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Presented by
John
Bigelow
to the
3600
Century
Association




༠༨༢༩
Presentéus
le
Apul-May
* IM
VIP 3
Presented by
John
Bigelow
to the
360☺
Century Association
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
AVRIL 1725. - May
-
QUE COLLIC T SPARGIT.
! Chez Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
! GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV
Avec Approbation & Privilege du Roi,
ນາ
34.
ENOX AND
JUNDIONS
205
L
A VI S.
ADRESSE generale pour toutes
chofes est à
M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
3
On prie très - instamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
9
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui ſonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs pa
quets fans perte de temps , & de les faire
parter fur l'heure à la Pofte , on aux Mef
fageries qu'on lui indiquera,
Le prix eft de 3o . fols,

635
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AVRIL 1725.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
L'ESPERANCE.
ODE.
Abitans des bords du Permeffe ,
H Chantez la gloire & les Heros ,
En l'honneur du Dieu de l'Yvreffe,
Faites retentir les échos.
Yantez d'une beauté naiffante ,
A ij L'é636
MERCURE DE FRANCE.
L'éclat , la douceur féduifante ,
Dont un Amant eft enchanté ;
Je veux par un nouvel hommage ,
D'une Déeffe qui m'engage ,
Celebrer la Divinité.
C'est l'Esperance qui m'enflâme ,
Je la vois , & dans ces momens
Je fens naître au fonds de mon ame
Mille agréables mouvemens .
La Déeffe defcend des nuës ,
Avec les graces ingenuës ,
Dans un Char embelly de fleurs ;
A ſes côtez eft l'allegreffe ,
Et loin d'elle fuit la triſteffe ,
Qui n'ofe plus troubler les coeurs .
Agréable & chere Eſperance ,
Tu fais mouvoir tous les mortels ,
Ils font dès leur plus tendre enfance ,
Fumer l'encens fur tes Autels.
Tes promeffes ne font point vaines ,
Ta prefence charme leurs peines ,
Tu fçais varier les plaifirs ;
L'ame fans ceffe poffedée ,
AVRIL 1725 . 637
D'une douce & flateufe idée ,
S'occupe de mille defirs .
De même qu'un obfcur nuage ,
Difparoît au Soleil qui luit ,
Au rayon d'un heureux préfage ,
Le plus fombre chagrin s'enfuit.
Quand le Vieillard courbé par l'âge ,
Voit la mort au triſte viſage ,
De fa faulx prête à le fraper ;
L'Espoir auffi- tôt ſecourable ,
Impoſe au Preftige effroyable ,
Qu'il fait promptement diffiper.
Tout prêt à paffer l'onde noire ,
Ici ſe preſente un Amant ,
Une inhumaine fait fa gloire ,
De l'accabler dans fon tourment.
L'ingrate enfin femble attendrie ,
Le foin qu'elle prend d'une vie ,
En pourra prolonger le cours ;
L'Efperance arrête la Parque ,
Et loin de la fatale Barque ,
L'Amant fe promet d'heureux jours.
A iij UA
638 MERCURE DE FRANCE .
Un homme en butte à la fortune .
Par le malheur perfecuté ,
Oppoſe au foin qui l'importune ,
L'efpoir de la profperité.
C'eft ainfi que des injuſtices ,
Du fort & de tous fes caprices ,
Mortels on peut fe délivrer ;
Pour changer des jours miferables ,
En jours fereins & favorables ,
Il fuffit de les efperer .
L'Efperance au Marchand avide ,
Fait braver les vents & les eaux ,
Vainement la Parque homicide ,
S'arme de fes cruels ciſeaux.
Vainement un affreux orage ,
Menace d'un prochain naufrage ,
Et fait pâlir les Matelots ;
Prêts d'être engloutis dans l'abîme ,
Un rayon d'espoir les ranime ,
Et les fait triompher des flots .
Que de projets , que d'exploits vaftes ,
Tiennent mon efprit arrêté .
Mais
AVRIL
639
1725.
Mais je dois en croire vos faftes ,
Fidelle & fage antiquité.
Né Roi d'une feule Province ,
Un témeraire & jeune Prince
Veut dompter cent peuples divers 3
Il prodigue tout fans réſerve ,
L'eiperance qu'il fe conferve ,
Le fait regner fur l'univers .
*
Paroiffez, grands hommes d'Athénes ,
Rares & fublimes efprits,
Venez, Platon & Demofthenes
Si reverez dans vos écrits .
Venez , incomparable Apelles :
2
Vous Phidias , vous Praxitelles ,
Je vous attefte tous , parlez ?
Euffiez-vous paffé tant de veilles .
Sans efperer par vos merveilles ,
De vivre aux fiecles reculez .
L'attrait d'une éternelle gloire ,
Forma tant d'illuftres Romains ,
Qu'à jamais confacra l'hiſtoire ,
* Quint-curce,
A iiij
En640
MERCURE DE FRANCE.
Entre les plus grands des humains.
Pour le falut de la Patrie ,
Ardent à prodiguer leur vie ,
Ils cherchoient l'immortalité ;
A cette Efperance Heroïque ,
Rome , jadis ta République ,
Dût fon luftre & fa liberté .
Quels foins , qu'elle perfeverance ,
Dans ce Courtifan empreffé è
Par le plaifir de l'Eſperance .
Il eſt déja récompenſé .
Ce qui pour nous eſt ſervitude ,
Bien loin de lui pa : oître rude ,
Pour fon coeur devient un appas ;
Toûjours dans l'agréal le attente ,
De ce qui le charme & l'enchante ,
Il jouit d'un bien qu'il n'a pas.j
D'un zele que rien ne rolere ,
L'infatigable Labɔureɩr ,
Paffe au travail fa vie entiere ,
Animé d'un espoir flateur.
De retour dans fon domestique ,
Un
AVRIL 1725 641 .
Un repas frugal & ruſtique ,
Suffit au feul repos qu'il prend ;
Bien moins occupé de ſa peine ,
Que de l'Eſperance prochaine ,
D'une ample moiffon qu'il attend.
Mais , helas ! le temps qui s'envole
Se prefente à mon fouvenir ,
Mortel , quel espoir me conſole ,
Des jours qu'on ne peut retenir.
Quoi ..... n'eſt- il pas un bien folide ,
Que n'ôte point le temps rapide ,
Le feul indépendant du fort ?
Oui , l'eſpoir de ce bien fuprême ,
Me foutient , m'enchante , il peut même
Prêter des charmes à la mort .
De Sommevifle , de la Societé Litte
raire de Châlons.
A v PRE642
MERCURE DE FRANCE.
?
PREMIERE Lettre de M. Capperon ,
ancien Doyen de Saint Maxent , écrite .
à M.... fur les Plantes , Coquillages ,
Langues , Dents , & autres parties de
Serpens , Poiffons , & autres animaux ,
qui fe trouvent conferve , & Souvent
petrifiez dans les Montagnes , les Carrieres,
& dans les Terres , & les diverfes
empreintes qui en paroiffent fur
les Pierres & les Cailloux.
V
Ous fçavez , Monfieur , que dans
nos entretiens fur les matieres de
Phyfique , vous m'avez fouvent parlé
des plantes , des coquillages , & d'animaux
petrifiez que vous aviez vûs dans
les cabinets des curieux , & des diverſes
empreintes de toutes ces chofes que vous
y aviez remarqué , fur des pierres , des
cailloux , & fur des pieces de marbre .
Comme vous m'aviez fait entendre que
cela fe trouvoit par hazard dans des montagnes
, des carrieres , & , quelquefois
même dans des terres , je crûs que fi je
me donnois tant foit peu à cette forte de
recherche , je pourrois en découvrir comme
on fait ailleurs. En effet , m'étant
donné quelque mouvement , voici à peu
près
AVRIL 1725 .
643
près ce que j'ai trouvé , & ce que je conferve
dans mon cabinet , que vous pourrez
voir quand il vous plaira.
Premierement , plufieurs coquilles
d'efpeces differentes , lefquelles fe font
trouvées dans nos montagnes , renfermées
dans le moilon qu'on tire , foit des car .
rieres les plus profondes , foit en creufant
des puits ; car dans cette Province ce moilon
fe trouve partout cù on creuſe , &
ces coquilles fe font trouvées quelquefois
à vingt & trente toifes de profondeur
, quelques- unes étant remplies de
moilon , & d'autres totalement petrifiées .
Il s'y eft pareillement trouvé plufieurs
cailloux marquez des empreintes de ces
coquilles , & d'autres où les coquilles
font attachées , foit en leur entier , ou
en partie.
J'ai trouvé de même divers Echinus ,
cu heriffons de mer , tel que le Diadema
Turcarum , ou Turban des Orientaux ;
l'Echinus in Dicus , l'Echinus Spatagus ,
qui eft ici le plus commun ; les uns en
forme de boutons de differentes figures ,
d'autres en ovale , pareillement très - communs.
Et ce qui eft à remarquer , il s'en
trouve plufieurs , lefquels quoiqu'entiers
, font neanmoins applatis , la tête
étant brifée , comme ayant fouffert une
forte compreffion ; plufieurs étant même
A vj petri644
MERCURE DE FRANCE .
petrifiez dans cette difpofition . De ces
Echinus , ainfi que les coquilles , les uns
font remplis de marne où ils étoient enveloppez
, & d'autres entierement petrifiez
. Il s'eft également trouvé des empreintes
de ces Echinus bien marquées
fur des cailloux. J'ai auffi trouvé dans
le creux & la profondeur des montagnes,
des écailles d'huitres enveloppées dans
le moilon , dont les unes fe font confervées
dans leur état naturel , & les autres
font petrifiées .
Outre ces coquillages , j'ai trouvé plufieurs
têtes ou nouvelles pouffées de
l'herbe nommée en Latin Equistum , en
François Prêle , ou queuë de cheval , tou--
tes petfifiées ; plufieurs étant ramaffées
comme par pelotons , & renversées fans
ordre les unes fur les autres , & differens
morceaux de cette herbe feparez les uns
des autres , auffi petrifiez & enveloppez
dans le moilon ; comme plufieurs champignons
, appellez communément veffes
de loups . Et ce qui merite une attention
particuliere , il fe trouve dans la profonde
maffe de ces montagnes quantité de fragmens
de divers coquillages , difperfez ,
renverfez & mêlangez fans ordre , enveloppez
feparément dans la ſubſtance du
moilon , ou enchaffez dans des cailloux.
Vous pouvez bien juger , Monfieur ,
qu'après
AVRIL 1725.
645
qu'après avoir fait ces découvertes , j'ai été
naturellement porté à rechercher comment
il s'eft pû faire que ces plantes &
ces divers coquillages fe foient ainfi trouvez
contenus & renfermez dans la profonde
malle de ces montagnes. Après
quelques lectures faites à ce fujet , il m'a
paru que le fentiment le plus commun ,
& qui a été embraflé par plus d'habiles
gens , étoit que ces coquillages , ces plan
tes , & chofes femblables qu'on trouve
dans les montagnes , foit petrifiées , ou
autrement , étoient des reftes du déluge ,
lefquels après avoir été tranfportez par
la Mer qui inonda toute la terre , & difperfez
par
fes eaux , fe font enfin trouvez
dans le limon que ces eaux formerent
alors , & qui à produit ces montagnes .
J'avoue que j'ai donné d'abord moimême
dans ce fentiment ; mais ayant dans
la fuite examiné la chofe de plus près ,
j'ai reconnu qu'il s'en falloit beaucoup
qu'il fut fondé fur la verité. Car premierement
, quoique la Mer fe foit débordée
lors du déluge , il ne s'enfuit pas qu'elle
ait dû tranfporter des coquillages par
-toute la terres parce qu'il ne faut pas s'imaginer
que les coquillages nagent fur
les caux , & qu'elle les tranfporte partout
où elle peut s'étendre. Ceux qui la
voyent tous les jours comme nous , ſçavent
646 MERCURE DE FRANCE.
vent que ces coquillages étant d'une fub
ftance dure & folide par rapport à leurs
têtes , prennent naturellement le fond ;
& comme le remarque très bien Bernard
Palilly , dans fes difcours des eaux , fontaines
, & c. fes poiffons à coquilles fe
tiennent tellement attachez aux roches ,
que les feuls flots de la Mer ne peuvent
pas les arracher auffi ne voyons - nous
pas que lorfqu'elle fe déborde avec le plus
de violence & d'impetuofité , elle tranfporte
dans les prairies , & les terres
qu'elle inonde , les coquillages qu'elle
contient dans fon fein ; mais elle fe contente
feulement de rouler fur fon fable
quelques legers coquillages que les Pêcheurs
, ou d'autres perfonnes ont arra
chez , ou jettez par hazard .
:
D'ailleurs fe peut - il faire que ces amas
prodigieux de marne où le trouvent ces
coquillages , & qui s'étend partout dans
toute cette Province , dont la profondeur
jufqu'à l'eau qui empêche de creuſer
plus avant , va fouvent jufqu'à quatrevingt-
dix toifes ; fe peut-il faire , dis- je ,
que cette maffe énorme de moilon & de
marne , ait pù fe former du feul limon ,
produit par le repos des eaux du déluge
qui n'ont inondé la terre que pendant
l'efpace d'une année ? Si ces montagnes
font formées d'un limon , comment eft -il
poff.ble

AVRIL 1725. 647
poffible qu'il ait été d'une blancheur auffi
égale , & auffi pure qu'eft la craye qui
fait tout le corps de ces montagnes ? Eftce
que des eaux qui paflent impetueufement
fur la fuperficie de differentes terres
, peuvent en enlever des parties fi
pures & fi
peu mêlangées ?
Si ces montagnes venoient de ce limon,
en y creufant des puits, ne devroit - on pas
trouver à certaine profondeur l'ancienne
terre , fur laquelle ce limon du déluge
fe feroit dépofé ? Ne verroit - on pas la
difference de ces deux terres bien marquée
? Ne devroit- on pas même trouver
dans quantité d'endroits à la fuperficie de
cette ancienne terre des troncs d'arbres ,
ou petrifiez , ou au moins marquez par
une couleur differente dans la blancheur
de ce limon , même d'autres reſtez de ce
qui pouvoit y avoir été pofé avant le
déluge ? Enfin ne devroit- on pas trouver
dans ce limon plus d'offemens, foit d'hommes
, ou d'animaux que de coquillages ,
Fuifqu'il y en eut alors un fi grand nombre
de noyez ?
Si toute la marne qui forme nos montagnes
, & qui fe trouve regulierement
au- deffous de la bonne terre dans toutes
nos campagnes dans l'étendue de plufieurs
Provinces , vient de ce limon , d'où peut
venir cette bonne terre labourable qui
COUVIC
548 MERCURE DE FRANCE.
couvre cette marne , où l'argile étant de
differens fables qui forment une fuperficie
fort differente placée fur le moilon &
la marne , non - feulement dans le creux
des valées , mais dans les plaines les plus
élevées ? Seroit- ce un fecond limon dépofé
fur le premier ? Il faudroit donc
qu'il y eut eu deux déluges arrivez à
deux differentes fois ?
Il n'y a donc nulle apparence que les
coquillages , & autres femblables chofes
qui fe trouvent dans le corps des montagnes
y ayent été dépofez lors du déluge .
Il n'eft pas non plus à préfumer que ces
coquillages s'y foient formez naturellement
comme d'autres le veulent ; car fi
cela étoit , on les trouveroit dans leur
entier , avec cette feule difference , que
les uns pourroient être plus grands , &
d'autres plus petits ; les uns mieux formez
, & d'autres moins ; mais lorsqu'on
en trouve plufieurs applatis , brifez &
écrafez , quoique pofez fort avant dans la
maffe de ces montagnes , où rien n'a jamais
été remué , n'eft - ce pas une marque
affeurée qu'ils n'ont reçû cette compreffion
qu'après avoir eu leur forme naturelle,
& qu'ils n'ont pû fe former d'euxmêmes
en cet état , ni recevoir cette
compreffion depuis que ces montagnes
ont eu leur folidité ? D'ailleurs les differens
AVRIL 1725:
349
rens fragmens de ces coquillages qui fe
trouvent feparément enveloppez du moilon
à des diſtances fort éloignées , & vifiblement
rompus , ne font- ils pas une
preuve affeurée qu'ils ne fe font pas formez
eux- mêmes dans cette fituation ?
C'eſt la même chofe des plantes petrifiées
qui s'y trouvent en morceaux feparez ;
les plantes ne croiffent pas ainfi divifées
par pieces.
D'autres enfin font du fentiment , que
ces montagnes & tous les lieux où on
trouve des coquillages , ont été autrefois
des fonds de la Mer , qui fe font élevez
par des tremblemens de terre , & d'où la
Mer s'eft retirée pour paffer dans des endroits
devenus plus creux & plus bas ; ce
qui les confirme dans ce fentiment , c'eft
qu'en effet l'on a vû differens lieux abîmez
par des tremblemens de terre , &
qui font devenus des lacs ; d'autres ont
été inondez par la Mer , pendant que
tout au contraire l'on a vû quelquefois
des Ifles paroître tout à coup au milieu
de la Mer , comme il eft arrivé de nos
jours dans le Golfe de Santorin qui eft
dans l'Archipel , où il en parut une nouvelle
en l'année 1707 .
>
Tout cela eft vrai , mais il ne s'enfuit
pas que tous les lieux & les pays où on
trouve des coquillages ayent été autrefois
cou
jo MERCURE DE FRANCE .
couverts de la Mer , & qu'ils ayent fouffert
ces grandes révolutions ; car fi cela
étoit , il s'enfuivrpit que prefque toutes
les terres qui font aujourd'hui à fec , les
plus vaftes Royaumes , & en particulier
toute la France , auroient été autrefois.
plongez fous les eaux , puifqu'il y a peu
de pays , où il ne fe trouve quelques coquillages
, foit dans les terres , foit dans
les montagnes
.
S'il étoit vrai que tous les lieux où on
trouve des coquillages euffent été autrefois
des fonds de Mer , on devroit y trouver
ces coquillages dans le même état
où ils font dans la Mer , ce qui n'eft pas
neanmoins ; car , par exemple , on ne
pefche jamais un feul Echinus Spatagus,
qu'il ne foit totalement rempli de fable
& de gravier , lefquels n'en peuvent pas
fortir ailéments cependant quoiqu'il
s'en trouve une infinité dans nos montagnes
, où qui que ce foit ne les a jamais
remuez , il ne s'en trouve pas un feul
qui contienne dans fon teft du fable ou
du gravier. De plus , fi ces montagnes
ont été des fonds de Mer , d'où peuvent
y
être venus ces têtes & ces morceaux
de prêle , ces champignons , dits veffes
de Loups , que j'y ai trouvé petrifiez
dans les mêmes endroits où je trouvois
les coquillages également enveloppez du
moiAVRIL
1725. 651
moilon ? Ces fortes de plantes ne croiffent
pas certainement dans le fond de la
Mer.
Enfin eſt.il à préfumer que ces fonds
ayant été mis à fec par ces bouleverſemens
qu'on fuppofe , ils ayent enfuite
produit d'eux- mêmes de vaftes Foreſts ?
Voyons- nous les lieux d'où la Mer s'eft
retirée , produire des chênes & d'autres
arbres ? Cependant il faudroit que cela
fut ainfi , puifque felon Bernard Paliffy .
c'est particulierement dans les Ardennes
qu'on trouve grand nombre de coquillages
, & neanmoins tout ce pays - là du
temps de Cefar étoit une vafte Foreft. Je
finis ma Lettre qui n'eft déja que trop longue
, me réfervant à vous dire quel eft
mon fentiment fur cette matiere dans la
premiere que j'aurai l'honneur de vous
écrire , & je fuis , &c.
4.Eu ce 20. Mai 1724.
里里
A
652 MERCURE DE FRANCE .
}
KKKK
A Mademoiselle G *** fur fon Mariage
avec M. B
EPITH ALAME.
P Leins de Nectar & d'Ambroifie
Les Dieux s'entretenoient un jour ,
Chacun d'eux à ſa fantaiſie
Vantoit le pouvoir de l'Amour ;
Et les Déeffes à leur tour ,
Quoiqu'avec plus de modeftie ;
Au petit Dieu faifoient leur cour.
Il étoit de cette partie ,
( En eft-il de bonnes fans lui ? )
Là , dit - il , je veux aujourd'hui
Sçavoir fi vous voulez me plaire ,
Et qui mieux y réüſſira ,
De mes faveurs s'affurera.
Qu'il s'attende pour fon falaire
A Difpofer de mon pouvoir :
Paris renferme en fon manoir
Une Nimphe qui m'eft fi chere ,
Qu'à toute autre je la préfere ,
Prou
AVRIL
653 ·
1725.
Prouvez-moi vôtre affection
En travaillant , Dieux & Déeffes ,
A l'enrichir de quelque don :
Repandez toutes vos largeſſes ,
Sur la Nimphe dont j'ai fait choix ;
Mes traits , mon Arc & mon Carquois , 】
Seront la digne récompenſe ,
Et pafferont fous la puiffance ,
De qui pourra par ſes bienfaits ,
Douer au gré de mes fouhaits ,
Celle pour qui je m'intereſſe ,
J'executerai ma promeffe ,
J'en jure par le Styx fi redoutable aux Dieux.
Dans l'Olimpe à l'inftant , s'éleve un doux
murmure ,
Le prix offert réunit tous les voeux ,
Et le fatal ferment raffure ,
Ceux qui fçavent pour leur malheur ,
A quel point l'Amour est trompeur.
Junon en parlant la premiere ,
Dit qu'au moins l'Amour devroit bien
Nommer cette Nimphe fi chere.... i
Moi , dit - il , je n'en ferai rien;
Tout le fin dy mistere eft que fans la connoître
Cha654
MERCURE DE FRANCE.
Chacun s'efforce à deviner ,
Ce qu'il convient le mieux de lui donner.
Il fuffit , dit Junon , & vous voulez peut- être,
Nous prouver, gardant ce fécret ,
Qu'on a grand tort de vous croire in difcret.
Je ne m'informe pas fi cette Nimphe et belle ,
J'en juge affez aux que vous prenez pour
elle;
foins
Mais je veux joindre à ſa beauté ,
Un port charmant , une noble fierté ,
Un air grand , mais toûjours affable.
Moi, dit Venus , je ve x la rendre aimable ,
C'est tout dire en un mot ,
fils
& je croi que mon
Ne balancera pas de m'accorder un prix ,
Que je veux bien payer du don de ma ceinture.
Sans doute , dit Minerve , on vous feroit
injure
De ne pas préferer ce don ,
A tous ceux que je pourrois faire
Sageffe , prudence , raifon ,"
Ne font rien en comparaiſon ,
D'un don qui doit fon être à la lyre d'Hoz
mere.
Mais à quoi fert de difputer ,
Si ,
AVRIL
1725. 655
Ji, comme je n'en puis douter ,
Celle pour qui l'Amour fe détermine ,
Eft la Nimphe que j'imagine :
A fes talens que pourrois - je ajoûter ?
Aux prix j'aurois tort de prétendre ,
N'ayant plus rien à lui donner ;
Un autre ( 4 ) beaucoup mieux a déja ſçû l'orner
Des dons qu'en fa faveur j'aimerois à répandre.
A'ce
compte , dit Apollon ,
Je ne puis plus lui faire don ,
Que d'une voix belle & touchante
,
Qui furprenne
, faififfe , enchante.
Vous ferez , dit Bacchus , furpris ,
De me voir diſputer le prix :
On croit que le Dieu de la treille ,
N'eft bon qu'à vuider fa bouteille ,
Et l'on ne met pas mes bienfaits ,
Dans un rang à pouvoir jamais
રે
Perfectionner une belle ;
Mais de ce préjugé j'appelle ,
Et je foutiens moi Mordicus ,
(a) La mere de la Demoiselle.
Qu'une
56 MERCURE DE FRANCE .
Qu'une belle eft envain partout ailleurs aimable
A moins qu'elle ne plaiſe à table ,
Tout autre don n'eſt que bibus :
Sçavoir faire valoir mon jus ,
Etre au fait de mon formulaire ,
C'eſt poffeder tout l'art de plaire.
Et c'eft- là le talent que nôtre Nimphe aura ,
C'eſt à moi qu'elle le devra ,
Elle goûtera mes folies ,
Sans trop permettre à mes faillies,
Et par fa moderation
Elle en impofera fans affectation .
Ces preſens , dit l'Himen , vont la rendre
parfaite ,
Mais fa gloire jamais ne peut être complette ,
Si tant de bienfaits précieux ,
Ne fervent pas à rendre heureux
Un époux qui foit digne d'elle.
Où, s'écria l'Amour , où trouver cet époux ;
Un mortel pourroit- il prétendre à cette belle ?
Il en eft , dit l'Himen , un préferable à tous
Aimable autant par fa figure ,
Que par fon bon efprit , fon caractere doux.
A
AVRIL
657
1725 .
A ce portrait je me figure
Que vous ne pouvez pas méconnoître Damon;
C'est l'époux qu'à la Nimphe aujourd'hui je
deſtine .
C'en eft fait , dit l'Amour , Himen & vôtre
don ,
Quoiqu'à regret, me détermice
A vous donner un prix qui vous eft fi bien dû.,
Il eft vrai que je n'ai pas crû
Rifquer beaucoup d'en faire la promeffe ,
Je connoiffois affez celle qui m'intereſſe ,
Pour n'avoir jamais dû compter ,
Qu'à fes perfections on pût rien ajoûter ,
Même avec un plaifir extrême ,
J'ai vû que Junon , que Venus ,
Qu'Apollon , Minerve & Bacchus ,
N'offroient rien que déja n'eut la Nimphe que
j'aime.
Il fuffit pour vous le prouver
De vous dire que c'eft Julie ,
Vous fçavez qu'elle eft accomplie .
Toi ſeul , Himen a fçû trouver :
Un don qui peut encor la rendre plus parfaite ,
Je t'adjuge le prix , prends mon arc & mes
traits ,
B
Difpo658
MERCURE DE FRANCE.
Difpofe en au gré de tes fouhaits .
L'Himen triomphe & fa joye eft complette ,
Il veut mettre à profit un fi précieux don "
D'un même trait il bleffe & Julie & Damon ,
Et pour fon coup d'effai il fait un coup de
Maître.
Pour la premiere fois enfin on voit le jour ,
Où l'Himen difpofant du flambeau de l'A
mour ,
Va couronner l'ardeur que lui feul a fait naître.
Jouiffez du fort le plus doux ,
Damon , Julie , heureux époux ,
Vôtre bonheur fera durable ,
Himen à qui vous le devez ,
Maître du Carquois redoutable ,
Va vous le rendre favorable.
Pour vous deux feront réfervez ,
Ces traits charmans , Auteurs de la plus tendre
flâme ,
La vive ardeur qui vous enfiâme
Ne fe démentira jamais ;
L'Amour fera toûjours les frais ,
Des faveurs qu'Himen vous menage ,
Es feuls yous aurez l'avantage
De
1
AVRIL 1725. 659
De conferver tous vos defirs
Dans le fein même des plaifirs.
LETTRE écrite de Bordeaux aux
Auteurs du Mercure , au fujet d'une
Mine de Bitume ..
Ans la Paroille de Baftennes , Mef-
Dfleurs , Jurifdiction de Gaując , &
dans celle de Caupenne Limitrophes de
l'une à l'autre , fituées dans la Chaloffe ,
Senechauffée de Saint Sever , du Prefidial
de Dax , Generalité de Bordeaux , à
deux lieues de la riviere d'Adour , fc
trouve une Mine de Bitume , dans un
banc continu , & fi étendu , qu'il n'a pas
été poffible jufqu'ici de comprendre , où
peut en être le centre , non plus que toutes
les extrêmitez.
A Caupenne avant l'établiffement fait
pour l'épurement de cette matiere , on
yen avoit vû de tout temps une Mine
ouverte , mais dont on ne faifoit que fort
peu d'ufage , parce que ce Bitume étant
mêlé avec beaucoup de terre , & d'autres
matieres qui lui font étrangeres , & d'une
nature differente , on ne pouvoit
s'en fervir qu'avec beaucoup de peine.
Bij A
660 MERCURE DE FRANCE.
A Baftenne , au contraire , ce Bitume ne s'y
étant montré que fort peu de temps avant
qu'on y conftruifit des fours , & autres
bâtimens necellaires au dépouillement de
ce qu'il y a d'impur , on ne s'en étoit
point encore fervi Cependant comme
cette matiere y eft beaucoup moins chargée
d'autre matiere étrangere , & y eft
beaucoup plus onctueufe qu'à Caupenne ,
on y a fait conftruire des fours , & ce
qu'on a jugé de plus convenable pour feparer
cette matiere de ce qui peut en
alterer la beauté & la bonté.
Ce Bitume s'eft découvert par une
extrêmité fur le penchant de deux collines
, expofées du Nord à l'Oueft , & ces
collines au milieu du penchant , defquelles
on a fait l'ouverture de la Mine , font
affez rapides , furtout à Baftenne , pour
y faire rouler du haut en bas par leur pro-.
pre poids les terres des déblais . Cette
Mine fe découvre affez facilement à Caupenne
; & comme le banc y fuit affez pas
rallelement la fuperficie de la terre dans
la pente de la colline , à la profondeur de
4. ou 5. pieds , il eſt des endroits où les
coulans des eaux orageufes la mettent
tellement à découvert , & le banc y eft
d'une telle épaiffeur ,que l'on peut en tirer
beaucoup avec peu de dépenfe ; mais outre
qu'il y eft mêlé de beaucoup de terre ,
AVRIL 1725. 661
il renferme beaucoup de fouffre qui le
confomme extrêmement dans la feparation
, & de façon même qu'on ne peut en
tirer que fort peu d'épuré.
Pour ce qui eft de la partie de la Mine
ouverte à Baftenne , elle fe trouve beaucoup
plus onctueufe , & beaucoup plus
remplie de fin , jufqu'à une certaine diftance
du fond dont on parlera dans la
fuite ; mais le Bitume y eft beaucoup plus
difficile à tirer , & avec beaucoup plus
de dépenfe . Comme on avoit vû par les
ravines qui le découvrent à Caupenne ,
que le banc fuivoit affez parallelement la
fuperficie de la terre dans fa pente ,
la
Mine de Baftenne s'étant montrée environ
à même profondeur , on avoit jugé
qu'elle devoit être de même , & dans
cette penfée , l'on y a fait l'établiffement
des fours dont j'ai parlé ; mais on a connu
par le travail que l'on s'étoit trompé
quant à la difpofition du banc . Ce banc
qui fe montre-là à l'ouverture de la même
façon qu'à Caupenne , au lieu de fuivre
la fuperficie de la colline dans ſa pente
, s'y trouve de la même maniere que
l'on voit les nuës en l'air ; c'eſt - à - dire ,
enflé ou épais dans des endroits creux ,
ou minces dans d'autres , d'une maniere
très - raboteufe , & toûjours neanmoins
fans difcontinuation , mais horisontale-
B iij ment ;
662 MERCURE DE FRANCE .
ment ; de forte que plus on en découvre
en tirant vers la hauteur de la colline
plus il y a de terre à déblayer.
Ce banc qui s'eft ainfi formé , felon
toutes les apparences , des exhalaiſons des
feux fous - terrains , entretenus par des
Mines de Bitume concentrées , doit vraifemblablement
avoir un centre , dont les
extrêmitez , comme celles qui paroiffent ,
ne feroient que des écoulemens . Ce banc,
dis -je , paroît dans fon lit comme une
efpece de pierre noire d'une telle dureté ,
que l'on ne peut la feparer qu'avec beaucoup
d'effort , & fi difficilement , même
avec quelque inftrument tranchant , ou
calfant , que ce puiffe être , que l'on eft
obligé de la miner d'une maniere toute
finguliere ; en effet , l'on ne peut en venir
à bout,qu'avec des éguilles rougies à un
fourneau conftruit tout auprès. On ne
peut vuider la Mine qu'avec des cuillieres
de fer auffi toutes rouges , & nul tampon
n'y peut tenir de quelque nature
qu'il foit , finon du Bitume même. Il eſt
encore à remarquer que dans la Mine de
Baftenne , dont le fond du banc eft beaucoup
plus rempli de fouffre , que vers la
fuperficie , on voit dans cette partie bafle
des effets de la nature toûjours agiffante ,
auffi furprenants qu'admirables . L'extrêmité
de ce banc qui touche à la terre qui
2.
lui
AVRIL 17258 663
lui fert de lit , femble un compofé d'écailles
de toutes fortes de poiffons ou coquillages
, principalement d'écailles d'huitres
, autfi bien formées , auffi folides , &
de la même nature que celles que l'on
tire de la Mer , & depuis ce fond jufqu'au
milieu de l'épaiffeur du banc , l'on
trouve differentes petites parties cernées,
fi l'on peut fe fervir de ce terme , dans le
-corps du banc , d'une maniere fi délicate ,
que l'on ne peut en connoître la divifion
, ou le détachement que par la fortie
de ces petites parties du corps , dans lequel
il femble qu'elles ont été cernées.
Ces parties ainfi fparées reprefentent
donc differentes figures d'écailles , comme
de Barennes , de Moucles , de Petoncles
, outre celles d'huitres , & c . mais
d'une maniere fi bien travaillée la
par
nature , que nul trait n'y manque , avec
cette circonftance cependant , que de ces
petits corps , les uns paroiffent depuis
long- temps , & les autres plus nouvellement
difpofez à reprefenter les figures
cufquelles la nature les avoit deftinés.
Celles que l'on pourroit croire nouvellement
feparées de la maffe , ne font proprement
qu'une partie , ou globule de
Bitume maffif , reprefentant le fujet pour
lequel il étoit préparé , enveloppé d'une
fuperficie de fouffre blanc comme la nei-
B iiij ge
664 MERCURE DE FRANCE.
ge , ainfi que l'on voit la fleur fur de
certains fruits , au travers de laquelle
chaque trait paroit d'une exactitude inexprimable.
On en voit d'autres dont la fuperficie
commence à prendre quelque chofe de
la folidité de l'écaille , perdant de leur
blancheur proportionnellement à leur
progrès , & cette figure d'écaille ne commence
à fe former que du centre du globule
; enforte que plus la figure fe perfectionne,
plus le centre du globule ſe vuide ,
fi bien que quand les écailles ou autres
figures qui doivent être formées de cette
matiere font à leur dernier point de perfection
, le dedans de l'écaille eſt tout
vuide , & la fuperficie interieure fait voir
la même nacre , comme la fuperficie exterieure
reprefente les mêmes figures &
les mêmes traits , dont les differentes fortes
d'écailles que l'on tire de la Mer font
formées . Ce fujet auffi bien que la maniere
dont le Bitume fe trouve dans la
terre pourroit fournir de matiere à des
réflexions très - curieufes ; mais comme je
ne fuis pas , Meffieurs , d'une profeffion
à me donner la liberté de raifonner fur
des idées fi Phyfiques , vous me difpenferez
d'en dire davantage ; je vais feulement
ajoûter un mot fur la qualité de ce
Bitume après qu'on l'a tiré du fourneau .
Tout
AVRIL 1725. 665
Tout brut qu'il puiffe être , il fe trouve
d'une nature fi femblable à celle de la
pierre , & il lui eft fi adherant que deux
pierres jointes enſemble avec cette matiere
ne peuvent fe feparer ; car comme
elle eft fort infinuante , elle obéit plutôt
que de caffer. Pour en lier des pierres ,
par exemple , qui pourroient fervir de
pavé fur un plan , il en faudroit prendre
85. 1. de brat avec 155. 1. d'épuré pour
lui fervir de fondant , car le brut eft trop
mêlé de matiere étrangere pour le fondre
fans fecours . On a employé de ce Bitume
dans plufieurs occafions , & l'effet en eft
furprenant . Mais comme il feroit inutile
de faire un long détail de l'ufage qu'on en
a fait , je me contenterai de dire ici qu'on
s'en eft fervi fans chaux au Château-
Trompette. Les pierres qui fervent de pa
vé aux remparts de cette place , ont un
pied de largeur , fur deux de longueur ou
environ. On a employé par toife quarrée
environ 75. 1. de Bitume , tant brut qu'épuré
; une fuperficie de niveau en pente ,
ou autrement couverte de pierres cimentées
& liées , pour ainfi dire , avec ce
Bitume , pourroit réfifter & fe foutenir
long - temps . Les remparts , par exemple,
du Château Trompette renferment en
eux fous des voutes , des Cazernes , &
d'autres lieux femblables , d'une grande
B▾
éten666
MERCURE DE FRANCE.
étendue & quelque foin que l'on eut
pris depuis leur conftruction de les raccommoder
tous les ans avec du maſtic
ordinaire , l'eau en avoit cependant toûjours
percé les voutes , & dès qu'il pleuvoit
, tout y étoit inondé ; mais depuis que
l'on y a employé du Bitume , tout y eft
fort fec , même dans les temps les plus
pluvieux.
Je paffe fous filence la forme des fours
dans lefquels on épure ce Bitume , & je
finis en vous affurant que je fuis , Meffieurs
, & c.
L'ORIGINE DE LA COMEDIE .
Rès d'Athénes jadis étoit un Bourg anti-
PRès que ,
Ordinaire féjour d'une troupe ruftique ;
C'eft-là qu'un Dieu puiffant jufqu'alors ignoré,
Pour la premiere fois Bacchus fut reveré .
On dit qu'Icarius par un fecret infigne ,
S'appliqua le premier à cultiver la vigne ;
Et fuivant de l'inſtinct le mouvement douteux ,
Fit à tous les humains un prefent dangereux :
C'eſtle raifin. Un Bouc dans la naiffante Automne
,
Sur
AVRIL 1725.
667
Bur ce fruit précieux porta fa dent gloutonne
L'animal fut puni d'un fi hardi forfait ,
Et paya de fa peau le mal qu'il avoit fait .
Les Païfans du Bourg faififfent fa dépoüille ,
Du marc le plus épais chacun d'eux ſe barbouille
,
Et de facrez feftons couronnant leurs cheveux ,
Par des fauts cadencez ils fignalent leurs
voeux .
Pour venger de Bacchus la puiffance outragée,
Autour de fes Autels cette troupe eft rangée ,
D'amour & de refpect leur zele fe nourrit ,
Mais l'ardeur la plus forte enfin fe rallentit ;
En effet , comme tout fe corrompt par l'uſage ,
Leur aveugle fureur s'ouvre enfin un paſſage ,
Et les vapeurs du vin échauffant les efprits ,
Sous un voile pieux tout leur femble permis.
De la Religion le bifarre mêlange ,
Couvre de leurs excès le ridicule étrange ,
Déja même infultant aux droits de leurs voifins
,
Is ravagent leurs champs , ils cüeillent leurs
raifins.
Un tel emportement émeut tout le Village ;
On voulut , mais trop tard, arrêter ce ravage ;
B vj
Ces
668 MERCURE DE FRANCE.

Ces mutins en couroux méprifant leurs rivaux
D'un chacun fans égard étaloient les défauts.
Cette facilité de gourmander le vice ,
De la fauffe vertu démaſqua l'artifice ,
Servit aux paffions de remede & de frein ,
Chacun fe reconnut aux traits de fon prochain;
Et cette liberté toûjours plus enhardie ,
Par d'utiles abus forma la Comedie.
Voilà quel fut l'objet de ces hardis cenfeurs ,
D'abordtout le recit fut chanté par les choeurs,
Mais Thefpis rebuté des fons de l'Hipoſcene, *_
Produifit le premier un Acteur fur la Scene ;
d'un fi timide choix , Efchile peu content
En choifit juſqu'à cinq fous differens emplois.
De la triple unité les regles font preſcrites :
Pour mettre l'action dans d'étroites limites
Il fallut s'affervir au devoir ſcrupuleux ,
De n'omettre aucun point de cet art rigoureux
;
>
C'étoit pour les Auteurs une cruelle gêne ,
Mais 1 efpoir du fuccès en foulageoit la peine,
L'Hipofcenion étoit une enceinte de colomnes
autour du logeon , où les Mines &
Jes joueurs d'inftrumens fe tenoient ordinairement.
Et
AVRIL 1725: 669
Et l'effet fecondant un fi jufte defir ,
D'un fuffrage flateur ils goûtent le plaiſir.
M. Vayrac de Marfeille.
XX :XXXXXXXXXXXXX
DISCOURS CRITIQUE ,
Prononcé par M. de Joly , Avocat au
Parlement , dans une affemblée de gens
de Lettres , le Jeudi 22. de Fevrier
1725 au fujet du Traité de la Pefanteur
univerfelle des Corps , du P. Caftel
, & des Obervations generales de
- M. l'Al bé de Saint Pierre fur ce nouveau
Systême , inferées dans les Memoires
de Trevoux du mois de Decembre
dernier.
*
MESSIEURS ,
Les Obfervations generales de M.
l'Abbé de S. Pierre , für le Traité de la
Pefanteur univerfelle des Corps , m'ont
engagé dans des réflexions allez particulieres
; en premier lieu , fur la Methode
& le ftile de ce nouveau Systême de Thyſique
, & enſuite ſur les regles qu'il convient
670 MERCURE DE FRANCE.
vient d'obſerver en general dans la Cri
tique des nouveaux Syftêmes ; à quoi
j'ai ajoûté comme un modele , & une
application de ces regles , des difcuffions
critiques , fur une partie du Traité de la
Pefanteur univerfelle . La matiere de ces
trois points m'a paru intereffante. Le premier
regarde les deux methodes que l'efprit
peut fuivre en tout genre d'écrire ;
I fecond confifte à examiner les caracteres
de cette forte de difcernement fin &
exquis d'où dépendent l'établiffement des
découvertes & le progrès des beaux Arts,
& le dernier intereffera , fi je ne me trompe
, au moins le nombre choifi de ceux
qui s'occupent du Syftême de leurs propres
idées fur la nature des chofes .
Au refte , quoique j'aye à propofer ici
des opinions qui fe trouveront quelquefois
allez differentes de celles d'un Abbé,
connu depuis long temps dans la république
des Lettres , & d'un Auteur qui
vient de s'y faire connoître par les productions
nouvelles d'un genie auffi brillant
qu'inventif , j'ofe me flater que
l'amour du vrai qui m'eft commun avec
eux leur fera approuver la liberté modefte
qui accompagnera la recherche ingenuë
que j'en fais , & d'avance je confens
très volontiers qu'ils en éto ent les
Juges l'un & l'autre , auffi bien que tont
le
AVRIL 1725. 671
le refte de cette illuftre & fçavanta
Aflemblée .
1. M. l'Abbé de S. Pierre s'explique
en ces termes fur la methode du nouvel
ouvrage. J'aimerais bien mieux , dit - il ,
que le P. Caftel eut commencé par les caufes
de la Pefanteur , & j'en aurois vû
avec bien plus de plaifir les faits exiſtans
comme autant de confequences neceffaires.
Je fças bien , ajoûte -t'il , que la caufe de
La Pefanteur étant expliquée, on expliquera
bien plus facilement la dureté , la liquidité
, les circulations , la lumiere , le fon , &
beaucoup d'autres Phenoménes generaùx
de Phyfique , mais il faut bien fe garder ,
ce me femble, de parler d'aucune de ces
chofes qu'à mesure qu'elles viendront en
corollaires.
C'eft à- dire , en deux mots , felon la
penfée de M. l'Abbé de S. Pierre , que le
P. Caftel auroit dû préferer la methode
de la Synthefe à celle de l'Analyse qu'il a
fuivi , & le ftile didactique à celui de
recherche & d'invention.
Mais avant de décider fur la préference
entre ces deux methodes , tâchons ,
Meffieurs , de nous en faire une idée jufte
& abregée. Quel eft le procedé de l'Ana
lyfe , dont M. Defcartes a fi utilement
étendu & fixé les loix ? C'eft de confiderer
attentivement toutes les parties de
Гон
672 MERCURE DE FRANCE.
fon objet , d'en obferver les conditions &
les rapports principaux , de les repreſentet
aux yeux par des expreffions courtes
& familieres , de les combiner enſemble
felon les regles prefcrites , & de comparer
de nouveau les réfultats de ces combinaifons
, jufqu'à ce que ces operations
repetées , & toûjours devenues plus fimples
nous conduifent enfin à l'égalité de
la chofe inconnuë , & à la réſolution
cherchée.
La methode Synthetique , plus connuë
& pratiquée de tous ceux qui enfeignent ,
conduit l'efprit dans une route bien differente
, ou plutôt c'eft le retour de l'efprit
fur fes pas & dans la même route. Dans
celle-là l'efprit de l'inventeur examine ,
cherche , va , s'avance , arrive ; dans
celle- ci il revient de fon but , il obferve
les veftiges de fes démarches , il s'affure
de fa découverte par la comparaifon qu'il
en fait avec toutes les chofes qu'il connoiffoit
déja : à peu près comme un
voyageur arrivé dans une Ifle inconnuë
mefure la terre & les Cieux , pour s'affurer
de la partie du monde qu'il a découvert
par la comparaison qu'il en fait
avec toutes les autres , & par l'eftimation
du chemin qui l'y a conduit.
Sur cette defcription de l'une & de
l'autre methode, quelqu'un de vous , Mel-
*fieurs ,
AVRIL 1725.
673
fieurs , conclura peut être que la Methode
Analytique eft faite pour l'inventeur ,
& qu'il doit s'en fervir pour tâcher à
découvrir fon but ; mais que l'Ecrivain
qui fait part au public des découvertes
qu'il a faites par la premiere methode , ne
doit plus fe fervir que du ftile didactique
qui eft propre à la feconde.
comme
Ce raifonnement peut paroître plaufible
pour tout ce qui n'eft point ouvrage
de recherches & d'invention
font les ouvrages de morale , de politique,
d'Hiſtoire, ou même d'éloquence , quoiqu'à
parler en general, quiconque entreprend
de perfuader les hommes fe trouvera
toûjours bien de leur cacher fon
but , & de fe fervir de leurs idées les
plus communes pour les emmener par
dégrez à fes idées particulieres , ce qui
eft une espece d'Analyfe que le genie
infpire bien plus que l'art . C'étoit , diton
, la methode de Socrate .
Mais j'ofe mettre en fait qu'en bonne
Phyfique , & fur tout dans un fyftême
1 general , tel que celui de la Pelanteur
univerfelle , il n'y a pas même à choiſir
entre l'Analyfe & la Syntheſe , & que
i cette derniere eft abfolument impraticable
Ne nous flâtons point. Quoique le
Theleſcope ait raproché les Cieux de nôtre
vûe , & que le Microfcope ait enflé
les
674 MERGURE DE FRANCE .
les atomes à nos curieux regards , les
Cieux font encore bien élevez au- deffus
de nos têtes , & les atomes bien petits . La
nature n'eft point dévoilée . Contentonsnous
de paller methodiquement des chofes
connues à celles qui le font moins ,
afin de parvenir de celles - ci jufqu'aux inconnues
, & renonçons fans peine aux
ambitieux efforts d'une fyntheſe chimerique.
Defcartes , il eft vrai , le celebre Def
cartes s'eft fervi de la fynthefe dans fa
Phyfique . C'étoit un efprit tranfcendant .
Il a pillé comme de plein vol par - deffus
tout le fpectacle de cet univers , & tous
fes Phenoménes , pour aller faifir dans le
fein tenebreux de la nature les caufes primitives
des choſes . Entreprife plus hardie
& plus vantée qu'heureufe . Il a ofé
penetrer dans le fanctuaire de la nature
fans s'y laiffer introduire par la nature
même ; mais qu'en est - il arrivé ? Ce Protée
a pris fous la main du Philofophe
cent formes fpecieufes qu'il a pris pour
veritables ; il en eft forti accompagné
d'une nuée d'hypothefes , dont il a fçû
couvrir toute la Philofophie. Il s'eft
trompé dans un grand nombre de fes principes
, & dans la plupart des applications
qu'il en a faites . Heureux fi ce grand genie
eut pris pour guide dans fa Phyſique
î la
AVRIL
675

1725 .
la fublime Analyfe qui lui a dévoilé les
plus profonds myfteres de la Geometrie.
Je ne craindrai pas de le dire , Meffieurs ,
les erreurs de fa fynthefe , & les folides
découvertes de fon Analyfe ont contribué
plus que tout le refte à faire changer
de face à la Philofophie .
Les Anglois ont été des premiers à
donner le branle à ce changement . L'émulation
d'accord pour cette fois avec la
raifon leur fit prendre le contrepied du
Thilofophe de la France ; & fe fervant
des lumieres de fon Analyſe pour éclaircir
& perfectionner fa hyfique , ils fe
font bornez utilement à l'obfervation des
faits & des Phenoménes.
M. Newton a établi la Pefanteur de la
Lune & des Planettes , fans s'embarraller
des caufes de leur pefanteur qu'il a indifferemment
attribuées à une attraction
mutuelle , ou à une preffion quelconque .
Il a décomposé les modifications de la
lumiere pour trouver les principes fecondaires
des couleurs fans en chercher
les principes primitifs ; quoique , à la
verité ; trop prévenu en faveur dés experiences
, qu'un art plus induftrieux que
certain lui a fuggeré , & trop dédaigneux
pour celles que la nature offre à tous les
yeux attentifs .
L'Académie des Sciences a fuivi en

France
676 MERCURE DE FRANCE.
France la même route par les mêmes
motifs. Elle s'occupe tous les jours avec
fuccès à recueillir beaucoup d'obfervations
, & à fixer plufieurs découvertes
particulieres , dont le nombre , le concours
& la comparaifon donneront peutêtre
un jour à un efprit fyftematique
celle d'un fyftême general qu'elle fe propofe
, comme le fruit le plus glorieux de
fes travaux.
Toutes les autres Académies de l'Europe
, à nôtre exemple , s'occupent à l'envi
, & dans le même goût à perfectionner
la Phyfique , laquelle , a le bien prendre
, & dans fa juſte définition eſt l'Hiftoire
de la Nature.
Et en effet , Meffieurs , élevez à une
plus faine Philofophie , laiffons aux Ecoles
tout ce vain appareil d'hypothefes
avec quoi on fait expliquer bien ou mal
à de jeunes Ecoliers tous les Phenoménes.
Le vulgaire peut être la dupe de
leurs fictions , & admirer leur.babil ;
mais parmi les gens de bon fens les uns
rient de ces chimeres , & les autres craignent
avec raifon qu'elles ne gâtent l'efprit
de leurs enfans .
On admire les conquêtes des Phyficiens
modernes , & dans le vrai leurs entrepriſes
font admirables . Donnez - leur de
la matiere & du mouvement ( comme a dit
l'un
AVRIL 1725.
677
Fun d'entre eux , ) & ils vous feront un
monde.
Voulez - vous fçavoir pourquoi une
pierre tombe après avoir été jettée en
l'air. Attendez. Je fuppofe que la matiere
fubtile tourne autour de la terre en⚫ cercles
paralleles à l'Equateur. Mais répondrezvous
à ce difciple de Deſcartes , la pierre
tombera donc perpendiculairement à l'axe
, & non pas directement au centre de
la terre. Un moment , repliquera fon Collegue
; je fuppofe que par chaque pole du
tourbillon de la terre il entre un torrent de
matiere fubtile qui coule parallelement à
l'axe , & ainfi la pierre étant pouffée perpendiculairement
d'un côté , & parallelement
de l'autre..... Vous entendez le refte.
Je ne crois pas que le P. Caftel ſoit
jaloux d'une pareille methode , ni de femblables
découvertes.
(a) Non fumum ex fulgore , fed ex fumo dare
lucem
Cogitat , ut fpeciofa dehinc miracula promat.
Cet Auteur va d'abord terre à terre ,
& de proche en proche . Il obferve toutes
les parties de cet univers , tous les faits
tous les détails , it ne neglige rien ; il
paffe aux premieres combinaifons de ces
faits , il en déduit les premiers réſultats ,
(a) Horat. de art, Poët.
Lans
678 MERCURE DE FRANCE.
>
fans perdre jamais de vûë les regles les
plus fimples de l'Analyfe , ou plutôt, fuivant
toûjours les voyes même de la naz
ture , & les démarches naïves de nôtre.
efprit.
par-
Il remarque d'abord ( je vous prie
Meffieurs , de faire quelque attention à
ce précis de fon fýftême ) il remarque ,
dis-je , d'abord que chaque corps , chaque
globe de l'univers a fon centre ; la
Terre , la Lune , le Soleil , une pierre
un animal. Il prouve enfuite
que les
ties de la terre pefent vers le centre particulier
de la terre , celles de la Lune
vers le centre de cette Planette , & ainfi
de toutes les autres Planettes & Etoiles .
Delà il paffe aux tourbillons , & démontre
qu'ils fe diffiperoient fi leurs parties
ne pefoient pas vers un centre commun ;
par exemple , la Lune s'enfuiroit par
la
Tangente , fi elle ne pefoit vers le centre
de la terre , qui eft celui de tout fon tourbillon
; par la même raifon les fatellites
de Jupiter pefent vers le centre de cette
Planette , les tourbillons de toutes les
Planettes vers celui du Soleil , & enfin le
tourbillon du Soleil vers le centre de
l'univers .
Puis comparant la pefanteur qui tient
ces grands globes , & ces tourbillons ramaffez
avec la force qui réunit les parties
d'une
AVRIL 1725. 679
d'une pierre , il découvre une analogie
admirable entre la pefanteur & l'union
des corps , & de ces premiers réfultats il
tire encore ce merveilleux corollaire ,
que le rffort comme la chûte des corps ne
font que des dépendances de la même caufe,
c'est-à-dire, de la pesanteur.
11 reprend enfuite cette premiere
Theorie des centres . Il en montre la pluralité
, & puis l'univerfalité , & la fuite
de ces fpeculations lui fait conclure na--
turellement une des veritez les plus brillantes
& les plus nouvelles qui foient
dans fon livres c'est que ni la terre , ni le
Soleil ne font au centre précis du globe entier
de l'univers, que peut-être l'Etoile
que nous traitons de polaire occupe actuel ..
lement ce centre , s'il n'y a pas de plus gros
aftre que cette Etoile dans l'univers .
Il va un peu plus loin , & nous faitconfiderer
tous les corps & tous les
globes comme buttés les uns contre les
autres par le même effort qui les tient
réunis autour de leurs centres propres ,
Ainfi la force centripete generale qu'il
avoit obfervé d'abord fe trouve confonduë
, & n'être qu'une même choſe avec
la repulfion univerfelle.
fl revient encore à fon objet ; & en
y cherchant de nouveaux rapports , il
découvre comme une fuite neceffaire de
· la
680 MERCURE DE FRANCE.
la pesanteur , la realion qu'elle produit
dans tous les centres , & par- là il explique
facilement la generation primitive
d'un feu primigenie dans la terre , dans
le Soleil & dans tous les Aftres.
Ainfi après avoir approfondi tous les
raports de la pefanteur directe & reciproque
des corps , il ne lui refte plus qu'à
confiderer leur pefanteur relative. Là il
commence par obſerver l'inégalité de pefanteur
des divers corps vers leurs centres
communs . L'air peſe moins que l'eau ,
& l'eau moins que la terre vers le centre
de ce globe. La terre peſe plus vers le
centre de fon tourbillon que la Lune qui
y furnage. Jupiter pefe plus vers le centre
de fon tourbillon que fes fatellites , &
le premierfatellite pefe plus vers ce centre
que le deuxième , & celui- ci plus que les
autres. C'eft ainfi que la pefanteur relative
donne à chaque corps fa fituation
conftante dans l'univers .
Mais jufques où ce principe également
fimple & fecond ne le conduit -il point ?
Il paffe à examiner l'ordre & l'arrangement
primitifs de tous les corps eu
égard à la feule pefanteur refpective des
fubftances qui les compofent , & dans ce
point de vûë , il s'apperçoit que la tèrre
devroit fe tenir exactement ramaffée autour
de fon centre , & que l'ean & l'air
plus
AVRIL 1725. 681
plus legers que la terre devroient naturellement
l'enveloper par couches concentriques.
Cette premiere vûë le jette dans des
contemplations profondes de la Nature
qu'il définit excellemment en ce peu de
mots : la Nature , dit- il , n'eft qu'un nombre
de corps que la pefanteur place dans
des diftances bien mesurées . Faifant fans
doute allufion à ces paroles du Sage , qui
dit que Dieu a arrangé toutes chofes avec
nombre , poids & mefure . Il confidere
donc la fimplicité des mouvemens de cette
nature purement mécanique , lefquels feroient
de foi droits , fucceffifs , continus ,
uniformes ; mais qui étant détournez par
l'obftacle qu'ils fe font, doivent fe concerter
en un mouvement commun le plus
fimple qui eft le circulaire.
Delà il entre dans des recherches plus
profanes encore fur la Generation primitive
de l'Univers , fur l'exiftence & la
nature du cabos enfin , Meffieurs , à force
de creufer ces idées , de manier & de
remanier fa matiere , & en comparant les
loix certaines & invariables de l'équilibre
, que la feule pefanteur relative eut
établi parmi tous les corps , avec l'irregularité
de leur fituation prefente , il a
trouvé le Mécanisme en défaut ; & commençant
par où le Cartesianiſme a fini , il
C s'eft
682 MERCURI DE FRANCE.
s'eft élevé à un nouvel ordre de caufes
inconnu aux fiecles paffez , je veux dire
à des caufes libres & fuperieures au Mécanifme
, lefquelles en ont interrompu &
en interrompent encore l'action aveugle
& inévitable.
Le
Que penfez- vous , Meffieurs , de cette
Analyfe ? elle eft peut- être moins fpecieuque
la Synthefe de M. Defcartes' ; mais
eft-elle moins folide ? en eft - on moins
conquerant , s'il m'eft permis d'adopter
les expreffions brillantes de M. l'Abbé de
S. Pierre , pour être fage & mefuré dans
fesd émarches ? mais, indépendamment de
la folidité de cette methode , quel goût ,
Meffieurs , & quelles délices pour le
lecteur qui , conduit comme par la main ,
marche à côté de fon Auteur , & partage
avec lui le charme des nouveautez qu'il
découvre , quelquefois placé dans des
points de vûë où l'on lui fait appercevoir
comme dans un lointain le terme de fa
carriere , s'avançant toûjours vers le terme
, & toûjours flaté par l'efpoir d'y arriver
? voilà l'effet de l'Analyfe . La Synthefe,
au contraire, que nous prefente - t'elle
? ce ne font d'abord qu'énigmes & que
paradoxes ; on fe trouve tranfporté tout
coup dans un pays inconnus & puis
voilà un Docteur intereffé à établir fon
fentiment qui vient vous ramener avec
autoAVRIL
1725. 683
rité dans un pays tout connu . Pour moi ,
Meffieurs , il me femble voir une piece
de Theatre qui commence par le dénouëment
, & dont on vient enfuite me raconter
froidement l'intrigue.
Je fçais bien que prévenus de la maniere
de M. Defcartes , & de celle des
Ecoles où nous avons été élevez , nous
avons de la peine à nous faire à cette methode
fcrupuleufe & renversée , d'aller
des effets aux caufes immediates , & de
celles - ci aux caufes primitives ; & j'avouë
qu'en liſant le nouveau Traité de la
Pefanteur , l'efprit en cherche naturellement
la cauſe avec une forte d'inquiétude.
Mais après tout un lecteur attentif
peut-il la méconnoître dans cet cuvrage ,
& l'Auteur même a- t'il pû nous la cacher
parmi ce nombre infini de vûës &
de difcuffions qui s'y raportent ?
J'ai remarqué trois endroits principaux
dans fon Livre , où il declare bien
ouvertement , ce me femble , fa penſée
fur la caufe de la pefanteur. Le premier
eſt au 1. L. du T. 1. fect . 3. où l'Auteur
compare la caufe de l'union des corps durs
& de leur reffort avec celle de leur chûte.
Lefecond , c'eft prefque tout le 3. L. du
même tome , où il traite de la pesanteur
respective des corps & de l'équilibre de
Univers, & le troifiéme, c'eft le chap . 6.
C ij de
684 MERCURE DE FRANCE.
1
de la Generation duMonde,T. 2. L. 3. Mais
l'endroit où l'Auteur raffemble toutes
les premieres idées de la caufe de la pe-
Lanteur , c'est l'article de la nature specifique
des corps dans la table fyftematique
qui eft affurément un chef- d'oeuvre en ce
genre , & même un modele , pour le dire
en paffant , de la methode fynthetique où
l'on voit dans un ordre renverfé , & dans
un ftile didactique toutes les matieres de
cet ouvrage.
Les Cartefiens nous ont accoutumé à
envifager la caufe de la pefanteur par le
feul Phenoméne d'une pierre qui tombe ;
ils ont commencé par où il falloit finir ;
quoique Copernic & Kepler euffent dû
leur apprendre à jetter une vue plus generale
fur ce grand Syftême .
Jettez , dit nôtre Auteur , quelques
goutes d'eau & de Mercure dans un vaſe
plein d'huile où il y aura encore , fi vous
voulez, quelques bulles d'air. Ce Mercure
, cette eau , & cet air s'arrondiront ,
formeront de petits globes qu'il fera même
affez difficile de divifer , & fi vous
en détachez quelques parties , elles fe
réuniront avec le temps chacune à leur
Tout Homogene. Voilà , ce me ſemble
tout le fonds de fon fylême fur la caufe
de la Pefanteur. Car il eft vifible que l'Heterogeneité
de ces parties produit , & leur

rone
AVRIL 1725
685
rondeur , & leur pefanteur vers leurs
propres centres , & le retour des parties
qu'on en a détachées , & en un mot , tous
ces effets qui font fi analogiques au ſyſtême
prefent de l'Univers.
La queſtion ne confifte donc plus qu'à
fçavoir ce que c'eft que cette Heteroge
neité. L'Auteur ne fait point difficulté de
nous répondre qu'elle eft fondée fur la diverfité
de structure , de groffeur & de denfité
des dernieres parties , atomes ou molecules
; de même que l'Heterogeneïté de
l'huile , du mercure , de l'eau & de l'air
ne réſulte certainement que la differente
ftructure , grofleur & denfité des parties
qui compofent ces ſubſtances .
Qu'on brouille donc toutes ces fubftances
; qu'on brouille toutes celles de l'univers
; le même effet s'enfuivra ; elles
reprendront toutes leur place , & les
femblables fe réuniront avec leurs femblables
, comme le P. Caftel l'a prouvé
parfaitement au fujet de la nature , & du
débrouillement du cahos.
Au refte , ce n'eft point une vaine hypothefe
que cette figure diverfe qu'on
attribue aux atomes , puifqu'il eft évident
que l'Auteur de la nature n'a pû produire
, & divifer les parties integrantes
des corps differens fans déterminer
leur differente figure . Pour ce qui eft du
Ciij prin-
,
686 MERCURE DE FRANCE.
principe du mouvement de ces parties , il
doit être commun avec tous les fyftêmes,
& le P. Caſtel nous l'expliquera , fans
doute , dans la troifiéme partie qu'il nous
a promis d'ajouter à fon ouvrage.
.
Mais qu'eft- ce qui fait tomber une
pierre ? car c'eft- là le Phenoméne favori
de la pefanteur.
Avant de vous répondre , permettezmoi
, Meffieurs , de vous faire à mon tour
quelques queftions qui vont mettre celle
qu'on me propofe , & la maniere de philofopher
de nôtre Auteur dans un jour
affez lumineux .
Perfonne de vous n'ignore la fituation
des globes celeftes dans nôtre tourbillon .
Le Soleil eft à peu près au centre , vient
enfuite Venus, & puis Mercure , la Terre
eft au-deffus avec la Lune fa fidelle compagne
; Mars roule après dans fa longue
Ellypfe fuit le grand Jupiter , efcorté
de quatre Satellites ; & enfin le gros Sa- ..
turne avec fon large anneau. Je ne fçais
fi vous approuverez l'idée familiere , fous
laquelle je me reprefente avec un habile
Aftronome nommé Rheita la fituation de
tous ces globes differens. Mettez du Mercure
dans un vafe de verre , & jettez-y
un globe d'or ; verfez fur ce Mercure de
l'eau de fontaine , & jettez y un globe
de bois ; fur cette eau verfez doucement
du
AVRIL 1725: 687
fur
du vin , & jettez- y un globe de cire ,
ce vin versez de l'huile , & jettez -y un
globe de liege , & dans l'air qui reſtera ,
fuppofez un fetu qui voltige. Voilà une
image naïve de tout le fyftême du Ciel ,
& même de l'Univers. C'eft avec le fecours
de cette idée que je vous prie maintenant
de répondre aux queſtions fuivantes
:
Qu'arriveroit- il fi l'on mettoit la Terre à
la place du Soleil , Venus à la place de
Mars , Mercure à la place de Jupiter , &
La Lune à celle de Saturne ? Mais à quoi
bon ces questions , direz - vous ; je vous
le ferai voir dans un moment, Meffieurs ;
& en attendant, repofez vous fur moi , je
vous fupplie , du foin de vous ramener
à mon but. Qu'arriveroit- il enfin de ces
dérangemens & de ces tranfpofitions ? fi je
vous avois demandé ce qui arriveroit , fi
dans le vafe de verre dont je vous ai parlé
on tiroit le globe d'or du Mercure , &
qu'on l'élevât dans l'air , fi l'on ôtoit de
l'eau le globe de bois , & qu'on le mit
dans l'huile à la place du liege , & fi enfin
on plongeoit dans le Mercure le globe
de cire vous m'euffiez tous répondu
fans balancer, que l'or redefcendroit dans
le Mercure , & le bois dans l'eau , que la
cire remonteroit dans le vin , & le liege
dans l'huile , & tout cela à caufe de la
C iiij pro688
MERCURE DE FRANCE.
proportion de pe fanteur ou de legereté
qui fe trouve entre ces liquides & ces
corps divers or de la même maniere , &
par une raifon femblable , le P. Caftel nous
répondra que la Terre & le Soleil , Mars
& Venus , Jupiter & Mercure , la Lune
& Saturne tranfpofez , comme j'ai dit ,
reprendront auffi les places. , où leur nature
fpecifique cy- deffus expliquée les a
fixez des te commencement .
Encore une queſtion , Meffieurs , fi la
Terre feule étoit tirée de la place où elle
eft , & qu'on la raprochat de la Lune
qu'arriveroit-il ? il n'y a pas de difficulté ,
me direz -vous , elle s'en éloigneroit aufſitôt
, & reprendroit fa place. Mais fi après
l'en avoir ainfi éloignée on la retenoit en
l'airpar quelque espece de crochet, qu'arriveroit-
il ceci eft un peu plus difficile ;
' mais enfin, puifque la terre ne peut revenir
toute entiere à fa place , ni refter où
elle eft , elle y reviendra feparément &
par lambeaux , comme un mur ſuſpendu
en l'air par des étais tombe à la longue
par pieces détachées fur la terre. Mais
encore fi dans la fituation où la Terre eft
aujourd'hui on venoit à en féparer la moitié
, qu'est- ce qui arriveroit ? Il n'y a pas
de doute , la moitié feparée fe réuniroit à
l'autre. Etfi on n'en détachoit qu'une montagne
, qu'arriverait - il ? Il n'y a pas ¿
hefiter ,
AVRIL 1725. 689
heliter , la montagne reviendroit fur la
terre. Mais fi on n'en détache qu'une
pierre ?
Nous voilà au fait , Meffieurs , qu'en
penfez-vous ? la pierre fe réunira auſſi à
la terre, & pourquoi ? par la même raifon
qu'une moitié de la terre étant feparée
doit le réunir à l'autre ; que la terre
entiere tirée de fa place doit y revenir ,
tout à la fois ou par pieces ; par la même
raifon que le Soleil mis à la place de la
Terre doit retourner au centre du tourbillon
, & la terre s'en éloigner de la diftance
où elle eft ; par la même raiſon encore
que le Mercure fe tient feparé de
l'eau , l'eau de l'huile , l'huile de l'air ,
& que tous ces liquides divifez fe réüniffent
avec eux - mêmes , ou pour le dire
en un mot , & remonter tout d'un coup
au principe general , parce qu'il eft de la.
nature fpecifique des corps , c'eft -à- dire
de la differente ftructure de leurs parties
que les corps heterogenes fe repoussent juf
qu'à un certain point , & que les homor
1 genes fe raprochent.
Vous voyez , Meffieurs , que la répon
fe à la queftion propofée , pourquoi une
pierre tombe , dépend de toute la fuite du
fyftêine general , & qu'elle en eft même
le dernier réfultat . L'euffiez - vous crû ??
du moins les Cartefiens ne l'ont pas même:
ima
690 MERCURE DE FRANCE .
imaginé , & il faut avouer qu'en ce point ,
comine en beaucoup d'autres , ils n'ont
gueres vû que la furface des chofes. Ce
n'eft pas qu'on ne puiffe affez facilement
pouffer plus loin la fuite des raiſonnemens
que je viens de faire , & difcuter
de plus près la Mécanique des mouvemens
qui fe concertent pour faire tomber
une pierre ; j'aurois même pû fort aifément
appuyer chacune de mes propofitions
d'un grand nombre de preuves , &
vous montrer le raport fenfible qu'elles
ont avec les homeomeries d'Anaxagore ,
les Affemblemens d'Empedocle , l'harmonie
de Pythagore , la Doctrine de Copernic
, de Kepler , de Galilée , enfin de M.
Newton , & des meilleurs Philofophes
anciens & modernes ; mais je me fuis borné
à faifir l'efprit general du fyftême , &
à tâcher de placer les principes dans cet
ordre de confequence & d'analogie d'où
réfulte naturellement la perfuafion.
Après cet expofé fimple & fidele de la
methode analytique de nôtre Auteur que
j'ai tâché de juftifier d'abord par ellemême
, & enfuite par le détail des découvertes
qui en ont été le fruit , vous fentirez
, Meffieurs , qu'elle n'eft nullement
incompatible avec les préceptes d'ordre
& de clarté que M. l'Abbé de S. Pierre
éxige dans les ouvrages.
AVRIL 1725. 691
Je conviendrai pourtant fans peine
qu'en matiere de Phyfique cette méthode
ne peut être auffi feche , & auffi décharnée
qu'en Geometrie , & dans le calcul..
J'avouerai même à M. l'Abbé de Saint
Pierre que la multiplicité des raports que
la neceffité d'un fyftême immenſe a engagé
l'Auteur à confiderer feparément ,
que le nombre infini de difcuffions où il
a été obligé d'entrer , & qu'enfin la fecondité
naturelle de fon genie toûjours
rempli de nouvelles vûës , & de l'Hiftoire
de la nature ont enſemble contribué
à rendre la fuite de fon ouvrage moins
fenfible ; mais après tout nous lui fommes
affez rede vables de fes découvertes .
Four ne pas plaindre la peine de nous les
approprier par nos réflexions & par nôtre
étude. Un efprit Createur eft un geant
qui va à grands pas ; il ne connoît point
une démarche fi meſurée , ni fi metho
dique .
Cette réflexion me çonduit naturelle
ment à la feconde partie des obfervations
de M. l'Abbé de S. Pierre qui roulent
fur la maniere dont le P. Caftel a
traité fon fujet. Ce fçavant, Abbé trouve
fon ftile un peu trop Geometrique , &
peu afforti à la portée du commun des
lecteurs.
Je ne fuis point encore tout- à- fait de
C vj
се
692 MERCURE DE FRANCE.
ce fentiment , & quoiqu'en Phyfique je
ne vouluffe point proceder comme la
plupart des Anglois avec ce redoutable
appareil de calcul & de Geometrie que
nôtre pareffe a plus d'une fois érigé en
démonftration ; cependant je voudrois
que le Phyficien ne commençat que là
où finit le Geometre . Je voudrois que
dans la contemplation de cet univers , &
dans la recherche curieuſe de fes Phenoménes
le Phyficien nourri de l'efprit de
la Geometrie en eut toûjours prefentes la
fimplicité , la methode , la folidité , l'évi
dence , l'amour du vrai , & qu'il fçût:
même à propos appliquer au réel éxiſtant:
Les regles abftraites du poffible.
1
Je crois , Meffieurs , fans flaterie que
c'eft-là ce qu'a fait nôtre Auteur. Peu de
Phyficiens ont été auffi Geometres que
lai ; mais nul Geometre , à mon avis ,
n'a fçû comine lui feparer l'efprit & la
fubftance de la Geometrie , de la dégoû→
tante fuite de calcul & de figures qui
l'environnent.
"
M. l'Abbé de S. Pierre ajoûte & ne
ceffe de redire au P. Caftel , qu'il doit
abbaiffer fon ftile à la portée du commun
des lecteus , & même des ignorans ; Malherbè
, continue- t'il , lifoit fes Odes àfa
Lervante..
Mais de bonne-foi cette fervante goû
toit
AVRIL 1725.
393
tet-elle bien l'art , & le fublime défor
dre d'une Ode ? entendoit- elle bien les
allufions que cet excellent Poëte faifoit
fouvent aux traits de l'Hiftoire & de la
Fable les plus recherchez ? & M. l'Abbé
de S. Pierre lui -même pourroit- il bien
abbaiffer à la portée d'une fervante les
profondes vues de Politique qu'il a déja
propofées au gouvernement , & qu'il
médite encore ?
C'est dans la maniere de démontrer qu'a
excellé Descartes , pourfuit M. l'Abbé de
S. Pierre il a fait un établiſſement folide
dans la Piyfique , parce qu'il s'attacha à
démontrer fes découvertes à un grand nom
bre d'ignorans , mais d'un efprit attentif
J'eftime infiniment le genie & la maniere
de M. Defeartes. Il a fait mes premieres
délices , & dès l'âge de ſeize à
dix- fept ans j'ai paffé affez fouvent la
meilleure partie des nuits fur fa Metaphyfique
, & fur les principes ; mais c'eft
un point de fait qu'on commence plutôt
à entendre le fyftême du P. Caftel qu'on
n'a commencé à entendre celui de M.
Defcartes. Il n'y a qu'à lire les objections
qu'on lui fit . Quelle nuée de fauffes idées,
de difficultez extravagantes , de fots préjugez
? Ses propres difciples donnoient à
gauche ; témoin celui qui pour faire mon--
tre de fon zele & de fon intelligence:
écrivit
694 MERCURE DE FRANCE .
écrivit à M. Defcartes , qu'il avoit vû de
fes propres yeux la matiere fubtile à la
faveur d'un rayon du Soleil qui perçoit le
volet de fa fenêtre .
La premiere invention eſt toûjours accompagnée
d'une certaine profondeur de
ftile , d'une nouveauté d'expreffions & de
points de vûë , d'une complication enfin
d'idées & de raports qui ne la rendent
point acceffible au premier abord . M.
Defcartes a eu des Robaults , des Regis ,
& bien d'autres difciples qui ont pris foin
de populariser en quelque forte fes découvertes
; comme les conquerans après.
avoir fubjugue un vafte pays ont des
Miniftres deftinez à établir ; & à faire
goûter le nouveau gouvernement. Le P.
Caftel aura auffi des difciples , & je connois
déja un nombre d'efprits laborieux
paffionnez amateurs du vrai & du nouveau
, qui fe flatent d'avoir faifi l'efprit
de fon fyftême , & qui fe font un honneur
auffi bien que moi de faire fentir aux
autres ce qu'ils fentent eux- mêmes .
Ce n'eft pas que l'ouvrage de nôtre
Auteur foit exempt des difficultez des
premieres découvertes .
J'ai éprouvé d'abord autant qu'un autre
toute la force des préjugez contraires
, & peut - être ne fuis -je point encore
délivré de tous les retours de l'humanité .
Je
AVRIL 1725.
395
Je dis plus , Meffieurs , le nouveau fyftéme
eft fufceptible, fans doute , d'une jufte
critique. Mais comme les genies inventeurs
fe font élevez au- deffus des opinions
vulgaires pour le frayer de nouvelles
routes , la critique qu'on en fait
doit auffi être bien differente des regles
ordinaires ; & voilà le fecond point que
je m'étois propofé de difcuter ici , & de
foumettre au jugement de cette fçavante
affemblée ; ce font encore les Obfervations
generales de M. l'Abbé de S. Pierre
qui ont donné naiſſance à ces réflexions.
On donnera le refte de ce Difcours dans
le Mercure prochain.
696 MERCURE DE FRANCE:
********
XXXXXXXX
A M. l'Evêque de Bazas , cy- devant
Précepteur du Duc de Bourbon , & du
Comte de Charollois , fur la ceremonie
defon Sacre.
OD E.
Lluftre Eleve du Parnaffe ,
I Llu
Dont les accords harmonieux
Ont fçû plaire à des demi Dieux ,
Plus craints dans les combats que le Dieu de
la Thrace ; *
Souffre que ma Mufe en ce jour ,
D'un peuple dont tu fais l'amour ,
Vienne te preſenter à l'hommage :
Jufqu'à ce bienheureux moment
Qu'un reſpect peut être trop fage ,
A retenu captiffon tendre empreffement..
Un Prélat qui faifoit fa joye ,
Tombant fous les coups de la mort »
Par le plus déplorable fort ,
* Monſeigneur le Duc de Bourbon , & M.
LeComte de Charollois.
La
AVRIL 17238 697
L'a de mille chagrins rendu la trifte proye.
Cet
inconfolable troupeau ,
Jufque dans la nuit du tombeau ,
Voudroit fuivre un Paſteur qu'il aime s
Tout fent de fi juftes douleurs ,
Et l'on voit la Garonne méme
Groffir fes flots altiers du torrent de fes pleurs
$
Le tendre gazon des prairies ,
Pour ce troupeau n'a plus d'appas ,
Les fleurs qui naiffent fous fes pas
Ne peuvent diffiper fes triftes revêries.;
Ni l'onde pure des ruiffeaux ,
Ni le doux fon des chalumeaux ,
Ne fçauroient adoucir fa peine :
Que le Soleil ait fait fon cours ,
que l'aurore le ramene , Ou
Sa douleur change en nuit l'éclat des plus
beaux jours.
Sans ceffe errant à l'aventure ,
Dépourvû d'un guide éclairé ,
Il va d'un pas mal aſſuré ,
Il croit des Loups cruels devenir la pâture.
Dieu
698 MERCURE DE FRANCE.
Dieu protecteur de l'innocent
Qu'un effort de ton bras puiffant ,
Termine aujourd'hui fa mifere ,
Daignez donner à fes defirs
Un Paſteur , ou plutôt un pere
Digne de remplacer l'objet de fes foupirs.
Confolez -vous , troupeau fidele .
Le Ciel vient d'exaucer vos voeux ,
Oui ; par le choix le plus heureux ,
Tout va prendre chez-vous une face nouvelle ;
Touché de vos lugubres cris .
Parmi les plus rares efprits ,
Qui font l'ornement de la France ,
Louis vous choisit un Paſteur ,
Tout doit changer par fa prefence ,
C'eft à lui de finir vôtre jufte douleur.
Loin d'ici l'aveugle caprice ,
Qui pour couronner un beau fang ,
Place fouvent au premier rang
La molleffe , l'erreur , l'ignorance , ou le vice .
Mongin , c'eſt ta ſeule vertu ,
Qui
AVRIL 699
17258
Qui dans ce jour t'a revêtu
D'un éclat faint & refpectable ;
Si Louis te donne un emploi ,
Aux Anges même redoutable ,
C'eſt ton merite ſeul qui fait agir ton Roi,
Cheri de la Troupe fçavante ,
On te vit dès tes premiers ans
Charmer les oreilles des Grands ,
Par le miel qui couloit de ta bouche éloquente
Plus perfuafif que ce Neftor ,
Plus vertueux que ce Mentor ,
Dont on nous vante la fageffe ,
Tu fçûs par des talens fi beaux ,
Des Condé regler la jeuneſſe ,
C'eft peu de les chanter , tu forme les Heros .
* Si le grand Prince qui partage
Les foins du Trône avec Louis ,
Conferve la fplendeur des Lys ,
Et fait du vieux Janus revivre l'heureux âge ?
Si par fon affabilité ,
* M. le Duc , Premier Miniftre,
Par
506141
700 MERCURE DE FRANCE,
Par fa genereuſe bonté ,
Il nous fait benir fa puiffance :
Tout l'état prend part à l'honneur ' ,
Que te rend fa reconnoiffance ,
L'unté doit fes vertus , & l'autre fon bonheur.
Mais déja commence la fête ,
D'un jour pour toi fi glorieux ,
Redouble tes chants gracieux ,
Mufe, annonce partout la pompe qui s'apprête
Accourez , aimable troupeau .
Pour vous un ſpectacle fi beau ,
Sans doute aura de puiffans charmes ;
Tout doit ici vous confoler ,
S'il vous échappe quelques larmes ,
Que ce foit le plaifir qui les faffe couler.
Que vois-je ? par le miniftere
D'un Pontife Religieux ,
Vôtre Paſteur reçoit des Cieux ,
Des oingts de l'immortel le facré caractere.
Sorti du celefte féjour ,
L'Efprit Saint , le divin amour ,
Dans
AVRIL 701 1725.
Dans un tourbillon infenfible ,
Déja vient embrafer fon coeur
Du feu de la grace invifible ,
Itjufques dans fes yeux en fait briller l'ardeu
J'apperçois en fes mains facrées
Le Symbole de fon pouvoir :
Revenez à vôtre devoir ,
Brebis , qui du Bercail vous êtes égarées.
Mais vous , qui jamais de l'erreur ,
Ne fuivites l'appas trompeur ,
Que fa houlette vous raffure ,
Elle n'eft donnée au Berger ,
Que pour foutenir la Foi pure ,
Pour reprimer le crime , ou bien pour le
venger.
Pafteur , en genereux Athlete ,
Faites les guerres du Seigneur ,
Troupeau , fuivez vôtre Pafteur ,
It ne quittez jamais l'ombre de fa houlette.
Uniffez -vous pour triompher ,
D'un monftre qu'il faut étoufer ,
Dès le moment de fa naiffance ,
La
702
MERCURE DE FRANCE.
La gloire fuivra vos travaux ,
Et Dieu fçaura pour récompenfe ,
Les couronner un jour d'un éternel repos.
洗洗洗汽汽淡淡淡:洗洗洗洗洗淡淡茶造
LETTRE de M. D. S. H. à M ***
Membre de la Societé Litteraire de
Châlons en
Champagne ..
J
E ne trouve rien de plus intereffant ,
Monfieur pour la République des
Lettres que
l'établiffement des Compagnies
,, qui n'ont pour fondement & pour
but que l'utile & l'agréable , le vrai &
le fublime. Quelle gloire pour nôtre fiecle
de voir d'un côté les principales Villes
du Royaume former à l'envi de ces
Societez , de l'autre les perfonnes les
plus diftinguées de l'Etat , excitées par
Î'exemple de nos auguftes Monarques ,
fe faire honneur d'en être les protecteurs
& les affociez . La France rivale de Rome
poffede des Scipions , des Lælius , des
Cefars & des Mecénes , dont les vertus
militaires & politiques font jointes à
l'amour des Lettres.
Mais , Monfieur , l'utile & l'agréable ,
le vrai & le fublime ne doivent jamais fe
feparer dans ces Societez , leur affemblage
AVRIL 1725 .
703
blage en fait toute la perfection .
Omne tulit punctum qui miſcuit utilė dulci.
Il y a des Sciences & des Arts , dont le
principal objet eft de plaire : telles font la
Poëfie & l'Eloquence . Quoique ces Sciences
& ces Arts ne perdent rien de leur
élevation lorfqu'elles fe renferment dans
l'agréable & le fublime ; cependant elles
acquierent un nouveau degré de grandeur
, lorfqu'elles y fçavent joindre l'utile
& le vrai,
Il d'autres Sciences dont tout l'oby
a
jet eft d'inftruire : ces fciences ne s'attachent
qu'au vrai , telles font la Phyfique
, les Mathematiques , l'Hiftoire , la
Critique , quoiqu'elles n'atteignent pas
toûjours leur but ; cependant celui qui
s'y applique ne cherche que la verité
& fes efforts font affez payez lorfqu'il a
l'avantage de la trouver.
Și la nature a formé quelquefois de
ces hommes merveilleux , dont le genie
a embrailé ces diverfes Sciences & ces
Arts differens , ce font des prodiges qu'el
le à peine à reproduire elle - même dans
l'espace de plufieurs fiecles. Plus induftrieux
que les Grecs & Romains , nous
avons formé des Societez , où les talens
réünis reparent ce défaut de la nature
quelquefois avare de ſes dons ,
CB
704 MERCURE DE FRANCE.
Ce ne feroit donc pas , Monfieur , remplir
l'idée de nôtre fiecle , que d'établir
des Compagnies où l'on negligeat les Sciences
qui tendent au vrai & à l'utile , pour
ne s'appliquer qu'à cette efpece de Poëfie
& d'Eloquence qui fe borne au grand
& à l'agréable. La mediocrité , fupportable
dans tout le refte , enfante le dégoût
dans ces deux genres d'écrire . La nature
feule peut former des Poëtes , on en peut
dire prefque autant des Orateurs , & fi
les Societez n'étoient compofées que de
femblables fujets , la plupart feroient
bien-tôt défertes . Pour un Demofthéne ,
& un Ciceron , dont les ouvrages ont
percé l'obſcurité des fiecles , que d'Orateurs
inconnus ! Pour un Homere & un
Virgile , pour un Pindare & un Horace,
que de Poëtes dans l'oubli !
Confules fiunt quotannis , & novi Pontifices ,
Bolus aut Rex aut Poëta nafcitur.
On ne connoît cependant , Monfieur ,
la Societé Litteraire de Châlons que
par ces fortes d'ouvrages de Poëfie &
d'Eloquence. Il eft vrai que vos Meffieurs
ont difputé dans ces deux genres
les prix des Académies les plus celebres ;
les Journaux Litteraires font remplis de
Pieces de Vers échapées de leurs mains ;
j'en ai admiré quelques- unes avec tout
Paris ;
AVRIL 1725. 705
Paris ; mais vous me permettrez de vous
dire , avec la franchife que vous me connoiffez
, qu'à l'égard de plufieurs autres
on feroit prefque tenté de croire qu'alors
le vin de Champagne ne valoit pas l'eau
d'Hypocréne .
Les vrais Citoyens de la République
des Lettres ont pris part à vos commencemens
; ils fe font informez dú merite
& de la qualité des perfonnes qui compofent
vôtre Societé ; ils ont fçû que
plufieurs de vos Meffieurs font Docteurs
de Sorbonne , Chanoines de l'Eglife Cathedrale
, que d'autres font dans la Magiftrature
, & que vous êtes tous des perfonnes
diftinguées par vos vertus , & par
vos talens.
On feroit furpris , Monfieur , qu'une
Societé fi bien compofée , prit pour unique
objet de fes affemblées , ce qui ne
doit faire que l'amufement des honnêtes
gens ; on croit que l'étude & les veilles
de vos Meffieurs doivent avoir pour but
des matieres plus dignes de leur caractere
, & plus utiles au Public.
La République Litteraire a droit d'attendre
de vos illuftres confreres des ouvrages
plus importans ; elle fouhaite voir
fortir de leur plume une Hiftoire de
Champagne , ou une Hiftoire de la Ville
ou de l'Eglife de Châlons . Vous devez
D par
706 MERCURE DE FRANCE.
par inclination & par reconnoiffance ce
tribut à vôtre Patrie : fi prefque toutes
les Villes du Royaume ont trouvé dans
leur fein des Auteurs qui les ont fait
connoître, la vôtre, décorée d'une Societé
Litteraire , pourroit- elle ne pas imiter
un fi bel exemple ?
Quoique nous foyons déja redevables
M. Baugier , vôtre Concitoyen , dẹ
nous avoir donné des Memoires fervant
à l'Hiftoire de vôtre Province ; cependant
une Compagnie comme la vôtre de
vroit perfectionner ce qu'il n'a fait qu'ébaucher.
Ramaffez donc des materiaux ,
ouvrez vos archives , foüillez dans les
Chartes des Compagnies de l'Eglife &
de la Robbe de vôtre Ville , lifez les anciens
Hiftoriens , lifez les modernes , confrontez
, conciliez enfemble toutes ces
autoritez quelle abondante matiere pour
vôtre Critique ! quelle fource plus féconde
de Differtations auffi curieufes
qu'inftructives ! ne donnez rien à la précipitation
, ne vous laiffez point abattre
par la peine & le travail , la verité fera
le fruit de vos recherches ; qu'elle plus
noble récompenfe ?
Pardonnez - moi , Monfieur , cette leçon
, j'inftruis mes Maîtres ; mais j'ofe
vous affurer que je ne fuis que l'écho des
gens de bon goût , qui feroient fâchez de
voir
AVRIL 1725. 707
voir que des perfonnes comme vous paruflent
préferer l'agréable à l'utile. J'ai
l'honneur d'être , Monfieur , avec une
finguliere confideration , vôtre très humble
, & très -obéillant ferviteur D. S. H.
A Paris , ce 20. Mars 1725.
SONNET fur les Bouts - rimez propofez.
Ai beau ronger mes doigts du mot de
J'AI
Cornaline
Comment d'un tour aifé tomber fur Balda-
Pour me mieux exercer celui de
Par un caprice étrange eſt ſuivi d'
quin ?
Vilbrequin ,
Aveline.
De tous ces mots d'ailleurs quel raport à Berline
?
Le fou , qui tout exprès pour rimer à Touquir
Palanquin . Et me pouffer à bout , a choifi
Fut- il pendant l'Hyver vêtu de Papeline !
Quel heureux ftratagême , incommode Ciſeau
Te pourroit dans ces vers lier avec Oifeau !
J'y fuis : un même trait vient d' , ' er Mouf
tache.
Dij
Mais
708 MERCURE DE FRANCE.
Mais,quoi ! ma plume encor s'arrête à Sobriquet?
Si je puis une fois avoir rempli
Pistache ,
On me verra bien-tôt fortir du Tourniquet.
jkjkjkjkkakakakakakakakaitik
LETTRE de M. Vergier à Mad.
d'H. *** 1689 .
Es nouvelles que vous m'avez fait
LP'honneurde m'apprendre , Madame ,
m'ont fait un extrême plaifir ; & ce qui
m'en a fait davantage , eft de les avoir apprifes
par vous. Depuis vôtre Lettre , j'ai
reçû celle qu'elle me faifoit efperer ; il
n'y a que le pouvoir que vous donnent
fur leurs volontez ceux qui vous voyent,
qui eut pû engager l'homme en queſtion
au violent effort d'écrire cette Lettre ,
& il n'y a non plus qu'une bonté auffi
grande que celle que vous avez pour moi
qui eut pû engager quelqu'un à tous les
foins qu'il a fallu que vous vous foyez
donnez pour l'obtenir. Vous voyez parlà
, Madame , que je connois tout le merite
de cette operation , & vous devez
juger en même temps quelle en eſt ma
reconnoiffance.
Je m'ois vanté avec affurance que
j'aurois l'nonneur de vous voir cet Hiver,
parce
AVRIL 1725: 709
parce que j'avois compté que le Miniftre
n'auroit jamais celle de me refufer un
congé après deux ans d'affiduité dans le
Port ; mais il m'a prouvé très - démonftrativement
que les Miniftres ont beaucoup
plus d'affurance que les efclaves qui
fervent fous l'honneur de leurs ordres
car il me l'a refufé . Il faut prendre patience
, & même fans murmurer ; je
n'ai aucune volonté fur tout ce qui s'appelle
mon devoir : je fens bien cependant
ce qui me feroit plus agréable , &
je me contente dans ces cas- là de tourner
timidement mes regards du côté qui
me plaît le plus , il y a pourtant une partie
de moi que toute l'autorité du minif
tere ne fçauroit retenir dans les fers
où elle retient le refte de ma perfonne ;
c'est mon coeur qui malgré tout autre
pouvoir vole fans ceffe auprès de vous ,
& qui ne vous quitte jamais ; auffi quand
le Miniftre pourroit l'empêcher de fe
tenir- là , je crois qu'il ne devroit pas le
faire , puifque c'eft dans cette Ecole ,
mieux que dans celle des Philofophes ,
qu'il prend les principes de vertu , &
qu'il fe remplit des fentimens de droiture
, de fincerité , de fermeté , d'élevation
& de defintereffement , qu'il feroit neceffaire
qu'euffent tous ceux qui font
Diij char710
MERCURE DE FRANCE .
chargez dans le fervice du Roi d'emplois
de quelque confiance.
M. vôtre frere m'a fait l'honneur de
m'écrire de l'armée depuis la derniere
action où il s'eft trouvé ; ainfi j'étois
par - là bien affuré qu'il n'avoit pas l'honneur
d'être parmi les morts , ni parmi
les bleffez . Vôtre témoignage , Madame,
ne m'a pourtant pas été inutile , l'on ne
fçauroit trop fe raffurer fur de pareilles
craintes ; & d'ailleurs je ne fçaurois vous
dire pour quelle raiſon , mais je crois ne
bien fçavoir que ce que je tiens de vous :
en verité , Madame , voilà un vilain métier
qu'il fait-là , & qu'il devroit bien
quitter.
Qu'il laiffe ce métier ingrat & dangereux ,
Aux avides Gafcons , ou pareils malheureux ,
Que la faim fait fortir du fond de leurs Provinces
,
Qu'il foit tranquillement la dupe dans Paris
Des Amarantes , des Cloris ,
Et qu'il ne le foit plus des interefts des Princes.
C'eft un grand malheur d'être attaché
à un homme pour qui l'on a fans ceffe
de pareilles frayeurs à effuyer , & je
vous confeillerois prefque de ne l'aimer
plus , auffi bien je crois que je l'aimerois
aflez
AVRIL 1725: IT
une .
affez pour vous & pour moi j'ai l'honneur
de vous envoyer , Madame ,
copie de la derniere Lettre en vers que
j'ai écrite à M. de Pontchartrain ; vous
la trouverez un peu gaillarde , mais ce
n'eft pas ma faute , mes amis & M.......
d'H..... tout le premier , ont tant applau
di aux autres fottifes pareilles que j'ai
écrites par le paffé , que pour leur plaire,
je me fuis fait un genre d'écrire naturel
de celui - là .
J'ai reçu une grande Lettre du bon
homme la Fontaine , il me marque qu'il
ne vous la fera pas voir , parce qu'il n'en
eft pas content , & qu'il ne la trouve pas
digne de la délicatele de vôtre goût.,
Je vous dirai franchement que je la trouve
de même ; & pour la même raiſon je
le prie de ne pas vous montrer la réponſe
que je lui ai faite ; cè font de part
& d'autre cas honteux qu'il faut au moins
fçavoir cacher aux autres , quand on a eu
la foibleffe de fe les permettre ; ce qu'il
y a de meilleur dans fa Lettre , eft qu'il
me marque qu'il va paffer fix femaines
avec vous à la campagne : voilà un bonheur
que je lui envie fort , quoiqu'il ne
le reffente gueres ; & vous m'avouerez
bien , à vôtre honte , qu'il fera bien
moins aife d'être avec vous que vous ne
le ferez de l'avoir ; fur tout fi Mile de B.
D iiij vient
712 MERCURE DE FRANCE.
vient vous y rendre vifite , & qu'il s'a-.
viſe d'effaroucher fa jeuneffe fimple &
modeſte par fa naïveté , & par les petites
façons qu'il employe quand il veut
careffer de jeunes filles .
Je voudrois bien le voir auffi ,
Dans ces charmans détours que vôtre Pare
enferre ,
Parler de paix , parler de guerre ,
Parler de vers , de vin & d'amoureux fouci ,
Former d'un vain projet le plan imaginaire ,
Changer en cent façons l'ordre de l'univers.
Sans douter propofer mille doutes divers ,
Puis tout feul brufquement s'écarter d'ordinaire
,
Non pour rêver à vous , qui rêvez tant à lui ,
Mais pour varier fon ennui.
Car vous fçavez , Madame , qu'il s'ennuye
partout , & même , ne vous en déplaiſe
, quand il eſt auprès de vous , ſurtout
quand vous vous avifez de vouloir
regler ou les moeurs , ou la dépenfe . Je
fuis , & c.
ETAAVRIL
1725.
713
ÉTABLISSEMENT d'une Compagnie
de Chevaliers de l'Oifeau Royal dans
la Ville de Chartres , & réjoüiſſances
faites à cette occafion . Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure le 13. Mars 1725.
Ous
V de faire partau Public de ce qui fe
prenez tant de foin , Meffieurs,
paffe de confiderable dans le monde ,
pourvû qu'on vous en donne la premiere
connoiffance , que je ne fais aucune difficulté
de vous marquer le détail d'un établiffement
qui s'est fait ici depuis quelque
temps fous le titre de COMPAGNIE DE
CHEVALIERS DE L'OISEAU ROYAL . Je
commence , Meffieurs , par vous envoyer
la copie des Lettres Patentes qu'il a plû
au Roi de nous accorder par la protection
de Monſeigneur le Garde des Sceaux ,
Gouverneur & Grand- Bailly de Chartres
.
Lettres Patentes portant établiffement
d'une Compagnie de Chevaliers de l'Oifeau
Royal da s la Ville de Chartres .
LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
France & de Navarre , à tous prefens &
à venir , falut. Les principaux habitans
de nôtre Ville de Chartres , nous ont fait
DV repre714
MERCURE DE FRANCE .
reprefenter , qu'il y a cy- devant été établi
dans ladite Ville , fous l'autorité des
Rois nos prédeceffeurs , une Compagnie
d'Arbaleftriers & d'Arquebufiers , connuë
depuis quelque temps fous le nom
de Chevaliers de l'Oifeau Royal ; mais
que n'ayant pas d'Officiers à leur tête
en état de la foutenir , & d'ailleurs étant
compofée de fujets du menu peuple , elle
eft prefque entierement abandonnée ; ainfi
que la maifon & jardin deftinez à des
exercices fi utiles pour les former aux
armes , & les mettre en état de nous
mieux fervir , ils nous auroient fait fupplier
, en fupprimant , en tant que befoin
feroit , ladite ancienne Compagnie , de
leur accorder nos Lettres Patentes d'établiffement
d'une nouvelle , fous le titre
de CHEVALIERS DE L'OISEAU ROYAL ,
conformément aux Statuts qu'ils nous ont
fait prefenter , avec le confentement des
Officiers Municipaux du cinq de ce mois.
A CES CAUSES Voulant favorablement
traiter les Expofans , de l'avis de nôtre
Confeil , & de nôtre grace fpeciale , pleine
puiffance , & autorité Royale , nous
avons , en tant que befoin feroit , fupprimé
, & par ces preſentes fignées de notre
main , fupprimons l'ancienne Compagnie
d'Arbaleſtriers , Arquebufiers de ladite
Ville de Chartres , & par ces mêmes
AVRIL 1725 . 715
mes prefentes nous avons permis , & permettons
aux Expofans de former une
nouvelle Compagnie fous le titre de
CHEVALIERS DE L'OISEAU ROYAL qui
fera compɔfée d'un Capitaine , d'un Lieutenant
, d'un fous -Lieutenant , d'un Enfeigne
, d'un Guidon , de deux Sergens ,
& quarante Chevaliers , aufquels nous
avons permis & permettons de s'affembler
, pour vacquer aufdits exercices , aux
jours , lieux & heures accoutumez , con--
formément aux Statuts , & avec le confentement
des Maire & Echevins , attaché
fous le contre- fcel de nôtre Chancellerie
, & jouir des mêmes droits , Privileges
& avantages dont a joiii , eu dû
jouir la Compagnie fupprimée par ces
Prefentes. SI DONNONS en mandement à
nos amez & feaux Confeillers , les Gens
tenant nôtre Cour de Parlement , &
Chambre des Comptes à Paris , & à tous
autres nos Officiers qu'il appartiendra ,
que ces Prefentes ils ayent à faire regiftrer
, & de leur contenu jouir , & ufer
les Expofans & leurs fucceffeurs en ladite
Compagnie , pleinement , paiſible - `
ment & perpetuellement , ceffant & faifant
ceffer tous troubles & empêchemens
, & nonobftant tous Edits , Arreſts
& Reglemens contraires aufquels nous
avons dérogé & dérogeons par ces Pre-
Dvi fentes
716 MERCURE DE FRANCE .

fentes à cet égard feulement. Car tel eft
nôtre plaifir , & afin que ce fot choſe
ferine & ftable , nous avons fait mettre
nôtre fcel à ces Prefentes . Donné à Verfailles
au mois d'Avril , l'an de grace mil
fept cens vingt - quatre , & de notre Kegne
le neuv éme. Signé , LOUIS , & plus
bas par le Roi , helippeaux , avecgrille
& paraphe,, & au bas eft écrit regiftrées,
oui le Procureur General du Roi , pour
jouir par lefdits Impetrans de leur effet
& contenu , & être executées felon leur
forme & teneur. A Paris en Parlement
le dix - neuf Juillet mil fept cens vingtquatre.
Signé, Du FRANC , avec paraphe.
k
Vous voyez , Meffieurs , que c'eft ici
un établiſſement bien fondé , & qui durera
long-temps. Les Lettres Patentes
obtenues , nous fimes les reparations neceffaires
à l'Hôtel des Chevaliers , &
nous en rendîmes compte à M. le Garde
des Sceaux par une Lettre que nous prîmes
la liberté de lui écrire , & dont il
eft bon de rapporter ici l'Extrait.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le
Garde des Sceaux , par les Chevaliers
de l'Oifeau Royal de Chartres.
)) ...... Suivant les ordres de V. G.
n nous avons fait à l'Hôtel des Chevaliers
touAVRIL
1525.
717
toutes les reparations convenables . a
Nous y avons même ajoûté de nou "(
veaux embelliflemens , furtout à la falle a
d'armes , où il ne manque plus qu'une «
ſeule thoſe , qui en doit faire l'orne «
ment principal , c'eft le portrait de nô- «
tre bienfaiteur , c'eft le vôtre , Mon- »
feigneur , il y bille.oit déja , s'il ſe trou- a
voit en cette Ville quelqu'un de ces «
Apele , à qui feuls il eft donné de «
toucher de fembl . bles traits . De quel «
poids ne feroit point un cbjet fi refpec «
table , pour nous exciter à remplir di- a
gnement les de voirs de notre profeſ
fion
a
& pour fomenter en nous la vive «
reconnoiffance , dont nous fommes tous «
penetrez ......
((
M. le Garde des Sceaux a bien voulu
fe rendre à nos voeux , & par une bonté
toute particuliere , il nous a honoré de
fon portrait , peint par le celebre M. de
Largiliere , dequoi nous avons eu l'honneur
de le remercier par une Lettre , dont
voici encore l'Extrait .
....... Le magnifique portrait de «<
V. G. nous a été remis parfaitement «
bien conditionné , nous l'avons reçû «<
avec une joye mêlée d'admira ion , «
qu'il eft impoffible de décrire , car vous •
ne l'ignorez pas , Monfeigneur , la joye «
comme les autres paffions extraordinai- «
res
"
7.8 MERCURE DE FRANCE .
» res ne s'expriment bien que par le fi
» lence. En reconnoiffance de ce bien-
» fait , dont nous n'ofions prefque nous
» flater , recevez nos coeurs , & lę zele
» qui les anime. C'eft tout ce que nous
" avons de plus précieux à vous offrir.
» Mais comme notre bonheur nous au-
"
>>
» roit paru imparfait , en ne le partageant
pas avec tous les autres Citoyens de
» cette Ville , dont vous êtes le digne
» Gouverneur , & l'Ange Tutelaire . Pour
les y faire participer , nous avons fait
» annoncer un jour folemnel de fête par
» une décharge generale de ce qu'il y , a
» ici d'artillerie , jour fans contredit , le
>> plus beau de nos jours.
>>
22
Nous vous prions d'être perfuadé, M.
» que nous n'avons rien oublié de tout ce
que la Province a d'éclatant , afin de
" donner plus de relief à cette fête . Nous
» ne nous arrêterons point à vous en détailler
toutes les particularitez . Peutêtre
que le recit vous en feroit en-
>> nuyeux , & nous craindrions de dérober
» à vôtre augufte miniftere des momens
précieux , que vous employez fi digne-
>> ment pour le maintien des loix , &
» pour le bien general de l'Etat . Nous
>> nous conten erons , Monfeigneur , de
>> vous fupplier de vouloir bien nous con-
>> tinuer l'honneur de vôtre protection ,
elle
AVRIL 1725.
719
elle vous est aujourd'hui demandée «<
par ceux de cette Ville qui vous font «
le plus dévouez , & qui feront gloire «<
d'être à jamais avec un très- profond <<
refpect , Monfeigneur , de V. G. les «
très humbles , & très - obéïflans fervi- «
teurs , Château , Soulin , Maſſon , Ma- «
cé , Bureau , Charpentier , Huchedé , «
Juteau , Javelle , Chevaliers de l'Oiseau «
Royal, u
Voilà , Meffieurs , tout ce qui s'eft
paffé avant la ceremonie , il eft temps
d'entrer un peu plus dans le détail , c'eſt
ce que je vais faire , le plus fuccinctement
qu'il me fera poffible , fans cependant
omettre rien d'effentiel .
Cette grande fête , comme vous avez
vû , Meffieurs , dans la Lettre à M. le
Garde des Sceaux , ayant été annoncée le
3. Mars par une décharge de l'Artillerie
de cette Ville , le lendemain 4. fut.
auffi annoncé par plufieurs décharges de
canons & de boëtes . La ceremonie commença
par une Meffe folemnelle , où
affifta la Compagnie en armes , Drapeaux
déployez , avec quatre Haut-bois , & fix
Tambours . La nuit étant arrivée , la façade
de l'Hôtel des Chevaliers éclairée d'une
infinité de lampions parut comme en feu ,
& les arbres du jardin furent comme autant
de luftres qui portoient auffi une infinité
720 MERCURE DE FRANCE.
>
finité de lumieres . On tira enfuite un
feu d'artifice d'un goût tout nouveau ,
dont je vais bien- tôt vous parler plus
particulierement . Il y eut auffi un grand
repas , auquel les Magiftrats , & les principaux
Officiers de la Ville furent invitez
, & où on eut l'honneur de boire
d'abord la fanté du Roi , enfuite celle de
S. A. M. le Duc d'Orleans & de Chartres
au bruit des Trompettes & des Hautbois
, celles de M. le Garde des Sceaux
de M. le Comte de Morville , Miniftre
& Secretaire d'Etat , & de M. le Marquis
d'Armenonville furent fouvent réïterées.
Le repas fut fuivi d'une fimphonie
militaire , c'eft- à dire , d'un mêlange
de Haut-bois , de Trompettes , de Timballes
, & c . Enfin toute la fête fut terminée
par un bal qui ne finit qu'aux approches
du jour , & qui fut donné dans une
falle de l'Hôtel , dont la vûë donnoit fur
le feu d'artifice qu'il s'agit prefentement
de vous décrire .
&
Il étoit de figure quarrée , & par conféquent
à quatre faces. Sur la principale
qui regardoit l'Hôtel de Ville , Mercure
tenant de la main gauche fon ciducée ,
de la droite le por rait de M. le Garde
des Sceaux qu'un Chevalier de l'Oiseau
Royal recevoit refpectueufement , & ces
mots au-deffous..
OBTIAVRIL
1725. 721
OBTINUISSE DECORUM EST.
Annonçoit aux fpectateurs le fujet de
cette grande fête .
M. le Garde des Sceaux étant l'inftide
ce tuteur , & ainsi dire , le pour pere
nouvel ordre de Chevalerie , & porté
d'ailleurs par fon inclination bienfaifante
à lui procurer de nouveaux avantages , la
Compagnie ne fe trouvant pas encore
tout à -fait complette , on avoit fait peindre
fur une autre face un chêne naiffant
avec un Soleil au - deffus , & ces paroles.
CRESCAM SI FOVEAT.
A la face oppofée dans un grand cartouche
étoit une Aigle , accompagnée de
quatre Aiglons , la tête levée , le bec ouvert
, les ailes éployées , & prêts à s'élever
de terre avec cette Infcription :
REGI PATRIÆQUE EDUCAT.
Dont on peut faire l'application à l'illuftre
famille de M. le Garde des Sceaux,
qu'il forme & qu'il éleve pour l'Etat
comme auffi aux Chevaliers qui ont pris
Patria repour
devife , pro Rege & pro
virefco.
Dans
22 MERCURE DE FRANCE.
Dans la quatriéme face on avoit peint
Themis & Pallas avec leurs attributs , &
cette Infcription au - deffous .
UTRIQUE FAVET.
L'une pour marquer la dignité de M.
le Garde des Sceaux , Chef & premier
Miniftre de la Juftice. L'autre pour faire
entendre que ce digne Miniftre ne dédaigne
pas d'accorder fa protection à une
Compagnie deftinée à l'exercice , & à la
profeffion des armes.
Toute la fête étant finie , on reprit le
portrait de M. le Garde des Sceaux , que
l'on porta en ceremonie au fon de tous
les inftrumens , & qu'on plaça enfin dans
la principale falle de l'Hôtel ; on y mit
au-dellous dans un beau cartouche ces
deux vers latins .
Hic magnus legum Antiftes noftra arma cohorti
Qua dedit , hac voluit numine tuta fuo.
Voilà , Meffieurs , tout ce qui s'eft fait
dans cette celebre fête , il ne me reſte
plus qu'à vous prier au nom de toute la
nouvelle Compagnie , dont j'ai l'honneur
d'être membre , de vouloir bien inferer
dans votre Journal tout ce que je prends
la liberté de vous mander fur l'établiffement
AVRIL 1725. 723
ment que le Roi en vient de faire à la
priere de M. le Garde des Sceaux , c'eſt
a lui feul que nous foinmes redevables
des privileges que S. M. a eu la bonté de
nous accorder. Vous remarquerez , s'il
vous plaît , Meffieurs , que c'eft l'unique
Compagnie de ce genre , qui ait cbtenu
de nos Rois le titre de Chevaliers , auffi
tâcherons -nous de foutenir cette glorieufe
qualité , en n'y admettant que de la
jeuneſſe d'un certain rang . Je fuis , Meffieurs
, vôtre très- humble , & très- cbéïffant
ferviteur , Bureau , Chevalier de
l'Oifean Royal.
akakakakakakak ajkak Jik Jik Jika k
U
LE PAPILLON
ET LES TOURTERELLES.
Fable.
N Papillon fur fon retour
Racontoit à deux Tourterelles ,
Combien dans l'âge de l'amour
Il avoit careffé de belles .
Auffi - tôt aimé qu'amoureux ,
Difoit- il , oh! l'aimable chofe ,
Lorfque brûlant de nouveaux feux
Je
724 MERCURE DE FRANCE
Je voltigeois de rofe en rofe ;
Maintenant on me fuit partout ,
Et partout auffi je m'ennuye
Ne verrai-je jamais le bout
D'une fi languiffante vie ?
Les Tourterelles fans regret
Répondirent , dans la vieilleffe
Nous avons trouvé le fecret
De conferver nôtre tendreffe ,
A vivre ensemble nuit & jour ,
Nous goûtons un plaifir extrême ,
L'amitié qui naît de l'amour
Vaut encor mieux que l'amour même.
L. Ab. de G.
XX:XXXXXXXXXXX : XX
EXPLICATION d'un terme bizare
de la baffe Latinité , qui concerne un
uſage fingulier , &c . Lettre écrite d'Evreux
le 8. Fevrier 1725. par M. L.
C. D. V. D. à M. D, L. R.
C
E terme Abbas Conardorum dont
vous me demandez , Monfieur , l'explication
, après l'avoir cherchée inutilement
AVRIL 1725. 725
ment dans du Cange , & ailleurs , fe trouve
dans plufieurs Chartes , & dans quelques
Rituels anciens . Vous ne pouviez
au refte , me faire cette demande dans un
temps plus convenable , car ma réponſe
vous arrivera dans les derniers jours du
Carnaval , & vous aurez de quoi en rfre
un peu avec vos amis. S'il vous prend
envie de faire inferer cette réponſe dans
le Mercure , comme vous avez fait de
quelques- unes de mes Lettres , le Public
pourra s'en divertir , autant que de la Mere
Folle de Dijon , dont il eft parlé dans
celui du mois de Janvier 1724, & comme
dans plufieurs Tribunaux on plaide
fur la fin du Carnaval une caufe choifie
exprès , qu'on appelle la caufe gaye ou
graffe , ma Lettre fera la pièce du temps ,
la piece joviale du Mercure.
Abbas Conardorum l'Abbé des Comards
ou Cornards . C'eft ainfi qu'on appelloit
ce perfonnage à Evreux , ou la
facetieufe compagnie à laquelle il prefidoit
s'eft diftinguée , autant & plus qu'ailleurs
. Ce Prefident étoit le Maître , le
Chef & le premier des Conards ou Cornards
, c'est - à-dire , des Chanfonniers , difeurs
de bons mots , plaifanteries , &c.
fur ce qui s'étoit paffé pendant l'année
dans la Ville , qui pouvoit donner lieu à
la médifance , à la Satyre , &c . cela s'appelloit
726 MERCURE DE FRANCE.
peiloit Facetia Conardorum.
Les Conards avoient droit de Jurif
diction pendant le temps de leurs divertiffemens
, & ils la tenoient à Evreux
dans le lieu où fe tenoit alors le Bailliage,
lieu qui a changé depuis l'établiffement
du Prefidial. Tous les ans ils obtenoient
un Arreſt fur Requête du Parlement
de Paris avant l'établiffement de
celui de Rouen , & de celui de Rouen
depuis le 16 fiecle , pour exercer leurs
Faceties . C'étoit entr'eux à qui feroit
l'Abbé des Conards , ils briguoient & fe
fupplantoient les uns les autres ; enfin la
pluralité des fuffrages l'emportoit .
Voici deux vers de ce temps-là , qui
prouvent ce que je viens de dire , &
nous font connoître deux familles qui
fubfiftent encore aujourd'hui dans nôtre
Ville & dans le pays , lefquelles ont fourni
des Abbez à la Compagnie .
Cornards font les Bufots , & non les Rabillis
O fortuna potens , quam variabilis !
On menoit promener M. l'Abbé par
toutes les rues de la Ville , & dans tous
les Villages de la banlieuë , monté ſur un
Afne , & habillé grotefquement , on
chantoit des Chanfons burlefques pendant
cette marche , dont voici quelques
couplets.
De
AVRIL
727 1725.
De Afino bono noftro
Meliori & optimo
Debemus faire fête.
N
En revenant de Gravignariâ ,
Un gros chardon reperit in viâ ,
Il lui coupa la tête.
Vir Monachus , in Menfe Julio ,
Egreffus eft è Monafterio ,
C'eft Dom de la Bucaille.

Egreffus eft fine licentiâ ,
Pour aller voir Donna Veniffia ,
Et faire la ripaille.
. Il eft inutile , Monfieur , de vous dire
davantage de ces couplets que nous entendons
encore chanter à nos bonnes gens ,
ils regardent tous quelques perfonnes de
la Ville , ou quelque lieu particulier ,
dont la connoillance ne fe peut avoir
qu'ici.
Gravignaria , par exemple , fignifie
Gravigni , terre au bout du Fauxbourg
S. Leger d'Evreux , dont les Chartreux
de
728 MERCURE DE FRANCE .
de Gaillon font Seigneurs & Patrons .
Dom de la Bucaille étoit un Prieur de
l'Abbaye S. Taurin , lequel au gré des
Conards , rendoit de trop frequentes vifites
à la Dame de Veniffe , pour lors
Prieure de l'Abbaye de S. Sauveur de la
même Ville , dont le nom fe trouve dans
le Necrologe de cette Abbaye. Cela ne
veut pas dire cependant que ces deux perfonnes
caufaffent du feandale , & fuflent
reprehenfibles. Ces Cenfeurs publics n'épargnoient
qui que ce foit , & la vertu
même étoit fouvent auffi maltraitée que.
le vice, tant ils fe donnoient de licence, licence
qui alla toûjours en augmentant ; car
des boufonneries on paffa aux impietez , à
des débauches infolentes & fcandaleuſes ,
que permettoit le libertinage d'un jeu ,
qu'on appelloit le Jeu des Fous , & qui
étoit une imitation trop exacte de la Fête
des Fous , qui a duré long - temps dans
plufieurs Villes , comme vous le fçavez.
Un ancien Regiftre du Prefidial de
cette Ville m'a beaucoup inftruit fur cette
matiere , il m'a auffi édifié , car j'y trouve
la condamnation & l'abolition de la
Compagnie , & des égaremens en queftion
: voici un endroit de ce Regiſtre qui
merite d'être rapporté, on y lit ces paroles.
Enfuivent les charges de la Confrérie de
Monfeig, S.Bernabé, Apôtre de N. S. J. C.
créée
AVRIL 1725. 729
>
créée & inftituée par R. P. en Dieu Paul
de Capranic , au nom de Dieu nôtre Createur,
& d'icelui Monfieur Bernabé , en
delaiffant une dérifion , & une honteuse
affemblée , nommée la Fête aux Cornards
que l'on faifoit le jour d'icelui Saint , &
enfuivent les Ordenances fur ce faites , &c.
Ladite Confrérie de nouvel fondée , & colebrée
en l'Hôtel- Dieu de la Ville d'Evrenes
en forme de converfion pour adnuler , &
mettre à neant certaine dérifion , difformité
& infamie , que les gens de juftice laye ,
& autres de ladite Ville commettoient le
jour de Monfieur Saint Bernabé qu'ils
nommoient l'Abbaye aux Conards , où
étoient commis plufieurs maux , crimes , excès
& mal -façons , & plufieurs autres cas
inhumains au deshonneur , & irreverence
de Dieu nôtre Createur , de Saint Bernabé,
& de Sainte Eglife.
Paul de Capranic , dont il eft ici parlé
, étoit un Italien , Secretaire , & Camerier
du Pape Martin V. frere du Cardinal
Dominique de Capranica , & c . Voyez
le 3 tome des Oeuvres mêlées de M. Baluze
, où il rapporte l'Oraiſon Funebre
de ce Cardinal , faite par Baptiste Poggio ,
le fils . Paul , frere du Cardinal , fut nommé
à l'Evêché d'Evreux l'an 1429. par le
Pape , à caufe que le Chapitre avoit differé
l'élection de plus de deux ans , après
E la
730 MERCURE DE FRANCE .
la mort de Guillaume de Cantiers .
Voilà , Monfieur , ce que j'ai à vous
dire fur le terme d'Abbas Conardorum.
Je tâcherai de vous fatisfaire dans quelque
temps , en répondant aux autres queftions
que vous me faites. Je fuis toûjours
très - parfaitement , Monfieur , &c .
1
PRINTEM P S.
Out fe ranime & prend naiffance ,
Par le doux fouffle des zephirs ;
Le coeur cede à cette puiſſance ,
Et fent renaître fes defirs .
L'éclat de cent beautez éclofes ,
Se prefente à nos yeux furpris ;
On trouve des Lys & des Rofes ,
Ailleurs que fur le tein d'Iris,
Sans redouter le loup fauvage ,
Les Brebis font fur le côteau ;
Annette court fous le feuillage ,
Plus de hazard
que fon troupeau,
AVRIL
1725.-
731
Ce troupeau par reconnoiffance ,
(Inftin&t qui vaut bien la raiſon )
Au Pafteur qui prend ſa défenſe ,
Offre fon lait & fa toifon .
Un Berger affis fur l'herbette ,
Chante l'objet de ſon amour ;
Pour s'accorder à fa Mufette ,
Les Oiseaux chantent à leur tour.
Puifque dans la faifon nouvelle ,
Regnent les plaifirs les plus doux ,
Et que la nature eft fi belle ,
Pourquoi donc y réſiſtons- nous ?
Du doux Printemps , jeune Silvie ,
Vous poffedez tous les appas ;
Il n'en eft qu'un ſeul dans la vie ,
Pourquoi n'en profitez-vous pas ?
1
E ij
EX
732 MERCURE DE FRANCE .
EXTRAIT d'une Lettre de M. de
Chanfierges , à un de ses amis , écrite
du S. Efprit le 24. Mars 1725.
Orfque je lûs cette queftion propofée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier , lequel eft le plus malheureux
le plus à plaindre , ou celui à
qui tout le monde déplait , ou celui qui déplaît
à tout le monde , j'attendis dans les
mois fuivans que quelqu'un pour l'avantage
des Lettres , fit connoître le défaut
de ces fortes de queftions ; mais puifque
perfonne ne s'en eft encore expliqué , je .
vais vous faire part de mes réflexions
que je foumets volontiers au jugement
des connoiffeurs .
,
En matiere de morale on ne fçauroit
réfoudre au jufte une queftion generale
& univerfelle , dont le jugement dépend
des fenfations , des goûts , & des caracteres
differens des hommes . Beaucoup de
perfonnes d'efprit aiment à s'exercer for
pareils problêmes de morale , qui font
fouvent le fujet des déclamations de College
on y dit de belles chofes , mais on
y conclut prefque toûjours par des raifonnemens
fondez fur des hypothefes par
ticulieres
AVRIL 1725. 733
ticulieres qui ne fçauroient fervir de
preuves à la propofition generale .
Dans la Geometrie lorfqu'on vous propofe
un problême , on vous dit d'abord
quelle eft la valeur & la nature des chofes
propofées : fi l'on vous demande quelques
proprietez d'un Triangle , on vous
dit auffi -tôt s'il eft rectangle , équilateral
, ifofcele , ou fcaléne.
En Algebre on vous exprime toûjours
au jufte les rapports des grandeurs connuës
, afin que vous puiffiez connoître les
inconnues ; & avec le fecours de l'art
vous allez jufqu'à la démonſtration & à
l'évidence.
Mais dans ces Problêmes de Morale ;
où l'on vous demande , lequel eft le plus
heureux, lequel eft le plus malheureux :
qu bien , fi telle chofe eft plus agréable
qu'une autres s'il eft plus douloureux de
voir sa Maitreffe infidelle , que de la
voir morte ; & mille autres femblables
questions qu'on ne sçauroit jamais réfoudre
abfolument ce mot , lequel ,
c'eft-à-dire , quel homme , eft un terme
qui n'eſt pas allez connu : car les hommes
ne penfent , & ne fentent pas tous
de même dans une même rencontre. L'un
a de la douleur , là où l'autre reffent de .
la joye. Une même chofe infpire de la
E iij crainte
>
734 MERCURE DE FRANCE.
crainte aux uns , & de la confiance aux
autres..
Les qualitez du fang , & la conformation
des organes rendent les hommes fi
differens entre eux , qu'il eft impoffible
de dire , quel est le plus malheureux , &
le plus à plaindre , ou celui à qui tout le
monde déplaît , ou celui qui déplaît à tous
le monde.
Timon le Mifantrope , quoique tout
le monde lui déplaife , n'eft pas pour
cela malheureux. Il a de la fatisfaction à
fe voir feparé du refte des hommes ; il
reffent un fecret plaifir à fe déchaîner
contr'eux , & il eft aife , en cela même ,
que tout le mondè lui déplaît.
D'autre part cet Empereur Romain
qui difoit , qu'on me haïfſt pourvû qu'on
me craigne , ne fe foucioit pas de déplaire
à tout le monde. Il étoit pourtant malheureux
, direz - vous : oiii , mais c'étoit
pour d'autres raifons qui ne font rien à
nôtre fujet.
Difons donc que tout ce que chacun
peut faire , c'eſt de dire ce qu'il fent en
fon particulier dans ces differentes fituations
. Que fi vous me demandez ce que je
fens moi- même , je vous dirai que le bon
mot de celui à qui on difoit qu'il étoit
bien malheureux , & bien à plaindre
d'ainfer une femme qui ne l'aimoit pas ,
Vous
AVRIL 17256 735
vous fera connoître quel eft mon fentiment
particulier. Car il répondit . C'eft
elle au contraire qui eft très - malheureuse ,
& très à plaindre de voir toujours auprès
d'elle un homme qui lui déplaît , & qu'elle
n'aime pas s mais pour moi j'ai le plaifir
de voir toujours une femme qui me plaît ,
& que j'aime. Je fuis , & c.
***** ******
EPIGRAMME 93 de Catulle ,
ON dit que ma Maîtreſſe ,
Partout dans fes difcours ,
Se plaint , médit de moi fans ceffe ,
Et cependant elle en parle toûjours :
Ah ! je meure cent fois , fi la Belle ne m'aime,
Pourquoi ne le pas croire ainfi ?
Je m'en plains , j'en médis , & j'en parle de
même :
Ah ! je meure sent fois , fi je ne l'aime auffi.
E iiij
EX
736 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT de deux Lettres , écrites de
Malthe le 12. Fevrier & 7. Mars
1725. à M. le Bailly de Mefmes.
J
'Avois promis à vôtre Excellence de
lui rendre compte de l'effet que
feroit
l'Eau fur le cadavre du jeune Prêtre.
Après cette maniere de crife du 7. au
8. un redoublement de fiévre lui boucha
les avenues pour l'Eau ; il parla & dif
pofa de fa confcience & de fes affaires ,
& mourut le 9. à 10. heures du matin .
S'il eut pû en revenir , c'étoit une veritable
réfurrection , de l'aveu même des
Medecins . Le bon Capucin s'eft retiré
dans fon Convent épuifé de fatigue .
T Jajoûte à tout ce que je vous ai marqué
, du merveilleux remede de l'Eau à
la glace , qu'il s'eft paffe des chofes encore
plus furprenantes , furtout à la maladie
du Chevalier N. L'Eau le fit fuer pendant
un mois , à la même heure tous les
jour , & cette operation finie , il fe mouroit
de froid jufqu'à la nouvelle crife. Il
eft fur les Galeres en Sicile . Son teint
s'eft éclairci , il eft engraiffé , & bien gueri
d'une verole qu'on lui connoifloit , &
dont
AVRIL 1725. 737
dont il ne ſe vantoit pas : on diroit que
nature a repris de nouvelles forces .
*******************茶
SUR LE REMEDE DE L'EAU
A
A LA GLACE.
Malthe un bon Capucin ,
Sans Manne , Sené , ni Caffe ,
Sçait du corps le plus mal fain
En faire un corps à la glace.
Il ne connoît mineraux ,
Sels , Souffres , ni Panacée ;
Et s'il guerit tous les maux ,
C'est avec de l'Eau glacée.
Le Medecin étonné ,
Renonce à tout fon grimoire ;
Le Chimifle confterné ,
Quitte fon Laboratoire.
Au Caraffon , le fourneau
Cedera bien- tôt la place ,
Le creufet , aupot à l'eau ,
Et le charbon , à la glace .
E v Hip-
އ
738 MERCURE DE FRANCE .
Hippocrate & fès enfans ,
Sans doute avoient la berluë ,
Ou peut- être de leur temps
La glace étoit inconnuë .
La Faculté va gemir ,
De ce que dans la Phyfique
Elle n'a îçû découvrir
Un fi rare fpecifique.
Quel chagrin , quel coup mortel ,
Pour la pauvre Medecine ;
Ce remede univerfel
Refroidira fa cuiſine.
Informé de cet Azot , *
Un habile Apoticaire ,
De fa boutique auffi - tôt
A fait faire une glaciere.
* Terme dont les Philofophes , qui travaillent
à la tranfmutation des métaux fe fervent
, pour dire un remede univerfel , fondez
fur ce qu'on prétend que Paracelfe avoit trouvé
ce remede , qu'ils appellent l'Azot de Paracelfe.
Adieu
AVRIL 1725. 739
Bolus ,
Adieu Pillules ,
Lenitifs , Phlebotomie ,
Sirops , Elixirs , Potus ,
Et toute la Pharmacie. ·
Les malades déformais
Iront avec confiance ,
Chez Procope à peu de frais
Chercher leur convalefcence.
7
LETTRE de l'Auteur de la Critique
de Berenice , aux Auteurs
J
du Mercure de France.
E n'ai pas crû , Meffieurs , m'attirer
la mauvaiſe humeur de mes lecteurs ,
quand je vous ai fait part de mes réflexions
Critiques , pour les inferer dans
vôtre Mercure. La précaution que j'avois
prife de dire que les ouvrages des
plus grands hommes devoient être critiquez
avec plus de foin . & d'attention
que ceux des Auteurs mediocres , de
peur qu'un grand exemple n'induifit en
erreur ; cette précaution , dis - je , fembloit
devoir me mettre à couvert de toute
E vj
in740
MERCURE
DE FRANCE
.
infulte ; cependant je me vois en butte
aux mauvailes plaifanteries , malgré toute
la pureté de mes intentions . Ce petit
inconvenient n'empêchera pourtant pas.
que je ne continue une entreprife qui ne
me paroît pas tout - à - fait infructueufe. Je
ne trouverai pas toûjours des Apologiftes
outrez , qui ne peuvent fouffrir qu'on
porte la moindre atteinte à certains ouvrages
qu'il leur a plû declarer parfaits.
Je declare encore une fois , que je ne critique
Racine & Corneille même , que
parce que je fuis penetré tout le premier
du refpect qu'ils meritent , & que je n'ai
en vûë que de mettre à ce refpect de
juftes bornes , de pur que de ferviles
imitateurs ne le portent jufqu'à un aveuglement
idolâtre. Le fçavant de Provin
ce qui vous a fait part de fon examen fur
mes réflexions , vous declare d'abord qu'il
eft peu verfé dans la Poëfie ; fi j'étois
d'humeur à me prévaloir de cet aveu , il
me fourniroit un beau champ ; mais je
veux bien ne l'en pas croire fur fa parole
, & attribuer à fa modeftie , ce qu'on
pourroit attribuer à fa fincerité.
Je ne répondrai pas à toutes fes décifions
crainte d'être diffus ; je me contenterai
d'en examiner quelques - unes , fans
prétendre approuver celles que je pafferai
fous filence .
11
AVRIL 1725. 741
Il trouve étrange que je condamne cette
expreffion : epouse en efperance , & voici
comment il la défend : on dit d'une perfonne
qui a mis fur un Vaiffeau , ou à la
Tontine , qu'elle est riche en esperance ,
pourquoi ne dira- t'on pas épouse en efperance
?
- Cette maniere de conclure me paroît
tout-à- fait finguliere ; n'y a- t'il point de
difference entre un fubftantif & un adjec
tif, & ce qui convient au dernier doit- il
abfolument convenir au premier ? je veux
convenir pour un moment avec lui que
j'ai mal cenfuré ; mais qu'il convienne
auffi avec moi , que fi Racine vivoit ,
il devroit ê re encore plus mécontent de
l'Apologiſte que du Critique.
J'ai relevé cette expreffion que Racine
met dans la bouche d'Antiochus , en
parlant de Berenice.
Non, Arface , jamais je ne l'ai moins haïe.
Voici mes propres termes : on dit , «
jamais je ne l'ai plus aimé , parce qu'on «
peut fuppofer qu'on a moins aimé ; «
mais l'hipotheſe n'a pas lieu ici & An- «
tiochus n'a jamais haï Berenice. «‹
J'avois crû ce raiſonnement affez naturel
, & même affez folide ; mais mon
Critique prétend le détruire fans beaucoup
d'effort il lui fuffit de rappeller un
vers
742 MERCURE
DE FRANCE
.
vers anterieur où Arface a dit à Antiochus
:
L'inimitié fuccede à l'amitié trahie.
Ce vers dit bien quelque chofe en faveur
de l'expreffion critiquée ; Antiochus
pourroit répondre : non , je ne la
haïs point , ou je ne la haïrai jamais ;
mais non pas , je ne l'ai jamais haïe ; encore
moins , jamais je ne l'ai moins haïe ;
il faudroit toûjours pour pouvoir s'expliquer
ainfi qu'on eut haï autrefois la perfonne
dont on parle. Je fçais bien que
les Dames par modeftie difent je ne haïs
point , pour
faire entendre qu'elles aiment
; inais il n'en eft pas de même des
hommes , ou du moins fi ne haïr pas
aimer font quelquefois termes fynonimes
, ce n'eft pas dans une fituation auffi
ferieufe que celle où fe trouve Antiochus.
&
C'est ici que la mauvaiſe plaifanterie
de mon adverfaire commence . Antiochus
congediant Arface , fe fert du terme
d'adieu , qui ne doit être que dans la bouche
de la perfonne qui prend congé , &
qui fe retire ; fur cela mon Critique répond
: voilà ce qui s'appelle entendre fon
ceremonial ; l'adieu , ajoûte - t'il , fe trouve
ici bien placé , cette maniere de congedier
les inferieurs étant d'ufage. Je pourrois
AVRIL 1725. 743
1
rois lui répondre fur le même ton : voilà
ce qui s'appelle entendre l'uſage ; mais ĉet
ufage n'eft pas mieux placé ici que l'adieu
d'Antiochus , quoique ce Prince parle à
fon fujet.
Il lui plaît encore de juftifier cet hemiftiche
: fais tout ce que j'ai dit , & la
raifon qu'il en donne , c'eſt qu'il ne faut
pas que les Souverains ayent toûjours recours
au ftile empoulé , pour donner les
moindres ordres ? mais ne peut- on pas
s'expliquer d'une maniere pius noble
fans donner dans l'enflure , & n'y a- t'il
-point de milieu à prendre entre le trop
haut & le trop bas .
De la plaifanterie , il paffe prefque
aux injures , & voici ce qui y donne lieu .
Berenice en parlant de Titus , dit à fa
Confidente.
Il n'avoit plus pour moi cette ardeur affiduë ,
Lorfqu'il paffoit les jours attaché fur ma vûë.
>
Je remarque qu'il y a une Ellipfe d'un
vers à l'autre ; je conviens que cette figure
eft très-belle , furtout quand elle eſt
employée dans les grandes paffions ; mais
j'ajoute qu'il en faut ufer fobrement , &
de maniere qu'elle ne faffe point de fens
contraire ; je me garde bien d'imputer ce
dernier défaut à M. de Racine ; j'avouë
même que la contradiction feroit trop
mar744
MERCURE DE FRANCE :
marquée dans l'endroit où il employe
fon Ellipfe , fi l'on vouloit la détourner
& la prendre dans le fens contraire ; voici
cependant la réponſe aigre que je
m'attire malgré cette refpectueufe pré--
caution . On pourroit même lui dire , fans
rien outrer , que cette figure eft moins outrée
que l'érudition qu'il affecte , dont pour
me fervir de fes termes , il pourroit ufer
plus fobrement. Je laiffe au lecteur à juger
, fi j'ai rien dit qui fut digne de tant
de colere , & fi un homme qui a eu lá
modeftie d'ayouer qu'il eft peu verfé dans
la Foëfie , ne fe contredit pas manifeſtement
quand il me dit d'un ton Magiftral,
que je pourrois ufer plus fobrement de
mon érudition outrée & affectée : au reſte,
je ne fçais où il trouve cette prétendue
érudition ; pour moi , je ne crois pas qu'il
y ait rien dans tout ce que j'ai dit qui
doive être appellé de ce nom ; mais s'il
n'entend pas les termes , eft - ce à moi
qu'il doit s'en prendre ?
Je pourrois répondre à tous les articles
de fa Critique , fi je ne craignois d'être
trop long , & de l'être inutilement . Je
finis par une nouvelle proteftation de n'avoir
en vûe , en critiquant les grands
Auteurs , que d'empêcher que l'on n'imite
jufqu'a leurs défauts . J'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , vôtre , &c.
PRE-

AVRIL 1725. 745
MMMMMMMMMMMMMMMMMY
PREMIERE ENIGME.
J
E caufai jadis bien des maux
Dans une Cité de la Grece ,
Pour fçavoir qui je fuis tout le monde s'em
preffe ,
Mais fouvent on y perd fa peine & fes travaux
;
Un feul mot que jamais je ne dis à perfonne ,
Fait l'éclairciffement que je veux éviter ,
Tant qu'on l'ignore on ne peut me quitter ,
Dès qu'on le fçait on m'abandonne .
Ami lecteur, tu n'as qu'à deviner ,
Je ne prétends point te le dire ,
Car tout exprès pour te déterminer ,
J'ai mis le mot , tu n'as qu'à lire.
DEUXIE'ME ENIG ME.
TRès fouvent on me voit changer ,
Tous les jours cependant j'ai la même figure ;
Ainfi qu'une Sybille on vient me conſulter ,
Et quoique je fois fourde & ne puiffe parler
Je
746 MERCURE DE FRANCE.
Je donne aux curieux une réponfe fure.
J'annonce quelquefois de funeftes trépas ,
Qui contentent les fens , & font verfer des
larmes ,
Quelquefois des fujets d'un plus doux embarras
,
Qui des ris & des jeux empruntent tous leurs
charmes ,
Dans les approches du Printemps
Je fixe un peu mon inconftance ,
Et chez-moi pendant certain temps
On ne voit nulle difference ;
Mais bien- tôt je renonce à la ſtabilité ,
Et changer à propos eft mon unique étude
Auffi quand je reprends cette douce habitude,
Chacun court pour me voir comine à la nouveauté.
J'ai partout oùje fuis un fâcheux voisinage ,
Une cadette à mes . côtez ,
Pour mon malheur c'étoit affez ,
Mais je reçois encore un plus fenfible outrage ,
Des bâtardes en foule arrivent deux fois l'an
De diverfes couleurs bizarrement ornées .
Qui viennent hardiment fe placer à mon
rang .
Amis ,
AVRIL 1725. 747
Amis , pour me connoître , obfervez mes livrées
,
Ma couleur ordinaire , eft le rouge & le blanc.
J
TROISIEME ENIGME.
E fuis une machine utile & neceffaire ,
Ainfi qu'un Avocat j'ai bien plus d'une
affaire ,
Qu'on vient me confier chaque jour en fecret,
Comme je fçais me taire on en a nul regret ,
Pour certaine raifon j'entends fouvent des
plaintes ,
Et l'on s'en prend à moi , mais très - mal-àpropos
,
Pour me faire un prefent on fera mille feintes,
Et quandje le reçois on me tourne le dos .
Les mots des trois Enigmes du mois
paffe doivent être expliquez par le Maf
que , la Canne de Jonc & l'ongle . Cette
derniere a befoin de ces petites nottes
dont les chiffres font relatifs à ceux qu'on
voit dans l'Enigme .
1. Scire ad unguem .
2. Du coeur jufqu'au bout des ongles .
3. Rubis fur l'ongle.
4. Ex ungue Lebuem .
748 MERCURE DE FRANCE.
5. Se grater.
6. Trop grater cuit.
7. Les ongles des mains .
8. Les ongles des pieds.
9. On voit avec peine ceux qui vont
pieds nuds .
L'Enigine qu'on a trouvé dans le Supplement
du mois dernier , doit être ex -t
pliquée par le Poiffon d'Avril. "
NOUVELLES LITTERAIRES
P
DES BEAUX ARTS , & c.
OESIES de M. l'Abbé de Chaulieu ,
& de M. le Marquis de la Fare . A
Amfterdam , chez Etienne Roger , 1724 .
in 8 146. pages pour la premiere partie
& 2 6. pour la feconde.
Le Recueil des Poëfies qu'on donne ici
au Public , n'eft ni auffi ample , ni auſſi
correct qu'on auroit dû l'attendre on le
fouhaite depuis long - temps , comme le
dit le Libraire dans fon avis au Lecteur ,
mais on le fouhaitoit plus complet &.
plus exact. Quoiqu'il en foit , pour donner
une idée des ouvrages de ces gra
cieux Poëtes , à ceux qui ne les connoiffent
pas parfaitement , nous allons extraire
AVRIL 1725.
749
traire quelques morceaux de chacun de
ces Auteurs .
EPITHA LAME ,
Sur le Mariage du Duc de Vendôme.
PRès de Sceaux fur la fin du jour ,
L'Amour rencontra l'Hymenée ,
Bon jour , frere , lui dit l'Amour ,
D'où venez- vous avec ce nuptial atour
La tête de fleurs couronnée ?
Je viens de celebrer une grande journée ,
D'unir d'illuftres coeurs par les noeuds les plus
doux :
Quoi donc ! dit l'Amour en couroux
Méprifer ainfi ma puiſſance ?
Et depuis quand oubliez- vous
Que c'eft à ma feule prefence
Qu'Hymen doit fes feuls agrémens ?'
>
Que fans moi , point d'heureux momens,
Queje traîne avec moi l'ardeur & la tendreſſe,
Les jeux , les ris & l'allegreſſe ,
Et mille folâtres a nours ?
O vas-tu , pauvre enfant , chercher ces vieux
difcours ?
Laiffe
750 MERCURE DE FRANCE .
A
Laiffe ces lieux communs à tant de rimeurs
fades ,
Faifeurs de Virelais , chants Royaux & Balades,
Qui nous parlant toûjours & de Jeux & de
Ris ,
De faveur & d'ennui font bailler tout Paris .
Ce n'eft pas fur ce ton qu'on fait l'Epithalame,
Du fils du grand Condé , de fon illuftre femme,
La fille de ces Dieux qui prefide fur nous ,
Porte mille tréfors en dot à fon époux ;
Le coeur du grand Condé , tout l'efprit de
fon pere ,
La grandeur , la raiſon , les vertus de fa mere :
Pour répondre à fes biens , l'époux de fon
côté ,
Met un Lot immortel dans la communauté ,
Tous les Lauriers cueillis aux champs de dix
batailles ,
Nos ennemis forcez dans plus de cent murailles
:
Enfin tout l'éclat de ce nom ,
Dont malgré l'envie & fa rage
Retentit encor le rivage.
De ce fleuve orgüeillenx où tomba Phaeton :
Nous le verrons bien -tôt , je puis te le prédire
,
Entre
AVRIL 1725 . 751
Entre nous autres Dieux qui perçons l'avenir,
Rappeller la victoire au fecours d'un Empire ,
Que lui feul pouvoit foutenir ,
Et franchiffant les Pirenées ,
Rendre leur ancienne vigueur ,
A ces cohortes bazannées ,
De qui tant de fois la valeur ,
France fufpendit ta grandeur ,
Et balança tes deſtinées.
Venir , voir , vaincre , abattre un ennemi vainqueur
Rendre à fon Roi cheri l'Eſpagne déſolée ,
Rafermir fur fon front fa Couronne ébranlée ,
Ne coûte que trois mois à peine à ſon grand
coeur.
Pour en conferver la memoire ,
Philippe fait dreffer un Trophée à la gloire
De ce nouveau Cid , au - delà
De fes colomnes fi fameufes ,
Qu'Hercule jadis éleva
Pour actions moins glorieuſes :
Tu vois bien maintenant , Amour , qu'en
telle affaire ,
Nous n'avons pas beſoin de toi , ni de ta mere,
Garde l'attirail qui te fuit,
Tour
752 MERCURE DE FRANce.
Pour quelque nôcę du vulgaire ;
Va compter tes fagots à Paphos , à Cithere ,
Adieu , bon foir & bonne nuit.
COUPLETS fur l'air de la Sarabande
de la Comedie de l'Inconnu .
UN doux penchant toûjours vers vous
m'entraîne ,
Mais mon bonheur eft trop long- temps douteux
;
Ah ! de ma chaîne
Rompez les nouds ,
Où laiffez voir à mon coeur amoureux ,
S'il doit mourir de plaifir ou de peine.
Troubles naiffans dont je fus trop charmée ,
Tranſports fi doux , qu'êtes - vous devenus ?
Flâteufe idée ,
Vous n'êtes plus ;
Songez trompeurs que par malheur j'ai crus ,
Difparoiffez , je ne fuis plus aimée .
Troifiéme Couplet du Marquis de la Fare.
Envain je bois pour calmer mes allarmes ,
Et pour chaffer l'amour qui m'a fuipris ,
Ce
AVRIL 1725.
753
Ce font des armes
Pour mon Iris :
Le vin me fait oublier fes mépris ,
Et m'entretient feulement de fes charmes.
Madrigal , du même.
M'abandonnant à la trifteffe ,
Sans efperance , fans deſirs ,
Je regrettois les fenfibles plaiſirs ,
Dont la douleur enchanta ma jeuneffe ;
Sont ils perdu , difois -je , fans retour ?
Et n'as-tu pas , cruel amour !
Toi , que je fis dès mon enfance ,
Le maître de mes plus beaux jours ,
D'en laiffer terminer le cours
Par l'ennuyeufe indifference :
Alors j'apperçus dans les airs ,
L'enfant Maître de l'Univers ,
Qui plein d'une joye inhumaine ,
Me dit , en fouriant : Tircis , ne te plains plus ,
Je vais mettre fin à ta peine ,
Je te promets un regard de C ***
Nous donnerons le mois prochain quel-
F
ques
754 MERCURE DE FRANCE.
ques morceaux de Poëfie de l'Abbé de
Chaulieu , qui ont été omis dans le Recueil
dont on vient de parler.
ELEMENS DE METAPHYSIQUE
à la portée de tout le monde.
Par le Pere Buffier,
Quelque abftraite que puiffe être la
Métaphyfique , fes élemens femblent içi
n'avoir rien d'épineux. L'art du Dialogue
que l'Auteur a employé , contribuë
à les faciliter. Ce petit ouvrage confifte
en fix entretiens. Le premier eft fur la
nature de la Métaphyfique , & fur les
préventions qu'on prend à fon fujet. Au
lieu qu'on la regarde fouvent comme un
tiflu de vaines fubtilitez , on la fait voir
ici comme la perfection de la raifon , laquelle
nous apprend à connoître un objet
par tous les jours differens , fous lefquels
on le peut connoître. Au fecond Dialogue
on obferve que chacune des faces d'un
objet confideré , fans attention à une autre
face du même objet , eft ce qu'on
appelle une abstraction ; mot dont on s'ef
fraye quelquefois , & dont la vraye fignification
n'eft rien moins qu'effrayante.
Ainfi penfer à la dureté d'un diamant ,
fans penfer à fon éclat , ni à ce qu'eft le
refte du diamant , c'eft faire une abftraction,
AVRIL 1725.
755
tion. On fait de la forte des milliers
d'abſtractions , fans qu'on s'en apperçoive
: tant il eſt naturel d'être Métaphyficien
dans les choſes dont nous avons un
grand ufage. La Métaphyfique ufe des
abſtractions , pour confiderer les faces ou
qualitez d'un objet chacune en particulier
, afin de le mieux connoître ; fans
quoi nôtre efprit borné comme il eſt ,
regardant un objet par tous les côtez à la
fois , ne les verroit que confufément. Le
refte de l'ouvrage eft plein de réflexions
auffi fenfibles. Quand donc les fujets de
la Métaphyfique font incomprehenfibles ,
ce n'eft point à elle qu'il s'en faut prendre
, mais aux Métaphyficiens qui en
abufent, foit parce qu'ils l'appliquent mal ,
ou qu'ils la pouffent trop loin ; la vraye
Métaphysique eft ennemie des faufles
fubtilitez. Au refte , ces Dialogues font
écrits avec un air d'amufement , dont on
n'auroit pas crû fufceptibles des matieres
auffi fèches d'elles - mêmes que celles-
là .
L'Auteur fait d'ailleurs
appercevoir
leur importance , particulierement
dans
une analyfe des mots commun & même.
Il démêle
fenfiblement une
équivoque
qui s'y rencontre , & par laquelle il prétend
que la confufion s'eft répandue dans
les plus renommez fyftêmes de Philofo
Fij
ph
756
MERCURE
DE FRANCE
..
MERCURE
phie anciens & nouveaux . Sur cette réflexion
un des Interlocuteurs allarmez , s'écrie
: Eft- ce- là comme on traite Defcartes
? oui, replique le fecond Interlocuteur :
je le traiterois volontiers en Philofophe ,
c'est - à - dire , fans mifericorde , comme les
Cartefiens eux-mêm s ont traité Ariftote &
les anciens. Heureufement le Dialogue
finit en cet endroit , & l'on ceffe de faire
main-baffe fur l'adverfaire. Il fe trouve
encore dans le quatrième Dialogue un
examen fur la nature de la verité , qui
paroît intereffant par les conféquences
qu'on en peut tirer. Selon l'Auteur il faut
diftinguer deux fortes de veritez que les
Philofophes mêmes ont fouvent confonduës
; l'une eſt feulement la conformité
d'une idée avec une autre idée qu'on fe
propofe pour objet ; l'autre eft la conformité
de ces deux idées liées enfemble , avec
un objet éxiftant , & qui en eft different.
La premiere s'appelle ici verité interne ,
& la feconde verité externe. Par exemple
dit-on , cette propofition le Soleil eft`lumiere
, eft une verité interne , parce que
l'idée du Soleil eft conforme à l'idée de
Lumiere, Elle eft auffi verité externes parce
que l'union de ces deux idées , lumiere
& Soleil eft conforme à un objet
qui éxifte indépendamment de nos idées ,
tel qu'eft effectivement la fubftance exiftante
AVRIL 1725. 757
tante & réelle du Soleil. Mais fi Dieu
avoit anéanti la fubftance du Soleil , cette
propofition , le Soleil eft lumiere ne feroit
plus qu'une verité interne qui ne montreroit
rien de l'éxiftence du Soleil ; mais
qui énonceroit feulement l'union de l'idée
du Soleil avec l'idée de lumiere. C'eft '
neanmoins par de pareilles verite internes
, dit l'Auteur , que certains Philofophes
prétendent démontrer l'éxiftence.
des chofes , c'eft à- dire , par l'idée claire
qu'ils en ont ce qui ne prouve qu'une
éxiftence idéale. Il faut vor comment les
Sectateurs du Pere Malbranche s'accom
moderont de ces réflexions , c'eſt leur
affaire ; la mienne étoit de donner quelque
idée du Livre dont il s'agit , & qui
femble avoir été fait pour fervir de préliminaire
au Traité des premieres veritez:
LE FAUCON ET LES OYES de Bocace ,
Comedie en trois Actes , avec un Prologue
, reprefentée par les Comediens Italiens
ordinaires du Roi , au mois de Fevrier
dernier. A Paris , chez F. Flahaut,
Quay des Augustins , 1725. in 12. de
57. pages .
- Nous avons déja donné l'Extrait de
cette Piece fur les reprefentations qu'on
en a données au public ; ainfi nous n'entrerons
dans aucun détail ; mais nous
Fiij ајой-
758 MERCURE DE FRANCE.
ajoûterons que cet ouvrage foutient furr
le papier les applaudiffemens qu'il a eus
fur le Theatre. M. de la Motte , l'un des
Quarante de l'Académie Françoiſe , qui
l'a approuvé , dit que ces deux Contes
» lui ont paru maniez avec beaucoup
» d'art & d'agrément , & ne faire enfem-
» ble qu'un ſujet fimple & intereffant.
LETTRES de M. de S. André , Confeiller
-Medecin ordinaire du Roi , à quelques
uns de fes amis , au fujet de la Magie
, des Malefices & des Sorciers . Où
l'on rend raifon des effets les plus furprenants
qu'on attribuë ordinairement
aux Démons , & fait voir que ces intelligences
n'y ont fouvent aucune part , &
que tout ce qu'on leur impute , qui ne
fe trouve ni dans l'ancien , ni dans le
nouveau Teftament , ni autorifé par l'Eglife
, eft naturel ou fuppofé. A Paris ,
Place de Sorbonne , chez N. M. Defpilly,
1725. in 12. de 446. pages .
M. le Moine , Docteur de la Maiſon
& Societé de Sorbonne , qui a approuvé
ce Livre , croit qu'il peut fervir à faire
connoître les tromperies , les fauſſetez,
& les impoſtures que mettent ordinairement
en ufage ceux & celles qui veulent
s'attirer dans le monde la réputation infame
d'être au nombre des Magiciens &
-MagiAVRIL
1725: 759
Magiciennes , Sorciers & Sorcieres , Malfaicteurs
& Malfaictrices , & qu'il contribuera
à donner de l'éloignement & de
l'horreur des pratiques criminelles , &
des condamnables fuperftitions , profanations
, impietez , facrileges , que l'on
attribue à ces fortes de gens , que l'Eglife
excommunie & regarde comme des
impies & des abominables .
C'eft veritablement infulter à la Divinité
, dit l'Auteur dans la Preface , que
de donner aux Démons un pouvoir abfolu
fur les élemens , de les rendre maîtres
de changer , quand bon leur femble,
la difpofition du temps & des faiſons
d'exciter des tempêtes , des tremblemens
de terre , des inondations , des incendies,
&c. pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu
feul. C'eft faire tomber le peuple dans
l'idolâtrie , & l'engager par la crainte
qu'on lui donne de ces intelligences , à
leur rendre un culte qui ne leur eft point
dù. C'eft encore , pourfuit- il , infulter à
la Religion , & à tout ce qu'il y a de plus
faint , & de plus facré , que de les faire
adorer dans les prétendues affemblées de
Sorciers , d'y faire renier Crême & Baptême
, & renoncer à Jefus - Chrift & à
fon Eglife. C'est pareillement infulter à
la nature des Anges , que de rabaiffer le
Dénon jufqu'à fervir de monture aux
Fiiij Ma760
MERCURE DE FRANCE.
Magiciens , aux Sorciers , & à tous ceux
à qui il prend fantaiſie de courir dans les
airs , de paffer les mers , &c. de l'aflujettir
au caprice d'un malheureux , qui
le traite en efclave , qui lui commande ,
& lui fait faire les chofes les plus viles
& les plus extravagantes , telles que font
toutes celles qu'on lit dans les Livres des
Demonographes , qui font paffer des vifions
, des rêves , des imaginations de
gens foibles d'efprit , de fanatiques , pour
des chofes réelles .
L'Auteur dit en finiffant fa Preface que
fi ces Lettres fe trouvent du goût des perfonnes
curieufes , il en pourra donner
d'autres dans la fuite fur les spectres ,
les fantômes , l'Aftrologie Judiciaire ,
les Taliemens , la Pierre Philofophale ,
la fympatie , l'antipatie , & quelques autres
matieres de cette nature. Nous ajoûterons
que ce Livre eft parfaitement bien
écrit , très- inftructif , & très- amuſant.
PRÆLECTIONES THEOLOGICA de Gratiâ
Chrifti , &c. Leçons Theologiques fur
la Grace de Jefus - Chrift , &c. de M.
l'Abbé Tournely. A Paris , chez la veuve
Maziere , & J. B. Garnier , rue Saint
Jacques , 1725. 2. vol . in 8 ° .
NOUVEAU TRAITE' des Maladies Veneriennes
AVRIL 1725. 761
neriennes , dans lequel on explique les
meilleures methodes pour les guerir , &
furtout la groffe Verole , pour éviter
tous les accidens qui peuvent arriver ,
fuivant les regles ordinaires , & où l'on
propoſe en même temps les reme des
pour les guerir furement & facilement ,
fans le détourner de fes affaires ordinaires.
Par P. V. Dubois , Maître Chirurgien
de Paris , & c . A Paris , ruë de la
Harpe , chez Ch . M. d'Houri , 1725. in
12. de 217. pages .
L'ANATOMIE D'HEISTER , avec des
Effais de Phyſique fur l'ufage des parties
du Corps humain , & fur le Méchanifme
de leurs mouvemens. Par J. B. de la
Faculté de Montpellier. A Paris , rue Saint
Severin , chez Jacq. Vincent , 1724. in
8 de 116. pages .
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
univerfelle de l'Europe , depuis 1600 .
jufqu'en 1716. avec des Réflexions &
Remarques Critiques. A Paris , rue Saint
Jacques , chez la veuve Maziere & J. B.
Garnier , 1724. 4. vol. in 12.
NEGOCIATIONS SECRETTES , touchant
la Paix de Munſter & d'Ofnaburg , contenant
les préliminaires , inftructions ,
Fy Lettres
762 MERCURE DE FRANCE.
Lettres & Memoires de ces Negociations
commencées en 1642. jufques à la conclufion
de la paix en 1648. & diverfes
autres Pieces fpecifiées dans la
page fuivante.
Le tout tiré des manufcrits les
plus authentiques .
Ouvrage très - neceffaire à tous ceux
qui fe pourvoiront du Corps Diplomatique
, ou grand Recueil des Traitez de
Paix , & d'autant plus utile aux Politiques
& Negociateurs , qu'il renferme le
fondement du droit public , en quatre volumes
in folio , à la Haye , chez Jean
Neaulme , 1725.
Ce titre eft à la tête d'une feuille volante
imprimée , que nous venons de recevoir
de Hollande , & il eft fi circonftancié
que nous croyons inutile d'entrer
dans le détail qui eft à la fuite , fous le
titre d'Avertiffement du Libraire. Nous
ajoûterons feulement pour l'inftruction
du Public que cet Ouvrage , felon l'Auteur
de l'Avertiffement , eft imprimé ſur
un papier de la même qualité & grandeur
que celui du grand Recueil des Traitez
de Paix ; de forte que l'on pourra joindre
ces deux Livres enfemble dans les
Bibliotheques. Le Libraire propofe de livrer
actuellement les deux premiers volumes
qui font achevez , aux conditions
fuivantes.
1° Qu'en
AVRIL 1725. 763
I ' Qu'en recevant les deux premiers
volumes on payera pour le papier ordinaire
, en argent d'Hollande , 18. florins ,
ce qui eft 14. florins pour la valeur intrinfeque
, & quatre florins à compte des
deux derniers volumes , qu'il s'oblige de
fournir , moyennant les dix florins reftant
, ce qui fait en tout 28. florins .
2 La même condition eft obſervée à
l'égard du grand papier royal ; on payera
en recevant les deux premiers volumes
24. florins , & les 18. florins reftans en
recevant les deux derniers volumes , en
tout 42. florins.
3º Les Tomes 3. & 4. paroîtront à la
fin de cette année 1725. Alors ceux qui
n'auront pas encore pris les 2. premiers
volumes payeront pour l'ouvrage complet
en 4. volumes 34. florins , & pour
le grand papier 50. florins , s'il y a encore
de ce dernier à vendre alors , car
comme on l'a déja dit dans l'avertiffe
ment , le nombre en eft petit.
4° En cas que dans les 4. vol. il y ait
au-delà de 560. feuilles , l'on payera un
fol par feuille de furplus , & s'il y en a
moins , on déduira de même un fol par
feuille fur le dernier payement.
5° Le Libraire donnera une reconnoiffance
fignée de lui , fuivant la teneur
des articles.
F vj On
764 MERCURE DE FRANCE .
On pourra foufcrire & recevoir les
Exemplaires à la Haye , chez Jean Neaulme.
Et à Paris , chez Mòntalant , Quay
des Auguftins , & J. Villette , fils rue
S. Jacques , & dans les Pays Etrangers ,
chez tous les principaux Libraires .
Extrait d'une Lettre de Laufane , du 1 :
Mars 1725. contenant des nouvelles
Litteraires de Suiffe.
E fuis charmé que vous ne vous re-
Jbutiez pas de feiner en des terres naturellement
auffi ingrates que celles de
Suiffe , & très - reconnoiffant de ce que
vous voulez bien en goûter les fruits .
Soyez perfuadé que je les cultive volontiers
pour vous , & que les plus exquis
vous feront deftinez , dès qu'ils
pourront être à ma difpofition . Vous m'avez
demandé des nouvelles Litteraires.
Pour les raffembler des divers Cantons
de Suiffe , il a fallu du temps ; & c'eſt ce
qui m'a ôté la promptitude que je me
fens naturellement , dès qu'il eft queftion
de vous fervir . Je dois au furplus
vous dire que je fuis en relation plus ou
moins avec prefque tous ceux dont je
parle , & ainfi je n'avancerai rien fur leur
fujet dont je ne fois bien fur.
De
AVRIL 1725.
765
De Zurich.
M. Scheuchzer avance fort fa Collection
Diplomatique de Suiffe. A cette occafion
il fait trois chofes également curieufes
& utiles à fa nation . La premiere eft
un corps Diplomatique , qui comprend
fimplement les Diplomes , copiez mot à
mot dans leur Langue originale , qui eft
ou Teutonique , ou Latine , ou Gauloife
, ou Allemande . Le nombre des Diplomes
qu'il a raffemblez monte à près de
cinq mille , & cet habile homme affure
que la moiffon eft immenſe. Ces Diplomes
feront rangez felon l'ordre des fiecles
& pour qu'ils foient lûs avec plus
de facilité, M. Scheuchzer donnera un volume
lentier fur les variations de l'Ecriture
ancienne , par des alphabets qui en
feront la clef , & qui feront placez felon
l'ordre des temps. Un volume in- folio
contiendra le feul Catalogue des Diflomes
, & un autre volume ne fera
que l'indice des matieres , pour que l'on
puiffe trouver ce qui appartient à chaque
Ville , Bourg , Village , Convent ,
& c.
2 M. Scheuchzer donnera des Extraits
de tous ces Diplomes dans fonHiftoire
de Suiffe , qu'il écrit en Allemand ,
& cela à mesure qu'ils pourront répandre
766 MERCURE
DE FRANCE
.
dre du jour fur l'Hiftoire . 3 ° Comme il
travaille d'après des originaux , dont les
Bibliotheques de Zurich abondent , & à
quelques- uns defquels il y a des fceaux ,
il les fait deffiner , & prend occafion delà
d'entrer dans l'Hiftoire Heraldique de la
Nation.
On peut juger par ce plan de la grandeur
de l'entreprife , & de l'exactitude
avec laquelle M. Scheuchzer fe propoſe
de la remplir ; & quoique fon principal
but foit d'éclairer & d'illuftrer la patrie ,
fon ouvrage ne laiffera d'être d'un
grand fecours à ceux qui s'appliquent à
l'Hiftoire du moyen âge , & qui aiment
à creufer dans l'antiquité.
pas
Au refte , M. Scheuchzer fait beaucoup
d'honneur aux fciences. Il eſt membre
de la Societé Imperiale de Leopold ,
& des Societez Royales de Londres &
de Berlin. Ses recherches s'étendent fur
tout , & les ouvrages qu'il a donnez ſur
l'Hiftoire naturelle font fort estimez ,tels
que fon Iter Alpinum , & fa Differtation
ingenieufe contre les Antidiluviens , intitulée
Pifcium querela.
L'on imprime à Zurich deux fortes de
nouvelles Litteraires : les unes font generales
, & regardent toute l'Europe , le
I. tome fera bien - tôt achevé : les autres
qui ont pour titre Nova - antiqua , contiennent
AVRIL
1725. 767
tiennent ou des vies des Sçavans , furtout
de Zurich , ou des pieces anecdotes .
De Bâle.
M. Roques , Paſteur de l'Egliſe Françoiſe
, vient de donner au Public un ouvrage
, dont le but est de ramener les
Anabaptiftes qui avoient paru en affez
grand nombre dans ce Canton ; auffi a- t'il
d'abord été traduit en Allemand , afin que
tout le peuple pût le lire , & en profiter.
Le Dictionnaire Hiftorique & Criti
que de MM. Frey , Ifelin & Valdkirch
fe continue. Il eſt écrit en Allemand , &
ajoûtera beaucoup aux Dictionnaires de
Moreri & de Bayle , dont ces Meffieurs
font une judicieuſe compilation.
De Fribourg.
M. Claude- Antoine Duding , Evêque
de Laufanne a fait imprimer une Hiftoire
Latine de l'Evêché de Laufanne , qui eft
adreflée au Pape Benoît XIII . Il y réfute
l'Hiftoire Ecclefiaftique du Païs de
Vaud , publiée en 1707. par Abraham
Ruchat , Profeffeur en Belles - Lettres de
l'Académie de Lauſanne , & l'on ne doute
point que cet Auteur n'y réponde .
De Laufanne.
M. Ruchat , dont je viens de parler ,
tra768
MERCURE DE FRANCE.
travaille depuis 20. ans à la grande Hif
toire de la Suiffe Ronande ou Françoife
qu'il fuivra dès l'origine de la Nation
jufques en 1530. Il donnera à la fuite de
cet ouvrage l'Histoire de la Réformation
de toute la Suiffe dès l'an 1519. jufques
à l'an 1555. inclufivement. 11 finira le
premier de ces ouvrages avec l'année .
Il est prêt à donner à l'Imprimeur
l'Hiftoire des Monnoyes de Laufanne ,
depuis 1100. jufques en 152 1. Il vient
auffi de finir la Collection des Diplomes
de Laufanne , fous le titre de Monumenta
Lauzannenfia quatuor. 1 ° La Chronique
de Marius , qui commence à l'an 455 .
& finit en 581. Elle fe trouve déja dans
Duchefne , qui la tenoit du P. Chifflet ;
mais comme Saint Maire étoit Evêque
de Lauſanne , ſa Chronique eft une piece
neceffaire dans le Recueil des vieux Manufcrits
de nôtre pays . 2 ° Chronicon è
Cartulario Lauzannenfi excerptum ab
anno 501. ad 12 40. 3º Chronicon Epifcoporum
Lauzannenfium è Manufcripto
Meldunenfi à 5oo . ad 1518. 40 Diplomata
Lauzannenfia Pontificum , Imperatorum
, Regum , Principum , & Epifcoporum
circiter centum ab anno 815. ad annum
1536. omnia cum brevibus notis.
M. Ruchat donnera dans la fuite une
Collection des fautes commifes par Moreri
,
AVRIL 1725. 769

er , fur la Suiffe & l'Allemagne , &
ces Remarques Geographiques & Topographiques
fur les Cartes de Suiffe qui
cn: paru.
Il forme actuellement un projet de
Diflertation fur cette queftion : Quelle a
été la Langue naturelle & originale des
Rois de France de la premiere & feconde
Race ; il tâchera de prouver que la Langue
des Rois de la premiere Race étoit
le Bas -Allemand , ou la Langue Teutonique
, & celles des Rois de la feconde
Race , le Haut- Allemand .
M. Ruchat fupplie ceux qui auront des
Manufcrits , ou Livres rares concernant
l'Hiftoire des derniers Rois de Bourgogne
, de vouloir bien les lui indiquer.
On connoîtra fans peine à toutes ces entrepriſes
, combien il eft laborieux , &
combien il merite qu'on lui aide.
M. de Loys , Frofeffeur en Droit &
en Hiftoire , va mettre fous preffe un
Difcours fervant de réponſe aux deux
queftions , qui furent faites à M. de Crouzas
, par une Lettre anonime , inferée
dans le de la Bibliotheque
Germanique. La principale de ces queftions
étoit fi un Prince , ou un Souverain
quelconque , peut vendre à un autre
Souverain des Regimens , ou promettre de
Li en fournir ; & fi un Souverain peus
permettre
40 MERCURE DE FRANCE.
permettre , que fur fès terres un autre Sous
verain leve des troupes : tout cela fans
s'embarraffer de leur destination , que d'une
maniere politique & indiffrente à la
justice , ou à l'injustice des armes ; & en
cas que celafe puiff: faire pour un , fi cela
peut fe faire en même temps pour plufieurs.
La queftion eft des plus délicates ,
foit par le menagement qu'elle demande ,
foit par la difficulté de trouver les folides
principes qu'elle éxige pour arrêter
toutes les difficultez . Elle étoit même
captieufe pour M. de Crouzas ; mais cet
habile homme fçura bien fe démêler du
piege ; & de quelque côté qu'on envifage
la difficulté propofée , elle eft tombée
en bonnes mains .
M. de Loys a fait encore une traduction
du Livre d'Acontius , intitulé Stratagemata
Satana , qui eft devenu affez
rare .
M. du Lignon , Gentilhomme Provençal
, réfugié à Lauſanne , travaille
depuis quelques années à un Dictionnaire
Geographique. Le magnifique projet de
celui dont M. de la Martiniere a flaté le
Public , ne l'a point rebuté. Son deffein
eft moins vaſte , il fe propofe feulement
de donner un Dictionnaire qui puiffe
être plus à la main que celui de M. de
la Martiniere , & qui foit moins un Livre
AVRIL 1725. 771
vre de Bibliotheque que de cabinets il
réunira les Geographies ancienne & moderne
, & fe fervira utilement des voyages
& des relations . Il ne s'attache point
à aucun Dictionnaire ; mais fon principal
foin eft de refondre avec un efprit critique
, ce qui fe trouvera de défectueux
dans les Auteurs qui ont écrit fur cette
matiere .
De Genève.
On a imprimé depuis peu l'Oraifon
Funebre de M. Benedict Pictet , celebre
Paſteur & Profefleur en Theologie dans
l'Académie de cette Ville , par M. Maurice
, fon fuccefleur . Et l'on a joint à
cette Piece le catalogue des ouvrages de
M. Pictet , dans lequel on annonce fes
opufcules , fous preffe , avec un volume
in 4° fervant de ſupplement à l'Hiſtoire
de l'Eglife de le Sueur , & qui contiendra
l'Hiftoire Ecclefiaftique du x1 . fiecle.
Le Traité des Loix Civiles & Ecclefiaftiques
contre les Herétiques , traduit
de l'Anglois , eft fous prefle. Cet ouvrage
fit beaucoup de bruit en Angleterre ,
lorfqu'il y parut pour la premiere fois
en 1682 .
Fabri & Barillot ont imprimé des Lettrs
fur les Anglois , & les François , &
fur les voyages . Il y en a fix fur les An-
·
glois ,
772 MERCURE DE FRANCE.
glois fix fur les François , & une fur
les voyages . Elles font un volume d'environ
600 pages in 8 belle impreffion.
On y trouve generalement beaucoup
d'efprit & de folidité . On eft un peu plus
partagé fur le ftile ; cependant je doute
que le tour n'en paroiffe heureux en
France , & qu'à quelques Germanifmes
près, qui font même en petit nombre , des
François de très - bon efprit n'en trouvent
le ftile vif & coulant , fans parler de
l'abondance , de la richeffe , & de la nouveauté
des penfees ; mais ils en feront
meilleurs Juges que nous .
Je vous enverrai un Extrait des deux
premieres Lettres fur les Anglois , par
où vous jugerez de la bonté du Livre . Ce
que l'Auteur dit des voyages n'a pas été
generalement goûté. On a trouvé auffi la
fixiéme Lettre ( qui eft une critique de
la fixiéme Satire de Defpreaux , affez }
legere & imparfaite . L'Auteur , au refte ,
( comme l'Editeur le dit dans la Preface ,
eft un Gentilhomme d'une famille confiderable
de Berne , qui s'eft confiné à la
campagne après avoir beaucoup voyagé.
Il s'appelle M. de Muralt , & joint à
beaucoup d'efprit une grande modeftie .
Avant que de fermer cette Lettre, je ne
puis m'empêcher de vous faire part d'un
cas bien extraordinaire , arrivé dans ce
Canton
AVRIL 1725. 773
Canton , lequel donnera , fans doute , de
l'exercice à Mis les Anatomiftes. Un homme
qui travailloit aux vignes , fe fentant
preflé tout à coup des douleurs les plus
violentes de la pierre ; & voulant s'en
délivrer , s'affit tranquillement , & d'un
couteau en ferpette dont il travailloit ,
s'ouvrit le ventre , chercha fa veffie qu'il
ouvrit de même , s'arracha la pierre , retourna
enfuite à fa maifon , où fe faifant
panfer par des remedes affez communs ,
l'une & l'autre playe fut confolidée.
Le 9. Mars le Docteur Stirpe prefenta
au Prince & la Princeffe de Galles
à Londres , les Annales de la Réformation
en Angleterre ; Livre qui fert de continuation
à l'Hiftoire le Docteur Burque
net a donnée au Public fur la même matiere.
Le 21. M. Durand , Miniftre François
, prefenta au Roi d'Angleterre une
Hiftoire en François de la Peinture des
anciens .
On mande de Thomar par la voye de
Liſbonne , que le 6. Fevrier dernier ,
vers les 8. heures du foir , on avoit apperçu
dans l'air entre les Villes de Abrantes
& de Punhete , une grande lumiere
en formede Lance , dont la clarté avoit
obfcurci
774
MERCURE DE FRANCE.
obfcurci celle de la Lune : que ce Phenoméne
avoit paru pendant l'efpace d'un
quart d'heure , ayant la direction d'Orient
en Occident , & qu'il avoit fini
avec un bruit auffi violent que celui d'un
coup de canon .
1
Le fieur Chevillard , pere , Hiftoriographe
de France , & Genealogifte du
Roi , continue toûjours les ouvrages de
Blafon , de Chronologie , d'Hiftoire , & c .
& comme il a déja mis au jour plufieurs
Nobiliaires de Provinces de France ; fçavoir
, de Picardie , Champagne , Bretagne
, & c. il vient de mettre au jour celui
de Normandie , contenant un Catalogue
des Maifons Nobles de cette Province,
Comme les armes de ce Nobiliaire ont
été gravées fous les yeux , par le fieur
Chevillard , fon fils , aidé des lumieres
de M. de Clerambaut , Genealogifte de
l'Ordre du S. Efprit , il efpere en avoir
fait un ouvrage , qu'il fe flate être utile
& agréable à la Nobleffe de Normandie.
On connoît affez l'application & le foin
que le fieur Chevillard fe donne pour
perfectionner les ouvrages qu'il entreprend
; on les trouve tous chez lui , à Paris
, au coin de la ruë neuve Nôtre- Dame,
& chez fon fils qui eft alfocié au
Privilege de fon pere,
Le

POTENS
PRÆLIO
.
IN
DOMINUS
QUIS
UT
DE US
UT
DEUS
DU
VI
PSAL
23.
V.
8.
AVRIL 1725. 775
Le 19. de ce mois , l'Evêque Duc de
Langres , fut élû dans l'Académie Françoife
, pour remplir la place vacante par
la mort de l'Abbé de Roquette .
La fanté étant le plus précieux des
tréfors , on ne fçauroit trop faire connoître
ceux qui font en état de la rétablir
furtout dans des accidens fâcheux , & où
les remedes ordinaires manquent de vertu
. M. Goutard , Medecin ordinaire du
Roi , & de feue Madame la Dauphine ,
après avoir reçû les Sacremens , vient
d'être gueri d'une fuppreffion totale d'urine
par les remedes particuliers du fieur
Lyvernette , Maître Chirurgien , Juré de
Paris , lequel a operé en prefence des
principaux Medecins & Chirurgiens de
la même Ville .
L'Electeur de Cologne , Evêque &
Prince de Liege , Jofeph Clement de Baviere
, de glorieuſe memoire , ayant inftitué
un ordre de Chevalerie , peu de temps
avant la mort , fous l'invocation de Saint
Michel , avoit ordonné qu'on frapât le
Medaillon qu'on voit ici en taille- douce ,
& qui devoit fervir de marque d'honneur
aux Chevaliers de cet Ordre. Les coins
ont été deffinez & gravez par le fieur J,
du Vivier , natif de Liege , Graveur des
Medailles du Roi, L'Aças
776 MERCURE DE FRANCE.
L
Rentrée des Académies.
'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres recommença fes
exercices interrompus par la folemnité
des Fêtes de Pâques ; elle fit à l'ordinaire
fon ouverture le Mardi 10. Avril , par
une affemblée publique , où les Sçavans
& les Curieux avoient entrée. M. l'Abbé
Bignon prefidoit à cette Affemblée , en
l'abfence de M. l'Evêque de Langres.
On y lût quatre Differtations ; la premiere',
par M. de la Curne , contenoit un
effai de la vie d'Agathocle , tyran de Syracufe
. M. de Fonfemagne lût enfuite une
Differtation fur le Droit & la forme de
la fucceffion dans la premiere race des
Rois de France. M. de Boze , Secretaire
perpetuel de l'Académie , lût une Diſſertation
fur l'Hiftoire des Rois du Bofphore
Cimmerien , à l'occafion d'une Medaille
d'or d'un de ces Rois , qui eſt depuis
peu au Cabinet du Roi , & qui eft la feule
Medaille que l'on connoiffe des Rois du
Bofphore Cimmerien . La féance fut terminée
par une Differtation de M. l'Abbé
Sallier fur le caractere des Hiſtoriens
Grecs qui ont écrit depuis la grandeur des
Romains.
Nous rendrons un compte plus détaillé
de ces Differtations le mois prochain.
Le
AVRIL 1725. 777
Le Mercredi 11. de ce mois l'Académie
Royale des Sciences tint fon aſſemblée
publique. M. de Fontenelle ouvrit
la féance par l'éloge de M. de Litre ,
Docteur en Medecine de la Faculté de
Paris , Penfionnaire Anatomiſte de cette
Académie , & très- celebre en ce genre ,
mort depuis deux mois.
M. de l'lfle le Geographe lût enfuite
une Differtation , dans laquelle il compara
la grandeur de Paris à celle de Londres
, & aux plus grandes Villes du monde
, anciennes & modernes. Il réfulta de
cette comparaison que Paris eft plus
grand que Londres d'un vingtiéme , fans
y comprendre les jardins des Thuilleries
, du Luxembourg & des Chartreux.
M. Morand , Anatomifte rapporta une
experience très - finguliere faite fur luimême
; fçavoir , qu'en fortant de fon lit
le matin il fe trouve plus grand de 5. 6 .
7. 8. & jufqu'à 9. lignes , qu'en y entrant
le foir , & expliqua les caufes Phyfiques
qui produifent cet accroiffement
& décroiffement.
M. Dufay lût enfuite une Differtation
, dans laquelle il donna un moyen
pour augmenter la perfection des Pendules
à fecondes . Il confifte à appliquer à
cette Pendule un Cadran mobile , fur le
quel on a gra lué la difference du moyen
Ꮐ mou,
778 MERCURE DE FRANCE.
.
mouvement au mouvement vrai du Soleil
·
M. de Reaumur finit la féance par la
lecture d'un Memoire qui regarde l'art
de faire le fer blanc . M. l'Abbé Bignon
qui prefidoit à cette Affemblée réfuma
tous ces Difcours , en fit fentir les principales
parties , & loüia les Auteurs avec
cette éloquence naturelle & préciſe que
tout le monde connoît.
Le Samedi 14. M. Petit , Chirurgien
& affocié Anatomifte , paffa à la place de
Penfionnaire Anatomifte , vacante par la
mort de M. de Litre , à laquelle il a été
Flu ,
M. Dufay dans fa Deſcription d'une
machine très fimp'e , pour connoître à
toutes les heures du jour , la difference
de l'heure vraye du Soleil à celle d'une
Pendule bien reglée , ne s'arrête point
aux caufes de l'irrégularité des apparen
ces du Soleil qui font connues de tous les
Aftronomes , & dont la découverte faite
depuis très - long -temps a été confirmée
depuis qu'on a des Pendules affez exactes
pour déterminer au jufte cette irrégularité.
Il donne enfuite l'Hiftoire & la defcription
de toutes les Pendules qui ont
éré conſtruites à deflein de fuivre le mouyement
AVRIL 1725. 779
vement apparent du Soleil , entre lefquelles
il y en a de fort ingenieufſes ,
dont plufieurs même ont été executées .
Après avoir examiné le merite de chacu-
' ne , il conclut qu'on ne doit pas attendre
beaucoup de regularité d'une machine
auffi compliquée que le doit être une
Pendule de cette efpece ; & qu'ainfi il
faut s'en tenir à la plus fimple de toutes
qui a été imaginée par M. de la Hire , &
à laquelle M. le Roi , Horlogeur , a fait
quelques changemens qui la rendent &
plus fimple & plus commode. M. Dufay
s'étant arrêté à cette conftruction de M.
le Roi a imaginé de la rendre d'un uſage
beaucoup plus étendu , & tel qu'il fe
trouve à la portée de tout le monde ; il
fera pour cet effet graver une planche ,
dont il a fait voir le modele à l'Académie
, lequel étant appliqué fur un carton
fera la principale partie de la machine
qu'il propofe. Il a donné la conftruction
entiere de cette machine ; nous nous con
tenterons d'en donner la deſcription telle
qu'il l'a fait voir .
Elle confifte en deux cartons & une
éguille de laiton joints enſemble par un
centre commun , le carton de deffous eft
quarré & fixe , & celui de deffus eft
rond & mobile ; il y a deux alidades de
cuivre fixées dans 2. des angles du carton
G ij de
780 MERCURE DE FRANCE.
de deffous . Tous les jours des mois font
tracés fur le carton de deffus , qui porte
outre cela un cadran de minutes , auffi
bien que le carton de dellous .
L'ufage de cette machine eft écrit au milieu
du carton rond , & voici de quelle
maniere on s'en fert. On met fous la ligne
de foy d'une des deux alidades le jour auquel
on veut fçavoir l'heure vraye du Soleil
; & mettant enfuite l'éguille qui eft
mobile fur le cadran du carton de deffus à
l'heure que marque la Pendule , la même
éguille marquera fur le carton de deffous
l'heure vraye du Soleil .
Il fe fert de la même machine pour regler
avec beaucoup de facilité & de précifion
les Pendules , & l'étend encore à
d'autres ufages pour les differentes tables
d'équations.
Nous donnerons les Extraits des trois
autres Differtations le mois prochain.
PRINTEMPS.
Etits Hôtes de ces bocages ,
Petits
Où tout répond à vos defirs ,
Roffignols , qu'il eft doux d'entendre vos ra
mages ,
Cele!
ת ו מ
A
sirs,Rossignolo,quil est.
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AVRIL 1725. 7811
Celebrer le retour de Flore & des zephirs !
C'est pour vous rendre heureux que la faifon
nouvelle ,
Vient faire regner avec elle ,
·
Les ris , les jeux & les Amours.
Mais , helas ! pendant ces beaux jours
Mon Iris eft abfente , & peut- être infidelle.

LES CALOTINS.
CHANSON .
ENrôler chez foi tout le monde ,
Faire des folles & des fous ;
Fonder fur la terre & fur l'onde ,
Des petites maifons pour tous :
C'est la marotte ,
De la Calote.
Que chacun coure y prendre place ,
La Confrairie a des appas ;
Il faut en être, quoiqu'on faffe,
Quand même on ne le voudroit pas :
C'est la marotte , & c.
G iij
Ce
(
782 MERCURE DE FRANCE.
Ce ridicule Misantrope ,

A beau dire qu'il n'en eſt point
Dans fa fageffe il s'enveloppe ,
Mais malgré ce grave pourpoint ,
C'eft , & c.
1
Cette prude qui fait la fiere ,
Quelqu'avanture qu'elle ait eu,
En fera toute la premiere ;
Mais que penfer de ſa vertu ?
C'eft , &c.
Pour la Coquette peu fauvage .
Qui marche dans un entonnoir
Quand elle plaftre ſon viſage ,
Que voit- elle dans fon miroir ?
C'eft , & c .
Un Courtiſan plein de droiture ,
Plein de droiture , à ce qu'il dit ,
Peint fes amis en miniature ,
Puis les careffe & leur fourit ,
C'eft , &c.
Un
AVRIL
783 1725 .
Un Calotin du Mont Parnaffe ,
Penſe charmer tout l'Univers ;
Il fe met à côté d'Horace ,
Quel eft le deftin de ſes vers ?
C'eft , & c.
Tel qui dans la comique Scene,
A fait fredonner les fifflets ,
Veut faire hurler Melpomene ;
Mais qu'en arrive- t'il après ?
C'eft , & c.
Le Champignon millionnaire ,
Du crû qu'on nomme Quinquempoix ,
Par la culbute actionnaire ;
Devient ce qu'il fut autrefois ;
C'eft , & c,
Le faux fçavant , le faux fincere ,
Le faux brave , & le faux difcret ,
Ont chacun dans leur caractere ,
Le fymbole de fou parfait ,
C'eſt la marotte ,
De la Calote.
?
G iiij SPEC
784 MERCURE DE FRANCE .
MMMMMMMMMUK
L
SPECTACLES.
Es Comediens Italiens ont donné le
mois paffé une petite Piece , qui a
pour titre l'Ile des Efclaves . Le Public
l'a reçûe avec beaucoup d'applaudiffement.
M. de Mariveau , qui en eft l'Aueft
accoutumé à de pareils fuccès ,
& tout ce qui part de fa plume lui acquiert
une nouvelle gloire. Voici les.
noms des Acteurs de la Comedie en
queſtion :
Iphicrate , Maître d'Arlequin. Le
fieur Mario.
Arlequin , Efclave d'Iphicrate. Le
fieur Thomaffin.
Euphrofne, La D'le la Lande.
Cleanthis , Elclave d'Euphrofine . La
D'le Sylvia.
Un des Chefs de l'Ifle des Efclaves .
Le fieur Dominique.
Iphicrate ayant fait naufrage avec Arlequin
, reconnoît qu'il eft dans l'Ile des
Efclaves , & invite Arlequin à fe fauver
, s'il eft poffible , d'un rivage fi dangereux
; parce que tous les Maîtres y
font traitez avec la derniere rigueur ; la
ſeverité de cette loi n'étant que pour les
MaîAVRIL
1725. 785
Maîtres , & non pour les Efclaves . Arlequin
ne veut pas fortir d'un heureux
féjour , où il va être Maître à fon tour ;
il fe fait par avance un plaifir d'avoir fa
revanche des mauvais traitemens qu'Iphicrate
lui a fait effuyer. Son Maître le
veut punir de fon infolence ; mais Arlequin
le menace de le faire punir lui- même
des menaces qu'il ofe lui faire. Pendant
leur conteftation un des Chefs de
cette nouvelleRépublique arrive, il prend
le parti d'Arlequin , il les fait changer de
nons , de fort & d'habits ; il exhorte
Iphicrate à fe corriger de fon orgueil ,
s'il veut recouvrer fa liberté ; il commence
par l'obliger à faire l'aveu de fes
fautes pallées , ce qu'Iphicrate ne fait
qu'avec peine ; mais Arlequin lui en
épargne le foin , par un recit qu'il fait
des fottifes de fon Maître devant ce Chef
des nouveaux Républiquains . Ce Chef
fait connoître comment , & furquoi leur
République a été fondée. Des Efclaves
maltraitez de leurs Maîtres fe fauverent:
de quelques Villes de Gréce , formerent
une Colonie , & à la faveur de quelques;
Vaiffeaux qu'ils armerent , ils vinrent:
aborder l'lfle , où fe paffe l'action Theatrale.
Dans les premieres années de leur
fondation ils firent perir tous les Maî
tres que les vents & leur mauvais fort
Gv pouller
786 MERCURE DE FRANCE.
poufferent fur leurs côtes : mais de venus
enfin plus traitables , ils fe contenterent
de les condamner au même esclavage
qu'ils avoient fait fubir aux autres , avec
cette difference qu'ils pourroient meriter
leur liberté par leur amandement.
Euphrofine & Cleanthis qui ont fait
naufrage avec Iphicrate & Arlequin ,
jouent à peu près le même rôle dont on
vient de parler ; mais Silvia s'en acquitte
avec des graces qui la mettent au rang
des meilleures Actrices qui ayent encore
paru fur nos Theatres.
Arlequin & Cleanthis s'oublient à tel
point dans leur nouvelle fortune , qu'ils
projettent un double mariage : fçavoir , du
Valet avec la Maîtreffe , & du Maître
avec la Servante . Cette derniere dureté
afflige tellement Iphicrate & Euphrofine
qu'ils en verfent des larmes. Arlequin
& Cleanthis en font penetrez jufqu'au
fond du coeur ; ils fe jettent aux pieds
de leurs premiers Maîtres , & leur demandent
pardon de s'être oubliez jufqu'à
les méprifer. Cette double Scene eft
très - touchante. Le Chef des Républiquains
en eft touché lui- même ; & follicité
par les anciens Esclaves de rendre
la liberté à leurs Maîtres , il y confent ,
& leur promet de les renvoyer inceffamment
à Athénes , d'où ils font partis.
ArleAVRIL
1725. 787
'Arlequin & Cleanthis veulent être du
voyage , perfuadez que leurs Maîtres en
uferont mieux à l'avenir . La Piece finit
par une petite Fête dont on auroit pû ſe
paffer ; elle eft compofée d'Efclaves qui
fe réjouiffent de ce qu'on a brifé leurs
chaînes .
Le Mardi to . Avril l'Académie Roya
le de Mufique r'ouvrit fon Theatre par
la premiere reprefentation de la Reine
des Peris , Comedie Perfane en cinq
Actes , précedée d'un prologue .
Nous avons donné dans le précedent
Mercure un article qui explique la nature
& le caractere des Péris , Fées des
Romans de Perfe & de Turquie.
Le Prologue fe paffe dans le Palais de
Neptune, Amphitrite paroît d'abord , &
invite les Fleuves & les Fontaines à celebrer
la paix qui regne , furtout dans
l'Europe . Il naît une conteftation entre
la Seine & l'Euphrate , fur la préference
que meritent leurs bords , qui les conduit
à parler de la difference qui ſe remarque
entre les Amans de l'Europe &
ceux de l'Afie. L'Euphrate dit à la Seine,
On dit que vos Amans ignorent la puiffance ,
Et les plaifirs de la conftance ?
G vj LA
788 MERCURE DE FRANCE :
$
1
La Seine.
Et les vôtres fans ceffe abfolus dans leurs
choix ,
Ignorent de l'Amour les plus charmantes
loix.
Tiran de l'objet qu'il adore ,
L'Amant dans vos climats ne fuit que fes
defirs :
L'Amant dans vos climats commande aux
doux plaifirs ,
Et dans les miens il les implore.
Amphitrite finit cette Scene , & rame→
ne le divertiffement , compofé de fleuves,
ruilleaux & fontaines.
ACTE PREMIER.
Le Theatre reprefente un bois perce
en allées , & la Mer dans l'éloignement.
La Reine des Peris s'y promene avec Sélina
Peri , fa confidente , & lui apprend
la caufe de fa rêverie. Apprends , dit- elle,
mon fecret puiſque tu l'as penetré.
Un jour en traverfant les airs fur un nuage ,
J'apperçus un mortel charmant ,
Mon coeur d'abord frapé conferva ſon image ,
Ma raifon a voulu l'effacer vainement.
J'ai
AVRIL 1725.
785
J'ai pourtant arrêté mes feux dès leur naif
fance ,
J'ai fui ce cher objet ..... inutile prudence :
Le fort complice de l'Amour ,
A mes yeux malgré-moi vient l'offrir en ce
jour.
Cet Amant évité inutilement avance à
ces mots : c'eft Nouredin , Caliphe du
Caire , il eft accompagné d'Ali , Prince
Arabe , fon ami ; la Reine ordonne à
Sélina de s'informer de leur aventure ;
Ali dit à Sélina dont les charmes l'ont
frapé :
Nos Vaiffeaux ont tenté des efforts impuiffans
Les vents nous ont contraint d'aborder ce
rivage ;
J'accufois de rigueur leur empire volage ,
Depuis que je vous vois que je leur dois d'encens
!
La Reine plus curieufe des fentimens
de Nouredin que des autres détails , lui
demande le fujet de la douleur qu'il fait
paroître. Nouredin qui ne fçait pas l'intereft
fecret qu'elle prend à fon recit , lui
raconte comment il eft devenu amoureux
de Fatime , Princeffe de Sirie , qui a été
enlevée pendant un orage dans le moment
qu'il alloit lui declarer fon ardeur.
Depuis
790 MERCURE DE FRANCE.
Depuis ce jour affreux , dit- il ,
On n'a pu découvrir ſon deſtin malheureux .
Le defefpoir qui me dévore ,
Dans cent climats divers m'entraîne vainement.
Je n'y retrouve pas la beauté que j'adore ,
Mes foins toûjours trahis augmentent mon
tourment.
Le Chef des Matelots de Nouredin qui
l'avoit chargé de reconnoître le pays arrive
, & dit qu'il n'a pû en découvrir le
nom; mais par le portrait qu'il en fait
on voit bien que ce n'eft pas un climat
ordinaire. La Reine après avoir commandé
en fecret à Sélina de donner ordre à
fes fujets de ne point reveler à Nouredin
dans quel Empire les vents l'ont jetté ,
offre une retraite au Caliphe , & l'exhorte
à oublier Fatime : non , dit - il ,
Ne me propoſes pas une chaîne nouvelle ,
Jamais je n'oublirai l'objet de mon ardeur ,
Quels appas lui pourroient un jour ôter mon
coeur ?
Je vous vois & je fuis fidelle.
L'Acte eft terminé par une Fête Marine
, executée par les Matelots du Caliphe
; après cette Fête la Reine dit à
Nouredin.
1
Ne
AVRIL 1725:
791
Ne quittez pas fi-tôt ce rivage tranquille ,
Les plaifirs foumis à mes loix ,
Vous fuivront tous dans cet azile ,
Vôtre coeur en fera le choix .
ACTE I I.
Le Theatre reprefente les jardins du
Palais de la Reine des Peris , où fa rêverie
eft interrompuë par un bruit de
chaffe . Sélina lui apprend que c'eſt une
partie faite par Nouredin. La Reine en
eft bleffée , & comprend que le Sultan
ne cherche les Forefts que pour éviter
un amour qu'il entrevoit. Ali paroît en
équipage de chafleur ; la Reine s'éloigne
un moment , & lui laiffe la liberté d'entretenir
Sélina de fa paffion naiſſante.
Un fecond bruit de chaffe le fait entendre
, Sélina oblige le Prince Arabe de la
quitter , & d'aller rejoindre le Sultan .
La Reine revient avec un air fatisfait , &
fe flatte que la Princeffe de Sirie eft enlevée
pour jamais , & ne lui difputera
plus le coeur de Nouredin. Dans cet
inftant on voit paroître dans les airs un
Trône de fleurs où la Frinceffe de Sirie
eft couchée & pámée : Ce Trône eft porté
par des genies foumis à la Reine des Peris.
Cette Reine s'intereffe d'abord pour
Fatime
792 MERCURE DE FRANCE .
Fatime qu'elle ne connoît pas auffi bien
que les genies qui l'ont fauvée de la tiranie
d'une Dive redouté . La Reine par
fon pouvoir diffipe l'évanouiffement de
Fatime , & lui demande qui elle eft , après
lui avoir promis fa protection par un ferment
inviolable. La narration de Fatime
apprend à la Reine des Peris , qu'elle
protege la Princeffe de Sirie , fa rivale.
Elle fe retire defefperée , & commet Sélina
pour recevoir les honneurs de la
Chaffe que vient lui prefenter Ali . Cette
fête de Chaffeurs finit le ſecond Acte.
ACTE IIIIII..
Le Theatre reprefente au fonds le Pa-
Jais de la Reine des Peris dans un goût
Oriental , & dans les aîles un bois de
Palmiers arrofé de ruiffeaux . Fatime dans
la premiere Scene leur confie fes peines ,
& fe retire en voyant approcher la Reine
& fa confidente Sélina . La Reine
s'irrite à la vue de Fatime , Sélina lui
reprefente le caractere des Peris dans ces
vers.
Le couroux des Peris n'eft jamais dangereux ,
Le crime feulement doit craindre leur vengeance
,
Et c'eft pour faire des heureux
Que nous avons nôtre puiffance.
La
AVRIL 1725. 793
La Reine arrêtée par cette réflexion
ne renonce pas pourtant tout -à-fait à fa
vangeance ; mais pour fatisfaire à la fois
fon devoir & fa paffion , elle fe borne à
donner à Fatime la reffemblance de Sélina
, pour empêcher Nouredin d'aborder
fa Princeffe , dont il ne fçait pas l'arrivée.
Fatime paroît dans le moment , & Sélina
dit :
Elle vient : c'eft toûjours Fatime que je vois.
La Reine.
Je n'ai pas prétendu te déguiſer ſes charmes ;
Elle n'aura tes traits qu'aux yeux de fon Amant,
Et du fidelle Confident
De fes foupirs & de fes larmes.
Elle approche , fortons : j'oublirois mon fera
ment.
L'enchantement de la Reine opere dans
La Scene fuivante . Fatime entre la premiere
fur le Theatre , & apperçoit Nouredin.
O Ciel ! dit -elle , je le vois ,
C'eft ce Prince charmant,
Qui paroiffoit me fuivre à la cour de mon
pere ,
Quel bonheur près de moi l'amene en ce moment
?
Ses yeux dans nos climats fembloient me ren-,
dre hommage , Er
794 MERCURE DE FRANCE .
Et parler d'une ardeur qu'il n'ofoit declarer,
Sa rencontre va m'aſſurer
Si j'ai bien entendu leur aimable langage.
Nouredin trompé par la reffemblance
de Sélina donnée à Fatime ; & croyant
fe trouver avec la Confidente de la Reine
, dit à part :
Que je fuis malheureux , helas !
On tente de brifer la chaîne qui m'engage ,
Des regards curieux fuivent partout mes pas.
On m'obſervera moins fi l'on me croit volage,
Oui , feignons d'oublier Fatime & ſes appas ,
La Reine ...... mais je vois ici fa Confidente ,
Affectons la froideur d'une ame indifferente..
L'erreur du Caliphe fait le jeu de cette
Scene , il affecte un caractere inconftant
aux yeux de Fatime qui s'attendoit à une
tendre declaration . Nouredin ne pouvant
foutenir long- temps un rôle qui ne lui eft
pas naturel , quitte Fatime qu'il a priſe
pour Sélina , & laiffe cette jeune Princeffe
dans une fituation affreufe ; elle
apperçoit Ali & fe retire. Ali qui la
prend auffi pour Sélina eft étonné de ſa
fuite & de fa douleur. Il exprime fon
étonnement par ce monologue .
PenAVRIL
1725. 795
Pendant les jeux de nos Chaffeurs ,
Elle a permis tantôt l'eſpoir à ma tendreſſe.
D'où lui vient à prefent cette fombre trifteffe ?
Qu'ai- je fait qui me doive attirer ſes rigueurs ?
Quel caprice conduit les belles a
Rien ne peut fixer leurs defirs ,
Et les ondes , & les zephirs
Sont cent fois moins volages qu'elles .
Pour leur coeur il n'eft point de noeuds
Qui nous affurent leur conftance,
Et quelquefois l'indifference
Succede à leurs plus tendres feux.
Dans cet inftant la veritable Sélina
qui paroît , efluye fes reproches , & l'appaife
fans lui apprendre le fecret de la
Reine. Ali raccommodé lui demande le
nom de la Reine & de fon Empire , Sélina
lui répond que ce fecret ne dépend
pas d'elle ; mais , dit- elle : juge du pouvoir
de nôtre Souveraine par celui de fes
fujets. Auffi- tôt elle fait paroître aux
yeux d'Ali une troupe choifie des Ber-
› gers d'Europe , qui celebrent la fidelité
& la conftance malgré leur décris . Voici
ce que chante une de ces Bergeres :
Dans nos Hameaux , fur nos rivages
Pour
795 MERCURE DE FRANCE .
Pour aimer tous les coeurs font faits
Et dans nos paifibles bocages
Jamais l'Amour ne perd de traits .
Les plaifirs d'une ardeur nouvelle
Pour nos Bergers n'ont point d'appas ;
Et nos échos ne fçavent pas.
Les noms d'ingrat & d'infidelle.
ACTE I V.
Le Theatre reprefente l'Ile de l'In- «
conftance . La Reine des Peris inftruit
Sélina de fon deffein ; elle a fait conduire
Nouredin & Ali dans l'Ile de l'Inconftance
, qui doit employer tous fes charmes
pour effacer dans le coeur de Nouredin
l'image de Fatime. La deuxième
Scene eft remplie par le Caliphe & le
Prince Arabe . Nouredin exprime fa continuelle
furpriſe à ſon ami , & ajoûte :
Ici tout me furprend , tout m'embaraffe :
helas !
La Confidente de la Reine ,
Loin de me vanter ſes appas ,
Paroît apprehender de me voir dans fa chaîne.
On devine affez qu'il veut parler de
Fatime paroiffant Sélina. Ali croit que la
veri.
AVRIL 1725. 797
veritable Sélina eft amoureufe de Nouredin
, & lui reproche fa prétenduë trahifon
dès qu'il la voit paroître. Sélina
s'excufe en badinant , & perfuade Ali de
fon innocence ; elle inftruit Nouredin de
fon fort , & lui apprend qu'il eft aimé de
la Reine des Peris ; il reçoit cette glorieufe
nouvelle avec chagrin , & en
amant occupé d'une autre paffion. La
Reine paroît avec les Acteurs de la fête ,
& fait fentir fa fituation par cet à parte.
Mon deſtin me réduit au bizare malheur ,
D'implorer l'Inconftance avec un tendre
coeur .
Les Inconftans de differentes nations fe
rendent de toutes parts au divertiſſeinent
, & chantent les agrémens de l'Inconftance.
La Reine même leur adreffe
cette Cantate :
De l'aimable Inconftance Amans fuivez les
loix ,
Pourquoi fi la beauté la moins digne de plaire ,
A vos yeux s'offre la premiere ,
Vôtre coeur fera-t'il efclave de fon choix ?
Ah! que la Raifon vous éclaire ,
Amans , paffez bien vos beaux jours ;
Que le plaifir feul vous engage ,
Pour
798 MERCURE DE FRANCE.
Pour modele dans vos amours ,
Prenez le zephire volage .
Lorfque tout eft foumis au pouvoir fortuné
De l'aimable Inconftance ,
Nôtre coeur malheureux eft-il feul condamné
A la perfeverance ?
Amans , paffez bien , & c.
Le Ciel qui fit nos libertez ,
Ne leur impofe point une chaîne importune ,
Voudroit- il à nos yeux offrir mille beautez ,
S'il ne falloit en aimer qu'une ?
Amans , paffez bien , & c.
Après cette Cantate l'Inconftance reprefentée
par l'inimitable Mile Prevoſt ,
fort de la Mer , affife dans un Char galant
, furmonté d'un pavillon leger , foutenu
par des zephirs , elle danfe & marque
fon caractere , tant par la varieté de
fes pas , que par celle des danfeurs de
differentes nations qu'elle choifit alternativement.
Cette danfe eft un Tableau
animé.
ACTE V.
Le Theatre reprefente une folitude
affreufe femée de rochers arides , arrofez
par des torrens .
NoureAVRIL
1725. 799
Nouredin feul y vient déplorer fes
malheurs , & la contrainte où le réduit
la Reine des Peris . 11 fe détermine à
mourir pour terminer fon efclavage ; &
voyant approcher Fatime qui lui paroît
toûjours Sélina , il la fuit ; elle l'arrête
avec tranſport , & laiffe éclater toute la
tendreffe qu'elle reffent pour lui. Le Caliphe
qui croit parler à la Confidente de
la Reine , ne daigne pas s'appercevoir de
fon emportement , & lui dit qu'il ne veut
plus feindre , qu'il n'adore que Fatime ,
& n'a jamais aimé qu'elle. La Princeſſe
de Syrie eft furprise & de cet aveu &
de ce que Nouredin ne la reconnoît pas ;
enfin après des difcours qui dévelopent
leur fituation , le Caliphe s'apperçoit que
c'eſt un enchantement de la Reine qui lui
cache Fatime fous la reffemblance de Sćlina
, il ſe diſpoſe à mieux éclaircir fon
aventure , lorsqu'une tempête fubite interrompt
la converfation des deux Amans.
Ils penfent d'abord que cet orage eft un
effet du couroux de la Reine ; mais Fatime
qui voit paroître les Dives fur des
nuages , ne doute plus que ce ne foit le
genie rival du Caliphe qui vient pour
l'enlever. Ces Dives font chaffez par les
Peris qui avancent avec des caffolettes
remplies de parfums, qui ont le pouvoir ,
fuivant les Romans Orientaux , de chaf
fer
800 MERCURE DE FRANCE.
fer les Dives , Ginnes , & autres malins
genies qui leur tiennent lieu de nos Enchanteurs
& efprits infernaux . Une de
ces Peris fait difparoître le défert qui cede
fon terrain à un Palais magnifique ,
bâti & orné dans le goût des édifices du
Japon & de la Chine. Nos Amans raffurez
& contents ne fçavent à qui ils doivent
ce fecours & cet azile fuperbe . La
Reine fe montrant tout à coup à leurs 4
yeux leur apprend qu'elle feule les a garentis
de l'oppreffion du Genie ; elle
triomphe de fon amour , & leur laiſſe la
liberté de s'aimer , en terminant leurs
inquiétudes par un heureux Himenée ;
elle conclut en même temps le mariage
d'Ali avec Sélina , qu'elle charge de conduire
ces Amans à la Cour de Syrie ,
dans un Char orné auffi dans un goût
Oriental.
Le nouvel Opera de Didon de Metaltafio
, Diſciple de Gravina , a paru avec
un très-grand fuccès à Venife , à Florence
& à Milan.
Celui de Rodelenda a été reprefenté à
Londres avec beaucoup de fuccès , & a
été honoré de la prefence du Roi.
Le 10. Avril les Comediens François
ont ouvert leur Theatre par la Tragedie
AVRIL 1725. 801
gedie d'Herode & de Mariamne de M.
de Voltaire. C'eft une Piece qu'il avoit
retirée l'année derniere, parce qu'elle n'avoit
été favorablement reçûë du pupas
blic ; mais le fuccès qu'elle a aujourd'hui
le confole affez de cette premiere difgrace
; il a retravaillé fa Piece avec tant
de foin qu'elle n'eft pas reconnoillable ;
nous n'en avons gueres vû fur nôtre
Theatre qui ayent été fi applaudies , les
applaudiflemens étoient trop generaux &
trop unanimes pour laiffer aucun foupçon
qu'ils fuffent mandież . Ceux qui
n'auront point vû repreſenter cette Piece
en pourront juger par l'Extrait
en allons faire.
ACTEUR S.
que nous
Herode , Roi de Judée. Le fieur du
Frefne.
Mariamne , épouse d'Herode . La Dile
le Couvreur.
Varus , Préteur de Sirie. Le fieur Quinault.
Salome , foeur d'Herode. La Dlle de
Seine.
Mafael , Seigneur de la Cour d'Herode.
Le fieur le Grand , pere .
Nabal , vieillard attaché à Mariamne .
Le fieur le Grand , fils .
H Elife ,
802 MERCURE DE FRANCE.
Elife , Confidente de Mariamne. La
Dlle Jouveneau ..
Albin , Confident de Varus. Le fieur
de la Thorilliere , fils.
Idamas , Seigneur de la Cour d'Herode.
Le fieur du Breuil.
Un Hebreu. Le fieur du Chemin.
La Scene eft à Jerufalem dans le Palais
d'Herode & de Mariamne.
ACTE I. SCENE I.
Salome , Mafael.
Mafael apprend à Salome qu'il vient
de calmer par fa prefence des troubles
qu'une faulle nouvelle de la difgrace
d'Herode , fon frere , dans la Cour d'Augufte
avoit excitez dans toute la Sirie ,
& qu'il lui a fuffi pour les faire rentrer
dans leur devoir de leur annoncer le prochain
retour de leur Roi . Salome lui répond
qu'il ne s'eft pas trompé , & qu'Herode
va bien-tôt reparoître dans Jerufalem
avec plus d'éclat qu'il n'en eut jamais.
Cette nouvelle fait trembler Mafael
pour Salome , & pour lui -même
craint qu'Herode ne redevienne esclave
de Mariamne fi - tôt qu'il la reverra, Cette
crainte eft fondée fur le caractere d'Herode
, exprimé dans le portrait qu'il fait
de ce Prince.
il
*
Quoi !
AVRIL 8.03 1725.
Quoi ? ne craignez-vous plus ces charmes
tout puiffants ,
Du malheureux Herode imperieux Tyrans ?
Depuis cinq ans entiers qu'un fatal Hymenée ,
D'Herode & de la Reine unit la deſtinée ;
L'Amour prodigieux dont fon coeur eft épris ,
Se nourrit par la haine & croît par le mépris,
Vous avez vû cent fois ce Monarque infléxible
,
Dépofer à fes pieds fa majeſté terrible ,
Et chercher dans fes yeux irritez , ou diftraits
Quelques regards plus doux qu'il ne trouvoit
jamais ;
Vous l'avez vû fremir , foupirer & fe plaindre,
La flater , l'irriter , la menacer , la craindre ,
Cruel dans fon amour , foumis dans les fureurs
,
Efclave en fon Palais , Heros par tout ailleurs.
Salome fait entendre à Mafael que
bien- tôt elle ne craindra plus Mariamne
, & que peut- être au moment qu'elle
lui parle , cette fiere ennemie expire par
les ordres d'Herode , que Zarès arrivé
de Rome depuis un jour doit executer
fans délai .
La haine de Salome pour Mariamne
Hij
eft
804 MERCURE DE FRANCE.
eft fondée fur fon ambition démesurée ,
qui fait qu'elle ne peut rien, fouffrir audellus
d'elle. Voici quelle eft fa fitua
tion , & quels font fes fentimens . C'eſt
elle- même qui parle ਠMafael .
Je touche à ma grandeur , & je crains ma
difgrace
Demain , dès aujourd'hui tout peut changer
de face
Qui fçait même , qui fçait, fi paffé ce moment
Je pourrai fatisfaire à mon reffentiment ?
Qui vous a répondu qu'Herode en fa colere ,
D'un efprit fi conftant juſqu'au bout perfevere
?
Je connois fa foibleffe , il la faut prévenir ,
Et ne lui point laiffer le temps du repentir.
Qu'après Rome menace , & que Varus foudroye
,
Leur couroux paffager troublera peu ma oy
Mes plus grands ennemis ne font pas les Romains
;
Marianne en ces lieux eſt tout ce que je crains.
On expofe dans cette premiere Scene
le meurtre du pere & du frere de Mariamne
ordonné par Herode ; ce qui fonde
le reffentiment de cette malheureufe
Reine contre fon époux . On expofe auffi
de
A VRIL 1725. 805
de quelle maniere il a été reçû d'Augufte,
qui loin de le punir de fon alliance avec
Antoine, l'a honoré de fon amitié.
SCENE I I.
Varus & fa fuite , Mafael.
Salome fe retire a l'arrivée de Varus
Mafael veut la fuivre , mais Varus l'arrête
pour lui apprendre qu'il a découvert
& empêché l'attentat de Zarès , qu'il a
fait mettre ce monftre dans les fers , &
qu'il auroit dû le faire perir avec tous
fes complices. Il lui ordonne de faire fervir
Mariamne en Reine , s'il ne veut pe
rir , & le congedie fans daigner entendre
La réponſe.
SCENE III.
Varus , Albin.
Varus témoigne fa reconnoiffance à
Albin d'avoir découvert le barbare complot
qu'on avoit tramé contre les jours
de Mariamne. Albin lui répond que des
fentimens fi genereux font dignes de Varus
, qu'il eft beau & digne d'un Romain
de proteger la vertu qu'on opprime ;
mais en même temps il femble vouloir
lui reprocher fon amour pour Mariamne.
Varus l'arrête , & lui dit :
>
H iij Je
}
806 MERCURE
DE FRANCE.
Je ne m'en défends pas ;
L'infortuné Varus adore fes appas ;
Je l'aime, il eft trop vrai, mon ame toute nuë,
Ne craint point , cher Albin , de paroître à ta
vûë ;
Juge fi fon peril a dû troubler mon coeur,
Moi qui borne à jamais mes voeux à fon bonheur
,
Moi qui rechercherois la mort la plus affreuſe ,
Si ma mort un moment pouvoit la rendre
heureuſe.
Albin lui témoigne fa furprife fur la
nouvelle foibleffe d'un coeur , dont aucune
beauté n'avoit pû triompher dans
Rome ; ce qui donne lieu à un portrait
de la Cour d'Augufte. C'eft Varus qui
parle :
Ne t'en étonne point. Tu fçais que mon courage
>
A la feule vertu réferva fon hommage.
Dans nos murs corrompus , ces coupables
beautez ,
Offroient de vains attraits à mes yeux révoltez ;
Je fuyois leurs complots , leurs brigues éternelles
,
Leurs amours paffagers , leurs vangeances
cruelles :
Je
AVRIL 1725. 807
Je voyois leur orgüeil accrû du deshonneur ,
Se montrer triomphant fur leur front fans pudeur.
L'altiere ambition , l'intereſt , Partifice ,
La folle vanité , le frivole caprice ,
Chez les Romains féduits prenant le nom
d'amour ,
Gouverner Rome entiere , & regner tour à
tour.
Ce portrait eft contrafté par celui de
Mariamne que Varus fait encore dans la
même Scene . Le voici.
Du fort qui la pourſuit tu connois la rigueur ,
Sa vertu , cher Albin , ſurpaſſe ſon malheur .
Loin de la Cour des Rois la verité profcrite ,
L'aimable verité fur fes lévres habite ;
Son unique artifice eft le foin genereux ,
D'affurer des fecours aux jours des malheureux.
Son devoir eft fa loi : Sa tranquille innocence
Pardonne à fon Tyran , mépriſe fa vengeance ,
Et près d'Augufte encor implore mon appui ,
Pour ce barbare époux qui l'immole aujourd'hui.
Voilà ce qui affermit Varus dan le
deffein de défendre Mariamne jufqu'au
H iii der808
MERCURE DE FRANCE.
dernier foupir. Il finit ce premier Acte
par ces deux vers :
Reine , pour vous défendre , on me verra
perir :
L'Univers doit vous plaindre , & je dois vous
fervir.
ACTE II. SCENE I..
Salome , Mafael.
Salome fe plaint qu'Herode a revoqué
l'Arreft de mort qu'il avoit prononcé
contre Mariamne , & apprend à Mafael
qu'il doit revenir inceffamment , attiré
par cette fatale beauté qu'il adore .
Mafael a beau lui faire entendre que
le Roi n'a revoqué l'Arreft , que pour
porter le coup avec plus de prudence , &
ne point irriter Augufte ; il a beau ajoûter
, que quand même il feroit vrai qu'il
eut fait grace à Mariamne , cette fuperbe
Reine irritée des ordres fanglants qu'il
vient de donner contre elle , lui fourniroit
bien-tôt de nouveaux fujets de la
perdre. Salome ne fe rend point à des
raifons qui lui paroiffent fi frivoles , &
forme le deffein d'accufer fon ennemie
d'un crime nouveau , elle lui dit qu'elle
ne doute point que ce que Varus vient de
faire pour elle ne parte d'un principe
d'amour.
SCENI
AVRIL 1725. 809
SCENE II.
Mariamne , Salome , Mafael , Nabal ,
Elife.
Salome fait des complimens flateurs à
Mariamne fur fa reconciliation avec Herode
; Mariamne y répond avec hauteur ,
& témoigne un fouverain mépris à Mafael
, qui veut la feliciter à fon tour.
SCENE III.
Mariamne , Nabal , Elife.
Elife reprefente à Mariamne qu'elle ſe
prepare de nouveaux malheurs , en irritant
fes mortels ennemis ; Mariamne lui
répond qu'elle les méprife trop pour les
menager , & lui ordonne de faire venir
Varus .
SCENE IV.
Mariamne , Nabal.
Mariamne ouvre fon coeur à Nabal ;
fage vieillard , dont elle a toûjours éprou
vé le zele & la fidelité ; elle lui dit
que
'quoique fa mere la preffe de partir pour
Rome , & d'aller mettre la tête de fes
enfans & la fienne fous la protection
d'Augufte , foit vertu , foit foibleffe , elle
n'ole lui obéir. Nabal leve tous les fcru-
HY pules
810 MERCURE DE FRANCE.
1
pules qui la retiennent dans un lieu où
fa vie & celle de fes enfans font dans un
peril manifefte ; il lui rappelle des Oracles
qui ont prédit qu'une main étrangere
feroit perir fon pere & fes enfans ;
il lui fait entendre que cette main ne
être que peut être celle d'Herode qui a déja
juftifié la moitié de la prédiction . Salome
fe rend à fes raifons , aux larmes de fa
mere , & à fa tendreffe pour les enfans.
Varus vient.
SCENE V.
Mariamne , Varus.
Varus débute par ces quatre vers :
Je viens m'offrir , Madame , à vos ordres fuprêmes
;
Vos volontez , pour moi , font les loix des.
Dieux mêmes ;
nes;
Faut- il armer mon bras contre vos ennemis ?
Commandez , j'entreprends , parlez & j'obéis,
Mariamne lui fait connoître la trifte
neceffité où elle fe trouve d'aller implorer
la protection d'Augufte pour fes enfans ,
elle lui dit qu'elle y auroit eu recours depuis
long temps ; mais que les guerres
civiles des Romains ne le lui ont pas permis.
Voici comment elle s'explique .
J'au
AVRIL 811
1725.
J'aurois dû dès long- temps , loin d'un lieu fi
coupable
Demander au Senat un azile honorable ;
Mais , Seigneur , je n'ai pû dans les troubles
divers ,
Dont vos divifions ont rempli l'Univers ,
Chercher parmi l'effroi , la guerre & les ravages
,
Un port aux mêmes lieux d'où partoient les
orages.
Elle ajoûte qu'Augufte ayant enfin calmé
la terre pour la rendre heureuſe : elle
ofe afpirer à ce bonheur commun , du
moins pour les enfans . Elle ajoûte :
Je ne demande point qu'il venge mes malheurs
,
Que fur mes ennemis fon bras s'appeſantiſſe :
C'eft affez que mes fils , témoins de fa juftice ,
Formez par fon exemple & devenus Romains ,
Apprennent à regner des Maîtres des humains .
Le deffein que Mariamne a formé de
quitter la Sirie , où Varus commande ,
rend ce Préteur interdit , il voit que par
ce cruel départ il va perdre Mariamne ;
cette Reine infortunée eft effrayée de fon
filence , elle s'en plaint , comme fi ce
filence lui annonçoit les refus ce qui
H`vj don,
812 MERCURE DE FRANCE .
donne lieu à une declaration d'amour qui
a paru très - fine , & très - neuve. Varus
lui répond.
Non , je refpecte trop vos ordres abfolus.
Mes Gardes vous fuivront juſques dans l'Italie,
Difpofez d'eux , de moi , de mon coeur , de
ma vie ;
Fuyez le Roi , rompez vos noeuds infortunez ;
Il eft affez puni fi vous l'abandonnez ,
Il ne vous verra plus , grace à fon injuſtice,
Et je fens qu'il n'eſt point de plus cruel fupplice
;
Pardonnez- moi ce mot , il m'échappe à regret,
La douleur de vous perdre a trahi mon fecret ,
&c.
Mariamne témoigne plus de douleur
que de colere à Varus , elle lui dit qu'elle
ne s'attendoit pas que le grand Varus dût
mettre le comble à fon infortune , elle
finit cet entretien par ces vers :
Ne penfez pas pourtant qu'un difcours qui
m'offenfe,
Vous ait rien dérobé de ma reconnoiffance ;
Ma conftante amitié refpecte encor Varus ,
J'oublierai vôtre flâme & non pas vos vertus ,
Je ne veux voir en vous qu'un Heros magnanime
,
Qui
AVRIL 1725. 813
Qui jufqu'à ce moment merita mon eftime ,
Un plus long entretien pourroit vous en priver
,
Seigneur , & je vous fui pour vous la conferver.
SCENE VI.
Varus , Albin.
Varus fe fortifie dans la réfolution de
fecourir Mariamne , quoiqu'il en coute à
fon coeur pour une abfence fi cruelle.
Nous abregerons ce qui refte. Si nous
mettions dans cet Extrait tous les beaux
vers de cette Tragedie , avec les réflexions
qu'ils meriteroient , il feroit beaucoup
plus long que la Tragedie même.
ACTE III . SCENE I.
Varus , Nabal , Albin .
Nabal dit a Varus qu'il n'eft que trop
vrai qu'Herode arrive , & qu'il eft temps
qu'il preffe l'effet de fes bontez pour Mariamne
en la faifant partir . Varus lui répond
qu'il a donné tous les ordres neceffaires
pour fon départ. Nabal va porter
cette heureuſe nouvelle à Mariamne.
SCENE
814 MERCURE DE FRANCE.
SCENE I I.
Varus , Albin.
Varus entendant le bruit de la trompette
qui annonce l'approche d'Herode ,
tremble pour Mariamne , & craint d'avoir
trop differé à la faire partir.
SCENE III .
Varus , Idamas , Albin.
Idamas fait entendre à Varus que le
Roi fon Maître viendra bien tôt recevoir
le dadême de fa main . Varus l'interrompt
par ces quatre vers.
Le Roi peut s'épargner ces frivoles hommages,
De l'amitié des grands importuns témoignages
,
D'un peuple curieux trompeur amuſement ,
Qu'on étale avec pompe , & que le coeur dément.
Il lui demande fi Herode eft digne de
ce diadême qu'il veut recevoir de ſa main ,
& fi les jours de la Reine font déformais
en feureté ; Idamas lui annonce en foupirant
que tout eft à craindre pour elle , &
qu'un moment peut la perdre ; il n'en
faut pas davantage pour déterminer Varus
AVRIL 1725. 815
rus à me point voir le Roi , & à courir
au plus preffé , qui eft de faire partir
Mariamne ; il fe retire voyant approcher
le Roi , & juftifie cette retraite par ces
quatre vers :
Je fçais qu'en ce Palais je dois le recevoir ,
Le Senat me l'ordonne , & tel eft mon devoir ;
Mais un autre intereft , un autre foin m'anime ,
Et mon premier devoir eft d'empêcher le crime.
SCENE IV.
Herode , Mafael , Idamas , fuite d'Herode.
Herode fe plaint de ce que tout le
monde le fuit , même Varus ; il paroît
agité de remords ; Mafael lui dit que
Zarès demande à lui parler ; Herode lui
répond qu'il n'a que trop écouté ce monftre
, & qu'il lui défend de paroître jamais
à fes yeux , il fait fortir tout le
monde , hors Mafael.
SCENE V.
Herode , Mafael .
Herode fait connoître à Mafael que les
transports dont il le voit agité ne lui
doivent que trop faire connoître qu'il
vient d'auprès de Mariamne qui ne la
revû qu'avec horreur. Mafael lui dit que
fes
1
816 MERCURE DE FRANCE.
fes bontez pour cette Reine lui attirent
fes mépris , & les entretiennent . Herode
lui dit qu'il n'a que trop merité fes malheurs
, & la colere de Mariamne , il
forme le deffein de reparer tous les maux
qu'il a faits , & voici comment il exprime
les nouveaux fentimens , digne fruit
de fon repentir.
Sion va reſpirer fous un regne plus doux ;
Mariamne a changé le coeur de fon époux ;
Mes mains loin de mon Trône écartant les
allarmes ,
Des peuples opprimez vont effuyer les larmes
Je veux fur mes fujets regner en Citoyen ,
Et gagner tous les coeurs pour meriter le fien
Il ordonne à Mafael d'aller trouver la
Reine , & de lui annoncer l'heureux
changement qui s'eft fait dans fon coeur .
Salome arrive .
SCENE VI.
Herode , Salome.
Herode fait entendre à fa foeur qu'il
faut qu'elle s'éloigne de la Cour , pour
ne plus donner lieu à Mariamné de ſe
plaindre . Salome eft frappée d'un ordre
auquel elle ne s'attendoit pas . Elle en fait
des reproches à fon frere , mais avec une
moderaAVRIL
1725. 817,
moderation affectée . Herode lui répond.
Ne perfecutez plus mes jours infortunèz ,
Murmurez , plaignez - vous , plaignez- moi ,
mais partez.
Salome voyant qu'elle n'a plus de tems
à perdre fi elle veut fe venger de Mariamne
, entreprend ce qu'elle a réfolu
dans le commencement du fecond Acte ,
elle reproche à Herode fa trop credule
bonté par ces quatre vers :
Epoux infortuné qu'un vil amour furmonte ,
Connoiffez Mariamne , & voyez vôtre honte ;
C'eft peu des fiers dedains dont fon coeur eft
armé;
C'eft peu de vous haïr , un autre en eſt aimé.
,
Ces dernieres paroles rappellent toute
la fureur d'Herode , il ordonne à Salome
de lui nommer le rival qui le deshonore
dans le temps que Salome va lui
nommer Varus ; Mafael arrive & apprend
à Herode que Mariamne và partir
pour Rome , & que c'eft Varus qui la
Îui enleve. Herode frappé de ces paroles
comme d'un coup de foudre jure la mort
de Mariamne , l'Acte finit par ce grand
coup de Theatre.
.
ACTE
818 MERCURE DE FRANCE.
ACTE IV . SCENE I.
Salome , Mafael.
Mafael paroît furpris du fombre chagrin
de Salome dans un temps où elle
doit s'abandonner à la joye. Il étale à fes
yeux toute la fureur d'Herode , quand il
a égorgé de fes mains les efclaves de Mariamne
, prêt à l'égorger elle - même , fi
fes enfans ne lui euffent retenu la main
par leurs cris & par leurs larmes . Salome
lui répond que quoique le fort femble.
lui rire , elle a fi fouvent éprouvé fon inconftance
, & furtout dans ce jour , qu'elle
n'ofe fe flater d'un triomphe certain .
SCENE II.
Herode , Salome , Mafael.
Herode ne refpire que fureur contre
Mariamne , Salome & Mafael n'oublient
rien pour l'irriter encor plus , & le preffent
d'affurer fon repos & les jours par la
mort de Mariamne. Herode ordonne qu'on
la faffe venir. Cet ordre fait trembler
Salome & Mafael , il a beau vouloir les
raffurer en leur difant qu'il veut la confondre
, l'accabler de reproches , & la
faire mourir aux yeux de fon amant ; ils
font perfuadez que s'il revoit Mariamne
leur
AVRIL 1725.
819
leur vengeance eft avortée. Il leur ordonne
de fe retirer & que Mariamne vienne.
SCENE III.
Herode feul.
Herode flotte entre fon amour & fa
colere ; ce dernier fentiment femble
l'emporter , mais l'approche de Mariamne
fait pancher la balance du côté de
T'amour .
SCENE I V.
Herode , Mariamne , Elife , Gardes .
Cette Scene a paru une des plus pathetiques
de la Piece. Mariamne fremit en
entrant à la vûë d Herode , & lui dit :
Pourquoi m'ordonnez - vous de paroître à vos
yeux ?
Voulez- vous de vos mains m'ôter ce foible
reſte ,
D'une vie à tous deux également funefte ?
Vous le pouvez ; frappez : le coup m'en fera
doux ,
Et c'eft l'unique bien que je tiendrai de vous.
Herode rappellant fon couroux lui
ordonne de juftifier ſa fuite , fi elle le
peut , Mariamne la juftifie par fes malheurs
paffez , & par fes perils preffans ;
mais
320 MERCURE DE FRANCE.
mais dès qu'elle entend qu'Herode l'accufe
d'aimer Varus , elle lui reprefente ce
qu'elle lui doit , & ce qu'il fe doit à luimême;
elle parle avec tant de force qu'Herode
commence à fe rendre , il lui dit
qu'il veut fermer les yeux fur tout ce qui
s'eft paffe , & la prie en récompenſe de
lui rendre fon coeur & fa main . Mariamne
femble s'attendrir à fon tour , & les
fpectateurs commencent à s'intereffer
dans cette reconciliation , lorfque tout
eft renversé , par un Acteur qui vient
annoncer à Herode que Varus a pris les
armes , & les a fait prendre à fes Romains
, qu'il a renversé l'échaffaut dreffé
pour Mariamne. Herode revient à fes
premiers tranfports. Ce changement a
paru un peu trop brufque , quoique pris
dans le caractere d'Herode ; il ordonne
qu'on garde Mariamne , il veut même la
faire perir , mais il n'a pas la force de
prononcer l'Arreſt de fa mort. Ce quatriéme
Acte finit, par ces deux vers.
Je veux ..... j'ordonne , Ciel ! dans mon
funefte fort ,
Je ne puis rien réfoudre , & vais chercher la
mort .
ACTE
AVRIL
821 1725.
ACTE V. SCENE I.
Mariamne , Elife , Gardes.
Mariamne fait éloigner tout le monde ,
& réfl chit fur fa trifte fituation ; elle
fait une énumeration des malheurs qui
l'ont fuivie depuis le berceau jufqu'au
Trône , & les tient inferieurs à celui
qu'elle éprouve en ce jour , le dernier
de fa vie. Voici comment elle exprime
Les regrets.
Mon berceau fut couvert du fang de ma Patrie,
J'ai vu du peuple faint la gloire anéantie ,
Sur ce Trône coupable un éternel ennui ,
Ma creufé le tombeau que l'on m'ouvre aujourd'hui
;
Dans les profondes caux j'ai vù jetter mon
frere ,
Mon époux à mes yeux a maffacré mon pere ,
Par ce cruel époux condamnée à perir ,
Ma vertu me reftoit on ofe la flétrir,
SCENE I I.
Mariamne , Varus , Elife , Albin , foldats
d'Herode ,foldats de Varus .
Varus ayant fait enfoncer les portes du
Palais où Mariamne eft prifonniere, vient
la
t
822 MERCURE DE FRANCE .
la fauver ; elle rebute fon fecours . Cette
Scene a paru la plus belle de la Fiece ; en
voici quelques vers en Dialogue :
Mariamne.
Arrêtez.
Je refpecte un triomphe à mes yeux fi coupable,
Seigneur , le fang d'Herode eft pour moi refpectable
,
C'est lui de qui les droits ....
Varus.
L'ingrat les a perdus.
Mariamne.
Par les noeuds les plus faints ..
Varus.
...
Tous vos noeuds font rompus.
Mariamne.
Le devoir nous unit.
Varus.
Le crime vous fepare.
N'arrêtez plus mes pas , vengez- vous d'un
barbare ,
Sauvez tant de vertus :
Mariamne.
Vous les deshonorez.
Varus.
AVRIL 1525 .
823
Varus.
Il va trancher vos jours.
Mariamne.
Les fiens me font facrez.
Varus.
Il a fouillé fa main du fang de vôtre pere.
Mariamne.
Je fçais ce qu'il a fait , & ce que je dois faire ,
De fa fureur ici j'attends les derniers traits ,
Et ne prends point de lui l'exemple des forfaits.
Varus defefperant d'engager Mariamne
à le fuivre va combattre Herode .
SCENE III. & IV.
Mariamne , Elife , Nabal.
Le premier foin de Mariamne eft de
demander à Nabal ce que fa mere & fes
enfans font devenus : Nabal lui répond
qu'Herode n'a point étendu fa colere jufqu'à
eux , qu'il ne paroît en vouloir qu'à
elle feule , & qu'il a déja donné des ordres
fecrets au barbare Zarès , qui s'avance
vers le Palais , fans doute pour les executer,
Il conjure Mariamne de venir fe
montrer au peuple , puifqu'elle eft libre ,
grace
824 MERCURE DE FRANCE.
grace à Varus ; loin de ceder à fes prieres
& à fes larmes , voici la réfolution
qu'elle prend , & qu'elle exprime par
ces vers .
Nabal en ce moment le Ciel met dans mon
fein
Un defeſpoir plus noble , un plus digne deffein.
Le Roi qui me foupçonne enfin va me connoître
;
Au milieu du combat on me verra paroître ,
De Varus & du Roi j'arrêterai les coups ,
Jeremettrai ma tête aux mains de mon époux ;
Je fuyois ce matin fa vengeance cruelle ,
Ses crimes m'éxiloient , fon danger me rappelle
,
Magloire me l'ordonne & prompte à l'écouter,
Je vais fauver au Roi le jour qu'il veut m'ôter.
Il est temps de finir cet Extrait . A
peine Mariamne eft- elle fortie du Palais ,
que Salome la fait faifir pour la conduire
à l'échaffaut qu'elle a fait dreffer. Le Roi
ne te doute point que fes ordres foient
executez avec tant de précipitation . Nabal
vient lui apprendre la mort de Mariamne
; Herode en fremit , il apprend de
Nabal que cette Reine infortunée alloit
le fecourir ou mourir à fes yeux quand
Zarès
AVRIL 1725. 825
Zarès l'a arrêtée . Il lui fait le recit de
tout ce qui s'eft paffé à l'échaffaut. Herode
veut fe tuer ; on le defarme ; il eft fi tranf
forté de fureur , qu'il en perd l'ufage de
fes fens ; il les reprend pour demander
Mariamne dont il a oublié la mort ; enfin
cette funefte mort lui étant encore confirmée
par Nabal , fa fureur en redouble , il
finit la Tragedie par ces beaux vers :
Quoi ? Mariamne eft morte !
Ah ! funefte raiſon ! pourquoi m'éclaires-tu ?
Jour trifte , jour affreux , pourquoi m'es-tu
rendu ,
Quoi ?Mariamne eft morte , & j'en fuis l'homicide
!
Puniffez , déchirez ce monftre parricide ;
Armez- vous contre moi , fujets qui la perdez ,
Tonnez , écrafez- moi , Cieux qui la poffedez.
On
pourra
voir
l'Extrait
que
nous
avons
donné
de cette
Tragedie
, dans le
Mercure
de Mars
1724.
page 529. lorfqu'elle
parut
pour la premiere
fois . Les
reprefentations
d'aujourd'hui
font bien
differentes
de celle-là . Le concours
eft
étonnant
, les deux tiers des Loges
font
toûjours
louez
d'avance
. Le fpectateur
a
le coeur
attendri
, l'efprit
fatisfait
, & il
eft fouvent
en admiration
. Au refte , cette
I
Fiece
826 MERCURE DE FRANCE.
Piece eft très -bien reprefentée ; les Acteurs
voulant répondre à la beauté de l'ouvrage
, & au plaifir qu'il fait au Fublic ,
fe furpaffent à l'envi les uns des autres.
Comme les plus excellens Foëmes
Dramatiques que nous avons de nos plus
grands Maîtres ont été critiquez , & que
celui- ci peut être mis avec ces Chefsd'oeuvrés
de l'Art , nous ne doutons pas
qu'il ne le foit auffi. Nous publierons
volontiers les . Critiques qu'on pourra
nous adreffér de Mariamne , pourvû qu'il
n'y ait rien d'amer , de partial , ni de
defobligeant.
Les Comediens Italiens ordinaires du
Roi firent auffi l'ouverture de leur Theatre
le 10..par une Piece nouvelle , intitulée
l'Arbitre des differends , Comedie
Françoife en trois Actes , précedée d'un
Prologue , orné d'un divertitlement.
Cette Piece n'a été jouée que deux fois . A
la fin de la premiere reprefentation la
Dile Flaminia entra fur le Theatre en
habit de Ville ; & s'adreffant à Lelio ( qui
venoit de finir la Piece , ) lui dit qu'il
oublioit de donner à l'affemblée des témoignages
de fon zele , & de celui de
tous fes. camarades par un compliment
qu'il devroit faire , ( comme cela fe pratique
ordinairement à l'ouverture du
Thea-
1
AVRIL 1725. 827
Theatre . ) La Dile Flaminia voyant Lelio
un peu embarraffé , lui dit : je vois bien
que l'habit Comique avec lequel vous venez
de finir la Piece , caufe vôtre embarras
, & qu'il n'eſt pas allez décent pour faire
un compliment ferieux. Je fais donc gra
ce à votre filence en faveur de vôtre refpect
; mais il n'eft pas jufte que ce Parterre
qui nous honore fi conftamment de
fa faveur , ignore les fentimens qui nous
animent , & je vais parler pour vous :
j'efpere que l'on voudra bien excufer les
fautes de mon difcours.
Meffieurs. Nous entrons dans une «
nouvelle carriere , faut- il vous prier de ☛
nous continuer toûjours vos bontez ? «<
ce feroit vous faire une injure ; les «<
coeurs genereux ne reprennent point.
ce qu'ils ont une fois donné , & il y a «
neuf ans que nous joüiffons de ce don «
précieux. «<
Si nous avions le bonheur d'être en- a
tendus dans nôtre Langue , comme «enous
avons celui de jouir de vôtre in- «
dulgence , dans la reprefentation des «<
Pieces Françoifes , langage toûjours «
étranger pour nous , je vous promet- ce
trois , Meffieurs , des marques affurées «
de nôtre zele , nous n'en emprunterions
rien d'autrui pour contenter la délica- «
I ij
teffe
?
828 MERCURE DE FRANCE .
» teffe de vôtre goût. Le Theatre Italien
» eft fufceptible d'une varieté infinie ; il
s'accommode de tout , & il ſe fait à
» tout au Tragique , au Comique : au-
» jourd'hui purement Italien , demain
» dans le goût François : quelquefois Efpagnol
, quelquefois Anglois ; enfin
c'eft la toile d'un Peintre , fur laquelle
sil employe toute forte de couleurs &
» de figures : quel amuſement pour un
» Public ! quelle reffource pour les Ac-
» teurs ! helas , Meffieurs , nous fentons
» que nous ne pouvons , malgré tous nos
≫foins , vous plaire par où nous le pour-
» rions le mieux. Vous voulez donc du
François & des nouveautez ? Voici
» donc ma priere , favorifez vos Auteurs ,
» encouragez - les ; pardonnez - leur des
» fautes qui ne naiffent que du defir
» qu'ils ont de vous plaires banniffez des
» fpectacles un concert fâcheux qui fait
" tout à la fois l'humiliation des Auteurs ,
» & le découragement des Acteurs ; protegez
vos Ecrivains ; leur progrès fera
» vôtre ouvrage , & nous tâcherons de
meriter & de partager avec eux ces
» heureux applaudiffemens , qui ſeuls
» peuvent flåter nôtre efperance. » Ce
compliment parut ingenieux , & fut fort
applaudi.
Le 13. le fieur Romagnefy , nouvel
Acteur,
AVRIL 1725. 829
Acteur , & petit- fils de Cinthio , fameux
Comedien de l'ancienne Troupe Italienne
, débuta pour la premiere fois dans la
Comedie de la Surprise de l'Amour , &
joua le rôle de Lelio avec beaucoup d'intelligence.
Il fut encore plus goûté , &
plus applaudi dans les autres rôles qu'il
a joué depuis .
Les mêmes Comediens donnerent le
2. une autre Piece nouvelle, intitulée la
Force du Sang , ou le Sot , toûjours Sot ,
en Profe , & en trois Actes avec un divertiffement
, que le Public n'a pas paru
goûter.
Le même jour les Comediens François
donnerent ce même fujet de Piece , en
vers & en cinq Actes , fous le titre de la
Belle- Mere , nous en donnerons un Exrait
le mois prochain .
La Dlle Silvia , Actrice inimitable du
Theatre Italien , eft le fujet de l'inge
nieufe fiction qu'on va lire .
1
I iij PRO
830
MERCURE DE FRANCE .
PROTH'E E.
FABLE.
Epuis qu'on a banni de la Scene ennoblie,
DLe Comique groffier , les obſcenes couleurs
,
Des premiers pinceaux de Thalie ;
Depuis que l'efprit feul produit les vrais Acteurs
,
Qui de nos moeurs fi bien nous traça la peinture
,
Tant d'agrément fur la Scene employa ,
Sauva mieux l'Art , rendit mieux la nature ,
Que fait l'aimable Silvia ?
D'un talent fi nouveau je connois le modele ,
C'eſtun fecret qu'Amour m'a declaré ,
Non : qu'en ce point le Dieu m'ait préferé ,
A qui l'Amour ne parle- t'il point d'elle ?
Or , voilà ce fecret ; peut- il être ignoté ?
Sur une Plage où règne Cytherée
Une des graces , un beau jour ,
Se promenoit de fes foeurs feparée ;
Prothée alors parut aux rives d'alentour .
Il la voit , il la fuit , qui ne fuivroit les graces ?
Elle
AVRIL 1725 . 831
Elle fuit , & le Dieu de voller fur fes traces ,
Il approche , admire , aime , héfite , ofe parler
Avec colere ; Eglé répond à cet hommage :
Le refufer fans fe troubler ,
/
Peut-être auroit été d'un plus mauvais préfage:
Que fait Prothée ? il change de langage ;
Sçait varier fes foins , cache fes déplaifirs
Encore qu'amoureux on ne réüffit gueres :
Devenez féduiſans , épargnez les foupirs,
Amans , tout eft prouvé d'abord qu'on a fçû
plaire .
Il plût auffi , bien- tôt un mutuel amour ,
Dans le fein des plaifirs éternifa leur chaîne,
Ce fut ainfi pour l'honneur de la Scene ,
Que Silvia reçût le jour.
Qui pourroit s'y tromper ? elle à du Dieu fon
pere ,
Cet ingenieux caractere
D'enjouement de varieté ,
Et la naïveté de fa charmante mere.
I iiij
ΝΟΥ.
832
MERCURE DE FRANCE.
XX.XXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES DE LA COUR ,
de Paris , &c.
L
E 18. Mars l'Evêque de Bazas prêta ferment
de fidelité entre les mains du Roi.
Le 25. Dimanche des Rameaux , le Roi
accompagné du Duc d'Orleans , du Duc de
Bourbon , & du Comte de Clermont , fe rendit
à l'Eglife de la Paroiffe de Marly. L'Abbé
Teniers , Chapelain de la Chapelle de Mufifique
, prefenta une Palme à S. M. qui affifta à
la Proceffion , & alla à l'adoration de la Croix.
Le Roi entendit enfuite la grande Melie , celebrée
par le même Chapelain , & chantée par
la Mufique. L'après midi , le Roi affifta dans
la Chapelle du Château , à la Prédication du
P Quinquet , Theatin , & S. M entendit enfuite
les Vêpres chantées par la Mufique.
Le 12-du mois dernier le Duc d'Orleans ,
Grand - Maître de l'Ordre Militaire & Hofpitalier
de N. Dame du Mont- Carmel , & de
S. Lazare de Jerufalem , tint Chapitre , dans
lequel le Comte d'Arquien , le Baron d'Alaix ,
M. de Viela , Capitaine dans le Regiment de
Navarre , & M. le Maître , furent reçûs Chevaliers.
Le Mercredi Saint le Roi entendit dans la
Chapelle du Château de Marly l'Office des Tenebres
chanté par la Mufique.
Le lendemain 29. Mars , jour du Jeudi Saint
S. M. entendit dans la même Chapelle , le Sermon
de la Cêne de l'Abbé Charaud , après
quoi le Cardinal de Rohan , Grand Aumônier
de France fit l'Abfoute. Le Roi paffa enfuite
dans
AVRIL 1725.
833
dans la Salle des Gardes , où elle lava les pieds
à 12. pauvres , & les fervit à table . Le Duc
de Bourbon , Grand - Maître de la Maiſon du
Roi , à la tête des Maîtres - d'Hôtel , précedoit
le fervice. Les plats étoient portez par le Duc
d'Orleans , le Prince de Conti , le Comte de
Touloufe , & les principaux Officiers de S. M.
qui alla après cette ceremonie entendre la
grande Meffe dans l'Eglife de la Paroiffe de
Marly , où elle affifta à la Proceffion. L'aprèsmidi
le Roi entendit les Tenebres.
Le Vendredi S. M. entendit dans fa Chapelle,
le Sermon de la Paffion du Pere Quinquet ,
Theatin.
Le Roi fe rendit enfuite à la Paroiffe , où il
affifta à l'Office , & alla à l'Adoration de la
Croix , & l'après - midi S. M. entendit l'office
des Tenebres .
Le Samedi Saint , le Roi revêtu du Grand
Collier de l'Ordre du Saint Efprit , fe rendit
en ceremonie à l'Eglife de la Paroiffe de Marly,
où il communia par les mains du Cardinal
de Rohan , & S. M. étant revenu au Château
y toucha un grand nombre de malades. Le
foir le Roi entendit dans la Chapelle du Château
, les Complies & le Salut , où l'o Filii
fut chanté par la Mufique.
Le premier de ce mois , jour de Pâques ,
S. M. entendit dans l'Eglife de la Paroiffe la
grande Meffe , celebrée par l'Abbé Teniers ,
Chapelain ordinaire de la Chapelle de Mufique,
& chantée par la Mufique. L'après- midi
le Roi entendit dans la Chapelle du Chateau
la Prédication du Pere Quinquet , & les Vêpres
enfuite.
Le même jour S. M. fit rendre à l'Egli
fe de la Paroiffe de Verfailles , les pains benits
qui furent prefentez par l'Abbé de Sau
I v meri ,
834 MERCURE DE FRANCE.
meri , Aumônier en quartier , & par un Ma
tre-d'Hôtel & un Contrôleur de S. M.
Le Maréchal de Teflé qui étoit parti de Madrid
le 7. du mois dernier , où il étoit chargé
des affaires de S. M. depuis le mois de Fevrier
1724. arriva à la Cour le 3. & le même jour
le Duc de Bourbon le prefenta au Roi , qui le
reçût très - favorablement.
Le fieur Roi , Poëte qui avoit été accufé
d'avoir fait quelques Poëfies Satyriques , &
qui avoit été mis à la Baftille au mois de Decembre
dernier , en eft forti depuis la fin de
l'autre mois , & s'eft difculpé de ce qu'on lui
avoit imputé.
Le fieur de la Grange , auffi Poëte , qui étoit
hors du Royaume depuis quelque temps , eft
revenu à Paris au commencement de ce mois.
Le 4. Avril le Roi alla coucher à Rambouillet
: après la Chaffe du Cerf. S. M. revint le
lendemain à Marly , après avoir foupé au Pe
ray. Elle fe rendit à Verfailles le 7. au foir .
Le 10. le Prince Kurakin , Ambaffadeur extraordinaire
de la Czarine, eut, en grand manteau
de deuil , fa premiere audience particuliere
du Roi , dans laquelle il donna part à
S. M. de la mort du Czar , & de l'avenement
de la Czarine à la Couronne , étant conduit
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs .
Le 15. le Roi prit le deüil pour la mort du
Czar.
Les articles du Contrat de Mariage du Comte
de la Feuillade , avec Mademoiſelle de Prié,
fille du Marquis de Prié , Chevalier des ordres
du Roi font fignez. Le Roi vient d'accorder à
ce jeune Seigneur l'agrément pour le Regiment
Royal Piémont , que Sa Majesté avoit
donné à M. Germinon , à la mort de M. de
Manicamp ›
MARS 1725. 835
Manicamp , qui en étoit le Meftre de Camp .
Le s. de ce mois l'Infante d'Efpagne partit
du Château de Versailles pour retourner en
Efpagne. Le Roi a nommé la Ducheffe de
Tallard pour accompagner cette Princeffe
jufques fur la frontiere , & S. M. a ordonné
pour fon voyage un détachement des Troupes
& des Officiers de fa Maifon , pareil à celui
qui fut envoyé au devant de cette Princeffe ,
lorfqu'elle eft entrée en France. Le Roi a donné
en même temps fes ordres pour qu'on rendit
à l'Infante , dans toutes les Villes de fon
paffage , les mêmes honneurs qu'elle a reçûs
en venant ici .
Le 10. de ce mois le Roi alla coucher à
Rambouillet après avoir chaffé le Cerf, & revint
à Verfailles le lendemain. S. M. y alla
auffi coucher le 13. foupa le lendemain au foir
au Peray , & arriva à Verſailles à onze heures .
Le 15. le Roi chaffa le Liévre dans le Parc de
Verſailles , & revint pour entendre le Salut
dans la Chapelle du Château .
>
Le 16. la Princeffe de Conti fortit du Monaftere
des Religieufes de Port Royal , & accompagnée
du Prince de Conti , fon époux
revint à l'Hôtel de Conti , où ce Prince &
cette Princeffe ont reçûs des complimens des
Princes , des Princeffes , & des gens de la
plus haute confideration.
On travaille actuellement à établir un marché
pour les Boulangers dans le Preau de la
Foire S. Germain , celui qui fe tient dans la
rue Sainte Marguerite , étant très - incommode
pour le piblic.
Le 16. de ce mois le Roi nomma Surintendante
de la Maifon de la Reine , Mademoiſelle
de Clermont , Princeffe du Sang , la Maréchalle
de Boufflers , foeur du Maréchal Duc
I vi de
835 MERCURE DE FRANCE.
de Grammont a été nommée fa Damed'Honneur.
L: Concert du Palais des Thuilleries , que
le fieur Ph.lidor a fait executer , & dont nous
avons déja rendu compte au Public , continua
avec les mêmes applaudiffemens le Lundi de
Pâques ufques au lendemain de Quasimodo ,
Fête de la Vierge On a continué d'y chanter
les plus beaux motets de M. Michel Richard
de la Lande , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi , & l'un des Srintendans de la
Mufique de la Chambre de S M. Le Te Deum
de cet habile Maître a été executé d'une maniere
à ne rien laiffer à defirer. Ce qu'il y a eu
encore de bien piquant pour le Public dans ces
derniers Concerts , c'eft une espece d'affaut ,
entre les fieurs Battifte , François , & Guignon ,
Piémontois , qu'on regarde comme les deux
plus excellens joueurs de violon qui foient
au monde. Ils jouerent tour à tour des Pieces
de Simphonie , feulement accompagnez d'un
Baffon & d'une Baffe de Viole , & ils furent
tous deux extraordinairement applaudis Le
feur Battifte joua fans aucun accompagnement
, des Préludes qui furent auffi extrêmement
applaudis Le fieur Guignon joüa auffi
feul le l'n lemain . Ce Concert doit recommencer
le 19. Mai veille de la Pentecôte.
>
Le Vendredi 20 Avril le Roi fit à Verfailles
la revûë de fes deux Regimens des Gardes.
Toutes les Compagnies étoient rendues des
huit heures du matin dans la grande aver ue
où le champ de bataille étoit alligré dès la
veille . On forma à l'ordinaire fix Bataillons
du Regiment des Gardes Françoifes , & quatre
de celui des Gardes Suiffes. Pour racourcir
le front de bandiere , & donner occafion
an Raide voir toute cette nombreufe Brigade
quand
AVRIL 1725
837
quand il en feroit au centre , on mit en bataille
à cinq de hauteur , & on retrécit de
moitié les intervalles des Bataillons. La droite
étoit appuyée à la tête de l'avenuë , la gauche
tirant vers fon tournant.
Sa Majefté arriva à cheval fur les trois heures
après midi , accompagnée du Duc de Bourbon
, & des Princeffes en Amafones , & fuivie
de plufieurs Seigneurs de fa Cour . Sa Majefté
vit les dix Bataillons en bataille , de la
droite à la gauche , les foldats ayant la bayonnette
au bout du fufil , & les armes prefentées
, & tous les Officiers faluart le Roi de
pied ferme à mesure qu'il paffoit devant eux,
les Tambours battant aux champs
De la gauche des Gardes Suiffes le Roi fe
porta au centre de la ligne , d'où Sa Majeſté vir
faire l'exercice au fon du Tambour ; M. de
Contades , Majer du Regiment des Gardes le
commandant pour toute la Brigade.
Après l'exercice dont Sa Majefté parut contente
, les deux Regimens défilerent devant le
Roi , marchant par Compagnies entieres , &
les Officiers faluant Sa Majefté , felon la coutume..
La maladie du Maréchal de Grammont
la empêché de fe trouver à la revûë , à laquelle
le Duc de Louvigny , fon fils , & fon furvivancier
, a fait la fonction de Colonel du Regiment
des Gardes . Le Duc du Maine qui est
auffi malade ne s'y trouva pas , & le Prince de
Dombes fit la fonction de General des Suiffes.
Le Roi après la Revûë alla voller à la grande
Grille , après la Chaffe Sa Majefté congedia
fa Fauconnerie jufqu'à la faiſon prochaine
du Vol.
Un Vaiffeau de la Compagnie des Indes ,
venant de Moka , & de l'fle de Bourbon , eft
arrivé au Port Louis le 2. de ce mois , chargé
de
838 MERCURE DE FRANCE.
de 2600. Balles de Caffé , pefant 300 livres
chacune , de plufieurs Caiffes de Drogues , &
d'une Gaiffe de Diamans bruts. La plus grande
partie de ce Caffé , qui eft parfaitement
beau , vient des plantations de la Compagnie
dans l'ifle de Bourbon , elles deviennent de
jour en jour plus abondantes ..
LEA
,
E Mercredi 24. Janvier dernier, il fut rendu
un Arreft important en la quatriéme Chambre
des Enqueftes au rapport de M. Goëlard de
Monfabert , par lequel le Teftament de feuë
Madame Moulié , quoique fait en faveur de
fon Petit- fils , qui porte fon nom , a été caffé
comme étant fait ab iratâ , au préjudice de
Madame de Montebife fa fille , contre laquelle
elle avoit long-temps plaidé & marqué pen
dant toute la vie une haine invincible. Peutêtre
auroit- on eu de la peine à caffer ce Teftament,
s'il n'avoit contenu qu'une difpofition
au profit du Petit-fils ; mais par une feconde ,
la Teftatrice avoit , au défaut de ce Petit- fils ,
difpofé de fes biens en faveur d'un Parent
éloigné à l'exclufion de la Dame fa fille ; ce
qui démontroit fa haine. Le nom de Madame
Moulié a fait autrefois du bruit dans le monde ;
on avoit prétendu qu'elle avoit épousé en ſecondes
noces le fieur de Corbian , que quelquetemps
après elle defavoüa publiquement pour
fon mari. Elle en contracta dans la fuite un
avec le fieur Daraucourt ; mais après la mort
de cette Dame , il a été déclaré abufif, ayant
été fait hors la prefence du propre Curé.
Le Vendredi 16. Mars il a été rendu en la
Grand Chambre , un Arreft , qui conformément
auxConclufions de M. l'Avocat General Talon ,
a déclaré nul & abuff un Mariage celebré en
Angleterre
AVRIL 1725. 839
Angleterre , par un Miniftre Proteftant entre
un Majeur domicilié à Paris , faifant profeffion
de la Religion Catholique , & une fille mineure
née à Londres d'une Françoife réfugiée pour
caufe de Religion. Cette fille étoit venue fort
jeune en France , elle y avoit fait abjuration ;
malgré les préjugez de l'éducation , elle avoit
demeuré long-temps à Paris , foit dans une
Communauté , foit dans une maison Bourgoife.
Elle étoit retournée en Angleterre au mois
d'Avril 1715. le fieur Charpentier fon Prétendu,
l'y avoit fuivie , & ils s'y étoient mariez au
mois de Juillet fuivant. Au mois d'Aouft de
la même année le fieur Charpentier revint en
France. Quelques années après , celle qu'il
avoit époufée y parut en qualité de fa femme;
il demanda au Châtelet que défenfes lui fuffent
faites de prendre cette qualité. Elle oppofa à
cette demande une Coppie en forme de l'Acte
de celebration de leur mariage. Le fieur Charpentier
en interjetta appel comme d'abus , &
quoiqu'on le prétendit non recevable à combattre
ce qui étoit de fon propre fait , & à
-attaquer un Mariage auquel il avoit donnéfon
confentement dans une parfaite liberté ; cependant
le mariage a été annulé fur ces moyens.
Le premier , qu'un Miniftre Proteftant étoit
incapable de celebrer le mariage de deux Catholiques
; le fecond , que quand ce Miniftre
n'auroit eû nulle incapacité , ce mariage ne feroit
pas moins abufif , ayant été fait hors la
prefence du propre Curé des Parties , qui
-avoient l'une & l'autre leur domicile à Paris ,
avant le mois d'Avril 1715. qu'elles avoient
paffé en Angleterre & qui n'y étoient pas demeurées
affez long- temps avant leur mariage
pour y acquerir un nouveau domicile ; & enfin
que les moyens d'abus oppofez par le fieur
Char840
MERCURE DE FRANCE.
Charpentier étant abfolus , ils pouvoient être
propofez indiftinctement par toutes fortes de
perionnes , même par l'un des Contractans ;
par confequent point de fin de non-recevoir à
lui oppoter.
Le Vendredi 23. Mars M. l'Abbé de Baudry ,
neveu de M. l'Abbé Laurenchet , Confeiller
de la premiere Chambre des Enqueftes , fut
reçû Confeiller au Parlement.
Le Mardi 27 la Tournelle alla aux Priſons
de la Conciergerie & du Châtelet tenir la
Sceance , c'est à dire , vifiter les Priſonniers ,
écouter leurs plaintes contre les Geoliers &
Guichetiers , examiner s'il ne s'y commet
point de contraventions aux Reglemens rendus
pour les Prifons , & enfin juger quelques affaires
civiles & legeres qui concernent les
Prifonniers & leur liberté; M. le Prefident de
Lamoignon de Blancmenil y prefida & donna
enfite un magnifique repas à tous ceux de
Mellieurs qui y avoient affitté, & à d'autres perfonnes
invitées. Il fe tient cinq Sceances dans
le cours de l'année ; fçavoir , le Mardi de la
Semainte Sainte , la furveille de la Pentecôte ,
la veille de la Fête de l'Affomption , la veille
de la Fête de S. Simon , & la ſurveille de Noël.
C'eft ordinairement le dernier de Meffieurs les
Prefidens à Mortier qui préfide à ces Sceances
, excepté celle de la Fête de S. Simon , à
laquelle prefide toûjours le Prefident de la
Chambre des Vacations , qui va tenir cette
Sceance.
Le Mardi 1o. de ce mois , le Parlement reprit
fes exercices ordinaires après 15. jours
..de vacations ; & le lendemain fe fit la Mercuriale
, toutes les Chambres affemblées . M.
Gilbert de Voifins , Premier Avocat General'
y fit un fort beau Difcours fur l'union qui
devoit
AVRIL- 17258 841
devoit regner en general parmi les hommes
& en particulier dans la Compagnie. Il fit
voir avec une noble fimplicité dans fa premiere
Partie , tous les avantages de l'unions
dans la feconde , qui parut plus vive , il retraça
tous les defordres & les malheurs attachez
à la defunion , qui n'eft , dit- il , jamais
caufée que par l'extrêine ambition , la jaloufie
& les autres vices qui occupent le coeur
de l'homme. M. le Premier Prefident parla enfuite
fur le même fujet , avec la dignité & les
graces qui lui font fi naturelles.
Les Mercuriales fe font toûjours par M. le
Premier Prefident , & par l'ancien de Meffeurs
les Avocats Generaux , ou par M. le
Procureur General alternativement. Il s'en fait
deux dans l'année ; l'une après la S. Martin ,
le Mercredi qui fuit l'ouverture des grandes
Audiances ; l'autre , le Mercredi d'après la
Quafimodo. Elles ont été établies par les Edits
des Rois Charles VIII. Louis XII. & Henry
III. afin de s'informer fi les Ordonnances
avoient été fidellement obfervées. Auffi les
Mercuriales ne fe bornoient- elles pas autrefois
à un fimple Difcours préparé fur un fujer
moral , comme on fait aujourd'hui . Le Prefident
ou les Gens du Roi qui les faifoient , y
exhortoient vivement les Confeillers à rendre
exactement la juftice & à garder les Reglemens
; fouvent même ils faifoient des remontrances
& des corrections à ceux qui avoient
manqué à leur devoir , & dont la conduite &
les Moeurs n'étoient pas regulieres . Il y a
encore en France quelques Parlemens qui ont
confervé cet ancien ufage.
Si ces Matieres font plaifir au Public , comme
ily a tout lieu de le croire , on en donnera
un article tous les mois , plus ou moins étendu,
felon
842 MERCURE DE FRANCE .
felon que les caufes feront interreſſantes. &
dignes de la curiofité du Public.
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople
du 17 janvier 1725.
Envoyé Extraordinaire du Czar arriva le
L 6. de ce mois dans cette Ville , il avoit
demandé que le Chaoux Bachi allât audevant
de lui ; mais comme c'eft un honneur qui n'a
été jufqu'ici accordé qu'aux Ambaffadeurs ,
forfqu'ils font des Entrées publiques , &
que cependant en qualité d'Envoyé extraordi
re , Mediateur & porteur de la ratification
d'un Traité , la Porte étoit bien aife de lui
marquer quelque diſtinction , on lui avoit envoyé
un Capigy , accompagné de 25. Chaoux
avec 30. Chevaux pour fa fuite , compotée de
quatre Gentilshommes Mofcovites des plus
qualifiez , quatre Officiers du Regiment des
Gardes du Czar , dont il eft Major , deux,
Pages , quatre Valets de Chambres , deux Heyduques
, deux Trompettes , & douze Valets
de Pied. Le Marquis de Bonnac , le Vicomte
d'Andrezel , l'Ambaffadeur de Venife lui ont
envoyé leurs Ecuyers & des Chevaux de main.
Il defcendit à la maifon qui lui avoit été marquée
à Pera ; M. d'Andrezel reçût dès le foir
même un compliment de fa part par M. le
Baron Tolitoy, neveu d'un des principaux Miniftres
du Czar. M. d'Andrezel , qui avoit remis
au Dimanche à faire les Rois avec les
Miniftres Etrangers qu'il avoit invitez , fit
propofer à cet Envoyé d'être de la partie fans
aucun ceremonial à fon égard , il l'accepta &
foupa ce jour- là chez M. d'Andrezel avec les
Gentils-hommes qui l'avoient accompagné
dans fon voyage.
II
AVRIL 1725 . 843
Il eut le 13 ..Audiance du Grand Vizir ; le
Chaoux Bachi le reçût à la Marine , du côté
de Conftantinople , à la tête de 25. Chaoux.
Le G V. lui fit diftribuer pour lui & fa fuite
dix- huix Caftans. Il vit hier le Grand Seigneur
qui ne lui en fit donner que 20. & il n'eft entré
que lui feptiéme dans la Chambre d'Audiance.
Il lui remit la Ratification du Czar du
Traité dont il étoit porteur , & dans 15. jours
il retirera celle du G. S. dans une feconde Audiance
qu'il en recevra : on doit dans l'inter
vale de ce temps nommer le Commiffaire que
la Porte deftinera pour avec celui du Czar
& M. Dalion, aller fur les Frontieres de Perfe,
travailler au Reglement des limites , en con-
Lequence du Traité.
L'Envoyé du Czar a amené avec lui de Mofcou
quatre jeunes gens pour mettre auCollege
des Capucins à Pera-lez- Conftantinople : le
fils du Refident y avoir été deux ans avant que
de paffer en Hollande & fon pere avoit été fi
content de la maniere dont les enfans de Langue
y font traitez , qu'il avoit prié M. de Bonnac
de trouver bon qu'il en fit venir quelquesuns
de Mofcovie.
En recevant ces nouvelles de Conftantinople,
nous apprenons de Toulon que les deux Vaiffeaux
du Roi , le Solide de 64. Canons , & la
Loire de 52. commandez par Meffieurs de
Beauquaire & de Marandé , leſquels ont porté
à Conftantinople le Vicomte d'Andrezel , Ambaffadeur
de S. M. font de retour du 22. Mars
dernier après une navigation de 24.jours feulement,
& qu'ils ont ramené àToulon le Marquis
de Bonnac fon predeceffeur avec Madame fon
époufe , toute la fuite & fes équipages on
ajoûte que la fanté a toûjours eté bonne fur les
:
Vaiffeaux
844 MERCURE DE FRANCE.
Vaiffeaux pendant le voyage , circonftance
heureuſe , à caufe de la contagion qui eſt toujours
dans quelques parties des Echelles du
Levant.
PROMOTION des Officiers de Galeres ;
du 18. Mars 1725. à Marly.
Ommiffion de Capitaine de Galeres pour
M. du Laurens de Brué , Capitaine -Lieu- CM
tenant.
Id. pour M. de Barras de Chanterciel.
Id. Pour le Comte de Neuvy du Chon.
Id. Pour le Chevalier de la Gratiane.
Id. Pour M. de Julianis .
Commiffion de Capitaine - Lieutenant de Galere
pour M. Langlois , Lieutenant.
Id. Pour M. de Maroules .
Id. Pour le Chevalier de Piles .
11. Pour M. de Tournefort , Ayde - Major.
Id. Pour M. de Gardane .
Brevet de Lieutenant de Galeres pour le
Chevalier de Montaut , Enfeigne.
Id. Pour le Chevalier de Ponteves Maubousquet.
Id. Pour M. de la Bouvernelle , Enſeigne de
la Compagnie des Gardes de l'Etendart.
Id. Pour M. Flotte , Enſeigne.
Id. Pour M. des Tourres.
Id. Pour M. de Villeneuve .
Brevet d'Ayde- Major pour M. de Sartous ,
Enfeigne.
Id. Pour M. Tournier de S. Victoret.
Brevet d'Enfeigne de Galere pour M. de
Chaumont , Garde de l'Etendart.
Id. Pour le Chevalier de Gerente la Bruyere.
Id. Pour M. de Beaumont le Maiſtre.
Id. Pour M. de Blacas .
Id.
AVRIL
845 1725 .
Id. Pour M. d'Eftoublon de Grille.
Id. Pour le Chevalier de Laval.
Id. Pour M. Doribeau .
Id. Pour le Chevalier de la Baftie.
Compagnie des Gardes de l'Etendart.
Brevet d'Enfeigne pour M. de Fabas , Maréchal
des Logis..
Ordre de Maréchal des Logis pour M. de
Caftillon , premier Brigadier.
***** jk Jakkkkk k
MORTS.
MR Godefroy Maurice de Conflans , Evêque
du Puy- en -Velay , & Abbé d'Aiquebelle
, mourut le 14. de l'autre mois dans
fon Diocèfe , dans la 41. année de fon âge
>
M Anne Jean Roüillé , Comte de Meflay
Introducteur des Ambaffadeurs & Princes
Etrangers auprès de S. M. mourut à Paris le
10. de ee mois , dans la 29 année de ſon âge .
Dame Marie de Capifucchi de Bologne ,
veuve de M. Alexandre , Comte de Choifeüild'Ambouville
, mourut à Langres le 7. de ce tà
mois dans la 68. année de fon âge.
Charles Leon Dorat , Chevalier , Seigneur
de la Barre & de Chameules , eft mort à Paris
le 19. de ce mois , âgé de 66. ans .
Elifabeth le Maître , Chanoineffe & Comteffe
de Pouffé , le 21. Avril , âgée de 75. ans .
M. de Cabre , Gentilhomme de Provence ,
Chambellan de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, eft mort à Paris , âgé de 76. ans , peu de
jours après avoir fouffert l'amputation d'une
jambe , pour un mal negligé qu'il avoit au
pied.
Sure
846 MERCURE DE FRANCE.
ters
Surchargez de matieres , nous n'avons pas på
donner place aux Nouvelles des Pays Etrange
dans ce volume ; pour ne le pas trop groſſir & pour
• ne pas differer le temps auquel le Public eft accoûtumé
de le voir paroître , nous renvoyons au
Mois prochain quantité de matieres qui doivent
Pintereffer.
Ay lù
APPROBATION..
par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Avril , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 2. Mai
1725.
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES Fugitives. L'Efperance , Ode . 635
PLettre de M. Capperon fur les plantes , les
coquillages , & c.
Epithalame.
-Lettre fur une Mine de Bitume.
L'origine de la Comedie , vers.
642
652
659
666
Difcours Critique fur la peſanteur des Corps ,
& c.
Ode à l'Evêque de Bazas.
669
696
Lettre fur l'utilité des Académies.
Sonnet en Bouts- rimez .
702
707
Lettre en Profe & en Vers à Madame *** de
708 M. Vergier.
Etabliflement de la Compagnie de l'Oiseau
Royal à Chartres . 713
Le Papillon & les Tourterelles , Fable. 723
Explication d'un terme bizarre de la baffe Latinité.
Printemps , Quatrains.
724
730
Lettre fur la queftion lequel eft le plus malheu-
732 reux & c.
Traduction d'une Epigramme de Catulle . 735
Lettres de Malthe fur le remede de l'Eau à lá
glace.
736
Vers fur le remede de l'Eau à la glace. 737
Lettre de l'Auteur de la Critique de Berenice.
739
745
Enigmes nouvelles , & Explications .
Nouvelles Litteraires , Poëfies de l'Abbé de
Chaulieu , & c. 748
Elemens de Mathematiques à la portée de tout
le monde. 754
Le Faucon & les Oyes de Bocace , Comedie.
757
Lettre au fujet de la Magie , des Malefices &
des Sorciers .
Negociations fecrettes , touchant la Paix de
& c.
758
761
Extraits de Lettres nouvelles Litteraires de'
Suiffe.
Rentrée des Académies.
764
776
Extrait de la Differtation lûë par M. Dufay.
778 Printemps , Chanfon notée. 780
Autie Chanfon fur les Calotins , couplets .
781
Spectacles. L'Iffe des Efclaves , Extrait. 784
La Reine des Peris , Extrait. 787
Nouvelle Tragedie de Mariamne , Extrait. 800
L'Arbitre des differens.
Difcours de la Damoifelle Flaminia.
Prothée , Fable à la Damoiſelle Silvia .
Journal de Paris.
Départ de l'Infante d'Espagne .
Concert des Thuilleries.
Revûë des Regimens des Gardes.
Nouvelles du Palais , & c.
826
827
830
832
835
836
Ibid.
838
Extrait d'une Lettre de Conftantinople. 842
Promotion des Officiers de Galeres.
Morts.
Medaille de 1. michel
775
Fautes à corriger dans ce Livre.
844
845
Age 670. ligne 2. du bas , étoient , lifez
Poient.
Page 685. ligne 14. que la , lifez que de la.
Page 753. ligne 11. & n'as tu pas , lifez n'astu
pas tort.
La Medaillegravée doit regarder la page 775
L'Air noté doit regarder la page 780
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROY.
MAY
1725.
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXV
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - infſtamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent .
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreſſes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
fageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. Lols
847-
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MAY
1725.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe....
EPITRE de M. Vergier , à M. Courtin ,
lorfqu'il fut fait Commiffaire de Marine
, & prépofé à la coupe des Bois
en Auvergne.
M
On cher Courtin , vous êtes Commiffaire
;
La Renommée au moins le dit
ainfi .
Bien vous en foit , & bien m'en foit auffi ,
A ij Qui
848 MERCURE DE FRANCE.
Qui tant d'honneur reçois d'un tel confrere :
Orés verrons par vos ordres preffans ,
Pin orgueilleux , Chêne à tête ſuperbe ,
Sous les efforts des haches gemiſfans ,
Tomber épars , humiliez fous l'herbe ;
Puis nous verrons ces Geans transformez ,
De feux , d'éclairs & de foudres armez ,
Tout de nouveau s'élever & paroître ,
Et fiers encor plus qu'en leur premier être ,
Fouler Neptune & lui donner la loi ;
Car dépouiller l'antique chevelure ,
Qui de vos Monts fait la gente parure ,
Sera , dit -on déformais vôtre emploi :
Mais fur cela fouffrez que je vous donne ,
Un fage avis , l'amitié me l'ordonne ;
Entre les Bois qu'abattre vous devez ,
D'aucuns eft- il qui dès le premier âge ,
Par les amours avec foin cultivez ,
Servent d'azile à leur doux badinage,
De par Venus gardez - vous d'y toucher 3
Mieux vaudroit- il cent fois que de Dodone ,
Les troncs facrez voulufiez arracher.
J'entends déja cet effain qui bourdonne ,
MAY
849
1725 .
A peine auriez tant feulement penſé ,
D'en effleurer une écorce legere ,
Que vous feriez de plus de traits percé ,
Que ne fut onc quiconque a traverfé ,
Dans fon travail l'Abeille menagere.
Refpectez donc ces arbres précieux ;
Des jeux , des ris , abris délicieux.
Mais , direz - vous , comment les reconnoître >
Quel figne enfin peut me les indiquer ?
En un feul trait je vais vous le marquer.
A leur afpect en vous fentirez naître ,
Ces vifs tranfports , cette douce fureur ,
Qui s'emparoient jadis de vôtre coeur ,
Lors qu'aux genoux d'une tendre maîtreſſe ,
Y receviez careffe pour careffe ;
Lorfque vos yeux fur les fiens attachez ,
Y découvroient dans fon ame cachez ,
Tous les defirs qui regnoient dans votre ame :
De ces momens chez- vous n'eſt effacé ,
Le fouvenir avec des traits de flâme ;
Dans vôtre coeur les plaifirs l'ont tracé ,
Plus vieux que vous il m'en fouvient encore.
O doux tranſports , qu'êtes -vous devenus ?
A iij O
850 MERCURE DE FRANCE.
2
O temps heureux ! ne vous verrai -je plus ?
Près d'un objet que j'aime , que j'adore ,
Ne dois -je plus voir mes jours , voir mes ans,
Prompts & legers fuir comme des inftans ?
Je vais cherchant quelque objet qui me bleſſe ,
Aux plus beaux yeux je prefente mon coeur ;
Mais c'eft en vain , & foit force ou foibleffe ,
Rien ne me touche & leur charme vainqueur
Ne peut troubler cette paix languiffante.
Tes traits , Amour , feroient ils émouffez?
Ou bien mes fens appefantis , glacez
Me rendroient-ils leur atteinte impuiflante
Seroit- ce enfin que tu dédaignerois ,
Un front marqué de fon neuviéme luſtre ?
Je le fçai bien parmi les doux attraits ,
De la jeuneffe , Amour , tu trouverois ,
Pour tes exploits matiere plus illuftre ;
Mais fouviens toi , qu'à toi feul j'ai donné
De mes beaux ans tout le cours fortuné ;
Les cheveux gris même couvroient ma tête ,
L'âge déja fur mon front fillonné ,
D'un doigt d'airain décrivoit fa conquête.
Que de tes feux les plus ardens épris ,
J'aiMAY
1725. 8.51
J'aimois encor , je brûlois pour Iris,
Iris .... ô Ciel ! quelle divine image ,
Ce nom charmant vient-il me retracer !
Quels feux , quels traits , vient- il de me lancer !
Amour , reçois de nouveau mon hommage
Je le fens bien , je puis encore aimer ,
Epargne même , & tes foins & tes armes ;
A mes regards offre de pareils charmes ,
Sans ton fecours ils fçauront m'enflâmer ;
Mais je m'écarte , helas ! à cette idée ,
Mon cher Courtin , qui ne s'écarteroit ?
A fa lueur qui ne s'égareroit ?
De cette erreur une ame poffedée ,
La fuit fans ceffe & ne peut la quitter :
Or , finiffons , car fi dans la morale
Je vais ici par hazard me jetter,
Mieux vous vaudroit fans relâche écouter ,
Le vain jargon , le babil de Cigale ,
Du vieux époux que fçût honnir Cephale.
C'est bien affez qu'en fade Celadon ,
J'aye entonné le ftile d'Elegie ;
Sans qu'empruntant la fevere énergie ,
D'un Prédicant , j'aille encor fur ce ton ,
A iij
Forcer
852 MERCURE DE FRANCE.
Forcer Morphée à venir vous ſurprendre ,
Pour bien dormir befoin n'avez de prendre ,
Du trifte ennui les pavots trop glacez.
A vos côtez avez femme jolie ,
D'excellent vin avez cave remplie ,
Pour vous bercer en voilà bien affez.
Mais toutefois avant que je finiffe ,
Si faut- il bien qu'à vos deux Prefidens ,
Par tendres voeux , & de coeur je m'uniffe :
Sont- ils toûjours tous les deux dépendans ,
L'un du caprice & du goût variable ,
D'un Cuifinier , l'autre des accidens ,
D'une fanté fragile & miferable ?
Quoiqu'il enfoit , lorfqu'avec eux boirez ,
Puis-je efperer que par vous n'oublierez ,
C'il qui vous aime autant qu'êtes aimable.
REPONSE de M. C.... à M. Vergier.
Nu
E diroit-on pas , mon cher Vergier,
au temps que j'ai été à vous remercier
de vôtre Epître , que mon remerciment
va être proportionné au prefent
que vous m'avez fait . Je fçai qu'il eft de
l'ordre de répondre comme l'on eft interrogé
,
MAY 1725. 853
terrogé , mais fans mentir : vous intertogez
d'une maniere à impofer filence
& je ne m'excufe pas fur l'embarras de
mes affaires quand elles feroient auffi
tranquilles qu'elles font tumultueufes ,
je ne pourrois que vous dire en trèshumble
profe : je vous remercie de tout
mon coeur.
J'ai fait part de tout ce que vous m'avez
écrit à nôtre Prefident Gourmandinet
, l'autre eft dans les remedes . Nous
avons réfolu le premier & moi de boire
autant de coups à vôtre fanté , que vôtre
amitié a fait de vers ; voilà une maniere
de reconnoiffance proportionnée à nos
forces. Contentez - vous - en , s'il vous
plaît , & ne croyez pas pourtant d'avoir
jetté vos Marguerites . Nous en avons
connu toutes les beautez , & pardeffus ce
qui frappe & charme l'efprit , j'y ai reconnu
vôtre coeurs il a fait fur le mien
des impreffions , dont fi vous m'aimez ,
vous devez être fatisfait , & qui dureront
autant que ma vie.
J'étois au fond des Forefts lorfque vô
tre Lettre me fut renduë . Déja la coignée
étoit aux arbres que vous voulez épargner.
Je ne refpirois que l'abattis ; mais
à l'approche de vos ordres je fentis ce
que l'azile des amours n'avoit pû m'infpirer.
En attendant que je puffe démê-
A v
ler
854 MERCURE DE FRANCE.
ler ce qui fe paffoit dans mon coeur , je
commençai par arrêter ces haches facrileges
; & dès que je fus inftruit de vos
intentions , je criai : graces , graces aux
arbres confacrez aux Amours . Cet ordre
furprit toute l'affemblée ; mais quand
j'eus dit qu'il venoit de vôtre part , il fut
executé avec plaifir . Venus qui s'étoit
tenue cachée , & qui n'ofoit m'approcher
, fçachant bien que je n'ai pas fujet
de me louer d'elle , parut alors & me dit
quoique ce ne foit pas à ma confideration
que vous ayez épargné les arbres cultivez
pour mon fils , je veux bien , rancune
tenante , vous remercier de ce que
vous venez de faire , & je veux même
vous prendre à témoin du ferment que
je fais . Je jure que tout ce qui m'adore
reconnoîtra pour fon protecteur mon
ami Vergier , & que je lui rendrai la vigueur
de fon cinquiéme luftre . Après ces
mots elle chargea quelqu'un des ; Amours
de fa fuite de s'aller faire payer des arrerages
qui lui étoient dûs , & difparut.
Moi tout tremblant de cette vifion , j'allai
me réfugier au pied d'un arbre confacré
à Bacchus. Je ferois fcandalifé de vôtre
filence fur ce qui appartient à ce grand
Dieu , fi je ne penfois que vous avez crû
vôtre recommandation injurieufe , tant
ils font lui & les fiens recommandables
par
MAY 1725 . 855
par eux- mêmes. Auffi vous ai - je prévenu
en ne fongeant qu'à faire des libations
autour de ces aimables bords . A parler
ferieufement je fçai qu'il faut aimer ; cela
eft jufte & inévitable ; mais je crois que
l'amour dans le coeur doit être feulement
comme le Left à un Vaiffeau , &
que fa veritable Cargaifon doit être de
vin. Dans ce principe , mon cher Vergier.
Pour payer ce tribut à l'ordre du deſtin ,
Je me lefte d'amour , & me charge de vin.
Le 28. Juin 1701. au Camp devant
la Mare.
MMMMMMMMMMMMMMMMM
RENVOY à l'Auteur du Défi , fur les
Bouts-rimez propofez à remplir dans
le Mercure de France , au mois de
Fevrier 1725.
I maints cerveaux dans vôtre Ville ,
S !
Envain fe font efcrimez
A remplir vos Bouts rimez ,
Ici , fans être Ergafile ,
La chofe paroît facile .
N'eſt-ce point pantalonade ?
A vj Le
856 MERCURE DE FRANCE.
Le lecteur en jugera ,
Et tous deux nous fifflera ,
Vous de la rodomontade ,
Et moi de ma gaſconade.
Tout m'eſt facile en Vers , je puis de Cornaline,
Me bâtir avec art un pompeux Baldaquin,
Sans me deshonorer prendre un Virebrequin ,
Amufer les neuf Soeurs avec mainte Aveline.
Berline , A mon Cheval aîlé faire traîner
Du facré mont bannir tout indigne Bouquin ,
Berner l'Auteur des bouts dans un dur Palan-
Et donner aux Bergers habits de
quin
Papeline.
C'est trop peu de la parque évitant le Ciseau ;
Je veux dans ce Sonnet , harmonieux Oiſeau ,
A ce fier agreffeur abattre la Moustache
Déja d'un rodomont il a le Sobriquet ,
Chaque mufe à l'envi m'en offre fa Pistache ,
C'en eft fait , je le vois confus au Tourniquet .
F. M. Ifurtile.
SUL
MAY 1725.
857
SUITE du Difcours Critique , inferé
dans le précedent Mercure , au fujet
du Traité de la pesanteur universelle des
Corps , du P. Caftel , & c .
II.
J
E n'infifterai point fur les regles
de la Critique ordinaire. Elle ne
doit jamais être perfonnelle , mais toûjours
dictée par l'amour de la verité , qui
eft la nourriture fubftancielle de nôtre
efprit , & par le defir du progrès des
fciences , qui eft le feul motif digne d'un
honnête homme . La Telemachomanie ,
qui eft retombée depuis peu entre mes
mains , eft une Critique dont le feul
titre eft une injure , & dont le fonds eft
un tiffu d'invectives relevé par l'ennuyeux
fatras d'une faufle érudition . Loin
de nous une pareille Critique..
Cependant par l'abus qu'on en a fait ,
le feul nom de Critique porte avec foi
quelque chofe de malin ; il est devenu
prefque fynonime avec celui de Cenfure.
On fe prévaut de la malignité du public
pour fe faire lire indigne reffource d'un
efprit qui n'en a point d'autre . La faine
Critique aura par elle-même un certain
fel fans être fatyrique : elle doit être
exacte
858 MERCURE DE FRANCE.
exacte fans être chicaneufe ; libre jufqu'à
la verité , mais en deçà de la licence ;
naïve , mais avec politeffe ; ferme fans
être préfomptueufe , & même victorieuſe
fans orgueil .
Mais la Critique qui s'attache à des
découvertes en fait de ſcience , & à de
nouveaux fyftêmes eft foumife à des loix
bien plus feveres encore . Si peu qu'elle
foit entreprenante & hardie , il eft bien
dangereux qu'elle ne devienne témeraire
& précipitée. Rien ne me paroît fi délicat
. L'Auteur d'une découverte eft pour
moi un homme redoutable , jufqu'à ce
que j'aye vû le fond de fon idée , & que
par là je me fois mis avec lui fur le même
niveau . Mais quand eft- ce qu'on peut
s'en flatter ? Un fyftême general eft le
fruit d'une connoiffance très - exquife de
l'efprit , de tous les fyftêmes paffez , &
de l'hiftoire univerfelle de la nature ;
c'eft le concours d'une infinité de vûës ;
le réſultat précis d'un très- grand nombre
de rapports fort compofez ; en un mot ,
le plus heureux effort d'un beau genie.
Combien de qualitez ne faut- il donc pas
pour fe placer dans un point de vûë fi
jufte & fi élevé ? Avant de pouvoir juger
de la bonté d'une machine nouvellement
inventée , il faut connoître le jeu & la
proportion de toutes les pieces ; & pour
décider
MAY 1725. 859
décider de la folidité d'un grand fyftême ,
il faut s'en être rendus les principes familiers
& l'application facile ; être en état
d'en embrailer d'une feule vûë les confequences
, & de les rapporter à un feul
& même but ; c'eſt alors que nous pourrons
nous flatter d'être à peu près dans
le point de vue de l'Auteur , & d'avoir
fait nôtre propre fyftême du fien. Une
fubftance étrangere ne devient nôtre propre
fubftance , que lorfqu'elle commence
à entrer dans les voyes de nôtre circulation.
Un lecteur attentif à ne point fe déplaire
à lui- même , & délicat fur l'opinion
de fes propres lumieres , fe garde
bien de précipiter fon jugement dans l'examen
d'un grand fyftême . La fpecieufe
lueur d'une contradiction ne flatte point
fon humeur critique ; la fuite lui en donne
fouvent l'éclairciffement . Il diftingue
avec foin entre le faux & l'inoüi , l'extraordinaire
& le poffible , le chimerique
& le nouveau ; car les idées étrangeres &
nouvelles ne deviennent vrayes par rapport
à nous que lorfqu'elles fe font comme
naturalifees dans nôtre efprit par l'habitude
.
Il ne conclut point de l'infuffifance
apparente des preuves à la faufleté ; fouvent
le même raifonnement qui paroît
foible
860 MERCURE DE FRANCE.
foible d'un côté devient convaincant mís
dans un autre jour . La perfuafion eft
toûjours perfonnelle , & d'ailleurs nul
Auteur original n'a jamais rendu toute
l'étendue de fa penſée dans un feul &
même tour d'expreffion. Les differens
rapports que lui prefente la fuite des matieres
leur fervent reciproquement de
flambeau .
C'eft avec ces fages précautions , &
felon ces regles que je crois , Meffieurs ,
qu'un efprit droit & folide doit proceder
dans l'examen du fyftême de la Pefanteur
univerfelle. Après cela il ne me refteroit
plus qu'à rendre ici ces mêmes regles
fenfibles par une jufte application à l'examen
de ce nouveau fyftême , ne fut- ce
que pour m'exempter du reproche qu'on
fait aux donneurs de regles.
Mais , Meffieurs , l'un eft bien plus aifé
que l'autre . La feverité même des regles
que je viens d'établir démontrent
affez la difficulté de l'execution . D'ailleurs
je ne ferai point façon d'avouer ici
que je fuis convaincu du fonds du fyftême
, & que je crois même être parvenu
à cette maturité de conviction qui forme
la perfuafion. J'ai eu l'honneur d'être
il y a huit ou neuf ans le confident de fes
premieres découvertes , je ne m'y fuis
point rendu fans de longs combats ; mais
aujourMAY
1525. 861
aujourd'hui je joüis paifiblement & fans
nuages de la lumiere qui m'a enfin éclairé
; mes yeux fe fixent fans peine fur ces
nouvelles clartez qui éblouilent le public
, & le coeur fe concertant ici avec
l'efprit , ils feront de moi déformais un
difciple , plutôt qu'un aggreffeur.
III. Cependant , afin de rendre juftes &
précifes des réflexions que vous traiteriez
avec raifon de generales & de, vagues
, fi je ne les rapprochois de kur
objet , & de donner comme je me ic
fuis propofé un rodele au moins ébauché
de la circonfpection qui convient à
l'examen d'une découverte ; je vas , lieffieurs
, toucher en peu de mots une oppofition
, peut- être apparente , qui fe trouve
entre le 2. Livre & les 4. & 5. du 1. t
de la Pefanteur univerfelle ; c'eſt- à - dire ,
entre le fyftême du Mécanisme , & celui
de la liberté ce qui par un même moyen
achevera de tracer à vos yeux , quoiqu'en
abregé , le reste du fyftême general , dont
j'ai tâché de crayonner un peu plus haut
la premiere ébauche . Voici le fait :
L'Auteur , comme j'ai eu l'honneur de
vous dire , Meffieurs , examine dans le
3. L. du 1. t. les effets de la pefanteur
reſpective des divers corps de cet univers
; pefanteur reſpective qui donne à
la Lune fa place conftante dans le tourbillon
861 MERCURE DE FRANCE.
billon de la terre , au tourbillon de la
terre fa place dans celui du Soleil , & à
celui du Soleil fa place par rapport au
refte de l'univers. Or, de même , à ne confiderer
dans chaque globe particulier que
le fimple effort de la pefanteur refpective
des diverfes fubftances qui les compofent
, la Terre , comine plus pefante , devroit
s'affailfer & fe tenir exactement ramaffe
autour de fon centre l'Eau plus
legere que la Terre devroit l'envelopper
, & l'Air plus leger encore devroit
fe répandre également au- deffus de la
Terre & de l'Eau. La même loi devroit
regner dans tous les autres Globes , &
dans la Lune ; par exemple , on ne devroit
voir ni montagnes , ni vallées , ni
Lacs , ni Mers , aucune inégalité ; mais
les matieres les plus pefantes devroient
être couvertes des plus legeres par couches
concentriques . Mercure & Venus
Mars & Saturne , Jupiter & fes Satellites
devroient s'arranger dans le même
ordre.
>
Le Soleil , qui n'eft felon de meilleures
obfervations qu'un corps affez femblable
à celui de la Terre , & dont les
feux qui jailliffent de toutes parts marquent
une extrême interruption de l'équilibre
primitif , devroit en fuivre les
loix invariables ; fes volcans devroient
s'éteinMAY
1725 . 883
s'éteindre , & leurs flâmes fe concentrer
fous les matieres craffes que nous appellons
des taches . Les Etoiles qui font les
Soleils des autres tourbillons , ne devroient
être que des Spheres exactes ,
compofées de matieres mifes par ordre
de Pefanteur , les unes fur les autres .
Enfin tous les Globes celeftes , au lieu de
fe mouvoir dans des Ellypfes , & ſe balancer
d'un Apfide à l'autre , devroient
rouler dans des cercles très - parfaits. Car
la Nature n'étant qu'un poids qui tire
toûjours en embas le plus pefant au deffous
du plus leger , auroit dû arranger
ainfi tous les corps , fi fon Auteur après
avoir créé la matiere fe fut contenté de
la configurer diverſement , & de donner
aux parties de ce grand Tout le mouvement
convenable.
Ainfi une regularité fort mathematique
, mais fterile & tenebreuſe eut regné
dans la vafte folitude , fi l'intelligence
qui a prefidé à fa formation n'en eut rompu
l'équilibre primitif , & n'eut préferé
un ordre fi methodique , un defordre
encore plus beau .
C'est donc fa main qui éleva les montagnes
, qui ouvrit les fources des Eaux ,
qui renferma la Mer dans les vallées les
plus profondes , qui organifa la terre ,
qui y commença la circulation , qui remplit
864 MERCURE DE FRANCE.
plit fon fein des femences de toutes les
plantes , de mille fortes de métaux & de
mineraux ; en un mot , des principes de
tout ce qui fait aujourd'hui la richelle &
l'ornement de nôtre féjour. Il en fut à
proportion de même dans la Lune & dans
les autres Planettes : le feu caché au centre
du Soleil fortit par mille embouchures
, & répandit la lumiere & la fécondité
de toutes parts : les Etoiles brille- .
rent de mille feux étincellans ; enfin , un
mouvement nouveau , une action & une
vie nouvelles animerent toutes les parties
de l'univers.
Teis ont été les merveilleux effets de
l'interruption de l'équilibre qui fe fût
établi parmi tous les corps , fi une fçavante
main n'eut fçû confondre avec art
le pefant avec le leger , le folide avec le
liquide , le chaud avec le froid , le fec
avec l'humide pour faire éclore du fein
même de la confufion les plus précieuſes
beautez de la nature .
Mais ce n'étoit pas affez , felon nôtre
Auteur , d'avoir ainfi rompu l'équilibre
primitif, & il fe fut bien - tôt rétabli , ſi
Dieu n'eut créé dans la nature une cauſe
capable de perpetuer cette interruption.
Pour cela le P. Caftel introduit les hommes
fur le grand Theatre du monde ,
jouants un rôle nouveau , tout au moins
pour
MAY 1725. 865
pour eux & bien fingulier. Ce font eux ,
Meffieurs , qui foutiennent le poids immenfe
des montagnes , & les cavernes de
la Terre , qui font couler les fleuves &
ferpenter les ruifleaux , qui rempliffent
les Mers de poiffons , l'air d'oiſeaux , les
forefts d'animaux , qui font croître partout
des herbes , des fleurs , des arbres ,
toute forte de plantes ; ils font vomir
des flâmes à certaines montagnes ; en
d'autres ils produifent de riches métaux ,
des mineraux utiles , des pierres précieufes
; ils difpofent même des faifons , &
fans eux il n'y auroit ni vapeurs , ni exhalaifons
, ni broüillards , ni nuées , ni
pluyes , ni neiges , ni vents , ni grêles ,
ni tonnerres , que fçais - je ? ils changent
jufqu'à la révolution naturelle de la
Lune , & la face de tout l'univers : ou
pour parler plus exactement , ils déterminent
la nature à tous ces effets par la
feule interruption d'équilibre qu'ils caufent
dans la Terre , & par les nombreux
mêlanges qu'ils y font.
Voilà fans doute des nouveautez bien
furprenantes . A ce recit eft- il de lecteur
qui ne croye voir des geants nouveaux
entaffer Offa fur Pelion , ou des Medées
troubler leurs enchantemens le cours
des Aftres.
par
Pour moi je dois , à la verité , un aveu
qui
866 MERCURE DE FRANCE.
qui eft , je penſe , l'éloge le plus glorieux
qu'on puifle faire d'un grand genie . C'eſt
que je ne crois pas qu'on ait jamais fait
un fyftême , dont les fondemens foient
mieux établis , les principes plus fimples
& plus clairs , les confequences
mieux déduites , les parties mieux liées ,
l'étendue plus vafte , & les preuves plus
abondantes en obfervations , auffi faciles
qu'inconteftables . Systême , au refte , infiniment
précieux aux gens de bien par
l'excellente démonftration que l'Auteur
en tire de l'éxiftence de l'Etre fuperieur
qui a pû le premier interrompre l'équilibre
inévitable des corps .
Toute la difficulté roule donc ici fur
la feconde partie de ce fyftême ; c'eſt àdire
, fur la perpetuité de la premiere interruption
d'équilibre que l'Auteur attribue
à l'action libre & perpetuelle des
hommes dans la nature , ce qui femble
fort oppofé aux principes de Mécaniſme
établis dans le Livre 2.
Il est vrai que l'Auteur nous avertit
au commencement du 4. L. que for onvrage
étoit déja fait , & même entre les
mains de l'Imprimeur , lorsque ce nouveau-
Systême de liberté s'est développé à fon
efprit ; que tout ce qu'il a pû faire a été de
retoucher quelques endroits particuliers de
fon ouvrage , & c. ce font fes propres paroles,
MAY 1725. 867
roles . Mais cependant il refte toûjours à
examiner fi l'oppofition qui fe trouve en
tre le L. 2. & les 4. & 5. feroit allez
grande pour faire prévaloir les principes
de celui- là fur ceux de ces derniers . Ainfije
reviens au fait.
libres Dien
D'abord il eft vifible que fi les forces
du Mécanisme étoient fuffifantes pour entretenir
la premiere interruption d'équilibre
, & l'univers dans la forme où il
eft prefentement , il feroit très -utile de
recourir à une action libre & fuper eure
à la nature. Aufſi le premier foin de nôtre
Auteur a été d'établir l'infuffifance
de toute cauſe mécanique. Or le plus
fort argument dont il fe foit fervi pour
prouver, que ce n'est que par unsystême de
liberté, & des agens
peut perpetuer l'organisation de la Terre ,
les plantes , & les autres mécanismes étran
gers , ou contraires au mécanisme primitif
de la nature. Ce qui eft en propres termes
l'énoncé de la 55. prop. du 4. L.
t . 1. c'eſt le raiſonnement qui fuit ; car ,
pourfuit- il , tout ce qui feroit mécanique .
feroit ou fuperieur à la nature , & l'anean.
tiroit , ou lui feroit égal , & l'aneantiroit
auffi en la fufpendant , ou lui feroit totalement
fubordonné, & en feroit totalement
aneantie.
par que
Il eft certain que la disjonctive de l'Au
,
teur
868 MERCURE DE FRANCE.
teur eft très- concluante . Car on ne peut
oppofer que des agens libres , ou des
agens mécaniques , à l'effort de la pefanteur
qui tend à ramener l'équilibre
primitif , n'y ayant dans la nature que
deux puiffances actives ; fçavoir , l'efprit
& le mouvement. Or ce ne font
pas ,
continue - t'il , des agens mécaniques ,
puifque ces agens , ou feroient plus forts
que la pefanteur , auquel cas ils la détruiroient
, & diffiperoient à l'infini tous
les corps qu'elle tient ramaffez , ou bien
ils feroient plus foibles , & deflors voilà
l'équilibre primitif rétabli , ou enfin ils
auroient une force égale ; & dans cette
fuppofition ces deux agens refteroient
fufpendus dans une inaction fenfible
comme deux corps attachez aux deux
bras proportionnels d'une balance : donc ,
concfut-il , il n'y a que des agens libres
qui s'oppofent réellement au rétabliſſement
de l'équilibre primitif , & qui en
perpetuent l'interruption .
Ce font-là effectivement les trois &
feuls cas qui puiffent fe rencontrer dans
la mécanique ordinaire. Mais n'y en auroit-
il point un quatrième , auquel la
mécanique ordinaire ne puiffe s'étendre ,
& dans lequel la pefauteur & la force
mécanique quelconque fe cedent & fe
dominent tour à tour l'une l'autre ; enforte
.
MAY 1725. 869
forte , par exemple , qu'en vertu de la
pefanteur la matiere fe précipite jufqu'au
centre de la Terre , & qu'en vertu de la
force mécanique elle remonte , pour retomber
de nouveau fans jamais fortir de la
puillance de ces deux forces rivales ? Si
cela étoit , il n'en faudroit pas davantage
pour entretenir dans la Terre la circulation
des matieres , & par confequent tous
les effets de la premiere interruption d'équilibre.
la
Le P. Caftel va me répondre que
matiere étant ainfi balancée du centre à
la circonference , & de la circonference
au centre , doit à la fin fe fixer au repos
entre ces deux extrêmitez ; de même
qu'un Pendule après s'être long- temps
balancé entre deux points , s'arrête enfin
au milieu que ce feroit là donner à plein
dans le fyftême de M. Newton qui prétend
que le monde aura un jour befoin
d'une main reparatrice qui remette le Pendule
en mouvement ; & que cette idée
eſt non- ſeulement injurieuſe à la puiſ
fance du Createur , mais même abfolument
fauffe , puifqu'il eft vifible que fi
les balancemens de la circulation qui anime
l'univers , étoient pareils à ceux d'un
Pendule agité , nous aurions dù depuis
6000. ans nous appercevoir du décroiffement
de ces balancemens , & de leur
tendan- B
870 MERCURE DE FRANCE.
f
tendance au repos parfait.
Tous ces raifonnemens font encore
vrais dans la mécanique artificielle. Je regarde
comme invinciblement démontré
que toute machine , dont le centre ne fera
point celui de fa gravité , & qui au contraire
fera fubordonnée à un centre étran◄
ger ne pourra jamais , quoiqu'on faffe
avoir en foi un principe perpetuel de mouvement.
Ce fera toûjours un Pendule tendant
au repos . Mais ce qui eft impoffible
à la mécanique & à l'art humain ne l'eſt
pas toûjours à la nature. Le Pendule qui
vient de defcendre conferve toute fa pefanteur
& fa folidité lorfqu'il remonte ;
l'art ne fçauroit lui faire quitter & reprendre
fa forme ; il ne fçauroit faire que
le Pendule en remontant fe dégage d'une
partie de fa pefanteur , & qu'il la reprenne
toute entiere en redefcendant. Je
m'explique , & voici le dénouement de
la queſtion.
Comparez , je vous prie , Meffieurs
la matiere qui defcend de toute la furface
de la Terre vers le centre où tout eft en
feu , avec les vapeurs & les exhalaifons
qui en remontent. Quel changement !
C'eft fur les propres obfervations de
l'Auteur que j'en parle.
Voyez- vous , dit - il , dans le 2. L. t. 1 .
voyez-vous tous les corps qui tombent au
centre ,
MAY 1725 . 871
centre , les rivieres , le limon qu'elles entraînent
, les rochers qui tombent des montagnes
, tous les corps qui s'affaiffent , tout
cela tombe affez l.ntement ; mais tout cela
tombe en maffe , en corps , en parties groffieres
, & à demi-glacé. Voyez au contraire
, pourfuit-il , tout ce qui remonte du
centre , comme il remonte en feu , en vapeurs
, en exhalaifons , & la plupart du
temps par tranfpiration comme il convient
à des corps fubtils , divifez & agitez.
a
Voilà donc , ce me femble , Meffieurs ,
felen nôtre Auteur même , un Pendule
qui remonte à la même hauteur d'où il
eft tombé , non par fon acceleration qui
feroit infuffifante ; mais parce qu'en remontant
de lourd & de folide qu'il étoit ,
il est devenu fubtil , divife , agité , c'eftà-
dire , plus leger. Voilà donc une force
mécanique dans la nature, capable d'entretenir
la circulation que la premiere interruption
d'équilibre y à introduite.
Cette force mécanique , c'eft l'action du
feu central. Elle n'eft ni fuperieure , ni
égale , ni inferieure à celle de la pefanteur
; mais ces deux forces fe cedent , &
ſe dominent fucceffivement , & prefqu'en
même temps . Merveille que l'art de nôtre
mécanique n'imitera jamais . Les matieres
par l'action de la pefanteur font
précipitées au centre ; elles y tombent en
Bij male,
872 MERCURE DE FRANCE .
maffe , en corps , en parties groffieres & à
demi-glacées , fur les expreffions de l'Auteur
, & ces mêmes matieres fubtilifées .
divifées , agitées par l'action du feu central
, remontent à la circonference , où
les exhalaifons terreftres fe congelent dans
les mines , fe figent dans les Terres , &
les vapeurs liquides fe condenfent dans
le creux des montagnes comme dans les
chapitaux d'un Alambic , pour couler de
nouveau par les fources des ruiffeaux , fe
rendre dans les Mers , & retomber au
centre .
Qu'il me foit permis , Mefficurs , d'employer
ici une comparaifon qui va rendre
bien fenfible na penfée , ou plutôt
celle du P. Caftel dans fon 2. L.
Le Soleil produit une espece de circulation
exterieure , comme le feu central en
produit une interieure , & M. Mariotte
de l'Académie des Sciences a fondé fur
cette circulation exterieure , fon fyftême
de l'origine des fontaines que j'adopte
comme très- vrai pour un grand nombre ,
quoique je fois perfuadé que la plupart
foient un effet de la circulation interieure.
La chaleur du Soleil attire donc des vapeurs
qui s'affemblent en nuées dans les
airs , & qui retombent en pluye fur la
Terre , pour en être élevées de nouveau .
Or de même l'action du feu central éleve
juf
MAY 1725. 873
jufques dans le creux des montagnes des
vapeurs , qui retombent enfuite en fontaines
, en ruiffeaux & en rivieres vers
le centre. Dans l'un & dans l'autre phenoméne
, ce font des corps fubtilife , divifez
& agitez par la chaleur qui montent
, & qui defcendent par leur propre
poids. Les petites parties des vapeurs
que le Soleil a élevées fe réuniffent dans
les airs , & forment de groffes gouttes ,
qui ne pouvant plus s'y foutenir`tombent
, & de la même maniere les vapeurs
que le feu central , femblable à celui d'un
Alambic , a élevées , vont fe condenfer
dans plufieurs chapitaux , & fe raffembler
dans des réfervoirs d'où elles fe diftribuent
de toutes parts , pour fertilifer
les Terres , fe prêter en paffant à nos
ufages , & fuivre la pente qui les ramene
au centre.
Ainfi le Soleil & le feu central produifent
, chacun de fon côté , une circulation
femblable & toute naturelle .
Il ne me reste donc plus qu'à conclure ,
en adoptant une partie des principes du
fecond Livre & du quatrième , & les
modifiant les uns par les autres . 1 Qu'il
a été neceffaire que l'Auteur de la nature
rompit au commencement l'équilibre primitif,
c'eſt - à- dire , qu'il élevat les montagnes
, qu'il diftribuat dans la Terre les
Biij canaux
874 MERCURE DE FRANCE:
canaux des réfervoirs , & tout ce qui
étoit convenable pour la circulation . 2 °
Que l'équilibre primitif ayant été une
fois rompu , & la Terre ayant été organi
fée , les feules forces du mecanifme réfultant
de l'action de la pefanteur , & de la
reaction du feu central fuffifent pour entretenir
& perpetuer la circulation. 3 °
Que quand même par confequent il n'y
auroit ni hommes , ni animaux fur la
terre , la premiere interruption de l'équilibre
primitif, l'organifation & la circulation
ne laifferoient pas de s'y perpetuer.
4 ° Que cependant l'action des hommes
, & celle des animaux fur la terre
peuvent y produire un grand nombre de
phenoménes qu'on ne verroit point fans
eux mais qu'il faut borner celle des
hommes en particulier , à orner , par
exemple , nos parterres de fleurs , à couvrir
nos campagnes de moiffons , à remplir
nos vergers d'arbres & de fruits , à
creufer des canaux , à furcharger certai
nes parties de la terre de la maffe des
grandes Villes , à foüiller les carrieres &
les mines , à puifer l'eau des rivieres &
des fontaines pour les détourner à leur
uſage , à broüiller enſemble de mille manieres
toutes les fubftances de la Terre ;
en un mot , à en alterer un peu la conftitution
primitive , & plus reguliere comme
MAY 1725. 875
me la plupart des gens l'accordent au P.
Caftel ; à quoi j'ajoûterai que les embrafemens
des Volcans qui confument les
campagnes voifines , les tremblemens de
Terre qui renverfent les Villes , & engloutiffent
les montagnes , les déluges
d'eau qui inondent nos vallons , & emportent
nos moiffons avec nos efperances
, & que les foudres mêines qui nous
écrafent peuvent fort bien n'être que les
funeftes réſultats des mouvemens & des
mêlanges peu concertez des hommes , &
même des animaux fur la terre.
Mais ce n'eft pas mon fentiment que
je prétends établir ici , ce ne font que
mes doutes , & l'oppofition que j'ai crû
appercevoir entre les principes du 2. L.
& ceux des 4. & 5. du même tome . La
conciliation que l'Auteur voudra bien en
faire , mettra fans doute fon fyftême du
mécanifine , & celui de la liberté dans
un nouveau jour .
Pour moi , Meffieurs , après avoir dans
ce Difcours juftifié fa methode , & avoir
examiné les regles de critique , dont il
convient d'ufer dans les grandes découvertes
, je n'ai ajoûté ces difcuffions que
pour rendre fenfible par un exemple la
circonfpection qui doit faire le principal
caractere de ces fortes de Critiques ; fi
toutefois on peut appeller une Critique
B iiij
des
876 MERCURE DE FRANCE.
des difcuffions où je n'ai fait qu'oppofer
l'Auteur lui -même , foit pour lui donner
un adverfaire digne de lui , foit , afin que
de quelque maniere que la chofe tourne,
l'avantage refte toûjours de fon côté , ne
réfervant pour moi que la fimple gloire
d'avoir cherché la verité , quel que puifle
être le fuccès de mes foins.
SONNET fur les Rimes propofees an
Mercure de Mars 1725.
Harpagon
ceffera de cherir la
On verra les Rimeurs méprifer
L'Ecolier quittera la Paûme & le
Lefine
Apollon ;
Balon ,
Et l'Abbé Dameret , l'amour de fa Voifine.
On mettra dans les Cieux ,Urgande & Melufine;
Le Maffon bâtira fans pierre ni
Moilon ;
On conftruira des Draps fans Forces , fans.
Foulon ,
Et les Riches mourans manqueront de Coufine.
Satin
Les Malthois s'enfuiront devant un Brigantin,
Le Marchand oubliera de vendre le
Le Géometre adroit de tracer une Ovale.
On
MAY 1725.
877
On niera que Phoebus foit Dieu de l'Helicon
Et que jadis Céfar paſſa le Rubicon
Quand Iris dans mon coeur craindra quelque
********
Rivale.
Le Maire.
******
SECONDE Lettre de M. Capperon ,
ancien Doyen de Saint Maxent , écrite
à M...fur les plantes , coquillages , langues
, dents , & autres parties de ferpens
, poiffons , & autres animaux qui
Je trouvent confervez , & fouvent petri--
fiez dans les montagnes , les carrieres ,
même dans les terres , & les diverfes
empreintes qui en paroiffent fur les
pierres & les cailloux ..
PUifque je vous ai promis , Monfieur
, dans la derniere Lettre que j'ai
eu l'honneur de vous écrire , que je vous.
declarerois quelle eft ma pensée fur les
coquillages , les plantes & chofes femblables
qui ſe trouvent dans la terre &
les montagnes , je le fais aujourd'hui fans:
plus de délai , en vous difant que je fuis :
perfuadé que toutes ces fortes de choſes:
y font depuis la creation du monde
qu'elles peuvent même fervir de preuve ,.
pour Bv
878 MERCURE DE FRANCE:
pour juftifier la verité du recit que Moi-
Le fait de cette creation ; pour concilier
ce qu'il en dit , avec quelques autres paffages
de l'Ecriture , qui y paroiffent oppofez
, & pour réunir les differens fentimens
des Peres & des Interpretes , dont
les uns veulent que toutes les creatures
ayent été créées en même temps , & les
autres qu'elles ayent été faites fucceffivement
pendant l'espace de fix jours .
Je crois donc , Monfieur , comme le
dit Moïfe , que Dieu créa tout à coup , &
en un inftant le Ciel & la terre , c'eft - àdire
, toute la matiere qui devoit fervir à
former le monde ; ce qui fit d'abord , par
rapport au lieu qui nous étoit deftiné , un
compofé d'eau & de terre mêlangées enfemble
alors , comme dit Fhilon , ( a)
la terre étoit femblable à une éponge que
l'eau penetroit de toutes parts ; ce qui
faifoit , dit- il , de ces deux élemens une
efpece de boue ou de bourbier , & c'étoit,
dit Moïfe , fur cette maffe informe que
l'efprit de Dieu étoit porté . C'est - à - dire ,
felon l'expreffion de l'Hebreu , ( b ) que
(a) Quoniam univerfa aqua in totam ter▾
ram diffufa erat omnefque ejus partes penetraverat
, quemadmodum fpongia humorem
cumbibebat , ut ceu palus quedam canofa ex
utroque elemento macerato confunderetur. Philo
jud. lib. de mundi opific.
(b) Hebraica vox fignificat quafi fpiritus
l'efpris
MAY 879
1725 .
l'efprit tout- puiffant de Dieu agiffant fur
cette maffe , la rendoit feconde , s'en fervant
pour y produire , & y former toutes
les plantes , & tous les animaux qui
devoient avoir leur place dans les élemens
que nous voyons .
;
Quoique par cette premiere operation
de Dieu toutes les creatures qui devoient
compofer le monde euffent été formées à
ce premier moment , il eft bon d'obſerver
qu'elles fe trouverent mêlangées fans
ordre comme dans une efpece de calos
& quoique les plantes & animaux s'y
trouvaffent formez dans leur état naturel
, & parfaitement organifez , ils n'avoient
neanmoins ni action , ni vie ; parce
que dans ce bourbier & cette confufion
, non- feulement le mouvement & la
vie leur auroient été inutiles , mais même
dommageables .
Tel fut l'état du monde au premier
inftant de fa creation. Et fi Moïfe dit
que D'eu employa fix jours à le former ,
ces fix jours ne furent employez qu'à ſeparer
les uns des autres tous ces êtres
differens confondus dans le cahos , à les
ranger chacun dans la place qu'ils de- ·
voient occuper , & donnant alors l'action
incubet ,foveat inftar avis aquam , jamque ad
generationem animalium moveat. Procop. Gaz.
in Octatue.
B vj
&
$ 80 MERCURE DE FRANCE:
& la vie à ceux qui devoient en être
pourvûs , les placer dans l'élement qui
leur étoit deftiné. C'eſt Moïſe lui -même.
qui autorife ce fentiment , lorfque faifant
le fommaire de la creation , au ch. 2.
verf. 4. & de la Genefe , il dit , que
tout fut créé le jour que Dieu fit le Ciel
& la terre , que ce fut en ce même jour ,
les arbres & les herbes furent forque
mées , & cela avant qu'ils euffent pris &
reçû leur vie dans la terre , & qu'ils y
euffent pouffé .
S..
Vous voyez bien , Monfieur , qu'en
expliquant la creation du monde de cette
maniere , on concilie aifément ce que dit.
Judith , ch. 16. v. 17. Seigneur , vous
avez envoyez vôtre efprit , & tout a été
créé , & ce qui eft dit dans l'Ecclefiaftique
, ch. 18. v. 17. Celui qui vit éter
nellement a créé toutes chofes ensemble ,
avec ce que Moïfe rapporte des operations
de Dieu pendant fix jours . Et ce
qu'il y a de particulier , c'eft que le fentiment
que j'avance fe trouve confirmé
par les coquillages , les plantes , & c. qui
fe trouvent aujourd'hui enfermez & enveloppez
dans les terres & les montagnes
, comme par l'état & la fituation où
on les y trouve , ainfi que vous allez le
voir . Mais avant que je vous développe
ma penſée , il eft neceffaire que je vous;
dife,
MAY 17258 885
dife , que dans ce que je vais propofer ,
j'expliquerai comment ces chofes ont dûr
fe paffer naturellement & fans miracle
n'étant pas raifonnable de croire que Dieu
ait voulu agir par des volontez particu
lieres & des voix furnaturelles , lorfque
les loix generales de la nature pouvoient
fuffire.
Voici donc comme je fuppofe que la
choſe arriva. Toutes les creatures ayant
été formées au premier moment de la
creation , & confondues dans le cahos
l'eau & la terre formant par leur mêlange
une espece de bouë , il eſt à préfumer
que les plantes & les animaux flottoient
fans mouvement & fans vie à la fuperficie
de ce bourbier épais , attendant qu'ils
fuffent mis chacun dans leur place , cequi
ne commença à s'executer que le
troifiéme jour , où l'eau fut feparée de la
terre. Or pendant cet intervale il étoit
bien naturel que les coquillages étant plus
pefans à caufe de la folidité de leurs coquilles
, & plus difpofez à couler à fond
à caufe de leur mediocre volume , il y
en eut plufieurs qui s'enfonçaffent plus
profondement dans ce vafte bourbier ; ce
qui dût arriver de même à quelques.
plantes & quelques animaux , qui purent:
auffi s'y enfoncer plus que les autres ,
foit par le feul hazard , ou pour s'être
trouvez.
882 MERCURE DE FRANCE.
trouvez plus penetrez , ou plus appefantis
par le même bourbier .
Les chofes étant dans cette fituation ,
Dieu fepara donc l'eau de la terre en
cette maniere . Premierement , retenant
par fa volonté toute puiffante à la fuperficie
de la terre les plantes & les animaux
qui devoient y refter , il comprima
cette malle comme on fait une éponge
dont on veut exprimer l'eau , puifque
c'étoit à quoi elle reffembloit ainfi que
Philon nous l'apprend , & par cette compreffion
l'eau s'échapant de tous les côtez
, les poiffons & les oifeaux que rien
n'arrêtoit s'écoulerent avec les eaux qui
les entraînoient , & pafferent avec elles
dans les lieux où elles s'amafferent pour
former les Mers .
y
Il n'en fut pas de même des coquillages
, de quelques plantes , d'un petit
nombre de poiffons & de reptiles qui fe
trouverent , comme j'ai dit , plongez trop
avant , & trop engagez dans le bourbier ;
cat fe trouvant pris dans la maffe de la
terre , non feulement ils y furent retenus
par cette compreffion , mais fouffrant par
cet effort une grande violence , il ne fe
pouvoit autrement que plufieurs ne fuffent
applatis , écrafez , rompus & brifez .
Auffi eft ce l'érat où nous en trouvons
grand nombre dans nos montagnes , comine
MAY 1725.
883
me je vous l'ai fait obferver dans ma Lettre
précedente ; & fi nous y trouvons
tant de fragmens de ces coquillages , difperfez
& feparez , il eft aiſé de voir que
cela vient de ce que les eaux coulant &
s'échapant pendant que la compreffion
les brifoit , elles en emportoient diverfes
pieces avec elles , & les difperfoient
dans les differens endroits où on les trouve
encore aujourd'hui .
Pour ce qui eft des empreintes de ces
chofes qui fe trouvent dans les terres &
les montagnes , & de ce qu'il s'y en trouve
grand nombre de petrifiées , cela vient
du fuc petrifiant qui eft dans la terre ,
lequel
s'étant rencontré par hazard où ces
fortes de chofes étoient placées , il les a
entierement penetrées , & fe coagulant
il les a ainfi petrifiées ; ou des pierres
s'étant formées proche de l'endroit où
elles étoient , & ces pierres ayant vegeté
& augmenté de volume par ce même fuc
qui leur tient lieu de feve , elles en ont
pris l'empreinte , où elles fe les font
attachées en s'y uniffant. Ce fut dans le
même jour que la terre fut ainfi deffechée
que , Dieu commença à donner aux
arbres & aux plantes qui étoient reſtez à
fa fuperficie la vie qui leur convenoit
pour les faire pouffer & vegeter ; &
quant aux animaux , ce ne fut qu'au cinquiéme
884 MERCURE DE FRANCE.
quiéme jour que Dieu leur donna la vie ,
commandant premierement à la Mer de
produire vivans les poiffons & les oifeaux
qu'elle renfermoit dans fon fein ,
& le lendemain il commanda également
à la terre de produire auffi vivans les
animaux qui étoient deſtinez pour elle .
Voilà , Monfieur , à peu près quel eft
mon fyftême fur la creation du monde ,
lequel, comme vous voyez , le trouve confirmé
par les coquillages & chofes femblables
qui fe trouvent fi frequemment
dans les terres & les montagnes ,
montagnes , & par
la fituation où on les y trouve . Je ne
doute pas neanmoins que vous n'y ren
contriez de la difficulté , quand ce ne feroit
que parce qu'il eft different de ce
que tout le monde penfe fur ce ſujet ;
mais j'ai eu déja l'honneur de vous dire ,.
que Moïfe lui-même conduit naturellement
à ce que j'avance , & que le fens
qui fe prefente d'abord à l'efprit , lorfqu'on
lit fans prévention ces paroles du
chap. 2. de la Geneſe verf. 4. & 5.
Ifta funt generationes cali & terra quando
creata funt , in die quo fecit Dominus:
Deus calum & terram : eft , que cet Hiftorien
facré a voulu dire , que tout avoit
été créé & formé dans le même temps ,
& au même moment que le Ciel & la
terre furent créés , & que par ces paroles,
MAY 172 fo 885

les qu'il ajoûte : Et omne virgultum agri
antequam oriretur in terra , omnemque herbam
regionis priufquam germinaret. Il
paroît affez qu'il veut dire que les arbres
& les plantes avoient été également
créés & formés au même moment que
tout le refte ; ce qui s'étoit fait avant
qu'ils euffent pouflé & vegeté dans la
terre ; ce que je dis de même des animaux
, qui ne reçûrent la vie qu'après
avoir étéformez à ce premier moment.
Peut- être , direz- vous , que Moïfe n'a
eu garde d'entendre les paroles précedentes
dans le fens que je leur donne
puifque tout au contraire , il dit pofitivement
en parlant de ce que Dieu fit le
cinquième jour , qu'il commanda aux
eaux de produire les poiffons vivans , &
les oiſeaux qui volent fur la terre , ce qui
felon tous les Interpretes fignifie , que
ce fut uniquement en ce jour que les poiffons
& les oifeaux furent formez , & non
pas au premier moment de la creation
comme je le fuppoſe . Vôtre penſée ſeroit
très- jufte , Monfieur , s'il étoit conſtant
que
>
les termes Hebreux dont Moïfe s'eft
fervi pour exprimer ce que Dieu fit ce
jour - là , dûffent neceffairement être entendus
dans le fens que leur donne la
Vulgate par cette expreffion : Producant
aqua reptile anima viventis , & volatile
Super
886 MERCURE DE FRANCE.
Juper terram. Mais nôtre illuftre compatriote
Vatable , (a ) fi fçavant dans l'Hebreu
, nous apprend que cette traduction
n'eft pas incontestablement la feule qui
puifle être donnée aux termes dont Moïfe
s'eft fervi , puifque plufieurs au lieu
de ces paroles producant aquæ , & c.
ont traduit : Repere faciant , & volatile
volet. C'eſt- à - dire , que les eaux faſſent
ramper ou nager les poiffons , & voler
les oiſeaux , ce qui revient à mon fentiment
; fçavoir , que ce ne fut pas alors
que Dieu leur donna l'éxiftence , mais
feulement le mouvement & la vie.
Cette formation des plantes & des animaux
faite ainfi à deux repriſes , n'a rien
de fi fingulier , puifque Dieu s'eft comporté
de la même maniere à l'égard de
I'homme ; car quoiqu'il pût le créer parfait
dans le même inftant , il ne le rendit
neanmoins tel que par deux actions feparées
; puifqu'ayant premierement formé
& organifé fon corps fans mouveinent
& fans vie , il ne lui donna l'un &
l'autre que par ce fouffle divin , qui lui
communiqua en même temps une ane
immaterielle qui le rendit raisonnable .
Enfin les Echinus qu'on trouve , comme
j'ai dit , fans le moindre petit refte de
(a) Autrement Watobled , natif de Gamache,
à trois petites lieuës d'ici .
graMAY
1725. 887
gravier dans leur teft , font encore une
preuve qu'ils ont été enveloppez dans la
malle de la terre avant que d'avoir joui
de la vie , puifque fi peu de temps qu'ils
puiffent vivre , ils en font entierement
remplis. Je fuis , &c .
A Eu , ce 15. Juin 1724.
EPITRE en Vers libres , au Duc de
Vendôme , fur le Generalat des Galeres .
Par l'Ab . de Chaulieu .
Ette Piece n'eft pas dans le Recueil
Cdes Pocfies de cet Abbé , qui parcât
depuis peu , imprimé à Amfterdam , dont
nous avons donné un Extrait le mois dernier
. Nous donnerons d'autres morceaux
omis ou tronquez dans le Livre dont rous
parlons , foit de l'Abbé de Chaulieu , foit
du Marquis de la Fare.
V
Endôme , je cede aux tranſports
Du Dieu des vers qui m'anime ;
Je fens malgré mes efforts ,
Que d'une involontaire rime
Ce Dieu va former des accords.
C'étoit affez que la profe
Modefte & fans ornement ,
De toi nous dit quelque chofe
Pour
888 MERCURE DE FRANCE .
Pour te loüer dignement.
Car , mon Prince , c'eſt d'un ſonge
Tirer des réalitez ,
Qu'emprunter les vanitez ,
Du langage du menfonge
Pour dire la verité.
Laiffons à la Renommée
Publier tes actions
Qui paroîtroient fictions ,
Si tu n'avois dans l'armée ,
A nôtre perte animée ,
Pour témoins vingt nations,
C'eft cette feule Déeffe
Qui par tout fuivit tes pas ,
Qui doit chanter ta fageffe ,
Ton fang froid dans les combats.
C'est elle qui peut bien dire
Jufques où va ton ardeur ,
Et ce que doit cet Empire ,
A ton bras , à ta valeur.
C'est elle qui dans les airs
Pour toi déployant fes aîles ,
>
Porte
MAY 889 1725.
Porte tes grandes nouvelles
Aux deux bouts de l'Univers ;
Qui planant à la Marfaille ,
Te vit à cette bataille
Couvrir de morts les Sillons
Où dans un étroit paſſage
S'oppofoient à ton courage
Les plus épais bataillons,
>
Ici , c'eft plutôt aux hommes ,
C'eſt à tous tant que nous fommes ,
Qui reffentons ta bonté ,
D'aller publiant fans ceffe ,
Quel air haut , quelle Nobleffe ,
Brille en ta fimplicité ;
De quel prix inestimable
Et pour nous un Prince aimable ,
Qui fçut accorder fi bien ,
Loin de toute fierté vaine ,
Aux talens d'un Capitaine ,
Les vertus d'un Citoyen.
Quoi donc ce Dieu qui m'enflâme ,
Et qui bien ou mal m'appris
L'art
892 MERCURE DE FRANCE.
Et l'un & l'autre élement ,
Charmé de ton eſclavage ,
Se difputer l'avantage ,
D'obéir aveuglement .
D'une telle confiance ,
Mon Prince connoît le prix ,
C'est l'effet de la prudence ,
De la bonté de Loüis.
Ton Roi fçait pour fa perfonne ,
Quel eft ton attachement ,
Qu'en lui tu crois la Couronne ,
Son plus leger ornement ;
Pour l'Etat quel cft ton zele ,
Et d'un fujet fi fidele
Il connoît le dévouement ;
Et c'eft cette confiance ;
Qui feule fait ton bonheur ,
Et la feule récompenfe
Qui pouvoit flater ton coeur,
FUNEMAY
893
1725.
XX :
XXXXXXX -XXXX :XX

FUNERAILLES & Pompe
Funebre
du Czar, & de la Princeffe Natalie
fa
troifiéme fille, morte à
Petersbourg
le 15. Mars , de la Rougeo!le , âgée de
17. ans.
L
E 21. Mars on tira dès la pointe du
jour trois coupsde canon & Peterfà
bourg , pour avertir tous ceux qui devoient
affifter à cette
pompeufe ceremonie
, de ſe trouver au Palais d'Hyver , où
le corps du Prince étoit en dépôt.
Le Convoi en partit à neuf heures du
matin pour fe rendre à l'Eglife de Saint
Pierre de la
Fortereffe . It traverfa la riviere
de Neva fur la glace , paffa devant
le Bureau de la Pofte , & devant l'Hôtel
où le Senat s'affemble ; tout le chemin.
étoit bordé d'une double haye de foldats ,
tenant chacun un flambeau allumé à la
main.
La marche
commença par un Fourrier
de la Cour à Cheval , & en grand manteau
de deüil. M.
Sentrovins ,
premier
Maître des
Ceremonies , tenant en main
un bâton de Maréchal aux Armes de
Ruffie , couvert d'un crefpe noir & blanc,
venoit enfuite. Après lui
marchoient

894 MERCURE
DE FRANCE .
à pied deux Timballiers , les Timballes
couvertes de Crefpe , douze Trompettes
marchant trois à trois , deux autres Timballiers
, douze autres Trompettes , une
troifiéme & une quatriéme paire de Timballes
feparées de même par douze Trompettes,
& fuivies de quatre Haut-bois .
Trente-fix Pages fuivis de leur Gouverneur
, marchoient enfuite à Cheval
trois à trois , trente- fix Officiers du Pa-
Jais , auffi à Cheval , les fuivoient.
Après ces derniers venoient M. Majorti
, Maréchal
des Marchands
, 36. Negocians
Etrangers
, le Maréchal
des
Députez , 21. Députez des Villes conquifes
, le Maréchal
de la Nobleffe , &
21. Gentilhommes
des Provinces
conquifes.
A quelque distance delà on voyoit un
Fourrier & un Maréchal des Logis à
Cheval , précedant l'Etendart de Guerre,
porté par le Colonel Wojeckoff , & le
Cheval de bataille du feu Czar , la tête
ornée de plumes & d'aigrettes , ayant
une Selle de velours jaune en broderie
enrichie de perles , conduit en main par
Mrs Kooningh & Kwaftoff, Lieutenans
Colonels , & fuivi d'un Falfrenier , le
foüet à la main .
On vit paroître enſuite les Etendärts
de l'Etat ; fçavoir , 32. aux Armes d'autant
MAY 1725. 895
tant de Provinces , portez 4. de front ,
ayant un Capitaine à leur tête , 32. Chevaux
couverts de caparaçons noirs aux
Armes de ces 32. Provinces , & à leur
tête , deux Lieutenans : l'Etendart de
l'Amirauté porté par un Colonel ; l'Etendart
de la Monarchie porté par un Colonel
; le Cheval de la Monarchie avec un
caparaçon aux Armes de Ruffie , mené
en main par deux Lieutenans - Colonels
& fuivi d'un Palefrenier ; un drapeau
blanc chargé d'Emblêmes & de Devifes
porté par le Comte Gallowin ; un Cheval
de parade fans felle , couvert d'une
houffe de velours verd , brodée d'or ,
ayant la tête & l'encolure ornées de plumes
d'Autruches blanches , conduit par
deux Lieutenans - Colonels , & fuivi d'un
Palefrenier ; un Chevalier armé de toutes
pieces, tenant l'épée, la pointe en bas,
& monté fur un Cheval , ayant un poitrail
de mailles ; un Cuiraffier à pied , en
Cuiraffe & en cafque noir , tenant la
pointe de fon fabre vers la terre ; un
drapeau de deuil de taffetas noir porté par
un Colonel , & un Cheval de deüil avee
bride , felle & houffe de velours noir.
M. Ulian-Sinawin , Grand - Maître des
Ceremonies , & fur-Intendant des Bâtimens
, marchoit après ce Cortege militaire
; il étoit fuivi de fept Colonels por-
Cij tant
896 MERCURE DE FRANCE.
tant les Ecuffons des Armes de Siberie ,
d'Aftracan , de Cafan , de Novogrod , de
Wolodimir , de Kiow & de Moſcou , &
de fept Majors Generaux portant de femblables
Ecuffons , mais plus grands que
les premiers.
Ils précedoient la Croix , après laquelle
marchoient 70. Chantres où Muficiens ,
50. Moines , 20. Prêtres , 80. Prieurs
& Archimandrites , 8. Evêques & Archevêques
, & 2. Maréchaux des Logis .
La Couronne Archiducale qui fuivoit
, étoit portée fur un carreau de drap
d'or par M. Gallowin , Major General ;
elle précedoit le corps de la Princeffe Natalie
, troifiéme fille du feu Czar , qui étoit
porté par 16. Majors ; le Cercueil étoit
Couvert d'un poifle de drap d'or , dont les
quatre coins étoient tenus par quatre
Brigadiers d'armée ; fix Lieutenans - Colonels
portoient , le Dais de drap d'or ,
fous lequel il étoit .
A quelque diftance deux Herauts d'Armes
marchoient devant les quatre Sabres
de la Monarchie , portez par des
Colonels. Le Pr. Trubetzkoy venoit enfuite
, portant fur un carreau de drap
d'or l'Ordre de l'Aigle blanc avec l'Etoile
; le cordon de l'Ordre de Dannemark
étoit porté par le Prince Dolhorucki
; celui de Ruffie par M. Jagozinski,
Procu
MAY 1725. 897
Procureur General ; la Couronne de Siberie
par le Lieutenant General Munch
la Couronne d'Aftracan par le Vice-
Amiral Wilfter ; celle de Cafan par le
Vice- Amiral Ifmajowitz ; le Globe Imperial
par leVice-Amiral Gordon ; leSceptre
le Vice- Amiral Siewer ; la Couronne
de Ruffie par le General Butterlin .
par
Après ces pieces d'honneur marchoient
trois Maréchaux ; fçavoir , le
Lieutenant General Born & Mrs Chernifchoff
& le Fort , Majors Generaux .
Deux Majors , l'épée à la main , la pointe
en bas , fuivis de cent Hallebardiers , précedoient
le corps du Czar , qui étoit fur
un Char tiré par huit Chevaux caparaçonnez
de velours noir , à côté defquels
marchoient huit Colonels & huit Ecuyers.
Le Prince Wolodimer , & Mrs Sortoff ,
Ligeroff , Breedaal , Leen , Pauloff , Boltin
& Ney , tous Brigadiers , tenoient les
huit cordons du Dais , qui étoit porté
par les Majors Generaux de Colon , Sanders
, Sinavin , Solticoff , Otten , Henning
, Urbanowits , & par le Comte Raguzinski.
Le Baron Ofterman , M. Demetrius
Gallitzin , le Pr . Rodomanofski,
& le Comte Pierre Apraxin , Prefident
du Confeil de Juftice , tous quatre Confeillers
Privez , tenoient les quatre coins
du poifle .
Cij
Trois
898 MERCURE DE FRANCE.
Trois Maréchaux , fçavoir , le Lieutenant
General Leff & les Majors Generaux
Jonfopoft & Yfchacoff , fuivoient
le corps du Czar , & précedoient la Czarine
, fa veuve , qui marchoit à pied ; le
Prince Menzikoff, & le Comte Apraxin ,
Amiral General , lui donnoient la main.
La queue de fa Robbe étoit portée par
trois Chambellans , fuivis de fix Gentilhommes
.
La Princeffe Anne - Marie, fille aînée
du Czar , marchoit après la Czarine , fa
mere , conduite par le Pr. Repnin , & par
le Comte de Geloffskin , Grand- Chancelier
la queuë de fa Robbe étoit portée
par un Gentilhomme de la Chambre ,
fuivi de quatre Gentilhommes.
La Princeffe Anne - Marguerite , fa
foeur , étoit conduite par le Baron de Hallard
, General , & par le Comte de
Tolfoy , & la queuë de fa Robbe étoit
portée par un Gentilhomme de la Chambre
, fuivi de quatre Gentilhommes .
La Ducheffe de Meckelbourg , niéce
du feu Czar , étoit conduite par le Comte
Apraxin , Grand- Echanfon , & par le
Colonel Jafeny , & la queuë de fa Robbe
n'étoit portée que par un Gentilhomme .
La Princeffe Profcovie , fa foeur ,
› par M.
Soltikoff, Echanfon & par le Knees Chavinski
; la queuë de fa Robbe portée de
mêine.
MAY 1725 . 899
même . La Princeffe Livowna Nariskin
par deux Lieutenans , la queuë portée par
Tes Pages.
Le Duc de Holftein qui marchoit
après les Princeffes , étoit accompagné de
M. Alefeld , Confeiller de Conference
& du Comte Bonde , Grand - Chambellan
, la queue de fon manteau étoit portée
par M. Thick , Chambellan , fuivi
du Maréchal Plaaten , & de trois autres
Chambellans.
Le Grand Duc Pierre Alexiewitz , petit-
fils du Czar , étoit conduit deux
par
Gentilhommes , un troifiéme portoit la
queuë de fon manteau , & deux autres le
fuivoient. La Princeffe , fa foeur aînée ,
ne pûr fe trouver à cette ceremonie , parce
qu'elle étoit indifpofée .
Les deux Princes Liwowiné , Nariskin
, accompagnez de leurs Gentilhommes
, marchoient après le Grand Duc.
Ils étoient fuivis des Officiers du Palais ,
des Dames de la Cour de la Czarine , de
celles des deux Princeffes Czariennes , &
de la Princeffe Profcovie ; des Officiers
des differens Colleges , des Boïars & Gentilhommes
, des principaux Bourgeois de
Petersbourg , & des Fouriers qui fermoient
la marche .
A chaque demi- minute du temps que
le Convoy fut en marche , on tira un
C iiij coup
୨୦୦
MERCURE DE FRANCE .
coup de canon ; & lorfque le corps de
S. M. Cz. fut arrivé à P'Eglife de Saint
Pierre , il fut falué par trois
décharges
generales de la
moufqueterie , & par trois
falves de 150. peces de canon . On le
plaça avec le corps de la Princeffe Natalie
, fa fille , fous un Catafalque magnifi❤
que , élevé au milieu de l'Eglife , & l'on
commença la Liturgie , à la fin de laquelle
l'Oraifon Funebre de ce Prince
fut prononcée par l'Evêque de Plefcow ;
après quoi les deux corps furent inhumez
avec les ceremonies qui font en ufage
dans l'Eglife Grecque .
Il y aura pendant fix femaines une
Garde auprès du Tombeau ; les Officiers
qui la monterent le premier jour , furent
le Pr. Repnin , Felt Maréchal , le Lieutenant
General Lees , le Major General
le Fort , & quatre Colonels .
La marche de ce
pompeux Convoy fut
parfaitement belle , quoique la foule du
peuple fut grande, & qu'il fut tombé beaucoup
de neige ce jour- là. La Czarine ,
les Princeffes fes filles , les Princes & les
autres Princeffes ,
marcherent
toûjours à
pied , & les Hommes qui n'étoient pas à
cheval , la tête
découverte .
Le
Cercueil d'argent dans lequel le
corps du Czar a été mis , pefe 2100. marcs .
Il fut expoſé juſques au jour des obfeques
,
MAY 1725. 901
ques , dans la grande Salle du Palais , fur
une eftrade élevée au milieu d'une grande
quantité d'Emblêmes , fur les principales
actions de ce Prince . On affure
qu'on traduit fa vie , écrite par lui - même
, enforme de Journal .
La maniere dont on porte le deuil a été
reglée par une Ordonnance du 21. Fevrier
dernier ; fçavoir , ceux de la premiere
, feconde & troifiéme claffe auront
au moins deux chambres tenduës de noir :
ils auront des harnois & houffes noires
fur leurs Chevaux. Les Caroffes , Traîneaux
, & autres voitures feront doublez
de noir. Les Domeftiques feront auffi habillez
de noir . Ceux de la premiere
claffe jufqu'à la fixiéme porteront des
habits de ferge noire avec des pleureufes
aux manches , avec les épées garnies de
noir. Ceux qui font au- deffous de la fixiéme
claffe jufqu'à la derniere porteront
des habits de drap noir avec un noeud
noir ſeulement à l'épée . Les femmes porteront
des habits de la même étoffe que
leurs maris. Toutes les Dames qui doivent
porter le deuil auront des cocffes de
crefpe noir pendantes fur le vifage , &c
Cv AV
902 MERCURE DE FRANCE .
NakM M楽
AU PAPE BENOIST XIII.
fur l'ouverture du grandJubilé de l'année
Sainte à Rome.
STANCES.
Igne Chef de l'Eglife , objet de nos
Qui du feu de ton zele enflâme tous les
coeurs ,
Que ton regne nouveau donne d'heureux préfages
,
En répandant fur nous tes plus rares faveurs ?

Rome à peine a fenti l'effet de ta preſence ,
Qu'on voit partout la joye accompagner tes
pas ;
Aux champs Aufoniens renaître l'abondance ,
Et les vices profcripts fuir en d'autres climats .
M
On voit des noirs forfaits la troupe mutinée,
En proye à fes remords murmurer dans les
fers :
Et la nouvelle erreur confufe & confternée ,
Porterfon defeſpoir jufqu'au fonds des Enfers.
La
MAY 1725.
903
La nacelle de Pierre à l'abri de l'orage ,
Eprouve heureuſement le calme le plus doux ;
Ton zele la conduit fans crainte du naufrage ,
Et conjure les vents & les flots en courroux .
Sur l'Eglife paifible exerces ton empire ,
Que l'esprit novateur n'en trouble point le
cours ;
Que ce jour fortuné pour qui Rome ſoupire ,
Affure pour jamais le bonheur de nos jours.
Nos voeux font exaucez , ta marche triomphante
Annonce le falut au pecheur contriſté ;
Ton char environné d'une gloire éclatante ,
De l'ancienne Sion rappelle la beauté.
W
Alors de toutes parts dans la Ville facrée ,
Abordent chaque jour mille peuples divers ;
Malgré fa vafte enceinte elle paroît ferrée ,
Et Rome dans fes murs croit voir tout l'Univers.
Le temps refpecte encor dans fes Places publiques
,
De fon antiquité les reftes précieux ;
C vj
Ses
904 MERCURE DE FRANCE.
Ses fuperbes Palais , fes Temples , fes Portiques
,
Attirent à l'envi les regards curieux.
Mais leur plus digne objet c'eſt ta majeſté
Sainte ,
Quand de la charité fuivant les doux tranfports
;
Des timides pecheurs tu diffipes la crainte ,
Et prodigues pour eux les celeftes Tréfors.
Ils courent animez d'une ardeur falutaire ,
Au Temple que le Ciel offre à leur pieté ;
Et les clefs dont ta main eft la dépofitaire ,
Servent à leur ouvrir l'éternelle Cité.
Déja du haut des Cieux les vertus raffemblées
,
Defcendent fur la terre , y fixent leur féjour ;
Dans leur troupe divine on voit toûjours mêlées
,
La verité, la foi , la Juftice & l'Amour.
L'augufte pieté brille avec avantage ,
Son Trône eft élevé fur les facrez Autels ,
Des coeurs humiliez elle y reçoit l'hommage ,
Et fe rend attentive aux befoins des mortels.
Temps
MAY 905 1725.
Temps mille fois heureux ! ou par tes foins
fideles ,
Tu parois accorder la terre avec les Cieux ;
Et par mille bienfaits pour nous tu renouvelles ,
Du tranquille âge d'or les temps délicieux .
On a vû les fept Monts en treffaillir de joye,
Et le Tibre trois fois applaudir à ſon tour ;
Et du bruit éclatant que l'air frappé renvoye ,
Trois fois ont retenti les rives d'alentour .
Cependant jour & nuit les Temples fe rempliffent
,
Des peuples raffemblez de climats differens ;
Là des Cantiques Saints les voutes retentiffent,
Et le zele y confond les âges & les rangs.
D'un efprit penitent & d'une ame attendrie,
Après avoi . fenti les fecrettes douceurs ,
Quel plaifir n'ont- ils point de revoir leur Patrie
,
Pleins des dons que la grace a verſez dans leurs
coeur ,
Dans leurs ardents tranfports ils rediſent fans
ceffe ,
Cou906
MERCURE DE FRANCE.
Coulez, jours fortunez, inconnus aux Hebreux :
⚫ jours fi defirez , de paix & d'allegreffe ,
Que vous ferez envie à vos derniers neveux ?
Moreau de Mautour.
Ces vers font imitez en partie d'une
Ode Latine , adreffée au Pape Innocent
XII. fur le Jubilé de 1700.
EXTRAIT de la Differtation de M. de
Life , premier Geographe du Roi , contenant
l'examen & la comparaison de la
grandeur de Paris , de Londres , é de
quelques autres Villes anciennes &
modernes , lue à l'Académie Royale des
Sciences , le 11. Avril dernier.
Il'étendue des grandes Villes du monde
L dit d'abord que cette recherche fur
ne paroîtroit peut être d'abord que de
pure curiofité ; mais que fi l'on faifoit une
attention plus particuliere à l'ufage qui
en peut refulter , on conviendroit fans
peine de fon utilité , non- feulement pour
la Geographie , mais pour l'Aftronomie
même .
Il en donna un exemple pour la Geographie,
MAY 17258
907
graphie ; il fit voir que s'il s'agiffoit de
la la titude de Paris , il faudroit confiderer
que les premieres Obfervations de la
hauteur du Pole ont été faites par l'Académie
à la Bibliotheque du Roi , lorfque
cette Compagnie y tenoit fes féances ; que
depuis la fondation de l'Obfervatoire elles
ont été faites en cet endroit plus meridional
de deux minutes que la Bibliotheque
du Roi.
Il ajoûta que fans cette attention l'on
pourroit foupçonner d'erreur ces Obfervations
, & refter incertain fur la latitude
de Paris .
Voici un autre exemple qui a plus d
rapport à l'Aftronomie , fi l'on compáre
la hauteur du Pole d'Alexandrie , donnée
par Prolomée avec celle qui l'a été par
feu M. Chazelles , & fi l'on fait cette
comparaifon dans la vue d'éclaircir un
point important ; fçavoir , fi la hauteur
du Pole & l'obliquité de l'élcliptique ont
changé dans l'intervale du temps qui
s'eft écoulé entre ces deux Obfervations ,
il faut remarquer avant que de décider la
queſtion :
1° Qu'il y a beaucoup d'apparence
que Ptolomée avoit placé fon Obfervatoire
dans la partie la plus meridionale
d'Alexandrie , comme on a fait l'Obfervatoire
Royal , afin d'avoir un horifon
découvert
908
MERCURE
DE FRANCE
.
découvert du côté de midy , & plus utile
à l'Aftronomie.
2 ° Que M. Chazelles au contraire
ayant oblervé dans la partie la plus feptentrionale
, les differens lieux de leurs
Obfervations doivent être feparez l'un
de l'autre par toute l'étendue de cette
grande Ville ; qu'ainfi fi l'on ne fait pas
cette diftinction , les confequences que
l'on verra des Obfervations de Ptomolée
& de M. de Chazelles , fuppofez faites
dans le même endroit , peuvent jetter
dans de grandes erreurs en Aftronomie .
Que perfuadé de l'utilité de cette recherche
fur l'étendue & la figure des
Villes , il entreprit dès l'année 1716. de
dreffer un Plan de Paris , non pas par
les
voyes ordinaires qui font très- défectueufes
, mais par les voyes Geometriques ,
& cela principalement pour comparer la
grandeur de cette Ville à celle de Londres
, & autres Villes anciennes & modernes
.
Ayant fixé les principaux points de
Paris par cette methode qui eft la plus
sûre , il fe fervit pour le détail des Plans
que feu M. d'Argenfon avoit fait faire de
chaque quartier de Paris en particulier.
Il a orienté ce Plan par le moyen d'un
pillier placé par l'Académie fur le haut
de la butte Montmartre , & lié aux triangles
MAY 1725. 509
gles qui lui avoient fervi , & il a remarqué
que la Meridienne de Paris , depuis
le milieu de l'Obfervatoire , alloit rafer
la partie Occidentale du Palais du Luxembourg
, de - là coupoit le Pavillon gauche
du College des quatre Nations , le
Pavillon de la Reine au Louvre , & la
Gallerie de M. le Duc d'Orleans au Falais
Royal.
Il a enfuite divifé l'étendue de la Ville ,
comme on fait fur une Carte generale par
des Meridiens , & par des paralleles de
quart de minute en quart de minute , &
c'étoit pour faire la même chofe , fur un
bon Plan de Londres qu'il avoit réduit
à la même échelle que celui qu'il venoit
de faire de la Ville de Paris.
Il s'étoit affuré de ce Plan par les mefures
de la longueur & de la largeur de
Londres , prifes par un de fes amis exact
& intelligent , & comme il y a trois fortes
de mille en Angleterre , il s'étoit auffi
affuré de quelle nature de ces milles étoit
le mille dont il s'agiffoit pour cette comparaifon.
Le refultat du calcul de M. de Lifle
qu'il détaille fort dans fon Difcours , eft
que Paris a 63. de ces quarrez , & Londres
feulement 6o . ce qui donne à Paris.
un vingtiéme de plus , encore ne comprend-
il pas dans ce calcul les jardins
confide10
MERCURE DE FRANCE.
confiderables de Paris , comme font les
Thuilleries , le Luxembourg , & plufieurs
autres enfermez , cependant au - dedans
du rempart , au dehors duquel il ne
comprend pas non plus Chaillot , qui eſt
cependant regardé aujourd'hui comme un
des Fauxbourgs de la Ville ; il ajoûte que
s'il ne retranchoit les parties qui viennent
d'être fpecifiées , Paris feroit plus
grand que Londres d'une fixième partie .
Il compare auffi Paris avec Rome d'aujourd'hui
par la proportion , connuë entre
le pied Romain & le nôtre , & prétend
que Rome ne furpaffe gueres la
grandeur de Paris , borné à fon rempart,
& que cette Ville l'emporte beaucoup fur
Roine fi l'on a égard à ſes Fauxbourgs .
Il eft perfuadé que Conftantinople n'eſt
pas plus grand que Paris , en retranchant
les jardins du Serrail.
Il dit qu'il n'eft pas permis de comparer
la grandeur des Villes de l'Orient à
celle de Paris , fi l'on fait attention à la
grandeur exceffive des jardins de Turquie
& de Perfe , & au peu d'élevation
des bâtimens de la Chine qui n'ont pref
que jamais qu'un étage.
Il vient enfuite au rapport de Paris ,
aux Villes anciennes les plus celebres : il
réfuta l'éxageration de Voffius fur la grandeur
de l'ancienne Rome , & fit voir que
cette
MAY 1725 .
911
cette Ville du temps d'Augufte n'avoit
deux lieuës & demie de tour , au lieu
de 10. lieuës que Voffius lui donne.
que
A l'égard des plus grandes Villes connuës
dans l'Antiquité , comme font celles
de Ninive , de Babylone , d'Ecbatane &
de Suze , chacune Capitale à leur tour
de differentes Monarchies de l'Orient ; il
prétend par plufieurs autres diftinctions
que peut- être ne furpafferoient elles pas
la grandeur de Paris.
Čes diftinctions font 1 la réduction
des flades Grecs , qui fuivant l'ancienne
opinion donnoit à Ninive, la plus grande
de ces Villes , 35. lieuës quarrées , au lieu
de 6. lieuës que M. de Lille y trouve ſeulement
, & à Suze , la plus petite de ces
quatre Villes , onze lieuës quarrées , au
lieu de 2. à quoi M. de Lifle l'a réduite .
2. Il prétend auffi qu'il faut retrancher
de cette grandeur les jardins immenfes
ordinaires aux Villes Orientales
, & avoir égard aux angles rentrans
qui peuvent avoir été dans l'enceinte de
ces Villes.
M. de Lifle pouffe les chofes plus
loin , il prétend que cette recherche peut
influer auffi beaucoup dans la connoillance
des mesures anciennes Grecques &
Romaines, & dans leur veritable rapport,
avec le degré , & avec la circonference
de
912 MERCURE DE FRANCE .
de la terre , compare pour cela la diſtance
de Bologne à Modene en Italie , mefurée
par le P. Riccioli , & feu M. Caffini
entre deux tours , fituées au milieu
de ces deux Villes , avec celles dont l'itineraire
de l'Empereur Antoine , & la
Table Theodofienne, conviennent de l'une
à l'autre de ces mêmes Villes , & il
prétend que les comparaifons qu'on a
faites de ces meſures anciennes & modernes
peuvent bien ne rien décider fur la
grandeur des premieres par rapport au
degré.
Il eft fondé fur une hypothefe nouvelle
, qui eft de fuppofer que cette diftance
donnée par les anciens, eft priſe des
portes de chacune de ces deux Villes &
du centre .
non pas
Ce qui le porte à adopter cette hypothefe
eft la preuve que le celebre Holftenius
, cy-devant Bibliothequaire
du
Vatican , a donnée , que les Romains ne
marquoient
leurs pierres ou milliaires
qu'à compter des murailles
de l'ancienne
Rome , & non du milliaire d'or, comme
on l'avoit fuppofé cy - devant , & il
prétend que cette derniere opinion fur
la grandeur des milles Romains peut
changer en même proportion
les ſtades
par le rapport connu entre ces
Grecs
deux mefures.
Enfin
MAY 1725 . 913
Enfin il efpere dans la fuite continuer
cette recherche fur l'étendue & la figure
des Villes , furtout de celles dont on
pourra tirer des confequences utiles à la
Geographie & à l'Aftronomie.
*kakakakasak: ait aik aitak akak ditJz
RAGOTIN. Cantate Burlefque.
D
Ans la Ville du Mans , Capitale du Maine,
Si fameuse en Chapons , faux témoins &
plaideurs ,
Du petit Ragotin , Docteur à la douzaine ,
Le coeur fe confumoit d'amoureuſes langueurs.
L'Etoile , l'ornement d'une troupe comique ,
Fille charmante auffi bien que pudique ,
Contre l'écueil de fa fierté
Avoit fait échouer fon amant maltraité.
Depuis le Chevalier de la trifte figure ,
Plus grand fol ne fit le galant ;
Il avoit un noble penchant
Pour l'impudence & l'impofture ,
Tous fes défauts étoient en grand ,
Et fes vertus en mignature,
Il
916 MERCURE
DE FRANCE
.
Le gendre du neveu de ma défunte mere ,
Eft oncle du beau- fils d'un fçavant Medecin ,
D'un homme qui fans doute a des emplois en
main ,
Puifqu'il a part au miniftere.

Si je ne fuis pas fort grand ,
Je fuis tout plein de merite ;
La boëte la plus petite
Contient le meilleur onguent.
Pour Acteur j'ai du talent ,
Et dans une Comedie ,
Quand j'étois encor enfant ,
J'ai fait le chien de Tobie.
Ainfi le petit fat chantoit à ſon honneur ,
Quand de chiens débauchez une troupe fauvage
,
Se difputant le criminel honneur ,
De mettre à mal une chienne fort fage ,
Firent culbuter l'Orgue avec l'enfant de
Choeur.
Le vieillard billieux en écume de rage ,
Le voifinage en rit ,
Ragotin gagne au pied , & l'hiftoire finit.
Он
MAY 917 1725 .
On peut trouver en nôtre âge ,
Plus d'un amant Rago : in ,
Mais on chercheroit en vain
Une Actrice belle & fage.
******************菜
REFLEXIONS fur la Critique de
l'Opera d'Armide , inférée dans le Mercure
du mois de Decembre dernier ,
page 2800.
P
Our porter , Meffieurs , un jufte jugement
fur l'Opera d'Armide , il
faut connoître le veritable caractere de
cette Princeffe . L'Auteur de la Critique
dit , que c'est d'aimer Renaud fans le fçavoir
; mais il me paroît que ce caractere
convient tout au plus à l'Agnès de l'Ecole
des Femmes , ou à la jeune Fille du
troifiéme Acte de l'Opera des Fêtes d'Eté ;
car pour Armide , ce feroit la prendre
pour une niaife , qualité qu'elle ne merite
certainement pas.
Qui eft Armide ? c'eft une Princeffe
heritiere d'un Royaume , & hors de tutelle
, qui a été recherchée par plufieurs
Rois , qui eft de mille amans maîtres sonveraine,
& plus fçavante en l'art infernal
qu'Hydraot , que l'âge glacé va bien - tôt
D faire
918 MERCURE
DE FRANCE
.
faire defcendre
dans le tombeau
.
Qu'est - ce qu'elle a fait ? A l'approche
de l'Armée Chrétienne
, elle eſt fortie de
fa Ville pour le faire voir aux principaux
Chefs de cette armée ; & par les
charmes , tant de la beauté que de fes enchantemens
, elle a tâché d'amollir leurs
coeurs , pour enfuite les charger de chaînes.
La vûë de Renaud , jointe à la haute
idée qu'elle avoit de fa valeur , lui a fait
concevoir de l'amour pour lui ; elle a tâché
de s'en faire aimer , puifqu'elle
fe
plaint d'avoir manqué la conquête de fon
coeur; & n'ayant pû y réüffir , le dépit
d'être méprifée lui a fait concevoir
une
haine mortelle contre lui.
Armide fi fçavante , & fi experimen
tée aime Renaud ; elle fçait qu'elle a tâché
de s'en faire aimer ; elle fçait qu'elle
en a été méprifée ; elle fçait que ce mépris
l'outrage & l'excite à la vengeance .
Comment pourroit- on croire qu'elle ne
fçait pas qu'elle aime ?
Voici donc le veritable
caractere
d'Armide
elle aime Renaud , & fçait fort
bien qu'elle l'aime , c'eft pourquoi
elle
tâche de s'en faire aimer ;. & ne pouvant
y réüfir , elle voudroit
le haïr , ou du
moins faire croire qu'elle le haït .
extraordinaire ; Ce caractere n'eſt pas
celui d'Hermione dans Andromaque lui
eft
MAY 1725.
919
à
eft à peu près femblable , & il n'eft pas
non plus contraire à la nature , puifque
nous voyons tous les jours des femmes ,
qui le dépit fait prendre , quoiqu'elles
aiment encore , des partis fàcheux contre
ceux qui les ont méprifées .
L'Auteur de la Critique demande avant
que d'entrer en matiere , fi c'eft la tendreffe
ou la force qui doit prévaloir dans
la maniere de jouer le rôle d' Armide ; je
réponds qu'il faut avoir égard aux differens
fentimens qu'elle témoigne. Elle
veut affecter de hair , & alors il faut
jouer fon rôle avec force ; mais fouvent
fon coeur la trahit , & il faut chanter ces
endroits avec tendreffe . Ce n'eft donc pas
fans raifon que l'infléxion de voix , auffi
féduifante que tendre , employée en
chantant ce vers ,
Je me fentois contrainte à le trouver aimable ,
a excité un applaudiffement general .
ACTE PREMIER.
Le Critique trouve à redire de ce que
les Captifs d' Armide n'ont pas été annoncez,
& de ce qu'ils ne devoient pas , ditil
, orner fon triomphe. Il n'eft pourtant
prefque pas parlé d'autre chofe dans la
premiere , & dans la troifiéme Scene , &
Dij
même
920 gro MERCURE DE FRANCE.
même ces deux vers feroient fuffifans .
Et pour un Esclave de moins ,
Un triomphe fi beau perdra peu de fa gloire.
ACTE I I.
I
L'Auteur de la Critique demande fi un
indifferent de profeffion peut être jufte appriciateur
d'une Puiffance qu'il ne connoît
pas ? On fçait bien que non ; mais
quelle application le Critique peut- il
faire ici de cette maxime ? Renaud ne décide
pas du pouvoir des charmes d'Armide
; s'il décide quelque chofe , c'est que
fa valeur pourra le mettre à couvert de
la vengeance de cette Princeffe en colere ;
& comment en décide- t'il ? Ce n'eft que
par une interrogation , en parlant à un
homme qui en a fait l'épreuve : voici fon
raifonnement. J'ai échappé au pouvoir
des yeux d'Armide , quoique j'aye oüi
dire qu'il foit très - grand ; croyez - vous
que je ne pourrai pas éviter fa vengeance.
La regle que le Critique nous donne
au fujet de la Genealogie des Scenes eft
bonne , lorfque tous les Acteurs fe connoiffent
, fe voyent & fe parlent ; mais
elle n'eft pas abfolument neceffaire lorfqu'ils
font ennemis , & qu'ils fe fuyent
l'un l'autre. Par exemple , dans le plan
que
MAY 1725. 921
que le Critique nous propofe d'un cinquiéme
Acte, lorfqu'il feroit paroître les
Chevaliers pour la premiere fois ; par
qui feroient - ils annoncez ? il y a plus , fi
Pon examine bien les deux premieres
Scenes du fecond Acte , on verra qu'elles
doivent fe paffer dans des lieux differens.
Renaud eft errant , il cherche un endroit
où la justice & l'innocence auront befoin
de lui , & par confequent il ne reste pas
toûjours en la même place ; d'un autre
côté, dans la feconde Scene , Hydraot dit ,
que l'empire infernal doit conduire Renand
dans le lieu où il s'eft arrêté pour
faire les enchantemens , & fur la fin de la
Scene Armide voit arriver Renaud : donc
il n'étoit pas là lors de fon entretien avec
Artemidore.
Il n'eft pas furprenant, après ce que j'ai
remarqué cy deifus , que bien des gens
penfent qu'Armide fçait qu'elle aime
Renaud, lorfqu'elle dit ces paroles :
Démons affreux , cachez-vous
Sous une agréable image ,
Enchantez ce fier courage
Par les charmes les plus doux.
Et la Scene du poignard n'en eft pas
plus comique que celle de la Tragedie
d'Andromaque , où Hermione commande
Dij
922 MERCURE
DE FRANCE .
à Orefte de poignarder Pyrrhus. Ainfi
fans accufer Quinault d'avoir fait un mauvais
divertiffement dans cet Acte , on lui
laiffera la gloire d'avoir mis au Theatre
une Scene des plus paffionnées , & des
plus intereflantes , & la fituation d'Armide
n'en eft que plus piquante de la
voir flotter continuellement entre l'amour
& le dépit.
ACTE III.
Si l'on veut condamner l'évocation de
la haine , il faut condamner toute la Piece,
n'y ayant rien de poffible depuis un bout
jufqu'à l'autre ; c'eft neanmoins ce merveilleux
qui fait le principal ornement
des Opera.
ACTE IV.
Il est vrai que le quatriéme Acte n'a
jamais été fort goûté , pourquoi cela ?
c'eft qu'il eft trop moral , & ce n'eft pas
ce qu'on cherche dans les Spectacles , fi
ce n'eſt
La morale lubrique ,
Que Lully rechauffa des fons de fa Mufique.
Mais cela n'empêche pas qu'il ne foit
très -beau , c'eſt tout enchantement , &
par
MAY 1725. 623
par confequent tout y eft propre pour un
Opera. Quoi de plus beau que la fête de
cet Acte , & de plus raviflant que la
Paffacaille . On n'y peut blâmer que les
repetitions de la feconde partie qu'on a
coutume de retrancher dans les reprefentations
.
ACTE V.
Je ne conviens pas qu'Armide eut con⚫
noiffance de l'arrivée des Chevaliers , il
auroit été ridicule à elle de quitter Renaud
; elle avoit feulement été avertie
par la haine que fon Heros lui devoit être
bien-tôt arraché , cet avis lui fait concevoir
un noir preffentiment , fur lequel elle
veut confulter les Enfers . Si elle avoit
fçû toutes ces chofes , les confultations lui
auroient été inutiles ; d'ailleurs qu'eft- ce
qu'elle craint ? l'amour de la gloire , le
devoir & la raison , qui ont trop de pouvoir
fur les Heros ; l'arrivée des deux
Chevaliers étoit bien plus à craindre pour
elle , fi elle avoit feulement fçû leur marche
d'où vient donc , dira la Critique ,
les Démons ont-ils pris les figures de Lucinde
& de Meliffe C'eft qu'elle leur avoit
confié la garde des avenues de fon Palais
, avec ordre de mettre tout en ufage
pour empêcher aucun mortel d'en approcher.
:
924 MERCURE DE FRANCE .
Au refte , il n'eft pas impoffible que
Godefroy ait rappellé Renaud le même
jour qu'il l'avoit exilé ; il arrive tous les
jours qu'on fait par promptitude des chofes
dont on eft fàché une heure après . Je
fuis , Meffieurs , vôtre très- humble , & c.
A Montreuilfur Mer , ce 1 2. Mars 1725.
淡淡淡滋
J
BOUTS-RIMEZ.
E vais contre un écu troquer ma Cornaline,
Tel qui jouit chez lui du droit de Baldaquin,
Ne peut payer comptant un feul Villebrequin ,
Et prend tout à credit , raifin , figue , Aveline .
A lieu donc mes Chevaux , adieu vieille Berline.
Je m'amufe fans frais en lifant un Bouquin:
Quand je pourrai d'argent changer un Palanquins
Grifette à mes dépens portera Papeline.
Ma bourſe ne craint plus les affauts du Cifeau ,
Je mefens en marchant plus leger qu'un Oiſeau ,
Mais un fombre chagrin fe niche en ma Mouftache.
De
MAY
༡25
1725.
De Riche mal aifé je crains le
Avant que de croquer praline ni
Sobriquet ;
Pistache ,
J'attendrai que Plutus m'ouvre fon Tourniquet .
XXXXXXXXXXXXXXX
MEMOIRE la par M. Morand ,
Le fils , à la rentrée publique de l'Académie
Royale des Sciences , le 1 1. Avril
1725 .
" Réflexions fur la nouvelle Découverte
que toute perfonne venue par l'âge à
fa hauteur conftante , croît chaque
nuit , & décroît chaque jour de près
d'un pouce
.
Extrait du Memoire.
U même pour faire des découvertes
N Phyficien n'a qu'à s'obſerver luiles
differentes fituations , foit du corps ,
foit de l'efprit , le pallage d'une fituation
à une autre , & leur comparaifon fourniffent
un champ affez vafte à l'obferva
teur : l'examen feul du poids du corps
avant & après plufieurs fonctions en eft
une preuve fenfible.
L'Auteur après un court préambule
fur la ftatique , annonce un Phenoméne
DV nou
926 MERCURE DE FRANCE.
nouveau fur la ftature du corps humain ;
& en rapporte en peu de mots l'hiſtoire
telle qu'il l'apprit il y a deux mois du
Docteur Stuart qui arrivoit de Londres .
Un Anglois s'étant mefuré de bout
pendant quelque temps en fortant du lit
& avant d'y entrer , s'apperçût que le
matin en fe levant il étoit plus grand de
plufieurs lignes que le foir en fe couchant
: l'experience fut faite par plufieurs
curieux qui fe mefurerent avec lui , &
comme la crut fuffifamment verifiée ,
& pro a lement commune à tous les
hommes , au départ du Docteur Stuart il
venoit d'envoyer l'obfervation à la Societé
Royale de Londres pour l'inferer
dans les tranfactions Philofophiques .
L'Académicien de Paris dit qu'après
avoir entendu cette courte Hiftoire , la
démangeaifon qu'il eut de fe mefurer au
plutôt le rendit fenfible à un plaifir qu'il
navoit point encore autrement goûté
c'étoit d'avoir paffé le temps de grandir ,
fuivant le progrès naturel de l'âge , pour
ne pas confondre l'accroiffement ordinaire
avec l'accroiffement alternatif.
Pour fe mefurer il fit faire une machine
très -fimple , qui eft une espece
d'esquerre mouvante , que l'on fait couler
dans la renure d'un montant fixe ,
clòué à un mur ; fon exactitude pour ſe
mefurer
MAY 1725 . 927
mefurer avec toute forte de jufteffe a été
jufqu'au fcrupule , il fe prefentoit à la
traverſe de l'esquerre , le corps droit , la
tête un peu levée , les bras pendans , les
mains pofées le long des cuiffes , & les
pieds nuds ; il marquoit fur le montant
fixe , le point où fe trouvoit le bas de la
traverfe de l'efquerre , lorfqu'il la touchoit
fimplement du fommet de la tête .
& comparoit cette hauteur du foir avec
celle du matin.
>
Il s'eft toûjours trouvé le foir de cinq
pieds deux pouces cinq à fix lignes , &
le matin grandi depuis quatre jufqu'à
fept lignes , fuivant le plus ou le moins
de temps qu'il avoit été couché : plufieurs
perfonnes qui ont voulu verifier
l'experience , fe font trouvez plus grands.
de huit lignes , & M. Dufay de l'Acadé
mie , a été jufqu'à onze.
L'Auteur donne enfuite une explication
Phyſique de cette difference de taille
au lever & au coucher , & pour cela il
examine celle qui arrive au mouvement
des liqueurs , & à la pofition des parties
folides, l'un & l'autre confiderez dans l'état
du corps , pendant le jour, qui fuppofe
l'exercice , & pendant la nuit qui fuppofe
le repos.
Il déduit le ra courciffement du corps
pendant le jour , des exercices plus forts
D vj
&
928 MERCURE DE FRANCE .
& plus frequens , des diffipations plus.
grandes , & du mouvement des liqueurs
plus prompt & plus rapide que pendant
la nuit.
Par rapport à la pofition des parties
folides , il n'ofe allurer que les grands os
des extrênitez inferieures ne s'allongent
point , après l'experience fi connuë qui
nous apprend que des corps bien plus
durs , tels que des barres de fer , s'allongent
plus ou moins , expofées à un air
plus ou moins chaud ; mais l'Auteur prenant
la chofe des articulations , explique
au moyen des capfules finoviales , comment
par le poids du corps confideré de
bout , & la finovie pouffée au côté de
l'articulation , les têtes des os touchent de
plus près les cavitez qui les reçoivent ,
ce qui lui donne lieu de conclure que
l'extrêmité inferieure fournira alors trois
diftances quelconques , rapprochées des
pieds au fommet de la tête.
L'Epine concourt effentiellement à ce
racourciffement ; on fçait la foup ! effe des
cartilages des vertebres , il en résulte naturellement
que leurs couches pourront
fe rapprocher , & occuperont moins d'efpace
lorfque les pieces de la piramide
peferont fur la bafe par le poids du corps
fitué debout ; & quand le racourciffement
de chaque cartilage ne feroit fuppofé que
de
MAY 1725- 929
de la fixième partie d'une ligne qui n'eſt
qu'un point , la fomme totale fur les
vingt- quatre cartilages fera quatre lignes
de difference fur la hauteur de l'épine
feule .
Il faut ajoûter à ces deux raifons celle
du racourcillement de la plante du pied
& du talon , plus large & moins rond le
foir que le matin.
L'allongement du corps pendant la
nuit eſt déduit des raifons contraires aux
précedentes , du repos & du relâchement
des membres , & du mouvement des liqueurs
p'us direct & plus regulier , les
parties fe prêtent mieux à l'abord du fuc
nourricier , & chaque pulfation d'artere
ajoûte , dit l'Auteur , un fil à la trame.
Tar rapport aux parties folides le corps
étant couché reprefente une piramide renverfée
, les pieces cellent de faire effort
de la pointe à la bafe , les articulations
font plus lâches , la contiguité des os
n'eft plus fi exacte , les cartilages des
vertebres font délivrez du poids qu'ils
fupportoient ; qu'on ajoûte à cela le talon
arrondi , le corps doit fe trouver plus
long le matin que le foir.
Ce n'est donc pas fans raifon qu'un
homme qui a refté long- temps au lit nous
paroît grandi de façon à nous furprendre ,
& cet accroiflement n'eft pas imaginaire .
Peut930
MERCURE DE FRANCE.
Peut-être qu'une des caufes de la croiffance
fenfible des enfans , eft parce qu'ils
font la plupart du temps couchez.
L'Auteur finit fon Memoire en faifant
appercevoir que de l'explication
qu'il donne de ce Phenoméne , on en peut
déduire de très grandes confequences par
rapport à la nutrition des parties.
M. l'Abbé Bignon ayant réfumé ce
Difcours , exhorta l'Auteur à continuer
fon travail fur la même matiere , qui
pouvoit être d'une grande utilité pour
'Anatomie Phyfique.
La lecture de ce Memoire parut faire
plaifir à l'Affemblée , & furprit les Auditeurs
par fa fingularité.
A Sire Ergafile fier fon défi du Mercure
de Mars 1725 .
SIreErgafile , ah ! ceffez le défi ,
Il n'eft Rimeur tan: chetif, je vous jure ,
Qui le voyant fi- tôt ne dife , eh ! fi ;
Que Diable ici nous vient chanter Mercure ?
N'ignore pas que bouts - r'mez jadis
Etoient en vogue , & furtout chez les belles ;
N'a gueres encore un de nos beaux efprits ,
Scût
MAY 1725.
931
Sçût enfanter par eux phraſes nouvelles ;
Mais dites -nous où s'en cueillent les fruits ?
Tout effouflé , de Paris jufqu'en Perfe ,
Court le Poëte après un Merle blanc ;
Qu'arrive- t'il ? guindé le plus fouvent ,
Près de la Cage un mot feul le renverfe ,
L'Oiseau s'envole , il ne prend que dù vent.
Si de fortune on voit raifon & rime ,
Former enſemble un paffable morceau ;
Qui gagera que l'Auteur anonime ,
Ne nous vend pas du vieux pour du nouveau?
Ne fçai qu'en dire : & Meffer Ergafile ,
2
Peut d'un Sonnet enfant de fon cerveau
Rimes offrir , fi que dans le panneau
Faire donner n'eft chofe difficile .
Ma foi , l'ami , tout bien confideré ,
Remplir défis eſt un ſterile ouvrage ,
De ce labeur , foit fel ou verbiage ,
Oncque Rimeur n'a fon renom tiré.....
Ce n'eft auffi la fin qu'on s'en propofe.....
Je vous entends , c'eft pour fe délaffer ;
Eh ! bien devez nous citer autre chofe ,
Où bons efprits puiffent s'intereffer ,
Une
932 MERCURE DE FRANCE.
Une penfée , ou de Perfe , ou d'Horace ;
Un fait touchant , puifé chez nos ayeux :
Soudain verrez habitans du Parnafle ,
Sur tels fujets rimer à qui mieux mieux ......
Oh ! tout cela fent trop l'Académie ;
Pas ne voudroit en prôner le défi ,
Seigneur Mercure , & fe rendre ennemie ,
La belle Dame.... eh quoi ! rien en ceci
Peut-il caufer la moindre fâcherie ?
Allez en paix la choſe paſſera ,
Et la premiere elle y travaillera....
Oui , mais combien de gens à courte haleine
N'oferont pas dans la Lice courir ...
Ah ! fi voulez une carriere ouvrir ,
A tous Rimeurs , Paris fera la fcene ,
D'où tirerez maints ſujets à remplir ;
Un vieux Gafcon qu'une Normande affronte ,
Un petit Maître affectant un air fot ,
Sur le premier éxigez Fable ou Conte ,
Rondeau fera de l'autre le ballot ,
Ou l'Epigramme à votre fantaiſie ;
Reglez le tout , fi que d'obfenitez ,
Piece jamais ne fe trouve noircie ,
Vos rebus même en feroient infectez.
Un
MAY 1725. 933
Un feul bon mot , une feule avanture ,
L'un de ces deux chaque mois c'eſt affez ;
Que jamais plus n'en étale Mercure ,
Si voulez voir Poëtes empreffez
A vous répondre. Enfin aux bouts - rimez ,
Quand Minervette en faux devroit s'infcrise,
Faites faux bond, pour raifon que deffus ;
Eviterez aux enfans de Phoebus ,
A moi partant , le foin de vous redire ,
Sire Ergafile , ah ! ceffez le défi ;
Il n'eft Rimeur tant chetif , je vous jure,
Qui le voyant fi - tôt ne dife , ch ! fi ;
Que Diable ici nous vient chanter Mercure
P. J. M ***** de Blois .
??
LETTRE écrite de Lyon le 14. Avril
1725. contenant ce qui s'eft paffé à la
premiere ouverture de l'Académie des
Sciences & des Belles- Lettres de cette
Ville.
A Societé Litteraire de la Ville de
,
Lettres Patentes de Sa Majefté , fous te
nom
934 MERCURE DE FRANCE.
nom d'Académie des Sciences & des Belles
- Lettres. Elle eft compofee de 25. perfonnes
des plus diftinguées par leur rang
& par leur fçavoir . M. le Maréchal de
Villeroy en eft le Protecteur , & M. l'Archevêque
de Lyon dans le Palais de qui
fe tiennent les affemblées , en eft le Prefident
honoraire . Voici le nom des Académiciens
fuivant la lifte qu'on vient de
me donner . Meffieurs Dugas , Prevoft
des Marchands , Aubert , Procureur du
Roi de la Police , de Fleurieu de la Tourelle
, Lieutenant Criminel , de Glatigny ,
pere , ancien Avocat General , de Glatigny,
fils , Avocat General , de Regnaud,
Confeiller à la Cour des Monnoyes
Lainé , Directeur de la Monnoye , de de
Grollieres de Servieres , Commiflaire des
Guerres ordonnateur , Peftaloffi , Medecin
, Chenel , Broffet , Avocats , de Carys
, Confeiller à la Cour des Monnoyes,
le Pere de Colonia , Jefuite , le Pere
Lombard , Jefuite , le Pere de Folard , Jefuite.
M's du Perron , Confeiller , de Glatigny
, Avocat , l'Abbé Tricot , Docteur
de Sorbonne , de Saint Fonds , Subdelegué
de M. l'Intendant , à Ville - franche ,
Dugas , Avocat , Michon , Avocat , de
Billi , Avocat , l'Abbé de Buffy , l'Abbé
de Faramant , Docteur de Sorbonne &
du Lieu , Chevalier d'honneur à la Cour
des Monnoyes.
L'AcaMAY
1725. 935
L'Académie fit fa premiere ouverture
au mois de Decembre dernier par une
féance publique dans la falle de l'Archevêché
où toute la Ville fe rendit , M. de
Glatigny , Avocat General lût en qualité
de Directeur , un Difcours fur l'origine
& fur l'établiffement de cette Affemblée .
Il fit connoître l'utilité qu'en pouvoit tirer
la Ville de Lyon , qui fembloit avoir
negligé les Lettres jufqu'à ce temps - là.
Il fit l'éloge du Roi d'une maniere fine
& délicate , & finit fon Difcours , en exhortant
fes Confreres à fe foutenir dans
la carriere dans laquelle ils venoient d'entrer.
M. de Fleurieu de la Tourette , Prefident
en la Cour des Monnoyes , & Lieutenant
Criminel y lût un Difcours plein
d'érudition fur l'intereft qui doit regner
dans les Tragedies , il expliqua ce que
c'eft que cet intereft d'une maniere neuve
, & dit des chofs qui ont échapé à
tous ceux qui ont donné des Traitez du
Poëme Dramatique. Il fit dans le cours
de fa Differtation une Critique très fenfée
de la plupart des Tragedies modernes ,
qui manquent ordinairement par le premier
mobile de tous les ouvrages , qui
font faits pour toucher l'efprit & le coeur.
Le P. de Colonia lût enfuite une fçavante
Differtation fur l'ancien Autel dédié
936 MERCURE DE FRANCE .
dié à Augufte , dont on trouve encore des
veftiges près de l'Abbaye d'Ainay à Lyon ,
lieu où fe tenoient les Affemblées Académiques
, & fi formidable aux mauvais
Auteurs , qui étoient obligez d'effacer
leurs Ecrits avec la langue , fous peine
d'être jettez dans le Rhône.
Enfin le Pere de Folard , Auteur d'une
nouvelle Tragedie d'Ædipe , lût une Ode
& une Fable allegorique fur l'établiſſement
de la nouvelle Académie .
M. l'Archevêque de Lyon répondit fur
le champ à chacun des Differtateurs , en
ajoûtant à leurs Difcours de nouvelles
chofes , avec une préciſion & une netteté
qui caracteriſent tous fes Difcours.
XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE de feu M. Vergier à Mademoiselle
Herefort , qu'il appelloit fa
femme, en lui envoyant pour étrennes ,
un petit Chien & une petite Chate 1710.
CEs deux animaux
domeſtiques ,
Que par des noeuds avec foin redoublez ,
L'aveugle Hymen a raffemblez ,
N'en font que plus antipatiques.
Avant que fous ce joug ils allaffent s'offrir
Ils
MAY 1725 .
937
Ils s'aimoient & n'étoient jamais affez enfemble
,
Depuis que l'Hymen les raffemble
Ils ne peuvent plus fe fouffrir ;
Toûjours de fentiment , toûjours d'humeur
contraire ,
L'Epoux veut- il veiller ? l'Epouſe veut dormir ;
Qu'il touffe , il la dégoûte à la faire vomir ;
S'il rit , elle commence à braire ;
Mais veut -elle à fon tour quelquefois fe diftraire
,
Du noir chagrin qui les ronge tous deux ,
Jouer des petits jeux , chanter , danfer & rire ?
Auffi- tôt le bourru vous prend un front hideux
;
Tel qu'au fombre Saturne on pourroit le décrire
.
Enfin à les voir fe hargner ,
Gronder toûjours , & toûjours rechiner,
On diroit qu'ils ne foient liez l'un avec l'autre,
Que pour mieux s'entre - mordre & s'entregratigner.
Ma femme cet Hymen reffemble bien au nôtre ;
Meurtriffeures , contufions
Seuls enfans de la violence.
De nos chaftes affections
Et
938 MERCURE DE FRANCE .
Et que pour nôtre honneur je couvre du filence
,
Ne font de cette reffemblance ,
Que de trop fideles témoins ;
Mais c'eft un fort commun aux Grands comme
au vulgaire ,
Chiens & Chats ne s'accordent gueres ,
Maris & femmes encor moins.
Le parti qu'il nous faudroit prendre ,
Ce feroit de nous dégager ,
De ce lien fatal , ou , fans l'envifager,
Nous nous fommes laiffez furprendre ;
Mais fans ſcandale on ne peut l'entreprendre ;
Le monde qu'il faut menager ,
En gloferoit , nous blâmeroit peut - être ,
Puis en tout autre état , quelque doux qu'il pût
être ,
t Trouverions- nous à nous dédommager ,
Du plaifir que fi bien nous fçavons partager ,
Et que nous fçavons mieux faire naître &
renaître ,
De nous faire l'un l'autre à toute heure enrager.
DE'-
MAY
939 1725.
DECOUVERTES de M. du Quet
dans les fciences des Méchaniques.
La commencé par une Chaife roulante
fans Chevaux , où la force de
l'homme , & fa pefanteur s'unifoient
pour la faire courir très - vite . L'Académie
des Sciences s'eft donné la peine de
la venir voir dans l'lfle Nô re- Dame.
L'approbation de cette Compagnie fçavante
a été inferée dans le Mercure Galant
de 1691. M. Ozanam a fait graver
cette Chaife dans les Oeuvres de Recréations
Mathematiques , & le timon des
Chaifes qui fervent à promener le Roi
dans les Thuilleries en eft un extrait :
de plus le levier , ou la machine ainfi
nommée,dont M. de la Garoufte s'eft attribué
l'invention qu'on employe à traîner
des gros blocs de marbre , vient de cette
production , ce qui fe verifie parfaitement
par le Mercure déja cité , & par
les Recréations Mathematiques de M.
Ozinam , M. de la Garoufte n'ayant paru
qu'en 1693 .
Un mouvement alternatif, dont le modele
eft à l'Obfervatoire , propre pour
faire fcier les marbres & les pierres par
le
940 MERCURE DE FRANCE.
1
le fecours des Chevaux ; outre que cette
machine peut être tranfportée aux atteliers
, chaque Cheval en tournant autour
d'elle peut faire mouvoir fix à fept fcies ,
& fournir autant d'ouvrage pendant le
même efpace de temps , foit dans le marbre
, foit dans la pierre , que pourroient
faire fix à fept hommes en fciant à l'ordinaire.
Il a auffi découvert la maniere de fcier
les lignes courbes , & même les circulaires
comme pour tirer des tambours de
colonnes d'un bloc de marbre ou de
pierre.
Par ces differens moyens de fcier le
marbre & la pierre , dont il a montré la
poffibilité à l'Académie des Sciences , on
peut former des magafins de toutes fortes
de pieces de marbre & de pierre fciées ,
comme des tables , des appuis de fenêtres,
'des marches d'efcaliers , des entablemens
de balcons , des bancs , des dez pour les
jardins , & c.
Ce même mouvement peut auffi trèsutilement
fervir à battre le bled , & en
battre autant par le fecours d'un feul Cheval
que fix à fept hommes pourroient
faire pendant le même efpace de temps.
Des Rames propres à augmenter la
vitelle des Navires de Guerre étant à la
voile , les faire aller en calme une lieuë
par
MAY 1725. 94.1
par heure avec la moitié de leur équipage
, leur faire mieux pincer le vent ,
rendre l'entrée & la fortie des ports plus
faciles , aufli bien que le moyen d'aborder
ou d'éviter l'ennemi , rendre les
Navires d'escorte en état de prendre les
Vailleaux Marchands à la remorque , foit
quand ils feroient affalez à une côte ,
foit pour les faire entrer ou fortir des
ports ou des rivieres.
l'eau
Ces mêmes Rames peuvent auffi trèsutilement
fervir en Mer à
pomper
des Vaifleaux en la quantité de plus de
trois cens muids par heure , indépendamment
du fecours de leurs équipages,
ce qui convient parfaitement aux Vaiffeaux
Marchands . Le tout approuvé par
l'Académie Royale des Sciences , furquoi
il a été fait expedier à M. du Quet
un privilege exclufif du Roi.
Des accoustiques dont fe fervent trèsutilement
les perfonnes qui ont l'cüye
dure. Ces machines font un effet proportionné
à la quantité d'air qu'elles contiennent
; elles font pouffées , felon le
fentiment de l'Auteur , à leur plus haut
degré de perfection , & c'est ce qu'il y a
de meilleur dans le monde pour faire entendre
mieux . Un des plus habiles Méchaniciens
du Royaume a effayé de furpaffer
cette invention , mais il n'a appro-
E ché
942 MERCURE DE FRANCE.
ché qu'à la moitié de ſon effet, à volume
égal.
On trouve dans le Journal des Sçavans
, du premier d'Aouft de l'année 1718 .
page 489. une Lettre de M. du Quet ,
par laquelle il fait l'analife du mouveinent
que le vent procure aux Chariots
qu'il a inventez pour labourer la terre ,
& voiturer certaines Marchandifes par
le fecours du vent , contre le vent même
directement , dans la Beauce , la Champagne
, & les autres lieux où ce puiffant
inoteur peut avoir de l'action . Cette grande
& utile découverte produiroit confiderablement
fi on en faifoit les établiffe-
/ mens .
Un moyen très-profitable pour faire
remonter les batteaux du Rône par le
fecours de fon courant ; cette invention
feroit très- avantageufe au commerce , parce
que les Marchandifes de Sel , & autres
monteroient avec beaucoup plus de
diligence que par le tirage des Chevaux
on des Boeufs ; même on éviteroit les inconveniens
des baffes eaux , qui cauſe
prefque toutes les années le retardement
des Marchandifes ; on en chargeroit la
même quantité fur des petits batteaux ,
qui ne tirant pas autant d'eau pourroient
aller à plus baile eau ; & la réliftance du
courant étant beaucoup moins grande , ils
monteMAY
1725.
943
monteroient avec plus de vîteffe.
Cette même maniere de faire fervir le
courant pour remonter toutes fortes de
batteaux , en évitant les inconveniens qui
fe font rencontrez dans les propofitions
précedentes, peut être mife en ufage pour
débarrafler les Quais de Paris , en appliquant
les chofes qui y conviennent , depuis
la porte de la Conference jufqu'au
Mail & au -deffus ; les machines qui
font flotantes , & qui fervent à tirer les
batteaux chargez , ferviront auffi à faire
monter & defcendre continuellement , &
très vite d'autres petits batteaux couverts
pour tranfporter le public , foit en montant
, foit en defcendant la riviere , ce
qui lui feroit très - commode .
Par cet établiffement qui produiroit
un revenu confiderable , on débarrafferoit
les Quais de Paris du tirage des Chevaux
qui ufe des cables , jette les Marchandifes
dans la riviere , & cauſe beaucoup
d'autres inconvenients . Les frais
d'établiffement fe pourroient prendre fur
les revenus de la Ville , fuppofé qu'on
lui laiffat les profits & émolumens qui
en proviendroient.
Un Moulin Horiſontal , dont l'ufage
fupprime la fujeftion d'orienter à tous
les changemens du vent , fupprime auffi
la grande rouë & la lanterne des mou-
E ij
lina
944 MERCURE DE FRANCE .
lins à vent ordinaires ; outre qu'il peut
fervir à l'élevation de l'eau , & à tous
les differens ufages dont les autres font
capables , même à des extraordinaires , fa
conftruction eft beaucoup plus fimple , de
moindre dépenfe , & de moindre entretien
, il eft d'une figure beaucoup plus
agréable ; il fe peut bâtir en pierre , en
bois , en brique , & felon les materiaux
qui fe trouvent fur les lieux .
Il vient de me tre au jour un pulpitre ,
avec un porte - plumes , par le moyen
defquels on peut écrire deux lignes à la
fois fur deux feuilles de papier feparées ,
en forte qu'il eft poffible d'avoir l'original
& la copie d'une piece d'écriture
feparément , ce qui fera d'un grand fecours
à tous ceux qui font obligez d'avoir
des copies de ce qu'ils écrivent , même
aux Muficiens qui pourront noter les
pieces de Mufique doubles. Les Marchands
pourront auffi s'en fervir , en ne
faifant relier leur Registre qu'après en
avoir rempli les feuilles , cottées & paraphées.
On fait voir l'experience de ce Pulpitre
, on montre les modeles de toutes ces
utiles inventions , & on en explique tou
tes les proprietez & avantages , moyennant
la piece de treize fols pour payer le
Commis , ruë de l'Arbre- fec , vis - à - vis
le Petit Paradis , A Paris, EPIMAY
1725.
945
XXX:
XXXXXXXXX :XXX
EPITRE de M. d'Ambleval , Major
de Bourbonnois , à M.
à M. Vergier, pour le
prier d'engager des Dames à remettre
unfoupé , &c. 1714.
Nous comptions ce jour bardiment ,
Parmi les plus heureux des nôtres ;
Il s'eft trouvé bien indûment ,
Veille du Prince des Apôtres ;
Jour funefte aux plaifans repas ,
Mais plus funefte à cette troupe ,
Qui déja fentoit les appas ,
De boire avec vous mainte coupe .
Elle en portera le chagrin
Jufques à l'heureufe foirée ,
Où vôtre prefence & le vin ,
Nous en effaceront l'idée.
REPONSE de M. Vergier.
Dames d'un maintien gracieux ,
Dames en qui , de tous les charmes ,
L'amour enfant féditieux ,
A fait , ainfi que de ſes armes,
E iij
Un
946 MERCURE DE FRANCE.
Un affemblable précieux.
Par un doux panchant entraînées ,
Panchant pour le vin feulement ,
Et que vos ames rafinées
N'en préfument pas autrement )
Acceptent fans nulle contefte ;
Mais d'un air timide & modefte ,
Le rendez- vous que vous donnez,
Je vois d'ici l'Amour fourire ,
Compter par les doigts & décrire ,
Les coeurs qui feront mal menez ;
Parını ces perilleuses fêtes ,
Le malin aiguife fes traits ,
Et croit faire autant de conquêtes .D
Que ces deux Dames ont d'attraits.
Tout beau , Monarque de Cithere ,
Prince des Minaudiers appas ,
Seigneur de l'indifcret myftere ,
Précipite un peu moins tes pas.
Penfes- tu que dans un repas ,
Où le grand d'Ambleval prefide ,
Le vin manque à nôtre vertu ?
Et s'il n'y manque pas , crois-tu
Que
MAY
947 1525.
Que protegez de cet Ægide ,
Nos coeurs redoutent ton flambeau ?
A nôtre tour , auſſi tout beau ;
Et ne faifons pas tant les braves ;
L'Histoire a cent exemples graves ,
Graves autant que malheureux ,
D'yvrognes qui font amoureux.
Mais faut-il chercher dans les Livres ,
De ce fait-là d'autres témoins ?
Ne nous voit- on pas toûjours yvres ?
Voit on que nous en aimions moins
7777
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure,
fur la Statue equeftre de Louis le Grand,
érigée dans la Place Royale de la Ville
de Dijon , fur la fin du mois d'Avril
1725.
N éleva le mois dernier ,,
Mef-
Oleurs , une Statue equefire de
ой
Louis XIV . à la Place Royale de Dijon ;
elle eft de bronze , & ne cede en rien à
toutes celles que l'on voit à Paris ,
celle-ci fut fondue il y a environ 40 .
ans , par les ordres du grand Prince , Bi-
E iiij fayeul
948 MERCURE DE FRANCE .
fayeul de M. le Duc. Voici differentes
Inferiprions qui ont été faites pour meure
fur le piedeftal , elles m'ont paru dignes
de l'attention des curieux .、
Dum Magno hic Statuam Regi Burgundia ponit
;
Fulget & illius gloria , & hujus amor.
En voici , Meffieurs , une traduction .
C'eſt aux auguftes foins des illuftres Condés ,
C'et à nos Magiftrats qui les ont fecondés ,
Qu'on doit le monument que vous voyez paroître.
Aviles fpectateurs de ces pompeux objets ,
Admirez ce chef- d'oeuvre , où vous pouvez
connoître ,
Et la gloire du Prince , & l'amour des fujets.
Voici une autre traduction plus Litterale .
Ce noble Monument , qu'une illuftre Province,
A l'honneur de Louis fit dreffer en ces lieux ,
Etale avec pompe à nos yeux ,
Et l'amour des fujets , & la gloire du Prince.
T. T.
Quifquis equum ſpectas , Equitis reminifcere
facta
Eft honor artis equus , gloria Martis Eques.
Je fuis, Meffieurs , & c.
FAMAY
1725. 949
FABLE du Singe & du Renard.
D
E tout temps l'amour propre exerce fon
empire ,
Sur le foible coeur des humains ;
Et fi c'étoit ici le lieu d'une Satyre ,
J'en pourrois bien donner des exemples certains
.
Mais remontons au fiecle de nos peres ,
Jamais la verité ne fe dit fans myftere ;
Au bon vieux temps lorfque les animaux ,
Parlant ainsi que nous avoient mêmes défauts.
Un Singe expert dans la Peinture ,
Des plus grands jufques aux plus petits ,
Les peignit tous comme ils étoient fortis
D'entre les mains de la nature.
Mais il fe vit bien- tôt décredité,
Pour avoir été trop fincere ;
Un mépris general fut le jufte falaire
De fa fotte fincerité.
Tous prétendoient fe voir dans un Tableau
flatté ,
Et tous fe trouvoient peints fuivant la verité ;
E v C'étoit
950 MERCURE DE FRANCE.
C'étoit bien le moyen de plaire.
Vis-à - vis un Renard moins fçavant , mais
plus fin ,
Et profitant de la fottife ,
De fon mal aviſe voiſin ,
Vendoit bien mieux fa Marchandiſe.
Les Lions & les Leopards ,
Charmez de leur forme nouvelle
Chez cet induſtrieux Apelle ,
Accoururent de toutes parts .
Son Pinceau chaque jour faifoit mille mer
veilles ,
Il donnoit au Lion une aimable douceur ,
A l'Afne il retranchoit la moitié des oreilles ,
L'Ours devenu mignon n'infpiroit plus d'horreur.
A ce joly métier il fit fi bien fon compte ,
Qu'en peu de temps devenu gros Seigneur .
Il avoüa, quoi qu'à fa honte ,
Devoir moins fa fortune au Peintre qu'au flateur
.
Millin , Avocat au Parlement.
EXMAY
1725. 951

༡.༩༠.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Aix
en Provence , le 5. Avril 1725.
N vient de découvrir l'Infcription
fuivante dans le l'erritoire de Saint
Lambert , à deux lieues de la Ville
d'Apt.
MARTI
VECTIRIX REPP
A. U. F. V. S. L. M.
Voilà , Monfieur , de quoi donner de
l'exercice aux Antiquaires. Sans vouloir
entreprendre fur leur Jurifdiction , il
me femble qu'il manque quelque mot
avant celui de MARTI , peut- être quelque
épithete de ce Dieu , que VECTIRIX
eft un nom Gaulois , & que c'eft celuiqui
a dédié cet Autel au Dieu Mars ; car
j'explique de cette maniere la derniere
ligne . Aram vivus fecit votumfolvit lu
bens merito . Toute la difficulté roule fur
le mot REPP . je n'imagine rien qui con- .
tente ne pourroit- on pas cependant y
trouver Remiffa pecunia publica ? Comme
fi Vectirix eut fait conftruire cet Autel
. , de quelque remife qu'on lui cut
E vj fai.e
952 MERCURE DE FRANCE:
faite des deniers publics , dont il avoit
eu la direction . Vous verrez , Monfieur ,
avec vos amis éclairez fur ce genre d'éradition
, fi ces conjectures fe peuvent
foutenir . Je fuis , &c .
EXPLICATION des trois Enigmes
du Mercure du mois de Mars .
Sçavoir , la 2e la 3 ° & la 4°.
U
DEUXIE’ME.
N Jêt n'eſt dans fa jeuneſſe
Qu'un Roſeau , vrai portrait de la fragilité ;
Le vent qui le fouffle fans ceffe
1
Et le Lutin dont il eft agité.
Plus grand, fa force croît , la tremblante vieille
Te
S'en fert pour foutenir fa débile foibleffe ;
Les yeux fi bien percez dont il n'apperçoit
rien ,
Sufpendent le ruban qui lui fert de lien :
Bref, la Canne eft cette androgyne ,
Qui plait aux jeunes gens, en faifant la badine.
3.
MAY
953 1725.
3.
A l'ongle on connoît le Lyon ;
C'est une commune Devife ,
Et voilà l'explication
Du mot que l'Enigme déguife.
4.
Explication de ' nigme addreffec
à Thetis.
Envain j'ai froncé le fourcil ,
Pour deviner l'Enigme à Thetis adreffée :
Mercure , je connois quelle eft vôtre penſée ,
Vous voulez nous donner quelque poiffond'Avril.
Par F. H. LE MAIRE.
L'Enigme , l'Affiche de la Comedie
Françoife , & la Coife percée , font les
mots des trois Enigmes du mois d'Avril .
NOU954
MERCURE DE FRANCE.
*******************
NOUVELLES ENIGMES.
J
Premiere.
E fuis un Voyageur d'un ordre tout nouveau
,
Sans qu'on en voye en moi ni l'habit , ni la
mine ;
Au milieu des voleurs , nuit & jour je chemine,
Et ne vas jamais mieux que par le vent &
l'eau .
Il vaut mieux vifiter deux cens fois ma demeure
,
Que pour chercher ſecours en un befoin preffant
,
Perdre fouvent fa peine , & toûjours fon argent
,
Et voir certaines gens feulement un quart
A
SECOND E.
Voir ma grotesque figure ,
La jeuneffe fe divertit ,
d'heure.
Cependant admirez ma bizarre aventure ,
Je cours après le monde & le monde me fuit .
Cette frayeur eft affez raiſonnable ,
QuoiMAY
1725. 955
Quoiqu'aveugle ainfi que l'Amour ,
Quand j'atrappe quelqu'un , fi je ſuis veritable,
Pour quelque temps il eft privé du jour .
Je fuis quelquefois mâle , & quelquefois femelle.
A l'abri de mon nom , l'amant qui n'eft poing
fot ,
Peut dérober des faveurs à fa belle ,
Sans qu'elle ofe lui dire mot
Enigme fur l'Air : Réveillez - vous , belle
J
endormie .
E fuis une jeune Brunette ,
Dont pour les foupleffes du corps ,
On admire tous les refforts ,
A la danſe je ſuis adroite.
Pour faire à qui je veux la guerre ,
Je me fers fouvent de la nuit ,
Je vais , je viens , je cours , & j'erre ,
Jamais je ne fais aucun bruit.
Je crains pourtant qu'on ne m'atrappe ,
Ou d'être prife fur le fait ,
C'cft
956
MERCURE
DE FRANCE.
C'est fait de moi fi je n'échappe ,
L'on punit le mal que j'ai fait.
Par une raiſon furprenante ,
L'on me compare au Dieu d'Amour ,
S'il inquiéte , je tourmente ,
Et chacun de nous a fon tour.

Si je baise en fecret Silvie ,
Je la fais rougir de pudeur ,
Plufieurs voudroient paffer leur vie
A jouir d'un fi grand bonheur.
Lecteur qui cherche la merveille ,
Que je te cache en ce fujet ,
Surtout prends garde à ton oreille ,
Je te rendrai plus inquiet.
NOUMAY
1725 . 957
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
GENEALOGIQUE &
HChronologique de la Mafon Royale
de France ; des Pairs , des Grands Offciers
de la Couronne & de la Maifon du
Roi , des anciens Barons du Royaume ,
avec les qualitez , l'origine , le progrès ,
& les armes de toutes les familles ; enfemble
les Statuts & le Catalogue , des
Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordie du Saint Efprit. Le tout dreílé
fur titres originaux , fur les Regiftres
des Chartes du Roi , du Parlement , de
la Chambre des Comptes , & du Châtelet
de Paris , Cartulaires , Manufcrits de
la Bibliotheque du Roi , & d'autres Cabinets
curieux . Par le P. Anfelme , Auguftin
Déchauffé , continué par M. du
Fourni , troifiéme édition revue , corrigée ,
& augmentée par le P. Ange , Auguftin
Déchauffé.
Cet ouvrage qui intereffe tout le
Royaume , par l'importance de fon fujet,
a été conduit par le R. P. Ange , homme
au fait de ces matieres plus que tout autre
>
958 MERCURE DE FRANCE.
tre , & qui eft déja connu dans la Répu
blique des Lettres par d'autres ouvrages.
Toutes les augmentations qu'a fait cet
habile Editeur , ont groffi fi confiderablement
cette Hiftoire Genealogique , qu'elle
fera en fix volumes in folio , au lieu
de deux que contenoit la précedente édition
.
Le I. volume qui eft actuellement fous
preffe , contiendra la Maifon Royale . La
Maifon de Portugal y eft refondue entierement
, & dreflée fur les meilleurs Auteurs
du Pays.
Le II. volume qui eft auffi fous preffe
fera rempli par l'Hiftoire des douze anciennes
Pairies , & c.
Les III. & IV. volumes font deftinez
à l'Hiftoire de toutes les autres Pairies
qui ont fubfifté , & qui ſubſiſtent à
fent , & c.
pre-
Dans les V. & VI. volumes feront les
Senéchaux , les Connétables , les Chanceliers
, & les Gardes des Sceaux , les
Maréchaux de France , & autres Offi
ciers de la Couronne , ou Grands Officiers
de la Maifon du Roi , & c. Le tout
enrichi de tables generales & alphabetiques.
M. Clairambaut , Genealogifte des Ordres
du Roi , eft chargé de l'examen de
tout l'ouvrage. Et comme un projet auffi
étendu
MAY 1725. 959
ge
Etendu ne peut être executé qu'avec une
très- grande dépenfe , on a crû devoir
propofer cet ouvrage au Public par foufcription.
La Compagnie des Libraires qui
à entrepris cette troifiéme édition s'engade
donner tout l'ouvrage en beau , &
bon papier , & fur lequel on puiffe écrire.
Les caracteres feront neufs , les I. &
II . volumes feront donnez au Public à
la fin de Juin 1726. Les autres volumes.
feront diftribuez enfuite à deux de dix-
: huit mois en dix - huit mois.
Cet ouvrage fera imprimé fur deux
differens papiers. Le grand papier fe vendra
à ceux qui foufcriront 150. liv. les
fix volumes , & le petit papier 100. I.
il fera payé pour le grand papier en foufcrivant
la fomme de 40. liv . & c . Pour
le petit papier il fera payé 25. liv , en
foufcrivant , & c. Les foufcriptions feront
ouvertes depuis le premier Avril jufqu'à
la fin de Juillet 1725. Le grand papier
fe vendra à ceux qui n'auront pas foufcrit
200 liv. & le petit papier 150. liv.
On delivrera les reconnoiffances chez Guill.
Cavelier, au Palais, M. E. David ,
Quay des Auguftins. C. Robustel , ruë
S. Jacques , &' c.
On vient de publier une Feüille imprimée
de 4. pages in 4 ° qui contient le
deffein
960 MERCURE DE FRANCE.
deffein d'un nouvel Ouvrage , entrepris
par le R. P. Dom Bernard de Montfaucon
, Ouvrage qui manquoit à la Repu
blique des Lettres , & qui intereffera
particulierement nôtre Nation . Voici le
titre de cette Feuille , & ce qu'elle expofe
de plus important. PLAN d'un Ouvrage
qui aura pour titre les Monumens de la
Monarchie Françoife .
>>
Il y a long temps que j'ai ce dellein
» en vue , ( c'eft l'Auteur qui parle , ) &
» que j'en connois l'importance & l'uti-
» lité ; c'eft comme une fuite de l'Anti-
" quité expliquée , que je viens de don-
» ner au Public . Les deux Ouvrages font
» de même nature , & l'un commence où
» l'autre a fini . Le premier a cet avanta-
» ge , qu'il nous reprefente des images
» des temps les plus floriffans de la Gré-
» ce & de Rome ; au lieu que le fecond
nous montre d'abord celles de plus de
dix fiecles de barbarie. Mais outre que
» le goût & le genie de temps fi groffiers
font un fpectacle allez divertiffant ,
l'intereft de la Nation compenfe ici le
plaifir que pourroient faire des monumens
d'une plus grande élegance.
>>
» Ce dernier deffein eft bien plus diffi-
>> cile à executer que le premier ; car
quoique ni l'un , ni l'autre n'eut été
» entrepris jufqu'à prefent
. "
prefent , on avoit
pour
MAY 1725 .
961
cc
pour le premier de grands recueils im- «
primez , qui épargnoient bien des re- «
cherches ; au lieu qu'il faut ici preſque
tout tirer des originaux répandus dans «
le Royaume. Il faut les ramaffer de tous «<
côrez , ce qui ne fe peut faire qu'avec «
beaucoup de foin & de dépenfe , & «
avoir par tout des correfpondans , qui «
auront bien de la peine à trouver des «
deffinateurs dans des lieux écartez. «
Quelque difficile que foit l'entreprife ,
un Religieux de la Congregation de «<
Saint Maur , dont les Monafte res font k
répandus dans toutes les Provinces , a «
plus de reffources pour l'executer qu'un «
autre. «
k
Ce font apparemment ces difficultez « ·
qui ont détourné bien d'habiles gens «
I d'un pareil deflein. Il n'eft pas poffible «
que de tant de fçavans Hommes qui «
ont travaillé fur l'Hiftoire de France , e`
pas un n'ait compris l'utilité de la réu- «
nion des images répandues dans tout le «<
Royaume. C'eſt un fi grand fecours ➡
pour entendre l'Hiftoire , qu'on fe fera «
fans doute apperçû qu'il nous manquoit, &
k
Le premier Ouvrage fert à expliquer
bien des chofes qui fe trouvent «
dans le fecond. Nous y apprenons d'où «<
nos Rois avoient emprunté la forme du «
manteau Royal , du Sceptre , du nim- e
busa
962 MERCURE
DE FRANCE
.

20
bus , ou du cercle lumineux qui ornoit
» la tête de leurs images. On y trouvera
tant d'autres rapports , que bien des
» gens en feront furpris , & conviendront
» que l'Ouvrage de l'Antiquité expli
quée devoit marcher devant celui- ci .
Je prendrai , au refte , toutes les mefu-
» res , pour que rien n'échappe à mes
» recherches , ce que je n'oferois pourtant
me promettre .
ر د
>> J'efpere trouver les mêmes facilitez
auprès des perfonnes qui feront en état
» de me communiquer les monumens des
» Provinces , que j'ai éprouvées pour
» l'Ouvrage de l'Antiquité expliquée &
» reprefentée en figures . Bien des gens
» de diftinction fe font fait un plaifir de
» m'envoyer ce qu'ils avoient de rare &
» de curieux qui pouvoit entrer dans mon
» recueil . Je ne flatte des mêmes , &
peut -être de plus grands fecours pour
cet Ouvrage beaucoup plus interellant
» pour tous les François ; & je ne man-
» querai pas de faire mention honorable
» de tous ceux qui auront bien voulu me
» prêter la main . Le petit détail que
» j'en vais faire , & qui n'eft pourtant
» rien en comparaifon de tout ce qui entrera
dans cet Ouvrage , ne laiffera pas
* Nous renvoyons pour ce détail , qui
nous meneroit trop loin , à la Feuille imprimée.
de
MAY 1725.
963
de fervir à ceux qui voudront me four- «
nir ce qui fera à leur portée.
<<
6C
Je garderai ici le même ordre que «
j'ai obfervé dans l'Ouvrage precedent ; «
à cela près , qu'au lieu de la Theologie
profane , qui occupe la premiere par- «
tie , je mettrai les Rois & tout ce qui «
regarde la Couronne : car je ne crois «<
pas que perfonne s'attende que je dé- «
bute ici par un cours complet de Theo- «<
logie. La feconde clafle fera des Monu- «<
mens Ecclefiaftiques : l'Eglife devroit «
aller devant tout ; mais nous commen- «
çons par la Monarchie , parce qu'elle «
renferme l'Eglife , & qu'elle contribuë «
en bien des chofes à fa forme exterieu- «
re. La troifiéme clafle contiendra les «
ufages de la vie , les habits , les maiſons ,
les meubles , &c. La quatrième la «<
guerre , la cinquième les funerailles . «
ce
Ceux qui auront quelques Monumens ◄
à nous communiquer , s'adrefferont , «
s'il leur plaît , à Dom Bernard de Mort- «<
faucon , Religieux Benedictin , à Saint «
Germain des Prez . Si les Monumens «
ont été gravez , ils lui feront plaifir de «
lui en envoyer une eflampe , qu'il paye. «
ra à leur volonté . «<
LETTRE de Madame la Marquife de
Buous à une Dame de fes ainies , contenant
964 MERCURE DE FRANCE .
mant les motifs de fa converſion , broch.
in 12. à Marseille 1725 .
Ce feroit une chofe étrangere à nôtre
fujet que d'entrer dans le détail de la
Maifon de Montbrunt , dont fort Madame
la Marquife de Buous , nous nous
contenterons de dire qu'elle eft d'une
des plus diftinguées de la Provence .
Madame de Buous ayant appris de plufieurs
endroits , que Meffieurs de la Religion
P. R. craignant que fa converſion
ne fut un exemple fuivi de quelqu'un
d'entr'eux , avoient répandu dans le monde
qu'elle n'avoit abandonné leur fecte ,
que pour jouir tranquillement du plaifir
de n'avoir fes enfans chez elle , a pris le
parti de fe juftifier , en apprenant au Public
dans la Lettre que nous annonçons
les raifons dont Dieu s'eft fervi pour
la conduire des tenebres de l'erreur à fon
admirable lumiere.
Madame de Buous ayant été élevée
dans la R. P. R. & s'étant mariée dans
les fentimens qu'elle avoit fuccé avec le
lait , avoit dans la fuite enfeigné en fecret
fa Religion à fes enfans , & pour y
nieux réüffir , elle profeffoit & leur faifoit
profeffer la Religion Catholique ;
mais en l'année 1713. ayant fait une fauffe
couche , qui la mit fort près du tombeau ,
Me de B. fut penetrée de reconnoiffance ,
de
MAY 1725. 965
de ce que le Seigneur l'avoit redonnée à
fa famille , elle ne ceffoit , dit elle , de
lui en rendre des actions de graces ; &
defirant de lui plaire à l'avenir plus que
par le paffé , elle commença pour y travailler
à faire des réflexions , qu'elle n'avoit
faites que très- legerement jufqu'alors
, & c. Il me furvint , dit - elle , des
doutes fur ma Religion , fans que certainement
j'euffe rien vû , ni rien ciii qui
eut pû les faire naître. Ils étoient fondez
fur la nouveauté de cette même Religion
, & ils me jetterent dans des troubles
qui m'ôterent entierement le repos .
Je rapporte ceci , continue Me de B. pour
faire voir que la verité s'étant fait fentir
à moi dans ce temps- là, par elle -même ,
il n'eft pas étonnant que je l'aye connuë
quand j'ai eu tous les fecours neceffaires
fur yeux mes erreurs .
pour m'ouvrir les
Me de B. eut encore des fcrupules fur
le paffage de Saint Paul , qui dit , que
maudit eft celui qui fait une fecte à part
pour rompre l'unité de l'Eglife , & fur la
réalité de N. S. J. C. dans la Sainte Euchariftie
, fi clairement exprimée par luimême
, & par l'Apôtre qu'on vient de
nommer .
Enfin M de B. ayant reconnu plufieurs
varietez mal interpretées dans les livres
des Proteftans, cela l'engagea à quitter en-
F tieres
966 MERCURE DE FRANCE.
tierement leur parti , & à reconnoître la
Religion Romaine pour la veritable , &
l'unique dans laquelle on puiffe fe fauver.
Le débit de la nouvelle édition des Conciles
du P. Hardouin , qui avoit été fufpendu
jufqu'à prefent , vient d'être permis par un
Arreft du Confeil , dont voici la teneur , en
datte du 21. Avril 1725.
Le Roi ayant été informé que par Commiffion
du Clergé de France , affemblé en l'année
1685. il a été compofé par le P. Hardouin , Jefuite
, une nouvelle Collection des Conciles
laquelle avoit paru neceffaire pour perfectionner
les anciennes Collections , dont les éditions
étoient d'ailleurs épuifées ; que pour
rendre la nouvelle édition de cet ouvrage
plus belle & plus correcte , le feu Roi or
donna qu'elle feroit faite en fon Imprimerie
Royale tenue au Louvre , après avoir été revûe
& corrigée par trois Examinateurs des
plus capables , que Sa Majefté commit à cet
effet ; qu'après plufieurs années employées à
la compofition , édition & correction de cet
ouvrage , il auroit enfin en l'année 1715. été
mis en état d'étre donné au public qui l'attendoit
avec grand empreffement ; mais qu'après
la mort du feu Roi le Procureur General de Sa
Majefté , en fon Parlement de Paris , ayant
requis que cet ouvrage fut foumis à un nou
vel examen , ledit Parlement auroit par aifferens
Arrefts des 20. Decembre 1715. 19. Aout
& 27. Aouft 1721. nommé de nouveaux
Examinateurs pour proceder audit examen &
donner leur avis , pour après avoir été com •
muniqué audit Procureur General , & pris
par lui telles conclufions qu'il aviferoit bon
1719 .
être
MAY 1725.
967
être , être par ladite Cour ordonné ce que de
raifon ; & cependant défenfes auroient été faites
à tous Libraires & Imprimeurs , & à toutes
perfonnes , de vendre ou débiter aucuns Exemplaires
dudit Livre , fous telles peines qu'il
appartiendroit , jufqu'à ce qu'autrement par
ladite Cour en eut été ordonné . En vertu de
cet Arreft lefdits Examinateurs ayant procedé
à cet Examen & donné leur avis , feroit intervenu
audit Parlement un dernier Arrest le 7.
Septembre 1722. par lequel , vû ledit avis , il a
été ordonné que l'Epître Dedicatoire qui avoit
été mise à la tête de cet ouvrage feroit fupprimée
; & attendu la difficulté de réformer le
furplus de ladite édition , il auroit été permis
au Libraire d'en vendre & débiter les exemplaires
, à la charge neanmoins de faire imprimer
les Arrefts rendus par ladite Cour au fujet
de ladite édition , & l'avis defdits Examinateurs
, à la tête de chacun des douze volumes
, dont elle étoit compofée ; & défenſes
auroient été faites à tous libraires & Imprimeurs
, & à toutes autres pe fonnes , de vendre
& débiter aucuns exemplaires dudit Livre
fans lefdits Arrefts & ledit avis , à peine de
trois mille livres pour chacune contravention.
Et Sa Majesté s'étant fait reprefenter lefdits
Arrelts & ledit Avis ; & étant informée que
cet Avis ne meritoit pas moins d'attention &
d'examen que l'ouvrage entier de ladite Collection
qui en avoit été l'objet , elle auroit
jugé à propos de le foumettre à l'examen de
perfonnes les plus capables de porter un jugement
fain & impartial fur les Corrections '
Notes ou Additions contenuës audit Avis ,
pour adopter celles qui fe trouveroient faites
avec jufte fondement , & rejetter ou réformer
celles qui meriteroient d'être rejettées ou ré-
Fij formées
968 MERCURE DE FRANCE.
formées ; à quoi les perfonnes pour ce commifes
par Sa Majesté ayant travaillé affiduëment
depuis près de deux ans , auroient reconnu
en premier lieu que le Parlement de
Paris auroit fans titre & fans pouvoir entrepris
d'arrêter & défendre la diltribution d'un
Livre que le feu Roi avoit fait imprimer dans
fon Imprimerie Royale , foumifé immédiatement
à fon authorité , ou aux ordres de ceux
aufquels Sa Majefté en confie la Direction ; de
prépofer des Cenfeurs pour le réformer , contre
ce qui a toûjours été pratiqué pour les
Livres que Sa Majefté juge à propos de faire
imprimer fous fes yeux en fadite İmprimerie ,
& pour lefquels il n'a jamais été requis aucu
ne approbation de Cenfeurs , ni Lettres de privilege
ou permiffion du grand Sceau ; les
Chanceliers & Gardes des Sceaux de France ,
chargez par Sa Majefté du foin de la Librairie
& Imprimerie dans toute l'étendue du Royaume,
n'ayant jamais eu ni prétendu aucune Jurifdiction
ni infpection fur ladite Imprimerie
Royale , qu'à plus forte raifon ledit Parlement
auroit excedé fon pouvoir , en ordonnant que
fes Arrefts feroient imprimez à la tête de chacun
des volumes de ladite édition , ce qui n'a
pû être ordonné que par le commandement
exprés de Sa Majefté , auquel cas ledit Parlement
en auroit dû faire mention dans fon Arreft
: & en fecond lieu que le P. Hardouin auroic
omis dans fa Collection plufieurs pieces
importantes , qui auroient dû' y être inferées
comme elles étoient dans les précedentes ;
qu'il en auroit inferé d'autres qui en auroient
dû être retranchées , auffi bien que des Notes
fuperfluës ou peu exactes ; qu'il a fait valoir
avec trop d'affectation l'authorité de certains
Auteurs reconnus pour être les plus attachez
aux
MAY 1725. 969
aux opinions Ultramontaines , & qu'il ne s'eft
pas expliqué en plufieurs endroits avec affez
de précaution fur ce qui peut intereffer les
maximes du Royaume & les Libertez de l'Eglife
Gallicane ; mais que fi cet ouvrage qui
a juftement excité l'attention du Parlement ,
a merité d'être réformé dans tous ces points ,
la cenfure qui en a été faite par les Examinateurs
commis par les Arrefts dudit Parlement ,
prévenus d'opinions contraires à l'authorité
du Saint Siege la plus legitime & la moins
conteftée , ne merite pas moins d'être réformée
pour maintenir la bonne & faine Doctrine
& les veritables maximes du Royaume que
le moyen qui leur a paru le plus convenable
à cet effet , étoit de faire compofer & imprimer
inceffamment un volume de Supplement
à ladite Collection des Conciles , tant par
rapport aux Actes lefquels y ont été omis ,
quoiqu'ils deuffent y avoir place , ou qui n'y
ont pas été rapportez ainfi qu'ils devoient l'e
tre , que par rapport à plufieurs Notes qu'il
convient de faire fur differentes pieces renfermées
dans ladite Collection , & notamment
fur la cinquiéme Table qui merite une atten
tion particuliere ; lequel Supplement pourra
être redigé très - promptement , par telle perfonne
qu'il plaira à Sa Majefté en charger , &
qui en trouvera la matiere toute difpofée par
le travail qui a été fait en confequence des
ordres de Sa Majefté , avec tout le foin &
toute l'exactitude que demandoit une ſemblable
matiere que cependant ils eftiment que
fans avoir égard aux Arrefts du Parlement de
Paris , il doit être permis au Directeur de l'Imprimerie
Rovale , de vendre & débiter ladite
nouvelle Collection des Conciles , fans qu'il
foit tenu d'y inferer à la tête de chacun des
F iij douze
970 MERCURE
DE FRANCE :
douze volumes , ni lefdits Arrefts , ni l'Avis
des Cenfeurs authorifé par celui du 7. Septembre
1722 à la charge par lui de travailler fans
relache à l'Edition dudit volume de Supplement
; & que pour faire connoître au Public
que ledit volume de Supplement fera une partie
neceffaire de ladite Collection , il fera tenu
d'imprimer & inferer à la tête du premier volume
de chaque Exemplaire de ladite Collection
, l'Arreſt qu'il aura plû à Sa Majesté faire
expedier à cet effet . Et Sa Majefté voulant procurer
au Public le débit d'un Livre qui eft
attendu depuis fi long- temps, avec les précautions
cy- deffus propofées & agréées par Sa
Majefté : oui le rapport , Sa Majefté étant en
fon Confeil , a ordonné & ordonne qu'il fera
inceffamment compofé , & imprimé en fon
Imprimerie Royale , un volume de Supplement
à ladite Collection des Conciles , dans
lequel feront inferez tous les Actes omis dans
ladite Collection , & qui doivent y avoir place
; enſemble ceux qui y ont été inferez autrement
qu'ils auroient dû l'être , avec les Notes
qui ont été ou feront jugées neceffaires fur
differentes pieces renfermées en ladite Collection
, & notamment fur la cinquième Table ;
pour être ledit volume de Supplement diftribué
au Public , le plus promptement que faire fe
pourra ; & cependant Sa Majefté à permis &
permet au fieur Aniffon , Directeur de fon
Imprimerie Royale , de vendre & débiter les
douze volumes de ladite nouvelle Collection
des Conciles , en l'état qu'ils font , comme au.
paravant leflits Arrefts de fon Parlement de
Paris , & fans qu'il foit tenu d'y inferer à la
tête de chacun defdits volumes , ni lefdits Arrefts
, ni l'Avis des Cenfeurs authorifé par
adite Cour , lequel demeurera comme non
avenu
MAY 1725 . 971
avenu. Et pour faire connoître au Public que
ledit volume de Supplement doit faire une
partie neceffaire de ladite Collection , veut Sa
Majefté que le prefent Arreft foit imprimé &
inferé à la tête du premier volume de chaque
exemplaire de ladite Collection. Fait Sa Majefté
défenſe au Directeur de fon Imprimerie
Royale , de recevoir ni reconnoître à l'avenir
pour le fait de ladite Imprimerie , d'autres ordres
que ceux de Sa Majefté , ou de ceux aufquels
elle aura à cet égard confié fon authorité.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majeíté
y étant , tenu à Verfailles le 21. Avril 1725.
Signé , PHELYPEAUX.
Prud'homme , Libraire au Palais , vient
de réimprimer les Mélanges d'Histoire
& de Litterature , par M. de Vigneul
Marville , en trois volumes in 12. Cette
édition qui eft la quatrième doit avoir de
grands avantages fur celles qui l'ont précedée
; on a eu foin de fondre dans les
deux premiers volumes les articles qui
compofoient le troifiéme , parce qu'ils y
avoient prefque tous quelque rapport ,
& n'en faifoient qu'une espece de fupplement
; ainfi il a fallu chercher de nouveaux
materiaux pour compofer un troifiéme
tome ; celui qui a pris foin de
cette édition , a tâché de ne point s'éloigner
de l'idée du premier Auteur de ces
Mélanges ; il eft difficile d'entrer dans
aucun détail fur un Livre compofé d'un
Fij Gi
772 MERCURE DE FRANCE.
fi grand nombre d'articles tous differen
les uns des autres. Nous prenons au hazard
une réflexion du troifiéme tome qui
nous a paru fort judicieuſe.
Lorfqu'on voit , dit le nouvel Auteur,
dans les Memoires publics , dans les Journaux
des Sçavans , dans les ouvrages des
Académies , & jufques dans les Gazettes,
tous les fecrets qu'on propofe depuis
quelques années , pour entretenir la fanté
, & pour guerir les maladies les plus
inveterées & les plus incurables , les differentes
machines qu'on dit être inventées
pour l'ufage & les commoditez de la
vie , les pomades excellentes , les eaux
propres à entretenir l'embonpoint , la
fraîcheur du teint & la beauté , il ſemble
que nous fommes enfin arrivez au
temps où perfonne n'aura d'infirmité que
pir fa negligence , où tout le monde fe
portera bien , où les femmes feront parfaitement
belles , & paroîtront toûjours
je nes , où l'on évitera également les
dangers des voitures d'eau & de terre.
Cependant il eft encore vrai , que les carolles
verfent , que les batteaux perif
fent fouvent , que les équipages des vaiffeaux
, manquant de bonne eau , fouffrent
infiniment ; que le teint des belles fſe flétrit
de très -bonne heure , que les femmes
ne font pas plus belles , & qu'il y en
a
MAY 1725. 973
a encore de très - laides , que les maladies
qu'on auroit crû gueries par ces prétendus
fpecifiques , recommencent leurs ravages
après quelque temps de diſparitions
que les playes fe rouvrent , qu'un grain
de petite verole étouffe l'homine le plus
robuſte . En un mot , qu'on ne vit pas plus
long- temps , que lorfque nos peres fe
fervant des remedes ordinaires , & de la
nourriture la plus fimple , ignoroient les
merveilleux fecrets qu'on a découverts
dans ce fiecle , & c. p . 430. t. 3.
LE CHEMIN ASSURE' DU PARADIS ,
qui confifte dans l'intelligence & la pratique
de ces paroles de Jefus- Chrift : ſi
quelqu'un veut venir après moi , qu'il renonce
à foi -même , qu'il porte fa Croix &
me fuive , S. Luc , chap. 9. verf. 23 .
Ouvrage très -utile à tous ceux qui vi
vent en Communauté , ou à ceux qui tendent
à la vertu Chrétienne . Traduit de
1'Italien . A Paris , chez Claude Jean-
Baptifte Heriffant , ruë neuve Notre- Dame,
1725. volume in 12. de 504 pages.
SERMONS du Pere Hubert , Prêtre de
l'Oratoire. A Paris , rue Saint Jacques ,
chez la veuve Roulland , 1725. 6. vol.
in 12 .
Le Pere Matthieu Hubert de la Pro-
Fv vince
974 MERCURE
DE FRANCE
.
vince du Maine , qui a paffé pour un des
premiers Prédicateurs de fon temps ,
mourut à Paris dans la maifon de Saint
Honoré le 22. Mars 1717. âgé de 77.
ans. Les trois premiers tomes de ce Recüeil
contiennent les Sermons pour le
Carême. Le quatriéme eft un Avent ;
dans le cinquième & le fixiéme font des
Sermons fur quelques Myfteres ; plufieurs
Panegyriques , des Vêtures , des
Profeffions , & l'Oraifon funebre de la
Reine Marie- Therefe d'Autriche.
LETTRE d'un Theologien à un Ecclefiaftique
de fes amis , fur la Differtation
touchant la Validité des Ordinations des
Anglois. A Paris , Place de Sorbonne ,
chez Amaulri , in 8º de 127. pages..
TRAITE' des Maladies les plus frequentes
, & des remedes propres à les
guerir , 3e Edition . Par M. Helvetius . A
Paris , rue S. Jacques , chez le Mercier ,
1724. 2. vol. in 8 ° . de plus de 1000. p.
LE TEMPLE DE GNIDE . A Paris , ruë
S. Jacques , chez Simart , 1725. in 12 .
de 82. pages. Nous pourrons parler , plus
au long de ce petit ouvrage.
MEMOIRE pour diminuer le nombre
des
MAY 1725.
975
des Procès . Par M. l'Abbé de S. Pierre.
A Paris , rue S. Jacques , chez G. Cavelier
, 1725. in 12. de 420. pages.
RE'FLEXIONS , Sentences & Maximes
morales de M. de la Rochefoucault . A Paris
, chez Ganeau , rue Saint Jacques ,
1725 .
On trouve dans cette nouvelle Edition
les Maximes Chrétiennes qui furent
ajoûtées dans l'Edition d'Amfterdam en
1705. & qui n'avoient point paru dans
l'Edition de Paris en 1714. où étoient les
Notes de M. Amelot de la Houffaye ,
comme elles font dans celle- ci.
L'ARITHMETIQUE rendue facile à la
pouvoir apprendre fans Maître. A Paris ,
chez G. Cavelier , au Palais , Claude
Jombert , rue Saint Jacques , P. Maillet ,
Quay des Augustins , & G. N. Aubert,
rue S. Eftienne d'Egrès , 1725. vol . in
12. de 237. pages , fans l'Avertiffement
, la Table , & c.
Le principal deffein de l'Auteur en
compofant cet ouvrage , eft , dit- il , d'applanir
aux commençans toutes les difficultez
qu'ils trouvent ordinairement dans
cette ſcience , & d'en rendre les principes
plus intelligibles qu'ils ne le font
dans tous les livrés qui ont paru jufqu'à
prefent fur ce fujet. F vj Pous
976 MERCURE DE FRANCE .
Pour faire aifément comprendre le
fond , la fubftance & l'efprit de cette
ſcience , il a imaginé fept Tables nouvelles
& très faciles : pour la numeration ,
l'Addition , la Souftraction , la Multiplication
& la Divifion , pour acquerir en
peu de temps l'habitude & la facilité de
faire promptement toutes fortes d'additions
, grandes ou petites , & un livret de
Multiplication & Diviſion , dans lequel
fe trouvent les 4. regles fondamentales ,
tant en nombres entiers , qu'en nombres
rompus ou fractions , avec leurs réductions
, & les regles de trois droite , inverfe
& de compagnie , & c. Il traite de
la Multiplication & Divifion en nombres
entiers , enfeignant à en faire les preuves
à mefure & en même temps , fans
pour cela pofer un feul chiffre , & fans
rifquer de fe tromper dans les calculs
ni de recommencer jamais aucune regle ,
ce que perfonne n'avoit encore enfeigné,
dit l'Auteur .
INSTRUCTION CHRETIENNE fur le
danger du Luxe , & des faux prétextes
dont on l'autorife , en forme de conference
entre un Prêtre & un Seculier . A Paris
, ruë S. Jacques , chez Lotin.
TABLETTES GEOGRAPHIQUES , CONtenant
>
MAY 1725. 977
tenant un abregé des quatre parties du
monde , leurs bornes , Gouvernemens ,
Religions , & c. avec un Dictionnaire
Geographique. A Paris , ruë S. Jacques
chez Ganeau & Giffart , 1725. in 12 .
MONACHATUS D. Thomæ Aquinatis
apud Caffinenfes , antequam ad Dominicanum
& Prædicatorum ordinem fe tranfferret
, & c. c'est- à - dire , Diflertation Hiftorique
, où l'on montre que S. Thomas
d'Aquin a été Moine Benedictin du Mont-
Caffin , avant que d'entrer dans l'ordre
de S. Dominique. A Lyon , rue Merciere
, chez les freres Brnyfet , 1724. in
8 de 88. pages.
DE FABULA MONA CHATUS Benedictini
divi Thomæ Aquinatis , &c. c'est - àdire
, de la Fable du Monachifme de Saint
Thomas dans l'ordre de S. Benoît , pour
fervir de réponſe à la Differtation Hiftorique
, où l'on a entrepris de prouver
qu'il avoit été Moine du Mont Caffin
avant que d'entrer dans l'Ordre de Saint
Dominique. A Venife , de l'Imprimerie
d'And, Mercurio , 1724. in 8 ° de 96. p .
HUGO GROTIUs de veritate Religionis
Chriftianæ , & c. Traité de la verité
de la Religion Chrétienne. Par H. Grotius
,
978 MERCURE DE FRANCE.
tius , avec des Notes de M. le Clerc. A la
Haye , chez les freres Vaillant & Prevolt
, 1724. in 12. de 384. pages.
METHODE PRATIQUE pour converſer
avec Dieu. Troifiéme Edition , augmentée
de plufieurs fortes d'afpirations tirées de
l'Ecriture , & mifes en forme d'entretiens
. Par un Pere de la Compagnie de
Jefus. A Lyon , rue Merciere , chez les
freres Bruyfet , 1724. in 12. de 405. p.
HISTORIA MEDIANI in Monte Vofago
, & c. c'est- à- dire , Hiftoire de Moyen-
Moutier dans la Montagne de Vofge ,
Abbaye de l'Ordre de S. Benoît , de la
Congregation de S. Vannes , & de Saint
Hidulphe. Par le R. P. Belhomme , Abbé
de Moyen-Moutier. A Strafbourg , chez
J. Dulleker , 1724. in 4º de 467. pages.
Le Poëme de Clovis paroît ici de puis
le commencement du mois , imprimé chez
Piffot , Quay des Auguftins ; il eft fort
eftimé , & a un très - grand débit. Nous en
parlerons plus au long.
Bibliotheca Duboifiana , ou Catalogue
de la Bibliotheque de feu S. E. M. le Cardinal
du Bois , recueillie cy - devant par
M. l'Abbé Bignon : imprimé à la Haye ,
chez
MAY 1725 979
chez Jean Swart & Pierre Deffondt , 1725 .
4. vol. in octavo ; & fe diftribue à Paris
chez Gabriël Martin , rue S. Jacques,
à l'Etoile.
Bibliotheca Fayana , feu Catalogus Librorum
quos ingenti labore congeffit vir
illuftr. Car. Hieron . de Cifternay du Fay,
Prætorianus Centurio : Digeftus & defcriptus
à Gabriele Martin Bibliopola Farifienfi
, cum Indice Auctorum alphabe
tico. Parifiis , apud Gabr. Martin , via
Jacobea , ad infigne Stelle , 1725. vol.
in 8 °.
Le même Libraire diftribuera des Indicules
ou Liftes pour la vente en détail
de cette Bibliotheque qui fe fera au commencement
du mois de Juin .
***
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.
fur le Tombeau , dont il est parlé
dans le Mercure du mois de Mars der
nier.
J
E ne fçai , Monfieur , fi l'Auteur de
la Lettre , inferée dans le Mercure
du mois paffé , au fujet du Tombeau nouvellement
découvert au Bourg de Barfac
, a une grande connoiffance des anciens
Tombeaux ; mais la figure de celui
dont il eft ici queſtion , qu'on voit gravé
dans le Mercure , eft moins la figure d'un
Tom80
MERCURE DE FRANCE.
Tombeau , que celle d'une efpece de
Bierre antique , ufitée quelquefois chez
les Romains. On en voit une femblable
dans la Rome fouterraine de Bofius , 1. 2 .
chap. 5. page 33. Au refte je ne vois pas
qu'il y ait de grandes recherches à faire
fur ce Tombeau , puifqu'il n'y a ni écri .
ture , ni hierogliphe , ni aucun autre indice
, & perfonne n'en fçauroit dire autre
chofe , finon que c'eſt une vieille
maniere d'enterrer les morts . Vous íçavez
, Monfieur , qu'on leur a fait des
Tombeaux fervant de Bierres , de differentes
manieres : tantôt c'étoit une auge
de pierre couverte en dos d'afne , tantôt
c'étoit une espece de Bierre de plâtre ,
ou de briques , ajuftées comme celles
dont il eft parlé dans le Mercure . Enfin
en tout cela je ne trouve rien qui foit
digne d'une grande attention ; à moins
que dans la fuite & dans le même lieu ,
on ne falle quelque autre découverte
plus confiderable . Je fuis , &c.
A Paris , ce zo . Avril 1725.
Dans l'aTemblée publique de l'Acadé
mie Royale des Sciences , du 11. Avril
dernier M. de Fontenelle , Secretaire perpetuel
declara que M. Bernouilly , fils de
P'illuftre M. Jean Bernouilly , Profefleur
de
MAY 1725. 98x
de Mathematiques , à Bâle , avoit reinporté
le prix propofé l'année derniere
fur les Sabliers & Clepfidres . Ce prix
qui a été fondé par feu M. Rouillé de
Meflay , Confeiller au Parlement , eft
de 2000. liv.
PROGRAMME de l'Académie Royale
des Belles- Lettres , Sciences & Arts.
Le Duc de la Force , Pair de France ,
Protecteur de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Sciences & Arts , propofe
à tous les Sçavans de l'Europe un
Prix qu'il renouvelle tous les ans , &
qu'il a fondé à perpetuité . C'eſt une Medaille
d'or de la valeur de 300. liv . au
moins , où font gravées , d'un côté fes
Armes , & de l'autre la Devife de l'Académie.
Il fera diftribué le premier jour
du mois de Mai 1726 .
Cette Compagnie , à qui M. le Protecteur
laiffe le choix du fujet fur lequel
on doit travailler , & le droit de décider
du merite des Ouvrages qui feront envoyez
, avertit le Public qu'elle deftine
le Prix à celui qui donnera l'hipotheſe la
plus probable fur le flux & reflux de la
Mer.
L'Académie fouhaite de trouver du
nouveau dans les Differtations qu'elle recevra.
Il n'eft pourtant pas indiſpenſable
que
982 MERCURE DE FRANCE.
que cette nouveauté foit dans le Syftême
, peut- être le vrai a- t'il été déja prefenté
, & n'a- t'il été méconnu que faute
d'avoir été rendu évident . Mais fi un Auteur
adopte une hypotheſe déja connuë ,
il faut du moins qu'il en augmente la
vrai-femblance par de nouvelles preuves
fondées fur des raifonnemens folides ,
des experiences & fur des obfervations .
fur
Dans la conference publique du premier
jour du mois de Mai , on fait la lecture
de la Piece qui a remporté le Prix.
Quand elle eft trop longue , on n'a le
temps que d'en lire des lambeaux. Cela
eft peu fatisfaifant pour le Public & pour
l'Auteur. Dans la vûë d'y remedier , on
prie ceux qui fe trouveront obligez par
l'abondance de la matiere , de donner une
grande étendue à leurs Diflertations , d'y
ajoûter feparément une efpece d'abregé
ou d'extrait de leur Ouvrage , dont la
lecture , qui ne doit durer que demicheure
au plus , puiffe donner une idée
fuffifante du Systême & des preuves. La
Differtation préferée n'en fera pas
moins
imprimée tout au long.
Il fera libre d'envoyer les Differtations
en François ou en Latin , elles ne
feront reçues que jufqu'au premier jour
de Janvier prochain inclufivement . Cel
les qui arriveront plùtard n'entreront
pas
1
MAY 1725. 983
pas en concours. Au bas des Differtations
il y aura une Sentence , & l'Auteur dont
l'Académie veut abfolument ignorer le
nom juſqu'à ce qu'elle ait donné fon jugement
, mettra dans un Billet feparé &
cacheté , la même Sentence avec lon nom
& fon adrefle .
Ceux qui enverront leurs Ouvrages ,
les adrefferont à Meffieurs de l'Académie
Royale de Bordeaux , ou au fieur Brun ,
Imprimeur de cette Compagnie , rue Saint
James. On aura foin de faire affranchir
port les paquets , fans quoi ils ne feront
pas retirez du Courier. A Bordeaux
le premier Mai 1725 .
de
On apprend de Londres que le Docteur
Maubrai a prefenté à la Princeffe de
Galles fon Traité , intitulé le Medecin
des Femmes & que M. Pearce a auffi
prefenté au Prince de Galles , un Livre ,
intitulé les Loix & Coutumes des Mines
d'Etain dans les Comtez de Galles & de
Devon.
Le 6. de ce mois on fit l'inoculation
de la petite verole à la Princeffe Loiiife ,
dernière fille du Prince de Galles , qui
n'a pas encore fix mois accomplis ; quelques
jours auparavant on avoit fait la
même operation aux deux fils aînez , & à
la fille aînée du Duc de Rutland.
La
984 MERCURE DE FRANCE .
La Machine nouvellement inventée à
Londres par M. Newshain , ou Pompe
pour éteindre le feu , jette chaque minute
par un tuyau d'environ trois pouces de
diametre à 120. pieds de diftance , environ
680. pintes d'eau , ce qui eft capable
d'éteindre un grand incendie. Tout le
corps de la Machine n'occupe que trois
pieds de largeur , cinq en longueur , &
autant en hauteur. S. M. Br . a vû cette
Machine , & en a paru très - contente .
On apprend de Rome que le 9. Avril
dernier on débarqua à la Douane un Poif
fon d'une groffeur extraordinaire , qui
avoit été pris entre Palo & Fiumicino ,
dont la tête qui fut portée aux Confervateurs
du peuple , pefoit 284. livres , le
Poillon entier pefoit 1200. livres .
M. Pierre Mignard d'Avignon , Peintre
ordinaire de feuë la Reine Marie-
Therefe d'Autriche , membre de l'Académie
Royale d'Architecture , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , eft mort à Avignon
le 10. Avril 172 5. âgé de quatre - vingtcinq
ans , étant né le 27. Fevrier 1640 .
Il étoit fils de Nicolas Mignard , & neveu
de Pierre Mignard , premier Peintre
du Roi ; il a exercé pendant toute ſa
vie la Peinture & l'Architecture avec
beaucoup de réputation .
II
MAY 1725 .
985
Il a laiffé plufieurs Tableaux de fa
main , & divers defleins originaux de
Raphaël , du Carrache , & d'autres grands
Peintres , plufieurs belles copies d'après
les meilleurs Maîtres , peintes par Nicolas
Mignard , fon pere & par lui , & un
très-grand Recueil d'Eftampes. Ses heritiers
qui réfident à Avignon , donnent
avis au Public qu'ils font dans la volonté
de vendre lefdits Tableaux , Deffeins &
Estampes.
Le fieur Comtoy de Befançon , Horlogeur
, demeurant à Paris , proche la
Forte S. Antoine , a inventé une machine
, appellée Hanriette , qui peut être
utile à plufieurs chofes entr'autres pour
monter une piece d'artillerie au haut d'une
mont gne , pour élever une cloche à
un clocher, pour faire moudre un Moulin
fans eau & fans vent , pour faire marcher
un Carolle fur un chemin uni fans
le fecours d'aucun animal , pour pomper
de l'eau , faire jouer des fontaines , jetsd'eau
, &c. pour faire aller des batteaux
contre le courant des rivieres , & c. Cette
machine que l'Auteur affure avoir été
examinée , & approuvée par Mts de l'Académie
des Sciences , n'eft pas d'une fi
grande dépense que la gruë , & fe
tranfporter partout où l'on veut .
peut
L'Ar36
MERCURE DE FRANCE.
L'Armorial de la Province de Normati
die , annoncé dans le dernier Mercure ,
page 774. eft du fieur Jacques Louis
Chevillard , fils , qui demeure ruë neuve
Notre- Dame , à la Providence , & non
pas du fieur Chevillard , pere . M. de
Clairambault n'a eu aucune part à cet
ouvrage .
ARIA .
S Ento brillarmi in fen ,
Caro adorato ben ,
L'anima amante ;
Se mi concede Amor
L'impero del tuo cor
Io fon regnante .
Sento , & c.
Nous avons promis le mois paffe de
donner dans le Journal de ce mois une Relation
détaillée de la derniere affemblée publique
de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres . Nous nous acquitterons
de cette promeffe dans les deux volu
mes du mois prochain,
SPEC
a
15 .
e
C
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L
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
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Piano .
L'animaAman
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Forte.
X
MAY 1725. 987
L
SPECTACLES.
A BELLE- MERE , Comedie , par M.
Dancourt, lequel a enrichi là Scene
Françoife de quantité d'ouvrages qui
font reftez au Theatre , & qu'on voit
encore tous les jours avec plaifir . Quoique
celui- ci n'ait pas eu une grande
réuffite , on peut dire que c'eft un de
ceux qui lui font le plus d'honneur , par
la maniere legere & vive dont il eft dialo.
gué & verfifié. Le Public a trouvé qu'il
n'y avoit pas allez d'action dans cette
Piece , & que le dénouement n'en étoit
pas heureux . On en pourra juger par
cet Extrait.
ACTEUR S.
Argan. Le fieur Duchemin.
Climene , femme d'Argan , en fecondes
nôces . La De Lamotte.
Clitandre , fils d'Argan d'un premier
mariage. Le fieur Dufresne.
Erafte , fils de Climene du premier lit.
Le fieur Quinault.
Angelique , Pupille d'Argan. La Dile
Labat,
Damis
88 MERCURE DE FRANCE.
Damis , frere de Climene. Le fieur du
Breuil.
Belife , Tante d'Angelique. La Dlle
du Chemin.
Lifette , Suivante de Climene. La
Dame des Hayes.
Carlin , Maître de Mufique. Le fieur
Armand.
Baftien , Maréchal des Logis. Le fieur
Le Grand , pere.
Griffon , Notaire . M. Lavoye.
& c.
ARGUMENT.
Voici en quoi confifte l'action de la
Comedie de la Belle-Mere. Une femme
à qui l'Auteur donne le nom de Climene
, fans biens & fans naiffance , & veuve
d'un premier mari , qui ne lui a laiffé
pour toute fucceffion qu'un fils auffi peu
favorifé de la nature que de la fortune ,
épouſe en fecondes noces un homme riche
, qui a déja eu d'un premier mariage
un fils qui doit heriter d'un bien- trèsconfiderable
, & dont les inclinations ne
le rendent pas indigne des richeffes qui
lui doivent échoir en partage . Climene
en époufant ce ſecond mari qui s'appelle
Argant , forme le deffein de faire tomber
fur la tête de fon propre fils , la riche
fucceffion qui doit naturellement appar
tenir
MAY 1725. 989
I
=
tenir à fon beau - fils . Il ne lui eft pas difficile
de parvenir à fes fins , Argan eft un
homme très- parelleux , & très - fubordonné
aux volontez de fa femme. Les deux
enfans font élevez par une nourrice qu'el
le a mife dans fes interefts ; cette femme
qu'on appelle Perrette fe prête à la fourberie
; les enfans changent de nom , celui
d'Argan , qui s'appelloit Erafte, eft appellé
Clitandre , & celui de Climene , de Clitandre
qu'il étoit, devient Eraſte. La nourrice
vient à mourir ; & agitée des remords
qui fe font ordinairement fentir
dans ces derniers momens , elle fait un
Teftament de mort , par lequel elle declare
fon crime de fuppofition. Cette fuppofition
fait le noeud de la Piece , & le
Teftament de mort en fait le dénouement.
On fent bien par ce petit argument
que le fujet ne fournit rien de plaifant ,
& qu'il feroit plus propre à faire une
Tragedie qu'une Comedie . L'Auteur n'a
pas laiffé de le traiter auffi comiquement
qu'il étoit poffible , & nous a laiffé à douter
fi quelque autre y auroit mieux réuſſi
que lui . Il y a mis un épiſode qui marche
affez bien , & il a arrangé fon plan ,
& diftribué fes Scenes en homme qui entend
parfaitement le Theatre. La Belle-
Mere ne fe contente pas d'avoir fruftré
le legitime heritier d'une riche fuccef-
G fiona
990 MERCURE DE FRANCE.
fion , pour la faire tomber fur la tête de
fon fils , elle veut encore lui faire manquer
un mariage qui lui doit apporter
cent mille écus. Quoiqu'il ne paite que
pour le beau fils d'Argan , & que fous ce
nom il n'ait prefque rien à prétendre du
côté de la Fortune , les belles qualitez
dont la nature l'a doué , foutenues des
bontez que fon prétendu beau pere a
pour lui , lui ont fait faire fon chemin
dans le fervice ; il eft Capitaine , & prêt
à devenir Colonel , tandis que le fils de
Climene vit dans l'obfcurité & dans l'indolence
par les mauvaifes inclinations
que la nature lui a données , & que l'éducation
n'a pû vaincre . Une jeune fille
nommée Angelique , dont Argan eft leTuteur
, est destinée au premier. Argan qui
par la force du fang a plus de tendrelle
pour lui , que pour celui qui paffe pour
fon fils , a confenti avec plaifir à un mariage
qui doit le dédominager des refus
de la Fortune. Belife , Tante d'Angelique
y a donné auffi fon confentement , &
Angelique qui aime aufli tendrement l'époux
qu'on lui veut donner , qu'elle en eft
aimée , fait fon bonheur de rendre fon
amant heureux . La Belle - Mere veut
renverser un projet , dans lequel on ne la
pas confultée ; elle veut abfolument que
fon beau fils renonce au mariage propofé ,
011
MAY 1725 . 991
on en eft d'autant plus furpris, que ce beau
fils paffe pour fon fils , & par- là elle ne
paroît rien moins que Belle- Mere , quoiqu'elle
en foit une des plus méchantes
qu'il en fut jamais. Le menfonge ne lui
coûte rien pour broüiller Clitandre avec
Angelique ; elle fait d'abord entendre
que Clitandre aime ailleurs , & qu'il
s'eft engagé d'honneur à époufer une Demoiſelle
qu'il a vûe à Metz , & à laquelle
il s'eft attaché , de maniere à ne
pouvoir lui manquer de foi , fans s'expofer
au reffentiment de toute fa famille ,
très-diftinguée par fa Nobleffe. Ce premier
artifice n'étant appuyé fur rien tombe
de lui- même ; un éclairciffement entre
les perfonnes intereflées fuffit pour le
rendre inutile. Le dernier auquel Climene
a recours , ne tient gueres plus que
le premier , parce qu'il n'eft pas mieux
fondé . Climene , qui comme nous l'avons
déja dit , a pris beaucoup d'afcendant
fur le pacifique & le pareffeux Argan
, lui perfuade que tout eft raccommolé
, & qu'Angelique confent à renoncer
à celui qu'elle avoit choifi pour
époux , pour époufer celui qu'elle veut
lui donner , c'est - à - dire , le prétendu
beau-fils de Climene . Argan qui n'aime
le bruit eft ravi d'un raccommodeiment
qui lui va épargner des foins , dont
pas
Gij La
992 MERCURE DE FRANCE.
fa parelle ne fçauroit s'accommoder . Climene
fait dreller un contrat de double
mariage. Erafte , fon veritable fils , doit
époufer Angelique , & Clitandre ſon
beau-fils eft deftiné à Belife , Tante d'Angelique.
Le caractere de cette derniere
eft tel que CClliimmeennee llee peut fouhaiter
pour en difpofer au gré de ſes defirs ; elle
eft d'abord amoureufe d'un Maître à
Chanter qui s'appelle Carlin ; de ce premier
amour elle paffe à celui que Climene
lui infpire pour Clitandie . C'eft
un joli homme , un Officier , & tel enfin
qu'elle n'auroit ofé fe flatter d'en devenir
la femme : en faut- il davantage pour
lui faire oublier M. Carlin ? Argan figne
aveuglement ce contrat de mariage , auquel
il croit que toutes les parties ont
donné un plein confentement . Il eft b'entot
éclairci du contraire ; mais fa fignature
n'ayant pas été fuivie de celle des
perfonnes qu'on veut unir malgré elles ,
ce beau projet de Climene doit tomber de
lui-même. Quoique ce projet ne foit pas
trop bien conçû , l'Auteur ne laiffe pas
d'en tirer partie , en faisant retomber l'artifice
fur celle qui l'a tramée. En effet ,
le Teftament de mort qui furvient déconcerte
la fauffe prudence de Climene ,
le Contrat qu'elle a figné fubfifte tout
entier , Clitandre devenu Erafte , & Erafte
C
deveMAY
1725.
993
devenu Clitandre , époufent celles qui
leur font deſtinées par le Contrat .
Voilà quelle eft la Comedie de la
Belle -Mere , qui auroit eu un meilleur
fuccès , fi le fujet avoit répondu à l'habileté
de la main qui l'a traité . En voici
quelques vers qui pourront juftifier ce
que nous avançons , & que les connoiffeurs
ont fenti.
ACTE PREMIER.
SCENE I.
Damis , frere de Climene ne peut comprendre
comment fa foeur peut s'oppofer
à un mariage qui doit rendre heureux
Clitandre qui piffe pour fon fils . Voici
comme l'Auteur les fait dialoguer .
Damis.
Mais cependant , de grace ,
Dites- moi, c'eft le point qui le plus m'embarafie
;
Il s'ofre pour Clitandre un établiffement ,
De ceux dont il dépend nous avons l'agrément
;
Vôtre époux et Tuteur d'Angelique , & fa
Tante
M'a promis comme lui.
Giij Cli994
MERCURE DE FRANCE.
Climens.
C'est une vaine attente.
La Tante & le Tuteur font fort bien difpofez ;
Mais j'ai des fentimens tout- à-fait oppoſez .
Damis.
Oh ! parbleu , c'en eft trop , le courroux me
transporte ;
C'eft montrer pour un fils une haine trop
forte.
Climene.
Mon fils m'eft cher , Monfieur , je vous l'ai
déja dit;
Mais Monfieur mon époux auroit perdu l'efprit
,
S'il fouffroit que Clitandre époufât Angelique,
Il faut choir pour elle un heritier unique.
Vôtre beau-fils.
Ma foeeur !
Damis.
Climene.
Fort bien , vous l'avez deviné.
Damis.
Climene.
De mon projet vous êtes étonné.
Il eft , vous le voyez , de bonnes Belles - Meres.
Damis
MAY 1725. 995
Damis.
Oui , je le vois , il eft de maudits caracteres ,
Que de former lui fe..l le Diable fe mêla ,
Et par malheur pour nous vous êtes de ceux .
là , & c >
Voici d'autres Vers dans la troifiéme
Scene qui peignent le caractere d'Argan
avec autant de legereté qu'on en puiffe
mettre dans une expofition.
...
Argan.
Je m'ouvre à vous , gardez qu'elle le fçache
,
Car pour faire du bien il faut que je me cache ;
Mais je veux vivre en paix , & crains de me
fâcher ,
Et j'aime cent fois mieux encor me relâcher
De ce que je voudrois , & cela par pareffe ,
Paffion dominante en moi , non par foibleffe ;
Je n'en ai point du tout pour elle ; cependant
Cette femme a fur moi pris un tel afcendant ,
Que tout le monde ici croit qu'elle eſt la
Maîtrelle ,
Et que je ne fuis rien , moi .
Damis .
Le tout par pareffe .
Giiij Argan.
996 MERCURE DE FRANCE.
Juftement.
Argan.
Damis.
Devenez un peu moins pareſſeux ,
Faites- vous obéir , & dites , je le veux.
Deux mots. › ・・・
Argan .
Ce ne font
pas les termes que j'évite ;
Deux mots font bien aifez à dire ; mais la fuite?
Eh bien la fuite !
Damis .
Argan.
Oui , dis -je , il faudra difputer,
Damis .
Hé vous difputerez.
Argan.
Crier & s'emporter.
Oüi .
Damis.
Argan.
Mais je mourrois moi d'une pareille aubade ,
Et ma femme un moment n'en feroit pas malade
, & c.
Nous
..MAY 1725.
997
Nous avons cru que le lecteur après
avoir entendu parler Argan & Climene
feparément dans le premier Acte , ne ſeroit
pas fâché de les voir dialoguer enfemble
dans le fecond.
ACTE II. SCENE I
Climene.
Monfieur , point de replique ,
Avec Erafte il faut marier Angelique ;
Que , les cent mille écus , la fille foient pour
lui ,
Et que tout cela foit conclu dès aujourd'hui.
Argan.
Mais , Madame , après tout , j'ai donné ma
parole.
Climene.
Elle n'a point encor paffé par mon contrôle..
Argan .
Eh bien ! fuis- je chez-moi le Maître , s'il vous
plait ?
Climene.
On n peut m'accufer d'agir par intereſt
Argan.
Non. V u faites fur moi retomber tout le
bl .... e.
Gy Cli
998 MERCURE
DE FRANCE
;
Climene.
Un mari bien fenfé ne fait rien fans fa femme
Argan .
Et la femme fait tout , le mari ne fait rien.
Climene.
Et la femme en ce cas & le mari font bien.
Argan.
Voilà pour un menage un fort joly ſyſtême !
Climene.
Voilà comme je penſe , il faut penſer de même.
Mais vous ne fçavez pas jufqu'où Monfieur
mon fils
Pouffe l'impertinence , il arrive à Paris.
Argan.
Il fait bien. Je l'en aime encore davantage.
Climene.
Je ne crois pas qu'il foit fort content du
voyage.
Mais de qui pour le faire a - t'il eu de l'argent ›
De moi.
Argan .
Climene.
Quoi de vous
'Argan,
MAY 1725 . ୨୨୨
Argan.
Qüi.
Climene.
Le foin eft obligeant.
Mais pourquoi , s'il vous plaît , m'en avoir
fait myftere ?
Argan.
Afin de n'être pas détourné de le faire.
Climene.
Tampis vraiment. Monfieur , je devrois l'avoir
fçû.
Argan .
Si vous l'aviez appris , il n'en auroit point eu.
Climene.
Pour cela , non vraiment .
Argan.
Vous voyez bien , Madame ,
Qu'il ne faut pas toujours prendre avis de fa
femme.
Clime ne.
Oh ! je le renvoirai fur le champ , fans éclat,
Argan.
Comme vous l'entendrez , entre vous le débat.
G vj
Clime
1000 MERCURE DE FRANCE :
Climene .
A vos traits imprudents , je fuis toûjours en
bute.
Argan.
Alieu , c'eft le moyen d'éviter la difpute ;
Vôtre fils vient , il a de l'argent , mon aveu,
C'eſt à lui de tirer fon épingle du jeu .
On juge affez par ces morceaux de
Scenes combien il doit avoir de beautez
de détail dans cette Piece . Nous finirons.
cet Extrait par quelques portraits qui y
font répandus. En voici trois ou qua re
dans une feule Scene . C'eft la feconde du
quatriéme Actes elle fe palle entre Argan
& Erafte , en prefence de Clitandre.
Argan.
Clitandre eft Colonel d'un fort beau Regiment.
Erafte.
Volontiers , Colonel , Capitaine , Anfpeffade ,
Tout cela m'eſt égal. Je fuis ravi pourtant
Qu'il ſe pouffe à la guerre , & qu'il aille en
avant.
Mais l'a - t'il de plein droit ? ou s'il en fait
l'emplette ,
Je ne fais pas cas , moi , des emplois qu'on
' ache.c.
Argan.
MAY TOON 1725:
Argan.
Quand le merite en fait obtenir, l'agrément.....
Erafte.
Le merite , voilà de beaux contes vraiment ;
Monfieur , à prix d'argent une Charge achetée,
Eft fur l'ancien merite une place emportée.
Argan.
C'est l'ufage aujourd'hui , l'on n'en fait point
façon.
Erafte.
Oui , c'eſt l'uſage , mais l'uſage n'eſt pas bon..
A
gan.
Vous voulez réformer & la Cour & la Ville..
Erafte.
Je n'aime point à prendre une peine inutile
& c.
Un peu plus bas Argan parle ainfi à Eraſte.
Argan.
Tu n'as qu'à dire un mot veux- tu que je t'achete
Quelque Charge auffi ?
Erafte..
Moi ? non , ma forteſt faite. ·
1
Argan.
1002 MERCURE DE FRANCE.
Argan.
J'aimerois à te voir avec un hauſſe-cou ,
Une pique à la main .
Erafte.
Je ne fuis pas fi fou.
Je ne me trouve point de talent pour la guerre,
Et crains un coup de feu plus qu'un coup de
tonnerre.
S'avance qui voudra dans le métier de Mars ;
Pour moi , je ne veux point en courir les ha、
zards .
Argan .
Fais toi donc Medecin. C'eft un Art bien utile,
Qui ne déroge point.
Erafte.
Non , quand on eft habile ;
Mais qui dit Medecin fouvent dit ignorant .
Argan.
On peut fe rendre habile avec les foins qu'on
prend.
Erafte.
Hé qui diantre aujourd'hui voulez - vous qui
les prenne ?
On n'a garde vraiment , cela fait trop de peine
Puis, dequoi ferviroient cette peine & ces foins?
Tout
MAY 1725.
1003
Tout ignorant qu'on eft , on n'en gagne pas
moins.
Argan.
C'est un bien mal acquis.
Erafte.
Dans le temps où nous fommes ,
Ce n'eftque l'intereft qui gouverne les hommes.
Et comme la plupart n'ont honneur , ni vertu ,
Un écu mal acquis eft toûjours un écu , &c.
Il faut avouer que l'Auteur a tant d'ef
prit qu'il en devient prodigue , & qu'il
met dans la bouche d'Erafte des traits de
critique qui font au- deffus de fon caractere
; mais à cela près on ne peut guere
dialoguer plus vivement , & plus legerement
qu'il fait dans toute fa Piece.
Au refte , fi les traits de fatyre que
nous venons de citer perdent leur prix ,
dans la bouche d'où ils partent , & d'où
ils ne devroient pas partir , il n'en eft
pas de même de ceux qu'on va voir . Ils
font extraits de la feptiéme Scene du
fecond Acte. Cette Scene eft entre Erafte
& Lifette .
Lifette.
Si par mes fentimens vous vous déterminez...
Erafte
2004
MERCURE DE FRANCE .
Erafte.
Oui , je vous le promets , décidez , ordonnez.
Qu'eft-ce qui vous convient ? faites le moi
connoître ;
Et je vous ferai , moi ,
être.
ce que vous voudrez
Lifette.
Mais la gloire pour vous a , je crois , peu
d'attraits ..
Erafte.
On m'a dit qu'elle étoit fort laide à voir de
pris.
Lifette.
Je haïs ainfi que vous le tumulte des armes.
Erafte.
Et la Robe à mes yeux n'a gueres plus de
charmes.
Lifette. "
Vous avez bien raifon , vous iriez aujourd'hui
Vous fatiguer l'efprit des affaires d'autrui ?
Décider au hazard , comme on fait d'ordinaire,
Sur le rapport trompeur de quelque Secretaire,
Ou dans une audience , ou rêveur , ou diftraits
Sur un fait mal compris décider du bonnet ?
D'un plaideur bien fon lé couper fouvent la
go ge ?
Adju
MAY 1725. 1005
Adjuger à François ce qui doit être à George '
Donner à l'un raifon , quand ils ont tort tous
deux ,
Rendre à force d'Arrefts mille gens malheureux.
Achete qui voudra la charge de le faire ;
Vous ne feriez
chere.
pas bien d'y mettre vôtre en-
Erafte.,
La Cour me plairoit mieux.
Lifette.
Eh ! que faire à la Cour ?
Aboyer les emplois , & mentir tout le jour
Eftimer par devoir ? loüer par hyperbole ?
Encenfer la Fortune , & s'en faire une idole ,
Des fentimens d'autrui faire toûjours les fiens .
Erafte.
Non,je fuis pour
cela
trop
fatisfait des miens.
Lifette.
Auriez -vous du penchant pour choifir la fi
nance ?
Erafte.
Ce feroit le parti le meilleur que je penfe.
Lifette.
Mais comme un autre , il a fon dégoût , fon
retour
Et
1006 MERCURE DE FRANCE.
Et ne vaut gueres mieux que la Robe & la
Cour.
Vous vivez largement , chacun vous porte
envie ,
Vous goûtez à loiſir les plaiſirs de la vie ;
Grande chere & bon feu , toûjours en plein
repos :
L'argent de toutes parts vient chez - vous à
grands flots ,
Et fans qu'aucun chagrin vous altere & vous
ronge ,
Vous vous en rempliffez comme d'eau fait
l'éponge ;
Mais lorsque vous croyez vôtre fortune à
bout ,
Elle vous le paroît , & ne l'eft point du touts
Par quelque éponge feche on la voit res
cherchée ,
Et vous devenez , vous , une éponge fechée.
Le Lecteur n'avoieṛa- t'il pas que ce
font- là de vrais traits de Comedie , &
que celle- ci auroit eu un meilleur fuce
cès , fi ces traits là avoient été répandus
fur un fujet plus heureux ?
Les Comediens Italiens ont remis au
Theatre le Jaloux , Comedie en trois
Actes , jouée en Dicembre 1723. dans
la
MAY 1725. 1007
fa nouveauté. Nous avons donné un Extrait
de cette Piece dans le 1. volume de
nôtre Mercure de Decembre 1723 .
Les Comediens François ont reçû depuis
peu deux Pieces nouvelles ; fçavoir ,
Zorobabel , Tragedie , & le Bey d'Alger,
Comedie en trois Actes & en vers .
Les Comediens Italiens donnerent le
20. Avril une nouvelle Comedie , intitulée
les buit Mariamnes . Cette Piece
fut affez bien reçûë du Public ; nous n'en
donnerons pas un Extrait détaillé , de
peur de nous rendre complices des affronts
qu'on fait , ou qu'on prétend faire aux
meilleurs ouvrages . Par le titre feul des
huit Mariamnes on comprend bien qu'on
veut tourner en ridicule tous ceux qui
ont traité ce ffuujjeett ,, ffaannss eenn excepter même
ceux qui y ont réüffi .
La Piece eft allegorique & fait henneur
à l'imagination de fon Auteur. La
Scene eft dans le Serrail du Grand Seigneur
; ce Grand Seigneur eft le Public.
Les Pieces de Theatre tant anciennes que
Modernes , font fes Sultanes favorites ou
difgraciées. Apollon eft l'Eunuque qui
a foin d'en peupler fon Serrail , & tout
Dieu qu'il eft , on le traite avec aflez de
mépris ; l'Auteur ayant voulu fans doute
nous
1003 MERCURE DE FRANCE.
nous faire connoître par-là que les meilleurs
Poëtes ne font que les Efclaves nez
de quiconque les achete. Apollon envoye
au Sultán Public , juſqu'à huit Mariamnes.
Sçavoir , celle de Triſtan , une qui
n'a point paru', deux qui ont été joüées
fur le Theatre François , & les quatre
qu'on a vûës fur le Theatre de la Foire .
Le parterre n'a pis trouvé bon que ces
quatre dernieres vinffent groffir le nombre
, parce que fon équité ne fçauroit
fouffrir les doubles emplois . Le Sultan
Public à qui toutes ces Mariamnes font
prefentées , les chaffe ignominieufement
de fon Serrail , & leur défend d'en approcher
jamais ; cet ordre abfolu n'empêche
pas que celle qui vient de réüſſir
n'y rentre ; le Sultan ne peut fe défendre
des nouveaux charmes qu'elle fait
briller à fes yeux ; la Piece finit par ces
deux vers parodiez , que le Sultan dit à
fa nouvelle favorite.
Vous aurez mon eftime :
Quelques réflexions pourroient vous en pri
ver ;
Mais je n'en ferai point pour vous la conferver.
Le Samedi 19 de ce mois les mêmes
Comediens donneren: la premiere repre
fentation
MAY 1725 . 1009
fentation d'une petite Comedie en vers
que le Public applaudit , & qu'il va voir
avec empreffement. C'eft une deuxième
Parodie critique de la nouvelle Tragedie
de Mariamne , intitulée le Mauvais
Mefnage. Elle a paru fort ingenicufe.
Nous ne manquerons pas d'en donner un
Extrait détaillé , pour mettre le lecteur
en état d'en juger.
Le même jour 19. les Comediens François
cefferent Mariamne après 18. reprefentations
, pour la redonner l'hyver
prochain. Ils doivent jouer auffi une Parodie
de cette Tragedie , dont nous parlerons
quand elle aura paru.
M. de la Motte de l'Académie Françoife
, a fait une Tragedie d'Oedipe que
les Comediens François ont reçûe le
27. de ce mois. On dit que c'eft le meilleur
ouvrage de cet illuftre Auteur.
Le 4..Mai , l'Académie Royale de Mufique
donna la douziéme & derniere reprefentation
de la Reine des Peris , dont
nous avons parlé affez au long dans nôtre
précedent Journal . On reprit le Dimanche
fuivant Armide , & le Mardi 8 ..
on reprefenta Thetis & Pelée pour les
Acteurs ; on a repris la même Piece le
22. qu'on jolie actuellement en atttendant
1010 MERCURE DE FRANCE.
dant les Elemens , Balet danfé par le Roi
dans fon Palais des Thuilleries , en Decembre
1721. La Mufique eft des fieurs
de la Lande & Deftouche , Surintendans
de la Mufique du Roi ; nous avons donné
un Extrait du fujet de ce Balet dans
nôtre Mercure de Janvier 1722. le fieur
Roy en a fait le Poëme.
La Dile Hermance a paru trois fois dans
le rôle d'Armide , & a été extrêmement
applaudie ; elle l'a même été par Mile
Rochoys. Le Public ne nous fçaura pas
mauvais gré , fans doute , de faifir cette
occafion, pour lui parler de cetie celebre
Actrice , qui a toujours un goût infini
pour le chant & la belle déclamation.
Elle jouit d'une penfion de 1500. livres
de l'Académie Royale de Mufique.
Mad : Therefe le Noir , époufe de M.
Carton Dancour , eft morte à Paris le
11. de ce mois , âgée d'environ 64. ans.
Ça été une des plus belles femmes &
des meilleures Actrices du Theatre François
, qui dans un âge allez avancé joioit
encore les rôles d'Amoureufes Comiques
avec beaucoup de grace & de fineffe . Elle
avoit quitté le Theatre en 1720. Elle
étoit foeur du fieur de la Torilliere , fi
cheri & fi eftimé du Public .
On
MAY 1725 . IOTI
On a appris depuis peu que la Dile
Gaut er , Comedienne dans la troupe du
Roi , qui quitta le Theatre il y a environ
deux ans , fe retira d'abord aux Urfulines
de Pont-de Vaux en Breffe ; elle alla
enfuite à Lyon , & entra dans le Monaf
tere des Religieufes de la Vifitation ;
mais fa pieté n'étant pas encore fatisfaite ,
l'ufterité des Carmelites de la même
Ville lui parut plus convenable. Elle
en prit l'habit il y a quelques mois , &
elle y vit avec une grande édification.
XXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES DU TEMPS .
TURQUIE.
E Grand Vifir a promis aux Miniftres des
Paillances Catholiques de faire maintenir
les Religieux de leur Communion dans le
libre exercice de leur Religion , tant en Turquie
que dans la Terre Sainte , & d'empêcher
qu'ils ne foient infultez par les Arabes.
Quatorze mille hommes de recrue nouvellement
levez en Natolie , doivent joindre l'armée
Othomane qui et en Perfe , qu'on dit
être de 23000, Janiffaires , & de 14000,
Spahis.
On a reçû avis de Bagdat que Miry - Mamouth
s'étoit emparé des paffages d'en deçà
de la Georgie ; qu'il en avoit écrit aux Princes
de cette Province , pour les engager à prendre
1012 MERCURE DE FRANCE.
dre les armes en fa faveur ; mais qu'ayant été
inftruits des defordres affreux que commettent
les Troupes; de cet Ufurpateur , ils en
avoient eu tant d'horreur , que bien loin de
fe joindre à lui , ils avoient renvoyé fon
Emillaire , après lui avoir fait couper le nez
& les oreilles.
Le 20 Mars dernier il nâquit un Prince au
Serrail , fils du Sultan regnant. Cette naiffance
fut d'abord annoncée par un grand bruit
de canon & de moufqueterie , elle fut notifiée
le lendemain aux Ambaffadeurs , & autres
reprefentans , par des Agas ,, accompagnez
de Choadars , aufquels on a coutume de donner
quelques prefens. Il y a eu à cette occafion
des illuminations pen lant trois nuits confecutives
à Conftantinople qui ont été précedez
par de grands divertiffemens publics.
Les Lettres de Conftantinople ajoûtent que
le Grand Seigneur a pris la réfolution d'entrete
ir déformais des Miniftres dans les Cours
des Princes Chrétiens qui en envoyent à la
Porte , & qu'il avoit déja nommé un Réfident
à la Cour de Vienne.
Le fils aîné du Grand Seigneur eft dangereufement
malade. Le Mufti a ordonné des
prieres publiques dans toutes les Mofquées
de Conftantinople , pour demander à Dieu
la confervation de ce Prince , pour lequel
S. H. a beaucoup de tendreffe .
Le Vaiffeau qui part tous les ans de l'Archipel
, pour transporter dans la Paleftine
les Chrétiens des Provinces voifines de l'Empire
Othoman , a fait naufrage à la hauteur
de l'Ile de Chypres , & de 600. Pelerins dont
il étoit chargé , il n'y en a eu que onze qui
ont eu le bonheur de fe fauver.
Ruffic
MAY 1725 . 1013
RUSSIE.
E 16. Fevrier les principaux habitans de
Mofcou s'étant rendus au Château du Kre
melin , la Regence leur notifia la mort du
Czar , & l'avenement de la Czarine au Trône
de Ruffie. On leur fit prêter enfuite le même
ferment de fidelité que les troupes de la garnifon
avoient prêté la veille. L'après -midi les
Principaux du Clergé vinrent prêter le ferment
, & vers le foir on donna la liberté à 20.
prifonniers des plus confiderables , du nombre
defquels a été excepté le jeune Prince Gagarin
, dont le pere a été Gouverneur de Siberie.
On apprend de Petersbourg que la Czarine
a donné des ordres pour faire venir d'Italie le
marbre dont on a befoin pour le magnifique
tombeau qu'elle veut faire ériger au feu Czar
fon époux . Elle doit auffi lui faire ériger une
Statue au milieu de la Place de S. Pierre &
S. Paul , à Petersbourg , fur le piedeſtal de laquelle
les plus belles actions de ce Prince feront
tracées .
Cette Princeffe a fait publier une Ordɔnnance
qui réduit de 74. à 70. Kopecs , (a) la capitation
annuelle qui eft établie dans toutes les
Provinces de fa domination , avec défenſe à
ceux qui font prépofez pour la recette de ce
droit d'en percevoir un plus confiderable ,
fous peine des Galeres perpetuelles , & même
de la vie.
Le Gouverneur d'Aftracan a écrit que Miry-
Mamouth faifoit des préparatifs extraordinaires
pour la campagne prochaine ; qu'on n'avoit
pu encore penetrer fes deffeins , mais
(a) Il faut so. Copecs pour faire un écu de
trois livres de France.
H
qu'en
1014 MERCURE DE FRANCE.
qu'en cas qu'il voulut faire quelque entrepriſe
fur les Provinces conquifes par le feu Czar ,
les Mofcovites étoient en état de lui réfifter
ayant 22000. hommes de troupes reglées , fans
compter les Tartares tributaires de la Czarine
, qu'on pourroit affembler en très - peu de
temps.
·
Cette Princeffe continuë de donner une
grande application aux affaires ; elle fe fait
rendre un compte exact de tout ce qui fe décide
dans les differents Colleges , & elle donne
de frequentes audiences à fes Miniftres.
S. M. Cz. a réfolu de former une Maiſon au
jeune Czarowitz , pour lequel elle paroît avoir
beaucoup de tendreffe : elle ne doit lui donner
que des Officiers & des Domeftiques étran 、
gers , afin qu'il fe perfectionne plus aifément
dans les Langues étrangeres , pour lesquelles
il montre de l'inclination.
On affure que toutes les affaires qui concernent
les Provinces conquifes fur la Suede , feront
décidées à l'avenir dans un Confeil particulier
, qui ne fera compofé que de naturels
du Pays , afin que leurs privileges & leurs ufages
foient mieux confervez : que le rapport
des affaires de cette nature qui feront de quelque
importance , fera fait par un Secretaire
d'Etat particulier , au Confeil privé de la Czarine
, auquel affifteront le Duc d'Holftein , le
Grand Chancelier & le Vice- Chancelier.
Sa Majesté Czarienne a ordonné que dans
quelque endroit que le Duc d'Holftein féjourne
, il y ait toûjours devant le lieu de fa demeure
une garde commandée par un Capitaine
avec l'Enfeigne déployée , & qu'on foit
tenu de prendre fon attache pour tous les Emplois
militaires , tant de terre que de mer ,
conformément à ce qui a été ordonné par le
feu
MAY 1725.
.1015
feu Czar quelques jours avant fa mort.
On fait dans les Provinces des levées de
troupes très- confiderables : celles qui étoient
employées aux travaux du Lac de Ladoga ,
ont reçû ordre de marcher vers les frontieres.
La Flote mettra en mer , l'été prochain
pour exercer les Matelots , & il a été réſolu
d'entretenir trente Vaiffeaux de ligne , & 150 .
Galeres , outre les Fregates & Galiotes à Bombes
, &c.
On écrit de Peterſbourg que le jeune Czarowitz
doit occuper inceffamment le Palais qui
avoit été acheté pour le Duc d'Holftein , &
que ce Duc logera dans le Palais de la Czarine.
On ajoûte que le Regiment des Gardes à
pied de ce Prince fera compofé des meilleurs
foldats tirez de tous les Regimens qui font en
Livonie , & dans les autres Provinces conquifes
fur la Suede .
Le Major General Henning eft revenu à
Petersbourg de Siberie , où il a découvert des
mines d'argent & de cuivre ces dernieres
font fort abondantes.
Le corps de troupes de 22000. hommes que
la Czarine a réſolu de faire marcher du côté de
la Pologne , fera compofé de fix Regimens
d'Infanterie , de quatre Regimens de Dragons
, & de 4000. Cofaques qui doivent s'affembler
dans le Duché de Curlande , aux environs
de Mittau , pour traverser la Lithuanie,
& fe rendre dans la Pruffe.
S. M. Cz. a donné la liberté au Colonel Wiricoruski
, qui étoit prifonnier à Veronitz depuis
quelques années , & elle a aioûté à cette
grace l'Employ de Colonel General des Cofaques.
La nuit du 17. au 18. de l'autre mois on
abattit à Petersbourg les potences & les rouës
Hij fur
1016 MERCURE DE FRANCE.
fur lesquelles étoient expofez les corps & les
têtes des fieurs Gagarin , Mouns , Neflerof,
& autres Mofcovites executez pour malveríations
; S. M. Cz. ayant permis à leurs familles
de les faire enterrer .
Les Marchands de Mofcou ont réfolu d'ériger
à leurs frais une Statue en l'honneur du
feu Czar , pour fervir de Monument public
de la reconnoiffance qu'ils ont des foins que
ce Prince s'eft donné en faveur du commerce.
M. Konig , cy- devant Secretaire du Baron
de Schattiroff, & Vice- Chancelier, eft entré au
ſervice du Duc d'Holſtein , dont la maison eft
augmentée de 150. perfonnes au moins. On
affure qu'après la celebration de fon mariage ,
il augmentera fes armes de celles de Livonie
& de Curlande ; cependant les Regimens rendront
à ce Prince les mêmes honneurs qu'à la
Czarine.
Cette Princeffe a , dit- on , réfolu d'établir
un Vice-Roy dans Mofcou , Capitale de fes
Etats , & l'on croit que le Prince Menzikoff
fera revêtu de ce caractere .
On arrêta vers la fin du mois de Mars dernier
à Peterſbourg un Cozaque qui fe vouloit
faire paffer pour le feu Czarowitz : la Czarine
l'a fait conduire dans la Citadelle de Smolensko.
On conduifit dans la même Ville , à peu
près en ce temps-là , une bande de Phanatiques
, dont le Chef fe difoit le Meffie , & les
autres fes Apôtres.
On a commandé 6000. païfans pour remplacer
les troupes qui étoient employées aux
travaux du Canal de Ladoga , qu'on doit
rendre plus profond fur les repreſentations
des Negocians.
Le Prince Charles-Frederic, Duc d'Holftein ,
a pris féance dans le Confeil Privé de la Czarine
MAY 1017 1725.
rine , qui eft compofé prefentement du Comte
Golofskin , Grand - Chancelier , des Princes
Menzikoff , Gallitzin & Dolhorouski , des
Comtes de Tolstoy , Bruce & Gollofskin le
fils , & du Baron d'Ofterman , qui fait les
fonctions de Secretaire d'Etat.
Le 6. de l'autre mois la Czarine fit fes dévotions
dans l'Eglife de la Sainte Trinité à
Peterbourg , & reçut après les marques d'honneur
de l'Ordre de S. André , des mains du
Prince Menzikoff, & du Comte Golofskin ,
Grand- Chancelier. Le même jour S. M. Cz.
inftitua un nouvel ordre , fous le titre de Saint
Alexandre. Le fur - lendemain elle en honora
le Prince Menzikoff , & elle declara qu'elle
n'en difpoferoit qu'en faveur de ceux qui auroient
le rang de Majors Generaux , où d'autres
titres plus éminens . Les marques d'honneur
de cet Ordre font un cordon rouge &
une Croix rouge , fur laquelle Alexandre
Neefski eft reprefenté à cheval avec cette devife
, pour le Travail & la Patrie.
Le 21 Mars , jour des obfeques du feu Czar,
on celebra dans la Cathedrale de Mofcou , un
Service folemnel pour ce Prince , avec la même
magnificence & les mémes ceremonies
qu'on auroit obfervées fi le corps eut été prefent.
Le fils aîné du Kan des Tartares Calmouks
et arrivé à Petersbourg , avec une fuite de 30 .
perfonnes , & de so. chevaux , pour prefenter
à la Czarine des pelleteries de redevance , & s .
chevaux Tartares que le Kan fon pere envoye
à cette Princeffe , avec une Lettre par laquelle
il lui offre le fecours de fes troupes.
S. M Cz . a donné des ordres au Prince de
Repnin d'affembler les troupes qui font en
Livonie , & d'en former un corps d'armée
Hij qui
1018 MERCURE DE FRANCE.
qui fera renforcé dans peu par deux Regimens
de Dragons qu'on fait venir de l'Ukraine
, & par 20. Compagnies de Cofaques.
Cette Princeffe a fait écrire au Prince Dolhorouski
, fon Ambaffadeur auprès du Roi de
Pologne , qui n'a pû obtenir de réponſe pofitive
, concernant l'affaire des Proteftans , de
prendre fon audience de congé , & de revenir
en Ruffie au plutôt .
Un Courrier dépêché de Vienne eft arrivé
à Petersbourg , avec une Lettre de l'Empereur
à la Czarine , par laquelle il lui recommande
les interefts du jeune Czarowitz , neveu de
l'Imperatrice.
SUEDE.
A Commiffion extraordinaire que le Roi
LAV
avoit nommé pour juger le nommé Dufter
Stierna , qui vouloit fe faire reconnoître
pour le feu Roi Charles XII. a condamné cet
avanturier à être expofé trois fois de fuite au
Pilory , & à être enfermé enfuite dans la maifon
des foux. Les nommez Mathieu Roman ,
Tailleur , Jean Valberg , Jardinier , Magdelaine
Landberg , Domeftique , Ekemberg &
& Linditrom , foldats , qui vouloient engager
les Païfans des vallées à regarder cet infenfé
comme leur veritable Souverain , avoient été
condamnez à être décapitez & enterrez fous
l'échaffaut ; mais S. M. a eu la bonté de commuer
la peine de mort en celle du foüet.
Le Roi ayant donné des ordres pour faire
fortifier le Port d'Helfingfos , dans le Duché
de Finlande , & pour en faire une Fortereffe
Royale , il y a deux Ingenieurs prêts à partir
de Stokolm pour en aller tracer les differens
ouvrages .
On mande de Warfovie que les Grands du
Royaume
MAY 1725. ΙΟΙ ,
Royaume de Pologne avoient prié S. M. P.
d'envoyer une partie de fes troupes au fecours
de la République ; mais on a appris que les
Etats de Saxe s'y étoient oppofez.
L'Amirauté a reçû ordre de faire équiper au
plutôt à Carelfcroon huit Vaiffeaux de Guerre,
qu'on dit être deftinez à tranſporter dans la
Pruffe Polonoife 4000. hommes de troupes
Suedoifes qui doivent y joindre les troupes
des autres Princes Proteftans.
L
DANNEMARK.
E 19. de l'autre mois le Roi donna à Frederibourg
, fa troifiéme audience generale,
& vit mettre en fa prefence dans une boëte
les Requêtes & Memoires qui furent prefentez.
Cette boëte que l'on pofe fur une table ,
elt partagée en deux : d'un côté eft écrit en
gros caractere , ETAT CIVIL , & de l'autre ,
ETAT MILITAIRE. Le Roi eſt à côté de la
table , & M. Blohme , Grand- Maréchal de la
Cour , fe tient devant la boëte. Lorfque l'heure
eft paffée on porte cette boete dans le cabinet
de S. M. qui examine enfuite les Requêtes .
On apprend cependant que le Roi de Dannemark
s'étant apperçû que le menu peuple abufoit
de cette grace , a défendu fous des peines
très-feveres de lui prefenter aucune Requête
tendante à lui demander des récompenfes ,
S. M. ne voulant recevoir elle - même que celles
qui regardent fon fervice & le bien general
du Royaume, ou qui lui indiquent l'Auteur
de quelque injuftice notoire contre les Loix
de l'Etat .
S. M. a donné des ordres pour former un
camp de 4 à 5. mille hommes prés de Renfbourg.
Hiiij ALLE
1020 MERCURE DE FRANCE.
ALLEMAGN E.
Es Lettres de Hongrie portent que le 7.
Lde Mars le feu avoit pris à une maifon
d'un des Fauxbourgs de Javarin , & que par
la violence du vent il s'étoit communiqué à
260. autres maiſons qui avoient été conſumées
en moins de trois heures .
On mande de Prague qu'on y avoit fait une
Proceffion folemnelle , à l'occafion de la Canonifation
du Bienheureux Jean Nepomucene
, Chanoine de l'Eglife Metropolitaine , que
la vifite & reconnoiffance de fes Reliques
avoient étéfaites en prefence de l'Archevêque
de la méme Ville , & des Commiffaires députez
du S. Siege , que le procès verbal avoit été
figné par les Evêques de Litomeritz & de Tiberiade,
par quatre des principaux Miniftres
de la Regence de Bohéme , & par les Medecins
& les Chirurgiens qui avoient été appellez
, fuivant l'ufage, & que plufieurs des fpectateurs
avoient affirmé qu'ils avoient vû la
langue de ce Saint prendre une couleur plus
vermeille lorfqu'on l'avoit retirée de fon Reliquaire
de Criftal , qu'elle ne l'avoit lorfqu'elle
y étoit enfermée .
Le 20. Fevrier le Nonce du Pape , à Vienne,
prefenta à l'Empereur la Bulle qui accorde à
S. M. I. la permiffion de lever deux millions de
florins fur les biens Ecclefiaftiques dans fcs
Etats d'Italie & d'Allemagne
Mehemet Effendi , Chancelier de la Répu
blique de Tripoly , & fon Envoyé à la Cour
de Vienne , en partit le 17. Mars pour retourner
en fon pais par la voye de Venife , fans
avoir pû obtenir d'audie ce de l'Empereur.
S. M. I. lui a fait rendre cependant tous les
honneurs qu'il pouvoit fouhaiter , & l'a regalé
MAY 1725 . 102 I
galé d'une Médaille d'or du poids d'environ
1000. florins . On affure que ce Miniftre qui a
été défrayé pendant fon féjour en Allemagne
& auquel l'Empereur a accordé 60. florins par
jour pour les frais de fon retour jufques fur la
frontiere , à caufé plus de 20000. florins de
dépenfe.
Le bruit court que l'Empereur fera mediateur
au fujet des affaires de Pologne , & que
S. M. I. a fait confentir les Princes Proteftans
à envoyer leurs Plenipotentiaires à Breflaw
en Silefie , afin d'y negocier un nouveau traité
de pacification relatif au traité d'Oliva , dont
ces Princes font garants .
les
Et on apprend de Drefde que les Miniftres
des Puiffances Proteftantes , à la Cour du Roi
de Pologne , avoient declaré à S. M. P. que
Princes leurs Maîtres étoient difpofez à convenir
d'un accommodement par rapport à
l'affaire qui intereffe les Proteftans de Pologne,
& qu'en cas de rupture avec la Républi
que , ils ne permettroient aucune hoſtilité
dans l'Electorat de Saxe.
On mande d'Hanover que le feu ayant pris
le 25. du mois de Mars dernier à la maiton
d'un Facteur de la Ville de Clauftal , l'incendie
avoit duré 18. heures , avec une extrême
violence , & qu'il y avoit eu près de 5oo. maifons
confumées avec l'Hôtel de Ville .
La Cour de Vienne a jugé à propos de défendre
à ceux qui , à l'occafion de la Semaine
Sainte , veulent mortifier leur chair par des
difciplines , & autres macerations , de le faire
à l'avenir dans les rues & en public .
L'Empereur a donné un mandement contre
le Roi de Pruffe , comme Electeur de Brandebourg
, tant par rapport aux changemens qu'il
a fait dans les Fiefs du Duché de Magde-
Hy bourg,
1022 MERCURE DE FRANCE.
bourg , qu'à l'égard de la poffeffion du Comté
de Teklenbourg , & des levées forcées dans le
Pais de Juliers , de Bergue & de Reveinſtein .
Lexecution de ce Mandement , en cas que
S M. Pruffienne ne s'y foumette pas , eft commife
à la Suede , à la Šaxe , & aux cercles du
haut Rhin , de Franconie , de Suabe & de
Wefphalie.
Le Traité de Paix entre l'Empereur & le Roi
d'Efpagne fut figné à Vienne le 30. du mois
dernier , par le Prince Eugene de Savoye , Vi
caire General des Etats de S. M. I .. en Italie ,
par le Comte de Zinzendorff , Chancelier de la
Cour & le Comte de Staremberg, Confeiller
d'Etat , & Prefident de la Députation du Banc
Minifterial , de la part de l'Empereur , & par
le Baron de Riparda , chargé des pleins pouvoirs
de S. M. Cath. qui doit prendre dans
quelque temps le caractere d'Ambaffadeur ,
& auquel S. M. I. a fait prefent d'un diamant
de grand prix . On eft convenu d'un terme de
trois mois pour l'échange des ratifications de
ce Traité dont on n'a encore publié aucune
particularité.
ITALIE.
Liftvrela Trinité , où il lava les
E 25. Fevrier le Pape alla en chaife à
pieds à plufieurs Pelerins & les fervit à table.
L'Agent du Roi d'Espagne , à Rome , a
reçû avis qu'il étoit ar ivé à Cadix une Compagnie
de Pellerins de l'Amerique , qui avoient
deffein d'aller à cette Capitale du monde Chrétien
, pour y gagner les Indulgences du Jubilé.
Au commencement du mois dernier on
afficha aux lieux accoutumez , à Rome , une
Sentence d'excommunication prononcée conre
un Evêque Titulaire de Babilone , qui a
confacré
MAY 1725. 1023
confacré un Ecclefiaftique , que fept prétendus
Chanoines d'Utrecht avoient élû Evêque de
la même Ville. Les Chanoines font compris
dans l'excommunication , pour avoir voté
fans aucun droit , attendu que l'Eglife Cathedrale
d'Utrecht eft abolie depuis que la Religion
Proteftante a été établie en Hollande , à
L'exclufion de la Religion Catholique.
Le Comte de Sales , cy - devant Gouverneur
du Duché de Savoye , a été condamné par
contumace à avoir la tête tranchée , & à être
dégradé de l'Ordre de S. Maurice , avec confifcation
de fes biens . Mais cette confifcation
a été accordée à fon fils par le Roi de Sardaigne
.
Le 20. Fevrier les Imperiaux évacuerent la
Fortereffe de Commaccio , & la Garnifon Papale
y entra aux acclamations du peuple.
Le 11. de l'autre mois le Pape alla vifiter
l'Hôpital de N. D. de Lorette , près la Colonne
Trajane , & S. S. s'arrêta en chemin ,
chez la Marquife Bottini , qui étoit à l'extrêmité
, & à laquelle elle donna la Benediction
in articulo mortis .
Le 19. S. S. confacra dans le Palais du Vatican
l'Autel dédié à S. Pierre Martyr , fous
lequel elle fit mettre les Reliques de S. Palombe
& de S. Maxime .
Le 20 le Pape tint un Confiftoire fecret, dans
lequel il propofa l'Evêché d'Eleuteropolis ,
dans la Paleftine , pour le Pere Jean- François
Fouquet , Jefuite François . Le Cardinal Otthoboni
Protecteur des affaires de France , propofa
l'Abbaye d'Obafine , Ordre de Câteaux ,
Diocèfe de Limoge , pour l'Abbé de Lefcurre ,
& celle de N. D. de la Faife , même Ordre
Diocèle de Bordeaux , pour l'Abbé de Secon
dat de Montefquion.
H vi Le
1024 MERCURE DE FRANCE.
(
Le même jour , vers les 9. heures du foir .
la Princeffe Violente Beatrix de Baviere , veuve
du grand Prince Ferdinand de Medicis arriva
à Rome incognito , fous le nom de la Marquife
de Pitiglione , & elle alla defcendre au
Palais de Medicis , où les Cardinaux doivent
lui rendre vifite en habit court , ians cortege ,
& après le Soleil couché ; ainfi qu'il a été reglé
dans une Congregation du ceremonial.
Elle fut complimentée le fur lendemain au
nom du Pape , par M. Leſcari , fon Maître de
Chambre, qui lui prefenta en même temps cent
baffins de rafraîchiffemens .
Le 22. trois Compagnies de Pelerins étrangers
de Pergame de Vicenze , & de quelques
autres Villes d'Italie , entrerent dans Rone
fous differentes Bannieres , & furent reçûës
par les Confrairies Romaines , aufquelles elles
fon agregées .
On a publié à Rome un Decret du Pape ,
par lequel il eft ordonné à tous les Religieux
qui feront nommez déformais aux Evêchez ,
de porter toûjours l'habit de leur Ordre , d'en
dire le Breviaire , & de continuer d'en obferver
la Regle.
Le Cardinal Alberoni a gagné fon procès
contre le Cardinal Zondodari , au fujet des
50000. écus qui avoient été fequeftrez de fon
Evêché de Málaga , & qui lui ont été adjugez
par la Daterie Apoftolique , & par un Decret
de la Congregation de s . Cardinaux députez.
Le 26. Mars l'Ambaffadeur de la République
de Venife, à Rome , alla en grand cortege
a l'audience du Pape , auquel il fit prefent
de la part de la République , d'une urne de
criftal de roche , enrichie d'or , dans laquelle
il y a des Reliques authentiques de Saint Jean
Orfini , qui étoit il y a environ 600. ans Evêque
MAY 1525. 1025
de Traw , Ville de Dalmatie , dépendante
que
de cette Republique..
Le Samedi Saint le Pape tint Chapelle dans
l'Eglife de S. Pierre , où il fit la ceremonie de
benir le nouveau feu & les cinq grains d'Encens
du Cierge Pafcal. Après la Proceffion
S.S fit la Benediction des Fonts , & baptifa
neuf enfans , dont un fut tenu par la grande
Princeffe de Tofcane , un autre par le Prince
François , fils du Prince Ragotski , & c.
M Aldobrandi , Nonce du Pape à Madrid ,
ayant envoyé 12. liv . de Tabac d'Efpagne à un
Prélat de fes amis pour le prefenter à S S.
elle reçût favorablement ce prefent ; mais elle
ordonna à un de fes Officiers de le vendre fur
le champ & d'en diftribuer l'argent aux Pauvres.
Le Pape a envoyé au fils nouvellement né
du Chevalier de S. Georges les Langes benis
avec une Cédule de 8000. écus.
On apprend de Venife que les Dominicains
du Convent de S. Dominique de Caftello , ont
expofé le mois dernier fur le principal Autel
de leur Eglife , une magnifique Croix & fix
Chandeliers d'argent , du prix de 40000. Ducats
, dont le Pape leur a fait prefent.
On mande de Florence que la Princeffe
Douairiere Palatine ayant pris fur la fin de
Mars , le Remede d'un Chimifte étranger , qui
lui promettoit de diminuer fon extreme enbonpoint
, tomba quelques heures après dans une
efpece de léthargie , dont on eût beaucoup de
peine à la faire revenir. Le premier Avril cette
Princeffe eut une attaque d'apoplexie accompagnée
de Contractions de nerfs , & d'autres
mouvemens convulfifs qui firent craindre pour
fa vie , on la faigna le . & on efpere que fa
maladie n'aura point de mauvaiſe fuite.
Les
1026 MERCURE DE FRANCE.
Les Confreres de S. Benoit de la même
Ville partirent le 3. pour Rome , au nombre de
47. ayant à leur tête le Comte Flaminie Bardi,
en qualité de Gouverneur de la Confrairie ,
&c . La Confrairie des Stigmates fe prépare à
faire le même Pelerinage .
Le 7. Avril les Soeurs de l'Archi - Confrairie
de la Nativité de N. S. dite des Agonifans ,
allerent en Proceffion à l'Eglife de S. Pierre ,
pour y gagner les Indulgences du Jubilé attachées
à cette feule Station , en vertu d'un Indult
que le Pape a accordé à cette Confrairie.
La Princeffe de Gravina marchoit à la tête ,
portant le Crucifix , & ayant à fes côtez Dona
Olympe Caffarelly Pamphile , Princelle de S.
Martin , & Dona Marie Juftiniani . Ces Dames
étoient fuivies de près de 7000. femmes de
toutes conditions , après lefquelles marchoient
la Princeffe de Rufpoli & la Princeffe Juftiniani
, Prieure & Sous - Prieure , fuivies de quelques
Confreres , des Gardiens de la Confrairie.
& l'Abbé Conti , qui en eft le Prefet .
Le 11. le Pape confacra la Chapelle de Nicolas
V. du Palais du Vatican , fous l'Autel de
laquelle il pofa les Reliques de S. Venerand &
de S. Faufle Martyrs , après quoi S. S. y celebra
la Meffe.
Le 18. le Pape tint au Palais du Vatican un
Confiftoire fecret , dans lequel le Cardinal Otthoboni
, Protecteur des affaires de France ,
propofa l'Evêché de Tulle pour l'Abbé d'Argentré
& l'Abbaye de S. Mahé- Fin - de -Terre ,
Diocèfe de Leon , pour l'Abbé de Romagny.
Les Lettres de Florence portent que le 17.
& le 20. Avril on y avoit reffenti deux fecouffes
de tremblement de Terre affez violentes ,
mais qui n'avoient caufé aucun dommage.
Le 8. Avril les Chevaliers de l'Ordre Militaire
MAY 1725. 1027
litaire de S. Etienne firent à Pife l'ouverture
du Chapitre General , par une Proceffion folemnelle
, pendant laquelle le Comte de Gherardefca
porta l'Etendart de l'Ordre. Enfuite
procederent par Election à la nomination des
principales Dignitez de l'Ordre. Le Marquis
Neri-Guadegni fut fait Grand- Connétable, le
Chevalier Lanfredini Grand Prieur ; le Chevalier
Maringhi , Grand Chancelier ; le Chevalier
Galafti , Treforier , & le Chevalier Sozzifauti
Grand - Confervateur.
Le 24 la Grande Ducheffe Douairiere de
Tofcane , vifita l'Eglife de S. Sebaftien hors
des murs , & les Catacombes , d'où l'on tira
avec les ceremonies accoûtumées , les Corps
de deux Martyrs , qui furent donnez à cette
Princeffe.
On donnera un article feparé qui contiendra
tout ce qui concerne le Concile National , qui
fe tient actuellement à Rome.
E
ESPAGNE .
15. de Mars la Reine Doüairiere , veuve
du feu Roi Don Louis , partit du Buen-
Retiro , pour retourner en France , accompa
gnée de la Ducheffe de Montellano , fa Cameriere-
Major & du Marquis de Valero , Prefident
du Confeil des Indes & Sumelier du Corps,
qui commande en qualité de Major-Dome-
Major , le détachement des Officiers de la Maifon
du Roi , qui a été commandé pour accompagner
cette Princeffe jufques à la Frontiere
du Royaume.
Le même jour , le Bailly Dom Pierre de Avila
, Ambaffadeur de la Religion de Malthe à
Madrid , prefenta au Roi , de la part du Grand
Maître , plufieurs Oifeaux de Proye , qui lui
avoient
1018 MERCURE DE FRANCE .
avoient été apportez par le Commandeur Don
Georges de Montaner , & à la Reine un Bouquet
de Filigramme d'or , travaillé avec la plus
grande délicateffe.
On a publié à Seville une Ordonnance du
Roi , qui défend à tous particuliers , fous de
rigoureufes peines , de fabriquer ou de vendre
du Tabac en poudre."
Le 20. du mois dernier , Mademoiſelle de
Beaujolois partit de Madrid pour retourner
en France avec la Reine d'Espagne Douairiere
fa foeur, qu'elle joignit le 24. à Arenda , d'où
ces deux Princeffes fe rendirent à Burgos pour
y féjourner jufques après les Fêtes de Pâques.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Malaga , vacant
par la démiffion du Cardinal Alberoni ,
Don Diego de Tiro de Villalobos , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Grand-
Vicaire du Diocèfe.
Les Equipages & le Détachement de la
Maifon du Roi qui doivent fervir l'Infante
d'Efpagne fur fa route , depuis la Frontiere jufqu'à
Madrid , partirent de cette Capitale le 11.
Avril , & ils furent fuivis le 15. par le Marquis
de Santa- Cruz , Grand Maître de la Maifon de
la Reine & par la Marquife de Las Nieves ,
qui eft nommée Gouvernante de l'Infante.
Cette Princeffe arriva en parfaite fanté à S.
Jean Pied de- Port le 16. de ce mois . Le lendemain
au matin elle fut remife avec les formalitez
convenables , au Marquis de Santa Cruz ,
chargé des pouvoirs du Roi d'Efpagne pour
la recevoir, & nommé par S. M.C. pour la
conduire à la Cour avec le Détachement des
Troupes & Officiers de la Maifon du Roi d'EL
pagne , qui a été envoyé au- devant de l'Infante .
PORAVRIL
1725. 1029
PORTUGA L.
ONmande Lisbonne
du mois
de Fevrierde bonne que le 22 desRelis
de Fevrier dernier, le Monaftere des Religieufes
de la Ville d'Aronca avoit été confumé
par le feu, à la réferve de l'Eglife & d'un
Dortoir neuf, dont les murs avoient réfifté à
la violence des flâmes , & que les Religieufes
& leur Abbeffe Dona Loüife Marie Dacunha ,
Soeur du Secretaire du Confeil de la Guerre ,
avoient été obligées de fe fauver pendant la
nuit chez les Bourgeois de la Ville : ce Monaftere
qui avoit été fondé il y a environ soo.
ans par la Reine Dona Mafalda , étoit un des
plus illuftres de Portugal par fon ancienneté ,
par fes Privileges , par les Jurifdictions qui
en relevent, & par fes revenus.
Un Vaiffeau du Roi eft preft à mettre à la
Voile pour aller à Moka , & y tranſporter un
Ambaffadeur de S. M. qui doit aller enfuite à
Pekin , chargé d'une Commiffion particuliere
auprès de l'Empereur de la Chire , & de négocier
un nouveau Traité de Commerce entre
cet Empire & le Portugal. Le Roi a honoré
de ce caractere le Docteur Alexandre Metello
de Souza & Menez , Defembargador de la
Chambre des Requêtes.
Les Prefens dont cet Ambaffadeur eft char
gé , confiftent en une Baignoire d'argent pefant
5600.Marcs , & dont la façon a coûté 4000.
livres fterlings à Londres , deux Coffres de
velours vert , l'un brodé en or & l'autre en
argent , tous les deux remplis d'Etoffes de
France très- riches , plufieurs Tables de Marbre
précieux , un Luftre d'argent venu de Rome
, & plufieurs Caiffes de Bijoux , tant de
Paris que de Londres.
Les differends qui étoient depuis long - temps
entre
1030 MERCURE DE FRANCE.
entre la Cour de Lisbonne & le S. Siege ayant
été terminez , le Roi a reçû de Rome les Builes
de fept Evêques que S. M. avoit nommez aux
Evêchez vacans , tant du Brefil que des Indes
Orientales.
On a publié à Lisbonne un Decret , portant
que tous les Soldats volontaires qui pafferont
aux Indes Orientales , pourront en revenir
après huit ans de fervice , fans être obligez de
demander congé.
GRANDE - BRETAGNE.
Ers la fin de l'autre mois on diftribua par
ordre du Roi , à Londres , & l'on envoya
dans les Provinces , des Copies imprimées des
Comptes des Maîtres en Chancellerie , afin que
ceux qui ont été vexez par les precedentes
malverfations , puiffent fe plaindre & fournir
les preuves neceffaires contre ceux qui en font
accufez.
Le 20. Mars , au foir , le Roy alla au Théatre
du Marché au Foin , voir la premiere reprefentation
de l'Opera de Rodelinde.
Le 15. du mois dernier , les Harponneurs
que la Compagnie de la Mer du Sud envoye
à la pêche de la Baleine , firent à Londres ,
devant les Directeurs de cette Compagnie ,
l'experience de leur art fur un Boeuf qu'on
avoit mis dans le grand Baffin de Deptfort ,
qu'ils enleverent avec leurs Harpons , de la
même maniere qu'on prend les Baleines .
Le Roi a accordé au fieur Thomas Smith ,
des Lettres Patentes pour la Machine qu'il a
inventée & par laquelle il entreprend de faire
aller les Navires contre vent & marée , & même
dans un temps calme .
On apprend de Londres que 150. maifons
ont été confumées par le feu dans la Ville de
Buckingham . Le
MAY 1725 . 103 1
Le 13. de ce mois le Roi prit le deüil pour
fix femaines , à caufe de la mort du Czar dont
la Czarine a donné part à S. M. par une Lettre
qu'elle lui a écrite .
On a fait l'infertion de la petite verole aux
enfans du Comte de Lincoln ; & la Damoiſelle
Eyles , niéce du Chevalier de ce nom , eft morte
de la petite verole qu'on lui avoit donnée par
infertion .
Le 15. du mois dernier neuf filles habillées
de blanc, ayant chacune une baguette blanche
à la main, prefenterent une Requête à la Cour
pour fupplier le Roi de faire grace à l'un des
malfaicteurs condamnez à être pendus ; une
de ces filles offrant de l'époufer fous la potence
, fi on lui accorde fa grace.
Le 16 on fit l'infertion de la petite verole
au Duc de Rutland , qui a près de 30. ans ,
dont la Ducheffe fon époufe qui a eu cette
maladie naturellement eft entierement hors de
danger.
On a forme pour l'amufement & l'inftruction
du jeune Prince Guillaume Augufte , fils
du Prince de Galles , âgé feulement de 4. ans
& quelques mois , une Compagnie de Grenadiers
, compofée d'enfans de dix ou douze ans
qui font l'exercice devant lui deux fois la femaine
dans les Jardins du Palais de Leiceſter.
On parle à Londres de renouveller l'ancienne
création des Chevaliers de Bath , & d'en
limiter le nombre à 36. dont douze feront Pairs
du Royaume , & les autres des Gentilshommes
de la premiere diftinétion. On ajoute que
le Prince Guillaume fera créé premier Chevalier
de cet Ordre , qui eft reputé le plus ancien
de tous les Ordres , ayant été inftitué par Arthur
, Roi des Saxons. Ce qui releve d'ailleurs
fon luftre , c'eft que depuis le Roi Adelftanus ,
buitiéme
1032 MERCURE DE FRANCE .
1
Huitéme Roi des Saxons , qui en fut revêtu ,
jufqu'à la fin du regne de Charles II . nonfeulement
tous les Princes du Sang , mais même
plufieurs Rois d'Angleterre ont été créez Chevaliers
de Bath ou Baius.
Le 3 : de ce mois on vendit au profit des
Intereffez de la Compagnie de la Mer du Sud ,
pour 6874. livres fterlings de biens faifis fur
les derniers Directeurs de cette Compagnie.
Le Comte de Staremberg , Miniftre Plenipotentiaire
de l'Empereur à Londres , a remis au
Roi la Copie du Traité qui a été conclu à
Vienne entre leurs M. I. & Cath ,
HOLLANDE ET PAIS - BAS.
Na renouvellé à la Haye pour cinq ans
le Placard qui deffend de falfifier le Fromage
de Hollande .
La nouvelle Compagnie de Commerce des
Pais -Bas a refolu de faire travailler inceffamment
au Port d'Oltende pour le rendre plus
profond , & en rendre l'entrée & la fortie plus
aifée. Les ordres font donnez pour reprendre
les travaux commencez l'année derniere pour
élargir & creufer le Canal qui conduit de Bruges
à Oftende. Le grand chemin qui conduit
de Courtray à Tournay va être pavé.
Le 11. du mois dernier , le Vice- Amiral
Sommelsdik partit du Texel avec un Escadre
de 5. Vaiffeaux de guerre que les Etats Generaux
envoyent dans la Mediterranée , pour croifer
contre les Corfaires de Barbarie.
Le 30. Avril , le Marquis de Fenelon , Ambafadeur
de France à la Haye , fe rendit à
Delft, & y fit traité avec tous les Gentilshommes
de fa fuite par M. Hefelt , Maitre d'Hôtel
de l'Etat. Vers les deux heures arrès midi
le Baron de Renfwoude & le fieur Vander-
Wayen ,
AVRIL 1725. 1033
Wayen, Deputez des Etats Generaux partirent
de la Cour dans le premier Caroffe de l'Etat ,
fuivi de 80 autres Caroffes pour aller recevoir
cet Ambaffadeur , qui fe rendit vers les 4. heures
à Hornburg dans le Yacht de leurs H. P. Ce
Miniftre étant monté dans le Carofle de l'Etat
les deux Députez fe placerent fur le devant , &
l'Entrée fe fit dans l'ordre fuivant.
>
Deux Poftillons de l'Etat à cheval precedoient
le Caroffe à 4. Chevaux du Mailtre d'Hôtel de
PEtat ; ils étoient fuivis des 2. Suiffes & des
Gens de Livrée de l'Ambaffadeur en habits de
drap jaune galonnez d'argent ; de l'Ecuyer &
4.Pages de ceMiniftre, habillez de velours jaune
garni de Points d'Espagne d'argent ; du Caroffe
de l'Etat , dans lequel étoit l'Ambaffadeur &
les deux Députez , & qui étoit precedé & fuivi
de plufieurs Meffagers de la Generalité ; du
premier Caroffe de ce Miniftre , attelé de 8,
chevaux magnifiquement harnachez ; de fon
fecond & 3e. Caroffe , dans lefquels étoient fes
Gentilshommes ; & près de 80, Caroffes des
principaux de la Regence. Le Marquis de Fe
helon étant arrivé à l'Hôtel du Prince Maurice
au bruit des fanfares , des Trompettes & des
Timbales , les Etats Generaux l'envoyerent
complimenter par une députation folemnelle ,
compofée du fieurVan - Heuskelom pour laProvince
de Gueldres ; du fieur de Nieveit & du
Penfionnaire de Hornbek , pour celle de Hollande
; du fieur Weliters , pour celle de Zelande
; du Baron de Renswoude , pour celle d'Utrecht
, du fieur de Vegelins de Claerbergen ,
pour celle de Frife ; du fieur Eckhoult , pour
celle d'Overiffel ; & du fieur Tamminga , pour
celle de Groningue & les Ommelandes.
Le 3. de ce mois vers les 11. heures du matin
, le Baron d'Yffelmuyden & M. Emminck ,
Députez
1034 MERCURE DE FRANCE.
Députez des Etats Generaux , allerent prendre
le Marquis de Fenelon à fon Hôtel , & le conduifirent
à l'audience publique de L. H. P.
aufquelles il prefenta fes Lettres de Créance.
M. Van- Dorp de Maefdam répondit à la Harangue
de cet Ambaffadeur , qui fut reconduit
à l'Hôtel du Pr. Maurice , où il fut magnifiquement
regalé. Le 8. le Marquis de Fenelon donna
un magnifique repas aux principaux Membres
de la Regence , & à plufieurs perfonnes
de confideration , & le 9. au foir il y eut un
Bal dans fon Hôtel.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages des Pays Etrangers .
E Prince de Forefte eft mort à Bologne à
La fin du mois dernier. Il a fait des legs
confiderables aux Princeffes de Carignan.
Le fils du Chevalier Jean Jennings eft mort
à Londres , quelques jours après avoir reçû la
petite verole par infertion.
Le Comte Charles- Augufte d'Ifembourg eft
mort le 16. Mars à Mariemborn , dans fa 59.
année.
Dona Ifabelle Azaialdi d'Adda , mere du
Gouverneur de la Ville de Loîne , eft morte
à Milan , âgée de 90.
M. Corneille Steenhoven , qui avoit été élû
Archevêque d'Utreck le 27. Avril 1723. par
quelques Ecclefiaftiques , fe difant Chanoines
de l'Eglife de la même Ville , autrefois Metropolitaine
, & qui en confequence de cette
élection declarée nulle à Rome , avoit été facré
le 15. Octobre dernier par M. Dominique-Marie
MAY 1725. 1035
rie Varlet , Evêque Titulaire de Babilone ,
quoiqu'interdit , y eft mort le 3. de ce mois ,
âgé d'environ 64.
Le Comte Colyer , Ambaffadeur d'Hollande
à Conftantinople , y mourut le 6. Mars , n'ayant
été que peu de jours malade de la poitrine.
Le Duc de Buckingham eft mort à Londres
au commencement de ce mois , âgé de 84. ans .
Jean- Antoine de Knebel , Evêque d'Eichftadt
& Prince de l'Empire , eft mort dans fon
Diocèſe le 27. du mois dernier, âgé de 8 1. ans .
Le 2. de ce mois Pierre Barbarigo , Patriarche
de Venife , & Primat de Dalmatie , mourut
à Veniſe dans la 54. année de fon âge.
Le 6. Mars vers les fix heures du matin , la
Princeffe Clementine Sobieska , épouse du
Chevalier de S. George , accoucha heureuſement
à Rome de fon fecond fils , que le Pape
baptifa l'après- midi dans la Chapelle du Palais ,
occupé par cette Princeffe , & le nomina Hen◄
ry- Benoit-Marie - Afride Jofeph-Jean François-
Hermenegilde- Louis - Thomas .
La Princeffe , époufe du Prince hereditaire.
de Heffe-Darmstadt, accoucha d'une Princeffe
à Cologne le 23. du mois de Mars dernier.
t FRAN
1036 MERCURE DE FRANCE .
******************.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Comteffe de Clare , Dame de
Compagnie de Madame la Ducheffe
d'Orleans , a demandé à fe retirer. M. le
Duc d'Orleans lui a accordé une penfion
de 4000. liv. La Marquise de Caftellane
a été nommée pour remplir fa place .
Le 6. de ce mois le Roi quitta le deuil
qu'il avoit pris pour la mort du Czar ,
après l'avoir porté pendant trois ſemaines .
Le Comte de Telle , Premier Ecuyer
de la Reine , a donné fes ordres pour faire
travailler fans perte de temps aux équi - ´
pages , & à la livrée de la Reine .
On a ordonné fix grands Caroffes à
fix places chacune , trois du corps & trois
de fuite , fans compter les Caroffes du
Premier Ecuyer & les Corbillars . L'Ecurie
fera compofée de 72. Chevaux de
Carolle & 50. de felle.
On a appris de Bayonne que le Marquis
de Santa- Cruz & la Marquife de
Las-Nieves y étoient arrivez avec une
partie de la fuite que le Roi d'Efpagne
envoye au -devant de l'Infante.
Le
MAY 1725. 1037
>
Le Pere Jean- Bernard de S. Jerôme
Genois , nouvellement élû General des
Carmes Déchauffez , dans le Chapitre
General tenu à Florence le 2 1. du mois
dernier , eft arrivé à Paris le 4. de ce
mois ; il fut reçû au fon des cloches dans
le Monaftere de fon Ordre , dont il doit
faire la vifite , ainfi que des autres Con
vents de fon Ordre.
Le 7. de ce mois M. le Blanc fortit du
Château de Vincennes. Il fut coucher le
même jour à Bezons chez le Maréchal
de Bezons , & delà il a pris la route de
Normandie pour aller chez fon frere
l'Evêque d'Avranches. Le même jour le
Marquis & le Chevalier de Bellifle fortirent
de la Baftille , ainfi que M. Moreau
de Sechelles , Maître des Requêtes , &
M. de Couches , Brigadier de Cavalerie .
Le Pere Dom Pierre Thibault , cydevant
Prieur de l'Abbaye de S. Germain
des Prez , & qui a paffé par les Charges
les plus confiderables de l'Ordre , fut élû
le 3. de ce mois Superieur General des
Benedictins de la Congregation de Saint
Maur , à la place du feu Pere de Sainte
Marthe , en l'honneur duquel les Religieux
Benedictins viennent de publier
une Lettre qui contient fon éloge .
Le 12. de ce mois , à trois heures 48 .
minutes après -midi , la Ducheffe d'Or .
I leans
1038
MERCURE
DE FRANCE .
leans accoucha heureufement à Verfailles
d'un Prince qu'on appellera Duc de
Chartres . On l'apporta le même jour à
Paris, au Palais Royal , où il y eut le foir
des feux de joye , des illuminations , &
d'autres marques de réjouiffance .
M. Heron , Receveur General des Finances
de Champagne , & Premier Commis
de la Guerre , a été nommé Secretaire
des Commandemens
de Mademoifelle
de Clermont , Princeffe du Sang.
Son Bureau a été donné à M. Riché , qui
avoit le détail de l'Artillerie..

Le Roi à accordé le Gouvernement
du Château de Ferriere , en Languedoc ,
à M. d'Ableville , Lieutenant Colonel
du Regiment de Saillans.
Les Jefuites ont fait reprefenter le 16.
de ce mois dans le College de Louis le
Grand , par les Ecoliers de Rhétorique
une Tragi - Comedie , qui a pour titre le
Danger des Richeffes.
Le 14. l'Archer des Pauvres qui tua il
y a quelques mois un particulier dans la
rue S. Honoré , a été condamné à être
pendu.
Le 19. veille de la Pentecôte le Roi
fe confeffa à Versailles , & communia
après la grande Meffe par les mains de
Abbé d'Argentré
, nommé à l'Evêché
de
MAY 1728. 1039
de Tulles , Aumônier en quartier. S. M.
toucha enfuite un grand nombre de malades.
Le 20. jour de la Fête , Elle affifta à
la Meffe du Saint - Efprit , avec les Commandeurs
, les Chevaliers & les Grands
Officiers de fes Ordres , après avoir tenu
Chapitre dans fon Cabinet , dans lequel
les preuves du Duc d'Offone , du Marquis
de Santa- Cruz , du Comte de San-
Eftevan & du Duc del - Arco , Grands
d'Efpagne , qui avoient été propofez pour
être Chevaliers , furent admifes , au rapport
de l'Abbé de Pomponne , Chancelier
de l'Ordre.
Dans le Chapitre General de la Congregation
de S. Vannes que l'on a tenu à
S. Michel en Lorraine, D. Joſeph Pallert,
Prieur de Saint Pierre de Châlons fur
Marne, a été élû Preſident de cette Congregation
.
Le 2. de ce mois on fit la clôture du
Chapitre general de Cluny dans l'Abbaye
de S. Martin des Champs , à Paris . M.
l'Archevêque de Vienne , en qualité
d'Abbé General de l'Ordre y avoit pres
fidé en prefence de trois Commiflaires
députez de la part du Roi ; fçavoir , MM .
le Cardinal de Biffy , l'Archevêque de
Rouen , & Maboul , Maître des Requêtes
, qui ont été très- favorables à la réforme
de Cluny , à qui ils ont cedé le
I ij Colle
1040 MERCURE DE FRANCE.
College de Saint Martial d'Avignon , &
neuf places dans le College de Cluny , à
Paris , dont a été nommé Superieur Dom
Touffaint de Chatelus , Archidiacre de
Cluny , qui avoit fait l'ouverture du Chapitre
general , par un Difcours latin fort
élegant , auquel M. l'Archevêque de
Vienne , Abbé de Cluny , répondit par
un autre Difcours qui fut auffi fort goûté.
Dom Poncet a été nommé Superieur General
de la réforme . -
Dom Nicolas Coquerel , de l'Ordre de
Cîteaux , Docteur de Sorbonne , cy- devant
Prieur de Vaux- de - Cernay , à prefent
Abbé de Foucarmont , au Diocèfe de
Rouen , fut beni le Dimanche 13. de ce
mois dans l'Abbaye aux Bois par M. I'Evêque
de Blois , affifté de l'Abbé de la
Grange , Chanoine Regulier de Sainte
Geneviève , & de M.... de l'Ordre de
Prémontré.
Le 9. May , veille de l'Afcenfion , on
donna le Concert au Château des Tuilleries
: le fieur Philidor fit chanter le Miferere
de M. de Lully qui fut parfaitement
bien executé , de même que plufieurs
piéces de fimphonie jouées féparément
par les fieurs Batifte & Guignon . Le
Concert fut terminé par un Motet de M.
Bernier : Cum invocarem, & c . On le donna
encore le lendemain jour de l'Afcenfion
MAY 1725.
1441
fion ; on y chanta un autre Motet du même
Auteur : Miferere mei , Deus , quoniam
&c. Mile Antier chanta feule un autre
Motet qui fut fort applaudi ; elle l'avoit
chanté en 1717. au Palais de Luxembourg,
le jour de la Fête- Dieu , lorſque la
Proceffion de S. Sulpice s'y arrêta au magnifique
Repofoir que feu Madame la
Duchelle de Berry avoit fait préparer. Les
paroles de ce Motet qui commence par
O dulcis Jefus , & c. font de l'Abbé Pelegrin
, & ont été mife en mufique par M.
Deftouche .
Le 20 Fête de la Pentecôte , le Concert
fut continué ; on y chanta un Motet de
M. Bernier : Mademoiſelle Antier chanta
celui qu'elle avoit chanté le jour de l'Afcenfion
. Les fieurs Batifte & Guignon
jouerent féparément des Piéces de Simphonie
, qui firent l'admiration de toute
l'aflemblée . Le Concert finit par un Motet
de M. Campra : Beatus vir,&c.
Le 9.Avril Sa Majefté donna au Comte
de Pont S. Pierre , Lieutenant dans le
Regiment du Roy , l'agrément du Regiment
Royal des Cravates , Cavalerie , fur
la démiffion du Marquis de Joyeuſe
Grandpré .
Le nom de Cravates a été donné à un
Corps de Cavalerie Etrangere , originairement
fortie de Croatie ; & pour parler
Liij regu1042
MERCURE DE FRANCE.
regulierement , il faudroit appeller ces
Cavaliers les Croates ; mais l'ufage eft
de dire les Cravates. Le Comte de Vivone
en ayant emmené un Regiment d'au - delà
du Rhin , & en ayant dans la fuite fait les
recrues de foldats tous françois , il obtint
qu'on lui donneroit rang parmi les Regimens
Royaux , fous le titre de Royal-
Cravate , & il eut fon rang après les Cuiraffiers
.
Le Comte de Vivone qui en fut le premier
Meftre de camp , & qui fut fait de
puis Duc & Maréchal de France , eut
pour fucceffeur dans cette Charge le Comte
de Talard , qui étant auffi devenu Dục
& Maréchal de France , fit l'honneur à
ce Regiment de fe mettre à fa tête pour
charger l'ennemi à la bataille de Spire ,
qu'il gagna en 1703 .
Les autres Meftres de Camp de ce Regiment
ont été , le Marquis de Goefbriand
le Comte de Rouci, le Comte de Tilliere ,
le Marquis d'Alegre, le Marquis de Curton-
Chabanes, & le Marquis de Joyeuſe
Grandpré , qui vient de s'en démetre.
Le Comte de Pont S. Pierre qui en eft
le neuviéme Meftre de Camp , eft fils de
Meffire Michel de Roncherolles , Chevalier
Marquis de Pont S. Pierre , premier
Baron de Normandie , & Confeiller
d'honneur né au Parlement de Rouen , &
de
MAY 1725. 104.3
de Dame Marie , Anne , Dorothée Erard
le Gris , Marquife d'Echanffon & de Montreuil
, Comteffe de Cizey ,' & c.
La Maifon de Roncherolles eft une desi
plus anciennes de la Province de Normandie
, & des plus diftinguées par les grandes
alliances , & par le merite des Seigneurs
qu'elle a produit dans tous les
temps. C'eft ainfi que s'en explique la ›
Roque , du Chefne , Sainte Marthe , le
Pere Anfelme , & tous nos autres Genea- ›
logiftes , qui commencent ordinairement
l'hiftoire de cette Maiſon par un Roger
de Roncherolles , qui florilloit dès l'an
1120 , & auquel la plupart de ces Auteurs
donnent la qualité de Chevalier ;
qui dans ce temps - là , n'étoit portée que
par les Seigneurs de la plus haute Nobleffe
, & par les perfonnes les plus qualifiées
du Royaume.
Cette Maifon qui compofoit autrefois
4 branches , ne fubfifte plus aujourd'hui
qu'en 3. La premiere des Marquis de Pont
S. Pierre. La feconde des Marquis de
Roncherolles . Et la troifiéme des Comtes
de Planquery.
La Branche aînée reprefentée par le
Marquis de Pont S. Pierre d'aujourd'hui ,
ne porte le nom de Pont S. Pierre depuis
l'an 1570. que par le partage qui fe fie
entre les enfans de M. Philippe de Ron .
I j che1044
MERCURE DE FRANCE .
cherolles , Baron de Pont S. Pierre , & de
Henqueville , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gentilhomme ordinaire de fa chambre,
& Capitaine de so hommes d'armes
d'ordonnance ; l'aîné , qui étoit Meffire
Pierre de Roncherolles, eut dans fon Lot,
entr'autres Terres, celle de Pont S. Pierre.
Il en prit le nom , & fes defcendans
ont depuis continué de le porter.
Cette Terre de Pont S. Pierre qui
étoit entrée dès l'an 1303. dans la Maiſon
de Roncherolles par le mariage d'Ifabeau
de Hangeft , foeur & unique heritiere de
Meffire Jean de Hangeft Grand Arbalêtrier
de France , & Seigneur des Baronies de
Pont S. Pierre , & de Henqueville , avec
Meffire Jean de Rocherolles , Chevalier
de l'Ordre du Roy , & fon Chambellan ,
eft la premiere Baronie de la Province de
Normandie ; & c'eſt pour cela que les
Seigneurs de Roncherolles qui la poffedoient
, & qui la poffede encore aujourd'hui
, étoient les premiers nommés dans
l'appel que l'on faifoit des anciens Barons
qui devoient prendre féance à l'Echiqier
de Normandie , qui étoit , comme
l'on fçait , une affife generale , où fe trouvoient
les principaux Seigneurs pour juger
les affaires les plus importantes en
dernier reffort .
L'E
-MAY 1725. 1045
L'Echiquier ayant pris le nom de Parlement
en 1514. les Seigneurs de Roncherolles
, comme Barons de Pont S. Pier-
´re , furent les feuls de tous les Barons de
la Province qui y conferverent leur droit
de féance & de fuffrage , & cette prérogative
finguliere leur a été depuis confirmée
avec beaucoup de diftinction en faveur
des ainés de leur maifon , par plu
fieurs de nos Rois.
10. Par les Lettres Patentes de Henry
III. accordées en 1577 à Maître Pierre
de Roncherolles , Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordinaire de la
Chambre , Capitaine de 50 hommes d'armes
de fes ordonnances , qui eft , comme
on l'a déja dit , la tige de la branche
ainée , qui porte le nom de Pont Saint
Pierre.
2. Par celles de Louis XIII. données
en 1623 à un autre Meffire Pierre
de Roncherolles , Baron de Pont- Saint-
Pierre , fils aîné de celui dont il vient
d'être parlé , lequel après avoir été choifi
pour porter la parole à la tête de toute
la Nobleffe de France aux derniers Etats
Generaux tenus à Paris en 1514 fous la
minorité de Louis XIII . fut fait Confeiller
d'Etat d'épée en 1615.
3°. Enfin par celles du feu Roi Louis
XIV. accordées en 1692. au feu Mar-
I v quis .
1046 MERCURE DE FRANCE :
quis de Pont - S. Pierre , ayeul du Comte
de Pont- S . Pierre , aujourd'hui Meſtre de
Camp des Cravates.
Les armes de Roncherolles font d'argent
à deux fafces de gueules .
LISTE des 226. perfonnes qui ont
accompagné l'Infante d'Efpagne jufques
fur la frontiere .
La Ducheffe de Tallard , Gouvernante .
Deux fous- Gouvernantes & fix Femmes
de Chambre.
Dona Loüife Sicardo, Dame Efpagnole.
Deux Valets - de- Chambre , & un Valet-
de-Chambre ordinaire .
Deux Valets de Garderobe & deux
Huiffiers .
Un Porte-Manteau , deux Garçons de
la Chambre & deux Portes - males .
Un Aumônier , un Chapelain , & un
Clerc de Chapelle.
Un Medecin , un Chirurgien & un
Apoticaire.
-
Un Maître d'Hôtel , deux Gentilhommes
fervans , un Contrôleur General
, un Commis de la Chambre aux Deniers
, & so. Officiers ou Garçons des
differens Offices de la Cuifine , de la
Bouche & du Commun.
Un Ecuyer , fix Pages , fix Grands Valets-
de-pied , quatre petits , & 35. perfonnes
MAY 1725.
1047
fonnes pour la fuite neceffaire des équipages.
Deux Maréchaux des Logis , & huit
Fourriers .
Un Maître des Ceremonies.
Un Lieutenant des Gardes du Corps ,
deux Exempts , deux Brigadiers , deux
fous- Brigadiers & so. Gardes .
Un Fourrier des Cent Suiffes , & 12 .
Suiffes.
1
Quatre Gardes de la Porte .
Un Lieutenant de la Prevôté de l'Hôtel
pour la Police , un Exempt & quatre
Gardes .
XX: XXXXXXXXXXXXX
BENEFICES DONNEZ.
L'Abbaye de Noningues Diocèfe de Vabres , Ordre de Câteaux, , vacante par le decès
de la Dame de Toyras , a été donnée à Madame
de Saillant , Abbeſſe de l'Abbaye de Bonlieu
.
L'Abbaye de S. Laurent des Abats , Ordre
de S. Augufin , Diocèfe d'Auxerre , vacante
par le decès du fieur Daquin , en faveur du
fieur de Pefchard , Fyêque de Berythe .
Le Prieuré Commandataire Conventuel &
Electif de Notre- Dame du Jarry , Ordre de
Grammont , Diocèfe de Saintes , vacant par le
decès du fieur Julhard , Clerc tonfuré du Diocèle
d'Angoulême.
I vj Le
1048 MERCURE DE FRANCE.
Le Prieuré de Saint Martin de Pins , au
Diocèle de Mende , vacant par le decès du
fieur de Rochefort , en faveur du fieur Magdonno.
L'Evêché du Puy , vacant par le decès de
M de Conflans , en faveur de M. l'Abbé de
Beringhen , Prêtre du Diocèſe de Paris , frere
de M. le Premier.
L'Abbaye de S. Pé de Generez , Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Tarbes , vacante par
le decès de l'Abbé Dalon , en faveur de l'Abbé
de Lons.
L'Abbaye de S. Melaine de Rennes , à l'Abbé
du Bellay.
,
L'Evêché de la Rochelle vacant par le
decès de M de Champflour , a été donné à
l'Abbé de Brancas , Aumônier du Roi , & l'un
des Agens du Clergé de France. Il y a deffus
5000. livres de penfion ; fçavoir , 2000. livres
au Chevalier de Calviere de Bouqueran , Lieutenant
au Regiment des Gardes Françoifes
Chevalier de Saint Louis , qui doit être reçû
dans POrdre de Saint Lazare pour en pouvoir
jouir. Et 2000. livres à l'Abbé Terraffon de
l'Académie Royale des Sciences , Profeffeur du
Roi en Philofophie au College Royal de
France , & c.
L'Abbaye Commandataire d'Aiguebelle ,
Ordre de Citeaux , Diocèle de S. Paul- trois-
Châteaux , vacante par le decès de M. de Confans
, Evêque du Puy , en faveur de M. Paul
de Durfort Doyme , Prêtre du Diocèfe de
Rieux.
L'Abbaye Commandataire de S. Sauve de
Montreuil , Ordre de S. Benoît , Diocèle d'Amiens
, vacante par le decès de M. Benoife ,
en faveur du fieur Nicolas Gedoyn , Prêtre &
Chanoine de la Sainte Chapelle de Paris , l'un
des
MAY
1725 . 1049
des quarante de l'Academie Françoife.
L'Abbaye de Franquevaux , Ordre de Cîteaux
, Diocèfe de Nîmes , vacante par le décès
de l'Abbé de la Petitiere , en faveur de
l'Abbé de Vivet de Monclus, Grand- Vicaire de
l'Evêché de Langres.
L'Abbaye des Bernardines de Neuchâtel en
Braye Ordre de Citeaux , Diocèſe de
vacante par le décès de la Dame Deſmarets
enfaveur de Madame le Normand , Religieufe
de la Madeleine de Trefnel,
L'Abbaye réguliere de Niceil , unie au
Chapitre de l'Eglife Cathedrale de la Rochelle ,
pour y tenir la feconde Dignité , vacante par le
décès de Monfieur Phelipeaux , en faveur de
l'Abbé Gautier de Montreuil , Prêtre au Diocèfe
de Paris , Licentié de Sorbonne.
L'Abbaye Reguliere d'Arroüaife en Flandres,
à Don Philipe les Courcheult.
Le Prieuré de Chary , Diocèfe de Vivier , à
l'Abbé de Rochechouart.
MORTS & MARIAGES.
Ma
R Antoine Thibault , Chirurgien Major
de l'Hôtel Dieu de Paris , y mourut le 1✈
Mars dernier, âgé de 58 ans , extrêmement regretté
, tant par fa grande habileté dans fa profeffion
que par fonhumeur b.enfaifante ; il étoit
natifdu Comté de Namur.
Dame Françoife Nau , veuve de M. Claude
le Doulx , Chevalier Baron de Melleville , Confeiller
en la Grande Chambre du Parlement ,
mourut le 27 Mars âgée de 68. ans
Le Reverend Pere Dom Denys de Sainte.
Marthe
1050 MERCURE DE FRANCE.
Marthe , Superieur General des Benedictins
de la Congregation de Saint Maur , mourut à
Paris dans l'Abbaye S. Germain des Prez , le
30. Mars , jour du Vendredi Saint âgé de 75 .
ans . Il étoit Auteur de plufieurs Ouvrages
dignes de fa pieté & de fon érudition . On
vient d'imprimer le troifiéme tome de fa Gaule
Chrétienne , qui fera continuée & conduite à
fa perfection par des Religieux de la mêne
Congregation , fur le plan & fur les Memoires
que leur a laiffé ce fçavant homme.
Le lendemain 31. à une heure après - midi ,
fon corps fut expofé dans le Chapitre de l'Abbaye
, où les RR. PP. Jacobins du Fauxbourg
S. Germain vinrent proceffionnellement , &
en Corps de Communauté , chanter un Libera.
Après les Complies la Communauté des Benedictins
alla lever le Corps , qui fut placé au
milieu du Sanctuaire , où il refta durant le
temps que durerent les Vêpres des Morts ,folennellement
chantées . Puis il fut inhumé
dans le Choeur de la grande Chapelle de la
Vierge , lieu deſtiné pour la fepulture des Generaux
de cette Congregation. Un grand nom
bre de perfonnes de diftinction , & des Religieux
de plufieurs Ordres affifterent à fes ob-
Teques.
Le lendemain des Fêtes de Pâques 4. Avril
les Religieux de l'Abbaye Saint Germain celebrerent
un Service très- folemnel , auquel
plufieurs perfonnes de la premiere qualité , &
quantité de Religieux de differens Ordres affifterent.
Le 10 d même mois les Chanoines Reguliers
de l'Abbaye de Sainte Geneviève firent
auffi un Service folemnel pour le repos de l'ame
de ce Pere , & pour honorer fa memoire
avec une dutination particuliere ; ce qui a été
imité
MAY 105 T 1725.
imité par les RR . PP. de l'Oratoire dans leur
Eglife de la rue S. Honoré.
Le 11. les Religieux de l'Abbaye Royale de
S. Denys celebrerent auffi un pareil Service
avec beaucoup de folemnité.
Dame Françoife GenevieveColin , veuve de
M.François Lefcalopier , Chevalier , Baron de
Nourad , de la Guediere &c. Confeiller en - la
Grande- Chambre du Parlement , & Mere de
M. Leſcalopier , ci - devant Intendant du Commerce
, aujourd'huy Intendant de Châlons en
Champagne , mourut le 3. Avril , âgée de 74.
ans.
Laurent Magnus , Comte de Sparr , Lieutenant
Colonel du Regiment d'Infanterie Allemande
de Sparr , fils de Pierre Magnus Comte
de Sparr , Grand- Maître de l'Artillerie de Suede
, & Ambaffadeur Extraordinaire en France.
en 1672 Et de Dame d'Ebba Marguaretta
Comteffe de la Gardie niéce de la Comteffe de
la Gardie , depuis Reine de Suede & Epoufe
de Guftave Adolphe mourut à Paris le 7 .
Avril agé de 61. ans .
>
>
>
>
Godefroy Julles de la Tour d'Auvergne
fils de Frederic Julles de la Tour d'Auvergne
& de Catherine Olive de Traule , Princeffe
d'Auvergne , mourut le 11. du même mois ,
âgé de 4.ans & quelques mois.
Le 12 du mois dernier , Marguerite le Lequien
, veuve de Jaques Roche, ancien Officier
de la Maréchauffée de Picardie , mourut à
Amiens , âgée de cent ans accomplis.
M Jean Edouart de l'Etoile de Pouffemothe
, Chevalier Sire & Comte de Graville , fecond
Prefid nt de la Cour des Aydes , mourut
à Paris le 12 de ce mois dans la quatre- vingtquatrième
année de fon áge.
Le même jour , Dame Angelique du Biez ,
Veuve
1052 MERCURE DE FRANCE.
veuve de M. Theophile de Caftais , Capitaine
au Regiment du Roy , âgée de 30 ans.
Jean Comte de Joyeuſe , mort fans enfans
à Paris le 25. du mois dernier , ne laiffe point
d'enfans de Marie Victoire de Merode , fon
époufe. Le Comte de Grand- Pré & Mademoifelle
de Grand - Pré fes frere & foeur font fes
heritiers.
Pierre Puchot , Marquis Defalleurs , Lieutenant
Général des Armées du Roy , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
& Gouverneur des Ville & Château de Laval,
mourut à Paris le 25. du mois dernier , âgé de
82. ans. Il étoit Capitaine aux Gardes , & Brigadier
d'Armée , lorfque le feu Roy en 1696.
l'employa dans les Cours Etrangeres , après
avoir été Envoyé Extraordinaire vers les Electeurs
de Cologne & de Brandebourg. Il fût
nommé à l'Amoaffade de la Porte , où il foutint
également l'honneur de la Nation & les interêts
de la Religion Chrétienne . Il a ordonné
par fon Teftament que fon coeur fût porté aux
Capucins de Péra- lez - Conftantinople.
Françoife Hardy , veuve de Robert Vielle
Bourgeois de Paris , mourut le 27 de l'autre
mois , dans fa maifon , rue de la Fromagerie
âgée de 102. ans 11. mois & 12. jours.
Charlotte de Beaumanoir- Lavardin , époufe
du Marquis de la Châtre , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur du Fort de
Pequay , ci -devant Lieutenant General aux
Pays & Duchez d'Orleans , Dunois & Vendomois
mourut à Malicorne dans le Maine,
le 29 Avril , âgée d'environ 58 ans .
Le 12. May Dame Françoife- Madeleine de
Pommereu , époufe de Guy Cefar de la Luzerne
, Comte de Buzeville , mourut âgée de 69
ans.
Le
MAY 1725. 1053
Le 18. Claude- François Paparel , Ecuyer ,
ci- devant Treforier General de l'Ordinaire des
Guerres , & de la Gendarmerie , mourut âgé
de 66. ans.
Le même jour , Cefar de Carvoifin , Cheva-.
lier , Marquis de Carvoifin , mourut âgé de
59. ans.
M. le Marquis de la Cour mourut en cette
Ville d'une attaque d'apoplexie , le 19. de ce
mois , âgé de 59. ans , il étoit d'une des plus
ancienne Nobleffe de Normandie ; il avoit
époufé Dame Magdelaine Charlotte - Emilie
de Caumartin , dont il laiffe deux fils , le Marquis
de Bafleroy , Colonel de Dragons , qui a
époufé Dame Marie Elifabeth de Matignon ,
& le Chevalier de la Cour , Capitaine de Dragons
dans le Regiment de Bonnelles , Cheva
lier de Malthe.
Dame Marie de Rouxel de Medavi , veuve
de M. Chriftophe de Hally . Chevalier , Comte
de la Ferriere , mourut à Paris le 22. de ce
mois , âgée de 76% ans .
Le 21. du mois de Mars dernier Emanuel .
Theodofe de la Tour d'Auvergne , Duc de
Bouillon , & c . veuf de Anne Marie- Chriftine
ide Simiane de Montcha de Gordes , époufa
Loüife-Henriette - Françoiſe de Lorraine , fille
mineure d'Anne-Marie- Jofeph de Lorraine ,
Prince de Guife , Comte de Harcourt , & de
Marie Loüife-Chriſtine de Caftille , Princeſſe
de Guife. La celebration du mariage fut faite
dans la Chapelle du Château du Comte d'Harde
la Paroiffe d'Arcueil. court ,
Le 20. Avril 1725. M. Alexis Magdelaine
Rofalie , Comte de Châtillon , Grand-Baillif
de la Préfecture Royale d'Hagueneau , Meſtre
de Camp General de la Cavalerie- legere de
France , Maréchal des Camps & armées du
Roi ,
1054 MERCURE DE FRANCE.
Roi , veuf de Dame Charlotte Vautrude Voifin
, époufa Dame Anne- Gabrielle le Veneur ,
veuve de Conftant de Manican , Brigadier des
armées du Roi , Meftre de Camp , Lieutenant
du Regiment Royal Piémont , Cavalerie.
Le Roi declara le 27. de ce mois , à Verfailles
, fon mariage avec la Princeffe Royale
de Pologne , fille du Roi Stanillas.
ARREST .
RREST du 10 Avril 1725. portant Re
Aglementfur le fait de la Librairie &Imprimerie
Le Roi étant informé , qu'encore que .
par les Reglemens cy -devant faits fur le fait
de la Librairie & Imprimerie , & notamment
par celui du 28. Fevrier 1723 il ait été pourvû
à tout ce qui avoit paru neceffaire pour y
maintenir le bon ordre ; cependant la negligence
de plufieurs Libraires & Imprimeurs
& l'avarice de quelques uns , ont donné lieuà
differens abus , qui ont excité les plaintes du
public , & portent un préjudice confiderable
au commerce des Livres d'impreffion de France,
dans le Pays étranger ; que même aucuns
defdits Libraires ayant obtenu permiffion de
recevoir des Soufcriptions pour l'impreffion
de quelques ouvrages , n'ont pas fatisfait aux
engagemens qu'ils avoient pris avec le public,
foit pour le temps de la livraifon de ces ouvrages
imprimez , foit pour la qualité du papier
& des caracteres dont ils ont dû fe fervir ;
& d'autres ayant obtenu des renouvellemens
de Privileges pour des Livres déja imprimez
>
ne
MAY 1725 . 1055
ne s'en font fervis que pour empêcher que
d'autres Libraires ne puffent obtenir des permiffions
d'imprimer lefdits Livres , & pour
augmenter le prix de ceux qui leur reftoient
des premieres éditions : & Sa Majesté voulant
y apporter l'ordre neceffaire 'pour maintenir
dans fon Royaume l'Art de l'Imprimerie dans
toute la perfection dont il eft fufceptible , procurer
le bon marché des Livres , & fur- tout
de ceux qui font le plus à l'ufage de tout le
monde , & faire obferver par les Libraires les
conditions portées par les Soufcriptions qu'ils
ont reçûës , ou recevront cy- après , avec la
fidelité qui eft dûë au public. Oui le rapport
du fieur le Peletier de Beaupré , Confeiller du
Roi en fes Confeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel. SA MAJESTE EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Garde des
Sceaux , a ordonné & ordonne que les Reglemens
cy-devant faits fur le fait de la Librairie
& Imprimerie , & notamment celui du 28.
Fevrier 1723. feront executez felon leur forme
& teneur & y ajoûtant , ordonne ce qui
enfuit.
ARTICLE PREMIER.
Il ne fera à l'avenir expedié aucun Privilege
ni permiffion pour imprimer de nouveaux Livres
, ou pour faire de nouvelles Editions de
Livres déja imprimez , qu'il ne foit en même
temps prefenté une épreuve du papier & des
caracteres , dont l'Impetrant voudra fe fervir ,
fur deux feuilles imprimées , lefquelles feront
agréées par Monfieur le Garde des Sceaux
pour être l'une attachée fous le contre- fcel
des Lettres , & l'autre dépofée à la Chambre
Syndicale , où lefdites Lettres feront enregiftrées
, pour y fervir d'échantillon , fur lequel
toute l'édition fera confrontée par les Syndic
>
1056 MERCURE DE FRANCE.
& Adjots de la Librairie , en preſence de
celui qui aura été préposé à cet effet par Monfieur
le Garde des Sceaux , avant que le débit
en puiffe être ouvert ; & feront tous les exemplaires
qui ne s'y trouveront pas conformes ,
faifis & confifquez , & l'Impetrant condamné
en outre en mille livres d'amende , moitié au
profit du dénonciateur , & l'autre au profit
de la Chambre Syndicale , laquelle amende
ne pourra être reputée comminatoire , remife
ni moderée .
II.
Seront tenus les Libraires & Imprimeurs ,
de donner une attention particuliere à ce que
les Editions des Livres qu'ils feront imprimer
à l'avenir , foient abfolument correctes , autant
que faire fe pourra , à peine de confifcation
de celles dont la correction aura été vifiblement
negligée , & de privation des Privileges
ou Permiffions accordées à ceux qui feront
tombez en femblables délits.
III.
Ne fera propofé au Public aucune Soufcrip➡
tion , que pour l'impreffion d'Ouvrages confiderables
qui ne pourroient être imprimez
fans ce fecours , & après que la permiffion en
aura été accordée par Monfieur le Garde des
Sceaux , en confequence de l'approbation qui
aura été faite defdits Ouvrages en entier , par
les Cenfeurs par lui prépofez ; & fera ladite
Permiffion écrite & fignée fur la Feuille imprimée
, appellée Prospectus , qui contiendra
les conditions dont le Libraire fe chargera envers
les Soufcripteurs , foit pour le prix des
Livres & le temps de leur livraiſon , foit pour
la qualité du papier & des caracteres qui feront
par eux employez , laquelle Feuille imprimée
fera dépofée avec ladite Permiffion en
origiMAY
1725. 1057
original , & enregistrée ès Regiftres de la
Chambre Syndicale , fur lefquels le Libraire
fignera fa foumiffion de s'y conformer ; &
ceux defdits Libraires qui manqueront à remplir
aucune defdites conditions , feront condamnez
envers les Soufcripteurs à la reftitution
du double de ce qu'ils auront reçû , & à
une amende arbitraire , fuivant la qualité du
délit .
IV.
Seront tenus les Syndic & Adjoints de la
Librairie de Paris , de remettre dans un mois à
Monfieur le Garde des Sceaux un état des Privileges
renouvellez depuis le premier Janvier
1718. pour des Livres déja imprimez , & un
état des Livres qui ont été réimprimez en confequence
du renouvellement defdits Privileges
; pour fur la verification qui en fera faite ,
être les nouveaux Privileges dont on n'aura
pas fait ufage , annullez , & en être accordez
de nouveaux ou de fimples Permiffions
fuivant
la qualité des Livres , à ceux qui feront
leurs foumiffions de les réimprimer promptement
, & en conformité du prefent Reglement.
FAIT au Confeil d'Etat Privé du Roi , & c.
Outre le Mercure ordinaire de Juin
nous donnerons le mois prochain un fecond
volume , tant pour pouvoir donner
place aux nouveautez du temps prefent ,
que pour fervir de Supplement aux fix
premiers mois de cette année , Gpour avoir
lieu d'employer diverfes Pieces , que les
Auteurs qui les ont remifès , s'impatientent
de voir paroître.
1058
APPROBATION
.
*Ay lủ par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de May ,
& j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion . A Paris , le 2. Juin
1725.
HARDION
.
TABLE
Pître de M. Vergier à M. Courtin . ERéponse
de M.Courtim
Renvoy à l'Auteur du Défi fur les Bouts- rimez.
Suite du Difcours fur la Pefanteus univerſelle
des Corps.
Sonnet , Bouts -rimez propofez .
847
852
855
857
876
877
Seconde Lettre fur les Plantes , Coquillages ,
& c.
Epître au Duc de Vendôme
, par l'Abbé de
Chaulieu,
Funerailles
& Pompe funebre du Czar ,
887
& c.
893.
Stances au Pape fur l'ouverture
du grand Ju
902
bilé. Extrait
de la Differtation
où l'on compare
la
Ville de Paris à celle de Londres
, & c. 906 Ragotin
, Cantate
burleſque
.
Réponse
à la Critique
de l'Opera
d'Armide
.
913
917
Bouts-rimez donnez.
924
Differtation fur ce qu'on croît la nuit & décroît
le jour , & c.
Vers à Ergafile fur fon Défi.
925
930
Ouverture de l'Académie des Belles- Lettres de
Lyon.
Epître en vers , & c.
933
936 Découvertes de M. du Quet dans les Mécaniques.
Epître en vers & Réponſe .
939
945
Statue Equeftre de Louis XIV. à Dijon. 947
Le Singe & le Renard , Fable.
949
Nouvelles Découvertes de Medailles en Provence.
Enigmes , & c.
951
952
Nouvelles Litteraires , & c. Hiftoire Genealogique
& Chronologique de la Maifon de
France , & c. 957
Les Monumens de la Monarchie Françoile ,
& c.
959
Lettre de la Marquife de Buous fur fa converfion.
963
Arreft du Confeil fur la nouvelle Edition des
Conciles du P. Hardouin.
Quatriéme Edition des Mêlanges d'Hiftoire
& de Litterature , & c.
Les Sermons du Pere Hubert.
L'Arithmetique rendue facile , &c.
966
971
973
975
980
Prix remporté par M. Bernoüilly , & c.
Programme de l'Académie de Bordeaux pour
le Prix de 1726.
981
986-
Air Italien gravé.
Spectacles , Extrait de la Belle- Mere , Comedie
, & c.
Les huit Mariamnes , Comedie nouvelle. 007
987
Nouvelles du Temps , de Turquie , & c. 1011
De Ruffie , Suede , Dannemark , Allemagne ,
Italie , Efpagne , Portugal , Angleterre ,
Hollande , & c. 1013
Morts , Naiffances & Mariages des Païs Etran
gers.
Journal de Paris.
Benefices donnez.
Morts & Mariages.
Arreft,
1034
1036
1047
1049
1054
1057
Avis pour les deux volumes de Juin.
Errata d'Avril 1725.
PAge 696, ligne 13. à l'hommage , ôtez à.
Page 827. ligne 2. du bas , n'en , lifez n'em
prunterions.
Fautos à corriger dans ce Livre.
Age 810. ligne 8. Salome , lifez Mariamne.
PPage 888. ligne 4- les vanitez ,lifez la va
rieté.
Page 900. ligne 1s ily aura , lifex il y a eu .
Page 14. ligne 14. efcorter , lifez eſcorte .
Page 924 ligne 15. changer , lifez charger.
Page 939. ligne 11. à deux , lifex deux à deuxi
Page 992. ligne 26. partie , lifez parti .
L'Air naté doit regarder la page 986
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le