lepompeux éloge qu'il a
fait deNarbone.
Merce.
Sidon. ApoI. Carm. XXIII. ad Cqnfcent.
Civ. Narb.claris.
Nous trouverions le nom de plusieurs
de nos Marchands Narbonois sur les anciennes
Epitaphes, si l'injure du temps,
ou la fureur des Nations barbares ne les
eussent détruites. En voici une qui nous
reste, & qui efl: même rapportée par Gruter.
pag. DCXLV. n°. 6.
C. OFELLIVS.
C. L.
ZETVS. FRVGI
MERCATOR.
Où le mot fragi doit donner une belle
leçon aux Marchands de nos jours. Delà
vint que les Romains y établirent une
Fo re trés-celebre
,
qui duroit tout le *
mois de Juin, & qu'ils appellerent les
Jtinilices, pour laquelleils nommoient
LIll Dictateur particulier qui y présidoit,
-
1. vol. poux
pour empêcher l'injustice & les desordres.
Nous avons cette Inscription de
Quintus Akanius Rufus, fils de Quintus,
qui avoit été pour la troisiéme fois Diseur de cesjunilices.
Q.:. AKANIVS
Q. F. RVFVS
TER
DICTATOR. IN
IVNILICLIS.*
Mais de toutes les Marchandises, celle
des Draps & autres étofes de laine, y a
été anciennement la plus considerable,
& on ne peut disconvenir qu'on ne les
y ait faits & teints même en couleur de
pourpre, en lisant ces deux Epitaphes qui
font autour de nos murailles.
C.NIGIDIVS
PRIMVS
LANARIVS
SIBI* ET
PROBO-MEROE
LIBER SVI.
A. SEMRONIO
GALLAECI. L.
LAETO PVRPVRARIO
ET
SEMPRONIAE.
MODESTAE
VXORI.
Nousavons d'ailleurs lieude croire ,
qu'on se servoit de ces brillantes étofes
pour leshabirs des Empereurs,puisque
nous trouvons dans la Notice de l'Empire
d'Occident, qu'il y avoit dans la
- 1. vol B iiij Gaule
Gaule Narbonoise deux Procureurs de
'Empereur, fous la direction generale
du Comte ou Tresorier des dons & des
largesses du Prince
, pour les teintures en
pourpre,l'un residant à Toulon, & l'autre
à Narbone
, Procurator Baphii Narbonensis.
1. Ce qui prouve que la Draperie
étoit d'un grand commerce à Nar- bone. Cela étant ainÍÎ, rien n'empêche que
le sceau en question n'ait servi à marquer
les étofes qu'on fabriquoit à Narbone,
que le mot latin Exsuperanti qu'on y lit
tout autour, n'ait pû être le nom d'un
Marchand qui s'appelloit Exsuperans.
comme pour dire,cette Marchandise est
de la fabrique d'Exsuperans, de même
que les simboles qu'on y voit imprimez,
peuvent avoir été les marques dilbnél:ives
que ce Marchands'étoit appropriées,
celui du milieu pouvoit être une pincette
pour tirer les petits pelotons des étofes
& ces especes de couteaux afilez pour
les tondre ou pour les couper. Mais pour
me déterminer, je ferois plus porté à
suivre ce sentiment, d'autant mieux qu'un
* ami a fait retentir jusqu'à moi la voix
de l'Oracle de l'antiquité figurée,qui s'est
déclaré en sa faveur, & qui a même don-
1 Not. imp. Occid. cap. XXXIX.
* LeP. de MontfailCQn. i-vol. e
né dans son Recueil quelques-uns de ces
Xtfrtes de sceaux, qui ont quelque reHemblance
avec celui-ci,tant pour la grandeur
& la forme, que pour les caracteres ou
simboles. Si quelque sçavant Antiquaire
en donne une interpretation plus juste, je
me dépoüillerai agréablement de mes
foibles conjectures, & je souscrirai à son
opinion.
Lafont - -
t
Chanoine de S.Sebafticn de
Narbone.
LETABAC.
ODE.
ParM.Desforges-Maillarda. a. P. DsB.
DEs ennuis accablans, de la morne tristesse,
0 Tabac l'unique Enchanteur!
Des plaisirs ingenus, de l'aimable Allegresse,
0 Tabac la source & l'auteur
Sans toi, Tabac cheri, mon esprit est sans
joye,
Dans les chagrins il est plongé,
1. vol. B v Df
De leurs efforts fréquens il deviendroit lit
proye»
S'il n'étoit par toi soulagé.
L'esprit, quand au travail sa force est languisiante,
Par ta poudreest ressuscité ;
Ton odeur évertuë une ame croupissante
Dans une molleoisiveté.
En diverses leçons on connoît ton merite,
llest d'un prix toûjours nouveau;
Tu fais à flots aisez s'écouler la pituite,
Et tu foulages le cerveau.
Le fang est étanché, la blessure est guerie ,
Quand on t'applique sur le mal.
Dans leurs seconds climats le Pérou,l'Assi.
lie,
N'ont point au tien de baume égal.
On voit presque toûjours l'agréable à l'utile
,
S'unir dans les biens que tu fais;
-
Mais tout cede au plaisir de dissiper sa bile,
En Fumant sur tout à longs traits.
1. llot Par
Par toi seul dans un coeur la tempête eH: talmée,
Une ame avec ravissement,
S'occupeàvoirsortir delapipeallumée,
Un petit nuage fumant.
Dans la Thrace autrefois les champs du tendre
Orphée,
N'ont jamais tant pu sur les sens;
Pour endormir les maux les pavots de Mor
phée
Ne furent jamais si puissans.
Cupidon, d'un Fumeur, à ses chaînes honteuses,
N'attache gueres le destin;
Tu n'as,divin Tabac,dans tes fêtes joyeuses,
D'autre compagnon que le vin-
La mourante vieillesse est par toi rajeunie,
Mieux que par les médicamens ;
Ta vertu merveilleuse , en prolongeant la
vie,
Repare les tcmpéramens.
1.vol BvjA
A ton propice aspectles vapeurs de la pelle .,
Cessent d'infecter nos maisons;
Ton odeur salutaire jen une odeur funeste
A ses trisses exhalaisons.
Celui qui nous apprit le premier ton usage,
Est digne du Nectar des Dieux;
A nos neveux transmis son bienfait d'âge en
âge.,
Doit rendre son nom précieux.
MEMOIRE ssir l'origine des Privileges
de la Principauté d'Yvetot.
NOus avons rapporté dans le second
Volume du Mercure de Juin dernier,
un Arrest du Conseild'Etat, rendu
le 19. du même mois, en faveur de
M. le Marquis d'Albon, Prince d'Yvetot,
& des habitans de cette Principaux
té: on nous a depuis communiqué le Mémore
suivant, sur l'origine des privileges
& des exemptions dont elle joüit.
Selon plusieurs Auteurs qui ont écrit
de l'Histoirede France,cette Principau
té doit son origine à un meurtre com-
1. vol. mis
mis en l'année 536. par Clotaire premier
, en la Personne de Gautier, Seigneur
d'Yvetot, dans la haute Normandie.
Ce Roi voulant reparer sa faute, &
se faire absoudre de l'excommunication
fulminée contre lui par le Pape Agapet,
érigea la Terre d'Yvetot en Royaume,
& mit cette Terre & les Habitans hors
de sa domination; en sorte que tous les
Seigneursd'Yvetot, qui ont succedé à
Gautier, ont joüi des exemptions qui
lui furent accordées. Il est vrai que dans
la fuite des temps, ils se font contentez
de prendre la qualité de Princes d'Yvetot
; mais ils ont toujours joui de cette
premiere indépendance, & de tous les
privilègesaccordez à Gautier d'Yvetot.
Les Auteurs qui parlent de cette érection
, font Robert Gaguin
,
Robert Cenalis,
Baptisse Fulgofe de Genes, Nicolle
Gilles, du Haillant, le ~jnal Baronius,
Sponde Evêque de Pamiers du
Moulin en ses Antiquitez de Normandie
, Louis Trincant, Charles de Bourgueville
, en ses Recherches de la Normandie
,
Chassannée., Chopin,&c.
D'autres Auteurs ont révoqué en doute
l'érection de ce Royaume,principa--
lement, parce qu'on n'en voit pas letitre
primordial, ni d'autorité équivalente;
ce qui est bien difficile, pour ne pas dire
1. vol* imimpossible,
à cause de la longueur du
temps, & de l'invasion des Anglois,
qui ont emporté beaucoup de titres de la
Province de Normandie; mais ce qui
fait pour la vérité de cette éreéHon)c'est
une fuite de titres incontestables accordez
par nos Rois depuis Charles VII.jusqu'au
Roi heureusement régnant, lesquels
n'ont point été donnez sans connoissance
de cause, & confirment tous en quelque
maniere le point d'Histoire dont il estici
question: en voici un petit détail.
Les Lettres Patentes du Roi Charles
VII. en faveur de Pierre de Villaine,
dit le Begue
,
Sire d'Yvetot, du 1 8. de
Mai 1401. Lettres Patentes de Loüis
XI. en faveur de Guillaume Chenu,
Seigneur 3c Prince d'Y vetot du mois
d'Octobre 1464..Pareilles Lettres de
DFranaçmois eI. en faveur des Seigneur& Bellay, Prince & Princesse
d'Yvetot du mois de Juillet 1 54.4.. Pareilles
Lettres d'Henri II. obtenuës par
lesdits Seigneur 5c Dame du Bellay du
mois d'Avril155 1. Autres Lettres de
Henri II. du 14. de Mars 1 5 57* Lettres
Patentes de François II. en faveur
d'isabeau Chenu, veuve de Martin du
Bellay, du mois de Novembre 1559
Lettres de Charles IX. en faveur de ladite
Dame, du 10. de Mai ï~. Pareil-
1. vol. - les
reilles Lettres de Henri III. obtenuës
par ladite Dame, au mois de Décembre
1577. Autres Lettres de Henri III. du
II 2. de Fevrier 1579. Arrest du Conseil
d'Htat entre ladite Dame Princesse d'Yyetot,
& l'Avocat General du Roi en la
Cour des Aides de Roüen, du 13. d'Avril
1579. Lettres Patentes de Henri
IV. en faveur de René du Bellay,Prince
d'Yvetot, du mois de Fevrier 1596.
Autres Lettres Patentes de Henri IV.
des 7. &22. de Juin 1579. & 11.de
Decembre 1600. Arrest de la Cour Souveraine
du 8. de Mai 1642. Sentence
du Bureau des Finances de Rouen du
20. d'Aoust 1642. Autre Sentence du
même Bureau des Finances du 23.de Décembre1652.
Deux Arrests du Conseil
des 23. d'Avril 1653. & 7. de Mars
1654. confirmatifs desdites Sentences au
profit des Habitans d'Yvetot. Autre Arrest
du Conseil du 30. de Mai 1657.
Autre Arrest du Conseil, en faveur de
Bonaventure-Claude de Crevant Prince
d'Yvetot, du 30. deJuillet 1668.
Autre Arrestdu Conseil du 12. Décembre
1676. Arrest duConseil,-qui maintient
& garde le sieur Chauvignédans la
Cure d'Yvetot, & qui y avoit été nommé
par les Tuteurs des Demoiselles mineures
Princesses d'Yvetot, contre le sieur
Jacques Vaultier, qui avoit été nommé
par le Roi à la même Cure. Deux Ar;
rests du Conseil des 20. & 27. de Septembre
1681. Autre Arrest duConseil
en faveur de M. le Maréchal Duc d'Humieres
,Tuteur des Demoiselles Princesses
d'Yvetot, du 3. de Juin 1687.
Arrestdu Conseildu 31. de Décembre
168y. obtenu par M. le Marquis d'Albon
, Prince d'Yvetot. Ordonnance de
, M. de la Berchere, Intendant en la Généralité
de Roüen de la même année
1689. Deux Arrests du Conseil obtenus
par M. le Marquis d'Albon les d'Août 14. & 25. de Septembre 1696. Ordonnance
des Commissaires Généraux
du 16.dAoust 1697. Arrest du Conseil
du 12. de Septembre 1711. & Ordonnance
de M. de Gasville, Intendant en la Généralité de Roüen du 5. d'Aoust
1720.
Les Lettres Patentes de Louis XI. sont
de tous ces titres le plus remarquable.
Elles portent, qu'après l'information faite
, sur les ordres du Roi, des privilèges
d'Yvetot, cette Terre a été vulgairement
appellée Royaume, qu'elle a été de tout
temps exempte de tous droits envers les
Rois de France, que les Seigneurs Princes
d'Yvetot ont Justicehaute, & hajJe, & moyenne hauts jours, où les matieres
prennent fin sans ressortirailleurs
, qu'ils
,1. vol. 9m
ont foires & Marche^qu'ils font exempts
de foi & hommage" que leurs hommes
&fujctsfont Iluffi francs & exempts £impojitions)
quatrièmes gabelles" sel, emprunts
tailles, foÚages
,
& autres fubventiofis
quelconques rnifes & à mettre.
Les
-
autres titres iont relatifs à ces Lettres,
& il a été dressé procès verbal du
tout par M. l'Intendant en la Généralité
de Roüen
3 au Bureau duquel la minute
de ce procès verbal est restée; lagrosse
a été envoyée & déposée au Bureau de
M. de Gaumont, Conseiller d'Etat, &
Intendant des Finances. Il y a encore
beaucoup d'autres titres en original sur
le même su jet, qui comme ceux-cifont
dans les Archives de M. le Marquis
d'Albon,Prince d'Yvetot.
L'Auteur de ce Mémoire auroit pu lui
donnerplus d'étendue, en approfondissant
davantage les choses sur l'origine des privilèges
en question. Nous l'avertirons
ici, & avec lui tous ceux qui peuvent
s'interesser à cette matiere, qui a d'ailleurs
sacuriosité
, que M. l'Abbé de Vertot,
de l'Académie Royale des Inscriptions
& Belles Lettres, a fait là-dessus
une Dissertation qui ne laisse rien à desirer.
Elle se trouve dans le IV. Tome
des Mémoires de cette Académie, imprimé
à Paris en 1713 page 728. C'efl:
I. vol, une
une Piece qui lent partout le Critique
sensé, l'Historien examen un mot, l'habile
Ecrivain. 1
1 -
LE SOLEIL ET LE RUISSEAU.
FABLE. <•J *
u N Ruisseau traversoit mille belles prai
ries,
Où maints Bergers & Bergeres toûjours
Faisoient briller les jeux & les amours: Î
Rien n'étoit si charmans que ses rives fleuries.
Tandis que regnoient les beaux jours. 1
K
Le bel Astre qui dans le cours 1
De son éclatante carriere» a
Répand sur l'Univers sa féconde lumière,
Chaque jour se miroit dans son cristal bril..
lant.
* Le Ruisseau s'en appercevant,
Crût cette faveur singuliere ,
Il crût même par cet accüeil,
Qu'il ne voyoit que lui seul d'un bon oeil :
La fotte vanité facilement nous tente.
Pere du jour, dont la bonté m'enchante,
«
1. vol. S'écria
S'écria le Ruisseau charmé,
Que mon dessinest doux que dans mon eau
brillante,
Vous vous miriez ainsi! puisque je suisaime
»
Du Dieu dont ce flambeau fait le bonheur du
monde,
Rien nepeut égaler le bouheur de mon onde.
Le Soleil à ce compliment
Se cacha derriere un nuage;
C'étoit pour rire assurément
D'entendre un semblable langage.
Ceci s'adresse à bien des gens,
Et même à tous tant que noussommes:
Le Soleil nous dépeint les grands»
Et le Ruisseau les autres hommes.
,£ XT RAIrdu Mandement du Cardinal
de Noailles, sur le miracle
du Fanxbourg S. Antoine. LE10. d'Aoust le Cardinal de Noailles
, Archevêque de Paris donna (on
Mandement, à l'occasion du miracle
operé dans la Paroisse de Sainte Marguerite
le 31. Mai dernier, jourdu S. Sait
vol. ciemene
crement. Nous sommes fâchez par le,"l
bornes ausquelles flous sommes fllfujer-,
tis de ne pouvoir le rapporter ici dans
son entier; mais nous allons en extraire
le plus essentiel pour la satisfaison
, &:
l'édification de ceux de nos lecteurs qui
n'auront pas vu le Mandement même.
<')'
la grandeur & la bonté de Dieu, dit
d'abord le pieux Prélat,n'éclate pas
moins
,
selon les paroles de S. Augustin,
dans la maniere dont il gouverne le monde
, selon les Loix constantes & unifor-.
mes qu'ila lui-même établies, que dans"
les miracles & les prodiges qu'il opere
en s'écartant de ces mêmes Loix. En
effet, agit-il moins en Dieu,lorsqu'il
nous nourrit, comme il fait tous les
jours, en multipliant des grains de semence
, par la fécondité qu'il donne à la
terre, ou lorsqu'il rassasie cinq mille
hommes par la multiplication miraculeuse
de cinq pains & de deux poissons ?
Ces différentes merveilles, ne sont-elles
pas également les oeuvres de Dieu, également
dignes de nôtre admiration & de
nos hommages?&c.
C'est le fruit que nous devons tirer de ; la guérison miraculeuse que Dieu vient t d'operer par le Sacrement de rAurel : prodige qu'à l'exemple de Saint Amsi
vol. brosses
AV,
roise, * nousregardons comme un bienût
du Ciel, donc Dieu a voulu honorer
lôcre Episcopat, & comme une grace sur
laquelle il n'est permis ni à nous ni au
peuples confiez à nos soins de garder le
ilence, & d'être indifferens. Le Pasteur
pourroit - il sans ingratitude ensevelir
lans l'oubli les merveilles de Dieu ? Les
Fideles pourroient-ils les connoître sans
s'en édifier, & sans être touchez de reconnoissance
& d'admirationà la vûë des
narques de la puissance & de la bonté
de Dieu qui éclatent à leursyeux?
Il est donc important pour la gloire de
Dieu, mes très-chers Freres, pour vôtre
édification, pour celle de toute l'Eglise,
pour l'utilité particulière de nos
Freres réünis, que vous sçachiez exactement
les circonstances du fait miraculeux
qui vient de paroître
, que vous en tiriez
les conséquences justes & naturellesqu'il
nous presente, & que vous soyez instruits
des précautions que nous avons prises
pourassurer la vérité du fait, <3c pour le
transmettre à la posterité avec la même
exactitude ,que nos Peres ont observée
pour faire passer jusqu'à nous des miracles
de la même nature, dont ils ont été
lestémoins.
La femme en faveur de qui Dieu a
It S. Ambros.Epistola ad Marcellinam iz.@ ., 1. vol. ceert
opéré le miracle, se nomme Anne Charlier,
épouse du sieur de la Fosse, Maître
Ebeniste
,
âgée de quarante-cinq ans,
née & élevée à Paris. L'on rend témoignage
,
dans tous les lieux où elle a demeuré,
& particulièrement sur la Pasoisse
de Sainte Marguerite, où elle est
établie depuis 20. ans, que sa conduite
a toujours été Chrétienne & édifiante.
Il y après de 10. ans que Dieu amigea
cette femme d'une perte de fàng»v
qui depuiscetteannée étoit devenuë fil
continuelles si violente & siopiniâtre,i
que les tentatives qu'on avoit faites pour
la guerir avoient été aussi inutiles que dangereuses.
Depuis 18. mois son épuisement ne
lui permettoit plus de marcher, même
avec des bequilles, ni de soutenir la lu- ;\.
miere; les plus legersmouvemens la ;,
faisoient tomber en foiblesse, elle ne pouvoit
presque demeurer dans son lit à L
cause d'une grande douleur de côté, & f
pour passer de son lit à son fauteüil on V
étoit obligé de la porter. Pour recevoir I
la sainte Communion le Lundi qui
préceda
sa guerison, elle se fit porter dans «S
une chaise jusqu'aux pieds de l'Autel, :
ellenepût se mettre à genoux que foutenuë
par deux personnes
»
&on la rap- 1
porta de l'Eglise presque mourante.
1. vol. ,$Q!t :
£
Son infirmité connuë d'un grand nomre
de personnes, tant du Fauxbourg
Antoine,que de differens autres quariers
de Iaiisj, étoit devenue de notoriété
publique ; & soixante témoins dignes de
Ji attestent les circonstances que nous
enons de vous marquer. La verité &
promptitude de sa guerison ne font
ni moins notoires, ni moins attestées.
Pressée cette année par un grand desir
& par une foi vive de demander sa guerison
àJesusChrist
,
lorsque laProcession
du Saint Sacrement passeroit devant
a mailêm, le Lundi précèdent elle delara
son projet à l'Ecclesiastique, auquel
elle se confesse depuis dix ans, qui
qui conseilla de ne point tenter Dieupar
a demande d'une guérison si publique,
& de se contenter de prier Jesus-Christ
le la guérir en communiant; elle suivit
ce conseil ; mais Dieu qui vouloit rendre
cette guerison plus éclatante & plus
rJle, ne l'exauça point dans ce moment;
e sentant donc plus incommodée qu'auparavant
,
elle persista dans la résolution
:1e s'adresser à Jesus-Christ le jour du
Saint Sacrement, que la Procession deavoit
passerdevant sa porte. Le matin
mêaie de cette Fête solemnelle
, une Femme née dans la Religion Protestante,
]u.e la malade connoissoit depuis longi.
vol. temps,
temps, la vint voir ÔC l'ayant trouvée
consternée par l'augmentation de son
mal, elle l'exhorta à mettre toute sa confiance
en Jesus-Christ ,
elle lui repre
sensaque le Fils deDieu ressuscité d'entre
les morts, toujours vivant, n'étoit
pas moins puissant dans le Ciel, que
lorsqu'il étoit sur la terre: qu'il pouvoit
donc la guérir, comme il avoit gueri
l'Hemorrhoine
a
l'Aveugle-né,le Paralytique
, & tant d'autres, qu'elle na—
voit qu'à l'invoquer avec la même Foi
dont ces malades étoient penetrez.
La Dame de la Fosse fortifiée par ce,
discours, résolut de suivre le mouvement
que Dieu avoit mis dans son coeur,
& de demander sa guerison à Jefus-
Christ; non à Jesus-Christ present seulement
dans le Ciel, selon le conseil de
la nouvelle Réunie ; miis à Jesus-Christ
réellement present dans le Sacrement de
l'Eucharistie
,
selon la Foi de l'Eglise.
Animée de ces sentimens,elle se fit
descendre dans la ruë; la nouvelle Réünie
se retiradans ce moment,pour aller
dans une maison voisine, où plusieurs
nouveaux Réünis étoient affèrnblez
où Dieu avoit permis qu'ils se
trouvassent,
pour être instruits exactementdu
miracle qu'il vouloit operer, peut-être
encore plus pour eux que pour la malade.
1. vol. LPflLorsqu'elle
fut à sa porte 3 elle se trouva
très-mal, ne pouvant soutenir ni l'air,
ni le grand jour. Cependant quand on
lui dit, voilà le Saint Sacrement, elle nt
un effort pour se jetter à genoux, & elle
tomba dans l'instant sur ses mains ,criant
en même temps: Seigneur, si vous voulez.>
voiis pouvez, me guérir,jecrois que
vans êtes le même qui etes entrédansJerusalem
: pardonnez-moi mes pechez, & je
serai guerie. Elle marcha sur ses genoux,
& sur ses mains quelques pas, criant
toûjours à haute voix: Jesus-Christ vous
pouvez, me guerir. Le peuple étonné du
spectacle, parut scandalisé de voir une
femmesuivre le Saint Sacrement,se traînant
par terre, & criant à haute voix:
les uns crûrent qu'elle étoit yvre, ou en
démence, d'autres qu'elle tomboit du
mal caduc: tous la presserent de se retirer
; sa foi ne fut point refroidie par tous
ces obstacles
,
rien ne put l'empêcher de
continuer sa marche, &d'invoquerJesus-
Christ,disantqu'on la laissàtsuivre
son Dieu
,
& sa foi fut bien-tôt exaucée.
Sentant tout d'un coup son coeur se
fortifier
,
elle se leva, encore soutenuë
par les deuxpersonnes qui l'avoient accompagnée;
& dans le moment, éprouvant
que son corps tournoit comme pour retomber, elle cria encore plus fortei.
Vil,. C î
ment: Seigneur , que j'entre dans-z,dire
Temple, & je seraiguérie.Elleditmême,
ceux qui la soutenoient de la laisser
persuadée qu'elle marcheroit bien; ils la
virent en effet marcher dans la foule du,
peuple & suivre le Saint Sacrement:
frappez d'étonnement, & croyant à tous
momens qu'ellealloittomber, ils lui
presenterent leurs mains & leurs bras
pour s'appuyer; mais cette précaution fut
inutile:elle alla feule & sans secours
jusqu'àl'Eglise de Sainte Marguerite,
perdant, toujoursnéanmoins unetrèsgrande
quantité de sang.
Arrivée à la porte de l'Eglise
,
elle
xedoubla ses prieres, & demanda à Dieu
avecune nouvelle serveur,qu'elle n'entrât
point dans le lieu Saint, sans être
pleinement guerie : au moment donc
qu'elle eut mis le pied dans le Temple
du Seigneur, elle sentit comme l'Hé
morrhoïsse de l'Evangile, la source du
fang qu'elle perdoit, dessechée. Elle resta
debout
ou à genoux à la porteduChoeur,
pendant Tierce & la grande Messe,qui
durerent une heure & demie, sans être'
aidée de personne, ni pour se mettre à
genoux , ni pour se relever; pendant
Sexte elle entra dans le Choeur, & demeura
quelque temps à genoux devant
le Saint Sacrement:elle en fouit sans-
I.vol.Ctrç
être incommodée de la lumiere, qu'elle
ne pouvoit soutenir auparavant. Enfin,
sans êcre soutenuë par personne, elle
revint à pied chez elle
,
accompagnée
d'une grande multitude, qui semblable
aux peuples, témoins des miracles de Jesus-
Christ, saisie de crainte & d'admiration
glorisioitDieu, qui donnoit aux
hommes des preuves si surprenantes de
sa puissance.
Ceux qui avoient vu la Malade se jetter
par terre en presence du Saint Sacrement,
& qui n'avoientpû la suivre
,
à
cause de la foule du peuple, s'attendoient
si peu à une guerison miraculeuse, qu'ils
laisserent quelque temps à sa porte le
fauteüidans lequel on l'avit descendue
,
convaincus qu'on alloit la rapporter
presque mourante, & que le secours
qdurei ,avoit été necessaire pour la descenle
seroit encore plus pour remonter
dans sa chambre.
A son arrivée dans sa maison, quel
concours de ses voisins& de tous ceux
qui avoient été exactement instruits de sa
maladie! En la voyant monter son escalier
,comme si elle n'avoit point été malade,
ils ne pouvoient croire ce qu'ils
voyoient; à peine étoit-elle assisè, qu'ils
la prioient de se lever & de marcher
dans sa chambre, pour confirmer à leurs
I. vol. Gijyem;
yeux la preuve d'uneguerisonau-dessus
des forces de la nature, & qui ne pouvoir
venir que de Dieu.
: Le bruit du miracle parvint bien-tôt
jusqu'à la nouvelle Réunie ,quiavoit vû
le matin la Dame de la Fosse, & qui
s'étoit retirée dans le voisinage. Elle depose
elle-même,que frappéed'étonnement
& de joye, sur la nouvelle de la
guerison de son ancienne amie, elle en
perdit la parole, & qu'elle envoya dans
le moment son fils
,
aussi nouveau Réüni,
chez la malade, pour s'assurer de la verité
du fait. - >
Le fils courut à la maison de la Dame
de la Fosse
,
qu'il rencontra dans la ruë
arrivant de la Messe: ilatteste dans sa
déposition que le spectacle de cette femme
qu'il voyoit marcher librement,
après l'avoir vüë depuis si long-temps,
ne marchant que sur ses genoux & sur
ses mains, & qu'il appelloit le Ver rampant,
le toucha & le saisit si fort, qu'il
ne pût lui parler:ilajoûte
,
qu'il ne fut
tout-à faitpersuadé de la guérison, que
lorsqu'ill'eut vue ,
faisant plusieurs tours
dans sa chambre, & le reconduisantjusqu'à
l'escalier, sans que personne lafoutint.
Dès qu'il eut rendu compte à la mere,
tUe vint elle-même, pour voir de ses I.vol. ,•propres
propres yeux les merveilles de Dieu; h
malade lui donna des preuves si claires
& si convainquantes de sa guerison
,
que
la mere a reconnu, & declaré,aussi bien
quesonfils, que c'était un tjfit miraeu*
leux dela toute puissancede Dieus &
qu'ils ne croyent pas qu'ily ait eude rni..
racle plus certain que celui-là; ce font les
propres expressions de leur déposition
que nous rapportons ici.
Dieu daigne éclairer ces deux nou.
veaux Réünis : s'ils ont eu la bonne foi
de convenir d'un miracle opéré par la
Sainte Eucharilhe. qu'ils avoient interest
de contester : Que Jesus-Christ auquel
ils ont commencé à rendre gloire,
acheve de dissiper leurs tenebres
}
& de
les convaincre qu'il est réellement sent, pre- & qu'il veut être adoré dans un Sacrement,
par lequel il opere ces prodi- ges. A ces deux témoignages si édifians,
& que l'on ne peut soupçonnerde collusion,
nous ne pouvons nous dispenser
d'enajoûteruntroisiéme, d'un Chirurgienque
son Art & la connoissance qu'il
avoit de la malade rendent encore d'un
plus grand poids.
Le sieur Prouhet,Chirurgienvoyoit
la Dame de la Fosse depuis quinze ans, & il sçavoit que on infirmité l'avoit re'
J. vol. C iij duitc
duite dans une entiere impuinance dfc
marcher, il avouë dans sa déposition qu'à la premiere nouvelle de sa gueri-,
son, ilne pût la croire, & qu'il dit que
si elle marchoit, ce ne pouvoit être que l'effetd'untrès-grand miracle. 1 Pour s'éclaircir du fait, il alla le jour
même chez la malade; dès qu'elle le
vit, elle se leva & vint au-devant de lui,
disant qu'un plus grand Medecin que lui
l'avoit guérie. Il en fut attendri sans pou- *
voirparler: ôc il ne douta plus de là
guerison , après avoir vu la malade descendre
son escalier, le reconduire jusques
dans la ruë, aussi ferme sur ses jampbesa,
qrufe asi eillteeavofitatonûjotuérs j.oüi d'une
Pour vous donner ici, mes très-chers
Freres, un précis des témoignages contenus
dans l'Information, presque tous
les témoins que nôtre Commissaire a entendus,
connoissoient depuis long-temps
la Dame de la Fosse, ils sçavoient l'état e foiblesse & d'épuisement où son infirmité
l'avoitréduite, ils marquent tous
leur étonnement sur une guerison si:
prompte & 1i parfaite ils rendent tous
témoignage à la vertu à la candeur, &
à la droiture de la malade.
Ses parens qui la voyoientsouvent,
.,s voisins qui lui rendoient les fervices^
y VQU J * que
que la charité Chrétienne exige, & qui
venoient la consôler dans ses souffran-
Ces, d'autres personnes répandues dans
divers quartiers de Paris, qui laconnoisroient
à l'occasion des ouvrages de son
mari & de son commerce , ont déposé
>
qu'ils l'ont trouvée quelquefois baignée
dans ton sang, ne pouvant plus marcher
sa vue si ~afïmblie, qu'ellene distinguoit
bas ceux quivenoient la voir, & qu'elle
ne les reconnoissoit qu'au Ton de leur
Voix : que presque toujourssansappetit,
elle ne pouvoit prendre de hourri..
ture sans de grandes souffrances; si maigre
& si extenuée
, qu'on la regardoit
tomme une malade hors d'espérance dd
epululisf,on, & que les Médecins ne voyoient
parce qu'ils jugeoient sa maladie
ns remede. Ces mêmes témoins, admH
tent comment, en un instant elle à été
délivrée de maux si considerables & a
înveterez ; comment ses forces se font
rétablies au point qu'elle va à pied d'uné
éxtrêmité de Paris à l'autre, ils louent
tous, ils glorifient tous Dieu de la santé
, rendue à cette malade, dont ils ctoyoiênt
l'infirmité incurable.
Le mari transporté de jôye
,
d'admiration
, &: de reconnoissance de la guerison
miraculeuse de sa femme,fut saisi d'un
tremblement danstout le corps quia
JL.vol. C'iiij * duré
date pluheurs jours, & ce tremblement
étoit encore si violent lorsque l'Information'a
été faites qu'il ne pùt signer sa déposition.
Dans le concours du monde,de tout
état, de toute nation,d e toute Religion,
que le bruit du miracle a attiré chez la
Dame de la Fosse, tous ceux qui l'ont le
plus entretenuë, & qui se font le plus
exactement informez des circonstances du
fait, en font revenus aussi convaincus de
la vérité de la guérison
,
qu'édifiez de la
foi simple, 8c de la sincerité de la persontie
geuerie. Nous devons ajoûterpourvôtre édification
, que Dieu n'a pas permis que la
moindre apparence d'interest aitpu faire
Soupçonner de l'art & de l'industriedans
ce qui s'étoit pa/ré.
Une auguste PrincelTe qu- e sa foi 8c sa
pieté rendirent attentive à ce miracle,
croyant la personne guerie
,
dans le besoin
, lui fit offrirdes secours; quoiqu'il
ne fut presque pas permis de refuser un
present d'une mainsirespectable
,
la Dame
de la Fosse contente de son état, n'hesica
point pour répondre qu'elle n'avoit
besoin de rien, qu'elles'estimoit trop
heureused'avoir recouvré sa famé) 8c.
que le même D'eu qui l'avoitassistée.
pendant sa maladie.,après l'avoir guerie.
i. vol.- ne
ne la laisseroit pas manquer. Dautres
personnes d'une grande consideration.
tirent tous leurs efforts pour luifaire
accepter quelques secours
,
qu'elle a genereusement
& constamment refu fez :
enfin un homme connu dans le monde »
sur qui le miracle avoit fair une vive
impression
,
pressa le mari, par un mouvement
de charité de recevoirquelque
argent. Le sieur de la FoiTe pénétré de
reconnoissance de la grace si surprenante
faite à sa femme,répondit avec foi qu'il
ne seroit pas dit qu'ileutvendu les dont
de (Dien. C'est ainsi que dans un siecle où
l'on veut douter de tout. Dieu a voulu
que tout concourut pour mettre dans une,
pleine évidence.un miracle si avéré.
Plus ce miracle est important pour Lx
Religion, plus nous avons crû devoir
a pporter d'attention pour en éclaircir la
vcricé, & pour en conserver la memoire.
Pouvionsnousnouspropoler un meilleur
modele
, que les règles que Saint
Augustin observoit de son temps pour
faire un juste discernement entre les
vrais & les faux miracles ? &c.
A CES CAUSES, vû la Requête à Nous
presentée par nôtre Vice - Promoteur y
tendante à ce qu'il Nous plût faire informer
de la vérité desfaits contenus en
ladite1Req.uênte,noôUtreGOrdovnnance étant aJJl
au bas en datte du deuxième du mois da
Juin dernier, portant Commission au
sieur d'Orfanne,Prêtre, Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris, Chantre
& Chanoine de nôtre Eglise de Paris
,
& nôtre Official ordinaire, pour informer
des faits mentionnez en ladite
Requête
,
circonstances & dépendances,
le plus exactement que faire Ce pourra,
& dresser Procès Verbal, pour cefait,
& le tout à Nous l'apporté, être ordonné
ainsi que de raison ; le Procès Verbal
d'information faite par nôtredit Commissaire
les 4.6.78.10.12.13.15,17.
jp.16. & 27.duditmoisdejuinnôtre
Ordonnance du 18. du même mois
de Juin, par laquelle Nous avons commis
lessieurs Afforry, Leaulté, Gelly Geoffroy & Herment, anciens Docteurs,
Regens de la Faculté de Medecine en
l'Université de Paris, pour examiner
conjointement, le plus exactement que
faire se pourroit, l'état de ladite Anne
Charlier, femme de François la Fosse
Maître Ebeniste, & donner sur , ce leur
avis en leur honneur & conscience, suivant
les connoissances & lumieres de
leurArt; à l'effet dequoi ledit *Procès
Verbal d'Information leur seroit remis :
le '(J pportdesditssieursMédecins fait en
consèquence le 1 j. dudit mois de Juin:
A« 1.VtL-tout
tout confideré, & sur ce pris l'avis ÔC
conseil de Docteurs en Theologie de la
Faculté de Paris, & d'autres personnes
capables & pieuses..ausquellesNous avons
donnécommunication desdites Informations..
& du rapport des Medecins, le
Saint Nom de Dieu invoqué, Nous jugeons
que la guerison arrivée à la Frocesssion
du Saint Sacrement de la Paraître
de Sainte Marguerite le 31. Mai dernier,
en la personne d'Anne Charlier,
femme de François de la Fosse
,
Maître
Ebeniste, est extraordinaire, surnaturelle
& miraculeuse : permettons qu'elle
foit publiée & annoncée comme telle
dans nôtreDiocèses & comme il est juste
que dans le lieu même-ou il a plû à Dieu
de faire sentir les effets de sa bonté & de
-
sa puissance, il lui en soit rendu des
actions de graces plus particulières, ordonnons
que Jeudi vingt-trois du present
mois, il foit fait dans l'Eglise de Sainte
Marguerite un Office sôlemnel du Saint
Sacrement:permettons de l'exposer tout
le jour, & après avoir donné le foir au
Salut la bénédictiondu S. Sacrement, de,
ch,anter le Te Deurn en action de grate;C
& le Dimanche suivant, le Clergé de
ladite Eglise de Sainte Marguerite , fera
après les Vêpresennôtre Eglise Metropolitaine,
une Procession solemnelle,pour
1. Sol. C vj y
y remercier le Seigneur des merveilles
qu'il a operéesdansladite Paroisse, Se
après avoir dit une Antienne à la Chapelle
de la Vierge, on y chantera le re
Deumi &afin que la memoire d'un il
grand bienfait, Ce conserve à-la posterité,
fera misdansl'Eglisede Sainte Margue.
rite une Pierre
,
sur laquelle on gravera
l'Extrait du Disposîtif de nôtre present
Maniement, lequel fera lu en entieraux
Prônes des Messes Paroissiales, le Dimanche
aprèsqu'on l'aura reçu. Donné
à Paris en nôtre Palais Archiepiscopal ,
le dixième jourdu mois d'Aoust mil sept
cent vingt-cinq. Signé, + L. A. Card.
DE NOAILLES,Arch. de Paris. Et
plllr bas, Par son Eminence. CHEVALIER.
ALEXIS, CANTATE.
Charmé
de la Bergere Annette;
Le Berger Alexis, dans ces Bois l'autre jour,
Rêvant à son amour,
Accompagnoit de sa Musette ,
Le triste récit de ses maux , 3.vol. Qu'entreQu'entrecoupoient
cent fois, ses pleurs &: fei
sanglots. -
J'aime ,
s'écrioitil, une beauté- severe
r
Qui me fait ressentir mille tourmens affreux y
Dieux! que pour un Amant sincere,
Mon fort est rigoureux.
Tendre écho, témoin de ma peine,
Repettezà cette inhumaine,
Les tristes accens de ma voix.
Ruisseaux, qui par vôtre doux murmura
Apprenez lui ce que j'endure,
Quand elle viendra dans ces Bois.
Tendre écho, témoin de ma peine,
Repettez à cette inhumaine
»
Lès tristes accens de ma voix.
Allez, mon cher troupeau, errez dans ces
campagaes,
Laissez un malheureux Amant
Les Bois, les Antres, les Montagnes
Peuvent seuls soulager mon amoureux tourment
;
Allez,brebis, allégés fideles compagnes.
i. VQ1 Mais
Mais quels transports me ravissent les Cens*t
Ciel! que deviens-je! ..;oùsuis-je! .4
ah!.qu'est-cequejesens, - Troublé¡, confus, accablédetristesse,J
J'apperçois dans les bras d'un rival trop heu- j
reux,
L'aimable objet de ma tendresse,.
Fut-il jamais Amant plus malheureux?
J
Accourez, dépit jaloux,
Emparez vous de mon ame »
Troublez des momens si doux,
Opposez-vous à leur flâme.
Chassez l'amour de mon coeur,,
Qu'il faiTe place a la haine,
Etpour combler mon bonheur,
Oublions l'inhumaine.
tro ; j
Accourez, &c.
D. Villeminot.
I.V„U extrait
1-
ÆxrRAIT d'une Lettre écrite; de Brest
le 10. Aoust 1725. aux Aiitenrs dll '-Jt!:rcureJ aupi)et d'un hmme Mnrin.
L Océan ne veut rien devoir à la
Mer Mediterrannée; nous avons
vû
,
Meilleurs, avec étonnement dans le
dernier Mercure,ce qu'on vous a écrit
sur le Phenoméne arrivé au Port de
Marseille : on ne fera pas moins étonné
de l'apparition de l'homme Marin, dont
je vais vous parler, & dont nous avons
appris presque en même temps la nouvelle.
Cet homme Marin s'est fait longtem
ps voir à tout le monde de l'équipage
du Vaisseau nommé la Marie de Grace
commandé a par le CapitaineOlivier Morin,
lequel après avoir bien examiné la
chose avec tous ses gens, en a fait dresser
une petite Relation en forme de procès
verbal. se vous la donne, Meilleurs,
dans toute sa simplicité, & sans y changer
aucun terme.
» Les vents étant à l'Est- Sud-Est, beau
» temps, nous étions à trente brasses,
t) d'eau
,
lorsqu'à dix heures du matin il
» parut un homme Marin tout proche le
1.vol. Navire,
» Navire,premierement à bas bord
,
oi
M étoit lecontre-Maître, nomméGuillau-
» me Laumosne, qui prit une gaffe pour
» le tirer à bord; mais nôtreCapitaine,
)')
l'en empêchascraignant qu'il ne l'en-
» traînatavec lui à la Mer; Laumofne lui-
» donna feulement un coup sur le dos sans
» le piquer pour l'engager à se tourner, »afin de le mieux considerero Quand le
1) Monstre se sentit frappé il presenta le
'» visage au contre- Maître, les deux
» mains fermées, comme s'il eut marqué
» de la colere ; ensuite il fit le tour du
» Navire, & quand il fut à l'arriere, il
« Cassis avec Ces deux-mains le Gouver-
»nail
, ce qui nous obligea de l'assurer
» avec deux Pallans, de crainte qu'il ne
,.-»
l'endommageât. Delà il repassa par
» Tribord en nageant toujours de la mê-
»me manicre que les hommes nagent. »Lorsqu'il sur à nôtre avant, il consi-
» dera quelque temps la figure qui el1 à
» nôtre proüe, laquelle represente une »très-belle femme, & après l'avoir
» longtemps regardée il prit la soubarbe
M, de Beaupré, & s'éleva hors de l'eau,
» comme s'il eut voulu prendre cette
» figure. Tout cela se passa à la vûë ds
» tout l'équipage, & à la mienne. Il re-
» vint ensuite à bas bord ou l'on lui pre-
1. vl. senta
p sentaune Moruë penduë à une corde.
»Il la mania avec Ces mains sans l'en-
»dommager, après quoi il s'éloigna à la
n longueur d'un cable, au vent à nous >
1) puis il revint à nôtrearriéré, où il
»reprit de nouveau le gouvernail. Dans
» ce moment le Capitaine Morin fit pré-
M parer unharpon pour le harponner,
» & le prit lui-même pour lui lancer le
»coup. Mais comme le harponier, ou
7t piece de cordage, n'était point pare,
»il manqua son coup, le manche du har-
» pon frappa feulement le Monstre, le-
» quel se retourna, & presenta son visa-
» ge au Capitaine, comme il avoit fait la
» premiere fois aucontre-Maître. Enfuite
» il repassà à nôtre avant, ou il s'arrêta
» de nouveau à considerer nôtrefigure de
» proüe. Alors le contre-Maître se fit
» apporter le harpon; mais la peur le
saisit un moment après, Se il n'osa lan-
» cer son coup, s'imaginant ridiculement
» que ce Monstre étoit un nommé h
n Communs qui s'étoit tue lui-même dans
» le Vaisseau l'année précédente, & qui
» avoit été jette à la Mer dans ce même
» parage. Il se contenta de pousser rude-
» ment ce Monstre par le dos avec le
» manche du harpon; lorsqu'il se sentit
« toucher il retourna son visage, comme
» il avoit fait les autres fois.
1, vol. En
r » Ensuite il revint le long du bord du
3) Navire à le prendre,pourainsi dire,à
) la main: il eut même la hardiesse de
» prendre un cordage que tenoientJean
to Maziere&Jean Desfiette de Seigneub
ré, lesquels voulant le lui arracher
» des mains, le tirerent le long du bord,
» de maniéré qu'il voulut mettre la tête
» sur le bord
j
mais le cordage étant » bout, il se au ,> lâissâ retomber à l'eau; après
» quoi il s'éloigna d'une portéedusulil
)0, au vent à nous; il revint aussi-tôt tout-
» proche, & s'élevant hors de l'eau jus-
» qu'aunombril. Nous remarquâmes
» que son sein est aussi beau, & aussi gros » qu'aucune femme le puissè avoir; en-
»
suite
il Ce retourna sur le dos,& nous
» iaina voir son (èxe. Il fit encore le tour
» du Navire & passant à nôtre arriéré,
» le dos tourné, il s'éleva hors de l'eau
n & fit ses immondices, après quoi il (e
» retira, & nous ne l'avons plus revu.
» Je jure que depuis les dix heures du
Pmatin jusqu'à midy, qu'il a été le long
M de notre bord, si la peur ne s'étoit pas
» répanduë
, on l'auroit pû prendre avec
» la main plusieurs fois, n'étant éloigné
» du Navire que d'un pied ou deux au
» plus. C'est pourquoi tout l'équipage a » eu la facilité de le bien considerer. Cet
v homme Màrin a environ huit pieds de
-! 1. vol. long ,
» long, il a la peau de couleur rousse sans
Ȏcaille, tous les mouvemens de son
» corps, à prendre depuis la tête ju[-
»qu'au bout des pieds, ressemblent à
» ceux des hommes, il a les yeux bien
,53
proportionnez
,
la bouche petite à pro-
.)) portion de son corps ,
le nez fort can
mard
,
large & plat, les dents larges
» & très-blanches, la langue epaine, les
» cheveux noirs,crépus
J ou frisez comn
me le poil d'un barbet, le menton cou-
» vert d'une barbe mousseuse, avec des
1) moustaches fous le nez, les oreilles
»comme celles d'un homme, des nages
» entre les doigts des mains & des pieds
» comme les canards; enfin
, un très-
» beau Íèin, &: à ce la près, tout semm
blable à un homme très-bien fait. Ce
» qui est justifié par le rapport certifié
» du Capitaine Olivier Morin,de moi
m Jean Martin, Pilote du Navire laMa-
» rie de grace , & de tout l'Equipage » , compôsé de 32. personnes, y compris
p deux Mousses.
Quoique nous ne sçachions pas précisémentd'où
nous vient la Relation qu'on
vient de lire,nous la donnons avec quelque
confiance, non feulement à cau se de
la singularitédu su jet,mais parce qu'elle
nous paroît avoir un air de vérité, 6c
que quelquespersonnes de distinction
.,
1.yol, l'ont
aumreçue ; d'ailleurs, ce n'eïï
pas la premiere fois qu'ona entendu
parlerdun homme lebreHistorien marin. Baker , ce- Anglois,rapportequ'en l'année1189. &sous le Regne de Henri II. Roi d'Angleterre, des Pêcheurs prirent
dans leurs filets, sur les côtes du Comté de Suffolk, près Otford ,un monltre marin qui ayoit toute la figured'un
homme. Il ajoute, que Bar- thelemi de Glandeville le garda plus de
six mois dans le Château-d'Otford. Cet, homme marin ne parloit point; il man*j
geoit de tout ce qu'on lui donnoit,il mais marquoitplus d'avidité pourlepois- ion cru, qu'il dévoroit après en avoir exprimé le [ue ; on le mena plusieurs
fois à l'Eglise; mais on ne remarqua en lui aucun signe deReligion.Enfinn'étant
pas gardé bien soigneusement,il se i
déroba,& étant retourné à la mer, on j
ne le revitjamais. Lemême Historien dit, que du temps
du Roi Jean d'Angleterre, mort en iii; i
on prit fils les côtes du même Païs de
Sjufïblk, unpoisson monstrueux, qui avoitau/Iï toute la figured'unhomme.
On le garda six mois sur terre, en le
nourrissant de chair & de poisson, mais
comJm.evotln. vit qu'il n'y ayoit pas moyen Qe;
le le faire parler, on le rejetta dansla
ner.
Les premiers Journaux des Sçavans
commencez en 1665. contiennent une
Relation à peu près semblable 4uii monsre
marin, à figure humaine,pêche sur
es côtes de Norwege, dont on voit même
la figure gravée dans l'un de ces
Journaux.
Enfin le Chevalier de Chaumont,dans
la Relation de (on Voïage deSiam, parle
aussi d'un monstre marin, qui avoir le
visage tout-à-fait semblable à celui d'un
Homme, & qu'il vit dans un étang des
Iradns du Roi de Siam 3avecd'autre®
ip'oilions curieux & extraordinaires.
Nous venons d'apprendre, que la Rellation
inserée ci-dessus, est très-veritable
) par une autre Relation,qui contient
les mêmes choses, mais qui marque
exactement les circonstances des lieux,
,& du temps ausquels l'homme marin a
,eté vû; elle est d'ailleurs revêtuë des
marques d'une autenticité qu'on ne peut
revoquer en doute, nous en dirons quelque
chose de plus dans nôtre premier journal.
}»vol,pANAEr
DANAE.
CANTATE.
Par M. Desforges-Maillard.a. a.PD.B.
DAns une tour d'airain, dont les murs spaî
cieux,
Elevoient jusqu'au Ciel leur faîte audacieux,
Danaé,par l'ordre d'un pere,
Voyoit renfermerses attraits j
Et se plaignant aux Dieux d'une loi si fc*
vere,
Elle exprimoit ainlî ses trop justes regrets, -
Qu'il est dur dans le bel âge.
De languir dans l'esclavage !
Les larmes & les soûpirs,
Sont mon unique partage;
Qu'il est dur dans le bel âge.
* De vivre loin des plaisirs.
Toi qui m'as donné la vie»
Tu me l'as presque ravie.
r-
Eft-41 de mal plus pressant?
l"i. - Lt vol, l,
Le trépas me fait envie.
Toi qui m'ils donné la vie.
Reprens ton cruel present.
Qu'il est dur dans lebelâge,
Di languir dans l'esclavage!
Les larmes & les soûpirs
Sont mon unique partage;
Qu'ilestdurdans'lebel age
De vivre loin desplaisirs.
'-: D'un voile épais le Ciel se couvre, 1
Quel bruit! quels affreux sifflemens !
Quels assauts! quels combats parmi les Elemens
! I,
L'sécl'aeir pnartt, rl'aior muugvit, lr'Oelim.pe en feu
Mais par quel prodige nouveau;
Vois jeencorsefondre lanuë? *
Quelle Divinité! quelle force inconnu.
Produit un changementsi beau! ;
Cessez, Princesse ;
De vous affliger,
L'amours'empresse
De vous soulager.
h vol. , Il
Il vous apprête,
, Sensible à nos voeux,
Uneconquête., -'\
Digne de vos feux.
- I
Cessez
»
Princesse
Devousaffliger,
VAmour s'empresse,
De vous soulager
Elle voit un Amant; c'est Jupiter lui-même,
En or liquide transformé;
De ce brillantmétal quelle est la force citi
trême»
Au Souverain des Dieux il livre ce qu'il aime;
A peine est-il Amant, qu'il efl Amant ait
mç.
Pourtoucher un coeur insensible,
Amans,l'or est un sur moyen.
Avec lui rien n'est impossible,
1
, Sans son secours on ne peut rien.
I,VQL LE?*
LETTRE du R. P.CapelJejuite1r,
le Phenomene du Port de Marfeitte. JE suis,charmé, Monsieur
> que le
Phenomene arrivé à Marfcille le 29.
Juin dernier,vous ait rendu partisan de
mon systême; je compte avoir fait une
grande acquisition en vous acquérant
mais du reste, ne croyez pas que j'eusse
un si grand besoin d'un pareil Phenome-
-De, pour établir mon sentiment surle
flux & lereflux des Mers:car, en bonne
vérité
,
le sentiment opposé au mien,je
veux dire, celui qui attribuë ce mpuvement
à laLune , est si peu fondé sur les
veritables observations
s
& sur les Phenomenes
de tous les jours, que si de tout
temps la Lune n'avoit eu de grandsdroits
surle peuple, il y a long-temps qu'elle
auroit perdu toutcrédit à cet égard chez
les Philosophes 5 pommelle y en a per-
- du en effet beaucoup àl'égard de bien
- d'autresPhenomenes,que le peuple est
en possession d'attribuer à cet. Astre di)"
minant. Pour celui-ci, au moins, je défie
tous les Lunatiques de l'Univers, de Ce
l'approptier, & vous n'étes pas le seul
qui consentiez à m'en laisser faire tout
1» vol^ D l'honl'honneur
aux gouffres marins & aux
feux souterrains. Ce qui me surprend,
c'est qu'on fasse tantde bruit pour si peu
de chose
,
& qu'un Phenomene si ordinaire
soit regardéavec de si grands yeux
d'admiration. Lacause, cerne semble,
de cet étonnement populaire vient de ce
qu'on s'est mis dans fef¡Jfit) ¡Q. que la
Méditerranée n'avoit point de flux*5c
reflux; de forte qu'à moins qu'elle n'en
aitun bien sensible
)
on ne daigne pas
s'enappércevoir.2°. On s'est mis aussi
dans l'esprit que la Lune cause le flux
& reflux; or on voit bien qu'elle ne
cause point ceux-ci : on admire donc ce
qu'on ne peut pas comprendre, Mais si
on vouloit bien se donner la peine de
s'instruire un peu plus de l'histoire des
choses, on trouveroit 1Qo que la Mediterranée
a son flux & reflux aussiregulier
que l'Océan. 2°. Que le flux&
reflux de l'Océan se rapporte aussi peu
à ii Lune que celui de la Méditerranée.
Je ne vous rapporterai point ici en détailtoutes
les preuves de ces deux points,
que l'ignorance feule de l'histoire naturelle
peut faire regarder comme paradoxes
; mais sur le premier article je vous
ferai remarquer que le flux & reflux est
constamment trèssensible sur plusieurs
côtes de la Mediterranée comme dans
I. VQU t'Af*
l'Archipel, dans laMerAdriatique, sur
plusieurs côtes de Sicile, dans le l'ort
de Tunis, appellé la Goulette, &c. Il est
vrai qu'il n'est pas ordinairement si sensible
sur les côtes de France & d'Espagne
,
mais je puis dire, quesur les côtes
de France en particulier, il ne laisse
pas d'y avoir bien des Matelots, qui
prétendent que le flux & reflux s'yfait
aussî regulierement qu'ailleurs, & j'ai vu
bien des gens qui assuroient, qu'aux Solstices
& aux Equinoxes le flux & le reflux
y devenoient très-sensibles : Pour
ce qui est du Phenomene qui vient d'arriver
à Marseille, c'est letroisiéme que
je vois arriver depuisunevingtaine d'années
; la premiere fois sur toute la côte
du Languedoc, la féconde à Agde, &
voilà la troisiéme à Marseille, ce qui ne
prouve pas que ce Phenomene ne foit encore
plusordinaire, car outre beaucou p
d'Historiens particuliers qui en rapportentde
semblables, allez-vousen sur les
eôtes de Languedoc ou de Provence, &
je parie que vous trouviez beaucoup de
Pêcheurs, de Matelots, de Paysans
, qui
à l'occasion de cet accident de Marseille,
vous en raconteront de tout-semblables,
qu'ils ont observez eux-mêmes la nuit,
ou même le jour, en pêchant il ya deux,
trois, six., sept, dix ans, & peut-
I. vol. D ij éise
ejcre deux ou trois fois l'année :, quand
je vous dis que vous trouverez, je par-,
le de ce que j'ai trouvé moi-même en.
questionnant, & souyent sans queftioii,
ner ces bonnes gens. Pour ce qui est de
l'autre point, que leflux & reflux dç*
l'Océan se rapporte aussi peu à la Lune,
que celui qui vient d'arriver à Marseille
,
rien n'estplus évident pour quicon-
,
que a un peu observé, ou lu lesobservationsdes
autres. En unendroit la Mer
s'éleve lorsque la Lune la domine,en un
autre c'est une heure
,
deux, trois heures
avant, en un autre c'ea après. Ici il
arrive deux fois le jour, là une, ailleurs
trois & quatre; il yena ou il n'y a de
flux & reflux qu'une, deux, trois fois la
fçm.\ine
,
le mois, ou l'année: le temps
de la duréeestdifférent sur toutes les
côtes; je ne dis rien de mille autres
marques de rappor: entre ce Phenomene
Sz la Lune, à qui on s'obstine de l'attribuer
sur une convenance générale bien plus , que sur aucune observation
précise; car J'aidésié & je désie encore
tous les partisans de la Lune, d'en citer
aucune & moi je m'engage à les leur
citer toutes contre leur hypothese, c'està,
dire à montrer qu'il n'y en a pas une
qui ne la détruise; sans parler du peu
02 vrhai-semb-lance de leurs explications, m
quin'ont jamais satisfait une personne
qui dans la Physique cherche une Histoire
& non pas un Roman. Je vous
prie même de faire un peu d'attention à
une *circonstance qu'on a observée dans
le Phenomene qui vientd'arriver à Marseille
; c'est que le fond de la Mer y
"étoic encore plus agité quela surface
,
preuve certaine que la Source de cette
agitation étoit dans la terre même sous
les eauxj &non dans le Ciel: or ce qui
vient d'arriver à Marseille, est un Phenomene
ordinaire du flux & reflux de
preiqne toutes les Mers, dont Je fond cli
toujours beaucoup plus agité que la fufface,
jusques-là même qu'on a souvent
observé, que l'agitation commençoitpar
le fond: on y voyoit le fable tourbillonner
,
la vase fè. gonfler,lescailloux
s'entreheuter; on voyoit, en un mot, un
IroniUotine/fiem tout semblable à celui
qu'on voit dans unvase qui est plein
d'eau sur le feu: car le fond boüillonne
avant la surface
: ce qui est le propre
caractere du flux &reflux;de forté qu'on
n'a pu recourir à la Lune pour l'expliquer,
sans renoncer à toutes les idées
de fait & d'observation. Car dans la notion
correcte le flux n'est qu'un boüilionnsmçnt,
une effervesence: un gonfle-
Méat, tt/lus
}
intitrr.efiCRÙn.Il clt vrai
1.vol. Diij que
que ce bouillonnement ne le remarque
gleres sur les côtes, mais feulement aux
endroits d'où sortent les vapeurs & les
exhalaisons souterraines ; en un mot,
lesefprits de feu qui soulevent les Mers,
& qui souvent les font bouillir &même
les échaufent jusques dans leur surface
; car ce que je dis ici, est un fait
attesté par tous les Navigateurs & tous
les sçavans Hydrographes, dont jen'en
connois gueres d'un peu profonds, qui
ne prétendent, qu'au temps du flux 8c
du reflux la Mer ne bouillonne en mille
endroits, que seseaux ne soient toutes
troubléesparle sable, lavase,& mille
exhalaisons qui s'élevent de son fond. Il
n'y a même que des faiseurs d'hypotheses
, vrais Philosophes Romanciers, qui
ignorent, que dans le temps du flux la
Mer exhale desesprits sulfureux qui einpestent
l'air,&l'échaufent, & qu'elle
se couvre d'écume, & de matières gras-
Ces., noires & puantes, comme une eau
pleine de matieres grossieres qui efl:
sur le feu, sans parler des tourbillons de
vnts, & souvent même des feux qui
sortent alors du sein des eaux. Mais en
voilàassez pour vousempêcher de me
dire desormais
, que vous voudriez deux
ou trois Phenomenes semblablesàcelui
1. vot. de
de Marseille,pour avoir une entiereconstance
en mon système. Je fuis, &,c.
A Paris, ce 2. Âonft17ij.
FABLE sur M^c* * * par M. F. Avocat
en Parlement.
La Mattrefc & le puit Chien.
UN petit Chien mignon,amoureux, plein
degrace,
Par mille tours de passepasse,
Divertissoit la jeune Iris;
Petit Jean, à la Foire,avoit bien moins d'adresse
,
Bref, il avoit gagné le coeur de sa Maîtresse
»
Il étoit bien payé, ce me semble, à ce prix;
Medor,c'étoit son nom, à des faconsgentilles,
Instruit par une autre Cipris;
Par ses jeux berçoit les ennuis
Qu'attire d'ordinaireauxfilles
, la triste attente des maris.
si-tôt qu'elle tomboit en amoureuse crise ;
Vouseussiez vu ce petit Levrier, 1• D iiij AcouAcourir,
épuiser, afin de l'en tirer,
- Tous les traitsde la mignardise;
C'étoitbien,en un mot, le plus beau petit
Chien '* De tous les Chions du voisinage;
Mais qu'importe cela, Tircis fit voir lerien,
Quoiqu'il fut moins aimable, Qri l'aima davantage
» '* - -
Et Medor en eut-il millefois enragé, t
Avec l'autre il fallut partager le potage,
Sous peine d'avoir son congé ; •
Qtu'rasi-tusdtoencs, pseteit C»hi"en, d'où vient cette
Tu pleures, n'estce pas une ingrate Mai- trefle?
Se peut il que pour prix de ta fidélité
>
Elle fasse éclater tant de legereté?
Mais connois mieux les moeurs de cesiecleoù
nous sommes ;
Près d'un Sexe trompeur qui rompt tous les
liens,
Situ plains le malheur des Chiens,
Plains encor plus celui des hommes.
1.vol. LETLETTRE
& Epitbalamc de M Vergier
a M. le Comte de -P'*** 1697.
J'Obéïs
,
Monsieur
, & je vous envoye
l'Epithalame que vous m'avez
fait l'honneur de me demander; j'ai,
suivant vôtre ordre, évité, autant qu'il
m'a été possible
,
d'y mêler les immodesties
qui me sont ordinaires, & qui
sontnaturellesen de pareils sujets : mais
je crains bien quejen'uye fait comme
ces femmes débauchée, qui veulent
quelquefois se contrefaire, & à qui,
dans le temps qu'elles pensent observer
le plus la modestie,il échape des gestes,
des regards, ou d'autres traits qui en découvrent le veritable caractere; en
tout cas, Monsieur, s'il s'ytrouve quelque
chose qui vous blesse
, vous en avez
le remede en main, & cette main pru- dente,
Incomtis allinet atrum - Transverso calamo
,
signum
Horatius de IIrte foè'iicâ.
Ou s'il y avoit trop de pareils défauts
à corriger, vous pourrez jetter îç out
u feu, je n'en appellerai point pe~lIua-
1 1. vol. Dv dé
dé
, que tout ouvrage qui n'est pas de
vôtre goût, merite cette peine.
Je suis.,&cc.
Il EPITHALAME.
QUelle fainte fureur me saisit & m'enflamme
; v
Où m'entraîne Apollon? enfin, je vous re-
VOIS)
Beaux lieux, où les desirs qui regnent dans
moname,
M'ont depuis quelque temps transporté tant
de fois.
Quelle ceremoniel mes yeux seprésente?
Qu'entends-je? quelle voix repete à tout moment,
»L ';
Brûlez d'une flamme constante,
Epoux, heureux Epoux, soyez toujours
Amans.
L'Amour & l'Hymen à la tête,
Fontles honneurs de cette Fête;
Mapis l'Aumoudr aed'Hyumenrpri,s l'air plein de
L'Hymen a pris d'Amour Fair tendre & plein
* d'ardeur.
Ils ne font plus l'un à l'autre contraires ,
Entre eux plus de division.
, 1. vol.1 A
A leur air, à leur union,
On les prendroit aisément pour deux freres;
Ressemblance rare en nos jours.
Amour ,
estime
, Hymen, soyez unis toujours.
Je reconnois l'Epoux, c'est lui sur qui Neptune
Se repose du foin de ses Etats mutins.
Des amoursvagues,certains,
Il goûta mille fois la volage fortune,
Mais sans l'Hymen qui fixe & comble ses desirs,
Il n'eut jamais goûtéde solides plaisirs.
Quelle joye en ses yeux éclate!
Ainsi du bonheur qui le flate
»
Puissent être àjamais tous les chagrins banms.
Amour, estime» Hymen , soyez toûjours
unis:
Comme une tendre fleurenlieuclos élevée
Et des vents flétrissans avec foin'préservée
à
Brille parmi les autresfleurs,
D3 son éclat naissant ,
de ses vives couleurs,
Floremême paroîtjalouses
1. vol. D vj HeuHeureux
qui peut la voir s'accroître & s'em- bellir!
Plus heureux qui doit ta cüeillir !
Telle &plus belle encor brille la jeune
épouse,
Entre mille beautez qui purent cette Cour,
Soyez toujours unis, Hymen, estime
Amour.. ,
le sommeil allarmé commence de se plaindre,
( Des momens que l'amour s'apprête à lui voler.
-
Dûssent ses plaintes redoubler,
Epoux, pour ces regrets n'allez pas vous con- traindre,
Il trouvera de reste à se dédommager
Avec tous ces esprits farouches
:1
Que sans l'aveu d'Amour Hymen sçût engager
,
Il n'est que trop defroidescouches,
Où le sommeil occupe impunément
Des momens dûs à l'amour feulement.
Suivez les doux transports dont votre ame est
raVIe,
Vous n'avez point à craindre de l'envie,
Les traits picquans, ni le noir examen , 1. vQL Soyez
Soyez toüjours unis, Amour,estime,Hymen
Ainsi,Seigneur, vôtre Poëte,
Du fond de sa triste retraite,
Grace au Dieu qui ranime a vû d'autres secrets
,
Dont il tait le sacré mistere.
Poëtes comme lui font sages & discrets ,
Et taisent tout cequ'il faut taire,»
Pour vous à ces trois immortels ,
Il vientd'élever trois Autels;
Et chante en immo'ant à chacun sa victime,
Soyez toûjoursunis, Hymen, Amour, estime.
LETTRE écrite de en Brie,
contenant quelques Remarques
sur le Chant EccleJtatficjue. QUelques personnes seront peut-être
surprises
, Messieurs
, qu'on vous écrive de la Brie. Il semble:eneffet,
qu'il ne sçauroit rien sor ir de bon d'un
pays, dont les vinsn'osent se glorisier
d'allerde pair avec ceux de Bouigogne & de Champagne, & rien par con sequent
qui puisse meriter l'attention du public,
auquel vous donnez chaque mois un Re-
J. Tlql. cüeil
cüeil d'excellentes Pièces. Vous vous doutez
peut- être dès ce moment que nous
avons remarqué attentivement ce qu'un
Poëte Bourguignon,nommé dans vôtre
Mercure du mois de Septembre dernier
a dit des vins de Brie, page 1948. Nous
lui passons sa rime qui est très-heureuse ;
mais en même temps nous pouvons nous
vanter que sans boire d'autres vins que
ceux de Brie
,
il n'est pas impossîble que
nous ne vivions autant qu'un Champenois
ou qu'un Bourguignon, & que ce
suc tel qu'il est, s'ilnecontribue pas à
faire bien chanter, peut quelquefois faire
bien dire, &faire rencontrer juste dans
les raisonnemens qu'on entreprend sur la
science du Chant. Je ne veux vous en
donner qu'un petit essai, dont je vous
abandonne le jugement.Je vous laisse
aussi le maître de l'exposer au public,si
vous voyez qu'il pujlfe faire impression
sur ceux d'entre les Chantres qui joignent
la speculation à la pratique.
En parcourant il y a quelques jours les
Constitutions du Pape Jean XXII. qui
étoit François
, comme vous sçavez. &
qui donna des Bulles Sur des sujets bien
singuliers, je tombai sur la premiere du
troisiéme Livre d'entre celles qu'on appelle
les Extravagantes Communes. Cette
Bulle est pour regler le Chant de l'Egli.
:. 1. vol. se.
se. La description qui y est faite de ceux
qui gâtoient deslors ce Chant, me paroît
digne d'attention dans le siecle où nous
vivons. On réforme en mille endroits
les LivresEcclesiastiques ; on y fait entrer
des paroles qui n'avoient jamais été
mises enchant. Ces paroles, à la vérité,
étant toutes de l'Ecriture Sainte, & telles
que les souhaitoit autrefois S. Agobard,
Evêque de Lyon, font très-édifiantes
, infirlidives & pleines d'onction ;
mais il est très-ordinaire que parmi ceux
qui les choisissent, personne n'est en état
d'appliquer du Chant sur le Texte. Cependant
plusieurs souhaitant avec impatience
qu'on chante ces nouveauxTextes
, soit parce qu'ils redent l'Office
moins long, foit parce qu'ils font plus
propres à nourrir la pieté, il est difficile
qu'aucun ne se hazarde à fournir du
Chant, sans avoir les qualitez requises
pour le composer regulierement. Delà
vient que des paroles enlevantes par leur
beauté & leur application deviennent insipides
: ce qui n'est que trop frequent,
lorsque ceux qui entreprennent de leur
donner du Chant,ne connoissent pas les
réglés du Chant Ecclesiastique, ni la
maniéré de les employer, ou qu'ils ne
veulent pas se donner la peine de compasser
le Texte avec ces mêmes regles
1.vol,jidcà
uiieo utinterdum Antiphonarii&.Gradétailsf'undamenta
despiciant, dit la Bulle
,
ignorent super quo ædtficant, tonos
nesciant quos non discernunt, imo confundant
, curn ex earum multitudine notarum
ascensiones pu-diedt
t
defcenfionesque Inn.
perata plani Cantûsquibus toni ipsi sécernunturad
invicem obsuscetur. Ces paroles
d'ungrand Pape m'ont paru sussisantes
pour faire le procès à une infinité de
nouveaux Compositeurs de plain-chant,
sans exclure de ce nombre ceux qu'on
appelle simplementaujourd'hui Musiciens.
Outre que la sphere du plainchant
n'est nullement celle de la Musique,
on est convaincu en quantité d'endroits
par l'experience, que quiconque
eO: maître dans la compôsîtion de l'un, ne
l'est pas pour cela dans l'autre. Je pourrois
en prendre àtémoin parmi le grand
nonbre de Chancres qui sont répandus
dans laChrétienté, ceux qui entendent
assez le Latin, pour en faire la construction,&
quiconnoissentles limitesdans
lesquelles le plain-chant est renfermé.
Ce Chant d'Eglise dont plusieurs Papes
font les Aueurs
,
quoiqu'on l'attribue
communément aux deux Saints Grégoire,
premier lX second du nom, ne doit
avoir que des chû es moderées, & des
élévationsbornées. Ces bornes forment
1. vol. la
h diversité des modulations, qu'on appelle
regulierement Modes, Ôc vulgairement
Tons. Quiconque sort de ces bornes
, en élevant trop le chant, ou en l'abaissant
plus qu'il neconviendrait, ne
0 com pose plus du plain-chant. S'abandonnant
à son genie
,
il fait quelquefois élever
la voix, où il faudrait qu'elle tut
abaissée, ou bien il la fait abaisser dans les
endroits où elle devroit s'élever. Il donne
le nom d'un ton à ce qui en est d'un
autre; en un mot, ce n'est plus que confusion
: non discernunt irrto confundunt.
Je ne prétends point, Messïeurs, qu'en
doive empêcher de travailler au plainchant
, tous ceux qui tombent, dans ces
défauts, Laudo conatum. Il y en a qui
rencontrent dans le moment de leurs
saillies des modulations fort harmonieuses;
mais ils en perdent tout l'honneur
en les appliquant mal. Ce qui seroit à
souhaiter,est qu'ilssourmissent leurs pro- ductions - au jugement d'un parfait connoisseur
,
qui sçachant placer chaque bon
morceau dans le lieu qui lui convient,
leur épargneroit la
censure
: j'enconnois
qui, quoique doüez du talent des heureuses
rencontres ,
n'osent s'immiscer dans
la composition du plain-chant, de crainre
de se faire siffler, en adaptant mal sur la
lettre1ce .quv'ilsotirLentfdeolenur pdrop.re
fond. Quelques-uns disentque lorsqu'on
n'est pas allez second pour composer de
soi-même du plain-chant, il n'y a qu'à
imiter une piece de chant déja faite, &
que c'est-là le moyen d'être certain d'avoir
réüssi. Ceux qui pensent ainsi
, ne
font pas attention à deux points essentiels.
Le premier, qu'il y a bien des pieces
parmi les prétenduës anciennes qui ne
valent pas grand chose, & qui ont les
défautsdont parle Jean XXII. & d'autres
dont le chant n'est bon que pris separément
des paroles, ôc qui y étant joints,
fait appercevoir des conrrarietez perpetuelles
> mais je veux que la piece foit
bonne, tant pour l'application du chant
surla parole, que pour l'harmonie & la
conduite du chant, il arrivera très-fouvent
qu'elle perdra de sa beauté lorsque
le chant fera déplacé&r transporté sur
d'autres paroles, & non-seulement cela s
mais encore il pourra se faire qu'un chant
qui étoit charmant sur tel ou,tel Texte,
deviendra ridicule sur un autre Texte, à
cause des contre-sens qu'il fera naître:
rien n'esteneffet plus facile que de tomber
dans ces contrarietez de sens
,
lorsqu'on
veut imiter servilement d'anciennes
pieces de chant; c'est ce qui oblige
les Chantres à commettre des absurditez
malgré qu'ils en a yent. Je veux vous ap-
1. vol. porter
porter un exemple sensible de ce contresens
dans une piece de chant fort connuë.
Je ne sçai pas si celui qui le premier a appliqué
le chant sur la premiere Antienne
de Laudes de la Fête-Dieu,entendoit le
Latin; mais voici la maniere dont son
chant veut qu'on en faffe la construction.
Sapientiaddificavit, fibi domum mifeuit,
ununi e:..=r- p. j
metifàm alleluja.
Meissieurs Chastelain & Mignon^Ci^
noines de Nôtre-Dame de Paris,qui ont
mis l'Amiphonier de Paris dans l'état où
il est aujourd'hui, & qui en ont rendu
le chantaisé & cru lant comme il eil,
s'étoientbienapperçû de cette faute
grossiere ; ils corrigerent le chant de
cette Antienne,de maniere qu'on se sentit
obligé de se reposer dans la place ou
les virgules doivent naturellement être
posées suivant la construction du Latin.
C'est pourquoi on chante à Paris suivant
que le bon sens & le Texte sacré le demandent
:sapientiaadificavit sibi domum,
miscuit 'Vinum
,
& posuit mensam.
C'est aussi par un effetdu bon goût qui
regne dans cette grande Ville que le
quatriémeRépons de la même Fête est
ainsi virgulé dans le chant comme dans
Je Texte: Partiscjuem ego dabo, caro mea
est, & non pas comme dans nos gothiques,
Panis quem ego,dabocaro
3 mea
1. vol. est
estpro,&c.j'aimemieux croire que ces
fautes tirent leur origine d'un manquement
d'attention dans le compositeur du
chant, qued'un défaut de connoissance
de Lati/no Il auroit fallu être bien peu
versé dans cette langue pour n'entendre
pas ces cinq ou six mots de l'Ecriture
Sainte.
Je pourrais vous apporter plusieurs
exemples d'une constructionaussi bizar-'
re
,
& aussi digne de risée que les deux
auffi di?,nic rilée deuc
que je viens de citer. Mais on peut pardonner
ces bévûës à des Ecrivains de la
fin du treisiémesiecleou du commencement
du quatorziéme. On avoit perdu
alors le talent de composer du chanta
proprio fitnio. On étoit entièrement pour
l'imitation
, on prenoit tout ce dont on
avoit besoin dans les Offices de S. Nicolas
ou de la Trinité qui passoient alors
pour les plus melodieux, parce qu'ils
étoient plus chargez de Notes, quoiqu'ils
ne fussent que des additions faites
au chant Gregorien. N'est-ce pas delà
que font venuesces expressions de chant
si contraires aux paroles: un Descendi in
hortum meum,quis'étend en haut, parce
qu'on l'a pris for Jîfcendo ad patrem <
mewrJ; un fun dens oleum desuper à li
Dedicace, où on éleve la voix surfun-
1. vol. densj
dens, comme s'il étoit naturel de verser l't:basenhaut?
Vous conclurez, sans doute rMet.
sieurs
,
de tout ceci, qu'il cil: de regle
qu'on exprime la parole dans le chant.cela
est à souha ter ; mais aussi il faut le faire
d'une maniere qui foie proportionnée à
la modestie Ecclesiastique, qui soitnarurelle,
sansafkchtion extraordinaire. Il
fautexprimer les paroles à peu près
ranime un homme feroit en parlant naturellementou
en gesticulant selon un cer-
:ain instinct moderéde la nature, sans
allerjusqu'à la minutie, sans tomber dans
ta puérilité. Le chant Ecclesiastique est
comme un geste sonore qui doit aiderà
ùtre entrer dans l'esprit le sens des les, paro- ou au moins ne pas empêcher qu'on
ne le comprenne.
•
Il ne s'agit pas d'un sens purement
grammatical, ni seulementphysique
; nais d'un sens naturel accompagné du
noral, & revêtu de l'onction qui en
est inseparable lorsqu'on le icaic bien
animer.
J'appelle puerilité, lorsque, par exemple
, sur quatuor on s'attache à mettre
quatre Notes, sur cjmnqite cinq, sur duodecim
douze:cette scrupuleuseexpression
le la lettre engageroit l'arithmetiquedu
Chanre à en mettre à milliers surmiliiT
1 J. vol, - mulinm
-iriilliumminifirabantci, & encore bien
davantage surdecies centena millia. C'est
dans unesemblable grossiereté que font
tombez ceux,qui pour exprimer le verbe
7fianers>ont mis une tenuë de quinze ou
vingt noces sur une même corde. On peut
la voir dans M. de Vert qui a crû devoir
faire connoître au public cette attache littérale
de quelques compositeurs ou copistes
du Diocèse de Besançon.
Ce que j'espere que vous insererez de
tout mon raisonnement,est qu'il faut être
plus habile qu'on ne le croit communément,
pour composer du chant nouveau,
& même pour adapter de nouvelles paroles
sur du chant.ancien. Je ne prétends
pas qu'il faille posseder les Humanitez
jusqu'au point d'être en état d'enseigner
la Rhetorique dans une celebre Université
; je ne demande qu'une attention
exacte sur autant de Latin que tout Ecclesiastiqueen
doitsçavoir, & principalement
qu'on soit sur ses gardes pour ne
point partager le sens, ne point diviser
ce qui doit être joint, ni joindre ce qui
doit être separé. Les plus nouveaux dans
le métier scavent qu'il y a certaines cordes
où le chant peut restersuspendu pour
faciliter la respiration, & que ce sont la
(jjercef la quinte & l'octave au-dessus de
la corde finale. Il faut qu'un compositeur
1. vol. de
de chant le remplisse de ion Texte, de
telle forte qu'il ne perde point de rue
l'endroit des deux points si la piece est
longue, & à plus forte raison l'endroit
du point s'il y en a : qu'il se fouvienne
de la place eù sfllepit/itltiT/îen*/}v>y^<hIa^
du lieu où font mises les virgules, ou
de celui où il pourroit y en avoir si on
pronuncoic lentement. de même que lorsqu'on
fait la construction du Latin. S'il
place mal sa note par rapport aux points
& virgule du Texte, iechanc, quelque
harmonieux qu'il soit, ne vaudra rien
pour l'Eglise, parce qu'on ne chante précisement pour-chanter, pas mais pour accompagner
les paroles
, & les exprimer
conformément au sens, les faire entrer
dans l'esprit de l'auditeur, autant qu'il
est possible,occuper pieusement les Clian.
tres, & ne pas
exciter
à rire ceux qui
font tant soit peu lettrez.
Aussi, Messieurs, dans les siecles
moins éloignez que le nôtre de celui de
S. Gregoire, ce n'étoient pas toutes sortes
de personnes qui entreprenoient de com- poser du chant. C'étoient les Evêques
mêmes, les Abbez des Abbayes les plus
considerables, les Doyens des Chapitres,
les Moines les plus versez dans les sciences
: & souvent ceux qui avoient réüssi
dans plusieurs pieces de chant, & qui z-Vol.
avoient fait connoître par là leur bcn
goût, & leur discernement étoient jugez
capables de parvenir aux Dignitez des
Eglises. Les Histoires anciennes en font
foi. On [ait combienCharlemagne & le
Roi Robert aimoient le chant de l'Eglise
bien chanté: ce dernier a voulu même
laisser à la posterité quelques-uns de ses
ouvrages en ce genre. Ces Princes en faisoient
une occu pation ferieu se, & les
Evêques donnoient à cette science tous
leséloges qu'elle meritoit. Tam nobilis
umqus utilis efl rectè canendi disciplina ; utqui*ea t Offi- cariterit3Eçclcfïafticum Ojjïcium
congms implere non possit, disoit
Rabah-Maur
,
celebre Archevêque de
Mayence. Lib. 3. deInstit. Cleric. c. 24.
Je suis très -
parfaitement,Meilleurs,
&c. 4f
CHANSON.
Imitée du Grec de Moschus, sur l'Ajr;
je suis né pour le plaisir.
L A mere du tendre Amour,
Nuit&jour soupire;
On n'entend plus dans sa Cour,
solà ;
• 1.vol. FoU,
j
7 i
Folâtrer, chanter & rire;
Venus a perdu son fils,
La perte a banni les ris,
De son charmantEmpire.
Humains, dit-elle, en pleurant,
Si mon mal vous touche,
Cherchez-moi mon cher enfant,
Vous connoissez le farouche;
Celui qui le trouvera,
Pour sa peine cùeillera
Trois baisers sur ma bouche.
Calmez vos chagrins affreux,
Brillante Déesse,
Angelique a dans ses yeux
L'objet de vôcreiendreuc:
Vôtre fils la prend pour vous,
Il s'y cache,& de ses coups
Je fuis percé sans cdfe.
$*t'olf. & D'S"!.,
DISCOURS SUR LE GOUT.
IL est surprenantque l'homme, qui est
composé d'un esprit & d'un corps 2
apporte en naissant un gout presqueforme
pour les objets sensibles,&qu'il soit
si long-temps sanss'appercevoir, & sans
faire usage de celui qu'il a reçû pour les
choses de l'esprit. Cependant nous naifsons
avec le goût. L'art* ne donne pas
plus l'un que l'autre, aveccette difference
, que quelque usage suffit pour perfectionner
le goût sensible, au lieu que le
goût de l'esprit demande un usage beaucou
p plus long, & une étude assez considerable.
Une personnefçavante, bien au-dessus
de son sexe, définit le goût une harmonie,
un accord de l'esprit & de la raison. Un
autre Auteur l'appelle un sentiment na-*
turel qui tient à l'ame, & qui est indépendant
de toutes les sciences qu'on peut
acquerir. Ne pourroit-on pas dire que le
goût n'est autre chose qu'un certain rapportentre
l'esprit, & les objets qu'on
lui presente ? ;
if Nec Magis arte traditur quam gustus aut ©dor.Quintil'1-i I, vol. *1
Il se forme de l'assemblage des plus
belles qualitez de l'esprit & du coeur. Il
demande une prompte penetration qui
sçache saisir sans rêver, le défautoula
beauté d'une pensée. Il faut dans le coeur
un sentiment délicat, sur lequel nous
puissions juger sans déliberer de l'impression
qu'a faite sur nous l'objet qu'on
nous presente. Cela ne suffit Il pas encore. faut dans le cerveau un heureux arrangement
des organes, pour faciliter les
traces que les objets doivent faire sur nôtre
imagination.Toutes ces qualitez ne se trouvent pasaisément réünies dans le
même sujet, aussi l'Homme de Goût n'est
pas unechose fort commune.
On pourroit même par là rendre raison
de la diversité des goûts. Dans les
uns la délicatesse du sentiment l'emporte
sur la penetration de l'esprit. Ceux-là
naturellement doiventpréférer l'agréable,
le délicat, au grand & au sublime.
Les autres dont le coeur ne fera passi
sensible, ont une justesse de jugement qui
les empêche de donner leur approbation
a tout ce qui fera trop resserré ou trop
étendu. Ils aiment les pensées qui ont de
a symmetrie.Quelques-unsdont les fibres
lu cerveau feront heureusement arranées
, font flattez par le tour harmonieux
es phrases, le nombre, la cadence des
1. voit E ij vers.
vers. Il faut à ceux-là des beautez, pour
ainsi dire,méchaniques.
Voilà la source de la diversité des jugemens
que l'on porte sur le merite des
ouvrages d'esprit. Chacun les appretie
selon son goût, c'est-à-dire, selon la partie
de l'art dont il a le plus de connoissance,
e pour laquelle il a reçû un talent
plus particulier.» A voir des jug!"
a mens si opposez sur les mêmes choses ,
p dit un Auteur moderne, on eu tenté
» quelquefois de croire que ces Arts
s> n'ont que des beautezarbitraires. Gar-
» dons-nous cependant d'en porter un ju-
» gement si faux. Il ya dans les
ouvra..)
ges d'esprit des défauts véritables
, 3ç.j
» desperfectionsréelles.
Quoique le goût qui nous fait discerner
ces beautez & ces défauts, naisse
avec nous, & qu'il ne soit point le fruit
Je nôtre travail; cependant nous le r-:
cevons très-imparfait encore des mains
de la nature toûjours avare,même dans
ses liberalitez,elle laisse à nôtreindustrie
le foin de faire valoir les talens dont:
elle nous favorise. La reconnoissance
qu'elle exige de nous, est de rendre fès
bienfaits plus estimables par nos travaux,
& par nos veilles. L'homme donc qui
yeut avoir un goût exquis & assuré,ne se
contente pas des heureusesdispositions hV°Jl$
qu'il aura reçuës; il ne le fie pas entierement
aux belles qualitez de son nature
l. Il a soin de polir, de former son ge-à
nie par l'usage
, par la lecture , & même
par les réflexions. Ce n'est que par urt
frequent exercice que nôtre esprit ap.
prend l'art de former ce jugement rapide,
mais affuré, qui ne connoît point dé
raisonnement. Nous devons nous aHurer
nous-mêmesparl'étude & par lesréflexions
de la justesse & de la solidité de
nos décisions sans examen & sans critique.
Enfin l'étude,en supposant ce talent
en nous, le perfectionne cependant, &
lui donne son dernier prix.
En effet, nous voyons tous les jours
de ces personnes qui pour avoir neglige
ce précepte,ne portent sur ce qu'on leur
presente qu'un jugement mal alTuré.
Leur esprit peu accoutumé à penetrer ce
qui est caché, ne découvre jamais qu'une
partie du merite d'un ouvrage. Les veritables
beautez font toûjours superieures à
leurs connoissances. Ils ne les voyent qu'à
demi. Leur sentiment aussi par une longue
oisivetés'émousse in sensiblement.
Rien de délicat, rien de délié, ne fait impression
sur eux. Ils ne font touchez que
par des passions vives, ou par des sentimens
extraordinaires.
Mais celui qui a pris foin de cultiver
I. voU E iij son
ion talent, Lait appercevoir du premier
coup d'oeil toutes les beautez de l'ouvrage
qu'on lui presente. Les agrémens les
plus fins, les plus legers,font leur impression
sur lui; & comme il ne sçauroit
souffrir rien d'oisisdans un ouvrage, aussi
il n'est aucune perfection qui échape à
son jugement.
L'Auteur de la maniere de bien penser
dans les ouvrages d'esprit, enseigne
une methode bien différente. Il juge geometriquement
de chaque beauté. Il preI:
crit selon son caprice les bornes du vrai
& du faux Il regle à sa fantaisie l'usage
de la Metaphore, de l'Allegorie, de l'Hyperbole
; & ,
maître ablsolu de toutes ces
choses, il pose ses principes, & en tire
des consequences, sur lesquelles il sorme
ses décisions en dernier ressort.
Cependant malgré ce pompeux appareil
de raisonnement, on le voit se tromper
sçavamment dans plusieurs endroits.
Il faut, selon lui, pour asseoir un jugement
solide, dépouiller la pensée qu'on
examine, de tous ces ornemens qui pourroient
nous éboüir, pour ne la considerer
qu'en elle-même. Il faut en faire l'évaluation
sur le prix de sa vérité, sans
avoir égard à tous ces agrémens, qui par
un faux éclat pourroient séduire nôtre
jugem1ent.vIl esot vrali .qsu'uen ourvroageiquti
seroità l'épreuve d'une critique li rigoureuse,
sans cesser de nous plaire,seroit
d'un grand prix. Mais il me semble qu'il
peut y en avoir qui ont une veritable
beauté, qui cependant ne pourroient fouffrir
un examen si severe.
On scait que le vraia seulle droit de
nous plaire, que nous n'aimons le faux
qu'autant qu'il nous trompe par les apparences
du vrai, qu'il faut du naturel dans
: les pen fées les plus sublimes. Mais ce
vrai, ce naturel, font susceptiblesdeplusieurs
embellissemens, qui deviennent
même necessaires dans les ouvrages d'esprit.
La vérité qui se montre ailleurs
toute nuë, demande ici des parures: une
pensée vraye,naturelle, mais sans gran-
: deur
, ou sans délicatesse, nous plairoiti
elle beaucoup ? Cependant c'est dans ce
,
point de vue que nous devons la confi-
1
derer,si nous voulons porter un jugement
,
solide, selon cet Auteur. Est-ce donc porter
un jugement solide & fort équitable,
sur la valeur des choses, que de ne les
apprétier que sur une partie de leur merité
?Ne cherchons donc point d'autre juge
que le goût dans les ouvràges d'esprit.
Ils ressortissent à ce Tribunal, & on n'appelle
point de les décisions au raisonnement,
eu aux démonstrations Geometri-
1. vol. E iiij ques.
ques. L'Homme de Goût n'a pas besoin
pour porter un jugement solide,d'exami- -
ner la verité de chaque pensée
,
la construction
de chaque chose. Sans consulter
la regle ni le compas ,
il sçaitévaluer aujusteJe
prix des choses.
SUR LA CAMPAGNE DE1*5)7.
ODE.
QUelle fureur, quelle audace bizarre,
Ma Muse, oses-tu m'inspirer 1.
Quoi ! ne fais-tu pas qu'aspirer
A suivre le vol de Pindare;
C'est follement suivre celui
Du jeune & témeraire Icare,
Et vouloir donner comme lui
Un nouveau nom à quelque mer barbare?
Tu veux pourtant que de cette campagne,
Je chante les exploits fameux,
Que je transmette à nos neveux
Les pertes qu'a faites l'Espagne.
Par tout fous nos efforts tu vois 'l.vol. Cette
Cette nation trébuchante.
Mais la gloire de ces exploits
N'en laisse point pour celui qui les charnel
Avec quel artveux-tu que je décrire,
Ath en quatorze jours rendu,
Sans que d'aucun fang répandu,
La Dave ait vû fouiller sa rive;
Ce siege où la précaution
Marchant toûjours à nôtre tête;
De cette importanteaction,
N'a fait pour nous qu'une guerriere fête.
Les fiers Titans,dignes fils de la terre,
Dans leur projet audacieux
D'attaquer, de prendre les Cieux.
Auroient pû balancer la guerre,
Et peut-être auroient mis enfin,
L'Olympe dans leur dépendance, j
S'ils avoient conduit leur dessein
Avec cet art, cette prudence.
D'autre côté regarde Barcelone.
1. vol. L,y Fiere
Fiere de ses doubles remparts ,
- --
Rire des bataillons épars,
Qu'autour d'elleassemble Bellone:
Elle flate son vain orgüeil,
De la chimérique esperance,
<
Qu'elle va devenir recueil,
Qui doit brifer la gloire de la France.
-
Sur le sommet de Monts inaccessibles,
Les prudens Espagnols campez,
Contre nous au siege occupez,
Préparent des efforts terribles,
Ce font torrens impetueux
)
Qui tombant du haut des montagnes
Doivent entraîner avec eux , 1
Hommes,troupeaux, richesses des campagnes.
Mais un seul jour voit deuxfois la viél:oire
Nous servir & les traverser
Sur ces monts forcer,
Ces camps flatez de cette gloire.
A l'aaspect de nos bataillons,
Fuit leur armée effatouchée,
J. volt' Comme
Comme devant les tourbillons,
Fuit par l'Hyver la feüille dessechée.
Tout se soumet, Barcelone étonnée.
A son tour reconnoît nos Loix ,
Malgré mille éclatans exploits,
Qu'a faits sa valeur obstinée»
Forcée enfin, elle reçoit
Nôtre joug d'un oeil triste & sombre,
Et rougit quand elle apperçoit
Que ses vainqueurs font en si petit nombre.
Mais de quel front avec mon peu d'haleine,
Irois- je chanter les travaux,
Deces Argonautes nouveaux,
Par qui la riche Carthagene
A vû sa toison conquérir?
Ma foible voix n'y peut suffire,
J'irois honteusement perir,
Dans leurs dangers en voulant les décrire-
Non, sans effroi je ne puis entreprendre,
Dechanter ces faits éclatans ; i.vol, Evj Mais
Mais aussin'en est-il plus temps;
Je vois du Ciel la paix dtfcendre -
Mon Roi parle, elle fuit sa voix ;
Accours, fille de nos victoires,
Viens, & par d'équitables Loix
Finis le cours des tragiques Histoires.
Lorrqu"entraîné par l'appas des conquêtes
Ce grand Roi faisoit tout trembler
2
Il s'arrête pour t'immoler,
Cent palmes pour lui toutes prêtes.
Même à sesennemis il rend,
Bien plus qu'ils n'osoient sepromettre,
Et semontre d'autant plusgrand,
En rendant tout, qu'il pouvaittout soumettre.
0 toi! qui peux de l'un & l'autre Pole
Tout mouvoir de ton seul sourcil,
Et qui quand tu le veux aussi
» -
Peut tout calmer d'une parole.
Dieu puissant, Dieu libérateur,
Rends nous cette paix éternelle,
Et fais que son auguste Auteur,
suissè régner parmi nousautantqu'elle.
i.voL gVES******.****.*****
QVESTlON singuliere sur les Testamens
Olographes, jugée par Arrest
dit Parlement de Provence.
1 L s'agissoit de sçavoir, si un Testament
Olographe revoque un Testament
parfait, lorsque dans le Testament
Olographe, les enfans font traitez plus
favorablement, que dans le Testament
parfait.
On s'efforça de faire voir, qu'un pareil
Testament ne devoit pas subsister felon la Novelle , 107. chap. 1. où il est
dit, que le Testament Olographe ne peut
être revoqué que par un Testamentparfait
, passé devant sept témoins; à plus
forte raison, disoit on , un Testamenten
faveur des enfans étant parfait,ne peutil
être révoqué qu'avec une pareille solemnité.
On oppofoit encore un Arrest
rapporté dans Boniface, t. 2. p. 11. rendu
au profit du sieur Mourgues,quicassa
un Testament Olographe, sur ce que
Jacques Mourgues,fils du Testateur,
avoit un legs de trente mille livres dans
le premier Testament, & n'avoitdansle
second que la moitié de l'usufruit des
biens.
.1 vol, On
On ne voit pas bienpourquoi cet Arrest
fut cité, car il paroît être plutôt favorable
que contraire à la question proposée
; aussil'Avocat qui soutenoit le
Testament Olographe,n'oublia pas d'en
tirer avantage; & répondant ensuite à
la Novelle 107, il prouva avec M d'Olive,
1. 5. c. 1. que cette Novelle ne
doit être entenduë
, que d'un dernier
Testament ,qui appelleroit des étrangers
au lieu des enfans, te non pas des
testamens olographes entre enfans
,
dont
le dernier doit toujours l'emporter sur
les precedens. Comme ces fortes de
testamens font parfaits dans leur espece,
& fondez sur la disposition expresse de
la Novelle 107. d'où a été tirée l'Authentique.,
inter liberos, il s'enfuit qu'on
soutenoit avec fondement, qu'ils doivent
revoquer les précedens, & qu'il n'y a
de difficulté, que lorsque dans les précedens
testamens parfaits les enfans sont
également appelez. Danscecas laquestion
dont il s'agit ici doit toujours être
décidée en faveur des enfans. Il faut laisser
subsister le testament qui leur est le
plus avantageux.
Ces rai fons d'éterminerent le Parlement
de Provence à décider pour les testamens
olographes dans de pareilles circonstances
par Ariest
-
du 17. Juin 1]1.3.
1.vol. Le
Le Mardi 14. d'Aoust, veille de l'Assomptionde
la Vierge, la Chambre de
la Tournelle Criminellealla aux prisons
de la Conciergerie & du Châtelet tenir
la séance. M. le Président de Lamoignon
de Blancménil
,
qui y présida, donna
ensuite un grand repas a tous les Jugesqui
y avoient assisté.
Le Vendredi 17. du mêmemois, il
a été rendu un Arressti important à, l'AAudience
de la Grand' Chambre, entre
M. le Cardinal de Noailles., & les Abbesse
& Religieuses de l'Abbaye de Port-
Royal. Les plaintes portées à M.le Cardinal
de Noailles contre l'administration
du temporel de ce Monastere
, ayant ex- cité l'attention de ce Prélat, il y fit en
1723. une visite, lors de laquelleil ne
négligea rien de ce qui étoit de lo^ministere
pour y rétablirla, paix & l'ordre
; mais ayant compris la necessité
d'entrer (1-,,cjs un examen sêrieux dutemporel
de cette Maison, &: que cet examen
ne pouvoir sans risque être retar- dé, il dont le 5. Juillet 1723. une
commission àM. l'Abbé de la Croix,
Chanoile de l'Eglise de Paris, pour eXIl- mincies comptes de l'abbaye, entendre , cbre & arrêter, si besoinest, I. ceux qui 7/I, ftrqiçn,
feraient à rendre, &prendreconnoijîan-,,
ce de tout ce qui regarde le temporel de
la Maifln, circonflances & dépendances..
& ce depuis l'unionde l'Abbayede
Port-Royal des Champs à celle de Port-
Royal de Paris, & du tout dresser proces
verbal, pour ce fait & à nous rapporté,
être ordonné ainsi que de raifin-
Le procè,s verbal de.-, ce Commissaire,
qui commença le 7.du même mois de
Juillet, & qui ne finit que le 13. Janvier
1724.n'ayant pas satisfait M. le
Cardinal de Noailles, en ce qu'il lui parut
qu'on n'y avoit fait qu'extraire ce,
qui étoit sur les registres de la recette &
de la dépense, qui s'étoienttrouvez dans
une extrême confusion
,
il rendit le 3 o.
Aoust 1724 une Ordonnance, par laquelle
entr'autres choses, il enjoignit à l'Abbesse de rendre compte par chapitres
de retette & de dépense,année par année,
depuis le premierJuin1711.&
ce dans le terme & efp"e d'un an; 8c
nomma un Econome pour reglx les biens
de l'Abbaye,jusqu'à ce que le compte
eût été rendu, &.qu'il en eût été autrement
ordonné i lequel onome feroit
tenu de fournir à l'Abbaye tout ce
qui serois necessaire pour sa fubhiJ.ance,
& 1200. livres à l'Abbesse, de quartier
en quartier & par avance, tant que ïm
1. vol i¡¡fitinfirmitez
ne luipermettroient pas desui
vre la vie commune.
M. le Cardinal de Noailles fit homologuer
cette Ordonnance par Arrest du
4. Septembre 1724. L'Abbessede Port-
Royat en interjetta appel comme d'abus,
& forma opposition à l'Arrestd'homologation
,
sur quatre moyens. -
1°. Sur la contravention à l'Ordonnance
de 1667, qui ne permet pas la revision
des comptes, mais feulement de
cotter les erreurs, les omissions & les
doubles emplois; d'où on concluoit, que
le procès verbal du sieurdela,Croix
étant un compte, on n'avoit pas pû en
ordonner un nouveau.
2°. Sur les termes injurieux dont on
s'étoit servi dans l'Ordonnance de M. le
Cardinal de Noailles,qui sembloit n'avoir
eu pour objet que de deshonorer
l'Abbesse & la Communauté de Port-
Royal.
3°. Sur ce qu'il n'yavoit pas un des
motifs énoncez dans l'Ordonnance de
M. le Cardinal de Noailles
,
qui ne fût
contraire à ce qui étoit écrit dans le procès
verbal du sieur Abbé de la Croix,
d'où on prétendoit les avoir tirez.
4°. Sur ce que le sequestre étoit établi
sans cause,&même contre la disposition
des Canons, du droit commun I.vol. &
& des Constitutions de l'Abbaye de Port-
Royal.
Mais M. le Cardinal de Noaillesdétruisit
tous ces moyens, en démontrant le
dérangement qu'il yavoit depuis longtemps
dans le temporel de cette Abbaïe,
en fai sant voir la confusion, les erreurs
&les doubles emplois,qui se trouvoient
dans les registres de la recette & de la
dépense,jusques-làququ'i'illyyavaovoiriur unn de
ces registresquin'avoit point été tenu
dans le temps désigné par sa datte, mais
qui avoit été fait après coup: en prouvant
le défaut d'emploi de sommes considerables
reçûës tant pour remboursemens,
que pour fondations; en établissant
que dans le procès verbal du sieur
de la Croix on avoit employé en recette
& en dépense un grand nombre d'articles
sur de simples Enoncez, & sans en
rapporter les preuves; enfin, en mettant
en évidence des emprunts frequens
& des dettes passives
,
dont les registres
ne faisoient point de mention. Par tous
ces motifs M.le Cardinal de Noailles prétendoit
que le procès verbal du sieur de
la Croix ne pouvoit être regardé comme
un compte exact & en forme, mais
qu'il n'avoit été qu'un simple examen
des Registres ;par consequent, que commesuperieur,
ilétoit en droit de de-
I. vol. mander
mander de plus grands eclaircissemens,
sans qu'on pût l'accuser de contrevenir
aux Constitutions de l'Abbaïe, ni à l'Ordonnance
de 1667. qui necontenoient
rien de contraire aux différentes dispositions
de l'Ordonnance qu'il avoit renduë..
C'est ce que le Parlement a jugé par
son Arrest, conformément aux conclusions
de M. l'Avocat General Gilbert
de Voisins
3 par lequel il a été dit qu'il
n'y avoit abus dans l'Ordonnance de
M. le Cardinal de Noailles, & l'Abbesse
a été déboutée de Ion opposition.
Le Lundi 20. la grande question,
dont tout le Palais attendait avec
@
impatience
le Jugement depuis six années , &
qui étoit de sçavoir, si le testament Olographe
est valable dans les Païs de Droit
écrit, qui font du ressort du Parlement
de Paris, a été enfin décidée pour la
negarive en la GrandChambre,au rapport
de M. l'Abbé Pucelle.
Dame Madeleine-Philiberte Grumel,
veuve & heritiere testamentaire de Loüis
d'Epiney, Doyen des Conseillersdu Bailliage
de Beaujolois
,
soutenoit la validité
du testament Olographe de son mari, sur
six differentes proportions.
10. Que suivant le Droit Romain le testament
Olographe étoit valable.
I. Vol, 2°.
2°. Que luivarie le sentiment de tous
lés Auteurs qui avoient écrit sur cette
matiere ,
le testament Qlographe devoit
avoir lieudans tout le Roïaume.
30. Que la Cour par ses Arrests avoit
autorisé ce genre de têstament danstoutes
les Provinces de son ressort.
4°. Que c'étoitl'usage genéral du
Roïaume,
5°. Quec'étoitl'usâge particulier dela
Province de Beaujolois.
6°. Quece genre de testament étoit le
plus commode & le plus propre pour
assurer la volonté des testeurs.
Léonard d'Epiney, frere & héritier
de droit du testateur, établiffoit au contraire
la nullité de son testament sur trois
proportions.
1°. Que le Droit Romain,tel qu'il
s'observe aujourd'hui dans les Païs où il
sert de Loi, n'admet point les testamens
Olographes, à l'exception de ceux que
les peres font au profit de leurs enfans.
2o Que les testamens Olographes entre
d'autres personnes que les peres 8C
les enfans
,
loin
d'avoir été confirmez
dans les Païs de Droit écritpar la Jurisprudence
des Arrests, y
ontété expressément
condamnez par un Arrest en forme
de Règlement, du 7. Septembre 1626.
30. Que la LoiformelleduPaïs, rOQ
1. vol. tenue
tenuë d'un Arrest de Reglement > devroit
avoir son execution indépendamment
ge l'usage, mais qu'au fondiln'y
a point a'usagecontrairedansle Païs,
ou le testament en question a été fait.
Ces derniers moyens ont déterminé le
Parlement à confirmer la Sentence des
Requêtes du Palais du 6. Juillet 1719,
quiavoit declaré ce testament nul, comme
non revêtu des formalités, p•rcjzrttttpar
Droit écrit.
I. ENIGME.
AMas confus des vêtemens,
Que portoient mes nombreux parens,
Graces au travail mercenaire D'uDn'unee maussadeMMéénnaa,g,-Cerree 2 -
Je me fuis rendu necessaire
Aux petits aussi-bien qu'aux grands,
Ma douceur & ma complaisance
Font que j'ai l'oreille des Rois:
Etmalgré cet honneur, le simple. ViIIap
geois
Ne m'ôte point saconfiance, vol. L'or)
L'on me consulte, & l'on a bien raison:
Car ceux que l'on croit les plus sages,
Sans mes conseils, feroient des personnages
Souventhors de faison.
De tous ses foins tel sur moi se repose,
Qui quelquefois dispute contre moi:
Soûmis à sa pressante Loi,
Jamais à rien je ne m'oppose.
Témoin,& confident discret,
De mainte paix dûment signée,
On fera de ma part toûjours sûr du secret,
En me faisant quitter ma mine renfrognée:
Enfin, sans contradiction ,
Je fuis l'écueil de la discretion. ILENIGME.
J E nais à la campagne, & me forme à la
Ville,
Où devenant bien-tôt plus aimable qu'utile *
Je me livre à la vanité,
Je fuis fort bien auprèsdes Belles j
Et lonvenc volage comme eUes.
1. vol,- ,
Ie
Je me fais mieux valoir par ma legerété,
Dans les Cercles &dans les Fêtes,
Je tiens les rangs les plus honnêtes;
On me voit au dessus du Roi;
Mais à mille dangers en bute,
On ne me voit jamais relever de ma chute,
Et je perds mon merite en perdant mon emploi.
LtEnigrne, l'Amour
,
& le Ballet de
Bouleau
y
sont les trois mots des Enigmes
du dernier Mercure,
IfVol9 NOUNOUVELLES
LITTERAIRES
DESBEAUX ARTS, &c. TRAITE DES SACREMENS,tanten
gênerai qu'en particulier, par le
R. P. Antoine ftoMCAty Religieux N.l.t-.
nlme, ancien Professeur en Theologie.
Ce Traité fait partie d'un Ouvrage entier
, qui a pour titre La Theologie des
Peres, parce que toutes les Questions,
principalement celles qui regardent le
ctagtns
j,
lent prouvéespar un tissu de
passages des Saints Peres. On a mis à la
tête l'H les heresies qui ont attaque
le dogme dont il s'agit en cetendroit
; sçavoir, le commencement, le
progrès & l'extinction de l'Heresie : les
Conciles & les saints Docteurs qui l'ont
combattuë,enfin les SouverainsPontifes
qui l'ont condamnée. On y voit aussi une
critique sur la Doctrine des Peres, qui
paroissent avoir eu quelques doutes sur
les dogmés
,
& on les justifie solidement;
en forte que les Protestans n'en peuvent
tirer aucun avantage pour soutenir leurs
erreurs sur les Sacremens.
, On rapporte les differens sentimens sur
s»voi, "1$.
l'Epoque du jour dela célébration de la
Pâque, on fait voir que les T heologiens
assemblez à Wittemberg
, nous ont
accusé, sans fondement legitime
3
d'avoir
celebre la Pâque en 1724. avant le 14.
de la Lune qui doit tomber après l'Equinoxe
du Printemps. Il y a une Table
Chronologique qui a tout reglé avant ce
temps-là, & qui reglera dans la fuite
pendant plusieurs années la célébration de
cette Fête.
L'ancienne discipline sur la Penitence
& l'Ordre y est décrite fort au long; 8c
en démontre clairement aux Protestans
par les faits historiques & dogmatiques
que les Grecs, les Melchites, les Armeniens,
les Jacobites, & autres Chrétiens
Orientaux, ont perseveré jusqu'à
present dans la créance des sept Sacremens.
Il y a aussi des traits curieux tirez de
l'Histoiredel'Eglise Anglicane, qui font
voir évidemment, que cette Nation tenoit
dès lehuitiémesiecle, & même devant, la
Doctrine orthodoxe des Sacremens, du
Sacrifice de la Messe, de l'Invocation des
Saints, & de la Priere pour les Morts.
Les Rituels recueillis par feu M. de
Launoy, Docteurde Navarre,que tous
les Etrangers de toute l'Europe,Catholiques
, & même Protestans, viennent
1. vol. F voir
voir avec empressement dans la Bibliotheque
des Minimes de la Place Royale
, y font rapportez enabrégé
,
afin que
chaque Evêque puisse voir en un coup
(J'cpii l'ancienne discipline de son Eglise-
s & pour ne rien oublier, pour (atiffaire
la curiosité du Lecteur
, on montre
que l'ordination des Evêquesd'Angleterreaceifeenlaper
fcnne
de Par- t.erre .a cLIeen la petonne !)ar; ler. ,1 ,. L'Auteur s'est particulierement appin
quéà pouvoirêtre de quelque utilité
aux Bacheliers & Licentiez en Théo*
logie, en leur mettant fous les yeuxdc
preuves agréablesSç aisées pour (outenit
sans beaucoup detravail yleuM theCes,
& en
leurfournissant toutes sortes d'ar,. gumens. '1:". L'Ouvrage est en deux Volumesirç
folio
,
&en huit in 8° sur du bon pa-1
pler « d'une belle ÍmprefiÏoo. Iljfe
vendàParis ,
chez Guillaume Cavelhq
rue$• Jacques, au Lys d'or, Ontrouvechezle
même Libraire le Traitédes
Attributs en un Vol. in fpli, en quatre
in 8° contenant prèsde-quaranteQue£
tions, du même Auteur.
J
HISTOIRES des Religions, ou Ordres
Militaires de l'Eglise, &des Ordres de
Chevalerie.dédiées ap
Ro1.:Pa'Al. Herr:
wmnt. A Roüen, ruë Ecuyere,chez Jean-
Baptiste Besongne, 1725.2. vol. in 11.~
de près de 1000. pages.
Cet ouvrage elt orné de figures en bois
qui representent les Colliers de chaque
Ordre. Ces Ordres Militaires & de Chevalerie
font en très-grand nombre ce
qui en peut rendre la lecture variée ôc
agréable. L'Auteurs'étend beaucoup sur
les quatre principaux instituez en France
i sçavoir, celui de Saint Michel, par Loüis XI. celui de S. Lazare & du Mont-
Carmel, le plus ancien de tous les Ordres
Militaires, qui a reçû un nouvel
,c;Clat par les privileges & les revenus
considerables queLoüis XIV. chez y a atta- ; celui du S. Esprit, institué par Henry III. qui ne
se
confere qu'aux
[plus grands Seigneurs du Royaume, aux,
[Ducs & Pairs, aux Maréchaux de France
, aux Gouverneurs & Lieutenans Ge-,
meraux de Province,&autres personnesconsiderables
par leurs Emplois, par leurs services & leurs naissances. Le quatrième
Ordre Militaire est celui de Saint
Loüis, que Loiiis le Grand instituaen
1693. pourrécompenser le zele, la va- leur & la fidelité de ses bravesOfficiers,
qui s'exposentsi courageusement dans
les armées de terre & de mer, &c. Ce
Livre se trouve aussi à Paris, chezjean
X•va/. F ij LesolaLefèlapart,
Quay des Augujtml, e cbez
Claude Hanfiflus l'Horloge du Palais.
LA VERITABLE GRANDEUR. D'AME, i
ou Réflexions importantes aux person- *
nes distinguées par leur naissance ,ou par
leurs Dignitez, pour se rendre grandes >
devant Dieu, & devant les hommes, j
avec un Traité du vrai & du faux point
d'honneur, & des maximes chrétiennes
qui conviennent plus particulierement
aux personnes de qualité. Par M. j
le Marquis de *-Jf" A Paris, ruë Saint
Etienned'Egrès, chez deLusseux, 1725.]
vol. in 16. dédié au Roi, de 260. pages,
sans l'Avertissement.
GEOGRAPHIE UNIVERSELLE,Historique
& Chronologique,ancienne & moderne
,
où l'on voit l'origine, les changemens,
les moeurs, les Coutumes, la,.
Religion, le Gouvernement, les qualitez
de chaque Etat, & ce qu'il y a de
plus rare & de plus remarquable. On y
fait aussi mention des Inventeurs &desinventions
d'une infinité de choses ; des:
hommes celebres, foit dans les Lettres ;
foit dans la guerre, par rapport aux
Villes où ils ont pris naissance.On y SE
joint une GeographieEcclesiastique,oiu
tin détail des cinq Patriarchats, leur éta-.
I. V9u Wiflif.:
- m
blissement
,
& l'état present de chacun,
avec un petit abregé des Conciles Generaux
que l'on a mis au bas des Villes
où ils se sonttenus; les Chefs d'Ordres,
l'année de leur institution, & les Ordres
Militaires des Puissances de l'Europe.
Par M Noblot. A Paris, ruë Saint
Jacques, chez Villette, fils, à S. Bernard,
1725- 6. vol. in 12. avec 16.
Cartes, prix 15.liv, relié.
1
HERODE ET MARIAMNE, Tragedie
de M. de Voltaire. A Paris, Quay des
AngUjlins
,
chez. Pissot & Elahault»
1725. irt 8e de 95. pages, sans la Pref3ace0qui.
enfcoontielnts17.. Le prix est de Comme nous avons déja donnél'Extraitde
cette Piece dansle Mercure du
nuis d'Avril 1724. Nous nous dispenserons
d'en donner un second. L'Auteur
a fait quelques corrections, &a ajoûté
ces Vers à la fin. C'est Herode qui parle,
après avoir appris la mort de Mariamne.
InfidelesHebreux, vous ne la vengez pas!
Cieux qui la possedez, tonnez surces ingrats.
Lieux teints de ce beau fang que l'on vient de
répandre.
Murs que j'ai relevez, Palais tombe en cendre:
I. vol. F iij Cachez
Cachez sous les débris devossuperbes tours
La place où Mariamne
a vû trancher ses jours,
Temple que pour jamais versent, tes voutes se ren-
Qued'Israël détruit, les enfans se dispersent.
Que sans Temple & sans Rois, errans, per- secutez,
Fugitifs en tous lieux, & par tout détestez,
Sur leurs fronts égarez, portant dans leur
-
nmere,
Des vengeances de Dieu, l'effrayant caractere;
Ce peuple aux nations transmettentavecterreur
},
Et l'horreur de mon nom,& la honte du leur.
NULLITE' DES ORDINATIONS ANGLICANES
,ou Réfutation d'un Livre intitulé
,
Dissèrtationsur la validité des Ordinations
des Anglois. Par le R. P. Michel
le Quien, Professeur
en Theologie
del'Ordre des Freres Prêcheurs.AParis
, ruëS. Jacques,chez. Simart,1725.
2.vol. in 12.
HISTOIRES DES PLANTES qui croiA
sent aux environs de Paris, avec leurs
usagesdans la Medecine. ParM. Pitton de
Tournefort, 2e Edition, augmentée par i-voL M.
M. de Jussieu. A Paris
, i£j.iy des Aligustins
, cheZMusier;1725. 2. volumes
in 12.
, M. Paul Roli, qui depuis qu'il est à
Londresafait plusieurs magnifiques Editions
des meilleurs AuteursItaliens,
vient de publier celle du Decanneron de
Bocace, qui surpasse toutes celles que
l'on en a en grand nombre,puisqu'elle a
été faite sur cellede Giunta de l'année
1527. & qui étoit la plus correcte. Celleci
l'imite page pour page ,
& ligne pout
ligne ; mais l'ancienne le cede à la nouvelle
pour la beauté du caractere, pout¿'
l'ortographe, & pour les accens qui font
observez avec scrupule ; sans compter
que M. Roli a ajoûté au commencement
de cette Edition le Portrait de Bocace,
tiré de la galerie du Grand Duc, & la
vie de l'Auteur
,
écrite par Philippo di
Matteo Villanni ;outre des Notes & Observations
Critiques sur tout l'ouvrage,
qui font de M.Roli, & qu'ila mises à
la fin. Ce bel ouvrage est in 4° , on en a
aussi imprimé un petit nombre in fol.
Le mêmeEditeur publia l'année derpiere
deux volumes in Se delle Rime
Piacevoli del Berni, Casà
,
&c. avec des
Notes: il y a ajoûté dans le second volume.
Ilsimposio del Magnifico Lorenz.9 vot Fiiij de
de Medici, tiré du Manuscrit de la Bi
bliotheque Laurenzianne de Toscane. -
Le sieur Manavit ,
Libraire de Toulouse
, a obtenu un Privilege pour l'impression
d'un Dictionnaire nouveau,
François-Latin, fous ce titre Anthologie
des Dictionnaires François & Latins, ott
le Calepin de la jeunesse. Ce Dictionnaire
renferme tout ce qu'il y a de [avant
d'utile & de curieux dans les autres Dictionnaires
en l'une & l'autre Langue; de maniere qu'on pourroit l'appeller à
juste titre le Dictionnaire universel. Les
mots François y sont enrichis de leurs
définitions, & accompagnez de Notes
Historiques,Poëtiques, Chronologiques,
Cosmographiques; outre les termes des
, Arts & des Sciences qui y font expliquez
dans toute leur étenduë. On y trouve
les définitions des termes du Droit, &
de ceux de Pratique; l'Histoire des Animaux
, des Plantes, & tout ce que la
nature a de plus curieux. Enfin ce Dictionnaire
est parsemé de Sentences & de
belles citations,tirées des meilleurs Auteurs
,lesquelles peuvent être d'un grand
secours pour former les moeurs.
Le sieur Manavit fouhaiteroit que
quelqu'un voulut l'aider à faire les frais
de l'impression de cet ouvrage, & il nous
1. vol. *
a prié de rendre public ce petit avertissement,
afin qu'on puisse juger du mé
rite & de l'utilité de son travail.
M. Vairinge, Mathématicien de S. A."
R.M. le Duc de Lorraine, a communiqué
au R. P. Castel, Jesuite, une experience
singuliere de deux Miroirs concaves
qui mettent le feu aux corps 332.
pieds de distance,sansSoleil, & avec un
petit charbon de feu.
Le Mercredi22, Aoust l'Académie
Royale des Sciences élût M. le Maunier
Professeur en Philosophie au College
d'Harcourt, & M. Gaudin
, pour remplir
la placed'Adjoint Geometre, vacante
par la démission volontaire de M.
Bomie qui a eu des Lettres de veterance.
Dan l'assemblée du 29* de la même
Académie, on declara que le Roi avoit
choisi entre ceux qui avoient été élûs
pour remplir les places vacantes; sçavoir,
M. Petit, Medecin, Pensionnaire
Anatomiste,à la place de M. du Vernay.
M. Malloiiet, Medecin, Adjoint Anatomiste
, à la place de M. Petit, Chirur-
- gien. M s le Maunier & Gaudin, Adjoints
Geometres,à la place de Mrs Bomie
& Moreau de Maupertuis, & M.
1. vol. Fv -
Ciourî
Crouzas,Associé Etranger, à la Duc d'Escalona.Lemême place dit jour l'Académieélût
Mr. Unault & Bourdelin, Docteurs en Medecine, pour remplir une place d'Adjoint Chimiste, vacante de- puis long-temps.
Le 25. Aoust on celebra à l'Académie
Françoise la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre. Pendant la Messe ; qui fut celebréeparl'Evêque de Soif- sons, l'un des Quarante,onchantaun
Pseaume en Musique, & le PereDom
Jerôme, Feüillant,prononça le Panegi- rique duSaint.
L'Académie Royale des Inscriptions 8c Belles-Lettres, & celle des Sciences cehbrerentauOE la Fête de S. Loüis,dans, l'Eglise des Peres de l'Oratoire, où l'éloge
de S. Loüis fut prononcé par l'Abbé-
de Barcos.
L'après-midi l'AcadémieFrançoise donfla
les Prix de Poesie & d'Eloquence, dont en a déja parlé dans le dernier
M.rcure»
On apprend de Madrid que l'Académie
Royale y a fait celebrer dans l'Eglise
Sainte Marie, un Servicesolemnel pour I. vol. le
le repos de l'ame du feu Marquisd'Escalona
, son Directeur. Les Grands du
Royaume, & laplûpart des Chevaliers
de l'Ordre de la Toison d'Or y affiflerent.
L'Oraison funebre fut prononcée
par le Père Jean Iterian de Ayala, Prédicateur
ordinaire du Roi, & l'un des
Académiciens.
Les Lettres d'Italie portent qu'il y eut
à Sienne le deuxiéme Aoust une furieuse
tempête qui causa beaucoup d'effroi: le
Tonnerre tomba en differens endroits ,
brûla quelques maisons, & tua 30. à 35.
personnes.
SPECTACLES.
EXTRAIT DES CDVSINS"
Drame-Comique, representé par les
PetitsPenjîonnaircs du College de Loùis
le Grand3 ale mois deJuin 1715 •
Par
le P. D. C. J.
ACTEURS.
PhiIogene, Amateur desa Patrie.
Ariste,Part'fîtn,ami de Philogene..
TrophimetCompatriote & ami de Phi"
lgene.
I. vol. ivi •
L'Eveille,Valet de Philogene.
Petit-j ean 3Vdlet de Trophime..
Les Cousins, rangez, félon l'ordredani
lequel ils paroiffcntsur la Scens; ffavoir,
Ergaste,premier&fécond Echevin.Troïle,
M. ïEleu,,Celse,Medecini Frontin
,
Jurisconsulte, Fauste & Timona
beauxEprits, Geronte, Vieillard..
Orgon, heau-perefutur de Trophime,
Themifte
,
Avocat, fin Gendre futur, le
Baron de Kriegerac, le Baronnet,fort
fils, Officierde Ville.
La Scene cft dans une petite Ville
de Province,
ACTE PREMIER. yPhilogene, Heros de laPiece, ouvre
la Scene avec son amiAriste, à qui il
témoigne le plaisir qu'il a de respirer son
air natal, & le desir de passe le reste de
ses jours dans sa chere Patrie, où il se
prometune parfaite felicité;Aristenelui
répond que par des je ne (çais, plaiseà
Dieu, Dieu le veuille Philogene lui demande
lara: son de ces réponses qui ne
lui promettent rien de bon. Ariste lui fait
entendre que peutêtre ne trouvera-t'il -
pas dans le lieu de sa naissance cette felicité
dont il se flate, I.vol.& lui dit qu'il a con- nu
nubien des gens, qui amoureux comme
lui du lieu de leur naissance, y étoient à
peine revenus après une longue absence,
qu'ils s'en étoient aussitôt retournez
pour regagner Paris qu'ils avoient quitté
a(Iez mal-à-propos. Philogene lui pondque réces
gens là étoient apparemment
gens à fracas; mais que pour lui
il aime le repos & la solitude j Ariste lui
dit qu'ontrouve l'un & l'autre quand on
veut au milieu de Paris, & qu'on s'y
débarrasse plus facilement des importuns,
qu'on ne fait dans le Village. Toutes inconveniens
qu'Ariste fait prévoir à Philogene
ne l'effrayent pas, il veut du
moins en essayer pour quelque temps,
saufà lui de prendre son parti, quand il
ne s'accommodera pas des manieres de
ses Compatriotes. Cette premiere Scène
est suivie de deux autres, au squelles
nous ne nous arrêterons pas, parce qu'elles
y font purement accessoires
,
elles ne
laissent pas d'amuser agréablement en
attendant la quatrième Scène, où Trophime,
ami dePhilogene, dont il occupoit
la maison pendant son absence, ÔC
dont il étoit comme l'homme d'affaire
ou le Fermier, vient lui annoncer que
les Echevins, par délibération du Conseil,
viennent lui faire compliment, &C
lui presenter le vin au nom de la Ville,
1. vol.fhiloPhilogene
veut forcir, pour éviter cette
ceremonie, à laquelle il ne s'attendoit
pas; mais Trophime lui dit qu'on trouveroit
cela très-mauvais, & l'oblige à
rester. En attendant l'arrivéedesEchevins,
Philogene essuye le premier j:hoc
d'un Cousin qui s'appelle Ergaste, Be
qu'on a surnommé M. de Bout-en-train;
il fait entendre à Philogene que dans si.
petite Ville chaque habitant a son /ôbriquet
,ou son nom de guerre; voici comment
s'explique.
Ce font des noms de guerre,& chacun a
le
sien ;
Orpuisqu'en ce pays nous avons tous le nôtre,
Il faut, bon gré, malgré, que vous ayez le
vocre.
Et comme vous voilàde retour maintenant,
Je vous ai baptisé du nom de Revenant.
Ce petit Prélude commence à embarlasser
Philogene; la Scene qui fuit, lui
porte un coup un peu plus fort, ce font
les Echevins, précedez d'un Maître de
céremonie,c'est M. de Petit-Jean
,
Valet
de Trophime. dont nous venons deparler.
Le premier Echevin lui décoche ? son
compliment au nom de la Ville. Le voici r
Monsieur. c'est certes avec justice,
Que la Ville vers vous nous députe d'office,
A. frab
-
Et
Et qu'elle honore en vous un de ses Citoyens,
Donc le nom, les vertus, les talens, les
inoyens
Et des faits éclatans,dignes de nôtre histoire,
L'honorent en tous lieux & la couvrent de
gloire,
Mon Collègue present vous dira le surplus.
Voici le compliment de l'autre Eche
vin.
Sept Villes autrefois se disputoient Homere,
Chacune prétendoit avoir été sa mere :
Fait quijusqu'à presentest demeuré douteux,
Pour nous à vôtre égard nous sommes plus
heureux;
Car en vous possedant nous avons lavantage
De n'éprouver, Monsieur, ni conflict,ni partage
;
C'estun honneur à nous, d'autant plus affecté,
Que nulle Ville encor ne nous l'a disputé.
Ces deux complimenssont comprendre
à Philogene que sa chere Patrie n'est
pas trop séconde en bons Orateurs, aussi
faitil cette Réponse ironique aux deux
Harangueurs.
Meissieurs,ce compliment arefle, que la Ville m'a- *vol.Brille
Brille par la doctrine & par la policesse,
- 1
Cela ne surprend pas dans de tels Echevins.
-
Après cette courte Réponse, Petit-Jean
presente les vins au nom de la Ville, Se
l'Esveillé Valet de Philogene les reçoit
avec plaisir, & lespréferé aucompliment
que son Maître vient d'essuyer;
Philogene va reconduire les Echevins. H
devient & se plaint d'une ceremonie qui
a été suivie de l'abord d'un nouveau Cousin,
qu'on appelle Troile, & dont ila
eu le bonheur d'être bien-tôt débarrasse ,
mais il n'en ell: pas encore quitte;ce Coufin
revient sur ùs pas, & l'entretientd'un
procès, pour lequel il le prie d'écrire à
Paris, & de Solliciter pour lui. A ce second
Cousin il en succede un troisiéme,
qui a l'honneur d'être M. l'Eleu. Il embrasse
Philogene
,
& luidit que sa femme
Madame l'Eleu vient d'accoucher
d'un garçon, dont elle le prie de vouloi,
bien être le Parain
,
& de l'appeller
Jean, nom orlinaire de la famille depuis
son trisayeul jusqu'à lui; Philogene pour
s'en dispenser lui répondqu'il ne sçauroit
donner a son filleul d'autre nom que
celui de Melchisedech, en vertu d'un
voeu qu'ilappelle irrefragrable. C'est ain
si qu'il s'en défait, & que le premier
Acte finit. I,vol,ACTE
ACTE II.
La premiere Scene de ce second Ààt
est entre l'Esveillé, Valet de Philogene ,
& Petit-Jean, Valet de Trophime. Nous
la passons comme peu necessaire au sujet,
&
quoiqu'assezplaisante d'ailleurs, 8c
legerement écrite. Les deux autres sont
à peu près du même genre. A la qllauiéme
l'hilogenearrive, & témoigné sa
surprise sur le grand nombre de gens
qu'il vient de voit dans son jardin. Trophime
lui dit que ces gens-là font tous
de ses parens,& qu'ils viennent le visiter.
Philogene veut les aller trouver, &
seflate de les congédier au plutôt, mais
il en est empêché par un Cousin qu'il a
'clja vû, & qui revient à la charge pour
le mettre au fait de toute sa nombreuse
parenté. Voici comment il lui parle t
Vôtre parenté feule à déployer demande,
Un homme qui soitbien au fait, tantelle est
grande,
Car nôtre Bisayeul commun, nomméMartin,
Par qui j'ai cet honneur d'être vôtre Coufin
»
Outre quatre garçons eut encore six filles
Qu'il fit toutes entrer dans six bonnes familles,
Lagenealogie qu'il lui débroüille fait
i-vol. mon-,
- monter la parenté à trois cens six Cousins
, encore neff-ce que du côte mater- nel, on peut juger qu'il y en a de espece, toute & que l'Auteur a pris soin de
faire entrer lur la Sceneceux qui sontde
l'espece la plus comique. Il y en a un
entr'autres qui s'appelle Fausse, & qui
donne dans le bel esprit fâché ; on ne fera pas de voir ici unede ses productions.
C'est un Sonnet enigmatique en Boutsrimez.
Le voici:
Sans queje fois ni Roi, ni Roc Par tout où je veux, je me Plaque,
Avant que de donner le Chue,
Je fais sonner un foüet qui Clllqllf.
ratire avec un petit Crac
Dequoi pouvoir garnir ma CAque,
Et quand j'ai bien fuccé le Bref,
Je m'épouffe ,& ma place Vaque,
J'attaque loiseau de Saint Lu, ,
Et sanscraindre Prince ni Dlle.
De les faire fuir je me licqut.
Je ne crains qu'un maudit coup Sec.
i. VÔUTel
Tel frétas ! qui me fait la Nique a
Perit comme moi par le Bec.
L'Enigme est devinée & expliquéepar
les Acteurs de cette maniere.
Fau/fe.
Voilà l'Enigme, elle eliaffezdrele^afï#&fin£i
Mais ce n'est pas le tout, il faut qu'on la devine.
Philogene.
J'y serois, quant à moi, Monsieur,bien empêche
i
Car j'ai sur tout cela l'esprit si fortbouché.
Çaafte.
C'est faute de l'avoir assez examinée,
Cher Coufin.
jirifle.
Cette Enigme est toute devinée.
Falifte.
Voyons donc.
Ariftc.
Vous venez d'en dire ici le mot.
Fausse.
Déclarez-le t sans tant tourner autour du pot,
Dites.
-
I. vol.Ariste.
Ariste.
C'est le Cousin insectevolatile, 1
Sorte de moucheron.
Faufie 1 Timon.
Vertu,qu'il esthabile!
Du premier coup, coulin.
Timon.
Ah!cesgensdeParis
Monsïeur,vous devez être un de ces beaux esprits, î-a» qui brillent.
AtAifie.
A moi n'appartient tant de gIGirt.
Timon.
Cela vous plaît à dire, & nous savons qu'en croire. Frontin.
Attendez, s'il vous plaît, car tout-cecin'est
rien;
Il faut examiner si le mot quadre bien.
Paufie en donnant le papier à Ariste.
Tenez donc.
t
AJriste.livsanot l'UEnigme. Sans
M Sans que je fois ni Roi, ni Roc ,
Partout où je veux je me Plaque,
Il est vrai le Coufin dans tout endroit se fourre,
Il faut pour le chasser qu'on l'écrase, ou le
bourre,
N'en convenez-vous pas? il est peint à charmer.
Philogene.
Oh } oüi» pour s'endéfaire, il le faut aaOI11
mer. --Fauf/e.
A la fin de l'Enigmeaussi celase trouve.
.Philogene.
Et la chose en effet en tout pays s'éprouve
An[le.
s, Avant que de donner le choc
» Je fais sonner un foüet qui Claque
Le Cousin siffle en l'air, avant que d'attaquer;
C'est alors proprement son foüet qu'il fait
claquer.
Celse.
Claquer ne convient pas: car il Me, il bOUtdonne;
siffler, claquer font deux.
1
-
I.vol. fA!$./i,
Fanfie.
,
Vous nous la donnez bonne,
EnEnigme cela doit passer.
Philogne.
En effet,
LeCousin sepavane, & fait claquer son foüec.
Fausse.
Bourdonnement, sîfflet, que cela siffle, ou
claque,
C'esttoujourscertain bruit qu'il fait quand il
attaque.
Arifit.
» J'attire avec un petit Crot
•» Dequoipouvoir garnir ma Cagsse,
Frontin.-
Quant à ce petit croc, x'est sa trompe, on
l'entend.
Celse. -
Vous voyez qu'il s'en fert pour nous tirer du
sang;
- Car il se mêle aussi de la Phlebotomie,
Et de nôtre vivant fait nôtre Anatomie.
Philogene.
Il feigne quelquefois tel qui ne le veut pas,
Etje me fuis souvent
»
moi, trouvé dans le cas
I. VQLAriste.
Arifle.
m Et quand j'ai bien succéle - frocs
,
* Je m'épousse & le place Vque.
Oui,le Coufin s'acharne&toûjours en haleine,
Il ne quitte que quandil a la panse pleine.
Timon.
» Je m'épousse & la place vaque.
Ce termed'époussern'est pas bien noble.
,
Philo/rene.
O Non.
Il peut passer pourtant&paroîtassez bon,
Pour un Cousin, encor ne s'épousse-il gueres;
Cela tient comme reigne, & c'est pis qu'un
Corsaire.
-Arifie.
3, J'attaque l'oiseau de Saint lue,1
Fauste.
Vous entendez,Monsieur, c'est un terme rer,.,
PourleBoeuf.
Ariste,
OiiijMonsieur» je l'ai d'abord conçû..
Il attaque le Boeuf,le fait est. veritable.
Philogene.
Il attaque le Boeuf, le picque même à table, - J.vol.Ariste.
Aripee
•» Et sans craindre Prince,ni à3 Duc »
», De les faire fuir je me Picque
ihilogone.
Oh! ni Prince, ni Duc ne peut y résister»k
J faut fuir,c'estle mieux,& fuir sans hësîtera
Fauste.
Au/fi fuit-on toûjours ,
l'Enigmel'insinuë.
Arifie.
Ce1point est en effettrès-clair. Jecontinuë.
»Je ne crainsqu'un maudit coup fêc»^y
C'est tout ce qu'il redoute en coulant son vç-v
nin. ",.--
Cesseenfrappantfut la mllin. Oüi.lecoupsec. *
Philogene.
,.
Ilfauttaper sur le Cousin,
-. -
il faut taper su
.,.. -
Taper sec, taper dur, & si bien qu'ille sente,
loi.. à. Frontin.
J'en ai dans un seul jour écrasé plus de trente.
Philogene.
1 L'heureux homme!
-.,,., 4 --
y
l*voL - Àriftfi
Ariste.
« Tel, hélas! qui mefait la nique,
« Perit comme moi par le bec.
-
ce/fi.
Rien n'est plus vrai,tandis qu'ils nous succent lamaini
Oninv. ous leurdonne tac, puis adieu le con-
On a trouvé cette Enigme d'autant
plusingenieuse
,
qu'elle convient parfaitement
au titre de la Comedie, & à
JatHon quis'y passe, les allusions à
l'importunité des cousins, 6c au traitement
qu'on doit leur faire, ont paru
d'qpe justesse extrême, tant dans le propre
que dans le figuré, & nous sommes
persuadez que nos Lecteurs le sentiront
à chaque Vers expliqué. Nous
passons au troisiéme Acte, dont nous ne
dirons qu'un mot de peur d'être trop
longs.
ACTEIII. e
Philogene & Ariste commencent le
dernier Aâe*, Philogene selaisse aller
sur une chaise
, en disant à son ami
Ariste, qu'il n'y peut plustenir, & que
les cousins lui sortent par les yeux; à
hv§UÇ peine
peine ar-il achevé de parler, qu'il en
arrive sur nouveaux frais; il s'en débarrasse
le mieux qu'il peut; & joüissant
enfin pour un moment du plaisir de
se trouver seul ,il fait ce Monologue,
qui prépare les Spectateurs au dénouëpienc.
, Philogene,
Il est,jele vois bien,des choses dans la vie,
Dont on ne peut jamais juger bien sainement,
Qu'en les voyant de près, & par l'évene- ment. l.-
Dans cettepassion, danscette extrême en
vie, >
Que j'avois de revoir le Ciel de ma patrie,
Je n'ai fait de Paris ici presque qu'un faut,
Et n'y croyois jamais arriver assez tôt.
J'arrive, & n'y fuis pas une journéeentiere
Qu'abîmé tout d'un coup dans une cousiniere,
Je pense, tant je souffre
>
& d'esprit & d.
corps,
Que jamais assez tôt je n'en ferai dehors:
La plus courte folie est» dit- on t
la meilleure»
Et je veux déguerpir d'ici devant uneheure »
L'Eveillé va venir, je lui veux, sur cela
Signifier en bref mes ordres : le VQill.
1. 7,/(11. ,LeS
Les ordres que Philogene donne à
l'Eveillé, sont de tenir les chevaux prêts
à partir dansune demie-heure. L'Eveillé
en est ravi, par la raison que les Cabarets
font aussi tares dans cette petite
Ville, qu'ils font nombreux à Paris ;
tous lescousins rassemblezensemble chez
philogene font fort surpris d'apprendre
qu'il est parti avec tant de précipitation,
ils ne se rendent pas assez de justice pour
en comprendre la veritable raison; & s'ils
le pouvoient,ilscourroient après lui pour
là lui demander.
Voilà tout ce quenous avons pu inferer
de cette Piece dans cet Extrait, les
traits comiques y sontrépandus dans tetes,
les Scenes, & jamais on n'y perd le
sujet de vue. Rien n'est plus simple,
mais rien n'est traité avec plus d'esprit
& avecplus de délicatesse.
TELEGONE , reconnu pour fils
d'Ulysse, Tragedierepresentée au Collège
de Louis le Grand, pour la distribution
des Prix, fondez par Sa Majesté,
le Mercredi premier Aoust 1725.
SUJET.
Vlyp avoit été averti par un Oracle dt
&.*enir enfarde contre 14 main de soTt 9 --"- 1.1/QI.Gij fils.
jus. Oitre Telemaqùe qu'il avoit eu de
Penelope,il ne sçavoit pas en avoir un
autre de Circè,Reine de IJfle d'Bee, où
il riavaitfèjoitrnique peu de moispendanl
le cours de [es voyages & deses avantures,
Ce•filsse nommoit Telegone: quani
il fut en âge de voyagert sa rnere L'en.
noya voir TJiyffe.jîpeine ce jeune Prince
eut-il abordé à la cote ditalme, qu'il s'éleva
une querelle, &sefit un combat en
tre ses gens & les fitjets d'VlyfTe. Telegone
en ce choc tua son pere sans le con- noÎtre, & se retira en Italie, où il jetta
lesson demens de la Fille de Tufculum
aujourd'hui Prelèati, 3 comme il efi mar.
qiêLplHs d'unefois dans les Fasses d'Ovide.
io, L'Hifioire assurequ'Vlyffepardes
feitpfons injurieux a la vertu de Penelope
, l'avoit fait mourir de chagrin. La
tannoifrmce de ce fait efi nectjfairepour
Vintelligence de certains traits firne'{ en
cette Tragrdie.
2°. Onsuppose qufTelegoneefienvoyé
par Circé pour la venger de la perfidie
d'vjJfç qui l'avoit abandonnée.
30On supposè encore quelle a laissè
ignorer a Telegone qu'ilfutfilsd'ZJlyjj,
& quZJlyjfe lui-même charmé du courage
& des vertus de'ce jeune Etranger, le re.
tenoit à fit Cour depuis quelques années J. Vêf, rt,..
& ïavoit faitson Confident& son Favori,
fins ffavoirqu'ilfutson fils.
40. Ensistil fausse rappeller taccwil
gracieux que fitautrefois Calypso à Vlyj-
Je dea Telemaquesquand ils Abordèrent
a son Ifie> &c. 1
La Scene est à Itaque dans une Salle
du Palais d'Ulyssè.
Cette Piece estcomposée de sept principaux
Personnages,sçavoir,d'Ulysse,
Roi d'Itaque; de Telemaque,fils d'Ulysse
& Je Penelope; de Telegone, autre
filsd'Ulysse&deCircé; de Thrafile,
Prince du fang des Rois d'Itaque;
de Phalere, oncle maternel de Telemaque
*, d'Orante, Gouverneur & Consident
de Telemaque, & Officierdes, Gar-
:
des d'Ulysse, fous Telegone qui en est
le Capitaine; de Timante, Envoyé fe*
cret de Circé à Telegone, &c.
Le premier Aéte est composé de sept
Scenes
,
dans la premiere, Telemaque
surpris de voir la prudence de son pere
Ulysse changée depuis quelque temps en
humeur sombre & farouche qui le fait se
défier de tout le monde, & mêmedeson
propre fils,découvre là dessus ses inquiétudes
à son oncle Phalere. Celui-ci
profitie d.evcetgte o/uv,eGrture, pour faire en- iij tendre
tendre à Telemaque que ces défiances
d'Ulysse sont l'effet des ombrages quelui
fait naître ce jeune Etranger, auquel il
a livré sa confiance, & qui ne cesse
d'aigrir l'espritduRoi contre Telemaque,
à l'instigationdeThrausile, Prince
du sang, qui n'a que trop d'interest à
détruire le fils auprès du pere. Il ajoute
, que ces odieuxsoupçons suggerez
par Telegone
, ont déja cause la mort de
Penelope, & qu'ils pourroient bien devenir
aussi funestesaufils qu'ils l'ont
été à la mere.
Dans la seconde Scene, Telemaque
rencontre Telegone qui va chez leRoi;
il éclate, & lui fait de sanglans reproches
, &c. Nous ne pourions parcourir
toutes les Scenes de ce Poëme, quelques
interessantes & bienenchaînées
qu'elles soient, sans trop allonger cet
Extrait;ainsi nous nous bornerons à remarquer
que ce qu'il y a de plus fra.
pant dans cet Acte, est la peinture vive
& animée que fait Ulysse des ombres effrayantes
qui le troublent. Tantôc c'est
l'ombre de Palamede qu'il a fait injustement
perir, & qui semble vouloir l'entraîner
dans le Tartare. Tantôtc'estHector
qui vient lui demander l'innocent
Astianax
, & qui pour cet attentat lui
annonce qu'il mourra de la main de son I. vol. v ». propre
propre fils. Ici c'est Ajax, quilui pré
dit qu'il perdra la vie d'un coup de flèche
, pour lui avoir enlevé par un indigne
artifice celles d'Achille. Là, c'est
Pallas elle-même, qui lui reproche 1en*
levement du Palladium
, &c. L'appareil
du sacrifice fournit encore un grand
spectacle.
Dans la premiere Scene du fecond
Acte, l'Ambassadeur Timan vient au
Palais, incognitò, & découvre à Telegone
qu'il amene une Flotte au nom de
Circé,qui trouve étrange que son fils
tarde Lm: à venger l'honneur d'une mere
outragée. Telegone se défend du meurtre
qu'on lui propose, & insiste sur ce
que son propre honneur exige de sa reconnoissance
envers un Prince aimable
&bienfaisant. Timante ne pouvant resoudre
Telegone à executer les ordres
de samere,lui montre un present qu'elle
lui envoye : c'est un poignard sur le.
quel sont gravez ces mots:Percelesein
d'Viy{ft
, ou perce le tien propre, &c.
Dans la sixiéme Scene ,
Ulysse assemble
son Conseil pour pouvoir, dit-il,
prendre quelque resolution
,
mais enefset
, pour entrevoir la disposition des
Grands, & pour fonder le coeur de Telemaque,
il parle en Prince resolu d'abdiquer.
Les Seigneurs , & surtout Te-
1. VPU G iiij lemalemaque
,
s'opposent à cette abdication
par leurs prieres &par leurs larmes,
&c.
La Scene où Timante offre le poignard
à Telegone
,
les reflexions quefait
ce Prince sur ce sujet, les inquiétudes
de son esprit qui balance entre sa mort
& son bienfaicteur
, tout cela donne lieu
à de grands mouvemens dont le Spectateur
estfrappé- L'abdication faite efl
un tour artificieux qui caracterisemerveilleusement
Ulysse; le refus genereux
& sincere que fait Telemaque du Trône
que lui cede son pere avec les plus
vives instances, donne du lustre à son
beau naturel, & le rend aimable à tous les témoins de ses larmes.
Au troisiéme Acte, Scene premiere,
Telemaque inquiet sur les- motifs qui
engagent son pere à vouloir quitter le
Trône, consulte Phalere, qui lui fait
comprendre que cette abdication n'est
qu'un jeu joüé par Ulysse, pour voir si
son fils auroit envie de regner , que c'est
une fuite des mauvais offices que lui
rendentThrasile & Telegone; qu'il ne
s'agit plus desormais du Trône , mais
d'une mort honteuse
, que lui préparent
fous main ces deux ennemis secrets, en
redoublant les soupçons d'Ulysse contre
lui
, par le moyen d'un Oracle qu'ils
I. vol. font
font parlerau gré de leur haine, &c.
Le change que donne l'Ambassadeur
à Telemaque ôc à Thrasile, dans la féconde
Scene, en se disant Envoyé de
,
Calypso
,
le tour de vraisemblance qu'il
donne à cette feinte, l'usage qu'il en
fait pour piquer l'ambition de Thrasile,
l'avantage qu'en tire Thrasile lui-même
, pour rendre Telemaque & Phalere
coupables aux yeux d'Ulysse, sont des
intrigues très-adroitementnoüées , qui
préparent le Spectateur à d'étrangesévenemens.
Dans la premiere Scene du quatriéme
Acte, Ulysse, après avoir fait subir
l'interrogatoire à Phalere, reproche à
Telemaque son entrevûëavecl'AmbassadeurEtranger,
8c l'accuse d'avoir fait
venir la Flotte pour appuyer sa revolte.
Telemaque convient qu'il étoit dans la
disposition de s'enfuir à la faveur de cette
Flotte, jusqu'à ce que le temps fit connoître
son innocence; mais il proteste
qu'il n'a jamais prétendu se iervir d'un
tel secours contre un pere qu'il aime plus
quelui-même, &c. La maniere dont
Telemaque tâche de se justifierauprès
d'Ulysse,les protestations qu'il lui fait
de sa tendresse & de son innocence, sont,
des endroits touchans qui interessent infinIim.
ent en sa faveur. val. -, 6. .V AI.
Au cinquiéme Acte, la Scene ouvre
par Telemaque, Telegone, & Timante,
qui après s'être fait jour au travers
des gardesqu'on leura opposez, se félicitent
d'avoir franchi tous les obstacles,
& de s'être ouvert un passage jusqu'au
Palais,où le fils vient demander grace
au pere. Cependant Telemaque rend finjustice en- au zele de Telegone
,
qu'il
avoitcrû jusqu'alors son ennemi, &c.
Ce dernier Aéte fournit de belles &
d'heureusessituations
,
produit des sentimens
vifs & pathetiques, qui dans la
representation causent beaucoup de furprise
& de compassion pour le malheur
de Telegone, tout à la fois innocent &
parricide.
Cette Tragedie a été extrêmement applaudie,
tant pour le stile & la conduite,
que pour l'execution.
Nous - apprenons que trois autres Auteurs
travaillent sur le même sujet en
nôtre langue.
Le l.de la Sante,Jesuite, l'un des
Professeurs de Rhétorique du College de
Loüis le Grand, connu par plusieurs,
Pieres d'Eloquence & de Theatre, dont
nous avons donné des Extraits dans le
temps qu'elles ont paru, est l'Aueur de
cette Tragedie, & de l'ingenieux Ballet
dont nous allons parler.
- - I.voL BALLET
BALLET ALLEGORIQUE.
JQui servit d'Intermede à la Trageiie de
Telegone reconnu fils d'VIJJfe.
LE Pere de la Sante joignit à cette
Tragedie un Ballet qui porte pour
titre, leMimtge de Thesée &'d'Hippolit.
Comme ce Ballet regarde l'Auguste
Mariage du Roi, c'est-à-dire, un
évenement qui interessetoute la Nation
Françoise
, nous en extrairons, ici les
principaux traits, qui feront voir la dexterité
de l'Auteur à traiter un sujet si délicat.
C'est ainsi qu'il expose lesujet&
ladivisiondeceBallet.
SUJET.
Thefée , Roi d'sfthenes
,
après avoir
dompté les Aîonïlrcsdes Forefis, & préludé
par ce nable exerice a des vrlloirespus
glorieuses3futlui-même vainc(t
par les charmesdrHippolite
,
Reine des
Arnaz-onesaveclafueile il partagea
fin Trônet & quipasse pour une Prin-. ttf des plus Accomplies defortfiede.
1-vol- Gvj OU:
OUVERTURE.
n Les Peuples de l'Attique sensibles
» aux douceurs de la Pai, que leur font
)) goûterlescommencemens du Regne »deThesée, supplient Jupiter de leur
» perpetuer ce bonheur, & de. donner
» à ce Prince une Posteritédigne delui-
» Jupiter touché de leurs prieres, assem-
» ble leConseildes Dieux, leur ordonne
» de descendre sur la terre avec le Dieu
» Hymenée
,
& de s'interesser à tout ce
M qu'il exigera d'eux.L'Hymenée paroît
»aumilieu de quatre diff, rentes Trouas
pes de Divinitez, qu'il met en oeuvre
» pour l'Auguste Ceremonie du Mariage
» projetté.
» La premiere Troupe se charge du
» choix d'une Reine, & l'orne de tou-
» tes les qualitez convenables au rang que
» le Destin lui prépare:
» La seconde se charge de faire les préfil
paratifs de la Pompe Nuptiale.
» La troisiéme de présider aux rejoüis-
»sancespubliques.
» La quatriéme, d'annoncer le bon-
» heur dont une telle alliance doit être
» suivie.
» Ces quatre sortes de fonctions par
1. vol. tagéiles
» tagées entre les Deux,font les quatre
» parties du Ballet.
» La Renommée, au bruit des Tam-
» bours & desTrompettes,publiel'heu-
» reuse nouvelle du Mariage. Ellevou-
» droit également publier le nom de la
» Priliceflè; mais Sigalion, Dieu du Si-
» lence
,
lui recommande le secret, afin
9*
de tenir les Peuples en sus pens, & de
» leur faire d'autant plus estimer le bien-
,
» fait, qu'ils l'auront plus long-temps
« attendu!
La première Partie, qui concerne le
choix de la Rcin, efl cornpofèe de trofa
Entrées conçues de cettemaniéré*
I. ENTRE'E.
» Minerve, Déesse de la Sagesse pré-
» fide au choix de la nouvelle Reine.
»Les trois Graces lui promettent tous
» les agrémens d'une. brautémajestueu-
M se. Les Vertus Royales d'un côté
,
les
». Muses de l'autre, répondent desqua-
» litez du coeur & de l'esprit.Le nom-
»bre des Muses est égal à celui des Lan-
» gues que sçait la Princesse. Tuutes ces
»Divinitez lui donnent leurs suffrages,
» & vont la combler de leurs dons les
ï*. plusie+xquvis.ol* llet
II. ENTRE'E.
L *
- » Mercure, Deu des beaux Arts;
» vient avec le Chef des Genies de b
» Peinture, montrer à Minerve le Por-
» trait de la Princesse. Cette Déesse le
» regarde avec complaisance, croit y re- *
M connoître plusieurs de ses traits, le
» conserve précieusement,& adopte Hip-
» polite pour Reine. Aussi-tôt Mercure
» commande à ses Couriers, & le Genie
» de la Peinture ordonne à ses Genies
» subalternes d'aller ensemble dans les
n Cours de Grece porter des copies du
» Portrait avec la nouvelle du Maria-
» ge projette.
*1 'À
CetteEntrée de Couriers parut d'ungoût
neuf & Jïngalier,qui futparfaitement
bien reçu de toute rAJ!emblée.,-.
III. ENTRE'E.
- I «
>7 Pendant qu'une Troupe d'innocens
»Amours s'exerce fous les yeux de l'Hy-
» menée à tirer de l'Arc contre un coeur
»qui leur sertdebut, Thesée paroîtsui-
» vi d'un grand cortegedechasse. Miner-
»ve lui fait voir lePortrait d'Hippolite.
»Cievtobjçet ll'a.rr0ête;-en m.êmAe tempsil est
n est assailly par les traits de ces jeunes
»Archers, auxquels il rend les armes.
» La troupe victorieuse le lie avec des
» chaînes de fleurs, & l'attache au Char
» d'Hymenée. Les uns érigent un Tro-
.»,phée, les autres menent leur captif en triomphe. Minerve elle-même estde
» la fête, & engage le Prince à confir-
» mer le choix qu'elle a fait de l'illustre
» Amazone.
Les Danses dé cette Entréefurent des
pinsgracieuses. Ce Trophée
> ce Char
s ce
Cortège de ChafPurs mêlez, ces petits tireurs
d'Arc; firent un fptiïacle des plus
riants.
La seconde Partie où sont represèntez
les préparatifs de la rompe Nuptiale eut
quelque chose de magnifique dans l'execution.
Dans la premiereEntréeparoif-
-
soient les deux Genies del'Architecture
& de la Sculpture, qui jaloux de 1 honneur
quefait au Genie de la Peinture le
Portrait de la Princesse
3
veulent à leur
tour signaler leur zele pour sa gloire. Ils
font travailler fous leurs ordres les plus
excellensouvriers delaGrèce, pour dreffer
un Trône magnifique au Roi, & à la
Reine, dont ils réünissent les Portraits
fous UIl. mêmeDais. Ils préparent aussi
des Arcs de Triomphe peur la reception
de l'u1n &.dve le'aultr*e, &c. Dans une •• nantie
autre Entrée Apollon,Dieu de la Poëlie;
change tout à coup l'Athenée en Parnasse.
On y voit les mêmes fontaines, les
-
mêmes bosquets, le même Pegase que
sur le Pinde. Flore embellit de fleurs &C
de festons ce jardin délicieux, par ou doivent
passer le Roi & la Reine. Les deux
Mufes Terpsicore & Polyhymnie occupent
en ce lieu un grand nombre de Poëtesà
composer des Epithalames, & des
Cantates; dont on formera des Concerts
pour celebrer le nouveau mariage, &c..
Outre ce Trône, ce Dais, ce Par-
-naire, ce Jardin délicieux qui contribuerent
beaucoup à l'agrément de cette Fête,
on fut charmé de voir en racourci sur la
Scene une image, ou representation du
Parterre qui est à l'extrémité des Thuilleries,
avec les deuxchevauxaîlez de
Mercure & de la Renommée.
La troisième Partie qui renferme les
réjouïssances publiques à la Cour, à la'
Ville, à la campagne, est accompagnée
de Fêtes aussiagréables que les précédentes.
La quatrième où sont les présages des
fuites heureuses de l'Hymenée Royal,
n'a pas eu moins de succès.Les fuites
font l'union confiante des deux Jipoux leur , posterité> le bonheur de leurs peuples.
,i> Cçtte
Cette union confiante est representée
d'une maniere bien poëtique & bien ip.
genieuse. » Les portes du Dessins'ou-
» vrent. A l'entréede son Temple pâ-
» roît la Concorde assise. Elle y montre
5) deux grands coeurs unis par une chaîne
»de Diamans, & surmontez d'une metJ
meCouronne. Le temps avec une lon-
» gue suite d'années voudroit erivain dé-
* truire ce momiment. La Faulx lui tom-
> be des mains. Les annéesrespectent
» cette chaîne précieuse
,
sans qu'aucu-
» ge d'elles osent y toucher. Deux Pai-
•» ques silent des jours d'or.
L'auguste posterité des deux Epoux eA:
annoncée par des Symboles heureusement
choisis.» Uranie fait faire des ob..
» servatiens à plusieurs Astrologues,
» dont les lunettes se fixent particulière-
» ment sur deux Astres; à sçavoir,sur le
»Dauphin d'Arion & les Jumeaux. La
» Déesse Lucine s'offre à leurs yeux , &autorise les conjectures qu'ils com-
» mençoient à former sur la naissance
» des Princes,qui feront bien-tôt les fruits
» d'unsi heureux mariage.
Le bonheur des peuples est annoncé
dans la troisiéme Entrée par les Dieux
fatidiques, qui tirant le rideau dont font
couvertes les Tables, où font écrits les
ordres du Destin, font voir dans un en-
I. vel. foncefoncement
peu éloigné l'Abondance & la j
Prosperité aux deux côtez du Dieu H •
menée. CesDivinitez s'avancent peu à f
ibeu vers les peuples de l'Aitique, qui 1
leur tendent les bras, & se promettent
un heureux avenir, &c. ':,
Ce Ballet a été dansé dans lagrande
cour du College de Loüis le Grand, pour i
la distribution des Prix, fondez par Sa
I
Majesté, en presence de près decinq >
mille personnes, & surtout devant utt
grand nombre de personnes de la pre-1
mierequalité, tant François qu'Etran-l'
gers qui occupoient les fenêtres des
chambres. Presque toutes les. Entrees,|
( exceptéquelques-unes qui furent ex^"*'
.cutées par plusieurs des meilleurs Mai*,
tres de l'Opéra,& par d'excellens dany
seursétrangers, ) furent dansées par les i
jeunes Seigneurs Pensionnaires en ce Col- -
lege. Le Prince de Beauvau, le Marquis e
de Livry, le Marquis d'Etampes, leï
Marquis de Rochechouart, le Comte des
Puiguyon, le Comte de V-enafquesM.I.-
Mousle de Gerville, & plusieurs autreS2:
jeunesMessieurs danserent avecbeau-j
coup degrâces. & firent honneur auXX
soins du sieur Frontent, charge depuis;
quelques annéesdelacompositiondes: danses.J*
Les Comediens François ont remis au
Theatre depuis peu le Roi de Cocagne, Comedie en trois Aéèes en Vers du sieur
le Grand, avec des lntermedes, le public
a revû cettePiece avec plaisir.
On donnera dans le second volume dç
ce mois l'Extrait de la Comedie de l'Indiscret.
L'Académie Royale de Musique a cesse
les representations des Fêtes de l'Eté, 8c
a remis le 13. de ce mois l'Opera d'Acis
& Galathée.
Le 18. de l'autre mois, jour de l'anniverfaire
de la naissance de l'Imperatrice,
on representa à Vienne devant L.
M. I. un Opéra nouveau, fous le titre
de Semiramis qui fut fort goûté.
CHANSON.
vOus m'allez donc quitter cher objet dé
mes voeux.
Que mon destin est rigoureux.
Vôtre départ me coûtera la vie.
Ah! puifqu'à mon amour vous réservez ce
prix,
J.vol.Souve1tee
MERCURE DEFRANCE.
;. Souvenez-vous au moins, cruelle Iris,
Que je fuis mort le jour que vous êtes partie.
NOUVELLES DUTEMPS.
TURQUIE. oN mande de Constantinople que le
Seraskier qui commande les troupes
destinées pour le siege de Tauris,s'est
rendu maître des petites Villes de Merend,
Sansent .& Ipsvan; qu'un autre
corpsde troupes Ottomanes s'est emparé
Etc huit Bourgs fortifiez, & occupez par
des Arméniens Chrétiens, qui ont ét
faits esclaves.
Le corps de Tartares que la Porté
fait passer en Perse, pourrenforcer les
troupes Ottomanes arriva le 9. Juillet
à Constantinople, & devoit incessamment
traverser sur le Canal à l'embouchure
de la Mer Noire, pour continuer
sa route en toute diligence.
On assure que les Chefs duDaguestaa
font de grands ravages dans la Province
de Chirvan ,dont on devoit régler les
limites entre la Porte ôc la Ruffie.
làVOII. RUSSIE;
Russie. LE 27. Juillet trois ValLfeallx de J3,
Flote ftadt, sortirent du Porte de Cron- ôcdonnèrentàtoutelaCourle
-
dt&donnerentà-toUte la Cour le [pelade d'un combat naval contre quelues
Galeres, & d'autres Bâtimens plats.
Le 28. la Czarine& leDucd'Holitein
firent la revue des troupes qu'on tvoïc dessein d'embarquer sur cette Flo-
1 :e, lesquelles ont reçu ordre de retourier
dans les quartiers qu'elles occu- xjie.nt. On équipe àPeter/bourg troisFregae$
de 50. pieces de canon, sur lefqueles
on embarque de l'Artillerie
,
des mu- 1itions de guerre, & des bois propres
1 bâtir des Vîyfléaux. On croit que ce :onvoi est deftjné pour l'Espagne,ainsi
luecelui de trois autres Fregates qui
wrcirent du même Port il y a un mois. Le DucdHolstein
a refusé l'honneur
lue la Czarine a voulu lui faire, de faire
nonter la Garde devant son Palais, à un Capitaine, deux Lieutenans & cent fol- tittls. Ce Prince s'est contenté de la garde avoit avant son mariage, & des
ionneurs que les trompes lui ontrendus ulqua present.
On a commencé une refonte de mon. joyJe«s,v&ol.l'on voitdéjà beaucoupde jrîiieecceey,
pieces d'or & d'argent avec l'empreinte
de laCzarine.
Un Courier dépêchépar M. Matousch.
kin, Lieutenant General, commandant
enchef les troupesRussiennes en Per[e.
a apporté à Petersbourg la nouvelle que
ses troupes avoient défait un grand nom- bredeRebelles de Perse, commandez
par l'ancien Visir de la Ville de Riasch
ten
3
lesquels s'étoient emparez d'une
Forteresse dans la plaine de Loschomordan
, & qui avoient faitdes retranche
mens, dans le dessein d'enlever les fourages
& les convois de munitions JefH"
nez pour les troupes Moscovites qui sont
dans la Province de Ghylan.
On'écrit de Moscow qu'on y a reçut
avis de Derbent que l'armée de S. M. Cz.
•
étoit si nombreuse, & si avantageusement
campée le long de la Mer Caspienne,
qu'il feroit presqueimpossible à l'Usur
pateur Miry - Mamouth de rien entreprendre
cette année dans les Provinces
conquises par le feu Czar.
La Noblesse de Livonie, d'Eftland, ÔC
des autres Provinces conquises par le
feu Czar sur la Suede, a obtenu de la
Czarine la confirmation de ses privilèges
,
& les autres graces qu'elle lui avoit
fait demander par ses Députez,à condition
qu'en casde rupture entre les Coux,
vol, - *onns$.
ronnes, les Gentilhommes de ces Provinces
feront obligez de porter les al:"
mes pour S. M. Cz.
Pologne. LE Roi de Pologne arriva àWarsovie
le 11. du mois dernier à Warsovie,
il fut complimenté le lendemain par le
Nonce du Pape, par le Primat du Royaume
,
& par plusieurs Senateurs.
On assure que les",Protestans de la
Ville de Thorn n'insistent plus sur la res
titution de l'Eglise de Sainte Marie qui a
été donnée aux Bernardins, maisqu'ils
fp contentent qu'on leur permette d'en
bâtir une nouvelle
,
& un Collège pour
leur jeunesse.
A LLEM -AG N E.
ON - a appris de Vienne que les deux
jeunes Comtes de Stirum & de
Pain se sont battus en duel sans se blesser
que legerement.
,.. On écrit de Berlin que le Roi de
Prusse avoit résolu de lever encore de
nouvelles troupes, & que plusieurs Ofciers
étoient allez dans les Provinces
executer ses ordres à ce fttiet.
Le zi. Aoustle Duc de Riperda, Am.
bassadeur du Roi d'Espagne, fit son entrée
à Vienne avec un cortege magnifî-
1. vol que j
4511e, & le 23.il eut sà premiere audien
ce de l'Empereur avec les ceremonies
accoutumées.
ITALIE. LE 27. Juillet, le Pape accorda le
Mantelet de Prélatenqualitédeson
Domestique, a l'Abbé Olivieri,neveuj
du Cardinalde ce nom.-
Ces jours passez les Carossès de la
Comtesse Zuccbt, de la Marquisê de
Angelis s'étant rencontrezdans une ruë
de Rome ~sort & aucune de ces
deux Dames ne voulant ceder le pas a
l'autre,elles demeurerent plus de deux
heures sans se parler; après quoi elles
prirent le parti de descendre & de --retourner
à pied chez elles, ce qui termina.
lé differend.
, On écrit de Milan que malgré la grande
secheresse dont on craignoit les effets,
la récolte des grains a été très-abondante
cette année.
On apprend de Turin que le President
du Sénat de Chamberi a été d'gradé
& exilé,que l'Avocat General de ce Tribunal
a eu le mêmefort,& que le Frendent
de Lecherene qui craignoit une semblable
disgrace,estmort de chagrin, en
sa maison de campagne.
Le 5. Aouston inonda, selon lacou-
), VoU IUIWj
tume, à Rome, la place Navonne, où
il y eut un grand concours de Noblesse
&depeuple; maison croit que ce fera
pour la derniere fois,à cause de la puanteur
que ces eauxrépandent en se dessechant.
Le 9. Le Cardinal Otthoboni envoya
un régal au Pape de dix cages remplies
de Faisàns, de Perdrix & de Tourterelles.
Le 10. S. S. adcecos.tlLileglise de Saint
Laurent
,
hors des.^u®,tunPrivilege
d'Indulgence, semblablè à celui des quatre
Eglises indiquées pour les Stations
du Jubilé de l'année Sainte.
On mande de Florence que le 8.
Aoust il y eut une tempête surieuse, &
que le tonnerre tomba en diversendroits
de la Ville, sans y faire cependant aucun
dommage; mais qu'une semblable tempête
en causa la veille de plus considerables
à Prato, dont l'Eglisè Cathedrale &
le clocher auroient été brûlez par le feu
du Ciel, sàns la pluye abondante qui
tfomlbaâenmmêmeetemsps,.q*ui éteignit le,* Le Cardinal Pignatelli, Archevêque
de Naples a fait publier un nouveau Mandement, portant ordre de réïterer
dans toutes les Eglises de son Diocese,
des Prieres publiques pour obtenir de la
J. vol. H pluye t
pluye
,
la grande secheresse qui dure depuis
plus de deux mois, ayant déjà fait,
un tort très-considerable à la prochaine
recolte.
ESPAGNE.
LA Marquise de Las Nieves, cy-devant
G-ouvern1antIe,>&Tactuellement - 1-. Dame-dHonneur ae inraïuca * uuluiu
un titre de ~Caûillepour elle & ses successeurs,
ave^5N®Ption de la demie
Annate ,
& du4* des Lances.
On croit que les troupes assemblees
dans la Catalogne, sont destinées à travailler
aux fortifications de Barcelone 6c
de Gironne.
On écrit de Lisbonne que l'Officier
> que le Roi de Portugal avoit envoyé à
la Cour d'Espagne,pour y porter les portraits
du Prince du Bresil
,
& de l'Infante
Dona Marie, y est revenu avec un Courier
dépêché par S. M. Cath. pour porter
au Roi de Portugal les portraits du
Prince des Asturiess & de l'Infante
d'Espagne.
GRANDE-BRETAGNE. sIdi Mahomet Abugli,Envoyé excracrdinaire
du Roi de Maroc, arriva
le 2 2. du mois dernier aux Dunes,
avec des presèns de ce Prince pour le Roi
I, volt d,.'Angl
VI i-in^iciciic, OC ie zy.II arriva à Londres
, avec une fuite d'environ20.personnes,
sans compter un Bâcha qui en:
venu avec lui pour voir l'Angleterre.
On a réglé la dépense dont on défraye
ce Ministre à 25.liv. sterling par sèmaine,
sanscompter Je loyer de la mai- son qu'il occupe3 & les carosses qu'on
doit aussi lui fournir pendant son séjour
,en Angleterre.
Les dernieres Lettres qu'on a reçues
du Comté de Devon, &de plusieursautres
Provinces, portent que la récolte de
cette année y esttrès-abondante, le & qu'el- se fait avec beaucoup de succès, les
pluyes ayant cessé depuis plus de dit
jours.
PAY S-BAS'
L Es Etats de Brabant se font sêparez
après avoir consentideofurnir
an oar 400000. florins pour leur contingent
de l'entretien de la maison de l'Archiduchesse,
Gouvernante des Pays-Bas. La Province de Luxembourg a representé
qu'elle n'etoit pas en état de rien fournir
au-delà du subside ordinaire.
Le Prince de Rubempré & d'Evers- bergh, Grand-Veneur hereditaire de Bra- bant
,
Chevalier de la Toison d'Or Ste nommépar l'Empereur a Grandh
Hij Ecuye
Ecuyer de ~lArcniaucneuc, uuuvcnwu Z.
des Pays-Bas.
Les Etats Généraux ayant pris la resolution
de reconnoître le Duc de Savoye
en qualité de Roi de Sardaigne, en ont
fait part par leur Agent au Chevalier
Osorio
,
Ministre de ce Prince.
Le 29. Aoust M.Joseph Spinelli, Internonce
du Pape à Bruxelles,reçût avis
de Rome que S. S. l'avoit honoré d'un
tirred'Archevêque in partibus , & du
caractere de Nonce auprèsdel'Archiduchesse,
Gouvernante des Pays-Bas.
Les Etats d'Hollande& de West-Frise
ont fait afficher contre les Vagabonds Se
Mandians, connus dans le pays fous le
nom de Bohémiens & Egypsiens, &c,
un nouveau Placard
, par lequel les habitans
des Villages du platpays depuis
l'âge de 16. ans jusqu'à60. sontobligez,
fous peine de 4- florins d'amende,
d'accourir avec des armes au secours des
Baillifs, lorsqu'il fera question d'arrêter
ou de poursuivre ces Vagabonds. contre
lesquels l'Ordonnance porte peine de
mort, lorsqu'ils feront repris pourune
troisiéme fois, ou que de la première ile
feront trouvez armez.
vet: * MORTSi,
MORTS, MARIAGES
& Naissances des Pays Etrangers. ON apprend de Latton,près de
Cricklade,dans le Comté de Wilts
en Angleterreque e nomméJean Guingall
y étoit mois le 28.Juillet
,
âgé de
1 14. ans accomplis,ayant conservé tous
ses sens jusqu'au moment de sa mort.
Christian Auguste, DucdeSaxe-Zéits,
CardinalPrêtre3 Archevêque dè Grau
ou Strigonie, Primat du Royaume de
Hongrie, & premier Commissaire de
l'Empereur à la Diete Generale de l'Empire,
est mort à Ratisbonne le 23. du
mois dernier, dans la 59eannée de sots
âge, après avoir été en létargie pendant
cinq jours. Il étoit entré quoique Frotestant
,
dansl'Ordre Teutonique, & il
etoit devenu Grand-Bailly de Turinge
après avoir abjuré les , erreurs du Lutheranisme
pour embrasserlaReligion Catholique
; il avoit-été éluChanoine,puis
sous-Doyen, &ensuiteDoyen de l'Eglise
de Cologne, Prevost de celle de S.Gereon
dans la même Ville
,
Chanoine de
Liege,de Munster, deVratiflau
,
ensuite
EvêquedeJavarinen 1696. Le Pape
, I.vol Hiij CleClement
XI. l'avoit fait Cardinal le 17.
Mai 1706. & l'année suivante il avoit été
élû pour remplir l'Archevêché vacant de
Strigonie. Il étoit parent du Roi de Pologne
du deux au troisiémedegré. Son
corps doit être porté en Hongrie pour y
être inhumé dans son Eglise Episcopale
de Javarin.
On écrit de Bruxelles que le Prince
Joseph de Hesse-Reinsfels, frere de la
Princesse de Piémont, épousa le 15. du
mois dernier la Princesse Marie-Auguste,
fille d'Anselme-François, Prince de la
Tour-Taxis.
Le 6. du mois dernier la Duchesse de
Meckelbourg Grabau, accoucha à Newftadt
d'un Prince qui fut baptisé le 12. &
nommé Loüis par la Duchesse doüairiere
de Butzau, & par Mrs d'Eichholtz &
Pluskau,au nom du Roi d'Angleterre Se
du Duc de Brunswick-Wolfembuttel.
FRANCE,
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
LE Prince Eiccbrat de Baviere
,
le
Prince Ferdinand son frere, & le
Duc de Wirtemberg-Studgard
,
arriverent
à Paris le 2.de ce mois,&allerent
1.vol. desdescendre
à l'Hôtel de Condé, où on
leur avoit preparé des appartemens pour
eux & pour leur fuite. Ils allerent le
lendemain à la Comedie Françoise avec
le Comte deCharolois, & le sur-lendemain
ils partirent pour Fontainebleau,
où le Duc de Bourbon les presenta au
Roi qui les reçût parfaitement bien. Le
'5. l'Electeur de Cologne Se le Prince
Theodore
,
Evêque de Ratisbonne,leurs
freres, arriverent à Fontainebleau, &
furent aussi presentez à S. M. dont ils
furent très-bien reçus.
Le Roi ayant été informé du prix exhorbitant,
auquel étoient montezdepuis
deux ans les Negres des Colonies Fran-
- çoises de l'Amerique, a permis depuis
peu à quelques-uns des principaux Negocians
des Villes Maritimes de France
,
de
faire la traite des Negres, nonobstant le
privilege exclusif qui en a été accordé à
la Compagnie des Indes.
On a decreté de prise de corps tous
les Archers des Pauvres qui firent violence
le 19. du mois passé dans l'Eglise
de S. Sauveur, pendant le Service Divin,
en voulant arrêter une femme qui
demandoitl'aumône; quelques-uns sont
emprisonnez, les autres ont pris la fuite.
Le 28. Aoust le Cardinal de Rohan
arriva de Strasbourg
3
son Eminence alla i-vol. Hiiij descende
scendre au nouvel appartement que le
Roi lui a donné au Louvre.
Le même jour, Fête de S. Augustin,
l'Abbé de Montfort, Prédicateur du Roi,
fit le Panegyrique du Saint dans l'Eglise
des Augustins du GrandConvent avec
beaucoup d'onction & d'éloquence
, en
presence de quantité de Prélats, & de
beaucoup d'autres personnes de distinction.
Le 30. du mois dernier M. de Castagneres
de Château-neuf, Conseiller d'Etat
, & ancien Prevôt des Marchands,
le President Lambert qui lui succede, &
les Echevins,ayant le Duc de Gesvres,
Gouverneur de Paris, à leur tête, eurent
audience du Roi, avec les ceremonies
accoutumées,étantpresentez par le Comte
de Maurepas, Secretaire d'Etat, &-
conduits par M. Desgranges, Maître des
Ceremonies. Le President Lambert, President
de la seconde Chambre des Requêtes
du Palais, & nouveauPrevost des
Marchands,prêta entre les mains de
S. M. le ferment de fidélité, dont le
Comtede Maurepas, Secretaire d'Etat,
fit la lecture; le scrutin ayant été presenté
par M. Portail de Vaudreüil, Conseiller
au Parlement, qui parla avec beaucoup
d'éloquence.
Le 1. de ce mois, on célébraavec les
1. vol. ceremoceremonies
ordinaires, dans l'Eglise d,
l'Abbaye Royale de S. Denis,un Servi.
ce solemnel pour l'Anniversaire du feu
Roi Loüis XIV. & l'Evêque de Tulles
y officia pontificalement: le Duc du Maine
& le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs personnes de distinction.
Le même jour M. Herault, Lieutenant
General de Police, prêta ferment
au Parlement, & fut installé ensuite au
Châtelet par M. de Ruau-Palu, Conseiller
de la Grand'Chambre.
Le 5. de ce mois, jour de la célébration
du Mariage du Roi, à Fontainebleau
, il y eut à l'Hôtel de Condé un
feu d'artifice, des illuminations
,
& des
fontaines de vin pour le peuple. Il y eut
aussi illumination & bal à l'Hôtel de
Gesvres
,
& on y donna en grande abondance
toute forte de rafrachissemens. Il
y eut le même jour de grandes marques
de réjoüissanceà l'Hôtel qu'occupe le
Comte de Tarlo, Envoyé du Roi Stanislas
,
&chez tous les Ministres & Secrétaires
d'Etat.
Les marques publiques de réjoüissance
ont commencé à Paris le 7. de ce mois,
& ont continuéquatre jours & quatre
1vol. H v nuits;
quatre nuits; elles furent annoncées par
la cloche du Palais, & par celle de l'Hôtel
de Ville. Outre le grand feu de la
Gréve, il y en eut un considerable à la
Bastille, aux Invalides, &c. sans compter
les illuminations & les feux des particuliers
,
qui à l'envi ont témoigné leur
joye avec beaucoup d'ardeur, sans qu'il
soit arrivé aucun accident, malgré les
fusées en très-grande abondance qu'on
tiroit dans toutes les ruës , & qu'on a
tollerées dans cette occasion.
Le 10. toute la façade du Palais Royal
fut extraordinairement illuminée par des
flambeaux de cire blanche, &on alluma
un très-beau feu dans la place.
M. Hérault, Lieutenant General de
Police fit illuminer la façade de son Hôtel
,
& deux pieces de vin çoulerent pour
le peuple.
Le Roi Stanislas & sa Cour sont partis
de Strasbourg le 20. de ce mois
,
Sa
Majesté doit arriver le 30. au Ghâteau
de Belle-Garde, près d'Orléans, appartenant
au Duc d'Antin, pour se rendre
ensuite à Chambort.
Lorsque Mademoiselle deClermont
Princesse du Sang, partit de Paris pour
Strasbourg, elle trouva à l'entrée de la
Forest de Livri les Gardes de la Capitainerie
des Chaires de cette Forest qui
I. vol, l'accoml'accompagnerent
une partiedu chemin,
jusques à ce qu'oneût trouvé plusieurs
Brigades de la Maréchausséede l'Islede
France,qui laconduisirent jusquesàClaye,
oùellefutreçûë par le Marquis de Livri,
Premier Maître d'Hôtel du Roi,
&C par M. d'Angervilliers, Intendant
de la Generalité de Paris & de l'Isle de
France. On tira aprèslesouperuntrèsbeau
Feu d'artifice. Ce même soir S. A. S.
qui pendant tout le voyage a donné de
grandes marquesde liberalité, & furtout
de charité envers les pauvres ,
fit
distribuer d'une maniere très-gracieusè,
des tocardes & des noeuds d'épée aux
Seigneurs qui étoient venus de Chantilly,
& à tous les Officiers du Roi.
En partant de Claye le 26. Juillet,
Mademoiselle de Clermont trouva à une
lieuë de Meaux, la Compagnie d'Ordonnance
des Arquebuziers de cette Ville
,
à cheval, fort proprement vêtus,
tambour battant & avec l'étendart. Le
Chef de cette Compagnie complimenta
la Princesse,& la conduisitavec sa Troupe
jusqu'au Palais Episcopaloùelle alla
descendre. La Compagnie des Fuziliers
à pied grossit l'escorte à la Porte de la
Ville. La Princesse fut complimentée par
le Chapitre de la Cathedrale, & par les
Officiers de Ville & de Judicature. Il
i,J
1.VQL H vj n'y f
n'y eut pas jusqu'à la Dame Benoit, fameuse
Hôtelliere à Meaux,âgée de plus
de 80. ans, quine se ressentît des boutez&
des liberalitez de la Princesse.
Le lendemain Mademoiselle de Clermont
fut escortée par la Maréchaussée
jusqu'à la Forest de Mouceaux
,
où se
trouverent les Gardes de la Capitainerie
de cette Forest. A deux lieuës de la Ferté-
sous-Joüare la Compagnie des Arquebuziers
de cette Ville, à cheval, préceda
le Carotte de la Princesse, l'épée
haute, &c.
Le 28. S. A. S. dîna au Village de
Vieux-Maison
,
escortée par la Maréchaussée
de la Generalité de Soissons, &
arriva le foir à Montmirel. Les quatre
Compagnies de Bourgeoisie de la Ville,
tambour battant & drapeaux déployez,
qui étoient venus au- devant de Mademoiselle
de Clermont, l'accompagnelent
jusqu'au Château, où elle fut reçûë
par M. Lescalopier,Intendantde Champagne,
par les Officiers de Ville &c.
Le 29. cette Princesse alla coucher
au Village de Congy
escortée par
75. Cavaliers très
-
bien montez, de
la Maréchaussée de Champagne, &
le lendenain à Châlons,
où elle fut
leçûë Se complimentée par le Chapitre
de la Cathedrale, par les Officiers de
- * 1. vol. Ville
Ville & de judicature, par le Lieutenant
de Roi de la Ville, & par le Baillydu
Comté& Pairie. Environ izoo.
hommes de la Bourgeoisie étoient fous
les armes, & la Compagnie des Arquebuziers
de Châlons formoit son Cortege*
, Le lendemain 31.Juillet S. A. S. séjourna
à Châlons, & alla se promener
au Jare: C'est un Cours très -
agréable
sur la Marne,formé par plusieursallées
d'arbres, qu'on trouve en sortant des
Fortes de la Ville. La Princesse poussa
jusqu'à Sarry, Maison de plaisance de
l'Evêque de Châlons, où on lui présenta
une magnifique collation & à toute sa
fuite.
On a rendu de grands honneurs à Mademoisellede
Clermont par tout où elle
apatle; elle a toujours eu au moins un
detachement de Cavalerie de 50. Maîtres
depuis Châlonsjusqu'aWick 8ch
leur défaut une Compagnie de la Maréchaussée.
Les Gitadelles de Verdun &
de Metz ont fait à Son arrivée & à son
départ, trois salves de plus de 100. pieces
de canon, & les Troupes de Cavalerie
& d'Infanterie de ces deux Places,
ont bordé. les ruës sur son passage,Jusqu'au
Palaisqui lui étoit destiné. Tous
les Corps de Ville l'ont complimentée,
1. vol, &
& lui ont offert les presens ordinaires.
Les Juifs de Metz ont eu l'honneur de
la haranguer. La Princesse eut la curiosité
d'aller à leur Synagogue
, où l'on
chanta un Motet en Hebreu, tiré d'un
Pseaume, & composéexprès pour S. A. S.
Cette Musique avoit quelque chose de
bien extraordinaire,aussi-bien que les
paroles du Motet. La Princesse, accompagnée
de toutes les Dames de sa fuite étoit placée sur le siege des
Chantres. qui chantoient alors devant
l'Autel. Ce siege des Chantres est une
espece de pavillon de Menuiserie, percé
à jour & élevé de quatre marches
au milieu de la Synagogue. Dans le
temps même qu'on chantoit le Motet
, on servit à la Princesse une magnifique
collation, laquelle fut peu de temps
après abandonnée par son ordre aux assisi
tans, & mise au pillage.
-
COMPLïMENT de CVniverfiti
de Strajbotirg au Roi StaniJlas.
L'UniversitédeStrasbourg vient presenter
ses très-humbles, & très-respectueux
hommages à vôtre Majdlé pour
la feliciter sur son heureusearrivée en
cette Ville. Elle efl: d'autant plus pene-
1. vol. trée
trée de joye
,
qu'elle est mieux informée
de l'excellence du fort de V. M. &
qu'elle admire plus intimement son propre
bonheur present.
„
Pendant que les peuples & les Princes
par leurs applaudissemens solemnels
saluent de loin V. M. comme futur beaupere
du très-puissant Monarque de la
France,nôtre Académie a l'avantage d'en
faire les très-respectueux complimens à
elle-même en personne.
Puissiez-vous, grand Roi. vivre longues
années à ce comble des grandeurs
humaines, dont il ya long-tempsque
vous êtes digne. Quecette très-étroite
alliance de V. M.avec la France foit un
surcroit de félicité publique pour l'Univers
: qu'elleproduiseuneaugmentation
de gloire pour vous, Grand Roi ! & que
pour nous, l'Univertité & le Clergé,
perpetuels admirateurs de vos vertus,
ellefassecontinuellement naître denouveaux
sujetsde felicitation.
A LA REINE.
MADAME,
L'Universitéde Strasbourg se presente
à V.. M1. pour lu1i re/nd,re1ses.tr-ès!-h3umGbles
& très-respectueux hommages. Elle reconnoît,
Madame, les obligations infinies
que toute la France vous a de lui
avoir élevé une future Reine qui fera
l'admiration de l'Univers. Nous prenons
la liberté, Madame,de vous en faire les
respectueux complimens d'avance, Se
nous ne perdrons jamais les favorables
occasions de faire des voeux pour la prosperité
de V. M. & de lui donner des
marques de nôtre parfaite obéssance Se
soumission.
A LA FUTUREREINE.
MADAME
L'Université de Strasbourg se presente
a vôtre Altesse Royale pour lui rendre
sestrès- humbles, & très-respectueux
hommages. Elle est d'autant plus penetrée
de joye, qu'elle reconnoît en vôtre
auguste personne le précieux dépôt qui
va faire les délices de la France, & l'admiration
de l'Univers. Vous la meritez , Madame,par les éminentesqualitez donc
le Ciel vous a comblée pour donner une
Reine à la France qui foit aussi grande
par ses vertus que le Royaume l'est par
sa puissance.
I. vol,L'UniL'UDiverllté
& le Clergé Protestant
de Strasbourg assurent V. A. R. par moi,
qu'ilsferonttoujours des voeux pour la
prosperité de la haute alliance qui va
s'accomplir, & pour une felicité qui
faiTe dire à toute la terre ,
qu'on voit
toûjours la fortune & la vertu parfaitement
réünies dans vôtre auguste personne.
ji. S. A. R. LA MERE DU ROY.
MADAME,
L'Université de Strasbourg se presente
à V. A. Royale pour lui rendre
les
trèshumbles,
&très-respectueux hommages.
Toute la France reconnoît les obligations
qu'elle vous a ,
Madame,de lui
avoir donné une Princesse de vôtre Sang
qui avancera le bonheur du peuple, &
fera les délices de l'Univers. Cela nous
engage à assurer V. A. R. que nous ne
perdrons jamais les favorables occasions
de faire des voeux pour la prosperité de
vôtreauguste Famille, & de lui donner
des marques de nôtre parfaite obéïssance.
Le 27. Juillet le Duc d'Antin & le
Marquis de Beauveau arrivèrent à Sa-
1. vol. ycme,
verne, d'où ils allerent à Strasbourg incognito
le lendemain, rendre leurs refpeffcs
au Roi Stanislas, & le 3 1. aprèsmidiils
firent leur entrée publique,comme
on l'a dit dans le Mercure de Juillet,
p. 1902. Les deux Ambassadeurs étoient
ensemble dans le premier Carosse du
Duc d'Antin, précedez de plusieurs chevaux
de main
,
richement caparaçonnez,
de quatre Suisses à cheval, de douze Pages
, magnifiquement habillez, de cinq
Carosses, remplis de leursGentilhommes
, & à côté desquelsmarchoit leur
livrée
,
aussi nombreuse que magnifique.
Ils trouverent hors des portes les Carabiniers
quiétoient en bataille sur leur
chemin, 5c ils entrerent dans la Ville
au bruit du canon, & avec tous les honneurs
accoutumez en pareille occasion.
Les Regimens d'Infanterie de Tallard
& de Pons
s
le Regiment Royal Artillerie,
le Regiment Royal Baviere, &
deux Bataillons Suisses
,
étoient en haye
fous les armes depuis la porte de la Ville
jusqu'aux Hôtels qui avoient été preparez
aux Ambassadeurs.
Nous avons parlé dans le Mercure
déja cité de l'audience publique qu'ils
eurent le 4. Anuade la demande qu'ils
firent au nom du Roi, de la Princesse
Marie, au Roi Stanislas,& à la Reine,
1. vol. son
son cpouie
3
& du contentement de leurs
Majeltez.
Lorsque les Ambassadeurs eurent été
reconduits à leur Hôtel avec les ceremonies
accoutumées, ils dépêcherent à
la Cour de FranceM. de la Hitte pour y
rendre compte * au Roi de leurs audiences.
Le Marquis de Dreux,Grand-Maître
des Ceremonies, que le Roi avoit chargé
de faire rendre à la Reine pendant en
voyage tous les honneurs qui lui aoie-nt
dûs, partit de Paris pour Strafbcurg le
25. Juillet,enmême tempsque le détachement
des Officiers de la Maison du
Roi, & les équipages commandez pour
le voyage.
Le Duc d'Orleans
,
choisi par le Roi
pour aller au nom de S. M. épouser la
PrincesseMarie, en partant de Paris
passa à la Cour de Lorraine 3 ; il arriva à
Metz le 31. Juillet, & le 5. Aoust à
Savernechez le Cardinal de Rohan. Il
alla le lendemain coucher à Hagueneau
,
ayant passéincognito à Strasbourg,où il
vit le Roi Stanislas, la Reine son épouse
,
& la Princesse Marie. S. A. S. se
rendit ensuite à Rastadt, chez la Princesse
doüairiere de Bade, sa belle mere , d'oùil revint à Strasbourg le 12. du même
mois, & il trouva le Duc d'Antin &
le Marquis de Beauveau, qui étoient
1. vol. venus
Venusau-devant de lui, ainsi que leMarêchal
du Bourg, chez qui le Prince alla descendre, & où il a logé pendant son
séjour aStrasbourg. Aussi-tôt que le Duc d'Orléans fut arrivé
,
il alla au Gouvernement
d'où il revint le foir chez le
Marêchal du Bourg, qui donna à souper
au Roi Stanislas.
MANDEME¡vrde S. A. E. Monsieur
le Cardinal de Rohan, Evêcjne & Prince
de Strasbourg
, pour la Cérémonie
du Mariage de Sa Majeflé, ARmand-Gaston, Cardinal de Rohan
, Prêtre de la sainte Eglise
Romainedu titre de la Trinité du
Mont, Evêque & Prince de Scrasbourg,
Landgraved'Alsace
,
Prince du Saint
Empire, Grand-Aumônier de France,
Commandeurde l'OrdreduS.Esprit,&c.
Au Clergé Seculier & Regulier de la
Ville de Stralbourg; Salut. Les Mariages
ne sont heureux, dit Tertullien
qu'autant quel'Eglise les autorise, qu'el-,
le les ratifie par des sacrifices, & qu'elle
y met le sceau par sa benediction; son
ministere devient encore en quelque façon
plus necessaire
,
quand il s'agit de
ces alliances d'où dépend le bonheur des
Royaumes, & le salut des Peu ples. Il
I. vol. est
ta donc de votre devoir, mes très-chers
Freres, d'unir vos prieres aux nôtres,
pour attirer les bénédictions du Cielsur
un Mariage qui fait la joye de la France,
& qui met le comble,à ses esperances.
Dieu, qui seul en est l' Auteur,
est prêt à répandre sur les coeurs., qu'il
va unir, l'abondance de ses graces; mais
vous ne devez pas moins, mes trèschers
Freres, les solliciter, vous qu'il
a établis pour être avec nous les dispensateurs
de ses Mysteres; il veut que ses
Ministres lui demandent continuellement
& avec instance l'accomplissement
de ses volontez, afin que dépositaires des
voeux des Fideles, ils obtiennent en leur
faveur les dons & les secours que sa
misericorde est toujours disposée à leur
accorder.
A ces causes, nous vous mandons,du
consentement de nôtre grand Chapitre,
de vous trouver Mercredi quinzième
jour du present mois,à dix heures du
matin, dans nôtre Eglise Cathedrale, en
babit de Choeur, à vôtre place accoûtu
mée, pour assister en corps à la Ceremonie
du Mariage de Sa Majesté avec
la Princesse Marie, & pour entier dans
les vûës de pieté & deReligion, qui
ont déterminé la Princesse à choisir pour
la Ceremonie à laquelle nous vous in-
1. vol. vitons
vitons, le jour ou l'on celebre le triomphe
de la Sainte Vierge, fous la protection
de laquelle elle s'estmise; nous
enjoignons à chacun de ceux qui celebreront
le saint Sacrifice de la Messe ce jour-B, de l'offrir suivant les intentions
ci-dessus marquées. Donné à Saverne
le dixième jour du mois d'Aoust
,
l'an de
grace milsept cens vingt-cinq.
Le 12. AoustMademoiselle de Clermont,
qui étoit arrivée la veille à Saverne
alla incognito à Strasbourg, & le
Duc d'Antin la conduisit au Gouvernement,
où elle vit le Roi Stanislas, la
Reine sonEpouse & la Princesse Ma
rie, & s'en retourna le même jour à Sa-;
verne.
Le 14.. le Grand-Maréchal de la Cour
du RoiStanislas, vint prendre dans un
Carosse du Roi, les deux Ambassadeurs,
& il alla avec eux chez le Duc d'Orleans
,pour le conduire au Gouvernement,
où laCeremonie devoit se faire.
Le Duc d'Orléans
,
accompagné du
Duc d'Antin
,
du Marquis de Beauveau,
&du Grand-Marêchal
3 monta dans le
carosse du Roi Stanislas, & se rendit au
Gouvernement;il étoit précédé des Equipages
des deux Ambassadeurs, de ses Pages,
de ses Valets de pied, & de ses Carosses,
remplis des principauxOfficiers
J»vol* de
de sa Maison. & sixCent-Suisses de la
Garde du Roi marchoient devant le Corosse
où étoit S. A. S. Il étoit suivi d'un
détachement des Gardes du Corps
, commandépar
le Marquis de Savines, Lieutenant
des Gardes, du Corps, qui étoit
à cheval à la portiere. Les Troupes dela
Garnison étoient fous les armes, les Officiers
à leur tête, depuis la maison o.
logeoit le Duc d'Orléans jusqu'au Gouvernement.
Ce Prince étant arrivé, monta dans
une des Salles del'Appartement de la
Princesse Marie,qui s'y rendit aussi-tôt
avec le Roi Stanillas & la Reine son
Epouse. Le Marquis de Dreux,Grand-
Maître des Cérémonies, lut la pIOCU
rationenvoyée au Duc d'Orléans par le
RoiTr.Chr. pour époufer au nom de
S. M. la Princesse Marie. Le Card. de
Rohan
,
Evêquede Strasbourg & Grand-
Aumônier de France, fit ensuite la Ceremonie
des Fiançailles; aprèslaquelle
le Duc d'Orléans, accompagné des deux
Ambassadeurs, fut reconduit chez lui,
par le Grand-Marêchal de la Cour, avec
les mêmes honneurs qui lui avoient été
rendus en arrivant.
Le soir, le Roi Staniilas sou pa chez le
Duc d'Orléans. Ce Prince a marqué dans
toutes les circonstances de son voyage,
I,vol, &
lX dans toutes les fonctions qu'il a remplies
, par sapolitesse &par sa magnificence
y
combien il étoit sensible à
l'honneur d'époufer au nom du Roi Très-
Chrêcien, la Princesse Marie; il a ré..
pondu en tout à lagrandeur d'une si éclatante
Ceremonie.
; Il y eut cesoir-là à Strasbourgunedécharge
generale de toute l'Artillerie des
remparts de la Ville & de la Citadelle , beaucoup d'illuminations dans la Ville qui avoient commencé la veille, , & d'autres
marques de réjoüissance.
Le 15. Aoust, Fête de l'Assomption
de la Vierge, jour destiné pour la cele
bration du Mariage, cette auguste Ceremonie
fut annoncée dès le matin par une
fal ve de toute l'Artillerie des remparts
& de la Citadelle. Les Gardes du Roi
prirent leur poste dans la Cathedrale.
Cette Eglise avoit été tenduë de richestapisseries,&
onavoitconstruitaux
deux côtez du Choeur des Amphitheatres
pour plusieurs personnes dedistinction,
& pour un trés-grand nombre d'Etrangers,
qui étoient arrivez à Strasbourg
à cette occasion.
Sous un dais au milieu du Choeur, oti
<
avoit placé une Estrade
,
terminéedu
côté de l'Autel par un Prie-Dieu, sur laquelle
étoient trois fauteuils pour le Roi
1. voU Su*
Stanislas, pour la Reine son Epouse, Se
pour la Princesse Marie. A la droite de rAUtel on avoit dresse'pour le Duc d'Orleans
une Estrade couverte d'un tapis,
& l'on avoitplacé aux deux côtez de
cette Estrade des sieges pour les officiers
des Gardes du Corps, qui devoient
être auprès de ce Prince, & pour les
principaux Officiers de sa Maison.
A onze heures du matin,le Duc d An
tin & le Marquis de Beauvau se rendirent
en grand Cortegechez le Duc d'Orleans
,
où ils monterent dans le Carosse
de ce Prince pour l'accompagner au Gouvernement.
Le Duc d'Orleans étoit,
comme la veille, vêtu d'un habit ôc
d'un manteau d'étofe d'or très-magnifique
, & il avoit un chapeau garni d'un
bouquet de plumes. Il monta avec les
deux Ambassadeurs dans l'appartement
de la Princesse Marie, qui partit un moment
après avec le Roi Stanislas & la
Reine son FpouCe, pour se rendre à l'Eglise
Cathedrale.
Les Carabiniers commencerent la marche,
& précederent les Carosses des deux
Ambassadeurs : ceux du Duc d'Orléans
remplis de ses principaux Officiers, les,
suivoient ; ce Prince étoit accompagné
dans le sien, du Duc d'Antin, du Marquis
de Beauvau, & du Marquis de Cler-
I. vsl. 1 mont,
mont, Chevalier de l'Ordre du Saint
Esprit, son premier Ecuyer; il étoit précedé
des Cent-Suisses de la Garde: les
Gardes du Corps marchoient à pied au..
tour de son Carosse, & le Marquis de
Savines, Lieutenant des Gardes du Corps,
étoit à cheval à la portiere.
Le Roi Stanislas3 la Reine son Epouse
& la Princesse Marie venoient ensuite
dans le Carossedu Roi Stanislas - autour
duquel étoient ses Pages & ses Heyduques.
Toutes les ruës, depuis le Gouvernementjusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
étoient bordées d'une double haye des
Troupes de la Garnison fous les armes &
les Officiers à la tête.
Le Roi Stanislas
,
la Reine son Epouse
& la Princesse Marie,trouverent à la
porte de l'Eglise le Cardinal de Rohan
à la tête des Chanoines Comtes de Strasbourg
& de tout le Clergé, qui leur
présenta l'Eau-benîte. La Princesse Ma..
rie entra dans l'Eglise au bruit des Timbales
& des Trompettes, précédée du
Cardinal de Rohan & de tout le Clergé,
le Roi Stanislas & la Reine son Epouse qui marchoient à ses côtez, lui donnan,t
la main. Cette Princesse étoit en grand
habit de ceremonie de brocard d'argent
sa queuë étoit portée par la Comtessede
Linange
,
sa Dame d'Honneur, Le Duc
1.vol. 4 '0
d'Orleans, accompagne des deux Ambassadeurs
& des principaux Officiers de
sa Maison
,
marchoit immédiatement devant
la Princesse, qui s'avança dans la
Nef au milieu d'une double haye formée
par les Gardes du Corps du Roi & les
Cent-Suisses de la Garde.
La Princesse Marie entra dans le
Choeur, & se plaça entre le Roi Stanislas
& la Reine son Epouse sur le Prie-
Dieu dont on a parlé. Le Duc d'Orléans
monta sur l'Estrade qui lui étoit destinée
: les deux Ambassadeurs s'y placetenu
à sa droite, le Marquis de Savines,
Lieutenant des Gardes du Corps & l'Exemt
étoient à sa gauche, ainsi que le
Commandeur de Conflans
,
premier Gentilhomme
de la Chambre de S. A. S. Se
le Marquis de Clermont son premier
Ecuyer. Les autres Officiersde la Maison
de ce Prince, tous en habits très-riches,
occupèrent les bancs qui étoient
près de l'Autel & à la droite de l'Ef.
tnde. Les Dames de la suite de la Princelle
Marie furent placées à côté duPrie-
Dieu; & les autres personnes de consideration
,
sur les bancs qui étoient dans
le Choeur
1
& sur les Amphithéâtres
qu'on avoit préparez.
Le Cardinal de Rohan en habits Pontificaux,
assisté de quatre Abbez Regu";
I. vol. I ij liers
liers en Chape & en Mitre, alla se placer
sur son Siege Episcopal du côté de
l'Evangile, peu de temps après il descendit
au bas de l'Autel, où la Princesse
Marie, conduite par le Roi Stanislas,
s'avança, après que le Marquis de Dreux,
Grand-Maître des Ceremonies, eut fait
les reverences accoutumées.
Le Duc d'Orleans s'approcha en meme
temps de l'Autel, & se mit à la
droite de la Princesse Marie, qui avoit
le Roi son pere à sa gauche. La Reine,
Epouse du Roi Stanislas
, & les deux
Ambassadeurs s'étant avancez près de
l'Autel, le Cardinal de Rohan commença
la Ceremonie par un Discourstrèstouchant
& trés-éloquent, imprimé dans
le dernier Mercure, page 1909.
Ce Prelat benit ensuite l'Anneau &
les 13. pièces d'or; câpres avoir demande
au Duc d'Orléans
,
chargé de la procuration
du Roi de France, s'il prenoit
au nom de S. M. T. Ch. la Princesse
Marie pour Epouse, & à cette Princesse
si elle prenoit pour Epoux le Roi Louis
XV. Roi de France & de Navarre, representé
par le Duc d'Orléans, il leur
donna la Benedittion Nuptiale,avec les
Ceremonies accoutumées. La Princesse
Marie observa, comme elle avoit fait aux
Fiançailles, de ne répondre au Cardinal
I.vol. de
de Rohan, qu'après s'être tournée vers le Roi Sranislas & vers la Reine sa me- le, pour leur en demander la permission.
Le Cardinal de Rohan commença
ensuite la Messe qu'il célébra pontifica-
SeeMmeunftl,q&uequi fut chantée par l'exeellende
la Cathedrale.
Lorsque la Reine fut retournée à sa place, le Duc d'Orléansditau Duc de
Noailles: Monsieur, gardez Madame, c'en: vôtre Reine & vôtre Maîtresse. En
même lemps le Duc de Noailles prit son
Bâton
,
les Gardes de la Manche allejentj
se porter aux deux côtez de l'Estrade,
& tous les Officiers des Gardes du
Corps qui s'étoient tenus à l'écart paturent.
Après la Pater le Marquis de Dreux,
avertit par un salut la Reine & le Duc
d'Orléans de s'approcher de l'Autel; la
t Reine & le Duc d'Orléans s'y mirent
a
genoux, & pendant les Oraisons que
recita le Cardinal de Rohan, onétendit
sur la tête de la Reine & du Duc
d'Orléans, un Poisle d'étofed'argent,
qui fut soûtenu par l'Evêque Duc de
Langres, & par le Comte de Trukes,
les deux plus anciens Chanoines,Comtes
de Strasbourg
, qui sussent presens à
la Ceremonie.
La Reine fut conduite à son Prie-
1. vol 1 iij Dieu,
Dieu,où le Cardinal de Rohan lui apporta
,après la MeiJèJ le livre des Mariages;
Sa Majesté y signa avec le Roi
Stanislas, la Reine son Epouse,leDuc
d'Orleans & les deux Ambassadeurs.
Le Cardinal de Rohan retourné à l'Autel
, y entonna le Te Deum
s
qui fut
chanté au bruit duCanon & au son des
Cloches& des Orgues.Lorsqu'il fut
fini, le Duc d'Orleans donna la main à laReine pour la conduire jusqu'au Casosïè
du Roi Stanislas. S. M. avoit derliere
elle le Ducde Noailles, Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps, qui étoit entré en fonction
auprès de la Reine, comme on vient de
le dire,aussi-tôt après la célébration du
Mariage. Le Cardinal de Rohan, précédé
de tout le Clergé, accompagna la
Reine jusqu-à la porte de l'Eglise,& là
il prononça ce Discours:
MADAME,
Permettez-moi3à la fin de PAuguJte
Ceremonie qui comble nos esperances &
nos voeux, de demander à V. M. sa protettion
Royale pour TEglifè de Strasbourg,
Cette Eglift n'a point oublié &noubliera
jamais les bienfaits signalez, qu'elle a
1.vol, reçus
* perâs de ti"S premiers Rois : mais que ne
doit-elle pas à notre dernier Monarque?
Livrée par le malheur des temps,aux
fureurs du Scbifne & de L'h::r:jir, elle
auroit p:ut.rfh.e peri comme bien <£autress
si ce GrandPrince
t en rentrant dans les
droits deses Ancêtres, n'avoitpris[a désense,
& ne l'avoit soutenué de tout fan
pouvoir. Elle lui doit l'avantage dese
voir rétablie dans la possession de ce faim
TtrJJple, dont elle avoitétébannie. Tout
nous rappelle ici sa pieuse & Royale
magnificence. Les Temples ornez.., les
Pajfeun libéralement entretenus, les Miffions
fondées, les nouveaux Convertis
prcr:'(ez.. & ficourus ,
font amant demotfumrns
du zele & de la pieté d'un Roi ,
dont la mémoire ne finirajamais. Il n'a
pas eu la confoUtion d'achever l'ouvrage
qu'il avoit entrepris, cess-adire , la réiinion
de toutes les brebis de cet illuflre
TTrroouuppeeaauuddaannssuunnm1ê/imêemBeerBcearicl;aiel;lelellecét::iJiÍtt
reservée au digne héritier de jon z.ete&
de sa Couronne,Cefera vous, MADAME
3 qui repreftme¡'cZ a votre Auguste
Epoux, ce c]hexigentdelui le souvenir
de son Bisayeul, sa propre gloire & nos
besoins , qui font ceux de la Religion.
Vous ne demanderez,pointqifon ait recours
à ces voyes
1
qui aigriffent sans perfuader
: elles ne feraient pas du goût
ï. vol. 1 iii) de
de V. M. & à Dieu ne plaise que nous
voulujfuns les lui IÙggerr. Ils font vos
Sujets, MADAME,ces Enfans qui
nous mèconnoiffenti & l'Eglise de Strasbourg,
pleine de confiance dans la mifey/
c<? D/~
,
ricorde de Dieu,,s/ec rre~gar~de to'uA*jou«rs ~c-oOmM--
me leurrnere, Nous vous conjurons donc
par les entrailles de Jesüs-Christ, d'employer
pour procurer leur réunion" tout ce
qu'une charité active, mais compatissante,
pourra vous in/jurer. Dieu bénira les
foins de V, M. & il se servira des exem"
ples de votre pieté & de votre fti pour
confondre enfin l'erreur, & pourfaire
triompher la vérité. Regnez. long-temps
surnous3 MADAMEj pourle bonheur
du Roi, &pourlafélicité dece grand
Royaume. Que Dieu exauce les prieres
,
querEglifevient de lui offrir pour V. M.
6" daignez, nous mettre au rang de vos
Sujets les plis z:.eleZ& les plus fideles.
Ensuite la Reine monta en Carosse
avec le Roi Stanislas & la Reine son
Epouse, le Duc de Noailles & les Officiers
des Gardes du Corps étoient à cheval
aux portieres du Carosse, devant lequel
marchoient les Cent-Suisses & les
Gardes de la Prévôtédel'Hôtel: les
tardes du Corps fuivoient à pied.
Le Duc d'Odeans monta dans son Ca-
I. vol. loflcs
rosse avec le Duc d'Antin, le Marquis
de Beauvau, & le Marquis de Clermont
son premier Ecuyer. Il marchoit
devant le Carone de la Reine,& il étoit
procédé de sa Maison & des Equipages
des deux Ambassadeurs, ce qui failoit
une marche très-éclatante.
La Reine arriva au Gouvernement
avec le même Cortege, qui l'avoit accompagnée
en allant à la Cathedrale.
Lorsqu'elle fut dans son appartement
le Duc d'O rleans lui presenta Mademoifelle
de Clermont,Princesse du Sang,
& Surintendance de la Maison de la Reine
; qui après lui avoir rendu ses refpeas,
présenta à S. M. le Marquis de
Nangis, son Chevalier d'Honneur, la
Maréchale de Boufflers
*
sa Dame d'Honneur,
la Marquise de Mailly, sa Dame
d'Atour, la Duchesse de Tallard
,
la
Duchesse de Bethune
,
la Comtesse d'Egmont,
la Duchesse d'Epernon, la Marquisede
Prye, la Marquise de Rupelmonde
, la Marquise de Nefle
,
& la
Marquise de Matignon, chvi/îes entre
les Dames du Palais, pour aller au-devant
de S. M.& les principaux Officiers
de sa Maison.
Le Commandeur de Conflans, premier
Gentilhomme de la Chambre du
Duc d'Orléans, que ce Prince avoir choitt
1. vol. 1 T POUJ
pour porter au Roi la nouvelle de II
célébration du Mariage, prit congé de U
Reine & reçue ses ordres, après quoi il
partir pour Versailles.
La Reine dîna en public avec le Roi
Stanislas & la Reine son épouse
,
& elle
commença à être servie par lesOfficiers
du Roi très-Chrétien; son cadenas étoit
de vermeil doré, & beaucoup plus grand
& plus élevé que les deux autres.
L'après-midi S. M. accompagnée de
Mlie de Clermont, des Dames de sa
Cour, & des Officiers de sa Maison assista à la Procession de l'Eglise Cathé-,
drale qui se fait tous les ans, en exécution
du voeu de Louis XIII.
Ce jour-là la Reine reçût les complimens
de tous les Corps de la Ville de
Strasbourg. Le soir elle feupaavec le
Roi Stanislas qui se mit à sa gauche.
A la fin du jour., & pendant toute la
jiuit il y eut de grandes réjouissances
; on
vie quantité d'illuminations dans toute la
Ville, celle de la Tour piramidale de la
Cathédrale, toute percée à jour, & de
574. pieds de hauteur, faisoit un effet
admirable. Toute l'Infanrefie de la Garnison
bordoit les remparts; elle fit trois
décharges, qui furent suivies de trois
sal ves de toute l'Artillerie.
Il y eut un txès-beau feu sur la rivière
2.voL devant
devant le Gouvernement, vis-a-vis i'appartement
de la Reine, qui fut executé
d'une manière admirable, & qui surprit
extrêmement tous les specteurs pendant
plus de trois heures qu'il dura. Il
étoit élevé sur des batteaux & des pilotis,
& representoit un Palais ou espece
d'Arc de Triomphe
-,
très-bien décoré.
Sur la principale face on voyoit un oeil
dans le milieu d'un triangle, & au dessous
un coeurenflâmé, sur lequel l'oeil
jettoit des rayons: se tout étoit
surmonté
des armes du Roi & de la Reine, avec
cette Legende E POLO FOEDUS, au.de!;u$
de cette Devise, dans la frise de l'entablement
on lisoit aussi ces paroles, ETNUMINA
ET SUBDItI JUBILA LATA TOLLUNT.
Il regnoit une Galerie au bas de l'édifice,
aux quatre coins de laquelle il y avoit
une piramide entourée de palmes & de
festons. Ces quatre piramides ne cesserent
de jetter des surées, & d'autres artifices
d'une composition aussi surprenante
que singuliere.
Le Duc d'Antin qui a fait paroître en
tout sa magnificence & hm zele , donna
dans son Hôtel, dont toute la Cour étoit
illuminée, un splendide soupé
,
où l'abondance
, la délicatesse & l'ordre se faisoient
également admirer, il fut suivi
d'un Bal très-brillant, où l'on vit un
2. vol. I vj nombre
nombre infini de Princes Etrangers, &
despersonnes de la plus grande considération,
qui s'étoient rendus à Strasbourg
pour y voir les ceremonies du mariage.
Le 16. le Duc d'Antin & le Marquis
de Beauvau, eurent leur audience de
congé du Roi Stanislas, & de la Reine, son épouse, avec les mêmes honneurs
qu'ils avoient reçus, & les ceremonies
observées le jour qu'ils avoient été conduits
à leur premiere audience publique.
Ce jour-llà,la1 RRe.ine dd"îna & sroupa à,
son petit couvert, S. M. fut servie par
Mademoiselle de Clermont.
Dans le fécond volume de ce mois qui
doit suivre celui-ci , on trouvera le détail
, du Voyage de la Reine jufyttaFontainebleau
, les ceremonies de[on Mariage, &
la Relation entiere de tout
ce qui s'efipajfc
à cette augufle Ceremonie*
MORTS, BAPTEMES
& Mariages.
LE iS. Aoust M.François Leschassier,
Prêtre, Docteur & Doyen de la Faculté
de Theologie de Paris, & Supe-
Z*VQU ur
rieur general du Seminairede S Sulpice,
y mourut âgé de 84. ans, plus de 200.
Docteurs ou Bacheliers de Sorbonne
,
&
plus de 500. Prêtresassisterent à fca
Convoy.
Pierre de Montesquiou iArtagnan
Maréchal de y France, Chevalier des Oidres
du Roi, Gouverneur de la Ville
d'Arras, mourutle12. Aoust dans [on
Château du Plessis-Piquet, âge de 85.
ans. Il ne laisse point d'enfans. Les armes
de cette Maison sont d'or à deux tour
teaux de .!t('ule mis enpal.
Le ;1. Juillet Marie-MagdelaineLombard
, épouse de M. Yves-Louis-Dieudonné
Malet du Luzart, Chevalier Seigneur
de Noisiel, mourut à Paris, âgée
d'environ 58. ans.
Loüis-Victoire de Montmorency-Luxembourg,
Chevalier de Malthe
,
fils de
Charles Sigismond de Montmorency-
Luxembourg,Duc Dolonne, & de Anne
Angelique de Harlus de Vertilly,
mourut le 20. Aoust, âgé d'un an &
demi. Il a été inhumé auxCelestins de
Paris, où estle tombeau de ses ancêtres,
Louis Phelipeaux, Marquis de la
Vrilliere & de Châteauneuf , Commandeur
des Ordres du Roi, dont il avoit
été Secretaire, Ministre & Secrétaire
d'Etat, cy-devant Conseiller au Conseil
,L. val. de
de Regence, mourut à Fontainebleau le
7. de ce mois, dans la 54eannée de son
âge,extrêmement regretté. Il avoit succédé
J- 10. Mai 1700. au Marquis de
Châteauneuf, son pere, dans la Charge
de Secretaire d'Etat, dont le Roi accorde
la survivance au Comte de S. Floren.
tin, son fils, le 16. Fevrier1723.
Phelipeaux de la Vrilliere porte d'aurflmt
de quatre feuilles ou Bacinets
d'or, au canton droit d'Hermines, écartele
d'argent a 3 Le¡l,rs de sînopleymis en
pal, la tête en haut.
Le 23. Aoust Dame Françoise-Magdelaine
de Gontaut de Biron, épouse de
Jean-Loüis Dusson, Chevalier, Marquis
de Bonac, Seigneur de Donezan, &c.
Brigad er des Armées du Roi, cy-devant
son Ambassadeur à la Porte Ottomane
, Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis, & de l'Ordre de S. André de
Moscovie, accoucha d'une fille qui fut
nommée sur les FontsConstanceFrançoise.
Le même jour Dame Catherine Olive
de Trente, épouse de Jules Frederic de
la Tour d'Auvergne, Prince d'Auvergne
accoucha d'un fils, qui fut tenu sur
les Fonts par Charles Godefroy de la
Tour d'Auvergne, Prince de Boui llon,
& par Dame Marie-Hortense-Victoire
de la Tour d'Auvergne,épouse de Char-
2. vol les,
les,Dne de la Trimoüille, Pair de France
, &c. qui le nommerent ~Godetroy
Charles-Alexandre.
Dame Elizabeth Huguet, veuve de
François de Roye de la Rochefoucault
Comte de Roye, Brigadier des Armes,
du Roi, decedé au mois de .-." ~de
nier, accoucha le 2 3. Aoust d'une fille,
qui fut nommée Marie-Elizabeth-Leonor,
par Jerôme de Roye de la Rochefoucault,
Licentié de Sorbonne, Abbé
de Nôtre-Dame de Beauport, & de S. Romain
de Blaye, & par Dame Marie-Marguerite
de Turmenie, veuve de Remy
Huguet, Conseillerde la Grand'Chambre
du Parlement.
Le 2. 7. Juillet Dame Magdelaine Ma-
< rieLoüisede Roye de la Rochefoucault
épouse de Guy » - Marie de Lopriac de
Coetmadeu, Comte de Donge, Mestre
de Camp de Cavalerie, accoucha d'un
fîls qui fut tenu sur les Fonts, & nommé
Guy-Marie, par Jean
- Baptiste- Loüis-
Frederic de Roye de la Rochefoucault , Marquis de Roucy, Lieutenant General
des Galeres de France,& par Dame Marie
Marguerite Fortin de la Hoguette,
épouse de Louis-Armand de Brichanteau,
Marquis de Nangis, Chevalier d'Honneur
de la Reine, Lieutenant General
des Armées du Roi, Directeur General
2 vol. de
de l'Infanterie, & Gouverneur des Ville
&-- Château de Salk.
- Le 15. Aoust Marie-Charlotte-Sobieka,
petite-fille de Jean Sobieski, Roi
de Pologne,épouse de Charles Godeffroi
dela Tour d'Auvergne, Prince de Boüil-
Jfii, accoucha d'une fille, qui fut tenuë
~xur les Fonts, & nommée Marie Loüi-
,
se -Henriette - Jeanne, par Loüis de la
Tour d'Auvergne, Comte d'Evreux,
Colonel General de la Cavalerie de France,
&c. & par Henriette de Guise
,
Princesse
de Lorraine, épouse d'Emmanuel-
Theodose de la Tour d'Auvergne, Duc
de Boüillon, &c.
- Le Samedi 14. Juillet on supplea au
Palais Royal, les ceremonies du Baptême,
à un fils de M. d'Argenson, Chancelier
, & Chef du Conseil de M. le
Duc d'Orléans. Il fut nomméLoüis-Auguste
par M. & Madame la Duchesse
d'Orieans.
Le 17. du même mois fut baptisée à
S. Eustache une fille de M. le Comte de
Morville,Ministre & Secretaire d'Etat.
Elle fut nommée Charlotte-Marguerite
par M. le Marquis de Gassion, & par
Madame la Marquise de Montbrun.
Le 13. JuinM onsieur Claude-Hilaire
Duligondes,Officier de Marine, fils de
Monsieur Claude Duligondes ,Chevalier
z.vol. de
de l'Ordre Militaire de S. Loüis Capitaine
de Vaisseau, épousa D. Philippe
Rose Cornette de S. Cyr, fille de Loüis
Cornette, Ecuyer, Sieur de S.Cyr, &
de D. Marie-Philippe de la Hante.
Le 27. du même mois M. Samuel-
Jacques le Clerc, Seigneur de Soigné ,
Verdelles,&c. Baron de Champagne de
la Landes, &c. Mestre de Camp du Regiment
d'Orleans, Infanterie
,
fils de M.
Samuel le Clerc, épousa D. Marie-Gabrielle
le Cirier de Nanchelles, fille de
M. Léon le Crinier, Marquis de Nanchelles,
le Plessis-Villeneuve-Riviere,
&c. Maréchal des Camps & Armées du
Roi,Gouverneur des Villes & Château
de Sainte Menehoult, & de D. Marie-
Loüise le Menestrel de Hanguel.
Le 10. Juillet M. François Dupuy, « Marquis de Montbrun,Gentilhomme de
la Chambre de M.le Duc d'Orleans, fils
de M. Jean Dupuy deMontbrun
,
Marquis
de Villefranche, Seigneur deBeau-
1,
regard, Meynnans, &c. & de D. Marie-
Marguerite de Frise, épousa D. Anne
le Brest, fille de feu M. Barthelemy le
| Brest,Ecuyer, Conseiller du Roi, Tré-
*. forier General des Fortifications de France,&
de.D. Marie- Nicolle Tardif. La
l cdere'mAoniegfeut nfai.te par M. l'Evêque: 2.vol, LET;
LETTRES PATENTES,
ARRESTS,&c.
ARREST du 27. Mars, concernant le délai
accordé aux gens d'affaires pour recevoir
le remboursement de leurs avances, par lequel
Sa Mujesté a prorogé jusqu'au premier
Juillet prochain
3
le délai porté par les Arrests
des 27. Mai,25 Juillet, io- Septembre &
ij. Décembre derniers, sans esperance d'aucun
autre; passe lequel temps, veut Sa Majesté
que les Arrests des 7. Mars & 27. Mai
derniers, soient executez selon leur forme&
teneur.
ARREST du 15. Avril, qui proroge jusqu'au
premier Juillet prochain ,le délai accorde
pour faire contrôler les Quittances de Finance
des Gardes duTrésor Royal.
ARREST du 17. Avril, qui condamne les
heurs Monginar&Limousin ,Pourvoyeurs de
la Grande Ecurie du Roi, ez le sieur Hyard,
Marchand de Foin,à oayer les Droits retablis,
des Foins qu'ils ontfaitdécharger au Port de
Choisy : leur fait défenses & à tons autres
Pourvoyeurs des Ecuries du Roi, ceux des
Princes & Seigneurs de la Cour, d'en faire
aborder & décharger au-delà de la ~Baneuë
de Paris, pour les transporter aux Mafons
Royales & ailleurs
,
sans en avoir fait déclaration
,
& payer lesdits Droits, à peine de con-
2. vol. fiscation
fiscation & de deux cens livresd'amende.
ARREST du 24. Avril 1725. par lequel S*
Majeitc a prorogé le terme porté parl'Arrest
du Conseil du 16. Janvier dernier, jusques &
compris le dernier jour du moisdeJuilletprochain
, passé lequel temps les anciennes Especes
d'argent
demeureront
décriées detout
cours & mise, conformément à l'Edit du mois
de Septembre 1724. & ne feront plus reçûës
qu'au poids dans les Hôtels des Monnoyes.
ARREST du même jour, portant Reglement
pour la perception des Droits d'Entrée
sur le Poisson
, provenant de la Pêche des Habitans
des Villes Privilégiées
, & non Privilegiées
de la Province de Normandie.
ARREST du 27. Avril, qui ordonne que
les Receveurs des Tailles
,
& autres charger
du Recouvrement des Impositions des Generalitez
y dénommées, remettront à leurs Receveurs
Generaux, chacun dans leur année
d'exercice, les deniers provenans de l'Imposition
des deux fols pour livre des Droits d'Usages
& Nouvel Acquêt, attribuez à l'Ordre
Militaire de Saint Loüis: ordonne en outre Sa
Majesté que le fond de ladite Imposition fera
porté à l'avenir au Trésor Royal par lesdits Receveurs
Generaux, conjointement avec les deniers
des Tailles, &c.
ARREST du 1. Mai, qui cade un Arrest du
Parlement de Flandre, du 17. Novembre
1723. & ordonne l'execution d'une Sentence
renduë le 12. Octobre précedent, par les juge
& Consuls de Lille; avec défenses à tous
Avocats & Procureurs , de se servir dans
2. vol, leurs
leurs Ecritures d'aucuns termes injurieux contre
les Juge & Consuls établis dans le Royau,
me.
LETTRES Patentes sur Arrest, portant
moderation des droitsde Marque & Contrôle
sur les Ouvrages d'Or & d'Argent qui pafsentà
l'Argue de Paris. Données à Versailles
le 7. Mai 172. 5 Registrées en la Cour des Aydes,
le z9. dudit mois.
ARREST du 8. Mai, qui ordonne que dan#
un mois pour tout délai, le sieur Monier, Receveur
General des Domaines & Bois de
Franche-Comté, fera rendre compte aux Receveurs
particuliers de son Département, &
se rendra à la fuite du Conseil pour y compter
en personne de tout son maniement»sous peine
de dépossession
,
dix mille livres d'amende
a & autre plus grande s'il y échec
ARREST du même jour, qui ordonne que
Charles Basset joüira de tous les Grdfcs8t
portions de Greffes alienez par les Edits des
mois d>Otl:obre 1704. & Janvier 1707.Et qu'à
ceteffetlesGreffiers& propriétaires dIceuX
&leurs Commis
,
seront tenus de lui compter
du produit desdits Greffes, à commencer du
premier Janvier dernier.
ARREST du zi. Mai, qui ordonne que les
Proprietaires des Maisons de la Ville& Fauxbourgs
de Paris, feront tenus avant de faire
poser les seüils des portes desdites Maisons,
de se retirer par devers les Officiers commis
pour reglerles pentes du pavé des ruës
,
lesquels
leur marqueront le niveau des pentes
qu'ils doiventgbfçryci,
z- vo4 ARs
-
ARREST du 2.9 Mai, quicontinue pendant
six années, à commencer du premier
Octobre 171+- la fixation du prix du Sel à
Vingt-quatre livres le Minot, dans le Grenier
drGex.
ARREST du 30. Mai, pour addurer dans
lesVilles & lieux de la Generalité de Tours
des Fonds nècessaires aux besoins des Hôpitaux.
ARREST du 2.Juin
, portant suppression
d'un Ecrit imprimé sous le titre d'Explications
de N S. P. le Pape Benoist XIII. envoyées est
France au mois de Mars 1725. sur la Bulle
Vnigenitus-
< ARREST du f. Juin, par lequel S. M. ordonne
que le droit de confirmation à cause
de son joyeux Avenement à la Couronne,
dont la levée avoit été suspenduëparl'Arrest
du septiéme Décembre 1713- fera perçu comme
avant ledit Arrest, & conformément à la
Declaration du 27. Septembre de la même
année.
ARREST du 10. Juillet pourlaremise de
l'ouverture des Foires de Guibray
,
à Falaise
en Normandie, au 1 5.Septembre prochain.
sioDt l'ouverture a accoutumé de se faire all
15.Aoust de chaque année..
ARREST du même jour, en Règlement
pour leremboursement desPropriétaires des
Offices Municipaux & de ceux de Syndics des
Paroisses & Greffiers des Rolles des Tailles.
ARREST du »4, Aoust, par lequel $. M.
ordonne que jusqu'au premier Janvier prochain
,
les Bleds, Farines & toutes autres ef*1
Vpeilclees de grains qui feront destinez pour la*
de Paris, feront exempts dePeages, Travers, Passages, & tous autres droits generalement
quelconques
à tant par eau que par
terre,foitque lesdits droits appartiennent à
SaMajesté,soit qu'ilsappartiennent aux Seigneurs
particuliers ou autres personnes sans
exception, en justifiant par les conducteurs
desdits Bleds par leurs Lettres de voiture, de
leur destination pour la Ville de Paris, & à
condition par eux de prendre un Certificat du
déchargement, foit aux Ports ou aux Marchez
de ladite Ville,lequel certificat fera délivré
par le sieur Lieutenant General de Police,
ou le sieur Prevost des Marchands, en ce qui
les concerne.
AVIS.
Le fécond volume de ce mois qui est
Mutuellementfinspresse contieniralaRpla.
tion entier? de tout ce qui regarde le Mariage
duRoiy les Fêtes>Illuminations ,
Feux
y
Descriptions, &c.
APPROBATION.
J 'Ay lu parordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du moi,
- - « i A
- de Septembre > .: , I. volume ,
oc ray cru qu on
pouvoit en permettre l'impression. AParis, le
f,1. Septembre w. HARDION.
TABLE
Du 1. volume de Septembre.
) IFCES Fugitives. Poëme qui a remporté
-
lePrixdel'AcadémieFrançoise.1905
ssertation sur un Sceau antique de bronze. Ta
e Tabbaacc,,OOddee.. I91J lemoiresurleRoyaume d'Yvetot. 19H ,eSoleil& 1938 le Ruisseau , Fable. I944.
landement du Cardinal de Noailles sur le
Miracle, &c. Extrait. 194f
Alexis, Cantate. 196,7.
.?ttre sur un Homme Marin. 19f;j
Danaé Cantate. J979
-ettre sur le Phenoméne du Port de Marfeiile.
ri' & 1 h" b la Maîtresse le petit Chien, Fale.19987S1
Lettre &Hpithalame. 198;
Remarques sur le chant EccIefiafiique. 1987 Chanson imitée du Grec i &c. 1998 ©ifeours sur le Goût.
1009 'Ode.2006 iQueftions sur les Testamens Olographes ion INouvellesdu Palais. 1015
iJEnigmes. 019
iNoucellesLittéraires , Traité des Sacremens.
t ion. lhiftoire des Religions ou Ordres Militaires, &c. 1014 ,5fe£tacles,Extrait des Cousîns, Drame-Co- .»inique. 1T,lgonc i03j reconnu fils d'Ulisse, Tragedie. ..911
Ballet allégorique, mêlé d'intermedes,-&.
Chanssoonn notée. lofà notée.* Nouvelles du Temps, de Turquie, duRuflie,
Bec. 2066 Morts, Mariages&Naiflances des Pays Ecrangers"
107s France, noùvelles-de la Cour, de Paris, &c.
- 1076
Suite de la Relation du Mariage du Roi. 1079 Complimens de TUniverfice de Strasbourgail
Roi Stanislas3 à la Reine Tonepouse, &c.
1084
Mandement du Cardinal de Rohan. 109a Célébration du mariage à Strasbourg. 1094 Discours du Cardinal de Rohan. xioa
Rélouiflances à Strasbourg. 1104. Kaiflances , Morts & Mariages. ziotf
Article des Arrests. 201U.
Fautes À corriger dans ce Livre.
p Age 1963. ligne 10. qui, ôtez ce mot.
Pages 1964.ligne 14. nages, lisez nageoires.
Page iox8. ligne 13. transmettent, lisez transmet.
Page 2029. ligne 5- en grand,lisez quoiqu'en
grand.
V4t'rnet* regarde h pffgo ''°'
DE FRANCE,
QV^£ COLLIGITSPARGIT.
A PARIS,
Chez
GUILLAUME CAVELIER, au PaIai.'
GUILLAUME CAVELIER,Éis
J
ruë
S.Jacques, au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, QuaydesAuguftins, àla
defeente duPont-neuf, à la Croix d'Or-
MDCÇ. XXV.
Avec Approbation&Privilège du Roi,
AVIS. LADRESSE générale pour toutes
chofcs efi à M. MoR EAU,
Commisan Mercurevis-a-1 vis la C-omédie
Françoift
3
à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez. aux Libraires qui vendent le
Mercures Paris
3
peuvent se firvir de
cette voyepour les fairetenir.
On prie très-inflamment
3
qUAnd on
adresse des Lettres ou Paquets parla Poste,
d'dvoir foin d'en a/ranchir le Port,
comme cela s'est toujours pr,it-quej afin
d'épargner, À nous le dép'aiftr de les
rebuter
y
& a ceux qui les envoyent,
celui , non -
feulement de ne pas vsir
lJleroÎtre leurs Ouvrages,maisrnemsde
ldes prerdore, sp'ils ni'eneont p.as gardé de Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les particuliers qui fiuhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main., & pluspro?.npternent ;
n'aurontqu'à donner leurs adresses a M.
Moreàuj quiaura foin defaireleurspiquets
sans perte de temps J
(if de les faire
portersur lheursa la Pojte, ou Aux Mef Iúi4eo,er;Cessqu'on hti-mdiquera.
Le prix est de JO, fqls.
MERCURE
DE FRANCE,
DE1DIE1 AV ROY.
SEPTEMBREi7tj.
I. VOLUME.
PIECESFVGITIVESa
en Vers &en Prose.
LES PROGRE'S de l'Astronomie fous
le Regne, & par la proteébon de Louis
le Grand. Poëme de M. de la Vifclede,
à qui l'Académie Françoise a adjugé
le prix de Poësie de cette année.
OY, dont l'oeil intrépide, &: dédaignant
la terre,
Porte un regard altier au-dessus du
Tonnerre,
Et contemple, charmé,ces globes lumineux,
Qui parent l'Univers, éclairé de leurs feux;
Toi, qui sçais nous marquer leur grandeur s
leur dtfïance
, 1
Qui mesure le cours de leur carriere immense,
Qui prévois ces initans jadis si redoutez,
Qui doivent à nos yeux dérober leurs clartez i
Daigne, daigne en ce jour, ô divine Uranie
1
De l'ardeur qui t'anime échauffer mon genie;
Daigne par mes accords au plus grand de nos
Rois,
Rendre un juste tribut pour ce que tu lui dois.
De cent peuples liguez les forcesterrassées
a
Cent Villes à la fois soumises ou forcees,
A ce Roi triomphant, & partout redouté,
Ecoient des furs garants de l'immortalité i
Mais fidele à Minerve au fein de la Victoire,
Par plus d'une carriere il. couroit à lagloire,
Et fage imitateur du fecond des Cesars ,
Il hatoit par ses foins les progrès des beaux
Arts.
Dodle Fée on la vu par ses foins héroïques,
Te rendre tout l'éclat de tes honneurs antiquese
rr,~Tc~ I.vil. TCJ
Tes heureux nourrissons à peine font connus,
Qu'on voit par ses bienfaits leurs desirs pr
venus.
Ses dons, prix glorieux de leurs travaux utiles,
Ses dons, vont les chercher au fein de leurs
aziles
»
C'estpar ces doux liens qu'il attache à sa Cour,
Ceux qui fous d'autres Ioix avoient reçu le
jour.
Centre des grands talens, centre de l'induftrie,
La France les adopte & devient leur Patrie.
L'Univers, de Loüis fecondant les projets,
En formant des sçavans lui forme des sujets.
(a) Uln'Poalauis qtuirdaes gansesem.b.le brave:
De la Seine embellit le fortuné rivage;
Du triomphe des Arts, monumens glorieux»
Son superbe sommet s'éleve jusqu'aux Cieux;
Là, dans un doux loisir que Louis leur assure,
Les savans ratremblez épiant la nature,
A ses voiles épais,par leurs doétesiravaux ,
Dérobent chaque jour mille secrets nouveaux.
(a) L'Observatoire. 1. I.vol. Aiij An
(a) Au Temple d'Uranie avec peine j'ar
xlve-)
Quels objets offre t'il à ma vûë attentive?
Riches dons de Louis mille instrumens divers,
Servent à mesurer
,
à fonderl'Univers.
Ces fideles secours par une heureuse adresse»
De nos débiles yeux reparent la foiblesse
• !
Des Astres raproçhez nous montrent la gran..
deur,
Temperent du Soleil la trop vive splendeur,
Par les réfractons qu'un Art subtil arrange.
Des plus confus objets débrouillent le mélange.
(b) Maisla France, Loüis, ne peut borner
tes loins,
Mille cl mats divers comme elle en font tmOinSJ
Sous ton Regne ils ont vû de nouveaux Zoroaltres
> -
Au Commet de leurs monts étudier les Astres;
Ils ont vu ce grand Art jadis si florissant»
Briller par tes bienfaits d'un éclat renaissant;
(a) La Tour de l'Observatoire.
- - (b) Le Roi a envoyé des Astronomes a Uraviboug,
à la Gorée,aux Antilles
,
a Cayenne,
à Slam, à la Mer d!1tSud
, au Bresîl» &c.'
J. voL Quels
Quels secours ! mais quels fruits en avonsnous
vu naître!
Quels prodiges bien-tôt,commencent à roitreI pa-
Mille Argus vigilans chaque jour à nos yeux
Montrent un nouveau monde, ouvrent dg
nouveaux Cieuxm "k~, (a) Econne, je les vois » , d'une main afifurée,
PartagJe. r.du Soleil la route mesurée,
(b) Lui tracer tous ses pas, les regler, les
compter ,
Lui prescrire des loix qu'il semble respecter )
L'un savamment hardi nous décrit sa structure,
(e) L'autre pour nous montrer sablonde che.
velure,
Sage, met à profit l'effrayante noirceur,
Dont ore le couvrir son incônstante soeur.
(d)Celui-ci dans son fein voit des taches nouvelles
,
(e) Celui-là réfornrant des calculs peu fidcles
(a) La Méridienne de l'Observatoire. (b)Tables du Soleil deCassini.
(c) Découverte de la Cheveluredu Soleil,
confirmée par l'Eclipse de1706-
(d) Nouvelles taches découvertes d-ans le
Soleil.
(e) Le Soleil reconnu beaucoup plus éloigné
de la terre qu'on ne l'avoitcrû.
i.vft. Aiiij DesabuDesabuse
nôtre oeil qui trop interessé
»
Pour rapprocher de nous l'avoit trop abaisse.
(a) Mais que vois-jeI quels feux inconnus
à nos Peres»
S'offrent à nos regards dans ces sublimes
spheres !
D'Astres long-temps cachet Saturne est efcorté,
Vainement leur distance affoiblit leur clarté;
En leur donnant ton nom d'immortelle mémoire,
Tu leur prêtes,Louis, tout l'éclat de ta gloire,
(b) Et par un monument aussi durable qu'eux)
La France apprend leur fort à nos derniers
neveux.
(c) Ces grands corps dont l'afpefttroubloil
même les fages,
N'offrent plus à nos yeux d'effroyables préfages,
Sans allarme on les voit se mouvoir dans les
airs,
Et leur route connue agrandit l'univers.
(d) L'Astre brillant des mois montre au Pilotte
habile,
(a) Découverte des Satelittesde SatUrne.
nommez les Etoiles de Louis le Grand.
(b) Médaillé frappée sur ce futcc.*
(c) Routes des Commettes connue.
(d) On connoît le temps précis des Marées
par l'observation du cours de la Lune.
i-vol. L- es
Les mouvemens divers del'Océan docile,
Lui prédit de ses flots donc il réglé le cours,
Et les fougueux accès & les fages retours,
((t) Ces utiles tableaux, ces abregez dit monde,
Où l'Art industrieux nous peint la l'Onde, terre &
Par un nouveau calcul dont les Cieux font
garans,
Affranchis des erreurs des siecles ignorans
En raprochant de nous le plus lointain rivage,
Dérobent chaque jour nos vaissèaux au nau- frage. Ainsi, Loüis
,
ainsî fécondantces souhaits,
Les savans à ton nede ont payé tes bienfaits.
A ton Regne,à tes foins, ils devoiènt ces merveilles,
Là Fravncedt,ient de toi tous les fruits de leurs
Et les fruits répandus chez cent peuples divers,
- Assurent à ton nom l'amour del'Univers.
(a) LesCarres réformées sur les nouvelles Tables des Satellites de Jupiter, de Cassini.
1* Av PRIE..
PRIE RE POVRL*EROT. -
GRand Dieudans rÕn auguste Maitre,
Qui faitl'objet de son plustendre amour,
L'heureuse-France voit renaître,
Les vertus des Heros dont il reçûtle jour;
- Tu le formas sur leur modele,
C'est l'oeuvre de tes mains qu'en lui nous
admironsj
Daigne à nos voeux propice, ô sagesse éter- nelle
En conservant ses jours nous conserver te$
dons.
Veteres revûcavit ârtes : Horat.
DISSERTATIONsur un Sceau
antique de Bronze, fondée sur des conjelxres
,
dont on ¡AJlr le jugement aux
Jçuvans.
GE Sceau qui a un Anneau pardessus
Í'Óur pouvoir le tenir en y pananc
un ter, f1ut trouvé a -N-arb, onne le mois
de Mai dernier par un Artisan qui creufoit
dans sa cave. Etant tombé entre mes
mains,il a donné de l'exercice à mon imagination
pour chercher la juste applicartioIn
.desvSyomblol.es", & du mot exsupe- A vJ rarni>
ranti, qui font marquez sur ce Monument
en gros relief Surquoij'ai été partagé
dans mes foibles conjectures. Car il
m'a paru avoir pû servis ou aux Nobles
& riches Citoyens pour marquer au visage
leurs Esclaves fugitifs, ou bien aux
Marchands fabriquanspour marquer leurs
Marchandises.Voici les raisons sur lesquelles
on peut fonder ces idées, & dont
je laisse la décision aux Maîtres de l'An
tiquité.
Premiere idée pour marquer les EJclaves
fugitifs.
L'usage de marquer les Captifs au vir
Il' & ., sage est très-ancien
3
aété pratiqué
par plusieurs nations. Plutarque rapporte
dans , la vie de Nicia que les Syracusains
ayant fait quelques prisonniers de guerre,
les vendirent pour Esclaves, & que leurs
Maîtres imprimèrent sur leur front la
figure d'un Cheval, voulant qu'elle fut
la marque de leur servitude. I. Nous
lisons encore dans le même Auteur, &
dans quelques autres anciens, comme
Strabon, Thucidide, Pline, Aulu-Gelle,
que les Atheniens, fous la conduire de
Pericles, ayant secouru les Milesiens
contre les Samiens leurs ennemis
3
qu'ils I.Plutarch. in Nicia adNnem. -
I. vol. vainVainquirent
; ces Samiens ayant repris
courage, & quelque force par la retraite
de Pericles, voulurent tirer quelque
vengeance desAtheniens; & leur ayant
déclaré la guerre, ils marquerent d'un
fer chaud le front de tous ceux qu'ils firent
prisonniers. Herodote allure que ce
fer avoit la figure -d'une choüette ( elle
étoit le Symbole d'Athenes étant consacrée
à Minerve) ce qui est confirmé par Plutaque. I. Mais quelque temps après
Pericles s'étant reconcilie avec les Atheniens,
il alla assieger laVille de Samos,
qu'ilforça, après neuf mois de siege
,
de
le rendre à la discretiondu vainqueur.
Les Atheniens victorieux ne manquerent
pas de rendre la pareille aux Samiens
Captifs ; ils les marquerent aussi au vi£à—
ge ,
dit Elien
,
de la figure d'une autre
choüette qu'ils tracerent avec des points
2. Alexandre,Napolitain, soutient pour- tant,sans dire sur quelle autorité, que c'étoit
la figure d'un Navire de la fabrique
de leur nation, '& c'est, sans doute, parce
que le Navire étoit le Symbole de la Ville
de Samos. 3. Quoiqu'il en soit le même
I Herodot. Lib.. IV. Plutarch. in Pericle
& alii. 2.ÆlianVar.Hist.Lib II.cap. IX.
3. Alex. ab Alex. Gen. Dier. Lib. v. cap.
XYlii.
I. vol. AuAuteur
ajoûte quequelquefois les anciens
se contentaient d'appliquer sur le
front de leurs Epaves quelques caracres
ou Lettres iâns autres figures, ce
qui leur fit donner le nom de Lettre, I.
C'est pourquoi Plutarque dans l'endroit
cité cy-dessus croit que le Comique Aristophane
faisoit attention à ces caracteres
imprimez sur le front des Samiens, quand
il disoit que le peuple de Samos étoit
fort lettré.
Populus Samiorum valde litteratus cft.
uîrtjlopb eitatus à Plutarch' ubisuprà.
Mais de quelque maniere que ce fut,
on appelloit ces figures & ces Lettres
stigmates ; car, selon les Auteurs, Stigmate
n'est autre chose qu'une marque
ou caractere dont les anciens marquoient
les Captifs & les Esclaves ; ce qu'on
peut prouver parce que raconte Vitruve
au sujet de deux Statuës qu on voyoit
autrefois dans Rhodes, l'une de la Reine
Arthemise, & l'autre de cette Ville fous
la figure d'un Esclave qui recevoit sur le
front les stigmates, ou marques honteusesde
la servitude dans laquelle la
valeur de cette Princene, contre laquelle
elle s'étoit revoltée
, venoit de la faire
I. Idem ibid. i. vol. tomtomber.
I. Cette pratique peut être encore
confirmée par ce que rapporte Herodote
de Xerxez ,Roi de Perse, qui étant
venu faire la guerre aux Grecs avec une
armée formidable qu'on fait monter à
huit cens mille hommes,& une tempête
survenuë l'empêchant de passer le Détroit
de l'Hellespont sur un Pont qu'il y
avoit fait jetter , envoya des gens pour
châtier la Mer & la marquer des Stigmates,
2. ce que n'ayant pu faite, il fit
jetter des chaînes pour la lier, dont a
fait encore mention Juvenal.
Ipsum compedibus qui vinxerat Ennosigæum
Mitius id fane quod non en Stigmate dignum
Credidit.
Juvenal. deXerxe, Satyr. x. Lib. xv. Verf. igz;
Ce qui marque l'antiquité de l'usage
des Stigmates.
A la verité les Romains n'userent pas
de cette marque d'infamieenvers leurs
prisonniers de guerre; ils ne pousserent
pas leur fureur & leur vengeance 11 loin;
car pour mettre leurs victoires à profit
ils les Conserverent, d'où est venu le
motLatinservus à servando, & se contenterent
de les vendre, ce qu'on peut
I.Vitruve Lib. II, cap. vin*
2. Herodot. Lib. VII.
1.vol. prouprouver
par Tite-Live, par S. Augustin,
& par les loix du Digeste. I. Mais si
les Maîtres ne marquerent pas alors leurs
Esclaves, il est incontestable qu'ils le pratiquoient
envers ceux qui avoient été
arrêtez dans leur suite, ce que Ulpien
appelle les vestiges de la servitude. 2.
& Quintilien l'im pression des Stigmates
qu'on faisoitàl'Esclave fugitif. 3.Stig- -,:
mates qui leur étoient impriméessur le
visage, & particulierement sur le front
avec une lame embrasée, ou avec quelques
Lettres, comme l'assure Alexank-
dre
,
Napolitain. 4. Stigmates qu'on ne
pouvoit plus effacer.AussiValere Maxime
rapporte que l'Esclave d'Antius Reftion
a voit reçû sur son visage, à sa grande
honte, la marque de certains caracteres
ineffaçables. 5. à quoi fairallusion
Lucien au
sujet de certains Philosophes
sugitifs, qu'il dit devoir être marquez
au front de la figure d'un Renard ou d'un
T. Tit. Liv.Lib.XXIcap.51. -
D. Aug. de civit. Dci Lib. XIX.
LL.3.&4..ff. deStat.hom.
2. Servitutis Vestigia Ulpian. in fragm. Tic.
l' §.II.
3. Stigmata s-cribere f-ugi-t-ivo. Quintil.
4. Alex ab Alex. Gen. Dier. Lib. III.
Cap XX.
5. Val. Max. Lib- . VI. Cap. VIII.
I.vol. S- inge.
Singe. I. Ausone parle encore dans ces
Vers de ce châtiment.
Pergame, non rectè punicus, fronte subisti
Supplicium,Lentæ quod merueremanus,
Attu,quiDominus peccantiamembra Coërce:
Injustum, falfos excruciare Reos.
Aut Infcribe istam
, quæ non vult scribers
dextram,
Aut profugos ferri pondere necte pedes,
Auson. Epigr. xv.
On appelloit encore cette marque Indice,
ainsi le Jurisconsute Caius dit que
ce sont des indices imprimez sur le corps
ou sur le visage avec lefer & le feu. 2.
& même Inscription, dont Claudien adit;
Pars compede furas
Cruraque signati nigro liventia ferro
Jura regunt, facies, quam vis infcripta repugnet,
Seque fuo prodat titulo.
Claudian. in Eutrop. Lib. lîwVers 541;
Mais comme nous avons déja dit le
plus souvent Stigmates,c'est pourquoi
I.LucianRevivircentibus.
2. Indicia in corpore vel facie igne aut ferro
impressa. Caius, Lib. I. Instit, I. S. 4- I. VoIS. -
4
CiceCiceron
a dit à l'occasion de cequ'Alexandre
Pherée n'entrait jamais dans la
chambre de son Epouse,qu'il ne fit cher mar- au devant dè" lui un de ses Esclayes,
l'épée à la main,à eauTe de la défiance
ou traintequ'il enavoit: Ole ,mift-:\-
rable! de croire qu'un Barbare, & qH>Hri
Esclave,marqué des stigmates,lui fit!phu
fidele que sapropre Epouse. I. Ce qui i fait appeller par Nonius, expliquant ce passage de Ciceron, cetEsclave Stigmatias.
Les Interpretes de Suetone, sur ce que
cet Historien raconte de l'Empereur Ca- ligula
, qu'ildéfiguroit plusieurs per- sonnes
, même d'une condition honnête,
par les stigmates, &c. 2. ajoûtent que c'etoit peut être sur le front qu'il le leur
faisoit imprimer, car on marquoit ainsi
les Esclaves. 3. A quoi fait sans doute
attention Martial, quand il dit:
Frons hæcstigmate non meo notanda est.
Martial. Lib. XII. Epigr. LXII. Vers. ult, de Ligurra.
v
Comme s'il disoit,selon ses Commentateurs:
votre frontd'Esclaven'est pas digne
que j'y imprime les Points de mes Pef- 4, I.Cicero.lib.II. deOffic.
i. Sioeton. in Calig. cap. 27.
3. Beroald. in Comment. Ibid.
4 Comment. Var. Ibidem.
I.vol. Cela
Cela étant ainsi, ne peut-on pas conjecturer,
que le Sceau dont je parle peut avoir
servi pour cet usage. On dira d'abord ,
que cette marque auroit été d'un trop
grand volume: mais Petrone raconte, qu'Eumolpe remplit les fronts d'Eucolpius
& de Gyton de fort grandes lettres,
qu'il appelle l'Inscription connuë des Esclaves
fugitifs. 1. On pourra alleguer encore
, que les Enclaves passoient quelquefois
d'un Maître à l'autre , ou par
vente, ou par succession, & que ce Maîtrenouveau,
ayant le même droit de les
marquer encore
3
s'ils étoient fugitifs,
ç'auroit été une grande confusion de stigmates
: maisilimporte peu, il est incontestable,
que chaque Maître usoit de
sondroit,s'il vouloit. D'ailleurs,on pourra
objecterraussi, queces Esclaves étoient
très-souvent Affranchis, & promûs même
aux Dignitez
,
& qu'ainsi ç'auroitété
une grande note d'infamie pour eux, que
cette marque eût toûjours resté empreinte
sur leur front: mais quand cela arrivoit,
ils s'étudioient à cacher avecadresse
cette marque honteuse. En effet,
Athenée raconte, que Diphile de Sinope,
Poëte Comique,attaquoit dans ses
Vers un certain homme qui portoit une
I. Petronius.
J I. vol. grande
grande chevelure, fous prétexte de vouloir
la dédier à quelque Divinité, mais
qui dans le fond ne nourrissoit ainsi ses
cheveux que pour couvrir les stigmates
de son front. I. Et Martial est encore
plus expressif dans son Epigramme à Ru-,
fus, ou décrivant le sasse d'un certain
personnage, qui d'Esclave étoit parvenu
aprèssonaffranchissement à êtrefait Chevalier
Romain, & portoit toutes les marques
d'honneur de cet Ordre, dit que
pour cacher celles de l'infamie de sa servitude,
il paroissoit toûjours en public
avec de grandes emplâtres sur son front,
( fous prétexte sans doute, ajoûtent ses
Interpretes, de douleur de tête ou de mal
aux yeux: ) or Rufe, continuë ce Poëte t
si vous ignorez qui est cet homme, ôtez
les emplâtres de son front, & vous y lirez
qui il est.
Rufe, vides illumsubsellia prima tenemem,
&c.
Et numerofa linunt stellantem fplenia frontem,
Ignoras quis fit? fplenia talle,leges.
Martial. Lt'h.II.Epig.XXIX.*dRufurnl
Enfin, on pourra peut-êtreopposer à
I. Ut capillis promissis obvelaretfrontem
inustam notis. Athen. lib. VI. Deipnosop. I.vol. cet
cet ulage celui des Coliers
,
puisque
Lucille, ancien Chevalier Romain, ôc
Poëte satyrique
,
declare que les Coliers
étoient trèspropres pour arrêterles
claves fugitifs.
Cum manicis, catulo, collarique ut fugitivum
Deportem.
Lucil. apud Nonium.
Ilest vrai qu'on s'est fer vi deColiers
ou de plaques d'airain, pour marquer au
cou les Esclaves fugitifs, mais ce ne fut
que depuis Constantin, sur lesquels on
gravoit même ces fortes d'inscriptions.
Tene me quia fugi, & revoca me D.
mino meo ( avec le nom du Maître. )
J'en ai vu de figure où se trouve même
le monogramme de J. C. ce qui fait
voir que cet usage nefût introduit que
depuis l'établissement du Christianisme: ainsi le Colier dont parle Lucille, étoit
d'une autre espece; c'étoit un gros Colier
de fer pour le lier, & le serrer
comme un carcan, & comme les fers
qu'on lui mettoit aussi aux pieds & aux
mains; cum manicis
s
catulo ; duquel Carcan
fait mention dans Plaute l'Esclave Tyndarus.
1«VQI, HQQ
Hoc quidem haud molestum est jam quod col<;
luscollariacaret.
NFlaut. Capteivei. Acl. II. Seen, II. Verf. 107.
Mais ce Colier n'empêchoit pas l'empreinte
des stigmates pour le punir de sa
fuite: à quoi peut avoir servi le sceau
dont je parle, & on peut le prouver par
les simbolesmêmes qui y font representez
à demi-relief, & par le mot Exftp:-
ranti qu'on y lit à l'entour.
En effet, le premier simbole qu'on y
voit au milieu, est une Pausicape, ou
petite machine ainsi appellés, qui empêchoit
les Esclaves de manger en faisant
leur travail, surtout lorsque leur
Maître les faisoit moudre, ainsi la nomme
Alexandre Napolitain,qui declare
qu'elle faisoit cet effet I. Et pour ne laiC.
fer aucun doute que cela ne soit, voici
la Peinture queTiraquel, qui est un des
sçavans Interpretes de cet Auteur,en a
faite en expli quant ce mot: la Pausicape,
dit il, est une petite machine ronde
qu'on mettoit à l'entour du cou des
Esclaves, afin qu'ils ne pussent pas mettre
lafarine à leur bouche pour la manger
,
lorsqu'ils travailloient dans la maigi
son.2. Aïnli l'a décriteaussi Coelius
I. Alex, ab Alex. gen, dier. Lib. III. Cap.
}De. 2.Tiraquel.Ibid, bo.
flhodigiti
,
qui ne cite pourtant aucun
tuteur pour garant. I. Mais on sçaitque
t'est la description,qu'en a fait le CommentateurEustathius
sur leLivreXXII.
de l'Iliade d'Homere. Et c'est ainsi qu'on
peut remarquer cette petite machine dans e monument, le rond qui est au haut, tant joint, servoit à leur serrer si forment
le cou & le gosier, qu'il leur
toit impossible de rien avaler, & les
leuxbranchesqui se joignent par le bout
en-bas, étoient, sans doute, pour la pouvoir
ouvrir à force, lorsque le Maître
lordonnoit après leur travail.
De l'un & de l'autre côté de cette Pau- J,
lcape, on voit encore deux poignards,
e ki maniere qu'en ufoient les Anciens
,u'ils appelloient Pugiones, semblables peu près à nos Bayonnetes, & il n'est as difficile de juger qu'ils font l'image
e la mort. Tout le monde sçait, que les
claves étoient tellement reduits fous ~li
klépendance de leurs Maîtres
,
qu'ils
voient sur eux le droit de vie Se de
ort, pouvant leur faire souffrir, non
ufelementtous lestourmensimaginables,
ais encore les tuer impunément, &
our leurplaisir. Tacite dit, que ce droit oit enusage parmi les anciens Germains.
I. Coelius Rhodigin. Lib. XXV.cap.XXII. I.vol.2°
1: Il est allezvrai-semblable , qu'il ie-}
toit aussi parmi les anciens Gaulois,puis- i
que, comme l'a remarquéJules Cesar ,
les Seigneurs de cette Nation choififsoient
& destinoient en mourant les Esclaves
qu'ils vouloient qu'on tuât ôc]
qu'on brûlât avec eux.2. Ammian Marcellina
encore attribuélemême droit aux
Perses. 3. & on ne peut douter, qu'il
ne fûten vigueur parmi les Romains,
puisque par leurs Loix il étoit porté,
qu'un Maître ayoit la puissance d'ôter
vie à les Esclaves
, comme il feprati-i
it
quoit parmi toutes les autres Nations. 4*
C'est pourquoi on donnoit souvent àces
miserables des noms infames & terribles
,
qui leur mettoient à tout moment
la flagellation& la potence devant les
yeux: Flagrionis
,
Veyberionis, Maftt-,
ÇÎAyVurciferi
,
Cruciarii: d'où vient
que Ulpien a comparé la servitude &:.
l'esclavage à la mort. Ç.
Il est 0vrai que les Ordonnances de
quelques Empereurs condamnerentcette
puissance tyrannique des Maîtres à
I. Tacit. de moribus Germanorum.
2. Jul. Cef. de Bel. Gal. Lib. VI,
3.Aminian.Marcell.Lib. XXIII. z
#
m
- ,. 1 ti4.CsaiufsuLibn. I. dte.h,is quilui vel al,!ie-n- i j"ul*'j, --
f 5.Ulpian,Leg.18.deCond.&Dom. -
'1-l 1 1 I.vol. *
l'égard de leurs Esclaves.Claude, dit
Suetone, declara positivement
, que si
un Maître aimoit mieux tuer un Efclave
, que de l'exposer dans l'Isle d'Esculape,
étant malade, lassé de lui faire des
remedes, il feroit coupable d'homicide.
I. Spartienassure encore, que l'Empereur
Adrien leur défendit expressément
de ne plus les tuer, & leur ordonna de
remettre aux Juges la punition de leur
crimes,lorsqu'ils auroient manqué à leur
devoir. 2.Ce qui fut approuvé par An
tonin le Pieux
,
& par la Loi Cornelia
qui punit un homme qui en auroit tu
un autre,quand même il feroit Esclave
3. Et confirmé enfin par le grand Cons
tantin
,
fous lequel l'Empire Romain 1
dépoüilla tout-à-fait de son inhumanité
puifqu'il ordonna qu'un Maître, qui
imitant la cruauté des Barbares, redui
roit un Esclave à mourir dans les tour
mens, seroit coupable d'homicide. 4
Cependant on peut dire, que le sceau marque
par ces poignards cette puissance de
1.Sueton. in Claud. cap iy.
2. Spartian. in Hadriano.
3. L. I. &2. de his qui lui vel aiiefti jurii
lunt.
L. Cornelia de Sicariis.
- - 4. Reum homicidii fore qui servum, &c»
Lunica de emendat, servot.
X.vtiot Dn I-J-lO--I
mort du Maître sur son Esclave, & l'on
peut en tirer même une preuve de sa
haute antiquité,puisque quand il fut fait,
-
cette puissance n'étoit point encore abolie.
Tous les Maîtres ne tuoient pourtant
pas leurs Esclaves pour les punir de leur
fuite
,
ils se contentoient le plus souvent
de leur faire porter sur leur front l'image
de la mort, par l'empreinte des Stigmates,
& le sceau dont je parle, paroît
avoir servi à cet usage
, non feulement
par les simboles que je viens d'expliquer,
mais encore par le mot Exfttperanti,
qui signifie Vainqueur
3 pour
marquer qu'il étoit à celui qui l'avoit
surpris, arrêté, & vaincu dans sa fuite,
& qui avoit le pouvoir de lui ôter la vie;
Exsuperanti. Les Romains cesserent enfin
d'imprimer ces marques honteusès sur
levisage de leurs Esclaves; &quoique
nous n'en sçachions pas précisément le
temps , nous pouvons croire que ce fut
vers le commencement du IV. siecle,
lorsque le grand Constantin défendit par
une Loi expresse de les appliquer sur le
c
visage des Criminels; par cette raison,
que le visage, qui a quelque relfernbbnce
avec la Divinité & la Beauté ceIene"
ne devoit pas être soüillé d'aucunestigmate
,
se contentant que ces fortes de
1.vol. marques
marques fussent empreintes sur les mains
„
ou sur le gras des jambes, ainsi que l'a
écrit Theophile. 1.
Seconde Idée pour marquer les Etofes
ou Draperies.
Tout le monde sçait que Narbone; depuis les anciens temps de sa fondation,
a été une Ville très marchande, a quoi
son heureusèsituation n'avoit pas peu
contribué
3
puisque
)
de l'aveu même de
Strabon,étant située sur l'embouchure du
Fleuve d'Aude,&sur un grand Lac, elle
devint le Marché le plus celebre, & le
lieu le plus considerable d'alentour par
les foires qui s'y tenoient. 2. Le negoce
y florit en effet fous les Celtes, auxquels
elle doit si fondation. Ces Peuples, félon
1j remarque de Jule-Cesar dans ses
Commentaires de la guerre des Gaules.
ayant une particuliere vénération pour
Mercure
, parce qu'il leur paroissoit être
le Patron des Marchands, & de tous ceux
qui cherchoient le gain dans le Com-
1. Theophil. Instit. de Libertis.
i. Narbo super Atacisfluvii ostia & Lacum
Narbonenfem situs est, maximum ibi locorum funt eorum quæ Emporium. Strabo Geo- graph.Lib.III..
.1-vol. B ij merce
merce. I. Et il falloit bien que cela fût,
puisque David, Roi des Israëlites, fit
un Traité de Paix & de Commerce avec
ces anciens Narbonois, si l'on peut ajoûter
foi à un ancien Memoiretiré des Archives
des Juifs d'Avignon
,
qu'on conserve
dans celles de l'Hôtel de Ville de
Narbone en Langue vulgaire assez ancienne
, comme s'ensuit.
lt::m. Se troba que en lo temps del Rey
David la Ciutat de Narbona era'emmttrada
,e que ,n aquel temps lo Rey DavidTrames
y Cavaliers à Narbona perfar
Lianfa am la dita Cieutat, e ayjfo fil
trobat als uirchios dels Jufieus en Avin!*.
hon. .1
Archives de l'Hôtel de Ville. III. Tha
lamus. fol. 130. verso.
Maisdès que les Romains eurent fait
la'conquête decette Ville, & qu'ilsy eurent
établi leurs Colonies, tout les invita
au Commerce, la réputation de la
Ville, le Fleuve, le Lac, la Mer, la
proximité de l'Italie, le voisinage d'Espagne,
& du reste des Gaules qu'ils
avoient dessein de conquerir. Peut-on en
I. Hune ad Quæstus pecuniæ,mercaturasque
habere vim maximam arbitrantur. Jul,
CæfdeBel.Gal.Lib.VI
t.~oÀ d-outer
douter après le témoignage qu'en a porté
Ciceron, voulant justifier M. Fonteius,
qui avoit eu le Gouvernement de
Narbone & de sa Province pendant trois
ans,desconcussions dontles Allobroges
l'accusoient. Le Gaule,dit-il, qui est
pleine de Marchands, est aussi pleine de
Citoyens Romains. Il n'y a point de
Gaulois qui entreprenne le moindre negoce
, sans être en societé avec quelque
Citoyen Romain, l'argent n'y roule que
par les Lettres de change des Citoyens
Romains, 1. Cet Orateur ne fait pourtant
mention que du Commerce que Narbone
avoit avec Rome: mais Ausone
3 apostrophant cette celebre Ville, l'étend
beaucoup plus loin: ontransportoitchez
toi, lui dit-il, de tous les endroits du
monde les marchandises les plus précieuses
qui faisoient tes richesses, de la
Mer d'Orient & d'Espagne, d'Afrique
& de Sicile, & tes propres Vaisseaux
parcouroient tous les Fleuves & toutes
les Mers, & revenoient ensuitechargez
dans ton Port.
Te maris Eoi merces, & Iberica ditant
Æquora , te classis Lybici , ficulique profundi.
1. Gicero. Orat. pro Fonteio,
1.vol., B iij EC
tt quidquid vano per flumina, per freta à
cursu
Advehitur toto tibi navigat orbe KATd..hoIS
Auson.Je clur. Ur". Narbo.XII*
Aussi est ce sur sa Marchandise &c sur
son Commerce que Sidonius Apollinaire a
fondé enpartie lepompeux éloge qu'il a
fait deNarbone.
Merce.
Sidon. ApoI. Carm. XXIII. ad Cqnfcent.
Civ. Narb.claris.
Nous trouverions le nom de plusieurs
de nos Marchands Narbonois sur les anciennes
Epitaphes, si l'injure du temps,
ou la fureur des Nations barbares ne les
eussent détruites. En voici une qui nous
reste, & qui efl: même rapportée par Gruter.
pag. DCXLV. n°. 6.
C. OFELLIVS.
C. L.
ZETVS. FRVGI
MERCATOR.
Où le mot fragi doit donner une belle
leçon aux Marchands de nos jours. Delà
vint que les Romains y établirent une
Fo re trés-celebre
,
qui duroit tout le *
mois de Juin, & qu'ils appellerent les
Jtinilices, pour laquelleils nommoient
LIll Dictateur particulier qui y présidoit,
-
1. vol. poux
pour empêcher l'injustice & les desordres.
Nous avons cette Inscription de
Quintus Akanius Rufus, fils de Quintus,
qui avoit été pour la troisiéme fois Diseur de cesjunilices.
Q.:. AKANIVS
Q. F. RVFVS
TER
DICTATOR. IN
IVNILICLIS.*
Mais de toutes les Marchandises, celle
des Draps & autres étofes de laine, y a
été anciennement la plus considerable,
& on ne peut disconvenir qu'on ne les
y ait faits & teints même en couleur de
pourpre, en lisant ces deux Epitaphes qui
font autour de nos murailles.
C.NIGIDIVS
PRIMVS
LANARIVS
SIBI* ET
PROBO-MEROE
LIBER SVI.
A. SEMRONIO
GALLAECI. L.
LAETO PVRPVRARIO
ET
SEMPRONIAE.
MODESTAE
VXORI.
Nousavons d'ailleurs lieude croire ,
qu'on se servoit de ces brillantes étofes
pour leshabirs des Empereurs,puisque
nous trouvons dans la Notice de l'Empire
d'Occident, qu'il y avoit dans la
- 1. vol B iiij Gaule
Gaule Narbonoise deux Procureurs de
'Empereur, fous la direction generale
du Comte ou Tresorier des dons & des
largesses du Prince
, pour les teintures en
pourpre,l'un residant à Toulon, & l'autre
à Narbone
, Procurator Baphii Narbonensis.
1. Ce qui prouve que la Draperie
étoit d'un grand commerce à Nar- bone. Cela étant ainÍÎ, rien n'empêche que
le sceau en question n'ait servi à marquer
les étofes qu'on fabriquoit à Narbone,
que le mot latin Exsuperanti qu'on y lit
tout autour, n'ait pû être le nom d'un
Marchand qui s'appelloit Exsuperans.
comme pour dire,cette Marchandise est
de la fabrique d'Exsuperans, de même
que les simboles qu'on y voit imprimez,
peuvent avoir été les marques dilbnél:ives
que ce Marchands'étoit appropriées,
celui du milieu pouvoit être une pincette
pour tirer les petits pelotons des étofes
& ces especes de couteaux afilez pour
les tondre ou pour les couper. Mais pour
me déterminer, je ferois plus porté à
suivre ce sentiment, d'autant mieux qu'un
* ami a fait retentir jusqu'à moi la voix
de l'Oracle de l'antiquité figurée,qui s'est
déclaré en sa faveur, & qui a même don-
1 Not. imp. Occid. cap. XXXIX.
* LeP. de MontfailCQn. i-vol. e
né dans son Recueil quelques-uns de ces
Xtfrtes de sceaux, qui ont quelque reHemblance
avec celui-ci,tant pour la grandeur
& la forme, que pour les caracteres ou
simboles. Si quelque sçavant Antiquaire
en donne une interpretation plus juste, je
me dépoüillerai agréablement de mes
foibles conjectures, & je souscrirai à son
opinion.
Lafont - -
t
Chanoine de S.Sebafticn de
Narbone.
LETABAC.
ODE.
ParM.Desforges-Maillarda. a. P. DsB.
DEs ennuis accablans, de la morne tristesse,
0 Tabac l'unique Enchanteur!
Des plaisirs ingenus, de l'aimable Allegresse,
0 Tabac la source & l'auteur
Sans toi, Tabac cheri, mon esprit est sans
joye,
Dans les chagrins il est plongé,
1. vol. B v Df
De leurs efforts fréquens il deviendroit lit
proye»
S'il n'étoit par toi soulagé.
L'esprit, quand au travail sa force est languisiante,
Par ta poudreest ressuscité ;
Ton odeur évertuë une ame croupissante
Dans une molleoisiveté.
En diverses leçons on connoît ton merite,
llest d'un prix toûjours nouveau;
Tu fais à flots aisez s'écouler la pituite,
Et tu foulages le cerveau.
Le fang est étanché, la blessure est guerie ,
Quand on t'applique sur le mal.
Dans leurs seconds climats le Pérou,l'Assi.
lie,
N'ont point au tien de baume égal.
On voit presque toûjours l'agréable à l'utile
,
S'unir dans les biens que tu fais;
-
Mais tout cede au plaisir de dissiper sa bile,
En Fumant sur tout à longs traits.
1. llot Par
Par toi seul dans un coeur la tempête eH: talmée,
Une ame avec ravissement,
S'occupeàvoirsortir delapipeallumée,
Un petit nuage fumant.
Dans la Thrace autrefois les champs du tendre
Orphée,
N'ont jamais tant pu sur les sens;
Pour endormir les maux les pavots de Mor
phée
Ne furent jamais si puissans.
Cupidon, d'un Fumeur, à ses chaînes honteuses,
N'attache gueres le destin;
Tu n'as,divin Tabac,dans tes fêtes joyeuses,
D'autre compagnon que le vin-
La mourante vieillesse est par toi rajeunie,
Mieux que par les médicamens ;
Ta vertu merveilleuse , en prolongeant la
vie,
Repare les tcmpéramens.
1.vol BvjA
A ton propice aspectles vapeurs de la pelle .,
Cessent d'infecter nos maisons;
Ton odeur salutaire jen une odeur funeste
A ses trisses exhalaisons.
Celui qui nous apprit le premier ton usage,
Est digne du Nectar des Dieux;
A nos neveux transmis son bienfait d'âge en
âge.,
Doit rendre son nom précieux.
MEMOIRE ssir l'origine des Privileges
de la Principauté d'Yvetot.
NOus avons rapporté dans le second
Volume du Mercure de Juin dernier,
un Arrest du Conseild'Etat, rendu
le 19. du même mois, en faveur de
M. le Marquis d'Albon, Prince d'Yvetot,
& des habitans de cette Principaux
té: on nous a depuis communiqué le Mémore
suivant, sur l'origine des privileges
& des exemptions dont elle joüit.
Selon plusieurs Auteurs qui ont écrit
de l'Histoirede France,cette Principau
té doit son origine à un meurtre com-
1. vol. mis
mis en l'année 536. par Clotaire premier
, en la Personne de Gautier, Seigneur
d'Yvetot, dans la haute Normandie.
Ce Roi voulant reparer sa faute, &
se faire absoudre de l'excommunication
fulminée contre lui par le Pape Agapet,
érigea la Terre d'Yvetot en Royaume,
& mit cette Terre & les Habitans hors
de sa domination; en sorte que tous les
Seigneursd'Yvetot, qui ont succedé à
Gautier, ont joüi des exemptions qui
lui furent accordées. Il est vrai que dans
la fuite des temps, ils se font contentez
de prendre la qualité de Princes d'Yvetot
; mais ils ont toujours joui de cette
premiere indépendance, & de tous les
privilègesaccordez à Gautier d'Yvetot.
Les Auteurs qui parlent de cette érection
, font Robert Gaguin
,
Robert Cenalis,
Baptisse Fulgofe de Genes, Nicolle
Gilles, du Haillant, le ~jnal Baronius,
Sponde Evêque de Pamiers du
Moulin en ses Antiquitez de Normandie
, Louis Trincant, Charles de Bourgueville
, en ses Recherches de la Normandie
,
Chassannée., Chopin,&c.
D'autres Auteurs ont révoqué en doute
l'érection de ce Royaume,principa--
lement, parce qu'on n'en voit pas letitre
primordial, ni d'autorité équivalente;
ce qui est bien difficile, pour ne pas dire
1. vol* imimpossible,
à cause de la longueur du
temps, & de l'invasion des Anglois,
qui ont emporté beaucoup de titres de la
Province de Normandie; mais ce qui
fait pour la vérité de cette éreéHon)c'est
une fuite de titres incontestables accordez
par nos Rois depuis Charles VII.jusqu'au
Roi heureusement régnant, lesquels
n'ont point été donnez sans connoissance
de cause, & confirment tous en quelque
maniere le point d'Histoire dont il estici
question: en voici un petit détail.
Les Lettres Patentes du Roi Charles
VII. en faveur de Pierre de Villaine,
dit le Begue
,
Sire d'Yvetot, du 1 8. de
Mai 1401. Lettres Patentes de Loüis
XI. en faveur de Guillaume Chenu,
Seigneur 3c Prince d'Y vetot du mois
d'Octobre 1464..Pareilles Lettres de
DFranaçmois eI. en faveur des Seigneur& Bellay, Prince & Princesse
d'Yvetot du mois de Juillet 1 54.4.. Pareilles
Lettres d'Henri II. obtenuës par
lesdits Seigneur 5c Dame du Bellay du
mois d'Avril155 1. Autres Lettres de
Henri II. du 14. de Mars 1 5 57* Lettres
Patentes de François II. en faveur
d'isabeau Chenu, veuve de Martin du
Bellay, du mois de Novembre 1559
Lettres de Charles IX. en faveur de ladite
Dame, du 10. de Mai ï~. Pareil-
1. vol. - les
reilles Lettres de Henri III. obtenuës
par ladite Dame, au mois de Décembre
1577. Autres Lettres de Henri III. du
II 2. de Fevrier 1579. Arrest du Conseil
d'Htat entre ladite Dame Princesse d'Yyetot,
& l'Avocat General du Roi en la
Cour des Aides de Roüen, du 13. d'Avril
1579. Lettres Patentes de Henri
IV. en faveur de René du Bellay,Prince
d'Yvetot, du mois de Fevrier 1596.
Autres Lettres Patentes de Henri IV.
des 7. &22. de Juin 1579. & 11.de
Decembre 1600. Arrest de la Cour Souveraine
du 8. de Mai 1642. Sentence
du Bureau des Finances de Rouen du
20. d'Aoust 1642. Autre Sentence du
même Bureau des Finances du 23.de Décembre1652.
Deux Arrests du Conseil
des 23. d'Avril 1653. & 7. de Mars
1654. confirmatifs desdites Sentences au
profit des Habitans d'Yvetot. Autre Arrest
du Conseil du 30. de Mai 1657.
Autre Arrest du Conseil, en faveur de
Bonaventure-Claude de Crevant Prince
d'Yvetot, du 30. deJuillet 1668.
Autre Arrestdu Conseil du 12. Décembre
1676. Arrest duConseil,-qui maintient
& garde le sieur Chauvignédans la
Cure d'Yvetot, & qui y avoit été nommé
par les Tuteurs des Demoiselles mineures
Princesses d'Yvetot, contre le sieur
Jacques Vaultier, qui avoit été nommé
par le Roi à la même Cure. Deux Ar;
rests du Conseil des 20. & 27. de Septembre
1681. Autre Arrest duConseil
en faveur de M. le Maréchal Duc d'Humieres
,Tuteur des Demoiselles Princesses
d'Yvetot, du 3. de Juin 1687.
Arrestdu Conseildu 31. de Décembre
168y. obtenu par M. le Marquis d'Albon
, Prince d'Yvetot. Ordonnance de
, M. de la Berchere, Intendant en la Généralité
de Roüen de la même année
1689. Deux Arrests du Conseil obtenus
par M. le Marquis d'Albon les d'Août 14. & 25. de Septembre 1696. Ordonnance
des Commissaires Généraux
du 16.dAoust 1697. Arrest du Conseil
du 12. de Septembre 1711. & Ordonnance
de M. de Gasville, Intendant en la Généralité de Roüen du 5. d'Aoust
1720.
Les Lettres Patentes de Louis XI. sont
de tous ces titres le plus remarquable.
Elles portent, qu'après l'information faite
, sur les ordres du Roi, des privilèges
d'Yvetot, cette Terre a été vulgairement
appellée Royaume, qu'elle a été de tout
temps exempte de tous droits envers les
Rois de France, que les Seigneurs Princes
d'Yvetot ont Justicehaute, & hajJe, & moyenne hauts jours, où les matieres
prennent fin sans ressortirailleurs
, qu'ils
,1. vol. 9m
ont foires & Marche^qu'ils font exempts
de foi & hommage" que leurs hommes
&fujctsfont Iluffi francs & exempts £impojitions)
quatrièmes gabelles" sel, emprunts
tailles, foÚages
,
& autres fubventiofis
quelconques rnifes & à mettre.
Les
-
autres titres iont relatifs à ces Lettres,
& il a été dressé procès verbal du
tout par M. l'Intendant en la Généralité
de Roüen
3 au Bureau duquel la minute
de ce procès verbal est restée; lagrosse
a été envoyée & déposée au Bureau de
M. de Gaumont, Conseiller d'Etat, &
Intendant des Finances. Il y a encore
beaucoup d'autres titres en original sur
le même su jet, qui comme ceux-cifont
dans les Archives de M. le Marquis
d'Albon,Prince d'Yvetot.
L'Auteur de ce Mémoire auroit pu lui
donnerplus d'étendue, en approfondissant
davantage les choses sur l'origine des privilèges
en question. Nous l'avertirons
ici, & avec lui tous ceux qui peuvent
s'interesser à cette matiere, qui a d'ailleurs
sacuriosité
, que M. l'Abbé de Vertot,
de l'Académie Royale des Inscriptions
& Belles Lettres, a fait là-dessus
une Dissertation qui ne laisse rien à desirer.
Elle se trouve dans le IV. Tome
des Mémoires de cette Académie, imprimé
à Paris en 1713 page 728. C'efl:
I. vol, une
une Piece qui lent partout le Critique
sensé, l'Historien examen un mot, l'habile
Ecrivain. 1
1 -
LE SOLEIL ET LE RUISSEAU.
FABLE. <•J *
u N Ruisseau traversoit mille belles prai
ries,
Où maints Bergers & Bergeres toûjours
Faisoient briller les jeux & les amours: Î
Rien n'étoit si charmans que ses rives fleuries.
Tandis que regnoient les beaux jours. 1
K
Le bel Astre qui dans le cours 1
De son éclatante carriere» a
Répand sur l'Univers sa féconde lumière,
Chaque jour se miroit dans son cristal bril..
lant.
* Le Ruisseau s'en appercevant,
Crût cette faveur singuliere ,
Il crût même par cet accüeil,
Qu'il ne voyoit que lui seul d'un bon oeil :
La fotte vanité facilement nous tente.
Pere du jour, dont la bonté m'enchante,
«
1. vol. S'écria
S'écria le Ruisseau charmé,
Que mon dessinest doux que dans mon eau
brillante,
Vous vous miriez ainsi! puisque je suisaime
»
Du Dieu dont ce flambeau fait le bonheur du
monde,
Rien nepeut égaler le bouheur de mon onde.
Le Soleil à ce compliment
Se cacha derriere un nuage;
C'étoit pour rire assurément
D'entendre un semblable langage.
Ceci s'adresse à bien des gens,
Et même à tous tant que noussommes:
Le Soleil nous dépeint les grands»
Et le Ruisseau les autres hommes.
,£ XT RAIrdu Mandement du Cardinal
de Noailles, sur le miracle
du Fanxbourg S. Antoine. LE10. d'Aoust le Cardinal de Noailles
, Archevêque de Paris donna (on
Mandement, à l'occasion du miracle
operé dans la Paroisse de Sainte Marguerite
le 31. Mai dernier, jourdu S. Sait
vol. ciemene
crement. Nous sommes fâchez par le,"l
bornes ausquelles flous sommes fllfujer-,
tis de ne pouvoir le rapporter ici dans
son entier; mais nous allons en extraire
le plus essentiel pour la satisfaison
, &:
l'édification de ceux de nos lecteurs qui
n'auront pas vu le Mandement même.
<')'
la grandeur & la bonté de Dieu, dit
d'abord le pieux Prélat,n'éclate pas
moins
,
selon les paroles de S. Augustin,
dans la maniere dont il gouverne le monde
, selon les Loix constantes & unifor-.
mes qu'ila lui-même établies, que dans"
les miracles & les prodiges qu'il opere
en s'écartant de ces mêmes Loix. En
effet, agit-il moins en Dieu,lorsqu'il
nous nourrit, comme il fait tous les
jours, en multipliant des grains de semence
, par la fécondité qu'il donne à la
terre, ou lorsqu'il rassasie cinq mille
hommes par la multiplication miraculeuse
de cinq pains & de deux poissons ?
Ces différentes merveilles, ne sont-elles
pas également les oeuvres de Dieu, également
dignes de nôtre admiration & de
nos hommages?&c.
C'est le fruit que nous devons tirer de ; la guérison miraculeuse que Dieu vient t d'operer par le Sacrement de rAurel : prodige qu'à l'exemple de Saint Amsi
vol. brosses
AV,
roise, * nousregardons comme un bienût
du Ciel, donc Dieu a voulu honorer
lôcre Episcopat, & comme une grace sur
laquelle il n'est permis ni à nous ni au
peuples confiez à nos soins de garder le
ilence, & d'être indifferens. Le Pasteur
pourroit - il sans ingratitude ensevelir
lans l'oubli les merveilles de Dieu ? Les
Fideles pourroient-ils les connoître sans
s'en édifier, & sans être touchez de reconnoissance
& d'admirationà la vûë des
narques de la puissance & de la bonté
de Dieu qui éclatent à leursyeux?
Il est donc important pour la gloire de
Dieu, mes très-chers Freres, pour vôtre
édification, pour celle de toute l'Eglise,
pour l'utilité particulière de nos
Freres réünis, que vous sçachiez exactement
les circonstances du fait miraculeux
qui vient de paroître
, que vous en tiriez
les conséquences justes & naturellesqu'il
nous presente, & que vous soyez instruits
des précautions que nous avons prises
pourassurer la vérité du fait, <3c pour le
transmettre à la posterité avec la même
exactitude ,que nos Peres ont observée
pour faire passer jusqu'à nous des miracles
de la même nature, dont ils ont été
lestémoins.
La femme en faveur de qui Dieu a
It S. Ambros.Epistola ad Marcellinam iz.@ ., 1. vol. ceert
opéré le miracle, se nomme Anne Charlier,
épouse du sieur de la Fosse, Maître
Ebeniste
,
âgée de quarante-cinq ans,
née & élevée à Paris. L'on rend témoignage
,
dans tous les lieux où elle a demeuré,
& particulièrement sur la Pasoisse
de Sainte Marguerite, où elle est
établie depuis 20. ans, que sa conduite
a toujours été Chrétienne & édifiante.
Il y après de 10. ans que Dieu amigea
cette femme d'une perte de fàng»v
qui depuiscetteannée étoit devenuë fil
continuelles si violente & siopiniâtre,i
que les tentatives qu'on avoit faites pour
la guerir avoient été aussi inutiles que dangereuses.
Depuis 18. mois son épuisement ne
lui permettoit plus de marcher, même
avec des bequilles, ni de soutenir la lu- ;\.
miere; les plus legersmouvemens la ;,
faisoient tomber en foiblesse, elle ne pouvoit
presque demeurer dans son lit à L
cause d'une grande douleur de côté, & f
pour passer de son lit à son fauteüil on V
étoit obligé de la porter. Pour recevoir I
la sainte Communion le Lundi qui
préceda
sa guerison, elle se fit porter dans «S
une chaise jusqu'aux pieds de l'Autel, :
ellenepût se mettre à genoux que foutenuë
par deux personnes
»
&on la rap- 1
porta de l'Eglise presque mourante.
1. vol. ,$Q!t :
£
Son infirmité connuë d'un grand nomre
de personnes, tant du Fauxbourg
Antoine,que de differens autres quariers
de Iaiisj, étoit devenue de notoriété
publique ; & soixante témoins dignes de
Ji attestent les circonstances que nous
enons de vous marquer. La verité &
promptitude de sa guerison ne font
ni moins notoires, ni moins attestées.
Pressée cette année par un grand desir
& par une foi vive de demander sa guerison
àJesusChrist
,
lorsque laProcession
du Saint Sacrement passeroit devant
a mailêm, le Lundi précèdent elle delara
son projet à l'Ecclesiastique, auquel
elle se confesse depuis dix ans, qui
qui conseilla de ne point tenter Dieupar
a demande d'une guérison si publique,
& de se contenter de prier Jesus-Christ
le la guérir en communiant; elle suivit
ce conseil ; mais Dieu qui vouloit rendre
cette guerison plus éclatante & plus
rJle, ne l'exauça point dans ce moment;
e sentant donc plus incommodée qu'auparavant
,
elle persista dans la résolution
:1e s'adresser à Jesus-Christ le jour du
Saint Sacrement, que la Procession deavoit
passerdevant sa porte. Le matin
mêaie de cette Fête solemnelle
, une Femme née dans la Religion Protestante,
]u.e la malade connoissoit depuis longi.
vol. temps,
temps, la vint voir ÔC l'ayant trouvée
consternée par l'augmentation de son
mal, elle l'exhorta à mettre toute sa confiance
en Jesus-Christ ,
elle lui repre
sensaque le Fils deDieu ressuscité d'entre
les morts, toujours vivant, n'étoit
pas moins puissant dans le Ciel, que
lorsqu'il étoit sur la terre: qu'il pouvoit
donc la guérir, comme il avoit gueri
l'Hemorrhoine
a
l'Aveugle-né,le Paralytique
, & tant d'autres, qu'elle na—
voit qu'à l'invoquer avec la même Foi
dont ces malades étoient penetrez.
La Dame de la Fosse fortifiée par ce,
discours, résolut de suivre le mouvement
que Dieu avoit mis dans son coeur,
& de demander sa guerison à Jefus-
Christ; non à Jesus-Christ present seulement
dans le Ciel, selon le conseil de
la nouvelle Réunie ; miis à Jesus-Christ
réellement present dans le Sacrement de
l'Eucharistie
,
selon la Foi de l'Eglise.
Animée de ces sentimens,elle se fit
descendre dans la ruë; la nouvelle Réünie
se retiradans ce moment,pour aller
dans une maison voisine, où plusieurs
nouveaux Réünis étoient affèrnblez
où Dieu avoit permis qu'ils se
trouvassent,
pour être instruits exactementdu
miracle qu'il vouloit operer, peut-être
encore plus pour eux que pour la malade.
1. vol. LPflLorsqu'elle
fut à sa porte 3 elle se trouva
très-mal, ne pouvant soutenir ni l'air,
ni le grand jour. Cependant quand on
lui dit, voilà le Saint Sacrement, elle nt
un effort pour se jetter à genoux, & elle
tomba dans l'instant sur ses mains ,criant
en même temps: Seigneur, si vous voulez.>
voiis pouvez, me guérir,jecrois que
vans êtes le même qui etes entrédansJerusalem
: pardonnez-moi mes pechez, & je
serai guerie. Elle marcha sur ses genoux,
& sur ses mains quelques pas, criant
toûjours à haute voix: Jesus-Christ vous
pouvez, me guerir. Le peuple étonné du
spectacle, parut scandalisé de voir une
femmesuivre le Saint Sacrement,se traînant
par terre, & criant à haute voix:
les uns crûrent qu'elle étoit yvre, ou en
démence, d'autres qu'elle tomboit du
mal caduc: tous la presserent de se retirer
; sa foi ne fut point refroidie par tous
ces obstacles
,
rien ne put l'empêcher de
continuer sa marche, &d'invoquerJesus-
Christ,disantqu'on la laissàtsuivre
son Dieu
,
& sa foi fut bien-tôt exaucée.
Sentant tout d'un coup son coeur se
fortifier
,
elle se leva, encore soutenuë
par les deuxpersonnes qui l'avoient accompagnée;
& dans le moment, éprouvant
que son corps tournoit comme pour retomber, elle cria encore plus fortei.
Vil,. C î
ment: Seigneur , que j'entre dans-z,dire
Temple, & je seraiguérie.Elleditmême,
ceux qui la soutenoient de la laisser
persuadée qu'elle marcheroit bien; ils la
virent en effet marcher dans la foule du,
peuple & suivre le Saint Sacrement:
frappez d'étonnement, & croyant à tous
momens qu'ellealloittomber, ils lui
presenterent leurs mains & leurs bras
pour s'appuyer; mais cette précaution fut
inutile:elle alla feule & sans secours
jusqu'àl'Eglise de Sainte Marguerite,
perdant, toujoursnéanmoins unetrèsgrande
quantité de sang.
Arrivée à la porte de l'Eglise
,
elle
xedoubla ses prieres, & demanda à Dieu
avecune nouvelle serveur,qu'elle n'entrât
point dans le lieu Saint, sans être
pleinement guerie : au moment donc
qu'elle eut mis le pied dans le Temple
du Seigneur, elle sentit comme l'Hé
morrhoïsse de l'Evangile, la source du
fang qu'elle perdoit, dessechée. Elle resta
debout
ou à genoux à la porteduChoeur,
pendant Tierce & la grande Messe,qui
durerent une heure & demie, sans être'
aidée de personne, ni pour se mettre à
genoux , ni pour se relever; pendant
Sexte elle entra dans le Choeur, & demeura
quelque temps à genoux devant
le Saint Sacrement:elle en fouit sans-
I.vol.Ctrç
être incommodée de la lumiere, qu'elle
ne pouvoit soutenir auparavant. Enfin,
sans êcre soutenuë par personne, elle
revint à pied chez elle
,
accompagnée
d'une grande multitude, qui semblable
aux peuples, témoins des miracles de Jesus-
Christ, saisie de crainte & d'admiration
glorisioitDieu, qui donnoit aux
hommes des preuves si surprenantes de
sa puissance.
Ceux qui avoient vu la Malade se jetter
par terre en presence du Saint Sacrement,
& qui n'avoientpû la suivre
,
à
cause de la foule du peuple, s'attendoient
si peu à une guerison miraculeuse, qu'ils
laisserent quelque temps à sa porte le
fauteüidans lequel on l'avit descendue
,
convaincus qu'on alloit la rapporter
presque mourante, & que le secours
qdurei ,avoit été necessaire pour la descenle
seroit encore plus pour remonter
dans sa chambre.
A son arrivée dans sa maison, quel
concours de ses voisins& de tous ceux
qui avoient été exactement instruits de sa
maladie! En la voyant monter son escalier
,comme si elle n'avoit point été malade,
ils ne pouvoient croire ce qu'ils
voyoient; à peine étoit-elle assisè, qu'ils
la prioient de se lever & de marcher
dans sa chambre, pour confirmer à leurs
I. vol. Gijyem;
yeux la preuve d'uneguerisonau-dessus
des forces de la nature, & qui ne pouvoir
venir que de Dieu.
: Le bruit du miracle parvint bien-tôt
jusqu'à la nouvelle Réunie ,quiavoit vû
le matin la Dame de la Fosse, & qui
s'étoit retirée dans le voisinage. Elle depose
elle-même,que frappéed'étonnement
& de joye, sur la nouvelle de la
guerison de son ancienne amie, elle en
perdit la parole, & qu'elle envoya dans
le moment son fils
,
aussi nouveau Réüni,
chez la malade, pour s'assurer de la verité
du fait. - >
Le fils courut à la maison de la Dame
de la Fosse
,
qu'il rencontra dans la ruë
arrivant de la Messe: ilatteste dans sa
déposition que le spectacle de cette femme
qu'il voyoit marcher librement,
après l'avoir vüë depuis si long-temps,
ne marchant que sur ses genoux & sur
ses mains, & qu'il appelloit le Ver rampant,
le toucha & le saisit si fort, qu'il
ne pût lui parler:ilajoûte
,
qu'il ne fut
tout-à faitpersuadé de la guérison, que
lorsqu'ill'eut vue ,
faisant plusieurs tours
dans sa chambre, & le reconduisantjusqu'à
l'escalier, sans que personne lafoutint.
Dès qu'il eut rendu compte à la mere,
tUe vint elle-même, pour voir de ses I.vol. ,•propres
propres yeux les merveilles de Dieu; h
malade lui donna des preuves si claires
& si convainquantes de sa guerison
,
que
la mere a reconnu, & declaré,aussi bien
quesonfils, que c'était un tjfit miraeu*
leux dela toute puissancede Dieus &
qu'ils ne croyent pas qu'ily ait eude rni..
racle plus certain que celui-là; ce font les
propres expressions de leur déposition
que nous rapportons ici.
Dieu daigne éclairer ces deux nou.
veaux Réünis : s'ils ont eu la bonne foi
de convenir d'un miracle opéré par la
Sainte Eucharilhe. qu'ils avoient interest
de contester : Que Jesus-Christ auquel
ils ont commencé à rendre gloire,
acheve de dissiper leurs tenebres
}
& de
les convaincre qu'il est réellement sent, pre- & qu'il veut être adoré dans un Sacrement,
par lequel il opere ces prodi- ges. A ces deux témoignages si édifians,
& que l'on ne peut soupçonnerde collusion,
nous ne pouvons nous dispenser
d'enajoûteruntroisiéme, d'un Chirurgienque
son Art & la connoissance qu'il
avoit de la malade rendent encore d'un
plus grand poids.
Le sieur Prouhet,Chirurgienvoyoit
la Dame de la Fosse depuis quinze ans, & il sçavoit que on infirmité l'avoit re'
J. vol. C iij duitc
duite dans une entiere impuinance dfc
marcher, il avouë dans sa déposition qu'à la premiere nouvelle de sa gueri-,
son, ilne pût la croire, & qu'il dit que
si elle marchoit, ce ne pouvoit être que l'effetd'untrès-grand miracle. 1 Pour s'éclaircir du fait, il alla le jour
même chez la malade; dès qu'elle le
vit, elle se leva & vint au-devant de lui,
disant qu'un plus grand Medecin que lui
l'avoit guérie. Il en fut attendri sans pou- *
voirparler: ôc il ne douta plus de là
guerison , après avoir vu la malade descendre
son escalier, le reconduire jusques
dans la ruë, aussi ferme sur ses jampbesa,
qrufe asi eillteeavofitatonûjotuérs j.oüi d'une
Pour vous donner ici, mes très-chers
Freres, un précis des témoignages contenus
dans l'Information, presque tous
les témoins que nôtre Commissaire a entendus,
connoissoient depuis long-temps
la Dame de la Fosse, ils sçavoient l'état e foiblesse & d'épuisement où son infirmité
l'avoitréduite, ils marquent tous
leur étonnement sur une guerison si:
prompte & 1i parfaite ils rendent tous
témoignage à la vertu à la candeur, &
à la droiture de la malade.
Ses parens qui la voyoientsouvent,
.,s voisins qui lui rendoient les fervices^
y VQU J * que
que la charité Chrétienne exige, & qui
venoient la consôler dans ses souffran-
Ces, d'autres personnes répandues dans
divers quartiers de Paris, qui laconnoisroient
à l'occasion des ouvrages de son
mari & de son commerce , ont déposé
>
qu'ils l'ont trouvée quelquefois baignée
dans ton sang, ne pouvant plus marcher
sa vue si ~afïmblie, qu'ellene distinguoit
bas ceux quivenoient la voir, & qu'elle
ne les reconnoissoit qu'au Ton de leur
Voix : que presque toujourssansappetit,
elle ne pouvoit prendre de hourri..
ture sans de grandes souffrances; si maigre
& si extenuée
, qu'on la regardoit
tomme une malade hors d'espérance dd
epululisf,on, & que les Médecins ne voyoient
parce qu'ils jugeoient sa maladie
ns remede. Ces mêmes témoins, admH
tent comment, en un instant elle à été
délivrée de maux si considerables & a
înveterez ; comment ses forces se font
rétablies au point qu'elle va à pied d'uné
éxtrêmité de Paris à l'autre, ils louent
tous, ils glorifient tous Dieu de la santé
, rendue à cette malade, dont ils ctoyoiênt
l'infirmité incurable.
Le mari transporté de jôye
,
d'admiration
, &: de reconnoissance de la guerison
miraculeuse de sa femme,fut saisi d'un
tremblement danstout le corps quia
JL.vol. C'iiij * duré
date pluheurs jours, & ce tremblement
étoit encore si violent lorsque l'Information'a
été faites qu'il ne pùt signer sa déposition.
Dans le concours du monde,de tout
état, de toute nation,d e toute Religion,
que le bruit du miracle a attiré chez la
Dame de la Fosse, tous ceux qui l'ont le
plus entretenuë, & qui se font le plus
exactement informez des circonstances du
fait, en font revenus aussi convaincus de
la vérité de la guérison
,
qu'édifiez de la
foi simple, 8c de la sincerité de la persontie
geuerie. Nous devons ajoûterpourvôtre édification
, que Dieu n'a pas permis que la
moindre apparence d'interest aitpu faire
Soupçonner de l'art & de l'industriedans
ce qui s'étoit pa/ré.
Une auguste PrincelTe qu- e sa foi 8c sa
pieté rendirent attentive à ce miracle,
croyant la personne guerie
,
dans le besoin
, lui fit offrirdes secours; quoiqu'il
ne fut presque pas permis de refuser un
present d'une mainsirespectable
,
la Dame
de la Fosse contente de son état, n'hesica
point pour répondre qu'elle n'avoit
besoin de rien, qu'elles'estimoit trop
heureused'avoir recouvré sa famé) 8c.
que le même D'eu qui l'avoitassistée.
pendant sa maladie.,après l'avoir guerie.
i. vol.- ne
ne la laisseroit pas manquer. Dautres
personnes d'une grande consideration.
tirent tous leurs efforts pour luifaire
accepter quelques secours
,
qu'elle a genereusement
& constamment refu fez :
enfin un homme connu dans le monde »
sur qui le miracle avoit fair une vive
impression
,
pressa le mari, par un mouvement
de charité de recevoirquelque
argent. Le sieur de la FoiTe pénétré de
reconnoissance de la grace si surprenante
faite à sa femme,répondit avec foi qu'il
ne seroit pas dit qu'ileutvendu les dont
de (Dien. C'est ainsi que dans un siecle où
l'on veut douter de tout. Dieu a voulu
que tout concourut pour mettre dans une,
pleine évidence.un miracle si avéré.
Plus ce miracle est important pour Lx
Religion, plus nous avons crû devoir
a pporter d'attention pour en éclaircir la
vcricé, & pour en conserver la memoire.
Pouvionsnousnouspropoler un meilleur
modele
, que les règles que Saint
Augustin observoit de son temps pour
faire un juste discernement entre les
vrais & les faux miracles ? &c.
A CES CAUSES, vû la Requête à Nous
presentée par nôtre Vice - Promoteur y
tendante à ce qu'il Nous plût faire informer
de la vérité desfaits contenus en
ladite1Req.uênte,noôUtreGOrdovnnance étant aJJl
au bas en datte du deuxième du mois da
Juin dernier, portant Commission au
sieur d'Orfanne,Prêtre, Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris, Chantre
& Chanoine de nôtre Eglise de Paris
,
& nôtre Official ordinaire, pour informer
des faits mentionnez en ladite
Requête
,
circonstances & dépendances,
le plus exactement que faire Ce pourra,
& dresser Procès Verbal, pour cefait,
& le tout à Nous l'apporté, être ordonné
ainsi que de raison ; le Procès Verbal
d'information faite par nôtredit Commissaire
les 4.6.78.10.12.13.15,17.
jp.16. & 27.duditmoisdejuinnôtre
Ordonnance du 18. du même mois
de Juin, par laquelle Nous avons commis
lessieurs Afforry, Leaulté, Gelly Geoffroy & Herment, anciens Docteurs,
Regens de la Faculté de Medecine en
l'Université de Paris, pour examiner
conjointement, le plus exactement que
faire se pourroit, l'état de ladite Anne
Charlier, femme de François la Fosse
Maître Ebeniste, & donner sur , ce leur
avis en leur honneur & conscience, suivant
les connoissances & lumieres de
leurArt; à l'effet dequoi ledit *Procès
Verbal d'Information leur seroit remis :
le '(J pportdesditssieursMédecins fait en
consèquence le 1 j. dudit mois de Juin:
A« 1.VtL-tout
tout confideré, & sur ce pris l'avis ÔC
conseil de Docteurs en Theologie de la
Faculté de Paris, & d'autres personnes
capables & pieuses..ausquellesNous avons
donnécommunication desdites Informations..
& du rapport des Medecins, le
Saint Nom de Dieu invoqué, Nous jugeons
que la guerison arrivée à la Frocesssion
du Saint Sacrement de la Paraître
de Sainte Marguerite le 31. Mai dernier,
en la personne d'Anne Charlier,
femme de François de la Fosse
,
Maître
Ebeniste, est extraordinaire, surnaturelle
& miraculeuse : permettons qu'elle
foit publiée & annoncée comme telle
dans nôtreDiocèses & comme il est juste
que dans le lieu même-ou il a plû à Dieu
de faire sentir les effets de sa bonté & de
-
sa puissance, il lui en soit rendu des
actions de graces plus particulières, ordonnons
que Jeudi vingt-trois du present
mois, il foit fait dans l'Eglise de Sainte
Marguerite un Office sôlemnel du Saint
Sacrement:permettons de l'exposer tout
le jour, & après avoir donné le foir au
Salut la bénédictiondu S. Sacrement, de,
ch,anter le Te Deurn en action de grate;C
& le Dimanche suivant, le Clergé de
ladite Eglise de Sainte Marguerite , fera
après les Vêpresennôtre Eglise Metropolitaine,
une Procession solemnelle,pour
1. Sol. C vj y
y remercier le Seigneur des merveilles
qu'il a operéesdansladite Paroisse, Se
après avoir dit une Antienne à la Chapelle
de la Vierge, on y chantera le re
Deumi &afin que la memoire d'un il
grand bienfait, Ce conserve à-la posterité,
fera misdansl'Eglisede Sainte Margue.
rite une Pierre
,
sur laquelle on gravera
l'Extrait du Disposîtif de nôtre present
Maniement, lequel fera lu en entieraux
Prônes des Messes Paroissiales, le Dimanche
aprèsqu'on l'aura reçu. Donné
à Paris en nôtre Palais Archiepiscopal ,
le dixième jourdu mois d'Aoust mil sept
cent vingt-cinq. Signé, + L. A. Card.
DE NOAILLES,Arch. de Paris. Et
plllr bas, Par son Eminence. CHEVALIER.
ALEXIS, CANTATE.
Charmé
de la Bergere Annette;
Le Berger Alexis, dans ces Bois l'autre jour,
Rêvant à son amour,
Accompagnoit de sa Musette ,
Le triste récit de ses maux , 3.vol. Qu'entreQu'entrecoupoient
cent fois, ses pleurs &: fei
sanglots. -
J'aime ,
s'écrioitil, une beauté- severe
r
Qui me fait ressentir mille tourmens affreux y
Dieux! que pour un Amant sincere,
Mon fort est rigoureux.
Tendre écho, témoin de ma peine,
Repettezà cette inhumaine,
Les tristes accens de ma voix.
Ruisseaux, qui par vôtre doux murmura
Apprenez lui ce que j'endure,
Quand elle viendra dans ces Bois.
Tendre écho, témoin de ma peine,
Repettez à cette inhumaine
»
Lès tristes accens de ma voix.
Allez, mon cher troupeau, errez dans ces
campagaes,
Laissez un malheureux Amant
Les Bois, les Antres, les Montagnes
Peuvent seuls soulager mon amoureux tourment
;
Allez,brebis, allégés fideles compagnes.
i. VQ1 Mais
Mais quels transports me ravissent les Cens*t
Ciel! que deviens-je! ..;oùsuis-je! .4
ah!.qu'est-cequejesens, - Troublé¡, confus, accablédetristesse,J
J'apperçois dans les bras d'un rival trop heu- j
reux,
L'aimable objet de ma tendresse,.
Fut-il jamais Amant plus malheureux?
J
Accourez, dépit jaloux,
Emparez vous de mon ame »
Troublez des momens si doux,
Opposez-vous à leur flâme.
Chassez l'amour de mon coeur,,
Qu'il faiTe place a la haine,
Etpour combler mon bonheur,
Oublions l'inhumaine.
tro ; j
Accourez, &c.
D. Villeminot.
I.V„U extrait
1-
ÆxrRAIT d'une Lettre écrite; de Brest
le 10. Aoust 1725. aux Aiitenrs dll '-Jt!:rcureJ aupi)et d'un hmme Mnrin.
L Océan ne veut rien devoir à la
Mer Mediterrannée; nous avons
vû
,
Meilleurs, avec étonnement dans le
dernier Mercure,ce qu'on vous a écrit
sur le Phenoméne arrivé au Port de
Marseille : on ne fera pas moins étonné
de l'apparition de l'homme Marin, dont
je vais vous parler, & dont nous avons
appris presque en même temps la nouvelle.
Cet homme Marin s'est fait longtem
ps voir à tout le monde de l'équipage
du Vaisseau nommé la Marie de Grace
commandé a par le CapitaineOlivier Morin,
lequel après avoir bien examiné la
chose avec tous ses gens, en a fait dresser
une petite Relation en forme de procès
verbal. se vous la donne, Meilleurs,
dans toute sa simplicité, & sans y changer
aucun terme.
» Les vents étant à l'Est- Sud-Est, beau
» temps, nous étions à trente brasses,
t) d'eau
,
lorsqu'à dix heures du matin il
» parut un homme Marin tout proche le
1.vol. Navire,
» Navire,premierement à bas bord
,
oi
M étoit lecontre-Maître, nomméGuillau-
» me Laumosne, qui prit une gaffe pour
» le tirer à bord; mais nôtreCapitaine,
)')
l'en empêchascraignant qu'il ne l'en-
» traînatavec lui à la Mer; Laumofne lui-
» donna feulement un coup sur le dos sans
» le piquer pour l'engager à se tourner, »afin de le mieux considerero Quand le
1) Monstre se sentit frappé il presenta le
'» visage au contre- Maître, les deux
» mains fermées, comme s'il eut marqué
» de la colere ; ensuite il fit le tour du
» Navire, & quand il fut à l'arriere, il
« Cassis avec Ces deux-mains le Gouver-
»nail
, ce qui nous obligea de l'assurer
» avec deux Pallans, de crainte qu'il ne
,.-»
l'endommageât. Delà il repassa par
» Tribord en nageant toujours de la mê-
»me manicre que les hommes nagent. »Lorsqu'il sur à nôtre avant, il consi-
» dera quelque temps la figure qui el1 à
» nôtre proüe, laquelle represente une »très-belle femme, & après l'avoir
» longtemps regardée il prit la soubarbe
M, de Beaupré, & s'éleva hors de l'eau,
» comme s'il eut voulu prendre cette
» figure. Tout cela se passa à la vûë ds
» tout l'équipage, & à la mienne. Il re-
» vint ensuite à bas bord ou l'on lui pre-
1. vl. senta
p sentaune Moruë penduë à une corde.
»Il la mania avec Ces mains sans l'en-
»dommager, après quoi il s'éloigna à la
n longueur d'un cable, au vent à nous >
1) puis il revint à nôtrearriéré, où il
»reprit de nouveau le gouvernail. Dans
» ce moment le Capitaine Morin fit pré-
M parer unharpon pour le harponner,
» & le prit lui-même pour lui lancer le
»coup. Mais comme le harponier, ou
7t piece de cordage, n'était point pare,
»il manqua son coup, le manche du har-
» pon frappa feulement le Monstre, le-
» quel se retourna, & presenta son visa-
» ge au Capitaine, comme il avoit fait la
» premiere fois aucontre-Maître. Enfuite
» il repassà à nôtre avant, ou il s'arrêta
» de nouveau à considerer nôtrefigure de
» proüe. Alors le contre-Maître se fit
» apporter le harpon; mais la peur le
saisit un moment après, Se il n'osa lan-
» cer son coup, s'imaginant ridiculement
» que ce Monstre étoit un nommé h
n Communs qui s'étoit tue lui-même dans
» le Vaisseau l'année précédente, & qui
» avoit été jette à la Mer dans ce même
» parage. Il se contenta de pousser rude-
» ment ce Monstre par le dos avec le
» manche du harpon; lorsqu'il se sentit
« toucher il retourna son visage, comme
» il avoit fait les autres fois.
1, vol. En
r » Ensuite il revint le long du bord du
3) Navire à le prendre,pourainsi dire,à
) la main: il eut même la hardiesse de
» prendre un cordage que tenoientJean
to Maziere&Jean Desfiette de Seigneub
ré, lesquels voulant le lui arracher
» des mains, le tirerent le long du bord,
» de maniéré qu'il voulut mettre la tête
» sur le bord
j
mais le cordage étant » bout, il se au ,> lâissâ retomber à l'eau; après
» quoi il s'éloigna d'une portéedusulil
)0, au vent à nous; il revint aussi-tôt tout-
» proche, & s'élevant hors de l'eau jus-
» qu'aunombril. Nous remarquâmes
» que son sein est aussi beau, & aussi gros » qu'aucune femme le puissè avoir; en-
»
suite
il Ce retourna sur le dos,& nous
» iaina voir son (èxe. Il fit encore le tour
» du Navire & passant à nôtre arriéré,
» le dos tourné, il s'éleva hors de l'eau
n & fit ses immondices, après quoi il (e
» retira, & nous ne l'avons plus revu.
» Je jure que depuis les dix heures du
Pmatin jusqu'à midy, qu'il a été le long
M de notre bord, si la peur ne s'étoit pas
» répanduë
, on l'auroit pû prendre avec
» la main plusieurs fois, n'étant éloigné
» du Navire que d'un pied ou deux au
» plus. C'est pourquoi tout l'équipage a » eu la facilité de le bien considerer. Cet
v homme Màrin a environ huit pieds de
-! 1. vol. long ,
» long, il a la peau de couleur rousse sans
Ȏcaille, tous les mouvemens de son
» corps, à prendre depuis la tête ju[-
»qu'au bout des pieds, ressemblent à
» ceux des hommes, il a les yeux bien
,53
proportionnez
,
la bouche petite à pro-
.)) portion de son corps ,
le nez fort can
mard
,
large & plat, les dents larges
» & très-blanches, la langue epaine, les
» cheveux noirs,crépus
J ou frisez comn
me le poil d'un barbet, le menton cou-
» vert d'une barbe mousseuse, avec des
1) moustaches fous le nez, les oreilles
»comme celles d'un homme, des nages
» entre les doigts des mains & des pieds
» comme les canards; enfin
, un très-
» beau Íèin, &: à ce la près, tout semm
blable à un homme très-bien fait. Ce
» qui est justifié par le rapport certifié
» du Capitaine Olivier Morin,de moi
m Jean Martin, Pilote du Navire laMa-
» rie de grace , & de tout l'Equipage » , compôsé de 32. personnes, y compris
p deux Mousses.
Quoique nous ne sçachions pas précisémentd'où
nous vient la Relation qu'on
vient de lire,nous la donnons avec quelque
confiance, non feulement à cau se de
la singularitédu su jet,mais parce qu'elle
nous paroît avoir un air de vérité, 6c
que quelquespersonnes de distinction
.,
1.yol, l'ont
aumreçue ; d'ailleurs, ce n'eïï
pas la premiere fois qu'ona entendu
parlerdun homme lebreHistorien marin. Baker , ce- Anglois,rapportequ'en l'année1189. &sous le Regne de Henri II. Roi d'Angleterre, des Pêcheurs prirent
dans leurs filets, sur les côtes du Comté de Suffolk, près Otford ,un monltre marin qui ayoit toute la figured'un
homme. Il ajoute, que Bar- thelemi de Glandeville le garda plus de
six mois dans le Château-d'Otford. Cet, homme marin ne parloit point; il man*j
geoit de tout ce qu'on lui donnoit,il mais marquoitplus d'avidité pourlepois- ion cru, qu'il dévoroit après en avoir exprimé le [ue ; on le mena plusieurs
fois à l'Eglise; mais on ne remarqua en lui aucun signe deReligion.Enfinn'étant
pas gardé bien soigneusement,il se i
déroba,& étant retourné à la mer, on j
ne le revitjamais. Lemême Historien dit, que du temps
du Roi Jean d'Angleterre, mort en iii; i
on prit fils les côtes du même Païs de
Sjufïblk, unpoisson monstrueux, qui avoitau/Iï toute la figured'unhomme.
On le garda six mois sur terre, en le
nourrissant de chair & de poisson, mais
comJm.evotln. vit qu'il n'y ayoit pas moyen Qe;
le le faire parler, on le rejetta dansla
ner.
Les premiers Journaux des Sçavans
commencez en 1665. contiennent une
Relation à peu près semblable 4uii monsre
marin, à figure humaine,pêche sur
es côtes de Norwege, dont on voit même
la figure gravée dans l'un de ces
Journaux.
Enfin le Chevalier de Chaumont,dans
la Relation de (on Voïage deSiam, parle
aussi d'un monstre marin, qui avoir le
visage tout-à-fait semblable à celui d'un
Homme, & qu'il vit dans un étang des
Iradns du Roi de Siam 3avecd'autre®
ip'oilions curieux & extraordinaires.
Nous venons d'apprendre, que la Rellation
inserée ci-dessus, est très-veritable
) par une autre Relation,qui contient
les mêmes choses, mais qui marque
exactement les circonstances des lieux,
,& du temps ausquels l'homme marin a
,eté vû; elle est d'ailleurs revêtuë des
marques d'une autenticité qu'on ne peut
revoquer en doute, nous en dirons quelque
chose de plus dans nôtre premier journal.
}»vol,pANAEr
DANAE.
CANTATE.
Par M. Desforges-Maillard.a. a.PD.B.
DAns une tour d'airain, dont les murs spaî
cieux,
Elevoient jusqu'au Ciel leur faîte audacieux,
Danaé,par l'ordre d'un pere,
Voyoit renfermerses attraits j
Et se plaignant aux Dieux d'une loi si fc*
vere,
Elle exprimoit ainlî ses trop justes regrets, -
Qu'il est dur dans le bel âge.
De languir dans l'esclavage !
Les larmes & les soûpirs,
Sont mon unique partage;
Qu'il est dur dans le bel âge.
* De vivre loin des plaisirs.
Toi qui m'as donné la vie»
Tu me l'as presque ravie.
r-
Eft-41 de mal plus pressant?
l"i. - Lt vol, l,
Le trépas me fait envie.
Toi qui m'ils donné la vie.
Reprens ton cruel present.
Qu'il est dur dans lebelâge,
Di languir dans l'esclavage!
Les larmes & les soûpirs
Sont mon unique partage;
Qu'ilestdurdans'lebel age
De vivre loin desplaisirs.
'-: D'un voile épais le Ciel se couvre, 1
Quel bruit! quels affreux sifflemens !
Quels assauts! quels combats parmi les Elemens
! I,
L'sécl'aeir pnartt, rl'aior muugvit, lr'Oelim.pe en feu
Mais par quel prodige nouveau;
Vois jeencorsefondre lanuë? *
Quelle Divinité! quelle force inconnu.
Produit un changementsi beau! ;
Cessez, Princesse ;
De vous affliger,
L'amours'empresse
De vous soulager.
h vol. , Il
Il vous apprête,
, Sensible à nos voeux,
Uneconquête., -'\
Digne de vos feux.
- I
Cessez
»
Princesse
Devousaffliger,
VAmour s'empresse,
De vous soulager
Elle voit un Amant; c'est Jupiter lui-même,
En or liquide transformé;
De ce brillantmétal quelle est la force citi
trême»
Au Souverain des Dieux il livre ce qu'il aime;
A peine est-il Amant, qu'il efl Amant ait
mç.
Pourtoucher un coeur insensible,
Amans,l'or est un sur moyen.
Avec lui rien n'est impossible,
1
, Sans son secours on ne peut rien.
I,VQL LE?*
LETTRE du R. P.CapelJejuite1r,
le Phenomene du Port de Marfeitte. JE suis,charmé, Monsieur
> que le
Phenomene arrivé à Marfcille le 29.
Juin dernier,vous ait rendu partisan de
mon systême; je compte avoir fait une
grande acquisition en vous acquérant
mais du reste, ne croyez pas que j'eusse
un si grand besoin d'un pareil Phenome-
-De, pour établir mon sentiment surle
flux & lereflux des Mers:car, en bonne
vérité
,
le sentiment opposé au mien,je
veux dire, celui qui attribuë ce mpuvement
à laLune , est si peu fondé sur les
veritables observations
s
& sur les Phenomenes
de tous les jours, que si de tout
temps la Lune n'avoit eu de grandsdroits
surle peuple, il y a long-temps qu'elle
auroit perdu toutcrédit à cet égard chez
les Philosophes 5 pommelle y en a per-
- du en effet beaucoup àl'égard de bien
- d'autresPhenomenes,que le peuple est
en possession d'attribuer à cet. Astre di)"
minant. Pour celui-ci, au moins, je défie
tous les Lunatiques de l'Univers, de Ce
l'approptier, & vous n'étes pas le seul
qui consentiez à m'en laisser faire tout
1» vol^ D l'honl'honneur
aux gouffres marins & aux
feux souterrains. Ce qui me surprend,
c'est qu'on fasse tantde bruit pour si peu
de chose
,
& qu'un Phenomene si ordinaire
soit regardéavec de si grands yeux
d'admiration. Lacause, cerne semble,
de cet étonnement populaire vient de ce
qu'on s'est mis dans fef¡Jfit) ¡Q. que la
Méditerranée n'avoit point de flux*5c
reflux; de forte qu'à moins qu'elle n'en
aitun bien sensible
)
on ne daigne pas
s'enappércevoir.2°. On s'est mis aussi
dans l'esprit que la Lune cause le flux
& reflux; or on voit bien qu'elle ne
cause point ceux-ci : on admire donc ce
qu'on ne peut pas comprendre, Mais si
on vouloit bien se donner la peine de
s'instruire un peu plus de l'histoire des
choses, on trouveroit 1Qo que la Mediterranée
a son flux & reflux aussiregulier
que l'Océan. 2°. Que le flux&
reflux de l'Océan se rapporte aussi peu
à ii Lune que celui de la Méditerranée.
Je ne vous rapporterai point ici en détailtoutes
les preuves de ces deux points,
que l'ignorance feule de l'histoire naturelle
peut faire regarder comme paradoxes
; mais sur le premier article je vous
ferai remarquer que le flux & reflux est
constamment trèssensible sur plusieurs
côtes de la Mediterranée comme dans
I. VQU t'Af*
l'Archipel, dans laMerAdriatique, sur
plusieurs côtes de Sicile, dans le l'ort
de Tunis, appellé la Goulette, &c. Il est
vrai qu'il n'est pas ordinairement si sensible
sur les côtes de France & d'Espagne
,
mais je puis dire, quesur les côtes
de France en particulier, il ne laisse
pas d'y avoir bien des Matelots, qui
prétendent que le flux & reflux s'yfait
aussî regulierement qu'ailleurs, & j'ai vu
bien des gens qui assuroient, qu'aux Solstices
& aux Equinoxes le flux & le reflux
y devenoient très-sensibles : Pour
ce qui est du Phenomene qui vient d'arriver
à Marseille, c'est letroisiéme que
je vois arriver depuisunevingtaine d'années
; la premiere fois sur toute la côte
du Languedoc, la féconde à Agde, &
voilà la troisiéme à Marseille, ce qui ne
prouve pas que ce Phenomene ne foit encore
plusordinaire, car outre beaucou p
d'Historiens particuliers qui en rapportentde
semblables, allez-vousen sur les
eôtes de Languedoc ou de Provence, &
je parie que vous trouviez beaucoup de
Pêcheurs, de Matelots, de Paysans
, qui
à l'occasion de cet accident de Marseille,
vous en raconteront de tout-semblables,
qu'ils ont observez eux-mêmes la nuit,
ou même le jour, en pêchant il ya deux,
trois, six., sept, dix ans, & peut-
I. vol. D ij éise
ejcre deux ou trois fois l'année :, quand
je vous dis que vous trouverez, je par-,
le de ce que j'ai trouvé moi-même en.
questionnant, & souyent sans queftioii,
ner ces bonnes gens. Pour ce qui est de
l'autre point, que leflux & reflux dç*
l'Océan se rapporte aussi peu à la Lune,
que celui qui vient d'arriver à Marseille
,
rien n'estplus évident pour quicon-
,
que a un peu observé, ou lu lesobservationsdes
autres. En unendroit la Mer
s'éleve lorsque la Lune la domine,en un
autre c'est une heure
,
deux, trois heures
avant, en un autre c'ea après. Ici il
arrive deux fois le jour, là une, ailleurs
trois & quatre; il yena ou il n'y a de
flux & reflux qu'une, deux, trois fois la
fçm.\ine
,
le mois, ou l'année: le temps
de la duréeestdifférent sur toutes les
côtes; je ne dis rien de mille autres
marques de rappor: entre ce Phenomene
Sz la Lune, à qui on s'obstine de l'attribuer
sur une convenance générale bien plus , que sur aucune observation
précise; car J'aidésié & je désie encore
tous les partisans de la Lune, d'en citer
aucune & moi je m'engage à les leur
citer toutes contre leur hypothese, c'està,
dire à montrer qu'il n'y en a pas une
qui ne la détruise; sans parler du peu
02 vrhai-semb-lance de leurs explications, m
quin'ont jamais satisfait une personne
qui dans la Physique cherche une Histoire
& non pas un Roman. Je vous
prie même de faire un peu d'attention à
une *circonstance qu'on a observée dans
le Phenomene qui vientd'arriver à Marseille
; c'est que le fond de la Mer y
"étoic encore plus agité quela surface
,
preuve certaine que la Source de cette
agitation étoit dans la terre même sous
les eauxj &non dans le Ciel: or ce qui
vient d'arriver à Marseille, est un Phenomene
ordinaire du flux & reflux de
preiqne toutes les Mers, dont Je fond cli
toujours beaucoup plus agité que la fufface,
jusques-là même qu'on a souvent
observé, que l'agitation commençoitpar
le fond: on y voyoit le fable tourbillonner
,
la vase fè. gonfler,lescailloux
s'entreheuter; on voyoit, en un mot, un
IroniUotine/fiem tout semblable à celui
qu'on voit dans unvase qui est plein
d'eau sur le feu: car le fond boüillonne
avant la surface
: ce qui est le propre
caractere du flux &reflux;de forté qu'on
n'a pu recourir à la Lune pour l'expliquer,
sans renoncer à toutes les idées
de fait & d'observation. Car dans la notion
correcte le flux n'est qu'un boüilionnsmçnt,
une effervesence: un gonfle-
Méat, tt/lus
}
intitrr.efiCRÙn.Il clt vrai
1.vol. Diij que
que ce bouillonnement ne le remarque
gleres sur les côtes, mais feulement aux
endroits d'où sortent les vapeurs & les
exhalaisons souterraines ; en un mot,
lesefprits de feu qui soulevent les Mers,
& qui souvent les font bouillir &même
les échaufent jusques dans leur surface
; car ce que je dis ici, est un fait
attesté par tous les Navigateurs & tous
les sçavans Hydrographes, dont jen'en
connois gueres d'un peu profonds, qui
ne prétendent, qu'au temps du flux 8c
du reflux la Mer ne bouillonne en mille
endroits, que seseaux ne soient toutes
troubléesparle sable, lavase,& mille
exhalaisons qui s'élevent de son fond. Il
n'y a même que des faiseurs d'hypotheses
, vrais Philosophes Romanciers, qui
ignorent, que dans le temps du flux la
Mer exhale desesprits sulfureux qui einpestent
l'air,&l'échaufent, & qu'elle
se couvre d'écume, & de matières gras-
Ces., noires & puantes, comme une eau
pleine de matieres grossieres qui efl:
sur le feu, sans parler des tourbillons de
vnts, & souvent même des feux qui
sortent alors du sein des eaux. Mais en
voilàassez pour vousempêcher de me
dire desormais
, que vous voudriez deux
ou trois Phenomenes semblablesàcelui
1. vot. de
de Marseille,pour avoir une entiereconstance
en mon système. Je fuis, &,c.
A Paris, ce 2. Âonft17ij.
FABLE sur M^c* * * par M. F. Avocat
en Parlement.
La Mattrefc & le puit Chien.
UN petit Chien mignon,amoureux, plein
degrace,
Par mille tours de passepasse,
Divertissoit la jeune Iris;
Petit Jean, à la Foire,avoit bien moins d'adresse
,
Bref, il avoit gagné le coeur de sa Maîtresse
»
Il étoit bien payé, ce me semble, à ce prix;
Medor,c'étoit son nom, à des faconsgentilles,
Instruit par une autre Cipris;
Par ses jeux berçoit les ennuis
Qu'attire d'ordinaireauxfilles
, la triste attente des maris.
si-tôt qu'elle tomboit en amoureuse crise ;
Vouseussiez vu ce petit Levrier, 1• D iiij AcouAcourir,
épuiser, afin de l'en tirer,
- Tous les traitsde la mignardise;
C'étoitbien,en un mot, le plus beau petit
Chien '* De tous les Chions du voisinage;
Mais qu'importe cela, Tircis fit voir lerien,
Quoiqu'il fut moins aimable, Qri l'aima davantage
» '* - -
Et Medor en eut-il millefois enragé, t
Avec l'autre il fallut partager le potage,
Sous peine d'avoir son congé ; •
Qtu'rasi-tusdtoencs, pseteit C»hi"en, d'où vient cette
Tu pleures, n'estce pas une ingrate Mai- trefle?
Se peut il que pour prix de ta fidélité
>
Elle fasse éclater tant de legereté?
Mais connois mieux les moeurs de cesiecleoù
nous sommes ;
Près d'un Sexe trompeur qui rompt tous les
liens,
Situ plains le malheur des Chiens,
Plains encor plus celui des hommes.
1.vol. LETLETTRE
& Epitbalamc de M Vergier
a M. le Comte de -P'*** 1697.
J'Obéïs
,
Monsieur
, & je vous envoye
l'Epithalame que vous m'avez
fait l'honneur de me demander; j'ai,
suivant vôtre ordre, évité, autant qu'il
m'a été possible
,
d'y mêler les immodesties
qui me sont ordinaires, & qui
sontnaturellesen de pareils sujets : mais
je crains bien quejen'uye fait comme
ces femmes débauchée, qui veulent
quelquefois se contrefaire, & à qui,
dans le temps qu'elles pensent observer
le plus la modestie,il échape des gestes,
des regards, ou d'autres traits qui en découvrent le veritable caractere; en
tout cas, Monsieur, s'il s'ytrouve quelque
chose qui vous blesse
, vous en avez
le remede en main, & cette main pru- dente,
Incomtis allinet atrum - Transverso calamo
,
signum
Horatius de IIrte foè'iicâ.
Ou s'il y avoit trop de pareils défauts
à corriger, vous pourrez jetter îç out
u feu, je n'en appellerai point pe~lIua-
1 1. vol. Dv dé
dé
, que tout ouvrage qui n'est pas de
vôtre goût, merite cette peine.
Je suis.,&cc.
Il EPITHALAME.
QUelle fainte fureur me saisit & m'enflamme
; v
Où m'entraîne Apollon? enfin, je vous re-
VOIS)
Beaux lieux, où les desirs qui regnent dans
moname,
M'ont depuis quelque temps transporté tant
de fois.
Quelle ceremoniel mes yeux seprésente?
Qu'entends-je? quelle voix repete à tout moment,
»L ';
Brûlez d'une flamme constante,
Epoux, heureux Epoux, soyez toujours
Amans.
L'Amour & l'Hymen à la tête,
Fontles honneurs de cette Fête;
Mapis l'Aumoudr aed'Hyumenrpri,s l'air plein de
L'Hymen a pris d'Amour Fair tendre & plein
* d'ardeur.
Ils ne font plus l'un à l'autre contraires ,
Entre eux plus de division.
, 1. vol.1 A
A leur air, à leur union,
On les prendroit aisément pour deux freres;
Ressemblance rare en nos jours.
Amour ,
estime
, Hymen, soyez unis toujours.
Je reconnois l'Epoux, c'est lui sur qui Neptune
Se repose du foin de ses Etats mutins.
Des amoursvagues,certains,
Il goûta mille fois la volage fortune,
Mais sans l'Hymen qui fixe & comble ses desirs,
Il n'eut jamais goûtéde solides plaisirs.
Quelle joye en ses yeux éclate!
Ainsi du bonheur qui le flate
»
Puissent être àjamais tous les chagrins banms.
Amour, estime» Hymen , soyez toûjours
unis:
Comme une tendre fleurenlieuclos élevée
Et des vents flétrissans avec foin'préservée
à
Brille parmi les autresfleurs,
D3 son éclat naissant ,
de ses vives couleurs,
Floremême paroîtjalouses
1. vol. D vj HeuHeureux
qui peut la voir s'accroître & s'em- bellir!
Plus heureux qui doit ta cüeillir !
Telle &plus belle encor brille la jeune
épouse,
Entre mille beautez qui purent cette Cour,
Soyez toujours unis, Hymen, estime
Amour.. ,
le sommeil allarmé commence de se plaindre,
( Des momens que l'amour s'apprête à lui voler.
-
Dûssent ses plaintes redoubler,
Epoux, pour ces regrets n'allez pas vous con- traindre,
Il trouvera de reste à se dédommager
Avec tous ces esprits farouches
:1
Que sans l'aveu d'Amour Hymen sçût engager
,
Il n'est que trop defroidescouches,
Où le sommeil occupe impunément
Des momens dûs à l'amour feulement.
Suivez les doux transports dont votre ame est
raVIe,
Vous n'avez point à craindre de l'envie,
Les traits picquans, ni le noir examen , 1. vQL Soyez
Soyez toüjours unis, Amour,estime,Hymen
Ainsi,Seigneur, vôtre Poëte,
Du fond de sa triste retraite,
Grace au Dieu qui ranime a vû d'autres secrets
,
Dont il tait le sacré mistere.
Poëtes comme lui font sages & discrets ,
Et taisent tout cequ'il faut taire,»
Pour vous à ces trois immortels ,
Il vientd'élever trois Autels;
Et chante en immo'ant à chacun sa victime,
Soyez toûjoursunis, Hymen, Amour, estime.
LETTRE écrite de en Brie,
contenant quelques Remarques
sur le Chant EccleJtatficjue. QUelques personnes seront peut-être
surprises
, Messieurs
, qu'on vous écrive de la Brie. Il semble:eneffet,
qu'il ne sçauroit rien sor ir de bon d'un
pays, dont les vinsn'osent se glorisier
d'allerde pair avec ceux de Bouigogne & de Champagne, & rien par con sequent
qui puisse meriter l'attention du public,
auquel vous donnez chaque mois un Re-
J. Tlql. cüeil
cüeil d'excellentes Pièces. Vous vous doutez
peut- être dès ce moment que nous
avons remarqué attentivement ce qu'un
Poëte Bourguignon,nommé dans vôtre
Mercure du mois de Septembre dernier
a dit des vins de Brie, page 1948. Nous
lui passons sa rime qui est très-heureuse ;
mais en même temps nous pouvons nous
vanter que sans boire d'autres vins que
ceux de Brie
,
il n'est pas impossîble que
nous ne vivions autant qu'un Champenois
ou qu'un Bourguignon, & que ce
suc tel qu'il est, s'ilnecontribue pas à
faire bien chanter, peut quelquefois faire
bien dire, &faire rencontrer juste dans
les raisonnemens qu'on entreprend sur la
science du Chant. Je ne veux vous en
donner qu'un petit essai, dont je vous
abandonne le jugement.Je vous laisse
aussi le maître de l'exposer au public,si
vous voyez qu'il pujlfe faire impression
sur ceux d'entre les Chantres qui joignent
la speculation à la pratique.
En parcourant il y a quelques jours les
Constitutions du Pape Jean XXII. qui
étoit François
, comme vous sçavez. &
qui donna des Bulles Sur des sujets bien
singuliers, je tombai sur la premiere du
troisiéme Livre d'entre celles qu'on appelle
les Extravagantes Communes. Cette
Bulle est pour regler le Chant de l'Egli.
:. 1. vol. se.
se. La description qui y est faite de ceux
qui gâtoient deslors ce Chant, me paroît
digne d'attention dans le siecle où nous
vivons. On réforme en mille endroits
les LivresEcclesiastiques ; on y fait entrer
des paroles qui n'avoient jamais été
mises enchant. Ces paroles, à la vérité,
étant toutes de l'Ecriture Sainte, & telles
que les souhaitoit autrefois S. Agobard,
Evêque de Lyon, font très-édifiantes
, infirlidives & pleines d'onction ;
mais il est très-ordinaire que parmi ceux
qui les choisissent, personne n'est en état
d'appliquer du Chant sur le Texte. Cependant
plusieurs souhaitant avec impatience
qu'on chante ces nouveauxTextes
, soit parce qu'ils redent l'Office
moins long, foit parce qu'ils font plus
propres à nourrir la pieté, il est difficile
qu'aucun ne se hazarde à fournir du
Chant, sans avoir les qualitez requises
pour le composer regulierement. Delà
vient que des paroles enlevantes par leur
beauté & leur application deviennent insipides
: ce qui n'est que trop frequent,
lorsque ceux qui entreprennent de leur
donner du Chant,ne connoissent pas les
réglés du Chant Ecclesiastique, ni la
maniéré de les employer, ou qu'ils ne
veulent pas se donner la peine de compasser
le Texte avec ces mêmes regles
1.vol,jidcà
uiieo utinterdum Antiphonarii&.Gradétailsf'undamenta
despiciant, dit la Bulle
,
ignorent super quo ædtficant, tonos
nesciant quos non discernunt, imo confundant
, curn ex earum multitudine notarum
ascensiones pu-diedt
t
defcenfionesque Inn.
perata plani Cantûsquibus toni ipsi sécernunturad
invicem obsuscetur. Ces paroles
d'ungrand Pape m'ont paru sussisantes
pour faire le procès à une infinité de
nouveaux Compositeurs de plain-chant,
sans exclure de ce nombre ceux qu'on
appelle simplementaujourd'hui Musiciens.
Outre que la sphere du plainchant
n'est nullement celle de la Musique,
on est convaincu en quantité d'endroits
par l'experience, que quiconque
eO: maître dans la compôsîtion de l'un, ne
l'est pas pour cela dans l'autre. Je pourrois
en prendre àtémoin parmi le grand
nonbre de Chancres qui sont répandus
dans laChrétienté, ceux qui entendent
assez le Latin, pour en faire la construction,&
quiconnoissentles limitesdans
lesquelles le plain-chant est renfermé.
Ce Chant d'Eglise dont plusieurs Papes
font les Aueurs
,
quoiqu'on l'attribue
communément aux deux Saints Grégoire,
premier lX second du nom, ne doit
avoir que des chû es moderées, & des
élévationsbornées. Ces bornes forment
1. vol. la
h diversité des modulations, qu'on appelle
regulierement Modes, Ôc vulgairement
Tons. Quiconque sort de ces bornes
, en élevant trop le chant, ou en l'abaissant
plus qu'il neconviendrait, ne
0 com pose plus du plain-chant. S'abandonnant
à son genie
,
il fait quelquefois élever
la voix, où il faudrait qu'elle tut
abaissée, ou bien il la fait abaisser dans les
endroits où elle devroit s'élever. Il donne
le nom d'un ton à ce qui en est d'un
autre; en un mot, ce n'est plus que confusion
: non discernunt irrto confundunt.
Je ne prétends point, Messïeurs, qu'en
doive empêcher de travailler au plainchant
, tous ceux qui tombent, dans ces
défauts, Laudo conatum. Il y en a qui
rencontrent dans le moment de leurs
saillies des modulations fort harmonieuses;
mais ils en perdent tout l'honneur
en les appliquant mal. Ce qui seroit à
souhaiter,est qu'ilssourmissent leurs pro- ductions - au jugement d'un parfait connoisseur
,
qui sçachant placer chaque bon
morceau dans le lieu qui lui convient,
leur épargneroit la
censure
: j'enconnois
qui, quoique doüez du talent des heureuses
rencontres ,
n'osent s'immiscer dans
la composition du plain-chant, de crainre
de se faire siffler, en adaptant mal sur la
lettre1ce .quv'ilsotirLentfdeolenur pdrop.re
fond. Quelques-uns disentque lorsqu'on
n'est pas allez second pour composer de
soi-même du plain-chant, il n'y a qu'à
imiter une piece de chant déja faite, &
que c'est-là le moyen d'être certain d'avoir
réüssi. Ceux qui pensent ainsi
, ne
font pas attention à deux points essentiels.
Le premier, qu'il y a bien des pieces
parmi les prétenduës anciennes qui ne
valent pas grand chose, & qui ont les
défautsdont parle Jean XXII. & d'autres
dont le chant n'est bon que pris separément
des paroles, ôc qui y étant joints,
fait appercevoir des conrrarietez perpetuelles
> mais je veux que la piece foit
bonne, tant pour l'application du chant
surla parole, que pour l'harmonie & la
conduite du chant, il arrivera très-fouvent
qu'elle perdra de sa beauté lorsque
le chant fera déplacé&r transporté sur
d'autres paroles, & non-seulement cela s
mais encore il pourra se faire qu'un chant
qui étoit charmant sur tel ou,tel Texte,
deviendra ridicule sur un autre Texte, à
cause des contre-sens qu'il fera naître:
rien n'esteneffet plus facile que de tomber
dans ces contrarietez de sens
,
lorsqu'on
veut imiter servilement d'anciennes
pieces de chant; c'est ce qui oblige
les Chantres à commettre des absurditez
malgré qu'ils en a yent. Je veux vous ap-
1. vol. porter
porter un exemple sensible de ce contresens
dans une piece de chant fort connuë.
Je ne sçai pas si celui qui le premier a appliqué
le chant sur la premiere Antienne
de Laudes de la Fête-Dieu,entendoit le
Latin; mais voici la maniere dont son
chant veut qu'on en faffe la construction.
Sapientiaddificavit, fibi domum mifeuit,
ununi e:..=r- p. j
metifàm alleluja.
Meissieurs Chastelain & Mignon^Ci^
noines de Nôtre-Dame de Paris,qui ont
mis l'Amiphonier de Paris dans l'état où
il est aujourd'hui, & qui en ont rendu
le chantaisé & cru lant comme il eil,
s'étoientbienapperçû de cette faute
grossiere ; ils corrigerent le chant de
cette Antienne,de maniere qu'on se sentit
obligé de se reposer dans la place ou
les virgules doivent naturellement être
posées suivant la construction du Latin.
C'est pourquoi on chante à Paris suivant
que le bon sens & le Texte sacré le demandent
:sapientiaadificavit sibi domum,
miscuit 'Vinum
,
& posuit mensam.
C'est aussi par un effetdu bon goût qui
regne dans cette grande Ville que le
quatriémeRépons de la même Fête est
ainsi virgulé dans le chant comme dans
Je Texte: Partiscjuem ego dabo, caro mea
est, & non pas comme dans nos gothiques,
Panis quem ego,dabocaro
3 mea
1. vol. est
estpro,&c.j'aimemieux croire que ces
fautes tirent leur origine d'un manquement
d'attention dans le compositeur du
chant, qued'un défaut de connoissance
de Lati/no Il auroit fallu être bien peu
versé dans cette langue pour n'entendre
pas ces cinq ou six mots de l'Ecriture
Sainte.
Je pourrais vous apporter plusieurs
exemples d'une constructionaussi bizar-'
re
,
& aussi digne de risée que les deux
auffi di?,nic rilée deuc
que je viens de citer. Mais on peut pardonner
ces bévûës à des Ecrivains de la
fin du treisiémesiecleou du commencement
du quatorziéme. On avoit perdu
alors le talent de composer du chanta
proprio fitnio. On étoit entièrement pour
l'imitation
, on prenoit tout ce dont on
avoit besoin dans les Offices de S. Nicolas
ou de la Trinité qui passoient alors
pour les plus melodieux, parce qu'ils
étoient plus chargez de Notes, quoiqu'ils
ne fussent que des additions faites
au chant Gregorien. N'est-ce pas delà
que font venuesces expressions de chant
si contraires aux paroles: un Descendi in
hortum meum,quis'étend en haut, parce
qu'on l'a pris for Jîfcendo ad patrem <
mewrJ; un fun dens oleum desuper à li
Dedicace, où on éleve la voix surfun-
1. vol. densj
dens, comme s'il étoit naturel de verser l't:basenhaut?
Vous conclurez, sans doute rMet.
sieurs
,
de tout ceci, qu'il cil: de regle
qu'on exprime la parole dans le chant.cela
est à souha ter ; mais aussi il faut le faire
d'une maniere qui foie proportionnée à
la modestie Ecclesiastique, qui soitnarurelle,
sansafkchtion extraordinaire. Il
fautexprimer les paroles à peu près
ranime un homme feroit en parlant naturellementou
en gesticulant selon un cer-
:ain instinct moderéde la nature, sans
allerjusqu'à la minutie, sans tomber dans
ta puérilité. Le chant Ecclesiastique est
comme un geste sonore qui doit aiderà
ùtre entrer dans l'esprit le sens des les, paro- ou au moins ne pas empêcher qu'on
ne le comprenne.
•
Il ne s'agit pas d'un sens purement
grammatical, ni seulementphysique
; nais d'un sens naturel accompagné du
noral, & revêtu de l'onction qui en
est inseparable lorsqu'on le icaic bien
animer.
J'appelle puerilité, lorsque, par exemple
, sur quatuor on s'attache à mettre
quatre Notes, sur cjmnqite cinq, sur duodecim
douze:cette scrupuleuseexpression
le la lettre engageroit l'arithmetiquedu
Chanre à en mettre à milliers surmiliiT
1 J. vol, - mulinm
-iriilliumminifirabantci, & encore bien
davantage surdecies centena millia. C'est
dans unesemblable grossiereté que font
tombez ceux,qui pour exprimer le verbe
7fianers>ont mis une tenuë de quinze ou
vingt noces sur une même corde. On peut
la voir dans M. de Vert qui a crû devoir
faire connoître au public cette attache littérale
de quelques compositeurs ou copistes
du Diocèse de Besançon.
Ce que j'espere que vous insererez de
tout mon raisonnement,est qu'il faut être
plus habile qu'on ne le croit communément,
pour composer du chant nouveau,
& même pour adapter de nouvelles paroles
sur du chant.ancien. Je ne prétends
pas qu'il faille posseder les Humanitez
jusqu'au point d'être en état d'enseigner
la Rhetorique dans une celebre Université
; je ne demande qu'une attention
exacte sur autant de Latin que tout Ecclesiastiqueen
doitsçavoir, & principalement
qu'on soit sur ses gardes pour ne
point partager le sens, ne point diviser
ce qui doit être joint, ni joindre ce qui
doit être separé. Les plus nouveaux dans
le métier scavent qu'il y a certaines cordes
où le chant peut restersuspendu pour
faciliter la respiration, & que ce sont la
(jjercef la quinte & l'octave au-dessus de
la corde finale. Il faut qu'un compositeur
1. vol. de
de chant le remplisse de ion Texte, de
telle forte qu'il ne perde point de rue
l'endroit des deux points si la piece est
longue, & à plus forte raison l'endroit
du point s'il y en a : qu'il se fouvienne
de la place eù sfllepit/itltiT/îen*/}v>y^<hIa^
du lieu où font mises les virgules, ou
de celui où il pourroit y en avoir si on
pronuncoic lentement. de même que lorsqu'on
fait la construction du Latin. S'il
place mal sa note par rapport aux points
& virgule du Texte, iechanc, quelque
harmonieux qu'il soit, ne vaudra rien
pour l'Eglise, parce qu'on ne chante précisement pour-chanter, pas mais pour accompagner
les paroles
, & les exprimer
conformément au sens, les faire entrer
dans l'esprit de l'auditeur, autant qu'il
est possible,occuper pieusement les Clian.
tres, & ne pas
exciter
à rire ceux qui
font tant soit peu lettrez.
Aussi, Messieurs, dans les siecles
moins éloignez que le nôtre de celui de
S. Gregoire, ce n'étoient pas toutes sortes
de personnes qui entreprenoient de com- poser du chant. C'étoient les Evêques
mêmes, les Abbez des Abbayes les plus
considerables, les Doyens des Chapitres,
les Moines les plus versez dans les sciences
: & souvent ceux qui avoient réüssi
dans plusieurs pieces de chant, & qui z-Vol.
avoient fait connoître par là leur bcn
goût, & leur discernement étoient jugez
capables de parvenir aux Dignitez des
Eglises. Les Histoires anciennes en font
foi. On [ait combienCharlemagne & le
Roi Robert aimoient le chant de l'Eglise
bien chanté: ce dernier a voulu même
laisser à la posterité quelques-uns de ses
ouvrages en ce genre. Ces Princes en faisoient
une occu pation ferieu se, & les
Evêques donnoient à cette science tous
leséloges qu'elle meritoit. Tam nobilis
umqus utilis efl rectè canendi disciplina ; utqui*ea t Offi- cariterit3Eçclcfïafticum Ojjïcium
congms implere non possit, disoit
Rabah-Maur
,
celebre Archevêque de
Mayence. Lib. 3. deInstit. Cleric. c. 24.
Je suis très -
parfaitement,Meilleurs,
&c. 4f
CHANSON.
Imitée du Grec de Moschus, sur l'Ajr;
je suis né pour le plaisir.
L A mere du tendre Amour,
Nuit&jour soupire;
On n'entend plus dans sa Cour,
solà ;
• 1.vol. FoU,
j
7 i
Folâtrer, chanter & rire;
Venus a perdu son fils,
La perte a banni les ris,
De son charmantEmpire.
Humains, dit-elle, en pleurant,
Si mon mal vous touche,
Cherchez-moi mon cher enfant,
Vous connoissez le farouche;
Celui qui le trouvera,
Pour sa peine cùeillera
Trois baisers sur ma bouche.
Calmez vos chagrins affreux,
Brillante Déesse,
Angelique a dans ses yeux
L'objet de vôcreiendreuc:
Vôtre fils la prend pour vous,
Il s'y cache,& de ses coups
Je fuis percé sans cdfe.
$*t'olf. & D'S"!.,
DISCOURS SUR LE GOUT.
IL est surprenantque l'homme, qui est
composé d'un esprit & d'un corps 2
apporte en naissant un gout presqueforme
pour les objets sensibles,&qu'il soit
si long-temps sanss'appercevoir, & sans
faire usage de celui qu'il a reçû pour les
choses de l'esprit. Cependant nous naifsons
avec le goût. L'art* ne donne pas
plus l'un que l'autre, aveccette difference
, que quelque usage suffit pour perfectionner
le goût sensible, au lieu que le
goût de l'esprit demande un usage beaucou
p plus long, & une étude assez considerable.
Une personnefçavante, bien au-dessus
de son sexe, définit le goût une harmonie,
un accord de l'esprit & de la raison. Un
autre Auteur l'appelle un sentiment na-*
turel qui tient à l'ame, & qui est indépendant
de toutes les sciences qu'on peut
acquerir. Ne pourroit-on pas dire que le
goût n'est autre chose qu'un certain rapportentre
l'esprit, & les objets qu'on
lui presente ? ;
if Nec Magis arte traditur quam gustus aut ©dor.Quintil'1-i I, vol. *1
Il se forme de l'assemblage des plus
belles qualitez de l'esprit & du coeur. Il
demande une prompte penetration qui
sçache saisir sans rêver, le défautoula
beauté d'une pensée. Il faut dans le coeur
un sentiment délicat, sur lequel nous
puissions juger sans déliberer de l'impression
qu'a faite sur nous l'objet qu'on
nous presente. Cela ne suffit Il pas encore. faut dans le cerveau un heureux arrangement
des organes, pour faciliter les
traces que les objets doivent faire sur nôtre
imagination.Toutes ces qualitez ne se trouvent pasaisément réünies dans le
même sujet, aussi l'Homme de Goût n'est
pas unechose fort commune.
On pourroit même par là rendre raison
de la diversité des goûts. Dans les
uns la délicatesse du sentiment l'emporte
sur la penetration de l'esprit. Ceux-là
naturellement doiventpréférer l'agréable,
le délicat, au grand & au sublime.
Les autres dont le coeur ne fera passi
sensible, ont une justesse de jugement qui
les empêche de donner leur approbation
a tout ce qui fera trop resserré ou trop
étendu. Ils aiment les pensées qui ont de
a symmetrie.Quelques-unsdont les fibres
lu cerveau feront heureusement arranées
, font flattez par le tour harmonieux
es phrases, le nombre, la cadence des
1. voit E ij vers.
vers. Il faut à ceux-là des beautez, pour
ainsi dire,méchaniques.
Voilà la source de la diversité des jugemens
que l'on porte sur le merite des
ouvrages d'esprit. Chacun les appretie
selon son goût, c'est-à-dire, selon la partie
de l'art dont il a le plus de connoissance,
e pour laquelle il a reçû un talent
plus particulier.» A voir des jug!"
a mens si opposez sur les mêmes choses ,
p dit un Auteur moderne, on eu tenté
» quelquefois de croire que ces Arts
s> n'ont que des beautezarbitraires. Gar-
» dons-nous cependant d'en porter un ju-
» gement si faux. Il ya dans les
ouvra..)
ges d'esprit des défauts véritables
, 3ç.j
» desperfectionsréelles.
Quoique le goût qui nous fait discerner
ces beautez & ces défauts, naisse
avec nous, & qu'il ne soit point le fruit
Je nôtre travail; cependant nous le r-:
cevons très-imparfait encore des mains
de la nature toûjours avare,même dans
ses liberalitez,elle laisse à nôtreindustrie
le foin de faire valoir les talens dont:
elle nous favorise. La reconnoissance
qu'elle exige de nous, est de rendre fès
bienfaits plus estimables par nos travaux,
& par nos veilles. L'homme donc qui
yeut avoir un goût exquis & assuré,ne se
contente pas des heureusesdispositions hV°Jl$
qu'il aura reçuës; il ne le fie pas entierement
aux belles qualitez de son nature
l. Il a soin de polir, de former son ge-à
nie par l'usage
, par la lecture , & même
par les réflexions. Ce n'est que par urt
frequent exercice que nôtre esprit ap.
prend l'art de former ce jugement rapide,
mais affuré, qui ne connoît point dé
raisonnement. Nous devons nous aHurer
nous-mêmesparl'étude & par lesréflexions
de la justesse & de la solidité de
nos décisions sans examen & sans critique.
Enfin l'étude,en supposant ce talent
en nous, le perfectionne cependant, &
lui donne son dernier prix.
En effet, nous voyons tous les jours
de ces personnes qui pour avoir neglige
ce précepte,ne portent sur ce qu'on leur
presente qu'un jugement mal alTuré.
Leur esprit peu accoutumé à penetrer ce
qui est caché, ne découvre jamais qu'une
partie du merite d'un ouvrage. Les veritables
beautez font toûjours superieures à
leurs connoissances. Ils ne les voyent qu'à
demi. Leur sentiment aussi par une longue
oisivetés'émousse in sensiblement.
Rien de délicat, rien de délié, ne fait impression
sur eux. Ils ne font touchez que
par des passions vives, ou par des sentimens
extraordinaires.
Mais celui qui a pris foin de cultiver
I. voU E iij son
ion talent, Lait appercevoir du premier
coup d'oeil toutes les beautez de l'ouvrage
qu'on lui presente. Les agrémens les
plus fins, les plus legers,font leur impression
sur lui; & comme il ne sçauroit
souffrir rien d'oisisdans un ouvrage, aussi
il n'est aucune perfection qui échape à
son jugement.
L'Auteur de la maniere de bien penser
dans les ouvrages d'esprit, enseigne
une methode bien différente. Il juge geometriquement
de chaque beauté. Il preI:
crit selon son caprice les bornes du vrai
& du faux Il regle à sa fantaisie l'usage
de la Metaphore, de l'Allegorie, de l'Hyperbole
; & ,
maître ablsolu de toutes ces
choses, il pose ses principes, & en tire
des consequences, sur lesquelles il sorme
ses décisions en dernier ressort.
Cependant malgré ce pompeux appareil
de raisonnement, on le voit se tromper
sçavamment dans plusieurs endroits.
Il faut, selon lui, pour asseoir un jugement
solide, dépouiller la pensée qu'on
examine, de tous ces ornemens qui pourroient
nous éboüir, pour ne la considerer
qu'en elle-même. Il faut en faire l'évaluation
sur le prix de sa vérité, sans
avoir égard à tous ces agrémens, qui par
un faux éclat pourroient séduire nôtre
jugem1ent.vIl esot vrali .qsu'uen ourvroageiquti
seroità l'épreuve d'une critique li rigoureuse,
sans cesser de nous plaire,seroit
d'un grand prix. Mais il me semble qu'il
peut y en avoir qui ont une veritable
beauté, qui cependant ne pourroient fouffrir
un examen si severe.
On scait que le vraia seulle droit de
nous plaire, que nous n'aimons le faux
qu'autant qu'il nous trompe par les apparences
du vrai, qu'il faut du naturel dans
: les pen fées les plus sublimes. Mais ce
vrai, ce naturel, font susceptiblesdeplusieurs
embellissemens, qui deviennent
même necessaires dans les ouvrages d'esprit.
La vérité qui se montre ailleurs
toute nuë, demande ici des parures: une
pensée vraye,naturelle, mais sans gran-
: deur
, ou sans délicatesse, nous plairoiti
elle beaucoup ? Cependant c'est dans ce
,
point de vue que nous devons la confi-
1
derer,si nous voulons porter un jugement
,
solide, selon cet Auteur. Est-ce donc porter
un jugement solide & fort équitable,
sur la valeur des choses, que de ne les
apprétier que sur une partie de leur merité
?Ne cherchons donc point d'autre juge
que le goût dans les ouvràges d'esprit.
Ils ressortissent à ce Tribunal, & on n'appelle
point de les décisions au raisonnement,
eu aux démonstrations Geometri-
1. vol. E iiij ques.
ques. L'Homme de Goût n'a pas besoin
pour porter un jugement solide,d'exami- -
ner la verité de chaque pensée
,
la construction
de chaque chose. Sans consulter
la regle ni le compas ,
il sçaitévaluer aujusteJe
prix des choses.
SUR LA CAMPAGNE DE1*5)7.
ODE.
QUelle fureur, quelle audace bizarre,
Ma Muse, oses-tu m'inspirer 1.
Quoi ! ne fais-tu pas qu'aspirer
A suivre le vol de Pindare;
C'est follement suivre celui
Du jeune & témeraire Icare,
Et vouloir donner comme lui
Un nouveau nom à quelque mer barbare?
Tu veux pourtant que de cette campagne,
Je chante les exploits fameux,
Que je transmette à nos neveux
Les pertes qu'a faites l'Espagne.
Par tout fous nos efforts tu vois 'l.vol. Cette
Cette nation trébuchante.
Mais la gloire de ces exploits
N'en laisse point pour celui qui les charnel
Avec quel artveux-tu que je décrire,
Ath en quatorze jours rendu,
Sans que d'aucun fang répandu,
La Dave ait vû fouiller sa rive;
Ce siege où la précaution
Marchant toûjours à nôtre tête;
De cette importanteaction,
N'a fait pour nous qu'une guerriere fête.
Les fiers Titans,dignes fils de la terre,
Dans leur projet audacieux
D'attaquer, de prendre les Cieux.
Auroient pû balancer la guerre,
Et peut-être auroient mis enfin,
L'Olympe dans leur dépendance, j
S'ils avoient conduit leur dessein
Avec cet art, cette prudence.
D'autre côté regarde Barcelone.
1. vol. L,y Fiere
Fiere de ses doubles remparts ,
- --
Rire des bataillons épars,
Qu'autour d'elleassemble Bellone:
Elle flate son vain orgüeil,
De la chimérique esperance,
<
Qu'elle va devenir recueil,
Qui doit brifer la gloire de la France.
-
Sur le sommet de Monts inaccessibles,
Les prudens Espagnols campez,
Contre nous au siege occupez,
Préparent des efforts terribles,
Ce font torrens impetueux
)
Qui tombant du haut des montagnes
Doivent entraîner avec eux , 1
Hommes,troupeaux, richesses des campagnes.
Mais un seul jour voit deuxfois la viél:oire
Nous servir & les traverser
Sur ces monts forcer,
Ces camps flatez de cette gloire.
A l'aaspect de nos bataillons,
Fuit leur armée effatouchée,
J. volt' Comme
Comme devant les tourbillons,
Fuit par l'Hyver la feüille dessechée.
Tout se soumet, Barcelone étonnée.
A son tour reconnoît nos Loix ,
Malgré mille éclatans exploits,
Qu'a faits sa valeur obstinée»
Forcée enfin, elle reçoit
Nôtre joug d'un oeil triste & sombre,
Et rougit quand elle apperçoit
Que ses vainqueurs font en si petit nombre.
Mais de quel front avec mon peu d'haleine,
Irois- je chanter les travaux,
Deces Argonautes nouveaux,
Par qui la riche Carthagene
A vû sa toison conquérir?
Ma foible voix n'y peut suffire,
J'irois honteusement perir,
Dans leurs dangers en voulant les décrire-
Non, sans effroi je ne puis entreprendre,
Dechanter ces faits éclatans ; i.vol, Evj Mais
Mais aussin'en est-il plus temps;
Je vois du Ciel la paix dtfcendre -
Mon Roi parle, elle fuit sa voix ;
Accours, fille de nos victoires,
Viens, & par d'équitables Loix
Finis le cours des tragiques Histoires.
Lorrqu"entraîné par l'appas des conquêtes
Ce grand Roi faisoit tout trembler
2
Il s'arrête pour t'immoler,
Cent palmes pour lui toutes prêtes.
Même à sesennemis il rend,
Bien plus qu'ils n'osoient sepromettre,
Et semontre d'autant plusgrand,
En rendant tout, qu'il pouvaittout soumettre.
0 toi! qui peux de l'un & l'autre Pole
Tout mouvoir de ton seul sourcil,
Et qui quand tu le veux aussi
» -
Peut tout calmer d'une parole.
Dieu puissant, Dieu libérateur,
Rends nous cette paix éternelle,
Et fais que son auguste Auteur,
suissè régner parmi nousautantqu'elle.
i.voL gVES******.****.*****
QVESTlON singuliere sur les Testamens
Olographes, jugée par Arrest
dit Parlement de Provence.
1 L s'agissoit de sçavoir, si un Testament
Olographe revoque un Testament
parfait, lorsque dans le Testament
Olographe, les enfans font traitez plus
favorablement, que dans le Testament
parfait.
On s'efforça de faire voir, qu'un pareil
Testament ne devoit pas subsister felon la Novelle , 107. chap. 1. où il est
dit, que le Testament Olographe ne peut
être revoqué que par un Testamentparfait
, passé devant sept témoins; à plus
forte raison, disoit on , un Testamenten
faveur des enfans étant parfait,ne peutil
être révoqué qu'avec une pareille solemnité.
On oppofoit encore un Arrest
rapporté dans Boniface, t. 2. p. 11. rendu
au profit du sieur Mourgues,quicassa
un Testament Olographe, sur ce que
Jacques Mourgues,fils du Testateur,
avoit un legs de trente mille livres dans
le premier Testament, & n'avoitdansle
second que la moitié de l'usufruit des
biens.
.1 vol, On
On ne voit pas bienpourquoi cet Arrest
fut cité, car il paroît être plutôt favorable
que contraire à la question proposée
; aussil'Avocat qui soutenoit le
Testament Olographe,n'oublia pas d'en
tirer avantage; & répondant ensuite à
la Novelle 107, il prouva avec M d'Olive,
1. 5. c. 1. que cette Novelle ne
doit être entenduë
, que d'un dernier
Testament ,qui appelleroit des étrangers
au lieu des enfans, te non pas des
testamens olographes entre enfans
,
dont
le dernier doit toujours l'emporter sur
les precedens. Comme ces fortes de
testamens font parfaits dans leur espece,
& fondez sur la disposition expresse de
la Novelle 107. d'où a été tirée l'Authentique.,
inter liberos, il s'enfuit qu'on
soutenoit avec fondement, qu'ils doivent
revoquer les précedens, & qu'il n'y a
de difficulté, que lorsque dans les précedens
testamens parfaits les enfans sont
également appelez. Danscecas laquestion
dont il s'agit ici doit toujours être
décidée en faveur des enfans. Il faut laisser
subsister le testament qui leur est le
plus avantageux.
Ces rai fons d'éterminerent le Parlement
de Provence à décider pour les testamens
olographes dans de pareilles circonstances
par Ariest
-
du 17. Juin 1]1.3.
1.vol. Le
Le Mardi 14. d'Aoust, veille de l'Assomptionde
la Vierge, la Chambre de
la Tournelle Criminellealla aux prisons
de la Conciergerie & du Châtelet tenir
la séance. M. le Président de Lamoignon
de Blancménil
,
qui y présida, donna
ensuite un grand repas a tous les Jugesqui
y avoient assisté.
Le Vendredi 17. du mêmemois, il
a été rendu un Arressti important à, l'AAudience
de la Grand' Chambre, entre
M. le Cardinal de Noailles., & les Abbesse
& Religieuses de l'Abbaye de Port-
Royal. Les plaintes portées à M.le Cardinal
de Noailles contre l'administration
du temporel de ce Monastere
, ayant ex- cité l'attention de ce Prélat, il y fit en
1723. une visite, lors de laquelleil ne
négligea rien de ce qui étoit de lo^ministere
pour y rétablirla, paix & l'ordre
; mais ayant compris la necessité
d'entrer (1-,,cjs un examen sêrieux dutemporel
de cette Maison, &: que cet examen
ne pouvoir sans risque être retar- dé, il dont le 5. Juillet 1723. une
commission àM. l'Abbé de la Croix,
Chanoile de l'Eglise de Paris, pour eXIl- mincies comptes de l'abbaye, entendre , cbre & arrêter, si besoinest, I. ceux qui 7/I, ftrqiçn,
feraient à rendre, &prendreconnoijîan-,,
ce de tout ce qui regarde le temporel de
la Maifln, circonflances & dépendances..
& ce depuis l'unionde l'Abbayede
Port-Royal des Champs à celle de Port-
Royal de Paris, & du tout dresser proces
verbal, pour ce fait & à nous rapporté,
être ordonné ainsi que de raifin-
Le procè,s verbal de.-, ce Commissaire,
qui commença le 7.du même mois de
Juillet, & qui ne finit que le 13. Janvier
1724.n'ayant pas satisfait M. le
Cardinal de Noailles, en ce qu'il lui parut
qu'on n'y avoit fait qu'extraire ce,
qui étoit sur les registres de la recette &
de la dépense, qui s'étoienttrouvez dans
une extrême confusion
,
il rendit le 3 o.
Aoust 1724 une Ordonnance, par laquelle
entr'autres choses, il enjoignit à l'Abbesse de rendre compte par chapitres
de retette & de dépense,année par année,
depuis le premierJuin1711.&
ce dans le terme & efp"e d'un an; 8c
nomma un Econome pour reglx les biens
de l'Abbaye,jusqu'à ce que le compte
eût été rendu, &.qu'il en eût été autrement
ordonné i lequel onome feroit
tenu de fournir à l'Abbaye tout ce
qui serois necessaire pour sa fubhiJ.ance,
& 1200. livres à l'Abbesse, de quartier
en quartier & par avance, tant que ïm
1. vol i¡¡fitinfirmitez
ne luipermettroient pas desui
vre la vie commune.
M. le Cardinal de Noailles fit homologuer
cette Ordonnance par Arrest du
4. Septembre 1724. L'Abbessede Port-
Royat en interjetta appel comme d'abus,
& forma opposition à l'Arrestd'homologation
,
sur quatre moyens. -
1°. Sur la contravention à l'Ordonnance
de 1667, qui ne permet pas la revision
des comptes, mais feulement de
cotter les erreurs, les omissions & les
doubles emplois; d'où on concluoit, que
le procès verbal du sieurdela,Croix
étant un compte, on n'avoit pas pû en
ordonner un nouveau.
2°. Sur les termes injurieux dont on
s'étoit servi dans l'Ordonnance de M. le
Cardinal de Noailles,qui sembloit n'avoir
eu pour objet que de deshonorer
l'Abbesse & la Communauté de Port-
Royal.
3°. Sur ce qu'il n'yavoit pas un des
motifs énoncez dans l'Ordonnance de
M. le Cardinal de Noailles
,
qui ne fût
contraire à ce qui étoit écrit dans le procès
verbal du sieur Abbé de la Croix,
d'où on prétendoit les avoir tirez.
4°. Sur ce que le sequestre étoit établi
sans cause,&même contre la disposition
des Canons, du droit commun I.vol. &
& des Constitutions de l'Abbaye de Port-
Royal.
Mais M. le Cardinal de Noaillesdétruisit
tous ces moyens, en démontrant le
dérangement qu'il yavoit depuis longtemps
dans le temporel de cette Abbaïe,
en fai sant voir la confusion, les erreurs
&les doubles emplois,qui se trouvoient
dans les registres de la recette & de la
dépense,jusques-làququ'i'illyyavaovoiriur unn de
ces registresquin'avoit point été tenu
dans le temps désigné par sa datte, mais
qui avoit été fait après coup: en prouvant
le défaut d'emploi de sommes considerables
reçûës tant pour remboursemens,
que pour fondations; en établissant
que dans le procès verbal du sieur
de la Croix on avoit employé en recette
& en dépense un grand nombre d'articles
sur de simples Enoncez, & sans en
rapporter les preuves; enfin, en mettant
en évidence des emprunts frequens
& des dettes passives
,
dont les registres
ne faisoient point de mention. Par tous
ces motifs M.le Cardinal de Noailles prétendoit
que le procès verbal du sieur de
la Croix ne pouvoit être regardé comme
un compte exact & en forme, mais
qu'il n'avoit été qu'un simple examen
des Registres ;par consequent, que commesuperieur,
ilétoit en droit de de-
I. vol. mander
mander de plus grands eclaircissemens,
sans qu'on pût l'accuser de contrevenir
aux Constitutions de l'Abbaïe, ni à l'Ordonnance
de 1667. qui necontenoient
rien de contraire aux différentes dispositions
de l'Ordonnance qu'il avoit renduë..
C'est ce que le Parlement a jugé par
son Arrest, conformément aux conclusions
de M. l'Avocat General Gilbert
de Voisins
3 par lequel il a été dit qu'il
n'y avoit abus dans l'Ordonnance de
M. le Cardinal de Noailles, & l'Abbesse
a été déboutée de Ion opposition.
Le Lundi 20. la grande question,
dont tout le Palais attendait avec
@
impatience
le Jugement depuis six années , &
qui étoit de sçavoir, si le testament Olographe
est valable dans les Païs de Droit
écrit, qui font du ressort du Parlement
de Paris, a été enfin décidée pour la
negarive en la GrandChambre,au rapport
de M. l'Abbé Pucelle.
Dame Madeleine-Philiberte Grumel,
veuve & heritiere testamentaire de Loüis
d'Epiney, Doyen des Conseillersdu Bailliage
de Beaujolois
,
soutenoit la validité
du testament Olographe de son mari, sur
six differentes proportions.
10. Que suivant le Droit Romain le testament
Olographe étoit valable.
I. Vol, 2°.
2°. Que luivarie le sentiment de tous
lés Auteurs qui avoient écrit sur cette
matiere ,
le testament Qlographe devoit
avoir lieudans tout le Roïaume.
30. Que la Cour par ses Arrests avoit
autorisé ce genre de têstament danstoutes
les Provinces de son ressort.
4°. Que c'étoitl'usage genéral du
Roïaume,
5°. Quec'étoitl'usâge particulier dela
Province de Beaujolois.
6°. Quece genre de testament étoit le
plus commode & le plus propre pour
assurer la volonté des testeurs.
Léonard d'Epiney, frere & héritier
de droit du testateur, établiffoit au contraire
la nullité de son testament sur trois
proportions.
1°. Que le Droit Romain,tel qu'il
s'observe aujourd'hui dans les Païs où il
sert de Loi, n'admet point les testamens
Olographes, à l'exception de ceux que
les peres font au profit de leurs enfans.
2o Que les testamens Olographes entre
d'autres personnes que les peres 8C
les enfans
,
loin
d'avoir été confirmez
dans les Païs de Droit écritpar la Jurisprudence
des Arrests, y
ontété expressément
condamnez par un Arrest en forme
de Règlement, du 7. Septembre 1626.
30. Que la LoiformelleduPaïs, rOQ
1. vol. tenue
tenuë d'un Arrest de Reglement > devroit
avoir son execution indépendamment
ge l'usage, mais qu'au fondiln'y
a point a'usagecontrairedansle Païs,
ou le testament en question a été fait.
Ces derniers moyens ont déterminé le
Parlement à confirmer la Sentence des
Requêtes du Palais du 6. Juillet 1719,
quiavoit declaré ce testament nul, comme
non revêtu des formalités, p•rcjzrttttpar
Droit écrit.
I. ENIGME.
AMas confus des vêtemens,
Que portoient mes nombreux parens,
Graces au travail mercenaire D'uDn'unee maussadeMMéénnaa,g,-Cerree 2 -
Je me fuis rendu necessaire
Aux petits aussi-bien qu'aux grands,
Ma douceur & ma complaisance
Font que j'ai l'oreille des Rois:
Etmalgré cet honneur, le simple. ViIIap
geois
Ne m'ôte point saconfiance, vol. L'or)
L'on me consulte, & l'on a bien raison:
Car ceux que l'on croit les plus sages,
Sans mes conseils, feroient des personnages
Souventhors de faison.
De tous ses foins tel sur moi se repose,
Qui quelquefois dispute contre moi:
Soûmis à sa pressante Loi,
Jamais à rien je ne m'oppose.
Témoin,& confident discret,
De mainte paix dûment signée,
On fera de ma part toûjours sûr du secret,
En me faisant quitter ma mine renfrognée:
Enfin, sans contradiction ,
Je fuis l'écueil de la discretion. ILENIGME.
J E nais à la campagne, & me forme à la
Ville,
Où devenant bien-tôt plus aimable qu'utile *
Je me livre à la vanité,
Je fuis fort bien auprèsdes Belles j
Et lonvenc volage comme eUes.
1. vol,- ,
Ie
Je me fais mieux valoir par ma legerété,
Dans les Cercles &dans les Fêtes,
Je tiens les rangs les plus honnêtes;
On me voit au dessus du Roi;
Mais à mille dangers en bute,
On ne me voit jamais relever de ma chute,
Et je perds mon merite en perdant mon emploi.
LtEnigrne, l'Amour
,
& le Ballet de
Bouleau
y
sont les trois mots des Enigmes
du dernier Mercure,
IfVol9 NOUNOUVELLES
LITTERAIRES
DESBEAUX ARTS, &c. TRAITE DES SACREMENS,tanten
gênerai qu'en particulier, par le
R. P. Antoine ftoMCAty Religieux N.l.t-.
nlme, ancien Professeur en Theologie.
Ce Traité fait partie d'un Ouvrage entier
, qui a pour titre La Theologie des
Peres, parce que toutes les Questions,
principalement celles qui regardent le
ctagtns
j,
lent prouvéespar un tissu de
passages des Saints Peres. On a mis à la
tête l'H les heresies qui ont attaque
le dogme dont il s'agit en cetendroit
; sçavoir, le commencement, le
progrès & l'extinction de l'Heresie : les
Conciles & les saints Docteurs qui l'ont
combattuë,enfin les SouverainsPontifes
qui l'ont condamnée. On y voit aussi une
critique sur la Doctrine des Peres, qui
paroissent avoir eu quelques doutes sur
les dogmés
,
& on les justifie solidement;
en forte que les Protestans n'en peuvent
tirer aucun avantage pour soutenir leurs
erreurs sur les Sacremens.
, On rapporte les differens sentimens sur
s»voi, "1$.
l'Epoque du jour dela célébration de la
Pâque, on fait voir que les T heologiens
assemblez à Wittemberg
, nous ont
accusé, sans fondement legitime
3
d'avoir
celebre la Pâque en 1724. avant le 14.
de la Lune qui doit tomber après l'Equinoxe
du Printemps. Il y a une Table
Chronologique qui a tout reglé avant ce
temps-là, & qui reglera dans la fuite
pendant plusieurs années la célébration de
cette Fête.
L'ancienne discipline sur la Penitence
& l'Ordre y est décrite fort au long; 8c
en démontre clairement aux Protestans
par les faits historiques & dogmatiques
que les Grecs, les Melchites, les Armeniens,
les Jacobites, & autres Chrétiens
Orientaux, ont perseveré jusqu'à
present dans la créance des sept Sacremens.
Il y a aussi des traits curieux tirez de
l'Histoiredel'Eglise Anglicane, qui font
voir évidemment, que cette Nation tenoit
dès lehuitiémesiecle, & même devant, la
Doctrine orthodoxe des Sacremens, du
Sacrifice de la Messe, de l'Invocation des
Saints, & de la Priere pour les Morts.
Les Rituels recueillis par feu M. de
Launoy, Docteurde Navarre,que tous
les Etrangers de toute l'Europe,Catholiques
, & même Protestans, viennent
1. vol. F voir
voir avec empressement dans la Bibliotheque
des Minimes de la Place Royale
, y font rapportez enabrégé
,
afin que
chaque Evêque puisse voir en un coup
(J'cpii l'ancienne discipline de son Eglise-
s & pour ne rien oublier, pour (atiffaire
la curiosité du Lecteur
, on montre
que l'ordination des Evêquesd'Angleterreaceifeenlaper
fcnne
de Par- t.erre .a cLIeen la petonne !)ar; ler. ,1 ,. L'Auteur s'est particulierement appin
quéà pouvoirêtre de quelque utilité
aux Bacheliers & Licentiez en Théo*
logie, en leur mettant fous les yeuxdc
preuves agréablesSç aisées pour (outenit
sans beaucoup detravail yleuM theCes,
& en
leurfournissant toutes sortes d'ar,. gumens. '1:". L'Ouvrage est en deux Volumesirç
folio
,
&en huit in 8° sur du bon pa-1
pler « d'une belle ÍmprefiÏoo. Iljfe
vendàParis ,
chez Guillaume Cavelhq
rue$• Jacques, au Lys d'or, Ontrouvechezle
même Libraire le Traitédes
Attributs en un Vol. in fpli, en quatre
in 8° contenant prèsde-quaranteQue£
tions, du même Auteur.
J
HISTOIRES des Religions, ou Ordres
Militaires de l'Eglise, &des Ordres de
Chevalerie.dédiées ap
Ro1.:Pa'Al. Herr:
wmnt. A Roüen, ruë Ecuyere,chez Jean-
Baptiste Besongne, 1725.2. vol. in 11.~
de près de 1000. pages.
Cet ouvrage elt orné de figures en bois
qui representent les Colliers de chaque
Ordre. Ces Ordres Militaires & de Chevalerie
font en très-grand nombre ce
qui en peut rendre la lecture variée ôc
agréable. L'Auteurs'étend beaucoup sur
les quatre principaux instituez en France
i sçavoir, celui de Saint Michel, par Loüis XI. celui de S. Lazare & du Mont-
Carmel, le plus ancien de tous les Ordres
Militaires, qui a reçû un nouvel
,c;Clat par les privileges & les revenus
considerables queLoüis XIV. chez y a atta- ; celui du S. Esprit, institué par Henry III. qui ne
se
confere qu'aux
[plus grands Seigneurs du Royaume, aux,
[Ducs & Pairs, aux Maréchaux de France
, aux Gouverneurs & Lieutenans Ge-,
meraux de Province,&autres personnesconsiderables
par leurs Emplois, par leurs services & leurs naissances. Le quatrième
Ordre Militaire est celui de Saint
Loüis, que Loiiis le Grand instituaen
1693. pourrécompenser le zele, la va- leur & la fidelité de ses bravesOfficiers,
qui s'exposentsi courageusement dans
les armées de terre & de mer, &c. Ce
Livre se trouve aussi à Paris, chezjean
X•va/. F ij LesolaLefèlapart,
Quay des Augujtml, e cbez
Claude Hanfiflus l'Horloge du Palais.
LA VERITABLE GRANDEUR. D'AME, i
ou Réflexions importantes aux person- *
nes distinguées par leur naissance ,ou par
leurs Dignitez, pour se rendre grandes >
devant Dieu, & devant les hommes, j
avec un Traité du vrai & du faux point
d'honneur, & des maximes chrétiennes
qui conviennent plus particulierement
aux personnes de qualité. Par M. j
le Marquis de *-Jf" A Paris, ruë Saint
Etienned'Egrès, chez deLusseux, 1725.]
vol. in 16. dédié au Roi, de 260. pages,
sans l'Avertissement.
GEOGRAPHIE UNIVERSELLE,Historique
& Chronologique,ancienne & moderne
,
où l'on voit l'origine, les changemens,
les moeurs, les Coutumes, la,.
Religion, le Gouvernement, les qualitez
de chaque Etat, & ce qu'il y a de
plus rare & de plus remarquable. On y
fait aussi mention des Inventeurs &desinventions
d'une infinité de choses ; des:
hommes celebres, foit dans les Lettres ;
foit dans la guerre, par rapport aux
Villes où ils ont pris naissance.On y SE
joint une GeographieEcclesiastique,oiu
tin détail des cinq Patriarchats, leur éta-.
I. V9u Wiflif.:
- m
blissement
,
& l'état present de chacun,
avec un petit abregé des Conciles Generaux
que l'on a mis au bas des Villes
où ils se sonttenus; les Chefs d'Ordres,
l'année de leur institution, & les Ordres
Militaires des Puissances de l'Europe.
Par M Noblot. A Paris, ruë Saint
Jacques, chez Villette, fils, à S. Bernard,
1725- 6. vol. in 12. avec 16.
Cartes, prix 15.liv, relié.
1
HERODE ET MARIAMNE, Tragedie
de M. de Voltaire. A Paris, Quay des
AngUjlins
,
chez. Pissot & Elahault»
1725. irt 8e de 95. pages, sans la Pref3ace0qui.
enfcoontielnts17.. Le prix est de Comme nous avons déja donnél'Extraitde
cette Piece dansle Mercure du
nuis d'Avril 1724. Nous nous dispenserons
d'en donner un second. L'Auteur
a fait quelques corrections, &a ajoûté
ces Vers à la fin. C'est Herode qui parle,
après avoir appris la mort de Mariamne.
InfidelesHebreux, vous ne la vengez pas!
Cieux qui la possedez, tonnez surces ingrats.
Lieux teints de ce beau fang que l'on vient de
répandre.
Murs que j'ai relevez, Palais tombe en cendre:
I. vol. F iij Cachez
Cachez sous les débris devossuperbes tours
La place où Mariamne
a vû trancher ses jours,
Temple que pour jamais versent, tes voutes se ren-
Qued'Israël détruit, les enfans se dispersent.
Que sans Temple & sans Rois, errans, per- secutez,
Fugitifs en tous lieux, & par tout détestez,
Sur leurs fronts égarez, portant dans leur
-
nmere,
Des vengeances de Dieu, l'effrayant caractere;
Ce peuple aux nations transmettentavecterreur
},
Et l'horreur de mon nom,& la honte du leur.
NULLITE' DES ORDINATIONS ANGLICANES
,ou Réfutation d'un Livre intitulé
,
Dissèrtationsur la validité des Ordinations
des Anglois. Par le R. P. Michel
le Quien, Professeur
en Theologie
del'Ordre des Freres Prêcheurs.AParis
, ruëS. Jacques,chez. Simart,1725.
2.vol. in 12.
HISTOIRES DES PLANTES qui croiA
sent aux environs de Paris, avec leurs
usagesdans la Medecine. ParM. Pitton de
Tournefort, 2e Edition, augmentée par i-voL M.
M. de Jussieu. A Paris
, i£j.iy des Aligustins
, cheZMusier;1725. 2. volumes
in 12.
, M. Paul Roli, qui depuis qu'il est à
Londresafait plusieurs magnifiques Editions
des meilleurs AuteursItaliens,
vient de publier celle du Decanneron de
Bocace, qui surpasse toutes celles que
l'on en a en grand nombre,puisqu'elle a
été faite sur cellede Giunta de l'année
1527. & qui étoit la plus correcte. Celleci
l'imite page pour page ,
& ligne pout
ligne ; mais l'ancienne le cede à la nouvelle
pour la beauté du caractere, pout¿'
l'ortographe, & pour les accens qui font
observez avec scrupule ; sans compter
que M. Roli a ajoûté au commencement
de cette Edition le Portrait de Bocace,
tiré de la galerie du Grand Duc, & la
vie de l'Auteur
,
écrite par Philippo di
Matteo Villanni ;outre des Notes & Observations
Critiques sur tout l'ouvrage,
qui font de M.Roli, & qu'ila mises à
la fin. Ce bel ouvrage est in 4° , on en a
aussi imprimé un petit nombre in fol.
Le mêmeEditeur publia l'année derpiere
deux volumes in Se delle Rime
Piacevoli del Berni, Casà
,
&c. avec des
Notes: il y a ajoûté dans le second volume.
Ilsimposio del Magnifico Lorenz.9 vot Fiiij de
de Medici, tiré du Manuscrit de la Bi
bliotheque Laurenzianne de Toscane. -
Le sieur Manavit ,
Libraire de Toulouse
, a obtenu un Privilege pour l'impression
d'un Dictionnaire nouveau,
François-Latin, fous ce titre Anthologie
des Dictionnaires François & Latins, ott
le Calepin de la jeunesse. Ce Dictionnaire
renferme tout ce qu'il y a de [avant
d'utile & de curieux dans les autres Dictionnaires
en l'une & l'autre Langue; de maniere qu'on pourroit l'appeller à
juste titre le Dictionnaire universel. Les
mots François y sont enrichis de leurs
définitions, & accompagnez de Notes
Historiques,Poëtiques, Chronologiques,
Cosmographiques; outre les termes des
, Arts & des Sciences qui y font expliquez
dans toute leur étenduë. On y trouve
les définitions des termes du Droit, &
de ceux de Pratique; l'Histoire des Animaux
, des Plantes, & tout ce que la
nature a de plus curieux. Enfin ce Dictionnaire
est parsemé de Sentences & de
belles citations,tirées des meilleurs Auteurs
,lesquelles peuvent être d'un grand
secours pour former les moeurs.
Le sieur Manavit fouhaiteroit que
quelqu'un voulut l'aider à faire les frais
de l'impression de cet ouvrage, & il nous
1. vol. *
a prié de rendre public ce petit avertissement,
afin qu'on puisse juger du mé
rite & de l'utilité de son travail.
M. Vairinge, Mathématicien de S. A."
R.M. le Duc de Lorraine, a communiqué
au R. P. Castel, Jesuite, une experience
singuliere de deux Miroirs concaves
qui mettent le feu aux corps 332.
pieds de distance,sansSoleil, & avec un
petit charbon de feu.
Le Mercredi22, Aoust l'Académie
Royale des Sciences élût M. le Maunier
Professeur en Philosophie au College
d'Harcourt, & M. Gaudin
, pour remplir
la placed'Adjoint Geometre, vacante
par la démission volontaire de M.
Bomie qui a eu des Lettres de veterance.
Dan l'assemblée du 29* de la même
Académie, on declara que le Roi avoit
choisi entre ceux qui avoient été élûs
pour remplir les places vacantes; sçavoir,
M. Petit, Medecin, Pensionnaire
Anatomiste,à la place de M. du Vernay.
M. Malloiiet, Medecin, Adjoint Anatomiste
, à la place de M. Petit, Chirur-
- gien. M s le Maunier & Gaudin, Adjoints
Geometres,à la place de Mrs Bomie
& Moreau de Maupertuis, & M.
1. vol. Fv -
Ciourî
Crouzas,Associé Etranger, à la Duc d'Escalona.Lemême place dit jour l'Académieélût
Mr. Unault & Bourdelin, Docteurs en Medecine, pour remplir une place d'Adjoint Chimiste, vacante de- puis long-temps.
Le 25. Aoust on celebra à l'Académie
Françoise la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre. Pendant la Messe ; qui fut celebréeparl'Evêque de Soif- sons, l'un des Quarante,onchantaun
Pseaume en Musique, & le PereDom
Jerôme, Feüillant,prononça le Panegi- rique duSaint.
L'Académie Royale des Inscriptions 8c Belles-Lettres, & celle des Sciences cehbrerentauOE la Fête de S. Loüis,dans, l'Eglise des Peres de l'Oratoire, où l'éloge
de S. Loüis fut prononcé par l'Abbé-
de Barcos.
L'après-midi l'AcadémieFrançoise donfla
les Prix de Poesie & d'Eloquence, dont en a déja parlé dans le dernier
M.rcure»
On apprend de Madrid que l'Académie
Royale y a fait celebrer dans l'Eglise
Sainte Marie, un Servicesolemnel pour I. vol. le
le repos de l'ame du feu Marquisd'Escalona
, son Directeur. Les Grands du
Royaume, & laplûpart des Chevaliers
de l'Ordre de la Toison d'Or y affiflerent.
L'Oraison funebre fut prononcée
par le Père Jean Iterian de Ayala, Prédicateur
ordinaire du Roi, & l'un des
Académiciens.
Les Lettres d'Italie portent qu'il y eut
à Sienne le deuxiéme Aoust une furieuse
tempête qui causa beaucoup d'effroi: le
Tonnerre tomba en differens endroits ,
brûla quelques maisons, & tua 30. à 35.
personnes.
SPECTACLES.
EXTRAIT DES CDVSINS"
Drame-Comique, representé par les
PetitsPenjîonnaircs du College de Loùis
le Grand3 ale mois deJuin 1715 •
Par
le P. D. C. J.
ACTEURS.
PhiIogene, Amateur desa Patrie.
Ariste,Part'fîtn,ami de Philogene..
TrophimetCompatriote & ami de Phi"
lgene.
I. vol. ivi •
L'Eveille,Valet de Philogene.
Petit-j ean 3Vdlet de Trophime..
Les Cousins, rangez, félon l'ordredani
lequel ils paroiffcntsur la Scens; ffavoir,
Ergaste,premier&fécond Echevin.Troïle,
M. ïEleu,,Celse,Medecini Frontin
,
Jurisconsulte, Fauste & Timona
beauxEprits, Geronte, Vieillard..
Orgon, heau-perefutur de Trophime,
Themifte
,
Avocat, fin Gendre futur, le
Baron de Kriegerac, le Baronnet,fort
fils, Officierde Ville.
La Scene cft dans une petite Ville
de Province,
ACTE PREMIER. yPhilogene, Heros de laPiece, ouvre
la Scene avec son amiAriste, à qui il
témoigne le plaisir qu'il a de respirer son
air natal, & le desir de passe le reste de
ses jours dans sa chere Patrie, où il se
prometune parfaite felicité;Aristenelui
répond que par des je ne (çais, plaiseà
Dieu, Dieu le veuille Philogene lui demande
lara: son de ces réponses qui ne
lui promettent rien de bon. Ariste lui fait
entendre que peutêtre ne trouvera-t'il -
pas dans le lieu de sa naissance cette felicité
dont il se flate, I.vol.& lui dit qu'il a con- nu
nubien des gens, qui amoureux comme
lui du lieu de leur naissance, y étoient à
peine revenus après une longue absence,
qu'ils s'en étoient aussitôt retournez
pour regagner Paris qu'ils avoient quitté
a(Iez mal-à-propos. Philogene lui pondque réces
gens là étoient apparemment
gens à fracas; mais que pour lui
il aime le repos & la solitude j Ariste lui
dit qu'ontrouve l'un & l'autre quand on
veut au milieu de Paris, & qu'on s'y
débarrasse plus facilement des importuns,
qu'on ne fait dans le Village. Toutes inconveniens
qu'Ariste fait prévoir à Philogene
ne l'effrayent pas, il veut du
moins en essayer pour quelque temps,
saufà lui de prendre son parti, quand il
ne s'accommodera pas des manieres de
ses Compatriotes. Cette premiere Scène
est suivie de deux autres, au squelles
nous ne nous arrêterons pas, parce qu'elles
y font purement accessoires
,
elles ne
laissent pas d'amuser agréablement en
attendant la quatrième Scène, où Trophime,
ami dePhilogene, dont il occupoit
la maison pendant son absence, ÔC
dont il étoit comme l'homme d'affaire
ou le Fermier, vient lui annoncer que
les Echevins, par délibération du Conseil,
viennent lui faire compliment, &C
lui presenter le vin au nom de la Ville,
1. vol.fhiloPhilogene
veut forcir, pour éviter cette
ceremonie, à laquelle il ne s'attendoit
pas; mais Trophime lui dit qu'on trouveroit
cela très-mauvais, & l'oblige à
rester. En attendant l'arrivéedesEchevins,
Philogene essuye le premier j:hoc
d'un Cousin qui s'appelle Ergaste, Be
qu'on a surnommé M. de Bout-en-train;
il fait entendre à Philogene que dans si.
petite Ville chaque habitant a son /ôbriquet
,ou son nom de guerre; voici comment
s'explique.
Ce font des noms de guerre,& chacun a
le
sien ;
Orpuisqu'en ce pays nous avons tous le nôtre,
Il faut, bon gré, malgré, que vous ayez le
vocre.
Et comme vous voilàde retour maintenant,
Je vous ai baptisé du nom de Revenant.
Ce petit Prélude commence à embarlasser
Philogene; la Scene qui fuit, lui
porte un coup un peu plus fort, ce font
les Echevins, précedez d'un Maître de
céremonie,c'est M. de Petit-Jean
,
Valet
de Trophime. dont nous venons deparler.
Le premier Echevin lui décoche ? son
compliment au nom de la Ville. Le voici r
Monsieur. c'est certes avec justice,
Que la Ville vers vous nous députe d'office,
A. frab
-
Et
Et qu'elle honore en vous un de ses Citoyens,
Donc le nom, les vertus, les talens, les
inoyens
Et des faits éclatans,dignes de nôtre histoire,
L'honorent en tous lieux & la couvrent de
gloire,
Mon Collègue present vous dira le surplus.
Voici le compliment de l'autre Eche
vin.
Sept Villes autrefois se disputoient Homere,
Chacune prétendoit avoir été sa mere :
Fait quijusqu'à presentest demeuré douteux,
Pour nous à vôtre égard nous sommes plus
heureux;
Car en vous possedant nous avons lavantage
De n'éprouver, Monsieur, ni conflict,ni partage
;
C'estun honneur à nous, d'autant plus affecté,
Que nulle Ville encor ne nous l'a disputé.
Ces deux complimenssont comprendre
à Philogene que sa chere Patrie n'est
pas trop séconde en bons Orateurs, aussi
faitil cette Réponse ironique aux deux
Harangueurs.
Meissieurs,ce compliment arefle, que la Ville m'a- *vol.Brille
Brille par la doctrine & par la policesse,
- 1
Cela ne surprend pas dans de tels Echevins.
-
Après cette courte Réponse, Petit-Jean
presente les vins au nom de la Ville, Se
l'Esveillé Valet de Philogene les reçoit
avec plaisir, & lespréferé aucompliment
que son Maître vient d'essuyer;
Philogene va reconduire les Echevins. H
devient & se plaint d'une ceremonie qui
a été suivie de l'abord d'un nouveau Cousin,
qu'on appelle Troile, & dont ila
eu le bonheur d'être bien-tôt débarrasse ,
mais il n'en ell: pas encore quitte;ce Coufin
revient sur ùs pas, & l'entretientd'un
procès, pour lequel il le prie d'écrire à
Paris, & de Solliciter pour lui. A ce second
Cousin il en succede un troisiéme,
qui a l'honneur d'être M. l'Eleu. Il embrasse
Philogene
,
& luidit que sa femme
Madame l'Eleu vient d'accoucher
d'un garçon, dont elle le prie de vouloi,
bien être le Parain
,
& de l'appeller
Jean, nom orlinaire de la famille depuis
son trisayeul jusqu'à lui; Philogene pour
s'en dispenser lui répondqu'il ne sçauroit
donner a son filleul d'autre nom que
celui de Melchisedech, en vertu d'un
voeu qu'ilappelle irrefragrable. C'est ain
si qu'il s'en défait, & que le premier
Acte finit. I,vol,ACTE
ACTE II.
La premiere Scene de ce second Ààt
est entre l'Esveillé, Valet de Philogene ,
& Petit-Jean, Valet de Trophime. Nous
la passons comme peu necessaire au sujet,
&
quoiqu'assezplaisante d'ailleurs, 8c
legerement écrite. Les deux autres sont
à peu près du même genre. A la qllauiéme
l'hilogenearrive, & témoigné sa
surprise sur le grand nombre de gens
qu'il vient de voit dans son jardin. Trophime
lui dit que ces gens-là font tous
de ses parens,& qu'ils viennent le visiter.
Philogene veut les aller trouver, &
seflate de les congédier au plutôt, mais
il en est empêché par un Cousin qu'il a
'clja vû, & qui revient à la charge pour
le mettre au fait de toute sa nombreuse
parenté. Voici comment il lui parle t
Vôtre parenté feule à déployer demande,
Un homme qui soitbien au fait, tantelle est
grande,
Car nôtre Bisayeul commun, nomméMartin,
Par qui j'ai cet honneur d'être vôtre Coufin
»
Outre quatre garçons eut encore six filles
Qu'il fit toutes entrer dans six bonnes familles,
Lagenealogie qu'il lui débroüille fait
i-vol. mon-,
- monter la parenté à trois cens six Cousins
, encore neff-ce que du côte mater- nel, on peut juger qu'il y en a de espece, toute & que l'Auteur a pris soin de
faire entrer lur la Sceneceux qui sontde
l'espece la plus comique. Il y en a un
entr'autres qui s'appelle Fausse, & qui
donne dans le bel esprit fâché ; on ne fera pas de voir ici unede ses productions.
C'est un Sonnet enigmatique en Boutsrimez.
Le voici:
Sans queje fois ni Roi, ni Roc Par tout où je veux, je me Plaque,
Avant que de donner le Chue,
Je fais sonner un foüet qui Clllqllf.
ratire avec un petit Crac
Dequoi pouvoir garnir ma CAque,
Et quand j'ai bien fuccé le Bref,
Je m'épouffe ,& ma place Vaque,
J'attaque loiseau de Saint Lu, ,
Et sanscraindre Prince ni Dlle.
De les faire fuir je me licqut.
Je ne crains qu'un maudit coup Sec.
i. VÔUTel
Tel frétas ! qui me fait la Nique a
Perit comme moi par le Bec.
L'Enigme est devinée & expliquéepar
les Acteurs de cette maniere.
Fau/fe.
Voilà l'Enigme, elle eliaffezdrele^afï#&fin£i
Mais ce n'est pas le tout, il faut qu'on la devine.
Philogene.
J'y serois, quant à moi, Monsieur,bien empêche
i
Car j'ai sur tout cela l'esprit si fortbouché.
Çaafte.
C'est faute de l'avoir assez examinée,
Cher Coufin.
jirifle.
Cette Enigme est toute devinée.
Falifte.
Voyons donc.
Ariftc.
Vous venez d'en dire ici le mot.
Fausse.
Déclarez-le t sans tant tourner autour du pot,
Dites.
-
I. vol.Ariste.
Ariste.
C'est le Cousin insectevolatile, 1
Sorte de moucheron.
Faufie 1 Timon.
Vertu,qu'il esthabile!
Du premier coup, coulin.
Timon.
Ah!cesgensdeParis
Monsïeur,vous devez être un de ces beaux esprits, î-a» qui brillent.
AtAifie.
A moi n'appartient tant de gIGirt.
Timon.
Cela vous plaît à dire, & nous savons qu'en croire. Frontin.
Attendez, s'il vous plaît, car tout-cecin'est
rien;
Il faut examiner si le mot quadre bien.
Paufie en donnant le papier à Ariste.
Tenez donc.
t
AJriste.livsanot l'UEnigme. Sans
M Sans que je fois ni Roi, ni Roc ,
Partout où je veux je me Plaque,
Il est vrai le Coufin dans tout endroit se fourre,
Il faut pour le chasser qu'on l'écrase, ou le
bourre,
N'en convenez-vous pas? il est peint à charmer.
Philogene.
Oh } oüi» pour s'endéfaire, il le faut aaOI11
mer. --Fauf/e.
A la fin de l'Enigmeaussi celase trouve.
.Philogene.
Et la chose en effet en tout pays s'éprouve
An[le.
s, Avant que de donner le choc
» Je fais sonner un foüet qui Claque
Le Cousin siffle en l'air, avant que d'attaquer;
C'est alors proprement son foüet qu'il fait
claquer.
Celse.
Claquer ne convient pas: car il Me, il bOUtdonne;
siffler, claquer font deux.
1
-
I.vol. fA!$./i,
Fanfie.
,
Vous nous la donnez bonne,
EnEnigme cela doit passer.
Philogne.
En effet,
LeCousin sepavane, & fait claquer son foüec.
Fausse.
Bourdonnement, sîfflet, que cela siffle, ou
claque,
C'esttoujourscertain bruit qu'il fait quand il
attaque.
Arifit.
» J'attire avec un petit Crot
•» Dequoipouvoir garnir ma Cagsse,
Frontin.-
Quant à ce petit croc, x'est sa trompe, on
l'entend.
Celse. -
Vous voyez qu'il s'en fert pour nous tirer du
sang;
- Car il se mêle aussi de la Phlebotomie,
Et de nôtre vivant fait nôtre Anatomie.
Philogene.
Il feigne quelquefois tel qui ne le veut pas,
Etje me fuis souvent
»
moi, trouvé dans le cas
I. VQLAriste.
Arifle.
m Et quand j'ai bien succéle - frocs
,
* Je m'épousse & le place Vque.
Oui,le Coufin s'acharne&toûjours en haleine,
Il ne quitte que quandil a la panse pleine.
Timon.
» Je m'épousse & la place vaque.
Ce termed'époussern'est pas bien noble.
,
Philo/rene.
O Non.
Il peut passer pourtant&paroîtassez bon,
Pour un Cousin, encor ne s'épousse-il gueres;
Cela tient comme reigne, & c'est pis qu'un
Corsaire.
-Arifie.
3, J'attaque l'oiseau de Saint lue,1
Fauste.
Vous entendez,Monsieur, c'est un terme rer,.,
PourleBoeuf.
Ariste,
OiiijMonsieur» je l'ai d'abord conçû..
Il attaque le Boeuf,le fait est. veritable.
Philogene.
Il attaque le Boeuf, le picque même à table, - J.vol.Ariste.
Aripee
•» Et sans craindre Prince,ni à3 Duc »
», De les faire fuir je me Picque
ihilogone.
Oh! ni Prince, ni Duc ne peut y résister»k
J faut fuir,c'estle mieux,& fuir sans hësîtera
Fauste.
Au/fi fuit-on toûjours ,
l'Enigmel'insinuë.
Arifie.
Ce1point est en effettrès-clair. Jecontinuë.
»Je ne crainsqu'un maudit coup fêc»^y
C'est tout ce qu'il redoute en coulant son vç-v
nin. ",.--
Cesseenfrappantfut la mllin. Oüi.lecoupsec. *
Philogene.
,.
Ilfauttaper sur le Cousin,
-. -
il faut taper su
.,.. -
Taper sec, taper dur, & si bien qu'ille sente,
loi.. à. Frontin.
J'en ai dans un seul jour écrasé plus de trente.
Philogene.
1 L'heureux homme!
-.,,., 4 --
y
l*voL - Àriftfi
Ariste.
« Tel, hélas! qui mefait la nique,
« Perit comme moi par le bec.
-
ce/fi.
Rien n'est plus vrai,tandis qu'ils nous succent lamaini
Oninv. ous leurdonne tac, puis adieu le con-
On a trouvé cette Enigme d'autant
plusingenieuse
,
qu'elle convient parfaitement
au titre de la Comedie, & à
JatHon quis'y passe, les allusions à
l'importunité des cousins, 6c au traitement
qu'on doit leur faire, ont paru
d'qpe justesse extrême, tant dans le propre
que dans le figuré, & nous sommes
persuadez que nos Lecteurs le sentiront
à chaque Vers expliqué. Nous
passons au troisiéme Acte, dont nous ne
dirons qu'un mot de peur d'être trop
longs.
ACTEIII. e
Philogene & Ariste commencent le
dernier Aâe*, Philogene selaisse aller
sur une chaise
, en disant à son ami
Ariste, qu'il n'y peut plustenir, & que
les cousins lui sortent par les yeux; à
hv§UÇ peine
peine ar-il achevé de parler, qu'il en
arrive sur nouveaux frais; il s'en débarrasse
le mieux qu'il peut; & joüissant
enfin pour un moment du plaisir de
se trouver seul ,il fait ce Monologue,
qui prépare les Spectateurs au dénouëpienc.
, Philogene,
Il est,jele vois bien,des choses dans la vie,
Dont on ne peut jamais juger bien sainement,
Qu'en les voyant de près, & par l'évene- ment. l.-
Dans cettepassion, danscette extrême en
vie, >
Que j'avois de revoir le Ciel de ma patrie,
Je n'ai fait de Paris ici presque qu'un faut,
Et n'y croyois jamais arriver assez tôt.
J'arrive, & n'y fuis pas une journéeentiere
Qu'abîmé tout d'un coup dans une cousiniere,
Je pense, tant je souffre
>
& d'esprit & d.
corps,
Que jamais assez tôt je n'en ferai dehors:
La plus courte folie est» dit- on t
la meilleure»
Et je veux déguerpir d'ici devant uneheure »
L'Eveillé va venir, je lui veux, sur cela
Signifier en bref mes ordres : le VQill.
1. 7,/(11. ,LeS
Les ordres que Philogene donne à
l'Eveillé, sont de tenir les chevaux prêts
à partir dansune demie-heure. L'Eveillé
en est ravi, par la raison que les Cabarets
font aussi tares dans cette petite
Ville, qu'ils font nombreux à Paris ;
tous lescousins rassemblezensemble chez
philogene font fort surpris d'apprendre
qu'il est parti avec tant de précipitation,
ils ne se rendent pas assez de justice pour
en comprendre la veritable raison; & s'ils
le pouvoient,ilscourroient après lui pour
là lui demander.
Voilà tout ce quenous avons pu inferer
de cette Piece dans cet Extrait, les
traits comiques y sontrépandus dans tetes,
les Scenes, & jamais on n'y perd le
sujet de vue. Rien n'est plus simple,
mais rien n'est traité avec plus d'esprit
& avecplus de délicatesse.
TELEGONE , reconnu pour fils
d'Ulysse, Tragedierepresentée au Collège
de Louis le Grand, pour la distribution
des Prix, fondez par Sa Majesté,
le Mercredi premier Aoust 1725.
SUJET.
Vlyp avoit été averti par un Oracle dt
&.*enir enfarde contre 14 main de soTt 9 --"- 1.1/QI.Gij fils.
jus. Oitre Telemaqùe qu'il avoit eu de
Penelope,il ne sçavoit pas en avoir un
autre de Circè,Reine de IJfle d'Bee, où
il riavaitfèjoitrnique peu de moispendanl
le cours de [es voyages & deses avantures,
Ce•filsse nommoit Telegone: quani
il fut en âge de voyagert sa rnere L'en.
noya voir TJiyffe.jîpeine ce jeune Prince
eut-il abordé à la cote ditalme, qu'il s'éleva
une querelle, &sefit un combat en
tre ses gens & les fitjets d'VlyfTe. Telegone
en ce choc tua son pere sans le con- noÎtre, & se retira en Italie, où il jetta
lesson demens de la Fille de Tufculum
aujourd'hui Prelèati, 3 comme il efi mar.
qiêLplHs d'unefois dans les Fasses d'Ovide.
io, L'Hifioire assurequ'Vlyffepardes
feitpfons injurieux a la vertu de Penelope
, l'avoit fait mourir de chagrin. La
tannoifrmce de ce fait efi nectjfairepour
Vintelligence de certains traits firne'{ en
cette Tragrdie.
2°. Onsuppose qufTelegoneefienvoyé
par Circé pour la venger de la perfidie
d'vjJfç qui l'avoit abandonnée.
30On supposè encore quelle a laissè
ignorer a Telegone qu'ilfutfilsd'ZJlyjj,
& quZJlyjfe lui-même charmé du courage
& des vertus de'ce jeune Etranger, le re.
tenoit à fit Cour depuis quelques années J. Vêf, rt,..
& ïavoit faitson Confident& son Favori,
fins ffavoirqu'ilfutson fils.
40. Ensistil fausse rappeller taccwil
gracieux que fitautrefois Calypso à Vlyj-
Je dea Telemaquesquand ils Abordèrent
a son Ifie> &c. 1
La Scene est à Itaque dans une Salle
du Palais d'Ulyssè.
Cette Piece estcomposée de sept principaux
Personnages,sçavoir,d'Ulysse,
Roi d'Itaque; de Telemaque,fils d'Ulysse
& Je Penelope; de Telegone, autre
filsd'Ulysse&deCircé; de Thrafile,
Prince du fang des Rois d'Itaque;
de Phalere, oncle maternel de Telemaque
*, d'Orante, Gouverneur & Consident
de Telemaque, & Officierdes, Gar-
:
des d'Ulysse, fous Telegone qui en est
le Capitaine; de Timante, Envoyé fe*
cret de Circé à Telegone, &c.
Le premier Aéte est composé de sept
Scenes
,
dans la premiere, Telemaque
surpris de voir la prudence de son pere
Ulysse changée depuis quelque temps en
humeur sombre & farouche qui le fait se
défier de tout le monde, & mêmedeson
propre fils,découvre là dessus ses inquiétudes
à son oncle Phalere. Celui-ci
profitie d.evcetgte o/uv,eGrture, pour faire en- iij tendre
tendre à Telemaque que ces défiances
d'Ulysse sont l'effet des ombrages quelui
fait naître ce jeune Etranger, auquel il
a livré sa confiance, & qui ne cesse
d'aigrir l'espritduRoi contre Telemaque,
à l'instigationdeThrausile, Prince
du sang, qui n'a que trop d'interest à
détruire le fils auprès du pere. Il ajoute
, que ces odieuxsoupçons suggerez
par Telegone
, ont déja cause la mort de
Penelope, & qu'ils pourroient bien devenir
aussi funestesaufils qu'ils l'ont
été à la mere.
Dans la seconde Scene, Telemaque
rencontre Telegone qui va chez leRoi;
il éclate, & lui fait de sanglans reproches
, &c. Nous ne pourions parcourir
toutes les Scenes de ce Poëme, quelques
interessantes & bienenchaînées
qu'elles soient, sans trop allonger cet
Extrait;ainsi nous nous bornerons à remarquer
que ce qu'il y a de plus fra.
pant dans cet Acte, est la peinture vive
& animée que fait Ulysse des ombres effrayantes
qui le troublent. Tantôc c'est
l'ombre de Palamede qu'il a fait injustement
perir, & qui semble vouloir l'entraîner
dans le Tartare. Tantôtc'estHector
qui vient lui demander l'innocent
Astianax
, & qui pour cet attentat lui
annonce qu'il mourra de la main de son I. vol. v ». propre
propre fils. Ici c'est Ajax, quilui pré
dit qu'il perdra la vie d'un coup de flèche
, pour lui avoir enlevé par un indigne
artifice celles d'Achille. Là, c'est
Pallas elle-même, qui lui reproche 1en*
levement du Palladium
, &c. L'appareil
du sacrifice fournit encore un grand
spectacle.
Dans la premiere Scene du fecond
Acte, l'Ambassadeur Timan vient au
Palais, incognitò, & découvre à Telegone
qu'il amene une Flotte au nom de
Circé,qui trouve étrange que son fils
tarde Lm: à venger l'honneur d'une mere
outragée. Telegone se défend du meurtre
qu'on lui propose, & insiste sur ce
que son propre honneur exige de sa reconnoissance
envers un Prince aimable
&bienfaisant. Timante ne pouvant resoudre
Telegone à executer les ordres
de samere,lui montre un present qu'elle
lui envoye : c'est un poignard sur le.
quel sont gravez ces mots:Percelesein
d'Viy{ft
, ou perce le tien propre, &c.
Dans la sixiéme Scene ,
Ulysse assemble
son Conseil pour pouvoir, dit-il,
prendre quelque resolution
,
mais enefset
, pour entrevoir la disposition des
Grands, & pour fonder le coeur de Telemaque,
il parle en Prince resolu d'abdiquer.
Les Seigneurs , & surtout Te-
1. VPU G iiij lemalemaque
,
s'opposent à cette abdication
par leurs prieres &par leurs larmes,
&c.
La Scene où Timante offre le poignard
à Telegone
,
les reflexions quefait
ce Prince sur ce sujet, les inquiétudes
de son esprit qui balance entre sa mort
& son bienfaicteur
, tout cela donne lieu
à de grands mouvemens dont le Spectateur
estfrappé- L'abdication faite efl
un tour artificieux qui caracterisemerveilleusement
Ulysse; le refus genereux
& sincere que fait Telemaque du Trône
que lui cede son pere avec les plus
vives instances, donne du lustre à son
beau naturel, & le rend aimable à tous les témoins de ses larmes.
Au troisiéme Acte, Scene premiere,
Telemaque inquiet sur les- motifs qui
engagent son pere à vouloir quitter le
Trône, consulte Phalere, qui lui fait
comprendre que cette abdication n'est
qu'un jeu joüé par Ulysse, pour voir si
son fils auroit envie de regner , que c'est
une fuite des mauvais offices que lui
rendentThrasile & Telegone; qu'il ne
s'agit plus desormais du Trône , mais
d'une mort honteuse
, que lui préparent
fous main ces deux ennemis secrets, en
redoublant les soupçons d'Ulysse contre
lui
, par le moyen d'un Oracle qu'ils
I. vol. font
font parlerau gré de leur haine, &c.
Le change que donne l'Ambassadeur
à Telemaque ôc à Thrasile, dans la féconde
Scene, en se disant Envoyé de
,
Calypso
,
le tour de vraisemblance qu'il
donne à cette feinte, l'usage qu'il en
fait pour piquer l'ambition de Thrasile,
l'avantage qu'en tire Thrasile lui-même
, pour rendre Telemaque & Phalere
coupables aux yeux d'Ulysse, sont des
intrigues très-adroitementnoüées , qui
préparent le Spectateur à d'étrangesévenemens.
Dans la premiere Scene du quatriéme
Acte, Ulysse, après avoir fait subir
l'interrogatoire à Phalere, reproche à
Telemaque son entrevûëavecl'AmbassadeurEtranger,
8c l'accuse d'avoir fait
venir la Flotte pour appuyer sa revolte.
Telemaque convient qu'il étoit dans la
disposition de s'enfuir à la faveur de cette
Flotte, jusqu'à ce que le temps fit connoître
son innocence; mais il proteste
qu'il n'a jamais prétendu se iervir d'un
tel secours contre un pere qu'il aime plus
quelui-même, &c. La maniere dont
Telemaque tâche de se justifierauprès
d'Ulysse,les protestations qu'il lui fait
de sa tendresse & de son innocence, sont,
des endroits touchans qui interessent infinIim.
ent en sa faveur. val. -, 6. .V AI.
Au cinquiéme Acte, la Scene ouvre
par Telemaque, Telegone, & Timante,
qui après s'être fait jour au travers
des gardesqu'on leura opposez, se félicitent
d'avoir franchi tous les obstacles,
& de s'être ouvert un passage jusqu'au
Palais,où le fils vient demander grace
au pere. Cependant Telemaque rend finjustice en- au zele de Telegone
,
qu'il
avoitcrû jusqu'alors son ennemi, &c.
Ce dernier Aéte fournit de belles &
d'heureusessituations
,
produit des sentimens
vifs & pathetiques, qui dans la
representation causent beaucoup de furprise
& de compassion pour le malheur
de Telegone, tout à la fois innocent &
parricide.
Cette Tragedie a été extrêmement applaudie,
tant pour le stile & la conduite,
que pour l'execution.
Nous - apprenons que trois autres Auteurs
travaillent sur le même sujet en
nôtre langue.
Le l.de la Sante,Jesuite, l'un des
Professeurs de Rhétorique du College de
Loüis le Grand, connu par plusieurs,
Pieres d'Eloquence & de Theatre, dont
nous avons donné des Extraits dans le
temps qu'elles ont paru, est l'Aueur de
cette Tragedie, & de l'ingenieux Ballet
dont nous allons parler.
- - I.voL BALLET
BALLET ALLEGORIQUE.
JQui servit d'Intermede à la Trageiie de
Telegone reconnu fils d'VIJJfe.
LE Pere de la Sante joignit à cette
Tragedie un Ballet qui porte pour
titre, leMimtge de Thesée &'d'Hippolit.
Comme ce Ballet regarde l'Auguste
Mariage du Roi, c'est-à-dire, un
évenement qui interessetoute la Nation
Françoise
, nous en extrairons, ici les
principaux traits, qui feront voir la dexterité
de l'Auteur à traiter un sujet si délicat.
C'est ainsi qu'il expose lesujet&
ladivisiondeceBallet.
SUJET.
Thefée , Roi d'sfthenes
,
après avoir
dompté les Aîonïlrcsdes Forefis, & préludé
par ce nable exerice a des vrlloirespus
glorieuses3futlui-même vainc(t
par les charmesdrHippolite
,
Reine des
Arnaz-onesaveclafueile il partagea
fin Trônet & quipasse pour une Prin-. ttf des plus Accomplies defortfiede.
1-vol- Gvj OU:
OUVERTURE.
n Les Peuples de l'Attique sensibles
» aux douceurs de la Pai, que leur font
)) goûterlescommencemens du Regne »deThesée, supplient Jupiter de leur
» perpetuer ce bonheur, & de. donner
» à ce Prince une Posteritédigne delui-
» Jupiter touché de leurs prieres, assem-
» ble leConseildes Dieux, leur ordonne
» de descendre sur la terre avec le Dieu
» Hymenée
,
& de s'interesser à tout ce
M qu'il exigera d'eux.L'Hymenée paroît
»aumilieu de quatre diff, rentes Trouas
pes de Divinitez, qu'il met en oeuvre
» pour l'Auguste Ceremonie du Mariage
» projetté.
» La premiere Troupe se charge du
» choix d'une Reine, & l'orne de tou-
» tes les qualitez convenables au rang que
» le Destin lui prépare:
» La seconde se charge de faire les préfil
paratifs de la Pompe Nuptiale.
» La troisiéme de présider aux rejoüis-
»sancespubliques.
» La quatriéme, d'annoncer le bon-
» heur dont une telle alliance doit être
» suivie.
» Ces quatre sortes de fonctions par
1. vol. tagéiles
» tagées entre les Deux,font les quatre
» parties du Ballet.
» La Renommée, au bruit des Tam-
» bours & desTrompettes,publiel'heu-
» reuse nouvelle du Mariage. Ellevou-
» droit également publier le nom de la
» Priliceflè; mais Sigalion, Dieu du Si-
» lence
,
lui recommande le secret, afin
9*
de tenir les Peuples en sus pens, & de
» leur faire d'autant plus estimer le bien-
,
» fait, qu'ils l'auront plus long-temps
« attendu!
La première Partie, qui concerne le
choix de la Rcin, efl cornpofèe de trofa
Entrées conçues de cettemaniéré*
I. ENTRE'E.
» Minerve, Déesse de la Sagesse pré-
» fide au choix de la nouvelle Reine.
»Les trois Graces lui promettent tous
» les agrémens d'une. brautémajestueu-
M se. Les Vertus Royales d'un côté
,
les
». Muses de l'autre, répondent desqua-
» litez du coeur & de l'esprit.Le nom-
»bre des Muses est égal à celui des Lan-
» gues que sçait la Princesse. Tuutes ces
»Divinitez lui donnent leurs suffrages,
» & vont la combler de leurs dons les
ï*. plusie+xquvis.ol* llet
II. ENTRE'E.
L *
- » Mercure, Deu des beaux Arts;
» vient avec le Chef des Genies de b
» Peinture, montrer à Minerve le Por-
» trait de la Princesse. Cette Déesse le
» regarde avec complaisance, croit y re- *
M connoître plusieurs de ses traits, le
» conserve précieusement,& adopte Hip-
» polite pour Reine. Aussi-tôt Mercure
» commande à ses Couriers, & le Genie
» de la Peinture ordonne à ses Genies
» subalternes d'aller ensemble dans les
n Cours de Grece porter des copies du
» Portrait avec la nouvelle du Maria-
» ge projette.
*1 'À
CetteEntrée de Couriers parut d'ungoût
neuf & Jïngalier,qui futparfaitement
bien reçu de toute rAJ!emblée.,-.
III. ENTRE'E.
- I «
>7 Pendant qu'une Troupe d'innocens
»Amours s'exerce fous les yeux de l'Hy-
» menée à tirer de l'Arc contre un coeur
»qui leur sertdebut, Thesée paroîtsui-
» vi d'un grand cortegedechasse. Miner-
»ve lui fait voir lePortrait d'Hippolite.
»Cievtobjçet ll'a.rr0ête;-en m.êmAe tempsil est
n est assailly par les traits de ces jeunes
»Archers, auxquels il rend les armes.
» La troupe victorieuse le lie avec des
» chaînes de fleurs, & l'attache au Char
» d'Hymenée. Les uns érigent un Tro-
.»,phée, les autres menent leur captif en triomphe. Minerve elle-même estde
» la fête, & engage le Prince à confir-
» mer le choix qu'elle a fait de l'illustre
» Amazone.
Les Danses dé cette Entréefurent des
pinsgracieuses. Ce Trophée
> ce Char
s ce
Cortège de ChafPurs mêlez, ces petits tireurs
d'Arc; firent un fptiïacle des plus
riants.
La seconde Partie où sont represèntez
les préparatifs de la rompe Nuptiale eut
quelque chose de magnifique dans l'execution.
Dans la premiereEntréeparoif-
-
soient les deux Genies del'Architecture
& de la Sculpture, qui jaloux de 1 honneur
quefait au Genie de la Peinture le
Portrait de la Princesse
3
veulent à leur
tour signaler leur zele pour sa gloire. Ils
font travailler fous leurs ordres les plus
excellensouvriers delaGrèce, pour dreffer
un Trône magnifique au Roi, & à la
Reine, dont ils réünissent les Portraits
fous UIl. mêmeDais. Ils préparent aussi
des Arcs de Triomphe peur la reception
de l'u1n &.dve le'aultr*e, &c. Dans une •• nantie
autre Entrée Apollon,Dieu de la Poëlie;
change tout à coup l'Athenée en Parnasse.
On y voit les mêmes fontaines, les
-
mêmes bosquets, le même Pegase que
sur le Pinde. Flore embellit de fleurs &C
de festons ce jardin délicieux, par ou doivent
passer le Roi & la Reine. Les deux
Mufes Terpsicore & Polyhymnie occupent
en ce lieu un grand nombre de Poëtesà
composer des Epithalames, & des
Cantates; dont on formera des Concerts
pour celebrer le nouveau mariage, &c..
Outre ce Trône, ce Dais, ce Par-
-naire, ce Jardin délicieux qui contribuerent
beaucoup à l'agrément de cette Fête,
on fut charmé de voir en racourci sur la
Scene une image, ou representation du
Parterre qui est à l'extrémité des Thuilleries,
avec les deuxchevauxaîlez de
Mercure & de la Renommée.
La troisième Partie qui renferme les
réjouïssances publiques à la Cour, à la'
Ville, à la campagne, est accompagnée
de Fêtes aussiagréables que les précédentes.
La quatrième où sont les présages des
fuites heureuses de l'Hymenée Royal,
n'a pas eu moins de succès.Les fuites
font l'union confiante des deux Jipoux leur , posterité> le bonheur de leurs peuples.
,i> Cçtte
Cette union confiante est representée
d'une maniere bien poëtique & bien ip.
genieuse. » Les portes du Dessins'ou-
» vrent. A l'entréede son Temple pâ-
» roît la Concorde assise. Elle y montre
5) deux grands coeurs unis par une chaîne
»de Diamans, & surmontez d'une metJ
meCouronne. Le temps avec une lon-
» gue suite d'années voudroit erivain dé-
* truire ce momiment. La Faulx lui tom-
> be des mains. Les annéesrespectent
» cette chaîne précieuse
,
sans qu'aucu-
» ge d'elles osent y toucher. Deux Pai-
•» ques silent des jours d'or.
L'auguste posterité des deux Epoux eA:
annoncée par des Symboles heureusement
choisis.» Uranie fait faire des ob..
» servatiens à plusieurs Astrologues,
» dont les lunettes se fixent particulière-
» ment sur deux Astres; à sçavoir,sur le
»Dauphin d'Arion & les Jumeaux. La
» Déesse Lucine s'offre à leurs yeux , &autorise les conjectures qu'ils com-
» mençoient à former sur la naissance
» des Princes,qui feront bien-tôt les fruits
» d'unsi heureux mariage.
Le bonheur des peuples est annoncé
dans la troisiéme Entrée par les Dieux
fatidiques, qui tirant le rideau dont font
couvertes les Tables, où font écrits les
ordres du Destin, font voir dans un en-
I. vel. foncefoncement
peu éloigné l'Abondance & la j
Prosperité aux deux côtez du Dieu H •
menée. CesDivinitez s'avancent peu à f
ibeu vers les peuples de l'Aitique, qui 1
leur tendent les bras, & se promettent
un heureux avenir, &c. ':,
Ce Ballet a été dansé dans lagrande
cour du College de Loüis le Grand, pour i
la distribution des Prix, fondez par Sa
I
Majesté, en presence de près decinq >
mille personnes, & surtout devant utt
grand nombre de personnes de la pre-1
mierequalité, tant François qu'Etran-l'
gers qui occupoient les fenêtres des
chambres. Presque toutes les. Entrees,|
( exceptéquelques-unes qui furent ex^"*'
.cutées par plusieurs des meilleurs Mai*,
tres de l'Opéra,& par d'excellens dany
seursétrangers, ) furent dansées par les i
jeunes Seigneurs Pensionnaires en ce Col- -
lege. Le Prince de Beauvau, le Marquis e
de Livry, le Marquis d'Etampes, leï
Marquis de Rochechouart, le Comte des
Puiguyon, le Comte de V-enafquesM.I.-
Mousle de Gerville, & plusieurs autreS2:
jeunesMessieurs danserent avecbeau-j
coup degrâces. & firent honneur auXX
soins du sieur Frontent, charge depuis;
quelques annéesdelacompositiondes: danses.J*
Les Comediens François ont remis au
Theatre depuis peu le Roi de Cocagne, Comedie en trois Aéèes en Vers du sieur
le Grand, avec des lntermedes, le public
a revû cettePiece avec plaisir.
On donnera dans le second volume dç
ce mois l'Extrait de la Comedie de l'Indiscret.
L'Académie Royale de Musique a cesse
les representations des Fêtes de l'Eté, 8c
a remis le 13. de ce mois l'Opera d'Acis
& Galathée.
Le 18. de l'autre mois, jour de l'anniverfaire
de la naissance de l'Imperatrice,
on representa à Vienne devant L.
M. I. un Opéra nouveau, fous le titre
de Semiramis qui fut fort goûté.
CHANSON.
vOus m'allez donc quitter cher objet dé
mes voeux.
Que mon destin est rigoureux.
Vôtre départ me coûtera la vie.
Ah! puifqu'à mon amour vous réservez ce
prix,
J.vol.Souve1tee
MERCURE DEFRANCE.
;. Souvenez-vous au moins, cruelle Iris,
Que je fuis mort le jour que vous êtes partie.
NOUVELLES DUTEMPS.
TURQUIE. oN mande de Constantinople que le
Seraskier qui commande les troupes
destinées pour le siege de Tauris,s'est
rendu maître des petites Villes de Merend,
Sansent .& Ipsvan; qu'un autre
corpsde troupes Ottomanes s'est emparé
Etc huit Bourgs fortifiez, & occupez par
des Arméniens Chrétiens, qui ont ét
faits esclaves.
Le corps de Tartares que la Porté
fait passer en Perse, pourrenforcer les
troupes Ottomanes arriva le 9. Juillet
à Constantinople, & devoit incessamment
traverser sur le Canal à l'embouchure
de la Mer Noire, pour continuer
sa route en toute diligence.
On assure que les Chefs duDaguestaa
font de grands ravages dans la Province
de Chirvan ,dont on devoit régler les
limites entre la Porte ôc la Ruffie.
làVOII. RUSSIE;
Russie. LE 27. Juillet trois ValLfeallx de J3,
Flote ftadt, sortirent du Porte de Cron- ôcdonnèrentàtoutelaCourle
-
dt&donnerentà-toUte la Cour le [pelade d'un combat naval contre quelues
Galeres, & d'autres Bâtimens plats.
Le 28. la Czarine& leDucd'Holitein
firent la revue des troupes qu'on tvoïc dessein d'embarquer sur cette Flo-
1 :e, lesquelles ont reçu ordre de retourier
dans les quartiers qu'elles occu- xjie.nt. On équipe àPeter/bourg troisFregae$
de 50. pieces de canon, sur lefqueles
on embarque de l'Artillerie
,
des mu- 1itions de guerre, & des bois propres
1 bâtir des Vîyfléaux. On croit que ce :onvoi est deftjné pour l'Espagne,ainsi
luecelui de trois autres Fregates qui
wrcirent du même Port il y a un mois. Le DucdHolstein
a refusé l'honneur
lue la Czarine a voulu lui faire, de faire
nonter la Garde devant son Palais, à un Capitaine, deux Lieutenans & cent fol- tittls. Ce Prince s'est contenté de la garde avoit avant son mariage, & des
ionneurs que les trompes lui ontrendus ulqua present.
On a commencé une refonte de mon. joyJe«s,v&ol.l'on voitdéjà beaucoupde jrîiieecceey,
pieces d'or & d'argent avec l'empreinte
de laCzarine.
Un Courier dépêchépar M. Matousch.
kin, Lieutenant General, commandant
enchef les troupesRussiennes en Per[e.
a apporté à Petersbourg la nouvelle que
ses troupes avoient défait un grand nom- bredeRebelles de Perse, commandez
par l'ancien Visir de la Ville de Riasch
ten
3
lesquels s'étoient emparez d'une
Forteresse dans la plaine de Loschomordan
, & qui avoient faitdes retranche
mens, dans le dessein d'enlever les fourages
& les convois de munitions JefH"
nez pour les troupes Moscovites qui sont
dans la Province de Ghylan.
On'écrit de Moscow qu'on y a reçut
avis de Derbent que l'armée de S. M. Cz.
•
étoit si nombreuse, & si avantageusement
campée le long de la Mer Caspienne,
qu'il feroit presqueimpossible à l'Usur
pateur Miry - Mamouth de rien entreprendre
cette année dans les Provinces
conquises par le feu Czar.
La Noblesse de Livonie, d'Eftland, ÔC
des autres Provinces conquises par le
feu Czar sur la Suede, a obtenu de la
Czarine la confirmation de ses privilèges
,
& les autres graces qu'elle lui avoit
fait demander par ses Députez,à condition
qu'en casde rupture entre les Coux,
vol, - *onns$.
ronnes, les Gentilhommes de ces Provinces
feront obligez de porter les al:"
mes pour S. M. Cz.
Pologne. LE Roi de Pologne arriva àWarsovie
le 11. du mois dernier à Warsovie,
il fut complimenté le lendemain par le
Nonce du Pape, par le Primat du Royaume
,
& par plusieurs Senateurs.
On assure que les",Protestans de la
Ville de Thorn n'insistent plus sur la res
titution de l'Eglise de Sainte Marie qui a
été donnée aux Bernardins, maisqu'ils
fp contentent qu'on leur permette d'en
bâtir une nouvelle
,
& un Collège pour
leur jeunesse.
A LLEM -AG N E.
ON - a appris de Vienne que les deux
jeunes Comtes de Stirum & de
Pain se sont battus en duel sans se blesser
que legerement.
,.. On écrit de Berlin que le Roi de
Prusse avoit résolu de lever encore de
nouvelles troupes, & que plusieurs Ofciers
étoient allez dans les Provinces
executer ses ordres à ce fttiet.
Le zi. Aoustle Duc de Riperda, Am.
bassadeur du Roi d'Espagne, fit son entrée
à Vienne avec un cortege magnifî-
1. vol que j
4511e, & le 23.il eut sà premiere audien
ce de l'Empereur avec les ceremonies
accoutumées.
ITALIE. LE 27. Juillet, le Pape accorda le
Mantelet de Prélatenqualitédeson
Domestique, a l'Abbé Olivieri,neveuj
du Cardinalde ce nom.-
Ces jours passez les Carossès de la
Comtesse Zuccbt, de la Marquisê de
Angelis s'étant rencontrezdans une ruë
de Rome ~sort & aucune de ces
deux Dames ne voulant ceder le pas a
l'autre,elles demeurerent plus de deux
heures sans se parler; après quoi elles
prirent le parti de descendre & de --retourner
à pied chez elles, ce qui termina.
lé differend.
, On écrit de Milan que malgré la grande
secheresse dont on craignoit les effets,
la récolte des grains a été très-abondante
cette année.
On apprend de Turin que le President
du Sénat de Chamberi a été d'gradé
& exilé,que l'Avocat General de ce Tribunal
a eu le mêmefort,& que le Frendent
de Lecherene qui craignoit une semblable
disgrace,estmort de chagrin, en
sa maison de campagne.
Le 5. Aouston inonda, selon lacou-
), VoU IUIWj
tume, à Rome, la place Navonne, où
il y eut un grand concours de Noblesse
&depeuple; maison croit que ce fera
pour la derniere fois,à cause de la puanteur
que ces eauxrépandent en se dessechant.
Le 9. Le Cardinal Otthoboni envoya
un régal au Pape de dix cages remplies
de Faisàns, de Perdrix & de Tourterelles.
Le 10. S. S. adcecos.tlLileglise de Saint
Laurent
,
hors des.^u®,tunPrivilege
d'Indulgence, semblablè à celui des quatre
Eglises indiquées pour les Stations
du Jubilé de l'année Sainte.
On mande de Florence que le 8.
Aoust il y eut une tempête surieuse, &
que le tonnerre tomba en diversendroits
de la Ville, sans y faire cependant aucun
dommage; mais qu'une semblable tempête
en causa la veille de plus considerables
à Prato, dont l'Eglisè Cathedrale &
le clocher auroient été brûlez par le feu
du Ciel, sàns la pluye abondante qui
tfomlbaâenmmêmeetemsps,.q*ui éteignit le,* Le Cardinal Pignatelli, Archevêque
de Naples a fait publier un nouveau Mandement, portant ordre de réïterer
dans toutes les Eglises de son Diocese,
des Prieres publiques pour obtenir de la
J. vol. H pluye t
pluye
,
la grande secheresse qui dure depuis
plus de deux mois, ayant déjà fait,
un tort très-considerable à la prochaine
recolte.
ESPAGNE.
LA Marquise de Las Nieves, cy-devant
G-ouvern1antIe,>&Tactuellement - 1-. Dame-dHonneur ae inraïuca * uuluiu
un titre de ~Caûillepour elle & ses successeurs,
ave^5N®Ption de la demie
Annate ,
& du4* des Lances.
On croit que les troupes assemblees
dans la Catalogne, sont destinées à travailler
aux fortifications de Barcelone 6c
de Gironne.
On écrit de Lisbonne que l'Officier
> que le Roi de Portugal avoit envoyé à
la Cour d'Espagne,pour y porter les portraits
du Prince du Bresil
,
& de l'Infante
Dona Marie, y est revenu avec un Courier
dépêché par S. M. Cath. pour porter
au Roi de Portugal les portraits du
Prince des Asturiess & de l'Infante
d'Espagne.
GRANDE-BRETAGNE. sIdi Mahomet Abugli,Envoyé excracrdinaire
du Roi de Maroc, arriva
le 2 2. du mois dernier aux Dunes,
avec des presèns de ce Prince pour le Roi
I, volt d,.'Angl
VI i-in^iciciic, OC ie zy.II arriva à Londres
, avec une fuite d'environ20.personnes,
sans compter un Bâcha qui en:
venu avec lui pour voir l'Angleterre.
On a réglé la dépense dont on défraye
ce Ministre à 25.liv. sterling par sèmaine,
sanscompter Je loyer de la mai- son qu'il occupe3 & les carosses qu'on
doit aussi lui fournir pendant son séjour
,en Angleterre.
Les dernieres Lettres qu'on a reçues
du Comté de Devon, &de plusieursautres
Provinces, portent que la récolte de
cette année y esttrès-abondante, le & qu'el- se fait avec beaucoup de succès, les
pluyes ayant cessé depuis plus de dit
jours.
PAY S-BAS'
L Es Etats de Brabant se font sêparez
après avoir consentideofurnir
an oar 400000. florins pour leur contingent
de l'entretien de la maison de l'Archiduchesse,
Gouvernante des Pays-Bas. La Province de Luxembourg a representé
qu'elle n'etoit pas en état de rien fournir
au-delà du subside ordinaire.
Le Prince de Rubempré & d'Evers- bergh, Grand-Veneur hereditaire de Bra- bant
,
Chevalier de la Toison d'Or Ste nommépar l'Empereur a Grandh
Hij Ecuye
Ecuyer de ~lArcniaucneuc, uuuvcnwu Z.
des Pays-Bas.
Les Etats Généraux ayant pris la resolution
de reconnoître le Duc de Savoye
en qualité de Roi de Sardaigne, en ont
fait part par leur Agent au Chevalier
Osorio
,
Ministre de ce Prince.
Le 29. Aoust M.Joseph Spinelli, Internonce
du Pape à Bruxelles,reçût avis
de Rome que S. S. l'avoit honoré d'un
tirred'Archevêque in partibus , & du
caractere de Nonce auprèsdel'Archiduchesse,
Gouvernante des Pays-Bas.
Les Etats d'Hollande& de West-Frise
ont fait afficher contre les Vagabonds Se
Mandians, connus dans le pays fous le
nom de Bohémiens & Egypsiens, &c,
un nouveau Placard
, par lequel les habitans
des Villages du platpays depuis
l'âge de 16. ans jusqu'à60. sontobligez,
fous peine de 4- florins d'amende,
d'accourir avec des armes au secours des
Baillifs, lorsqu'il fera question d'arrêter
ou de poursuivre ces Vagabonds. contre
lesquels l'Ordonnance porte peine de
mort, lorsqu'ils feront repris pourune
troisiéme fois, ou que de la première ile
feront trouvez armez.
vet: * MORTSi,
MORTS, MARIAGES
& Naissances des Pays Etrangers. ON apprend de Latton,près de
Cricklade,dans le Comté de Wilts
en Angleterreque e nomméJean Guingall
y étoit mois le 28.Juillet
,
âgé de
1 14. ans accomplis,ayant conservé tous
ses sens jusqu'au moment de sa mort.
Christian Auguste, DucdeSaxe-Zéits,
CardinalPrêtre3 Archevêque dè Grau
ou Strigonie, Primat du Royaume de
Hongrie, & premier Commissaire de
l'Empereur à la Diete Generale de l'Empire,
est mort à Ratisbonne le 23. du
mois dernier, dans la 59eannée de sots
âge, après avoir été en létargie pendant
cinq jours. Il étoit entré quoique Frotestant
,
dansl'Ordre Teutonique, & il
etoit devenu Grand-Bailly de Turinge
après avoir abjuré les , erreurs du Lutheranisme
pour embrasserlaReligion Catholique
; il avoit-été éluChanoine,puis
sous-Doyen, &ensuiteDoyen de l'Eglise
de Cologne, Prevost de celle de S.Gereon
dans la même Ville
,
Chanoine de
Liege,de Munster, deVratiflau
,
ensuite
EvêquedeJavarinen 1696. Le Pape
, I.vol Hiij CleClement
XI. l'avoit fait Cardinal le 17.
Mai 1706. & l'année suivante il avoit été
élû pour remplir l'Archevêché vacant de
Strigonie. Il étoit parent du Roi de Pologne
du deux au troisiémedegré. Son
corps doit être porté en Hongrie pour y
être inhumé dans son Eglise Episcopale
de Javarin.
On écrit de Bruxelles que le Prince
Joseph de Hesse-Reinsfels, frere de la
Princesse de Piémont, épousa le 15. du
mois dernier la Princesse Marie-Auguste,
fille d'Anselme-François, Prince de la
Tour-Taxis.
Le 6. du mois dernier la Duchesse de
Meckelbourg Grabau, accoucha à Newftadt
d'un Prince qui fut baptisé le 12. &
nommé Loüis par la Duchesse doüairiere
de Butzau, & par Mrs d'Eichholtz &
Pluskau,au nom du Roi d'Angleterre Se
du Duc de Brunswick-Wolfembuttel.
FRANCE,
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
LE Prince Eiccbrat de Baviere
,
le
Prince Ferdinand son frere, & le
Duc de Wirtemberg-Studgard
,
arriverent
à Paris le 2.de ce mois,&allerent
1.vol. desdescendre
à l'Hôtel de Condé, où on
leur avoit preparé des appartemens pour
eux & pour leur fuite. Ils allerent le
lendemain à la Comedie Françoise avec
le Comte deCharolois, & le sur-lendemain
ils partirent pour Fontainebleau,
où le Duc de Bourbon les presenta au
Roi qui les reçût parfaitement bien. Le
'5. l'Electeur de Cologne Se le Prince
Theodore
,
Evêque de Ratisbonne,leurs
freres, arriverent à Fontainebleau, &
furent aussi presentez à S. M. dont ils
furent très-bien reçus.
Le Roi ayant été informé du prix exhorbitant,
auquel étoient montezdepuis
deux ans les Negres des Colonies Fran-
- çoises de l'Amerique, a permis depuis
peu à quelques-uns des principaux Negocians
des Villes Maritimes de France
,
de
faire la traite des Negres, nonobstant le
privilege exclusif qui en a été accordé à
la Compagnie des Indes.
On a decreté de prise de corps tous
les Archers des Pauvres qui firent violence
le 19. du mois passé dans l'Eglise
de S. Sauveur, pendant le Service Divin,
en voulant arrêter une femme qui
demandoitl'aumône; quelques-uns sont
emprisonnez, les autres ont pris la fuite.
Le 28. Aoust le Cardinal de Rohan
arriva de Strasbourg
3
son Eminence alla i-vol. Hiiij descende
scendre au nouvel appartement que le
Roi lui a donné au Louvre.
Le même jour, Fête de S. Augustin,
l'Abbé de Montfort, Prédicateur du Roi,
fit le Panegyrique du Saint dans l'Eglise
des Augustins du GrandConvent avec
beaucoup d'onction & d'éloquence
, en
presence de quantité de Prélats, & de
beaucoup d'autres personnes de distinction.
Le 30. du mois dernier M. de Castagneres
de Château-neuf, Conseiller d'Etat
, & ancien Prevôt des Marchands,
le President Lambert qui lui succede, &
les Echevins,ayant le Duc de Gesvres,
Gouverneur de Paris, à leur tête, eurent
audience du Roi, avec les ceremonies
accoutumées,étantpresentez par le Comte
de Maurepas, Secretaire d'Etat, &-
conduits par M. Desgranges, Maître des
Ceremonies. Le President Lambert, President
de la seconde Chambre des Requêtes
du Palais, & nouveauPrevost des
Marchands,prêta entre les mains de
S. M. le ferment de fidélité, dont le
Comtede Maurepas, Secretaire d'Etat,
fit la lecture; le scrutin ayant été presenté
par M. Portail de Vaudreüil, Conseiller
au Parlement, qui parla avec beaucoup
d'éloquence.
Le 1. de ce mois, on célébraavec les
1. vol. ceremoceremonies
ordinaires, dans l'Eglise d,
l'Abbaye Royale de S. Denis,un Servi.
ce solemnel pour l'Anniversaire du feu
Roi Loüis XIV. & l'Evêque de Tulles
y officia pontificalement: le Duc du Maine
& le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs personnes de distinction.
Le même jour M. Herault, Lieutenant
General de Police, prêta ferment
au Parlement, & fut installé ensuite au
Châtelet par M. de Ruau-Palu, Conseiller
de la Grand'Chambre.
Le 5. de ce mois, jour de la célébration
du Mariage du Roi, à Fontainebleau
, il y eut à l'Hôtel de Condé un
feu d'artifice, des illuminations
,
& des
fontaines de vin pour le peuple. Il y eut
aussi illumination & bal à l'Hôtel de
Gesvres
,
& on y donna en grande abondance
toute forte de rafrachissemens. Il
y eut le même jour de grandes marques
de réjoüissanceà l'Hôtel qu'occupe le
Comte de Tarlo, Envoyé du Roi Stanislas
,
&chez tous les Ministres & Secrétaires
d'Etat.
Les marques publiques de réjoüissance
ont commencé à Paris le 7. de ce mois,
& ont continuéquatre jours & quatre
1vol. H v nuits;
quatre nuits; elles furent annoncées par
la cloche du Palais, & par celle de l'Hôtel
de Ville. Outre le grand feu de la
Gréve, il y en eut un considerable à la
Bastille, aux Invalides, &c. sans compter
les illuminations & les feux des particuliers
,
qui à l'envi ont témoigné leur
joye avec beaucoup d'ardeur, sans qu'il
soit arrivé aucun accident, malgré les
fusées en très-grande abondance qu'on
tiroit dans toutes les ruës , & qu'on a
tollerées dans cette occasion.
Le 10. toute la façade du Palais Royal
fut extraordinairement illuminée par des
flambeaux de cire blanche, &on alluma
un très-beau feu dans la place.
M. Hérault, Lieutenant General de
Police fit illuminer la façade de son Hôtel
,
& deux pieces de vin çoulerent pour
le peuple.
Le Roi Stanislas & sa Cour sont partis
de Strasbourg le 20. de ce mois
,
Sa
Majesté doit arriver le 30. au Ghâteau
de Belle-Garde, près d'Orléans, appartenant
au Duc d'Antin, pour se rendre
ensuite à Chambort.
Lorsque Mademoiselle deClermont
Princesse du Sang, partit de Paris pour
Strasbourg, elle trouva à l'entrée de la
Forest de Livri les Gardes de la Capitainerie
des Chaires de cette Forest qui
I. vol, l'accoml'accompagnerent
une partiedu chemin,
jusques à ce qu'oneût trouvé plusieurs
Brigades de la Maréchausséede l'Islede
France,qui laconduisirent jusquesàClaye,
oùellefutreçûë par le Marquis de Livri,
Premier Maître d'Hôtel du Roi,
&C par M. d'Angervilliers, Intendant
de la Generalité de Paris & de l'Isle de
France. On tira aprèslesouperuntrèsbeau
Feu d'artifice. Ce même soir S. A. S.
qui pendant tout le voyage a donné de
grandes marquesde liberalité, & furtout
de charité envers les pauvres ,
fit
distribuer d'une maniere très-gracieusè,
des tocardes & des noeuds d'épée aux
Seigneurs qui étoient venus de Chantilly,
& à tous les Officiers du Roi.
En partant de Claye le 26. Juillet,
Mademoiselle de Clermont trouva à une
lieuë de Meaux, la Compagnie d'Ordonnance
des Arquebuziers de cette Ville
,
à cheval, fort proprement vêtus,
tambour battant & avec l'étendart. Le
Chef de cette Compagnie complimenta
la Princesse,& la conduisitavec sa Troupe
jusqu'au Palais Episcopaloùelle alla
descendre. La Compagnie des Fuziliers
à pied grossit l'escorte à la Porte de la
Ville. La Princesse fut complimentée par
le Chapitre de la Cathedrale, & par les
Officiers de Ville & de Judicature. Il
i,J
1.VQL H vj n'y f
n'y eut pas jusqu'à la Dame Benoit, fameuse
Hôtelliere à Meaux,âgée de plus
de 80. ans, quine se ressentît des boutez&
des liberalitez de la Princesse.
Le lendemain Mademoiselle de Clermont
fut escortée par la Maréchaussée
jusqu'à la Forest de Mouceaux
,
où se
trouverent les Gardes de la Capitainerie
de cette Forest. A deux lieuës de la Ferté-
sous-Joüare la Compagnie des Arquebuziers
de cette Ville, à cheval, préceda
le Carotte de la Princesse, l'épée
haute, &c.
Le 28. S. A. S. dîna au Village de
Vieux-Maison
,
escortée par la Maréchaussée
de la Generalité de Soissons, &
arriva le foir à Montmirel. Les quatre
Compagnies de Bourgeoisie de la Ville,
tambour battant & drapeaux déployez,
qui étoient venus au- devant de Mademoiselle
de Clermont, l'accompagnelent
jusqu'au Château, où elle fut reçûë
par M. Lescalopier,Intendantde Champagne,
par les Officiers de Ville &c.
Le 29. cette Princesse alla coucher
au Village de Congy
escortée par
75. Cavaliers très
-
bien montez, de
la Maréchaussée de Champagne, &
le lendenain à Châlons,
où elle fut
leçûë Se complimentée par le Chapitre
de la Cathedrale, par les Officiers de
- * 1. vol. Ville
Ville & de judicature, par le Lieutenant
de Roi de la Ville, & par le Baillydu
Comté& Pairie. Environ izoo.
hommes de la Bourgeoisie étoient fous
les armes, & la Compagnie des Arquebuziers
de Châlons formoit son Cortege*
, Le lendemain 31.Juillet S. A. S. séjourna
à Châlons, & alla se promener
au Jare: C'est un Cours très -
agréable
sur la Marne,formé par plusieursallées
d'arbres, qu'on trouve en sortant des
Fortes de la Ville. La Princesse poussa
jusqu'à Sarry, Maison de plaisance de
l'Evêque de Châlons, où on lui présenta
une magnifique collation & à toute sa
fuite.
On a rendu de grands honneurs à Mademoisellede
Clermont par tout où elle
apatle; elle a toujours eu au moins un
detachement de Cavalerie de 50. Maîtres
depuis Châlonsjusqu'aWick 8ch
leur défaut une Compagnie de la Maréchaussée.
Les Gitadelles de Verdun &
de Metz ont fait à Son arrivée & à son
départ, trois salves de plus de 100. pieces
de canon, & les Troupes de Cavalerie
& d'Infanterie de ces deux Places,
ont bordé. les ruës sur son passage,Jusqu'au
Palaisqui lui étoit destiné. Tous
les Corps de Ville l'ont complimentée,
1. vol, &
& lui ont offert les presens ordinaires.
Les Juifs de Metz ont eu l'honneur de
la haranguer. La Princesse eut la curiosité
d'aller à leur Synagogue
, où l'on
chanta un Motet en Hebreu, tiré d'un
Pseaume, & composéexprès pour S. A. S.
Cette Musique avoit quelque chose de
bien extraordinaire,aussi-bien que les
paroles du Motet. La Princesse, accompagnée
de toutes les Dames de sa fuite étoit placée sur le siege des
Chantres. qui chantoient alors devant
l'Autel. Ce siege des Chantres est une
espece de pavillon de Menuiserie, percé
à jour & élevé de quatre marches
au milieu de la Synagogue. Dans le
temps même qu'on chantoit le Motet
, on servit à la Princesse une magnifique
collation, laquelle fut peu de temps
après abandonnée par son ordre aux assisi
tans, & mise au pillage.
-
COMPLïMENT de CVniverfiti
de Strajbotirg au Roi StaniJlas.
L'UniversitédeStrasbourg vient presenter
ses très-humbles, & très-respectueux
hommages à vôtre Majdlé pour
la feliciter sur son heureusearrivée en
cette Ville. Elle efl: d'autant plus pene-
1. vol. trée
trée de joye
,
qu'elle est mieux informée
de l'excellence du fort de V. M. &
qu'elle admire plus intimement son propre
bonheur present.
„
Pendant que les peuples & les Princes
par leurs applaudissemens solemnels
saluent de loin V. M. comme futur beaupere
du très-puissant Monarque de la
France,nôtre Académie a l'avantage d'en
faire les très-respectueux complimens à
elle-même en personne.
Puissiez-vous, grand Roi. vivre longues
années à ce comble des grandeurs
humaines, dont il ya long-tempsque
vous êtes digne. Quecette très-étroite
alliance de V. M.avec la France foit un
surcroit de félicité publique pour l'Univers
: qu'elleproduiseuneaugmentation
de gloire pour vous, Grand Roi ! & que
pour nous, l'Univertité & le Clergé,
perpetuels admirateurs de vos vertus,
ellefassecontinuellement naître denouveaux
sujetsde felicitation.
A LA REINE.
MADAME,
L'Universitéde Strasbourg se presente
à V.. M1. pour lu1i re/nd,re1ses.tr-ès!-h3umGbles
& très-respectueux hommages. Elle reconnoît,
Madame, les obligations infinies
que toute la France vous a de lui
avoir élevé une future Reine qui fera
l'admiration de l'Univers. Nous prenons
la liberté, Madame,de vous en faire les
respectueux complimens d'avance, Se
nous ne perdrons jamais les favorables
occasions de faire des voeux pour la prosperité
de V. M. & de lui donner des
marques de nôtre parfaite obéssance Se
soumission.
A LA FUTUREREINE.
MADAME
L'Université de Strasbourg se presente
a vôtre Altesse Royale pour lui rendre
sestrès- humbles, & très-respectueux
hommages. Elle est d'autant plus penetrée
de joye, qu'elle reconnoît en vôtre
auguste personne le précieux dépôt qui
va faire les délices de la France, & l'admiration
de l'Univers. Vous la meritez , Madame,par les éminentesqualitez donc
le Ciel vous a comblée pour donner une
Reine à la France qui foit aussi grande
par ses vertus que le Royaume l'est par
sa puissance.
I. vol,L'UniL'UDiverllté
& le Clergé Protestant
de Strasbourg assurent V. A. R. par moi,
qu'ilsferonttoujours des voeux pour la
prosperité de la haute alliance qui va
s'accomplir, & pour une felicité qui
faiTe dire à toute la terre ,
qu'on voit
toûjours la fortune & la vertu parfaitement
réünies dans vôtre auguste personne.
ji. S. A. R. LA MERE DU ROY.
MADAME,
L'Université de Strasbourg se presente
à V. A. Royale pour lui rendre
les
trèshumbles,
&très-respectueux hommages.
Toute la France reconnoît les obligations
qu'elle vous a ,
Madame,de lui
avoir donné une Princesse de vôtre Sang
qui avancera le bonheur du peuple, &
fera les délices de l'Univers. Cela nous
engage à assurer V. A. R. que nous ne
perdrons jamais les favorables occasions
de faire des voeux pour la prosperité de
vôtreauguste Famille, & de lui donner
des marques de nôtre parfaite obéïssance.
Le 27. Juillet le Duc d'Antin & le
Marquis de Beauveau arrivèrent à Sa-
1. vol. ycme,
verne, d'où ils allerent à Strasbourg incognito
le lendemain, rendre leurs refpeffcs
au Roi Stanislas, & le 3 1. aprèsmidiils
firent leur entrée publique,comme
on l'a dit dans le Mercure de Juillet,
p. 1902. Les deux Ambassadeurs étoient
ensemble dans le premier Carosse du
Duc d'Antin, précedez de plusieurs chevaux
de main
,
richement caparaçonnez,
de quatre Suisses à cheval, de douze Pages
, magnifiquement habillez, de cinq
Carosses, remplis de leursGentilhommes
, & à côté desquelsmarchoit leur
livrée
,
aussi nombreuse que magnifique.
Ils trouverent hors des portes les Carabiniers
quiétoient en bataille sur leur
chemin, 5c ils entrerent dans la Ville
au bruit du canon, & avec tous les honneurs
accoutumez en pareille occasion.
Les Regimens d'Infanterie de Tallard
& de Pons
s
le Regiment Royal Artillerie,
le Regiment Royal Baviere, &
deux Bataillons Suisses
,
étoient en haye
fous les armes depuis la porte de la Ville
jusqu'aux Hôtels qui avoient été preparez
aux Ambassadeurs.
Nous avons parlé dans le Mercure
déja cité de l'audience publique qu'ils
eurent le 4. Anuade la demande qu'ils
firent au nom du Roi, de la Princesse
Marie, au Roi Stanislas,& à la Reine,
1. vol. son
son cpouie
3
& du contentement de leurs
Majeltez.
Lorsque les Ambassadeurs eurent été
reconduits à leur Hôtel avec les ceremonies
accoutumées, ils dépêcherent à
la Cour de FranceM. de la Hitte pour y
rendre compte * au Roi de leurs audiences.
Le Marquis de Dreux,Grand-Maître
des Ceremonies, que le Roi avoit chargé
de faire rendre à la Reine pendant en
voyage tous les honneurs qui lui aoie-nt
dûs, partit de Paris pour Strafbcurg le
25. Juillet,enmême tempsque le détachement
des Officiers de la Maison du
Roi, & les équipages commandez pour
le voyage.
Le Duc d'Orleans
,
choisi par le Roi
pour aller au nom de S. M. épouser la
PrincesseMarie, en partant de Paris
passa à la Cour de Lorraine 3 ; il arriva à
Metz le 31. Juillet, & le 5. Aoust à
Savernechez le Cardinal de Rohan. Il
alla le lendemain coucher à Hagueneau
,
ayant passéincognito à Strasbourg,où il
vit le Roi Stanislas, la Reine son épouse
,
& la Princesse Marie. S. A. S. se
rendit ensuite à Rastadt, chez la Princesse
doüairiere de Bade, sa belle mere , d'oùil revint à Strasbourg le 12. du même
mois, & il trouva le Duc d'Antin &
le Marquis de Beauveau, qui étoient
1. vol. venus
Venusau-devant de lui, ainsi que leMarêchal
du Bourg, chez qui le Prince alla descendre, & où il a logé pendant son
séjour aStrasbourg. Aussi-tôt que le Duc d'Orléans fut arrivé
,
il alla au Gouvernement
d'où il revint le foir chez le
Marêchal du Bourg, qui donna à souper
au Roi Stanislas.
MANDEME¡vrde S. A. E. Monsieur
le Cardinal de Rohan, Evêcjne & Prince
de Strasbourg
, pour la Cérémonie
du Mariage de Sa Majeflé, ARmand-Gaston, Cardinal de Rohan
, Prêtre de la sainte Eglise
Romainedu titre de la Trinité du
Mont, Evêque & Prince de Scrasbourg,
Landgraved'Alsace
,
Prince du Saint
Empire, Grand-Aumônier de France,
Commandeurde l'OrdreduS.Esprit,&c.
Au Clergé Seculier & Regulier de la
Ville de Stralbourg; Salut. Les Mariages
ne sont heureux, dit Tertullien
qu'autant quel'Eglise les autorise, qu'el-,
le les ratifie par des sacrifices, & qu'elle
y met le sceau par sa benediction; son
ministere devient encore en quelque façon
plus necessaire
,
quand il s'agit de
ces alliances d'où dépend le bonheur des
Royaumes, & le salut des Peu ples. Il
I. vol. est
ta donc de votre devoir, mes très-chers
Freres, d'unir vos prieres aux nôtres,
pour attirer les bénédictions du Cielsur
un Mariage qui fait la joye de la France,
& qui met le comble,à ses esperances.
Dieu, qui seul en est l' Auteur,
est prêt à répandre sur les coeurs., qu'il
va unir, l'abondance de ses graces; mais
vous ne devez pas moins, mes trèschers
Freres, les solliciter, vous qu'il
a établis pour être avec nous les dispensateurs
de ses Mysteres; il veut que ses
Ministres lui demandent continuellement
& avec instance l'accomplissement
de ses volontez, afin que dépositaires des
voeux des Fideles, ils obtiennent en leur
faveur les dons & les secours que sa
misericorde est toujours disposée à leur
accorder.
A ces causes, nous vous mandons,du
consentement de nôtre grand Chapitre,
de vous trouver Mercredi quinzième
jour du present mois,à dix heures du
matin, dans nôtre Eglise Cathedrale, en
babit de Choeur, à vôtre place accoûtu
mée, pour assister en corps à la Ceremonie
du Mariage de Sa Majesté avec
la Princesse Marie, & pour entier dans
les vûës de pieté & deReligion, qui
ont déterminé la Princesse à choisir pour
la Ceremonie à laquelle nous vous in-
1. vol. vitons
vitons, le jour ou l'on celebre le triomphe
de la Sainte Vierge, fous la protection
de laquelle elle s'estmise; nous
enjoignons à chacun de ceux qui celebreront
le saint Sacrifice de la Messe ce jour-B, de l'offrir suivant les intentions
ci-dessus marquées. Donné à Saverne
le dixième jour du mois d'Aoust
,
l'an de
grace milsept cens vingt-cinq.
Le 12. AoustMademoiselle de Clermont,
qui étoit arrivée la veille à Saverne
alla incognito à Strasbourg, & le
Duc d'Antin la conduisit au Gouvernement,
où elle vit le Roi Stanislas, la
Reine sonEpouse & la Princesse Ma
rie, & s'en retourna le même jour à Sa-;
verne.
Le 14.. le Grand-Maréchal de la Cour
du RoiStanislas, vint prendre dans un
Carosse du Roi, les deux Ambassadeurs,
& il alla avec eux chez le Duc d'Orleans
,pour le conduire au Gouvernement,
où laCeremonie devoit se faire.
Le Duc d'Orléans
,
accompagné du
Duc d'Antin
,
du Marquis de Beauveau,
&du Grand-Marêchal
3 monta dans le
carosse du Roi Stanislas, & se rendit au
Gouvernement;il étoit précédé des Equipages
des deux Ambassadeurs, de ses Pages,
de ses Valets de pied, & de ses Carosses,
remplis des principauxOfficiers
J»vol* de
de sa Maison. & sixCent-Suisses de la
Garde du Roi marchoient devant le Corosse
où étoit S. A. S. Il étoit suivi d'un
détachement des Gardes du Corps
, commandépar
le Marquis de Savines, Lieutenant
des Gardes, du Corps, qui étoit
à cheval à la portiere. Les Troupes dela
Garnison étoient fous les armes, les Officiers
à leur tête, depuis la maison o.
logeoit le Duc d'Orléans jusqu'au Gouvernement.
Ce Prince étant arrivé, monta dans
une des Salles del'Appartement de la
Princesse Marie,qui s'y rendit aussi-tôt
avec le Roi Stanillas & la Reine son
Epouse. Le Marquis de Dreux,Grand-
Maître des Cérémonies, lut la pIOCU
rationenvoyée au Duc d'Orléans par le
RoiTr.Chr. pour époufer au nom de
S. M. la Princesse Marie. Le Card. de
Rohan
,
Evêquede Strasbourg & Grand-
Aumônier de France, fit ensuite la Ceremonie
des Fiançailles; aprèslaquelle
le Duc d'Orléans, accompagné des deux
Ambassadeurs, fut reconduit chez lui,
par le Grand-Marêchal de la Cour, avec
les mêmes honneurs qui lui avoient été
rendus en arrivant.
Le soir, le Roi Staniilas sou pa chez le
Duc d'Orléans. Ce Prince a marqué dans
toutes les circonstances de son voyage,
I,vol, &
lX dans toutes les fonctions qu'il a remplies
, par sapolitesse &par sa magnificence
y
combien il étoit sensible à
l'honneur d'époufer au nom du Roi Très-
Chrêcien, la Princesse Marie; il a ré..
pondu en tout à lagrandeur d'une si éclatante
Ceremonie.
; Il y eut cesoir-là à Strasbourgunedécharge
generale de toute l'Artillerie des
remparts de la Ville & de la Citadelle , beaucoup d'illuminations dans la Ville qui avoient commencé la veille, , & d'autres
marques de réjoüissance.
Le 15. Aoust, Fête de l'Assomption
de la Vierge, jour destiné pour la cele
bration du Mariage, cette auguste Ceremonie
fut annoncée dès le matin par une
fal ve de toute l'Artillerie des remparts
& de la Citadelle. Les Gardes du Roi
prirent leur poste dans la Cathedrale.
Cette Eglise avoit été tenduë de richestapisseries,&
onavoitconstruitaux
deux côtez du Choeur des Amphitheatres
pour plusieurs personnes dedistinction,
& pour un trés-grand nombre d'Etrangers,
qui étoient arrivez à Strasbourg
à cette occasion.
Sous un dais au milieu du Choeur, oti
<
avoit placé une Estrade
,
terminéedu
côté de l'Autel par un Prie-Dieu, sur laquelle
étoient trois fauteuils pour le Roi
1. voU Su*
Stanislas, pour la Reine son Epouse, Se
pour la Princesse Marie. A la droite de rAUtel on avoit dresse'pour le Duc d'Orleans
une Estrade couverte d'un tapis,
& l'on avoitplacé aux deux côtez de
cette Estrade des sieges pour les officiers
des Gardes du Corps, qui devoient
être auprès de ce Prince, & pour les
principaux Officiers de sa Maison.
A onze heures du matin,le Duc d An
tin & le Marquis de Beauvau se rendirent
en grand Cortegechez le Duc d'Orleans
,
où ils monterent dans le Carosse
de ce Prince pour l'accompagner au Gouvernement.
Le Duc d'Orleans étoit,
comme la veille, vêtu d'un habit ôc
d'un manteau d'étofe d'or très-magnifique
, & il avoit un chapeau garni d'un
bouquet de plumes. Il monta avec les
deux Ambassadeurs dans l'appartement
de la Princesse Marie, qui partit un moment
après avec le Roi Stanislas & la
Reine son FpouCe, pour se rendre à l'Eglise
Cathedrale.
Les Carabiniers commencerent la marche,
& précederent les Carosses des deux
Ambassadeurs : ceux du Duc d'Orléans
remplis de ses principaux Officiers, les,
suivoient ; ce Prince étoit accompagné
dans le sien, du Duc d'Antin, du Marquis
de Beauvau, & du Marquis de Cler-
I. vsl. 1 mont,
mont, Chevalier de l'Ordre du Saint
Esprit, son premier Ecuyer; il étoit précedé
des Cent-Suisses de la Garde: les
Gardes du Corps marchoient à pied au..
tour de son Carosse, & le Marquis de
Savines, Lieutenant des Gardes du Corps,
étoit à cheval à la portiere.
Le Roi Stanislas3 la Reine son Epouse
& la Princesse Marie venoient ensuite
dans le Carossedu Roi Stanislas - autour
duquel étoient ses Pages & ses Heyduques.
Toutes les ruës, depuis le Gouvernementjusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
étoient bordées d'une double haye des
Troupes de la Garnison fous les armes &
les Officiers à la tête.
Le Roi Stanislas
,
la Reine son Epouse
& la Princesse Marie,trouverent à la
porte de l'Eglise le Cardinal de Rohan
à la tête des Chanoines Comtes de Strasbourg
& de tout le Clergé, qui leur
présenta l'Eau-benîte. La Princesse Ma..
rie entra dans l'Eglise au bruit des Timbales
& des Trompettes, précédée du
Cardinal de Rohan & de tout le Clergé,
le Roi Stanislas & la Reine son Epouse qui marchoient à ses côtez, lui donnan,t
la main. Cette Princesse étoit en grand
habit de ceremonie de brocard d'argent
sa queuë étoit portée par la Comtessede
Linange
,
sa Dame d'Honneur, Le Duc
1.vol. 4 '0
d'Orleans, accompagne des deux Ambassadeurs
& des principaux Officiers de
sa Maison
,
marchoit immédiatement devant
la Princesse, qui s'avança dans la
Nef au milieu d'une double haye formée
par les Gardes du Corps du Roi & les
Cent-Suisses de la Garde.
La Princesse Marie entra dans le
Choeur, & se plaça entre le Roi Stanislas
& la Reine son Epouse sur le Prie-
Dieu dont on a parlé. Le Duc d'Orléans
monta sur l'Estrade qui lui étoit destinée
: les deux Ambassadeurs s'y placetenu
à sa droite, le Marquis de Savines,
Lieutenant des Gardes du Corps & l'Exemt
étoient à sa gauche, ainsi que le
Commandeur de Conflans
,
premier Gentilhomme
de la Chambre de S. A. S. Se
le Marquis de Clermont son premier
Ecuyer. Les autres Officiersde la Maison
de ce Prince, tous en habits très-riches,
occupèrent les bancs qui étoient
près de l'Autel & à la droite de l'Ef.
tnde. Les Dames de la suite de la Princelle
Marie furent placées à côté duPrie-
Dieu; & les autres personnes de consideration
,
sur les bancs qui étoient dans
le Choeur
1
& sur les Amphithéâtres
qu'on avoit préparez.
Le Cardinal de Rohan en habits Pontificaux,
assisté de quatre Abbez Regu";
I. vol. I ij liers
liers en Chape & en Mitre, alla se placer
sur son Siege Episcopal du côté de
l'Evangile, peu de temps après il descendit
au bas de l'Autel, où la Princesse
Marie, conduite par le Roi Stanislas,
s'avança, après que le Marquis de Dreux,
Grand-Maître des Ceremonies, eut fait
les reverences accoutumées.
Le Duc d'Orleans s'approcha en meme
temps de l'Autel, & se mit à la
droite de la Princesse Marie, qui avoit
le Roi son pere à sa gauche. La Reine,
Epouse du Roi Stanislas
, & les deux
Ambassadeurs s'étant avancez près de
l'Autel, le Cardinal de Rohan commença
la Ceremonie par un Discourstrèstouchant
& trés-éloquent, imprimé dans
le dernier Mercure, page 1909.
Ce Prelat benit ensuite l'Anneau &
les 13. pièces d'or; câpres avoir demande
au Duc d'Orléans
,
chargé de la procuration
du Roi de France, s'il prenoit
au nom de S. M. T. Ch. la Princesse
Marie pour Epouse, & à cette Princesse
si elle prenoit pour Epoux le Roi Louis
XV. Roi de France & de Navarre, representé
par le Duc d'Orléans, il leur
donna la Benedittion Nuptiale,avec les
Ceremonies accoutumées. La Princesse
Marie observa, comme elle avoit fait aux
Fiançailles, de ne répondre au Cardinal
I.vol. de
de Rohan, qu'après s'être tournée vers le Roi Sranislas & vers la Reine sa me- le, pour leur en demander la permission.
Le Cardinal de Rohan commença
ensuite la Messe qu'il célébra pontifica-
SeeMmeunftl,q&uequi fut chantée par l'exeellende
la Cathedrale.
Lorsque la Reine fut retournée à sa place, le Duc d'Orléansditau Duc de
Noailles: Monsieur, gardez Madame, c'en: vôtre Reine & vôtre Maîtresse. En
même lemps le Duc de Noailles prit son
Bâton
,
les Gardes de la Manche allejentj
se porter aux deux côtez de l'Estrade,
& tous les Officiers des Gardes du
Corps qui s'étoient tenus à l'écart paturent.
Après la Pater le Marquis de Dreux,
avertit par un salut la Reine & le Duc
d'Orléans de s'approcher de l'Autel; la
t Reine & le Duc d'Orléans s'y mirent
a
genoux, & pendant les Oraisons que
recita le Cardinal de Rohan, onétendit
sur la tête de la Reine & du Duc
d'Orléans, un Poisle d'étofed'argent,
qui fut soûtenu par l'Evêque Duc de
Langres, & par le Comte de Trukes,
les deux plus anciens Chanoines,Comtes
de Strasbourg
, qui sussent presens à
la Ceremonie.
La Reine fut conduite à son Prie-
1. vol 1 iij Dieu,
Dieu,où le Cardinal de Rohan lui apporta
,après la MeiJèJ le livre des Mariages;
Sa Majesté y signa avec le Roi
Stanislas, la Reine son Epouse,leDuc
d'Orleans & les deux Ambassadeurs.
Le Cardinal de Rohan retourné à l'Autel
, y entonna le Te Deum
s
qui fut
chanté au bruit duCanon & au son des
Cloches& des Orgues.Lorsqu'il fut
fini, le Duc d'Orleans donna la main à laReine pour la conduire jusqu'au Casosïè
du Roi Stanislas. S. M. avoit derliere
elle le Ducde Noailles, Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps, qui étoit entré en fonction
auprès de la Reine, comme on vient de
le dire,aussi-tôt après la célébration du
Mariage. Le Cardinal de Rohan, précédé
de tout le Clergé, accompagna la
Reine jusqu-à la porte de l'Eglise,& là
il prononça ce Discours:
MADAME,
Permettez-moi3à la fin de PAuguJte
Ceremonie qui comble nos esperances &
nos voeux, de demander à V. M. sa protettion
Royale pour TEglifè de Strasbourg,
Cette Eglift n'a point oublié &noubliera
jamais les bienfaits signalez, qu'elle a
1.vol, reçus
* perâs de ti"S premiers Rois : mais que ne
doit-elle pas à notre dernier Monarque?
Livrée par le malheur des temps,aux
fureurs du Scbifne & de L'h::r:jir, elle
auroit p:ut.rfh.e peri comme bien <£autress
si ce GrandPrince
t en rentrant dans les
droits deses Ancêtres, n'avoitpris[a désense,
& ne l'avoit soutenué de tout fan
pouvoir. Elle lui doit l'avantage dese
voir rétablie dans la possession de ce faim
TtrJJple, dont elle avoitétébannie. Tout
nous rappelle ici sa pieuse & Royale
magnificence. Les Temples ornez.., les
Pajfeun libéralement entretenus, les Miffions
fondées, les nouveaux Convertis
prcr:'(ez.. & ficourus ,
font amant demotfumrns
du zele & de la pieté d'un Roi ,
dont la mémoire ne finirajamais. Il n'a
pas eu la confoUtion d'achever l'ouvrage
qu'il avoit entrepris, cess-adire , la réiinion
de toutes les brebis de cet illuflre
TTrroouuppeeaauuddaannssuunnm1ê/imêemBeerBcearicl;aiel;lelellecét::iJiÍtt
reservée au digne héritier de jon z.ete&
de sa Couronne,Cefera vous, MADAME
3 qui repreftme¡'cZ a votre Auguste
Epoux, ce c]hexigentdelui le souvenir
de son Bisayeul, sa propre gloire & nos
besoins , qui font ceux de la Religion.
Vous ne demanderez,pointqifon ait recours
à ces voyes
1
qui aigriffent sans perfuader
: elles ne feraient pas du goût
ï. vol. 1 iii) de
de V. M. & à Dieu ne plaise que nous
voulujfuns les lui IÙggerr. Ils font vos
Sujets, MADAME,ces Enfans qui
nous mèconnoiffenti & l'Eglise de Strasbourg,
pleine de confiance dans la mifey/
c<? D/~
,
ricorde de Dieu,,s/ec rre~gar~de to'uA*jou«rs ~c-oOmM--
me leurrnere, Nous vous conjurons donc
par les entrailles de Jesüs-Christ, d'employer
pour procurer leur réunion" tout ce
qu'une charité active, mais compatissante,
pourra vous in/jurer. Dieu bénira les
foins de V, M. & il se servira des exem"
ples de votre pieté & de votre fti pour
confondre enfin l'erreur, & pourfaire
triompher la vérité. Regnez. long-temps
surnous3 MADAMEj pourle bonheur
du Roi, &pourlafélicité dece grand
Royaume. Que Dieu exauce les prieres
,
querEglifevient de lui offrir pour V. M.
6" daignez, nous mettre au rang de vos
Sujets les plis z:.eleZ& les plus fideles.
Ensuite la Reine monta en Carosse
avec le Roi Stanislas & la Reine son
Epouse, le Duc de Noailles & les Officiers
des Gardes du Corps étoient à cheval
aux portieres du Carosse, devant lequel
marchoient les Cent-Suisses & les
Gardes de la Prévôtédel'Hôtel: les
tardes du Corps fuivoient à pied.
Le Duc d'Odeans monta dans son Ca-
I. vol. loflcs
rosse avec le Duc d'Antin, le Marquis
de Beauvau, & le Marquis de Clermont
son premier Ecuyer. Il marchoit
devant le Carone de la Reine,& il étoit
procédé de sa Maison & des Equipages
des deux Ambassadeurs, ce qui failoit
une marche très-éclatante.
La Reine arriva au Gouvernement
avec le même Cortege, qui l'avoit accompagnée
en allant à la Cathedrale.
Lorsqu'elle fut dans son appartement
le Duc d'O rleans lui presenta Mademoifelle
de Clermont,Princesse du Sang,
& Surintendance de la Maison de la Reine
; qui après lui avoir rendu ses refpeas,
présenta à S. M. le Marquis de
Nangis, son Chevalier d'Honneur, la
Maréchale de Boufflers
*
sa Dame d'Honneur,
la Marquise de Mailly, sa Dame
d'Atour, la Duchesse de Tallard
,
la
Duchesse de Bethune
,
la Comtesse d'Egmont,
la Duchesse d'Epernon, la Marquisede
Prye, la Marquise de Rupelmonde
, la Marquise de Nefle
,
& la
Marquise de Matignon, chvi/îes entre
les Dames du Palais, pour aller au-devant
de S. M.& les principaux Officiers
de sa Maison.
Le Commandeur de Conflans, premier
Gentilhomme de la Chambre du
Duc d'Orléans, que ce Prince avoir choitt
1. vol. 1 T POUJ
pour porter au Roi la nouvelle de II
célébration du Mariage, prit congé de U
Reine & reçue ses ordres, après quoi il
partir pour Versailles.
La Reine dîna en public avec le Roi
Stanislas & la Reine son épouse
,
& elle
commença à être servie par lesOfficiers
du Roi très-Chrétien; son cadenas étoit
de vermeil doré, & beaucoup plus grand
& plus élevé que les deux autres.
L'après-midi S. M. accompagnée de
Mlie de Clermont, des Dames de sa
Cour, & des Officiers de sa Maison assista à la Procession de l'Eglise Cathé-,
drale qui se fait tous les ans, en exécution
du voeu de Louis XIII.
Ce jour-là la Reine reçût les complimens
de tous les Corps de la Ville de
Strasbourg. Le soir elle feupaavec le
Roi Stanislas qui se mit à sa gauche.
A la fin du jour., & pendant toute la
jiuit il y eut de grandes réjouissances
; on
vie quantité d'illuminations dans toute la
Ville, celle de la Tour piramidale de la
Cathédrale, toute percée à jour, & de
574. pieds de hauteur, faisoit un effet
admirable. Toute l'Infanrefie de la Garnison
bordoit les remparts; elle fit trois
décharges, qui furent suivies de trois
sal ves de toute l'Artillerie.
Il y eut un txès-beau feu sur la rivière
2.voL devant
devant le Gouvernement, vis-a-vis i'appartement
de la Reine, qui fut executé
d'une manière admirable, & qui surprit
extrêmement tous les specteurs pendant
plus de trois heures qu'il dura. Il
étoit élevé sur des batteaux & des pilotis,
& representoit un Palais ou espece
d'Arc de Triomphe
-,
très-bien décoré.
Sur la principale face on voyoit un oeil
dans le milieu d'un triangle, & au dessous
un coeurenflâmé, sur lequel l'oeil
jettoit des rayons: se tout étoit
surmonté
des armes du Roi & de la Reine, avec
cette Legende E POLO FOEDUS, au.de!;u$
de cette Devise, dans la frise de l'entablement
on lisoit aussi ces paroles, ETNUMINA
ET SUBDItI JUBILA LATA TOLLUNT.
Il regnoit une Galerie au bas de l'édifice,
aux quatre coins de laquelle il y avoit
une piramide entourée de palmes & de
festons. Ces quatre piramides ne cesserent
de jetter des surées, & d'autres artifices
d'une composition aussi surprenante
que singuliere.
Le Duc d'Antin qui a fait paroître en
tout sa magnificence & hm zele , donna
dans son Hôtel, dont toute la Cour étoit
illuminée, un splendide soupé
,
où l'abondance
, la délicatesse & l'ordre se faisoient
également admirer, il fut suivi
d'un Bal très-brillant, où l'on vit un
2. vol. I vj nombre
nombre infini de Princes Etrangers, &
despersonnes de la plus grande considération,
qui s'étoient rendus à Strasbourg
pour y voir les ceremonies du mariage.
Le 16. le Duc d'Antin & le Marquis
de Beauvau, eurent leur audience de
congé du Roi Stanislas, & de la Reine, son épouse, avec les mêmes honneurs
qu'ils avoient reçus, & les ceremonies
observées le jour qu'ils avoient été conduits
à leur premiere audience publique.
Ce jour-llà,la1 RRe.ine dd"îna & sroupa à,
son petit couvert, S. M. fut servie par
Mademoiselle de Clermont.
Dans le fécond volume de ce mois qui
doit suivre celui-ci , on trouvera le détail
, du Voyage de la Reine jufyttaFontainebleau
, les ceremonies de[on Mariage, &
la Relation entiere de tout
ce qui s'efipajfc
à cette augufle Ceremonie*
MORTS, BAPTEMES
& Mariages.
LE iS. Aoust M.François Leschassier,
Prêtre, Docteur & Doyen de la Faculté
de Theologie de Paris, & Supe-
Z*VQU ur
rieur general du Seminairede S Sulpice,
y mourut âgé de 84. ans, plus de 200.
Docteurs ou Bacheliers de Sorbonne
,
&
plus de 500. Prêtresassisterent à fca
Convoy.
Pierre de Montesquiou iArtagnan
Maréchal de y France, Chevalier des Oidres
du Roi, Gouverneur de la Ville
d'Arras, mourutle12. Aoust dans [on
Château du Plessis-Piquet, âge de 85.
ans. Il ne laisse point d'enfans. Les armes
de cette Maison sont d'or à deux tour
teaux de .!t('ule mis enpal.
Le ;1. Juillet Marie-MagdelaineLombard
, épouse de M. Yves-Louis-Dieudonné
Malet du Luzart, Chevalier Seigneur
de Noisiel, mourut à Paris, âgée
d'environ 58. ans.
Loüis-Victoire de Montmorency-Luxembourg,
Chevalier de Malthe
,
fils de
Charles Sigismond de Montmorency-
Luxembourg,Duc Dolonne, & de Anne
Angelique de Harlus de Vertilly,
mourut le 20. Aoust, âgé d'un an &
demi. Il a été inhumé auxCelestins de
Paris, où estle tombeau de ses ancêtres,
Louis Phelipeaux, Marquis de la
Vrilliere & de Châteauneuf , Commandeur
des Ordres du Roi, dont il avoit
été Secretaire, Ministre & Secrétaire
d'Etat, cy-devant Conseiller au Conseil
,L. val. de
de Regence, mourut à Fontainebleau le
7. de ce mois, dans la 54eannée de son
âge,extrêmement regretté. Il avoit succédé
J- 10. Mai 1700. au Marquis de
Châteauneuf, son pere, dans la Charge
de Secretaire d'Etat, dont le Roi accorde
la survivance au Comte de S. Floren.
tin, son fils, le 16. Fevrier1723.
Phelipeaux de la Vrilliere porte d'aurflmt
de quatre feuilles ou Bacinets
d'or, au canton droit d'Hermines, écartele
d'argent a 3 Le¡l,rs de sînopleymis en
pal, la tête en haut.
Le 23. Aoust Dame Françoise-Magdelaine
de Gontaut de Biron, épouse de
Jean-Loüis Dusson, Chevalier, Marquis
de Bonac, Seigneur de Donezan, &c.
Brigad er des Armées du Roi, cy-devant
son Ambassadeur à la Porte Ottomane
, Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis, & de l'Ordre de S. André de
Moscovie, accoucha d'une fille qui fut
nommée sur les FontsConstanceFrançoise.
Le même jour Dame Catherine Olive
de Trente, épouse de Jules Frederic de
la Tour d'Auvergne, Prince d'Auvergne
accoucha d'un fils, qui fut tenu sur
les Fonts par Charles Godefroy de la
Tour d'Auvergne, Prince de Boui llon,
& par Dame Marie-Hortense-Victoire
de la Tour d'Auvergne,épouse de Char-
2. vol les,
les,Dne de la Trimoüille, Pair de France
, &c. qui le nommerent ~Godetroy
Charles-Alexandre.
Dame Elizabeth Huguet, veuve de
François de Roye de la Rochefoucault
Comte de Roye, Brigadier des Armes,
du Roi, decedé au mois de .-." ~de
nier, accoucha le 2 3. Aoust d'une fille,
qui fut nommée Marie-Elizabeth-Leonor,
par Jerôme de Roye de la Rochefoucault,
Licentié de Sorbonne, Abbé
de Nôtre-Dame de Beauport, & de S. Romain
de Blaye, & par Dame Marie-Marguerite
de Turmenie, veuve de Remy
Huguet, Conseillerde la Grand'Chambre
du Parlement.
Le 2. 7. Juillet Dame Magdelaine Ma-
< rieLoüisede Roye de la Rochefoucault
épouse de Guy » - Marie de Lopriac de
Coetmadeu, Comte de Donge, Mestre
de Camp de Cavalerie, accoucha d'un
fîls qui fut tenu sur les Fonts, & nommé
Guy-Marie, par Jean
- Baptiste- Loüis-
Frederic de Roye de la Rochefoucault , Marquis de Roucy, Lieutenant General
des Galeres de France,& par Dame Marie
Marguerite Fortin de la Hoguette,
épouse de Louis-Armand de Brichanteau,
Marquis de Nangis, Chevalier d'Honneur
de la Reine, Lieutenant General
des Armées du Roi, Directeur General
2 vol. de
de l'Infanterie, & Gouverneur des Ville
&-- Château de Salk.
- Le 15. Aoust Marie-Charlotte-Sobieka,
petite-fille de Jean Sobieski, Roi
de Pologne,épouse de Charles Godeffroi
dela Tour d'Auvergne, Prince de Boüil-
Jfii, accoucha d'une fille, qui fut tenuë
~xur les Fonts, & nommée Marie Loüi-
,
se -Henriette - Jeanne, par Loüis de la
Tour d'Auvergne, Comte d'Evreux,
Colonel General de la Cavalerie de France,
&c. & par Henriette de Guise
,
Princesse
de Lorraine, épouse d'Emmanuel-
Theodose de la Tour d'Auvergne, Duc
de Boüillon, &c.
- Le Samedi 14. Juillet on supplea au
Palais Royal, les ceremonies du Baptême,
à un fils de M. d'Argenson, Chancelier
, & Chef du Conseil de M. le
Duc d'Orléans. Il fut nomméLoüis-Auguste
par M. & Madame la Duchesse
d'Orieans.
Le 17. du même mois fut baptisée à
S. Eustache une fille de M. le Comte de
Morville,Ministre & Secretaire d'Etat.
Elle fut nommée Charlotte-Marguerite
par M. le Marquis de Gassion, & par
Madame la Marquise de Montbrun.
Le 13. JuinM onsieur Claude-Hilaire
Duligondes,Officier de Marine, fils de
Monsieur Claude Duligondes ,Chevalier
z.vol. de
de l'Ordre Militaire de S. Loüis Capitaine
de Vaisseau, épousa D. Philippe
Rose Cornette de S. Cyr, fille de Loüis
Cornette, Ecuyer, Sieur de S.Cyr, &
de D. Marie-Philippe de la Hante.
Le 27. du même mois M. Samuel-
Jacques le Clerc, Seigneur de Soigné ,
Verdelles,&c. Baron de Champagne de
la Landes, &c. Mestre de Camp du Regiment
d'Orleans, Infanterie
,
fils de M.
Samuel le Clerc, épousa D. Marie-Gabrielle
le Cirier de Nanchelles, fille de
M. Léon le Crinier, Marquis de Nanchelles,
le Plessis-Villeneuve-Riviere,
&c. Maréchal des Camps & Armées du
Roi,Gouverneur des Villes & Château
de Sainte Menehoult, & de D. Marie-
Loüise le Menestrel de Hanguel.
Le 10. Juillet M. François Dupuy, « Marquis de Montbrun,Gentilhomme de
la Chambre de M.le Duc d'Orleans, fils
de M. Jean Dupuy deMontbrun
,
Marquis
de Villefranche, Seigneur deBeau-
1,
regard, Meynnans, &c. & de D. Marie-
Marguerite de Frise, épousa D. Anne
le Brest, fille de feu M. Barthelemy le
| Brest,Ecuyer, Conseiller du Roi, Tré-
*. forier General des Fortifications de France,&
de.D. Marie- Nicolle Tardif. La
l cdere'mAoniegfeut nfai.te par M. l'Evêque: 2.vol, LET;
LETTRES PATENTES,
ARRESTS,&c.
ARREST du 27. Mars, concernant le délai
accordé aux gens d'affaires pour recevoir
le remboursement de leurs avances, par lequel
Sa Mujesté a prorogé jusqu'au premier
Juillet prochain
3
le délai porté par les Arrests
des 27. Mai,25 Juillet, io- Septembre &
ij. Décembre derniers, sans esperance d'aucun
autre; passe lequel temps, veut Sa Majesté
que les Arrests des 7. Mars & 27. Mai
derniers, soient executez selon leur forme&
teneur.
ARREST du 15. Avril, qui proroge jusqu'au
premier Juillet prochain ,le délai accorde
pour faire contrôler les Quittances de Finance
des Gardes duTrésor Royal.
ARREST du 17. Avril, qui condamne les
heurs Monginar&Limousin ,Pourvoyeurs de
la Grande Ecurie du Roi, ez le sieur Hyard,
Marchand de Foin,à oayer les Droits retablis,
des Foins qu'ils ontfaitdécharger au Port de
Choisy : leur fait défenses & à tons autres
Pourvoyeurs des Ecuries du Roi, ceux des
Princes & Seigneurs de la Cour, d'en faire
aborder & décharger au-delà de la ~Baneuë
de Paris, pour les transporter aux Mafons
Royales & ailleurs
,
sans en avoir fait déclaration
,
& payer lesdits Droits, à peine de con-
2. vol. fiscation
fiscation & de deux cens livresd'amende.
ARREST du 24. Avril 1725. par lequel S*
Majeitc a prorogé le terme porté parl'Arrest
du Conseil du 16. Janvier dernier, jusques &
compris le dernier jour du moisdeJuilletprochain
, passé lequel temps les anciennes Especes
d'argent
demeureront
décriées detout
cours & mise, conformément à l'Edit du mois
de Septembre 1724. & ne feront plus reçûës
qu'au poids dans les Hôtels des Monnoyes.
ARREST du même jour, portant Reglement
pour la perception des Droits d'Entrée
sur le Poisson
, provenant de la Pêche des Habitans
des Villes Privilégiées
, & non Privilegiées
de la Province de Normandie.
ARREST du 27. Avril, qui ordonne que
les Receveurs des Tailles
,
& autres charger
du Recouvrement des Impositions des Generalitez
y dénommées, remettront à leurs Receveurs
Generaux, chacun dans leur année
d'exercice, les deniers provenans de l'Imposition
des deux fols pour livre des Droits d'Usages
& Nouvel Acquêt, attribuez à l'Ordre
Militaire de Saint Loüis: ordonne en outre Sa
Majesté que le fond de ladite Imposition fera
porté à l'avenir au Trésor Royal par lesdits Receveurs
Generaux, conjointement avec les deniers
des Tailles, &c.
ARREST du 1. Mai, qui cade un Arrest du
Parlement de Flandre, du 17. Novembre
1723. & ordonne l'execution d'une Sentence
renduë le 12. Octobre précedent, par les juge
& Consuls de Lille; avec défenses à tous
Avocats & Procureurs , de se servir dans
2. vol, leurs
leurs Ecritures d'aucuns termes injurieux contre
les Juge & Consuls établis dans le Royau,
me.
LETTRES Patentes sur Arrest, portant
moderation des droitsde Marque & Contrôle
sur les Ouvrages d'Or & d'Argent qui pafsentà
l'Argue de Paris. Données à Versailles
le 7. Mai 172. 5 Registrées en la Cour des Aydes,
le z9. dudit mois.
ARREST du 8. Mai, qui ordonne que dan#
un mois pour tout délai, le sieur Monier, Receveur
General des Domaines & Bois de
Franche-Comté, fera rendre compte aux Receveurs
particuliers de son Département, &
se rendra à la fuite du Conseil pour y compter
en personne de tout son maniement»sous peine
de dépossession
,
dix mille livres d'amende
a & autre plus grande s'il y échec
ARREST du même jour, qui ordonne que
Charles Basset joüira de tous les Grdfcs8t
portions de Greffes alienez par les Edits des
mois d>Otl:obre 1704. & Janvier 1707.Et qu'à
ceteffetlesGreffiers& propriétaires dIceuX
&leurs Commis
,
seront tenus de lui compter
du produit desdits Greffes, à commencer du
premier Janvier dernier.
ARREST du zi. Mai, qui ordonne que les
Proprietaires des Maisons de la Ville& Fauxbourgs
de Paris, feront tenus avant de faire
poser les seüils des portes desdites Maisons,
de se retirer par devers les Officiers commis
pour reglerles pentes du pavé des ruës
,
lesquels
leur marqueront le niveau des pentes
qu'ils doiventgbfçryci,
z- vo4 ARs
-
ARREST du 2.9 Mai, quicontinue pendant
six années, à commencer du premier
Octobre 171+- la fixation du prix du Sel à
Vingt-quatre livres le Minot, dans le Grenier
drGex.
ARREST du 30. Mai, pour addurer dans
lesVilles & lieux de la Generalité de Tours
des Fonds nècessaires aux besoins des Hôpitaux.
ARREST du 2.Juin
, portant suppression
d'un Ecrit imprimé sous le titre d'Explications
de N S. P. le Pape Benoist XIII. envoyées est
France au mois de Mars 1725. sur la Bulle
Vnigenitus-
< ARREST du f. Juin, par lequel S. M. ordonne
que le droit de confirmation à cause
de son joyeux Avenement à la Couronne,
dont la levée avoit été suspenduëparl'Arrest
du septiéme Décembre 1713- fera perçu comme
avant ledit Arrest, & conformément à la
Declaration du 27. Septembre de la même
année.
ARREST du 10. Juillet pourlaremise de
l'ouverture des Foires de Guibray
,
à Falaise
en Normandie, au 1 5.Septembre prochain.
sioDt l'ouverture a accoutumé de se faire all
15.Aoust de chaque année..
ARREST du même jour, en Règlement
pour leremboursement desPropriétaires des
Offices Municipaux & de ceux de Syndics des
Paroisses & Greffiers des Rolles des Tailles.
ARREST du »4, Aoust, par lequel $. M.
ordonne que jusqu'au premier Janvier prochain
,
les Bleds, Farines & toutes autres ef*1
Vpeilclees de grains qui feront destinez pour la*
de Paris, feront exempts dePeages, Travers, Passages, & tous autres droits generalement
quelconques
à tant par eau que par
terre,foitque lesdits droits appartiennent à
SaMajesté,soit qu'ilsappartiennent aux Seigneurs
particuliers ou autres personnes sans
exception, en justifiant par les conducteurs
desdits Bleds par leurs Lettres de voiture, de
leur destination pour la Ville de Paris, & à
condition par eux de prendre un Certificat du
déchargement, foit aux Ports ou aux Marchez
de ladite Ville,lequel certificat fera délivré
par le sieur Lieutenant General de Police,
ou le sieur Prevost des Marchands, en ce qui
les concerne.
AVIS.
Le fécond volume de ce mois qui est
Mutuellementfinspresse contieniralaRpla.
tion entier? de tout ce qui regarde le Mariage
duRoiy les Fêtes>Illuminations ,
Feux
y
Descriptions, &c.
APPROBATION.
J 'Ay lu parordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du moi,
- - « i A
- de Septembre > .: , I. volume ,
oc ray cru qu on
pouvoit en permettre l'impression. AParis, le
f,1. Septembre w. HARDION.
TABLE
Du 1. volume de Septembre.
) IFCES Fugitives. Poëme qui a remporté
-
lePrixdel'AcadémieFrançoise.1905
ssertation sur un Sceau antique de bronze. Ta
e Tabbaacc,,OOddee.. I91J lemoiresurleRoyaume d'Yvetot. 19H ,eSoleil& 1938 le Ruisseau , Fable. I944.
landement du Cardinal de Noailles sur le
Miracle, &c. Extrait. 194f
Alexis, Cantate. 196,7.
.?ttre sur un Homme Marin. 19f;j
Danaé Cantate. J979
-ettre sur le Phenoméne du Port de Marfeiile.
ri' & 1 h" b la Maîtresse le petit Chien, Fale.19987S1
Lettre &Hpithalame. 198;
Remarques sur le chant EccIefiafiique. 1987 Chanson imitée du Grec i &c. 1998 ©ifeours sur le Goût.
1009 'Ode.2006 iQueftions sur les Testamens Olographes ion INouvellesdu Palais. 1015
iJEnigmes. 019
iNoucellesLittéraires , Traité des Sacremens.
t ion. lhiftoire des Religions ou Ordres Militaires, &c. 1014 ,5fe£tacles,Extrait des Cousîns, Drame-Co- .»inique. 1T,lgonc i03j reconnu fils d'Ulisse, Tragedie. ..911
Ballet allégorique, mêlé d'intermedes,-&.
Chanssoonn notée. lofà notée.* Nouvelles du Temps, de Turquie, duRuflie,
Bec. 2066 Morts, Mariages&Naiflances des Pays Ecrangers"
107s France, noùvelles-de la Cour, de Paris, &c.
- 1076
Suite de la Relation du Mariage du Roi. 1079 Complimens de TUniverfice de Strasbourgail
Roi Stanislas3 à la Reine Tonepouse, &c.
1084
Mandement du Cardinal de Rohan. 109a Célébration du mariage à Strasbourg. 1094 Discours du Cardinal de Rohan. xioa
Rélouiflances à Strasbourg. 1104. Kaiflances , Morts & Mariages. ziotf
Article des Arrests. 201U.
Fautes À corriger dans ce Livre.
p Age 1963. ligne 10. qui, ôtez ce mot.
Pages 1964.ligne 14. nages, lisez nageoires.
Page iox8. ligne 13. transmettent, lisez transmet.
Page 2029. ligne 5- en grand,lisez quoiqu'en
grand.
V4t'rnet* regarde h pffgo ''°'
Qualité de la reconnaissance optique de caractères