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1725, 07-08
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JAMAIS
WAROQUIER
WAROQUIER ET LOUVIGNY
* DM
Merc



1004 1:
1725
July - Aug It
Presentedby
John
Bigelow
tothe
Century
Association
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU
ROT.
JUILLET 1728.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi
1
THE N
PUBLIC LIBRARY
330143
ASTOR, LEX,
A VIS.
TILDEN' FOR DALADRESSE generale pour toutes
1903 Lobofel est à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.

Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fou
haiteront avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fala
1483
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
JUILLET 1725.
PIECES
XXXXXXXX ***
FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
LE MIROIR.
FABLE de M. le Prefident P **** à M.
Vergier , fur l'Epitre & le Conte que ce
dernier lui avoit envoyé.
Rere Prêcheur ne ferai de ma vie ,
Ni ne le fus , tu le peux bien penfer; F
Si de prêcher il me prenoit envie ,
A jufte titre on pourroit me tancer.
A ij
1484 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai fçavoir , parole , voix , ni geſte ,
Comme il convient pour ce degré d'honneur ;
Et craindrois bien, m'érigeant en Prôneur ,
Que l'Auditeur ne me donnât mon reſte,
Donneurs d'avis font métier plus modefte ;
Mais telles gens produifent peu d'effet ,
Dans la replique ils ont fouvent leur fait ,
Et qui pis eft , on les fuit comme pefte.
A donc il faut que par Art mitoyen ,
La verité dans l'efprit s'infinuë ,
Je fçai pourtant, V..... qu'il eſt moyen ,
De n'employer fi grande retenuë.
Pour un efprit de la trempe du tien
La verité te plairoit toute nuë ;
Que s'il me prend en gré de l'habiller ,
Prête-moi donc pour la faire briller ,
Ce voile peint des couleurs les plus vives ¿
En fin tiſſu d'expreffions naïves ,
Qui dans tes vers , fous des rets délicats ,
Font que l'on fent ce qui ne fe voit pas.
Un Miroitier, habitant de Veniſe,
Pour contenter un fameux Senateur ,
D'un bel ouvrage avoit fait l'entrepriſe ,
2. vol.
It
JUILLET
1485 1725 .
Il réüffit enfin , à ſon honneur.
Lå netteté , le poly , la grandeur ,
Rien n'y manquoit , la piece étoit exquife.
Un vrai chef- d'oeuvre , & qui pour fon labeur
Meritoit feul un Brevet de Maîtriſe.
Pour le Miroir point d'argent répandu ,
C'étoit un don , étrenne toute pure ;
Dans un falon le voilà fufpendu ,
Et tout foudain morceau d'architecture ,
Lambris dorez , ornemens de Sculpture ,
Meubles brillans & plafonds enrichis ,
Par le cristal imitez , réflechis
Font un lointain , où l'oeil qui les rallie ,
Afon plaifir vingt fois les multiplie.
De ce fuccès le Miroir s'apperçut ,
Et dans lui- même , orgüeil il en conçut.
Où rencontrer, difoit- il , une Infante ,
Qui fans douleur , comme je fais , enfante
En un inftant cent prodiges nouveaux ?
Que Rome encore nous vante fes Tableaux ;
Oui ,je le donne en quatre à Michel Ange .
De m'en faire un dont le fpectacle change .
En coloris , ordonnance & deffein ,
A iij
Toû1486
MERCURE DE FRANCE.
Toûjours fecond en fcenes plus nouvelles ,
Rival heureux des differens modeles ,
Que l'Univers renferme dans fon fein.
C'étoit fans doute un beau Panegyrique ;
Mais il furvint un accident fatal
Qui rabaiſſa ce ton trop magnifique.
Tout vis-à- vis du fuperbe criſtal ,
Vient fe placer un Monftre de nature ,
Un vrai magot de hideufe figure ,
Qui de Therfite étoit fans doute iffu.
Pour ce bijou , nain , contrefait , boffu ,
Le Senateur épris d'un goût bizarrė ,
Le cheriffoit comme une piece rare ;
Perfonne auffi n'envioit-il fon choix ,
Si qu'en paffant tout le long de la glace ,
Certaine femme y lorgne ce minois ,
Et le voyant y fit laide grimace.
A cet afpect le Miroir s'échauffa ,
Et de courroux ainfi l'apostropha.
Eh ! qu'eft- ce donc ? vous grimacez, la bonne
J'en fuis d'avis ! vous faites la mignonne.
Mieux eut valu vous mafquer ce beau fils ,
Pour vous complaire , en faire un Adonis.
Voyez
JUILLET 1725 . 1487
Voyez le fexe , il veut toûjours qu'on flate
Or bien fçavez que fe fentant piquer ,
Femme jamais ne fut fans repliquer ,
Bien moins encor femelle délicate ,
Telle qu'ici , je ne m'en prens à toi ,
Lui répond- elle , & tu fais ton emploi ;
Il t'eſt bien force , ( en prit- on l'épouvente )
1
De peindre tout , qu'il foit beau , qu'il foie
laid ;
Je m'ébahis de ce qu'on te prefente ,
A copier un fi vilain objet.
Tirons le voile & changeons de langage ,
De ton efprit ce Miroir eft l'image ,
Rayon brillant de la Divinité ,
De l'Eternel , digne & celefte ouvrage ,
Je participe à fon immenfité.
L'intelligence y grave toutes chofes ,
Y réunit les effets & les caufes ,
Le temps paffé , l'avenir , le preſent ,
Les Cieux , la terre , & c'eft toi qui difpofe
Comme il te plaît , de ce divin preſent.
Qu'il me ravit quand ta mufe divine ,
Se reffentant de ſa noble origine ,
Peint à mesyeux , la foudre , les éclairs ,
A.iii j
Lo
488 MERCURE DE FRANCE.
Les Elemens , l'Olympe , les Enfers ,
Et dans fon vol fe foutenant fans ceffe ,
De fon Auteur imite la fageffe ,
Qui ſe jouoit en formant l'Univers.
Mais quand je vois que ton efprit embraffe ,
Certains objets répandus dans la maſſe ,
Que tu fens bien pourtant qu'il faut couvrir ;
Je dis alors en rappellant ma Fable ,
Oh ! que V..... feroit inimitable ,
1
Si les objets qu'il ſe plaît à nourrir ,
D'un feu fubtil , aliment peu fortable ,
A fon Miroir ne venoient point s'offrir.
LA VIE D'AGATHOCLE , Tyran
de Syracufe. Difcours de M. de la
Curne de Sainte Palaye , qui commença
la derniere féance publique de l'Acadé- `
mie Royale des Belles Lettres.
'Auteur donna cette vie comme un
Leflaid'un grand ouvrage , auquel il
travaille , & qui comprendra
l'Hiftoire
entiere de Carthage & de la Sicile . Cet
Agathocle nâquit vers l'an 360. avant
l'Ere Chrétienne, dans une petite Ville de
Sicile
JUILLET 1725. 1489
Sicile,d'un Artifan éxilé de Rhege , Ville
d'Italie. Des fonges effrayans & la réponfe
de l'Oracle de Delphes , qui declara à
cet Artifan que l'enfant qui naîtroit de ſa
femme , feroit fatal à Carthage , & à la
Sicile , l'obligerent de le faire expofer
prefqu'auffi-tôt qu'il fut né ; les loix permettoient
ces fortes d'expofitions , & la
Religion fuivie alors autorifoit ces vaines
terreurs par les Fables , dont les
Poëtes dépofitaires , prefque uniques des
traditions Religieufes , rempliffoient l'ef
prit des hommes. La mere de cet enfant
infortuné le fit enlever , & engagea un
frere qu'elle avoit à le nourrir. Le jeune
Agathocle avoit fept ans lorfque fa
mere découvrit à fon mari que leur fils
étoit vivant. La vûë d'un enfant dont
l'exterieur étoit rempli de graces , toucha
ce pere qui avoit fait ceder les fentimens
de la nature aux idées de la Religion
; mais comme il pouvoit craindre
que les Prêtres & les Magiftrats ne fuffent
pas auffi indulgens , il paffa à Syracuſe
avec ce fils. Le refte de la vie d'Agathocle
qui fut fort longue , répondit à
fes commencemens
. Sa pauvreté & ſa
bonne mine le plongerent d'abord dans
les plus honteufes débauches , & réüniffant
les genres de crimes les plus oppofez
, il ne quitta cette vie effeminée
A v A
!
que
1490 MERCURE DE FRANCE.
que pour fe lier avec des voleurs & des
brigands ; mais les perils & l'obfcurité
de cette vie ne s'accommodant pas avec
fon ambition , & avec fon courage , plus
élevé que fa fortune , il prit le parti des
armes , & fe diftingua bien - tôt auprès
des Chefs par fa vigueur & par ſa bravoure.
D'un autre côté fon éloquence
vive & hardie , toûjours prête à fervir fes
camarades , & à déchirer la conduite des
Commandans , empêchoit les autres foldats
d'être jaloux de fon avancement .
Bien-tôt la faveur d'un Officier General ,
le tira de l'état de fimple foldat , & cet
Officier étant venu à mourir , Agathocle
époufa fa veuve , & fe vit en état par les
grands biens qu'elle lui apporta , de ne
plus mettre de bornes à fon ambition ni
à fes projets. Les divifions qui déchiroient
Siracufe depuis long- temps , avoient fervi
de degré à plufieurs Citoyens pour
s'emparer de l'autorité en differens tems.
Agathocle enhardi par leur exemple , fe
propofa le même but ; mais il crut que
pour un homme fans naiffance comme il
étoit , le moyen le plus fûr d'affer vir fa
Patrie , étoit de s'attirer la confiance des
Pauvres & du peuple , en fe declarant
l'ennemi des Nobles & de tous ceux que
leur credit ou leurs richeffes mettoient en
état d'attenter à la liberté publique.
Les
JUILLET 1725. 1491
Les refforts de cette politique furent
aifément penetrez par la faction des Nobles
; mais le peuple ne ceffa de le regarder
comme le protecteur de fa liberté,
que quand Agathocle fe vit affez fort
pour le rendre le maître de l'Etat . Alors
Agathocle difpofant du Tréfor , public ,
leva une armée compofée de gens à fa
devotion , & par fon éloquence enflammant
les efprits de la populace , il fçût la
porter à égorger en un feul jour plus de
quatre mille hommes du parti des Nobles
; après quoi la crainte d'être recherché
pour ces meurtres engagea cette
même populace qui venoit d'immoler
tant de victimes à la confervation de fat
liberté , à remettre l'autorité fouveraine
& abfolue entre les mains d'Agathocle ,
qui par là fe trouva le maître de Syracufe
, avec une autorité plus grande que
celle des Rois les plus defpotiques .
Agathocle connoiffoit le caractere des
Grecs & de la populace de Syracufe qui
hailloient plus les marques exterieures
de la Royauté que la realité du pouvoir
attaché à ce titre ; ainfi il fçût affermir
fon autorité par un exterieur , & des manieres
populaires . Les Carthaginois étoient
maîtres d'une grande partie de la Sicile ,
& les divifions des Grecs , furtout celles
de Syracufe , dont la puiffance étoit feule
A vj
en
1492 MERCURE DE FRANCE .
en eftat de balancer la leur , les avoient
maintenu dans la poffeffion tranquille de
la partie de cette Ifle qu'ils occupoient. Syracufe
gouvernée par un homme de la bravoure
& de l'habileté d'Agathocle , de voit
être redoutable aux Carthaginois. Ainfi
ils crurent ne devoir pas attendre qu'il
les attaquat , ils penferent à le prevenir
& lui declarer la guerre . Les fuccès leur
en furent fi favorables, qu'en peu de tems
Agathocle fut contraint de fe renfermer
dans Syracufe ; ils l'y affiegerent , & fans
doute l'auroient forcé à fe rendre , fi fon
grand courage ne lui eut fait envifager
comme poffible le projet d'aller porter la
guerre en Afrique , & d'attaquer dans leur
propre pays les mêmes Carthaginois qui
venoient de conquerir le fien. Les ames
capables de former de pareilles entrepriſes
font ordinairement capables de les executer
; & quel qu'en foit le fuccès
comine il dépend prefque uniquement
des hazards qui ne font pas au pouvoir
des hommes , les gens fages ne jugent
point de la fageffe de ces entreprifes par
l'evenement .
Agathocle conduifit la fienne avec toute
la prudence & toute la refolution pof
fible , elle lui réuffit d'abord au-delà de
fon efperance : une grande bataille gagnée
, & 200 Villes ou Châteaux foumis
JUILLET 1725 .
1493
mis à fes armes , le rendirent Maître
de la Campagne en Afrique , & le mirent
en eftat d'affieger Carthage. Au même tems
Antandre frere d'Agathocle , ayant furpris
dans un défilé au milieu d'une marche
de nuit l'armée d'Amilcar compofée
de 130000 hommes , la mit en déroute
la tailla en pieces , & prit Amilcar prifonnier
; il le fit tuer & envoya fa tête
à fon frere Agathocle.
Cependant ce même Agathocle triomphant
des ennemis de Syracufe , fe vit
expofé par la revolte de fes foldats au
plus grand danger qu'il pût courir ; mais
il l'appaifa bien- tôt, & la fortune qui fembla
toujours prendre à tâche de le favorifer
, fit fervir cette même revolte à la
defaite d'une armée qui venoit au fecours
de Carthage . Malgré tous les avantages
, le Blocus de Syracufe continuoit
toujours , & les Carthaginois, Maîtres de
la mer , empêchoient Agathocle de tirer
de Sicile les recrues dont il avoit befoin
pour maintenir une armée que fes propres
victoires & le pillage des pays affujettis
à fes armes , affoibliffoient tous les
jours. Agathocle en abordant en Afrique
avoit brûlé fa flotte pour augmenter le
courage de fes foldats par la neceffité de
vaincre. Il fe vit donc contraint de repaffer
en Sicile, & laiffa fon armée fous
13
1494 MERCURE DE FRANCE.
la conduite de fon fils ; mais ce jeune
Prince ne put foutenir une entrepriſe qui
demandoit encore plus d'habileté que de
courage il perdit la plus grande partie
de fon armée & les Carthaginois le bloquerent
dans Tunis . Agatocle revint à
fon fecours , mais il ne put forcer les
Carthaginois dans leur camp & fut repouffé
avec une perte confiderable.
Les Carthaginois celebrerent cette victoire
par les plus grandes rejoüiffances ;
ils immolerent à leurs Divinités les plus
beaux & les mieux faits d'entre leurs prifonniers
car leur Religion ſemblable
à celle des Phéniciens , enfeignoit
que les victimes humaines étoient les
plus agréables aux Dieux : le facrifice
dura jufqu'à la nuit , & fur le foir s'étant
élevé un grand vent , les flammes du
bucher embraferent la Tente facrée &
delà fe communiquerent au refte du
Camp. Au milieu de ce defordre 5000
Africains de l'armée d'Agathocle qui
avoient deferté , approcherent du camp
des Cartaginois ? ceux - ci qui fe crurent
attaquez , prirent la fuite ; & fe jettant à
travers des rochers efcarpez , la plupart
perirent dans les précipices , qui defendoient
les approches de leur camp ; & le
refte tournant leurs armes les uns contre
les autres , il en perit un grand nombre.
Les
JUILLET 1725. 1495
Les armées Carthaginoifes étant compofées
de foldats étrangers de diverfes Ñations
, les divers corps ne fe connoiffoient
plus dans une telle confufion que l'épouvante
& l'obfcurité augmentoient encore.
Cependant les 5000 transfuges ne
voyant venir perfonne au devant d'eux ,
prirent le parti de retourner au camp
d'Agathocle. A leur approche les Siciliens
crurent qu'ils alloient être attaquez par
toute l'Armée Carthaginoife ; & fe précipitant
les uns fur les autres dans l'obfcurité
, ils tournerent auffi leurs armes
les uns contre les autres , & par là firent
de leurs propres Citoyens un carnage
encore plus horrible que celui qui venoit
de fe faire au Camp des Carthaginois.
Agathocle voyant fon armée affoiblie
par tant de pertes & manquant de vaiffeaux
, refolut de repaffer en Sicile avec
le plus jeune de fes fils. L'humeur inquiete
& ambitieufe de l'aîné le lui rendoit
fufpect. Son projet fut découvert par
ce même fils qu'il redoutoit ; l'armée ſe
revolta & Agathocle regardé comme un
traître & un deferteur , fut chargé de
chaînes , mais dès la nuit fuivante fur le
bruit qu'une armée des Carthaginois les
venoit attaquer, les foldats s'appaiferent &
le mirent en liberté. Il ne crut pas devoir
s'expofer aux caprices d'une foldatefque
·La.
1496 MERCURE DE FRANCE .
changeante, & il fe fauva feul dès la même
nuit & paffa en Sicile , abandonnant
fes deux fils qui furent maffacrez par
les foldats. Cette armée fans Chef capitula
avec les Carthaginois , & leur remit
les Places qu'elle tenoit encore .
Le refte de la vie d'Agathocle ne fut
pas moins agité , il le pala dans des
guerres continuelles contre les Carthaginois
, contre les Syracufains, dont une
partie s'étoit revoltée, & même contre les
Succeffeurs d'Alexandre dans les querelles
defquels il fe mêla , & la mort le furprit
dans un âge avancé , lorfqu'il formoit
encore de nouveaux projets de guerre.
Il fut empoisonné par un fils de cet
Archagate qui avoit été tué en Afrique ;
& pour lui enlever le fruit de fon parricide
, il rendit avant fa mort la liberté
aux Syracufains. On prétend qu'il refpiroit
encore lorfqu'on le mit fur le bucher,
& qu'il fut ainfi brûlé vif. Fin tragique
, mais qui étoit duë à un homme
qui avoit toûjours tout facrifié à fon ambition
, & qui avoit immolé tant d'innocens
à fa grandeur : il mourut vers l'an
288. avant Jefus Chrift , âgé de 72 ans
& en ayant regné 28. Il eut entre autres
enfans une fille nommée Lanaffa qui fut
mariée au fameux Pyrrhus Roy d'Epire ;
ce Prince en eut un fils , & ce fut fous
pretexte
JUILLET 1725 1497
pretexte de retablir ce jeune Prince , petit
fils d'Agathocle par fa mere dans les
Etats de fon grand Pere que Pyrrhus paffa
en Sicile , lorfqu'il eut perdu l'efperance
de conquerir l'Italie.
EPITRE envoyée à M. le *** par M.
Pajon ,, pour lui demander la permiffion
d'entrer à fon Concert.
M
Agiftrat éclairé , que la fage Themis ,
Choifit pour reprimer fes lâches enemis;
Toi qui malgré tes foins pour ta belle Déeffe
Poffedes d'Apollon la Lyre enchantereffe,
Ecoutes ma priere , & repons aux fouhaits
D'un Mortel que ce Dieu charme par fes
attraits.
J'ai cultivé fes Arts dès ma tendre jeuneffe ,
Pour meriter fes dons je l'invoque fans ceffe
Enfin ce Dieu m'exauce ; il paroît . Juſqu'aux
Cieux
S'éleve la fplendeur qui vient frapper mes
yeux ;
Tour rit à fon afpect ; les jeux fuivent fes
traces ;
11paroît entouré des Amours , & des graces ,
Et
1498 MERCURE DE FRANCE .
Et pour tout dire enfin , avec l'éclat pompeux
dont il brille au milieu de tes aimables yeux .
Je veux bien, me dit- il , répondre à ton envie
Vien Je vais à tes yeux découvrir mon Genie.
:
Un Senateur m'éleve un Temple glorieux
Image du féjour habité par les Dieux.
Là parmi la grandeur , & la magnificence
J'ai conduit le bon goût , l'efprit & la fcience
Du Maître de ces lieux implore les bontés ,
Qu'il te laiffe écouter des Concerts enchantez,
Pour te mêler aux yeux d'un Cercle qui m'ado
re
Tes ignorantes mains ne forment point encore
D'affez brillans accords , ni d'affez juftes fons
Mais je t'ai dès long- tems donné d'autres le
çons ;
Fournis à ces Concerts une noble matiere .
Ta plume y va trouver une digne Carriere.
La Beauté , la Grandeur , tout brille dans ces
lieux.
Quand tu voudras dépeindre un Mortel glo
rieux
Des Heros d'autrefois n'emprunte point l'Hif
toire ,
Tu verras chez un Prince plein de gloire
Il
JUILLET 1725 .
1499
Il eft du fang des Rois ; mais fon coeur vertueux
Eft au deffus du rang qu'il doit à fes ayeux.
Ainfi parle le Dieu . Malgré cette affurance ,
Je fens mon jeune coeur rempli de défiance ,
Si Phoebus m'a parlé, tu fuis toujours fes Loix.
Mais peut- on dans mes vers reconnoître fa
voix ?
"
Peut-être j'aurai pris pour le Dieu de la Lyre
Le defir de loüer des Concerts que j'admire.
Mais quand ce feul motif auroit pu m'animer
Illuftre Magiftrat tu le dois eftimer ;
Si tu combles mes voeux , ces vers feront un
gage
Du zèle , de l'amour , du refpect qui m'engage
Et de tels fentimens fe doivent préferer
A tout l'Art qu'Apollon me pouroit inſpirer.
Envoy .
Si tu combles mes voeux , j'irai t'offrir moimême
Etma reconnoiffance,& mon refpect extrême ,
Sinon j'irai tout feul , & fans m'en prendre à
toi ,
Pefter contreApollon qui s'eft mocqué de mož
LET
1 500 MERCURE DE FRANCE .
XX:XXXXXXX :XXXX:XX
LETTRE aux Auteurs du Mercure fur
un effet du Tonnerre , &c.
J
'Avois deffein , Meffieurs , de refuter
la Lettre écrite de Paffi fur un effet
extraordinaire du Tonnerre , inferée dans
le Mercure du mois de Janvier , p . 22 .
mais le Pere Caftel m'ayant prévenu par
la refutation qu'il a faite de la premiere
& de la troifiéme partie de cette Lettre
´dans le Mercure de Fevrier, p. 399. il ne
m'en refte plus que la feconde partie à
éxaminer .
L'Auteur de Paffi fe propofe de prouver
dans fa feconde partie que le tourbillé
d'esprit diftillé de Vitriol ( fuppofé qu'il
ait pu fe former ) a pu être pouffe fur te
Chêne du Val- David , je crois que le
public fe diſpenſeroit volontiers de faire
cette preuve , comme on difpenfe les
Géomètres de prouver qu'on peut tirer
une ligne d'un point à un autre ; car perfonne
ne doute que la matiere qui a compofé
la foudre.qui a coupé le Chêne , foit
Tourbillon de Vitriol ou autre ,
pû également être pouffé fur le Val -David
, comme fur tout autre endroit de la
terre ; d'ailleurs s'il étoit neceffaire de le
n'ait
prouJUILLET
1725. 1501
prouver , l'experience toute recente en
feroit une preuve fuffifante, ab actu ad
poffe valet confequentia.

Auffi notre Auteur s'appercevant de
l'inutilité de fa preuve dès qu'il commençoit
de la faire a tout d'un coup
changé de thefe ; & ayant feulement à
prouver que le Tourbillon d'efprit diftillé
de Vitriol , a pû être a pû être pouffé fur le
Chêne du Val- David , il a entrepris de
prouver que ce Tourbillon a dû être pouffé
fur ce Chêne à caufe de la difpofition des
lieux par les vents qui ont accompagné
ce Tonnerre; & voici comme il s'y prend..
» Les vents qui ont accompagné ce
» Tonnerre, s'étant engloutis , pour ainfi
» dire , dans la Vallée , ils dûrent recevoir
deux déterminations differentes
>> l'une de l'autre par l'oppofition des deux
" collines & par confequent felon une
loy du mouvement , ils durent le réunir
» des deux côtez de la Vallée pour dé-
>> crire la ligne du milieu , dont un point
» étoit dans le fond de la Vallée & l'autre
» à la Nuée.
Pour autorifer ce raifonnement , il fau
droit fuppofer que comme les collines
dont il s'agit , forment enſemble la figure
d'un V , les vents auroient frappé en
même tems fur les deux côtez de l'interieur
de cet V , d''où étant refléchis , ils
auroient
F
1502 MERCURE DE FRANCE.
auroient décri en remontant une ligne
perpendiculaire ou prefque perpendicu
laire à l'horifon. Et c'eſt ce qu'on ne peut
fuppofer ; car comme les vents foufflent
pour l'ordinaire horisontalement ou prefhorisontalement
, ils n'ont pû frapper
les deux collines , puifque fi les vents
venoient du côté gauche de l'V , ils ont
feulement frappé le côté droit & non le
côté gauche dont les vents n'ont pû re
cevoir deux déterminations differente
par l'oppofition des deux collines .
que
Quand même les vents auroient reçi
ces deux déterminations differentes , il
ne leur auroit pas été plus aifé de remonter
jufqu'à la Nuée ; car comme le
vent direct , qui étoit certainement plus
fort que le vent refléchi , fouffloit continuellement,
il auroit empêché ce vent refléchi
de remonter du moins en ligne droi
te jufqu'à la Nuće.

Suppofons cependant avec l'Auteur de
Paffi que ces vents auront remonté même
en ligne droite du fond de la Vallée juf
qu'à la Nuée d'où ils auront encore
été reflechis.Quel chemin ont- ils dû pren
dre l'angle de reflexion a du être égal
à l'angle d'incidence , & la Nuée étant
plutôt convexe que concave les vents
auront plutôt efté reflechisen dehors qu'en
dedans du centre du Val- David ; mais
>
m'ob
UILLET 1725. 1503
m'objectera notre Auteur ; ily avoit moins
de r fiftance à l'endroit où étoit ce Tourbil
lon d'fprit distillé de Vitriol ; parce que
l'action des extremités de la Nuée étoit plus
violente que celle de ce petit milieu ou étoit
le Tourbillon ; & moi je dis , qu'il y avoit
plus de refiftance à l'endroit où était ce,
Tourbillon , parce que l'Action de cet en
droit étoit plus violente que celle des extremités
de la nuée. Il n'y a perfonne qui
ne comprenne facilement que la foudre
fortant d'une nuée doit confiderablement
dilater l'air & caufer plus d'action en cet
endroit que dans tout le refte de la nuée
enfemble.
que Donc , quoique perfonne ne doute
le Tonnerre n'ait pu tomber fur le Chêne
du Val - David , les hypothefes de l'Auteur
de Paffi pour prouver qu'il y a été
> pouffé par les vents à caufe de la difpofition
des lieux,font impoffibles , puifque
les vents n'ont pu recevoir deux determinations
differentes
par l'oppofition
des
deux collines ; & que fuppofé qu'ils
ayent reçu ces deux determinations
, ils
n'ont pu remonter jufqu'à la nuée , &
que fuppofé qu'ils ayent remonté jufqu'à
la nuée , ils n'ont pû redefcendre
dans
le centre du Val- David.
Enfin je veux bien encore fuppofer
avec l'Auteur de Paffi , que le Tonnerre
1504 MERCURE DE FRANCE.
a du être pouflé par les vents fur le Chê
ne du Val- David à caufe de la difpofition
des lieux . Il refulte un nouvel inconvenient
de cette fuppofition , c'eft que com
me cette Vallée ne change point de figure,
il est phyfiquement impoffible que le
Tonnerre ne tombe point fur le Val- David
, toutes les fois qu'il s'y fait entendre ;
en ce cas je ne puis m'empêcher d'en
plaindre les habitans , & on doit leur
confeiller d'éloigner leurs maifons , du
centre du cercle qui décrit la Vallée
d'alentour. Je fuis Meffieurs , vôtre trèshumble
& très - obeïffant ferviteur.
A Montreuil fur mer , ce 10 Mai 1725 .
XXXXXXXXXXXXXXX
BOUQUET envoyé à M. *** le jour
de fa Fefte.
Our le Bouquet commandé l'autre foir
Je fus hier fur la double Colline ,
Du Dieu des Vers , de la Troupe Divine ,
A ce propos , implorer le pouvoir.
»
Grand Dieu , lui dis - je , ecoutés ma priere ›
Pour un ami fervés mes fentimens ,
Et m'accordés pendant quelques momens ,
De
JUILLET
1725. 1505
De vos talens abondance pleniere.
Mais pour le vaincre envain je fis effort :
Toi feul , dit-il , tu peux te fatisfaire ;
C'eft à ton coeur à te tirer d'affaire ,
Le fentiment n'eft pas de mon reffort :
Fofai plus loin porter ma réfiftance.
De ton efprit je lui fis mention ,
Efprit qu'en tout tu mets en évidence ;
J'étois au point de gagner Apollon ,
Si n'euffe au Coeur donné la préference.
Mais comme il vit que fur ce fondement
J'établiffois l'amitié qui nous lie ;
Hé-bien , dit-il , chante le fentiment ,
Et moi , je vais celebrer le Génie.
B LET1506
MERCURE DE FRANCE,
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
par M....... contenant le dernier
Difcours ou Teftament de l'Empereur
de la Chine.
'Ay crû , Meffieurs , que le morceau
Juvant meritoit de tenir place dans
vôtre Mercure ; il m'a été communiqué
par un Officier de Marine qui eft revenu
de la Chine depuis fort peu de temps , &
qui m'a affuré qu'il avoit été fidellement
traduit dans le pays même par les enfans
de la Langue , que l'on y éleve dans le
deffein de les rendre propres à fervir d'interpretes
aux Negocians de la Compagnie,
J'ai été obligé de changer quelques
chofes au langage dont la conftruction
étoit quelquefois plus Chinoife que Françoife.
Les frequentes converfations que
j'ai eu ici avec le fieur Arcadio Hoangh,
Chinois , établi à Paris , & mort il y a déja
quelques années , m'avoit familiarifé avec
la phrafe Chinoife , & il m'a été plus
facile par là d'en démêler le fens . Le
Journal de l'Officier qui m'a communiqué
ce morceau , eft écrit avec autant d'élegance
JUILLET 1725. 1507
legance que celui de M. l'Abbé de Choify
, & meriteroit de voir le jour ; mais la
modeftie de cet Officier ne lui permet
pas de le publier ; & comme il compte
faire inceffamment un nouveau voyage
aux Indes , il efpere que les obfervations
qu'il aura occafion d'y faire , pourront
faire recevoir plus agréablement le Jour
nal d'un voyage , dans lequel il cherchera
à s'inftruire de toutes les chofes
qui peuvent intereffer la curiofité du
public .
On verra dans cet Edit ou Teftament
de l'Empereur de la Chine , mort il y a
quelques années , quelles font les idées.
des Chinois fur ce qui conftitue la gloire
& la grandeur des Monarques . On y
verra que ces peuples ne font pas confifter
le Heroïsme dans les qualitez guerrieres.
La gloire des Conquerans ne dépend
pas chez eux de la grandeur des
obftacles qu'ils ont furmontez , mais de
la douceur & de la fagefle du gouvernement
, par lequel ils fe font maintenus
dans leurs conquêtes. L'Empereur fait
vanité de n'avoir pas dépensé pour l'entretien
de fes Palais , qui font cependant
en grand nombre dans un Etat prefque
auffi peuplé que toute l'Europe , la centiéme
partie de ce qu'il employe au feul
Bij entre1508
MERCURE DE FRANCE.
entretien des Digues & des Quais des
Rivieres navigables . Quand même ce
fait ne feroit pas vrai , un pareil diſcours
prouve toujours que l'Empereur de la
Chine, le plus defpotique de tous les Monarques
, puifqu'il réunit les droits de
Chef de la Doctrine & de la Religion au
pouvoir de la Royauté , que cet Empereur
, dis - je , fait gloire de fe regarder
comme l'adminiftrateur du Tréfor public
, & d'employer ce Tréfor pour l'utilité
& la commodité de ceux de fa Nation,
Les moindres décifions des Empereurs
de la Chine font reçûës de leurs Sujets ,
avec la foumiffion que des enfans refpectueux
ont pour un pere qu'ils cheriffent ;
mais en même temps on accoutume de
bonne heure les Princes à ne point connoître
d'autre gloire , & d'autre grandeur
que celle de rendre leurs peuples
heureux , & on ne leur parleroit d'un
Achille , d'un Alexandre , d'un Cefar ,
que comme de Princes que le Ciel donne
dans fa colere aux peuples qu'il veut
châtier.
DERJUILLET
1725. 1509
DERNIER DISCOURS DE KHAM
HHI , Empereur de la Chine , & des
deux Tartaries Orientale & Occidentale
, mort le 20. Decembre 172.2 .
âgé de 69.ans 7. mois 25. jours , après
avoir regné 61. ans , 10. mois 14.
jours .
J'ai reçû ma destinée à l'Empire
par le Ciel.
D
DISCOURS IMPERIAL.
Epuis le commencement jufqu'à prefent
on n'a point encore vû aucun de
tous les Princes qui ont gouverné l'Empire
, qui n'ait pas reveré le Ciel , &
imité les ancêtres , & qui ne fe foit pas
propofé ces deux chofes , comme le devoir
auquel ils fe devoient appliquer de
toutes leurs forces .
La veritable reverence envers le Ciel ,
& la veritable imitation de fes ancêtres
confifte à traiter benignement les Etrangers
des pays éloignez , & à fçavoir bien
gouverner fes propres Sujets , à tenir le
peuple dans l'abondance & dans la paix.
à fe conduire tellement que l'Empereur
& l'Empire faffent un ufage reciproque
des richeffes contenues dans les quatre
B iij
Mers
1510 MERCURE DE FRANCE.
Mers avec les autres Nations de l'Univers
, à conformer fes inclinations à celles
de tout l'Empire , à préferver le pays
de tous dangers ; l'excellence du bon
gouvernement confifte de la part du Prince
, à maintenir la tranquillité , & à prévenir
tous les troubles . L'attention du
Prince doit être continuelle , foit qu'il
veille , foit qu'il dorme matin & foir , il
doit être fans ceffe occupé du foin de gouverner
le Royaume en paix ; c'eft en obfervant
tous ces moyens que l'on approche
de la veritable reverence envers le.
Ciel , & de la veritable imitation de fes
ancêtres.
Mon âge eft de 70. ans , j'ai occupé le
Trône 61. ans , je reconnois que j'ai reçû
ces grands bienfaits par le favorable
Lecours du Ciel , de la terre , de mes ancêtres
, & du Dieu tutelaire qui prefide
à toutes les generations , & ce n'eft nullement
par ma foible vertu que j'ai vêcu
& regné fi long- temps. Ayant lû attentivement
lesChronologies des Empereurs
depuis le fiecle de Hoân-ty jufqu'aujourd'hui
il y a 4350. & tant d'années , en
tout 301. Empereurs ; de tant de Princes ,
il n'y en a pas un feul qui ait regné autant
que moi . Quand j'arrivai à la 20 °
année de mon Gouvernement , je n'ofois
me flater d'arriver à la 30 ° , & à la 30º je
n'o fois
JUILLET 1725 . 1511
h'ofois me flatér d'arriver à la 40 ° , me
voici cependant arrivé à la 61 ° année de
mon Regne.
Le Livre Claffique Chan Chu King
au Chapitre Hon Fán , marquant ce qui
fait la felicité de l'homme , dit que c'eft
1 la longue vie , 2 les richeffes , 3 ° la
ſanté , la tranquillité & la joye , 4º d'aimer
toûjours les chofes vertueufes , 5 °
étant parvenu à une grande vieilleffe ,
faire une belle mort ; de ces cinq points
de felicité , la bonne mort dans la vieilleffe
en marque le 5 ou le dernier , parce
qu'il eft veritablement difficile d'en
trouver bien des exemples .
Prefentement me voici parvenu à 70.
ans , dans mon opulence je poffede tout
ce qui eft contenu dans les quatre Mers.
Mes enfans & petits - enfans font au nombre
de 150. & tant de têtes . L'Empire
jcüit d'une heureuſe paix , mon bonheur
eft fort grand , c'eft - à- dire , que s'il me
falloit mourir , mon coeur eft fort tranquille
. Lorfque je penfe à tout ce qui
s'eft paffé depuis le commencement de
mon Regne jufqu'à prefent , quoique je .
n'oſe pas me flater d'avoir été capable par
mes feules forces de faire changer les
mauvaiſes moeurs , & les mauvaiſes coutumes
en bonnes , je puis dire cependant
que mes peuples font riches , font dans
l'abon-
B iiij
1512 MERCURE DE FRANCE.
l'abondance , & font fuffifamment leur
devoir.
J'ai imité les trois anciennes Dynaſties
des Empereurs qui font eftimez Saints ,
j'ai voulu porter la paix dans les quatre
parties de l'Empire , & jufqu'à la Mer.
Sous mon Regne chacun a exercé ſon
Art en paix , & avec joye , continuellement
& fans interruption . J'ai été vigilant
& attentif , j'ai été occupé matin &
foir , on ne m'a pas vû indolent , & on
n'a pas vû que j'aye abandonné le foin de
l'Empire. Pendant plufieurs dixaines d'années
jufqu'à prefent j'ai travaillé pour
le bien de mon peuple de tout mon coeur ,
& de toutes mes forces , comme fi ce n'eut
été qu'un jour ; ce qu'on appelle travail,
peine & fatigue dans une condition privée
, n'approche pas de ce que j'ai fouffert
pour bien gouverner l'Empire.
Les Empereurs des précedentes Dinafties
n'ont pas regné long- temps. Les Hiftoriographes
de l'Empire difent que l'yvrognerie
& l'impureté ont abregé leurs
jours c'eft que tous ces Ecrivains fe
plaifent à critiquer les actions de leurs
Empereurs , fouvent même de ceux qui
ont été très -bons , & très-parfaits ; pour
moi je dis pour l'amour de ces Empereurs
des précedentes Dinafties que les affaires
de l'Empire font fans nombre , & qu'ils
n'ont
JUILLET 1725.1 1513
n'ont été accablez que par le grand poids
de ces affaires qui ont abregé leurs jours 3
le fameux Tehu Ke lean , Miniftre
d'un Empereur de la famille Chán , dis
foit , j'épuife mes forces, étant mort, j'au
rai fini glorieuſement ma courſe.
Que les Miniftres de l'Empereur confiderent
feulement ce Tehu Ke- Leán , &
tâchent de fe rendre capables de l'imiter.
Les Miniftres peuvent prendre une
Charge , & la quitter s'ils veulent ceffer
d'exercer leur emploi ; étant devenus
vieux , ils fe démettent pour toûjours de
leurs Charges , & s'en retournent dans
leur famille , où ils ont la confolation de
tenir entre leurs bras leurs enfans , & badinent
avec leurs petits - fils ; ils ont tout
à fouhait, ils vivent tranquilles , & contents
d'eux-mêmes. Quant à l'Empereur ,
toute la vie eft un tiffu de peines , d'inquiétudes
& de travail , il n'a pas un feul
jour de repos.
Tel fut l'Empereur Chún , quoique le
monde dife qu'il ne faifoit rien pour bien
gouverner l'Empire ; cependant à la fin
de fes jours , accablé de travail & de fatigues
, il mourut dans le terroir de Tlan
vou ( pays de la Province de Quang Si , )
fort éloigné de fa famille .
L'Empereur Yn , c'eft lui qui fecha la
terre de la Chine qui étoit auparavant
inondée , Bv
1514 MERCURE DE FRANCE.
inondée , voyagea pendant plufieurs an
nées en differentes manieres , arpentant
lui-même la terre ; accablé de travail &
de fatigue il mourut à la Ville Hoúci
Ky Chién , ( Ville du 3e Ordre dans la
Province de Tehe Kian ) très - éloigné de
fa famille ainfi ces deux Empereurs ont
fouffert pour les affaires de l'Empire. Ils
alloient eux - mêmes examinant fur les
lieux toutes chofes , & n'ont pas ofé
prendre un feul lieu de repos ; comment
peut-on dire qu'ils n'avoient rien à faire ,
& qu'ils étoient oififs étant Empereurs ?
Dans le Livre Claffique Te King à la
grande figure Lou Tào , il n'eft rien dit
contre la conduite des Empereurs ; il eft
aifé de voir que les Empereurs n'ont jamais
eu un feul Meu de repos où ils ayent
pû fe retirer pour fe divertir , & abandonner
les rênes de l'Empire. Vivre toûjours
inquiets , épuifer nos forces , voilà
ce qu'on peut appeller le partage d'un
Empereur.
Depuis l'Antiquité la plus reculée , de
tous les Empereurs qui ont occupé le
Trône avec équité , j'ofe le dire , il n'y
en a pas un feul qui ait fi bien gouverné
que moi mon ayeul & mon pere au
commencement ne penfoient pas à prendre
l'Empire ; leurs armées étant arrivées
à Peking , tous fes Miniftres lui
dirent
JUILLET 1725. 1515
dirent qu'il devoit prendre l'Empire :
l'Empereur mon pere , dit , la famille
Imperiale Mîn n'a jamais été bien en
paix avec mon Royaume , prefentement
je puis me faifir fort aifément de fon
Empire mais je le regarde cependant
comme le veritable Empereur , & je
crois qu'il ne m'eft pas permis de lui enlever
l'Empire. Peu après le fameux brigand
Ly Ben Tehîn battit , & renverſa
la muraille de Pekin , l'Empereur Bôn
Tehin fe pendit lui- même. Alors les
Mandarins & le peuple vinrent , à l'envi
, inviter mon pere à entrer en Chine
pour détruire ce fameux brigand ; il y entra
donc , & reçût l'Empire ; il examina
exactement les Rites & les ceremonies
pour les enterremens des Empereurs , &
enterra honorablement Bôn Tehin , conformément
à ces Rites.
Autrefois Chán Kão Bou , Fondateur
de cette famille Imperiale Chán n'étoit
qu'un fimple Commiffaire de quartier ,
ou Séu Tehan ( d'une Ville de la Province
de Nanking. )
[
Min Tay Tfou , Fondateur de la famille
Imperiale Mîn étoit Bonfe de la
Bonzerie Choan Kio Seń , ( d'une Ville
de la Province de Nankin ) le General
Cháng Tu leva des armées , & lui difputa
l'Empire. Cependant l'Empire reſta à la
B vj
fas
1516. MERCURE DE FRANCE.
famille Chán. A la fin du Regne de la
famille Tvêne , le General Tchin Ten
Leân , & plufieurs autres Capitaines
mirent des armées innombrables fur pied.
Cependant l'Empire refta à la famille
Min .
Ma famille Imperiale vient des Rois
Tartares. En obéïffant à l'ordre du Ciel ,
& en fe conformant à la volonté des peuples
, elle a obtenu l'Empire. C'eft ainſi
que quand on a vu les Mandarins , & le
peuple dans le defordre & dans le brigandage
, celui qui a éteint ces defordres
& ces brigandages , en faifant mourir ou
en chaffant les coupables , eft devenu le
veritable & legitime Empereur. Tout
Empereur a certainement l'ordre du Ciel ;
lorfqu'il doit regner long- teins , les hommes
ne peuvent pas faire qu'il ne regne
pas long- temps ; lorfqu'il doit regner en.
paix , les hommes ne peuvent pas faire
qu'il ne regne pas en paix.
Dès ma jeuneffe j'ai étudié la doctrine
des anciens & des modernes , je fçai un
peu des uns & des autres ; étant jeune
& dans le fort de ma vigueur , je pouvois
bander un arc de 150 livres , & tirer.
une fléche de 13. poignées de long , conduire
des armées , & donner des batailles.
Ce font des chofes où je fuis fort habile
; cependant quoique j'aye toutes les
qualiJUILLET
1725 1517
qualitez qui forment un grand homme
de guerre ; dans toute ma vie je n'ai
pas fait mourir un feul homme injuftement.
J'ai détruit les trois Royaumes de
Jounnane , de Kouantong , & de Fokiene ,
j'ai délivré l'Empire des peuples de Mope
, fes anciens ennemis , ( les Tartares
Occidentaux feparez par le grand défert
nommé Cha mo dans Marcpol , & dans
Pinto ; ) mais ça été par ma feule habileté
que j'ai achevé toutes ces chofes.
Quant au Tréfor Royal je ne m'en
fuis fervi que pour entretenir les armées
en temps de guerre , & nourrir le peuple
en temps de famine. Tous les Palais qui
font pour me loger dans mes voyages ,
font peu ornez , & fimplement meublez
; la dépense pour chacun de ces Palais
ne paffe pas io . ou 20. mille Taëls.
Four les Digues des Fleuves on dépenſe
tous les ans 3. millions , & tant de dix
mille Taels ; ainfi pour mes Palais on ne
dépense pas la centiéme partie de ce
qu'on dépense pour les rivieres.
Autrefois l'Empereur Leân où tí obtint
l'Empire par fes actions heroïques ,
enfuite âgé de 8o . ans , fon Miniftre
nommé Cheów King le détruifit en l'enfermant
entre quatre murailles où il mouzut
de faim .
L'Empereur Soni Onen obtint ainfi
l'Em1518
MERCURE DE FRANCE.
*
l'Empire par hazard, & ne pût pas prévoir
la méchanceté de fon fils Yanti , par
lequel il fut mis miferablement à mort.
L'un & l'autre ne fe mirent pas en garde
de bonne heure contre la malice de ces
méchans ; mes fils & mes petits - fils font
au nombre de 100. & tant , mon âge
eſt de 70. ans ; tous les Rois , tous les
grands Miniftres , les Mandarins , les
Soldats & le peuple jufqu'aux Môu Kòu,
Tartares Occidentaux , me font attachez ,
il n'y en a pas qui ne m'aime , & qui
n'ait de l'affection pour moi , quoique je
fois un vieillard ; prefentement , quoique
je fois dans un grand âge , je fuis fort
content , voyant que même les fils , les
petits - fils des deux Rois Ly Tfin van &
Jao Tû văn , mes oncles font encore tous
vivans & en paix : après ma mort, vous
qui êtes mes parens , fi vous pouvez vivre
, & vous conferver tous dans une
grande union , je meurs avec plaifir.
Ton Thin van , mon quatriéme fils ,
furnommé in Tehin , eft un homme d'une
grande capacité , il me reffemble beaucoup
; certainement il eft très - capable de
bien gouverner l'Empire , ainfi je lui
ordonne après ma mort de prendre poffeffion
de mon Trône. Que l'on garde le
deüil pendant 27. jours fuivant le cere-
Il ne compte ici que les mâles. -
monial
JUILLET 1725. 1519
monial de l'Empire , après ce temps qu'on
le ceffe .
Que l'on faffe la publication de ceci à
la Cour & dans les Provinces , que tout
l'Empire connoiffe cet Edit Imperial .
Du Regne de l'Empereur Chan Hhi
la 61e année , le 13. de la 11e Lune.
EPITRE à Mle ..... le jour de fa Fête,
par
M. B.... D. L. B.... ....
NEferois-je pas témeraire ,
De vous chanter en ce grand jour ,
Si je n'avois foin pour vous plaire ,
De prendre pour guide l'Amour..
Helas ! vous voulez que je chantes.
Mais que pouvez- vous efperer ,
D'une Muſe fi languiſſante ,
Qui ne fait plus que foupirer ?
Du jour que mon ame affervie ,
Gemit fous vos feveres loix ,
Ma Lyre n'a plus d'harmonie ,
Et ma bouche eft preſque ſans voix ;-
Au fond de ma triſte retraite ,
Atteint d'une douleur fecrette ,
Pourrai
1520 MERCURE DE FRANCE.
Pourrai-je peindre vos beautez ,
Et vous retracer ma défaite ,
Sans peindre auffi vos cruautez ?
J'adore l'aimable Temire ,
Dirois- je , elle a touché mon coeur ;
Mais plus ce tendre coeur foupire ,
Plus fes yeux s'arment de rigueur,
Venus d'une Palme immortelle
Couronne fes divins appas ,
Mille Amours volent autour d'elle ,
Les graces marchent fur fes pas ,
Pour la rendre à mes yeux plus belle ;
Dans cet état propre à charmer ,
Je la vis , j'appris à l'aimer ;
Mais , quoi ? fous l'amoureux empire
Rien n'eft plus cruel que Temire.
Depuis l'inſtant qu'un tendre aveu ,
Ofa lui découvrir mon feu ,
Nos champs privez de leur verdure »
Ont dix fois changé de parure ,
Sans que d'un fouris gracieux »
Elle ait daigné flater mes voeux.
Faut-il qu'une beauté fi rare ,
Falle
JUILLET 1525 1725 .
Faffe fouffrir tant de rigueurs !
Amour , contre fon coeur barbare ,
Arme ta main de traits vengeurs ;
Que déformais l'amant fidele ,
N'éprouve plus tant de tourmens ;
Punis une fierté cruelle ,
Ou ne fois plus Dieu des Amans.
Tel eft à peu près le langage ,
Que je tiens éloigné de vous ;
Puis de nouveau , prenant courage ,
Je viens m'expofer à vos coups.
Mais mon inutile conftance ,
Ne reçoit encor pour tout prix ,
Ou que beaucoup d'indifference ,
Ou quelquefois que des mépris.
Rempli de la fombre trifteffe ,
Où me plonge un funeſte amour ,
Puis-je prendre un ton d'alegreffe ,
Tel qu'il convient en ce beau jour ?
Non , la plaintive Philomele ,
N'oubliera jamais fes malheurs ,
Et jamais la trifte Hyrondelle ,
Ne chantera que fes douleurs.
L'oifeau
1522 MERCURE DE FRANCE .
L'oifeau qui par fon doux ramage .
Explique fes tendres defirs ,
Se plaint moins de ſon eſclavage ,
Qu'il ne celebre ſes plaifirs .
Ou traitez mieux vôtre conquête ,
Ou bien fongez qu'au lieu de fleurs ,
Belle Temire, à vôtre Fête ,
Je ne puis offrir que des pleurs .
***:*XXXXXXXX :XX *
J
ELOGE du R. P. le Semelier.
Ean Laurent le Semelier , Prêtre de
la Doctrine Chrétienne , connu dans
toute la France par les Conferences Ecclefiaftiques
qu'il a données au Public ,
mourut à Paris le 2. du mois de Juin dernier.
Né en cette Ville d'une famille
honorable & bien alliée , il entra en
1678. dans la Congregation de la Doctrine
Chrétienne , & s'y fit confiderer par
fon application au travail , & par l'heureufe
facilité avec laquelle il rempliffoit
tous les emplois dont il étoit chargé
fourniffant fans peine à plufieurs tout à
la fois : mais la Theologie fut toûjours
ſon occupation principale ; & après avoir
enfeigné
JUILLET 1725. 1523
enfeigné plufieurs années la Scholaftique
aux jeunes étudians de fon Corps , il fe
donna particulierement à la Theologie
Morale , qui eft la plus utile. Il fe rendit
affidu aux Conferences publiques qui furent
établies en 1697. au Seminaire de
S. Nicolas du Chardonnet ; il y parla
fouvent , & s'y diſtingua toûjours . C'étoit
le Sacrement de mariage qui s'y traitoit ,
matiere auffi étenduë qu'embarraffée de
difficultez délicates. Rien ne convenant
moins que de priver le Public de tant de
décifions juftes & folides , qui furent le
fruit précieux de ces Conferences , le Pere
le Semelier fe chargea de les recüeillir
, & de les publier ; mais en fe réfervant
le droit d'y ajoûter tout ce qui
pourroit rendre fon traité plus complet ,
& plus utile ; & il s'acquitta de ce travail
avec tant de capacité & de fuccès ,
que la premiere Edition donnée en 1713 .
en 4 vol . fut prefqu'auffi- tôt épuifée , &
que 2..ans après en 1715. il en parut
une feconde , augmentée d'un cinquième
tome , & retouchée avec tout le foin
imaginable. L'Auteur traite le Mariage ,
& comme Sacrement , & comme Contrat
civil ; il concilie la difcipline de l'Eglife
avec la Jurifprudence du Royaume , & au
jugement des connoiffeurs nous n'a-
*
* Mem. de Trevoux , Mars 1715. P. 552.
vons
# 524 MERCURE DE FRANCE.
vons point en France d'ouvrage plus com
pletfur cette matiere. On fera obligé dans
peu de temps d'en faire une troifiéme
Edition . L'Auteur encouragé par l'approbation
que ce premier ouvrage recevoit
du Public , travaille dans le même goût
fur une autre matiere non moins intereffante
, & ce nouveau travail ne lui a pas
moins réüffi . Ses 4. volumes de Conferences
fur l'Ufure , & fur la Reftitution
furent imprimées pour la premiere fois
en 1718. & l'année derniere il s'en fit
une feconde Edition , laquelle a été trèsexactement
corrigée, & augmentée confiderablement.
Les principales augmen
tations font quantité de cas propoſez à
l'Auteur depuis la premiere Edition , &
les décifions faites fur cette même matiere
dans les conferences qui fe tiennent
tous les mois dans les Doyennez du Diocèfe
de Paris. Les deux ouvrages du P.
le Semelier ont merité d'être autorifez
par M. le Cardinal de Noailles . L'Auteur
infatigable fe propofoit de donner
encore de femblables Conferences fur les
principales maximes de la Morale Chrétienne
; mais la mort ne lui a pas permis
d'executer cet important deffein. Il eſt
mort Affiftant General de fa Congrega →
tion , âgé d'environ 65. ans.
ODE
JUILLET 1725. 1525
XXXXXXXXXXXXXX *
ODE prefentée au Roi à Chantilly le 14.
Juin 1725. par M...... Garde du Corps
de la Compagnie de Noailles.
TEmoins d'une brillante Hiſtoire ,
Et de tant d'exploits inouis
- Peuples , ſi jaloux de fa gloire ,
Vous pleurez encore Loüis ;
Mais il vit dans un âge tendre ,
Vôtre Roi ranime fa cendre ,
Ceffez des regrets fuperflus.
De fon Ayeul portrait fidele ,
Il retrace en lui ce modele ,
Et fait revivre ſes vertus.
Loin d'ici , Courtiſans habiles,
Dont les difcours pernicieux ,
Infpirent à des Rois faciles ,
>
Qu'ils naiffent inftruits par les Dieux.
Cette funefte confiance ,
Vous fait languir dans l'indolence :
Détrompez-vous , fiers Souverains ;
La vertu s'acquiert avec peine >
C'eſt
1526 MERCURE DE FRANCE.
C'est le travail qui vous y mene ,
Comme le refte des humains.
Au milieu de fa Cour fuprême ,
Le fucceffeur de tant de Rois ,
Medite avec un foin extrême ,
L'Hiftoire des Heros François...
De ce champ fertile il retire ,
Des Tréfors pour ce vafte empire ,
Qui vont bien- tôt combler nos voeux ;
L'amour du peuple , la juſtice ,
La haine du crime & du vice ,
En font les gages précieux.
Que de triomphe , que de gloire ,
Seront le fruie de ſes travaux !
Pour lui les filles de memoire ,
Reprendront leurs feux les plus beaux :
Tandis qu'il fufpend fon tonnerre ,
Accourez , peuples de la terre ,
Volez fur ces heureux climats ; .
Vous oublierez en fa prefence ,
L'orgueilleufe & vaine puiffance
De vos fuperbes Potentats.
Mais
JUILLET 1725.
1527
Mais où vont ces fieres cohortes ,
Où vont ces eſcadrons éparts ,
L'ennemi vient-il à nos portes ,
Pourquoi foudroyer ces remparts ?
Je vois , LOUIS , d'une ame altiere ,
Couvert de fueur , de pouffiere ,
Animant de braves guerriers ;
Pendant une paix fortunée ,
Il fait voir que fa deſtinée
L'appelle à cueillir des lauriers,
N'eſt- ce point un Dieu tutelaire ,
Qui prefide à ſes jours heureux ?
Par quel art extraordinaire ,
Sont conduits les pas genereux
A- t'on jamais vû dans l'enfance ,
Tant de fecret , tant de prudence ?
Sont- ce- là des coups du hazard ?
Non , bien- tôt le Dieu qui te guide ,
Va joindre à la force d'Alcide ,
Toutes les vertus de Cefar.
Pourſuit ton auguſte carriere ,
Grand Prince , tu verras un jour ,
Qu'on
1528 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on peut trouver de la matiere
Pour fe fignaler à fon tour ,
Ton prédeceffeur magnagnime .
S'eſt acquis la plus haute eftime ,
Parmi fes rivaux confternez ;
Ainfi qu'on benit fa memoire ,
Tu vas faire admirer ta gloire ,
A tous les peuples étonnez.
akakakakakakakakakakakakak Jk
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , au fujet d'une piece
de Vers , inférée dans le Mercure du
mois de Mai dernier,
V
nou-
Oulez - vous bien me permettre ,
Meffieurs , de feliciter ici le no
veau Sarrafin fur la défaite de Dulot , je
veux dire P. J. M. de Blois , dont vous
nous avez donné une excellente Poëfie
dans votre Journal du mois de Mai dernier
page 930. agréez que je lui dife avec
toute l'eftime qu'il merite ,
Vous qui pouffés à bout les pauvres Bouts
rimex ,
Sire Blefois , faites nous donc un Conte
Er
JUILLET 1725. 1529
Et dites nous en Vers artiftement limez
Quel eft ce vieux Gafcon qu'une Normande
affronte ?
Binon par Phoebus je vous jure ,
Que quatorze bouts d'une voix ,
Yous denonceront à Mercure :
Pour PETIT JEAN MERCIER DE BLOIS.
Peut-on encore , Meffieurs , hazarder
trois petits couplets au fujet de l'Enigme
, qui eft Sur l'Air : Réveillez- vous ,
Belle endormie , page 955.
Reveillés-vous , belle endormie ,
Reveillés-vous , donnés du jour ,
A cette Brune fi jolie ,
Que l'on compare au Dieu d'Amour.
On nous dit qu'elle vous tourmente ,
Et vous fait rougir de pudeur ;
Mais de crainte que l'on ne mente
Avoüés que c'eft de douleur.
On croit que c'est une merveille
Que l'on nous cache en ce fujet ,
On nous met la Puce à l'oreille ,
C De

530 MERCURE DE FRANCE.
De l'énigme eft- ce le fecret ?
Je fuis toujours très parfaitement
Meffieurs , & c.
NYYYYYY M
REPONSE du P. Buffier aux difficulà
lui propofees dans le précedens tez
Mercure.
L eft vrai , Monfieur , que les differ-
It
jet des miens , m'ont donné quelque
exercice , dont mes autres occupations
auroient pù fe paffer ; mais pourvu que
vos Lecteurs s'en accommodent , je ne
regreterai point de contribuer à rendre
votre Mercure fufceptible de raifonnemens
philofophiques , comme il l'eft d'amufemens
ingenieux.
tations inferées dans votre livre au fu-
L'Auteur qui vous a envoyé le Memoire
fur mon livre des Préjugez Vulgaires
ne fe trompe point , en difant
que je n'ai pas fait femblant d'être inftruit
de l'objection qu'on avoit publiée
contre mon Paradoxe , que deux partis
peuvent fe contredire fur un même fujet &
avoir également raifon . Si elle eut été bien
fondée , elle auroit dû me faire imprefles
juftes reproches qu'elle eût
fion par
excité
JUILLET 1725. 1531
ces que
excité contre moi , & par les confequenfemble
en vouloir tirer le R. P.
de Ste-Marie. Il ne tient pas à cet Auteur
qu'on ne me foupçonne de vouloir
établir une opinion très- pernicieufe &
pour la Morale & pour la Religion , en
avançant que deux Partis peuvent fe
contefter fur toutes chofes , & avoir également
raifon de côté & d'autre ; mais
c'eft formellement cette même objection
à laquelle je repons dans le Paradoxe
dont il s'agit. Après avoir laiffé un petit
embarras , ou plutôt un jeu à l'imagination
pour mettre le Paradoxe dans fon
jour , je marque expreffement fur la fin
qu'il ne s'étend qu'à certains objets de
notre connoiffance & non pas tous ;
qu'il en eft qu'on ne peut voir que
fous une même face , & qui font la
même impreffion fur tous les efprits
raifonnables , comme la lumiere corporelle
fait une même impreſſion fur des
yeux fains , quelques differens qu'ils foient
entre eux. Or de conclure que l'on
peut
contefter raisonnablement fur toutes fortes
de fujets , parce qu'on peut le faire
fur quelques -uns , c'est à peu -près comme
fi l'on foutenoit que dans tous les procés
les Parties adverfes font bien fondées à
plaider , parce qu'en effet elles le font
quelquefois & en certains procez. Mais
Cij
comment
1532 MERCURE DE FRANCE.
comment pourois-je admettre ces confe
quences extravagantes , moi qui ai fait
un Traité exprès pour établir des premieres
verite qu'on ne sçauroit méconnoître
fans renoncer au fens commun . Il eſt vrai
qu'il n'y a pas autant de veritez evidentes
qu'on pourroit fe l'imaginer , mais il en
eft un grand nombre defquelles on nẹ
peut difconvenir ( non plus que des confequences
qui en font déduites ) fans fe
brouiller manifeftement avec le bon fens ;
en forte que pouvant avoir raifon de difputer
quelquefois , on a quelquefois auffi
le plus grand tort du monde de le faire
comme je le dis formellement en cet endroit
là même de l'examen des Prejugez
vulgaires,
Je ne m'étonne pas que des efprits frivoles
aient cru voir dans mon livre le contraire
de ce qui y eft ; mais je ne fuis pas
peu étonné qu'un homme de poids comme
Te R. P. de Ste Marie ait donné dans une
méprife fi étrange , il faut qu'il n'ait pas.
vû le livre , & qu'il s'en foit aveuglement
raporté à l'Extrait défectueux ou faux
qu'il en cite à la marge de fa page 195 ;
mais à quoi s'eft - il expofé de la forte ?
n'a t'il pas craint que certains efprits n'en
priffent une occafion trop jufte de méprifer
fon ouvrage comme garant des citations
fautives , & de regarder l'Auteur
comme
JUILLET 1725.
1533
comme un Critique qui fe bat en l'air ,
fans bien fçavoir à qui il en veut . C'est
une reflexion dont je me ferois difpenfé
fi l'opinion qu'il attribue à l'examen des
Prejugez , n'étoit capable de donner une
efpece de fcandale que je fuis obligé de
détourner ou de prévenir à l'égard même
du petit nombre de ceux qui en ont paru
fufceptibles .
CAPRICE.
Pan M. Desforges Maillard. A. A.
C
P. D. B.
Eft contre vous que j'étincelle ,
Enfiammé d'un jufte courroux ,
Humains , engeance criminelle ,
Vous, qui fiers , mécontens , jaloux ,
Faites fans ceffe aux Cieux querelle ,
Vous qui vous imaginez tous ,
Suivant de vos efprits la pente naturelle ,
Que vos Voifins font plus heureux que
vous.
Vous , que l'Ambition poffede..
Vous ,qui vous plaignez de fouffrir ,
Cilj
Vous
1534 MERCURE DE FRANCE.
Vous , qui haïffez le remede ,
Des maux dont vous pourriez guerir.
Charmé du penchant qui le lie ,
Le diligent Chaffeur oublie
Ses Vergers , fes Jardins , pour les Monts &
les Bois ;
Il met fa plus ardente envie ,
A relancer un Cerf qu'il réduit aux abois :
Au travers des ronces aiguës ,
Son pied s'avance en feureté >
Dans les routes les moins.connues
Il court avec rapidité.
Lefoir , quand il revient , il eft las , hors
d'haleine ;
Cependant le Soleil n'eft pas fur l'horifon ,
Qu'avec fes chiens encore il fort de fa maifon.
Non , je ne le plains pas , puifqu'il cherit fa
peine.
Quand le Ciel s'obscurcit ,
Quand la mer fe groffit ,
Le Matelot en bute aux fureurs de l'orage,
Craint , pâlit , il fe plaint du Deſtin rigoureux ,
Et pour éviter le nauffrage 3
A
1
JUILLET 1725 . 1535
A Neptune en courroux il addreffe des voeux .
Mais fi tôt que d'un pied il touche le rivage ,
L'Infenfé ne fe fouvient pás
D'avoir vu de fi près les horreurs du trépas:
Il fuit le penchant qui l'attire,
Il aime le liquide Empire.
Après ce terrible Elément ,
Trifte , morne , inquiet , nuit & jour il fou
pire ;
Tant qu'il eft dans le Port , il eft fans agré
ment >
Et fur la redoutable plaine ,
Dès qu'il voit dans la Voile à plein fouffler
le vent ,:
Indocile il s'expofe , ainfi qu'auparavant.
Non ; je ne le plains pas , puifqu'il cherit fa
peine .
D'enfans un Pere eft accablé ,
Les nourrir , les vêtir , le fardeau le tourmente .
Helas ! s'écrira - t - il troublé ?
Que mon ame feroit contente
Si pour moi fenfible une fois ,
Le Ciel me délivroit de ce pénible poids !
Chez lui bien- tôt la fievre apportant l'épouvante
,
C iiij
Ar1536
MERCURE DE FRANCE .
Arrive & les fait tomber tous
Sous l'effort de fes coups .
En pleurs , à cet afpect , le Pere fe lamente ,
Il eſt au defeſpoir ,
Il voudroit les ravoir ,
Sa femme eft vieille & languiffante ;
Mais fi deux mois après on la porte au tombeau
,
Pour lui l'Himen encor allume fon flambeau ,
Il prend une autre Epoufe , elle eft jeune &
fringante;
Dans douze ans , cet Hymen nouveau ,
D'heritiers reproduits lui fournit la douzaine .
Non , je ne le plains pas , puiſqu'il cherit fa
peine.
L'Homme à qui par malheur ,
Le Ciel fit un coeur tendre ,
Par un oeil enchanteur
Se laiffe auffi- tôt prendre.
L'Amour eft fon vainqueur ,>
Des traits dont il le perce ,il ne peut fe deffendre
,
Il eft rempli d'ardeur ,
Efclave d'une Belle ,
Il eft tendre & fidelle.
Aut
JUILLET 1725 :
1537
Aujourd'hui de Climene il reçoit des refus :
Vos foupirs , lui dit- elle ,
Tirfis , font fuperflus.
A ces mots il gemit , il s'emporte , il l'appelle
Volage , perfide , cruelle.
Non , dit-il en courroux , je ne l'aimerai plus.
Cependant dès demain aux pieds de l'inhumaine
,
Il retourne foumis , il n'eft pas rebuté
De fon éternelle fierté.
Non, je ne le plains pas , puiſqu'il cherit fa
peine.
Pour cueillir le laurier ,
L'Indomptable Guerrier ,
Sur les traces d'Alcide,
S'abandonne au Dieu Mars ,
Et du fer homicide ,
Affronte les hazards.
Après divers combats un trait fatal le bleffe ,
Jl voit déja le Stix ; la Mort pour l'y plonger
Sur lui s'apprête à décharger
Un coup de fa faux vengereffe.
Il s'étonne , il fremit à l'afpect du danger ,
Cv
L'he1538
MERCURE DE FRANCE .
L'heroïque valeur n'en eft plus la Maîtreffe,
Il fent fon grand coeur fe changer.
Si pourtant quelquefois , un adroit Eſculape
Sçait par fes doctes foins fi bien le ménager
Qu'au Cizeau funeſte il échappe.
Mon mal , dit-il après , étoit un mal leger ;
Il reprend auffi- tôt le Cafque & la Cuiraffe ,
Son corps cicatrizé le rend plus orgueilleux ,
En courage il le cede aufeul Dieu de la Thrace
,
On doit le mettre un jour au rang des demi-
Dieux.
D'un honneur infenfé , c'est l'efpoir qui l'entraîne
,
Non , je ne le plains pas , puiſqu'il cherit fa
peine.
Pour avoir les faveurs du Sçavant.Apollon ,
Un Mortel à rimer nuit & jour fe confume ,
Ses Vers mis fouvent fur l'enclume,
Lui font ouvrir enfin les Portes d'Helicon.
Sur le double coteau vit- il plus hureux ? Non;
Ses jours font mêlez d'amertume ,
La pauvreté qu'il fuit, l'accable à tout moment,
Et le revenu de fa plume ,
No
JUILLET 1725. 1539
Ne lui fournit pas feulement
Un moyen pour chaffer la faim qui l'impor
tune.
Il voudroit reconcilier
Apollon avec la Fortune ;
La Déeffe & le Dieu ne peuvent s'allier ,
Et toujours l'un pour l'autre ils ont eu de la
haine
Que fera donc pour vivre un Verfificateur ?
Qu'il ceffe, dira - t- on, d'être l'adorateur
De l'inutile Melpomene.
Qu'il fe faffe un Patron qui lui donne un Em
ploi :
Hélas ! ô remontrance vaine !
Le Démon qui flatte fa veine
Le retient fous fa dure loy ;
Il boit toujours dans l'Hipocrêne ;
Non , je ne le plains pas , puifqu'il cherit fa
peine.
Vieilli parmi les facs ,
Las d'avoir feuilleté Bartole & Carondas ,
Un Magiftrat enfin deplore ,
Ses beaux jours paffez dans l'ennui ,
Quoi , dit-il , pour fervir autrui
C vj
Tou
1540 MERCURE DE FRANCE .
Toujours debout avant l'Aurore ,
Jamais ne goûter le fommeil ,
Que la nuit n'ait fourni la moitié de fa route.
Quel état ! Trifte état fans doute !
Mais comment , repondra quelqu'un ,
Doué d'un peu de fens commun ,
Avec deux millions , o forçat volontaire !
Ne peux tu pas te fatisfaire ?
Si tu cheris la douce oifiveté ,
Choifis parmi les champs quelque lieu folitaire
Où tu vivras en liberté.
Ou file bruit d'une Cité Pompeufe
Te paroît préferable à la tranquillité ,
Ton Trefor dont ton coeur fait ſa divinité
Te donne la facilité
D'y mener une vie hûreuſe .
Mais ce font ici des avis ,
Donnez fouvent , & rarement fuivis:
Des honneurs faftueux , ce Magiftrat avide,
Veut par tout être reſpecté ,
Vanté , follicité , flatté ,
Chez lui l'Avarice préfide.
Quel charme , dit- il , pour mes yeux
De
·
JUIN 1725 . 1541
De voir ma chambré toûjours pleine
De Plaideurs attentifs , foûmis , pécunieux !
Non , je ne le plains pas , puifqu'il cherit fa
peine.
Ceffez , ô mortels parjures ,
Infenfez , audacieux ;
Par de coupables murmures
Ceffez d'irriter les Cieux.
Vos tourmens font vos délices ,
Pourquoi nommez vous ſupplices
Les biens dont vous joüiſſez
Vous n'êtes point miſerables ,
Ou vos maux font agréables
Puifque vous les cheriffez.
******************
LETTRE de M. Augier , Curé de Sav=
veterre , Diocefe d'Agen , écrite aux
Auteurs du Mercure , fur le mot Uxellodunum,
tiré des Commentaires de Ce-
Sar.
E me donne l'honneur de vous écrire,
Meffieurs, fur un fait qui a donné bien
de la peine aux Sçavans , & qui n'a jamais
1 1542 MERCURE DE FRANCE .
mais été bien éclairci . C'eſt de fçavoir
où l'on doit placer l'Uxellodunum en
Querci , qui donna tant de peine à Cefar
, & qui fut la derniere place qui lui
refifta dans les Gaules. Vous fçavés
mieux que moi que plufieurs tiennent que
c'eft Cadenac fur le Lot , d'autres Carennac
fur la Dordogne , d'autres que c'eft
Cahors même , & M. d'Ablancourt qui
a fait une Differtation là- deffus eft de
ce dernier fentiment : mais il y a des raifons
qui paroiffent demonftratives , pour
prouver que c'eft Luzex fur le Lot ; car
il n'y a aucune circonftance de celles qui
font rapportées dans les Commentaires
de Cefar , qui puiffe être appliquée dans
fon entier aux trois premieres ; aulieu que
toutes font applicables à la rigueur de la
lettre , au lieu que je viens de nommer.

Cadenac a une fituation forte , au fommet
d'une montagne , & fur des rochers
affreux ; mais on ne peut pas trouver l'endroit
de la fontaine , & moins encore celui
où on éleva une tour , pour battre les
affiegés qui y alloient puifer . D'ailleurs
Cefar dit que la riviere formoit une pref
qu'Ifle , mais l'efpace qui eft entre les
deux rives , fe trouvent plus grand à Cadenac
que Cefar ne le decrit , & on ne
peut pas bien dire que la place foit une
prefqu'Ifle , parce que la riviere s'en ´
troue
JUILLET 1725.
1543
trouve éloignée , à cauſe que la plaine
qu'elle arrofe eft extrêmement baſle , par
rapport à la hauteur de la Ville .
La prefqu'lfle fe trouve à Cahors ,
mais il eft dit , que l'efpace d'entre les
deux rives , qui étoit oppofé à la fontaine,
étoit plus bas que la place , ce qui obligea
les Romains à élever une tour , pour
battre ceux qui alloient puifer de l'eau.
Cela ne peut pas convenir à Cahors , où
le terrain de ce côté domine fur la place.
On peut encore dire que la Ville de Cahors
étant alors extrêmement grande ,
comme on le voit par fes anciennes murailles
, & étant la premiere du pays ;
Cefar auroit marqué ces circonftances ,
comme il a fait à l'égard des autres Villes
Capitales. D'Ablancourt fait voir qu'il
n'a jamais été à Cahors ; car il dit que la
fontaine étoit à l'endroit qu'on nomme le
Parvillier , il auroit vû que le Parvillier
n'eft point entre les deux rives ; Au contraire
c'est l'endroit de la Ville le plus
proche de la riviere , qui en moüille les
murailles d'un bout à l'autre. Il n'y a aucun
memoire , ni aucune tradition qui
témoigne que Cahors ait été nommé
Uxellodunum. Son ancien nom étoit Divona
, & dans le bas Empire , Cadurcum .
Pour ce qui regarde Carennac , les raifons
qu'on allegue font fi foibles , & tellement
1544 MERCURE DE FRANCE.
lement démenties par le Texte de Cefar,
que ce n'eft pas la peine de les refuter.
Luzex eft le feul endroit auquel tout
ce que Cefar rapporte eft manifeftement
appliqué , fans qu'il foit permis d'y trouver
aucune difconvenance . La prefqu'Ile
s'y trouve la mieux formée de la Province
, tellement qu'il n'y a pas entre les
deux rives deux pieds de diftance plus
ou moins que Cefar en a marqué ; je dis
deux pieds plus ou moins , parce qu'on
ne peut pas le mefurer exactement , à
caufe de l'inegalité du terrain . Les grands
& beaux reftes de fes anciennes fortifications
s'y font remarquer avec diſtinction.
Il y a ce qu'on nomme le Fort , un peu
plus élevé que la Ville , précisément entre
les deux rives , & bâti fur le Rocher.
Il étoit grand , comme les murailles &
plufieurs Tours qu'on y voit , en font encore
des preuves inconteftables . Il y a
les reftes de la fource que les Romains
firent perdre à l'endroit marqué par Cefar.
Le terrain qui lui eft oppofé hors la
Ville , fe trouve plus bas , & une Tour
d'une mediocre hauteur pouvoit égaler
aifément celle de la fource . L'endroit de
cette fource eft un enfoncement taillé
dans le Rocher , qu'on appelle encore la
Citerne , qui recevoit & confervoit les
eaux de plufieurs fources qui y aboutiffoient.
JUILLET 1725.
1545
foient. Ces fources ayant été détournées
par les Romains , prirent neceffairement
leurs cours ailleurs , & Luzex eft lé feul
endroit où on peut en découvrir les reftes ;
car au pied du Rocher & à côté de la
Citerne hors la Ville , il y a quatre ou
cinq fources qui fe jettent dans le Lot ,
& qui en font couvertes lorfque les eaux
de la riviere font grandes. Environ à
cinq cens pas de la place , entre les deux
rives , on voit les reftes d'un Château
nommé dans les anciens titres , Caftrum
Cafaris , & que le vulgaire nomme par
corruption , Caftel Sarrafi. Deux ou trois
mille pas au-deffus , du même côté , on
voit au fommet de la montagne un vieux
Fort , nommé la Redoute , qui étoit admirablement
bien conftruit.
J'ajoûte à tout ceci une autre raiſon
qui paroît l'emporter fur toutes les autres.
Il n'y a gueres de Villes où il n'y
ait quelque memoire de leur ancien
nom ; celles- mêmes aufquelles on l'a entierement
changé en l'honneur des Empereurs
, ou des Rois , ou pour quelqu'autre
raifon , comme Autun , Bourges,
& plufieurs autres dans les Gaules , s'en
fouviennent encore par tradition , ou par
quelqu'autre preuve. Cahors ni Cadenac
n'ont aucun refte du mot , Uxellodunum ;
au lieu qu'à Luzex on voit clairement la
con1946
MERCURE DE FRANCE ..
و
conformité de fon nom moderne avec
l'ancien ; car Uxellodunum eft composé
de Vxellum , & du mot Celtique , Dunum
, qui fignifie une éminence , ou un
Fort élevé , coining fi on difoit Dunum
Uxelli. Cela fuppofé on voit que de
Uxellum on a fait Luzex , il y a bien des
mots dans le langage vulgaire qui font
plus corrompus . On nomme la Citadelle,
le Fort de Luzex , n'eft - ce pas clairement
Dunum Uxelli , ou Vxellodunum ?
Cette Etimologie eft fans comparaifon
plus vrai - femblable que celle que plufeurs
Auteurs fe font imaginez au fujet
de Cadenac , affurant que ce mot vient
de ce que les Romains couperent le nez
aux habitans . Il est évident que le mot
de Cadenac vient de cette haute chaîne
de Rochers entaffez les uns fur les autres
, qui fait la fituation de la place . Toutes
ces raifons jointes enfemble ne laiffent
, pour ainfi dire , aucun lieu de douter
. Je fçai que mon témoignage n'eft
pas allez fort pour un fait de cette importance
, quoique je fois d'autant moins
fufpect , que je ne fuis pas du lieu , ni de
fon voifinage. Il y a environ vingt - cinq
ans que j'eus cette penfée , parce que
j'avois oui parler de la fituation de Luzex
, & la curiofité me porta fur les
lieux , avec les Commentaires de Cefar
de
JUILLET 1725. 1547
de la traduction de d'Ablancourt & de
Vigenere. Je fis part de mes réflexions à
plufieurs perfonnes éclairées , qui fans
difficulté donnent depuis ce temps la
préference à Luzex . Je fuis , Meffieurs ,
& c.
*******************
EPITRE de M. Vergier à M. de la
Ferriere , Maître des Requêtes , 1694.
Lus ne m'enquiers de quelle drogue avez
Formé ce bol par qui feroient bravez ,
Bien plus de maux , plus de peftes encore ,
Que parmi nous n'en apporta Pandore ;
Nul mal ne tient contre le bol divin ;
J'en vois en moi la vertu confirmée ,
Contre une fiévre en mon fein allumée ;
Du Quinquina le fecours m'étoit vain ;
Point n'en étoit fa fureur ralentie ,
Vous dites , Pars , & la voilà partie.
Mais à la fin le voile eft arraché ,
Ainfi que vous je fçai ce qui compoſe ,
Ce Globe en qui tant de force eſt encloſe ;
Pour un Poëte il n'eft rien de caché ,
Quand d'Apollon nôtre efprit eft touché ;
Comme
1548 MERCURE DE FRANCE .
Comme les Dieux nous voyons toute choſe.
Que nous voulions penetrer aux Enfers ,
Tous leurs fecrets à nos yeux font offerts.
Nous y voyons jufqu'à l'ardeur farouche ,
Que pour fa femme à Pluton dans fa couche ,
S'il faut percer les myfteres des Cieux ,
Là nous allons manger avec les Dieux ,
Dans leur Confeil nous fommes admis même ,
Nous y voyons des Dieux le Dieu fuprême ,
Pour cent amours furtifs fe travailler ,
Et fon épouse après lui criailler ;
Dans fon Palais , dans fes grottes profondes ,
Neptune en vain prétendroit ſe cacher ,
Tout au travers de l'abîme des ondes ,
Nos
yeux perçans iroient- là le chercher ,
Nous diftinguons les effences premieres ,
Rien , en un mot , n'échape à nos lumieres ,
Aviez - vous crû pouvoir les éviter ?
A donc , afin qu'en puiffiez moins douter ,
N'eft- il pas vrai que ce bol falutaire ,
Par qui tous maux font gueris en ces lieux ,
Eft feulement un magique myſtere ,
Qui de leur Ciel fait defcendre les Dieux ?]
Et les contraint de venir en perfonne ,
Suivre
JUILLET
1725. 1549
Suivre la loi que vôtre voix leur donne >
Car je l'ai vû clairement de mes yeux ,
Et pas ne fuis trop fimple , trop credule,
Lorfque je pris ce filtre merveilleux ,
Sur le fommet de ce puiffant globule ,
Je vis s'affeoir la Déeſſe Santé ,
Au tein vermeil , à ferme corpulence ,
A la dent blanche . à l'oeil plein de gayeté ,
Et telle enfin qu'aux fiecles d'innocence ,
Toûjours les Dieux l'accordoient aux hu
mains ,
Où telle encore que leurs benignes mains
La font fouvent dans le fiecle où nous fommes
Briller au front de quelques bonnes gens ,
Qui malgré l'air corrompu de nos temps ,
Ont le coeur pur comme les premiers hommes.
J'entends Prélats , Abbez , riches Prieurs ,
Tant indulgens pour leur propre moleffe ,
Et contre autrui fi feveres crieurs ;
Mais revenons à la faine Déeßle ;
Bacchus , l'Amour , les ris , les enjouëmens ,
Sommeil aifé , confiance en fes forces ,
Defirs preffans , & fans befoin d'amorces ;
Tout
1550 MERCURE DE FRANCE.
Tout en un mot ce que de Dieux charmans ,
Compte l'Olympe étoient lors à la fuite ,
Ce n'eft- là tout , je vis fous fa conduite ,
Et j'en fremis encor d'un faint refpect ;
Je vis ces Dieux en moi fondre avec elle ;
Je crus d'abord qu'une guerre cruelle ,
S'alloit former en moi à fon afpect ;
Mais rien de moins, la redoutable fiévre ,
Fuit fans combat comme un timide Liévre ,
Fuit à l'afpect de l'aile Levrier.
Cela finit , la Déeffe ravie ,
Marque à chacun des Dieux qui l'ont fuivie ,
Le logement qu'il doit s'approprier.
Bacchus d'abord de mon Palais s'empare ,
Pour pofte Amour mon coeur s'en va choiſir ,
Les enjouëmens vont mon ame faifir.
Le doux fommeil auffi-tôt fe prepare
A fe placer dans mes yeux languiffans ,
Non pour toujours : convention fut faite .
Que du Soleil chaque courſe parfaite ,
Mife en trois parts , fes pavots raviffans ,
En auroient une , ou ferains & tranquilles ,
Mes yeux pour eux feroient de furs aziles ,
Que
JUILLET 1725. 1551
Que de ce cours pendant les autres parts ,
Mes yeux pourroient dans leur mince ſtructure
Loger des Cieux , de toute la nature ,
La vive image , & celle des beaux Arts ,
Et pour Iris mille amoureux regards ,
"
La confiance , ou l'abus de fes forces ,
Courut remplir l'imagination :
Quant aux plaifirs qui n'ont befoin d'amorces ,
Trop bien fçavez leur habitation ,
Puis d'autres Dieux , dont n'ai fait mention
Selon leur rang à leur devoir ſe rendent ,
Et la fanté de qui tous ils dépendent ,
Ne voulut point prendre un pofte arrêté;
Mais fe logea dans toute la Cité.
Ains me voilà , grace à vous , en fanté :
Mieux que ne fut oncques le fort Hercule ;
J'ai toutefois là - deffus un fcrupule ,
Dont befoin eft que vous m'éclairciffiez ;
Je craindrois fort que par hazard n'euffiez ,
Fait un mécompte à l'égard de mon âge ,
Et qu'en faisant vôtre charme enchanteur ,
Vous ne m'euffiez évoqué par malheur ,
Une fanté trop jeune & trop peu fage ;
J'ai fur le front fept bons luftres au moins ;
Or
1552 MERCURE DE FRANCE.
Or fi m'aviez par vos magiques foins ,
Tout de nouveau fait couler dans les veines ;
Le même fang & les mêmes efprits ,
Qui m'animoient à vingt ans , que de peines
J'aurois encore fous le joug de Cypris !
Il m'en fouvient , ma ſanté vicieuſe ,
Dans ce temps- là tantôt ambitieuſe
Souvent auffi pour fon fimple befoin ,
A cent excès me portoit , & fi loin ....
Ah ! ce feroit pour moi trop rude affaire,
Je rougirois ores de le refaire !
Partant , Seigneur , fi la choſe eft ainfi ,
Revoquez là par quelques nouveaux charmes
Plus je ne veux d'amour porter les armes ,
Mais non , je fais réflexion ici .
Que ce feroit pour vous peine trop grande ,
Et que le mal n'eft pas trop grand auffi ;
Differez donc d'exaucer ma demande ,
Sauf à rougir fi je vais trop avant.
Ne plus , ne moins , il faut auparavant
Que là -deffus je confulte ma belle :
Mais je renonce à vos dons importans ,
Si ma fanté perverfe de vingt ans ,
Ne peut enfin fe faire approuver d'elle.
PRO
JUILLET 1725; 1555
PROCESSION
DE SAINTE GENEVIEVE.
L
que
E temps pluvieux qui a regné depuis
!! près de trois mois , faifant craindre
pour la recolte prochaine , le Parlement
rendit un Arreft le 18. Juin qui ordonna
la Châffe de Sainte Geneviève feroit
découverte. Le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , avoit ordonné par
fon Mandement du 16. les Prieres de
Quarante heures , qui commencerent à
Notre -Dame le 18. & continuerent dans
plufieurs autres Eglifes de la Ville , pour
obtenir du Ciel un temps plus favorable
aux biens de la terre.
Le 27. le même Prélat donna fon
Mandement , portant ordre de faire des
Proceffions pour implorer le fecours du
Ciel fur les neceffitez publiques , & de
faire la Proceffion generale , où les Châffes
de S. Marcel & de Sainte Geneviève
feroient portées , &c. Le pieux Archevêque
adreffe la parole aux fideles de fon
Diocèfe en ces termes :
» A la vûë des fignes de la colere du
Ciel , & des menaces de la Juſtice de
D Dieu,
1
554 MERCURE DE FRANCE.
» Dieu , ne differons pas de recourir aux
» moyens capables de l'apaifer . Les pluïes
continuelles qui durent depuis fi long-
» temps , & le dérangement des faifons ,
>> nous font craindre avec raifon que Dieu
»-irrité par nos crimes ne refufe la fecon--
» dité à la terre , & ne nous afflige par
» une mauvaiſe recolte : nos crimes ont
» merité ces fleaux & ces châtimens ; l'i
niquité croit de jour en jour , le vice &
la corruption inondent la face de la.
terre ; la foi & la Religion s'affoibliſ
fent , & s'éteignent à un tel point , que
l'on croit toucher au temps dont parle
Jefus Chrift , lorfqu'il declare
"
>>
n
·
que
quand le Fils de l'Homme viendra fur
» la terre , à peine y trouvera-t'il de la
» foi.
Pour profiter des avertiffemens
que
» Dieu nous donne encore dans fa miferi-
» corde qui eft fans bornes , ayons promp-
» tement recours à lui par un retour fin-
» cere , par la converfion de nos coeurs
» & par des Prieres ferventes . Offrons-
» lui de dignes fruits de penitence , c'eſt
la feule voye pour defarmer fa colere.
» Rejettez donc ces oeuvres de tene-
» bres , aufquelles vous vous livrez avec
» tant d'aveuglement , & revêtez - vous ,
» felon le confeil & l'expreffion de l'Apôtre
, des armes de lumiere , feules
>>
propres
JUILLET 1725: 1555
n propres à vous faire rentrer dans les
fentiers de la Juftice.
>>> C'est pour vous infpirer ces fenti-
» mens , que nous avons commencé par
" ordonner dans nôtre Eglife Metropo-
» litaine , & dans plufieurs autres Egli-
» fes de cette Ville , des Prieres de 40.
» heures . Nous avons eu la confolation
de voir les fideles s'y rendre avec au-
» tant d'humilité que de foi ; les Minif
tres & les peuples profternez au pied
» des Autels , ont reconnu leurs fautes &
» demandé grace ; mais Dieu veut être
" encore prié pour nous l'accorder ; c'eſt
» ce qui nous engage de recourir , felon
la coutume obfervée dans les befoinspublics
, à l'interceffion de nos Saints
" Patrons : nous nous y trouvons d'autant
plus engagez que nous fommes parfai-
» tement inftruits des intentions du Roi , -
& que les premiers Magiftrats nous
" ont fait connoître le defir des peuples.
A ces cauſes , après en avoir conferé
» avec nos venerables freres les Doyen
» Chanoines & Chapitre de nôtre Eglife
Metropolitaine , Nous ordonnons que
» le Jeudi 5. du mois de Juillet pro-
» chain , tous les Chapitres & Convents
» de cette Ville , qui de droit ou de cou-
*
tume font mandez aux Proceffions ge-
» nerales , fe rendront à fix heures pré-
Dij cifes
1556 MERCURE DE FRANCE.
» cifes du matin dans nôtre Eglife , où ils
» apporteront proceffionnellement avec
» refpect & pieté les Châffes & les Reliques
qui font confervées dans leurs
Eglifes , pour faire enfuite conjointe-
» ment avec nous la Proceffion à l'Eglife
» de Sainte Geneviève du Mont , & de-
» là revenir à la nôtre , où les Châſſes
» de S. Marcel & de Sainte Geneviève.
» feront portées avec les folemnitez or-
» dinaires. Et afin que l'ancienne & jufte
» confiance de la Ville de Paris en fes
" Saints Pations obtienne plus fûrement
» fon effet par cette fainte & augufte ceremonie
, on s'y preparera par un jeûne
» general de précepte , qui fera obſervé
» avec abftinence de viande dans cette
» Ville , & dans fes Fauxbourgs le Mer-
» credi 4. du même mois , & par des
» Proceffions particulieres , qui fe feront
premierement par le Clergé de nôtre
» dite Eglife le Samedi matin , enfuite
» par toutes les Abbayes , Chapitres , Pa-
» roifles & Convents de la Ville & Faux-
» bourgs , qui viendront en nôtre Eglife
» pour y implorer le fecours de la Sainte
» Vierge , de S. Denis & de S. Marcel ,
» Patrons & Protecteurs de ce Diocèſe ,
» d'où ils iront en l'Eglife de Sainte Ge-
» neviève du Mont , & ce au jour & à
» l'heure , fuiyant l'ordre que nous pref-
»
crivons
JUILLET 1725. 1557
» crivons cy - deffous. Accordons 40.
» jours d'Indulgences aux fideles qui
affifteront à cette ceremonie . Nous les
>> exhortons d'y venir , non par curiofité ,
» mais avec un efprit de foi & de peni-
» tence. Nous efperons qu'ils y feront
>> portez par l'édification que leur donne-
>> ra la pieté & la modeftie de tout le
» Clergé Seculier & Regulier . Nous
>> conjurons enfin toutes les perfonnes
» qui fe trouveront à cette folemnité , d'y
» apporter des difpofitions capables de flénchir
la jufte colere de Dieu , & de faire
revenir fes mifericordes fur nous , &
» leur recommandons d'y prier pour la
» confervation de la Perfonne facrée du
Roi , & de toute la Maiſon Royale ,
» & pour les autres befoins de l'Etat. Si
mandons , & c.
Ordre des Proceffions qui ont été à Sainte
Geneviève , en confequence
de ce Mandement.
Le Samedi 30. Juin , l'Eglife Metro
politaine avec les quatre filles ; fçavoir ,
les Chapitres de S. Mederic , de S. Benoît
, de S. Eftienne d'Egrès & du Saint
Sepulchre y alla proceffionnellement , &
y chanta , fuivant l'ancienne coutume ,
une Meffe folemnelle , qui fut celebrée
D iij par
1558 MERCURE DE FRANCE .
par M. Dorfane , Chantre & Official de
Paris. Tous les Chanoines allerent enfuite
au Chapitre de l'Abbaye. Là M.
l'Abbé de Gontaut , Doyen , prit la parole
en l'abſence de M. l'Archevêque , & s'adreffant
aux Chanoines de Sainte Geneviéve
, leur expofa pathetiquement les
calamitez prefentes. Il finit , en difant ,
qu'interprete des voeux de la premiere
Eglife de France , il reclamoit ſuivant
l'ancienne & loüable coutume , le fuffra
ge des Chanoines de Sainte Geneviève
pour que la Châffe de cette Sainte fut
portée en Proceffion . On ne peut parler
plus éloquemment ; auffi le Chapitre de
Sainte Geneviève fe rendit à fa demande
avec un defir fincere , & unanime de feconder
l'attente du Public.
Le même jour après midi , la Magdelaine
en la Cité & S. Severin y allerent ,
à des heures differentes ; ainfi que Saint
Nicolas du Chardonnet , les Penitens de
Nazareth , S. Hilaire , les Religieux de
la Merci , S. André des Arcs , les Capucins
de la rue S. Honoré , Sainte Croix
en la Cité , & les Blancs- Manteaux .
Le 1. Juillet , les Enfans Rouges , les
Capucins du Marais , Saint Martin des
Champs , les Jacobins de S. Honoré , les
Mathurins , les Cordeliers , les Carmes
du Grand Convent , les Jacobins de Saint
JacJUILLET
1725. 1559
Jacques , S. Magloire , les Feüillans de
l'Ange Gardien . L'après - midi , S. Jean
du Čardinal de Moine , les Quinze-
Vingts , les Benedictins Anglois , les Prémontrez
de la rue Haute- feuille , S. Honoré
, les Grands Auguftins , &. Jacques
du Haut- Pas , S. Cofme , S. Thomas du
Louvre , Sainte Croix de la Bretonnerie .
Le 2. Juillet , le Chapitre de S. Marcel
, avec les Paroiffes de S. Martin & de
S. Hippolyte , S. Chriftophe , S. Pierre
aux Boeufs , S. Roch , S. Pierre des Arcis
, Sainte Marguerite Fauxbourg Saint
Antoine , les Auguftins du Fauxbourg
S. Germain , S. Landry & Sainte Marine.
L'après midi , S. Germain le Vieux ,
les Auguftins Déchauffez , Saint Etienne
du Mont , Saint Louis en l'Ifle , Saint
Joffe , les Carmes Billettes , S. Jacques
de la Boucherie , les Minimes de Nigeon ,
S. Sulpice , Sainte Geneviève des Ardens
, Sainte Opportune & S. Leu.
Le 3. l'Hôpital du S. Efprit , les Capucins
de S. Jacques , S. Pierre de Chaillot
, les Penitens de Picpus , S. Nicolas
des Champs , les Jacobins du Noviciat ,
Nôtre Dame de Bonnes -Nouvelles , les
Peres de l'Oratoire de S. Honoré , Saint
Paul & S. Barthelemi. L'après- midi , les
Prémontrez du Fauxbourg S. Germain ,
-les Penitens de Belleville , S. Germain
Diiij l'Au
1560 MERCURE DE FRANCE.
l'Auxerrois , S. Jean en Grève , S. Jacques
de l'Hôpital , les Feüillans de la rue
S. Honoré , S. Euftache , l'Hôpital des
Petites - Maiſons , S. Gervais , l'Hôpital
de la Trinité , S. Medard , les Minimes
de la Pla Royale.
Le 4. S. Philippe du Roule , les Minimes
de Vincennes , S. Sauveur , Sainte
Catherine de la Couture , la Magdelaine
de la Ville - l'Evêque , les Recolets , Saint
Laurent , les Religieux de S. Antoine ,
S. Nicolas du Louvre , Saints Innocens .
L'après -midi , la Salpêtriere , la Pitié.
Cette derniere Proceffion compofée d'un
nombreux Clergé , & de près de 4000 .
Pauvres , n'étoit pas la moins édifiante .
M. le Procureur General , comme principal
Adininiftrateur , y affiſta étant à la
queuë de la Proceffion .
Le même Mandement regloit l'ordre
des Prieres qui devoient être faites , lorfque
le Clergé & le peuple feroient affemblez
dans l'Eglife Metropolitaine , celles
qui devroient être faites en allant à Sainte
Geneviève , & dans cette Eglife , de
même qu'au retour . Ce qui a été executé
avec beaucoup de pieté & d'édification
par tous ces differens Corps .
Le même jour 27. Juin , auquel le
Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris
donna ſon Mandement , le Parlement
rendit
JUILLET 1725. 1561
rendit l'Arreft que nous allons rapporter
, qui ordonne que la Châffe de Sainte
Geneviève fera defcenduë , & portée en
Proceffion folemnelle.
CE jour les GrandChambre & Tournelle
affemblées , les Gens du Roi font entrez
, & Maître Pierre Gilbert de Voifins
portant la parole , ils ont dit à la Cour,
que les Echevins & autres Officiers de la
Ville étoient au Parquet des Huiffiers , &
demandoient à parler à la Cour , & ayant
été mandez , l'ancien des Echevins portant
la parole , ils ont dit que les ordres
qu'il a plû à la Cour de donner pour la
découverte de la Châffe de Sainte Geneviéve
, ont été fuivis de tout le Zele qu'on
pouvoit attendre de la devotion des penples
, & de l'ancienne confiance qu'ils ont
en la protection de leur grande Patrone ;
mais que leur pieté femble n'être pas encore
fatisfaite qu'ils marquent tous unanimement
qu'ils fouhaitent avec ardeur de
l'honorer par une ceremonie plus augufte
&faire leurs voeux , comme defiroit le Roi
Prophete , en prefence de tout le peuple an
milieu de Jerufalem ; que perfuadez que le
Pere des mifericordes veut être glorifie
dans la perfonne de fes Saints , & fléchi
par leur interceffion , ils efperent trouver
par le fecours de cette Sainte , une reſſour-
D v
y
се
1562 MERCURE DE FRANCE :
ce à tous leurs malheurs ; qu'ils croiroient
manquer au plus effentiel de leur devoir
s'il ne concouroient à ces fentimens , qu'il
plaît à Dieu de leur inspirer ; que c'eſt
dans cette vue qu'ils fupplient très bumblement
la Cour d'ordonner que la Proceffion
fera faite en la maniere accoutumée : furquoi
les Gens du Roi , Maître Pierre Gilbert
de Voifins portant la parole , ont dit ;
que de trop juftes raifons excitent le defir
des Citoyens de cette grande Ville , pour
qu'on puiffe differer plus long- temps de les
fatisfaire que la Cour a déja donné d'ellemême
des marques de fon attention pour
l'avantage public , en ordonnant que la
Chaffe de Sainte Geneviève feroit découverte
, & qu'elle n'a fait en cela que fe
conformer aux intentions du Roi , dont la
bonté paternelle s'intereffe pour ses peuples ;
qu'il faut redoubler fes efforts & fes prieres
pour déterminer la clem - nce de Dieu
en nôtre faveur , & concevoir d'heureufes
efperances du concours des voeux de
l'Eglife de ceux du Prince , des Magiftrats
& du peuple reünis enſemble ; que
la Proceffion generale pratiquée avec fuccè
depuis tant de fiecles , est un Acte de
Religion , folemnel , en quelque forte réfervé
pour de femblables occafions ; qu'ainfi
ils croyent devoir requerir qu'il plaife à
la Cour ordonner que la Châffe de Sainte
Genevie
JUILLET 1725. 7563
Genevieve fera defcendue & portée en Pro
ceffion , où la Cour affiftera en Robes rouges
en la maniere accoutumée ; qu'il en fera
donné avis à M. l'Archevêque de Paris ,
pour enfuite être pris jour pour la Proceffion
qu'il en fera pareillement donné avis
aux Compagnies Souveraines , & à l'Abbé
de Sainte Genevieve , le tout en la maniere
accoutumée , & que le Lieutenant
Civil & leur Subftitut au Châtelet feront
mandez pour leur enjoindre de veiller à
la garde de la Châffe , & de s'en charger
envers les Religieux de Sainte Geneviève ,
ainfi qu'ilfe pratique en ces occafions : eux
retire , ainfi que les Echevins & autres
Officiers de la Ville , la matiere mise en
deliberation ; LA COUR a arrêté & ordonné
que la Châffe de Sainte Geneviève
fera defcendue & fera portée en Proceffion
folemnelle , où elle affiftera en Robes rouges
; que le Procureur General du Roi en
donnera avis à l'Archevêque de Paris ,
pour être enfuite pris jourpour ladite Proceffion
, le plutôt que faire fe pourra ,
&
qu'il en avertira pareillement les autres
Compagnies Souveraines , & l'Abbé de
Sainte Geneviève en la maniere accoutumée
; & que le Lieutenant Civil , & les
autres Officiers du Châtelet feront mandez ,
pour leur enjoindre de veiller à la garde
de la Châffe , & s'en charger envers les
D vj Belin
1564 MERCURE DE FRANCE.
>
Religieux de Sainte Geneviève , en la ma
niere ordinaire , & à l'inftant les Gens du
Roi & les Echevins , & autres, Officiers
de la Ville , mandez , M. le Premier Prefident
leur a fait entendre cet arrêté , qui
a été porté aux Enquêtes par Maître Philippe-
Charles Gautier Dubois , Confeiller
en la Cour, & aux Réquêtes du Palais ,
l'un des trois premiers & principaux
Commis pour la Grand Chambre . FAIT
en Parlement le vingt-fept Juin mil sept
cent vingt-cing. Signé , IS ABEAU.
par
En confequence de cet Arreft M. le
Procureur General fit les diligences neceffaires
, & tous les Corps fe difpoferent
pour cette grande ceremonie.
Cependant le Cardinal de Noailles
voulant donner à tout fon peuple l'exemple
de la confiance & de la pieté avec laquelle
il doit implorer l'interceffion de
fa Sainte Patrone , étoit allé dès le 19 .
Juin en Station à l'Eglife de Sainte Geneviève
, il y retourna le 28. les Chanoines
Reguliers le reçûrent avec tous
les honneurs dûs à fa perfonne & à ſa
dignité ; il y celebra pontificalement une
Meffe folemnelle , à laquelle les Chanoines
Reguliers de l'Abbaye lui fervirent
de Diacres , de Sous - Diacres , &
d'autres Officiers , & qu'ils chanterent
feuls
JUILLET 1725 .
1565
feuls. Les Prevoft des Marchands , Echevins
, & autres Officiers reprefentant le
Corps de Ville , y affifterent.

Le 3. de Juillet le Chapitre de la Sainte
Chapelle alla en Proceffion à la même
Eglife. Ce Corps compofé de douze
Chanoines , de fix Vicaires perpetuels
& de plufieurs Prêtres habituez Clercs ,
&c. avoit pour Chef le Tréforier , premiere
Dignité , & étoit précedé par les
Enfans de Choeur , & de tout le Corps
de Mufique. Ils furent reçûs à la porte
de l'Eglife au fon des cloches & des orgues
par les Chanoines Reguliers ; le
Tréforier fut complimenté par le Prieur ,
lequel après lui avoir prefenté l'Eau benite
, le conduifit au Choeur , où le Tréforier
fe plaça dans la Chaire de l'Abbé ,
ornée d'un tapis & d'un carreau de velours
cramoifi.
La grande Meffe celebrée par un des
Chanoines de la Sainte Chapelle , fut
chantée par la Mufique. L'encens &
l'eau qui devoient fervir au Sacrifice , au
lieu d'être benis par le Celebrant , furent
portez au Tréforier qui les benit . Le Diacre
, qui prend ordinairement la benediction
du Celebrant avant que de chanter
l'Evangile , vint auffi la recevoir à
genoux du Tréforier , felon le Rit de la
Sainte Chapelle aux jours folemnels . La
Meffe
1566 MERCURE DE FRANCE .
Melle achevée , la Proceffion fut reconduite
jufqu'au dehors de la porte par les
Religieux , de la même façon qu'elle
avoit été reçûë ; elle defcendit par la
Montagne Sainte Geneviève , & continuant
la marche par la ruë Galande , par
le Petit- Pont & le Marché - neuf , elle
rentra dans la Cour du Palais par la porte
de la rue S. Louis , & fe retira par l'efcalier
de la Sainte Chapelle.
Le 4. les Prélats , Abbez & autres
Membres qui compofent l'Affemblée generale
du Clergé de France , qui fe tient
actuellement à Paris , allerent en Proceffion
de l'Eglife des Grands Auguftins
à celle de Sainte Geneviève , précedez
par la Communauté des Auguftins les
Prélats étoient en rochet & camail violet
tout le refte étoit difpofé à peu près
dans le même ordre que nous avons remarqué
dans nôtre précedent Journal ,
en parlant de la Proceffion du S. Sacrement
faite le mois paffé par les mêmes
Prélats . Ils furent reçus par les Chanoines
Reguliers de Sainte Geneviève de la
maniere qui convient à leur Dignité . Plufieurs
Prélats de l'Affemblée ne s'en
font pas tenus à cette fameufe Station ,
ils font venus feparément offrir leurs
voeux à la Patrone de la France . D'autres
Evêques & de Diocèles même hors
du
JUILLET 1725.1 1567
du Royaume , retenus à Paris pour des
affaires particulieres , ont donné un pareil
fujet d'édification .
Le même jour , veille de la ceremonie
, les Chanoines Reguliers de Sainte
Geneviève qui s'y étoient difpofez par
un jeûne de trois jours , commencerent
les Vêpres à deux heures : elles furent
chantées très-folemnellement , & l'Abbé
y officia pontificalement , ainſi qu'à Matines
que l'on commença à quatre heures.
Le Chevalier du Guet avec fes Officiers
, & une Brigade d'Archers , vint
fur les cinq heures du foir prendre poffeffion
de toutes les avenues , & des portes
de l'Eglife de l'Abbaye pour les garder,
& pour empêcher les defordres que
la prodigieufe affluence de peuple qui y
étoit déja , pouvoit caufer pendant la
nuit.
A onze heures la plus petite cloche
ayant commencé à fonner, & ayant continué
jufqu'à minuit , felon l'ancienne
coutume , on entendit fonner les trompettes
fur la galerie du clocher pour annoncer
à toute la Ville la defcente de la
Châffe.
A onze heures & demie le Lieutenant
Civil & le Lieutenant Criminel arriverent
, accompagnez des Avocats & Procureur
du Roi en Robes rouges , avec
douze

1568 MERCURE DE FRANCE .
douze Commillaires , les Huiffiers à Verge
, & autres Officiers qui devoient fe
trouver à la ceremonie , & prendre la
Châffe en leur garde.
A minuit les Chanoines Reguliers
étant entrez à l'Eglife , reciterent les
Heures Canoniales , lefquelles finies , ils
monterent tous au Sanctuaire, nuds pieds ,
où s'étant profternez la face contre terre ,
ils reciterent les fept Pleaumes Penitenciaux
, avec les Litanies , les Prieres &
les Oraifons , puis le Celebrant ayant dit
le Confiteor que tout le Clergé recita , il
fe tourna vers le peuple , auquel il donna
l'abfolution generale marquée dans
le Rituel de Sainte Geneviève .
Deux Chanoines Reguliers revêtus
d'Aubes & d'Etoles monterent à la Châffe
pour la conduire dans la defcente qu'on
en alloit faire , & quatre des plus anciens,
revêtus de Surplis & d'Etoles , l'attendirent
en bas pour la recevoir. Si - tôt qu'on
vit ce précieux Tréfor enlevé de fa place
, on entendit les Trompettes qui par
leur fon contribuerent à la devotion d'une
action fi fainte & fi éclatante.
Si - tôt que la Châffe eut été reçûë en
bas , & pendant qu'on la portoit à l'Autel
de Sainte Clotilde , où elle fut dépofée
, le Chantre entonna un Repons qui
fut continué par le Choeur ; auffi - tôt le
CeleJUILLET
1725. 1569
Celebrant s'approcha de la Châfle pour
l'encenfer & la baifer , & il fut fuivi de
tous les Chanoines Reguliers , qui allerent
auffi lui rendre leurs hommages .
Cependant le Greffier du Châtelet
dreffa fur le lieu un Acte , qui fut figné
par le Lieutenant Civil , par le Lieutenant
Criminel , & par les Avocats &
Procureur du Roi , par les Commiffaires
, & autres Officiers du Châtelet : par
cet Acte ils juroient & promettoient tous.
de ne point quitter la Châffe de vûë jufqu'à
ce qu'elle fut remontée & miſe en
fa place. Auffi-tôt ils s'en approcherent ,
& permirent à toutes les perfonnes d'un
rang diftingué qui avoient voulu affiſter
à la ceremonie de la defcente de la Châffe
de la venir baifer.
On commença enfuite la grande Meffe
qui fut très- folemnellement chantée
tous les Chanoines Reguliers y communierent
, à l'exception d'un feul qui devoit
dire la Melle des Porteurs de la
Châffe à fix heures du matin dans la Chapelle
du Cloître , où ils devoient tous
communier.
La grande Meffe achevée , les Chanoines
Reguliers fe mirent à reciter le
Pleautier devant la Châffe , ce qui fut
continué jufqu'à l'heure du départ de la
Proceffion , & durant ce temps- là on permettoit
1570 MERCURE DE FRANCE .
mettoit au peuple de la venir baifer , toujours
en prefence des premiers Officiers
du Châtelet , & des Huiffiers qui étoient
en haye de part & d'autre .
Cependant le peuple fe répandant de
tous côtez fur le chemin que la Proceſ
fion devoit tenir , & les fenêtres & les
portes , & plufieurs échafauts dreffez en
divers endroits , ne fuffifant pas pour les
habitans , & pour ceux qui étoient venus
'de fort loin pour être fpectateurs de cette
augufte ceremonie , on en voyoit jufques
fur les toits & fur les cheminées ..
A huit heures le Parlement arriva au
nombre de 200. Confeillers en Robes
rouges. 11 fut complimenté par le Superieur
de la Maifon , M. le Premier
Prefident qui répondit au compliment
avec beaucoup de dignité , les autres Prefidens
& Confeillers allerent en grand
appareil baifer la Châffe , & delà ils
furent conduits au Chapitre.
On en ufa de même avec Meffieurs de
la Chambre des Comptes , de la Cour
des Aydes , qui arriverent peu de temps
après , tous en Robes de ceremonie.
Immediatement après , les Proceffions
des Religieux Mandians & des autres
Eglifes , qui s'étoient affemblez à Nôtre-
Dame arriverent ; & fans entrer dans le
Choeur , allerent baifer la Châffe , &
dépoJUILLET
1725. 1471
dépoferent enfuite leurs Châffes & leurs
Reliquaires dans la Chapelle du Cloître,
& ceux qui compofoient ces Proceffions
furent enfuite diſtribuez en differens endroits
de la Maiſon , pour y attendre le
départ de la Proceffion generale.
Entre 9. & 1o. heures , la Proceffion
de Nôtre -Dame arriva ; les Porteurs de
la Châlle de Sainte Geneviève étoient
entrez un peu auparavant deux à deux
dans l'Eglife , nuds pieds , revêtus d'une
Aube , ayant des Chapelets blancs à leur
ceinture , & précedez des deux Maîtres
en Charge avec leurs bâtons dorez ; ils
avoient été baiſer la Châffe , & ils étoient
venus enfuite fe placer dans les chaifes
baffes du Choeur , & fi- tôt qu'ils apprirent
que la Proceffion de Nôtre- Dame
approchoit , ils allerent attendre à la porte
de l'Eglife la Châffe de S. Marcel , qu'ils
reçûrent fur leurs épaules ; & l'ayant
portée à l'endroit où étoit celle de Sainte
Geneviève , ils la firent incliner auprès
d'elle comme pour la faluer , & ils allerent
enfuite la dépofer fur le grand
Autel .
Le Chapitre de Nôtre- Dame entra dans
le Choeur , & prit place dans les Chaifes
du côté de l'Epître ; il trouva les Chanoines
Reguliers de Sainte Geneviève
déja placez dans les Chaifes du côté de
l'Evan
12 MERCURE DE FRANCE . 572
l'Evangile avec le Reverend Pere Abbé
revêtu de fes habits pontificaux . Dès qu'il
vit entrer M. l'Archevêque il fe leva ,
& après s'être mutuellement faluez , l'Archevêque
prit la premiere place du côté
du Choeur , où étoit le Chapitre de Nôtre-
Dame , & l'Abbé reprit la fienne' du
côté de l'Evangile .
Les Chantres de Nôtre-Dame chanterent
les Antiennes de S. Pierre & Saint
Paul , Titulaires de cette Eglife , puis
celle de Sainte Geneviève , & l'Archevêque
dit les Oraifons. Cependant les
Echevins fuivis de tous les Officiers de
la Ville qui avoient accompagné la Proceffion
de Nôtre - Dame s'avancerent pour
baifer la Châffe , & ils furent enfuite
conduits dans une falle qui leur avoit éré
preparée.
Après que les Chantres de Notre - Da
me eurent chanté les Antiennes , le Chantre
de Sainte Geneviève entonna celle de
S. Marcel , & l'Abbé dit l'Oraiſon . L'Archevêque
étant defcendu de fa place alla
baifer la Châffe de la Sainte , & les Chanoines
de fon Eglife le fuivirent.
Dans le même temps les Maîtres des
Ceremonies , ainfi qu'il eft déja marqué,
ayant fait entrer les Proceffions dans la
Maifon , les firent fortir par la grande
porte de l'Abbaye dans l'ordre fuivant.
Les
JUILLET 1725. 1573
Les Cordeliers précedez par les Confreres
du S. Sepulchre de Jerufalem ,
portans des palmes , puis lesJacobins , les
Auguſtins , les Carmes , qui étoient tous
en très - grand nombre , avec plufieurs
Châlles & Reliquaires , portez par des
Religieux de leur Corps : ils furent fuivis
des Confreres de Nôtre - Dame de
Bonne Délivrance , établis dans l'Eglife
de S. Etienne d'Egrès ; ces Confreres
étoient nuds pieds , vétus de grandes robes
blanches , ils étoient couronnez de
fleurs , & portoient plufieurs Châffes.
Les Prêtres de l'Oratoire marchoiene
enfuite avec les Ecclefiaftiques de leur
Seminaire , & portoient la Châffe de
S. Magloire ; puis les Peres Benedictins
de S. Martin des Champs avec leur
Châffe de S. Paxent.
Les Eglifes Collegiales , dites communément
Filles de l'Archevêque , qui
font S. Honoré , S. Germain l'Auxerrois ,
S. Marcel , & Sainte Opportune , que
l'on avoit placées , en attendant le départ
de la Proceffion , dans l'une des aîles de
' Eglife , fuivirent immediatement , précedées
de leurs Bannieres. Les Beneficiers
Chanoines de Sainte Opportune , & de
S. Honoré , avec leurs Croix & Châffes,
occupoient chacun un côté ; ils étoient
fuivis des deux Croix & des Clergez de
S. Ger1574
MERCURE DE FRANCE
S. Germain l'Auxerrois & de S. Marcel ;
le premier avec la Châffe S. Landry , &
l'autre avec celle de S. Clement.
On vit enfuite paroître les Bannieres
des quatre Eglifes de la Filiation de
N. D. , & celle de N. D. même ; elles
étoient fuivies des Enfans de Choeur
des Clercs Beneficiers & Chanoines mineurs
de ces quatre Eglifes , qui prirent
la gauche. Les Bannieres de S. Medard
& de S. Etienne , de la Filiation de Sainte
Genevieve , fuivis de leurs Clercs &
Enfans de Choeur , marchoient à leur
droite . Les Croix de toutes ces Eglifes
précedoient les Châffes de Sainte Aure
& de S. Mederic , la premiere portée par
les Barnabites , qui ne vinrent pas en
corps , mais feulement en nombre fuffifant
pour porter & environner cette
Châffe.
Les deux Croix de Sainte Genevieve
& de N. D. marchoient enfuite , & elles
étoient fuivies des Châffes de Saint
Marcel & de Sainte Genevieve , & précedées
de celle de S. Lucain ; celle de
S. Marcel fut enlevée de deffus l'Autel
par les Porteurs de la Châffe de Sainte
Genevieve , & celle de Sainte Genevie
ve , environnée des Officiers du Châtelet
, par les Orfévres en manteau noir ,
ayant des couronnes de fleurs fur la tête,
l'une
JUILLET. 1725. 1575
l'une & l'autre furent portées de la forte
aux fanfares des trompettes & au bruit
des Orgues & des Cloches , jufqu'au
Parvis de l'Eglife. Auffi- tôt que la Châffe
de Sainte Genevieve parut , il s'éleva
un cri de joye du milieu d'un peuple infini
qui rempliffoit toute la place & les
environs.
7
Ce fut là que les Porteurs des deux
Châffes changerent & reprirent chacun
la leur. Après les Châffes marchoit le
Clergé . Sçavoir , les Chanoines de N. D.
précedez des quatre Eglifes Collegiales
de leur Filiation à gauche , & ceux de
Sainte Genevieve à droite , ces derniers
étoient nuds pieds , & chanterent feuls
pendant tout le cours de la Proceffion .
L'Archevêque de Paris & l'Abbé de
Sainte Genevieve , qui , porté fur un
fiege de paille à caufe de fon grand
âge & de les infirmitez , fuivoient chacun
leur Clergé , & étoient tous deux
fur la même ligne , vêtus pontificalement
, & donnant également la benediction
par toutes les rues. Ils étoient chacun
précedez des Officiers de leur Juftice
; celle de l'Archevêque & du Chapitre
de l'Eglife de Paris , marchoit devant
l'Archevêque , & la Juftice de Sainte
Geneviève devant l'Abbé.
Le Parlement marchoit enfuite à droite
,
1578 MERCURE DE FRANCE.
te , M. Portail Premier Prefident à la tête
, ayant à fa gauche le plus ancien des
Prefidens à Mortier. Entre les deux marchoit
le Duc de Gefvres , Pair de France
, Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roi , & Gouverneur de la Ville
de Paris , en habit de ceremonie . La
Chambre des Comptes marchoit conjointement
avec le Parlement fur la li
gne gauche. La Cour des Aydes venoit
enfuite , & enfin le Corps de Ville . La
Proceffion paffa en cet ordre par les ruës
de S. Etienne d'Egrès , de S. Jacques ,
par le petit Pont , & par la rue neuve
Nôtre -Dame. Ces rues étoient tapiffées ,
& les fenêtres & balcons remplis d'une
infmité de perfonnes de diftinction. Les
Porteurs des Châffes de Sainte Genevieve
& de S. Marcel firent un échange de
leurs Châfles , fuivant l'ancienne coûtume
, vis-à- vis le grand Portail de l'Hôtel-
Dieu , fur le petit Pont , & les porterent
ainfi toûjours accompagnez des
fanfares des trompettes jufques dans l'Eglife
de N. D. où l'on n'arriva qu'à deux
heures après midi au bruit des Orgues
& des Cloches. L'Eglife étoit remplie de
monde jufqu'aux voutes ; douze Châffes
furent pofées fur des tables dans le Choeur
& placées felon l'ordre fuivant , fçavoir
:
Sain
JUILLET 1725. 1577,
Saint Marcel .
Saint Lucain.
La Vierge.
Sainte Genevieve fur une même ligne
qui faifoit face à l'Autel ; & de cette
maniere Sainte Genevieve fe trouvoit à
la droite ; les Châffes de
Saint Paxent.
Sainte Aure.
Saint Magloire.
Saint Landry.
formoient une feconde ligne derriere la
premiere ; & la troifiéme ligné , qui fuivoit
cette feconde , étoit remplie par les
Châffes de
Saint Clement.
Saint Honoré .
Sainte
Opportune.
Saint Mederic.
Les autres Châffes & Reliquaires
étoient dans les Chapelles qui font autour
du Choeur. Le Clergé de Nôtre-
Dame & celui de Sainte Geneviève entrerent
feuls dans le Choeur , & les autres
Corps furent placez dans l'Eglife en
differens endroits par les Maîtres des
Ceremonies. Auffi - tôt que l'Archevêque
fût entré , on fe prépara pour chanter
la grande Meffe .
L'Abbé de Sainte Geneviève fe plaça
dans la premiere Chaife du Choeur du .
Ε côté
1578 MERCURE DE FRANCE.
côté droit , & après cet Abbé , le premier
Prefident du Parlement ; les Prefidens
& les Confeillers étoient enfuite ,
& il reftoit un nombre de Chaiſes hautes
qui furent remplies , auffi- bien que les
Chaifes vuides , qui reftoient en bas , par
les Chanoines Reguliers de Sainte Geneviève
, à la reſerve des cinq dernieres
Chaiſes d'en haut , où étoient placez le
Lieutenant Civil & le Lieutenant Criminel
, le Procureur & les Avocats du
Roy au Châtelet,
Le Doyen de N. D. occupoit la premiere
Chaiſe du côté gauche , le Premier
Prefident de la Chambre des Comptes ,
les Prefidens , les Maîtres des Comptes ,
& tous les autres Officiers qui compofent
cette Cour , étoient enfuite , & la
Cour des Aides & le Corps de Ville occupoient
le refte des Chaifes , à la referve
de fix places hautes , qui étoient
occupées par autant de Chanoines de N.
D. & le refte étoit placé fur les bancs
difpofez dans le Choeur , & dans le Sanc
tuaire .
La Meffe fut celebrée par M. l'Abbé
Dorfane , Chantre & Official .
Les Chanoines de Sainte Geneviève
fervirent de Diacre & de Soûdiacre &
d'autres Officiers . Le Chantre de Sainte
Geneviève avec fon Bâton tint le Chours
elle
JUILLET 1725.
1579
elle fut chantée partie par la Mufique,
& partie par les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviève , quatre defquels chanterent
le fecond Alleluia , de même que
quatre Beneficiers de N. D. avoient chanté
le premier.

La Meffe étant achevée , & les Chantres
de N. D. ayant chanté le Domine
non fecundùm & l'Antienne de Sainte Geneviève
, & les Chanoines de Sainte Geneviève
le Salve Regina , pour faluer la
Sainte Vierge , Patrone de l'Eglife de Paris
, les Proceffions marcherent pour s'en
retourner dans le même ordre qu'elles
étoient venuës . La Châſſe de S. Marcel ,
portée par les Porteurs de Sainte Geneviéve
, conduifit celle de Sainte Geneviéve
, que les Orfevres porterent jufqu'au
petit Pont , où avant que de fe feparer ,
après que les Porteurs eurent repris chacun
leurs Châffes , ils les firent incliner
l'une contre l'autre comme pour ſe dire
adieu. Celle de S. Marcel paffa en s'en
retournant au milieu des deux Clergez
les Chanoines de N. D. ayant la droite.
L'Archevêque & l'Abbé de Sainte Ge-.
nevieve étoient les derniers , & ils continuerent
tous deux à donner la benediction
tant dedans que dehors l'Eglife
N. D.
Lorfqu'ils furent arrivez vis- à - vis le
E ij
Poz1580
MERCURE DE FRANCE .
Portail de Sainte Genevieve des Ardens,
l'Archevêque donna la benediction fo
lemnelle , pendant laquelle l'Abbé de
Sainte Genevieve eut toûjours fa Mitre ,
& les Chanoines des deux Eglifes s'étant
faluez avec des témoignages d'une mutuelle
bienveillance , ils fe feparerent .
La Proceffion ne fe trouva plus compofée
que des Religieux Mandians , qui
fa quitterent à mesure qu'ils s'approcherent
de leurs Eglifes , & les Chanoines
de Sainte Genevieve avec leurs Paroilles
de S, Etienne & de S. Medard
à droite , ayant ceux du Chapitre de
S. Marcel , précedez des Paroiffes de
S. Martin & de S. Hippolite à gauche ,
le Doyen de cette Collegiale marchoit
vis- àvis le Prieur de Sainte Genevieve ,
& l'Abbé feul étoit le dernier , la Châffe
de Sainte Genevieve étant à la tête du
Clergé , toûjours environnée des Officiers
du Châtelet.
La Proceffion paffa en cet ordre par
la rue Galande , la Place Maubert , & la
Montagne Sainte Genevieve ; les Jacobins
& les Confreres de Nôtre -Dame de
Bonne Délivrance , fe mirent en haye
dans le Parvis de l'Eglife de Sainte Genevieve
, jufqu'à ce que la Proceffion fut
rentrée. Les Porteurs de la Châffe de
Sainte Genevieve la mirent en travers
fur
JUILLET 1725. 1581
fur des treteaux fort élevez à l'entrée de
l'Eglife , & toute la Proceffion paffa deffous
; elle fut enfuite portée par le milieu
du Choeur, au bas des colomnes, d'où elle
fut auffi- tôt remontée & remife en fa place
en prefence des Officiers du Châtelet
, par les deux Chanoines Reguliers en
étole , qui l'avoient defcendue le matin ;
après quoi l'Abbé donna la benediction
folemnelle , ce qui termina fur les cinq
heures du foir cette pieufe & éclatante
Ceremonie , la Châffè cependant reſtant
toûjours découverte .
Le 7. du même mois de Juillet , les
Benedictins de l'Abbaïe Royale de Saint
Germain des Prez , qui dès le commencement
avoient fait les Prieres de 40 .
heures , enfuite d'un Mandemcnt du
Cardinal de Biffy du 19. Juin , allerent
en Proceffion de leur Eglife à celle de
Sainte Genevieve. Ils étoient au nombre
de plus de cent Religieux ; la Proceffion
étoit précedée immediatement avant la
Croix , des Suiffes de la livrée du Cardinal
de Biffy , Abbé de S. Germain , &
de ceux de l'Abbaïe avec la livrée du
Roi. La Juftice de cette Abbaïe , compofée
du Bailly & de plufieurs Officiers,
fuivis des Marguilliers , & c. fermoient
la marche. Plufieurs perfonnes de diftinction
, & un très-grand nombre d'ha-
E iij bitans
582 MERCURE DE FRANCE.
bitans du Diſtric de l'Abbaïe fuivirent
la Proceffion . Les Benedictins furent
reçûs à la porte de l'Eglife de Sainte Genevieve
, au fon des Cloches & des Orgues
, par toute la Communauté des Chanoines
Reguliers , ayant à leur tête leur
Prieur avec l'école , lequel leur préſenfenta
l'Eau-benîte . Le Choeur de Sainte
Genevieve fut tout occupé par les Benedictins
qui chanterent la grande
Meffe , folemnellement celebrée par
R. P. Dom Pierre Thibaut , Superieur
General des Benedictins de la Congregation
de S. Maur. La Meffe étant finie
, & après quelques Prieres , les Benedictins
fortirent de l'Eglife de Sainte
Genevieve , au fon des Orgues & des
Cloches , & retournerent dans le même
ordre & par le même chemin à leur
Abbaïe.
>
le
Le Recteur de l'Univerfité de Paris ,
& fon Confeil , touchez comme les autres
Ordres de la Ville des calamitez pu
bliques , refolurent dans leur Affemblée
du 7. Juillet , de faire une Proceffion
extraordinaire à l'Eglife de Sainte Genevieve
, pareille à celle qui fut faite en
l'année 1652. pour fervir de clôture à
toutes celles qui avoient précedé , & de
l'accompagner d'une aumône confiderable
en faveur des pauvres Ecoliers de
leurs
JUILLET 1725. 1583
leurs' Colleges . Cette Proceffion fut an
noncée pour le Jeudy 12. du même mois ,
par un Mandement Latin de M. le Rec
teur , lequel eft fi énergique , & a tellement
merité l'approbation des Connoiffeurs
, que nous croyons devoir l'inferer
icy , comme. une Piece qui merite
d'être confervée.
>> NOS GUILLELMUS DA
» GOUMER , Rector univerfi Stu-
>> dii Parifienfis , omnibus ejufdem Uni-
» verfitatis - Doctoribus , Magiftris , ac
» Scholaribus , Salutem. QUOD à Majoribus
noftris non piè minùs quàm fo-
» lemniter factum legimus , ut calamitofis
temporibus divinam opem , accerfito
BEATA GENOVEFÆ Pa-
>>trocinio , publicè follicitarent ; id nunc
» ut ufurpemus admonent non obfcura
» iræ cæleftis indicia : dum & annonæ
caritas ingravefcit , & periculum eft
» ne fegetes lactentibus frumentis foetæ ,
totius anni fpes & labor , expectatio-
» nem noftram inanibus ariftis & inutili
» luxurie ob aëris inclementiam fruf
» trentur.
» Vidimus hifce diebus , non fine inti-
» mo religiofæ lætitiæ fenfu , celebratum
» toto Orbe inclytæ Virginis Tumulum
» incredibili omnium Ordinum concur-
E ij
Lu,
1384 MERCURE DE FRANCE .
» fu , ac votis frequentari . Ad facros Il-
»lius Cineres , pretiofum Urbis Parifinæ
>> decus ac præfidium , Populus & Sa-
» cerdos , Plebs & Primates , Cives &
" Magiftratus , Agri denique ipfi , tanquam
fuis convulfi fedibus venerabun-
>> di confluxerunt , ut potentiffima Patroquod
fæpè aliàs , nunc quoque
>> divinam mifericordiam Lutetiæ fuæ ,
totique adeò Galliæ , conciliaret .
"
»> na
» Decet nunc Univerfitatem Studii Pa-
>> rifienfis , non minùs alienæ pietatis
» æmulam , quàm retinentem fuæ , pu-
» blicis obfecrationibus fuas etiam preces
>> inferere , ut multiplicatis affultibus
quæ vis Deo grata eft , vindicta coelef
» tis tandem exarmetur , nec in quem-
» quam è Noftris contorqueri poffit illa
» apud Prophetam Dei ipfius ore vibrata
» objurgatio : Quafivi virum qui interpo-
» neret fepem , & ſtaret oppofitus contra me
» pro Terra , ne diffiparem eam , & non
» inveni.
His de caufis mandamus præcipimuf
>> que omnibus & fingulis Doctoribus ,
» Magiftris , Clientibus & Adminiftris ,
>> ut die Jovis duodecimo Julii adfint apud
» Mathurinenfes horâ ipsâ feptimâ ma-
» tutinâ , ornati ut decet ; inde primùm
» in Ecclefiam Parifienfem , ad implorandum
Deiparæ Virginis , SS. Dionyfii
JUILLET 1725. 1585
» fii & Marcelli auxilium ; pofteà ad an-
» tiquum Beata Genovefæ Sacrarium ,
» eximio finceræ pietatis odore fragrans
» ritè proceffuri . Ibi verò Auguftum Sa
>> crificium pro Regis Regiæque Profa--
>> piæ incolumitate , Ecclefiæ & Regni
pace ac tranquillitate, aliifque rebus hu-
» mano Generi fecundùm Deum neceffa
» riis , Univerfitatis nomine offeret Emi-
» nentiffimus S. R. E. Cardinalis Ar-
>> chiepifcopus Parifienfis ; quo peracto ,
» eodem ritu , quo itum fuerit , ad Ma-
>> thurinenfes redibitur,
>> DATUM Parifiis in Edibus nof
» tris Harcurianis , die Julii nono , anni
millefimi feptingentefimi vigefimi-
» quinti.
Le Sindic de l'Univerfité fut deputé
dès le Samedy 7. à l'Abbé de Sainte Genevieve
& à toute la Communauté , pour
leur communiquer le deffein qui avoit
été pris par le Recteur , ce qui fut parfaitement
bien reçû .
Le Lundy 9. le Recteur , accompagné
du Syndic & des autres Deputez de l'U-,
niverfité , alla prier M. le Crdinal de
Noailles , Archevêque de Paris , de vouloir
bien officier pnotificalement dans
cette Ceremonie. Son Eminence réçut.
avec joye cette prier , & promit de faire
E v ce
1586 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'il avoit déja fait dans d'autres occafions
en faveur de l'Univerfité .
Le 12. à fept heures du matin , l'Univerfité
affemblée aux Mathurins , après
un fort beau Difcours du Recteur , par-.
tit fur deux lignes pour ſe rendre à l'E
glife de Nôtre- Dame.. Nous nous difpenfons
de décrire l'ordre de cette Pro--
ceffion , qui fut le même dont nous avons
déja parlé dans d'autres occafions .
La Proceffion étant arrivée à N. D.
elle fe rangea fur fix lignes des deux cô--
tez de la Nef , occupant tout l'efpace qui
eft depuis la grande porte jufqu'à la porte
du Chour. Elle demeura ainfi rangée
pendant qu'on chanta les trois Antiennes
de la Sainte Vierge , de S. Denis &
de S. Marcel. Après quoi elle fit le tour
du Choeur , & fe mit enfin en marche
pour aller à l'Eglife de Sainte Genevieve
par les rues de Saint Jacques , & de
Saint Etienne d'Egrès ..
Elle fut reçûë à la porte de l'Eglife
de Sainte Genevieve par la Communauté
des Chanoines Reguliers , rangez des
deux côtez de la Nef; elle alla fe placer
dans le Choeur , & dans le Chevet
de l'Eglife , fuivant l'ordre des differentes
Compagnies qui compofent le Corps .
entier de l'Univerfité.
La Meffe fut celebrée pontificalement
par
JUILLET 1725. 15872
par le Cardinal de Noailies , ayant pour
Diacre & Soûdiacre Meffieurs Courcier
& de la Croix , Docteurs de la Faculté
de Theologie , & Chanoines de l'Eglifede
Paris. Elle fut chantée par les Reli
gieux de S. Martin en Chappes , & par
les autres Chantres de l'Univerfité.
P
Les Evêques d'Auxerre & de Blois ,
Docteurs de la Faculté de Theologie , y
affifterent en Camail & en Rochet dans
le Sanctuaire.
Après la Meffe , la Proceffion fe remit
en ordre ; & ayant fait le tour de la ›
Châffe , elle reprit fa marche par la ruë
S. Etienne d'Egrès , paffa par celle des
Cordiers & de la Harpe & rentra aux
Mathurins.
Cette Proceffion compofée de 7. ou 800.
perfonnes , fe fit avec beaucoup d'ordre ?
& d'édification , en chantant les Pleaumes
& autres Prieres accoûtumées dans
les Proceffions de penitence.
"Nous avons refervé pour la fin de no
tre Relation l'Article qui fuit , concer
nant les Porteurs de la Chaffe de Sainte
Genevieve , dont nous n'avons fait que
parler en paffant , & cet Article aura
auffi fa curiofité . Les Porteurs de cette
Chaffe font au nombre de quarante , tous
bons Bourgeois , & natifs de la Ville de
Paris. Il faut d'ailleurs que ce foit gens
3
>
Evj fangs
1588 MERCURE DE FRANCE .
·
fans reproche , & du nombre des fix
Corps des Marchands . S'il s'en rencontre
quelqu'un qui n'en foit
pas , il doit
être au moins de ceux qui peuvent parvenir
au Confulat. Il n'y en a point dans
ce nombre qui ne foit d'une vie exemplaire
, & qui n'ait une devotion toute
particuliere
pour Sainte Genevieve.
Quand quelque preffante neceffité oblige
à faire defcendre la Châffe , ils fe
conforment aux , Religieux de l'Abbaïe
, imitant , autant qu'ils le peuvent ,
les jeûnes & les prieres que font ces Religieux
avant la Proceffion . En y allant .
ils font revêtus d'Aubes blanches , avec
une ceinture de même couleur , qui leur
ceint le corps , & à laquelle eft attaché
un Chapelet blanc. Ils marchent pieds
nuds & tête nuë , ayant eulement une
couronne de fleurs blanches. Leurs cheveux
ou leurs perruques font courts , &
au lieu de fraifes qu'ils portoient anciennement
, ils ont un rabat modefte . C'eſt
en cet état qu'ils vont en Proceffion . Une
partie porte la Châffe de la Sainte ,
F'autre marche immediatement devant ,
chacun tenant un cierge à la main . Ils
font précedez par un de leurs Confreres,
qui porte un gros Cierge , appellé vulgairement
le Cierge de Sainte Genevieve
&
Lorf
JUILLET 1725 1389
Lorfqu'ils font arrivez à N. D. ils
prennent leurs places fur des bancs mis
exprès pour eux. Et dans l'Eglife de
Sainte Genevieve ils occupent les Chaifes
baffes du Choeur : Voici , felon l'ordre
de leur reception , les noms de ceux
qui ont actuellement cette qualité , &
qui ont porté la Châffe , & fervi à la
Ceremonie de la derniere Proceffion.
Leonard Chauvin , Doyen , Louis
Joffe , Jacques Morin , Pierre Sauvage,
Jean Sauvage , Henry du Frayez , Etien
ne Maigret , Bon de la Vigne , Louis-
Nicolas Moquet , Conftantin Perier ,
Jean du Quefnoy , Henry Charpentier,
Jean - Baptifte Sauvage , Jean- Baptifte
Bougier, Marin Jacques le Loutre , François
Bouquet , Simon Fayoles , Philippe
Peffart , Claude Guillaume , Michel Pincemaille
, Nicolas Lorry , Pierre-Jacques
Coufficault , Louis Pincemaille , Jean
Ullenet , Jean de Meromont , François-
Albert Moquet , Nicolas du Frayez ,
Claude -Denis Cochin , Michel David ,
Christophe David , Jean Guy , Jean-
Claude Jeanneot , Charles Thomas, Claude
Crofnier , Denis Volant , Nicolas Volant
, Michel Genard , Pierre - François
da Bofc , Jean Baptifte Stocard , &
N...
En
1
1390 MERCURE DE FRANCE.
En l'année 1686. les Confreres Por--
teurs de la Châffe de Sainte Geneviève
firent frapper une Medaille , où l'on voit
d'un côté la figure de la Sainte au - devant
de la Ville de Paris , ayant un flambeau
à la main , & un Mouton à fes pieds
avec ces mots , URBIS PRÆSIDIUM , &
dans l'Exergue M. DC. LXXXVI . &
fous le Revers la Proceffion , dans laquelle
les Porteurs paroiffent avec la
Châffe fur leurs épaules. Plufieurs malades
gueris font au -devant . La Legende
marque la fatisfaction des Porteurs de
cette précieufe Relique , exprimée par
ces paroles de M. de Santeüil: NEC NOS
LABOR ISTE GRAVABIT , cette Medaille
eft de la façon du celebre M. Roettier
dont le fils excelle encore aujourd'hui
pour cette forte de monumens.
CONSOLATION à un ami fur la mort
defa mere , par M. F. T. F. Avocat
en Parlement.
Uoi ferai- je toûjours en proye à des
allarmes !
Mes yeux ne font- ils faits que pour verfer des
larmes !
Eh ! quel affreux Demon, arbitre de mon fort,
Mec
JUILLET 1725. 1591
Me livre tout vivant aux horreurs de la mort !
Olimpe ne vit plus ; par quelle barbarie ,
Yois-je couper le fil d'une fi belle vie ?
Mais quelle eft mon erreur ! Olimpe eft dans
les Cieux ,
Ses vertus l'ont placée en ce rang glorieux ;
Ce Dieu qui fur la terre a fait ſon eſperance ,
Dans les Cieux pour jamais fera la récom--
penſe ;
Tandis que gemiffans de langueur abattus ,
Par de juftes regrets fans ceffe combattus ,
Un époux , des enfans , des neveux & des
freres , -
Gemiront fous le poids des humaines miferes.
Infortuné mari , ton fort me fait pitié ,
De toi-même en ce jour tu perds une moitié ;
Moitié digne d'amour , moitié tendre & fidele ,
Des femmes de fon temps le plus parfait mo
dele :
Difons plus ; fon trépas par le Ciel ordonné ,
Eft le premier chagrin qu'Olimpe t'ait donné..
Et vous , naiffante fleur , belle & fage Carie ,
Qu'elle a jufqu'au tombeau fi tendremeng
cherie
Vous reçûtes , helas ! quel mortel déplaifir ! "
Sa
1992 MERCURE DE FRANCE.
༄ །།
·
Sa derniere parole & fon dernier ſoupir :
Ma fille , je ne fçai fi dans l'âge où vous êtes ,
Dit-elle , vous fentez la perte que vous faites ;
Mais enfin je me meurs ; elle expire à ces mots.
Vous fîtes éclater vos douleurs , vos fanglots ,
On vous vit à fes pieds prefqu'auffi morte
qu'elle ;
Vos yeux déja touchoient à la nuit éternelle
Un pere vous rappelle , & fenfible à fa voix ,
Pour lui vous femblez naître une feconde fois ;
C'eſt à vous d'adoucir la douleur qui le preffe ;
Par un fincere amour meritez fa tendreffe ,
Prevenez fes defirs , foulagez fes beſoins ,
Et pour le confoler employez tous vos foins :
Vâtre mere vous laiffe un grand exemple à
fuivre
Carie , en l'imitant vous la ferez revivre.
Toi , tendre & cher ami , plein de la même
ardeur >
Dans un fi beau chemin guide ta chere foeur ;
Confolez-vous l'un l'autre , & partagez vos
peines ;
Vos malheurs font les miens , vos pertes font
les miennes ;
Tout ce que la douleur a de plus vehement ,
S'eft
JUILLET 1725. 1593
S'eft faifi de mon ame en ce fatal moment ;
Vous perdez une mere & je perds une amie
Pour qui j'aurois cent fois voulu donner ma
vie ,
Dont les fages leçons & les confeils prudens
Ont fçû de mille écüeils fauver mes jeunes ans .
Envain elle n'eft plus ; fes vertus & fa gloire ,
Jufqu'au dernier foupir vivront dans ma me-
, moire.
* M
LETTRE écrite à M..... fur l'explication
d'un terme de la baffe Latinité ,
donnée dans le Mercure du mois d'Avril
dernier.
L me femble , Monfieur , qu'il n'y a
Ipas lieu d'héfiter dans l'expreffion
d'Abbas Cornardorum , de l'explication de
laquelle vous avez regalé le public . Je
penfe comme bien d'autres, qu'il faut fe
déterminer à lire uniquement Cornardorum
, & non Conardorum , & que ce mot
doit être écrit & prononcé de cette feule
maniere . Outre que l'Auteur de la Lettre,
inferée dans le Mercure , nous apprend
qu'un vieux Regiftre d'Evreux l'écrit
ainfi deux fois , & fe fert de ces termes ,
1594 MERCURE DE FRANCE.
la Fête aux Cornards , l'Abbayé aux Córnards
; on doit encore faire attention à
une autre chofe , qui eft que l'Afne qui
fervoit de monture à cet Abbé , n'étoiť
apparemment que la reprefentation de ce
qu'on continue de faire en plufieurs endroits
avec la permiffion de la Police
lorfqu'il y a un fujet qui en vaut la peine
; ceremonie qu'on appelle communément
mener l'Afne.
Je vous avouerai franchement que je
ne fçai pourquoi le jour de S. Barnabé
s'y trouve compliqué ; à moins qu'on ne
veüille dire qu'autrefois pour des raifons
particulieres il y auroit eu ce jour - là à
Evreux des divertiffemens extraordinai
res , de même qu'il y en a à Lifieux , où
les Chanoines font une Cavalcade Ecclefiaftique
en l'honneur de S. Urfin , ' femblable
à celle qui fe fait à Autun le 31 .
Aouft , & qu'enfuite à l'imitation de ces
paranymphes Ecclefiaftiques , les fecu
fiers auroient auffi fait les leurs feparement
, & dans un goût tout different.
Vous comprenez fans doute , Monfieur
, la raifon qui me fait trouver du rapport
entre la ceremonie de mener l'Afne,
& la qualité d'Abbas Cornardorum . Chacun
fçait à quelle occafion ' on le mene
dans plufieurs petites Villes . Il n'eft done
pas befoin d'une plus ample differtation
pour
JUILLET 1725. 1595
pour prouver que la leçon de Cornardorum
eft préferable à celle de Conardorum
.
d'au-
Mais vous me permettrez de faire ici
pas une remarque , c'est que ce n'eft
jourd'hui que la qualité d'Abbé fe trouve
fi trivialement employée & dans un fens
fi bas. Les Cornards d'Evreux étoient
peu differents des Foux des autres Villes,
qui élifoient auffi un Abbé à la Jurif
diction duquel ils fe foumettoient . Il n'y
avoit pas jufqu'à certains Chapitres de
Cathedrales de France qui n'euffent un
Abbé qu'on appelloit l'Abbé des Foux . Je
connois un de ces Chapitres où la coutume
étoit dans l'avant dernier fiecle
d'en faire folemnellement l'élection le
18. Juillet de chaque année , & cela
fous un gros Orme qui donnoit un épais
ombrage devant le grand portail de la
Cathedrale. On plaçoit en cet endroit
des bancs , des tapis , une table en forme
de bureau : tous Meffieurs du Chapitre y
affiftoient , & même le bas Chour; & là ,
à la pluralité des voix , on choififfoit un
Abbé , que de vieux titres que j'ai vû
appellent Abbas Stultorum. Les folies que
cet Abbé étoit chargé de réformer n'étoient
que certaines ridiculitez groffieres ,
qui peuvent quelquefois arriver par abfraction
, ou inadvertance , comme fi un
Cha
1396 MERCURE DE FRANCE .
Chanoine paroiffoit au Choeur avec un
habit pour un autre , ou s'il oublioit de
s'habiller entierement avant que d'entrer
à l'Office & ainfi des autres indécences .
Pour ce qui eft du motif qui avoit faiť
choifir le 18. Juillet pour tenir cette féance
, ou Chapitre public , je n'en foupçonne
point d'autre ,
finon que c'étoit
peut - être originairement le jour , auquel
les Bourgeois faifoient , comme à Evreux,
paffer en revûe l'Abbas Cornardorum
qui difoit fans mifericorde les veritez à
un chacun ; & une marque de cela c'eft
que même depuis que les Ecclefiaftiques
ont ceffé la ceremonie de leur côté , la
jeuneffe de quelques Villes a encore continué
fort long-temps de faire à fa maniere,
dans ce même jour , la leçon à ceux
dont le mariage ne lui paroiffoit pas bien
afforti.
Le 18. Juillet étoit de temps immemorial
confacré au culte d'un S. Arnou , fur
lequel plufieurs Eglifes ont pris le change,
les unes l'ayant fait Evêque de Tours ,
d'autres de Mets , & d'autres l'ayant confondu
avec S. Arnou , tué il y a environ
mille ans, proche Mezieres, dans le Diocèfe
de Rheims. Il y en a encore deux
autres du même nom , dont la Fête
vrai-femblablement donné occafion aux
badineries de ce jour : le premier eft
Saint
JUILLET 1725. 1599
S. Arnou , homme marié , fort connu à
Paris , qui fut tué au vi . fiecle dans la
Foreft d'Iveline , qui eft du côté de Chevreuſe
& de Rambouillet , & que fon
époufe Sainte Scariberge inhuma ellemême.
L'autre eft S. Arnold qui étoit
joueur de Violon au ix . fiecle , & qui
mourut proche Duren dans le Duché de
Juliers. La Fête de ces deux Saints tombe
également le 18. Juillet . Quel qu'ait
été celui dont la Fête a été autrefois fi
ridiculement folemnifée dans ce pays - ci,
il eft certain que nos vieux Poëtes ont
eu connoiffance de quelques faits que
nous avons de la peine à débrouiller aujourd'hui,
Et comme le nom de S. Arnoul
, auffi-bien que celui de S. Gengoul
s'eft trouvé rimer avec un certain mot
François monofyllabe du temps paffé ,
il a été facile aux plus petits rimailleurs
de ces fiecles gothiques de verfifier fur
ce fujet. Trouvez bon , Monfieur , que
je rapporte ici un quatrain- qui a relation
à la Fête de cette Confrairie , fans que
je prétende pour cela que l'Abbé des
Foux ait eu inſpection fur cette affociation
, L'Ecrivain marque ainfi le Rit de
fon temps :
» Au jour Saint Arnoux ,
» Patron des Coux ,
On
1598 MERCURE DE FRANCE .
» On élit parmi nous
» L'Abbé des Fous .
Je n'ai point trouvé qu'on ait jamais
promené ici un Afne ce jour-là dans les
rues. Ce divertiffement , tout inſtructif
qu'il eft , fe donne aujourd'hui ( quand le
cas y échet ) au temps du Carnaval. Mais
il y avoit une autre Fête dans plufieurs
celebres Eglifes de nos cantons qu'on
appelloit la Fête de l'Afne. M. du Cange
a donné dans fon Gloffaire (a ) un dé
tail de tout ce qu'on y chantoit dans l'Eglife
de Rouen , & de tous les dialogues
qu'on y
faifoit. Vous en trouverez une
autre deſcription dans la Bibliotheque du
Roi parmi les Manufcrits qui viennent
de M. Baluze , & même avec le chant
des paroles qui animoient la ceremonie.
Voici quatre vers qu'on chantoit d'abord
à la porte de l'Eglife de Sens :
» Lux bodie lux latitia , mejudice : triftis
Quifquis erit , removendus erit folemnibur
iftis.
» Sint hodie procul invidia , procul omnia
masta.
Lata volunt quicunque colunt Afinariø
fefta.
Mais rien ne doit être plus curieux là?
(a) In voce Feftum.
deffus
JUILLET 1725 .
1599
deffus que la note de ce qui fe difoit enfuite
en entrant dans l'Eglife avec cet
Alne , honoré d'une chappe qu'on lui
mettoit fur le dos.
Voici la rubrique Conductus ad Tabulam
, fuivent les paroles :
» Orientis partibus ,
Adventavit Afinus ,
>> Pulcher & fortiffimus
Sarcinis aptiffimus.
Hez , Sire Afne , Hez,
» Hic in collibus Sichem
» Enutritus fub Ruben ,
20 Tranfiit per Jordanem,
» Saliit in Bethlehem.
Hez , Sire Afne , Hez.
" Saltu vincit hinnulos ,
» Dagmas & capreolos ;
» Super dromedarios
» Velox Madianeos.
Hez , Sire Afne , hez .
» Aurum de Arabia
>> Thus & myrrham de Saba
» Tulit in Ecclefia
» Virtus Afinaria.
Hez , Sire Afne , hez.
C'étoit-là apparemment comme la neume
ou le refrains
Dum
1600 MERCURE DE FRANCE.
» Dum trahit vehicula
» Multa cum Sarcinula ,
» Illius mandibula
>> Dura terit pabula.
Hez , Sire Afne , hez .
>> Cum ariftis hordeum
» Comedit & carduum ;
>> Triticum à palea
» Segregat in area.
Hez , Sire Afne , hez.
» Amen , dicas , Afine
» Jam fatur ex gramine :
» Amen , amen , itera ,
"
Afpernare vetera .
Hez , Sire Afne , hez .
Lectâ tabula incipit Sacerdos Deus in
adjutorium intende laborantium , & c.
A Dieu ne plaife , Monfieur , que je
veüille railler ici fur des fujets facrez &
ferieux . Je fuis bien perfuadé que celui
de la Fête de l'Afne ne l'étoit nullement ,
& je crois qu'entre tous les Acteurs &
les Spectateurs de la ceremonie , il ne
pouvoit y avoir qu'un feul animal qui ne
rioit point , fçavoir l'Afne en queſtion
qu'on conduifoit à petits pas depuis la
grande porte de l'Eglife jufqu'à la table ,
au chant de l'éloquente Profe que je
1
viens
JUILLET 1725.
16or
J
viens de vous
rapporter. C'étoit-là vrayement
l'Afinus vehens myfteria , dont il
eft parlé dans Ariftophane . Mais j'efpere
de vous entretenir un jour plus au long ,
& de vive voix de cette bizarre pratique
, dont peut- être l'origine vient du
paganifme. Quelques-uns croyent que
c'eft une imitation de l'Afne d'Apulée
que portoit la Déeffe Cerès ; ce qui n'eſt
gueres probable. Je préfume qu'elle vient
plutôt de l'Anefle de Balaam, dont le fexe
mafculin eut enfuite l'honneur de porter
le Sauveur à fon entrée en Jerufalem .
Je ne fçai , au refte , fi après la certi❤
tude de la Fête de l'Afne , on peut douter
que ce qu'on appelle encore dans une
Eglife peu éloignée d'ici , la Fête de la
Vache grife , n'ait été originairement une
autre pratique réelle , également burlefque
& rifible.
Quoiqu'il en foit , il eft certain que la
Fête de l'Afne a encore moins duré que
celle des Foux. Ce font , pour ainſi dire,
des nuages ou des ombres dans les coutumes
Ecclefiaftiques , qui ont été plus ou
moins grands, felon qu'il y a eu dans les
pays plus ou moins de perfonnes capables
de s'y oppofer , & de les diffiper . Je
ne defefpere pas qu'on ne revienne de
même de plufieurs coutumes groffieres
& gothiques , à mesure qu'on connoîtra
F le
1602 MERCURE DE FRANCE .
le cas qu'il en faut faire . Je fuis , Monfieur
, & c.
Depuis que j'ai écrit cette Lettre , je
fuis tombé fur un article des comptes de
nôtre Ville de l'an 1454. qui me fait
juger moins defavantageufement
du terme
de Cornards que je n'avois fait d'abord.
Voici l'article mot pour mot : A
Perrenet Gontier , Marchand & Bourgeois
d'Auxerre , qui à la Fête-Dieu dernierement
paffée a été Baftonnier de la Confrerie
d'icelle Fête , xxviij f. pour aidier à fupporter
le falaire & les frais des Menestrels
qui ont corné & chalemellé devant le corps
de N. S. J. C. durant la Proceffion qu'on
fait leditjour , ainfi que accoutumé eft
de faire , &c.
e
Le mot de Cornard ne feroit - il point
dérivé de ces joueurs de Cornet ou d'au
tres inftrumens femblables , qui fe figna,
loient à la Fête- Dieu , qui arrive ordinairement
vers la S. Barnabé ; en forte
qu'on auroit dit Corneurs ou Cornars indifferemment
? Ma remarque peut tous.
jours fervir à prouver l'antiquité des
Cornets dans l'ufage Ecclefiaftique , &
aider à découvrir l'étimologie du mot
de Menetrier. A l'égard du ferpent
qu'on peut appeller le Prince des Cornets
, j'avouerai qu'il n'eft
cien , puifqu'il fut inventé ici par un
pas
fi an-
ChaJUILLET
1725 . 1603
Chanoine qui vivoit au commencement
du dernier fiecle , & qui en introduifit
d'abord l'ufage à Tours. Mais j'ai tout
lieu de foupçonner que l'origine des Cornes
fur lesquelles on a fait tant de rifées le
18. Juillet , ne vient que de ce que les anciens
joueurs de . Cornet ou de Chalumeau
auroient pris pour leur Patron.
S. Arnold , joueur d'inftrument , du Duché
de Juliers , dont la Fête tombe en ce
jour : choix dont on a été d'autant plus
fufceptible dans cette Province, que nos
Ducs attiroient fouvent un grand nombre
de nos habitans dans les Pays - bas ,
dont ils étoient alors Seigneurs en partie.
Permettez - moi, en finiffant, encore une
remarque pour appuyer ma conjecture.
fur l'étimologie de Cornard , dont l'Abbé
de ce nom pouvoit bien être le Chef des
Meneftriers , Corneurs , & autres joueurs
d'inftrumens , remarque qui pourra d'ailleurs
vous égayer . Jean Regnier , Seigneur
de Guerchi , Baillif de nôtre Ville,
lequel avoit eu le malheur d'être fait
prifonnier à Beauvais en 1432. dans le
temps que le Duc de Bourgogne , dont il
étoit Officier , faifoit la guerre à Charles
VII. s'attendoit à la mort de jour en jour.
Il avoit déja fait fon Teftament dans les
prifons de Beauvais ; mais ayant eu tout
le loifir d'y penfer ; ce Teftament ne
Fij devint
1504 MERCURE DE FRANCE.
devint plus fi ferieux ; il en fit un dans
lequel il décrit en vers toutes les cere
monies qu'il vouloit qu'on obfervât à ſeș
funerailles. Voici l'article fur lequel je
m'appuye. Après avoir reglé ce qui regarde
le poifle , dont fon cercueil devoit
être couvert , & de quelles fleurs & herbes
feroient les chapeaux , dont il devoit
être orné , il ajoûte. !
Encor voudrois - je bien avoir ,
Des Meneftriers trois ou quatre ,
Qui de corner fiffent devoir
Devant le corps pour gens ébattre,
Le Recueil des Poëfies de ce Magiftrat
, compofées la plupart dans fa prifon
à Beauvais , a été imprimé à Paris en
1524. Ceux qui aiment à rire fur la
mauvaife Mufique auront dequoi fe divertir.
Regnier l'entendoit paflablement
pour fon temps : il parle du Contre-point
& du Defchant ( Difcantus ) dans fes
Poëfies. Il femble qu'il s'en mêloit quelquefois.
Je n'ai connu ce Livre que par
le moyen de M. le Marquis de G ......
qui defcend en droite ligne de ce Jean
Regnier , & qui l'avoit dans fa bibliotheque
dans une terre à trois lieues d'ici.
D'Auxerre , ce 12. Juin 1725 .
PREJUILLET
1725. 1665
XXXXXXXXXXXXXXX
PREMIERE ENIGME.
Par l'homme je fuis animé ,
Ce font les mains qui m'ont formé ,
Souvent auffi Dame Nature ,
M'a donné toute ma tournure ,
Dans tous les temps j'ai fait grand bruit ,
J'annonce fouvent le carnage' ;
Mais fi l'oeil du monde ne luit
Je ne fuis pas de grand uſage ,
Seigneur , Berger & Pelerin ,
Ne me perdroient qu'avec chagrin ,
Je fuis plus ancien qu'Alexandre ;
Aux Juifs j'annonçois le bon temps ,
Avec grand plaifir de m'entendre ,
Deux fois foulement en cent ans.
Cavalier pour être à la mode ,
Doit faire honneur à mes accens
A me prendre d'un autre ſens ,
Souvent le piéton j'incommode .
Qui me voudra prendre à rebours ,
Me trouvera dans mon efpece
Fiij
Plus
1606 MERCURE DE FRANCE.
Plus dur
que
le coeur de Lucrece.
Mais trop long devient ce diſcours
M'attrappe qui pourra , j'abrege .
Je fuis Latin comme François ,
Tôt on me verroit aux abois ,
S'il avenoit que dans mon fiege ,
Je ceffaffe de me mouvoir ,
Ou que quelqu'un voulut me voir.
DEUXIEME ENIGME.
E fuis d'une taille fort fine ,
JE
Et propre dans mon origine.
On me gâte pour mon malheur ,
Et c'eft ce qui fait ma valeur.
D'une tranquillité profonde ,
Je fouffre tout fans aucun choix ,
Avec moi mille & mille exploits

Se font craindre par tout le monde,
Sorti de la gêne & des fers ,
A
A voir ce que je fuis tout le monde s'empreffe,
En cent façons on me tourne , on me preffe ,
Pour me faire courir & les Monts & les Mers ;
Et pour comble de mon martyre ,
Je
JUILLET 1725 . 1607
me garderai bien de dire ,
A quel vil ufage je fers.
J
TROISIEME ENIGME.
E pourrois fans orgueil vanter mon origine
,
Puifqu'on ne voit rien au- deffus ,
Et qu'en un fens elle eſt preſque divine ,
Cependant on me haït, on fait encore plus
On ne m'attend point fans allarmes ,
Seule je caufe un grand effroi ;
Mais quand ma mere eſt avec moi ,
Elle m'attendrit par fes larmes ,
Et l'on me craint moins de moitié ,
Ce n'eft pas que je fois fenfible à la pitié.
Les trois Enigmes du premier volume
de Juin doivent être expliquées par la
Rime , la Cerife & le Sommeil.
Le mot des deux du fecond volume
du même mois , eft le Lit & la Faim .
Fiiij NOU1608
MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Mbré des procès , par M. l'Abbé de
EMOIREpour diminuer le nom-
S. Pierre , à Paris , rue S. Jacques, chez
Cavelier le fils, 1725. volume in 12.de
420. pages.
Le procès eft de tous les malheurs celui
qui pour l'ordinaire a de plus dangereufes
fuites ; de lui naiffent les peines
, les dépenfes , les inimitiez , les pertes
, & la ruine prefque totale des familles
. C'eft la fource & la pepiniere ,
pour ainsi dire , de tous les maux. Le
procès , en un mot , peut prefque être
comparé à la boëte de Pandore . Une perfonne
donc , qui, entreprendroit de déraciner
un fi grand mal , & qui y apporteroit
le remede neceffaire , meriteroit
fans doute beaucoup , non feulement de
quelques particuliers , mais même de
toute la focieté civile. C'eft ce que M.
l'Abbé de S. Pierre , déja connu par plufieurs
Ouvrages folides , & qui ne refpirent
que
le bien public , entreprend de
faire dans le Memoire que nous annon-
Cons
JUILLET 1725. 1609
çons. Nous allons en donner un Extrait
afin qu'on puiffe juger du deffein de l'Auteur
, & de l'utilité de l'Ouvrage , qui
meritoit un titre moins modefte.
M. l'Abbé de S. Pierre divife fon Livre
en deux parties. Il fait voir dans la
premiere , que les Loix , quoique trésimparfaites
, font neceffaires pour nous
preferver d'un grand nombre de procès
, & que plus ces mêmes Loix fe perfectionneront
, plus le nombre des procès
diminuëra . S'il n'y avoit point de
Loix , dit-il , il faudroit un trop grand
nombre de Juges pour apprendre à chaque
Citoyen , ce qui lui appartient out
ce qui ne lui appartient pas ; & les Juges
n'étant affujettis à aucunes Loix , net
décideroient des differends , que felon
leurs interefts particuliers. Les hommes
penfent fi diverſement à caufe
de leurs differentes paffions , que l'on ne
verroit que des jugemens oppoſez les uns
aux autres , & cette varieté , cette oppofition
feroit une fource intariffable de
procès. 11 n'eft pas moins neceffaire qu'il
yait des Juges pour interpreter ces Loix,
des Juges qui foient averez du Souve
rain , qui feul a le pouvoir de faire des
Loix , des Juges qui foient revêtus de ſa
puiffance , qui fçachent allier le glaive
de Mars avec la balance de Themis , pour
Fv faire
1610 MERCURE DE FRANCE.
faire refpecter leurs décifions. 11 eft
donc neceffaire qu'il y ait des Loix quoi
qu'imparfaites , dans un Etat , il eft auffi
necellaire qu'il y ait des Juges : voyons
maintenant fi ces Loix , en atteignant de
plus en plus à leur perfection , diminuëront
le nombre des procès .
Nos Ancêtres , dit M. l'Abbé de Saint
Pierre , moins habiles dans la forme de's
Loix que les Romains , nous ont fait
très - imprudemment un grand nombre
d'exceptions & de diftinctions entre les
meubles & immeubles , entre les biens
nobles & les biens roturiers , entre les
Acquets & Conquets , entre les Acquets
& les biens patrimoniaux , entre les biens
ecclefiaftiques & les biens feculiers , & c .
& quantité d'autres diftinctions trés-fâcheufes
qui ont multiplié infiniment les
differents cas , & par confequent les differentes
fources de doutes , de queftions,
& de procès. Ainfi dans toutes ces fortes
d'exceptions de la Loy , pour un mal
très réel , il n'y a eu qu'une équité apparente.
Equité apparente, continue l'Auteur
, car tel particulier , ou telle famille ,
qui a gagné par telle exception , ou dif
tinction dans tel cas , a perdu dans un autre.
Il eft donc évident , que fi l'on prenoit
foin de débaraffer la Loi peu à peu de
ces exceptions , les efpeces n'étant pas
en
JUILLET 17258 161r
en fi grand nombre , le nombre des procés
diminuëroit . Et pour cela il eft befoin
de plus d'étendue dans nos Loix ,
plus de clarté , plus de tendance à la plus
grande utilité de la focieté , plus de tendance
à l'uniformité. Voilà les quatre
qualitez que M. l'Abbé de S. Pierre croit.
abfolument neceffaires pour former peu
à
peu , & pour perfectionner de fiecle
en fiecle le Droit François..
Pour ce qui regarde l'étenduë , tout le
monde convient , que tous les cas qui fe
peuvent décider clairement , font toûjours
mieux décidez par la Loi , que par
le jugement des Juges. Mais comment
peut-on étendre cette Loi ? M. l'Abbé de
S. Pierre apporte pour exemple la Loi
des Preſcriptions de la Coûtume de Paris
, cette Loi ne contient que 15. Articles.
Il paroît par les Articles faits chez
M. le Premier Preſident de Lamoignon
rapportez par Auzannet , que pour décider
tous les cas des Prefcriptions ; tant
ceux que l'experience avoit fait remarquer
depuis la reformation de la Coûtume
de Paris , que les autres cas que
prudence pouvoit alors prévoir , il
Foît qu'il faudroit au moins quatre fois
plus d'articles qu'il n'y en a dans la Coûtume.
Que l'on fuppofe , par exemple,
que dès que l'on reforma la Coûtume de
F vj Paris
la
pa1612
MERCURE DE FRANCE.
Paris , l'on y eût inferé les 60. articles
touchant la Loi des Prefcriptions qui y
font neceffaires , n'eut- on pas obvié par
une conduite fi fage à une infinité de procès
que le refferrement de la Loi a caufé?
Je fçai , continue l'Auteur , que
l'on n'auroit pas obvié par ces 60. Articles
à toutes les differentes efpeces de
Preſcriptions ; mais du moins on eut obvié
à toutes celles qui ont été fufcitées
depuis la reformation de la Coûtume de
Paris , jufqu'au temps que M. de Lamoignon
fit faire cet examen par les doctes
Jurifconfultes qu'il affembla chez
lui.
S'il faut que la Loi foit étendue , il faut
auffi qu'elle foit claire ; afin que chaque
particulier , connoiffant aifèment ce
qui lui appartient , ne s'embaraffe point
mal- à-propos dans les procès La clarté
eft donc la 2. qualité , que M. l'Abbé de
S. Pierre exige dans la Loi . Il faut donc
en écarter tous les mots barbares qui
paroiffent comme autant de myfteres ,
autant d'énigmes dont Ciceron fe mocque
avec tant de raifon . ( Cic. pro Murana
num. 25. 31. ) En troifiéme
lieu , il faut que la Loi tende plus au
bien general qu'au particulier , cela eft
trop évident pour nous y arrêter..
Enfin il faut que la Loi ait plus de tendance,
-
JUILLET 1525. 1613
dance à l'uniformité . Quel bien n'euffent
point apporté dans tout le Royaume les
Ordonnances de 1667 , & de 1670. qui
concernent l'uniformité dans la procedure.
Pour peu qu'on eût penetré dans leur
Jurifprudence , l'on en auroit reconnu
l'utilité. Si l'uniformité regnoit dans les
Loix par tout le Royaume , tel feroit Jurifconfulte
habile en Province , qui le feroit
à Paris , il y auroit plus de liaiſon entre
les Tribunaux , on fe confulteroit plus
aifément , & au lieu qu'à prefent un homme
d'une telle Province achete une Terre
dans une autre , ou s'il eft obligé d'y
faire fon teftament , il faut qu'il change
de manieres , de methode , d'ufages : quelle
bifarerie !
Il y a dans la premiere partie de cet
Ouvrage plufieurs objections faites à
l'Auteur fur fon deffein , avec les réponfes
, mais nous n'en rapporterons point
pour ne pas trop étendre cet Extrait .
M. l'Abbé de S. Pierre traite dans la
feconde partie de fon Ouvrage des moyens
de perfectionner le Droit François . Pour
cela l'Auteur propofe de former une Compagnie
d'habiles Jurifconfultes , d'une
grande capacité , d'une grande experience
, & furtout d'un efprit jufte , qui
s'affembleroit fous le nom d'Academie
du Droit François . Cette Academie n'au--
soit
1614 MERCURE DE FRANCE..
roit d'autre occupation , que de propofer
au Public des queftions fur differents
points de Jurifprudence ; par exemple ,
fur les tutelles , les curatelles , & c .
afin que de tous côtez on lui envoyât des
memoires , des décifions , & c . qu'elle
examineroit , & qu'elle rendroit uniformes,
pour être dans la fuite publiées fous
l'autorité du Roi , & fervir de Loi pour
toute la France.
Comme l'on eft toûjours mieux inftruit
de ce qui fe paffe fous fes propres
yeux , que de ce qu'on apprend par une
voye étrangere , il eft neceffaire , dit notre
Auteur , qu'il y ait dans chaque Ville
des Juges. Ce fera un moyen d'éviter
les dépenfes , les voïages , & c. mais
il faudra retrancher plufieurs Jurifdictions
fubalternes , qui ne font en aucune
façon neceffaires. Il faudra que les Charges
foient à un prix modique , afin qu'il
y ait plufieurs afpirans ; il faudra encore
que les procès foient jugez plutôt par Rapport
, que par Audience , cù l'attention
des Juges eft trop fujette aux diftractions.
La voye d'audience eft une fuite des
moeurs groffieres de nos peres , qui ne
fçachant pas écrire , fe faifoient inftruire
de vive voix , des differends fur lefquels
ils devoient porter leur jugement . Les
plus habiles mêmes de nos Rois , continuë
JUILLET 1725. 1615
nue l'Auteur , ne fçavoient point écrire :
Charlemagne , dit - il , en eft un exemple
. M. l'Abbé de S. Pierre nous permettra
de remarquer ici , que ce qu'il
rapporte de Charlemagne peut fouffrir.
quelque explication ; cet Empereur , au
fentiment de quelques Auteurs , fçavoit
écrire en Teuton , qui étoit fa langue
naturelle , mais non pas en latin .
L'Auteur donne encore beaucoup d'autres
moyens auffi neceffaires que ceux
que nous venons de rapporter , & qui
font admirer au Lecteur la penetration ,
le jugement folide de M. l'Abbé de Saint
Pierre. Au reste cet Ouvrage n'eft point
encore achevé , & l'Auteur promet en
plufieurs endroits , d'ajoûter quelques
éclairciffemens qui donneront lieu à ſon
augmentation .
LE SONGE DE SCIPION ; la Lettre
politique à Quintus , & les Paradoxes de
Ciceron. Traduction nouvelle , avec des
Remarques , & le Latin à côté , fur l'édition
de Grævius . A Paris , chez les
Freres Barbou , ruë S. Jacques , 172 5. in
12. de plus de 300. pages.
Le Songe de Scipion eft un fragment
des Livres de la Republique que Ciceron
avoit fait à l'imitation de ceux de
Platon
1616 MERCURE DE FRANCE .
Platon . Quoique cet Ouvrage n'ait pas
beaucoup d'étendue , il eft cependant trèscurieux
par la varieté des chofes qu'il
renferme. On y trouve des traits d'une
morale trés - pure & très - fublime : des
fyftêmes de Phyfique & de Metaphyfique
: Ciceron y fait la defcription de la
Sphere celefte & du Globe terreftre ; il
y explique le fentiment de Pythagore fur
l'harmonie , & le concert des Cieux : il
parle de l'origine de l'ame , & il établit
les opinions de Pytagore & de Platon fur
l'Immortalité , & la Metempsicofe.
La Lettre politique à Quintus a toûjours
été fort eftimée : Ciceron y expofe
tous les devoirs d'un Magiftrat ; & il
y débite des maximes d'une Politique
fage & éclairée . Il n'y a point de Lettre
dans Ciceron qui foit plus fleurie &
plus remplie de nobles fentimens que,
celle - ci .
Les Paradoxes font des differtations,
dans lesquelles Ciceron s'attache à établir
quelques fentimens des Stoïciens .
L'Abbé Geoffroy , Auteur de la traduction
de ces trois petits Ouvrages , a fait
des Remarques fort curieufes ; il y en a
de philofophiques , dans lefquelles il refute
des opinions de Ciceron , & de quelques
autres Philofophes , avec autant de
précifion que de netteté . Le ftile de la
traJUILLET
1725. 1617
traduction nous a parû très - fleuri ; c'eſt à
ceux qui voudront s'en donner la peine,
de voir fi elle eſt fidele.
L'ECOLE DE MARS , ou Memoires inftructifs
fur toutes les parties qui compofent
le Corps militaire en François ,
avec leurs origines , & les differentes
manoeuvres aufquelles elles font employées.
Dediée au Roi par M. de Gui
gnard , Chevalier de l'Ordre militaire
de S. Louis , & Lieutenant Colonel du
Regiment d'Infanterie du Thil. A Paris,
ruë S. Jacques , chez Simart , 1725 .
VOYAGES de Jean Ovinton , faits à Surate
& autres lieux d'Afie & d'Afrique,
avec l'hiftoire de la Revolution de Golconde
, & des obfervations fur les vers
à foye , traduit de l'Anglois. A Paris ,
ruë S. Jacques , chez Et. Ganeau , 1725.
2. vol. in 12 .
ECLAIRISSEMENS fur l'Analyfe des
infiniment petits . Par M. Varignon ,
membre de l'Academie des Sciences de
Paris , de Londres & de Berlin , &· Profeffeur
Royal. A Paris , chez Rollin ,
1725.in 4. de 118. pages .
NOUVL LE MECHANIQUE , ou Statique,
1618 MERCURE DE FRANCE.
que , dont le projet fut donné en 16872
Ouvrage pofthume de M. Varignon , de
l'Academie Royale des Sciences de France
, d'Angleterre & de Pruffe , Lecteur
du Roien Philofophie au College Royal,
& Profeffeur des Mathematiques au College
Mazarin. A Paris , chez Cl . Jombert
, 1725. 2. vol . in 4. de plus de $ 50,
pages.
"
HISTOIRE OU Vies des Saints de Bretagne
que l'Eglife honore d'un culte
public , & des perfonnes d'une éminente
pieté , qui ont vêcu dans la même Province
, avec une addition à l'Hiftoire de
Bretagne , par Dom Louis - Alexis Lobineau
, Prêtre , Religieux de la Congre
gation de S. Maur , enrichie de figures
en taille- douce. A Rennes , 1724. in fol.
de prés de 600. pages.
L
APOLOGIE pour feu M. l'Abbé de la
Trape , Dom Armand- Jean de Bouthilier
de Rancé. A Paris , Quay des Auguftins
, chez Cl. Bauche le fils , 1725.
in 12. de 97. pages.
OEUVRES de M. Bourfault , augmen-.
tées de plufieurs pieces tant de Theatre
que d'autre Poëfie . A Paris , Quay
des Auguftins , chez la veuve Ribou ,
1725.
JUILLET 1725. 1619
1725. 3. vol in 12. 7. liv . 10. fols .
NOUVEAU RECUEIL d'Infcriptions ,
d'Epitaphes , & d'Epigrammes fingulieres,
en Latin , en François , en Italien &
en Eſpagnol.
L'Auteur de ce Recueil prie les curieux
qui ont quelques pieces d'élite en
ce genre , de vouloir les lui communiquer
par
le moyen de l'adreffe du Mercure
, pour rendre fa compilation plus
digne d'être donnée au public.
On a imprimé des Lettres écrites par
un Anglois de la Societé Royale de Londres
, au R. P. Caftel Jefuite , contre fon
Systême de la pefanteur univerfelle. Elles
fe vendent à Paris chez Mufier
Quay des Auguftins , à l'Olivier . L'Auteur
attaque vivement ce Pere fur les
propofitions les plus fingulieres de fon
Syftême , & il ne le menage point.
PHENOMENE arrivé à Marseille
le 29. Juin 1725 .
Lde l'oüeft à l'Eft par le Sud , & ont
Es vents ont varié dans la journée
refté l'après- midi à l'Eft petit frais . Nous
eûmes calme à fept heures du foir ; à 8 .
heures le calme continuant , & le Ciel
étant
1620 MERCURE DE FRANCE.
étant chargé de nuages fans le moindre
vent , on vit baiffer la mer dans le port
d'environ deux pieds de fa hauteur ordinaire
; à 8. heures & un quart elle rentra
dans le port avec tant de rapidité ,
qu'on vit dans un inftant trois ou quatre
Vaiffeaux ( qui étoient pour lors moüillez
vis- à- vis la chaine en dedans du port )
defamarer & courir çà & là , de façon
qu'il fembloit que ces Vaiffeaux étoient
pouffez par un vent forcé , & dans moins
d'un demi quart d'heure la mer monta
d'environ cinq pieds , & déborda en quelques
endroits du Quay. Ce flux fut fuivi
d'un reflux fubit qui fut plus dange
reux , puifqu'il démarra plufieurs autres
Vaiffeaux & Barques qui étoient amarrez
près de l'embouchure du port. La
marée fut fi violente , qu'elle jetta deux
Vaiffeaux contre le Fort S. Jean ; qu'ils
perdirent leur mats de beaupré avec leur
guibre ; elle en entraîna deux ou trois
hors du port tous armez , & plufieurs autres
Vaiffeaux ou Barques qui tournoyoient
au gré de la marée , s'aborderent
fans qu'on osât rifquer un bateau
pour leur donner du fecours Le tout s'eft
pallé dans un quart d'heure , & n'a cependant
pas laiffé que de caufer beaucoup
de dommage. Tous les anciens Marins
ont été furpris de cet évenement .
Ils
JUILLET 1725. 1621
Ils ont bien vù la Mer monter auffi haut
après plufieurs jours de vent ; mais ils
n'ont jamais vû avec le calme la Mer.
monter auffi rapidement.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille
du 1. Juillet fur le même fujet.
V
Oici un évenement affez fingulier ,
le 29. Juin à neuf heures du foir ,
la Mer monta deux fois fur le Quay du;
Port , & fe retira deux fois avec tant de
rapidité que les bâtimens qui y étoient
amarrez chafferent , le courant les mena
de l'Eft à l'Oueft , & les ramena de.
l'Oueſt à l'Eſt , un Vaiffeau rompit fon
beaupré , fa poulene & fon taillemer ,
contre le Fort S , Jean , & un Pinque fe
creva contre un pillier de la chaîne du
Port. Heureufement la Mer étoit calme ,
& il n'y avoit point de vent , ce qui a
fauvé plufieurs Bâtimens ; car cette maniere
de torrent bouleverfa en moins de
demie - heure tout le fond de la Mer ; les
Galeres du Roi n'en ont point fouffert .
Le fieur Blaccas qui a foin de la cure du
Port , ayant fondé par tout le lendemain
a affuré qu'il avoit donné jufqu'à quatre
pieds de fonds en certains endroits , & en
d'autres i l'avoit diminué d'un & de
deux pieds .
EX:
1622 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une autre Lettre du 2 .
Juillet.
A
Huit heures & demie du foir après
le Soleil couché , la Mer ayant
fempli infenfiblement le Port jufqu'à
niveau du Quay , elle en reffortit avec
tant de violence , que deux Vaiffeaux qui
étoient mouillez au milieu , l'un rompit
un cable de 1 2. pouces , de forte qu'ayant
deradé, les courans les ont fait fortir hors
du Port , à une portée de moufquet en
remorquant leurs ancres . Le paquebot
du Port Mahon , qui porte les expeditions
d'Angleterre , lequel étoit moüillé
hors du Port , & amarré aux pilliers de
la chaîne , ayant rompu fon cable , fut
auffi emporté à un mille du Port en remorquant
auffi fon ancre ; un moment
après , la Mer le ramena à l'embouchure
du Port avec la même furie , de même
que les deux autres Vaiffeaux , dont l'un
en entrant dans le Port, fracaffa fon beaupré
, à la terraffe du Fort S. Jean . Dans
cet intervale tous les Bâtimens qui étoient
dans le Port jufqu'à l'Hôtel de Ville ,
leurs ancres ne tenant point , parce que
le fonds & la vaſe bouilloient , ſe fracalfoient
les uns contre les autres ; cependant
il n'y a eu qu'une Barque chargée
de
JUILLET 1725. 1725 1623
deris qui a été très - maltraitée aux pilliers
de la chaîne où les Bâtimens ont
prefque refté à fec lorfque la marée
reffortit ; au retour on eut le temps de
l'échouer du côté de S. Victor pour conferver
une partie du chargement ; la Mer
pour lors ayant remonté fur le Quay
près des Auguftins prefque jufques aux
magafins. Tout cela s'eft paffé dans une
demi- heure de temps , la Mer ayant
baiffé d'environ trois pieds de fon état
ordinaire , & monté de cinq.
Il eft à remarquer qu'ayant fait fonder
par tout le port, on a trouyé qu'à bien des
endroits où il n'y avoit pas beaucoup de
fonds, la Mer y a beaucoup creufé , & aux
endroits où il y en avoit beaucoup, la marée
y a produit un effet tout contraire :
on prétend que les courrans remettront
le fond dans fon premier état.
LETTRE écrite de Gien-fur- Loire
Ville de l'Orleanois le 21. Juillet 1725 .
C
Omme tout le monde eft intereflé
à découvrir les differens Phenoménes
qui arrivent dans la Nature , & que
nos plus grands Philofophes n'ont travaillé
que pour en donner des notions
les plus vrai - femblables. J'ai crû , Meffieurs
, vous faire plaifir de vous envoyer
les
1624 MERCURE DE FRANCE .
les particularitez d'un Phenoméne qui a
paru dans le Ciel . Les fçavans pourront
examiner & approfondir cette matiere ;
nous attendons avec grande impatience
leurs conjectures .
9.
Le Jeudi 19. de ce mois entre 8. ou
heures du foir , comme tout le monde
étoit à la promenade , on apperçût une
étoile qui paroiffoit aux yeux de la gran
deur d'un écu , laquelle après être alleé
comme un trait d'arbalefte de l'Orient
à l'Occident , & y avoir refté deux ou
trois minutes , revint avec la même rapidité
vers l'endroit d'où elle étoit partie,
elle y refta encore l'espace de deux minutes
; après quoi elle fut fe placer , en
fe raprochant de l'Occident , entre deux
autres étoiles , dont elle effaçoit la clarté s
elle y demeura dans un mouvement à
peu près circulaire plus de quatre minutes.
Enfin on la vit fe perdre en tournoyant
dans le Ciel. Ce Phenoméne n'a
pas laiffé de troubler toute nôtre Ville.
La populace en fait l'application qu'elle
a coutume de faire en pareilles occafions ;
elle prétend que cette étoile prophetife
quelque grand évenement ; pour nos fçavans
ils ont déja perdu plufieurs nuits à
tâcher d'en découvrir les cauſes , ou à
examiner s'il n'en paroîtra pas quelque
autre. Vous leurs feriez plaifir ; Meffieurs
JUILLET 1725. 1025
fieurs , de faire part au public de cet évenement
; il fe trouvera peut- être quelques
Philofophes charitables , qui s'intereffant
à leur repos , voudront bien par
pitié leur ôter le voile épais qu'ils ont
devant les yeux. J'ai l'honneur d'être ,
Meffieurs , & c.
-
T. D. E.
Le 8. de ce mois il a été foutenu au
College d'Harcourt une Thefe , par
Etienne Louis - Alexandre Berthelot ,
Clerc du Diocèfe de Paris , & Abbé de
Saint Martin de ...... La ceremonie fe fit
dans la Chapelle de ce College , qui étoit
ornée de riches tapifferies . Cette Theſe
eft du Cours Philofophique de M. Rouffel
, Prétre Licentie en Theologie , &
Profeffeur dans le même College . Il s'y
trouva un grand nombre d'Evêques &
d'Abbez de diftinction , fans parler d'un
grand nombre de perfonnes de la premiere
qualité. La Thefe dont toute la
Philofophie faifoit le fujet étoit fur une
très-grande feuille , & ornée au frontifpice
d'une grande Eftampe .
Sans entrer dans aucun détail fur le
merite de M. Rouffel , qui profelle avec
applaudiffement la Philofophie dans ce
College depuis long - temps , on fçait
l'attention que M..Dagoumer , Recteur
G de
1625 MERCURE
DE FRANCE.
de l'Univerfité , quien eft froviſeur , apporte
dans le choix qu'il fait des perfonnes
qui rempliffent les Chaires de ce
College. On en a eu des preuves particulieres
dans M. Grenan , Profelleur de
Rhetorique , dont nous avons parlé dans
nos précedens Journaux , de feu M. Moulin
, Profeffeur d'Humanité , Auteur du
Traité des Eaux de Paffy ; on en a encore
des preuves toutes recentes dans M.
Vaillant , qui vient de donner la Traduction
des Eglogues de Virgile , avec des
Notes critiques , & c.
Le Comte de Maurepas , Miniftre &
Secretaire d'Etat , qui fut élû à l'Académie
Royale des Sciences , le 11. du
mois d'Avril dernier , pour remplir la
place d'Académicien honoraire , vacante
par la mort du Pere Gouye , Jefuite , y
prit féance le 4. de ce mois .
-
&
Dans l'Affemblée de cette Académie
du Samedi vingt un de ce mois , M. de
Maupertuis , Adjoint Geometre ,
l'Abbé Camus , furent élus pour remplir
la place d'Affocié Geometre , que
M. Chevalier a laifé vacante en devenant
Penfionnaire Geometre .
M. Morand , Adjoint Anatomiſte &
M. Malloüet , Medecin de l'Hôtel Royal
des
JUILLET 1725. 1627
des
Invalides pour remplacer la piace
d'Affocié
Anatomifte , que M. Petit a
laiffé vacante , en devenant
Penſionnaire
Anatomiſte .
Ms de Lifle & Gaudin pour remplir
celle
d'Adjoint
Aftronome , vacantes depuis
long-temps.
Mrs de Juffieu le cadet & Péyffonel ,
Medecin de
Marfeille , pour remplir
celle d'Adjoint Botanifte , vacante auli
depuis long- temps. On marquera le mois
prochain ceux de ces
Académiciens que
le Roi aura choifis.
Le fieur Daudet ,
Ingenieur Geographe
du Roi , a prefenté à la Cour la Čarte
des differentes routes de Paris à Strafbourg
, & de Strasbourg à
Fontainebleau,
pour fervir au voyage de la Reine ; il
vient de la faire graver. Elle fe vend
chez lui , rue des Foffez
Montmartre, près
la Boucherie. Ledit fieur Daudet doit
faire ce voyage pour donner à fon retour
les Cartes , Plans & Deffeins des endroits
où la Reine aura paffé , & les reprefentations
des fêtes &
réjoüiflances qui
fe feront faites à ce fujet.
par
L'on va conftruire un Pont de Bois fur
la Seine , au - deffous de la porte de la
Conference , vis- à- vis la rue de Bour-
Gij gogne ,
1528 MERCURE DE FRANCE.
gogne , qu'on appellera Pont de Bourbon
: il communiquera du Fauxbourg
S, Germain au Cour de la Reine. C'eſt
le fieur Daudet dont on vient de parler
qui en a formé le projet , & qui en a fait
divers plans. Il en a même follicité le
Privilege ; mais la Ville a demandé la
préference pour la conftruction de ce Pont,
ce que le Roi lui a accordé par Lettres
Patentes. On y va travailler inceffamment
; ainfi qu'à une machine hydraulique
qui fournira de l'eau à une grande
partie du Fauxbourg S. Germain , qui eft
auffi de l'invention du fieur Daudet.
Un particulier fait conftruire fur la
Riviere de Seine , une nouvelle Machine
, qu'il prétend plus utile & plus
propre que toutes celles qui ont déjà été
propofées pour faire remonter les bateaux
fans le fecours des chevaux ,
On apprend de Londres que le Chevalier
Guillaume Hamilton a inventé
une Machine très-ingenieufe pour la
feureté des maifons contre les voleurs.
Elle eft faite de maniere qu'en quelque
endroit qu'on touche aux portes & aux
fenêtres , ceux qui font en dedans , font
avertis à l'inftant par le fon d'une cloche ,
&
JUILLET 1725.
1629
& par un coup de piftolet , qui en tirant,
allume une bougie .
On apprend aufſi que M. Arthur Hill ,
fils aîné du Lord Hillſboroug , eſt mort
à Londres de la petite verole qu'il avoit
infertion .
reçûë par
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Malthe
à S. E. M. le Bailly de Mefmes ,
le 4. Juin 1725.
Jdes
E vous ai envoyé l'état des malades
gueris par le Capucin , & fleur
feing, & ce que nous avons vû de
fa maniere en les traitant : vous comprenez
bien que cet homme ne donnera
pas fon fecret , & qu'il dépayfe
ceux qui le queftionnent ; mais s'il étoit
en France on feroit obferver fes malades
par un Medecin en même temps , & l'on
voleroit fon fecret ; je doute que ce que
je vous ai envoyé puiffe fervir à une Differtation
, mais l'operation eft miraculeufe .
Ce Capucin eft un homme doux &
tranquille , bon Religieux , qui ne fe
laiffe point aveugler par l'argent ; il a ici
fon frere dont il a de la peine à fe feparer
. Le Roi de Sardaigne a écrit ici , & s'eft
fait envoyer des relations ; je des relations ; je ne ſçai s'il
n'a pas envie de l'attirer à Turin . Le
Grand Maître eft charmé d'avoir ces
Giij deux
-
1630 MERCURE DE FRANCE.
deux freres. L'eau eft un grand remede ,
nous n'en pouvons difconvenir ; s'il l'éprouvoit
à Paris pour la petite verole ,
vous verriez des miracles ; les femmes le
canoniferoient .
Un Medecin de Malthe fait paroître
une methode de donner l'Eau , comme
la donne le Capucin je n'ai pas voulu la
traduire en François & vous l'envoyer.
Ce fecret gît dans la connoiffance du
poulx , & nous voyons que le Pere Bernard
la donne bien differemment , même
dans les mêmes maladies , felon les fujets.
Il vient d'entreprendre la guerifon
d'une femme qui a un fchirre dans le ventre
, gros comme la forme d'un chapeau ;
s'il y réuffit ce fera un beau miracle. Je
fis voir au Capucin le Memoire que je
voulois traduire , il fe prit à rire , & me
dit que ce feroit tromper le public.
Il prétend que l'Eau ne fait que du
bien à tout le monde, prife à jeun pour la
colique ; mais qu'il faut dans une maladie
la prendre par regle , & connoître lorfqu'il
faut augmenter ou diminuer la do
fe , c'eft- là le grand fecret.
Autre
JUILLET 1725 . 1631
L
Autre en datte du 18. Juin.
E bon Capucin fait tous les jours de
nouvelles cures ; mais defabuſezvous
, il ne veut pas donner la methode
'de faire prendre l'Eau ; il nous a paru
qu'il la donnoit differemment à tous. Je
crois vous avoir écrit qu'on en a fait une
ici , & qu'on l'a envoyée en France , je
l'ai vûë, & je la lui montrai dans le deffein
de la traduire en François ; il me dit qu'elle
étoit propre à tuer ceux qui feroient
cette épreuve : vous la verrez peut- être
à Paris ; je fçai qu'elle a été envoyée en
Provence.
Nous avons parlé dans nôtre Journal
du mois de Fevrier dernier des Portraits
des Premiers Prefidens du Parlement de
Provence , gravez par le fieur Candier ,
qui fe diftingue dans fa Profeffion . Nous
ajouterons aujourd'hui que M. d'Ache ,
connu par plufieurs Ouvrages d'Hiftoire
& de Critique , fait actuellement imprimer
les Eloges Hiftoriques de ces premiers
Magiftrats , pour joindre à leurs
Portraits . 11 a pris foin de les réduire
chacun à deux pages , pour menager l'attention
des lecteurs , & pour pouvoir
faire relier le tout plus commodément
dans un jufte volume.
L'Eglife Gij
1632 MERCURE DE FRANCE.
L'Eglife de S. Sulpice , dont les travaux
avancent confiderablement , nous
fournit une matiere affez intereffante , &
nous croyons que le public fera bien aife
d'être informé des differentes beautez qui
doivent contribuer à la décoration de ce
fuperbe édifice , à mesure qu'elles paroîtront.
François Dumont , Sculpteur ordinaire
du Roi , Adjoint Profeffeur de l'Académie
Royale de Sculpture & de Ieinture ,
vient de pofer dans les deux Niches du
portail , qui eft vis - à - vis le Prefbytere ,
deux Statues qui reprefentent S. Pierre
& S. Paul : ces deux figures font de neuf
pieds & demi de proportion . Le Saint
Pierre a les deux bras étendus , les mains.
ouvertes , la tête & les yeux tournez vers
le Ciel. Pour fortir de l'ufage ordinaire
M. Dumont a mis à côté de la figure , fur
la même baſe , un enfant qui porte ſes
clefs , & qui a un genou fur une pierre
angulaire. Le S. Paul porte fous fon bras
gauche le Livre de fes Epîtres , & le
bras droit étendu ,la main ouverte , & le
maintien d'un Apôtre qui annonce la
parole de Dieu ; il a auffi un enfant à
côté de lui qui tient fon épée . La compofition
aufli-bien que l'execution de ces
deux grandes figures ne laiffent rien à
defirers on y remarque le bon goût des
plus
JUILLET 1725 16 :
plus grands Maîtres , foit dans l'elegance
des draperies , foit dans l'exacte proportion
des parties , foit enfin dans la nobletfe
& la verité des expreffions ; en
forte que l'on peut dire avec juftice que
Saint Pierre reprefente parfaitement un
homme qui parie à Dieu , & S. Paul un
homme qui parle aux hommes. Ces deux
caracteres font enfemble un effet admirable
, & ajoûtent infiniment à la magnificence
de ce portail .
Les deux Groupes d'enfans qui fout
fur les deux extrêmitez du fronton , dont
l'un porte une Croix , & l'autre une Crof
fe , ont aufli été compofez & executez
par M. Dumont.
On attend inceffamment de lui deux
autres figures pour le portail oppofé.
per-
Redevables comme nous fommes envers
le public , nous nous faifons un plaifir
de l'inftruire du progrès & de la
fection des Arts , furtout des operations
heureufes qui tendent à la confervation
de la vie ; celles qui ont été faites depuis
peu par le fieur Gerard , Chirurgien juré
à Paris , & Maître Chirurgien de l'Hôpital
de la Charité depuis 20. années
meritent d'être connues. Il fit le 4. Ma
dernier , l'operation d'une tumeur aneu
rifmale au bras gauche , au nommé Chu
Gv d
1634 MERCURE DE FRANCE .
de Peaute , Maître Rotiffeur à Paris , ruë
des Boucheries. Cette tumeur étoit du
volume de la tête d'un enfant nouveau
né , & caufée par un coup d'inftrument
trenchant , qui avoit ouvert le tronc de
l'artere brachiale. Le malade fouffroit depuis
quatre ans , & fon mal , prefque defefperé
, augmentoit de jour en jour :
l'operation a été fr heureufement faite ,
que le 20 jour le malade s'eft trouvé
parfaitement gueri , en forte qu'il ſe ſert
de fon bras tout comme auparavant.
Il a fait avec le même fuccès l'operation
de la taille à M. Canet , Brigadier
des Armées du Roi , âgé de 75. ans , lequel
a été gueri en 27. jours , l'operation
n'a duré
que deux minutes , faite en prefence
de M. Burette , Docteur en Medecine
, & de plufieurs autres Medecins
& Chirurgiens la pierre pefoit trois
onces.
Il a auffi taillé très - heureuſement les
nommez Pirou , âgé de 2o . ans , dont la
pierre pefoit plus de quatre onces , & qui
a été gueri en treize jours , & Gui Tourneur
, Fermier du Chapitre de Nôtre-
Dame de Chartres , auquel il a tiré le
12. Mai dernier une pierre de la groffeur
de deux gros oeufs d'Oye & applatie
, pefant 15. onces 7. grains , le malade
a été gueri en 30. jours.
11
JUILLET 1725 . 1625
Il a actuellement chez lui Etienne
Vaillant , natif de S. Aubin , dans le Diocèfe
de Troyes , auquel il a fait l'extirpation
d'une tumeur polypeufe , de la
groffeur du poing , & ties - dure , qui
occupoit les deux marines , & paffoit
par le fond de la bouche par delà là cloifon
, en forte que le malade étcit à tout
moment en danger d'être étouffé . 11 a
rendu cette partie fort libre , & l'homme
en état de s'en retourner chez lui parfai
tement gueri . Cela a été fait en prefence
de Mrs Burette & Reneaume , Docteurs
Regens en la Faculté de Medecine de Paris
, Medecins de l'Hôpital de la Charité
, & de plufieurs autres Medecins &
Chirurgiens.
Il fuffit au refte d'être pauvre pour
trouver un accès facile chez le fieur Gerard
; il les traite gratuitement dans ſa
maiſon , rue des Saints Peres , où tout le
monde peut aller tous les jours lui demander
fes avis depuis midy jufques à
trois heures.
Le fieur Cordier , qui poffede feul le fecret
des Peaux Divines , avertit le Public que les
Calottes faites des mémes Peaux , gueriffent
tous maux de tête les plus invéterez , & de
quelque caufe qu'ils puiffent provenir , comme
abfcès , fluxions , rhumatifmes , coups ou
contre-coups ; qu'elles attirent le fang qui
G vj peut
1636 MERCURE DE FRANCE.
peut être extravafé dans la tête , par chûte ou
par quelqu'autre accident; qu'elles gueriffent
les migraines , éblouiffemens , étourdiffemens,
vapeurs , bourdonnemens , tintemens d'oreille ;
enfin la furdité , tournemens de tête , phrénefie
, épilepfie , ou mal caduc , & c,
Par le moyen d'une tranfpiration douce qui
fe fait à travers les pores , elles attirent les
eaux acres & mordicantes qui tombent ordinairement
fur les yeux , fur le coeur , dans la
poitrine , fur les dents , & fur les autres par
ties du corps. Les Peaux Divines gueriffent
l'apoplexie , en fe fervant des Calottes faites
defdites Peaux , & font excellentes pour les
paralifies nouvellement formées , pour toutes
fortes de rhumatifines , les goutes , les goutes
fciatiques , les humeurs froides , maux de côté
& d'eftomach , pour les groffeurs , les dartres
vives , les boutons & rougeurs que l'on peut
avoir fur telle partie du corps que ce foit.
Elles font bonnes pour les enflures , meurtriffures
& ulceres .
Comme les Peaux Divines font réfolutives
& attractives , leur principale vertu eft de
fondre les humeurs malignes , glaireufes &
coagulées qui font entre cuir & chair : elles
adouciffent & fortifient les nerfs foulez , retirez
& affoiblis ; ainfi que les muſcles , fans
faire aucune ouverture ni cicatrice ; elles rendent
même , par le moyen de la tranſpiration ,
la peau blanche , & plus belle qu'avant l'application.
On peut , felon fon incommodité.
fe faire des camifolles , des gands & des chauf
fons de Peaux Divines , & fi lorfque l'on eft
attaqué de la petite verole , ou qu'elle eft
rentrée , l'on avoit foin de s'envelopper de ces
Peaux , on fe garentiroit fûrement des fuites
fâcheufes qui en résultent ; parce que par le
moyen
JUILLET 1725. 1637
moyen de la tranſpiration , elles font fortir le
venin qui eft caufé par le fang corrompu.
Le fieur Cordier fournit un Memoiie exact
de la maniere avec laquelle on doit fe fervir
des Peaux Divines , qui peuvent fe conferver
plus de 20. ans , fans perdre leurs vertus ni
qualitez . On en fait des envois dans les Provinces
& pays étrangers. Pour la commodité
publique , le fieur Cordier a établi des
Bureaux où l'on diftribue les mêmes Peaux
Divines ; fçavoir , à Lyon , chez le fieur Thomas
, Marchand,grande ruë Merciere. A Dijon,
chez le fieur Papillon , Marchand, proche l'Eglife
Nôtre- Dame. A Besançon , chez le feur
Charmet , Marchand Libraire. A Ron , chez
le fieur Maugy , rue Bourdin , aux Armes de
France. A Coutances , chez le fieur Papillon ,
Marchand Libraire. A Nantes , chez le fieur
Meziers , Marchand à la Foffe. A S. Malo
chez la veuve Defroziers , Marchande. A la
Rochelle , chez le fieur Defgranges , Marchand.
A Amiens , chez le fieur du Pontreùe ,
Marchand Epicier. A Breft , en Bretagne, chez
le fieur Tardy , Marchand, en la grande rue. A
Metz , chez le fieur Jacquemot , au Pont des
Mores , & à Amfterdam , chez le fieur Nicolas.
Viollet , au Comptoir de Bois -le- Duc, fur la
Bourfe .
Le fieur Cordier demeure à Paris , chez le
fieur Metas , Marchand Epicier , au bout de la
ruë de la Coutellerie & de la Vanzerie , vis- àvis
la ruë S. Jacques de la Boucherie , au prsmier
appartement.
SPEC1638
MERCURE DE FRANCE.
******************
SPECTACLES.
Lettre 2. fur le caractere des Anglois.
Ette Lettre roule fur le Theatre
Anglois , parce que c'eft un de leurs
principaux plaifirs . Les Anglois prétendent
y exceller , & croyent trouver dans
la diverfité de leurs manieres , & dans
l'imagination finguliere de leurs Poëtes ,
dequoi furpaffer , ( comme le difent quelques-
uns d'entr'eux ) les modernes & les
anciens . Je n'entreprendrai pas ici la cauſe
des anciens. Je dirai feulement que toute
perfonne qui a du goût , & qui aime ce
qui eft naturel , toute perfonne accoutųmée
à Moliere ne fe plaira pas beaucoup
aux Comedies Angloifes , qui le plus
fouvent font remplies de pointes d'eſ•
prit & d'ordures , bien plus que de traits
fins qui faffent plaifir , & qui foient de
quelque ufage. Cependant c'eft à Moliere
furtout qu'ils aiment à fe préferer , je
vous parlerai ici de leurs Comedies , &
fij'y employe toute une Lettre , vous
vous fouviendrez que la Comedie eft
une bagatelle privilegiée , dont les gens.
les plus graves ont fait leur amufement
&
JUILLET 1725.
1639
& en ont parlé comme d'une affaire importante.
L'Angleterre comme la France a eu
fon periode pour la Comedie , & Ben-
Johnson qui vivoit au commencement du
fiecle paflé , eft celui des Anglois qui l'a
portée le plus loin . Cependant , quoique
grand Poëte, il eſt inferieur.à Moliere en
beaucoup de chofes . Il n'en a ni l'efprit ,
ni l'heureuſe naïveté ; il n'a connu aucune
galanterie , & a mis fur la Scene
beaucoup de perfonnages méchaniques ;
enfin il n'a pas ofé former l'heroïque
deffein d'attaquer , comme Moliere , les
défauts de fa nation , & on peut dire de
lui qu'il a fait beaucoup de bien à la
Comedie Angloife , fans en faire aucun
aux Anglois . On dit à cela que le ridicule
François étoit plus propre pour le
Theatre qui veut des caracteres generaux
, au lieu que l'Angleterre n'en
offre que des particuliers . Quoiqu'il en
foit , Johnfon eft un Poete judicieux , admirable
à diftinguer , & à foutenir fes
caracteres , & dont les pieces qu'on met
au nombre de trois ou quatre , font excellentes
dans leur efpece.
Les Anglois feroient plus excufables
s'ils fe contentoient de préferer leur Johnfon
à Moliere , mais ils ne font pas cette
grace au Poëte François. Ils lui oppofent
juſMERCURE
DE FRANCE.
jufqu'aux Poëtes modernes les plus inferieurs
à Johnfon.
En Angleterre la troifiéme reprefentation
eft au profit de l'Auteur , & cette
circonftance a plus d'influence que tout
le refte fur la Comedie , parce qu'alors
le plus grand foin du Poëte eft de plaire
à la foule , & de trouver des fottiles fi
grandes , & en fi grand nombre , que les
laquais même ne plaignent pas leur argent
: c'eft par cette raifon auffi que la
Comedie eft une des fources de la corruption
de Londres ; c'eft où la jeuneffe
fe familiarife avec le vice , & où les femmes
apprennent à ne s'effrayer de rien .
Le vice y eft toûjours regardé comme
une chofe indifference ; on boit , on joie ,
on jure , on débauche une femme , on fe
bat ; l'honnête homme de la piece fait tout
cela, ou plutôt la piece n'a point d'honnête
homme.

Une des chofes les plus neceffaires
pour le plaifir du Theatre ,
c'est que
nature foit fi bien imitée que l'Art ne
paroiffe point ; qu'on oublie le Foëte
pour ne s'occuper que des fentimens de
la piece & de fes évenemens . Dans la
Coinedie Angloiſe le Poëte fe fait toûjours
entendre plus que l'Acteur , femblable à
un joueur mal -habile de Marionettes , qui
ne fçauroit tenir long -temps la voix proportionnée
JUILLET 1725. 1641
portionnée à ces petites figures , par- là
tout l'enchantment eft rompu , tout l'artifice
eft découvert ; c'eft - là le Poëte Anglois
, il détrompe à tout moment le
Spectateur par fes penfées recherchées ,
& l'oblige à s'appercevoir qu'il eft à la
Comedie.
Les Anglois abondent plus en penſées ,
& les François fçavent mieux les étendré
& les menager : là où ce menagement
n'eſt pas neceffaire l'Anglois excelle ; ce
font des converfations foutenuës , des penfées
heureufes & fortes , dont le grand
nombre ne fe trouve que chez eux .
La Comedie Angloife a bien d'autres
défauts , dont une traduction de l'Avare
de Moliere , qu'un de leurs plus fameux
Poëtes a faite , pourra donner l'idée.
Le fondement de ma Piece , dit- il , eft
pris de l'Avare de Moliere ; mais comme
il y a trop peu de personnage & d'action
pour un Theatre Anglois , j'ai ajoûté à
l'un & à l'autre affez , pour pouvoir reclamer
plus de la moitié de la Piece . Je
crois pouvoir dire, fans vanité , que Moliere
n'a rien perdu entre mes mains , auffi
jamais Piece Françoise n'a été maniée par
un de nos Poëtes , quelque méchant qu'il
fut, qu'elle n'ait été renduë meilleure . Ce
n'est ni faute d'invention , ni manque d'efprit
que nous empruntons des François ;
mais
1642 MERCURE DE FRANCE.
mais c'est par pareſſe , auſſi eſt ce parpareffe
que je me fuis fervi de l'Avare de
Moliere. Ces nouveaux perfonnages dont
il eft parlé ici , jouent une efpece de farce
entr'eux , qui confifte à enyvrer un
jeune homme , à le filouter , & à lui faire
époufer une fille de joye . C'eft la moitié
de la Piece que l'Auteur reclame fi
modeftement. Du refte , l'on n'eût jamais
penfé que la fimplicité , & l'unité
du fujet fuffent des défauts dans une Piece
, & que le grand nombre des perfonnages
en dût faire la beauté.
Le Prologue eft du même goût que la
Preface , en voici un morceau. Il eft auffi
rare de trouver du veritable efprit dans
les Pieces françoises, qu'il eft rare de trouver
des monts d'argent dans le terroir
d'Angleterre : un Marquis ridicule , un
Fou -be de Valet , ou enfin quelque miferable
Bouffin , eft tout ce qu'ils peuvent trouver
de meilleur , & c. Croiroit- on que ce
fût là la reflexion d'un Traducteur , &
qu'une Piece de Moliere eut donné lieu
à la faire ?
Voyons quelques - unes des corrections
qui font dire à cet Auteur , que Moliere
n'a rien perdu entre fes mains , maniere
de parler nodefte , qui fignifie qu'il y a
gagné beaucoup .
Quand le fils de l'Avare apprend que
c'est
JUILLET 1725. 1643
c'eft fa Maîtreffe que fon pere veut époufer
, il dit qu'il fe trouve mal. Dans Moliere
, le pere l'envoye à la Cuifine boire
un grand verre d'eau fraîche ; nous
croyons nous autres , que c'étoit là parler
en avare , & que le trait étoit des
meilleurs ; ici , ce n'eft pas cela. L'eau
n'eft gueres du goût des Anglois , pas
même dans une Comedie ; & leur Pocte ,
bien plus fin que Moliere , au lieu de ce
fade verre d'eau , met ingenieufement un
verre de brande vin.
Lorfque Frofine veut faire valoir la frugalité
de Marianne , & la faire paller
pour une dot , Harpagon , lui dit , que
ce ne font pas là des effets folides , &
qu'il feroit bien- aiſe de toucher quelque
chofe . Dans le François , Frofine répond ,
Eh ! vous toucherez affez , & puis fe hâte
de lui dire , qu'il eft certain païs où
fa Maîtreffe a du bien , dont il fera le
maître. Un Poëte Anglois ne fçauroit
laiffer ce toucher fi vîte , ceux qui ſe piquent
d'amener une fottife de bien loin ,
n'ont garde d'en negliger une qui fe préfente
; auffi dans l'Auteur Anglois , Frofine
répond : Toucher ! Comment vous la
toucherez , elle , & vous la touchers par
tout , & tant que vous voudrez, c'eft - là
une jolie creature à toucher , c'eſt - là une
touche pour vous.
Voilà
1644 MERCURE DE FRANCE.
1
Voilà ce que Moliere gagne entre les
mains du Poëte Anglois . Il y a mille petits
agrémens répandus dans Moliere ,
que les peifonnes qui manquent de goût
ne fçauroient fentir : cependant ce font
ces petits agrémens qui le rendent ce
qu'il eft.
La plupart des Poëtes Anglois ne fçauroient
fe fervir agréablement d'une bagatelle
, ils entaffent penfées fur penſées ;
le plus fouvent fans choix ni délicateffe .
Prefque toutes les circonftances,tant foit
peu déliées , leur échappent ; auffi bien
qu'un certain langage familier qui eft
dans la nature , & que Moliere a fçû employer
fi agréablement.
Les Anglois ont dans leurs Comedies
ce qu'ils appellent houmours , qu'ils préprétendent
leur étre fingulier , & qui
répond à un difeur de bons mots. Il me
paroît qu'ils entendent par là une certaine
fecondité d'imagination , qui d'ordinaire
tend à renverfer les idées des chofes
, à familiarifer le vice & à ridicu
lifer la vertu ; en quoi ils s'éloignent du
caractere d'une bonne Piece de Theatre ,
qui doit être de corriger autant que de divertir.
J'enviſage le Theatre comme
quelque chofe qui enleve le ridicule autour
de foi , & je fouffre quand je vois
que la Comedie le répand.
MoJUILLET
1725. 1645
Moliere a été le fleau du ridicule de
fon païs , & par là il merite les plus
grands éloges. Si l'Angleterre eut eu fon
Moliere , peut- être s'y feroit- on corrigé
de quelque grand ridicule , par exemple,
du peu de peine qu'ils fe font de laiffer
voir leur mépris pour le refte du mondes
car de les corriger de ce mépris même,
je ne pense pas que la Comedie puiffe
aller fi loin.
Pour leurs Tragedies je n'en dirai
qu'un mot. Si les Anglois pouvoient fe
refoudre à y être plus fimples , & à étudier
davantage le langage de la Nature, ils
excelleroient , fans doute , dans le Tragique
pardellus tous les Peuples de l'Europe.
L'Angleterre eft un pays de paffions
& de catastrophes : le genie de la nation
eft ferieux ; leur langue eft forte & fuccinte
, telle qu'il la faut pour exprimer
des paffions : ainfi leurs Tragedies ont
d'excellents endroits , & en grand nom
bre , mais d'auffi grands défauts pour le
moins que leurs Comedies.
Les Heros de l'antiquité y font traveltis
comme en France on y voit Annibal
avec une longue perruque poudrée ſur
fon cafque ; des rubans fur fa cotte d'armes
, & tenant fon épée avec un gand à
franges. Les Pieces , de même que les
perfonnages , font un mêlange de comique
1646 MERCURE DE FRANCE .
mique & de ferieux . On y voit les évenemens
les plus triftes , & les farces les
plus rifibles , fe fucceder tour à tour ; enfin
la plupart des executions , qui font
reprefentées dans leurs Tragedies , fe
font fur le Theatre même , qui fe trouve
quelquefois tout jonché de corps
morts.
On dit qu'Oedipe y paroît avec les
yeux crevez , & j'y ai vû tenailler un
homme en croix pendant une demieheure.
Il me femble que des Poëtes , qui
ont le vrai genie du Theatre , & qui ſçavent
émouvoir , ne doivent pas avoir
recours à des tenailles . Ils ne prétendent
pas s'excufer fur le goût du pays pour ces
fortes de fpectacles ; il y a des fiecles
qu'ils travaillent , & le moindre bien
qu'ils devroient avoir fait aux Anglois
qui fréquentent le Theatre , feroit de
leur avoir formé le goût.
Une chole où je les trouve moins excufables
dans leurs Tragedies , c'eft d'attaquer
toûjours les Auteurs François , qui
ne leur font d'autre mal que de les furpaffer.
Le plus fameux d'entre leurs
Poëtes tragiques d'aujourd'hui traite Corneille
à peu près comme Schadvel traite
Moliere , il le pille , & fait des Préfaces
pour en dire du mal.
Je fuis , &c.
Les
JUILLET 1725. 1647
Les Comediens Italiens donnerent le
2. de ce mois la premiere reprefentation
d'une Piece , intitulée l'embarras des richeffes.
M. d'Alinval en eft l'Auteur .
L'accueil favorable qu'on vient de faire
à fon premier Ouvrage , doit l'animer
à en produire d'autres ; les connoiſſeurs
font partagez fur fa Comedie , c'eft beau
coup pour unhomme qui ne fait que d'entrer
dans la carriere. La Piece eft en profe
, & en trois Actes , précedez d'un Prologue.
PROLOGUE.
Le Theatre reprefente la chambre de
l'Auteur. Il eft affis auprès d'une table ,
une plume à la main. Il fe donne la torture
pour imaginer un Prologue , que les
Italiens lui ont demandé pour mettre à
la tête de fa Comedie . Il pefte contre la
coûtume qui s'eft établie fur ce premier
Theatre , de ne donner prefque point de
Piece fans Prologue ; il cherche quelque
idée neuve & n'en trouve point . On
vient l'interrompre dans fa rêverie ; c'eft
un de fes Fermiers , qui lui dit d'abord ,
que fa reputation eft répandue dans toute
la Province , qu'on dit qu'il fait les
plus
1648 MERCURE DE FRANCE.
plus beaux Ouvrages du monde , &
que même il a fait une drolerie qu'on
appelle Comedie , qu'on doit faire voir
tout Paris ; l'Auteur auffi embarraffé de
fon Fermier que de fon Prologue , le prie
de le laiffer en repos . Le Fermier s'en
va , l'Auteur le rappelle ; il fe fouvient
qu'un grand Maître de l'art , lifoit autrefois
fes Comedies à fa Servante , pour
voir l'effet qu'elles produiroient
fur fon
coeur , il trouve à propos d'en faire de
même. Il lit quelques fragmens de Scenes
à fon Fermier, qui n'y trouve rien de bon
que ce qui lui paroît fimple & naturel . Il
le confulte encore fur le deffein qu'il a de
faire un Prologue , le Fermier lui demande
ce que c'est qu'un Prologue ; c'eft une efpece
d'enfant perdu , lui répond-il , qu'on
envoye reconnoître
l'ennemi ; le Fermier
lui fait voir pardes raifons palpables , que
cette précaution eft affez inutile contreun
public , qui n'aime pas qu'on le prévienne
en faveur d'une Piece qu'on foumet à fon
jugement. Ce raifonnement
paroît fi naturel
à l'Auteur , qu'il fe détermine à
donner fa Piece fans Prologue , & par là
prétend en prouver l'inutilité.
ACTE I.
La Scene eft dans Athénes , l'action
theaJUILLET
1725.
1649
theatrale fe paffe moitié dans une maiſon,
moitié dans un jardin . Un Cavalier Athénien
arrive en pofte pour époufer la fille
d'un Financier , à qui fes grandes richeffes
ont fait donner le nom de Midas ;
cette fille s'appelle Chloris , elle aime le
Cavalier qui vient vient pour être fon époux ,
& elle en eſt également aimée . Pendant
que le Cavalier , que nous appellerons
Mario, va fe prefenter à fon futur Beaupere
, Arlequin arrive ; il reconnoît Trivelin,
Valet de Mario , ils renouvellent
amitié, & ſe préparentà aller boire enfemble
pour
confirmer cette réunion . Trivelin
va attendre Arlequin au prochain
cabaret. Arlequin s'applaudit de la tranquillité
dont il joüit ; il n'a point d'autre
bien que fon jardin , dont la culture
le nourrit , & point d'autre foin que fon
amour pour Chloé , & cet amour acheve
de le rendre heureux . Chloé arrive , &
lui annonce que fa mere vient de lui promettre
qu'elle la marieroit inceffamment
avec fon cher Arlequin ; la joye des deux
Amans eft égale. Cependant Arlequin
s'apperçoit que Chloé eft un peu triſte ,
il la prie de lui dire d'où peut naître fon
chagrin . Chloé lui répond d'abord que
ce n'eft rien ; mais preffée par fon cher
Arlequin de ne lui rien déguifer , elle
lui dit qu'elle a fait un fonge qui l'allar-
H me,
1650 MERCURE DE FRANCE .
me , & que dans ce fonge elle a crû le
voir infidele , & prêt à fe marier à une
autre ; Arlequin lui dit qu'il a fait un
fonge à peu près femblable , mais que
cela ne doit les allarmer ni l'un ni l'autres
Chloé fe retire , parce que fa mere
lui a défendu de voir Arlequin fans
témoins. Arlequin › pour fe confoler
de Chloé , chante & danfe. Midas , dont
la maiſon eſt tout attenant du jardin d'Arlequin
, vient le quereller fur le bruit
continuel qu'il fait par fa danſe & par
fon chant Arlequin lui répond que chacun
eft maître chez foi ; & qu'il prétend
rire , danſer & chanter tant qu'il lui
plaira. Midas lui demande comment il
peut être fi joyeux n'ayant pas le ſol .
Arlequin lui répond , qu'une tranquile
indigence vaut mieux que toutes les richeffes
du monde. Il fe retire en chantant
& en danfant. La femme de Midas
furvient , & fe plaint aigrement à fon
mari de la fotte complaifance qu'il a pour
un miferable qu'il faudroit faire expirer
fous le bâton. Midas auffi pacifique que
fa femme eft turbulente , lui dit qu'il
n'en faut pas venir à ces violences. Il fe
Alatte que
que Plutus , qui l'a toûjours favorifé
, ne permettra pas qu ' Arlequin trouble
plus long temps fon bonheur ; il rentre
avec fa femme . Plutus vient à fon fecours,
JUILLET 1725. 1651
cours ; & pour empêcher Arlequin de
chanter & de danfer fans ceffe , it n'ima
gine point de plus feur moyen que de
l'enrichir . Arlequin vient , Plutus fe fait
connoître à lui pour le Dieu des richeffes
; cette Scene a paru bien traitée , &
remplie d'excellente morale . Plutus of
fre un tréfor à Arlequin ; Arlequin l'accepte.
Get Acte finit par une fête où les
favoris de Plutus celebrent la gloire de
leur Bienfaicteur.
ACTE I I.
Arlequin uniquement occupé du foin
de fon tréfor , en a perdu toute fa joye
& toute fa tranquillité ; il ne fçait où
cacher ce prefent funefte que Plutus vient
de lui faire ; tout lui paroît fufpect , le
moindre bruit l'épouvente ; il croit voir
paroître un voleur en la perfonne même
de fa Chloé ; elle a beau´ lui mar
quer de l'empreffement , à peine fe fouvient-
il qu'il l'ait aimée , il la prie d'une
maniere très-dure de le laiffer en repos .
Elle le quitte en pleurant , tout cela ne
l'attendrit pas , fon trefor eft devenu le
feul objet de fon amour . Chrifante arrive
, & fait connoître par un à parte , qu'il
eft agité de remords , pour avoir fruftré
Arlequin d'une riche fucceffion ; il for-
Hij me
1652 MERCURE DE FRANCE.
me la refolution de s'acquitter envers lui,
en lui donnant ſa fille en mariage , quoiqu'il
l'ait déja promiſe à Mario , dont
nous avons parlé dès la premiere Scene
du premier Acte . Arlequin furpris d'une
propofition à laquelle un fimple Jardinier
comme lui ne devoit pas s'attendre ,
ne doute point que Chrifante n'ait appris
qu'il a un trefor ; fa crainte lui fait
reveler fon fecret ; il protefte à Chrifante
qu'il n'a point de tréfor. Chrifante le
raffure un peu, en lui difant, qu'il eft trèsperfuadé
qu'il n'a pas le fol , & qu'il ne
lui offre la fille , que parce qu'il fçait
qu'il eft honnête homme. Arlequin accepte
la propofition malgré les engagemens
qu'il vient de prendre avec Chloé,
Chrifante lui donne cent écus pour fe
faire habiller à peine a -t-il ces cent
écus , qu'il fent le chagrin qu'il aura à
les dépenfer. Cette Scene eft fuivie de
celle d'un Tailleur que Chrifante lui envoye
pour lui prendre la meſure d'un habit
; Arlequin ne veut pas qu'il le touche
, ni même qu'il l'approche , à caufe
des cent écus qu'il a fur lui . Sa nouvelle
fortune l'éblouit à tel point , qu'il
veut chaffer Midas de fa propre maifon.
UnProcureur vient lui offrir ſes ſervices,
il les accepte ; mais au lieu de quelque,
argent qu'il lui demande pour commencer
JUILLET. 1725. 1657
cer le procès en queftion , il lui donne
des coups de bâton . Il y a plufieurs autres
Scenes dans cet Acte , comme celle
de Chrifante avec Mario , à qui il declare
qu'il vient retirer fa parole , parce
qu'il a promis fa fille à Arlequin. Ma
rio au defefpoir veut faire perir fon rival
, & le va chercher pour lui donner,
la mort . Chloé le retient par fes cris &
par fes larmes , & le prie de permettre
qu'elle tente un dernier effort fur le coeur
de fon infidele ; Mario y confent , Arle
quin vient ; Chloé lui fait de tendres reproches
, mais il y eft tout- à- fait infenfi
ble ; Chloris , fille de Chrifante , fuccede
à Chloé , & fait les plus terribles menaces
à Arlequin , il n'en eft pas plus
touché que de la douleur de Chloé. Il
fait entendre à Chloris qu'il l'époufera
malgré elle pour avoir le plaifir de la
faire enrager , dût- elle fe venger comme
font tant d'autres femmes.
ACTE II I.
Ce dernier Acte a paru le plus beau
on en a veritablement trouve la premiere
Scene un peu trop brufque. Arlequin
vient avec fon tréfor , qu'il veut
abſolument rendre à Plutus , parce qu'il
lui donne trop de foins & trop d'allar-
Hij mes
1654 MERCURE DE FRANCE.
mes. Il fe reproche fur tout fon infide
lité envers fa chere Chloé. On a jugé
que cette Scene auroît dû être préparée
par quelques autres , qui auroient déter,
miné Arlequin par degrez à prendre une
refolution fi peu ordinaire. Plutus vient,
Arlequin lui rend fon tréfor , quelque
inftance que lui falle ce Dieu des richeffes
de lui être fidele . Le voilà débarrallé
de fon tréfor , mais on lui prépare un
nouveau chagrin pour le punir de s'y être
attaché. Son rival , qui d'abord n'a refpiré
que vengeance , & qui ne vouloit
pas moins que lui donner la mort , ſe
contente de lui faire peur , en feignant
de lui enlever fa Maîtreffe . Chloé confent
au ftratagême dont elle attend le
repentir & le retour de fon infidele . Elle
ignore qu'Arlequin eft déja tout converti.
A peine a-t-il rendu à Plutus ce tré
for qui lui a fait oublier Chloé pour
quelques momens , qu'il fe propofe d'al
ler fe jetter à fes pieds pour obtenir le
pardon de fon inconftance. Il entend un
bruit d'inftrumens , il demande ce que
c'eft ; on lui annonce que Chloé va fe
marier avec Mario ; il a de la peine à le
croire , mais il n'eft que trop convaincu
par l'arrivée de Mario & de Chloé. Les
riches habits de fa chere Maîtreffe ne le
laiffent plus douter qu'elle n'aille deve-
Air
*
JUILLET 1725. 1655
nir la femme de fon rival . Il n'ofe prefque
s'en plaindre ; il avoue qu'il a trop
merité qu'elle le quittât pour un autre ;
fes reproches font des plus touchantes &
des plus intereffants ; il prie Chloé , qu'il
n'appelle plus que du nom de Madame,
de vouloir au moins l'accepter pour un
de fes Valets , qu'il fe croira trop heureux
s'il peut avoir la confolation de la
fuivre par tout , & l'honneur de porter
fa robe , n'ofant afpirer à celui d'être fon
Ecuyer ; il prie fon rival de l'aimer toû
jours autant qu'elle eſt aimable , il ſe retire
dans le plus trifte etat du monde ;
Chloé le rappelle , il revient avec empreffement
, & lui demande fi elle veut
bien lui accorder la grace qu'il lui a demandée
d'entrer dans fon fervice ; Chloé
ne peut plus tenir contre tant d'amour ;
elle lui apprend que fon mariage avec
Mario n'eft qu'une feinte , & qu'elle lui
rend tout fon coeur , ou plutôt qu'elle ne
lui a jamais ôté ; la Piece finit par un
double mariage . Chrifante dit à Arle
quin , que puifqu'il refufe de devenir fon
gendre , il tâchera de s'acquitter envers
lui par quelque autre endroit. Ce double
mariage amene une fête qui a paru
très jolie, fi l'on en doit juger par les
applaudiffemens qu'elle a excitez .
Hiiij Les
2656 MERCURE DE FRANCE.
Les Theatres ont été fermez pendant
quatre jours au commencement de ce
mois , à l'occafion des Proceffions qu'on
faifoit alors , & qui précederent celle de
Sainte Geneviève. 1
Les Comediens François ont remis au
Theatre , les Bourgeoifes à la mode , ancienne
Comedie en cinq Actes , qui n'avoit
pas été reprefentée depuis 15. ans .
C'est une des meilleures Pieces du Recueil
de M. Dancourt qui en eft l'Auteur.
L'Opera continue les reprefentations
du Balet des Elemens , où la Dlle Prevôt
le fait fouvent admirer par quelque
nouvelle Entrée , dont le Public lui ſçait
très-bon gré.
L'Opera Comique a fait l'ouverture
de fon Theatre à la Foire S. Laurent le
6. de ce mois , & a donné deux Pieces
nouvelles la premiete , le Triomphe de
'Hymen, en deux Actes , & Momus Cenfeur
des Theatres , en un Acte.
Le 21. on donna fur ce Theatre , La
Rage d'Amour & le Temple de Memoire,
deux Pieces nouvelles , d'un Acte chacune
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YORK
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X
Air
TIT
HTH IN
2
JUILLET 1725. 1655
1-
cune , avec un Prologue , dont nous parlerons
plus au long.
Le 23. les Comediens Italiens donnerent
une nouvelle Parodie du Balet
des Elemens , fous le titre de Cabos , ou
Ambigu - Comique. C'eft une Comedie-
Balet , en quatre petits Actes , un Prologue
, & cinq Divertiffemens , avec des
Vaudevilles extrêmement jolis . Cette:
Piece , qui a beaucoup de fuccès , & dont
nous parlerons plus au long dans le prochain
Mercure , eft du fieur le Grand
Comedien François.
Maaaaaaaaaaaaaaaat
CHANSON.
tom . Oire forêt , ah ! que j'aime ton
Nombre!
J'y rêve avec plaifir aux maux que je reffens
Tes petits oifeaux par leurs chants ,
Repaiffent mon humeur fombre.
Mais leur douce tranquillité ,
N'adoucit point mon esclavage
Helas ! que n'ai - je l'avantage ,
De changer ma raifon contre leur liberté.
Hv AUTRE
1656 MERCURE DE FRANCE
AUTRE CHANSON .
Pour deux beaux yeux
Sans ceffe je foupire ;
Ils font mes Dieux ,
Mais je n'ofe le dire.
Ah ! quel tourment
D'aimer une Déeffe
Et n'ofer pas de fa tendreffe ,
Lui parler des yeux feulement.
Belle Cypris , vôtre divin viſage ,
N'a rien d'égal à l'objet qui m'engage.
akakakakakakakakakakakakak *
NOUVELLES DU TEMPS.
O
TURQUIB.
N mande de Conftantinople du 8.
Juin que le Bacha Turc qui commande
les Troupes du Grand Seigneur à
Bagdad , a écrit au Grand Vifir , pour lui
donner avis qu'il avoit fait embarquer
fur le Tigre le fecours de Troupes qu'il
avoit eu ordre d'envoyer dans le Chufiftan
, par cette riviere & par le Golfe
Perfi
JUILLET 1725. 1659
Perfique , & qu'il avoit appris que ces
détachemens étoient arrivez dans cette
Province. Il ajoûte que l'armée Ottomane
, qui eft actuellement dans les Provinces
conquifes fur la Perfe , étoit encore
compofée de 40 000. hommes , mais
qu'on avoit été obligé d'en détacher 2000.
hommes , & de les envoyer fur les frontieres
de Czackazen pour fe faifir des
poftes de Sabrera , de Baffa , & de Carloub
, près du Mont Taurus , afin de couvrir
la Province de Georgie , & d'empê
cher les defordres que les Arabes de l'armée
de Miry-Mamouth y commettoient tous
les jours . Les Lettres de ce General Turc
portent auffi que Miry -Mamouth avoit
formé à la vue de l'armée Ottomane ,
des lignes qui s'étendoient depuis Semi
ramis , paffage ainfi nommé dans les montagnes
de l'Adirbeitzan , jufqu'à Jefu ;
qu'il s'y tenoit avec une partie de fon
armée ,, que le refte de fes troupes étoit
diftribué dans la Perfe , que cet Ufurpa
teur avoit envoyé depuis peu un de fes
principaux Officiers à l'Aga Turc qui
commande à Chiras , pour lui dire qu'il
étoit difpofé à vivre en bonne intelli
gence avec la Porte , & qu'il s'offroit
d'engager le Grand Mogol , fon Allié , àરે
conclure une triple alliance avec le Grand
Seigneur , de faciliter le paffage par la
Perío
H vj
1658 MERCURE DE FRANCE.
Perfe aux Caravanes Turques qui iroient
negocier à la Chine , & de les eſcorter
même jufqu'à la grande muraille auffi
long- temps qu'il feroit Protecteur de la
Perfe , qu'il efperoit que ces propofitions
feroient approuvées par Sa Hauteffe ;
mais qu'en cas de refus de la part du G.
S. il proteftoit d'avance qu'il feroit innocent
de toutes les fuites fâcheufes de la
guerre , & de l'obligation où il fe trouveroit
de porter les armes contre une
Puiffance Mahometane.
L
RUSSIE.
Es Hollandois ont obtenu la liberté
de trafiquer en fer à Olonitz , & autres
Places , & de le faire tranfporter où
ils voudront , en payant les droits établis .
La Czarine a nommé le Vice -Amiral
Gordon , Ecoffois , pour commander les
Vaiffeaux de fa Flotte ; le Vice - Amiral
Ifmanowitz , pour commander les Galeres
, & le Comte Apraxin pour avoir le
commandement en chef de toute la Flotte.
Ces Generaux partirent le 18. du mois
dernier de Petersbourg pour Croonstad ,
où les Galeres doivent fe raffembler inceffamment
avec des provifions pour 3 .
mois.
La Czarine a donné à chacun des Miniftres
Etrangers qui font à Petersbourg,
una
t
JUILLET 1725. 1659
une Medaille d'or du poids de 50. ducats
, qui reprefente d'un côté le Buſte
du feu Czar , avec ces mots pour Legende
en Langue Ruffienne. PIERRE LE GRAND ,
EMPEREUR ET SOUVERAIN DE TOUTE LA
RUSSIE , NE LE 30. MAY 1672. & fur
le Revers on voit cette Princeffe , fa
veuve , affife ,
allife , ayant la Couronne fur la
tête , un Globe & un Sceptre à côté
d'elle , & fur le devant une Sphere, un
Caducée, des Armoiries , des Cartes Maritimes
, des Plans , des Inftrumens de
Mathématique , & les autres attributs
des Sciences & des Arts qui fleuriffent
fous fon Regne. Dans trois éloignemens
differens on voit un grand Edifice fur le
bord d'un rivage, avec une plantation visà
vis , un Vaiffeau & une Galere en Mer,
& le feu Czar élevé fur des nuages , regardant
la Czarine , & lui montrant de la
main tous les tréfors qui l'environnent ,
avec ces mots : VOYEZ CE QUE JE VOUS
AI LAISSE , & au bas , décedé le 28. Janvier
1725.
Les Députez des Provinces qui ont
affifté à la celebration du mariage du Duc
d'Holſtein , après avoir offert leurs prefens
le 16. Juin à la Ducheffe fon
époufe , & pris congé d'elle & de toute
la Cour , partirent le lendemain pour re
tourner chez eux.
Les
1660 MERCURE DE FRANCE.
Les prefens faits au Duc d'Holſtein
confiftent en un Berceau d'argent , au
no m de tous les Colleges de Petersbourg ,
un Service d'argent , au nom de la Ville
de Mofcou , une certaine quantité de Livres
anciens & rares , au nom du Clergé.
Outre les prefens faits par chaque
Gouverneur de Province , & ceux de la
Czarine , on fait monter le tout à 300000 .
Roubles , ce qui fait plus de 1200000.
de nôtre Monnoye.
"
Le General Wiefbach , qui commande
en chef l'armée Mofcovite de l'Ukraine ,
a dépêché un Exprès pour donner avis à
S. M. Cz. qu'il avoit reçû en fon nom ,
le ferment de fidelité des Chefs des Cofaques
, & qu'ils avoient promis de n'entretenir
avec les Tartares aucune correfpondance
qui puiffe faire foupçonner leur
fidelité.
On a conduit à Petersbourg un espion
Danois , qui étoit depuis près de deux
mois à Croonstad pour examiner ce qui
s'y paffoit par rapport à l'équipement de
la Flotte .
La penfion du Duc d'Holftein a été
augmentée de 20000. Roubles , elle eft
à prefent de 140000. Roubles par an.
Les Tartares de Crimée étant montez
à cheval au nombre de 40000- le Gouverneur
de Smolensko a reçû ordre de
faire
JUILLET 1725. 7665
faire marcher vers l'Ukraine tous les Regimens
de fa Province , dont il peut fe
paffer , afin de s'oppofer aux invafions
qu'ils pourroient entreprendre.
O
POLOGNE.
N écrit de Warfovie que le Palatin
de Podolie a eu de frequentes
conferences avec le Bacha de Choczim .
& avec quelques Députez du Kan des
Tartares ; & le bruit court que les derniers
lui ont promis un fecours de 15000.
hommes , en cas que la République de
Pologne fut obligée d'entrer en guerre
avec les Puiffances voifines .
Les Lettres de Stokolm marquent que
la fortie des bleds n'a point été défendue,
comme on croyoit qu'elle le feroit , &
felon toutes les apparences il y aura une
très-abondante recolte.
On mande de Coppenhague que la
Flotte que le Roi de Danemark a fait
équipper , & qui eft prête à mettre à la
voile , eft compofée de 26. Vaiffeaux de
Guerre , & de fix Fregates , & que tous
les Officiers des Troupes , tant d'Infanterie
que de Cavalerie , ont ordre de fe
tenir prêts à marcher au premier ordre.
ALIE1662
MERCURE DE FRANCE.
L
ALLEMAGNE.
>
E 24. Juin on chanta folemnellement
dans l'Eglife Metropolitaine ,
à Vienne , en prefence de l'Empereur
qui s'y étoit rendu en cortege , le Te
Deum , au bruit de plufieurs falves de
l'artillerie des Remparts & des Baftions ,
en actions de graces de la concluſion du
Traité de Paix de Laxembourg , & le
foir il y eut des feux & des illuminations,
& d'autres marques de réjoüiffances dans
toutes les rues de la Ville .
On écrit de Breflaw du 13. Juin , que
le débordement de l'Oder a caufé des
dommages
confiderables dans la Silefie ,
dans le Brandebourg & dans la Pomeranie.
Les Lettres de Prague du 20. marquent
que la nuit du 16. au 17. il y
avoit eu un orage terrible , accompagné
de grêle , dont il s'étoit trouvé des grains
qui pefoient juſqu'à une livre & demie.
On apprend de Rendsbourg qu'en execution
de la Sentence rendue par la commiffion
Danoife , le Capitaine Pretorius
ayant été convaincu d'avoir aflaffiné le
feu Comte de Rantzau , avoit eu la tête
tranchée le 29. du mois dernier , & que.
Les nommez Sievers & Wehling , impli
quez dans la même affaire , avoient été
fuftigez , marquez au dos , & condamnez
JUILLET 1725. 1663
travailler aux ouvrages publics pen
dant le refte de leur vie.
On mande de Francfort que le 3. de
ce mois le Baron François- Louis Sehenek
de Caftel , Grand- Prevoft de la Cathedrale
d'Auſbourg , avoit été élû Evêque
d'Eichstadt par le Chapitre affemblé , en
prefence du Comte de Wurmbrand
Commiffaire de l'Empereur.
y
Le 8. de ce mois , après - midy ,' le Duc
de Richelieu , Ambaffadeur de France
arriva à Vienne , & vers le foir il alla
rendre vifite au Prince Eugene de Savoye.
ITALIE.

E Pape a fait deux Cardinaux dans
le Confiftoire fecret du 11. du mois
dernier. Don Nicolas del Giudice , Majordome
du Palais Apoftolique , & frere
du Duc de Giovenazzo , connu cy - devant
fous le nom de Prince de Cellamare
, & M. Cofcia , Archevêque de Trajanopolis
, & Secretaire des Memoriaux .
Dans le Confiftoire public du 14. S. S.
donna le Chapeau à ces deux Cardinaux.
On mande de Rome que la Confrairie
des Matelots Siciliens , allant fur la
fin de l'autre mois faire fes Stations dans
les principales Eglifes indiquées pour les
Indulgences , prit querelle avec les foldats
1664 MERCURE DE FRANCE .
dats du quartier de Ripa - Grande ; mais
le defordre ne fut pas confiderable , parce
que ces derniers eurent la prudence de
ceder aux autres , qui étoient tous armez de
Stilets. L'Agent de la Religion de Malthe
qui réfide à Meffine , fuivant l'ordre
du Grand- Maître , a fait prier les Confuls
établis à Livourne , d'ordonner aux
Capitaines des Vailleaux de leur nation
qui partiront de ce Port , de donner avis
aux Vaiffeaux Malthois qu'ils rencontreront
, que le nommé Guillaume Pulman ,
cy- devant Negociant Anglois , & qui
s'eft fait Mahometan depuis environ un
an , étoit parti de Conftantinople avec 5 .
Vaiffeaux armez en guerre , dans le deffein
de furprendre par de faux Pavillons
les Vaiffeaux de la Religion dans les
Mers d'Italie & d'Espagne.
Le 28. du mois paflé le Connétable
Colonne prefenta au Pape , au nom de
' Empereur , la Haquenée de redevance
pour le Royaume de Naples ; fur le ſoit
on mit le feu à la Girandole du Château
S. Ange , & il y eut toute la nuit des
illuminations dans la Place de S. Pierre ,
& au Palais de ce Connétable.
On a publié depuis peu à Rome une
Conftitution du Pape pour l'établiſſement
d'un Theologal & d'un Penitencier dans
toutes les Eglifes Cathedrales , tant de
l'ItaJUILLET
1725. 1664
f'Italie que des Ifles adjacentes , où il n'y
en a point eu jufqu'à preſent.
On a publié auffi depuis peu à Genes
ane autre Conftitution du Pape , par laquelle
S. S. declare que les voleurs de
grand chemin , les particuliers coupa
bles de meurtres commis dans les Eglifes
, les affaffins , & ceux qui les employent
pour leur vengeance particuliere
, les falfificateurs de Lettres Apoftoliques
, les faux Monnoyeurs , les dépofitaires
des deniers publics accufez de
malverfations , & autres défignez plus
au long dans cette Conftitution , ne pourront
jouir dorénavant de ces immunitez ,
& qu'il fera permis de les tirer par force
des Eglifes où ils fe feront retirez , pour
les traduire devant les Juges ordinaires.
PORTUGAL.
N écrit de Santarem , qu'on y
découvert dans l'Eglife des Religieux.
Auguftins un tombeau , dans lequel
étoient inhumez Don Jean Alphonfe
Tellez de Menezes , Comte de Ouren
& Dona Guiomas de Villabos , fa femme
, arriere-petite - fille de Don Sanche
IV. Roi de Ca ftille , l'un & l'autre Fondateurs
de ce Monaftere , & que le corps
de cette Comte fle avoit été trouvé fain
&
1666 MERCURE DE FRANCE.
& entier , quoiqu'elle fut morte depuis
plus de 340, ans.
On a eu avis de Naples que les 24.
Chandeliers de 9. palmes de haut , qui y
ont été faits pour le compte du Roi , par
les plus habiles Orfévres de cette Ville ,
ont été embarquez . S. M. P. les deftine
pour l'Eglife Patriarchale de , Lifbonne .
On apprend par les dernieres Lettres
de Lisbonne , que le Tombeau découvert
à Santarem , dont on vient de parler
, n'eft pas celui du Comte Don Jean
Alphonfe ; mais celui de fon neveu Don
Pierre Menezes , fecond Comte de Vian-.
na , & premier Capitaine & Gouverneur
de Ceuta , lequel mourut en 1437. Il
avoit été marié deux fois , & fes deux
femmes avoient été mifes près de lui
dans la même fepulture ; mais on n'a pû
découvrir de laquelle des deux eft le
corps , qui ayant été trouvé fain & entier
a merité la veneration des fpectateurs .
Le procès verbal qu'on a dreffé, fut fait
en preſence du Marquis de Cafcaes , huitième
neveu de ce Comte de Vianna ,
dont on vient de parler.
L'Inquifition de Coimbre celebra le
10. du mois paffé un Auto da Fé , dans
l'Eglife du Convent Royal de Sainte
Croix de la même Ville. 29. hommes & :
32. femmes y furent jugez & condamnez
à
JUILLET 1725. 1669
à diverfes peines & penitences ; fçavoir ,
26. hommes & 25. femmes , pour avoir
Judaïfe , fix femmes & deux hommes
avoir fait des cures fi extraordinaires
, que le Tribunal ne les a pas crû
poffibles fans le fecours des Pactes & des
Enchantemens , & un homme & une
femme pour Poligamie.
pour
A
GRANDE- BRETAGNE .
Ce que nous avons dit du rétablif
fement de l'Ordre du Bin en Angleterre
, dans le fecond volume du mois
de Juin dernier , il faut ajoûter que dans
l'Enfeigne de cet Ordre on voit trois
Couronnes avec cette Devife , Tria
Juncta in uno.
L'inftallation de ces Chevaliers s'eft
faite avec beaucoup de pompe le 28.
Juin à Londres. Le Roi a bien voulu fe
charger , non- feulement de la dépenſe du
feftin qui a été très - magnifique , mais
encore de tous les Coliers de l'Ordre qui
font d'or pur , & même du furtout des
Ecuyers des Chevaliers , & autres frais
extraordinaires. On compte que les droits
& émolumens du Duc de Montague ,
Grand- Maître de l'Ordre , raporteront
Lept à huit mille livres fterlings. L'Evêque
de Rocheſter , comme Doyen de
Weftminſter, a été conftitué Grand- Aumônier
1468 MERCURE DE FRANCE.
mônier de l'Ordre ; & en cette qualité
il a officié dans la ceremonie de l'inſtallation
.
Le Chevalier Robert Walpole a obtenu
la permiffion du Roi de porter l'Enfeigne
ou marque de la Chevalerie du
Bain , qui a autrefois appartenu à ſon
ayeul. Voici de quelle maniere cette ceremonie
de l'inftallation a été faite . On
en fait monter la dépenfe à trente mille
livres fterlings , fans y comprendre 4.
ou 500. livres sterling qu'il en coute à
chaque Chevalier.
Les Chevaliers ayant pris leurs Robes
& Manteaux de ceremonie dans la Cham-.
bre de l'Orateur des Communes, marche→
rent en bon ordre , à dix heures du matin ,
jufqu'à l'Abbaye de Weſtminſter , où ils
furent reçûs par le Chapitre qui les conduifit
proceffionnellement avec leurs Officiers
à la Chapelle d'Henry VII . le Doyen.
de l'Ordre reçût leur ferment. Après le
Service & les autres ceremonies , ils fe
rendirent à la falle de la Cour des Requêtes
, où il y avoit une table pour le
Prince Guillaume Augufte qui n'y dîna
pas , une feconde pour les Chevaliers ,
& une troifiéme pour les Officiers de
l'Ordre. Les Ecuyers dînerent dans la
Chambre Peinte , & les Chanoines dans
celle de Jerufalem. Le foir ils le rendirent
JUILLET 1725. 1669
rent au Theatre de l'Opera , où il y eut
un Bal magnifique.
Le Prince Guillaume Augufte ayant
pris féance au Chapitre de cet Ordre fe
retira , & le Chevalier André Fontaine
affifta en fon nom au refte de la ceremonie
, portant fur fon bras le manteau de
ce Prince.
Le Chevalier Georges Sawnders y
reprefenta le Duc de Richemont , & le
Chevalier Chaloner Ogle , le Lord Clenarchi
.
On a eu avis que les Pirates ont pris
près de la Barbade un Navire de Bridge-
Town ; & qu'après en avoir pillé les
Marchandiſes , ils ont eu la cruauté d'enfermer
l'équipage à fond de cale , de
faire un trou au Bâtiment , & de le couler
à fond .
Il y a eu fur la fin de ce mois une
inondation près d'Huntington , qui a
fait perir huit à neuf mille moutons.
Le Colonel Lée a été nommé depuis
peu Surintendant des plaifirs du Roi.
Quelques centaines de Faucheurs , &
autres ouvriers de la campagne , ne pouvant
y trouver de l'emploi , à caufe des
pluyes continuelles , fe rendirent à Londres
au commencement de ce mois , pour
implorer l'affiftance des gens charitables,
11s allerent à la Bourſe , où les Marchanda
1670 MERCURE DE FRANCE.
·
chands firent une collecte confiderable
en leur faveur.
L'Hamilton , Vaiffeau commandé par
le Capitaine Kirke , eft revenu de la côte
d'Afriqué à Londres avec cinq Mineurs
de refte des 19. qu'il y avoit menez
pour travailler aux Mines d'or , découvertes
dans le pays , les autres n'ayant
pû réſiſter aux chaleurs du climat ; ce qui
fait croire que la Compagnie d'Afrique
fera obligée d'abandonner fon entrepriſe.
Le temps s'étant mis au beau depuis
le commencement de ce mois , le prix
du bled a diminué confiderablement ,
tous les fonds inondez dont on croyoit la
recolte entierement perduë , commencent
à fe fecher , & on a tout lieu d'ef
perer que cette année fera plus abondante
en grains que les quatre dernieres
années.
Il y a quelques jours que M. Suerin ,
Agent de quelques Regimens , paſſant la
Tamiſe à Londres , dans le bac de Putney,
fon cheval fur lequel il étoit refté ayant
eu peur de la voile d'un batteau qui paſfoit
auprès , fe jetta dans l'eau. M, Guerin
fe tint toûjours en felle , fortement
attaché aux crins du cheval qui le paffa
heureuſement
à la nage.
On mande de Londres que le 5. de ce
mois les Commis chargez de la levée de
l'im
JUILLET 1725. 1671
1'impofition fur le Malt dans la Ville de
Glafcow en Ecoffe , avoient été obligez
d'appeller à leurs fecours deux Compagnies
d'Infanterie qui étoient dans la
même Ville , pour le mettre à couvert
des infultes du peuple ; que quelquesuns
des foldats ayant fait feu , fept ou
huit Bourgeois qui n'avoient aucune
part à ce defordre , avoit eu le malheur
d'être tuez ; que la populace étoit entrée
en fureur , qu'elle avoit chargé les deux
Compagnies , & les avoit forcées de
fortir de la Ville , &
qu'enfuite elle avoit
démoli la belle maifon de M. Daniel
Campbell , & pillé fa vaiffelle d'argent
fous prétexte qu'étant de la Chambre des
Communes il avoit donné fon confentement
à la
continuation de cette impofition.
L
PAYS-BAS.
Es
Ambaffadeurs de
l'Empereur &
du Roi
d'Espagne
furent invitez fur
la fin du mois
dernier à une grande Fête
par le Duc
d'Aramberg , à fon
magnifique
Château
d'Anghien . Il y eut entre
autres
divertiffemens un fort beau concert
de voix &
d'inftrumens , & la reprefentation
d'une
Comedie ,
intitulée le
Triomphe
de la Paix.
On mande de
Bruxelles qu'on a demandé
aux Villes , Villages & Châtelle-
I pies
1672 MERCURE DE FRANCE.
nies de Flandres , ce qu'ils ont donné depuis
dix ans , fous le titre de prefent , à
qui , combien , & pourquoi .
On a pris depuis peu la réſolution de
conftruire une chauffée entre Mons &
Ath , à la place du Canal qu'on s'étoit
propofé d'y creufer fous le Gouvernement
du Marquis de Prié. Le bruit court
qu'on fera une pareille chauffée entre
Namur & Luxembourg ,, & entre cette
derniere Ville , & celle de Tréves .
Outre la Proceffion qu'on fit à Bruxelles
fur la fin de Juin pour obtenir dų
beau temps , on y celebra le premier de
ce mois avec beaucoup de folemnité le
Jubilé de cent ans de Ñ. D. de Bon Secours
, dont l'Image eft confervée dans
l'Eglife de ce nom. Après qu'on eut
chanté, la Meffe en Mufique , la Proceffion
fe mit en marche à peu près en cet
ordre des Trompettes & des Timballes
, un grand nombre d'enfans montez
fur des hommes , qui reprefentoient di
vers animaux marchant fur les pieds &
fur les mains ; un de ces enfans en Cupidons
avec des fléches & un Carquois ;
une magnifique Cavalcade d'Ecoliers ,
habillez à la Romaine ; un Char de
Triomphe rempli de jeunes perfonnes ,
reprefentant differentes vertus . L'Image
de N. D. de Bon Secours , accompagnée
de
JUILLET * 1725. 1673
de la jeune Comtefe de Daun , conduite
par le Comte de Hornes , tous deux à
pied ; les Freres de la Confrairie de Bon
Secours , chacun un cerge à la main , le
Clergé avec le S. Sacrement porté fous
un magnifique Dais , fuivi d'un grand
peuple.
L'es Directeurs de la nouvelle Compagnie
de Commerce , ont reçû avis que
le Roi d'Espagne avoit permis à la na◄
tion Flamande d'entretenir un Conful à
Cadix .
On a reçû avis de Liege qu'il y avoit
eu une émotion populaire que les Bourguemeftres
avoient appaifées , en faifant
diminuer le prix du pain , dont la charté
avoit donné lieu à ce defordre.
MORTS , MARIAGES , & c.
D
Ona Anne de Moura , foeur de Don
Gilles Vas Lobo , autrefois Meftre
de Camp General de la Province d'Alemtejo,
eft morte dans le Monaftere d'Odivellas
en Portugal , âgée de 92. ans .
Le fils unique du Prince hereditaire de
Modene mourut à Reggio le 16. Juin ,
âgé de près de 19. mois . Son corps fut
embaumé, & porté en ceremonie à Mo-
I ij
dene ,
1674 MERCURE DE FRANCE.
dene , pour être inhumé dans le tombeau
des Princes de cette Maiſon .
Le Marquis Visconti , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , & fon Grand - Chancelier
dans le Milanois , eft mort à Milan
le 10. Juin dans la 77. année de fon
âge.
Don Jean Manuel Fernandez Pacheco-
Acunha- Giron - y - Portocarrero , Marquis
de Villena , Duc d'Escalone , & Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , eſt
mort à Madrid le 9. Juin , âgé de 75 .
ans. Il avoit été fucceffivement General
de la Cavalerie dans la Principauté de
Catalogne , Viceroy & Capitaine General
de cette Principauté , & des Royaumes
de Navarre , d'Arragon , de Sicile
& de Naples , Majordome- Major du Roi,
& Premier Prefident de l'Académie
Royale que S. M. Catholique a établie à
Madrid.
Le Comte de Pembrock , âgé de 76 .
ans , a épousé à Londres Mile How, l'une
des Filles-d'Honneur de la Princeffe de
Galles .
On fait des préparatifs à Berlin pour
la celebration prochaine du mariage du
Prince Frederic d'Hanover , petit- fils du
Roi d'Angleterre avec la Princefle Roya
le de Pruffe.
FRAN-
"
JUILLET 1725. 1675
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
E 4. de ce mois le Roi Staniflas &
la Princeffe Marie , arriverent de
Willembourg à Strasbourg.
Les 150. Gardes du Corps , avec leurs
Officiers qui doivent fervir de Garde à
la future Reine depuis Strasbourg jufqu'à
Fontainebleau , font partis le 16. de ce
mois. M. le Duc de Noailles , Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes du
Corps , commande ce détachement .
Le Roi doit revenir le 8. Aouſt à Ver- .
failles , d'où S. M. partira le 24. pour
Fontainebleau , où fe fera la celebration
de fon mariage.
Le Duc d'Orleans , Mademoiſelle de
Clermont , Surintendante de la Maifon
de la Reine , la Maréchale de Bouflers ,
premiere Dame- d'Honneur , la Marquife
de Mailly , Dame d'Atour , les Dames
du Palais , & autres Officiers qui vont
pour exercer leurs Charges auprès de la
future Reine , & la conduire à Fontainebleau
, font partis de Paris pour Strafbourg
le 2 5. de ce mois. M. le Duc d'Or-
I iij leans

1676 MERCURE DE FRANCE.
leans partit de grand matin en chaiſe de
Pofte.
Le 19. de ce mois , après- midy , les
articles du mariage entre le Roi & la
Princeffe Marie , fille du Roi Stanislas ,
furent fignez à Paris par le Garde des
Sceaux de France , le Maréchal de Villars
, le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat , le Comte de Morville , Miniftre
& Secretaire d'Etat , & M. Dodun , Contrôleur
General des Finances , nommez
par S. M. pour remplir cette fonction ,
& par le Comte de Tarlo , pour le Roi
Staniflas .
Le même jour les chevaux & équipages
du Grand Commun , qui avoient la
veille paffé en renvû devant le Marquis
de Livri , Premier Maître- d'Hôtel du
Roi , allerent à Versailles pour y charger
la vaiffelle d'argent , & les autres
chofes neceffaires pour la bouche & le
fervice de la Reine. Ils partirent le 25.
de Paris pour Strasbourg.
On commença le 9. de ce mois à diftribuer
les Actions de la Compagnie des
Indes . On les donnera par Numero aux
porteurs des anciennes qui viendront recevoir
le payement du Divident.
Le 15. de ce mois l'Abbé de Breteuil
fut facré Evêque de Rennes , dans la
Chapelle interieure du Convent des Mi-
1
2
4
nimes
JUILLET 1725. 1677
nimes de la Place Royale , par l'Archevêque
de Tours , affifté des Evêques de
Cahors & de Châlons - fur- Marne.Ce Prélat
prêta ferment de fidelité entre les
mains du Roi , dans la Chapelle du Château
de Chantilly le 22 .
Le Roi jouit d'une parfaite fanté à
Chantilly , où S. M. prend fouvent le
divertitlement de la chaffe . Le Comte
de Saxey fit un pari il y a quelques jours,
contre le Marquis de Courtenvaux , qu'il
iroit en chaife de pofte en 15. minutes
du bout de la grande avenue du Château
jufqu'à la Statue Equeftre du Connétable
de Montmorency ; il gagna de deux
minutes.
On écrit de Toulon qu'on y a armé fur
la fin du mois de Juin deux Vaiffeaux du
Roi , l'un de 70. & l'autre de so. canons
, qui en font partis fous le commandement
du Chevalier de Vatan , ancien
Capitaine de Vaiffeau , pour aller naviguer
pendant fix mois , principalement
fur les côtes de Barbarie , afin d'affurer
la liberté du Commerce , & la navigation
des fujets du Roi. On ajoûte que dans le
même temps , il eft auffi forti de Marfeille
une Efcadre de quatre Galeres
pour naviguer pendant l'Eté fur les côtes
d'Italie , fous le commandement du Marquis
de Velleron , Chef d'Efcadre des
I j Gale1678
MERCURE DE FRANCE.
Galeres du Roi . On a eu avis de Genes
qu'elles y étoient arrivées le 25. Juin
pour y prendre des rafraîchiffemens ,
qu'elles en étoient parties le 28. pour
Livourne , d'où elles doivent retourner
à Marseille.
Les Peres Barnabites du College de
Montargis , Ville de l'appanage de Monfeigneur
le Duc d'Orleans , toûjours attentifs
à témoigner leur zele & leur reconnoiffance
, viennent d'en donner des
marques publiques au fujet de la naiffance
de M. le Duc de Chartres . Le R. P.
Jolly , Profeffeur de Rhetorique a fait
reciter à fes Ecoliers une déclamation fur
ce fujet qui a été goûtée de toute la Ville ,
& qui a eu une approbation generale. Il
a lui- même prononcé le lendemain deuxiéme
, Juillet avec le même fuccès , &
un applaudiffement univerfel , une Oraifon
Latine à l'honneur du Prince nouveau
né. Tous les differens Ordres de la
Ville qui avoient déja fait paroître leur
joye par des feux & des réjouiffances
publiques ont encore voulu prendre
part à celle du College , en affiftant à ces
fonctions , où les Penfionnaires fe font
diftinguez . Le Prefidial s'y eft rendu en
Corps , ainfi que le Corps de Ville , &
celui des Juges Marchands. Les Barnabites
avoient eu l'honneur , quelques
J
jours
JUILLET 1725. 1 1679
jours
auparavant
, de faluer
Son Alteffe
Royale
Madame
la Ducheffe
d'Orleans
,
douairiere
, & leurs
Alteffes
Sereniffimes
Monſeigneur
& Madame
la Ducheffe
d'Orleans
, qui reçûrent
avec leur bonté
ordinaire
les Programmes
de la déclamation
qui leur furent
prefentez
au nom du
College
, qui fait gloire
d'être
fous la
protection
de leur augufte
Maifon
.
Le 5. Juillet , jour de la Proceffion generale
, toutes les Chambres du Parlement
s'étant allemblées pour fe rendre en Corps
à Sainte Genevieve , M. le Premier Prefident
fit recevoir M. fon fils Confeiller.
Le 14. Juillet il a été rendu à l'Audience
de la Tournelle un Arreft remarquable
, fur les Conclufions de M. l'Avocat
General Talon . Le 13. Janvier
1724. un jeune homme avoit enlevé une
jeune fille de la maifon de fes pere &
mere ; ceux - ci en avoient rendu plainte,
& fait informer : l'information avoit été
fuivie d'un decret de prife de corps contre
le raviffeur ; ce decret n'ayant pu
être executé , la procedure criminelle fut
continuée par contumace , & par Sentence
du Lieutenant Criminel du Bailliage
de Vermandois , le raviffeur avoit été
declaré atteint & convaincu de l'enlévement
, & condamné à être pendu ; ce
qui avoit été executé par effigie à Noyon
>
I v Le
1680 MERCURE DE FRANCE.
Le Raviffeur ayant interjetté appel en
• la Cour de la procedure faite contre lui ,
il y obtint un Arreft , portant défenſe de
mettre le decret à execution , il y conclut
dans la fuite à l'évocation du principal
, & en confequence à être renvoyé
de l'accufation intentée contre lui ; il demanda
même qu'il lui fût permis de contracter
mariage avec la fille qu'on l'accufoit
d'avoir enlevée , & de reconnoître
un enfant dont elle étoit accouchée
depuis fon prétendu enlévement. Les
pere & mere de la fille fe défifterent de
leurs pourfuites , & confentirent au mariage
des Parties , en déclarant que leur
fille ne s'étoit retirée de la maifon paternelle
, que fur ce qu'on avoit rejetté les
propofitions de mariage faites par fon
prétendu Raviffeur , & que c'étoit plutôt
une retraite volontaire de fa part ,
qu'un enlévement forcé de la part de celui
avec lequel elle s'en étoit allée ; &
par une Requête qu'ils préfenterent en
11 Cour , ils demanderent Acte de leur
defiftement & confentement . Enfin , la
fille demanda pareillement Acte du confentement
qu'elle donnoit à fon mariage ,
Mais nonobftant le défiftement des pere
& mere de la fille , & le concours des
volontez & confentemens de toutes les
Parties intereffées , la Cour , après avoir
entendu
JUILLET 1725. 1
1681
entendu la lecture que fit M. l'Avocat
General des dépofitions des témoins , n'a
pas jugé à propos de s'écarter de la feverité
prefcrite par l'Ordonnance
contre
les Raviffeurs , quelque rigoureufe
qu'elle foit , & par fon Arreft a donné
feulement
Acte aux Parties de leurs defifterens
& confentemens au mariage en
queftion ; & fans s'arrêter au furplus de
leurs conclufions
, faifant droit fur le
requifitoire des Gens du Roi , a mis l'appellation
au neant , c'eſt - à - dire , a confirmé
le decret , & a renvoyé l'accusé
dans les prifons du Bailliage de Noyon
pour fon procés lui être fait & parfait
jufqu'à Sentence définitive , fauf l'appel
en la Cour.
Le 16. il a été rendu un autre Arreft
fur les Conclufions de M. Talon à la
grande Audience de la Grand' Chambre ,
qui a confirmé un teftament , par lequel
un Bourgeois de Lyon avoit inftitué fes
heritiers univerfels les pauvres de la
Charité de cette Ville : quoique ce teftament
fût attaqué par un parent du teftateurtrès-
pauvre , très - infirme , & chargé
d'une femme & de cinq enfans. Le
principal moyen , fur lequel cet Arreſt a
été rendu , eft que ce parent ne prouvoit
pas incontestablement , qu'il n'y avoit
point d'heritiers du Teftateur plus pro-
I vj
ches
1682 MERCURE DE FRANCE.
ches que lui , & qu'il en fût l'heritier
préfomptif. Neanmoins par commiſeration
pour fon grand âge & fes infirmitez
, la Cour lui a ajugé ſur les biens du
Teftateur une penfion viagere de 150.
livres .
M. l'Avocat General Talon a parlé
dans ces deux affaires avec beaucoup de
dignité & de préciſion .
>
Sur la fin de l'autre mois , le Roi a
donné l'Abbaye de Bonlieu en Foreſts ,
Ordre de Câteaux , Diocèfe de Lyon
vacante par la démiffion de Madame de
Salians d'Estaing , à la Dame Marie - Jacqueline
de Chabannes , Religieuſe du
même Ordre .
Le Prieuré de Sainte Croix , dépendant
de l'Abbaye de Bofcaudon , Diocèle
d'Embrun , vacant par le décès de Dom
Jean - Michel , à Dom Jofeph-François
Silveftre , Religieux de ladite Abbaye de
Bofcaudon .
L'Abbaye Commandataire de S. Laurent
des Abbats , Ordre de S. Auguftin,
Diocèle d'Auxerre , à Jean Baptifte
Clopin , Prêtre du Diocèle de Langres.
-
Le Prieuré Regulier, Conventuel &
Electif de N. D. de Royal- Pré, Ordre du
Val des Choux , fous la Regle de S. Benoift
, Diocèle de Lizieux , vacant par le
décès de Dom Louis du Puis, à l'Abbé de
Pom
JUILLET 1725. 1685
Pommainville , Diacre du Diocèfe de
Sées , à la charge de fe faire Religieux
dudit Ordre.
XXX:XXXXXXXXX :XXX
L
MORTS , MARIAGES.
E premier de ce mois mourut à Paris
M. Martin de Gravelle , Seigneur
de Reverſeaux , Protonctaire du
Siege Apoftolique , ancien Aumônier du
Roi , Abbé de Licques & de S. Leonard ,
âgé de 78. ans.
Le 5. M. Pierre Vefin , Ecuyer , celebre
Avocat , ancien Bâtonnier , Secretaire
du Roi , Seigneur de S. Leu , Adminiftrateur
de l'Hôtel- Dieu , de l'Hôpital
des Incurables , & c . particulierement
eftimé par les grandes lumieres fur
les matieres du Droit écrit , & par fa
probité , mourut âgé de 75. ans.
Le 7. Juillet François - Regnier- Henri
de Saillans , fils unique de Charles - Fran
çois Marquis de Saillans & d'Estaing
& de Dame Marie Henriette de Maulevrier
mourut âgé feulement de 18.
mois.
>
>
Le 12. Juillet , après que le corps du
Prefident d'Aligre eut été apporté d'Aixla
- Chapelle , & inhumé auprès de celui
de
1684 MERCURE DE FRANCE.
de la Dame fa mere dans l'Eglife de
Sainte Pelagie à Paris , on fit à S. Sulpice
, fa Paroiffe , un Service très -folemnel
, pour le repos de l'aine de ce Magiftrat
, auquel le Parlement affifta en
Corps , & en très-grand nombre , M. le
Premier Prefident à la tête.
Le 13. mourut à Paris Dame Marie-
Anne Briçonnet , époufe de M. Charles
de Biencourt , Chevalier , Seigneur de
Poutrincourt , âgé de 75. ans .
Le 17. Paul- Victor- Augufte le Fevre
de Caumartin , Sire d'Argouges , Chevalier
non - Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , mourut âgé de 49. ans.
Le 22. Jean- Baptifte d'Hautefort , Abbé
Commandataire de Nôtre - Dame de
Serry , âgé de 62 , ans .
Le 9. de ce mois , le Marquis de Janfon
époufa la feconde fille de M. de Nicolaï
, Premier Prefident de la Chambre
des Comptes . Madame la Premiere Prefidente
de Nicolaï reçût le lendemain
les vers qu'on va lire.
T
MADRIGAL,
Out retentit chez vous des chants de
l'Hymenée ,
Le Dieu qui des époux forme la deſtinée ,
Vient de renouveller le feu de fon flambeau ,
Pour
JUILLET 1925. 1685
Pour embrafer deux coeurs d'une ardeur legitime
,
Unis par la vertu , la tendreffe & l'eftime.
Eft- il un fort pour eux & plus noble & plus
beau?
C'eft par vous , par vos foins , adorable Uranie
,
Par ceux du digne époux , auquel le Ciel vous
lie ,
Que l'on voit accorder par des noeuds affer
mis ,
L'Hymen avec l'Amour , & Mars avec Themis
.
Moreau de Mantour.
>
M. de Voltaire nous prie d'avertir le
Public que les deux Editions fubreptices
de la Tragedie de Mariamne , imprimées
, l'une à Amfterdam , chez Changuion
, & l'autre fans nom de Libraire
font pleines de fautes , de lacunes , & de
vers qui ne font point de l'Auteur ; il
donnera lui-même inceffamment fa Tragedie
, elle fe débitera chez Noël Piffot ,
& chez François Flahault.
EDIT
4686 MERCURE DE FRANCE.
MMMMMMMMM MMMMMMMMM
EDIT DU ROY.
DIT du Roi , portant fuppreffion des Offi-
EDcIesTde Receveurs & Controlleurs des Octroys
& Revenus Patrimoniaux. Et nouvelle
Creation de pareils Offices . Donné à Verfailles
au mois de Juin 1725. Regiftré en Parlement
le même jour , le Roi féant en fon Lit
de Juftice , &c. par lequel il eft ordonné ce
qui fuit.
• ARTICLE PREMIER.
Nous avons par le prefent Edit perpetuel
& irrevocable , éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à commencer du premier Janvier
prochain , le titre de tous les Tréforiers ,
Receveurs , Payeurs , Argentiers , Maffards ,
Controlleurs , Vérificateurs , & autres pareils
Offices , fous quelque dénomination qu'ils
puiffent être , tant generaux que particuliers,
dont les Titulaires font chargez de la Recette
& Controlle des Deniers communs
d'octroys , Patrimoniaux , biens & revenus
de Communautez , deniers du pays , Dons ,
Conceffions , Cens , Rentes , Redevances ,
Subventions , Subfides , Collectes , Levées ,
& autres qui fe perçoivent , impofent , &
lévent au nom & au profit des Provinces ,
Villes & Communautez , pour l'acquittement
de leurs Charges ordinaires & extraordinaires
, dettes , & par rapport à leurs affaires
en quelque maniere & façon que ce puiffe.
être , enfemble les Gages , Taxations , Droits
de controlle & de quittance , & generalement
tous autres droits & émolumens , profits
JUILLET 1725.
1687
оц
hts & prérogatives attribuez aufdits Offices,
créez , tant dans les pays d'Elections que d'Etats
, & autres de notre Royaume & Domination
, par quelques Edits , & en quelque
temps qu'ils ayent été créez , foit que l'acquifition
defdits Offices ait été faite par des par
ticuliers ou par les Provinces , Pays , Villes ,
Bourgs , Lieux & Communautez , foit qu'ils
ayent été réunis aufdites Provinces , Pays ,
Villes Bourgs , Lieux & Communautez ,
à d'autres Offices ; Et en confequence , voulons
& ordonnons que les Gages employez
fur nosEtats, & qui étoient attribuez à aucuns
defdits Offices , en foient rayez & tirez, qu'à
l'avenir il n'en foit plus fait emploi ni fond,
& que les Proprietaires des mêmes Offices
fupprimez par le prefent Edit 1oient tenus de
rapporter inceffamment , pardevant les Commilaires
qui feront à cet effet députez & nommez
, leurs Quittances de Finance & autres
titres de proprieté , pour être par eux liquidez
, & enfuite rembourfez en Notre Tréfor
Royal des deniers qui feront à ce deſtinez .
I I.
Et de la même autorité que deffus , Nous
avons créé & érigé , créons & érigeons en titre
d'Office formé , en chacune Ville & Communauté
de notre Royaume fans aucune exception
, deux Offices de nos Confeillers Treforiers
, Receveurs des deniers , biens & revenus
patrimoniaux d'octroys , dons , conceffions
, tarifs , fubventions & impofitions ordinaires
& extraordinaires , qui fe levent &
perçoivent au profit defdites Communautez
ou des particuliers , tant pour l'acquittement
des Charges & dettes , que pour les affaires
defdites Villes & Communautez : Et deux
os Confeillers - Controlleurs - Vérificateurs
defdits
1688 MERCURE DE FRANCE .
defdits Treforiers & Receveurs , les uns fous
le titre d'anciens & mytriennaux , les autres
d'alternatifs & mytriennaux Voulons que
les acquereurs des Offices anciens & mytriennaux
entrent en exercice auffi toft après l'acquifition
par eux faite , & qu'ils le continuent
pendant l'année mil fept cens vingtfix
: Et les acquereurs des Offices alternatifs
& mytriennaux , au premier Janvier mil fept
cens vingt- fept , pour continuer alternativement
d'année en année.
I I I.
Les acquereurs des Offices préfentement
créez , jouiront des mêmes privileges & prérogatives
dont jouiffoient où avoient droit de
jouir les Treforiers , Receveurs & Controlleurs
-Vérificateurs fupprimez par le prefent
Edit , & de deux fols pour livre en dedans
fur tous Deniers patrimoniaux d'octroys , tarifs
, fubventions , impofitions , & autres deniers
qui fe levent ou qui fe leveront au profit
& pour l'acquittement des dettes defdites
Villes & Communautez ; & d'un fol en de
hors de tous lefdits Deniers , à l'exception
des patrimoniaux : lequel fol continuëra d'être
levé en fus defdits Deniers d'octroys tarifs
ou impofitions , en ce non compris les
Droits de Controlle de quittances qui étoient
attribuez aufdits Offices fupprimez , defquels
les acquereurs des Offices préfentement créez
jouiront de même , & ainfi qu'en jouiffoient
ou avoient droit d'en jouir les pourvûs de pareils
Offices avant la fuppreffion ordonnée par
le prefent Edit.
I V.
Les deux fols pour livre en dedans , & le
fol en dehors fur les octroys , tarifs , fubventions
, impofitions & autres deniers refervez
JUILLET
1689
1725.
fervez par le prefent Edit , appartiendront :
Sçavoir ; les deux fols en dedans , aux Treforiers-
Receveurs en exercice : Et le fol en dehors
, aux Controlleurs auffi en exercice .
Quant aux deux fois pour livre en dedans fur
les revenus patrimoniaux , il en appartiendra
feize deniers aux Receveurs en exercice , &
huit deniers aux Controlleurs , qui joüiront
pareillement pendant leur exercice , des Droits
de quittance refervez . N'entendons compren.
dre dans le prefent article nos Provinces &
Generalitez de Languedoc , Dauphiné , Montauban
& Pays d'Etats en dépendans , les Elections
d'Agen , Condom , & les Lannes de la
Generalité de Bordeaux , non plus que les
Vigueries & Villes de Provence , les Terres
adjacentes & la Ville de Marſeille , ni les Provinces
de Flandre , Artois , Haynaut & Pays
conquis ou cedez aux Pays - Bas , aufquels il
fera pourvû par les Articles fuivans .
V.
Les Tréforiers , Collecteurs & Controlleurs
Créez par Edits des mois de Juin 1692. Mars
1694. & autres, dans toutes les Villes , Bourgs,
Paroiffs & Communautez de nos Provinces
de Languedoc, Dauphiné , Montauban & Pays
en dépendans , dans les Elections d'Agen ,
Condom & les Lannes de la Generalité de
Bordeaux , étant chargez non feulement de la
Recette & du Controlle des revenus , émolumens
, biens patrimoniaux , octroys , fubventions
, impofitions & autres deniers qui fe levent
pour l'acquittement des charges & dettes
des Communautez ; mais encore des deniers
qui fe levent à notre profit ; Voulons
que lefdits Receveurs , Collecteurs & Controlleurs
continuënt de faire la Recette & le
Controlle des deniers qui fe levent à notre
profit ,
1690 MERCURE DE FRANCE.
profit , aux mêmes taxations & émolumens
dont ils jou ffent actuellement ; Et qu'il foit
feulement établi en execution du prefent Edit,
des Treforiers , Receveurs & Controlleurs des
deniers provenans des impofitions ordinaires
& extraordinaires qui fe leveront pour l'acquittement
des charges , dettes , & pour les
affaires des Communautez , comme auffi des
revenus , emolumens , octroys , fubventions
& biens patrimoniaux defdites Communautez
, fans referve ni exception quelconque ;
lefquels Treforiers , Receveurs & Control-,
leurs jouiront des mêmes taxations fur tous
les deniers de leur maniement , que celles attribuées
à pareils Offices dans les autres Provinces
, conformément à la diftribution ordonnée
par l'Article précedent au moyen de
quoi il fera pourvû à l'indemnité defdits Treforiers
, Collecteurs , & de leurs Controlleurs ,
& au remboursement du proprietaire des
droits des quatre deniers pour livre fur les
octroys , biens patrimoniaux & fubventions
de notre Province de Languedoc , établis en
faveur des Tréforiers créez par Edit du mois
d'Aout 1705. & confirmez au profit du nommé
paul par E lit du mois de Mars 1707. qui
fupprime le titre deflits Offices.
VI
;
Il fera érabli en execution du prefent Edit,
un Treforier Receveur particulier , & un Controlleur
dans chacune des Villes & Communautez
de notre Pays de Provence & Terres adjacentes
, à l'exception de notre Ville de Marfeill
: deux nos Confeillers - Tréforiers - Receveurs
generaux ; Et deux nos Confeillers-
Controlleurs generaux defdits Treforiers generaux
, en chacune des Vigueries de ladite
Province , deux nos Confeillers - Treforiers-
Rece
JUILLET 1725. 1691
Receveurs generaux ; Et deux pareils nos Confeillers
- Controlleurs generaux d'iceux , pour
le general des Terres adjacentes ; Et deux pareils
Treforiers Receveurs generaux , & deux
pareils Controlleurs generaux d'iceux , pour
la Ville & Territoire de Marſeille.
V I I.
Les Tréforiers Receveurs particuliers en ladite
Province feront annuellement la Recette
de tous les Cens , Rentes , redevances , & autres
biens patrimoniaux qui fe perçoivent ,
tant en deniers qu'en denrées , ainfi que des
impofitions ; feront pareillement la recette des
deniers qui proviendront des fermes , octrois ,
& de tous autres deniers qui fe leveront pour
l'acquittement des charges de la Province ,
Taillon , Foüage & fubfides , & pour les dettes
& charges particulieres des Villes & Communautez
fur laquelle Recette ils retiendront
deux fols pour livre , & quinze livres
par Communauté en chacune année , dont il
leur appartiendra douze deniers qui leur tiendront
lieu de gages taxations , frais de Bu
reaux & autres ; il en appartiendra fix deniers
à leurs Contrôleurs ; & les fix deniers reftants ,
ainfi que les quinze livres par Communauté ,
feront remis par lefdits Tréforiers Receveurs
particuliers avec les autres deniers de leur
Recette , aux Tréforiers generaux des Vigueries
& des Terres adjacentes , chacun dans
leur année d'exercice ,qui en retiendront quatre
deniers ; fçavoir, trois pour leurs taxations , &
le quatrième pour être employé aux frais &
épices de leurs comptes ; les deux derniers
reftans feront remis par lefdits Tréforiers - Receveurs
generaux à leurs Contrôleurs , chacun
dans leur année d'exercice. Quant aux
quinze livres par Communauté , il en appartiendra
1692 MERCURE DE FRANCE.
tiendra dix livres aufdits Tréforiers generaux ,
pour tous frais d'avertiffement , de quittances
& autres , & cinq livres à leurs Contrôleurs
les Tréforiers Receveurs generaux de la Ville
de Marfeille & fon Territoire , retiendront par
leurs mains dix-neuf deniers pour livre de leur
maniement , defquels nous leur en attribuons
treize dans leur année d'exercice ; fçavoir ,
douze pour leur tenir lieu de gages & taxations
, & le treiziéme denier pour être employé
au payement des frais & épices de leurs
comptes ; les fix deniers reftans feront par eux
remis à leurs Contrôleurs , &c..
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Juillet , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 4. Aouft
1725.
HARDIO N.
coco coco co :0000000000
TABLE
Des Principales Matieres.
PDiffertation fur la vie d'Agathocle , &c.
leces Fugitives, le Miroir , Fable.
1488
Epitre en vers à M. le P. *** & c, 1497
Lettre fur un effet du ' Tonnerre,
Bouquet
1500
I504
Lettre contenant le dernier Difcours ou Teftament
de l'Empereur de la Chine.
Epître à Mad ***
1506
Eloge du Pere le Somelier.
1519.
1523
Ode prefentée au Roi.
1525
Lettre au fujet des Bouts- rimez , &c.
1528
Réponſe du Pere Buffier aux difficultez pro-
- pofées.
1520
Vers , Caprice , & c. 7533
Lettre fur le mot Uxellodunum , & c.
1541
Epître en vers. 1547
Proceffion generale de Sainte Genevieve , & c,
1553
Confolation à un ami fur la mort de fa mere,
1590
Lettre fur l'explication d'un terme de la baſſe
Latinité.
Enigmes.
1593
1605
Nouvelles Litteraires , Memoire pour diminuer
le nombre des Procès.
Le Songe de Scipion , & c
1608
1619
Phenoméne arrivé au Port de Marſeille , & c.
Autre Phenoméne dans le Ciel , & c.
1619
1623
Places données à l'Académie Royale des Sciences
.
Nouveau Pont fur la Seine,
1626
1628
1629 Lettre de Malthe fur l'Eau à la glace .
Spectacles , Theatre Anglois , & c. 1638
L'embarras des richefies , piece nouvelle ,
Extrait .
Chanfons notées
1647
1659
1656
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie,
& c.
Morts & Mariages des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1673
1671
Affaires du Palais.
1679
Benefices donnez.
Morts & Mariages .
Edit du Roi.
1682
1683
1686
Errata du 1. vol. de Juin.
PAge 1084. rempliffez un mot en blanc par
Ivri , Château fur le bord de la Seine à
une lieuë de Paris
Page 1104. ligne 16. va chanter , lifez a
chanté.
Page 1149. derniere ligne , Decheri , lifex
Ďachery.
Page 114. ligne 27. diligentes , liſez dili,
genter.
Ibid. ligne 28 vicenarum , lifez vicinarum .
Page 1155 ligne 29. Spirit . fez Spicil
Page 1156. ligne 2. Lemoine Clavius ,
Lemoine Clarius.
lifex
Errata du 2. vol. de Juin.
Age 1333. ligne 3. eft donc libre , lifes
eft libre.
Faurs à corriger dans ce Livre.
Age 1498. ligne 11. yeux , lifex jeux.
Page 1500 ligne 14. tourbilli , lifez tourbillon.
Page 1590 ligne 9. fous , lifez fur.
L'Air neté.
7655
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AV ROT.
A
OUST 1725.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
A VIS.
L'a
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure ¸vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris , Geux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toujours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas vair
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs
quets fans perte de temps , & de les faire
porter far l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30, fols.
pa1693
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY
AOUST 1725.
**********************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
L'ELOQUENCE DE LA CHAIRE.
L
ODE.
Oin d'ici le Dieu du Parnaffe ,
A qui tant d'autres ont recours ,
ૐ audace , Il ne pourroit à mon
Prêter qu'un impuiffant fecours.
Efprit Saint dont la douce flâme ,.
Seule peut agir dans nôtre ame ,
A ij
Un
1694 MERCURE DE FRANCE.
Un moment daigne m'inſpirer ;
Ta voix enfante les miracles ,
Et plus elle trouve d'obſtacles
Plus elle fe fait admirer .
De quelque vafte connoiſſance ,'
Que fe flâte l'orgueil humain ,
Cette Evangelique fcience ,
Ne vient que de l'Eſprit Divin.
Inftrument , organe frivole ,
Que peut nôtre foible parole ?
Ce n'est qu'un fon qui frappe l'air ;
Mais lorsque l'efprit Saint l'anime
Cette parole alors fublime ,
Fait trembler la Terre & l'Enfer.
O loi Sainte ! ô loi redoutable ,
Majeftueufes veritez ,
?
Nôtre art n'eft plus qu'un art coupable
S'il ne tient de vous fes beautez .
Flambeau facré qui nous éclaire ,
Il n'eft point de fombre myftere ,
Qu'elle ne dévoile à nos yeux ;
Elle
A
OUST 1725 .
1695
Elle est une fource éternelle ,
D'où coule une vertu réelle ,
Qui feule fait le merveilleux.
Vous donc, que dans la fainte Lice ,
Appelle un zele genereux ,
Qui voulez , ennemi du vice ,
Triompher de ce monftre affreux .
Confacrés vos premieres veilles ,
A lire les grandes merveilles .
Que nous tracent les livres faints ;
Penetrez leurs obfcurs Symboles ,
Meditez toutes leurs paroles ,
Comme autant d'oracles divins.
Que vois-je ! une fiere Princeffe
• D'un mortel redoute la voix ,
Son éloquence vengereffe
Ebranle le Trône des Rois.
En vain la colere barbare ,
Afon zele enflâmé prepare
Les plus rigoureux châtimens ;
* S. Chryfoftôme.
A iij
Il
1696 MERCURE DE FRANCE.
Il en devient plus intrépide ,
Et prenant fon devoir pour guide ,
Il compte pour rien les tourmens.
Toûjours de ce digne modelle ,
Ayez les ouvrages en main ,
Jamais aucune voix mortelle ,
N'eut un afcendant plus certain.
Naturel enfemble & fublime ,
Le genie ardent qui l'anime ,
Ravit les efprits enchantez ;
L'éclair brille dans fon école ,
Et la foudre de ſa parole
Frappe les coeurs épouvantez.

C'eſt le grand , c'eft le pathetique ,
Qui fait fentir la verité,
Le fafte d'un ſtile amphatique ,
En énerve la majefté .
Laiffons à l'éloquence vaine ,
Qui flatte une oreille mondaine ,
Chercher un frivole ornement ;
Un Orateur Evangelique ,
Stile
A O UST 1725 .
1697
Au ftile le plus magnifique ,
Préfere un heureux mouvement.
Toûjours libre du foin de plaire ,
N'affectez point un vain fçavoir ;
Inftruire l'ignorant vulgaire ,
C'eft vôtre principal devoir.
Vainement l'orgueil vous infpire ,
Que la foule imbecile admire ,
Une fçavante obfcurité ;
L'oreille fe laffe d'entendre ,
Ce que l'efprit ne peut comprendre
Qu'avec quelque difficulté .
Quelle épaiffe nuit , quelles ombres ,
Helas ! quelle fçavante main
A travers tant de replis fombres ,
Pourra fonder le coeur humain ?
Scrutateur de ce vafte abîme ,
Dévelope de chaque crime ,
Les intrigues & les refforts ;
Et par les plus vives peintures ,
A iiij Porte
1698 MERCURE DE FRANCE .
Porte dans les ames impures ,
De cuifans , d'éternels remords.
M
Comment d'un amour criminelle
Qui par fes appas enchanteurs
,
Captive nôtre efprit rebelle ,
Voulez- vous affranchir nos coeurs ?
Vous prêchez , ô honte , ô ſcandale !
Tout ce que vôtre orgueil étale ,
N'a rien que de pernicieux ;
Non, ce n'eſt pas nôtre foibleffe ,
C'eft vôtre ingenieuſe adreſſe ,
Que vous voulez peindre à nos yeux,
Faut -il donc par un vain fcrupule .
Ecrire & prêcher au hazard ?
Faut- il fuir d'un foin ridicule ,
Les divers agrémens de l'art ?
Non , une naïve élegance ,
Le choix des mots & la cadence ,
Délaffe & réveille l'efprit ;
Mais loin qu'un fuperbe artifice ,
De
AOUST 1525. 1699
De fon faux éclat l'éblouiffe ,
Il le fatigue , il l'attiedit .
XX:XXXXXXXXXXX : X**
>
DISSERTATION Hiftorique .
Topographique & Critique fur la veritable
fituation d'Uxellodunum , Ville
de Quercy , dont il eft parlé dans les
Commentaires de Cefar , avec un Plan
dreffe fur les lieux. Par M. l'Abbé de
Vayrac.
L
E titre feul de cette Differtation fuffit
pour faire comprendre deux choſes
; d'abord le plan de l'ouvrage , en ſecond
lieu , que pour fuivre ce plan , l'Auteur
a été obligé de s'étendre beaucoup
fur un fujet , qui d'ailleurs l'intereffe
perfonnellement . C'eft cette étenduë qui
paffe de beaucoup les bornes que nous
devons nous prefcrire dans nôtre Journal
, qui nous empêche de donner dans
fon entier la Differtation dont il s'agit
ici . Mais le Public n'y perdra rien , car
d'un côté M. l'Abbé de Vayrac fait eſperer
qu'il pourra la faire imprimer toute
A v en
1700 MERCURE DE FRANCE.
entiere dans l'Hiftoire qu'il prépare du
Vicomté de Turenne , & de l'autre nous
allons en extraire ce qui nous a paru. de
plus important , & qui va le plus décifivement
au fait fur le point qui eft en
conteftation .
>> Quelqu'intereft que je prenne , dit
» d'abord M. l'Abbé de Vayrac , à la veritable
fituation de l'ancienne Ville
» d'Oxellodunum , j'avois réfolu de ne
>> réfuter ce que Vigenere , Monet , le
» P. Labbe , Sanfon , & quelques autres
» en ont dit , que dans l'Hiftoire du Vi-
» comté de Turenne , que j'efpere de
» mettre bientôt au jour. Mais ayant vâ
» par une Lettre imprimée dans le Mercure
de France du mois de Juillet der-
» nier , que M. Augier , Curé de Sau-
» veterre , Diocèfe d'Agen , n'avoit pû
» réfifter à la tentarion d'augmenter le
» nombre de ceux qui fur de fauffes con-
» jectures , cherchent à fituer cette place
» en des endroits , qui ne fçauroient con-
» venir à la Defcription qu'Aulus Hir-
» tius Panfa en a faite dans le VIII. Li-
» vre qu'il a ajoûté aux Commentaires de
» Cefar ; je croirois manquer à ce que
» je dois à ma Patrie , fi je differois plus
» ' ong-temps à reclamer un Fief , qui re-
» leve de ma Maifon , qui eft enclavé
dans
AOUST 1725. 1701
» dans la Jurifdiction d'un lieu , dont
» mes ancêtres ont l'honneur d'être les
» Fondateurs , où j'ai pris naiffance , &
>> auquel je dois le nom que je porte , en
» faifant voir par de folides raifons que
>> la montagne fur laquelle Vxellodunum
étoit bâtie , n'eft ni Cadenac , comme
» Vigenere , Monet, Duval , & c . l'ont crû ,
ni Martelas dont parle le P. Labbe , ni
>> Cahors comme Sanfon s'eft efforcé de le
perfuader , ni Carennac , ni Iffoudun ,
» comme quelques autres l'ont prétendu,
» ni enfin Luzex , comme M. Augier fe
>> l'eft imaginé.
»
Toutes les preuves dont M. l'Abbé
de Vayrac fe fert pour réfuter les Auteurs
qu'il vient de citer , nous ont paru
bonnes & folides ; mais leur prolixité
nous oblige de les paffer fous filence ,
pour nous attacher plus particulierement
à ce qui a raport à la Lettre de M. Augier
, le dernier de ceux qui ont écris
fur cette matiere .
M. l'Abbé convient que M. le Curé
de Sauveterre a eu grande raifon de dire
dans fa Lettre , qu'il n'y a aucune circonftance
de celles qui font raportées dans les
Commentaires de Cefar , qui puiffe être
appliquée dans fon entier à Cahors ; mais il
me permettra , dit - il , de lui reprefenter
qu'il a cu grand tort de dire que toutes
A vi fone
1702 MERCURE DE FRANCE .
font applicables à la rigueur de la Lettre
à Luzex , Ville fituée fur le Loth.
"
>> Pour lui faire voir combien il s'eft
» trompé dans fon calcul , je lui demande
» en quel endroit Cefar , ou pour parler
» plus jufte , Hirtius fon continuateur
» a fait d'Uxellodunum une preſqu'lfle ?
» felon cet Auteur , eft- ce une riviere
qui environnoit la montagne fur laquelle
il étoit affis ? point du tout .
» C'étoit un profond vallon qu'une riviere
traverfoit obliquement . Flumen inti-
» mam vallem dividebat , que pænè totum
» montem cingebat . Il ne faut pas être un
» grand Latinifte pour comprendre que
» que eft un pronom relatif qui fe rap-
» porte à Vallem , qui eft du genre fe-
» minin , & non pas à flumen qui eſt neutre.
Comment fe peut - il donc que M.
» Augier ait pris le change fur une phra-
» fe fi facile à expliquer ? Eft ce parce
» que Hirtius en parlant de la Fontaine ,
» qui étoit au deflous des murailles de la
» Ville , dit qu'elle couloit en cet endroit
» de la montagne , qui n'étoit feparé de
» la riviere que par un efpace d'envi
» ron 300. pieds ? fi cela eft , qu'il trou-
» ve bon que je le remette fur les voyes ',
>> en lui faisant comprendre que fi la mon-
» tagne fur laquelle Uxellodunum étoit
» bâti , n'eut tenu au continent voiſin ,
que
A
OUST 1725.
1703
» que par une langue de terre d'environ
» 300. pieds de largeur , il s'enfuivroit
"neceffairement que le refte de la mon-
» tagne étant environné de la riviere
» les habitans auroient eu la facilité d'y
» aller prendre de l'eau par quelque en-
» droit qui auroit été libre , d'autant que
>> Caninius n'avoit invefti qu'une partie
» de la place , n'ayant pas affez de monde
pour garder les lignes de circonvalla-
» tion . Quantum copia patiebantur_val-
» lum in oppidi circuitu ducere conftituit.
Cependant les habitans n'avoient aucu-
» ne communication avec la riviere , ce
» qui prouve invinciblement que
>> tagne n'étoit pas une prefqu'lfle.
>>
>>
la mon-
M. le Curé de Sauveterre n'eft pas
plus heureux , felon M. l'Abbé de Vayrac
, lorfqu'il dit que parmi les beaux
reftes des anciennes fortifications , qui fe
font remarquer à Luzex avec diftinction ,
il y a ce que l'on nomme le Fort , un peu
plus élevé que la Ville , précisément
en-
• tre les deux rives , & bâti fur le rocher,
& c. Il fuffit , dit nôtre Aut ur , de fçavoir
la maniere de bâtir de ces peuples
& d'avoir été à Luzex pour foutenir à
M. Augier qu'il s'eft trompé. » J'ai été
» à Luzex plus fouvent que lui , conti-
» nuë -t'il , & je puis protefter que dans
» ces fortifications , dans ce Fort , dans ces
Tours .
1704 MERCURE DE FRANCE .
» Tours , j'ai remarqué une conftruction
» purement gothique , & nullement Cel-
» tique , ni Romaine ; ainfi il a grand
» tort de propofer ces beaux reftes pour
» des preuves inconteftables de l'identité
» qu'il trouve entre l'Uxellodunum &
» Luzex. Eh comment , ces monumens
» prétendus de l'antiquité Celtique , ou
» Romaine pourroient- ils fubfifter enco-
» re , fuppofé qu'ils euflent exifté du
» temps des Celtes , ou des Romains
» puifque par une Charte du Roi Raoul
» de l'année 935. raportée par Juftel , &
» par M. Baluze , il paroît que ce Mo-
» narque accorda à l'Abbaye de Tulles
» la Ville d'Uxellodunum , à condition
>> qu'elle feroit entierement détruite , &
qu'il ne feroit plus permis de la re-
» bâtir.
"
*
» D'ailleurs l'idée que M. Augier nous
» donne du raport qu'il dit qu'il y a entre
cette fameufe Ville & Luzex , fe
» trouveroit toûjours fauffe . Pourquoi ?
» parce qu'Vxellodunum commandoit à
» tout ce qui l'environnoit , & il le fait
» commander par un Château , qui felon
» lui , étoit plus élevé que la Ville , ce
* In tali convenientia ut ipfum Caftrum
evertatur , nec in pofterum cuipiam reedificare
liceat , c.
quí
A
OUST 1725. 1705
» qui ne peut s'accorder avec le Texte
des Commentaires .
Nôtre Auteur vient enfuite à la fontaine
, ou fource dont il eft parlé dans
les mêmes Commentaires. Surquoi il
fait voir que M. Augier s'eft fort mépris
, & que cette méprife le jette dans
une contradiction qui faute aux yeux . Il
dit que le terrain qui eft oppofé aux reftes
de la fource , que les Romains firent
perdre à l'endroit marqué par Cefar , &
qui eft hors la Ville , fe trouve plus bas ,
& qu'une Tour d'une mediocre hauteur
pouvoit égaler celle de la fource . Mais
il ne s'apperçoit pas que la defcription
qu'il fait de ce terrain s'oppofe directement
à ce que dit le continuateur de Cefar.
Car que dit cet Hiftorien ? que quoique
les trois Camps des Romains fuffent
fur un lieu très- élevé trina caftra fecit
altiffimo loco : Cefar fut obligé de faire
élever une platte - forme de terre de 60 .
pieds , fur laquelle on conftruifit une
Tour de dix étages , afin de pouvoir commander
à la fontaine , extruitur agger in
altitudinem 60. pedum , collocatur in co
turris decem tabulatorum que fuperaret
fontis faftigium . D'où je conclus , dit
M. l'Abbé , que fi une Tour de mediocre
hauteur eut pû , comme le prétend
M. Augier , égaler celle de la fource ,
Cefar
1706 MERCURE DE FRANCE .
Cefar fe feroit donné une peine bien
inutile d'en faire conftruire une de dix
étages fur une platte- forme de 60. pieds
de haut.
L'endroit de cette fource , felon M.
Augiér , eft un enfoncement taillé dans
le roc , qu'on appelle encore la Citerne ,
qui réfervoit & confervoit les eaux de
plufieurs fources qui y aboutiffoient . A
quoi penfe M. Augier , s'écrie là - deflus
fon Critique , en nous prefentant une
Citerne pour une fource ? jamais Citerne
n'a reçû les eaux de plufieurs fources
´elle reçoit feulement celles qu'on y met ,
ou qui tombent du Ciel ; elle les confer--
ve , j'en conviens , mais elle ne les répand
pas ; au lieu que la fontaine dont
parle Hirtius étoit une fource d'eau vive
abondante , qui fe précipitoit dans un
profond valon , magnus fons prorumpebat.
Donc la Citerne de Luzex ne peut pas
être la fontaine d'Uxellodunum , non plus
que les quatre ou cinq fources , qui ,
comme le veut M. Augier , du pied du
rocher , & du côté de la Citerne fe jettent
dans le Loth , & qui en font couvertes
lorfque les eaux de la riviere font
débordées .
Cela s'accorde mal avec les circonftances
qui fe rencontrent à Uxellodunum
. Hirtius ne nous parle que d'une
grande
AOUST 1725. 1707
grande fontaine , magnus fons . M. Aúgier
nous en prefente quatre ou cinq : Hirtius
dit que cette fontaine étoit au haut
du rocher fous les murailles de la Ville ,
fur un rocher escarpé , fub ipfius oppidi
murum. M. Augier fait couler ces fontaines
prefqu'au niveau de la riviere ,
puifqu'il affure qu'elles font couvertes
des eaux de cette riviere , lorfqu'elles
font grandes donc ni cette Citerne , ni
ces Fontaines ne peuvent pas nous rappeller
l'idée de la Fontaine d'Oxellodunum..
M. l'Abbé attaque enfuite les deux
étimologies , dont le nouvel Auteur prétend
tirer des preuves pour démontrer
que Luzex eft Vxellodunum. La premiere
eft celle de Caftel Sarafi qu'il établit
ainfi . Environ à cinq cens pas de la
place entre les deux rivieres on voit les
reftes nommez dans les anciens titres
Caftrum Cafaris , & que le vulgaire nomme
par corruption Caftel Sarafi.
On lui paffe la dénomination Latine ,
mais pour l'explication vulgaire elle eft
abfolument rejettée ; il fe peut faire , dit
M. de Vayrac , qu'il y ait eu autrefois au
même endroit où eft Caftel . Sarafi un
Camp des Romains , non pas que Cefar
l'y eut placé , parce qu'il n'a jamais été
fur les lieux en queftion ; mais comme
:1
1708 MERCURE DE FRANCE .
ל כ
il étoit Gouverneur des Gaules , & que
tout l'honneur de ce qui s'y paffoit lui
étoit déferé , je ne trouve aucun in-
» convenient de croire qu'on donnât à
>> cet endroit le nom de Caftrum Cafaris ;
» mais delà il ne s'enfuit pas que Caftel
» Sarafi dérive de Caftrum Cafaris , il eſt
>> bien plus naturel de croire qu'il dérive
" des Sarrafins , qui comme tout le mon-
» de fçait s'emparerent des Gaules depuis
" les frontieres d'Efpagne , jufqu'à la
» riviere de Loire . Sentiment d'autant
" plus plaufible que les reftes de ce Château
font vifiblement de construction
" Sarrafine , & nullement de conftruction
» Celtique , ou Romaine. Je dis la même
» chofe du vieux Fort nommé la Redou-
" te , que M. Augier place à deux ou
» trois mille pas au-deflus de Caftel Sa-
» rafi au fommet de la montagne . Car ou-
" tre que Hirtius ne fait aucune mention
» de ce vieux Château , il fuffit que
" nôtre nouveau Topographe reconnoille
}}
qu'il étoit admirablement bien con-
» ftruit , pour en attribuer la conſtruction
» aux Sarrafins , & nullement aux Celtes,
" qui de l'aveu de tous les Sçavans en
» antiquitez , étoient de très- mauvais Ar-
>> chitectes .
La feconde étimologie eft celle du nom
de Luzex , où felon M. Augier , on voit
claireA
OUST 1725. 1769
clairement la conformité de fon nom mederne
avec l'ancien , car , dit- il , Uxellodunum
eft compofé d'Uxellum , & du
mot Celtique Dunum , qui fignifie une
éminence , ou un Fort élevé , comme fi
l'on difoit Dunum Uxelli ; cela fuppofé
on voit que de Vxellum on a fait Luzex.
On nomme la Citadelle le Fort de Luzex ,
n'est -ce pas clairement Dunum Uxelli , on
Uxellodunum , dit M. Augier?
Ferfonne ne nie à M. Augier qu'Oxellodunum
dérive des deux mots Celtiques
Uxellum & Dunum dans le fens qu'il
leur donne ; mais fon Adverfaire lui
foutient qu'il altere fi fort celui de Luzex
, pour le faire quadrer avec Vxellodunum
, qu'il le rend prefque méconnoillable
; en effet , dit -il , on a toûjours
écrit Luzetz , & jamais Lufex , ce qui
marque le peu d'analogie qu'il a avec
Uxellodunum .
Jufqu'ici M. l'Abbé de Vayrac croit
avoir démontré que ni Capdenac , ni Ca--
hors , ni Luzex ne peuvent être Vxellodunum.
Il nous refte à faire voir fommairement
, que felon le ſentiment de l'Auteur
, c'eft une montagne qui eft près de
Vayrac , & qu'on y trouve toutes les circonftances
qui fe rencontrent dans le
narré du Continuateur de Cefar.
I. La Ville d'Uxellodunum étoit dans.
le
1710 MERCURE DE FRANCE.
le Quercy , felon Hirtius. Oppidum Uxellodunum
in agris Cadurcorum. Or près
de Vayrac il y a une montagne appellée
Lou Pech d'Uolun , ce qui convient litteralement
à Uxellodunum .
II. Le même Hiftorien dit que la
Ville d'Uxellodunum étoit extrêmement
forte par
fa fituation . Oppidum natura
egregiè unitum , parce qu'elle étoit bâtie
fur des Rochers efcarpez de toutes
parts , où il auroit été difficile à un foldat
de monter quand elle n'auroit été défendue
par perfonne . Quo defendente nullo ,
tamen armatis adfcendere effet difficile.
De quelque côté qu'on regarde le Pech
d'Ulfoun ,, on n'apperçoit que des Rochers
telle nent efcarpez , qu'on n'y peut
monter qu'en grimpant , & par de petits
fentiers qu'on a pratiquez dans le Roc en
quelques endroits ; car par tout ailleurs
les Rochers font auffi perpendiculaires
que les Tours de Nôtre - Dame de Paris ;
de forte que jamais mortel n'y a pû
monter .
III. La montagne fur laquelle Uxellodunum
étoit placé , étoit environnée
prefque de toutes parts d'un profond valon
qu'une riviere traverſoit .
Le Pech d'Uffolun eft regulierement
environné d'un profond valon du côté du
Nord & de l'Occident , lequel n'eft entre-
T
AOUST 1725.
1711
tre- coupé du côté de l'Orient que par
une langue de terre , formant une espece
de Promontoire qui prend racine à plus
de 60. toifes au - deffous des murailles
d'Vxellodunum , & qui reprend fa profondeur
en s'étendant du Nord au Midy.
On peut même dire que directement au
Midy , le terrain qui eft entre la montagne
& la riviere de Dordogne , laquelle
de l'autre côté eft bordée par une autre
montagne également efcarpée , peut être
regardé comme un valon , n'ayant pas
plus de 700. pas de largeur.
Une riviere appellée la Tourmente , &
qui prend la fource à l'extrêmité Meridionale
du bas Limoufin traverſe ce valan
, lequel fe retreffit tellement à l'Occident
du Pech d'Uffolun' ; qu'il n'a pas
400. pas de largeur , » & c'est ici où je
» me vois obligé , dit nôtre Auteur , de
» m'écarter du ſentiment de Jofeph Sca-
» liger , qui d'ailleurs a parlé fi perti-
>> nemment de la veritable fituation d'U,
» xellodunum ; mais qui s'eft trompé en
» prenant la Dordogne pour la Tour-
» mente ; car enfin , la nature ni le cours
» de la Dordogne ne fçauroient convenir
à la riviere qui traverfoit le valon .
IV. La place étoit fi grande que Drapes
& Luterius , principaux Chefs , qui
défendirent xellodunum , y introduifi-
နာ
rent

1712 MERCURE DE FRANCE.
rent 5000. hommes , & enfuite dans un
détachement qu'ils firent pour aller chercher
des vivres , ils y en laifferent 2000.
& ce détachement fut affez fort pour infulter
les Camps des Romains . Mais ce
qui marque encore mieux la grandeur de
cette Ville , c'eft que les Romains malgré
le nombre de leurs troupes n'en pûrent
inveftir qu'une partie .
Le Pech d'Ufolun eft regulierement
rond ; & a une grande demie lieuë de
diamêtre , & comme fon fommet eft parfaitement
uni , il n'est pas furprenant
qu'il y eut affez de bâtimens pour loger
une garnifon auffi forte que celle que
Drapes & Luterius y établirent.
Hirtius dit que Caninius établit trois
Camps fur un lieu fort élevé , tria excelfiffimo
loco caftra fecit. Le Promontoire
qui divifoit le valon en deux du côté de
F'Orient , eft ce lieu élevé dont parle Hirtius
, felon M. l'Abbé de Vayrac , le même
Hiftorien obferve que du côté où la
montagne n'étoit feparée de la riviere
que par un espace de terre d'environ
300. pieds , il y avoit une fontaine qui
fortoit de deffous les murailles de la Ville ,
& qui fe précipitoit dans le valon .
Au Pech d'Ufotun , & au même endroit
qui eft marqué par Hirtius , on
voit cette grande Fontaine , & on l'appelle
A
OUST 1725. 1713
pelle encore la Fontaine Romaine .
Les Romains , au refte , jugerent à
propos d'attaquer la place du côté de la
Fontaine , pour ôter ce fecours aux affie-
.gez. Cefar même étoit de cet avis ; mais
comme il étoit plus clair- voyant que tous
les autres , le danger qu'il y avoit dans
- cette attaque lui paroiffoit très - grand¸ à
caufe que le terrain alloit en montant ,
& que les affiegez qui combattoient du
haut en bas , & qui faifoient des forties
continuelles , blefloient beaucoup de monde
, & ils en perdoient très- peu ; de forte
que Cefar fut obligé de faire élever , com-.
me on l'a déja dit , une terraffe de 60 .
pieds , fur laquelle on conftruifit une
Tour de dix étages , non pas pour atteindre
à la hauteur du mur , car il n'étoit.
pas poffible , inais pour commander à la
Fontaine .
>> Tout ce qui vient d'être rapporté
» ajoûte M. de Vayrac , fe rencontre
.» exactement au Pech d'folun , trait
» pour trait , m'étant transporté en 1688 .
» à l'endroit où la Tour fut conftruite
» avec feu M. de Souillac , Grand,Vicaire
» de Cahors , & l'un des plus fçavans
» hommes que le dernier fiecle ait pro-
» duit ; nous fupputâmes le niveau à la
»> ' main , juſqu'à quelle hauteur pouvoit
» allercelle de la Tour dont on vient
de
1714 MERCURE DE FRANCE.
"
» de parler , nous trouvâmes qu'elle furpalloit
la Fontaine d'environ une toife
» & demie , & nous remarquâmes que
depuis le haut des murailles de la Ville,
>> jufqu'à l'endroit où eft la Fontaine , le
>>> Rocher tombe à plomb , & que depuis
» cet endroit-là jufqu'à celui où étoit la
>> Tour , il ſe forme une pente très - ru-
» de , laquelle vient fe joindre imperceptiblement
au Promontoire dont j'ai
» fait mention , ce qui rendoit l'attaque
» de la Fontaine fi difficile.
>>
L'endroit où étoit la Tour s'eft toûjours
appellé , & s'appelle encore Bel
Caftel , par allufion à cette fameufe Tour,
En Langue vulgaire Caftel fignifie également
Tour & Château , il eft bon même
d'obferver qu'en Quercy on n'appelle
point Château une Maiſon qui n'a pas
de Tours , quelque grande & magnifique
qu'elle foit.
Il eft à propos d'ajoûter que Cefar
voyant l'impoffibilité qu'il y avoit de
vaincre les affiegez , tandis qu'ils auroient
de l'eau , & confiderant qu'il ne
pouvoit les priver de ce fecours qu'en
détournant la fource de la Fontaine , il
fit faire des conduits fous - terrains , par le
moyen defquels il en détourna le cours.
On voit encore au Pech d'Ufolun l'ancien
canal de cette Fontaine.

Toutes
=
AOUST 1725.
1715
Toutes ces raiſons bien & dûment pefées
& conferées avec l'affiette du Pech
d'Volun obligent M. de Vayrac de conclure
: que tout ce qui a été dit de
» Capdenac , de Cahors & de Luzex , ne
» font que des fables inventées par des
» Payfans , & appuyées par des perfon-
» nes qui n'ont pas affez approfondi la
» matiere ; enfin, que l'affiette du Pech
» d'Uffolun feule , répond en tout & par
» tout à toutes les particularitez , & aux
»
circonftances que Cefar marque à l'én
gard d'Uxellodunum.
Quoique nôtre Auteur croye avoir
fuffisamment prouvé cette verité , il allegue
encore les autoritez de J. Scaliger ,
de Merula , de Juftel , d'Auteferre , de le
Bret , & d'autres bons Critiques , Geographes
& Hiftoriens , lefquels fe font
tous declarez en faveur du Pech d'Uffolun.
Il appuye furtout beaucoup fur celle
de Scaliger , qui obferve que dans le lieu
en queſtion on déterre tous les jours des
monumens de l'Antiquité Romaine , fans
oublier le témoignage de le Bret , qui
affure qu'on y voit encore un vieux Portique
, appellé par ceux du Pays la Porte
des Romains.
Nous ne fuivons pas l'Auteur de la
Differtation fur toutes ces autoritez , qu'il
apporte affez au long ; mais nous n'o-
B mettrons
1716 MERCURE DE FRANCE.
mettrons pas ce qu'il ajoûte à l'obfervation
de Scaliger ; fçavoir , que plufieurs
Laboureurs de la Paroiffe de Vayrac , &
des Villages circonvoifins , fe font enrichis
par la quantité de Medailles d'or &
d'argent qu'ils y ont trouvé , foit en labourant
la terre , foit en la foüillant pour
chercher des truffes .
11 eft conftant d'ailleurs qu'on voit
dans le Cimetiere de Vayrac quantité de
pierres fepulcrales , qui viennent de là ;
on en voit même plufieurs dans les murs
du Château , & d'un vieux Monaftere qui
exifte encore tout entier , qui ne peuvent
venir d'ailleurs ; & il y a tout lieu de
croire, que toutes les pierres de ces deux
grands édifices ont été prifes des ruines
d'Uxellodunum .
M. l'Abbé de Vayrac remarque auffi
fort à propos dans le Cadaftre ou Regiftre
Terrier , qui contient le dénombrement
que M. Pelot , Intendant de Montauban ,
fit en 1662. des terres de la Paroiffe de
Vayrac ; il eft fait mention du Pech d'Uffolun
, comme d'un nom appellatif , qui
rappelle le nom primitif d'Oxellodunum,
conformément aux Chartes , & aux autres
Titres Latins , fur lefquels ce Magiftrat
fe regla pour avoir une connoiffance
exacte du nombre des arpens de terre ,
ou
A O UST 1725. 1717
ou de bois que renferme la montagne
dont il eſt ici queſtion .
Et pour ne rien laiffer à defirer aux
Curieux fur cette matiere , nôtre Auteur
raporte les termes dont Juftel s'eſt ſervi
dans le cinquiéme Chapitre de fon Hiftoire
de la Maiſon de Turenne , en parlant
de la Charte du Roi Raoul , cy- devant
citée , donnée en faveur de l'Abbaye
de Tulle. » Et eft remarquable en
>> cette Charte , dit Juftel , la mention
» qui y eft faite d'Oxellodunum , & qu'an-
» ciennement il y avoit une Ville fort
renommée par un fiege des Romains :
» ubi olim Civitas Romanorum obfidione
❤nota , &c. & encore aujourd'hui il reſte
» des veftiges de cette Ville- là au Pays
de Quercy , en un lieu appellé en langage
du Pays L. Puech d'Exfolu , qui
convient aux termes de la Charte du
Roi Raoul , où il eft nommé Podium
» Uxellodunum , &c. » Ce qui prouve
clairement qu'il n'y a que le Pech d'Uf
folun qui puiffe être Vxellodunum.
»
*
Enfin
par furcroît
de preuves
& d'autoritez
, on rapporte
à la fin de
cette
Differtation
les termes
memorables
de
trois
Chartes
que
M.
Baluze
a inferée
dans
fon
Hiftoire
de la Ville
de Tulles
,
éloignée
d'Uxellodunum
feulement
de fix
lieuës
les deux
premieres
font
des
an-
Bij
nées
:
1718 MERCURE
DE FRANCE
.
nées 941. & 944. & contiennent
des
donations
de quelques
Villages , fituez au Pech d'Ufolun
; la derniere
eft de l'année
945. & contient une vente de ces mêmes
Villages. Dans ces Chartes ce qu'on appelle
aujourd'hui
le Pech d'folun
eſt
defigné en ces termes : Qui eft in orbe
Cadurcino
in Vicaria Cafiliafenfi
in loco
cui vocabulum
eft Exeloduno
. Ce qui paroît
décifif , & acheve de confirmer
tout
ce qui a été dit en faveur du fentiment
de M. l'Abbé de Vayrac fur la veritable
fituation
d'Uxellodunum
.
Nous venons d'apprendre
que M. de
Vayrac travaille à une nouvelle Traduction
des Commentaires
de Cefar , qui fera
accompagnée
de Notes , & de Remarques
critiques pour la parfaite intelligence
,
& enrichie de Cartes , de Plans , de Figures
, & c. Il fe propofe d'ajoûter à la
fin quelques Differtations
pour fixer la
fituation des lieux qui ont donné le plus
de peines aux Interpretes
& aux Critiques
, de concilier enfin l'ancienne Geographie
des Gaules , avec la Geographię
moderne du même Pays .
A OUST 1725. 171
MXXXXXXX
A M. l'Abbé de Vaugency , Chanoine
de S. Eftienne de Châlons.
Ar
EPITRE.
Par fois j'ai de faire des vers
Eu la plaifante fantaiſie ,
Et j'ai tenu propos divers
Dans le jargon de Poëfie ;
J'euffe été bien plus avisé
De parler Profe , ou de me taire :
Qu'est- ce qu'un Ecrivain vulgaire
Aux yeux d'un Critique fenfé ?
C'est la plus pauvre creature
Qui foit en l'humaine nature ,
D'autant plus chetif animal ,
Qu'helas il ne fent pas fon mal ;
Et que fe plaifant à l'eſcrime
De la raifon & de la rime ,
Il y confume fes efprits ,
Et ne remporte pour tout prix
Qu'une froide & maigre fumée ,
Qu'ilcroit encens de renommée
B iij
Ou
1720 MERCURE DE FRANCE .
Ou des brocards , ou des fifflets ;
Et fi par malheur le bon fire
Trop eft enclin à la fatire ,
Souvent le bâton fuit de près
Et fes Rondeaux , & fes Couplets
>
Or quand ce feroit un genie
Fils du lumineux Apollon ,
Que Calliope ou Polimnie ,
Auroient dans le facré valon
Dotté de l'efprit & du ftile
Du bon Horace ou de Virgile ,
Je dis qu'il n'en feroit plus gras ,
Qu'on n'en feroit point plus de cas.
Et que malgré ce , la fortune
Lui garderoit encor rancune.
Ne fommes plus au temps jadis .
Ou des Rois aimez , applaudis ,
Ainfi que les Dieux Indigetes .
On idolâtroit les Poëtes.
Aujourd'hui font les pauvres gens .
Honnis , fouffreteux , indigens ,
Pendant leur languiffante vie ,
Lieux communs de la raillerie ,
Et
AOUST
172 1 1725 .
Et ce n'eft qu'à leur monument ,
Que ce fait leur Couronnement .
Quand ils font morts on fait entendre ,
Maint éloge , on répand des pleurs ;
Il eft bien temps , l'ombre & la cendre
Ne peuvent goûter ces honneurs.
Celui qu'enclot la tombe noire ,
Peu s'embaraffe fi l'hiftoire ,
Rendant juftice à fes écrits ,
Le met au rang des beaux efprits ,
Et des pompes du Maufolé ,
Sa mufe n'eft pas confolée .
Le Taffe , Poëte fameux ,
Dont nous avons oeuvre fi belle ,
Dans fon manoir calamiteux ,
Manquoit de pain & de chandelle.
Sa Chatte étoit fon plus grand bien :
Tant qu'il demeura fur la terre ,
La fortune lui fit la guerre ,
Et mort il ne manqua de rien.
Lors il reçut mainte largeffe ,
Et d'or pur fon Bufte fut fait ;
Lors maint Prince & mainte Princeffe ,
A grands frais aquit le portrait s
B iiij
A
1722 MERCURE DE FRANCE:
Du Taffe auquel leur ame dure ,
Refufa dans fa pauvreté
Les ducats que leur vanité,
fa
Fit prodiguer pour ſa peinture :
Adonc ce fut au monument ,
Que fe fit fon Couronnement.
Ami, voilà le train du monde ,
Et quoique le Parnaffe en gronde ,
Toûjours ainfi le monde ira
Tant que le monde durera.
Oh ! diras - tu , la fotte allure !
Qu'importe ! il faut n'en avoir cure ,
Aller fon train de fon côté ,
Et quand l'on fe fent bien monté ,
Pour faire une Piece jolie ,
Il faut en paffer fon envie.
Quoique le métier foit ingrat ,
Garde - toi de laiffer l'ouvrage :
Le travail au brave foldat
Ne fait qu'aiguifer le courage ;
D'un noble defir tranſporté ,
Fidele aux filles de memoire ,
Achete l'éternelle gloire ,
Au prix de la difficulté .
Achepte
A
OUST 1725. 1723
Sur l'Hymen du Roi nôtre Sire ,
Dégoiſe nous Chants gracieux ,
Ne laiffe dans ces temps joyeux ,
Lâcher les cordes de ta lire.
D'Apollon fuivant les tranſports ,
Entre gayment dans la carriere ;
Quelle plus brillante matiere ,
Pourroit s'offrir à tes accords ?
J'attends de l'ardeur de ton zele ,
Sur ce fujet Ode nouvelle.
Un Roi pour prix à la vertu ,
Offrant fon coeur & fa Couronne ,
C'eſt le theme que je te donne ,
Ami le refuferas- tu ?
Non , déja la fubtile flâme ,
D'Apollon penetre ton ame ,
Animé déja fous tes doigts ,
Ton Luth a raifonné trois fois.
Adieu , je refpecte l'augure ,
Et vais prendre mon chalumeaug
Au petit chantre d'un hameau
Ne convient autre Tablature.
Le Chevalier D.....
By EXPLI
1724 MERCURE DE FRANCE.
****XMMMMMMMMMMMMM
EXPLICATION des Enigmes faite aw
College de Louis le Grand.
E 8. du mois paffé l'Explication des
Enigmes fe fit au College de Louis
le Grand , fuivant la coutume , & avec
beaucoup de fuccès : l'Affemblée étoit
nombreuſe & des plus brillantes . Le Ta
bleau de Rhetorique reprefentoit Debora
& Barach , qui reinercient Dieu
après avoir remporté la victoire . Il fut
d'abord expliqué fur le Compliment. Le
fujet étoit favorable au mot : l'Auteur
fit la critique de plufieurs fortes de Complimens
, donna des regles , foit pour en
faire avec grace , foit pour les recevoir
avec politeffe cette Enigme étoit juſte ,
pleine d'un beau détail , & fut bien reçûë
: nous n'en citerons aucun morceau
auffi bien que ddee ddeeuuxx aauuttrreess ,, quoiqu'il
y en eut d'excellens , parce qu'elles
étoient toutes Latines .
M. de la Porte qui propofoit le Tableau,
l'expliqua enfuite avec M. de Saint
Fargeau , qui s'étoit joint à lui . Le Dialogue
releve cette forte d'exercice , y
met du feu & de la varieté , donne lieu
à d'agréables faillies qui réveillent à
certains
AOUST 1725.
1725
·
certains traits obligeans qui intereflent
l'Auditeur . Le choix des Acteurs differens
d'âge & de cara & ere répondoit aux
mots differens qu'ils avoient pris , l'Ode
& la Chanfon. Le premier qui traitoit
une matiere fçavante & fublime , la foutenoit
par la nobleffe & la dignité de fon
action le fecond qui débitoit des chofes
moins ferieufes & plus réjouiffantes , les
animoit encore par fon air fpirituel &
naïf , auffi emporterent ils les fuffrages
. On parut également fenfible aux
beautez de la Piece qu'ils declamoient ,
-& à la maniere vive & gratieufe , dont
ils les faifoient fentir. Le P. Porée , Auteur
de l'Enigme avoit exercé avec foin
les Oedipes , ils avoient de grandes dif
pofitions à profiter des leçons d'un Maître
auffi habile , & ils lui ont fait honneur
c'eft un avantage ordinaire à tous
ceux qu'il forme. Comme dans les ouvrages
il fçait accorder l'invention avec
la jufteffe , la finele avec le naturel , il
eft aifé d'en donner un Extrait fuivis
celui- ci ne fera pourtant pas complet ,
car nous ne citerons que du François .
nous n'indiquerons même que les principales
applications . Le merite de l'Auteur
eft connu d'ailleurs ; on veut feulement
faire remarquer la facilité merveilleufe
avec laquelle il fe prête à tous les fujets ,
B vj on
1726 MERCURE DE FRANCE.
on trouve dans fes Tragedies de l'éleva
tion & du ſentiment , dans fes Pieces Comiques
une morale choifie & piquante ,
ce n'eft ici qu'un leger & élegant badinage.
Le caractere & l'origine de l'Ode &
de la Chanson , leurs qualitez differentés ,
leurs divers fujets , les défauts ordinaires
à ceux qui s'y appliquent voilà le fond
de l'Enigme . Les Oedipes placerent l'Ode
dans Debora , & la Chanfon dans une
autre guerriere qu'on voyoit à la fuite de
l'Heroïne . Le caractere de l'une & de
l'autre Poëfie eft exprimé dans ces vers.
Ne vous y trompez pas , une Ode , une Chanfon
Le prennent fur different ton ,
L'Ode eft plus noble , plus fçavante
Marche avec plus de gravité ;
La Chanfon n'eft que fa fuivante ,
Qui peut avoir de la beauté ;
Mais qui n'aura jamais fon air , fa majeſté.
Debora paroît tranfportée par l'Esprit
divin qui l'infpire , mais fa contenance
n'a rien de fier & d'irregulier . L'enthoufiafme
& la regularité font deux qualitez
que l'Ode doit allier enfemble.
Dans
A OUST 1727 1723
Dans fon enthouſiaſme il faut toûjours que
l'Ode
Confulte les regles de l'art ,
Et qu'elle marche avec methode',
Quand même elle fait un écart ;
Qu'elle s'éleve avec juſteſſe ,
Qu'elle s'emporte avec ſageſſe ,
Et regle fi bien fon tranſport ,.
Qu'elle mette la fougue & la raifon d'accord.
La Chanfon a moins de force & de nobleffe
, mais auffi plus de liberté.
La Chanfon plus libre que l'Ode
Marche d'un pas déliberé ,
A tout mouvement s'accommode
Danſe , faute , court à fon gré ,
Double , comme il lui plaît , ou tranſporte la
rime
D'un peu de liberté ne fe fait pas un crime ,
Préfere à toute choſe un trait piquant & vif,
Un tour facile , un air naïf ,
Et fans chercher tant de myftere ,
Ne connoît d'art que l'art de plaire.
Un facrifice offert en action de graces,
qu'on découvre dans l'enfoncement du
Tableau
1728 MERCURE DE FRANCE:
Tableau , fournit un trait de morales
que l'Auteur ne pouvoit manquer de
faifir.
Pour rendre hommage au Dieu qui lance le
Tonnerre ,
Qui place fur le Trône , ou renverſe les Rois ,
Et dont la main répand ſes tréfors fur la terre,
L'Ode éleva jadis fon éclatante voix.
Mais bien - tôt aveuglé par un affreux délire ,
L'homme adora fes paffions ,
S'en fit des Dieux , l'efprit trouva les fictions ,
La main les chanta fur la lyre ,
Er fit retentir tour à tour ,
Les attraits de Bacchus , les charmes de l'Amour.
Nous blâmons ce délire , en fommes nous
plis fages ?
De ces frivoles Dieux par l'erreur inventez ,
Nous avons brifé les images ,
Noore foi les a déteftez ;
Ma's par combien de fons lyriques ,
Par combien de Chanfons lubriques ,
Les avons- nous reffufcitez
Nous nous faifons encor des Idoles nou
velles ,
Nous
AOUST 1725 1729
Nous confacrons nos chants à des beautez
mortelles ;
Du vrai Dieu lâches déferteurs ,
Nous fommes des faux Dieux les vrais adorateurs.
Si les combats & les victoires font le
fujet ordinaire de l'Ode , fouvent auffi
les Guerriers font l'objet des Chanfons.
Qu'un nouveau Jean de Vert ne faffe rien qui
vaille ,
Qu'il laiffe prendre Ville , ou qu'il perde bataille
;
La Chanfon donnera deffus ,
Et loüant les vainqueurs lardera les vaincus ;
L'Officier , le Soldat craindrons plus fa pi
quire ,
Que la plus cuifante bleffure.
On échape au Moufquet , on échape au Canon
.
Il eft onguent pour la brûlure ,
Il n'en eft point pour le lardon ;
Ce Heros * fi fameux , qui fut un autre Alcide,»
Heros François de grand renom ,
Et dont la valeur intrépide ,
Revit avec fon fang dans un fage Bourbon ,
Le Grand Condé.
Co
1730 MERCURE DE FRANCE.
Ce Heros a tremblé plus d'une fois , dit- on.
Craignoit-il l'affreuſe tempête ,
1
Que Mars affembloit fur fa tête ?
Redoutoit-il la mort ? oh ! non ,
Quoi donc le Pont - neuf, la Chanfon.
Il étoit naturel de parler du goût qu'ont
les François pour la Chanfon , & même
de le juftifier ; c'eft la matiere de deux
morceaux de Poëfie , dont l'un eft peutêtre
plus fin , & l'autre plus piquant.
La Chanfon tous les jours empiete fur l'Ode,
De fa folâtre humeur le François s'accommode
,
Et comme il veut chanter d'une ou d'autre
façon ,

Il fait une Chanfon.
Avons-nous éprouvé le trifte fort des armes ,
Ou quelque autre malheur qui demande des
farmes ?
Le François s'en afflige & pleure à ſa façon ,
Il fait une Chanfon.
Un nouveau reglement vient-il fans qu'on y
penfe ,
Réformer un abus , moderer la dépenſe ?
Le François réformé murmure à fa façon ,
Il fait une Chanfon.
Un
AOUST 1725. 1731
Un Grand fier de fon rang , ou plein de fa
Nobleffe ,
Offre-t'il à nos yeux un dedain qui nous
bleffe ?
Le François méprifé s'en vange à fa façon ,
Il fait une Chanſon .
Voit- on le crime heureux fouler d'un pied
fuperbe ,
La timide vertu qui rampe comme l'herbe ?
Le François indigné fremit à ſa façon ,
Il fait une chanfon.
Un merite élevé , que le fort perfecute
Renversé par l'Envie , a- t'il fait la culbute ?
Le François attendri le plaint à ſa façon ,
Il fait une Chanfon.
Donne t'on au Theatre une Piece nouvelle ,
Qui dès le premier pas fur fes patins chancelle
?
Le François la releve , & loüe à ſa façon ,
Il fait une Chanfon.
Enfin qu'il fe prefente un fujet pour écrire ,
Soit fujet d'Elegie , ou fujet de Satyre ,
Le François enjoüé le tourne à fa façon
Il fait une Chanſon.
Prétend#
732 MERCURE DE FRANCE.
Prétend -t'on lui reprocher un défaut ?
non ; mais avouer un talent qui lui réüffit .
Si le François a plus de goût & de fineſſe
En Chanfons, que n'en eut l'Italie ou la Grece ;
Doit on trouver mauvais , pour rire à ſa façon ,
Qu'il faffe une Chanſon ?
A plus d'un Ecrivain, qui fait un gros ouvrage,
Conviendroit de changer de ftile & de langage
;
Un bon ami devroit lui dire fans façon ,
Qu'il faffe une Chanſon .
Un homme à tourbillons nous bâtit un fyftême
,
Voulant tout arranger , fe dérange lui-même ;
Qu'il laiffe aller le monde à l'ancienne façon ,
Qu'il faffe une Chanſon .
Un Orateur prépare un Difcours pathetique ,
Il ne fera jamais qu'une Harangue éthique ,
Pourquoi perd t'il fes tours , fes phraſes , fa
façon ?
Qu'il faffe une Chanfon .
Un autre qui fe croit de Themis le refuge ,
Ne parlera jamais , qu'il n'endorme fon Juge,
Pour réveiller les gens , qu'il change de façon,
Qu'il falle une Chanſon.
Un
AOUST 1725. 1733
2
Un Poëte nouveau donne pour Comedies ,
Ou pour des Operas de vieilles rapfodies :
Qu'il fe dreffe un Theatre au Pont- neuf fans
façon ,
Qu'il faffe une Chanſon.
Un Auteur nous promet des hiftoires fecrettes,
Qu'il bâtit fur la foy des lardons des Gazettes,
S'il ne veut que mentir , pourquoi tant de
façon ?
Qu'il faffe une Chanſon.
Un grand Fabricateur de Genealogies ,
Pour nobles Roturiers fait des Apologies ;
S'il veut les annoblir de la bonne façon :
Qu'il faffe une Chanfon.
Un Pere de Famille efclave de ſes vices,
Exhorte fes enfans , comme on fait des Novices
;
Il dit bien : s'il vit mal , autant vaut fans façon
Qu'il faffe une Chanfon.
Mais n'allons pas plus loin : en vains projets
fertiles ,
Les hommes , la plûpart , font des pas inutiles ,
Sans les nommer , je dis à chacun fans façon ,
Qu'il faffe une Canfon.
Il ne faut donc pas s'étonner , que
fuivant
# 734 MERCURE DE FRANCE .
fuivant le genie de la Nation , tant de
gens fe mêlent d'en faire.
Il eft Chantre de tout étage ,
Riche , Gueux , Noble , Roturier ;
Car on chante à la Cour , à la Ville, au Village,
Mais l'un de Chanſons fait métier ,
Pour l'autre c'est un badinage ;
Celui- cy fous la treille , affifté de Bacchus ,
Dont il boit à longs traits le précieux breuvage
,
Rime & chante des impromptus ,
Tant & plus.
Tandis que chetifs faifeurs d'Odes ,
Dans leur laboratoire affis comme Pagodes ,
Offrent de l'encens à Phébus ,
Qui leur donne pour tout falaire,
Un laurier fec & de l'eau claire ;
L'eau claire eft bonne , je le crois ,
Surtout pour éclaircir la voix ,
Non , pour calmer Dame Mifere ,
Suivante d'Apollon , qui ne le quitte guere ,
Et qui fait bien fouvent qu'un rimeur aux
abois
Chante & pleure tout à la fois.
Un
A
OUST 1725. 1735
Un homme reprefenté fur un Char ,
rappelle le fouvenir de ce Cocher * fameux
, à qui les Chantres du Pont neuf
ont tant d'obligation ; comme le mot general
de Chanfon convient à toute efpece,
l'Auteur qui peut tout dire avec efprit ,
n'a pas dédaigné cette convenance.
Après la mort de Voiture ,
Auteur de maints jolis Airs ,
Un Cocher , fur ſa monture ,
Se mit à faire des Vers ;
Sa Mufe toujours agile ,
Et toûjours le foüet en main ,
En rimant alloit grand train ,
Et couroit toute la Ville .
Que cet homme fut heureux !
Tous fes Vers couloient de fource ,
Il furpaffoit dans fa courfe
Les Auteurs les plus fameux ;
Mais , pour parler fans emphafe,
Le fait n'est pas merveilleux ,
Ceux-cy n'avoient qu'un Pegaſe ,
Le Cocher en avoit deux.
Les diverses attitudes de plufieurs
Le Cocher de M. de Vertamont,
perfoni
1736 MERCURE DE FRANCEperfonnages
du Tableau figuroient les défauts
, furtout des Poëtes lyriques ; tels
que font de ramper ou de chercher le brillant
; d'être gênez ou glacez dans leurs
écrits : ce dernier vient fouvent de l'âge,
qui avertit de renoncer au métier .
Pour chanter Odes fublimes
C'est peu d'arranger des rimes ,
Il faut du feu , de l'ardeur ,
Et même de la verdeur.
Il est vrai que la vieilleffe
Eft l'âge de la fageffe ;
Mais ce n'eft plus la faiſon
De faire Ode , ni Chanfon ,
Un Poëte , s'il eft fage .
Ne chante plus à cet âge ;
Il pourra fe réchauffer ,
En rimes Philofopher .
Mais quoiqu'il dife ou qu'il faffe,
Ses Vers feront à la glace ,
Et la glace de l'Auteur
Paffera jufqu'au Lecteur.
Dans les chofes de la vie ,
Mais furtout en Poëfie ,
Finir plûtôt que plus tard
C'est la regle & le grandart.
Avant
A
OUST 1725. 1737
Avant de finir , les Oedipes font ellai
de leurs talens : quoiqu'ils fentent que le
fujet eft audeffus de leurs forces , ils
chantent tour à tour l'aimable & vertueufe
Princeffe que Louis XV. a jugé digne
de fa tendreffe & de fa Couronne.
Le 1 .
Pour faire regner la fageffe
Avec le plus jeune des Rois ,
D'une jeune & fage Princeffe ,
Le Ciel a voulu faire choix :
Mufe chantez- la fur la Lyre,
Secondez l'ardeur qui m'inſpire ,
Mais ne fongez pas à flatter ,
C'eſt la Vertu qu'il faut chanters
Le 2.
Le Ciel nous deftine une Reine ,
Dont il a formé les appas ;
Elle fera plus fouveraine
De nos coeurs que de nos Etats .
Je lui dois une Chanfonnette ,
Pourquoi tremblez vous , ma Mufette?
C'eſt à l'Amour de vous dicter
Les Airs que vous devez chanter.
Nous
1738 MERCURE DE FRANCE.
Le 1.
Nous verrons fur le Trône affife
Une Efther pleine de pudeur ,
Au jeune Affuerus foumife ,
Elle fçaura gagner fon coeur.
Mufe , chantez-la fur la Lyre ,
Secondez l'ardeur qui m'inſpire .
Mais ne fongez pas à flatter ,
C'est la Vertu qu'il faut chanter.
Le 2 .
Du Trône on la verra defcendre ,
Pour foulager les malheureux ;
Ses revers paffez , fon coeur tendre .
La rendront fenfible à nos voeux ;
Je lui dois une Chanfonnette ,
Pourquoi tremblez- vous , ma Muzette?
C'eft à l'Amour de vous dicter
Les Airs que vous devez chanter.
Le 1.
Elle quitte la follitude ,
Où fa vertu croiffoit fans bruit ,
La Vertu qui fit fon étude ,
Monte fur le Trône & la fuit.
Mufe
AOUST 1725 .
1739
Mufe , chantez- la fur la Lyre ,
Secondez l'ardeur qui m'infpire ;
Mais vous avez affez chanté .
Puiſque vous n'avez point flatté.
Le 2 .
Nos Mufes , pour lui rendre hommage , '
S'expliqueront diverſement ;
Nous parlerons plus d'un langage ,
Mais nous n'aurons qu'un fentiment.
Je lui dois une Chanfonnette ,
Mais quoi ? la voilà déja faite ,
Et c'est l'amour qui m'a dicté ,
Ce que ma Mufette a chanté.
Le Tableau de feconde , excellente
Piece de Bourdon , reprefentoit Noé forti
de l'Arche , & offrant à Dieu un Sacrifice.
Le premier mot qu'on expliqua deffus
, fut le Contrat. Noé s'engage a Dieu ,
& promet de lui être fidele ; Dieu s'engage
à Noé , & lui affure fa protection ;
d'un côté des Victimes , de l'autre l'arc
en Ciel font les marques , & comme les
gages de cette alliance mutuelle. Figure
fenfible du Contrat. La famille de Noé
furvit feule au genre humain , & devient
dépofitaire de la fortune du monde ; le
C Con1740
MERCURE DE FRANCE .
J
-
Contrat eft l'unique azile de la bonne - foi,
& le feul garant des engagemens les plus
forts . Le Sacrifice fe fait avec certaines
ceremonies , & le Contrat exige des formalitez
on découvre dans le perfide
Cham ceux qui contractent de mauvaiſe
foi , leur fourbe induftrieufe a pour Symbole
le changement trompeur & imper
ceptible des couleurs de l'Arc- en - Ciel.
L'Auteur par des applications toûjours
heureufes donne enfuite à ceux qui contractent
des avis prudens que la malice ..
de nôtre fiecle rend neceffaires , il finit
par demander grace pour un fujet fur lequel
il eft facile , & même permis aux
Mufes de ne faire que bégayer. Cette
Enigme pleine d'efprit , & dont les vers
font beaux & bien tournez , n'avoit pas
befoin de cette apologie , c'étoit même ,
fans le vouloir, en faire l'éloge .
Deux des fils de M. le Duc de Saint
Aignan avoient propofé le Tableau , &
ils l'expliquerent eux mêmes fur le Cour
& fur le Livre, Ils s'exprimerent avec
une vivacité agréable , qui leur eft naturelle
, & ils réjouirent ceux à qui ils
avoient le plus d'intereft de plaire . Le
début parut nouveau & frapant , c'étoit
comme un plan racourci de toute l'Enigme
, qui en expofoit les principaux
rapports nous ne pouvions en donner
une
AOUST 1725. 1741
une plus jufte idée. Le premier fe declare
ainfi pour le Coeur.
Ce fragile Vaiſſeau , dont une fage main ,
Fit l'abregé du genre humain ,
Trifte jouet des flots , des vents & de l'orage ,
Qui tantôt élevé fur la cime des monts ,
Et tantôt affaiffé dans des gouffres profonds ,
Se fauve à peine du naufrage ;

Qui vomit de fon fein tous ces êtres divers ,
Bons & mauvais qui peupla l'Univers
Qui fut à la nature un principe de vie,
D'où dépendoit le fort de la terre engloutie ,
Lui rendit fa beauté , fes graces , fa vigueur.
Que penfez-vous . Meffieurs , qu'il defigne ?
le Coeur,
Le fecondappliqua heureuſement prefles
mêmes chofes au Livre.
que
Ce fragile Vaiffeau qu'une fçavante main ,
Donna pour guide au genre humain ,
Sur qui , dès qu'il parut , l'on vit gronder l'orage
,
Qu'un fouffle tout- puiffant de la cime des
monts ,
Fit fouvent retomber dans des gouffres pro
fonds ,
Cij
Et
1742 MERCURE DE FRANCE.
Et courir rifque du naufrage ;
Dont le fein fut rempli de cent êtres divers ,
Bons & mauvais qui peupla l'Univers ,
Où fon Auteur trouva le grand fujet de vivre.
Que penfez -vous , Meffieurs , qu'il defigne ?
le Livre .
Toute la Piece étoit penſée finement ,
on en jugera par quelques convenances
détachées que nous allons marquer ici .
Après la fortie des animaux , l'Arche
refta feule fur la terre , figure de ce que
doivent craindre , & de ce que meritent
les Plagiaires.
Tel Livre qu'on eſtime fort ,
Mais dont les phraſes tranſplantées ,
Ne font qu'un vieux ramas de pieces raportées,
De l'Arche éprouveroit le fort ;
Si quelque jour par avanture ,
Chaque Ecrivain pillé revertiquoit fon bien ;
Du Livre il ne refteroit rien ,
Bien fouvent que la couverture.
Les animaux que l'Arche receloit ,
foible image des paffions qui dominent le
Coeur.
Quelques monftres affreux que ce . Tableau
déploye ,
De
A OUST 1725. 1743
De plus cruels encor nôtre coeur eft la proye
Ces monftres font nos paffions
Plus à craindre pour nous que les Ours , les
Lyons ;
Encor voit - on les Ours , les Tigres , les Pantheres
,
Oubliant leur ferocité ,
Dociles , refpecter les loix les plus aufteres ,
Du maître qui les a dompté.
Helas ! nos paffions font monftres indompras
bles ;
En vain l'on entreprend de les apprivoiſer,
Par nos menagemens rendus plus intraitables,
Ils n'en font que plus vifs à nous tyrannifer.
Les fecrets d'un Cour indifcret lui
échapent auffi aifément , que les oifeaux
s'envolent par la fenêtre de l'Arche.
Un fecret dans un Coeur indifcret & volage ,
C'eſt un oiſeau prifonnier dans fa cage ,
Il foupire fans ceffe après ſa liberté ,
Il va , faute , revient d'un & d'autre côté ,
A gauche, à droit , fait mainte virevole ,
Alerte , vif, toûjours au guet ,
Si quelqu'un par hazard entr'ouvre le guichet ,
Adieu , c'en eft fait , il s'envole.
Ciij Cham
1744 MERCURE DE FRANCE .
Cham qui facrifie au vrai Dieu qu'il
va bien-tôt renoncer , nous découvre les
déguiſemens d'un Cour hipocrite.
Bien fouvent pour tromper avec plus d'affu
rance ,
De la vertu , le vice emprunte l'apparence ,
L'orgueil hautain marche le front baiffé ,
L'envie au Coeur malin fous un fouris perfide,
Cache de fa fureur le poifon homicide ,
Le faux prodigue couvre un coeur intereffé ;
L'oeil incliné , l'air foumis & modefte ,
L'impie audacieux jufqu'aux pieds des Autels,
‹ Par un encens impur & des voeux criminels
Vient braver le couroux celeſte ,
Et pouffant vers le Ciel des foupirs fcelerats ,
Semble y chercher le Dieu que fon coeur ne
croit pas.
Le Tableau de 2e étoit fort beau, le fieur
3
le Moine , Peintre celebre, en eft Auteur .
La premiere explication fut fur l'Aimant,
elle convenoit au fujet tiré du Taffe.
Tancrede s'avance vers Jerufalem inveftie
, mais il s'arrête à la rencontre de
Clorinde , les rapports du Guerrier avec
l'Aimant , & de la Princeffe avec l'Etoile
du Nord étoient ingenieux & délicats.
Les attitudes de Tancrede qui fe fait
fuivre
AOUST 1725. 1745
fuivre avec ardeur par fes bataillons armez
, dirige fes pas vers Clorinde , fixe
fur elle fes regards , s'incline & détourne
fa pique par refpect , figuroient naturellement
les proprietez les plus fingulieres
de l'Aimant : le cercle que forment
les troupes autour du Heros , reprefentoit
ce tourbillon de matiere fubtile que
les Philofophes font circuler autour de
l'Aimant d'un pole à l'autre ; quelques
foldats qui fe battent , tandis que la furprife
femble réunir les autres , fervoient
à expliquer l'oppofition des Aimants , où
leur accord , felon qu'ils prefentent les
mêmes ou differens poles. Cette Enigme
fut fort goûtée , on en trouva le ftile leger
, les liaifons fines , la Poëfie coulante
; un je ne fçai quoi fenfible & gracieux
répandu fur toute la Piece , donnoit
aux chofes les plus feches & les plus
abftraites un air fleuri & touchant. Les
découvertes de la Phyfique fournirent la -
matiere d'une belle Defcription , à laquelle
on applaudit ; elle finiffoit par un compliment
tiré du Sujet même , & auffi jufte
que flateur pour la Princeffe qui intereffe
aujourd'hui toute la France.
Le même Tableau fut expliqué en dernier
lieu par M. Savalette qui l'avoit
propofe : l'Oedipe foutint & furpaffa la
réputation qu'il s'eft acquife de parler
Ciiij avec
1746 MERCURE DE FRANCE .
avec grace ; dans Tancrede & Clorinde
il peignit l'Instinct & la Raifon. La Piece
qu'il declama fut entendue avec plaifir ,
la morale en étoit variée , les penſées
brillantes , le langage poli ; on y avoit
menagé avec art pour le jeune Acteur
des rapports perfonnels ; nous ne pouvons
les placer ici , & nous nous bornons
malgré- nous aux traits qui fuivent .
Tancrede portoit fa pique à la vifiere
du Cafque de Clorinde ; mais il baiffe
fes armes , quand il la voit démaſquée .
L'application eft noble & inftructive ;
quand la Raifon brille dans tout fon jour,
l'Inftinct eft obligé de fe foumettre .
La Raiſon eft toûjours Raifon ,
Tôt ou tard on la trouve bonne ,
Il faut pourtant ici le dire à ma façon ,
Sa beauté dépend bien de l'habit qu'on lui
donne ,
Tel eft de la Raifon l'empire & le pouvoir ;
Dès qu'elle montre fon vifage ,
A découvert & fans nuage ,
Je me rends malgré- moi , je cours à mon devoir.
Chaque homme a fon Inftinct particu
lier , & cet Instinct varie , pour ainsi
dire , fuivant les âges.
Un
AOUST 1747 1725.
Un tendre enfant dans fon berceau
Se plaît à des jouxjoux , ne voit rien de plus
beau ,.
Dès que la Raifon vient à naître ,
Cette fimplicité l'abandonne à l'inſtant
Il rougit alors d'être enfant ,
Et plus encor de le paroître :
3
Mais s'il quitte le jeu , c'eſt toûjours pour le
jeu ,
Et s'il eft de la difference ,
Il en faut faire ici l'aveu ,
C'eſt du côté de l'innocence.
Vient un temps où l'Inftinct paroît ſi ferieux ,
Qu'on le prend pour la Raiſon même ,
Il retourne pourtant à fon premier ſyſtême ,
Et redevient enfant , quand nous devenons
vieux .
L'Instinct & la Raifon fe difputent le
coeur humain , une fiction Poëtique nous
apprend comment l'Inſtinct a fçû prévaloir.
C'eft ainfi qu'autrefois des mains de la nature ,
On vit fortir le premier coeur;
L'Instinct & la Raiſon fans plainte & fanss
:
murmure ,
C v
Tra
1748 MERCURE DE FRANCE.
Travailloient de concert à faire fon bond
heur :
L'un & l'autre à fon tour étoit ſujet & maître
;
La Raifon par l'Inftinct fentoit ce qu'il falloit
;
L'Inſtinct fur la Raifon regloit ce qu'il vous
loit ;
Nous étions nez heureux , pourquoi ceffer de
l'être ?
Un jour , un trifte jour , la Raiſon trop facile
,
Sur la foi de l'Inftinct , helas ! fit un faux
pas ,
Sa chute pour toûjours la rendit imbecille ,
De fon reffentiment viennent tous nos combats.
kakakak
Explication de l'Epitaphe de Poiffy , propofée
dans le premier Volume dis
Mercure de Juin 1725 .
I
Left aifé de répondre à la lettre qui
eft inferée dans le Mercure p. 1194.
écrite d'Evreux le 24. May de cette année
, au fujet d'une Epitaphe qui fe trouve
dans l'Eglife Collegiale de Poiffy. Si
au lieu de confulter le P. Daniel , qui
par
AOUST 1725 . 1749
par fon projet n'étoit pas obligé de faire
mention de la fepulture des enfans de nos
Rois , l'on avoit eu recours à quelqu'un
de ceux qui ont donné la Genealogie de
nos Souverains , l'on auroit trouvé l'éclairciffement
que l'on demande. Le P.
Anfelme a fait mention de Philippe &
de Jean , quatriéme & cinquiéme fils du
Roi Louis VIII. & de Blanche de Caf
tille , enterrez fous une même tombe ,
en l'Eglife de Nôtre-Dame de Poifly ,
& avant lui , Meffieurs de Sainte - Marthe
en avoient parlé , & avoient rapporté
les quatre Vers latins. Il eft bon de
remarquer que le mot Comitum ne doit
pas fe traduire par celui de Comtes . I
n'eft dans le premier de ces Vers que
pour exprimer que deux freres repofent
enfemble ( ou de compagnie ) fous ce
tombeau. Le mot Buftum , qui chez les
Anciens fignifioit le Bucher , ou la pile
de bois fur laquelle on brûloit les morts,
a été employé dans labaffe latinité , pour
exprimer le lieu où on conferve les cendres
des morts , ce que nous appellons le
tombeau.
TT
C vj Autre
1750 MERCURE DE FRANCE.
Autre Explication envoyée parun Auteur
L
different.
Ouis VIII. & Blanche de Caftille
eurent en 1209. un fils aîné , Blancha
nati & Ludovico. On lui donna au
Batême le nom de Philippe fon ayeul ,
qui regnoit encore , nomen avitum gratia
dat. Il mourut âgé de 9. ans , & fut
enterré , felon les Peres Dubreuil & Felibien
, à Nôtre - Dame de Paris ; mais
apparemment que , ou fon coeur , ou fes
entrailles furent portées à Poiffy reliquo;
& ces reftes furent . inhumez avec les
corps de plufieurs autres Princes , compagnons
de tombeau & de fepulture , cujufdam
Comitum , Buftorum, Ces Princes
font fils de Rois : regibus hi nati. La
mort les a fait paffer à la vie : vita morte
dati. On ne peut pourtant pas dire qu'ils
ne foient pas Rois , ne non reges habeantur,
puifqu'ils font placez fur le Trône
dans le Ciel. Caelefti fede locantur.
L'in=
AOUST 1725. 175
*******************
L'incertitude de nos connoiffances.-
OD E.
Ombre cahos de la nature ,
Meandre dont on perd le cours ,
Le Ciel dans une nuit obfcure
T
Envelope tous vos détours .;
".
La verité fimple , ingenuë ,
Comprife auffi - tôt que connue ,
N'eft point ce que vous prefentez..
Nos découvertes font des fonges :
Et nos fyftêmes des menfonges ,
Qu'on foutient pour des veritez ..
Quand du Très-haut la voix feconde »
Du neant tira l'Univers ,
Plaça-t- il au centre du monde ,
La terre fixe avec les mers
Flambeau de la voute azurée ,
Dans votre courfe mefurée ,
Reglez vous les nuits & les jours ?
Ainfi tous , imprudens & fages
04
1752 MERCURE DE FRANCE;
Ont penſé pendant pluſieurs âges ,
De vôtre invariable cours .
Faux préjugez de la naiſſance ,
Systême que les ignorans ,
Ont adopté dès leur enfance ,
Quelles raifons font vos garans ?
Aujourd'hui tout change de face ,
Le Soleil fixe dans fa place
Eft l'ame du vaſte Univers ;
Et comme un vaiffeau qui fend l'onde,
On voit la terre vagabonde ,
Prendre fon effor dans les airs.
***
La matiere immenfe épanduë ,
Dans l'Univers illimité ,
Eft- elleftoûjours étenduë ,
Sans connoître d'extrêmité ?
Ou le Maître de l'Empirée ,
L'a-t-il encloſe & refferrée ,
Dans le circuit d'un vafte mur ?
L'un & l'autre eft inconcevable ;
Mais l'un ou l'autre eft veritable ;
Le
AOUST. 1725. 1753
Le Cahos fut- il plus obfcur ?
M
Autre Enigme incompréhenſible
Le Soleil brille , à fa lueur,
Le monde redevient vifible ,
Chaque objet reprend fa couleur.
Par quel art , fçavante nature ,
Dans mes yeux peins - tu la figure
De ce nombre infini de corps ?
Difficile & frivole étude !
Le menfonge , ou l'incertitude
Eft le fruit de mes vains efforts.
Vil atôme , où l'efprit échouë ,
Pour l'orgueil utile leçon ,
Par toi la nature ſe jouë ,
De nôtre debile raiſon.
Toûjours divifible en parties ,
Qu'on en trouve en toi d'infinies ,
C'est l'erreur de l'efprit humain.
Mais qu'étendu quoi qu'invifible ,
Tu fois pourtant indiviſible ,
Des fonges c'est là le plus vain.
La
1754 MERCURE DE FRANCE.
La brute eft elle une machine à
Quels en font les fecrets refforts ?
Cet inftinet qui la détermine ,
N'eft-il qu'un composé de corps ?
En vain difciple d'Epicure ,
Nous montrez-vous dans fa ftru &ture
La caufe de fes actions.
Contre vous l'antique licée ,
Dans la brute admet la penſée ,
Et rejette vos fictions.
L'efprit veut , & le corps docile .
Aveuglement fubit fa loi.
Mais l'efprit à fon tour fervile
Obéit au corps malgré foi.
D'où refulte leur harmonie ?
Quel est le charme qui les lie ?
Quel eft l'ordre entr'eux fi conftant ?
Le docte Maître d'Alexandre ,
L'a vû fans pouvoir le comprendre ,
Defcartes en a fait autant.
En vain le portique fe flatte ,
D'avoir
A O UST 1755 1725 .
D'avoir pour foi la verité ;
Epicure dément Socrate ,
Et la place de fon côté .
Ainfi la raiſon inconftante ,
Autant aveugle que flotante ,
Entre des fentimens divers ,
Tour à tour croit , rejette , doute ,
Et prenant une fauſſe route ,
Ne donne que dans des travers.
Doctes dans vos écrits celebres ,
De mille menfonges tiffus ,
Vos clartez ne font que tenebres ,
Et vôtre orgueil vous a deçus.
Dieu feul lumiere invariable ,
Toûjours fidelle & veritable ,
Nous éclaire avec fureté.
Mais fa verité ne veut luire ,
Qu'à ceux qui fe laiffent conduire ,
Par les mains de l'autorité.
Par le P. de Pontevez, de la
Doctrine Chrétien ne.
LETTRE
1756 MERCURE DE FRANCË.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercurepar
M. Boyer , Medecin du Roi ,
fur le Phenomene arrivé dans le Port de
Marseille au mois de Juin dernier.
J'
'ay lû , Meffieurs , avec plaifir dans
vôtre dernier Journal , l'extrait des
lettres qui vous ont été envoyées fur le
Phænomene arrivé le 29. du mois de
Juin dans le Port de Marfeille. Je ne
fuis nullement en peine de l'étonnement
où un pareil Phenomene a jetté ceux
qui en ont été les témoins ; on ne s'eft
jamais apperçû à Marseille d'une pareille
crue d'eau dans le Port , & d'une
diminution comme celle qui eft arrivée
furtout dans un temps de calme parfait.
Il est bien vrai que très - fouvent le Baffin
du Port de Marfeille , paroît plus
plein d'eau qu'à l'ordinaire , & que trèsfouvent
auffi il paroît moins plein ; mais
nous n'en rapportons la caufe qu'aux differens
vents qui regnent quand , par
exemple , le vent eft Sud - Oueft , qui eft
le traverfier de toute la côte , les eaux
font repouffées dans le port qui fe trouve
dans ce même courant , il n'eft pas
furprenant que le Port fe rempliffe alors ,
à
AOUST 1725. 1757
à proportion que le vent eft fort ; &
quand le Baffin du Port eft plus plein
d'eau qu'à l'ordinaire , quoi qu'il ne faffe
point de vent , c'eft un figne que les
vents font au Sud - Oüeft au large , le
contraire arrive dans le Port par les
vents oppofez.
A l'égard du Phenomene , dont il s'agit
aujourd'hui , & dont la cauſe n'a nul
rapport avec celles dont nous venons
de parler puifque l'augmentation &
la diminution prodigieufe de l'eau
n'ont été fenfibles que dans le Port ,
qu'on ne s'en eft point apperçu dans le
refte de la côte , que cela enfin eft arrivé
dans un temps de calme parfait , on
ne fçauroit , à mon avis , en rapporter la
caufe qu'à quelques violentes fecoufles
& tremblemens de terre dans l'endroit
même où le Phænomene eft arrivé , &
ce tremblement de terre on ne reconnoîtra
d'autres caufes que celles qu'on
admet en Phyfique , pour expliquer les
tremblemens de terre ordinaires , comme
font les fermentations qui fe paffent dans
fes entrailles , & c.
faire
, Je dois , Meffieurs là -deffus vous
part d'une Remarque que j'ai faite
plufieurs fois à Marſeille , ma Patrie , &
que je me rappelle à l'occafion du fait
dont il s'agit. Elle me faifoit croire autrefois
1758 MERCURE DE FRANCE.
trefois qu'il fe paffoit quelque chofe d'ex
traordinaire dans le fond de la mer à
l'embouchure du Port. Je rapporterai le
fait tout fimplement , n'ayant point eu oc
cafion d'en approfondir la caufe .
On voit en certains temps à trois ou
quatre toifes de la chaine du Port en de
hors , prefque au milieu de l'entrée , un
bouillonnement fur la furface de la mer;
ce bouillonnement eft très - conſiderable ,
& fon diametre , autant que je m'en puis
reffouvenir , eft d'environ trois pieds . I
fe répand aux environs de cet endroit une
puanteur horrible . Ce qui a fait que les
pêcheurs de Marfeille appellent cet endroit-
la la Sueillo * , terme qu'on peut
rendre en françois par celui de Cloaque
.
A l'égard de la puanteur qui fe rẻ-
pand lors de ce bouillonnement , je penfe
que , comme cet endroit eft très profond,
qu'il s'y amaffe quantité d'immondices ,
que les égoûts de la Ville dégorgent dans
le Port , & que les eaux venant à être
foulevées , la boue , dont ce creux eft ,
pour ainfi dire , comblé , eft auffi remuće
& caufe cette grande puanteur .
Sueillo en Provençal fignifie un trou fait
dans la terre où l'on amaffe le fumier pour le
faire pourrir : ce terme vient du Latin Suile ,
Erable à cochon,
J'ai
AQUST 1725. 1759
J'ai fondé cet endroit , & je n'y ai
point trouvé de fond folide. Comme j'en
avois trouvé tout autour de 27. 28 .
29. & 30. pieds d'eau , la fonde s'enfonçoit
dans ce creux autant que je la laiſfois
filer.
Je penfai alors que ce foulevement
de l'eau en cet endroit , ne pouvoit venir
que de quelque torrent qui s'y dégorgeoit
avec violence , & qui repouf
fot de même les eaux de la mer , ou bien
qu'il fe paffoit dans le même endroit quelque
agitation dans l'air contenu dans l'interieur
de cet abyme à l'occafion des
fermentations qui peuvent s'exciter dans
les entrailles de la terre , où il fe trouve
quantité de matieres heterogenes & combuftibles.
Peut- être cette remarque fournira
-t - elle quelque éclairciffement pour
expliquer le Phenomene en queftion ;
car tout de même que de legeres fermentations
peuvent exciter le foulevement
des eaux , de plus violentes peuvent
fort bien foulever la terre & la
faire trembler.1
Pour ne rien omettre fur cet article
j'ajoûterai que les Pêcheurs de Marſeille
tiennent pour certain que le temps doit
changer , & le plus fouvent à la pluye ,
quand ils s'apperçoivent du bouillonement
de la Sueillo. J'ai fouvent verifié
cette
1760 MERCURE DE FRANCE.
cette obfervation que j'ai tronvée fort
jufte. Je fouhaiterojs , Meffieurs , que ce
que je viens de rapporter , pût répondre
à l'envie que vous avez de contenter
le public , & aux foins que vous prenez
de l'informer avec exactitude des effets
les plus furprenans de la nature.
Je fuis , &c.
A Paris ce 7. Aoust 1725.
SONNET EN BOUTS RIMEZ.
U meilleur de mon coeur j'irois de la
Calabre,

Arpenter à pieds nuds la ville d' Ispaham,
Je ferois plus foumis que le fils d'Abraham,
Et dormirois aux lieux que Vefuve Delabre,
Je porterois cheveux rouges comme Cinabre
Et mon habit du drap dont fe couvrit -Adam,
Pour pomade j'aurois du beurre d'Amſterdam.
Un Singe pour Barbier , & pour rafoir un
Des fameux Calotins je me ferois
Sabre,
Agai
Je quitterois Paris pour vivre à Malaga,
Et
AOUST 1725 .
1761
3
Et chez le riche Indien j'irois pêcher la Perle .
Le fucre feroit place au fel dans mon
Caffé.
Et de blanche couleur j'attraperois un Merle,
Pour plaire à mon Iris qui m'a ſi bien Coeffé,
LETTRE écrite aux Autheurs du Mer
cure le 24. Juillet 1725, par M. de
Savoye , Curé de S. Ouen , & Doyen
Rural de Vinacourt , Diocèfe d' Amiens,
fur un Fait extraordinaire.
C
Omme je fçai , Meffieurs , que c'eft
vous faire plaifir , que de vous informer
de certains faits
extraordinaires
furtout quand ils font d'une nature à intereffer
le Public ; en voici un arrivé
dans mon voisinage , auffi certain qu'il eft
furprenant , & qui me paroît digne de
vous être communiqué . Si vous le jugez
tel , je fuis bien perfuadé , que vous
en ferez part au Public , en lui donnant
place dans l'un de vos Mercures.
Il y a bien- tôt deux ans , qu'un jeune
garçon, âgé préfentement de neuf ans ,
fils du fieur Laffite , Maître Chirurgien ,
demeurant au Bourg de Domard- les- Ponthieu
, Diocèse d'Amiens , fe plaignit
d'un
1762 MERCURE DE FRANCE.
d'un mal d'oreille , & dit à fon pere ,
qu'il croyoit avoir fenti entrer quelque
petite bête dans l'oreille droite étant couché
fur l'herbe. En effet , peu de jours
après en en vit fortir un de ces infectes ,
qu'on nomme partout , comme je le penfe
, Perce oreille . Le fieur Laffite pere,
fit alors quelques reflexions , après quoi
il en refta là pour voir quelle en feroit
la fuite ; mais il fut bien furpris d'en voir
fortir d'autres fucceffivement jufqu'au
nombre d'environ quarante. Après s'être
appliqué à connoître quelle pouvoit
être fur la terre la nourriture de ces infectes
, il reconnut qu'ils aiment beaucoup
une certaine pomme douce , & il s'en eft
fervi pour en faire fortir le plus grand
nombre de ces quarante , en mettant de
temps à autre à l'orifice de l'oreille des
bouchons de cette pomme.
Cependant il penfoit ferieufement à
déloger , s'il étoit poffible , ces animaux ,
craignant toûjours des fuites fâcheufes.
Auffi n'a-t il rien negligé pour y apporter
le remede convenable. Il l'a recherché
dans les Livres de fa profeffion , où
ne trouvant rien qui lui convint , il
prit le parti d'en confulter Meffiers les
Medecins des Villes d'Amiens & d'Abbeville
. Les uns lui ordonnerent d'introduire
dans l'oreille de fon fils l'huile d'amande
A OUST 1725.
1763
mande douce , l'eau de - vie & l'huile de
Cumin . Les autres , d'y feringuer l'eau
de Mercure avec l'huile de Therebinthe.
Après l'operation de l'eau de Mercure
avec l'huile de Therebinthe , le fieur
Laffite vit le lendemain avec étonnement
fortir cinq de ces infectes par l'oreille
gauche , car auparavant ils ne fortoient
que par la droite. Au refte , il crut
les avoir délogez tous , & avoir fait
perir
les oeufs de ces animaux , puifque fon
fils , pendant environ huit ou neuf mois ,
ne reffentit aucune douleur , & qu'il n'en
parut plus ; mais depuis la fin du mois de
Mai dernier jufqu'à prefent , il en eſt
forti indiftinctement par l'une & l'autre
oreille au moins cent vingt.
Les douleurs dont le jeune garçon fe
plaint , & qui ne durent qu'un moment ,
fe font fentir , ainfi qu'il le defigne , le
long des muſcles crotaphiques jufqu'à la
future coronale , auffi-bien qu'à la furface
coronale , depuis la future jufqu'à la
racine du nez. Il eft d'une bonne fanté ,
& d'une complexion plus forte , qu'aucun
autre de fon âge. Il a cependant eu
deux foibleffes depuis ces jours fans perdre
la raifon , & fon teint devient plus
blanc qu'il n'étoit auparavant .
Voilà , Meffieurs
Meffieurs , le fait dont j'ai
D l'hon1964
MERCURE DE FRANCE.
l'honneur de vous informer , & qui ne
peut être revoqué en doute , puifqu'il a
autant de témoins , qu'il y a de perfonnes
dans le Bourg de Domard. Je ne doute.
point que le Public , auffi bien que le
feur Laffite ne s'intereffe à apprendre
des habiles Medecins , quels peuvent
être les Sinus , qui fervent de retraite
à ces infectes ; & quels font les remedes
dont on puifle fur ment fe fervir
les déloger , en faisant auffi perir leurs
ceufs dans les matrices où ils fe trouvent.
Je fuis , Meffieurs , & c.
pour
Cette lettre eft fuivie du certificat du
fieur Laffite , pere de l'enfant en queftion
.
Je certifie le contenu de la Lettre de Monfieur
le Curé de S. Ouen , & Doyen Rural
de Vinacourt , veritable. Fait andit
S. Ouen les jours & an fufdits ,
LAFITTE.
LETTRE de Madame la Marquise de
V *** à M. l'Abbé de ***
Ue l'on dit vrai , quand on dit que l'ab➡
Q
fence ,
Dans biens des coeurs eft mere d'oubliance ,
Seigneur Abbé , trop l'éprouve en ce jour ,
Moj
AOUST 1725. 1765
Moi , qui de vous n'attendoit tel retour :
Ne fuis je plus dans vôtre Litanie
Comme autrefois ? Paris m'a- t-il bannie
D'un lieu fi doux & fi bien établi ?
L'eau de la Seine eft ce fleuve d'oubli.
Vous écrivez à certaine Marquife ,
En belles rimes Epitre très exquife ;
Mais quant à moi de femblables écrits
Ne m'honorez , je fuis à remotis.
Futur Prelat , vous avez cru fans doute ,
Que j'ignorois le Parnaffe & fa route ;
Et que peu docte en ce joli métier ,
Vers bien tournez n'étoient de mon gibier
Vous auriez crujetter vos marguerites ,
Perdre avec moi leur prix & leurs merites.
Or en ceci vous vous trompez , Seigneur ,
Du don des Vers je connois la douceur ,
Et quand jadis je defirois écrire ,
Tons affez fins font fortis de ma lyre;
Poëtes auffi dans leur joli jargon ,
M'ont fait Rondeau , Ba'a les & Chanfon,
Pofez ce cas du moins en humble profe,
Auriez biện dû m'écrire quelque choſe ,
Dij D'un
1766 MERCURE DE FRANCE .
D'un compliment , d'un fimple petit mot ,
Me gracieufer & me donner un lot ;
Seroit-ce donc que de la Prélature ,
Affecteriez & les airs & l'allure ,
Que poffe dant les vertus d'un Prélat ,
Vous trancheriez avec moi de Primat.
Quelque raiſon , Abbé , qui vous induiſe
A ce filence , elle n'eft pas de mife ;
Parquoi devez , toute affaire ceffant ,
Vous difculper , & vous rendre innocenc
Je veux encor à la refipifcence ,
Vous recevoir , oublier cette offenſe .
Pourvû que Vers viennent de vôtre part ,
Et que payiez l'intereft du retard .
OBSERVATION fur l'Article qui res
garde le Concile Romain , inferé dans
le fecond Volume du Mercure du mois
de Juin dernier , page 1351 .
N parlant dans cet Article de ce qui
E regarde la Conftitution Unigenitus ,
on s'eft contenté de dire , faute d'être
mieux inftruit , qu'on y propofa d'or
donner
AOUST 1725: 1767
و
donner que la Conftitution UN IGENITUS
foit publiée de nouveau & d'exhorter
Les Ecclefiaftiques de la faire obferver
religieufement , ce qui n'eft point exact.
Pour rectifier cet endroit qu'on trouve
ă la page 1358. voici le Decret même
du Concile fur cette matiere , que nous
n'avons reçû que depuis peu .
Decret du Concile Romain , préfidé
par N. S. P. le Pape Benoiſt XIII.
Extrait de la Seffion tenue à S. Pierre
le 11. May 1725..
Pour profeffer la Foi Catholique dans
toute fon étendue & fa pureté , la conferver
& la maintenir inviolablement ,
c'eft pour chaque Fidele une neceffité indifpenfable
, de prendre toutes les précautions
que lui peut infpirer un zele
éclairé & attentif , & d'avoir en horreur
les erreurs qui attaquent cette même foi ,
& qui nées dans ces derniers temps ,
font tous les jours de funeftes progrès
quoique condamnées & profcrites par le
S. Siege. Ainfi tous les Evêques & les
autres Pafteurs des ames doivent apporter
tous leurs foins à faire obferver &
executer par toutes fortes de perfonnes,
de quelque rang & condition qu'elles
D iij foient,
,
1468 MERCURE DE FRANCE .
foient , avec l'obéillance entiere , abſoluề
& fans referve qui lui eft dûë , la Conf
titution de Clement XI . de fainte Memoire
, qui commence par ces mots ,
Unigenitus Dei Filius , &c. C'est pourquoi
s'il venoit à leur connoiffance que
quelqu'un de leur Diocèfe , ou de leur
Province , ou même quelque Etranger,
penfât ou parlât mal de ladite Conſtitution
, ils ne doivent pas manquer de proceder
contre lui par les voyes de droit ,
& de le punir en vertu de la Puiffance
Paftorale dont ils font revêtus ; & s'ils
s'apperçoivent qu'il foit befoin de remedes
plus efficaces , qu'ils ayent recours
au Siege Apoftolique , & qu'ils lui deferent
ceux qu'ils trouveront opiniâtres
en ce point & rebelles à l'Eglife .
Ils doivent auffi rechercher avec foin,
& fe faire remettre entre les mains les
Livres publiez contre ladite Conftitution
, ou pour la défenfe des fauffes doc
trines qu'elle profcrit .
??
ÚRANIE
AOUST 1725. 1769
XX: XXXXXX : XXXXXXX
URANIE A L'IMPRIMERIE,
MADRIGAL,
Oi , par qui les Humains triomphent de
la Mort ,
Toi , qui fçais de leurs Noms éternifer la
gloire ,
Et qui de leur vivant , leur annonce le fort
Dont ils doivent jouir au Temple de Memo:
re!
Divine IMPRIMERIE , Art envoyé des Dieux ,
Pour reconnoître ici mes hommages finceres
Satisfais à l'inftant mes defirs curieux ;
Raffemble promptement tes plus beaux Caracteres
,
Formes- en , à mes yeux , le nom de mon
Amant ;
Que par toi , l'avenir , en apprenant ma vie,
Apprenne qu'on n'aima jamais fi conftan
ment ,
Que Telamont le fut de la tendre Uranie
D iiij ME
1770 MERCURE DE FRANCE.
XX:XXXXXXX -XXXX :XX
MEMOIRE concernant les Charettes à
vent , que M. du Quet a inventées
& annoncées dans le Mercure de Mai
1725. page 939. avec les autres découvertes
qu'il a faites. Celle - ci peut
être utile aux proprietaires des Bois &
Forefts.
' Etabliffement des Charettes à vent ,
un de
aux Forefts pour tranfporter des bois à
la plus prochaine riviere , particulierement
à celles qui auront à leur fortie un
chemin où le vent pourra avoir fon action
, même quoiqu'on foit obligé de le
prolonger , pour pouvoir éviter de paffer
dans les Villages & autres endroits
Couverts .

Au cas qu'on ne puiffe pas fortir de
la Foreft , où éviter quelque paffage couvert
on menera quatre chevaux pour
prendre les Charettes , & les mettre au
vent , les unes après les autres , lefquelles
partiront auffi - tôt qu'elles y feront
fans attendre , afin qu'elles ne fe nuifent
point les unes aux autres. Auſſitôt
que les chevaux auront fait cette maoeuvre
, ils iront prendre la premiere
ChaAOUST
1725. 1771
> Charette arrivée à l'endroit couvert
fi aucun s'en trouve , pour faire la même
choſe. Il ne faut point d'Hôtellerie
avec ces Charettes , parce qu'el
les n'ont befoin que d'un conducteur chacune
, & qu'on en peut definer à fervir
de logement & à porter les vivres des
conducteurs , lefquels feront le quart ,
comme fur les Navires , pour fe garder,
foit la nuit , foit quand le vent leur
manquera.
Ceux qui fçavent les principes des
forces mouvantes , font perfuadez qu'avec
un moteur précipité comme le vent,
on eft maître de la force & de la vitefle,
parce qu'il fe peut prendre de ce moteur
telle quantité qu'on en a beſoin ,
foit pour vaincre la refiftance qui s'y oppofe
, foit pour avoir la viteffe fouhaitée
; pour prouver cette verité il n'y a
qu'à confiderer deuxNavires de très- inégale
groffeur : le plus gros , quoiqu'il
s'enfonce plus avant dans l'eau , qu'il ait
une largeur beaucoup plus grande , & que
l'eau par confequent lui refifte beaucoup
plus à proportion , il ne laiſle
pas d'aller
auffi vite par le même vent , que celui
qui eft beaucoup plus petit cela eft
ainfi , parce qu'ayant plus de voilure ,
il prend plus de vent , & que cette quantité
de vent lui fait vaincre la refiftance ,
D v que
1772 MERCURE DE FRANCE :
que l'eau lui fait , beaucoup plus qu'à l'âữ•
tre. Ainfi l'on doit conclure , que l'on peut
oppoſer des aîles fur ces Charettes qui
puiflent vaincre telle refiftance qui s'y
oppofe ; de plus , on peut encore augmenter
la force du vent , felon le principe
du changement de la force au temps,
ou du temps à la force , ce qui prouve
autant qu'il faut , que ces Charettes pouront
aller partout où le vent les prendra
, quelque difficulté de terrain qui fe
rencontre , où les Charettes ordinaires
pourront paffer.
La plupart des Forefts étant percées
par de grandes voyes , en long , en large
, en biais , &c. on n'aura befoin des
quatre chevaux que dans les voyes couvertes
, pour tirer les Charettes , jufques
dans les grandes voyes où le vent
les pourra prendre . Plus on fera voyager
de ces Charettes enſemble , plus il y auà
gagner , parce que ce même vent les
fera aller toutes.
Ces Charettes ne peuvent pas verfer
à vent de côté , parce que la charge qui
fera d'une corde de bois , leur fervira de
lefte comme aux Navires , & que d'ailleurs
la propre pefanteur des ailes fe
trouve hors du centre de la Charette , &
s'avance du côté que le vent fouffle ,
pour faire équilibrer à l'impulfion que
le
A OUST 1525. 1773
Te vent leur fait en les failant tourner.
Ce qu'il y a encore d'avantageux , eſt
que les aîles peuvent être orientées pour
prendre tout le vent que leurs fuperficies
leur prefentent, ou pour n'en prendre que
la quantité convenable felon fa force ,
ou n'en prendre point pour arrêter la
Charette.
Pour donner encore plus d'éclairciffe
ment fur cela , on montre un modele de
ces Charettes , qui marche avec une charge
proportionnée avec toute forte de
rumbs de vent même avec un vent
tout-à-fait contraire. On montre auffi les
modeles des autres découvertes de M. du
Quet , le tout moyennant la piece de treize
fols pour payer le Commis ; ruë de
L'Arbre- Sec , vis - à-vis le petit Paradis
àParis .
A
DIXA IN.
Cet enfant qu'on accufe fans ceffe ,
Et dont fans ceffe on veut fuivre les loix,
Je confacrai ma premiere jeuneffe.
Mais le perfide abufant de fes droits ,
Se fit un jeu des troubles de mon ame.
Te déi fon Empire , fa flâme ;
D vj Il
1774 MERCURE DE FRANCE.
Il me quitta , feur d'être regretté.
Las , il eft vrai ! malgré tes injuſtices .
Reviens , Amour , j'aime mieux tes caprices ,
Que cet ennui qu'on nomme liberté .
XXX:XXXXXXXXX :XXX
PRIX propofe par l'Academie Royale
ides Sciences , pour l'Année 1727.
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien
FConfeiller au Parlement de Paris ,
ayant conçû le noble deffein de contribuer
au progrès des Sciences , & à l'utilité
que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix qui feront diftribuez
à ceux , qui au jugement de cette
Compagnie auront le mieux réüffi fur
deux differentes fortes de Sujets , qu'il a
indiquez dans fon Teftament , & dont il
a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent
le Siftême general du Monde , & l'Aftronomie
Phyfique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres ,
aux termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans . Mais la diminution des
Rentes a obligé de ne le donner que tous
les deux afin de le rendre plus conans
,
fideAOUST
1725: 1775:
fiderable , & il fera de 2500. livres.
Les Sujets du fecond Prix regardent la
Navigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans,
& fera de 2000. livres .
L'Académie fe conformant aux vûës &
aux intentions du Teftateur, propofe pour
fujet du fecond Prix qui tombe dans
1'Année 1727.
Quelle eft la meilleure maniere de mâter
les Vaiffeaux , tant par rapport à la
fituation , qu'au nombre & à la hauteur.
des Mâts.
Les Sçavans de toutes les Nations font
invitez à travailler fur ces Sujets , &
même les Affociez Etrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la Loi d'exclure les
Académiciens regnicoles de prétendre aux
Prix .
Ceux qui compoferont , font invitez à
écrire en François , ou en Latin , mais fans
aucune obligation. Ils pourront écrire en
telle L'angue qu'ils voudront , & l'Acadé
mie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs Ecrits foient fort
lifibles , furtout quand il y aura des Cal❤
culs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou Devife. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur Ecrit un Billet feparé &
cacheté
#778 MERCURE DE FRANCE.
cacheté par eux , où feront avec cette mê
me Sentence leur nom , leurs qualitez &
leur adreffe , & ce Billet ne fera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la Piece
ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
adrefferont leurs Ouvrages à Paris au Secretaire
perpetuel de l'Académie , ou les
lui feront remettre entre les mains. Dans
ce fecond cás le Secretaire en donnera en
même temps à celui qui les lui aura remis
, fon Recepiffé , où fera marquée a
Sentence de l'Ouvrage & fon numero felon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura
été reçû.
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au
premier Septembre 1726. exclufivement.
L'Académie à fon Afemblée publique
d'après Pâques 1727. proclamera la Piece
qui aura ce Prix.
S'il y aun Recepiffé du Secretaire pour
la Piece qui aura remporté le Prix, le Treforier
de l'Académie délivrera la fomme
du Prix à celui qui lui rapportera ce Recepiffe
. Il n'y aura à cela nulle autre formalité
.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire,
le Treforier ne délivrera lePrix qu'à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou au
Porteur d'une Procuration de fa part..
Les
AOUST 1725. 1777
LES HIBOUX ET LE ROSSIGNOL,
D'
FABLE.
Eux Hiboux , ennemis de la clarté du
jour ,
Des plus fombres Forefts faifoient tout leur
amour :
Là , par d'horribles cris durant les nuits eng
tieres ,
Ils effrayoient les Renards & les Loups
Même jufques dans leurs tanieres ;
Cependant ils croyoient chanter d'un ton forg
doux ;
Mais , helas ! nous nous flatons tous.
Quelqu'un leur vanta le ramage
D'un Roffignol du voifinage ,
Son chant eft , leur dit- on , des plus melodieux
,
Il a fouvent charmé les oreilles des Dieux.
Qui , dit l'un des Hiboux , d'un ton Philofophi
que ,
A cet oifeau chetif a montré la Mufique a
La nature , lui répond- on ,
En le formant lui fit ce riche don ,
Jamais
1778 MERCURE DE FRANCE:
Jamais ils ne voulurent croire ,
Qu'un oifeau fi petit eut un gofier fi beau.
Pendant un débat fi nouveau ,
Le Roffignol femblant voler après la gloire ,
Vient fe percher au faîte d'un Ormeau ,
Entonne un air garant de fa victoire ;
Les Hiboux enchantez, confus
Allerent fe cacher , & ne parurent plus.
Chacun ſe croit fçavant & fage ,
Et croit de plus n'avoir point fon égal :
Croire tout bien de foi de tout temps fut d'u
fage ;
Mais d'autrui l'on ne croit aifément que l
mal.
L'ACADEMIE des Jeux Floraux.
L
'Académie des Jeux Floraux fait fçavoir
au Public , que le troifiéme jour
du mois de Mai de l'année 1726. elle
diftribuëra les quatre Prix ou Fleurs
qu'elle doit donner chaque année.
Le premier des Prix que l'on diftribue
tous les ans eft une Amaranthe d'or de
la valeur de quatre cens livres , qui fera
adjugé à une Ode.
Le
7
A O UST 1725. 1779
·
Le ſecond eſt une Violette d'argent de
la valeur de deux cens cinquante livres ,
qui fera adjugé à un Poëme de foixante
Vers au moins , & de cent Vers au plus ,
tous Alexandrins & fuivis , ou à rimes
plates , dont le fujet doit être heroïque .
Le troifiéme eft une Eglantine d'argent
du prix de deux cens cinquante livres
, qui fera adjugé à une Piece de Profe
d'un quart d'heure , ou d'une petite
demie - heure de lecture , dont le fujet ſera
pour l'année prochaine 1726.
LE BONHEUR DES PEUPLES FAIT LA PLUS
SOLIDE GLOIRE DES ROIS .
Le quatrième Prix eft un Souci d'argent
de la valeur de deux cens livres . On
le donnera à une Elegie , à une Eglogue
ou à une Idile.
L'Académie a réfervé cette année le
Prix du Poëme , & le Prix de l'Eglogue ,
auffi bien que les deux Prix de la Profe ,
qu'elle avoit réſervez l'année derniere .
Cette abondance de Prix excitera fans
doute une nouvelle émulation .
Le fujet de toutes les fortes de Poëfies
qui peuvent prétendre à ces Prix ,
fera au choix des Auteurs .
A l'égard des Vers , ils doivent être
reguliers , & n'avoir rien de burleſque
de fatirique , ni d'indécent : on recommande
1780 MERCURE DE FRANCE;
mande fur tout aux Auteurs d'avoir une
grande attention à ne rien laiſſer gliffer
dans leurs Ouvrages qui puitfe bletler
les moeurs ; l'Académie a été obligée cette
année de refufer par cette feule raiſon le
Prix à des ouvrages qui en étoient di
gnes d'ailleurs.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& pays qu'elles foient , de l'un & de
l'autre fexe , pourront afpirer au Prix.
Les Auteurs qui y prétendront , feront
remettre leurs Ouvrages dans tout le
mois de Janvier de l'année 1726. lequel
étant expiré , on n'en recevra plus.
Si les Auteurs n'envoyent pas trois
Copies de leurs Ouvrages , ils ne feront
point examinez , & feront exclus des
Prix.
Il faudra qu'on s'adreſſe à M. le Che
valier de Catellan , Secretaire perpetuel
des Jeux Floraux , qui loge près le Salin .
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs Ouvrages ; mais feulement
une fentence , & ils prendront les précautions
neceffaires pour n'être pas re-
. connus & nommez dans le Public comme
Auteurs de ces Ouvrages , avant
qu'ils ayent été examinez & jugez .
Le Secretaire des Jeux en écrira la
reception fur un Regiftre , où il mettra
le nom ,
la qualité & la demeure des
perfon
A OUST 1725 . 1781
perfonnes qui lui auront délivré les Ou
vrages , lefquelles figneront le Regiſtre ,
& en même temps en recevront un Recepiffe
.
On avertit les Anteurs de ne fe point
faire connoître avant la diftribution des
Prix , & de s'abftenir de toute follicitation
, les Statuts de l'Académie excluant
du prix tout Ouvrage pour lequel on
aura follicité.
On avertit encore que c'eft une Loi
de l'Académie de n'adjuger les Prix qu'à
des Ouvrages nouveaux , & d'exclure
ceux qu'on reconnoîtra avoir déja paru ;
que les Auteurs qui font courir leurs Ou
vrages avant qu'ils foient examinez &
jugez , contreviennent à cette Loi ; &
qu'à l'avenir un Ouvrage dont il aura
couru des Copies dans le Public , ne fera
pas regardé comme nouveau , & qu'il
fera exclus du Prix .
Les Ouvrages qu'on découvrira n'avoir
pas été faits par celui qui s'en dira
l'Auteur , feront auffi exclus du Prix ;
c'eft un des Statuts de l'Académie . On
avertit donc les Auteurs de qui les Ou
vrages auront remporté des Prix , qu'ils
feront obligez , pour les recevoir , de fe
prefenter eux - mêmes l'après - midi dų
troifiéme jour du mois de Mai , s'ils font
dans la Ville de Touloufe ; & en ce cas
on
6
1782 MERCURE DE FRANCE :
on leur délivrera les Prix dès qu'ils fe
prefenteront. Que s'ils font Etrangers &
hors de portée de venir les recevoir euxmêmes
, ils feront obligez d'envoyer à
une perfonne domiciliée à Toulouſe
une Procuration en bonne forme , pour
la remettre à M. le Chevalier de Catellan
, avec le Recepiffé qu'il aura fait de
l'Ouvrage.
Après que les Auteurs fe feront fait -
connoître , on leur donnera des atteftations
portant qu'un tel , une telle année
pour un tel Ouvrage par lui compoſé , a
remporté un tel Prix , & l'Ouvrage en
original y fera attaché , fous le contrefcel
des Jeux .
Celui qui aura remporté trois Prix ,
l'un defquels fera l'Amaranthe , pourra
obtenir des Lettres de Maître , & il fera
toute fa vie du Corps des Jeux Floraux,
avec droit d'affifter & d'opiner comme
Juge avec le Chancelier , les Mainte
neurs & les autres Maîtres aux Affemblées
publiques & particulieres qui regarderont
les jugemens des Ouvrages ,
& l'adjudication des Prix.
On avertit auffi que ceux qui remettront
au Bureau de la Pofte des Paquets
adreffez à M. le Secretaire des Jeux , les
doivent affranchir , s'ils veulent qu'on
les retire fans cette précaution ils doivent
AOUST 1725. 1783
vent être allurez qu'on laiffera leurs Paquers
au Bureau ou que quand même
on les retireroit , on ne les remettra point
à la Compagnie. D'ailleurs pour ce qui
regarde les Ouvrages qu'on envoyera
pour les Prix , il eft neceffaire de fe fervir
de la voye de quelque habitant de
Touloufe , qui remette les Ouvrages , &
en retire le Recepiffé de M. le Secre
taire , pour éviter l'embarras qui furvien- .
droit , fi une Piece ainfi remife par le
Courier , à droiture , à M. le Secretaire,
yenoit à être jugée digne du Prix , parce
qu'on ne fçauroit à qui le délivrer .
Les Ouvrages de Poefie , compofez
fur des fujets propofez par d'autres
Académies , n'entreront point dans le
concours , & on ne recevra point de correction
des Ouvrages , après que M. le
Secretaire les aura remis , l'on ne fuppléera
point non plus aux omiffions ; ainfiles
Auteurs doivent examiner avec
fain les Copies qu'ils font faire de leure
Ouvrages.
LA
1784 MERCURE DE FRANCE .
*******************
D
LA FONTAINE
ET LA PLUYE.
FABLE.
Oucement affoupie au bruit d'une Fon
taine ,
Sur un lit de gazon dormoit l'aimable Ifmene ,
Ifmene qu'en fecret adoroit Corilas ;
MaisIfmene & l'Amour ne fe connoiffoient pass
La Bergere étoit jeune & fimple , quoique
belle ,
Et n'avoit jamais crû l'Amour , plus malin
qu'elle :
Ses Agneaux & fon Chien partageoient tour
à tour ,
Un temps qu'elle auroit dû donner tout à
l'Amour ;
Ifmene quelquefois de fleurs étoit parée ,
Moins pour fe faire aimer que pour être admirée
,
Ou comme enfin chacun cherche à fe faire
aimer ,
Lfinene quelquefois fe paroit pour charmer ,
Mais
A OUST 1725. 1785.
Mais ce foin innocent qu'elle prenoit de
plaire ,
Confondoit le Berger avecque la Bergere.
Ilmene ce jour- là conduifant fon troupeau
Avoit fixé fes pas fur les bords d'un ruiffeau ,
Et voyant dans ces lieux une paix très - profonde
,
S'étoit mife à rêver au gazoüillis de l'onde ,
Ses Agneaux qui fuyoient les ardeurs du So
leil ,
Autour d'elle rangez goûtoient un doux fom
meil ,
Et la Bergere enfin à l'ombre retirée ,
Aux charmes du fommeil comme eux s'étoit
livrée .
Mille petits amouis de la voir curieux ,
S'étoient de toutes parts affemblez dans ces
lieux ;
Ils voloient autour d'elle , & par même caprice
,
Tous fur elle à l'envi fignaloient leur malice;
Les uns couchez près d'elle imitoientfon fom
meil ,
Pour la voir de plus près à fon heureux rêveil,
D'autres l'environnoient comme des fentinelles
,
Et d'autres plus malins , en agitant leurs aîles,
Soule
1786 MERCURE DE FRANCE.
Soulevoient fon mouchoir & découvroient fo
fein ;
L'un d'un tendre baifer lui faifoit un larcin ,
Puis feignant du regret d'avoir ofé le prendre ,
Pour s'aequitter vers elle , il alloit le lui rendre
;
Un autre près d'Ifmene aſſemblant mille fleurs,
A fon vif coloris confrontoit leurs couleurs ,
Les comparoit enfemble, & les trouvant moine
belles ,
couroit auffi -tôt en cüeillir de nouvelles.
Ifmene cependant ignoroit tous ces tours ,
Et dormoir fans rien craindre au milieu de
amours :
Que cette garde helas , pour elle árnil pců
feure !
Corilas à profit fçût mettre l'avanture ;
Ce Berger par Ifmene aimé comme un ami ,
N'avoit pû de l'amour l'inftruire qu'à demi
Ifnene étoit cachée , & fon troupeau de même,
Mais on a de bons yeux pour voir ce que l'on
aime.
Corilas l'apperçût , & fon coeur amoureux?;
Oubliant le reſpect n'écouta que fes feux ;
Il s'approcha d'Ifmene , & tranſporté dans
l'ame
Psit
A OUST 1725. 1787
Prit fur fabelle bouche un baifer tout de flâme ;
Ifmene s'éveilla , Corilas fut furpris ;
Ifmene à ſa frayeur livrant tous fes efprits ,
Maudit cent fois fon fommeil trop funeſte ,
Puis elle s'appaifa ; je ne dis point le reſte ;
Mais les tendres amours fatisfaits du fommeil,
S'envolerent alors plus contents du reveil.
Par M. de Balincourt.
Jkjkjkjkjkjkjk kakakakakak at
LETTRE écrite de Marseille à M. die
Marfais , le 2. Juillet 1725. au sujet
d'un Flux & Reflux qui eft arrivé dans
Le Port de cette Ville , le 29. de Juin.
Q
Uittez , Monfieur , pour quelques
momens vos autres études , & dites-
moi , je vous prie, ce que vous penfez
fur un Phenoméne extraordinaire qui
vient d'arriver ici. Vendredi dernier 29 .
de Juin , à huit heures du foir , la Mer
étant fort calme , & l'air n'étant agité
d'aucun vent , l'eau du Port fe retiri
avec tant de promptitude , qu'en moins
de dix minutes elle diminua de quatre
pieds , ce qui caufa une puanteur affreufe
; un moment après elle rentra dans le
E Port
1788 MERCURE
DE FRANCE
.
Port avec tant de rapidité , & en fi grande
abondance , qu'elle mit en danger de
perir plufieurs Bâtimens qui étoient à
' embouchure
du Port , & paffa par- deffus
le Quay. Peu de temps après , l'eau du
Port le trouva dans fon état ordinaire
c'est-à-dire , qu'il en fortit la quantité
qu'il y avoit de plus . Cet évenement fe
paffa en moins d'un quart d'heure , & ce
Aux & reflux parut auffi de même aux
rivages des environs de Marſeille . On ne
fçait pas encore ce qui en a été fur le refte
de la côte , je veux dire , à la Ciotat , à
Toulon , & aux autres Villes voifines.
On n'a point de memoire qu'un pareil
accident foit arrivé en ce Port , ni dans
aucun de la Mediterrannée
; vous me ferez
un fenfible plaifir , Monfieur , de
m'en dire vôtre fentiment . Je fuis , & c.
Signé , Dalmas.
Réponse de M. du Marfais.
Pour bien entendre ce que je penſe ;
Monfieur , fur la caufe du flux & reflux
qui eft arrivé le 29. de Juin dans nôtre
Port & aux environs , il y a quelques
Obfervations préliminaires à faire . Permettez
- moi donc , Monfieur , de vous
rappeller ici les notions communes que
nos Phyficiens ont de l'air groffier &
des fermentations fouterraines .
Į,
A OUST 1725. 1789
I.
L'air va depuis le haut de l'Athmof- .
phere jufqu'au centre de la terre. On
confidere ordinairement l'air comme
étant composé d'une infinité de petites lames
ou filets . De quelque figure que ces
parties puillent être , on les compare à de
la laine ou à du coton , & on a lieu de
fuppofer qu'entre ces petites parties d'air,
il pafle une autre matiere encore plus
fubtile.
2. L'air a du Reffort. On appelle Reffort
, Elafticité , ou vertu Elaftique , l'effort
que fait un corps preffé pour le remettre
en fon état ordinaire.
Quand vous ferrez une éponge , vous
approchez fes parties qui étoient écartées
les unes des autres ; fi Vous ceffez
enfuite de la preffer , elle fe remet en l'état
où elle étoit auparavant. Ainfi elle
de l'Elafticité. C'eſt par cette proprieté
qu'une balle de jeu de Paume , ou un
ballon enflé d'air rebondiffent .
3. L'Eponge peut être plus ou moins
preffée. Plus elle l'eft , & moins elle
occupe de place ; mais dans ce moins d'ef
pace il y a autant de matiere d'éponge
qu'il y en avoit dans le plus grand efpace
que l'éponge occupoit quand elle étoit ,
pour ainfi dire , en liberté. Il en eft de
E ij même
1790 MERCURE DE FRANCE .
même de l'air , il peut être plus ou moins
comprimé ou condenfé , c'eft- à -dire , qu'il
peut y avoir plus ou moins d'air dans un
certain efpace ; c'eft ainfi que l'on comprime
l'air dans un ballon , dans une
canne à vent , & c . plus l'air eft comprimé
, plus il a d'Elafticité ou de Reffort.
4. Vous augmentez auffi l'Elafticité ou
Reffort de l'air comprimé en l'approchant
du feu , parce que le feu s'infinuant
entre les filets ou les parties branchuës
de l'air , il les preffe, & leur fait faire un
nouvel effort pour s'écarter les unes des
autres. Une veffie enfiée d'air créve devant
le feu . Vous fçavez l'effet terrible
de la poudre à canon , il ne vient que de
l'air rarefié par le feu , j'entends l'air
contenu dans les grains de poudre , &
l'air qui eft entre chacun de ces grains.
Cet air reçoit par le feu une Elafticité
fubite qui lui fait produire les effets que
nous voyons tous les jours , ils nous furprendroient
beaucoup s'ils étoient moins
rares. Vous avez remarquer en Provence,
dans le temps de la vendange , que
comme nos vins fermentent beaucoup , il
arrive fouvent que la chaleur de cette
fermentation augmentant le volume de
la liqueur & de l'air qui font contenus
dans le baril ou dans le tonneau , ces Vaiffeaux
crevent par l'effort de cette fermen
taAOUST
1725. 179t
mentation , quoiqu'ils ayent beaucoup
plus d'épaiffeur & de réfiftance que dans
aucun autre endroit du Royaume.
I r.
Il y a une autre fuppofition à faire , qui
n'eft pas moins certaine que celles dont
je viens de vous parler , c'eft qu'il y a
une fermentation fort chaude dans le centre
du globe terreftre ; il y a auffi des fermentations
fouterraines de matieres minerales
qui font dans les entrailles de la
terre. On fent communément de la chaleur
quand on creufe à une certaine profondeur.
C'eſt de ces fermentations fouterraines
que viennent les flâmes du
Mont Vefuve , & des autres montagnes
qui jettent du feu . La matiere qui fermente
dans les entrailles de la terre n'y
eft pas allumée ; mais quand elle vient à
être pouflée dans l'air exterieur elle
s'allume , car l'air exterieur eft neceffaire
pour produire de la flâme.
Ces deux caufes , Monfieur , je veux
dire , l'air qui eft dans les entrailles de la
terre , & la fermentation ou chaleur qui
eft dans le centre du Globe terreftre , &
dans les matieres minerales , ont produit
en divers temps de grands changemens -
fur la furface de la terre ; & quoique la
vie foit bien courte, il n'y a gueres eu de
Phyficien parvenu à un âge un peu avan-
E iij

1792 MERCURE DE FRANCE .
cé qui n'ait entendu parler de quelqu'un
de ces changemens arrivez de fon temps ;
on doit les attribuer à ces deux caufes
auffi bien que les ouragans , les tremblemens
de terre , les fiphons de Mer que
les Levantins appellent Typhons , & c.
On ne peut pas douter qu'il n'y ait de
l'air dans la terre , & furtout dans les cavernes
& dans les voutes fouterraines.
Plus cet air eft profond , plus il eft condenfé,
parce qu'il eft preffé par la colomne
de l'air fuperieur , & plus par confequent
a t'il de reffort . Mais fi vous ajoûtez
à ce reffort naturel la nouvelle force
qu'il reçoit par des échapées , pour ainfi
dire , de la chaleur que caufe la fermentation
interieure des matieres minerales ,
ou celle qui fe fait dans le centre , on ne
doit plus être furpris que cette force foit
affez grande pour fecoüer des Provinces
entieres , renverfer de vaftes portions.
de terre , & pouffer les Mers au- delà de
leurs bornes ordinaires.
C'eſt Fair enfermé dans les nuës &
mis en reffort par la fermentation des
vapeurs de fouffre & de falpêtre qui produit
le Tonnerre , la nue créve par l'effort
de l'Elafticité , la vapeur qui fermentoit
s'enflame à l'air exterieur , &
fe porte où le mouvement qu'elle a reçû
a détermine.
Vous
AOUST
1725: 1793
Vous fçavez que dans une canne à
vent l'air comprimé
que l'on vient tout
d'un coup à débander pouffe une balle de
plomb auffi loin , & avec la même force
que le fufil , que ne feroit -il pas fi cette
compreffion
pouvoit encore être augmentée
par la chaleur . L'air qui eft dans le
fufil n'eft point comprimé , il ne le dela
que pouvient
que par le feu foudain
dre y allume ; cependant combien cette
compreffion
ou ce reffort ont- ils de force
: Et qu'eft- ce après tout qu'une petite
portion d'air enfermé dans un canon , un mortier , & dans le fond d'un fufil ou
d'une canne à vent , en comparaifon
de
l'air enfermé dans une voute fouterraine
,
& échauffée par une fermentation
interieure.
dans
Le reffort de cet air fouterrain
recevant
une nouvelle force par des élancemens
de la chaleur centrale , cu par de foudaines fermentations
de matieres nitreufes
ou fulfureuſes
, a ſouvent élevé
de grandes portions de terre qui ont formé
des montagnes
dans le Continent , &
des Ifles dans la Mer. Je pourrois vous
en rapporter
plufieurs exemples , dont
les anciens Naturaliftes
ont parlé, les Modernes
ont auffi fait mention de pareils
accidens. Vous aurez , fans doute
tendu parler de la nouvelle Ifle qui s'éle-
E iiij
,
enva
$794 MERCURE DE FRANCE,
va le 23. Mai 1707. auprès de celle de
Santorin ou Santorini , qui eft au Nord de
celle de Candie : ce qu'il y eut de bien
remarquable dans cet évenement , c'eſt
que ce qui eft aujourd'hui le centre de
cette Ifle étoit auparavant un endroit de
la Mer , où jufqu'alors on n'avoit pas
trouvé de fond. Il y a peut-être bien des
Ifles dans l'Archipel qui doivent leur
origine à de pareils accidens .
Appliquons maintenant tous ces principes
à vôtre Phenoméne maritime . Il
me paroît vrai- femblable qu'une certaine
quantité d'air fouterrain ait été rarefiée
auprès de Marfeille , & que par fon
reffort elle ait élevé une large & mince
croute de cette terre glutineufe qui compofe
le fond de la Mer. Cette croute
étant élevée perpendiculairement, la Mer -
qui étoit par -deffus aura été élevée auffi ,
quelque haute qu'ait été la colomne d'eau
qui étoit fur ce fond. Or une portion de
Mer étant tout d'un coup élancée avec
force au-dellus de fa baze ordinaire , fans
qu'il y ait un pareil volume d'autre matiere
qui occupe la même place , il eft
neceffaire l'eau des environs fe rapproche
de celle qui s'éleve , & qu'elle
en vienne occuper la place. C'eft ce qu'a
fait l'eau du Port en fe retirant , & voilà
l'explication du flux .
que
Enfuite
A OUS T 1725. 1795
Enfuite l'air comprimé s'étant mis aut
large , la portion de terre élevée n'étant
plus foutenue eft retombée auffi bien que
le grand volume de Mer qui avoit reçû la
même impulfion , & par cette chûte foudaine
cette grande maffe de Mer & de
Terre a imprimé un mouvement violent
à toute l'eau qui l'environnoit , & à celle
qui avoit déja pris fa place ; ainfi cette
eau a été repouffée avec tant de violence
, qu'elle a paffé pour quelque temps
au-delà de fes bornes ordinaires , & c'eft
de cette forte que le reflux eft arrivé , &
que l'eau eft montée fur le Quay ; mais
après cet élevement & cet abaiffement
foudain il eft naturel que l'eau ait repris
fa place ordinaire.
Peut-être auffi que l'irruption de l'air'
interieur s'eft faite en ligne diagonale ;
l'eau de la pleine Mer n'a point été élevée
, elle à feulement été pouffée avec
violence du côté d'Afrique ou d'Eſpagne
, felon la détermination de cet air
fouterrain . Alors la pleine Mer étant
repouflée interieurement de l'autre côté
de Marfeille par cette force foudaine , il
eft clair que l'eau du Port a dû d'abord
fe retirer , & revenir enfuite avec plus
d'abondance & d'impetuofité par le contre
coup.
Mais de quelque maniere que cet ac-
E v cident
1796 MERCURE DE FRANCE.
cident foit arrivé , on ne doit point , ce
me femble , l'attribuer au flux & reflux
de l'Ocean , ni en rechercher d'autre
caufe que l'air interieur dilaté par une
fubite fermentation fouterraine .
Voilà , Monfieur , ce que j'en penſe :
s'il y a quelqu'autre circonftance que
vous ayez apprife depuis la Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ,
vous me ferez plaifir de me l'apprendre ,
auffi bien que le fentiment de vos Phyficiens
, car je fçai que vous en avez de
fort habiles. Je fuis , & c.
A Paris , ce 12. Aoust 1725 .
M. du Marfais a donné plus d'une fois
des preuves de fa capacité fur les matieres
de Phyfique , & en particulier fur ce
qui regarde l'air. Le Difcours inferé
dans nôtre Journal du mois de Juillet
1723. page 48. qui fut extrêmement
goûté des Connoiffeurs , eft de lui : nous
croyons même qu'il eft bon de le relire
pour mieux entendre l'explication qu'il
vient de donner du Phenoméne de Marfeille
, & en general qu'il n'y a point d'experience
fur l'air qu'on ne puiffe expliquer
facilement par les réflexions contenuës
dans ce Difcours.
A
A OUST 1797 1725.
MMMMMMMMMMMMMMMMYY
A M. LE DUC D'AUMONT
Epitre de M. Vergier , 1716 .
J
A long - temps a qu'à Paris fuis gifant ;
Gifant , vous dis , & ne le fuis fans caufe ,
Car tant piteux eft mon état preſent .
Qu'un mort & moi font prefque même chofe;
Oreilles ay , pas ne diftingue un fon ,
Mon oeil à peine apperçoit la lumiere :
Enfin mes fens d'un foible nourriffon
Ont tous repris l'impuiffance premiere.
Quant à l'efprit , il ett pis que le corps ,
Enveloppé dans d'épaiffes tenebres ,
Plus n'eft rempli que de penfers funebres .
Adieu , vous dis , Vers , Chanfons , doux accords
,
Adieu , vous dis , tendre , amoureufe flâme
Adieu vous dis , repas délicieux ,
Où tant de fois , lorſqu'étois foucieux ,
Trifte & chagrin ay vû du haut des Cieux ,
Paix & gayeté deſcendre dans mon ame.
Adieu , vous dis ; enfin mes chers plaifirs ,
Je quitte tout jufques à vos defirs .
E vj Vain
1798 MERCURE DE FRANCE.
Vain que je fuis ! que dis- je ? je vous quitte !
C'est vous , cruels , c'est vous qui me quittez ,
Malgré le poids de mes infirmitez ,
Plaifirs charmans , de loin je vous invite
A ranimer cette ame qu'évitez ,
Mais vainement , & cette voix tremblante ,
Qui vous appelle avec un ton plaintif,
D
Cette
démarche
& foible
& chancelante
,
Dont
je pourſuis
vôtre
troupe
volante
,
Hatant
l'effort
de fon
vol fugitif
.
Telle
à peu
près
eft cette
vieille
Fée
,
Que
nous
voyons
jeunement
attifée
,
Tâcher
encor
d'attirer
quelqu'Amant
,
Pour
le charmer
, lui mettre
en étalage
,
Tantôt
un bras
maigre
, & rongé
par
l'âge
,
Tantôt
un fein
étayé
vainement
,
Avec foigneufe & penible induftrie ,
Pouffer dehors une lévre fletrie ,
Que le défaut de foutien & de dents ,
Lai le toûjours retomber en dedans ,
Li faire voir autre chofe peut- être ,
Dont Dieu me gard de faire le portrait ;
Quelque leger , quelque fin qu'il pût être ,
Trop
AOUST 1799 1725.
Trop fuis certain , Seigneur , qu'au premier
trait ,
De tant hideufe & tant orde ftructure ,
Iriez vomir le Peintre & la peinture ,
Que nous voyons enfin ſe travailler ,
Et piece à piece ainfi fe détailler
Devant l'objet que fon defir dévore :
Mais fans fuccès , & d'autant plus encore ,
De cet objet remporter de mépris ,
Que plus de foins pour lui plaire elle a pris.
Mais revenons à ma Theſe premiere ,
D'où trop m'ont fait écarter mes defirs :
Au trifte afpect de mes défunts plaiſirs ,
De mon efprit éteinte eft la lumiere ,
Et juſqu'à lui mes maux cruels portez ,
Ont affoupi toutes les facultez .
Ores pourtant dans cette nuit obfcure
Le Ciel me donne un leger éclairci ,
En profiter eft ma premiere cure ,
Pour vous marquer , Seigneur , que juſqu'ici ,
En fa plus noble & plus belle partie ,
Mon ame s'eft de ce mal garantie ,
Et c'eft en celle où vous êtes placé ,
Que dans le Ciel qui devient vôtre Empire ,
Nuage
1800 MERCURE DE FRANCENuage
aucun n'eſt encore paffé
Que le refpect à vos pieds y refpire ,
Non celui- là que le haut rang inſpire ;
Refpect esclave & digne de pitié ,
Mais un refpect libre , fincere , tendre ,
Et que bien mieux je vous ferois entendre ,
Sous le faint nom de la douce amitié.
Si parmi nous un uſage barbare ,
Qu'autorifa l'urbanité bizarre ,
Pour diftinguer les hommes & leurs rangs ,
N'avoit profcrit ce terme envers les Grands.
XXX
LETTRE écrite à M..... fur la mort
du R. P. Dom Jean Gellé , Religieux
Benedictin,
L
E Religieux qui vient , Monfieur ,
de term ner fa courfe , & fur le fujet
duquel vous me demandez quelque détail
, étoit né en 1644. d'une honnête famille
, à Chêne le Populeux , Bourg confiderable
, & autrefois Ville forte de la
haute Champagne , à quatre lieues de
Sedan & de Retel. Il entra de fort bonne
heure dans la Congregation de Saint
Maur ,
A OUST 1725. 1801
Maur , & y fit profeffion dans l'Abbaye
de S. Remy de Rheims , le 23. Septembre
1666 .
A peine Dom Jean Gellé eut- il fini
fon cours de Philofophie & de Theolo
gie que fes Superieurs l'envoyerent profeller
ces mêmes fciences dans les Abbayes
du Mont S. Michel & de S. Denis
en France , emploi dont il s'acquitta
avec tout le fuccès auquel on s'étoit attendu
; ce qu'il y a même de particulier ,
Monfieur , c'eft qu'il a été le premier de
fa Congregation qui ait enfeigné la Theologie
pofitive . Etant au Mont S. Michel,
il écrivit en Latin l'Hiftoire de cette fameufe
Abbaye , Hiftoire fort curieufe ,
& dont j'ai une copie écrite de fa main.
Les Superieurs jugerent enfuite à propos
de le faire entrer dans les Charges ;
il fut donc Prieur dans plufieurs Maifons.
11 le fut d'abord dans l'Abbaye du
Treport , & enfuite dans celle de Saint
Quentin . Ce fut pendant qu'il demeura
dans cette derniere Maifon , qu'il eut
occafion d'exercer fon zele & fa capacité
, en travaillant à la converfion des
Calviniftes , qui étoient en grand nonbre
dans ce canton . Comme il avoit des
manieres tout - à - fait affables , & infinuantes
, il ne manqua pas de s'attirer
leur eftime & leur confiance dans les
confe
1801 MERCURE DE FRANCE.
conferences qu'il eut avec eux ; de forte
qu'en peu de temps il y en eut plufieurs
qui renoncerent à l'erreur pour embraffer
le parti de la verité , parmi lefquels
on compte trois Miniftres de la nouvelle
Religion , qui entrerent dans l'Etat Ecclefiaftique
, & furent d'excellens fujets.
Son zèle plein de fciences & de lumieres
, auroit fait des progrès plus confiderables
, s'il n'avoit pas commencé deflors
d'être attaqué de differentes maladies ,
qui le mirent hors d'état d'agir ; c'eſt ce
qui l'obligea de demander d'être déchargé
de la Superiorité , pour ne vacquer
qu'à la priere & à l'étude. La grace qu'il
demandoit ne lui fut pas tout d'un coup
accordée ; on l'envoya d'abord à S. Medard
de Soiffons , & delà il vint à l'Abbaye
de S. Germain des Prez , dont il
fut long-temps Superieur.
Malgré fes infirmitez , dont la principale
étoit une goute , d'un genre extraordinaire
, qui lui donnoit peu de relâche,
il ne laitoit pas de s'appliquer à l'étude .
Il donna d'abord une nouvelle Edition
du Dictionnaire Geographique de Baudran
, qu'il perfectionna beaucoup par
des corrections , & par des augmentations
confiderables . Il la fit imprimer fous
fes yeux en l'année 1705.
Il entreprit depuis , à la priere de M.
Defina
A OUST 1725. 1805
Defmarets , Evêque de Chartres , qui
l'honoroit d'une eftime particuliere , une
Edition du grand ouvrage d'Yves de
Chartres , qu'il a entierement achevée ,
mais dont le Public n'a pas pû encore
profiter , parce que dans ces derniers
temps la goute ayant mis l'Auteur entierement
hors d'état d'agir , il n'a pû veiller
à l'impreffion de cet ouvrage, qui eft,
comme vous fçavez , d'une grande importance
pour le Droit Ecclefiaftique . Il
y a à la tête , avec la vie d'Yves de Chartres
, une Preface fort travaillée , qui doit
faire fouhaiter aux fçavans de voir bientôt
la publication de ce Livre , dont les
précedentes Editions n'étoient pas à beaucoup
près fi exactes & fi enrichies de
Notes , outre le rétabliffement de pluheurs
citations , fort maltraitées dans
quelques Manufcrits , & qui avoient paffé
de même dans l'impreffion.
Enfin , Monfieur, nôtre Religieux accablé
de fes maux , réduit à ne plus fortir
de fa chambre , & ne pouvant plus ni
marcher , ni s'occuper à autre chofe qu'à
la priere , arriva au terme , après lequel
il avoit tant foupiré , & mournt à l'Abbaye
S. Germain des Prez dans des fentimens
dignes de fa pieté , le 6. de ce
mois , âgé d'environ 81. ans. Je fuis, &c.
A Paris , ce 15. Juillet 1725.
PRE1804
MERCURE DE FRANCE.
T
PREMIERE ENIGME
Out fert à compofer mon corps ,
Toûjours de ftructure bizarre ,
Mon pere fait tous les efforts
Pour me donner un air barbare ;
Avec des habits differens ,
Tous les mois on me voit paroître
L'on s'empreffe pour me connoître
Tandis que j'évite les gens ,
Quand une fois je fuis connuë ,
Je perds à l'inftant mes Amans ,
Si je me montre toute nuë ,
Pour eux je n'ai plus d'agrémens ;
Ainfi les coeurs font inconftans ,
Quand la Maîtreffe eft trop facile ,
Pour les attacher plus long-temps ,
Il faut que je fois difficile .
DEUXIE'ME ENIGME.
Comme à toute heure je puis naître ,
A toute heure je puis mourir ,
Un doux fouris me donne l'être ,
La
AOUST 1725. 1805
La vieilleffe me fait perir :
De toutes les focietez
Je fais les charmantes délices ,
Quelquefois je fais leurs fupplices ,
Le tout felon mes volontez.
Quoique je faffe du fracas ,
Je fuis pourtant fans équipage ,
Et regne fur tous les Etats ,
Sans avoir du bien en partage.
J
TROISIEME ENIG ME.
E vis dans les Forefts où je me multiplie
Jamais je n'y fis aucun mal ,
Cependant on me prend , & de fuite on me lie ,
Comme un dangereux animal ,
On craint fi fort que je n'échape,
Que malgré les liens dont je fuis garoté ,
On doute que je fois affez bien arrêté ,
Je fais honte à ceux que je frappe.
Comme d'un monſtre affreux on menace de
moi ,
Aux grands comme aux petits je caufe de
Peffroi ,
Cependant je fuis fans malice ,
On ne sçauroit m'en accufer ,
Mais
1806 MERCURE DE FRANCE .
Mais je ne dois point m'excufer ,
Je fuis à craindre avec juftice.
J'impofe au plus hardi foldat ,
A certaine autre eſpece auffi de même graine,
D'animaux malfaifants c'eft un auffi bon plat
Que ceux que cite la Fontaine ;
J'ai bien encor plus d'un emploi ,
Je fuis partout fi neceffaire ,
Que depuis la moindre chaumiere
Jufques dans le Palais du Roi ,
On ne peut fe paffer de moi ;
Je n'y rendrois pourtant qu'un fort mince
ſervice ,
Sans un maudit bâton fur moi toûjours levé ,
Qui me fait fouffrir le ſupplice ,
Qui punit à Maroc l'efclave retrouvé.
Ceux qui ont expliqué les Enigmes
du mois dernier , par le Cor on Trompe ,
le Papier & la Grèle , en ont rencontré
le veritable mot.
NOUA
OUST 1725. 1807
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ETTRES CURIEUSES fur divers fu-
Ljets ,dédiées à M. le Comte de Mollville
, Miniftre & Secretaire d'Etat pour
les Affaires étrangeres , Chevalier de la
Toifon d'Or. A Paris , rruueë S.-Jacques ,
chez N. Pepie , 1725.2 . vol . in 12. le
& le fecond de
premier de 480. pages ,
405 .
Ces Lettres au nombre de 139. font
bien écrites & pleines de traits d'hiſtoi-
› de bons mots & d'une érudition , finon
neuve , au moins affez agreable. Le
premier Volume eft terminé par un recueil
en Italien de Réponfes vives, fur le
titre de Racolta di Ripofte aggradevoli ;
& le fecond par un effay historique fur la
Revolte des Sevennes , commencée en 1702 .
finie en 1705. La feconde Lettre contient
une Traduction en vers latins d'un
Fameux morceau de Poëfie Françoife ,
intitulé Le Temple de la Mort , qu'on fit
à l'occafion de la mort de la Maréchale
de la Meilleraye , & qu'on croit communément
de Philippe Habert , frere de
Ger1808
MERCURE DE FRANCE.
Germain- Habert , Abbé de Cerify , de
l'Académie Françoife , auteur de la Me
tamorphofe des yeux de Philis en Aftres.
Il y dans ces deux Volumes quantité
d'autres Poëfies Françoiſes & Latines ,
dans le caractere grave & enjoüé , ferieux
& badin. On va donner quelques exemples
choifis de la Profe & des Vers .
Une des plus vertueufes Dames d'Efpagne
, difoit qu'elle regardoit comme un
affront , l'indifference d'un Cavalier , qui
au premier tête- à - tête , ne tentoit pas
d'obtenir fes faveurs. Et une autre du
même païs , lifant dans un Roman François
une converſation delicate entre deux
Amans s'écria : que d'efprit hors de
faifon ! ils étoient feuls.

Louis XIV. demanda à un Evêque ,
qui étoient certains Abbez dont le vifa
ge lui étoit inconnu . Le Prélat répon
dit , Sire , V. M. n'en entendra pas parler
fi tôt , ils n'en font encore qu'à Fre
re Brunet . *
Alexandre VII . demandoit à Allatius ,
Bibliotecaire du Vatican , pourquoi il
n'embrasfoit pas le Sacerdoce ? c'eft , répondit-
il , pour être prêt à m'engager
dans le mariage. Pourquoi donc ne vous
mariez -vous pas , reprit le Pape ? pour
* Compagnon du P. de la Chaiſe.
avoir
AOUST 1725. 1809
avoir toûjours la liberté de me faire Prétre
, repliqua l'homme fçavant.
Un Gentilhomme Italien de beaucoup
d'efprit , trouva le Cardinal Salviati
jouant avec fon Aumônier au Trictrac ,
& conteftant vivement fur un coup ;
les Affiftans fe taifoient ; il fut pris pour
Juge. Avant de laiffer expliquer le fait,
je me déclare contre fon Eminence , ditil
: fi elle n'avoit pas tort , on eut déja
condamné fon adverfaire.
Henri IV . fit cette courte Harangue
à fes Troupes dans la Plaine d'Ivri : Je
fuis votre Roi , vous êtes François ; voi-
Là l'Ennemi.
Sur le Jeu.
Pour connoître l'humeur d'un homme ,
On n'a qu'à le faire joüer.
L'avare crie à s'enroüer ,
Dès le moment qu'il perd la plus petite fom
me.
Le liberal au gain foiblement attaché ,
Des coups les plus cruels ne paroît pas tou
ché.
Le Tracaffier toûjours contefte ;
Le têtu ne veut rien ceder :
Bref on a beau vouloir fe poffeder ,
Le naturel au jeu toûjours fe manifefte.
On
1810 MERCURE DE FRANCE.
On rapporte dans la feptiéme , page
29. quelques plaifantes foufcriptions de
Lettres. En voici deux : A Monfieur
Chein , très digne Serpent de la Sainte
Chapelle à Bourges. A Monfieur Bourfault
, Marchand Poëte à Paris .
Plaifanterie.
Dans une Officialité ,
Soubrette , affez jolie & pleine de ſanté ,
Avec la bienféance ayant fait plein divorce ,
Dit qu'un vieux Medecin l'avoit priſe par
force ;
Qu'il falloit , ou le pendre , ou qu'il fut fon
mari.
Comment , répond le Juge , a- t - il pû vous
furprendre
Vous étes vigoureufe , il falloit vous défendre
,
L'avoir égratigné , dévifagé , meurtri.
J'ai , Monfieur , lui repliqua- t - elle ,
De la force , quand je querelle ,
Mais je n'en ai pas quand je ri.
Dans la dix-feptieme & la dix -huitiéme
Lettre , il y a quantité de Devifes
Latines & Françoifes . Entre les dernieres
on n'a pas oublié celle qu'on fit pour
le Roi d'Espagne , lorfqu'il monta fur le
Trône,
AOUST
1725.
1815
Trône , dont le corps eft un jeune Grenadier
chargé de fruits , & les mots pour
ame. Plus de Couronnes que d'années .
SONNET AU Ror.
Sur la grefle de 1698 .
De nos malheurs , grand Roi , fouffrez la
trifte image ;
Un tourbillon pouffé par des vents furieux ,
Dérobant en plein jour la lumiere à nos
yeux ,
A nos champs confternez , fit éprouver fa
rage.
La foudre , les éclairs en redoublant l'orage,
Confondent tout à coup & la Terre & les
Cieux ,
Et la grêle tombant d'un poids prodigieux ,
Coupe tout , briſe tout ,
´achevele
ravage .
De torrens , de débris , de fange & de glaçons
,
Au lieu de riches feps , & d'heureuſes moiffons,
On voit de toutes parts nos campagnes couvertes.
Lo rs que nous perdons tout , SIRE , fecou
rez-nous ;
F
Aug
T812 MERCURE DE FRANCE.
Augmentez , s'il fe peut , en reparant nos per<
tes ,
Vôtre gloire & l'amour que nous avons pour
vous,
Lettre XXVII.
Enfin , Monfieur , après avoir fait le
contraire des ordonnances du Medecin ,
vous êtes en fanté ; cette methode eft
prefque infaillible ici , où je craindrois
bien d'être abandonné aux uniformes &
fatales rubriques de ces Levriers de Ga-
Tien. Je ne vois pas de gens auffi -tôt malades
, & plus tard gueris , que ceux qui
font fous la jurifdiction de la Medecine ;
leur fanté même eft alterée par la contrainte
des regimes . Les Medecins ne
fe contentent point de mal gouverner
les malades , ils détruifent les meilleu
res conftitutions d'un temperament robufte
, ils tirent l'argument d'une mala◄
die prochaine. Il n'eft point de Nation
qui n'ait coulé plufieurs fiecles fans la
Medecine des Peuples infinis qui vivent
fainement & longuement , en ignorent
l'ufage , & parmi nous la plupart
- des gens du commun s'en paffe . Un des
malheurs de la condition des perfonnes
aifées , eft de fe faire une forte de bienféance
d'y avoir recours. Les Romains
ont été 600. ans fans pouvoir s'accommoder
-
1
A
OUST 1725.
1813
moder de ces Meffieurs , & après en
avoir effayé , les bannirent .... On demandoit
à un Lacedemonien qui l'avoit
fait vivre filong- temps ? l'ignorance de la
Medecine , répondit - il , & c.
Le Portrait de la Cour , page 146.
Rien n'eft fincere à la Cour , de mauvais
offices rendus fourdement , de mortels
chagrins fous une agreable apparence
, une modeftie bouffie d'orgueil ; il n'y
eft pas fouvent permis d'aimer ce qu'on
veut , quelquefois de faire ce qu'on doit,
jamais de dire ce qu'on penfe ; il faut fçavoir
cacher fes fentimens , être fouple à
les changer , adroit à les infinuer , loüer
felon le jugement des autres ; haïr ſelon
leur goût , parler felon leur ufage , vivre
felon leur caprice : l'efperance amuſe ,
le temps ennuye , les rivaux defefperent,
la fortune fe joue de nos hommages
comme la mort de nos deffeins. Quels
font les principes d'un Courtifan ? flacter
fes ennemis , & les perdre , profiter
de fes amis lorfqu'ils rendent fervice ,
& les abandonner quand ils en ont befoin
, promettre tout pour obtenir une
dignité, oublier tout quand on y eft parvenus
payer les bienfaits de paroles , les
fervices de promeffes , les dettes de menaces.
Le plaifir eft plus dangereux à la
Fij Cour
>
1814 MERCURE DE FRANCE .
Cour, parce qu'il eft vif ; la médiſance
plus à craindre , parce qu'elle eft fine ;
l'ambition plus ardente , parce qu'elle
eft foûtenue de la naiffance , du credit ,
de l'adrelle. Là , on adore la fortune &
on s'en plaints on loue le mer.te & on
le neglige ; ce qui s'y entend eft menfonge
, ce qui s'y voit eft illufion.
A la page 200. on trouve ces quatre
Vers.
1
Louis n'a point d'égal , fes Ennemis le difent
;
Mais fans nombrer içi ſes exploits inoüis ,
Pour faire fon Portrait ces quatre mots ſuffifent
:
On eſtime , on revere , on aime , on craint
Louis ,
Page 3.10.
Sans rire je ne puis penſer ,
A la conduite que tient Luze ;
A vous piquer , vous offenſer ,
La bonne Dame fçait paffer ,
La moitié de fes jours , l'autre à vous faire
excufe.
"
Maxime.
Prévenez par l'apparence ;
Rien n'eft plus avantageux ;
De
A OUST 1815 1725 .
De leurs oreilles , de leurs yeux ,
Les hommes font toujours plus dupes qu'on
ne penfe.
Finiffons cet Extrait , qui ne paroîtra
peut être que trop long , par un bon mot
Italien , de la Racolta , que nous avons
annoncée à la fin du premier Volume.
Un Contadino domando à un Baftiere ,
fi quell'arte era di gran guadagno ; ripofe
, fi tutti gli afini portaffero bardella mi
vorrebbe ogn'anno infiniti Ducati
HISTOIRE DE MALTHE par M. l'Abbé
de Vertot , propofée par foufcriptions.
Cette Hiftoire doit contenir quatre
Volumes in 4 qui s'imprime fur du
quarré fin d'Auvergne , du caractere aplé
GROS ROMAIN . On fait actuellement
graver les Portraits de tous les Grands-
Maîtres au nombre de 68. & ceux des
principales Dignitez de l'Ordre. S. E. M.
le Bailly de Meſmes , Ambaffadeur du
Grand - Maître auprès de S. M. T. C. a
fourni à l'Auteur la plupart des Originaux
; mais autant qu'on a pû , l'on a
ramaffé ceux qui fe trouvent dans les familles
qui ont eu des Grands -Maîtres .
On fçait qu'en genre de Portraits , les
Connoiffeurs ne veulent rien de medio-
Fiij cre :
1
1816 MERCURE DE FRANCE.
cre : c'est ce qui a porté M. l'Abbé de
Vertot à choisir d'habiles Graveurs , dont
le travail eft foumis à la revifion de M.
Boulogne , premier Peintre du Roi , &
Directeur de fon Académie au Louvre.
Comme l'Hiftoire de Malthe est une
fuite prefque continuelle de fieges & de
batailles , l'Auteur fait faire les Cartes
necellaires pour donner une connoiffance
exacte de tous les païs , où les Chevaliers
ont porté les armes .
Il fait auffi graver un plan de la Ville
de Rhodes , un autre de l'ancienne Ville
de Malthe , & un troifiéme de la Cité
nouvelle , dite de la Valette .
On inferera à la fin de l'Hiftoire un
Catalogue des noms de tous les Chevaliers
François , qui fe trouvent dans les
Regiftres des trois Langues de ce Royaume
, & on blafonnera leurs armes ; en
forte que l'on verra dans cet Ouvrage
un Nobiliaire autentique des premieres
Maifons de France. On travaille d'ailleurs
à faire venir les noms & les armes
des Chevaliers Allemands , Italiens , Efpagnols
, Portugais , Anglois , &c. pour
être imprimez à la fuite des François . Ce
Catalogue fera précedé d'une Differtation
fur le gouvernement de l'Ordre. A
la fin de chaque Volume il y aura des
preuves d'un caractere plus petit que celui
de l'Hiftoire. Condi
A OUST 1725 . 1817
Conditions proposées aux Soufcripteurs.
Les Soufcriptions ' pour les 4. Volumes
de cette Hiftoire en petit papier
feront de 40. livres , dont on payera la
moitié en foufcrivant , & l'autre moitié
en retirant l'exemplaire pour lequel on
aura fouferit.
Les Soufcriptions pour le grand papier
feront de 60. livres , dont on donnera
la moitié en foufcrivant , & l'autre
en retirant l'Ouvrage.
On promet de délivrer cette Hiftoi
re au cominencement du mois de Mai
1726.
Les Soufcriptions feront ouvertes pour
la France depuis le 1. Aouft de cette an
née juſqu'au 1. Decembre de la même
année , & jufqu'au 1. Janvier 1726. pour
les pays étrangers .
Ceux qui ont des Chevaliers de Mal
the dans leur famille , font priez d'envoyer
au plutôt les noms , les armes , &
la date de la reception de ceux pour lef
quels ils s'intereffent . Ils pourront indi>
quer en même temps les Grades où feront
parvenus leurs Chevaliers , en marquant
s'ils ont été Commandeurs , Grands-
Croix , &c. & adreffer leurs réponſes au
fieur Quillau, Imprimeur , rue Galan-
Fiiij de ,
818 MERCURE DE FRANCE.
de , en affranchiffant le port.
OBSERVATIONS & Reflexions fur la
pétite verole , & fur les remedes préfervatifs
contre cette maladie . Par M• dn
Bois , Maistre Chirurgien à Paris , ancien
Prevaft de S. Côme. A Paris , chez
C. M. d'Houry , 1725. in 12. de 51 .
pages.
LETTRE à l'Auteur des Obfervations
& Reflexions fur la petite verole , avec
une Diflertation fur cette maladie , & la
maniere la plus heureufe de la traiter.
Par M. J. Louis le Thieulier , Docteur
Regent de la Faculté de Medecine en l'Univerfité
de Paris. A Paris , ruë Galande
, chez Jaq. Quillau , 1725. in 12. de
100. pages.
TRAITE' de la feureté & confervation
des Etats par le moyen des Fortereffes.
Par M. Maigret , Ingenieur en
chef , Chevalier de S. Louis . A Paris ,
ruë de la Harpe , chez E. Billiot , 1725 ,
in 12. de 444. pages .
EXAMEN des Oeuvres de M. l'Abbé
de Brion. Ouvrage en forme de Catechifine
, dans lequel on découvre le vrai
fiftême de cet Auteur. Par un Docteur
de
AOUST 1725
1819
de Sorbonne. A Paris , Quay des Auguf
ins , chez Chaubert , 1725. vol . in 12 .
NOUVELLE MANIERE d'éteindre les
Incendies , avec plufieurs autres inventions
utiles à la Ville de Paris. A Paris ,
Place de Cambray , chezThibouft , 1725 .
broch. in 12 .
COUTUMES du Pays & Duché d'Anjou
, conferées avec les Coûtumes voifines
, & corrigées fut l'ancien original
inanufcrit ; avec le Commentaire de
Maître Gabriel Dupineau , Confeiller
au Prefidial d'Angers , auquel il a joint
les Notes de Maître Charles du Moulin
, & celles de quelques Officiers &
Avocats au même Préfidial ; enſemble
les Obfervations fur la même Coûtume ;
plufieurs Traitez particulie rs , Queſtions
& Confultations du même Auteur , fur
diverfes matieres de Droit Romain , Canonique
& Coûtumier. Nouvelle & derniere
Edition , revûë , corrigée & augmentée
d'un grand nombre d'Obfervations fu
plufieurs articles de la Coûtume d'Anjou
d'un Recueil d' Arrests celebres rendus pon
la Province d'Anjou , & d'un Trait
des Marches communes d'Anjou & de ·
Poiton . Par M. Claude Pocquet de Livoniere
, Confeiller au Préfidial , & ancien
F Y
1820 MERCURE DE FRANCE .
cien Profeffeur du Droit François en
l'Univerfité d'Angers . A Paris , ruë S.
Jacques , à la Bible d'or , chez F. B.
Coignard, 1725. 2. vol . in fol . de près
de 1600. pages.
BIBLIOTHECA Fayana , feu Catalogus
Librorum , c'est - à- dire , Catalogue
des Livres de la Bibliotheque de Charles-
Jerôme du Fay , Capitaine aux Gar
des , dreffé par Gabriel Martin , Librai
re de Paris. A Paris , chez G. Martin .
ruë S. Jacques , 1725. in 8. de plus de
500. pages . fans la Table alphabetique
des Auteurs .
NOUVELLE DESCRIPTION de la Ville
de Paris , & de tout ce qu'elle contient
de plus remarquable. Par Germain Brice
, enrichie d'un nouveau Plan de Paris
& de nouvelles figures , deffinées &
gravées correctement : 8. Edition , revûë
& augmentée par l'Auteur . Dédiée
à Madame la Ducheffe d'Orleans . A Paris
, Quay de Conti , chez Gandoin , &
rue S. Jacques , chez Fournier , 1725.4.
vol. in 12.
DEFENSE DE L'EDIT DU Rey , concernant
les Benefices poffedez par les Religieux
de plufieurs Communautez , donné
AO UST 1725. 1821
"
né à Paris au mois de Novembre 1715.
ou Diflertation fur la maniere dont les
Benefices fimples font acquis & poffedez
par quelques Congregations Religieufes.
Par M. le Grand , Chanoine Regutier
de l'Ordre de S. Auguftin. A Paris ,
à la defcente du Pont - neuf , chez l'Her
mite , 1725 vol . in 12 .
LES NOUVELLES VIES DES SAINTS ;
pour tous les jours de l'année , compofées
fur les Memoires les plus veritables
& les plus autentiques de chaque fiecle ,
& exactement revues & corrigées dans
cette troifiéme Edition. Par M. l'Abbé
de Commanville. A Roien , chez J. B.
Befongne , 1725. & fe trouve à Paris ,
Quay des Auguftins , chez J. Lefclapart,
& chez Hanfi , fous l'Horloge du Palais,
4. vol. in 12. d'environ 5oo . pages chacun
fans les Prefaces & les
compter
Tables. Chaque Volume contient trois
mois de l'année.
>
Le deffein de l'Auteur dans cet Ouvrage
a été 10. De ne rapporter rien que
de vrai , & d'omettre ce qui eſt douteux
. 20. D'éviter la trop grande longueur
qui dégoûte , & la trop grande
breveté , qui ne fair pas affez d'impref
fron. C'est pour cela qu'il a renfermé
chaque vie en fix pages. 30. Il a choifi
F vj part1822
MERCURE DE FRANCE.
particulierement ce qui peut toucher &
porter à la pieté, par les exemples qu'il
rapporte. La fin de chaque Vie eft terminée
par deux Pratiques ou deux Maximes
, tirées de la Vie du Saint , une
afpiration prife de l'Ecriture , & une
Priere à Dieu.
RECUEIL de Lettres fur divers fujets ,
Par M. de Grimareft . A Paris , Quay des
Auguftins , chez N. Piffot , 1725. in 12.
de 382. pages.
> de
Ce Volume contient 200. modeles de
Lettres , fur des fujets de felicitations ,
de condoleances , de follicitations
Prieres , Exhortations , reproches , com
plimens , dejuftifications & excuses , Porgalanteries
, &c. L'Auteur dit
dans fa Preface , qu'il a particulierement
travaillé pour les Etrangers .
traits .
CANON de Sultan Suleiman II . reprefenté
à Sultan Mourad IV. pour fon
inftruction , ou Etat Politique & Militaire
, tiré des Archives les plus fecrettes
des Princes Otomans , & qui fervent
pour bien gouverner leur Empire.
in 12. de 218. pages. Traduit du Turc
en François par M. P *** A Paris ,
chez Thibouft , Place de Cambray , 1725 .
Nov.
AQUST 1725 . 1825
NOUVEAU FORMULAIRE , OU ftile de
procedures ,, qui fe font , tant au Parlement
qu'aux Requêtes de l'Hôtel & du
Palais. A Paris , au Palais , chez Cl-
Preudhomme , 1725. in 12. de 602 .
pages .
NOUVEAU COURS DE MATHEMATIQUES
à l'ufage de l'Artillerie & du Genie
, où l'on applique les parties les plus
utiles de cette fcience,à la Theorie & à la
Pratique des differens fujets qui peuvent
avoir rapport à la Guerre. Par M. Belider
, Profeffeur Royal de Mathematique
des Ecoles de l'Artillerie , correspondant.
des Académies Royales des Sciences de
France & d'Angleterre . A Paris ruë
S. Jacques , chez Cl . Jombert, in 4. de
360. pages .
HISTOIRE generale des Pirates Anglois
jufqu'à prefent , contenant toutes
leurs avantures , pirateries , meurtres ,
cruautez & excès ; avec la vie & les
avantures de deux femmes Pirates ,
Marie
Read & Anne Bonny. A Utreck ,
chez J. Brosdelet , 1725.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS . A la
Haye , chez Neaulme. 2. vol. in 12 .
FA1824
MERCURE DE FRANCE.
FAVEURS & difgraces de l'Amour
chez le même, 3. vol . in 12 .
.11
HISTOIRE de la Philofophie Payenne,
ou fentiment des Philofophes Payens les
plus celebres , fur Dieu , fur l'ame , &
fur les devoirs de l'homme. A la Haye,
chez P. Goffe , & P. Herdt. 1724. 2 .
vol . in 12 .
1 འ
HISTOIRE de la Vie de Meffire François
de Salignac de la Motte - Fenelon ,
Archevêque Duc de Cambray. A Brus
xelles , chez Eugene Henry Friex. 1725 .
in 12. de 150. pages.
Ronde , Libraire à Paris , ruë S. Jacques
, près la Fontaine S. Severin , au
compas , a mis en vente huit differentes.
efpeces d Ecrans , fur lefquels on trouve
à s'orn r l'efprit fur beaucoup de matieres
; les deux côtez font remplis d'une'
érudition agrable & utile. C'eft com--
me un Livre toûjours ouvert qu'on a
fouvent à la main , & dans lequel on
trouve dequoi s'amufer. On y voit les
évenemens remarquables de nôtre Hifto
re avec des Tables . Les principaux
Offices de France. D'autres Tables fur
P'Hiftoire de l'ancien Teftament jufqu'à
la naiffance de J. C. Des vers choifis
des
'A OUST 1725. Tgis
des meilleurs Auteurs modernes , &
enfin des Sentences & bons mots.
Le 29. Juillet M. l'Abbé Graffin de
Glatigny , fils de M. Graffin , Directeur
general des Monnoyes de France , foutint
à Faris un Acte de Philofophie dans
le College des Graffins , fondé par fes
Ancêtres . La ceremonie fut des plus
nombreuſes , & fe fit dans une Salle bien
parée , & ornée de tapifferies magnifiques
; on y fit une grande diftribution
de Thefes , & de Pieces de Poëfie Latine
, compofées par M. de la Croix ,
avec les Traductions en Vers François ,
par M. de Belle- Chaume ; nous ne rapporterons
que quatre Vers , qui font mis
feparément à la fin d'une Piece de Poëfie
Latine , & qui défignent l'Ecu des Armes
de M. Graffin , qui font de gueule , aux
3. Lys de jardin , coupez , & épanoüis ,
d'argent.
In Patrum clypeo GRASSINI lilia geftant ,
Hæc interfperfus cingit ubique cruor.
Lilia funt Themidis , cruor eft de munere
Martis ,
GRASSINOS certans jactat hic , illa fuos.
EX.
1826 MERCURE DE FRANCE :
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Marfelie
le 16. Juillet 1725. par M. Cary
à M. D. L. R. fur un Cachet de bronze
antique.
E vous envoye , Monfieur , le deffein
d'un Cachet de bronze antique ,
trouvé depuis peu dans le Diocèze d'Apt .
On y lit , comme vous verrez SEXTI
ABUTI PYTHIA. C'étoit donc le
Cachet de Sextus Abutius Pythias . La
famille BUTIA eft comme vous
fçavez , très - connue dans l'Hiftoire Romaine
, elle a fourni trois Confuls &
quelques autres Magiftrats. Ciceron défendit
A. CACINA contre Sex . ÆBUTIUS
, Duumvir de Cefarée Auguſte
en Eſpagne mais nôtre Pythias n'eft
point fi connu . Je vous avoue que je ne
fçai qui il eft , & je ne vois point de
perfonnage de ce nom , à qui ce Cachet
puiffe convenir. Quelque Antiquaire
nous en donnera peut - être des nouvelles.
Ce Cachet eft de bronze , comme je l'ai
déja dit , long d'environ 3. pouces , &
large d'unpouce , avec un anneau ou anfe
au deffus . Je fuis , Monfieur , & c.
On mande de Lisbonne , qu'on y a
appris du Royaume des Algarves , qu'on
y
AOUST 1725. 1827
"
a fait prefent au Duc de Cadaval , d'un
Taureau né dans le Pays , qui a fur le
mufle une corne comme le Rinoceros .
L'Académie Royale Efpagnole , établie
à Madrid , a choifi depuis peu pour fon
Directeur perpetuel , le Marquis de San-
Eftevan de Gormas , Mayor - Dome-
Mayor du Roi , qui étoit Académicien
depuis le mois d'Avril 1714.
On écrit de Genes , que quelques
jeunes gens de qualité de cette Ville ,
avoient formé le deffein d'y établir , à
leurs frais , une Chaire publique de Mathematiques
, & qu'ils avoient écrit dans
les Pays étrangers pour en faire venir
quelque habile Profeffeur .
On mande de Florence que l'Electeur
de Baviere a fait prefent à la Grande
Princeffe Douairiere fa foecur , d'une boëte
d'or , dans laquelle il y avoit vingt.
perles très - belles & très - groffes qui
ont été pêchées dans une riviere de fes
Etats , & qu'on trouve d'une auffi belle
eau que les perles orientales.
,
Le fieur François de Hatzefeld , Allemand
de nation , a fait publier à Londres
un Avertitlement , par lequel il in-,
vite
1828 MERCURE DE FRANCE.
vite les amateurs des Arts d'aller voir
chez lui une Machine qu'il prépare pour
le mouvement perpetuel . Il promet de
montrer un poids d'une livre qui enleve
un autre de deux livres , fans perte de
temps ni de diftance à proportion ; c'eftà
-dire , avec avantage. Il ajoûte que cela
n'a été pratiqué par qui que ce foit avant
lui , excepté le Docteur Orphireus , qui
fins doute eft parvenu à la même fin , en
fe fervant des mêmes moyens .
Le Grand-Maître de Malthe ayant appris
que le Pere Lucas de Sainte Cathe
rine , l'un des Membres de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , à Lisbonne , travailloit
à l'Hiftoire de l'Ordre de la Religion
de Malthe , lui a envoyé un Recueil
de cinq volumes de Memoires de
Bofio & de Pozo fur cette Hiftoire , avec
deux doublons d'or du poids de douze
fequins chacun , qui ont été frappez cette
année à Malthe , & qui ont d'un côté le
portrait du Grand Maître , & de l'autre les .
armes de fa famille , écartelées de celles
de la Religion , & une grande Medaille
d'or , du nombre de celles qui ont été
frappées pour mettre dans les fondemens
de la nouvelle Fortereffe qu'il a fait conftruire
dans l'Ifle de la Valette au Port
de Marfa Monchetta , vis - à- vis la Ville
de
AOUST. 1725. 182
de Malthe. Cette Medaille reprefente
d'un côté le Grand- Maître , avec ces paroles
au tour : FR. D. ANTONIUS MANUEL
DE VILHENA MAGNUS MAGISTER.
Au Revers , c'eft une Fortereffe à
quatre Baftions , garnie de fes dehors
avec ces mots : ARX MANOEL , plus bas ;
PORTUS MARSA MUSCIETUM , & dans
l'Exergue , AD ULTIONEM INIMICORUM
ET. VALLETA TUTAMEN . M. DCC . XXIV .
,
Dans l'Affemblée du 9. de ce mois
l'Académie Françoife adjugea les deux
prix de Poëfie & d'Eloquence , à un
Pcëme de cent vers , dont le fujet eft .
les Progrès de l' Aftronomie fous le Regne,
& par la protection de Louis le Grand ,
& à un Difcours d'environ une demieheure
de lecture , dont voici le fujet.
Qu'il n'y a point de veritable fageffe fans
Religion , &c. Le Public a appris en même
temps avec une extrême furpriſe ,
que non - feulement ces deux ouvrages
font d'un même Auteur ; mais encore de
celui qui remporta les deux derniers
prix de Poëfie & d'Eloquence que
cadémie donna en 172 3. ce qui juſqu'à .
prefent n'a point eu d'exemple. Cet Auteur
eſt un jeune Gentilhomme de Provence
, nommé de Chalamont de la Vifclede
, qui n'eſt jamais forti de fa Prol'Avince.
1830 MERCURE DE FRANCE .
vince. Il fut couronné dans l'affemblée
publique de l'Académie le jour de Saint
Louis 25. de ce mois . Les deux Medailles
d'or furent remifes à M. Chalon ,
fon ami , chargé de fa procuration . Voici
la premiere periode de fon Diſcours que
nous avons retenue , le lecteur ne ferapas
fâché de trouver ici ce fragment pour
Jui donner un avant goût de cette Piece
d'Eloquence , on donnera fon Poëme le
mois prochain.
Comme l'orgueil humain n'a rien connu
de plus flateur que le nom de fage , il a
auffi toûjours abusé de ce nom glorieux :
tous les fiecles ont vu des témeraires qui ont
ofe fe l'arroger; ils ignoroient, ces hommes
présomptueux , qu'il fuffit de fe croire fage
pour ne l'être point , & que la fagefe n'est
veritable qu'autant qu'elle fe cache aux
yeux de ceux qui la poffedent.
M. de Maupertuis , Affocié Geometre ,
M. Meraud , Affocié Anatomifte , M. de
1'le , Adjoint Aftronome , & M. de
Juffieu le Cadet , Adjoint Botaniste ,
prirent féance en cette qualité dans l'affemblée
de l'Académie Royale des Sciences
du Mercredi 1. de ce mois .
Le Samedi 11. du même mois Mr Caus
& Gaudin , furent êlus pour remplir
AOUST 1725. 1831
plir la place d'Adjoint Geometre , qu'occupoit
M. de Maupertuis , & M. Mallouet
& Hunault , Medecins , à la place
d'Adjoint Anatomifte , que M. Morand
a laiffé vacante .

Le Samedi 18. M. Croufas , Profeſ
feur de Mathematique à Laufane , & M.
Stale , celebre Anatomifte Hollandois
furent élûs pour remplir la place d'Affocié
Etranger , vacante par la mort du
Duc d'Elcalona , Grand d'Espagne.
Mrs Petit , Medecin , Morand , Chirurgien
des Invalides & Hunold , Medecin
, furent élûs le même jour pour
remplir la place de Penfionnaire Anatomifte
, vacante par la démiffion volontaire
de M. du Vernay , qui eft devenu
Veteran .
On a expofé cette année dans le grand
falon du Louvre , le jour de S. Louis
& les trois jours fuivans , une quantité
confiderable de Tableaux , & quelques
morceaux de Sculpture & de Gravure ,
des Membres de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , établie à Paris .
Ce magnifique Spectacle a attiré un trèsgrand
concours de curieux & de peuple ,'
qui ont admiré le progrès des beaux Arts ,
& le degré de perfection où ils font en
France. Nous donnerons plus d'étendue
1832 MERCURE DE FRANCE.
à cet article le mois prochain , en def
cendant dans le détail des plus beaux
morceaux expofez , & des habiles Maîtres
qui en font les Auteurs.
Une Dame de Languedoc , diftinguée
par fa naiffance , fon genie & fon fçavoir,
demande quelle eft l'amitié la moins durable
, celle qui lie deux jeunes perfonnes
de fon fexe , où celle qui lie deux
jeunes perfonnes d'un fexe different .
Le 15. jour de la Fête de l'Aflomp
tion on donna le concert de Mufique
fpirituelle au Château des Thuilleries ,
dont on a déja parlé plufieurs fois ; le fieur
Philidor y fit chanter le Confitebor & le
Te Deum de M. de la Lande ; ces deux
Motets furent executez à merveille , &
avec l'applaudiffement d'une très -nombreuſe
affemblée . Le même concert ré
commencera le Samedi 8. Septembre ,
Fête de la Vierge.
Maaaaaaaa ¥¥¥¥¥M
AIR.
Amis , n'êtes -vous pas changés ?
Hé quoi! toûjours l'amour quoi toûjours
le Printemps ?
N'en
b
1725 .
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
THE NE
THE
PUBLIC IT
PUE
ASTOR , LENOX
TILDEN FOUNDA
AOUST 1725. 1833
N'entendrai -je dans tous nos champs
Que chanter leurs loü.nges ?
V
Croyez- moi , laiffez-là le Printemps & l'Amour
,
Pour chanter tour à tour ,
Le retour des vendanges ,
Il n'eft point de fi beau retour.
******************
SPECTACLES .
EXTRAIT D'EULOGE , on le danger
des Richeffes , Tragi Comedie , reprefentée
par les petits Penfionnaires du College
de Louis le Grand , le 2. Juin
1725. Par le P. D. C. J.
E
ACTEUR S.
ULOGE
de pauvre artifan par
venu à être un des grands Officiers de
l'Empire , fous le nom de POLEMON
durant le regne des Empereurs Juftin &
¡ Juftinien.
Arfene , Solitaire.
Eugene , Confident d'Euloge.
Arifton , Ami d'Arfene.
Lean1834
MERCURE DE FRANCE.
Leandre , Flateur de Cour.
Chryfippe , Intendant d'Euloge.
Xenophile , Maître- d'Hôtel d'Eulog
Zenon , Gentilhomme ruiné.
Timante , Ami de Leandre.
Lycas , Officier de la garde de l'Em
·pereur.
La Scene eft à Conftantinople.
Sujet de la Piece.
Euloge, fimple Tailleur de Pierres dans
laThebaide , très - homine de bien ,tant qu'il
refta dans cette condition , étant parvenu à
une grande fortune par l'interceffion d'un
Saint Hermite , qui s'étoit rendu ga
rant pour lui auprès de Dieu , perdit
fon innocence & fes vertus , en de-,
venant grand Seigneur . L'Hermite inftruit
de fes defordres par une vifion , où
Dieu lui avoit demandé compte de l'ame
de fon frere , pour qui il avoit répondu ,
fe tranfporta à Conftantinople , pour tâcher
de le faire rentrer en lui- même , &
de le ramener à fon devoir ; mais Euloge
loin de l'écouter, le traita de fou & de
vifionnaire , & le fit chaffer de chez lui
avec ignominie , comme un impofteur.
Quelque temps après Euloge difgracié ,
dépouillé de tous fes biens , & obligé dej
AOUST 1725. 1835
le cacher pour fauver la vie , fe retira
dans la Thebaïde , où il fe vit réduit à
reprendre fon premier métier pour ſubfifter.
Il fut rencontré en cet état par le
même Hermite qu'il avoit traité fi ignominieufement
à Conftantinople ; & s'étant
jetté à fes pieds , pour lui demander
pardon de fa faute , il le conjura d'interceder
encore en fa faveur auprès de
Dieu , & de lui obtenir par fes prieres ,
non les grands biens dont il reconnoiffoit
qu'il avoit abufé , mais du moins quelques
fecours, qui le tirant de la neceffité,
le miffent en état de s'occuper du fervice
de Dieu . Mais l'Hermite lui répondit
qu'il n'avoit garde de le rejetter dans
l'abîme d'où la mifericorde de Dieu l'avoit
retiré , & que fon exemple lui avoit
trop fait connoître combien les richeffes
éto ent un écueil dangereux pour la vertu.
Ce fujet est tiré de Paul Sillogus
Auteur Grec , Livre 111. Chap. xlvi .
& rapporté dans la Cour Sainte du P.
Cauffin. II.Traité, 1 . ordre & maxime v.
Plan de la Piece.
A CTE I.
SCENE I.
Arifton.
Arifton , ancien ami d'Arfene , folitaire
de la Thebaïde , fait connoître aux
G fpecta1836
MERCURE DE FRANCE.
fpectateurs que c'eft dans les jardins de
Polemon , lieu où l'action Theatrale doit
fe paller , qu'Arfene lui a écrit qu'il ſe
rendroit.
SCENE I I.
Arifton, Arfene.
Arifton ne reconnoît pas d'abord Arfene
, parce qu'il eft en habit de Cavalier
; Arfene s'étant nommé , Arifton
veut le jetter à fes pieds , pour lui demander
pardon du mauvais accueil qu'il
vient de lui faire. Arfene le prie de fupprimer
des refpects qui ne conviennent
pas au nouvel habit qu'il porte. Il lui
apprend le fujet de fon voyage de la
Thebaide à Conftantinople , tel que nous
venons de le dire d'après Paul Sillogus.
Voici comment l'Auteur exprime la
vifion dont nous avons parlé. Arfene
ayant dit à Arifton que ce même Euloge
pour qui il s'étoit rendu garant auprès
de Dieu , avoit abufé des richeffes dont
Dieu l'avoit comblé , juſqu'à laiſſer ſurmonter
fes vertus par fes paffions , pourfuit
ainfi :
Oui , ce fait que jamais je n'aurois crû poffible,
Le Seigneur depuis peu me l'a rendu fenfible ;
Devant fon Tribunal je me crûs transporté ;
11
AOUST 1725 .
1837
:
Il avoit l'air terrible & d'un Juge irrité :
» Approche , me dit- il , m'adreffant la parole
Et voy d'ici l'effet de ta demande folle :
Reconnois ton Euloge : à ces mots éperdu ,
Car ainfi s'appelloit mon jufte prétendu.
Je vois ce malheureux employant ſes richeſſes,
A remplir fes defirs . à flater ſes foibleffes......
Quelle fut ma ſurpriſe & mon étonnement !
» Ah ! pardonnez , Seigneur , à mon aveuglement
,
Mécriai -je confus, quel changement extrême !
Marche à Conftantinople & convainc- t'en
toi-même ,
» Pourfuit le Seigneur : du refte fouviens - toi
Que tu t'es fait , jadis, fon garant près de
moi , "
Temerité coupable , & qui doit te confondre ;
Mais enfin , s'il perit , c'eft à toi d'en répondre
, & c.
כ כ
Arifton répond à Arfene que cet Euloge
dont il vient de lui parler eft toutà
fait inconnu , & qu'il n'y a point d'apparence
qu'il foit auffi riche qu'il veut
dire , puifque fon nom eft encore ignoré
à la Cour de l'Empereur. Il ajoûte que
les jardins où ils font prefentement , ap-
Gij partien1838
MERCURE DE FRANCE.
partiennent au Seigneur Polemon , l'un
des plus puiffans de l'Empire.
SCENE III.
Xenophile , Arfene , Arifton.
Xenophile , Maître - d'Hôtel de Polemon
vient annoncer à grand bruit l'arrivée
de fon Maître. Arifton lui demande.
s'il ne connoît point un certain Euloge ;
Xenophile lui répond que cet Euloge &
le Seigneur Polemon ne font qu'une même
perfonne. Il y a apparence que Xenophile
, comme ancien domeftique de
Polemon eft inftruit de la balleffe de fon
origine , & qu'il eft bien fâché contre
lui , puifqu'il revele fi facilement à Aṛifton
un fecret de cette importance. Tout
le monde fe retire à l'approche d'Euloge.
SCENE IV.
Euloge , Eugene.
1
Eugene demande à Euloge d'où peut
venir le noir chagrin dont il lui paroît
accablé . Euloge ne lui dit rien de politif,
il lui apprend feulement qu'il craint que
quelque orage n'éclate contre lui , qu'il
s'apperçoit que l'Empereur n'a plus pour
lui les mêmes bontez qu'il avoit , & que
d'ailleurs il eft frappé d'un fonge , où il
AOUST 1725. 1839
a crû être retombé dans fon premier
état ; il fait à Eugene la même confidence
, que Xenophile vient de faire à Arifton
dans la Scene précedente. Eugene lui
témoigne que l'aveu qu'il lui fait de fa
premiere fortune , loin de le dégrader
dans fon efprit , lui donne une plus haute
idée de fon merite : voici comment il
s'exprime.
Un tel aveu , Seigneur , marque une ame fublime
,

Et ne fait envers vous qu'augmenter mon
eftime .
Rien ne doit , à mon gré flater,plus un grand
coeur ,
Que d'être l'ouvrier de fa propre grandeur ,
Que d'avoir des Deſtins corrigé la malice ,
Et forcé la Fortune à lui rendre juſtice,
Les autres Scenes de cet Acte n'étant
point neceffaires à l'action principale ,
nous pouvons les pafler fans rien faire
perdre de l'intelligence de la Piece . Ce
font des Courtifans & des Flateurs qui
viennent implorer la protection d'Euloge
auprès de l'Empereur ; ce qu'il y a
de remarquable , c'eft qu'un de ces flateurs
ayant témoigné à un de fes amis
qu'il a été agréablement furpris de trouver
Euloge fi prévenant , malgré la pein-
G iij ture
1840 MERCURE DE FRANCE.
ture qu'on lui avoit faite de lui ; cet ami
lui répond que c'eſt un préfage de fa
chûte prochaine , & qu'Euloge feroit infiniment
plus fier , s'il ne craignoit quel
que orage prêt à naître : cette maxime
eft dans le vrai.
ACTE I I.
Nous n'entrerons pas dans un grand
détail de toutes les Scenes qui compofent
ce fecond Acte. La plûpart font purement
acceſſoires ; on ne peut pas dire
pourtant qu'elles foient inutiles , puifqu'elles
fervent à faire voir le mauvais
ufage qu'Euloge a fait des richeffes que
l'Hermite, qui fut fon garant enversDieu ,
en obtint autrefois en fa faveur. Son Intendant
lui prouve que le dérangement
de fa maifon eft tel , que fa dépenfe confume
tous les ans cent cinquante mille
écus , quoiqu'il n'en ait que cent mille
de revenu. Dans le temps qu'il difpute
avec fon Intendant qui veut abfolument
réformer fa table & fes équipages , un
flateur furvient ; Euloge le prend pour
arbitre entre fon Intendant & lui ; le flateur
qui s'appelle Leandre , dit à Euloge
qu'il a raifon , avant que d'avoir appris
dequoi il s'agit , c'eft la Meute que l'Intendant
veut réformer ; Leandre pour
faire plaifir à Eul oge ,foutient qu'il n'en
faut
AOUST 1725. 1841
faut abfolument rien retrancher ; mais
l'Intendant propofe malignement un accommodement
, dont Leandre ne s'accommode
point du tout , c'eft de retrancher
de la table ce qu'on dépenfe de trop
pour la Meute ; Leandre ne trouvant
point fon compte dans cette oeconomie
confent à faire main baffe fur l'équipage
de chaffe. L'Intendant ayant encore propofé
à Euloge la fuppreffion de certaines
penfions qu'il fait , il fe met en colere
contre lui & le chaffe. Dès le commencement
de ce fecond Acte , Euloge envoye
Eugene fon confident à la Cour pour
fçavoir ce qui s'y paffe à fon fujet , & le
prie de l'en venir informer fur le champ.
Cette Scene a beaucoup plus de rapport à
l'action principale que celles dont nous
venons de parler. On vient avertir Eu
loge qu'un Inconnu demande à lui parler
fans témoins : autre Scene qui n'eft
pas non plus de celles que nous venons
d'appeller purement acceffoires . Cet
Inconnu qui eft ce même Hermite qu'on
a vû au commencement de la Piece
vient à la fin du fecond Acte , c'est- àdire
à l'onziéme Scene , l'une des plus
neceffaires , & qui doit exciter la curiofité
des Spectateurs .
2.
Euloge méconnoît Arfene , ou du moins
il le feint. Arfene commence par s'accu-
Giij
fer
1842 MERCURE DE FRANCE.
fer d'un crime qu'il dit avoir commis
envers Euloge , & comme Euloge lui dit
que quel que foit ce crime , il le lui pardonne.
Arfene lui répond qu'il ne peut
fe le pardonner lui - même ; il ajoûte qu'il
a un complice de fon crime , & que ce
complice c'eft Euloge même. Euloge fait
femblant de prendre tout ce qu'il lui dit
pour des vilions , quoiqu'il ne puiffe
plus douter qu'il ne lui dife vrai , furtout
du moment qu'il s'eft nommé , &
qu'il l'a appellé du nom d'Euloge , au
lieu de celui de Polemon qu'il porte.
Cette Scene est très- pathetique de la part
d'Arfene voici ce qu'il lui dit au fujet
de fon nom qu'il feint de méconnoître .
Euloge.
Je fuis Euloge , moi .
Arfen .
Pourquoi vous méconnoître ?
Mais ce nom vous déplaît , vous ne voulez
plus l'être ;
J'y confens , j'en conviens , non , vous ne l'êtes
plus ,
Cet Euloge admirable & brillant de vertus ,
Qui par fa pieté tendre , ardente & ſolide ,
Faifoit honte aux deferts de nôtre Thebaïde ;
Non , je ne trouve plus en ce funefte lieu ,
Euloge:
A OUST 1725.
1843 1
Euloge , ce vrai Saint , cet humble ami de
Dieu ,
Ici- bas moins connu qu'au Ciel , & dont les
Anges ,
Recueilloient à l'envi les voeux & les louanges
;
Euloge dont le Ciel bornoit tous les defirs
,
Qui jamais dans les croix ne vit que des plaifirs
;
Cet Euloge , à qui Dieu dans le Ciel Empi .
rée ,
Preparoit un bonheur d'éternelle durée ,
Qu'il vouloit couronner de gloire & deſplendeur
Non , vous ne l'êtes plus , & c'eſt vôtre malheur.
Euloge fe refufe aux premieres impreffions
de la grace qui veut fe faire jour
dans fon coeur. Il tient trop aux grandeurs
humaines pour y renoncer fi-tôt ,
& ce ne fera qu'après en avoir été dépouillé,
qu'il ouvrira les yeux , tant il eſt
vrai que les richefies font un grand obftacle
au falut ; c'est là l'objet que l'Auteur
s'eft propofé , puifqu'il a donné pour
titre à fa Piece , Euloge ou le danger des
richeffes . Eugene vient fort à propos
pour Euloge , le délivrer d'une conver-
Gy fation
1844 MERCURE DE FRANCE.
fation qui ne lui caufe pas moins de trouble
que d'importunité ; il lui apprend que
tout paroît bien difpofé en fa faveur à la
Cour , & que fes amis lui confeillent d'y
Faroître inceffamment , pour diffiper tous
les fecrets complots de fes ennemis . Euloge
fe détermine à y aller , & reprend
fa premiere tranquillité .
ACTE III.
Ce dernier Acte a paru le plus beau
des trois dont la Piece eft compolée .
L'action marche rapidement à fa fin , &
les Scenes mêmes qui paroillent n'y
avoir pas une liaiſon neceffaire , y conduifent
le Spectateur d'une maniere plus
fatisfaifante. Dans la premiere, Arfene témoigne
fon regret à Arifton fur le peu
de fruit que fes remontrances ont fait fur
le coeur d'Euloge ; mais quoi qu'Ariſton
Jui confeille d'abandonner ce malheureux
à fon erreur ; il ne laiffe pas de vouloir
achever fon ouvrage , & de tâcher de
reparer , du moins devant le Seigneur ,
par des efforts , quoi qu'inutiles , la temerité
qu'il a euë de fe rendre fon garant
auprès de lui. Dans la feconde Scene
Euloge , au milieu de fa Cour , que fa
prétendue faveur vient de groffir , étale
tout l'orgueil que fa difgrace prochaine
ayoit
AOUST 1725.
1845
avoit rénfermé dans fon coeur ; la cruauté
fe joint à l'orgueil , il ne fe contente
pas de chaffer honteufement Arfene , il
ordonne qu'on le maltraite & qu'on le
charge de coups pour prix de fon infolence
; après cet ordre inhumain , il no
parle que de l'accueil gracieux que l'Empereur
vient de lui faire. Il fe met dans
un fauteuil , d'où il ordonne au flatteur
Leandre de le divertir pour le dédommager
de l'ennui que la crainte de fa
chute lui a caufé. Leandre , pour le
defennuyer , lui fait plufieurs portraits de
la Cour , qui peut - être ne déplairont pas
au Lecteur ; en voici quelques uns.
Euloge à Leandre.
Mais encor , que dis- tu du noble Theodore
,
Qui chez moi tous les jours fe rendoit dès
Taurore ,
Et qui pourtant , malgré fa conftante amitié
N'a depuis quatre jours ici pas mis le pied ?
Leandre.
Ce que j'en dis ? ma foi , c'eſt une pauvre dug
pe.
Eugene.
Quelque affair e aura pû ……….
G vj
Leandre.
1846 MERCURE DE FRANCE.
Leandre.
la feule qui l'occupe ,
Eft d'avoir l'oeil au guet , de voir d'où vient
le vent ,
Pour faire un pas de plus ou de moins en
avant ;
Se cacher , fe montrer , refufer , ou promettre
;
De la Fortune enfin c'eft le vrai thermometre
;
Et par le ton qu'il prend avec vous chaque
jour ,
Vous voyez fur quel pié vous étes à la Cour,
Euloge.
Timocrate paroît plus franc, & plus fincere,
Leandre.
Plus fincere ? non ; mais plus fin dans fon
myftere.
Croit-il qu'un Grand decline , & qu'on va
l'écrafer?
Vous le voyez pour lui dans l'inftant s'embra-
• 'fer i
Il n'auroit pas voulu le regarder la veille ;
Le connoiffoit à peine ; aujourd'hui c'eſt merveille.
Eugene.
AOUST 1725. 1847
Eugene.
C'eſt un procedé noble & d'un homme d'honneur
,
Que de plaindre & fervir les gens dans leur
malheur.
Leandre.
Hé bon ! du malheureux croit- on qu'il fe
foucie ?
S'il plaint le Courtifan qu'il voit qu'on diſgracie
,
S'il s'empreffe pour lui , ce n'eft qu'une façon
,
Pour tendre aux gens heureux un fubtil hameçon.
» Il eft franc du colier , dit- on , & quoi qu'on
33 faffe ,
Se montre ami conftant, même dans la dif-
32
grace
On le dit , on le croit , & mon homme
felté
Eft payé d'une adroite & feinte probité.
Euloge.
Hon ! peut-être en eft - il quelque chofe , &
Themire?
Sur fon compte du moins tu ne fçaurois rien
dire.
Leandre
848 MERCURE DE FRANCE .
Leandre.
Moy ? qu'en dirai - je ? helas ! c'eſt un homme
de bien ,
Qui fait tout chez les Grands , fans fe mêler
de rien .
Son ami Theophane ....
Eugene.
Ah ! tout doux , bouche clofe
Il eft le mien auffi .
Leandre.
Je lui gardois fa doſe ;
Vous le voulez ; il faut l'épargner pour le
coup ;
Mais pourtant entre nous vous y perdez beaucoup
, & c.
que
On voit dans toute cette Scene , que
le Grand Seigneur fe prête à la médifance
, que le flateur fait fa cour aux dé-
&
pens de qui il appartient , l'homme
de bien , tel qu'Eugene , rabat les
coups autant qu'il lui eft poffible ; qu'arrive-
t- il enfin , le Grand Seigneur tombe
, le flatteur l'abandonne , & l'homme
de bien s'attache à fa fortune jufqu'an
bout. C'eft - là ce qu'on voit dans le refte
de la Piece. Euloge fe livre au plaifir
plus que jamais , il fait joindre à un
feftin fomptueux, la mufique la plus fla
seufe,
AOUST 1725. 1849
teufe , le fujet qu'on doit chanter au hazard
, eft un piéfage de fa chute : c'eft
Phaeton . A peine le concert eft- il fini ,
que la fortune d'Euloge eft renverfée , on
lui apprend que fa maiſon eft entourée
de Gardes ; on vient l'arrêter de la
part
de l'Empereur , on le traite avec la derniere
dureté , on lui arrache même le
feul ami de la Cour qui lui reftoit fidele
, c'eft Eugene ; mais celui du deſert
de la Thebaïde ne l'abandonne pas , quoique
fes gens viennent de le maltraiter
par fon ordre ; il acheve de lui ouvrir
les yeux que fes richeffes lui avoient
fermez : l'Empereur s'eft contenté de le
dépouiller de fes biens & de l'exiler ; fon
crime , dont il a parlé au commencement
de ce dernier Ace , c'eft d'avoir trempé ,
du moins indirectement dans une confpiration
contre l'Empereur. Il prie Arlene
de vouloir bien obtenir de Dicu , qu'il lui
laiffe du moins dequoi fubfifter ſimplement
, promettant de faire part de fon
bien à ceux qui feront dans le befoin ;
mais le faint Hermite n'a garde de l'expofer
une feconde fois au peril , d'où la
rigueur apparente du Ciel vient de le retirer.
Euloge reprend fon premier nom
par l'ordre de l'Empereur , & s'aban❤
donne aveuglément à la conduite d'Arfene.
Nous
1850 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne doutons point que les morceaux
que nous avons inferez dans cet
extrait , ne faffent regreter au Lecteur
ceux que nous avons fupprimez. En voici
encore un dont nous nous flatons qu'on
fera fatisfait , c'eft une Cantate de Phaëton
qui fait partie de la Piece , & dont
nous venons de parler.
Phaeton.
Cantate.
Le Fils du Dieu qui répand la lumiere ,
Phaeton , jeune ambitieux ,
Pour tenter cette noble & brillante catriere
,
Ofe d'un vol hardi s'élever jufqu'aux Cieux .
D'un Pere qui l'aime ,
Il feduit la tendre bonté ;)
Et bien-tôt fur fon char monté ,
Il paroît plus brillant que le foleil lui- même
Nele parut jamais au plus beau jour d'Eté.
Quefa lumiere eft vive !
Qu'elle a d'éclat & d'ardeur !
La terre attentive
Admire fa fplendeur ?
Pour
AOUST 1725 . 1851
Tout fe renouvelle
Par fa douce chaleur ;
D'une main mortelle
Nous tenons ce bonheur.
Mais bientôt ce foleil brûle plus qu'il n'éclaire
;
Arrête Phaëton , que fais- tu , temeraire ?
Les fleuves deffechez femblent déja tarir.
La terre s'entrouvre & murmure ;
Ah ! quel defordre affreux dans toute la nature
!
Tout s'embrase , tout va perir.
O Dieux , témoins des maux que l'Univers
endure ,
Contre un audacieux , daignez le fecourir .
Jupiter effrayé voit le danger du monde .
Mais bien- tôt à fa perte il va le dérober ;
J'entends la foudre quigronde ,
Et je vois Phaeton tomber.
Au plus haut rang l'on veut atteindre ;
Mais par un fort trop éprouvé ,
Plus on eft élevé ,
Plus la chute eft à craindre.
La
1852 MERCURE DE FRANCE.
La Mufique de cette Cantate eft de
M. Campra.
Un Drame Comique , intitulé les Coufins
, a fervi d'intermede à cette Tragi-
Comedie ; nous en donnerons l'Extrait.
Le Mercredi 8. de ce mois on reprefenta
fur le Theatre du College d'Har
court , pour la diftribution des prix , une
Tragedie , intitulée Joas couronné , mêlée
de Choeurs en Mufique . Cette Piece
connue. fous le nom de l'Athalie de M.
Racine , fut des mieux executées par les
Penfionnaires de ce College ; on approuva
fort les changemens qu'on a été obli
gé d'y faire pour l'accommoder à l'ufage
des Colleges , qui ne permet pas d'y faire
paroître de perfonnages femmes.
Le Samedi 21. Juillet l'Opera Comique
a changé de Divertiffement , & donné
fur fon Theatre de la Foire S. Laurent
la premiere reprefentation de deux
petites Pieces d'un Acte chacune , avec
un Prologue.
Le Theatre , au Prologue , reprefente
un Palais Galant , au fond d'un jardin
agréable. C'est la demeure de l'Enchanteu
Mirliton , où fe rendent Olivette
& Mezetin , Acteurs de l'Opera - Comique
. Attriftez de la chûte de leur premiere
AOUST 1725. 1853
miere Piece , ils vont implorer le fecours
de l'Enchanteur , & lui en demander de
meilleures. L'Enchanteur Mirliton , de
qui le pouvoir eft connu , & qui a de
l'afcendant fur les efprits terreftres , n'en
a pas moins fur les Infernaux. Il évoque
le Démon Coupletgor , fi connu par
fes anciennes fredaines. Ce Démon , veritable
Mufe de la Foire , fait prefent
aux Acteurs defolez de deux petites Pieces
, la premiere intitulée la Rage d'Amour,
& la feconde le Temple de Memoire.
Ce Prologue finit par un Divertiffement
compofé de la fuite de Coupletgor.
La Scene de la premiere Piece fe paffe
à Dieppe , dans une Hôtellerie , fur le
bord de la Mer , où l'on fuppofe que fe
rendent les malades , pour être traitez par
M. Galbanon , Medecin , qui d'Angleterre
a paffé en France. M. Hubert , Maî
tre de l'Hôtellerie , ouvre la premiere
Scene avec Madame Hubert , fa femme ;
leur converſation inftruit de ce qui eft
neceffaire pour l'intelligence du fujet . On
dit , en parlant du Medecin , ce Couplet ,
fur l'Air : du Cap de Bonne Efperance.
A fes fecrets admirables ,
On accourt de tous côtez ;
1854 MERCURE DE FRANCE .
Il fauve les miferables ,
Quand la Mer les a ratez.
Il compofe des breuvages
Pour toutes fortes de rages ,
Enfin ce Docteur guerit ,
Rages de corps & d'efprit.
L'intrigue commence dans la deuxiéme
Scene . M. Richard , Bourgeois de
Paris , arrive avec fa fille Angelique &
fa fuivante Olivette , qu'il dit avoir été
morduës par un petit chien . Madame Hubert
fait entrer le pere & la fille dans fa
maiſon , & reſte avec Olivette , qui lui
développe le myftere de leur voyage , &
lui dit que leur maladie eft de commande
ce qui donne lieu a Couplet fuivant
, fur l'Air : Un jour dans un plein
repos.
Olivette.
Vous croyez que pour cela
Nous fommes venuës ?
Madame Hubert.
Non , fi j'en crois ces yeux-là ,
Vous avez des vûës . J
Olivent.
A OUST 1855 1725.
Olivette.
Ah ! que vous devinez bien ,
L'Amour eſt le petit Chien ,
Qui nous a ...
Talera lera ,
Leralala , talalera lala ,
Qui nous a morduës.
Madame Hubert promet d'appuyer la
fourberie , de concert avec le Medecin ,
déja gagné par Clitandre , Amant d'Angelique
. On entend du bruit , elles fe retirent.
M. Hubert arrive avec le Medecin
, à qui l'on amene un Poëte dañs une
Cage , où il eft enfermé , parce qu'il a
la rage de la Satire. Le noir enfant d'Apollon
débite de nouvelles Satires à travers
les barreaux de fa Cage , & à la fin
il devient fi forcené qu'il les brife , &
fe trouve en liberté , au grand étonnement
de tout le monde . Cette Scene eft
fuivie de celle d'un Muficien jaloux de
fa femme , à qui M. Galbanon preſente
un breuvage , que le Muficien refufe d'abord
, & ne le reçoit que quand on l'a
informé que cette potion eft compofee d'un
excellent vin de Bourgogne fait pen lant
une Eclipfe de Lune. Le Jaloux appaiſé
par la liqueur benigne , demande par
don
1856 MERCURE DE FRANCE.
don à fa femme de tous fes foupçons paffez
, & lui promet de ne plus douter de
fa vertu. Il lui dit fur l'Air : Tu n'as
le pouvoir.
Quand je verrois prefentement
pas
Dans vos bras un Amant Bis
Je m'imaginerois rêver .
La Femme.
Je veux vous éprouver.
Bis.
Le Medecin refte avec M. Hubert ;
Arlequin accourt effoufflé avec Olivette
, ils prient M. Galbanon d'aller fecouir
leur Maîtreffe , qui feint de fe trouver
mal. Arlequin qui n'eſt pas inftruit
du ftratagême , demeure avec Olivette.
Elle lui dit , pour s'en divertir , qu'elle
fent le même mal qu'Angelique , & le
pourfuit , faifant des grimaces comiques.
Arlequin effrayé, le fauve, après qu'Olivette
, pour l'épouvanter encore davantage
, l'a mordu à l'oreille. Clitandre paroît
, & dit à Olivette qu'il vient de
convenir avec le Medecin de contrefaire
le Gentilhomme campagnard & niais ,
pour mieux tromper l'avare M. Richard .
Clitandre fort , & Pierrot , Garde - Moulin
, ayant la rage des femmes , chante à
une fenêtre de l'Hôtellerie. Olivette qui
a entendu parler de lui , eft curieufe de
le
A OUST 1725 .
1857
le voir. Elle le regarde , Pierrot l'apperçoit
, l'appelle , & defcend enfuite pour
aller à elle. La peur qu'elle a d'en être
morduë lui fait pouffer des cris , qui attirent
M. & Madame Hubert , après un
grand jeu de Theatre , animé par plufieurs
Couplets affez plaifans. On délivre
Olivette des perfecutions du Garde-
Moulin Après quoi M. Richard furvient
avec le Medecin , qui l'aflure que fa fille
ne peut guerir que par un bon mariage.
M. Richard lui reprefente que perfonne
ne voudra de fa fille attaquée d'une pareille
maladie. Le Medecin propofe Clitandre
comme un Gentillâtre imbécile .
Madame Hubert fe charge de terminer
cette affaire , comme amie de ce Nigaudlà.
M. Galbanon les laiffe aller tous , &
donne audience à Arlequin qui arrive ,
& lui marque une vive inquiétude d'avoir
été mordu par Olivette . Galbanon
prend plaifir à le confirmer dans fon
erreur. M. Richard interrompt cette
Scene comique , en difputant avec Clitandre
fur la dot d'Angelique. L'Amant
joue fon rôle de Niais , qu'il met à profit
, en tirant une groffe fomme d'argent
du Taquin pour époufer fa fille. L'avarice
eft vaincuë par la peur ; le pere confent
de donner au Galant la fomme qu'il
demande, Le mariage fe fait , & la Piece
finit
1858 MERCURE DE FRANCE.
finit par un Divertiffement des Matelots
qui fervent à baigner les enragez.
Seconde Piece.
Le Temple de Memoire eft un fujet
Metaphyfique. Le Theâtre reprefente
d'abord une Campagne , où la Folie paroît
avec Pierrot , fon Confident . Elle
lui declare qu'elle veut fe marier , mais
qu'elle ne peut pas trouver d'époufeur :
qu'elle a fait publier inutilement par
toute la terre , qu'elle vouloit donner fa
main au plus grand fou du monde ; que
perfonne n'eft tenté de ſe mettre en menage
avec elle , parce que chaque fou fe
croit fage . Pourquoi auffi , lui dit Pier
rot , vous montrer aux hommes telle que
vous êtes ? mais ne fçais - tu pas , lui répond
la Folie , que mes défauts font tout
mon merite? fi je les cache , adieu mes
Courtifans. He bien , replique Pierrot ,
confervez vos défauts ; mais changez d'ha
bit & de nom..... Pierrot après avoir un
peu rêvé , lui confeille de le faire appeller
la Gloire , & de promettre pour dot
à celui qui l'époufera , l'honneur de vivre
éternellement dans l'Hiftoire. La
Folie approuve l'idée de Pierrot , &
voyant paffer la Renommée , la charge
de publier à toute la terre qu'elle fonge
à fe marier. Mais , dit- elle , ce n'est plus
Гоня
AOUST 1725. 1859
fous le nom de Folie qu'ilfaut m'annoncer.
c'eft fous le nom de Gloire. La Renommée
part , & execute les ordres de la Folie ,
qui reftée avec Pierrot , bâtit fubitement
le Temple de Memoire , avec le fecours
de fa Marotte , qui lui fert de baguette
de Fée. Elle chante le Couplet fuivant ,
fur l'Air : la jeune Abbeffe de ce lieu.
Temple que je bâtis en l'air ,
Pour éblouir l'humaine engeance ,
Auffi promptement que l'éclair ,
Prens une trompeuſe exiſtence :
Temple, fers d'Archive aux grands noms,
Devien mes Petites maifons,
&
Le Temple paroît auffi- tôt fur un Rocher
efcarpé. La Folie quitte Pierrot
pour aller prendre un habit convenable
au nouveau nom qu'elle s'eft donné ,
charge fon Confident de recevoir , en
l'attendant , tous les Illuftres qui viendront
pour l'époufer. Le premier qui fe
prefente eft un Conquerant. La Folie revient
dans fon habit de Gloire , & écoute
fa declaration ; enfuite elle l'envoye au
Temple de Memoire. Pierrot s'y rend
un inftant après , chargé par la Folie de
recevoir les Amans qu'elle y enverra.
Il arrive fucceffivement un Meunier Paï-
H fata
1860 MERCURE DE FRANCE.
de
fin , enrichi & glorieux , un Peintre re
prefenté par Arlequin , & une troupe
Compofiteurs de Poëmes Epiques. La Folie
promet àtous ces Amans de les époufer.
Pendant qu'elle eft avec les Poëtes ,
qui fe débattent à qui l'aura , le Conquerant
, le Meunier & le Peintre fortent
du Temple , & viennent la preffer de ſe
declarer pour l'un d'entr'eux . Elle leur
prefente à tous la main , en leur diſant
qu'elle va les mettre d'accord. Ils lui demandent
ce que cela fignifie . Cela fignifie
, leur dit-elle , que vous êtes tous mes
maris . En même temps elle chante ce
Couplet :
Connoiffez-vous Marotte ,
Mignone la femme à tretous
Sous cette Redingottė ,
Mes amis la voici,
Et la tretin treti ,
It la tretin tretous
Et la femme à retous.
Elle débouronne fa robbe de Gloire
pour faire voir fon habit de Folie qui
elt deffous. Ils font tous des cris de furprife
; & comme ils s'étonnent de reconnoître
en elle la Folie , elle leur
chante ce Couplet en Rondeau, fur l'Air :
Pour
AOUST 1725. 186
pour la Baronne , ou je vous le donne.
Que la Folie
Vous montre vôtre vanité.
La Gloire à qui l'Hymen vous lie ,
N'eft autre choſe , en verité ,
Que la Folie.
1
Bist
Le Divertiffement qui arrive dans ce
moment , eft compofé de nouveaux Adorateurs
de la Folie , fous le nom de la
Gloire.
Le 23. Juillet les Comediens Italiens
donnerent la premiere reprefentation
d'une Piece qui a pour titre le Cabos ,
Ambigu comique. Cette Piece qui eft une
Parodie du Ballet des Elemens , eft compofée
de même que cet Opera , d'un Prologue
, & de quatre petites Pieces , dans
lefquelles le fieur le Grand , qui en eft
l'Auteur , a fuivi pied à pied les quatre
Entrées de l'Opera, qui font l'Air , l'Eau ,
le Feu & la Terre.
Prologue.
Ce Prologue eft très - court , la Scene
eft dans une Ville de Province . Un Vicomte
a chargé un Avocat nouvellement
arrivé de Paris, de lui compofer une Fête
dans le goût du Ballet des Elemens . L'AHij
Voca
1862 MERCURE DE FRANCE.
vocat tâche, autant qu'il lui eft poffible,
de lui faire entendre le plan de cette
Fête ; mais le Vicomte le trouve fi embrouillé,
qu'il lui confeille d'appeller ce
divertiffement du nom de Cabos, Ambigu
comique. L'Auteur prétend infinuer par
là que le Ballet des Elemens eft une
efpece de cahos.
L'Air.
Un Commis d'un Financier , après
l'honneur que fon Maître lui a fait de
l'admettre àfa table , nouvel Ixion , a la
témérité de devenir amoureux de ſa Maîtreffe
. Il lui fait fa declaration d'amour
à peu près dans la même conjoncture ,
où Ixion l'a fait à Junon. La femme du
Financier charge le Commis de découvrir
les Maîtreffes à qui fon mari en
conte , le Commis l'exhorte à rendre à
ce perfide infidelité pour infidelité , &
s'offre à la vanger. Elle eft furpriſe de
fa témerité , & le menace de l'en faire
punir. Le Financier entre dans le temps
que le Commis s'abandonne tout entier
à fa paffion ; il fait appeller un Commiffaire
à qui il dit de faire fa Charge ,
après lui avoir donné de l'argent. Outre
cet attentat fur fon honneur , il lui en
impute un autre fur fon coffre fort . Le
Commis ne doutant point qu'il ne foit
conAOUST
1725. 1863
convaincu du dernier , dit en pouffant
un grand foupir , que fon horoſcope portoit
qu'il mourroit en l'air , & qu'elle
ne fera que trop bien verifiée . Cette
premiere Piece a paru la moins bonne.
L'Eau .
Un Muficien de l'Opera de Roiien ',
venant à Paris fur un batteau chargé de
vin de Bourdeaux, fait naufrage . I fe
fauve fur un tonneau de vin . Une Batte
liere qui l'a déja vû avant ſon naufrage
, & qui l'a entendu chanter , le reconnoît
fur le rivage ; ils deviennent fubitement
amoureux l'un de l'autre . Un
Battelier de la Grenouilliere , appellé
Maître Nicolas , le reconnoît pour fon
fils , & le marie à la Batteliere qu'il a
aimée auffi promptement qu'elle l'a aimé.
L'Auteur prétend par cet amour
brufque & reciproque critiquer celui
d'Arion & de la Syrene . Nous laiffons
au lecteur à juger fi la critique eft bonne.
Le Feu .
Une jeune fille qui eft fortie du Convent
, & qui doit y retourner dès le lendemain
pour le faire Religieufe , aime
un jeune homme dont elle eſt tendrement
aimée ; fa mere va courir le Bal ,
& la charge d'avoir foin qu'elle trouve
H iij
• de
1864 MERCURE DE FRANCE.
de la lumiere à fon retour. La petite
fille lui promet de tenir une chandelle
allumée. A peine la mere eft- elle fortie
, que l'Amant qui n'attendoit que
ce favorable inftant , arrive avec ſon laquais
Arlequin . La fille eft d'abord fort
allarmée de voir fon amant chez elle à
heure induë ; elle le veut chaffer , elle
Ini reproche le peu de foin qu'il prend
de fa gloire ; mais il s'excuſe d'une maniere
fi tendre qu'il obtient le pardon
qu'il demande. La converfation eft paffionnée
de part & d'autre ; Arlequin
s'endort fur une table 3 la mere revient ,
on éveille Arlequin en furfaut , il tombe
de deffus la table , & fait tomber la
chandelle avec lui , la chandelle eft éteinte
, la fille en eft fort embarraffée à caufe
de l'ordre que fa mere lui a donné d'avoir
de la lumiere à fon retour. Arlequin
fe fouvient heureufement qu'il a dans fa
poche un petit fufil dont l'amour , dit- il ,
Jui a fait prefent par les mains de Violette
. Cette derniere circonftance eft mife
pour critiquer l'expedient de l'Auteur
du Ballet des Elemens , qui fait defcendre
l'Amour pour allumer le feu facré avec
fon flambleau. La chandelle rallumée
par Arlequin produit d'abord un mauvais
effet , puifqu'elle fert à découvrir à la
mere l'Amant de fa fille ; mais tout le
mal
A OUST 1725.
1865
mal eft bien- tôt repare, & par la nouvelle
qu'il lui donne d'une riche fucceffion qui
vient de lui échoir en partage , & par la
propofition qu'il lui fait de prendre fa
fille fans dot.
La Terre.
Un jeune Jardinier , appellé Floreftan ,
eft amoureux d'une belle Jardiniere
nommée Pouponne ; & pour fçavoir s'il
en eft aimé , il prend les habits & la figure
de Jacqueline , Confidente de fa
Maîtreffe. C'eft fous ce déguisement qu'il
parle à fa chere Pouponne . Leur conver
fation eft interrompue par un bruit de
Cors. Le Seigneur du Village , à la tête
d'une troupe de Chaffeurs , & tenant un
bois de Cerf dans la main , vient faire
une declaration d'amour à Pouponne , à
qui il donne une espece de bal pour
fe
délaffer , dit- il , des fatigues de la chaffe .
La Fête finie , Pouponne congedie le Seigneur
, fous prétexte qu'elle a befoin
d'un peu de folitude ou d'un peu de repos.
Le Seigneur fe retire , Floreftan renouë
fa premiere converfation avec Pouponne
; & fondant adroitement fon coeur
fur l'objet de fon amour , il apprend qu'il
eft l'heureux amant qu'elle préfere à tous
les autres. La Piece finit par le mariage
de ces deux Amans .
H iiij On
1866 MERCURE DE FRANCE .
On n'a pas trouvé que ces quatre petites
Pieces fuffent les meilleures que le
fieur le Grand ait mifes au Theatre ; mais
tout le monde eft convenu qu'il les a ornées
de très- jolies Fêtes , pour leſquelles
le Muficien, qui eft M. Mouret , à fait
une Muſique toute des plus aimables , &
des mieux caracterifées . Voici quelquesuns
des Couplets.
Couplets de la Chaffe .
I.
Ah ! que la Foreft de Cythere
Pour la Chaffe eft un bon canton ,
Tontaine , ton , ton , & c.
Dans l'Hyver on n'y chaffe gueres ,
Mais au Printemps c'eſt la faifon ,
Ton , ton , ton , ton , &c.
Tontaine , ton , ton , &c.
Dernier Couplet.
Quand aux abois la bête eft mife ,
A lever le pied je fuis prompt ,
Tontaine , ton , ton .
Mais je ne fonne point la prife ,
Comme bien d'autres Chaffeurs font
Ton , ton , & c. ..
Tontaine , ton , ton.
Cette
AOUST 1725.
1867
L'air de ces premiers Couplets eft gravé
avec la Chanſon , page 18 3 2 .
Couplets de l'Acte des Veftales.
2. Couplet.
Tant que le monde durera ,
Le flambeau du Dieu d'Himenée
Fort peu brillera ,
D'abord l'Amour l'allumera ;
Mais dès la feconde journée
Son feu s'éteindra.
Dernier Couplet.
Tant qu'un Amant dépenſera ,
Près d'une Veſtale en détrempe
Le feu durera ,
Chaque prefent l'attiſera ;
Mais fi l'huile manque à la lampe
Le feu s'éteindra .
Couplets de l'Acte de la Terre,
4. Couplet .
Tous les foirs j'allois entendre
Le chant du Roffignolet ;
Ma voifine a fçû le prendre
Un matin au trébuchet ,
Hv Helas
1868 MERCURE DE FRANCE .
1
Helas ! j'aurai beau l'attendre ,
Il ne viendra plus fe rendre ,
Dans mon joli , joliet ;
Il ne viendra plus fe rendre
Dans mon joli jardinet.
Dernier Couplet au Parterre.
Les Oranges , les Grenades ,
Le Lis , la Rofe & l'Oeillet ,
Le long de nos paliffades
Forment un coup d'oeil parfait ;
Mais nôtre Parterre enchante ,
Lorfque fa face eft riante ;
Ah ! le joli , joliet
Lorfque fa face eſt riante ,
Ah ! le joli jardinet.
Le 13. Aout on reprefenta fur le
Theatre du College Mazarin la Tragedie
de Caton d'Utique , pour la diftribution
des prix , dont voici l'argument :
Après la bataille de Pharfale , & la
défaite , tant de Scipion que du Roi Juba
, Caton , arriere - petit- fils du Cenfeur,
avoit encore le courage de tenir contre
Cefar . Il s'enferma dans Utique dont il
étoit Gouverneur , & crut d'abord pouvoir
AOUST 1725. 1869
voir foutenir le fiege que le vainqueur
venoit y mettre . Mais voyant qu'il n'y
avoit point à compter fur la foi des habitans
, il confeilla à ce qu'il y avoit de
Romains avec lui , d'aller fe rendre à
Cefar . Ils le firent tous , excepté fon fils ,
& quelques autres , dont il trompa la vigilance
pour fe tuer lui-même & ne
pas furvivre à la liberté.
3.
Le 1. de ce mois les Comediens François
reçûrent une petite Comedie en
vers de M. de Voltaire , intitulée l'Indifcret.
Elle fut jouée pour la premiere
fois , à la fuite de la Tragedie de Mariamne
du même Auteur , qu'on a remife
au Theatre avec quelques changemens
le dix - huit . L'une & l'autre
Pieces furent fort applaudies par une
très nombreuſe , & très -belle aflemblée .
Nous parlerons plus au long de l'Indif
-cret.
Les Comediens Italiens donnerent le
19. fans l'annoncer , une petite Comedie
nouvelle fous le titre de l'Heritier de
Village. Nous en parlerons quand nous
l'aurons vûë.
Au commencement de ce mois les Comediens
François remirent au Theatre
H vj
la
1870 MERCURE DE FRANCE.
la petite Comedie de la Parifienne de
M. Dancour , qui n'avoit pas été reprefentée
depuis fort long- temps.
Ils remirent auffi dans le même temps
la Tragedie d'Heraclius du grand Corneille
, dans laquelle la Dil Angelique ,
nouvelle Actrice , joia- le rôle de Pulcherie
.
Le fieur le Grand , fils aîné du fieur
le Grand , Comedien du Roi , a auffi
paru dans le rôle de Sofie , dans l'Amphitrion
, dans celui du Valet , dans le
Feftin de Pierre , dans le Crispin Medecin
, &c.
Les mêmes Comediens doivent remettre
au Theatre la Comedie , mêlée
d'Intermedes , du Roi de Cocagne , du
fieur le Grand .
On a donné le 28. à l'Opera la premiere
repreſentation du Ballet des Fêtes
de l'Eté qu'on a repris . On parlera des
changemens qu'on y a faits.
#
NOU
A OUST 1725. 1871
贊贊贊
NOUVELLES DU TEMPS.
Ole
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que
le fils du Grand Seigneur doit aller
vifiter les principales Villes de l'Empire
Ottoman, S. H. a fait choix des
principales perfonnes qui doivent açcompagner
ce Prince dans fon voyage ;
les Gouverneurs ont déja reçû ordre de
lui rendre tous les honneurs dûs à l'heritier
préfomptif du Trône.
Les Commillaires nommez par le
Grand Seigneur pour examiner les comptes
du Bacha de Smirne ; les ayant trouvez
en bon état , en ont fait leur rapport
à S. H. qui a donné ordre de faire étrangler
le Bacha de Damas fon accufateur.
On a fait partir de Conftantinople des
Ouvriers & des Materiaux pour conftruire
trois Forts fur la côte d'Abafcie
dans la Mer Noire.
Les dernieres nouvelles qu'on a reçûës
de Perfe , portent que le jeune Roi
de Perfe paroiffoit difpofé à traiter avec
Miry - Mamouth , & que cet Ufurpateur
marchoit avec une nombreufe Armée du
côté
1872 MERCURE DE FRANCE .
côté de Tauris & d'Erivan , dans le deffein
de faire lever le fiege de la premiere
de ces deux places & de reprendre l'autre
, dont le G. S. s'eft rendu maître depuis
environ fix mois. Ces nouvelles ont
obligé le Grand Vifir d'affembler extraordinairement
le Divan , & il a été refolu
de faire marcher 15000. Tartares , pour
renforcer les Troupes Ottomanes qui
ont été envoyées en Perfe.
On a reçu quelques avis que l'Armée
Ottomane qui étoit devant Tauris ,
avoit été attaquée par celle de Miry- Ma
mouth , & avoit fouffert quelque defavantage.
On ajoûte , que le jeune Roi
de Perfe commençoit à rechercher fon
amitié , étant difpofé à entrer avec lui
dans un accommodement pour le partage
de la Perfe. Les dernieres Lettres de
Conftantinople femblent confirmer ces
premiers avis elles ajoûtent que le
Grand Seigneur avoit envoyé le Lieutenant
General des Janiflaires à Erivan ,
pour faire punir les principaux Chefs de
fes Troupes , & on fait marcher toute
l'Infanterie , qui étoit en quartier du
côté d'Andrinople & de Gallipoli , pour
les tranfporter à Trebifonde , afin de
renforcer l'Armée Ottomane en Perfe.
RUSSIE.
AOUST 1725 . 1873
L
RUSSIE.
E Comte de Cedernhielm , Ambaffadeur
du Roi de Suede , arriva à
Petersbourg le 30. Juin avec toute fa
fuite : La Czarine lui a fait donner un
Hôtel dont elle paye le loyer.
S. M. Cz . a nommé fon Envoyé Extraordinaire
à la Chine , M. Ragouzinfki
, auquel elle doit faire donner des
inftructions pour travailler au rétabliffement
du Commerce avec cet Empire.
Tous les Vaiffeaux de la Flotte font
retournez dans leurs Ports , où on les
defarme.
L'aîné des Princes de Heffe - Hombourg
a été fait Colonel du Regiment des
Gardes de Preobazinski , & fon frere a
obtenu une augmentation de penfion de
8000. Roubles.
Le Baron de Schaffirof a été nommé
Prefident du College de Commerce.
On doit embarquer fur divers Bâtimens
1500. canons de fer nouvellement
arrivez d'Olonitz à Petersbourg , pour
les tranfporter dans les Païs étrangers ,
en vertu des paffeports de la Czarine.
POLO1874
MERCURE DE FRANCE .
POLOGNE.
N mande de Warfovie, que l'Egli-
Ole et le College des Jefuites de Lukow
ont été confumez par le feu , avec 8.
ou 10. maiſons voifines , & qu'il y a eu le
6. de l'autre mois une tempête fi terrible
à Lublin , qu'une partie du Convent des
Bernardins de la même Ville en fut abbatuë.
On a reçû à Caminieck des Lettres de
Conftantinople , qui marquent que le
Grand Vifir avoit appris depuis peu , que
les Tartares de Budziack s'étoient divi-
Lez ; que
les uns avoient pris le parti de
la Czarine , & les autres celui de Miry-
Mamouth. On ajoûte à ces premiers
avis , dont on attend la confirmation ,
qu'il y a eu des mouvemens feditieux du
côté d'Alep , & qu'on y a envoyé de
Conftantinople deux Sultanes chargées de
1800. barils de poudre & d'autres munitions
de guerre.
Les Lettres de Leopold marquent , que
le Grand General de l'Armée de la Cou
ronne , a eu la con firmation des premiers
avis qu'il avoit reçûs de la défaite des
Turcs en Perfe .
DANAOUST
1725. 1875
L
DANNEMARK.
E 19. Juillet la Commiffion extraordinaire
nommée par le Roi
pour juger
le Miniftre Troyel , & l'Affeffeur
Ruffel , prononça leur Sentence à Coppenhague
, qui condamnoit le premier à
avoir la tête tranchée , la main coupée .
& le corps écartelé , pour avoir fauffement
accufé les principaux Seigneurs de
la Cour , de travailler fecrettement à
abolir la Souveraineté ; & l'Affeffeur
Ruffel , à être fouetté dans les Carrefours
, & à travailler comme forçat aux
ouvrages publics ; mais S. M.ayant bien
voulu adoucir la rigueur de cette Senence
, la peine de ces deux Criminels a
été convertie en une prifon perpetuelle
dans l'Ifle de Monkholm près de Dronthen
.
Une Baleine morte , de 36. pieds de
long , a été trouvée fur la greve de l'Ifle
d'Amaek , qui eft à une lieuë & demi de
Coppenhague ; le Roi & la Reine allerent
voir ce prodigieux poiffon le 24.
de l'autre mois .
L
ALLEMAGNE.
E 12. du mois dernier l'Empereur
donna l'inveftiture du Duched'Holftein
au Baron de Burgdorff , Miniftre-
Pleni1876
MERCURE DE FRANCE.
·
Plenipotentiaire de Charles Frederic
Duc d'Holftein - Gottorp , Gendre de la
Czarine .
Le 13. après midi , le Duc de Richelieu
, Ambaffadeur de France , eut une
Audience particuliere de S. M. I.
Le Comte Ferdinand-Charles d' A premont
& Linden , Envoyé de l'Evêque
de Liege , reçut le 14. des mains de l'Einpereur,
l'inveftiture des Fiefs de cet Evêché
, qui relevent de l'Empire .
Le 15. la Comteffe Douairiere d'Uhlefeld
, née Comteffe de Zinzendorff ,
fut nommée Grande - Maîtreffe de la Maifon
de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Païs - Bas. Ses Dames d'honneur font
les Contelles de Trautfon & d'Apremont
, la Princefle de Hornes , la Comteffe
de Gavres , & les Marquifes de
los Rios & de Conflans. Les trois premieres
font Allemandes , & les autres
Brabançonnes .
En vertu de l'amniftie generale portée
par le neuviéme Article du Traité
de Paix conclu avec le Roi d'Espagne ,
plufieurs Seigneurs Efpagnols , qui dans
la derniere guerte avoient fuivi le parti
de l'Empereur , fe difpofent à retourner
dans leur patrie: de ce nombre font le
Comte de Galves , par la retraite duquel
il vaque un Regiment Imperial de
CuiAOUST
1725. 1879
Cuiraffiers , & le Comte d'Oropeza , qui
eft déja parti de Vienne pour fe rendre
à Madrid.
Le Baron de Schutz , Miniftre du Duc
de Wirtemberg Stugard , a fait enregiftrer
dans le Directoire de Mayence,
I'Acte d'inveftiture de la Principauté de
Montbelliard , qu'il a reçû depuis quelques
mois des mains de l'Empereur.
Le 19. Juillet l'Empereur fe rendit
par eau à Orth , à deux lieues de Vienne
, où il y avoit un grand préparatif de
chaffe ; cinquante Cerfs furent tuez ou
pris.
La nuit du 20 au 21. Juillet il y eut
à Hambourg un Quragan terrible , qui
abatit plufieurs maifons & déracina quèlques
arbres à la campagne .
Les Lettres de Leopold & de Kiovie
portent , que fur l'avis que le General
Weifbach avoit reçû , que les Tartares
de Crimée fe préparoient à faire une invafion
en Ruffie avec 8oooo . hommes ,
il avoit donné ordre aux Troupes reglées
de s'affembler en toute diligence, & aux
Colaques de le venir joindre du côté de
Bender, pour s'oppofer aux Tartares.
On mande d'Hanovre que le 27. de
l'autre mois vers les 8. heures du foir
le Roi de Pruffe arriva à Herrenhaufen
, au bruit d'une triple falve d'Artillerie
2878 MERCURE DE FRANCE.
lerie de cette Ville. Il y fut reçû par le
Roi
d'Angleterre , qui l'attendoit au haut
de
l'escalier de fon Palais ; après quoi
L. M. pafferent dans
l'Orangerie où elles
fouperent. Le 28. les deux Rois allerent
au Palais
d'Hanovre voir la reprefentation
d'une Comedie
Françoiſe.
Ils furent reçûs dans la premiere Salle
par le Prince Frederic , qui étoit arrivé
quelque temps auparavant . Après la Comedie
ils
retournerent à
Herrenhaufen ,
dans un même Caroffe , où le Roi de
Pruffe avoit la droite.
L'Evêque d'Ofnabruck
, frere du Roi
d'Angleterre , arriva
le 30. à
Herrenhaufen .
On écrit de
Vienne , que le nouveau
Duc de Riperda ,
Ambaffadeur
du Roi
d'Espagne , a acheté le beau Caroffe da
dernier
Ambaladeur de Venife , qu'il fit
peindre & dorer de nouveau pour faire
fervir à fon Entrée
publique.-
pour les
Les Etats
d'Hongrie ont envoyé à
Vienne des
Députez , pour prier l'Empereur
de les exempter de la contribution
qu'il leur a fait demander
fortifications des Places de ce
Roïaume ,
attendu que le Pape a accordé pour cet
effet à S. M. I, une
impofition pour dix
ans fur le Clergé : on croit qu'ils auront
une réponſe favorable.
Le
5. de ce mois , l'Archiducheffe
Eli
zabeth ,
A O UST 1725. 1879
zabeth , Gouvernante des Païs - Bas , partit
de Vienne pour ſe rendre à Bruxelles
, avec une fuite de douze Carolles,
ITALIE .
Ur la fin du mois de Juin , le Pape
"
S étant allé au Convent, des Dominis
cains de la Minerve , il fut reçû par le
Cardinal Pipia & par le General de
l'Ordre , auquel S. S , voulut abfolument
baifer la main , après s'être mise à
genoux ; ce que le Pere Ripoli ne put lui
refufer.
Le 30. du même mois on publia à
Rome une Ordonnance du Cardinal Camerlingue
, rendue par ordre de S. S.
pour fupprimer le droit de 8. Bayoques,
qui fe levoit fur chaque fomme de charbon
au Port de Ripella , & celui de 5.
Bayoques qu'on payoit pour une charette
chargée de bois à bruler.
Le 2. Juillet le Pape benit le nouvel
Autel qu'on a conftruit dans la Tour du
Vent du Palais du Vatican , & y enferma
des Reliques de S. Fortunat & de
S. Celeftin , Martyrs.
Deux Officiers de la Garde du Pape ,
qui fe batirent il y a quelque temps ,
pendant que S. S. faifoit la benediction
des Agnus Dei , ont été condamnez depuis
peu , l'un à 5. années de prifon au
Château
1830 MERCURE DE FRANCE.
Château S. Ange ; l'autre à 2. années à
Caftel- Gandolfo.
Le Pape a fait donner 3000. écus à
chacun des deux nouveaux Cardinaux
Cofcia & Del Giudice , pour fubvenir
aux dépenses extraordinaires aufquelles
leur nouvelle Dignité les oblige.
On écrit de Florence , qu'on y a condamné
depuis peu 44. particuliers , Sujets
du Grand Duc , à l'amende , pour
s'être intereffez aux Jeux de Loterie de
Genes , malgré les défenfes ; & on vient
de publier une nouvelle Ordonnance du
Grand Duc , par laquelle il eft défendu
de s'intereffer aux Jeux ou Loteries de
Genes & de Naples , à peine de 3. an
nées de prifon , & de confifcation des
Lots au profit des pauvres.
On mande de Venife , que le 16. du
mois paflé on expofa par ordre du Senat
, dans l'Eglife Ducale de S. Marc ;
l'Image miraculeufe de la Vierge , &
l'on publia un Mandement du Patriarche,
ordonnant des Prieres publiques pendant
trois jours , pour demander à Dieu un
temps plus favorable à la recolte.
Le 20. Juillet on tint à Rome au Palais
du Quirinal , la Congregation de
l'examen des Evêques , en preſence du
Pape ; le P. Vincent Marie d'Aragon ;
nommé à l'Archevêché de Cofenza , y
fug
'A OUST 1725. 1831
fut interrogé fur le Droit Canon .
M. Aquaviva envoya ces jours paffez
au Trefor de S. Janvier les fix Chandeliers
& la Croix d'argent que le feu Cardinal
fon oncle a leguez à cet Oratoire ,
& qui provenoit d'un prefent que le
Duc de Parme lui fit en 1714. à l'occafion
du mariage de la Reine d'Eſpagne.
On mande de divers endroits du Milanez
, qu'on y fait des Prieres publiques
pour obtenir de la pluye , les fruits de
la terre commençant à fouffrir de la grande
fechereffe .
On écrit de Florence que la nuit du
23. au 24. Juillet le feu ayant pris au
Palais de Bambola , appartenant au Grand
Duc , fe communiqua au toit de paille
des granges voifines , avec tant de violence
, que plufieurs de ces granges furent
brûlées en moins de deux heures
ainfi que le Bofquet qui étoit auprès . La
Grande Princeffe Douairiere de Floren-'
ce , qui occupoit un appartement dans ce
Palais , eut le bonheur de fe fauver avec
deux de fes Dames.
On mande auffi que le Miniftre du
Grand Duc , ayant prétendu qu'il devoit
revenir à ce Prince un tiers des Médailles
d'or qu'on a trouvées depuis peu aux
environs de Siemne , le Païfan qui les
avoit,
1882 MERCURE DE FRANCE.
avoit , s'eft fauvé avec fon trefor , ayant
feulement donné avis par écrit , de l'endroit
où il l'avoit trouvé , ajoûtant des
circonftances qui font efperer qu'on y
découvrira encore quelque chofe .
Le 23. Juillet le Pape tint un Confiftoire
fecret , dans lequel S. S. fit la ceremonie
de fermer la bouche aux Cardinaux
Nicolas Cofcia & Nicolas Del-
Giudice .
Le Pape érigea en titre de Cardinal
Diacre l'Eglife de Sainte Marie aux
Martyrs , dite la Rotonde.
Le Cardinal Otthoboni , Protecteur
des affaires de France , propofa l'Abbaïe
de S. Pierre de Generez , Diocèle de Tarbes
, pour l'Abbé de Lons ; il préconifa
enfuite l'Abbé de Brancas , Aumônier du
Roi T. Chr. & l'un des Agens Generaux
du Clergé de France , pour l'Evêché de
la Rochelle , & l'Evêque Comte de Châlons
fur Marne , pour l'Abbaïe de S. Michel
en Thierache , Diocèfe de Laon.
A la fin du Confiftoire , le Pape ayant
quvert la bouche aux Cardinaux Cofcia
& Del-Giudice , leur diftribua leurs titres
de Cardinals; fçavoir, au premier , de
l'Eglife de Sainte Marie in Dominica ,
& au fecond , le nouveau titre de Sainte
Marie aux Martyrs .
Le 7. de ce mois , le Roi de Sardaigne,
A OUST 1725. 1883
gne, revenant de prendre les eaux d'Evian
, paffa devant la Ville de Chambe
ri , qui le fit faluer de 54. coups de canon.
Le Senat de Chamberi s'étant
affemblé le . par ordre de S. M. le
Roi s'y rendit & fe plaça dans le fiege
du Prefident : il fit à tous les Senateurs
de vifs reproches fur les malverfations
dont la plupart d'entr'eux font convaincus
; déclarant qu'il les trouvoit auffi
coupables que le Comte de Sales , auquel
il avoit fait faire le procès ; qu'ils meritoient
un femblable fort , mais qu'il vouloit
bien leur faire grace pour cette fois ,
à condition qu'à l'avenir ils feroient plus
exacts à remplir les devoirs de leurs
Charges .
On écrit de Livourne , qu'on y a appris
par le Maître d'une Tartane Françoife
, qu'il y avoit à la hauteur du Cap
d'Or , douzeVaifleaux de guerre du Grand
Seigneur , commandez par Gianum Coggia.
L
ESPAGNE .
E 15. Juillet Dom Dominique Guerra
, Confeffeur de la Reine , nouvel
Abbé de la Collegiale de S. Ildephonfe
, fut beni dans la Chapelle du
Château de ce nom , par le Cardinal de
Borgia , affifté des Abbez de S. Martin
1 &
1884 MERCURE DE FRANCE .
& de Montferrat , en prefence de leurs
Majeftez Catholiques , du Prince des
Afturies , & des Infants qui affifterent à
cette Ceremonies ainfi que les Grands
du Royaume qui y avoient été invitez
par le Marquis de Santa- Cruz , que le
nouvel Abbé avoit choifi pour fon Par
rain..
Les Lettres de Barcelonne portent ,
que le Marquis de Rifchbourg a fait
faire des changemens confiderables aux
fortifications de cette Ville , & qu'il a
fait conftruire de nouveaux ouvrages à
Montjoui .
Pour récompenfer Dom Jean - Guillaume
, Baron de Riperda , du fuccès de
fes négociations à la Cour de Vienne , le
Roi lui a accordé la Grandeffe de la troifiéme
Claffe , avec le titre de Duc de
Riperda , pour lui & fes fucceffeurs , le
déchargeant pour toûjours du fervice des
lances & du droit de demi- Annate.
Le Comte de San - Eftevan , Capitaine
des Gardes du Corps , a été fait
Grand- Maître de la Maifon du Roi , à
la place du feu Marquis de Villena fon
& fa Charge de Capitaine des
Gardes du Corps a été donnée au Duc
d'Offone . Le Gouvernement de Ceuta
a auffi été donné au Comte de Charni,
Lieutenant General.
pere ,
Le
AOUST 1725. 1885
>›
Le 29. du mois dernier on fit dans la
grande Place de Madrid la courfe de
Taureaux à laquelle on fe préparoit
depuis un mois . Les balcons de toutes
les maifons qui ont vûë fur cette Place ,
étoient ornez de tapis magnifiques , &
toutes les avenues des rues étoient fermées
par des échafauts où le peuple eut
la liberté de prendre place. Le Roi accompagné
de la Reine , du Prince des
Afturies , & des Infants , parut à ſon balcon
vers les quatre heures après midi ,
& y demeura jufqu'à près de huit heures.
Pendant ce temps -là Dom Jean Alvarez
de Soto Mayor , Dom Jean de
Pinedo Ramirez des Avellano , Dom
Pierre de Bertendona , & Dom Bernardin
de la Canal , fuivis chacun de cent
Eftafiers magnifiquement habillez , &
d'une livrée uniforme , entrerent dans
l'enceinte , & ils y combattirent avec
toute l'adreffe imaginable, fans qu'il leur
arrivât aucun accident.
On allure que des dix Vaiffeaux de
guerre qu'on conftruit dans les Ports de
Bifcaye , il y en a fix deſtinez pour les
Indes Occidentales , où S. M. C. a refolu
d'avoir à l'avenir une Flotte de 20. Vaiffeaux
de ligne pour empêcher le commerce
des Etrangers.
Sur les follicitations de l'Ambaffa-
I ij deur
1886 MERCURE DE FRANCE.
deur d'Hollande , le Marquis de Mari ,
Commandant de l'Efcadre Eſpagnole ,
qui doit croifer contre les Corfaires , a
eu ordre de mettre à la voile , & de fe
joindre à l'Eſcadre des Hollandois .
On a reçû de Lifbonne les portraits
du Prince du Brefil , & de l'Infante de
Portugal , & l'on y doit envoyer ceux
du Prince des Afturies & de l'Infante
d'Efpagne.
GRANDE- BRETAGNE.
Es Directeurs & les Intereffez de la
rent le 19. du mois dernier à Londres
une affemblée generale , dans laquelle
le dividende des fix derniers mois , échûs
à la S. Jean dernier , fut fixé à trois pour
cent.
On apprend d'Edimbourg que le 17.
Juillet le Regiment d'Infanterie du Lord
Lorrain , les Regimens de Dragons du
Colonel Campbell & du Comte de Stairs,
& une Compagnie franche avoient campé
à quatre milles de Glafcow ; que le
General Wade y étoit arrivé le 18. pour
prendre le commandement de ces troupes
, afin de retenir la populace dans le
refpect , pendant que le Procureur General
du Roi informera contre les auteurs
& les complices de la derniere rebellion
A OUST 1725. 1887
bellion de cette Ville , qui , à ce qu'on a
appris depuis , fe font attroupez le 21 .
& ont mis en pieces le Caroffe de M.
Daniel Campbell , Député au Parlement
pour la Ville de Glafcow , dont la maifon
avoit déja été pillée & faccagée par
les mutins.
On écrit de Londres que M. Jean
Arundel , qui avoit époufé Myladi Prideaux
, fut attaqué fi violemment de la
crampe , que l'os de fa cuiffe en fut rompu
, & qu'il en mourut le lendemain
matin .
Ces Lettres ajoûtent que le fieur Jeani
Mowis , Maître de 1 Hôtellerie du Taureau
, ayant reçû avis que ſa femme étoit
morte la campagne , fe tua le lendemain
d'un coup de Piſtolet.
On vient d'apprendre que les troupes
qui étoient entrées à Glafcow , à l'occafion
de la derniere revolte , en font forties
par ordre du General Wade , & on
renvoyé les Magiftrats qu'on avoit fait
prifonniers.
On apprend de Londres que 12. Vaiffeaux
de la Compagnie de la Mer du
Sud qu'elle avoit envoyez en Groenlande
, font arrivez dans la Tamife , après
avoir pris .26 . Baleines , & la moitié
d'une autre que les Harponeurs Hollandois
avoient dardée avec les Anglois ,
I iij
&-
1888 MERCURE DE FRANCE.
& partagée avec eux. Ces Baleines ont
produit environ mille poinçons d'huile ,
20. à 21. tonneaux pefant de côtes ,
ce qui fait un profit de près de cent pour
cent.
Les Hollandois qui étoient au nombre
de 144. Navires ont pris 240. Baleines ,
les Hambourgeois au nombre de 43. n'en
ont pris que 46.
Les 23. Vaiffeaux de Breme n'en ont
rapporté que 29. & les deux de Bergen
& de Flensbourg qu'une chacun.
Le College qui doit être érigé dans
l'Ile de Bermude pour la propagation
de l'Evangile parmi les Indiens du Continent
de l'Amerique , fous le nom de
College de S. Paul , fera compé d'un
Preſident & de neuf Aggregez. La nomination
du Prefident eft réservée à la
Couronne , & l'élection des Aggregez eft
accordée au Prefident , & à la pluralité
des voix des Aggregez , comme auſſi le
Gouvernement de la Societé. L'Evêque
de Londres eft nommé pour Vifiteur ,
& le Secretaire d'Etat qui a l'Amerique
dans fon département , pour Chancelier
du College.
On mande de Londres que le nommé
Watkins , âgé de 97. ans , & fa femme
âgée de 95. ans ont été envoyez dans la
Frifon de Gatehouſe pour avoir tenu une
maifon
AOUST. 1725. 1889
maifon de débauche ; & que le fieur Henrv
Norris , Comedien du Theatre de
Licolns-Jnn-fields , & le fieur Godard,
Comedien de Drury Lane s'étant battus ;
le dernier avoit été tué , & l'autre s'eft
fauvé en Irlande , quoique fort bleffé.
Le Comte de Macclesfield ayant payé
l'amende de 30000. 1. fterlings , àlaquelle
il a été condamné , fut élargi le 1. de ce
mois de la Tour de Londres , fur un or
dre figné du Roi . Il a rendu vifite au
Lord Chancelier , fon fuccefleur , avant de
partir pour fa terre de Corburn Castle ,
au Comté d'Oxford .
La Princelle de Galles qui a fait une
fauffe couche au commencement de ce
mois , commence à fe rétablir.
PAYS - BAS.
Lblez
extraordinairement , & ont
Es Etats de Brabant qui fe font affentdonné
leur confentement à la levée d'un
fubfide de 18ooooo . florins par ans ,.
pour l'entretien de l'Archiducheffe , Gouvernante
des Pays - Bas .
La Charge des deux Vaiffeaux de la
Compagnie d'Oftende qui font arrivez
depuis peu de la Chine eft eftimé 3000000.
de florins , & les porteurs d'Action de
cette Compagnie ne veulent les negocier
qu'à 28. & 30. de profit..
I iiij
Le
1890 MERCURE DE FRANCE.
Le 12. de ce mois le Comte de Daun
declara à Bruxelles que le Comte Jules
Visconti avoit été nommé par l'Empereur
, Grand- Maître de l'Archiduchelle ,
Gouvernante des Pays - Bas Le Prince de
Rubempré & d'Everberg , Conſeiller au
Confeil d'Etat , & Grand Veneur du
Brabant , a auffi été nommé Grand Ecuyer
de cette PrinceЛle .
La recolte étant très · abondante dans
ce Pays , on a levé la défenfe qui avoit
été publiée de tranfporter les bleds dans ›
les Pays Etrangers .
*******************
MORTS , NAISSANCE.
N mande de Reggio dans la Cala-
Obre que le 19.Juin on avoit inhumé
dans le Convent des Francifcains de
la même Ville ,,le corps d'un frere Laic ,
nommé Pierre Vezzano , mort la veille ,
âgé de 118. ans . Il étoit natif du Village
de Marofoffa , près de Reggio , où il
avoit époufé , à l'âge de 18. ans , la nommée
Alphonfine , qui n'en avoit que
quinze ; ayant vêcu avec elle fans avoir
d'enfans , jufqu'à l'âge de cent ans accomplis
, il prit l'habit de fon confentement
, & cette femme qui aujourd'hui
CA
A OUST 1891 1725.
eft âgée de 115. ans , affifta à l'enterrement
de fon mari .
Victor-Amé- Theodore , Due d'Aofte ,
fils unique du Prince de Piémont , & de
feue Anne - Chriftine - Loüife de Sultzbach
, fa premiere femme , mourut à Turin
le 11. de ce mois ; âgé de deux ans
cinq mois & quatre jours.
On a reçû avis de Maffa , Ville d'Italie
dans la petite Province de la Lunigiane ,
que la Ducheffe de ce nom y étoit accou
chée depuis peu d'une fille , & que M.
de Werth , Fifcal de l'Empereur en Italie
, avoit été prefent à fes couches de
Ja part de S. M. I.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Lchands & Echevins allerent au Parlement
pour fupplier la Cour de vouloir
proceder à un Reglement fur les Marchandifes
de Bois ; furquoi il y eut Arreft
le même jour , portant que la voye
de Bois neuf qui fe vendoit 20. liv. 17. f.
ne fera vendue au premier Aouft que 20 .
livres , & au premier Avril 1726. 19. Le
I v que
E 24. Juillet les Prevoft des Mar-
*
1892 MERCURE DE FRANCE.
que le prix des autres qualitez de Bois
feroit diminué à proportion , fuivant le
Tarif qui en a été arrêté par le même
Arreft ; que la voye de Charbon qui fe
vendoit 5. livres ne fera venduë au 1.
Aouft que 4. liv. 15. f. & au i. Avril
prochain 4. 1. u . f.
On attend dans les Ports de France un
grand nombre de Bâtimens chargez de
Bleds , dont les vents contraires ont retardé
l'arrivée. Ces grains feront diftribuez
dans les Provinces où il y a difette ,
en attendant que le Bled de la nouvelle
recolte foit en état d'être employé.
Le Roi a donné fes ordres pour faire
reparer , & meubler le Château de Chambord
que S. M. a deſtiné au Roi Stanislas,
& à la Reine fon épouſe . Leurs Majeſtez
doivent y arriver le 20. du mois prochain.
Le 8. de ce mois le Roi revint à Verfailles
du Château de Chantilly . Le lendemain
S. M. alla tirer dans le Parc de
Verfailles du côté de la Menagerie , &
tua 145. pieces de Gibier ; fçavoir , 84.
Faifandeaux , 24. Faifans , 20. Perdrix ,
13. Perdreaux & 4. Lapereaux.
Le 11. le Roi prit Medecine par précaution.
Le 14 S. M. alla tirer , elle tua 111.
pieces de Gibier.
Le
A OUST 1725.
1893
Le 15. Fête de l'Affomption de la Vierge
, le Roi revêtu du Grand Collier de
l'Ordre du S. Efprit , entendit la Meſſe
dans la Chapelle du Château de Verfailles
, & communia par les mains de l'Abbé
de Sefinaifon , Aumônier de S. M. en
quartier.
Le 16. au matin le Roi fe baigna , &´
l'après- midi S. M. tua 175. pieces de Gibier.
Le 17. il y eut chaffe du Cerf dans
les Bois de Fofferepofe.
Les Maîtres des Requêtes rapporteront
à l'avenir au Confeil des Depefches
, le Roi prefent , comme ils faifoient.
fous Louis XIV.
Le 4. de ce mois le Corps de Ville
alla en ceremonie faire fon compliment
à l'affemblée du Clergé , comme c'eft
l'ufage à toutes les affemblées generales
qui fe tiennent à Paris.
Le 14. les Cloches furent pofées au
nouveau Clocher de l'Eglife de S. Sulpice
. Le lendemain on fit avec les ceremonies
ordinaires la benediction de la Coupole
& du Lanternon de ce fuperbe édifice
, & le foir M. le Curé fit illuminer
le Clocher en dehors , & en dedans , ce
qui faifoit un très - bel effet , & on tira
quantité de fufées volantes .
Le Pere du Trevoux , Jefuite , Confelleur
de la jeune Reine douairiere d'Ef
1 vj pagne ,
1894 *
"
MERCURE DE FRANCE .
pagne , s'étant retiré à caufe de fon grand
âge & de fes infirmitez , fa place a été
donnée au Pere Catelan , auffi Jeſuite.
On mande de la Province d'Auvergne
que le commerce des Beftiaux eft tellement
tombé , que les Boeufs engraiffez
s'y vendent un tiers moins qu'ils n'y ont
été achetez maigres ; ce qui joint à l'abondante
recolte de fourages & de grains ,
fait efperer dans peu une diminution confiderable
fur le prix de la viande.
Le 12. de ce mois , le Roi accompagné
du Duc de Bourbon , & des principaux
Officiers de S. M. alla aux Château
Royal de Vincennes rendre vifite
à la Reine doüairiere d'Efpagne . Les
Officiers qui compofent la Maiſon de
cette Reine , tous en grand manteau de
deüil , reçûrent le Roi à la defcente de
fon Caroffe , & la Reine d'Efpagne en
habit de grand deüil , accompagnée de
la Princeffe de Berghes , fa Camarera
Mayor , des autres Dames de fa Cour ,
& de fes Grands Officiers , vint au - devant
de S. M. juſqu'au haut du grand
efcalier , où le Roi la falua. S. M. entra
enfuite avec la Reine d'Espagne dans fon
appar ement , & après la vifite , la Reine
reconduifit le Roi jufqu'au delà de la
porte de fa chambre , & tous les Officiers
de la Maifon de cette Princeffe , accompaA
OUST 1725. 1895
compagnerent Sa Majefté jufqu'à fon
Carolle .
Le 16. les Députez des Etats de Languedoc
, eurent audience du Roi , ayant
été prefentez à S. M. par le Duc du
Maine , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , Secretaire
d'Etat , en furvivance du Marquis
de la Vrilliere , Miniftre & Secretaire
d'Etat , fon pere. La députation étoit
compofée de l'Archevêque d'Albi , pour
le Clergé , du Baron de Caftelnau - Dèftretefons
, pour la Nobleffe ; de MS Baudver
& de Pezene , pour le Tiers- Etat ,
& de M. Joubert , Sindic de la Province.
L'Archevêque d'Albi porta la parole avec
beaucoup d'éloquence , & les Députez
furent conduits à l'audience du Roi , en
la maniere accoutumée , par M. Def
granges , Maître des Ceremonies .
Le même jour les Députez eurent audience
de Madame la Ducheffe , douairiere
d'Orleans ..
Le 18. le Roi fit dans le Parc de Chaville
la revûë des deux Compagnies des
Moufquetaires S. M. paffa dans les
rangs , & les vit défiler ; après quoi elle
chaffa le Cerf dans le même Parc..
Le 19. le Marquis de Maillebois , Maître
de la Garderobbe du Roi , Chevalier
de fes ordres , partit de Verfailles en
pofte ,
1896 MERCURE DE FRANCE .
}
pofte , pour porter à la Reine une Lettre
que le Roi lui avoit écrit de ſa main .
Le 20. après- midi , le Corps de Ville,
le Duc de Gefvres , Gouverneur de Paris
, étant à la tête , eut audience du Roi ,
avec les ceremonies accoutumées , étant
prefenté par le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat , & conduit par M. Defgranges
, Maître des Ceremonies . Mr
Corps , Confeiller de Ville , & Maheu ,
Marchand de Drap , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains de S. M. le ferment
de fidelité , dont le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat, fit la lecture Le
Scrutin ayant été prefenté par M. Chauvelin
, Confeiller au Parlement , fils du
Confeiller d'Etat , Intendant de la Generalité
d'Amiens & d'Artois , cy- devant
Avocat du Roi au Châtelet , qui parla
avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour le Corps de Ville rendit
les refpects à Madame la Ducheffe ,
douairiere d'Orleans.
On écrit de Guienne que le fix de ce
mois iltomba dans l'Agenois & le Condomois
un orage de grêle d'une groffeur fi
extraordinaire , qu'on en ramaila des
rains qui pefoient jufqu'à 18. onces.
Le Chevalier d'Orleans , Grand Prieur
de France , qui étoit tombé malade à
Strasbourg , eft parfaitement rétabli
Le
A OUST 1725. 1897
Le 21. de ce mois le Roi partit de
Verſailles , fuivi des Troupes de fa Maifon,
pour aller coucher à Fontainebleau ,
où S. M. doit paffer quelque temps .
Le Duc d'Orleans , en paffant à Toul ,
a tenu fur les fonts de Baptême , le fils
d'un Officier avec la Comteffe de Cafteja
, époufe du Gouverneur de la Ville.
On a appris de Landau que S. A. S.
y avoit féjourné le 7. de ce mois qu'on
Íui avoit rendu dans cette place tous les
' honneurs dûs au Colonel General de l'Infanterie.
Le Lieutenant - Colonel du Regiment
de Saillans , en l'abfence du Meftre
de Camp , monta la garde chez ce
Prince avec fix Compagnies , le drapeau
blanc & un autre , & on batit aux champs.
S. A. S. paffa en revûë toute l'Infanterie
de Landau , au nombre de cinq Bataillons
, donna 50. Louis par Bataillon
qui furent remis aux Majors , & tint
table ouverte à dîner & à fouper avec
beaucoup de magnificence , & un grand
concours de Nobleffe & d'Officiers .
Ce Prince partit le 8. pour Raftad
રે
d'où il fe rendit à Strasbourg le 12. 11
arriva le 24. à Paris , après avoir eu l'honneur
en repaffant par Mets , de faluer la
Reine à la tête de fon Regiment de
Cavalerie .
Le Comte de Madaillan , Capitaine
fous1898
MERCURE DE FRANCE.
fous Lieutenant · des Gendarmes de la
Garde du Roi , vient d'acheter de M.
Moreau , Procureur du Roi au Châtelet
de Paris , la belle terre de Montataire , à
dix lieues d'ici , dont il a repris le nom ;
cette terre ayant été plus de 300. ans
dans fa Maifon , & dont elle n'étoit fortie
qu'en 1679. qu'elle fut venduë par
feu le Marquis de Montataire , pere du
Marquis de Laffay, Chevalier des Ordres
du Roi.
Le Comte de Levi , fils aîné du Marquis
de Leran , Brigadier de Cavalerie ,
Chevalier de S. Louis , & cadet de la
Maifon de Mirepoix - Levi , remercia le
Roi le onze de ce mois , de l'agrément
que S. M. lui avoit accordé , de la Charge
d'Enfeigne des Gendarmes de la Garde
du Roi , fur la démiffion du Marquis
de l'Hôpital. Ce jeune Comte étoit Capitaine
dans le Regiment Royal Etranger
, où il a fervi quelques années avec
beaucoup de diftinction. La Marquife de
Leran , fa mere , eft de la branche aînéc
de toute la Maifon de Levi . Elle eft fille
du feu Marquis de Mirepoix , Maréchal
de la Foy , Gouverneur de la Comté de
Foix , & des Pays de Donezan & d'Andaure
, & tante du Marquis de Mire--
poix d'aujourd'hui , Colonel du Regiment
de Saintonge , auffi Maréchal hereditaire
de
AOUST 1725
1899
.
de la Foi , comme tous les ancêtres de
pere en fils l'ont été depuis Philippe Augufte
, titre dont nous avons dit l'origine
depuis peu dans un de nos Journaux .
Il y a environ trois mois qu'il fut
arrêté à la porte de la Comedie un Abbé,
qu'on accufa d'avoir donné au Receveur
des pièces de fix deniers blanchies pour
des pieces de vingt- fix fols ; mais les Juges
de l'Officialité , & ceux du Châtelet
ont fi bien reconnu fon innocence , que
par Sentence du 21. Juillet dernier , il
a été déchargé de toute accufation , fes
écrouës rayéz & biffez , & il eft forti des
prifons le même jour.
Le 19. de ce mois le Roi tint à Verfailles
un Chapitre de l'Ordre du S. Efprit
, dans lequel S. M. propofa le Comte
de Tarlo pour être Chevalier de fes
Ordres.
Le 27. le Corps de Ville s'étant affemblé
, le Preſident Lambert , Preſident de
la feconde Chambre des Requêtes du Palais
, défigné par le Roi dès le mois de
Septembre dernier , pour fucceder à M.
de Châteauneuf , fut élû Prevoft des
Marchands de la Ville de Paris .
M. Heraut , Maître des Requêtes ;
Confeiller d'honneur au Grand Confeil ,
& Intendant de la Generalité de Tours ,
a été nommé Lieutenant General de Police
1900 MERCURE DE FRANCE.
lice de la Ville , Prevôté & Vicomté de
Paris , à la place de M. d'Ombreval qui
a été nommé en même temps Intendant
en Touraine.
M. Herault a été Avocat du Roi auChâtelet
de Paris , & Procureur General du
GrandConfeil.Il eft d'une famille originaire
d'Avranches enNormandie, &d'une des
plus anciennes Nobleffes de la Province .
La nouvelle mife dans le Gazetin Manufcrit
, & dans la Gazette d'Hollande ,
que M. Millain avoit remis la feuille des
Benefices , à caufe de la délicatelle de fa
fanté , n'a nul fondement.
Mademoiſelle de Clermont , Princeffe
du Sang , Surintendante de la Maiſon de
la Reine , en partant de Paris le 25. de
l'autre mois vers le midi , alla coucher à
Claye , où il y eut bal après le fouper ,
auquel Mademoiſelle de la Roche - fur-
Yon qui s'y étoit renduë de Chantilly
affifta avec plufieurs Dames & Seigneurs
de la Cour.
Mademoiſelle de Clermont marche
avec dix Caroffes du Roi , attelez de
huit Chevaux chacun fçavoir , deux du
corps , fix de fuite , & deux Corbillards.
Elle eft accompagnée de la Dame - d'Honneur,
& de la Dame d'Atour , de la Ducheffe
AOUST 1725. 1901
cheffe de Bethune , de la Comteffe d'Egmoht
, des Marquifes de Nefle , de Rupelmonde
, & de Matignon , Dames du
Palais ; de Madame de Riberac , Damed'Honneur
de Mademoiſelle de Clermont
& de Mademoiſelle de Villeneuve.
La Ducheffe de Tallard & la Marquife
de Prié , auffi Dames du Palais de la Rei-,
ne , avoient pris les devans , & étoient
parties de Chantilly le 19. Juillet pour
fe rendre à Strasbourg. Toutes ces Dames
par refpect pour
la Princeffe , & par
bienséance pour les Caroffes du Roi
étoient en manteaux trouffez & fans
écharpes . Outre les Caroffes du Roi , Mademoiſelle
de Clermont en avoit deux
de fuite à fix chevaux à fes armes , & à
fes livrées. La Maréchale de Boufflers ,
la Marquise de Mailly , & les Dames du
Palais avoient chacune un Carofle à fix
Chevaux pour leurs Officiers , & un
Fourgon à quatre Chevaux pour porter
leurs lits , & c.
Les équipages qui partirent le même
jour des Ecuries du Louvre, confiftoient
en trois Caroffes à huit Chevaux , deux
grands Corbillards à huit Chevaux , cinq
Berlines à fix Chevaux , une Caleche &
ane Litiere. Tous les Cochers , Poftillons
, Palefreniers , Muletiers & Charretiers
étoient habillez de neuf.
Le
1902 MERCURE DE FRANCE .
*
Le 22. Juillet le Roi tint à Chantilly
un Chapitre de l'Ordre du S. Efprit ,
dans lequel S. M. propofa le Roi Staniſlas
pour être reçû Chevalier de fes Ordres.
Le Roi lui a envoyé en même temps
leCordon & la Croix de l'Ordre du Saint-
Efprit pour les porter , en attendant qu'il
puiTe recevoir le Collier. Le 1. Aouft
le Cardinal de Rohan , Commandeur de
cet Ordre , reçût à Strasbourg la profef
fion de foi de ce Prince , qui dès le lendemain
commença à porter les marques
d'honneur de l'Ordre que le Roi lui a
envoyées , & qui lui ont été preſentées
par le Duc d'Antin .
Le même Duc d'Antin , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roi , & le
Marquis de Beauveau , auffi Chevalier
des Ordres du Roi , Ambaffadeurs extraordinaires
de S. M. pour faire la demande
de la Princeffe Marie , fille du
Roi Staniflas , firent leur entrée publis
que à Strasbourg le 31. Juillet à quatre
heures après - midi par le Fauxbourg de
Saverne , au bruit du canon de la Place ,
la Garniſon étant fous les armes , & en
haye dans les ruës juſques au Palais des
deux Ambafadeurs qui étoient dans le
même Caroffe , précedez de leurs Gentilhommes
, de leurs Pages , & de leur
livrée magnifiquement habillée. Lorfqu'ils
AOUST 1725 . 1905
H
qu'ils furent defcendus dans les Hôtels
qui leur avoient été préparez , ils furent
complimentez par les differens Corps de
la Ville.
1
>
Le 4. Aouft le Baron de Mechek ,
Grand Maréchal de la Cour du Roi Staniflas
, fe rendit à 11, heures du matin
dans un Caroffe du Roi Stanislas , à
l'Hôtel du Duc d'Antin , où le Marquis
de Beauveau s'étoit rendu pour éviter
T'embarras. Les deux Ambaffadeurs reçûrent
ce Seigneur à la defcente du Caroffe
, & le conduifirent dans la Chambre
du Dais , lui donnant toûjours la
main . Le Grand-Maréchal les complimenta
au nom du Roi Staniflas. Enfuite
le Duc d'Antin & le Marquis de Beauyeau
, monterent dans le Caroffe du Roi
Staniflas , attelé de huit Chevaux , & fe
placerent dans le fond ; le Grand- Maréchal
étant fur le devant , & on fe mit en
marche en cet ordre. Deux Maîtresd'Hôtel
à cheval en habits d'écarlate
galonnez d'argent , & les veftes de drap
d'argent. Huit Valets à cheval en habits
d'écarlate avec des galons de foye.
Les douze Pages du Duc d'Antin en
habits galonnez d'argent & de foye , avec
des paremens de velours vert , garnis de
raifeaux d'argent , &c. leur Gouverneur
& quatre Ecuyers , richement vêtus ,
les .
1904 MERCURE DE FRANCE.
les Valets-de - Pied du Marquis de Beau
veau , ceux du Duc d'Antin au nombre
de 26. avec une magnifique livrée , ſans
compter deux Mores & deux Coureurs.
Un Caroffe de fuite à fix Chevaux
du Marquis de Beauveau avec fes
Gentilhommes ; trois Caroffes de fuite
du Duc d'Antin , à fix Chevaux , dans
l'un defquels étoient l'Evêque , Duc de
Langres , fon fils , le Duc d'Epernon &
le Marquis de Gondrin , fes petits- fils ,
& M. de S. Pé. Les deux autres Caroffes
étoient remplis de Gentilhommes qui
avoient pû y trouver place , les autres
avoient pris les devans. Les deux Caroffes
du Corps des Ambaffadeurs marchoient
à vuide , chacun attelé de huit
Chevaux. Le Caroffe dans lequel étoient
les Ambaffadeurs & le Grand- Maréchal
fermoit la marche. Les Pages du Roi
Staniflas étoient fur ce Caroffe , fix Heyduques
richement vêtus , marchoient à
côté , précedez des Valets - de - Pied de
ce Prince , habillez de neuf. Toutes les
ruës depuis l'Hôtel d'Antin jufqu'à la
Cour , étoient bordées de foldats fous les
armes , tambours battans.
A la defcente du Caroffe les Ambafladeurs
furent reçûs par le Comte de Berechini
, Grand - Chambellan du Roi Staaiflas
; la livrée reſta dans la Cour ; celle
de
A
OUST
1725.
1905
de ce Prince bordoit l'efcalier ; les Pa
ges du Duc d'Antin refterent dans la
Salle , les Gentilshommes & le reste du
Cortege entrerent dans la Chambre du
Dais.
Le Roi Staniflas attendoit les Ambaffadeurs
dans un fauteuil , fur une eftrade
élevée de deux marches & furmontée
d'un dais . Dès qu'il les apperçut ,
il
defcendit les deux marches , & s'avança
deux pas . 11 remonta enfuite fur l'eftrade
où les Ambaffadeurs , après avoir
fait les reverences ufitées en pareille
occafion , monterent pareillement à même
hauteur que ce Prince , qui fe couvrit
; ils fe couvrirent auffi , & le Duc
d'Antin , portant la parole , fit au nom
du Roi la demande en mariage de la Princeffe
Marie. Le compliment fait , il remit
fa Lettre de créance au Roi Staniflas,
qui répondit avec beaucoup de dignité ,
Enfuite les Ambaffadeurs fe retirerent ;
le Roi Staniflas fe leva , defcendit les
deux marches de l'eftrade , & s'avança
encore deux pas.
Un moment après ils furent admis à
l'audience de la Reine , Epouſe du Roy
Stanislas . Cette Princeffe étoit pareillement
fous un dais. Elle fe leva ,
çut debout le compliment du Duc d'Antin
, & y répondit avec une noble fimplirecité,
1906 MERCURE DE FRANCE:
cité le Duc d'Antin remit fa Lettre de
créance , après quoi les Amballadeurs fe
retirerent dans le même ordre : le Grand
Maréchal les conduifit juſqu'à leur Hôtel.
La feconde Audience fut indiquée pour
l'après- midi à trois heures. Le Grand
Maréchal alla de même prendre les . Ambaifadeurs
avec les mêmes ceremonies &
le même Cortege , un détachement des
Troupes de la Garnifon , bordant la haye
des deux côtez dans les rues . On leur fit
la même reception,
Le Roi Stanillas , la Reine fon Epoufe
, & la Princeffe Marie , étoient dans
le même Cabinet où la Reine avoit donné
audience le matin . La Princeffe étoit
à la droite du Roi , une marche au deffous
. Les Ambaffadeurs monterent à même
hauteur que leurs Majeftez , dont ils
reçurent le confentement , & celui de la
Princeffe Marie pour fon Mariage avec
S. M. Très- Chr . après quoi le Duc d'Antin
demanda permiffion de faire fon compliment
à la Princeffe , qui y répondit
avec beaucoup de grace & de majesté.
L'Audience finit avec les mêmes ceremonies
que le matin , & les Ambaffadeurs
s'en retournerent dans le même
ordre.
Le foir le Roi Stanislas , la Reine fon
Epoufe,
AOUST 1725 1907
·
poufe , & la Princeffe fouperent chez
le Duc d'Antin . Les deux Princeffes mangerent
feules. Le Roi Staniflas foupa en
nombicule Compagnie de Dames & de
Seigneurs qu'il avoit nommez. Outre
ces deux tables il y en eut plufieurs autres
, qui toutes furent fervies avec la
plus grande magnificence , & avec un
ordre admirable . Le fouper fut fuivi d'un
bal qui fut ouvert par la Princeffe Marie
& par le Duc d'Epernon. L'Hôtel
du Duc d'Antin brilloit d'une fuperbe
illumination ,
Le 9. Aouft après -midi , les Princes
& Princeffes de la Maiſon Royale , fe
rendirent dans le Cabinet du Roi à Verfailles
pour la fignature du Contrat de
Mariage de S. M. avec la Princeffe Marie
, fille du Roi Staniflas . Le Contrat
ayant été lû par le Comte de Morville,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département des Affaires étrangeres , il
fut figné par le Roi , par Madame la Ducheffe
Douairiere d'Orleans , par les
Princes & Princeffes de la Maifon Royale
, & par le Comte de Tarlo , chargé
des pleins Pouvoirs du Roi Staniflis &
de la Princeffe Marie fa fille , pour remplir
cette fonction , lequel partit le lendemain
pour porter ce Contrat au Roi
Staniflas à Strasbourg.
K On
1908 MERCURE DE FRANCE .

On apprend de Strasbourg , que le 14.
de ce mois après -midi , le Duc d'Or
leans , nominé par le Roi pour époufer
en fon nom la Princeffe Marie , fille du
Roi Stanislas , étant accompagné de Duc
d'Antin & du Marquis de Beaveau , Ambafladeurs
de Sa Majefté Très - Chrétienne,
alla au Gouvernement dans les Caroffes
du Roi Stanislas. Ils monterent
dans l'appartement de la Princeffe Marie
, qui s'y rendit auffi -tôt après leur
arrivée , avec le Roi Staniflas & la Reine
fon époufe. Après la lecture des pleins
pouvoirs donnez par le Roi au Duc d'Orleans
, le Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier de France , fit la ceremonie
dés Fiançailles .
Le 15. vers les onze heures du matin ,
la Princeffe Marie , en habit d'étofe de
drap d'or , à fond noir , avec une mante
à point d'Espagne d'or , fe rendit avec
le Roi Staniflas & la Reine fon Epouſe à
P'Eglife Cathedrale de Strasbourg , où le
Duc d'Orleans l'époufa au nom du Roi,
Le Roi Stanislas & la Reine fon Epoufe
conduifirent la Princeffe leur fille dans
leur caroffe , les rues étant bordées des
Troupes de la Garnifon. Ils furent reçûs
à l'entrée de l'Eglife par tout le Clergé
Seculier & Regulier de la Ville , &
placez
AOUST 1725.
1909
placez tous trois dans des fauteuils au bas
du Sanctuaire , fous un magnifique dais
de velours cramoifi , orné de crépines d'or,
au devant d'un Prie- Dieu de même. Le
Cardinal de Rohan , Grand- Aumônier de
France , prêt à faire cette augufte Ceremonie
, en preſence des deux Ambafladeurs
, prononça ce Diſcours .
MADAME..
Quandje vous vois dans ce faintTemple
, & que vous approche de nos Au
tels pour y contracter l'augufte Alliance
qui va vous unir au plus grand des Rois,
& au plus aimable des Princes , j'adore
Les deffeins de Dieu fur vous , & j'admire
avec transport par quelle route fa Providence
vous conduit au Trône , fur lequel
vousallezmonter. Vous éres , MADAME,
d'une Maiſon illuftre par fon ancienneté ,
parfes Alliances, & par les Emplois éclatans
que les grands hommes qu'elle a donnez
à la Pologne , ont fucceffivement rempli
avec tant de gloire. Vous étes fille
d'un Pere , qui dans les différens évenemens
d'une vie agitée par la bonne &
par la mauvaife fortune , a toûjours réuni
en lui l'honnête homme , le Heros & le
Chrétien. Vous avez pour Mere & pour
Kij
Ayenle
1910 MERCURE DE FRANCE.
Ayenle des Princeffes , qui femblables à
Judith , & à cette Femme forte dont l'Ecriture
fait le portrait , fe font attiré la
veneration & le refpect de tout le monde,
par lafidelité avec laquelle elles ont toûjours
marché dans la crainte du Seigneur. On
voit en vôtre Perfonne , MADAME ,
tout ce qu'une naiſſance heureuſe & une
éducation admirable , foutenues par des
exemples également forts & touchans , ont
pû former de plus accompli . En Vous re
gnent cette bonté , cette douceur , & ces
graces qui font aimer ceux que l'on eft
obligé de refpecter. Cette droiture de coeur,
à laquelle rien ne refifte , cette fuperiorité
d'efprit & de reconnoiffance qui fe fais
Jentir malgré vous , pour ainsi dire ,
malgré la modeftie & la noble fimplicité
qui vous font naturelles ; enfin , & c'eſt
ce qui met le comble à tant de merite , ce
goût pour la pieté , & cet attachement aux
vrais principes de Religion qui animent
vos actions , & qui font la regle de vôtre
conduite. Ornée de toutes ces vertus
à quelle Couronne n'auriez- vous pas en
droit d'afpirer , fans l'uſage qui affujettis
en quelque façon les Rois à ne prendre
qu'autour du Trône les Princeffes qu'ils
veulent faire regner avec eux ? Celui qui
donne les Empires , met le Sceptre de Po-
Legne entre les mains d'un Prince de qui
vous
AOUST 1725 . 1911
vous tenez la vie , & par là en décorant
le pere, il conduit infenfiblement la fille
aux hautes destinées qu'il lui prépare .
Mais , ô mon Dieu ! que vos deffeins font
impenetrables ! & que les voyes dont vous
vous fervez pourfaire réuffir les confeils de
votre fageffe font au-deffus de la prudence
bumaine ! à peine ce Prince eft - il fur le
Trône , où le choix des Grands & l'amour
du peuple l'avoientplacé, qu'il fe voit forcé
de le quitter. Il eft abandonné , trahi , perfecuré.
Un coup fatal lui enleve un Heros,
fon ami , & le principal fondement de fes
efperances. Il cede au temps & aux circonftances
, Jans que fon courage en foit
ébranlé. Il cherche un azile dans la Patrie
commune des Rois infortunez ; il
vient en France. Vous l'y fuivez , MADAME
, tout ce qui vous y voit , fenfible
à vos malheurs , admire vôtre vertu
, l'odeur s'en répand jufqu'au Trône
d'un jeune Monarque , qui par l'éclat
de la Couronne > par l'étendue de fa
puissance , & plus encore par les charmes
de fa Perfonne , pouvoit choisir entre toude
tes les Princeffes du monde. Guidé par
fages confeils , il fixe fon choix fur vous ,
& c'est ici que le doigt de Dieu fe manifefte
; il fe fert du malheur même qui
fepare le Roi vôtrePere de fes Sujets , & qui
vous enleve à la Pologne, pour vous donner
Kiij
1612 MERCURE DE FRANCE.
à laFrance; pour nousdonner en vous une
Reine,qui fera la gloire d'un pere & d'une
mere , dont elle fait la confolation & les
délices . Une Reine qui rendra heureuſe la
Nation la plus digne de l'être ; au moins
par fon respect & par fa fidelité pourfes
Souverains. Une Reine , qui inviolablement
attachée à fes devoirs , pleine de
tendreſſe & de respect pour fon Epoux &
pour fon Roi , &fagement occupée de ce
qui peut lui procurer le folide bonheur ,
rappellera le temps de l'Imperatrice Flaccille
, dont l'Hiftoire nous apprend , que
n'ayant jamais perdu de vue les preceptes .
de la Loi divine , elle en entretenoit affidûment
le Grand Theodoje , & que fes
paroles , comme une pluye feconde , arrofoient
avec fuccès les femences de vertu
que Dieu avoit mifes dans le coeur de
Jon Epoux. Venez donc , MADAME ,
venez à l'Autel Que les engagemens.
que vous allez prendre , faints par euxmêmes
, puifque, felon l'Apôtre , ils font
le fimbole de l'union de Jefus - Chrift
avec fon Eglife , foient encore fanctifiez
par vos difpofitions . Penetrée de ce que
vous devez à Dieu , faites- lui hommage
de ce que vous étes , & de ce que
vous allez être reconnoiffez , qu'en couronnant
vos merites , il couronne fes dons .
Et vous , Chrétiens , qui m'écoutez , en
Et
AOUST 1725. 1913

voyant les récompenfes éclatantes qui font
donnees dès ce monde à la vraye vertu
apprenez àla respecter, & à l'aimer
Après la celebration du Mariage le
Duc de Noailles , Capitaine des Gardes
du Corps , & les Officiers qui compofent
la Maifon de la Reine , entrerent en fonction
de leurs Charges auprès de Sa Majefté
, qui revint au Gouvernement , où
elle trouva Mademoiſelle de Clermont
Princeffe du Sang , Surintendante de fa
Maifon , qui lui prefenta les Dames que
le Roi a envoyées au devant d'elles. La
Reine dîna en public avec le Roi Staniflas
& la Reine fon époufe ; elle fut
-fervie par les Officiers du Roi de France.
Le Comte de Tarlo , chargé des affaires
du Roi Staniflas en cette Cour , fit
tirer un beau feu d'artifice devant la porte
de fon Hôtel , à Paris , qui parut illuminé
, le 15. de ce mois.
Le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi , Gouverneur
de Paris , fit auffi le même jour illuminer
fon Hôtel de la rue des Petits-
Champs , & tirer quantité de fufées . Il y
eut un bal où toutes fortes de rafraîchiffemens
furent donnez en très - grande
abondance.
MORTS.
1914 MERCURE DE FRANCE.
M汽洗洗洗洗洗洗法:洗洗洗洗洗洗洗洗粥
LED
MORTS.
E 16. du mois de Juin dernier le
corps du Maréchal de Tellé , tranfporté
du Monaftere des Camaldules ,
près de Paris , au Pays du Maine , fut
prefenté au Curé de l'Eglife Paroiffiale
de Verni , dans laquelle il a voulu être
inhumé , par le R. P. Nicolas- Antonin
O Kenny de l'Ordre de S. Dominique ,
Docteur en Theologie (de la Faculté de
Paris , & Procureur pour fa Nation Irlandoife
au College de Navarre. Ce Religieux
fit alors un fort beau Difcours ,
que nous n'infererons point ici à cauſe de
fa prolixité. Il prononça auffi une Oraifon
funebre fur le même fujet , qui fut
fort goûtée.
Le 8. de ce mois mourut à Paris ,
Charles de Beon - Luxembourg , Marquis
de Bouteville , dans fa 62 ° année . Il étoit
arriere - petit - fils de Jean de Luxembourg
, Comte de Ligni & de Brionne ,
& de Guillemette de la Mark. Il avoit
époufé N. du Hautoir , d'une Maiſon
alliée à celle de Luxembourg , & qui
poffede aujourd'hui les premieres Charges
de la Cour de Lorraine. Il laiffe
povs
AOUST 1725 . 1915
pour heritiers le Marquis & le Chevaliers
de Chemault , fils de M. de Chemault
Maître des Requêtés
, & de
Louiſe de Beon- Luxembourg , fa four ,
épouſe en fecondes nôces du Comte de
Beaumont , Exempt des Gardes du Corps
du Roi. La Maifon de Beon -Luxembourg
porte écartelé au 1. de Luxembourg qui eft
d'argent au Lion de gueules , armé , lampaffe
& couronné d'or , la queue nouie &
paffée enfautoir. Au 2. d'or à la face échiquetée
d'argent de gueule. Au 3. de
gueule à la Croix d'argent. Au 4. de
France au bâton de gueule peri en bande
qui eft de Bourbon Condé ; & fur le tout
d'or à deux vaches de gueule qui eft de
Been.
A VIS.
Les Ceremonies du mariage du Roi
l'arrivée de la Reine , les Pieces en Profe ,
en Vers faites à cette occafion , & les
autres circonstances qui regardent ce grand
évenement , nous obligent pour ne rien
mettre d'effentiel , à donner deux volumes
le mois prochain , dans lesquels on fera
entrer quelques Pieces dignes de la curio
fité du Public , qui n'ont pû paroître plutôt
APPROBATION.
des Sceaux le Mercure de France du mois
Aouft , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion . A Paris , le 3.Septembre
8725.
ordrede le Garde
HARDION.
TABLE
P
leces fugitives , Ode fur l'Eloquence de
la Chaire.
1693
Diflertation fur la veritable fituation d'Uxellodunum
.
Epitre à l'Abbé de Vaugenci
1699
1719
Explication des Enigmes des Jefuites , &c.
1724
Explication de l'Epitaphe de Poiffy , & c. 1748
L'Incertitude de nos connoiffances , Ode. 1750
Lettre fur le Phenoméne arrivé au port de
Marſeille.
Bouts- rimez.
Lettre fur un fait extraordinaire.
Lettre en vers.
1756
1760
1761
1764
Obfervation fur un article du Concile Ro
main.
Madrigal fur l'Imprimerie.
1766
1769
Memoire concernant les Charettes à vent ,
&c.
Dixain.
1770
1773
Prix de l'Académie Royale des Sciences pour
1727.
1774
Le Hibou & le Roffignol , Fable. 1779
Prix de l'Académie des Jeux Floraux pour
1726 .
La Fontaine & la pluye , Fable.
1779
1784
Lettre ſur le flux & reflux du Port de Marfeille
.
Epître en Vers.
Eloge de D. Jean Gellé , Religieux Benedic-
1789
1797
1800
tin .
Enigmes.
1804
Nouvelles Litteraires. Lettres curieufes , & c.
Hiftoire de Malthe .
Nouvelles Vies des Saints.
1807
1815
1821
Lettre fur un Cachet de bronze antique . 1826
Prix de l'Académie Françoife donnez. 1829
Elections nouvelles à l'Académie des Sciences
.
1830
Expofition de Tableaux des Peintres de l'Académie.
1831
Concert Spirituel . Chanfon notée. 1832
Spectacles , Extrait d'Euloge , Tragi- Comedie.
6833
La Rage d'Amour , & le Temple de Memoire
Extrait.
Extrait du Cahos , Comedie.
Nouvelles du Temps , de Turquie , & c.
Morts Naiffances , & c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c..
Article qui regarde le mariage du Roi .
Morts.
1852
1861
1871
1890
1891
1900
1914
Avis pour les . volumes de Septembre. 1918 2.
Errata du 1. vol. de Juin .
Page 1084 ligne , & penultiéme , Phili- bert , lifez Philbert.
Page 1162. ligne 1. ce , lifez cent.
Errata du 2. vol. de Juin.
PAge 13.6. ligne 3. de la Diſſertation , Camp , lifez Kan.
L'errata qui eft à la fin de ce volume eſt fautif,
en ce qu'il renvoye à la page 1306 au lieu
de 1308. pour la correction du mot Heraclie,
Errata de Juillet.
PAge 1601 ligne 9. que portoit , lifex qui
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 1763. ligne 4. du bas , ces jours , là
peu de jours.
Page 1811. ligne 2. les , lifez ces.
Page 1812. ligne 19. d'un , lifex & d'un.
Page 1837. ligne 14. pourſuit , lifez pour.
fuivit.
L'Air noté regarde la page
2834
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le