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1725, 06, vol. 1-2
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JAMAIS
WAROQUIER
WAROQUIER ET S JASTRES
DM
Mere
are

1

?
Jone - 1725-
Presented by
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
JUIN
1725.
1. VOLUME.
R
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
! GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or
M DCC. XXV..
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEW
$ PUBLIC LIBRAR
335742
ASTOR , LENOX AND TILDEN
FOUNDATIONS
A.VIS.
1905 ADRESSE
generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis -à- vis la Comedie
Françoife , à Paris, Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
,
n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
Jageries qu'on lui indiquera
.
Le prix eft de 3o . fols .
7059
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU Ror
JUIN 1725.
1. VOLUME.
XXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES
默默
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
A Mademoiſelle de Catellan , unique
Maîtreffe de l'Académie des Jeux
Floraux.
ODE.
Cavante & celebre Fille,
S Favorite d'Apollon ,
Dont l'aimable tête brille
Des fleurs du facré vallon ;
1. vol.
Le Aij
1560 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit de ton nom m'attire ,
Daigne me prêter ta lyre ,
Prête-la moi promptement ,
Avec fes fons pleins de grace ,
Je vais charmer le Parnaffe ,
Et te chanter dignement.
Ainfi tu chanta d'Ifaure
Les vertus & les talens ,
Et fes dons qui font éclore
De riches fleurs tous les ans ;
Ainfi de Lauriers chargée ,
Aux doctes jeux aggregée ,
Ton coeur fit voir fa bonté
Dans cette Ode fi vantée ,
Qui t'auroit même acquittée
D'un bienfait moins merité,

Mais que de graces legeres
Accourent à ton fecours ,
Lorfque tu peins des Bergeres *
Les innocentes amours ;
* Eglogue & Elegie de Mademoiselle de
Catellan.
1, val,
JUIN 1725.
106 1
Ou lorfque tu fais entendre ,
La voix d'un amant trop tendre
Qui déplore fon malheur ;
Et dans fa trifte conftance ,
D'une fauffe indifference
Ne reconnoît pas l'erreur.
Dans la gloire la plus belle ,
Et le plus noble repos ,
Goute Corine nouvelle
Le doux fruit de fes travaux ;
Non la Gréce eut moins de gloire
D'avoir ravi la victoire ,
On n'accuſe point tes yeux ;
Graces au profond myftere ,
Preſcrit par la loi fevere ,
Qu'Ifaure impofe à fes Jeux.
Laiffons la vieille querelle ,
Que vaincu , trifte , irrité ,
Pindare encor renouvelle ,
Sur les rives du Lethé ;
**
* Statuts des Jeux Floraux.
** Ode de M. de la Motte.
I. vol.
Qu'il A iij
1062 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il fe plaigne à la Déeffe ,
Et qu'il reproche à la Gréce ,
L'injuftice de fon choix ;
Tandis qu'il veut l'en convaincre ,
Combien l'avons -nous yû vaincre
De Pindares à la fois.
Je l'avouë & je m'en vante ,
J'avois ofé me flater ,
De l'efpoir de l'Amaranthe ,
Que je te vis remporter ;
Mais lorfque tes vers parurent ,
Et qu'avec pompe ils reçûrent
Le prix qui leur étoir du ;
Enchanté de les entendre ,
Je m'énorgueillis d'apprendre
Quelle main m'avoit vaincu.
Que pour toi le Ciel déploye ,
Et joint de divers appas !'
Tu fais l'honneur & la joye
Des plus gracieux repas ,
Pour une troupe choifie ,
I. vol.
De
JUIN 1063 0725.
De Nectar & d'Ambroisie ,
Comus prodigue les dons ;
On veut encor pour la Fête
De ta Muſe toûjours prête.
Voir éclore des chanfons
Satisfais l'impatience »
Que chacun fait éclater ,
On s'impofe le filence ,
On commence à t'écouter ;
Tu penſes , tu fais , tu chantes
Les chanſons les plus charmantes ,
Sont l'ouvrage d'un inftant ;
La Sageffe les avouë ,
Le Dieu du Pinde les loue ,
Et Bacchus en eſt content.
C'eft affez, quittons la table .
Applaudiffons à tes vers ,
Sortis du fond agréable
De mille hazards divers ;
Chantée en tout lieu fans ceffe ,
Des jeux unique Maîtreſſe ,
A iiij Eft-il
1064 MERCURE DE FRANCE.
Eft-il un plus heureux fortè
Durant le cours de ta vie ,
Ta gloire brave l'envie ,
Elle bravera la mort.
Loin donc une image trifte ,
Ah! commandez , juftes Dieux ,
Qu'au cifeau fatal réfifte ,
Un fil des plus précieux ;
Du moins au vingtiéme luftre ,
Emmenez la fille illuftre ,
Si digne de vos flateurs ,
Et dans qui vous réünites ,
Les talens que vous joignites
Au meilleur de tous les coeurs
I. vol. ELOJUIN
1725. 1065
XX.XXXXXXXXXXXXX
ELOGE du R. P. de Sainte Marthe
Superieur General de la Congregation
de S. Maur. Extrait d'une Lettre écrite
de Paris le 25. Avril.
E R. P. Dom Denys de Sainte Marthe
étoit né à Paris le 24. Mai 1650.
M. fon pere , François de Sainte Marthe,
Seigneur de Chant- d'Oifeau , de l'illuftre
famille de ce nom , fi connuë par fa probité
, par fon amour pour les Belles - Lettres
, & par l'érudition qui y a été comme
hereditaire , & Madame fa mere , Marie
le Camus , auffi recommandable par
fa pieté que par fa naiffance , prirent le
parti de fe retirer en Province , & de demeurer
en Poitou , d'où la famille étoit
originaire.
Ils donnerent leur principale attention
à l'éducation de leurs enfans , dont Denys
de Sainte Marthe étoit le plus jeune , &
celui pour lequel ils reffentoient plus de
tendreffe. Ils admiroient les précieufes
femences de falut que la grace avoit
miſe en lui. La facilité qu'ils lui voyoient
dans fes exercices , fon zele naiffant dans
toutes les pratiques de pieté , fon avidité
l'étude dès fes plus tendres années , pour
1 , vol.
char A v
1066 MERCURE DE FRANCE.
charmoient tous ceux qui étoient témoins
des heureufes difpofitions qu'ils voyoient
dans cet enfant.
M. de Sainte Marthe ne fe croyant pas
entierement déchargé du foin de l'éducation
qu'il devoit à fon fils , quoiqu'il
l'eut confiée à des Précepteurs , apporta
lui - même une attention toute particuliere
à cultiver les talens qu'il remarquoit
en lui , & il voyoit avec un ſenfible
plaifir le progrès qu'il faifoit dans
les Belles - Lettres . Il le garda ainfi dans
la maifon paternelle jufqu'à l'âge de 15.
ans. Il choifit enfuite le College de Pontle
-Voy , pour confier l'éducation de ſon
jeune enfant aux Religieux de la Congrega
tion de S. Maur. Ils reçûrent le jeune de
Sainte Marthe avec beaucoup de tendreffe
; fon air de candeur , fa Phifionomie
heureufe & toute aimable , ſa politeffe
, & c. les prévint en fa faveur . Mêlé
avec les condifciples il en devint bien - tôt
le modele ; on ne remarquoit rien d'enfant
dans les manieres , on y voyoit partout
un air de maturité & de fageffe , enforte
que fes compagnons lui donnerent
entr'eux le nom de Petit vieillard. Rien
cependant de gêné en lui , rien qui ne
le rendit aimable à ceux avec lefquels il
avoit à vivre.
Son amour pour les Belles - Lettres ne
1. vol. lui
JUIN 1725. 1067

lui faifoit rien perdre de fes exercices de
pieté , pour lefquels il eut toujours un
zele très ardent. L'innocence de fes
moeurs répondoit aux talens de fon efprit.
La grace operoit inſenſiblement dans fon
coeur le zèle de la perfection à laquelle
elle le deftinoit . Il fe fentit interieurement
preffé d'embraffer un genre de vie
qui répondit aux deffeins que Dieu avoit
fur lui. Il conferva quelque temps en
lui même ces premiers mouvemens d'une
vocation naiffante. Il délibera fur les diffe
rens engagemens qu'il pouvoit prendre
il fe fentit toûjours porté pour une vie
retirée , & éloignée du commerce du
monde.
2
La Congregation de S. Maur dont il
avoit penetré l'efprit pendant fon féjour
à Pont- le-Voy lui parut conforme à fon
deffein , il en fit confidence à quelques
perfonnes qui reconnurent que la vocation
du jeune Sainte Marthe venoit de
Dieu , & qu'il devoit la fuivre, Ses parens
donnerent en cette occafion , comme
en toute autre des marques de leur pieté.
En 1667. il partit pour l'Abbaye de
Saint Melaine de Rennes , où il devoit
faire fon Noviciat , pendant lequel il
s'acquitta de tous fes devoirs avec une fi
grande exactitude , qu'il fut admis à la
Profeffion le 12. Aouft 1668. fes voeux
I. vol.
A vj . étant
1068 MERCURE DE FRANCE.
étant faits , & ayant demeuré près de
trois ans dans l'Abbaye de Saint Melaine
avant que de commencer fes études , les
Monafteres de Saint Vincent du Mans ,
& de la Couture , furent ceux où il fit
fa Rhetorique , fa Philofophie , & fa
Theologie. II y brilla par la beauté de
fon efprit , & il s'y fit aimer par fa fageffe
& par fa pieté que fes études n'altererent
jamais.
Le temps prefcrit pour fes
premieres
études étant fini , le P. de Sainte Marthe
reçut l'Ordre de la Prêtrife . La nouvelle
dignité à laquelle il fe trouva élevé , fut
pour lui un nouveau motif de mener une
vie digne du Sacerdoce. L'année qu'on
appelle parmi les Benedictins réformez
l'année de recollection , étant finie , le P.
de Sainte Marthe commença fes études
folides , qui dans la fuite ont fait tant
d'honneur à fa Congregation , & qui ont
fi utiles à l'Eglife.
paru
du
>
Il ne jouit que pendant peu de temps
repos qu'il commençoit à goûter ; car
un an après qu'il eut été ordonné Prêtre,
fes Superieurs le nommerent pour enfeigner
la Philofophie , & enfuite la Theologie
dans les Abbayes de S. Remy de
Reims , de Saint Germain des Prez , &
de Saint Denys en France , emploi dont
il s'acquitta pendant onze ans avec beau-
I. val.
coup
JUIN 1725. 1069
coup de dignité , de fuccès , & d'applaudiffement.
L'emploi de Profeffeur ne fuffifoit pas
pour remplir tous les momens de Dom
Denys de Sainte Marthe. Saintement avare
de fon temps , dont il ne perdit jamais
la moindre partie , il compofa pendant
qu'il enfeignoit la Theologie dans l'Abbaye
de S. Denys , fon Traité de la Confeffion
contre les erreurs des Calviniftes ,
qui fut regardé comme un excellent ouvrage
, & reçû avec beaucoup d'applau
diffement. I donna enfuite fa réponfe
aux plaintes des Proteftans touchant la
prétendue perfecution , & peu après fes
Entretiens touchant l'entrepriſe du Prince
d'Orange. Il dédia fon fecond ouvrage
au Roi d'Angleterre , qui le reçut avec
beaucoup de bonté , & donna à l'Auteur
tous les témoignages de bienveillance
qu'on pouvoit attendre d'un Prince fi
pieux & fi affable . La délicateffe & la folidité
avec laquelle les matieres font traitées
dans ces ouvrages font beaucoup
d'honneur à l'Auteur parmi les Sçavans .
D. Denys de Sainte Marthe eut fouhaité
pouvoir continuer fes études fans
diftraction ; mais les Superieurs crurent
ne pouvoir differer plus long- temps à le
mettre à la tête d'une Communauté. It
fut donc nommé Prieur de l'Abbaye de
Saint
1070 MERCURE DE FRANCE.
Saint Julien de Tours , au Chapitre general
de 1690. Jamais Superieur ne fut plus
exact dans l'obfervance , & dans les pratiques
qui regardoient la place qu'il occupoit.
Les Superieurs l'appellerent enfuite à
Paris , & lui donnerent le foin de la Cure
de l'enclos de l'Abbaye de Saint Germain
des Prez & de la Bibliotheque , qui étoit
déja affez confiderable , & très-curieufe
par le grand nombre de Manufcrits rares
qui y font confervez . Il profita de ce loifir
pour donner la vie du grand Caffiodore
, Chancelier de Theodoric , & enfuite
Abbé de Viviers , qui fut reçûë
avec le même applaudiffement que les
autres ouvrages qu'il avoit donnez jufqu'alors.
Il ne demeura cependant pas longtemps
à S. Germain des Prez ; car D.
Claude Bretagne étant mort Vifiteur de
la Province de Normandie au mois de
Juillet 1694. eut pour fucceffeur D.
Charles Aubourg , Prieur de Bonnenouvelle
de Rouen , & le P. de Sainte Marthe
fut nommé pour remplacer celui- ci .
Mr de Montholon dont il étoit proche
parent , ayant été nommé par le Roi , Premier
Prefident du Parlement de Rouen ,
connut bien-tôt le folide merite du nouveau
Prieur de Bonnenouvelle. Il fortit
1. vol.
de
JUIN 1725. 1071
de ce Monaftere en 1699. pour être
Prieur de l'Abbaye de S. Ouen .
Il méditoit depuis long- temps une
nouvelle édition de S. Gregoire le Grand,
Panegyrifte , & un des plus illuftres difciples
de S. Benoît. Il avoit déja donné
la vie de ce grand Pape en 1697. & le
fuccès qu'avoit eu cette premiere tentative
avoit animé fon zele à entreprendre
l'édition de tous les ouvrages de ce grand
Saint. Il s'y appliqua avec ardeur , &
fans prefque aucun fecours ; en forte qu'il
eft furprenant , que diftrait comme il
étoit par les fonctions de fa Charge , il ait
pû en fi peu de temps achever trois volumes
in folio ; mais que tous les momens
du jour étoient remplis , il profitoit du
temps de la nuit pour travailler. Il n'a
dormi pendant plus de trente - cinq ans
que quatre ou cinq heures , & il employoit
le temps qu'il déroboit à fon fommeil
pour le donner à fon travail.
Il crût furtout devoir l'interrompre
pour prendre le parti de fes confreres ,
mal- traitez dans quelques ouvrages anonimes
contre l'édition des Oeuvres de
S. Auguftin , donné par la Congregation
quelques années auparavant.
Lorfque l'Edition de S. Gregoire fut
achevée , l'Auteur crût que le Souverain
Pontife Clement XI. qui occupoit alors
I. vol.
le
1072 MERCURE DE FRANCE:
le S. Siege voudroit bien permettre que
cet ouvrage lui fut dédié. Son prédecef
feur Innocent XII . lui ayant fait écrire
par le Cardinal Spada en l'année 1698 .
que la vie qu'il avoit donnée de ce grand
Pape lui avoit été très- agréable. Il en
compofa l'Epitre Dedicatoire au nom des
Religieux de la Congregation , & ne fouffrit
pas même que fon nom parut à la tête
du Livre , quoiqu'il en fut feul l'Auteur .
Mais il écrivit en particulier au Souverain
Pontife une Lettre pleine de fentimens
les plus refpectueux , & dans laquelle
il conjuroit Sa Sainteté de vouloir
bien employer fon autorité auprès des
Superieurs pour les engager à le décharger
de la fuperiorité , &c . Le S. Pere lui
fit faire réponſe qu'il étoit édifié de fa modeftie
& de fon humilité , mais qu'il l'exhortoit
à fe laiffer conduire par fes Superieurs.
En 1705. D. Denys de Sainte Marthe
fut nommé Prieur des Blancs- manteaux
à Paris , il gouverna ce Monaftere comme
ceux de Tours , de Rouen , & c. Son
merite étoit déja connu dans cette grande
Ville , & les Sçavans parurent empreflez
de lier amitié avec un fi S. & fi fçavant
homme. S. E. M. le Cardinal de Noailles
qui connoiffoit le merite du P. de Sainte
Marthe , le propofa à MM . les Evêques
IVO. pour
JUIN 1725. 1073
pour un travail qui intereffoit toute l'Eglife
de France ; inftruits d'ailleurs de
fon érudition , & de fes talens , ils le
prierent d'entreprendre un ouvrage digne
de lui , commencé par des Sçavans.
de fon nom , & de fa famille , fous le titre
de Gallia Chriftiana , le Pere de Sainte
Marthe s'en chargea avec plaifir , il a eu
la confolation d'y travailler jufqu'à la
mort fecondé par quelques Religieux
qu'il avoit choifis , & qui fe trouvent
aujourd'hui en état d'en donner fes volumes
, outre les trois qui font déja imprimez
au Louvre. Le Prieur des Blancsmanteaux
après trois ans expirez fut jugé
très-propre pour entrer dans le regime
de la Congregation , & on crût qu'il y
feroit d'un grand fecours par fes lumieres
Superieures. 11 fut en effet nommé Affiftant
du P. General en 1708. Sa nouvelle
'fituation ne lui fit de plaifir que parce
qu'elle lui procura plus de temps pour
travailler à l'ouvrage qu'il avoit commencé.
Il ne fe renferma pas , comme il
avoit paru faire ailleurs dans fes exercices
de regularité , & dans fes études , il
étendit fes foins à l'amelioration des biens
des Monafteres , & à la perfection des
bâtimens. C'eſt lui qui fit conftruire les
Maifons qui font aujourd'hui une fi belle
décoration dans la Cour de l'Abbaye Saint
J. vol.
Ger
1074 MERCURE DE FRANCE.
(
Germain. Ce fut fous les ordres qu'on
reprit la conftruction du bâtiment de
S. Denys , depuis quelque temps interrompue
, & qu'on le mit dans l'état où on‹
le voit aujourd'hui
Le R. P. de Sainte Marthe finiffoit fon.
fecond Triennal à S. Denys lorfque S. A.
R. Madame d'Orleans , & la Communauté
de Chelles , lui donnerent une preuve
éclatante de leur eftime , en le choififant
pour leur Vifiteur. Madame de
Montmartre & fes Religieufes lui défe
rerent le même honneur , auquel il ré
pondit par une attention extrême à remplir
les devoirs de fa Charge , & à con- '
ferver le bon ordre dans ces deux illuftres
Abbayes .
Il y avoit déja long- temps que les Provinces
de la Congregation de Saint Maur
jettoient les yeux fur le P. de Sainte Marthe
, & qu'elles les fouhaitoient pour
Chef de la Congregation , lorfqu'en 1720.
on lui rendit au Chapitre General la juftice
qu'il meritoit.
Il fut d'abord élû Prefident de l'Af
femblée , comme il l'avoit été fix ans auparavant
, & enfuite Superieur General
de la Congregation. Il avoit crû avoir
pris les mefures les plus sûres , pourempêcher
fon élection , mais elles furent entierement
inutiles.
1. vol.
11
JUIN 1725. 1075
Il fit paroître dans ce nouveau poſte
toute la douceur , toute la fageffe , toute
la prudence , tout le zele , & c. qu'on avoit
remarqué en lui dans toutes les Superio-.
ritez qu'il avoit remplies fi dignement
jufqu'alors. Sa charité étoit fi grande
qu'il faifoit fouvent part de ce qui lui
étoit le plus neceſſaire ; on l'a vû ſe dépoüiller
de fes propres habits pour les
donner aux pauvres , fans qu'on s'apperçût
qu'il s'en étoit privé , vendre les petits
prefens qu'on lui faifoit pour leur
en diftribuer la valeur , n'ayant rien dans
une occafion qu'il pût donner à un pauvre,
qui par le détail qu'il lui fit de fes
befoins excita fa compaffion , il lui donna
une Medaille d'or qui lui étoit très- pré
cieufe par le prefent que le Souverain.
Pontife lui en avoit fait.
Son efprit pacifique le rendoit infiniment
fenfible aux moindres divifions , &
il ne negligeoit rien pour réunir les.
efprits qui paroiffoient s'éloigner. II
avoit une averfion extrême pour tout ce
qui pouvoit s'appeller procès , & on l'a
vû dans toutes les occafions aller au- devant
de tout ce qui pouvoit former quelque
conteftation. Il difoit fouvent que
c'étoit gagner que de fçavoir perdre à propos.
Un Superieur fi précieux devoit toû
jours vivre , la bonté de fon tempera-
I. vol. ment
1076 MERCURE DE FRANCE.
ment , la vie fobre qui avoit toûjours fait
fa regle , fa vivacité , & le zele avec
lequel il foutenoit fes fatigues , fans pref
qu'aucune alteration de fanté , faifoient
croire qu'il avoit encore long temps à
vivre , lorfqu'il fut furpris vers la moitié
du mois de Janvier dernier d'un gros
rhume qu'il traita d'abord de bagatelle.
Il fallut que les PP. Affiftans , fur l'avis
de Medecin , lui fiffent violence pour l'engager
à fe mettre à l'Infirmerie pendant
quelques femaines. Il la quitta avant le
Carême , & commença cette penible carriere
avec le zele des plus fervens Religieux
. Son rhume continua , & augmenta
toûjours jufqu'au huitième du mois de
Mars qu'il fut attaqué d'une fiévre trèsviolente.
Le danger parut évident quelques
jours après , & dès le 13. du même
mois le P. Affiftant lui donna les derniers
Sacremens qu'il reçût avec les fentimens
de la pieté la plus tendre & la
plus folide.
L'attention du R. P. à adoucir la peine
de fes Religieux , qui ne le quittoient
point , étoit extrême. Vous me flatez de
mon rétabliſſement , leur difoit - il , je ne
veux pas vous contredire , parce que je
vous ferois de la peine , mais je fens bien
que je fuis à mon terme . Je me fuis depuis
affez long-temps fenti interieurement preffe
-
1. vol. de
JUIN 1725. 1077
de me préparer à la mort , & toutes mes
méditations ont été fur ce dernier moment.
Jamais malade ne fut plus complaifant
& plus docile ; jamais on ne lui vit faire
la moindre difficulté de prendre tous les
remedes qu'on lui prefenta , quelques
defagréables qu'ils fuffent, un air de ferenité
, & de gayeté fut toûjours répanduë
fur fon vilage , & on n'y voyoit aucune
alteration.
Telles furent fes difpofitions jufqu'au
29. du mois , que la fiévre augmentant ,
Les forces diminuerent , & il paffa une
mauvaiſe nuit. Le lendemain vers les
fept heures & demie , pendant qu'on prêchoit
la paffion dans l'Eglife de l'Abbaye,
il pouffa un foupir qui fut le dernier de
fa vie.
Ainfi mourut le P. de Sainte Marthe ,
âgé de 74. ans dix mois & fix jours . La
nouvelle de fa mort fut bien- tôt répandue
dans Paris , & aux environs , où tout ce
qu'il y a de plus diftingué parut fenfiblement
touche ; fes obfeques furent indiquées
au jour fuivant , aufquelles fe trouverent
un très-grand nombre de perfonnes
du premier rang. Depuis ce jour plufieurs
Communautez confiderables ont
crû ne pouvoir mieux témoigner leur
douleur fur la mort du P. de Sainte Marthe
qu'en faifant dans leurs Eglifes des
I. vol.
Ser078
MERCURE DE FRANCE.
Services folemnels pour le repos de for
ame.
POESIE cinquante - deuxième de Catulle
qui commence ainfi : Ille mihi par effe
Deo videtur , &c. traduite par M.
Moreau de Mautour.
A LESBIE
HEureux qui près de vous vous voit
vous admire ,
Il goûte un bien fuprême , il eſt égal aux Dieux,
Et même, fi je l'ofe dire ,
Son bonheur quelquefois l'éleve au - deffus
d'eux.
Pour moi quand par hazard je vois que vôtre
bouche
D'un air tendre & charmant me parle & me
fourit ,
L'excès du plaifir qui me touche .
Captive ma raiſon , & trouble mon efprit.
Alors tout tranſporté dans l'ardeur qui me
preffe ,
Je deviens interdit , mes yeux font languiffans
,
1. vol.
Et
JUIN 1725. 1079
Et je ne fai quelle foibleffe
Se gliffe dans mon ame & ravit tous mes
fens.
L'oifiveté , Catulle , eft pour toi bien contraire
,
Ton coeur en fait fa joye , & la felicité ,
Mais fonge que la perte entiere
Des Rois & des Etats vient de l'oifiveté.
akakakakakakakakakakakakak dik
LETTRE fur le Poëte Lainez , écrite
à M. D. L. R.
ĘE vous fais part avec plaifir , Monfieur
, de quelques vers du Poëte Laînez
, qui étoit un homme merveilleux
pour faire des portraits de perfonnes diftinguées
par leur naiffance & leur merite,
par leur beauté & leurs attraits , ou par
des talens plaifans & extraordinaires ,
vous en jugerez par les portraits de fa
façon que voici !
Le premier eft de Madame la Ducheffe
de Nemours , connuë par ſa haute naiffance
, par fes manieres nobles , par la fermeté
de fon efprit , &c . qui a réfifté quelquefois
à de grandes puiffances,
1. vol.
Qua
roto MERCURE DE FRANCE. -
Qua digna imperio calata in imagine frontem
Attollit , princeps foemina mente vir eft.
Laînez donna ces vers pour être mis
au bas du portrait de cette Princeffe , gravé
par Drevet , d'après M. Rigault qui
eft un ouvrage très - eftimé .
Nôtre Poëte ayant eu l'honneur de
voir Me de Martel , cy- devant Me Coulon
, dont la beauté a fait l'admiration de
Paris , & dont l'efprit orné de belles connoiffances
, la diftingue entre les perfonnes
de fon fexe , a celebré la beauté de
cette Dame par ces vers.
Le tendre Appelle un jour dans ces jeux
vantez ,
Qu'Athenes autrefois confacroit à Neptune ,
Vit au fortir de l'onde éclater cent beautez ,
Et prenant un trait de chacune ,
Il fit de fa Venus un portrait immortel ,
Sans cette recherche importune ,
Helas ! s'il avoit vû la divine Martel ,
Il n'en auroit employé qu'une.
Ce portrait , comme vous voyez , Mon
fieur , eft dans le goût Anacreontique ,
celui de Me de Nemours eft d'un ftile
noble & élevé. Je vais vous en donner
un autre d'un caractere tout different qui
I. vol.
eft
JUIN 1725. 1081
eſt celui de Philibert , ce qui vous fera
connoître que Laînez excelloit dans tous
les genres de Poëfie qu'il traitoit.
Quoique je ne doute pas que vous
n'ayez entendu parler de Philibert , je
ne laifferai pas de vous donner une
idée de fon caractere , & de fes talens ,
afin de vous mettre plus au fait de tout ce
qui eft renfermé dans fon portrait , cela
fervira à vous divertir vous & vos amis.
Philibert étoit un plaifant fpirituel ,
qui étoit recherché à la Cour & à la Ville
par les perfonnes du meilleur goût , par
rapport à mille talens agréables & facetieux
; il jouoit parfaitement de la flute
Allemande , il étoit camarade de Defcôteaux
, celebre dans l'art de jouer de cet
inftrument. Louis XIV. fe faifoit un vrai
plaifir d'entendre ces deux perfonnes exprimer
des chants melodieux fur leurs
flutes , & les faifoit fouvent venir pour
cela dans fes appartemens , & dans les
bofquets de Verſailles .
Philibert & Defcôteaux ont été les
Fleuristes les plus entendus , & les plus
renommez de leur temps. On peut voir
encore au Palais du Luxembourg dans les
faifons convenables le jardin de furs
que Defcôteaux y cultive avec un ſoin
admirable .
Philibert chantoit fort bien ; & pour
I. vol. B donner
To82 MERCURE DE FRANCE.
+
donner plus d'expreffion à ſes chants , il
fçavoit adoucir la voix , & la groffiffoit
tout-à-coup , pour paffer du gracieux ,
aubruyant & au martial . Il avoit le talent
de contrefaire toutes fortes de baragouins ,
ou langage corrompu , le Gafcon , l'Allemand
, & le Suiffe francifé ; il imitoit les
manieres , & le parler des jeunes filles ,
& contrefaifoit les vieilles ; il étoit , pour
ainfi , dire le finge du genre humain . On
l'admettoit fouvent dans les ballets du
Roi pour y repreſenter tous les perfonnages
comiques où il réüffiffoit parfaitement
bien.
-
Il imagina d'imiter le bruit des cloches,
& les differens carillons , par le moyen
d'une grande poële à frire qu'il mettoit
en branle d'une main , & fur laquelle il
frappoit de l'autre avec un bâton , tantôt
fur le milieu du fond , tantôt fur les cô
tés , & fur la queue , ce qui formoit differens
fons . Les perfonnes qui ne le voyoient
pas , & qui entendoient le bruit qu'il faifoit
, ne doutoient point que ce ne fut le
bruit de veritables cloches. Un jour Louis
XIV. le furprit avec une poële , en imitant
tout ce que je viens de raconter. 11
fit demander à S. M. la permiffion de l'aller
amufer quelques momens à Marly ,
& divertir Madame la Ducheffe de Boure
gogne qui étoit arrivée depuis fix mois
1. vol.
en
JUIN 1725.
1083
en France , ce qui lui fut accordé. Il fe
fit annoncer dans l'appartement où étoient
le Roi , Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & plufieurs Dames & Seigneurs
de la Cour , fous le nom du Baron de
Vieille-Vefte , Gentilhomme Gaſcon ; fon
habillement étoit convenable au rôle qu'il
joüoit ; il fit d'abord un compliment gracieux
, & très-plaifant au Roi , & complimenta
enfuite Madame la Ducheffe de
Bourgogne fur fon heureufe arrivée en
France , & fur toutes les graces qui brilloient
fur fa perfonne. La Princeffe que
le Roi n'avoit pas prévenue fur cette
avanture , ne fçavoit comment prendre la
chofe , & ne pouvoit s'empêcher de rire
de la figure & du parler du Baron de
Vieille-Veſte .
Après que Philbert eut amufé une bonne
heure cette augufte Compagnie , il
paffa dans le grand falon de Marly , où il
fit un bruit fi furprenant avec fa poële ,
qu'on fe figuroit entendre un grand nombre
de cloches en branle , & entre- mêlées
de carillon. Madame la Ducheffe de
Bourgogne courut à ce bruit , & le Roi
la fuivit auffi- tôt, en difant : c'est ce plaifant
de Philbert ; & quand il l'eut vû fe
démener avec fa poële , il ne pût s'empêcher
d'éclater de rire.
Il étoit neceffaire , comme vous allez
I. vol. Bij voir
1084 MERCURE DE FRANCE.
1
voir , Monfieur , de rapporter ce que je
viens de dire cy- deffus , pour être plus
au fait du portrait que Laînez a fait de
Philbert.Je n'ai qu'un mot à ajoûter , la
connoiffance de Laînez & de Philibert fe
fit à .... à une lieuë de Paris chez M.
Bofc , Confeiller d'Etat , & Prevôt des
Marchands de Paris, qui invita Laînez de
yenir dîner dans cette agréable Maiſon
dont Philibert étoit l'ordonnateur des jardins
, & Penfionnaire de la Ville de Paris
pour l'entretien des arbres plantez fur
les ramparts . Philibert qui étoit à ......
à la reception qu'on fit à Laînez , fçut
que ce Poëte étoit d'un genie des plus
particuliers de fon fiecle , ce qui le mit en
humeur de lui faire connoître fon ſçavoir
; il ne manqua pas de lui conter fon
avanture de Marly ; celui- ci eut auffi
grande attention à écouter tout ce que lui
difoit Laînez qui parut fi content de lui ,
pour tous fes talens , qu'il lui dit en le
quittant , d'un ton haut qui lui étoit affez
nature tu m'as réjoui, Philibert, je t'immortaliferai.
Effectivement quatre jours
après , il donna à Moreau , fon Muficien ,
le portrait de Philibert , afin qu'il le mit
en air,
Cherchez- vous des plaifirs , allez trouver Philibert
2
Sa voix des doux chants de Lambert ,
I. vol .
Paffe
JUIN
1685
1725 .
Paffe au bruit éclatant d'un tonnerre qui
gronde ,
Sa flute feule eft un concert ,
La fleur naît fous fes mains dans un affreux
défert ,
Et fa langue féconde ',
Imite en badinant tous les peuples du monde,
Si dans un vaſte pavillon ,
Il fonne le tocfin & fait un carillon ,
En battant une poële à frire ,
Le Heros immortel que nous reverons tous
Devient un homme comme nous ,
Il éclate de rire ,
Cherchez-vous des plaifirs , allez trouver Philibert
,
Sa flute feule eſt un concert.
le
Voilà , Monfieur , ce que j'ai pour
prefent à vous envoyer fur Laînez , la
plus grande partie de fes Poëfies font de
petites Cantates qui ont été mifes en Mufique
par Moreau ; il y a de bons morceaux
, je vous en envoirai au premier
ordinaire. Je fuis toûjours très - parfaitement
, Monfieur , & c.
3. vol. B iij EPÍ
1086 MERCURE DE FRANCE.
EPITHALAME à M. d'Hervart ,
Maître des Requêtes , en 1686.
V
Otre Hymen dans les Cieux vient d'être
enfin conclu ,
Dans leur fage Confeil les Dieux ont réfolu .
De fixer pour jamais vôtre ardeur vagabonde ;
Quel fort peut égaler vôtre fort bienheureux >
Les Dieux accordent à vos voeux ,
L'objet des voeux de tout le monde.
Abandonnez vos fens à toute vôtre ardeur ,
Cette beauté pour vous brûle de même flâmes
Ne craignez point qu'Hymen par aucune froideur
Altere le beau feu qu'Amour verſe en fon
ame.
Ce feu dont elle brûle , à jamais doit durer ;
Et l'Hymen & l'Amour pour vous fe réüniffent
,
Par vous leurs difcordes finiffent.
Je vais vous découvrir , pour vous en affurer ,
L'Hymen , l'Amour dans leur enfance ,
Furent toûjours d'intelligence ;
Unis , ils ne formoient que des liens charmans ,
t
I. vol.
Tous
JUIN
1087
1725.
Tous les époux étoient Amans.
S'il étoit par l'Amour quelque flâme allumée
Auffi -tôt par l'Hymen elle étoit confirmée ;
Enfin l'on ne voyoit jamais en nul féjour ,
Ni l'Amour fans l'Hymen , ni l'Hymen fans
l'Amour.
Mais qu'une longue paix eſt rare ,
Entre les Dieux auffi bien qu'entre nous,
Un leger intereft aifément les fepare ,
L'Amour et enjoüé , fier , libertin , bizarre ,
L'Hymen trifte , fevere , imperieux , jaloux ,
Et toûjours du devoir prêchant les loix auſteres
;
Entre des humeurs fi contraires ,
Comment entretenir une longue union
Auffi vit-on bien- tôt une amitié fi belle
Se changer en guerre cruelle ;
Un point d'honneur , un rien , en fut l'occafion
Aux nôces de Junon commença la querelle ;
Dans cette fête folemnelle ,
L'Hymen prétend que le pas luj foit dû ;
L'Amour demande auffi cet honneur prétendu ;
Chacun dit fes raifons , on fe plaint , on murmure
,
I. vol. B iiij Des
1088 MERCURE DE FRANCE.
Des raifons on paffe à l'injure ;
Et l'on s'aigrit fi fort , qu'enfin depuis ce jour
On n'avoit pû revoir l'Hymen avec l'Amour.
C'est par vous qu'une paix , fi long- temps
defirée ,
Devoit nous être procurée.
L'Amour ayant enfin tenté cent & cent fois ,
D'affujettir lui feul à fes aimables loix ,
L'innocente Beauté qui vous eft deſtinée ,
Malgré fa colere obstinée ,
A recours à l'Hymen , implore fon ſecours ;
Ainfi de leur diſcorde on voit finir le cours.
Ils fe jurent tous deux une amitié parfaite ,
Et voici le Traité de la paix qu'ils ont faite :
Dans la ceremonie Hymen aura le pas ›
Pour garder quelque bienséance ;
Mais Amour dans les coeurs aura la préfeance ;
Ces Dieux vont vous combler de leurs plus
doux appas ,
Ils s'uniffent pour vous , ne les feparez pas .
Par M. Vergier.
I. vol.
EXJUIN
1725 . 1089
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux
le 6. Mai , par M. A. à M. de L. R.
IL
que
Left bien tard de vous dire que quelques
Philofophes font furpris ici
le R. P. Caftel avance dans fa réponse à
ma Lettre fur le tonnerre du Valdavid ,
qu'il ne connoît point de foudre fans feu
bien actif , & bien développé , & moi
j'ai l'honneur de vous dire avec la même
liberté que j'en connois : il eft certain
que le tonnerre tombe en pierre , il eft
certain qu'il tombe en pluye . Or dans la
pierre & dans la pluye , il n'y a point de
feu bien actif & bien dévelopé , donc ,
& c.
Si le R. P. doute de la foudre , ou da
tonnerre en pierre , & fans feu développé,
nous lui donnerons un Bourgeois de
Rouen , à prefent Citoyen de nôtre Ville,
proprietaire d'une Maifon dans Rouen ,
ruinée de fond en comble , avec les deux
voifines , par une abondance de pierre de
toute forme , & de toute efpece, tombées
du Ciel dans un temps de tonnerre épouventable
en 1651. fait certain , averé ,
attefté , & s'il n'eft pas rapporté quelque
[ art , il eſt juſte d'en informer le Public.
1. vol.
By
Que
1090 MERCURE DE FRANCE.
Que le R. P. donc ne dife pas que de
puis le temps qu'on obferve le tonnerre
on n'en a point encore obfervé fans feu.
Qu'appelle- t'on , je vous prie , le carreau
dans la foudre ? ce que le P. Pomey J.
appelle Cuneus en Latin , hoc eft fulmineus
lapis. Voilà pour le tonnerre en
pierre . Venons au tonnerre en pluye .
Un Meteore igné , c'est - à -dire , compofé
d'exhalaifons , toutes de feu , ne
peut- il point dans la rencontre , & dans
le choc d'un Meteore aqueux l'emporter
fur ce dernier , qui moins fort eft obligé ,
pour ainfi dire , de ceder & de percer la
nuée en tombant fur terre avec une abondance
, & une précipitation inconcevable
? Nous avons vû ici des pluyes communes
& ordinaires dans des temps de
tonnerre dans tous les environs d'Evreux
, pendant que dans le coin d'une
rue , & dans ce coin feul , il venoit un
flot , une vague des plus impetueufes ,
qui dans fa rapidité , fa pefanteur , & c .
découvroit , renverfoit & coupoit tout le
faîte , & toute la couverture d'une maifon
, j'en fuis sûr , & je l'ai vû ; fi le
R. P. Caftel nous trouve dans cette pluye
un feu développé , nous en trouverons
auffi dans le fond de la mer .
1. Voks
EPI
JUIN 1725. 1091
茶******************
EPITRE de M. Vergier, à M. de la
Ferriere , Maître des Requêtes , 1692.
On , je n'irai point dans le Nort,
A ce feul nom mon coeur friffonne
Irois-je là tenter le fort ,
Pour voir les Aquilons & l'Hyver en perfonne
?
Je fuis plus que content d'avoir yû tant de
fois
Leurs redoutables Emiffaires ,
Des Nochers fougueux adverfaires ,
Venir glacer nos champs & dépouiller nos
Bois ;
Enfin je n'irai point dans ces terres hideufes
Que des Dieux les mains pareſſeuſes ,
N'ont fait qu'ébaucher feulement ,
Où les humains formez d'une lourde matiere,
S'expriment fi groffierement ,
Que Jupiter ne peut entendre leur priere ,
Sans le fecours d'un truchement ;
Je ne quitterai point mon aimable Patrie ,
Patrie auffi des Jeux & des Amours
*.vol.
:
B vj LJ
1092 MERCURE
DE FRANCE .
Là du Printemps à la tête fleurie ,
Je verrai tous les ans couler les heureux
jours ;
J'y verrai fous l'ormeau l'innocente Bergere ,
Former une danfe legere ;
Et fi je veux joüir de fon doux entretien 2
T'entendrai fon langage , elle entendra le
mien.
Toutefois dans cette fortune ,
Un fouci cuifant m'importune ,
C'eft qu'il me faudra vous quitter ,
Pour aller bien- tôt habiter ,
L'un des Arfenaux où Neptune
Voit tous les jours forger les fers,
Qui doivent l'enchaîner avec tout l'Univers.
Mais à ce trifte effort il faudra me contraindre,.
Et comme en ce bas monde on ne poffede rien,,
Qui m'offre à tout moment des fujets à fe
plaindre ;
Pour mieux les fupporter left un sûr moyen ,
C'eft qu'entre plufieurs maux que l'on avoit à
craindre ,
Du moindre mal il faut fe faire un bien.
A ces réflexions je joindrai ces nouvelles ,
Que la faifon peut nous fournir
1. val.
Et
JUIN 1725. 1093
Et quand ce ne feroient que fimples bagatelles,
C'eft toûjours un prétexte à nous entretenir :
Tous nos Heros & de Mer & de Terre ,
Reviennent en foule à la Cour ,
Se délaffer dans ce ſéjour ,
Des penibles foins de la guerre.
Chacun auprès du Roi ſe rend de toutes parts,
Soit pour briguer les dons de fa main toûjours
jufte ,
Soit pour puifer dans cette fource augufte ,
L'indomptable valeur qu'inſpirent fes regards
De nos charmantes immortelles ,
Ils vont enfuite admirer les appas.
Admirer n'est peut- être pas ,
Tout ce qu'ils reffentent pour elles ,
ils les refpectent. Le reſpect
Pour des Divinitez fi belles ,
Eft encor un terme ſuſpect ,
Quoi donc? on n'oferoit le dire ,
Mais enfin fongez fur ceci ,
23
Qu'impunément jamais de beaux yeux of
n'admire ,
Et qu'où la beauté regne , Amour y regne
auffi .
I. VOL
Les
1094 MERCURE DE FRANCE.
Les plaifirs , la galanterie
Suivent à Paris les Guerriers ,
Les Danfes pour pouvoir partager les lauriers,
Redoublent de Coqueterie ,
La Comedie & l'Opera ,
Le bal , le jeu , rendez- vous ordinaires ,
N'ont jamais noüé tant d'affaires.
C'est à qui mieux y brillera ;
La Belle de fes fimples graces
Y fait l'étalage charmant :
La Laide par mille grimaces
Tâche d'y faire quelqu'Amant
Belles & laides réüffiffent ,
Auriez- vous pû le concevoir ?
Soit que le mauvais goût , ou le befoin agiffent
,
Toutes trouvent à s'y pourvoir ;
Car au retour d'une campagne ,
Ce Guerrier , ce Heros , que la gloire accompagne
,
D'ordinaire eft trop indigent ,
Pour ne s'attacher qu'à la belle ;
Aux défauts de la laide il fe rend indulgent ,
Et volontiers il fe paye en argent ,
1. vol. Des
JUIN 1725. 1095
Des charmes qui manquent en elle.
Enfin la foule des Amours ,
A Cythere n'eft point fi grande ,
Dans chaque maiſon tous les jours »
A tire- d'aîle ils arrivent par bande .
Une ,furtout , & vous la connoiffez
Eft à la troupe la plus lefte,
Mais je vous en ai dit affez ,
Venez -vous même être témoin du refte.
******* XXXXXXXX
LETTRE écrite de Conftantinople
à M...... le 8. Juillet 17 24.
Nfin , Monfieur , me voici arrivé à
E Conftantinople ; & pour vous montrer
que je ne cherche rien tant que ce
qui peut vous faire plaifir , je vous donne
des nouvelles de mon voyage comme
vous l'avez exigé de moi , & comne je
vous l'avois promis en partant de Paris .
Je m'embarquai , comme vous fçavez , le
28. Mai dernier fur le Vaiffeau le Lion
d'Or , commandé par le Capitaine François
Marin , lequel avoit été préparé à
Toulon . On appareilla le même jour
1. vol.
pour
1096 MERCURE DE FRANCE .
pour aller aux Ifles Sainte Marguerite.
Le 29. on mit à la voile par un vent qui
nous favorifa jufqu'au Golphe de Palme
où nous nous trouvâmes le 31. Je croirois
vous ennuyer , Monfieur , fi je vous
faifois la defcription de tous les lieux par
où nous avons paffé ; quoiqu'il y ait beaucoup
de chofes remarquables , je n'en
rapporterai cependant point de
peur de
Vous repeter ce que vous fçavez déja ,
& ce que d'autres ont rapporté avant
moi. Après donc avoir paffé par Malthe
nous fîmes route du côté de l'ancienne
Cythere , connue aujourd'hui fous le nom
de Cerigo. Le 2. Juin nous moüillâmes
à la Sude , Fortereffe & Port fameux
qui appartient aux Venitiens ; delà nous
moüillâmes devant Candie , d'où nous
partîmes le 6. pour aller à Millo , Ifle
de l'Archipel , autrefois Zephirée. Les
vents nous furent contraires , & ils s'éleverent
avec tant de violence que nous
reftâmes les 5. 6. 7. & 8. à l'abri de cette
Ifle , bienheureux de trouver cet azile
contre une tempête effroyable que nous
euffions effuyée en pleine Mer. Nôtre
Vaiffeau entra dans le Port le 9. & nous
y reſtâmes juſqu'au 12 .
Ily a une Caverne dans l'Ifle de Millo,
dont l'ouverture eft fi baffe , qu'on ne
peut y entrer qu'en fe baiffant ; & lorf
1. vol.
qu'on
JUIN
1097
1725.

par
qu'on s'eft avancé environ douze pas , on
fent une chaleur extrême , & un peu plus
avant on peut fe tenir debout. A gauche
on trouve une fource d'eau tiede un peu
falée , qui fe décharge dans un baffin forla
nature , on l'a dit être très - falutaire
; il eſt vrai que l'on s'y baigne
commodément , & avec plaifir. Nous ..
moüillâmes le 14. près de Paros dans le
Port appellé Trio , ce font trois petites
Ifles inhabitées , qui ont donné le nom à
ce moüillage , mais c'eft proprement la
rade de Paros . Naxis la plus grande des
Cyclades n'en eft éloignée que de douze
à quinze milles. Le 17. nous fûmes à
Antiparis voir une Grotte de congelation,
qui eft dans cette Ifle , & dont on nous
avoit fait un recit merveilleux , elle eſt
éloignée du Château de 4. milles , l'entrée
feule merite la curiofité des Voyageurs
, elle eſt vafte & voutée , enforte
qu'elle contiendroit facilement 2000.
hommes. Il y a une colomne congelée ,
fur laquelle il paroît le refte d'un bufte ,
que les gens du Pays difent avoir été une
Idole qui rendoit autrefois des Oracles.
A main droite il y a une fenêtre par laquelle
les Prêtres répondoient aux demandes
qu'on faifoit à cette Idole. Nous
defcendîmes dans cette Grotte à 8. heures
du foir , & à force d'échelles & de
1. vol.
cordes
1298 MERCURE DE FRANCE.
cordes nous parvinmes à une roche , qui
dans deux endroits s'y trouve creufée .
D'un côté l'on puife la meilleure eau
douce qui fe puiffe boire , & dans l'autre
une eau jaunâtre . Nous defcendîmes enfuite
dans un endroit où M. de Nointel
avoit fait celebrer la Meffe de minuit en
1673. en allant en qualité d'Ambaſſadeur
à Conftantinople. Nous vîmes avant que
d'y arriver plufieurs congelations , dont
les unes reprefentoient des colomnes
d'autres des figures d'hommes , d'enfans
de Lions , & entr'autres chofes nous vimes
un pavillon , fous lequel nous nous
mîmes au nombre de 15. ou 16.
L'endroit où la Meffe fut dite dans cette
Grotte , reprefente une Autel avec deux
gros chandeliers de congelation aux côtez
, & le fond de l'Autel reprefente plufieurs
arbres les uns fur les autres dans
l'éloignement. A gauche il paroît une
Forest formée par ces congelations ; dans
un autre endroit des ornemens à la Gotique.
M. de Nointel fit mettre l'infcription
fuivante à l'endroit où l'on pofa la
pierre pour dire la Meffe.
HIC IPSE CHRISTVS
ADFVIT EJUS NATALI
DIE MEDIA NOCTE
CELEBRATO
M. DC . LXXIII .
1. vol . Nous
JUIN 1725. 1099
Nous defcendîmes enfuite dans un endroit
où l'on nous fit remarquer des draperies
fort bien figurées . Nôtre conducteur
nous fit voir à gauche une abîme
effroyable , & nous entendîmes fort longtemps
les pierres qu'il jettoit dedans.
Nous remontâmes avec beaucoup de peine
, principalement à un endroit où M.
de Nointel a laiffé une échelle , qui depuis
ce temps - là eft prefque pourrie.
Nous forties de cette Grotte à une heure
après minuit , & nous reftâmes dans
l'entrée pour lire le matin les Infcriptions
qui y font. Celle que vous allez lire
eft la premiere qui fe prefenta à nos yeux ,
& que nous lûmes avec beaucoup de peine
étant fort difficile à déchiffrer.
ΚΡΙΤΟ ΝΟΣ
ΟΙΔΕ Η ΛΟΟΝ
ΜΕΝΑΝΔΡΟΣ
ΣΩΧΑΡΜΟΣ
ΜΕΝΕΚΡΑΤΗΣ
ΑΝΤΙΠΑΤΡΟΣ
ΙΠΤΟΜΕΔΟΝ
ΑΡΙΣΤΕΑΣ
ΦΙΛΕΑΣ
ΓΟΡΓΟΣ
ΔΙΟΓΕΝΗΣ
ΦΙΛΟΚΡΑΤΗΣ
Ο ΝΗΣΙΜΟΣ
380
z. vol.
Nous
1100 MERCURE DE FRANCE .
Nous jugeâmes que ce pourroit être
les noms d'Antipater & de fes compagnons
qui avoient paffé par cette Ifle , en
fe retirant après la conjuration contre
Alexandre. Celle- ci n'eft pas fort éloignée
de la premiere , elle y fut mife par
M. de Nointel.
CEDANT TENEBRA
LUMINI
FICTA NUMINA
VERO DEO
Hoc
ANTRUM
NOCTURNO
EREPTUM
Jovi
NASCENTI CHRISTO
DEDICAVIT
CAR . FRANC. OLLIER
DE NOINTEL.
Cette autre Infcription eft à droite en
entrant , elle commence à s'effacer , cependant
nous y lûmes encore ce qui fuit.
Hoc ANTRUM
Ex NATURÆ MIRACULIS
PARISSIMUM
UNA CUM COMITATV
RECESSIBUS EJUSDEM
PROFUNDIORIBUS
ET
ABDITIORIBUS
PENETRATIS
1. vol.
SusJUIN
1725.
1101
11
y
SUSPICIEBAT , ET SATIS
SUSPICI NON POSSE
EXISTIMABAT
CAR. FRANC. OLLIER
DE NOINTEL
IMP. GALLIARUM
LEGATUS
DIE NAT. CHR. QUO
CONSECRATUM FUIT
AN. M. DC . LXXIII,
encore deux Inſcriptions à droite
dont nous n'avons pû rien déchiffrer
c'eft du Grec ancien , & fi effacé ,
qu'il
n'en reste plus que quelques traces . Nous
remontâmes le même jour à bord , & le
20. Juin nous allâmes à Naxis , l'Ifle
eft très grande , & très- peuplée , le Château
de fon nom , qui paroît fort ancien,
eft fur le bord de la Mer. Nous y vîmes
une des portes du Temple de Bacchus ,
qui eft hors du Château dans une petite
Ifle détachée de Naxis , nous y vîmes
auffi les reftes d'un aqueduc qui conduifoit
l'eau dans ce Temple , & près de l'aqueduc
il y a un pavé de Mofaïque fort
ancien , nous ne fûmes pas plutôt de retour
à bord , que les vents contraires
foufflerent vivement , & nous fûmes retenus
près de Paros jufqu'au 26. Le 27.
nous arrivâmes à la rade de Syra. Nous
I. vel.
allâ1102
MERCURE DE FRANCE
1
allâmes le lendemain à l'Ile de Delos
voir les ruines de l'ancien Temple d'Apollon
. Un vent très - favorable nous y
porta en trés- peu de temps , nous examinâmes
les ruines incomprehenfibles ,
non -feulement du Temple d'Apollon ,
mais de l'Ifle entiere , qui eft prefentement
inhabitée . Ce font des montagnes de
pierre & de marbre , qui perfuadent de
la magnificence des bâtimens qui furent
élevez dans cet endroit. De l'Ile de Delos
en continuant nôtre route par Micony
, par Chio , par Smyrne , nous nous
trouvâmes le 30. devant Tenedos , Ifle
de la Troade , fituée vis - à - vis les ruines
de Troye , d'où en paffant le lendemain
devant les deux Châteaux neufs , & enfuite
devant les Dardanelles , nous nous
trouvâmes le 4. Juillet devant Galipoly ,
& fur le foir à la pointe de l'Ifle de Marmora.
Enfin le 5. à la pointe du jour
nous vîmes la fameufe Ville de Conftantinople.
Cette vûë à caufe de la fituation , & de
la grandeur de la Ville , eft une de ces
chofes dont il eft prefqu'impoffible de
bien exprimer la beauté . Cela va au - delà
de tout ce que l'imagination la plus vive
peut concevoir. Je ne vous dirai rien ici
de particulier de cette Ville , parce qu'il
y a trop de chofes à en dire , & que vous
1. νοί .
la
JUIN 1725. 1103
La connoifés peut-être mieux que moi ,
mais s'il s'y paffe quelque chofe de confiderable
durant le féjour que j'y dois faire
je ne manquerai pas de vous en faire part.
Je fuis Monfieur & c .
AU SOM MEIL
STANCES IRREGULIERES.
F
Ils de la nuit , ami de l'ombre ,
Paifible frere de la Mort ,
Sommeil , qui par un doux effort ,
Adoucis l'ennui le plus fombre ,
Viens mettre fin à mes langueurs :
Si tu m'accordes tes faveurs ,
Il faut que je t'éleve un Temple
Dont on n'ait jamais vû d'éxemple
Parmi les plus galans Auteurs.
Les murs feront de Jait , & le pavé d'Ebene :
Il aura pour couvert les voiles de la nuit ;
On n'y verra jamais le foin avec la peine ,
Ni le tumulte , ni lebruit.
Le Coq , cet objet de ta haine ,
1. vol. Ce
1x04 MERCURE DE FRANCE:
Ce terrible ennemi
Cet ennemi juré du fomme des Mortels
Y teindra de fon fang un jour dans la ſemaine
Le marbre de tes faints Autels.
Mais j'ai beau te voüer, temple, oiſeau,facrifice;
Au lieu de m'être plus propice
Tu nem'es que plus dur , je crois.
Quel crime aurois - je faits qui t'aigrit contre
moi ?
Je ne fuis point plaideur, amoureux, ni parjure.
Je ne forme aucun vain projet ;
Et plus je cherche à l'avanture
D'où vient le tourment que j'endure ,
Moins j'en découvre le fujet,
M
Ai-je d'un ftile témeraire
Glofé les vers qu'on va chanter ?
Ah ! non ; tu fçais que je revere
Tout ce qu'à ton honneur les Mufes ont dicté.
*
Toûjours le calme t'accompagne :
Toûjours lebonheur fuit tes pas.
I. vol. Chacun
JUIN 1725 :
1105
Chacun éprouve tes appas,
En ville comme à la campagne.
Dieux , hommes, animaux , tout reconnoît tes
loix
Les lâches comme les plus braves ,
Et tu comptes pour les eſclaves
Les Bergers ainfi que les Rois.

C'eft toi qui foûtiens la vieilleſſe ,
Tu peux nous délaffer de nos plus longs tra
vaux.
Chaque âge t'aime ; & la Jeuneffe
Ne doit fon teint brillant qu'au fuc de tes
pavots.
Heureux ceux qui près de tes fonges
Contemplent cent illufions !
Bien que ce ne foient que menfonges,
Ces menfonges pourtant charment nos paffions,
Retracent du paffé l'Idée ,
Nous peignent l'avenir, ou montrent le prefent,
Et par un trait affés plaiſant
Donnent à des poltrons les forces d'un Theſée;
D'un fot muet comme un poiffon,
I. vol. Ils C
1106 MERCURE DE FRANCE:
Ils font fouvent un Ciceron,
D'un Irus un Crefus , & d'un Nain un Fiphée
Ce n'eft auffi que dans tes bras
Que nous paffons fans embarras
La plus agreable partie
De cette trifte & courte vic.

Ce qu'on dit , ce qu'on penfe , ou ce
qu'on fait le jour ,
Sommeil , la Nuit , tu le rappelles.
Les Amans aux pieds de leurs Belles
Même en dormant parlent d'Amour,
Et ne les trouvent pas peut- être alors cruelles.
Sans craindre la fureur des eaux
Le Nocher guide ſes vaiffeaux ,
L'Avare a les Threfors de l'Inde; 1
Et fur le haut fommet du Pinde
Un Sçavant rit de ſes Rivaux ,
a
Quand tu charmes ainfi l'Univers qui fom
meille ,
Tes plaifirs innocents ne me font plus permis;
Ce lit où fans ceffe je veille
F.vol.
Ne
JUIN 1725 . 1107
Ne m'offre aucun des dons que je m'étois
mis;
pro-
Ce n'est pour moi qu'un lit d'épine,
Où tout me bleſſe & me chagrine.
La Lune d'un rapide cours
Adix fois parcouru fon immenſe carriere .
Depuis que d'un rare ſecours
Tu n'as point fermé ma paupiere.
Garde ces traitemens pour quiconque te hair ;
Mais pour moi dont l'humeur fe plait,
A dormir dans ton fein la graffe matinée ,
Dois - je fubir la deſtinée
Des ennemis des biens que ta bonté nous fait >
Non , non , calmes les maux dont je reffens
l'atteinte ,
Reprens en ma faveur un air plus gracieux ,
Et montre en finiffant ma plainte ,
Qu'on te nomme à bon droit le plus charmant
des Dieux .
N'en doutons point mon fort le touche;
J'apperçois autour de ma couche
La nonchalance & le repos :
J. vol.
Cij Déja
108 MERCURE DE FRANCE .
Ce n'eft point une vaine extafe,
Déja Morphée , avec Phantaze
Couvrent mon fein de leurs pavots.
O Ciel ! Quel changement extrême s
Une aimable fraîcheur fe gliffe dans mon corps,
C'eft fûrement le fommeil même,
Mes yeux fe ferment ; je m'endors,
Miniftres du fommeil.
****
M. D.
********
EXTRAIT d'une Letre écrite d'Evreux
le 6. Mai à M. D. La R. au fu- ·
jet du terme Abbas Conardorum dont
il est parlé dans le Mercure du mois
d'Avril dernier.
J
E n'attends pas votre reponfe à ma
derniere lettre pour vous mander
( fans fçavoir ce que vous avés dit dans
votre Mercure de mon Abbas Conardorum.
) que je tiens actuellement devant
moi un petit in 12. de quelques cent
pages imprimé à Rouen en 1587. intitulé
: les Triomphes de l'Abbaye des Conards
fous le Refueur en Decimes Fagot
Abbé des Conards , contenant les Criées
1. vol.
&
JUIN 1725. 1109
Proclamations faites depuis fon avenement
jufqu'à l'an prefent. Plus. L'ingenienfe
leffive qu'ils ont conardement montrée
aux Jours- Gras en l'an M. D. XL ,
Plus. Le teftament d'Orinet de nouveau
augmentépar le commandement dudit Abbé ,
non encores vû. Plus. La Letanie , l'Antienne
, & l'Oraifon faite en ladite Maifon
Abbatiale en l'an 1580 .
Si vous n'avés point de connoiffance
de cette brochure , je crois que la matiere
merite qu'on vous en envoye certains
extraits , fi vous n'aimés mieux
qu'on vous envoie le livre même , qui
certainement me paroît du reffort de votre
Journal , & qui divertiroit le Public .
ELEGI E.
Dans ces lieux écartez où regne le filence ,
Mes
Jepuis de mes ennuis peindre la violence.
yeux , mes triftes yeux , foulagés mes
douleurs ;
Vous pouvés fans témoins laiffer couler vos
pleurs.
Qu'il eftdoux de ceffer enfin de fe contraindre!
Et qu'un coeur qui fe plaint en eft bien moins &
plaindre.
1. vol.
Ciij J'adore
1110 MERCURE DE FRANCE.
J'adoreune beauté qu'Amour & tous les Dieux.
Formerent pour l'honneur de la Terre & des
Cieux ;
Plus
que de leur grandeur leur ame en eft ravie;
A l'admirer fans ceffe ils bornent leur envie ;
Mais fi pour tous les yeux fa veüe a tant d'appas
,
Pour un heureux Amant que n'avoit- elle pas
Elle a quitté ces lieux, & les maux de l'abſence
Sont les moins rudes coups qui cauſent ma
fouffrance.
La volage m'aimoit , elle ne m'aime plus ;
Le trifte éloignement a rendu fuperflus ,
Et mes foins empreffez , & mon amour fidele
Les tranfports , les plaifirs que je fentis près
d'elle ,
Lesfermens de m'aimer toujours fi tendrement:
Mais helas ! en amour de quoi fert un ferment ?
Avec l'air qui le forme il ſe perd & s'envole ,
Et ne laiffe en partant qu'un fouvenir frivole ;
Et fouvent les tranfports qui l'ont fait prononcer
,
Jufqu'à fon fouvenir fçavent même effacer.
Helas ! tandis qu'ici preffé de mille alarmes ,
Je vois groffir ces eaux , des torrens de mes
larmes ;
1. vel. Tandis
JUIN 1725. 1111
Tandis que je reffens d'impetueux defirs ,
L'ingrate goûte en paix de tranquilles plaifirs .
Peut-être d'un Rival l'infidele charmée....
Dieux quel affreux penfer pour mon ame allarmée
?
Ai-je pu le former fans mourir de douleur ?
Puiffe ma mort cent fois prevenir ce malheur !
Mais j'entens ma raifon qui , pour calmer mes
peines ,
S'engage pour Iris à des excufes vaines :
Elle dit que fouvent , fans un cruel devoir ,
Malgré l'éloignement j'aurois pu recevoir ,
De fon fidele Amour de tendres témoignages ,
Qu'elle va comme moi réver dans les bocages ;
Et s'y plaindre en fecret, de fes ennuis preffans;
Qu'elle fouffre les maux qu'en ces lieux je ref-
Lens.
Que fi quelque douceur touche encore fon
ame ,
C'eſt le feul fouvenir de mon ardente flamme.
Qu'elle fouffre.... Ah , tais- toi , ma raifon !
que dis - tu ?
Que tu confoles mal mon efprit abattu !
Mon amour fçavoit mieux fe confoler luimême
.
L'inconſtance d'Iris & fa rigueur extrême , '
- 1. vol.
Ciiij Mieux
12 MERCURE DE FRANCE.
Mieux que tu ne le crois mon mal avoient calmé
;
Abfent de mon Iris je crains d'en être aimé.
Ce bien pour un Amant fi doux , fi defirable ,
Quand je ne la vois pas, me rend plus miferable ;
Sifon coeur m'a toujours gardé la même foy ,
Elle a fouffert, helas ! & fouffre autant que moï.
Voi , Barbare , les maux que ton ſecours m'attire
;
A mes propres douleurs je ne pouvois fuffire ;
Tu viens y joindre encor des chagrins plus
preffans ,
Plus cruels pour mon coeur , que tous ceu
que je fens.
Que ne te montres tu fevere , menaçante ,
Ainfi que tu parus à ma flâme naiſſante ?
Ta flatteufe douceur fçait mal prendre for
tour ,
Et toujours la raiſon conſeille mal l'Amour.
2
M.Vergier.
5. vol . LET
JUIN 1725. 1113
XXX:XXXXXXXXX :XXX
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
,fur les qualités des eaux de Briftol
en Angleterre. Par M. de la Cofte
le 15. Decembre 1724 .
J
E prens la liberté , Meffieurs , de vous
addreffer une piece qui mérite d'être
confervée & d'être communiquée au public
: C'est l'Analyse des Eaux Minerales
de Bristol en Angleterre , de la façon
de M. Geoffroi l'Apoticaire. Il l'a faite
pour fatisfaire à la curiofité d'un nombre
confiderable de Medecins , qui fçachant
la reputation qu'ont ces Eaux en
Angleterre , étoient bien aife d'apprendre
, s'ils en pourroient tirer de l'utilité
pour leurs malades. J'ai l'honneur de
vous la communiquer afin d'inftruire le
Public par votre canal de leur nature
& de leurs vertus. En l'inferant dans
votre Mercure , vous obligerez non feulement
les Phyficiens , mais en general
tous ceux qui profeffent la Medecine en
France , & qui doivent s'étudier à l'enrichir
de tout ce qui peut être utile à
leurs compatriotes , quoique ce foit une
production étrangere : Tout de même
qu'on a enfin rendu juftice au Kinkina
I. vol. CY
1114 MERCURE DE FRANCE.
à l'Ipecocoanna & à plufieurs autres remedes
, qui nous ont d'abord été commu→
niquez par nos voisins . Vous trouverez
bon que j'y ajoute quelques remarques ,
& que j'en tire quelques confequences ,
qui feront d'autant mieux fentir combien
le public eft obligé à M. Geoffroi..
Examen des Eaux de Bristol.
Cette eau , quoique gardée depuis un
tems confiderable dans des bouteilles bien
bouchées , s'eft trouvée très limpide
fans aucune réfidence au fond des bouteilles
. Elle n'a nul dégout , & ne laiffe à
la bouche , en l'y tenant un peu de tems ,
qu'une legere impreffion d'âpreté ou d'afriction
fans aucun picotement .
J'ai fait évaporer de cette eau à un
feu de fable trés - doux , & chaque once
m'a produit un grain de réfidence , ce
qui a été vérifié par plufieurs evaporations
, dont le produit a été une masse
faline blanche mêlée de terre de la même
couleur.
Pour les Effais qu'on a coutume de
faire pour éprouver les Eaux Minerales ,
jen'y ai rien obfervé de vitriolique ni de
ferrugineux .
Elle n'a point alteré la couleur du
fyrop violat. Elle a précipité en jaune
1
1. vol.
couJUIN
1115 1525.
couleur de fouffre laiffol u tion du Mercure
, ce qu'elle n'a point fait avec la
diffolution du fublime corrofif.
Les fels Alkalis en ont alteré legere- ,
ment la couleur en blanc.
J'ai travaillé enfuite la réfidence de
cette eau , & je l'ai diffoute dans une fuffifante
quantité d'eau commune pour dégager
les fels de la terre .
Cette eau féparée de fa terre , avoit
un goût de fel alkali un peufalé.
Cette liqueur précipite en blanc la
diffolution de Mercure , & verdit le ſirop
violat .
La terre qui a été féparée de cette liqueur
faline , s'eft trouvé faire environ
le tiers de la maffe du fel ; c'eft - à- dire ,
que dans 30. grains , il y a environ dix
grains de cette terre .
Cette terre étant feche fermente avec
les liqueurs acides , & s'y diffout en partie.
D'où l'on peut conclure , que cette
eau contient un fel alumineux , mêlé de
fel alkali fixe , & d'une legere portion
de fel marin unie & liée avec une terre
trés-fine , qui dépend en partie du fel
alumineux , & eft à peu-prés de la nature
du Magnetia Nitri,
و
Signé GEOFFROY.
La premiere chofe , Monfieur , qui
1. voly fra- C vj
1116 MERCURE DE FRANCE.
frappe & qui intereffe le public dans cet
examen , c'est que ces eaux fe confervent
fans aucune alteration . Privilege trés- rare,
& que les autres Eaux Minerales n'ont
pas communément , comme tout le monde
le fçait par les experiences journalieres .
Je puis vous affurer encore qu'on en a
tranfporté dans les climats differens des
Indes Orientales & Occidentales , & rapporté
de là en Angleterre , où on a verifié
qu'elles n'avoient rien perdu de leur
nature ni de leurs vertus à plus forte
raifon doit- on croire que leur tranfport
de Briſtol en France n'y caufe aucune alteration
mais la preuve devient inconteftable
, parce que , dit M. Geoffroy ,
plufieurs évaporations , faites comme
il l'auroit pû dire après l'intervalle
de quelques femaines , avoient toutes produit
la même chose .
M. Geoffroy obferve en fecond lieu
que cette eau n'a nul dégout. A quoi j'ajouterai
qu'elle n'altere en aucune façon
le gout du vin ou d'autres liqueurs ufitées
; & qu'il eft ordinaire en Angleterre
de la prendre avec du lait d'âneffe , ou
avec d'autre lait , qu'elle empêche de s'aigrir
dans l'eftomac , ou de devenir purgatif
& par - là ſouvent plus nuifible
qu'utile.
Par la nature du fel de ces Eaux ;
1. vol.
que
TUIN 1725. 1117
que M. Geoffroy définit être alumineux,
mêlé de fel alkali fixe & d'une legere
portion de fel marin &c. on croira facilement
que ces Eaux doivent être excellentes
& très efficaces , pour corriger
& adoucir , auffi -bien que pour entraîner
les aigreurs de l'eftomac & des inteſtins
qui y caufent des coliques , qu'on attaque
en vain par des vomitifs & des purgatifs
, qui irritent ces matieres , ou telles
qu'on n'ofe attaquer trop long- tems
avec les amers , ( qui en font
pourtant un
bon correctif , ) tant parce qu'ils font fujets
à échauffer , qu'à caufe de l'impoffibilité
où fe trouvent fouvent les malades
d'en continuer l'ufage affés longtems.
Quand je leur attribue la qualité
d'entraîner , auffi -bien que de corriger ,
je n'entens pas qu'elles foient purgatives.
Elles ne font que favonenfes & legerement
diuretiques. En un mot , leur'
qualité legerement alumineufe & alkaline
les fait rechercher plus que toutes
les Eaux Minerales enfemble foit
du Royaume d'Angleterre , ou de tout
autre pays.
Elles ont la réputation de guerir plufieurs
maladies , non - feulement fur les
lieux , où tous les Etez fe tranſporte un
nombre confiderable de perfonnes ; mais
1. vol. aufhi
1118 MERCURE DE FRANCE.
auffi dans tout le Royaume d'Angleterre ,
& également ailleurs.
Leur fource eft à une petite lieuë de
Briſtol au pied d'un rocher , qui eſt baigné
de l'eau d'une petite riviere , qui fe
décharge dans la Saverne , qui par fon
reflux rend la premiere falée ; elle eft
tiéde à la fource , mais elle fe refroidiz
un peu quand elle a paffé par le tuyau de
la pompe , & devient d'une legereté admirable.
Ceux qui ont l'eftomach foible ,
& qui ne peuvent venir la boire fur les
lieux lui donnent le même degré de tiédeur
, en la mettant au bain- marie.
Les maladies que ces eaux font en poffeffion
de guerir , font toutes les maladies
Chroniques , caufées par une âcreté trop
faline & diffolvante dans les fluides , ois
par un grand relâchement dans les vaif
feaux te les font toutes les hemorragies
internes , les regles trop abondantes , ou
les pertes blanches qui jettent le fexe en
langueur ; les gonorrhées fimples ; les
maladies des reins & de la veffie , qui
font accompagnées ulceres ou de glaires
; les dartres , & prefque toutes les
maladies de la peau.
A l'égard des dernieres cela eft fi vrai ,
que plufieurs habitans de Briftol m'ont
affuré , que les cures étonnantes que ces
caux ont fait dans ce genre ont com-
I. vol.
menJUIN
1725. 1019
mencé de les mettre en réputation.
Les Payfans de la Province Meridionale
de Galles qui font fouvent galleux ,
ayant eu coutume de fe baigner dans cette
fource , avant qu'elle fut couverte , &
d'en boire les eaux , lorfqu'ils pafloient
de ce pays en Angleterre pour y travailler
à la maniere des Limofins & des Auvergnacs
en France . Enfuite elles fe font
fait remarquer par leur vertu infaillible
pour guerir le Diabetes , ou l'incontinence
d'urine avec fiévre , & ce n'a été que
par induction , que les Medecins & les
Phyficiens ont jugé qu'elles devoient pareillement
guerir les autres maladies que
j'ai nommé. En quoi l'experience les juftifie
de plus en plus. Ce fut à l'occafion
d'un Diabetes que je traittois , & que je
gueris par ces eaux , que je m'avifai le
premier il y a environ fix ans , d'effayer
ce qu'elles pourroient valoir contre un
piffement de fang tout pur , & abondant
dans une petite verole. C'étoit le cinquiéme
jour de cette maladie , qu'un jeune
Anglois de 18. ans contracta par um
échauffement, qu'on m'envoya querir : je
le trouvai dans un délire parfait , tel que
le décrit l'Hippocrate Anglois , l'illuftre
Sydenham dans pareil cas , ayant un poulx
extrêmement débile & concentré , une
foif cruelle , & piffant de grandes quan-
1. vol.
titez
1120 MERCURE DE FRANCE .
titez de fang tout pur , pendant que la
petite verole fortoit foiblement ; il n'avoit
été ni faigné , ni autrement vuidé ;
mais l'Apoticaire de la maifon lui avoit
donné des cordiaux , qui avoient encore
augmenté le mal. Le danger viſible me
détermina à effayer la vertu des eaux de
Briſtol ; outre ce qu'il en but fans mêlange
, je lui en fis faire une limonade adoucie
avec du Diacode , au lieu de fucre ;
dans moins de vingt- quatre heures le
délire & le piffement de fang cefferent ,
la petite verole alla fon train , mais fi
lentement , à caufe de la grande perte de
fang qu'il avoit fait , qu'elle ne fut à fon
comble que le vingtième jour de l'éruption
, quoiqu'elle ne fut pas confluente.
Mais , Monfieur , ce qui convaincra
toute perfonne raifonnable du merite &
de la réputation des eaux de Briftol , c'eſt
qu'il y a peu d'Anglois de diftinction
qui s'arrêtent quelque temps à Paris ,
& fe connoiffent fufceptibles ou attaquez
des maladies nommées cy-deffus , qui
n'en faffent provifion , & ne les prennent
même comme un préfervatif contre
les effets des vins & des eaux qu'on boit
communément à Paris.
Pour conclure & ne pas abufer de vôtre
patience , j'ajoûterai feulement à ceci
une Lettre que M. le Docteur Procope
1. vol. m'a
JUIN 1925. 172 1
m'a fait l'honneur de m'écrire au fujet de
ces eaux. Son témoignage doit ajoûter
du poids à ce que j'ai avancé , parce qu'il
parle comme témoin oculaire.
Lorfque les eaux de Briſtol feront
» connues , le Public fentira , Monfieur ,
» que vous lui avez rendu fervice , en les
faifant venir ici . L'Analyfe que M.
» Geoffroy en a faite répond parfaitement
» aux effets qu'elles produifent. J'en puis
parler avec certitude , puifque j'ai été
» témoin oculaire de plufieurs cures ,
qu'on ne peut attribuer qu'à leur ver
tu. En voici un exemple. Madame la
• Ducheffe de Shr...y eut il y adeux ans
» une maladie aiguë. Je fus appellé en
» confultation le fixième jour ; & après
n avoir bien examiné tous les fymptômes,
» je crus trouver des fignes certains d'une
fuppuration interne . Mon avis fut de
»fufpendre tous les remedes , & d'attendre
les mouvemens de la nature . Le
» lendemain mon prognoftic fut confir
» mé. La malade pendant la journée ren-
» dit une quantité prodigieufe d'urine
» purulente & foetide ; les excremens ,
» quoique liez , fembloient être arrofez
» de pus . Nous eumes recours aux eaux de
» Briſtol , dont le feul ufage procura une
guerifon entiere. Ces eaux font excel-
» lentes pour les ardeurs d'urine , pour
1. vol.
les
122 MERCURE DE FRANCE.
les gonorrhées , & fur tout pour les
>> fleurs blanches .J'ai vû plufieurs perfonnes
, qui après avoir pris en vain tous
» les fpecifiques ,qu'on a coutume d'ordon-
» ner pour ces fortes de maux , n'en ont
» été gueris qu'après l'ufage des eaux de
» Briſtol. Je ne chercherai point à expli-
» quer la maniere dont ces eaux operent,
» je ne fyftematife plus , je m'en tiens
>> aux faits l'experience eft au - deffus
» desra fonnemens , & c.
>
MMMMMMMMMMM
LES AVANTAGES DE L'EAU
SUR LE VIN.
STANCES.
LOque vous me blâmez de n'aimer pas
Vin ,
Et de lui préferer cet élement benin ,
Sçavez - vous bien ce que j'en penſe,
C'eft que vôtre palais ufé
Se refu'e à la difference
Pour n'être pas defabufé.
Le Vin pour tant de gens quoiqu'il ait des
appas,
1. vol.
Sans
JUIN
7123
1725.
Sans le fecours de l'Eau ne defaltere pas ,
Sans Eau tout meurt dans la nature
Le Vin lui doit fes bons effets >
Eft-il rien fi fain que l'Eau pure
Et s'en dégoûta - u'on jamais
Pefte foit de Bacchus & de fon jus fougueux,
El remplit le cerveau de vapeurs & de feux ,
Par qui la raiſon éclipſée ,
Fait perdre au coeur le fentiment ,
A l'efprit ôte la penſée ,
Et culbute le jugement.
********************
REMARQUES de M..... fur un
endroit du Pfeaume cxxvij. traduit en
vers François , par M. Moreau de
Mautour.
V
Ous me demandez , Monfieur , des
nouvelles de mes occupations , &
file Mercure de France penetre jufques
dans ma folitude : je vous dirai que l'étude
de la nature fait un de mes principaux
amuſemens , & que le Mercure
qu'on m'envoye regulierement de la Capitale
de cette Province , ne fert pas peu
I. vol.
1124 MERCURE DE FRANCE:
à me fortifier dans ce goût , parce que j'y
trouve fouvent des Pieces intereffantes
fur la Phyfique. Je trouve auffi beaucoup
de plaifir à lire les Pieces de Poëfie qui
y font inferées , furtout à celles où la
nature eft bien peinte. J'ai lû dans cet
efprit les Stances de M. Moreau de Mautour
, fur le Pfeaume cxxvII. inferées
dans le Mercure du mois de Mars dernier.
Il eft vrai que ce fujet à déja été
auffi bien traité par d'autres Poëtes ,
qu'on ne trouve rien de fort neuf dans
cette nouvelle traduction , fi ce n'eft ce
que M. de Mautour a mis dans fa quatriéme
Stance , ou pour rendre ce verſet >
Filii tui ficut novella olivarum in circuitų
menfa tua , il dit :
&
Comme on voit fur les bords d'une vers &
prairie,
Croître de jeunes Oliviers ,
II verra fa race fleurie ,
Croître autour de fa table en nombreux he
ritiers .
Cela , dis -je , me paroît tout neuf , ou ,
pour mieux dire , écrit fans une certaine
attention ; car je vous affure , Monfieur ,
qu'on ne plante point des Oliviers dans
des prairies , ce n'eſt pas là leur place , la
trop grande humidité & les lieux aquati-
(
I. vol .
ques
JUIN 1725. 1125
B
ques ne conviennent aucunement à ces
arbres , lefquels felon le témoignage de
Pline , confirmé par l'experience de tous
les temps , veulent de la chaleur , in calido
& pingui folo , &c. & viendroienț
plutôt fur les colines & fur les montagnes
même , témoin celle des Oliviers
f fameufe près de Jerufalem , qui en eft
encore aujourd'hui toute couverte , que
fur le bord des prairies.
Genebrard expliquant ce même endroit
de nôtre Pfeaume , ficut novella Olivarum
, &c. fait une remarque qui n'eſt pas
ici indifferente. Les enfans du Jufte fleuriffent
dans la maifon de leur Pere , &
profperent fous les yeux , ce qu'ils ne
feroient point ailleurs ; c'eft pourquoi ils
font comparez à l'Olivier , qui feul ne
peut croître & s'élever heureufement que
dans fa Patrie , c'eft- à- dire , dans le terrain
qui lui eft propre ; aucontraire de la
plupart des autres arbres qu'on peut faire
venir ailleurs. Sola olea in proprio & nativo
loco vigere dicitur : reliqua autem
ftirpes etiam alibi plantantur , in alieno
Les Chrétiens Orientaux croyent que les
plus gros de ces arbres du Mont des Olives
font depuis le temps du Sauveur . Leur antiquité
les rend exempt du tribut qui fe paye
en Syrie pour chaque pied d'arbre , & il eft
défendu d'en rien couper.
I. vol .
vide:
1126 MERCURE DE FRANCE.
videlicet folo , & c. Il y a donc un lieu ;
& un terrain particulierement propre
aux Oliviers , & ce lieu , pour le dire
encore une fois , n'eft certainement pas le
bord d'une prairie.
Vous me direz , Monfieur , qu'on peut
paffer cela dans un ouvrage Poëtique
mais je vous répondrai qu'il faut partout
de l'exactitude , & qu'il ne faut jamais
déplacer les chofes ; autrement les bonnes
regles , fondées fur la verité & fur la
raifon deviennent inutiles , c'eſt juſtement
pecher contre le premier précepte
que donne Horace dans fon Art Poëtique.
Nôtre Poëte n'avoit pas befoin d'ailleurs
de mettre ces jeunes Oliviers dans
une prairie , fi ce n'eft peut-être en faveur
de la rime , & de l'harmonie , il pouvoit
imiter Buchanam , qui dans fa Paraphrafe
du même Pleaume , s'eft contenté de
nommer les Oliviers fans leur affigner de
place particuliere .
Ceu plantaria fertili
Pubefcunt olea folo ,
Jucundo tibi liberi ,
Cingent agmine menſam.
M. Godeau , Evêque de Graffe , traitant
le même fujet ,a fait la même chofe ,
I. vol.
&
JUIN 1725.
1127
& fes vers ne cedent ni en nobleſſe , ni
en harmonie , à aucun de ceux qui ont été
faits là-deffus : les voici .
Ses fils à l'entour de fa table ,
Font une couronne agréable ;
Leur beauté croît avec leurs ans ,
Et comme jamais la froidure ,
Note à l'Olivier ſa verdure ,
Ses fils font toûjours floriffans,
Et pour ne point fortir des Livres facrez
, nous remarquerons que c'eſt par
ticulierement dans l'Ecriture que toutes
les convenances ; par rapport aux productions
de la nature , font bien obfervées.
Cela fe remarque , furtout dans le xxiv .
Chapitre de l'Ecclefiaftique , où le Cedre
, le Palmier , le Platane , le Cyprès ,
font placez dans les lieux qui leur conviennent
le mieux ; à l'égard de l'Olivier
l'Auteur facré le met , non pas fur le
bord des prairies , ou le long des eaux ,
mais dans les champs , quafi oliva ſpeciofa
in campis. C'eft ainfi qu'on voit
dans le Pfeaume cxxxvi. quels font les
arbres qui conviennent fur le bord des
rivieres , & qu'on y voit ordinairement
fuper flumina Babylonis .... in falicibus.
fufpendimus organa noftra. Mais c'eft aflez
I, vol.
s'arê
€128 MERCURE DE FRANCE:
s'arrêter fur cette Remarque.
Il me refte , Monfieur , une autre ob
fervation que me fournit le même Verfet
, ficut novella olivarum , & c. Dutemps
de David qui a pris cette comparaifon de
ce qu'il voyoit dans la Judée , on renouvelloit
fans doute , comme on fait partout
ailleurs , les Oliviers par de jeunes
plans , élevez en pepiniere , ou autrement
il eft furprenant que cela ne ſa
pratique plus dans le même Pays , & encore
plus furprenant de ce qu'on y voit
aujourd'hui tant d'Oliviers , tous vieux
troncs , fe portant bien , & produifant
beaucoup ; c'eft , Monfieur , ce que j'ai .
remarqué par toute la Syrie , Province ,
comme vous fçavez , qui comprend la
Paleſtine , & d'autres Regions, toutes fecondes
en Oliviers , plufieurs perfonnes
fenfées & dignes de foy , âgées de près
de cent ans , m'y ont affuré n'avoir vû
jamais planter d'Olivier dans leur Pays ,
ajoûtant que leurs Peres leur ont dit la
même chofe on voit en effet plufieurs
de ces arbres, gros par le tronc , &par les
branches , comme nos plus gros Chênes
avec une élevation proportionnée ; en
forte qu'on ne croit pas d'exagerer , en
difant que plufieurs de ces arbres peuvent
avoir deux ou trois cents ans d'antiquité ,
I. vol.
&
JUIN 1725. 1129
& qui ont la mine de durer encore longtemps.
;
Il femble que la nature ait voulu en
quelque façon dédommager les habitans
de cette Province , du malheur qu'ils ont
de ne pouvoir planter & cultiver leurs
terres avec une entiere liberté ; car les
Turcs , maîtres de ce beau Pays , impofent
une taxe fur chaque pied d'arbre
d'un certain rapport , particulierement
fur les Meuriers , nourriture des Vers à
foye , qui font la principale richeffe des
proprietaires des terres ; ce qui les empêche
de ne gueres planter d'autres arbres
que des Meuriers. Ils ne multiplient point
leurs Oliviers par cette raiſon ; & à l'égard
des Orangers , Citroniers , Grenadiers
, & c. dont on voit une grande abondance
, ils n'en plantent prefque point ;
& c'est une merveille de voir que tous
ces arbres viennent prefque d'eux-mêmes
parmi les arbres fauvages , & produifent
infiniment fans foins ni culture. On peut
en excepter le territoire de Damas , qut
appartient à des gens aiſez , & preſque
tous riches le commerce ,
par
territoire
où l'art & la nature , joints enſemble ,
concourent à l'utilité & au plaifir des habitans
; car ce ne font que jardins & vergers
arrofez par plufieurs canaux , dans
I. vol.
D
lef
1130 MERCURE DE FRANCE.
lefquels on éleve toute forte d'arbres
fruitiers.
Mais revenons à nos Oliviers , qui ne
pouvant pas fupporter la taxe , dont nous
avons parlé , par l'abondance & le bas
prix des huiles dans tout ce Pays , feroient
plutôt une veritable charge qu'un
fecours aux proprietaires de ces arbres. Il
eft toûjours merveilleux de n'en voir
prefque point mourir de vieilleffe , &
qu'enfin l'efpece , fans être renouvellée
fubfifte toûjours , & ne finit point ; enforte
qu'on peut fort bien lui appliquer
ce que Pline a dit fur un autre fujet. Gens
aterna in qua nemo nafcitur. Je fuis , Monfieur
, & c .
Ce 19. Avril 1725,
LE CHRISTIANISME.
ODE de M. de la Vifelede , qui a
remporté le prix de l'Amarante aux
Jeux Floraux de Toulouse en 1725.
Chef-d'oeuvre de la main propice ,
D'un Dieu , dont la puiffance égale la bonté
L'homme créé dans la juftice ,
I. vol. Fut
JUIN
1725. 1132
Fut fait pour la felicité :
Roi de ſes paſſions , épris d'un bien ſuprême ▴
Il goûtoit des plaifirs , avoüez du Ciel même ;
Heureux fans crime & fans effort ,
Paifible Sectateur d'une vertu facile ,
Au fein de l'innocence il trouvoit un azile ,
Contre la douleur & la mort.
Mais que vois- je ! ingrat , infidelle ,
Quand tu combles fes voeux , il viole ta loy✔
Grand Dieu ! la pouffiere rebelle
Ofe s'élever contre toi !
Cet affreux attentat fouleve la nature ;
La foudre va partir pour venger ton injure.
Non , c'eft te venger à demi :
L'homme a pû t'offenfer ! que l'infenfé periffe :
Mais ce n'eft , Dieu puiffant , qu'après un long
fupplice ,
Que doit perir ton ennemi.
Ses triftes enfans avec l'être ,
Reçoivent de fes maux le levain dangereux ;
Coupables avant que de naître ,
En naiffant ils font malheureux.
1. vol, Le Dij
1132 MERCURE DE FRANCE.
Le feu diſpute à l'eau , l'air diſpute à la terre ,
L'avantage fatal de leur faire la guerre ;
Ciel irrité , fufpends tes coups ,
Livre à leurs paffions ces objets de ta haine ,
Leur fougue font pour eux la plus cruelle
peine ,
Que puiffe inventer ton courroux.
Quel fpectacle affreux m'épouyante !
Quels monftres furieux font fortis des enfers !
La vertu fuit , pâle & tremblante,
Le crime inonde l'univers ;
L'adultere , le vol , le meurtre , le parjure ,
Les forfaits , dont le nom fait rougir la natures
Leur afpect me glace d'effroi !
Partout de l'équité , qui gemit enchaînée
Triomphe impudemment la licence effrenées
Les mortels n'ont plus d'autre Loi.
Par des châtimens memorables ,
Tu te vanges , grand Dieu , mais tu frapes en
vain :
Chaque jour de nouveaux coupables ,
Bravent la foudre dans ta mains .
I. vol.
L'hom
JUIN
1725. i135
L'homme au crime enhardi ne craint plus la
juſtice.
Seigneur , que ta bonté l'arrache à ſa malice ,
De tes feux daigne l'enflâmer :
Du celefte féjour hâte- toi de defcendre ,
Viens , parois à fes yeux , pourra-t'il fe défendre
,
De t'obéir & de t'aimer ?
C'en eft fait, mes voeux s'accompliffens,
Le Ciel s'ouvre , la terre enfante fon Sauveur ;
Les enfers vainement fremiffent ,
Leur proye échappe à leur fureur.
Je te vois confonduë , orgueilleufe fageffe ;
L'éternel fe reveft de l'humaine foibleffe ,
Il naît . il vit dans le mépris ;
Eft-ce affez ? tu vas voir un plus grand facrifice,
Le bonheur des mortels dépend de fon fupplice,
Il va l'acheter à ce prix.
Il meurt , mais la mort terraffée ,
Bien- tôt de fes liens le voit fortir vainqueur.
Sa gloire à nos yeux éclipfée ,
Reprend fa premiere fplendeur.
Au retour des enfers , dont il ravit la proye:
1. vol.
D iij Dans
1134 MERCURE DE FRANCE.
Dans les Cieux triomphans il fe fraye une
voye.
Quel bruit , quel feu myſterieux !
Ses enfans font faifis d'une yvreffe divine.
L'efprit Saint les remplit , l'efprit Saint les
domine ,
En a- t'il fait autant de Dieux ?
Quelle doctrine ! quels oracles !
Vont être par leur bouche en tous lieux annoncez
:
Leurs mains prodiguent les miracles ,
Les peuples courent empreffez.
Une foule attentive auprès d'eux ſe raſſemble.
Quel refpect ! quel filence ! ils parlent , l'erreur
tremble ;
Leur voix enfaute les Chrétiens.
Tombés , Dieux impuiffans , vile & frefle ma
tiere ;
Grand Dieu , que leurs Autels foient réduits
en pouffiere ;
Qu'en tous lieux s'élevent les tiens.
Tout prend une face nouvelle ;
A des hommes impurs , injuftes , inhumains ,
Succede une race fidelle ,
I. vol.
Unc
JUIN 1725. 1135
Une nation d'hommes Saints.
Maîtres de leurs penchans , vainqueurs de
tous les vices ;
Triomphans des tourmens , triomphans des
délices ;
Mon oeil les admire étonné !
Portique , ton Heros ne fut qu'un vain fane
tome ;
C'eft dans le Chrétien feul que tu peux trouver
l'homme ,
Tel que tu l'as imaginé.
Ici quelles tragiques fcenes !
Enfaveur de fes Dieux je vois armer l'erreur ,
Partout je vois charger de chaînes ,
Les victimes de fa fureur.
Partout le fer barbare à mes yeux étincelle ,
Des fideles profcrits partout le fang ruiffelle ;
Au glaive ils courent fe livrer .
Dieu ! quelle fermeté ! mais quels tourmens
horribles !
On croit vous faire grace, Athletes invincibles,
Lorſqu'on vous permet d'expirer,
Leur fang verfé devienx fertile ;
Leur cendre reproduit un peuple de Heros ;
I. vol . Diiij
Un
136 MERCURE DE FRANCE.
Un Chrétien meurt , il en naît mille ;
Leur nombre laffe les Bourreaux ,
Seigneur ta main feconde en merveilles fubites,
De leurs perfecuteurs leur fait des profelites =
Le menfonge fuit confterné :
Déja même éclairé de ta vive lumiere' ;
Cefar a fous ton joug courbé fa tête altiere ,
Je vois un Chrétien couronné .
Enfin tranquille & triomphante ,
La verité fe montre aux tranquilles mortels
Des fers , plus pure & plus brillante,
Elle paffe fur les Autels.
Le Trône eft devenu l'appui du Sanctuaire ;
Déja , l'Eglife en fon fein falutaire ,
Réunit cent peuples divers :
Ton oracle eft certain , Seigneur , le dernier
âge.
Là verra , des Enfers bravant la vaine rage ,
Durer autant que l'univers.
L'Auteur avoit choifi pour fa devife ce
verfet du 18. Pleaume : Lex Domini imę
maculata convertens animas .
1. vol. EX
JUIN 1725. 1137
EXTRAIT de la Differtation de M.
de Foncemagne , lue à la derniere affemblée
publique de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , fur le
Droit & la forme de la fucceffion dans
la premiere race des Rois de France.
L annonça par le titre de cet Ouvrage
un Effai de Recherches hiftoriques
Jur le gouvernement des Rois de France
dans la premiere race.
Perfonne n'avoit encore recueilli en un
feul ouvrage , tout ce qui appartient au
gouvernement des Rois Mérovingiens :
Nous en aurons un Traité complet, fi M.
D. F. exécute le deffein qu'il s'eft propofé.
Il donna une idée generale de fon
projet , en communiquant à l'affemblée
les differens articles qu'il entreprendra
de traiter , par autant de differtations particulieres
, en voici la lifte :
ART. I. Où l'on examine fi le Royaume
de France dans la premiere race , étoit
hereditaire ou électif.
ART. II. Où l'on éxamine comment
le Royaume étoit partagé entre plufieurs
enfans du même Roi. Une fuite Chronologique
des Princeffes filles de Rois qui
1. vol. DY
n'ont
1138 MERCURE DE FRANCE.
n'ont jamais efté admifes , ni à partager
avec leurs freres , ni à fucceder au défaut
des mâles , prouvera qu'elles ont toujours
été excluës de la fucceffion au
Royaume par un ufage immemorial de
la Nation que l'on ne trouve fondé fur
aucune difpofition de loy.

ART . III. Quelles étoient les marques
exterieures de la Royauté , quelles étoient
les principales Charges ou Dig de
la Cour de nos Rois , quels en étoient
les amuſemens & les plaifirs .
ART. IV . Des titres que prenoient nos
Rois dans leurs Soufcriptions & de ceux
que leur ont donnez les Empereurs , les
Papes & les Evêques dans les lettres
qu'ils leur ont addreffées .
ART. V. Quelques traits de la Prééminence
de nos Rois fur les Rois voifins
marquez dans ces premiers tems .
ART. VI. Reflexions fur leur Religion
depuis le Baptême de Clovis.
ART. VII . De leur authorité dans les
chofes purement Ecclefiaftiques , telles
que les élections d'Evêques & convocations
des Conciles.
ART. VIII, Du gouvernement militaire
, des déclarations de guerre , de la
levée des troupes , du partage du butin
ART. IX. Du Gouvernement civil, fui-
1. vo!. vant
JUIN 1725. 1139
vant quelle Loi , & par quels Miniftres
la juftice étoit rendue.
ART. X. De la levée des impofts , &
des revenus du Roi.
ART. XI . Des Ambaffadeurs & des
Traitez .
ART. XII. Quelle fut la condition des
Gaulois après l'établiffement des Francs ,
quelle fut celle des Nations Etrangeres
foumifes à leur domination.
ART . XIII . Des Reines , de leur dot ;
& de leurs revenus . Refléxion fur la
pluralité des femmes que nos Rois époufoient.
ART . XIV. Des Minoritez & des Regences.
Le 1. article qui a pour objet la fucceffion
au Royaume , fait la matiere de
la differtation dont nous rendons compte.
M. D. F. y foutient que le Royaume de
France dans la premiere race a efté fucceffif
& hereditaire , dans le fens de l'héredité
lineale & agnatique c'eft-à- dire ,
que le Royaume paffoit neceffairement
du pere au fils ou au défaut des fils
aux plus proches parens mâles , nés de
mâles.
>
La méthode qu'il fuit pour établir fon
fentiment , eft certainement la plus fimple
que l'on ait employée & peut-être la feule
I. vol.
qui D vj
F140 MERCURE DE FRANCE.
qui puiffe mener fùrement à la connoiffance
de la verité. Elle confifte ,
1 A parcourir dans l'ordre chronologique
la fuite des Rois qui fe font fuccedés
; & il obferve , que , fr l'on excepte
les tems de trouble pendant lef
quels les loix les plus faintes font violées
& les maximes les plus anciennes mépri
fées , les fils ont toujours fuccedé à leurs
peres , ou au défaut des fils , les plus proches
parens mâles des derniers Rois .
2º. A citer fidelement les termes mêmes
dont les Hiftoriens contemporains fe
font fervis pour exprimer chaque mutation
de Roi ; & il démontre que leurs
termes bien entendus renferment le droit
d'heredité & excluent toute efpêce d'élection
.
Enfin pour fortifier la confequence qui
refulte de ce double argument , l'Académicien
rapporte plufieurs faits, qui quoiqu'Etrangers
en apparence à la fucceffion
, fupofent neceffairement le droit héreditaire
; parce que , dit - il , ces faits
n'auroient pû être tels ni dans l'efpece
ni dans les circonftances , fi le droit qu'il
foutient n'avoit pas eu lieu.
Toute la differtation fe reduit à cette
analyſe. Il est aisé de juger que le Gazetier
de Hollande n'en a
pas
donné une
idée juſte , quand il a dit que M. D. F.
1. vol.
avoit
JUIN 1725.
1141
avoit prouvé la fucceffion des Rois de
la premiere race en ligne collaterale mafculine
; comme fi l'Academicien avoit
prétendu exclure la ligne directe. On ne
conçoit pas bien ce que le Gazetier , ou
fes correfpondans à Paris , ont voulu faire
entendre.
SONNET de Mile PHeritier fur les
bouts- rimez proposez dans le Mercure
du mois de Mars dernier. A Mile
D ****
E fuis l'orgueilleux fafte & la baffe Lefine ,
JE
Et m'occupe de l'art fi cheri d'Apollon ;
Mais loin que ce bel art m'enfle comme un
Balon ,
Je fçai que de fes tons la critique eft Voifine.
Pour toi , tu fçais charmer bien mieux que
Dans un Hôtel bâti d'un folide
Melufine ,
Moilon ,
Foulon
Te cherit comme on fait une aimable Coufine:
Minerve , qui te luftre au celefte
Tu dépeindrois Brulot , Fregate , Brigantin ,
Ton aiguille fait voir l'oeillet fur le
Satin
1. vol.
Tu
1142 MERCURE DE FRANCE.
Tu parles fçavamment de l'angle & de l'Ovale.
Uranie au fommet du celebre Helicon
T'apprit fi bien le cours du Rhin , du Rubicon ▾
Que la docte Schurman en toi voit fa Rivale.
XX:XXXXXXXXXXXXX
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Dour.
dan le 24. Mai 1725. Réjouiffances
faites en cette Ville à la naiffance de
M. le Duc de Chartres .
E Mardi 22. Mai , feconde Fête de
la Pentecôte, fur les trois heures aprèsmidy
, il fut annoncé par toute la Ville ,
au fon des Timballes , Tambours , Trompettes
, Fifres , & c. que le même foir il
y auroit un Te Deum chanté en l'Eglife
S. Germain , principale Paroiffe de la
Ville
, pour la naiffance de S. A. S. Monfeigneur
le Duc de Chartres , & enjoint
à tous les principaux de la Ville de s'y
trouver.
A l'heure indiquée , tous les Magiftrats
, M. le Lieutenant General à leur
tête , fuivi des Halbardiers & Fufiliers de
la Ville , fe rendirent à l'Eglife , & M.
le Prieur en Chappe , accompagné de fon
I. vol.
ClerJUIN
1725.
1143
Clergé entonna le Te Deum , qui fut
chanté en Mufique ; enfuite les mêmes
Magiftrats fe rendirent à la principale
place , où on avoit préparé un grand bucher
, qui fut allumé par M. le Lieutenant
General , au fon des Timballes , Tambours
, Trompettes & Fifres , & au bruit
de plufieurs décharges de moufqueterie.
Aprés cette ceremonie , on ſe rendit
dans la falle ordinaire d'aflemblée , où il
y avoit un grand repas préparé , & dont
même on fit part à tout le peuple par une
ample diftribution de viande , de vin ,
&c. Sur les 8. à 9. heures du foir tous
les habitans témoignerent leur joye par
des illuminations , & des feux qu'ils firent
devant leurs portes , & par des danfes
, & autres divertiffemens qui durerent
jufqu'au lendemain matin .
Dourdan eft une petite Ville , fituée
dans la Province du Hurpoix, à dix lieuës
de Paris , dans l'appanage de Monfieur
le Duc d'Orleans , & fous fon Gouvernement
; elle est très - ancienne . Louis XIII .
de glorieufe memoire, y a habité quelque
temps , elle eft très -connue par le commerce
, & la grande Manufacture de bas
qui s'y fait.
1. vola
EPI1144
MERCURE DE FRANCE .
Naaaaaaaaaaaaaa
EPITRE de M. Vergier , fervant de
Réponse à une Lettre en vers , que Madame
de Barentin avoit reçûë d'une de
fes amies , 1703 .
Sous les feuillages toûjours verds ,
De ce Mont d'où fans ceffe , avec un doux
murmure ,
Coulent & les chants & les vers ,
Je n'ai jamais dormi , jamais dans l'onde pure,
Des fources qu'il renferme en fon pourtouz
charmant
1
Je n'ai moüillé mes lévres feulement :
Si toutefois avec vous je m'engage ,
A parler le docte langage ,
Qu'on n'apprend qu'au facré vallon ;
Je n'en fais point de vaine excufe ,
Vous me tiendrez lieu d'Apollon ;
Nôtre amitié me tiendra lieu de Muſe ,
Ce n'eft pas la premiere fois ,
Que le fimple defir de plaire ,
De cet art infpira les loix.
Le Dieu même qui nous éclaire
1. vol.
Apollon
JUIN 1725.
1149
t
Apollon à ce feul defir ,
Joint aux charmes d'un doux loifir ,
Doit de fes vers la premiere harmonic
Par une injufte tyrannie ,
Banni des Cieux , il gardoit un troupeau
Sur l'aimable rive d'Amphiſe ;
Il étoit fot alors , comm'eſt tout jouvenceau ,
Mais une Nimphe du ruiffeau
Je crois qu'on la nommoit Cephife ,
Ayant fait à fes yeux briller un oeil piquant ,
De fes attraits fon ame fut éprife ;
Il voulut plaire , il devint éloquent ;
Il fit des vers , il inventa la Lyre ,
Ily joignit les doux fous de fa voix ,
Il fit fi bien qu'à la premiere fois ,
Déja tout l'univers l'admire
Ses chants par leurs accords font treffaillir les
bois ,
Il fufpend les torrens , & leur donne des loix
Pour l'écouter Aquilon ne reſpire ,
Que comme le plus doux zephire ,
Et l'on vit les rochers par cet enchantement
Se mouvoir fur leur fondement.
Jugez ce que devint le coeur de cette Belle ,
1. vol.
1146 MERCURE DE FRANCE.
Je crois qu'elle s'enfuit , du moins elle le dûr
Dieu préferve la plus rebelle
D'un tel danger, fi ce port de falut ,
-Se rencontre fermé pour elle ...
Mais laiffons Apollon pourfuivre fes amours ,
Ce n'eſt pas mon affaire , & ſur pareil chapitre
Je foutiendrois mal un difcours .
Paffons à la galante Epître ,
Que de vôtre part je reçois ;
Vôtre tendre amitié pour moi ,
Dont elle peint le caractere ,
Me la rend précieuſe & chere ;
Vous en deviez retrancher feulement
Toutes les louanges flateuſes :
Telles douceurs ne font point amiteufess
Le coeur parle plus fimplement.
Vous m'affurez que l'aimable foeurette ,
Ne fera point legere ni coquette ,
Et qu'elle en fait fes grands jurons ;
Je le crois avec moins de peine ,
Que je ne crois que nous ne la verrons
Jamais Nayade ni Sirene :
Ces Déitez ne font que vaine illufion
1. vol.
Qu'en
JUIN 1725. 1147
Qu'enfanterent jadis rimeurs cherchant fortune
;
Let Coquettes auffi ne font que vifion ,
D'une jaloufie importune ;
Il n'en eft point , defignez -m'en quelqu'une ,
Par fes façons , par ſes appas »
Et je me rends à cette erreur commune ;
Mais , non , ne la defignez pas ,
Sur ce portrait imaginaire ,
Le monde toûjours mal penfant ,
Croiroit en reconnoître cent.
Il feroit plus, fuivant fa malice ordinaire ,
Leurs noms & leurs furnoms il iroit procla
mer ;
Et que fçait- on ? peut- être iroit- il nous nommer?
1. vol.
LET
148 MERCURE DE FRANCE.
jakakakakakakakakakakak
LETTRE de M. le Beuf, Chanoine &
fous -Chantre de la Cathedrale d'Auerre
, à M. de la R..... fur l'annonce
qu'il a faite dans le Mercure du mois
de Decembre dernier , d'un Projet de
Catalogue general des Manufcrits de
France
L
Es perfonnes, attentives fur le fort
des Manufcrits doivent , Monfieur ,
vous fçavoir bon gré du foin que vous
avez pris de rendre public le Projet d'un
Catalogue general de tous les volumes de
ce genre , qui font dans le Royaume , &
d'encherir même fur celui que les Anglois
ont dreffé de ceux de leur It
pays .
paroît à tous les connoiffeurs qu'on ne
Içauroit rien faire de plus utile pour toutes
les fciences que cet Inventaire general.
les
Quand un père de famille eft mort ,
gens de juftice viennent auffi- tôt mettre
le fcellé dans fa maifon pour conferver
le bien à ſes enfans , & empêcher les diftractions
; pourquoi n'en feroit-on pas autant
des biens fpirituels qui donnent un
pain qui ne perit pas , & qui foutient
1. vol. l'homJUIN
1725:
1149
Thomme beaucoup plus folidement ? (a)
Faute de cette précaution en fait de Manufcrits
, il s'en perd tous les jours fans
reffource , ou parce que ceux qui les
poffedent les prêtent fort legerement &
fans affurance , ou parce qu'ils en laiſſent
enlever par des Relieurs & autres ouvriers
qui les déchirent , les brifent , &
les mettent en oeuvre ; en un mot, qui les
font entrer , comme il leur plaît , dans la
méchanique de leur Art. Ce Catalogue
étant une fois dreffé , les proprietaires des
Manufcrits en deviendront plus foigneux
& plus prudens , & ceux à qui ils auront
été prêtez feront de leur côté plus fideles
à rendre ce qui leur aura été confié. Je ne
parle point de la peine qui fera épargnée
aux gardiens de ces fortes de Livres , d'en
faire un état c'eft une difcuffion qui
pourroit coûter à plufieurs bien des journées
d'une application très-ferieufe. Il
leur fuffira de tirer un extrait de ce qui
les regardera dans cet Inventaire general
, & par ce moyen, qui eft fort fimple,
ils feront affurez de conferver tous leurs
Manufcrits en entier , fans qu'il foit poffible
d'en faire aucune diſtraction , dont
ils ne puiffent s'appercevoir , s'ils veulent
y regarder.
:
(a) Dechery in Not. ad Guibert. Novig. p.
$98.col. 20
I. vol.
Mais
150 MERCURE DE FRANCE.
Mais le plus grand bien qui en reviendra
au public , eft que par là les fçavans
ou ceux qui font curieux d'écrire apprendront
en quel lieu font les ouvrages
dont ils peuvent fe fervir utilement :
'Hiftorien y verra , par exemple , en
quel pays on conferve la Chronique ou
les Annales qu'il cherche , le Theologien
qui veut veritablement étudier à
fond la fcience des Saints , y apprendra
où font les plus anciennes copies des
écrits des Peres , dont le paffage l'embarraffe
: cet autre qui ne s'applique qu'à
la Scolaſtique y connoîtra les Bibliotheques
où l'on trouve les Traitez du Docteur
, dont il examine le fyftême , & ainfi
du refte. Je fuppofe , Monfieur , que
conformément au plan que vous avez
annoncé , l'âge de chaque Manuſcrit
fera marqué , je veux dire , de chaque ouvrage
quel qu'il foit ; enforte que fi l'on
fçait par
le moyen des Bibliothequaires
,
( tels que M. Dupin parmi les modernes
) le temps auquel vivoit tei Ecrivain :
on fçaura par le Catalogue en quel temps
a été écrit le volume ou le cayer que l'on
a de fon ouvrage ; ce qui eft fouvent décifif
en matiere de conteftation. En forte
que le lecteur pourra juger avec plus de
fureté de la bonté des Editions qu'on lui
prefentera , des ouvrages de tel ou tel
I. vol.
Pere ,
JUIN 1725:
Pere , des écrits de tel ou tel Theologien,
& des autres à proportion ; & je ne doute
point qu'on ne parvienne un jour par
à bien des découvertes qui n'ont pas encore
été faites.
pas

L'execution de ce Catalogue ne fera
aifée , je l'avouë : auffi je tombe d'accord
avec l'Auteur du Projet que cet Inventaire
general eft digne de l'attention
du Monarque qui nous gouverne , & que
fi l'on n'eft muni de fon autorité , il fera
difficile d'avoir une entiere communication
de tout ce qui devra être enregiſtré.
(a) Nos Rois de la feconde race ne refuferent
point leur attention à ces fortes
d'ouvrages. Nous lifons que Louis le Debonnaire
prit un foin particulier de faire
dreffer le Catalogue des Manufcrits de
l'Abbaye de Saint Riquier en Ponthieu ,
qui étoit une des plus celebres du Royaume.
C'eſt quelque chofe de curieux de
voir le détail qui y fut fait de tous les
volumes.
Le nombre fe trouva être de deux cens
cinquante-fix , & l'Auteur de ce Catalogue
ajoûte, que s'il eut fait l'Inventaire de
tous les ouvrages qui étoient dans chaque
volume , ils euffent bien monté au
(a) Le Pere Martene décrit naïvement dans
fon premier voyage Litteraire les peines qu'il
a eu en certains endroits,
I. vol.
nom
1152 MERCURE DE FRANCE.
nombre de cinq cens ouvrages , traitez ,
ou livres differens.
Il avoit raifon d'eftimer ces peaux
chargées d'écriture plus que toutes les
terres , metairies & fermes les plus riches.
He ergo , dit-il , divitia clauftrales ,
ha funt opulentia coeleftis vita , dulcedine
animam faginantes , per quas in Centulenfibus
impleta eft illa falubris fententia :
Ama fcientiam fcripturarum & vitia non
amabis . (a)
J'ofe dire ici que fi nous avons aujour
d'hui de fi belles Editions des Peres de
l'Eglife , nous en fommes redevables aux
foins de nos Rois du neuviéme fiecle qui
firent alors tranfcrire les Manufcrits qui
étoient fouvent du fiecle même des Peres
, ou approchant ; mais fi la vigilance
de nos Rois s'étendit jufqu'à faire dreffer
des Catalogues , & à renouveller les Manufcrits
qui pouvoient devenir difficiles
à lire par leur vetufté , ce furent principalement
les Religieux qui y donnerent
leur peine & leur travail . Je pourrois
remonter bien au- deffus du neuvième
fiecle ,
, pour vous faire voir les anciens
(a ) T. iv. Spicileg. p.486 . in Chron. Centul. Il
faut remarquer que l'ancien nom de l'Abbaye
de Saint Riquier étoit Centula , comme de
celle de Saint - Calès Anifola , & ainfi de plufieurs
autres.
I. vol.
MoiJUIN
1725. 1153
occupez
Moines à tranfcrire les ouvrages
des Saints Peres . Vous pouvez juger
de ce que faifoient les Cenobites , puifque
les Reclus travailloient auffi en ce
genre. S. Gregoire de Tours dit de Saint
Leobard , Reclus , proche l'Abbaye de
Marmoutier , qu'une partie de fon travail
des mains confiftoit à copier des Manufcrits
de la Bible ou des Peres . (a)
Pour ce qui eft des Cenobites des moyens
ecles , chacun fçait qu'il y avoit dans
les Monafteres un endroit deftiné pour
faire ces copies , & que cet endroit s'appelloit
pour cela Scriptorium. ( b) Je ne
prétends pas que tous les Religieux fuffent
appliquez à cet exercice ; il n'y
avoit que les meilleurs Ecrivains . Par
exemple , quoi qu'à l'onzième fiecle il y
eut un grand nombre de Religieux dans
l'Abbaye de S. Martin de Tournai , il n'y
en avoit que douze des plus jeunes qui
vacquoient à tranfcrire les Livres. (c)
(a) Greg. Tur. de Vitis Patrum , cap. ult.
(b) Ex vetuftiff. Sacram. Corb. Oratio in
fcriptorio. Benedicere digneris , Domine , hoc
Scriptorium famulorum tuorum & omnes habitantes
in eo ut quicquid divinarum fe: ipturarum
ab eis lectum vel fcriptum fuerit ,
fenfu capiant , opere percipiant ; Per. y
(c) Si clauftrum ingredereris , videres plerumque
duodecim mona hos juvenes in Caihedris
fedentes, fuper tabulas diligenter &
I , vol.
Dans -E
1154 MERCURE DE FRANCE.
Dans le Monaftere de Peſcaire , ou Pefquiere
en Italie , il n'y en avoit principa
lement que trois. ( a ) Il faut croire qu'il
en fut de même à proportion dans les autres
Monafteres , fans excepter les Chartreux
, quoique Guibert de Nogent ait
écrit que dès leurs commencemens ils
formoient une riche Bibliotheque : &
auffi parmi les Cifterciens , quoique ce
foit chez eux qu'on retrouve aujourd'hui
un plus grand nombre de Manufcrits du -
douziéme & treiziéme fiecles . Je ne ſçai
fi ce ne fut point leur exemple qui porta
plufieurs Abbez qui gouvernoient au douziéme
fiecle d'anciens Monaftercs du
Royaume , à donner une attention particuliere
au rétabiiffement de leurs Manufcrits.
Machaire , Abbé d . S. Benoîtfur
1 oire qui vivoit fous Louis le jeune ,
voyant plufieurs de ceux de fa belle Bibliotheque
tomber en poudre , impofa
artificiofe compofitas cum filentio fcribentes .
Unde omnes libro Hieronymi.... beati Gregorii...
B. Auguftini , Ambrofii , Ifidori , Beda , necnon
etiam Domni Anfelmi tunc temporis Abbatis
Beccenfis pofteà verò Cantuarienfis Epifcopi .
tam diligentes fecit defcribi ( Abbas Odo ) ut
vix in aliqua vicenarum Ecclefiarum fimilis
inveniretur Bibliotheca , omnefque pro corrigendis
libris fuis de noftra Ecclefia peterent
xemplaria. Spicileg. T. xij.
(a) Spicileg. T. v . Chr . Pifcar. p . 481 .
ls vol.
une
JUIN 1725. 1155
ane taxe fur fon propre revenu , & fur
les Prieurs , Prevofts , & autres . Officiers
dépendants du Monaſtere , tant pour
acheter
d'autres Manufcrits , que pour avoir
du parchemin propre à les faire écrire .
(a ) L'Abbé de Corbie fuivit cet exemple
, & fit confirmer par le Pape Alexandre
III. la levée d'un certain revenu en
faveur du Bibliothecaire de l'Abbaye. (b)
Mais rien n'approche plus des intentions
que femble avoir eu l'Auteur de l'idée
du Catalogue General , que ce qui fut
fait quelques années auparavant par Arnauld
, Abbé de S. Pierre- le - Vif de Sens.
Ce Monaſtere avoit été brûlé depuis peu,
& les Manufcrits étoient prefque tous
peris . Je ne dirai pas que pour marque
de fon zele il fit acheter une grande
quantité de peaux, qu'il accommodoit luimême
le velin , préparoit les feuilles de
parchemin , ajuftoit les Livres , mettoit
chaque ouvrage dans fon rang. Ce qui
eft plus digne d'attention , ce font les motifs
qui le porterent à en faire faire un
(a) Veteres Confuet. Floriac. Biblioth. Fle
riac. pag. 409.2
(4 ) Dachery in Not, ad Guibert. pag. 598.
La Chronique de l'Abbaye de Beze en Bourgogne
, T. 1. Spirit, nous apprend pareillement
que l'Abbé donna un fond pour les écrivains
& copiftes.
·
I. vol.
E ij
Ca1156
MERCURE DE FRANCE.
Catalogue , & la maniere dont il le fit
executer. Le Moine Clavius qui écrivoit
fa Chronique dans le même fiecle , &
dans le même lieu , marque que cet Abbé
apprehendoit que dans la fuite les changemens
de perfonnes qui n'ont pas fouvent
les mêmes vûës ,.ni les mêmes intentions
, n'y apportaffent du dérangement ,
(a ) parce qu'on ne voit que trop fouvent
que ce qu'une perfonne eftime , eft regardé
comme de peu de valeur par celui
qui lui fuccede , & que quelque prix
qu'on ait tâché de donner aux chofes ,
ceux qui viennent aprés nous les laiffent
perdre ou enlever. Arnaud fit donc faire
un Catalogue exact de tous les Livres
que poffedoit for Monaftere , & menaça
d'excommunication ceux qui par la fuite
feroient affez hardis pour les vendre ou
les donner. Il fembleroit après ce pompeux
exorde de Clavius , que l'Abbé Ar-
(a) Caufam quare nomina librorum notare
difpofuerit, fimplex lector atque prudens invenire
poterit. Timebat enim vir venerabilis
( Arnaldus ) inftantiam temporum , & mutationes
perfonarum , & diverfitates intentionum.
Multo ies enim vidimus . quòd hoc quod
praterita perfona dilexit , hoc fubfequens aut
pa vi pendendum putavit , aut ex toto neglexit.
Igitur nomina futuris defignare voluit , ut
omnes nomina legerent , & lecta memoriâ retinerent.
Tom . 2 Spicil. pagg. 773 • 774⋅ 77§ •*´
1. vol.
naud
JUIN 1725. 1157
naud auroit donné à fon Abbaye des centaines
de volumes . Tout cependant fe réduifit
à dix - huit. Clavius ajoûte que le
dix -neuvième étoit fa propre Chronique
, dans laquelle il avoit fait entrer ce
Catalogue , & que le vingtiéme & dernier
de tous les volumes fut un Tome de
la Bible que l'Abbeffe de Jouarre- en-
Brie leur avoit donné dans l'année
que
le Monaftere avoit été brûlé . Je ne rapporterai
pas ici ce Catalogue ; mais cet
que j'y aime , eft qu'il eſt tout - à- fait détaillé
, & conforme au plan que les Anglois
ont fuivi dans ces derniers temps ;
c'est - à -dire , qu'il fait une énumeration
de tout ce qui eft content dans chaque
volume , quoique ce foient fouvent des
ouvrages fort difparates , & d'une espece
toute differente. L'Abbé de Pontigni qui
fit écrire fur la fin du douziéme fiecle le
Catalogue des Livres de fon celebre Monaftere
, voifin de nôtre Ville , prit auffi
un très-grand foin qu'on y marquât ce
qui étoit contenu dans chaque volume ,
& ce détail a eu fon utilité. C'eſt par là
que j'ai appris que S. Mamert , Evêque .
de Vienne , que perfonne n'avoit mis
jufqu'ici dans le rang des EcrivainsEcclefiaftiques
, peut fort bien y être compris.
Dans le détail d'un volume qui contenoit
fix fermons d'Ives de Chartres , il y
I. vol.
Ę iij
a
1158 MERCURE DE FRANCE .
a pour dernier ouvrage renfermé dans le
même volume : Ordo S. Mammerti Viennenfis
Epifcopi de his qua ad Officium
Miffe pertinent , & de expofitione ejuf
dem. (4) Comme ce Manufcrit avoit été
prêté pour être tranfcrit à une Abbaye
de la filiation de Pontigni , nommée Hegres
dans la Hongrie , un des Bibliothequaires
du treiziéme fiecle avoit foigneufement
mis en marge de même qu'à d'autres
, eft in Ungaria ; & depuis que ce-
Manufcrit avoit été rapporté , il avoit
tiré une ligne fur fa note marginale ; ces
précautions étoient fort fimples , & fort
naturelles , il feroit à fouhaiter qu'elles
euffent toûjours été obfervées aujourd'hui
ce volume ne fe trouve plus à Pontigni
, quelque recherche que j'en aye
faite, & l'ouvrage de S. Mamert eſt peutêtre
perdu fans reflource , à moins que ce
ne foit celui que le Pere Martenne at
donné fous le nom de S. Germain , Evêque
de Paris dans un des Tomes de fon
nouveau Tréfor d'Anecdotes. Il peut
(a) Cet arrangement ne doit nullement furprendre
ceux qui fçavent que les fcribes , ou'
copiftes n'obfervoient par l'ordre des temps
dans un même volume ; mais qu'ils écrivoient
de fuite les ouvrages à mefure qu'on les leur
fourniffoit. Ainfi louvent Bede , Pafcafe , Remi
, étoient au commencement d'un volume ,
& S. Auguftin , ou S. Ambroife à la fin.
I. vol.
avoir
JUIN 1725. 1159
avoir été perdu dans le temps des guer
res comme plufieurs autres. Je fuis perfuadé
que fi le Pere Mabillon l'avoit
trouvé quelque part , il n'auroit pas manqué
de le fervir d'un ouvrage fi venerable
dans fon fçavant Commentaire fur la
Liturgie Gallicane .
Vous me permettrez encore Monfieur
, d'ajoûter à tout ce qui peut fe dire
à l'avantage du Catalogue General des
Manufcrits du Royaume , que je prévois
qu'il fera d'une utilité infinie à ceux qui
entreprennent de compofer des Bibliotheques
locales , telle qu'eft , par exemple
, celle des Ecrivains Chartrains , donnée
par le P. Liron , Benedict. & celle
des Auteurs de Bourgogne que prépare
-M. Papillon , Chanoine à Dijon . De
même qu'en parcourant l'immenfe Cataf
gue des Manu crits confervez dans
toute l'Angleterre , chaque curieux peut
y remarquer les Auteurs : auffi en lifant
celui qui paroîtra pour la France , on
s'appercevra fouvent du nom de certains
Ecrivains , qui jufqu'ici étoient demeurez
inconnus , ou qui étoient reftez
dans l'oubli ; & fur les conjectures que
cette lecture fera naître , on en fera quitte
pour aller fur les lieux confulter les
Manufcrits , ou pour écrire , ou faire
écrire aux Bibliothequaires ; c'eſt par
1. vól. E iiij cette
1160 MERCURE DE FRANCE.
cette derniere voye que j'ai connu un
Theologien Scolaftique de ma patrie , que
j'avois crû être le même qu'Alexandre
de Halez , nom né autrement Alexander
Alenfis , qui fut maître de S. Bonaventure.
J'apprehendois que les Auteurs du
Catalogue ne fe fuffent trompez , & qu'ils
n'euffent pris Alenfis pour une abbreviation
d'Aluffiodorenfis ; mais M. Valker
fçavant Anglois à qui j'avois fait communiquer
mon doute fur les Manufcrits ,
intitulez Alexander Altifiodorenfis , confervez
dans la falle de Milord Pembrok,
par
a levé toute la difficulté la réponſe
qu'il m'a obtenuë. Vous ferez peut - être
bien aife que je vous en faffe part.
J'ai confulté , lui dit fon correfpon-
» dant , les Livres d'Alexander Aliiffiondorenfis
, dont vôtre ami s'informe . Ils
» ne font pas mis à faux dans le Catalogue
, & le nom de l'Auteur n'eft pas
abbrevié comme il le foupçonne ; mais
» il eſt clairement de cette façon : in ifto
» libro continetur Allexder Aliifiodor. Su-
» per 4. fententiarum. Il y en a trois dans
» le Catalogue & dans la Bibliotheque ,
quoiqu'il ne faffe mention que de deux ,
» & les Livres font écrits à peu près dans
» le mê ne caractere que ce titre.
39
Le Bibliothequaire Anglois a eu la bonté
de reprefenter ici ce caractere aflez
1. vol. natuJUIN
1161 1725.
naturellement ; il reffemble à nos gothidu
XIV . . ou xv. fiecle. ques
Ils ont cy-devant appartenu ( les uns «<
ou prefque tous ) à l'Abbaye de S. Ed- «
mond Bury. «<
Le billet du fçavant Anglois nous apprend
trois chofes en peu de mots . i .
Qu'il y a en Angleterre l'ouvrage d'un
Alexander Altiffiodorenfis , qui eft reputé
different d'Alexander Alenfis . 20 Que
fon Manufcrit y eft trois fois ; ce qui peut
dénoter qu'il a enfeigné en Angleterre ,
puifqu'on ne le trouve pas ailleurs . 3°
Que ces trois Manufcrits aujourd'hui exiftans
dans la Bibliotheque , appellée Aula
Pembrokiana , viennent de l'Abbaye de
S. Edmond- Burey . C'eft aux differens
Ecrivains qui raifonnent fur les Auteurs
Ecclefiaftiques à en tirer les confequences
qu'ils jugeront à propos. Si l'Abbaye
de S. Edmond- Burey a été veritablement
fous le nom de S. Edme , Evêque de
Cantorberi , mort en France , & inhumé
à Pontigny , proche Auxerre , il a pû fe
faire affez naturellement qu'un Theolo
gien de l'Eglife d'Auxerre , qui feroit devenu
de fes amis , ou de l'Abbé de Pontigni
, ait été tranfplanté en Angleterre ,
où l'Abbaye de Pontigni avoit plufieurs
biens . Cette rélation de l'une & l'autre
Eglife avoit commencé dès le temps de
1. va!.
E v Saint
**
1162 MERCURE DE FRANCE.
S. Thomas de Cantorberi , prefque cer
ans auparavant. Mais auffi pour une plus
grande fureté , j'aurois voulu que le
Docte Anglois nous eut fait part de la
premiere & derniere periode du Manufcrit
de fon Alexan ler , afin de juger fi ce
n'eſt pas l'oeuvre du fameux Halenfis . La
confrontation auroit été facile, s'il eut été
prié de la faire. C'eſt une femblable confrontation
que je puis regarder comme
le principal fruit du Catalogue General
des Manufcrits que j'efpere devoir être
entrepris tôt ou tard en France . Celui que
le P.le Long,de l'Oratoire, a dreffé de tous
les Auteurs qui ont écrit fur les Livres
Saints , a déja fait découvrir tant de méfes
fur les veritables Commentateurs de
la Bible , que ce n'eft point trop préſumer
, que d'attendre infiniment davantage
d'un Inventaire univerfel de tous les
ouvrages & opufcules qui ont été redigez
en France fur parchenin , ou fur
papier avant la grande vogue de l'impreffion.
Et pour peu que l'Inventaire
foit fuivi d'un certain commerce Litteraire
entre les Gardes des Bibliotheques
fa neufes qui s'entre - communiquent leurs
conjectures fur les Manufcrits qui leur
font confiez , on verra plus clair que jamais
dans une infinité d'articles conteftez
pr
1. vol.
fur
JUIN 1725.
1163
fur toute forte de matieres. C'eft à quoi
je puis vous affurer que les perfonnes
ftudieufes portent leurs voeux , convaincues
par avance de l'extrême utilité dont
fera un Catalogue General des Manuf
crits , s'il eft executé de la maniere dont
vous l'avez annoncé.
Au refte , quand j'ai dit que ce font
les Moines qui nous ont principalement
tranfmis les Ecrits des anciens , je n'ai
pas prétendu exclure les Chanoines. Je
fçai que les Reguliers en tranfcrivoient.
dans leurs commencemens . Les Chanoines
Seculiers avoient auffi parmi eux de
temps en temps des perfonnages laborieux
qui fe faifoient un plaifir de renouveller
les Manufcrits. Et files Religieufes
ne regardoient pas cet ouvrage audeffus
de leurs forces , comment les Chanoines
Seculiers auroient - ils pû fe croire
incapables , & hors d'état d'y cooperer ?
Ce que j'ai donc voulu dire , eft que la
plus grande partie des Manufcrits qui
exiftent de nos jours , & qui font le merite
des Bibliotheques , font un effet du
travail des Religieux , & qu'il eft de
notorieté publique , que c'est dans les
Monafteres qu'on a été encore plus foigneux
à en conferver un plus grand nom
bre , que dans la plupart des Eglifes Se-
1. vol. E vj
culie
1164 MERCURE DE FRANCE.
culieres (4 ) Je fuis , Monfieur , &c.
A Auxerre , le 1. Mars , 1725 .
( a ) Je n'oublierai jamais qu'un Tailleur
d'habits m'a dit vingt fois qu'un Archivifte ,
ou Garde-Titre d'un Chapitre lui avoit fourni
pendant vingt- deux ans des cayers de fort
beaux Manufcrits de grand in -folio qui lui
ont fervi à faire des bandes pour prendre la
mefure des habits qu'il faifoit . Il m'en a fait
voir une fois quelques reftes où il étoit encore
facile d'appercevoir que c'étoit des Manufcrits
des ouvrages de S. Auguftin d'un caractere du
XII. fiecle au moins.
PREMIERE ENIGME.
N ne fçait pas trop bien mon origine , \
Sous ce Roi qui dût tant au bras d'une
Heroïne ,
De me fixer des loix on trouva le chemin ;
Des deux genres je fuis , quoique du feminin
Tantôt riche , rare ou commune ,
On me vit quelquefois feconder les amours ,
Près d'un Henry ramper toûjours :
Briller partout dans Rodogune ;
Mais c'eft trop me couvrir de traits miſterieux,
Lecteur , je fuis devant tes yeux.
P-J. M ***** de Blois.
1. Vol.
DEV.
JUIN 1725.
J
DEUXIE'ME ENIG ME.
Sur l'Air : Réveillez- vous , & c.
E fuis jeunette & délicate ,
Ma beauté me fait rechercher ;
Et quoique mon teint vif éclate ,
J'ai pourtant le coeur de rocher.
TROISIEME ENIGME.
E
Nnemi juré du chagrin
Je fuis de près le Dieu du Vin ,
Quand je m'unis au Dieu des Songes ,
J'attrifte & réjouis par differens menfonges ;
Du fexe quand je veux j'augmente les appass
Il peſte contre moi quand je ne le veux pas ,
Je fufpens la mélancolie ,
Des maux les plus cruels je calme la furie ,
On ne peut bien fouvent pour me trop exciter
M'interrompre ni m'arrêter.
Je crains fort du caffé la liqueur ennemie ,
Ami de la pareffe à fes loix je ſouſcris ,
Et pour récompenfer nos zelez favoris ,
Elle & moileur ôtons la moitié de la vie.
I.

ol.
La
1166 MERCURE DE FRANCE.
Le Moulin , Colin - Maillari , la Puce ,
font les mots des dernieres Enigmes de
Mai.
NOUVELLES
C
LITTER AIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Lovis , Poëme dedié au Roi. A Paris
, chez Piffot , Quay des Auguf
tins , 1715. in 8 ° p. 172. fans la Preface .
Le Chevalier de S. Difdier vient de
donner huit chants de fon Poëme de Clovis
pour fonder le jugement du Public ,
comme il le dit lui- même dans fa Preface
, qui n'eſt pas moins fage que bien
écrite. Jamais ouvrage n'a été reçû plus
favorablement , les Auteurs & les Poëtes
ont été les premiers à l'approuver. I
eft dans les mains de tout le monde , &
les gens qui ont le plus d'efprit , & qui
font du meilleur goût le relifent avec
plaifir . On fouhaite avec empreffement
que l'Auteur l'acheve au plutôt ; fa reconnoiffance
envers le Public doit l'y
engager.
Le fujet eft important , il renferme les
I. vol. deux
JUIN 1725. 1167
deux principaux points de nôtre Hiſtoil'établitlement
de la Monarchie , &
celui de la Religion .
L'instruction ou le point de Morale
que l'Auteur tire de fa Fable , & qui
fert de fondement au fujet , eft que les
grands changemens n'arrivent dans les
Monarchies que par l'ordre de Dieu ,
dont les plus grands deffeins font d'amener
les Rois & les peuples à la connoiffance
de la vraye Religion ; d'où s'enfuit
l'obéiffance des fujets dûe aux Souverains
que Dieu établit fur eux . L'Epoque
que l'Auteur a choifie eft la feule
qui pouvoit faire naître l'idée d'un nouveau
fyftême fabuleux , & remplir le
Poëme du merveilleux qui en eft l'ame.
Le pallage des Francs du Paganifme
au Chriftianifme , a fait concevoir à l'Auteur
la Metamorphofe des Démons en
Dieux de la Fable : il les fait agir fous les
mêmes noms , les oppofe aux projets de
Clovis ils fortent pour fontenir leurs
Autels . Dieu , l'Eglife perfonifiée , les
efprits celeftes , & les vertus comme autant
d'attributs de Dieu , protegent Clovis
, & le défendent contre les puiflances
infernales . Et c'eft- là le noeud du
Poëme.
L'Auteur n'a pû ouvrir la narration
par le milieu de fon action , comme on
I. vol .
la
1168 MERCURE DE FRANCE.
le voit pratiqué dans l'Odiffée & dans
l'Eneide : il a fallu pour établir fon fyftême
fabuleux entrer en matiere par le
commencement de l'action , & imiter la
conftitution de l'Iliade , & de la Jerufalem
délivrée du Taffe .
Son fujet eft d'une nature à ne pouvoir
faire effuyer à fon Heros , ce qu'éprouvent
ceux de l'Odiffée & de l'Eneïde
: il n'avoit ni mer à courir , ni terres
étrangeres à aborder , ni peuples extraordinaires
à voir ; il falloit d'autres tempêtes
, d'autres dangers , & d'autres obftacles
que ceux qu'employent Homere
& Virgile ; il n'avoit qu'un fleuve à
oppofer à Clovis , mais affez grand pour
arrêter fon armée ; il lui fait bâtir un pont
& en interrompre le travail par divers
incidens qui reculent le paffage de ce
Prince , & qui l'empêchent de traverſer
le Rhin une quinzaine de jours plutôt
qu'il auroit pû le faire.
Les obftacles font ici autant d'Epiſodes
neceffaires & intereffans , qui naiſſant du
fond de l'action , fe lient intimement les
uns aux autres , & ne forment qu'un tout.
Le Heros toûjours en peril infpire cet
intereft continuel & preffant qui émeut ,
attache l'efprit , & qui répand fur tour
l'ouvrage un charme puffant .
Albione chaffée d'Angleterre par fes
1. vol.
peuUIN
1725.
1169
L
"
peuples , eft le fujet du premier Epiſode ,
& forme le premier obftacle ; elle vient ,
conduite par Venus & l'Amour , implorer
le fecours de Clovis , & elle y eft
entre les François & les Anglois le principe
de cette jaloufe émulation que Didon
fait naître dans l'Eneïde entre les Romains
& les Carthaginois.
Le débordement du Rhin qui brife le
pont eft le fecond obftacle. Le troifiéme
eft dû à la jaloufie de deux Princes du
fang de Clovis , amoureux de fa foeur
Lantide : ces deux Rivaux dans la nuit
veulent fe battre à la tête de leurs troupes
un pareil combat n'auroit pas manqué
de jetter le trouble dans l'armée &
de la diffiper. Clovis paroît & fait tout
rentrer dans le devoir . Le dernier obſtacle
eft pris dans la Religion .
L'Oracle pour rendre les Francs victorieux
des Romains & des Gaulois , demande
qu'on verfe le fang de Francus .
L'Auteur a fait voir dans fon troifiéme
chant queClovis & les Princes de fon fang
defcendent de Francus . Le Grand- Prêtre
explique l'Oracle contre Lantide : ſon frere
& fes Amans s'oppofent à ce facrifice :
le camp aveuglé par la fuperftition , 'veut
pour triompher des ennemis immoler
Lantide ; deux partis fe forment , on donne
le fignal du combat. Les traits volent
I. vol.
déja
1170 MERCURE DE FRANCE.
déja lorfque Lantide eft fauvée , & un
fcelerat qui fe difoit du fang des Rois ,
perit . Le Grand Prêtre & les Francs s'imaginent
avoir par fa mort accompli l'Oracle
, le pont eft achevé , & on paffe le
Rhin.
Clovis entre avec fon armée dans la
Foreft des Ardennes . Dieu pour l'exciter
à remplir fes deffeins , lui fait voir toute
fa pofterité.
Cet Epifode & celui d'Albione font
des imitations de l'Eneïde ; mais l'Au
teur n'a point fervilement fuivi fes modeles
, il a très - heureufement placé ce
qu'il a imité d'Homere , de Virgile &
du Talle. On trouve que la fagefle , la
grandeur & la magnificence fe trouvent
répandues fur tout l'ouvrage , les moeurs
de fes Heros y font poëtiquement & moralement
bonnes ; les bienféances y font
gardées , les bonnes moeurs & les chofes
Saintes y font refpectées ; tout y
refpire
la vertu , tout y tend à la gloire de
la Religion , & à celle de la Nation.
L'Auteur allie le jugement à l'imagination
, la fageffe à la vivacité , fon feu
n'eft point un de ces feux legers qui s'évaporent
& ne brillent que par bluettes
; c'eft une lumiere toûjours égale , fes
defcriptions font fuperbes , fes comparaifons
font juftes , fes fentimens font éle-
1. vol.
vez ,
JUIN 1725. 1175
vez , fes portraits , fes caracteres font
vrais & foutenus . La haine , la jaloufie
, l'ambition , l'amour , toutes les
paffions y font peintes avec tant de force
, que le Pocte fait reffentir aux Lecteurs
tout ce qu'il exprime , : Ce n'eft
point ici un ftile d'Antithefes & d'Epigrammes
, il s'en elt fait un nouveau &
propre au genre Epique , fes expreffions
font fortes & majeftueufes , mais jamais
trop recherchées ; fa verfification natu
relle noble & harmonieufe eft d'une
beauté égale on ne rencontre point à
chaque pas des vers entiers ou des hemi-
"
ftiches de nos meilleurs Poëtes.
Ce Poëme a d'autant plus furpris , qu'on
s'attendoit moins à le voir paroître il a
diffipé les ombres du préjugé & confondu
l'injuftice des efprits prévenus qui foûtenoient
obſtinément que le génie de notre
Nation & de hotre Langue n'étoit pas propre
pour l'Epopée : nous avons enfin un
Poëme Epique. Le Chevalier de S. Difdier
montre qu'on peut en faire un bon , &
nous donne cette gloire que les Nations
voifines s'imaginoient que nous ne pourrions
jamais acquerir.
La coutume eft d'in ferer dans les Extraits
les plus beaux endroits des ouvrages , ils
font dans ce Poëme en fi grand nombre ,
qu'il faudroit prefque tout extraire , & le
1. vol.
choix
1177 MERCURE DE FRANCE.
choix en eft fi embarraffant qu'on fe contentera
des premiers qui tomberont ſous
les yeux. L'Auteur dans le premier chant,
fait ainfi la deſcription des Alpes .
Le Char fond tout- à- coup fur les Alpes chenues
;
Ces monts , dont le fommet eft couronné de
nues ,
De loin femblent porter le lourd fardeau des
Cieux ;
La neige eft par monceaux fur leur front fpacieux
,
De leurs flancs entr'ouverts mille Sources
jailliffent ;
Qui courant ſe chercher à chaque pas groffif
fent ,
A travers les Rochers torrens impetueux >
Et dans les champs voifins fleuves majestueux.
:
Il ne réuffit pas moins bien quand il
peint quelqu'un de fes Perfonnages on
ne fera pas faché de voir comme il touche
le portrait du jeune Segefte dans le troifiéme
chant au milieu du feſtin que Clovis
donne à Albione.
Des nombreux Efchanfons la diligente Troupe
Préfente la liqueur qu'on boit à pleine coupe .
Leur Chef a nom Segefte , & de fes heureux
jours
I. vol.
Seize
JUIN
1173
1725.
Seize Printems à peine accompliffent le cours .
Il est l'unique efpoir d'une Mere affligée ,
Qu'en des pleurs éternels fon abfence a plongée
:
Par des foins affidus elle a formé fes moeurs
Ce Fils modefte & doux s'attire tous les coeurs
Il joint à la beauté la valeur & l'adreſſe ,
Laiffe voir la prudence à travers la jeuneſſe
Et Diſciple à la fois & Rival des Guerriers
Brûle d'aller bien tôt fe couvrir de Lauriers .
Le Poëte fait prendre à l'Amour la forme
de ce beau Guerrier , & en lui faifant
verfer à boire à Clovis & à Albione
il le repréfente de cette maniere
Le front paré de fleurs , d'une main ſéduiſante
Il fait briller dans l'Or la liqueur pétillante ,
Mêle aux flots du Nectar les craintes , les defirs,
Les refus irritans , les jaloux déplaifirs ,
Les doux raviffemens où l'ame fe déploye ,
Les langueurs , les tranſports , les pleurs nez
de la joye
› Et verſe à ces Amants tous les charmes vainqueurs
Qui fervent à porter fon poifon dans les
coeurs
1. vol.
Pour
1174 MERCURE DE FRANCE.
Pour montrer combien l'Auteur excelle
dans les comparaifons , il fuffira de celleci
qui eft prife du fixiéme chant ; il coinpare
de cette forte les féditieux appaifez
par la préfence de Covis.
Tel à des jeux cruels un Lion deſtiné ,
Furieux de fe voir fur l'arene amené ,
Rompt fa chaîne , fecoue une horrible criniere
Rugit , fe bat les flancs & franchit la barriere :
Tout fuit à fon afpect , tout pâlit de terreur
Mais dès qu'il voit la main qui dompta fa fu
reur ,
Et qui rend fa fierté docile à la menace ,
Il oublie à l'inftant fa force & fon audace,
Il redoute fon maître & l'oeil moins enflamé
Subit en fe courbant le joug accoutumé.
Comme les meilleurs ouvrages ne font
point fans deffauts & par conféquent fans
critiques , nous infererons volontiers
dans notre Journal toutes celles qu'on
voudra nous envoyer, pourveu qu'elles
foient fans partialité & fans aigreur.
HISTOIRE generale d'Efpagne du Pere
Jean de Mariana , de la Compagnie de Jefus.
Traduite en François avec des Notes
& des Cartes. Par le P. Jofeph - Nicolas
1. vol. ChaJUIN
1725. 1175
५. Charenton de la même Compagnie. A
Paris , rue St Jacques , chez le Mercier ,
Lottin , Joffe & Briallon. 1725. 5. vol.
in-4°.
METHODE Courte & facile pour difcerner
la véritable Religion Chrétienne
d'avec les faulles qui prennent aujourd'hui
ce nom . A Paris , rue du Plâtre , chez
Louis Coignard 1725. in.12 . de 283 .
pages.
Bibliotheca Rhetorum , &c . C'eſt - à - dire ,
BIBLIOTHEQUE DES RHETHEURS , Contenant
des préceptes & des exemples ,
tant pour l'Eloquence, que pour la Poefie,
Ouvrage utile aux Difciples & aux Maîtres
. Par le R. P. G. F. le Jai , de la Compagnie
de Jefus 2. vol . in- 4.
Cet ouvrage des plus accomplis qui ait
jamais paru en ce genre , eft actuellement
en vente. A Paris , chez L. D. de la Tour
& Pierre Simon, Imprimeurs du Parlement,
ruë de la Harpe.
CONFERENCE de l'Ordonnance de Louis
XIV. du mois d'Août 1669. fur le fait des
Eaux & Forêts , avec celle des Rois Prédéceffeurs
de S. M. Les Edits , Declarations
, Coutûmes , Arrefts , Reglemens
& autres Jugemens tant anciens que mo-
1. vol.
der1176
MERCURE DE FRANCE.
dernes , rendus avant & en interprétation
de ladite Ordonnance , depuis l'an 1115.
jufqu'à préfent , contenant les Loix Foreftieres
de France. A Paris au Palais ,
chez G. Cavelier 1725.2 . vol. in-4. de
plus de 1600. pages.
TRAITE' du devoir des femmes envers
leurs maris. Systême nouveau . Par M.
D. *** A Paris au Palais , chez Mf
nier, 1725. broch. in 12. de 70. pages.
RELATION du fuccès de l'inoculation
de la petite verole dans la Grande Bretagne.
Par M. Jurin , Docteur en Médecine
& Secrétaire de la Societé Royale de
Londres , traduite de l'Anglois . A Paris,
Quai des Auguftins , chez Piffot, 1725. in-
12.
EXAMEN des Oeuvres de M. l'Abbé
de Brion , Ouvrage en forme de Cathechifme
, dans lequel on découvre le vrai
fyftême de cet Auteur , par un Docteur
de Sorbonne. A Paris , chez Chaubert ,
Quai des Auguftins,
EXAMEN de divers points d'Anatomie ,
de Chirurgie, de Phyfique , de Médecine,
&c. Par Maître Nicolas Andry , Lecteur
Royal , Docteur , Regent de la Faculté
de Médecine de Paris , ci- devant Profef-
1
I. vol.
feug
JUIN 1725. 1177
feur en Chirurgie dans les Ecoles de la
même Faculté , &c. Chez le même.
Le jour de la Pentecôte le Roy enter
dit le fermon de M. l'Abbé de Ciceri' , qui
eft d'une famille dont on a parlé dans
les anciens Mercures , au fujet du feu Cardinal
de ce nom . Le Difcours a été tout-àfait
chrétien , & très - convenable au lieu
où il a été prononcé, comme on en pourra
juger par les traits que nous allons en rapporter.
*
L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de J. C. dans S. Jean, chap. 14. Ego rogabo
Patrem , & alium Paraclitum dabit
vobis , ut maneat vobifcum in æternum
Spiritum veritatis , quem mundus non potest
accipere , c'est - à - dire : Je prierai mon
Pere , & il vous donnera un autre Confolateur,
afin qu'il demeure éternellement avec
vous. C'eft l'Efprit de verité que le monde.
me peut recevoir.
Après l'explication du Texte , l'Orateur
s'eft arrêté ſur ces dernieres paroles :
quem mundus non poteft accipere, & il a
parlé en ces termes :
>> Que cette parole eft terrible , & qu'il
s eft trifte pour nous d'être obligez de
» l'annoncer au monde , & au monde le
>> plus brillant ! Mais je fçai que le GRAND
Roy , devant qui j'ai l'honneur de parnler
, n'eft pas moins le plus Chrêtien
1. vol
F que
1178 MERCURE DE FRANCE.
» que le plus Augufte de tous les Rois ;
Que fa Cour ne feroit point digne de
tui fi elle n'étoit la plus chrétienne auffi-
» bien que la plus magnifique de toutes
» les Cours : Que la pieté de nos Rois a
>> voulu mettre les hommes les plus illu-
» ftres felon le fiécle fous la protection
» du S. Efprit , afin que le glorieux titre
» qui diftingue leur valeur & leur no-
» bleffe , fût pour eux un nom facré qui les
» engageât à fe diftinguer en même tems
par la Religion & par la vertu : Que
» par conféquent je puis préfumer que je
» ne trouverai point ici ce monde infor-
» tuné à qui le S. Efprit fe refuſe , parce
qu'il eft le premier à fe refufer au S.
» Efprit.
»
- >> Je ne craindrai donc pas de dévelop-
» per dans ce Difcours toute l'idée que J.C.
» nous donne de fon Eſprit Saint dans les
>> paroles de mon Texte. La pieté des
» Grands ne nous permet plus de redouter
» leur puiffance , le feul danger qu'il y
» ait pour nous , c'eft que nous ne recher
» chions trop leur faveur ; & fi nous avons
befoin de la Grace de cet Efprit Divin
» c'est bien moins pour foûtenir notre
courage , que pour purifier notre zele.
Ainfi , Meffieurs , je vous repréſenterai
le S. Efprit.
» 1 ° . Comme un Eſprit de verité qui
1. vol.
JUIN 1725. 1179
» a produit dans les Apoftres des fruits
>> merveilleux pour l'établiffement de fon
» Eglife : Spiritum veritatis .
20. Comme un Efprit de fainteté qui
» rencontre dans les gens du monde de
grands obftacles aux operations de la
» Grace : quem mundus non poteft accipere.
» Efprit de verité qui a établi la foy. Ef
» prit de fainteté qui veut regler nos
» moeurs. C'eſt ce qui fera en peu de mots
» le fujet de ce Difcours.
Il a commencé fa premiere Partie en
remarquant que la puiffance de J. C. ne
paffoit pas comme celle des hommes.
» Les Majeftez de la terre , qui font fi
refpectables fur le Thrône , femblent
être aneanties dans le fepulchre . Mais
>> un Homme-Dieu , s'il meurt , c'eſt pour
>> vaincre la mort même. La victoire
>> qui lui coûte tout fon fang , lui vaut
>> auffi tout un Royaume & un Royaume
» éternel qui eft fon Eglife . La vertu in-
>> vifible de fon efprit lui foumet toutes
» les Nations, & le fait regner fur les
» Rois mêmes. Il n'eftjamais plus grand,
plus puiffant ,que lorfqu'il femble n'être
» plus.
Il a fait voir enfuite la puiffance de
J. C. dans le changement des Apôtres
qui étoient auparavant des hommes fimples
& timides, & qui par la vertu du S.
I. vol.
Fij Esprit
1180 MERCURE DE FRANCE.
Efprit furent d'abord remplis de la plus
haute fcience , & animez du plus grand
courage ,fuivant cette parole de S. Gregoi
re Pape : ardentes pariter & loquentes facit.
Ces deux effets font le deffein de la
premiere Partie.
Le caractere des Apôtres lui a donné
lieu de faire remarquer au Roi quel doit
être celui de leurs fucceffeurs , n'y ayant
point de l'rince qui ait un fi grand nombre
d'Evêchez à ſa nomination . » C'eſt
» votre main facrée , qui défigne main-
» tenant les Qints du Seigneur , & nous
» refpectons l'ordre de la Providence qui
» a youlu confier à la fageffe du Souve
» rain un choix qu'elle faifoit dans l'an-
» cien tems par la voix du public. Mais à
» Dieu ne plaife qu'un Prince Chrêtien
» regarde d'un oeil profane un choix fi dé-
» licat , comme fi c'étoit un moyen que
» la Politique lui eût fourni
étendre
fa puiffance , ou comme fi c'étoit un
» droit dont il put ufer fans difcerne→
ment pour marquer feulement la pré-
» dilection . J'ofe dire que la diftribution
» des Dignités du Sacerdoce , eft bient
» moins pour un Souverain la plus. noble
» prerogative de fa Couronne, que la fonc-
» tion la plus redoutable de fon Miniſtere .
» Car fi l'Eglife doit recevoir fes Ponti-
» fes de la main du Prince , il eft jufte
>>
pour
I. vol .
auffi
JUIN 1725.
1181
"
» auffi que le Prince les choififfe felon
>> les loix & l'efprit de l'Eglife , afin
qu'elle n'ait pour fes premiers Pafteurs
que des hommes que les Peuples puif-
» fent fuivre comme leurs guides , & que
» le S. Efprit puiffe reconnoître pour
fes
» Apôtres . - 191
»
Le grand fuccès du Miniftere des Apôtres
lui a donné lieu de faire en peu de
mots des réflexions qui prouvent fenfiblement
qu'il n'y a rien eu que de Divin
dans l'établiffement de l'Eglife , & il les
a terminées par d'autres reflexions propres
à engager particulierement fes Auditeurs
à être fortement attachez à la Religion.
»
>>
» Ce font là , Meffieurs , les Reflexions
qui naiffent naturellement du Myftere
de ce jour Reflexions folides & confolantes
que j'ai crû devoir vous inf-
» pirer , foit parce qu'elles nous rendent
» notre Religion aimable , foit parce que
» j'ai l'honneur de parler devant un Mo-
» narque Chrêtien qui à des raifons particulieres
pour l'aimer.
" Rien n'eft plus glorieux pour les
» Princes , dit St Ambroife , que d'être
>> Enfans de l'Eglife. Mais quel honneur
» notre Ste Religion ne fait- elle pas en
» particulier aux Monarques de notre
» France c'est par elle qu'ils font LES
1. vol. Fiij Rors
1182 MERCURE DE FRANCE.
» ROIS TRE'S- CHRETIENS , LES FILS-
» AINEZ DE L'EGLISE , les Protecteurs , &
» les Bienfaiteurs du S. Siege . Ces Titres
facrez leur donnent dans l'Eglife le
» même rang que la dignité de leur Cou-
» ronne leur donne dans le monde ; &
fi la Majefté Royale les eleve au deffus
» du commun des hommes , la Foy chrê-
» tienne les met au deffus des Rois mê-
20
"
» mes .
le » Faites donc , ô mon Dieu ! que
>> Grand Prince qui m'écoute foûtienne
» une gloire fi pure qui eft fon plus pré-
»cieux heritage ; qu'il aime , qu'il ref-
» pecte notre Sainte Religion , comme le
» fruit de votre Eſprit de verité ; & que
» mefurant fon zele fur ce qu'elle a fait
pour lui , & fur ce qu'il peut faire pour
» elle , il lui rende tout l'éclat qu'il en
"
>> a reçu .
>>
» Et vous , Meffieurs , vous que la foy
» de vos Peres fait regarder comme le
Peuple le plus Chrétien, fouvenez - vous
» que le vrai moyen de participer à la
» gloire du Trône , & de foûtenir celle
» de la Nation , c'eft de vous rendre do-
» ciles à l'efprit de verité & d'être les
plus fidelles Enfans de l'Eglife .
>>
Mais vous furtout , Hommes Illuftres,
» qui êtes fi diftinguez fous le nom du
S. Efprit , apprenez ici par l'exemple
I. vol.
des
JUIN 1725.
1183
·
w des Apôtres , & par le titre même qui
vous fait briller , que c'eft la vertu
de cet Efprit Divin , qui fait les vrais
" Heros ; que la valeur & la Nobleffe
» ne peuvent être dignement couronnées
" que par les mains de la Religion , que
» la marque d'honneur qui vous appro-
» che du Thrône d'un Grand Roi , eft
proprement une marque de Chriftianif
me qui vous approche de la perfonne
» d'un Roi très-Chrêtien ; & que pour
» être dignes de la bienveillance du Prin-
» ce , il faut que vous le foyez de fa Foy.
29
Trois obftacles que les gens du monde
oppofent au S. Efprit , ont fait le plan de
la derniere Partie , fçavoir le déreglement
de leurs affections , la fauffeté de
leur vertus , & l'erreur de leurs maximes.
Il les a tirez du commencement
du livre de la Sageffe dont il a cité les paroles
, & il a fait voir que ces obftacles
étoient plus grands , & plus difficiles à
vaincre dans une Cour ; le premier , parce
qu'on y trouve tout ce qu'il y a de plus
propre à féduire le coeur ; le fecond , parce
que fouvent il n'y a que des vertus
politiques , qu'une pieté fuperficielle ; le
troifiéme, parce qu'on s'y fait des Préjugez
bien oppofez à la veritable idée qu'on
doit avoir de la Grandeur felon l'Ordre
du S. Efprit. Sur chacun de ces Chefs il
I. vol.
Fiiij
a
1184 MERCURE DE FRANCE.
a reprefenté les perils & les devoirs de
la Grandeur , & même ceux de la Royauté
, & tous ces traits ont fait remarquer
qué fon Difcours avoit été fait uniquement
pour un Auditoire fi Augufte . Mais
les bornes que nous nous prefcrivons me
nous permettent pas de les rapporter ;
nous ajoûterons feulement la Priere par
laquelle M. l'Abbé de Ciceri finit en demandant
pour le Roy les fept dons du
S. Efprit

» Efprit Divin , Efprit de lumiere
» & de fainteté , Efprit Tout- Puiffant
c'est par vous que regnent les Rois ;
>> mais en vain ce jeune Monarque regne-
>> roit-il fur les hommes par votre ordre ,
» s'il ne regnoit fur lui - même par votre
» Grace. Vous l'avez formé pour vous
>> par les mains d'un digne Pontife qui
>> lui a fait comprendre l'obligation de
» vous fervir , & vous le formez encore
» pour nous. par le miniftere d'un grand
» Prince , qui lui apprend l'Art de nous
>> commander : Achevez donc en lui ce
» que vous avezfi heureufement commen-
» cé ; & verfez dans fon Ame Royale ces
>> dons précieux dont vous êtes la fource ,
» & qui font fi neceffaires aux Rois . Ac-
» cordez lui le don de fageffe pour le fi-
» xer à l'étude de fes devoirs & à l'exer-
» cice de fon Miniſtere : le don d'intel-
1. vel.
li
JUIN 1725. 1185
ligence pour l'éclairer dans le difcerne-
» ment qu'il doitfaire du bien & du mal ,
>> afin qu'il ne foit point féduit par fes
» propres paffions , ni furpris par celles
» des autres : le don de confeil , afin
» qu'il fe regle par la prudence & par
» la juftice dans la difpenfation des em
plois , dans l'ufage de fon autorité
» dans les deffeins de fa politique
» le don de force pour l'affermir con-
>> tre les tentations de l'orgueil , con-
» tre les attraits de la volupté , contre les
>> attaques de la flatterie :le don de ſcience ,
» qui fera en lui , & la fçience du gouvernement
pour le bien de fes fujets , &
>> celle du falut pour fon propre bonheur :
» le don de pieté , afin qu'il ait le coeur
» plein de zele pour vos interêts , de ferveur
pour votre fervice , de douceur ,
» de clemence , de tendreffe pour fon Peu-
>> ple : le don de crainte , afin qu'il vous
» craigne, & fe craigne lui - même, d'autant
> plus qu'il n'a rien à craindre de la part
» des hommes. Enfin , Seigneur , formez
» en fa Perfonne facrée un Roi felon võ-
» tre coeur, qui foit pour les meilleurs de
»tous les Sujets le meilleur de tous les
Souverains qui juftifie dans la fuite
» les efperances qu'il donne aujourd'hui
» à fes peuples parfes pieufes difpofitions ,
» qui comble leur bonheur par la gloire
.
1. vol.
Fy
de
1186 MERCURE DE FRANCE.
» de fon
gouvernement
, par la profpes
» rité de fon regne , par la durée de fes
» jours , & qui après avoir dignement
» porté la Couronne que vous lui avez
donnée fur la terre , puiffe recevoir
»≫ celle
»
»
le Cue vous lui avez preparée dans
Le fieur Barois a mis fous preffe un
Ouvrage dont voici le titre : Hiftoire generale
des Auteurs Sacrez & Ecclefiaftiques
, qui contient leur vie , le catalogue ,
la critique , le jugement , la Chronologie,
l'analyse , & le denombrement des differentes
éditions de leurs Ouvrages ce qu'ils
renferment de plus intereffant fur le dogme,
fur la morale fur la difcipline de l'Eglife
l'Hiftoire des Conciles , tant generaux
que particuliers , & les Actes choifis
des Martyrs. Par le R. P. Dom Remi
Ceillier , Benedictin de la Congregation de
S. Vanne & de S. Hidulfe , Coadjuteur
de Flavigni.
Le titre feul de cet Ouvrage , qu'on imprime
en plufieurs vol . in-4 . en fait connoître
le deffein & l'importance. L'Auteur
relevera M. Dupin fur plufieurs endroits
de fa Bibliotheque des Auteurs Ecclefiaftiques
où ce fçavant docteur a fait
plufieurs méprifes. D. Ceillier eft deja
connu dans la Republ . des Lettres par
Apologie de la morale des Peres , qu'il
JUIN 1725. 1187
publia à Paris en 1718. Il prie les Sçavans
qui auront quelques mémoires à
lui communiquer , d'avoir la bonté de
les addreffer au R. P. D. Jacques Boyer
Benedictin aux Blancs-manteaux , ou au
fieur Barois , Libraire , ruë de la Harpe,
vis-à- vis le College d'Harcourt.
Dom Riclot de la même Congregation
de S, Manne , qui a donné au public
une excellente Paraphrafe des Epitres
de S. Paul , en fait imprimer une des fept:
Epitres Canoniques .
Le 13 de Mai , le Chevalier Bignon,
neveu de l'Abbé Bignon , & fecond fils
de feu M. Bignon Intendant de Paris ,
fit dans la Bibliotheque du Roi , un
Exercice fur l'Hiftoire , fur la Chrono--
logie & fur la Geographie. Il eut pour
interrogateurs M. de Lagni , de l'Académie
des Sciences , Mrs Burette , Hardion
& Sallier de l'Académie des Belles
Lettres ; l'Abbé Alari de l'Académie Françoife
, M. Secouffe , de celle des Belles
Lettres , & Mrs de Boze , Danchet
& Boivin , de l'Académie des Belles-
Lettres , & de l'Académie Françoife.
Ces Meffieurs , l'interrogerent fur la Pe
riode Julienne , fur l'ancien Calendrier ,
fur la reformation de ce Calendrier par
le Pape Gregoire XIII. fur la Genea
I. vol.
Dvj logie
1188 MERCURE DE FRANCE.
logie & la Vie du premier Cirus , fur
les differences des deux principaux fyftemes
de Chronologie , fur le détail des
obfervations aftronomiques , qui fixent
l'époque des Olympiades fur l'année dans
laquelle a commencé l'Ere Chrêtienne ,
fur l'Hegire , fur l'antiquité de quelques
Manufcrits de Jofeph T'Hiftorien où
l'on trouve le paffage , qui fait mention
de Jefus Chrift , fur la route que tint
Alexandre dans fes conquêtes , & fur celle
qu'il fe propofoit de tenir pour fubjuguer
l'Afrique , & enfuite l'Europe , fur
le tems dans lequel a veca Didon , &
fur le Parachronifine de Virgile , fur la
fondation & les Fondateurs de Carthage ,
fur le nombre & les noins des Princes
qui ont regné dans Troye , fur la naiffance
d'Enée , fur les raifons qu'on a de
croire qu'il n'est jamais defcendu en Italie
, fur le lieu de la naiffance & fur le
genre de la mort d'Homere , & c. Le
Chevalier Bignon , fans paroître rien reciter
de memoite , répondit à toutes ces .
queſtions avec une jufteffe , une netteté
& une précifion qui pourroient faire
honneur à un âge beaucoup plus avancé
que le fien. Il n'a pas encore I 3. ans accomplis
, mais il eft de ces jeunes gens
privilegiés , qui femblent avoir été éxemtés
de paffer par l'Enfance. Ses heureuſes
1. vela
difJUIN
1725. 1180
difpofitions font fecondées par une éducation
excellente , & fans doute unique .
Elevé auprès de M. l'Abbé Bignon , il
eft , à proprement parler , le difciple des
trois Académies. On peut avec raiſon ſe
promettre beaucoup d'un fujet diftingué ,
qui commence à fe rendre celebre dans
un âge où les autres jeunes gens defirent
à peine de le devenir . રે
Le fieur Lagache , d'Amiens en Picardie
, a inyenté plufieurs nouveautez de
Méchanique fimples & naturelles , qu'il
avoit eu l'honneur de prefenter à feu
Monfieur le Duc d'Orleans , qui les ap
prouva le 29. Novembre 1723.
De petits Moulins de bois à mettre
dans la poche , tournant parallelement ,
ou perpendiculairement à l'horifon . Ils
écrafent le grain fi gros & fi menu qu'on
veut , & le plus petit fait en un jour
affez de farine pour nourrir cinquante
perfonnes. Ils écrafent les matieres dont
on tire de l'huile , qu'ils réduifent en
bouillie , au moyen dequoi il en vient
beaucoup plus d'huile que par les mortiers-
L'Auteur a porté de fes Moulins à Effone
, avec lefquels il a broyé les trois matieres
de la poudre à canon , & a démontré
par l'experience que le plus petit de
fes Moulins en fourniffoit dix livres par
1. vol.
heuFI90
MERCURE DE FRANCE .
heure , ce qui furpaffe infiniment le
produit des Mortiers . Ces Moulins ont
encore l'avantage de n'être pas fujets à
prendre feu comme il arrive aux Mortiers.
Le volume de 1722. de l'Académie
des Sciences parle de ces Moulins ,
page 122. article 4.
Des aîles de Moulin de deux pieds &
demi de long qui vont à tout vent reglé ,
même oblique ; on les peut appliquer aux
Moulins fufdits , & s'en fervir utilement
en les ajuftant aux Pompes fur les rivieres.
Des Tirebours d'acier pour arrêter le
dandinement & cahot des Berlines , Chaifes
de pofte & Phaétons ; on les applique
, & on les ôte fur le champ fans
rien ôter ni déranger à la voiture.
Une Houdrageoire à fac pour nettoyer
& curer à peu de frais les ports de Mer ,
Baffins , Etangs , & autres pieces d'eau
qui n'ont point d'écoulement.
Un Soufflet foulant l'eau , dont les
deux battans colent l'un contre l'autre ;
l'eau ne s'embarraffant pas en fortant ,
comme il arrive aux Pompes ordinaires .
Ce Soufflet peut fervir à l'élevation des
Caux par elles -mêmes .
Des aîles de Moulin obliques , avec
un Capeftan auffi oblique qui en fait l'arbre
; on les établit dans un batteau affuré
1. vol,
fur
JUIN 1725.
1198
fur quatre anchres au plus fort courant
de la riviere la plus rapide , d'où un homme
feul peut faire remonter les plus gros
batteaux.
En mettant un bouton à la culaffe du
canon d'un Fufil , ou d'un Piſtolet , l'Auteur
double fa portée , & diminuë de moitié
la poudre , l'experience eft fenfible
fur des piftollets , dont l'un eft ajuſté
avec ledit bouton , & l'autre ne l'eft pas ;
on pourroit auffi appliquer ce bouton aux
plus groffes pieces d'artillerie ; mais bien
plus facilement ajufter le moule de la
piece en la fondant.
La demeure du fieur Lagache eft ruë
Traînée , près Saint Euftache , chez M..
Préaux , Docteur en Medecine , & Profeffeur
Royal.
9.3
M. Roy n'a pas paffé tout le temps
qu'il a resté à la Baftille à ne rien faire
ou à ne faire que des réflexions fur luimême.
Il y a compofé , à ce qu'il dit ,
un Poëme de 7000. vers , dont le fujet:
eft la Conquête du Mexique. Par Fernand
Cortés ,qu'il doit donner au Public.-
On parle d'un autre Poëme Epique
intitulé la Demoniade , qui eft , dit-on
fous preffe . Par M. B ****
Les Titans , autre Poëme Epique ,
vient de paroître.
Jo. Vol. La
1192 MERCURE DE FRANCE.
Be-
La Religion & la République des
Lettres ont fait une perte confiderable en
la perfonne de Dom Julien Garnier ,
nedictin de l'Abbaye Saint Germain des
Prez , dont nous avons parlé plus d'une
fois au fujet de fa nouvelle Edition des
Oeuvres de S. Bafile. Il en avoit déja pu
blié deux volumes , & il travailloit au
troifieme , lorfque fes grandes infirmitez
obligerent les Superieurs de charger de
ce troifiéme & dernier volume le R. P.
Dom Prudent Maran , Religieux de la
même Abbaye , qui travaille actuellement
à remplir l'engagement de fon confrere
, & l'attente du Public. Dom Garnier
mourut le 3. de ce mois , âgé de 54. ans .

Nous venons d'apprendre que le R. P.
Albert , Auguftin Déchauffe , mourut à
Paris au Convent de la Place des Victoires
, le 26. du mois paflé , venant d'accomplit
la 71. année de fon âge. Il s'étoit
acquis beaucoup de réputation par fa
connoiffance des Medailles antiques , dont
il avoit une très-belle fuite en grand &
moyen bronze , & en argent. Cela étoit
accompagné de quantité de figures antiques
en bronze , & en marbre , dont plufieurs
ont été gravées dans le Recueil du
P. de Montfaucon ; de plufieurs bons tableaux
, de divers Recüeils de belles Eftampes
, & d'un nombre infini de co-
1. vol.
quilJUIN
1725. 1193
quilles des plus rares & des plus brillan
tes ce cabinet refte à fon Monaftere .
Le 20. Mai mourut a Wefel M. Paul
de Rapin , Ecuyer- Seigneur de Thoiras ,
après 7. jours de maladie , âgé d'un peu
plus de 64. ans , étant né à Caftres en Albigeois
le 25. Mars 1661. Il avoit été
Capitaine d'une Compagnie d'Infanterie
au fervice du feu Roi Guillaume. Il laiffe
une veuve & 7. enfans , parmi lesquels
il n'y a qu'un garçon . Il avoit heureuſement
achevé fon Hiftoire d'Angleterre
qu'il s'étoit propofé de pouffer jufqu'à la
révolution de 1689. ou l'avenement de
Guillaume III . à la Couronne de la Grande
Bretagne. L'impreffion des tomes 7.
& 8. de cette Hiftoire eft achevée , & ils
feront diftribuez inceffamment . Ce huitiéme
tome finit à la mort de Charles
I. décapité.
On apprend de Vienne que la Bibliotheque
de l'Empereur a été augmentée
de celle du feu Archevêque de Valence ,
que S. M. I. a fait acheter.
>
1. vol.
EX:
1194 MERCURE DE FRANCE .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux
Le 24. Mai 1725. Par M. l'E. à M.
A. au fujet d'une Epitaphe qui fe trouve
dans l'Eglife Collegiale de Poiffy .
V
Oici , Monfieur , une Epitaphe ſur
laquelle je vous prie de confulter
vos amis , puifque perfonne ne peut m'en
donner ici l'explication , & que je ne
connois point d'Hiftoire de France où il
en foit parlé ; je quitte celle du P. Daniel
, qui garde là -deffus un profond filence
; eft il poffible que cet Hiftorien ,
que je préfere à tous les autres , ait ignoré
, ou méprifé cette pièce ? qui me paroît
de confequence pour nôtre Hiftoire.
Buftorum Comitum cujufdam nomen avitum
Gratia dat reliquo Blancha nati & Ludovice
Regibus hii nati ne non Reges habeantur
Vite morte dati celefti fede locantur.
Ces vers font fur une tombe au milieu
du choeur de l'Eglife Collegiale de Poifly.
EXTRAIT d'une Lettre à S. E. M. le
Bailly de Mefmes ,écrite de Malte
en datte du 7. Mars 1725.
M
Es
yeux
font bien foibles encore ,
& m'obligent de me fervir d'une
|
1. vol. main
JUIN 1725.
1195
main étrangere , le Capucin m'a traité
fans l'eau , & m'a attiré la fluxion dans
le derriere de la tête , non fans douleur ,
par des frictions & des ventouſes coulées
, j'ai été délivré.
C'est tout ce que nous avons reçû de
Malthe fur le remede de l'eau à la glace ,
depuis ce que nous en avons dit en dernier
lieu ; mais voici une Lettre qui nous
vient de Provence fur le même fujet.
LETTRE écrite de Marseille aux
Auteurs du Mercure.
' Eau à la glace qui a gueri tant
Lde fortes de maladies à Malthe , &
dont nous voyons les merveilleux effets
dans vos Mercures , n'eft point un reme
de nouvellement inventé. J'ai vû à Toulon
en 1684. M. le Marquis du Quefne,
Lieutenant General des Armées Navales
du Roi , fort ágé , atteint d'une groffe
fiévre , qui faifoit craindre pour fa vie ;
il fut gueri par un remede très particu
lier qu'il s'ordonna lui - même. Il avaloit
cinq ou fix verres d'Eau à la glacé toutes
les fois que le friffon le prenoit. Je l'ai
vû huit jours après fans fièvre , & joüifſant
d'une parfaite ſanté .
1. vol.
EX1196
MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome
le 17. Mai 1725.
Es Auguftins Déchauffez de la Congregation
d'Italie , compofée de huit
Provinces , ont ouvert dans leur Convent
de Jefu -Maria leur Chapitre General
le 5. de ce mois , & le . ils ont
dedié une Thefe de toute la Theologie à
M. le Cardinal de Polignac , Miniftre de
France . C'eſt le P. Euftache , natif de Pa
ris , Bibliothecaire du Convent de la Place
des Victoires , très - connu par la connoiffance
qu'il s'eft acquife dans ce que
l'on nomme la Librairie , & aujourd'hui
Procureur General en Cour de Rome de
la Congregation de France , qui avoit
infpiré ce deffein à fes confreres d'Italie ,
chez lefquels il loge , & qui l'avoit fait
agréer par M. le Cardinal. Cette Eminence
fe rendit le jour de la Theſe au
Couvent deJefu- Maria , avec un cortege
de dix magnifiques caroffes à ſes armes
, fa nombreufe livrée précedant à
pied. Il y avoit fix perfonnes de fa maifon
dans chacun des caroffes . Ils étoient
fuivis de vingt- un autres caroffes où
étoient des Archevêques & Evêques du
Concile , & autres Prélats de la Cour
Romaine , aufquels M. le Cardinal avoit
1. vol.
donné
JUIN 1725. 1197
donné à dîner , tous les François qui
font à Rome fe trouverent à cette Thefe
, pour faire honneur à la nation , y
ayant été invitez par le P. Euſtache , leur
compatriote , qui leur donna toute forte
de rafraîchiffemens. La Theſe fe foutint
dans l'Eglife, qui paffe pour une des plus
jolies de Rome. Il y avoit un Trône élevé
pour M. le Cardinal , & les Prélats
qui l'accompagnoient
furent placez fur
une eftrade à droite & à gauche. Au fortir
de la Theſe toute la nation Françoiſe
s'alla ranger fur deux lignes le long du
Cours pour faluer M. le Cardinal , lorfqu'il
palleroit pour s'en retourner , ce
qui l'obligea de pouffer plus loin juſqu'à
la place Colonne , où ces deux lignes finiflojent.
Lorfque les Superieurs & le
P. Euſtache allerent remercier fon Eminence
de l'honneur qu'il leur avoit fait ,
ils trouverent fes domeftiques en haye
pour les recevoir . Son Eminence . les reçût
avec ces graces qui lui fonti fr naturelles
, donna beaucoup de louanges au
Soutenant , lui , fit l'honneur de l'embraffer
, fit le même honneur au P. Euftache ,
& allura tous les Peres de cette Congregation
d'Italie de fa protection.
En vertu d'un ordre du Pape adreffé
aux Académiciens de Rome , connus fous
1
ε .. 1. vol.
le
1198 MERCURE DE FRANCE.
le nom d'Arcadi , le Chevalier Bernar
din Perfetti , qui poffede au fuprême degré
le rare talent de faire d'excellens
vers fur le champ , & de préluder de la
voix , mieux qu'aucun Muficien ne le
fait fur les inftrumens à vent & à cordes
fut examiné le 10, Mai par 12. des plus
celebres de ces Académiciens , au fujet
de la Couronne de Laurier que S. S.
doit lui faire donner au Capitole , comme
une marque de diftinction ; de quoi
il n'y a point eu d'exemple depuis Petrarque.
On apprend de Petersbourg qu'on y
travaille par ordre de la Czarine aux
modeles de deux Statues Equeftres du feu
Czar qu'on doit fondre en bronze , &
que S. M. Cz. a deffein de faire placer
devant l'Amirauté à Peterſbourg , &
dans la place du Château du Cremelin à
Mofcou.
Cette Princeffe fait imprimer en langue
Ruffienne les faftes du feù Czar , fon
Epoux , pour conferver dans fes Etats la
memoire des actions Heroïques de ce
Prince , & l'on affure qu'elle les fera
traduire dans toutes les langues de l'Europe
, pour en diftribuer des exemplaires
aux Etrangers.
>
I. vol .
Les
JUIN 1725. 1199
,
Les curieux nous fçaurons , fans doubon
gré de leur apprendre que fix
grands Tableaux originaux du celebre
Rubens , reprefentans le Triomphe de
l'Eglife , & l'Entrée du Cardinal Infant
qu'on croyoit perdus ou volez , ont été
retrouvez au fommier de la Chapelle
Royale de Bruxelles , dans un endroit
fort obfcur , où perfonne n'avoit été depuis
plus de 25. ans. Ces morceaux
qui font extraordinairement grands , ont
été peints depuis par Rubens , on en voit
de pareils en Efpagne dans le Palais de
l'Eſcurial.
Le 30. Mai , veille de la Fête- Dieu ,
& le lendemain on continua le Concert
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Sacris folemnis , & le Dixit Dominus
Motets de M. de la Lande qui furent
parfaitement bieh executez , les deux excellens
joueurs de violons , dont nous
avons déja parlé , joiierent tour à tour
des pieces de fimphonie , qui furent
très- applaudies ; le même Concert doit
recommencer le 14. Aouft prochain ,
veille de la Fête de l'Affomption , & le
lendemain.
-1. vol.
PRIN
1200 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXX
PRINTEMPS
.
B
Elle faifon ,
Tendre gazon .
Ta verdure eft inimitable ;
Dès le matin ,
Avec Catin,
J'en fais ma table.
L'Amour nous conduit ,
Bacchus nous fuit
A petit bruit :
Dès que la nuit
Le pourfuit ,
Il s'enfuit.
C'eft-là qu'en bonne mere ,
La Reine de Cythere ,
Et la nuit & le jour ,
Fait triompher l'Amour.
6
4. vol. AIR
Printe 1725.
Gracieusemt et
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN 1725 : 201
******************
AIR A BOIRE .
Ris étoit toûjours cruelle ,
Son Berger foupiroit en vain .
Mais il fit tant boire la belle ,
Que tous deux chanterent enfin .
Pour triompher en amourettes .
Les plus tendres fleurettes .
Ne valent pas le vin.
XX :XXXXXXXXXXXX *
SPECTACLES.
EXTRAIT du Mauvais Menage ;
Comedie du Theatre Italien , ou Parodie
Critique d'Herode & de Mariamne
, Tragedie du Theatre François.
ACTEUR S.
Barbarin , Prevôt de Normandie. La
fieur Dominique . Herode .
Mariamne , femme de Barbarin. La
Dlle Flaminia . Mariamne.
Cleon , Colonel de Dragons . Le fieur
Romagnesi. Varus.
1. vol. G Simo
1202 MERCURE DE FRANCE.
Simone , foeur de Barbarin . La Dile la
Lande. Salome .
Maraudin , Procureur. Le fieur Mario.
Mazael.
Joli- coeur , Maréchal des Logis de
Cleon. Le fieur Lelio . Albin.
Arlequin. Le fieur Tomaffin . Nabal.
Greffier. Le fieur Paquetti. Dimas .
Un Matelot, Scaramouche. Un Officier
'Herode,
La Scene eft à Rouen dans la maison
de Barbarin.
O
per
N voit affez les noms des par
fonnages qui entrent dans cette
Piece , que l'Auteur a voulu fuivre la
Tragedie de Mariamne pas à pas ; jamais
Parodie n'eft entrée plus de plein pied
dans la Tragedie qu'elle a voulu tourner
en Comedie , que celle-ci & celle d'Agnès
de Chaillot , & jamais deux Parodies
ne fe font mieux reflemblé qu'Agnès
de Chaillot , & le Mauvais Menage
; auffi perfonne ne doute qu'elles ne
foient toutes deux parties de la même
main. Il est vrai qu'on donne la préference
à la premiere , quoique celle - ci
ait les agrémens particuliers , fur tout du
côté de la Critique . Nous ne la détaille .
rons pas Scene par Scene , comme nous
1
1. vol
avona
JUIN 1725. 1203
avons détaillé la Tragedie qui y a donné
lieu ; nous renvoyons le lecteur à l'Extrait
de la Tragedie que nous avons inferez
dans le Mercure d'Avril. Voici
comment cette Piece a été parodiée .
pas
Simone , foeur de Barbarin , Prevôt de
Normandie ouvre la Scene avec Maraudin
, Procureur. On n'a qu'à fe figu .
rer que c'eft Salome & Mazael . Simone
eft ennemie de Mariamne , fa belle-four ;
rien n'eft plus naturel , & Maraudin eſt
intereflé dans la haine de Simone pour
Mariamne , par des motifs qu'il n'eft
difficile de fuppofer dans un homme de
fa profeffion. Maraudin paroît fort allarmé
du prochain retour de Barbarin , mari
de Mariamne , jaloux & amoureux à la
rage de cette innocente perfecutée. Il
craint que s'il revoit Mariamne , il ne ſe
reconcilie avec elle , malgré les mauvaifes
impreffions qu'on lui a données fur
fa conduite ; mais Simone le raffure , en
lui apprenant que Barbarin , fon frere ,
lui a envoyé un plein pouvoir pour la
faire embarquer & tranfporter en Amerique
, ou pour la mettre dans une maifon
de force. Elle lui dit que tous les ordres
font donnez , & que peut- être fontils
déja executez . Ils s'abandonnent tous
deux à la joye ; mais cette joye eft troublée
dans la feconde Scene . Cleon , Colo-
Je vole
Gij
nel
1204 MERCURE DE FRANCE .
nel de Dragons , ayant appris la violen
ce qu'on étoit prêt d'exercer contre Mariamne
, s'y eft oppofé vigoureuſement
il entre fur la Scene en menaçant Maraudin
de le faire perir fous le bâton , s'il
oſe plus rien entreprendre contre Mariamne.
La troifiéme Scene eft entre
Cleon & Joli- coeur , qui font le Varus
& l'Albin de la Tragedie. Cleon declare
à Joli-coeur , que malgré l'infenfibilité
qu'il avoit eu jufqu'alors pour le fexe ,
il est devenu amoureux de Mariamne .
Cette Scene contient à peu près , tant par
le fond , que par les portraits qui y fent ,
tout ce qu'on a vû dans la derniere Scene
du premier Acte de Mariamne &
d'Herode, Mariamne vient demander un
nouveau fecours à Cleon , pour fe dérober
à la perfecution de fon mari ; elle
veut quitter Roüen où Barbarin doit arriver
le même jour. Elle prie Cleon de
lui accorder une eſcorte jufqu'à Paris ,
efperant y trouver un azile contre la fureur
de fon jaloux . Cleon lui declare fon
amour comme dans la Tragedie ; l'abfence
de Mariamne eft le motif de cette declaration.
Jufqu'à cet endroit la Critique ne
porte fur rien , à moins que l'Auteur de
la Parodie ne fuppofe que l'action même
porte la Critique avec elle , & qu'une
1. vol.
femJUIN
1725 . 1205
femme vertueuſe ne doit point fe fauver
de la maifon de fon mari , quelque mauvais
traitement qu'elle en ait à craindre.
Mariamne reçoit la declaration d'amour
fans colere , de même que dans la Tragedie
; il eſt vrai que l'Auteur de la Parodie
y infere du Comique par cette réponſe
qu'il met dans la bouche de Mariamne
:
Pour la premiere fois , je vous donne beau jeu,
Si vous ne m'entendez , c'eſt vôtre faute , adieu
On a trouvé que cette Critique ne por
te tout au plus que fur la bonté avec laquelle
Marianne dans la Tragedie pardonne
à Varus la témerité d'une declaras
tion d'amour , à une Reine & à une Reine
mariée ; ce que tout le monde a jugé
peu digne de la majefté de la Tragedie ,
& qu'on ne pafferoit pas même dans une
Comedie , tant le Theatre eft épuré.
Cleon accorde à Mariamne l'efcorte
qu'elle lui demande ; elle perfifte dans
fon deffein malgré l'arrivée de fon mari.
Barbarin ſe plaint à Simone des mépris
qu'il vient de recevoir de fon épouſe ,
qui s'eft refufée à fes embraffemens . Il
n'en impute la faute qu'à foi - même , com
me on l'a vu dans Herode ; il veut fe reconcilier
avec fa chere Mariamne ; &
pour y parvenir il prie fa foeur Simone
I. vol.
Giij
de
1206 MERCURE DE FRANCE.
1
de ne plus aigrir par fa prefence la mau
vaife humeur de la femine , & de fortir
de fa maifon ; Simone lui reproche fon
aveugle complaifance pour une époufe
indigne de fon amour ; elle tranche le
mot , & lui dit enfin qu'elle le fait cocu .
Barbarin frappé de cette nouvelle la preffe
de lui nommer le témeraire qui lui
ofe faire un fi fanglant outrage : Simone
eft prête à le fatisfaire , lorfque Maraudin
vient lui en épargner la peine , en
apprenant à Barbarin que fa femme va
partir pour Paris , & que Cleon la lui
enleve. Barbarin furieux court à la vengeance
, if empêche l'enlevement de fa
femme ; ils ont une Scene enſemble qui
eft tout-à- fait d'après celle du quatrième
Acte de la Tragedie. Mariamne lui reproche
les mauvais traitemens qu'il a
fait à fon pere , à fon frere , & à ellemême.
Barbarin paffe de la colere à l'attendriffement
, il dit à Mariamne qu'il
lui pardonne tout quand même elle feroit
criminelle. C'eft ici l'endroit de la Tragedie
qui a paru le mieux critiqué ; on
vient apprendre à Barbarin que Cleon
s'avance avec tous fes Dragons , par ce
vers :
Ah ! voici les Dragons qui viennent , fauvons-
nous.
4
I. vol.
A
JUIN 1725.
1207
A cette nouvelle Barbarin reprend
toute fa fureur , & accable Mariamne
d'injures & de menaces. Elle lui demande
froidement quel nouveau crime elle a
fait depuis le pardon general qu'il a bien
voulu lui accorder . Tout le monde a
trouvé ce trait de Critique très- fenfé
On avoit d'abord fenti dans la Tragedie le
brufque de cette fin de Scene , & peutêtre
n'avoit on pas d'abord approfondi la
caufe de cette impreffion generale. La
Parodie la mise en un plus grand jour , &
il n'y a plus perfonne qui ne fente que
le retour de colere n'eft déraisonnable
que parce qu'il manque de nouveau motif.
Barbarin à la tête de fa Maréchauffée
va combattre Cleon à la tête de fes Dragons
; il en triomphe , & fait partir fa
femme pour le Miffiffipi . On lui vient
apprendre que le Vaiffeau fur lequel
étoit fa Mariamne , s'eft brifé contre un
rocher , & qu'elle étoit innocente ; c'eft.
Arlequin qui fait ce recit dans un genre
de pathetique qui a autant fait rire que
tout ce qu'il y a de plus comique dans la
Piece : Barbarin s'abandonne à la fureur.
Cette fureur a les mêmes fymptômes que
celle d'Herode dans la Tragedies mais
elle n'a pas la même fin . On reffufcite
Mariamne en la faifant fauver par des
Matelots ; un des Acteurs fait entendre
1. vol. Gij
ล พ
208 MERCURE DE FRANCE.
au parterre la raison de ce changement :
c'eft , dit -il , de peur que la Parodie ne
reffemble trop à la Tragedie. Barbarin
annonce aux Spectateurs qu'il va déformais
vivre en très -bonne intelligence
avec fa femme , & c'eſt par là que finit
le mauvais menage.
Les Comediens François ne joueront
pas la Parodie de Mariamne, qu'ils avoient
commencé d'apprendre. L'Auteur n'ayant
pas jugé à propos que cette Piece parut .
M. de la Motte a fait une fort jolie petite
Piece , intitulée le Talifman en profe
, avec un Divertiffement à la fin. Le
fujet eft tiré de l'Oraifon de S. Julien ,
Conte de la Fontaine. Elle a été lûë aux
Comediens , & reçûë le 4. de ce mois .
Nous en parlerons en fon temps.
Les mêmes Comediens vont donner le
Babillard , petite Comedie nouvelle en
vers , de M. de Boiffy. Si elle réüffit nous
en donnerons l'Extrait dans le fecond volume
de ce mois.
Nous renvoyons au même volume à
parler du Danger des Richeffes & des
Confins , du P. D. C. deux Pieces fort ingenieufes
qui ont été reprefentées par les
Penfionnaires des Jefuites du College de
Louis le Grand,
1. vol.
Le
JUIN
1209 1725.
Le 29. Mai l'Académie Royale de
Mufique donna la premiere reprefentation
du Ballet des Elemens , qui avoit déja
été danfé par le Roi , au Palais des Thuilleries
en 1721. Nous en avons donné un
Extrait dans le Mercure de Janvier 1722.
auquel nous renvoyons le Lecteur. Ce
Ballet , dont le Spectacle eft auffi magnifique
que bien entendu , eft compofé d'un
Prologue qui reprefente le Cabos , & de
quatre entrées , l'Air , le Feu , l'Eau &
la Terre. Il eft fort goûté du Public. On n'y
a fait que peu de changemens aux paroles
& à la diftribution des rôles . Ceux du
Prologue font remplis par le fieur Thevenard
, qui reprefente le Deftin , & par
la Dle Lambert qui reprefente Venus ;
les rôles de la premiere Entrée , qui font
Junon , Ixion , Mercure & Jupiter , font
jouez par la Dle Antier , & les fieurs
Thevenard , Tribou & du Bourg ; ceux de
la feconde Entrée , qui font Leucofie ,
Arion & Neptune , par la Dlle Hermance,
& par les fieurs Muraire & du Bourg; ceux
de la troifiéme , d'Emilie , Prêtreffe de
Vefta , de Valere fon Amant , & de l'Amour
, par les Diles Antier & Dun , par le
fieur Dun , & par le fieur Thevenard , &
ceux de la quatriéme Entrée , qui font les
rôles de Pomone, deVertumne, & de Pan,

I. vol. Gy par
1210 MERCURE DE FRANCE:
par la Dile la Garde, & par les fieurs
Muraire & Chaffe.
Le Ballet en general , toûjours compofé
par l'inimitable Pecour , eft enchanté
, & les danfes en particulier font trèsbien
caracterifées , & diftribuées avec art.
La Dile Prevôt y paroît avec des graces
toûjours nouvelles , qui font l'admiration
de tout le monde .
On va preparer le Ballet des Plaifirs
de l'Eté , qui a été reprefenté en 17166
pour être joué après celui des Elemens .
XX :XXXXXXX XXXX : XX
NOUVELLES DU TEMPS .
TURQUIE
E bruit court à Conftantinople , que
fur les dépêches qu'on a reçûës des
frontieres de Perfe , on a envoyé des ordres
au Bicha qui commande les troupes
du Grand Seigneur dans ces Provinces ,
de propofer une fufpenfion d'armes à
Miry- Mamouth , & même de lui offrir
la paix , aux conditions de renoncer à
l'alliance du Grand Mogol ; de renvoyer
le corps de troupes auxiliaires que ce
Prince a fait mettre en marche
joindre aux Rebelles de Perfe ; d'entrepour
fe
1. vol.
tenir
JUIN 1725. 121 E
tenir à fes dépens un corps
de troupes de
22000. Turcs dans la Ville & Province
d'Ifpahan , & de ne rien entreprendre
dorénavant contre les interefts de la
Porte , & d'envoyer au Serrail de Sa Hautelle
un tribut des plus belles femmes de
fon Serrail.
Le Prince de Valachie qui étoit venu à
Conftantinople , par ordre du Grand Seigneur
, pour rendre compte de fa conduite
, s'étant pleinement juftifié des accufations
qu'on avoit portées au Divan
contre lui , a obtenu de S. H. une confirmation
de fa Souveraineté , avec la permiffion
de s'en retourner dans fes Etats.
Outre les préparatifs de guerre que la
Porte fait depuis quelques mois aux environs
de Tauris , on a encore envoyé
20000. Tartares du côté de Babilone , &
les troupes Othomanes qui y font en
quartier , feront augmentées de 8000 .
volontaires , & de 17000. Albanois qui
font prêts à partir pour les aller joindre.
On écrit de Conftantinople qu'on y
avoit eu avis d'Ifpahan que Miry - Ma
mouth avoit fait publier dans toutes les
Villes de la Perfe un Manifefte pour juftifier
la conduite , & pour engager les
peuples à fe joindre à lui ; que la conduite
de cet ufurpateur lui avoit gagné
l'affection de plufieurs Seigneurs du Païs,
I. vol.
G vj qui
1212 MERCURE DE FRANCE.
qui avoient été jufqu'à prefent fideles au
jeune Roi de Perfe , qu'ils étoient venus:
le joindre , & que fon armée étoit prefentement
de plus de cent mille hommes
, fans compter
les troupes auxiliaires.
qui lui étoient arrivées de differens endroits
.
RUSSIE.
Mlogne , a eu depuis peu à Peter-
R le Fort , Envoyé du Roi de Pofbourg
une audience particuliere de la
Czarine , à l'occafion des troubles de la
Pologne , & du mouvement des troupes
des Puiffances Proteftantes ; & le bruit
court que S. M. Cz. lui a fait entendre
qu'elle employoit fes bons offices auprès
de l'Empereur en faveur des Proteftans ,
qu'elle fouhaitoit qu'on leur donnât fatisfaction
, mais qu'elle n'étoit pas encore
difpofée à entrer dans une guerre étrangere
en leur faveur.
On affure
que fuivant les difpofitions
teftamentaires du feu Czar , le Duc d'Holftein
recevra par an cent mille Roubles
fur la recette generale des Finances , pour
l'entretien de fa maifon ,
& que la Princeffe
Czarienne , fa future époufe , aura
un appanage du même revenu.
1.voll
Po
JUIN 1725. 1213
ON
POLOGNE.
N mande de Varfovie qu'un Gentilhomme
qui avoit été au ſervice
du Maréchal de la Couronne , qui vient
de mourir , ayant perfuadé aux Vaffaux
de ce Seigneur Polonois , & à ceux de
quelques autres Grands , de vendre leurs.
effets , & de fe retirer fur les frontieres .
de la Pruffe , plufieurs d'entr'eux s'étoient
laiffez perfuader , & s'étoient attroupez
au nombre de 1500. qu'ils avoient.
déja caufé autant de defordre dans le pays ,
fi
que on en étoit venu à une guerre:
ouverte. On ajoûte que les habitans
effrayez de ces premieres courfes , fe difpofoient
à abandonner leurs maiſons
dans la crainte que la guerre ne fut declarée
; que les Officiers avoient eu beau
coup de peine à les en diffuader , & qu'on
avoit été obligé pour les convaincre , de
contremander le campement qui devoit
fe faire à Landſberg .
Toutes les prétentions que le feu Czar
avoit formées fur certains Fiefs relevans
de la Couronne , ont été abandonnées
par la Czarine , juſqu'à la majorité du
jeune Czarowitz .
1. Viol's
ALLES
1114 MERCURE DE FRANCE . |
O
ALLEMAGNE .
Na imprimé à Vienne le Traité
de Paix qui fut figné le 30. Avril
à Laxembourg par les Miniftres de l'Empereur
, & par celui du Roi d'Efpagne.
Ce Traité ne contient rien de contraire à
celui de la Quadruple Alliance ; les renonciations
reciproques y font confirmées
; il renferme une renonciation formelle
du Roy d'Espagne aux Royaumes
de Naples & de Sicile , une garantie
reciproque de l'ordre de fucceffion , établi
dans les Maifons d'Efpagne & d'Autriche.
L'Empereur promet de faire expedier
à l'Infant Don Carlos , un Decret
d'expectative pour la fucceffion aux Duchez
de Parme & de Tofcane , & de lui
en donner l'inveftiture telle que S. M. C.
la demande , lorfque ces fucceffions feront
ouvertes. L'Empereur & le Roi d'Efpagne
font convenus de conferver jufqu'à
leur mort les titres qu'ils ont pris jufqu'à
prefent ; mais que leurs fucceffeurs ne
porteront que ceux des Etats dont ils feront
réellement en poffeffion . Il y aura
une amnistie reſpective & generale pour
leurs fujets , & ils feront remis de part
& d'autre dans la poffeffion de leurs biens.
Il fera permis aux autres Puiffances d'entrer
dans ce Traité : le terme d'acceffion
I. vol.
fera
JUIN
1725. 1215
fera d'une année. Il contient auffi quelques
articles , par lefquels on regle les
differens furvenus par rapport à la poffeffion
des Palais des Amba Tadeurs , à
Rome , à Vienne , & à la Haye , au payement
des arrerages dûs des douaires des
Imperatrices Marie & Marguerite , à celui
des dettes contractées en Catalogne ,
& dans les Pays - Bas pendant la derniere
guerre pour la fucceffion du Trône d'Efpagne
, & on y eft convenu d'une protection
reciproque pour le commerce.
On dit que pour ce qui regarde l'Ordre
de la Toifon d'Or , S. M. I. auffi bien
que le Roi d'Espagne , demeureront en
poffeffion du droit d'en créer les Chevaliers
; mais avec cette difference que dans
le Collier de l'Ordre des Chevaliers Imperiaux
, il y aura le double Aigle de
l'Empire au- deffus de la Toifon , & dans
celui des Chevaliers Eſpagnols une Tour,
qui eft la Tour de Caftille .
Les Lettres de Kraiova du 23. Avril
portent que le Prince Jean - Nicolas Maurocordato
, Vaivode de Valachie , avoit
obtenu du Grand Seigneur la confirmation
de ce Titre.
L'Archiducheffe Elifabeth , nouvelle
Gouvernante des Pays - Bas Autrichiens ,
partira de Vienne pour Bruxelles fur la
fin de l'Eté : fa Maifon eft toute faite
I. vol.
Com1216
MERCURE DE FRANCE.
confiſtant en un Grand - Maître , un Grand-
Chambellan , un Grand - Ecuyer , deux
Capitaines d'Archers & de Hallebardiers ,
& un Grand - Maréchal ; les Officiers
fubalternes feront originaires des Pays-
Bas.
L
ITALIE.
E Pere Jean- Baptifte Gazzelli de
Turin a été élû General des Theatins
dans leur Chapitre general , tenu à
Rome .
Les Clercs Reguliers de S. Paul , communément
appellez Barnabites , affemblez
à Rome pour leur Chapitre General ,
ont élû le 5. du mois dernier Superieur
General de la Congregation , le Pere Capitain
, de Paris , qui a rempli avec diftinction
les Charges de cette Congregation
.
Le même jour Marc Gradenigo , Evêque
de Verone , âgé de 62. ans , fut élû
à Venife par le Senat , pour remplacer
Pierre Barbarigo , Patriarche de Venife.
Le 6. Mai le Comte de Colloredo ,
Gouverneur du Milanez , accompagné des
Miniftres du Confeil , fe rendit en grand
cortege à l'Eglife de Notre-Dame , où il
entendit la Meffe , après laquelle on
chanta , au bruit de plufieurs falves d'artillerie
, le Te Deum folemnel , par lequel
I. vol. on
JUIN 1725. 1217
on a commencé la Fête publique qu'on a
faite ici à l'occafion du Decret de l'Empereur
, datté du 14. Mars dernier , qui
établit l'ordre de la fucceffion aux pays
hereditaires de la Maifon d'Autriche , &
par lequel l'Archiducheffe Marie- Therefe-
Amelie en eft declarée heritiere , à
défaut d'hoirs mâles , comme fille aînée
de S. M. Imp. les Archiduchefſes fes
foeurs y étant appellées par ordre de primogeniture
après elle , fi elle meurt fans
pofterité ; les Archiducheffes , filles de
I'Empereur Jofeph , après celles de l'Empereur
regnant , & les Archiducheſſes ,
filles de l'Empereur Leopold , après celles
de l'Empereur Jofeph .
Le 8. Mai la grande Princeffe , douairiere
de Tofcane , eut une audience particuliere
du Pape , dont elle prit congé.
S. S. lui accorda le privilege d'entrer
avec toute fa fuite dans les Convents de
Religieux & de Religieufes qui font fur
la route de Rome à Florence . Le 15. le
Pape lui envoya
le corps d'un Saint Martyr
, une Couronne de Lapis , une Medaille
d'or , & pluſieurs pierres précieupour
les Dames de fa fuite. Le 16 .
cette Princeffe partit de Rome pour Lorette
, d'où elle fe rendra à la Cour du
Grand- Duc de Toſcane.
fes
L'état qu'on a publié depuis peu des
1. vol. trou1218
MERCURE DE FRANCE.
Troupes Imperiales qui font actuelle
ment dans la Lombardie , eft de 14420
hommes pour l'Infanterie , de 1914 Cavaliers
& de 1400 chevaux .
On a appris de Boulogne
Dominiquains avoient élu pour leur General
le Pere Thomas Ripolli de Barcelonne,
Provincial du Royaume d'Arragon.
, que
les
Les Dominiquains affemblez à Bologne
pour leur Chapitre General , y ont
élû pour General de leur Ordre le Pere
Thomas Ripoli , Efpagnol .
Sur les conteftations que les Francifcains
Mineurs Conventuels , dit Corde-
Hiers , avoient à l'occafion de l'élection
d'un nouveau General ; parce que les uns
vouloient élire le Pere André Conti
Inquifiteur à Florence , & les autres le
Pere Lucci , Napolitain , recommandé
par le Prince Eugene de Savoye , & par
le Cardinal Cifuengos , le Pape envoya
un ordre au Chapitre de proceder inceffamment
à l'élection , fans quoi il nommeroit
trois fujets , & l'obligeroit d'en
choifir un des trois à l'exclufion de tous
les autres competiteurs . Le 23. Mai l'ordre
du Pape fut executé , & les fuffrages
fe réunirent en fa prefence , en faveur
du Pere Jofeph - Marie Baldrati de Ravene
, Confulteur du Saint Office , Exami
nateur des Evêques , & Theologien du
College de la Sapience de Rome.
JUIN 1219
1725.
1
ESPAGNE.
On fit au commencement de l'autre
mois des Prieres Publiques dans toutes
les Eglifes de Madrid , pour détourner
l'incendie & les autres calamitez dont
étoient menacées les cinq principales
Villes de l'Archevêché de Tolede , par
les Prédictions d'une Religieufe qui paffe
pour une fainte dans l'efprit du Peuple.
Le 18 du mois dernier au matin , le
Roi reçut au Château d'Aranjuez la nouvelle
de la fignature du Traité de Paix
entre leurs M. I. & Cath. Le Roi & la
Reine fe rendirent peu de tems après
dans la Chapelle Royale du Château
où le Te Deum fut chanté par la Mufique
, au bruit de plufieurs décharges de
la Moufqueterie des Compagnies du Regiment
des Gardes . Le foir & les deux
nuits fuivantes il y eut des feux , des illuminations
& d'autres marques de rejoüiffances
, de même que dans toutes
les rues de Madrid , où l'on prépare un
combat de Taureaux . Le Roi accorda le
même jour un titre de Caftille , fous le
nom de Marquis de la Paz à Don Jean-
Baptifte Orendayn , faiſant les fonctions
de Secretaire d'État , pour recompenfe de
fon zele & des foins qu'il s'eft donné pour
la conclufion de ce Traité.
2. vol.
L'In1220
MERCURE DE FRANCE.
L'Infante d'Eſpagne étant arrivée le 16
Mai à S. Jean Pied -de- Port , le 17 au
matin elle fut remife par le Duc de Duras
& la Ducheffe de Tallard , au Marquis
de Santa- Cruz & àla Marquife de
las Nieves. Cette Princeffe fe mit ent
marche fous l'efcorte d'un détachement
des Gardes du Corps du Roi qui l'attendoit
à la fortie de la Ville , arriva le
même jour à Roncevaux , deſcendit à
l'Eglife ; & après y avoir entendu le Te
Deum , chanté par les Chanoines , elle
fe rendit à Burguette . L'Infante arriva
le 18 à Pampelune , au bruit de plufieurs
falves de l'Artillerie des Remparts de
cette Ville & du Château , & elle y fejourna
le 19 pour y voir une courfe de
Taureaux , un feu d'artifice & d'autres
divertiffemens que cette Ville lui avoit
fait préparer ; Elle en partit le 20 pour
aller coucher à Olite , le 21 à Baltiera ,
le 22 à Cintruenigo , le 23 à Agreda ,
le 24
à Almenara , le 25. à Almazan ,
le 26 à Berlanga , le 27 à Altiença , le
28 à Xadraque , & le 29 à Guadalaxara
, où le Roi & la Reine d'Espagne
ont dû fe rendre , pour delà conduire la
Princeffe au Château de Madrid par la
ruë d'Alcala , dans laquelle le Marquis
del Vadillo , Corregidor , a fait élever
plufieurs Arcs de triomphe,
2. vol. PORJUIN
1725. 1228
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne qu'on y avoit
apris de Funchal , Ville capitale de
l'Ile de Madere , que le 18 du mois de
Novembre dernier , veille de la tempefte
qui fit tant de ravage dans le Tage ,
il y avoit eu dans cette Ifle un femblable
Ouragan qui avoit abbatu pluſieurs maifons
de la Ville , & détruit entierement
celle de Macheco , Capitale de la Jurif
diction de la Cofte du Nord , ainfi qu'une
partie de la Ville de fainte Croix .
Le 3 fils du Marquis de Fonteira ;
qui avoit fuivi le Roi à la chaffe de Salvaterre
, eut le malheur de tomber avec
fon cheval dans un marais & de fe noyer,
O
GRANDE-BRETAGNE.
Na appris par les Léttres de la
Jamaique du 2 Mars , que le Pirate
Sprigg avoit pris depuis peu feize bâtimens
dans la Baye des Honduras ; que
Schepton fon affocié ayant fait naufrage
fur-la côte de la Floride , avoit eu le
bonheur de fe fauver dans un Canot ,
avec douze de fes camarades ; mais que
les autres ayant été pris par les Sauvages ,
16 d'entr'eux avoient été mangez , &
les autres conduits à la Havane.
Le Comte de Macclesfied , ci- devant
I. vol.
Grand1212
MERCURE DE FRANCE .
Grand-Chancelier d'Angleterre , fut condamné
le fix de ce mois à Londres par
la Chambre des Seigneurs à une amende
de 30000 livres fterlings envers le
Roi , & à être conduit à la Tour
jufqu'à ce qu'il ait fatisfait ; mais on re-
Jetta à la pluralité des voix la propofition
qui avoit été faite de le declarer incapable
de poffeder aucune charge de
P'Etat , & de prendre féance au Parlement.'
Les Lords Marchemont & Withworth
Miniftres Plenipotentiaires du Roi d'Angleterre
au Congrez de Cambray , en font
partis pour retourner à Londres.
>
Le nommé Robert Harphan , faux-
Monoyeur , a été condamné à mort , &
le nommé Jean Cooper aveugle qui
débitoit cette Monnoye , a été condamné
à cent livres Sterlings d'amende &
à un an de priſon .
MORTS , ET MARIAGES
des Pays Etrange's .
E
Leonor Steward , vieille femme de
la Paroiffe de S. Gilles , âgée de
24. ans fix mois , mourut à Londres le
12 du mois paffé- Elle fut enterrée le
I vol.
furJUIN
1725.
1223
furlendemain quatre hommes des plus
agez qu'on put trouver dans la Paroifle,
marchoient devant le corps , & fix des
plus vieilles femmes portoient le Poële.
Don Manuel Palha- Leitaon , Gentilhomme
de la Maifon de Portugal , Chevalier
dans l'Ordre de Chrift , Secretaire
de la Chambre , Chancelerie & Recompenfes
de la Maifon de Bragance , Charge
qu'il avoit exercé pendant 72 ans ,
& Secretaire de la Chambre , Chancelerie
& Recompenfes de la Maifon de
l'Infantade , mourut à Liſbonne le premier
du mois paffé , dans la 92 année
de fon âge.
Le 23. Mai Don Jacques Milano
Prince d'Ardore , fils du Marquis de
Saint Georges , Grand d'Espagne , & Confeiller
d'Etat de l'Empereur , époufa à
Rome , dans la Chapelle de Sixte , du Palais
du Vatican , Dona Henriette Carraccioli
de la branche des Princes de Santo-
Bono ; le Pape qui leur donna la Benediction
Nuptiale , leur fit fervir un repas
magnifique à Caftel - Gandolfe.
7. vole FRAN1224
MERCURE DE FRANCE.
aaaaaaaaaaaaaaaaa
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
'Infante d'Eſpagne arriva le 13 de
l'autre mois à Bayonne , & logea au
Palais Epifcopal ; elle reçut le même
jour la vifite de la Reine Doüairiere d'Efpagne
veuve de Charles II. Le lendemain
, Dona Loüife Sicardo , Femme de
Chambre , particuliérement attachée à
l'Infante , accoucha d'un fils , , que l'Infante
& le Duc
de Duras
tinrent
fur les
Fonts
. Le lendemain
cette
Princeffe
ren- dit vifite
à la Reine
d'Efpagne
qui lui
fit préfent
d'un bouquet
de diamans
, d'une
montre
d'Or
enrichie
de diamans
& d'au- tres bijoux
de la valeur
de plus
de
200000
liv.
Le Mardi 15. May l'Infante partit de
Bayonne pour aller coucher à Mendioude
, & le 16. à St Jean Pied- de - Port.
Le Jeudi 17. elle fut remife aux Efpagnols
, avec tous les préfens que le Roi
avoit deftiné à cette Princeffe . L'Acte de
remiſe fut dreffé par M. de Leffeville ,
Intendant de la Province , ayant Commiffion
de Secretaire d'Etat , ad hoc.

A. vol.
Os
JUIN 1725. 1225
On apprend de Bordeaux qu'une
troupe d'Ecoliers de cette Ville ayant
voulu entrer à la Comédie fans
payer ,
le Magiftrat avoit augmenté la Garde
qui en avoit tué quatre & en avoit arrêté
quelques-uns .
Il a été ordonné par Arrêt du Confeil
, la Foire S. Lauren : commen-
, que
cera le premier Juillet , au lieu du 24.
Les Plenipotentiaires de l'Empereur
& ceux du Roi d'Efpagne au Congrez
de Cambray , ont pris congé des autres
Plenipotentiaires , qui fe préparent auffi
à retourner chez eux.
Le s . de ce mois , ie Comte Maffei
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi de
Sardaigne , eut fa premiere Audience du
Roy , étant conduit par le Chevalier de
Saintot , Introducteur des Ambaffadeurs .
Le 21. Mai , les Deputez des Etats
de Bourgogne eurent audience du Roi ,
étant conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand -Maître des Céremonies. Ils furent
préfentez par le Duc de Bourbon , Gouverneur
de la Province , & par le Marquis
de la Vrilliere Secretaire d'Etat . La
députation étoit compofée de l'Evêque
de Châlons fur Saone pour le Clergé ,
du Comte de Langeac pour la Nobleffe , &
de M. Bretagne , Maire de la Ville de
Seurre pour le Tiers- Etat , accompagnez
1. vol.
de
H
226 MERCURE DE FRANCE.
de M. Julien Secretaire des Etats , de
M. Chartraire de Bierre , Treforier General
, de M. Porchet , Procureur Syndic
, & de Mrs Proft & Baron de Vachat ,
Syndics de la Breffe & du Bugey.
On a puni très féverement en Bourgogne
plufieurs Vignerons accufez &
convaincus d'avoir arraché les Vignes
de leurs voifins , dans le deffein de diminuer
la quantité du vin de la recolte
prochaine , & augmenter par là le prix
de leurs vendanges . On a arrêté dans
1'Election de Paris divers Payfans , qui
dans la même intention , coupoient & artachoient
les bourgeons des Vignes.
Le 3.0de ce mois , les Marchandes de
Poiffon , de la Halle , la dame Gelée
portant la parole , allerent complimenter
le Roy à Verfailles fur fon Mariage ,
& lui préfenterent un Efturgeon . Elles
furent très -bien reçues on les regala à
dîner par ordre de Sa Majefté: le fur- lendemain
elles firent chanter un Te Deum
avec beaucoup de folemnité dans l'Eglife
de S. Euftache , où M. le Lieutenant
General de Police affifta. Le foir il y eut
de grandes rejoüiffances à la Halle &
dans les rues voiſines , où l'on vit quantité
de feux , des fuzées volantes , & c .
La Reine douairiere d'Eſpagne , veuve
du Roi Don Louis & Mademoiſelle de
I. vol.
Beau
JUIN 1227 1725.
Beaujolois fa foeur , qui étoient parties
le 14 May de Vittoria , arriverent le 23
du même mois à Iron , où elles furent
remifes par le Marquis de Valtero & la
Ducheffe de Montellano entre les mains
des Seigneurs & Dames , que fon Alteffe
Royale , Madame la Ducheffe d'Orleans ,
avoit envoyé au devant de ces Princeffes .
Le Duc de Richelieu , Pair de France
, nommé Ambaffadeur Extraordinaire
auprès de l'Empereur, eft parti pour Vienne.
,
>
Le Comte de Brancas Cerefte doit fe
rendre dans peu à la Cour du Roy de
Suede , où S. M. l'a nommé fon Miniftre
Plenipotentiaire.
L'Abbé d'Argentré , cy - devant Aumônier
du Roy , fut facré Evêque de
Tulles le 10 de ce mois , dans la Chapelle
du Seminaire de S. Sulpice , par
l'Archevêque de Toulouze , affifté des
Evêques de Vence & de Bazas .
Le 8. de ce mois , le Parlement
qui le 6. au matin avoit receu les ordres
du Roi par le Marquis de Dreux Grand-
Maître des Cérémonies , s'affembla pour
le Lit de Juftice que S. M. avoit réfolu
de tenir. Le Roy qui étoit parti de
Verfailles le matin étant accompagné
dans fon Caroffe , des Princes du fang
arriva vers les 11. heures à la Ste Cha-
,
1. vola
Hij pelle,
1228 MERCURE DE FRANCE.
"
pelle , où il entendit la Meffe. Quatre
Préfidens à Mortier & fix Confeillers
vinrent reçevoir S. M. à la Ste Chapelle
, & la conduifirent à la Grande- Chambre
, où le Roy s'affit fous un Dais
dans fon Lit de Juftice . Toutes les Séances
ayant été priſes en la maniere ordinaire
, le Garde des Sceaux de France
expliqua les intentions de S. M. & il
prononça l'enregistrement des differens
Edits & Declarations dont on avoit fait
la lecture. Les Enregistremens furent fignés
en préfence du Roi qui fortit de
fon Lit de Juftice avec les mêmes cérémonies
qui avoient été obfervées lorfque
Sa Majesté y étoit entrée.
-Au fortir du Palais , le Roy monta en
Caroffe pour aller coucher au Château
de Chantilly , où il doit paffer quelque
tems ; & les troupes de la Maiſon du
Roy qui ont l'honneur de fuivre S. M.
dans les voyages , l'ont accompagnée
dans celui- ci , les Officiers de ces Troupes
ayant occupé les places que le Roi
leur a marquées par le Reglement fait
à Fontainebleau le 11. du mois de Novembre
dernier.
Les deux Regimens des Gardes Françoifes
& Suiffes , bordoient la Haye
l'arrivée du Roy , depuis la Porte de la
Conference jufqu'au bas des degrez de
I. vol.
la
JUIN 1725 .
1229
la Ste Chapelle ; & quand le Roy fortit
, il trouva auffi une double haye depuis
le Palais jufqu'à la Porte St Denis ;
les Soldats ayant la Bayonnette au bout
du fuzil , & les armes préfentées .
Le Marquis de Bonac , de retour de
fon Ambaflade de Conftantinople , eft arrivé
à la Cour le 26. du mois paffé . Il
a été très-favorablement receu du Roy ,
à qui il a préfenté deux magnifiques Tentes
de la part du Grand- Vifir .
Le Roi qui paroît fe plaire beaucoup
à Chantilly , mange toujours à fon petit
couvert le matin dans fa Chambre ; mais
le foir S. M. tient une Table de 25,
couverts. Les Princes & les Princeffes
y
mangent avec le Roy , ainſi que les Seigneurs
& Dames qui font nommez. Après
le foupé il y a toujours une partie de
Lanfquenet & autres Jeux dans la Gallerie
.
Sa Majefté prend prefque tous les jours
le divertiffement de la chaffe du Cerf, du
Sanglier , &c.
Il y a eu à Montargis , Ville de l'apanage
de M. le Duc d'Orleans , des rejoiffances
publiques , fur l'heureux accouchement
de Madame la Ducheffe
d'Orleans. Le fieur Satin, Inspecteur ge .
neral de la Forêt , qui eft attaché depuis
long - tems à cette Maifon a donné un
I. vol. Hi feu
1230 MERCURE DE FRANCE.
feu de joye dans fon quartier , où une
bonne partie des habitans a paru fous les
aries avec les Tambours & les Trompettes
de la Ville , revêtues des livrées
de la maifon d'Orleans . Ce feu fut fuivi
d'un Bal , où les principaux Bourgeois
furent almis , & plufieurs pieces de Vin
défoncées & données au peuple.
Affemblée du Clergé.
E Mercredi 30. Mai l'ouverture fo-
Llennelle de l'Affemblée generale du
Clergé de France , qui fe tient ordinairement
de cinq en cinq ans , fe fit à Paris
avec les ceremonies accoutumées , dans
l'Eglife des grands Auguftins , par la
Mefle du S. Efprit , à laquelle les Prélats
, & les autres députez qui compofent
cette Affemblée communierent.L'Archevêque
de Toulouſe qui y prefide, officia
pontificalement , & l'Evêque d'Angers
y prêcha avec beaucoup d'éloquence
fur le devoir des Evêques .
Le 3. Juin les Prélats & les autres Députez
qui compofent cette Affemblée
generale , allerent à Verfailles pour rendre
leurs refpects au Roi. Ils s'affemblerent
dans la falle du Château qui leur eſt
deftinée dans ces occafions , & le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , étant
1. vol.
venu
JUIN 1725. 1232
venu les prendre pour les prefenter au
Roi , ils furent conduits à l'audience de
S. M. par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Ceremonies , & par M. Def
granges , Maître des Ceremonies , avec
les honneurs qui fe rendent au Clergé
lorfqu'il eft en corps ; les Gardes du
Corps étant dans leur falle en haye , &
fous les armes , & les deux battans des
portes étant ouverts. L'Archevêque de
Toulouſe , Prefident de l'Affemblée
complimenta le Roi par le Difcours qu'on
va lire , après lequel il prefenta les Députez
à S. M.
SIRE ,
J
J'ai l'honneur de prefenter à V. M. les
profonds refpects d'une Affemblée digne
de votre affection & de vôtre eftime , &
qui eft une portion illuftre de tout leClergé
de vôtreRoyaume ; vos ordres l'ont convoquée,
& elle a confié à mes foibles talens
la place importante que j'y occupe. Tous
ces Pontifes que j'accompagne , tous ces
autres Miniftres du Seigneur vous renouvellent
par ma bouche les affurances
d'une fidelité éprouvée dans tous les âges
& dans tous les regnes. Je fuis l'interprete
de leurs fentimens , & je viens en
leur nom & fous leurs aufpices vous ap-
1. vel. Hiiij
porter
1232 MERCURE DE FRANCE .
porter les très- humbles hommages de nos
Eglifes & de nos Provinces.
Quelle joye pour nous , Sire , d'approcher
avec confiance du Trône glorieux
où le Ciel propice à la France vous a fait
affeoir , de goûter ce plaifir fecret & touchant
que produit vôtre Royale prefence
dans le coeur de tous vos fujets , de pouvoir
admirer de près ces graces exterieures
qui ornent vôtre perfonne facrée , &
qui font un prefent de la nature fi defirable
dans les Rois , s'il étoit moins dangereux
pour leur falut , de réverer en
vous le protecteur de l'Eglife , dont le
foutien eft le premier devoir de la Royauté
, & de fentir dans le favorable accueil
dont vôtre Majefté nous honore , ces bontez
qui annoncent nôtre bonheur , & qui
font nôtre confolation & nôtre efperance.
Dieu vous a prévenu , Sire , de fes
benedictions dès les premiers temps de
vôtre enfance , & il a mis en vous tous
les préfages d'un Regne heureux & florillant.
Vôtre autorité fut toûjours auffi refpectée
que celle des Rois les plus affermis
par une longue & paifible adminiſtration
. La fidelité de vos peuples , la
foumiffion des Grands , & l'amitié de
vos voisins ont concouru avec un zele
égal à la tranquillité de vôtre Royaume ;
1. vol.
des
JUIN 1725.
1233
des Potentats * font venus du fond de
leurs vaftes Etats vous offrir le tribut de
leur tendre veneration , & vôtre nom
par tout fi cheri , & fi reveré , répond à
la France de la durée du repos dont elle
joüit. ** De fages negociations dirigées par
vos ordres ont réuni dans les rivages lointains
des Puiffances que l'intereft ou l'ambition
avoient divifées . Vous êtes le fpectacle
& l'attente de toutes les Nations ,
& c'eſt à la confervation de vos jours
précieux que Dieu femble attacher aujourd'hui
le bonheur & la deftinée de
l'Europe.
Mais , Sire , la Dignité fouveraine n'eſt
agréable aux yeux du Seigneur , qu'autant
que fa grace en regle l'ufage . Les
vertus chrétiennes font feules la plus folide
grandeur des Rois , & attirent d'ordinaire
fur eux cette gloire & ces benedictions
de la terre , qui font dans l'ordre
de la Providence , le prix & la récompenſe
du jufte .
Permettez , Sire , que l'un des plus
anciens Paſteurs de vôtre Royaume porte
la verité jufqu'au pied du Trône. Nôtre
miniftere ne doit point s'expliquer aux
dépens de la fincerité Evangelique ; vous
voulez que les Evêques inftruiſent &
* Le Czar.
Le Grand Seigneur & le Mofcovite.
I. vol. Hvéli1234
MERCURE DE FRANCE.
édifient vôtre pieté ; & bien loin de fé
duire les Maîtres du monde par l'éloge
trop flateur de leur autorité & de leur
puillance , c'eft à nous à leur apprendre
avec refpect & avec confiance le faint
uſage qu'ils en doivent faire .
و
Oui , Sire , la vie la plus éclatante
n'eft qu'une ombre que le
temps diffipe
& qui laiffe bien -tôt dans l'oubli & dans
le filence la réputation des Heros . Les
amuſemens , qui fuivent en foule le Trône
, font des pieges dangereux à la fainteté
des moeurs. Les talens politiques
que font ils , fi la pieté ne les conduit
pas , qu'une ambition déguifée fous de
vains prétextes , & que Dieu , malgré la
prudence de la chair , ramene quand il
lui plaît , aux deffeins de fa Providence ?
Les exploits militaires , que le monde
admire , fignalent , à la verité,la valeur &
l'experience des Conquerans ; mais les
profperitez de l'Etat épuifent quelquefois
les Sujets : le fang qu'une Guerre
même involontaire fait répandre , déplaît
aux yeux du Seigneur , & la gloire d'achever
le Temple de Jerufalem , que
Dieu refufa à David Belliqueux , fut réfervée
à Salomon Pacifique.
Vôtre Majefté nous raffure fur les dangers
qui accompagnent la Royauté , & le
defir de vôtre falut fera , fur toutes cho-
1 1. vol.
fes ›
JUIN 1725.
1235
fes , l'objet le plus cher de vôtre pieté.
Quelle confolation n'eft- ce pas , Sire ,
pour les vrais Fideles , de voir cette foi
vive & fincere que vous apportez au
pied des Autels , où vous humiliez la premiere
tête de l'univers en prefence de Jefus-
Chrift caché dans nos faints Myfteres
? Cette attention à la parole que vous
annoncent les Miniftres de l'Evangile , &
qui vous apprennent les maximes de bien
vivre & de bien regner , ce recueillement
dans toutes les Ceremonies Ecclefiaftiques
, où la Dignité fuprême vous
appelle , & où vôtre modeffe fimplicité
fait le plus grand ornement de ces 1pectacles
de Religion , cette innocence de
moeurs qu'un fiecle trop dépravé ne
pourra féduire , & que le Seigneur fera
fervir à l'édification de la fuperbe Cour
qui vous environne ; enfin , cet affemblage
heureux de tant de vertus que des
mains habiles ont fçû cultiver , & qui
ont travaillé avec la nature , avec Dieu
méme , à l'éducation d'un Roi qu'il a
nôtre bonheur des tréfors de fa
tiré pour
Providence .
Vôtre Majefté n'oubliera jamais les
dernieres inftructions que lui donna fon
augufte Bifayeul dans les triftes inftans
qui finirent le cours de fa belle vie , &
fes paroles memorables toûjours preſen-
1. vol.
H vj tes
1236 MERCURE DE FRANCE .
tes à vos yeux , feront le monument éternel
de fa religion & de ſa ſageſſe .
*
Il vainquit fouvent fes ennemis par
fes armes , & triompha de la mort même
par fa conftance. Sa pieté fut l'édification
du Chriftianifme. Il protegea la Foi orthodoxe
, & fon zele s'éleva toûjours contre
les erreurs que l'orgueil & la fingularité
ont introduites depuis près d'un
fiecle dans une Eglife fi fçavante & fi
Catholique. L'augufte Prince à qui vous
devez le jour , auroit porté fur le Trône
ces tréfors de juftice , de lumiere & de
fainteté , fi Dieu ne l'eut ravi à ce Royaume
, dont il poffedoit l'amour & la confiance.
Ce font , Sire , toutes ces vertus
que vous avez à nous rendre. La France
attend de vous l'imitation de ces grands
modeles , & vous ne ferez jamais plus
au-deflus de toute comparaifon , que
que vous leur ferez plus comparable .
lorf
Dans un espoir fi flateur & fi confolant
, quel bonheur , Sire , pour tous vos
fujets de vivre fous un Maître que l'on
voit chaque jour s'inftruire dans fes Confeils
, des devoirs de la Royauté , fonder
fon experience fur celle des plus grands
Perfonnages de fon Etat , garder dans fes
projets un fecret profond , d'où dépendent
les fuccès des évenemens , écouter
Le Janfenifme..
1. vol.
avec
JUIN 1725. 1237
avec réflexion les fentimens du grand
Prince , à qui il a confié les foins divers
de l'adminiſtration publique , & qui partage
fous les ordres de vôtre Majeflé tous
les travaux de cette Royale follicitude ,
qui trouble fouvent le repos des Souverains
& affermit la felicité de leurs peuples.
Mais , Sire , le titre le plus glorieux
de vôtre Couronne , eft celui de Défenfeur
de la Religion Il confacre , pour
ainfi dire , le Trône que vous occupez ,
& vos auguftes ancêtres vous l'ont laiffé
comme la portion précieufe de vôtre
Royal heritage. L'Onction Sainte a réüni
en vous le Sacerdoce & la Royauté.
Des Conciles oecumeniques , qui ne font
jamais fufpects de flaterie , ont autrefois
donné à Conftantin & à Theodofe le nom
facré de Pontifes , & n'ont point mis de
difference entre les Evêques qui gouvernent
l'Eglife , & les Princes qui la protegent
.
C'eſt par vôtre zele , Sire , que la lumiere
de l'Evangile fera portée jufqu'aux
extrêmitez de la terre , que nous verrons
l'autorité Ecclefiaftique , fouvent l'objet
des contradictions humaines , rétablie
dans tous les droits que Jefus - Chrift lui
a confiez , que l'ordre de la Hierarchie
fera refpecté par ces efprits inquiets , que .
I. vol.
féduit
1238 MERCURE DE FRANCE .
féduit le goût de la nouveauté , & que
l'on a vû fortir dans ces derniers temps
des bornes d'une fubordination legitime ,
que ces diffenfions , que nos pechez ont
fait naître entre les freres dans l'Epifcopat
,
cederont enfin à l'attrait d'une fainte
unanimité. Le Ciel fans doute a réservé
à vôtre pieté & à vôtre Regne la gloire
de les terminer. Vous ferez le Miniftre
de la Providence pour l'accompliffement
de ce grand ouvrage , & nous vous devrons
cette paix fi long -temps fugitive ,
que l'Eglife demande avec gemiffement
& avec larmes , & qui feroit la joye du
Ciel , & la confolation de tous les Fideles .
Le Clergé de France , Sire , s'intereffe
felon fes devoirs à tous les -évenemens du
Regne de vôtre Majefté , & il vient vous
apporter de nouveaux fecours pour l'utilité
de vôtre Royaume .
A la verité nos biens temporels qu'exagerent
fans ceffe la credulité ou la prévention
, font réſervez à des ufages , que
l'Evangile même nous prefcrit. Nous les
tenons de la liberalité de nos Rois ou de
la Religion & de la picté des Fondateurs .
Dieu nous en a établis les dépofitaires , &
leur deſtination eft confacrée au foulagement
des pauvres. La charité les a donnez
, la charité doit les répandre , & c'eſt
à nous à faire fervir à l'édification publi- છે
que
$
I. vol.
JUIN 1725. 1239
que , les oblations des Fideles , & le
trimoine du Sanctuaire.
pa-
Mais , Sire , ces biens temporels ont
été fouvent employez pour la gloire , &
pour l'intereft de vôtre Etat . La juftice ,
la reconnoiffance & la Religion l'ont exigé
de nous , & le Corps le plus libre a
été dans tous les temps le plus liberal &
le plus foumis . Les fecours que le Clergé
de France a fournis , ont été plus d'une
fois la reffource de vôtre Empire . Les
dettes immenfes qu'il a contractées pour
vôtre fervice , fignaleront dans la pofterité
fon obéiffance. Nous en prenons tous
les ans la liberation fur nous- mêmes , &
par un zele defintereffé , & fi rare dans
le fiecle où nous vivons , nous épargnons
à nos fucceffeurs le foin de les acquitter.
Malgré les retours fecrets de la réflexion
& de l'inquiétude de l'évenement , nos
dons font toûjours au -deſſus de nôtre pouvoir
, & dans la trifte fituation de nos
affaires , que l'économie la plus attentive
ne fçauroit prefque rétablir , à peine confervons-
nous pour l'avenir la douceur &
la confolation de l'efperance.
A Dieu ne plaife , Sie , que ce recit
foit l'effet criminel du murmure ou de
l'impatience. Dans les neceffitez du
Royaume nous avons connu nos devoirs ,
& nous nous flatons de les avoir remplis :
I. vol.
mais
1240 MERCURE DE FRANCE:
mais qu'il nous foit permis de nous ap
plaudir de notre fidelité , d'exprimer à
Votre Majefté le prix & le merite de
nos fervices , & d'ajoûter à la gloire de
les avoir rendus , le plaifir innocent de
vous en inftruire .
Vos ordres nous emmenent , SIRE ,
dans la circonftance d'un évenement qui
produit par tout des cris d'allegrefle , &
VOTRE MAJESTE' ne pouvoit nous affembler
fous des aufpices plus fortunez . Nous
approchons du jour mémorable d'une
fainte céremonie que vous venez de nous
annoncer , & qui remplit l'attente &
l'efperance de vos Sujets . Votre choix va
couronner une augufte Epoufe , qui doit
partager avec Vous le plus noble Empire
de l'Univers . L'Eglife Gallicane unira
fes acclamations à celles de vos Peuples ,
& nos Temples retentiront des Cantiques
facrez de notre joïe . Dieu répandra fes
graces fur Votre union . Elle promet à la
France des Princes dont la naiffance reparera
la perte de ceux que la mort lui
avoit ravis , & que le Ciel ne fit que montrer
à la Terre. Le Seigneur touché de
nos voeux & de nos befoins Vous donnera
bien -tôt une Roïale pofterité , prefent
le plus précieux que fa bonte puiffe faire
aux Monarques qu'il aime , & qui eft
Pappui le plus folide du bonheur de leur
1. vol,
Regne
JUIN 1725. 1241
Regne & de la tranquillité de leur
Roïaume.
Nous allons , Sire , commencer fous
Votre autorité , les féances de nôtre Affemblée
. Flatez de l'honneur de votre
protection , Vous devez tout attendre de
nôtre obéiffance , nous devons tout eſperer
de Vôtre bonté , nous fommes vos
Sujets par notre naiffance , & nous fommes
dignes de l'être par notre fidelité .
Nous imiterons nos Prédecefleurs , nous
nous imiterons nous-mêmes , & nous demanderons
à Dieu dans nos Sacrifices
qu'il comble votre Perfonne facrée de
profperitez & de gloire ; qu'il foûtienne
dans la Guerre & dans la Paix une Nation
qui fut dans tous les tems fon Peuple
cheri ; que l'innocence & la Religion
marchent devant vous dans tous les évenemens
de vôtre Regne, & que les vertus,
que le Ciel prodigue vous a données , &
dont nous voyons le progrez avec tant
de joie , puiffent toûjours faire le bonheur
de votre Empire , & la confolation
de toute l'Eglife.
LISTE des Prelats & Abbez qui
compofent cette Affemblée.
' Archevêque de Toulouze , Préfident,

de Caulet & le Normand.
I. vol.
L'Ar1242
MERCURE DE FRANCE.
L'Archevêque d'Arles , Préfident , l'Evêque
de Marfeille , les Abbez Rolland
& Firmin.
L'Archevêque de Narbonne, Préfident ,
l'Evêque de Beziers , les Abbez de Brif
fac & de Sesmaifons .
L'Archevêque d'Auch , l'Evêque d'Oleron
, les Abbés de Noé & de S. Germain
.
L'Archevêque de Sens , l'Evêque de
Troyes , les Abbés de Châlons & de
Fontenille .
L'Archevêque de Rouen , l'Evêque
de Lizieux , les Abbés Bridelle & de
Bezons.
L'Archevêque d'Ambrun , l'Evêque
de Vence , les Abbés d'Hugues & de Puget.
Les Evêques de S. Flour, Préfident ,
& de Tulles , les Abbés de Laire &
de Saumery.
Les Evêques d'Orleans Préſident , &
de Chartres , les Abbés de la Chaſtre &
de Menoux .
Les Evêques de Dye , Préfident , &
de Viviers , les Abbés de Cofnac & de
Catelan .
Les Evêques d'Angers & de Rennes
les Abbés de la Vieuxville & de Tellé.
Les Evêques de Gap & d'Apt , les
Abbés de Valcroiffant & d'Antheliny.
1. vol.
Abbés
JUIN 1725. 1243
Les Evêques de Soiffons & de Châlons
, les Abbés de Vigniaux & de Fontenay
.
Les Evêques de Saintes & de Luçon ,
les Abbés Salignac de Fenelon & de
St Jal.
>
Les Evêques de Rhodez & de Mende
, les Abbés de Panat & de la Luzerne.
Les Evêques d'Autun & de Langres ,
les Abbés de Montmorillon & de Ste
Hermine.
Les Abbés de Maugiron & de Valleras
, Agens du Clergé.
L'Abbé de Brancas , nommé à l'Evêché
de la Rochelle , & l'Abbé de Macheco
de Premeaux , anciens Agens.
L'Abbé de Brancas , ancien Agent , &
l'Abbé de Fontenay , Promoteur de l'Affemblée.
L'Abbé de Macheco de Premeaux , an
cien Agent , & l'Abbé de Caulet , Secretaires.
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , craignant que l'abondance des
pluies qui tombent prefque fans difcontinuer
depuis environ deux mois , ne
donnent lieu de craindre pour les biens
de la Terre , fit publier fon Mandement
le 16 du mois pour l'ouverture des Prieres
de 40 heures , pour demander à
I. vol. Dien
1244 MERCURE DE FRANCE .
Dieu un tems plus favorable.
Il célébra le 18. à Notre - Dame une
Meffe folemnelle avec expofition du S..
Sacrement : ces Prieres ont continué dans
les differentes Eglifes qu'il a defignées
par fon Mandement , jufques & compris
le 9. Juillet .
Le 17 on découvrit , avec les céremonies
accoutumées , la ChafTe de Ste Genevieve
dans la même intention , diverfes
Proceffions tant de la Ville que de
la Campagne , arrivent journellement à
l'Eglife de la Patrone de Paris pour implorer
fon fecours .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caftres,
prés Bordeaux , le 4. Juin 1725. contenant
le détail de ce qui s'eft paffé lors
de l'entrée de la feconde Reine , douairiere
d'Espagne en France.
L
E 22. Mai dernier M. Dadoncourt
Lieutenant de Roi de Bayonne , &
Commandant dans le pays de Labour , à
la tête d'une partie des Officiers de la
Garnifon , & de toute la jeuneffe de Bayonne
, tous habillez & montez magnifiquement
, fe rendit à S. Jean de Luz , d'où
nous partîmes le lendemain à neuf heures
avec cette belle troupe , pour nous rendre
au pas de Beobid , c'eft un Hameau
1. vol.
fitué
JUIN 1725. 1245
fitué fur le bord de la riviere de Bidaffoa
, qui fepare l'Espagne d'avec la France.
Nous y trouvâmes deux Compagnies
de Grenadiers qui y étoient en bataille ,
& toute la Milice fous les armes ; nous
y arrivâmes à onze heures , & la Reine
qui avoit couché à Yron , Village´un
quart de lieuë en Espagne , n'en partit
qu'à deux heures ; fon cortege étoit trèsmagnifique
, compofé entr'autres de 60 .
Gardes du Corps de S. M. C. & 16.Hallebardiers.
Nous vîmes venir de Fontarabie
les Gabarres * qui devoient paffer la Reine
; celle où elle monta étoit noire & blanche
, avec un Dais de damas noir. A deux
heures & demie nous vîmes paroître le
cortege de la Reine , auffi- tôt nôtre Cavalerie
au nombre de cent chevaux borderent
la riviere, l'épée haute ; les Gardes
du Roi d'Espagne de leur côté , avoient
auffi leurs armes hautes . La Reine monta
dans fa Gabarre , tirée par deux Chalouppes
, montées chacune de 12. Rameurs ,
tous en habits uniformes ; c'étoit un coup
d'oeil charmant , la Reine defcendit fur
les terres de France , & marcha à pied
jufqu'à la feule maifon qui compofe le
Hameau de Beobid , conduite par le Mar
Efpeces de Batteaux faits dans la forme
des Bacqs que l'on voit fur la Seine , mais un
peu plus élevez .
1. vol.
quis
1246 MERCURE DE FRANCE .
quis de Valero & fa Camarera - Major
qui prirent auffi- tôt congé d'elle. Mademoifelle
de Beaujolois fut auffi conduite
par fes femmes.
Le lendemain nous arrivâmes dans le
même ordre à Bayonne , la Cavalerie ,
l'épée à la main , toute la Garnifon & la
Bourgeoifie fous les armes.
VOICI un détail plus exact que celui
qui a été cy-devant donné de l'affaire
qui concerne la fucceffion de M. Roüillé
de Meflay , Introducteur des Ambaffadeurs
, qu'on nous prie d'inferer ici.
D
Ans le Teftament Olographe de
défunt M. Roüillé , Comte de Meflay
, dú 12. Mars 1714. outre plufieurs
difpofitions , le Teftateur a donné &
legué à défunt M. Roiiillé , auffi Comte
de Meflay , Introducteur des Ambaffadeurs
, fon fils , & unique heritier , tous
fes biens meubles , immeubles , terres &
Seigneuries , auquel il a fubftitué en tous
fefdits biens immeubles , terres & Sei--
gneuries , le fils aîné mâle qui naîtroit
de lui en legitime mariage , & à ſon défaut
, le fecond fils mâle , & ordonné
que
fi la ligne directe de fon fils venoit
a manquer , il veut & entend qu'il foit
fait ouverture d'un paquet cacheté de fon
I. vol.
cachet
JUIN 1725 . 1247
cachet,mis & attaché fur le dernier feuillet
recto de ce Teftament , par le Juge
dans les formes requifes , pour être l'écrit
de fa main qui s'y trouvera , executé
felon fa forme & teneur , & pourvû à la
fubftitution .
Ce cas étant arrivé au commencement
du mois d'Avril de la prefente année 1725 .
par la mort dudit Comte de Meflay , Introducteur
des Ambaffadeurs , fans avoir
été marié , & le paquet cy- deffus mentionné
ayant été ouvert à Chartres le 26.
dudit mois d'Avril dans les formes requifes
, on a trouvé que le Teftateur a inftitué
pour fon heritier en tous les biens
immeubles , fujets à ladite fubftitution
l'aîné des enfans mâles du Prince de Talmond
& de la Dame fon époufe , niéce
du Teftateur , & à fon défaut le fecond
defdits enfans mâles , de degré en degré,
l'ordre de primogeniture gardé , & au
défaut des mâles , l'aînée des filles , & à
fon défaut la puînée , le même ordre gardé.
>
Ce Teftament a été jugé valable par
une Sentence des Requêtes du Palais du
mois de Septembre 1717. & confirmé en
1718. par un Arreft folemnel de la Grande
Chambre du Parlement de Paris , en
faveur de l'Académie Royale des Scien
ces , & c.
£
MORTS ,
7. vol.
1248 MERCURE DE FRANCE .
*******************
MORTS , MARIAGES , ET
Naiffances.
R Grand
d'Espagne
Ené de Froulay , Comte de Teffé ,
Grand d'Espagne , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Chevalier de la Toiſon d'Or , Lieutenant
General au Gouvernement du Pays du
Maine , cy-devant Colonel General des
Dragons , Gouverneur d'Ipres , Premier
Ecuyer de feu Madame la Dauphine ,
mere du Roi , & General des Galeres ,
mourut le 30. du mois paffé , âgé d'environ
74. ans , dans une maifon qu'il avoit
depuis quelques années aux Camaldules.
Le Roi lui avoit accordé au mois de Decembre
1723. la Charge de Premier
Ecuyer de la Reine , dont il s'étoit démis
au mois d'Octobre dernier , en faveur
du Comte de Teffé , fon fils aîné .
Le 4. de ce mois Guy- Antoine de Levi
, troifiéme fils de Charles Eugene de
Levi , de Charlus , Duc de Levi , Pair
de France , & c. & de Françoife d'Albert,
fon époufe , mourut âgé de dix ans . La
Maifon de Levi porte d'or à 3. chevrons
de fable. Les aînez portent , avecle titre
de Maréchal de la Foy , deux bâtons fleur-
I. vol.
delifez
JUIN 1725.
1249
delifez palfez en fautoir derriere l'Ecu
depuis que Gui de Levi, Seigneur de Mirepoix
, fe fignala pour la Religion dans
la guerre contre les Albigeois , &c.
Le 5. de ce mois Louis- Thomas du
Bois de Fiennes Olivier , Chevalier ›
Marquis de Leuville , de Vandené & de
Givry , Baron d'Avifi , Seigneur de Veroux
& Poligny le Bon , Comte de Fontaine
Maran , Baron de Neuvy , Seigneur
de la Mauviffiere Roche- Bourdeille , &
Grandedime de Neuvy , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Grand Bailly
du Pays & Duché de Tourraine , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. I cüis ,
veuf de Loüife Philippine Thomé , épou
fa D. Marie Voifin , fille mincure de
Daniel François Voifin , Chevalier
Chancelier de France , Commandcut des
ordres du Roi , Seigneur du Mefnil ,
Bouray , Janville , & c. & de Dame Charlotte
Trudaine , ſon épouſe .

Les articles du Contrat de Mariage
du Comte de Baviere , avec Mademoifelle
de Pontchartrain , foeur du Comte
de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ont été fignez fur la fin du mois
dernier.
Le 21. Mai l'Evêque d'Orange fit
dans la Chapelle des Dames Miramiones,
à Saint Nicolas du Chardonnet , la cele-
I. vol. I bration
1250 MERCURE DE FRANCE.
bration du mariage de M. Chomel , fort
frere , Confeiller au Grand Confeil , avec
Mademoiſelle de Solre , parente du Prefident
Rolland .
Le 23. du mois paffé Dame Marguerite
O Donnel , époufe de Mylord Theophile
, Macguir d'Iniskilling , accoucha
d'une fille , qui fut baptifée le 31. dans
l'Eglife de S. Sulpice , & nommée Adelaïde
Victoire , par M. François Victor
le Tonnellier de Breteuil , Chevalier ,
Marquis de Fontenay , Treffigny , Comte
de Boitrou , Seigneur des Chappelles
Breteuil , & c. Commandeur , Prevôt ,
& Maître des Ceremonies des Ordres
du Roi , Conſeiller d'Etat ordinaire , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
de la Guerre , & par Dame
Marie- Adelaïde de Grammont , époufe
de François de Gontaut de Biron , Erigadier
des Armées du Roi , Meſtre de Camp
de Cavalerie .
Le 11. Juin Dame Loüife d'Aumont ,
époufe de Louis - Antoine Armand de
Grammont , Duc de Louvigny , Pair de
France , Gouverneur & Lieutenant General
pour le Roi en fes Royaumes de
Navarre & Province de Bearn , Gouver
neur particulier des Ville , Château &
Citadelle de Bayonne , & pays adjacens ,
& de la Citadelle de S. Jean Pied - de-
I. vol. ·
Port ,
JUIN 1725 . 125 E
Port , Colonel du Regiment des Gardes
Françoifes , en furvivance du Maréchal de
Grammont , fon pere , Brigadier des Armées
du Roi , accoucha d'une fille qui fut
tenuë fur les Fonts , & nommée Loüife-
Charlotte , par Louis Marie d'Aumont,
Duc d'Aumont , Pair de France , & Premier
Gentilhomme de la Chambre du
Roi , & par Dame Catherine - Charlotte
de Grammont , Dame- d'Honneur de la
Reine , veuve de Louis - François , Duc
de Boufflers , Pair & Maréchal de Fran-.
ce , Chevalier des ordres du Roi , & de
la Toifon d'Or , Gouverneur & Lieutenant
General pour S. M. des Provinces
de Flandres & du Hainault , Gouverneur
particulier des Ville & Citadelle de
Lille , Souverain Bailly des Ville & Châtellenie
de la même Ville , Gouverneur
hereditaire de la Ville de Beauvais , Capitaine
des Gardes du Corps , & auparavant
Colonel du Regiment des Gardes ,
General des Armées du Roi.
Le premier article du Journal de Paris
du dernier Mercure n'eft pas exact ;
nous ajoûterons pour le rectifier que Madame
la Comtelle de Clare n'a quitté la
place de Dame de Compagnie de Madame
la Ducheffe d'Orleans , que pour être
Gouvernante de M. le Duc de Chartres,
1
1. vol.
* I ij ARS
252 MERCURE DE FRANCE .
EP
EDIT S.
DIT du Roy , portant confirmation des
Privileges accordez , Conceffions & Alienations
faites à la Compagnie des Indes . Don -`
né à Versailles au mois de Juin 1725. Par lequel
S. M. ordonne ce qui fuit .
ARTICLE PREMIER.
QUE la Compagnie des Indes créée fous
le nom de Compagnie d'Occident par nos Lettres
Patentes du mois d'Aout 1717. joüiffe à
perpetuité des Conceffions & Privileges que
nous lui avons accordez , tant par lefdites
Lettres Patentes , que par nos Edits , Declarations
& Arrefts de notre Confeil rendus depuis
en fa faveur defquelles Conceffions &
Privileges Nous voulons que ladite Compagnie
jouiffe de la maniere que les Compagnies
qui ont eu ces mêmes Privileges , en ont
joui ou dû jouir , fauf les articles aufquels il
fera dérogé , ou qui feront plus amplement
expliquez par le prefent Edit.
I I.
,
LA Compagnie des Indes jouira du Privilege
exclufif du Commerce dans toutes les
Mers des Indes , & au delà de la Ligne
des Ifles de Bourbon & de France , & de toutes
les Colonies & Comptoirs établis & à
établir dans les differens Eftats d'Afie & de
la Cofte Orientale d'Afrique , depuis le Cap
de Bonne Efperance jufqu'à la Mer Rouge ,
ainfi qu'en ont joui ou dû jouir la Compagnie
des Indes Orientales , établie par Edit
du mois d'Aoult 1664. pour cinquante années
1. upl..
dont
JUIN 1725: 1253
dont les Privileges ont été confirmez & aug
mentez par la Declaration du mois de Fevrier
1685. & prorogez pour dix autres années
, à commencer du premier Avril 1715.
par Declaration du 29. Septembre 1714. &
autres Declarations & Arreits ; Enlemble des
Privileges accordez à la Compagnie particuliere
de la Chine , par Arrelt de notre Confeil
du 28. Novembre 1712. & Lettres Patentes
expediées en confequence le 19 Fevrier
1713. Deffendons à tous nos Sujets de quelque
qualité & condition qu'ils puiffent etre
de faire aucun commerce , directement ni
indirectement , dans lefdites Mers & Pays
de la Conceffion de la Compagnie des Indes ,
à peine de confi'cation des Vaifcaux & Marchandifes
au profit de ladite Compagnie , ni
de prendre aucun intereft dans des Armemens
particuliers qui pourroient fe faire pour lefdites
Mers & Pays , même fous le Paffeport
& Banniere d'aucun Prince étranger , à peine
de defobéiffance.
ΙΙΙ .

LADITE Compagnie jouira du commerce
exclufif de la Traite des Negres , Poudre
d'or , & autres Marchandifes à la Coſte d'Afrique
, depuis la Riviere de Serre , Lyenne ,
inclufivement , jufqu'au Cap de Bonne Elperance
, ainfi qu'en a joui ou dû jouir la
Compagnie de Guinée qui avoit elté établie
par Lettres Patentes du mois de Janvier 1685.
& conformément aux Arrefts de notre Confeil
des 27. Septembre 1720. & 14. Decembre
1722.
I V.
LADITE Compagnie ayant acquis le 15.
Decembe 1718. le Privilege & les Effets de
la Compagnie du Senegal , établie par Lettres
1. vol.
Pa- I iij
1254 MERCURE DE FRANCE .
Patentes du mois de Mars 1696. elle joüira
feule du Commerce de la Traite des Negres,
Cuir , Morphil , Poudre d'or , & autres Marchandifes
, depuis le Cap blanc jufqu'à la Riviere
de Serre , Lyonne , exclufivement , ainfi
& de la même maniere que ladite Compagnie
du Senegal en a joüi ou dû joüir.
V.
JOUIRA pareillement ladite Compagnie , de
la Conceffion de la Colonie de la Louifianne
& du commerce exclufif du Caftor , conformément
à nos Lettres Patentes du mois d'Août
1717. & Edit du mois de Decembre de la
même année , rendus en faveur de ladite
Compagnie.
V I.
LA Compagnie des Indes jouira du Privilege
du commerce de la Côte de Barbarie , ainfi
& de la même façon qu'en ontjoui les Compagnies
aufquelles elle a été fubrogée dans ledit
Commerce.
V I I.
LA Compagnie d'Occident , devenuë depuis
Compagnie des Indes , ayant porté en notre
Trefor Royal Cent millions de livres provenant
du prix des premieres Actions de cette Compagnie
, dont nous nous étions chargez de
lui faire Quatre Millions de Rente annuelle
laquelle par notre Edit du mois de Decembre
1717. enregistré en notre Cour de Parlement
· le 31 du même mois , nous avions affecté fur
nos Fermes du Contrôle des Actes , du Tabac
& des Poftes ; Et depuis ayant jugé que la
joüiffance du Privilege exclufif du Tabac étoit
convenable à ladite Compagnie , tant par la
quantité de Tabacs qu'elle peut tirer de fes
Flantations , que pour la facilité que lui donne
fon commerce , de faire venir ceux qui I. vol.
font
TUIN 1725. 1255
font neceffaires pour l'exercice de cePrivileges
Nous aurions dans cette vûë accordé le Bail de
la Ferme du Tabac à ladite Compagnie d'Occident
, par réſultat de notre Confeil du premier
Août 1718. fous le nom de Jean l'Amiral ,
qui auroit continué d'en jouir, tant fous le nom
de Compagnie d'Occident , que fous celui de
Compagnie des Indes ; mais cette joüiffance
ayant etté interrompue pendant la Regie des
Commiffaires de notre Confeil , ordonnée par
Arrêt de notre Confeil du 15. Avril 1721 .
pour les Affaires de ladite Compagnie , & la
reddition de fes Comptes ; Nous avons au
mois de Mars 1723. fait ceffer ladite Regie , &
rétablie ladite Compagnie dans la jouillance de
fes Effets; Nous avons par Arrêt de nôtre Confeil
du 22 dudit mois de Mars 1723. abandondonné
la jouillance du Privilege exclufifde la
vente du Tabac , à la Compagnie des Indes ,
pour être quitte envers elle de deux millions
cinq cens mille livres de Rentes , à compte de
trois millions , à quoi nous avions reduit par
Arreft de notre Confeil du 19. Septembte
-1719 . les quatre millions de rentes conftituées
à la Compagnie d'Occident en confequence
de notre Edit du mois de Decembre 1717 .
Et depuis , voulant affairer pour toûjours
à ladite Compagnie des Indes la joüiffance dudit
Privilege exclufif , tant pour encourager
les Plantations de Tabac dans les Colonies de
fa Conceffion , que pour affurer de plus en
plus l'état & la fortune des Actionnaires ;
Nous avons ordonné par Arreft de notre
Confeil du premier Septembre 1723. que par
des Commiffaires de notre Confeil , il feroit
paffé à la Compagnie des Indes , fes Directeurs
ftipulans pour elle , un Contrat d'aliénation
à titre d'engagement , du Privilege ex-
I. vol.
I iij clu1256
MERCURE DE FRANCE.
clufif de la vente du Tabac , pour en jouir
ainfi qu'en a joui ou dû jouir Verdier , dernier
Fermier de la vente exclufive , à commencer
la jouiffance du premier Octobre 1723. &
pour demeurer quitte par nous envers ladite
Compagnie , de la fomme de Quatre-vingt- dix
Millions fur ladite fomme de Cent Millions qui
font l'ancien fonds de ladite Compagnie , par
elle porté en notre Trefor Royal en execution
de l'Edit du mois de Decembre 1717. Et d'autant
que Nous reconnoiffons de plus en plus
que fi ce même fonds de Quatre-vingt dix
Millions , qui eft le patrimoine des Actionnaires
, étoit refté dans la circulation du commerce
de la Compagnie , il lui auroit produit
annuellement de bien plus grands benefices,
que ne peuvent être ceux de la vente exclufive
du Tabac , à quelque fomme qu'ils puiffent
monter , & que par cette raifon , & autres
grandes & importantes confiderations à Nous
connues , il eft de notre juftice d'affurer à ladite
Compagnie en la meilleure forme & maniere
, ledit Privilege de vente exclufive : Nous
avors par le prefent Edit perpetuel & irrévo
cable confirmé & confirmons l'aliénation faite
en confequence dudit Arreft du premier Septembre
1723. par les Commiffaires de notre
Confeil , par Contrat paffé le 19. Novembre
enfuivant , à ladite Compagnie des Indes , du
Privilege de la vente ex clufive du Tabac dans
l'étendue de notre Royaume , Pays , Terres &
Seigneuries de notre obéiance , fans que
fous quelque pretexte que ce foit , elle puiffe
être troublée en la joüiffance dudit Privilege.
VIII.
LA Compagnie des Indes evercera le Privilege
exclufif de la vente du Tabac , en fon
tom , comme chofe à elle appartenante en lei-
J. vol.
ne
JUIN 1725. 1257
ne proprieté , fans qu'il foit befoin qu'elle y
foit author fée par aucun Arreft de prife de
poffettion ; elle en jouira ainfi quelle en jouit
ou doit jouir actuellement en conféquence de
P'Arreft de notre Confeil da premier Septembre
1723. fans pouvoir augmenter le prix des
Tabacs , Et les contraventions audit Privilege
feront punies conformément à nos Edits , Declarations
, Ordonnances & Arrefts rendus für
cette matiere, ainfi & de la même maniere que
s'il s'exerçoit en notre nom , attendu lintereſt
public dans cette Compagnie , dont Nous entendons
foûtenir les privileges de toute notre
authorité.
I X.
ENCORE que le Caffé érant du crû & culture
des Pais de la Conceffion de la Compagniet
des Indes , le privilege exclufif de l'intro fuction
& vente de cette Marchandiſe lui appartient
de droit ; neanmoins com ne l'ancienne
Compagnie des Indes Orientales en avoit negligé
la Trate , nous en avons accordé nommement
le privilege à la Compagnie des Indes
par les Arrefts de notre Confeil du 31 Aoult
& 12 Octobre 1723. que nous voulons être
executez , en confirmant ledit Privilege à la
Compagnie des Indes en tant que befoin eft ,
à condition qu'elle ne pourra en aucun tems
le vendre plus cher qu'elle le vend préfentement
, & fans déroger au Privilege de la Ville
de Marfeille à cette égard dans lequel nous
l'avons maintenue par Arreft de notre Confeil!
du 8. Fevrier 1724.
X.
VOULONS que ladite Compagnie des Indes
exerce ledit Privilege exclufif de la vente du
Caffé dans l'étendue de nôtre Royaume , en
la même forme portée par l'Article VIII. du I. vol.
Iv
pre
1258 MERCURE DE FRANCE.
prefent Edit pour le Privilege du Tabac, & que
les frandes & contraventions qui pourroient
y être commifes , foient jugées par les Juges
á qui la connoiffance en eft attribuées par notre
Declaration du 10. Octobre 1723. registrée
en nos Cours des Aydes , & conformément
aux difpofitions de ladite Declaration.
ΧΙ
le
Comme en confirmant la Compagnie des Indes
dans des privileges de Commerce , qui ne peuvent
fe foûtenir & réutfir à l'avantage de nôtre
Etat,qu'autant qu'ils feront exclufifs ainſi qu'ils
Pont toûjours efté , & qu'ils feront gouvernez
par le même efprit ; Notre intention eft que
cette Compagnie ferve à l'accroiffement du
Commerce de notre Royaume , fans affaiblir
celui des Negocians particuliers : Nous declarons
qu'à l'avenir elle ne pourra prétendre
ancun autre privilege exclufif , tel qu'il puiffe
être , que ceux qui lui font confirmez par
préfent Edit. Et attendu que l'experience
Nous a fait connoître qu'autant l'établiffeiment
de cette compagnie eft utile & neceffaire,
lorfqu'elle eft uniquement occupée du foin
des Colonies importantes & des parties de
Commerce confiderables Nous lui avons
que
concedées , autant il eft contre le bon ordre &
contre nos interefts , & ceux même de ladite
Compagnie , qu'elle entre dans ce qui peut
avoir rapport à nos Finances ; Nous lui deffendons
très expreffément de s'immifcer en aucun
tems , directement ou indirectement , dans nos
Affaires & Finances ; Voulant qu'elle foit &
demeure conformément à fon inftitution
Compagnie purement de commerce , appliquée
uniquement à foûtenir celui qui lui
eft confié , & à faire valoir avec fageffe &
geconomie le bien de nos Sujets qui y font
1. vel. inteJUIN
1725 .
1259
intereffez , fans que les fonds de la Compagnie
des Indes puiffent être en aucun cas employez
à autre ufage qu'à fon commerce.
XII.
Nous avons par Arreft de notre Confeil
du 23- Mars 1723 , ordonné qu'il feroit paffé
à la Compagnie des Indes un Contrat d'aliénation
à titre d'engagement , des Droits compofans
notre Domaine d'Occident , pour de
meurer quitte envers elle de la fomme de Trois
millions trois cens trente- trois mille trois cens
trente - trois livres fix fols huit deniers , à imputer
fur les Cent millions par elle portez en
notre Tiefor Royal ; mais ayant reconnu qu'il
étoit plus convenable que ledit Domaine
d'Occident ne fut point féparé de nos Fermes
Generales , Voulons & ordonnons que ledit
Arrelt de notre Confeil du 23 Mars 1723. qui
n'a eu aucune execution , demeure revoqué &
comme non avenu , déchargeons ladite Compagnie
, des engagemens & conditions y contenuës
: Et à l'égard des dix millions reftans des
cent millions portez en nôtre Tréfor Royal par
ladite Compagnie , déduction faite des 90.
millions dont nous nous fommes acquittez envers
elle par l'alienation du Privilege exclufif
de la Vente du Tabac , Voulons qu'elle continuë
de jouir de la rente du principal defdits
Dix millions de Contracts , à raifon de trois
pour cent, conformément à l'Arreft du 19 Septembre
1719. & d'être payée des arrerages , de
fix mois en fix mois , fur ledit pied .
X II I.
Le privilege exclufif des Lotteries , que
Nous avons accordé à la Compagnie des Indes
par Arreft de notre Confeil du 15. Fevrier 1724-
demeurera éteint & fupprimé ; n'entendons
néanmoins priver ladite Compagnie de la liberté
de faire à l'avenir des Lotteries , en pre
1260 MERCURE DE FRANCE.
nant nos permiffions particulieres .
X I V.
par
la
Nous avons par Arreft de notre Confeil du
22. Mars 1723. fixé à cinquante- fix mille le
nombre des Actions de la Compagnie des Indes
; Et comme depuis ce tems la Compagnie
en a retiré à fon profit un nombre confiderable ,
Nous voulons les Actions retirees
que
Compagnie , foit annulées & brûlées en prefence
des Actionnaires , au jour qui fera indiqué
, au plus tard trois mois après la publication
du prefent Edit , dont il fera dreffé
Procès verbal inferé dans le Registre des déliberations
de ladite Compagnie.
La Compagnie fe trouvant chargée de Rentes
viageres conftituées en execution de l'Arreft
de notre Conteil du 20 Juin 1724. en faveur
des porteurs des Billets de Lotterie dont la
Compagnie a reçû la valeur en argent ou en
Actions par elle retirées Nous voulons que
ledit Arreft fit executé felon fa forme & teneur
, & que les Rentes conftituées en confequence
foient éxactement payées : lequel paye-
-ment devant être fait du meme fonds affecté
au payement du dividende des Actions retirées ,
& confiderant d'ailleurs les inconven ens qui
ont refulté cy devant de la multiplication des
Actions , qui ne peut être fa te qu'au grand
préjudice des premiers Actionnaires , Nous
deffendons à la Compagnie des Indes de retirer
on racheter à l'avenir aucunes Actions ,
que pour être éteintes , annullées & brûlées
en préfence des Actionnaires convoquez , dont
fera dreffé procès - verbal , afin que le nombre
effectifd'A& ions qui fubfifteront , foit toûjours
connu des Actionnaires .
XV L.
Il fera tenu tous les ans dans le courant du
mois de May , au jour indiqué , une Affemblée.
.
JUIN 1725. 1361
generale des Actionnaires , dans laquelle fera
Tú & rapporté le Bilan generale des Affaires de
la Compagnie de l'année précedente , & dans
laquelle la fixation du dividende fera declarée.
X VI I.
Tout Actionnaire qui aura dépoféving cinq
Actions à la Caiffe generale de la Compagnie
dans le terme prefcrit par l'affiche d'indication
de l'Affemblée generale , y aura entrée .
XVIII.
Eftant informée que plufieurs Particuliers
peuvent avoir employé en Actions de la Compagnie
des Indes , des fonds provenant de
remboursement d'Effets qui leur tenoient nature
de Propres ; confiderant qu'il peut y avoir
à craindre pour les familles qui ont des fonds
confiderables en Actions , qu'ils ne fe diffipent
par la facilite qu'il y a d'en difpofer , Nous
voulons qu'il foit libre à l'avenir à tous proprietaires
d'Actions , de les dépofer , avec telles
conditions & reftrictions qu'il jugera à propos
, à la Caiffe generale de la Compagnie
où il fera tenu par le Caiffier general & de fa
main un Regiftre fecret de compte ouvert def
dites Actions dépofées , tant pour le principal
que pour les dividendes ; & qu'il fort délivré
par ledit Caiffier general un Acte dudit dépoft,
qui fera paffé devant Notaires , contenant les
conditions & reftrictions ftipulées par l'Actionnaire
qui aura fait le dépoft,aufquelles le Caiffier
general fera tenu de fe conformer.
X I X.
Conformément à l'Article XVI. de nos Lettres
Parentes du mois d'Aout 1717 portant
le premier établi fer ent de la Compagnie des
Indes , fous le nom de Compagnie d'Occident
, tous Procès qui pouroient naître en
France pour raifon des Affaires d'icelle , feront
I. vol.
tere
1262 MERCURE DE FRANCE:
terminez & jugez par les Juges -Confuls à Pa
ris ; dont les Sentences s'executeront en dernier
reffort jufques à la fomme de quinze cens livres
& au deffous par provifion , fauf l'appel à nôtre
Cour de Parlement de Paris ; Et quant aux
matieres criminelles dans lefquelles la Compagnie
fera partie , foit en demandant , foit en
deffendant , elles feront jugées par les Juges
ordinaires .
EDIT du Roi , pour la décharge & liberation
de la Compagnie des Indes. Donné à
Verfailles au mois de Juin 1725. par lequel Sa
Majefté ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER .
Que la Compagnie des Indes fera bien &
valablement déchargée de toutes les operations
de la Banque établie generale par nos Lettres
Patentes des 2. & 20. May 1716. depuis convertie
en Banque Royale par notre Déclaration
du 4. Decembre 1718. & enfuite réunie
à ladite Compagnie des Indes par Arrefts de
notre Confeil du 24. Fevrier 1720. & autres
rendus en confequence les 26. Janvier & 7.
Avril 1721. laquelle décharge Nous avons accordée
& accordons à ladite Compagnie des
Indes , en vertu du compte des Billets de Banque
faits & délivrez dans le public depuis
leur établiffement jufqu'à leur fuppreffion , qui
a été rendu pour & au nom de ladite Compagnie
des Indes , par le fieur Bourgeois Treforier
general de la Banque , à notre Chambre
des Comptes de Paris , le 15. Novembre
1723 & par lequel la dépenfe eft égale à la
recette , l'une & l'autre montant à Trois Milliards
foixante- dix Millions neuf cens trenteneuf
mille quatre cens livres.
I. vol
II.
JUIN 1525. 1263
II.
Nous avons de la même authorité que deffus ,
confirmé & confirmons le Don que Nous avons
fait à la Compagnie des Indes , de la fomme
de cinq cens quatre - vingt- trois Millions
de livres en Ordonnance fur notre Trefor
Royal , fuivant les Arrefts de notre Confeil
des fept & 14. Juin 1723. tant pour liquidation
d'indemnitez prétendues par ladite
Compagnie des Indes pour dépoffeffion , nonjouiffance
& interefts , ainfi qu'il eft porté aufdits
Arrefts , que pour l'indemnifer en partie
de la perte qu'elle a faite de quatorze cens foifante
dix Millions par les operations émanées
de notre pur mouvement , pendant le temps de
notre minorité , & principalement par l'achat
& converfion d'Actions en Billets de Banque ;
lefquelles operations & Achats elle n'a fait
que par obéiffance aux ordres qui lui en
ont été donnez en notre nom pendant notre
minorité. Voulons que lefdites Ordonnances
montant à ladite fomme de cinq cens quatrevingt
trois Millions de livres , foient paffez
dans les Comptes des Gardes de notre Trefor
Royal , fans aucune difficulté , & que ladite
Compagnie ne puiffe être recherchée pour raifon
d'icelles ,fous quelque prétexte que ce foit.
ou puifle être.
4.
III.
Quoiqu'ilfoit porté par l'Article II. de notre
Déclaration du Décembre 1718. que les
fix Millions de livres provenant du fonds des
douze milles Actions dont la Banque generale
étoit compofée , lefquelles nous appartenoient
au moyen du remboursement qui en avoit été
fait , de nos deniers , aux Actionnaires , demeuréroient
dans la Banque Royale pour lui fervir
de fonds ; Nous avons difpenfé & difpenfons
I. vol.
ladite
264 MERCURE DE FRANCE .
ladite Compagnie des Indes , de compter tant
du fonds deftites Actions , que des benefices
qu'elles ont pû produire , attendu que cet article
de notre Déclaration du 4. Decembre
1718. n'a point eû d'execution , ne ſe trouvant
aucune dépenfe faite au Trefor Royal pour ce
fujet , ni dans aucun compte & le Trelorier de
de la Banque Royale n'en ayant fourni aucune
Quittance en vertu de laquelle on puifle lui en
demander compte , & confequemment à ladite
Compagnie.
IV.
Nous avons confirmé & confirmons la ceffion
que nous avons faite des benefices de la Banque
Royale , à la Compagnie des Indes , avec
effet retroactif, par Arreft de notre Confeil du
24.Fevrier 1720. portant réunion de ladite Banque
à ladite Compagnie , qui n'a été tenuë de
compter des Billets de Banque, qu'en vertu dudit
Arreft , & en confequence nous avons difpenfé
& difpenfons ladite Compagnie , de nous
rendre aucun compte , non feulement des profits
des efcomptes , des lettres de change & autres
operations de la Banque Royale , defquels
le Treforier a été obligé de tenir un Regiſtre
conformément à l'Article VIII. de notre Déclaration
du 4. Decembre 1718 mais encore
des benefices provenant de l'execution de l'Arreft
de notre Confeil du 21 Décembre 1719.
qui a fixé Pargent de Banque à cinq pour cent
au deffus de la valeur de l'argent courant , auquel
prix il a été permis de délivrer des Billets
de Banque à Paris & dans les Provinces , jufqu'à
ce que par Arreft de notre Confeil du 24.
Février 1720.nous avons abrogé cet uſage.
V.
Ladite Compagnie fera déchargée des difpo
fitions des Arrefts de notre Confeil des 25. Juil
1. vol. let
JUIN 1725. 1265
t
let & 9. Decembre 1719. par lefquels nous lui
avons cedé d'un côté le benefice fur la fabrication
des Monnoyes pendant 9. ans , moyennant
cinquante millions que ladite Compagnie de
voit nous payer , & de l'autre les droits pour
les affinages & departs d'or & d'argent dans les
Monnoyes ; de laquelle ceffion ladite Compagnie
des Indes n'a pas joui , ayant laiffé lédit
benefice & le produit défdits Droits aux Hôtels
des Monnoyes , dans les mains des Directeurs
, lefquels font tenus d'en compter dans
la forme ordinaire , auffi - bien que des augmentations
furvenues fur les Efpeces & matieres
d'or & d'argent depuis le 25. Juillet 1719. jufqu'à
la fin de 1720. Et voulons en confequence ,
que ladite Compagnie foit difpenfée de nous
rendre aucun compte pour raifon defdits benefices
& droits fur les Monnoyes.
V I.
La Compagnie des Indes n'ayant jamais rien
reçû du droit de dix pour cent que nous avions
ordonné être levé dans nos Bureaux au profit
de ladite Compagnie , par Arreft de notre Confeil
du 22 . Janvier 1720. fur toutes les Efpeces
& matieres d'or & d'argent qui entreroient
dans le Royaume pendant neuf ans , nous déclarons
que ladite Compagnie eft exempte de
nous rendre aucun compte à ce fujet.
VII.
Nous avons confirmé & confirmons la retroceffion
que la Compagnie des Indes nous a faite
de cinquante Millions d'Actions qui nous appartenoient
, laquelle nous avons acceptée par
P'Article II. de l'Arreft de notre Confeil du
3. Juin 1720. & nous avons en confequence déchargé
purement & fimplement ladite Compagnie
, des neuf cens Millions qu'elle devoit nous
payer pour valeur defdits cinquante Millions
I. vol.
d'Actions
1266 MERCURE DE FRANCE.
d'Actions que nous lui avons cedêes par les
articles V. & VI. de l'Arreft de notre Confeil
du 24. Février 1720. lefquelles cent mille Actions
nous avons fait brûler enfuite , en prefence
des Commiffaires de notre Confeil , qui en
ont dreffé procès verbal conformément audit
Article II . de l'Arreft du 3. Juin 1720.
VIII.
Ladite Compagnie ne pourra être recherchée,
ni obligée de nous rendre aucun compte pour
raifon du droit que nous avons établi ſur le
Caftor par l'Arreft de notre Confeil du 16.
May 1720. qui a rendu ce commerce libre ; lequel
droit nous avons ordonné par le même
Arreft être payé à ladite Compagnie , à l'entrée
du Royaume , pour lui tenir lieu du Privilege
exclufif du Caftor , que nous lui avions accor
dé par l'Article II. de nos Lettres Patentes du
mois d'Aouft 1717. portant établiſſement de
la Compagnie d'Occident , nommée depuis
Compagnie des Indes : ce qui a été executé
jufqu'à ce que par autre Arreſt de notre Confeil
du 30. May 1717. nous avons rétabli le
Privilege exclufif de la vente du Caſtor , en faveur
de ladite Compagnie.
I X.
Comme la Compagnie des Indes a retiré de
nôtre Tréfor Roval , & payé audit Tréfor
Royal en affignations par elle acquittées en
1719. & 1720. les Billers de cinq cens vingt
& cinquante-deux Louis d'argent , échûs au
29. Novembre 1721. & ceux de trente-fix
Louis & demi d'argent , échûs le 10 Janvier
1722. pour les emprunts que nous avions permis
de faire à ladite Compagnie par les Arrefts
de nôtre Confeil des 27. Octobre & 27. Novembre
1720. & 9. Janvier 1721 lefquels
avoient été reçûs à notre Tréfor Royal , & I. vol.
conJUIN
1725. 1267
Convertis en Quittances de Finance au denier
cinquante , ou en Rentes viageres fur nos
Tailles, créées par nôtreEdit du mois de Juillet
1723. conformément aux Arrefts de nôtre Confeil
des 26 Juillet , 22. Acuſt & 29. Septembre
1723. & autres : Nous ordonnons que ladite
Compagnie des Indes fera difpenfee de
Nous rendre compte du fonds defdits Billets
d'Emprunt qu'elle a reçû ; & de nôtre pleine
puiffance & authorité Royale , Nous avons
annullé , éteint & fupprimé , annullons , éteignons
& fupprimons ceux defdits Billets
d'Emprunt qui font demeurez dans le public ,
fauce par les proprietaires ou porteurs d'en
avoir fait l'emploi & la converfion ordonnée
par lefdits Arrefts de nôtre Confeil des 26.
Juillet , 22. Aouft , 29. Septembre 1723. &
autres , dans les délais qui y font indiquez ,
fans qu'il en puiffe être formé aucune demande
contre la Compagnie & les Directeurs d'icelle
qui les ont fignez , dont Nous les avons
déchargé & déchargeons .
X.
Nous avons cedé & octroyé , cedons &
octroyons à la Compagnie des Indes , à titre
d'indemnité , & pour la dédommager des pertes
qu'elle a faites à l'occafion des achats d'Ac.
tions , & des autres operations émanées de
nôtre mouvement pendant le cours de notre
minorité , le benefice des réductions que Nous
avons ordonné être faites par les fieurs Commiffaires
de nôtre Confeil , fur les Billets de
Banque , Certificats de Comptes en Banque ,
Recepiffez des Receveurs des Tailles pour Rentes
au Denier Cinquante , Recepiffez du Tréfor
Royal , Recepiffez des Directeurs de Monnoyes
, Contrats & Recepiffez de Rentes Viageres
fur ladite Compagnie , Actions & Di.
1. vol.
xićmes
1268 MERCURE DE FRANCE .
xiémes d'Actions rentieres , Recepiffez des
Directeurs des Comptes en Banques , converfibles
en Actions & Dixiénes d'Actions rentieres
, Actions & Dixièmes d'Actions intereffées
de ladite Compagnie ; lefquels Effets
ont efté vifez & liquidez , en exécution des
Arrefts de notre Confeil des 26. Janvier &
23. Novembre 1711. & autres . Voulons que
ladite Compagnie , foit bien & valablement
déchargée defdits Effets vifez , que Nous
avons fait remettre par nos ordres particuliers
à fes Caiffiers & prépofez , dans le temps &
à mesure qu'ils ont ellé rapportez aux Caifles
du Vifa ; & la difpenfons de Nous rendre
compte defdits Effets , que Nous declarons
lui appartenir , au moyen de ce qu'elle a retiré
& payé les Certificats de Liquidation que
Nous avions fait délivrer pour valeur defdits
Effets , fçavoir , les Certificats de Liquidation
d'Actions , en nouvelles Actions fabriquées au
nombre de cinquante - fix mille , conformément
à l'Arreft de nôtre Confeil du 22. Mars
1723. & ceux de fomnes , en Affignations dų
Tréfor Royal.
X I.
Nous avons pleinement déchargé la Compagnie
des Indes de tous les Effets de ladite
Compagnie qui font demeurez dans le public
, du nombre de ceux dont la reprefentation
& le vifa ont efté ordonnez par l'Arreft
de nôtre Confeil du 26. Janvier 1721. & autres
Arrefts pofterieurs ; defquels Effets Nous
avons prononcé la nullité par divers Arrefts
de nôtre Confeil , & en dernier lieu par notre
Edit concernant le Vifa ; & voulons que les
proprietaires & porteurs d'iceux , n'en puiffent
repeter aucune valeur contre ladite Compagnie
, ni contre fes Directeurs , Préposez &
1. vol.
ComJUIN
1725 . 1269
Commis qui les ont fignez , dont Nous les
déchargeons.
XII.
La plupart des Effets de la Compagnie des
Indes , rapportez aux Caifles du Vifa , & retirez
par les Prépofez & Commis de ladite
Compagnie , & de ceux qu'elle a retirez par
fes operations particulieres ayant eſté brûlez
publiquement , en vertu des Arrefts de nôtre
Confeil voulons que ce qu'il en refte , foit
pareillement brûlé en prefence des fieurs Commiffaires
de nôtre Confeil qui feront par Nous
nommez , lefquels en drefferont Procès verbal .
XIII.
Tous les Regiftres & Papiers qui ont fervi
aux achats d'Actions , & à toutes les autres
operations que la Compagnie des Indes a faites
par nôtre ordre , pendant nôtre minorité ,
& même les comptes des Caiffiers & Commis
employez aufdites operations , à l'exception
neanmoins des Regiftres , Papiers & comptes
qui concernent le commerce de ladite Compagnie
, feront pareillement brûlez en prefence
des Commiffaires de nôtre Confeil qui en drefferont
auffi leur procès verbal ; & il fera délivré
aufdits Caifliers & Commis de ladite Compagnie
, des Certificats vifez par lefdits fieurs
Commiffaires , portant qu'ils auront remis au
dépoft de la Compagnie des Indes leurs comptes
bien & dûement examinez , clos & arrêtez
, dans lefquels la dépenſe eſt égale à la recette
, au moyen defquels Certificats lefdits
Caiffiers & Commis feront déchargez de leur
geſtion .
Ces deux Edits ont été registrez en Parlement
le 8. le Roi féant en fon Lit de Juftice.
J. vol.
AVISA
A VIS.
Le fecond Volume de ce mois qui doit
fuivre celui-ci , eft actuellement fous preffe,
& paroîtra dans huitjours.
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Juin 1. volume , & j'ay crû qu'on pouvoit
en permettre l'impreffion. A Paris , le 27. Juin
8725.
HARDION.
TABLE
Du 1. Volume de Juin .
IECES fugitives , Ode à Mademoiſelle
Catellan. PIE
1059
Eloge du Pere de Sainte Marthe , General des
Benedictins. 1065
Poëfie de Catulle , Traduction , & c. 1078
Lettre en Profe , & en Vers fur le Poëte Laî
nez
Epître en vers.
1079
1086
1089
Extrait d'une Lettre fur l'effet du Tonnerre.
Epitre en vers de Vergier.
Lettre écrite de Conftantinople , &c.
Au Sommeil , Stances.
1091
1095
1103
Extrait d'une Lettre fur le terme Abbas Conardorum
.
Elegie.
1108
1109
Lettre fur les qualitez des Eaux de Briſtol.
1113
Avantages de l'Eau fur le Vin , Stances. 1122
Remarques fur la Traduction d'un Pleaume.
1123
Le Chriftianifme , Ode qui a remporté le prix
des Jeux Floraux . 1130
Extrait de la Differtation fur le droit & la
forme de la fucceffion dans la premiere race
des Rois de France.
Sonnet en Bouts- rimez.
1137
1141
Réjouiffances à Dourdan pour la naiſſance du
Duc de Chartres.
Epître de M. Vergier.
1142
1144
Lettre fur le Catalogue general des Manuf
crits de France.
Enigmes.
1148
1164
Nouvelles Litteraires , Poëme de Clovis , & c.
1166
Extrait du Sermon prêché devant le Roi le jour
de la Pentecôte.
Hiftoire generale des Auteurs facrez , & c.
1177
1186
Exercice fur l'Hiftoire , & c. par le Chevalier
Bignon.
Morts de perfonnes illuftres.
Epitaphe trouvée à Poiffy.
1187
1192
I 194
Extrait d'une Lettre fur le remede de l'Eau à
Thefe foutenue à Rome , &c.
la glace.
Concert fpirituel.
Ibid.
1196
1199
Printemps & Air à boire, Chanfons notées ,
&c.
1200
Spectacle , Extrait du Mauvais Menage . 1201
Nouvelles du Temps , de Turquie , de Ruffie ,
de Pologne , &c.
Morts & Mariages des Pays Etrangers.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lit de Juftice , & c.
1210
1222
1224
1227
Affemblée du Clergé , Harangue au Roi , & c .
Morts , Mariages & Baptêmes.
Edits du Roi.
Avis.
1228
1246
1252 & 1262
1270
P
Errata de Mai.
Age 891 ligne 7. jour , lifez féjour.
Page 964. 1.5 . Montbrunt , lifez Monbrun.
Page 1052. ligne 2. agé , lifex mourut âgée.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1064. 1. 11. flateurs , lifez faveurs . 1071. 1. 27. donné , lifez donnée.
Page 1073. 1. 12. fes , lifez fept.
Page 1074. 1. 21. les , lifez- le.
Page 1075. 1.3 . & c. ôtez ces deux Lettres.
Ibid. 1. valeur , mettez un point après .....
ce mot.
13.
Page 1076 1. 10. de , lifez du .
Page 110s. 1. 6. les efclaves , lifez tes efclaves ,
Page 1199. 12. depuis , lifez deux fois .
L'Air noté doit regarder la page 1200
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
JUIN 1725.
II. VOLUME.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV.
Avec App robation & Privilege du Roi.
L'
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M
OREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main, & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. folsi
1271
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY
JUIN
1725 .
11. VOLUME.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
CLIMEN E.
Eglogue de Mademoifelle l'Heritier .
Eule à l'ombrage d'un Chêne ,
S
Sur le bord d'un clair ruiffeau ,
L'aimable & tendre Climene ,
Rêvoit au doux bruit de l'eau ;
2. vol.
Son A ij
1272 MERCURE DE FRANCE .
Sɔn troupeau dans la prairie ,
Sur l'herbe tendre & fleurie ,
Erre au gré de fes defirs ,
Dans le temps que la Bergere ,
Qu'un noir chagrin deſeſpere ,
S'abandonne à fes foupirs.
Envain d'un tendre ramage ,
Les oifeaux dans ce bocage
Veulent charmer fa douleur
Tout déplaît à ſa langueur ,
Le trouble qui l'inquiéte
Rend fes ennuis fi preffans ,
Que de fa tendre Mufette
Elle hait les doux accens.
Tircis , ce Berger volage,
Eft la caufe de fes pleurs ,
Pour de nouvelles ardeurs
Il a quitté le Village.
La Belle loin de bannir
L'image de l'infidele ,,
Ne fçauroit s'entretenir
Que du feu qu'il eut pour elle.
2. vol.
Les
JUIN 1725.
1273
Levant au Ciel ſes beaux yeux ,
Qu'offufque un torrent de larmes ,
Ce fut , dit- elle , en ces lieux ,
Que mon coeur rendit les armes.
Ce fut dans ces mêmes bois ,
Que l'ingrat cent & cent fois
Jura qu'il m'aimeroit d'une éternelle flâme ;
Mais les perfides fermens ,
- Dont il féduifoit mon ame ,
Ne font que trop communs parmi tous les
Amans .
Oui , dans le fiecle où nous fommes ,
Tous cherchent à nous tromper ,
Et l'amour empreffé que nous montrent les
hommes ,
N'a rien qui nous dût fraper ;
Lorfque par mille tendreffes ,
Ils ont engagé nos coeurs ,
Sans fonger à leurs promeffes ,
Ils en font autant ailleurs .
Helas ! que vôtre fort eſt doux auprès du nôtre
Petits Moutons , innocens animaux ,
2.vol. A iij L'ob1274
MERCURE DE FRANCE.
L'objet qui vous cherit n'en aime jamais d'autre
,
Et fuit tous les liens nouveaux.
Vous ne reffentez point l'accablement extrême
,
Que produit dans mon coeur un cruel chan、
gement ;
Et chez - vous c'eft affez qu'on aime ,
• Pour aimer éternellement.
Dans ces paifibles bois les oifeaux fans rien
craindre ,
Ainfi que vous fe laiffent enflâmer ,
Charmez du feul plaifir d'aimer ,
Ils n'ont jamais connu ce que c'eft que de
feindre ;
C'eſt chez les hommes feuls qu'on ofe avoir
recours
A de pernicieux détours .
Puifque l'amour fur eux a fi peu de puiffance ,
Que cherchant à nous enchanter ,
Far un encens trompeur qui fçait trop nous
flater ;
Ils ne refpectent point la timide innocence ,
Loin de les écouter fuyons- les déformais ,
Cherchons dans nos vaftes forefts ,
2. vel· Parmi
JUIN 1725. 1275
Parmi leur filence & leurs ombres ,
Le doux repos que mon coeur a perdu ;
Du menfonge jamais jufques dans ces lieux
fombres ,
L'empire ne s'est étendu .
Par vôtre agréable murmure ,
Ruiffeaux affoibliffez la peine que j'endure ,
Belles fleurs , gazons , arbres verds ,
Et vous , petits oifeaux , par vos charmants
concerts ,
Banniffez les inquiétudes
Que me caufe un ingrat qui rompt les plus
beaux noeuds ;
Charmez fi bien mes fens , aimables folitudes ,
Que je rende à mon coeur enfin un calme heureux.
2. val. A iiij RE'-
1276 MERCURE DE FRANCE.
REPONSE à la Critique de M. de
Chancierges , inférée dans le Mercure
d'Avril dernier. Extrait d'une Lettre de
M. d'Auvergne , écrite de Beauvais le
6. Juin 1725.
Q
Uand j'ai répondu à la queſtion
que vous avez propofée dans vôtre
Mercure du mois de Novembre dernier ,
lequel eft le plus malheureux & le plus à
plaindre , ou celui à qui tout le monde déplaît
, ou celui qui déplaît à tout le monde ,
je me fuis bien attendu à trouver plufieurs
perfonnes qui ne feroient pas de
mon avis , & les deux Differtations qui
ont paru fur ce fujet après la mienne ,
m'ont fait voir que je ne m'étois pas
trompé ; effectivement , ce n'eft pas une
queſtion que ce qui eft décidé d'une voix
unanime . Mais je n'ai pas penfé qu'on
pût attaquer la queftion par elle- même ,
ni prétendre qu'elle fut du nombre de
ces problêmes , fur lefquels on difpute
vainement pour & contre , fans pouvoir
venir à bout de les réfoudre , & fans
qu'il en résulte d'autre utilité , qué celle
que l'on tire des déclamations de College,
qui eft de faire voir que fi l'on fait dire
2. vol.
de
JUIN 1725 . 1277
de belles chofes , on fçait auffi les mettre
dans un ordre qui peut plaire. Soit raifon
, foit amour propre , ce fentiment me
paroît très- mal fondé , & malgré la Critique
de M. de Chancierges , je fuis encore
perfuadé , non -feulement , que la réfolution
de la queftion n'eft pas impoffible ,
mais même qu'elle peut être très-utile .
J'abandonne volontiers au Critique la
queftion de fçavoir , s'il eft plus douloureux
de voir la maîtreffe infidelle , que de
la voir morte. Si on me l'avoit propofée ,
j'aurois dit à moi -même , à quoi bon cette
curiofité ? Vous n'ign'orez pas que l'infidelité
d'une maîtreffe & fa mort ne
foient pour un tendre amant deux coups
des plus funeftes ? N'en eft- ce pas affez ,
& que vous faut- il de plus ? Que vous
importe de fçavoir fi vous verferiez plus
de larmes en voyant l'unique objet de
vos voeux dans le tombeau , qu'en la
voyant vous manquer de foi ? Dès qu'il
eft certain que dans l'un & dans l'autre
cas vos pleurs couleroient abondamment ;
cela vous fuffit pour en conclure , que
vous devez fagement faire tous vos efforts
pour ne point aimer , puifque c'eft- là le
feul moyen de n'être point expofé à deux
accidens , dont le moindre , quel qu'il
foit , peut caufer des peines infinies .
Mais il n'en eft pas de même de l'au-
1. vol.
tre A v
1278 MERCURE DE FRANCE.
tre queftion. Comme il ne dépend pas
de nous de ne pas naître , ni de fortir du
monde , quand nous y fommes une fois
il est bien neceffaire que l'on fçache comment
on doit fe conduire pour y vivre
plus ou moins heureux . Si , par exem
ple , l'on s'eft laiffé perfuader qu'il eft
plus fâcheux de ne trouver perfonne de
fon goût , que de n'être du goût de perfonne
; on s'attachera principalement à
détruire en foi ce caractere de Milantropie
qui nous fait envifager d'un oeil inquiet
& chagrin toutes les actions d'autrui
, & à s'accoutumer à fupporter fans
peine tous les défauts , & toutes les foibleffes
infeparables de la nature humaine.
Voilà , fans doute , ce que l'on a eu en
vûë en propofant la queſtion ; on a voulu
éclaircir des principes , dont la certitude
eft propre à diriger les moeurs.
Or qu'une pareille queftion de morale,
c'est - à - dire , qui tend à regler la conduite
& la pratique des hommes, ne puiffe
pas être décidée , je crois qu'il n'y aura
que bien peu de gens avec M. de Chancierges
qui s'aviferont de le diré. Car
c'eft dégrader l'état des êtres intelligenst
pour le confondre avec celui des brutes ;
& ôter à l'homme les perfections que
le Créateur lui a données qui font de
pouvoir apprendre à fe conduire d'une
2. vol.
façons
JUIN 1725. 1279
façon conforme à la droite raiſon . N'y
' eut- il que cette réflexion , c'en feroit
affez pour démontrer le travers , dans le
quel a donné M. de Chancierges , en s'imaginant
que quelques raifonnemens
que l'on falle pour décider la queftion ,
ils feront tous fondez fur des hypothe
fes particulieres qui ne fçauroient fervir
de preuves à la propofition generale .
Quoiqu'en dife cet Auteur , il y a fur
cette matiere des points auffi certains , &
auffi generaux qu'en Algebre & en Geométrie,
& des veritez connues , par le
fecours defquelles il est aisé de parvenir
à la connoiffance de celle que l'on chercle.
Une premiere verité connue , eft que
F'on n'eft veritablement heureux qu'autant
que l'on a de plaifir & de contente
ment tous les hommes font faits là-def
fus de la même façon ; tout ce qui eft
pour eux des fujets de douleur & de trif
teffe eft contraire à leur felicité . Ainfi
s'ils n'ont perpetuellement dans l'efprit
que des idées de chagrin & d'affliction
ils font perpetuellement malheureux : ce
la ne fçauroit être revoqué en doute .
Cette premiere verité me fait connoître
clairement quel eft le fort du Milantrope
; car dès que dans l'hypotheſe on
fuppofe que tout le monde lui déplaît ,
I. Vola
je A vj
1280 MERCURE DE FRANCE.
je conçois neceffairement qu'il ne penſe
à rien qui ne lui faffe peine , & par confequent
qu'il est tout des plus malheureux.
En vain objecte t'on que les qualitez
du fang & la conformation des organes
rendent les hommes fi differens entr'eux ,
que l'un a de la douleur là où l'autre ref
fent de la joye ; c'eſt un raiſonnement
qui ne reçoit point ici d'application . La
diverfité qui fe rencontre dans la conftitution
des hommes peut bien faire que
ce qui plaît à l'un déplaife à l'autre , mais
elle ne fçauroit operer que qui que ce
foit goûte le moindre plaifir dans la prefence
ou dans l'idée d'un objet qui lui
déplaît. La trifteffe naîtra , fi l'on veut ,
de caufes differentes , mais de quelque
cauſe qu'elle naiffe , elle eft toûjours un
mal par tout où elle fe trouve , & elle
fait toûjours fouffrir la perfonne dont
elle s'eft emparée. Le Milantrope donc ,
quelque part où il aille , ne voyant aucun
objet qui ne lui déplaife , c'eft- à -dire,
qui ne lui caufe du chagrin & de la douleur
, il eft impoffible qu'il ne fouffre
pas continuellement. Dire le contraire ,
c'eſt dire ce qui repugne à la raiſon ,
qu'une même choſe peut en même temps
être & n'être pas , ou que deux accidens
auffi oppofez que le font entr'eux le plai-
2. vola
fir
JUIN 1725. 1281
fir & l'affliction font compatibles en un
même fujet.
Cependant , dit - on , écoutez un Mifantrope
, il vous dira qu'il eft aife en cela
même que tout le monde lui déplaît , it
feroit fâché d'être d'humeur à n'avoir
point de l'averfion pour tous les hommes
qui font fur la terre . Oui , j'en demeure
d'accord , les hommes tels qu'ils paroiffent
à fes yeux , il croit avoir raifon de
les haïr , & il lui femble que ce feroit un
crime que
de ne le pas faire ; mais pour
cela il n'en eft pas plus heureux , s'il gemit
fans coffe de ce que les hommes font
tels qu'ils font , & de ce qu'il n'en eſt
aucun à fon gré avec qui il puifle faire
quelque liaiſon. Auffi Moliere qui avoit
fait la principale occupation d'étudier
tous les differens caracteres , nous peintil
fon Mifantrope , lorſqu'il eſt au milieu
du monde , toûjours grondant & de mauvaife
humeur . Le nouveau Thimon dans
fa folitude , & au
& au pied de fa montagne ,
car , ainfi que je l'ai dit dans ma differtation
, c'eft-là la derniere reffource de celui
qui déplaît à tout le monde ; Thimon
, dis-je , n'a pas là de fatisfaction
comme l'avance M. de Chancierges , à
fe voir feparé du refte des hommes : tant
s'en faut , il y eft pour déplorer fes malheurs
& fa mifere . Que je le place où on
2. vol.
le
1282 MERCURE DE FRANCE.
le voudra , je le retrouve par tout dans
la même fituation . Ainfi encore une fois,
je connois évidemment qu'il n'eft pas
poffible qu'il y ait un feul inftant de fa
vie qui foit exempt de peines & de chagrins.
Je découvre avec la même facilité quel
eft l'état interieur d'un homme qui a le
malheur de déplaire à tout le monde.
Que j'examine , comme je l'ai fait dans
ma Differtation , les divers mouvemens
dont il eft agité , j'en trouve toûjours
quelques - uns propres à adoucir fon infortune
, & même à la lui faire oublier
quelquefois.
Quand tous ces points me font connus,
je n'ai plus qu'à comparer , j'apperçois
deux hommes dont le fort eft extrêmement
à plaindre ; mais fi l'un fe fait à
lui-même les maux dont il eft accablé
& que quelque part où il foit , il ne
puiffe que fe défoler , l'autre trouve du
moins quelquefois du foulagement à fes
peines.
Ainfi par le moyen de l'Analyfe , je
parviens auffi -bien à décider ma queftion
de Morale , qu'à découvrir une verité de
Mathematique . Je fuis , & c.
z . vol.
NARJUIN
172515
1283
༧.NC
NARCISSE.
CANTATE.
REbelle au Dieu d'Amour , l'indifferent
Narciffe , #2
Bravoit depuis long- temps fes traits ,
Envain les plus charmans attraits
Faifoient la guerre à fon caprice ,
Cent fois pour enflâmer fon coeur ,
La tendreffe n'offrit qu'une flâme impuiffante.
L'Amour entre en courroux , d'une voix menaçante
,
>
Perdrai - je donc , dit il , le beau nom de vainqueur
?
J'ai rangé fous imes loix le maître du tonnerre,
Et Narciffe , un mortel ofera m'outrager !
Qu'il ferve d'exemple à la terre ,
De ce que peut l'Amour , quand il veut fe
venger.
Jeunes coeurs , l'indifference ,
Fait horreur au plus grand des Dieux .
Elle est un crine odieux-
C
Digne de toutefa vengeance ,
2. vol. Ah !
1284 MERCURE DE FRANCE.
Ah : laiffez-vous enflâmer
Il n'eft d'heureuſes deſtinées ,
Que pour ces ames bien nées ,
Qui ne vivent que pour aimer.
Guidé par fon dépit , Amour part de Cithere ,
Ses ailes qu'enfie la colere ,
Volent avec rapidité.
Bien-tôt Narciffe s'offre à fon oeil irrité.
Echo dans ces momens , cette Nymphe
tendre ,
Près de lui mouroit de langueur ;
Et loin de couronner fon amoureuſe ardeur
Narciffe ne daignoit l'entendre.
Ace touchant fpectacle , Amour fans plus
attendre ,
Arme fon bras d'un trait vengeur.
Un pouvoir immenſe ,
Suit par tout l'Amour
Tout à fa puiffance ,
Doit ceder un jour's
Par fa douce amorce ,
On eft entraîné ,
Sinon par fa force ,
On eft enchaîné.
2. vol. Pour
JUIN 1725. x285
Pour les coeurs dociles ,
C'eft un maître doux :
Coeurs trop difficiles ,
Craignez fon courroux .
Narciffe regardoit dans l'eau d'une fontaine ,
Quand le Dieu , qu'il rend furieux ,
Fait un fouris malicieux ,
Et du trait qu'à choiſi ſa haine ,
Le perce impitoyablement.
De fa beauté le charme étoit extrême :
Il croit voir une Nymphe , il en devient l'a
mant ,
Il eſt amoureux de lui- même.
La Nymphe eſt muette & fans corps ,
Le Berger la croit infenfible ,
Sa main , fa voix , tous fes tranfporte
La lui font juger inflexible.
Narciffe expire & devient fleur ,
Du deſeſpoir trifte victime ;
Ainfi nous conduit au malheur ,
De nous-même la folle eftime.
Dabat , Medecin à Tarbe
2. vol.
EX#
286 MERCURE DE FRANCE ,
JJJJ Jak jikki &
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën ,
furl'Etimologie de Puy & Palined.
Ja
E vois , Monfieur , que dans le Mercure
de .... on a cenfuré mes
petites remarques fur le Palinod , inferées
dans le Mercure de Septembre de
l'année 1724. pag. 1886. Voici ma réponfe.
Un fçavant m'avoit demandé les
Etimologies de ces deux mots , Palinod ,
& Puy. Je les lui envoyai dans deux
Lettres feparées . Il a mis au jour la feconde
, fans faire mention de la premiere.
Cela étant ainfi , j'avouë que le Critique
ne pouvant juger que fur ce qu'il a vû , a
raifon de fe plaindre , & de vouloir qu'à
l'Etimologie de Puy , j'ajoûte celle de
Palinod. Je la repete en fa faveur telle
que je l'avois envoyée . On appelle Palinod
une Fête qui fe fait en l'honneur de
la Vierge à Caen dans l'Ecole d'Eloquence
, le jour de la Conception , & à Rouen
le Dimanche fuivant dans le Cloître des
Carmes . On y lit en Public diverfes Pieces
de Poëfie , Epigrammes Latines
Odes Alcaïques , & Iambiques , Odes
Françoifes , Dixains , Sonnets , Balades ,
& Chants Royaux. A Roüen il y a de
2. vol.
furJUIN
1525. 1287
و
furplus des Stances , & un Difcours La- '
tin le tout en l'honneur de l'Immaculée
Conception . Cette Fête eft nommée
Palinod du Grec man , iterùm , & fù ,
Cantus comme fi l'on difoit , cantus iteratus
un chant repeté , parce que dans les
Balades & Chants Royaux , qui d'abord
étoient le plus en ufage , iill ffaauutt que le
même vers , qui finit la premiere Stance
, finiffe aufli toutes les autres .
Voilà l'Etimologie qui devoit accompagner
celle de Puy .J'avoue encore une
fois que le Critique a raifon de fe plaindre
d'un tel oubli ; mais il me permettra
de lui faire voir qu'il n'a pas rencontré
jufte en donnant à ce mot l'Etimologie
qu'il lui donne. Que diroit- il , fi je cenfurois
le Cenfeur même. Palined , felon
lui , vient du Grec má & , cela eft
vrai. Il fignifie un chant contraire , cela
eft faux , fans doute , à veut dire un
chant ; mais proprement veut dire
iterùm , derechef. Où a- t'il trouvé qu'il
fignifie contraire , finon dans un fens figuré
? Je veux bien que le deffein des
Inftituteurs du Falinod , ait été d'oppofer
des chants pieux aux vers des Proteftans
, injurieux à la Vierge ; mais cet
n'eſt pas de ce bon deffein qu'eft venu le
nom , & l'Etimologie radicale de Falinod,
Je preffens les objections du Critique,
12. vol. il
1288 MERCURE DE FRANCE.
il va me demander encore fi j'ai lu M. Bour
gueville. Oui je l'ai lu , & j'y ai condamné
cette fauffe Etimologie. Mais lui - même
a t'il lu M. Huet , qui traitte de radoteur
cet ancien Ecrivain ? A t'il lu le Dictionnaire
de l'Académie imprimé en 1694
qui donne au Palinod la même Etimologie
que moi ? Il me repliquera qu'en fait d'antiquités
les Auteurs anciens font préférables
aux modernes , & que M. Huet
étant plus nouveau , merite moins de
croïance ; mais en dira- t'il autant du
Dictionnaire Académique ? la compagnie
favante qui l'a compofé auroit-elle ignoré
le livre de M. Bourgueville ? Non fans
doute. Des Elprits fi éclairés n'ont rien
écrit fans une recherche éxacte. Si donc
ils n'ont pas fuivi fon Etimologie , il faut
conclure que pour de bonnes raifons ils
l'auront rejetée.
PORTRAIT DE L'AMOUR.
Certain Enfant qu'avec crainte on careffe ,
Et qu'on connoît à fon malin fouris ,
Court en tous lieux précedé par les ris ,
Mais bien fouvent fuivi par la trifteſſe,
I. vol. Dans
JUIN 1725 . 1289
Dans les coeurs des humains il entre avec fou
plefie ,
Habite avec fierté , s'envole avec mépris.
Il est un autre Amour , fils craintif de l'eftime

Soumis dans fes chagrins , conftant dans fes
defleins ,
Que la vertu foûtient , que la candeur anime,
Qui refifte aux rigueurs & croît par les plaifirs.
De cet Amour le flambeau peut paroître
Moins éclatant , mais fes feux font plus doux,
C'eft le feul Dieu que mon coeur veut pour
Maître ,
Et je ne veux le fervir que pour vous,
豐華
2. vol. DIS-
4
$790 MERCURE DE FRANCE.
و
DISSERTATION fur les limites de la
France Germanique , d'avec l'Aquitaine
Gothique , au Midi de la Riviere
de Loire telles qu'elles étoient
en 481. en fuivant la Chronique de
Sigebert , compilée par M. Adrien
Maillart , ancien Avocat au Parlement
de Paris , Auteur des Notes fur l'Artois
rendues d'un ufage univerfel , par la
Chronique.
Mre de ces limites , y a fait les obfer-
R Maillart , ayant trouvé un veftige
vations fuivantes . Dans le fpicilege de
Dom Luc d'Achery de l'édition de 1723 .
tome 3. page 266. jufques & compris
page 286. fe lit ce qui fuit
Liber de compofitione Caftri Ambafia &.
ipfius Dominorum geftis.
M. Maillart augure que ce livre concernant
Amboiſe a été compofé après
و
le milieu du douziéme fiécle.
Il tire fa conjecture de la fin de celivre
, où se trouve ce qui fuit ,
Nos equidem qua nota nobis funt de facilioribus
moribus Hugonis , de pietate
liberalitate , bonitate in fuos , ad præfens ·
præterimus.
2.vol.
Dee
JUIN 1725. 1291
Deo opitulante librum iftius hiftoria claudimus.
Et fic , foluto promiffo , quiefcimus .
Selon Bernier , page 299. de fon Hiftoire
de Blois , le Comte Tibaut IV.
mourut le 18. Juillet 1151.
Donc , l'Auteur du livre d'Amboife
lui étoit Contemporain , puifqu'en témoin
oculaire , il traite de Hugue . IV.
& de fon fils Sulpice,
Hactenus mihi videor de Hugone , &
filio fuo Sulpicio , ea que oculis meis vidi
, & auribus audivi , dixiffe ;
Le même Anonyme d'Amboiſe chap. 1.
n . 5 , a écrit ce qui fuit
,
Dum Cafar , in inferioribus Aquitania
Partibus circa Oceanum Mare moraretur
Dunicius unus ex Ducibus Germania
qui Sequana gènti præerat , vir magnus
Romanis infeftus , cum copiofo exercitu in
finibus Germania manens , Cenomanicam
Turonicam , Neuftriam , que nunc Nortmannia
dicitur , fape impugnabat.
Qui oppidum à fuo nomine , Caftrum
Duni nominatum conftruxit.
Omnis terra à fluvio Ligeri ufque Coloniam
, olim Germania vocabatur.
Qua nunc in Franciam , Flandriam ,
Burgundiam , Lotaringiam dividitur.
Delà fuit que dans ces tems reculez ce
qui étoit au Midy de la riviere de Loyre ,
2. vol.
étoit
1292 MERCURE DE FRANCE.
re étoit Aquitaine ; &ce qui étoit au Nord
étoit Gaule , ou France Germani que
Au livre 2. chapitre 37. de fon Hiſtoire
des François , Gregoire de Tours , décédé
le 27. Novembre 595. âgé de plus
de 70. ans , nous indique que la Ville
de Poitiers étoit une demeure ordinaire
d'A'aric Roy des Goths , poffeffeur de
P'Aquitaine , & tué en 507. par le Roy
Clovis à la Bataille de Vouillé , au Sud-
Eft de Poitiers.
Cumque placuiffet omnibus hic fermo ,
commoto Exercitu , Pictavis dirigit.
Ibi enim tunc Alaricus commorabatur.
Au livre 2 chapitre 18. le même
Gregoire obferve que C. hilderic I. Roi
de France , decedé le
482 après s'être rendu maître de la Ville
d'Orleans , s'empara de celle d'Angers ,
après y avoir fait mourir le Comte Paul
qui y commandoit pour les Romains .
Paulus verò Comes , cum Romanis , &
Francis ; Gotis Bella intulit , & pradas
egit.
Veniente vero Adouacrio Andegavis C.
hildericus Rex fequenti die advenit interemptoque
Paulo Comite, civitatem obtinuit.
Cela eft repeté au chapitre 12. de
l'Epitome de Fredegaire.
Le Roy C. hilderic I. retournant
d'Angers à Orleans , fut falué dans l'Ifle
2. vol. d'Ame
JUIN 1725. 1293
d'Amboife par le Roi Got , Alaric avec
lequel il regla les bornes de leurs Souverainetez
refpectives .
A l'effet de quoi , entre la Ville de Bleré
& le Ruiffeau de l'Aindrois , furent
élevez deux Monceaux de Terre aux
deux côtez du chemin de Bleré à Loches,
fur le Territoire meridional de la Paroiffe
de Sublaine.
Voici les termes de l'Anonyme d'Amboife
, chapitre 4. Nº 2.
Mortuo Egidio, Syagrius filius ejus ,
à Romanis & Gotis , Sueffionis in Regem
elevatur.
C. Hildericus eum valdè Sueffionis pugnando
devicit , urbeque fibi redditâ Syagrius
ad Alaricum fugit.
Rex verò Parifiacum totamque terram
ufque Aurelianis recepit.
>
Dum Aurelianis meraretur à fugitivis
fibi relatum eft , quòd Adonagrius , filius
Ducis Saxonia , cum multis navibus
relicto à Mari , Ligerim intrans , & af
cendendo , terram fluvio adjacentem vaftans
, ufque Andegavis venit , eamque ob-
Sedit.
Igitur Rex congregato magno exercitu
ad fuccurfum urbis illius , monitu fugiţivorum
defcendit ......
N° 3. Saxones adventum Regis comperientes
, velociter cum Duce fuo fugiunt.
2. vol.
Ipfe
B
1294 MERCURE DE FRANCE.
Ipfe verò Andegavis venit , urbem cepit
Paulum Romanum Confulem ibi inventum
fufpendit, Domum Romanorum que
ibi erat deftruit , civitatem , Pratore ad
libitum impofito , munit.
Dum rediret C. Hildericus : obviam ve
nit & Rex Getorum Alaricus in inſulâ
Ambafia , colloquio adjuncti foederati ,
pacificatique funt.
In Planitie verò inter Blefiacum, & Andrefium
uterque populus Gothorum & Fran,
corum , Juffu Regum duos Globos terra
elevaverunt , quos utriufque Regni fines
conftituerunt.
Omnis terra plana à Francis Campania
dicitur.
Et in hac , duo Globi in teftimonium
foederis eminent.
A l'occafion de ces Monceaux de Terre
Maan a écrit ce qui fuit à la page 14. de
fon Eglife de Tours , Edition de 1667 .
dans la vie de Jean II . de Monforeau
78. Archevêque , Nº 5.
li funt aggeres duo , totâ Provincia
Turonenfi longè celeberrimi , quod vulgò
dicimus les Danges de Sublaine.
A la page 102. Maan obferve que
Sublaine Soblenum eft une des fept Eglifes
Paroiffiales données à S. Martin de
Tours avant 1119. par Gilbert 66 : Archevêque.
i
2. vol.
A
JUIN 1725. 1295
Au commencement de 1725. M.
Maillart a eu la curiofité de faire chercher
ces deux anciens Monumens. Une
perfonne entenduë , après avoir vifité les
lieux , lui a marqué qu'étant entre la Ville
de Bleré & le ruiffeau de l'Aindrois ,
à deux lieues de Bleré , à l'extrêmité de
la Paroiffe de Sublaine au Sud- Est , le
long du grand chemin de Bleré à Loches ,
fur un terrain nommé la Nouë aux Danges
, il avoit trouvé ces deux petits Monts
appellez actuellement dans le canton , les
Danges de Sublaine à 150. pas l'un de
l'autre ; l'un au Sud- Eft du chemin , &
l'autre au Nord - Oueft , le chemin les
feparant la Dange- Sud -Eft eft entiere
en fa circonference , & en fa hauteur ;
mais les Lapins ont écarté en fouillant la
Dange Nord- Oueft , laquelle à caufe de
cela , paroît moindre que fon témoin.
Les Etymologiftes aux mots Nove
Noe' , y attachent l'idée d'une terre fufceptible
de fa converfion en pré fec à
courte herbe , du mot Latin Novale : Menage
en fon Dictionnaire aux mors , Noe,
ou Nove.
Quoique le Bourg de Sublaine foit trèspetit
actuellement ; cependant la tradition
eft qu'il étoit fpacieux autrefois , &
qu'il fe nommoit Montafilan ; en effet il
y paroît actuellement des veftiges de Ca-
2. vol.
Bij ves
1296 MERCURE DE FRANCE .
ves , de Puits , & d'autres mazures .
Obfervations fur les noms C. Hilderic
C. Lovis , C. Herebert , C. Lotaire ,
C. Hildebert , C. Hilperic.
I. Se conformant à l'origine des chofes
, M. Maillart reprefente ici qu'il fepareroit
avec un point les deux premieres
lettres des noms , C. Hilderici , C. Lovis,
C. Herebert, C. Lotaire , C. Hildebert ,
C. Hilperic , & c.
La lettre anterieure C. fignifiant le Roi,
Coning,
De même qu'actuellement le Roi d'Efpagne
figne Yo el Rey .
Et cela , quoique les anciens n'ayent
pas obfervé ce point differentiel intermediaire
.
Sans cela , le C. feroit inutile dans les
noms C. Hilderic , C. Herebert , C. Hildebert
& C. Hilperic , dont l'H . fe prononce
afprement comme le K. dans la
Langue Teutonne Germanique , qui eſt
l'ancienne Langue Françoife , dont ces
noms font originaires .
Dans ces anciennes Langues , & dans
les Pays qui s'en fervent encore, ces quatre
lettres , C. G. H. K. forment le même
fon , & font employées indifferemment
comme des fynonimes.
2. vol.
SurJUIN
1725 . 1297
Surquoi on peut lire le laborieux Olivier
Ured , de Bruges en Flandres , en
fon curieux Traité ; Veterem Flandriam
effe primam Franciam , Edition de 1650 .
page 239. capite 20. Francorum patriam
linguam eamdem fuiffe cum Flandrica
noftrâte.
Idem fonat C. Hilpericus , intentâ adfpiratione.
Vel quia Regum nominibus præfixum
C. quo veteres Franci Coning , id eft, Regem
fignificat.
Pofteà cum reliquo nomine coaluit ut ex
vocibus Hildericus , Ludovaus Lotarius.
Prafixa dignitatis Regia nota C. effecit
C. Hildericus , C. Lodovans , C. Lotarius
, &c.
Delà refulte que les anciens Auteurs
Latins ont eu raifon de ne pas mettre la
lettre C. devant ces noms propres Hildericus
, Lodovæus , Hildebertus , Lotarius
, Herebertus , Hilpericus .
Sur les trois Langues qui divifoient
les Gaules , on peut voir la Cofmographie
de Paul Merula , parte 2. libro 3.
capite 15. page 420. Edition de 1605 .
la Chronologie d'Artois , page 78. N
29. C. Hilderic.
Selon Chifflet , en fon Traité de la
Refurrection du Roi Childeric , Anoftafis
Childerici Regis , imprimé à Anvers
2. vol.
en B iij -
1298 MERCURE DE FRANCE.
en 1655. capite 4. le Roi Childeric I.
nâquit à Amiens , vers l'an de Jefus-
Chrift 436. & y retournant de fon voya.
ge d'Allemagne , ce Roi mourut vers
l'an 482. & felon Triteme , libro 1. Annal.
46. Hildericus , ce fut en 484. Il fut
inhumé près , & à l'Eft de la Ville de
Tournay' fur l'Efcaud , où fon Sepulchre
Payen fut trouvé le 27. Márs 1553.
Cette riche découverte donna lieu au
fçavant Jean -Jacques Chifflet , Medecin
de l'Archiduc Leopold Guillaume d'Autriche
, Gouverneur des Pays - Bas de
compofer cet ouvrage fi excellent & fi
recherché.
,
EPITRE de M. Vergier , à fors
Recueil , en le prefentant à M. le Duc
de Noailles , qui le lui avoit demandé ,
1717.
D
Efilte toi de cette vaine inftance ,
Il faut partir malgré ta réſiſtance ,
Recueil fecret de mes amuſemens ;
Je le vois bien , je te fais violence ,
Formé , nourri dans l'ombre & le filence ,
Tu crains le jour , tu crains les jugemens ,
2. vol.
Que
JUIN 1725 .
1299
Que contre toi va porter maint critique ;
Tu n'as , dis - tu , ni tous les traits brillants ,
Ni l'air pompeux , ni le ton emphatique ,
Dont nous voyons tant d'écrits petillans ;
Propos naïfs , innocent badinage ,
Simples portraits de nos fragilitez,
Même par fois lafcif libertinage ,
Sont , me dis tu , tes feules qualitez :
De tout cela , je conviens & j'avouë ,
Qu'avec raiſon tu crains , & je t'en loüe ;
Mais il n'eft plus en ton choix d'éviter ,
On te demande , il faut te prefenter ;
Puis ne crois pas qu'au public je te livre ,
Ni qu'au deftin de maint malheureux livre ,
Imprudemment je veüille t'expoſer ;
Tu vas d'un feul effuyer la cenfure's
Bien eft-il vrai que fa lumiere eft fure ,
Et qu'à fes yeux on ne peut déguiſer
Aucun défaut ; mais il fçait excufer.
A ton air fimple , il va bien -tôt connoître ,
Que ce n'eft point deffein ambitieux ,
De bel efprit , qui jadis ta fait naître.
A mes defirs , un foin plus précieux ,
2. vol. Le
B iiij
1300 MERCURE DE FRANCE.
Le tendre amour te donna la naiſſance :
Tes premiers vers chanterent ſa puiſſance.
Eh ! que ne fuis-je en ce bienheureux temps !
Que de douceurs l'une à l'autre enchaînées !
A peine alors je comptois les années ,
Comme aujourd'hui je compte les inftans.
De l'amitié le noeud le plus durable ,
Pour me tenir , malgré l'éloignement ,
De mes amis toûjours inſeparable ,
Dès ton berceau te fervit d'aliment :
Puis le plaifir qu'inſpire longue table ;
Cette gayeté que fait vin délectable ,
Jufqu'en nos coeurs par le fang s'écouler ,
De te groffir vint auffi fe mêler
Et tous enfin t'ont donné d'un volume
L'air important ; ne crains pas cependant
Que contre toi cette apparence allume ,
Critique auftere en ton lecteur prudent,
Felle orgüeilleufe , & qui croit qu'à fes charmes
Tout doit ceder , tout doit rendre les armes ,
Qui confiante & d'un air fatisfait ,
Vain étalage en tous lieux nous en fait ,
2. vol.
Pour
JUIN 1725 . 1301
Pour fes défauts trouve peu d'indulgences ;
Celle au contraire en qui timidité ,
Sage pudeur , modefte negligence ,
Ne laiffent voir aucune avidité ,
De tout charmer , ni du renom de belle ,
Sur fes défauts trouve grace aifêment.
Olympe veut qu'Agis foit fon amant ;
Le goût d'Agis en ordonne autrement.
Quoi ! trouve- t'elle à fes voeux un rebelle ?
Vous le voyez , Olymphe a toutefois
Charmes d'efprit , & de corps à la fois ;
Graces , beautez , perfections fans nombre ;
Mais au Tableau fe trouve certaine ombre
Ombre pourtant qu'il faut bien excufer ,
Si nous voulons de quelque femme ufer.
Cette ombre- là par Agis en connuë ,
Et le voilà d'Olympe dégoûté.
De moins de grace , & de moins de beauté ,
Cette même ombre en Doris foutenue ,
Sur lui ne fait aucune impreffion ,
Il la traduit même en perfection's
C'eft pour cela qu'il l'aime, qu'il l'adore ;
Celle au matin , qui de fes rayons dore ,
2. Vil
Rians Bv
1302 MERCURE DE FRANCE.
Rians côteaux , Prez & jardins fleuris ,
Eft moins bien faite à fes yeux que Doris ,
D'où vient qu'en l'une Agis ainfi pardonne,
Ce que dans l'autre il ne fçauroit fouffrir ?
C'eft que Doris , pour ce qu'elle eft fe donne ,
Que pour parfaite Olympe vient s'offrir ,
Et de l'aimer qu'il femble qu'elle ordonne.
A fes dépens fois fage mon Recueil ;
Contente- toi d'un mediocre accueil.
Point de fierté vaine & préfomptueuſe ,
Du vain efprit ordinaire attribut :
Prens comme grace & non comme tribut ,
Si quelquefois loüange un peu flateuſe ,
Lecteur poli veut bien te diſpenſer ;
Et fi tu vois , en ride montueuſe ,
Sur quelque endroit fon fourci ſe froncer
Garde- toi bien d'aller en frenetique ,
Suivant la fougue & lire poëtique ,
Contre fon goût crier avec hauteur ; ›
Rires mocqueurs font de telle colere ,
Les fruits certains , & le commun falaire ;
Mais bonnement dis- lui , fage lecteur ,
2. val .
C'eft
JUIN 1725. 1303
C'eft fans raifon que ton front correcteur
Sur mes défauts par replis fe refrogne ;
Je ne fuis point né d'un Auteur juré ,
Je fuis le fils obfcur , prefqu'ignoré ,
D'Amant diftrait , de vaporeux yvrogne ;
Et chacun fçait qu'humainement il faut,
En l'un & l'autre excufer maint défaut.
#
*******************
LETTRE contenant quelques difficultez
propofees au Pere Buffier , fur fon
Traité des premieres Veritez , & c.
C
; Omme vôtre Livre Monfieur ,
s'eft mis en poffeffion de rapporter
des Differtations . Litteraires , en voici une
nouvelle matiere , au fujet d'un ouvrage
dont vous avez parlé depuis peu ; l'Auteur
qui a répondu à des difficultez furvenues
fur fon Traité des premieres V´erite
voudra bien peut- être répondre à
d'autres fur l'examen des préjugez vulgaires
, elles en valent bien la peine ,
d'autant plus qu'elles ont été publiées , &
qu'il n'en a pas été inftruit , ou qu'il n'a
pas fait femblant de l'être.
Dès la premiere Edition de ce Livre,
au fujet du premier Paradoxe ; fçavoir ,
2. vol.
que
B.vj
1304 MERCURE DE FRANCE.
que deux partis peuventfe contredire &
contefterfur le même sujet , & avoir également
raifon , le Journal des Sçavans de
Paris , du 23. Juin 1704. avoit parlé
ainfi. Ceci une fois reçû , il semble qu'on
ne peut jamais terminer aucune des difputes
qui naiffentparmi les hommes , & qu'on
auroit même tort de les vouloir terminer
puifque ce feroit aller contre la raison qu'on
fuppofe égale des deux côtez.
Un autre Auteur dans un Recueil
d'Opufcules Critiques , releva depuis la
même difficulté avec cette réflexion , que
les efprits remuans feroient autorisez par
cette opinion à ne jamais fe foumettre , apportant
pour fe juftifier la comparaifon
qu'apporte le P. Buffier de la perfpective
artificielle , laquelle vue d'un côté reprefente
un objet, & vûë d'un autre côté reprefente
un autre objet..
Enfin le R. Pere Honoré de Sainte
Marie , Carme Déchauffé , dans fon important
ouvrage , intitulé Réflexions fur
Les Regles, & fur l'ufage de la Critique , a
trouvé l'objection fi folide , qu'il la rapporte
, page 195.de la feconde partie du 1 .
tome de fon ouvrage , c'eft- là qu'il en
parle comme un principe dont on peut
tirer des conféquences fâcheufes pour
P'Hiftoire Ecclefiaftique , & qui iroient à
montrer qu'on ne peut fçavoir certaino-
2. vol.
ment
JUIN 1725.
1305
ment fi un fait d'hiftoire Ecclefiaftique eft
vrai on faux , le R. P. Honoré de Sainte
Marie eft un Auteur affez confiderable
pour meriter que le P. Buffier réponde
à une objection de cette nature . Il a promis
expreffement dans votre Mercure
de Fevrier qu'il ne refufera point de
donner des éclairciffemens aux difficultez
qu'on lui propofera dans vôtre Livre , il
reconnoît lui- même qu'on lui en a marqué
qui pourroient être expofées avec
utilité. Je fuis perfuadé que ni lui , ni le
public ne doivent pas trouver inutilecelle
qu'on vient de marquer.
POESIE 87. de Catulle , qui commence
ainfi , Quintia formofa eft multis , &c.
traduite par M. Moreau de Mantour.-
A QUINTIE.
QUintie aux yeux de tout le monde
Paroît affez aimable , elle eft grande , elle eft
blonde,
Elle a le teint de lys , la bouche de corail ,
Je conviens qu'elle plaît à la voir en détail
Mais à la prendre en gros , je fens tout le contraire
,
2. vol. Car
1306 MERCURE DE FRANCE.
Car fa taille & fon air n'ont rien qui puiffe
plaire ,
Jamais un fi grand corps n'eut fi peu d'agré
ment >"
Pour Lefbie elle a tout charmant ,
Comme elle eft parfaitement belle ,
Al'admirer de tous côtez ,
On diroit qu'elle ait pris pour elle ,
De chaque belle les beautez .
DISSERTATION fur l'Hiftoire
des Rois du Bofphore Cimmerien , lue
à l'affemblée publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres , par M. de
Boze , Secretaire perpetuel de cette Académie.
Caujourd'hui Crimée ; il comprenoit
E Bofphore eft dans le pays nommé
une partie des Etats occupez par le Camp
des petits Tartares , & s'étendoit des
deux côtez du Bofphore ou Détroit , par
lequel le Palus Mæotide , formé par les
eaux du Tanais , fe décharge dans le Pont-
Euxin.
Ce Royaume du Bofphore avoit une
origine Grecque , la fertilité de ce pays
2. vol.
trèsJUIN
1725. 1307
très abondant en Bled , avoit engagé les
Grecs à y établir des Colonies ; la Gréce,
proprement dite , ' peuplée d'un nombre
d'habitans que fon terroir fec & aride
ne pouvoit nourrir , étoit obligée d'aller
au loin chercher les grains dont elle fubfiftoit.
La Capitale de ce Bofphore étoit la
Ville de Panticapée. Les premiers Rois
qu'elle eut furent les defcendans d'Archæanax
. M. de Boze croit avec affez de
vrai-femblance qu'ils étoient fils de cet
Archæanax de Mytilene , allié de Pififtrate
, qui bâtit la Ville de Sigée dans la
Troale , & qui conftruifit les murs de
cette Ville des ruines mêmes de l'ancienne
Troye. Le regne de ces Archæanactides
commença l'an 480. avant Jefus-
Chrift , l'année même du paffage de Xerxes
dans la Gréce , & il y a apparence
que les Grecs qui fe refugierent dans le
Bofphore y chercherent un azile contre
le gouvernement tyrannique des Perſes.
Les defcendans d'Archæanax ne demeurerent
fur le Trône que 42. ans ,
après quoi une révolution dont la nature
& les circonstances font abfolument
ignorées , y plaça une nouvelle famille
qui commença l'an 439. Spartacus fut le
premier de ces Princes , il regna au plus
fix ans . Seleucus fon fucceffeur en regna
2. vol.
quatre
1 1308 MERCURE DE FRANCE.
quatre ; après Seleucus regna Spartacus
fecond pendant 22. ans , fon fils Satyrus
lui fucceda , & en regna 14. il eſt
parlé de ce Satyrus dans les Harangues
de Lyfias ; l'on y voit qu'il avoit de
très-grandes liaiſons avec les Atheniens
& que fouvent il leur permettoit la traite
des Bleds de fon pays dans le temps qu'il
la refufoit au refte de la Gréce . On voit
encore par ces mêmes Harangues que le
Royaume du Bofphore étoit devenu affez
étendu fous ce Prince qui fit la conquête
de quelques Provinces de l'autre côté du
Bofphore , dont Phanagorie devint la
Capitale . Il mourut au fiege de Theodohe
, & on lui érigea un fuperbe tombeau
fur la rive Afatique du Bofphore lequel
fubfiftoit encore au temps de Strabon.
"
Leucon fon fils lui fucceda , & commença
fon regne par la prife de Theodofie
, il porta fort haut la réputation des
Rois du Bofphore dans la Gréce , ſes liberalitez
attirerent de toutes parts les
gens celebres à fa Cour , & les Atheniens
lui décernerent le droit de Bourgeoisie
, dont ils étoient G jaloux . Il mit
en Mer de puiffantes flotes , & eut des
guerres à foutenir contre ceux d'Heraclie
, Ville de l'Afie mineure fur les
bords du Pont-Euxin .
Les regnes les plus glorieux au dehors
Zur vol.
ne
JUIN 1725. 1309
ne font pas toûjours les plus heureux au
dedans . Leucon éprouva cette deftinée ;
fes peuples accablez prirent plus d'une
fois les armes , & il le vit fouvent obligé
de recourir aux moyens les plus durs
pour remettre fes finances épuifées ; tel
fut celui dont parle Polycene. Sous prétexte
de changer l'empreinte de fa Monnoye
, il décria l'ancienne , & la fit rapporter
à fon Tréfor ; après quoi il donna
à chaque piece le double de fa valeur ,
& la rendant fur ce pied- là à fes peuples,
il garda dans fes coffres la moitié de tout
l'argent qu'ils lui avoient apporté.
>
Leucon regna 40. ans , & laiffa fa
Couronne à fon fils Spartacus III . du
nom : ce Prince ne regna que cinq ans
& après la mort Porifade fon frere lui
fucceda , & partagea fes Etats avec fes
deux freres Satyrus II . & Gorgippus ;
mais fe réfervant toûjours la Souveraineté
fur les appanages de ces Princes . H
regna 38. ans , & laiffa trois fils , Satyrus
III . Eumelus & Prytanis . La guerre
s'alluma entre les trois freres : Satyrus
mourut après 9. mois de regne d'une
bleffure reçue dans un combat contre
Cumelus. Ce dernier fucceda à fon frere ,
fit perir Prytannis & tous ceux qui lui
avoient été oppofez ; mais il mourut au
bout de cinq ans de regne , d'une chûte
2. vol.
qu'il
1310 MERCURE DE FRANCE.
qu'il fit en revenant à Panticapée dans un
Chariot couvert à la maniere des Scythes
.
Son fils Spartacus IV . du nom lui fucceda
, & regna 20. années entieres , qui
finirent à l'an 289. avant Jefus Chrift.
Ses fuccefleurs font inconnus depuis ce
temps là jufques à un Poerifade détrôné
par le fameux Mithridate , Roi de Pont.
Une Medaille d'or de Poerifade du
poids d'un peu plus de deux gros , & dont
on voit ici l'empreinte en taille- douce , a
donné occafion à M. de Boze de faire ces
recherches fur les Rois du Bofphore Cimmerien
. Cette Medaille unique & inconnuejufqu'à
prefent , a été rapportée depui's
peu de Conftantinople par le fieur Paul
Lucas , & à été mife dans le cabinet du
Roi , dont M. de Boze a la garde. On
voit d'un côté la tête de Poeri fade , ornée
de fon diadême , & fans aucune infcription.
Au Revers eft une Pallas affife
der
a
appuyée fur fon Bouclier
, tenant
main fa pique , foutenant
de l'autre une
petite victoire aîlée , & ayant à fes pieds un trident couché dans toute fa longueur,
la legende ne confifte qu'en deux mots
partagez en deux lignes . ΒΑΣΙΛΕΩΣ
ΠΑΙ-
Pizaaor . Du Roi Poerifade .
Dans la partie inferieure du Siege de
Pallas on voit le Monogramme , ou le
2.vol.
comPARISADES
CR.Bioemsxmpehroircii
Ν.
ΠΑΡΙΣΑΔΟΥ
ΒΑΣΙΛΕΩΣ
EMUSEO REGIO

JUIN 1725. 1311
commencement du nom de la Ville de
Panticapée , Capitale du Bofphore Cimmerien
, & féjour ordinaire de fes Rois.
Lifte des Rois du Bofphore Cimmerien
480. avant Jefus - Chrift , commencement
des Archoeanoetides.
438. Spartacus I.
433. Seleucus.
*
429. Spartacus II.
410. Satyrus.
393. Leucon .
394. Spartacus II.
394. Poerizade I. Satyrus II . Gorgip
pus .
310. Satyrus.
Eumelus .
305. Spartacus IV. ceffa de regner
l'an 289. avant Jeſus - Chrift.
Rois inconnus jufqu'à un Poerifade
détrôné par Mithridate , 60. ou 80. ans
avant Jefus Chriſt.
L'Abbé Sallier termina la Séance par
la lecture de quelques Reflexions critiques
fur les Hiftoriens Grecs comparez
avec les Hiftoriens Romains . Les
Ecrivains Grecs dont M. l'Abbé Sallier
parloit , ne font pas ceux qui ont paru
dans les fiecles brillants de la Grece. Ces
Ecrivains ne pouroient être comparez aux
Romains que d'une maniere vague ; La
difference des tems dans lefquels ils ont
2. vol
уёсы
1312 MERCURE DE FRANCE.
vêcu , des évenements qu'ils ont rapporté
, des Gouvernemens fous lefquels
ils étoient & des langues dans lefquelles
ils ont écrit , eft trop grande pour établir
une comparaifon exacte , on ne peut comparer
que les chofes qui font à peu près
de même genre.
,
و
Les Ecrivains Grecs dont il parle , font
ceux qui ont paru depuis la ruine des
differens Etats de la Grece & depuis l'agrandiffement
de la Puiffance Romaine
c'est - à-dire depuis la conquête de la
Macedoine , de la Grece , de la Syrie
& furtout depuis l'expedition de Fompée
dans l'Afie, & il ne les examine même
que par rapport aux qualitez perfonnelles
qui peuvent concilier plus ou moins
d'autorité fur l'efprit des Lecteurs , c'eftà-
dire , par raport à la fincerité & à l'impartialité.
Il prétend qu'à cet égard ces
Ecrivains ont fi peu caché la paffion qui
les tranfportoit , qu'ils ne meritent
gueres de croyance lorfqu'ils parlent des
-Romains. L'éclat de la grandeur Romaine
bleffoit les yeux d'une Nation orgueilleule
qui fe voyoit déchue de toute fon
ancienne fplendeur ; la Grece accoutumée
à s'élever elle -même & à méprifer
toutes les autres Nations ne peut
fe refoudre à avoüer fa défaite & à reconnoître
que la grandeur actuelle des
>
2. vol.
RoJUIN
1725. 1313
Romains , égaloit au moins celle que ces
Citoyens avoient eu autrefois . Ainfi ces
Ecrivains prirent le parti d'extenuer
toutes les belles actions & toutes les
grandes qualitez des Romains , tandis
qu'ils attribuoient une grandeur gigantefque
aux hommes célébres de la Grece.
L'Abbé Sallier donna des preuves formelles
de cette jaloufie des Grecs , tirées
des oeuvres de Plutarque , & furtout de
fes vies des hommes illuftres . Dans ces
vies Plutarque fait par tout le Parallelę
des Grecs & des Romains , fans examiner
fi les avantures & les caracteres de
ceux dont il parle font fufceptibles de
parallele , & fans prévoir que cette affectation
découvrant le motif qui le pouffe ,
détruit la force des Eloges qu'il donne à
fes Grecs , & met en garde contre la
prévention qui le porte à déprimer fans
ceffe les Romains. Dion Caffius qui écri
vit en Grec une Hiftoire Romaine , a
porté fa malignité jufqu'à remplir fon
ouvrage de declamation's directes contre
les plus grands hommes de Rome.
Les traitez fur lefquels l'Abbé Sallier
s'étend le plus , font celui de la fortune.
d'Alexandre , celui de la fortune des
Romains , & celui de la comparaifon des
évenemens de l'Hiftoire Grecque , & de
Hiftoire Romaine , qui fe trouvent par-
2. vol.
mi
1314 MERCURE DE FRANCE.
mi les Ouvrages de Plutarque & que la
difference du ſtyle fait rejetter par les
Critiques hábiles.
Il remarque que ces méprifables traitez
font remplis de fictions , de çontradictions
& d'abfurditez , & s'étonne qu'un
habile homme ait ofé depuis peu fe fervir
de l'authorité des faits qui y font
rapportez pour attaquer la certitude des
faits de l'Hiftoire des quatre premiers
fiécles de Rome .
L'Abbé Sallier promit d'étendre fon
fyftême & d'en rapporter toutes les preuves
dans une differtation où il lui feroit
permis de s'étendre davantage & d'entrer
dans un plus grand détail.
Il nous refte à parler de la Differtation
de M. de la Curne de Ste Palaye ,
fur la vie d'Agathocle ; nous le ferons
dans le Mercure prochain , n'ayant pas
pû prendre plutôt les inftructions neceffaires.
A LA PLUS BELLE
ET LA PLUS SAG E.
E vous aime , Silvie , & n'en fais point
myftere ; JE
Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il
faille taire.
2. vol.
Jc
JUIN 1725 .
1315
ב
Je vous aime , & non point de cette folle ardeur
,
Que les yeux éblouis font maîtreffe du coeurs
Non d'un amour conçu par les fens en tumulte,
A qui l'ame applaudit , fans qu'elle fe confulte,
-Et qui ne concevant que d'aveugles defirs ,
Languit dans les faveurs , & meurt dans les
plaifirs.
Ma paſſion pour vous genereute & folide ,
A la vertu pour ame , & la raison pour guide ;
La gloire pour objet , & veut fous vôtre loi ,
Refpecter vôtre honneur , & vous garder ma
foi.
De l'inimitable P. Corneille , les premiers
vers de fa Pulcherie.
D
CRITIQUE.
Ans l'inimitable Corneille ,
Un Poëte d'un goût nouveau
Trouva , dit- on , la huitiéme merveille ;
C'étoit de fon amour le fidele Tableau.
>
Son amour , trait pour trait, dépeint d'après
nature ,
Pour un Amant , quelle heureuſe aventure !
Corneille exprès pour lui avoit fait ce morceau
,
2. vol.
A
1316 MERCURE DE FRANCE.
Afon Iris foudain il en fait une Epître ,
Et l'envoye , où ? ...... à l'Opera s`
A la plus belle & la plus fage ,
( Fille s'entend ayant fon P.
La feule qu'on ait trouvé- là , )
C'eft ainfi que portoit le titre ,
Du refte en beaux vers s'expliqua ;
Je vous aime , Silvie , & n'en ..... & cætera.
Certain glofeur qu'on dit être docte en peinture
,
D'ailleurs d'efprit affez malin ,
Examinant de prés la mignature ,
Y mit artiftement ce cauftique quadrain,
Toi, qui d'un amour vertueux ,
Fai le portrait à la belle Silvie ,
Par là tu ne pourras lui plaire de ta vie ;
L'Opera ne connoît que l'amour genereux;
2. vel. TEX
JUIN
1317 1725.
XXXXXXXXXXXXXXX
EXPLICATION de la Ceremonie que
fait tous les ans le Doge de Venife
d'époufer la mer au nom de la Repu
blique , & de ce qui y a donné lieu .

E Pape Alexandre III. perfecuté par
l'Empereur Frederic Barberouffe
fe retira à Venife en habit de fimple Prêtre.
Là , un François appellé Commode
Payant reconnu un jour lorfqu'il étoit en
prieres dans une Eglife nommée de la
Charité , il en alla avertir Sebaſtien Ziani ,
qui en ce tems- là étoit Doge de la Republique.
On rendit de fort grands honneurs
à cè Souverain Pontife ; & après avoir
inutilement envoyé des Ambaffadeurs à
Frederic , pour l'obliger à donner la
paix à l'Italie & au Pape , ce Doge monta
comme Chef fur les Galeres de la République
le 7. de May 1177. & alla
chercher l'Armée Imperiale commandée
par Othon troifiéme , fils de l'Empereur .
Les Venitiens remporterent la Victoire ,
& le Pape pour reconnoître les fervices
que la République lui avoit rendus
donna un Anneau d'Or à Sebaftien Ziani ,
& lui dit Hunc Annulum accipe , &
me autore ipfum Mare obnoxium tibi red-
>
2. vol.
C dite
1318 MERCURE DE FRANCE.
dito , quod tu , tuique fucceffores quotannis
ftatuto die fervabitis , ut omnis pofteritas
intelligat maris poffeffionem victoria jure
veftram fuiße , atque uti uxorem viro il-
Lud Reipublice Veneta fubjectum. Chaque
année , le jour de l'Afcenfion , le Doge
jette une bague d'or dans la Mer , en difant
ces mots Defponfamus te , Mare
in fignum veteris & perpetui dominii.
C'est la Mer qui parle.
Chaque an le Grand Doge m'épouſe ,
Sans que fa femme en foit jaloufe ,
Ou conçoive pour moi quelque efprit de mé
pris ;
Et pour marquer fa bienveillance ,
Et fa jufte reconnoiffance ,
Il jette dans mon ſein une bague de prix.
Dans ce fameux prefent où fa Grandeur éclate,
Il n'éprouve jamais le fort de Policrate ,
La Bague eft fans 1etour , le prefent eft peri ;
Mais parmi cent Rivaux qui refpectent mes
charmes ,
Et qui pour m'acquerir fe mettent fous les
armes ,
2. vol.
Le
JUIN 1725. 1319
Le plus confidérable eft toujours mon mari.
Chés le Sarmate & chés le More .
Chés l'Infidéle Mufulman ,
On fçait qu'en certain jour de l'an ,
Dans le fuperbe Bucentaure ,
Mon Hymen eft renouvellé ,
Dont le Diyan refte troublé.
De ce mariage éclatant
Qui fait tant de bruit dans le monde ,
Comme d'une fource inféconde ,
Il n'eft jamais forti d'enfant.
Ainfi fterile eft notre couche ,
Nobles Venitiens , cette hiftoire vous touche,
C'est vous , Illuftres Senateurs
C'eſt vous , puiffante République
Qui du grand Golfe Adriatique
Eftes les Sages Directeurs ;
C'est vous qui me tenés pour fem ne ,
Jugés fi je fuis Polygame.
Neptune n'eft plus mon Epoux ,
2. vol.
Cij Au
1320 MERCURE DE FRANCE .
Au centre de mes eaux vainement il foupire ,
C'est vous , Venitiens , c'eſt yous
Qui me tenés fous votre Empire ,

C'est vous qui me donnés des Loix ,
C'est vous que cheriffent les Rois.
Je traîne mon lit ou Lide
Jufqu'à ces beaux Palais qui font votre de
meure ;
Mais fi j'entrois dedans feulement pour ung
heure ,
Vous feriés à jamais dodo >
Une éternelle nuit couvriroit vos paupieres ,
Et le foleil pour vous n'auroit plus de lumiere ,
Certes , je fçai fi bien mes fougues menager
Et brider de mes flots l'inconftance rebelle ,
Que loin d'être envers vous farouche ou cri❤
minelle
Je vous fers de rempart fans vous mettre en
danger ,
Le Doge avec la Seigneurie & les Ambaffadeurs
qui fe trouvent à Venife , mon-
-te fur le Bucentaure , qui eft un grand
Bâtiment de mer d'une très - grande ma-
2. vol.
gniJUIN
1725.
1321
gnificence , long de 64. pas & large de
16 qui va à voiles & à rames ; les Rameurs
font à couvert fous le pont affis
fur 42 bancs. Ce grand bâtiment eft fuivi
d'une infinité de barques & Gondoles
jufqu'à S. Nicolas de Lido , où fe
fait la cérémonie ; après laquelle le Doge
retourne à S. Marc & donne un très
grand feftin dans fon Palais en gras &
en maigre , auquel les Ambaffadeurs &
les Nobles Venitiens affiftent. Après le
dîné on va ordinairement fe prome-.
ner à Murano , à la Manufacture des
Glaces , où il y a un très- grand concours
de Peuple & une infinité de Barques , de
Gondoles & de petits bateaux .
>
Le 10 du mois dernier jour de l'Afcenfion
le Doge , accompagné de la
Seigneurie , du Nonce du Pape &c. fit
la céremonie dont on vient de parler ,
après laquelle il entendit la Melle dans
l'Eglife de S. Nicolas au Lido . Il fut falué
en allant & en revenant de l'Artillerie
des Vaiffeaux & de la Moufqueterie
des Troupes , enfuite il traitta magnifiquement
tous ceux qui l'avoient ac- *
compagné.
2. vol.
L'A.
C iij
1322 MERCURE DE FRANCE.
L'AMANT MALHEUREUX.
Cantate à Madame de la B ***
ARrête , mort impitoyable ,
Sufpens les coups de ta faulx redoutable ,
Ne tranche point les jours d'Iris ;
Epargne-la , refpecte tous fes charmes.
O mort ! fois fenfible à mes cris.
Vois la douleur & les allarmes ,
Où tu réduis un Amant malheureux !
O mort ! écoute ma priere ,
Hâte toi d'exaucer mes voeux ;
Pour une fois au moins , ne fois point fi fevere.
Etends fur d'autres ta fureur ,
Ne tourne point ta barbarie ,
Sur celle qui charme mon coeur ,
Et qui fait l'espoir de ma vie .
Pour exercer ton odieux pouvoir ,
Barbare , tu choifis l'objet de ma tendreffe.
Sans prendre part au juſte deſeſpoir ,
2. vol.
Que
JUIN
1323
1725.
Que je vais reffentir en perdant ma maîtreffe ,
Tu veux encor l'accabler de tes coups.
Ah ! fais tomber ton funefte couroux ,
Sur des Maîtreſſes infideles ,
Mais épargne les jours de celles,
Qui fenfibles pour leurs amans ,
Les font jouir des plus heureux momens.
Eh quoi ! mes prieres font vaines,
L'impitoyable mort ne veut point m'exaucer ,
Iris reffent les plus cruelles peines ,
De nouveaux maux viennent la déchirer.
Ses yeux fe ferment..... Ciel !
eft troublée ,
La crainte la frayeur .....
mon ame en
... s'emparent de
Elle expire ..... Dieux ! qui ... voyez fa deftinée
,
mes fens.
Laiffez- vous attendrir par mes triftes accens ;
Partagez tous les maux d'un Amant trop fie
delle ;
Sɔyez touchez de mon amour ;
Hâtez- vous d'arrêter la Déeffe cruelle ,
Qui veut priver Iris du jour.
2. vol.
Si C iiij
1324 MERCURE DE FRANCE.
Si de vôtre loi formidable ,
Rien pourtant ne peut l'affranchir ;
A moi feul faites reffentir ,
Vôtre puiffance inévitable ,
Frappez- moi : mourir pour Iris ,
M'eſt un bonheur d'un trop grand prix.
A Paris , ce 18. Juin 1725 .
Jauffin.
aaaaaaaaaaaaaaaaM
ELOGE du R. P. de la Ruë. Extrait
d'une Lettre écrite de Paris ,
C
le 6. Juin 1725 .
Harles de la Ruë nâquit à Paris en
l'année 1643. il entra en 1659.
dans la Compagnie de Jefus . Elle lui trouva
des talens firares , qu'à peine eut- il
commencé d'enfeigner les Humanitez
dans le College de laris , qu'il y fut regardé
comme une des plus riches efperances
de cette Compagnie. Il fit en 1667.
in Poëme fur les Conquêtes du Roi , que
le fameux P. Corneil e fe fit un honneur
de traduire en vers François : il dit même
à Sa Majefté en lui prefentant fa Traduction
qu'elle n'égaloit pas l'original du jeu-
2. vol.
ne
JUIN
1725.
1352
ne Jefuite qu'il lui nomma. Ce fut la le
commencement de cette eftime , dont le
feu Roi honora depuis le P. de la Ruë.
Les fuccès de fes premieres années ne
lui firent rien perdre de l'efprit de fa vocation.
Tous les voeux étoient pour les
Miffions de Canada. Il les fouhaita avec
ardeur , il les demanda avec inftance. Les
Superieurs ne jugerent pas à propos de
l'exaucer , le Seigneur avoit d'autres def
feins fur lui .
Pendant fes études de Theologie , fon
goût pour les Belles - Lettres ne s'affoiblit
point. Il le cultiva dans fes momens perdus
, & ce fut en menageant ainfi fon
temps , qu'il donna fon interpretation de
Virgile , & les Notes fçavantes dont il
l'accompagna.
La réputation qu'il s'étoit déja faite
d'un des plus excellens Poëtes de fon
temps , ne permit pas de le tirer de fa
fphere. On crût que l'emploi de Profeffeur
de Rhetorique lui donneroit lieu
d'y faire de nouveaux progrès. Il l'enfeigna
plufieurs années , furtout à Paris ,
avec un éclat qui fit beaucoup d'honneur
à ce College , & bien - tôt on vit qu'il
n'étoit pas moins né pour l'éloquence
que pour la Poëfie. Si les Tragedies Latines
& Françoifes meriterent les éloges du
Grand Corneille , jufqu'à lui faire dire:
2. 70%.
Cay
que
1326 MERCURE DE FRANCE.
que c'étoit dommage que le P. de la Rue
fut d'une profeffion à ne pouvoir fe donner
tout entier aux Pieces de ce genre , qu'il
ne voyoit que lui qui put foutenir la noble
majefté du Theatre François ; fes harangues
ne furent pas moins admirées. Les
Catechifmes mêmes qu'il fit en Latin
pour fes difciples , furent des pieces
achevées.
Cependant en poffeffion de ces fuccès ,
il ne fe feroit pas borné volontiers à des
Occupations , qu'il n'y avoit que l'obéïffance
& fon zele pour l'éducation de la
jeuneffe , qui puffent fanctifier . Il crût
qu'il lui feroit plus confolant de confacrer
à la gloire de Dieu fes talens ; il ofa
tenter une route nouvelle , pour lui toûjours
hazardeufe ; & s'étant propofé de
fe dévouer déſormais au miniftere de la
divine parole , fes Superieurs y confentirent.
Dès lors il fit ceder toute la paffion
qu'il avoit euë jufques -là pour les beaux
Arts à l'étude de l'Ecriture Sainte & des
Peres . Ce fut dans ces fources facrées
qu'il puifa ces idées magnifiques , ces vives
peintures du vice & de la vertu , ces
nobles fentimens de l'Heroifme Chrétien
, ce fublime de la Religion dont il
enrichit fes fermons.
Le P. de la Ruë crût devoir fe former
2. vol.
fur
JUIN 1725. 1327
fur ces divins originaux , & fe remplir autant
qu'il le pourroit de leur efprit. Il le
fit fi heureulement qu'il fentbloit parler
en Prophete , non- feulement en préchant
les grandes veritez du Chriftianifme , mais
en maniant même de ces fujets , fur leſquels
on pardonne tout au plus à l'Elo
quence Chrétienne d'aimer à répandre
les fleurs & les amenitez du ftile Académique.
Ses Panegyriques des Saints , fes
admirables Eloges funebres n'étoient ni
moins édifians , ni moins pathetiques , que
fes difcours de morale . C'étoit toûjours
un homme qui gardoit fon caractere de
Prédicateur Evangelique , qui fe fervoit
avantageufement du beau feu d'une imagination
feconde en traits enlevans pour
intimider les coeurs les plus endurcis ,
qui fans fe rendre toûjours efclave de fa
memoire , prenoit quelquefois l'effort , &
fe livroit aux Saintes ardeurs de fon zele.
De là ces fruits immenfes d'un miniftere
de près de 40. ans qui le firent paffer
pour un des plus celebres Prédicateurs
de fon temps . Il le fut aux yeux de tout
Paris , il le fut à la Cour , ou plus on l'entendit
, plus on voulut l'entendre.
Ce fut après qu'il eut prêché plufieurs
Avents , & plufieurs Carêmes , que le
feu Roi toûjours animé de cet efprit de
Religion, qui le diftingua pendant la vie ,
2.vol
C vj
qui
1328 MERCURE DE FRANCE .
у
qui rendit fa mort fi Chrétienne , vou
lut procurer à fes fujets rebelles du Languedoc
un moyen de falut qui pût triompher
de leur ferocité. Les fanatiques s'y
étoient foulevez , ils y exerçoient des
cruautez dont on n'avoit point encore
vû d'exemples. C'étoit furtout aux Miniftres
des Autels , & de la fainte parole
qu'ils en vouloient. Pour apprivoifer ces
efprits farouches , qui fembloient n'avoir
plus rien de l'humanité françoiſe , le Roi
fit propofer au P. de la Rue d'aller à leur
fecours ; il alla de tout fon coeur ; il
demeura dans cette Province trois ans.
entiers ; il y fit des Miffions continuelles.
Les fruits en furent plus grands qu'on n'avoit
ofé l'efperer mais il l'a dit lui même
, ce qu'il fit de bien dans le Languedoc
, on ne dût l'attribuer , avec la benediction
du Ciel , qu'à la liberté qu'il ſe
donna , de s'abandonner aux mouvemens
de fon genie , & fes plus beaux Sermons
n'y eurent point de part. A l'occafion de
divers évenemens , & des fcenes tragiques
qui fe paffoient fous les yeux , il fit
fouvent des difcours , où trop heureux
d'avoir eu le temps de méditer fon ſujet ,
& d'arranger les matieres , qu'il avoit à
traiter , les tranfports de fon zele , fecondez
de fon talent , lui fourniſſoient les
images les plus vives , les plus fortes ex-
2... vol..
preffions ,
x
JUIN 1725. 1329
preffions , tant il eft vrai , difoit- il , qu'une
étude recherchée des graces de la langue
, qu'une jufteffe fcrupuleufe de memoire
, énerve l'éloquence Chrétienne ,
& ne fert fouvent qu'à lui faire perdre
fon fruit.
la
Jufqu'ici on a fait la peinture du Prédicateur
illuftre , dont nous regrettons
perte : que ne peut -on peindre également.
le P. de la Rue ; après qu'on l'eut entendu
, que tant de fois on lui eut donné des
applaudiffemens qui n'avoient rien de
fufpect , on voulut le voir de près , on
voulut le connoître. Rien n'étoit plus.
aifé . Refpectueux envers les Grands, fans
être gêné de leur grandeur , il trouvoit
auprès d'eux un accès facile , qui le faifoit
entrer jufques dans leur coeur . Affable
& plein de bonté pour les petits , ik
daignoit fe familiariſer avec eux , & des :
enfans ne lui paroiffoient pas indignes de
fes amuſemens ; toûjours fage , toûjours
edifiant dans fa conduite , il fe prêtoit au
monde , fans oublier les bienséances de.
fon état ; agréable cependant & poli dans
fes manieres religieufes. Le monde le
voyoit avec d'autant plus de plaifir ,
qu'ayant du goût pour les Arts , & pouvant
parler de tout , on trouvoit dans fes
entretiens , & dequoi pouvoir apprendre,
& dequoi pouvoir s'édifier.
2. velo
Un
1330 MERCURE DE FRANCE .
Un homme de ce caractere fut bien - tôt
connu , fut bien - tôt aimé ; la confiance
fuivit de près l'amitié . Des perfonnes les
plus diftinguées par leur merite , par leur
naillance , par la fainteté de leur profeffion
lui remirent leur confcience entre
les mains , & ce miniftere qui demande
tant de fagefle , qui doit paroître fi redoutable
, furtout à l'égard des Grands , il les
remplit fi dignement , que Madame , la
Dauphine d'abord , & enfuite M. le Duc
de Berry lui firent l'honneur de le choifir
leur Confeffeur , auffi peut- on
dire que jamais homme ne fut dans les
fonctions de ce miniftere , moins attentif
à la propre gloire , moins fufceptible de
jaloufie. On le vit dans une occafion des
plus délicates.
pour
M. le Dauphin , fi recommandable par
une pieté dont toute l'Europe fut édifiée
fe faifoit un plaifir de l'entretenir , &
fembloit n'avoir rien de fecret pour lui.
Le feu Roi furtout le voyoit auffi volontiers
en particulier qu'il l'entendoit en
public ; il avoit pour lui tout ce qu'un
grand Roi peut avoir de confideration
pour un fujet.
Au comble de tout ce qu'un homme
de fa profeffion pouvoit efperer en ce
monde de fuccès , d'agrémens , de dif
tinctions , il s'en vit précipité ces der- 20 volo.
nieres
JUIN 1725.
nieres années , dans un état où fes infir
mitez ne purent lui laiffer en partage
que la retraite. Cependant le P. de la
Rue ne parut jamais plus grand que lorfqu'il
fe crut anéanti. Ses infirmitez
étoient en effet une efpece d'anéantiffement.
Il fe vit fous la main de Dieu , lui
qui étoit fi bon ami , qui avoit tant d'amis
illuftres , lui que la Cour & la Ville
voyoient ſi volontiers , réduit à prendre
le parti de fe rendre invifible , lui qui
s'étoit fait de la retraite de Pontoife , fon
ouvrage , fa demeure favorite , fes délices,
condamné à n'y plus aller. Ces facrifices
lui furent fenfibles ; mais Dieu vouloit
qu'il en eut tout le merite , & ce fut
fans doute par un trait fingulier de fa
mifericorde , que fur la fin de fes jours ,
il ne lui laiffa de tout ce qu'il avoit été ,
que fa raiſon , pour lui faire fentir toute
l'humiliation de fon état , & fa foi pour
lui donner la confolation d'en faire un
faint ufage.
Il ne fongea plus qu'à s'unir à Jeſus-
Chrift fur fa Croix , & perfuadé qu'une
goûte de fon fang adorable feroit infiniment
plus capable de le purifier que toutes
les larmes de la penitence , tandis qu'il
pût offrir le faint facrifice , il n'y man--
qua pas ; inconfolable de ne l'avoir pûr
depuis près d'un an , fi jufqu'à la mort il
mort´il
2. vol.
n'avoit
1332 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit pas eu la confolation de commu
nier tous les jours regulierement.
Enfin le jour de fon terme arrive il
s'étoit levé le matin à fon ordinaire , &
déja faifant un dernier effort , il fe préparoit
à la Communion , lorfque fa foibleffe
l'obligea de fe remettre au lit. A
peine y fut -il , qu'il tomba dans une entiere
défaillance. Bien tôt il parut ne reconnoître
plus perfonne , & n'entendre
plus rien. Mais voici quelque chofe- d'af
fez fingulier. Les yeux au Ciel , & fourd
à tout ce qu'on lui difoit , il fut plus d'une
heure à reciter certaines prieres qu'il
s'étoit rendu familieres . On en entendit
affez pour juger qu'il falloit que cette
grande ame , aans ces derniers momens ,
eut nterieurement ranimé toute fa ferveur.
Il ne cella de prier de la forte ,
que lorfque n'en pouvant plus , il entra
dans une douce agonie , qui l'enleva fur
les dix heures du foir , le 27. jour de
Mai dernier , âgé de 82. ans.
Z vol.
EPL
JUIN 1725. 71335
XX: XXXXXXXXXXX : XX
EPITRE de M. Vergier à Mademoiselle
d : B **** 1679-
V
Otre couroux eſt donc libre enfin ?
Vous avez donc brifé vos chaînes
Et cette fource de vos peines ,
Par le temps a trouvé ſa fin.
Que
de graces vous devez rendre ,
A l'heureuſe infidelité ,
Qui tant de pleurs vous fit répandre !
Celui qui navigeant n'a jamais éprouvé ,
Des, ondes & des vents l'impetueufe rage ,
A s'embarquer aifément fe rengage ;
Mais s'il s'eft une fois trouvé ,
Parmi les horreurs d'un naufrage ,
Après s'être à la nage au premier bord fauvé ,
Du Dieu des flots , il court appendre au
Temple ,
Ses vêtemens moüillez , pour y fervir d'exemple
,
A tout mortel audacieux .
Qui fur un bois fragile ofe tenter les Dieux ,
Et beniffant ces Dieux , dont la bonté ſuprême,
2. vol.
1334 MERCURE DE FRANCE.
A fçû le délivrer , il renonce à l'inftant ,
A cet Element inconftant ,
Oùtout eft dangereux , jufques au calme même,
Cet exemple par vous fagement imité ,
Doit vous rendre à jamais tranquille :
N'allez donc point par vanité ,
Ténter de relever la nacelle fragile ,
Par qui vôtre coeur trop facile ,
Se vit fi long- temps agité ;
De tout autre embarquement tendre ,
Renoncés aux attraits preffans ,
Il n'en eft point de sûr , vousn'y devez attendre
Qu'écueils fans ceffe menaçans ,
t
Que vents , que flots pleins de furie ,
Et pour quitter l'allegorie ,
Tout Amant eft traître , inconftant ;
Envain une Belle prétend ,
Par fes charmes , par fon adreffe ,
Fixer leurs foins & leur tendreffe ,
Auprès d'une même Maîtreffe ,
Si quelqu'un d'eux eft long - temps arrêté ,
Ce n'est point par fidelité ,
C'eft faute de pouvoir être ailleurs écouté
Ou le plus fouvent par pareffe .
2. vol.
Fuyez.
JUIN 1725. 1335
Fuyez-les tous foigneufement ,
C'eſt un confeil qu'en moi la raifon ne fais
naître ,
Qu'à la faveur de vôtre éloignement ;
Si j'étois près de vous , peut- être ,
Vous confeillerois - je autrement.
Voici de nouvelles merveilles operées
par le remede de l'eau glacée , & toutes
confirmées auffi.bien que les précédentes
par une Lettre originale , fignée des perfonnes
qui ont été gueries , laquelle M.
le Bailli de Mefmes , Ambaffadeur de
Malte , nous a fait l'honneur de nous
communiquer avec l'Extrait d'une autre
Lettre écrite fur le même fujet par S.
A. E. M. le Grand - Maître de Malte.
LETTRE écrite de Malte le 6. May
1725. à S. E. M. le Bailly de Mef .
mes , Ambaffadeur de la Religion à la
Cour de France, fur la certitude des operations
du remede de l'eau à la glace.
OUS fouhaités , Monfieur , d'être
éxactement informé des operations
de l'Eau à la glace. Nous en avons été
auffi étonnés que Vous pouvez l'être
en France & dans toute l'Europe . Il faut
2. vol.
1336 MERCURE DE FRANCE .
à l'avance vous affurer que tous ceux
de ma connoiffance qui ont pris ce remede
, jouiffent aujourd'hui d'une parfaite
fanté je fuis perfuadé même qu'ils
ne refuferont point de figner cette Lettre ;
difpenfes moi , feulement de me ſervir
des termes de l'Art ; il m'eſt permis de
les ignorer refufés auffi , du moins ,
mon nom à l'impreffion , & fur ce piedlà
, je vais vous rendre compte de tout
ce que j'ai veu.
Le R. Pere Bernardo Maria de Caftrogiaanne
, Capucin Sicilien , vint à Malte
les premiers jours de Mai 1724. pour
paffer à Venife. On nous écrivit de Palerme
qu'il faifoit des Cures merveilleufes
en donnant de l'eau à la glace . Il fut
follicité par plufieurs Chevaliers malades
& il entreprit d'en guerir quelques uns.
Ils fe logerent tous à la Camarade avec
le Capucin , qui étoit à portée de les
voir la nuit & le jour. Il les traita tous
d'une maniere differente , c'est- à-dire ,
pour le manger , & pour leur donner
de l'eau plus ou moins , le jour ou la
nuit ; mais dans les premiers jours la
diete fût generale : Nous avons vû des
malades être 25. & 30 jours fans manger
abfolument , ne beuvant que de l'eau
glacée ; & ceux à qui il permettoit de
* Hopital de Malte.
2. vol.
manger
JUIN 1725.
1337
manger n'étoient nourris que de fix jaunes
d'oeuf par jour il donnoit à d'autres
des Macarons cuits à l'eau , avec
du fromage rapé , d'autres mangeoient le
foir & le matin de la viande. Cette maniere
irreguliere de conduire fes malades
déconcerta tous nos Medecins.
, >
Le Commandeur Baron de Beveren ,
Allemand , fouffroit depuis long -tems des
palpitations , & une oppreffion de coeur
fi violente , qu'il reftoit fouvent , & longtems
fans connoiffance & avec des
fueurs froides infaportables . Ces accidens
le prenoient ordinairement la nuit : il
étoit fûr , lorfqu'il mettoit les bras hors
du lit de ne pouvoir plus les réchauffer ,
il étoit obligé pendant la Canicule de
porter des Camifoles , & d'être vêtu
comme dans l'Hiver. Il avoit eprouvé a
Londres , à Vienne , en Lorraine , & à
Rome, toute forte de remedes inutilement ;
fon teint étoit plombé & livide , & fes
forces diminuoient tous les jours . L'eau
à la glace fit réfoudre un abfcès qu'il avoit
au deffous de la region du coeur, qu'il vuida
partie par les vomiffemens & le refte par
en bas . Il étoit d'une fi grande puanteur
qu'on ne pouvoit en approcher . Il fut trèsmal
pendant l'operation ; mais en continuant
de prendre de l'eau , la playe que l'abfcès
avoit faite en dedans , & qui étoit fort
I. vol.
dou1338
MERCURE
DE FRANCE
:
douloureufe , fe confolida ; il ne fentit
plus la douleur fixe qu'il avoit à la poitrine
depuis 20 ans . Enfin il fe porte à
merveilles à prefent ; il a paffé l'hiver
fans manteau fon teint eft frais & fes
forces font revenues . Il eſt âgé de 56 .
ans. Cet article eft figné de fa main le
Commandeur Baron de Beverens . Nous
avons vu l'original ainfi que tous les autres
dont on va parler.

Le Commandeur Rovero dit Guarena
Piémontois , étoit abandonné des Medecins
; fon fang , difoient - ils , trop rempli
d'acides circuloit avec peine , & avoit
fait un dépoft au deffus & au bas du foye,
ce qui caufoit une dureté qui refiſtoit à
la main & qui s'élevoit fur la peau ;
foit que ce fut un Schirre ou autre chofe.
Il avoit la couleur livide , & les
jambes enflées , tout cela depuis plus .
d'un an. L'eau glacée a détaché cette matiere
par les urines ; on a obfervé qu'elle
étoit blanche , & que fechée au Soleil
elle fe reduifoit en poudre trés- menuë.
Le Schirre s'eft diffipé & ce Commandeur
fe porte mieux qu'il n'a fait de fa
vie ; il eft âgé de 50 ans & a auffi figné
de fa main. Il Comendatore fra Pietro Rovero
di Guarena.
Le Commandeur Gianne Nobile , de
Trapano , a été délivré par l'eau d'une
I. val
coliJUIN
1725. 1339
colique nephretique , des vertiges , &
d'une grande foibleſſe d'eſtomac ; il fe joignoit
à tout cela des vapeurs qu'on ne
connoît ici que fous le nom de Flattus. 11
255. ans. Signé:Fin'oggi, grace al Signor
doppo voti mei : non ho sentito nefun dolore.
Il Commendator de Neriti.
Le Commandeur André di Giovanni
de Meffine , a été gueri d'une foibleffe
& d'un branlement de tête qui eftoit accompagné
d'une ferofité qui affoibliffoit fa
veuc , il avoit auffi des palpitations de
cour & des chaleurs d'entrailles , le bras
droit comme perclus , l'autre fort foible ,
& les jambes engourdies , il joüit à prefent
d'une parfaite fanté , à 45. ans : & a
figné, F. Andrea di Giovanni .
Le Chevalier Jofeph de Vafconcellos ;
Portugais , âgé de 25 ans , avoit depuis
deux ans une Diarée , avec une douleur
continuelle de tête & d'eftomac , & depuis
trois ans des palpitations de coeur , avec
le col enflé. Il fe porte aujourd'hui très
bien par le même remede & eft fur le
point de s'embarquer fur les Navires de
la Religion. Signé le Chevalier de Vafconcellos.
Le Chevalier Narducci de Luques
âgé de 35 ans , a été pareillement gueri
en peu de jours d'une diffenterie ac-
.compagnée de fievre. Signé le Chevalier
Narducci.
Le
1340 MERCURE DE FRANCE.
و
Le Chevalier de Seraïnchamps , de
Lorraine , âgé de 38 ans , avoit de trèsviolentes
chaleurs d'entrailles & dans les
reins depuis dix ans , après avoir pris l'eau
glacée pendant 48 jours , fes urines furent
fibrulantes qu'elles cafferent trois pots
de chambre de verre tout de fuite &
que les matieres qu'il rendoit le foir par
les felles , bouilloient & fermentoient
encore le lendemain , il avoit de plus des
douleurs dans les reins , des tournoyemens
de tête , une chaleur immoderée aux pieds,
& une foiblefle dans les jambes ; cependant
il est gros & gras aujourd'hui & fe porte
à merveilles. Signé le Chevalier de Serainchamps.
Le Chevalier de S. Leger , de Normandie
, & le Chevalier Petrucci de Sienne ,
le premier âgé de 38. ans & le 2 de 28.
ont été l'un & l'autre gueris par le même
remede , d'une humeur acide dont ils fouffroient
depuis quelques années ce qui caufoit
à l'un des vertiges avec le ventre tendu
, & à l'autre une douleur fixe à la tête
ils font tous deux en mer fur les vaiffeaux
de la Religion .
Le Bailly D. Fabritio Ruffo , Napolitain
, a été gueri en trois jours d'une vio
lente colique , accompagnée d'une groffe
fiévre , & quelque tems après d'une douleur
dans les mufcles très- vive ; il fe
2. vol.
porte
JUIN 1725 . 1341
porte aujourd'hui très -bien & a 55. ans.
Signé F. Fabritio Ruffo .
Le Chevalier Orighi Romain & le
Chevalier Marco Gironda de Bari , le premier
malade d'une Diffenterie & le 2 .
d'une enflure aux jambes & fouvent au
refte du corps , depuis long - tems , ont
été auffi gueris ; enforte qu'ils font tous
deux actuellement à la mer pour le feryice
de la Religion , l'un âgé de 2 2. ans
& l'autre de 35 .
Michel- Ange Dorel, Prêtre , tourmenté
d'un flux d'urine , & enfin abandonné
des Medecins , a été fi bien gueri par le
même remede , qu'il eft actuellement en
Sicile, où il est allé prendre l'air , âgé de
de 36 ans. Signé Dorel : pourmon fils ,qui
eft abfent,étant allé en Sicile changer d'air.
Le Comte Trautshon Allemand , a été
délivré par l'eau glacée d'une migraine
qui le tourmentoit.depuis plufieurs années
; il eft âgé de 25. ans . Signé Comte
de Trautshon...
Le fieur Fortunato Xebaras , Maltois ,
âgé de so ans , s'eft delivré par le mê .
me moyen d'une grande perte de fang ,
caufée par les hemorroïdes , les hemorroïdes , enforte qu'il
en perdoit deux & trois livres à la fois
& d'une grande foibleffe d'eftomac ; les
Medecins l'avoient abandonné . Ce qui eft
attefté dans l'original par le Comman-
2, vol.
D deur
.
1342 MERCURE DE FRANCE.
પ્રવ
deur d'Argouges , en ces termes : J'attefte
comme témoin oculaire la guerifon dudit
Xebaras. Signé le Commandeur d'Argouges..
Le Chevalier Pietro Sarzana , Eſpagnol
, Page de Son Alteffe Emin . âgé
de 15 ans , a été auffi gueri par l'eau
glacée d'une fievre maligne avec délire,
une toux feche , & du pourpre ; enforte
que les Medecins l'avoient abandonné. Il
eft actuellement en Espagne en bonne
fanté. Cet article eft attefté de la maniere
qui fuit : Par le Commandeur Rovero
de Guarena. Signé Fra Pietro Romero de
Guarena teftimonio di vista.
2
Le Chevalier Leonard Marfilli de Sienne
auf Page de Son Alteffe Emin,
âgé de 14 ans , a été pareillement délivré
& en peu de jours d'une fievre continuë
accompagnée d'une douleur de côté ; il
eft actuellement dans fon pays ..
Le Commandeur d'Argouges , François
, âgé de 32 ans , a été. gueri par le
même remede , d'une humeur âcre &
bilieufe qui enflammoit fes yeux , tout
autre remede n'ayant pû le foulager ; &
dernierement il le fut encore par l'eau
glacée en deux jours , d'un mal fort à la
mode ici depuis deux mois , que je crois
être une ebullition de fang , & qu'on
nomme à Malte Pourpourina. On a les
a . al .
mêmes
JUIN 1725. 1343
mêmes fymptomes que dans la petite verole
& fouvent la fievre. Signe le Commandeur
d'Argouges.
Le Chevalier de Revel de Nice , âgé
de 18 ans , après 28 jours de fievre maligne
interne , qu'on ne connût
pas d'abord,
a été auffi gueri par notre Medecin
, & le porte fi bien qu'il eft actuellement
fur les Vaiffeaux de la Religion .
Cet article eft attefté par le Chevalier
Provane fon oncle. Signé le Chevalier
Provane , en absence de mon néven.
Le fils du Comte Pretiofi , Maltois ,
âgé ſeulement de 6 ans , fut attaqué d'une
fievre continue qui le mit à deux doigts
de la mort l'eau à la glace l'a parfaitement
gueri , au grand étonnement des
Médecins qui l'avoient abandonné . Ce
même enfant eut trois mois après la petite
verole , le Capucin lui donna le méme
remede , mais bien differemment ; car à
mefure qu'il vomiffoit , il lui en faiſoit
prendre jour & nuit. 48 heures après la
premiere prife , la petite verole parut ,
elle s'enfla , fecha , & tomba enfin le
troifiéme jour , fans qu'on ait fenti aucune
mauvaiſe odeur , ni qu'elle ait creufé
la peau . Il auroit pu fortir le quatrième
jour. Le Pere de l'enfant a figné de cette
maniere. Il Conte por mio figlio Pretiosy.
Le Chevalier de Levi , François , at-
2. vol.
Dij taqué
1344 MERCURE DE FRANCE .
taqué d'une fievre maligne , abandonné
des Medecins & fans connoiffance , a été
auffi gueri en peu de tems . Comme il étoit
malade à l'Infirmerie , S. Alteffe Emin .
obligea les Medecins d'en répondre
ou de le remettre entre les mains du P.
Capucia , ce qu'ils firent ; il fe porte aurs
jourd'hui parfaitement bien,âgé de 20 ans .
Signé le Chevalier de Levi.n
د
Le Commandeur Staxi , âgé de 45 ans,
ayant oui parler du Capucin , eft revenu
d'Efpagne a Malte, & a été gueri par
fon
remede d'une humeur âcre , dont il étoit
tourmenté depuis long-tems , tous les autres
remedes lui ayant été inutiles . Il avoit
le vifage d'un rouge noirâtre , fon teint
eft revenu & il fe porte à merveille.
Un homme accablé de maux veneriens ,
s'avifa de prendre de lui -même l'eau à
la glace fous un autre pretexte ; mais
s'étant declaré au Capucin , celui- ci changea
feulement la maniere de lui donner
l'eau. Elle le faifoit fuer regulierement
une heure & demie tous les matins , &
le refte du jour il trembloit de froid ; il
a été enfin parfaitement gueri. Il ne faut
pas oublier que cette cure a été faite
dans le mois de Janvier ; & ce n'eft pas
la feule de cette effece.
}
Il y a eu plufieurs Chevaliers & d'autres
perfonnes qui ont été delivrées de
2. vole.
leurs
JUIN 1725 . 1345
f
leurs infirmités par ce même remede ;
mais je crois , Monfieur , qu'il feroit inutile
de vous en faire un plus long detail.
La maniere dont le P. Capucin donne
l'eau glacée à fes malades , eft , comme
j'ai déja dit , differente , felon les
maux , l'âge & le temperament du
malade mais on a obfervé qu'il veut que
tous les malades prennent l'air , les fenêtres
& les portes ouvertes , qu'ils foient
peu couverts ; avec la tête razée, fouvent
fans bonnet , même dans les fievres malignes.
Le Chevalier de Revel qui en
eftoit attaqué , marchoit nuds pieds & la
tête razée. Dès qu'il put fe foutenir, il fut
purgé avecun Melon d'eau à la glace , fans
fouffrir de tranchées & fort doucement.
1
Le Commandeur Guarena Piedmontois
fe trouva perclus d'une jambe dans le tems
de fa cure , & il fut gueri par des frictions
de glace. Le Medecin en fait faire
fur la tête & fur l'eftomac , felon l'état
où il voit les malades ; il ordonne auffi
des lavemens d'eau à la glace , qui font
des effets merveilleux .
Tout le monde a vû ici ce que j'ai
l'honneur de vous écrire. Vous comprenez
affez que les Medecins n'ont rien
oublié au commencement pour décréditer
le remede ; mais les Certificats qu'ils
ont efté obligez de fournir aux malades
2. vol.
Dilj aban1346
MERCURE DE FRANCE.
abandonnez & remis au Capuçin , le juſ
tifient parfaitement .
Il faut cependant convenir que l'eau à
la glace n'empêche pas de mourir ceux
qui font, pour ainfi dire , frappez de mort
ou qui ont attendu trop long- tems : nous
en avons deux ou trois exemples . M. Bou
garel , Pretre Conventuel , mourut en
moins de trois jours d'une fievre ardente
caufée par un coup de foleil : le Capu
cin dit d'abord , en le voyant , qu'il avoit
befoin de recevoir les Sacremens &
qu'il eftoit prefque inutile de lui donner
Feau à la glace, Le Bailly Duante mourut
auffi en trois jours d'une retention d'uri-
,
ne
& d'une inflammation interne : fans
parler du Chevalier Caftrioti ; il eft vrai
qu'il lui furvint une attaque d'Apoplexie,
& d'autres accidents qui le mirent
au tombeau au bout de so. jours.
C
Le P. Capucin eft fils d'un Apotiquaire
qui eft aufli Docteur en Medecine , &
grand Chymifte ; il quitta la pratique ordinaire
de la Medecine pour traiter fes
malades avec l'eau glacée. Il a un frere
Medecin à Saragoffe , qui doit s'embarquer
inceffamment avec toute la famille
pour venir s'établir ici , avec 300 écus
de penfion ,
, que Son Alteffe Emin . lui
fait donner , & il traitera à fon profit
les malades qui prendront l'eau à la glace,
2. vol. car
JUIN 1725. 1347
car il donne ce remede comme fon frere
Je Capucin.
Celui-ci a propofé aux Medecins d'en-,
treprendre de traiter , à leur maniere -ordinaire
, cent malades , & que fi fur ce
nombre , ils en fauvent feulement dix , il
prétend, lui, en guerir 60. plus furement
& en moins de tems d'un pareil nombre
de cent , à qui il donnera l'eau à la gla
ce. J'oubliois de vous dire que le Capu
cin défend à fes malades de s'echauffer
& de fe promener au foleil , pour éviter
la fueur.
Vous recevrez la relation de la ceremonie
de l'Eftoc par le Secretaire des
Commandemens de Son Alteffe Emin.
Les Galeres fe préparent pour le retour
du Mgre. On croit que le General ira à
Rome. Nous attendons avec impatience
des nouvelles de France. Si vous croyés
devoir montrer les certificats autentiques
fur les guerifons operées par Teau glacée
à S. A. S. M. le Duc , vous en êtes
le Maître. Le frere du Capucin vient d'arriver.
J'ai l'honneur d'eftre avec un parfait
attachement de V. Excellence le trèshumble
& très - obeiffant Serviteur, F. P.
2. vol.
Dj EX1
; 48 MERCURE DE FRANCE .
EXTRAIT d'une Lettre de S. A. E
M. le Grand- Maître , écrite à S. Ex.
M. le Bailly de Mefmes , le 21. Avril
1725.
N
Ous ne fommes point étonnez que
le bruit des cures qu'un Capucin
Sicilien a faites dans nôtre Ifle avec l'eau
à la glace , ait penetré jufqu'en France,
& nous fommes perfuadez que fi ce Regieux
fe laiffoit tenter par la gloire ou
par l'intereft , il trouveroit aisément à
la Cour de quoi fatisfaire l'une ou l'autre
de ces deux paffions ; mais il n'est
fufceptible d'aucune ; & entierement occupé
des devoirs de fon état , il quitte
toûjours avec peine fon Cloître pour don
ner fon remede : Nous ne pouvons donc
efperer qu'il veuille fe determiner à paſfer
dans les Pays Etrangers. Nous avons
ici plufieurs éxemples de l'efficacité de
fon remede , & tout ce qui en a efté écrit
eft fondé fur des faits connus d'un chasun.
Nous devons ce temoignage à la
erité.
Nous donnerons la relation de la ceremonie
de l'Eftoc , dont il eft parlé à
la fin de la precedente lettre.
2. vol.
Dialo
JUIN 1725. 1349
黃洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗潔洗洗汽
Dialogue traduit d'Horace au troifiéme
Duran
Livre , Ode 9 .
L'Amant.
Urant ces jours fi chers à ma memoire,
Où tu m'aimois uniquement ,
Ou j'embraflois paifiblement ,
Ton cou plus blanc que la neige & l'yvoire ,
J'étois plus heureux mille fois ,
Que ne le font les plus grands Rois .
La Maîtreffe...
Lorsqu'à tes yeux j'étois la feule aimable ,
Qu'Aminte dans ton coeur épris ,
Ne le cedoit point à Cloris ,
A mon bonheur rien n'étoit comparable ,
Et mon nom volant dans tes vers ,
Rendoit jaloux tout l'univers .
L'Amant.
A la belle Cloris mon ame eft affervie ,
De fa lyre les doux accens ,
Charment mes chagrins & mes fehs .
Pour prolonger une fibelle vie ,
2. vol . Le D V.
1350 MERCURE DE FRANCE.
Le moindre effort de mes amours ,
Seroit de lui donner mes jours.
La Maîtreffe.
Tircis & moi brûlons de même flâme ,
Si pour fauver ce cher vainqueur ,
1
De la mort & de fa rigueur,
On acceptoit l'échange de mon ame ,
Quand j'aurois cent morts à fouffrir
Pour qu'il vive, j'aime à mourir.
L'Amant.
Mais fi ceffant enfin d'être volages

Si rengagé par tes attraits ,
Je me donne à toi pour jamais ;
Et fi mon coeur plus fidele & plus fage ,
Par un fincere & vrai retour
Se rend à fon premier amour ?
La Maitreffe.
Quoique Tircis foit plus beau que l'Aurore ,
Et que tu fois plus inconftant .
Que le nuage & que le vent;
Si toutefois tu revenois encore ,
Il feroit bien plus doux pour moi ,
De vivre & mourir avec toi,
2. vel, CONJUIN
1725. 1351
CONCILE DE ROME.
La
E 12. Avril 1725. il y eut à Roine
dans la falle du Confiftoire une Congregation
generale pour fervir de préli
minaire à la premiere feffion du Concile
Romain , dont l'ouverture fe fit le fendemain
dans l'Eglife Patriarchale de Saint
Jean de Latran : 31. Cardinaux s'y trou
verent , ainfi que tous les Archevêques
& Evêques Nationaux qui font arrivez
à Rome. Le Pape leur fit un Difcours fur
les motifs qui l'ont engagé à convoquer
le Concile . Enfuite on proceda à l'élection
des principaux Officiers , & l'on remit
à la prochaine Congregation celle
des Theologiens & Canoniftes . S. S. pria
les Cardinaux de lui nominer ceux qu'ils
croiroient dignes d'être employez en cette
qualité après quoi elle ordonna qu'outre
les Prieres que le Clergé Seculier &
Regulier eft chargé de faire à l'occafion
du Concile , on celebreroit tous les Jeudis
une Meffe du S. Efprit dans toutes les
Eglifes de cette Ville , & que les antres
jours de la femaine on diroit une Collecte
particuliere pour obtenir du Ciel
les lumieres neceffaires à tous les Prélats
12. vol. Dj
qui
1352 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent affifter à ce Concile.
Le 14. les Curez Seculiers & Reguliers
de Rome , s'affemblerent par ordre
du Pape , dans l'Eglife de Sainte Lycie
de Ginnafi , & ils élurent entr'eux , comme
les plus dignes d'affifter au Concile
National , Don Anth . Bernardini , Curé
de la Collegiale de S. Nicolas in carcere ,
Don Gaeta Juvone , Curé de la Collegiale
de Sainte Lucie della Tinta , & le
Pere Hubert Pozzi , Dominicain , Curé
de S. Nicolas de Perfetti .
Le Dimanche 15. jour deftiné pour
l'ouverture du Concile , le Pape s'étant
rendu dans la falle des Paremens avce
30. Cardinaux , les Archevêques , Evêques
, Abbez mit rez & les fondez de procuration
des Evêques abfens qui doivent
avoir féance dans le Concile , s'y revêtit
de fes habits pontificaux ; & s'étant mis à
genoux devant l'Autel de cette falle, il y
entonna le Veni Creator, qui fut continué
par les Muficiens de la Chapelle Pontificale.
Enfuite on fortit en Proceffion par
la principale porte de l'Eglife , en chantant
le Pfeaume Exultate jufti ; & aprèsavoir
fait le tour de la Place , le Pape .
celebra une Meffe baffe du Saint Esprit ,
ayant pour Cardinaux affiftans le Cardinal
Paulucci & le Cardinal Albani de
l'Ordre des Diacres .
2. 710).
2. Après
JUIN 1725. 1353
Après la Melle S. S. s'étant placée fuf
fon Trône , M. Farfetti , Frotonotaire
Apoftolique , fit à haute voix l'appel des
Cardinaux & des Prélats nommez pour
la tenue du Concile ; enfuite on chanta
l'Antienne, Exaudi nos , Domine , le Pfeaume
, Salvum me fac Deus , & on recommença
le Veni Creator. Après quoi le
Pape fit l'ouverture de la premiere feffion
du Concile par un Difcours , très- pathetique
fur les motifs qui doivent engager
les Papes & les Evêques à tenir de frequens
Synodes , & fur l'utilité qui en revient
à l'Eglife . S. S. infinua auffi dans
ce Difcours , que les Cardinaux ne pourroient
tefter å l'avenir , ni difpofer de
leurs revenus , conformément aux anciens
Canons.
Après que le Pape eut ceffé de parler ,
M. François Finy , Archevêque de Damas
, Evêque d'Avellino & de Frigenti
, & Secretaire du Concile , fit la
lecture des principales matieres qui devoient
être traitées dans la feconde feffion
, & qui concernent principalement
l'obligation des Evêques de prêcher euxmêmes
dans leurs Eglifes ; la maniere
dont les Theologiens & les Prédicateurs
doivent expliquer l'Ecriture Sainte à.
leurs Lecteurs , & à leurs Auditeurs ; l'égalité
de rang entre les Archevêques & 2. vol.
les
1354 MERCURE DE FRANCE .
les Evêques l'attention qu'ils doivent
avoir de ne point avilir leur caractere
par la trop grande frequentation des
Laïcs , & celle qui engage les Ecclefiaftiques
, depuis les Clercs jufqu'aux Diacres
, à fe confeller & communier toutes
les fêtes folemnelles , & dans les autres.
temps , au moins une fois en quinze jours ;
à peine contre ceux qui s'en abftiendront
par negligence , d'être refufez lorfqu'ils
fe prefenteront pour recevoir les Ordres.
le
On agita auffi , & on approuva dans
cette premiere feffion les matieres concernant
la Sainte Trinité & la foi Catholique
, les Conftitutions des Chapitres,
les Refcrits , le devoir des Juges deleguez
, le devoir du Juge ordinaire ,
Tribunal competent , l'âge & les qualitez
de ceux qui veulent embraffer l'Etat
Ecclefiaftique , la maniere de rendre les
Abbez plus attentifs à leurs devoirs , la
foi des inftrumens ou Actes , la vie &
moeurs des Ecclefiaftiques .
Le 22. Avril le Pape fe rendit à fon
Trône devant l'Autel des Saints Apôtres
, de l'Eglife de S. Jean de Latran , où
fe celebre le Concile , & il y entonna
l'Antienne Propitius efto , qui fut fuivie
du Pleaume Deus venerunt gentes , & de
PHymne Veni Creator; chantez par les
Muficiens de la Chapelle Pontificale.
2. vol.
S. S.
JUIN 1725 . 1355
S. S. ouvrit enfuite la feconde feffion du
Concile qui dura près de trois heures , &
à la fin de laquelle on fit , felon l'ufage ,
La lecture des matieres qui devoient être
agitées dans la troifiéme , & qui concernent
les Feries & l'obfervance des Fêtes
les Appels Ecclefiaftiques , la confecration
des Eglifes & des Autels , la celebration
de la Melle & de l'Office Divin ,
les Ecclefiaftiques qui ne réfident pas
dans leurs Benefices , l'attention qu'on
doit avoir à ne permettre aucune innovation
pendant la vacance du S. Siege
le temps de conferer les Ordres , le Sacrement
de Baptême , & celui de la Confirmation
, & les revenus Ecclefiaftiques,
dont l'alienation eft défendue . Il eft à remarquer
que les décifions du prefent
Concile National ne regardent que les
Prélats & les, Ecclefiaftiques qui relevent
immediatement du Pape , & qui
font de fa Jurifdiction .
Le 27. le Pape fit celebrer dans la
même Eglife un Service folemnel , pour
le repos de l'ame des Peres qui ont introduit
l'ufage des Conciles dans l'Eglife.
Le 29. S. S. affifta à la troifiéme feffion
du Concile , à la fin de laquelle on
lût les titres des matieres qui devoient
être traitées dans la quatrième on y
2. vol.
pro
1356 MERCURE DE FRANCE.
propofa d'abolir l'afage introduit d'exiger
le ferment des criminels ; attendu
qu'en les interrogeant après cette formalité
, on trouve prefque toûjours qu'ils
font parjures ; on y veut établir la validité
de tout Teftament fait par malade
, en prefence de fon propre Curé & de
deux ou trois témoins , & même celle
des legs pieux , dans le cas où le Curé feroit
feul dépofitaire des volontez du Tef
tateur : on fe propofe 'd'obliger les Supeperieurs
des Communautez Regulieres
d'envoyer les Religieux qui fe font difpofez
à recevoir les Ordres , à l'Evêque
Diocéfain du Convent , College ou Maifon
particuliere où ces Religieux auront
fait leur dernier domicile ; & à l'égard
des excommunications , on doit ordonner
que les cenfures fulminées par un Evêque
dans fon Diocéfe , foient refpectées
par les Reguliers du même Diocéfe , &
par les Evêques voifins .
Le 4 Mai on afficha le premier Decret
du Concile , par lequel il eft défendu
à tous les Ecclefiaftiques Beneficiers , de
porter l'habit feculier , à peine contre
ceux qui contreviendront à ce Decret de
perdre leurs Benefices , & d'être obligez
à la reftitution des fruits depuis la prife
de poffeffion .
Le 6. le Pape fit l'ouverture de la qua-
- 2. vol.
triéme
JUIN 1725.
1357
triéme feffion du Concile National . Ou
tre les matieres qui devoient y être agitées
, & dont on avoit fait la lecture dans
la feffion précedente , on y traita encore
du Sacrement de Penitence , & de la maniere
dont il doit être adminiftré ), des
peines portées par la Bulle de Pie V. qui
commence par ces mots , fuper gregems
contre les Medecins , qui après trois vifites
faites à leurs malades , ne les exhorteront
pas à fe confeffer : de l'obligation où
font les Evêques de n'accorder à aucun
Regulier le pouvoir de confeffer un malade
de fa connoiffance qu'après que le
Superieur de ce Regulier leur en aura
demandé une permiffion particuliere , en
lear donnant avis que ce malade fouhaite
de fe confeffer à ce Religieux . On y propofa
de défendre fous peine d'excommunication
à tout Seigneur temporel d'éxiger
de fes vaffaux qu'ils ne puiffent entrer
dans l'Etat Ecclefiaftique fans fa permiffion
, & de défendre aux vaffaux
fous la même peine , de demander à leurs
Seigneurs la permiffion de fe faire tonfurer
: de renouveller les Reglemens qui
ont été publiez fous le Pontificat de Cle
ment XI. pour faire fleurir dans les Diocéfes
l'Etat Heremitique , & d'engager
les Evêques à affembler dans de certains
jours marquez les Hermites de leurs Dio-
2. vol.
céfes,
1358 MERCURE DE FRANCE.
céſes , pour s'informer de leur conduite,
& de l'état dans lequel ils entretiennent
leurs Chapelles. A la fin de la feffion , on
fit , felon la coutume , la lecture des matieres
fur lesquelles on devoit déliberer
dans la cinquième. On y propofa d'ordonner
que la Conftitution Unigenitus
foit publiée de nouveau ; d'exhorter les
Ecclefiaftiques à la faire obferver religieufement
; d'ordonner que les Evêques
foient tenus de veiller à l'éducation des
jeunes filles qu'on met en penfion dans
les Communautez Religieufes , d'y faire
obferver tous les Reglemens publiez fur
cet article par les Congregations , & d'exhorter
ces jeunes filles à être modeftes
dans leur maniere de s'habiller ; de fecommander
aux Evêques de tenir les
Archives de leurs Eglifes en bon état ,
leur preferire des Regles pour que les
Actes publics ne courent aucun rifque
d'être perdus ou alterez pendant la vacance
du Siege ; de permettre aux Evêques
, & aux Abbez mitrez , prefens au
Concile , de réduire dans leurs Diocéles,
& dans l'étendue de leur Jurifdiction Ecclefiaftique
, le nombre de Melles dont
les Communautez font chargées , & de
les faire jouir du privilege accordé depuis
peu aux Superieurs de certains Ordres
Religieux ; de renouveller l'Or
2. vol.
donnance
JUIN 1725. 1359.
donnance d'Alexandre VII. qui défend
de toucher de l'Orgue , ou de jouer d'aucun
autre inftrument aux Meffes qui fe
difent pour les Morts , pendant l'Avent
& le Carême , excepté les jours de Fêtes
qu'il eft permis de s'en fervir pendant la
grande Melle ; d'ordonner qu'aux Proceffions
du S. Sacrement , ou lorsqu'on
portera le Viatique aux malades , on ait
foin de porter des bougies renfermées
dans des lanternes , afin qu'arrivant du
vent ou de la pluye , le S. Sacrement ne
demeure pas fans cierges allumez ; d'obliger
les Evêques à affembler quatre
fois par mois un Sinode ou Congregation ,
dans laquelle ils auront foin d'inftruire
les jeunes Ecclefiaftiques , des ceremonies
de l'Eglife , & des points de morale
qui concernent l'adminiftration du Sacrement
de Penitence , & ce fuivant les regles
que le Concile leur prefcrira dans la
fuite d'empêcher que les Adultes qui
feront baptifez , ne foient revêtus de la
robe blanche avant le temps marqué par
les Canons d'ordonner qu'il foit celebré
par an dans chaque Eglife Cathedrale
, & dans les Eglifes Paroiffiales une
Melle folemnelle de Requiem , pour le
repos de l'ame du dernier Evêque , ou du
dernier Curé ; & enfin de recommander
aux Evêques d'executer plus exactement:
1
2. vol.
les
1360 MERCURE DE FRANCE .
les Decrets de difcipline du Concile de
Trente à l'égard de leurs Seminaires .
On indiqua pour le 8, une Congregation
extraordinaire pour y traiter les trois .
matieres fuivantes , fçavoir : Du temps
des Ordinations des Reguliers ; de la majorité
, & de l'obedience , & de la reparation
des Eglifes.
Il parut fur ce fujet un imprimé anonime
qui foutient fortement le privilege
des Reguliers ; de pouvoir être ordonnez
hors des temps preferits , fans avoir ,
befoin d'aucun Bref.
Le 13. Mai le Pape fit , avec les ceremonies
accoutumées , l'ouverture de la
cinquiéme Seffion du Concile , à la fin
de laquelle on fit la lecture des matieres ,
fur lefquelles on devoit déliberer dans la
fixiéme
.
S. S. y propofa d'y faire paffer une
Conftitution , par laquelle les Archevêques
Metropolitains feront obligez de tenir
tous les trois ans des Conciles Pro--
vinciaux & les Evêques d'affembler
tous les ans leur Sinode d'engager les
Evêques à établir dans leurs Jurifdictions
un ou deux Avocats pour la défenfe
des pauvres ; de les exhorter de prendre
avec foin le dénombrement de ceux qui
auront un droit de Patronage , & d'examiner
fi ce droit, ne contrevient pas aux
2. vol.
·Decre:s
JUIN 1725 . 1361
Decrets du Concile de Trente. Lès autres
articles concernent la fuperiorité &
l'obéiffance , les Eglifes qui doivent être
rebâties ou reparées , l'immunité des
Eglifes , & les accufations .
Le 21. le Pape fit l'ouverture de la
fixiéme Seffion du Concile National , &
le 27. il affifta à la feptiéme & derniere.
Le 29. S. S. celebra la Meffe dans l'Eglife
de Saint Jean de Latran ; après
quoi elle entonna le Te Deum , qui fut
chanté pendant la Proceffion , à laquelle
affifterent 26. Cardinaux , 45. Evêques ,
5. Abbez mitrez , & 28. Procureurs des
Evêques abfens . La Proceffion finie le
Pape donna fa benediction à tous ceux
qui y avoient affifté , & le Cardinal Imperiali
fit la lecture de la Bulle d'Indul
gence qui leur avoit été accordée .
*** k kakak kakak ak
LISTE des Cardinaux , des Archevêques,
des Evêques , des Abbez mitrez ,
& des Procureurs des Prélats abfens
qui ont affifté au Concile National,
L
Cardinaux Evêques .
Fs Cardinaux Paulucci , Barberin &
Otthoboni.
2. vol .
D.
1362 MERCURE DE FRANCE.
De l'Ordre des Prêtres.
Les Cardinaux Sacripante , Corfini ,
Gualterio , Fabroni , Albani de S. Ciement
, Pic de la Mirandole , Zondodari ,
Corradini , Tolomei , de Polignac , Scotti
, Nicolas Spinola , Spinola du titre de
Sainte Agnès , Belluga , Pereira , Salerno
Cienfuegos , Conti , Jean Bapt. Al
tieri , Petra , Marefofchi & Pipia.
De l'Ordre des Diacres.
Les Cardinaux Imperiali , Altieri ,
Colonne , Orighi , Olivieri , Marini ,
Alberoni , Alexandre Albani .
Evêques de la Campagne de Rome.
Simon Gritti , Evêque de Ferentino ,
Jean - Bapt. Conventati , Evêque de Terracine
, Anth . Fonfeca , Evêque de Tivoli
, & Laurent Tartagna , Evêque de
Veroli.
De la Province , dite le Patrimoine
de S. Pierre.
Bernardin Reechi , Evêque d'Acquapendente
; Onufre Pini , Evêque de Ba-
ན་ ༈ 2. vol.
gnarea ;
JUIN 1725. 1363
¿
gnarea ; François Tenderini , Evêque de
Civita - Caftellana & d'Orte ; Sebaftien
Bonaventure , Evêque de Montefiafcone
Vincent Vecchiarelli , Evêque de Nepi
& de Sutri ; Adrien. Serinattei , Evêque
de Viterbe , & Onufre Elifei , Evêque
d'Orviette,
De l'Ombrie.
Jean- Baptifte Renzolio , Evêque d'Amelie
; Faufte- Guidotti , Evêque de la
Citta della Pieve ; Nicol . Ter fagui , Evêque
de Narni ; Jean- Baptifte Chiappé ,
Évêque de Nocera ; Theodore Pungelli ,
Evêque de Terni ; Charles Hyacinthe de
Lafcatis , Evêque de Spolette , & Anth.
Seraphin Camarda , Evêque de Rieti .
De la Marche d'Ancone.
Anth. Fonfeca , le jeune , Evêque
d'lefi ; Cofme Silvius Torelli , Evêque
de Camerino , & Alexandre Dolfo , Evêde
Fano .
que
Du Royaume de Naples.
Dominique Taglia- Latela , Evêque
d'Aquila ; Felix Solazzi , Evêque de Bifignano
Don Bernard Cavaliero , Evêde
SMarc ; Ant, Carrara , Evêque
2.vol.
de
1364 MERCURE DE FRANCE .
de Fondi ; Alfonfe Moriconda , Evêque
de Trivento ; Hercule Arragona , Evêque
de Mileto ; Ant . Paterno , Evêque de
Lanciano ; François- Marie Mufcettola
Evêque de Roffano ; Jofeph de Carolis
Evêque d'Aquino ; Don Charles Pignatelli
, Evêque de Gaëte ; Gabr . de Marchis
, Evêque de Sora ; Don Mondille
Orfini , Evêque de Melfi & Rappolla ;
Fabrice Salerno , Evêque de Molfetta ;
Nicol. Rocchi , Evêque de Caffano , Ant.
San -Felice , Evêque de Nardo , & Jofeph
Falconio , Evêque d'Ortonna &
Camplo .
Procureurs des Cardinaux & Evêques
abfens.
M. Jacques Lanfredini , pour le Cardinal
del Giudice , Doyen du Sacré College
; le Chanoine Michel Giura , pour
le Cardinal Pignatelli ; M. Alexandre
Formagliati , pour le Cardinal Boncom
pagno ; Don Alexandre Salazoli , Theatin
, pour Vital Bovio , Evêque de Peroufe
; Ant. Pupi , pour Louis Anfelme
Gualterio , Evêque de Todi ; Ant . François
Valenti , pour Pierre Vincent Platamone,
Evêque de Lipari ; M. Cafoni , pour
Don Ambr. Spinola Evêque de Sarzane ;
M. Gherardi , pour Laurent Gherardi ,

2. vol.
Evêque
JUIN 1725. 1365

,
Evêque de Recanati & de Lorette , fon
oncle ; Mathieu Scaglioni , pour Simon
Marc Palmerini , Evêque d'Affife ; Jerô
me Lucini , pour Don François Pertufati
, Evêque de Pavie ; Pierre Guerra ,
pour Don Jofeph Guerra , Evêque d'Alatri
; Pierre Tamborini , pour Philippe
Michel Ellis , Evêque de Segni ; Don
Paul Vitelli , pour Alexandre- François
Codebo , Evêque de Cita-di - Caftello ;
Don Jofeph Caftellucci , pour Jofaphat
Battistelli , Evêque de Foligno ; Pierre
Pieraccini , pour Bernardin Cuinigi ,
Evêque de Luques ; Don Agabit Liberati
, pour François Onufre Odierna ,
Evêque de la Valée de Sulmone ; Don
Jofeph Roffi , pour Dominique Potenza ,
Evêque de Monte Pelofo ; Fabius Troili
, pour Ant . Valra , Evêque de Civitadi-
Penna ; l'Abbé François Degen , pour
l'Evêque de Bamberg , & Don Paul Labonia
, pour l'Evêque de Ravello .
Du Grand Duché de Tofoane.
Louis-Marie Pandolphini , Evêque de
Voltera , prefent , & M.Settimio , nom
mé à l'Evêché de Fienza.
2. vol.
Abber E
1366 MERCURE DE FRANCE ,
Abbey Mitrez, indépendans,
Le Pere Don Leandre , Abbé de Saint
Paul , hors les murs ; le Pere Don Pierre
Giuftiniani
, pour l'Abbé du Mont- Caffin ;
le Pere Don Seraphin , Procureur de
1'Abbé du Monaftere de la Sainte Trinité
della Cava , & l'Abbé de S. Sauveur.
*******************
BOUTS RIMEZ A REMPLIR,
Calabre
Ifpahan
Abraham
Aga
Malaga
Perle
Delabre-
Sinabre
Café
Adam Merle
Amfterdam Coëffé,
Sabre
JUIN 1725: 1367
*k* kakak: akakakakakakakak
LETTRE écrite de Blois aux Auteurs
du Mercure , fur la naiffance d'un
Monftre.
V
Ous me demandés , Meffieurs , une
relation circonftanciée du Monftre
qui a paru en cette Ville au mois d'Août
dernier. Il naquit à Chatulay , petite Terre
de la Parroiffe de S. Lubin , dans
le voifinage du Marquifat d'Herbaut.
C'étoient deux enfans affez bien conformez
depuis le nombril jufqu'en haut ;
mais qui au deffous du nombril étoient
unis enſemble . Les portions inferieures
de leur ventre étant confondues , & n'en
faifant qu'un ils avoient néanmoins
quatre jambes & quatre bras , ils n'étoient
ni mâles , ni femelles , les organes qui
en font la diftinction , ayant été aneantis
& abforbez dans la confufion qui s'étoit
faite de leur ventre inferieur lors de la
conception ; on ne leur voyoit point
d'Anus , mais feulement une Coche formée
par le raprochement de leur efpece
de felles ; car ces enfans eftant venus au
monde étendus & en perpendicule , l'un
la tête en bas , l'autre la tête en haut ,
on les avoit laiflé dans cette fituation
2. vol
Eij con1368
MERCURE DE FRANCE.
contraire à celle qu'ils avoient dans la
matrice , où ils étoient en fituation parallele.
Je crois qu'on n'auroit pas mal
fait , en naillant , de les redreffer pour la
décharge de leurs excremens ; car quoiqu'on
ne vit pas de veritable Anus , il
eft à prefumer qu'il y avoit quelque
choſe d'approchant ; ayant pouffé au fond
& au milieu de cette coche un tuyau
de paille faute de fonde , il en fortit
comme de l'Urine.
,
PREMIERE ENIGME
LA Maladie & la Santé
Connoiffent mon utilité.
Je fuis Ami de la Pareſſe ;
Du fexe délicat j'entretiens la foibleffe .
Le Guerrier, le Heros , par un je ne fçais quoy,
Ne voudroient pas mourir chez moi.
Le Roy pour annoncer fes yolontez fuprêmes
Me tient dans des befoins extrêmes ,
Et par de Politiques Loix ,
Au delà du trépasje fers encore aux Rois.
I. vol.
DEUXIEJUIN
1725.
1369
DEUXIE'ME ENIGME
J'
E fuis un Eftre imaginaire.
Je fuis beaucoup & ne fuis rien.
L'un m'appelle un mal neceffaire ,
Et l'autre m'appelle un vrai bien.
Qui m'a trop fans me fatisfaire ,
Se voit bientôt forcé de defcendre au tombeau ;
Et qui ne m'a point , au contraire ,
Eft privé d'un plaifir toujours vif & nouveau .
Quand je regne avec l'abondance ,
Je fais des Senfuels les uniques plaifirs ;
Mais quand je fuis dans l'indigence ,
Des Mortels je ne fais qu'irriter les defirs.
On donnera dans le Mercure de Juillet
l'explication des Enigmes de ces deux volumes.
2. vol.
É iij NOU3370
MERCURE DE FRANCE.
9999
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE de la Comteffe de Gondez
, écrite par elle-même. A Paris
, rue Saint Jacques , chez N. Pepie ,
1725. 2. vol . in 12. de plus de 340 .
pages chacun , fans compter l'Epître en
vers à S. A. S. Mademoiſelle de la Roche-
fur- Yon , & c. Le prix eft de 4. liv.
I o. fols.
Il y a long- temps qu'il n'a paru um
Livre de l'efpece de celui- ci , auffi propre
à orner & à polir l'efprit , auffi vivement
écrit , & auffi amufant ; le ſtile en
eft coulant , agréable , & très- naturel
fans qu'il fente en aucune façon la peine
& le travail. Cet ouvrage dont Mademoifelle
de L. eft Auteur , eft d'ailleurs plein
d'efprit , de bonne morale , d'utiles inftructions
, de portraits , & de traits que
tout lecteur de bon goût tâchera de retenir.
On y trouve des modeles de converfations
& de difputes même ; mais de
ces difputes où chacun prend parti , &
foutient fon opinion avec ce genre, pour
ainsi dire , d'opiniâtreté qui fait briller
2. vol.
l'efprit ,
JUIN 1725. 1371
l'efprit , & ne bleffe point la politeffe .
Le caractere de l'Heroïne de ce Roman
eft admirable , c'eft une femme éga
lement belle , fpirituelle & vertueule
qui dans un âge très- peu avancé a époufé
un homme très-fage , pour qui elle a une
vraye tendreffe , & une attention continuelle
pour répondre aux bonnes manieres
qu'il a pour elle. Cependant deux
Amans éperdument amoureux , lui declarent
leur paffion , l'un eft neveu de
fon mari , nommé Difenteuil , à portée
de la voir , & de lui parler tous les jours,
& l'homme du monde le plus fage , &
d'un merite diftingué par l'efprit & par
le coeur. L'autre eft le frere de fon intime
amie , qu'elle eft la maîtreffe de ne
pas voir; c'est un Chevalier très - aimable
qu'une paffion auffi refpectueufe que
tendre , a réduit dans l'état le plus malheureux.
Elle a pour le premier les fentimens
qu'elle exprime en ces termes :
» Vôtre, eftime m'eft précieufe autant
» que vôtre amitié m'eft chere. Je ferai
contente lorfque je pourrai me livrer
» à l'une & à l'autre en vôtre faveur.
A l'égard du fecond , après mille efforts
pour réfifter à fon penchant,elle y fuccom
be malgré elle, fon mari meurt, elle en eft
fincerement affligée . Le Chevalier aprés
l'aveu de fa tendreffe , s'en rend indigne
2. vol.
E iiij
enfui1372
MERCURE DE FRANCE.
enfuite , & fa raifon prenant le deffus ,
elle époufe enfin le vertueux Difenteuil.
Voilà l'argument de cet ingenieux ouvrage
, tâchons d'orner cet Extrait de
quelques particularitez qui en puiffent
rendre la lecture agréable.
La Comteffe de Venneville , jeune
veuve , étoit amie d'enfance de la Comteffe
de Gondez ; le Chevalier qui avoit
fçû trouver le chemin du coeur de cette
derniere , étoit fon frere. Le frere de
Madame de Gondez étoit amoureux de la
premiere , fans qu'il eut jamais pû l'attendrir
, parce que fon coeur étoit vivement
épris du merite & des belles qualitez
du Comte de Difenteuil qui n'en a
jamais rien fçû , & qui ne pouvoit être
fenfible qu'aux charmes de la Comteffe de
Gondez . Avant que celle- ci eut arraché
cet aveu à fon amie , en lui faiſant des
reproches qu'elle étoit infenfible à l'amour
de fon frere , Madame de Venneville
lui difoit fur fon état libre : » Il
» n'y a prefque jamais affez de fimpatie
» entre deux perfonnes qui s'uniffent
par un noeud que la mort feule peut
» rompre , pour ofer efperer qu'ils puiffent
, même avec beaucoup de raifon ,
» fe rendre parfaitement heureux . Le devoir
qui exige une tendreffe reciproque
, la détruit ou l'empêche de naître.
»
20
2. vol.
Nous
JUIN 1725.
1393
1
» Nous avons tous dans l'efprit & dans le
» coeur un certain genre de libertinage
» qui ſouvent même n'eft pas apperçû de
» nous , & que la contrainte développe &
>> irrite .
"
Voici la réflexion que fit la Comteffe
de Gondez fur le premier goût qu'elle
fentit pour le Chevalier :» Qu'il eft dan-
» gereux d'avoir affez de confiance en fa
raifon pour lui laiffer le foin de gou-
» verner nôtre coeur. Tôt ou tard elle eft
»la victime ; & lorfqu'elle eft revenuë
» de l'affoupiffement où la tenoit un plai-
» fir qu'elle croyoit innocent , elle voit
avec honte fa défaite .
» Le Comte de Difenteuil avoit moins
» de regularité dans les traits que le Che-
» valier , mais la nobleffe & la fineffe de
» fa phifionomie le dédommageoit de
» tout. Je n'ai connu à perfonne tant d'efprit
la jufteffe & la précifion de fes
» idées n'avoit point defleché fon imagi-
>>> nation brillante & feconde ; le terme
"propre fe prefentoit toûjours à lui avec
» une facilité qui lui faifoit rendre avec
>> force & netteté tout ce qu'il vouloit
» dire. Il fçavoit infiniment , & ce qu'il
fçavoit n'étoit jamais à charge à per-
» fonne ; il ne tiroit aucune vanité de fon
érudition , ni de la facilité qu'il avoit
»d'écrire également bien en vers , & en
2. vol.
E v -pro1374
MERCURE DE FRANCE.
profe ; la droiture de fon coeur ne lui
» permettoit ni détour , ni manoeuvre
<
» & c.
Dans une partie de campagne à Saint
Mauf , il fit ces vers qu'on lui arracha.
Gardez-vous bien d'aborder en ces lieux ,
Vous qui craignez les amoureuſes chaînes
Nimphes y font portant de certains yeux ,
Plus dangereux que le chant des Sirenes
Efprit , beauté , brillent dans ce féjour ,
Jeux & plaifirs , & même le myſtere ;
A qui mieux mieux aux Nimphes font leu
cour ,
Et Venus feule en murmure à Cithere
L'Amour fourit du mouvement jaloux ,
Qu'il apperçoit dans le coeur de fa mere ,
Puis pour venir fe ranger près de vous ,
Il fend les airs de fon aîle legere.
Le Dieu defcend , fe cache dans un If,
De fon Carquois fait foudain l'inventaire
Bande fon Arc ..... d'un oeil vindicatif ,
H vous regarde ...... Eh ! que pretend- il faire
2. veli
Quoi
JUIN $375. 1725 .
Quoi , vous riez ? mais rirez - vous long- tempse
L'Amour dit , non , ce non eft un oracle.
Pour vaincre il fçait choisir certains inftans ;
Se fauver lors ce feroit grand miracle.
N'efperez pas de le voir arriver ,
Il faut fubir tôt ou tard fa puiffance ;
Ah ! comme vous j'ai voulu le braver ,
Et le cruel en a tiré vengeance.
"
Mademoiselle de Juffi , fille de beaut?
coup de merite , qui à la fin du Roman
époufe Brandelis frere de la Comteffe
de Gondez , fit für ces vers le couplet de
Chanſon , fur l'Air : Quand dans la Mer
diterrannée , &c.
Ni ce Dieu fi rempli de charmes,
Ni ces victorieuſes armes ,
Ne s'offrent point à mes regards.
Pour pouvoir finement fe plaindre ,
Difenteuil a formé des dards ,
Qu'ilveut en vain nous faire craindrea
Quelque temps après Madame de Gon
dez reçut lade claration du Comte de
Difenteuil dans une Lettre qui lui fit
faire ces réflexions : » la tendreffe qui y
2. vol. E vj
étoit
1376 MERCURE DE FRANCE .
พง
» étoit répanduë , dit - elle , & la hardieſſe
» de vouloir interpreter l'affiduité du
>>> Chevalier , me piquerent également.
Sans doute , me difois -je à moi- même ,
» il a découvert l'amour du Chevalier ,
» & peut- être , helas ! ma foibleffe. Quel
parti prendre avec cet homme pene-
>> trant , s'il continue à me donner des
» marques de fa paffion ? mes rigueurs ,
qu'il auroit attribuées à ma vertu , ne
lui paroîtront plus que l'effet capricieux
d'une injufte préference . Mais dois - je
lui faire un crime de penfer ainfi lorf-
» que je ne puis me déguifer à moi -mê-
» me combien je fuis criminelle ? Une
>>
>>
femme de mon caractere , & dans la
fituation où je fuis , qui combat vaine-
» ment un penchant malheureux , n'eſtelle
pas coupable ? Eh ! faut -il tomber
dans le dernier déreglement pour fentir
que l'on merite d'être méprifée ?
» Ce dernier trait que la raifon me dicta ,
» m'arracha des larmes , & c.
ל כ
Uniquement pour fuir le Chevalier ,
nôtre Heroïne fait trouver bon à fon
mari d'aller paffer quelque temps en
Bretagne à fa terre de Gondez . Toute la
Nobleffe à 20. lieuës à la ronde me vifitá
, » dit- elle , j'étois preſque à l'égard
» de la Province , ce qu'eft une nouvelle
Comedie à l'égard de Paris . C'étoit un
2. vol.
air
JUIN 1725. 1377
air de m'avoir vûë , de parler de moi
» & de loüer ou de critiquer mon efprit ,
>> mes manieres & ma figure. Quelle con-
>> fufion qu'une maifon où l'on fe trouve
» 20. ou 30. Maîtres ! que de compli-
» mens qui ne font entendus , ni de celui
» qui les fait , ni de celui qui les reçoit !
" Quelle multitude de paroles fans converfation
, & c.
»
Difenteuil , preffé par fon oncle , qui
l'aimoit & l'eftimoit infiniment , autant
que par fa paffion , arriva à Gondez , &
» dans une promenade particuliere il dit
à la Comteffe : » Vous me voyez , Ma-
» dame , auffi coupable que vous m'avez
» laiffé ; Paris , fes plaifirs , que dis -je !
» ma raifon éclairée de la vôtre , mon
devoir , rien n'a pû triompher de la
violente paffion qui me dévore , &
>> j'arrive ici plus épris que jamais de vos
charmes. Je fçais tous les maux que je
me prépare , en vous parlant d'un
» amour , qui malgré toute fa pureté
» bleffe vôtre vertu ; je le fçai , je la
» connois cette vertu , je la refpecte ,
» mais dûffai- je en mourir à l'inftant , je
»> ne puis me refufer la trifte douceur de
» vous dire que je vous adore . » Sur la
fin de cette converfation , Madame de
Gondez promet à Difenteuil d'avoir pour
lui toute l'amitié , & toute l'eftime
»
3. vol .
qu'elle
1378 MERCURE DE FRANCE.
» qu'elle lui a toûjours témoigné , à condition
qu'il ne lui parlera plus de fon
amour , ce qui donna lieu à ces vers.
J'ai promis , je tiendrai , l'amour m'en fait la
loi ;
Un auftere devoir me condamne au filence :
Je ne fuis plus maître de moi.
Eſclave infortuné d'une double puiffance ,
$ans me plaindre jamais en foupirant toûjours,
}
&
»
Je verrài la fin de mes jours.
Calemane , vieux Gentilhomme Gafcon
, ami du Comte , arrive à Gondez ,
y eft retenu ; le recit de fes avantures
n'eft pas ce qu'il y a de moins amuſant
dans ce Livre . » C'eſt un caractere ex-
» trêmement plaifant , & très-fingulier.
Il ne faut pas que les hommes fe flatent ,
» dit- il , après avoir lû une Lettre vive
qu'il avoit reçûë autrefois d'une Maî-
» treffe , ils n'écrivent point comme les
» femmes , lorfqu'il s'agit d'exprimer les
» mouvemens du coeur , & de la délica-
» teffe des fentimens. Les tournures fines
pour les mettre au jour , le choix des
» termes fimples , mais toûjours heureux,
tout cela fe trouve dans les Lettres des
» Dames, même leurs negligences de ſtile
» ont des graces : l'exactitude dont nous
nous piquons jette du froid & de l'en-
2. vol
nui's
JUIN 1725.
1379
> nui enfin nous fommes d'infipides
» Grammairiens , tandis que les fermes
font de vrais Orateurs .
Comme nous ne pourrions pas donner
une idée affez diftincte de ce Roman ingenieux
, fans trop allonger cet Extrait ,
nous le finirons par ces vers que de Difenteuil
fit à l'occafion d'un bouquet galant
qu'il donna à la Comteffe de Gondez le
jour de fa Fête.
L'Amour fe dérobant aux charmes du fommeil,
Et plus diligent que l'Aurore ,
Arriva fi matin dans les jardins de Flore
Qu'il la furprit à ſon réveil.
La jeune Déeffe en allarmes ,
De voir l'enfant malin que redoutent les
Dieux ,
Baiffe modeftement les yeux ,
Et cache avec les mains la moitié de fes char
mes
A cet immortel curieux .
Qui vous amene dans ces lieux a
Eui dit-elle en tremblant , ne craignez point
mes armes ,
Répond l'Amour avec un doux fouris
Raffurez-vous , reprenez vos efprits ,
Je ne veux point troubler le bonheur de Zephire
1380 MERCURE DE FRANCE.
Et fi je viens dans vôtre Empire ,
C'est pour vous demander quelques fleurs
pour Iris ;
On celebre aujourd'hui fa fête ,
Et d'une guirlande de fleurs ,
Peinte des plus vives couleurs ,
C'eſt à vous, belle Flore , à couronner fa tête
Si vous répondez promptement ,
Déeffe à mon empreffement ,
Qu'à vos voeux je ferai propice !
J'en jure par Venus , en ce jour vôtre Amant
M'acquittera d'un tel ſervice ,
Par plus d'un tendre fentiment.
La Déeffe rougit , une douce efperance
Lui rend le teint plus éclatant.
Amour , je vais répondre à vôtre impatience ,
Et vous allez être content.
Elle dit , & vole à l'inftant ,
Cueille des fleurs qui ne font que d'éclore ,
Que d'un de fes regards elle embellit encore à
L'Amour les reçoit de fes mains ,
Et ce vainqueur des Dieux & des humains »
Me charge , Iris , de vous les rendre.
Pour remplir un pareil emploi.
2. vol.
L'AJUIN
1725.
1 3 8 1
"
L'Amour a cru qu'il devoit prendre
De ces efclayes le plus tendre ,
Pouvoit- il mieux cboifir que moi ♪
LETTRE de Mademoiſelle R. F. à M.
l'Abbé C. au fujet de la nouvelle traduction
du Poëme de la Jerufalem dolivrée du
Taffe. A Paris , Quai des Auguftins',
chez Chaubert 1725. Broch. in- 12 . de
79. pages .
L'Auteur de cette Lettre critique vivement
la nouvelle traduction. Nous n'ertrerons
point dans les raifons qu'il a de
la trouver defectueule ; c'eft au Public à
juger. Nous donnerons feulement ce petit
echantillon de l'ouvrage que nous annonçons
pour donner au Lecteur une idée
de l'efprit & du ftile de la Dlle F.
>> Un Traducteur doit eftre exact à ren-
» dre les penfées de l'Auteur , fidele dans
» la reciprocation des termes, s'il fe peut
"attentif & d'un goût fin , pour bien en-
» trer dans l'efprit de l'Original , & le
» faire fentir : ce principe eft certain . Un
» Traducteur doit faire connoître le ge-
»> nie de l'Auteur qu'il traduit : s'il tra-
>> duit un Poëte , il faut qu'il faffe voir
» que fon Auteur eftoit Poëte ; & quoi-
» qu'il le traduife en profe , fa traduc-
"tion ne doit point pour cela eftre def
2. vol. tituée
1382 MERCURÉ DE FRANCE.
» tituée des expreffions Poëtiques qui fe
» trouvent dans l'original : au contraire ,
» on doit dans une traduction de vers en
>>
profe , employer un ftyle harmonieux ,
>> hardi & brillant par certains tours con-
" facrez à la Poëfie , afin que les Lecteurs
fentent qu'on a traduit un Poëme & non
pas un Roman froid & fade. Le ftile de
Telémaque qui n'eft que l'imitation
» d'un Poëme , eft admirable par ces heu
>> reuſes hardieffes : mais quel ouvrage
» doit plus reffembler à un Poëme que la
» traduction même d'un Poëme ?
LES DEUX VOYAGES de Corneille le
Bruyn : le premier au Levant & dans les
principaux endroits de l'Afie Mineure ,
dans les Illes de Chio , de Rhodes , de
Chypre, & c. & dans les Villes les plus
confiderables d'Egypte , de Syrie & de
la Terre- Sainte .
Le fecond au Nord , par la Mofcovie ,
la Siberie & le Pays des Samoyedes
d'où l'Auteur a paffé par la Mer Cafpien
ne , en Perfe & aux Indes Orientales .
Avec la route qu'a fuivie M. Ifbrants ,
Ambaffadeur de Mofcovie , en traverfant
la Ruffie & la grande Tartarie . fe
pour
rendre à la Chine. Et des remarques contre
Mrs. Chardin & Kempfer ; & une
Lettre écrite à l'Auteur fur ce fujet..
2. vol. Celui
JUIN 1725 .
1383
Celui qui a pris foin de cette nouvelle
édition a retouché le ftile en plufieurs
endroits pour adoucir ce qu'il y avoit de
trop dur , & le rendre plus coulant. Il a
ajouté à la fin de chaque page , des remarques
tirées des Auteurs anciens &
modernes . Le but de ces notes eft d'éclaircir
par de nouvelles conjectures , ce que
l'Auteur dit au fujet des Monumens qu'il
a découverts , d'accorder la Geographie
ancienne avec la moderne , de fixer la
veritable pofition des lieux par leur lon
gitude & latitude , & de fuppléer à ce
qui a pu échaper au Voyageur. Il l'a auffi
augmentée des dernieres découvertes faites
fur la Mer Cafpienne par les Ordres
du Czar , d'un Extrait du Memoire que
M. de l'Ifle a compofé fur ce fujet , &
de plufieurs autres remarques importantes
pour la Topographie de cette Mer ,
aufquelles il a joint la nouvelle Carte que
le même Académicien a gravée ; & à la
fin du 5. vol. l'Extrait d'un voyage de
M. des Mouceaux , qui n'avoit point
encore été imprimé , ce qui fait une augmentation
confiderable .
Ouvrage enrichi d'un très grand nom→
bre de figures en taille douce , où font
reprefentées les plus belles veuës de ces
Pays , leurs principales Villes , les dif
ferens habillemens des Peuples qui habi-
2. vol.
tent
1384 MERCURE DE FRANCË.

tent ces Regions éloignées , les Animaux,
les Oifeaux , les Poiffons , les Arbres , les
Plantes , les fruits , & c. avec les antiquités
qu'on y rencontre & particulierement
celles du fameux Palais de Perſepolis
, que les Perfes appellent Chelminar .
Le tout deffiné par l'Auteur fur les, lieux .
in-4 cinq volumes en grand & petit
papier. A Paris, chez J. B. Cl . Bauche le
fils , Quai des Auguſtins 1725. Le Libraire
avertit les Soufcripteurs de retirer
inceffamment leurs Exemplaires .
LETTRES de M. Muralt , fur le caractire
des Anglois , in - 8 ° .
E C l'on
que remarque le plutôt en
arrivant en Angleterre , c'eft la magnificence
des Grands , & l'abondance des
Petits. Vous fçavés que l'Angleterre eft
un Païs de liberté ; de là naît la varieté
prodigieufe de caractères , & cette independance
dans leurs penfées. Leur bravoure
eft connue par le mépris qu'ils
font generalement de la mort ; elle n
degenere cependant pas en duels , quoi.
qu'ils s'en tirent fort bien dans l'occafion.
Ils ne vont point chercher la guerre chez
les Etrangers , parce qu'ils ont du bien
. & du bon fens . Le vrai courage fe trouve
chez eux , ils ofent faire hardiment
2. vol.
une
JUIN 1725. 1385
une bonne action , & fuivre la raifon
préferablement à la coutume.
Comme les Grands tiennent peu à la
Cour, les petits tiennent peu aux Grands .
Ils n'infpirent aucune crainte , & leur
merite feul peut leur attirer de l'admiration
. La petite Nobleffe dont la Chambre
des Communes eft compofée eft la plus
heureufe. Ce font des gens riches ; que
la naiffance n'oblige à aucun ſcrupule incommode
& qui peuvent gagner du
bien par le négoce , quand ils viennent
à en manquer. Roturiers par là , mais
d'un autre côté les plaifirs de la Table
& la Chaffe , font leurs occupations les
plus ordinaires , en cela autant Gentilshommes
qu'on l'eft ailleurs.
>
Les Sçavans ne donnent pas dans la
politeffe du difcours , mais dans la force.
Leur langage eft clair & net , difficilement
un rien y paroîtroit- il quelque
chofe , leur tour d'efprit eft la force des
penfées ; le naif & le délicat leur manque
ordinairement.
Les Marchands n'ont ni l'empreffement
des François à amaffer , ni la mefquinerie
des Hollandois à ménager ce qu'ils ont
acquis. Ils font chers , parce qu'ils font
d'une grande dépenfe . Souvent on les
voit fe retirer , & jouir de leur travail .
Les Ouvriers excellent dans les Arts
2. vol.
les
1386 MERCURE DE FRANCE.
les plus utiles à la vie ; fur le goût des
ornemens , des bijoux & des petites
bagatelles ils font furpaffez par les Fran
çois .
,
Le Paifan eft bien vêtu , bien monté ,
& toujours au galop generalement le
petit peuple eft bien couvert , & c'eft
une marque feure qu'il eft à fon aiſe , car
chez lui l'habit ne vient qu'après la
Table .
Les femmes font blondes & blanches
mais peu animées. Pour dix belles on en
trouve à peine une jolie , elles ont de la
taille , l'air noble , & l'ajustement mmạa--
gnifique , elles font d'un naturel modefte
& timide , mais badines , & emportéesdans
le plaifir , oifives , & par là curieufes
, & credules.
Les Anglois en general ont ordinairement
de grands vices , ou de grandes
vertus , beaucoup de bon fens , mais entre-
mêlé de boutades : ils ont le coeur
grand & leurs inegalitez les mettent auffi
fouvent au deffus des autres Nations
qu'au deffous. La plûpart ont de l'imagination
, mais dont le feu reſſemble à
celui de leur charbon de pierre , qui a
plus de force que de lueur. Ils parlent
peu , & prefque tout ce qu'ils difent eft
fentiment. Ils font des reflexions , & connoiffent
d'autant mieux le prix des chofes,
3. vol.
qu'ils
JUIN 1725 . 1387
>
de
qu'ils les regardent par leurs propresyeux,
& ofent s'en raporter à eux - mêmes pour
en juger. Contents de leur condition , pour
peu qu'elle foit bonne , ils ne font pas
grands efforts pour la rendre meilleure. Ils
font affez raifonnables dans leur dépense ,
pour tâcher moins de paroître heureux
que de l'être en effet. Ils font dépendre
leurbonheur d'eux- mêmes. Ils fe mettent
peu en peine du jugement que l'on fait
d'eux , & n'en font gueres fur les autres .
Ils vont hardiment contre un ufage établi
s'il bleffe leur raifonnement , ou
leur inclination. Ils negligent fouvent
l'agrement des manieres pour fe donner
tous entiers à cultiver leur raifon dont
ils n'ont jamais honte de fe fervir . Il n'eſt
pas rare de les voir renoncer à tout ce
qui paroît avoir le plus d'éclat pour une
vie obfcure • & privée. Voilà l'Anglois
homme de merite , ou lorfqu'il n'eft pas
émeu , un mélange de pareffe & de
bon fens fait fon heureux caractere. Quel
quefois cette pareffe le domine , alors il
eft tenté de couper ce qu'il a peine à denouer
, alors en ce qui ne l'emporte pas
'il eft crédule pour s'épargner la peine de
P'examen . Ceux en qui le bon fens ne do-
'mine pas, font les moins raifonnables des
hommes , violens dans leurs defirs , em- ,
portez dans la joüiffance , & defefperez
2. vel,
dans
1388 MERCURE DE FRANCE.
dans les mavais fuccès .
Les Anglois fupportent affez bien la
grandeur pour n'en paroître gueres entêtez
; jamais on ne les entend dire un
homme de mon air , une perfonne de ma
qualité ou de mon rang. On ne les entend
parler ni de leur caroffe , ni de
leur train . Ils ont toujours bonne table .
C'eft la premiere chofe qu'ils établiſſent
chez eux , & la derniere qu'ils reforment.
Après la table fuit la Maîtreffe qu'ils entretiennent
à grands frais . L'avarice n'eft
pas le vice des Anglois. Les fortunes
que font les Avocats , les Aftrologues
les Medecins & c. en font une preuve.
Ajoutez y la folie des modes & des pompes
funebres où fe confomment de grof-
Les fommes d'argent ; comme ils font
naturellement durs , ils ne fe fervent
point de pleureufes dans leurs convois,
>
On accufe les Anglois d'être changeans
, & on fait de grands raiſonnemens
fur l'influence de leur climat , mais
cela vient de ce qu'ils fe donnent moins
la peine de fe contraindre , ou de ce qu'ils
ofent paroître ce qu'ils font , c'est pareffe
& courage. Les Confeils n'ont pas grand
pouvoir pour varier leurs déliberations ;
ils les prennent d'une maniere trop fixe ,
& les executent trop promptement ; de
là vient que tant de gens Le tuent , ou
2. vol .
fort
JUIN 1725 . 1389
font des mariages inégaux. Ils tiennent
visiblement des differentes nations qui
les ont fubjuguées. Ils boivent comme
les Saxons , aiment la chaffe comme les
Danois ; les Normands leur ont laiffé la
fermeté & la patience . Ils ont retenu des
Romains l'amour des fpectacles fanglans,
& le mépris de la mort.
On leur trouve des caracteres qui femblent
fe contredire ; ils font charitables
& cruels ; quoique pareffeux , ils marchent
fort vîte : vous trouveriez , dit
l'Auteur , plufieurs autres contrarietez ,
qui au fond ne doivent pas vous furprendre
; elles fignifient que ce font des
hommes que je décris.
On donnera dans le Mercure fuivant
une feconde Lettre fur le caractere des Anglois
, qui roule fur les Spectacles , &c.
TABLETTES
GEOGRAPHIQUES , contenant
un Abregé de tous les Etats des
quatre
parties du monde , leurs bornes , Gouvernemens
, Religions , les Ordres Militaires
& de Chevaleries , & les Abbayes
; avec un Dictionnaire Geographique
, où l'on trouve les noms des Royaumes
, Villes , Bourgs confiderables , Fortereffes
, Montagnes , Fleuves & Rivieres.
Par M. L. M. de C.... A Paris ,
2. vol.
F chez
1390 MERCURE DE FRANCE .
chez E. Ganeau & P. Giffart , 1725.
Ce Livre eft un in 12. de 2 86. pages ,
& eft divifé en deux Parties . La premiere
eft un Abregé de tous les Etats des quatre
parties du monde , & la feconde un
Dictionnaire Geographique . On ne peut
pas renfermer dans un moindre efpace ,
& dans un meilleur ordre un plus grand
nombre de chofes utiles & curieufes.
LES VIES DES SAINTS de Bretagne ,
& des perfonnes d'une éminente pieté
qui ont vêcu dans la même Province
avec une addition à l'Hiftoire de Bretagne.
Par Dom Guy Alexis Lobineau , Prêtre
, Religieux Benedictin de la Congregation
de S. Maur . Enrichies de figures en
taille-douce . A Rennes , par la Compagnie
des Imprimeurs- Libraires , 1724. in fol.
pages 600 .
HISTOIRE DE LA VILLE DE PARIS ,
compofée par D. Michel Felibien , revûë,
augmentée , & mife au jour par D. Guy
Alexis Lobineau , tous deux Prêtres , Religieux
Benedictins de la Congregation
de S. Maur. Juftifiée par des preuves autentiques
, & enrichie de plans , de figures
, & d'une Carte Topographique. Divifée
en cinq volumes in folio. A Paris ,
chez Guillaume des Prez , & Jean des
2. vol.
Effarts
,
JUIN 1725. 1391
Effarts , rue Saint Jacques , à Saint Prof
per , & aux trois Vertus , 1725 .
On vend chez Gregoire Dupuis , Libraire
, rue S. Jacques , à la Couronne
d'or , un ouvrage en deux tomes in 4º ,
intitulé Bibliotheca Rhetorum . L'Auteur
eft le Pere le Jay , de la Compagnie de
Jefus , qui a profeffé la Rhetorique pendant
19. ans au College de Louis le
Grand , avec beaucoup de diftinction &
d'éclat. Le premier tome contient ce qui
regarde l'Eloquence , & le fecond , ce
qui appartient à la Poëfie.
A la tête du premier eft une Rhetorique
complette en cinq Livres , où tous
les préceptes diftribuez par ordre font
foutenus d'exemples tirez de Ciceron , &
pratiquez à l'imitation de Ciceron dans
un autre exemple. On trouve enfuite une
vingtaine de Difcours de pieté , ou Sermons
Latins , prononcez par le P. le Jay
fur les Sujets les plus importants pour la
jeuneffe , & qui n'avoient point encore
vû le jour : fuivent dix Oraiſons , ou Panegyriques
, prononcez par l'Auteur aux
ouvertures folemnelles du College . Huit
Plaidoyers Latins , & quatre en François
pour difpofer aux exercices du Barreau
ceux qui entreront dans cette carriere
; un Recueil de Lettres pour toutes
1
2. vol.
Fij
fortes
1392 MERCI RE DE FRANCE.
fortes d'occafions ; des Fables écrites en
profe ; divers Difcours pour ceux qui
ouvrent des Thefes de Theologie ou de
Philofophie , ou pour ceux qui doivent
haranguer en entrant en Charge , achevent
l'entier affortiment de l'Orateur. Le
Poëte trouve une pareille provifion pour
lui dans le fecond tope. Après une Poëtique
, où le Pere le Jay traite avec ſoin
de tous les genres de l'oëfies , du merite
& du caractere des Poëtes anciens , & de
toutes les fortes de vers , on entre dans
le Livre Dramatique , qui contient 18 .
Tragedies , ou autres Pieces de Theatre ,
avec leurs Intermedes. Un Traité fur les
Ballets qui fe danfent , précede les plans
de huit Ba lets , executez fur le Theatre
aux Tragedies du P. le Jay . On trouve
enfuite un très -grand nombre de Pieces
détachées fur divers Sujets curieux , tirez
les uns de l'Hiftoire Sacrée , les autres
de l'Hiftoire Grecque , les troifiémes de
Hiftoire Romaine , & les quatrièmes du
genie de l'Auteur. Recueil de Fables en
vers , Recueil d'Epigrammes , Recueil de
Devifes , & un Traité fur les Deviſes ;
Recueil d'Enigmes peintes ou écrites , &
un Traité fur les Enigmes . Rien n'a échapé
à l'Auteur de ce qui peut être utile ,
foit à ceux qui étudient la Rhetorique ,
& la Poëfie, foit à ceux qui les enfeignent .
2.P vol. STAHL
JUIN 1725. 1393
STAHL ( Georg. Erneft. ) Fundamenta
Chimie Dogmaticæ & experimentalis .
4° Norimberga , 1723. & je vend à Paris
, ruë S. Jacques , chez Cavelier.
TEICHMEJERI ( Henr. ) Inftitutiones
Medica Forenfes in quibus materiæ civiles
criminales fecundùm principia Medicorum
decidendæ , 4 ' Jena , 1723. idem .
RIFLESSIONI Sopra l'origine delle
Fontane , Defcritte in forma di Lettera ,
dal Dottor Niccolo Gualtieri , Filofofo , èકે
Medico Fiorentino, al'Alt . Reale di Violante
Beatrice di Baviera , Gran - Princepeffa
di Tofcana , &c. A Lucques , de
' Imprimerie de Leonard Venturini , 1725..
in 8 de 207. pages.
NOUVEAU VOYAGE de Grece , d'Egypte
, de Paleſtine , d'Italie , de Suiſſe , d'Alface
, & des Pays - Bas , & c. à Amfterdam
, 1724. in 12 .
Albert & Vitwerff , Libraires , l'un à
la Haye , & l'autre à Amfterdam , viennent
de mettre en vente , Memoires de
Pierre le Grand , Empereur de Ruffie , &c.
Par le Baron Iwan Neftefuranfi , in 12 .
tome I. qui contient un abregé de l'Hif
toire des Czars. Le fecond volume paroî-
2. vol.
tra Fiij
1394 MERCURE DE FRANCE.
tra dans peu , & contiendra les Memoires
du Regne de Pierre le Grand , & le troifiéme
un état complet de la Ruffie , &c.
Une perfonne refpectable , & fort diftinguée
dans la République des Lettres
nous a écrit ce qui fuit au fujet du Poëme
, intitulé les Geans , qui vient de paroître.
»
» M. le Baron de Valef , Seigneur Liegeois
, qui a fervi avec diftinction en
» qualité de Lieutenant General contre la
» France , & depuis pour la France , a
» crù qu'à l'exemple de Scipion , de Ce-
» far , & de tant d'autres illuftres Guer
riers , il pouvoit fe délaffer avec Apol-
>> lon des travaux où Mars l'engageoit .
» Il vient de faire imprimer fous fes
» yeux, à Liege , deux Poëmes , l'un fur la
guerre des Titans contre les Dieux . Il
feint que ce Poëme n'eft qu'une tra-
» duction de la Verfion Latine qu'Ovide
Davoit faite d'un ancien Poëme Grec de
» Mufée. La tromperie ingenieufe fe dé-
» couvre aifément , le fiege de Memphis ,
» la bataille des Dieux contre les Titans
>> annoncent les talens Militaires de l'Au-
» teur. L'autre Poëme a pour fujet l'Hif
» toire fort finguliere de deux Jumeaux.
» Tandis que cette Edition s'avançoit
à Liege , des Libraires de Paris ont fait
2. vol.
paroîJUIN
1725.
1395
» paroître le premier de ces Poëmes fous
» ce titre. Les Geans , Poëme Epique , ſur
» une copie informe de quelques ellais
» de ce loëme , que leur a vendu un co-
» piſte infidele , dont M. le Baron de Va-
>> lef fe fervoit à Paris il y a huit ans.
C'eft tromper le Public & je vous
>> prie de l'avertir de la fupercherie
» qu'on veut lui faire .
»
A Paris , ce 27. Juin 17257
Le fieur Rouffel , Graveur à Paris ,
rue S. Jacques , au - deſſus de la rue des
Noyers , a gravé depuis peu , & vend
avec Privilege , une grande Feuille , intitulée
NOUVEAU JEU DE L'HIMEN , de la
grandeur à peu près , & dans le même
goût , que celle du jeu de l'Oye , & c'eſt
la même choſe pour la maniere de jouer
il y a 90. cafes , ou ſtations , toutes fort
ingenieufement caracterifées . L'Auteur
fe flatte dans un petit Difcours qui occupe
le centre du jeu , que cet amuſement
pourra être auffi utile qu'agréable .
La morale la plus auftere , dit -il , n'eft pas
celle qui profite le plus ; il faut quelquefois
badiner , & les réflexions qui naif
Jent de l'enjouement , font fouvent plus de
progrès , que celles d'un efprit fombre &
fâcheux qui n'ofe fe permettre de rire , &c.
2. vol.
F iiij
Nous
1396 MERCURE DE FRANCE.
Nous avons été mal informez lorſque
nous avons dit dans nôtre dernier Journal
, que la Statuë Equeſtre de Louis le
Grand fut érigée dans la Place Royale de
la Ville de Dijon , fur la fin du mois d'Avril
, elle ne le fut que le Lundi de la
Semaine Sainte 26. Mars , felon la Lettre
que M. Carrelet , Chanoine de S. Eftienne
de Dijon nous a fait l'honneur de nous
écrire le 11. Juin . Voici deux Diftiques
faits fur ce fujet contenus dans la même
Lettre.
Quod rofa perflores , quodfol per fydera , quor
dam
Heroes inter , Rex Lodoicus , erat.
Narrabit quis erat Lodoix , fua fama , futuris,
Sed quis amor noftrúm talis imago docet.
B. C.
Les amateurs des beaux Arts auroient
bien lieu de fe plaindre de nôtre attention
, fi nous manquions de donner ici
une Deſcription d'un des plus beaux morceaux
de Sculpture qui ait paru de nôtre
temps , & qui peut ,
qui peut , fans doute , égaler au
moins ce qui nous refte de meilleur du
temps paffé.
Tout le monde fçait que le mariage du
2. val.
Roi
JUIN
1397
1725
.
Roi Louis XIII. avec Anne d'Autriche
fut long- temps fterile. Ce pieux Monarque
fit un vou folemnel pour obtenir du
Ciel un fucceffeur de fon fang , & la
Reine mit au monde , après 2 3. ans d'attente
, Louis XIV. furnommé le Grand ,
& Monfieur , Philippe de France , fon
frere .
Pour l'accompliffement de ce vou , &
en execution des ordres du feu Roi , &
du Duc Dantin , aujourd'hui Surintendant
des Bâtimens de S. M. on a pofé fur
la fin du mois de Mars dernier , dans le
fond du Sanctuaire , derriere , & au- deffus
du Grand Autel de l'Eglife de Paris ,
un Groupe de marbre blanc , compofé de
4. figures , où l'habile main qui l'a travaillé
femble avoir épuifé toutes les fineffes
de l'art .
La figure de la Vierge affife , domine
fur tout le groupe ; elle a les bras étendus
, & dans une attitude admirable ; fes
yeux en larmes font levez vers le Ciel ;
la douleur d'une mere affligée eft exprimée
de la maniere la plus fublime , ainfi
que fa foumiffion profonde aux decrets.
éternels . On voit fur fes genoux la tête
& une partie du corps de fon Fils mort ,
le refte de ce corps eft étendu fur un Suaire
un Ange adoleſcent à genoux , dont
les aîles font à demi fermées , foutient à
2. το .
F v droite
1398 MERCURE DE FRANCE.
droite , avec une douleur refpectueufe,une
main du Sauveur. Un autre Ange plus
petit de l'autre côté , tient la Couronne
d'Epine , & regarde douloureufement la
tête du Chrift d'où il l'a ôtée . La Vierge
& le Chrift ont fept pieds & demi de
proportion . Les deux Anges font de grandeur
convenable au fujer.
On voit derriere ce Groupe , fur un
fond incrufté de marbre bleu turquin , la
Croix de marbre blanc , avec une écharpe
volante de même dans une espece de niche
ou enfoncement circulaire , furmontée
d'une gloire fur fon ceintre ; au milieu
de laquelle eft un triangle entouré
de nuages , de Cherubins en bas reliefs ,
& de rayons fort étendus , qui brillent
d'une très riche dorure .
M. Nicolas Couftou de Lyon , Sculpteur
& Recteur de l'Académie Royalede
Peinture & Sculpture , Auteur de ce-
Groupe , a parfaitement répondu au choix.
qu'on a fait de lui , & à l'attente du Public.
Sa réputation déja établie par quantité
d'excellens ouvrages , eft beaucoup
augmentée par celui- ci , dans lequel il
femble s'être furpaffé. Il a joint à la correction
du deffein , & à l'élegance des
contours, le fublime de l'expreffion de la
verité , & de la rajefté . Enfin la compo
fition de ce merveilleux ouvrage forme
un tout qui frape , & qui inſpire égales
JUIN 1725. 1399
ment le refpect & l'admiration.
C'est une ancienne coutume à Rome:
d'exposer des Tableaux à certaines Fêtes
, foit pour attirer un plus grand concours
de peuple , foit pour fatisfaire le
goût des Curieux , ou pour exciter les jeunes
Eleves de l'Académie de S. Luc au
travail , & leur donner de l'émulation
en leur mettant fous les yeux les ouvra
ges des grands Peintres. Ceux qui font:
chargez du foin de ces Fêtes , emprun
tent grand nombre de Tableaux des meilleurs
Maîtres ; en forte que fi l'on doit
la fatisfaction que l'on y trouve à quelque
particulier , on peut dire que le Pu
blic y
contribuë , par
, par la facilité que les
Curieux ont de communiquer ce qu'ils
ont de plus rare dans leurs cabinets .
Il y a près de 25. ans qu'il y eut deux
années de fuite une expofition de Tableaux
, & de quelques morceaux de
Sculpture , des Peintres & desculpteurs
vivans de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , dans la grande Gallerie dus
Louvre , qui attira un prodigieux concours
de fpectateurs , lefquels furent également
charmez & édifiez du merite de
l'Ecole de France , extrêmement fupe
rieure depuis long - temps aux Ecoles
d'Italie & de Flandres pour tous les
B
2. vok
F vj Arts
1400 MERCURE DE FRANCE:
Arts qui dépendent du deffein . Ceux qui
ne font que fimples amateurs , les veritables
curieux , les gens de la Profeffion ,
& tout le Public avec eux , feroient fort
redevables à ceux qui leur procureroient
plus fouvent un pareil fpectacle , auquel
les beaux Arts trouveroient auffi
infiniment leur compte. L'amour que
nous avons pour eux , & l'attention
continuelle que nous avons pour tout ce
qui peut contribuer à leur avancement
nous a jetté dans cette petite digreffion
en voulant parler des Tableaux qui ont
été expofez cette année à la Fête - Dieu ,
dans la lace Dauphine , le dernier jour de
l'Octave , car il n'y en eut point le Jeudi
de la Fête - Dieu , au grand mécontente
ment du Public ..
>
>
Ces Tableaux étoient en petite quantité
. Un grand morceau de 11. pieds de
large fur. 8. de haut, du fieur Oudri , attiroit
une infinité de fpectateurs. C'eft une
chaffe du loup , traitée de la maniere du
monde la plus vraye & la plus fenfible . L'animal
paroît affailli de nombre de chiens
auprès de quelques arbres groupez ; beau
fond de païlage , percé d'un côté , & plufieurs
plantes fur le devant. On voyoit
encore quelques autres Tableaux de Chevalet
, du même Auteur , d'un excellent
goût , & d'une compofition très -agréa
2. vol.
ble
;
JUIN 1725. 1401
ble ; entre autres , deux Tableaux de 6 .
pieds de haut , fur 4. Dans le premier
c'eft un fond d'Architecture avec un
grand vafe , une outarde , un chien , des
plantes , & c. Dans le deuxième que l'Auteur
a fait à Dieppe , ce font des poiffons ,
des oifeaux marins , & des perroquets
d'une espece extraordinaire .
Idem. Un chien en arreft fur une perdrix
rouge, de 5. pieds fur 4 .
Idem. Deux Tableaux de 4. pieds de
large fur 3. Dans l'un , un Butor culbuté
par un chien barbet , dans un marais . Dans
l'autre un canard attaché avec des becaffes
, des grenades , un vafe de porcelaine,
& fond de païlage .
Itcm. Deux de 3. pieds de large fur
deux & demi . Dans le premier, une hure
de fanglier , du felleri , un canard , &c.
Dans le deuxième un canard , des becaffes
, des oranges , &c.
Le même Peintre a fait trois Tableaux
de chaffe pour la falle des Gardes du Château
de Chantilly , d'environ 6. pieds en
carré. Ils reprefentent un Loup aux abois ,
au pied d'un arbre entouré de chiens . Un
Chevreuil lancé par les chiens , & un
Renard qui fe défend contre les chiens.
Idem. Pour un cabinet du même Château
, la Fable du loup & du corbeau , 4.
pieds en carré.
2. vol.
On
1402 MERCURE DE FRANCE.
On voyoit de M. de Troye , le fils ;
un très -beau Tableau de 6. pieds de large
fur 4. Renaud y paroît endormi fur
un lit de gazon dans un payfage. Armide
debout auprès de lui laille tomber le poignard
, en regardant tendrement un
amour qui vient de lui lancer une fléche.
Les deux côtez du Tableau font enrichis
d'un fleuve , & d'une Nayade. On voit
en l'air un char attelé de Dragons .
Trois portraits jufqu'aux genoux du
fieur Geuflin .
Un petit Tableau de paysage , Architecture
& figures , très-galant , du fieur
de la Joue .
On voyoit avec grand plaifir plufieurs
petits Tableaux du ſieur Bouchet , Eleve du
fieur Lemoine , peints d'un très - bon goût
de couleur , qui font efperer que ce jeune
homme pourra exceller dans fon Art.
Deux Tableaux d'Architecture du fieur
Lema re , qui ont été fort applaudis .
Plufieurs Tableaux d'animaux du fleur
Spode , peints avec grand foin .
Un portrait en pied du Comte de Saxe
, avec une armure , du fieur Natier.
Quantité de portraits , finis & non finis
du fieur Belle . Une partie de ces têtes
doit fervir à reprefenter la ceremonie
du Sacre du Roi ..
2. vol. Deux
JUIN 1725.
1403
Deux petits fujets de Coriolan, du fieur
Favanne.
Deux autres de l'Amour & de Pfiché ,
du fieur Maffe , &c.
Cette lifte ne paroîtra peut- être , ni
affez ample , ni affez riche à nos lecteurs,
vû le grand nombre d'habiles Maîtres
dont nôtre Académie de Peinture eft
compofée , qui l'emportent de beaucoup
fur les autres Ecoles , où il refte peu de
bons fujets ; mais on dédaigne d'expofer
aux injures de l'air des morceaux précieux
en tout genre , & même des fujets
profanes , qui , quoique traitez avec
modeftie excitent d'ordinaire le murmure.
des cenfeurs trop rigoureux.
Le 30. Juin l'Evêque , Duc de Lan--
gres , Pair de France , fut reçû à l'Académie
Françoife , à la place vacante par la
mort de l'Abbé de Roquette . Il fit un
Difcours fort éloquent , auquel M. de
Malezieux , Directeur , répondit au nom
de l'Académie.
Sa Majesté a honoré M. de Boullongne
de la Charge de fon premier Peintre
, qu'avoient exercée M. le Brun &
M. Mignard , & qui étoit vacante par
mort de M. Coypel.
las
20.Vol.
Feu
1404 MERCURE DE FRANCE.
Feu M. Gillot de l'Académie Royale
de Peinture &
Sculpture , fi connu par la
réputation que fes excellens ouvrages de
Peinture & de Gravûre lui ont acquis ,
ayant fait des nouveaux deffeins d'habillemens
de Theatre pour le Ballet des quatre
Elemens , que le Roi fit executer , &
où Sa Majesté danfa , au Palais des
Thuilleries , l'an 1721. Le fieur Joullain
, fon Eleve , vient de les graver
d'après les originaux de cet habile Maître
; il n'a épargné ni foins , ni dépense
pour réüffir dans l'expreffion des caracte
res , & pour en conferver toute la force
& le goût. Ces Eftampes font au nombre
de 72. toutes differentes entre elles . Four
en faciliter la diftribution , on les donnera
par douzaines à ceux qui n'en voudront
prendre qu'une feule à la fois : le prix de
l'ouvrage complet eft de fept livres dix
fols , ce qui ne fait que vingt-cinq fols la
douzaine ; on les vend avec Privilege du
Roi , à Paris , chez l'Auteur , rue Froid-
Manteau , vis - à -vis le Château- d'Eau ;
chez le fieur Duchange , Graveur du
Roi , rue S. Jacques ; chez le fieur Chereau
, auffi Graveur du Roi , même ruë ,
aux deux Filliers d'or ; chez le fieur Gautrot
, fur le Quai de la Megifferie , au
piffage de S. Germain de l'Auxerrois ; &
chez le fieur Volant , à la porte de l'Opera.
2. vol.
Оп
JUIN 1725. 1405
On travaille à Petersbourg par ordre
de la Czarine aux modeles de deux Statuës
Equeftres du feu Czar , qu'on doit
fondre en bronze , & qu'on doit placer
devant l'Amirauté de Petersbourg , &
dans la Place du Château du Cremelin de
Mofcou. Cette Princeffe fait auffi imprimer
en langue Ruffienne les Faftes de fon
époux , pour conferver dans fes Etats la
memoire des belles actions de ce grand
Prince ; & on affure qu'elle les fera tra
duire dans toutes les Langues de l'Europe
, & qu'on en diftribuera des exemplai
res aux Etrangers .
-
On mande de Rome que le 13. du
mois paflé le Chevalier Bernardin Perfetti
, Siennois , ayant fubi avec honneur
les 4 examens ordonnez par le Fape , fit
une récapitulation de tout ce qui lui avoit
été demandé , & la recita fur le champ
en vers , en prefence de fes douze Examinateurs
. L'après midi quelques-uns
des Arcadi allerent le prendre au College
de la Sapience où il demeure , & le
conduifirent en grand cortege au Capitole
pour la ceremonie de fon Couronnement.
Après un éloge en vers qui fut
prononcé par un de ces Académiciens , le
premier Senateur lui mit la Couronne
de Laurier fur la tête , en prefence de
2. vol.
douze
1406 MERCURE DE FRANCE.
>
douze Cardinaux , de la Princeffe Douairiere
de Florence , de l'Ambaffadeur de
la République de Venife , du Duc de
Gravina , de la principale Nobletle , &
de tous les fçavans de Rome. La ceremonie
fut fuivie d'une décharge de cent boëtes
; après quoi le Chevalier Perfetti alla
prendre féance dans l'Académie des Arcadi
, où l'on recita un Difcours d'Eloquence
, une Eglogue Latine , une Eglogue
Toscane, & trois Sonnets en fon hon
neur. Enfuite on lui propofa pour Piece
de reception , de celebrer le Capitole
Triomphant fous le gouvernement de Sa
Sainteté , ce qu'il executa fur le champ
avec un applaudiffement general , &
ayant chanté une Cantate fur le même fujet
, il fut reconduit au College de la Sapience
par les Députez du Senat , au fon
des Tambours & des Trompettes , & au
bruit des acclamations du peuple.
On mande de Londres que felon les
Obfervations du Docteur Jurin , Secretaire
de la Societé Royale , fur l'inſertion
de la petite verole dans l'année derniere ,
que cette operation ayant été faite à 40 .
perfonnes , il n'y en a eu que deux fur
lefquelles elle n'a point eu d'effet , &
une feule en eft morte ; mais fuivant le
rapport du Docteur Fuller donné à l'oc
2. vol
cafion
JUIN 1725. 1 407
cafion de cette mort , l'inoculation n'en a
nullement été la caufe. L'année qui avoit
précedé , on avoit fait cette operation à
443. perfonnes ; furquoi le Docteur Jurin
fuppole que cette grande difproportion at
procedé de ce que la petite verole , n'ayant
pas eu felon le cours de la nature , des
fuites auffi fatales l'année derniere que
dans celles de 1722. & 1723. les gens
n'en ont pas été fi fort effrayez , & non
pas que l'inoculation ait été décreditée ;
car de 481. qui ont reçû la petite verole
par l'infertion , il n'y en a que
dix qu'on
puiffe foupçonner en être morts , ce qui
ne fait qu'un fur 48. & que c'eſt le plus
que peuvent prétendre ceux qui s'oppofent
à cette pratique ; au lieu qu'on compte
qu'il en meurt ordinairement un de fix.
"
La Princeffe Loüife , la plus jeune des
filles du Prince de Galles , à laquelle on
fit l'infertion de la petite verole le 6. de
l'autre mois , eft parfaitement rétablie ,
ainsi que les enfans des Seigneurs à qui
on avoit fait la même operation . Comme
c'eft à prefent la faifon la plus favorable ,
on vient de la faire à Londres , au Lord
Guillaume Manners , frere du Duc de
Rutland , au fils du Comte Staremberg ,
Ambaffadeur de l'Empereur , & à plufieurs
autres .
2. vol.
Une
1408 MERCURE DE FRANCE.
Un autre fingularité qu'on mande de
Londres , c'eft que le 30. du mois dernier
, M. Price de Vaux - Hall , près de
Lambeth , fit au Roi un prefent de pêches
, d'abricots & de prunes aufli groffes
& auffi mûres qu'il peut y en avoir dans
la meilleure faifon de ces fruits.
Nous venons de recevoir la queftion
fuivante dans la Le tre d'une Dame , qui
n'a pas trouvé à propos de fe faire connoître
; nous priant de la propofer au pu
blic dans nôtre Journal.
Question.
En quoi confifte la fcience d'un Pilote ,
ben quoi confifte celle d'un Ingenieur ,
& lequel des deux merite la préference.
On demande auffi quelque éclairciffement
au fujet du noin d'Amand , que
plufieurs grands hommes ont porté , &
qu'on croit ne fe trouver dans aucun Martyrologe
, ni Calendrier ; on croit auffi
que ce nom ne fe trouve point dans l'Antiquité
Payenne. Quelle eft donc fon origine
? & c.
2. vel.
CHAN...
C
Gryjement.
Air
Chacun Suit les
JUIN
1409 1725 .
*******************
CHANSON.
Hacun fuit les plaifirs où fon penchant
l'entraîne.
Le Buveur court après le vin ,
Le Soldat après le butin ,
la gloire à fon tour charme le Capitaine.
Pour moi j'ai toûjours eſtimé ,
Qu'en amour le bonheur fuprême ,
Dépendoit de fe voir aimé
Auffi tendrement que l'on aime ;
ureux ! fi ma Philis pouvoit penfer de même
AUTRE
Enez admirer ma fcience ,
J'apprends à dormir fçavament ,
omme l'on dort à l'audience .
Ronflez
gravement ,
La tête levée ,
Ouvrez les yeux en dormant ,
Et baillez ' a bouche farmée.
2. vol.
L'air
1410 MERCURE DE FRANCE.
L'air & les paroles de cette derniere
Chanfon fent de feu M. du Frefni , qui
avoit un talentfingulier pour ces fortes de
morceaux badins :
******************
SPECTACLES.
E 17. Juin les Comediens François
donnerent la premiere reprefentation
d'une Comedie en un Acte , en vers,
intitulée le Babillard . Cette Piece fut
fort bien reçûë du Public , elle eſt de M.
de Boiffi , Auteur de l'Impatient , Comedie
en cinq Actes , qui lui a fait beaucoup
d'honneur . Cette derniere n'étant pas fufceptible
de beaucoup d'action , par rap
port au caractere qui confifte plus à parler
qu'à agir , & d'ailleurs étant renfermée
dans les bornes étroites d'un Acte.
L'Auteur s'eft attaché à y mettre beaucoup
de feu & de legereté , les Acteurs
ont fait le reſte , & entre autres le fieur
Quinault & la Dile du Frefne , fa foeur
s'y font furpaffez. En voici un Extrait
que nous tâcherons de rendre auffi circonftancié
qu'il nous fera poffible.
2. vol. Acteurs
JUIN 1725.
1411
Acteurs de la Comedie du Babillard.
Leandre . Le fieur Quinault.
Valere. Le fieur le Grand , fils .
Cephife. La Dlle du Chemin.
Clarice. La Dlle d'Angeville.
Daphné. La Dlle la Motte.
Hortenfe . La Dile la Batte.
Ifinene. La Dlle du Bocage.
Melite . La Dlle Jouvenot.
Doris. La Dlle de Seine.
Nerine. La Dlle du Frefne.
La Scene eft dans la maison de Clarice.
ARGUMENT.
Deux Officiers , dont l'un s'appelle
Leandre , & l'autre Valere , prétendent
à l'Hymen de Clarice. Le premier eft un
Babillard éternel , & l'autre agit beaucoup
plus qu'il ne parle. Le coeur de
Clarice panche du côté de ce dernier ,
mais elle dépend d'une Tante dont elle
attend une riche fucceffion , & par malheur
pour elle , cette Tante qu'on appelle
Cephife , eft prévenue en faveur de Leandre
, dont Ifmene fa plus chere amie lui
a fait un portrait tout des plus avantageux
; les deux Rivaux briguent le gouvernement
de Quimpercorentin , celui
2. vol.
qui
1412 MERCURE DE FRANCE.
qui l'obtiendra doit vrai femblablement
être préferé à fon Rival , pour l'Hymen
auquel ils afpirent également ; mais cela
ne fuffit pas encore pour déterminer la
Tante en faveur de Valere , qui eſt l'A-
¿ mant aimé ; il faut que Leandre par fon
babil, importun déplaife à la Tante , dont
la fortune de Clarice dépend , & c'est ce
qui arrive à la fin de la Piece ; Leandre
par fon babil indifcret , découvre à fon ,
Rival des routes feures pour obtenir le
gouvernement en queſtion : pour s'amufer
à babiller , il neglige d'aller parler à
un Abbé qui s'intereffe pour lui ; par cette
même fureur de babil il fompt en vifiere
à la Tante qu'on avoit prévenue en fa
faveurs tout confpire à lui faire perdre ,
& le gouvernement qu'il brigue , &
l'Hymen qu'il fouhaite , & il ne peut s'en
prendre qu'à lui - même : voilà toute l'action
que pouvoit comporter une petite
Piece d'un Acte , & un caractere de babillard
, qui comme nous venons de le
dire , doit plus confifter en paroles qu'en
actions .
L'Auteur a prévenu la critique qu'on
a voulu faire fur la maniere dont il a
traité le caractere de babillard ; voici com
ment il l'a expofé dès la premiere Scene .
C'eft Nerine qui parle à Clarice.
2. vol.
Sa
JUIN
1413 1725:
Sa langue est juſtement un claquet de Moulin ,
Qu'on ne peut arrêter fi-tôt qu'elle eft en train,
Qui babille , babille , & qui d'un flux rapide ,
Suit indifcretement la chaleur qui la guide ;
Deguerre, de combats , cent fois vous étourdit ,
Parle contre lui- même , & toûjours fe trahit ;
Dit le bien & le mal , fans voir la confequence,
Et de taire un fecret ignore la fcience .
7
Voilà le portrait que l'Auteur donne
de fon Babillard ; il ne s'eft pas flatté que
ce portrait fut du goût de tout le monde ,
ce feroit tenter l'impoffible ; mais du
moins il a rempli le précepte d'Horace ,
qui veut qu'un perfonnage foit tel dans
toute l'action , qu'il a été dans le commencement
, & d'ailleurs il a voulu qu'on
tirât ce fruit de fa Piece ; qu'il n'eft pas
poffible de parler beaucoup , & de bien
parler. Voici comme il le dit lui -même
par la bouche de Nerine .
Oui , j'ofe mettre en fait ,
Madame , qu'un Bavard eft toûjours indiſcret ,
Et vain. Tel eft l'efprit de nôtre Capitaine.
La troifiéme Scene de cette Piece a fait
beaucoup de plaifir ; elle eft entre le Babillard
& Nerine : voici comme le Ba
2. vol. G billar
1414 MERCURE DE FRANCE .
billard débute parlant à Nerine.
C'est toi ; bon jour , ma mie ,
Comment te portes - tu ? fort bien ; j'en fuis
ravi ,
Ta Maîtreffe de même , & moi fort bien auffi .
Elle m'avoit prié d'aller voir Ifabelle
De fa part ; mais morbleu , perfonne n'eſt chez
elle ;
Pas le moindre laquais ; j'ai trouvé tout forti ,
Et je fuis revenu , comme j'étois parti.
Hier, encore hier , je ceurus comme un Diable,
Secoüé , cahoté dans un fiacre execrable.
Au Fauxbourg Saint Marceau j'allai premierement
,
Des Gobelins enfuite au Fauxbourg S. Laurent,
Du Fauxbourg Saint Laurent , fans prefque
prendre haleine ,
Au Fauxbourg Saint Antoine , & tout près de
Vincenne ;
Du Fauxbourg Saint Antoine au Fauxbourg
Saint Denis ;
Du Fauxbourg Saint Denis dans le Marais , &
puis ,
En cinq heures de temps faifant toute la Ville ,
revins au Palais , & du Palais dans l'IQe ;
Dela je vins tomber au Fauxbourg S. Germain ;
2.val,
D #
JUIN 1725. 1415
Du Fauxbourg Saint Germain ....
Cette Tirade étant débitée par le Babillard
avec une extrême rapidité . Nerine
y répond avec la même volubilité de langue
, pour lui donner fon refte ; voici
comme elle lui parle :
J'ai couru ce matin ,
Et de mon pied leger , jufqu'au bout de la ruë,
De la rue au marché , puis je fuis revenuë ;
Il m'a fallu laver , frotter , ranger , plier ;
J'ai monté, deſcendu , de la cave au grenier ,
Du grenier à la cave , arpenté chaque étage ,
J'ai tourné , tracaffé , fini plus d'un ouvrage ,
Pour Madame & pour moi fait chauffer un
bouillon ,
J'ai plus de trente fois fait toute la maiſon ;
Pendant qu'unCavalier que Leandre on appelle,
A caufé , babillé , jafé tant auprès d'elle ,
Qu'elle en a la migraine , & que pour s'en
guerir ,
Tout à l'heure , Monfieur , elle vient de fortir.
Nerine fait voir à Leandre par ce coup
d'effai , que les femmes ne cedent point
aux hommes en fait de babil ; mais Leandre
prend bien fa revanche dans une autre
Scene , où il fait quitter la place à fix
1
2. vola
fem- Gij
1416 MERCURE DE FRANCE.
femmes à la fois ; auffi Nerine lui fait
elle compliment fur cette victoire , en
ces termes :
Ah ! Monfieur , quel exploit ! avoir ainfi défait,
Sçû vaincre , ſurpaſſer en babil , en câquet ,
Six femmes à la fois , & leur donner la fuite ;
Quelles femmes encor ! la braillarde Melite ,
L'éternelle Cephife , & la prude Doris ,
Caufeufes par état , s'il en eft dans Paris.
Après être forti vainqueur de cette affaire ?
Qui peut vous refufer le furnom de commere ?
Mais cette victoire coute cher au vainqueur.
Pendant qu'il s'amufoit à triompher
de la langue , fon Rival a pris fes
avantages par l'action ; il a emporté le
gouvernement , & Leandre l'apprend par
ce billet :
Comme on ne sçauroit vous parler ;
Monfieur, je prends le parti de vous écrire.
Vous venezd'echouer dans l'affaire en queftion
pour avoir trop parlé , & n'avoir pas
affez agi , & faute de vous être rendu
chez moi , quand je vous ai envoyé mon
laquais . Vous n'en fçauriez douter , puif
que Valere vient d'obtenir le gouvernement
, par l'entremife de la perfonne même
bez quije devois vous mener ce matin...
L'Abbé Brifard.
JUIN 1725. 1417
Ce que cette Lettre contient fait le
denouement
de la Piéce. Cephife Tante
de Clarice fe declare pour Valere , irritée
d'ailleurs
contre Leandre , qui lui a cent
fois coupé la parole , dans la fcene des
fix femmes dont nous avons parlé.
Les mêmes Comédiens ont receu depuis
peu une Tragedie de M. de Monfort
, intitulée, Sefoftris.Celle de Pigmalion
de M. de la Grange n'a pas encore
été preſentée .
Les Comediens Italiens donnerent le
16 pour la premiere fois une Comédie
. en deux Actes de l'ancien Théatre Italien
intitulée , les Mal- affortis , elle eft de
feu M. Dufrêni , & avoit été reprefentée
à l'Hôtel de Bourgogne dans fa nouveauté
en Mai 1693. elle eft ornée d'un
divertiffement compofé de chants & de
danfes.
Les mêmes Comediens ont joué le 25
Juin une petite piéce nouvelle en un Acte,
intitulée Momus exilé ou les Terreurs Paniques.
C'eft une Critique ou Parodie du
Ballet des Elemens qu'on joue actuellement
à l'Opera & qui n'a pas fait fortune.
Les mêmes Comediens promettent
l'Embarras des Richeffes , Piéce nouvelle
, dont nous parlerons en fon tems .
2. vol.
Giij NOU1418
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES DU TEMPS
RUSSIE .
N mande de Petersbourg que le
College de l'Amirauté a reçeu ordre
de faire équiper la Flotte avec toute la
diligence poffible ; elle fera compofée de
16 Vaiffeaux de guerre , & de 70. Galetes.
On doit embarquer 12000 hommes de
troupes ; on ignore la deftination de cet
armement.
La nouvelle de Conftantinople eft arrivée
que le Sultan avoit renouvellé avec
S. M. Cz . toutes les conventions faites
avec le feu Czar fon époux , & que Sa
Hautelle avoit en même temps fait in & -
nuer au Kan des Tartares de Crimée >
d'abandonner les deffeins qu'ils pourroient
avoir formez contre les Ruffiens , ne devant
compter fur aucun fecours de la Porte
, en cas d'invafion de leur part dans
fon pays.
On a receu avis que les deux Princes
de Valachie , fils du Hofpodar Cantimir ,
avoient été rétablis dans tous les biens
de leur pere .
Le 29 du mois dernier on publia à
2. vel.
PcJUIN
1725 . 1419
Petersbourg,au fon des trompettes & des
timbales , que la celebration du mariage de
la Princeffe Anne Petrowna avec S.
A. K. leDuc d'Holſtein , fe fera le premier
Juin .
11 paffa à Mofcou , fur la fin du mois
de Mai , des Deputez du General des
Cofaques de Dohno , qui vont affurer S.
M. Cz . de leur fidelité , & lui donner avis
que les Tartares de la Crimée fe difpofent
à faire des courfes fur les Terres
de cette Princeffe .
Le Gouverneur de Derbent a écrit que
les affaires de Perfe étoient toujours
dans le même état ; que l'Armée Othomane
s'aprochoit de plus en plus d'Erivan
, & qu'il attendoit les ordres de la
Czarine pour fe determiner fur la conduite
qu'il devoit tenir . Il ajoute qu'il
avoit apris que le jeune Roi de Perfe avoit
des inclinations fort portées à la cruauté ;
qu'il en avoit donné des marques , qui
l'avoient fait abandonner par plufieurs des
Principaux
de fa Cour.
Le 22 Mai , on publia à Petersbourg
la Sentence qui condamne l'Archevêque
de Novogorod , Abbé du Monaftere d'Alexandre
Neski , & ci - devant Confelleur
de L. M. Cz. à une prifon perpetuelle
dans le Monaftere de Corelle à l'embouchure
de la riviere de Dwina , près
2. τοί
Gilij d'Ar1420
MERCURE DE FRANCE .
d'Archangel . Il a été accufé & convain
cu de s'être oppofé à l'execution des ordres
du feu Czar pour la reforme du Clergé
de fes Etats ; d'avoir fait enlever les
ornemens des Statues de plufieurs Saints
& les Vafes facrez de plufieurs Eglifes
qu'il a fait fondre pour s'en faire faire de
la Vaiffelle ; d'avoir vendu à l'enchere
une Image de S. Nicolas qui étoit en veneration
depuis plufieurs fiécles dans le
Monaftere de ce Saint , fur le chemin
de Peterſbourg à Mofcou ; d'avoir employé
à fon ufage le revenu de plufieurs
Eglifes & Convents qui relevoient de fa
Jurifdiction ; & enfin d'avoir refuſé de
prier & de faire prier pour le repos de
l'Amme du feu Czar. Le 25. il fut conduit
au lieu de fon exil , fous une groffe efcorte
, avec défenfe de lui laiffer plumes ,
encre ni papier.
Le premier Juin , le Duc d'Holftein
fe rendit au Palais d'Eté de S. M. Cz . à
Petersbourg accompagné du Prince
Menzikoff , Grand-Maréchal , du Procureur
General Jagofinski en qualité de
fecond Maréchal , & de 1 6 Maîtres d'Hôtel
, précedez des Trompettes & des Timbales.
Il fut reçu à l'entrée du Palais par
les Officiers de S. M. Cz . & ayant été
conduit dans la grande falle par le Prince-
Menzikoff , il y complimenta la Czarine
2. vol.
qui
JUIN 1725 . 1421
,
qui le reçut fur fon Trône. Toute la
Cour marcha enfuite vers l'Eglife de la
Trinité , où la Benediction nuptiale fut
donnée aux deux nouveaux Epoux par
un Archevêque affifté de plufieurs Eccléfiaftiques
après quoi la Czarine , le
Duc d'Holſtein , la Ducheffe fon épouſe,
les Seigneurs & Dames de la Cour ayant
paflé la riviere de Neva , au bruit des fal
ves réïterées de l'Artillerie desRemparts,
de la Citadelle & de l'Amirauté , fe rendirent
dans le Jardin de S. M. Cz. où
l'on avoit fait conftruire une grande falle
pour le feftin. On avoit elevé deux eftrades
aux deux extrémités de cette falle
& on y avoit dreffé deux tables l'une
pour le Duc d'Holftein & l'autre pour
la Ducheffe fon Epoufe . Ce Prince fe
plaça à la premiere , ayant à fes côtés le
Comte Apraxin , Grand- Amiral , le
Comte de Golofskin , Grand- Chancelier ,
le General Comte de Bruce & le General
Buturlin : la Princeffe fe mit à la feconde
, avec la Ducheffe de Meckelbourg ,
la Princeffe de Menzikoff , l'Epoufe du
Comte de Golofskin , Grand - Chancelier
celle du General Buturlin , la Princeffe
Elifabeth & la Princeffe four du Czarowitz.
Les Seigneurs invitez fe placerent
à une table qui étoit à côté de celle du
Duc d'Holſtein , & les Dames de la Cour 2. vol.
Gv
422 MERCURE DE FRANCE.
à celle qui avoit été dreffée prés de la
table de la Princeffe . La Czarine n'affifta
pas
à ce feftin ; mais elle vint dans la
falle auffi-tôt qu'on eût levé les tables ,
& elle alla avec les deux nouveaux époux
fe promener dans la prairie qui eft au
bout du Jardin , cù le Regiment des Gardes
& deux autres Regimens de la Garnifon
étoient en bataille . On y abandonna
au Peuple deux boeufs rotis & plufieurs
tonneaux de vin , & vers les dix heures
du foir , le Duc & la Ducheffe d'Holftein
furent conduits au Palais de ce Prince
, où ils furent complimentez le lendemain
de la part de la Czarine & par tous
les Seigneurs & Dames de la Cour.
A l'occafion de cette ceremonie , S. M.
Cz . a donné l'Ordre de Ste Catherine
à la Ducheffe d'Holftein fa fille , celui de
S. André au General Buturlin & à M.
Baffevitz , Confeiller Privé , & celui
d'Alexandre Neefski, au Major General
Golowin , qui fut fait Lieutenant General
en même tems , & à plufieurs au
tres Officiers Generaux .
L
POLOGNE.
E Moulin à poudre de Zamoſch eft
fauté en l'air & a fait perir 9 ou 10
per.onnes.
Le 31 Mai , l'Evêque de Cu ! m por-
2.vol.
ta
JUIN
1423
1725.
ta pour la premiere
fois le S. Sacrement
en Proceffion
dans la Ville de Thorn , &
étant entré dans la nouvelle
Eglife des
Bernardins
, il y prêcha auffi pour la premiere
fois..
Le bruit court que la Republique de
Pologne confent de rétablir les affaires
de cette Ville fur l'ancien pied ; mais
qu'elle ne veut pas entendre parler des
autres Non-conformistes du Royaunre
non plus que de la recherche des pre
miers Auteurs de la Sentence qui a été
rendue contre les Proteftans de cette Ville.
On efpere que cette affaire fera accommodée
par la mediation du Roi d'Angleterre
, fur le refus que les Proteftans
ont fait de s'en raporter à l'Empereur.
On mande de Dantzick que le prix
des grains y eft confiderablement diminué
, fur ce qu'on prevoit que la recolte
fera très - abondante , & que d'ailleurs la
Viftule eft couverte de Bâtimens chargé
de blez .
L
ALLE MAGN E.
E bruit s'eft répandu à Vienne qu'il
y avoit eu depuis peu une Alliance
offenfive & défenfive , conclue entre la
Czarine & le Roy de Prufle .
On a receu avis par les Lettres du Duché
de Meckelbourg
le de ce
, que 3
2. vol .
mois G vj

1424 MERCURE DE FRANCE .
mois le feu ayant pris à une maifon de
Grabau , il s'étoit communiqué aux maifons
voifines par la violence du vent , &
qu'en moins de trois heures toute cette
Ville qui confiftoit en 300. maifons
avoit été réduite en cendres , avec l'Eglife
, l'Ecole & le Château , fans qu'on
ait pû rien fauver de l'Argenterie , Joyaux
ni meubles précieux , appartenans à la
Reine Douairiere de Pruffe , qui y faifoit
fa réfidence.
Les Lettres de Berlin portent que le
Roi de Pruffe a donné ordre à fes Generaux
de faire revenir fes troupes dans
leurs anciens quartiers.
On écrit de Conftantinople que le
Grand Vifir avoit prié M. Dierling
Miniftre de l'Empereur à la Porte d'écrire
à S. M. I. pour obtenir la revocation
du Decret Imperial qui interdit aux
Marchands Turcs l'entrée des Foires de
Hongrie & d'Autriche ; le Grand- Seigneur
promettant de fon côté de favorifer
le commerce de la Compagnie Orientale
de Trieſte dans les Echelles du Lewant.
On affure que le Roi de Pruffe a refolu
d'augmenter les troupes jufqu'à
90000. hommes.
On écrit de Vienne que leurs M, I.
allerent le 12 du mois dernier , avec
2 : vol.
ies
JUIN 1725. 1425
les
Archiducheffes , filles de l'Empereur
Leopold , à Gundramftorf tirer au blanc
pour le prix préſenté par le Prince Aartman
de Lichtenftein ."
Le 17 de ce mois le Comte de Konigſegg
, Grand Maître de la Maiſon de
l'Archiducheffe , Gouvernante des Pays-
Bas & Gouverneur de Tranfilvanie , fut
nommé Ambaffadeur de l'Empereur à
la Cour du Roi d'Eſpagne.
Le dernier Traité conclu avec S. M.
Cath . doit être renvoyé à Ratisbonne ,
pour y être figné par lesDéputez des Princes
de l'Empire .
Les Lettres de
Coppenhague portent
que la Flotte de Danemarck devoit être
compofée de 20 Vaiffeaux de Guerre , &
qu'elle feroit en état de mettre à la voile
le 16 de ce mois.
Le 9 Juin , il y eut un incendie dans
la ville d'Altembourg , Capitale du Duché
de ce noin , qui appartient au Duc
de Saxe Gotha. 17 maifons furent réduites
en cendres , ainfi que la belle Biblio
theque & les Archives de ce Prince.
ITALIE..
E dix -neuf Mai , veille de la Pentecôte
, le Pape en habits Pontificaux
après avoir celébré la Meffe , fe rendit
à la Chapelle des fonts de l'Eglife
2. vel.
de
1426 MERCURE DE FRANCE.
de S. Jean de Latran , & y baptifa par
immerfion dix Cathécumenes , la plupart
de race Juïve , ou Turcs de Nation . Le
21 après midi S S. adminiftra le Sacrement
de Confirmation à 304 perfonnes ,
de l'un & de l'autre fexe .
La Princeffe Douairiere de Florence ,
arriva de Rome à Florence le 25 du
mois dernier en très bonne fanté.
Le Chevalier Olivieri eft arrivé depuis
peu à Malte ; il a remis au Grand-
Maître de la Religion , le Chapeau &
l'Epée que le Pape a benis le jour de
Noël de l'année derniere. Nous donne-
Fons un article plus étendu de cette ceremonie.
Le 31 Mai , jour de la Fefte - Dieu
le Pape marchant à pied , porta le S.
Sacrement à la Proceffion de l'Eglife
de S. Pierre qui fe fit avec les ceremonies
accoutumées. Le jour de l'Octave ,
S. S. y affifta à pied , accompagnée des
Cardinaux & de toute la Prélature.
Le 4 de ce mois , M. André Cornaro ,
nouvel Ambaſſadeur de la République à
la Cour de l'Empereur , partit de Venife
pour fe rendre à Vienne.
Le même jour on tint à Rome devant
le Pape , la Congregation de l'Examen
des Evêques , dans laquelle furent interfogez
Don Dominique Berrati , nommé
2. vol,
à
JUIN 1725 . 1427

à l'Evêché de la Cerra dans le Royaume
de Naples , & le P. Victor - Marie
Mazacca , Dominicain , nommé à celui
de Citta Nova , fitué fur les Terres de
la Republique de Venife .
On mande de Florence que le moulin
à poudre de Marradie fauta en l'air au
commencement de ce mois , & que 4 ou
5 ouvriers y perirent.
ESPAGNE.
E 30 de l'autre mois le Roi & la Rei-
LEne revinrent à Madrid de Guadalaxara
avec l'Infante qui y étoit arrivée le 29
& L. M. fe rendirent au Palais de cette
Ville , par la ruë d'Alcala dont le devant
des maifons étoit tendu de tapifferies magnifiques.
L. M. Cath . affifterent le foir
au grand Concert de voix & d'inftruments
, qui fut fuivi d'un Feu d'Artifice
tiré dans la petite place du Palais . Il y
eut le même jour & les deux nuits fuivantes
des Feux & des Illuminations
dans toutes les rues de la Ville , fuivant
les ordres du Marquis del Vadillo , Corregidor
, & des quatre Regiffeurs Commillaires
Don Sebaftien Pacheco , Don
Jean Bilbao , Don Julien Moreno & Don
François Diago , qui la femaine precedente
avoient été deputez par la Ville , pour
complimenter le Roi , fur la conclufion
"L
1. vol.
de
1428 MERCURE DE FRANCE.
de la paix avec l'Empereur .
Les Marquis de Monteleon & de Bereti
-Landi , doivent fe rendre inceflamment
, le premier à la Cour du Grand
Duc de Tofcane , & l'autre à Venife
où il a été nommé Ambaffadeur depuis 3
ans.
On mande de Madrid que le Colonel
Stanhope , Miniftre d'Angleterre , reçut
fur la fin du mois dernier un Courier de
fa Cour, au fujet de la mediation de S. M.
Britannique entre la France & l'Eſpagne.
On a appris depuis peu que lesReligieux
de la Redemption des Captifs étoient
arrivez à Civita- Vechia avec 350 Efclaves
Chrêtiens , prefque tous Efpagnols ,
qu'ils avoient rachetez à Tunis , parmi
lefquels il y avoit un Prêtre , 20. enfans
& 18. femmes.
Par les dernieres Lettres de Madrid
on aprend qu'on y attendoit Don Joſeph
Brochado, Envoyé Extraordinaire du Roi
de Portugal , qu'on dit être chargé de
pleins pouvoirs pour traiter du double
mariage du Prince des Afturies , avec l'Infante
de Portugal & du Prince du Brezil
avec l'Infante d'Efpagne .
L
PORTUGA L.
Es Lettres du Brefil portent qu'il y
avoit eu un tremblement de terre
dans l'Ile d'Itaparica , fituée à cinq lieuës
2. vol.
de
JUIN 1725. 1420
de la Baye de tous les Saints , & que
c'étoit le fixiéme arrivé dans cette le
depuis qu'on en a fait la découverte ; qu'au
mois de Decembre dernier la riviere de
Cochoeira s'étoit élevée jufqu'à la hauteur
de 22. palmes , & que cette inondation
avoit caufé de grands defordres
mais qu'on efperoit d'en être dédommagé
par un produit plus confiderable des Mines
, fuivant l'experience qu'on en a eu
depuis plufieurs années , après de pareilles
inondations caufées par les chutes
d'eau .
L
GRANDE - BRETAGNE.
E Roi vient de rétablir l'ancien Or
>
dre des Chevaliers du Bain , dont on
croit que l'inftitution eft due à Henri de
Lancaſtre IV. du nom , Roi d'Angleterre .
Il s'eft declaré Souverain de cet Ordre
Royal , & S. M. y a affocié le Prince
Guillaume , fon petit fils , le Duc de
Montague en qualité de Grand- Maître ,
le Duc de Richmont , le Duc de Manchefter
, le Lord Burford , fils aîné du
Duc de S. Albans , le Comte de Leicefter
, le Comte d'Albermale , le Comte de
Lorraine , le Comte d'Halifax , le Comte
de Suffex , le Comte de Pomfret , le Lord
Naffau - Paulet , le Vicomte de Torrington
, le Lord Malpas , le Lord Glenor-
2. vol .
chy ,
1430 MERCURE DE FRANCE.
le
chy , le Lord Varre , le Lord Clinton ,
Lord Walpool , M. Spencer Compton
, le Lord Guillaume Stanhope , le
Lord Conyers Darcy , le Lord Sanderfon
, le Lord Paul Methuen , le Lord
Robert Walpool , le Chevalier Robert
Sutton , le Lord Charles Wills , le Chevalier
Jean Hobart , Baronet , M. Robert
Clifton , Chevalier , M. Michel
Newton , Chevalier , M. Guillaume
Young , Chevalier , M. Jean Thomas
Watfon Wentworth , Chevalier , M.
Guillaume Morgan , de Tregedar , M.
Thomas Coke de Norfolk , Chevalier ,
le Comte de Inchequen , & le Vicomte
de Tyrconnel, Ces nouveaux Chevaliers
ont reçû des mains du Roi les marques
d'honneur de cet Ordre , qui confifte en
un cordon rouge qui paffe pardeffus l'épaule
gauche en oppofition de celui de
l'Ordre de S. George ; mais leur inftallation
ne fe fera qu'au Chapitre qui fera
tenu après le retour de Sa Majefté , de
fes Etats d Allemagne.
-
Cependant l'Evêque de Rochefter a
été nommé Doyen de cet Ordre , M.
Gray Longueville , Roi d'Armes , &
M. Edouard Montague , Secretaire , M.
Edouard Yong , Greffier , M. Jean An- '
ftins , Genealogifte , & M. Edmond
Sawyer, Huifier .
2. val.
Une
JUIN 1715. 1437
Une Patente a paffé au Grand Sceau
pour ériger un College dans l'Ifle de Bermude
, pour la propagation de l'Evangile
parmi les Indiens , & autres Payens du
Continent de l'Amerique , dont le Doc
teur Berklay , Doyen de Londonderi en
Irlande , eft le Chef.
Le 8. de ce mois le Comte Thomas de
Macclesfield , fut conduit par l'Huiffier
de la Verge noire à la Tour de Londres,
où il doit demeurer prifonnier jufqu'à ce
qu'il ait payé l'amende de 30coo. 1. flterlings
, à laquelle il a été condamné envers
le Roi , qui doit être fupplié par
une addreffe de la Chambre des Communes
d'en faire don aux pauvres plaideurs
de la Cour de la Chancellerie. Il a été
rayé par ordre de S. M. de la Lifte des
Confeillers d'Etat.
Le 14. à dix heures du matin le Roi
partit de Londres pour aller s'embarquer
à Greenwich. Il defcendit avec la marée
jufqu'à Gravefend , où S. M. fut arrêtée
par le vent contraire. Elle n'en partit que
le lendemain à 5. heures du foir , mais
avec un vent favorable . Elle arriva fur
les côtes d'Hollande le 18. àà 3. heures
du matin , & continua fa route par la
Meufe , après avoir paffé de fon Yacht
dans celui que les Etats Generaux lui
avoient fait preparer
.
2. vel. Les
#432 MERCURE DE FRANCE.
Les Seigneurs que le Roi a nominez
pour gouverner fon Royaume pendant
fon abfence , font l'Archevêque de Cantorberi
, le Grand - Chancelier , le Duc de
Devonshire , Prefident du Confeil , le
Duc de Kingſton , Garde du Sceau privé ,
le Duc de Dorfet , Grand - Maître de la
Maifon de S. M. le Duc de Grafton
Grand - Chambellan ; le Duc d'Argile ,
Grand-Maître de l'Artillerie ; le Duc de
Bolton , Gouverneur de la Tour , le Duc
de Roxborough , Secretaire d'Etat pour
l'Ecoffe ; le Duc de Newcaſtle , Secretaire
d'Etat le Comte de Berkley , premier
Commiffaire de l'Amirauté ; le
Lord Carteret , Viceroi d'Irlande ; le
Comte de Godolphin , premier Gentilhomme
de la Chambre ; le Vicomte de
Townſend , Secretaire d'Etat ; le Vicomte
d'Harcourt & le Chevalier Robert
Walpole , Chancelier de l'Echiquier . Ces
Seigneurs ne s'affembleront qu'après
qu'ils auront reçû l'avis du débarquement
de S. M. fur les terres de Hollande.
;
Le Duc d'Argile a été fait Grand - Maître
de l'Artillerie à la place du Comte
de Cadogan .
On apprend par les Lettres de Bolfton
dans la nouvelle Angleterre , que le
29. Avril dernier deux Vaiffeaux de
Guerre Eſpagnols , l'un de 6o . & l'au
2. vol.
tre
JUIN 1525. 1433
tre de 70. pieces de canon & de feptà
huit cens hommes d'équipage chacun
avoient pris 4. Vaiffeaux Hollandois qui
faifoient traite de Marchandifes à l'Ifle.
de Curaffo ou Couracou , & qu'ils en
avoient coulé à fond un cinquiéme , dont
la charge étoit eftimée près de 150000.
livres fterlings.
Les Lettres d'Edimbourg portent qu'il
y a eu un incendie à Glafcow qui a confumé
30. à 40. maifons en moins de
deux heures.
PAYS - BAS .
E Vaiffeau de la nouvelle Compa
Lgnie de Commerce des Pays- Bas ,
qui fit naufrage à l'embouchure du Gange
au mois d'Aouft dernier , avoit à bord
4.00000. pieces de huit , dont on n'en a
pû fauver que 50000. l'équipage a été
fort maltraité par les habitans de la côte ,
& les Matelots qui ont pû leur échaper
fe font fauvez avec trois chaloupes , &
l'argent retiré du Vaiffeau , vers la côte
de Coromandel , où la Compagnie d'Oftende
a un Comptoir . Cette nouvelle a
fait tomber au pair les Actions de cette
Compagnie qui étoient montées à 116. ,
Les Jefuites de Bruxelles ont eu ordre
de leur Provincial à Vienne de préparer
des places pour quatre Peres , deux Freres
& un Vaet qui doivent arriver
2.vol.
avec
1434 MERCURE DE FRANCE.
avec l'Archiducheffe , Gouvernante des
Pays -Bas. Un de ces Peres eft le Confeffeur
de la Princeffe , & les trois autres fes
Prédicateurs en Langue Italienne , Eſpagnole
& Allemande.
Les Actions de la Compagnie Imperiale
font à deux pour cent de perte.
On écrit de la Haye que le Comte de
Guldenftein , cy -devant connu fous le
nom de M. Huguetan , eft de retour des
voyages qu'il a faits dans diverses Cours
d'Allemagne , & en dernier lieu dans
les terres du Comte de la Lippe. On
affure qu'il a offert à ce Comte 1600000.
florins de la Seigneurie d'Etmold , fituée
à deux lieues d'Utrecht , & que c'eſt
pour le Comte de Flemming Feldt - Maréchal
des Troupes du Roi de Pologne
qu'il veut faire l'acquifition de cette belle
Terre , que les Etats Generaux ſouhaitent
auffi d'acquerir . Le bruit court que
les Etats du quartier de Nimegue ont pareillement
deifein d'en traiter , parce
qu'elle eft contiguë au Comté de Culembourg
qu'ils acheterent , il y a quelques
années , d'un Prince de la Maifon
de Saxe.
2. vol. FRANJUIN
1725 . 1435
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E7. Juin 1725. jour de l'Octave de
la Fête- Dieu , les Prélats & Abbez
qui compofent l'Affemblée Generale du
Clergé de France , firent une Proceffion
folemnelle en cet ordre .
D'abord après la Banniere & la Croix,
marchoient deux à deux tous les Domeſtiques
de livrée des Prélats & Abbez , au
nombre d'environ deux cens , portant
chacun un flambeau de quatre livres .
Enfuite marchoit toute la Communauté
des Grands Auguftins , au nombre de
cent Religieux . Les Prêtres en Chappe ,
& les autres Religieux vêtus en Acolytes
avec chacun un cierge à la main.
Le S. Sacrement venoit enfuite , porté
par l'Archevêque de Touloufe , Prefident
de 1 Affemblée , ayant pour Affiftans
quatre Abbez du nombre des Députez ,
& fon Aumônier à côté, quatre autres
Abbez portoient le Dais .
Le S. Sacrement étoit fuivi immediatement
par les Prélats : fçavoir , fix Archevêques
, & vingt - cinq Evêques , en
2 , vol.
Camail
,
1436 MERCURE DE FRANCE.
Camail , en Rochet , & en habit violet ;
marchants deux à deux avec chacun fon
Aumônier en furplis à côté , & portans
un cierge. Les Abbez Députez , & les
autres Membres du Clergé marchoient
enfuite en manteau long , auffi deux à
deux , avec un cierge à la main .
La Proceffion qui étoit fortie par le
grand Portail de l'Eglife des Auguſtins ,
prit fur la droite le long du Quay , puis
tourna par la rue des Auguſtins , entra
dans la ruë Chriftine , puis dans la ruë
Dauphine , d'où en tournant fur le Quay
elle rentra dans l'Eglife par la mêine
porte .
Les Prélats & les Abbez occuperent
tout le Choeur , placez dans les ftales des
Religieux. On chanta l'Hymne du Saint
Sacrement , & après la Benediction donnée
par le même Prélat qui l'avoit porté
, ils fe retirerent tous , & la Meffe celebrée
le Prieur des Auguftins , fut
par
chantée par les Religieux .
·
Cette Proceffion , l'une des plus édifiantes
, & des plus majeſtueuſes de la
Chrétienté , ne fe voit pas fouvent , parce
que le Clergé de France ne s'affemble
ordinairement que tous les s . ans , &
que pour la faire il faut que l'Affemblée
fe tienne à Paris , & préciſement dans le
temps de l'Octave du S. Sacrement.
2. vol.
Durang
JUIN 1725.
1437
Durant toute cette Octave , les Prélats
& Abbez ont affifté tous les foirs au
Salut , & à la Benediction du S. Sacrement
dans la même Eglife , occupant les
mêmes places du Choeur , & la Benedictin
a toûjours été donnée par l'un des
Prélats.
LETTRE de M. G. A. A. C. D. R. à
M. l'Archevêque D.L. P. D. G. fur la
guerifon miraculeufe , operée le jour de
la Fête- Dieu , au Fauxbourg S. Antoine
, à Paris.
MONSEIGNEUR ,
Je reçûs à Versailles , avant que d'en
partir pour venir faire ici un petit féjour,
pendant celui du Roi à Chantilly , l'honneur
de la réponſe que vous avez eu
agréable de me faire.
Vôtre Grandeur a fans doute , Monfeigneur
, entendu parler du grand miracle
qu'il plût au Seigneur d'operer ici le jour
de fa Fête , à la Proceffion de Sainte Marguerite
, annexe de Saint Paul , dans le
Fauxbourg S. Antoine , & je fuis perfuadé
qu'elle verra avec plaifir le détail de
circonftances , dont j'ai pris ſoin de m'inftruire
à fond par moi-même , pour avoir
2. vol.
H celui
1438 MERCURE DE FRANCE.
celui de lui en rendre un compte plus
exact .
La femme du fieur de la Foffe , Ebenifte
de ce Fauxbourg , dans la ruë de
Charonne , à la premiere porte cochere
de la main droite , en y entrant par la
gauche , eft le fujet fur lequel le Seigneur
opera le Jeudi 31. Mai ce grand & furprenant
miracle.
Cette femme âgée de 45. ans , & qui
porte des marques de prédeftination dans
fa phifionomie , fur un vifage gracieux ,
avec de grands traits à la Romaine , avoit
eu depuis 17. à 18. ans jufques à une
couche qu'elle fit il y en a fept , d'un
garçon qui fe porte bien , des pertes de
fang confiderables , mais qui ceffoient par
intervales ; cet accouchement les rendit
continuelles , & elles l'avoient épuifée
de maniere que depuis 18. mois , moins
treize jours , jufques à celui de ce miracle
, elle avoit abfolument perdu l'uſage
des jambes , qui étoient demeurées froides
, & fans nourriture , & par confequent
fans force ni mouvement ; de forte
qu'elle n'en pouvoit faire
fur les geque
noux , & fur les mains , quand l'envie
lui prenoit de changer d'attitude , & de
quitter le fauteuil fur lequel , à la defcente
du lit , on la mettoit tous les jours depuis
ce long efpace de temps.
2. vel.
JUIN 1725. 1339
J.
Il faut , Monfeigneur , ajoûter que la
tête , & les yeux n'avoient pas été moins
affoiblis par cette perte continuelle de
tant de fang ; que fes yeux ne pouvoient
foutenir la lumiere en face , & que la
tête étoit demeurée panchée fur l'épaule ,
à ne la pouvoir relever , fans perdre à
l'inftant ce qui lui reftoit de vûë.
Tel étoit encore fon état , malgré tous
les efforts de la Medecine , le Jeudi matin
, que fon mari , avant que de s'en
aller à la Proceffion de fa Paroiffe , la mit
à l'ordinaire dans fon fauteüil. .
Après qu'il fut parti , une femme de
la Religion prétendue réfor née qui la
venoit voir de temps en temps pour.
la confoler fur fon état , monta dans fa
chambre ; & comme l'Ecriture lui eft
affez familiere , elle lui en ci a differens
paffages , en lui rappellant le ; cures miraculeufes
du Sauveur , qui pouvoit la
guerir , fi elle avoit de la foi , & s'il étoit
veritablement , comme le prétendoit fon
Eglife , dans le Myftere qu'elle adoroit ,
& qui alloit pafler devant la porte ; ce
qui donna lieu à d'autres voilins , qui
étoient montés chez elle en m ^me tems de
lui offrir de la defcendre à la ruë, ce qu'ils
firent , de fon agrément , à l'ntant , &
dans fon fauteuil , la coëffe baiff e fur les
yeux par une précaution neceffire con-
2. vol.
Hij tre
1440 MERCURE DE FRANCE.
tre l'éclat du grand jour.
Ainfi defcendue & placée contre la
muraille , elle attendoit , en priant Dieu ,
que le S. Sacrement approchât , dont ces
voifins reftez auprès d'elle , l'avertirent
quand ilfut à 25. ou 30. pas .
22 1
Alors cette femme animée par fa foi ,
& par une Sainte confiance dans le pouvoir
, & dans la mifericorde du Seigneur,
fe laiffa gliffer de fon fauteuil fur les genoux
, d'où ne pouvant s'y foutenir , elle
tomba fur les mains , fa tête même porta
à terre fuivant le rapport des témoins on
tendus , & devant l'Official , & devant
le Lieutenant General de Police , qui fe
font tranfportez fur le lieu pour en rendre
les faits certains derniere circonftance
( j'entends de la tête fur le pavé )
dont elle me dit hier , & à M. de Magny,
Medecin qui m'y avoit accompagné ,
qu'elle ne pouvoit pas aflurer la verité ,
ne s'en fouvenant point précilement , à
caufe du tranfport dont elle fe fentit agi
tée dans le mouvement , auquel le zele
qui l'animoit l'avoit déterminée.
·
En cet état , Monfeigneur , cette femme
fur les genoux & fur les mains s'avança
au devant du Seigneur , en lui criant :
Mon Dieu , qui êtes le même qui entrâts
triomphant dans Jerufalem , après tant de
cures miraculeufes , vous pouvez me guer
2. vol.
rirs
JUIN 1725. 144
1
remet
rir , fi vous le voulez ; mon Dieu ,
tez-moi mes peche , & je ferai guerie s
ce qu'elle repeta avec inftance en continuant
de s'avancer , malgré les efforts.
que l'on faifoit pour l'en empêcher , parce
qu'on la regardoit comme une infenfe
; & enfin , Monfeigneur , cette fémime
fe trouvant tranfportée d'une ardeur
nouvelle , & dans une agitation extraor
dinaire,fit l'effort de fe lever fur fes jambes
, mais en chancelant d'abord , comme
fi elle eut été prête à tomber , ce qui fit
qe ces mêmes voifins la foutinrent dans
ce premier moment ; anais tout à coup
fes
jainbes devinrent fermes , fes yeux foutintent
la lumiere du plus grand jour , &
elle füivit , la tête droite le S. Sacrement
à l'Eglife , où felon le rapport des
témoins elle entendit la grande . Meffe
toute entiere , debout , ou à genoux , fans
avoir befoin d'être ni - foutenue , ni affife
; elle refta même encore du temps à
l'Eglife , dans l'attente d'un Prêtre qui
pût celebrer à fon intention le Saint Sacrifice
du Seigneur , qui venoit d'operer
en elle de fi grandes chofes , ayant recouvré
dans le même inftant l'ufage de la
vue , & la liberté du mouvement , avec
une ceffation entiere de fa perte de fang.
Voilà , Monfeigneur , les principales
circonftances d'un miracle qui doit éga
2. vol.
II iij
lement
1442 MERCURE DE FRANCE.
lement fortifier les fideles dans leur crean-
& y ramener les Proteftans .
ce ,
Les Procès verbaux , & de l'Official ,
& du Lieutenant General de Police , &
les dépofitions uniformes de plufieurs témoins
, dont cette femme de la Religion
prétendue réformée , qui ſe fait inftruire
des veritez de la nôtre , eft du nombre ,
en pourront contenir un plus ample détail
, fur lequel je crus hier devoir menager
une femme épuifée par la neceffité
qu'elle s'eft faite de tenir depuis ce temslà
fa porte ouverte à tout le monde , l'on
y vient journellement en foule , & nous
reftâmes hier M. de Magny & moi un
bon miferere fur l'efcallier avant que de
pouvoir penetrer dans fa chambre.
Dans le grand nombre des perfonnes
qui ont été la voir , il y en a eu plufieurs
qui lui ont voulu donner de l'argent , &
même une fomme affez confiderable de
la part d'une grande Princeffe , mais inutilement
; elle a répondu que la Provi
dence ayant fourni à fes befoins dans l'état
le plus fâcheux de tant d'infirmitez
par le travail de fon mari , elle efperoit
qu'elle ne lui manqueroit pas , après l'avor
fi miraculeufement guerie.
fon
Je ne doute pas , Monfeigneur , qu'un
miracle de cette nature ne foit
Eminence M. le Cardinal de Noailles
pour
2. vol.
l'occafion
JUIN 1725. 1443.
l'occafion d'une Lettre Paftorale , & qu'il
ne détermine un jour d'actions de graces ,
dans une Proceffion du S. Sacrement , ou
du moins dans une Meffe folemnelle. Je
fuis , M. & c.
A Paris , ce 13. Juin 1725 .
LISTE des Perfonnes nommées pour
le voyage de Chantilly.
. La Ducheffe de Bourbon , la Princeffe
de Conti , Mademoiſelle de Clermont ,
Mademoiſelle de la Roche - fur -Yon .
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon
, les Comtes de Charolois & de
Clermont, le Prince de Conti , le Comte
de Toulouſe .
Les Maréchales d'Eftrées & d'Alegre ,
les Ducheffes de Bethune , de Tallard
d'Epernon . Les Marquifes du Bellay , de
Feuquieres, de la Vrilliere , de Riberac ,
de Rupelmonde , de Prye , d'Egmond ,
de Nefle , de S. Germain , de Bufques ,
Mademoiſelle de Villeneuve.
Dames nommées à la place de celles qui
iront au devant de la Reine.
Les Ducheffes de Duras & de Fitzjames .
Les Marquifes de Charoft & de Maillebois.
H ii
1444 MERCURE DE FRANCE.

Le Prince Charles , le Prince de Rohan
,le Prince de Talmon , le Prince d'Ifenghien
. L'Ancien Evêque de Frejus, le Marêchal
de Villars , le Maréchal d'Etrées .
Les Ducs de Mortemar , de la Rocheguyon
, de Chaulnes de Louvigni
de Charoft , Dantin , de Noailles , de
Gefvres , d'Epernon , de Retz , de Duras.
› ,
Les Marquis de Livri , de Beringhen ,
de Maillebois , de Courtenvaux , de Brufac
, de Canillac , d'Avejan , de Contade ,
de la Vrilliere , de Breteuil , de Neſle ,
de Pezé , de Nangis , de Laffay , de Verac
, de Beaune , de Goesbriant , de Gra-.
ve,d'Eudicour , de Matignon , de Prye ,
de Billy , de Chabanes , de Saillant , de
S. Germain , de Coignies pere , de Noailles
, de Gacé , de Coignies fils , de
Beauveau , de Teffé , d'Entragues
Montmorin .
de
Les Comtes de la Suze , de Maurepas
, de Merville , de Teffé , de la Marck ,
de Tonnerre , de Tavanes,de Grammont.
M. Dodun , M. de Montaran , les
Chevaliers de Biron & de Dampierre .
On n'a prétendu garder aucun ordre
dans l'arrangement de ces noms .
Le Mardi 8. Mai , M. Chauvelin Neveu
de M. le Préfident Chauvelin , &
fils de l'illuftre Avocat General de ce
a.vol. nom
JUIN 1725 . 1447
nom , qui mourut en 1715. fi generale-.
ment regretté , fut receu Avocat du Roi
au Châtelet , en la place de M. Chauvelin
de Beaufejour , fon Coufint, qui a
traité d'une Charge de Confeiller au Farlement
celui- ci eft fils de M. Chauvelin
, Confeiller d'Etat , & Intendant en
la Generalité d'Amiens & d'Artois .
Le même jour il fut rendu à l'audiance
de la Grand- Chambre du Parlement
un Arreft fur les Conclufions de M. l'Avocat
General Dagueffeau , qui déclara
abufif un mariage contracté à Cologne par
le fieur Petit-Jean d'Arvilliers , lors âgé
de zo ans , avec la veuve le Roi , âgée
de 30 ans ,fur les moyens de défaut de préfence
du propre Curé & de féduction
exercée par la veuve , quoique le mari
fut lui- même Apelant comme d'abus ,
de la célebration de fon mariage , & que
le mariage eut été fuivi de 9 années de
cohabitation & de la naiffance de deux enfans
, La Cour décréta même d'ajourne-,
ment perfonnel contre l'Intimée, comme
coupable de féduction , & contre l'Apellant
qui s'étoit marié fous la fauffe qualité
d'Officier de l'Electeur de Cologne.
- Par Arreft du même jour , rendu au
raport de M. de Vrevin en la Chambre
de la Tournelle , il a été ordonné qu'il
feroit informé par un Commiffaire de
2. vol. Hv la
1446 MERCURE DE FRANCE.
la Cour , des faits articulez contre le Lieutenant
General d'Etampes par le fieur
Moreau de Chanron fon accufateur , &
que cependant ce Juge feroit tiré des
cachots de la Conciergerie , où il étoit
depuis le 5. Octobre dernier , & auroit
la liberté de fe promener fur le Préau.
Le 9 du même mois , jour de la tranflation
de S. Nicolas , les Avocats & Procureurs
firent chanter à l'iffuë de l'audiance,
felon la coutume , dans la Grande - Salle
du Palais ,une Meffe folemnelle par la Mufique
de la Sainte Chapelle. Enfuite ils
fe rendirent en la Chambre de S. Louis ,
qui eft celle de la Grande Audience de
Tournelle , où le fieur Vaillant de Rualis
ancien Bâtonnier, prononça un Difcours
folide fur la nobleffe de la profeffion d'Avocat.
Après quoi le fieur Georges - le-
Roi fut élû nouveau Bâtonnier. Cet ufage
s'obferve tous les ans à pareil jour.
Le Lundi 14 du même mois , il fut rendu
un Arreſt important au raport de M.
Pallu en la Chambre de la Tournelle en
faveur du fieur Feyderbe de Modave qui
époufa en 1716. la demoiſelle de Launac,
fille de la dame Comteffe de Couferans.
Il avoit été condamné par Arreft de Contumace
du 13 Mars 1722. à un banniffemen:
perpetuel hors du Royaume , pour
s'être fabriqué un fauxExtraje - Baptiftaire ;:
2. vol.
fur
JUIN 1725.
1447
fur lequel la dame de Couferans & la demoifelle
de Launac , prétendoient avoir
confenti à ce mariage ; mais ce particu
lier s'étant depuis reprefenté , & fon procès
ayant été recommencé fuivant l'Or
donnance , il a été déchargé de la condamnation
prononcée contre lui , & les Parties
ont été mifes hors de Cour fur la
plainte rendue contre lui , fur le fondement
qu'il n'y avoit point de preuve que
ce fut lui qui eût fait & préfenté cet Extrait-
Baptiftaire , de la fauffeté duquel il
convenoit , & dont il avoit declaré ne
vouloir point fe fervir.
Cet Arreſt n'a pas empêché fes Parties
de continuer leurs pourfuites fur l'apel
comme d'abus , interjetté par la dame de
Couferans de la célebration du mariage
de fa fille , & für la Requête Civile prife
par la demoiſelle de Launac , contre l'Arreft
rendu en 1723. qui l'a déclarée nonrecevable
dans l'Apel comme d'abus par
elle interjetté de la même celebration de
fon mariage ; mais par un dernier Arrest
la mere qui avoit confenti au mariage ,
& qui avoit été même préfente à la célebration
, a été déclarée auffi non recevable
dans fon Apel , & la fille débou
tée de fes Lettres en forme de Requête
Civile. Cet Arreft , qui femble mettre
fin à toutes les conteftations qui ont fui-
2. vol.
H vj
vi
1448 MERCURE DE FRANC
vi la celebration de ce mariage J
a été
rendu en la Grande Audiance de la Tournelle
le Samedy 23. de ce mois fur les
Con lufions de M. l'Avocat General Talon
, qui a parlé pendant deux heures dans
cette affaire , avec autant d'éloquence
& de dignité, que d'ordre & de préciſion .
Par le même Arreft il a été ordonné que
l'Extrait Baptiftaire d'une fille née du
mariage du fieur de Modave , & de la
Demoiſelle de Launac feroit réformé , &
qu'il lui feroit donné la qualité de leur
fille legitime ; ce qui feroit infcrit avec
l'Arreft dans les Regiftres de la Paroiffe
où elle avoit été baptifée fous un nom
fuppofé en l'abfence du pere.
On a appris de Rome que le 11. Juin
le Pape avoit tenu un Confiftoire fecret
dans lequel il propofa l'Evêché Titulaire
de Saphet en Phenicie , pour l'Abbé de
la Roche - Aymont , Grand - Vicaire de
l'Evêque de Limoges . Le Cardinal Otthoboni
, Protecteur des affaires de France
, propofa l'Evêché de Rennes en Bretagne
, & l'Abbaye de Chaumes , Ordre
de S. Benoît , Diocéfe de Sens , pourl'Abbé
de Breteuil , & l'Abbaye de Combelongne
, Ordre de Prémontré , Diocé-1
fe de Couferans pour l'Abbé de Mor
taut. Il préconifa enfuite l'Abbé de Beringhen
pour l'Evêché du Puy - en - Ve-
!
2. vol.
lay,
JUIN 1725.
I 449 1
lay , l'Abbé Jolyot , Chapelain de la Chapelle
& Oratoire du Roi , pour l'Abbaye
de Bournet , Ordre de S. Benoît , Diocéfe
de Tarbes , & le Pere Leon Mauld
de la Buffiere , pour la Coadjutorerie de
l'Abbaye Reguliere de S. Waft d'Arras."
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Laurent
des Abats , Diocéfe d'Auxerre , va- ,
cante par la démiffion volontaire de l'Evêque
de Berite , à l'Abbé Chopin.
L'Abbaye de Boulieu en Foreft , Diocéfe
de Lyon , à la Dame de Chabannes.
Le Prieuré Regulier de Nôtre- Dame
de Royal - Pré , Diocéfe de Lizieux , à
l'Abbé de Pommainville , à la charge de
fe faire Religieux .
Le 21. de ce mois S. A. R. Madame
la Ducheffe d'Orleans , arriva au Palais
Royal , avec Madame la Ducheffe d'Orleans
, fa belle - fille , qui n'avoit pas encore
vû le Duc de Chartres , fon fils ,
depuis qu'il eft né .
On a preparé les appartemens du Châ
teau de Vincennes , pour y recevoir la
Reine Douairiere d'Espagne , veuve du
Roi Don Louis. On a tendu trois cham-.
bres en noir , & deux autres en petit gris
pour l'année de fon deüil .
La Ducheffe d'Orleans honora de fa
prefence le 26. de ce mois , une petite
Comedie , intitulée les Confins , qui fut
2. vol.
repre1450
MERCURE DE FRANCE .
reprefen ée par les petits Penfionnaires
du College des Jefuites. Nous avons promis
de donner un Extrait de cette Piece
qui eft très- ingenieufe
.
Le Roi a nommé M. le Duc d'Or
leans pour aller époufer en fon nom la
Princeffe Marie. Ce Prince fera partir à
la fin de Juillet une partie de fa Maiſon ,
& fe rendra quelques jours après en
pofte à Strasbourg , où fe fera la ceremonie.
Le 30. de ce mois M. le Duc d'Orleans
alla jufqu'à Arpajon , au - devant
de la Reine Douairiere d'Efpagne , fa
foeur , veuve du Roi Louis , qui arriva
le lendemain au foir au Château Royal
de Vincennes :
Auffi-tôt que le Roi eut été informê
de la réfolution que cette Princeffe avoit
prife de revenir en France pour y demeurer
, il donna ordre qu'on lui prepara
le Château de Vincennes , & il envoya
fur la frontiere d'Efpagne M. Defgranges
, Maître des Ceremonies , pour
y attendre la Reine , & lui faire rendre
dans toutes les Villes de fon paffage les
'honneurs dûs à fon rang.
La Reine étant arrivée le 29. de ce
mois à Etampes , elle y trouva , avec un
détachement de 50. Gardes du Corps
pour l'efcorter , le Prince Charles de

2. vol.
LorJUIN
1725. 1451
Lorraine , Grand - Ecuyer de France , que
le Roi avoit nommé pour aller la complimenter
, & qui lui offrit de la part de
S. M. les Carolles du Roi & les Officiers
de fa Maifon , par lefquels elle a
été traitée juſqu'à fon arrivée au Château
de Vincennes. La Reine y reçût un
fecond compliment de la part de S. M.
par le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi.
Mademoiſelle de Beaujolois qui a
accompagné la Reine , fa foeur , dans ſon
retour en France , arriva le même jour
au Palais Royal.
Cette Princeffe reçût le lendemain ,
& les jours fuivans la vifite des Princes
& Princeffes , des Seigneurs & des Dames
, qui avoient été auparavant à Vincennes
faluer la Reine d'Espagne.
Le 17. de ce mois l'Evêque de Tulles
prêta ferment de fidelité entre les mains
du Roi , dans la Chapelle du Château de
Chantilly.
& Le 31. du mois dernier Mademoiſelle
de Clermont , Princeffe du Sang , nommée
par le Roi Surintendante de la Maifon
de la Reine , prêta ferment entre les
mains de Sa Majesté .
Deux voleurs enleverent la nuit du
11. au 12. de ce mois , dans la Chapelle
de S. Antoine des Cordeliers de Brive ,
2 . vol. en
1452. MERCURE DE FRANCE .
en bas Limouſin , toute l'argenterie qui y
étoit , entre autres une Couronne de vermeil
, fix Lampes , plufieurs Cours , une
Jambe & un Benitier ; le tout d'argent ,
avec les armes des bienfaiteurs.
Le Duc de Bourbon a fait rétablir depuis
peu un très- beau jeu de Mail à Chantilly
, le Roi y joua pour la premiere fois
le 17. de ce mois.
Le même jour M. Idier , Prêtre Anglois
, Aumônier du Marquis de Broglio,
Amballadeur de France en Angleterre ,
arriva de Londres , & prefenta au Roi
plufieurs petits chiens Anglois propres
chaffer le Liévre & le Chevreuil.
à
Le 18. le 19. & le 20. le Roi courut
le Cerf. Ce dernier jour au retour de la
chaffe , S. M. trouva deux Gardes de la
Maréchauffée qui avoient pris un foldat
déferteur du Regiment Royal d'Infanterie.
Ce malheureux qui étoit affuré d'avoir
la tête caffée , implora la clemence
& la bonté du Roi qui lui accorda fa grace.
Quelques jours auparavant S. M.
avoit accordé la même grace à deux autres
foldats qui fe trouvoient dans un
cas pareil.
Le 21. le Roi chaffa le Chevreuil. Le
22. le Sanglier. Il y en eut neuf de tuez
& une Chevrette . Le 23. il y eut chaffe
du Cerf , on en prit deux. Le 24. le Roi
2. vol.
alla
JUIN 1725. 1453
alla fe promener à la Menagerie , après
avoir chaffé le Chevreuil . Le 25. & le
26. chaffe du Cerf & du Sanglier.
Le 24. les Archers des Pauvres furent
attaquez par des de livrée atgens
troupez ; un fecours d'Archers de la Porte
de Paris diffipa ces Laquais , & en
arrêta quelques- uns , M. d'Ombreval ,
Lieutenant General de Police , s'y tranfporta
pour remedier au defordre.
On écrit de Mendes dans le Gevaudan
, que le tonnerre étoit tombé dans
l'Eglife Cathedrale pendant la grande
Melle , & que le Celebrant avoit été
renverfé fans être bleffé ; mais que plufieurs
perfonnes avoient été tuées , &
quantité d'autres bleffées .
Le Roi a nommé le Duc d'Antin ;
Pair de France , & Chevalier de fes ordres
, & le Marquis de Beauveau , auffi Chevalier
des ordres de S. M. fes Ambaffadeurs
extraordinaires pour aller faire la
demande de la Princeffe Marie , fille du
Roi Staniflas. Ils doivent partir à la fin
de Juillet pour aller à Strasbourg s'acquitter
de cette commiffion.
On travaille avec beaucoup d'ardeur à
couper la montagne du côté de Juvifi ,
pour
rendre la route de Paris à Fontainebleau
plus aifée. On fait de très -grandes
reparations à cette Maiſon Royale , & on
2. vol.
com1454
MERCURE DE FRANCE.
commence d'en meubler les appartemens
des plus beaux meubles de la Couronne.
****
MORTS , MARIAGES , &c.
C
Laude Nicolas Defprez , Prêtre ,
Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , Curé de S. Landri , mourut à
Paris le 25. Mai , âgé de 62. ans .
Le 1. Juin Marie JofephBerthelot, Chevalier
, Seigneur de Verfigni , Confeiller
au Parlement , âgé de 45. ans.
Le 13. Claude Boivin , Définiteur &
Vicaire General de l'Ordre des Chanoines
Reguliers de Sainte Croix , âgé de
74 ans .
Le même jour Marie de Vauquelin ,
époufe de M. Claude-Jacques Poitevin ,
Chevalier , Seigneur de Villiers , Dinville
, & c. Confeiller au Parlement ,
âgée de 51. ans .
Le 14. Marie Jeanne le Tanneur ,
veuve de Theophile Bouzier , Chevalier
, Seigneur d'Etouilly , Confeiller du
Roi , Maître ordinaire en fa Chambre
des Comptes , âgée de 75. ans.
Le 17. Marie Claude Benoife , fille de
feu M. Charles de Benoife , Maître des
Requêtes , âgée d'environ 55. ans .
2. vol.
Le
JUIN 1725. 1455
Le 20. Louis - Auguste Scipion , fils de
Scipion , Louis -Jofeph de la Garde , Marquis
de Chambonas , Lieutenant de Roi
de la Province de Languedoc , & de
Claire Marie , née Princelle de Ligne , &
du S. Empire , âgé de 21. mois.
Etienne d'Aligre , Prefident à Mortier
, mourut le 15. de ce mois à Aix - la-
Chapelle , âgé de 65. ans. Il étoit petitfils
d'Etienne d'Aligre , Chancelier , Carde
des Sceaux de France , mort le 25 .
Octobre 1677. & arriere petit fils d'E-
. tienne d'Aligre , auffi Chancelier , Garde
des Sceaux de France , mort le 11. Decembre
1535. Le Roi avoit accordé au
mois d'Aouft dernier à M. d'Aligre , fon
fils aîné , la furvivance de fa Charge de
Prefident à Mortier . D'Aligre porte d'azur
à 5. faces , ou burelles d'or , furmontées
en chef de 3. foleils de même.
Le 18. Juin M. Alexandre Cadeau ,
Confeiller Clerc de la Grande - Chambre
du Parlement , Doyen des Confeillers
Clercs , mourut à Paris , âgé de 8 2. ans.
Le même jour mourut auffi Nicolas
Achilles de Montmorency Luxembourg ,
fils de Chriftian - Louis de Montmorency
, Prince de Tingry , Comte de Beaumont,
& c. Lieutenant General des Armées
du Roi , & de la Province de Flandres ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de
2. vol.
Valen1456
MERCURE DE FRANCE .
Valenciennes ; & de Dame Loüife Madelaine
de Harlai , âgé feulement de 2 2
mois.
Dame Gabrielle le Comte , veuve de
François de Creil , Chevalier , Capitai
ne au Regiment des Gardes Françoiſes ,
Brigadier des Armées du Roi , mourut à
Paris le 30 Juin âgée de 85 ans .
Le 20 de ce mois , le Marquis du
Châtelet , Meftre de Camp du Regiment
de Hainault , fils du Comte de Lefmont
Lieutenant General des Armées du Roy ,
epoufa Mademoiſelle de Breteuil , fille
du Baron de ce nom , cy - devant Introducteur
des Ambaffadeurs , & Coufin
Germain du Marquis de Breteuil , Secretaire
d'Etat , chez lequel s'eft fait le
-feftin de la nôce.
T
Le 5. Juin , Dame Anne Charlotte
de Cruffol , epoufe d'Armand Louis de
Richelieu , Comte d'Agenols , acce ucha
d'une fille qui fut d'abord ondoyée , & le
26 on fupplea les ceremonies du Baptême
dans l'Eglife de S. Sulpice ; elle fut
nommée Armande Charlotte par Louis
Armand de Bourbon Prince de Conti ,
Prince du Sang , & par Loüife Elifabeth
-de Bourbon Condé , Princelle de Conti
fon Epoufe.
Le 14. de ce mois , on baptifa dans
la Paroiffe de S. Severin , un Sauvage
2. vol.
de
JUIN 1725. 1457
de la Louifiane âgéd'environ 3 à 14.
ans cette ceremonie attira un grand concours
de peuple , & ce fut l'Evêque
d'Auxerre qui la fit . Ce Prélat l'accompagna
d'une exhortation très eloquente &
très- touchante . On dit enfuite une Meffe
baffe durant laquelle ont chanta le Te
Deum en actions de graces. Le Sauvages
fut nominé Marie Guillaume , & eûtpour
Parain M. Guillaume François Joly de
Fleury , Chevalier Confeiller du Roy
en tous fes Cenfeils & fon Procureur
General en fon Parlement , & pour Maraine
, dame Marie Elifabeth de Jarente
de Senas d'Orgeval , époufe de M. Jean
Louis Maret Ecuyer , Seigneur de Carnetin
, Lieutenant de Roi de la Baffe Alface
: ce Sauvage avoit été amené en France
par les foins de feu M. Maret qui
étoit attaché aux Princes de la Maifon
de Condé , dont il a eu la confiance pendant
quarante cinq ans , & envoyé par
le feu Roi Louis XIV: auprès des Princes
de la Maifon de Brunfvik , & qui l'avoit
fait venir dans le deffein de lui pro
curer le plus grand de tous les biens en
le donnant à Jefus Chrift ; mais la mort
l'ayant prevenu & ne lui ayant pas permis
de confommer pår lui-même cette
bonne oeuvre , M. Maret fon fils , qui
s'eft fait une loy d'executer religieufement
2. vol.
се
1458 MERCURE DE FRANCE.
ce qu'il a connu être des intentions de
M. fon pere , s'eft chargé d'achever ce
qu'il avoit commencé, en procurant le
Baptême à ce jeune fauvage , & il n'a
rien oublié de tout ce qui pouvoit don
ner de l'éclat à cette fainte ceremonie.
LETTRES PATENTES ,
ARRESTS , & c.
ETTRES PATENTES , pour l'établif
Lfement de cing places de Démonftrateurs
en Chirurgie , & défenfes aux Freres de la
Charité , & à toutes autres perfonnes d'exercer
cet Art. Données à Fontainebleau au mois
de Septembre 1724. Regiftrées en Parlement le
26. Mars 1725.
LETTRES PATENTES , qui ordonnent
la vente de la Futaye qui eft dans le Parc de
Limours. Données à Marly les Fevrier 1725
Registrées en Parlement le 16. Mars 1725 .
$
ARREST du 2. Mars 1724. portant nouveau
Reglement , pour empêcher l'entrée ,
l'ufage & le port des Etoffes des Indes , de la
Chine & du Levant , & qui fixe les récompenfes
accordées aux Employez des Fermes , fur
les faifies qui feront faites defdites Etoffes ,
&c. enjoint au Lieutenant General de Folice
de tenir la main à l'execution de l'Arreft , lequel
a été publié & affiché de nouveau , en
I. vol.
vertu
JUIN 1725. 1459
vertu de fon Ordonnance du
27.
Mars 1725 .
ARREST du 13. Mars. Qui permet aux
Traitans Generaux y dénommez , de payer
les Creanciers de leur Traité & Commis employez
au Recouvrement d'icelui , en mêmes
Effets que ceux qu'ils recevront de Sa Majefté ,
pour leur rembourſement de leurs avances.
· ARREST du même jour , portant reglement
pour les Toiles de Brione qui fe fabriquent
dans la Generalité d'Alençon .
ARREST du 24. Mars , qui proroge jufqu'au
premier Avril 1726. les défenfes de faire
fortir des Verres à vitres ni d'autre efpece
hors du Royaume.
ORDONNANCE du Roi du 27. Mars
1725. par laquelle Sa Majeſté ordonne que les
Matelots , & autres gens de Mer qui s'engageront
, tant dans les troupes de Terre que dans
celles de la Marine , fans declarer qu'ils font
enrôllez dans les Claffes , feront punis de la
peine des Galeres : veut cependant Sa Majefte,
qu'en faifant par eux cette declaration dans les
vingt-quatre hheeuurreess ddee lleeuurr engagement , ils ne
foient point affujettis à ladite peine des Galeres
, & c.
ARREST du même jour , qui fixe à trente
fols par Rame , compofée de vingt mains , &
chaque main de vingt- cinq feuilles , les Droits
d'entrées dans le Royaume fur les Papiers
gris d'Hollande , & tous autres papiers étrangers
de quelque qualité qu'ils foient.
ARREST du 8. May , qui déclare n'avoir 3. vol.
entendu
1460 MERCURE DE FRANCE .
4
entendu excepter de la création des Lettres de
Maîtrifes , faites par Edit du mois de Novembre
1722. les Marchands de Draps & Soyes
de quelque Ville que ce foit , même ceux de
la Ville de Nantes.
ARREST du même jour , qui permet aux
Communautez d'Arts & Métiers , d'acquerir
les Maîtrifes qui restent à vendre dans leurs
Corps , de celles créées par l'Edit du mois de
Novembre 1722. foit pour les réünir, ou pour
les revendre.
ARREST du 27. May , qui fixe les droits qui
doivent être perçus par les Officiers de l'Amirauté
de Nantes.
DECLARATION du Roy , qui proroge
pendant fix années au profit de l'Hôpital General
la levée de 2 fols fix deniers par jour fur
les Carroffes de louage. Donné à Versailles
le 29. May 1725. Enregistré au Parlement le
19. Juin,
ARREST du même jour , par lequel Sa Majefté,
fans avoir égard à l'Arreft du Parlement
de Paris du 16. Avril 1725. Permet à tous
Marchands de Campagne de venir acheter fur
le Carreau de la Halle aux Toiles , & condamne
les Jurées de la Communauté des Lingeres
a 1500. livres d'amende.
DECLARATION du Roy , pour la levée
du Cinquantiéme du Revenu des Biens pendant
douze années. Donné à Versailles le 5 .
Juin 172. Louis par la Grace de Dieu , &c.
Les dépenfes inévitables d'une longue fuite
de guerre , & les furhauffemens d'Epeces fui- 2. vol.
vis
JUIN 1725. 1461
C
de diminutions lentes & annoncées , avoient
tellement épuifé les finances lors de notre avenement
à la Couronne , qu'outre la multiplication
extrême des Rentes fur l'Hôtel de Ville
& desa utres Rentes créées fur tous nos differens
revenus , dont les payemens étoient arrierez
, il étoit dû des fommes confiderables à
toutes les parties de dépenfes , & les revenus
de l'Etat étoient confommez d'avance pour
plufieurs années par des affignations anticipées.
La réduction au denier vingt- cinq des parties
de Rentes qui fubfiftoient encore fur le pied
d'un denier plus fort , la réduction des autres
Effets Royaux , & leur remboursement en Biliets
de l'Etat , diminuerent l'objet du mal , mais
ne furent pas fuffifans pour le détruire Une
trop grande envie de foulager nos peuples
nous ayant empêché de prendre les mesures
neceffaires pour affurer des fonds pour le rembourfement
fucceffif des Billets de l'Etat &
des Rentes ; & les mêmes motifs nous ayant
pareillement déterminé à fupprimer le Dixiéme
, dans un temps où les revenus n'étoient
pas à beaucoup près fuffifans pour les dépenfes
annuelles , loin de pouvoir fournir à des
rembourfemens ; nous avons vû avec chagrin
augmenter la maffe des dettes, dans un temps de
paix où il eût été neceffaire de les rembourfer ;
& nous n'avons fourni aux dépenfes les plus
neceffaires , que par les fecours extraordinaires
des differens furhauffemens d'Efpeces , qui
nous ont produit depuis l'année 1716. jufqu'en
1720. un fecours extraordinaire de deux cens
trente- trois millions huit cens quatre - vingtdix
-fept mille livres ; mais un fecours fi confiderable
, quoiqu'également ruineux pour nos
finances & pour nos peuples. , n'a fervi avec
nos revenus ordinaires qu'à payer une partie 2. vol.
I des
1462
MERCURE DE FRANCE.
des dépenfes annuelles ; & loin de nous mettre
en état de diminuer le nombre de nos dettes
elles fe font encore augmentées par l'accumu
lation des parties de dépenfes qui font reltées
fans payement. La neceffité bien reconnue , &
le defir de liberer notre Etat , nous déterminerent
à faire l'établiffement des Billets de Banque
, dont la fabrication fut portée jufqu'à trois
milliards foixante dix millions neuf cens trente-
neuf mille quatre cens livres , à leur donner
cours dans les payemens , & à favorifer &
même autorifer diverfes operations qui répandirent
une infinité de papiers dans le commerce
pendant les années 1719. & 1720. Mais
Pévenement n'ayant pas répondu à notre atente
, la maffe des dettes fe trouva portée à un
excès qui ôtoit aux porteurs mêmes des Effets
Royaux , toute efperance de la poffibilité
du payement. Pour faire tomber fur les creanciers
les moins favorables le retranchement indifpenfable
d'une partie de ces effets , nous ordonnâmes
differens Arrefts de notre Confeil
le vifa & la liquidation defdits Effets ; mais
quoique cette operation nous ait procuré une
réduction confiderable , la neceffité de rendre
juftice aux legitimes creanciers nous ayant em
pêché de porter les retranchemens auffi loin
que les befoins de l'Etat auroient paru le defirer
, les Effets confervez aprés la reduction du
Vifa , fe font encore trouvez monter à plus de
dix- fept cens millions qui par les differens débouchez
qui leur ont été accordez , compofent
actuellement trente - un millions de Rentes perpetuelles
, & feize millions de Rentes viageres,
tant fur la Ville que fur les Tailles , en ce non
compris les interefts au denier cinquante de la
finance de differens Offices fupprimez , qui
font employez dans nos Etats en attendant le
par
2. vol.
rem
JUIN 1725. 1463
remboursement , & un nombre infini de diffe
rentes parties qui reftoient dûës des années an
terieures à 1720. & qui n'ont pû être acquit
tées qu'en interefts de pareille nature ; ce qui
monte encore à près d'un million par année ;
au moyen de quoi les Rentes annueles conftituées
depuis l'année 1720. montent à près de
quarante-huit millions , independamment des
anciennes Rentes viageres & Tontines créées
avant notre Avenement à là Couronne , qui
fubfiftent encore pour près de trois millions
cinq cens milles livres ; ce qui fait en total
plus de cinquante- un millions à prelever tous
les ans fur nos revenus , avant toutes les dépenfes
de l'Etat. Les benefices de la derniere
remarque des Efpeces commencée dans les derniers
mois de l'année 1720. & qui a continué
jufqu'à la fin du mois d'Aouft 1723. a fourni
pendant le cours de ces trois années un fecours
de cent dix-neuf millions fix cens trente cinq
mille livres , qui en fuppleant en partie au
manque de fonds, avoit empêché de fentir toute
l'étendue du mal ; & le défaut de payement
de plufieurs parties qui font restées arrierées
pendant le cours de ces trois années , ne caufoit
aucune plainte , & étoit même à peine
connu du public , parce que la
circulation occafionnée
par le furhauffement des Efpeces , &
la crainte des diminutions rendoient les parti
culiers moins attentifs à demander & à fuivre
le payement de ce qui leur étoit dû.L'année mil
fept cens vingt -trois s'étant écoulée avec ces
apparences trompeufes d'une opulence qui
n'exiftoit pas en effet , nous nous fommes trouvez
, commençant l'année mil fept cens vingtquatre
, reduits pour la premiere fois depuis
notre Avenement à la Couronne à fournir aux
dépenfes annuelles de l'Etat avec nos feuls re 2. vol
Izij
venus
1464 MERCURE DE FRANCE .
venus & fans fecours extraordinaires ; nous nous
fommes encore trouvez chargez au pardeffus
des dépenſes ordinaires de l'acquittement de ce
qui étoit arrieré des années precedentes , montant
à la fomme de plus de quarante millions, &
de la perte que devoit caufer dans nos Caiffes la
neceffité indifpenfable des diminutions , qui par
la réduction des Efpeces au pied où elles font
aujourd'huy , nous a fait une perte réelle de la
fomme de trente quatre millions huit cens vingthuit
mille huit cens dix - huit liv. mais nous l'avons
fupportée avec d'autant plus de plaifir ,
qu'il n'étoit pas poffible d'effacer totalement
des idées d'une richeffe fictive , de remettre les
affaires generales de notre Royaume & la fortune
des particuliers dans une fituation veritable
& certaine , & de procurer à nos Sujets
la diminution des denrées & marchandiſes ,
qu'en baillant le prix des Monnoyes & lui
donnant une fixation invariable. Notre attention
extrême à empêcher la diffipation des deniers
, à retrancher les dépenfes fuperfluës , &
à ménager même fur les plus neceffaires , nous
a fourni des reffources confiderables , fans
lefquelles nos dettes feroient encore plus fortes;
nous nous propofons même de trouver encore
de nouveaux fecours dans les diminutions de
dépenfes , aufquelles nous faifons travailler
actuellement. Mais comme ces reffources jointes
à l'augmentation que nous comptons trouver
dans l'amelioration de quelques-unes de
nos Fermes , ne nous fourniront que les moyens
fuffifans pour mettre une proportion entre notre
recette & notre dépenfe , enforte que les
payemens étant faits avec exactitude , il nous
refte encore de quoi fatisfaire , fans alterer le
courant , aux differentes dépenſes imprévûës
qui furviennent journellement , nous avons
· 2. vol.
cru
JUIN 1725. 1465
erû neceffaire de pourvoir par differens Edits ,
à des fecours extraordinaires , qui puffent fournir
tant aux excedens de dépenfe de la prefente
année , qu'aux parties arrierées des quatre
dernieres années , afin que ces dépenfes ayant
leur affignat particulier , les revenus de chaque
année fuflent entierement libres pour en acquitter
les charges . Et comme il n'eft pas pofible
de laiffer fubfifter comme charges perpe
tuelles de l'Etat ,un auffi grand nombre de Rentes
que celles qui exiftent aujourdhui , qui
nous fait en temps de Paix un objet de dépenſé
plus confiderable que n'en pourroit cauler la
plus forte guerre , & qu'il ne peut jamais y
avoir d'arrangement folide dans nos Finances ,
ni de confiance de la part des creanciers de l'Etat
, qu'autant que Nous ferons tous les ans
des rembourfemens confiderables fur les capitaux
nous avons refolu d'y pourvoir par
une impofition annuelle & generale fur tous
les Ordres de notre Etat , pendant le cours de
douze années , en établiffant un Cinquantiéme
à percevoir en nature fur tous les fruits de la
terre & generalement fur tous les revenus ,
dont le produit fera uniquement employé au
remboursement des Rentes perpetuelles fur la
Ville & fur les Tailles , & des interefts à deux
pour cent employez dans nos Etats : Lefdits
rembourfemens fe feront par preference à
ceux des créanciers de l'Etat qui auront fait la
plus forte remife fur leur capital , proportion
gardée de la valeur effective defdits Effets entre
eux, & en cas d'égalité de remife , fuivant la
datte des offres : Pour augmenter l'objet defdits
Rembourfemens , nous y joindrons tous les
ans les fommes qui feront demeurées libres par
l'extinction des Capitaux , dans les fonds que
nous faifons actuellement dans nos Etats pour
2. vol.
le
seI iij
1466 MERCURE DE FRANCE .
le payement de toutes natufes de Rentes perpe
tuelles & viageres,& interefts à deux pour cent,
lefquels continueront toûjours à cet effet d'être
employez fur le même pied , nonobftant la
diminution fucceffive des capitaux , par le Rem.
bourſement , des Rentes perpetuelles & l'extinction
des Rentes viageres. Par ces benefices
confiderables qui s'accroîtront tous les ans ,
aufquels nous joindrons l'excedent qui pourroit
fe trouver dans nos revenus ordinaires ,
nous efperons parvenir dans ledit efpace de
douze années, au rembourfement de la plus gran
de partie des dettes de nôtre Etat ; auquel tems
nous promettons que la levée du Cinquantiéme
ne pourra être prorogée fous quelque prétexte
que ce foit où puiffe être , & que ladite
impofition demeurera éteinte & fupprimée
pour toûjours : Et fi nous jugeons alors necef
faire de continuer le remboursement de ce qui
pourra refter des dettes de notre Etat , les feuls
fonds provenans des arrerages des Rentes perpetuelles
& viageres , éteintes pendant le cours
defdites douze années , feroient plus que fuffifans
pour achever en peu de temps la totalité
defdits rembourfemens . A ces Cauſes & autres
à ce nous mouvans , de l'avis de notre Confeil
& de notre certaine ſcience , pleine puiffance
& authorité Royale , nous avons par ces prefentes
fignées de notre main , dit , déclaré &
ordoné difons , déclarons & ordonnons , voulons
& nous plaît , qu'à commencer du premier
Aouft prochain il foit levé annuellement
à notre profit pendant le temps de douze années
, le Cinquantiéme du revenu de tous les
biens de notre Royaume , Pays , Terres , &
Seigneuries de notre obéiffance , appartenans
ou poffedez par nos Sujets ou autres de quelque
qualité ou condition qu'ils foient , dont
ང 2. 201
JUIN 1725 . 1467
le produit fera uniquement deftiné au rembour
fement des capitaux des Rentes fur l'Hôtel de
Ville & fur les Tailles , & des Quittances de
Finance portant intereft à deux pour cent , employées
dans les Etats de nos Finances .
ARTICLE PREMIER.
Ledit Cinquantiéme fera payé par tous les
Propriétaires , de tous Etats fans aucune excep
tion , Ecclefiaftiques ou Seculiers , nobles ou
Roturiers , Privilegiez & non Privilegiez , Appanagiftes
ou Engagiftes , fur le revenu de
tous leurs fonds , terres , prez , bois , vignes ;
étangs , moulins & autres biens portant revenu .
II.
Comme auffi fur le revenu des Maifons de
toutes les Villes & Fauxbourgs du Royaume ,
touées & non loüées , enfemble fur celles de
la campagne qui étant louées procurent un revenu
au Proprietaire .
III.
Et pareillement fur le revenu de toutes les
Charges & Emplois de quelque nature qu'ils
foient , & fur toutes natures de Rente , à l'exception
des Gages réduits au denier cinquante,
& de toutes les parties qui font fujettes à la re
tenue du Dixiéine ; comme auffi à l'exception
des Rentes perpetuelles & viageres fur l'Hôtel
de Ville de Paris & fur les Tailles , & des Quittances
de Finance portant interefts à deux pour
cent , employées dans nos Etats en attendant
le remboursement.
IV.
Seront auffi fujettes à la levée du Cinquantème
toutes les Rentes à Conftitution fur part
culiers , Rentes viageres , Doüaires & Penfions
créées & établies par Contracts , Jugemens
, Obligations & autres Actes portant inte.
ets , & ce au profit des débiteurs , attendu
+
2. vol.
le I iiij
1468 MERCURE DE FRANCE.
le payement dudit Cinquantiéme qu'ils payeront
fur leurs autres biens .
V.
La perception dudit Cinquantiéme fera faite
en nature de fruits , fur tout ce qui fera recueilli
dans les terres labourables , vignes , prez ,
bois , taillis & autres fonds d'heritages , à raifon
de la cinquantiéme partie defdits fruits &
recoltes ; à l'exception feulement des legumes ,
fruits des jardins potagers , & autres qui feront
recueillis dans les enclos des Châteaux & mai .
fons de campagne
.
V I.
Le Cinquantiéme du revenu des biens , ordonné
être levé par l'article premier de notre
prefente Déclaration fur tous les fonds , terres,
prez, bois , vignes , étangs , moulins & autres
biens portant revenu , fera payé conformément
à l'Article V. en nature de fruits ou en deniers
, entre les mains de ceux qui feront propofez
à cet effet ; & la perception en fera faite
par lefdits prépofez , par rapport aux fruits ,
dans le temps des recoltes & avant que lesdits
fruits ayent été enlevez : Et à l'égard de ce qui
fera perçû en deniers , le payement en fera fait
en deux termes égaux , dont le premier eſcherra
au premier Avril , & l'autre au premier Septembre
de chacune année , & ce par preference
à tous créanciers , Doüaires & autres dettes
privilegiées ou hypotequaires , de quelque nature
que ce foit , même à nos autres deniers ;
& les redevables, leurs fermiers , locataires ou
autres debiteurs , y feront contraints par les
voyes ordinaires & accoûtumées.
V I I.
Le Cinquantiéme du revenu des Maiſons ,
ordonné être levé par l'Article II. de notre
prefente Déclaration , fera payé entre les mains 24. vol.
de
JUIN 1725.
1469
de ceux qui feront à cet effet prepofez en vertu
des Rôles qui feront arrêtez en notre Confeil ,
fur les Declarations qui feront à cet effet fournies
par les Proprietaires defdites Maiſons , en
la forme qui leur fera preferite , fçavoir , pour
les Maifons de notre bonne Ville de Paris , entre
les mains du Prevôt des Marchands de ladite
Ville ; & pour celles des Provinces , en
celles des fieurs Intendans & Commiffaires départis
dans lefdites Provinces ; & faute
par les Proprietaires des Maifons , de fournir
leurs declarations dans le temps qui leur
fera preferit , voulons qu'ils foient tenus de
payer le double du Cinquantiéme du revenu de
leurfdites Maifons , & le quadruple en cas de
fauffe declaration .
VIII.
Et à l'égard du Cinquantiéme ordonné être
-levé par l'Article III. & IV. de notre prefente
Declaration , fur le revenu de toutes les Charges
& Emplois de quelque nature qu'ils foient
& fur toutes les Rentes & Intereſts , à la réſerve
de ceux qui font exceptez par l'Article III.
de notre prefente Declaration ; ordonnons que
le recouvrement en fera fait & retenu par les
Comptables chargez de payer ces dépenfes ,
- conformement aux Etats & Rolles que nous
ferons arrêter en notre Confeil.
IX.
Les fonds provenans de la perception dudit
Cinquantiême feront remis par les prépofez
audit recouvrement , au Comptable particulier
qui fera par nous établi à cet effet , pour faire
les Remboursemens de fix mois en fix mois def
dites Rentes , en la forme [expliquée cy - après.
X.
Pour éviter les preferences , & accelerer les
Rembourfemens , au foulagement de l'impof
2. vol.
F v tion
1470 MERCURE DE FRANCE.
1
tion faite fur lepeuple, voulons qu les porteurs
de titre de créances , qui requierront leur rem-
'bourfement , foient tenus d'en faire leur déclaration
dans le mois de Novembre & dans le
mois de May de chaque année , & de porter au
Bureau établi à cet effet , un Acte figné d'eux
& de deux Notaires , par lequel ils déclareront
la Rente dont ils demandent le rembourfement
le titre en vertu duquel elle leur appartient , &
la remife qu'ils confentent , de faire fur le capital
de ladite Rente en cas qu'elle leur foit
remboursée au terme indiqué. Tous lefdits Actes
feront enregistrez fuivant la datte de leur
remife audit Bureau ; dans un Journal qui fera
tenu à cet effet ; & ceux qui auront remis leurs
Actes audit Bureau , ne pourront les retirer
qu'après l'Etat de Remboursement arrêté , &
dans le cas feulement où ils n'auront point été
employez dans ledit Etat , fans quils puiffent
fe difpenfer de recevoir ledit Rembourfement
fur le pied par eux confenti , lorſqu'ils
auront efté employez dans ledit Etat.
X I.
Ledit Bureau fera fermé quinzaine avant l'ouverture
de chaque Remboursement ; & ceuk
qui n'auront pas porté leurs Actes avant ledit
delay , n'y feront plus reçûs que pour le Rembourfement
qui fera fait fix mois après.
XII.
Ceux qui auront confenti à plus forte remiſe
au proft de l'état , feront preferez pour le rembourfement
de leurs Rentes ; & en cas d'égalité
de remifes , la preference fera donnée à
celui qui fe fera fait enregistrer le premier. Les
Proprietaires des Rentes fur la Ville feront pareillement
preferez aux Proprietaires des Rentes
fur les Tailles & Quittances à deux pour
cent , ne pourront être prefereaux Proprietai
拿20 vol.
JUIN 1725. 1471
res des Rentes fur la Ville , que dans le cas où
la remife par eux confentie fera plus ou moins
forte d'un cinquiéme que celle confentie par les
Proprietaires de Rentes fur la Ville , à caufe de
la difference du denier.
XIII.
Il fera arrêté en notre Confeil dans les premiers
jours de Janvier & de Juillet de chaque
année , contenant les noms de ceux qui ont
confenti leur Remboursement , la fomme capitale
à laquelle montoit leur Cóntrat , & la
fomme à laquelle lefdits Capitaux font réduits
au moyen de la remife par eux confentie. On
employera dans cet Etat ceux dont la remiſe eft
la plus forte , fuivant les regles cy - deffus établies
, & jufqu'à concurrence des fommes qui
feront en Caiffe lors de la confection dudit
Etat. Ceux qui n'auront point efté employez
dans ledit Etat , pourront retirer leurs foumif
fions dans l'efpace de trois mois ; & ceux qui
ne les auront pas retirées dans ledit temps , feront
enregistrez fur le Journal du Rembourfement
fuivant , en leur confervant la datte du
jour qu'ils ont apporté la premiere fois leurs
foumiffions au Bureau ; fans qu'après ledit enregistrement
ils puiffent retirer leurs foumiffions
, que dans les cas & dans les delays cy
deffus expliquez.
XIV.
Il fera imprimé un Extrait de chaque Rolle
de Remboursement arrefté en notre Confeil ,
qui contiendra la fomme de chaque Contrat
dont le Remboursement eft ordonné , avec
énonciation fi c'eſt un Contrat fur la Ville ou
fur les Tailles , ou Quittances à deux pour
cent , la fomme ordonné pour le Rembourse
ment de chaque Contrat fur le pied de la réduction
confentie , & le numero de chaque dé
20 vol.
I vj claration
1472 MERCURE DE FRANCE.
claration , fans y employer le nom du Proprietaire.
X V.
Les particuliers compris dans l'Etat de Rembourfement
, fourniront leurs quittances de
Remboursement , en la forme ordinaire , au
Trefor Royal ; & le Trefor Royal , pour valeur
de ladite quittance de Rembourfem ent ,
fournira fa quittance de pareille fomme , au
profit du prépofé au recouvrement du Cinquantiéme
; & ledit prepofé faifant dépense du montant
en entier de cette quittance , fera tenu de
porter en Recette le montant de la reduction
confentie , fuivant les Etats qui auront efté arrêtez
en notre Confeil.
XVI.
Le Prepofé au Recouvrement ne pourra faire
aucun emploi des deniers en provenant , qu'en
Quittances du Trefor Royal dont la valeur fera
caufée pour rembourfemens de Contrats fur la
Ville , Contrats fur les Tailles & Quittances
au denier Cinquante : Deffendons à nos Chambres
des Comptes , de lui allouer d'autres dépenfes
dans fes Comptes.
XVII.
Les arrerages des Rentes perpetuelles fur
l'Hôtel de Ville & fur les Tailles , & de Quittances
à deux pour cent , qui cefferont de courir
au profit des Rentiers par le Rembourſement
des Capitaux , enſemble les arrerages des
Rentes viageres par nous créées fur l'Hotel de
Ville & fur les Tailles , celles créées par le feu
Roy , qui font encore fubfiftantes & qui s'éteindront
par le décès des Rentiers , continueront
d'être employez dans nos Etats fous le
hom de la Caiffe des Rembourfemens ; & les deniers
en provenans ferons remis tous les 6.mois
à ladite Caiffe , pour être pareillement em- 2. vol.
ployez
JUIN 1473 1725.
ployez à ce rembourgement des Rentes , en la
forme cy- deffus expliquée.
XVIII.
La prefente impofition ceffera au premier
Octobre 1737. fans que fous aucun pretexte
elle puiffe eftre continuée , en quelque eftat
que les Rembourfemens defdits Contrats &
Rentes fe trouvent alors ; auquel terme les
Rembourſemens ne feront continuez que fur le
produit des parties éteintes on remboursées ,
dont l'emploi continuera d'être fait dans nos
Etats , conformement à la difpofition de l'Article
precedent , jufqu'à l'extinction totale des
Capitaux des dettes . Si donnons , & c.
Lue & publiée , le Roy feant en fon Lit de
Justice, & registrée oui , & ce requerant le
Procureur General du Roy , pour eire executée
felon fa forme & teneur, &c. le 8. Juin 1725.
Signé, MIREY.
EDIT du Roy , portant confirmation des
operations du Vifa , & de la nullité des Effets
non vifez. Donné à Verfailles au mois de Juin
1725 Regiftré en Parlement le 8 le Roy féant.
en fon Lit de Juftice , par lequel il eft ordonné
ce qui fuit .
ARTICLE PREMIER .
Nous avons par nôtre prefent Edit annullé
, éteint & fupprimé , annullons , éteignons
& fupprimons les Contrats de Rentes perpetuelles
& viageres fur nos Aydes & Gabelles,
les Quittances de Finance pour Rente au Denier
Cinquante fur nos Tailles , les Billets
de Banque , Certificats de Comptes en Banque
, Recepiffez des Receveurs des Tailles
pour Rentes au Denier Cinquante Recepiffez
de notre Trefor Royal , Recepiffez des Directeurs
de nos Monnoyes , Contrats & Re 2. vol.
cepiffez
1474 MERCURE DE FRANCE .
cepiffez de Rentes viageres fur la Compagnie
des Indes , Actions & Dixiémes d'Actions
rentieres , Recepiffez des Directeurs des
Comptes en Banque converfibles en Actions
& Dixiémes d'Actions rentieres , Actions &
Dixiémes d'Actions intereffées de la Compagnie
des Indes ; Enfin tous les Effets dont
Nous avons ordonné la reprefentation & le
Vifa par l'Arreft de notre Confeil du 26. Janvier
1721 & autres Arrefts pofterieurs , &
qui nonobftant les délais par Nous accordez
n'ont pas elté reprefentez au Vifa Voulons
que les proprietaires ou porteurs defdits Effets
n'en puiffent jamais prétendre aucune
valeur.
I I.
Nous avons pareillement annullé , éteint &
fupprimé les Contrats de Rentes perpetuelles
& viageres fur nos Aydes & Gabelles , les
Quittances de Finance pour R entes au Denier
Cinquante fur nos Tailles , & les autres Effets
défignez par l'Article précedent , qui
après avoir efté vifez , n'ont pas efté rapportez
aux Caifles du Vifa , que Nous avons établies
par les Arrefts de notre Confeil du 4
Janvier 1722 pour faire l'expedition & la délivrance
des Liquidations arrêtées par les
Sieurs Commiflaires de notre Confeil , en vertu
des Arrests de notre Confeil du 23. Novembre
1721.
.
I I I.
Et pour affurer la nullité des Contrats de
Rentes perpetuelles & viageres fur nos Aydes
& Gabelles , & des Quittances de finance
pour Rentes fur nos Tailles , qui font le
cas des deux Articles precedens : Nous défendons
aux Payeurs des Rentes de l'Hôtel du
notre bonne Ville de Paris , & aux Recevol.
veurs
JUIN 1725. 1475
yeurs Generaux de nos finances , & Receveurs
des Tailles , & autres chargez du paye
ment defdites Rentes , de payer les arrerages
de celles que nous avons éteintes & fupprimées
par notre prefent Edit , à peine de radiation
dans leurs Comptes , des Parties
qu'ils auroient payez en contravention du prefent
Article.
I V.
Ordonnons aux Notaires du Châtelet de
notre bonne Ville de Paris , d'examiner parmi
les Minutes de Contrats de Rentes perpetuelles
& viageres fur nos Aydes & Gabelles
dont ils font dépofitaires , celles où les
mentions de Liquidation faites fur les Groffes
par les Sieurs Commiſſaires de notre Confeil
, en vertu des Arrefts de notredit Confeil
des 4. Janvier & 4. Aouft 1722 ne fe trouveront
pas tranferites , & d'en fournir dans quinze
jours des Etats fignez d'eux , & conformes
aux modelles qui leur feront envoyez de
notre part ; Et dans le cas où lef dites mentions
feroient tranfcrites fur toutes leurs minutes
, d'en remettre un Certificat au princi
pal Commis des Caiffes du Vifa , ou à l'un
de fes Prépofez , qui leur en délivrera fes reconnoiffances
: E faute par lefdits Notaires
d'y fatisfaire dans ledit temps , ils feront condamnez
à Cinq cens livres d'amende applica
ble à l'Hôpital general de Paris ; Et ceux qui
n'employeront pas dans leurs Etats toutes les
parties fujettes à y entrer , outre qu'ils fèront
tenus de payer ladite amende de Cinq cens
livres , ils feront encore obligez de fe défaire
de leurs Charges.
J.
Les Quittances de finance des parties de
Rentes qui feront contenuës , tant dans leſ- 2. vol.
dics
1476 MERCURE DE FRANCE .
dits Etats qui feront fournis par les Notaires,
que dans d'autres Etats qui feront dreffez par
notre ordre pour faire connoître fur quelles
parties de Rentes perpetuelles & viageres fur
nos Aydes & Gabelles , & de Rentes fur nos
Tailles , tombe la nullité prononcée par notre
prefent Edit , feront biffées fur les Regiftres
des Gardes de notre Trefor Royal , & déchargées
fur ceux du Controlle general de nos
Finances , comme éteintes & fupprimées faute
d'avoir efté vifées , ou de n'avoir pas efté reprefentées
aux Commiffaires de notre Confeil
pour y faire les mentions de Liquidation par
Nous ordonnées .
V. I.
Nous avons de la même authorité que deffus
, annullé , éteint & fupprimé , annullons ,
éteignons & fupprimons les Certificats de Liquidation
, tant des Sommes que d'Actions ,
lefquels après avoir efté expediez par les Procureurs
du principal Commis des Caiffes da
Vifa , confrontez avec les feuilles de Liquidation
par les Sieurs Commiffaires de notre
Confeil , vifez par eux , & délivrez au public
, n'ont pas efté rapportez : Sçavoir ceux
de Sommes ; dans les débouchemens que Nous
avons indiquez par nos divers Edits , & par
divers Arrefts de notre Confeil ; Et ceux d'Actions
, au Bureau de la Compagnie des Indes
pour eftre convertis en nouvelles Actions fabriquées
en vertu de l'Arreft de notre Confeil
du 22. Mars 1723. Et les proprietaires ou
porteurs defdits Certificats de Liquidation ,
foit de Sommes , foit d'Actions , n'en pourront
dans la fuite prétendre aucune valeur , fous
quelque pretexte que ce foit ou puiffe eftre.
VI I.
Tous dépofitaires , foit publics , foit parti
1. vol.
culiers ,
JUIN 1725. 1477
culiers , des Effets , annullez par les Articles
I. II . & VI. de notre prefent Edit , feront tenus
d'en payer la valeur entiere à ceux à qui
les Effets appartiennent , conformément aux
Arrefts de notre Confeil des 26. Janvier 1721 .
14. Septembre 1722. 28. Juillet 1723. & autres
, pour n'avoir pas obéi aux Arrefts de
notre Confeil qui les ont affujettis à faire vifer
lefdits Effets , à retirer les Liquidations qui
en ont efté faites , & à faire ufage de ces Liquidations
dans les délais que Nous avons
prefcrits & prorogez plufieurs fois .
VIII.
Les Receveurs des Confignations , Come
miffaires aux Saifies réelles , Greffiers , Notaires
, Huiffiers , Sergens & autres dépofitaires
publics , & les Executeurs Teftamentaires
, Sequeftres & autres dépofitaires particuliers
, les Tuteurs , Curateurs & Adminif
trateurs , lefquels ont prefenté au Vifa des Effets
depofez en leurs mains , ou provenans
des dépôts qui leur ont efté faits ; comme ,
auffi les maris pour ce qui concerne la dot
de leurs femmes ; feronr bien & dûement déchargez
des reductions faites par les Cominiflaires
de notre Confeil fur lefdits Effets ,
en juftifiant defdites reductions , au moyen
des Extraits des feuilles de Liquidation , vifez
par un Commiffaire de notre Confeil que
Nous avons fait délivrer en pareil cas dans
les Bureaux des Caiffes du Vifa , & qu'ils ont
dû retirer en execution de l'Article IV. de
l'Arreft de notre Confeil du 14. Septembre
1722.
I X.
Les dépofitaires des Billets de Banque, à l'exception
de ceux dépofez par authorité de Jufti
e , qui prétendent avoir convertis en Actions
2. vol.
Rep
1478 MERCURE DE FRANCE.
Rentieres de la Compagnie des Indes lefdits
Billets de Banque , ainfi qu'ils en ont eſté tenus
par l'Arrelt de notre Confeil du 8. Novembre
1720. en feront crûs fur leur ferment,
s'il n'y a pas de preuves contraires . & feront
déchargez des reductions faites par les
Commiffaires de nôtre Confeil fur lefdites
Actions Rentieres , en juftifiant de ces reductions
par des Extraits des feuilles de Liquidation
, comme il ett porté par P'Article précedent
: Enjoignons à nos Cours & Juges , de
fe conformer au prefent Article & aux Articles
VII. & VIII. de notre prefent Edit , dans
le Jugement des procès qui pourront eftre
portez devant eux fur pareille matiere .
f X.
Ordonnons que toutes les Feüilles & Certificats
de Liquidation , Papiers & Regiftres
qui ont fervi aux operations des Caifles du
Vifa , feront inceffamment brûlez en prefence
des Commiffaires de notre Confeil que Nous
députerons à cet effet ; lefquels en drefferont
un procès verbal dans la forme qui fera par
Nous ordonnée , afin que pour la tranquillité
publique il n'exifte rien de tout ce qui a fervi
aux operations du Vifa , tous les autres
Papiers & Regiftres ayant efté ci devant bru
lez, en execution de l'Arreſt de notre Conſeil
du 21. Septembre 1722.
X I
Voulons néanmoins que lefdits Sieurs Com
miffaires , avant que de proceder au brûlement
defdits Hapiers , faffent les verifications &
comparaifons qui feront par Nous ordonnées
fur les feuilles de Liquidation , Inventaires &
Regiftres des Caiffes du Vifa , tant par rapport
aux Certificats de Liquidation de Sommes
& d'Actions qui ont elté délivrez au pu 2. vol.
blic
JUIN 1725 . 1479
par
blic , & enfuite retirez par la Compagnie des
: Indes , & remis elle aufdites Caifles , que
par rapport aux autres operations deſdites
Caifles , & aux Effets vifez que Nous avons
fait remettre par nos ordres particuliers aux
Caiffiers & Prepofez de ladite Compagnie,
des Indes , à mesure qu'ils ont efté represen
tez & rapportez aufdites Caiffes ; deſquelles
verifications il fera fait mention dans le procès
verbal de brûlement que drefferont lefdits
Sieurs Commiffaires de notre Confeil .
X I I.
Voulons auffi que lefdits Sieurs Commiffaites
arrêtent un Etat des Certificats de Liquidation
, tant de Sommes que d'Actions , qui
n'ont pas efté rapportez dans les termes prefcrits
, & que Nous avons annullez , éteints
& fupprimez par l'Article VI. de notre prefent
Edit : Et en vertu dudit Etat , dont il fera
pareillement fait mention dans le procès ver-
Bal defdits Sieurs Commifiaires , la valeur
des fommes contenuës aufdits Certificats de
Liquidation fera portée en notre Trefor Royal,
en affignations du refte de celles que la Compagnie
des Indes a deſtinées pour l'acquittement
de la totalité des Certificars de liquidation
de Sommes ; Et quant aux Certificats
d'Actions , Nous avons fait & faifons don
& remife à ladite Compagnie , des Actions
portées par iceux , conformément à l'Arrest
de notre Confeil du 22. May 1723 .
X II I.
Ordonnons pour conftater invariablement la
totalité des Rentes conformément aux liquidations
, que lesdits Sieurs Commiffaires referveront
feulement de tous les Papiers des
Caffes du Vifa , & ne feront point brûler les
Certificats que les Notaires ont fournis auf-
2. vol.
dites
1480 MERCURE DE FRANCE :
dites Caiffes en execution des Arreſts de no
tre Confeil des 4. Janvier & 4. Aouſt 1722 .
lefdits Certificats portant que les mentions
faites par les Commiffaires de notre Confeil
fur les Groffes des Contrats de Rentes perpe-.
tuelles ou viageres fur nos Aydes & Gabelles,
pour en fixer le capital & les arrerages , ont
efté par lefdits Notaires tranfcrits fur les Minutes
; Et que dans le cas de reduction defdits
Contrats , les proprietaires y ont confenti au
pied des Minutes & des Groffes, comme auffi ,
que dans le cas de reduction des quittances de
finance au Denier cinquante fur nos Tailles ,
les proprietaires y ont donné leur confentement
au dos defdites quittances de finance.
XI V.
Les Certificats des Notaires feront remis
par lefdits Sieurs Commiffaires à ceux qui font
chargez de dreffer les Etats de diftribution
pour le paye nent defdites Rentes , afin de n'y
employer que les parties jultifiées par lefdits
Certificats ; fauf à rétablir dans la fuite le
payement des autres parties , à mefure que les
Certificats que les Notaires ou la Partie ont
negligez de fournir , feront rapportez : Vous
lons auffi qu'il foit formé des Etats de ce qu'il
en manque , lefquels feront vifez par lefdits
fieurs Commiffaires , après la verification qu'ils
en auront faite , & par eux remis à ceux qui
font chargez de la confection des Etats de diftribution
pour le payement defdites Rentes ,
de quoi leflits fieurs Commiffaires feront pareillement
mention dans leur procès verbal.
XV.
SP
Après que lesdits fieurs Commiffaires auront
fait dans la forme que nous prefcrirons .
verification des Caiffes du Vifa , & excut
qui les concerne dans les Articles XII , XII
re
2. vol.
JUIN 1725. 1481
XIV. de uôtre prefent Edit ; ils feront brûler
en leur prefence les Feuilles & Certificats de
liquidation , Regiftres & Papiers qui ont fervi
aux operations des Caiffes du Viſa , à la réſerve
des Certificats des Notaires concernant les
Rentes fur nos Aydes & Gabelles & fur nos
Tailles , dont il fera fait l'ufage marqué dans
l'article précedent , & du tout il fera par eux
dreffé un procès verbal dont ils remettront une
expedition au principal Commis des Caiffes
du Vifa. Ordonnons qu'au moyen de ce Procès
verbal , ledit principal Commis des Caiſſes
du Vifa & fes Procureurs , feront pleinement
déchargez de leur geftion pour le fait defdites
Caiffes , fans que fous aucun prétexte ils puiffent
être obligez de rendre aucun compte , foit
à nôtre Confeil , foit à nôtre Chambre des
Comptes ou ailleurs , dont nous les avons difpenfez
& difpenfons formellement par notre
prefent Edit , comme n'ayant point touché de
valeur , & n'en ayant délivré que fous l'auto "
rité des Commiffaires de nôtre Confeil , lefquels
y ont mis leurs fignatures , & n'ayant
geré que fous les ordres defdits Commiffaires
pour faire les compenfations neceffaires , &
par nous ordonnées entre nos Sujets & la
Compagnie des Indes , afin de parvenir à l'arrangement
des dettes de l'Etat , & à conftater
la fortune des particuliers .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 19 .
Juin 1725. qui annulle celui du 30. Aouft
1723. dont il a été parlé dans le Mercure de
Decembre 1723. Par celui- ci S. M. faifant
droit fur la Requête prefentée à fon Confeil
par Camille d'Albon , Prince d'Yvetot , a
maintenu & gardé le Seigneur & les habitans
dla Principauté d'Yvetot , dans tous les pri-
1
a. vol.
vileges
1482 MERCURE DE FRANCE.
vileges & exemptions dont ils ont bien &
dûement joui jufqu'à prefent , & ordonne
que les Commis établis dans Yvetot par ledit
Arreft 1723. feront retirez , fauf au Fermier
de les établir hors de ladite Principauté.
J
APPROBATION.
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de juin 2. volume , & j'ay crû qu'on pouvoit
en permettre l'impreffion. A Paris , le 18. Juillet
1725.
HARDION.
TABLE
Du 2. Volume de Juin .
Ple
Ieces Fugitives , Eglogue.
ges , & c.
Réponse à la Critique de M. de Chancier-
Narciffe , Cantate.
1271
1277
1283
Lettre fur l'étimologie du Puy & Palinod.
1287
1288
Diſſertation ſur les limites de la France Ger-
Portrait de l'Amour.
manique , & c. 1290
Obfervations fur les noms C Hilderic. C. Lovis
, & c.
Epître de M. Vergier au Duc de Noailles ,
1296
1
Lettre fur les premieres veritez du P. Buffier
Poëfie de Catulle , Traduction , & c.
1303
1305
Differtation fur l'Hiftoire des Rois du Bofphore
Cimmerien , &c.
1306
Réflexions critiques fur les Hiftoriens Grecs ,
par l'Abbé Sallier.
Vers à Mad. ***
1311
1314
Explication de la ceremonie que fait le Doge
deVenife tous les ans d'époufer la Mer . 1317
L'Amant
malheureux , Cantate .
Eloge du Pere de la Ruë , Jeſuite.
Epître en vers.
1322
1324
7333
Lettre de Malthe fur la certitude des operations
de l'Eau à la glace , avec les certificats
, & c.
1335
Lettre du Grand- Maître de Malthe , au Bailly
de Meſmes.
Dialogue traduit d'Horace.
Concile de Rome , & c.
1348
1349
1351
Cardinaux ,
Archevêques , Ivêques , & c. qui
Bouts-rimez à remplir.
y ont affifté.
1361
1366
Lettre fur la naiſſance d'un Monſtre.
1367
Enigues.
1368
Comteffe de Gondez .
falem délivrée.
Lettre fur le caractere des Anglois.
Nouvelles Litteraires , &c. Hiftoire de la
Lettre fur la Traduction du Poëme de la Jeru-
1331
Les 2.voyages de Corneille de Bruyn , & c.1382
1384
1370
Tables Geographiques , &c.
1389
Bibliotheca Rhetorum , & c.
1391
Les Geans , Poëme du Baron de Valef , & c.
1394
Nouveau Jeu de l'Hymen. 1395
Statue Equeftre érigée à Dijon. 1396
Defcription d'un Groupe de marbre, & c. à
Notre- Dame .
Ibid.
Expofition de Tableaux à la Fête - Dieu . 1399
Jeune Poëte couronné à Rome . 1405
Infertion de la Petite Verole à Londres , &c.
Queftion à décider.
Chanfons notées.
1406
1408
1409
1410 Spectacles. Extrait du Babillard.
Nouvelles du Temps , de Ruffie , Mariage du
Duc d'Holtein , & c.
1418
De Pologne , d'Allemagne , d'Italie , d'Eſpagne
, de Portugal d'Angleterre , Rétabliffement
des Chevaliers du Bain , &c. 1422
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Proceffion folemnelle du Clergé de France ,
& c. 1435
Lettre fur le miracle operé le jour de la Fête-
Dieu , au Fauxbourg S. Antoine , à Paris,
fur une femme paralitique . 1437
Lifte des Seigneurs & Dames nommez pour le
voyage de Chantilly.
Affaires du Palais , & c.
Arrivée de la Reine d'Efpagne ,
Morts & Mariages .
Article des Arrefts.
Fantes à corriger dans ce Livre.
1301. 1. 16. en , lifez eft.
1443
1444
1450
1454
1458
Page 107. l. 1. du bas Spartacus , lifex
Spartacus.
Page 1306. 1. 4.
1.
du bas Heraclie , 1. Heraclée .
Page 1351. 1. 9. qui font arrivez à Rome , ôtez
ces mots .
1. Page 1372. l. 16. n'en a , lifez n'en avoit.
Page 1387. 1. 26. l'emporte , lifez l'importe.
La Medaille gravée doit regarder la
L'Air noté doit regarder la page J70
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le