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UPIQUE
ET SICET
COR
JA H
H
M.LE PRESIDENT DE WAROQUIER
CONSEILLERD ETATETMTRE DHOTEL DU ROL
DM
Mere
II *
Oct -Nov
1734
112
Presented
by
John
Bigelow
tothe
Century Association
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU
ROT
OCTOBRE 1724 .
Delline
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
I GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEW YORK
PUBLIC
335138
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
LAD
A VIS .
190 ADRESSE
generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis- à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent se fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
voir
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui souhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 .
fols.
2077
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
AV
OCTOBRE 1724.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
LA TOUR TERELLE
ET LE RAMIER.
FABLE.
U'on ne me parle plus d'amour ,
ni de plaifirs ,
Difoit un jour la trifte Tourterelle.
Confacrez-vous , mon ame , à d'éternels foupirs;
A ij J'ai
2078 MERCURE DE FRANCE,
J'ai perdu mon Amant fidelle.
Arbres , Ruiffeaux , Gazons délicieux ,
Vous n'avez plus de charmes pour mes yeux
Mon époux a ceffé de vivre.
Qu'attendons-nous , mon coeur? hâtons- nous
de le fuivre.
Comme on l'eut dit , autrefois on l'eut fait.
Quand nos peres vouloient peindre un Amant
parfait ,
La Tourterelle en étoit le Simbole ;
Elle fuivit toûjours fon époux au trépas ;
Mais la mode change ici -bas
Et cette conftance frivole ,
Depuis long -temps a perdu fon credit ;
La Tourterelle même aujourd'hui fe confole ,
S'il faut tenir pour vrai ce que la Fable en dit.
Elle prétend que cette déſolée ,
A fa jufte douleur voulant être immolée ,
Choiſit un vieux Palais , vrai féjour des Hiboux,
Où fans chercher aucune nourriture ,
Un prompt trépas étoit fon efpoir le plus
doux.
Mais
OCTOBRE 1724. 2079
Mais qui nefait qu'en telle conjoncture,.
Souvent nôtre deftin ne dépend pas de nous ?
Dans cette demeure fauvage ,
Habitoit un jeune Ramier ,
Houpé , pattu , de beau plumage ,
Et quoique jeune , vieux routier ,
En l'art de foulager les douleurs du veuvage.
Pour nôtre Tourterelle il met courtoiſement
Ses plus beaux fecrets en uſage :
La pauvrette au commencement
Loin de prêter l'oreille à fon langage ,
Ne vouloit pas fe montrer feulement ;
Mais le Ramier parlant de défunt fon Amant
Infenfiblement il l'engage
A recevoir fon compliment,
Ce compliment fut d'une grande force.
Il difoit du défunt toute forte de bien ,
Ne blamoit la veuve de rien ,
Bref, ce fut une douce amorce ,
Pour attirer un plus long entretien.
A iij Voilà
2080 MERCURE DE FRANCE.
Voilà donc la belle affligée ,
En tendres propos engagée ;
Elle tombe fur le difcours ,
De l'hiftoire de fes amours ;
Dépeint , non fans cris , & fans larmes ,
Du pauvre Trépaffé les vertus & les charmes ,
Et ne croyant par là que flater fa douleur ,
Elle apprit au Ramier le chemin de fon coeur.
Sur ce que le défunt avoit fait pour lui plaire ,
Il comprit ce qu'il falloit faire ;
Il étoit copiſte entendu ,
Et fçût fi dextrement imiter fon modele ,
Que dans peu nôtre Tourterelle ,
Crût retrouver en lui ce qu'elle avoit perdu.
DESOCTOBRE
1724. 2681-
XX :XXXXXXXXXXX :XX
DESCRIPTION d'une Chaffe generale.
faite dans l'Afie Septentrionale , felon
Les Loix & l'ufage des Empereurs Mogols.
Lettre écrite par M. de la R.....`
J
à M.
E vous l'ai déja dit , Monfieur , dans
nos entretiens particuliers , la Chaſſe
eft prefque auffi ancienne que le monde
elle a fait de tout temps les plaifirs des
plus grands Princes. Les Empereurs Romains
, comme vous le fçavez , ſe ſont
fignalez dans cet exercice , qu'ils ont fait
entrer dans les fpectacles publics avec
une grande magnificence. Mais je puis
vous affeurer que les Empereurs Mogols
les ont furpaffez de beaucoup , vous en
jugerez par la defcription que vous allez
lire d'une Chaffe generale faite fous le
regne du fameux Genghizcan , premier
Empereur des Mogols & Tartares , dont
la pofterité regne encore à la Chine ,
dans l'Inde , dans la Tartarie , & c. Cette
deſcription est tirée des Auteurs originaux
qui ont écrit fon Hiftoire , & confirmée
par l'ufage de pareilles chaffes
qui a continué fous les Empereurs fuccef-
A iiij
feurs
2082 MERCURE DE FRANCE. '
*
feurs de ce grand Prince. Les Auteurs
Orientaux dont je viens de parler , qui
font mention de cette Chaffe , font pour
la plupart dans la Bibliotheque du Roi ;
& ceux qui feront en état de les confulter
, trouveront la defcription tout- àfait
jufte & conforme à ce qu'ils en ont
écrit. La traduction eft de M. Petis de la
Croix , le pere
, Secretaire
interprete
du
Roi , qui a donné
une
Hiftoire
particuliere
de Genghiſcan
; mais
j'ai crû devoir
éclaircir
cette
traduction
en plu
fieurs
endroits
, pour
la rendre
plus
intelligible
, & plus
françoiſe
après
avoir
revû
les Auteurs
en queftion
.
Genghizcan fe trouvant à ** Termed dans
le coeur de l'hiver , & cette faifon l'empêchant
de continuer la guerre, il réfolut
de faire une grande Chafle pour tenir ſes
foldats dans l'exercice continuel des armes
. Pour cet effet comme le PrinceToufchiſcan,
Grand Veneur de l'Empire, étoit
abſent, il'ordonna au Nevian, où fon Lieu
tenant General, de preparer cette Chafſe ,
& de l'étendre auffi loin qu'il fe pourroit.
Le Nevian rempliffant les devoirs dé fa
Charge , eut foin de faire avertir tous les
* Mirconde , Marakefchy , Abulfarage
Arabfchah , Joüiny , Zeheby , & c.
** Termed , Ville importante fur le Fleuve
Oxus.
Veneurs
OCTOBRE 1724. 2083
Veneurs. Il leur marqua la grande étenduë
de terrain qu'ils devoient embraſſer ,
& il les envoya en pofte pour en regler
les bornes . Il commanda enfuite aux
Officiers de l'armée , felon le pouvoir
qu'il en avoit , de fuivre au plutôt les
Veneurs à la tête de leurs troupes , &
d'aller occuper leurs quartiers , d'agir
enfin felon les ordres qu'ils fçavoient
avoir été prefcrits par l'Empereur , lorfqu'il
publia la loi des Chaffes , & qu'il
en regla la maniere. D'abord que les
Officiers eurent conduit les foldats au
rendez- vous , ils les rangerent en haye ,
doublant quelquefois les rangs autour du
grand cercle , ou de la vafte enceinte ,
qui avoit été marqué par les Veneurs , &
que les Mogols appellent Nerké. Ils ne
manquerent pas de declarer , quoique
perfonne ne l'ignorât , qu'il y alloit de
la vie de laiffer fortir les bêtes hors de
cette enceinte generale , qui étoit d'envifon
quatre mois de marche , & qui enfermoit
un vafte Pays , contenant de grandes
Forefts , une infinité d'autres bois , &
de bocages , avec toutes les bêtes qui les
habitoient. Le centre de cette grande circonference
, où il falloit neceflairement
que tous les animaux fe retiraffent enfin
, étoit marqué dans une plaine que
l'on avoit choifie.
A v Les
2084 MERCURE DE FRANCE .
jm
1
Les Officiers de la Venerie dépêcherent
auffi-tôt des couriers au Lieutenant
General des Chaffes , pour lui rendre
compte de la difpofition des chofes , &
pour lui demander les ordres pour la
marche. Le Lieutenant les alla lui- même
recevoir du Grand Can , & enfuite il- les
donna aux couriers qui partirent en diligence
pour les porter aux Officiers de
la Venerie ; après avoir bien remarqué
le quartier de l'Empereur pour le trouver
plus facilement , quand on les y renvoiroit.
Ce n'eſt pas que ce quartier fut
pour toûjours fixe & établi dans un mê
me endroit , car il devoit avancer fuivant
le mouvement des troupes. Mais comme
c'étoit toûjours fur une même ligne
quelque changement qu'il y eut , on ne
pouvoit le chercher inutilement .
,
Les Couriers n'eurent pas plutôt porté
les ordres aux Officiers de la Venerie ,
que ceux - ci les communiquerent aux
Officiers de l'armée . Alors les Timballes
, les Trompettes , & les Cors fe firent
entendre & fonnerent la marche de
toutes parts. Elle commença partout en
même temps , & de la même maniere ,
c'eft à dire , que les foldats marchoient
fort ferrez , & toûjours vers le centre en
pouffant devant eux les bêtes . Ils avoient
derriere eux leurs Officiers qui les obfervoient
,
OCTOBRE 1724. 2085
fervoient , & ils étoient armez , comme
dans une expedition militaire. Cependant
quoiqu'ils eulfent leurs cafques , &
leurs boucliers , leurs cimeterres , leurs
arcs , & leurs carquois pleins de fleches ,
des haches , & des maffes d'armes , il leur
étoit défendu de tuer , & de bleffer aucun
animal , quelque violence qu'il pût
faire. Il y avoit de rigoureufes peines
établies contre ceux qui fe ferviroient de
leurs armes contre les bêtes . Il étoit feulement
permis de pouffer des cris pour.
les effrayer , & les empêcher de forcer
l'enceinte , l'Empereur l'avoit ainſi ordonné.
On marchoit donc tous les jours en
chaffant les bêtes vers le centre , & l'on
campoit toutes les nuits . Le fervice militaire
n'en étoit pas pour cela negligé ,
on demandoit l'ordre regulierement , &
il y avoit des corps de gardes ordonnez
auffi bien que des fentinelles. On les
changeoit. On châtioit ceux qui ne faifoient
pas exactement leur devoir . On
donnoit quelquefois des allarmes . Enfin
tout ce qui fe pratique à la guerre étoit
ponctuellement obfervé .
La marche continua fans obftacle pendant
plufieurs ſemaines ; mais une grande
riviere que les troupes de certains
quartiers ne pouvoient paffer à gué , l'in-
A vj
terrom
2086 MERCURE DE FRANCE.
terrompit. Il fallut faire alte , & en donner
avis aux autres , afin de garder toûjours
l'égalité de la marche. Cependant
ceux qui devoient paffer la riviere y
poufferent les bêtes qui la traverferent
en nageant. Ils pafferent enfuite fur de
grands cuirs ronds & legers ferrez avec
des cordes. Plufieurs foldats étoient auffi
fur un de ces cuirs , qu'ils attachoient à
la queuë d'un Cheval , & le Cheval nageant
le tiroit en fuivant un nageur qui
le précedoit.
Cette riviere ainfi paffée , la marche
ne fut plus interrompue , elle devint toûjours
égale. Le cercle venant à s'étrecir
, les bêtes commencerent à ſe ſentir
preffées , & comme fi elles fe fuffent
apperçues qu'on les vouloit forcer , les
unes gagnoient les montagnes , les autres
fe jettoient dans les vallons les plus couverts
, les autres quittant les voyes , &
les routes ordinaires , broffoient par le
plus épais des Forefts , & par les taillis ,
d'où bien-tôt fentant approcher les Chaffeurs
, elles fortoient pour aller ailleurs
chercher une autre retraite . Les tanieres
de même que les terriers fe rempliffoient
; mais inutilement , car on les ouvroit
avec toutes fortes d'inftrumens propres
à remuer la terre , il n'y avoit pas
-mêine juſqu'aux Lapins que l'on ne forçat
>
OCTOBRE 1724.
2087
çat de fortir de leurs trous avec des Furets
. Enfin le terrain ordinaire leur manquant
peu à peu , les diverfes efpeces fe
mêlerent les unes avec les autres . Il y
eut des animaux qui devinrent furieux ,
& qui donnerent beaucoup d'exercice . Ce
ne fut qu'après des peines extraordinaires
, que les cris des foldats , & les fons
de plufieurs inftrumens les forcerent à
s'écarter.
Comme un grand nombre de bêtes fe
retirerent , jufques fur les montagnes ,
ainfi qu'on l'a déja dit , on détacha des
troupes de Chaffeurs , & de foldats pour
les en chaffer , ce qui n'étoit pas fans difficulté.
Car il n'étoit pas permis de les
bleffer , & elles réfiftoient fouvent. D'au
tres troupes defcendoient jufques dans
les précipices qui fervoient de retraites à
certains animaux qu'ils n'avoient pas
moins de peine à mettre en fuite , il n'y
eut toutefois point de caverne , & point
de Foreft où on laiffât une feule bête.
Pendant ce temps - là les Couriers partoient
continuellement de tous les quartiers
, pour informer le Grand Can de ce
qui fe paffoit à la Chaffe , & lui porter
des nouvelles des Princes qui prenoient
part comme les Chaffeurs au divertitlement
, que leur donnoient les courſes ,
les embarras , & les divers mouvemens
des
2088 MERCURE DE FRANCE.
des animaux . L'Empereur qui avoit encore
d'autres vûes que le plaifir de la
Chaffe , alloit fouvent lui- même obſerver
l'état des troupes , voir fi les ordres
étoient exactement fuivis , & s'il n'y
avoit point de relâchement dans la difcipline
militaire.
Cependant l'efpace qui renfermoit un
fi grand nombre d'animaux , devenant de
jour en jour plus petit , & les bêtes fe
roces ne pouvant plus gueres s'écarter ,
elles s'élançoient fur les plus foibles , &
les déchiroient , mais leur furie ne fut pas
de longue durée ; car comme on les chaffoit
de toutes parts , & qu'elles commençoient
à n'avoir plus d'autre terrain que
celui où on les vouloit voir toutes enfemble
, le Lieutenant General du Grand
Veneur fit battre les Tambours & les
Timballes , & jouer de toutes fortes d`inftrumens
. Tous ces fons joints aux cris
des Chaffeurs & des foldats , cauferent
une fi grande frayeur aux animaux , qu'ils
en perdirent toute leur ferocité. Les Lions
& les Tigres s'adoucirent , les Ours &
les Sangliers femblables aux bêtes les
plus timides , paroiffoient abattus , &
pour ainsi dire , confternez .
Lorſque le Grand Can vit tous les
animaux affemblez dans le petit efpace
qu'il avoit lui-même preferit , efpace que
les
OCTOBRE 1724. 2089
les Mogols appellent Gerké , il ordonna
de fe preparer à y entrer , il entra le
premier aux fanfares des Trompettes
tenant d'une main fon épée nue , & un
arc de l'autre , ayant ſur l'épaule un carquois
plein de fléches. Il étoit accompagné
des Princes fes enfans , & de tous
les Officiers Generaux . Il commença luimême
le carnage , attaquant les bêtes les
plus feroces ; quelques -unes entrerent en
furie , & défendirent bien leur vie. Il fe
retira enfuite fur une éminence , s'affit
fur un Trône qu'on lui avoit preparé ,
& delà il obfervoit la force , & l'adreffe
des Princes fes enfans , & de tous fes
Officiers qui attaquoient les animaux
avec une ardeur animée par la preſence
du Grand Can , les Princes & les Seigneurs
entrerent enfuite dans le Gerké,
& firent un grand carnage .
Enfin les Princes ; petits - fils de Genghifcan
, fuivis de plufieurs jeunes Seigneurs
de leur âge , ſe preſenterent devant
le Trône , & prierent l'Empereur
de donner la vie , & la liberté aux bêtes
qui reftoient dans le Gerké. Il la leur
accorda , en loüant le courage de fes troupes
, qui furent auffi-tôt congediées , &
renvoyées à leurs quartiers . En même
temps les animaux qui avoient évité le
fabre , & les fléches , ne fe voyant plus
pourfui2090
MERCURE DE FRANCE:
pourfuivis , & environnez, s'échaperent,
& regagnerent les Forefts , & leurs autres
retraites.
Telle fut la Chaffe de Termed qui
dura quatre mois entiers . Elle auroit
dure bien davantage , fi l'on n'eut craint
d'y être encore engagé , lorfqu'il faudroit
continuer la guerre. En effet , on
touchoit au Printemps de l'année 12 2 1 .
(a) & les troupes de (6) Carizme étoient
déja arrivées . On ne les laiffa pas longtemps
repofer ; car Genghiſcan ſe mit à
leur tête fur la fin de Mars pour paſſer
l'Oxus , & aller enfuite vers la Bactriane
, où le Sultan Gelaleddin avoit déja
affemblé une armée confiderable. 1
J'abandonne , Monfieur , cette grande
entrepriſe , ainfi heureuſement executée ,
à vos réflexions , & je fuis toûjours , & c.
A Paris , ce 10. Septembre.
( a) C'étoit l'an 618 de l'Hegire.
(6 ) Carizme , Pays des environs de la Mer
Cafpienne ,
EPITRE
OCTOBRE 1724 2091
粥
EPITRE de M. Vergier à M. Mallet ,
pour lui donner avis qu'un homme qu'il
lui avoit menagé pour acheterfa Charge
de Commiffaire de Marine , n'avoit pi
obtenir l'agrément du Miniftre 1715.
E comptois ma Charge venduë ,
JE
C'étoit l'oeuvre de vôtre main ,
De lendemain en lendemain ,
Vers cette nouvelle attenduë ,
L'efpoir précipitoit mes pas ,
Et dans ma liberté renduë ,
Je trouvois d'autant plus d'appas ,
Qu'à vos foins elle eut été dûë.
Sur cela combien de projets ,
Que de plans d'une heureuſe vie ,
Offroient à mon ame ravie
Les plus agreablés objets !
La fille la plus malheureuſe ,
Sous une mere rigoureuſe
Se fait moins de plans de plaiſirs ,
A l'approche de la journée ,
Qui par les mains de l'Hymenée ,
Ouvre
2092 MERCURE DE FRANCE.
Ouvre la porte à fes defirs.
Tout ce qu'enfante la penſée ,
Tous ces fantômes féduifans
Dont la raiſon eft offenſée ,
J
Quoique vains autant que plaiſans
Etoient pour moi des biens prefens ;
Enfin précipitant fa courſe
Dans un avenir ignoré ,
Mon coeur de plaifirs alteré ,
Epuifoit d'avance la fource ,
De ceux qu'en fa fecondité ,
Produit la douce oifiveté.
Mais cette illufion frivole ,
Comme unfonge leger s'envole ,
Et par fa fuite elle détruit ,
De fond en comble l'édifice ,
Que par un flateur artifice ,
Ma folle idée avoit conftruit .
Je ne puis avoir pour P....
L'approbation neceffaire ,
Du Miniftre du Dieu des Mers ;
&
Non , qu'il le trouve en rien coupable ,
Mais il ne le croit pas capable,
De
OCTOBRE
2093 1724.
De fervir fur les flots amers.
De ce Miniftre toûjours juſte ,
Je reſpecte les jugemens ,
Et crois qu'à tous les fentimens ,
Il faut que ma raiſon s'ajuſte ;
Car fans cela j'allois juger ,
Qu'ici fa lumiere ſurpriſe ,
A P.... auroit par mépriſe ,
Donné les défauts de V....
Un corps à furface blanchie ,
Qu'on fçait en certain jour placer :
Voit fur lui tour à tour tracer ,
Par la lumiere réflechie ,
Les traits bien ou mal compoſez ,
Des corps qui lui font oppofez.
Ainfi mes couleurs vicieuſes ,
Suivant cet optique impofteur ,
Ont pû foüiller mon acheteur ,
De leurs taches contagieufes .
C'eſt le caprice du deſtin ,
Qu'un homme fage & libertin ,
D'affaire ou d'amitié fe lie.
Par ce contrafte fa vertu ,
S'il
2094 MERCURE DE FRANCE.
S'il eft heureux , eft embellie ,
S'il eft par le fort combattu ,
C'eſt envain que fon coeur fidele ,
Suivant toûjours un faint modele ,
Dans ſes vertus eft affermi ;
Leur luftre
apparent
l'abandonne ,
Et le peuple injufte lui donne ,
Tous les vices de fon ami.
Mais tandis que je moraliſe
Et qu'ici je fais analyſe
Des erreurs de nos jugemens ,
Je fens de momens en momens
S'aggraver le jour qui m'accable.
Mon fort fera- t'il implacable ,
Et veut- il aux infirmitez ,
D'une vieilleffe languiffante , :
De fers fans nulle fin portez ,
Joindre encore la gêne preffante ;-
Ah ! s'il étoit quelque mortel ,
Dont la main adroite ou puiffante ,
Brisât ma chaîne embarraffante .
Je lui drefferois un Autel ,
2
Ou du moins par voeux legitimes ,
I
J'offrirois
OCTOBRE 1724.
2095
J'offrirois fans ceffe en ſon nom ,
A Venus , Pallas & Junon
Les plus pures de leurs victimes :
Mes voeux en feroient écoutez
Et fur lui ces trois Déïteż ,"
Verferoient à pleine largeffe ,
Plaiſirs , honneurs , gloire & fageffe.
Oh , des mortels le plus heureux !
Chacun déja lui porte envie ,
De Belles aux coeurs rigoureux ,
Les faveurs combleront fa vie.
Forma-t'il deffein feulement
De chaffes ou de promenades ;
Jours d'Alcyons dans le moment ,
Jours tels qu'il les faut aux Dryades ,
Pour conduire leurs coeurs aux champs .
L'éclairent , la terre fleurie ,
Répand parfums d'odeur cherie ;
Les Oiseaux redoublent leurs chants ,
Chacune des faifons bornée ,
Aux feuls foins de fes appetits ,
Lui donne les fruits repartis ,.
Aux quatre faifons de l'année
Et
2096 MERCURE DE FRANCE.
Et quels fruits ! du goût & des yeux ,
Ce font charmes délicieux .
Quels vins pour lui produit la terre ?
Peut-on décrire leurs attraits ?
Auffi, quand il boit à longs traits
On voit le Maître du Tonnérre ,
Et mainte autre Divinité ,
Au mépris de leur dignité ,
Humer avec avidité ,
Ce qu'en laiffe exhaler fon verre.
Dans l'enceinte de fa maiſon ,
Dans le fein de fon Domeſtique ,
Par tout de la fage raiſon ,
Il trouve l'exacte pratique ,
Et d'une raifon fans humeur,
Loin de lui chagrine clameur ,
Cette attention volontaire ,
Que la tendreffe fait avoir.
Le devoir même , Juge auftere ,
Sont les feuls motifs du devoir :
3
Femme, Enfans , voifins , tout l'adore.
A peine l'horifon fe dore ,
Des premiers traits du Dieu du jour ,
Que
OCTOBRE 1724. 2097
Que la gayeté dans ce ſéjour
Etablit fon aimable empire ;
C'eft fa prefence qui l'inſpire.
Comme ce font moins fes bienfaits ,
Que l'amour qui les intereffe ,
Par tout où fon regard s'adreſſe ,
Il trouve des yeux fatisfaits.
A fes defirs tout fe conforme ,
Il voit fes deffeins s'achever,
Dans l'inſtant même qu'il les forme,
Veut- il aux grandeurs s'élever ?
Auffi-tôt tous obftacles ceffent ,
Devant lui les fcabreux chemins ,
De ces monts efcarpez s'abbaiffent ,
Les honneurs s'offrent à fes mains ,
Comme l'épouſe complaifante ,
S'offre à l'époux qui l'enflâma ;
Ou comme lépi fe prefente ,
Au Laboureur qui le fema.
S'il court défendre ſa patrie ,
En vanger la gloire flétrie ,
Punir des peuples revoltez ,
1
Les foumettre au pouvoir fuprême ,
La
2098 MERCURE DE FRANCE .
La terreur marche à fes côtez ;
Tout cede & la victoire même ,
Fremit à l'afpect des horreurs ,
Que caufent fes juftes fureurs.
Sa fageffe en tous lieux éclate.
Salomon fut moins confulté ,
Mais jamais fon confeil ne flate
La plus heureuſe iniquité.
Son équitable autorité ,
Sans qu'aucun parti s'en offenſe ,
Fait la balance des Etats ,
C'est l'Arbitre des Potentats ,
C'eſt leur guide , c'eft leur défenſe.
Voyez quels biens & quels honneurs ,
Combien de fortes de bonheurs ,
Prennent leur fource de ma Charge ,
Charge pourtant des plus à charge ,
Au fage parti que j'ai pris.
Ainfi ne foyez pas furpris
De voir des rivieres profondes
Rivales des Pontiques ondes ,
D'un petit ruiffeau dériver ;
Mais pourquoi , direz- vous peut- être ,
D:
OCTOBRE 1724. 2099
De cette Charge vous priver ,
Si tant de biens en doivent naître è
Vous avez raifon , mais auffi
Croyez -vous que de m'en défaire ,
Je me miffe tant en fouci ,
Si les biens dont je viens de faire
Cette longue deſcription ,
N'étoient plus faux que la chimere ,
Fils d'une vaine fiction ,
Plus vains mille fois que leur mere ?
aaaaaaaaaaaaaaaa
MEMOIRE fur l'utilité d'un Dictionnaire
Provençal.
E fuis prêt à foufcrire au jugement <
Jefuis poft à ,ufcrite au jugement le Mercure du « <
mois de Juin a porté du Dictionnaire «
Provençal , imprimé à Avignon ; mais «<
je ne sçaurois lui paffer les paroles ſui- «<
vantes , qu'on ne voit pas de quelle «
utilité pourroit être un Dictionnaire Pro- «
vençal. On reviendra fans doute d'une «
telle prévention , quand on réflechira «<
fur la Langue Provençale , qui formée «<
de divers dialectes , eft plus riche , & «
plus abondante qu'on ne penfe ; les an- «<
B ciens
S3512
2100 MERCURE DE FRANCE.
6
>> ciens Troubadours l'ont renduë fameu-
» fe par leurs ouvrages , dont on con-
>> ferve encore des Recüeils dans les Bi-
>> bliotheques , & dans les Cabinets des
>> curieux . Il y a divers mots Proven-
» çaux , dont l'origine eft inconteſtable-
» ment Grecque , ce qui prouve mieux
» que toutes les Hiftoires , la defcente
>> des Phocéens fur les côtes de Proven-
» ce , les mots , Empura , attifer le feu ,
» & Caleignaire , Amant , font voir la
» verité de cette efpece de Paradoxe . Je
» pourrois citer un plus grand nombre
» de mots dérivez du Grec , s'il étoit
» queftion de faire ici une Differtation
» dans les formes .
>>
» Il me fuffira d'avancer que toutes les
diphtongues Grecques fe font confer-
» vées en Provence , & qu'elles font in-
» connues dans les autres Provinces de
France. Le P. Lancelot a été très - embarraffé
dans fa Grammaire Grecque ,
» quand il a voulu faire fentir ces divers
» fons inconnus à la Langue Françoiſe.
ر د
S'il avoit voyagé en Provence , il au-
» roit reconnu avec plaifir dans les ter-
» minaifons de plufieurs mots Proven-
» çaux , les veftiges de la Langue natu
» relle de fes anciens habitans .
» La Langue Italienne s'eft enrichie au
dépens de la Langue Provençale , elle
lui
OCTOBRE 1724. 2101
lui doit la plupart des mots nombreux «<
& expreffifs qui fervent , tant à la faire «
valoir , foit en vers , foit en Profe ; les «
Italiens eux -mêmes ne font point diffi- «
culté de l'avouer , & les ouvrages des «<
anciens Troubadours qu'ils reconnoif- <<
fent pour leurs Maîtres en fait de Poë- «<
fie , font encore l'honneur de leurs plus «
riches Bibliotheques . « ma
On trouve dans la Langue Proven- «
çale des mots tirez de l'Eſpagnol , & «
du Catalan , elle les a empruntez des «
nations qui ſe ſont emparées en divers «
temps de cette Province. «
Quoique les Troubadours fuffent très «
bien receus dans la plupart des Cours «<
de l'Europe , cela n'empêchoit pas que «
la plupart d'entre eux ne fignalaffent le «
talent qu'ils avoient pour la fatire. «<
e
On trouve dans leurs ouvrages des «
cenfures aigres , contre les moeurs de «
leur fiecle , des monumens précieux «<
de divers ufages , dont il ne refte plus «
aucune trace parmi nous , des railleries «<<
picquantes contre leurs Souverains , «
&c. Il eft hors de doute qu'on ne puiffe «
tirer delà des anecdoctes interellans «
propres à enrichir l'Hiftoire de ces «<
temps - là. a
Si nous voulons comparer nos Poë- «
tes François du 13. & du 14. fiecles , «
Bij avec
2102 MERCURE DE FRANCE.
;
» avec nos Troubadours qui font beau-
» coup plus anciens , nous trouverons la
» Poëfie des premiers , rude , barbare ,
dépourvûë de fentimens , & celle des
» Poëtes Provençaux nous paroîtra fim-
» ple , naturelle ; & en un mot , telle
qu'on ne la defavoüeroit peut -être pas
» dans le fiecle où nous vivons.
>>
» Pourquoi donc méprifer ce qui peut
» nous conduire à la connoiffance de pa-
>> reils ouvrages ? je crois que tout hom-
» me de Lettres doit fouhaiter que quelque
fçavant veüille bien s'exercer dans
» ce genre de travail.
>>
>> Un Dictionnaire Provençal , compilé
avec foin par quelque perfonne
» curieufe & fenfée , feroit d'un grand
» fecours , on y trouveroit des étimolo-
» gies & des dérivations toutes nouvel-
» les , tirées de la plupart des Langues
» primitives ; on y expliqueroit des ufa-
»fages finguliers ; on y verroit enfin
» comment la Langue Provençale a ac-
» quis peu à peu ce nombre & cette har-
» monie , qui la fait juger propre pour
» la Poëfie , dans des temps de barbarie &
>> d'ignorance .
Nous inferons ce Memoire avec d'au
tant plus de plaifir que nous n'avons porté
aucun jugement fur le Dictionnaire ProvenOCTOBRE
1724. 2103
vençal , imprimé à Avignon , & annoncé
au Public dans nôtre Journal du mois
de Juin dernier , page 1385. L'Auteur
du Memoire n'a pas fait réflexion que ce
n'eft pas nous qui parlons dans cet article
, & que dans les nouvelles Litteraires
qui nous viennent des Provinces , ou
des Pays Etrangers , nous ne faifons pref
que que copier ce qu'on nous écrit ; c'eft
pour cela que nous nous fervons fouvent
de ce titre general : Extraits de diverfes
Lettres , &c . Quoiqu'il en foit
loin de nier l'utilité d'un bon Dictionnaire
Provençal , & de contredire l'Auteur
du Memoire fur les prérogatives de
la Langue Provençale , & fur le merite
des anciens Troubadours ; quoiqu'il y ait
une entiere difference entre la Langue
Provençale d'aujourd'hui , & l'ancienne
Langue des Troubadours , nous fommes
perfuadez , avec le fçavant M. Huet ,
que la premiere veritable , & prefque
unique fource de la Foëfie Françoiſe , ne
fe trouve avec certitude qu'en Provence
dans les ouvrages des anciens Troubadours
, dont Roftang de Brignole , & Hilaire
des Martins , Moines de S. Victor de
Marſeille & Poëtes, ont écrit l'Hiftoire.Il
feroit à fouhaiter que l'Auteur du Memoire
eut executé lui- même l'entrepriſe ,
dont il reconnoît fi bien les avantages &
Riij
la
2104 MERCURE DE FRANCE.
la folidité , ou que l'Auteur du nouveau
Dictionnaire Provençal , eut été bien
rempli des fentimens , & de l'érudition
qui paroiffent dans le Memoire.
L'AMOUR ET L'ABSENCE.
Fable de M. Vergier , à Mademoiselle
Mimi Raulin 1717 .
B ElleMimi , je vous adreſſe
Une Fable que ma tendreſſe ,
Pour vous m'a fait imaginer :
Je ne voulois qu'y badiner ,
Avec l'Amour , avec l'Abfence ;
Y décrire en vous amusant ,
Le caractere & la naiffance ,
De ce fantôme féduifant ,
Que l'on nomme coqueterie :
Mais la trifte feverité ,
De l'Abfence & fa gravité ,
Emouffent la plaifanterie ;
Auffi bien - tôt de mon difcours
k
Si ferieux eft devenu le cours ,
Que vous aurez peine à l'entendre.
Un jour pourtant vous l'entendrez ,
Et
OCTOBRE 2105 1724.
Et pour lors vous vous fouviendrez
Que de vos amis le plus tendre ,
En le faifant eut pour objet ,
De vous plaire , & fi ce projet ,
Ma plus précieuſe chimere ,
Me réuffit , je ferai plus content ,
Que ne l'eft vôtre aimable mere ,
Lorſqu'en vous , d'inſtant en inſtant ,
Ses vertus elle voit renaître ;
En qu'en examinant vos traits ,
Leur beauté lui fait reconnoître ,
Et fes graces , & fes attraits ,
Son port noble , ſon air affable ;
Cet air qui prévient & qui plaît ;
Mais je reviens à nôtre Fable ,
Et vous l'offre telle qu'elle eft.
En ces temps , ou dans l'innocence ,
Vivoit encor le genre humain ,
L'Amour & la plaintive Abſence ,
Enſemble un jour fe mirent en chemin :
On ne fçait point de ce pelerinage ,
Quelfut le lieu , ni le fujet :
B iiij
Mais
2106 MERCURE DE FRANCE.
Mais des Dieux avec fruit chaque pas fe menage
;
Le bien de l'univers en eft toûjours l'objet.
Suivi de nombreux équipages ,
Leger , & n'allant que par fauts ,
Marchoit l'Amour , ayant même pour Pages ,
Princes & Rois , pris parmi fes Vaffaux.
Trifte , languiffante & penfive,
L'Abfence , aux yeux diftraits , fans fuite le
fuivoit ,
A pas fi lents que l'on n'appercevoit ,
Aucun progrès dans fa marche tardive :
Toutefois , vers la fin du jour ,
L'un & l'autre arrivent au gite :
Là , vous euffiez vû de l'Amour
Toute la fuite qui s'agite.
Pour prévenir fes volontez ,
Palais & meubles enchantez ,
Repas pleins de délicateſſe ,
Concerts que forme la jufteffe ,
Enfin tous les appas des molles voluptez ,
Lui font dans l'inſtant apprêtez ;
Tandis qu'en un coin negligée ,
L'Abfence toûjours affligée ,
Pour
OCTOBRE
1724. 2107
Pour tout fecours n'a que quelque aliment ,
Dont l'Abfinthe & le fiel font l'affaifonnement.
Sur cela , de plaifanterie ,
L'Amour l'attaque en badinant :
Il eft ( lui dit- il ) ſurprenant ,
Qu'au milieu des plaiſirs , que la galanterie ,
De ta riante cour s'empreffe à te fournir ,
Tu te plaiſes d'entretenir ,
Ta trifteffe & ta rêverie :
Mais ne feroit-ce point auffi ,
Que parmi la troupe empreffée ,
Des courtisans qui t'ont fuivie ici ,
Tu te trouves embarraffée ,
A choifir ceux qui font par leurs forfaits ,
Les plus dignes de tes bienfaits ?
A ces traits mocqueurs , la Déeffe
Répond , Amour , ne penſe pas ,
Que dans ton fort riant tu trouves plus d'appas
,
Que j'en trouve dans ma triſteſſe.
Divers goûts font divers bonheurs :
Junon veut d'éclatans honneurs ;
L'obfcurité des Bois pour Diane a des charmes
;
B v Aftrée
2108 MERCURE DE FRANCE.
Aftrée aime la paix , Bellone les allarmes ;
Chacun forme à fon gré de differens defirs ;
Et je me plais parmi les larmes
Comme toi parmi les plaiſirs :
Mais fçais-tu bien que de ta raillerie ,
Si je voulois m'en reffentir ,
>
Ou bien fi je cherchois matiere à broüillerie ,
Je te ferois aifément repentir.
Dans tous les temps paffez l'Abfence
N'a fait qu'augmenter ta puiffance ,
Et loin de débaucher tes fujets défolez ,
Elle les a rendus plus ardens , plus zelez ;
Mais fi je voulois l'entreprendre ,
Tu pourrois inceffamment voir ,
Tomber cet orgueilleux pouvoir ,
Qui des airs fi hauts te fait prendre.
Hé ! de grace , reprit l'Amour ,
Sans craindre de me faire outrage ,
Ni que je me vange à mon tour ,
Entreprens ce penible ouvrage :
Dans fon immenſe autorité ,
Jupiter envain l'a tenté ;
Ce feroit chofe curieufe ,
Que d'une oeuvre fi glorieufe ,
Le
OCTOBRE
1724. 2109
Le fuccès dût être affecté ,
A fubalterne Déité .
Le mot de fubalterne aux Dieux eft une injure ;
Auffi fur la Déeffe eut- il tout fon effet.
Piquée , elle lui dit , tu feras fatisfait ;
Oui , je te le promets , & par le ftix j'en jure.
Enfin, fuivant leur miffion,
Ayant fini leur expedition ,
Ils fe feparent , & l'Abfence ,
Sans perdre un moment entreprit
D'abaifler l'injufte puiſſance
De l'Amour , & voici comment elle s'y prit.
Jufques alors fon Palais & fon Temple ,
D'une épaiffe nuit obſcurcis ,
N'étoient adminiftrez que par les noirs foucis :
De tous côtez on y contemple ,
Le defefpoir , les pleurs & les gemiffemens : /
Un fenfible appareil eft peu propre à diftraire ,
De leurs tendres engagemens ,
Les plus volages des Amans ,
Auffi ne faifoit- il que les rendre au contraire ,
Plus fideles , plus empreffez ;
Et c'eft fur cette experience ,
B vj
Que
2110 MERCURE DE FRANCE.
Que la Déeffe en confiance ,
Ses nouveaux plans avoit dreſſez ;
Son Palais , elle diſtribuë
En quatre parts , dont la premiere aux pleurs ,
Aux chagrins , aux regrets , aux ennuis , aux
douleurs ,
A la nuit même elle attribuë ;
Dans la feconde , qu'embellit
Un jour ſerain, elle établit
Les plus beaux Arts ; là , de l'Architecture ,
Du Chant , des Vers , de la Peinture ,
Tous les charmes font étalez ;
D'autres amuſemens , Chaffes , Bals & Specracles
,
Jeu , bon Vin , de l'amour les plus certains
obſtacles ,
Y furent de même inſtallez.
Dans la troifiéme elle place un fantôme ,
Jufques alors aux hommes inconnu ;
Mais depuis entr'eux devenu ,
Plus commun que ne l'eft décrit un mauvais
1
tome.
La feinte ardeur , l'illufion ,
Le menfonge , la flaterie ,
Plaifirs pris par occafion ,
Soins
OCTOBRE 1724. 2111
Soins affectez , minauderie ,
Pour agents affectionnez ,
A ce fantôme font donnez ,
Et ce fantôme eft la coqueterie ;
Simulacre d'amour , mais ne lui reffemblanı
Qu'en fes plaifirs , non en fes peines ,
Et plus propre par ce talent ,
A brifer de penibles chaînes ;
Enfin pour achever tout cet arrangement ,
L'oubli , l'heureux oubli , la Déeffe propoſe
A fon dernier département ;
Parmi les Pavots y repoſe ,
Le doux , le tranquille fommeil ;
L'indifference au teint vermeil ,
De tous les coeurs en ce réduit difpofe ;
Elle n'y laiſſe point entrer ,
Les regrets du paffè , ni la crainte frivole ,
Qui veut dans l'avenir fans ceffe penetrer ,
Et n'y reçoit les foins que de l'éxiſtant qui
vole.
Dans fon Palais cet arrangement fait,
L'Abfence également tous fes Temples ordonne
,
Et fes ordres ont leur effet ,
Dans
1:12 MERCURE DE FRANCE.
Dans le moment qu'elle les donne .
On ne voit déja plus d'abſens
Defefperez , ni même languiſſans ;
A peine ont- ils de quelque encens ,
Fait fumer les Autels , répandu quelques larmes
,
Qu'attirez foudain par les charmes
Des Arts , des divertiffemens ,
Et des coquets amuſemens ;
Vers l'oubli , fans tarder ils volent ,
Et fur fes Autels ils immolent ,
Jufques aux fouvenirs de ces tranfports charmans
,
Dont la moins conftante durée ,
Devoit être , fuivant la loi de leurs fermens ,
Au cours de leurs ans mefurée.
L'amour de fa présomption ,
Sentit alors la conſequence ;
Et comptant fur fon éloquence ,
Pardevant Jupiter il intenté action ,
Contre l'Abfence & fa féduction ,
Qu'il traite de fédition .
L'on va , dit -il , voir de ce qui refpire ,
Le
OCTOBRE 2113 1724.
Le cours à jamais fufpendu ,
Des élemens tout l'ordre confondu ;
Entre les Dieux toute union expire :
L'on verra l'Univers à fon cahos rendu ,
Si l'on ébranle mon empire ;
Mais le Maître des Dieux , du fait bien informé
,
Et d'autre part ce Dieu charmé ,
D'abaiffer de l'amour la trop grande puiffance,
Donna gain de caufe à l'Abfence.
Depuis ce fatal jugement
On ne voit prefque point d'Amant ,
Dont l'Amour par l'éloignement
En peu de jours ne fe démente.
Toutefois , aimable Mimi ,
Vôtre bon & fidele ami ,
Souffre loin de vous & vous aime ,
Comme d'abord il vous aima ,
Et fon ame toûjours la même ,
Conferve avec un foin extrême ,
Le trait qui par vous le charma
De vôtre âge enfantin & tendre ,
Il ne croit pas devoir attendre ,
De fes foins un jufte retour ,
Ni
2114 MERCURE DE FRANCE .
Ni que fouffrant à votre tour ,
Vous renfermiez vos jeunes charmes
Dans le fombre manoir des larmes ;
Vous devez donner vos loiſirs ,
Aux jeux , aux innocens plaifirs ,
Aux Arts , même à la flaterie ,
D'une fage coqueterie ;
Et dans ces differens quartiers
Mon coeur vous fuivra volontiers ;
Mais il cefferoit de vous ſuivre ,
Si voulant au plus loin pourſuivre ,
Chaque département par l'Abſence établi ,
Vous alliez jufques à l'oubli.
XXX:XXXXXXXXX- XXX
MEDAILLE du Pape Benoît XIII.
fur l'indication du Jubilé , &c.
N
Ous apprenons avec une fatisfaction
particuliere , que tout ce que
nous avons inferé dans nos derniers Journaux
, au fujet de N. S. P. le Pape , a
été favorablement reçû du Public. C'eſt
pour répondre à cette difpofition , &
pour marquer l'attention que nous aurons
toûjours de donner des nouveautez
curicuDICT
H
Page 2114.
XIII
IN
GAVDIO
HAVRIETIS
PONT
·
DE
MA
·
I.
MONTIENS
SAL
TVBILEI INDICT
M.DCCXXN
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
OCTOBRE 1724. 2115
curieuſes & intereffantes , que nous prefentons
aujourd'hui à nos Lecteurs une
des Medailles de ce Saint Pontife qui
ont été frappées à Rome peu de jours
après fon Exaltation , Medaille d'autant
plus confiderable , que diverfes perfonnes
dignes de foi nous affurent que le
portrait du Pape y eft très- reflemblant ,
a la difference de tous les portraits peints,
ou gravez , qui ont paru jufqu'à - prefent
pour avoir été faits à Rome , puis copiez
à Paris avec trop de précipitation , à
caufe de la nouveauté , &c. La Medaille
que nous donnons eft d'Hameranus , fameux
Graveur Romain , qui en a fait les
coins , qui a auffi gravé les plus belles
Medailes des derniersPapes, & qui a un
talent particulier pour donner la reffemblance
, & pour animer fes figures. Son
nom eft celebre parmi les curieux des
Medailles modernes. Celle - ci gravée en
Taille-douce par une excellente main ,
reprefente d'un côté le Bufte du Pape ,
avec cette Infcription. BENEDICTUS XIII .
PONTIFEX MAXIMUS ANNO 1. & fur le
Revers le Jubilé , que le S. P. accorde à
l'Eglife au commencement de fon Pontificat
, fous les Simboles fuivans . L'Eglife
défignée par la figure d'une femme , tient
d'une main une Croix , & de l'autre un
Calice , duquel elle verfe de l'eau fur un
Globe
2116 MERCURE DE FRANCE.
Globe qui eft à fes pieds , & qui reprefente
le monde Chrétien. Pour Legende ,
ces paroles du Prophete Haye , * HAURIET
IS IN GAUDIO DE FONTIBUS SALVATORIS
, & dans l'Exergue , ces mots ?
INDICTIO JUBILAI M. DCC. XXIV.
Cette Medaille , au refte , ne fera pas
une des moindres , qui feront à la fuite
du beau Recueil des Medailles des Papes
, depuis Martin V. mort en 1431 .
jufqu'à Innocent XII. donné au Public
par le P. Philippe Bonnani , Jefuite , fous
ce titre . Numifmata Pontificum Romanorum
, &c. explicata ac multiplici eruditione
illuftrata , &c . 1. vol. fol . Roma
1699 .
Qu'il nous foit permis d'ajoûter ici à
l'occafion de cette Medaille , une fingularité
, qui eft digne de l'attention du Public.
Aux approches du grand Jubilé qui
devoit s'ouvrir à Rome la veille de Noël
1699. Le Cardinal Orfino , toûjours attentif
à l'inftruction des fideles , voulut
que l'on imprimât un Traité du Jubilé
& des Indulgences , que le P. Viva , lefuite
, Profefeur de Theologie au College
de Naples , venoit de dicter à fes Ecoliers
; mais le fçavant Profeffeur, qui n'avoit
pas eu le temps de revoir ce Traité ,
ne vouloit point qu'on le publiât . Alors
* Ch. 12. V. 13 .
Dom
OCTOBRE 1724. 2117
Dom Fabio Caraccioli , de la branche des
Ducs de Monte- Sardo , l'un des Ecoliers
du P. Viva , donna fes cahiers , & fe
chargea de faire faire l'impreffion . Le
Livre parut en effet dans la même année
1699. C'eft un gros in 12. de 474. pages
, fans compter l'Epitre Dedicatoire
la Preface & une longue Table . Le jeus
ne Seigneur dédia ce Traité au Cardinal
Orfino ; & au lieu qu'ordinairement dans
les Epitres dedicatoires on ne trouve
que vanité , qu'erreurs & que flaterie ,
celle de Dom Fabio Caraccioli , qui eft
d'un très- beau Latin , ne contient que des
veritez , & l'on y trouve de plus une
prédiction , dont nous voyons aujourd'hui
l'heureux accompliffement ; car il dit au
pieux Cardinal dans fa Dedicace que ce
n'eft peut- être pas fans quelque infpiration
de l'efprit de Dieu , qui lui annonce
que celui qui prend tant de foin pour
faire imprimer des Livres , qui traitent
de l'année Sainte du Jubilé , pour l'utilité
des Fideles , donnera lui- même dans
25. ans par fon autorité Pontificale la
Bulle de l'année Sainte . Il eft bon de raporter
les propres termes de cette Epitre
, qui font très- remarquables . Qua dum
mecum reputo , EMINENTISSIME PRINCEPS
, dumque vel dignitatem tuam , vel
rerum à te geftarum amplitudinem animo
com2118
MERCURE DE FRANCE.
complector, non fine aliquo numinis afflatu
fic ftatuendum cenfeo ...... Te qui nunc libros
de anni Sancti Jubileo , privatis aufpiciis
ad publicam utilitatem foro committi
imperas ; poft quinque Luftra Pontificia
autoritate Diploma de anno Sanito
indicando promulgaturum , &c.
*M******* KKKKKKKK
EPITRE de M. Vergier , à M. le Duc
de Noailles , pour lui demander en
remboursement de fa Charge de Commif
faire de Marine , une maison de Campagne
appartenante au Roi .
J
E ne rêve que Campagne ;
Pour cet innocent féjour ,
Je bâtis nuit & jour
Mille Châteaux en Eſpagne.
Sur cela mes vifions
Forment plus d'illufion ,
Qu'une ambitieuſe mere ,
N'en enfante & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle cherit :
Réalifez ma chimere ;
D'un feul mot vous le
pouvez :
En main , Seigneur , vous avez ,
Et
OCTOBRE 1724 . 2119
Et la forme & la matiere ;
Mais à ce mot plein d'appas ,
Sans y fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiere ;
Car tant de force il prendroit ,
Qu'à l'inftant il me rendroit ,
Le Souverain & le Maître ,
D'un Palais dont la fplendeur ,
Et dont la vafte grandeur ,
Incommodez pourroient m'être.
Je ne veux qu'une maiſon ,
Dont la plus faine raiſon ,
Selon mon rang , ma naiſſance ,
Regle la magnificence ;
Qu'en un petit bâtiment .
Un modelte ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un air propre & commode ,
Pour fon plus riche ornement :
Jardins , où la jeune flore ,
Sans appareil faffe éclore ,
Ses fleurs en toute faifon ,
Vue au riant horifon ,
ܪ،
Sana
2120 MERCURE DE FRANCE .
Sans être précipitée ,
Superieure pourtant ,
De tous côtez preſentant ,
Dans une jufte portée ,
L'aimable varieté ,
Dont en fa fecondité ,
Nature pour nous décore
Les champs les plus fortunez ,
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviere au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle promene ,
Par tout s'en aille portant
Les richeffes qu'elle amene ;
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers aux Cieux élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux , Villages ,
Divers fpectacles donnant ;
Laborieux attelages ,
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les moiffons traînant ;
Parmi de vaftes prairies ,
Troupeaux fans nombre paiſſans ,
Et
OCTOBRE 1724. 2121
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs gardiens innocens ,
Au fon des hauts -bois danfans ;
Mais quel chant plein d'allegreffe ,
Vient de ces côteaux heureux , "
Que d'un regard amoureux ,
Le Soleil toûjours careffe ?
C'eft Baccus qui de ſes dons
Vient y couronner l'Automne ,
Je reconnois aux fredons
Que la vandangeufe entonne ,
L'air vif & réjoüiffant ,
Que ce Dieu même en naiffant
A tous les humains inſpire :
L'Amour aux yeux fatisfaits ,
Le fuit & croit fon empire ,
Affermi par les bienfaits.
Dieux ! quelle aimable peinture !
E quel fpectacle charmant ,
Pour un coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple nature !
Au devant de ces plaifirs ,
Je fens que tout mon coeur vole ,
Plus
2122 MERCURE DE FRANCE .
Plus enflâmé de defirs ,
Que n'eft le Berger qui vole.
Un baifer , tendre larcin ,
Sur le blanc & ferme fein ,
Ou fur la bouche vermeille ,
De fa belle qui fommeille :
Mais dans cet ainable lieu ,
Que la douceur de ma vie ,
Là dans un jufte milieu ,
Doit fembler digne d'envie !
>
La vertu voluptueuſe ,
La volupté vertueuſe ,
Ne fe feparent jamais ,
La liberté fouhaitée ,
Sans ceffe y regne auffi ; mais
Modefte & non effrontée ,
Ni telle qu'en ce temps ci ,
On la voit regner ici .
Si dans cette humble chaumiere
Meş amis viennent me voir ,
Soudain pour les recevoir
L'amitié court la premiere ,
Tandis que la propreté ,
la
OCTOERE 2123 1724.
La fage fimplicité ,
Délicate & legere ,
Et par fon goût menagere,
Vont preparer un repas ,
Où les mets n'excedent pas
Les befoins de mon convive ;
Mais en Vins fins & brillans
Verſent à flots petillans ,
Une joye & pure & vive.
Enfin , c'eft dans ce féjour,
Que fans compter un feul jour ,
J'attendrai l'heure ordonnée
Pour fin de ma deſtinée ,
Du même efprit , du même oeil .
Dont après chaque journée ,
Je vois la nuit ramenée ,
Et de pavots couronnée ,
Me plonger dans le fommeil.
Comme je viens de mourir dans ces
derniers vers , & d'y mourir avec affez
de fermeté , il feroit contre la viai- femblance
que je les portaffe plus loin , auffi
bien peut- être , Monfeigneur , les aurez-
Vous trouvez longs de refte ; mais je
C puis
2124 MERCURE DE FRANCE .
puis fans choquer les bienféance employer
le papier qui me refte ici à vous
fupplier très- humblement en Profe , qui
et , je crois , le langage naturel des morts,
comme des vivans , de vouloir bien vous.
reffouvenir de la très humble priere
que j'ai eu l'honneur de vous faire au fujet
du remboursement de ma Charge de
Commiflaire de la Marine. Le moyen que
j'ai pris la liberté de vous propofer eft
encore dans fon entier, & dans vos mains ;
vous m'avez fait l'honneur de me dire
-
Monfeigneur , que des Puiffances couroient
fur mon marché , & vous faifoient
la même demande ; mais j'ai fur elles le
droit de primauté , le droit de bienveillance
qui femble devoir tout furmonter ;
& ce qui eft plus puiffant que tout cela
auprès de vous , Monſeigneur , j'ai le
droit de la juftice ; car je ne demande
qu'un legitime payement d'une dette trèslegitime
, & fans doute ces Fuiffances
n'opposent à tous ces droits que le credit
de leur rang. Je ne laiffe pourtant pas de
convenir , après avoir bien balancé leurs
forces avec mes prieres , que leurs forces
pourroient bien l'emporter , fi vous n'avez
agreable de mettre la main de mon
côté. Enfin , Monfeigneur , je vous fupple
très humblement de vouloir bien
confiderer que mon idée s'eft teller ent
-
fixée
OCTOBRE 1724. 2125
€
fixée à la maison propofée pour mon
remboursement , que je n'en détourne pas
un inftant mes regards , & que j'ai pour
elle la conftance & la fidelité que j'éprou
vois autrefois en des attachemens
plus doux , mais moins neceffaires. Que
je fuis nuit & jour en efprit. & en penfee
couché fur le feuil de cette porte ,
comme le font fur celles de leurs maîtreffes
certains Amans malheureux &
bannis , & que fi par pitié vous ne m'en
procurez pas bien - tôt la joüiffance , ( pardonnez
, Monfeigneur , l'expreffion &
l'emploi que je vous donne ici ) je ne
fçai ce que je deviendrai ; j'ai l'honneur
d'être , & c.
PARAPHRASE fur le Pfeaume 56.
O
Dieu , mon unique efperance ,
Azile des perfecutez ,
Toi, qui fais feul nôtre affurance
Au milieu des adverfitez ;
O toi que l'Univers adore !
D'un coeur affligé qui t'implore ,
Miferere mei, Deus , miferere mei : quoniam
in te confidit anima mea.
Cij
Exauce
2126 MERCURE DE FRANCE.
Exauce les voeux aujourd'hui ,
Des pieges que l'on vient me tendre ,
Si mon Dieu daigne me défendre ,
Jeferai trop fort avec lui.
Telle la Colombe timide ,
Pleine de trouble & de frayeur ,
A l'afpect du Vautour avide ,
En veut éviter la fureur ;
Par fa prompte fuite elle eſpere
Sous l'aile d'une tendre mere ,
Trouver un affuré fecours ;
Tel je viens dans ma jufte crainte .
A l'abri de ton aîle fainte ,
Mettre mon honneur & mes jours.
Oui , Seigneur , mon ame charmée
N'invoquera plus que ton nom ,
Ma voix par ta grace animée
En fera retentir Sion ;
Dans le danger qui m'environne ,
Je ne vois plus rien qui m'étonne ,
Tous mes voeux vont être exaucez ;
Tu connois ma mifere extrême .
Je
OCTOBRE 1724 2127 .
Je connois ta bonté fuprême ,
Tu me raffures , c'eft affez.
O ciel ! ô puiffance adorable !
Quel fpectacle frappe mes yeux ??
Quelle lumiere favorable
Vient m'éclairer du haut des Cieux ?
Le calme fuccede à l'orage ,
Je brave l'inutile rage
De ceux qui trament contre moi' ;
La droite du Dieu des armées ,
A dans leurs troupes allarmées ,
Fait paffer la honte & l'effroi.
Le très-haut du fein de la nuë
A fait briller fa verité ,
Déformais par lui foutenuë
,
L'innocence eft en fureté ;
Sa juſtice ſe manifeſte ,
Des fureurs du Lion funefte ,
Il détruit le vain appareil ,
Lion dont la dent menaçante
Me faifoit frémir d'épouvante ,
Même dans les bras du fommeil.
C iij
J'ai
2128 2128 MERCURE DE FRANCE .
J'ai vu du Démon de la haine
Les fils des hommes agitez
Contre moi leur bouche inhumaine
A vomi fes malignitez ;
Ainfi que des fléches cruelles ,
Par mille piquures mortelles
Nous bleffent les dents des méchans.
Leurs langues en crimes fecondes
Font des atteintes plus profondes
Que les glaives les plus trenchans.
Au Tout- Puiffant gloire immortelle !
Loué foit le Dieu de la paix ,
Qui fur cette engeance rebelle
Vient de faire tomber fes traits.
Du jufte il a pris la défenſe ,
Il a terraffé l'infolence ,
De ces mortels audacieux ;
Que par nous fans ceffe chantéé ,
Ses loüanges foient exaltées ,
Et fur la terre & dans les Cieux.
La frayeur d'un épais nuage
Avoit obſcurci mes regards ,
Les
OCTOBRE 1724. 2029
Les embûches fur mon paffage ,
Sembloient naître de toutes parts.
Près de ces Tigres implacables ,
Parmi tant d'objets redoutables ,
Mon courage étoit abbatu ;
Mon ame trifte & languiffante
Sous une Charge ſi peſante
Laiffoit fuccomber fa vertu.
Quelle étoit leur barbare envie
Où tendoit leur frivole ardeur ,
Que pouvoient- ils ſur une vie
Que protege le Createur !
Dieu tonne , ils mordent la pouffiere ,
La foudre fur leur tête altiere
Porte l'horreur & le trépas ;
De leurs projets , folles victimės ,
Ils trébuchent dans les abîmes
Qu'ils avoient creufé fous mes pas.
Grand Dieu ! mes jours font ton ouvrage ,
Pour toi feul ils font réſervez ,
Daigne accepter le pur hommage
De ces jours que tu m'as fauvé ;
Ciiij
A
2130 MERCURE DE FRANCE.
A te les voüer tout me preffe ,
Vienne ta droite vangereffe ,
Ou me défendre , ou me punir ;
A tes decrets toûjours docile ,
Mon ame agitée ou tranquille
Ne ceffera de te benir.
Eclatez , ma Harpe & ma Lire ,
Joignez vos accords à ma voix ,
Servez le beau feu qui m'inſpire ,
Je vais chanter le Roi des Rois.
Au pied de fes faints Tabernacles ,
A fes bontez , à fes miracles , '
Rendons un legitime honneur ;
Que le Soleil fortant de l'Onde ,
Ou ceffant d'éclairer le monde
Me trouve louant le Seigneur.
J'irai par mes divins Cantiques ,
De fon joug vanter les douceurs ,
J'irai par des fops prophetiques
Réveiller la foi dans les coeurs.
Chez les peuples les plus fauvages ,
Sur les plus reculez rivages
Je
OCTOBRE
2131
1724.
Je lui drefferai des Autels ;
Et les Dieux de bois & d'argile
Verront leur puiffance fragile
Difparoître aux yeux des mortels.
Le Seigneur s'eft montré terrible
A mes fuperbes ennemis ,
Il s'eft montré doux & fenfible
Pour un coeur fidelle & foumis.
Le Ciel témoin de mes allarmes ,
L'eſt encor du fort plein de charmes
Qui comble aujourd'hui tous mes voeux ;
Et malgré la noire impofture ,
Tout reconnoît dans la nature
Que Dieu feul peut nous rendre heureux.
Que tes bienfaits & ta victoire
Soient le fujet de nos concerts ,
Grand Dieu , que l'éclat de ta gloire
Ebloüiffe tout l'univers.
Qu'à chanter ton nom tout s'uniffe ,
Que l'Enfer de rage fremiffe
Au bruit de ce nom redouté ;
Qu'il vole au- deffus du Tonnerre ,
C v Que
2132 MERCURE DE FRANCE.
Que par les bornes de la terre
Il ne puiffe être limité.
Par M. Marin de Chevigney.
*******************
II. LETTRE du R. P. de Grainville
fur des Medailles rares de fon Cabinet.
E penfois , Monfieur , à fatisfaire vôtre
curiofité quand je vous ai envoyé
une partie de mes Medailles que le R.
Pere Banduri n'a pas raportées dans fon
curieux & fçavant Recueil : je croyois
vous faire plaifir , & vous m'avez fait
beaucoup d'honneur en les faifant mettre
dans le Mercure de France. Je vous en
fuis d'autant plus obligé , que fi peu de
chofe meritoit moins de paroître . Cependant
comme il a été bien reçû , je vous
envoye quelques autres Medailles qui
ne font pas dans le Tréfor du R. P.
Banduri. Je me flate que vous ne les
verrez pas moins volontiers que ce que
vous avez traité fi favorablement . Vous .
en ferez l'ufage que vous jugerez à propos.
J'ai fini à Gallien , je continuë par
Salonine , fon épouſe . Je fuis , M. &c.
Suite
OCTOBRE 1724. 2133
Suite des Medailles qui manquent au
Recueil du R. P. Banduri.
Salonine.
SALONINA AVG .
Petit Bufte de Salonine dans un croiffant.
R. SECVRIT PERPET.
Femme debout , le haut du corps nud ,
tenant de la main droite une picque ,
& s'appuyant du coude gauche fur une
petite colomne , une jambe fur l'autre
dans le champ H.
J'ai cherché plufieurs fois cette belle
Medaille dans le Recueil du R. P. Banduri
fans la trouver , jufqu'à croire
qu'elle n'avoit point encore paru au monde.
Avant Salonine on ne voit point
d'Imperatrice qui ait un revers femblable
, la fecurité n'étant gueres la vertu
d'une femme. Mais enfin j'ai rencontré
par hazard cette rare Medaille cachée
entre quelques autres qu'on a mifes à la
fin du Livre. Il lui manque cependant
deux choſes à la figure de la fecurité qui
ne lui font
pas indifferentes. La premiere,
que cette figure n'a pas une jambe fur
l'autre comme la mienne ; la feconde ,
qu'elle n'a pas non plus tout le haut du
corps découvert , comme la mienne , ce
C vj qui
2134 MERCURE DE FRANCE .
qui marque une fiere affurance , & qu'on
n'a rien à craindre. Ces deux diverfitez
ne fuffifent- elles pas pour en faire deux
Medailles differentes , & très- rares toutes
deux ?
Mais , dira-t'on , pourquoi la fecurité
figure-t'elle avec Salonine , puifque la
fecurité eft une vertu des plus grands Heros
, & non pas trop d'une Princeffe ? Je
ne veux pas croire que ce foit une de ces
Medailles ironiques , qu'on dit quelquefois
avoir été faites contre Gallien par un
de fes ennemis , & que dans le bouleverſement
de l'Empire on a voulu par une contre-
verité décrier l'Imperatrice auffi bien
que l'Empereur . Je ne dirai pas non plus
que cela eft arrivé par méprife , imprimant
fur le revers de Salonine ce qu'on
vouloit imprimer fur le dos de Gallien ;
c'eſt -là une pauvre défaite , & trop injurieufe
à l'exactitude des Monetaires.
Comment donc expliquer cette Legende
de Salonine ? à peu près comme j'expliquai
il y a prefque vingt ans , une autre
Legende de la même Salonine dans un
Journal de Trevoux ; cette Legende étoit
PAX AVG . qui n'avoit point encore vû
le jour , & que le P. Banduri a declarée
très rare. Je crus alors qu'on avoit flaté
Salonine d'avoir donné la paix , parce
qu'elle avoit contribué à faire la paix par
fes
OCTOBRE 1724. 2135
fes confeils & par fon adreffe. Ne puisje
pas dire aujourd'hui qu'on a voulu
auffi flater Salonine d'avoir affuré &
affermi l'Empire à jamais , SECVRIT
PERPET. parce qu'elle avoit contribué à
une paix éternelle ; & par quelque victoire
qu'on prétendoit avoir terraffé tous
les ennemis de l'Etat on fit cet honneur
à Gallien dans fes Medailles , & on
en fit part à Salonine qui avoit contribué
à cet honneur.
SALONINA AVG.
Petit Bufte dans un Croiffant AR.
R. ROMÆ ÆTERNÆ.
Rome affife fur un tas de dépouilles
militaires , porte à la main droite une
petite Victoire que l'Empereur couronné
de Laurier , ſemble lui demander
, Rome appuye fa gauche fur une
pique.
Le vafte Empire que les Romains s'étoient
formé , faifoit refpecter Rome
comme une Divinité de la terre , & qui
diftribuoit les Victoires à qui il lui plaifoit
; Gallien le reconnoît en ce revers ,
& en fait hommage à Rome.
Mais il y a dans ce revers des chofes
affez fingulieres . 1 Un Empereur honore
une Divinité dans une autre Medaille
que la fienne. Cela s'accorde- t'il
bien avec la fiere majesté des Empereurs ?
ont2136
MERCURE DE FRANCE .
ont ils fait des facrifices ailleurs que dans
leurs propres Medailles ? 2 °. Ce revers
tel qu'il eft dans les Medailles d'argent
du P. Banduri peut avoir été dérobé
aux Medailles de Gallien , qui lui font
parfaitement femblables ; mais le revers
de ma Medaille n'eft point entierement
femblable au premier revers de Salonine
, parce qu'il n'a au-deflus de Rome
& de Gallien ni couronne de Laurier,
ni étoile , comme ont celles de ce R. Pere
, d'où il s'enfuit que ma Medaille eſt
differente des fiennes.
Poftumus .
Ær. 1. m. IMP. POST V MVS P. F. AVG.
Un petit Buſte couronné de Laurier .
R. ORIENS.
Le Revers de cette Medaille la rend
une des plus rares & des plus curieuſes
qu'il y ait. C'eft un Soleil dans fon Char
à quatre Chevaux , élevant la main droite
, & de la gauche tenant un foüet. Quelque
recherche que j'aye faite dans les
Livres , je n'ai rien pû trouver de femblable.
On trouve facilement des Medailles
, dont la Legende eft , Oriens Aug.
Oriens Augg. &c. On en trouve dont le
Type eft le Soleil conduifant fon Char ,
avec quelque autre Legende ; mais on
n'en trouve point qui réuniffe ce Type
avec cette parole ORIENS . On n'en trouve
OCTOBRE 1724. 2137
ve pas même ni en grand , ni en petit
bronze qui n'ait point d'autre Legende
qu'Oriens : n'y a t'il point - là quelque
myftere de curiofité ? ne feroit- ce point
pour declarer Augufte le jeune Poftumus ?
Car je fuis perfuadé que ce n'eft point
Poftumus le pere qui eft gravé dans cette
Medaille , fa tête n'eft pas affez groffe ,
fon viſage eft trop plein & trop long , fa
barbe eſt un peu trop courte , & fa couronne
n'eft que de Laurier , & non pas
de rayons par quelque refpect pour fon
pere , qui d'ordinaire porte une couronne
radiale.
ORIENS ne fignifie donc pas ici ce
qu'il fignifie dans la plupart des Medailles
, les pays que l'Empire Romain poffedoit
en Orient , n'y ayant pas d'apparence
que Poftumus qui étoit confiné
dáns les Gaules pensât à des entrepriſes
& à des conquêtes de Syrie ou de Mefopotamie.
C'eſt apparemment pour cela
qu'on n'a pas écrit Oriens Augufti , de
peur qu'on ne crût que ce nouvel Augufte
vouloit fe rendre maître de l'Orient
; mais on n'a mis qu'ORIENS pour
le faire raporter à Ave. qui eft à la tête
de la Medaille , & faire concevoir que
c'eft l'Augufte nouveau que l'on prefente
au monde , & qui s'éleve majeftueufement
comme un Soleil qui paroît avec
éclat fur l'horifon.
II'
2138 MERCURE DE FRANCE .
Il eft couronné de Laurier , parce
qu'il a remporté quelque victoire , comme
fes Medailles le témoignent , & probablement
ne fut - il proclamé Augufte
que pour le récompenfer de quelque
victoire fignalée. Voilà des penfées que
m'inſpire la vûë de cette Medaille précieufe.
J'y ajoûte deux autres Medailles qui ne
font point en petit bronze chez le P.
Banduri .
Ær. 3. IMP. POSTVMVS P. F. AVG.
Bufte couronné de rayons , fur les
épaules un Manteau de Commandant.
R. IOVI PROPVGNATORI .
Jupiter lançant un foudre de la main '
droite , & tendant un Aigle de la gauche.
IMP C POSTVMVS P. F. AVG.
Petit Buſte couronné de rayons .
Ær. 3.
R. SALVS AVG.
Une figure de Femme debout tenant
de la main droite une patére pour donner
à manger à un Serpent qui s'éleve
d'un Autel , & tenant de la main
gauche un Gouvernail .
La Legende de ce dernier Revers eft
très-commune , mais le Type a quelque
chofe affez rare , c'eft que la Santê tient
de la main gauche un Gouvernail . C'eſt
proprement à la Providence à tenir un
Gouvernail ; comment le donne t'on à la
SanOCTOBRE
1724.
2139
Santé ? a- t'on voulu nous avertir que la
vûë de la Santé doit gouverner nôtre vie ,
qui ne peut être heureuſe fans Santé , ou
bren que la Santé demande qu'on fe modere
dans l'ufage des plaifirs & des chagrins
, & qu'il eft impoffible qu'on ait
de la fanté fans que l'on fe regle.
Victorinus.
IMP. C. VICTORINVS P. F. AVG. Ær. 3 .
Un petit Bufte couronné de rayons.
R. COMES AVG.
Figure armée s'appuyant de la main
droite fur une pique , & de la main
gauche fur un bouclier qui touche à
terre .
Le Revers de Victorin avec COMES
AVG. n'eft pas rare quand il est joint
avec une Victoire , & le P. Banduri n'a
pas manqué de le raporter. Mais il n'a
pas vû ces paroles au - deffus d'une figure
armée qu'on peut prendre pour Mars , ou
plutôt pour la Valeur même , & c'eſt le
plus bel éloge qu'on pût faire de Victorin.
On voit bien que c'eſt par flaterie &
par allufion à fon nom , qu'on a dit de
lui que la Victoire étoit toûjours avec
lui ; la fuite de fa vie montre bien que
s'il a été toûjours Victorin , il n'a pas toujours
été victorieux , mais il a pû être
toûjours brave , & même quoique vaincu.
S'il eſt glorieux à un Prince d'être
accom2140
MERCURE DE FRANCE:
accompagné de la Victoire , il lui eft plus
glorieux d'être accompagné de la Valeur
qui ne vient , & ne dépend que de lui ;
au lieu que la Victoire ne dépend pas
toûjours d'un Commandant.
Tetricus.
IMP C TETRICVS P. F. AVG.
Petit Bufte couronné de rayons.
Ær. 3.
R. PAX V AVG.
Figure de Femme debout , tenant à la
main droite une Couronne de fleurs ,
& à la gauche une longue branche ,
dont le gros bout touche à terre .
Cette Medaille eft des plus fingulieres
pour fon Revers. On y voit une figure
que la Legende appelle la Paix , qui
rient à fa main droite une petite Couronne
, telle que la porte ordinairement la
Deeffe de la Joye , de la gauche elle
tient par en haut une longue branche de
Palmier, comme la Déeffe de la Gayeté .
Qui reconnoîtroit la Paix à ces Simboles
, fi on n'avoit écrit au-deffus PAX V. à
peu près comme il s'eft fait autrefois dans
certains Tableaux très - mal travaillez ?
Mais que veut dire tout cela ? a-t'on
voulú réunir trois Déeffes en une , &
faire une espece de Pantheum de Déelles
comme les Egyptiens faifoient dans une
Medaille un Pantheum de Dieux ? Ou
bien flater
par là Tetricus , & adoucir &
effacer
OCTOBRE 1724. 2141
effacer l'impreffion defagréable que pouvoit
faire fon nom de Tetricus , comme
il femble que par la même raifon on a
affecté d'écrire dans plufieurs Revers de
fes Medailles HILARITAS & LAETITIA ,
où cela s'eft- il fait pour avertir que cette
paix de Tetricus n'eſt pas une paix honteufe
& préjudiciable à l'Empire , comme
avoient été quelques paix de Gallien ,
mais que
c'étoit une paix de bonheur qui
porte avec foi , & répand par tout la
Gayeté & la Joye PAX Ubique AVG.
par
Car pourquoi ne pourrois- je pas interpreter
ce PAX v par le fameux Revers de
Galliena Augufta , & lire Pax Ubique ,
comme on lit dans la Medaille de Gallien
VBIQVE PAX. Il faut avouer que Pax
ubique convient mieux au commencement
du Regne de Tetricus que Ubique
Pax ne convient au regne de Gallien ,
qui fut toûjours troublé diverfes revoltes
, & par des guerres continuelles :
au lieu que Tetricus fe vit paiſible poffeffeur
d'une grande partie de l'Empire
par la mort des Poftumus , des Victorins ,
des Macriens , des Aliens , & de quelques
autres tirans ; ce qui problablement
fit fraper à fon honneur cette Devife
PAX V AVG. Il y a apparence même que
cette Medaille parut à l'occafion de celle
de Gallien , & que pour corriger ce
qu'on
2142 MERCURE DE FRANCE.
qu'on avoit dit fi fauffement de lui , on
le dit plus veritablement de Tetricus qui
avoit donné la paix à l'Occident , &
qu'on écrivit PAX Vbique , au lieu d'VBIQVE
PAX .
Tetricus le fils .
PIV TETRICVS CAE.
Petit Bufte couronné de rayons .
NOBILITAS.
Ær. 3 .
R.
Une figure de Femme debout , tenant
de la main droite une pique , & de la
gauche un Globe .
La Medaille eft bien confervée avec de
belles & grandes lettres pour un petit
bronze . Le P. Banduri raporte cette autre
Medaille tirée du Cabinet du Roi.
C PIVES TETRICYS CAES.
R. NOBILITAS AVGG.
On voit bien que ces deux Medailles
font d'un même deffein , & qu'on fait
honneur au jeune Tetricus de trois fortes
de Nobleffe que les Romains eftimoient
le plus. 1º Alors les Cefars étoient appellez
Nobiliffimi , c'eſt pour cela que
Tetricus prend la qualité de Cefar & de
fils d'Empereur. 2° C'étoit un des plus
beaux titres de Nobleffe de commander
les armées , & d'être Prince de la jeuneffe
c'est ce qu'attribue à Tetricus la
Déeffe de la Nobleffe , lui fourniffant une
pique & une autre de fes Medailles , publiant
;
OCTOBRE 1724.
2143
bliant que la Victoire l'accompagne toujours
, COMES AVG . enfin on acqueroit
la Nobleffe & le titre d'avoir des Images
de fes ancêtres par les premieres
Charges de l'Empire , & c'eſt dequoi la
Déeffe loue Tetricus en portant un Globe
à la main gauche , parce que le pere
de ce jeune Cefar ayant été Conful , avoit
gouverné tout le monde ; mais quelques
femblables que foient ces deux Medailles
, elles ne laiffent pas d'être très-differentes
par la difference de leurs Legendes
, qui font l'ame des Medailles ; car fans
parler de la difference qu'il y a à leur tête,
la Legende de celle du Cabinet du Roi eft
NOBILITAS AVGG. & la Legende de la
mienne n'eft que NOBILITAS ; mais fi bien
écrit, & les lettres fi bien meſurées , qu'il
ne peut y rien avoir davantage.
Or ces deux Medailles n'en font
pas
moins eftimables , & ne fe raviffent rien
de leur prix l'une à l'autre ; & fi celle
du Roi eft très -rare & finguliere , felon
le P. Banduri , elle n'empêche pas la rareté
de la mienne. Dans ces deux Medailles
ce Tetricus n'eft que Cefar du côté de
la tête , & au Revers dans celle du Roi,
il participe à la qualité d'Augufte qu'a
fon pere ,
NOBILITAS AVGG .
Claude le Gothique.
Ær. 3. IMP. CLAVDIVS CAES AVG .
Petit
2144 MERCURE DE FRANCE .
Petit Bufte couronné de
R. FELICITAS SAECVLI .
rayons .
Figure de Femine , tenant de la main
droite un long caducée , & de la gauche
une corne d'abondance .
La feule infcription de cette Medaille
devroit la rendre rare , n'y ayant prefque
point de Medaille dans le fecond &
troifiéme fiecle où CAESAR fuive le nom
propre d'un Prince , & foit ſuivi d'Augufte.
C'eft aux Grammairiens à nous en
donner la raiſon .
>
Mais le Revers de cette Medaille la
rend bien plus précieuſe . Le P. Banduri
n'a pû lui donner place dans fon Recüeil,
compofé avec tant de foin & de recherches.
Il a bien diftingué à l'honneur de
l'Empereur Claude les FELICITAS AVG ,
FELICITAS PVBLICA , FELICITAS TEMPOR.
mais il n'a point connu FELICITAS SAECVLI.
Elle meritoit bien cependant cette
Medaille , quoique de petit bronze , d'ê
tre connue des curieux à caufe de fa Legende
qui nous apprend auffi bien que
I'Hiftoire que ce Prince a commencé à
rendre heureux l'onzième fiecle de l'Empire
Romain , ceux qui l'avoient précedé
ayant été malheureux , & rendu malheu
reux les commencemens de ce fiecle.
DIVO CLAVDIO.
Tête couronnée de Laurier,
R.
OCTOBRE 1724. 2145
R. AEQVITAS AVG.
Figure de Femme debout , tenant de la
main droite une balance , & de la gauche
une corne d'abondance Divo
CLAVDIO.
Tête couronnée de rayons.
R. PAX AVGVST.
Figure de Femme debout , avec un rameau
d'Olivier à la main droite , & àla
gauche une pique en travers.
Plufieurs Medailles de Claude le Gothique
, après l'avoir appellé Dieu d'un
côté , le reprefentent de l'autre comme
s'il vivoit encore. C'eft une chofe qui
lui eft affez particuliere. Il femble que
dans ces Revers on a voulu juſtifier ſa
confecration. On peut avoir cette penſée
en lifant ces paroles de Trebellius Pollio.
Mortales reliquit & familiare virtutibus
fuis petiit calum. Il s'éleva
au Ciel qui convenoit à fes vertus . Le
même Hiftorien ajoûte que ce Prince
réunifoit en fa perfonne les plus belles
qualitez d'Augufte , de Trajan , & des
premiers Antonins ; il avoit leur équité ,
leur moderation , leur droiture , &c. AEQVITAS
AVG. peut exprimer que c'eſt
cette vertu qui l'a mis au nombre des
Dieux , comme il eft marqué dans la
premiere Medaille , & parce que ce même
Empereur avoit rendu la paix à l'Empire
,
2146 MERCURE DE FRANCE.
pire , en terraffant fes ennemis , & exterminant
une infinité de Barbares qui
étoient venus le ravager , on a crû que
' tout le monde applaudiroit , s'il voyoit
dans fes Medailles d'un côtéDIVO CLAVDIO
, & de l'autre PAX AVG. pour fignifier
qu'il meritoit d'être Dieu après avoir
établi une paix fi heureuſe. Je ne raporte
cette dernière Medaille , que pour accompagner
celle qui précede , parce qu'elle
ne differe de celle du P. Banduri” , que
parce qu'elle a dans fa Legende AVGVST.
au lieu que les autres ont AVGVSTI.
Ær. 3.
DIVO CLAVDIO.
Tête couronnée de rayons.
CONSACRATIO.
R. Un Bucher à trois étages , au bas paroît
une porte pour y entrer , & au
troifiéme étage un feu allumé.
Le P. Banduri raporte un Revers , où
paroît un Bucher à trois ou quatre étages
; mais le Bucher n'a point de
porte en bas , 2 ° il eft orné de Statues au
fecond plancher , ce qui n'eft pas dans
ma Medaille , 3º fa Legende eft CONSE
CRATIO , & non pas CONSACRATIO , 40
fon Infcription eft IMP CLAVDIVS AVGI
& la mienne a DIVO CLAVDIO . En fautil
davantage pour faire des Medailles differentes
?
La fuite pour le mois prochain.
TRA .
OCTOBRE 1724: 2147
TRADUCTION de la huitiéme
Ode du 1. Livre d'Horace ,
ulla fi juris , & c.
JE croirois à tes feintes larmes ,
Qui trompent fi fouvent tes credules Amans ;
Si quelqu'un de tes faux fermens ,
Te coutoit feulement le moindre de tes char
mes.
A peine tu m'es infidelle ,
Qu'on voit briller en toi mille nouveaux
attraits ;
Et tu ne me trompes jamais ,
Que tu n'en fois , helas ! plus charmante &
plus belle.
Il ne te refte rien à faire ,
Si tu veux exercer le pouvoir de tes yeux ;
Que d'abuſer du nom des Dieux ,
Après avoir trompé les manes de ton pere.
Malgré ta noire perfidie ,
Mille nouveaux Amans s'engagent fous tes
loix ;
D Et
2148 MERCURE DE FRANCE .
Et ceux qui t'aiment une fois ,
Ne gueriffent jamais de cette maladie.
Pour leurs fils , les meres timides
Craignent le coup fatal de tes moindres fouris ;
Et cent jeunes beautez , pour leurs tendres
maris ,
Redoutent tes regards perfides .
Les Vers qu'on va lire font du Seigneur
de Borderie , ancien Auteur , dont
les Poëfies furent imprimées à Lyon ,
chez Jean de Tournes en 1547. l'on y
trouvera ce tour fimple & naturel qui
fait le principal caractere des bons ouvrages
de ce fiecle-là . Comme ces fortes
de Poëfies font très-rares , & qu'elles
plaifent à une infinité de gens , nous avons
crû qu'on nous fçauroit bon gré d'inferer
ici les deux Pieces fuivantes. C'eſt un des
privileges , & une des principales utilitez
des ouvrages periodiques de fauver
de l'oubli les pieces fugitives qui peuvent
être de quelque merite.
Ami , pourquoi me veux tu tant reprendre
Que ne devois fi foudain femme prendre?
Ne me fais plus la guerre , je te dis
Que je l'ai fait pour gagner Paradis ;
Et
OCTOBRE
2149
1724 .
Et ne fçavois faire un meilleur ouvrage
Pour mon falut , qu'entrer en mariage :
Car tous maris font d'un cas foucieux ,
Qui me rend fur d'aller juſques aux Cieux.
Le grand hazard d'être cocu les fâche ,
Si je le fuis , & que point ne le fçache ,
Innocent fuis. Or tous les innocens
Seront fauvez , y en eut-il cinq cens.
Si malgré- moi je puis voir & fentir
Que l'on me fait cocu , je fuis martir.
Les bons martirs iront là fus tout droit.
Et fi je prends femme fage & honnête ,
Bienheureux fuis de fi rare conquête.
Les Bienheureux ( fi l'on croit l'Ecriture )
Iront en gloire , & moi donc par droiture.
Regarde donc fi je ne ſuis pas ſage ,
D'avoir au Ciel affigné mon partage.
Que fuffes-tu pour le bien qu'il m'en femble ,
Bien marié , & cocu tout enſemble.
Dij
ENIGME.
2150 MERCURE DE FRANCE.
*******************
ENIGME
Du même Auteur.
E ma nature immobile je fuis ,
& ne puis :
Nuire à aucun je ne veux ,
Mais fi l'on veut en frapant m'affaillir ,
L'on me verra fur les maiſons faillir ,
Hommes heurter , prendre forces nouvelles ,
Sans pieds fauter , même vôler fans aîles ,
Fuffent- ils cent contre moi amaffez ,
Je les vous rends tous vaincus & laffez :
Car plus de coups je fens parmi le trouble ,
Plus fuis difpoft , plus ma force redouble ,
Craignant trop plus les maux de l'avenir ,
Que je ne fays les prefens foutenir.
Moi qui jadis avois forme de bête ,
Suis tranfmué en forme d'une tête :
Et qui paiffoit bonnes herbes fouvent ,
Vivre me faut à cette heure du vent ,
Duquel je fuis porté & foutenu ,
Finablement qui bien m'aura connu ,
Prendra de moi grand ébahiffement ,
Ne me voyant fin ni commencement.
AvOCTOBRE
1724. 2151
AUTRE Enigme d'un Auteur moderne .
E fuis de nature commune ,
JE
Mon corps eft ordinairement
De couleur noire , grife , ou brune ;
Mes replisfont mon ornement.
C'eſt par eux que je fuis utile .
Je fuis moins chez les Grands que parmi les
Bourgeois.
Je fuis moins aux champs qu'à la Ville.
Mon ame de mon corps s'échape quelquefois ,
Je ne vis plus , lorfqu'elle m'eft ravie ;
Mais une main qui me fauve la vie ,
Lui rend auffi fa prémiere prifon ,
Mes foupirs redoublez font connoître mon
nom .
On a dû expliquer les deux Enigmes
du mois dernier par la Lune & l'Opera.
D iij LET2152
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite d'Orleans , par M.
Polluche aux Auteurs du Mercure ,
le 22. Septembre 1724.
V
Ous medemandez par vôtre Lettre
du 2. Mai , inferée dans vôtre dernier
Journal , Meffieurs , ce qui m'a déter
niné à placer le Iv. Confulat de Pofthume
en l'an 267. je vous répondrai francheinent
qu'en cela je n'ai fait que fuivre
M. de Tillemont , non pas que j'aye prétendu
authoriſer cette époque en l'adoptant
, je fçais trop l'incertitude où l'on eft
fur les années duRegne de ce Prince, pour
vouloir prendre un patti ; outre que dans
l'explication de ma Medaille une difcuffion
Chronologique n'étoit pas abfolument
de mon fujet , puifqu'il ne s'agiffoit
que de montrer la rareté de cette Medaille
, & que cette rareté ne naiffoit nullenent
du temps où elle avoit été frapée .
Je vous dirai même plus , mon fentiment,
s'il m'étoit permis d'en avoir un , eft toutà-
fait contraire ; & en donnant après Au-
⚫ relius Victor , & une partie de nos antiquaires
, x. années de Regne à Pofthume
, je placerois le iv. Confulat de ce
Prince en 268. & la preuve en eft aiſée
OCTOBRE 1724. 2153
à donner ; on ne trouve fur les Medailles
ce 1 v. Confulat qu'avec la vIII . année
de la puiffance Tribunicienne. Tout
le monde fçait que cette puiffance ne fe
renouvelloit que tous les ans ; il eft facile
de conclure que Pofthume , qui au fentiment
du plus grand nombre des Auteurs
s'eft revolté en 261. a pris fon quatriéme
Confulat en 268. qui étoit la 8. année
de fon Regne. Je ne diffimulerai
point que dans quelques Medailles ce Iv.
Confulat fe trouve avec la puiffance Tribunicienne
, exprimée d'une maniere indéterminée
, TR. P. COS . 1111. mais il faut
convenir que cela ne fait rien contre moi ,
& qu'indépendemment mon fentiment
peut le foutenir.
Je vous prie , Meffieurs , de confiderer
qu'incidemment je réponds encore à
un endroit de vôtre Lettre , ou en parlant
des Confulats de Pofthume qui ne fe
trouvent point dans les faftes , où l'on
n'infcrivoit que ceux des Princes reconnus
par le Senat , vous demandez furquoi
on peut s'appuyer pour en fixer les
dattes , les années de la puiffance Tribunicienne
, non -feulement empêchent de
nous tromper à ce fujet ; mais même
nous déterminent d'une maniere abfoluë
& immanquable.
Comme je fuis de bonne- foi , & que
D iiij pour
2154 MERCURE DE FRANCE
pour prouver ce que j'avance , je ne me
fers que des Medailles ; j'avouerai qu'il
s'en trouve une de Pofthume du Cabinet
de M. Foucaut , raportée par le P. Banduri
qui ne laifle pas de in'embaraffer ;
on y lit au Revers , PM. TR. P. V. cos . V.
Ainfi s'il falloit en croire cette Medaille ,
Pofthume auroit pris fon Iv . Confulat
avant la-VIII . année de fon Regne , puifque
la v. il en avoit été à fon v . Confu-.
lat ; je n'ai qu'une chofe à répondre , c'eſt
que j'ai une Medaille de ce Prince toute
femblable pour la Legende de la tête , &
le Type du Revers à celle de M. Foucaut
, où l'on lit diftinctement au Revers .
PM. TR . P X. cos . v. fi le Cabinet de M.
Foucaut n'étoit pas auffi authentique
qu'il l'eft , ne pourroit-on pas dire que
peut être la partie inferieure du x . étant
effacée on l'a pris pour un v. vû que cette
Medaille avec le TR . P. x. ne ſe trouve
point dans le Recueil du P. Banduri
c'eft celle où l'Empereur eft repreſenté
debout avec la Robbe , tenant d'une main
un Rameau , & de l'autre une espece de
demi - pique c'eft à vous , Meffieurs , à
m'éclaircir cette difficulté.
:
A l'égard de l'obfervation que vous
faites , que déja l'Auteur du Voyage de
Sirie & du Mont- Liban , avoit montré
l'erreur des Antiquaires qui avoient prétendu
OCTOBRE 1724.
2155
tendu que les Colonies qui portent le
furnom d'Augufta , avoient été fondées ,
rétablies ou augmentées par Augufte , en
rapportant une Medaille de la Ville d'Heliopolis
, frapée en l'honneur de Philippe
, le pere , dans le Revers de laquelle
on lit COL. IVL. AVG . FEL . HEL , Colonia ,
Julia , Augufta , Felix , Heliopolis ; cette
obfervation , dis - je , permettez - moi de le
dire , ne me paroît pas jufte , Heliopolis .
que vous prétendez après Ulpien avoit été
faite Colonie par l'EmpereurSevere, avoit
déja battu des Medailles en cette qualité
long- temps auparavant , puifque nous en
trouvons une d'Hadrien , où elle eft appellée
Colonies le Pere Hardouin qui
la rapporte dans fon Livre Nummi antiqui
illuftrati , prétend qu'Hadrien étoit
le Fondateur de cette Colonie ; mais M.
Vaillant chez qui vous la trouverez ,
avance par tout que non- feulement
elle avoit été fondée par Jules - Cefar
mais qu'Augufte l'avoit augmentée de
beaucoup en y envoyant des Veterans ,
c'eft pourquoi elle prenoit les furnoms
de IVLIA & d'AVGVSTA.
Comme je ne fuis pas de ces gens jaloux
qui ceffent d'eftimer une chofe
quand ils ne la croyent pas unique , j'apprends
avec beaucoup de plaifir qu'il fe
trouve une Medaille de Pofthume , fem-
D v blable
2156 MERCURE DE FRANCE.
blable à la mienne dans le Cabinet de
M. Devonshire. Cependant comme cette
Medaille eft d'argent , & la mienne de
Bronze , qu'on lit fur la mienne le furnom
d'Augufte A. donné à Cologne , ce
qui ne fe remarque pas fur l'autre , celle
que je poffede ne perd rien de fa fingularité.
Je fuis très parfaitement , & c.
******** XXXXXXXX
EPITRE de M. Vergier , à M.
l'Abbé Haranger , pour lui demander
fi on dineroit chez lui le Jeudi fui-
J'
vant. 1717.
Eudi fera-t'il jour d'Orgie ?
Chanterons nous Jo Bacché ?
Ou bien doit- il être marqué
Parmi nos jours de létargie ?
Ce fait me doit être expliqué ,
Afin qu'au cas que foit manqué
Ce point de nôtre liturgie ,
Autre part je me refugie ,
Pour être à ce devoir vaqué ,
Jufques à ce que la bougie ,
Succede au Soleil offufqué ,
Quand de ce Globe il eſt maſqué.
Mais
OCTOBRE 2157 1724,
Mais pourquoi fous vôtre regie ,
Nôtre ordre à ce jour indiqué ,
Ne feroit-il pas convoqué ,
Eft- ce que par Aftrologie ,
Defaltre chez- vous ambuſqué ,
Nous elt Jeudi pronostiqué ?
Je n'y crois non plus qu'à magie
Ni qu'aux pleurs de tendre élegie
Ni qu'au diſcours Alambiqué ,
D'exagerante apologie.
Donc , par bi ! feulement croqué ;
Soit par vous l'ordre convoqué ,
Et fi l'un de nous détraqué ,
En d'autres foins eft embarqué ,
Son délit avec énergie ,
Par l'un des cenfeurs attaqué ,
Par jugement irrevoqué ,
Nous le boirons en effigie >
AvecVin fur lui confifqué.
D vj
AU
2158 MERCURE DE FRANCE.
AU MESME.
BILLET.
D Emain Jeudi,
Quand de midy
Sonnera l'heure
De ma demeure
Je partirai ,
Je me rendrai
Droit en la vôtre ,
Et de toute autre ,
L'accès fuirai ;
J'y porterai
Grand mal de gorge ;
Mal qui me point
A un tel point ,
Que fucre d'orge
A ladoucir ,
N'a pas encore
Pû réüffir ;
Rhume dévore
Communément
Gens de mon âge ,
Et leur
menage
Tout
OCTOBRE 1724. 2159
Tout doucement ,
Place arrêtée ,
Pour cher frettée ,
Sur le vaiffeau
Qui la pâle ombre
Paffe fans nombre
Au noir Ruiffeau .
Adieu , cher pere ,
Demain j'efpere
b
Nous nous verrons,
Et déduirons
Propos frivole ,
Par qui du temps ,
Qui fuit , qui vole :
Plus courts encore
Sont les inftants.
學學
LET2160
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE du R. P, Caftel , Jefuite,
fur le Phenoméne du Tonnerre , dont il
eft parlé dans le Mercure du mois de
Septembre 17 24. écrite à M. de la R....
P que
Our répondre , Monfieur , autant
qu'il eft en moi à l'honneur
vous me faites de me demander mon fentiment
fur le Phenoméne du Tonnerre ,
rapporté à la page 20 11. de vôtre Jour- 2011 .
nal de Septembre 1724. je vous dirai
naïvement que je ne connois point de feu
bien actif fans flâme , ni de foudre ſans
feu bien actif & bien dévelopé , & je
Vous avoue que je me hazarderois bien
plutôt à expliquer comment le Païfan a
pù fe trouver à 15. pas du Chêne frapé ,
fans voir le feu , quoiqu'il y en eut , qu'à
expliquer comment la foudre a partagé
le Chêne fans feu. Si le Païfan avoit été
averti que la foudre alloit tomber fur ce
Chêne , il auroit pû y fixer les yeux ,
quoiqu'encore peut- être la peur les lui eut
fermez ; mais n'étant point prévenu , étant
peut- être même tourné du côté oppofé ,
effrayé d'ailleurs du coup , ou par d'autres
coups qui avoient précedé , que fçaiton
même ? ébloui & aveuglé d'abord par
le
OCTOBRE 1724. 2161
le trop grand feu , & enfuite par le merveilleux
d'une Hiftoire que lui feul avoit
droit de raconter , & qu'il étoit maître
d'embellir , il aura pû dire & croire même
qu'il n'avoit point vû , & qu'il n'y
avoit point eu de feu . Voilà l'explication
que j'adopte jufqu'à un plus amplement
enquis , d'autant plus qu'il me paroîtroit
furprenant que depuis le temps qu'on
oblerve le Tonnerre , on n'en eut encore
obfervé aucun fans feu , fi ce Phenoméne
étoit bien naturel . Voici cependant une
autre explication , l'adoptera qui voudra.
La foudre n'eft qu'une matiere en feu :
or dans le feu je tiens qu'il y a du plus
& du moins : il y a un feu fecret & caché
dans tous les corps , & il y a un feu fenfible
qui eft le feul que le vulgaire appelle
feu. Celui - ci ne differe de l'autre
que par la quantité . Quand le Soleil
éclaire , l'air eft plein de feu , mais d'un
feu difperfé ; un miroir ardent ne fait
que réunir un nombre de parties de ce
feu difperfé pour en faire un feu fenfible ;
de même que quand on fait évaporer
l'eau de la Mer , on réunit en grains fenfibles
le fel qui n'y étoit pas moins réellement
avant qu'on le réunit . La foudre
peut donc être plus ou moins en feu ;
mais peut-t'elle l'être aflez peu pour n'être
point vûë , fans pourtant ceffer d'être
très2162
MERCURE DE FRANCE.
très-active le cas en queftion ne laifferoit
aucun lieu d'en douter , s'il étoit luimême
bien indubitable , ce que je ne garentis
pas ; car ma premiere explication ,
quoique moins Phyfique me paroît bien
plus Philofophique que celle- ci .
Un autre Phenoméne dont il eft parlé
dans la page fuivante ne me paroît pas fi
fingulier , ni fi rare , ni même fi difficile.
à expliquer. Car 1 ° j'ai été moi- même
témoin de la mort d'un homme , dans le
corps duquel on trouva plufieurs parties
petrifiées , & entr'autres une bonne partie
du coeur & du cerveau , quoiqu'on
n'y eut rien foupçonné de pareil pendant
plus de 50. ans qu'il s'étoit affez bien
porté ; de forte qu'on ne pouvoit pas
douter que ces petrifications ne fuffent
l'effet de la maladie qui l'avoit tué. 2 °
On a d'ailleurs des exemples de petrifications
formées prefque fur le champ par
le concours de deux liqueurs , dont chacune
eft très- claire & très - fluide en fon
particulier , & dont le mêlange feul les
convertit en une pierre affez dure.
Dans la même page j'ai remarqué un
Phenoméne capable de bien déconcerter le
fyftême de l'action de la Lune fur lesMers,
à moins qu'on n'ait remarqué dans cet
aftre une retrogradation pareille à celle des
eaux de Portfinouth ; ce qui n'a pas été affurement
OCTOBRE 1724. 2163
furément obfervé ; & d'ailleurs ce qui eft
arrive à l'ortſmouth feroit arrivé fur toutes
les côtes . Pour moi dans mon fyftême
je réponds à ce Phenoméne par celui- ci
tout fimple. Je voyois l'autre jour de
l'eau qui bouilloit , & qui s'élevoit de
temps en temps fur les bords du Vaiſſeau ,
& regorgeoit tantôt par un côté , tantôt
par un autre. Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , ce 8. Octobre 1724 .
LETTRE en Chanfons de M. V. à
Madame d'H..... écrite de Londres
en 1688.
J
Sur l'Air : O beaux Jardins.
E vous écris de ce lieu , qui du Tibre
Vient d'arrêter le cours trop vehement ,
De ce féjour libre & charmant ,
Mais , ou bien-tôt rien ne feroit plus libre ,
Si vous pouviez y paroître un moment.
Que penfez- vous ? & qu'eft- ce que vous faites
Dans vôtre aimable & tranquille féjour ?
Pour moi dans ces lieux , où l'Amour ,
Et les plaifirs font leurs douces retraites,
Penfer à vous , m'occupe tout le jour.
Sur
2164 MERCURE DE FRANCE .
Vous
Sur l'Air de Joconde.
Ous fçavez combien les plaifirs
Aiment la trifteffe ,
peu
Toûjours contraire à leurs defirs ,
Ils l'évitent fans ceffe ;
Mais vôtre abſence a ſçû fi bien
Calmer toutes leurs haines ,
Qu'en moi les plaifirs ne font rien ,
Qu'en imitant les peines.
Vos Bois qui dès le fiecle d'or
Ornent vos vaſtes plaines ,
Ont-ils vû cette année encor
Foudroyer leurs beaux chênes ?
Contre les Innocens , pourquoi
S'exerce le Tonnerre?
Tandis .... mais ma Mufe tais toi ,
Je fuis en Angleterre.
Sur l'Air : Tout cela m'eft indifferent.
V
Oit-on encore la Du ......
Conduire en chef tout le pays ,
Parmi vos routes fans égales
DitesOCTOBRE
1724.
2165
Dites- moi , la voit- on toûjours
Venir faire fes baccanales ,
En ces lieux faits pour les amours ?
M
Si cette voiſine en courroux ,
Conferve une dent contre vous ,'
N'en redoutez rien de funefte ,
Un peu de temps l'appaiſera ,
C'eſt la feule dent qui lui reſte ,
Et bien- tôt elle tombera.
Sur l'Air : La Bergere qui m'engage.
Cachez pour toute nouvelle ,
Que Jupiter l'autre jour
Demanda quelle mortelle ,
Des coeurs avoit plus groffe Cours,
Chaque Dieu lui nomma fa belle ,
Vous eutes la voix d'Amour.
M
Là- deffus ils difputerent ,
Et l'on en vint aux portraits ,
Mais à ceux qui réſiſterent ,
L'Amour dépeignit tant d'attraits ,
Que
2166 MERCURE DE FRANCE.
Que tous les Dieux qui l'écouterent
En fentirent mille traits .
SI
Sur l'Air O beaux Jardins.
I vous doutez qui eft l'homme inutile ,
Qui tant de Vers a fçû fi mal ranger ,
C'eft des amis le moins leger ,
A ce beau nom , ainfi qu'au mauvais ſtile ,
Reconnoiffez le fidele V......
7
On ne peut être trop attentif à tirer
de l'obfcurité les pieces qui peuvent fervir
à l'Hiftoire des grands Princes . L'Epitaphe
qui fuit prife d'un ancien manufcrit
qu'on nous a communiqué , contient
en ábregé celle de Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne . Le corps de ce Prince
fut d'abord mis en dépôt dans l'Eglife
de S. Donat de Bruges , & enfuite inhumé
dans celle des Chartreux de Dijon où
il repofe. Molinet , que les Hiftoriens
du temps appellent le Gentil Poëte , lui fit
cette Epitaphe , qui eft gravée fur fon
Tombeau , mais qui commence fort à ſe
reffentir de l'injure du temps .
L'EPIOCTOBRE
1724. 2167
L'EPITAPHE qui fut faite pour
le Noble Duc , Philippe de Bourgongne .
J
Ehan fut né de Philippe , qui du Roi Jehan
fut fils ,
Et de Jehan moi Philippe , que mort tient en
fes fils .
Mon pere me laiffa Bourgongne , Flandre ,
Artois ,
Succeder y devois par toutes bonnes lois.
J'ai crû ma Seigneurie de Brebant , de Lembourg
,
Namur , Haynaut , Hollande , Zelande & Luxembourg.
Contrarié m'y ont Allemans , & Liegeois ,
Débouté les ai tous par armes & par droits.
En même temps Anglois , Françoys me deffierent
,
Et l'Empereur auffi , rien du myen n'y gaignerent.
Mais par Charles feptiéme j'eus guerre en
grand defroy ,
Il me requiſt de paix dont il demoura Roy.
Sept
2168 MERCURE DE FRANCE.
Sept batailles foutins deſquelles j'eus victoire ,
Onc une n'en perdis à Dieu en foit la gloire.
Contre moi fe font meus Flamens & Liegeois,
Mais je les ai réduit , & vaincus maintes fois.
Par Barrois & Lorrains Regné guerre me meût,
De Cecile étoit Roy , mais mon priſonnier fut,
Loys le fils de Charles fugitif & marry ,
Fut par moi couronné quand cinq ans l'eus
nourry.
Edouart , Duc Diort deça vint en ma terre ,
Par mon port & faveur il fut Roi d'Angleterre.
Pour foutenir l'Eglife qu'eft de Dieu la mais
fon ,
J'ai mis fus le noble ordre qu'on dit de la
Toifon.
Et pour la foy Chrétienne maintenir en vigueur
,
J'envoyay mes galeres jufqu'en la mer majeur.
En
OCTOBRE 1724. 2169
En mes vieux jours j'avoye conclud & entreprins
,
D'y aller en perfonne , mais la mort m'a
furprins.
En l'an foixante-fept avec quatorze cens ,
Payai droit de nature à foixante & feize ans.
aaaaaaa¥a¥¥¥¥¥¥¥
LETTRE d'un Auteur Anonime aux
Auteurs du Mercure de France ,
fur la Tragedie de Berenice.
V
Ous m'avez prévenu , Meffieurs
j'ai lû dans votre dernier Mercure
une courte differtation fur la Tragedie de
Berenice qui m'oblige à racourcir la mienne.
Vous y dites en peu de mots ce que
j'avois déja fenti fur cette Piece , & parlà
vous me réduifez à l'attaquer par un
autre endroit. L'auriez - vous crû , Meffieurs
? c'eſt par la diction . Chacun ſçait
que c'est l'endroit par où l'élegant Auteur
de cette Tragedie donne moins de
prife contre lui , & par où il s'eft fait une
réputation prefque égale à celle du grand
Corneille. Que les Partifans du premier
me pardonnent le prefque ; j'ai toûjours
préféré les chofes aux paroles. Voilà ma
pro2170
MERCURE DE FRANCE.
profeffion de foi. Au refte , je ne prétends
pas que mon fentiment ferve de regle ,
& je m'y tiens , fans condamner celui des
autres. Cependant comme M. de Racine
défend dans fa Preface cette même fimplicité
, que vous avez attaquée , permettez
, Meffieurs , que j'en touche quelque
chofe avant que d'en venir au champ de
bataille que je me fuis propofé.
La Preface
SUJET
que M. de Racine a mife à
la tête de la Tragedie , fur laquelle cette
Diſſertation va rouler , m'apprend qu'on
l'a attaquée par le même endroit que je
vais faire ; c'est- à - dire , par la trop grande
fimplicité. Son ingenieux Auteur a
beau nous dire que cette fimplicité qu'on
lui reproche , eft un des premiers préceptes
que les anciens nous ont laiffez. Le
profond refpect que nous devons à l'antiquité
ne nous empêche pas de donner de
juftes bornes à nôtre déference , & de
faire quelque ufage de nôtre raifon , qu'ils
n'ont pas prétendu captiver. D'ailleurs je
crois qu'il n'y a qu'à les bien entendre
pour être d'accord avec eux . Je ne doute
point que M. Racine ne les ait parfaitement
entendus , mais qu'il me permette
de le recufer dans cette occafion ; il s'agit
de
OCTOBRE 1724. 2171
>
de défendre fa cauſe , bonne ou mauvaife,
& de- là je fuis en droit de le regarder
comme un peu fufpect. Horace ne doit
point l'être , me répondra-t'on que ce
que vous ferez , dit ce grand Maître de
l'Art , foit toûjours fimple , & nefoit qu'un.
En verité , Monfieur de Racine n'avoitil
point d'authorité à nous citer plus décifive
que celle - la ? Pour moi , il me
femble que dans ce précepte d'Horace
fimple & un, font termes fynonimes :
mais quand il faudroit entendre par - là
cette fimplicité de fujet , dont l'Auteur
de Berenice fe fçait fi bon gré , ne faudroit-
il pas convenir qu'elle eft portée
trop loin dans la Tragedie en queſtion
& qu'un peu plus d'action n'y auroit pas
nuit. En effet , dequoi s'agit- il dans la
Piece entre les deux Amans ? D'un adieu
forcé de part & d'autre : invitus invitam
dimifit. Voilà tout au plus affez d'action
pour un cinquiéme Acte ; mais où
prendre
les quatre precedens ; tout autre Auteur
que M. de Racine y auroit été trèsembarraffé
; heureuſement pour fa Piece ,
il avoit de grandes reffources dans fon
efprit & dans fon coeur ; les penfées , les
expreflions , les fentimens , & l'élegance
, tout le raffuroit contre la fechereffe
de fon fujet , fecherelle qu'il lui plaît
d'honorer du nom de fimplicité. C'eſt ce
>
E que
2172 MERCURE DE FRANCE.
que je me propofe de faire voir dans la
courte Analyfe de Berenice .
1
ACTE I.
Voici toute l'action de ce premier Acte .
Antiochus charge Arface fon confident
d'aller voir fi Berenice pourra lui accorder
un moment d'audience . Il fait connoître
aux Spectateurs dans un Monologue
qu'après un filence de cinq ans , il
-va lui declarer qu'il part plus amoureux
d'elle qu'il ne le fut jamais . Arface vient
lui dire que Berenice confent à le voir
& à l'entendre , dès qu'elle fe fera débarraffée
d'une Cour qui l'accable ; Antiochus
lui fait connoître qu'après qu'il
aura vû Berenice , il partira de Rome , &
pour jamais. Il ne lui en dit pas davantage.
Berenice vient . Antiochus n'a pas
plutôt appris de fa bouche que felon toutes
les Titus va la declarer
apparences ,
Imperatrice , qu'il lui dit un éternel
adieu , en lui declarant qu'il l'a toûjours
aimée , & que c'eft cet amour defefperé
qui l'oblige à s'éloigner d'elle pour jamais.
Berenice reçoit cette declaration
avec fierté , mais fans colere. Antiochus
fe retire. Rerenice ouvre tout fon coeur
à Phenice , fa confidente ; cette derniere
a beau lui dire qu'elle auroit dû retenir
AntioOCTOBRE
1724. 2173
Antiochus , Titus ne s'étant pas encore
expliqué fur fon Hymen ; cette aveugle
Amante n'eft occupée qué de fon prochain
bonheur qu'elle croit infaillible
fur la foi des promeffes de Titus. Elle fe
retire pour aller faire des voeux pour la
profperité de fon Amant .
Cet Acte comporte autant d'action
qu'un premier Acte en exige , & l'on ne
peut raifonnablement le blâmer de trop
de fimplicité. L'Auteur même y prend
foin de laiffer entrevoir le noeud par ces
Vers qu'il met dans la bouche de Phenice :
Titus n'a point encore expliqué fa penſée ;
Rome vous voit , Madame , avec des yeux jaloux
,
La rigueur de fes loix m'épouvante pour vous ;
L'Hymen chez les Romains n'admet qu'une
Romaine ;
Rome hait tous les Rois & Berenice eft Reine.
Il me femble que Phenice raifonne
affez jufte , & que Berenice devroit être
un peu plus allarmée qu'elle ne le paroît.
Car enfin , fur quoi fonde- t'elle fon
prochain bonheur ? fur l'amour de Titus ?
mais cet amour peut fubfifter fans aller
jufqu'à l'Hymen. Qu'eft - ce donc qui la
peut tenir dans une fecurité fi peu ordinaire
? eft-ce le foin que Titus prend de
E ij
lui
2174 MERCURE DE FRANCE.
lui mettre de nouveaux diadêmes fur le
front . Elle en devroit tirer toute autre
confequence. Le nom de Reine étant fufpect
aux Romains , ces nouveaux diadêmes
font pour eux de nouveaux titres de
haine , & qu'en auroit- elle à faire fi elle
devoit être Imperatrice ? voici ce qu'elle
dit à Antiochus en parlant de Titus.
Et même en ce moment , fans qu'il m'en ait
parlé ,
Il eſt dans le Senat par fon ordre affemblé .
Là , de la Paleſtine il entend la frontiere ,
Il y joint l'Arabie & la Syrie entiere ;
Et fi de fes amis j'en dois croire la voix ,
Si j'en crois fes fermens redoublez mille fois
Il va fur tant d'états couronner Berenice ,
Pour joindre à plus de nom celui d'Imperatrice.
Il m'en viendra lui-même affurer en ce lieu .
Ce dernier Vers me paroît équivoque.
Eft - ce des amis de Titus qu'elle a appris
que fon amant viendra bien -tôt l'en affurer
? Ou fi c'eſt elle feule qui s'en flatte
fondée fur les fermens redoublez de Titus ?
fi c'étoit une parole que Titus lui eut fait
fa fecurité feroit un peu plus exporter
,
cufable ; mais n'en cherchons l'excufe
que
OCTOBRE 1724. 2175
que dans le panchant naturel qu'on a à
croire ce que l'on fouhaite.
fecond Acte.
ACTE II .
Paflons au
Titus ouvre ce fecond Acte , il ordonne
à fa fuite de fe retirer pour pouvoir
ouvrir fon coeur à Paulin , pour qui
il n'a rien de fecret ; il lui ordonne de ne
lui rien cacher de ce qui regarde Berenice
, & de lui declarer ce que les Romains
penfent de l'amour qu'il a pour
cette Reine. Paulin lui declare franchement
que les Romains ne l'attendent
point pour leur Imperatrice. Titus lui
avoue qu'il l'a bien preffenti , & qu'il
avoit pris fon parti avant que de lui parler.
Il lui dit qu'il a mandé le Roi de
Comagene pour lui remettre ce dépoft
précieux entre les mains , & pour faire
partir cette malheureuſe Reine avec lui.
Berenice vient. Titus la quitte fans pouvoir
achever ce qu'il s'eft promis de lui
dire. Berenice ne fçait que penfer de ce
filence. Elle femble d'abord en penetrer
la veritable caufe ; mais elle ne s'y arrête
gueres , & revient à fa premiere fecurité,
Examinons fi elle a raifon. Voici les termes
exprès dont Titus s'eft fervi en la
quittant , ou plutôt la fin de fon Dialogue
avec elle. E jij Ti2176
MERCURE DE FRANCE.
Titus.
Non , Madame , jamais , puiſqu'il faut vous
parler ,
Mon coeur de plus de feux ne fe fentit brûler ;
Mais.....
Berenice .
Achevez.
Titus.
Helas !
Berenice.
Parlez.
Hé bien !
Titus .
Rome. L'Empire .....
Berenice.
Titus.
Sortons , Paulin , je ne lui puis rien dire.
Berenice peut-elle attribuer le filence
de Titus à un fentiment de jaloufie que
ce Prince a conçû contre Antiochus . Titus
, dit - elle , aura fçû tout ce qui s'eft
paſſe.
L'Amour d'Antiochus l'a peut-être offenfé ;
Il attend , m'a-t'on dit , le Roi de Comagene ;
Ne cherchons point ailleurs le fujet de ma
peine.
Y a-t'il rien de plus frivole & de
moins
OCTOBRE 1724. 2177
moins concluant ? qu'elle connexité entre
cette prétendue jaloufie , & les dernieres
paroles de Titus. Rome...... l'Empire.....
que fait à Rome , & à l'Empire ,
l'amour ou l'indifference d'Antiochus
pour Berenice ? M. de Racine auroit pû
mettre dans la bouche de Titus des paroles
plus fufceptibles du fens que Berenice
leur veut donner ; & puifque la fimplicité
de fon fujet le réduifoit à filer le
peu d'action qu'il y avoit , il devoit le
faire d'une maniere plus plaufible , ou du
moins plus féduifante pour les fpectateurs
. Cette dernière partie eft celle qu'il
poffede le mieux , & je fuis furpris qu'il
fe foit fi mal fervi de fes avantages .
ACTE III.
L'Epiſode d'Antiochus eft d'un grand
fecours pour ce troifiéme Acte. On n'en
eft encore qu'aux préliminaires , l'action
principale n'eft prefque point entamée.
Antiochus eft chargé d'annoncer à Berenice
que Titus la renvoye , quoique
malgré lui ; voilà le dimifit invitus invitam
qui ne fait que d'éclore , & c'eſt par
un tiers que ces grands mots font prononcez.
Ce tiers paroît fufpect à Berenice
; elle ne l'en croît point fondée ſur
ce principe.
E iiij Vous
2178 MERCURE DE FRANCE .
Vous le fouhaitez trop pour me perfuader .
Elle fait plus , elle accable Antiochus
de toute fa colere , & lui défend de la
jamais voir. Tout cela eft dans la nature ;
la douleur eft injufte , & l'erreur de Berenice
eft pardonnable ; mais quand elle
ne le feroit pas , elle ne laifferoit pas
d'être permife dans une fituation fi violente.
Berenice nous fait même entrevoir
qu'elle n'eft que trop perfuadée qu'Antiochus
ne lui en impofe point , voici
comment elle s'explique en quittant ce
Prince infortuné.
Helas pour me tromper , je fais ce que je
puis.
Antiochus eft d'abord outré de l'injure
que Berenice lui fait , en le foupçonnant
d'impofture ; mais un rayon d'efperance
fuccede à ce jufte dépit , & Arface lui
fait entrevoir qu'il n'eft pas fi malheureux
, puifque non - feulement Titus n'épouſe
point Berenice , mais qu'il va remettre
ce précieux dépoft entre ſes mains.
Voilà tout ce qui fe paffe dans ce troifiéme
Acte . Il y a quelque chofe à dire à la
premiere Scene . Je ne voudrois pas que
Titus fut inftruit du départ fubit d'Antiochus
; qu'en peut- il préfumer ? Si cette
foudaine fuite n'eft pas d'un ennemi , elle
eft
OCTOBRE 1724. 2179
eft du moins d'un Rival ; & deflors Antiochus
doit devenir fufpect à Titus . Il
étoit très facile à M. de Racine d'éviter
cette alternative , il n'avoit qu'à laiffer
ignorer à Titus le départ d'Antiochus.
ACTE IV.
Nous voici enfin arrivez à l'action
principale. Titus va parler par lui-même.
Berenice lui a demandé un moment d'entretien
; il l'attend , elle vient , & lui
épargne même la honte & la douleur de
lui prononcer l'arreft de fon exil. Voici
comment elle s'explique d'abord.
Hé bien , il eſt donc vrai que Titus m'abandonne
,
Il faut nous feparer , & c'eſt lui qui l'ordonne.
Que par ces mots Titus eft délivré
d'un grand embarras ; il n'a plus befoin
que d'en être l'écho & de répondre :
Car enfin, ma Princeffe, il faut nous feparer.
Au refte , cette Scene eft très- pathetique
de part & d'autre , fur tout de la
part de Berenice. Voici ce qu'elle répond
au dernier vers que je viens de citer.
Ah ! cruel , eft- il temps de me le declarer ?
Qu'avez- vous fait ? helas ! je me fuis cruë
aimée ;
E v Au
2180 MERCURE DE FRANCE.
Au plaifir de vous voir mon ame accoutumée,
Ne vit plus que vous. Ignoriez -vous vọs lɔix
Quand je vous l'avoüai pour la premiere fɔis ?
A quel excès d'amour m'avez - vous amenée ?
Que ne me difiez - vous , Princeffe infortunée ,
Où vas - tu t'engager , & quel eft ton eſpoir ?
Ne donne point un coeur qu'on ne peut recevoir
, & c.
Quel charme flateur dans cette maniere
de s'exprimer ? Pour moi je fuis prefque
tenté de croire ; qu'avec tant d'efprit
, & tant de fentiment , il ne faut
point d'action dans une Tragedie . Tout
le refte de cette Scene eft à peu près du
même ton . Berenice quitte enfin Titus ,
en lui laiffant fes remords pour vangeurs
de fa perfidie . Titus reffent vivement le
coup qu'il vient de porter à fon Amante.
Antiochus vient encore l'accabler , en
lui apprenint que la Reine veut mourir
& qu'il n'y a que fa feule prefence qui
puifle la rappeller à la vie. C'eft ici que
M. de Racine fait un coup de Maître . Titus
eft fur le point de s'aller jetter aux
pieds de Berenice , & peut - être de revoquer
l'orde cruel qui la porte à renoncer
au jour. Rutile vient très à propos apprendre
à Titus que les Tribuns , les
ConOCTOBRE
1724. 2181
Confuls , & le Senat viennent lui parler
au nom de tout l'Etat. Titus paroît
encore incertain du parti qu'il prendra ;
mais Paulin le détermine du côté de la
gloire . Voilà toute l'action du quatrième
Acte. L'Auteur nous promet quelque
chofe de plus dans le cinquième , par ces
vers que Titus adreffe à Antiochus :
Voyez la Reine : allez , j'efpere à mon retour
Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour.
Nous allons voir fi l'on nous tiendra
parole.
ACTE V.
Arface fait renaître l'efperance dans le
coeur d'Antiochus,, en lui apprenant que
Berenice eft enfin déterminée à partir ;
mais cette efperance eft bien- tôt détruite
par des paroles équivoques que l'Auteur
met dans la bouche de Titus . Voici comme
il parle à Antiochus .
Enfin , Prince , je viens dégager ma promeffe :
Berenice m'occupe & m'afflige fans ceffe ;
Je viens , le coeur percé de vos pleurs & des
fiens ,
Calmer des déplaifirs moins cruels que les
miens.
E vj Venez
2182 MERCURE DE FRANCE.
"
Venez , Prince , venez , je veux bien que vous
même ,
Pour la derniere fois vous voyez fi je l'aime .
Quel coup de foudre pour Antiochus ?
il faut avouer qu'il eft le plus à plaindre
dans toute la Piece ; il paffe continuellement
de la crainte à l'efperance , & de
l'efperance au defefpoir , & s'il y a quelque
peripetie dans cette Tragedie , elle
n'eft que dans fon rôle ; car la fituation
de Titus & de Berenice eft toûjours la
même , quoique M. de Racine nous ait
fait efperer quelque chofe de nouveau
dans ce cinquiéme Acte , qui eft ordinairement
l'Acte deftiné aux révolutions .
A quoi fe termine cette grande pro
meffe :
J'efpere à mon retour
Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour.
Elle fe réduit au recours ordinaire des
Amans de Comedie ; c'eft à -dire à vouloir
fe tuer. Je rends trop de juſtice à
Titus , pour croire que ce n'eft qu'une
feinte ; je fuis très-perfuadé qu'il y va
de bon jeu ; mais ces fortes de defefpoir
font fi rebatus , qu'ils ne caufent pas la
moindre émotion dans le coeur des fpectateurs
; il y a même un vers très - ferieux ,
qui
OCTOBRE
1724. 2183
qui feroit rire dans une Comedie , c'eſt
Titus qui parle :
Vous voilà de mes jours maintenant refponfable.
Le defefpoir de Titus eft fondé fur une
Lettre qu'il a arrachée à Berenice , &
qu'elle lui adrefſoit pour lui apprendre
qu'elle ne part que pour fe donner la
mort. C'est ce defefpoir qui détermine
Berenice à vivre & à le promettre à Titus
. Pourquoi , dira- t'on , le promet - elle
plutôt dans le cinquiéme Acte que dans
le quatrième ? Titus ne lui a- t'il pas fait
preffentir la mort prochaine par ces vers :
Je n'aurai pas , Madame , à compter tant de
jours :
J'efpere qué bien- tôt la triſte Renommée
Vous fera confeffer que vous étiez aimée.
Vous verrez que Titus n'a pû fans expirer....
Cette objection me paroît affez fondée ;
mais cela n'empêche pas que M. de Racine
ne faffe de cette derniere marque
d'amour une raifon déterminante pour
Berenice ; voici ce qu'il lui fait dire , parlant
à Titus :
"aimois , Seigneur , j'aimois , je voulois être
aimée :
Ce jour , je l'avouerai , je me fuis allarmée ;
J'ai
2184 MERCURE DE FRANCE.
J'ai crû que vôtre amour alloit finir fon cours,
Je connois mon erreur , & vous m'aimez toû
jours ,
Vôtre coeur s'eft troublé , j'ai vû couler vos
larmes , & c.
En verité, font-ce - la les premieres larmes
de Titus qu'elle a vû couler dans le
cours de la Piece ? oublie t'elle qu'elle
lui a dit dans le quatrième Acte :
Vous êtes Empereur , Seigneur , & vous
pleurez.
Voilà à quelles contradictions un Auteur
eft réduit , quand il traite un fujet
trop fimple , & par confequent trop fterile
; quelque foit celui de Berenice , il
faut avouer que perfonne n'en auroit tiré
partie comme M. de Racine ; il peut confiderer
fa Piece , comme une espece de
creation ; & c'eft fans doute cette gloire
plutôt que l'amour de la fimplicité qui
l'a engagé à faire Berenice ; il nous le
fait allez entrevoir dans fa Preface , où il
dit , que toute l'invention consiste à faire
quelque chofe de rien : il y a parfaitement
réiffi , & le peu d'action qu'il y a dans
fa Piece ne nous empêche pas d'admirer
fa fecondité. Mais comme cette même
fecondité pourroit un peu trop nous
éblouir ; il eft bon d'en faire remarquer
ar
queess
OCTOBRE 1724.
2185
les défauts , de peur qu'ils ne foient d'autant
plus aveuglement imitez , qu'ils
font confacrez par un nom auffi impofant
que celui de Racine.
Nous donnerons dans le prochain Mercure
ce qui concerne la verfification.
XXX:XXXXXXXXXXXX
J
CHANSON.
'Aime & je fuis aimé de la jeune Silvie ;
Que d'un fort fi charmant mon coeur eſt
enchanté !
Non , rien ne manque à ma felicité
Si ce bonheur dure autant que ma vie.
Ο
AUTRE.
D'où vient ,difoit Lucas , qu'on voit entre
ces Rois ,
Toûjours maille à partir , toûjours quelque
anicroche
Morguenne entre nous fans reproche ,
Je vivons mieux d'accord nous autre Villageois
.
En
2186 MERCURE DE FRANCE.
En voici la raifon, me femble,
Lui répondit Gregoire en efprit fort :
Le moyen qu'ils foyons d'accord ,
Ils ne beuvons jamais enſemble.
***************
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
E SPECTATEUR FRANÇOIS , pre-
Lmiere
miere feüille 1724. le prix eft de fix
fols. Imprimé à Sens , chez André Jannot
, & fe vend à Paris , chez Guillaume
Cavelier , au Palais , & rue S. Jacques ,
Fr. le Breton , & N. Piflot , Quai des
Auguftins. Brochure in 12. de 15. pages.
L'Auteur de cet ouvrage qui doit le
continuer & le faire paroître regulierement
, fait dans cette feuille une defcription
vive , touchante , & très - tendre du
départ de l'Inconnu , lorfqu'il fe fepare de
fa foeur. Il raconte enfuite de quelle maniere
un gros Beneficier vint loger à une
Hôtellerie où il étoit déja. » Toute l'Au-
» berge fe mit en mouvement à fon arri-
» vée , dit - il , Hôtelfe , Servante , Valets
» d'Ecurie , tout alla rendre hommage au
» train prophane , & environner la Chaife
,
OCTOBRE 1724. 2187
fe , comme pour remercier le Maître «<<
de fon nombreux équipage , & des «
aprêts qu'éxigeoit fa friandife. Il def- «
cendit de fa Chaife d'un air ſeur ', en «
homme qui ne
tromperoit pas les gens «
dans leur calcul , & qui fatisferoit aux ■
refpecs
interellez qu'on lui rendoit. «<
NOUVELLE MANIERE de faire l'operation
de la Taille , pratiquée par M.
Douglas , Chirurgien celebre , Membre
de la Societé Royale de Londres , avec
figures en Taille douce , traduite en François
avec des additions. A Paris , chez
Claude Laboniere , ruë S. Jacques 17 24.
vol. in 12.
LES PSEAUMES & les Cantiques Latins ,
François , nouvellement traduits , ou Livre
d'Eglife à l'ufage de Rome & de Paris
, qui contient les Offices des Dimanches
& des Fêtes de l'année , en Latin &
en François. Tout ce qui fe chante par
le peuple ; comme les Pfeaumes , les Cantiques
, les Hymnes , Antiennes , Répons,
Verfets , Introits , Graduels , & c. font
en Latin & en François. Ce qui fe chante
par les Prêtres ou les Ecclefiaftiques feuls,
comme les Leçons de Matines , les Collectes
& Oraifons , Epîtres & Evangiles,
font feulement en François . A Paris ,
rus
2188 MERCURE DE FRANCE.
ruë S. Jacques , chez N. Lottin 1724.
gros volume in douze de plus de 900 .
pages.
VOYAGE LITTERAIRE de deux Religieux
Benedictins de la Congregation de
S. Maur ; ouvrage enrichi de figures . A
Paris , Quai des Auguftins , chez Montalant
, in 4° 1724.
DISSERTATION fur une Machine inventée
pour réduire les Luxations , où
l'on fait voir le danger qu'il y a de s'en
fervir. A Paris , au Palais , chez J. R.
Morel , brochure in 12. de 52. pages
1724.
;
HISTOIRE de l'Abbaye Royale de Saint
Germain Defprez , contenant la vie des
Abbez qui l'ont gouvernée depuis fa fondation
les hommes illuftres qu'elle a
donnez à l'Eglife & à l'Etat les privileges
accordez par les Souverains Pontifes
, & par les Evêques ; les dons des
Rois , des Princes , & des autres bienfaiteurs
; avec la defcription de l'Eglife , des
Tombeaux , & de tout ce qu'elle contient
de plus remarquable : le tout juftifié
par des titres autentiques , & enrichi
de plans & de figures . Par Dom Jacques
Bouillard , Religieux Benedictin de la
ConOCTOBRE
1724.
2189
Congregation de S. Maur. A Paris , ruë
S. Jacques , chez Gr . Dupuis 1724. in
fol . de 516. pages , fans les Tables.
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE D'ALLEMAGNE
, contenant l'érection , le progrès
& l'état ancien & moderne des Archevêchez
& Evêchez. A Bruxelles , chez
F. Foppens , 2. vol. in 8 avec figures
1724.
OBSERVATIONS NOTABLES fur les
Regles & principes du Droit Coutumier
, touchant les matieres les plus importantes
des Droits des Seigneurs ; des
Retraits Feodal & Lignager ; des fucceffions
en general , & particulierement des
fucceffions des propres ; comme auffi des
droits réels , & du louage. Où eft raporté
grand nombre de Textes Coutumiers ,
Raifons , Jugemens , Arrefts & autoritez
qui établiffent évidemment la faine
Jurifprudence ; & en même temps fervent
à découvrir plufieurs erreurs &
abus , même dans les ouvrages des Auteurs
modernes. A Saint Omer , rue des
Efpeers , chez M. D. Fertel 1724. in 4°
de 853. pages , fans les Tables , l'Epitre
dédicatoire & la Preface . M. T. Brunel
eft l'Auteur de cet ouvrage , qui ſe vend
à Paris , au Palais , chez Cavelier &
chez Morel.
Le
2190 MERCURE DE FRANCE.
Le principal objet de ce Livre eft la
matiere des fucceffions , & particulierement
des fucceffions des propres. Touchant
la faculté qu'ont les Seigneurs de
pouvoir uſer & profiter des fruits croi
fans fur les heritages tenus d'eux , & c .
Touchant les droits des Seigneurs , en ce
qui concerne les profits Feodaux & Seigneuriaux
dans les mutations de leurs
Vaffaux & Tenanciers , & c . " Touchant
les Retraits Seigneurial & Lignager , & c .
HISTOIRE DE LA MEDECINE , où l'on
voit l'origine & les progrès de cet art de
fiecle en fiecle ; les Sectes qui s'y font
formées ; les noms des Medecins , leurs
découvertes , leurs opinions , & les circonftances
les plus remarquables de leur
vie. Par Daniel le Clerc , Docteur en Medecine.
Nouvelle Edition , revûë , corrigée
& augmentée par l'Auteur en divers
endroits , & furtout d'un plan pour fervir
à la continuation de cette Hiftoire de
puis la fin du fiecle II . jufqu'au milieu
du XVII . volume in 4° de 820. pages ,
fans la Table , & 9. planches détachées.
A Amfterdam 1723 .
DISSERTATION de Gottlieb Ephraim
Berner , Docteur en Medecine , fur l'ufage
Mecanique dé l'air , en ce qui re
garde
OCTOBRE 1724. 2191
garde les fonctions du corps humain. Dans
laquelle on traite de la Conftitution Aërienne
dès années 1720. & 1721. qui
furent fi fertiles en toutes fortes de févres
, au fujet defquelles on parle de
l'ufage & de l'abus du Quinquina. On y
joint des Obfervations curieufes & de
pratique fur les cancers du fein & fur la
rupture de la veffie . A Amfterdam , chez
Les Jaffen -Waesbberg , in 8 ° de 540. pages
1723. Tout l'ouvrage eft en Latin.
L'HISTOIRE de l'Académie , appellée
'Inftitut des Sciences & des Arts , établie
à Boulogne en 1712. avec les Pieces autentiques
, d'où l'on a tiré les circonftances
de ce recit. Par M. de Limiers , Docteur
en Droit 1723 , in 8 ° de 240. pages.
A Amfterdam ,
HISTOIRE des Traitez de Paix , & autres
negociations du 17. fiecle , depuis
la paix de Vervins jufqu'à la paix de
Nimegue ; où l'on donne T'origine des
prétentions anciennes & modernes de
toutes les Puiffances de l'Europe , & une
Analife exacte de leurs negociations , tant
publiques que particulieres ouvrage
neceffaire aux Miniftres publics , &
autres Negociateurs , & qui peut fervir
d'inftruction au corps Diplomatique ,
ou
2192 MERCURE DE FRANCE .
ou Recueil des Traitez de Paix , &c. 2 .
vol. in fol. que J. F. Bernard , avec les
freres Vaillant & Prevoft , fes affociez, à
la Haye , propofe par foufcription. Tout
l'ouvrage en petit papier coûtera aux
Soufcripteurs 18. florins , & 35. florins
en grand papier. Le 1. vol. fera délivré
le 6. Janvier 1725. & l'on recevra les
foufcriptions jufqu'au 25. Decembre prochain.
La foufcription fera d'abord de
15. florins pour le petit papier , & de
22. pour le grand. Le 2. vol. fe diftribuera
le 30. Septembre 1725. fous peine
de 10. pour cent de rabais fur la foufcription
, fi l'on retarde la publication de ce
volume de 15. jours feulement au - delà
'du terme.
REMARQUES fur l'ancien & fur le
nouvel état de Londres , à l'occafion de
quelques Vafes , de quelques Medailles ,
& de quelques autres Antiquitez qu'on y
a découvertes depuis peu , & c. brochure
in 8 ° de 56. pages , en Anglois , dont on
a fait une 3 Edition à Londres l'année
paffée.
EXPERIENCES fur la Bile , & les Cadavres
des Peftiferez . Par M. Antoine
Deidier , Docteur en Medecine de la Fa-
'culté de Montpellier. A Zurich 1722.
HISTOIOCTOBRE
1724. 2193
HISTOIRE du Concile de Pife , & de
ce qui s'eft paffé de plus memorable jufqu'à
celui de Conftance , enrichie de
Portraits . Par M. Lenfant 1724. 2. vol .
in 4° avec figures . Amfterdam , chez Pierre
Humbert.
VOYAGES de M. de la Motraye en Europe
, Afie & Afrique. Où l'on trouve
une grande varieté de recherches Geographiques
, Hiftoriques & politiques
fur l'Italie , la Grece , la Turquie , la
Tartarie Crimée & Nogaye , la Circaffie
, la Suede , la Laponie , & c. avec des
remarques inftructives fur les moeurs ,
coutumes , opinions , & c . des peuples &
des pays où l'Auteur a voyagé , & des
particularitez remarquables touchant les
perfonnes & les Auteurs diftinguez de
Î'Angleterre , de la France , d'Italie , de
Suede , &c. Comme auffi des Relations
curieufes des évenemens confiderables ,
arrivez pendant 2 5. années que l'Auteur
a employées dans fes voyages , comme
de la grande révolution en Turquie , où
le dernier Sultan fut détrôné. De la guerre
entre les Turcs & les Ruffiens ,
de la paix concluë fur le Pruth , où l'Auteur
étoit prefent. Des affaires & de la
conduite du feu Roi de Suede à Bender
& pendant les quatre années qu'il a été
&
en
2194 MERCURE DE FRANCE .
en Turquie , de fon retour en Suede ,
de fes campagnes en Norwegue , de fa
mort , & c.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de Cartes , plans , & figures en tailledouce
, reprefentant des chofes rares &
curieufes de l'Antiquité , comme des
Medailles , Infcriptions , Idoles , Lampes
, & autres reftes des anciennes Villes
, Colonies & peuples , foit des productions
de l'art & de la nature , & c. A
la Haye , chez T. Johnson & J. Vanduren
, Libraires 1724.
Cet ouvrage eft divifé en 2. vol. infol.
dont le premier contient 16. Chapitres
avec un Appendix , où l'on trouve grand
nombre de Lettres , Memoires , Extraits,
Infcriptions , & autres pieces curieuſes
qui ont rapport aux matieres contenuës
dans le 1. vol .
Le fecond volume eft partagé en 17.
Chapitres , avec un Appendix femblable
à celui du premier volume , renfermant
des Lettres , Memoires , & c. qui ont
rapport aux matieres contenues dans ce
volume.
Cet ouvrage comme le marque le Projet
imprimé , qui nous a été envoyé , a
déja eu en Anglois l'approbation generale
d'une nation qui n'eft pas la plus aifée à
contenter fur ces fortes de matieres. Les
AmaOCTOBRE
1724. 2195
Amateurs de l'Antiquité ont été fort contents
des recherches de l'Auteur , & des
peines qu'il s'eft données par tout où il a
voyagé , pour déterrer quantité de Medailles
, Statues , & autres chofes curieufes
, qu'on n'avoit pas encore vûës. Ceux
qui fe plaifent à connoître les moeurs ,
coutumes , opinions , &c. de plufieurs nations
étrangeres , & même de quelquesunes
fort peu connues , ont trouvez dequoi
s'amufer agréablement , & les perfonnes
qui aiment à être inftruites à
fonds fur les plus grands évenemens de
nôtre fiecle, y ont bien trouvé leur compte
, l'Auteur ayant eu occafion d'être temoin
oculaire de la plupart de ce qu'il rapporte
, & d'avoir été informé du refte de
la premiere main , & c . Ce grand fuccès
d'une traduction faite à la hâte par differentes
mains , fur les memoires que l'Auteur
avoit raffemblez dans fon por.efeuille
, l'a animé à revoir toutes ces matieres
, à les retoucher , & les mettre en
meilleur ordre en François , qui eft fa
langue naturelle ; & ayant réfolu de faire
imprimer ces voyages à la Haye , il a
trouvé à propos de s'y arrêter jufqu'à ce
que l'impreffion foit achevée , afin d'y
avoir l'oeil , pour que tout le faffe avec
le plus de propreté & d'exactitude qu'il
eft poffible. Ainfi l'on peut compter que
F l'ou2196
MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage François lera incomparablement
meilleur que l'Anglois , qui a été
cependant generalement approuvé.
L'Auteur fçachant que la France a des
perfonnes fçavantes & curieufes de ces
fortes d'ouvrages , en beaucoup plus
grand nombre qu'aucune autre nation ,
propofe à cette nation fon ouvrage par
foufcription aux conditions fuivantes.
On paye pour le papier ordinaire 50.
livres fçavoir , 30. livres en foufcrivant
, & 20. livres en recevant l'ouvrage
complet . Pour le grand papier 8o. liv.
fçavoir ,, 30. livres en foufcrivant , &
30. livres en retirant l'ouvrage entier .
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
un tiers plus cher , & ne l'auront
que bien plus tard ; il fe pourroit même
faire qu'ils feroient obligez d'attendre
une feconde Edition : car il y a grande
apparence que la premiere Edition fuffira
à peine aux Soufcrivans. Comme il y
a déjà plus de cinquante grandes planches
toutes gravées , & que le refte de l'ouvrage
s'avance fort , onon peut peut s'affurer
d'avoir le tout complet en 1725. On
pourra foufcrire à Paris chez les principaux
Libraires.
Nous ne devons pas oublier que l'on
voit à la fin de ce projet une lifte trèsconfiderable
de Soufcrivans pour ces
voyaOCTOBRE
1724. 2197
voyages , parmi lesquels on voit plufieurs
noms de Rois , de Princes , & de perfonnes
de la premiere diftinction .
ANTIQUITIES SACRED and PROFANE
Or , à Collection of curious and Critical
Differtations on the old and New.
Teftament : Written in French by the
Learned D. AUGUSTIN CALMET . Done
into English with Notes , by N. TINDAL
, M. A. Vicar of Great Waltham in
Effex. NUMB. III . Containing à Critical
Differtation on the Mufical Inftrumens
ofthe Hebrews , &c vol . 4° London
, &c. C'est à- dire , Antiquitez Sacrées
& Profanes , ou Recueil des Differtations
du R. P. Doм AUGUSTIN
CALMET , fur l'ancien & le nouveau
Teftament , traduites en Anglois , avec
les Notes de l'Auteur , par N. Tindal ,
&c. I. vol. 4º à Londres , à Oxford , &
à Cambridge 1724.
que
Nous n'avons encore vû de ce Recueil,
dont le deffein eft tout- à-fait loüable , &
qui peut paffer pour une imitation de ce
les Libraires de Paris ont déja executé
, que la Differtation du R. P. Calmet
fur les Inſtrumens de Mufique des
Hebreux , qui eft une des plus curieufes
& mife à la tête de fon Commentaire fur
le Livre des Pfeaumes. C'eft la III. du
Fij Re2198
MERCURE DE FRANCE .
Recueil entref ris par M. Tindal , qui
promet
d'en publier une tous les mois.
Les Notes & les Citations
de l'Auteur
original font fidellement
rapportées
au
bas des pages , & dans le même ordre
qu'elles fe trouvent
dans l'Edition
Françoife.
A l'égard de la traduction
elle
nous paroît fcrupuleufement
exacte &
Litterale
, & nous perfuade
que le Fraducteur
, quoique
retiré dans le fonds
d'une Province
d'Angleterre
, entend
fort bien l'une & l'autre Langue . On
trouve à la fin de la Traduction
de la
Differtation
, dont nous parlons , les Inftrumens
de Mufique
des Hebreux
, au
nombre de xxI . parfaitement
bien deffinez
, & beaucoup
mieux gravez que dans
l'Edition
de Paris.
Extrait d'une Lettre écrite de Marfeille
le 6. Octobre 1724.
'Ai été charmé comme vous , Monfieur
, du beau & vafte projet du R.
P. Catrou , fur l'Hiftoire Romaine , quej'ai
lû dans le Journal de Trevoux du
mois de Juillet dernier : projet d'autant
plus intereffant pour la Republique des
Lettres , que ce n'eft point une fimple
fpeculation , & une de ces promeffes vagues
que les Auteurs font quelquefois ,
&
4
C
OCTOBRE 2199 1724.
& qui restent fouvent fans execution
puifque dans moins de trois mois nous
devons voir les quatre premiers volumes
de ce grand ouvrage. Je fuis même perfuadé
que nous aurons beaucoup plus que
l'annonce ne nous fat efperer , & fur
tout que la Chronologie y fera exacte
par le moyen d'un Canon appliqué à
cette Hiftoire ; celui qui s'accorderoit
parfaitement avec la Chronologie des
Marbres d'Arondel me plairoit beaucoup,
car il me femble que c'eft ce qu'il y a de
plus affuré en ce genre.
>
Il ne nous manquera déformais que
l'Hiftoire Grecque ancienne : fi quelqu'un
vouloit digerer cette Hiftoire dans
Herodote , Xenophon , Tucydide , Diodore
de Sicile & Polybe , en forte que la
même Chronologie y fut obfervée ; cela ,
dis-je , & l'Hiftoire Romaine du P. Catrou
nous conduiroit bien avant , &
nous débrouilleroit prefque tout ce qu'il
y a d'obſcur dans ces anciens temps .
Le Duc d'Orleans a retenu auprès de
lui , en qualité de fon Bibliothequaire &
Antiquaire , le Pere Dom Anfelme Banduri
, Honoraire Etranger de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles - Lettres
, connu par plufieurs ouvrages qu'il
a donnez au Public depuis fon féjour à
Fiij Paris.
2200 MERCURE DE FRANCE.
Paris . Il étoit cy - devant Bibliothequaire
du Grand Duc de Tofcane.
On a appris de Coppenhague par des
Vaiffeaux arrivez depuis peu d'Iflande
qu'il y avoit eu un tremblement de terre
qui avoit caufé beaucoup de defordre ,
que le Mont-Hecla avoit jetté des flâmes
& des pierres embrafées avec une telle
abondance , que trois Villages voifins
avoient été entierement détruits .
Des Lettres de Florence du 17. de l'autre
mois portent qu'on avoit vû pendant
deux heures au Sud de Sienne , un nuage
de feu , agité par le vent , qui avoit
répandu dans l'air une odeur de fouffre
allez forte .
DA
On a appris de Londres que le Grand
Chancelier , accompagné de plufieurs perfonnes
de diftinction , alla à l'Hôpital de
S. Barthelemi , pour voir faire l'operation
de la taille de la pierre , par une
nouvelle methode , au- deffus de l'os pubis
, qui fut faite avec fuccès par les fieurs
Hombes & Dobbins , Chirurgiens Anglois.
On mande de Rome que le Prince
Chigi a acheté depuis peu une perle
d'une
OCTOBRE 1724. 220 I.
d'une groffeur extraordinaire , dont il a
payé 12000. écus Romains.
Le 15. de l'autre mois M. d'Enhault ,
Ingenieur Franços , au fervice d'Efpagne
, fit à Berne en Suiffe , l'épreuve de
pafler & repaffer la riviere d'Aar dans
un batteau de cuir qu'on peut mettre
dans la poche avec les rames. Cela réüffit
parfaitement , & il eut de grands applaudiffemens
d'un très nombre de Spectateurs
.
On nous prie d'avertir le Public , &
fur tout les Sçavans & les Curieux que
Jean Swart & Pierre de Hondt , Libraires
à la Haye , ont actuellement fous
preffe le Catalogue de la Bibliotheque de
feu fon Eminence M. le Cardinal du
Bois. Cette Bibliotheque fi connuë par
toute l'Europe , eft compofée d'une partie
de ce qu'il avoit recueilli par les
foins infatigables , par la correfpondance
exacte , & par les frais confiderables
que M. l'Abbé Bignon y avoit employé
pendant un grand nombre d'années . Elle
renferme , en près de quarante mille volumes
, tant imprimez que manufcrits ,
la plus complette & la plus belle collection
de Livres qu'on ait jamais vendu
Europe on y trouve un riche Re-
Fij cueil
2202 MERCURE DE FRANCE.
cueil de Theologiens , SS. Peres , Hiftoire
de l'Eglife , Conciles , Jurifprudence
, Hiftoire profane & Belles - Lettres.
Tout y eft confiderable , & en particulier
pour les Pieces rares & recherchées
en langues Européennes & Etrangeres
, fans parler de la beauté des relieures
, &c. Le temps de la vente publique
de cette Bibliotheque eft fixé au mois de
Juin de l'année 1725. On publie cet
Avertiffement , afin que les curieux qui
fouhaitent qu'on leur en envoye le Catalogue
ayent le temps de s'addreffer audit
fieur Swart , ou de Hondt , qui le leur
feront tenir par la voye qui leur fera indiquée
, à moins qu'ils n'aiment mieux
s'adreffer à Gabriel Martin , Libraire
ruë S. Jacques , à l'Etoile , Paris .
On avertit que les Planches gravées
d'après les grandsTableaux , reprefentans
les conquêtes de Louis XIV. peints par
feu M. de Vandermeullen pour le Roi ,
font à vendre. Il y a auffi plufieurs Tableaux
de prix , de differends Maîtres
qui font à vendre. Il faudra s'adreffer à
M. l'Abbé de Vandermeullen au haut
des Foffez S. Victor , la porte Cochere à
côté des Peres de la Doctrine Chrétienne.
SPECOCTOBRE
1724. 2203
M
SPECTACLES.
E -Vendredi 22. Septembre on donna
fur le Theatre de l'Opera Comique,
au Fauxbourg S. Laurent , la premiere
reprefentation de deux petites Pieces ,
dont la premiere d'un Acte , a pour titre
les Bains de Charenton , & la deuxième
auffi d'un Acte eft intitulée les Vendanges
de Champagne . Ces deux petites Comedies
, qui ont fort réüffi , étoient précedées
d'un Prologue , appellé les Dieux
à la Foire.
Ce Prologue fait allufion au Bal des
Dieux, donné à l'Opera le 25. Aouft dernier.
La Scene ſe paffe fur le Theatre de
l'Opera Comique , où Plutus , Vulcain ,
Mercure & Pluton le rendent fucceffivement.
Plutus en arrivant , conduit par
la Folie , s'informe des Pieces qu'on va
reprefenter , & décide d'avance avec la
confiance & la capacité d'un Maître de
Coffrefort. Il demande hors de propos des
danfes , avec l'empreffement d'un riche
qui ne veut pas être contrarié , & qui
ne s'embaraffe pas de mettre de l'ordre
dans fes plaifirs. Pluton offre de lui donner
un Ballet impromptu , & évoque des
Fy Dé2204
MERCURE DE FRANCE .
Démons & des Nimphes des Champs
Elifées , à qui il commande de reprefenter
par leurs danfes l'enlevement de Proferpine.
Ce qui eft executé avec juſteſſe
& vivacité. On croit voir le Tableau de
cet enlèvement celebre .
Les Bains de Charenton.
Pierrot , Battelier Coquet , ouvre la
Scene par un Monologue , où il marque
du repentir de fon inconftance , & fe
propofe de terminer le cours de fes galanteries
Villageoifes.... Il eft interrompu
dans fes réflexions par l'arrivée d'un Baigneur
qui fe prefente pour entrer dans
fon Batteau ; c'eft Arlequin , garçon Traiteur
, bien guedé , & cependant chargé
de Cervelats , de Jambons & de bouteilles
; dès qu'il s'eft retiré , paroît Lifette ,
très - jeune perfonne qui s'eft échauffée
à voir deux Opera de fuite. On ne fera
peut- être pas fâché de trouver ici le
compte qu'elle rend à Pierrot de fes fentimens
fur Thetis & Pelée.
Pierrot.
Ça , venons à Thetis & Pelée , qu'en
dites vous ?
Lifet
•
OCTOBRE
1724. 2205
Lifette.
Il ne me convient pas de juger d'un
ouvrage auffi eftimé je crains de me
tromper ; car je ne fçais encore que fentir
le plaifir , je ne fçais pas en parler .
Pierrot.
Allez , je fuis auffi un ignorant , moi .
Lifette.
Sur ce pied- là je puis rifquer des obfervations
peut - être ridicules. ) Voici
ce que je penfe de Thetis & Pelée.
Sur l'Air : Réveillez- vous, belle endormie.
C
Et Opera plein de fineſſe ,
Eft délicatement écrit ;
Mais , à mon goût , dans cette Piece
Souvent le coeur a trop d'efprit.
Pierrot.
Il est étonnant que l'Auteur foit tombé
dans un défaut que tous les confreres
évitent fi aifément. Allons , courage
Mademoiſelle Lifette , que vous femble
du premier Acte ?
F vj Lifette.
2206 MERCURE
DE FRANCE.
L
Lifette.
Sur l'Air J'en jurerois prefque
furfa laideur.
E Dieu des Mers tentant une Conquête ,
Par les Tritons fait chanter ſon ardeur ;
Mais il s'en va d'abord après la fête ,
N'en est- il donc que fimple Ordonnateur?
Pierrot.
Quoi ! il ne reçoit pas les complimens
que merite fon cadeau ?
Lifette.
Non , il laiffe commodément Pelée
avec Thetis.
Air : Amis fans regretter Paris.
Et décampe avec les Tritons .
Pierrot.
La retraite eft atroce.
Lifette.
C'eſt là donner des violons fans être
de la nôce .
Pier
OCTOBRE 1724. 2107
Pierrot.
Sur l'Air : Il n'a pas le pouvoir.
Uoi ! Neptune eft affez benais
QUOUPour faire de faux frais !
Eft-ce qu'il n'a pas le pouvoir....
Lifette hochant la tête.
Il fait mal fon devoir.
En Profe.
Mais on y gagne.
Pierrot.
Comment ?
Lifette.
Sur l'Air : Je ne ſuis né ni Roi ni Prines.
'Il ne fortoit pas de la Scene ,
ST
Sans qu'on fçache ce qui l'emmene
Queferoient nos tendres amans ,
En preſence du Dieu de l'onde ?
Nous devons à ce contre - temps *
Les plus fins Madrigaux du monde.
Pierrot.
J'ai entendu dire à un Précepteur que
je menois baigner l'autre jour avec toute
* Scene quifuit le divertiſſement du 1. Aɛte.
une
2208 MERCURE DE FRANCE .
une Penfion , qu'après une certaine Scene
où le Tonnerre jouë un très - beau Rôle ,
Jupiter paroilloit & donnoit auffi une
fête bien à propos à Thetis .
Lifette.
Oäi , fort à
propos .
Sur l'Air de Joconde.
J Upiter en aimant Thetis ,
Menage peu la Dame ,
Lui qui , dit- on , à remotis ,
Trompe fouvent fa femme ,
Il ne fe donne pas des foins ,
De peur qu'elle ne gronde
Car il appelle des témoins
Des quatre coins du monde.
Pierrot.
>
L'Acte finit fans doute par une fête fi
bien amenée.
Lifette.
Oh ! que non : Neptune furvient trèsmécontent
d'avoir Jupiter pour Rival.
Pierrot.
Cela promet du tapage.
* Divertiffement du fecond Acte .
Sur
OCTOBRE 2209
1724.
Sur l'Air : Je nefuis né ni Roi , ni Prince.
Que fait le puiffant Dieu de l'Onde ?
Lifette.
Il veut d'abord noyer le monde .
Pierrot.
Je conçois fon dépit fatal .
Lifette.
Il paroît plus ardent que braife :
Le confident ✶ de fon Rival ,
Ne lui dit qu'un mot , il s'appaife.
Pierrot.
A ce que je vois , le Dieu Neptune eft
bon homme .
Lifette.
Tenez , voici à peu près le Rôle qu'il
joue dans cette fituation - là..
Sur l'Air : Nanon dormoit.
Très vivement.
Débordemens
Exercez ma vangeance ;
Des élemens ,
* Scene entre Neptune & Mercure.
Rom2210
MERCURE DE FRANCE .
Rompons l'intelligence ,
Plus vivement.
Que tout periffe , enfin ,
Trés -froidement.
Allons , allons .... allons confulter le deftin .
Pierrot.
Quoi ! toute la colere de Neptune n'aboutit
qu'à aller faire une confultation ?
Lifette.
Oui Mercure lui confeille d'interroger
fur fon amour l'oracle du deftin.
Pierrot.
Mais cela eft dans l'ordre .
Lifette.
Je ne m'y connois pas , & je ne fçais
pas même ce que c'eft que d'aimer , mais
il me femble qu'à la place de Neptune ,
je n'interrogerois pas d'autre oracle que
mon coeur.
Pierrot.
Vertuchou , quelle ignorante !
Lifette fouriant.
Thétis dépend du Dieu de la Mer !
il la tient dans fon empire ! eh ?
Sur
OCTOBRE 1724. 2217
Sur l'Air : Quel plaifir de voir Claudine.
LE grand Neptune lui-même ,
De fon fort doit décider ;
A fon oracle fuprême
Que prétend- il demander ?
Lorfqu'on a ce que l'on aime ,
Il ne faut que le garder.
Pierrot.
L'enfant dit vrai.
Lifette.
Sur l'Air : Non je ne ferai pas ce qu'on
veut que je falf..
Je dis ce que je penſe.
Pierrot.
O Nature ! ô Nature !
Lifette.
Ces deux Actes pourtant font fort
beaux , je vous jure.
Pierrot.
Qu'avez- vous remarqué pendant les
trois derniers ?.
Lifette
2212 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Je fongeois au plaifir que font les deux
premiers .
Après cette Scene arrivent Colette &
Fanchon Rivales , qui obligent Pierrot
d'opter en prefence de toutes les filles de
Charenton. Il fe declare pour Fanchon.
Colette prend fon parti en Payfane de
la banlieue de Paris . L'Acte finit par un
divertiffement de Bateliers & Batelieres
de Charenton .
Les Vendanges de Champagne.
Un Marquis Champenois , amoureux
de Marie- Anne , fille de Made Guilleret ,
Marchande Drapiere de la rue Saint Honoré
, apprend par Arlequin , Valet de
cette Bourgeoife , qu'elle doit fe rendre
en Champagne pour voir les Vendanges
d'Epernay. I la devance avec Pierrot ,
fon Valet , & defcend de fa chaife de
pote , dans une petite maifon de Campagne
qu'il a à une lieuë d'Epernay. A peine
eft - il arrivé , à peine a-t'il inftruit
Pierrot de fa fituation , qu'il accourt à
Arlequin , fon premier Confident , qui
lui annonce que la Berline de Made Guilleret
s'eft rompuë dans le grand chemin
d'Epernay , voifin du Hameau , où ſe
trouve
OCTOBRE 1724. 2213
trouve la maison du Marquis , & que
Made Guilleret eft non- feulement accompagnée
de Marie Anne fa fille ,
mais encore de M. de Boiſcourt , Gentilhomme
Bourguignon , qu'elle a choiſi
pour fon gendre. Cette nouvelle attrifte
fort le Marquis. Pierrot touché du chagrin
de fon Maître , fait travailler fon
imagination. Arlequin dans fon recit a
declaré qu'il ne reftoit pour Auberge
que la rue aux échapez du naufrage de
la Berline , & que la feule Hôtelerie du
Hameau étoit occupée par une demie douzaine
de Marchands de Vin , attirez dans
la Province par les Vendanges. Pierrot
animé d'un beau zele , metamorphofe fubitement
la maifon de fon Maître en Auberge
, en faifant pendre un chou à la
porte ; il fait traveftir le Marquis en
Hôtelier , & fe déguiſe lui- même en Allemand.
Le Rival du Marquis arrive &
prend Pierrot pour un étranger. Ils lient
converfation enfemble . Pierrot fonde le
Gentilhomme Bourguignon , découvre
qu'il eft intereffè , & qu'il ne ſe marie
que pour rétablir fon Château ruiné .
Pierrot Allemand lui dit qu'il penfe de
même , qu'il ne prend une femme que
pour meubler fa cave de bon Vin , & qu'il
doit époufer inceffamment la Comteffe
de Clairverjus , Champenoife , riche de
trente
2214 MERCURE DE FRANCE.
trente mille livres de rente . Le Bourguignon
tenté par cette fortune laiſſe
éclater fon avarice , & apprend au faux
Allemand qu'il a figné un dédit de mille
piftolles avec Made Guilleret ; cette
nouvelle découverte embarraffe fort l'intriguant
Pierrot , qui cependant rêve aux
moyens de détruire cet obftacle & fe retire
, voyant arriver Mad Guilleret , fa
fille & le Marquis Hôtelier. La Drapiere
qui eft une Bourgeoife enjoüée & curieufe
de bonne chere , ordonne qu'on
mette rafraîchir le Vin , & emmene fon
gendre futur , pour aller vifiter.avec elle
les dehors du Hameau , après que le Marquis
déguifé lui a propofé de voir chez
lui les vendanges , qui doivent être ouvertes
par une fête bachique & champêtre
. Arlequin furvient , & trouvant le
Marquis Hôtelier feul avec fa maîtreffe ,
qui ne le reconnoît pas , cet Amant ne
L'ayant fuivie à Paris que pendant peu
de jours , & s'étant borné au langage des
yeux , ce confident adroit lui menage le
plaifir de faire expliquer Marie- Anne
en fa prefence , qui fe croyant loin du
Marquis , détaille hardiment ce qu'elle
reffent pour lui ; enfin le Marquis fe fait
connoître , & baifant la main de fa maîtreffe
avec tranfport , il eft interrompu
par les reproches de Pierrot déguifé en
femme ,
OCTOBRE 1724. 2215
femme , qui feint d'être une Rivale de
Marie- Anne & l'inquiete un inftant . Sen
Maître lui-même y eft trompé , & le reconnoidant
lui demande la raiſon de ce
déguiſement. Pierrot l'informe de l'anicroche
du dédit ; & entendant la voix du
Gentilhomme Bourguignon , il les congedie
tous en leur difant qu'il va travailler
pour les rendre heureux . M. de
Boifcourt avance , plein de l'idée de la
Comtelle de Clairverjus , & réfolu de
fupplanter l'Allemand ; Pierrot feint
d'être la Comteffe defirée , & enflâme fi
bien le coeur intereffé du Gentilhomme
Bourguignon , qu'il le fait confentir à lui
remettre le dédit de mille piftolles , en
lui fignant une promeffe de mariage ; la
fauffe Comtelle écrit genereufement cette
promeffe , & dit au Bourguignon dufé
que la fille d'une Bourgeoife ne lui convient
pas , & qu'il doit laiffer Marie-
Anne Guilleret à un Houbereau Champenois
de fes coufins , qui en eft amoureux
alors le Bourguignon qui fe cret
très fin , lâche le dédit , & ferre la promelle
de mariage fignée par la Comtelle
Pierrot . L'intrigue fe dénoue un moment
après en prefence de Mad Guilleret ,
qui confent volontiers à l'échange de
gendre qu'on lui propofe. Pierrot four de
fon fait , appelle le Marquis charmé de
fon
2216 MERCURE DE FRANCE.
fon bonheur , & fe démafque avec lui .
M. de Boifcourt honteux d'être la dupe
de fa fineffe , fe retire avec chagrin , & le
Marquis propofe à la compagnie de voir
la fête bachique preparée dans fon jardin .
La ferme s'ouvre , & on apperçoit au
fonds de ce jardin des berceaux de vigne ,
percez par trois arcades , occupée par
une foule de Vendangeurs & Vendangeufes
, danfans & chantans , au- deffus de
ces arcades ; la treille eft encore percée
en trois endroits qui font remplis par des
haut -bois & baffons en Vendangeurs .
Cet orcheſtre joue une marche en Dialogue
avec l'orcheſtre qui eft au pied du
Theatre. Ce divertiflement eft fort brillant
, & entre coupé de danfes & de
chants agréablement variez. Ces pieces
font de M. Fuzelier. La Mufique & le.
Ballet ont été compofe par M. Voifin.
L'Acte des Vendanges de Champagne finit
par un Vaudeville.
Le Jeudi cinq Octobre on a ajoûté
aux pieces précedentes un Acte intitulé
laffemblée des Comediens de la Foire.
C'est un fujet fimple qui peint affez naturellement
les tracafferies des Theatres.
Les Comediens de la Foire s'affemblent
pour déliberer fur leurs affaires .
La Difcorde fort des Enfers & vient
preOCTOBRE
1724. 2217
prefider à leur converfation , elle leur
fouffle fon venin , & dans le moment ils
critiquent toutes les pieces qu'ils ont reprefentées
pendant la Foire ; la Difcorde
charmée de ce debut les trouve dignes
d'habiter un Hôtel & applaudit aux traits
qu'ils lancent contre leurs Auteurs .
L'Acte finit par le Ballet de l'enlevement
de Proferpine qu'on y a joint , en
fupprimant le Prologue pour réduire le
divertiffement en trois Actes . Cette derniere
petite piece a été fort bien reçûë
du public; ainfi que celles qu'elle a accompagné
jufqu'à la fin de la Foire , qui a
duré jufqu'au Dimanche 15. de ce mois.
Le 22. Septembre les Comediens François
ajoûterent à la Comedie des trois
Coufines un Prologue nouveau , intitulé
l'Affemblée des Comediens , dont voici
l'Extrait .
Le fieur de la Voye & le Concierge
de la Comedie ouvrent la Scene . Le premier
demande au Concierge fi fes camarades
fe font rendus à l'Affemblée , comme
ils en font convenus avec lui ; le
Concierge lui répond qu'il n'eft encore
venu perfonne , quoiqu'il foit déja cinq
heures. Il demande au fieur de la Voye
quel peut être le motif de cette affemblée .
Le fieur de la Voye lui répond qu'il a
prié
2218 MERCURE DE FRANCE.
prié les camarades de s'affembler pour
faire un repertoire des pieces qu'on pourra
jouer , après les trois Coufines , dont il
craint le Public ne fe latte enfin
que
voyant qu'on n'a autre chofe à lui donner.
Le Concierge lui dit que le Public
paroiffant très - fatisfait de cette piece , &
y apportant tous les jours fon argent , il
ne trouve pas qu'il foit à propos d'en
changer. Le fieur le Grand arrive & demande
dequoi il s'agit ; on l'en inftruit, il
n'aprouve , ni ne defaprouve , & répond
que quant à lui , il eft prêt à tout. La
petite Dle d'Ange ville arrive , en repetant
le rigaudon qu'elle doit danfer avec
fon frere dans les trois Coufines. Le fieur
de la Voye la prie un peu durement
d'aller danfer ailleurs ; elle trouve cela
très-mauvais , & lui dit avec colere ,
qu'apparemment il croit jouer avec elle
en ce moment le rôle de M. de Lorme
& qu'il la prend fans doute pour Mad la
Meuniere , fa belle foeur . Elle protefte
que puifqu'on la traite fi mal , elle ne
danfera plus , & qu'il verra fi le monde
viendra en fi grand nombre qu'il vient
depuis qu'elle danfe. Le fieur le Grand
la raccommode avec le fieur de la Voye ,
& a même la complaifance de fatisfaire
fa curiofité , en lui apprenant dequoi il
doit s'agir dans l'Affemblée. La petite
fille
#
OCTOBRE 1724. 2219
fille , leur dit qu'elle fçait un moyen infaillible
de leur faire gagner de l'argent ,
qui eft de la faire débuter . Son jeune frere
qui arrive fe mocque d'elle , en lui difant
qu'elle n'a point de voix . Point de
voix ! répond- elle , & qui en a ? on n'en
a que faire
être
pour une grande Actrice
n'eft il pas vrai , Meffieurs ? ajoûtet'elle
, en fe tournant vers le parterre.
Tout le refte de fon rôle confifte en imitation
qu'elle attrappe d'une maniere toutà-
fait au-deffus de fon âge , & avec une
intelligence , & un jeu qui nous rappellent
fon aimable Tante , Mile Defmarres .
Le Rôle de fon frere n'étant pas à beaucoup
près fi vif, n'a pas fait une impreffion
fi favorable fur l'efprit des Spectateurs
. Voilà à peu près furquoi roule tout
ce Prologue ; le refte eft purement acceffoire
& du même ton que les deux premieres
Scenes ; les Diles la Mothe &
Labbatte arrivent , & apportent à l'af
femblée un efprit contrariant ; elles font
directement oppofées à l'avis de leurs
anciens , & en viennent en quelque façon
jufqu'aux injures : voilà , dit le fieur de
la Voye , en fe tournant vers les Spectateurs,
comme fe terminent prefque toutes
nosaffemblées.
Les mêmes Comediens ont lû dans
G leur
2220 MERCURE DE FRANCE.
leur affemblée un autre Prologue fur le
même fujet , intitulé le Courier de Fontainebleau
, mais ils ne l'ont pas reçû . On
a trouvé les portraits un peu trop forts ,
& les applications trop marquées .
Ils ont reçû depuis peu une Piece en
un Acte qui a été reçûë tout d'une voix,
& dont on dit beaucoup de bien ; nous
n'en dirons pas le titre , l'Auteur n'y en
ayant encore donné aucun .
Vers la fin du mois dernier les Comediens
François remirent au Theatre
une Piece en Profe , & en trois Actes du
fieur Dancourt , à laquelle ils ont donné
un nouveau titre ; elle eft imprimée ſous
celui de Fête de Village , & ils l'ont intitulée
les Bourgeoifes de qualité. Elle a été
prefque auffi bien reçûë que celle des
trois Coufines du même Auteur ; on convient
même qu'elle fent plus fa Comedie
que les trois Coufines , & qu'elle eſt
auffi bien , & auffi vivement dialoguée ;
cependant le plaifir n'y eft pas fi continu
, indépendemment des Fêtes & de la
Mufique qu'on n'a pas trouvées fi fatisfaifantes
dans les Bourgeoifes de qualité .
La Dlle du Frêne a joué dans cette derniere
un rôle de folle avec tant de feu &
de naturel, qu'elle nous a rappellé la D'le
des Broffes qui excelloit dans ces fortes
de
OCTOBRE 1724. 2221
de caracteres. La Dile la Mothe a fait auſſi
beaucoup de plaifir dans un rôle d'un autre
genre de folie. Comme l'action de
cette Piece n'eſt pas bien confiderable ,
l'Extrait en fera fort court.
M. Nacart Procureur , ouvre la Scene
avec le Tabellion du Village où l'action
fe paffe , il lui donne fes ordres pour un
double contrat de mariage qu'il a projetté.
Il prie M. Blandineau , autre Procureur
, de le fervir dans le deffein qu'il a
d'époufer fa belle -four : M. Blandineau
tâche de l'en détourner , en lui difant
que fa belle -foeur eft encore plus folle
que fa femme ; mais M. Nacart perfifte
dans fa réfolution. Le genre de folie de
ces deux foecurs , c'eft de vouloir être
femmes de qualité , & d'agir en confequence.
Elles ont une niéce beaucoup plus
raiſonnable , cette niéce eft aimée d'un
jeune Comte qui ne lui eſt pas indifferent
; mais cet Amant n'ayant que fa Nobleffe
en partage eft obligé d'offrir ſa
main à la plus vieille des deux folles dont
nous avons parlé ; cette folle eft veuve
d'un Greffier à la peau. Ces deux foeurs
< nt encore une Coufine mariée à un
Flû ; mais fon entêtement pour la Nobleffe
eft beaucoup moins marqué . L'Auteur
a encore introduit dans fa Piece une
Made Carmin , mariée à un Marchand
Gij de
2222 MERCURE DE FRANCE.
de Laine , lequel vient d'acheter une
Charge de Prefident dans une Election.
Ce dernier perſonnage eft purement épifodique
, & ne tient qu'à une Scene unique
dont on pourroit fe paffer. La Dile
Labat joue ce rôle avec beaucoup de grace
& de naturel .
La plus vieille des fours folles ayant
declaré fon mariage avec M. le Comte , fa
Soeur la Procureufe & fa Coufine l'Elûë
en font au deſeſpoir. Mais M. Nacart les
met toutes d'accord par un contrat qu'il
fait figner fans qu'on en ait voulu entendre
la lecture ; cet expedient eft heureux,
car la Greffiere n'auroit jamais confenti à
devenir Made Nacart. Son futur mari
l'en confule par un titre de Comteffe
qu'elle doit porter du confentement de
M. le Comte , qui par le même contrat
devient l'époux de fa jeune Maîtreffe
qu'il étoit forcé de facrifier aux richeſſes
de fa vieille Tante. La Piece finit par
un divertiſſement ordonné dès le premier
Acte. Le fieur Gillier en a fait là Mufique
le Ballet eft de la compofition du
fieur Dangeville , de l'Académie Royale
de Mufique , dont les enfans font un ornement
très-piquant. La Die Labat y
danfe auffi une entrée. Elle joue dans la
Piece le rôle de la Niéce , outre celui de
la Prefidente ,
Cette
>
SEPTEMBRE 1724. 2223
Cette Comedie fut jouée dans fa nouveauté
au mois de Juillet 1700. & eut
beaucoup de fuccès. Les Diles Godefroy &
Raifin y joüoient les rôles de la Comteffe
& de Made Blandineau .
Le Ballet des Ages , 1eprefenté pour
la premiere fois par l'Académie Royale
de Mufique , le Dimanche neuf Octobre
1718. a été remis au Theatre le Mardi
dix de ce mois . Dans le Prologue , Hebé
raffemble fous l'ombrage la jeuneffe buil
lante foumife à fes loix , & l'invite à
jouir tranquillement des plaifirs . La joye
de la fuite d'Hebé eft interrompuë par
l'arrivée du temps ennemi de la jeuneſſe ;
les fujets de cet impitoyable Tiran pourfuivent
ceux d'Hebé qui recommençant
leurs jeux autant de fois qu'on les interrompt
, nous expriment le caractere de la
jeuneffe qui eft d'oublier les chagrins dès
qu'ils difparoiffent. On entend une douce
Simphonie. Venus paroit dans fon Char
avec l'Amour & Bacchus , le Temps &
fa fuite fe retirent . Hebé & la Cour recommencent
leur fête , & celebrent la
prefence de l'Amour & de Bacchus .
La premiere entrée caracterife l'Amour
ingenu & l'enfance . Leandre amoureux
d'une très -jeune perfonne fe trouve
à la Foire de Bezons , fous les habil-
Giij le2224
MERCURE DE FRANCE.
lemens d'Artemife , Gouvernante de Florife
, objet de fa tendreffe , & furprend à
la faveur de ce déguiſement le fecret de
fon coeur. Tandis que Zerbin , fon Valet,
amufe la vieille Gouvernante , elle revient
dans le moment où Leandre eft inftruit
de fon bonheur , & lui devient favorable
, touchée par les prieres de cet
Amant , & les foupirs diffimulez de fon
Confident. Cette entrée eft terminée par
les danfes des Mafques de la Foire de
Bezons . C'eſt- là que Mlle Prevoft qui
n'avoit point danfé depuis très long -tems
reparoît dans un pas de trois des mieux
figurez , avec M. Defmoulin & Mlle Richalet.
La feconde entrée repreſente l'âge viril
& l'Amour Coquet . Damon petit
Maître arrive en Champagne , où il trou.
ve fon ami Arafte. Dans la converfation
qu'ils ont enfenble ils fe trouvent Rivaux
auprès de Lucinde , jeune veuve
coquette , Dame du Château où Erafte
eft venu paffer les vendanges . Damon
prend fur le champ fon parti en petit
Maître confommé , & abandonne Lucinde
à fon Rival , après l'avoir raillée ſur
fon inconftance . Erafte refte feul avec
Lucinde qui profite de cette circonſtance ,
pour impofer à fon Amant par des manieres
& des difcours de Coquette rafinée.
OCTOBRE 1724. 2225
née. On entend un prélude de Haut- bois
qui annonce un divertiffement de Vendangeurs
Champenois. Erafte furpris s'informe
de cette nouveauté , Lucinde lui
dit froidement que c'eſt une fête préparée
pour elle par Cleon , riche Financier,
qui , dit-elle , s'avife de l'aimer . Elle
oblige Erafte d'y affifter , & l'appaiſe fans
fe juftifier. Mile Prevoft danfe encore
dans cette fête champêtre , une Muſette
qui ne cede pas à la danfe du premier
Acce.
La troifiéme entrée eft une image
de l'Amour joué dans la vieilleffe . Silvanire
deftinée par fon pere à épouſer
Argant, vieux Gentilhomme François, fe
traveftit en Cavalier Polonois , & aborde
ce vieillard qui ne le connoît pas dans
un jardin où il lui a prepare une fête.
Elle fe feint un Amant aimé d'elle- même
qui cherche Argant pour le punir de l'audace
qu'il a de vouloir lui enlever fa
Maîtrelle. Argant trompé par la Metamorphofe
& les difcours de Silvanire
& le prenant pour un de ſes Rivaux , eſt
encore intimidé par l'arrivée de Valere ,
veritable Amant de Silvanire qui eft
étonné de la trouver ainfi déguiſée ; Argant
ne comprenant rien aux difcours de
ces Amans tombe dans des foupçons qui
l'engagent à declarer à Fabio , noble Ve-
G iiij
nitien,
و
2226 MERCUPE DE FRANCE .
nitien , pere de Silvanire qu'il ne veut
plus de fa fille. Les Amans reconnus par
Fabio obtiennent fon confentement pour
leur mariage , & joüiflent de la fête preparée
par Argant. C'eft le triomphe de
la Folie fur tous les âges. Le rôle de Silvanire
déguifé en Polonois , joué autrefois
par Mile Antier eft executé par M.
Ermance , qui s'en acquitte au gré du
public.
Les paroles de ce Ballet font de M.
Fuzelier & la Mufique eft de la compofition
de M. Campra , Maître de la Chapelle
du Roi , & Intendant de la Mufique
de M. le Prince de Conti .
Les Comediens du Roi , François &
Italiens qui font à la fuite de la Cour ,
ont reprefenté à Fontainebleau devant
S. M. fçavoir ,
Les François repreſenterent la Tragedie
de Mithridate le Mardi 26. Septembre.
Le fieur du Mirail joüa le rôle du
Heros de la Piece , la Die Duclos celui
de Monime , & les fieurs Quinaut , ceux
de Xiphares & de Pharnace. Le Roi parut
y prendre beaucoup de plaifir ; ainfi
qu'à la petite Comedie de l'Efté des Coquettes
qu'on joua enfuite.
Le Jeudi 28. les Comediens Italiens
donnerent la Comedie des deux Arlequins
,
OCTOBRE , 1724. 2227
quins , Piece Françoiſe , qui fut fuivie de
l'Impatient , petite Comedie Italienne en
un Acte. Ces deux Pieces firent beaucoup
de plaifir à S. M. Dans la derniere où
l'Acteur qui joue le rôle d'Arlequin l'aî
né , imite l'incomparable Baron , divertit
extrêmement toute la Cour.
Le 30. les François reprefenterent la
Comedie du Baron d'Albikrac , dont le
fieur de Moligni joüa le principal rôle.
Le 3. Octobre la Double Inconftance ,
Comedie Françoiſe de M. de Marivaux ,
par les Italiens , & Arlequin , Baron Allemand
, Piece Italienne , réduite en un
Acte.
Les François reprefenterent le 5. la
Tragedie d'Iphigénie , dans laquelle la
Dile Angelique , nouvelle Actrice , éleve
du fieur Baron, joua le principal rôle , &
le fieur du Chemin le fils , celui d'Achille,
La Dile Duclos & le fieur Baron fe
furpafferent dans les rôles de Clitamneftre
& d'Agamemnon . On joua pour petite
Piece le Bon Soldat , qui divertit extrêmement
le Roi.
Le Samedi 7. le Joueur , Comedie Italienne
en trois Actes , du fieur Lelio , qui
fut fuivie de la Meridienne , Piece Françoife
, d'un Acte de M. Fuzelier.
Le 10. Amphitrion . Le fieur Poiffon
fils joüa le rôle de Sofie.
Gy Le
2228 MERCURE DE FRANCE .
Le 12. Arlequin Devalifeur de maifons
, Comedie Italienne en cinq Actes.
L'Infante Reine s'y divertit beaucoup.
Cette Piece , de laquelle on prétend que
Moliere a tiré une partie de fa Comedie
des Fâcheux , eft remplie de jeu de Theatre
& de Lazzi qui font plaifir , & comme
l'Intrigant , qu'on appelle en Italien
il primo Zanni , y joue un principal rôle
, le fieur Lelio y parut fous l'habit &
le nom de Brighela , & s'acquitta parfaitement
de cet emploi.
Le 14. la Tragedie du Comte d'Effex ,
où le fieur Baron & la Dlle le Couvreur
jouerent les principaux rôles d'une maniere
très- touchante. La Dle Angelique
joua celui de la Ducheffe. Le fieur Poiffon
joua enfuite le premier rôle dans la
petite Comedie du Cocu Imaginaire.
Le 17. Arlequin Sauvage , de M. de
1'Ifle.
Le 19. le Joueur , par les François , le
fieur Armand y joüa le rôle du Valet , la
Dile Nefmond , nouvelle Actrice , celui
de la Suivante , & le fieur Poiffon celui
du Marquis.
Le Mercredi 18. de ce mois on joüa
fur le Theatre François une Comedie
nouvelle en trois Actes , avec trois intermedes
, intitulé le Triomphe du Temps.
Par
OCTOBRE 1724. 2229
Par le fieur le Grand , Comedien du
Roi ; nous en rendrons compte plus
exactement dans le prochain Mercure.
Nous ne doutons pas que cette Piece n'ait
-un grand fuccès ; la feconde reprefentation
a été encore plus goûtée que la premiere.
La Mufique des Divertiffemens ,
qui eft de la compofition du fieur Quinaut
eft charmante , & les Ballets qui
font de l'invention du fieur Dangeville
font enchantez,
On a repreſenté à Vienne un Opera
nouveau fous le titre d'Andromachus ,
qui a été honoré de la prefence de l'Empereur
, & c.
La Signora Franceſca Çuzzoni , merite
un article plus étendu que celui où il eft
parlé d'elle dans le précedent Mercure.
C'eft la principale Actrice de l'Opera
Italien , établi à Londres , où elle s'en
eft retournée dès la fin de l'autre mois.
Elle vint à Paris au mois de Juillet dernier,
à la priere des perfonnes de diftinction
& de goût , qui compofent l'affemblée
qui fe tient deux fois la femaine ,
chez M. Crofat , ruë de Richelieu , cù
l'on donne des concerts depuis quelque
temps , compofez des plus belles voix ,
& des meilleurs Inftrumens . La Dlle Cuzzoni
G vj
2230 MERCURE DE FRANCE .
zoni étoit accompagnée de la Signora Duraftanti
, & des fieurs Bofchi , Berneflat
& Brigouzi , fes camarades , qui ont eu
congé pendant les mois de Juillet , Aouſt
& Septembre , que les Spectacles ceffent
en Angleterre.
L'excellente maniere de chanter de
ces deux Demoifelles , engagea le Duc de
Bourbon , à les faire entendre au Roi à
Chantilly , où elles reçûrent de grands
applaudiffemens . S. M. en fut fi contente
qu'elle voulut que la Dile Cuzzoni chanta
un Motet à la Meffe à Fontainebleau ,
avec la Mufique de la Chapelle . Elle
chanta le lendemain le Ffeaume Laudate,
de la compofition de M. Bononcini , Maître
de Mufique du feu Empereur Jofeph ,
à la fatisfaction de toute la Cour. Outre
les grands applaudiffemens , la Dlle Cuzzoni
a reçûë des marques de la liberalité
du Roi , du Duc de Bourbon & de differens
Seigneurs.
#
NOUOCTOBRE
1724.
2231
****************
NOUVELLES ETRANGERES.
LE
Turquie.
E Grand Vifir a envoyé des ordres
aux Officiers Generaux qui commandent
l'armée qu'on avoit affemblée
cette année vers le Pruth , de quitter les
bords de cette Riviere , & de renvoyer
les troupes dans leurs quartiers ordinaires
de la Valachie & de la Moldavie.
Le Prince Alirfam Pittiram , Chef des
Arabes Rebelles qui ont attaqué la caravane
de la Meque , & enlevé le preſent
annuel que le Grand Seigneur envoye au
tombeau de Mahomet , s'étoit retiré dans
les deferts de Puram , & s'étoit cantoné
avec les plus déterminez de fes troupes
près de la Ville de Herat ; mais le Bacha
qui commande l'armée Ottomane dans ce
pays - là , ayant fçû le lieu de fa retraite
a marché vers cette Ville , & a fait arrêter
ce Chef des Arabes dans le temps
qu'il prenoit des mefures pour fe fauver.
Les troupes qui font actuellement dans
les Provinces Frontieres de la Ferfe
n'en partiront qu'après que le jeune Rei
de Perle aura accepté les conditions qui
le
2232 MERCURE DE FRANCE.
le concernent dans le dernier traité de
pacification qui a été conclu à Conſtantinople,
entre le GrandSeigneur & le Czar.
M. de Nieplief , Réfident du Czar à
Conftantinople , a declaré au Grand Vifir
que Sa Majesté Czarienne confentoit
d'entrer en accommodement avec Miry-
Mamouth , & que ce Miniftre a auffi
remis au Grand Vifir un plan pour exterminer
les Tartares , en propofant au
Grand Seigneur de ceder Afoph , & de
retenir feul toute la Tartarie.
On a fignifié aux Regences des Etats
des côtes de Barbarie , que Sa Hauteffe
prétendoit que leurs Armateurs refpectaffent
le Pavillon de l'Empereur qu'ils
avoient infulté , en enlevant un Vailleau
de la Compagnie des Pays -bas , portant
Pavillon Imperial .
O
Ruffie.
N publia ces jours paffez un nouveau
Reglement pour les Convents.
Sa Majefté Czarienne fixe le nombre
de ceux des hommes à cinquante qui
ne pourront avoir chacun que cinquante
Religieux , avec défenfes aux Superieurs
d'en recevoir au - deffous de quarante ans.
La dépenfe de chaque Religieux fera réduite
à un Ruble ( un Rouble vaut environ
4. liv. de nôtre Monnoye ) par femaine
OCTOBRE 1724
2233
ne pour les nourriture & vêtemens , &
le furplus des revenus des Monafteres
qu'on dit monter à plufieurs millions ,
fera remis au Tréfor du Czar. Ce Reglement
commence à s'executer. Les Receveurs
qui doivent faire la Regie des
biens de ces Monafteres , furent nommez
le 18. du mois paffé .
Il eft arrivé à Mofcou quelques Marchands
de Perfe , qui viennent dans le
deffein de s'y établir , & de s'intereffer
dans la nouvelle . Compagnie Orientale .
M. Romen foff , Brigadier & Major des
Gardes du Czar , eft parti de Peterbourg
pour Conftantinople , où il va en qualité
d'Envoyé Extraordinaire pour faire l'échange
des ratifications du dernier Traité
conclu avec la Porte Othomane.
Pologne.
N vient d'apprendre qu'on a apperçu
des fimptômes de contagion
dans la Podolie , & dans la Beſſarabie ,
entre le Niefte & le Danube , & l'on a
donné des ordres pour en empêcher la
communication .
Vingt Diettes particulieres ont été
rompues fans prendre de conclufions ;
mais il y en a encore cinquante affemblées
qui paroiffent difpofées à concourir
au bien general du Royaume. Celle de
Ma1234
MERCURE DE FRANCE.
Mazovie a ordonné par une de fes déliberations
, que les Nobles de fon diſtric
ne porteront plus d'habits à l'Allemande.
Les deux Princes de Valachie font
arrivez Warfovie de Mofcou , où ils
ont réfidé plus de cinq ans ; mais après
le renouvellement des Traitez entre la
Porte & la Ruffie , ils ont été obligez de
fe letirer des Etats de S. M. Czarienne .
L
Suede.
'Univerfité d'Abo a 'député au Roi ,
pour prier Sa Majeſté d'ordonner à
la jeuneffe du Duché de Finlande d'y
faire ſes études , à peine de ne pouvoir
jamais parvenir aux emplois de ce Duché.
Les Députez ont repreſenté à Sa
Majefté que leur demande n'avoit rien
d'injufte , puifqu'elle étoit conforme aux
privileges que la Reine Chriftine avoit
accordez à cette Univerfité , & que l'Ordonnance
qu'ils follicitent ne pouvoit
porter aucun préjudice à l'Univerfité
d'Upfal , parce que la Finlande eft une
Province feparée de la Suede par un bras
de Mer , affez confiderable pour empêcher
la défertion des Ecoliers Suedois .
Le Roi étant ces jours paffez à la chaffe
aux Ours , un de ces animaux qui étoit
dans les toiles , devint fi furieux , qu'il
bleffa plufieurs perfonnes , & S. M. y
couOCTOBRE
1724. 2235
courut même un très- grand danger ; car
le cheval fur lequel elle étoit montée
s'étant cabré , prit le mords aux dents &
l'emporta dans la Foreft voifine , où elle
fut renversée , mais fans ſe bleffer : le
cheval alla ſe jetter à 200. pas dans un
précipice où il fe tua.
Dannemark.
N va établir une impofition gene-
Orale fur les Vins , Eaux -de- Vie ,
Sels , Tabacs , & autres Marchandiſes qui
entrent dans la Ville de Coppenhague ,
& l'on prétend que le produit de ces nouveaux
droits augmentera de plus de cent
mille florins les revenus ordinaires de la
Caiſſe Royale.
Allemagne.
N a declaré Na à tous les Artifans de
Vienne qui demeurent dans des
endroits privilegiez , que pour jouir à
l'avenir de leurs franchifes ils feroient
obligez de payer une certaine taxe , dont
on compte que le produit montera par an
à cinq cens mille florins.
Le Comte de Galon , l'un des plus
anciens Membres du Confeil Aulique ,
qui s'étoit retiré depuis quelques années
dans les terres , a été mandé par ordre de
la Cour tant pour prefider à ce Confeil
que
2236 MERCURE DE FRANCE.
que pour faire les fonctions de Vice ,
Chancelier de l'Empire , pendant l'abfence
des Comtes de Schonborn , de Windifgrats
& de Wurmbrantd.
Il s'eft tenu un Confeil de Guerre chez
le Prince Eugene de Savoye , dans lequel
il a été réfolu de congedier les vieux
foldats mariez , de leur payer ce qui leur
eft dû de leur folde , & de leur donner
pour récompenfe des terres à cultiver
dans les Bannats de Temefwar & de
Belgrade .
Le 28. du mois dernier , l'Empereur
ayant reçû avis qu'il étoit arrivé à Venife
un Envoyé de la Regence de Tripoli
S. M. I , nomma M. Talman pour aller le
recevoir fur les frontieres de fes Etats ,
& le conduire à Vienne .
Le Comte de Jugsheim , Miniftre
d'Oettingen a obtenu une place dans le
Confeil Aulique de l'Empire , pour y
affifter de la part des Lutheriens.
LE
Grande Bretagne.
,
E 13. au foir on arrêta à Londres
l'époufe du Colonel Hay l'un des
complices de la derniere confpiration .
Le gros lot de dix milles livres fterling
de la Loterie de l'Etat , échût le 2 2 .
Septembre au numero 18935. On dit
que le Lord Pelham , frere du Duc de
Newcaſtle
OCTOBRE 1724. 2237
Newcastle étoit porteur de ce billet , &
qu'il en a fait preſent au fieur Brandshaw,
Miniftre dans le Comté de Suffex , qui
avoit été fon Précepteur.
On mande de Dublin que la populace
s'y étoit foulevée , à l'occafion de la Monnoye
de Cuivre qu'on veut introduire en
Irlande.
Le 3. Octobre il y eut à Windfor un
grand Confeil , dans lequel il fut réſolu
de proroger le Parlement jufqu'au 23 .
de Novembre prochain.
Les Seigneurs Haute - Jufticiers du
Royaume d'Irlande ont marqué à la
Cour que leur autorité n'étoit pas fuffifante
pour faire recevoir les Monnoyes
de Cuivre , dont la fabrique a été accordée
au fieur Wood par des Lettres Patentes
de Sa Majefté ; le Lord Carteret ,
nouveau Viceroi de ce Royaume a reçû
ordre de paffer à Dublin ; on croit qu'il
appaifera enfin les peuples , quoique trèsprévenus
contre cette Monnoye qu'ils regardent
comme la ruine future de leur
commerce .
Les Herauts d'armes , auffi bien que
les Gentilhommes à Bec de Corbin ,
ayant été fommez de fe rendre à Windfor
, le Roi en qualité de Souverain de
l'Ordre de la Jarretiere , fe rendit le Dimanche
8. de ce mois en ceremonie à
2238 MERCURE DE FRANCE .
la Chapelle Royale du Château , acco.npagné
du Prince de Galles , des Ducs
de S. Albans , de Grafton , de Bolton ,
de Dorfet , de Roxbourg , de Neucaſtle
& de Montague , du Comte de Lincoln
& du Vicomte de Townfend, Chevaliers
du même Ordre , revêtus du Manteau
& du Colier de l'Ordre , le Duc de
Mancheſter portoit l'épée de l'Etat . Après
que S. M. eut affifté au Service Divin
& au Sermon prononcé par le Docteur
Godard , elle s'avança vers l'Autel , &
y fit fon offrande , ainfi que le Prince de
Galles , & les autres Chevaliers. Cette
ceremonie n'avoit pas été faites depuis
Charles I. excepté dans le temps des
inftallations des nouveaux Chevaliers.
Les offrandes dont on vient de parler ont
été diſtribuées à 26. pauvres Chevaliers
de l'Ordre , qui font appellez ainfi , parce
qu'ils font logez & entretenus dans
Windfor. L'Office de ces Gentilhommes
eft d'affifter deux fois par jour aux prieres
qui ſe font dans la Chapelle du Château
.
On mande de Dublin que les Commerçans
du Royaume d'Irlande étoient convenus
entre eux fous ferment , de ne
jamais recevoir de la nouvelle Monnoye
de Cuivre de M. Wood ; ils avoient affiahé
à cette occafion divers Ecrits féditieux
OCTOBRE 1724. 2239
tieux à la porte de leurs maifons , &
qu'un Bâtiment chargé de cette Monnoye
étant arrivé à la rade de Cork , il avoit
été entouré en un inftant d'un nombre
infini de Chaloupes remplies de menu
peuple qui menaçoient d'y mettre le feu ,
ce qui avoit obligé le Maître de ce Navire
de remettre à la voile , & de fe retirer.
O
Hollande & Pays- Bas .
N mande de Bruxelles que le Cardinal
d'Alface , Archevêque de
Malines ayant vifité une feconde fois
l'Abbaye de Camvemberg , l'Abbé & les
Chanoines n'avoient fait aucune proteſtation
, en vertu du droit qu'ils prétendent
avoir de n'être point ſujets aux vifites de
l'ordinaire.
On mande auffi de la même Ville que
la nuit du 21. au 22. Septembre la petite
Ville d'Hannufe , fituée fur la Gaete,
à deux lieues de Saintron , avoit été entierement
détruite par un incendie , en
moins de cinq heures de temps.
Portugal.
E Roi a accordé à Don Jean de Sé-
Lgueira d'Almeida , Gentilhomme de
fa Maiſon , & Colonel d'un Regiment de
Cavalerie dans la Province de Tra-los-
Montes , une place d'Alcaide- Major , le
Core2240
MERCURE DE FRANCE .
Coredor de l'Ordre de Chrift , & une
penfion de deux cens mille Reis.
On a appris par des Lettres de Riode
Janeiro du 24. Mars dernier que les
deux Vaiffeaux de Guerre qu'on avoit
envoyez à l'embouchure de Rio de la
Plata avec des troupes , des ouvriers , &
les materiaux neceffaires pour bâtir un
Fort fur les montagnes de Redio , vis - àvis
l'Ile de S. Gabriel , y étoient arrivez ,
& y avoient débarqué leurs troupes &
leurs ouvriers fans aucune oppofition ;
mais que quelques jours après l'entiere
conftruction du Fort , les Efpagnols
l'étoient venus l'attaquer par Mer & par
terre , & avoient obligé les Portugais de
l'abandonner , & de fe retirer avec leurs
Vaiffeaux à Rio de Janeiro .
Donna Joachim de Bourbon , fille du
Comte de Avintes entra le cinq Septembre
chez la Reine , en qualité de Damed'Honneur
de Sa Majesté.
Le 3. & le 6. du mois dernier la Garnifon
de Lisbonne , confiftant en trois Regimens
de Cavalerie , & deux d'Infanterie
, fe rendit dans la plaine , dite de
Jonquere , & y donna le fpectacle d'un
combat. Le Duc de Cadaval , Generaliffime
des troupes de Portugal commandoit
à ce camp, & fe tint à cheval pendant
tout le combat , quoiqu'âgé de 95. ans.
Efpa
OCTOBRE 1724. 2241
Espagne.
E Marquis de Grimaldo a été fait
Secretaire d'Etat , & la plupart des
autres Miniftres ont été rétablis dans les
differens emplois qu'ils avoient avant
l'abdication du Roi.
La Reine Doüairiere , veuve de Don
Louis eft dans une parfaite convalefcence,
& commence à prendre l'air dans les jardins
du Buen -Retiro.
Italie.
E huit Septembre , Fête de la Nati-
Lvité de la Sainte Vierge , le Pape
nomma Evêques affiftans du Trône M.
Marc-Antoine Anfidei , Archevêque de
Damiette , & Affeffeur du S. Office , &
M. Dominique Roffi , Evêque de Volturata
.
Le même jour Don Fabrice Colonne ,
Duc de Palliano , Grand Connétable du
Royaume de Naples , prefenta au Pape
la Haquenée , en qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire de l'Empereur pour cette
eceremonie .
Sa Sainteté a figné une Ordonnance
par laquelle le peuple eft déchargé de
l'impoft des deux deniers par livre qui
avoit été mis fur la viande en 1708.
Le 11. Septembre le Pape tint un Confiftoire
2242 MERCURE DE FRANCE.
fiftoire fecret , où plufieurs Prélats furent
propofez , & où Sa Sainteté fit la ceremonie
de fermer la bouche au Cardinal de
Polignac , chargé à Rome des affaires du
Roi très -Chrétien . M. Antoine Blanchieri
a été nommé Gouverneur de Rome
par le Pape.
On mande de Turin que le Baron de
Leitrum , Gentilhomme Allemand , qui
avoit accompagné la Princeffe de Piémont
jufqu'en Savoye, eft arrivé à Rivoli
pour y complimenter la Reine de Sardaigne
de la part de cette Princeffe. Madame
la Marquife d'Alinges , bru du
Marquis du Coudray , a été nommée Dame-
d'Honneur de la Princelle de Piémont.
Le S. Pere a érigé en Principauté le
Fief de Roca Gorga , en faveur du Duc
de Gravina , les conftitutions exigeant
qu'il ait une Principauté dans l'Etat Ecclefiaftique
, pour pouvoir exercer la
Charge de Prince du Trône.
Le 16. de l'autre mois le Pape tint
au Palais du Quirinal un Confiftoire public
, auquel le trouverent 29. Cardinaux
; S. S. donna le Chapeau aux deux
nouveaux Cardinaux Jean - Baptifte
Altieri , de l'Ordre des Prêtres , & Alexandre
Falconieri de l'Ordre des Diacres .
Le 17. on eut avis à Rome que le Roi
>
de
OCTOBRE 1724. 2243
de France avoit nommé M. Michel Pref
fiat , Expeditionnaire en cetté Cour , pour
fucceder à feu M. de la Chauffe dans les
Emplois de Conful de la Nation Françoile
à Rome , & de Garde des Archives
de France .
›
Le 18. on publia un Decret du Pape ,
datté du 7. Septembre , par lequel S. S.
declare que le Decanat du Sacré College
venant à vacquer dans la fuite , il fera
donné au Cardinal le plus ancien de promotion
quand même il feroit abfent
pour lors , à condition neanmoins qu'il
réfidera actuellement dans fon Diocéfe .
Ce même Decret contient auffi des Reglemens
particuliers , concernant l'option
des Cardinaux pour les titres d'Evêque
d'Oftie & de Velletri.
Ceremonie de laprise de poffeffion de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Pape.
E 24. Septembre dernier , Sa Sain-
Lteté , accompagnée des Cardinaux
·
Barberin , Zondodari , Scotti , Spinola de
Sainte Agnés , Belluga , Pereira , Salerno
, Cienfuegos marchant à fa droite , &
des Cardinaux Jean Baptifte Altieri ,
Laurent Altieri , de Polignac , Olivieri ,
Marini & Alexandre Albani , marchant
à fa gauche , fe rendit en cavalcade à
1
H cette .
2244 MERCURE DE FRANCE.
cette Eglife vers les trois heures aprèsmidy
, avec un cortege , dont la marche
étoit commencée par un détachement des
Chevaux Legers de la Garde , à la tête
duquel étoient Don Jerôme Colonne ,
Grand Maréchal des Logis de S. S. & le
Marquis Gafpard Ottieri , Sur- Intendant
des Ecuries ; ils étoient fuivis des
Adjudans de Chambre des Cardinaux ,
avec des Porte - Manteaux à leurs armes ,
de leurs Gentilhommes , des Gentilhommes
Romains , des Palfreniers du Pape ,
tenant des Chevaux de main , & les deux
Haquenées de la Litiere de S. S. fuivies
de deux Trompettes de l'Ecurie. Après
ce premier cortege , & à quelque dif
tance marchoient les Cameriers , extra
muros , les Adjudans de la Chambre ,
M. Lana , Commiffaire de la Chambre
Apoftolique , & M. Jacovacci , Fifcal
de cette Ville , les Avocats confiftoriaux ,
les Chapelains du commun , les Chapelains
fecrets , les Cameriers d'honneur ,
les Cameriers fecrets de Cape & d'Epée ,
les autres Cameriers fecrets , dont les
quatre plus anciens portoient des Chapeaux
de velours rouge dans leurs mains
le Capitaine de la Garde Suiffe , les Abbreviateurs
, les Votans de fignature , les
Clercs de la Chambre , le Maître du Sacré
Palais , marchant au milieu des Auditeurs
OCTOBRE 1724. 2245
diteurs de Rote , les Eftafiers du Pape ,
la Garde Suifle , le Duc de Gravina , neveu
du Pape , monté fur un Cheval magnifiquement
harnaché , ayant deux Pages
à fes côtez , & une nombreuſe livrée ,
le fieur Pierfanti , Premier Maître des
Ceremonies , & l'Auditeur de Rote
dernier reçû , portant la Croix au milieu
de deux Maîtres des Ceremonies . Le
Pape paroiffoit enfuite , ayant à fes côtez
les Cardinaux qui étoient fuivis d'un autre
détachement des Chevaux - Legers de
la Garde & de la Garde Suiffe , du Maître
de Chambre de S. S. des Medecins
fecrets , du Caudataire , & des Officiers
de la Garderobe du Pape , des Patriarches,
Archevêques & Evêques , affiftans du
Trône , de l'Auditeur & du Treforier de
la Chambre Apoftolique , du Majordome,
marchant au milieu de deux Protonotaires
Apoftoliques , du Caroffe du Pape &
du Duc de Monte -Mileto , Capitaine des
Chevaux - Legers & petit neveu de S. S.
Le Pape en paffant devant le Capitole ,
fut complimenté par le Marquis Frangipani
, au nom du Senat & du peuple Romain
; & étant entré dans l'Eglife de
S. Jean de Latran , il fe mit à genoux fur
un carreau de velours rouge qui avoit
été preparé devant le Grand Autel , où
le Cardinal Pamphile , Archiprêtre de
Hij
cette
2246 MERCURE DE FRANCE.
cette Eglife , lui donna la Croix à baifer ;
après quoi S. S. s'étant placée dans fon
Trône , le même Cardinal lui preſenta
les deux clefs de l'Eglife qui étoient pofées
en fautoir dans un baffin d'or que
portoit M. Alexandre Tanara , Vicaire
de l'Eglife. Le Pape alla enfuite à la principale
porte de cette Eglife , où il fut
porté dans fa Chaife à la loge du Portail
pour y donner la Benediction , quiffut
accompagnée d'une falve generale de l'Artillerie
du Château S. Ange , de la Moufqueterie
des troupes de la Garde , & du
fon de toutes les cloches. Le foir il y eut
des illuminations & d'autres marques de
réjouiflances dans toutes les ruës.
France.
'Abbé de Buffi - Rabutin , Evêque de
L'Luçon, en allant prendre poffeffion
de fon Evêché , a eu le malheur de perdre
fix jeunes Chevaux & fon Carofle
qui eft verfé de deffus une hauteur , à
l'occafion d'une décharge que firent imprudemment
les habitans d'une Ville de
fon Diocéfe qui avoient pris les armes
pour recevoir leur Evêque . Son Cocher
à eu les jambes caffées , & il a penſé perir
lui même , cet accident arriva dans
le temps qu'il alloit monter dans fon Carofle
lui quatrième.
Le
OCTOBRE 1724. 2247
Le Roi a pris prefque tous les jours
le divertiffement de la Chaffe à Fontainebleau
; S. M. a fouvent été de trèsbonne
heure à la Foreft pour y chaffer le
Cerf , le Sanglier ou le Chevreuil . On a
pris ordinairement deux Cerfs dans chaque
Chaffe
ན་
Le 1. de ce mois l'Abbé de Vaccon ,
Evêque d'Apt , fut facré à Paris dans la
Chapelle du Noviciat des Jefuites , par
l'Evêque de Vence , affifté des Evêques
de Carcaffonne & d'Alet. Il prêta ferment
le 8. à Fontainebleau entre les
mains du Roi .
Le Marquis de Conflans eft chargé
d'aller faire des complimens de condoleance
au Roi & à la Reine d'Efpagne ,
& à la Reine doüairiere , fur la mort du
Roi Louis I. de la part de S. A. R. Madame
la Ducheffe d'Orleans , de Monfieur
& de Madame la Ducheffe d'Orleans
.
Le 10. de ce mois Madame la Ducheffe
d'Orleans fut faignée par précaution
à caufe de fa groffeffe .
Le Marquis de Conflans doit fe rendre
à Madrid de la part de Madame la
Ducheffe douairiere d'Orleans , du Duc
d'Orleans , fon fils , & de la Ducheffe
d'Orleans , fa bru , pour faire des complimens
de condoleance à la Reine douai-
H iij
riere
2248 MERCURE DE FRANCE .
riere d'Espagne , & à L. M. Catholiques
regnantes , fur la mort du Roi Louis.
Le 15. de ce mois on reçut avis
Fontainebleau , par un Courier extraordinaire
dépêché de Madrid , que le Roi
d'Efpagne avoit nommé le Comte de
Morville , Miniftre & Secretaire d'Etat
au département des affaires Etrangeres ,
fils de M. le Garde des Sceaux , Chevalier
de la Toifon d'Or.
Le Duc d'Orleans , chargé des pouvoirs
de Sa Majefté Catholique , pour recevoir
le Comte de Morville , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , en fit la
ceremonie dans fon Cabinet à Fontainebleau
le 22. de ce mois à dix heures du
matin , conformément au ceremonial envoyé
par ordre de S. M. Catholique.
>
Le Chapitre étoit compofé , fçavoir ;
du Duc d'Orleans , fur le banc à droite
le Duc de Bourbon , le Duc de Noailles ,
Parrain du nouveau Chevalier , le Marquis
d'Arpajon , le Maréchal Duc de
Villars. Sur le banc à gauche , le Comte
de Toulouſe , le Marquis.de Beaufremont
, le Marquis de Brancas , le Comte
de Morville , & c.
Comme nous avons donné dans le
Me cure du mois de Juillet dernier , page
1494, une Relation exacte de ce qui
fe paffa à la reception du Duc d'Orleans
&
OCTOBRE 1724.. 2249
& du Duc de Bourbon : nous n'entrerons
point dans le détail de cette augufte ceremonie
, qui eft préciſement la même .
Le Roi.a été fe promener au Château
de la Riviere , chez le Comte de Touloufe
, où S. M. a pris beaucoup de plaifir
, furtout à voir tirer un feu d'artifice
qu'on lui avoit preparé.
Le 15. le Roi alla entendre le Salut
dans l'Eglife du Monaftere des Baffes-
Loges ; enfuite S. M. vifita la maiſon.
Le 17. de ce mois , M. d'Ombreval ,
Lieutenant General de Police , fit l'ouverture
de la nouvelle Bourfe , qu'on a
conftruite dans un lieu fort commode &
fort bien décoré , derriere l'Hôtel de la
Compagnie des Indes , en confequence
d'un Arrest du Confeil , dont on trouvera
la teneur cy - après.
L'Abbé de Livri, Ambaffadeur de France
à Liſbonne , y arriva le 16. du mois
paffé . Don Francifco Mafcarenhas , Comte
de Coculim , alla le recevoir à l'entrée
de la Ville , avec un Carolle du Roi ,
fuivi de trois autres Carofles , dans lefquels
il y avoit plufieurs Gentilhommes.
M. l'Ambaffadeur fut conduit au Palais
du Comte de Source qu'on lui avoit preparé
, & dans lequel il reçût le même
jour & le lendemain les complimens des
Seigneurs de la Cour & de la principale
Nobleffe.
Hiiij
Le
2250 MERCURE DE FRANCE.
Le 20. de ce mois le Roi accorda au
Comte de Teffé , Grand d'Eſpagne , la
Charge de Premier Ecuyer de la Reine ,
fur la démiffion volontaire du Maréchal
de Teffé , fon pere , à qui S. M. l'avoit
donnée au mois de Decembre dernier .
Madame Marie - Anne - Gabrielle Eleonore
de Bourbon Condé , foeur aînée de
M. le Duc , Religieufe de Fontevrault ,
nommée à l'Abbaye Royale de Saint Antoine
des Champs - lez - Paris , Ordre de
Cîteaux , où elle fait conftruire des bâtimens
magnifiques : ( monumens éternels
de cette illuftre & Religieufe Princeffe
) prit l'habit de cet Ordre le 8. de
ce mois.. Après que l'habit eut été beni
par un Religieux de l'Ordre , Confeſ- ·
feur de l'Abbaye de S. Antoine , fon Altelle
Sereniffime regala fplendidement ce
jour la toute la Communauté , & fit de
très -beaux prefens aux Religieufes du
Choeur , aux Peres Confeffeurs , au Chapelain
, aux Soeurs Converſes , & aux
Penfionnaires . L'après - dîné elle leur fit
l'honneur de leur rendre vifite , dans laquelle
elle leur donna des marques d'une
bonté & d'une tendreffe finguliere.
Le 13. du même mois elle prit poffeffion
de cette Abbaye ; la ceremonie en
fut faite par M. l'Official de Paris , avec
un concours extraordinaire , & aux acclamations
OCTOBRE 1724 .
2251
mations du peuple du Fauxbourg Saint
Antoine.
Quelques jours après Son Alteffe Sereniffime
vint recevoir le voeu d'obéïffance
de toutes les Religieufes de fon
Abbaye ; on lui avoit preparé un Dais ,
avec un Trône au milieu du Choeur , fous
lequel elle refufa de fe placer par une
humilité Chrétienne , qui eft hereditaire
dans la Maifon de Saint Louis , dont la
Princeffe defcend. Elle s'affit dans fon
Siege Abbatial , où elle les embrafla toutes
, avec des témoignages d'une bienveillance
extraordinaire. Elle fit enfuite des
largeffes & des liberalitez , dignes d'une
fi vertueuſe & genereufe Princeffe , aux
pauvres , & à tous les domeftiques de
Ï'Abbaye.
Extrait d'une Lettre écrite de Nantes le 12 .
Octobre 17 24. fur un combat de Mer.
N
Ous avons appris par nos Lettres
venus du Cap , côte de Saint Domingue
, que le Vaiffeau l'Union , monté
par le Capitaine Turbé y étoit arrivé à
la fin de Juillet dernier , après avoir foutenu
un combat extraordinaire par la
hauteur de 35. degrez contre un Corfaire
de Salé , monté de 160. hommes
armé de 20. canons , & de fix periers . Le
Hv Sal2252
MERCURE DE FRANCE:
y
Saletin ayant abordé ce petit Vaifleau par
fa proue , après plufieurs volées de canon,
tout l'équipage fe jetta entre les ponts ,
épouvantez par le nombre des ennemis
& par leurs cris , à la réferve du fieur
Eugenne Thalas Creolle de la Grenade
( qui avoit paffé en France pour une
affaire qu'il a au Confeil du Roi , & qui
retournoit au Cap par ordre des Medecins
, ) du fieur le Roi & de 4. à 5. autres
pallagers , qui ayant horreur de l'efclavage
, s'animerent par les difcours du
fieur de Thalas , le fuivirent contre une
troupe de Saletins qui étoient montez le
long du beau pré dans leur Vaiffeau , ils
n'y furent qu'un inftant , ayant tous été
tuez & jettez à la Mer , les nôtres déborderent
enfuite le Vaiffeau Saletin , &
donnerent le temps au fieur de Thalas de
faire preparer & emplir de poudre les
flacons & bouteilles pour foutenir un
fecond abordage , dans lequel le Corfaire
fut encore très - mal-traité , quelques Matelots
s'étant rejoints aux paffagers. Enfin
il y eut un troifiéme abordage mal
executé par ces Pirates qui coûta la vie
à plus de so . d'entr'eux . Ce combat fi
inégal a duré deux heures entieres , & il
y a eu tant d'actions particulieres de valeur
& d'adreffe de la part des fieurs Tha
las & le Roi , qu'il n'eft pas facile de les
décrire ,
OCTOBRE 1724. 2253
décrire . On estime que l'ennemi y a perdu
80. à 90. hommes , & il n'y en a eu
que trois de bleflez dans le Vaifleau l'Union
.
光光洗洗洗洗洗洗汽業:光光淡淡化洗洗洗茶
BENEFICES DONNEZ.
L'Claire ,Diocèfe de Narbonne , vacante
par le decès de Dame Megnier , a
été donnée à Dame Martin , Religieufe
dans le Monaftere de Sainte Claire du
Salin , à Toulouſe .
'Abbaye d'Azile , Ordre de Sainte
L'Abbaye Commandataire de S. Hilaire
de la Selle , Ordre de S. Auguflin ,
Diocéfe de Poitiers , vacante par le decès
du fieur Jules Cefar Coutocheau , en
faveur du fieur Bazile - Laurent Barbier ,
Clerc du Diocéſe de Paris.
Le Prieuré Commandataire de Nôtre-
Dame d'Hennemond , de l'Ordre des
Chanoineffes Regulieres de Saint Auguftin
, au Dioceſe de Chartres , vacant
par le decès du fieur de Longueil , en
faveur du fieur Michel- Hierome Bouvard
de Fourqueux , Clerc du Diocéfe
de Paris.
L'Abbaye Royale des Bernardins de
Neufchatel en Braye , de l'Ordre de
H
vj Cî2254
MERCURE DE FRANCE. ·
Citeaux , vacante par le decès de
en faveur de la Dame Ravot
Dombreval , Religieufe Bernardines dans
l'Abbaye Royale de Villiers- lès-la - Ferté
en Lez.
*** ************ : 菜菜
MORTS.
N mande d'Arras qu'il y eft mort
le mois paffé deux perfonnes dans
un âge extrêmement avancé ; fçavoir ,
Anne Hourlier , veuve de Pierre Dhuval
, âgée de 104. ans , qui n'avoit jamais
reffenti aucune incommodité , ni eu
d'autre maladie que celle dont elle eſt
morte, & un Berger du Village de Goüye
en Artois , nommé N. Dambeines , qui
auffi bien que l'autre n'avoit jamais été
malade ; il étoit âgé de 105. ans , &
paroiffoit fi peu caffé , & fi peu décrepit
, qu'on ne lui auroit pas donné 60 .
ans.
Damoiselle Loüife Elizabeth Defpics ,
Fille d'honneur de S. A. S. Mademoifelle
de Charolois , eft decedée à l'Hôtel
de Condé le 24. Septembre dernier
âgée d'environ 20 ans .
Le 25. de l'autre mois , Dame Marie
le Loup de Bellenave , cy devant Dame
d'honneur de feu S. A. R. Madame , veuve
OCTOBRE 1724. 2255
ve de M. René de Gillier Chevalier-
Marquis de Clerembault , Marmande &
Pingareau , cy - devant de Toul , & Premier
Ecuyer de feu S. A. R. Madame ,
âgée de 84. ans,
M. Philippe de Beauverger , Comte de
Montgon , Marefchal des Camps & Armées
de S. M. Gouverneur de l'Ile d'Oleron
, Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , cy - devant Capitaine
de Grenadier au Regiment des
Gardes Françoiſes , eft mort au commencement
de ce mois dans fon Gouvernement
, âgé d'environ 63. ans.
François Timoleon de Choifi , Prieur
de S. I ode Rouen , de S. Benoiſt du Sault,
& de faint Gelais , Doyen de l'Academie
Françoife , & cy- devant Doyen de la Cathedrale
de Bayeux , eft mort à Paris le
2. de ce mois âgé de 80. ans. En atten.
dant fon éloge de la plume de quelqu'uns
de nos Maîtres , nous rendrons à fa
memoire une partie de ce qui luy eſt dû ,
en ajoutant icy ce que l'Autheur de la Biblioteque
des Auteurs Ecclefiaftiques dur
XVII . fiécle en a dit par avance.
»
Si quelqu'un a fçu joindre la politeffe
» du difcours , l'agrement de la conver-
» fation , la gayeté de l'efprit , à l'ap-
>> plication au travail , à une compofition
affi2256
MERCURE DE FRANCE.
}
» affidue , & à des Ouvrages ferieux ,
» c'eft certainement M. l'Abbé DE CHOISY
» iffu d'une famille illuftre , né à Paris le
» 16. Avril 1644. Il fut nommé à l'Ab-
>> baïe de faint Seine le premier Janvier
» 1663. dont il fe défit en 1676. En 1685.
» Il fut envoyé à.Siam pour être Ambaf-
» fadeur auprès du Roy de Siam , en cas
» que ce Prince fe fit inftruire de la Re-
» ligion Chrétienne , & Ambaſſadeur Ex-
» traordinaire à la place du Chevalier de
>> Chaumont , fi ce dernier venoit à mou-
>> rir pendant le voyage : il reçût les Or-
>> dres Sacrés à Siam par les mains de l'E-
>> vêque de Metellopolis , Vicaire App lo-
» lique ; il revint Prêtre de Siam en 1686 .
» dix ans après il fût élû tout d'une
» voix Grand Doyen de la Cathedrale de
Bayeux fans avoir demandé , ni follicité
» cette place. Avant fon voyage de Siam
"il avoit compofé des Dialogues fur l'im-
» mortalité de l'Ame , fur l'Exiſtence de
» Dieu , & fur la Providence, imprimés à
» Paris en 1684.
>>
Depuis fon retour , outre la Relation
» de fon voyage , il a donné plufieurs li-
» vres au public. Le premier eft la vie de
» David avec une interprétation des Pfeau-
" mes , où les differences notables de l'He-
" breu& de laVulgate font marquées ; ls'y
" attache au fens Litteral, & rend les Pfeaumes
OCTOBRE 1724.
2257
63
kr
mes faciles â entendre aux plus fimples,
il a donné prefqu'en même tems la vie a
de Salomon , & peu de tems aprés celle «
de faint Louis , des Penfées Chrétiennes , «
une traduction de l'Imitation de J. C. & «
enfin des Hiftoires de Pieté & de Mora- «<
le , en 8. volumes, auffi utiles qu'agrea- «
bles . Il s'eft enfuite jetté dans l'Hiſtoire «
de France , & a donné en peu d'années «<
l'Hiftoire de Philippe de Valois & du
Roy Jean , celle de Charles V. & de «
Charles VI. & enfin a entrepris d'écrire «<
une Hiftoire Ecclefiaftique , qui ne foit «
point embaraffée , & pour ainsi dire, ac- «
cablés d'érudition , qui paiffe fe lire tout «
defuite , où l'on ne trouve rien que
difiant , où l'on ait point befoin d'étude , «
qui foit à la portée de tout le monde , où «
le voile foit tiré fur la turpitude de cer- «
taines béréfies qui font horreur ; où l'on ne «
foit point obligé d'interrompre fon atten, es
tion pour examiner ce qui feroit douteux , «
pourfe faire expliquer ce qu'on enten- «
droit pas .
où
d'é- "
"
r
Voilà quel a été fon deffein qu'il a «
commencé a exécuter dans les quatre
volumes d'Hiftoire qu'il a donnez , «‹
qui contiennent après un abrégé de «
l'Hiftoire de l'Ancien Teftament & de e
la Vie de J. C. l'Hiftoire de l'Eglife de- «<
puis fon commencement jufqu'à l'an «
840 .
2258 MERCURE DE FRANCE.
» 840. Il y mêle l'Hiftoire prophane , &
» égaye fa matiére de traits vifs & agréa
» bles . Pour la politeffe du langage , il eft
» aifé de juger qu'elle ne lui manque pas.
>> Quant au fond de la matière il l'a puiſée
» dans les meilleurs Auteurs anciens &
» modernes ; Nous efperons voir bien -tôt
» la fuite & l'accompliffement de fon
» Ouvrage. La Vie de M. Miramion eft
>> encore de fa compofition.
Par cette mort Monfieur de Fontenelle
devient Doyen de l'Académie Françoife
. L'Abbé de Choifi avoit été reçû
dans cette Illuftre Compagnie en mil fix
cens quatre vingt- dix - fept, & avoit fuccedé
à François de Beauvillier , Duc de
Saint Agnan.
Marie Sauvage , Veuve de François Roger
Bourgeois de Paris , y mourût le 9.
de ce mois , dans la ruë d'Orleans , quartier
S. Victor , agée de 102. ans.
Le 11. de ce Mois , M. Gabriel- René ,
Marquis de Maillot , ancien Baron de
Normandie , mourut dans fon Château du
Champ de- Bataille , en Normandie , agé
d'environ 73. ans.
M. Jean Baptifte de Waldor , Réfident
de S. A. S. E. de Cologne , & du Prince
de Liege à la Cour de France , mourut à
Paris , l'onzième Octobre , dans fa foixante
OCTOBRE 1724 2259
te- dix-feptième année. Il a exercé cet emploi
avec aprobation pendant cinquante
années confécutives , ainfi qu'avoit fait M.
pere pendant trente.
fon
Ce Miniftre ( qui a été en differens
tems chargé de plufieurs negociations , du
nombre defquelles il en a conclû de trèsdifficiles
) étoit très-bien fait , d'une phi- .
fionomie noble & relevée , avec un air
très-gracieux tout cela foutenu par les
plus excellentes qualités de l'efprit , &
du coeur ; une humeur bienfaifante , &
des empreffemens continuels à rendre fervice
à tout le monde , joints à une probité
à l'épreuve , lui avoient attiré l'eftime
, non-feulement de fon Souverain .
mais auffi celle du feu Roi , de glorieufe
mémoire.
Dame Angelique de Voyer de Doré
veuve de M. Michel Tamboneau , Préfifident
de la Chambre des Comptes , &
Ambaffadeur de France vers les Cantons
Suifles mourut le 17 .
Dame Elizabeth Angelique de Dreux ,
épcufe de M. Bertrand Cezar , Marquis
du Guefclin , Chevalier Seigneur de la
Roberie , Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Orleans , & Meftre de Camp
d'Infanterie , le 18. Octobre âgée de 22 .
ans & demie.
Marie
2160 MERCURE DE FRANCE.
Marie Loüife de Lorraine de Brione ;
mourut le 18. de ce mois , âgée de 31 .
ans prefque accomplis , étant née le 24
Octobre 1693. elle étoit fille de feu Henry
de Loraine , Conte de Brione , Chevalier
desOrdres du Roi, Grand Ecuyer de
France , & Gouverneur d'Anjou , en ſurvivance
du Comte d'Armagnac fon pere,
& de feue Madelaine d'Efpinay- Duretal .
Le même jour mourut à Paris Dame
Marguerite Bochard de Champigni , veuve
de M. Jean Paul Bournet , Marquis
de Mouchy , dans la 85me. année de fon
âge.
Le 19.Octobre Dame Anne MarieDurd'Eguebonne,
veuve de M. François Roftaing
, Chevalier , Comte de Buri , Onzain,
Chambellan de feu S. A. R. Gaſton
Duc d'Orleans , âgée de 91. ans.
Le 20. Dame Anne Chriftine l'Evefque
, épouse de M. Antoine René de Ranconnet
, Chevalier Comte de Noyan , âgé
d'environ 60 , ans.
M. Jean Louis Girardin , Chevalier ,
Seigneur de Vauvré , Confeiller d'Etat au
Confeil de Marine , eft mort à Paris âgé
de 82. ans.
M. Jofeph Marie de Lafcaris d'Urfé ,
Marquis d'Urfé & de Bagé , Comte de
faint Juft en Chevalet , & de Buffi , Seigneur
de la Baftie, Grand Bailly de Forest,
&
OCTOBRE 1724. 2261
& lun des Gentils - hommes choifis par le
Roi pour la perfonne de Monfeigneur le
Dauphin , eft mort à Paris le 13. de ce
mois , âgé de 72. ans . La Maifon d'Urfé
porte de Vair au Chef de gueule pur.
Nous finirons cet Article par les juftes
regrets que tous les amateurs de Spectacles
& les gens de goût , doivent à la perde
de M. Charles Riviere du Frefny , Valet
de Chambre du Roi , Controlleur de
fes Jardins & fon Penfionnaire . Il mourut
à Paris, le 6. de ce mois , dans la 76e
année de fon âge , & le dix - huitième jour
de fa maladie , après avoir reçû tous fes
Sacremens ; c'étoit un homme de bonne
compagnie , enjoüé & fort agréable ,
fertille en bons mots , & en faillies plaifantes
, fans maligne application & fans
obfcenité , aimant beaucou les plaifirs ,
mais fans débauche 11 poffedoit l'Art de
les diverfifier en cent manieres , dont chacune
avoit un charme nouveau & particulier.
Il fçavoit enfin leur rendre cette
pointe qui les rend agréables , & qui s'émouffe
fi aifément. On ne peut pas le
loüer beaucoup fur les fciences acquifes
par l'étude, & l'application , ni fur les lumiéres
d'un jugement à qui rien ne manquoit
, mais en récompenfe c'étoit un génie
fecond , naturel , vif , & très original
1262 MERCURE DE FRANCE.
nal , avec des reffources dans l'efprit mer◄
veilleufes & fingulieres .
Il avoit beaucoup de talent pour l'Architecture
& pour les Arts qui dépendent
du deffein ; mais furtout pour la décoration
, l'ajuftement & les ornemens
des jardins & des maifons de campagne.
On voit divers ouvrages de cette efpece
dans Paris , & aux environs que les curieux
& les Etrangers vont voir avec
admiration.
Son talent le plus marqué , & celui
pour lequel il avoit le plus de penchant,
étoit le genre dramatique Comique . Nous
avons des Pieces de lui d'un caractere admirable
, avec des Portraits & des Peintures
finies , naïves & picquantes des
moeurs du fiecle. On a remarqué que la
plûpart de les Comedies ont confervé fur
le papier toutes les beautez qui les ont
fait applaudir fur le Theatre. Du refte il
n'y a peut-être jamais eu de Poëte Comique
plus réfervé , n'ayant jamais rien
hazardé qui puiffe offenfer la pudeur. Il
avoit fuccedé à M. de Vifé pour la compofition
du Mercure Galant. Nous ajoûterons
que M. du Frefny eft mort en
Philofophe par raport aux biens de la
fortune , malgré tous les bienfaits du feu
Roi qui l'avoit honoré d'une protection
particuliere , & qui lui avoit accordé le
preOCTOBRE
1724. 2263
premier Privilege de la Manufacture des
Glaces dans le Royaume , Privilege dont
il ne jouit gueres , en ayant difpofé pour
très - peu de chofe. Il eft vrai que S. M.
eut la bonté de l'y faire rentrer , mais
M. du Frefny ne profita point de cette
nouvelle grace ; car il s'en dépouilla encore,
& d'une maniere à n'y plus revenir .
Ses principaux Ouvrages font les
Amuſemens ferieux & comiques. vol . in
12. C'eſt un riche fonds de bonne morale
, & d'excellente plaifanterie. Ce Livre
veritablement amufant , a été traduit en
diverfes Langues , & a eu plufieurs Editions.
Le Puits de la Verité , vol . in 12.
Quelques nouvelles imprimées dans
fes Mercures , un grand nombre de Chanfons
originales , qu'il avoit lui - même
mifes en Mufique , & dont il feroit à
fouhaiter qu'on pût donner un Recueil
complet.
Comedies fur l'ancien Theatre Italien.
L'Opera de Campagne , Comedie en
trois Actes , avec un Prologue , donnée en
= 1692 .
L'union des deux Opera , en un Ace
1692 .
Les Chinois , qu'il avoit compofée avec
M. Regnard , en quatre Actes avec un
Prologue 1692 .
La
2264 MERCURE DE FRANCE.
La Baguette de Vulcain avec le même,
en un Acte 1693 .
Les Adieux des Officiers , ou Venus
juſtifiée , en un Acte 1693 .
Les Malaffortis , en deux Actes 1693 .
Le Départ des Comediens , en un Acte
$ 694.
Attendez-moi fous l'Orme , en un
Acte 1695 .
La Foire S. Germain , avec M. Regnard
, en trois Actes 1695 .
Les Momies d'Egypte , avec le même,
en un Acte 1696 .
Pafquin & Marforio , Medecins des
moeurs , avec le fieur Biancolelli , en
trois Actes 1697 .
Les Fées ou les Contes de ma mere
l'Oye , avec le même , en un Acte 1697.
Comedies en Profe jouées für le Theatre
François.
Le Negligent , Comedie entrois Actes,
& un Prologue.
Sancho Panfa , Comedie en trois Actes
avec un Prologue.
Attendez-moi fous l'Orme , en un
Acte. (a)
(a) Cette Comedie que Regnard a fourées
dans l'Edition de fes oeuvres , eft certainement
de M. du Freſny.
Le
OCTOBRE 1724. 2265
Le Chevalier Joueur , en cinq Actes ,
avec un Prologue .
L'Efprit de Contradiction , en un Acte.
* La Malade fans Maladie , en cinq
Actes.
La Nôce interrompuë , en un Acte.
Le Faux Honnête Homme , en cinq
Actes.
Le Faux Inſtinct , en trois Actes.
Le Double Veuvage , en trois Actes ,
avec un Prologue.
Le Jaloux Honteux de l'être , en cinq
Actes .
Le Portrait , en un Acte.
Comedies en Vers.
Le Lot fuppofé , en trois Actes .
La Reconciliation Normande , en cinq
Actes.
Le Dedit , en un Acte.
Le Mariage fait & rompu , en trois
Actes.
Les Comedies marquées d'une étoille
n'ont point été imprimées. Il peut y avoir
quelques autres pieces qui ne font pas
venues à nôtre connoiflance .
Come2266
MERCURE DE FRANCE.
Comedies en vers trouvées parmi
fes Manufcrits.
La Joueufe , en cinq Actes.
Le Faux Sincere , en cinq Actes.
Les Domino , en un Acte.
Les Vapeurs , en un Acte.
Le Superftitieux , en cinq Actes.
Le Valet Maître , en cinq Actes .
L'épreuve en trois Actes avec Intermedes
.
Ces trois dernieres Comedies ne font pas
entierement finies.`
Le Public ne profitera pas de ces derniers
ouvrages , parce qu'ils ont été brûlez
peu de jours avant la mort de l'Auteur
, par principe de confcience.
SUPPLEMENT aux nouvelles
Etrangeres.
E 13. de ce mois il arriva à Bruxelles
un Courier de la Cour de Vienne,
avec un ordre au Marquis de Rubi ,
Gouverneur de la Citadelle d'Anvers , de
fignifier au Comte de Bonneval , General
d'Artillerie qu'il y eft prifonnier depuis
quelque temps , qu'il eut à fe rendre inceffamment
, & für fa parole au Château
de
OCTOBRE 1724. 2167
de Spielberg en Moravie , fans paffer par
Bruxelle, ni par aucune Ville des Pays- Bas.
Le 2. de ce mois on fit à Warfovie
l'ouverture de la Diette Generale de Pologne
, avec les ceremonies accoutumées.
Le Roi accompagné du Primat des Senateurs
, des Miniftres , des Nonces , des
Palatinats & de toute la Cour , ſe rendit
à l'Eglife Cathedrale , où l'Evêque de
Ploczko celebra la Meffe du S. Eſprit ,
& l'Archidiacte de Cracovie prononça
un très -beau Sermon fur ces paroles de la
Leconde Epître aux Corinthiens , chap. 3 .
& 17. Là où est l'efprit du Seigneur , là
eft la liberté. Le même jour les Nonces
élurent Maréchal de la Diette tout d'une
voix , M. Potocki , Referendaire de la
Couronne , & frere du Primat.
Le 6. l'Empereur accordà à Vienne le
titre de Prince Napolitain , à Don Jofeph
de Towes , Prefident de la Province
de Chieti dans le Royaume de Naples
, & declara Prince de l'Empire le
Duc de Gravina , neveu du Pape.
Le Pape adeclaré fuffragans de l'Archevêché
de Vienne , les Prélats de Moelck,
de Guittwein & de Clofternenbourg , en
confervant à l'Empereur le droit de preſentation
, tant à l'Archevêché qu'à ces
trois Abbayes .
L'Empereur s'est enfin déterminé à
I reſti .
2268 MERCURE DE FRANCE.
reftituer la Fortereffe de Commachio au
S. Siege.
Le 27. Septembre le Pape tint un
Confiftoire fecret , dans lequel S. S. fit
la ceremonie de fermer la bouche aux
deux nouveaux Cardinaux , Jean- Baptifte
Altieri & Alexandre Falconieri , &
de l'ouvrir au Cardinal de Polignac , auquel
elle donna le titre de Cardinal Diacre
de Sainte Marie in Portico Capitelli ,
qui étoit vacant depuis la mort du Cardinal
Omodei. Le Pape propofa enfuite
l'Evêche de Liege pour le Comte George
Louis de Berghe. Le Cardinal Otthoboni
, Protecteur des affaires de France ,
propofa l'Evêché de Tours pour l'Evêque
de Tulles ; l'Evêché de Nantes pour l'E
vêque de Rennes ; l'Abbaye d'Annianne ,
Diocéfe de Montpellier pour l'Evêque
de Toulon , celle de Montebourg , Diocéfe
de Coutance , pour l'Evêque d'Alet
; celle de S. Bertin de S. Omer ,
pour Don Benoît Petit - Pas , Religieux
Benedictin. Il préconifa enfuite l'Abbé
d'Argentré , pour l'Evêché de Tulles ;
l'Abbé de Breteuil , Maître de la Chapelle
de Mufique du Roi pour l'Evêche de
Rennes , & pour l'Abbaye de S. Pierre
de Chaumes , Diocéfe de Sens . A la fin
du Confiftoire , le Pape accorda le Pallium
pour l'Archevêque de Tours.
Les
1
OCTOBRE 1724. 2266
Les Lettres de Cologne confirment
l'élection du Baron Chriftophe-François
de Huten , pour remplir l'Evêché de
Wurtzbourg , vacant par la mort du
Comte Jean- Philippe- François de Conti,
Comte de Schomborn .
On mande de Cork , en Irlande , que
trois Grenadiers de la Garnifon ayant
acheté de la viande au marché , voulurent
la payer avec la nouvelle monnoye
de cuivre , & que fur le refus qu'on fit
de la recevoir , ils mirent l'épée à la
main pour obliger les Bouchers à la
dre ; fur quoi ceux - ci s'attrouperent , &
s'étant jetté fur les foldats avec leurs
couperets , trancherent la tête à l'un ,
taillerent les autres en pieces.
pren-
&
On écrit de Turin que la Marquise de
S. Marzan a été nommée premiere Dame-
d'Honneur de la Reine de Sardaigne,
la Marquise de Garez , Dame - d'Atour ,
& la Comteffe , Doüairiere Provano de
Leyni , Gouvernante du Duc d'Aofte .
On écrit de Plimouth , en Angleterre
, que le 8. de l'autre mois le fieur
Oldenbourg , Lieutenant dans les Invalides
, s'étoit caffé la tête d'un coup de
piftolet : il avoit laiffé fur fa table une
Lettre cachetée , écrite de fa main , par
laquelle on apprend que le fujet de fa
réfolution provenoit de ce qu'il avoit
I ij reçu
2270 MERCURE DE FRANCE.
reçû avis qu'on lui avoit ôté fa Commiffion
, fous prétexte d'avoir manqué à
fon devoir. Il dit le même jour qu'il reçût
cet avis qu'il étoit obligé de partir pour
Londres le lendemain . Il invita fes amis.
à fouper. Pendant le repas il fut dans fa
gayeté ordinaire , & le parut de même le
lendemain. Il venoit de commettre cette
action defefperée , dans le temps qu'on
lui apportoit le déjeuné qu'il avoit commandé.
kkkkkkkkaaaaaaa淘洗
EDITS , DECLARATIONS,
E
ARRESTS , & c.
DIT du Roi , qui fixe les limites de la
Capitainerie des Chaffes d'Halatte. Donné
à Verfailles au mois d'Aouft 1724.
ARREST du 12. Septembre 1724, qui confirme
les Proprietaires & Fermiers des Meffageries
Royales & de l'Univerfité dans le droit
exclufif d'ayoir des Bureaux , Magafins , Regiftres
& Entrepofts , tant dans la Ville de
Paris , que dans toutes les autres Villes du
Royaume , pour tous les ballots & paquets ,
pefans au- deffous & au-deffus du poids. de
cinquante livres ; en ordonnant l'execution
des Arrefts du Confeil des 21. Juin 1678. 24.
Janvier 1684. 12. Juillet 170 :. 27. Aouft 1703 .
& le rapport des Lettres Patentes , obtenues
par François Rochefort le 31. Janvier 724.
fur
OCTOBRE 1724. 2271
fur l'Arreft du Confeil du 18. Decembre 1723 .
qui portoient privilege exclufif d'établir , tant
à Paris que dans les autres Villes du Royaume
des Bureaux & Magafins d'Entrepoft pour les
Roulliers , Mulletiers , & autres Voituriers par
terre .
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Titulaires & Proprietaires des Cent Offices
de Secretaires du Roi fupprimez par Edit
du mois de Juillet 1724. feront tenus d'en reprefenter
les titres avant le premier Octobre
prochain , à l'effet d'en recevoir le rembourfement
; & faute par eux d'y fatisfaire dans.
ledit temps , que la Compagnie fera déchargée
de tous intereſts , à compter dudit jour
premier Octobre.
ARREST du même jour , portant prorogation
pendant un an , de la moderation de droits,
cy.y - devant accordée ſur le Charbon de Terre
venant d'Angleterre , Ecoffe & Irlande.
"
ARREST du même jour , qui fait défenſes
aux Habitans des Paroiffes fituées dans les
trois lieuës des limites des Provinces de Champagne
, Bourgogne & Breffe , dénommées au
prefent Arreft , de faire aucune plantation &
culture de Tabac , d'en tenir des magaſins &
entrepofts , foit en feuilles , en corde en
poudre ou autrement fabriquez.
ARREST du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Octobre 1725. la moderation
des Droits fur les Beurres & Fromages venant
des Pays Etrangers , & fur ceux provenant du
Cru du Royaume.
I iij AR2274
MERCURE DE FRANCE .
ARREST du même jour , portant proro
gation pendant un an , de la permiffion cy- devant
accordée aux Negocians François qui
font le commerce des Illes Françoiſes de l'Amerique
, de faire venir des Pays Etrangers des
Lards , Beurres , Suifs , Chandelles & Saumons
falez , fans payer aucuns Droits .
EDIT du Roi , portant fuppreffion des deux
Offices de Treforiers de l'Extraordinaire des
Guerres. Et creation de trois Offices de Treforiers
dudit Extraordinaire des Guerres. Donné
à Fontainebleau au mois de Septembre
1724. Régiftré en Parlement le 20. dudit mois,
ARREST du 15. Septembre , portant que
les Quittances de Rentes , & Quittances de
Finance portant intereft au denier cinquantê ,
pourront être regiftrées au Contrôle General
des Finances , encore que les fix mois de leur
datte foient expirez ; à la charge d'être portées
au Bureau du Contrôle dans trois mois
de la datte du preſent Arreſt .
ARREST du 19. Septembre , qui condamne
le fieur Boucher , Receveur des Tailles de
l'Election du Mans , conformément à la Declaration
du 7. Decembre dernier , au payement
du quadruple de la fomme de vingt - un
mille neuf cens quatre-vingt- fept livres dixneuffols
fix deniers ; le deftitue de fon Office
, & le declare incapable d'en exercer de
femblables à l'avenir.
ARREST du même jour , qui condamne
le fieur Robin , Receveur des Tailles de l'Election
d'Iffoudun , conformément à la Declarasion
du 7. Decembre dernier , au payement du
quaOCTOBRE
1724. 2275
quadruple de la fomme de quinze mille deux
cens trente-trois livres trois fols onze deniers ;
le deftituë de fon Office , & le declare incapable
d'en exercer de ſemblables à l'avenir.
ARREST du 20. Septembre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1725. le délai accordé
aux Gens d'affaires , pour faire liquider
leurs avances , & retirer des mains du Garde
du Tréfor Royal les fommes qui peuvent leur
être dûës par Sa Majefté.
ARREST du 21. Septembre , qui ordonne
qu'en confequence de la contravention faite
par le ficur Evêque de Montpellier à l'Edit du
mois d'Avril 1665. concernant la fignature du
Formulaire contre les cinq Propofitions du
Livre de Janfenius , les revenus de fon Evêché
demeureront faifis ; & declare fes autres
Benefices vacans & impetrables de plein
droit.
ARREST du - 22 . Septembre , publié le
même jour, par lequel S. M. ordonne qu'à
compter du jour de la publication de l'Arreft ,
les Louis d'or qui ont à -prefent cours pour
vingt livres , n'auront plus cours que pour
feize livres , les doubles & demis à proportion
; que les Ecus qui ont actuellement cours
pour cinq livres , n'auront plus cours que
pour quatre livres , les demis & autres diminutions
à proportion ; que le marc d'or fin ,
celui des anciens Louis , le marc d'argent fin ,
& celui des Ecus des anciennes fabrications
feront reçûs aux Hôtels des Monnoyes fur le
pied de la diminution d'un cinquième du prix
reglé par l'Arreft du 27. Mars dernier , & les
autres matieres d'or & d'argent à proportion ;
I' ïïïj
le
2276 MERCURE DE FRANCE.
le tout conformément aux Tarifs d'évaluation
qui en feront arrêtez en execution du preſent
Arreft. Declare Sa Majefté qu'il ne fera plus
fait de diminutions fur la valeur des Efpeces
à l'avenir , ainfi qu'il fera plus au long expliqué
par l'Edit de Reglement fur les Monnoyes
qui fera inceffamment publié à cet effet ,
EDIT du Roi , portant qu'il fera fait une
Refonte generale de toutes les Efpeces d'Argent.
Donné à Fontainebleau au mois de Septembre
1724. Regiftré en la Cour des Monnoyes
le 26. par lequel il eft dit ce qui fuit.
Voulons & nous plaît qu'à commencer au
premier Novembre prochain , il fera fabriqué
dans les Hôtels de nos Monnoyes des Ecus du
même Titre & Remede de Loy que ceux fabriquez
en confequence de nôtre Edit du mo´s
de Septembre 17-0. & autres precedens ; mais
à la taille de dix & trois huitiémes au marc ,
des demis Ecus , des quarts , des huitiémes &
des feiziémes à proportion , & au remede de
poids d'un demi gros par marc pour les Ecus
& les dem Ecus , de quarante- un grains &
demi pour les quarts & les huitiéms , & de
quatre vingt- trois grains pour les feizièmes ;
Toutes lefquelles efpeces porteront l'empreinte
défignée dans le cahier attaché fous le
contre-fcel du prefent Edit , feront marquées
fur la tranche en la maniere ordinaire , & auront
cours dans toute l'étendue de nôtre
Royaume , Terres & Seigneuries de nôtre
obéiffance pour quatre livres piece , les demis
Ecus pour quarante fols , les quarts d'Ecus
pour vingt fols , les huitiémes d'Ecus pour
dix fols , & les feizièmes pour cinq fols.
Pour empêcher que le commerce ne foit interrompu
, voulons & ordonnons que les
Ecus,
OCTOBRE 1724. 2277
Ecus , les demis Ecus , les tiers , fixiémes &
douzièmes d'Ecus qui ont cours actuellement,
continuent d'être reçûs dans les payemens
jufqu'au premier Fevrier de l'année prochaine
, fur le pied reglé par l'Arreft du 22. du prefent
mois , après lequel temps ces Efpeces feront
décriées de tout cours & mife , & ne
feront plus reçûes qu'au poids dans nos Hôtels
des Monnoyes , & c.
ARREST du 24. Septembre , portant établiffement
d'une Bourfe dans la Ville de Paris ,
pour les Negociations de Lettres de change ,
Billets au porteur & à ordre & autres Papiers
commerçables , & des Marchandiſes &
Effets ; & pour y traiter des affaires de Commerce
, tant de l'interieur que de l'exterieur
du Royaume , par lequel il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER .
Il fera inceffamment établi dans la Ville de
Paris une Place appellée la Bourfe , dont l'entrée
principale fera rue Vivienne , & dont
l'ouverture fera indiquée & faite par le fieur
Lieutenant General de Police , que Sa Majefté
a commis & commet pour avoir jurifdiction
fur la police d'icelle , & dont les jugemens
feront executez provifoirement , nonobftant
oppofitions ou appellations quelconques.
II.
La Bourfe fera ouverte tous les jours , excepté
les jours de Dimanche & Fêtes , depuis
dix heures du matin jufqu'à une heure après
midy , après laquelle heure l'entrée en fera
refufée à ceux qui s'y prefenteront , de quelque
étac & condition qu'ils puiffent être. ,
III.
II fera établi à la porte de la Bourſe une
Garde commandée par un Exempt , & com.
1 У pofée
2278 MERCURE DE FRANCE.
pofée du nombre d'Archers que le fieur Lieu
tenant General de Police jugera à propos ,
pour empêcher les defordres.
IV.
L'entrée de la Bourſe fera permiſe aux Negocians
, Marchands , Banquiers , Financiers ,
Agens de change & de commerce , Bourgeois
& autres perfonnes connues & domiciliées
dans la Ville de Paris ; comme auffi aux Forains
& Etrangers , pourvû que ces derniers
foient connus d'un Negociant , Marchand ou
Agent de change & de commerce , domiciliez
à Paris.
V.
Pour empêcher qu'il ne s'introduife à la
Bourfe d'autres perfonnes que celles qui auront
droit d'y entrer. Veut Sa Majesté qu'il
foit diftribué par le fieur Lieutenant General
de Police , où celui qu'il commettra à cet
effet , une marque à chacun de ceux qui feront
dans le cas de l'article précedent , & fur
la requifition qu'ils en feront ; lefquelles mar-
.ques feront reprefentées à l'entrée de la Bourfe
, fans être obligé de les laiffer , par celui au
nom duquel elles auront été délivrées , & non
autrement : & fi aucune defdites marques étoit
repreſentée par un autre , elle fera arrêtée ,
ainfi que celui qui en fera porteur.
V I.
›
Ceux qui feront porteurs defdites marques ,
les ayant perdues , en avertiront celui qui fera
prépofé pour cette diftribution par le fieur
Lieutenant General de Police , & il leur en
fera délivré de nouvelles . Et à l'égard de ceux
qui cefferont de vouloir faire ufage de celles
qui leur auront été diftribuées , ils feront tenus
de les rapporter audit Prépofé ; & dans l'un
& l'autre cas il en fera fait mention fur le rôle
de diftribution defdites marques. II
OCTOBRE 1724. 2279
VII.
Il ne fera délivré des marques aux Forains
& Etrangers pour avoir entrée à la Bourſe ,
que fur le Certificat d'un Negociant , Marchand
, Banquier ou Agent de change & de
commerce , domiciliez à Paris.
VIII.
Si d'autres Particuliers trouvent le moyen
d'entrer à la Bourfe fans avoir reprefenté une
marque à leur nom. Veut Sa Majefté qu'ils
foient arrêtez , & en foient mis hors pour la
premiere fois , avec défenſes de s'y reprefenter
; & en cas de récidive , à peine de prifon
& de mille livres d'amende au profit de l'Hôpital
General de Paris , & payable avant d'être
élargis.
I X.
Si un Particulier fe fert du nom qui fera
infcrit fur le Billet , dont il fera porteur pour
entrer à la Bourſe , & qu'il y foit arrêté ,
pour contravention à aucun des articles du
prefent Reglement ; ordonne Sa Majefté que ,
où il y aura preuve du preft dudit Billet , ce
lui qui l'aura prêté fera condamné en quinze
cens livres d'amende payable par corps , &
applicable à l'Hôpital General , fans que cette
peine puiffe être remife ni moderée ; & il ne
pourra rentrer à la Bourfe où fon nom fera
infcrit.
X.
Si l'Exempt ou les Gardes à la porte de la
Bourfe y font entrer quelqu'un fans marque, ey
ils feront deftituez de leurs emplois , & feront
en outre les Gardes condamnez à un mois de
prifon. 1
X I.
Les Femmes ne pourront entrer à la Bourfe
, pour quelque caufe ou prétexte que ce
-foit
I vj
Toutes
2280 MERCURE DE FRANCE.
XII.
Toutes les negociations de Lettres de change,
Billets au porteur ou à ordre , Marchan
difes , Papiers commerçables & autres Effets ,
fe feront à la Bourfe , de la maniere & ainfi
qu'il fera cy - après expliqué. Défend Sa Majefté
à tous Particuliers , de quelque état &
condition qu'ils foient, de faire aucune affemblée
, & de tenir aucun Bureau pour y traiter
de negociations , foit en Maifons Bourgeoifes
, Hôtels garnis , Chambres garnies , Caffez
& Limonadiers , Cabaretiers , & par tour
ailleurs , à peine de prifon & de fix mille li
vres d'amende contre les contrevenans , payable
avant de pouvoir être élargis , & applica
ble moitié au dénonciateur , & l'autre moitié
à l'Hôpital General : & feront tenus les proprietaires
, en cas qu'ils occupent leurs maifons
, ou les principaux locataires , auffi - tôt
qu'ils auront connoiffance de l'ufage qui en
fera fait en contravention au prefent article ,
d'en faire declaration au Commiffaire du quartier
, & d'en requeria Acte ; faute de quoi ils
feront condamnez par corps en pareille amen .
de de fix mille livres , applicable comme cy-
.deffus,
XIII.
Défend très - expreffement Sa Majefté aucuns
attroupemens dans les rues aux environs
de la Bourfe , & dans toutes les autres ruës
de la Ville & Fauxbourgs de Paris , pour y
faire aucunes negociations , & fous quelque
caufe ou prétexte que ce foit : enjoirt Sa Majefté.
au fieur Lieutenant General de Police de
faire arrêter les contrevenans , & de les faire
conftituer prifonniers .
XIV.
N'entend Sa Majefté comprendre dans les
défenOCTOBRE
1724. 2281
défenfes portées par les deux précedens artícles
, les traitez ou negociations pour Marchandifes
feulement , qui outre la Bourſe pourront
continuer de fe faire dans les Foires , Halles
ou Marchez à ce deftinez , & fans neanmoins
qu'il y puiffe être fait aucune negocia-
´tion d'autres effets.
XV.
Afin d'établir l'ordre & la tranquillité à la
Bourfe , & que chacun y puiffe traiter de fes
affaires fans être interrompu , Sa Majefté défend
d'y annoncer le prix d'aucun effet à voix
haute , & de faire aucun fignal ou autre manoeuvre
pour en faire hauffer ou baiffer le
prix ; à peine contre les contrevenans d'être .
privez d'entrer pour toûjours à la Bourfe , &
condamnez par corps en fix mille livres d'amende
, applicable moitié au dénonciateur , &
l'autre moitié à l'Hôpital General.
XV I.
S'il arrive à la Bourfe des conteftations entre
les particuliers fuivies de menaces & de
voyes de fait , celui qui aura levé la main pour
frapper , fera fur le champ arrêté & conftitué
prifonnier , pour être jugé fuivant les Ordonnances
: & pour s'affurer des coupables , on
fonnera une cla he au premier avertiffemert
qui en fera donné , & les portes feront à l'inftant
fermées , fans que qui que ce foit puiffe
exiger qu'elles foient ouvertes , jufqu'à ce
que les auteurs du defordre foient arrêtez , à
peine contre ceux qui par violence ou autrement
voudroient faire ouvrir lesdites portes
d'être traitez comme complices du defordre.
XVII.
Sa Majesté permet à tous Marchands , Negocians
, Banquiers & autres qui feront amis
à la Bourfe , de negocier entre eux les
Let2282
MERCURE DE FRANCE.
Lettres de change , Billets au porteur ou à
ordre , ainfi que les Marchandifes , fans l'entremiſe
des Agens de change ; & à l'égard de
. tous les autres Effets & Papiers commerçables
, pour en détruire les ventes fimulées qui
en ont caufé jufqu'à prefent le difcredit , ils
ne pourront être negociez que par l'entremiſe
des Agens de change , de la maniere & ainfi
qu'il fera cy-après expliqué , à peine de prifon
contre ceux qui en feront le commerce ,
& de fix mille livres d'amende payable par
corps , dont la moitié appartiendra au dénonciateur
, & l'autre à l'Hôpital General , laquelle
ne pourra être remiſe ni moderée.
XVIII.
Toutes negociations de Papiers commerçables
& Effets , faites fans le miniftere d'un
Agent de change , feront declarées nulles en
cas de conteftation ; faifant Sa Majefté défenfes
à tous Huiffiers & Sergens de donner aucune
affignation fur icelles , à peine d'interdiction
& de trois cens livres d'amende , & à
tous Juges de prononcer aucun jugement , à
peine de nullité deſdits jugemens.
XIX .
Les foixante Offices d'Agens de change
Banque & Commerce , créez par Edit du mois
de Janvier 1723. n'ayant pas été levez , Sa Majefté
ordonne qu'il fera commis à l'exercice
defdits Offices pour les exercer en la forme
qui fera prefcrite par le prefent Reglement.
X X.
Il fera fait choix de dix notables Bourgeois
& Négocians de la Ville de Paris , lefquels
examineront la capacité de ceux qui fe prefen-.
teront pour être pourvûs des foixante Commiffions
d'Agens de change , Banque & Commerce
; & fur l'avis defdits Notables & Negocians
,
OCTOBRE 1724. 2283
gocians , Sa Majefté leur fera délivrer des Lettres
en la Grande Chancellerie , pour exercer
lefdites Commiffions .
X X I.
Les Agens de change feront tous de la Religion
Catholique , Apoftolique & Romaine , &
François , ou Regnicoles au moins naturalifez
, ayant atteint l'âge de vingt-cinq ans accomplis
, & d'une réputation fans tache ; ceux
qui auront obtenu des Lettres de repy , fair
faillite ou Contrat d'atermoyement , ne pourront
être Agens de change.
X XII.
Les Agens de change prêteront ferment de
s'acquitter fidellement de leurs Commiffions
entre les mains du fieur Lieutenant General
Civil de Paris , après information par lui faite
de leurs vie & moeurs , & ils ne payeront aucun
droit de ferment ni de reception.
XXIII.
Les Commiffions d'Agens de change pourront
être exercées fans aucune dérogeance à
Nobleffe , Sa Majefté permettant à ceux qui
en feront pourvûs de les exercer conjointement
avec les Offices de Confeiller - Secretaire
du Roi , tant en la Grande Chancellerie , que
dans les autres Chancelleries du Royaume ,
fans qu'il leur foit befoin d'Arrest ni de Lettres
de compatibilité , dont Sa Majeſté les a
difpenfez & déchargez.
XXIV.
Arrivant un changement par mort ou autrement
, dans le nombre des foixante Agens
de change qui auront été nommez pour exercer
lefdites Commiffions , l'examen de ceux
qui leur fuccederont fera renvoyé aux Syndics
des Agens de change en place , fur l'avís def.
quels il leur fera expedié de nouvelles Com
miffions. Les
2284 MERCURE DE FRANCE.
X X V.
Les Agens de change feront tenus de fe
trouver tous les jours à la Bourfe , depuis dix
heures du matin jufqu'à une heure après- midy
, à l'exception des Dimanches & Fétes ,
fans qu'ils puiffent s'en difpenfer pour quelque
caufe que ce foit , fi ce n'eſt en cas de
maladie.
XXVI.
Ils tiendront chacun un Regiftre Journal
qui fera cotté & paraphé par les Juge & Con- .
fuls de la Ville de Paris , fur lequel Sa Majefté
leur. enjoint de garder une notte exacte
des Lettres de change , Billets & autres Papiers
commerçables , & des Marchandiſes &
Effets qui feront par eux negociez , fans y enregiftrer
aucuns noms , mais en diftinguant
chaque partie par une fuite de numero , & de
délivrer à ceux qui les employeront , un Certificat
figné d'eux de chaque negociation qu'ils
feront ,lequel Certificat portera le même numero
, & fera timbré du folio où la partie ausa
été infcrite fur leur Registre.
XXVII.
Les Agens de Change auront Foy & Serment
devant tous Juges , pour les negocia
tions qu'ils auront faites ; aufquels juges ,
ainfi qu'aux arbitres qui pourront être nommez
, ils feront tenus , lorfqu'ils en feront requis
, d'exhiber l'article de leur Regiſtre , qui
fera le fujet de la conteftation.
XXVIII.
Lorfque les negociations de Lettres de change
, Billets au porteur ou à ordre , & des Marchandifes
, feront faites à la Bourſe par le miniftere
des Agens de change , le même Agent
pourra fervir au tireur & au preneur desLettres
ou Billets , & au vendeur & à l'acheteur des
• Marchandifes. A
OCTOBRE 1724. 2285
X X I X.
A l'égard des negociations de Papiers commerçables
& autres Effets , elles feront toujours
faites par le miniftere de deux Agens de
change ; à l'effet de quoi les particuliers qui
youdront acheter ou vendre des Papiers commerçables
& autres Effets , remettront l'argent
ou les Effets aux Agens de change , avant
F'heure de la Bourſe , fur leurs Reconnoiffances
portant promeffe de leur en rendre compte
dans le jour , & ne pourront neanmoins lefdits
Agens de change porter ni recevoir aucuns
Effets ni argent à la Bourſe , ni faire
leurs negociations autrement qu'en la forme
cy- apr.s marquée ; le tout à peine contre les
Agens de change qui contreviendront au contenu
au prefent article , de deftitution & de
trois mille livres d'amende payable par corps,
dont la moitié appartiendra au dénonciateur ,
& l'autre moitié à l'Hôpital General.
X X X.
Lorfque deux Agens de change feront d'ac
cord à la Bourfe , d'une negociation , ils fe
donneront reciproquement leurs Billets portant
promeffe de fe fournir dans le jour , fçavoir
par l'un les Effets negociez , & par l'autre
le prix defdits Effets , & non-feulement chaque
Bille fera timbré du même numero fous
lequel la negociation fera inferite fur le Regiftre
de l'Agent de change qui fera le Billet ,
mais encore il rappellera le numero du Billet
fourni par l'autre Agent de change , afin que
l'un ferve de renfeignement & de contrôle à
l'autre ; lefquels Billets feront regulierement
acquittez de part & d'autre dans le jour , à
peine d'y être contraints par corps , même
pourfuivis extraordinairement en cas de divertiffement
de deniers ou Effets,
Les
2286 MERCURE DE FRANCE.
XXX I..
Les Agens de change feront pareillement
tenus , en confommant leurs negociations
avec ceux qui les auront employez , de leur
reprefenter le Billet , au dos duquel fera l'acquit
de l'Agent de change avec qui la negociation
aura été faite , & de rappeller dans le
Certificat qu'ils en délivreront conformément
à l'Article XXV . le nom dudit Agent de change
& les deux numero du Billet , auffi bien que
la nature & la quantité des Effets vendus ou
achetez , && llee prix defdits Effets.
XXXII.
Sa Majesté fait très - expreffes défenfes aux
Agens de change , de faire aucune focieté entre
eux , fous quelque prétexte que ce puiffe
être , ni avec aucun Negociant où Marchand ,
foit en commandite ou autrement , même de
faire aucune commiffion pour le compte des
Forains ou des Etrangers , à moins qu'ils ne
foient à Paris lors de la negociation , fous les
-peines portées par l'A ticle XXIX.
XXXIII.
Sa Majefté leur défend de fe fervir , fous
quelque prétexte que ce foit , d'aucun Commis
, Facteur ou Entremetteur , même de leurs
Enfans , pour aucunes negociations de quelque
nature qu'elles puiffent être , fi ce n'eft en
cas de maladie , & feulement pour achever les
negociations qu'ils auront commencées , fans
qu'ils puiffent en faire de nouvelles fous les
peines portées par l'Article XXIX .
XXXIV .
Lefdits Agens de change ne pourront
fous
les mêmes peines , faire aucun commerce directement
ni indirectement , de Lettres , Billets
, Marchandifes , Papiers commerçables &
autres Effets , pour leur compte.
Nul
OCTOBRE 1724. 2287
XXX V.
Nul ne pourra être Agent de change , s'il
tient les Livres ou s'il eft Caiffier d'un Negociant
ou autre.
XXXV I.
Les Agens de change ne pourront nommer
dans aucun cas les perfonnes qui les auront
chargé de negociations , aufquels ils feront
tenus de garder un fecret inviolable , & de les
fervir avec fidelité dans toutes les circonftances
de leurs negociations , foit pour la nature
& la qualité des Effets , ou pour le prix d'iceux
; & ceux qui feront convaincus de prévarication
, feront condamnez de reparer le
tort qu'ils auront fait , & en outre aux peines
portées par l'Article XXIX.
X XXVII.
Défend Sa Majefté aufdits Agens de change
, de negocier aucunes Lettres de change ,
Billets , Marchandiſes , Papiers & autres Effets,
appartenant à des gens dont la faillite fera
connue , fous les peines portées par l'Article
XXIX .
XXXVIII.
Leur défend Sa Majefté , fous les mêmes
peines , d'endoffer aucunes Lettres de change,
Billets au porteur ou à ordre , ni d'en donner
leur aval ; mais feulement pourront , quand
ils en feront requis , certifier les fignatures des
tireurs, accepteurs , ou endoffeurs des Lettres ,
& de ceux qui auront fait les Billets.
XXXIX.
Leur défend pareillement Sa Majefté , fous
les mêmes peines , de faire ailleurs qu'à la
Bourfe aucune negociation de Lettres , Billets,
Marchandiſes , Papiers commerçables & autres
Effets.
II
1288 MERCURE DE FRANCE.
X L.
Il fera attribué aufdits Agens de change ,
pour les negociations en deniers comptans ,
Lettres de change , Billets au porteur ou à ordre
, & autres Papiers commerçables , cinquante
fols par mille livres , payables , fçavoir
, vingt - cinq fols par l'acheteur , & vingtcinq
fols par le vendeur , ainfi qu'il eft d'ufage
; & à l'égard des negociations pour fait de
Marchandifes , ils en feront payez fur le pied
de demi pour cent de la valeur d'icelle , dont
un quart pour cent par l'acheteur , & un quart
pour cent par le vendeur , fans que fous aucun
prétexte ils puiffent exiger aucun autre
ni plus grand droit , à peine de concuffion.
XLI.
Les noms des Agens de change qui tomberont
en contravention , & qui auront été deftituez
, feront infcrits , à la Bourſe dans un
tableau , afin que le Public foit informé de ne
plus fe fervir de leur miniftere.
ARREST du 14. Octobre , qui commet foixante
Agens de Change pour faire les Negociations
de toutes Lettres de Change de place
en place , & autres Effets , dont les noms fuivent
, fçavoir :
Les fieurs Pierre
Matthieu Bouchu.
Jofeph Brillon .
Pierre Joffe Dallée ,
l'aîné.
-Claude-Antoine Dallée
le jeune.
Jean - Baptifte Delavau.
Noizette des Maronniers.
Edme Pignard.
Henry - Jofeph Rabuffeau.
Charles Regnouft.
Jean- Baptifte Tiller.
·
Pierre Valmalette.
Jacques Ayril .
Antoine Duris.
Jean -Pierre Mallet.
Charles Amiot duMefni
.
Claude
OCTOBRE 1724. 2:289
Claude Belu .
Charles Berthon.
Pierre Bordier.
Eftienne Boulard .
Pierre- Antoine Bozonal.
Thomas Brulé.
Jean Baptifte Chabert.
Martin- Pierre Champion.
Effienne Cleret.
Jean Daché.
Alexandre Dhaon.
= Pierre- Louis de Marine.
Jean Duris.
Abraham Duval.
Paul Eftrang .
= Nicolas Ferlet.
: Mathurin Fettiner .
Scipion Folchier.
Jacques- Charles Gaftebois
Jean - Baptifte Geneftet.
Pierre Giraudeau , oncle.
-Jean Guinois.
Denis Langlois.
Saint Laurent.
Guillaume le Devin.
Jacques Lefcallier.
Jacques May.
Jean - Matthieu Moret.
Denis François Poictevin
.
Pierre Poujet.
Denis - GuillaumePrevoft.
Gafton Prou.
Claude Tourton.
François Bailly.
De Farcy.
Bernard de la Baffe .
Jean- Baptifte de Laire,
Jacques des Fourniel.
Jean-Jacques Dufour,
Infpecteur à l'o.
rient.
Eftienne le Jay.
Jean Marion .
Jacques Raymond ,
natif de Lyon.
Jean Nicolas Wilfelfheim
.
Boutteille & Jean
Fleury Page , & c,
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
18. Octobre , qui fait très- expreffes inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles puiffent être,
d'infinuer , dire , ni faire entendre directement
, ni indirectement , qué les efpeces &
Matieres d'Or & d'Argent diminueront , ni de
répandre aucun bruit dans le Public & dans
Ic
2290 MERCURE DE FRANCE .
le Particulier , contraire à ce qui eft porté par
l'Arreft du Confeil & l'Edit du mois de Septembre
dernier , au ſujet de la diminution &
de la fabrication des nouvelles Efpeces , à
peine de quinze cens livres d'amende , dont la
moitié appartiendra au dénonciateur , & de
plus grande peine s'il y échet , &c.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
d'octobre , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'imprefion. A Paris , le 4. Novembre
1724.
HARDION.
PIECE
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce volume.
IECES Fugitives , la Tourterelle & le
Ramier , Fable.
Deſcription d'une Chaffe celebre , &c.
2077
2081
Epître en Vers. 2091
Memoire fur l'utilité d'un Dictionnaire Provençal.
2099
L'Amour & l'Abfence , Fable. 2304
Medaille du Pape Benoît XIII .
2114
Epître de M. Vergier.
2118
Paraphrafe fur le Miferere. 2125
Lettre du P. de Grainville fur des Medailles
rares .
Traduction d'une Ode d'Horace.
2132
2147
Anciens Vers fur le mariage du Seigneur de
Borderie.
Enigmes.
2148
2150
Lettrefur une Medaille de Pofthume , & c . 2152
Epître en vers , & billet.
2
2156
Lettre du P. Caftel J. fur le Phenoméne du
Tonnerre.
Letrre en Chanfons.
2160
2163
Epitaphe de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne.
Lettre fur la Tragedie de Berenice.
Chanfons notées.
NOUVELLES Litteraires , le Spectateur
2166
2169 1
285
François. 2186
Obfervations notables fur le Droit. 2189
Hiftoire des Traitez de Paix. 2191
2193
Voyages de M. de la Motraye , &c.
Antiquitez facrées & profanes , Livre Anglois
. 2197
2198
Extrait d'une Lettre fur l'Hiftoire Romaine du
P. Catrou.
SPECTACLES , Pieces nouvelles de l'Opera
Comique.
2203
L'affemblée des Comediens à la Foire , Prolo-
2216
2217
gue.
L'affemblée des Comediens , Prologue aux
François
Les Bourgeoifes de qualité , Comedie . 2210
Le Ballet des Ages.
Pieces joüées devant le Roi à Fontainebleau.
2213
226
Le Triomphe du Temps , Comedie nouvelle.
2228
NOUVELLES Etrangeres , de Turquie , & c.
2231
Prife de poffeffion de S. Jean de Latran par
le
Pape.
2243
Journal de la Cour & de Paris. 2246
Combat fur Měr. 2251
Benefices donnez. 2253
Mort de l'Abbé de Choifi. 2255
Mort de M. du Freſni . 2261
Supplement aux Nouvelles Etrangeres. 266
Arrefts. 2270
Errata de Septembre .
Age 1877. ligne 6. Hieropolis , lifez He-
Popolis.
Page 2061. ligne 21. admirent , lifez admirerent.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 21. ligne 19. l'exiſtant , liſex l'initant.
Page 2119. ligne 10. incommodez pourroient ,
lifez incommode pourroit.
Page 2174 ligne iz . entend , lifez étend.
Page 2180, ligne 2. que vous , lifez que pour
vous.
Page 2184 , ligne 17. partie , lifez parti .
Page 2201. ligne 10. très , ajoutez grand .
L'Air noté doit regarder la page
La Medaille doit regarder la page
2185.
2014
MERCURE
!
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROY.
NOVEMBRE 1724.
Decline
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DCC. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
-A VIS.
Lchofes
,
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
3
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 . fols.
ST
2291
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
NOVEMBRE 1724 .
XXXXX** X* XXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE à M. Aroüet de Voltaire , fur fon
Poëme Epique. Par M. Desforges
Maillard A. A. P. D. B.
Onc un nouveau Laurier , Voltaire
, ceint ta tête ,
Ta veine à couler toûjours
prête ,
Dans un fentier fcabreux s'épanche avec fuccès
:
A ij Ta
2292 MERCURE DE FRANCE .
Ta feconde jeuneffe enfante un Oeuvre immenſe
,
Achevant un Art dont la France
Ne vit que de foibles effais .
Du chantre d'Ilion la fuperbe patrie ,
L'antique & moderne Italie ,
N'ont jamais rien produit qui fut femblable à
toi.
Par tes foins immortels › par ton illuſtre audace
Henri , le grand Henri ſurpaſſe
Achille , Enée , & Godefroy.
Tel qu'un large torrent dont la vague indomptée
,
A bonds fougueux précipitée ,
Dans les champs étonnez porte au loin la
terreur,
Tel tu peins la Difcorde irritant les allarmes ,
Paris cedant au fort des armes ,
Le feu , la faim , la mort , l'horreur.
Tel qu'un charmant ruiffeau dont l'onde vive
& pure ,
Excitant un leger murmure ,
Se gliffe à flots unis fur un tapis de fleurs,
Tel
NOVEMBRE 2293 1724 .
Tel tu peins variés les tranſports ,.la tendreffe ,
D'un Amant & d'une Maîtreffe ,
Enivrez de folles douceurs.
De quel viffentiment mon ame eft- elle émuë ,
Lorfque tes portraits à ma vûë ,
Se montrent dans deux vers cadencez & précis !
G'eft ainfi quelquefois que l'adroite peinture ,
Sçait dans l'exacte mignature ,
De fon art renfermer le prix.
Sublime , ingenieux , un jugement folide ,
Et par tout ton fidele guide.
On te voit à propos placer la fiction .
Et prudent tu retiens dans les juftes limites ,
Qu'Horace & Boileau t'ont prefcrites
La fimplicité d'action.
Cependant la critique à nuire accoutumée ,
Veut jufques fur la Renommée ,
Etendre les rigueurs de ſes juſtes Loix.
Quoiqu'en fes noirs deffeins fa haine perſevere
,
Tu feras toûjours , tel qu'Homere ,
Vainqueur des Zoiles François.
Airj Leurs
2294 MERCURE DE FRANCE.
Leurs efforts contre toi deviendront inutiles ;
Méprife ces Rimeurs ferviles ,
Dont l'Apollon craintif mefure tous les pas ,
Et dont l'efprit borné croit que la Poëfie,
Doit comme la Geometrie
Avoir fa regle & fon compas.
EXAMEN de la verfification de
Berenice , fuite de la Lettre Critique
fur cette Tragedie , inferée dans le Mercure
du mois paffe.
ACTE I.
SCENE 1 .
Uoy ! déja de Titus épouſe en eſpe
QUoy rance.
On dit bienheureux en apparence ;
mais heureux en efperance ne me paroît
pas
fort ufité.
SCENE II I.
Non , Arface , jamais je ne l'ai moins haïe.
On dit jamais je ne l'ai plus aimée ,
parce qu'on peut fuppofer qu'on a moins
aimé ; mais l'hypotefe n'a pas lieu ici ,
&
NOVEMBRE 1724. 2295.
& Arlace n'a jamais haï Berenice.
Quelque preffentiment de fon indifference ,
Vous -fait- il loin de Rome éviter fa preſence
Ce dernier vers feroit bon fi Antiochus
étoit actuellement loin de Rome ;
mais il y eft encore , & l'Auteur veut
dire , vous force- t'il à aller loin de Rome
pour fuïr fa prefence ?
Un Prince qui jadis témoin de vos combats .
Il me femble qu'on ne devroit employer
jadis que pour exprimer les temps les
plus éloignez , & qu'il marque beaucoup
plus de diftance que l'adverbe autrefois.
La Reine vient : adieu , fais tout ce que j'ai
dit.
Alieu , doit plutôt être dans la bouche
de celui qui s'en va que dans celle de celui
qui demeure , fais tout ce que j'ai dit
me paroît très- profaïque , & même un
peu bas dans la bouche d'un Roi , parlant
à fon fujet.
SCENE IV.
Je fuis de leurs refpects l'inutile longueur.
La longueur des reſpects eſt une expreffion
un peu hazardée ; inutile eſt une
épithete froide , importune vaudroit mieux,
& je ne doute point que l'Auteur ne s'en
A iiij
fut
2296 MERCURE DE FRANCE.
fut fervi , s'il ne l'eut mife un peu plus
haut.
Aujourd'hui que le Ciel femble me préſager ,
Un bonheur qu'avec vous je prétends partager.
Dans cette phrafe Benerice , parlant à
Antiochus , lui a toûjours parlé en tierce
perfonne , & finit de même , pourquoi
donc lui parler à la feconde perfonne , &
ne pas dire :
Un bonheur qu'avec lui je prétends partager.
C'est à dire avec cet Antiochus dont
je me plains à Antiochus même ; peutêtre
M. de Racine a- t'il craint que le
pronom lui ne femblât fe rapporter an
Ciel ; mais outre que le fens emporte le
veritable rapport , c'eft vouloir fauver
une fimple amphibologie par un défaut
de conftruction .
Il n'avoit plus pour moi cette ardeur affiduë ,
Lorfqu'il paffoit les jours attachez fur ma vûë.
Du premier de fes vers au fecond , il
y a une ellipfe. On fous - entend qu'il
avoit. Cette figure eft très- belle , furtout
quand elle eft employée dans les grandes
paffions ; mais il en faut ufer de maniere
qu'elle ne falle point de fens contraire ,
somme elle pourroit faire ici à la faveur
"
d'une
NOVEMBRE
1724. 2297
d'une tranfpofition très - ordinaire à la
Poësie . En effet , il n'y a pour trouver un
fens très- different qu'à arranger ainfi ces
deux vers :
Lorſqu'il paffoit les jours attachez ſur ma
vûë ,
Il n'avoit plus pour moi cette ardeur affiduë.
Je fçais bien qu'on ne fçauroit l'entendre
dans ces derniers fens , la contradiction
feroit trop marquée ; mais ces
fortes d'ellipfes pourroient fe trouver
fans qu'on y penfât , dans des endroits
où le fens contraire fe prefenteroit plus
naturellement ; c'eft pourquoi il faut en
ufer fobrement.
Vous fûtes fpectateur de cette nuit derniere
Lorſque pour feconder fes foins religieux ,
Le Senat a placé fon pere entre les Dieux.
L'aorifte marque un temps plus éloigné
que le préterit parfait ordinaire , &
furtout un temps qui remonte au jour
d'auparavant ; mais l'épithete de derniere
jointe au pronom cette me paroît rapprocher
le jour d'hier , & je crois que vous
avez été cette nuit derniere conviendroit
mieux que vous fûtes ; il n'en feroit pas
de même s'il y avoit la nuit derniere . Le
le droit de rapprocher
pronom
là n'a pas
A v les
2298 MERCURE DE FRANCE.
les temps comme le pronom ce , du moins
dans une pareille occafion. D'ailleurs
vous fûtes , & a placé en parlant de la
même nuit ont quelque chofe de défectueux
, & l'on ne comprend pas par
quelle raifon l'aorifte convient plutôt au
premier qu'au dernier. Je fais une troiféme
remarque fur ces trois vers , c'eſt
l'adverbe , lorsque au lieu de l'adverbe ou.
La conftruction ordinaire doit être , vous
avez été témoin de cette nuit derniere ,
ou , & non pas lorfque , quel droit a donc
la Poëfie , & par quelle loi nous difpenfera-
t'elle des regles de la Grammaire ?
De ce jufte devoir , fa pieté contente ,
Afait place , Seigneur , au foin de fon amante.
Soin eft pris d'ici dans le fens paffif ;
mais n'eft-on pas expofé à le prendre dans
le fens actif , & à croire , que c'eft le foin
que l'amante prend pour fon amant ?
Si j'en crois fes fermens redoublez mille fois.
Redouble convient mieux à des efforts,
qu'à des fermens ; j'aimerois mieux repetez
ou renouvelle .
Vôtre bouche à la mienne ordonna de ſe taire,
Bien-tôt de mon malheur interprete fevere ,
Je difputai long-temps , je fis parler mes yeux ;
Mes
NOVEMBRE 1724 . 2299
Mes pleurs & mes foupirs vous fuivoient en
tous lieux .
Enfin vôtre rigueur emporta la balance ,
Vous fçûtes m'impofer l'exil ou le filence ,
Il fallut le promettre , & même le jurer.
Il y a une espece de voile fur ces fept
vers qui m'empêche d'en découvrir le
veritable fens. Les deux premiers me
paroiffent tranfpofez ; peut être eft- ce
une faute d'impreffion , le fens feroit fans
douté plus clair s'il y avoit.
·
Bien- tôt de mon malheur interprete fevere ,
Vôtre bouche à la mienne ordonna de fe taire.
Que veut dire vôtre rigueur emporta
la balance ? apparemment il ſe rapporte à
je difputai long temps ; mais pourquoi
repeter vous fçûtes m'impofer le filence ?
tout cela me paroît fi mal rangé que j'ai
peine à y reconnoître l'élegant Racine.
De mon heureux Rival j'accompagnai les armes
,
Accompagner des armes , n'eft- ce pas
une expreffion un peu forcée ?
J'efperai de verfer mon fang après mes larmes.
Le dernier Hemiftiche de ce vers tiendroit
parfaitement bien fon coin dans un
Opera ; mais je n'admettrai nulle part le
A vj de
2300 MERCURE DE FRANCE .
de après le verbe efperer , on doit dire
j'efperai verfer.
Après tant de combats Titus cedoit peutêtre.
M. de Racine veut dire par ce vers ,
je craignois qu'après tant de combats Titus
ne fut contraint à ceder , mais il faut
le deviner.
Heureux dans mes malheurs d'en avoir pû
fans crime ,
Conter toute l'hiftoire aux yeux qui les ont
faits.
Je ne comprends pas par quelle raiſon
Antiochus croit que l'aveu de fon crime
n'en eft pas un . En eft- il moins déſobéïſfant
envers Berenice pour s'éloigner
d'elle ? tout cela eft très enigmatique .
SCENE V.
Tant de fidelité ,
Madame , meritoit plus de profperité.
›
Le terme de profperité me paroît un
peu étrange , pour l'amour il femble
n'être fait que pour la fortune . On dit un
Amant heureux , mais on ne dit pás un
Amant qui profpere.
Mais Phenice , où m'emporte un ſouvenir
charmant ?
CepenNOVEMBRE
1724. 2301
Cependant Rome entiere , en ce même moment
Fait des voeux pour Titus..
La tranſition du premier vers m'a paru
fi brufque , que j'ai toûjours crû dans les
reprefentations
que l'Acteur oublioit
quelques vers intermediaires. Berenice
fait un tableau admirable de ce qui s'eft
paffé dans l'apotheofe de Vefpafien ; l'éclat
de cette fête ayant rejailli fur ſon
Amant elle fe plaît à fe le retracer , &
c'eft-là ce qui lui fait dire que ce fouvenir
eft charmant pour elle ; elle veut dire
qu'il l'eft à tel point qu'il lui fait oublier
qu'elle doit joindre fes voeux à ceux
qu'on fait pour Titus en ce même moment .
Voilà le feul endroit par où l'on peut
fauver cette espece de lacune ; mais j'a
voue que j'ai peine à m'y prêter.
ACTE I I.
SCENE I.
Il en étoit forti lorfque j'y fuis couru .
Il me femble qu'il faudroit dire j'y ai
couru , mais l'Hiatus á peut-être obligé
M. de Racine de mettre j'y fuis couru.
Je n'ofe l'approuver ni le condamner .
Il fuffit , & que fait la Reine Berenice ?
Que
2302 MERCURE DE FRANCE.
Que fait , me paroît trop bas dans une
Tragedie , furtout en parlant d'une Reine
dont on veut fçavoir la fituation , à la
veille d'un grand malheur qu'elle peut
prévoir.
Charge le Ciel de voeux pour vos profperitez.
Charger le Ciel de voeux , n'eft- il pas
un peu trop figuré ? ne feroit- il pas plus
naturel de dire ,
Fait mille voeux au Ciel pour vos profperiteza
Les voeux que l'on fait aux Dieux
font-ils des engagemens pour eux ?
En fa faveur d'où naît cette trifteffe.
Avoir de la trifteffe en faveur de quelqu'un
, n'eft gueres plus naturel que
l'expreffion , dont je viens de parler dans
le vers precedent.
SCENE 11.
Attend? que deviendra le deftin de la Reine.
A t'on jamais dit j'attends que vous
deviendrez , pour dire j'attends ce que
vous deviendrez ?
"
Quel fuccès attend- t'on d'un amour fi fidelle.
Je fçais qu'on dit également bon &
mauvais fuccès , maisfuccès fans épithete
ne
NOVEMBRE 1724. 2303
ne devroit
pas être pris pour fimple évenement
; cependant cette expreffion n'eft
pas fans exemples .
J'ai mis même à ce prix mon amitié fecrette,
Même me paroît mal placé , il faudroit
qu'il fut avant , & non pas après le verbe
, parce qu'étant après il femble tomber
fur à ce prix . Et ce n'eft pas -là ce
que M. de Racine veut nous faire entendre.
Il veut dire j'ai même mis à ce prix,
& non j'ai mis , à ce prix même . L'épithete
de fecrette eft une cheville pour rimer
avec interprette.
Qui fait taire les loix dans le bruit des allar→
mes.
On dit le bruit des armes ,
le bruit des allarmes.
& non pas
Et je ne réponds pas avant la fin du jour ,
Que le Senat chargé , &c.
La particule que devroit être dans le
premier vers ; la tranfpofition me paroît
vicieufe , & femble faire un fens different
de celui que l'Auteur nous veut faire entendre.
Je voulois que ton zele achevât en ſecret ,
De confondre un amour qui fe taît à regret.
En fecret n'eft encore dans ce dernier
vers
2304 MERCURE DE FRANCE .
vers que pour la rime , un Auteur tel
que M. de Racine en doit - il être efclave
à ce point- là ?
Foibles amuſemens d'une douleur fi grande.
L'amufement de la douleur , quelle
fingularité d'expreffion ! ce n'eft pas la
douleur qui s'amufe elle - même , on la
veut amufer ; & comme on le fait foiblement
, il me femble qu'il faudroit dire ,
foibles amuſemens pour une douleur fi
grande , voilà de la profe naturelle , il
n'y avoit plus qu'à la mettre en vers ,
qui le pouvoit mieux que M. de Racine ?
SCENE IV.
De combien de malheurs pour vous perfecutée.
Le verbe perfecuter ne doit pas s'appliquer
à des chofes inanimées ; ce font les
hommes qui perfecutent , & non pas les
malheurs ces derniers ne font que des
effets de la perfecution .
ACTE III.
Rome contre les Rois de tout temps foulevée,
Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée.
de Soulevé ne devroit s'employer , que
l'inferieur au fuperieur , de l'efclave au
Maître,
NOVEMBRE 1724. 2305
Maître , du ſujet au Roi ; ainfi il me paroît
étrange que cette même Rome qui
fe croit maîtreffe des Rois , fe fouleve contre
fes fujets. Je fçais que foulevé dans
cette occafion veut dire ennemi ; mais
cette expreffion eft fi voifine de Rois
qu'elle emporte une efpece de défobéïffance
& de revolte au propre. La pourpre
eft un terme trop generique , pour
défigner préciſement un Roi , ou une Reine
, les Senateurs Romains étoient élevez
dans la pourpre auffi bien que Berenice.
SCENE I I.
Arface , je me vois chargé de fa conduite.
J'aimerois mieux de la conduire. Conduite
femble plutôt regarder les actions
de Berenice que fon départ.
Eh ! qui peut mieux que vous confoler fa
difgrace ?
Antiochus peut confoler Berenice dans
fa difgrace , ou de fa difgrace ; mais non
pas confoler la difgrace de Berenice ; les
Poëtes étendent leurs droits un peu trop
loin , ils veulent tout animer , tout perfonifier
; qu'ils fe contentent de parler
comme les Dieux , fans prétendre agir
comme eux . Peut - être M. de Racine entend
foulager pour confoler. Ces deux
verbes
2306 MERCURE DE FRANCE.
verbes dérivent veritablement de la mê
me racine ; mais l'ufage leur a donné des
fignifications bien differentes , il faut nous
y affujettir.
Et ne la crois -tu pas affez infortunée
D'apprendre à quel mépris Titus la condamnée
,
Sans lui donner encor le déplaifir fatal ,
D'apprendre ce mépris par fon propre Rival
?
Ce n'est pas par la conftruction que
j'attaque ces quatre vers , c'est par le
fens , quel nouveau déplaifir fera - ce
pour Berenice d'apprendre le mépris de
Titus par la bouche d'Antiochus fon Rival
? Si c'étoit par la bouche d'une Rivale
qui en triompheroit , j'avoue que ce
feroit là un grand accroiffement de déplaifir
; mais par la bouche d'Antiochus ,
qui l'aime , qui l'adore , & qui fçait
mieux qu'un autre tout ce qu'elle vaut ,
je ne vois pas que Berenice en doive recevoir
un déplaifir fi fatal. Je mets en italique
ce dernier mot , pour faire fentir
l'abus qu'on en fait : il eft devenu fynonime
avec cruel , & c'eſt à Meffieurs les
Poëtes , furtout aux faifeurs d'Opera que
nous devons cette improprieté.
SCENE
NOVEMBRE
1724. 2307
SCENE III.
Madame,je vois bien que vous êtes deçûë ,
Et que c'étoit Cefar que cherchoit vôtre vûë.
On dit quelquefois vue pour yeux.
Il s'offre à ma vûë , & il s'offre à mes
yeux font deux manieres de s'exprimer
tout -à-fait fynonimes & parfaitement
bonnes ; je vais plus loin , mes yeux s'égarent
& ma vûë s'égare , font encore
dans le même cas ; mais comme nous n'avons
que des prefque-fynonimes dans la
Langue Françoife , ce qui s'accorde quelquefois
ne s'accorde pas toûjours . Votre
vië me cherchoit , me paroît dans ce dernier
cas ; l'ufage n'y a pas encore mis le
fceau .
De ma preſence encor j'importune vos yeux.
Cette maniere de parler n'eft gueres
plus ufitée que la précedente , on dit ma
prefence vous importune , mais je ne
crois pas qu'on puifle dire je vous importune
, ou j'importune vos yeux de ma
prefence , il vaudroit mieux dire par ma
prefence , parce que la prefence n'eft que
le moyen , & non l'action d'importuner,
Mais , moi , toûjours tremblant , moi , vous le
fçavez bien ,
A qui vôtre repos eft plus cher que le mien ,
Pour
2308 MERCURE DE FRANCE .
Pour ne le point troubler , j'aime mieux vous
déplaire ,
Et crains vôtre douleur plus que vôtre colere.
Le troifiéme vers de ce quatrain a
quelque chofe de louche ; il ne dit pas
précilement ce qu'il faut qu'il dife , Antiochus
aime mieux déplaire à Berenice
que de troubler fon repos ; voilà ce que
l'Auteur veut nous faire entendre , & ce
que pourtant il ne nous dit pas.
Er vos refus cruels , loin d'épargner ma peine .
Qu'est-ce que c'est qu'épargner la peine
de quelqu'un , pour dire ne lui en point
caufer ?
SCENE I V.
Allons , & de fi loin évitons la cruelle.
Eviter de loin , pour dire s'éloigner ;
eft cela du françois ? fi la Poëfie permet
un pareil jargon , il faut avouer qu'elle a
de grandes prérogatives .
ACTE I V.
S.CENE I I.
Eh ! que m'importe , helas ! de ces vains ornemens
?
On dit que m'importe cela ; mais je
prends plutôt cette expreffion pour une
hardielle
NOVEMBRE 1724. 2309
hardiffe que pour une faute ; la fituation
violente où fe trouve Berenice , peut lui
permettre un peu de defordre dans la
manere de s'exprimer. C'eft dans les
grandes paffions que les Ellipfes font
non feulement permiſes , mais élegantes .
Dis-moi , que produiront tes fecours fuperflus?
Cela frife le Pleonafme ; il eft bien
certain que des fecours fuperflus ne produiſent
rien , c'eft prefque dire qu'ils
font fuperflus..
SCENE I V.
Je viens percer un coeur que j'adore , qui
m'aime .
Le coeur aime , mais il n'eſt
ni adoré.
pas
aimé ,
Au bout de l'univers , va , cours te confiner ,
Et fait place à des coeurs plus dignes de regner.
Regner ne rime pas avec confiner ; on
a fait de pareilles rimes dans des Tragedies
modernes qui ont eu un très - grand
fuccès ; cela fait voir que l'exemple des
grands hommes eft dangereux , leurs défauts
même femblent confacrez. Je n'en
veux pas davantage pour juftifier la liberté
que je me donne de critiquer un
Auteur auffi refpectable que M. de Racine.
SCENE
# 319 MERCURE DE FRANCE.
SCENE
V.
Je voulois qu'à mes voeux rien ne fut invincible.
La profe plus modefte & plus circonfpecte
fe contenteroit de dire , rien n'eſt
invincible pour moi ; mais la Poëfie dit
hardiment rien ne m'eft invincible . Elle
étendra encore plus loin fes droits fi l'on
ne s'y oppofe.
Je fens bien que fans vous je ne fçaurois plus
vivre
Que mon coeur de moi- même eft près de
s'éloigner ;'
Mais il ne s'agit plus de vivre , il faut regner.
Je pafferois le fecond vers , s'il étoit
dans le ftile figuré , quoiqu'il fente un
peu fon Italien , tant la Metaphore eft
outrée ; mais l'expreffion eft au propre ,
il s'agit de mourir trés- phyfiquement ,
c'eft-là ce que j'y trouve de défectueux .
Comment fouffrirons- nous,
Seigneur , que tant de mers me feparent de
vous ?
Après avoir dit comment fouffrironsnous
, ne faudroit- il pas dire que tant de
mers nous feparent . Je fçais bien que la
douleur de la feparation eft égale entre
deux
NOVEMBRE 1724. 2311
deux perfonnes qui s'aiment , mais cela
n'empêche pas qu'il n'y ait quelque
chofe dans la conftruction qui choque
d'abord le lecteur , & c'eft ce qu'il faut
éviter.
Eh ! bien , Seigneur , eh bien ! qu'en peut- il
arriver ?
Ce vers a fait rire le parterre , mais
ce n'eft pas la faute de l'Auteur ; on s'eſt
rappellé une chanfon à boire , ou , le
qu'en peut il arriver , fe trouve ; mais
M. de Racine n'a pas pû prévoir cela ,
& la Piece eft anterieure à la Chanfon ;
pour moi j'aime bien mieux le qu'en peutil
arriver de Berenice , que le quelque
malheur qu'il en puiffe avenir de Mithrydate
, le premier eft beaucoup plus
ufité que le dernier.
Non , je crois tout facile à vôtre barbarie ,
Je vous crois digne , ingrat , de m'arracher la
vie.
L'expreffion de ce dernier vers eft un
latinifime , fi l'on prend digne pour capable
; mais il faut remonter cinq vers plus
haut pour trouver le veritable fens de
l'Auteur. Titus dit à Berenice , après
avoir mis les actions les plus feroces des
anciens Romains au- deffous de la cruauté
qu'il exerce contre elle , en la preffant
de partir .
Mais ,
2312 MERCURE DE FRANCE.
Mais , Madame , après tout me croyez-vous
indigne
De laiffer un exemple à la poſterité ,
Qui fans de grands efforts ne puiffe être imité ?
C'eft delà fans doute que dérive la
réponſe de Berenice , comme Titus croit
qu'il y a de la gloire à être cruel ; fon
Amante lui répond ironiquement, qu'elle
le croit capable de porter cette gloire barbare
, jufqu'à lui arracher la vie , pour
laiffer à la pofterité un exemple inimitable
.
SCENE VI . S
Ne troublez point le cours de vôtre Renommée.
Voilà un vers que je pafferois à peine
à un mediocre Auteur ; qu'est -ce que c'eſt
que troubler le cours de la réputation ?
car je ne crois pas que l'Auteur ait voulu
perfonifier la Renommée . Il n'auroit pas
mis le pronom vôtre.
SCENE VIII.
Vous voulez raffurer
Un coeur que vous voyez tout prêt à s'égarer.
Raffurer ce qui s'égare n'eft pas une
Metaphore bien jufte ; ces deux verbes
ne font pas faits l'un pour l'autre , ni
dans
NOVEMBRE
17244
2313
dans le propre ni dans le figuré. On raffure
ceux qui
craignent , & on éclaire ,
ou en ramene dans le bon chemin ceux
qui s'égarent.
ACTE V.
SCENE II.
Que Titus à fes pleurs l'ait trop long- temps
laiffee,
On dit je vous
abandonne à vôtre douleur
, mais il me femble qu'on ne doit pas
dire , je vous laiffe à vos pleurs .
O Ciel ! qui l'auroit crû ?
Ce
dernier
hemiftiche
feinble fe rapporter
au premier
où Arface dit ,
Elle écrit à Cefar.
Cependant la
remontrance
d'Antiochus
remonte plus haut, & fa furpriſe ne tombe
que fur la
réfolution que Berenice a prife
de partir de Rome : un Auteur tel que
Racine doit éviter ces
rapports trop éloignez
qui peuvent induire en erreur.
Mais d'un foin fi cruel la Fortune me joüe.
Les Poëtes font
fouvent cet abus de
termes , ils mettent
indifferemment de
pour avec , ils n'oferoient faire une fi
mauvaise
conftruction en profe ,
B
SCENE
2314´MERCURE DE FRANCE .
SCENE I V.
Quel cours infortuné ,
Ama funefte vie aviez- vous deſtiné !
L'épithete de funefte conviendroit
mieux à cours , & celle d'infortunée ſemble
faite pour vie.
A mes triftes regards viennent par tout s'of
frir.
De toutes parts vaudroit mieux que par
tout , cette faute , fi c'en eft une , eft encore
plus marquée dans Andromaque .
L'infidelle s'eft vû par tout envelopper.
L'Auteur fait rapporter par tout au
verbe voir , & il doit fe rapporter au
verbe envelopper , qui éxige de toutes
parts , en bonne conſtruction.
SCENE V I.
Mais quoique je craigniffe , il faut que je le
die ,
Outre que ce dernier hemiftiche ſent
fa cheville , je fuis furpris que cette maniere
de conjuguer le verbe dire fut encore
en ufage du temps de M. de Racine.
L'empire incompatible avec vôtre Hymenée ,
Me dit qu'après l'éclat & les pas que j'ai faits.
Fairs
NOVEMBRE 1724. 2315
Faire des pas , cette expreffion n'eftelle
pas trop balle pour le cothurne ? Elle
peut être employée noblement comme on
le voit dans Britannicus.
Pourfui , tu n'as pas fait ce pas pour reculer.
Quelle difference dans l'un & dans
l'autre emplo !
Pour fortir des tourmens dont mon ame
la proye.
Il me femble qu'il feroit mieux de
dire où mon ame est en praye.
Songez-y bien , Madame , & fi je vous fuis
cher.. •
Cher , re doit point rimer avec chercher
, nos modernes ont abfolument banni
cette rime , qu'on a appellée Normande
, parce que les Auteurs qui l'avoient
introduite étoient Normands ; je fuis furpris
que Racine , qui n'étoit de cette
Province , l'ait ad pre.
Fas
La Reine qui m'entend peut me deſavoüer.
Il y a une Ellipfe dans ce vers , autrement
il feroit un fens tout- à -fait contraire
à la penſée de l'Auteur . Il veut
dire , peut ine dejavoüer , fi je ne dis pas
la verite.
Mais le pourriez- vou : cro ke en ce moment
1812
Bij Le
2316 MERCURE DE FRANCE.
Le moment n'eft-là que pour la mefure
& le fatal pour la rime.
Jamais je ne me fuis fenti plus amoureux.
Le verbe fuis qui n'eft qu'auxiliaire
ne doit pas faire le repos de l'hemiftiche
il me femble que le vers auroit été meilleur
fi l'on avoit dit :
Je ne me fuis jamais fenti plus amoureux,
Qu'on me pardonne la témerité que
j'ai de réformer un vers de Racine , &
toutes les libertez que j'ai prifes dans
le cours de cette critique. Perfonne n'eft
plus penetré que moi du refpect qu'on
doit aux grands noms ; mais il ne le faut
pas porter jufqu'à un culte idolâtre.
D'ailleurs tout n'eft pas précieux dans un
bel ouvrage , & il eft bon de faire fentir
ce qu'il peut y avoir de défectueux , pour
porter ceux qui les prennent pour mo,
delles à fe tenir fur leurs gardes ,
Je Luis , &c.
EPI
NOVEMBRE 1724. 2317
EPITRE A M. M ***
Contre les Critiques paffionnées &
injurieufes.
Ulicieux efprit dont la docte Critique ,
S'eſt acquis fur mes vers un pouvoir deſpotique
,
Cher M*** qui fçais fur le facré vallon ,
Même en les corrigeant plaire aux fils d'Apollón
,
Et portant d'un coup d'oeil le jour dans un
ouvrage ,
Refuſer à propos ou donner ton fuffrage.
Combien peu d'Ecrivains fçavent avec candeur
,
Relever comme toi les fautes d'un Auteur.
L'Hyperbole maligne & l'inique ironie ,
Toûjours de nos Cenfeurs aiguifent le genie ,
D'un ouvrage nouveau traverfant le fuccès ,
Par ces lâches détours ils lui font fon procès .
S'il a quelques beautez , leur plume fans fcrupule
,
Les voile , les déguife , y jette un ridicule ,
Par un fens chimerique en corrompt le vrai
fens , Bij Leur
2318 MERCURE DE FRANCE.
Leur Critique inquiéte en veut même aux
accens.
Il faut qu'ayant reçû mainte & mainte bleſſure,
Un Livre , quoique bon , tombe fous leur
cenfure ,
Et qu'un Auteur cedant à d'indignes rivaux ,
Perde fouvent le fruit de vingt ans de travaux.
Au goût capricieux d'un fatyrique injuſte , '
Du vulgaire ignorant l'opinion s'ajufte ,
Affamé de bons mots , & duppe de fon choix,
Aux éclats des rieurs il joint toûjours fa voix.
Et fans autre examen fur leur folle ſentence > .
Il condamne un Auteur à garder le filence ,
Er fe prive lui même , habile à s'abuſer ,
D'ouvrages qui pourroient l'inftruire & l'amufer.
Il faut , & la raiſon l'enſeigne avec Horace,
Il faut aux bons Auteurs faire quelquefois
grace.
J'aime un fçavant poli dont le goût épuré ,
Donne modeftement un confeil éclairé :
Qui du fçavoir d'autrui ne prenant point
d'ombrage ,
Applaudit le premier aux beautez d'un ouvrage
;
Et
NOVEMBRE 1724. 2319
Et cenfeur genereux , n'en reprend quelque
trait ,
Que pour aider l'Auteur à le rendre parfait.
Mais un autre motif trop facile à connoître,
Engage , tu le fçais , un critique à paroître ,
Il cherche , en diffamant leurs ouvrages che
ris ,
La gloire d'avillir des Ecrivains de prix :
Et fe laiffant aller à la flateufe idée ,
Devoir leur plume un jour par lui feul dégradée
;
Il croit qu'à ces Auteurs difputant le terrain ,
Il fera du bon goût l'arbitre fouverain.
Il eft pourtant , il eft des critiques finceres ,
Qui d'un bon Ecrivain utiles adverſaires ,
L'attaquent fans chaleur , & font moins vi
gilans ,
A blâmer fes défauts qu'à louer ſes talens .
Ce corps * fi renommé que l'Univers
contemple
,
D'une telle candeur donne un illuftre exemple.
Son avis fur le Cid , dans fon tour réservé ,
Donne de la critique un modele achevé ,
Et rendant à Corneille une exacte juſtice ,
* L'Académie Françoife.
B iiij Du
2320 MERCURE DE FRANCE.
Du fiel de Scudery ne fe rend point,complice ,
C'eft ainfi que l'on peut exempt de toute aigreur
,
D'un ouvrage fautif cenfürer chaque erreur.
Mais que du ftile affreux d'une mordante
plume,
Sur un Auteur qui bronche on verfe l'amestume
,
Que contre tous écrits prompt à fe declarer ,
On cherche fans pudeur à ſe défigurer .
Non , de quelque façon , cher ami , qu'on le
nomme ,
Ce procedé jamais ne fut d'un honnête homme.
Celui qui nous forma de fes divines mains ,
D'un amour mutuel liâ tous les humains .
Quels égards , quels refpects , dans fa critique
altiere ,
Un cenfeur garde- t'il pour ce noeud falutaire?
Penfe-t'il donc qu'un coup malignement porté,
Ne puiffe en ces débats bleffer la charité ;
Ou que fans y garder ni regles ni mefures ,
On puiffe impunément fe dire des injures ?
Les talens d'un Auteur plus ou moins
illuftrez ,
De même que fon bien doivent être facrez.
QuiNOVEMBRE
1724. 2321
Quiconque à les ternir applique fon genie ,
Montre d'un efprit noir la jalouſe manie.
Il plaira toutefois . Les hommes nez malins
Aux difcours médiíants furent toûjours enclins
,
Je ne fçais fur leur front quelle joye eſt écrite ,
Quand un trait peut d'autrui ravaler le merite.
Ah ! qu'ils devroient plutôt punir de leurs
mépris ,
Tout Auteur qui d'un autre attaquant I
écrits
Ne fçait pas , emporté par un efprit cauftique ,
Se conformer aux loix d'une honnête criti
que.
La Satyre , dit- on , ingenue & fans fard ,
Fut toûjours du bon goût le plus ferme rainpart
Si vous la retenez . Prônant leur paperaffe ,
Mille Auteurs croaffants fouilleront leur Par
naſſe ,
Et bravant d'un cenfeur les efforts impuif
fans ,
Publieront malgré lui leurs écrits languiffans.
Car quel frain , fi jamais la Satyre eft muette ,
Pourrez-vous oppofer à leur fougue indif
Grette ?
B. V Quel
2322 MERCURE DE FRANCE .
Quel frain? leur Livre même. Et quoi ? de
vains écrits ,
Tôt ou tard du public ne font- ils pas prof
crits ?
D'ailleurs mis à l'écart un volume fterile ,
D'un Critique jamais alluma - t'il la bile ?
Ne le laiffe- t'on pas , rebuté du paffant ,
S'obfcurcir au grand jour & mourir en naiffant.
Mais fourniffant enfin une heureuſe carriere,
Un bon Auteur met il un ouvrage en lumiere
?
Auffi - tôt un cenfeur à fa perte animé ,
Signale contre lui fon ftile envenimé .
L'efprit & le fçavoir éclatent dans un Livre.
C'eſt affez, la Satyre a droit de le poursuivre,
Et d'armer de fes traits pour le combattre
mieux ,
L'implacable couroux d'un efprit envieux .
C'eſt ainfi que Racine & l'aîné des Corneilles
Ont vû fouvent fronder leurs immortelles
veilles .
Quelle injuſtice ! on fçait qu'il n'eſt Livres f
beaux ,
Qui dans quelques endroits ne montrent des
défauts ,
Fr
NOVEMBRE 1724. 2323
Et que du Ciel enfin la profonde fageffe ,
N'exempte aucuns mortels de l'humaine foibleffe
;
Mais ne fuffit- il pas pour être refpectez ,
Qu'ils nous offrent fouvent de fublimes beautez
?
Certes , de tels Auteurs qu'Apollon même
inſpire ,
Devroient être à l'abri des traits de la Satyre.
Je voudrois demander à ce Critique outré ,
Si, produifant comme eux un ouvrage inſpiré ,
Il verroit fans colere une plume ennemie ,
Sapper fa Renommée encor mal affermie ;
Mais tel eft des humains le procedé honteux ,
Qu'ils blâment en autrui ce qu'ils fouffrent
chez eux.
M. TANNEVOT.
B vj
RE2324
MERCURE DE FRANCE.
¥¥¥¥¥¥¥MMMMMMM
RELATION exalle du Couronnement
de la Czarine , Catherine Alexiewna ,
Imperatrice de Ruffie , celebré à Moscou
le 18. Mai dernier , & publiée par
ordre du Czar.
Apratiqua deux allées dans le Crešil , qui
Près tous les préparatifs neceffaires , on
eft un Château à Mofcou , & dans lequel ont
refidé les Empereurs Ruffiens , prédeceffeurs
de S. M. Czarienne ; les allées traverfoient la
grande place qui eft devant l'appartement Imperial
, & avoient quinze pieds de largeur ,
elles étoient tapiffées de drag rouge . L'une
commençoit au Krafnoje Krylze ( c'eft ainfi
qu'on nomine le grand efcalier qui mene aux
apparremens du Czar , ) & étoit continuée
jufqu'à la premiere Eglife Cathedrale : l'autre
depuis le même endroit , aboutiffoit à la fe .
conde Cathedrale de S. Michel Archange.
La premiere Cathedrale où fe devoit faire
la ceremonie étoit richement décorée , autant
que le comporte l'ufage de l'Eglife Grec de
qui ne permet pas de couvrir de tapifferies ni
d'autres pareils ornemens les Images des
Saints. Entre quantité de chandeliers faits en
forme de couronnes , qui étoient fufpendus
dans la premiere Cathedrale , il y en avoit un
grand au milieu de tous les autres , il eft d'argent
fin , & tant par fa grandeur extraordi,
naire , que par la façon qui en eft admirable ,
il peut paffer pour une des curiofitez de l'Europe
. Il étoit garni de bougies dorées. Les
trois
NOVEMBRE 1724. 2325
trois marches de devant l'Autel , & le pavé de
l'Eglife étoient couverts de riches tapis bro
chez d'or , depuis l'Autel jufqu'au Trône , &
jufqu'à la loge de la Czarine. Au milieu de
l'Eglife , depuis l'Autel jufqu'au Trône , il y
avoit des deux côtez des bancs tapiffez de
drap cramoifi pour les Archevêques , & autres
Prélats .
S
Vis - à - vis de l'Autel , au milieu de l'Eglife »
il y avoit un Baldaquin de velours cramoifi
au dedans duquel fe voyoient les armes de
Ruffie fçavoir , une Aigle de fable , chargée
fur l'eftomach d'un S. George , & entourées
du cordon de l'Ordre de S. André , & des deux
côtez étoient dans fix cartouches les armes de
Kiovv , de Wladimir de Novogrod , de Cafan ,
d'Afracan & de Siberie , blazonrées aves
kurs métaux & leurs émaux en broderie .
,
Le Baldaquin étoit d'une broder e d'or , re
levée en befle , & accompagnée de frarges ,
de boufettes , de touffes , & de cordons trèsriches
; de haut en bas perdoient des chaînes
parées de galons d'or , & aux quatre coins
étoient des colonnes travaillées , & couvertes
d'or & de foye rorge en forme de piramides.
Sous ce Baldaquin étoit un Tróne magnifi
doré & artiftement fait , haut d'environ
treize aunes , & large de chaque côté d'environ
fix aunes & demie fans compter les
douzes marches , & les deux placets qu'on
avoit laiflé entr'elles.
Des deux cótez des marches , depuis le
haut jufqu'au pavé , étcit une balustrade haute
de treize pieds en fculpture , avec des figures
hierogliphiques. Cette balustrade s'élargiffoit
des deux côtez vers l'Autel en forme de cercle
, afin d'avoir le paffage plus libre pour la
seremonie. Le pavé & les marches du Trône
étoient
2326 MERCURE DE FRANCE.
étoient couverts d'un velours cramoifi . Au
haut fur l'eftrade , au - deffous du Baldaquin ,
étoient à une certaine diſtance l'un de l'autre,
deux fauteuils à l'antique , mais brillans de
pierreries pour L. M. Czarienne. Celui du
Czar à la droite , & celui de la Czarine à la
gauche, Affez près & à la droite du premier ,
étoit une longue table couverte d'un drap d'or
magnifique , qui pendoit jufqu'à terre , & ſur
laquelle étoient les ornemens .
Les loges ordinaires de L. M. Czarienne dans
cette Eglife étoient tapiffées de drap d'or ,
tant en dehors qu'en dedans , avec de ſuperbes
couffins , & par deffous d'un velours pon
ceau galonné d'or. Entre les deux groffes colomnes
du milieu , à la droite , tour du long ,
auprès des marches , on avoit menagé une
place parée de tapis & de drap d'or , avec
' Aigle d'or en broderie , & c'eft delà que les
Princeffes Czariennes , & les Ducheffes de
Meklenbourg & de Courlande virent toute la
ceremonie. Derriere cette place il y en avoit
une autre , aufi richement preparée pour S.
A. R. le Duc d'Holtein . A main gauche de
la place ordinaire de la Czarine , étoit une
efpece d'Amphitheatre , deftiné à cinq Dames
, qui après la ceremonie devoient accom .
pagner la Czarine jufqu'au Monaftere de l'Afcenfion
, & porter la queue du manteau Imperial
à la defcente du caroffe .
A la droite de la grande porte de l'Eglife ,
par où la Czarine devoit entrer , il y avoit
une place élevée d'un pied , longue de douze
& large de huit , où étoient les Majors Generaux
Tfchekin Wolkof , Lefchakoff , le Prince
Jufupoff , Soltikoff , & le contre Amiral
Sinjawin , qui tenoient un autre dais fort riche
, qu'on portoit fur fix bâtons d'argent
maffif.
NOVEMBRE 1724. 2327
maffif. Sur chacun il y avoit huit Aigles d'argent
doré , avec des Couronnes & quatre
fleurons , & des houpes d'or maffif , fufpendus
à des cordons d'or . C'eft fous ce dais que
la Czarine devoit fe rendre après la ceremonie
d'une Cathedrale à l'autre.
Au côté Occidental de la Cathedrale , visà-
vis de l'Autel , il y avoit derriere le Trône
deux ga'eries en forme d'amphitheatre , drapées
en rouge & partagées en deux. Dans la
premiere , à la droite de l'Autel , étoient les
Generaux & autres perfonnes de diſtinction
qui devoient affifter à la ceremonie , & dans
l'autre plus près du Trône , auffi à la droite de
l'Autel , étoient les Dames & Damoifelles du
premier Ordre.
Dans la galerie qui étoit à la gauche , &
décorée de la même maniere , étoient dans
l'enclos le plus proche les Miniftres Etran
gers , & dans le fecond les Gentilhommes
Etrangers qui fouhaitoient de voir la ceremonie.
On avcit conftruite de pareilles galleries
le long de l'Eglife pour les Dames qui
pouvoient entrer par billet. Plus bas entre le
Trône & les galleries , étoit un amphitheatre
élevé pour les Gentilhommes de la nation
Ruffienne qui n'avoient point d'emploi dans
la ceremonie. Les Dames & Demoifelles qui
étoient nommées pour s'y trouver , étoient
en habit de Cour , de drap d'or & d'argent ,
avec des robes brodées fuperbement & chargées
de pierreries . Tous les Seigneurs & Cavaliers
étoient auffi magnifiquement habillez.
I a veille du jour deſtiné au Couronnement,
le Czar & la Czarine avec la Famille Royale
partirent d'une maifon de plaifance , & allerent
coucher au Château de . Kreml . Ie foir
fort tard on fonna toutes les cloches des
Eglifes
1328 MERCURE DE FRANCE .
Eglifes & des Monafteres , & on fit quelques
prieres que
l'on fait d'ordinaire avant le cou
ronnement.
Le 18. Mai les Gardes du Corps de L. M.
Czarienne , fous le commandement de M.
Rumanzioff , Brigadier & Major des Gardes
fe rendirent au Kreml , & fe pofterent dans la
grande place , nommé Jwan. Les Grenadiers
des Gardes avec des cafques ornez de plumes ,
fe mirent devant les appartemens Royaux ,
fur le grand efcalier , & aux allées qui conduifoient
aux Cathedrales . Pendant ce tempslà
les principales perfonnes de la Cour fe preparoient
pour la ceremonie , dans la falle
nommée la falle de la Fable que l'on avo.t
deftinée à cet effet ; de même que differentes
perfonnes de l'un & de l'autre fexe , qui
avoient quelque fonction dans le couronnement.
S. A. R. le Duc de Holtein s'y trouva
auffi avec toute fa Cour en habits magnifiques
.
A neuf heures du matin le haut & le bas
Clergé s'affembla dans l'Eglife au fon de la
groffe cloche , & fit les Prieres ordinaires
pour la profperité de L. M. Czarienne. Après
les Pleaumes marquez par la Liturgie , le
Clergé en habits pontificaux attendit L. M.
Le Czar fe rendit enfeite de fon apparte
ment à la falle de l'affemblée ; & comme la
Czarine étoit toute habillée dans fon apparte
ment , & que les préparatifs du Couronnement
étoient entierement achevez , & qu'enfin
toutes les perfonnes nommées pour y affif
ter étoient prefentes , la marche commença
à dix heures du matin dans l'ordre fuivant .
La moitié des Cavaliers Gardes du Czar ,
avec leurs Officiers à la tête. Les Pages de la
Czarine , avec leur Gouverneur. Le Brigadier
Schuwaloff ,
1
NOVEMBRE 1724. 2329
Schuwaloff , Grand Maître des Ceremonies
avec fa maffe de Ceremonie à la main. Ses
Collegues , le Colonel André Welljaminoff ,
& le Confeiller de la Chambre Naumoff ,
étoient dans l'Eglife pour faire ranger les
fpectateurs. Les Brigadiers , les Députez des
Provinces , & autres perfonres de ce rang ; lés
Majors Generaux , & autres de pareils rangs ;
les Lieuterans Generaux & les Generaux.
Après eux les deux grands Herauts d'armes ,
Pleczcoff & le Comte Safty , en habits couleur
de feu brodez d'or , furquoi étoit brodée
P'Aigle Imperiale , & ayant en main le bâton
de leur Charge. Les ornemens qu'on avoit
tirez le matin du Tréfor , & placez fur une
table & fur des couffins brochez d'or , dans
une chambre vis - à-vis de l'appartement Royal.
le Manteau Royal étoit porté fur deux couf
fins par le Prince Gallitzin & le Comte d'Ofterman
, Confeillers Privez : il étoit de drap
d'or doublé d'hermine , les agraffes faites en
chaîne , étoient enrichies de quantité de gros
brillans , & fur le Manteau étoit l'Aigle Imperiale
en broderie d'or relevée . Le Globe étoit
porté par le Prince Dolgoruki , Confeiller
Privé , fur un couffin d'or : il étoit de fin or ,
furmonté d'une croix enrichie de diamans , de
rubis , de Saphirs & d'émeraudes. Le fceptre
étoit aufli porté fur un couffin par M. Mufin
Puichkin , Confeiller Privé : il étoit émaillé
& orné de diamans & de rubis , & terminé
par l'Agle Imperiale : c'eft le même Sceptre
qui a fervi cy-devant au Couronnement & aur
Sacre des anciens Empereurs de Ruffie. La
Couronne étoit cortée par le General Comte
de Bruce : elle étoit toute revêtue de brillans ,
entre lefquels il y en avoit d'une finguliere
groffeur ; les Perles en étoient des plus belles
'd'Orient ,
2330 MERCURE DE FRANCE .
d'Orient , d'une groffeur extraordinaire , &
d'une eau égale. Sur toute la Couronne on
voyoit quelques pierreries de couleur , entre
autres un vrai rubis d'un rare éclat & gros
comme un oeufde Pigeon. C'eft fans contredit
le plus beau que l'on connoiffe jufqu'à prefent.
Il étoit au haut de la Couronne à la
place du Globe , & la Croix étoit toute de
brillans . Le Cointe de Tolotoy , Grand Maréchal
, ayant en main le bâton de Maréchal , au
haut duquel étoit l'Aigle Imperiale d'or maffif
, & par deffus une émeraude de la groffeur
d'un oeuf de poule.
Le Czar accompagné des deux Princes Menzikoff
, & Repnin', Velt- Maréchaux , en qualité
d'Affiftans , qui marchoient à fes côtez ,
mais un peu derriere. La Czarine conduite par
le Duc de Holftein , & accompagnée de l'Amiral
- General , Comte Apraxin , & du Chancelier
, Comte de Golonkin , comme Afiftans,
qui marchoient auffi aux deux côtez , un peu
derriere. La queue du manteau de la Czarine
étoit portée par la Princeffe de Menzikoff, lat
Comteffe de Golowkin , la Comteffe de Bruce
, la Generale Buturlin & la Princeffe de
Trubeskoy. Les Chambellans de la Czarine &
les autres Cavaliers de fa Cour , marchoient
de fuite , aux deux côtez , avec les Dames qui
portoient la queue du manteau. Les Dames du
premier rang , avec les autres Dames de la
Cour , & le refte des femmes de qualité Les
Colonels , les Officiers , & ceux de la Nobleffe
Nationale qui avoient été nommez pour être
prefens à la folemnité. Le refte des Cavaliers
Gardes fermoit la marche.
Auffi-tôt que l'on fortit des appartemens ,
les Cloches de la Cathedrale & des autres
Eglifes commencerent à fonner , & pendant
la
NOVEMBRE 1724. 2331
la marche , les Regimens qui étoient rangez ,
prefenterent les armes , au bruit de la Mufique
& des Tambours. Lorfque les ornemens
approcherent de la porte de la Cathedrale ,
tous les Archevêques & le Clergé en habits
pontificaux , fortirent de l'Eglife fur les dégrez
, & les deux premiers Evêques ; fçavoir ,
celui de Novogrod , & celui de Pleskow , encenferent
les ornemens & les afpergerent
d'eau-benite. Quand L. M. furent près de la
porte , l'Archevêque de Novogrod leur prefenta
le Crucifix à baifer , & celui de Pleskow
leur donna de l'eau- benite. Alors le Chergé
marcha devant dans l'Eglife , le Choeur chantant
le Pfeaume ; Seigneur , je chanterai vôtre
mifericorde& vêtre juftice. Les Archevêques
& les Prélats fe placerent felon leur rang , des
deux cô ez fur des bancs , placez au rez- dechauffée.
Avant que L. M, montaffent au Trône
, le Lieutenant General Jagufchinsky , en
qualité de Capitaine des Cavaliers - Gardes , &
& le Major General Mamonoff , comme leur
Lieutenant , fe mirent fur la plus haute marche
du Trône : le Brigadier Leontieff , & le
Colonel Merfchersky étoient fur la marche du
milieu , ayant en main leurs bâtons de commandement.
Les deux Grands Herauts d'Armes conduifirent
les ornemens fur le Trône , où ils furent
déposez fur la table par ceux qui les por
toient les Herauts d'Armes defcendirent &
s'arrêterent fur la premiere marche d'en bas
Ceux qui avoient porté les ornemens en firent
de même , & fe mirent , le Comte de Bruce
fur la premiere marche en defcendant du Trône
, le Comte Mufin - Pufchkin fur la feconde ,
le Prince Dolgoru : ki fur la troifiéme , le Baron
d'Ofterman fur la quatrième , & le Prince
de
2532 僵
MERCURE DE FRANCE:
de Galliczin fur la cinquième , & ils fe tin
rent debout. Le Duc de Holſtein mena la Czarine
jufqu'au Trône , & fe retira enfuite à la
place qui lui étoit deftinée , pendant que le
Czar , donnant la main à la Czarine , montą
avec elle fur l'eftrade. Les Princes Menzikoff
& Repnin , & les Comtes Apraxin & Golowkin
fuivirent L. M. fur le Trône , & ſe range
rent contre la baluftrade aux côtez du Czar
& de la Czarine , pour y faire leurs fonctions
d'Affiftans. Lés cinq Dames qui portoient la
queue du manteau Royal , fe mirent tout joignant
la baluftrade derriere le fauteuil de L.
M. ainfi que les quatre Seigneurs Affiftans ,
pour faire leur office lorfque la Czarine defcendroit
. Le Grand Maréchal tenant fa mafle
élevée , marcha toûjours devant L. M. & les
accompagna jufqu'au haut du Trône ; enfuite
dequoi il defcendit , & fe tint debout tout feul
fur la premiere marche. Les Generaux & au-.
tres perfonnes de diftinction , les Dames &
Demoifelles monterent aux Galeries , où chacun
fe tint debout tant que dura la ceremonie.
Les Colonels & ceux de la Nobleffe Ruffienne
qui avoient été invitez , étoient à gauche entre
les deux gros pilliers , & les Chambellans
de la Czarine , & les autres Cavaliers & Officiers
étoient à la gauche du Trône.
Aufi-tôt que leurs M. furent montées fur le
Trône , & affifes dans les deux fauteuils , les
Archevêques & autres Prélats s'affirent fur
leurs bancs tout le refte demeura debout.
Alors on fonna les cloches , & on ceffa de
chanter.
Enfuite le Czar fe leva & prenant le Scep
tre de deffus la table , commanda au Grand
Maréchal de faire approcher les Archevêques
& les Prélats , ils s'avancerent devant S. M.
qui leur parla ainfi.
Comme
NOVEMBRE 1724. 2333
Comme par nôtre Declaration publique , nous
vous avons fait connoitre nôtre réſolution fur
le Couronnement de nôtre très - chere épouse ;
notre bon plaifir eft que vous y procediez à co
moment , felon le Rituel.
Les Archevêques ayant reçû ce commandement
, s'approcherent de la Czarine , & celui
de Novogrod lui adreſſa ces paroles :
Orthodoxe & grande Imperatrice , três-grarieufe
Dame , qu'il plaife à Vôtre Majesté de
reciter tout haut le Simbole de la foi Orthodoxe
en prefence de fes fideles fujets.
La Czarine l'ayant fait , l'Archevêque dit :
la grace du Saint- Efprit foit avec toi , ce que
tout le Clergé repeta tout bas. On commença
auffi tôt le Couronnement de la maniere fuivante.
La Czarine fe mit à genoux fur un
couffin, & le premier Archevêque la benit avec
le figne de la Croix , lui impofa les mains ,
ôta la Mitre , & recita cette Priere;
Seigneur nôtre Dieu , Roi des Rois , de qui
toutes les Puiffances relevent , vous qui par le
miniftere de vôtre Prophete Samuel , choifites
David vôtre ferviteur , & l'oignites pour étre
le Roi de vôtre peuple , exaucez la priere que
nous vous adreffons , nonobftant nôtre indie
gnité ; regardez du haut de vôtre fainte de
meure rendez digne de l'onction facrée
vôtre fidelle fervante , nôtre Orthodoxe
grande Imperatrice Catherine Alexiewna que
vous avez élue pour être Dame & Maitreffe
fur vôtre peuple que vous avez racheté par le
précieux fang de vôtre fils unique : revêtez - la
de vôtreforce , mettez furfa téte une précieuſe
Couronne ; accordez- lui une longue vie ; mettez
dans fa main le Sceptre du falut ; placez- lafur
le Trône de la justice ; armez- la de l'armure de
PEsprit Saint fortifiez ses bras i foumettez
lui
2334 MERCURE DE FRANCE.
jui tous les peuples infideles ; que vôtre crainte
ne forte point de fon coeur & qu'elle n'ait
point d'autre volonté que celle de vous o éir ,
maintenez-la dans la veritable foi , faites
qu'elle fe montre toujours la vraye protectrice
de la doctrine de la Sainte Eglife Catholique
qu'elle juge vôtre peuple felon la justice ; qu'elle
faffe justice aux apligez; qu'elle foulage les enfans
des pauvres , & qu'enin elle obtienne vôtre
Royaume celefte .
Lorique cette Priere fut achevée , la Czarine
fe releva ; les deux Archevêques prirent le
manteau du Couronnement & le donnerent au
Czar , qui fans quitter le Sceptre , en revere
la Czarine. L. M. fe mirent enfuite à genoux
fur les couffins , & l'Archevêque lut tout
haut cette Priere :
Unique Roi du genre humain , ceux que vous
avez choisi pour le gouvernement temporel ,
fent profternez avec nous en vôtre presence
nous vous fupplions tous , Seigneur , de leur
conferver votre protection : fortifiez leur Empire
; accordez-leur la grace de faire toujours
ce qui vous eft agreable , faites fleurir de leurs
jours la juftice , multipliez leurs profperitez ,
afin que fous leur doux gouvernement , nous
menions une vie fage & tranquille dans la p-asique
des vertus & de la pieté.
La Czarine s'étant relevée , le Czar reçût
des mains des Archevêques la Couronne , qu'il
mic fur la tête de la Czarine , fans quitter le
Sceptre qu'il tenoit toûjours à la main , Les
Archevêques la benirent en prononçant ces
paroles : au nom du Pere du Fils & du Saint-
Eforit. Le Czar demeura debout , ayant le
Sceptre à la main , & l'Archevêque mit le
Globe dans celle de la Czarine.
Apres cela L, M, s'affirent fur le Trône , &
reçûren
NOVEMBRE 1724. 2335
reçurent les complimens de felicitation , tant
du Clergé que des Laïques , pendant que le
Choeur chantoit le Cantique accoutumé pour
la profperité de L. M. Alors fe fit la premiere
décharge generale de toute l'artillerie , & une
falve de moufqueterie par les foldats poft.z
fur la place d'Ivan , & on fonna toutes les
cloches des Eglifes comme il eft marqué dans
la Liturgie. Leurs M. remirent enfuite le Sceptre
& le Globe à ceux qui les devoient porter
, & qui les mirent fur la table. Le Czar &
la Czarine ayant la Couronne & le manteau ,
defcendirent enfemble du Trône avec la même
ceremonie qu'elles y avoient monté , &
s'avancerent jufqu'au pied de l'Autel , d'où
elles fe rendirent à leurs places ordinaires ,
pour y entendre l'office.
Les Princes Menzikoff & Repnin fuivoient
le Czar , & les Comtes Aprax n & Golowkin
fuivoient la Czarine ; les deux premiers s'arrêterent
devant la place du Czar , & les deux
autres demeurerent à la gauche de la Czarine.
Les cinq Dames qui portoient la queuë du
manteau , prirent leur place fur le petit amphitheatre
, à la gauche de L. M. Le Grand
Maréchal , Comte de Tolftoy ayant accompagné
L. M. jufqu'à leurs places , demeura d .
vant la Czarine , fur la premiere marche de
P..utel . Les autres Seigneurs , tant ceux qui
avoient porté les ornemens que les Officiers
Commandans des Cavaliers - Gardes , & les
deux grands Herauts - d'Armès , reprirent leurs
places.
Durant la Liturgie , la Czarine ôta quelque,
fois fa Couronne qui étoit gardée pendant ce
temps - là par M. Macaroff, Secretaire du Ca
binet. Quand on commença de chanter les.
Prieres de la Communion , on étendit un double
2336 MERCURE DE FRANCE. 1
? ble tapis de velours rouge depuis la Loge de
La Czarine , le long du chemin par où elle
devoit paffer pour aller recevoir le Sacre & la
Communion , & tout auprès de la porte du
Sanctuaire , un tapis broché d'or. Lorique les
Prieres pour la Communion furent chantées ,
& qu'on eut ouvert le Sanctuaire , L. M. defcendirent
de leurs places , & le Czar prit la
Czarine qui avoit la Couronne fur la tête & le
manteau Royal , & la mena par la main fur le
chemin couvert de velours jufqu'au tapis qui
étoit à l'entrée du Sanctuaire , où elle s'agenoüill
fur un couffin brodé d'or. Les deux
Evêques , en qualité de Prélats de la feconde
Claffe , apporterent les Saintes Huilles dans des
vafes particuliers , & un Archevêque , en quafité
de Prélat du premier Ordre , oignit la
Czarine au front , fur la poitrine & aux mains,
en repetant à chaque onction ces paroles : Au
nom du Pere du Fils & du Saint-Eſprit. D'autres
Archevêques de la premiere claffe , l'effuyerent
avec du coton qu'ils mirent dans un
rechaud fur l'Autel. La Czarine fe releva enfuite
, & fe rangea un peu du côté gauche , &
Archidiacre qui avoit en main le S. Sacrement
dans un Ciboire , ayant dit tout haut ces
paroles accoutumées : Approchez avec pieté
avec foi , elle fe remit à l'entrée du Sanc
tuaire ou elle reçat la Communion des mains
de l'Evêque officiant. Sans fortir de cette place
, elle reçût des mains de 1 Archevêque le
pain -beni , & un peu de vin chaud. Deux
Archiprêtres de la Cathedrale apporterent un
baffin d'or. L'Archiman trille , ou Abbé du
Monaftere de la Trinité , prefenta une Aiguiere
d'or avec de l'eau , & deux autres Archimandrites
prefenterent l'effui -main à S. M. Cela
érant fait leurs Majeftez retournerent à leut
place ,
NOVEMBRE 1724. 2337
place , & alors fe fit une feconde falve.
A la fin de l'Office l'Ar hevêqué de Plefkow
fit un difcours où il toucha en peu de
mots les rares vertus dont le Ciel a orné la
Czarine , & fit voir que c'étoit avec beaucoup
de justice qu'elle avoit reçû la Couronne de
Ruffie des mains de Dieu & de fon époux :
il finit par une felicitation au nom des Etats
de la Patrie.
Quand le Service fut achevé le Grand Maréchal
donna l'ordre aux Maîtres de Ceremonie
, afin que l'on fe remit en marche pour fe
rendre de cette Cathedrale à l'autre , ce qui
fe fit dans le même ordre que quand on étoit
venu du Palais , excepté que le Czar fortit par
une autre porte , & alla droit à fon appartement.
Des la fin de l'Office le Duc de Holftein
quitta fa place , & fe rendit auprès de la
Czarine pour l'accompagner comme auparavant.
Elle marchoit avec la Couronne & le
manteau Royal , & fortit de l'Eglife fous le
Baldaquin porté par les fix Majors Generaux
déja nommez . On portoit devant elle le Sceptre
& le Globe . Le Grand Maréchal marchoit
immediatement devant elle , & aux deux cô.
tez , un peu derriere , fuivoient les deux Affiftans
. Les Comtes Apraxin & Golowkin. Les
cinq Dames portoient la queue du manteau .
Lorfqu'elle fortit de l'Eglife au bruit des
Trompettes & des Timballes , on fit une troifiéme
falve , & on fonna toutes les cloches de
la Ville , aux acclamations d'une foule innombrable
de peuple. Derriere la Czarine
marchoit le Velt-Maréchal , Prince Menzikoff.
Le Preſident de la Chambre des Finances Pleftzeoff
, & le Confeiller de la Treforerie Printzen-
Stern , portoient aux deux côtez une
bourfe de velours rouge , brodée d'or , dans
Ç laquelle
i
2338 MERCURE DE FRANCE.
laquelle il y avoit des Medailles d'or & d'argent
que le Prince Menzikoff jettoit au peuple,
pendant que la Czarine alloit à pied d'une Cathedrale
à l'autre . La Compagnie des Cavaliers
-Gardes du Czar étoit rangée en haye aux
deux côtez ; & auffi tôt que la Proceffion fur
entrée dans l'Eglife elle monta à cheval , &
attendit que la Czarin: montât en caroffe . Devant
la porte de l'Eglife vint un Archevêque ,
ayant le Crucifix ; & lorfque la Czarine fut
entrée , on chanta les Litanies accoutumées ;
elle monta enfuite dans un caroffe attelé de
huit Chevaux , & fe rendit au Monaftere de
Wofnefenski. Pendant ce temps -là les Maîtres
de Ceremonie demeurerent dans la ſeconde
Cathedrale , en attendant le retour de S. M.
avec toute la Proceffion , à la réſerve des perfonnes
nommées pour la fuivre dans cette
marche qui fe fit dans l'ordre fuivant .
1
Le Lieutenant General Jagoufchinski marchoit
à la tête d'une demie Compagnie dès
Cavaliers- Gardes , au bruit des Trompettes &
des Timballes ; ces Gardes étoient vêtus d'un
jufte-au- corps verd , & d'une foubre- vefte rouge
, richement galonnée d'or , & fur leur poitrine
, auffi bien que fur leurs bras étoient les
armés du Czar en broderie. L'étui à cartouches
étoit de velours , chargé de chiffres couronnez
, brodez d'or ; la Grenadiere & le ceinturon
étoient de velours rouge galonné d'or ;
les boucles & la garde de l'épée dorées , & le
chapeau bordé d'or , orné d'une cocarde blanche
; la houffe & les faux foureaux étoient
ornz de chiffres couronnez en or , & enrichis
de paffemens & de franges de même ; le
mords de la bride , le poitrail & la croupiere
des chevaux étoient couverts d'or maffif ; les
Timballes d'argent étoient d'un trés- bean travail
,
NOVEMBRE 1724. 2339
vail , avec les armes du Czar , & des reliefs
d'or & d'argent , avec des floques d'or d'Orfevrerie.
24. Valets - de - Pied de la Czarine marchant
à pied , quatre à quatre , & ayant pour livrée
un jufte- au- corps veid à paremens rouges
avec une velte rouge chamarée , le chapeau
bordé d'or , & l'épée à garde dorée.
12. Pages avec leur Gouverneur ; la livrée
étoit de velours verd pour le jufte au corps ,
les paremens & la vette de drap d'or , brodé
d'or ; des bas de foye rouge à coins d'or , &
l'épée à garde d'argent doré.
Le Grand Maréchal , dans un des caroffes du
1 Czar , tiré par fix chevaux , avoit à main
droite un Page , & à la gauche un Maure.
La Czarine dans un caroffe attelé de huit
chevaux , précedée par quatre Coureurs vêtus
de drap d'or ; leurs Tonnelets étoient de drap
d'argent & les écharpes de Damas blanc.
L'habit du premier étoit brodé d'or tout à
l'entour , & fon Tonnelet brodé de franges ;
au lieu que les autres ne l'étoient que de fimple
galon d'or.
Aux deux côtez du caroffe marchoient
deux Chambellans de S. M. & autres Officiers
de la Cour. Il y avoit de plus 16. Heyduques
qui marchoient aux deux côtez du caroffe ,
quoiqu'à une raiſonnable diſtance des Chambellans
& des autres Officiers . Leur habit confiftoit
en un jufte- au corps verd , une vefte
rouge ; le tout richement brodé d'or tout à
l'entour. Ils avoient les armes du Czar brodées
fur le devant de leur habit , & des chiffres
couronnez , accompagnez de franges d'or fur
les manches , & fur les paremens qui étoient
très -petits & de velours rouge . Leur bonnet
"de velours rouge bordé de velours verd , avec
Cij une
2340 MERCURE DE FRANCE .
une treffe d'or , avoit au haut une étoile brodée
d'or , avec une houpe & une pomme d'argent;
aux deux côtez du bord étoient deux
Aigles d'argent d'Orfevrerie , avec deux aigrettes
d'argent , accompagnées par derriere
d'un bouquet de plumes rouges & blanches .
Au lieu dn ceinturon ils portoient deux chaînes
d'argent , attachées à une bande de vefours
rouge ornée de treffe d'or ; les poignées
de leurs fabres étoient groffes & dorées . Leurs
bottines , de Maroquin du Levant , étoient embellies
de boutons , & de divers autres ornemens
d'argent d'Orfevrerie , il y en avoit
même fur leurs fouliers.
Le Lieutenant General Leffy fuivoit à cheval
le caroffe de la Czarine avec les deux Herauts
d'armes de la Ruffie , & jettoit chemin
faifant , de l'argent au peuple , qui étoit porté
dans des bourfes par des Officiers , ce qu'il
fit jufqu'à ce que S. M. fut rentrée dans fesappartemens.
Six Maures habillez de velours noir bordé
d'or , leur Tonnelet étoit de taffetas rayé ,
blanc & ponceau . Ils avoient en forme d'écharpe
& de bracelets , des ornemens de plumes
blanches & rouges , qui venoient jufqu'au
Tonnelet. Leurs turbans de velours rouge
avoient un bord de Mouffel ne , où étoient
attachées des plumes rouges & blanches .
Leurs colliers étoient d'argent aux chiffres de
L. M.
Les deux Affiftans , fçavoir les Comtes Apraxin
& Golowkin , dans un des caroffes de la
Cour , artelé de fix chevaux , avoient deux
Pages d'un côté , & deux Maures de l'autre.
La marche étoit fermée par le refte de la Compagnie
des Cavaliers - Gardes.
Quand la Czarine fut arrivée au Monaftere ,
un
NOVEMBRE 1724. 2341
un Archevêque portant le Crucifix , & accompagné
de toutes les Religieufes , viat la rece
voir à la porte. Lorfqu'elle eut fait fes Prieres
fur les Tombeaux des Daines de la Maifon
Royale , elle remonta en caroffe , & retourna
au Château dans le même ordre qu'on étoit
venu ; le Duc de Holtein reçût la Czarine à
la defcente du caroffe , & lui donna la main
jufqu'à fon appartement , où L. M. attendirent
que l'on eut fervi dans la falle des folemnitez .
Cette falle étoit tendue de velours rouge à
bandes , d'un riche drap d'or à fleurs travaillé
à la Chine , & le plancher étoit couvert de
Tapis de Perfe d'une grandeur extraordinaire.
A la droite du pillier qui foutenoit la voute
de la falle joignant la muraille , étoit une
loge tenduë de drap d'or , bordé d'une frange
d'or , & accompagné de quantité de boufettes
, d'où les Princeles Royales & les Du→
cheffes de Meckelbou g & de Curlande de
voient voir la folemnité .
Tout autour de ce pillier on avoit élevé une
table à gradins , chargée de vafes d'or & d'argent
, enrichis de perles d'Orient & de pierreries.
Du même côté , vis - à - vis de la porte ,
étoit un dais de velours rouge , galonné d'or ,
avec quantité de boufettes , fur une eftrade
garnie auffi de velours & de galon d'or , fur
faquelle étoit la table où L M. devoient manger.
A gauche , mais fans eftrade , étoit une autre
table où le Duc de Holftein devoit manger
feul.
A quelque distance delà il y en avoit une
autre pour des perfonnes de la premiere qualité
, & particulierement pour celles qui
avoient eu quelque fonction au Couronnement.
C iij
A
2342 MERCURE DE FRANCE .
A une autre diftance de cette table , à la
gauche de L. M. il y en avoit une troifiéme
pour les principaux Prélats feculiers qui
avoient officié ou aſſiſté au Couronnement.
Vis- à- vis de la table des Prélats il y en
avoit une quatriéme dreffée pour les Dames
& les Demoifelles qui avoient eu quelque
emploi durant la ceremonie.
A gauche , près de la porte , on avoit placé
fur un amphitheatre l'orcheftre pour la Mufique.
Le Grand-Maréchal ayant averti L M. que
tout étoit prêt , on le rendit dans la falle en
cet ordre.
Le Grand Maître des Ceremonies marchoit
devant avec fes Collegues. Les deux Grands
Echanfons , M Soltykoff & le Comte André
Apraxin ; ce dernier fit l'office d'Ecuyer
tranchant durant le feftin . ) Le Grand- Maîtred'Hôtel
du Czar , M. Alfuffief , portant le
bâton , qui eft la marque de fa dignité , étoit
fuivi du Grand - Maréchal. Le Czar avec fes
deux Affitans. La Czarine menée par le Duc
de Holftein ; fes deux Affiftans , les Comtes
Apraxin & Golowkin , marchoient a fes côtez
, mais un peu derriere . La queuë du manteau
étoit portée par les cinq Dames du premier
rang.
Les Dames de la premiere diftinction venoient
enfuite avec les Filles - d'Honneur de la
Czarine.
Lorfque L. M. Czarienne furent fous le dais,
un Archevêque fit la Benediction , après quoi
L. M. fe mirent à table .
Le Duc de Holftein fe mit à la feconde , qui
fut fervie à part , & chacun fe mit à celle où
fa place étoit marquée,
Le Chainbellan & Ajudant- General Narifchkin
NOVEMBRE 1724. 2343
rifchkin & leGouverneur d'Aftran & Ajudant-
General Wolinski , étoient derriere le fauteuil
du Czar pour le fervice du Cadenat . Derriere
le fauteuil de la Czarine étoient les
Chambellans , Mts de Mons & de Balk pour
la fervir.
Les plats furent mis fur la table par des
Lieutenans Generaux dans l'ordre fuivant.
Le Grand Maréchal marchoit fuivi du
Grand Maître-d'Hôtel , puis venoit le Grand
Ecuyer tranchant , enfuite les Officiers qui
portoient le fervice , chaque plat étant efcorté
de deux Cavaliers- Gardes avec leurs Carabines
, & enfin le Maître des Ceremonies .
Le Grand- Maître- d'Hôtel rangeoit les plats
& les ôtoit , & faifoit une genuflexion à chaquefois
, ce que faifoient auffi les autres qui
donnoient les affiettes ou les verres à L. M.
Elles furent fervies en vaiffelle d'or , & les
piramides qui portoient les confitures , furent
apportées dans des baffins d'or. Le Duc de
Holftein fut fervi par des Officiers du premier
rang.
Pendant le repas il y eut deux fontaines de
vin rouge & de vin blanc , des boeufs rôtis ,
avec toutes fortes de volailles piquées , fur
un échafaudage dreffé devant la falle , que
Ton abandonna au peuple.
Avant qu'on fe leva de table , le Velt Maréchal
, Prince Menzikoff diftribua à toutes
les perfonnes de diftinction qui avoient fait
quelque fonction à cette ceremonie , de groffes
Medailles d'or , fur lefquelles elle étoit
reprefentée. Après le feftin L, M. Czarienne fe
rendirent à leurs appartemens , dans le même
ordre , & avec les mêmes ceremonies qu'elles
étoient venues.
C iiij
SON2344
MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗法:洗洗洗说洗洗洗洗券
SONNET fur les Bouts - rimez proposez
dans le Mercure du mois d'Aouft
dernier.
Ui , laiffant pour toûjours les bords de
Ου la Garonne ,
Pour vous plaire j'irois jufqu'au fonds du
Perou ,
Dût'on me regarder , Cloris , comme un Hibou
Vôtre amour est pour moi plus cher qu'une
Couronne.
Mais fi vous ne m'aimez , trop charmante Baronne
On me verra bien - tôt par tout crier Houbou ,
Vous le devez plutôt que de me rendre Fou
Ce cas eft décidé par toute la Sorbonne.
Si vous ne me croyez, confultez - en Balfae ,
Il fçût en fon vivant faire maint Almanach ,
Là-deffus il fut Grec beaucoup plus qu'un Miniftre.
Si cela n'eft pas vrai, je veux être un Magot ,
Et que tous mes difcours reffentant le Fagot ,
On me mette au niveau d'un miferable Cuiſtre.
LETNOVEMBRE
1724. 2345
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France, fur la Lumiere
Septentrionale.
J
E ne puis , Meffieurs , m'expliquer
fur les Memoires de l'Académie qui
furent imprimez l'année derniere , qu'après
l'Extrait qui en a paru le mois de
Septembre dernier dans le Journal des
Sçavans , page 569. de l'Edition in 4 ° .
C'est pourquoi je ne prétends attaquer
ni le refpectable Académicien qui a fait
le Recueil de ces Memoires , ni le fçavant
Auteur des Obfervations qui s'y
trouvent fur la Lumiere Septentrionale.
Je préfume feulement que l'imprimeur
a pû omettre par inadvertance quelques
lignes dans l'Extrait de la Differtation ,
compofee fur ce fujet par le celebre M.
Maraldi.
Et ce qui me le perfuade , c'eft qu'il eft
très difficile de croire que M. Maraldi
ait écrit qu'on a été près de mille ans fans
remarquer ce Phénomene ; fçavoir , depuis
les années 584. 585. 586. & 587.
jufqu'en l'an 1554. & les années fuivantes.
En effet , fi on veut fe donner
la peine de confulter les Auteurs des an-
Cy ciennes
2346 MERCURE DE FRANCE.
ciennes Chroniques , il eft difficile de n'y
pas appercevoir les Obfervations qu'ils y
mettent de temps en temps fur cette Lumiere
. Il y en a eu tant d'écrites entre
le fixième & le feiziéme fiecle , qu'on
ne peut pas manquer , en les ouvrant , de
tomber fur quelque remarque qui a
rapport à ce Météore. Nous n'avons ici
ni les Collections de Duchefne , qui renferment
les Annales de Saint Bertin , de
Metz , de Fulde , & c. ni les autres Recüeils
de Chroniques , fi ce n'eft ceux du
P. Labbe , Jefuite , des PP. Dachery &
Mabillon, Benedictins , & quelques Chroniques
renfermées dans la grande Bibliotheque
des Peres : au refte fort peu de
Chroniques publiées feparement. Je n'ai
pas laiffé dans ce petit nombre que j'ai
parcouru pour d'autres faits plus importans
, d'être affez frappé de ce que j'y ai
lû touchant la Lumiere Septentrionale ,
pour me reffouvenir qu'on n'a pas été
neuf cents ans fans la voir , ou au moins
fans raifonner deffus cette Lumiere , comme
il femble que M. Maraldi l'auroit
you !u dire .
Le P. Labbe a publié dans le premier
Tome de fa nouvelle Bibliotheque de
Manufcrits la Chronique de Hugues ,
Abbé de Flavigni , en Bourgogne , où on
lit ceci à la page 247. Anno ab Incarnatione
NOVEMBRE 1724. 2347
tione Domini M. XC. IX. primâ hɔrâ
noctis à parte Aquilonari lux ingens quafi
ignis ardentis emiffa , ufque prope dilicu-
Lum noctem convertit in diem. Quo etiam
anno biems folito afperior octo continuis
hebdomadibus inhorruit ; ita ut beftias ,
aves , homines quoque plerofque vis algoris
exureret. Fuerunt qui lucem illam datam
à Deo in necem & dejectionem Saracenorum
, ferente eo adjutorium & vires
præbente Jerofolymitanis ad fternendam &
omninò confumendam multitudinem Principis
Babylonia qui venerat ad proterendos
eos qui Hierofolymam coeperant , quorum
numerus erat ut arena maris , & ob
id lucem divinitùs directam ne Chriftianis
qui eo die præliabantur pralia Domini
etiam in nocte lux deffet ad contritionem
gentis adverfa . Vtrum ita fit , an igneus
ille fplendor qui apparuit ignee illa
acies portenderint effufionem humani fanguinis
que eo die & fequenti facta est ,
ficut legimus factum cùm immineret bel
lum illud lacrymabile inter filios Ludovici
Pii Imperatoris ; an immineat aliqua
mundo tribulatio , ut legitur factum eo an-
• no quo Ludovicus Rex ab Hugonis Magni
procuratione feparatus eft , quando
idem fignum apparuit po ten lens Hungarorum
peftem que mox acriter invaluit ,
viderint quorum opus eft id experiri &
C vj cognof2348
MERCURE DE FRANCE ..
cognofcere. Vifa eft autem lux in parte
Aquilonari verfus folis occafum , & nocte
declinante refpiciendo porrigebatur in ortum
, fed ante lucanum aliquantùm delituit.
Un Chanoine de Saint Pierre de
Troyes , appellé Camuzat , a publié en
1610. la Chronique d'un Chanoine Regulier
de l'Abbaye de S. Marien d'Auxerre
, de l'Ordre de Prémontré , qui
finit à l'an 1220. ou environ , & fur l'original
de laquelle je fuis quelquefois
obligé de travailler. Ce Chronologifte y
marque ainfi un fait arrivé de fon temps.
Anno Domini M. CC . iiij à fine menfis
Januarii ufque ad Maium per tres menfes
, aut nullis , aut rariffimis pluviis terra
infufa eft , cum duo menfes ob hiemis ve- .
rifque confinium maxime effe foleant &
pluviofi & gelidi : eratque contra confuetum
ordinem temporis ficcitas & calore
ftivalis menfe Martio . Coelum cùm fine
alla nubium denfitate multaque ferenitate
clarefceret vifum eft à parte Septentrionali
nocturno tempore tanto rutilare rubore , ac
penitus igne flammefceret , & ampliffimum
coli fpatium occupans , quafi quoddam
motabile difcurrere vifebatur. Nec femel
aut bis fed pluries id accidiffe notum eft.
Voilà deux exemples à cent cinq ans
l'un de l'autre de cette Lumiere extraordinaire
; mais le premier exemple tiré de
Hugues
NOVEMBRE 1724. 2349
Hugues de Flavigni eft d'autant plus digne
d'attention que l'Ecrivain , habile
d'ailleurs pour ce temps- là , qui vivoit
lorfque cette Lumiere parut , & qui la
vit , s'applique à raiſonner deffus , & à
en tirer des pronoftics pour l'avenir.
Il s'appuye même fur l'exemple d'une
femblable Lumiere , qui avoit paru peu
avant la fanglante bataille donnée dans
nos quartiers le Samedi 25. Juin de l'an
841. communément dite de Fontenai , &
fur une autre qui parut environ cent ans
après fous le regne de Louis d'Outremer :
ce qui laiffe à penfer qu'il ne s'eft paffé
gueres de fiecles depuis S. Gregoire de
Tours , fans qu'on ait vû paroître ce Phenoméne.
On trouve des veftiges de ce qui
parut peu avant l'an 841. dans la Chronid'Herman
le petit , en ces termes ,
l'an 839. Cometa in figno arietis ; coelum
inftarfanguinis rubeum , igniculique per
aëra difcurrere vifi funt ; & plus au long
dans les Annales d'Eginhard qui marquent
à la même année que cette Lumiere
prenoit d'un côté à l'Orient , &
de l'autre à l'Occident , & venoit aboutir
en pointe au Septentrion ; qu'elle étoit
de couleur de fang figé , & qu'elle parut
durant quelques nuits vers la Fête de
Pâques. Imperator in Aquis grani Pafcha
celebravit. Hifce temporibus per alique
à
quot
2350 MERCURE DE FRANCE .
-quot noctes rubor aëris nimius apparuit ,
ita ut unus trames ardens ab Euro , alter
à Circio exoriens , in conum coirent , &
quafi coagulati fanguinis fpeciem in fummitate
coeli monftrarent.
Je fçai que les confequences qu'on
tiroit autrefois de ces feux ne meritent
aucune attention ; mais comme on étoit
alors accoutumé à les tirer telles , de
même que des Comettes qui paroiffoient ;
c'eft ce qui fait que les Hiftoriens ont dù
quelquefois en parler . Et fi on veut ſe
donner la peine de les confulter , on y
trouvera de temps en temps les mêmes
obfervations. Auffi remarque t'on dans
Sigebert & dans Clarius , Moine de
Saint Pierre -le- Vif à Sens , la Lumiere
Septentrionale dont a parlé l'Abbé Hugues
. Quoique tous deux ne conviennent
pas fur l'année , l'un la plaçant un an
plutôt que l'autre , ils s'accordent cependant
à dire chacun dans leur Chronique
que ce fut le 27. Septembre qu'on vit
pendant la nuit le Ciel très enflammé ,
& Sigebert femble croire qu'elle fervit
à prédire la mortalité qui arriva fur les
animaux , & la rouille qui furvint fur les
bleds . Multis in locis , dit-il , quinto Calendas
Octobris coelum quafi ardere vifum
eft nocturno tempore ; & fecuta eft animalium
peftilentia & fegetes nimio imbre
aurugine
NOVEMBRE 1724. 2351
aurugine corrupta funt. Le moine Clarius
détaille mieux la chofe. Quinto Calendas
Octobris luna xxviij rifa eft in
Calo in part: Septentrionali Zona ignea
fanguinei coloris longiffima , & multă latitudine
expanfi , emittens quoque terribiles
radios verfus meridiem : vifa eft verò
per totam noctem ab ipfo crepufculo ufque
ad lucem.
dans ces
Au refle , quoiqu'on n'ait pas
Chroniques toutes les preuves de la fechereffe
qui préceda ces apparitions , on
entrevoit cependant qu'elles ont dû préceder.
Sigebert marqué qu'il furvint de
grandes pluyes après celles dont il parle
; cela fuppofe qu'il y avoit long -temps
qu'il n'avoit plu confiderablement , &
ordinairement parlant les grandes pluyes
ne viennent qu'après de longues fechereffes
. Le Chanoine de S. Marien d'Auxerre
marque pofitivement qu'une fechereffe
de trois mois avoit précedé dans
une faifon où la fin de l'Hiver & le
commencement du Printemps procurent
communément de la pluye & du froid .
Ainfi le fentiment du fçavant Académicien,
loin d'être infirmé par les exemples
que j'ai apporté , doit s'en trouver encore
fortifie fçavoir , que ce font les
grandes fecherelles qui font les cauſes
pro2352
MERCURE DE FRANCE.
productives de la Lumiere Septentrionale.
Je fuis , Meffieurs , & c.
D'A.... en Bourgogne le 17. Octobre 1724.
* *XXXXXXX¥ ¥¥¥¥
BOUTS- RIMEZ donnez au mois
d'Aoust 1724.
SONNE T.
Njour certain Pimpant , voifin de la Ga-
UNjou
ronne ,
De ceux qui fe vantant d'avoir tout le Perou ,
N'ont pas dequoi loger la tête d'un
Difoit que fa valeur meritoit la
Hibou ,
Couronne,
Que d'un de ſes regards il détruiroit Bayonne ,
Que fa Cloris , qui n'eft qu'une vieile Houbou,
Charmer oit Adonis juſqu'à devenir
Fou ,
Et qu'il rendroit Mutus un Docteur de Sor、
Qu'en ftile Pindarique il pafferoit
bonne.
Balzac ,
Qu'il avoit inventé l'Epacte & l' Almanach ,
Et qu'il n'avoit tenu qu'à lui d'être Miniftre.
Infin
NOVEMBRE 2353 1724.
Enfin laffé d'entendre un pareil Oftro
De colere j'allois le fervir d'un
Got
Fagot,
Lorfque je m'apperçûs que ce n'étoit qu'un
Cuiftre,
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet
1724. contenant les fuites du Remede
de l'Eau à la glace.
E fus faifis ces jours paffez d'une colique
vers le foir , & je paffai la nuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
mon lit. Je bus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encore trois pots avant que de me coucher
fans manger. Mes douleurs furent appaifées
. Le lendemain après avoir bû encore
deux pots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede guerit
tous cours de ventre inveteré , flux
de fang ,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüillez
fur la partie affligée ; dans deux heures
2354 MERCURE DE FRANCE .
1
res les douleurs ont ceflé. Le Grand-
Maître qui fe mocquoit du remede commence
à y avoir foi , & a obligé le Capucin
de s'arrêter ici .
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art , il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccantes
, & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou diminue
la doze fur les indications que lui
fournit la nature . Il traite tous fes malades
differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des oeufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3. femaines fans manger abfolument.
11 en a deux de ma connoiffance
actuellement à la * Camarade , qui
y font fans manger , l'un depuis 17. jours ,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur , &
Caftriofi eft fort gras , & avec des douleurs
vives , ils ne mangeront pas fitôt.
Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre qui fut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe .
manNOVEMBRE
1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours , & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme abandonné
de toute la Medecine . Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarrena
font à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel attaqué
d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
& fe promene. Il vous expedie une fiévre
en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & de vous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à penetrer
le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles . Il force à boire ceux qui y
repugnent , & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps , la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'entrailles
& dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes , que les
pots de chambre de verre fe cafloient . It
eft revenu dans fa bonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
1
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Medecins
ordinaires , & qui fe promene aujourd'hui
a été dans le même cas ; fes
urines étoient
brûlantes. Le
Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un
Portugais , nommé
Pichotte , qui eft de retour de Montpellier
depuis fix femaines . Il a une tumeur
dans le ventre groffe comme la forme
d'un Chapeau avec un vifage de cire
jaune.
Hier au foir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet
extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté ,
c'eſt un vrai miracle de ce remede , il eft
à
merveilles jufqu'à prefent & fans palpitation.
Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant en bonne fanté .
Le
Chevalier de
Romagere le cadet
eft
actuellement dans un
commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau . Le Capucin l'a
affuré qu'il le
gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves . Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'il a délivré une femme prête
à mourir , ne pouvant
accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée.
Extrait d'une autre Lettre écrite de Malthe
fur le mêmefujet , le 8. A¸uſt 172 4.
Tous les buveurs d'eau vont de mieux
en mieux , l'effet de ce remede eft furprenant
, je vois un Chevalier , qui depuis
22. jours n'a pas mangé , dont le
viſage eft allez bon , & qui fe promene ;
il fent , dit -il , de l'amertume dans la
bouche , & que cette eau remue tout dans
fon eftomach. On croit que la cure fera
longue , l'eau ne déterminant rien par
le bas ni par le haut. Il eft feur , comme
on l'a déja remarqué que cet homme a
une conduite particuliere en donnant fon
remede , & qu'il agit felon ce que la
nature lui indique , autant pour la
tité d'eau que pour la nourriture ; c'eſt à
la verité une rude épreuve pour les vieilles
maladies , & l'on a long - temps à ſouffrir
. Pour les maux recens , comme fiévre
maligne , hidropifie , poitrines attaquées
, & c. l'effet eft prompt , quatre
jours en font l'affaire. Si tout ce que
nous voyons ici eft vrai , comme je n'en
puis douter par les effets que nous touchons
avec le doigt , ce renede n'eft pas
rouveau à Naples & en Sicile ; mais s'il
quan
eft
2358 MERCURE DE FRANCE.
eft fi efficace , pourquoi n'eft- il pas univerfel
, feroit- ce par nôtre imbecillité
ou par l'ignorance des Medecins ? & c.
Autre Lettre écrite de Malthe , le 14 .
Aouft 1724.
Nôtre Medecin à la glace continuë à
faire des merveilles , le Valet du Comte
de Beverent eft hors de danger ; cette
eau a challé tout le venin qu'il avoit dans
le corps , cauſe par fes débauches . 11 fe
promene à prefent , & eft fans douleur
& fans fiévre . Le fils de Dorel fe mourant
d'un flux d'urine , eut il y a deux
jours une attaque de diffenterie : le Capucin
le voyant effrayé, lui dit vous ferez
gueris en effet , après le remede donné
le flux de fang s'eft arrêté . On porta avant
hier à l'Hôpital un Prêtre abandonné pour
une diffenterie , il marche aujourd'hui
& ne rend plus de fang. J'ai eu il
deux jours des maux de tête affreux , Lept
pintes d'eau à la glace , avec une diette
de 24. heures m'ont gueri. Les deux premeres
pintes que j'avalai tout de fuite ,
calmerent les douleurs ; je dormis 4
heures , & je ne m'en fentis plus le lendemain.
Je vis à prefent comme à l'ordinaire.
Le Commandeur Guarrena rey
a
prend
NOVEMBRE 1724. 2359
prend fon enbonpoint. Le Schirre eft ,
pour ainfi dire , fondu , & c.
Extrait d'une autre Lettre écrite de Malthe,
le 4. Septembre 1724 , fur le remede
d'eau à la glace.
Tous les malades du Medecin de l'eau
font hors de danger. Ce remede fait des
effets furprenants. Le Chevalier Caſtrioti
eft aujourd hui dans fon 48 jour fans
manger ; mais dans un état très- dangereux
. On lui donna hier l'extrême - Onction
; l'eau commença à faire fon effet
par les vomiffemens ; les matieres ont
été fi abondantes , que ne pouvant les
rendre il perdit connoiffance , & on le
crût mort à plufieurs reprifes ; le Capucin
lui fit donner dans la journée neuf
Javemens d'eau à la glace , & lui en faifoit
avaler dans le même temps : la nuit
on lui appliqua de la glace fur le ventre
& fur la poitrine , avec un fuppofitoire ;
il a commencé à fe fentir foulagé , & a
repris connoiffance . Son état eft douteux ,
mais on efpere de le tirer des bras de la
mort . Le Capucin n'a jamais voulu permettre
qu'on lui donnat du boüillon ; c'eft
un charivari extraordinaire dans la Medecine.
Nous voyons ici des
l'on nous écrit de Palerme
miracles , &
des chofes
étonnan2360
MERCURE DE FRANCE.
étonnantes de ce remede. Le Grand-Maitre
en a parlé plus d'une heure ce matin ;
je vois que ce remede eft très- violent ,
& qu'il faut être fagement conduit en le
prenant. Dès qu'il a mis les humeurs en
mouvement , fi la glace venoit à manquer
vous êtes mort , ou fi vous mangez
à contre-temps. Le Capucin défend
la viande & les bouillons , & fait éviter
la tranfpiration ; cette eau fouille par tout,
& renouvelle tous les anciens maux ,
pouffe par les urines , par le bas & par
le haut , & fait fortir des abfcès & des
pourritures horribles . Pour les fièvres
malignes nous en voyons guerir tous les
jours en trois ou quatre jours . Nous
avons vu un ſchirre fondu , un abſcès
fous le coeur coulé par le bas.
Le 4. Septembre.
Le Chevalier Caftrioti , âgé de 40 .
ans , mourut hier , l'eau n'a pû le fauver.
Le Capucin a demandé qu'il fut ouvert ,
& il l'a été ce matin , toute la Faculte
affemblée. On ne lui a pas trouvé une
goutte d'eau dans le corps ; les parties
nobles faines & nullement flétries ,
beaucoup de graifle , fes boyaux en bon
état mais deux polipes qui embraffoient
& ferroient le coeur. Pouvoit- il vivre
avec cela , & so . jours d'eau fans alimens.
Les parties n'ont pas fouffert com-
,
me
NOVEMBRE 1724 .
me on le croyoit. Il n'avoit
prefque point
2361
de
matiere dans
l'eftomach. Les
polipes
feuls l'ont tué.
Je viens de voir un Medecin Sienois
qui étoit autrefois établi à Naples , où il
a été gueri de trois maux
également dangereux
, d'une fiévre violente , d'un abſcès
dans
l'eftomach & de la
gangrene
au bras ; il fut 76. jours à l'eau fans manger.
Dans fa
convalefcence il fit
quelques
excès , & tomba en rechute ; le Medecin
le tint encore 30. jours fans alimens
& guerit
parfaitement de fon abfcès qu'il
rendit par le bas ; la
gangrene fut guerie
par des
applications
continuelles de neige
, & point d'autre remede . Il a encore
le bras plus court de trois ou quatre pouces
, & la cicatrice y eft bien
marquée .
Ce Medecin Sienois m'a dit que fa femme
a été délivrée de trois enfans morts
qu'elle avoit dans le corps par l'eau à la
glace.
L'inventeur de ce remede eft un Aragonois
, nommé Rovida , qui fut à Na❤
ples il y a 25. ans il vit encore en
Eſpagne , il a fait
imprimer les cures extraordinaires
qu'il a faites avec l'eau à la
glace. Il a eu
plufieurs éleves , le Capucin
que nous avons ici , eft l'éleve
d'un éleve de Rovida.
Le Comtede Beveren & le Comman-
Ꭰ deur
2362 MERCURE DE FRANCE .
deur Gacarrina font gueris , deux hom、
mes abandonnez de la Faculté .
Le bon Capucin en colere , après l'ouverture
du corps de Caftrioti , a offert de
prendre une ou deux douzaines de malades
, & les Medecins autant , & qu'on
verroit par la prompte & fure guerifon la
difference de leurs drogues d'avec l'effet
de l'eau ; tout le monde a été furpris : mais
j'en reviens au remede , je ne voudrois
le prendre que dans des maux extrêmes ;
il faut un regime très - exact pendant la
maladie , & reprendre peu à peu l'ufage
des alimens , & c.
XXX:XXXXXXXXX XXX
SONNET au Mercure fur les Rimes
propofees.
E la rive du Loir aux bords de laGaronne,
DE
Mercure, on te préfere à tout l'or du Perou,
Dans un réduit obfcur , caché comme un Hib01
,
J'aime ton Caducée autant qu'une Couronne.
Tu nous pins avec art une folle Baronne ,
Qui quête un jeune Amant , quoique vieille
Houbou ,
Tu
NOVEMBRE 1724. 2363
- Tu donnes des leçons au fage comme au Fou ,
Et tu mettrois au fac un Docteur de Sorbonne.
Tu nous fais oublier & Voiture & Balzac ,
Tes écrits curieux font un Docte Almanach ,
Que feuilletent fouvent le Prince & le Miniftre.
Tu parles fçavamment du Romain & du Goth,
Ton Cenfeur près de toi ne paroît qu'un Fagot,
Et n'a pour tout laurier que la craffe d'un
Cuiftre.
De Court , Abbé de S. Serge,
#
II . LETTRE Critique fur la perfonne
fur les écrits de Noftradamus. La
premiere eft inferée au Mercure d'Aouſt
dernier.
JE
E vois , Monfieur , au travers de
toute la politeffe qui regne dans vôtre
Lettre , que vôtre pré ugé fur l'ef
prit prophetique de Noftradamus , tient
bon contre le fyftême que je me fuis
propofé , pour donner quelque fens raifonnable
à quelques - uns des merveilleux
quatrains dont il lui a plû de regaler fa
Dij
nation ;
2364 MERCURE DE FRANCE.
·
nation ; mais en même temps vous infinuez
que fi je pouvois , en fuivant mon
plan , pouffer ma découverte plus loin ,
vous pourriez être ébranlé. La fatisfaction
que j'aurois de vous rendre mes
fentimens probables , a été feule capable
de m'engager à relire un ouvrage que
l'Auteur a pris plus de plaifir à envelop▪
per dans des fentimens figurez , que le
Lecteur n'en peut prendre à les développer.
Je vous dirai cependant que je ne
crois pas avoir abfolument perdu mą
peine , & que j'ai encore déterré quelques
faits , dont l'application ne fera pas
difficile à faire , tels que pourroient être
la bataille de Pavie , les campagnes de
l'Empereur Charles V. devant Alger ,
& en Provence , celle des Turcs à Tripoli
en 1551. la mort d'Edouard VI .
Roi d'Angleterre , les fieges de Rouen
& d'Orleans , la bataille de Dreux.
(a) Armée Celtique en Italie yexée ,
De toutes parts conflit & grande perte ,
Romains fuis , ô Gaule repouffée ,
Près du Thefin , Rubicon pugne incerte.
Le Thefin eft le nom de la riviere qui
paffe à Pavie , ( en Latin Ticinum ) on
ne peut douter qu'il ne s'agiffe dans ce
(a) Quatr. 72. de la 2. Cent. Pavie.
quaNOVEMBRE
1724. 2365-
quatrain de la bataille que le Roi François
I. perdit près de cette place en
1524. armée Celtique vexée , Gaule repouffée
près du Thefin ne la defignent
que trop bien. Romains fuis peut -être
regardé comme un confeil qu'on donne
aux François de renoncer à faire des conquêtes
en Italie , ou bien comme un avis
qu'on donne à la France de ne fe point
liguer avec des Alliez auffi peu furs que
les Romains. Avant le malheur de Pavie
le Pape Clement VII . étoit allié du Roi ,
mais quelques jours après il fe départit
de l'alliance & s'unit avec l'Empereur.
Rubicon pugne incerte ( ad Rubiconem
pugna dubia ) j'ignore ce fait .
(a) Le Camp Afcop d'Europe partira ,
S'adjoignant proche de l'Ifle fubmergée ,
D'Aaron Claſſe , Phalange pliera ,
Nombril du monde plus grand voix fubrogée.
L'Empereur Charles V. crût après
avoir pris Tunis & la Goulete qu'il pouvoit
faire la conquête d'Alger , & pour
cela fit de grandes levées , équipa une
puiffante Flote , qui fortant des Ports
d'Efpagne & d'Italie , débarqua au mois
d'Octobre 1541. à la vûë d'Âlger . Il fit
fes approches , mais il furvint un orage
(a) Quatr. 22. de la 2. Cent. Alger.
•
Di)
fi
2366 MERCURE DE FRANCE.
4
fi furieux que fuivant la relation que
Marmol contemporain en a laiffée , 140.
Vaiffeaux à voiles perirent , les Galeres
échouerent. Tout ce que pût faire le fameux
André Doria , ce fut de fauver
quelques vaiffeaux de ce débris , & l'Empereur
fut obligé par la difette de vivres ,
& la rigueur de la faifon de fe rembarquer
, & dabindonner un projet qu'il
avoit entrepris malgré tout ce que Doria
lui avoit pû dire pour reprefenter que la
faifon étoit trop avancée.
Le camp ( l'armée ) aſcop ( aσxemos in .
confideratus non circumfpectus ) mal conduite
d'Europe partira pour ſe rendre
en Afrique, S'adjoignant proche de
l'Ile fe joindre proche de l'Ile d'Yvica
( une des Ifles Baleares où l'Empereur
s'embarqua fubmergée d'Aaron Claſſe , )
la Flote que commandoit André Doria
fut bien plus mal - traitée par la tempête
que ne fut celle que commandoit Bernardin
de Mendoze . Nôtre Poëte a pris pour
former le mot d'Aaron toutes les confones
qui fe trouvent dans le nom Italien
Andrea Doria , & les deux voyelles A.
& O. qui commencent & finiffent ces
deux noms Phalange pliera. Les troupes
de terre furent auffi maltraitées les
par
Algeriens. J'avoue que le quatriéme vers
me fuït, à moins qu'on ne veuille que
la
terre
NOVEMBRE 1724. 2367
terre eft le nombril ( le milieu ) du mohde
, & que les grands vents qu'elle produit
conjointement avec l'ardeur du Soleil
font défignez par là grand - voix fubrogée.
Le même Prince n'avoit pas été heureux
dans l'expedition qu'il fit en 1535 .
en Provence , il fut , à la verité, maître de
la campagne ; mais n'ayant pû prendre
Arles , ni Marſeille , & n'ayant ofé attaquer
le camp des François retranchez
fous Avignon , entre le Rhône à dos ,
& la Durance au devant , il ſe crût trop
heureux de pouvoir ramener en Italie
fon armée, diminuée de la moitié ; c'eſt
ce que marque le 99e quatrain de la feconde
Centurie.
(a) Aux champs herbeux d'Alein & du Varnegue
,
Du Mont Lebron proche de la Durance ,
Camp des deux parts conflict fera fi aigre ,
Mefopotamie défaillira en la France.
Un feul mot dans ce quatrain demande
explication , c'eft ( Mefopotamie )
pays entre les rivieres , qui convient fort
b'en à la Provence , fituée entre la Riviere
du Var à l'Orient , la Mer Medi-
(a) Quatrain 99. de la troifiéme Centurie ,
expedition de Provence.
Dij
terran2368
MERCURE DE FRANCE.
terrannée au midy , le Rhône au couchant
, & la Durance au Nord . Alein &
le Varnegue deux Rivieres , & la Lebron
, Montagne en Provence , voisine de
la Durance . Camp des deux parts.... l'armée
de l'Empereur étoit au- delà de la
Durance , & le Camp des François au
deça conflict fera i aigre ; il n'y eut
point de bataille rangée , mais il y perit
cependant bien des Imperiaux Mefopotamie
( la Provence ) défaillira en Franpendant
que l'Empereur fut maître
de la campagne , on pouvoit bien
dire que la Provence manquoit à la
ce ....
....
France.
....
(a) De l'Orient viendra le coeur punique ,
Fâcher Hadrie , & les hoirs Romulides ,
Accompagné de la Claffe Lybique ,
Trembler Melite & proches Ifles vuides.
L'explication de ce Quatrain eft des
plus faciles , en fuppofant les faits que
François de Beaucaire nous apprend dans
fon Hiftoire Latine , Livre 25. Jean de
Vega , Viceroy de Sicile pour l'Empereur
Charles V. s'étoit emparé en 1550.
de deux Villes d'Afrique qui étoient
poffedées par Dragut Rais , Roi d'Alger ,
(a) Quatrain 9. de la premiere Centurie ,
Campagne des Turcs en 1551.
&
NOVEMBRE 1724. 2369
& Commandant des armées Navales de
Sultan Soliman . Dragut reclama la protection
du Grand Seigneur qui lui donna
une Flote bien garnie pour aller repeter
ces Villes , ou declarer la guerre à l'Empereur
en cas de refus. Dargut aborde à
Regge en Sicile , fait fçavoir fa Commiffion
à Jean de Vega qui n'eut pas de
grands égards pour lui ; après avoir pillé
Agofta il tomba fur l'Ifle de Malthe , &
après avoir jetté la terreur fur les côtes.
d'Italie il alla affieger Tripoli .
....
De l'Orient .... de Conftantinople , qui
à l'égard de l'Italie & de l'Afrique eft à
l'Orient. Viendra le coeur Punique Dragut
, Roi d'Alger . Fâcher Hadrie & les
hoirs Romulides inquieter Venife &
les Italiens. Accompagné de la Claffe
Lybique ... .... des Corfaires d'Alger. Trembler
Melite .... Malthe doit trembler . Et
proches Ifles vuides .... les Iffes prochaines
de Malthe feront pillées & ravagées.
(a) Le jeune Roi au regne Britannique ,
Qu'aura le pere mourant recommandé ,
Icelui mort l'onole donra topique ,
Et à fon fils le Regne demandé.
Le même Beaucaire , Livre 26. de
(a) Quatrain 40. de la dixiéme Centurie ,
mort d'Edouard VI. D v
2370 MERCURE DE FRANCE.
fon Hiftoire nous apprend tout ce qui
peut contribuer à faire entendre le fens
de ce Quatrain , Henri VIII. Roi d'Angleterre
mourut en 1547. & avant de
mourir donna 16. Tuteurs au Prince
Edouard fon fils , âgé de dix ans , du nombre
defquels étoient entre autres , Edouard
Seymour , Duc de Somerfet , oncle maternel
du jeune Roi , & Jean Dudley
Duc de Northumberland , ou comme l'écrit
le bon homme Bouchet dans fes Annales
d'Aquitaine , Nortonbelland. Ce
dernier Duc fit perir fon Collegue par
la main du Boureau , maria Milord Guilford
, fon quatriéme fils à Jeanne Gray ,
petite fille de Marie d'Angleterre , foeur
du Roi Henri VIII . fuggera au jeune Roi
un teftament , par lequel il desheritoit
fes foeurs Marie & Elifabeth , & reconnoiffoit
Jeanne Gray pour heritiere de la
Couronne d'Angleterre. Dudley crût
après cela qu'il pouvoit empoifonner le
jeune Roi pour mettre en fa place fon fils
& fa bru. Il l'empoifonna effectivement ,
& fit de fon mieux pour confommer fon
ouvrage.... Les deux premiers vers s'entendent
facilement . Le troifiéme n'a rien
de difficile que les deux mots l'onole &
topique. Le premier défigne le Duc de
Nortonbelland pour le prononcer comme
Bouchet l'écrit . Prenez garde que dans
NorNOVEMBRE
1724. 2371*
Nortonbelland vous retrouvez les mêmes
confones , & les mêmes voyelles
qui entrent dans la compofition de l'onole
; Topique eft un adjectif tiré de la
Langue Grecque qui fe joint avec Pharmacum
, ( TOĦIXov pappμanov ) vous fçavez
que Pharmacum fignifie auffi fouvent
poifon que remede ; de maniere que
quand le Poëte dit.... icelui mort.... &
puis ajoûte ; l'onole donra topique ....
c'eft comme s'il difoit : icelui mort , parce
que l'oncle donnera le poifon qui le
fera mourir.... A fon fils le regne demandé....
l'explication de ce vers eft
facile.
(a) Des principaux de Cité rebellée ,
Qui tiendront fort pour liberté ravoir ,
De trancher mâles infelice mêlée ,
Cris , hurlemens , à Nantes , piteux voir.
La confpitation appellée d'Amboife fut
tramée à Nantes en 1559.
Les Huguenots s'étoient fait accorder
l'Edit de Janvier 1561. qui leur donnoit
le libre exercice de leur Religion ; mais
il leur fut ôté par un Edit pofterieur , ce
qui donna lieu à la première priſe d'ar-
(a) Quatrain trente-troifiéme de la cinquiéme
centurie , Nantes , Amboiſe , Rouen ,
Dreux. 1
D vj mes
1
2372 MERCURE DE FRANCE.
mes , & à tous les defordres qui trou
blerent le Royaume pendant l'année 1562 .
entre autres du fiege de la Ville de
Rouen qui fut emportée d'affaut ; tous
ceux qui furent trouvez les armes à la
main pafferent au fil de l'épée , & l'on fit
enfuite le procès aux principaux chefs
de cette rebellion qui fe trouverent dans
la place ; tout cela fe paffa au mois d'Octobre
1562 .
Au mois de Decembre fuivant fe donna
la bataille de Dreux ; l'application de
tous ces faits paroît bien naturelle ; mais
obfervez , s'il vous plaît , que le Poëte
pour couvrir fa marche a renversé l'ordre
, & a mis le fait de Nantes tout le
dernier , au lieu qu'il eft le premier dans.
l'ordre des dattes.
....
pour
Cité Rebellée ( Roüen ) ..... tiendront
fort (fe , revoltera contre fon Prince , &
fouffrira le fiege )
liberté ravoir.
pour faire rétablir l'Edit de Janvier
1561. ) .... de trancher mâles ( expreffion
fpecifique pour marquer qu'on
ne fit point quartier à ceux qui fe trouverent
armez ( mâles ) Infelice mê
lée ( bataille de Dreux . ) Les batailles
qui fe donnent dans le cours des guerres
civiles font toûjours malheureuſes aux
deux partis .... Cris , hurlemens , convient
fort à l'état d'une Ville prife d'af-
....
faut )
NOVEMBRE 1724.
2373
Laut ) .... à Nantes ( fous entendez confpiration
formée ) ... piteux voir ( convient
aux executions d'Amboife , & à la
penderie de Rouen , & fi on veut à une
Ville prife d'affaut , & à un champ de
bataille jonché de morts . )
(a) Par avarice , par force & violence ,
Viendra vexer les fiens chefs d'Orleans
Près S Memin affaut & réfiftance ,
Mort dans fa tente diront qu'il d'Ort- leans.
Le premier objet des Huguenots après
la bataille de Dreux , fut de mettre la
Ville d'Orleans en état de foutenir le
fiege dont elle étoit menacée ; pour cet
effet ils y envoyerent pour Commandant
François de Coligny Dandelot. Le Duc
de Guife l'affiegea en Fevrier 1562. mais
ayant été affaffiné
par Poltrot , il ne pût
voir la fin de ce fiege . Il eft bon de remarquer
que l'Abbaye de Micy , où repofe
le corps de S. Memin eft dans le voifinage
de cette Ville.
mandant )
Chef d'Orleans ( Dandelot , Comviendra
vexer les fiens
( viendra dans Orleans & vexera les
fiens ( les Orleanois foumis à fes ordres . )
(a ) Quatrain quarante- deuxième de la huitiéme
Centurie. Siege d'Orleans , mort du D.
de Guife.
..... Par
2374 MERCURE DE FRANCE .
....
Par avarice , par force & violence
( avaré , vi , injuria fine lege. ) Les Chefs
de parti dans les guerres civiles agilfent
fans autorité legitime , & par confequent
ce qu'ils font n'eft qu'injuftice & violence....
Près S , Memin ( à Orleans qui eft
dans le voifinage de S. Memin , fe donneront
des affauts , on les repouffera . )
.... Mort dans fa tente ( ce n'eft pas Dandelot
, qui comme Gouverneur de place
affiegée n'a point de tente ; c'eft le Duc
de Guife , qui comme General des affiegeans
eft cenfé camper , & avoir fixé fon
domicile dans une tente . C'est donc lui
dont il eft mention dans cet endroit. )
diront ( difent , on dira ) qu'il dort -
leans ( c'eſt la formule Latine ( hic Jacet
ou quiefcit intùs ) qu'on lit ordinairement
fur les tombeaux . Cimetiere dans la Langue
originale ( xorμntпprov ) fignifie proprement
Dormitorium ( un Dortoir . )
(a) a Les deux malins de Scorpion conjoints ,
Le Grand Seigneur meurtri dedans la falle ,
e Pefte à l'Eglife par le nouveau Roi joint ,
d L'Europe baffe & Septentrionale.
Jargon d'Aftrologue pour dire Saturne
& Mars , Planettes malignes ,
éant joints au figne du Scorpion.
(a) Quatrain 52. de la deuxième Centurie.
PierreNOVEMBRE
1724.
2375
Pierre- Louis Farnefe , Duc de Parbme
, affaffiné dans fon Château de plaifance
.
Nouvelle bréche faite à l'unité de
cl'Eglife par le jeune Edouard , Roi
d'Angleterre. Joint A.
1
L'Europe baffe , c'eft la baffe Allemagne
, fçavoir les Cercles de Saxe.
L'Europe Septentrionale .... fçavoir le
Danemarc , Suede & Norvege , pays
alors tous infectez des erreurs de Luther.
(a) a Las qu'on verra grand peuple tourmenté
,
Et la loi Sainte en totale ruines
Par autres loix tout la Chrétienté ,
d Quand d'or , d'argent trouvé nouvelle mine.
S
L'Allemagne étoit alors en guerre.
L'Empereur & les Catholiques contre
l'Electeur de Saxe & les Proteftans .
pas
La Foi & la Charité ne font
Vertus fort connues des gens de guerre.
Ces deux derniers vers fe doivent
joindre , le fens eft qu'en 1545. lorf-
(a) Quatrain 13. de la premiere Centurie.
qu'on
2376 MERCURE DE FRANCE.
qu'on trouva la mine de Potofi , toute la
Chrétienté étoit agitée & tourmentée par
les nouveaux Legiſlateurs , Luther , Zuingle
, Calvin , les Anabaptiftes , &c.
L'explication du Quatrain 90 de la
même Centurie ne fera plus difficile à entendre
lorfqu'on aura pofé les faits .
Les Payfans de Saintonge , de Poitou ,
de la Guienne fe fouleverent en 1548 .
& firent beaucoup de defordres . Les
Bordelois fur tout excitez par le fon
d'une groffe cloche qui fonna pendant
douze heures , maflacrerent le Seigneur
de Moneins leur Gouverneur . Le Roi
Henri II. envoya en ce pays- là le Duc
de Guife & le Connétable Anne de Montmorency
, qui ayant pris de differentes
routes fe joignirent à Langon , petite
Ville au-deffus de Bordeaux . On peut
voir tout ce détail dans l'Hiftoire Latine
de Beaucaire , Livre 25. 11. 16. & 17.
Jugez , Monfieur , fi tous ces faits ſe trouvent
dans ce Quatrain.
(a) a Bourdeaux , Poitiers au fon de la campane
,
b A grand Claſſe ira juſques à Langon ,
c Contre Gaulois fera leur tramontane ,
d Quand Monftre hideux naîtra près d'Orgon.
(a) Quatrain 90 , de la 1. Centurie.
Voilà
NOVEMBRE 1724. 2377
1
Voilà la groffe cloche de Bourdeaux
{ qui met les habicans en mouvement.
Le Prophete ne dit point qui doit aller
à Langon , mais l'Hiftoire nous l'apprend.
Il a défiguré le nom de cette Ville ; car
on l'écrit Alangon , à Langon . Voyez
M. de Valois dans fa notice des Gaules .
de
[ A grande Claffe veut dire à grantroupe.
Claffis chez les anciens Auteurs
Latins fignifioit une troupe ,
ainfi que l'a fait voir Tanegui le Fevre
dans fes Lettres Critiques , où il
fait le procès à Tite-Live pour n'avoir
pas entendu la force du mot
Claffis
La deftination des troupes conduites
à Langon eft contre les Gafcons
renfermez dans la Gaule , c'eft.
Lencore ce que perfonne n'ignore.
Ce fait eft particulier mis pour defigner
le temps . Je ne fçai point affez
l'Hiftoire de Provence pour fçavoir
de quel monftre il s'agit ; il eft toûjours
certain qu'Orgon eſt une Ville
de cette Province , fituée fur un des
bras de la Durance.
Nôtre Aftrologue paroît avoir entendu
le Grec. En voici une preuve tirée de la
pre2378
MERCURE DE FRANCE .
premiere Centurie 81. Quatrain.
(a) D'humain troupeau neuf feront mis à
De jugement & confeil feparez ,
Leur fort fera divife en départ ,
part,
Kappa , Thita , Lambda , morts , bannis ,
égarez.
Le qua riée vers de ce Quatrain fait
entendre les trois premiers , & defigne
l'embarras où les Catholiques fe trouvoient
en Angleterre fous le Roi Henri
VII. le mot Grec naroλmos eft écrit par
deux Kappa , un Thita , & un Lambda .
Il eft donc conftant qu'il s'agit des Catholiques
mis à mort , bannis , & difperfez.
Le même Henri VIII . ne ſe contentoit
pas de tourmenter les Catholiques ;
il n'étoit pas plus gracieux à ceux qui
prenoient le parti de Luther & de Zuingle
; il traitoit ceux ci comme heretiques
, & les Catholiques comme des rebelles
qui reconnoiffoient un autre chef
de l'Eglife que lui ; c'eft ce qui fait entendre
le 2. & 3. vers . Les neuf mis en
prifon avoient jugement & confeil feparé
, & leur fort étoit divifé. Les uns.comme
heretiques étoient brûlez , les autres
pendus .
Voici encore une preuve du fçavoir de
(a) Quatrain 81 , de la 1. Centurie .
NoftradaNOVEMBRE
1724. 2379
Noftradamus , tirée du 32 ° Quatrain de
la 4º Centurie.
(a) Es lieux & temps chair au poiffon donra
lieu ,
La loi commune fera faite au contraire ,
Vieux tiendra fort , puis ôté du milieu ,
o Le panta coina philon mis fort arriere.
Expreffion parallele de ces deux vers.
La loi generale qui permet l'ufage de la
viande fera reſtrainte par une loi particuliere
qui ordonne qu'en certains temps &
certains lieux la chair fera place au poiffon
.... on ne veut dire autre chofe , finon
qu'en certains lieux quelque temps
avant Pâques on fera abftinence de
viande.
élû en 1534. ....
† Le vieux Pape Paul III. tiendra
long- temps la Chaire de S. Pierre ( il fut
puis ôté du milieu ...
mais après qu'il fera mort ( ce qui arriva
en 1549. à l'âge de 82. ans... fublatus.de
medio cum fuerit.
o Le panta coina philon ( fera ) mis
fort arriere .... παντα κοινα φίλων , omnia
amicorum communia . C'eft le premier des
Adages d'Erafme , dont l'expreffion parallele
eft qu'après la mort du Pape Paul
(a) Quatrain trente - deuxième de la quatriéme
Centurie.
III.
2380 MERCURE DE FRANCE .
III. ceux qui étoient amis ne le feront
plus ; ce qui défigne les guerres qui recommencerent
entre le Roi Henri II .
& l'Empereur Charles V. après la mort
de ce Pape , à l'occafion des Duchez de
Parme & de Plaifance , dont l'Empereur
& le Pape Jules III . vouloient dépouiller
le Duc Octavio Farnele , petit-fils de
Jules III . & gendre de l'Empereur ; mais
Octavio s'étant mis fous la protection du
Roi Henri II. il fut maintenu malgré les
fortes parties qui conteftoient fon droit.
Pour entendre le Quatrain qui fuit ,
rappellez , s'il vous plaît , deux faits bien
marquez dans l'année 1529. le premier
eft que l'Empereur Charles V. vint d'Efpagne
en Italie avec une nombreuſe Flote
; il débarqua à Gennes , & fit mettre
pied à terre à 9000. Fantaffins , & à
1000. chevaux qu'il amenoit avec lui ;
ce débarquement fe fit au mois d'Aouft.
Vous concevez bien que le vent du Sud
pouvoit amener cette Flote des côtes
d'Espagne fur celles d'Italie. Voyez Beaucaire
, Livre 20. § . 27 .
Le fecond fait eſt le fiege que Sultan
Soliman mit devant Vienne , Capitale de
l'Autriche au mois de Septembre de la
même année. Il ne vous fera pas difficile
après cela de faire l'application de ces
faits au 82. Quatrain de la 1. Centurie .
Quand
NOVEMBRE 1724.
2381
(a) Quand les colonnes de bois grande tremblée
,
D'Aufter conduite , couverte de Rubriche ,
Tant videra dehors grande affemblée ,
Tremblez Vienne & le pays d'Autriche.
Le quatriéme vers annonce le fiege de
Vienne , les trois premiers défignent le
temps auquel ce fait doit arriver. Voici
leur explication naturelle .
Quand une grande tremblée de colonnes
de bois ( de mats de Navires , ) cou
verte de Rubriche ( le pavillon Efpagnol
eft rouge.... d'Aufter conduite ( amenée
par le vent de Sud , débarquera une fi
grande troupe de gens de guerre , pour
lors Vienne & l'Autriche doivent trembler.
Il faut un peu plus de détail pour fixer
le fens du Quatrain 90. de la 2 Centurie
.
Louis II. Roi de Hongrie perit à la
bataille de Mohacs en Aouft 1526 ....
Les Hongrois divifez fe declarerent les
uns pour l'Archiduc Ferdinand d'Autriche
qui avoit époufé la foeur du défunt
Roi , les autres élûrent Jean Zapolihas
Comte de Sepuze Vaivode de Tranfilvanie
, qui comme plus foible eut recours à
(a) Quatrain 82. de la 1. Centurie,
la
2382 MERCURE DE FRANCE.
(
la protection de Sultan Soliman . La guerre
fut de durée. Enfin les deux Concurrens
s'accommoderent . La poffeffion du Royaume
demeura au Vaivode ; mais par un
Traité fecret il étoit convenu qu après fa
mort Ferdinand aux droits de la femme
feroit reconnu Roi de Hongrie. Le Roi
Jean quoiqu'avancé en âge époufa Ifabelle
Jagellon , fille de Sigifmond , Roi
de Pologne qui lui donna un fils : cette
nailfance caufa tant de joye au pere qu'il
mourut après une débauche à la Hongroife.
Cette mere & cet enfant nouveau né
cauferent de grands malheurs ; la veuve
& fes partifans vouloient au préjudice
du Traité conf.rver la Couronne au jeune
Prince ; la partie n'étoit pas tenable
contre Ferdinand ; on eut recours à Soliman
qui vint en Hongrie , fe rendit maître
de la Capitale , & de prefque tout le
Royaume fans le rendre au pupille , Ferdinand
& fon frere l'Empereur Charles
V. eurent à foutenir la rude guerre que
leur mena le fier Sultan . Voyons fi le
Quatrain en queſtion a rapport à tous ces
faits .
(a) Par vie & mort changé regne d'Ongrie ,
La loi fera plus afpre que fervice ,
(a) Qatrain quatre vingt- dixiéme de la
deuxième Centurie.
Leur
NOVEMBRE
1724. 2383
Leur grand Cité d'urlements , plaints & cris ,
Caftor & Pollux ennemis dans la lice.
Le Royaume de Hongrie fouffrira du
changement par la vie ( la naiffance ) du
jeune Prince Etienne Zapoliha , & par
la mort de Jean Zapoliha fon pere....
Leur grand Cité ( Bude Capitale ) fe
voyant en re les mains des Turcs , Hurle
, fe plant & crie .... La loi fera plus
afpre que
fervice. Les Turcs udes maîtres
commanderont plus afprement que
Iles Hongrois nouveaux fujets n'obéiront .
Caftor & Pollux les deux freres.
Ferdinand & Charles ) ennemis de Soliman
feront obligez d'entrer en lice .
Un des évenemens du 16e fiecle le
plus marqué eft certainement le fac de
Rome , & l'extrêmité où fe trouva réduit
le Pape Clement VII . affiegé dans
le Château S. Ange en 1527. par l'armée
de l'Empereur Charles V. commandée
par Charles , Duc de Bourbon ; compo
fee d'Espagnols , d'Italiens , & d'un bien
plus grand nombre d'Allemands . Nôtre
obfcur Hiftorien ne l'a pas oublié ; il l'a
même défigné trois fois ; mais auparavant
de rapporter les trois Quatrains
qui en font mention , il faut faire connoître
les Acteurs qui s'y trouvent intereflez.
Le
2384 MERCURE DE FRANCE.
Le Pape Clement VII. s'appelloit
avant d'être élevé à cette dignité Jules
de Medicis.
L'Empereur Charles cinquième du nom
avoit pris pour devile plus ultrà , écrit
entre les deux colonnes d'Hercule ; on
la voit encore fur des monnoyes d'Eſpagae
, & cela pour marquer qu'il iroit
plus loin qu'Hercule.
Charles , Duc de Bourbon , Prince
fort eftimé , aimé & confideré en France,
croyant avoir lieu d'être mécontent du
Roi François I. quitta le Royaume , alla
offrir les fervices à l'Empereur qui les
accepta , & le mit à la tête de fes armées
d'Italie ; s'il eut la fatisfaction de fe vanger
, en faisant perdre la bataille de Pavie
, & la liberté au Roi , il n'eut pas
l'approbation de tout le monde : on le
blama fort de faire la guerre à une Nation
dont il avoit fait les délices , & on
ne crût pas en France que ce fut l'effet
d'un cerveau bien timbré.
Les Romains fe vantent de defcendre
des Troyens , il y avoit dans la Troade
une riviere appellée Afcanius , & une
Ville nommée Afcania , bâtie par Afcanius
, fils d'Enée .... Il eft bon d'obſerver
que Romefut emportée par efcalade fans
qu'il fut befoin d'abattre un pin de muraille....
Les mêmes Romains appelloient
en
NOVEMBRE 1724. 2385
en ce fiecle -là , & appellent encore Barbares
tous les peuples feparez de l'Italie
par les Alpes & par la Mer. Tous ces
faits fuppofez il fera bien aiſé d'entendre
le Quatrain fuivant.
(a) O vafte Rome ta ruine s'approche ,
Non de tes murs , de ton fang & ſubſtance ,
L'afpre par Lettres fera fi horrible Coche ,
Fer pointu mis à tous jufqu'au manche.
Le premier vers s'entend affez .
Le 3..
……..
....
.... Le fecond non de tes murs .... la
Ville fut emportée par efcalade , les murailles
ne fouffrirent point .... Mais la
ruine de ton Sang & fubftance s'approche .
& 4 vers difent qu'il y aura
bien des coups donnez de taille ( Coche )
d'eftoc c'eft l'épée enfoncée juſques à
la garde qui fera tout cela ? .... Fafpre
par Lettres (Sinonime de Barbare , ) &
afin qu'on n'en doute pas , voici un paſſage
de Strabon qui met la chofe au net.
Exiftimo vocem , ( barbarum ) attributam
his que non nifi difficulter, duriter, afperéque
poffunt pronuntiari.... La Langue
gutturale des Allemans eft bien afpre par
Lettres. Si j'ai bien rencontré , à la bonne
heure , finon je ferai fort confolé fi vous
(a) Quatrain 65. de la 1c. Centurie.
E regar2386
MERCURE DE FRANCE.
regardez cet effai comme une preuve de
ma complaifance . Je fuis , Monfieur , &c
*** *****
ENIG ME
Uoique je fois d'une couleur grisâtre,
Que blanchis plus blanc que le plâtre
Je
Si mon pere animé m'engendre avec chaleur ,
D'abord qu'on l'interrompt il change de couleur
;
;
Ilame produit fans honte , & fans colere,
Cependant fans rougir il ne me fçauroit faire ,
Je fers à rappeller l'irrevocable loi ,
Tous les ans dans un jour de Fête :
Que tôt ou tard chacun s'apprête ,
A devenir femblable à moi.
ENIGM E.
G...
LE grand jour n'eſt pas mon affaire ,
Je ne parois jamais que dans l'obſcurité ,
Et cependant fans vanité ,
Je ne laiffe pas que de plaire.
Eft-il
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS,
PUBLIC
L
EN C
Parodie
Ju
Balet
de
Prothée.
THE
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ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
NOVEMBRE 1724.
2387
Eft- il un fort égal au mien ?
Ce qui m'arrive doit furprendre ,
Un homme à qui jamais je n'ai fait que du
bien ,
7
Me prend & fans confulter rien ,
Se met en état de me pendre.
On doit
expliquer les deux Enigmes
du mois paffé par le Balon & le Soufflet.
jkjkjkkak
****
PARODIE du Ballet de Prothée.
Q
Uelle ardeur
Coule dans mon coeur !
Dieu de la treille ,
Ton jus me réveille.
Quelle ardeur
Coule dans mon coeur !
Chere
Boutteille ,
Tu fais mon
bonheur.
Dieu
d'amour qui regnois fur moi ,
Voi
Bacchus
triompher de toi.
E ij J'ai
2388 MERCURE DE FRANCE..
J'ai langui fous ta dure loi ,
Je fuis content depuis que je boi.
Plus d'Aminte
Vive ma pinte :
Les coeurs amoureux ,
Ne fçauroient être heureux.
1
AUTRE Parodie du même Ballet.
Arde ta raifon ,
Mais permets que l'on s'enivre ;
Pour moi je me livre
Quand le vin eft bon.
Eft-ce un avantage ,
Que d'être fi fage ?
Croy-moi , c'eft un bien
Qu'on doit compter pour rien.
Verfe-moi , redouble ,
Ma raiſon fe trouble.
Verfe encore un coup ,
Je n'y perds pas beaucoup.
NOUNOVEMBRE
1724 .
2389
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
RELATION exacte de tout ce qui
s'eft paffe de plus remarquable pendant
la maladie , à la mort & à l'Enterrement
de Don Louis I. du nom , Roi
d'Espagne , avec les circonstances du
rétabliffement du Roi Philippe V. [ur
le Trône. Par M. l'Abbé de Vairac. Brochure
de 12. pages 4° . A Paris , chez
Pierre Simon , Imprimeur du Parle
ment, ruë de la Harpe 1724.
*
Cl'importance de la matiere , répond
E petit ouvrage , confiderable par
parfaitement à la grandeur du fujet : il eft
très - bien écrit , & contient des traits vifs
& pathetiques , accompagnez de réflexions
fenfees & édifiantes. On y trouve d'ailleurs
des circonftances , dont les nouvelles
generales & particulieres ne font
aucune mention , & qui meritent d'être
tranfmifes à la pofterité ; nous allons en
extraire quelques endroits , choifis entre
ceux qui nous ont paru les plus touchans
& les plus inftructifs.
E iij Le
2390 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi fentant entierement défaillir
fes forces , & prévoyant les malheurs
» que cauferoit un interregne , fit un
» Acte par lequel il declara , que comme
» il n'avoit accepté la Couronne que par
» une foumiffion refpectueuse à la volon
» té du Roi fon pere , il la lui remettoit
» comme un bien qui lui appartenoit de
» plein droit & pour convaincre tous
» fes fujets de l'obligation indifpenfable
» dans laquelle font tous les enfans de
» réfpecter la puiflance paternelle , par
» le même Acte , il fupplia le Roi fon
»>>> pere d'accepter la Procuration qu'il lui
» donnoit de faire fon Teftament , s'il le
» jugeoit à propos , eftimant qu'il ne pou-
>> voit , ni ne devoit difpofer de quoi que
>> ce fût fans fon confentement , fe con-
» tentant de lui recommander les inte-
» refts de la Reine fon époufe , dont il
» ne pouvoit trop lui reprefenter le me-
» rite , la vertu & les obligations qu'il lui
» avoit. Bel exemple pour ces enfans
» ingrats envers leurs peres , qui oubliant
» les bienfaits qu'ils en ont reçus , affectent
de vivre &-de mourir dans l'indé
>> pendance ! & c.
» S'il fut jamais un fpectacle digne
» d'admiration , ce fut de voir ce pieux
» Monarque aux prifes avec la mort : fes
yeux continuellement fixez fur un Cru
cifix ,
NOVEMBRE 1724. 2391
•
cifix , fa bouche collée fur les playes fa- «
crées de fon divin Redempteur , fon «<
ame intimement unie à Dieu par des «<
Actes de foi , d'amour & d'efperance , & «
par tous les fentimens que la Religion «
peut infpirer à un Chrétien , qui eft «<
fur le point de comparoître devant fon «
Juge , furent les heureufes difpofitions «<
dans lefquelles il expira dans la paix «
du Seigneur , &c, «.
<<
Jamais Prince ne vint au monde avec u
tant d'excellentes qualitez que celui« «<
qu'on vient de perdre . Il étoit d'une «‹
taille moyenne , mais bien proportion- «<
née ; il avoit le coeur grand , l'ame «
belle , l'efprit vif , vafte , penetrant , «
- & très- propre pour le gouvernement . «
Il étoit doux & affable envers les fu- «<
jets , complaifant & compatiffant en
vers fes domeftiques : jamais on ne re- «
marqua en lui aucun trait de diffipation
, ni de ces caprices fi ordinaires «
parmi les Souverains : jamais on ne l'a «
vû en colere ni de mauvaiſe humeur , «<
toûjours égal , toûjours uniforme dans «
fa conduite , il fembloit qu'il avoit en- «
chaîné toutes fes paffions. Sa liberalité «
n'avoit point de bornes : la charité étoit «<
fa vertu favorite , il ne pouvoit voir un «<
malheureux fans le fecourir , ou fans «
le plaindre quand il ne le pouvoit pas «<
E iiij
fou-
1
2392 MERCURE DE FRANCE.
>>
>>
foulager. Son affiduité aux affaires
» de l'Etat lui avoit acquis une expe-
» rience dans l'art de gouverner , qui
» fuppleoit au défaut de l'âge : dans le
» Confeil fes décifions étoient toûjours
» approuvées par les plus fages ; aucun
» plaifir que celui de la chaffe , ou du
»jeu de la Paume , n'avoit d'attrait pour
» lui ; encore s'en privoit- il lorfqu'il ne
» pouvoit pas en jouir fans interrompre
» le cours des affaires. Jamais perſonne
» n'a parlé fa langue naturelle avec tant
» de pureté & d'élegance que ce Mo-
» narque , & il entendoit parfaitement
» la Latine , la Françoiſe & l'Italienne.
» Il avoit fait de grands progrès dans les
» Mathematiques & dans toutes les au-
>> tres fciences , qui conviennent à un
grand Roi. Il eft inutile de parler de
fa pieté ce qui s'eft paflé dans fa ma-
>> ladie & à fa mort , juftifie affez qu'elle
- étoit fincere. En un mot , c'étoit un
>> Prince accompli.
» Dès qu'il fut mort , l'Acte de Retro-
» ceffion de la Couronne en faveur du
>> Roi fon pere , fut lên par un Secretaire
» d'Etat
, en prefence
de tous
ceux qui
» fe trouverent
dans fon
appartement
,
après
quoi on envoya
des Députez
à
» S. Idelfonfe
pour
fupplier
S. M. de
» venir
en diligence
reprendre
le Goun
verNOVEMBRE
1724. 2393
vernement , en qualité de Roi naturel , «
& proprietaire de la Monarchie. En «
attendant fon arrivée il fe forma par in- «
terim une Junte , & c. «
Le Roi Philippe s'étant rendu à Ma- «<
drid le lendemain , il fe chargea du «<
foin des affaires de l'Etat en qualité de «
Regent du Royaume , & de Tuteur «<
des Princes fes enfans..... Une marque «<
bien fenfible que cé Prince s'étoit dé- ce
terminé à ne plus gouverner en qualité
de Roi , c'eft que dans les expeditions <«<
qui parurent durant cinq jours d'inter- «<
regne , il figna Philippe de Bourbon ,
au lieu de moi le Roi , ainfi qu'il avoit «
ac coutumé de faire avant qu'il abdiquât
la Couronne . «<
(C
<<
«<
Les Efpagnols defirant paffionnément.
de le revoir fur le Trône en qualité «
de Roi naturel , & proprietaire de la «
-Monarchie , qui felon les loix fonda- «
mentales de l'Etat lui étoit dévolue par u
droit de reverfion , formerent plufieurs «<
Juntes de Theologiens & de Jurifcon- «
fultes , non pas pour décider s'il pou- «<
voit en confcience remonter fur le «
Trône , comme quelques Memoires « .
apocryphes le difent ; mais pour déci- «
der unanimement que non feulement ««
il le pouvoit mais encore qu'il le de- «
voit en confcience , & en justice , & c. «
}
E v
豬
Dès
J
2394 MERCURE DE FRANCE .
» Dès que le Roi eut figné le Decret
» d'acceptation , il reprit le titre de Roi
» dans toutes les expeditions , & ordonna
» à tous les Secretaires d'Etat , & autres
>>> Officiers employez dans les affaires du
» Gouvernement , qui avoient refté au
Buen -Retire pour y faire quarantaine ,
» de remettre au Palais de Madrid , au
» Marquis de Grimaldo , Secretaire uni-
» verfel del Despecho tous les papiers , &
>>> Regiftres des Secretaireries qui en
>> dépender t.
:
»
"P
» Pendant le peu de féjour que S. M.
>> a fait à Madrid , elle s'eft appliquée
» deux heures le matin , & autant le foir
aux ' affaires du Cabinet , & en partant
» pour Saint Idelfonfe , après avoir calle
la Junte pour toujours , par un Decret
» qu'il fit notifier à tous ceux qui la compofoient
, il établit deux Couriers pour
-lui apporter chaque jour les délibera-
>>> tions del 'Defpecho , promettant d'en-
>> voyer fa détermination par celui qui
>>> -arriveroit le foir fur les matieres qui
lui auroient été propofées par celui du
>
» matin .
» Far la caffation de la Junte , dit M.
l'Abbé de Vayrac en finiffant , ceux
» qui liront cette Relation , compren-
» dront une fois pour toutes , que ce n'eft
» ni un Tribunal , ni un Confeil , comme
NOVEMBRE 1724. 2395
cc
c
me la plupart du monde l'a crû juſqu'à
prefent ; mais un certain nombre de «<
perfonnes que le Roi admet dans les «e
déliberations du gouvernement , quand e
il lui plaît , & qu'il revoque de «<
même , étant le maître abfolu , defpo- «
tique , indépendant , fans être obligé «
de fe foumettre au fentiment de qui «<
même aux délibe- «‹ que ce foit ,
non pas
rations des Tribunaux Souverains , qui «
n'ont que voix confultative dans les «<
affaires du Gouvernement , & fi le Roi «
fe rend à leurs avis , c'eft parce qu'il le «
veut bien . «
POESIES de Madame & de Me Defhoulieres
, augmentées dans cette derniere
édition d'une infinité de pieces qui
ont été trouvées chez leurs amis . A Paris
, chez Jean Villette , rnë S. Jacques
1724. 2. vol . in 8 ° pages 297. & 284.-
Les Pieces qui paroillent ici pour la
premiere fois font marquées d'une étoille
dans les tables qui font à la fin de chaque
volume. Voici quelques - unes de
ces Pieces .
09 Si
E vj
MA2396
MERCURE DE FRANCE .
MADRIGAL du Duc de Saint Aignan
à Madame Deshoulieres 1684-
Ui , je l'ai dit fans hyperbole,
Vous écrivez d'un air qui partout eft vainqueur
Je veux bien confeffer qu'il me refte du coeur,
Mais je demeure fans parole.
REPONSE de Madame Deshoulieres .
Q
Uand vous me cedez la victoire ,
Vous vous couvrez d'une nouvelle
gloire ;
De vôtre Madrigal tout le monde eſt charmé :
Eft- ce ainfi d'un combat qu'on cede l'avantage
,
Qu'on fe dit vaincu , défarmé ?
On connoît bien qu'à ce langage
Vous n'êtes pas accoutumé.
Dom Gris, Chat de la Ducheffe de Bethune,
à Grifette.
GRifette , fçavez -vous qui vous parle d'a- mour ?
Qui vous cherchez depuis un jour ?
C'eſt
NOVEMBRE 1724.* "
་ 23.97
C'eft un Chat accompli , plus beau qu'un Chat
d'Efpagne.
Un Chat qu'inceffamment la fortune accompagne
,
Qui fe fait admirer des Chattes de la Cour.
Voilà ce qu'il vous faut , non pas ce Chat
fauvage ,
Ce Tata qui languit au milieu des plaiſirs ,
Qui ne fçauroit au plus aller qu'au badinage,
Qui ne fçauroit jamais contenter vos defirs ,
Et qui mourroit de faim fur un tas de fromage.
Ce n'eft pas après tout , qu'il ne puiſſe amuſer.
Qu'il ne foit propre à quelque chofe ,
Comme de feu Bertaut on pourroit en ufer ;
Mais qu'en fi beau chemin vôtre amour fe
repofe ,
Quoique vous en difiez , on ne vous croira
pas.
Pour vous croire une Chatte à fi maigres
ébats ,
Sur quoi voulez-vous qu'on fe fonde ?
Sur vos peu de beſoins ? vous vous įmocquez
'du monde :
A d'autres , c'est trop loin pouffer le précieux.
Ce n'eſt pas avec moi qu'il faut qu'on diffimule
;
Auffi2398
MERCURE DE FRANCE.
:
Auffi -bien avez-vous des yeux
A détromper le plus credule.
⚫ Gardez pour ces jeunes Chattons ,
Qui ne vont encor qu'à tâtons ,
D'une fauffe vertu le rufé préambule ,
Ne tournez point en ridicule ,
Ces ah fy , ces airs nonchalans ,
Qui cachent quelquefois des defirs violens.
Loin de les condamner , je blâme les manieres
Des Chattes qui d'abord nous diſent mia- ou .
Depuis que pour la Cour j'ai quitté les goutieres',
Je méprife beaucoup un procedé fi fou .
Tout Matou que je fuis , j'ai l'ame délicate ,
Je veux qu'en certain temps on donne de la
patte ,
Et je n'aimerois pas qu'on me fautât au cou.
Mais de faire la Chatte-mite ,
D'affecter comme vous un minois ferieux ,
Tandis que nous fçavons qu'amour vous follicite
,
Et qu'à de certains Chats vous faites les doux
yeux ,
Je vous le dis tout net , Grifette , j'aime mieux
Une folle qu'une hipocrite.
MettezNOVEMBRE
1724 . 2399
Mettez- vous avec moi deffus un autre pié ,
Si vous voulez long- tems garder votre conquête..
Je fuis un Coureur de Clapié ;
Chat qui prend des Lapins ne paffe pas pour
bê e..
-Adieu , juſqu'au premier Sabat ,
C'est là que j'attendrai réponſe à cette Lettre ,
Et que vous connoîtrez , fi je livre combat,
Queje fçai plus tenir , que je ne fçai promettre.
CATALOGUE des Manufcrits trouvez
après le deceds de Madame la Princelle ,
dans fon Château Royal d'Anet . Brochu
re in 12 de 37. pages , qu'on trouve chez
le fieur Gandoin , Libraire , Quai des
Auguſtins.
Čes Manufcrits font fur velin , ornez
de très- curieufes Miniatures , & autres
ornemens , le tout très bien confervé ; &
fe vendront en gros ou en detail au moist
de Novembre 1724. chez led . fieur Gandouin
Libraire , Quay des Auguftins , à
la belle Image.
Voici les titres de quelques - uns de ces
Manufcrits , qui nous ont paru les plus
dignes d'attention.
La Bible Yftoriaux , tranſlaté de Latin
en
1400 MERCURE DE FRANCE .
en François , & tout par Yftoires Efcolatres
, par Pierre .... Doyen du Chapitre
de Saint Pierre d'Aire. Ce Manufcrit fur
velin eft rempli de belles Miniatures bien
confervées.
Autre Exemplaire dud. Ouvrage en 2 .
vol. très-grands , fur velin , avec des miniatures
très- anciennes .
Autre Exemplaire de la même traduction
en un très -grand volume bien confervé
, fur velin , & dont les miniatures
furpaffent celles des autres Exemplaires.
La Bible en françois fur velin , 3. vol.
infol. d'une grandeur énorme , bien confervée.
Partie de la Bible en Provençal , avec
Miniatures in fol. fur velin.
Chronique depuis la création du monde
, jufqu'à Jules Céfar , fans nom d'Auteur.
Ce Manufcrit fur velin eft orné de
miniatures très- fingulieres .
Les Batailles & les Anciennetez des
Juifs de Jofeph , MS. in fol. très - grand,
fur velin , avec de belles miniatures.
La Legende dorée , ou Vie des Saints ,
écrite fur velin , en grand & gros vol .
in folio , avec un grand nombre de miniatures.
Recueil des Miracles de Nôtre-Dame ,
en vers fur velin , en deux gros vol . in
folio remplis de beaucoup de miniatures .
BreNOVEMBRE
1724. 2401
Breviarium Fratrum Minorum fecundum
confuetudinem Romana Ecclefia . Ce
livre eft très- gros & grand , & écrit fur
velin , avec un très- grand nombre de miniatures
bien confervées.
Antiquitez judaïques par Joſeph , un
volume in folio , imprimé fur velin , par
Galliot Dupré en 1534. avec d'excellentes
miniatures & grandes lettres d'or .
Le Jardin de Paradis , MS. fur velin ,
avec miniatures, in folio 1475 .
Le livre pour amander fa vie , appellé
l'Arbre de Sapience , MS. fur velin. II -
y a dans ce livre 30. Miniatures d'une excellente
beauté , in folio en 1469 .
Un Miffel écrit fur velin , enrichi d'un
très-grand nombre de figures , ornemens
& miniatures ; ce Manufcrit eft très - ancien
& fans datte.
Chroniques de France , par Jean Froiffart
, en deux grands vol . in folio fur velin
, reliez en velours vert , avec des fermoirs
dorez d'or moulu . Ce Manufcrit
eft orné de miniatures très -belles qui reprefentent
les modes , & les ufages de ce
temps.
Traité de la Chaffe du Roy Modus ,
MS. fur velin.
Les anciennes Hiftoires felon Orofe
avec Lucan , traitant des faits des Romains,
MS. fur velin , avec des miniatures fingu2402
MERCURE DE FRANCE.
gulieres , très-gros & grand volume in
folio.
Les voyages d'Hayton , ou fleurs des
Hiftoires d'Orient , avec des miniatures
du tems très -fingulieres , MS . fur velin
in folio , 1307.
Les Triomphes de Petrarque , tranflatez
en profe de langue Tofcane, par George
de la Forge , Bourbonois , avec les complaintes
d'Alain Chartier , in folio , MS.
fur velin , dans lequel fe trouve une miniature
de la grandeur du volume , qui eſt
d'une très -grande beauté.
Les dits des Philofophes en profe , le
Thyodolet , les dits des Philofophes en
François , les dits de Caton , & le traité
des Échets , volume in folio fur velin ,,
avec de belles miniatures.
Livre de moralité en profe , ou livre
de fortune & de raifon , MS. in folio fur
velin , avec des lettres en or.
Le Miroir des Dames , en profe , par
un Frere Mineur , par l'ordre de la Reine
Jeanne , MS. fur velin .
Le Roman de la Rofe , avec le Teſtament
de Jean de Mehun , orné de miniatures
fur velin .
Un autre Roman de la Rofe , en un
grand volume in folio fur velin , rempli
. & orné d'excellentes miniatures .
Breviario d'amor en vers Provençaux ,
par
NOVEMBRE 1724. 2403
"
C
par Frere Hermangaut de Beziers , en
1388 grand volume in folio fur velin
orné de très -belles miniatures,& en grand
nombre.
>
Le Jeu des Echets , MS . fur velin ,
avec une très -belle miniature au commencement
du livre , de la grandeur du
volume , des grandes lettres & autres ornemens
en or , très-grand vol . in folio.
Le Roman de Lancelot du Lac ,'fol. 3 .
vol. MS . fur velin , avec des miniatures
en or , le volume eft très-bien confervé.
Dialogue très- élegant , intitulé : Le
Pelerin traitant de l'honnête & pudique
amour, imprimé fur velin chez Galliot
Dupré en 1527. in folio , avec miniatures
& autres ornemens.
Les nobles faits du très - pieux & bon
Chevalier Meffire Triftan , Ugalaad ,
Lancelot & Palamédes compagnons de la
table ronde , tranflatez de Latin en François
, par Luces Seigneur du Chaftel de
Salefbieres , vol . in folio , fur velin , d'une
grandeur énorme , orné d'an nombre infini
de belles miniatures très - bien confervéesinfolio
fur velin , très -grand & gros.
Vegece de l'Art militaire en François
parJehan de Mehůn , en 1284. MS. fur
velin très - bien conſervé , in folio , avec
miniatures.
Le Roman de Bertrand Duguefclin ,
jadis
>
(
2404 MERCURE DE FRANCE .
jadis Connétable de France , MS . fur ve
lin , in octavo.
Mariage de Notre - Dame , & le Trepaffement
, MS. fur velin , in 8 .
Le livre de Merlin , Roman , & comment
il fut engendré , c'eſt un gros &
grand volume in fol.
Phébus de Foix , traité de la Chaffe ,
avec des figures.
Les Propheties de Merlin.
Gloffaire , Bas Breton , François - latin .
Ces quatre derniers Livres font parmi
les Manufcrits en papier..
Il y a à la fuite de ce Catalogue une
lifte de Livres imprimés , dont quelquesuns
nous ont paru curieux & finguliers ,
tels font :
. La Salade, laquelle fait mention de tous
les Pays du monde , & du Pays de la belle
Sybille , avec la figure de ladite Sybille ,
in folio , Paris , 1527.
Hiftoire de Barbarie & de fes Corfaires,
par Pierre Dan , avec figures. Paris ,
-I 649. in folio .
La Nef des Fols du monde , avec fig .
Paris , 1497 .
Le Livre de Matheolus , avec fig. 1492 .
commençant ainfi :
Qui nous montre fans varier
Les biens & auffi les vertus,
Qui
NOVEMBRE 1724. 2405
Qui viennent pour foy marier ;
Et à tous faits confiderer
Il dit que l'homme n'eſt pas faige,
S'il fe tourne remarier ,
Quand prins a été au paſſaige.
Appian Alexandrin , Hiftorien Grec ,
traduit en François , par Seyffel Evêque
de Marſeille. Paris , 1580. in fol.
PLAN d'un Canal en Bourgogne , préfenté
à Noffeigneurs les Etats Generaux
par le fieur de la Jonchere , Ingenieur .
A Dijon , chez Dufei , Imprimeur des
Etats. 1724. Brochure.
MEMOIRES de M. de Gourville concernant
les affaires aufquelles il a été employé
par la Cour , depuis l'année 1642.
jufqu'en 1698. A Paris , chez Etien. Ga.
neau , rue S. Jacques , 1724. in 12. 2 .
vol. de plus de 300, pages chacun .
MUSIQUE du triomphe du tems . Par
M. Quinaut l'aîné , Comedien du Roy.
gravée par Mademoiſelle Loüife Rouffel.
A Paris , chez F. Flahault , Libraire ,
Quai des Auguftins , 1724. Brochure in
4. de 35. pages .
QUATRAINS moraux & politiques.
A Rouen , ehez Į. B , Beſogne , in 8. de
61. pages.
HIS
2406 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE & Recherches des antiquitez
de la Ville de Paris . Par. Me. Henry
Sawal , Avocat en Parlement. A Paris ,
chez Moette & Chardon , 1724. 3. vol.
in folio.
QUATIO MEDICA & c. Differtation fur
l'excellence de l'exercice pour la confervation
de la fanté. A Paris , chezJ. Quil
leau , ruë Galande , 172 3. broc . in 4 .
ESSAY de Medecine & de Chirurgie ,
où l'on examine les principales circonftances
de la fuppuration dans les parties
molles. Par Ant . Fizes , &c. A Montpellier
chez la veuve Pech 1724. in 8 .
de 67. pages . Cet Ouvrage eft auffi en
latin .
L'ART de conferver la fanté des Princes
& des perfonnes du premier rang; auquel
on a ajoûté l'art de conferver la fanté des
Religieufes , & les avantages de la vie ſobre
du Seigneur Louis Cornaro , noble
Venitien , avec des remarques fur cedernier
, auffi curieufes que neceffaires. A
Leyde , chez Jean Langerak, 1724. vol .
in 12. de 374. pages.
NOUVEAU VOYAGE de Grece , de Paleftine
, d'Italie , de Suiffe , d'Alface , &
des
E NOVEMBRE 1724. 2407
des Pays - Bas , fait en 1721. 1722. &
$ 1723. A la Haye , chez Pierre Goffe ,
vok. in 12.
ANFITEATRO FLAVIO defcrito è delineato
dal Cavaliere Carlo Fontana . A la Haye,
chez les Feres Vaillants , in folio. Cet
Ouvrage eft orné de 24. magnifiques planches
, gravées à Rome fous le Directeur
du Cavalier Fontana.
Il paroît une brochure de 19. pages in
12. imprimée à Paris chez Mazuel fous
ce titre : Questions d'un jeune homme aux
Sçavans .
à
A la fortie de ma Philofophie (dit l'Auteur
) j'étois entêté de mes opinions ;
prefent elles me paroiffent douteufes , &
je ne fçai que croire fur une infinité de
chofes. A qui aurai -je recours pour lever
mes doutes ? Aux livres . Non , car quoiqu'il
foit vrai , qu'ils m'ayent donnébien
des connoiffances que je n'avois pas , la
plûpart cependant ne m'ont point fatisfait;
j'en ai trouvé pour & contre fur toutes
fortes de matieres , & ce font eux - mêmes
qui m'ont jetté dans cette espéce de Pyrrony.
fme & c. Pendant quatre mille ans
les hommes ont difputé pour fçavoir s'ils
avoient des ames , & fi elles n'étoient pas
materielles ; Aujourd'hui il y en a qui
forment
:
2408 MERCURE DE FRANCE.
forment des doutes tout contraires , ils
n'oferoient decider qu'il y a des corps , &
cette opinion , toute extraordinaire qu'elle
paroît , eft foûtenue par des raiſons qui
embaraffent les plus habiles . Je crois cependant
qu'il y a des corps , & je le crois ,
parce que la Religion me l'enfeigne , &
que je me fuis fait le plan de ne point
philofopher au- delà ni contre la Religion
. Mais en même tems , continuë nơtre
jeune Auteur , fi je crois qu'il y a des
corps , il doit m'être permis de dire , que
je ne le crois que comme un myftere , je
veux dire , fans que je conçoive comme
il fe peut faire qu'ils exiftent : une de mes
curiofités feroit de trouver des raifons
plaufibles de leur exiftance , & je ferois
bien obligé à ceux qui voudroient me les
fournir.
On debite actuellement dans la rue S.
Jacques à la Fleur de Lys d'or , chez Jolle.
le fils , un livre nouveau , brochurein 8 .
qui a pour titre , Recueil de pensées morales
& chrétiennes en vers françois . » Ce
>> Recueil , travaillé par l'Auteur avec
» beaucoup de foin , peut être d'une gran-
» de utilité à la jeunefle , non - feulement
» pour lui donner de nobles impreffions ;
>> mais encore pour l'élever à la pratique
» de la vertu ,& lui infinuer une juſte hor-
>> reur
NOVEMBRE 1724.
-2409
<c
reur du vice ; ceux qui font dans un âge «<
plus mur & plus avancé, pourront auffi
profiter de ce Recueil , & y puifer des «<
maximes très- fages & très - neceffaires «
pour la conduite de leur vie , & pour ſe «
corriger des défauts dans lefquels la foi- «<
bleffe humaine entraîne ordinairement. «
Comme la poëfie s'imprime dans l'efprit
& dans la memoire plus facilement que «<
la Profe, comme l'Auteur l'a remarqué «<
dans fon Avertiffement ; ce motifl'a determiné
, dans l'intention principale «<
qu'il a eû de travailler pour les jeunes «<
gens , de mettre fes penſées en vers «<
François , & par quatrains , pour moins <<
embaraffer leur memoire. Ce livre ne «<
peut donc pas manquer d'être utile à «<
tous les Peres de famille pour l'éduca- «<
tion de leurs enfans , & à toutes les per- «<
fonnes à qui l'on confie l'inſtruction de «<
la jeuneffe.
>
<<
Le P. Buffier vient d'achever d'imprimer
deux Ouvrages qui paroîtront incef.
famment & dont nous avons vû des
feuilles ; ce font comme des additions au
Traité des premieres veritez , fur lequel
on a propofé des difficultez , à quoi ce Pere
a fait la réponſe inferée dans le Mercure
de Septembre , pag. 1949. Ces deux Ouvrages
nouveaux font intitulez ,
F
l'un
2410 MERCURE DE FRANCE .
Elemens de Metaphyfique à la portée de
tout le monde ; l'autre , Examen des préju
gez vulgaires. Le premier contient des
Principes , & le fecond des exemples ;
ce dernier parut il y a plufieurs années
avec fuccès , il eft confiderablement augmenté
, & fous une forme nouvelle . On
l'avoit regardé comme un exercice ingenieux
propre à reveiller l'imagination &
à la divertir quelques - uns feront étonnez
de le voir ici un apanage de la metaphyfique
, chaque article ayant à la fin
fon analife Metaphyfique, pour raprocher
la fuite des idées & des raisonnemens
d'où refulte chacune des propofitions opofées
à autant de prejugez vulgaires . Á la
fuite de chaque analife on met l'ufage
qu'on en peut tirer , par raport à la conduite
de la vie , ou aux principes de la litterature.
La maniere libre & enjoüée dont les
chofes font exposées dans l'Examen des
préjugez , n'a été employée que pour faire
apercevoir comment on peut rendre
fenfibles les matieres les plus abftraites ,
& comment ceux qui s'en croient le moins
capables y pourroient trouver de l'utilité
& de l'agrément.
C'eſt le
moyen auffi qu'on dit qu'à nouvellement
employé
le P. Buffier , pour
mettre
à la portée
de tout le monde
les Ele--
mens
NOVEMBRE 1724. 241 E
mens de Metaphyfique qui vont paroître de
lui . Ce font des dialogues écrits dans le
ftile & le goût de l'Examen des Prejugez
vulgaires : l'on y develope impercep
tiblement les premieres notions de la Metaphyfique.
Si l'Auteur a trouvé le fecret
de changer en fleurs les épines de cette
fcience , comme l'ont temoigné des perfonnes
qui en ont vû divers endroits , ce
ne fera pas un leger fervice qu'il aura rendu
à la litterature. Nous aprenons que ces
deux Ouvrages , par le raport de leur
ftile , de leur ufage & de leur étendue
pourront fe relier en un feul volume ;
quand nous l'aurons vû par nous - mêmes,
nous en raporterons des traits plus marquez
& plus détaillez.
Il paroît un Memoire imprimé , concernant
la conftruction d'un nouveau Canal
, fous le nom de Canal de Bourbon ,
qui communiqueroit de la Riviere d'Oyfe
à Stor, au.deffous de l'Ile -Adam , au
Faubourg S. Martin à Paris , propofé &
preſenté au mois de Septembre dernier à
S. A. S. M. le Duc , Prince du Sang , &
principal Miniftre , par M. Jean Nicolas
le Roi Comte de Jumelles ; qui doît être
executé par les foins du fieur Baudet, Ingenieur
Geographe du Roi , quien a fait
les deffeins , levé les plans , & nivelé le
terrain fur les lieux. Fij
*
On
2412 MERCURE DE FRANCE.
On expofe fort au long dans ce Memoire
les avantages du Canal de Bourbon,
qui feroient encore augmentez par un Canal
qui pourroit communiquer de la
Somme à l'Oyfe , par celui qu'on a déja
propofé de S. Quentin à la Fere , & qui
eft accordé. Parmi les grands avantages
que ce Canal procureroit , celui d'un laṛ--`
ge foffe plein d'eau vive qui regneroit autour
de Paris , depuis la Porte S. Antoine
jufqu'à la Porte de la Conference , ne ſeroit
pas un des moindres .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orange
le 6. Octobre 1724. aux Auteurs
du Mercure , par M. Guib , Docteur
en Droit,
que vous aurez ,
Ofe me flatter Meffieurs
, la bonté d'avertir le public, que
je ne prends aucune part à l'explication
de l'infcription dont il eft parlé dans votre
Mercure du mois d'Août dernier , pag.
1783. & comme il pourroit arriver ,
qu'on m'attribuât dans la fuite des productions
qui ne feroient pas de moi , permettez-
moi de faire ici la même declaration
, que l'Illuftre M. de la Monnoye de
l'Academie Françoiſe , fit inferer dans le
Journal des Savans du 17. Août 1716 .
& que je dife comme lui , que je defavoue
NOVEMBRE
1724. 2413
voue toutes les Editions generalement qui
fe feront de quelques compofitions que
ce foit,qu'on s'avifera de m'attribuer fans
ma participation , & que je n'en recon .
noîtrai aucune pour legitime , fi mon nom
n'y paroît au commencement ou à la fin
d'une maniere préciſe .
On aprend de Florence , que l'Academie
Della Crufca , fe prepare à donner
inceffamment au public une Hiftoire de
toutes les Perfonnes illuftres qui en ont
été membres.
EXTRAIT d'une Lettre de Prefbourg.
L
Il y avingt ans qu'une femme accoucha
d'un Monftre , c'étoit deux filles qui fe
tenoient , & qui ont vêcu jufqu'au mois
d'Avril 1724. que l'une étant morte de
maladie , l'autre vint à mourir auffi quelque
tems après. Elles fe tenoient par le
côté à l'extremité du Torax , en forte
qu'elles ne pouvoient fe regarder. Elles
ont vêcu environ vingt ans dans le Couvent
des Religieufes Salefienes de cette
Ville , où elles étoient entretenuës
par
la
generofité du Cardinal de Saxe - zeits , avec
une femme qui ne les quittoit point , parce
que ces Jumelles étant auffi differentes
d'humeur que de vifage , il étoit neceffai-
F iij re
2414 MERCURE DE FRANCE.
re que quelqu'un les furveillât pour
prevenir les querelles qui naiffoient entr'elles.
Elles avoient chacune deux bras
& deux jambes , & chacune fon ſexe bien
diftinct ; mais elles n'avoient à elles deux
qu'un feul conduit pour les excremens.
Après leur mort , perfonne n'a eu la curiofité
de les faire ouvrir , ce que l'on ne
devoit pas negliger . Une de ces filles étoit
plus forte que l'autre ; en forte que fe
pliant de côté , elle enlevoit fa foeur auffi
facilement qu'elle auroit levé le bras.
Pour l'autre , elle n'en pouvoit faire autant
fans beaucoup d'efforts . Quelquefois
l'une étoit malade , & l'autre fe portoit
bien ; l'envie de manger , ou d'uriner, ne
les prenoit pas en même- tems. J'ai dit
qu'elles ne fe reffembloient ni de vifage
ni d'humeur ; j'ajouterai que l'une étoit
belle , pofée , & encline au mariage ; &
l'autre d'une humeur toute oppofée , co
lere & querelleufe , & qui auroit battu
fa foecur fi elle n'en avoit été empêchée
par la Gouvernante , qui ne les perdoit pas
de veuë. Les livres de Medecine nous
font la defcription de plufieurs Monftres,
mais jufqu'à prefent on n'en avoit point
vû de pareil , ni qui aye vêcu auffi longtems.
On a fouvent mis en queftion ce
qu'il auroit été à propos de faire , fi l'une
avoit voulu fe marier , & l'autre ne l'eût
pas
NOVEMBRE 1924 . 2415
pas
voulu. Les Cafuiftes ont dit là - deffus
d'étranges chofes que je fupprime , parce
qu'on n'a pas été dans la neceffité de refoudre
ce Cas de confcience .
" De
Boulogne.
On a imprimé ici un Livre dont le fujet
eft affez fingulier , & qui fait beaucoup
d'honneur aux Dames fçavantes , en
voici le titre Bitifia Gozzadina fen de
Mulierum Doctoratu , Apologetica Legalis-
Hiftorica , Differtatio Caroli Antonii
Macchiavelli Jurifconfulti Bononienfis ,
ad Illuftriffimam Comitiffimam Juriumque
Cultricem clariffimam Mariam Victoriam
Delphinam Dofiam , 1. vol. in 4. chez
Bianchi , & c. Cet Ouvrage eft rempli
d'erudition , & de recherches curieufes ,
& intereffantes. On voit à la tête une
Medaille très- bien gravée de la Dame
Gozzadina , avec cette Infcription : BITISIA
GOZZADINA JURIS CONS. MCCXLI .
Cette Dame originaire de Boulogne , fe
rendit celebre dans le treiziéme fiecle ,
elle y reçût le Bonnet de Docteur en l'un
& en l'autre Droit , & profefla enſuite
publiquement cette Science , avec un applaudiffement
univerfel dans la même
Ville .
Le Livre dont nous parlons eft dedié
Fiiij avec
24 : 6 MERCURE DE FRANCE.
1
avec beaucoup de raifon à Madame la
Comteffe Dofia , fçavante Bolonoiſe , &
qui marche tellement fur les traces de la
Dame qui en fait le principal fujet
qu'ayant joint à l'étude des belles Lettres,
celui des Loix , elle a foûtenu publiquement
, & avec beaucoup de fuccez , des
Thefes fur le Droit public & particulier,
dediées à Elifabeth Farneſe Reyne d'Efpagne
, & c.
On mande de Naples , que les flammes
du Mont Vefuve font fort diminuées
, après avoir caufé beaucoup de
perte aux habitans des environs , dont les
maiſons ont été détruites , les terres endommagées
, les arbres brûlez , & les
valons remplis de cendres ; & qu'il s'eft
fait de nouvelles ouvertures dans le Mont,
mais dont il n'eft pas encore forti de flammes
.
Le 12. Octobre on fit à Londres l'infertion
de la petite verole , au troifiéme
fils de M. Walpole , Miniftre d'Etat .
Le Vaiffeau le S. Quentin , arrivé depuis
peu de Buenos - Aires en Angleterre,
a apporté de la part du Prefident de ce
Comptoir , au Chevalier Jean Eyles ,
Sous -Gouverneur de la Compagnie du
Sud , un prefent de plufieurs Animaux
curieux
C
1
NOVEMBRE 172.4. 2417
curieux dans leur eſpece ; entr'autres , un
Tigre , un Leopard , une Gazelle , & un
Wannocke. Ce dernier qui a le corps
femblable à un Dain ; un long col , a la
tête comme un Chameau , fe nourrit d'herbe
& de foin , rumine comme un Boeuf ,
& eft fort aprivoifé ; mais fi quelqu'un
s'en aproche de trop près pour l'agacer ,
il lui crache au vifage une grande quantité
d'eau , comme un coup de feringue , ce
qui eft arrivé au Chevalier Eyles .
Le Docteur Floyer a fait preſent de fa
belle collection de Livres & Manufcrits
au College de la Reine à Oxford , dont il
étoit autrefois membre.
On a publié à Liſbonne la Chronique
du Roi DonJean II . dont Damien de Goes
eft Auteur .
Le 7. Septembre , à l'occafion de la naiffance
de la Reyne de Portugal , l'Acade
mie Royale de l'Hiftoire fit une Deputation
pourcomplimenter S. M. en prefence
du Roy & des Infants ; le Marquis
d'Alegrette , Preſident de ſemaine , portant
la parole. Les autres Deputez étoient,
le P. Jofeph de la Purification , qui eftchargé
de faire l'Hiftoire des Ordres militaires
de Portugal ; M. Jofeph Suarez de
Silva, qui travaille aux Memoires du Regne
de DonJean L. & de la Reyne Dona
Fv Phi
2418 MERCURE DE FRANCE.
Philippe le Pere Lucas de Sainte Catherine
, chargé de travailler à l'Histoire
de Malte ; le Pere Louis Gaetan de Lima ,
Auteur de l'Hiftoire latine des Evêchez
de Lamego & de Portalegre ; & M. Loüis
François Pimentel , Geographe du Roi.
On nous prie de donner avis que le
fieur T. Paftre , demeurant à Amfterdam
, vis-à- vis l'Eglife neuve ,
a tellement
perfectionné le fecret de faire de la
Porcelaine de papier , que la blancheur
du vernis , & la fineffe de la peinture
furpaffent la plus belle vieille Porcelaine
du Japon. Il racommode auffi la veritable
Porcelaine caffée , & y ajoûte même
de nouvelles pieces , fans qu'il y paroiſſe.
Il fait des Poupées fines , avec des yeux
de verre & des oreilles ; comme auffi des
nez , des yeux & des mouftaches , & toutes
fortes de mafques fins .
Nous fommes priez de propofer la
Queſtion qui fuit : Lequel eft le plus malheureux
& le plus à plaindre , ou d'un
homme qui deplaît tout le monde , ou d'un
homme à qui tout le monde deplaît ?
Le Journal des Sçavans , qui s'eſt debité
cette année chez Piffot , avec beauepup
de fuccez,fe vendra l'année prochaime
NOVEMBRE 172 4. 2419
ne chez Lottin , rue Saint-Jacques , à la
Verité , & chez Chaubert , Quai des Auguftins
, près la rue Gille- coeur , à l'Efperance
, & à la Renommée. Ces Libraires
ne le vendront plus que 25. fols ,
en attendant qu'ils puiffent encore en diminuer
le prix dans la fuite.
L'Academiançoiſe a fait choix de M.
Portail , Premier Prefident du Parlement,
pour remplir la place vacante par la mort
de l'Abbé de Choifi , Doyen de cette Academie
.
Rentrée des Académies.
Le 14. de ce mois , l'Academie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , recommença
fes féances , après les vacances , par
une Affemblée publique , dans laquelle
M. de Boze , Secretaire de cette Academie
, fit un très bel éloge de M. Boivin
l'aîné , mort depuis quelque tems. M.
Lancelot lut enfuite une Differtation trèscurieuſe
fur un bas- relief, trouvé en Normandie
, par lequel on éclaircit quelque
point de l'hiſtoire de Guillaume le Conquerant.
M. l'Abbé de Vertot termina la
Seance par une Differtation fur l'Auteur
de l'Alcoran.
F vj
Extrait
2420 MERCURE DE FRANCE.
Extrait de la premiere Differtation.
La Copie du monument que M. Lancelot
expliqua , a été trouvée entre les
papiers de M. Foucault , & on la tient de
M.de Boze . C'est un fort grand roulleau où
eft reprefenté le voyage d'Harold, Comte
de Kent , lorfque , par ordre d'Edouard
dernier , Roi d'Angleterre , de la Race
Saxonne , il vint en Normandie annoncer
à Guillaume le Baſtard qu'il avoit été defigné
Succeffeur à laCouronne d'Angleter
re.Ce roulleau commence par repreſenter
le Roi affis fur fon Thrône , qui donne
fes ordres à deux hommes qui font debout.
C'eſt le Roi Edouard qui ordonne à Harold
de faire ce voyage .
M. Lancelot , après avoir obfervé que
le monument eft rompu en cet endroit ,
& qu'il ne reste plus de l'infcription qu'un
R & un D , fait remarquer la fimplicité
& la forme du Trône d'Edouard . Harold
fe met en marche avec les vallaux & Ofs
ficiers. Il eſt le feul de fa troupe qui porte
un oyfeau fur le poing , parce que c'étoit
le privilege de la Nobleffe , qui en
joüiffoit exclufivement à tous autres Eftats
, & qui en faifoit un fi grand cas ,
que les Capitulaires deffendent de vendre
fon épée ou fon Efpervier , non pas même
NOVEMBRE 1724. 2421
me pour recouvrer fa liberté. Pour Infcription
il y a au- deffus : Haroldus Dux
Anglorum , & fui Milites equitant ad
Bosham. Ce lieu de Bosham , alors Port
fort frequenté , fubfifte encore , & eſt
dans le Comté de Suffex près de Chicefter
, fur la Côte meridionale d'Angleterre
, & vis-à-vis des Côtes de Picardie.
Harold arrivé dans ce Port , après avoir
fait fes prieres à la porte d'une Eglife qui
eft reprefentée , fe prepare à fon embarquement.
On voit dans une efpece d'appartement
des gens qui boivent , les uns
dans des coupes , les autres dans des cornes
dorées ; c'étoit alors l'ufage dans les
pays
du Nord de boire dans des cornes ,
& il s'eft encore confervé en Allemagne .
Cependant une partie de l'equipage d'Harold
s'embarque . Ils paroiffent être retrouffez
, & entrer dans l'eau pour arriver
à bord de la Chaloupe où fe fait cet
embarquement
,
La navigation eft enfuite reprefentée
par un Vaiffeau voguant à pleines voiles .
Au-deffus il y a pour Infcription : Hic
Haroldus mare navigavit , & velis vento
plenis venit in terram widonis Comitis .
Le Naufrage de Harold eft defigné par un
autre Vaiffeau qui n'a plus fes voiles enflées
, & où tous les Navigateurs paroifſent
être en action. Harold , qui eft defcendu
"2421 MERCURE DE FRANCE.
cendu dans la Chaloupe , fait jetter l'anchre
, & parle à ceux qui fe prefentent à
terre. C'eft Guy Comte de Ponthieu ', ſur
les Côtes duquel ce Vaiffeau avoit échoué,
qui fuivi de fa Cavalerie , donne ordre
qu'on fe faififfe d'Harold & de fes gens.
Au deffus il y a : Hic apprehendit Wido
Haroldum , & duxit eum ad Belrem &
ibi eum tenuit.
La marche du Comte Guy , emmenant
fon Prifonnier , fe fait en cet ordre. A la
tête eft un Groupe de gens de pied , nuë
tête , & fans épée , ce font les Valſaux
d'Harold , qui font conduits par deux Soldats
des troupes du Comte. Ce Comte
vient enfuite , & eft à cheval , fon man-
-teau eft retrouffé fur l'épaule , il porte un
oyfeau à fes Grillets , & porte le bec en
avant. Harold au contraire , qui fuit immediatement
le Comte , eft fans manteau.
Il porte, à la verité, fon oyſeau fur le poing,
mais cet oyfeau-n'a point de grillets , & a
le bec oppofé au côté où l'on va , toutes
marques de deshonneur , par lefquelles
l'Auteur du monument a defigné la fitua
tion d'Harold fait prifonnier. Le Belrem
où Harold eft conduit , doit être Beaurain
le Château , lieu fitué fur la Canche , du
côté de Ponthieu à deux lieuës de Montreuil
, Ville Capitale alors de ce Comté,
& où le Comte faifoit fa refidence.
Le
NOVEMBRE 1724. 2423
Le Monument reprefente enfuite la
falle du Comte Guy , il y eft affis dans un
fiege ou efpece de Thrône , different cependant
en quelque chofe de celui d'Edouard,
qui a été reprefenté ci- deflus. Harold
, avec lequel il confere , apparemment
fur le prix de fa rançon , eft debout,
s'appuyant fur fon épée dont la pointe eft
en bas , pendant que le Comte porte la
pointe haut. Au deffus il y a : Ubi Haroldus
& Wido parabolant , où Harold &
Guy parlent.
Harold trouva moyen de faire fçavoir
au Duc de Normandie , que le Comte de
Ponthieu l'avoit fait prifonnier. , Guillaume
depute auffi - tôt deux Ambaffadeurs au
Comte , pour repeter Harold. L'Audience
que Guy donne à ces Ambaffadeurs eft
reprefentée dans le monument , & audeffus
il y a : Ubi Nuntii Willelmi Ducis
venerunt ad Widonem.
Cette premiere Deputation n'eut aucun
effet ; Guy refufa de rendre fon Priſonnier.
Guillaume le Baftard renvoye de
nouveaux Ambaffadeurs , ils font reprefentez
à cheval & galopans , portant leurs
lances de la main droite, & leurs boucliers
de la main gauche . Le monument finit ici,
il devoit contenir la fuite de l'expedition
il n'en refte que la prepofition Hic , qui
commençoit apparemment une nouvelle
circonftance. Ce
2424 MERCURE DE FRANCE.
Ce monument devoit faire la frife
d'une Chapelle de l'Abbaye de S. Eftienne
de Caën où étoit le tombeau de Guillaume
le Bâtard , que les Religionnaires
détruifirent en 1562. A en juger par les
habillemens , les armes , les ornemens ,
le goût dans les figures , tout paroît être
du fiecle de Guillaume le Conquerant
ou de fes enfans. Au bas de cette frife
l'ouvrier a reprefenté des fujets de fables ,
des chaffes , & c.
Monfeigneur l'Evêque, Duc de Langres,
qui préfidoit à cette Affemblée , réfuma
ce petit difcours avec l'éloquence qui lur
eft auffi naturelle qu'elle eft noble &
précife. Il ajoûta même quelques obſervations
à celles qui avoient déja été faites
, & mit par là la derniere main à l'éclairciffement
de ce monument.
L'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences fe tint le lendemain
15. Novembre. M. Moreau de Maupertais
, Adjoint Geometre , ouvrit la fceance
par une Differtation fur la conftruction
des inftrumens de Mufique à cordes
; le deffein principal de cet Académicien
eft de faire voir que la figure que
les ouvriers donnent à ces inftrumens eft
plus propre à augmenter le fon de toutes
les cordes que toute autre figure que
Pon auroit pû leur donner. M.
NOVEMBRE 1724.1 2425
M. Geofroy le jeune , Penfionnaire
Chimifte lût enfuite un Memoire fur les
Eaux Minerales de Paffi , dans lequel il
examina la nature de ces Eaux , & rapporta
les Analifes qu'il en a faites . M.
Geofroy eft entré dans un détail neceffaires
des Eaux Minerales que fourniffent
les differentes fontaines qui fe trouvent
à Paffi .
M, de Juffieu , Penfionnaire Botaniſte
rapporta enfuite les experiences qu'il a
faites fur une efpece de Marguerite ;
c'eſt une plante qui vient dans les bleds ,
dont il a trouvé moyen de faire une excellente
teinture jaune .
M. Lemeri , Penfionnaire Chimiste
finit la fcence par la lecture d'un Memoire
fur un nouveau Phenoméne qu'il
a obfervé fur la diffolution des fels .
M. l'Abbé Bignon qui préfidoit à
cette Affemblée , récapitula à la fin de
chaque diſcours les matieres qui y avoient
été traitées , & addreffant la parole à l'Auteur
de chacun des Memoires , il fit
leurs éloges de maniere à les encourager
au travail , & à exciter l'émulation dans
toute la compagnie . Il parla avec cette
éloquence & cette précision que tout le
monde lui connoît.
M. de Maupertuis lût fon Memoire
fur la forme des inftrumens de Mufique.
Il
2426 MERCURE DE FRANCE.
Il commence par quelques réflexions
fur la Mufique en general ; il la divife
en deux parties , l'une qui a pour objet
les rapports que les fons ont entre eux ;
l'autre qui ne fe propofe que l'agrément
que ces fons peuvent produire. La premiere
de ces deux parties feiche , & même
penible devoit être negligée ; la feconde
agréable & facile devoit faire
plus de progrès . En effet , la pratique de
la Mufique paroît pouffée à fa perfection
. La Theorie eft une fcience prefqu'encore
toute neuve .
D'ailleurs pour pouffer loin la Theorie
il faudroit y joindre un peu de pratique
, elle ferviroit du moins à fournir
les experiences. Il faudroit donc trouver
des Philofophes Muficiens , & où
trouver des Philofophes Muficiens ? voilà
une idée des réflexions de M. de M.
il entre enfuite en matiere .
plu
Prefque tous les Arts , ceux même
qui ont acquis le plus de perfection ont
eu des commencemens fort fimples , ou
plutôt fort groffiers . Le hazard à conduit
les premiers inventeurs , mais il n'eft
pas neceffaire de beaucoup d'intelligence
pour pouffer un Art fort loin . Le temps
peut y fuppléer , & conduira toûjours à
fa perfection un Art , pourvû que fon
objet foit utile ou agréable. Les effais
réïteNOVEMBRE
1724. 2427
réiterez que font les ouvriers les plus
--mal habiles , forment une efpece d'intelligence
qui ne differe de l'intelligence
ordinaire , qu'en ce que celle- ci appartient
à un feul homme.
M. de M. partant de ce principe fait
voir qu'un Phyficien éclairé qui fe propoſeroit
de faire des inftrumens de Mufiquene
leur pourroit donner que la forme
que mille experiences leur ont données.
Les inftrumens à corde n'ont été inventez
que pour augmenter le fon des
cordes . Il s'agit dans la conftruction de
ces inftrumens , de faire en forte que les
parties de l'inftrument rendent elles- mêmes
un fon qui fe joigne à celui de la
corde que l'on touche.
Si dans l'inftrument il fe trouve des
parties capables de faire l'uniffon , ou
quelqu'un des tons harmoniques de la
corde , ce feront celles qui concourront
le plus à l'augmentation du fon de la corde.
La même chofe arrivera à ces parties
, dont les vibrations font idocrones à
celles de la corde , qui arrive aux cordes
à l'uniffon d'une autre corde que l'on
touche , c'est - à - dire , qu'elles feront
ébranlées lorfqu'on touchera la corde qui
eft à leur uniffon.
M. de M. remarque que les tables &
les fonds des inftrumens font un affemblage
2428 MERCURE DE FRANCE.
blage prodigieux de fibres qui font comme
autant de cordes tendues fous les cordes
de l'inftrument.
Si ces fibres qui font à peu près d'égale
groffeur , & d'égale elafticité dans
un bois Homogene étoient toutes de même
longueur , elles ne pourroient être à
P'uniffon que d'une des cordes de l'inftrument,
& par confequent n'auroient gueres
d'ufage que pour cette corde , & quelques
autres de fes tons harmoniques.
瞳
Mais s'il fe trouve des fibres de toutes
les longueurs , capables de produire tous
les tons de l'inftrument , à chaque ton
que fera l'inftrument , toutes les fibres de
ce ton feront ébranlées , & chacune rendra
un fon qui fortifiera celui de la corde.
M. de M. fait voir que toutes les figures
des tables des inftrumens foit rectili
gnes , foit courbes , font telles qu'il s'y
trouve des fibres de toutes les longueurs ,
& par confequent de tous les tons . Les
ouvertures qu'on fait aux tables , outre
qu'elles fervent à laiffer paffer l'air qui
a été frappé par les fibres du dedans de
l'inftrument , & à permettre plus de jeu
à fes parties , fervent encore à varier la
longueur des fibres par leur courbure , &
par leur obliquité .
Un feul inftrument paroiffoit rebelle
à fon fiftême , & il fait voir que les Luthiers
NOVEMBRE 1724. 2429
thiers ont été obligez d'avoir recours à
d'autres moyens qui le font rentrer dans
le cas des inftrumens ordinaires.
M. de M. fait un détail très- exact de
tous les inftrumens à cordes , & l'on eft
furpris de voir que leurs formes fi variées
, fi bizarres , & qui paroiffent la
plûpart n'être que l'effet du hazard
foient toutes fondées fur cette proprieté
neceflaire de donner des fibres de tous
les tons.
Dans les tables ordinaires non -feulement
il fe trouve des fibres de tous les
tons , mais il s'en trouve encore de tous
les petits intervalles qui font entre deux
tons , qui felon ce que nous avons dit ,
fervent peu pour l'augmentation dụ ſon ,
& qui nuifent à fa netteté.
M. de M. propoſe une table qui au 、
roit des fibres de tous les tons , & qui par
fa conftruction feroit exempte de ce défaut
d'avoir des fibres de toutes les nuances
de tons moyennes entre deux tons . Il
examine les avantages qu'auroit une pareille
table qui paroît d'abord de beaucoup
l'emporter fur les tables ordinaires ,
& il en fait voir les inconveniens.
Dans la derniere partie de fon Memoire
M. de M. expliqua par fon ſiſtême
plufieurs Phenoménes qu'on remarque
fur les inftrumens à cordes. Je n'en
rapor2430
MERCURE DE FRANCE .
raporterai que deux pour donner une
idée de la facilité avec laquelle on explique
ces Phenoménes dans fon hypothefe
.
1° Chaque fibre devant avoir fon mouvement
particulier , lorfque l'inftrument
fait le ton de cette fibre ; on voit que
plus les fibres du bois font ferrées les
unes contre les autres , moins elles ont
la liberté de fe mouvoir. Dans un bois
nouvellement coupé les fibres font en .
core de gros vaiffeaux pleins de fucs qui
devoient être la nourriture de l'arbre,
Ces vaiffeaux après un certain temps fe
deffechent , fe refferrent , & par confequent
s'éloignent les uns des autres .
Alors ils ont plus de liberté pour ſe mouvoir
, le fon qu'ils prêtent à la corde en
eft d'autant plus fort. C'est ainsi qu'on
explique pourquoi les vieux inftrumens
font les meilleurs.
2º Les inftrumens fouvent pour avoir
été caffez & recolez font devenus meilleurs
qu'ils n'étoient auparavant. Cette
maniere de rendre un inftrument meilleur
qui paroît fi étrange , eft cependant
très-conforme au fiftême. Les fibres de
certains tons étoient apparemment trop
longues , les fractures les coupent & reftituent
les longueurs , qui manquoient à
certaines fibres de l'inftrument.
Toute
NOVEMBRE 1724. 2431
- Toute cette differtation eft écrite avec
cette retenue & cette modeftie qui fied fi
bien aux matieres de Phyfique. M. de M.
avertit que tout ce qu'il propofe n'eſt
que conjectures , & fon avertiffement
eft d'autant plus neceffaire que fon fiſtême
porte tous les caracteres de certitude
& d'évidence,
M. de Juffieu , Profeffeur & Démonftrateur
des Plantes au Jardin Royal
appliqua dans fon Memoire plufieurs experiences
qu'il a faites fur la décoction
de la fleur du Chrysanthemum fegetum ob.
Icon. qui eft une Plante très commune
dans les terres à bled des environs de Pa
ris , connuë fous le nom de Marguerite
jaune , de laquelle il fit voir qu'on peut
tirer plufieurs teintures de differentes
couleurs , femblables à celles , dont les
Sauvages du Miffiffipi fe fervent quelquefois
pour colorer les peaux & les lair
nes dont ils fe couvrent.
Cet Académicien avoua qu'il devoit fa .
découverte aux réflexions qu'il avoit
faites fur l'impreffion colorée que laiſſent
diverfes Plantes fur les papiers , entre
lefquels il a coutume de les deffecher.
Impreffion qui eft plus ou moins vive fe-
Jon que ces papiers fe trouvent plus ou
moins chargé de l'alun que l'on employe
ordi2432
MERCURE DE FRANCE .
ordinairement dans la colle qui ſert à leur
donner du corps. J.
Ç'a été par le mêlange de ce fel dans
l'eau bouillante dont il s'eft fervi , comme
font les Teinturiers , pour y tremper
les morceaux d'étoffes de foye : & de laine
blanche qu'il avoit deftiné à jetter dans
la décoction de la fleur de cette Marguerite
jaune , qu'il a reconnu que les morceaux
d'étoffes de foye avoient pris la
teinture d'un jaune plus ou moins foncé
& dore , fuivant la plus grande ou la
moindre quantité des fleurs employées à
la décoction.
Et il a obfervé que de femblables morceaux
d'étoffes de foye & de laine blanche
trempez dans une décoction de la
même fleur , à laquelle il a ajoûté une
petite portion de fuye de cheminée prenoient
une couleur de feuille morte , en y
ajoûtant le hocou une couleur de bois , &
les trempant auparavant dans l'Indigo ,
enfuite dans la décoction fimple de ces
fleurs on les en retiroit colorez d'un vert
foncé .
M. de Juffieu s'eft fervi de cette découverte
comme d'un exemple propre à
faire voir que la plupart des Flantes qui
font regardées comme inutiles ne font
telles que par rapport à nôtre ignorance,
& qu'avec le travail on peut de jour en
jour
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ASTOR,
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AUGENDO
XV
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D.G
LUDOVICUS
POPULORUM
COMMERCIO
FRAN
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REX
DECUS
ET
MERCES
PONS LIGERI IMPOSTTUS
AD BLESUM CASTRUM
M- DCC-XXIV- WIL-PROCERES TORQUE DONAT
-JUNIE- M-acc-xxv
NOVEMBRE 1724. 2433
jour par de femblables experiences ajoû❤
ter quelque chofe d'utile dans la pratique
des Arts , & furtout celui de la teinture
qui tire prefque toutes fes couleurs de
l'ufage des Plantes .
Ses obfervations fe font même étendues
jufques dans le choix des drogues
propres à colorer les toiles & les étoffes
qui doivent fervir aux habillemens ; ce
qu'il prétend n'être pas indifferent par
rapport aux inconveniens qui naiffent de
l'impreffion que font capables de caufer
fur la peau des étoffes teintes par de certaines
drogues mal - faifantes, ou par des Plantes
cauftiques.
8243
On donnera dans le Mercure fuivant
l'Extrait des autres Differtations qui ont
été lûes dans ces affemblées , & celui de
l'éloge de M. Boivin.
SUITE DES MEDAILLES DU ROY.
La premiere Medaille dont nous donnons
ici la planche eft toute recente , &
des plus belles qu'on ait encore frapé fous
ce Regne. On y voit d'un côté le Bufte
du Roi , gravé en creux par le fieur du
Vivier , avec l'Infcription ordinaire , &
fur le revers , gravé par le même , le
nouveau & magnifique Pont que le Roi
a fait conftruire à Blois fur la Loire ,
G avec
2434 MERCURE DE FRANCE.
avec cette Legende , AUGENDO POPULO
RUM . COMMERCIO. Et dans l'Exergue
PONS LIGERI IMPOSITUS AD BLE SUM
CASTRUM M. DCC. XXIV. On ne sçauroit
mieux reprefenter & plus noblement ,
dans un fi petit eſpace , ce beau Pont , la
grande Riviere fur laquelle il eft conftruit
, & la Ville de Blois , divifée par
cette Riviere en deux parties , qui fe
communiquent par le nouveau Pont.
Rien n'exprime mieux auffi l'intention
du Roi , en faisant la dépenfe de cet édifice
, & l'utilité publique qui en ſera le
fruit , que la Legende dont nous venons
de parler.
·
pour
Il feroit bon pour le dire ici en paffant
, & glorieux à la Nation , que des
édifices de cette confequence fuffent toû
jours confacrez par des monumens pareils
, non feulement tranfmettre
leur fondation à la pofterité , mais pour
les faire connoître aux Amateurs des
beaux Arts de tous les temps , & de tous
les Pays . Après les Medailles les Infcriptions
font à peu près le même effet ; les
Romains prenoient l'une & l'autre voye.
Les modernes fe font contentez ordinairement
de l'Infcription. Parmi les plus
belles qui paroiffent fur les édifices publics
du Royaume , celle qui fait le plus
à nôtre fujet , & qui en eft tout- à- fait
digne ,
NOVEMBRE 1724.
2435
digne , fe lit à Touloufe au- deffus de la
grande porte , en maniere d'Arc de
Triomphe , qui eft à l'entrée du Pontneuf
de cette Ville . L'Infcription eft gravée
en Lettres d'or fur un marbre noir
qui fert de Piedeſtal à la Statuë Equeſtré
du Roi Louis XIV . Nous nous faifons un
plaifir de la rapporter ici , comme unhommage
dû à la memoire de ce grand
Prince , que
fon Augufte fucceffeur imite
tous les jours , & en l'honneur d'une
Ville toûjours feconde en genies , qui
- fçavent exprimer noblement & heureu-
- fement les grandes choſes.
Qui dedit Oceano , docuit te dulce , Garumna
Ferrejugum, primufque tuas compefcuit undas:
Hactenus invifo jungens tua Litora Ponte.
Hoc opus inceptum defperatumque pependit ,
Donec LUDOVEUM feliciafecla tulerunt ,
Qui totâ folus poffet mirante Tolofa ,
Tantam indignanti cervici imponere molem.
La feconde Medaille a auffi d'un côté
le Bufte du Roi , gravé en creux de la
même main , & fur le revers la ceremonie
de la reception des nouveaux Chevaliers
du S. Efprit. Le Roi eft reprefenté
affis fur un Trône donnant le Colier
de cet Ordre à un Chevalier qui eft
profterné aux pieds de Sa Majefté , avec
cette Infcription DICUS ET MERCES , &
Gij
dans
2436 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Exergue LVIII . PROCERES TOR
QUE DONATI III. JUNII M, DCC. xxiv.
Ce revers eft auffi gravé par le fieur du
Vivier. Ces deux Medailles ont pour
face le Portrait du Roi.
WWWWWW
SPECTACLES.
ABIS , Tragedie reprefentée fur
le Theatre du College du Pleffis ,
pour la diftribution des Prix , le 21 .
Aouft dernier.
Nous n'aurions pas tant tardé à parler
de cette Tragedie , fi on nous avoit remis
les Memoires qu'on nous avoit fait
efperer fur la Piece Dramatique qui fut
repreſentée enfuite , qui eft de très bonne
main , & dont le Public auroit vû l'Extrait
, & quelques fragmens avec plaifir.
>
La Tragedie dont il eft queftion eft la
même qui fut reprefentée fur le Theatre
François en 1713. & qui eut beaucoup
de fuccès. Elle eft de Madame de Gomez
, & fon meilleur ouvrage. Voici en
quels termes parle de cette Piece le
Profeffeur qui l'a mife en état d'être reprefentée
par des Ecoliers ; on y trouve
une verfification noble , des fentimens élevez,
des ſurpriſes très-agréablement menagées,
NOVEMBRE 1724. 2437
gées , des reconnoiffances infiniment tendres
, & des fituations fi intereſſantes , que
l'on peut
dire qu'il eft peu de pieces plus
touchantes que celle- ci. C'est ce qui nous a
déterminez , pourfuit- il , à la choifir pour
nôtre Theatre , où la violence & les paffions
vehementes font moins de mife , &c.
Les changemens qu'on y a faits , à caufe
des perfonnages de femmes qui ne font
point permis dans les Colleges de l'Univerfité
, font affez confiderables . Axiane,
mere d'Habis , & Erixefne , fille du Roi
des Garamantes , ont été obligées de difparoître
. A la place d'Axiane on a mis
Albius fon époux ; à la place d'Erixe fne
on a mis Euryftene fon frere , qui par fa
qualité d'Ambaffadeur n'oublie rien pour
calmer la fureur de Melgoris contre Albius
, & contre Habis , qu'unbruit fourd
fait revivre. Ce bruit a été répandu par
celui qui a fauvé ce même Habis que
Melgoris fait précipiter dans les flots.
Voici l'argument de laPiece qui en eft en
même temps l'analyſe.
Melgoris , Roi des Cinnetes , peuple
d'Espagne , eut une fille nommée Axiane
, qu'il maria à Albius , Roi de Getulie.
Albius eut un fils d'Axiane , auquel
on donna le nom d'Habis . A peine fut- il
né , que Melgoris confulta les Dieux fur
le fort qu'ils réfer voient à cet enfant. Les
G iij
Dieux
2438 MERCURE DE FRANCE.
Dieux lui annoncerent par la voix de
leur Grand- Prêtre que cet enfant nouveau
né feroit un jour très illuftre , &
qu'il détrôneroit fon ayeul. Il n'en fallut
pas davantage pour déterminer l'ambitieux
Melgoris à le faire perir . Il ordonna
de le précipiter dans la Mer , l'ordre
barbare fut executé ; mais les Dieux prirent
foin de juftifier leur Oracle . Les
flots refpecterent fon enfance ; il fut
pouffé fur le rivage , & recueilli par
Pharès , l'un des principaux Officiers
d'Albius. Ce Pharès l'ayant fait revenir
d'un long évanouiffement , le fit nourrir
dans un lieu inconnu , fous le nom d'Hefperus
, & ne lui apprit fon veritable
fort , que lorfqu'il jugea par les marques
qu'il donnoit d'un genie élevé , que les
Dieux le deftinoient à regner. Habis ne
laiffa point de garder toûjours fon nom
d'Hefperus. Ce fut fous ce nom, & en
qualité de fimple foldat qu'il fit de fi
belles actions contre les ennemis de Melgoris
, que ce Roi des Cinnetes l'éleva
d'emploi en emploi à la dignité de General
de fes armées. Pharès le voyant
auffi aimé des foldats , que Melgoris fon
ayeul en étoit détefté , crût qu'il étoit
temps de fonder les coeurs des peuples en
faveur d'Habis ; il fit courir un bruit qui
allarma Melgoris ; ce bruit faifoit revivre
NOVEMBRE 1724. 2439
E
vre ce même Habis qui devoit un jour
le détrôner. Les peuples fe fouleverent
fur l'efperance qu'Habis viendroit bientôt
fe mettre à leur tête. Hefperus fut
envoyé contre les rebelles , & loin de
profiter de la difpofition favorable où
tout étoit pour le placer fur un Trône
qui devoit un jour lui appartenir , il appaifa
la fédition par fa feule prefence ;
on mit les armes bas , tout parut tranquille
; il en alla rendre compte à Melgoris
, qui n'en fut pas plus rafluré , ne
pouvant être heureux , qu'on ne lui eut
apporté la tête d'Habis . Ces cruels fentimens
, où le faux Hefperús le vit per-
-feverer porterent enfin ce dernier à lui
rendre ce repos , & ce bonheur qu'il ne
pouvoit trouver que dans la mort de fon
petit-fils . Il fe jetta à fes pieds , fe fit reconnoître
pour Habis , & lui prefenta fon
coeur , pour recevoir de fa main ce coup
mortel qu'il croyoit fi neceffaire à fon
.repos.
Melgoris ne pût voir fa victime fans
en être attendri ; il ne craignit plus d'etre
détrôné par un Prince , qui fe feroit
emparé de fa place , s'il l'eut voulu , &
donnant un fens plus favorable à l'Oracle
, il le juſtifia en defcendant volontairement
du Trône. Habis refufa d'y monter
; mais Melgoris voulut être obéi
G iiij
pour
2440 MERCURE DE FRANCE .
pour la derniere fois , & declarer fon
petit-fils Roi des Cinnetes & des Getules.
Cette Tragedie a été fuivie d'une petite
Piece pour égayer le ferieux de la
grande. Horace en a fourni le fujet dans
fa premiere Satyre qui commence par
ces vers :
Quid fit, Maecenas , ut nemo , quamfibi fortem ,
Seu ratio dederit , feu fors objecerit , illâ
Contentus vivat , laudet diverſa ſequentes.
On voit affez par ces trois vers , que
la Piece en queftion doit avoir pour titre
les Mécontens : en voici un court Extrait.
Extrait d'une Comedie , intitulée
les Mécontens.
Mercure ouvre la ſcene ,fous prétexte
de couronner ceux d'entre les éleves
d'Apollon qui ont merité des prix. Il
veut rendre compte aux fpectateurs des
raifons ,qui peuvent avoir obligé Apollon
à lui ceder un emploi qui auroit
mieux été rempli par lui- même ; mais
ne doutant point que ces raifons , quelques
plaufibles qu'elles lui paroiflent ,
ne trouvent des efprits qui ne s'y prêteront
pas ; il prend occafion de-là de montrer
₹
NOVEMBRE
1724. 2441
,
trer dans une action Theatrale , que les
hommes font très difficiles à contenter.
Les premiers Mécontens qui fe preſentent
à lui font , dans la feconde Scene ,
un jeune homme très - riche , mais trèsignorant
qui demande la ſcience . Dans
la troifiéme un homme marié qui voudroit
être veuf , & dans la quatriéme un
vieillard décrepit qui fouhaite la jeuneſſe .
Il renvoye l'homme marié à une autre
fois , ne voulant pas faire mourir fa femme
pour le contenter. Il propofe au riche
, ignorant le choix de plufieurs fciences
, l'ignorant choifit l'art de la Poëfie.
Il exauce auffi la priere du vieillard décrepit
en le rajeuniflant , & même en
le faifant devenir enfant.
.. Dans une autre fcene on voit un Avocat
de Province qui fe nomme Hector
Roquet , lequel pourfuivi de fes creanciers
, demande une place à pouvoir fe
mettre à couvert de leurs recherches , &
comme il fait connoître à Mercure qu'il
feroit bien aife d'inftruire la jeuneſſe , il
le fait Précepteur du vieillard transformé
en jeune Ecolier. Le dernier enchanté de
fon nouvel état , s'en promet plaifirs fur
plaifirs ; mais il trouve bien à décompter
quand l'Avocat devenu Précepteur
vient l'interroger , avec toute la feverité
Magiftrale , fur la leçon qu'il l'a chargé
G v d'étu
2242 MERCURE DE FRANCE.
d'étudier. C'eft alors qu'il regrette la vieilleffe
qui l'avoit mis dans une heureuſe
indépendance , ou qui du moins l'avoit
fouftrait à la ferule ; le Précepteur de
fon côté aimeroit mieux fe voir encore
obfedé de creanciers inexorables , que de
trouver un Ecolier fi indocile , & qui
profite fi peu de fes leçons. Nous paflons
d'autres Scenes qui ne font point liées
au fujet ; telle eft celle de deux fçavans ,
dont l'un eft Partifan des anciens , & l'autre
des modernes . Tous les Mécontens
qui ont paru fur la Scene , veulent retourner
à leur premier état ; mais Mercure
, pour les punir de leur mécontentement
, rejette leur nouvelle priere , &
les laiffe gemir fous le fecond poids qu'ils
ont bien voulu s'impofer eux - mêmes. La
Piece finit par un compliment que Mercure
fait à l'affemblée , au nom de l'Auteur
& des Acteurs de la Piece , & protefte
que fi l'on leur fait l'honneur de
leur paffer les défauts de leur Comedie ,
ils ne fe tiendront pas du nombre des
Mécontens qu'on vient de jouer.
Nous n'avonspû dire qu'un mot de
la Comedie , qui a pour titre le
Triomphe du temps dans le Mercure du
mois paffé , parce qu'on n'en avoit encore
• donné
NOVEMBRE 1724 2443
donné
que deux repreſentations
, quand
nous l'avons annoncée au public. Ces deux
premieres repreſentations furent fi complettes
que nous augurâmes que la Piece
auroit un plus grand fuccès qu'elle n'a
eu. Elle n'a pas laiffé de réüffir raiſonnablement
en voici un Extrait fuccinct .
Prologue.
J
Deux Auteurs , avant la premiere reprefentation
de la . Piece fe ventent de
l'avoir faite ; ils prennent pour Arbitre
de leur querelle un troifiéme Auteur
qui leur dit qu'ils ont tort tous deux ,
puifque c'eft lui -même qui a fait le Trionphe
dutemps qu'on va jouer. Mlle du Freſne
qui furvient , & à qui ils en appellent,
les met d'accord , en leur difant que le
Triomphe du temps étant une Piece en
trois Pieces differentes , ils peuvent s'en
dire Auteurs , puifqu'ils en ont fait une
chacun. Ces trois Pieces regardent les
trois parties qui partagent le temps ; fçavoir
le paffé , le prefent & l'avenir. Dans.
la premiere Piece on fait voir que le
Temps triomphe de la beauté , dans la
feconde qu'il triomphe de la Confiance
& dans la troifiéme qu'il confole des
plus grandes douleurs par l'efperance
醫
d'un heureux avenir.
G vj Pre2444
MERCURE DE FRANCE .
Premiere Piece
Un vieillard qu'on nommoit autrefois
le beau Cleon , & qui avoit aimé une
fille appellée la belle Jayotte , s'étant marié
à une autre pour obéir à fes parens ,
s'imagine que fa Maîtreffe eft encore la
même après quarante ans , qu'il eft devenu
veuf ; & jugeant auffi favorablement
de lui- même , il vient pour l'époufer en
fecondes nôces fur les nouvelles qu'il
en a reçûës qu'elle eft veuve & libre
comme lui ; Cleon de fon premier mariage
a eu un fils nommé Leandre qu'on
fuppofe de voir être le vrai portrait de
fon pere , quoique l'Auteur ne l'ait pas
annoncé dans fa Piece ; il en eft de même
de la fille de la belle Javotte , qui par
fon mariage a quitté ce nom pour celui
de Roquantin. Ils fe font écrit regulierement
depuis quarante ans qu'ils ne fe
font vûs. Remplis d'une image que le
temps n'a pû détruire dans leurs coeurs ,
ils croyent fe revoir avec les mêmes attraits
qu'ils avoient dans le bel âge. Ils
fe revoyent en effet ; mais fans fe reconnoître
, & dans le cours de leur converfation
leurs enfans venant à paroître ,
ils prennent tous deux le change ; Cleon
court à la fille de fa belle Javotte qu'il
prend
NOVEMBRE 1724. 2445
prend pour Javotte elle- même , & Javotte
s'avance avec un pareil empreffement
vers le jeune Leandre , en qui elle
croit voir tous les traits du beau Cleon
& qu'elle prend pour lui - même. On les
détrompe enfin , & ils font fi mécontens
l'un de l'autre qu'ils fe rendent reciproquement
leurs paroles , & confentent
que leurs enfans qui fe font aimez dès
la premiere vûë foient mariez , quoi-
' qu'ils fe fuffent prévenus l'un contre l'autre
, & qu'ils euffent réfolu de s'oppoſer
au deffein que leurs parens avoient formé
de les marier. La fête qui termine
cette premiere Piece regarde le temps.
paffé c'eft une entrée de vieillards , qui
fait un grand plaifir , tant par les danque
par les chants.
a
fe's
Seconde Piece.
Une Dle & fa Soubrette ayant appris
que leurs Amans ; fçavoir , le Maître
& le Valet , leur ont fait une infidelité à
Paris , partent de Lion , traveftis en hommes
, la Maîtreffe fe fait appeller M. le
Chevalier , & la Soubrette prend le nom
de Jafinin ; elles arrivent à Paris , & font
fi bien qu'elles fe font aimer de leurs Rivales.
Leurs Amants infideles en veulent
tirer raifon , & fe couper la gorge
avec
2446 MERCURE DE FRANCE .
avec leurs prétendus Rivaux . Le lieu du
combat est choifi , & l'heure eft prife ;
c'eſt dans la maiſon de la Maîtreffe de
Paris , & pendant la nuit. La Guillotiere
, Valet du Cavalier fe trouve le
premier fur le champ de bataille , quoique
malgré lui , Jalinin ne tarde pas à
s'y rendre , & l'étonne fi fort par l'étalage
qu'il fait de la valeur maffacrante ,
que le poltron la Guillotiere refuſe le
combat , lui rend fon épée , renonce à fa
derniere Maîtreffe , & confent à recevoir
une époufe de fa main . Le Maître de la
Guillotiere vient un moment après , &
apprenant de fon Valet que fon combat
avec Jaſmin s'eft terminé à l'amiable , il
le traite de poltron : ne faites pas tant
le brave , lui répond Jafmin , vous ferez
obligé à l'afpect de M. le Chevalier ,
mon Maître , de fubir les mêmes conditions
, aufquelles le prudent la Guillotiere
s'eft foumis ; en lui difant ces paroles
, elle lui ôte adroiteinent fon épée.
Le Chevalier tout court arrive & le provoque
au combat , il veut mettre la main
à l'épée , mais il fe trouve defarmé. La
Guillotiere crie au guet , la Maîtreffe de
la ma fon vient, fuivie de fa Soubrette qui
apporte un flambleau à la faveur de ce
flimbleau l'Amant defariné reconnoît fa
Maîtrelle de Lion dans le prétendu Chevalier
NOVEMBRE 1724. 2447
valier , & la Guillotiere trouve que Jaf
min eſt cette même Soubrette à qui il a
fait une infidelité ; la reconciliation fuit
de près la reconnoiffance ; & la Piece finit
par une Fête qui a pour objet le tems
prefent ; cette feconde piece a fait plus
d'effet que la premiere , quoique tous
les connoiffeurs trouvent l'idée de la
premiere
plus jolie & plus fine.
Troifiéme Piece
Un Parifien nommé Dorante , revenant
d'un voyage dans lequel il a fait connoiffance
, & lié une tendre amitié avec un
Gentilhomme Gafcon , apellé Hardicrac ,
lui promet de lui faire époufer fa four , fi
elle veut bien y confentir , dans la vive
douleur où elle eft encore d'avoir perdu
un époux qu'elle adoroit .
>
Hardicrac lui dit qu'il a par a par deffus
tous les hommes du monde le talent de
confoler les affligez : Prefente - moi , lui
dit-il , ta foeur inondée d'un déluge de larmes
; tiens avec unfeul regard , je lui
mets l'oeil à fec. La foeur arrive , on lui
parle de mariage , elle ne rejette point la
propofition , & fait voir qu'elle a beaucoup
de penchant pour la Nation Cafconne
; ce qui flatte Hardicrac qui fe croit
T'objet de ce penchant. La Veuve fe retire,
pour
2448 MERCURE DE FRANCE .
pour aller donner les ordres neceffaires
pour bien regaler fes nouveaux hôtes . Un
Baron apellé Caftelcric arrive. Ils fe reconnoiffent
Hardicrac & lui , comme proches
parens , & anciens amis , ils s'embraffent
tendrement ; mais Hardicrac & Dorante
font bien furpris d'apprendre qu'il
a époufé la Veuve en queftion. Hardicrac
rabat fur la plus grande des deux filles de
la Veuve , laquelle ne veut point de lui ,
parce que , toute innocente qu'elle paroît
, elle a un engagement de coeur avec
un jeune homme à qui elle a fait une promeſſe
de mariage , fignée de part & d'autre.
Hardicrac fe reduit à la four cadette ,
qui n'eft encore qu'un enfant , mais auffi
vive que fa foeur paroît ingenuë. Autre
engagement de coeur entre celle - ci & un
jeune garçon , fils d'un Prefident proprie
taire de la maifon que la Veuve occupe.
Hardicrac eft fi touché des plaintes & des
larmes de ces pauvres enfans , qu'il confent
à leur mariage futur. La Fête qui
termine cette Piece , eft compofée de Matelots
qui chantent les douceurs de l'efperance.
Cette derniere Piece a été trouvée la
plus foible des trois , quoiqu'elle foit affaifonnée
de faillies gafconnes , dont quelques
unes ont paru affez neufves. La raifon
de ce dégoût vient peut- être de ce
que
NOVEMBRE 1724. 2449
que le fujet n'eft pas rempli . On a dit
dans le Prologue , que le tems confole
des plus grandes douleurs , par l'efperance
d'un heureux avenir . Cette confolation
ne peut tomber que fur la Veuves & cette
Veuve eſt déja confolée par un fecond
mari , avant que l'action théatrale commence
; il auroit fallu que cette confolation
tomba fur le Gafcon , qui perd trois
femmes coup fur coup ; mais il en eft fi
peu affligé dans tout le cours de la Piece,
qu'il n'a pas befoin du fecours de l'efperance
, pour fe confoler par un heureux
avenir .
Les Diles Lamotte & Dufrefne , qui´
jouent les rôles de l'Amant & de fon Valet
, habillées en homme , dans la feconde
Piece , ont été fort aplaudies , ainfi que
le fieur Dangeville & fa petite foeur , qui
font amoureux l'un de l'autre dans la
derniere Piece . Ils danfent dans leur
intermede un pas de deux en vieillards ,
qui a fait l'admiration de tous les ſpectateurs.
COUPLETS du premier Divertiffement.
Le tems paffé.
Helas ! quand j'étois jeune & belle ,
Je rebutois mes foûpirans Tans
2450 MERCURE DE FRANCE.
Tan , tan , tan ,
Sur mes vieux ans je ne fuis plus crualle ;
Tan , taran , tan , tan ,
.
Il n'eft plus tems.
M
L'amour vainement fe rapelle ,
Quand il a pris la clef des champs, Tant & c.
A fon retour il ne bat que d'une aile , tan,
taran , & c.
Quand l'horloge du Berger fonne ,
Reveillez-vous , tendres Amans. Tan , &c.
L'heure paffée , une belle raiſonne. Tan,&c.
52
Rapellons la fouvenance
Du bon tems paſſé ;
Un Vieillard dans l'âge glacé .
Pouvoit encor entrer en danſe.
Aujourd'hui dans l'adoleſcence ,
Le Blondin eſt déja caffé ,
Rapellons la fouvenance
Du bon tems paflè.
DEU
NOVEMBRE 1724. 245
DEUXIE'ME INTERMEDE.
Le tems prefent.
Au tems jadis dans l'amoureux Empire,
Sans être heureux , on foûpiroit dix ans.
Au tems prefent , à peine l'on defire ,
Que l'on eft auffi tôt content ,
Oh l'heureux tems !
Ton tan ton tene ,
Oh l'heureux tems !
On méprifoit autrefois la Marotte ,
Et l'on voyoit triompher le bon fens
Au tems prefent nous voyons la Calotte
Un de nos premiers Regimens ,
Oh l'heureux tems ! & c.
平
{ Nos beaux ans vont s'évanoüir ;
Le plaifir s'offre , il le faut prendre :
Pourquoi s'en défendre ?
Que fert-il d'attendre ?
Il n'eft rien tel que de jouir.
TROI
2452 MERCURE DE FRANCE.
TROISIEME INTERMEDE.
Le tems futur.
Dans le pofte où la Cour l'a mis ,
Blaife voit cent nouveaux amis
Adorer fa faveur nouvelle ;
Mais, pour le voir abandonné ,
Dès que la rouë aura tourné ,
Ah ! C'eſt au tems que j'en apelle.
La Demoiselle Dangeville .
Les grandes filles d'aprefent ,
Me traitent de petit enfant ,
Pour moi , quelle douleur mortelle
Mais leur beauté deperira ,
Tandis que la mienne croîtra .
Ohl c'eft au tems que j'en apelle.
Au Parterre .
A nos trois fujets differens ,
S'il manque certains agrémens ,
Du moins l'idée en eft nouvelle.
Contre le critique envieux ,
PafNOVEMBRE
1724.
2413
Parterre fi judicieux ,
Ah ! c'eft à vous que j'en apelle.
L'Opera.
L'Academie Royale de Mufique cefla
le 2. de ce mois les reprefentations duBallet
des Ages, pour donner 7 hetis & Pelée,
que Madame la Ducheffe d'Orleans avoit
fouhaitté de voir. La Dle Prevot y danfa
les caracteres de la Danſe , que cette Princeffe
avoit auffi demandez . Le 9. on remit
l'Opera d'Armide fur le théatre , qui n'avoit
pas été joué depuis plus de 12. ans.
Cette Reprefentation attira une affemblée
des plus nombreufes & des plus brillantes
; Madame la Ducheffe d'Orleans
l'honora de fa prefence , & le public en
parut très- fatisfait . Les Rôles de la Gloire
& de la Sageffe dans le Prologue , font
joüés par les DilesHermance & Lambert ;
la De Antier jouë celui d'Armidedans
la Piece ; le fieur Muraire celui de Renaud
; & le fieur Thevenard celui d'Hidraot.
On joue les Mardis le Ballet des
Ages.
Tout le monde fçait que les paroles de
cette Tragedie font de M. Quinault , &
la Mufique de M. Lully ; on la reprefenta
pour la premiere fois le 15. Février
1686.
2454 MERCURE DE FRANCE.
1686. ce fut également le triomphe de
Quinault , de Lully , & de Mademoiſelle
Rochoys. Jamais Piece ne fut tant admirée.
Lors qu'Armide s'anime à poignarder
Renaud , dit l'Auteur de la vie de
Quinault , p . 56. dans la derniere Scene
du fecond Acte , on a vû vingt fois tout le
monde faifi de frayeur , ne foufflant pas ,
demeurer immobile , l'ame toute entiere
dans les oreilles & dans les yeux , jufqu'à
ce que l'air de violon , qui finit la fcene,
donnât permiffion de refpirer ; puis les
fpectateurs reprenant haleine avec un
bourdonnement de joye & d'admiration ,
fe fentoient tranſporter par ce mouvement
unanime , qui marquoit affez la beauté de
la Scene & leur raviffement.
Une des plus grandes perfections d'un
Spectacle eft , que la beauté croiffe d'Acte
en Acte. Il n'y a peut- être point d'Opera
qui ait cet avantage comme Armide , &
cet avantage eft d'un prix infini.Il est vrai
qu'il y a quelques endroits l'on
que peut
critiquer , comme l'Epiſode d'Hydraot ,
qui n'eft pas affez lié à la Piece ; & le
quatrième Acte qui manque de matiere.
L'Auteur paroît ici nud & fterile à l'excès.
Il devoit fans doute y ménager quelque
action , ou quelque epifode moins
fec que la double rencontre de deux fauffes
Maîtreffes du Chevalier Danois , &
d'UNOVEMBRE
1724. 2455
d'Ubalde ; repetition froide , jeu propre
feulement à la Comedie, & qu'on eft fouvent
obligé de retrancher , malgré les
beaux chants du Muficien . Mais le divertiffement
qui eft exquis , repare cet Acte
foible , qui ſemble avoir été ſacrifié pour
relever encore la beauté du cinquième ,
fur lequel tout le monde demeure d'accord
que rien n'a jamais été fi parfait . Il
eft tout feul un Opera ; le divertiffement
eft vers le milieu de l'Acte ; l'attention du.
fpectateur demeure libre pour ce qui
va fuivre. Enfin la derniere Scéne efface
autant les premieres , que cet Acte efface
Les quatre precedens .
Le perfide Renaut me fuit , &c.
Combien de beautez ! quelle force ,
quelle adreffe d'expreffion jufques dans
les moindres chofes ! On peut apeller.
cette Scéne pour le pathetique , pour les
graces , pour la diverfité des mouvemens ,
le triomphe en abregé de la Poëfie françoife.
Le fpectacle finit par le fracas du Palais
enchanté que les Demons viennent
détruire en un inftant ; dans l'émotion
que caufe cette machine unique , amenée
& placée avec art , la toile tombe
& le fpectateur , plein de fa paffion
qu'on
2456 MERCURE DE FRANCE .
qu'on a augmentée jufqu'au dernier moment
, l'emporte toute entiere. Il s'en
retourne penetré , malgré qu'il en ait ,
réveur & chagrin du mécontentement
d'Armide .
Il femble que l'efprit humain ne peut
rien imaginer de fuperieur au cinquième
Acte d'Armide . Ce Poëme montre aflez
combien le Poëte contribue à la fublime
beauté , ou à la langueur d'un Opera ,
par la bonne ou mauvaiſe conftitution
qu'il lui donne.
On pretend que cet Opera eft celui de
tous ceux de Lully dont la Mufique eſt la
plus fimple , la plus aifée & la plus fuivie
, & par confequent le plus merveilleux
ouvrage de cet excellent Maître.
On difoit proverbialement dans les premiers
tems que cette Piece fut jouée ,
qu'Armide étoit l'Opera des Dames
Atys l'Opera du Roy , Phaeton l'Opera
du Peuple , & Ifis l'Opera des Muficiens .
Quoique j'aye été quatre ou cinq cens
fois à l'Opera , dit M. de Freneufe , je ne
manque point de revenir à Armide , dès
que je veux penfer à une Piece de muque
fouverainement belle ; & fi une des
plus grandes perfections eft que la beauté
croille d'Acte en Acte , & à mesure que
l'intrigue marche vers le denouement ,
pour ainfi parler , celui- ci a cet avantage
fur
NOVEMBRE 1724. 2457
fur tous ceux du même Auteur. Quoique
la beauté de ce Poëme foit en partie d'être
d'une conftitution plus fimple qu'aucun
des modernes , car l'intrigue égale en
fimplicité toutes les Tragedies Greques ;
ce n'eft pourtant qu'une Idille.
M. de Freneufe louë fort cet endroit du
premier Acte.
Le vainqueur de Renaud , fi quelqu'un
le peut être , & c.
Cette paranthefe , fi quelqu'un , & c.
de la maniere qu'elle eft chantée , découvre
le coeur d'Armide. Le demi - foûpir ,
ee ton bas & lent , fait voir qu'elle doute
qu'on puiffe vaincre Renaut , qu'elle
craint qu'on ne le puiffe pas , ou peutêtre
qu'elle le fouhaite. Tout fins , tout
fprituels que font ces traits de la part de
Quinault , ils le font encore plus de la
part de Lully : les tons de celui- ci font
plus fenfibles que les paroles de celui - là ;
c'eſt là retoucher la peinture de la Poëfie
, c'est là en rendre les couleurs plus
vives.
Un trait de galanterie , dit M. l'Abbé
du Beau dans fes Reflexions critiquès ,
énerve fouvent l'endroit d'un Poëme le
plus pathetique ; il fait ceffer pour un
tems l'affection qu'on avoit prife pour le
H
per2458
MERCURE DE FRANCE.
perfonnage. Renaud , pourfuit- il , Acte
5. Scéne premiere , amoureux malgré
lui, & parce qu'il eft fubjugué par les enchantemens
d'Armide, intereffe vivement
à fa fituations on eft même touché de fa paffion
quand il ouvre la Scéne , en difant à fa
Maîtreffe qui le laiffe dans le Palais enchanté
: Armide , vous m'allez quitter ; &
lorfqu'il ne lui replique , après qu'elle
lui a dit le motif important qui l'oblige à
s'éloigner de lui , que les mêmes paroles
qu'il lui avoit déja dites : Armide , vous
m'allez quitter. Renaud paroît alors un
homme livré tout entier à l'amour ; l'amour
ne fçauroit mieux s'exprimer que
par cette repetition : c'eft la marque de l'yvreffe
dela paffion , que de n'entendre pas
les raifons qu'on lui oppoſe . Renaud n'eft
plus qu'un Amant précieux, & un Amoureux
affecté , lorfqu'il répond à fa Maîtreffe,
qui lui dit : Voyez en quels lieux je
vous laiffe ; par ce fade compliment : Puisje
rien voir que vos apas ?
M. l'Abbé de Villiers blâme les repetitions
qui font dans l'adieu de Renaud &
d'Armide , en diſant :
Chaque plainte d'Armide a l'air d'un Madrigal
,
Et femblant badiner en ce moment fatal ,
Renaud
NOVEMBRE 1724. 2459
Renaud tourne en Rondeau fon adieu lamentable
,
Aux tragiques fujets ce ftile eft- il fortable
On doit faire reflexion , dit M. Lebrun
dans la Preface de fon Théatre Lyriq, que
l'un eft un Amant qui s'arrache à l'Amour
pour le rendre a la Gloire ; l'autre eft,
une Amante éplorée qui perd ce qu'elle
aime. Or peut-on les peindre avec des
traits plus naturels , & exprimer plus vivement
les tranfports de deux Amans malheureux
, & pleins de leur paffion ? L'art
ne s'y trouve-t'il pas d'accord avec la nature
? Le contrafte de leur caractere n'eftt'il
pas les beautez differentes
qu'il doit
avoir ? Les repetitions
que l'Abbé de
Villiers y condamne ne font- elles pas de
deux Amans attendris , penetrez de ce
qu''s fentent , & qui ne fentent que le
chagrin de fe feparer ? Peut-on lire cet
adieu fans en être touché, & peut- on n'en
être pas touché , fans avoir le goût bien
extraordinaire
& bien bizarre ? Eft-il
rien de moins badin que les fentimens
de
Renaud , & les emportemens
d'Armide
?
L'efprit peut-il mieux expliquer
les mouvemens
qui agitent le coeur dans ces momens
rigoureux
? Didon dans Virgile
fait verfer des pleurs ; Armide dans Quinault
arrache des larmes & des foûpirs.
Hij On
2460 MERCURE DE FRANCE
On s'intereffe pour elle , & on plaint
également le perfide Renaud , & l'infortunée
Armide , Le Heros de Quinault
eft même plus grand en cette occafion
que celui de Virgile . L'un obéit aux
Dieux , l'autre obéit à la gloire : celui - ci
abandonne la Frinceffe de Damas , malgré
les charmes & les plaifirs qu'il trouve auprès
d'elle. Le Troyen n'étoit pas fort
fenfiole , le François eft plus amoureux
& fuporte avec fermeté la violence qu'il
fe fait dans un adieu fi douloureux : le Sacrifice
du pieux Enée eft moins grand &
moins heroïque que celui du courageux
Renaud .
La Paffacaille qu'on jouë au divertiſſement
du quatriéme Acte , paffe pour une
Piece digne d'admiration , & rien ne lui
eft comparable en ce genre , dans tout ce
qu'a fait M. de Lully , que la Chaconne
de l'Idylle de Sceaux .
Le II. de ce mois on ouvrit à Londres
le Theatre du Marché au foin , par la repreſentation
du nouvel Opera de Tamerlan
, de la compofition du fieur Hendel ,
fameux Muficien. Il fut extrémement
applaudi par toute la Cour, qui s'y trouva.
Nous avons donné dans le dernier
Mercure le Journal des Divertiflemens
de la Cour a Fontainebleau , jufques au
19. du mois paffé.
Le
NOVEMBRE 1724. 246 I
Le 21. du même mois les Comediens
Italiens reprefenterent devant S. M. Ar
lequin Perroquet , Enfant & Statuë , Comedie
Italienne en cinq Actes.
Le 24. les Comediens François don
nerent la Tragedie d'Heraclius , de M.
Corneille l'aîné , qui fut fuivie des Trois
Freres Rivaux , petite Comedie en vers
de M. de la Font.
Le 26. la Fauffe Suivante , ou le Fourbe
puni , en trois Actes , Piece Françoiſe
de M. de Marivaux , fuivie d'Arlequin
Duellifte. Comedie Italienne réduite en
un Acte .
Le 7. Novembre , Andromaque de M.
de Racine , où la Dile de Seine , jeune
perfonne d'une très - aimable figure , qui
a beaucoup de talent pour la déclamation , -
joua le rôle d'Hermione avec un applaudiffement
general. Elle fut reçûë le 16.
dans la Troupe Royale avec beaucoup
d'agrément. Le fieur Armand y a au
été reçû pour jouer les rôles Comiques.
La Tragedie d'Andromaque fut fuivie de
de la petite Comedie de l'Esprit de contradiction
, qui eft un des meilleurs ouvrages
du feu fieur Dufrefni .
Le 9. Novembre , Arlequin Medecin
volant , Comedie Italienne en 5. Actes .
Le Vendredi 10. le Legataire , par les
Hiij Fran2462
MERCURE DE FRANCE .
François , où le fieur de Moligni joüa le
rôle de Crifpin , & la De de Seine celui
de Cliftorel , dont elle s'acquitta fort
bien , & pour petite Piece l'Aveugle
Clair- voyant , du fieur le Grand , Comedien
du Roi.
Le 14. Arlequin perfèenté par la Dame
invifible , Comedie Italienne en 5.
Actes.
Le 16. Cinna , par les François , où la
Dle de Seine joua le rôle d'Emilie avec
beaucoup de fuccès. Le Roi eft fi fatisfait
de cette Actrice , que Sa Majesté a ordonné
qu'on lui fit un habit à la Romaine
, dont elle veut bien lui faire preſent.
On joua pour petite Piece , la Coupe enchantée
, où le feur Dangeville , neveu
du fieur Dangeville , Comedien du Roi ,
joua parfaitement le rôle du jeune Ecolier.
Le 18. ta Surpriſe de l'Amour , Comedie
Françoiſe , en trois Actes , de
M. de Marivaux , & pour petite Piece
Le Fleuve de l'oubli , du fieur le Grand,
Comedien du Roi.
Le 21. la Coquette , Comedie en cinq
Actes du fieur Baron , Comedien du Roi,
où la Dile Ponchard , nouvelle Actrice ,
joua le rôle de la Suivante. La petite
Dile Dangeville déguifée en garçon ,
joua un petit rôle très-finement dans
cette
NOVEMBRE 11772244.. 2463
cette Comedie . Pour feconde Piece , les
Folies amoureufeș , de M. Renard , où la
D'e de Seine reçût encore de très-grands
applaudiffemens . Dans le dernier déguifement
du troifiéme Acte , elle avoit un
habit de chaffe très propre , dont la Marquife
de Prié lui a fait prefent . Dans la
même Piece le fieur de Moligni joüa le
rôle de Crifpin , & la Dile Nefmond
nouvelle Actrice , celni de la Suivante.
Σ
NOUVELLES
DU TEMPS.
Mie
Turquie.
R Dierling , Réſident de l'Empereur
à Conftantinople
, ayant demandé
au Grand Vifir un Paffe- port
pour faire fortir fix ou fept chevaux qu'il
avoit achetez pour le Prince Eugene , ce
-Premier Miniftre lui envoya , avec le
Paffe-port trois autres chevaux choifis ,
dont il fait prefent à ce Prince.
-Les troupes que le Grand Seigneur
avoit envoyées pour prendre poffeffion de
la Ville d'Erivan , ayant été repouffées
' dans un affaut , Sa Hauteffe , à laquelle
cette place a été cedée par le dernier
Traité , a envoyé des ordres à Arifel-
Hiiij Me2464
MERCURE DE FRANCE.
Mehemet- Pacha , qui commande ces
troupes , d'en former le fiege , & de s'en
rendre maître à quelque prix que ce
foit.
Les Envoyez des Regences de Barbarie
font partis de Conftantinople pour
retourner chez eux , fans avoir rien conclu
, par raport au Traité de pacification
propofé par le Réfident des Etats Generaux
des Provinces- Unies.
Les derniers avis qu'on a reçû des
frontieres de Perfe , portent que l'Ufurpateur
Miri-Mamouth paroiffoit difpofe
à accepter les propofitions avantageuſes
qui lui ont été faites de la part du Grand
Seigneur , & à donner les mains à un
accommodement .
Ruffie.
M R de Romanfoff, qui eft allé à
Conftantinople , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Czar , eft chargé
de l'Ordre de S. André que S. M. Czarienne
envoye au Marquis de Bonac ,
Ambaffadeur de France à la Porte . Il eft
enrichi de diamans eſtimez 5000. Roubbles
.
Les Intereffez dans la Compagnie
Orientale fe font affemblez pour déliberer
, s'il feroit plus avantageux de faire
paffer dorénavant par les Provinces conquiNOVEMBRE
1724. 2465
quifes en Perfe , la Caravanne qu'on envoye
tous les ans à la Chine , ou fi l'on
continueroit de la faire marcher par les
déferts de la Tartarie ; la premiere propofition
fut approuvée , mais on ne fe fervira
de cette route que lorfque la tranquillité
fera parfaitement rétablie dans
la Perfe.
Le 2 1. de l'autre mois le Czar partit
de Petersbourg pour aller vifiter les travaux
du Lac de Ladoga , & y donner les
ordres neceffaires pour mettre ce fameux
canal en état d'être de quelque utilité au
Printemps prochain .
Le Czar a donné des ordres pour faire
conftruire un Port à Rottifert , près de
Riga , où il y a un baffin propre à tenir
un nombre confiderable de Vaiffeaux de
toute grandeur , & à les mettre à l'abri
de toute forte de vents . La direction de
cet ouvrage a été confiée au contre- Amiral
Sinawin.
L
Pologne.
E Comte de Flemming ayant remis
par ordre du Roi le commandement
des troupes étrangeres entre les mains du
Comte d'Offolinski , Maréchal de la précedente
Diette ; ce dernier l'a remis depuis
peu au Réferendaire de la Couronne,
Maréchal de celle qui eft affemblée prefen
. Hv
2466 MERCURE DE FRANCE.
fentement , & ne s'eft réfervé que deux
Regimens , l'un de Cavalerie , & l'autre,
d'Infanterie ; mais il a fait promettre aux
Nonces , qui étoient prefens lorfqu'il fi
gna cette ceffion , qu'ils lui feroient donner
par la République des marques autentiques
de la fatisfaction qu'elle devoit
avoir , de ce qu'il préferoit le bien
public à fes interefts .
L'affaire de Thorn étant un des trois
articles qui caufent tant de divifion dans
cette Diette , on ſera fans doute bien aiſe
d'en apprendre les particularitez fuivantes.
Le 16. Juillet la Proceffion ordinaire
étant arrivée au Cimetiere de S. Jacques,
dont l'Eglife a été enlevée aux Lutheriens
contre la teneur du Traité de Paix
d'Oliva il s'y trouva plufieurs enfans
de Bourgeois , & autres jeunes
gens qui y étoient accourus pour la voir
paffer , tenant le chapeau fous le bras ,
fuivant l'ufage , mais un Etudiant du
College des Jefuites , non content de cet
Acte de civilité & de confideration , voulut
les obliger à s'agenoüiller , les maltraita
de paroles , & leur donna divers
coups de poing. Deux heures après la
Proceffion , cet Etudiant accompagné de
plufieurs de fes camarades , revint à la
charge, & molefta d'autres jeunes gens ,
fans
NOVEMBRE 1724 . 2457
fans que ceux ci y euffent donné la moindre
occafion ; mais enfin ce matin , après
avoir auffi bleflé quelques Bourgeois à
coups de pierre , fut arrêté par des foldats
de la garnifon , & conduit au corps.
de Garde.
Le lendemain les Etudians s'attroupetent
de nouveau , & ayant rencontré un
Bourgeois qu'ils avoient déja maltraité
la veille , ils voulurent l'obliger à procurer
la liberté de leur camarade ; mais
le Bourgeois eut le bonheur d'échaper
de leurs mains & de fe fauver chez lui ,
où il fut pourfuivi le fabre à la main.
Sur ces entrefaites le Preſident de la
Ville avoit ordonné à la requifition du
Recteur du College des Jefuites , de
relâcher l'Etudiant arrêté ; mais un autre
Etudiant ayant auffi été conduit au
Corps de Garde , leurs camarades voulurent
obliger le Prefident de lui accorder
pareillement fa liberté ; ce qu'il refufa
de faire jufqu'à ce qu'il eut parlé au
Recteur. Sur quoi les mutins coururent
comme des effrenez au Corps de Garde,
pour délivrer leur camarade ; mais ayant
été repouffez & obligez de fe retirer , ils
tâcherent de fe venger fur un Bourgeois
qu'ils pourfuivirent le fabre à la main
jufqu'à la maison du Burgrave cù il fe
fauva. Ils attaquerent enfuite un Etudiant
H vj
Luthe2468
MERCURE DE FRANCE .
Lutherien qui étoit en robbe de chambre
à la porte de fa maiſon , ils le traînerent
par les cheveux jufqu'à leur College
le jetterent dans une goutiere , & lui
donnerent plufieurs coups. Après quoi ils
firent une fortie le fabre à la main , &
blefferent plufieurs de ceux qui étoient
accourus au fecours de cet Etudiant ; mais
le Prefident y ayant envoyé la Garde de
la Ville , ils furent obligez de rentrer
dans leur College .
Le Prefident fit en même temps reclâmer
l'Etudiant Lutherien ; mais le Recteur
ne voulut le relâcher qu'après que
l'Etudiant de fon College auroit été mis
en liberté.
Pendant qu'on negocioit cet échange ,
on avoit pofté les Milices de la Ville devant
le College des Jefuites pour empêcher
la populace d'y faire violence ; mais
les Etudians ayant fait feu , & jetté des
pierres , il fut impoffible de retenir le
peuple qui força la porte , & qui fe pré-
- paroit à fe venger de la cruauté des Etudians
, lorfque le Secretaire de la Ville ,
qui venoit d'obtenir la liberté de l'Etudiant
Lutherien , les engagea à fe retirer .
On fe flatoit que le tumulte feroit alors
entierement appaifé , mais à peine les
Gardes poftées devant le College furentelles
congediées , que les Etudians recommence
NOVEMBRE 1724. 2469
mencerent à faire feu , & à jetter des
pierres fur le peuple , qui là- deffus força
de nouveau la porte , pilla le College , &
y commit de grands defordres , jufqu'à
ce qu'un détachement de la Garnifon &
de la Bourgeoifie vint au fecours des Jefuites
, & diffipa la populace.
L
Allemagne.
Il y eut le 12. de l'autre mois à Vien-
3
a
ne une conference chez le Prince de
Cardonne , Prefident du Confeil , dit
d'Espagne , à l'occafion de l'Acte de reftitution
de Commaccio au Saint Siege
que le Pape fait difficulté de recevoir
caufe d'une claufe qui y a été inferée ,
pour conferver le droit de l'Empire &
de quelque autre Puiffance que ce foit : la
prétention de la Chambre Apoftolique qui
demande 80000. écus pour le paffage des
troupes Imperiales , & autres dédommagemens
, fera fupprimée : trois mois après
la fignature de l'Acte de reftitution , la
Garnifon Imperiale évacuera cette place ,
& les troupes du Pape en prendront poffeffion.
Le Prince Palatin de Birckenfeld a fait
de folides reprefentations à la Cour Imperiale
, au fujet de fon droit de fucceffion
future au Duché de Deux - Ponts , à
l'exclufion de l'Electeur Palatin , fe fondant
fur le Teftament du Duc Wolfgang
Prince
2470 MERCURE DE FRANCE .
Prince Palatin de Deux - Ponts, fait en l'année
1568. confirmé par l'Empereur Maximilien
II. & obfervé jufqu'ici exactement
dans tous les cas de fucceffion à la
Maiſon Palatine ; l'Electeur Palatin , &
quelques autres Princes Catholiques fe
donnent beaucoup de mouvemens pour
que le Prince de Birckenfeld qui eft Proteftant
, foit exclus de cette fucceffion.
Le 28. de l'autre mois , le Miniftre de .
la Regence de Tripoli arriva à Vienne
accompagné de M. Talman , Secretaire
Imperial des Langues Orientales , qui
avoit été le recevoir fur les frontieres du
Titol . Il loge dans le Faubourg de Leopoldstadt
, & on a poſté une Garde Imperiale
devant fa maiſon .
Le 4. de ce mois , l'Empereur difpofa
de la Charge de Grand Maître de fa Maifon
, vacante par la mort du Prince de
Trautfon , en faveur du Comte Sigifmond
de Sinzendorff, Grand - Chambellan de S.
M. I. & Confeiller d'Etat ordinaire.
Celle de Grand - Chambellan fut donnée
le lendemain au Comte de Cobanzel , Maréchal
de la Cour , & Confeiller d'Etat
ordinaire.
Efpagne , Portugal.
Le Roi d'Eſpagne a nommé Secretaire
Del Despacho , Univerſal de Hazienda ,
Don Jean - Baptifte de Orendain , qui fai
foit
NOVEMBRE 1724. 2471
foit les fonctions de cette charge fous le
Regne du feu Roi Don Louis , & il l'exercera
pendant l'abfence ou pendant les
indifpofitions du Marquis de Grimaldo ,
avec les mêmes honneurs & prerogatives
dont jouit actuellement ce Miniftre.
Le 6. de l'autre mois, le Roi d'Efpagne
confera au Marquis de Lede la Charge de
Prefident du Confeil de guerre , vacante
par la demiffion du Marquis d'Aytone.
Quelques Officiers du feu Roi Louis
qui lui avoient fait naître le goût des exercices
violens , aufquels on attribuë la cau-,
fe de fa mort , ont eu ordre de ne plus pas
roître à la Cour.
La Reine Doüairiere d'Eſpagne , veuve
de Charles II . qui eft à Bayonne , a eu
une attaque d'apoplexie , qui n'a eu aucune
fuite fâcheufe , S. M. ayant été
ptement fecouruë.
prom-
On apprend de Cadix qu'un Navire de
Salé monté de 24. canons , ayant rencontré
à la hauteur du Saphy une Fregate
Françoiſe venant du Port -Louis , & portant
au Senegal vingt Soldats , avec quelques
paffagers , avoit fait toutes les manoeu- .
vres neceffaires pour l'aborder ; mais
que ce Saltin avoit été ſi maltraité par
la moufqueterie du Vaiffeau François ,
qu'il avoit été obligé d'échouer près du
Saphy , après avoir perdu fon Capitaine
tué
2471 MERCURE DE FRANCE.
tuédan s le combat , & 54. hommes de
fon equipage , dont il y en avoit eu 18.
de noyés . On a apris par des Lettres particulieres
, que la Fregate Françoiſe qui
s'eft deffendue avec tant d'avantage , fe
nomme le Philippe , qu'elle eft montée
de 20. pieces de canon , qu'elle appartient
à la Compagnie des Indes de France , &
qu'elle eft commandée par le Capitaine
Couftant.
Le 12. de l'autre mois , vers les trois
heures du matin , on reffentit à Liſbone
une fecouffe très - violente de tremblement
de terre , qui fut fuivie la nut fuivante
d'une feconde beaucoup moins confiderable
, & qui ne caufa aucun dommage
, non plus que la premiere .
Le Roi d'Espagne nomma le 4. de ce
mois Don Jean Herrera , Evêque de Si .
guença , & ci -devant Auditeur de Rote à
Rome , pour remplir la place de Gouverneur
du Confeil de Caftille , vacante par
la demiffion volontaire du Marquis de Miraval
, auquel S. M. C. a accordé une
place de Confeiller d'Etat , avec une penfron
de 10000. écus .
Le Roi a donné ordre au Marquis de
Campo- Florido , de revenir à Madrid
pour prendre poffeffion de la Charge de
Gouverneur du Confeil de Hazienda, des
Tribunaux qui relevant de ce Confeil , de
la
NOVEMBRE 1724. 2473
La Surintendance des Rentes Royales , &
de tout ce qui concerne les Finances de S.
M. C. Don Blafco de Grofco , qui avoit
cy- devant tous ces Emplois , à obtenu
pour dédomagement une place de Con-
Teiller dans la Chambre de Caftille.
Angleterre.
M. Robetfon a été nommé Refident à
la Cour de France, à la place de M. Craw
ford , qui eft mort depuis peu à Paris.
Le Chevalier Luc Schaub , connu par
les negociations importantes qu'il a menagées
, tant à Madrid qu'à la Cour de
France , a receu un magnifique prefent
du Roi très -Chrétien , fçavoir le Portrait
de Sa Majesté enrichi de diamans.
>
Le nommé Sheppard,fameux Scelerat ,
qui eft regardé comme le Cartouche de
l'Angleterre , s'eft encore fauvé de la prifon
de Newgate , quoiqu'il fut doublement
enchaîné , emmenoté , & dans le
plus fort cachot de la prifon ; il trouva le
moyen de rompre fes fers & avec une
barre de fer qu'il arracha de la cheminée,
il en perça la muraille , traverfa 5. ou 6.
chambres , après en avoir fait fauter les
ferrures & les verrouils , & monta fur le
toit de la priſon ; d'où , par le moyen de
deux couvertures de lit attachées enfemble
, il defcendit dans une maiſon voiſine
2474 MERCURE DE FRANCE.
ne , dont il ouvrit toutes les portes , &t
fortit par celle de la rue à une heure du
matin , fans avoir été entendu de perfonne.
On dit qu'il a fait pour plus de 50 .
liv. fterling de dommage à la prifon.
Une des Lionnes de la Tour de Londres
a fait deux petits , ce qu'on regarde
comme une chofe fort extraordinaire , &
peut-être fans exemple en Angleterre.
On mande de Scarborough dans le Comté
d'York , qu'un Seigneur ayant par fantaifie
fait une efpece de bouillie d'un fac
de farine , & promis deux guinées à quiconque
en mangeroit le plus,, divers Payfans
le prefenterent , & il y en eut deux
qui en mangerent fi exceffivement , que
l'un en mourut fur la place , & l'autre
deux jours après.
On écrit de Newcastle fur le Tine, que
le 29. du mois paffé , à huit heures du foir,
le feu prit à la maison d'un Epicier près
PEglife deS.Nicolas, & y ayant de la poudre
à canon , la maiſon fauta en l'air ; 12.
perfonnes furent tuées , & plus de 100 .
bleffées ; une entre autres fut jettée fur
le toit de l'Eglife ; toutes les vitres du
voifinage furent caffées , mais l'effet de la
poudre éteignit le feu .
Le même Jean Sheppard criminel , condamné
à mort , dont nous avons parlé
plus haut , qui s'étoit fauvé
pour la feconde
NOVEMBRE 1724. 2475
conde fois de la prifon de Newgate ,
malgré les chaînes dont il étoit attaché ,
fut repris la nuit du 7. au 8. de ce mois à
Londres dans un cabaret ; on le trouva
fort proprement vêtu , & ayant fur lui
pour près de 20. guinées de bijoux , qu'il
affura avoir volez la nuit precedente chez
un Ufurier prêtant fur gages : on le reconduifit
dans la même prifon dont il s'étoit
fauvé , & on l'a chargé de chaînes,
qui pefent plus de 30e . livres .
Hollande & Pays - Bas .
Le Comte de Bonneval arriva le 20.
de l'autre mois à la Haye , avec refolution
d'y refter jufqu'à ce qu'on lui ait fignifié
des ordres de l'Empereur plus pofitifs
que les premiers qui lui ont été remis
par le Marquis de Rubi , Commandant
de la Citadelle d'Anvers , & qu'on
dit n'être que provifionels , parce que S..
M. I. en lui ordonnant de fe rendre à
Spielberg en Moravie , ne promet point
infor- de nommer une Commiffion pour
mer du differend de ce General avec le
Marquis de Prié : mais comme il pourroit
craindre que fa retraite à la Haye ne fut
mal interpretée à la Cour de Vienne , il
fit partir le 24. un Exprès , avec un memoire
qui en contient les motifs .
Le 31. Octobre , veille de tous les
Saints ,
2476 MERCURE DE FRANCE.
Saints , on fit dans l'Eglife des PP. Jefuites
à Bruxelles , les funerailles annuelles
inftituées par Philippe IV. Roi
d'Efpagne , pour le repos des ames des
Generaux , Officiers & Soldats morts au
fervice de la Maifon d'Autriche..
Rơi
Le 2. de ce mois , jour des Trépaffés ,
la Confrairie des Ames , établie dans la
même Ville , en l'Eglife Paroiffiale de S.
Nicolas par M. Jaques de Bronnes , Archevêque
de Malines , celebra avec grande
pompe la dixième année de fon inftitution
: l'Abbé de Grimberg y officia pontificalement
à la Meffe , & 16. des plus
celebres Predicateurs y prêcherent pen
dant l'Octave.
Le Comte de Bonneval , General d'artillerie
au fervice de l'Empereur n'eft pas
encore parti de la Haye. On apprend de
Vienne que l'Empereur a établi une Commiffion
pour examiner l'affaire qui s'eft
paffée entre le Marquis de Prié & lui.
Italie.
› au
Le 3. du mois paffé les Cardinaux
nombre de 27. s'affemblerent à Rome
dans la Chapelle Pauline du Palais du Quirinal
, où le Pape fe rendit fur les dix heures
, pour affifter à la Meffe de Requiem,
qui y fut celebrée pontificalement par le
Cardinal Acquaviva , pour le repos de l'ame
NOVEMBRE 1724.
2477
me du feu Roi d'Efpagne Louis I. dont
l'Oraifon funebre fût prononcée par M.
Dominique Ant.Norcia, Chanoine de l'Eglife
de S. Laurent in Damafo . Enfuite le
Pape, revêtu de les habits Pontificaux , fit
l'abfoute & les encenſemens accoûtumez,
En execution des Decrets du Concile de
Trente , Sa Sainteté a ordonné à tous les
Prieurs & Curez tant Seculiers que Reguliers
de Rome , de faire tous les Dimanches
de l'année , une exhortation
après le premier Evangile de la Meffe Paroiffiale
, accordant des Indulgences Plenieres
, tant aux Ecclefiaftiques qui s'ac-..
quitteront de ce devoir , qu'aux fidelles
qui affifteront à cette Meffe , avec les difpofitions
neceffaires.
Le 4 Fête de S. François , le Pape celebra
une Meffe baffe dans l'Eglife des
Freres Mineurs Obfervantins , & entendit
la grande Meſſe celebrée par le General
des Dominiquains . Après quoi S. S,
renvoya les Prelats qui l'avoient accompagnée
, & fe rendit au Refectoire , où
S. S. ne mangea qu'une foupe , deux
oeufs , quelques figues , un peu de raiſin ,
& ne bût que de l'eau , étant fervie
trois Religieux du Couvent,
par
Le 5. on celebra dans l'Eglife de S. Jacques
de la Nation Efpagrolle , un Service
folemnel pour le repos de l'ame du feu
Roi
2478 MERCURE DE FRANCE.
l'Ar-
Roi d'Efpagne Don Loüis . 23. Cardinaux
& 79. Prelats , & un grand nombre
des principaux Seigneurs de Rome y
affifterent. La Meffe fut celebrée par
chevêque de Corinthe , neveu de S.S. &
l'Oraiſon fnnebre fut prononcée par le P.
Jofeph Androfilla , Jeſuite , fubftitut de
l'affiftance d'Efpagne.L'Archevêque Celebrant
, l'Archevêque de Cefarée , Auditeur
de Rote , l'Archevêque de Cogni ,
Secretaire des Chiffres , l'Archevêque de
Trajanopolis , Secretaire des Memoriaux,
& l'Archevêque de Philippi , Sous - Dataire
, tous Prelats Affiftans du Trône, en
chape noire & en mitre de toile d'argent ,
firent l'abfoute & les encenfemens.
On celebra le 6. un ſemblable Service
dans l'Eglife de S. Louis de la Nation
Françoife , où les mêmes Cardinaux ſe
trouverent , y ayant été invitez par le
Cardinal de Polignac , chargé des affaires
du Roi très- Chrétien .
Le Senat de Venife a élu M. Daniel
Bragadino , actuellement Ambaſſadeur à
la Cour du Roi d'Espagne , pour fucceder
à M. Morofini , Ambaffadeur de la
Republique auprès du Roi de France ,
lorfque ce Miniftre aura fini le tems de
fon Ambaffade.
Le 3. du mois paffe on fit à Venife l'ouverture
des Theatres de S. Samuel & de
S.
NOVEMBRE 1724. 2479
S. Luc , par la reprefentation de quelques
Comedies , & quelques jours après on
donna au public quatre Opera nouveaux..
On a découvert depuis peu dans les
montagnes de Calabre une mine de plomb
& d'argent , & les épreuves en ayant été
faites , on a trouvé qu'elles rapporteroient
trente pour cent ; fur quoi le Gouverne
ment y a envoyé des Galeriens pour y
travailler.
On a publié à Naples une Bulle du
Pape , par laquelle S. S. accorde Indulgence
ileniere , & la remiffion des
pechés
à tous ceux qui obſerveront ce qui y
eft preferit ; entr'autres de prier pour l'u-'
nion des Princes Chrétiens , l'extirpa→
tion des herefies , & l'exaltation de l'Eglife.
Le Cardinal Pignatelli , Archevêque
de Naples , a fait publier une Ordonnance
pour prevenir les abus qui fe
commettent dans les Convents des Religieufes
, à l'occafion des Prifes d'habit ou
autres ceremonies ; il deffend fous des
peines très- feveres d'y inviter aucun Ca
valier ni Dame,
Au commencement de l'autre mois , la
voute de la nouvelle Eglife de S. George,
de la Nation Genoife à Naples s'enfonça
dans le tems qu'on alloit y celebrer la
Meffe pour la premiere fois ; elle écrafa
la
2480 MERCURE DE FRANCE.
la Sacriftic & une maifon voifine , trois
ou quatre perfonnes ont été écrasées fous
les ruines.
Le Pape a fait prefent de 5000. écus
pour achever la Chapelle de S. Dominique
dans l'Eglife de Sainte Marie fur la
Minerve , & de dix mille pour reparer
& embellir l'Eglife de S. Paul hors des
murs.
Le 5. Octobre le Cardinal de Polignac
chargé des affaires du Roi à Rome , prit
poffeffion de l'Eglife de Sainte Marie in
Portico Campitelli , titre que le Pape lui
a donné dans le dernier Confiftoire.
Les lettres de Florence portent qu'il y
eft arrivé trois Religieufes Capucines ,
qui ont pris poffeffion du Monaftere de
S. Onuphre , & qu'elles ont déja reçu
plufieurs Novices.
On mande de Genes que cette Republique
a nommé quatre Senateurs pour
traiter du Duché de Maffa avec le Duc
de ce nom .
On apprend de Trieſte qu'on y avoit
découvert une Confpiration formée contre
la Commiffion Imperiale établie dans
le Marloguid ; que les Commiffaires qui
la compofent étant alors à Zelten , y auroient
été maffacrés , s'ils ne s'étoient
fauvés à la faveur de la nuit dans le Château
du Comte d'Ashemir , d'où ils s'étoient
NOVEMBRE 1724 248x1
toient retirés le lendemain avec eſcorte
au Port de Caſtopago ; & qu'on faifoit
des pourſuites trés - vives contre les Auteurs
de ce complot , qui prétendent ne
devoir fouffrir chez eux aucune Garnifon
Imperiale , fous pretexte que leur pays
eft independant .
Le Pape a confenti de fe laiffer peindre,
il a cedéaux inftances qui lui ont été faites
par plufieurs perfonnes de confideration
qui fouhaittoient avoir le Portrait de
S. S. le Trevifani eſt chargé de cet ouvrage.
On écrit de Malte du 12. Octobre que le
Vaiffeau le S. Jean a fait échouer entre
Arzile & le Cap Partel, un Vaiffeau Algerien
de 40. pieces de canon . Le Commandeur
de Grille qui commande le S. Jean
le ferra de fi prés , que fon Navire courut
un grand danger , & eut bien de la
peine à fe relever.
On atrouvé à Rome dans le Cimetiere
de S. Paul un cercueil de marbre ; qui
en renfermoit un autre de bois , où étoit
le cadavre d'une femme vêtuë de velours,
avec de riches ornemens , parfaitement
confervez ; & l'on a découvert par quelques
infcriptions qu'elle étoit morte en
l'année 800. & qu'elle étoit de la Maifon
de Metelli .
I Le
2482 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. de l'autre mois , le Pape confacra
fous le titre de S. Geminien , l'Autel
de la Chapelle interieure du Palais du
Quirinal où les Officiers du Palais
Apoftolique entendent ordinairement la
Meſſe.
,
On écrit de Rome que le Pape fortant
des de la Ville s'aperçut que des
portes
Commis de la Douane tourmentoient un
pauvre païfan , pour lui faire payer l'entrée
de quelques fruits qu'il aportoit à
vendre ; il reprimanda ces Commis &
fuprima ce droit , ainſi que plufieurs autres
trop onereux ou incommodes. Quelques
jours après ayant été follicité de
donner fa benediction , in articulo mortis
, à une pauvre femme de la Paroiffe de
S. Chryfologue , qui defiroit la rece voir,
Sa Sainteté monta chez cette femme l'exhorta
à bien mourir , & après lui avoir
fait faire un acte de foy , lui donna l'abfolution
& la benediction , qu'elle accompagna
de quelques aumônes .
3
****************
MORTS , BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
Ean Leopold Donat , Prince de Traut.
fon , Major lom- Major de l'Empereur,
CheNOVEMBRE
1724. 2483
Chevalier de la Toifon d'or , Confeiller
d'Etat & de Conference , & c. mourut le
19. Octobre à S. Polten , dans la foixante-
fixième année de fon âge.
Le Baron de Reneffe , Lieutenant des
Hallebardiers , mourut à Bruxelles le 28.
de l'autre mois ; il defcendoit des anciens
Comtes d'Hollande , & Vicomtes de Zelande.
Le Lord Polwart , fils aîné du Comte
de Marchemont, premier Plenipotentiaire
du Roi d'Angleterre au Congrès de
Cambray , eft mort à Montpellier dans
la 2 1. année de fon âge.
Elifabeth Guillelmine de Naffau- d'Oedick
, époufe de Maurice Louis Comte de
Naflau Beverwert , Capitaine de Gavalerie
dans le Regiment du Comte de Naffau
La- Leck fon pere , eft morte à Namur
de la petite verole le 23. du mois
paffé .Elle étoit fille de Guillaume Adrien,
Comte de Naſſau , Seigneur d'Oedick ,
& d'Elifabeth de la Nifle.
La fille dont la Princefle de Roffano-
Borghefe accoucha le 24. du mois d'Août
dernier , fut baptifée le 16. d'Octobre
dans l'Eglife de Sainte Marie in via lata
, où elle fut tenue fur les Fonts au nom
de l'Empereur , par Dom Philippe Orfini
, Duc de Gravina , & Prince du Soglio
, qui la nomma Eleonore - Anne - Marie-
Therefe.
I ij
Dona
2484 MERCURE DE FRANCE.
Dona Therefe Boromeo , veuve de
Don Carlo Albani , Prince de Soriano ,
mort le 31. Mai dernier , accoucha le 18.
de l'autre mois d'un fils pofthume qui fut
baptifé le 19. dans l'Eglife de S. Marcel ,
par l'Archevêque de Nicomedie
nommé Charles- Fierre- Luc- Bernardin ,
par le Carlinal Alexandre Albani qui en
fut le Parrain .
&
Le 1. de l'autre mois M. Allemani ,
Nonce du Pape , & la Ducheffe Laurenzano-
Gaetani , tinrent fur les Fonds de
Baptême le fils du Prince Ottaiano de
Medicis , au nom du Grand Duc de Tofcane
& de l'Electrice de Baviere .
心麵
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c ,
A conteftation qui s'étoit élevée pen-
Ldant le voyage du Roi à Rheims ,
entre les Officiers des Gardes du Corps ,
& ceux des Gendarmes & des Chevaux-
Legers de la Garde , fut enfin décidée le
Samedi 4. de ce mois par S. M. dans fon
Confeil des Dépefches .Jamais affaire n'a été
mieux inftruite , ni difcutée plus à fonds,
tant à caufe de la dignité des corps que
du
NOVEMBRE 1724. 2485
du credit , & de la confideration perfonnelle
de ceux qui les commandent ; il y
a eu fix memoires manufcrits donnez de
part ou d'autre , & quatre Memoires im
primez qui font curieux , intereffans ,
fort bien écrits.
&
Le Marquis de Breteuil , qui en qualité
de Secretaire d'Etat de la Guerre
étoit chargé du raport , parla avec beau
coup de facilité & d'éloquence pendant
deux heures , il reprit tous les principes
des uns & des autres , les objections , &
les réponſes que l'on y avoit faites . Le
Contrôleur General , les Comtes de
Morville & de Maurepas , le Marquis
de la Vrilliere , tous trois Secretaires
d'Etat , le Maréchal Duc de Villars , le
Garde des Sceaux , le Prince de Conti ,
le Duc de Bourbon , & le Duc d'Orleans
, dirent enfuite leur avis , & furent
plus de deux heures aux opinions. Après
quoi l'on convint d'un projet de reglenet
, qui ordonne que dans les voyages
où le Roi fera accompagné de toute fa
Garde , les Officiers de fes Gardes du
Corps marcheront à droite & à gauche
de fon Caroffe à la hauteur des roues de
derriere , en forte que la portiere demeu
re libre , & que les Officiers des Gendarmes
, Chevaux- Legers & Moufquetaires
de la Garde , fe placeront auffi ſur
I iij la
2486 MERCURE DE FRANCE.
la droite & fur la gauche de fon Caroffe
à la hauteur des roues de devant , en forte
que la croupe de leurs chevaux laiffe
également la portiere libre .
Ce nouveau Reglement mis au net
avec quelques explications , fut encore
examiné Samedi 11. de ce mois au Confeil
des Depefches , & confirmé
par les
mêmes Juges après une affez longue difcuffion
fur chaque article . Voici la teneur
de cette Ordonnance , elle a paru trèsfage
aux yeux du public , & faite de maniere
à prévenir toutes conteftations en
tre des Corps refpectables , qui attachez
aux mêmes devoirs , animez du même
zele , ne peuvent jamais fe rien difputer
les uns aux autres , qu'autant que la gloire
de fervir Sa Majefté les intereffe.
REGLEMENT DU ROY , fur les
places que doivent occuper les Officiers
des Troupes de fa Maifon , près da
Caroffe de Sa Majefté dans fes voyages.
E Roi étant informé des contefta-
Lions furvenes entre les Officiers
de fes Gardes du Corps , & les Officiers
des Gendarmes , Chevaux - Legers &
Moufqueraires de fa Garde , pour raifon
de la place près la portiere du Caroffe de
Sa Majefté dans les voyages , & s'étant
fait
NOVEMBRE 1724. 2487
fait rendre compte en fon Confeil des
Memoires prefentez de part & d'autre à
ce fujet ; Sa Majefté a eftimé que cette
affaire n'ayant eu pour principe qu'un
excès de zele & d'attachement pour fa
perfonne , exigeoit moins un jugement
qu'une Ordonnance émanée de fon pro
pre mouvement qui fit connoître fes intentions
fur les points conteftez . Dans
cette vûë Sa Majefté voulant concilier la
feureté de fa perfonne avec la décence
& la décoration que fa dignité requiert
en ces fortes d'occafions confiderant
d'ailleurs la nature du fervice que les
Troupes de fa Maiſon aſſemblées pour fa
garde , rendent auprès de fa perfonne , &
que l'indépendance en ces cas , de ces
differens Corps , exige que leurs Offi
ciers fuperieurs foient à portée de rece
voir directement fes ordres. Sa Majeſté
par ces confiderations , pour mettre fin à
toutes conteftations , & en prévenir de
nouvelles , a ordonné & ordonne que les
articles contenus dans le prefent Reglement
feront inviolablement executez
toutes les fois que les differens Corps de
Troupes de fa Maiſon , qui compofent
fa Garde , feront allemblez à l'occafion
de les voyages
.
ARTICLE PREMIER.
Les Officiers des Gardes du Corps en
I iiij quare
2488 MERCURE DE FRANCE.
こ
quartier , chargez d'un fervice intime &
affidu près de Sa Majefté , & du foin
de veiller journellement à la feureté de
fa perfonne , demeurans en cette ancienne
poffeffion , marcheront en confequence
à droite & à gauche de fon Caroffe à
la hauteur des roues de derriere , de maniere
que la portiere demeure libre , afin
de laiffer au peuple la fatisfaction de
voir Sa Majesté.
I I.
Veilleront lefdits Officiers des Gardes
du Corps à ce que perfonne de fufpect
ou inconnu n'approche de la perfonne de
Sa Majefté , & à cet effet la permiffion
de lui prefenter des Placets ou de lui
parler , fera donnée par le Capitaine des
Gardes en quartier , à ceux qui ne peuvent
approcher de Sa Majefté fans cette
précaution , & en l'abſence du Capitaine
des ] Gardes par les Officiers des Gardes
en fonction.
III.
Lorfque les quartiers des Gendarmes
& Chevaux - Legers , & détachemens de
Moufquetaires , feront tous affemblez
pour la Garde de Sa Majefté dans fes
voyages , & s'y trouveront en fonction ;
les Capitaines- Lieutenans des Gendarmes
, Chevaux - Legers & Moufquetaires,
& à leur défaut les fous-Lieutenans ,
EANOVEMBRE
1724.
2489
Enfeignes, Cornettes & Guidons defdites
Compagnies marcheront à droite & à
gauche du Caroffe , à la hauteur des rouës
de devant ; de maniere que la croupe de
leurs Chevaux laifle également la por
tiere libre .
I V.
Veut Sa Majefté qu'ils y marchent felon
le rang que tient leur Troupe dans fa
Maiſon , fans tirer à confequence en toute
autre occafion que celle defdits voyages:
Qu'ils ne fe trouvent jamais à ce pefte
plus d'un à la fois de chacune defdites
Compagnies de Gendarmes , Chevaux-
Legers & Moufquetaires de fa Garde ,
& qu'ils ne s'y prefentent que lorfque
leurs quartiers ou détachemens feront en
fonction à fa fuite.
4
V.
Lorfque par la diftance des lieux , les
quartiers & détachemens defdites Com
pagnies ne pourront marcher tous enſemble
, & qu'ils feront obligez de former
differens relais fur la route de Sa Majefté
pour l'accompagner fucceffivement,
lefdits relais fe partageront par Corps
entre lesdits quartiers & détachemens
ainfi qu'ils ont accoutumé de faire , auquel
cas feulement deux Officiers fuperieurs
du quartier , ou détachement qui
fe trouvera feul à la fuite de Sa Majefté
>
I v fe
2490 MERCURE DE FRANCE .
fe placeront à la hauteur des petites rouës
à droite & à gauche , voulant & entendant
Sa Majesté que toutes les fois qu'il
fe trouvera enſemble plus d'un quartier
ou détachement defdits Corps en fonction
à fa fuite , il ne fe prefente audit
pofte qu'un feul Officier de chacun defdits
Corps.
V I.
Lorfque les chemins viendront à ſe
refferrer , ou qu'il fe trouvera quelques
portes ou paffages étroits , de forte qu'on
ne pût pafler à côté des rouës , les Officiers
des Gendarmes , Chevaux - Legers
& Moufquetaires qui feront à la hauteur
des petites roues fe pofteront en avant ,
& gagneront la tête des Chevaux fans
fe retirer en arriere.
V.FI.
Les Officiers des Gendarmes , Chevaux
-Legers & Moufquetaires , ne prendront
le pofte qui leur eft marqué que
dans l'avant-cour , ou dans les lieux où
ils ont accoutumé de fe mettre en bataille
, ils quitterent pareillement ledit
pofte lorfque Sa Majesté entrera dans les
cours de l'interieur des Maifons Royales-
VIII
N'entend Sa Majefté que le prefent
Reglement puiffe tirer à confequence de
part ni d'autre , pour aucune prétention
πές
NOVEMBRE 1724. 2491
née ou à naître en d'autres occafions >
n'ayant été fait feulement que pour les
voyages où Sa Majesté eft accompagnée
des differens Corps de fa Garde.
I X.
N'entend pareillement Sa Majefté rien
innover à ce qui a été précedemment reglé
par les Ordonnances des 15. Decembre
1665. & 6. Mai 1667. fur le rang
que doivent tenir entre eux les Officiers
des differens Corps des Troupes de fa
Maifon dans le fervice militaire , voulant-
Sa Majesté qu'ils continuent de s'y con
former , en tout ce qui ne fe trouvera
pas contraire au prefent Reglement.
X.
Mande & ordonne Sa Majefté aux Capitaines
de fes Gardes du Corps , aux Capitaines
- Lieutenans des Compagnies des
Gendarmes , Chevaux-Legers & Moufquetaires
de fa Garde , & à tous ceux
qui fe trouveront les commander , de tenir
la main à l'execution du prefent Re--
glement. Fait à Fontainebleau le 1 1. Novembre
1724. Signé , LOUIS , & plus
bas , DE BRETEUIL.
L
E 3. de
ce
mois
, Fête
de
S.
Hubert
Patron
des
Chaffeurs
, il
y
eut
à
Fontainebleau
une
grande
Chaffe
dans
la
I
vj .
Foreft
.
2492 MERCURE DE FRANCE.
2
Foreft. Outre les équipages du Roi il y
avoit ceux du Duc de Bourbon , du Prince
de Conti , du Comte de Toulouſe , du
Prince de Dombes , du Prince de Vendôme
, &c. qui chaffoient feparément . On
compte que toutes les Meutes faifoient
enfemble le nombre de plus de 900.
chiens , chaffant au bruit d'environ 80 .
Cors , & fuivis de plus de 1000. Chevaux.
Le Roi étoit accompagné d'un
nombreux & brillant cortege , compofé
des Princes , des Seigneurs , & des Princeffes
& Dames de la Cour , habillées en
Amazones. La Chaffe fut fort heureufe , &
par le plus beau jour qu'on puiffe defirer.
Sur la fin de l'autre mois le Marquis
de Courtenvaux paria cent Louis contre
M. de Monconfeil , que dans quelqueendroit
de la Foreft de Fontainebleau qu'on
le mit , les yeux bandez , il reviendroit à
Cheval au Château dans trois heures ; ce
qu'il éxecuta en uneheure & demie, quoiqu'on
l'eut conduit par une infinité de
détours fur un rocher , dont la defcente
eft fort difficile. Il avoit été mené dans
une Litiere , & quand il fut arrivé au
lieu deſtiné on lui débanda les yeux , &
on lui donna le Cheval qu'il avoit choiſi.
Le 28. du mois dernier l'Abbé Hen
riau , Evêque de Boulogne , fut facré
dans
NOVEMBRE 1724. 2493
dans l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
, par l'ancien Evêque de Frejus ,
Miniftre d'Etat , affifté des Evêques de
Nimes & de Carcallonne.
Le 29. les Evêques de Nantes & de
Boulogne prêterent ferment de fidelité
entre les mains du Roi pendant la Meffe,
dans la Chapelle du Château . Le 31 .
veille de la Fête de tous les Saints PEvêque
de Mende prêta le même ferment.
L'après- midi le Roi affifta aux premieres
Vêpres chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque de Carcaflonne officia .
K
Le 1. de ce mois , jour de la Fête , le
Roi fe rendit à la Chapelle du Château,
où S. M. entendit la grande Meffe , celebrée
pontificalement par l'Evêque de
Carcaffonné , & chantée par la Mufique.
L'après- midi le Roi entendit le fermon
du Pere Surian , Prêtre de l'Ora
toire , les fecondes Vêpres , & celles des
morts , aufquelles le même Prélat officia.
Le Dimanche 5. de ce mois , le Roi
revêtu du Grand Collier de l'Ordre du
Saint-Efprit , entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château de Fontainebleau ,
& communia par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Enfuite S. M. toucha un grand nombre
de malades. Le même jour pendant la
Meffe , l'Archevêque de Tours , prêta
fer2494
MERCURE DE FRANCE.
ferment de fidelité entre les mains du
Roi. .
Le 3. de ce mois , fur lendemain de
la Fête de S. Martin , M. Pelletier , Prefident
à Mortier , reçût M. Portail en fa
nouvelle qualité de Premier Prefident , à
l'audience qui fe tint à huit heures du
matin il prêta ferment & prit féance au
Parlement avec les ceremonies ordinaires
. On plaida enfuite une cauſe , far
laquelle le nouveau . Premier Preſident
prononça . Il fut enfuite complimenté
par Mes les Gens du Roi , & par l'Abbé
de Champigni , Treforier de la Sainte
Chapelle , lequel peu de temps après celebra
la Melle en habits pontificaux , à la
Chapelle de la grand'Salle du Palais ,
à laquelle M. Portail affifta à la tête du
Parlement. Après la Melle chantée par
une excellente Mufique , le Parlement
en Corps & en Robbes rouges rentra ; les
Avocats & les Procureurs prêterent les
fermens ordinaires , après quoi M. le
Premier Prefident traita très- magnifique
ment la Compagnie.
Le même jour on prononça à la Cour
de Aydes des Difcours ou Harangues ,
qu'on peut appeller Mercuriales , puilqu'elles
n'ont pour but que de faire voir
en quoi les Juges peuvent manquer , &
ce qu'ils doivent faire pour répondre dignement
NOVEMBRE 1714. 2495
gnement aux obligations de leurs Charges.
M. le Premier Prefident , après avoir
reçû la vifite de tous les Prefidens &
Confeillers du Parlement , la leur a rendue
à tous en particulier.
On dit que les affaires de la Baftille
vont recommencer d'être inftraites par
M. de Ruau- Palu qui en a été nommé
Raporteur.
La voute de l'Eglife de Nôtre- Dame,
vers la croifée , étant toute refendue &
menaçant ruine , on commencera à l'échaffauder
après la pompe funebre du
Roi d'Espagne . Pour la reparer on affure
que le Roi fournit rooooo. liv . le Cardinal
de Noailles 20000. liv. & d'autres
perfonnes de confideration y contribuent
auli .
Le Roi a accordé une penfion de 3000.
livres au Marquis da Luc , Brigadier de
Cavalerie , fils du Comte du Luc , Chevalier
des ordres du Roi.
Le 10. du mois prochain , fecond Dimanche
de l'Avent , on fera l'ouverture
du Jubilé que le Pape a accordé à fon
exaltation au Pontificat.
Le 27. Octobre le Comte d'Uzès
Lieutenant General des Armées du Roi,
ey devant Capitaine des Gardes de Ma
dame , Duchelle de Berry , a été pourvû
da
2496 MERCURE DE FRANCE.
du Gouvernement de l'Ile d'Oleron , vacant
par la mort du Comte de Mongon.
KKKKKMKMKMK: KKKKKKKKK
MORTS , NAISSANCES , &c.
LE
E 23. de l'autre mois mourut en cette
Ville M. Michel de la Roche , Prêtre
, Docteur de la Maifon & Societé de
Sorbonne , Chanoine de l'Eglife de Paris,
Abbé Commendataire des Abayes Royales
de Claire - Fontaine , & de S. Melaine-
les- Rennes , âgé de 66. ans.
Dame Jeanne Maffon , épouse de M.
Mathieu Dotiart , Seigneur de Fleurance,
Preſident en la Cour des Monnoyes ,
devant Ecuyer ordinaire de Madame la
Dauphine , eft morte le 1o. de ce mois ,
âgée de 30. ans.
ci-
Jean Charles le Noir Ecuyer , Confeiller
Secretaire du Roi , âgé de 83. ans.
Jacques Bounet , Seigneur du Comté
de Negrepeliffe , Vicomté de Caftillon ,
&c. âgé de 19. ans.
Nicolas Dauxy , Ecuyer , Seigneur de
Boiffy , Chevalier de S. Louis , Lieutenant
Colonel du Regiment de Santerre ,
eft mort à Paris le 28. Octobre , âgé de
58. ans.
Le 27. du même mois naquit Claude
FranNOVEMBRE
1724. 2497
François , fils de M. Anne François Chevalier
, Seigneur Marquis d'Harville , &
de Dame Marie Anne Boucher fon époufe.
9
Dame Françoiſe Gabrielle de Brancas ,
épouſe de M. François Louis le Tellier
Marquis de Louvois , Lieutenant General
en furvivance du Marquis de Souvré fon
pere , au Gouvernement du Royaume de
Navarre & Pays de Bearn , & Capitaine
dans le Regiment Royal des Cravates ,
Cavalerie, mourut à Paris le 2 6. Octobre,
dans la vingt uniéme année de fon âge.
M. Barthelemy de la Rochefoucault
Marquis de Roye , Lieutenant General
des Armées du Roi , ci -devant Capitaine
des Gardes de Madame la Ducheffe de
Berry , mourut à Mouceaux le 3. Novembre
, âgé de cinquante & un ans. La
Maifon de la Rochefoucault , des plus anciennes
& des plus illuftres du Royaume,
porte pour Armes , Burelé d'argent , &
d'azur de dix pieces chargées de trois chevrons
de gueule , le premier ayant la pointe
coupée.
Marie de Lorraine , épouſe d'Antoine
Grimaldi , Prince de Monaco , Duc de
Valentinois , Pair de France , Chevalier
des ordres du Roi , mourut à Monaco le
30. du mois dernier dans la ƒre . année de
fon âge , étant née le deuxième Août
1674.
2498 MERCURE DE FRANCE .
1674. Elle étoit fille de feu Louis de Lorraine
, Comte d'Armagnac , Grand Ecuyer
de France , & de feue Gatherine de Neuville-
Villeroy. Elle avoit été mariée au
Prince de Monaco le 12. Juin 1688 .
On doit ajoûter à l'article du Marquis
de Mailloc, employé dans le dernier Mercure
, Comte de Clery , Baron de Compon
, âgé de 78. ans ; il avoit époufé .....
d'Harcour , fille du Maréchal de ce noin ,
dont il ne laiffe point d'enfans .
M. Jacques Jollain , Prêtre , Docteur
en Theologie , ancien Sindic de la Facul
té de Paris , de la Maifon & Societé Royale
de Navarre , & Curé de l'Eglife Pa
roiffiale de S. Hilaire du Mont , eft mort .
le -10. Novembre , âgé de 70. ans .
akakakakakakak kijkjkk ikk
BENEFICES DONNEZ.
LE
È Roi agrée & confent , qu'il foit
créé un Evêché in Partibus ,pour être
fuffragant de l'Evêché de Limoges , en
faveur de M. Charles Antoine de la Rocheaymond
, Prêtre & Vicaire General du
Diocefe de Limoges, Sa Majefté confent
auffi qu'il foit créé une penfion de fix mille
livres fur l'Evêché de Limoges , pour ,
le fieur de la Rocheaymond.
L'AbNOVEMBRE
1724. 2459
L'Abbaye reguliere de Notre - Dame &
de S.Jean l'Evangelifte de Foucarmont ,
Ordre de Citeaux , Diocefe de Rouen ,
vacante par le deceds de Dom Philippe
d'Heronville , en faveur de Dom Nicolas
Coquerel, Prieur de l'Abbaye de Vaux
de Cernay , à la charge de deux mille livres
de penfion , fçavoir 1ooo . au fieur
Jacques Guesdon Clerc tonfuré du
Dioceſe de Troyes , trois cens livres à
pareille fomme de trois cens livres à Dom
Dom Jean Louis Breas Prêtre Louis
Perreney , Religieux de l'Abbaye de la
Ferté, & quatre cens livres à Doin de Vers
de Vaudray , Religieux de Citeaux.
>
Le Prieuré de S. Gilles , près la Ville
du Fonteau de Mer , Diocefe de Lizieux ,
de l'Ordre de S. Auguftin , vacant par le
deceds du fieur Bigot , en faveur du hieur
Boullemer de la Martiniere , Clerc tonfuré
du Dioceſe de Senlis , à la charge de
quatre cens livres de penfion pour le fieur
Louis le Roy de Dannezy , Clerc tonfuré.
Le Prieuré de S. Lo dans la Ville dé
Rouen , vacant par le deceds de l'Abbé
de Choify , en faveur de M. Pierre Julien
Cozar de Rochechouart , Grand Vicaire
de l'Evêque d'Orleans.
Le Prieuré de S. Simphorien Daubigny
, Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Langres vacant par le decès du fieur
Abbé
2500 MERCURE DE FRANCE.
Abbé Boucher , en faveur du fieur Alexandre
Goulley de Boifrobert.
Le Prieuré Regulier de S. Pierre du
Luc , Ordre de S. Benoît , Diocèfe de
Luçon , vacant par la permutation admife
à Rome le 9. Juin 1723. en faveur du
fieur Mauclerc de la Mafanchere , Clerc
du Diocèse de Luçon.
La Prevôté Reguliere de Mont- Salvy
, Ordre de Saint Auguftin , Diocèſe.
de Saint Flour , vacante par le decès du
fieur Jacob Defpluches , en faveur du
hieur Jofeph Guintrandy , Prêtre du Diocèfe
d'Avignon , & Docteur en Medecine
, envoyé en Provence en 1720. par or
dre de la Cour , pour traiter les Peftiferez.
Le Cardinal de Noailles , Archevê
que de Paris , a donné le Canonicat de
Nôtre Dame , vacant par la mort de M.
Amelin , au Pere Portail , de la Congregation
de l'Oratoire , frere du Premier
Prefident.
Le Canonicat de Nôtre Dame du feu
Abbé de la Roche , ayant vacqué dans les
mois des Graduez , a été donnez par le
même Cardinal , à l'Abbé Parquet , qui
deffervoit la Cure de S. Germain le Vieil.
L'Abbé Morel , auffi Chanoine de Nôtre-
Dame a réfigné fon Canonicat à
l'Abbé de Joly de Fleury , neveu du Pro
cureur General du Parlement.
ARNOVEMBRE
1724.
25 F
ARRESTS , & c.
tentes fur içelui , du 22. Avril 1724. regiftrées
& publiées en la Cour des Comptes ,
Aydes & Finances de Normandie , les 4. & 10,
Mai 1724. En faveur des Gardes Generaux &
Particuliers des Eaux & Foreft , Qui les difpenfe
de prendre aucun enregistrement ès
Chambre des Comptes , ni aux Bureaux des
Finances , tant pour le paffé , que pour l'avenir .
ARREST du 19. Juillet , qui ordonne à
tous les Commis des Domaines , Bois & Finances
de prendre des Provifions & Commiffions
au grand Sceau , à peine de mille livres
d'amende.
ARREST du 1. Septembre ; ordonne que les
Recepiffez du Tréfor Royal , pour l'acquifition
d'Offices Municipaux , feront reçus en
Rentes Viageres ou Perpetuelles fur les Tailles
, au choix des Porteurs deſdits Recepiffez.
ARREST du 4. Septembre , qui ordonne
que les trois Libelles y mentionnez , enſemble
le Mandement de M. l'Evêque de Bayeux du
17. Juillet dernier , au fujet de la Conftitution
Unigenitus , demeureront fupprimez .
AVIS
2502
O
AVIS.
N donnera deux volumes du Mer
cure de France le mois prochain ,
dont le fecond fervira de Supplement aux
matieres qui n'ont pas pu trouver place
dans le cours de la prefente année , & con
tiendra une Table generale des principales
matieres,
APPROBATION,
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Novembre , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 2. Decenbre
1724 .
HARDION.
********** 888
TABLE
1
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce volume .
PIECES
Examen de la Tragedie de Berenice
IECES Fugitives. Ole à M. de Voltaire,
2291
122946
Epitres en vers contre les Critiques paffionnées
, & c. 2317
Relation exacte du
Couronnement de la Czarine.
Sonnet , Bouts-rimez.
2324
2344
Lettre fur une Lumiere
Septentrionale. 2345
Sonnet.
2352
Lettre de Malthe fur le remede de l'Eau à la
glace.
Autres Lettres fur le même fujer.
Sonnet au Mercure , & c.
2553
2558
2363
Lettre Critique fur la perfonne & les écrits de
Noftradamus.
2363
Enigmes.
2386
Chanfon , Parodie notée.
2387
NOUVELLES
Litteraires des beaux Arts ,
& c. Relation exacte de la mort du Roi d'Ef
2389 pagne.
Poefies de Mad, & de M Deshoulieres
. 2391
Catalogue des Manufcrits de Madame la
Princeffe .
Queſtion d'un jeune homme aux fçavans.
2399
2407
Recueil de Penfées Morales en vers François.
2408
du P.
Buffier. 24 9
"
Deux
nouveaux
ouvrages
Extraits de diverfes Lettres , & c.
Monftre , deux filles
jumelles fe tenant ,
2412
& c.
2413
Rentrée des Académies , Differtation fur Guillaume
le
Conquerant. 2419
Differtation fur la
conftruction des inftrumens
de
Mufique . 2424
Differtation fur une fleur qui produit une
teinture jaune . 2435
Nouvelles
Medailles frapées pour le Roi. 2433
Spectacles. Habis , Tragedie.
Les Mécontens , Comedie.
2436
2440
Le Triomphe du Temps , Comedie.
Armide , Opera.
Repreſentations à la Cour.
2442
243
2460
Nouvelles de Turquie , de Ruffie , de Pologne
, d'Allemagne , d'Espagne , Portugal ,
Angleterre , Hollande & Pays- bas , Italie ,
&c.
Morts , Baptêmes & Mariages.
Nouvelles de la Cour & de Paris.
2463
2484
2484
Conteftation jugée entre les Gardes du Roi
& les Gendarmes , & c. 2485
Naiffances , Morts , & c. 2496
Benefices donnez.
2498
Arrefts. 2501
Avis , deux volumes en Decembre. 2502
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2283. ligne 4. du bas , juſtes , liſez
injuftes.
Page 2236. ligne 36. Archimandrillle , lifez
Archimandrite.
Page 2338. ligne 2. du bas , couvertes , ajoutez
de boucles , & autres ornemens d'or
mafif.
Page 2339. ligne 21. brodré , lifez bordé.
Page 407. ligne 8. le Directeur , la direction .
Page 2411. ligne 4. du bas , Baudet , lifez
Daudet.
Page 2449. ligne 21. dans leur , lifez dans le
premier.
L'Airnoté doit regarder la page
La Medaille doit regarder la page
2387.
2432
ET SICET
COR
JA H
H
M.LE PRESIDENT DE WAROQUIER
CONSEILLERD ETATETMTRE DHOTEL DU ROL
DM
Mere
II *
Oct -Nov
1734
112
Presented
by
John
Bigelow
tothe
Century Association
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU
ROT
OCTOBRE 1724 .
Delline
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
I GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
THE NEW YORK
PUBLIC
335138
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
LAD
A VIS .
190 ADRESSE
generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis- à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent se fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
voir
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui souhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 .
fols.
2077
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIE AU ROT
AV
OCTOBRE 1724.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
LA TOUR TERELLE
ET LE RAMIER.
FABLE.
U'on ne me parle plus d'amour ,
ni de plaifirs ,
Difoit un jour la trifte Tourterelle.
Confacrez-vous , mon ame , à d'éternels foupirs;
A ij J'ai
2078 MERCURE DE FRANCE,
J'ai perdu mon Amant fidelle.
Arbres , Ruiffeaux , Gazons délicieux ,
Vous n'avez plus de charmes pour mes yeux
Mon époux a ceffé de vivre.
Qu'attendons-nous , mon coeur? hâtons- nous
de le fuivre.
Comme on l'eut dit , autrefois on l'eut fait.
Quand nos peres vouloient peindre un Amant
parfait ,
La Tourterelle en étoit le Simbole ;
Elle fuivit toûjours fon époux au trépas ;
Mais la mode change ici -bas
Et cette conftance frivole ,
Depuis long -temps a perdu fon credit ;
La Tourterelle même aujourd'hui fe confole ,
S'il faut tenir pour vrai ce que la Fable en dit.
Elle prétend que cette déſolée ,
A fa jufte douleur voulant être immolée ,
Choiſit un vieux Palais , vrai féjour des Hiboux,
Où fans chercher aucune nourriture ,
Un prompt trépas étoit fon efpoir le plus
doux.
Mais
OCTOBRE 1724. 2079
Mais qui nefait qu'en telle conjoncture,.
Souvent nôtre deftin ne dépend pas de nous ?
Dans cette demeure fauvage ,
Habitoit un jeune Ramier ,
Houpé , pattu , de beau plumage ,
Et quoique jeune , vieux routier ,
En l'art de foulager les douleurs du veuvage.
Pour nôtre Tourterelle il met courtoiſement
Ses plus beaux fecrets en uſage :
La pauvrette au commencement
Loin de prêter l'oreille à fon langage ,
Ne vouloit pas fe montrer feulement ;
Mais le Ramier parlant de défunt fon Amant
Infenfiblement il l'engage
A recevoir fon compliment,
Ce compliment fut d'une grande force.
Il difoit du défunt toute forte de bien ,
Ne blamoit la veuve de rien ,
Bref, ce fut une douce amorce ,
Pour attirer un plus long entretien.
A iij Voilà
2080 MERCURE DE FRANCE.
Voilà donc la belle affligée ,
En tendres propos engagée ;
Elle tombe fur le difcours ,
De l'hiftoire de fes amours ;
Dépeint , non fans cris , & fans larmes ,
Du pauvre Trépaffé les vertus & les charmes ,
Et ne croyant par là que flater fa douleur ,
Elle apprit au Ramier le chemin de fon coeur.
Sur ce que le défunt avoit fait pour lui plaire ,
Il comprit ce qu'il falloit faire ;
Il étoit copiſte entendu ,
Et fçût fi dextrement imiter fon modele ,
Que dans peu nôtre Tourterelle ,
Crût retrouver en lui ce qu'elle avoit perdu.
DESOCTOBRE
1724. 2681-
XX :XXXXXXXXXXX :XX
DESCRIPTION d'une Chaffe generale.
faite dans l'Afie Septentrionale , felon
Les Loix & l'ufage des Empereurs Mogols.
Lettre écrite par M. de la R.....`
J
à M.
E vous l'ai déja dit , Monfieur , dans
nos entretiens particuliers , la Chaſſe
eft prefque auffi ancienne que le monde
elle a fait de tout temps les plaifirs des
plus grands Princes. Les Empereurs Romains
, comme vous le fçavez , ſe ſont
fignalez dans cet exercice , qu'ils ont fait
entrer dans les fpectacles publics avec
une grande magnificence. Mais je puis
vous affeurer que les Empereurs Mogols
les ont furpaffez de beaucoup , vous en
jugerez par la defcription que vous allez
lire d'une Chaffe generale faite fous le
regne du fameux Genghizcan , premier
Empereur des Mogols & Tartares , dont
la pofterité regne encore à la Chine ,
dans l'Inde , dans la Tartarie , & c. Cette
deſcription est tirée des Auteurs originaux
qui ont écrit fon Hiftoire , & confirmée
par l'ufage de pareilles chaffes
qui a continué fous les Empereurs fuccef-
A iiij
feurs
2082 MERCURE DE FRANCE. '
*
feurs de ce grand Prince. Les Auteurs
Orientaux dont je viens de parler , qui
font mention de cette Chaffe , font pour
la plupart dans la Bibliotheque du Roi ;
& ceux qui feront en état de les confulter
, trouveront la defcription tout- àfait
jufte & conforme à ce qu'ils en ont
écrit. La traduction eft de M. Petis de la
Croix , le pere
, Secretaire
interprete
du
Roi , qui a donné
une
Hiftoire
particuliere
de Genghiſcan
; mais
j'ai crû devoir
éclaircir
cette
traduction
en plu
fieurs
endroits
, pour
la rendre
plus
intelligible
, & plus
françoiſe
après
avoir
revû
les Auteurs
en queftion
.
Genghizcan fe trouvant à ** Termed dans
le coeur de l'hiver , & cette faifon l'empêchant
de continuer la guerre, il réfolut
de faire une grande Chafle pour tenir ſes
foldats dans l'exercice continuel des armes
. Pour cet effet comme le PrinceToufchiſcan,
Grand Veneur de l'Empire, étoit
abſent, il'ordonna au Nevian, où fon Lieu
tenant General, de preparer cette Chafſe ,
& de l'étendre auffi loin qu'il fe pourroit.
Le Nevian rempliffant les devoirs dé fa
Charge , eut foin de faire avertir tous les
* Mirconde , Marakefchy , Abulfarage
Arabfchah , Joüiny , Zeheby , & c.
** Termed , Ville importante fur le Fleuve
Oxus.
Veneurs
OCTOBRE 1724. 2083
Veneurs. Il leur marqua la grande étenduë
de terrain qu'ils devoient embraſſer ,
& il les envoya en pofte pour en regler
les bornes . Il commanda enfuite aux
Officiers de l'armée , felon le pouvoir
qu'il en avoit , de fuivre au plutôt les
Veneurs à la tête de leurs troupes , &
d'aller occuper leurs quartiers , d'agir
enfin felon les ordres qu'ils fçavoient
avoir été prefcrits par l'Empereur , lorfqu'il
publia la loi des Chaffes , & qu'il
en regla la maniere. D'abord que les
Officiers eurent conduit les foldats au
rendez- vous , ils les rangerent en haye ,
doublant quelquefois les rangs autour du
grand cercle , ou de la vafte enceinte ,
qui avoit été marqué par les Veneurs , &
que les Mogols appellent Nerké. Ils ne
manquerent pas de declarer , quoique
perfonne ne l'ignorât , qu'il y alloit de
la vie de laiffer fortir les bêtes hors de
cette enceinte generale , qui étoit d'envifon
quatre mois de marche , & qui enfermoit
un vafte Pays , contenant de grandes
Forefts , une infinité d'autres bois , &
de bocages , avec toutes les bêtes qui les
habitoient. Le centre de cette grande circonference
, où il falloit neceflairement
que tous les animaux fe retiraffent enfin
, étoit marqué dans une plaine que
l'on avoit choifie.
A v Les
2084 MERCURE DE FRANCE .
jm
1
Les Officiers de la Venerie dépêcherent
auffi-tôt des couriers au Lieutenant
General des Chaffes , pour lui rendre
compte de la difpofition des chofes , &
pour lui demander les ordres pour la
marche. Le Lieutenant les alla lui- même
recevoir du Grand Can , & enfuite il- les
donna aux couriers qui partirent en diligence
pour les porter aux Officiers de
la Venerie ; après avoir bien remarqué
le quartier de l'Empereur pour le trouver
plus facilement , quand on les y renvoiroit.
Ce n'eſt pas que ce quartier fut
pour toûjours fixe & établi dans un mê
me endroit , car il devoit avancer fuivant
le mouvement des troupes. Mais comme
c'étoit toûjours fur une même ligne
quelque changement qu'il y eut , on ne
pouvoit le chercher inutilement .
,
Les Couriers n'eurent pas plutôt porté
les ordres aux Officiers de la Venerie ,
que ceux - ci les communiquerent aux
Officiers de l'armée . Alors les Timballes
, les Trompettes , & les Cors fe firent
entendre & fonnerent la marche de
toutes parts. Elle commença partout en
même temps , & de la même maniere ,
c'eft à dire , que les foldats marchoient
fort ferrez , & toûjours vers le centre en
pouffant devant eux les bêtes . Ils avoient
derriere eux leurs Officiers qui les obfervoient
,
OCTOBRE 1724. 2085
fervoient , & ils étoient armez , comme
dans une expedition militaire. Cependant
quoiqu'ils eulfent leurs cafques , &
leurs boucliers , leurs cimeterres , leurs
arcs , & leurs carquois pleins de fleches ,
des haches , & des maffes d'armes , il leur
étoit défendu de tuer , & de bleffer aucun
animal , quelque violence qu'il pût
faire. Il y avoit de rigoureufes peines
établies contre ceux qui fe ferviroient de
leurs armes contre les bêtes . Il étoit feulement
permis de pouffer des cris pour.
les effrayer , & les empêcher de forcer
l'enceinte , l'Empereur l'avoit ainſi ordonné.
On marchoit donc tous les jours en
chaffant les bêtes vers le centre , & l'on
campoit toutes les nuits . Le fervice militaire
n'en étoit pas pour cela negligé ,
on demandoit l'ordre regulierement , &
il y avoit des corps de gardes ordonnez
auffi bien que des fentinelles. On les
changeoit. On châtioit ceux qui ne faifoient
pas exactement leur devoir . On
donnoit quelquefois des allarmes . Enfin
tout ce qui fe pratique à la guerre étoit
ponctuellement obfervé .
La marche continua fans obftacle pendant
plufieurs ſemaines ; mais une grande
riviere que les troupes de certains
quartiers ne pouvoient paffer à gué , l'in-
A vj
terrom
2086 MERCURE DE FRANCE.
terrompit. Il fallut faire alte , & en donner
avis aux autres , afin de garder toûjours
l'égalité de la marche. Cependant
ceux qui devoient paffer la riviere y
poufferent les bêtes qui la traverferent
en nageant. Ils pafferent enfuite fur de
grands cuirs ronds & legers ferrez avec
des cordes. Plufieurs foldats étoient auffi
fur un de ces cuirs , qu'ils attachoient à
la queuë d'un Cheval , & le Cheval nageant
le tiroit en fuivant un nageur qui
le précedoit.
Cette riviere ainfi paffée , la marche
ne fut plus interrompue , elle devint toûjours
égale. Le cercle venant à s'étrecir
, les bêtes commencerent à ſe ſentir
preffées , & comme fi elles fe fuffent
apperçues qu'on les vouloit forcer , les
unes gagnoient les montagnes , les autres
fe jettoient dans les vallons les plus couverts
, les autres quittant les voyes , &
les routes ordinaires , broffoient par le
plus épais des Forefts , & par les taillis ,
d'où bien-tôt fentant approcher les Chaffeurs
, elles fortoient pour aller ailleurs
chercher une autre retraite . Les tanieres
de même que les terriers fe rempliffoient
; mais inutilement , car on les ouvroit
avec toutes fortes d'inftrumens propres
à remuer la terre , il n'y avoit pas
-mêine juſqu'aux Lapins que l'on ne forçat
>
OCTOBRE 1724.
2087
çat de fortir de leurs trous avec des Furets
. Enfin le terrain ordinaire leur manquant
peu à peu , les diverfes efpeces fe
mêlerent les unes avec les autres . Il y
eut des animaux qui devinrent furieux ,
& qui donnerent beaucoup d'exercice . Ce
ne fut qu'après des peines extraordinaires
, que les cris des foldats , & les fons
de plufieurs inftrumens les forcerent à
s'écarter.
Comme un grand nombre de bêtes fe
retirerent , jufques fur les montagnes ,
ainfi qu'on l'a déja dit , on détacha des
troupes de Chaffeurs , & de foldats pour
les en chaffer , ce qui n'étoit pas fans difficulté.
Car il n'étoit pas permis de les
bleffer , & elles réfiftoient fouvent. D'au
tres troupes defcendoient jufques dans
les précipices qui fervoient de retraites à
certains animaux qu'ils n'avoient pas
moins de peine à mettre en fuite , il n'y
eut toutefois point de caverne , & point
de Foreft où on laiffât une feule bête.
Pendant ce temps - là les Couriers partoient
continuellement de tous les quartiers
, pour informer le Grand Can de ce
qui fe paffoit à la Chaffe , & lui porter
des nouvelles des Princes qui prenoient
part comme les Chaffeurs au divertitlement
, que leur donnoient les courſes ,
les embarras , & les divers mouvemens
des
2088 MERCURE DE FRANCE.
des animaux . L'Empereur qui avoit encore
d'autres vûes que le plaifir de la
Chaffe , alloit fouvent lui- même obſerver
l'état des troupes , voir fi les ordres
étoient exactement fuivis , & s'il n'y
avoit point de relâchement dans la difcipline
militaire.
Cependant l'efpace qui renfermoit un
fi grand nombre d'animaux , devenant de
jour en jour plus petit , & les bêtes fe
roces ne pouvant plus gueres s'écarter ,
elles s'élançoient fur les plus foibles , &
les déchiroient , mais leur furie ne fut pas
de longue durée ; car comme on les chaffoit
de toutes parts , & qu'elles commençoient
à n'avoir plus d'autre terrain que
celui où on les vouloit voir toutes enfemble
, le Lieutenant General du Grand
Veneur fit battre les Tambours & les
Timballes , & jouer de toutes fortes d`inftrumens
. Tous ces fons joints aux cris
des Chaffeurs & des foldats , cauferent
une fi grande frayeur aux animaux , qu'ils
en perdirent toute leur ferocité. Les Lions
& les Tigres s'adoucirent , les Ours &
les Sangliers femblables aux bêtes les
plus timides , paroiffoient abattus , &
pour ainsi dire , confternez .
Lorſque le Grand Can vit tous les
animaux affemblez dans le petit efpace
qu'il avoit lui-même preferit , efpace que
les
OCTOBRE 1724. 2089
les Mogols appellent Gerké , il ordonna
de fe preparer à y entrer , il entra le
premier aux fanfares des Trompettes
tenant d'une main fon épée nue , & un
arc de l'autre , ayant ſur l'épaule un carquois
plein de fléches. Il étoit accompagné
des Princes fes enfans , & de tous
les Officiers Generaux . Il commença luimême
le carnage , attaquant les bêtes les
plus feroces ; quelques -unes entrerent en
furie , & défendirent bien leur vie. Il fe
retira enfuite fur une éminence , s'affit
fur un Trône qu'on lui avoit preparé ,
& delà il obfervoit la force , & l'adreffe
des Princes fes enfans , & de tous fes
Officiers qui attaquoient les animaux
avec une ardeur animée par la preſence
du Grand Can , les Princes & les Seigneurs
entrerent enfuite dans le Gerké,
& firent un grand carnage .
Enfin les Princes ; petits - fils de Genghifcan
, fuivis de plufieurs jeunes Seigneurs
de leur âge , ſe preſenterent devant
le Trône , & prierent l'Empereur
de donner la vie , & la liberté aux bêtes
qui reftoient dans le Gerké. Il la leur
accorda , en loüant le courage de fes troupes
, qui furent auffi-tôt congediées , &
renvoyées à leurs quartiers . En même
temps les animaux qui avoient évité le
fabre , & les fléches , ne fe voyant plus
pourfui2090
MERCURE DE FRANCE:
pourfuivis , & environnez, s'échaperent,
& regagnerent les Forefts , & leurs autres
retraites.
Telle fut la Chaffe de Termed qui
dura quatre mois entiers . Elle auroit
dure bien davantage , fi l'on n'eut craint
d'y être encore engagé , lorfqu'il faudroit
continuer la guerre. En effet , on
touchoit au Printemps de l'année 12 2 1 .
(a) & les troupes de (6) Carizme étoient
déja arrivées . On ne les laiffa pas longtemps
repofer ; car Genghiſcan ſe mit à
leur tête fur la fin de Mars pour paſſer
l'Oxus , & aller enfuite vers la Bactriane
, où le Sultan Gelaleddin avoit déja
affemblé une armée confiderable. 1
J'abandonne , Monfieur , cette grande
entrepriſe , ainfi heureuſement executée ,
à vos réflexions , & je fuis toûjours , & c.
A Paris , ce 10. Septembre.
( a) C'étoit l'an 618 de l'Hegire.
(6 ) Carizme , Pays des environs de la Mer
Cafpienne ,
EPITRE
OCTOBRE 1724 2091
粥
EPITRE de M. Vergier à M. Mallet ,
pour lui donner avis qu'un homme qu'il
lui avoit menagé pour acheterfa Charge
de Commiffaire de Marine , n'avoit pi
obtenir l'agrément du Miniftre 1715.
E comptois ma Charge venduë ,
JE
C'étoit l'oeuvre de vôtre main ,
De lendemain en lendemain ,
Vers cette nouvelle attenduë ,
L'efpoir précipitoit mes pas ,
Et dans ma liberté renduë ,
Je trouvois d'autant plus d'appas ,
Qu'à vos foins elle eut été dûë.
Sur cela combien de projets ,
Que de plans d'une heureuſe vie ,
Offroient à mon ame ravie
Les plus agreablés objets !
La fille la plus malheureuſe ,
Sous une mere rigoureuſe
Se fait moins de plans de plaiſirs ,
A l'approche de la journée ,
Qui par les mains de l'Hymenée ,
Ouvre
2092 MERCURE DE FRANCE.
Ouvre la porte à fes defirs.
Tout ce qu'enfante la penſée ,
Tous ces fantômes féduifans
Dont la raiſon eft offenſée ,
J
Quoique vains autant que plaiſans
Etoient pour moi des biens prefens ;
Enfin précipitant fa courſe
Dans un avenir ignoré ,
Mon coeur de plaifirs alteré ,
Epuifoit d'avance la fource ,
De ceux qu'en fa fecondité ,
Produit la douce oifiveté.
Mais cette illufion frivole ,
Comme unfonge leger s'envole ,
Et par fa fuite elle détruit ,
De fond en comble l'édifice ,
Que par un flateur artifice ,
Ma folle idée avoit conftruit .
Je ne puis avoir pour P....
L'approbation neceffaire ,
Du Miniftre du Dieu des Mers ;
&
Non , qu'il le trouve en rien coupable ,
Mais il ne le croit pas capable,
De
OCTOBRE
2093 1724.
De fervir fur les flots amers.
De ce Miniftre toûjours juſte ,
Je reſpecte les jugemens ,
Et crois qu'à tous les fentimens ,
Il faut que ma raiſon s'ajuſte ;
Car fans cela j'allois juger ,
Qu'ici fa lumiere ſurpriſe ,
A P.... auroit par mépriſe ,
Donné les défauts de V....
Un corps à furface blanchie ,
Qu'on fçait en certain jour placer :
Voit fur lui tour à tour tracer ,
Par la lumiere réflechie ,
Les traits bien ou mal compoſez ,
Des corps qui lui font oppofez.
Ainfi mes couleurs vicieuſes ,
Suivant cet optique impofteur ,
Ont pû foüiller mon acheteur ,
De leurs taches contagieufes .
C'eſt le caprice du deſtin ,
Qu'un homme fage & libertin ,
D'affaire ou d'amitié fe lie.
Par ce contrafte fa vertu ,
S'il
2094 MERCURE DE FRANCE.
S'il eft heureux , eft embellie ,
S'il eft par le fort combattu ,
C'eſt envain que fon coeur fidele ,
Suivant toûjours un faint modele ,
Dans ſes vertus eft affermi ;
Leur luftre
apparent
l'abandonne ,
Et le peuple injufte lui donne ,
Tous les vices de fon ami.
Mais tandis que je moraliſe
Et qu'ici je fais analyſe
Des erreurs de nos jugemens ,
Je fens de momens en momens
S'aggraver le jour qui m'accable.
Mon fort fera- t'il implacable ,
Et veut- il aux infirmitez ,
D'une vieilleffe languiffante , :
De fers fans nulle fin portez ,
Joindre encore la gêne preffante ;-
Ah ! s'il étoit quelque mortel ,
Dont la main adroite ou puiffante ,
Brisât ma chaîne embarraffante .
Je lui drefferois un Autel ,
2
Ou du moins par voeux legitimes ,
I
J'offrirois
OCTOBRE 1724.
2095
J'offrirois fans ceffe en ſon nom ,
A Venus , Pallas & Junon
Les plus pures de leurs victimes :
Mes voeux en feroient écoutez
Et fur lui ces trois Déïteż ,"
Verferoient à pleine largeffe ,
Plaiſirs , honneurs , gloire & fageffe.
Oh , des mortels le plus heureux !
Chacun déja lui porte envie ,
De Belles aux coeurs rigoureux ,
Les faveurs combleront fa vie.
Forma-t'il deffein feulement
De chaffes ou de promenades ;
Jours d'Alcyons dans le moment ,
Jours tels qu'il les faut aux Dryades ,
Pour conduire leurs coeurs aux champs .
L'éclairent , la terre fleurie ,
Répand parfums d'odeur cherie ;
Les Oiseaux redoublent leurs chants ,
Chacune des faifons bornée ,
Aux feuls foins de fes appetits ,
Lui donne les fruits repartis ,.
Aux quatre faifons de l'année
Et
2096 MERCURE DE FRANCE.
Et quels fruits ! du goût & des yeux ,
Ce font charmes délicieux .
Quels vins pour lui produit la terre ?
Peut-on décrire leurs attraits ?
Auffi, quand il boit à longs traits
On voit le Maître du Tonnérre ,
Et mainte autre Divinité ,
Au mépris de leur dignité ,
Humer avec avidité ,
Ce qu'en laiffe exhaler fon verre.
Dans l'enceinte de fa maiſon ,
Dans le fein de fon Domeſtique ,
Par tout de la fage raiſon ,
Il trouve l'exacte pratique ,
Et d'une raifon fans humeur,
Loin de lui chagrine clameur ,
Cette attention volontaire ,
Que la tendreffe fait avoir.
Le devoir même , Juge auftere ,
Sont les feuls motifs du devoir :
3
Femme, Enfans , voifins , tout l'adore.
A peine l'horifon fe dore ,
Des premiers traits du Dieu du jour ,
Que
OCTOBRE 1724. 2097
Que la gayeté dans ce ſéjour
Etablit fon aimable empire ;
C'eft fa prefence qui l'inſpire.
Comme ce font moins fes bienfaits ,
Que l'amour qui les intereffe ,
Par tout où fon regard s'adreſſe ,
Il trouve des yeux fatisfaits.
A fes defirs tout fe conforme ,
Il voit fes deffeins s'achever,
Dans l'inſtant même qu'il les forme,
Veut- il aux grandeurs s'élever ?
Auffi-tôt tous obftacles ceffent ,
Devant lui les fcabreux chemins ,
De ces monts efcarpez s'abbaiffent ,
Les honneurs s'offrent à fes mains ,
Comme l'épouſe complaifante ,
S'offre à l'époux qui l'enflâma ;
Ou comme lépi fe prefente ,
Au Laboureur qui le fema.
S'il court défendre ſa patrie ,
En vanger la gloire flétrie ,
Punir des peuples revoltez ,
1
Les foumettre au pouvoir fuprême ,
La
2098 MERCURE DE FRANCE .
La terreur marche à fes côtez ;
Tout cede & la victoire même ,
Fremit à l'afpect des horreurs ,
Que caufent fes juftes fureurs.
Sa fageffe en tous lieux éclate.
Salomon fut moins confulté ,
Mais jamais fon confeil ne flate
La plus heureuſe iniquité.
Son équitable autorité ,
Sans qu'aucun parti s'en offenſe ,
Fait la balance des Etats ,
C'est l'Arbitre des Potentats ,
C'eſt leur guide , c'eft leur défenſe.
Voyez quels biens & quels honneurs ,
Combien de fortes de bonheurs ,
Prennent leur fource de ma Charge ,
Charge pourtant des plus à charge ,
Au fage parti que j'ai pris.
Ainfi ne foyez pas furpris
De voir des rivieres profondes
Rivales des Pontiques ondes ,
D'un petit ruiffeau dériver ;
Mais pourquoi , direz- vous peut- être ,
D:
OCTOBRE 1724. 2099
De cette Charge vous priver ,
Si tant de biens en doivent naître è
Vous avez raifon , mais auffi
Croyez -vous que de m'en défaire ,
Je me miffe tant en fouci ,
Si les biens dont je viens de faire
Cette longue deſcription ,
N'étoient plus faux que la chimere ,
Fils d'une vaine fiction ,
Plus vains mille fois que leur mere ?
aaaaaaaaaaaaaaaa
MEMOIRE fur l'utilité d'un Dictionnaire
Provençal.
E fuis prêt à foufcrire au jugement <
Jefuis poft à ,ufcrite au jugement le Mercure du « <
mois de Juin a porté du Dictionnaire «
Provençal , imprimé à Avignon ; mais «<
je ne sçaurois lui paffer les paroles ſui- «<
vantes , qu'on ne voit pas de quelle «
utilité pourroit être un Dictionnaire Pro- «
vençal. On reviendra fans doute d'une «
telle prévention , quand on réflechira «<
fur la Langue Provençale , qui formée «<
de divers dialectes , eft plus riche , & «
plus abondante qu'on ne penfe ; les an- «<
B ciens
S3512
2100 MERCURE DE FRANCE.
6
>> ciens Troubadours l'ont renduë fameu-
» fe par leurs ouvrages , dont on con-
>> ferve encore des Recüeils dans les Bi-
>> bliotheques , & dans les Cabinets des
>> curieux . Il y a divers mots Proven-
» çaux , dont l'origine eft inconteſtable-
» ment Grecque , ce qui prouve mieux
» que toutes les Hiftoires , la defcente
>> des Phocéens fur les côtes de Proven-
» ce , les mots , Empura , attifer le feu ,
» & Caleignaire , Amant , font voir la
» verité de cette efpece de Paradoxe . Je
» pourrois citer un plus grand nombre
» de mots dérivez du Grec , s'il étoit
» queftion de faire ici une Differtation
» dans les formes .
>>
» Il me fuffira d'avancer que toutes les
diphtongues Grecques fe font confer-
» vées en Provence , & qu'elles font in-
» connues dans les autres Provinces de
France. Le P. Lancelot a été très - embarraffé
dans fa Grammaire Grecque ,
» quand il a voulu faire fentir ces divers
» fons inconnus à la Langue Françoiſe.
ر د
S'il avoit voyagé en Provence , il au-
» roit reconnu avec plaifir dans les ter-
» minaifons de plufieurs mots Proven-
» çaux , les veftiges de la Langue natu
» relle de fes anciens habitans .
» La Langue Italienne s'eft enrichie au
dépens de la Langue Provençale , elle
lui
OCTOBRE 1724. 2101
lui doit la plupart des mots nombreux «<
& expreffifs qui fervent , tant à la faire «
valoir , foit en vers , foit en Profe ; les «
Italiens eux -mêmes ne font point diffi- «
culté de l'avouer , & les ouvrages des «<
anciens Troubadours qu'ils reconnoif- <<
fent pour leurs Maîtres en fait de Poë- «<
fie , font encore l'honneur de leurs plus «
riches Bibliotheques . « ma
On trouve dans la Langue Proven- «
çale des mots tirez de l'Eſpagnol , & «
du Catalan , elle les a empruntez des «
nations qui ſe ſont emparées en divers «
temps de cette Province. «
Quoique les Troubadours fuffent très «
bien receus dans la plupart des Cours «<
de l'Europe , cela n'empêchoit pas que «
la plupart d'entre eux ne fignalaffent le «
talent qu'ils avoient pour la fatire. «<
e
On trouve dans leurs ouvrages des «
cenfures aigres , contre les moeurs de «
leur fiecle , des monumens précieux «<
de divers ufages , dont il ne refte plus «
aucune trace parmi nous , des railleries «<<
picquantes contre leurs Souverains , «
&c. Il eft hors de doute qu'on ne puiffe «
tirer delà des anecdoctes interellans «
propres à enrichir l'Hiftoire de ces «<
temps - là. a
Si nous voulons comparer nos Poë- «
tes François du 13. & du 14. fiecles , «
Bij avec
2102 MERCURE DE FRANCE.
;
» avec nos Troubadours qui font beau-
» coup plus anciens , nous trouverons la
» Poëfie des premiers , rude , barbare ,
dépourvûë de fentimens , & celle des
» Poëtes Provençaux nous paroîtra fim-
» ple , naturelle ; & en un mot , telle
qu'on ne la defavoüeroit peut -être pas
» dans le fiecle où nous vivons.
>>
» Pourquoi donc méprifer ce qui peut
» nous conduire à la connoiffance de pa-
>> reils ouvrages ? je crois que tout hom-
» me de Lettres doit fouhaiter que quelque
fçavant veüille bien s'exercer dans
» ce genre de travail.
>>
>> Un Dictionnaire Provençal , compilé
avec foin par quelque perfonne
» curieufe & fenfée , feroit d'un grand
» fecours , on y trouveroit des étimolo-
» gies & des dérivations toutes nouvel-
» les , tirées de la plupart des Langues
» primitives ; on y expliqueroit des ufa-
»fages finguliers ; on y verroit enfin
» comment la Langue Provençale a ac-
» quis peu à peu ce nombre & cette har-
» monie , qui la fait juger propre pour
» la Poëfie , dans des temps de barbarie &
>> d'ignorance .
Nous inferons ce Memoire avec d'au
tant plus de plaifir que nous n'avons porté
aucun jugement fur le Dictionnaire ProvenOCTOBRE
1724. 2103
vençal , imprimé à Avignon , & annoncé
au Public dans nôtre Journal du mois
de Juin dernier , page 1385. L'Auteur
du Memoire n'a pas fait réflexion que ce
n'eft pas nous qui parlons dans cet article
, & que dans les nouvelles Litteraires
qui nous viennent des Provinces , ou
des Pays Etrangers , nous ne faifons pref
que que copier ce qu'on nous écrit ; c'eft
pour cela que nous nous fervons fouvent
de ce titre general : Extraits de diverfes
Lettres , &c . Quoiqu'il en foit
loin de nier l'utilité d'un bon Dictionnaire
Provençal , & de contredire l'Auteur
du Memoire fur les prérogatives de
la Langue Provençale , & fur le merite
des anciens Troubadours ; quoiqu'il y ait
une entiere difference entre la Langue
Provençale d'aujourd'hui , & l'ancienne
Langue des Troubadours , nous fommes
perfuadez , avec le fçavant M. Huet ,
que la premiere veritable , & prefque
unique fource de la Foëfie Françoiſe , ne
fe trouve avec certitude qu'en Provence
dans les ouvrages des anciens Troubadours
, dont Roftang de Brignole , & Hilaire
des Martins , Moines de S. Victor de
Marſeille & Poëtes, ont écrit l'Hiftoire.Il
feroit à fouhaiter que l'Auteur du Memoire
eut executé lui- même l'entrepriſe ,
dont il reconnoît fi bien les avantages &
Riij
la
2104 MERCURE DE FRANCE.
la folidité , ou que l'Auteur du nouveau
Dictionnaire Provençal , eut été bien
rempli des fentimens , & de l'érudition
qui paroiffent dans le Memoire.
L'AMOUR ET L'ABSENCE.
Fable de M. Vergier , à Mademoiselle
Mimi Raulin 1717 .
B ElleMimi , je vous adreſſe
Une Fable que ma tendreſſe ,
Pour vous m'a fait imaginer :
Je ne voulois qu'y badiner ,
Avec l'Amour , avec l'Abfence ;
Y décrire en vous amusant ,
Le caractere & la naiffance ,
De ce fantôme féduifant ,
Que l'on nomme coqueterie :
Mais la trifte feverité ,
De l'Abfence & fa gravité ,
Emouffent la plaifanterie ;
Auffi bien - tôt de mon difcours
k
Si ferieux eft devenu le cours ,
Que vous aurez peine à l'entendre.
Un jour pourtant vous l'entendrez ,
Et
OCTOBRE 2105 1724.
Et pour lors vous vous fouviendrez
Que de vos amis le plus tendre ,
En le faifant eut pour objet ,
De vous plaire , & fi ce projet ,
Ma plus précieuſe chimere ,
Me réuffit , je ferai plus content ,
Que ne l'eft vôtre aimable mere ,
Lorſqu'en vous , d'inſtant en inſtant ,
Ses vertus elle voit renaître ;
En qu'en examinant vos traits ,
Leur beauté lui fait reconnoître ,
Et fes graces , & fes attraits ,
Son port noble , ſon air affable ;
Cet air qui prévient & qui plaît ;
Mais je reviens à nôtre Fable ,
Et vous l'offre telle qu'elle eft.
En ces temps , ou dans l'innocence ,
Vivoit encor le genre humain ,
L'Amour & la plaintive Abſence ,
Enſemble un jour fe mirent en chemin :
On ne fçait point de ce pelerinage ,
Quelfut le lieu , ni le fujet :
B iiij
Mais
2106 MERCURE DE FRANCE.
Mais des Dieux avec fruit chaque pas fe menage
;
Le bien de l'univers en eft toûjours l'objet.
Suivi de nombreux équipages ,
Leger , & n'allant que par fauts ,
Marchoit l'Amour , ayant même pour Pages ,
Princes & Rois , pris parmi fes Vaffaux.
Trifte , languiffante & penfive,
L'Abfence , aux yeux diftraits , fans fuite le
fuivoit ,
A pas fi lents que l'on n'appercevoit ,
Aucun progrès dans fa marche tardive :
Toutefois , vers la fin du jour ,
L'un & l'autre arrivent au gite :
Là , vous euffiez vû de l'Amour
Toute la fuite qui s'agite.
Pour prévenir fes volontez ,
Palais & meubles enchantez ,
Repas pleins de délicateſſe ,
Concerts que forme la jufteffe ,
Enfin tous les appas des molles voluptez ,
Lui font dans l'inſtant apprêtez ;
Tandis qu'en un coin negligée ,
L'Abfence toûjours affligée ,
Pour
OCTOBRE
1724. 2107
Pour tout fecours n'a que quelque aliment ,
Dont l'Abfinthe & le fiel font l'affaifonnement.
Sur cela , de plaifanterie ,
L'Amour l'attaque en badinant :
Il eft ( lui dit- il ) ſurprenant ,
Qu'au milieu des plaiſirs , que la galanterie ,
De ta riante cour s'empreffe à te fournir ,
Tu te plaiſes d'entretenir ,
Ta trifteffe & ta rêverie :
Mais ne feroit-ce point auffi ,
Que parmi la troupe empreffée ,
Des courtisans qui t'ont fuivie ici ,
Tu te trouves embarraffée ,
A choifir ceux qui font par leurs forfaits ,
Les plus dignes de tes bienfaits ?
A ces traits mocqueurs , la Déeffe
Répond , Amour , ne penſe pas ,
Que dans ton fort riant tu trouves plus d'appas
,
Que j'en trouve dans ma triſteſſe.
Divers goûts font divers bonheurs :
Junon veut d'éclatans honneurs ;
L'obfcurité des Bois pour Diane a des charmes
;
B v Aftrée
2108 MERCURE DE FRANCE.
Aftrée aime la paix , Bellone les allarmes ;
Chacun forme à fon gré de differens defirs ;
Et je me plais parmi les larmes
Comme toi parmi les plaiſirs :
Mais fçais-tu bien que de ta raillerie ,
Si je voulois m'en reffentir ,
>
Ou bien fi je cherchois matiere à broüillerie ,
Je te ferois aifément repentir.
Dans tous les temps paffez l'Abfence
N'a fait qu'augmenter ta puiffance ,
Et loin de débaucher tes fujets défolez ,
Elle les a rendus plus ardens , plus zelez ;
Mais fi je voulois l'entreprendre ,
Tu pourrois inceffamment voir ,
Tomber cet orgueilleux pouvoir ,
Qui des airs fi hauts te fait prendre.
Hé ! de grace , reprit l'Amour ,
Sans craindre de me faire outrage ,
Ni que je me vange à mon tour ,
Entreprens ce penible ouvrage :
Dans fon immenſe autorité ,
Jupiter envain l'a tenté ;
Ce feroit chofe curieufe ,
Que d'une oeuvre fi glorieufe ,
Le
OCTOBRE
1724. 2109
Le fuccès dût être affecté ,
A fubalterne Déité .
Le mot de fubalterne aux Dieux eft une injure ;
Auffi fur la Déeffe eut- il tout fon effet.
Piquée , elle lui dit , tu feras fatisfait ;
Oui , je te le promets , & par le ftix j'en jure.
Enfin, fuivant leur miffion,
Ayant fini leur expedition ,
Ils fe feparent , & l'Abfence ,
Sans perdre un moment entreprit
D'abaifler l'injufte puiſſance
De l'Amour , & voici comment elle s'y prit.
Jufques alors fon Palais & fon Temple ,
D'une épaiffe nuit obſcurcis ,
N'étoient adminiftrez que par les noirs foucis :
De tous côtez on y contemple ,
Le defefpoir , les pleurs & les gemiffemens : /
Un fenfible appareil eft peu propre à diftraire ,
De leurs tendres engagemens ,
Les plus volages des Amans ,
Auffi ne faifoit- il que les rendre au contraire ,
Plus fideles , plus empreffez ;
Et c'eft fur cette experience ,
B vj
Que
2110 MERCURE DE FRANCE.
Que la Déeffe en confiance ,
Ses nouveaux plans avoit dreſſez ;
Son Palais , elle diſtribuë
En quatre parts , dont la premiere aux pleurs ,
Aux chagrins , aux regrets , aux ennuis , aux
douleurs ,
A la nuit même elle attribuë ;
Dans la feconde , qu'embellit
Un jour ſerain, elle établit
Les plus beaux Arts ; là , de l'Architecture ,
Du Chant , des Vers , de la Peinture ,
Tous les charmes font étalez ;
D'autres amuſemens , Chaffes , Bals & Specracles
,
Jeu , bon Vin , de l'amour les plus certains
obſtacles ,
Y furent de même inſtallez.
Dans la troifiéme elle place un fantôme ,
Jufques alors aux hommes inconnu ;
Mais depuis entr'eux devenu ,
Plus commun que ne l'eft décrit un mauvais
1
tome.
La feinte ardeur , l'illufion ,
Le menfonge , la flaterie ,
Plaifirs pris par occafion ,
Soins
OCTOBRE 1724. 2111
Soins affectez , minauderie ,
Pour agents affectionnez ,
A ce fantôme font donnez ,
Et ce fantôme eft la coqueterie ;
Simulacre d'amour , mais ne lui reffemblanı
Qu'en fes plaifirs , non en fes peines ,
Et plus propre par ce talent ,
A brifer de penibles chaînes ;
Enfin pour achever tout cet arrangement ,
L'oubli , l'heureux oubli , la Déeffe propoſe
A fon dernier département ;
Parmi les Pavots y repoſe ,
Le doux , le tranquille fommeil ;
L'indifference au teint vermeil ,
De tous les coeurs en ce réduit difpofe ;
Elle n'y laiſſe point entrer ,
Les regrets du paffè , ni la crainte frivole ,
Qui veut dans l'avenir fans ceffe penetrer ,
Et n'y reçoit les foins que de l'éxiſtant qui
vole.
Dans fon Palais cet arrangement fait,
L'Abfence également tous fes Temples ordonne
,
Et fes ordres ont leur effet ,
Dans
1:12 MERCURE DE FRANCE.
Dans le moment qu'elle les donne .
On ne voit déja plus d'abſens
Defefperez , ni même languiſſans ;
A peine ont- ils de quelque encens ,
Fait fumer les Autels , répandu quelques larmes
,
Qu'attirez foudain par les charmes
Des Arts , des divertiffemens ,
Et des coquets amuſemens ;
Vers l'oubli , fans tarder ils volent ,
Et fur fes Autels ils immolent ,
Jufques aux fouvenirs de ces tranfports charmans
,
Dont la moins conftante durée ,
Devoit être , fuivant la loi de leurs fermens ,
Au cours de leurs ans mefurée.
L'amour de fa présomption ,
Sentit alors la conſequence ;
Et comptant fur fon éloquence ,
Pardevant Jupiter il intenté action ,
Contre l'Abfence & fa féduction ,
Qu'il traite de fédition .
L'on va , dit -il , voir de ce qui refpire ,
Le
OCTOBRE 2113 1724.
Le cours à jamais fufpendu ,
Des élemens tout l'ordre confondu ;
Entre les Dieux toute union expire :
L'on verra l'Univers à fon cahos rendu ,
Si l'on ébranle mon empire ;
Mais le Maître des Dieux , du fait bien informé
,
Et d'autre part ce Dieu charmé ,
D'abaiffer de l'amour la trop grande puiffance,
Donna gain de caufe à l'Abfence.
Depuis ce fatal jugement
On ne voit prefque point d'Amant ,
Dont l'Amour par l'éloignement
En peu de jours ne fe démente.
Toutefois , aimable Mimi ,
Vôtre bon & fidele ami ,
Souffre loin de vous & vous aime ,
Comme d'abord il vous aima ,
Et fon ame toûjours la même ,
Conferve avec un foin extrême ,
Le trait qui par vous le charma
De vôtre âge enfantin & tendre ,
Il ne croit pas devoir attendre ,
De fes foins un jufte retour ,
Ni
2114 MERCURE DE FRANCE .
Ni que fouffrant à votre tour ,
Vous renfermiez vos jeunes charmes
Dans le fombre manoir des larmes ;
Vous devez donner vos loiſirs ,
Aux jeux , aux innocens plaifirs ,
Aux Arts , même à la flaterie ,
D'une fage coqueterie ;
Et dans ces differens quartiers
Mon coeur vous fuivra volontiers ;
Mais il cefferoit de vous ſuivre ,
Si voulant au plus loin pourſuivre ,
Chaque département par l'Abſence établi ,
Vous alliez jufques à l'oubli.
XXX:XXXXXXXXX- XXX
MEDAILLE du Pape Benoît XIII.
fur l'indication du Jubilé , &c.
N
Ous apprenons avec une fatisfaction
particuliere , que tout ce que
nous avons inferé dans nos derniers Journaux
, au fujet de N. S. P. le Pape , a
été favorablement reçû du Public. C'eſt
pour répondre à cette difpofition , &
pour marquer l'attention que nous aurons
toûjours de donner des nouveautez
curicuDICT
H
Page 2114.
XIII
IN
GAVDIO
HAVRIETIS
PONT
·
DE
MA
·
I.
MONTIENS
SAL
TVBILEI INDICT
M.DCCXXN
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
OCTOBRE 1724. 2115
curieuſes & intereffantes , que nous prefentons
aujourd'hui à nos Lecteurs une
des Medailles de ce Saint Pontife qui
ont été frappées à Rome peu de jours
après fon Exaltation , Medaille d'autant
plus confiderable , que diverfes perfonnes
dignes de foi nous affurent que le
portrait du Pape y eft très- reflemblant ,
a la difference de tous les portraits peints,
ou gravez , qui ont paru jufqu'à - prefent
pour avoir été faits à Rome , puis copiez
à Paris avec trop de précipitation , à
caufe de la nouveauté , &c. La Medaille
que nous donnons eft d'Hameranus , fameux
Graveur Romain , qui en a fait les
coins , qui a auffi gravé les plus belles
Medailes des derniersPapes, & qui a un
talent particulier pour donner la reffemblance
, & pour animer fes figures. Son
nom eft celebre parmi les curieux des
Medailles modernes. Celle - ci gravée en
Taille-douce par une excellente main ,
reprefente d'un côté le Bufte du Pape ,
avec cette Infcription. BENEDICTUS XIII .
PONTIFEX MAXIMUS ANNO 1. & fur le
Revers le Jubilé , que le S. P. accorde à
l'Eglife au commencement de fon Pontificat
, fous les Simboles fuivans . L'Eglife
défignée par la figure d'une femme , tient
d'une main une Croix , & de l'autre un
Calice , duquel elle verfe de l'eau fur un
Globe
2116 MERCURE DE FRANCE.
Globe qui eft à fes pieds , & qui reprefente
le monde Chrétien. Pour Legende ,
ces paroles du Prophete Haye , * HAURIET
IS IN GAUDIO DE FONTIBUS SALVATORIS
, & dans l'Exergue , ces mots ?
INDICTIO JUBILAI M. DCC. XXIV.
Cette Medaille , au refte , ne fera pas
une des moindres , qui feront à la fuite
du beau Recueil des Medailles des Papes
, depuis Martin V. mort en 1431 .
jufqu'à Innocent XII. donné au Public
par le P. Philippe Bonnani , Jefuite , fous
ce titre . Numifmata Pontificum Romanorum
, &c. explicata ac multiplici eruditione
illuftrata , &c . 1. vol. fol . Roma
1699 .
Qu'il nous foit permis d'ajoûter ici à
l'occafion de cette Medaille , une fingularité
, qui eft digne de l'attention du Public.
Aux approches du grand Jubilé qui
devoit s'ouvrir à Rome la veille de Noël
1699. Le Cardinal Orfino , toûjours attentif
à l'inftruction des fideles , voulut
que l'on imprimât un Traité du Jubilé
& des Indulgences , que le P. Viva , lefuite
, Profefeur de Theologie au College
de Naples , venoit de dicter à fes Ecoliers
; mais le fçavant Profeffeur, qui n'avoit
pas eu le temps de revoir ce Traité ,
ne vouloit point qu'on le publiât . Alors
* Ch. 12. V. 13 .
Dom
OCTOBRE 1724. 2117
Dom Fabio Caraccioli , de la branche des
Ducs de Monte- Sardo , l'un des Ecoliers
du P. Viva , donna fes cahiers , & fe
chargea de faire faire l'impreffion . Le
Livre parut en effet dans la même année
1699. C'eft un gros in 12. de 474. pages
, fans compter l'Epitre Dedicatoire
la Preface & une longue Table . Le jeus
ne Seigneur dédia ce Traité au Cardinal
Orfino ; & au lieu qu'ordinairement dans
les Epitres dedicatoires on ne trouve
que vanité , qu'erreurs & que flaterie ,
celle de Dom Fabio Caraccioli , qui eft
d'un très- beau Latin , ne contient que des
veritez , & l'on y trouve de plus une
prédiction , dont nous voyons aujourd'hui
l'heureux accompliffement ; car il dit au
pieux Cardinal dans fa Dedicace que ce
n'eft peut- être pas fans quelque infpiration
de l'efprit de Dieu , qui lui annonce
que celui qui prend tant de foin pour
faire imprimer des Livres , qui traitent
de l'année Sainte du Jubilé , pour l'utilité
des Fideles , donnera lui- même dans
25. ans par fon autorité Pontificale la
Bulle de l'année Sainte . Il eft bon de raporter
les propres termes de cette Epitre
, qui font très- remarquables . Qua dum
mecum reputo , EMINENTISSIME PRINCEPS
, dumque vel dignitatem tuam , vel
rerum à te geftarum amplitudinem animo
com2118
MERCURE DE FRANCE.
complector, non fine aliquo numinis afflatu
fic ftatuendum cenfeo ...... Te qui nunc libros
de anni Sancti Jubileo , privatis aufpiciis
ad publicam utilitatem foro committi
imperas ; poft quinque Luftra Pontificia
autoritate Diploma de anno Sanito
indicando promulgaturum , &c.
*M******* KKKKKKKK
EPITRE de M. Vergier , à M. le Duc
de Noailles , pour lui demander en
remboursement de fa Charge de Commif
faire de Marine , une maison de Campagne
appartenante au Roi .
J
E ne rêve que Campagne ;
Pour cet innocent féjour ,
Je bâtis nuit & jour
Mille Châteaux en Eſpagne.
Sur cela mes vifions
Forment plus d'illufion ,
Qu'une ambitieuſe mere ,
N'en enfante & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle cherit :
Réalifez ma chimere ;
D'un feul mot vous le
pouvez :
En main , Seigneur , vous avez ,
Et
OCTOBRE 1724 . 2119
Et la forme & la matiere ;
Mais à ce mot plein d'appas ,
Sans y fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiere ;
Car tant de force il prendroit ,
Qu'à l'inftant il me rendroit ,
Le Souverain & le Maître ,
D'un Palais dont la fplendeur ,
Et dont la vafte grandeur ,
Incommodez pourroient m'être.
Je ne veux qu'une maiſon ,
Dont la plus faine raiſon ,
Selon mon rang , ma naiſſance ,
Regle la magnificence ;
Qu'en un petit bâtiment .
Un modelte ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un air propre & commode ,
Pour fon plus riche ornement :
Jardins , où la jeune flore ,
Sans appareil faffe éclore ,
Ses fleurs en toute faifon ,
Vue au riant horifon ,
ܪ،
Sana
2120 MERCURE DE FRANCE .
Sans être précipitée ,
Superieure pourtant ,
De tous côtez preſentant ,
Dans une jufte portée ,
L'aimable varieté ,
Dont en fa fecondité ,
Nature pour nous décore
Les champs les plus fortunez ,
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviere au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle promene ,
Par tout s'en aille portant
Les richeffes qu'elle amene ;
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers aux Cieux élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux , Villages ,
Divers fpectacles donnant ;
Laborieux attelages ,
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les moiffons traînant ;
Parmi de vaftes prairies ,
Troupeaux fans nombre paiſſans ,
Et
OCTOBRE 1724. 2121
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs gardiens innocens ,
Au fon des hauts -bois danfans ;
Mais quel chant plein d'allegreffe ,
Vient de ces côteaux heureux , "
Que d'un regard amoureux ,
Le Soleil toûjours careffe ?
C'eft Baccus qui de ſes dons
Vient y couronner l'Automne ,
Je reconnois aux fredons
Que la vandangeufe entonne ,
L'air vif & réjoüiffant ,
Que ce Dieu même en naiffant
A tous les humains inſpire :
L'Amour aux yeux fatisfaits ,
Le fuit & croit fon empire ,
Affermi par les bienfaits.
Dieux ! quelle aimable peinture !
E quel fpectacle charmant ,
Pour un coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple nature !
Au devant de ces plaifirs ,
Je fens que tout mon coeur vole ,
Plus
2122 MERCURE DE FRANCE .
Plus enflâmé de defirs ,
Que n'eft le Berger qui vole.
Un baifer , tendre larcin ,
Sur le blanc & ferme fein ,
Ou fur la bouche vermeille ,
De fa belle qui fommeille :
Mais dans cet ainable lieu ,
Que la douceur de ma vie ,
Là dans un jufte milieu ,
Doit fembler digne d'envie !
>
La vertu voluptueuſe ,
La volupté vertueuſe ,
Ne fe feparent jamais ,
La liberté fouhaitée ,
Sans ceffe y regne auffi ; mais
Modefte & non effrontée ,
Ni telle qu'en ce temps ci ,
On la voit regner ici .
Si dans cette humble chaumiere
Meş amis viennent me voir ,
Soudain pour les recevoir
L'amitié court la premiere ,
Tandis que la propreté ,
la
OCTOERE 2123 1724.
La fage fimplicité ,
Délicate & legere ,
Et par fon goût menagere,
Vont preparer un repas ,
Où les mets n'excedent pas
Les befoins de mon convive ;
Mais en Vins fins & brillans
Verſent à flots petillans ,
Une joye & pure & vive.
Enfin , c'eft dans ce féjour,
Que fans compter un feul jour ,
J'attendrai l'heure ordonnée
Pour fin de ma deſtinée ,
Du même efprit , du même oeil .
Dont après chaque journée ,
Je vois la nuit ramenée ,
Et de pavots couronnée ,
Me plonger dans le fommeil.
Comme je viens de mourir dans ces
derniers vers , & d'y mourir avec affez
de fermeté , il feroit contre la viai- femblance
que je les portaffe plus loin , auffi
bien peut- être , Monfeigneur , les aurez-
Vous trouvez longs de refte ; mais je
C puis
2124 MERCURE DE FRANCE .
puis fans choquer les bienféance employer
le papier qui me refte ici à vous
fupplier très- humblement en Profe , qui
et , je crois , le langage naturel des morts,
comme des vivans , de vouloir bien vous.
reffouvenir de la très humble priere
que j'ai eu l'honneur de vous faire au fujet
du remboursement de ma Charge de
Commiflaire de la Marine. Le moyen que
j'ai pris la liberté de vous propofer eft
encore dans fon entier, & dans vos mains ;
vous m'avez fait l'honneur de me dire
-
Monfeigneur , que des Puiffances couroient
fur mon marché , & vous faifoient
la même demande ; mais j'ai fur elles le
droit de primauté , le droit de bienveillance
qui femble devoir tout furmonter ;
& ce qui eft plus puiffant que tout cela
auprès de vous , Monſeigneur , j'ai le
droit de la juftice ; car je ne demande
qu'un legitime payement d'une dette trèslegitime
, & fans doute ces Fuiffances
n'opposent à tous ces droits que le credit
de leur rang. Je ne laiffe pourtant pas de
convenir , après avoir bien balancé leurs
forces avec mes prieres , que leurs forces
pourroient bien l'emporter , fi vous n'avez
agreable de mettre la main de mon
côté. Enfin , Monfeigneur , je vous fupple
très humblement de vouloir bien
confiderer que mon idée s'eft teller ent
-
fixée
OCTOBRE 1724. 2125
€
fixée à la maison propofée pour mon
remboursement , que je n'en détourne pas
un inftant mes regards , & que j'ai pour
elle la conftance & la fidelité que j'éprou
vois autrefois en des attachemens
plus doux , mais moins neceffaires. Que
je fuis nuit & jour en efprit. & en penfee
couché fur le feuil de cette porte ,
comme le font fur celles de leurs maîtreffes
certains Amans malheureux &
bannis , & que fi par pitié vous ne m'en
procurez pas bien - tôt la joüiffance , ( pardonnez
, Monfeigneur , l'expreffion &
l'emploi que je vous donne ici ) je ne
fçai ce que je deviendrai ; j'ai l'honneur
d'être , & c.
PARAPHRASE fur le Pfeaume 56.
O
Dieu , mon unique efperance ,
Azile des perfecutez ,
Toi, qui fais feul nôtre affurance
Au milieu des adverfitez ;
O toi que l'Univers adore !
D'un coeur affligé qui t'implore ,
Miferere mei, Deus , miferere mei : quoniam
in te confidit anima mea.
Cij
Exauce
2126 MERCURE DE FRANCE.
Exauce les voeux aujourd'hui ,
Des pieges que l'on vient me tendre ,
Si mon Dieu daigne me défendre ,
Jeferai trop fort avec lui.
Telle la Colombe timide ,
Pleine de trouble & de frayeur ,
A l'afpect du Vautour avide ,
En veut éviter la fureur ;
Par fa prompte fuite elle eſpere
Sous l'aile d'une tendre mere ,
Trouver un affuré fecours ;
Tel je viens dans ma jufte crainte .
A l'abri de ton aîle fainte ,
Mettre mon honneur & mes jours.
Oui , Seigneur , mon ame charmée
N'invoquera plus que ton nom ,
Ma voix par ta grace animée
En fera retentir Sion ;
Dans le danger qui m'environne ,
Je ne vois plus rien qui m'étonne ,
Tous mes voeux vont être exaucez ;
Tu connois ma mifere extrême .
Je
OCTOBRE 1724 2127 .
Je connois ta bonté fuprême ,
Tu me raffures , c'eft affez.
O ciel ! ô puiffance adorable !
Quel fpectacle frappe mes yeux ??
Quelle lumiere favorable
Vient m'éclairer du haut des Cieux ?
Le calme fuccede à l'orage ,
Je brave l'inutile rage
De ceux qui trament contre moi' ;
La droite du Dieu des armées ,
A dans leurs troupes allarmées ,
Fait paffer la honte & l'effroi.
Le très-haut du fein de la nuë
A fait briller fa verité ,
Déformais par lui foutenuë
,
L'innocence eft en fureté ;
Sa juſtice ſe manifeſte ,
Des fureurs du Lion funefte ,
Il détruit le vain appareil ,
Lion dont la dent menaçante
Me faifoit frémir d'épouvante ,
Même dans les bras du fommeil.
C iij
J'ai
2128 2128 MERCURE DE FRANCE .
J'ai vu du Démon de la haine
Les fils des hommes agitez
Contre moi leur bouche inhumaine
A vomi fes malignitez ;
Ainfi que des fléches cruelles ,
Par mille piquures mortelles
Nous bleffent les dents des méchans.
Leurs langues en crimes fecondes
Font des atteintes plus profondes
Que les glaives les plus trenchans.
Au Tout- Puiffant gloire immortelle !
Loué foit le Dieu de la paix ,
Qui fur cette engeance rebelle
Vient de faire tomber fes traits.
Du jufte il a pris la défenſe ,
Il a terraffé l'infolence ,
De ces mortels audacieux ;
Que par nous fans ceffe chantéé ,
Ses loüanges foient exaltées ,
Et fur la terre & dans les Cieux.
La frayeur d'un épais nuage
Avoit obſcurci mes regards ,
Les
OCTOBRE 1724. 2029
Les embûches fur mon paffage ,
Sembloient naître de toutes parts.
Près de ces Tigres implacables ,
Parmi tant d'objets redoutables ,
Mon courage étoit abbatu ;
Mon ame trifte & languiffante
Sous une Charge ſi peſante
Laiffoit fuccomber fa vertu.
Quelle étoit leur barbare envie
Où tendoit leur frivole ardeur ,
Que pouvoient- ils ſur une vie
Que protege le Createur !
Dieu tonne , ils mordent la pouffiere ,
La foudre fur leur tête altiere
Porte l'horreur & le trépas ;
De leurs projets , folles victimės ,
Ils trébuchent dans les abîmes
Qu'ils avoient creufé fous mes pas.
Grand Dieu ! mes jours font ton ouvrage ,
Pour toi feul ils font réſervez ,
Daigne accepter le pur hommage
De ces jours que tu m'as fauvé ;
Ciiij
A
2130 MERCURE DE FRANCE.
A te les voüer tout me preffe ,
Vienne ta droite vangereffe ,
Ou me défendre , ou me punir ;
A tes decrets toûjours docile ,
Mon ame agitée ou tranquille
Ne ceffera de te benir.
Eclatez , ma Harpe & ma Lire ,
Joignez vos accords à ma voix ,
Servez le beau feu qui m'inſpire ,
Je vais chanter le Roi des Rois.
Au pied de fes faints Tabernacles ,
A fes bontez , à fes miracles , '
Rendons un legitime honneur ;
Que le Soleil fortant de l'Onde ,
Ou ceffant d'éclairer le monde
Me trouve louant le Seigneur.
J'irai par mes divins Cantiques ,
De fon joug vanter les douceurs ,
J'irai par des fops prophetiques
Réveiller la foi dans les coeurs.
Chez les peuples les plus fauvages ,
Sur les plus reculez rivages
Je
OCTOBRE
2131
1724.
Je lui drefferai des Autels ;
Et les Dieux de bois & d'argile
Verront leur puiffance fragile
Difparoître aux yeux des mortels.
Le Seigneur s'eft montré terrible
A mes fuperbes ennemis ,
Il s'eft montré doux & fenfible
Pour un coeur fidelle & foumis.
Le Ciel témoin de mes allarmes ,
L'eſt encor du fort plein de charmes
Qui comble aujourd'hui tous mes voeux ;
Et malgré la noire impofture ,
Tout reconnoît dans la nature
Que Dieu feul peut nous rendre heureux.
Que tes bienfaits & ta victoire
Soient le fujet de nos concerts ,
Grand Dieu , que l'éclat de ta gloire
Ebloüiffe tout l'univers.
Qu'à chanter ton nom tout s'uniffe ,
Que l'Enfer de rage fremiffe
Au bruit de ce nom redouté ;
Qu'il vole au- deffus du Tonnerre ,
C v Que
2132 MERCURE DE FRANCE.
Que par les bornes de la terre
Il ne puiffe être limité.
Par M. Marin de Chevigney.
*******************
II. LETTRE du R. P. de Grainville
fur des Medailles rares de fon Cabinet.
E penfois , Monfieur , à fatisfaire vôtre
curiofité quand je vous ai envoyé
une partie de mes Medailles que le R.
Pere Banduri n'a pas raportées dans fon
curieux & fçavant Recueil : je croyois
vous faire plaifir , & vous m'avez fait
beaucoup d'honneur en les faifant mettre
dans le Mercure de France. Je vous en
fuis d'autant plus obligé , que fi peu de
chofe meritoit moins de paroître . Cependant
comme il a été bien reçû , je vous
envoye quelques autres Medailles qui
ne font pas dans le Tréfor du R. P.
Banduri. Je me flate que vous ne les
verrez pas moins volontiers que ce que
vous avez traité fi favorablement . Vous .
en ferez l'ufage que vous jugerez à propos.
J'ai fini à Gallien , je continuë par
Salonine , fon épouſe . Je fuis , M. &c.
Suite
OCTOBRE 1724. 2133
Suite des Medailles qui manquent au
Recueil du R. P. Banduri.
Salonine.
SALONINA AVG .
Petit Bufte de Salonine dans un croiffant.
R. SECVRIT PERPET.
Femme debout , le haut du corps nud ,
tenant de la main droite une picque ,
& s'appuyant du coude gauche fur une
petite colomne , une jambe fur l'autre
dans le champ H.
J'ai cherché plufieurs fois cette belle
Medaille dans le Recueil du R. P. Banduri
fans la trouver , jufqu'à croire
qu'elle n'avoit point encore paru au monde.
Avant Salonine on ne voit point
d'Imperatrice qui ait un revers femblable
, la fecurité n'étant gueres la vertu
d'une femme. Mais enfin j'ai rencontré
par hazard cette rare Medaille cachée
entre quelques autres qu'on a mifes à la
fin du Livre. Il lui manque cependant
deux choſes à la figure de la fecurité qui
ne lui font
pas indifferentes. La premiere,
que cette figure n'a pas une jambe fur
l'autre comme la mienne ; la feconde ,
qu'elle n'a pas non plus tout le haut du
corps découvert , comme la mienne , ce
C vj qui
2134 MERCURE DE FRANCE .
qui marque une fiere affurance , & qu'on
n'a rien à craindre. Ces deux diverfitez
ne fuffifent- elles pas pour en faire deux
Medailles differentes , & très- rares toutes
deux ?
Mais , dira-t'on , pourquoi la fecurité
figure-t'elle avec Salonine , puifque la
fecurité eft une vertu des plus grands Heros
, & non pas trop d'une Princeffe ? Je
ne veux pas croire que ce foit une de ces
Medailles ironiques , qu'on dit quelquefois
avoir été faites contre Gallien par un
de fes ennemis , & que dans le bouleverſement
de l'Empire on a voulu par une contre-
verité décrier l'Imperatrice auffi bien
que l'Empereur . Je ne dirai pas non plus
que cela eft arrivé par méprife , imprimant
fur le revers de Salonine ce qu'on
vouloit imprimer fur le dos de Gallien ;
c'eſt -là une pauvre défaite , & trop injurieufe
à l'exactitude des Monetaires.
Comment donc expliquer cette Legende
de Salonine ? à peu près comme j'expliquai
il y a prefque vingt ans , une autre
Legende de la même Salonine dans un
Journal de Trevoux ; cette Legende étoit
PAX AVG . qui n'avoit point encore vû
le jour , & que le P. Banduri a declarée
très rare. Je crus alors qu'on avoit flaté
Salonine d'avoir donné la paix , parce
qu'elle avoit contribué à faire la paix par
fes
OCTOBRE 1724. 2135
fes confeils & par fon adreffe. Ne puisje
pas dire aujourd'hui qu'on a voulu
auffi flater Salonine d'avoir affuré &
affermi l'Empire à jamais , SECVRIT
PERPET. parce qu'elle avoit contribué à
une paix éternelle ; & par quelque victoire
qu'on prétendoit avoir terraffé tous
les ennemis de l'Etat on fit cet honneur
à Gallien dans fes Medailles , & on
en fit part à Salonine qui avoit contribué
à cet honneur.
SALONINA AVG.
Petit Bufte dans un Croiffant AR.
R. ROMÆ ÆTERNÆ.
Rome affife fur un tas de dépouilles
militaires , porte à la main droite une
petite Victoire que l'Empereur couronné
de Laurier , ſemble lui demander
, Rome appuye fa gauche fur une
pique.
Le vafte Empire que les Romains s'étoient
formé , faifoit refpecter Rome
comme une Divinité de la terre , & qui
diftribuoit les Victoires à qui il lui plaifoit
; Gallien le reconnoît en ce revers ,
& en fait hommage à Rome.
Mais il y a dans ce revers des chofes
affez fingulieres . 1 Un Empereur honore
une Divinité dans une autre Medaille
que la fienne. Cela s'accorde- t'il
bien avec la fiere majesté des Empereurs ?
ont2136
MERCURE DE FRANCE .
ont ils fait des facrifices ailleurs que dans
leurs propres Medailles ? 2 °. Ce revers
tel qu'il eft dans les Medailles d'argent
du P. Banduri peut avoir été dérobé
aux Medailles de Gallien , qui lui font
parfaitement femblables ; mais le revers
de ma Medaille n'eft point entierement
femblable au premier revers de Salonine
, parce qu'il n'a au-deflus de Rome
& de Gallien ni couronne de Laurier,
ni étoile , comme ont celles de ce R. Pere
, d'où il s'enfuit que ma Medaille eſt
differente des fiennes.
Poftumus .
Ær. 1. m. IMP. POST V MVS P. F. AVG.
Un petit Buſte couronné de Laurier .
R. ORIENS.
Le Revers de cette Medaille la rend
une des plus rares & des plus curieuſes
qu'il y ait. C'eft un Soleil dans fon Char
à quatre Chevaux , élevant la main droite
, & de la gauche tenant un foüet. Quelque
recherche que j'aye faite dans les
Livres , je n'ai rien pû trouver de femblable.
On trouve facilement des Medailles
, dont la Legende eft , Oriens Aug.
Oriens Augg. &c. On en trouve dont le
Type eft le Soleil conduifant fon Char ,
avec quelque autre Legende ; mais on
n'en trouve point qui réuniffe ce Type
avec cette parole ORIENS . On n'en trouve
OCTOBRE 1724. 2137
ve pas même ni en grand , ni en petit
bronze qui n'ait point d'autre Legende
qu'Oriens : n'y a t'il point - là quelque
myftere de curiofité ? ne feroit- ce point
pour declarer Augufte le jeune Poftumus ?
Car je fuis perfuadé que ce n'eft point
Poftumus le pere qui eft gravé dans cette
Medaille , fa tête n'eft pas affez groffe ,
fon viſage eft trop plein & trop long , fa
barbe eſt un peu trop courte , & fa couronne
n'eft que de Laurier , & non pas
de rayons par quelque refpect pour fon
pere , qui d'ordinaire porte une couronne
radiale.
ORIENS ne fignifie donc pas ici ce
qu'il fignifie dans la plupart des Medailles
, les pays que l'Empire Romain poffedoit
en Orient , n'y ayant pas d'apparence
que Poftumus qui étoit confiné
dáns les Gaules pensât à des entrepriſes
& à des conquêtes de Syrie ou de Mefopotamie.
C'eſt apparemment pour cela
qu'on n'a pas écrit Oriens Augufti , de
peur qu'on ne crût que ce nouvel Augufte
vouloit fe rendre maître de l'Orient
; mais on n'a mis qu'ORIENS pour
le faire raporter à Ave. qui eft à la tête
de la Medaille , & faire concevoir que
c'eft l'Augufte nouveau que l'on prefente
au monde , & qui s'éleve majeftueufement
comme un Soleil qui paroît avec
éclat fur l'horifon.
II'
2138 MERCURE DE FRANCE .
Il eft couronné de Laurier , parce
qu'il a remporté quelque victoire , comme
fes Medailles le témoignent , & probablement
ne fut - il proclamé Augufte
que pour le récompenfer de quelque
victoire fignalée. Voilà des penfées que
m'inſpire la vûë de cette Medaille précieufe.
J'y ajoûte deux autres Medailles qui ne
font point en petit bronze chez le P.
Banduri .
Ær. 3. IMP. POSTVMVS P. F. AVG.
Bufte couronné de rayons , fur les
épaules un Manteau de Commandant.
R. IOVI PROPVGNATORI .
Jupiter lançant un foudre de la main '
droite , & tendant un Aigle de la gauche.
IMP C POSTVMVS P. F. AVG.
Petit Buſte couronné de rayons .
Ær. 3.
R. SALVS AVG.
Une figure de Femme debout tenant
de la main droite une patére pour donner
à manger à un Serpent qui s'éleve
d'un Autel , & tenant de la main
gauche un Gouvernail .
La Legende de ce dernier Revers eft
très-commune , mais le Type a quelque
chofe affez rare , c'eft que la Santê tient
de la main gauche un Gouvernail . C'eſt
proprement à la Providence à tenir un
Gouvernail ; comment le donne t'on à la
SanOCTOBRE
1724.
2139
Santé ? a- t'on voulu nous avertir que la
vûë de la Santé doit gouverner nôtre vie ,
qui ne peut être heureuſe fans Santé , ou
bren que la Santé demande qu'on fe modere
dans l'ufage des plaifirs & des chagrins
, & qu'il eft impoffible qu'on ait
de la fanté fans que l'on fe regle.
Victorinus.
IMP. C. VICTORINVS P. F. AVG. Ær. 3 .
Un petit Bufte couronné de rayons.
R. COMES AVG.
Figure armée s'appuyant de la main
droite fur une pique , & de la main
gauche fur un bouclier qui touche à
terre .
Le Revers de Victorin avec COMES
AVG. n'eft pas rare quand il est joint
avec une Victoire , & le P. Banduri n'a
pas manqué de le raporter. Mais il n'a
pas vû ces paroles au - deffus d'une figure
armée qu'on peut prendre pour Mars , ou
plutôt pour la Valeur même , & c'eſt le
plus bel éloge qu'on pût faire de Victorin.
On voit bien que c'eſt par flaterie &
par allufion à fon nom , qu'on a dit de
lui que la Victoire étoit toûjours avec
lui ; la fuite de fa vie montre bien que
s'il a été toûjours Victorin , il n'a pas toujours
été victorieux , mais il a pû être
toûjours brave , & même quoique vaincu.
S'il eſt glorieux à un Prince d'être
accom2140
MERCURE DE FRANCE:
accompagné de la Victoire , il lui eft plus
glorieux d'être accompagné de la Valeur
qui ne vient , & ne dépend que de lui ;
au lieu que la Victoire ne dépend pas
toûjours d'un Commandant.
Tetricus.
IMP C TETRICVS P. F. AVG.
Petit Bufte couronné de rayons.
Ær. 3.
R. PAX V AVG.
Figure de Femme debout , tenant à la
main droite une Couronne de fleurs ,
& à la gauche une longue branche ,
dont le gros bout touche à terre .
Cette Medaille eft des plus fingulieres
pour fon Revers. On y voit une figure
que la Legende appelle la Paix , qui
rient à fa main droite une petite Couronne
, telle que la porte ordinairement la
Deeffe de la Joye , de la gauche elle
tient par en haut une longue branche de
Palmier, comme la Déeffe de la Gayeté .
Qui reconnoîtroit la Paix à ces Simboles
, fi on n'avoit écrit au-deffus PAX V. à
peu près comme il s'eft fait autrefois dans
certains Tableaux très - mal travaillez ?
Mais que veut dire tout cela ? a-t'on
voulú réunir trois Déeffes en une , &
faire une espece de Pantheum de Déelles
comme les Egyptiens faifoient dans une
Medaille un Pantheum de Dieux ? Ou
bien flater
par là Tetricus , & adoucir &
effacer
OCTOBRE 1724. 2141
effacer l'impreffion defagréable que pouvoit
faire fon nom de Tetricus , comme
il femble que par la même raifon on a
affecté d'écrire dans plufieurs Revers de
fes Medailles HILARITAS & LAETITIA ,
où cela s'eft- il fait pour avertir que cette
paix de Tetricus n'eſt pas une paix honteufe
& préjudiciable à l'Empire , comme
avoient été quelques paix de Gallien ,
mais que
c'étoit une paix de bonheur qui
porte avec foi , & répand par tout la
Gayeté & la Joye PAX Ubique AVG.
par
Car pourquoi ne pourrois- je pas interpreter
ce PAX v par le fameux Revers de
Galliena Augufta , & lire Pax Ubique ,
comme on lit dans la Medaille de Gallien
VBIQVE PAX. Il faut avouer que Pax
ubique convient mieux au commencement
du Regne de Tetricus que Ubique
Pax ne convient au regne de Gallien ,
qui fut toûjours troublé diverfes revoltes
, & par des guerres continuelles :
au lieu que Tetricus fe vit paiſible poffeffeur
d'une grande partie de l'Empire
par la mort des Poftumus , des Victorins ,
des Macriens , des Aliens , & de quelques
autres tirans ; ce qui problablement
fit fraper à fon honneur cette Devife
PAX V AVG. Il y a apparence même que
cette Medaille parut à l'occafion de celle
de Gallien , & que pour corriger ce
qu'on
2142 MERCURE DE FRANCE.
qu'on avoit dit fi fauffement de lui , on
le dit plus veritablement de Tetricus qui
avoit donné la paix à l'Occident , &
qu'on écrivit PAX Vbique , au lieu d'VBIQVE
PAX .
Tetricus le fils .
PIV TETRICVS CAE.
Petit Bufte couronné de rayons .
NOBILITAS.
Ær. 3 .
R.
Une figure de Femme debout , tenant
de la main droite une pique , & de la
gauche un Globe .
La Medaille eft bien confervée avec de
belles & grandes lettres pour un petit
bronze . Le P. Banduri raporte cette autre
Medaille tirée du Cabinet du Roi.
C PIVES TETRICYS CAES.
R. NOBILITAS AVGG.
On voit bien que ces deux Medailles
font d'un même deffein , & qu'on fait
honneur au jeune Tetricus de trois fortes
de Nobleffe que les Romains eftimoient
le plus. 1º Alors les Cefars étoient appellez
Nobiliffimi , c'eſt pour cela que
Tetricus prend la qualité de Cefar & de
fils d'Empereur. 2° C'étoit un des plus
beaux titres de Nobleffe de commander
les armées , & d'être Prince de la jeuneffe
c'est ce qu'attribue à Tetricus la
Déeffe de la Nobleffe , lui fourniffant une
pique & une autre de fes Medailles , publiant
;
OCTOBRE 1724.
2143
bliant que la Victoire l'accompagne toujours
, COMES AVG . enfin on acqueroit
la Nobleffe & le titre d'avoir des Images
de fes ancêtres par les premieres
Charges de l'Empire , & c'eſt dequoi la
Déeffe loue Tetricus en portant un Globe
à la main gauche , parce que le pere
de ce jeune Cefar ayant été Conful , avoit
gouverné tout le monde ; mais quelques
femblables que foient ces deux Medailles
, elles ne laiffent pas d'être très-differentes
par la difference de leurs Legendes
, qui font l'ame des Medailles ; car fans
parler de la difference qu'il y a à leur tête,
la Legende de celle du Cabinet du Roi eft
NOBILITAS AVGG. & la Legende de la
mienne n'eft que NOBILITAS ; mais fi bien
écrit, & les lettres fi bien meſurées , qu'il
ne peut y rien avoir davantage.
Or ces deux Medailles n'en font
pas
moins eftimables , & ne fe raviffent rien
de leur prix l'une à l'autre ; & fi celle
du Roi eft très -rare & finguliere , felon
le P. Banduri , elle n'empêche pas la rareté
de la mienne. Dans ces deux Medailles
ce Tetricus n'eft que Cefar du côté de
la tête , & au Revers dans celle du Roi,
il participe à la qualité d'Augufte qu'a
fon pere ,
NOBILITAS AVGG .
Claude le Gothique.
Ær. 3. IMP. CLAVDIVS CAES AVG .
Petit
2144 MERCURE DE FRANCE .
Petit Bufte couronné de
R. FELICITAS SAECVLI .
rayons .
Figure de Femine , tenant de la main
droite un long caducée , & de la gauche
une corne d'abondance .
La feule infcription de cette Medaille
devroit la rendre rare , n'y ayant prefque
point de Medaille dans le fecond &
troifiéme fiecle où CAESAR fuive le nom
propre d'un Prince , & foit ſuivi d'Augufte.
C'eft aux Grammairiens à nous en
donner la raiſon .
>
Mais le Revers de cette Medaille la
rend bien plus précieuſe . Le P. Banduri
n'a pû lui donner place dans fon Recüeil,
compofé avec tant de foin & de recherches.
Il a bien diftingué à l'honneur de
l'Empereur Claude les FELICITAS AVG ,
FELICITAS PVBLICA , FELICITAS TEMPOR.
mais il n'a point connu FELICITAS SAECVLI.
Elle meritoit bien cependant cette
Medaille , quoique de petit bronze , d'ê
tre connue des curieux à caufe de fa Legende
qui nous apprend auffi bien que
I'Hiftoire que ce Prince a commencé à
rendre heureux l'onzième fiecle de l'Empire
Romain , ceux qui l'avoient précedé
ayant été malheureux , & rendu malheu
reux les commencemens de ce fiecle.
DIVO CLAVDIO.
Tête couronnée de Laurier,
R.
OCTOBRE 1724. 2145
R. AEQVITAS AVG.
Figure de Femme debout , tenant de la
main droite une balance , & de la gauche
une corne d'abondance Divo
CLAVDIO.
Tête couronnée de rayons.
R. PAX AVGVST.
Figure de Femme debout , avec un rameau
d'Olivier à la main droite , & àla
gauche une pique en travers.
Plufieurs Medailles de Claude le Gothique
, après l'avoir appellé Dieu d'un
côté , le reprefentent de l'autre comme
s'il vivoit encore. C'eft une chofe qui
lui eft affez particuliere. Il femble que
dans ces Revers on a voulu juſtifier ſa
confecration. On peut avoir cette penſée
en lifant ces paroles de Trebellius Pollio.
Mortales reliquit & familiare virtutibus
fuis petiit calum. Il s'éleva
au Ciel qui convenoit à fes vertus . Le
même Hiftorien ajoûte que ce Prince
réunifoit en fa perfonne les plus belles
qualitez d'Augufte , de Trajan , & des
premiers Antonins ; il avoit leur équité ,
leur moderation , leur droiture , &c. AEQVITAS
AVG. peut exprimer que c'eſt
cette vertu qui l'a mis au nombre des
Dieux , comme il eft marqué dans la
premiere Medaille , & parce que ce même
Empereur avoit rendu la paix à l'Empire
,
2146 MERCURE DE FRANCE.
pire , en terraffant fes ennemis , & exterminant
une infinité de Barbares qui
étoient venus le ravager , on a crû que
' tout le monde applaudiroit , s'il voyoit
dans fes Medailles d'un côtéDIVO CLAVDIO
, & de l'autre PAX AVG. pour fignifier
qu'il meritoit d'être Dieu après avoir
établi une paix fi heureuſe. Je ne raporte
cette dernière Medaille , que pour accompagner
celle qui précede , parce qu'elle
ne differe de celle du P. Banduri” , que
parce qu'elle a dans fa Legende AVGVST.
au lieu que les autres ont AVGVSTI.
Ær. 3.
DIVO CLAVDIO.
Tête couronnée de rayons.
CONSACRATIO.
R. Un Bucher à trois étages , au bas paroît
une porte pour y entrer , & au
troifiéme étage un feu allumé.
Le P. Banduri raporte un Revers , où
paroît un Bucher à trois ou quatre étages
; mais le Bucher n'a point de
porte en bas , 2 ° il eft orné de Statues au
fecond plancher , ce qui n'eft pas dans
ma Medaille , 3º fa Legende eft CONSE
CRATIO , & non pas CONSACRATIO , 40
fon Infcription eft IMP CLAVDIVS AVGI
& la mienne a DIVO CLAVDIO . En fautil
davantage pour faire des Medailles differentes
?
La fuite pour le mois prochain.
TRA .
OCTOBRE 1724: 2147
TRADUCTION de la huitiéme
Ode du 1. Livre d'Horace ,
ulla fi juris , & c.
JE croirois à tes feintes larmes ,
Qui trompent fi fouvent tes credules Amans ;
Si quelqu'un de tes faux fermens ,
Te coutoit feulement le moindre de tes char
mes.
A peine tu m'es infidelle ,
Qu'on voit briller en toi mille nouveaux
attraits ;
Et tu ne me trompes jamais ,
Que tu n'en fois , helas ! plus charmante &
plus belle.
Il ne te refte rien à faire ,
Si tu veux exercer le pouvoir de tes yeux ;
Que d'abuſer du nom des Dieux ,
Après avoir trompé les manes de ton pere.
Malgré ta noire perfidie ,
Mille nouveaux Amans s'engagent fous tes
loix ;
D Et
2148 MERCURE DE FRANCE .
Et ceux qui t'aiment une fois ,
Ne gueriffent jamais de cette maladie.
Pour leurs fils , les meres timides
Craignent le coup fatal de tes moindres fouris ;
Et cent jeunes beautez , pour leurs tendres
maris ,
Redoutent tes regards perfides .
Les Vers qu'on va lire font du Seigneur
de Borderie , ancien Auteur , dont
les Poëfies furent imprimées à Lyon ,
chez Jean de Tournes en 1547. l'on y
trouvera ce tour fimple & naturel qui
fait le principal caractere des bons ouvrages
de ce fiecle-là . Comme ces fortes
de Poëfies font très-rares , & qu'elles
plaifent à une infinité de gens , nous avons
crû qu'on nous fçauroit bon gré d'inferer
ici les deux Pieces fuivantes. C'eſt un des
privileges , & une des principales utilitez
des ouvrages periodiques de fauver
de l'oubli les pieces fugitives qui peuvent
être de quelque merite.
Ami , pourquoi me veux tu tant reprendre
Que ne devois fi foudain femme prendre?
Ne me fais plus la guerre , je te dis
Que je l'ai fait pour gagner Paradis ;
Et
OCTOBRE
2149
1724 .
Et ne fçavois faire un meilleur ouvrage
Pour mon falut , qu'entrer en mariage :
Car tous maris font d'un cas foucieux ,
Qui me rend fur d'aller juſques aux Cieux.
Le grand hazard d'être cocu les fâche ,
Si je le fuis , & que point ne le fçache ,
Innocent fuis. Or tous les innocens
Seront fauvez , y en eut-il cinq cens.
Si malgré- moi je puis voir & fentir
Que l'on me fait cocu , je fuis martir.
Les bons martirs iront là fus tout droit.
Et fi je prends femme fage & honnête ,
Bienheureux fuis de fi rare conquête.
Les Bienheureux ( fi l'on croit l'Ecriture )
Iront en gloire , & moi donc par droiture.
Regarde donc fi je ne ſuis pas ſage ,
D'avoir au Ciel affigné mon partage.
Que fuffes-tu pour le bien qu'il m'en femble ,
Bien marié , & cocu tout enſemble.
Dij
ENIGME.
2150 MERCURE DE FRANCE.
*******************
ENIGME
Du même Auteur.
E ma nature immobile je fuis ,
& ne puis :
Nuire à aucun je ne veux ,
Mais fi l'on veut en frapant m'affaillir ,
L'on me verra fur les maiſons faillir ,
Hommes heurter , prendre forces nouvelles ,
Sans pieds fauter , même vôler fans aîles ,
Fuffent- ils cent contre moi amaffez ,
Je les vous rends tous vaincus & laffez :
Car plus de coups je fens parmi le trouble ,
Plus fuis difpoft , plus ma force redouble ,
Craignant trop plus les maux de l'avenir ,
Que je ne fays les prefens foutenir.
Moi qui jadis avois forme de bête ,
Suis tranfmué en forme d'une tête :
Et qui paiffoit bonnes herbes fouvent ,
Vivre me faut à cette heure du vent ,
Duquel je fuis porté & foutenu ,
Finablement qui bien m'aura connu ,
Prendra de moi grand ébahiffement ,
Ne me voyant fin ni commencement.
AvOCTOBRE
1724. 2151
AUTRE Enigme d'un Auteur moderne .
E fuis de nature commune ,
JE
Mon corps eft ordinairement
De couleur noire , grife , ou brune ;
Mes replisfont mon ornement.
C'eſt par eux que je fuis utile .
Je fuis moins chez les Grands que parmi les
Bourgeois.
Je fuis moins aux champs qu'à la Ville.
Mon ame de mon corps s'échape quelquefois ,
Je ne vis plus , lorfqu'elle m'eft ravie ;
Mais une main qui me fauve la vie ,
Lui rend auffi fa prémiere prifon ,
Mes foupirs redoublez font connoître mon
nom .
On a dû expliquer les deux Enigmes
du mois dernier par la Lune & l'Opera.
D iij LET2152
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite d'Orleans , par M.
Polluche aux Auteurs du Mercure ,
le 22. Septembre 1724.
V
Ous medemandez par vôtre Lettre
du 2. Mai , inferée dans vôtre dernier
Journal , Meffieurs , ce qui m'a déter
niné à placer le Iv. Confulat de Pofthume
en l'an 267. je vous répondrai francheinent
qu'en cela je n'ai fait que fuivre
M. de Tillemont , non pas que j'aye prétendu
authoriſer cette époque en l'adoptant
, je fçais trop l'incertitude où l'on eft
fur les années duRegne de ce Prince, pour
vouloir prendre un patti ; outre que dans
l'explication de ma Medaille une difcuffion
Chronologique n'étoit pas abfolument
de mon fujet , puifqu'il ne s'agiffoit
que de montrer la rareté de cette Medaille
, & que cette rareté ne naiffoit nullenent
du temps où elle avoit été frapée .
Je vous dirai même plus , mon fentiment,
s'il m'étoit permis d'en avoir un , eft toutà-
fait contraire ; & en donnant après Au-
⚫ relius Victor , & une partie de nos antiquaires
, x. années de Regne à Pofthume
, je placerois le iv. Confulat de ce
Prince en 268. & la preuve en eft aiſée
OCTOBRE 1724. 2153
à donner ; on ne trouve fur les Medailles
ce 1 v. Confulat qu'avec la vIII . année
de la puiffance Tribunicienne. Tout
le monde fçait que cette puiffance ne fe
renouvelloit que tous les ans ; il eft facile
de conclure que Pofthume , qui au fentiment
du plus grand nombre des Auteurs
s'eft revolté en 261. a pris fon quatriéme
Confulat en 268. qui étoit la 8. année
de fon Regne. Je ne diffimulerai
point que dans quelques Medailles ce Iv.
Confulat fe trouve avec la puiffance Tribunicienne
, exprimée d'une maniere indéterminée
, TR. P. COS . 1111. mais il faut
convenir que cela ne fait rien contre moi ,
& qu'indépendemment mon fentiment
peut le foutenir.
Je vous prie , Meffieurs , de confiderer
qu'incidemment je réponds encore à
un endroit de vôtre Lettre , ou en parlant
des Confulats de Pofthume qui ne fe
trouvent point dans les faftes , où l'on
n'infcrivoit que ceux des Princes reconnus
par le Senat , vous demandez furquoi
on peut s'appuyer pour en fixer les
dattes , les années de la puiffance Tribunicienne
, non -feulement empêchent de
nous tromper à ce fujet ; mais même
nous déterminent d'une maniere abfoluë
& immanquable.
Comme je fuis de bonne- foi , & que
D iiij pour
2154 MERCURE DE FRANCE
pour prouver ce que j'avance , je ne me
fers que des Medailles ; j'avouerai qu'il
s'en trouve une de Pofthume du Cabinet
de M. Foucaut , raportée par le P. Banduri
qui ne laifle pas de in'embaraffer ;
on y lit au Revers , PM. TR. P. V. cos . V.
Ainfi s'il falloit en croire cette Medaille ,
Pofthume auroit pris fon Iv . Confulat
avant la-VIII . année de fon Regne , puifque
la v. il en avoit été à fon v . Confu-.
lat ; je n'ai qu'une chofe à répondre , c'eſt
que j'ai une Medaille de ce Prince toute
femblable pour la Legende de la tête , &
le Type du Revers à celle de M. Foucaut
, où l'on lit diftinctement au Revers .
PM. TR . P X. cos . v. fi le Cabinet de M.
Foucaut n'étoit pas auffi authentique
qu'il l'eft , ne pourroit-on pas dire que
peut être la partie inferieure du x . étant
effacée on l'a pris pour un v. vû que cette
Medaille avec le TR . P. x. ne ſe trouve
point dans le Recueil du P. Banduri
c'eft celle où l'Empereur eft repreſenté
debout avec la Robbe , tenant d'une main
un Rameau , & de l'autre une espece de
demi - pique c'eft à vous , Meffieurs , à
m'éclaircir cette difficulté.
:
A l'égard de l'obfervation que vous
faites , que déja l'Auteur du Voyage de
Sirie & du Mont- Liban , avoit montré
l'erreur des Antiquaires qui avoient prétendu
OCTOBRE 1724.
2155
tendu que les Colonies qui portent le
furnom d'Augufta , avoient été fondées ,
rétablies ou augmentées par Augufte , en
rapportant une Medaille de la Ville d'Heliopolis
, frapée en l'honneur de Philippe
, le pere , dans le Revers de laquelle
on lit COL. IVL. AVG . FEL . HEL , Colonia ,
Julia , Augufta , Felix , Heliopolis ; cette
obfervation , dis - je , permettez - moi de le
dire , ne me paroît pas jufte , Heliopolis .
que vous prétendez après Ulpien avoit été
faite Colonie par l'EmpereurSevere, avoit
déja battu des Medailles en cette qualité
long- temps auparavant , puifque nous en
trouvons une d'Hadrien , où elle eft appellée
Colonies le Pere Hardouin qui
la rapporte dans fon Livre Nummi antiqui
illuftrati , prétend qu'Hadrien étoit
le Fondateur de cette Colonie ; mais M.
Vaillant chez qui vous la trouverez ,
avance par tout que non- feulement
elle avoit été fondée par Jules - Cefar
mais qu'Augufte l'avoit augmentée de
beaucoup en y envoyant des Veterans ,
c'eft pourquoi elle prenoit les furnoms
de IVLIA & d'AVGVSTA.
Comme je ne fuis pas de ces gens jaloux
qui ceffent d'eftimer une chofe
quand ils ne la croyent pas unique , j'apprends
avec beaucoup de plaifir qu'il fe
trouve une Medaille de Pofthume , fem-
D v blable
2156 MERCURE DE FRANCE.
blable à la mienne dans le Cabinet de
M. Devonshire. Cependant comme cette
Medaille eft d'argent , & la mienne de
Bronze , qu'on lit fur la mienne le furnom
d'Augufte A. donné à Cologne , ce
qui ne fe remarque pas fur l'autre , celle
que je poffede ne perd rien de fa fingularité.
Je fuis très parfaitement , & c.
******** XXXXXXXX
EPITRE de M. Vergier , à M.
l'Abbé Haranger , pour lui demander
fi on dineroit chez lui le Jeudi fui-
J'
vant. 1717.
Eudi fera-t'il jour d'Orgie ?
Chanterons nous Jo Bacché ?
Ou bien doit- il être marqué
Parmi nos jours de létargie ?
Ce fait me doit être expliqué ,
Afin qu'au cas que foit manqué
Ce point de nôtre liturgie ,
Autre part je me refugie ,
Pour être à ce devoir vaqué ,
Jufques à ce que la bougie ,
Succede au Soleil offufqué ,
Quand de ce Globe il eſt maſqué.
Mais
OCTOBRE 2157 1724,
Mais pourquoi fous vôtre regie ,
Nôtre ordre à ce jour indiqué ,
Ne feroit-il pas convoqué ,
Eft- ce que par Aftrologie ,
Defaltre chez- vous ambuſqué ,
Nous elt Jeudi pronostiqué ?
Je n'y crois non plus qu'à magie
Ni qu'aux pleurs de tendre élegie
Ni qu'au diſcours Alambiqué ,
D'exagerante apologie.
Donc , par bi ! feulement croqué ;
Soit par vous l'ordre convoqué ,
Et fi l'un de nous détraqué ,
En d'autres foins eft embarqué ,
Son délit avec énergie ,
Par l'un des cenfeurs attaqué ,
Par jugement irrevoqué ,
Nous le boirons en effigie >
AvecVin fur lui confifqué.
D vj
AU
2158 MERCURE DE FRANCE.
AU MESME.
BILLET.
D Emain Jeudi,
Quand de midy
Sonnera l'heure
De ma demeure
Je partirai ,
Je me rendrai
Droit en la vôtre ,
Et de toute autre ,
L'accès fuirai ;
J'y porterai
Grand mal de gorge ;
Mal qui me point
A un tel point ,
Que fucre d'orge
A ladoucir ,
N'a pas encore
Pû réüffir ;
Rhume dévore
Communément
Gens de mon âge ,
Et leur
menage
Tout
OCTOBRE 1724. 2159
Tout doucement ,
Place arrêtée ,
Pour cher frettée ,
Sur le vaiffeau
Qui la pâle ombre
Paffe fans nombre
Au noir Ruiffeau .
Adieu , cher pere ,
Demain j'efpere
b
Nous nous verrons,
Et déduirons
Propos frivole ,
Par qui du temps ,
Qui fuit , qui vole :
Plus courts encore
Sont les inftants.
學學
LET2160
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE du R. P, Caftel , Jefuite,
fur le Phenoméne du Tonnerre , dont il
eft parlé dans le Mercure du mois de
Septembre 17 24. écrite à M. de la R....
P que
Our répondre , Monfieur , autant
qu'il eft en moi à l'honneur
vous me faites de me demander mon fentiment
fur le Phenoméne du Tonnerre ,
rapporté à la page 20 11. de vôtre Jour- 2011 .
nal de Septembre 1724. je vous dirai
naïvement que je ne connois point de feu
bien actif fans flâme , ni de foudre ſans
feu bien actif & bien dévelopé , & je
Vous avoue que je me hazarderois bien
plutôt à expliquer comment le Païfan a
pù fe trouver à 15. pas du Chêne frapé ,
fans voir le feu , quoiqu'il y en eut , qu'à
expliquer comment la foudre a partagé
le Chêne fans feu. Si le Païfan avoit été
averti que la foudre alloit tomber fur ce
Chêne , il auroit pû y fixer les yeux ,
quoiqu'encore peut- être la peur les lui eut
fermez ; mais n'étant point prévenu , étant
peut- être même tourné du côté oppofé ,
effrayé d'ailleurs du coup , ou par d'autres
coups qui avoient précedé , que fçaiton
même ? ébloui & aveuglé d'abord par
le
OCTOBRE 1724. 2161
le trop grand feu , & enfuite par le merveilleux
d'une Hiftoire que lui feul avoit
droit de raconter , & qu'il étoit maître
d'embellir , il aura pû dire & croire même
qu'il n'avoit point vû , & qu'il n'y
avoit point eu de feu . Voilà l'explication
que j'adopte jufqu'à un plus amplement
enquis , d'autant plus qu'il me paroîtroit
furprenant que depuis le temps qu'on
oblerve le Tonnerre , on n'en eut encore
obfervé aucun fans feu , fi ce Phenoméne
étoit bien naturel . Voici cependant une
autre explication , l'adoptera qui voudra.
La foudre n'eft qu'une matiere en feu :
or dans le feu je tiens qu'il y a du plus
& du moins : il y a un feu fecret & caché
dans tous les corps , & il y a un feu fenfible
qui eft le feul que le vulgaire appelle
feu. Celui - ci ne differe de l'autre
que par la quantité . Quand le Soleil
éclaire , l'air eft plein de feu , mais d'un
feu difperfé ; un miroir ardent ne fait
que réunir un nombre de parties de ce
feu difperfé pour en faire un feu fenfible ;
de même que quand on fait évaporer
l'eau de la Mer , on réunit en grains fenfibles
le fel qui n'y étoit pas moins réellement
avant qu'on le réunit . La foudre
peut donc être plus ou moins en feu ;
mais peut-t'elle l'être aflez peu pour n'être
point vûë , fans pourtant ceffer d'être
très2162
MERCURE DE FRANCE.
très-active le cas en queftion ne laifferoit
aucun lieu d'en douter , s'il étoit luimême
bien indubitable , ce que je ne garentis
pas ; car ma premiere explication ,
quoique moins Phyfique me paroît bien
plus Philofophique que celle- ci .
Un autre Phenoméne dont il eft parlé
dans la page fuivante ne me paroît pas fi
fingulier , ni fi rare , ni même fi difficile.
à expliquer. Car 1 ° j'ai été moi- même
témoin de la mort d'un homme , dans le
corps duquel on trouva plufieurs parties
petrifiées , & entr'autres une bonne partie
du coeur & du cerveau , quoiqu'on
n'y eut rien foupçonné de pareil pendant
plus de 50. ans qu'il s'étoit affez bien
porté ; de forte qu'on ne pouvoit pas
douter que ces petrifications ne fuffent
l'effet de la maladie qui l'avoit tué. 2 °
On a d'ailleurs des exemples de petrifications
formées prefque fur le champ par
le concours de deux liqueurs , dont chacune
eft très- claire & très - fluide en fon
particulier , & dont le mêlange feul les
convertit en une pierre affez dure.
Dans la même page j'ai remarqué un
Phenoméne capable de bien déconcerter le
fyftême de l'action de la Lune fur lesMers,
à moins qu'on n'ait remarqué dans cet
aftre une retrogradation pareille à celle des
eaux de Portfinouth ; ce qui n'a pas été affurement
OCTOBRE 1724. 2163
furément obfervé ; & d'ailleurs ce qui eft
arrive à l'ortſmouth feroit arrivé fur toutes
les côtes . Pour moi dans mon fyftême
je réponds à ce Phenoméne par celui- ci
tout fimple. Je voyois l'autre jour de
l'eau qui bouilloit , & qui s'élevoit de
temps en temps fur les bords du Vaiſſeau ,
& regorgeoit tantôt par un côté , tantôt
par un autre. Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , ce 8. Octobre 1724 .
LETTRE en Chanfons de M. V. à
Madame d'H..... écrite de Londres
en 1688.
J
Sur l'Air : O beaux Jardins.
E vous écris de ce lieu , qui du Tibre
Vient d'arrêter le cours trop vehement ,
De ce féjour libre & charmant ,
Mais , ou bien-tôt rien ne feroit plus libre ,
Si vous pouviez y paroître un moment.
Que penfez- vous ? & qu'eft- ce que vous faites
Dans vôtre aimable & tranquille féjour ?
Pour moi dans ces lieux , où l'Amour ,
Et les plaifirs font leurs douces retraites,
Penfer à vous , m'occupe tout le jour.
Sur
2164 MERCURE DE FRANCE .
Vous
Sur l'Air de Joconde.
Ous fçavez combien les plaifirs
Aiment la trifteffe ,
peu
Toûjours contraire à leurs defirs ,
Ils l'évitent fans ceffe ;
Mais vôtre abſence a ſçû fi bien
Calmer toutes leurs haines ,
Qu'en moi les plaifirs ne font rien ,
Qu'en imitant les peines.
Vos Bois qui dès le fiecle d'or
Ornent vos vaſtes plaines ,
Ont-ils vû cette année encor
Foudroyer leurs beaux chênes ?
Contre les Innocens , pourquoi
S'exerce le Tonnerre?
Tandis .... mais ma Mufe tais toi ,
Je fuis en Angleterre.
Sur l'Air : Tout cela m'eft indifferent.
V
Oit-on encore la Du ......
Conduire en chef tout le pays ,
Parmi vos routes fans égales
DitesOCTOBRE
1724.
2165
Dites- moi , la voit- on toûjours
Venir faire fes baccanales ,
En ces lieux faits pour les amours ?
M
Si cette voiſine en courroux ,
Conferve une dent contre vous ,'
N'en redoutez rien de funefte ,
Un peu de temps l'appaiſera ,
C'eſt la feule dent qui lui reſte ,
Et bien- tôt elle tombera.
Sur l'Air : La Bergere qui m'engage.
Cachez pour toute nouvelle ,
Que Jupiter l'autre jour
Demanda quelle mortelle ,
Des coeurs avoit plus groffe Cours,
Chaque Dieu lui nomma fa belle ,
Vous eutes la voix d'Amour.
M
Là- deffus ils difputerent ,
Et l'on en vint aux portraits ,
Mais à ceux qui réſiſterent ,
L'Amour dépeignit tant d'attraits ,
Que
2166 MERCURE DE FRANCE.
Que tous les Dieux qui l'écouterent
En fentirent mille traits .
SI
Sur l'Air O beaux Jardins.
I vous doutez qui eft l'homme inutile ,
Qui tant de Vers a fçû fi mal ranger ,
C'eft des amis le moins leger ,
A ce beau nom , ainfi qu'au mauvais ſtile ,
Reconnoiffez le fidele V......
7
On ne peut être trop attentif à tirer
de l'obfcurité les pieces qui peuvent fervir
à l'Hiftoire des grands Princes . L'Epitaphe
qui fuit prife d'un ancien manufcrit
qu'on nous a communiqué , contient
en ábregé celle de Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne . Le corps de ce Prince
fut d'abord mis en dépôt dans l'Eglife
de S. Donat de Bruges , & enfuite inhumé
dans celle des Chartreux de Dijon où
il repofe. Molinet , que les Hiftoriens
du temps appellent le Gentil Poëte , lui fit
cette Epitaphe , qui eft gravée fur fon
Tombeau , mais qui commence fort à ſe
reffentir de l'injure du temps .
L'EPIOCTOBRE
1724. 2167
L'EPITAPHE qui fut faite pour
le Noble Duc , Philippe de Bourgongne .
J
Ehan fut né de Philippe , qui du Roi Jehan
fut fils ,
Et de Jehan moi Philippe , que mort tient en
fes fils .
Mon pere me laiffa Bourgongne , Flandre ,
Artois ,
Succeder y devois par toutes bonnes lois.
J'ai crû ma Seigneurie de Brebant , de Lembourg
,
Namur , Haynaut , Hollande , Zelande & Luxembourg.
Contrarié m'y ont Allemans , & Liegeois ,
Débouté les ai tous par armes & par droits.
En même temps Anglois , Françoys me deffierent
,
Et l'Empereur auffi , rien du myen n'y gaignerent.
Mais par Charles feptiéme j'eus guerre en
grand defroy ,
Il me requiſt de paix dont il demoura Roy.
Sept
2168 MERCURE DE FRANCE.
Sept batailles foutins deſquelles j'eus victoire ,
Onc une n'en perdis à Dieu en foit la gloire.
Contre moi fe font meus Flamens & Liegeois,
Mais je les ai réduit , & vaincus maintes fois.
Par Barrois & Lorrains Regné guerre me meût,
De Cecile étoit Roy , mais mon priſonnier fut,
Loys le fils de Charles fugitif & marry ,
Fut par moi couronné quand cinq ans l'eus
nourry.
Edouart , Duc Diort deça vint en ma terre ,
Par mon port & faveur il fut Roi d'Angleterre.
Pour foutenir l'Eglife qu'eft de Dieu la mais
fon ,
J'ai mis fus le noble ordre qu'on dit de la
Toifon.
Et pour la foy Chrétienne maintenir en vigueur
,
J'envoyay mes galeres jufqu'en la mer majeur.
En
OCTOBRE 1724. 2169
En mes vieux jours j'avoye conclud & entreprins
,
D'y aller en perfonne , mais la mort m'a
furprins.
En l'an foixante-fept avec quatorze cens ,
Payai droit de nature à foixante & feize ans.
aaaaaaa¥a¥¥¥¥¥¥¥
LETTRE d'un Auteur Anonime aux
Auteurs du Mercure de France ,
fur la Tragedie de Berenice.
V
Ous m'avez prévenu , Meffieurs
j'ai lû dans votre dernier Mercure
une courte differtation fur la Tragedie de
Berenice qui m'oblige à racourcir la mienne.
Vous y dites en peu de mots ce que
j'avois déja fenti fur cette Piece , & parlà
vous me réduifez à l'attaquer par un
autre endroit. L'auriez - vous crû , Meffieurs
? c'eſt par la diction . Chacun ſçait
que c'est l'endroit par où l'élegant Auteur
de cette Tragedie donne moins de
prife contre lui , & par où il s'eft fait une
réputation prefque égale à celle du grand
Corneille. Que les Partifans du premier
me pardonnent le prefque ; j'ai toûjours
préféré les chofes aux paroles. Voilà ma
pro2170
MERCURE DE FRANCE.
profeffion de foi. Au refte , je ne prétends
pas que mon fentiment ferve de regle ,
& je m'y tiens , fans condamner celui des
autres. Cependant comme M. de Racine
défend dans fa Preface cette même fimplicité
, que vous avez attaquée , permettez
, Meffieurs , que j'en touche quelque
chofe avant que d'en venir au champ de
bataille que je me fuis propofé.
La Preface
SUJET
que M. de Racine a mife à
la tête de la Tragedie , fur laquelle cette
Diſſertation va rouler , m'apprend qu'on
l'a attaquée par le même endroit que je
vais faire ; c'est- à - dire , par la trop grande
fimplicité. Son ingenieux Auteur a
beau nous dire que cette fimplicité qu'on
lui reproche , eft un des premiers préceptes
que les anciens nous ont laiffez. Le
profond refpect que nous devons à l'antiquité
ne nous empêche pas de donner de
juftes bornes à nôtre déference , & de
faire quelque ufage de nôtre raifon , qu'ils
n'ont pas prétendu captiver. D'ailleurs je
crois qu'il n'y a qu'à les bien entendre
pour être d'accord avec eux . Je ne doute
point que M. Racine ne les ait parfaitement
entendus , mais qu'il me permette
de le recufer dans cette occafion ; il s'agit
de
OCTOBRE 1724. 2171
>
de défendre fa cauſe , bonne ou mauvaife,
& de- là je fuis en droit de le regarder
comme un peu fufpect. Horace ne doit
point l'être , me répondra-t'on que ce
que vous ferez , dit ce grand Maître de
l'Art , foit toûjours fimple , & nefoit qu'un.
En verité , Monfieur de Racine n'avoitil
point d'authorité à nous citer plus décifive
que celle - la ? Pour moi , il me
femble que dans ce précepte d'Horace
fimple & un, font termes fynonimes :
mais quand il faudroit entendre par - là
cette fimplicité de fujet , dont l'Auteur
de Berenice fe fçait fi bon gré , ne faudroit-
il pas convenir qu'elle eft portée
trop loin dans la Tragedie en queſtion
& qu'un peu plus d'action n'y auroit pas
nuit. En effet , dequoi s'agit- il dans la
Piece entre les deux Amans ? D'un adieu
forcé de part & d'autre : invitus invitam
dimifit. Voilà tout au plus affez d'action
pour un cinquiéme Acte ; mais où
prendre
les quatre precedens ; tout autre Auteur
que M. de Racine y auroit été trèsembarraffé
; heureuſement pour fa Piece ,
il avoit de grandes reffources dans fon
efprit & dans fon coeur ; les penfées , les
expreflions , les fentimens , & l'élegance
, tout le raffuroit contre la fechereffe
de fon fujet , fecherelle qu'il lui plaît
d'honorer du nom de fimplicité. C'eſt ce
>
E que
2172 MERCURE DE FRANCE.
que je me propofe de faire voir dans la
courte Analyfe de Berenice .
1
ACTE I.
Voici toute l'action de ce premier Acte .
Antiochus charge Arface fon confident
d'aller voir fi Berenice pourra lui accorder
un moment d'audience . Il fait connoître
aux Spectateurs dans un Monologue
qu'après un filence de cinq ans , il
-va lui declarer qu'il part plus amoureux
d'elle qu'il ne le fut jamais . Arface vient
lui dire que Berenice confent à le voir
& à l'entendre , dès qu'elle fe fera débarraffée
d'une Cour qui l'accable ; Antiochus
lui fait connoître qu'après qu'il
aura vû Berenice , il partira de Rome , &
pour jamais. Il ne lui en dit pas davantage.
Berenice vient . Antiochus n'a pas
plutôt appris de fa bouche que felon toutes
les Titus va la declarer
apparences ,
Imperatrice , qu'il lui dit un éternel
adieu , en lui declarant qu'il l'a toûjours
aimée , & que c'eft cet amour defefperé
qui l'oblige à s'éloigner d'elle pour jamais.
Berenice reçoit cette declaration
avec fierté , mais fans colere. Antiochus
fe retire. Rerenice ouvre tout fon coeur
à Phenice , fa confidente ; cette derniere
a beau lui dire qu'elle auroit dû retenir
AntioOCTOBRE
1724. 2173
Antiochus , Titus ne s'étant pas encore
expliqué fur fon Hymen ; cette aveugle
Amante n'eft occupée qué de fon prochain
bonheur qu'elle croit infaillible
fur la foi des promeffes de Titus. Elle fe
retire pour aller faire des voeux pour la
profperité de fon Amant .
Cet Acte comporte autant d'action
qu'un premier Acte en exige , & l'on ne
peut raifonnablement le blâmer de trop
de fimplicité. L'Auteur même y prend
foin de laiffer entrevoir le noeud par ces
Vers qu'il met dans la bouche de Phenice :
Titus n'a point encore expliqué fa penſée ;
Rome vous voit , Madame , avec des yeux jaloux
,
La rigueur de fes loix m'épouvante pour vous ;
L'Hymen chez les Romains n'admet qu'une
Romaine ;
Rome hait tous les Rois & Berenice eft Reine.
Il me femble que Phenice raifonne
affez jufte , & que Berenice devroit être
un peu plus allarmée qu'elle ne le paroît.
Car enfin , fur quoi fonde- t'elle fon
prochain bonheur ? fur l'amour de Titus ?
mais cet amour peut fubfifter fans aller
jufqu'à l'Hymen. Qu'eft - ce donc qui la
peut tenir dans une fecurité fi peu ordinaire
? eft-ce le foin que Titus prend de
E ij
lui
2174 MERCURE DE FRANCE.
lui mettre de nouveaux diadêmes fur le
front . Elle en devroit tirer toute autre
confequence. Le nom de Reine étant fufpect
aux Romains , ces nouveaux diadêmes
font pour eux de nouveaux titres de
haine , & qu'en auroit- elle à faire fi elle
devoit être Imperatrice ? voici ce qu'elle
dit à Antiochus en parlant de Titus.
Et même en ce moment , fans qu'il m'en ait
parlé ,
Il eſt dans le Senat par fon ordre affemblé .
Là , de la Paleſtine il entend la frontiere ,
Il y joint l'Arabie & la Syrie entiere ;
Et fi de fes amis j'en dois croire la voix ,
Si j'en crois fes fermens redoublez mille fois
Il va fur tant d'états couronner Berenice ,
Pour joindre à plus de nom celui d'Imperatrice.
Il m'en viendra lui-même affurer en ce lieu .
Ce dernier Vers me paroît équivoque.
Eft - ce des amis de Titus qu'elle a appris
que fon amant viendra bien -tôt l'en affurer
? Ou fi c'eſt elle feule qui s'en flatte
fondée fur les fermens redoublez de Titus ?
fi c'étoit une parole que Titus lui eut fait
fa fecurité feroit un peu plus exporter
,
cufable ; mais n'en cherchons l'excufe
que
OCTOBRE 1724. 2175
que dans le panchant naturel qu'on a à
croire ce que l'on fouhaite.
fecond Acte.
ACTE II .
Paflons au
Titus ouvre ce fecond Acte , il ordonne
à fa fuite de fe retirer pour pouvoir
ouvrir fon coeur à Paulin , pour qui
il n'a rien de fecret ; il lui ordonne de ne
lui rien cacher de ce qui regarde Berenice
, & de lui declarer ce que les Romains
penfent de l'amour qu'il a pour
cette Reine. Paulin lui declare franchement
que les Romains ne l'attendent
point pour leur Imperatrice. Titus lui
avoue qu'il l'a bien preffenti , & qu'il
avoit pris fon parti avant que de lui parler.
Il lui dit qu'il a mandé le Roi de
Comagene pour lui remettre ce dépoft
précieux entre les mains , & pour faire
partir cette malheureuſe Reine avec lui.
Berenice vient. Titus la quitte fans pouvoir
achever ce qu'il s'eft promis de lui
dire. Berenice ne fçait que penfer de ce
filence. Elle femble d'abord en penetrer
la veritable caufe ; mais elle ne s'y arrête
gueres , & revient à fa premiere fecurité,
Examinons fi elle a raifon. Voici les termes
exprès dont Titus s'eft fervi en la
quittant , ou plutôt la fin de fon Dialogue
avec elle. E jij Ti2176
MERCURE DE FRANCE.
Titus.
Non , Madame , jamais , puiſqu'il faut vous
parler ,
Mon coeur de plus de feux ne fe fentit brûler ;
Mais.....
Berenice .
Achevez.
Titus.
Helas !
Berenice.
Parlez.
Hé bien !
Titus .
Rome. L'Empire .....
Berenice.
Titus.
Sortons , Paulin , je ne lui puis rien dire.
Berenice peut-elle attribuer le filence
de Titus à un fentiment de jaloufie que
ce Prince a conçû contre Antiochus . Titus
, dit - elle , aura fçû tout ce qui s'eft
paſſe.
L'Amour d'Antiochus l'a peut-être offenfé ;
Il attend , m'a-t'on dit , le Roi de Comagene ;
Ne cherchons point ailleurs le fujet de ma
peine.
Y a-t'il rien de plus frivole & de
moins
OCTOBRE 1724. 2177
moins concluant ? qu'elle connexité entre
cette prétendue jaloufie , & les dernieres
paroles de Titus. Rome...... l'Empire.....
que fait à Rome , & à l'Empire ,
l'amour ou l'indifference d'Antiochus
pour Berenice ? M. de Racine auroit pû
mettre dans la bouche de Titus des paroles
plus fufceptibles du fens que Berenice
leur veut donner ; & puifque la fimplicité
de fon fujet le réduifoit à filer le
peu d'action qu'il y avoit , il devoit le
faire d'une maniere plus plaufible , ou du
moins plus féduifante pour les fpectateurs
. Cette dernière partie eft celle qu'il
poffede le mieux , & je fuis furpris qu'il
fe foit fi mal fervi de fes avantages .
ACTE III.
L'Epiſode d'Antiochus eft d'un grand
fecours pour ce troifiéme Acte. On n'en
eft encore qu'aux préliminaires , l'action
principale n'eft prefque point entamée.
Antiochus eft chargé d'annoncer à Berenice
que Titus la renvoye , quoique
malgré lui ; voilà le dimifit invitus invitam
qui ne fait que d'éclore , & c'eſt par
un tiers que ces grands mots font prononcez.
Ce tiers paroît fufpect à Berenice
; elle ne l'en croît point fondée ſur
ce principe.
E iiij Vous
2178 MERCURE DE FRANCE .
Vous le fouhaitez trop pour me perfuader .
Elle fait plus , elle accable Antiochus
de toute fa colere , & lui défend de la
jamais voir. Tout cela eft dans la nature ;
la douleur eft injufte , & l'erreur de Berenice
eft pardonnable ; mais quand elle
ne le feroit pas , elle ne laifferoit pas
d'être permife dans une fituation fi violente.
Berenice nous fait même entrevoir
qu'elle n'eft que trop perfuadée qu'Antiochus
ne lui en impofe point , voici
comment elle s'explique en quittant ce
Prince infortuné.
Helas pour me tromper , je fais ce que je
puis.
Antiochus eft d'abord outré de l'injure
que Berenice lui fait , en le foupçonnant
d'impofture ; mais un rayon d'efperance
fuccede à ce jufte dépit , & Arface lui
fait entrevoir qu'il n'eft pas fi malheureux
, puifque non - feulement Titus n'épouſe
point Berenice , mais qu'il va remettre
ce précieux dépoft entre ſes mains.
Voilà tout ce qui fe paffe dans ce troifiéme
Acte . Il y a quelque chofe à dire à la
premiere Scene . Je ne voudrois pas que
Titus fut inftruit du départ fubit d'Antiochus
; qu'en peut- il préfumer ? Si cette
foudaine fuite n'eft pas d'un ennemi , elle
eft
OCTOBRE 1724. 2179
eft du moins d'un Rival ; & deflors Antiochus
doit devenir fufpect à Titus . Il
étoit très facile à M. de Racine d'éviter
cette alternative , il n'avoit qu'à laiffer
ignorer à Titus le départ d'Antiochus.
ACTE IV.
Nous voici enfin arrivez à l'action
principale. Titus va parler par lui-même.
Berenice lui a demandé un moment d'entretien
; il l'attend , elle vient , & lui
épargne même la honte & la douleur de
lui prononcer l'arreft de fon exil. Voici
comment elle s'explique d'abord.
Hé bien , il eſt donc vrai que Titus m'abandonne
,
Il faut nous feparer , & c'eſt lui qui l'ordonne.
Que par ces mots Titus eft délivré
d'un grand embarras ; il n'a plus befoin
que d'en être l'écho & de répondre :
Car enfin, ma Princeffe, il faut nous feparer.
Au refte , cette Scene eft très- pathetique
de part & d'autre , fur tout de la
part de Berenice. Voici ce qu'elle répond
au dernier vers que je viens de citer.
Ah ! cruel , eft- il temps de me le declarer ?
Qu'avez- vous fait ? helas ! je me fuis cruë
aimée ;
E v Au
2180 MERCURE DE FRANCE.
Au plaifir de vous voir mon ame accoutumée,
Ne vit plus que vous. Ignoriez -vous vọs lɔix
Quand je vous l'avoüai pour la premiere fɔis ?
A quel excès d'amour m'avez - vous amenée ?
Que ne me difiez - vous , Princeffe infortunée ,
Où vas - tu t'engager , & quel eft ton eſpoir ?
Ne donne point un coeur qu'on ne peut recevoir
, & c.
Quel charme flateur dans cette maniere
de s'exprimer ? Pour moi je fuis prefque
tenté de croire ; qu'avec tant d'efprit
, & tant de fentiment , il ne faut
point d'action dans une Tragedie . Tout
le refte de cette Scene eft à peu près du
même ton . Berenice quitte enfin Titus ,
en lui laiffant fes remords pour vangeurs
de fa perfidie . Titus reffent vivement le
coup qu'il vient de porter à fon Amante.
Antiochus vient encore l'accabler , en
lui apprenint que la Reine veut mourir
& qu'il n'y a que fa feule prefence qui
puifle la rappeller à la vie. C'eft ici que
M. de Racine fait un coup de Maître . Titus
eft fur le point de s'aller jetter aux
pieds de Berenice , & peut - être de revoquer
l'orde cruel qui la porte à renoncer
au jour. Rutile vient très à propos apprendre
à Titus que les Tribuns , les
ConOCTOBRE
1724. 2181
Confuls , & le Senat viennent lui parler
au nom de tout l'Etat. Titus paroît
encore incertain du parti qu'il prendra ;
mais Paulin le détermine du côté de la
gloire . Voilà toute l'action du quatrième
Acte. L'Auteur nous promet quelque
chofe de plus dans le cinquième , par ces
vers que Titus adreffe à Antiochus :
Voyez la Reine : allez , j'efpere à mon retour
Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour.
Nous allons voir fi l'on nous tiendra
parole.
ACTE V.
Arface fait renaître l'efperance dans le
coeur d'Antiochus,, en lui apprenant que
Berenice eft enfin déterminée à partir ;
mais cette efperance eft bien- tôt détruite
par des paroles équivoques que l'Auteur
met dans la bouche de Titus . Voici comme
il parle à Antiochus .
Enfin , Prince , je viens dégager ma promeffe :
Berenice m'occupe & m'afflige fans ceffe ;
Je viens , le coeur percé de vos pleurs & des
fiens ,
Calmer des déplaifirs moins cruels que les
miens.
E vj Venez
2182 MERCURE DE FRANCE.
"
Venez , Prince , venez , je veux bien que vous
même ,
Pour la derniere fois vous voyez fi je l'aime .
Quel coup de foudre pour Antiochus ?
il faut avouer qu'il eft le plus à plaindre
dans toute la Piece ; il paffe continuellement
de la crainte à l'efperance , & de
l'efperance au defefpoir , & s'il y a quelque
peripetie dans cette Tragedie , elle
n'eft que dans fon rôle ; car la fituation
de Titus & de Berenice eft toûjours la
même , quoique M. de Racine nous ait
fait efperer quelque chofe de nouveau
dans ce cinquiéme Acte , qui eft ordinairement
l'Acte deftiné aux révolutions .
A quoi fe termine cette grande pro
meffe :
J'efpere à mon retour
Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour.
Elle fe réduit au recours ordinaire des
Amans de Comedie ; c'eft à -dire à vouloir
fe tuer. Je rends trop de juſtice à
Titus , pour croire que ce n'eft qu'une
feinte ; je fuis très-perfuadé qu'il y va
de bon jeu ; mais ces fortes de defefpoir
font fi rebatus , qu'ils ne caufent pas la
moindre émotion dans le coeur des fpectateurs
; il y a même un vers très - ferieux ,
qui
OCTOBRE
1724. 2183
qui feroit rire dans une Comedie , c'eſt
Titus qui parle :
Vous voilà de mes jours maintenant refponfable.
Le defefpoir de Titus eft fondé fur une
Lettre qu'il a arrachée à Berenice , &
qu'elle lui adrefſoit pour lui apprendre
qu'elle ne part que pour fe donner la
mort. C'est ce defefpoir qui détermine
Berenice à vivre & à le promettre à Titus
. Pourquoi , dira- t'on , le promet - elle
plutôt dans le cinquiéme Acte que dans
le quatrième ? Titus ne lui a- t'il pas fait
preffentir la mort prochaine par ces vers :
Je n'aurai pas , Madame , à compter tant de
jours :
J'efpere qué bien- tôt la triſte Renommée
Vous fera confeffer que vous étiez aimée.
Vous verrez que Titus n'a pû fans expirer....
Cette objection me paroît affez fondée ;
mais cela n'empêche pas que M. de Racine
ne faffe de cette derniere marque
d'amour une raifon déterminante pour
Berenice ; voici ce qu'il lui fait dire , parlant
à Titus :
"aimois , Seigneur , j'aimois , je voulois être
aimée :
Ce jour , je l'avouerai , je me fuis allarmée ;
J'ai
2184 MERCURE DE FRANCE.
J'ai crû que vôtre amour alloit finir fon cours,
Je connois mon erreur , & vous m'aimez toû
jours ,
Vôtre coeur s'eft troublé , j'ai vû couler vos
larmes , & c.
En verité, font-ce - la les premieres larmes
de Titus qu'elle a vû couler dans le
cours de la Piece ? oublie t'elle qu'elle
lui a dit dans le quatrième Acte :
Vous êtes Empereur , Seigneur , & vous
pleurez.
Voilà à quelles contradictions un Auteur
eft réduit , quand il traite un fujet
trop fimple , & par confequent trop fterile
; quelque foit celui de Berenice , il
faut avouer que perfonne n'en auroit tiré
partie comme M. de Racine ; il peut confiderer
fa Piece , comme une espece de
creation ; & c'eft fans doute cette gloire
plutôt que l'amour de la fimplicité qui
l'a engagé à faire Berenice ; il nous le
fait allez entrevoir dans fa Preface , où il
dit , que toute l'invention consiste à faire
quelque chofe de rien : il y a parfaitement
réiffi , & le peu d'action qu'il y a dans
fa Piece ne nous empêche pas d'admirer
fa fecondité. Mais comme cette même
fecondité pourroit un peu trop nous
éblouir ; il eft bon d'en faire remarquer
ar
queess
OCTOBRE 1724.
2185
les défauts , de peur qu'ils ne foient d'autant
plus aveuglement imitez , qu'ils
font confacrez par un nom auffi impofant
que celui de Racine.
Nous donnerons dans le prochain Mercure
ce qui concerne la verfification.
XXX:XXXXXXXXXXXX
J
CHANSON.
'Aime & je fuis aimé de la jeune Silvie ;
Que d'un fort fi charmant mon coeur eſt
enchanté !
Non , rien ne manque à ma felicité
Si ce bonheur dure autant que ma vie.
Ο
AUTRE.
D'où vient ,difoit Lucas , qu'on voit entre
ces Rois ,
Toûjours maille à partir , toûjours quelque
anicroche
Morguenne entre nous fans reproche ,
Je vivons mieux d'accord nous autre Villageois
.
En
2186 MERCURE DE FRANCE.
En voici la raifon, me femble,
Lui répondit Gregoire en efprit fort :
Le moyen qu'ils foyons d'accord ,
Ils ne beuvons jamais enſemble.
***************
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
E SPECTATEUR FRANÇOIS , pre-
Lmiere
miere feüille 1724. le prix eft de fix
fols. Imprimé à Sens , chez André Jannot
, & fe vend à Paris , chez Guillaume
Cavelier , au Palais , & rue S. Jacques ,
Fr. le Breton , & N. Piflot , Quai des
Auguftins. Brochure in 12. de 15. pages.
L'Auteur de cet ouvrage qui doit le
continuer & le faire paroître regulierement
, fait dans cette feuille une defcription
vive , touchante , & très - tendre du
départ de l'Inconnu , lorfqu'il fe fepare de
fa foeur. Il raconte enfuite de quelle maniere
un gros Beneficier vint loger à une
Hôtellerie où il étoit déja. » Toute l'Au-
» berge fe mit en mouvement à fon arri-
» vée , dit - il , Hôtelfe , Servante , Valets
» d'Ecurie , tout alla rendre hommage au
» train prophane , & environner la Chaife
,
OCTOBRE 1724. 2187
fe , comme pour remercier le Maître «<<
de fon nombreux équipage , & des «
aprêts qu'éxigeoit fa friandife. Il def- «
cendit de fa Chaife d'un air ſeur ', en «
homme qui ne
tromperoit pas les gens «
dans leur calcul , & qui fatisferoit aux ■
refpecs
interellez qu'on lui rendoit. «<
NOUVELLE MANIERE de faire l'operation
de la Taille , pratiquée par M.
Douglas , Chirurgien celebre , Membre
de la Societé Royale de Londres , avec
figures en Taille douce , traduite en François
avec des additions. A Paris , chez
Claude Laboniere , ruë S. Jacques 17 24.
vol. in 12.
LES PSEAUMES & les Cantiques Latins ,
François , nouvellement traduits , ou Livre
d'Eglife à l'ufage de Rome & de Paris
, qui contient les Offices des Dimanches
& des Fêtes de l'année , en Latin &
en François. Tout ce qui fe chante par
le peuple ; comme les Pfeaumes , les Cantiques
, les Hymnes , Antiennes , Répons,
Verfets , Introits , Graduels , & c. font
en Latin & en François. Ce qui fe chante
par les Prêtres ou les Ecclefiaftiques feuls,
comme les Leçons de Matines , les Collectes
& Oraifons , Epîtres & Evangiles,
font feulement en François . A Paris ,
rus
2188 MERCURE DE FRANCE.
ruë S. Jacques , chez N. Lottin 1724.
gros volume in douze de plus de 900 .
pages.
VOYAGE LITTERAIRE de deux Religieux
Benedictins de la Congregation de
S. Maur ; ouvrage enrichi de figures . A
Paris , Quai des Auguftins , chez Montalant
, in 4° 1724.
DISSERTATION fur une Machine inventée
pour réduire les Luxations , où
l'on fait voir le danger qu'il y a de s'en
fervir. A Paris , au Palais , chez J. R.
Morel , brochure in 12. de 52. pages
1724.
;
HISTOIRE de l'Abbaye Royale de Saint
Germain Defprez , contenant la vie des
Abbez qui l'ont gouvernée depuis fa fondation
les hommes illuftres qu'elle a
donnez à l'Eglife & à l'Etat les privileges
accordez par les Souverains Pontifes
, & par les Evêques ; les dons des
Rois , des Princes , & des autres bienfaiteurs
; avec la defcription de l'Eglife , des
Tombeaux , & de tout ce qu'elle contient
de plus remarquable : le tout juftifié
par des titres autentiques , & enrichi
de plans & de figures . Par Dom Jacques
Bouillard , Religieux Benedictin de la
ConOCTOBRE
1724.
2189
Congregation de S. Maur. A Paris , ruë
S. Jacques , chez Gr . Dupuis 1724. in
fol . de 516. pages , fans les Tables.
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE D'ALLEMAGNE
, contenant l'érection , le progrès
& l'état ancien & moderne des Archevêchez
& Evêchez. A Bruxelles , chez
F. Foppens , 2. vol. in 8 avec figures
1724.
OBSERVATIONS NOTABLES fur les
Regles & principes du Droit Coutumier
, touchant les matieres les plus importantes
des Droits des Seigneurs ; des
Retraits Feodal & Lignager ; des fucceffions
en general , & particulierement des
fucceffions des propres ; comme auffi des
droits réels , & du louage. Où eft raporté
grand nombre de Textes Coutumiers ,
Raifons , Jugemens , Arrefts & autoritez
qui établiffent évidemment la faine
Jurifprudence ; & en même temps fervent
à découvrir plufieurs erreurs &
abus , même dans les ouvrages des Auteurs
modernes. A Saint Omer , rue des
Efpeers , chez M. D. Fertel 1724. in 4°
de 853. pages , fans les Tables , l'Epitre
dédicatoire & la Preface . M. T. Brunel
eft l'Auteur de cet ouvrage , qui ſe vend
à Paris , au Palais , chez Cavelier &
chez Morel.
Le
2190 MERCURE DE FRANCE.
Le principal objet de ce Livre eft la
matiere des fucceffions , & particulierement
des fucceffions des propres. Touchant
la faculté qu'ont les Seigneurs de
pouvoir uſer & profiter des fruits croi
fans fur les heritages tenus d'eux , & c .
Touchant les droits des Seigneurs , en ce
qui concerne les profits Feodaux & Seigneuriaux
dans les mutations de leurs
Vaffaux & Tenanciers , & c . " Touchant
les Retraits Seigneurial & Lignager , & c .
HISTOIRE DE LA MEDECINE , où l'on
voit l'origine & les progrès de cet art de
fiecle en fiecle ; les Sectes qui s'y font
formées ; les noms des Medecins , leurs
découvertes , leurs opinions , & les circonftances
les plus remarquables de leur
vie. Par Daniel le Clerc , Docteur en Medecine.
Nouvelle Edition , revûë , corrigée
& augmentée par l'Auteur en divers
endroits , & furtout d'un plan pour fervir
à la continuation de cette Hiftoire de
puis la fin du fiecle II . jufqu'au milieu
du XVII . volume in 4° de 820. pages ,
fans la Table , & 9. planches détachées.
A Amfterdam 1723 .
DISSERTATION de Gottlieb Ephraim
Berner , Docteur en Medecine , fur l'ufage
Mecanique dé l'air , en ce qui re
garde
OCTOBRE 1724. 2191
garde les fonctions du corps humain. Dans
laquelle on traite de la Conftitution Aërienne
dès années 1720. & 1721. qui
furent fi fertiles en toutes fortes de févres
, au fujet defquelles on parle de
l'ufage & de l'abus du Quinquina. On y
joint des Obfervations curieufes & de
pratique fur les cancers du fein & fur la
rupture de la veffie . A Amfterdam , chez
Les Jaffen -Waesbberg , in 8 ° de 540. pages
1723. Tout l'ouvrage eft en Latin.
L'HISTOIRE de l'Académie , appellée
'Inftitut des Sciences & des Arts , établie
à Boulogne en 1712. avec les Pieces autentiques
, d'où l'on a tiré les circonftances
de ce recit. Par M. de Limiers , Docteur
en Droit 1723 , in 8 ° de 240. pages.
A Amfterdam ,
HISTOIRE des Traitez de Paix , & autres
negociations du 17. fiecle , depuis
la paix de Vervins jufqu'à la paix de
Nimegue ; où l'on donne T'origine des
prétentions anciennes & modernes de
toutes les Puiffances de l'Europe , & une
Analife exacte de leurs negociations , tant
publiques que particulieres ouvrage
neceffaire aux Miniftres publics , &
autres Negociateurs , & qui peut fervir
d'inftruction au corps Diplomatique ,
ou
2192 MERCURE DE FRANCE .
ou Recueil des Traitez de Paix , &c. 2 .
vol. in fol. que J. F. Bernard , avec les
freres Vaillant & Prevoft , fes affociez, à
la Haye , propofe par foufcription. Tout
l'ouvrage en petit papier coûtera aux
Soufcripteurs 18. florins , & 35. florins
en grand papier. Le 1. vol. fera délivré
le 6. Janvier 1725. & l'on recevra les
foufcriptions jufqu'au 25. Decembre prochain.
La foufcription fera d'abord de
15. florins pour le petit papier , & de
22. pour le grand. Le 2. vol. fe diftribuera
le 30. Septembre 1725. fous peine
de 10. pour cent de rabais fur la foufcription
, fi l'on retarde la publication de ce
volume de 15. jours feulement au - delà
'du terme.
REMARQUES fur l'ancien & fur le
nouvel état de Londres , à l'occafion de
quelques Vafes , de quelques Medailles ,
& de quelques autres Antiquitez qu'on y
a découvertes depuis peu , & c. brochure
in 8 ° de 56. pages , en Anglois , dont on
a fait une 3 Edition à Londres l'année
paffée.
EXPERIENCES fur la Bile , & les Cadavres
des Peftiferez . Par M. Antoine
Deidier , Docteur en Medecine de la Fa-
'culté de Montpellier. A Zurich 1722.
HISTOIOCTOBRE
1724. 2193
HISTOIRE du Concile de Pife , & de
ce qui s'eft paffé de plus memorable jufqu'à
celui de Conftance , enrichie de
Portraits . Par M. Lenfant 1724. 2. vol .
in 4° avec figures . Amfterdam , chez Pierre
Humbert.
VOYAGES de M. de la Motraye en Europe
, Afie & Afrique. Où l'on trouve
une grande varieté de recherches Geographiques
, Hiftoriques & politiques
fur l'Italie , la Grece , la Turquie , la
Tartarie Crimée & Nogaye , la Circaffie
, la Suede , la Laponie , & c. avec des
remarques inftructives fur les moeurs ,
coutumes , opinions , & c . des peuples &
des pays où l'Auteur a voyagé , & des
particularitez remarquables touchant les
perfonnes & les Auteurs diftinguez de
Î'Angleterre , de la France , d'Italie , de
Suede , &c. Comme auffi des Relations
curieufes des évenemens confiderables ,
arrivez pendant 2 5. années que l'Auteur
a employées dans fes voyages , comme
de la grande révolution en Turquie , où
le dernier Sultan fut détrôné. De la guerre
entre les Turcs & les Ruffiens ,
de la paix concluë fur le Pruth , où l'Auteur
étoit prefent. Des affaires & de la
conduite du feu Roi de Suede à Bender
& pendant les quatre années qu'il a été
&
en
2194 MERCURE DE FRANCE .
en Turquie , de fon retour en Suede ,
de fes campagnes en Norwegue , de fa
mort , & c.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de Cartes , plans , & figures en tailledouce
, reprefentant des chofes rares &
curieufes de l'Antiquité , comme des
Medailles , Infcriptions , Idoles , Lampes
, & autres reftes des anciennes Villes
, Colonies & peuples , foit des productions
de l'art & de la nature , & c. A
la Haye , chez T. Johnson & J. Vanduren
, Libraires 1724.
Cet ouvrage eft divifé en 2. vol. infol.
dont le premier contient 16. Chapitres
avec un Appendix , où l'on trouve grand
nombre de Lettres , Memoires , Extraits,
Infcriptions , & autres pieces curieuſes
qui ont rapport aux matieres contenuës
dans le 1. vol .
Le fecond volume eft partagé en 17.
Chapitres , avec un Appendix femblable
à celui du premier volume , renfermant
des Lettres , Memoires , & c. qui ont
rapport aux matieres contenues dans ce
volume.
Cet ouvrage comme le marque le Projet
imprimé , qui nous a été envoyé , a
déja eu en Anglois l'approbation generale
d'une nation qui n'eft pas la plus aifée à
contenter fur ces fortes de matieres. Les
AmaOCTOBRE
1724. 2195
Amateurs de l'Antiquité ont été fort contents
des recherches de l'Auteur , & des
peines qu'il s'eft données par tout où il a
voyagé , pour déterrer quantité de Medailles
, Statues , & autres chofes curieufes
, qu'on n'avoit pas encore vûës. Ceux
qui fe plaifent à connoître les moeurs ,
coutumes , opinions , &c. de plufieurs nations
étrangeres , & même de quelquesunes
fort peu connues , ont trouvez dequoi
s'amufer agréablement , & les perfonnes
qui aiment à être inftruites à
fonds fur les plus grands évenemens de
nôtre fiecle, y ont bien trouvé leur compte
, l'Auteur ayant eu occafion d'être temoin
oculaire de la plupart de ce qu'il rapporte
, & d'avoir été informé du refte de
la premiere main , & c . Ce grand fuccès
d'une traduction faite à la hâte par differentes
mains , fur les memoires que l'Auteur
avoit raffemblez dans fon por.efeuille
, l'a animé à revoir toutes ces matieres
, à les retoucher , & les mettre en
meilleur ordre en François , qui eft fa
langue naturelle ; & ayant réfolu de faire
imprimer ces voyages à la Haye , il a
trouvé à propos de s'y arrêter jufqu'à ce
que l'impreffion foit achevée , afin d'y
avoir l'oeil , pour que tout le faffe avec
le plus de propreté & d'exactitude qu'il
eft poffible. Ainfi l'on peut compter que
F l'ou2196
MERCURE DE FRANCE.
l'ouvrage François lera incomparablement
meilleur que l'Anglois , qui a été
cependant generalement approuvé.
L'Auteur fçachant que la France a des
perfonnes fçavantes & curieufes de ces
fortes d'ouvrages , en beaucoup plus
grand nombre qu'aucune autre nation ,
propofe à cette nation fon ouvrage par
foufcription aux conditions fuivantes.
On paye pour le papier ordinaire 50.
livres fçavoir , 30. livres en foufcrivant
, & 20. livres en recevant l'ouvrage
complet . Pour le grand papier 8o. liv.
fçavoir ,, 30. livres en foufcrivant , &
30. livres en retirant l'ouvrage entier .
Ceux qui n'auront pas foufcrit payeront
un tiers plus cher , & ne l'auront
que bien plus tard ; il fe pourroit même
faire qu'ils feroient obligez d'attendre
une feconde Edition : car il y a grande
apparence que la premiere Edition fuffira
à peine aux Soufcrivans. Comme il y
a déjà plus de cinquante grandes planches
toutes gravées , & que le refte de l'ouvrage
s'avance fort , onon peut peut s'affurer
d'avoir le tout complet en 1725. On
pourra foufcrire à Paris chez les principaux
Libraires.
Nous ne devons pas oublier que l'on
voit à la fin de ce projet une lifte trèsconfiderable
de Soufcrivans pour ces
voyaOCTOBRE
1724. 2197
voyages , parmi lesquels on voit plufieurs
noms de Rois , de Princes , & de perfonnes
de la premiere diftinction .
ANTIQUITIES SACRED and PROFANE
Or , à Collection of curious and Critical
Differtations on the old and New.
Teftament : Written in French by the
Learned D. AUGUSTIN CALMET . Done
into English with Notes , by N. TINDAL
, M. A. Vicar of Great Waltham in
Effex. NUMB. III . Containing à Critical
Differtation on the Mufical Inftrumens
ofthe Hebrews , &c vol . 4° London
, &c. C'est à- dire , Antiquitez Sacrées
& Profanes , ou Recueil des Differtations
du R. P. Doм AUGUSTIN
CALMET , fur l'ancien & le nouveau
Teftament , traduites en Anglois , avec
les Notes de l'Auteur , par N. Tindal ,
&c. I. vol. 4º à Londres , à Oxford , &
à Cambridge 1724.
que
Nous n'avons encore vû de ce Recueil,
dont le deffein eft tout- à-fait loüable , &
qui peut paffer pour une imitation de ce
les Libraires de Paris ont déja executé
, que la Differtation du R. P. Calmet
fur les Inſtrumens de Mufique des
Hebreux , qui eft une des plus curieufes
& mife à la tête de fon Commentaire fur
le Livre des Pfeaumes. C'eft la III. du
Fij Re2198
MERCURE DE FRANCE .
Recueil entref ris par M. Tindal , qui
promet
d'en publier une tous les mois.
Les Notes & les Citations
de l'Auteur
original font fidellement
rapportées
au
bas des pages , & dans le même ordre
qu'elles fe trouvent
dans l'Edition
Françoife.
A l'égard de la traduction
elle
nous paroît fcrupuleufement
exacte &
Litterale
, & nous perfuade
que le Fraducteur
, quoique
retiré dans le fonds
d'une Province
d'Angleterre
, entend
fort bien l'une & l'autre Langue . On
trouve à la fin de la Traduction
de la
Differtation
, dont nous parlons , les Inftrumens
de Mufique
des Hebreux
, au
nombre de xxI . parfaitement
bien deffinez
, & beaucoup
mieux gravez que dans
l'Edition
de Paris.
Extrait d'une Lettre écrite de Marfeille
le 6. Octobre 1724.
'Ai été charmé comme vous , Monfieur
, du beau & vafte projet du R.
P. Catrou , fur l'Hiftoire Romaine , quej'ai
lû dans le Journal de Trevoux du
mois de Juillet dernier : projet d'autant
plus intereffant pour la Republique des
Lettres , que ce n'eft point une fimple
fpeculation , & une de ces promeffes vagues
que les Auteurs font quelquefois ,
&
4
C
OCTOBRE 2199 1724.
& qui restent fouvent fans execution
puifque dans moins de trois mois nous
devons voir les quatre premiers volumes
de ce grand ouvrage. Je fuis même perfuadé
que nous aurons beaucoup plus que
l'annonce ne nous fat efperer , & fur
tout que la Chronologie y fera exacte
par le moyen d'un Canon appliqué à
cette Hiftoire ; celui qui s'accorderoit
parfaitement avec la Chronologie des
Marbres d'Arondel me plairoit beaucoup,
car il me femble que c'eft ce qu'il y a de
plus affuré en ce genre.
>
Il ne nous manquera déformais que
l'Hiftoire Grecque ancienne : fi quelqu'un
vouloit digerer cette Hiftoire dans
Herodote , Xenophon , Tucydide , Diodore
de Sicile & Polybe , en forte que la
même Chronologie y fut obfervée ; cela ,
dis-je , & l'Hiftoire Romaine du P. Catrou
nous conduiroit bien avant , &
nous débrouilleroit prefque tout ce qu'il
y a d'obſcur dans ces anciens temps .
Le Duc d'Orleans a retenu auprès de
lui , en qualité de fon Bibliothequaire &
Antiquaire , le Pere Dom Anfelme Banduri
, Honoraire Etranger de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles - Lettres
, connu par plufieurs ouvrages qu'il
a donnez au Public depuis fon féjour à
Fiij Paris.
2200 MERCURE DE FRANCE.
Paris . Il étoit cy - devant Bibliothequaire
du Grand Duc de Tofcane.
On a appris de Coppenhague par des
Vaiffeaux arrivez depuis peu d'Iflande
qu'il y avoit eu un tremblement de terre
qui avoit caufé beaucoup de defordre ,
que le Mont-Hecla avoit jetté des flâmes
& des pierres embrafées avec une telle
abondance , que trois Villages voifins
avoient été entierement détruits .
Des Lettres de Florence du 17. de l'autre
mois portent qu'on avoit vû pendant
deux heures au Sud de Sienne , un nuage
de feu , agité par le vent , qui avoit
répandu dans l'air une odeur de fouffre
allez forte .
DA
On a appris de Londres que le Grand
Chancelier , accompagné de plufieurs perfonnes
de diftinction , alla à l'Hôpital de
S. Barthelemi , pour voir faire l'operation
de la taille de la pierre , par une
nouvelle methode , au- deffus de l'os pubis
, qui fut faite avec fuccès par les fieurs
Hombes & Dobbins , Chirurgiens Anglois.
On mande de Rome que le Prince
Chigi a acheté depuis peu une perle
d'une
OCTOBRE 1724. 220 I.
d'une groffeur extraordinaire , dont il a
payé 12000. écus Romains.
Le 15. de l'autre mois M. d'Enhault ,
Ingenieur Franços , au fervice d'Efpagne
, fit à Berne en Suiffe , l'épreuve de
pafler & repaffer la riviere d'Aar dans
un batteau de cuir qu'on peut mettre
dans la poche avec les rames. Cela réüffit
parfaitement , & il eut de grands applaudiffemens
d'un très nombre de Spectateurs
.
On nous prie d'avertir le Public , &
fur tout les Sçavans & les Curieux que
Jean Swart & Pierre de Hondt , Libraires
à la Haye , ont actuellement fous
preffe le Catalogue de la Bibliotheque de
feu fon Eminence M. le Cardinal du
Bois. Cette Bibliotheque fi connuë par
toute l'Europe , eft compofée d'une partie
de ce qu'il avoit recueilli par les
foins infatigables , par la correfpondance
exacte , & par les frais confiderables
que M. l'Abbé Bignon y avoit employé
pendant un grand nombre d'années . Elle
renferme , en près de quarante mille volumes
, tant imprimez que manufcrits ,
la plus complette & la plus belle collection
de Livres qu'on ait jamais vendu
Europe on y trouve un riche Re-
Fij cueil
2202 MERCURE DE FRANCE.
cueil de Theologiens , SS. Peres , Hiftoire
de l'Eglife , Conciles , Jurifprudence
, Hiftoire profane & Belles - Lettres.
Tout y eft confiderable , & en particulier
pour les Pieces rares & recherchées
en langues Européennes & Etrangeres
, fans parler de la beauté des relieures
, &c. Le temps de la vente publique
de cette Bibliotheque eft fixé au mois de
Juin de l'année 1725. On publie cet
Avertiffement , afin que les curieux qui
fouhaitent qu'on leur en envoye le Catalogue
ayent le temps de s'addreffer audit
fieur Swart , ou de Hondt , qui le leur
feront tenir par la voye qui leur fera indiquée
, à moins qu'ils n'aiment mieux
s'adreffer à Gabriel Martin , Libraire
ruë S. Jacques , à l'Etoile , Paris .
On avertit que les Planches gravées
d'après les grandsTableaux , reprefentans
les conquêtes de Louis XIV. peints par
feu M. de Vandermeullen pour le Roi ,
font à vendre. Il y a auffi plufieurs Tableaux
de prix , de differends Maîtres
qui font à vendre. Il faudra s'adreffer à
M. l'Abbé de Vandermeullen au haut
des Foffez S. Victor , la porte Cochere à
côté des Peres de la Doctrine Chrétienne.
SPECOCTOBRE
1724. 2203
M
SPECTACLES.
E -Vendredi 22. Septembre on donna
fur le Theatre de l'Opera Comique,
au Fauxbourg S. Laurent , la premiere
reprefentation de deux petites Pieces ,
dont la premiere d'un Acte , a pour titre
les Bains de Charenton , & la deuxième
auffi d'un Acte eft intitulée les Vendanges
de Champagne . Ces deux petites Comedies
, qui ont fort réüffi , étoient précedées
d'un Prologue , appellé les Dieux
à la Foire.
Ce Prologue fait allufion au Bal des
Dieux, donné à l'Opera le 25. Aouft dernier.
La Scene ſe paffe fur le Theatre de
l'Opera Comique , où Plutus , Vulcain ,
Mercure & Pluton le rendent fucceffivement.
Plutus en arrivant , conduit par
la Folie , s'informe des Pieces qu'on va
reprefenter , & décide d'avance avec la
confiance & la capacité d'un Maître de
Coffrefort. Il demande hors de propos des
danfes , avec l'empreffement d'un riche
qui ne veut pas être contrarié , & qui
ne s'embaraffe pas de mettre de l'ordre
dans fes plaifirs. Pluton offre de lui donner
un Ballet impromptu , & évoque des
Fy Dé2204
MERCURE DE FRANCE .
Démons & des Nimphes des Champs
Elifées , à qui il commande de reprefenter
par leurs danfes l'enlevement de Proferpine.
Ce qui eft executé avec juſteſſe
& vivacité. On croit voir le Tableau de
cet enlèvement celebre .
Les Bains de Charenton.
Pierrot , Battelier Coquet , ouvre la
Scene par un Monologue , où il marque
du repentir de fon inconftance , & fe
propofe de terminer le cours de fes galanteries
Villageoifes.... Il eft interrompu
dans fes réflexions par l'arrivée d'un Baigneur
qui fe prefente pour entrer dans
fon Batteau ; c'eft Arlequin , garçon Traiteur
, bien guedé , & cependant chargé
de Cervelats , de Jambons & de bouteilles
; dès qu'il s'eft retiré , paroît Lifette ,
très - jeune perfonne qui s'eft échauffée
à voir deux Opera de fuite. On ne fera
peut- être pas fâché de trouver ici le
compte qu'elle rend à Pierrot de fes fentimens
fur Thetis & Pelée.
Pierrot.
Ça , venons à Thetis & Pelée , qu'en
dites vous ?
Lifet
•
OCTOBRE
1724. 2205
Lifette.
Il ne me convient pas de juger d'un
ouvrage auffi eftimé je crains de me
tromper ; car je ne fçais encore que fentir
le plaifir , je ne fçais pas en parler .
Pierrot.
Allez , je fuis auffi un ignorant , moi .
Lifette.
Sur ce pied- là je puis rifquer des obfervations
peut - être ridicules. ) Voici
ce que je penfe de Thetis & Pelée.
Sur l'Air : Réveillez- vous, belle endormie.
C
Et Opera plein de fineſſe ,
Eft délicatement écrit ;
Mais , à mon goût , dans cette Piece
Souvent le coeur a trop d'efprit.
Pierrot.
Il est étonnant que l'Auteur foit tombé
dans un défaut que tous les confreres
évitent fi aifément. Allons , courage
Mademoiſelle Lifette , que vous femble
du premier Acte ?
F vj Lifette.
2206 MERCURE
DE FRANCE.
L
Lifette.
Sur l'Air J'en jurerois prefque
furfa laideur.
E Dieu des Mers tentant une Conquête ,
Par les Tritons fait chanter ſon ardeur ;
Mais il s'en va d'abord après la fête ,
N'en est- il donc que fimple Ordonnateur?
Pierrot.
Quoi ! il ne reçoit pas les complimens
que merite fon cadeau ?
Lifette.
Non , il laiffe commodément Pelée
avec Thetis.
Air : Amis fans regretter Paris.
Et décampe avec les Tritons .
Pierrot.
La retraite eft atroce.
Lifette.
C'eſt là donner des violons fans être
de la nôce .
Pier
OCTOBRE 1724. 2107
Pierrot.
Sur l'Air : Il n'a pas le pouvoir.
Uoi ! Neptune eft affez benais
QUOUPour faire de faux frais !
Eft-ce qu'il n'a pas le pouvoir....
Lifette hochant la tête.
Il fait mal fon devoir.
En Profe.
Mais on y gagne.
Pierrot.
Comment ?
Lifette.
Sur l'Air : Je ne ſuis né ni Roi ni Prines.
'Il ne fortoit pas de la Scene ,
ST
Sans qu'on fçache ce qui l'emmene
Queferoient nos tendres amans ,
En preſence du Dieu de l'onde ?
Nous devons à ce contre - temps *
Les plus fins Madrigaux du monde.
Pierrot.
J'ai entendu dire à un Précepteur que
je menois baigner l'autre jour avec toute
* Scene quifuit le divertiſſement du 1. Aɛte.
une
2208 MERCURE DE FRANCE .
une Penfion , qu'après une certaine Scene
où le Tonnerre jouë un très - beau Rôle ,
Jupiter paroilloit & donnoit auffi une
fête bien à propos à Thetis .
Lifette.
Oäi , fort à
propos .
Sur l'Air de Joconde.
J Upiter en aimant Thetis ,
Menage peu la Dame ,
Lui qui , dit- on , à remotis ,
Trompe fouvent fa femme ,
Il ne fe donne pas des foins ,
De peur qu'elle ne gronde
Car il appelle des témoins
Des quatre coins du monde.
Pierrot.
>
L'Acte finit fans doute par une fête fi
bien amenée.
Lifette.
Oh ! que non : Neptune furvient trèsmécontent
d'avoir Jupiter pour Rival.
Pierrot.
Cela promet du tapage.
* Divertiffement du fecond Acte .
Sur
OCTOBRE 2209
1724.
Sur l'Air : Je nefuis né ni Roi , ni Prince.
Que fait le puiffant Dieu de l'Onde ?
Lifette.
Il veut d'abord noyer le monde .
Pierrot.
Je conçois fon dépit fatal .
Lifette.
Il paroît plus ardent que braife :
Le confident ✶ de fon Rival ,
Ne lui dit qu'un mot , il s'appaife.
Pierrot.
A ce que je vois , le Dieu Neptune eft
bon homme .
Lifette.
Tenez , voici à peu près le Rôle qu'il
joue dans cette fituation - là..
Sur l'Air : Nanon dormoit.
Très vivement.
Débordemens
Exercez ma vangeance ;
Des élemens ,
* Scene entre Neptune & Mercure.
Rom2210
MERCURE DE FRANCE .
Rompons l'intelligence ,
Plus vivement.
Que tout periffe , enfin ,
Trés -froidement.
Allons , allons .... allons confulter le deftin .
Pierrot.
Quoi ! toute la colere de Neptune n'aboutit
qu'à aller faire une confultation ?
Lifette.
Oui Mercure lui confeille d'interroger
fur fon amour l'oracle du deftin.
Pierrot.
Mais cela eft dans l'ordre .
Lifette.
Je ne m'y connois pas , & je ne fçais
pas même ce que c'eft que d'aimer , mais
il me femble qu'à la place de Neptune ,
je n'interrogerois pas d'autre oracle que
mon coeur.
Pierrot.
Vertuchou , quelle ignorante !
Lifette fouriant.
Thétis dépend du Dieu de la Mer !
il la tient dans fon empire ! eh ?
Sur
OCTOBRE 1724. 2217
Sur l'Air : Quel plaifir de voir Claudine.
LE grand Neptune lui-même ,
De fon fort doit décider ;
A fon oracle fuprême
Que prétend- il demander ?
Lorfqu'on a ce que l'on aime ,
Il ne faut que le garder.
Pierrot.
L'enfant dit vrai.
Lifette.
Sur l'Air : Non je ne ferai pas ce qu'on
veut que je falf..
Je dis ce que je penſe.
Pierrot.
O Nature ! ô Nature !
Lifette.
Ces deux Actes pourtant font fort
beaux , je vous jure.
Pierrot.
Qu'avez- vous remarqué pendant les
trois derniers ?.
Lifette
2212 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Je fongeois au plaifir que font les deux
premiers .
Après cette Scene arrivent Colette &
Fanchon Rivales , qui obligent Pierrot
d'opter en prefence de toutes les filles de
Charenton. Il fe declare pour Fanchon.
Colette prend fon parti en Payfane de
la banlieue de Paris . L'Acte finit par un
divertiffement de Bateliers & Batelieres
de Charenton .
Les Vendanges de Champagne.
Un Marquis Champenois , amoureux
de Marie- Anne , fille de Made Guilleret ,
Marchande Drapiere de la rue Saint Honoré
, apprend par Arlequin , Valet de
cette Bourgeoife , qu'elle doit fe rendre
en Champagne pour voir les Vendanges
d'Epernay. I la devance avec Pierrot ,
fon Valet , & defcend de fa chaife de
pote , dans une petite maifon de Campagne
qu'il a à une lieuë d'Epernay. A peine
eft - il arrivé , à peine a-t'il inftruit
Pierrot de fa fituation , qu'il accourt à
Arlequin , fon premier Confident , qui
lui annonce que la Berline de Made Guilleret
s'eft rompuë dans le grand chemin
d'Epernay , voifin du Hameau , où ſe
trouve
OCTOBRE 1724. 2213
trouve la maison du Marquis , & que
Made Guilleret eft non- feulement accompagnée
de Marie Anne fa fille ,
mais encore de M. de Boiſcourt , Gentilhomme
Bourguignon , qu'elle a choiſi
pour fon gendre. Cette nouvelle attrifte
fort le Marquis. Pierrot touché du chagrin
de fon Maître , fait travailler fon
imagination. Arlequin dans fon recit a
declaré qu'il ne reftoit pour Auberge
que la rue aux échapez du naufrage de
la Berline , & que la feule Hôtelerie du
Hameau étoit occupée par une demie douzaine
de Marchands de Vin , attirez dans
la Province par les Vendanges. Pierrot
animé d'un beau zele , metamorphofe fubitement
la maifon de fon Maître en Auberge
, en faifant pendre un chou à la
porte ; il fait traveftir le Marquis en
Hôtelier , & fe déguiſe lui- même en Allemand.
Le Rival du Marquis arrive &
prend Pierrot pour un étranger. Ils lient
converfation enfemble . Pierrot fonde le
Gentilhomme Bourguignon , découvre
qu'il eft intereffè , & qu'il ne ſe marie
que pour rétablir fon Château ruiné .
Pierrot Allemand lui dit qu'il penfe de
même , qu'il ne prend une femme que
pour meubler fa cave de bon Vin , & qu'il
doit époufer inceffamment la Comteffe
de Clairverjus , Champenoife , riche de
trente
2214 MERCURE DE FRANCE.
trente mille livres de rente . Le Bourguignon
tenté par cette fortune laiſſe
éclater fon avarice , & apprend au faux
Allemand qu'il a figné un dédit de mille
piftolles avec Made Guilleret ; cette
nouvelle découverte embarraffe fort l'intriguant
Pierrot , qui cependant rêve aux
moyens de détruire cet obftacle & fe retire
, voyant arriver Mad Guilleret , fa
fille & le Marquis Hôtelier. La Drapiere
qui eft une Bourgeoife enjoüée & curieufe
de bonne chere , ordonne qu'on
mette rafraîchir le Vin , & emmene fon
gendre futur , pour aller vifiter.avec elle
les dehors du Hameau , après que le Marquis
déguifé lui a propofé de voir chez
lui les vendanges , qui doivent être ouvertes
par une fête bachique & champêtre
. Arlequin furvient , & trouvant le
Marquis Hôtelier feul avec fa maîtreffe ,
qui ne le reconnoît pas , cet Amant ne
L'ayant fuivie à Paris que pendant peu
de jours , & s'étant borné au langage des
yeux , ce confident adroit lui menage le
plaifir de faire expliquer Marie- Anne
en fa prefence , qui fe croyant loin du
Marquis , détaille hardiment ce qu'elle
reffent pour lui ; enfin le Marquis fe fait
connoître , & baifant la main de fa maîtreffe
avec tranfport , il eft interrompu
par les reproches de Pierrot déguifé en
femme ,
OCTOBRE 1724. 2215
femme , qui feint d'être une Rivale de
Marie- Anne & l'inquiete un inftant . Sen
Maître lui-même y eft trompé , & le reconnoidant
lui demande la raiſon de ce
déguiſement. Pierrot l'informe de l'anicroche
du dédit ; & entendant la voix du
Gentilhomme Bourguignon , il les congedie
tous en leur difant qu'il va travailler
pour les rendre heureux . M. de
Boifcourt avance , plein de l'idée de la
Comtelle de Clairverjus , & réfolu de
fupplanter l'Allemand ; Pierrot feint
d'être la Comteffe defirée , & enflâme fi
bien le coeur intereffé du Gentilhomme
Bourguignon , qu'il le fait confentir à lui
remettre le dédit de mille piftolles , en
lui fignant une promeffe de mariage ; la
fauffe Comtelle écrit genereufement cette
promeffe , & dit au Bourguignon dufé
que la fille d'une Bourgeoife ne lui convient
pas , & qu'il doit laiffer Marie-
Anne Guilleret à un Houbereau Champenois
de fes coufins , qui en eft amoureux
alors le Bourguignon qui fe cret
très fin , lâche le dédit , & ferre la promelle
de mariage fignée par la Comtelle
Pierrot . L'intrigue fe dénoue un moment
après en prefence de Mad Guilleret ,
qui confent volontiers à l'échange de
gendre qu'on lui propofe. Pierrot four de
fon fait , appelle le Marquis charmé de
fon
2216 MERCURE DE FRANCE.
fon bonheur , & fe démafque avec lui .
M. de Boifcourt honteux d'être la dupe
de fa fineffe , fe retire avec chagrin , & le
Marquis propofe à la compagnie de voir
la fête bachique preparée dans fon jardin .
La ferme s'ouvre , & on apperçoit au
fonds de ce jardin des berceaux de vigne ,
percez par trois arcades , occupée par
une foule de Vendangeurs & Vendangeufes
, danfans & chantans , au- deffus de
ces arcades ; la treille eft encore percée
en trois endroits qui font remplis par des
haut -bois & baffons en Vendangeurs .
Cet orcheſtre joue une marche en Dialogue
avec l'orcheſtre qui eft au pied du
Theatre. Ce divertiflement eft fort brillant
, & entre coupé de danfes & de
chants agréablement variez. Ces pieces
font de M. Fuzelier. La Mufique & le.
Ballet ont été compofe par M. Voifin.
L'Acte des Vendanges de Champagne finit
par un Vaudeville.
Le Jeudi cinq Octobre on a ajoûté
aux pieces précedentes un Acte intitulé
laffemblée des Comediens de la Foire.
C'est un fujet fimple qui peint affez naturellement
les tracafferies des Theatres.
Les Comediens de la Foire s'affemblent
pour déliberer fur leurs affaires .
La Difcorde fort des Enfers & vient
preOCTOBRE
1724. 2217
prefider à leur converfation , elle leur
fouffle fon venin , & dans le moment ils
critiquent toutes les pieces qu'ils ont reprefentées
pendant la Foire ; la Difcorde
charmée de ce debut les trouve dignes
d'habiter un Hôtel & applaudit aux traits
qu'ils lancent contre leurs Auteurs .
L'Acte finit par le Ballet de l'enlevement
de Proferpine qu'on y a joint , en
fupprimant le Prologue pour réduire le
divertiffement en trois Actes . Cette derniere
petite piece a été fort bien reçûë
du public; ainfi que celles qu'elle a accompagné
jufqu'à la fin de la Foire , qui a
duré jufqu'au Dimanche 15. de ce mois.
Le 22. Septembre les Comediens François
ajoûterent à la Comedie des trois
Coufines un Prologue nouveau , intitulé
l'Affemblée des Comediens , dont voici
l'Extrait .
Le fieur de la Voye & le Concierge
de la Comedie ouvrent la Scene . Le premier
demande au Concierge fi fes camarades
fe font rendus à l'Affemblée , comme
ils en font convenus avec lui ; le
Concierge lui répond qu'il n'eft encore
venu perfonne , quoiqu'il foit déja cinq
heures. Il demande au fieur de la Voye
quel peut être le motif de cette affemblée .
Le fieur de la Voye lui répond qu'il a
prié
2218 MERCURE DE FRANCE.
prié les camarades de s'affembler pour
faire un repertoire des pieces qu'on pourra
jouer , après les trois Coufines , dont il
craint le Public ne fe latte enfin
que
voyant qu'on n'a autre chofe à lui donner.
Le Concierge lui dit que le Public
paroiffant très - fatisfait de cette piece , &
y apportant tous les jours fon argent , il
ne trouve pas qu'il foit à propos d'en
changer. Le fieur le Grand arrive & demande
dequoi il s'agit ; on l'en inftruit, il
n'aprouve , ni ne defaprouve , & répond
que quant à lui , il eft prêt à tout. La
petite Dle d'Ange ville arrive , en repetant
le rigaudon qu'elle doit danfer avec
fon frere dans les trois Coufines. Le fieur
de la Voye la prie un peu durement
d'aller danfer ailleurs ; elle trouve cela
très-mauvais , & lui dit avec colere ,
qu'apparemment il croit jouer avec elle
en ce moment le rôle de M. de Lorme
& qu'il la prend fans doute pour Mad la
Meuniere , fa belle foeur . Elle protefte
que puifqu'on la traite fi mal , elle ne
danfera plus , & qu'il verra fi le monde
viendra en fi grand nombre qu'il vient
depuis qu'elle danfe. Le fieur le Grand
la raccommode avec le fieur de la Voye ,
& a même la complaifance de fatisfaire
fa curiofité , en lui apprenant dequoi il
doit s'agir dans l'Affemblée. La petite
fille
#
OCTOBRE 1724. 2219
fille , leur dit qu'elle fçait un moyen infaillible
de leur faire gagner de l'argent ,
qui eft de la faire débuter . Son jeune frere
qui arrive fe mocque d'elle , en lui difant
qu'elle n'a point de voix . Point de
voix ! répond- elle , & qui en a ? on n'en
a que faire
être
pour une grande Actrice
n'eft il pas vrai , Meffieurs ? ajoûtet'elle
, en fe tournant vers le parterre.
Tout le refte de fon rôle confifte en imitation
qu'elle attrappe d'une maniere toutà-
fait au-deffus de fon âge , & avec une
intelligence , & un jeu qui nous rappellent
fon aimable Tante , Mile Defmarres .
Le Rôle de fon frere n'étant pas à beaucoup
près fi vif, n'a pas fait une impreffion
fi favorable fur l'efprit des Spectateurs
. Voilà à peu près furquoi roule tout
ce Prologue ; le refte eft purement acceffoire
& du même ton que les deux premieres
Scenes ; les Diles la Mothe &
Labbatte arrivent , & apportent à l'af
femblée un efprit contrariant ; elles font
directement oppofées à l'avis de leurs
anciens , & en viennent en quelque façon
jufqu'aux injures : voilà , dit le fieur de
la Voye , en fe tournant vers les Spectateurs,
comme fe terminent prefque toutes
nosaffemblées.
Les mêmes Comediens ont lû dans
G leur
2220 MERCURE DE FRANCE.
leur affemblée un autre Prologue fur le
même fujet , intitulé le Courier de Fontainebleau
, mais ils ne l'ont pas reçû . On
a trouvé les portraits un peu trop forts ,
& les applications trop marquées .
Ils ont reçû depuis peu une Piece en
un Acte qui a été reçûë tout d'une voix,
& dont on dit beaucoup de bien ; nous
n'en dirons pas le titre , l'Auteur n'y en
ayant encore donné aucun .
Vers la fin du mois dernier les Comediens
François remirent au Theatre
une Piece en Profe , & en trois Actes du
fieur Dancourt , à laquelle ils ont donné
un nouveau titre ; elle eft imprimée ſous
celui de Fête de Village , & ils l'ont intitulée
les Bourgeoifes de qualité. Elle a été
prefque auffi bien reçûë que celle des
trois Coufines du même Auteur ; on convient
même qu'elle fent plus fa Comedie
que les trois Coufines , & qu'elle eſt
auffi bien , & auffi vivement dialoguée ;
cependant le plaifir n'y eft pas fi continu
, indépendemment des Fêtes & de la
Mufique qu'on n'a pas trouvées fi fatisfaifantes
dans les Bourgeoifes de qualité .
La Dlle du Frêne a joué dans cette derniere
un rôle de folle avec tant de feu &
de naturel, qu'elle nous a rappellé la D'le
des Broffes qui excelloit dans ces fortes
de
OCTOBRE 1724. 2221
de caracteres. La Dile la Mothe a fait auſſi
beaucoup de plaifir dans un rôle d'un autre
genre de folie. Comme l'action de
cette Piece n'eſt pas bien confiderable ,
l'Extrait en fera fort court.
M. Nacart Procureur , ouvre la Scene
avec le Tabellion du Village où l'action
fe paffe , il lui donne fes ordres pour un
double contrat de mariage qu'il a projetté.
Il prie M. Blandineau , autre Procureur
, de le fervir dans le deffein qu'il a
d'époufer fa belle -four : M. Blandineau
tâche de l'en détourner , en lui difant
que fa belle -foeur eft encore plus folle
que fa femme ; mais M. Nacart perfifte
dans fa réfolution. Le genre de folie de
ces deux foecurs , c'eft de vouloir être
femmes de qualité , & d'agir en confequence.
Elles ont une niéce beaucoup plus
raiſonnable , cette niéce eft aimée d'un
jeune Comte qui ne lui eſt pas indifferent
; mais cet Amant n'ayant que fa Nobleffe
en partage eft obligé d'offrir ſa
main à la plus vieille des deux folles dont
nous avons parlé ; cette folle eft veuve
d'un Greffier à la peau. Ces deux foeurs
< nt encore une Coufine mariée à un
Flû ; mais fon entêtement pour la Nobleffe
eft beaucoup moins marqué . L'Auteur
a encore introduit dans fa Piece une
Made Carmin , mariée à un Marchand
Gij de
2222 MERCURE DE FRANCE.
de Laine , lequel vient d'acheter une
Charge de Prefident dans une Election.
Ce dernier perſonnage eft purement épifodique
, & ne tient qu'à une Scene unique
dont on pourroit fe paffer. La Dile
Labat joue ce rôle avec beaucoup de grace
& de naturel .
La plus vieille des fours folles ayant
declaré fon mariage avec M. le Comte , fa
Soeur la Procureufe & fa Coufine l'Elûë
en font au deſeſpoir. Mais M. Nacart les
met toutes d'accord par un contrat qu'il
fait figner fans qu'on en ait voulu entendre
la lecture ; cet expedient eft heureux,
car la Greffiere n'auroit jamais confenti à
devenir Made Nacart. Son futur mari
l'en confule par un titre de Comteffe
qu'elle doit porter du confentement de
M. le Comte , qui par le même contrat
devient l'époux de fa jeune Maîtreffe
qu'il étoit forcé de facrifier aux richeſſes
de fa vieille Tante. La Piece finit par
un divertiſſement ordonné dès le premier
Acte. Le fieur Gillier en a fait là Mufique
le Ballet eft de la compofition du
fieur Dangeville , de l'Académie Royale
de Mufique , dont les enfans font un ornement
très-piquant. La Die Labat y
danfe auffi une entrée. Elle joue dans la
Piece le rôle de la Niéce , outre celui de
la Prefidente ,
Cette
>
SEPTEMBRE 1724. 2223
Cette Comedie fut jouée dans fa nouveauté
au mois de Juillet 1700. & eut
beaucoup de fuccès. Les Diles Godefroy &
Raifin y joüoient les rôles de la Comteffe
& de Made Blandineau .
Le Ballet des Ages , 1eprefenté pour
la premiere fois par l'Académie Royale
de Mufique , le Dimanche neuf Octobre
1718. a été remis au Theatre le Mardi
dix de ce mois . Dans le Prologue , Hebé
raffemble fous l'ombrage la jeuneffe buil
lante foumife à fes loix , & l'invite à
jouir tranquillement des plaifirs . La joye
de la fuite d'Hebé eft interrompuë par
l'arrivée du temps ennemi de la jeuneſſe ;
les fujets de cet impitoyable Tiran pourfuivent
ceux d'Hebé qui recommençant
leurs jeux autant de fois qu'on les interrompt
, nous expriment le caractere de la
jeuneffe qui eft d'oublier les chagrins dès
qu'ils difparoiffent. On entend une douce
Simphonie. Venus paroit dans fon Char
avec l'Amour & Bacchus , le Temps &
fa fuite fe retirent . Hebé & la Cour recommencent
leur fête , & celebrent la
prefence de l'Amour & de Bacchus .
La premiere entrée caracterife l'Amour
ingenu & l'enfance . Leandre amoureux
d'une très -jeune perfonne fe trouve
à la Foire de Bezons , fous les habil-
Giij le2224
MERCURE DE FRANCE.
lemens d'Artemife , Gouvernante de Florife
, objet de fa tendreffe , & furprend à
la faveur de ce déguiſement le fecret de
fon coeur. Tandis que Zerbin , fon Valet,
amufe la vieille Gouvernante , elle revient
dans le moment où Leandre eft inftruit
de fon bonheur , & lui devient favorable
, touchée par les prieres de cet
Amant , & les foupirs diffimulez de fon
Confident. Cette entrée eft terminée par
les danfes des Mafques de la Foire de
Bezons . C'eſt- là que Mlle Prevoft qui
n'avoit point danfé depuis très long -tems
reparoît dans un pas de trois des mieux
figurez , avec M. Defmoulin & Mlle Richalet.
La feconde entrée repreſente l'âge viril
& l'Amour Coquet . Damon petit
Maître arrive en Champagne , où il trou.
ve fon ami Arafte. Dans la converfation
qu'ils ont enfenble ils fe trouvent Rivaux
auprès de Lucinde , jeune veuve
coquette , Dame du Château où Erafte
eft venu paffer les vendanges . Damon
prend fur le champ fon parti en petit
Maître confommé , & abandonne Lucinde
à fon Rival , après l'avoir raillée ſur
fon inconftance . Erafte refte feul avec
Lucinde qui profite de cette circonſtance ,
pour impofer à fon Amant par des manieres
& des difcours de Coquette rafinée.
OCTOBRE 1724. 2225
née. On entend un prélude de Haut- bois
qui annonce un divertiffement de Vendangeurs
Champenois. Erafte furpris s'informe
de cette nouveauté , Lucinde lui
dit froidement que c'eſt une fête préparée
pour elle par Cleon , riche Financier,
qui , dit-elle , s'avife de l'aimer . Elle
oblige Erafte d'y affifter , & l'appaiſe fans
fe juftifier. Mile Prevoft danfe encore
dans cette fête champêtre , une Muſette
qui ne cede pas à la danfe du premier
Acce.
La troifiéme entrée eft une image
de l'Amour joué dans la vieilleffe . Silvanire
deftinée par fon pere à épouſer
Argant, vieux Gentilhomme François, fe
traveftit en Cavalier Polonois , & aborde
ce vieillard qui ne le connoît pas dans
un jardin où il lui a prepare une fête.
Elle fe feint un Amant aimé d'elle- même
qui cherche Argant pour le punir de l'audace
qu'il a de vouloir lui enlever fa
Maîtrelle. Argant trompé par la Metamorphofe
& les difcours de Silvanire
& le prenant pour un de ſes Rivaux , eſt
encore intimidé par l'arrivée de Valere ,
veritable Amant de Silvanire qui eft
étonné de la trouver ainfi déguiſée ; Argant
ne comprenant rien aux difcours de
ces Amans tombe dans des foupçons qui
l'engagent à declarer à Fabio , noble Ve-
G iiij
nitien,
و
2226 MERCUPE DE FRANCE .
nitien , pere de Silvanire qu'il ne veut
plus de fa fille. Les Amans reconnus par
Fabio obtiennent fon confentement pour
leur mariage , & joüiflent de la fête preparée
par Argant. C'eft le triomphe de
la Folie fur tous les âges. Le rôle de Silvanire
déguifé en Polonois , joué autrefois
par Mile Antier eft executé par M.
Ermance , qui s'en acquitte au gré du
public.
Les paroles de ce Ballet font de M.
Fuzelier & la Mufique eft de la compofition
de M. Campra , Maître de la Chapelle
du Roi , & Intendant de la Mufique
de M. le Prince de Conti .
Les Comediens du Roi , François &
Italiens qui font à la fuite de la Cour ,
ont reprefenté à Fontainebleau devant
S. M. fçavoir ,
Les François repreſenterent la Tragedie
de Mithridate le Mardi 26. Septembre.
Le fieur du Mirail joüa le rôle du
Heros de la Piece , la Die Duclos celui
de Monime , & les fieurs Quinaut , ceux
de Xiphares & de Pharnace. Le Roi parut
y prendre beaucoup de plaifir ; ainfi
qu'à la petite Comedie de l'Efté des Coquettes
qu'on joua enfuite.
Le Jeudi 28. les Comediens Italiens
donnerent la Comedie des deux Arlequins
,
OCTOBRE , 1724. 2227
quins , Piece Françoiſe , qui fut fuivie de
l'Impatient , petite Comedie Italienne en
un Acte. Ces deux Pieces firent beaucoup
de plaifir à S. M. Dans la derniere où
l'Acteur qui joue le rôle d'Arlequin l'aî
né , imite l'incomparable Baron , divertit
extrêmement toute la Cour.
Le 30. les François reprefenterent la
Comedie du Baron d'Albikrac , dont le
fieur de Moligni joüa le principal rôle.
Le 3. Octobre la Double Inconftance ,
Comedie Françoiſe de M. de Marivaux ,
par les Italiens , & Arlequin , Baron Allemand
, Piece Italienne , réduite en un
Acte.
Les François reprefenterent le 5. la
Tragedie d'Iphigénie , dans laquelle la
Dile Angelique , nouvelle Actrice , éleve
du fieur Baron, joua le principal rôle , &
le fieur du Chemin le fils , celui d'Achille,
La Dile Duclos & le fieur Baron fe
furpafferent dans les rôles de Clitamneftre
& d'Agamemnon . On joua pour petite
Piece le Bon Soldat , qui divertit extrêmement
le Roi.
Le Samedi 7. le Joueur , Comedie Italienne
en trois Actes , du fieur Lelio , qui
fut fuivie de la Meridienne , Piece Françoife
, d'un Acte de M. Fuzelier.
Le 10. Amphitrion . Le fieur Poiffon
fils joüa le rôle de Sofie.
Gy Le
2228 MERCURE DE FRANCE .
Le 12. Arlequin Devalifeur de maifons
, Comedie Italienne en cinq Actes.
L'Infante Reine s'y divertit beaucoup.
Cette Piece , de laquelle on prétend que
Moliere a tiré une partie de fa Comedie
des Fâcheux , eft remplie de jeu de Theatre
& de Lazzi qui font plaifir , & comme
l'Intrigant , qu'on appelle en Italien
il primo Zanni , y joue un principal rôle
, le fieur Lelio y parut fous l'habit &
le nom de Brighela , & s'acquitta parfaitement
de cet emploi.
Le 14. la Tragedie du Comte d'Effex ,
où le fieur Baron & la Dlle le Couvreur
jouerent les principaux rôles d'une maniere
très- touchante. La Dle Angelique
joua celui de la Ducheffe. Le fieur Poiffon
joua enfuite le premier rôle dans la
petite Comedie du Cocu Imaginaire.
Le 17. Arlequin Sauvage , de M. de
1'Ifle.
Le 19. le Joueur , par les François , le
fieur Armand y joüa le rôle du Valet , la
Dile Nefmond , nouvelle Actrice , celui
de la Suivante , & le fieur Poiffon celui
du Marquis.
Le Mercredi 18. de ce mois on joüa
fur le Theatre François une Comedie
nouvelle en trois Actes , avec trois intermedes
, intitulé le Triomphe du Temps.
Par
OCTOBRE 1724. 2229
Par le fieur le Grand , Comedien du
Roi ; nous en rendrons compte plus
exactement dans le prochain Mercure.
Nous ne doutons pas que cette Piece n'ait
-un grand fuccès ; la feconde reprefentation
a été encore plus goûtée que la premiere.
La Mufique des Divertiffemens ,
qui eft de la compofition du fieur Quinaut
eft charmante , & les Ballets qui
font de l'invention du fieur Dangeville
font enchantez,
On a repreſenté à Vienne un Opera
nouveau fous le titre d'Andromachus ,
qui a été honoré de la prefence de l'Empereur
, & c.
La Signora Franceſca Çuzzoni , merite
un article plus étendu que celui où il eft
parlé d'elle dans le précedent Mercure.
C'eft la principale Actrice de l'Opera
Italien , établi à Londres , où elle s'en
eft retournée dès la fin de l'autre mois.
Elle vint à Paris au mois de Juillet dernier,
à la priere des perfonnes de diftinction
& de goût , qui compofent l'affemblée
qui fe tient deux fois la femaine ,
chez M. Crofat , ruë de Richelieu , cù
l'on donne des concerts depuis quelque
temps , compofez des plus belles voix ,
& des meilleurs Inftrumens . La Dlle Cuzzoni
G vj
2230 MERCURE DE FRANCE .
zoni étoit accompagnée de la Signora Duraftanti
, & des fieurs Bofchi , Berneflat
& Brigouzi , fes camarades , qui ont eu
congé pendant les mois de Juillet , Aouſt
& Septembre , que les Spectacles ceffent
en Angleterre.
L'excellente maniere de chanter de
ces deux Demoifelles , engagea le Duc de
Bourbon , à les faire entendre au Roi à
Chantilly , où elles reçûrent de grands
applaudiffemens . S. M. en fut fi contente
qu'elle voulut que la Dile Cuzzoni chanta
un Motet à la Meffe à Fontainebleau ,
avec la Mufique de la Chapelle . Elle
chanta le lendemain le Ffeaume Laudate,
de la compofition de M. Bononcini , Maître
de Mufique du feu Empereur Jofeph ,
à la fatisfaction de toute la Cour. Outre
les grands applaudiffemens , la Dlle Cuzzoni
a reçûë des marques de la liberalité
du Roi , du Duc de Bourbon & de differens
Seigneurs.
#
NOUOCTOBRE
1724.
2231
****************
NOUVELLES ETRANGERES.
LE
Turquie.
E Grand Vifir a envoyé des ordres
aux Officiers Generaux qui commandent
l'armée qu'on avoit affemblée
cette année vers le Pruth , de quitter les
bords de cette Riviere , & de renvoyer
les troupes dans leurs quartiers ordinaires
de la Valachie & de la Moldavie.
Le Prince Alirfam Pittiram , Chef des
Arabes Rebelles qui ont attaqué la caravane
de la Meque , & enlevé le preſent
annuel que le Grand Seigneur envoye au
tombeau de Mahomet , s'étoit retiré dans
les deferts de Puram , & s'étoit cantoné
avec les plus déterminez de fes troupes
près de la Ville de Herat ; mais le Bacha
qui commande l'armée Ottomane dans ce
pays - là , ayant fçû le lieu de fa retraite
a marché vers cette Ville , & a fait arrêter
ce Chef des Arabes dans le temps
qu'il prenoit des mefures pour fe fauver.
Les troupes qui font actuellement dans
les Provinces Frontieres de la Ferfe
n'en partiront qu'après que le jeune Rei
de Perle aura accepté les conditions qui
le
2232 MERCURE DE FRANCE.
le concernent dans le dernier traité de
pacification qui a été conclu à Conſtantinople,
entre le GrandSeigneur & le Czar.
M. de Nieplief , Réfident du Czar à
Conftantinople , a declaré au Grand Vifir
que Sa Majesté Czarienne confentoit
d'entrer en accommodement avec Miry-
Mamouth , & que ce Miniftre a auffi
remis au Grand Vifir un plan pour exterminer
les Tartares , en propofant au
Grand Seigneur de ceder Afoph , & de
retenir feul toute la Tartarie.
On a fignifié aux Regences des Etats
des côtes de Barbarie , que Sa Hauteffe
prétendoit que leurs Armateurs refpectaffent
le Pavillon de l'Empereur qu'ils
avoient infulté , en enlevant un Vailleau
de la Compagnie des Pays -bas , portant
Pavillon Imperial .
O
Ruffie.
N publia ces jours paffez un nouveau
Reglement pour les Convents.
Sa Majefté Czarienne fixe le nombre
de ceux des hommes à cinquante qui
ne pourront avoir chacun que cinquante
Religieux , avec défenfes aux Superieurs
d'en recevoir au - deffous de quarante ans.
La dépenfe de chaque Religieux fera réduite
à un Ruble ( un Rouble vaut environ
4. liv. de nôtre Monnoye ) par femaine
OCTOBRE 1724
2233
ne pour les nourriture & vêtemens , &
le furplus des revenus des Monafteres
qu'on dit monter à plufieurs millions ,
fera remis au Tréfor du Czar. Ce Reglement
commence à s'executer. Les Receveurs
qui doivent faire la Regie des
biens de ces Monafteres , furent nommez
le 18. du mois paffé .
Il eft arrivé à Mofcou quelques Marchands
de Perfe , qui viennent dans le
deffein de s'y établir , & de s'intereffer
dans la nouvelle . Compagnie Orientale .
M. Romen foff , Brigadier & Major des
Gardes du Czar , eft parti de Peterbourg
pour Conftantinople , où il va en qualité
d'Envoyé Extraordinaire pour faire l'échange
des ratifications du dernier Traité
conclu avec la Porte Othomane.
Pologne.
N vient d'apprendre qu'on a apperçu
des fimptômes de contagion
dans la Podolie , & dans la Beſſarabie ,
entre le Niefte & le Danube , & l'on a
donné des ordres pour en empêcher la
communication .
Vingt Diettes particulieres ont été
rompues fans prendre de conclufions ;
mais il y en a encore cinquante affemblées
qui paroiffent difpofées à concourir
au bien general du Royaume. Celle de
Ma1234
MERCURE DE FRANCE.
Mazovie a ordonné par une de fes déliberations
, que les Nobles de fon diſtric
ne porteront plus d'habits à l'Allemande.
Les deux Princes de Valachie font
arrivez Warfovie de Mofcou , où ils
ont réfidé plus de cinq ans ; mais après
le renouvellement des Traitez entre la
Porte & la Ruffie , ils ont été obligez de
fe letirer des Etats de S. M. Czarienne .
L
Suede.
'Univerfité d'Abo a 'député au Roi ,
pour prier Sa Majeſté d'ordonner à
la jeuneffe du Duché de Finlande d'y
faire ſes études , à peine de ne pouvoir
jamais parvenir aux emplois de ce Duché.
Les Députez ont repreſenté à Sa
Majefté que leur demande n'avoit rien
d'injufte , puifqu'elle étoit conforme aux
privileges que la Reine Chriftine avoit
accordez à cette Univerfité , & que l'Ordonnance
qu'ils follicitent ne pouvoit
porter aucun préjudice à l'Univerfité
d'Upfal , parce que la Finlande eft une
Province feparée de la Suede par un bras
de Mer , affez confiderable pour empêcher
la défertion des Ecoliers Suedois .
Le Roi étant ces jours paffez à la chaffe
aux Ours , un de ces animaux qui étoit
dans les toiles , devint fi furieux , qu'il
bleffa plufieurs perfonnes , & S. M. y
couOCTOBRE
1724. 2235
courut même un très- grand danger ; car
le cheval fur lequel elle étoit montée
s'étant cabré , prit le mords aux dents &
l'emporta dans la Foreft voifine , où elle
fut renversée , mais fans ſe bleffer : le
cheval alla ſe jetter à 200. pas dans un
précipice où il fe tua.
Dannemark.
N va établir une impofition gene-
Orale fur les Vins , Eaux -de- Vie ,
Sels , Tabacs , & autres Marchandiſes qui
entrent dans la Ville de Coppenhague ,
& l'on prétend que le produit de ces nouveaux
droits augmentera de plus de cent
mille florins les revenus ordinaires de la
Caiſſe Royale.
Allemagne.
N a declaré Na à tous les Artifans de
Vienne qui demeurent dans des
endroits privilegiez , que pour jouir à
l'avenir de leurs franchifes ils feroient
obligez de payer une certaine taxe , dont
on compte que le produit montera par an
à cinq cens mille florins.
Le Comte de Galon , l'un des plus
anciens Membres du Confeil Aulique ,
qui s'étoit retiré depuis quelques années
dans les terres , a été mandé par ordre de
la Cour tant pour prefider à ce Confeil
que
2236 MERCURE DE FRANCE.
que pour faire les fonctions de Vice ,
Chancelier de l'Empire , pendant l'abfence
des Comtes de Schonborn , de Windifgrats
& de Wurmbrantd.
Il s'eft tenu un Confeil de Guerre chez
le Prince Eugene de Savoye , dans lequel
il a été réfolu de congedier les vieux
foldats mariez , de leur payer ce qui leur
eft dû de leur folde , & de leur donner
pour récompenfe des terres à cultiver
dans les Bannats de Temefwar & de
Belgrade .
Le 28. du mois dernier , l'Empereur
ayant reçû avis qu'il étoit arrivé à Venife
un Envoyé de la Regence de Tripoli
S. M. I , nomma M. Talman pour aller le
recevoir fur les frontieres de fes Etats ,
& le conduire à Vienne .
Le Comte de Jugsheim , Miniftre
d'Oettingen a obtenu une place dans le
Confeil Aulique de l'Empire , pour y
affifter de la part des Lutheriens.
LE
Grande Bretagne.
,
E 13. au foir on arrêta à Londres
l'époufe du Colonel Hay l'un des
complices de la derniere confpiration .
Le gros lot de dix milles livres fterling
de la Loterie de l'Etat , échût le 2 2 .
Septembre au numero 18935. On dit
que le Lord Pelham , frere du Duc de
Newcaſtle
OCTOBRE 1724. 2237
Newcastle étoit porteur de ce billet , &
qu'il en a fait preſent au fieur Brandshaw,
Miniftre dans le Comté de Suffex , qui
avoit été fon Précepteur.
On mande de Dublin que la populace
s'y étoit foulevée , à l'occafion de la Monnoye
de Cuivre qu'on veut introduire en
Irlande.
Le 3. Octobre il y eut à Windfor un
grand Confeil , dans lequel il fut réſolu
de proroger le Parlement jufqu'au 23 .
de Novembre prochain.
Les Seigneurs Haute - Jufticiers du
Royaume d'Irlande ont marqué à la
Cour que leur autorité n'étoit pas fuffifante
pour faire recevoir les Monnoyes
de Cuivre , dont la fabrique a été accordée
au fieur Wood par des Lettres Patentes
de Sa Majefté ; le Lord Carteret ,
nouveau Viceroi de ce Royaume a reçû
ordre de paffer à Dublin ; on croit qu'il
appaifera enfin les peuples , quoique trèsprévenus
contre cette Monnoye qu'ils regardent
comme la ruine future de leur
commerce .
Les Herauts d'armes , auffi bien que
les Gentilhommes à Bec de Corbin ,
ayant été fommez de fe rendre à Windfor
, le Roi en qualité de Souverain de
l'Ordre de la Jarretiere , fe rendit le Dimanche
8. de ce mois en ceremonie à
2238 MERCURE DE FRANCE .
la Chapelle Royale du Château , acco.npagné
du Prince de Galles , des Ducs
de S. Albans , de Grafton , de Bolton ,
de Dorfet , de Roxbourg , de Neucaſtle
& de Montague , du Comte de Lincoln
& du Vicomte de Townfend, Chevaliers
du même Ordre , revêtus du Manteau
& du Colier de l'Ordre , le Duc de
Mancheſter portoit l'épée de l'Etat . Après
que S. M. eut affifté au Service Divin
& au Sermon prononcé par le Docteur
Godard , elle s'avança vers l'Autel , &
y fit fon offrande , ainfi que le Prince de
Galles , & les autres Chevaliers. Cette
ceremonie n'avoit pas été faites depuis
Charles I. excepté dans le temps des
inftallations des nouveaux Chevaliers.
Les offrandes dont on vient de parler ont
été diſtribuées à 26. pauvres Chevaliers
de l'Ordre , qui font appellez ainfi , parce
qu'ils font logez & entretenus dans
Windfor. L'Office de ces Gentilhommes
eft d'affifter deux fois par jour aux prieres
qui ſe font dans la Chapelle du Château
.
On mande de Dublin que les Commerçans
du Royaume d'Irlande étoient convenus
entre eux fous ferment , de ne
jamais recevoir de la nouvelle Monnoye
de Cuivre de M. Wood ; ils avoient affiahé
à cette occafion divers Ecrits féditieux
OCTOBRE 1724. 2239
tieux à la porte de leurs maifons , &
qu'un Bâtiment chargé de cette Monnoye
étant arrivé à la rade de Cork , il avoit
été entouré en un inftant d'un nombre
infini de Chaloupes remplies de menu
peuple qui menaçoient d'y mettre le feu ,
ce qui avoit obligé le Maître de ce Navire
de remettre à la voile , & de fe retirer.
O
Hollande & Pays- Bas .
N mande de Bruxelles que le Cardinal
d'Alface , Archevêque de
Malines ayant vifité une feconde fois
l'Abbaye de Camvemberg , l'Abbé & les
Chanoines n'avoient fait aucune proteſtation
, en vertu du droit qu'ils prétendent
avoir de n'être point ſujets aux vifites de
l'ordinaire.
On mande auffi de la même Ville que
la nuit du 21. au 22. Septembre la petite
Ville d'Hannufe , fituée fur la Gaete,
à deux lieues de Saintron , avoit été entierement
détruite par un incendie , en
moins de cinq heures de temps.
Portugal.
E Roi a accordé à Don Jean de Sé-
Lgueira d'Almeida , Gentilhomme de
fa Maiſon , & Colonel d'un Regiment de
Cavalerie dans la Province de Tra-los-
Montes , une place d'Alcaide- Major , le
Core2240
MERCURE DE FRANCE .
Coredor de l'Ordre de Chrift , & une
penfion de deux cens mille Reis.
On a appris par des Lettres de Riode
Janeiro du 24. Mars dernier que les
deux Vaiffeaux de Guerre qu'on avoit
envoyez à l'embouchure de Rio de la
Plata avec des troupes , des ouvriers , &
les materiaux neceffaires pour bâtir un
Fort fur les montagnes de Redio , vis - àvis
l'Ile de S. Gabriel , y étoient arrivez ,
& y avoient débarqué leurs troupes &
leurs ouvriers fans aucune oppofition ;
mais que quelques jours après l'entiere
conftruction du Fort , les Efpagnols
l'étoient venus l'attaquer par Mer & par
terre , & avoient obligé les Portugais de
l'abandonner , & de fe retirer avec leurs
Vaiffeaux à Rio de Janeiro .
Donna Joachim de Bourbon , fille du
Comte de Avintes entra le cinq Septembre
chez la Reine , en qualité de Damed'Honneur
de Sa Majesté.
Le 3. & le 6. du mois dernier la Garnifon
de Lisbonne , confiftant en trois Regimens
de Cavalerie , & deux d'Infanterie
, fe rendit dans la plaine , dite de
Jonquere , & y donna le fpectacle d'un
combat. Le Duc de Cadaval , Generaliffime
des troupes de Portugal commandoit
à ce camp, & fe tint à cheval pendant
tout le combat , quoiqu'âgé de 95. ans.
Efpa
OCTOBRE 1724. 2241
Espagne.
E Marquis de Grimaldo a été fait
Secretaire d'Etat , & la plupart des
autres Miniftres ont été rétablis dans les
differens emplois qu'ils avoient avant
l'abdication du Roi.
La Reine Doüairiere , veuve de Don
Louis eft dans une parfaite convalefcence,
& commence à prendre l'air dans les jardins
du Buen -Retiro.
Italie.
E huit Septembre , Fête de la Nati-
Lvité de la Sainte Vierge , le Pape
nomma Evêques affiftans du Trône M.
Marc-Antoine Anfidei , Archevêque de
Damiette , & Affeffeur du S. Office , &
M. Dominique Roffi , Evêque de Volturata
.
Le même jour Don Fabrice Colonne ,
Duc de Palliano , Grand Connétable du
Royaume de Naples , prefenta au Pape
la Haquenée , en qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire de l'Empereur pour cette
eceremonie .
Sa Sainteté a figné une Ordonnance
par laquelle le peuple eft déchargé de
l'impoft des deux deniers par livre qui
avoit été mis fur la viande en 1708.
Le 11. Septembre le Pape tint un Confiftoire
2242 MERCURE DE FRANCE.
fiftoire fecret , où plufieurs Prélats furent
propofez , & où Sa Sainteté fit la ceremonie
de fermer la bouche au Cardinal de
Polignac , chargé à Rome des affaires du
Roi très -Chrétien . M. Antoine Blanchieri
a été nommé Gouverneur de Rome
par le Pape.
On mande de Turin que le Baron de
Leitrum , Gentilhomme Allemand , qui
avoit accompagné la Princeffe de Piémont
jufqu'en Savoye, eft arrivé à Rivoli
pour y complimenter la Reine de Sardaigne
de la part de cette Princeffe. Madame
la Marquife d'Alinges , bru du
Marquis du Coudray , a été nommée Dame-
d'Honneur de la Princelle de Piémont.
Le S. Pere a érigé en Principauté le
Fief de Roca Gorga , en faveur du Duc
de Gravina , les conftitutions exigeant
qu'il ait une Principauté dans l'Etat Ecclefiaftique
, pour pouvoir exercer la
Charge de Prince du Trône.
Le 16. de l'autre mois le Pape tint
au Palais du Quirinal un Confiftoire public
, auquel le trouverent 29. Cardinaux
; S. S. donna le Chapeau aux deux
nouveaux Cardinaux Jean - Baptifte
Altieri , de l'Ordre des Prêtres , & Alexandre
Falconieri de l'Ordre des Diacres .
Le 17. on eut avis à Rome que le Roi
>
de
OCTOBRE 1724. 2243
de France avoit nommé M. Michel Pref
fiat , Expeditionnaire en cetté Cour , pour
fucceder à feu M. de la Chauffe dans les
Emplois de Conful de la Nation Françoile
à Rome , & de Garde des Archives
de France .
›
Le 18. on publia un Decret du Pape ,
datté du 7. Septembre , par lequel S. S.
declare que le Decanat du Sacré College
venant à vacquer dans la fuite , il fera
donné au Cardinal le plus ancien de promotion
quand même il feroit abfent
pour lors , à condition neanmoins qu'il
réfidera actuellement dans fon Diocéfe .
Ce même Decret contient auffi des Reglemens
particuliers , concernant l'option
des Cardinaux pour les titres d'Evêque
d'Oftie & de Velletri.
Ceremonie de laprise de poffeffion de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Pape.
E 24. Septembre dernier , Sa Sain-
Lteté , accompagnée des Cardinaux
·
Barberin , Zondodari , Scotti , Spinola de
Sainte Agnés , Belluga , Pereira , Salerno
, Cienfuegos marchant à fa droite , &
des Cardinaux Jean Baptifte Altieri ,
Laurent Altieri , de Polignac , Olivieri ,
Marini & Alexandre Albani , marchant
à fa gauche , fe rendit en cavalcade à
1
H cette .
2244 MERCURE DE FRANCE.
cette Eglife vers les trois heures aprèsmidy
, avec un cortege , dont la marche
étoit commencée par un détachement des
Chevaux Legers de la Garde , à la tête
duquel étoient Don Jerôme Colonne ,
Grand Maréchal des Logis de S. S. & le
Marquis Gafpard Ottieri , Sur- Intendant
des Ecuries ; ils étoient fuivis des
Adjudans de Chambre des Cardinaux ,
avec des Porte - Manteaux à leurs armes ,
de leurs Gentilhommes , des Gentilhommes
Romains , des Palfreniers du Pape ,
tenant des Chevaux de main , & les deux
Haquenées de la Litiere de S. S. fuivies
de deux Trompettes de l'Ecurie. Après
ce premier cortege , & à quelque dif
tance marchoient les Cameriers , extra
muros , les Adjudans de la Chambre ,
M. Lana , Commiffaire de la Chambre
Apoftolique , & M. Jacovacci , Fifcal
de cette Ville , les Avocats confiftoriaux ,
les Chapelains du commun , les Chapelains
fecrets , les Cameriers d'honneur ,
les Cameriers fecrets de Cape & d'Epée ,
les autres Cameriers fecrets , dont les
quatre plus anciens portoient des Chapeaux
de velours rouge dans leurs mains
le Capitaine de la Garde Suiffe , les Abbreviateurs
, les Votans de fignature , les
Clercs de la Chambre , le Maître du Sacré
Palais , marchant au milieu des Auditeurs
OCTOBRE 1724. 2245
diteurs de Rote , les Eftafiers du Pape ,
la Garde Suifle , le Duc de Gravina , neveu
du Pape , monté fur un Cheval magnifiquement
harnaché , ayant deux Pages
à fes côtez , & une nombreuſe livrée ,
le fieur Pierfanti , Premier Maître des
Ceremonies , & l'Auditeur de Rote
dernier reçû , portant la Croix au milieu
de deux Maîtres des Ceremonies . Le
Pape paroiffoit enfuite , ayant à fes côtez
les Cardinaux qui étoient fuivis d'un autre
détachement des Chevaux - Legers de
la Garde & de la Garde Suiffe , du Maître
de Chambre de S. S. des Medecins
fecrets , du Caudataire , & des Officiers
de la Garderobe du Pape , des Patriarches,
Archevêques & Evêques , affiftans du
Trône , de l'Auditeur & du Treforier de
la Chambre Apoftolique , du Majordome,
marchant au milieu de deux Protonotaires
Apoftoliques , du Caroffe du Pape &
du Duc de Monte -Mileto , Capitaine des
Chevaux - Legers & petit neveu de S. S.
Le Pape en paffant devant le Capitole ,
fut complimenté par le Marquis Frangipani
, au nom du Senat & du peuple Romain
; & étant entré dans l'Eglife de
S. Jean de Latran , il fe mit à genoux fur
un carreau de velours rouge qui avoit
été preparé devant le Grand Autel , où
le Cardinal Pamphile , Archiprêtre de
Hij
cette
2246 MERCURE DE FRANCE.
cette Eglife , lui donna la Croix à baifer ;
après quoi S. S. s'étant placée dans fon
Trône , le même Cardinal lui preſenta
les deux clefs de l'Eglife qui étoient pofées
en fautoir dans un baffin d'or que
portoit M. Alexandre Tanara , Vicaire
de l'Eglife. Le Pape alla enfuite à la principale
porte de cette Eglife , où il fut
porté dans fa Chaife à la loge du Portail
pour y donner la Benediction , quiffut
accompagnée d'une falve generale de l'Artillerie
du Château S. Ange , de la Moufqueterie
des troupes de la Garde , & du
fon de toutes les cloches. Le foir il y eut
des illuminations & d'autres marques de
réjouiflances dans toutes les ruës.
France.
'Abbé de Buffi - Rabutin , Evêque de
L'Luçon, en allant prendre poffeffion
de fon Evêché , a eu le malheur de perdre
fix jeunes Chevaux & fon Carofle
qui eft verfé de deffus une hauteur , à
l'occafion d'une décharge que firent imprudemment
les habitans d'une Ville de
fon Diocéfe qui avoient pris les armes
pour recevoir leur Evêque . Son Cocher
à eu les jambes caffées , & il a penſé perir
lui même , cet accident arriva dans
le temps qu'il alloit monter dans fon Carofle
lui quatrième.
Le
OCTOBRE 1724. 2247
Le Roi a pris prefque tous les jours
le divertiffement de la Chaffe à Fontainebleau
; S. M. a fouvent été de trèsbonne
heure à la Foreft pour y chaffer le
Cerf , le Sanglier ou le Chevreuil . On a
pris ordinairement deux Cerfs dans chaque
Chaffe
ན་
Le 1. de ce mois l'Abbé de Vaccon ,
Evêque d'Apt , fut facré à Paris dans la
Chapelle du Noviciat des Jefuites , par
l'Evêque de Vence , affifté des Evêques
de Carcaffonne & d'Alet. Il prêta ferment
le 8. à Fontainebleau entre les
mains du Roi .
Le Marquis de Conflans eft chargé
d'aller faire des complimens de condoleance
au Roi & à la Reine d'Efpagne ,
& à la Reine doüairiere , fur la mort du
Roi Louis I. de la part de S. A. R. Madame
la Ducheffe d'Orleans , de Monfieur
& de Madame la Ducheffe d'Orleans
.
Le 10. de ce mois Madame la Ducheffe
d'Orleans fut faignée par précaution
à caufe de fa groffeffe .
Le Marquis de Conflans doit fe rendre
à Madrid de la part de Madame la
Ducheffe douairiere d'Orleans , du Duc
d'Orleans , fon fils , & de la Ducheffe
d'Orleans , fa bru , pour faire des complimens
de condoleance à la Reine douai-
H iij
riere
2248 MERCURE DE FRANCE .
riere d'Espagne , & à L. M. Catholiques
regnantes , fur la mort du Roi Louis.
Le 15. de ce mois on reçut avis
Fontainebleau , par un Courier extraordinaire
dépêché de Madrid , que le Roi
d'Efpagne avoit nommé le Comte de
Morville , Miniftre & Secretaire d'Etat
au département des affaires Etrangeres ,
fils de M. le Garde des Sceaux , Chevalier
de la Toifon d'Or.
Le Duc d'Orleans , chargé des pouvoirs
de Sa Majefté Catholique , pour recevoir
le Comte de Morville , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , en fit la
ceremonie dans fon Cabinet à Fontainebleau
le 22. de ce mois à dix heures du
matin , conformément au ceremonial envoyé
par ordre de S. M. Catholique.
>
Le Chapitre étoit compofé , fçavoir ;
du Duc d'Orleans , fur le banc à droite
le Duc de Bourbon , le Duc de Noailles ,
Parrain du nouveau Chevalier , le Marquis
d'Arpajon , le Maréchal Duc de
Villars. Sur le banc à gauche , le Comte
de Toulouſe , le Marquis.de Beaufremont
, le Marquis de Brancas , le Comte
de Morville , & c.
Comme nous avons donné dans le
Me cure du mois de Juillet dernier , page
1494, une Relation exacte de ce qui
fe paffa à la reception du Duc d'Orleans
&
OCTOBRE 1724.. 2249
& du Duc de Bourbon : nous n'entrerons
point dans le détail de cette augufte ceremonie
, qui eft préciſement la même .
Le Roi.a été fe promener au Château
de la Riviere , chez le Comte de Touloufe
, où S. M. a pris beaucoup de plaifir
, furtout à voir tirer un feu d'artifice
qu'on lui avoit preparé.
Le 15. le Roi alla entendre le Salut
dans l'Eglife du Monaftere des Baffes-
Loges ; enfuite S. M. vifita la maiſon.
Le 17. de ce mois , M. d'Ombreval ,
Lieutenant General de Police , fit l'ouverture
de la nouvelle Bourfe , qu'on a
conftruite dans un lieu fort commode &
fort bien décoré , derriere l'Hôtel de la
Compagnie des Indes , en confequence
d'un Arrest du Confeil , dont on trouvera
la teneur cy - après.
L'Abbé de Livri, Ambaffadeur de France
à Liſbonne , y arriva le 16. du mois
paffé . Don Francifco Mafcarenhas , Comte
de Coculim , alla le recevoir à l'entrée
de la Ville , avec un Carolle du Roi ,
fuivi de trois autres Carofles , dans lefquels
il y avoit plufieurs Gentilhommes.
M. l'Ambaffadeur fut conduit au Palais
du Comte de Source qu'on lui avoit preparé
, & dans lequel il reçût le même
jour & le lendemain les complimens des
Seigneurs de la Cour & de la principale
Nobleffe.
Hiiij
Le
2250 MERCURE DE FRANCE.
Le 20. de ce mois le Roi accorda au
Comte de Teffé , Grand d'Eſpagne , la
Charge de Premier Ecuyer de la Reine ,
fur la démiffion volontaire du Maréchal
de Teffé , fon pere , à qui S. M. l'avoit
donnée au mois de Decembre dernier .
Madame Marie - Anne - Gabrielle Eleonore
de Bourbon Condé , foeur aînée de
M. le Duc , Religieufe de Fontevrault ,
nommée à l'Abbaye Royale de Saint Antoine
des Champs - lez - Paris , Ordre de
Cîteaux , où elle fait conftruire des bâtimens
magnifiques : ( monumens éternels
de cette illuftre & Religieufe Princeffe
) prit l'habit de cet Ordre le 8. de
ce mois.. Après que l'habit eut été beni
par un Religieux de l'Ordre , Confeſ- ·
feur de l'Abbaye de S. Antoine , fon Altelle
Sereniffime regala fplendidement ce
jour la toute la Communauté , & fit de
très -beaux prefens aux Religieufes du
Choeur , aux Peres Confeffeurs , au Chapelain
, aux Soeurs Converſes , & aux
Penfionnaires . L'après - dîné elle leur fit
l'honneur de leur rendre vifite , dans laquelle
elle leur donna des marques d'une
bonté & d'une tendreffe finguliere.
Le 13. du même mois elle prit poffeffion
de cette Abbaye ; la ceremonie en
fut faite par M. l'Official de Paris , avec
un concours extraordinaire , & aux acclamations
OCTOBRE 1724 .
2251
mations du peuple du Fauxbourg Saint
Antoine.
Quelques jours après Son Alteffe Sereniffime
vint recevoir le voeu d'obéïffance
de toutes les Religieufes de fon
Abbaye ; on lui avoit preparé un Dais ,
avec un Trône au milieu du Choeur , fous
lequel elle refufa de fe placer par une
humilité Chrétienne , qui eft hereditaire
dans la Maifon de Saint Louis , dont la
Princeffe defcend. Elle s'affit dans fon
Siege Abbatial , où elle les embrafla toutes
, avec des témoignages d'une bienveillance
extraordinaire. Elle fit enfuite des
largeffes & des liberalitez , dignes d'une
fi vertueuſe & genereufe Princeffe , aux
pauvres , & à tous les domeftiques de
Ï'Abbaye.
Extrait d'une Lettre écrite de Nantes le 12 .
Octobre 17 24. fur un combat de Mer.
N
Ous avons appris par nos Lettres
venus du Cap , côte de Saint Domingue
, que le Vaiffeau l'Union , monté
par le Capitaine Turbé y étoit arrivé à
la fin de Juillet dernier , après avoir foutenu
un combat extraordinaire par la
hauteur de 35. degrez contre un Corfaire
de Salé , monté de 160. hommes
armé de 20. canons , & de fix periers . Le
Hv Sal2252
MERCURE DE FRANCE:
y
Saletin ayant abordé ce petit Vaifleau par
fa proue , après plufieurs volées de canon,
tout l'équipage fe jetta entre les ponts ,
épouvantez par le nombre des ennemis
& par leurs cris , à la réferve du fieur
Eugenne Thalas Creolle de la Grenade
( qui avoit paffé en France pour une
affaire qu'il a au Confeil du Roi , & qui
retournoit au Cap par ordre des Medecins
, ) du fieur le Roi & de 4. à 5. autres
pallagers , qui ayant horreur de l'efclavage
, s'animerent par les difcours du
fieur de Thalas , le fuivirent contre une
troupe de Saletins qui étoient montez le
long du beau pré dans leur Vaiffeau , ils
n'y furent qu'un inftant , ayant tous été
tuez & jettez à la Mer , les nôtres déborderent
enfuite le Vaiffeau Saletin , &
donnerent le temps au fieur de Thalas de
faire preparer & emplir de poudre les
flacons & bouteilles pour foutenir un
fecond abordage , dans lequel le Corfaire
fut encore très - mal-traité , quelques Matelots
s'étant rejoints aux paffagers. Enfin
il y eut un troifiéme abordage mal
executé par ces Pirates qui coûta la vie
à plus de so . d'entr'eux . Ce combat fi
inégal a duré deux heures entieres , & il
y a eu tant d'actions particulieres de valeur
& d'adreffe de la part des fieurs Tha
las & le Roi , qu'il n'eft pas facile de les
décrire ,
OCTOBRE 1724. 2253
décrire . On estime que l'ennemi y a perdu
80. à 90. hommes , & il n'y en a eu
que trois de bleflez dans le Vaifleau l'Union
.
光光洗洗洗洗洗洗汽業:光光淡淡化洗洗洗茶
BENEFICES DONNEZ.
L'Claire ,Diocèfe de Narbonne , vacante
par le decès de Dame Megnier , a
été donnée à Dame Martin , Religieufe
dans le Monaftere de Sainte Claire du
Salin , à Toulouſe .
'Abbaye d'Azile , Ordre de Sainte
L'Abbaye Commandataire de S. Hilaire
de la Selle , Ordre de S. Auguflin ,
Diocéfe de Poitiers , vacante par le decès
du fieur Jules Cefar Coutocheau , en
faveur du fieur Bazile - Laurent Barbier ,
Clerc du Diocéſe de Paris.
Le Prieuré Commandataire de Nôtre-
Dame d'Hennemond , de l'Ordre des
Chanoineffes Regulieres de Saint Auguftin
, au Dioceſe de Chartres , vacant
par le decès du fieur de Longueil , en
faveur du fieur Michel- Hierome Bouvard
de Fourqueux , Clerc du Diocéfe
de Paris.
L'Abbaye Royale des Bernardins de
Neufchatel en Braye , de l'Ordre de
H
vj Cî2254
MERCURE DE FRANCE. ·
Citeaux , vacante par le decès de
en faveur de la Dame Ravot
Dombreval , Religieufe Bernardines dans
l'Abbaye Royale de Villiers- lès-la - Ferté
en Lez.
*** ************ : 菜菜
MORTS.
N mande d'Arras qu'il y eft mort
le mois paffé deux perfonnes dans
un âge extrêmement avancé ; fçavoir ,
Anne Hourlier , veuve de Pierre Dhuval
, âgée de 104. ans , qui n'avoit jamais
reffenti aucune incommodité , ni eu
d'autre maladie que celle dont elle eſt
morte, & un Berger du Village de Goüye
en Artois , nommé N. Dambeines , qui
auffi bien que l'autre n'avoit jamais été
malade ; il étoit âgé de 105. ans , &
paroiffoit fi peu caffé , & fi peu décrepit
, qu'on ne lui auroit pas donné 60 .
ans.
Damoiselle Loüife Elizabeth Defpics ,
Fille d'honneur de S. A. S. Mademoifelle
de Charolois , eft decedée à l'Hôtel
de Condé le 24. Septembre dernier
âgée d'environ 20 ans .
Le 25. de l'autre mois , Dame Marie
le Loup de Bellenave , cy devant Dame
d'honneur de feu S. A. R. Madame , veuve
OCTOBRE 1724. 2255
ve de M. René de Gillier Chevalier-
Marquis de Clerembault , Marmande &
Pingareau , cy - devant de Toul , & Premier
Ecuyer de feu S. A. R. Madame ,
âgée de 84. ans,
M. Philippe de Beauverger , Comte de
Montgon , Marefchal des Camps & Armées
de S. M. Gouverneur de l'Ile d'Oleron
, Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , cy - devant Capitaine
de Grenadier au Regiment des
Gardes Françoiſes , eft mort au commencement
de ce mois dans fon Gouvernement
, âgé d'environ 63. ans.
François Timoleon de Choifi , Prieur
de S. I ode Rouen , de S. Benoiſt du Sault,
& de faint Gelais , Doyen de l'Academie
Françoife , & cy- devant Doyen de la Cathedrale
de Bayeux , eft mort à Paris le
2. de ce mois âgé de 80. ans. En atten.
dant fon éloge de la plume de quelqu'uns
de nos Maîtres , nous rendrons à fa
memoire une partie de ce qui luy eſt dû ,
en ajoutant icy ce que l'Autheur de la Biblioteque
des Auteurs Ecclefiaftiques dur
XVII . fiécle en a dit par avance.
»
Si quelqu'un a fçu joindre la politeffe
» du difcours , l'agrement de la conver-
» fation , la gayeté de l'efprit , à l'ap-
>> plication au travail , à une compofition
affi2256
MERCURE DE FRANCE.
}
» affidue , & à des Ouvrages ferieux ,
» c'eft certainement M. l'Abbé DE CHOISY
» iffu d'une famille illuftre , né à Paris le
» 16. Avril 1644. Il fut nommé à l'Ab-
>> baïe de faint Seine le premier Janvier
» 1663. dont il fe défit en 1676. En 1685.
» Il fut envoyé à.Siam pour être Ambaf-
» fadeur auprès du Roy de Siam , en cas
» que ce Prince fe fit inftruire de la Re-
» ligion Chrétienne , & Ambaſſadeur Ex-
» traordinaire à la place du Chevalier de
>> Chaumont , fi ce dernier venoit à mou-
>> rir pendant le voyage : il reçût les Or-
>> dres Sacrés à Siam par les mains de l'E-
>> vêque de Metellopolis , Vicaire App lo-
» lique ; il revint Prêtre de Siam en 1686 .
» dix ans après il fût élû tout d'une
» voix Grand Doyen de la Cathedrale de
Bayeux fans avoir demandé , ni follicité
» cette place. Avant fon voyage de Siam
"il avoit compofé des Dialogues fur l'im-
» mortalité de l'Ame , fur l'Exiſtence de
» Dieu , & fur la Providence, imprimés à
» Paris en 1684.
>>
Depuis fon retour , outre la Relation
» de fon voyage , il a donné plufieurs li-
» vres au public. Le premier eft la vie de
» David avec une interprétation des Pfeau-
" mes , où les differences notables de l'He-
" breu& de laVulgate font marquées ; ls'y
" attache au fens Litteral, & rend les Pfeaumes
OCTOBRE 1724.
2257
63
kr
mes faciles â entendre aux plus fimples,
il a donné prefqu'en même tems la vie a
de Salomon , & peu de tems aprés celle «
de faint Louis , des Penfées Chrétiennes , «
une traduction de l'Imitation de J. C. & «
enfin des Hiftoires de Pieté & de Mora- «<
le , en 8. volumes, auffi utiles qu'agrea- «
bles . Il s'eft enfuite jetté dans l'Hiſtoire «
de France , & a donné en peu d'années «<
l'Hiftoire de Philippe de Valois & du
Roy Jean , celle de Charles V. & de «
Charles VI. & enfin a entrepris d'écrire «<
une Hiftoire Ecclefiaftique , qui ne foit «
point embaraffée , & pour ainsi dire, ac- «
cablés d'érudition , qui paiffe fe lire tout «
defuite , où l'on ne trouve rien que
difiant , où l'on ait point befoin d'étude , «
qui foit à la portée de tout le monde , où «
le voile foit tiré fur la turpitude de cer- «
taines béréfies qui font horreur ; où l'on ne «
foit point obligé d'interrompre fon atten, es
tion pour examiner ce qui feroit douteux , «
pourfe faire expliquer ce qu'on enten- «
droit pas .
où
d'é- "
"
r
Voilà quel a été fon deffein qu'il a «
commencé a exécuter dans les quatre
volumes d'Hiftoire qu'il a donnez , «‹
qui contiennent après un abrégé de «
l'Hiftoire de l'Ancien Teftament & de e
la Vie de J. C. l'Hiftoire de l'Eglife de- «<
puis fon commencement jufqu'à l'an «
840 .
2258 MERCURE DE FRANCE.
» 840. Il y mêle l'Hiftoire prophane , &
» égaye fa matiére de traits vifs & agréa
» bles . Pour la politeffe du langage , il eft
» aifé de juger qu'elle ne lui manque pas.
>> Quant au fond de la matière il l'a puiſée
» dans les meilleurs Auteurs anciens &
» modernes ; Nous efperons voir bien -tôt
» la fuite & l'accompliffement de fon
» Ouvrage. La Vie de M. Miramion eft
>> encore de fa compofition.
Par cette mort Monfieur de Fontenelle
devient Doyen de l'Académie Françoife
. L'Abbé de Choifi avoit été reçû
dans cette Illuftre Compagnie en mil fix
cens quatre vingt- dix - fept, & avoit fuccedé
à François de Beauvillier , Duc de
Saint Agnan.
Marie Sauvage , Veuve de François Roger
Bourgeois de Paris , y mourût le 9.
de ce mois , dans la ruë d'Orleans , quartier
S. Victor , agée de 102. ans.
Le 11. de ce Mois , M. Gabriel- René ,
Marquis de Maillot , ancien Baron de
Normandie , mourut dans fon Château du
Champ de- Bataille , en Normandie , agé
d'environ 73. ans.
M. Jean Baptifte de Waldor , Réfident
de S. A. S. E. de Cologne , & du Prince
de Liege à la Cour de France , mourut à
Paris , l'onzième Octobre , dans fa foixante
OCTOBRE 1724 2259
te- dix-feptième année. Il a exercé cet emploi
avec aprobation pendant cinquante
années confécutives , ainfi qu'avoit fait M.
pere pendant trente.
fon
Ce Miniftre ( qui a été en differens
tems chargé de plufieurs negociations , du
nombre defquelles il en a conclû de trèsdifficiles
) étoit très-bien fait , d'une phi- .
fionomie noble & relevée , avec un air
très-gracieux tout cela foutenu par les
plus excellentes qualités de l'efprit , &
du coeur ; une humeur bienfaifante , &
des empreffemens continuels à rendre fervice
à tout le monde , joints à une probité
à l'épreuve , lui avoient attiré l'eftime
, non-feulement de fon Souverain .
mais auffi celle du feu Roi , de glorieufe
mémoire.
Dame Angelique de Voyer de Doré
veuve de M. Michel Tamboneau , Préfifident
de la Chambre des Comptes , &
Ambaffadeur de France vers les Cantons
Suifles mourut le 17 .
Dame Elizabeth Angelique de Dreux ,
épcufe de M. Bertrand Cezar , Marquis
du Guefclin , Chevalier Seigneur de la
Roberie , Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Orleans , & Meftre de Camp
d'Infanterie , le 18. Octobre âgée de 22 .
ans & demie.
Marie
2160 MERCURE DE FRANCE.
Marie Loüife de Lorraine de Brione ;
mourut le 18. de ce mois , âgée de 31 .
ans prefque accomplis , étant née le 24
Octobre 1693. elle étoit fille de feu Henry
de Loraine , Conte de Brione , Chevalier
desOrdres du Roi, Grand Ecuyer de
France , & Gouverneur d'Anjou , en ſurvivance
du Comte d'Armagnac fon pere,
& de feue Madelaine d'Efpinay- Duretal .
Le même jour mourut à Paris Dame
Marguerite Bochard de Champigni , veuve
de M. Jean Paul Bournet , Marquis
de Mouchy , dans la 85me. année de fon
âge.
Le 19.Octobre Dame Anne MarieDurd'Eguebonne,
veuve de M. François Roftaing
, Chevalier , Comte de Buri , Onzain,
Chambellan de feu S. A. R. Gaſton
Duc d'Orleans , âgée de 91. ans.
Le 20. Dame Anne Chriftine l'Evefque
, épouse de M. Antoine René de Ranconnet
, Chevalier Comte de Noyan , âgé
d'environ 60 , ans.
M. Jean Louis Girardin , Chevalier ,
Seigneur de Vauvré , Confeiller d'Etat au
Confeil de Marine , eft mort à Paris âgé
de 82. ans.
M. Jofeph Marie de Lafcaris d'Urfé ,
Marquis d'Urfé & de Bagé , Comte de
faint Juft en Chevalet , & de Buffi , Seigneur
de la Baftie, Grand Bailly de Forest,
&
OCTOBRE 1724. 2261
& lun des Gentils - hommes choifis par le
Roi pour la perfonne de Monfeigneur le
Dauphin , eft mort à Paris le 13. de ce
mois , âgé de 72. ans . La Maifon d'Urfé
porte de Vair au Chef de gueule pur.
Nous finirons cet Article par les juftes
regrets que tous les amateurs de Spectacles
& les gens de goût , doivent à la perde
de M. Charles Riviere du Frefny , Valet
de Chambre du Roi , Controlleur de
fes Jardins & fon Penfionnaire . Il mourut
à Paris, le 6. de ce mois , dans la 76e
année de fon âge , & le dix - huitième jour
de fa maladie , après avoir reçû tous fes
Sacremens ; c'étoit un homme de bonne
compagnie , enjoüé & fort agréable ,
fertille en bons mots , & en faillies plaifantes
, fans maligne application & fans
obfcenité , aimant beaucou les plaifirs ,
mais fans débauche 11 poffedoit l'Art de
les diverfifier en cent manieres , dont chacune
avoit un charme nouveau & particulier.
Il fçavoit enfin leur rendre cette
pointe qui les rend agréables , & qui s'émouffe
fi aifément. On ne peut pas le
loüer beaucoup fur les fciences acquifes
par l'étude, & l'application , ni fur les lumiéres
d'un jugement à qui rien ne manquoit
, mais en récompenfe c'étoit un génie
fecond , naturel , vif , & très original
1262 MERCURE DE FRANCE.
nal , avec des reffources dans l'efprit mer◄
veilleufes & fingulieres .
Il avoit beaucoup de talent pour l'Architecture
& pour les Arts qui dépendent
du deffein ; mais furtout pour la décoration
, l'ajuftement & les ornemens
des jardins & des maifons de campagne.
On voit divers ouvrages de cette efpece
dans Paris , & aux environs que les curieux
& les Etrangers vont voir avec
admiration.
Son talent le plus marqué , & celui
pour lequel il avoit le plus de penchant,
étoit le genre dramatique Comique . Nous
avons des Pieces de lui d'un caractere admirable
, avec des Portraits & des Peintures
finies , naïves & picquantes des
moeurs du fiecle. On a remarqué que la
plûpart de les Comedies ont confervé fur
le papier toutes les beautez qui les ont
fait applaudir fur le Theatre. Du refte il
n'y a peut-être jamais eu de Poëte Comique
plus réfervé , n'ayant jamais rien
hazardé qui puiffe offenfer la pudeur. Il
avoit fuccedé à M. de Vifé pour la compofition
du Mercure Galant. Nous ajoûterons
que M. du Frefny eft mort en
Philofophe par raport aux biens de la
fortune , malgré tous les bienfaits du feu
Roi qui l'avoit honoré d'une protection
particuliere , & qui lui avoit accordé le
preOCTOBRE
1724. 2263
premier Privilege de la Manufacture des
Glaces dans le Royaume , Privilege dont
il ne jouit gueres , en ayant difpofé pour
très - peu de chofe. Il eft vrai que S. M.
eut la bonté de l'y faire rentrer , mais
M. du Frefny ne profita point de cette
nouvelle grace ; car il s'en dépouilla encore,
& d'une maniere à n'y plus revenir .
Ses principaux Ouvrages font les
Amuſemens ferieux & comiques. vol . in
12. C'eſt un riche fonds de bonne morale
, & d'excellente plaifanterie. Ce Livre
veritablement amufant , a été traduit en
diverfes Langues , & a eu plufieurs Editions.
Le Puits de la Verité , vol . in 12.
Quelques nouvelles imprimées dans
fes Mercures , un grand nombre de Chanfons
originales , qu'il avoit lui - même
mifes en Mufique , & dont il feroit à
fouhaiter qu'on pût donner un Recueil
complet.
Comedies fur l'ancien Theatre Italien.
L'Opera de Campagne , Comedie en
trois Actes , avec un Prologue , donnée en
= 1692 .
L'union des deux Opera , en un Ace
1692 .
Les Chinois , qu'il avoit compofée avec
M. Regnard , en quatre Actes avec un
Prologue 1692 .
La
2264 MERCURE DE FRANCE.
La Baguette de Vulcain avec le même,
en un Acte 1693 .
Les Adieux des Officiers , ou Venus
juſtifiée , en un Acte 1693 .
Les Malaffortis , en deux Actes 1693 .
Le Départ des Comediens , en un Acte
$ 694.
Attendez-moi fous l'Orme , en un
Acte 1695 .
La Foire S. Germain , avec M. Regnard
, en trois Actes 1695 .
Les Momies d'Egypte , avec le même,
en un Acte 1696 .
Pafquin & Marforio , Medecins des
moeurs , avec le fieur Biancolelli , en
trois Actes 1697 .
Les Fées ou les Contes de ma mere
l'Oye , avec le même , en un Acte 1697.
Comedies en Profe jouées für le Theatre
François.
Le Negligent , Comedie entrois Actes,
& un Prologue.
Sancho Panfa , Comedie en trois Actes
avec un Prologue.
Attendez-moi fous l'Orme , en un
Acte. (a)
(a) Cette Comedie que Regnard a fourées
dans l'Edition de fes oeuvres , eft certainement
de M. du Freſny.
Le
OCTOBRE 1724. 2265
Le Chevalier Joueur , en cinq Actes ,
avec un Prologue .
L'Efprit de Contradiction , en un Acte.
* La Malade fans Maladie , en cinq
Actes.
La Nôce interrompuë , en un Acte.
Le Faux Honnête Homme , en cinq
Actes.
Le Faux Inſtinct , en trois Actes.
Le Double Veuvage , en trois Actes ,
avec un Prologue.
Le Jaloux Honteux de l'être , en cinq
Actes .
Le Portrait , en un Acte.
Comedies en Vers.
Le Lot fuppofé , en trois Actes .
La Reconciliation Normande , en cinq
Actes.
Le Dedit , en un Acte.
Le Mariage fait & rompu , en trois
Actes.
Les Comedies marquées d'une étoille
n'ont point été imprimées. Il peut y avoir
quelques autres pieces qui ne font pas
venues à nôtre connoiflance .
Come2266
MERCURE DE FRANCE.
Comedies en vers trouvées parmi
fes Manufcrits.
La Joueufe , en cinq Actes.
Le Faux Sincere , en cinq Actes.
Les Domino , en un Acte.
Les Vapeurs , en un Acte.
Le Superftitieux , en cinq Actes.
Le Valet Maître , en cinq Actes .
L'épreuve en trois Actes avec Intermedes
.
Ces trois dernieres Comedies ne font pas
entierement finies.`
Le Public ne profitera pas de ces derniers
ouvrages , parce qu'ils ont été brûlez
peu de jours avant la mort de l'Auteur
, par principe de confcience.
SUPPLEMENT aux nouvelles
Etrangeres.
E 13. de ce mois il arriva à Bruxelles
un Courier de la Cour de Vienne,
avec un ordre au Marquis de Rubi ,
Gouverneur de la Citadelle d'Anvers , de
fignifier au Comte de Bonneval , General
d'Artillerie qu'il y eft prifonnier depuis
quelque temps , qu'il eut à fe rendre inceffamment
, & für fa parole au Château
de
OCTOBRE 1724. 2167
de Spielberg en Moravie , fans paffer par
Bruxelle, ni par aucune Ville des Pays- Bas.
Le 2. de ce mois on fit à Warfovie
l'ouverture de la Diette Generale de Pologne
, avec les ceremonies accoutumées.
Le Roi accompagné du Primat des Senateurs
, des Miniftres , des Nonces , des
Palatinats & de toute la Cour , ſe rendit
à l'Eglife Cathedrale , où l'Evêque de
Ploczko celebra la Meffe du S. Eſprit ,
& l'Archidiacte de Cracovie prononça
un très -beau Sermon fur ces paroles de la
Leconde Epître aux Corinthiens , chap. 3 .
& 17. Là où est l'efprit du Seigneur , là
eft la liberté. Le même jour les Nonces
élurent Maréchal de la Diette tout d'une
voix , M. Potocki , Referendaire de la
Couronne , & frere du Primat.
Le 6. l'Empereur accordà à Vienne le
titre de Prince Napolitain , à Don Jofeph
de Towes , Prefident de la Province
de Chieti dans le Royaume de Naples
, & declara Prince de l'Empire le
Duc de Gravina , neveu du Pape.
Le Pape adeclaré fuffragans de l'Archevêché
de Vienne , les Prélats de Moelck,
de Guittwein & de Clofternenbourg , en
confervant à l'Empereur le droit de preſentation
, tant à l'Archevêché qu'à ces
trois Abbayes .
L'Empereur s'est enfin déterminé à
I reſti .
2268 MERCURE DE FRANCE.
reftituer la Fortereffe de Commachio au
S. Siege.
Le 27. Septembre le Pape tint un
Confiftoire fecret , dans lequel S. S. fit
la ceremonie de fermer la bouche aux
deux nouveaux Cardinaux , Jean- Baptifte
Altieri & Alexandre Falconieri , &
de l'ouvrir au Cardinal de Polignac , auquel
elle donna le titre de Cardinal Diacre
de Sainte Marie in Portico Capitelli ,
qui étoit vacant depuis la mort du Cardinal
Omodei. Le Pape propofa enfuite
l'Evêche de Liege pour le Comte George
Louis de Berghe. Le Cardinal Otthoboni
, Protecteur des affaires de France ,
propofa l'Evêché de Tours pour l'Evêque
de Tulles ; l'Evêché de Nantes pour l'E
vêque de Rennes ; l'Abbaye d'Annianne ,
Diocéfe de Montpellier pour l'Evêque
de Toulon , celle de Montebourg , Diocéfe
de Coutance , pour l'Evêque d'Alet
; celle de S. Bertin de S. Omer ,
pour Don Benoît Petit - Pas , Religieux
Benedictin. Il préconifa enfuite l'Abbé
d'Argentré , pour l'Evêché de Tulles ;
l'Abbé de Breteuil , Maître de la Chapelle
de Mufique du Roi pour l'Evêche de
Rennes , & pour l'Abbaye de S. Pierre
de Chaumes , Diocéfe de Sens . A la fin
du Confiftoire , le Pape accorda le Pallium
pour l'Archevêque de Tours.
Les
1
OCTOBRE 1724. 2266
Les Lettres de Cologne confirment
l'élection du Baron Chriftophe-François
de Huten , pour remplir l'Evêché de
Wurtzbourg , vacant par la mort du
Comte Jean- Philippe- François de Conti,
Comte de Schomborn .
On mande de Cork , en Irlande , que
trois Grenadiers de la Garnifon ayant
acheté de la viande au marché , voulurent
la payer avec la nouvelle monnoye
de cuivre , & que fur le refus qu'on fit
de la recevoir , ils mirent l'épée à la
main pour obliger les Bouchers à la
dre ; fur quoi ceux - ci s'attrouperent , &
s'étant jetté fur les foldats avec leurs
couperets , trancherent la tête à l'un ,
taillerent les autres en pieces.
pren-
&
On écrit de Turin que la Marquise de
S. Marzan a été nommée premiere Dame-
d'Honneur de la Reine de Sardaigne,
la Marquise de Garez , Dame - d'Atour ,
& la Comteffe , Doüairiere Provano de
Leyni , Gouvernante du Duc d'Aofte .
On écrit de Plimouth , en Angleterre
, que le 8. de l'autre mois le fieur
Oldenbourg , Lieutenant dans les Invalides
, s'étoit caffé la tête d'un coup de
piftolet : il avoit laiffé fur fa table une
Lettre cachetée , écrite de fa main , par
laquelle on apprend que le fujet de fa
réfolution provenoit de ce qu'il avoit
I ij reçu
2270 MERCURE DE FRANCE.
reçû avis qu'on lui avoit ôté fa Commiffion
, fous prétexte d'avoir manqué à
fon devoir. Il dit le même jour qu'il reçût
cet avis qu'il étoit obligé de partir pour
Londres le lendemain . Il invita fes amis.
à fouper. Pendant le repas il fut dans fa
gayeté ordinaire , & le parut de même le
lendemain. Il venoit de commettre cette
action defefperée , dans le temps qu'on
lui apportoit le déjeuné qu'il avoit commandé.
kkkkkkkkaaaaaaa淘洗
EDITS , DECLARATIONS,
E
ARRESTS , & c.
DIT du Roi , qui fixe les limites de la
Capitainerie des Chaffes d'Halatte. Donné
à Verfailles au mois d'Aouft 1724.
ARREST du 12. Septembre 1724, qui confirme
les Proprietaires & Fermiers des Meffageries
Royales & de l'Univerfité dans le droit
exclufif d'ayoir des Bureaux , Magafins , Regiftres
& Entrepofts , tant dans la Ville de
Paris , que dans toutes les autres Villes du
Royaume , pour tous les ballots & paquets ,
pefans au- deffous & au-deffus du poids. de
cinquante livres ; en ordonnant l'execution
des Arrefts du Confeil des 21. Juin 1678. 24.
Janvier 1684. 12. Juillet 170 :. 27. Aouft 1703 .
& le rapport des Lettres Patentes , obtenues
par François Rochefort le 31. Janvier 724.
fur
OCTOBRE 1724. 2271
fur l'Arreft du Confeil du 18. Decembre 1723 .
qui portoient privilege exclufif d'établir , tant
à Paris que dans les autres Villes du Royaume
des Bureaux & Magafins d'Entrepoft pour les
Roulliers , Mulletiers , & autres Voituriers par
terre .
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Titulaires & Proprietaires des Cent Offices
de Secretaires du Roi fupprimez par Edit
du mois de Juillet 1724. feront tenus d'en reprefenter
les titres avant le premier Octobre
prochain , à l'effet d'en recevoir le rembourfement
; & faute par eux d'y fatisfaire dans.
ledit temps , que la Compagnie fera déchargée
de tous intereſts , à compter dudit jour
premier Octobre.
ARREST du même jour , portant prorogation
pendant un an , de la moderation de droits,
cy.y - devant accordée ſur le Charbon de Terre
venant d'Angleterre , Ecoffe & Irlande.
"
ARREST du même jour , qui fait défenſes
aux Habitans des Paroiffes fituées dans les
trois lieuës des limites des Provinces de Champagne
, Bourgogne & Breffe , dénommées au
prefent Arreft , de faire aucune plantation &
culture de Tabac , d'en tenir des magaſins &
entrepofts , foit en feuilles , en corde en
poudre ou autrement fabriquez.
ARREST du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Octobre 1725. la moderation
des Droits fur les Beurres & Fromages venant
des Pays Etrangers , & fur ceux provenant du
Cru du Royaume.
I iij AR2274
MERCURE DE FRANCE .
ARREST du même jour , portant proro
gation pendant un an , de la permiffion cy- devant
accordée aux Negocians François qui
font le commerce des Illes Françoiſes de l'Amerique
, de faire venir des Pays Etrangers des
Lards , Beurres , Suifs , Chandelles & Saumons
falez , fans payer aucuns Droits .
EDIT du Roi , portant fuppreffion des deux
Offices de Treforiers de l'Extraordinaire des
Guerres. Et creation de trois Offices de Treforiers
dudit Extraordinaire des Guerres. Donné
à Fontainebleau au mois de Septembre
1724. Régiftré en Parlement le 20. dudit mois,
ARREST du 15. Septembre , portant que
les Quittances de Rentes , & Quittances de
Finance portant intereft au denier cinquantê ,
pourront être regiftrées au Contrôle General
des Finances , encore que les fix mois de leur
datte foient expirez ; à la charge d'être portées
au Bureau du Contrôle dans trois mois
de la datte du preſent Arreſt .
ARREST du 19. Septembre , qui condamne
le fieur Boucher , Receveur des Tailles de
l'Election du Mans , conformément à la Declaration
du 7. Decembre dernier , au payement
du quadruple de la fomme de vingt - un
mille neuf cens quatre-vingt- fept livres dixneuffols
fix deniers ; le deftitue de fon Office
, & le declare incapable d'en exercer de
femblables à l'avenir.
ARREST du même jour , qui condamne
le fieur Robin , Receveur des Tailles de l'Election
d'Iffoudun , conformément à la Declarasion
du 7. Decembre dernier , au payement du
quaOCTOBRE
1724. 2275
quadruple de la fomme de quinze mille deux
cens trente-trois livres trois fols onze deniers ;
le deftituë de fon Office , & le declare incapable
d'en exercer de ſemblables à l'avenir.
ARREST du 20. Septembre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1725. le délai accordé
aux Gens d'affaires , pour faire liquider
leurs avances , & retirer des mains du Garde
du Tréfor Royal les fommes qui peuvent leur
être dûës par Sa Majefté.
ARREST du 21. Septembre , qui ordonne
qu'en confequence de la contravention faite
par le ficur Evêque de Montpellier à l'Edit du
mois d'Avril 1665. concernant la fignature du
Formulaire contre les cinq Propofitions du
Livre de Janfenius , les revenus de fon Evêché
demeureront faifis ; & declare fes autres
Benefices vacans & impetrables de plein
droit.
ARREST du - 22 . Septembre , publié le
même jour, par lequel S. M. ordonne qu'à
compter du jour de la publication de l'Arreft ,
les Louis d'or qui ont à -prefent cours pour
vingt livres , n'auront plus cours que pour
feize livres , les doubles & demis à proportion
; que les Ecus qui ont actuellement cours
pour cinq livres , n'auront plus cours que
pour quatre livres , les demis & autres diminutions
à proportion ; que le marc d'or fin ,
celui des anciens Louis , le marc d'argent fin ,
& celui des Ecus des anciennes fabrications
feront reçûs aux Hôtels des Monnoyes fur le
pied de la diminution d'un cinquième du prix
reglé par l'Arreft du 27. Mars dernier , & les
autres matieres d'or & d'argent à proportion ;
I' ïïïj
le
2276 MERCURE DE FRANCE.
le tout conformément aux Tarifs d'évaluation
qui en feront arrêtez en execution du preſent
Arreft. Declare Sa Majefté qu'il ne fera plus
fait de diminutions fur la valeur des Efpeces
à l'avenir , ainfi qu'il fera plus au long expliqué
par l'Edit de Reglement fur les Monnoyes
qui fera inceffamment publié à cet effet ,
EDIT du Roi , portant qu'il fera fait une
Refonte generale de toutes les Efpeces d'Argent.
Donné à Fontainebleau au mois de Septembre
1724. Regiftré en la Cour des Monnoyes
le 26. par lequel il eft dit ce qui fuit.
Voulons & nous plaît qu'à commencer au
premier Novembre prochain , il fera fabriqué
dans les Hôtels de nos Monnoyes des Ecus du
même Titre & Remede de Loy que ceux fabriquez
en confequence de nôtre Edit du mo´s
de Septembre 17-0. & autres precedens ; mais
à la taille de dix & trois huitiémes au marc ,
des demis Ecus , des quarts , des huitiémes &
des feiziémes à proportion , & au remede de
poids d'un demi gros par marc pour les Ecus
& les dem Ecus , de quarante- un grains &
demi pour les quarts & les huitiéms , & de
quatre vingt- trois grains pour les feizièmes ;
Toutes lefquelles efpeces porteront l'empreinte
défignée dans le cahier attaché fous le
contre-fcel du prefent Edit , feront marquées
fur la tranche en la maniere ordinaire , & auront
cours dans toute l'étendue de nôtre
Royaume , Terres & Seigneuries de nôtre
obéiffance pour quatre livres piece , les demis
Ecus pour quarante fols , les quarts d'Ecus
pour vingt fols , les huitiémes d'Ecus pour
dix fols , & les feizièmes pour cinq fols.
Pour empêcher que le commerce ne foit interrompu
, voulons & ordonnons que les
Ecus,
OCTOBRE 1724. 2277
Ecus , les demis Ecus , les tiers , fixiémes &
douzièmes d'Ecus qui ont cours actuellement,
continuent d'être reçûs dans les payemens
jufqu'au premier Fevrier de l'année prochaine
, fur le pied reglé par l'Arreft du 22. du prefent
mois , après lequel temps ces Efpeces feront
décriées de tout cours & mife , & ne
feront plus reçûes qu'au poids dans nos Hôtels
des Monnoyes , & c.
ARREST du 24. Septembre , portant établiffement
d'une Bourfe dans la Ville de Paris ,
pour les Negociations de Lettres de change ,
Billets au porteur & à ordre & autres Papiers
commerçables , & des Marchandiſes &
Effets ; & pour y traiter des affaires de Commerce
, tant de l'interieur que de l'exterieur
du Royaume , par lequel il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER .
Il fera inceffamment établi dans la Ville de
Paris une Place appellée la Bourfe , dont l'entrée
principale fera rue Vivienne , & dont
l'ouverture fera indiquée & faite par le fieur
Lieutenant General de Police , que Sa Majefté
a commis & commet pour avoir jurifdiction
fur la police d'icelle , & dont les jugemens
feront executez provifoirement , nonobftant
oppofitions ou appellations quelconques.
II.
La Bourfe fera ouverte tous les jours , excepté
les jours de Dimanche & Fêtes , depuis
dix heures du matin jufqu'à une heure après
midy , après laquelle heure l'entrée en fera
refufée à ceux qui s'y prefenteront , de quelque
étac & condition qu'ils puiffent être. ,
III.
II fera établi à la porte de la Bourſe une
Garde commandée par un Exempt , & com.
1 У pofée
2278 MERCURE DE FRANCE.
pofée du nombre d'Archers que le fieur Lieu
tenant General de Police jugera à propos ,
pour empêcher les defordres.
IV.
L'entrée de la Bourſe fera permiſe aux Negocians
, Marchands , Banquiers , Financiers ,
Agens de change & de commerce , Bourgeois
& autres perfonnes connues & domiciliées
dans la Ville de Paris ; comme auffi aux Forains
& Etrangers , pourvû que ces derniers
foient connus d'un Negociant , Marchand ou
Agent de change & de commerce , domiciliez
à Paris.
V.
Pour empêcher qu'il ne s'introduife à la
Bourfe d'autres perfonnes que celles qui auront
droit d'y entrer. Veut Sa Majesté qu'il
foit diftribué par le fieur Lieutenant General
de Police , où celui qu'il commettra à cet
effet , une marque à chacun de ceux qui feront
dans le cas de l'article précedent , & fur
la requifition qu'ils en feront ; lefquelles mar-
.ques feront reprefentées à l'entrée de la Bourfe
, fans être obligé de les laiffer , par celui au
nom duquel elles auront été délivrées , & non
autrement : & fi aucune defdites marques étoit
repreſentée par un autre , elle fera arrêtée ,
ainfi que celui qui en fera porteur.
V I.
›
Ceux qui feront porteurs defdites marques ,
les ayant perdues , en avertiront celui qui fera
prépofé pour cette diftribution par le fieur
Lieutenant General de Police , & il leur en
fera délivré de nouvelles . Et à l'égard de ceux
qui cefferont de vouloir faire ufage de celles
qui leur auront été diftribuées , ils feront tenus
de les rapporter audit Prépofé ; & dans l'un
& l'autre cas il en fera fait mention fur le rôle
de diftribution defdites marques. II
OCTOBRE 1724. 2279
VII.
Il ne fera délivré des marques aux Forains
& Etrangers pour avoir entrée à la Bourſe ,
que fur le Certificat d'un Negociant , Marchand
, Banquier ou Agent de change & de
commerce , domiciliez à Paris.
VIII.
Si d'autres Particuliers trouvent le moyen
d'entrer à la Bourfe fans avoir reprefenté une
marque à leur nom. Veut Sa Majefté qu'ils
foient arrêtez , & en foient mis hors pour la
premiere fois , avec défenſes de s'y reprefenter
; & en cas de récidive , à peine de prifon
& de mille livres d'amende au profit de l'Hôpital
General de Paris , & payable avant d'être
élargis.
I X.
Si un Particulier fe fert du nom qui fera
infcrit fur le Billet , dont il fera porteur pour
entrer à la Bourſe , & qu'il y foit arrêté ,
pour contravention à aucun des articles du
prefent Reglement ; ordonne Sa Majefté que ,
où il y aura preuve du preft dudit Billet , ce
lui qui l'aura prêté fera condamné en quinze
cens livres d'amende payable par corps , &
applicable à l'Hôpital General , fans que cette
peine puiffe être remife ni moderée ; & il ne
pourra rentrer à la Bourfe où fon nom fera
infcrit.
X.
Si l'Exempt ou les Gardes à la porte de la
Bourfe y font entrer quelqu'un fans marque, ey
ils feront deftituez de leurs emplois , & feront
en outre les Gardes condamnez à un mois de
prifon. 1
X I.
Les Femmes ne pourront entrer à la Bourfe
, pour quelque caufe ou prétexte que ce
-foit
I vj
Toutes
2280 MERCURE DE FRANCE.
XII.
Toutes les negociations de Lettres de change,
Billets au porteur ou à ordre , Marchan
difes , Papiers commerçables & autres Effets ,
fe feront à la Bourfe , de la maniere & ainfi
qu'il fera cy - après expliqué. Défend Sa Majefté
à tous Particuliers , de quelque état &
condition qu'ils foient, de faire aucune affemblée
, & de tenir aucun Bureau pour y traiter
de negociations , foit en Maifons Bourgeoifes
, Hôtels garnis , Chambres garnies , Caffez
& Limonadiers , Cabaretiers , & par tour
ailleurs , à peine de prifon & de fix mille li
vres d'amende contre les contrevenans , payable
avant de pouvoir être élargis , & applica
ble moitié au dénonciateur , & l'autre moitié
à l'Hôpital General : & feront tenus les proprietaires
, en cas qu'ils occupent leurs maifons
, ou les principaux locataires , auffi - tôt
qu'ils auront connoiffance de l'ufage qui en
fera fait en contravention au prefent article ,
d'en faire declaration au Commiffaire du quartier
, & d'en requeria Acte ; faute de quoi ils
feront condamnez par corps en pareille amen .
de de fix mille livres , applicable comme cy-
.deffus,
XIII.
Défend très - expreffement Sa Majefté aucuns
attroupemens dans les rues aux environs
de la Bourfe , & dans toutes les autres ruës
de la Ville & Fauxbourgs de Paris , pour y
faire aucunes negociations , & fous quelque
caufe ou prétexte que ce foit : enjoirt Sa Majefté.
au fieur Lieutenant General de Police de
faire arrêter les contrevenans , & de les faire
conftituer prifonniers .
XIV.
N'entend Sa Majefté comprendre dans les
défenOCTOBRE
1724. 2281
défenfes portées par les deux précedens artícles
, les traitez ou negociations pour Marchandifes
feulement , qui outre la Bourſe pourront
continuer de fe faire dans les Foires , Halles
ou Marchez à ce deftinez , & fans neanmoins
qu'il y puiffe être fait aucune negocia-
´tion d'autres effets.
XV.
Afin d'établir l'ordre & la tranquillité à la
Bourfe , & que chacun y puiffe traiter de fes
affaires fans être interrompu , Sa Majefté défend
d'y annoncer le prix d'aucun effet à voix
haute , & de faire aucun fignal ou autre manoeuvre
pour en faire hauffer ou baiffer le
prix ; à peine contre les contrevenans d'être .
privez d'entrer pour toûjours à la Bourfe , &
condamnez par corps en fix mille livres d'amende
, applicable moitié au dénonciateur , &
l'autre moitié à l'Hôpital General.
XV I.
S'il arrive à la Bourfe des conteftations entre
les particuliers fuivies de menaces & de
voyes de fait , celui qui aura levé la main pour
frapper , fera fur le champ arrêté & conftitué
prifonnier , pour être jugé fuivant les Ordonnances
: & pour s'affurer des coupables , on
fonnera une cla he au premier avertiffemert
qui en fera donné , & les portes feront à l'inftant
fermées , fans que qui que ce foit puiffe
exiger qu'elles foient ouvertes , jufqu'à ce
que les auteurs du defordre foient arrêtez , à
peine contre ceux qui par violence ou autrement
voudroient faire ouvrir lesdites portes
d'être traitez comme complices du defordre.
XVII.
Sa Majesté permet à tous Marchands , Negocians
, Banquiers & autres qui feront amis
à la Bourfe , de negocier entre eux les
Let2282
MERCURE DE FRANCE.
Lettres de change , Billets au porteur ou à
ordre , ainfi que les Marchandifes , fans l'entremiſe
des Agens de change ; & à l'égard de
. tous les autres Effets & Papiers commerçables
, pour en détruire les ventes fimulées qui
en ont caufé jufqu'à prefent le difcredit , ils
ne pourront être negociez que par l'entremiſe
des Agens de change , de la maniere & ainfi
qu'il fera cy-après expliqué , à peine de prifon
contre ceux qui en feront le commerce ,
& de fix mille livres d'amende payable par
corps , dont la moitié appartiendra au dénonciateur
, & l'autre à l'Hôpital General , laquelle
ne pourra être remiſe ni moderée.
XVIII.
Toutes negociations de Papiers commerçables
& Effets , faites fans le miniftere d'un
Agent de change , feront declarées nulles en
cas de conteftation ; faifant Sa Majefté défenfes
à tous Huiffiers & Sergens de donner aucune
affignation fur icelles , à peine d'interdiction
& de trois cens livres d'amende , & à
tous Juges de prononcer aucun jugement , à
peine de nullité deſdits jugemens.
XIX .
Les foixante Offices d'Agens de change
Banque & Commerce , créez par Edit du mois
de Janvier 1723. n'ayant pas été levez , Sa Majefté
ordonne qu'il fera commis à l'exercice
defdits Offices pour les exercer en la forme
qui fera prefcrite par le prefent Reglement.
X X.
Il fera fait choix de dix notables Bourgeois
& Négocians de la Ville de Paris , lefquels
examineront la capacité de ceux qui fe prefen-.
teront pour être pourvûs des foixante Commiffions
d'Agens de change , Banque & Commerce
; & fur l'avis defdits Notables & Negocians
,
OCTOBRE 1724. 2283
gocians , Sa Majefté leur fera délivrer des Lettres
en la Grande Chancellerie , pour exercer
lefdites Commiffions .
X X I.
Les Agens de change feront tous de la Religion
Catholique , Apoftolique & Romaine , &
François , ou Regnicoles au moins naturalifez
, ayant atteint l'âge de vingt-cinq ans accomplis
, & d'une réputation fans tache ; ceux
qui auront obtenu des Lettres de repy , fair
faillite ou Contrat d'atermoyement , ne pourront
être Agens de change.
X XII.
Les Agens de change prêteront ferment de
s'acquitter fidellement de leurs Commiffions
entre les mains du fieur Lieutenant General
Civil de Paris , après information par lui faite
de leurs vie & moeurs , & ils ne payeront aucun
droit de ferment ni de reception.
XXIII.
Les Commiffions d'Agens de change pourront
être exercées fans aucune dérogeance à
Nobleffe , Sa Majefté permettant à ceux qui
en feront pourvûs de les exercer conjointement
avec les Offices de Confeiller - Secretaire
du Roi , tant en la Grande Chancellerie , que
dans les autres Chancelleries du Royaume ,
fans qu'il leur foit befoin d'Arrest ni de Lettres
de compatibilité , dont Sa Majeſté les a
difpenfez & déchargez.
XXIV.
Arrivant un changement par mort ou autrement
, dans le nombre des foixante Agens
de change qui auront été nommez pour exercer
lefdites Commiffions , l'examen de ceux
qui leur fuccederont fera renvoyé aux Syndics
des Agens de change en place , fur l'avís def.
quels il leur fera expedié de nouvelles Com
miffions. Les
2284 MERCURE DE FRANCE.
X X V.
Les Agens de change feront tenus de fe
trouver tous les jours à la Bourfe , depuis dix
heures du matin jufqu'à une heure après- midy
, à l'exception des Dimanches & Fétes ,
fans qu'ils puiffent s'en difpenfer pour quelque
caufe que ce foit , fi ce n'eſt en cas de
maladie.
XXVI.
Ils tiendront chacun un Regiftre Journal
qui fera cotté & paraphé par les Juge & Con- .
fuls de la Ville de Paris , fur lequel Sa Majefté
leur. enjoint de garder une notte exacte
des Lettres de change , Billets & autres Papiers
commerçables , & des Marchandiſes &
Effets qui feront par eux negociez , fans y enregiftrer
aucuns noms , mais en diftinguant
chaque partie par une fuite de numero , & de
délivrer à ceux qui les employeront , un Certificat
figné d'eux de chaque negociation qu'ils
feront ,lequel Certificat portera le même numero
, & fera timbré du folio où la partie ausa
été infcrite fur leur Registre.
XXVII.
Les Agens de Change auront Foy & Serment
devant tous Juges , pour les negocia
tions qu'ils auront faites ; aufquels juges ,
ainfi qu'aux arbitres qui pourront être nommez
, ils feront tenus , lorfqu'ils en feront requis
, d'exhiber l'article de leur Regiſtre , qui
fera le fujet de la conteftation.
XXVIII.
Lorfque les negociations de Lettres de change
, Billets au porteur ou à ordre , & des Marchandifes
, feront faites à la Bourſe par le miniftere
des Agens de change , le même Agent
pourra fervir au tireur & au preneur desLettres
ou Billets , & au vendeur & à l'acheteur des
• Marchandifes. A
OCTOBRE 1724. 2285
X X I X.
A l'égard des negociations de Papiers commerçables
& autres Effets , elles feront toujours
faites par le miniftere de deux Agens de
change ; à l'effet de quoi les particuliers qui
youdront acheter ou vendre des Papiers commerçables
& autres Effets , remettront l'argent
ou les Effets aux Agens de change , avant
F'heure de la Bourſe , fur leurs Reconnoiffances
portant promeffe de leur en rendre compte
dans le jour , & ne pourront neanmoins lefdits
Agens de change porter ni recevoir aucuns
Effets ni argent à la Bourſe , ni faire
leurs negociations autrement qu'en la forme
cy- apr.s marquée ; le tout à peine contre les
Agens de change qui contreviendront au contenu
au prefent article , de deftitution & de
trois mille livres d'amende payable par corps,
dont la moitié appartiendra au dénonciateur ,
& l'autre moitié à l'Hôpital General.
X X X.
Lorfque deux Agens de change feront d'ac
cord à la Bourfe , d'une negociation , ils fe
donneront reciproquement leurs Billets portant
promeffe de fe fournir dans le jour , fçavoir
par l'un les Effets negociez , & par l'autre
le prix defdits Effets , & non-feulement chaque
Bille fera timbré du même numero fous
lequel la negociation fera inferite fur le Regiftre
de l'Agent de change qui fera le Billet ,
mais encore il rappellera le numero du Billet
fourni par l'autre Agent de change , afin que
l'un ferve de renfeignement & de contrôle à
l'autre ; lefquels Billets feront regulierement
acquittez de part & d'autre dans le jour , à
peine d'y être contraints par corps , même
pourfuivis extraordinairement en cas de divertiffement
de deniers ou Effets,
Les
2286 MERCURE DE FRANCE.
XXX I..
Les Agens de change feront pareillement
tenus , en confommant leurs negociations
avec ceux qui les auront employez , de leur
reprefenter le Billet , au dos duquel fera l'acquit
de l'Agent de change avec qui la negociation
aura été faite , & de rappeller dans le
Certificat qu'ils en délivreront conformément
à l'Article XXV . le nom dudit Agent de change
& les deux numero du Billet , auffi bien que
la nature & la quantité des Effets vendus ou
achetez , && llee prix defdits Effets.
XXXII.
Sa Majesté fait très - expreffes défenfes aux
Agens de change , de faire aucune focieté entre
eux , fous quelque prétexte que ce puiffe
être , ni avec aucun Negociant où Marchand ,
foit en commandite ou autrement , même de
faire aucune commiffion pour le compte des
Forains ou des Etrangers , à moins qu'ils ne
foient à Paris lors de la negociation , fous les
-peines portées par l'A ticle XXIX.
XXXIII.
Sa Majefté leur défend de fe fervir , fous
quelque prétexte que ce foit , d'aucun Commis
, Facteur ou Entremetteur , même de leurs
Enfans , pour aucunes negociations de quelque
nature qu'elles puiffent être , fi ce n'eft en
cas de maladie , & feulement pour achever les
negociations qu'ils auront commencées , fans
qu'ils puiffent en faire de nouvelles fous les
peines portées par l'Article XXIX .
XXXIV .
Lefdits Agens de change ne pourront
fous
les mêmes peines , faire aucun commerce directement
ni indirectement , de Lettres , Billets
, Marchandifes , Papiers commerçables &
autres Effets , pour leur compte.
Nul
OCTOBRE 1724. 2287
XXX V.
Nul ne pourra être Agent de change , s'il
tient les Livres ou s'il eft Caiffier d'un Negociant
ou autre.
XXXV I.
Les Agens de change ne pourront nommer
dans aucun cas les perfonnes qui les auront
chargé de negociations , aufquels ils feront
tenus de garder un fecret inviolable , & de les
fervir avec fidelité dans toutes les circonftances
de leurs negociations , foit pour la nature
& la qualité des Effets , ou pour le prix d'iceux
; & ceux qui feront convaincus de prévarication
, feront condamnez de reparer le
tort qu'ils auront fait , & en outre aux peines
portées par l'Article XXIX.
X XXVII.
Défend Sa Majefté aufdits Agens de change
, de negocier aucunes Lettres de change ,
Billets , Marchandiſes , Papiers & autres Effets,
appartenant à des gens dont la faillite fera
connue , fous les peines portées par l'Article
XXIX .
XXXVIII.
Leur défend Sa Majefté , fous les mêmes
peines , d'endoffer aucunes Lettres de change,
Billets au porteur ou à ordre , ni d'en donner
leur aval ; mais feulement pourront , quand
ils en feront requis , certifier les fignatures des
tireurs, accepteurs , ou endoffeurs des Lettres ,
& de ceux qui auront fait les Billets.
XXXIX.
Leur défend pareillement Sa Majefté , fous
les mêmes peines , de faire ailleurs qu'à la
Bourfe aucune negociation de Lettres , Billets,
Marchandiſes , Papiers commerçables & autres
Effets.
II
1288 MERCURE DE FRANCE.
X L.
Il fera attribué aufdits Agens de change ,
pour les negociations en deniers comptans ,
Lettres de change , Billets au porteur ou à ordre
, & autres Papiers commerçables , cinquante
fols par mille livres , payables , fçavoir
, vingt - cinq fols par l'acheteur , & vingtcinq
fols par le vendeur , ainfi qu'il eft d'ufage
; & à l'égard des negociations pour fait de
Marchandifes , ils en feront payez fur le pied
de demi pour cent de la valeur d'icelle , dont
un quart pour cent par l'acheteur , & un quart
pour cent par le vendeur , fans que fous aucun
prétexte ils puiffent exiger aucun autre
ni plus grand droit , à peine de concuffion.
XLI.
Les noms des Agens de change qui tomberont
en contravention , & qui auront été deftituez
, feront infcrits , à la Bourſe dans un
tableau , afin que le Public foit informé de ne
plus fe fervir de leur miniftere.
ARREST du 14. Octobre , qui commet foixante
Agens de Change pour faire les Negociations
de toutes Lettres de Change de place
en place , & autres Effets , dont les noms fuivent
, fçavoir :
Les fieurs Pierre
Matthieu Bouchu.
Jofeph Brillon .
Pierre Joffe Dallée ,
l'aîné.
-Claude-Antoine Dallée
le jeune.
Jean - Baptifte Delavau.
Noizette des Maronniers.
Edme Pignard.
Henry - Jofeph Rabuffeau.
Charles Regnouft.
Jean- Baptifte Tiller.
·
Pierre Valmalette.
Jacques Ayril .
Antoine Duris.
Jean -Pierre Mallet.
Charles Amiot duMefni
.
Claude
OCTOBRE 1724. 2:289
Claude Belu .
Charles Berthon.
Pierre Bordier.
Eftienne Boulard .
Pierre- Antoine Bozonal.
Thomas Brulé.
Jean Baptifte Chabert.
Martin- Pierre Champion.
Effienne Cleret.
Jean Daché.
Alexandre Dhaon.
= Pierre- Louis de Marine.
Jean Duris.
Abraham Duval.
Paul Eftrang .
= Nicolas Ferlet.
: Mathurin Fettiner .
Scipion Folchier.
Jacques- Charles Gaftebois
Jean - Baptifte Geneftet.
Pierre Giraudeau , oncle.
-Jean Guinois.
Denis Langlois.
Saint Laurent.
Guillaume le Devin.
Jacques Lefcallier.
Jacques May.
Jean - Matthieu Moret.
Denis François Poictevin
.
Pierre Poujet.
Denis - GuillaumePrevoft.
Gafton Prou.
Claude Tourton.
François Bailly.
De Farcy.
Bernard de la Baffe .
Jean- Baptifte de Laire,
Jacques des Fourniel.
Jean-Jacques Dufour,
Infpecteur à l'o.
rient.
Eftienne le Jay.
Jean Marion .
Jacques Raymond ,
natif de Lyon.
Jean Nicolas Wilfelfheim
.
Boutteille & Jean
Fleury Page , & c,
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
18. Octobre , qui fait très- expreffes inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles puiffent être,
d'infinuer , dire , ni faire entendre directement
, ni indirectement , qué les efpeces &
Matieres d'Or & d'Argent diminueront , ni de
répandre aucun bruit dans le Public & dans
Ic
2290 MERCURE DE FRANCE .
le Particulier , contraire à ce qui eft porté par
l'Arreft du Confeil & l'Edit du mois de Septembre
dernier , au ſujet de la diminution &
de la fabrication des nouvelles Efpeces , à
peine de quinze cens livres d'amende , dont la
moitié appartiendra au dénonciateur , & de
plus grande peine s'il y échet , &c.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
d'octobre , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'imprefion. A Paris , le 4. Novembre
1724.
HARDION.
PIECE
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce volume.
IECES Fugitives , la Tourterelle & le
Ramier , Fable.
Deſcription d'une Chaffe celebre , &c.
2077
2081
Epître en Vers. 2091
Memoire fur l'utilité d'un Dictionnaire Provençal.
2099
L'Amour & l'Abfence , Fable. 2304
Medaille du Pape Benoît XIII .
2114
Epître de M. Vergier.
2118
Paraphrafe fur le Miferere. 2125
Lettre du P. de Grainville fur des Medailles
rares .
Traduction d'une Ode d'Horace.
2132
2147
Anciens Vers fur le mariage du Seigneur de
Borderie.
Enigmes.
2148
2150
Lettrefur une Medaille de Pofthume , & c . 2152
Epître en vers , & billet.
2
2156
Lettre du P. Caftel J. fur le Phenoméne du
Tonnerre.
Letrre en Chanfons.
2160
2163
Epitaphe de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne.
Lettre fur la Tragedie de Berenice.
Chanfons notées.
NOUVELLES Litteraires , le Spectateur
2166
2169 1
285
François. 2186
Obfervations notables fur le Droit. 2189
Hiftoire des Traitez de Paix. 2191
2193
Voyages de M. de la Motraye , &c.
Antiquitez facrées & profanes , Livre Anglois
. 2197
2198
Extrait d'une Lettre fur l'Hiftoire Romaine du
P. Catrou.
SPECTACLES , Pieces nouvelles de l'Opera
Comique.
2203
L'affemblée des Comediens à la Foire , Prolo-
2216
2217
gue.
L'affemblée des Comediens , Prologue aux
François
Les Bourgeoifes de qualité , Comedie . 2210
Le Ballet des Ages.
Pieces joüées devant le Roi à Fontainebleau.
2213
226
Le Triomphe du Temps , Comedie nouvelle.
2228
NOUVELLES Etrangeres , de Turquie , & c.
2231
Prife de poffeffion de S. Jean de Latran par
le
Pape.
2243
Journal de la Cour & de Paris. 2246
Combat fur Měr. 2251
Benefices donnez. 2253
Mort de l'Abbé de Choifi. 2255
Mort de M. du Freſni . 2261
Supplement aux Nouvelles Etrangeres. 266
Arrefts. 2270
Errata de Septembre .
Age 1877. ligne 6. Hieropolis , lifez He-
Popolis.
Page 2061. ligne 21. admirent , lifez admirerent.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 21. ligne 19. l'exiſtant , liſex l'initant.
Page 2119. ligne 10. incommodez pourroient ,
lifez incommode pourroit.
Page 2174 ligne iz . entend , lifez étend.
Page 2180, ligne 2. que vous , lifez que pour
vous.
Page 2184 , ligne 17. partie , lifez parti .
Page 2201. ligne 10. très , ajoutez grand .
L'Air noté doit regarder la page
La Medaille doit regarder la page
2185.
2014
MERCURE
!
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROY.
NOVEMBRE 1724.
Decline
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DCC. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
-A VIS.
Lchofes
,
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
3
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 . fols.
ST
2291
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
NOVEMBRE 1724 .
XXXXX** X* XXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE à M. Aroüet de Voltaire , fur fon
Poëme Epique. Par M. Desforges
Maillard A. A. P. D. B.
Onc un nouveau Laurier , Voltaire
, ceint ta tête ,
Ta veine à couler toûjours
prête ,
Dans un fentier fcabreux s'épanche avec fuccès
:
A ij Ta
2292 MERCURE DE FRANCE .
Ta feconde jeuneffe enfante un Oeuvre immenſe
,
Achevant un Art dont la France
Ne vit que de foibles effais .
Du chantre d'Ilion la fuperbe patrie ,
L'antique & moderne Italie ,
N'ont jamais rien produit qui fut femblable à
toi.
Par tes foins immortels › par ton illuſtre audace
Henri , le grand Henri ſurpaſſe
Achille , Enée , & Godefroy.
Tel qu'un large torrent dont la vague indomptée
,
A bonds fougueux précipitée ,
Dans les champs étonnez porte au loin la
terreur,
Tel tu peins la Difcorde irritant les allarmes ,
Paris cedant au fort des armes ,
Le feu , la faim , la mort , l'horreur.
Tel qu'un charmant ruiffeau dont l'onde vive
& pure ,
Excitant un leger murmure ,
Se gliffe à flots unis fur un tapis de fleurs,
Tel
NOVEMBRE 2293 1724 .
Tel tu peins variés les tranſports ,.la tendreffe ,
D'un Amant & d'une Maîtreffe ,
Enivrez de folles douceurs.
De quel viffentiment mon ame eft- elle émuë ,
Lorfque tes portraits à ma vûë ,
Se montrent dans deux vers cadencez & précis !
G'eft ainfi quelquefois que l'adroite peinture ,
Sçait dans l'exacte mignature ,
De fon art renfermer le prix.
Sublime , ingenieux , un jugement folide ,
Et par tout ton fidele guide.
On te voit à propos placer la fiction .
Et prudent tu retiens dans les juftes limites ,
Qu'Horace & Boileau t'ont prefcrites
La fimplicité d'action.
Cependant la critique à nuire accoutumée ,
Veut jufques fur la Renommée ,
Etendre les rigueurs de ſes juſtes Loix.
Quoiqu'en fes noirs deffeins fa haine perſevere
,
Tu feras toûjours , tel qu'Homere ,
Vainqueur des Zoiles François.
Airj Leurs
2294 MERCURE DE FRANCE.
Leurs efforts contre toi deviendront inutiles ;
Méprife ces Rimeurs ferviles ,
Dont l'Apollon craintif mefure tous les pas ,
Et dont l'efprit borné croit que la Poëfie,
Doit comme la Geometrie
Avoir fa regle & fon compas.
EXAMEN de la verfification de
Berenice , fuite de la Lettre Critique
fur cette Tragedie , inferée dans le Mercure
du mois paffe.
ACTE I.
SCENE 1 .
Uoy ! déja de Titus épouſe en eſpe
QUoy rance.
On dit bienheureux en apparence ;
mais heureux en efperance ne me paroît
pas
fort ufité.
SCENE II I.
Non , Arface , jamais je ne l'ai moins haïe.
On dit jamais je ne l'ai plus aimée ,
parce qu'on peut fuppofer qu'on a moins
aimé ; mais l'hypotefe n'a pas lieu ici ,
&
NOVEMBRE 1724. 2295.
& Arlace n'a jamais haï Berenice.
Quelque preffentiment de fon indifference ,
Vous -fait- il loin de Rome éviter fa preſence
Ce dernier vers feroit bon fi Antiochus
étoit actuellement loin de Rome ;
mais il y eft encore , & l'Auteur veut
dire , vous force- t'il à aller loin de Rome
pour fuïr fa prefence ?
Un Prince qui jadis témoin de vos combats .
Il me femble qu'on ne devroit employer
jadis que pour exprimer les temps les
plus éloignez , & qu'il marque beaucoup
plus de diftance que l'adverbe autrefois.
La Reine vient : adieu , fais tout ce que j'ai
dit.
Alieu , doit plutôt être dans la bouche
de celui qui s'en va que dans celle de celui
qui demeure , fais tout ce que j'ai dit
me paroît très- profaïque , & même un
peu bas dans la bouche d'un Roi , parlant
à fon fujet.
SCENE IV.
Je fuis de leurs refpects l'inutile longueur.
La longueur des reſpects eſt une expreffion
un peu hazardée ; inutile eſt une
épithete froide , importune vaudroit mieux,
& je ne doute point que l'Auteur ne s'en
A iiij
fut
2296 MERCURE DE FRANCE.
fut fervi , s'il ne l'eut mife un peu plus
haut.
Aujourd'hui que le Ciel femble me préſager ,
Un bonheur qu'avec vous je prétends partager.
Dans cette phrafe Benerice , parlant à
Antiochus , lui a toûjours parlé en tierce
perfonne , & finit de même , pourquoi
donc lui parler à la feconde perfonne , &
ne pas dire :
Un bonheur qu'avec lui je prétends partager.
C'est à dire avec cet Antiochus dont
je me plains à Antiochus même ; peutêtre
M. de Racine a- t'il craint que le
pronom lui ne femblât fe rapporter an
Ciel ; mais outre que le fens emporte le
veritable rapport , c'eft vouloir fauver
une fimple amphibologie par un défaut
de conftruction .
Il n'avoit plus pour moi cette ardeur affiduë ,
Lorfqu'il paffoit les jours attachez fur ma vûë.
Du premier de fes vers au fecond , il
y a une ellipfe. On fous - entend qu'il
avoit. Cette figure eft très- belle , furtout
quand elle eft employée dans les grandes
paffions ; mais il en faut ufer de maniere
qu'elle ne falle point de fens contraire ,
somme elle pourroit faire ici à la faveur
"
d'une
NOVEMBRE
1724. 2297
d'une tranfpofition très - ordinaire à la
Poësie . En effet , il n'y a pour trouver un
fens très- different qu'à arranger ainfi ces
deux vers :
Lorſqu'il paffoit les jours attachez ſur ma
vûë ,
Il n'avoit plus pour moi cette ardeur affiduë.
Je fçais bien qu'on ne fçauroit l'entendre
dans ces derniers fens , la contradiction
feroit trop marquée ; mais ces
fortes d'ellipfes pourroient fe trouver
fans qu'on y penfât , dans des endroits
où le fens contraire fe prefenteroit plus
naturellement ; c'eft pourquoi il faut en
ufer fobrement.
Vous fûtes fpectateur de cette nuit derniere
Lorſque pour feconder fes foins religieux ,
Le Senat a placé fon pere entre les Dieux.
L'aorifte marque un temps plus éloigné
que le préterit parfait ordinaire , &
furtout un temps qui remonte au jour
d'auparavant ; mais l'épithete de derniere
jointe au pronom cette me paroît rapprocher
le jour d'hier , & je crois que vous
avez été cette nuit derniere conviendroit
mieux que vous fûtes ; il n'en feroit pas
de même s'il y avoit la nuit derniere . Le
le droit de rapprocher
pronom
là n'a pas
A v les
2298 MERCURE DE FRANCE.
les temps comme le pronom ce , du moins
dans une pareille occafion. D'ailleurs
vous fûtes , & a placé en parlant de la
même nuit ont quelque chofe de défectueux
, & l'on ne comprend pas par
quelle raifon l'aorifte convient plutôt au
premier qu'au dernier. Je fais une troiféme
remarque fur ces trois vers , c'eſt
l'adverbe , lorsque au lieu de l'adverbe ou.
La conftruction ordinaire doit être , vous
avez été témoin de cette nuit derniere ,
ou , & non pas lorfque , quel droit a donc
la Poëfie , & par quelle loi nous difpenfera-
t'elle des regles de la Grammaire ?
De ce jufte devoir , fa pieté contente ,
Afait place , Seigneur , au foin de fon amante.
Soin eft pris d'ici dans le fens paffif ;
mais n'eft-on pas expofé à le prendre dans
le fens actif , & à croire , que c'eft le foin
que l'amante prend pour fon amant ?
Si j'en crois fes fermens redoublez mille fois.
Redouble convient mieux à des efforts,
qu'à des fermens ; j'aimerois mieux repetez
ou renouvelle .
Vôtre bouche à la mienne ordonna de ſe taire,
Bien-tôt de mon malheur interprete fevere ,
Je difputai long-temps , je fis parler mes yeux ;
Mes
NOVEMBRE 1724 . 2299
Mes pleurs & mes foupirs vous fuivoient en
tous lieux .
Enfin vôtre rigueur emporta la balance ,
Vous fçûtes m'impofer l'exil ou le filence ,
Il fallut le promettre , & même le jurer.
Il y a une espece de voile fur ces fept
vers qui m'empêche d'en découvrir le
veritable fens. Les deux premiers me
paroiffent tranfpofez ; peut être eft- ce
une faute d'impreffion , le fens feroit fans
douté plus clair s'il y avoit.
·
Bien- tôt de mon malheur interprete fevere ,
Vôtre bouche à la mienne ordonna de fe taire.
Que veut dire vôtre rigueur emporta
la balance ? apparemment il ſe rapporte à
je difputai long temps ; mais pourquoi
repeter vous fçûtes m'impofer le filence ?
tout cela me paroît fi mal rangé que j'ai
peine à y reconnoître l'élegant Racine.
De mon heureux Rival j'accompagnai les armes
,
Accompagner des armes , n'eft- ce pas
une expreffion un peu forcée ?
J'efperai de verfer mon fang après mes larmes.
Le dernier Hemiftiche de ce vers tiendroit
parfaitement bien fon coin dans un
Opera ; mais je n'admettrai nulle part le
A vj de
2300 MERCURE DE FRANCE .
de après le verbe efperer , on doit dire
j'efperai verfer.
Après tant de combats Titus cedoit peutêtre.
M. de Racine veut dire par ce vers ,
je craignois qu'après tant de combats Titus
ne fut contraint à ceder , mais il faut
le deviner.
Heureux dans mes malheurs d'en avoir pû
fans crime ,
Conter toute l'hiftoire aux yeux qui les ont
faits.
Je ne comprends pas par quelle raiſon
Antiochus croit que l'aveu de fon crime
n'en eft pas un . En eft- il moins déſobéïſfant
envers Berenice pour s'éloigner
d'elle ? tout cela eft très enigmatique .
SCENE V.
Tant de fidelité ,
Madame , meritoit plus de profperité.
›
Le terme de profperité me paroît un
peu étrange , pour l'amour il femble
n'être fait que pour la fortune . On dit un
Amant heureux , mais on ne dit pás un
Amant qui profpere.
Mais Phenice , où m'emporte un ſouvenir
charmant ?
CepenNOVEMBRE
1724. 2301
Cependant Rome entiere , en ce même moment
Fait des voeux pour Titus..
La tranſition du premier vers m'a paru
fi brufque , que j'ai toûjours crû dans les
reprefentations
que l'Acteur oublioit
quelques vers intermediaires. Berenice
fait un tableau admirable de ce qui s'eft
paffé dans l'apotheofe de Vefpafien ; l'éclat
de cette fête ayant rejailli fur ſon
Amant elle fe plaît à fe le retracer , &
c'eft-là ce qui lui fait dire que ce fouvenir
eft charmant pour elle ; elle veut dire
qu'il l'eft à tel point qu'il lui fait oublier
qu'elle doit joindre fes voeux à ceux
qu'on fait pour Titus en ce même moment .
Voilà le feul endroit par où l'on peut
fauver cette espece de lacune ; mais j'a
voue que j'ai peine à m'y prêter.
ACTE I I.
SCENE I.
Il en étoit forti lorfque j'y fuis couru .
Il me femble qu'il faudroit dire j'y ai
couru , mais l'Hiatus á peut-être obligé
M. de Racine de mettre j'y fuis couru.
Je n'ofe l'approuver ni le condamner .
Il fuffit , & que fait la Reine Berenice ?
Que
2302 MERCURE DE FRANCE.
Que fait , me paroît trop bas dans une
Tragedie , furtout en parlant d'une Reine
dont on veut fçavoir la fituation , à la
veille d'un grand malheur qu'elle peut
prévoir.
Charge le Ciel de voeux pour vos profperitez.
Charger le Ciel de voeux , n'eft- il pas
un peu trop figuré ? ne feroit- il pas plus
naturel de dire ,
Fait mille voeux au Ciel pour vos profperiteza
Les voeux que l'on fait aux Dieux
font-ils des engagemens pour eux ?
En fa faveur d'où naît cette trifteffe.
Avoir de la trifteffe en faveur de quelqu'un
, n'eft gueres plus naturel que
l'expreffion , dont je viens de parler dans
le vers precedent.
SCENE 11.
Attend? que deviendra le deftin de la Reine.
A t'on jamais dit j'attends que vous
deviendrez , pour dire j'attends ce que
vous deviendrez ?
"
Quel fuccès attend- t'on d'un amour fi fidelle.
Je fçais qu'on dit également bon &
mauvais fuccès , maisfuccès fans épithete
ne
NOVEMBRE 1724. 2303
ne devroit
pas être pris pour fimple évenement
; cependant cette expreffion n'eft
pas fans exemples .
J'ai mis même à ce prix mon amitié fecrette,
Même me paroît mal placé , il faudroit
qu'il fut avant , & non pas après le verbe
, parce qu'étant après il femble tomber
fur à ce prix . Et ce n'eft pas -là ce
que M. de Racine veut nous faire entendre.
Il veut dire j'ai même mis à ce prix,
& non j'ai mis , à ce prix même . L'épithete
de fecrette eft une cheville pour rimer
avec interprette.
Qui fait taire les loix dans le bruit des allar→
mes.
On dit le bruit des armes ,
le bruit des allarmes.
& non pas
Et je ne réponds pas avant la fin du jour ,
Que le Senat chargé , &c.
La particule que devroit être dans le
premier vers ; la tranfpofition me paroît
vicieufe , & femble faire un fens different
de celui que l'Auteur nous veut faire entendre.
Je voulois que ton zele achevât en ſecret ,
De confondre un amour qui fe taît à regret.
En fecret n'eft encore dans ce dernier
vers
2304 MERCURE DE FRANCE .
vers que pour la rime , un Auteur tel
que M. de Racine en doit - il être efclave
à ce point- là ?
Foibles amuſemens d'une douleur fi grande.
L'amufement de la douleur , quelle
fingularité d'expreffion ! ce n'eft pas la
douleur qui s'amufe elle - même , on la
veut amufer ; & comme on le fait foiblement
, il me femble qu'il faudroit dire ,
foibles amuſemens pour une douleur fi
grande , voilà de la profe naturelle , il
n'y avoit plus qu'à la mettre en vers ,
qui le pouvoit mieux que M. de Racine ?
SCENE IV.
De combien de malheurs pour vous perfecutée.
Le verbe perfecuter ne doit pas s'appliquer
à des chofes inanimées ; ce font les
hommes qui perfecutent , & non pas les
malheurs ces derniers ne font que des
effets de la perfecution .
ACTE III.
Rome contre les Rois de tout temps foulevée,
Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée.
de Soulevé ne devroit s'employer , que
l'inferieur au fuperieur , de l'efclave au
Maître,
NOVEMBRE 1724. 2305
Maître , du ſujet au Roi ; ainfi il me paroît
étrange que cette même Rome qui
fe croit maîtreffe des Rois , fe fouleve contre
fes fujets. Je fçais que foulevé dans
cette occafion veut dire ennemi ; mais
cette expreffion eft fi voifine de Rois
qu'elle emporte une efpece de défobéïffance
& de revolte au propre. La pourpre
eft un terme trop generique , pour
défigner préciſement un Roi , ou une Reine
, les Senateurs Romains étoient élevez
dans la pourpre auffi bien que Berenice.
SCENE I I.
Arface , je me vois chargé de fa conduite.
J'aimerois mieux de la conduire. Conduite
femble plutôt regarder les actions
de Berenice que fon départ.
Eh ! qui peut mieux que vous confoler fa
difgrace ?
Antiochus peut confoler Berenice dans
fa difgrace , ou de fa difgrace ; mais non
pas confoler la difgrace de Berenice ; les
Poëtes étendent leurs droits un peu trop
loin , ils veulent tout animer , tout perfonifier
; qu'ils fe contentent de parler
comme les Dieux , fans prétendre agir
comme eux . Peut - être M. de Racine entend
foulager pour confoler. Ces deux
verbes
2306 MERCURE DE FRANCE.
verbes dérivent veritablement de la mê
me racine ; mais l'ufage leur a donné des
fignifications bien differentes , il faut nous
y affujettir.
Et ne la crois -tu pas affez infortunée
D'apprendre à quel mépris Titus la condamnée
,
Sans lui donner encor le déplaifir fatal ,
D'apprendre ce mépris par fon propre Rival
?
Ce n'est pas par la conftruction que
j'attaque ces quatre vers , c'est par le
fens , quel nouveau déplaifir fera - ce
pour Berenice d'apprendre le mépris de
Titus par la bouche d'Antiochus fon Rival
? Si c'étoit par la bouche d'une Rivale
qui en triompheroit , j'avoue que ce
feroit là un grand accroiffement de déplaifir
; mais par la bouche d'Antiochus ,
qui l'aime , qui l'adore , & qui fçait
mieux qu'un autre tout ce qu'elle vaut ,
je ne vois pas que Berenice en doive recevoir
un déplaifir fi fatal. Je mets en italique
ce dernier mot , pour faire fentir
l'abus qu'on en fait : il eft devenu fynonime
avec cruel , & c'eſt à Meffieurs les
Poëtes , furtout aux faifeurs d'Opera que
nous devons cette improprieté.
SCENE
NOVEMBRE
1724. 2307
SCENE III.
Madame,je vois bien que vous êtes deçûë ,
Et que c'étoit Cefar que cherchoit vôtre vûë.
On dit quelquefois vue pour yeux.
Il s'offre à ma vûë , & il s'offre à mes
yeux font deux manieres de s'exprimer
tout -à-fait fynonimes & parfaitement
bonnes ; je vais plus loin , mes yeux s'égarent
& ma vûë s'égare , font encore
dans le même cas ; mais comme nous n'avons
que des prefque-fynonimes dans la
Langue Françoife , ce qui s'accorde quelquefois
ne s'accorde pas toûjours . Votre
vië me cherchoit , me paroît dans ce dernier
cas ; l'ufage n'y a pas encore mis le
fceau .
De ma preſence encor j'importune vos yeux.
Cette maniere de parler n'eft gueres
plus ufitée que la précedente , on dit ma
prefence vous importune , mais je ne
crois pas qu'on puifle dire je vous importune
, ou j'importune vos yeux de ma
prefence , il vaudroit mieux dire par ma
prefence , parce que la prefence n'eft que
le moyen , & non l'action d'importuner,
Mais , moi , toûjours tremblant , moi , vous le
fçavez bien ,
A qui vôtre repos eft plus cher que le mien ,
Pour
2308 MERCURE DE FRANCE .
Pour ne le point troubler , j'aime mieux vous
déplaire ,
Et crains vôtre douleur plus que vôtre colere.
Le troifiéme vers de ce quatrain a
quelque chofe de louche ; il ne dit pas
précilement ce qu'il faut qu'il dife , Antiochus
aime mieux déplaire à Berenice
que de troubler fon repos ; voilà ce que
l'Auteur veut nous faire entendre , & ce
que pourtant il ne nous dit pas.
Er vos refus cruels , loin d'épargner ma peine .
Qu'est-ce que c'est qu'épargner la peine
de quelqu'un , pour dire ne lui en point
caufer ?
SCENE I V.
Allons , & de fi loin évitons la cruelle.
Eviter de loin , pour dire s'éloigner ;
eft cela du françois ? fi la Poëfie permet
un pareil jargon , il faut avouer qu'elle a
de grandes prérogatives .
ACTE I V.
S.CENE I I.
Eh ! que m'importe , helas ! de ces vains ornemens
?
On dit que m'importe cela ; mais je
prends plutôt cette expreffion pour une
hardielle
NOVEMBRE 1724. 2309
hardiffe que pour une faute ; la fituation
violente où fe trouve Berenice , peut lui
permettre un peu de defordre dans la
manere de s'exprimer. C'eft dans les
grandes paffions que les Ellipfes font
non feulement permiſes , mais élegantes .
Dis-moi , que produiront tes fecours fuperflus?
Cela frife le Pleonafme ; il eft bien
certain que des fecours fuperflus ne produiſent
rien , c'eft prefque dire qu'ils
font fuperflus..
SCENE I V.
Je viens percer un coeur que j'adore , qui
m'aime .
Le coeur aime , mais il n'eſt
ni adoré.
pas
aimé ,
Au bout de l'univers , va , cours te confiner ,
Et fait place à des coeurs plus dignes de regner.
Regner ne rime pas avec confiner ; on
a fait de pareilles rimes dans des Tragedies
modernes qui ont eu un très - grand
fuccès ; cela fait voir que l'exemple des
grands hommes eft dangereux , leurs défauts
même femblent confacrez. Je n'en
veux pas davantage pour juftifier la liberté
que je me donne de critiquer un
Auteur auffi refpectable que M. de Racine.
SCENE
# 319 MERCURE DE FRANCE.
SCENE
V.
Je voulois qu'à mes voeux rien ne fut invincible.
La profe plus modefte & plus circonfpecte
fe contenteroit de dire , rien n'eſt
invincible pour moi ; mais la Poëfie dit
hardiment rien ne m'eft invincible . Elle
étendra encore plus loin fes droits fi l'on
ne s'y oppofe.
Je fens bien que fans vous je ne fçaurois plus
vivre
Que mon coeur de moi- même eft près de
s'éloigner ;'
Mais il ne s'agit plus de vivre , il faut regner.
Je pafferois le fecond vers , s'il étoit
dans le ftile figuré , quoiqu'il fente un
peu fon Italien , tant la Metaphore eft
outrée ; mais l'expreffion eft au propre ,
il s'agit de mourir trés- phyfiquement ,
c'eft-là ce que j'y trouve de défectueux .
Comment fouffrirons- nous,
Seigneur , que tant de mers me feparent de
vous ?
Après avoir dit comment fouffrironsnous
, ne faudroit- il pas dire que tant de
mers nous feparent . Je fçais bien que la
douleur de la feparation eft égale entre
deux
NOVEMBRE 1724. 2311
deux perfonnes qui s'aiment , mais cela
n'empêche pas qu'il n'y ait quelque
chofe dans la conftruction qui choque
d'abord le lecteur , & c'eft ce qu'il faut
éviter.
Eh ! bien , Seigneur , eh bien ! qu'en peut- il
arriver ?
Ce vers a fait rire le parterre , mais
ce n'eft pas la faute de l'Auteur ; on s'eſt
rappellé une chanfon à boire , ou , le
qu'en peut il arriver , fe trouve ; mais
M. de Racine n'a pas pû prévoir cela ,
& la Piece eft anterieure à la Chanfon ;
pour moi j'aime bien mieux le qu'en peutil
arriver de Berenice , que le quelque
malheur qu'il en puiffe avenir de Mithrydate
, le premier eft beaucoup plus
ufité que le dernier.
Non , je crois tout facile à vôtre barbarie ,
Je vous crois digne , ingrat , de m'arracher la
vie.
L'expreffion de ce dernier vers eft un
latinifime , fi l'on prend digne pour capable
; mais il faut remonter cinq vers plus
haut pour trouver le veritable fens de
l'Auteur. Titus dit à Berenice , après
avoir mis les actions les plus feroces des
anciens Romains au- deffous de la cruauté
qu'il exerce contre elle , en la preffant
de partir .
Mais ,
2312 MERCURE DE FRANCE.
Mais , Madame , après tout me croyez-vous
indigne
De laiffer un exemple à la poſterité ,
Qui fans de grands efforts ne puiffe être imité ?
C'eft delà fans doute que dérive la
réponſe de Berenice , comme Titus croit
qu'il y a de la gloire à être cruel ; fon
Amante lui répond ironiquement, qu'elle
le croit capable de porter cette gloire barbare
, jufqu'à lui arracher la vie , pour
laiffer à la pofterité un exemple inimitable
.
SCENE VI . S
Ne troublez point le cours de vôtre Renommée.
Voilà un vers que je pafferois à peine
à un mediocre Auteur ; qu'est -ce que c'eſt
que troubler le cours de la réputation ?
car je ne crois pas que l'Auteur ait voulu
perfonifier la Renommée . Il n'auroit pas
mis le pronom vôtre.
SCENE VIII.
Vous voulez raffurer
Un coeur que vous voyez tout prêt à s'égarer.
Raffurer ce qui s'égare n'eft pas une
Metaphore bien jufte ; ces deux verbes
ne font pas faits l'un pour l'autre , ni
dans
NOVEMBRE
17244
2313
dans le propre ni dans le figuré. On raffure
ceux qui
craignent , & on éclaire ,
ou en ramene dans le bon chemin ceux
qui s'égarent.
ACTE V.
SCENE II.
Que Titus à fes pleurs l'ait trop long- temps
laiffee,
On dit je vous
abandonne à vôtre douleur
, mais il me femble qu'on ne doit pas
dire , je vous laiffe à vos pleurs .
O Ciel ! qui l'auroit crû ?
Ce
dernier
hemiftiche
feinble fe rapporter
au premier
où Arface dit ,
Elle écrit à Cefar.
Cependant la
remontrance
d'Antiochus
remonte plus haut, & fa furpriſe ne tombe
que fur la
réfolution que Berenice a prife
de partir de Rome : un Auteur tel que
Racine doit éviter ces
rapports trop éloignez
qui peuvent induire en erreur.
Mais d'un foin fi cruel la Fortune me joüe.
Les Poëtes font
fouvent cet abus de
termes , ils mettent
indifferemment de
pour avec , ils n'oferoient faire une fi
mauvaise
conftruction en profe ,
B
SCENE
2314´MERCURE DE FRANCE .
SCENE I V.
Quel cours infortuné ,
Ama funefte vie aviez- vous deſtiné !
L'épithete de funefte conviendroit
mieux à cours , & celle d'infortunée ſemble
faite pour vie.
A mes triftes regards viennent par tout s'of
frir.
De toutes parts vaudroit mieux que par
tout , cette faute , fi c'en eft une , eft encore
plus marquée dans Andromaque .
L'infidelle s'eft vû par tout envelopper.
L'Auteur fait rapporter par tout au
verbe voir , & il doit fe rapporter au
verbe envelopper , qui éxige de toutes
parts , en bonne conſtruction.
SCENE V I.
Mais quoique je craigniffe , il faut que je le
die ,
Outre que ce dernier hemiftiche ſent
fa cheville , je fuis furpris que cette maniere
de conjuguer le verbe dire fut encore
en ufage du temps de M. de Racine.
L'empire incompatible avec vôtre Hymenée ,
Me dit qu'après l'éclat & les pas que j'ai faits.
Fairs
NOVEMBRE 1724. 2315
Faire des pas , cette expreffion n'eftelle
pas trop balle pour le cothurne ? Elle
peut être employée noblement comme on
le voit dans Britannicus.
Pourfui , tu n'as pas fait ce pas pour reculer.
Quelle difference dans l'un & dans
l'autre emplo !
Pour fortir des tourmens dont mon ame
la proye.
Il me femble qu'il feroit mieux de
dire où mon ame est en praye.
Songez-y bien , Madame , & fi je vous fuis
cher.. •
Cher , re doit point rimer avec chercher
, nos modernes ont abfolument banni
cette rime , qu'on a appellée Normande
, parce que les Auteurs qui l'avoient
introduite étoient Normands ; je fuis furpris
que Racine , qui n'étoit de cette
Province , l'ait ad pre.
Fas
La Reine qui m'entend peut me deſavoüer.
Il y a une Ellipfe dans ce vers , autrement
il feroit un fens tout- à -fait contraire
à la penſée de l'Auteur . Il veut
dire , peut ine dejavoüer , fi je ne dis pas
la verite.
Mais le pourriez- vou : cro ke en ce moment
1812
Bij Le
2316 MERCURE DE FRANCE.
Le moment n'eft-là que pour la mefure
& le fatal pour la rime.
Jamais je ne me fuis fenti plus amoureux.
Le verbe fuis qui n'eft qu'auxiliaire
ne doit pas faire le repos de l'hemiftiche
il me femble que le vers auroit été meilleur
fi l'on avoit dit :
Je ne me fuis jamais fenti plus amoureux,
Qu'on me pardonne la témerité que
j'ai de réformer un vers de Racine , &
toutes les libertez que j'ai prifes dans
le cours de cette critique. Perfonne n'eft
plus penetré que moi du refpect qu'on
doit aux grands noms ; mais il ne le faut
pas porter jufqu'à un culte idolâtre.
D'ailleurs tout n'eft pas précieux dans un
bel ouvrage , & il eft bon de faire fentir
ce qu'il peut y avoir de défectueux , pour
porter ceux qui les prennent pour mo,
delles à fe tenir fur leurs gardes ,
Je Luis , &c.
EPI
NOVEMBRE 1724. 2317
EPITRE A M. M ***
Contre les Critiques paffionnées &
injurieufes.
Ulicieux efprit dont la docte Critique ,
S'eſt acquis fur mes vers un pouvoir deſpotique
,
Cher M*** qui fçais fur le facré vallon ,
Même en les corrigeant plaire aux fils d'Apollón
,
Et portant d'un coup d'oeil le jour dans un
ouvrage ,
Refuſer à propos ou donner ton fuffrage.
Combien peu d'Ecrivains fçavent avec candeur
,
Relever comme toi les fautes d'un Auteur.
L'Hyperbole maligne & l'inique ironie ,
Toûjours de nos Cenfeurs aiguifent le genie ,
D'un ouvrage nouveau traverfant le fuccès ,
Par ces lâches détours ils lui font fon procès .
S'il a quelques beautez , leur plume fans fcrupule
,
Les voile , les déguife , y jette un ridicule ,
Par un fens chimerique en corrompt le vrai
fens , Bij Leur
2318 MERCURE DE FRANCE.
Leur Critique inquiéte en veut même aux
accens.
Il faut qu'ayant reçû mainte & mainte bleſſure,
Un Livre , quoique bon , tombe fous leur
cenfure ,
Et qu'un Auteur cedant à d'indignes rivaux ,
Perde fouvent le fruit de vingt ans de travaux.
Au goût capricieux d'un fatyrique injuſte , '
Du vulgaire ignorant l'opinion s'ajufte ,
Affamé de bons mots , & duppe de fon choix,
Aux éclats des rieurs il joint toûjours fa voix.
Et fans autre examen fur leur folle ſentence > .
Il condamne un Auteur à garder le filence ,
Er fe prive lui même , habile à s'abuſer ,
D'ouvrages qui pourroient l'inftruire & l'amufer.
Il faut , & la raiſon l'enſeigne avec Horace,
Il faut aux bons Auteurs faire quelquefois
grace.
J'aime un fçavant poli dont le goût épuré ,
Donne modeftement un confeil éclairé :
Qui du fçavoir d'autrui ne prenant point
d'ombrage ,
Applaudit le premier aux beautez d'un ouvrage
;
Et
NOVEMBRE 1724. 2319
Et cenfeur genereux , n'en reprend quelque
trait ,
Que pour aider l'Auteur à le rendre parfait.
Mais un autre motif trop facile à connoître,
Engage , tu le fçais , un critique à paroître ,
Il cherche , en diffamant leurs ouvrages che
ris ,
La gloire d'avillir des Ecrivains de prix :
Et fe laiffant aller à la flateufe idée ,
Devoir leur plume un jour par lui feul dégradée
;
Il croit qu'à ces Auteurs difputant le terrain ,
Il fera du bon goût l'arbitre fouverain.
Il eft pourtant , il eft des critiques finceres ,
Qui d'un bon Ecrivain utiles adverſaires ,
L'attaquent fans chaleur , & font moins vi
gilans ,
A blâmer fes défauts qu'à louer ſes talens .
Ce corps * fi renommé que l'Univers
contemple
,
D'une telle candeur donne un illuftre exemple.
Son avis fur le Cid , dans fon tour réservé ,
Donne de la critique un modele achevé ,
Et rendant à Corneille une exacte juſtice ,
* L'Académie Françoife.
B iiij Du
2320 MERCURE DE FRANCE.
Du fiel de Scudery ne fe rend point,complice ,
C'eft ainfi que l'on peut exempt de toute aigreur
,
D'un ouvrage fautif cenfürer chaque erreur.
Mais que du ftile affreux d'une mordante
plume,
Sur un Auteur qui bronche on verfe l'amestume
,
Que contre tous écrits prompt à fe declarer ,
On cherche fans pudeur à ſe défigurer .
Non , de quelque façon , cher ami , qu'on le
nomme ,
Ce procedé jamais ne fut d'un honnête homme.
Celui qui nous forma de fes divines mains ,
D'un amour mutuel liâ tous les humains .
Quels égards , quels refpects , dans fa critique
altiere ,
Un cenfeur garde- t'il pour ce noeud falutaire?
Penfe-t'il donc qu'un coup malignement porté,
Ne puiffe en ces débats bleffer la charité ;
Ou que fans y garder ni regles ni mefures ,
On puiffe impunément fe dire des injures ?
Les talens d'un Auteur plus ou moins
illuftrez ,
De même que fon bien doivent être facrez.
QuiNOVEMBRE
1724. 2321
Quiconque à les ternir applique fon genie ,
Montre d'un efprit noir la jalouſe manie.
Il plaira toutefois . Les hommes nez malins
Aux difcours médiíants furent toûjours enclins
,
Je ne fçais fur leur front quelle joye eſt écrite ,
Quand un trait peut d'autrui ravaler le merite.
Ah ! qu'ils devroient plutôt punir de leurs
mépris ,
Tout Auteur qui d'un autre attaquant I
écrits
Ne fçait pas , emporté par un efprit cauftique ,
Se conformer aux loix d'une honnête criti
que.
La Satyre , dit- on , ingenue & fans fard ,
Fut toûjours du bon goût le plus ferme rainpart
Si vous la retenez . Prônant leur paperaffe ,
Mille Auteurs croaffants fouilleront leur Par
naſſe ,
Et bravant d'un cenfeur les efforts impuif
fans ,
Publieront malgré lui leurs écrits languiffans.
Car quel frain , fi jamais la Satyre eft muette ,
Pourrez-vous oppofer à leur fougue indif
Grette ?
B. V Quel
2322 MERCURE DE FRANCE .
Quel frain? leur Livre même. Et quoi ? de
vains écrits ,
Tôt ou tard du public ne font- ils pas prof
crits ?
D'ailleurs mis à l'écart un volume fterile ,
D'un Critique jamais alluma - t'il la bile ?
Ne le laiffe- t'on pas , rebuté du paffant ,
S'obfcurcir au grand jour & mourir en naiffant.
Mais fourniffant enfin une heureuſe carriere,
Un bon Auteur met il un ouvrage en lumiere
?
Auffi - tôt un cenfeur à fa perte animé ,
Signale contre lui fon ftile envenimé .
L'efprit & le fçavoir éclatent dans un Livre.
C'eſt affez, la Satyre a droit de le poursuivre,
Et d'armer de fes traits pour le combattre
mieux ,
L'implacable couroux d'un efprit envieux .
C'eſt ainfi que Racine & l'aîné des Corneilles
Ont vû fouvent fronder leurs immortelles
veilles .
Quelle injuſtice ! on fçait qu'il n'eſt Livres f
beaux ,
Qui dans quelques endroits ne montrent des
défauts ,
Fr
NOVEMBRE 1724. 2323
Et que du Ciel enfin la profonde fageffe ,
N'exempte aucuns mortels de l'humaine foibleffe
;
Mais ne fuffit- il pas pour être refpectez ,
Qu'ils nous offrent fouvent de fublimes beautez
?
Certes , de tels Auteurs qu'Apollon même
inſpire ,
Devroient être à l'abri des traits de la Satyre.
Je voudrois demander à ce Critique outré ,
Si, produifant comme eux un ouvrage inſpiré ,
Il verroit fans colere une plume ennemie ,
Sapper fa Renommée encor mal affermie ;
Mais tel eft des humains le procedé honteux ,
Qu'ils blâment en autrui ce qu'ils fouffrent
chez eux.
M. TANNEVOT.
B vj
RE2324
MERCURE DE FRANCE.
¥¥¥¥¥¥¥MMMMMMM
RELATION exalle du Couronnement
de la Czarine , Catherine Alexiewna ,
Imperatrice de Ruffie , celebré à Moscou
le 18. Mai dernier , & publiée par
ordre du Czar.
Apratiqua deux allées dans le Crešil , qui
Près tous les préparatifs neceffaires , on
eft un Château à Mofcou , & dans lequel ont
refidé les Empereurs Ruffiens , prédeceffeurs
de S. M. Czarienne ; les allées traverfoient la
grande place qui eft devant l'appartement Imperial
, & avoient quinze pieds de largeur ,
elles étoient tapiffées de drag rouge . L'une
commençoit au Krafnoje Krylze ( c'eft ainfi
qu'on nomine le grand efcalier qui mene aux
apparremens du Czar , ) & étoit continuée
jufqu'à la premiere Eglife Cathedrale : l'autre
depuis le même endroit , aboutiffoit à la fe .
conde Cathedrale de S. Michel Archange.
La premiere Cathedrale où fe devoit faire
la ceremonie étoit richement décorée , autant
que le comporte l'ufage de l'Eglife Grec de
qui ne permet pas de couvrir de tapifferies ni
d'autres pareils ornemens les Images des
Saints. Entre quantité de chandeliers faits en
forme de couronnes , qui étoient fufpendus
dans la premiere Cathedrale , il y en avoit un
grand au milieu de tous les autres , il eft d'argent
fin , & tant par fa grandeur extraordi,
naire , que par la façon qui en eft admirable ,
il peut paffer pour une des curiofitez de l'Europe
. Il étoit garni de bougies dorées. Les
trois
NOVEMBRE 1724. 2325
trois marches de devant l'Autel , & le pavé de
l'Eglife étoient couverts de riches tapis bro
chez d'or , depuis l'Autel jufqu'au Trône , &
jufqu'à la loge de la Czarine. Au milieu de
l'Eglife , depuis l'Autel jufqu'au Trône , il y
avoit des deux côtez des bancs tapiffez de
drap cramoifi pour les Archevêques , & autres
Prélats .
S
Vis - à - vis de l'Autel , au milieu de l'Eglife »
il y avoit un Baldaquin de velours cramoifi
au dedans duquel fe voyoient les armes de
Ruffie fçavoir , une Aigle de fable , chargée
fur l'eftomach d'un S. George , & entourées
du cordon de l'Ordre de S. André , & des deux
côtez étoient dans fix cartouches les armes de
Kiovv , de Wladimir de Novogrod , de Cafan ,
d'Afracan & de Siberie , blazonrées aves
kurs métaux & leurs émaux en broderie .
,
Le Baldaquin étoit d'une broder e d'or , re
levée en befle , & accompagnée de frarges ,
de boufettes , de touffes , & de cordons trèsriches
; de haut en bas perdoient des chaînes
parées de galons d'or , & aux quatre coins
étoient des colonnes travaillées , & couvertes
d'or & de foye rorge en forme de piramides.
Sous ce Baldaquin étoit un Tróne magnifi
doré & artiftement fait , haut d'environ
treize aunes , & large de chaque côté d'environ
fix aunes & demie fans compter les
douzes marches , & les deux placets qu'on
avoit laiflé entr'elles.
Des deux cótez des marches , depuis le
haut jufqu'au pavé , étcit une balustrade haute
de treize pieds en fculpture , avec des figures
hierogliphiques. Cette balustrade s'élargiffoit
des deux côtez vers l'Autel en forme de cercle
, afin d'avoir le paffage plus libre pour la
seremonie. Le pavé & les marches du Trône
étoient
2326 MERCURE DE FRANCE.
étoient couverts d'un velours cramoifi . Au
haut fur l'eftrade , au - deffous du Baldaquin ,
étoient à une certaine diſtance l'un de l'autre,
deux fauteuils à l'antique , mais brillans de
pierreries pour L. M. Czarienne. Celui du
Czar à la droite , & celui de la Czarine à la
gauche, Affez près & à la droite du premier ,
étoit une longue table couverte d'un drap d'or
magnifique , qui pendoit jufqu'à terre , & ſur
laquelle étoient les ornemens .
Les loges ordinaires de L. M. Czarienne dans
cette Eglife étoient tapiffées de drap d'or ,
tant en dehors qu'en dedans , avec de ſuperbes
couffins , & par deffous d'un velours pon
ceau galonné d'or. Entre les deux groffes colomnes
du milieu , à la droite , tour du long ,
auprès des marches , on avoit menagé une
place parée de tapis & de drap d'or , avec
' Aigle d'or en broderie , & c'eft delà que les
Princeffes Czariennes , & les Ducheffes de
Meklenbourg & de Courlande virent toute la
ceremonie. Derriere cette place il y en avoit
une autre , aufi richement preparée pour S.
A. R. le Duc d'Holtein . A main gauche de
la place ordinaire de la Czarine , étoit une
efpece d'Amphitheatre , deftiné à cinq Dames
, qui après la ceremonie devoient accom .
pagner la Czarine jufqu'au Monaftere de l'Afcenfion
, & porter la queue du manteau Imperial
à la defcente du caroffe .
A la droite de la grande porte de l'Eglife ,
par où la Czarine devoit entrer , il y avoit
une place élevée d'un pied , longue de douze
& large de huit , où étoient les Majors Generaux
Tfchekin Wolkof , Lefchakoff , le Prince
Jufupoff , Soltikoff , & le contre Amiral
Sinjawin , qui tenoient un autre dais fort riche
, qu'on portoit fur fix bâtons d'argent
maffif.
NOVEMBRE 1724. 2327
maffif. Sur chacun il y avoit huit Aigles d'argent
doré , avec des Couronnes & quatre
fleurons , & des houpes d'or maffif , fufpendus
à des cordons d'or . C'eft fous ce dais que
la Czarine devoit fe rendre après la ceremonie
d'une Cathedrale à l'autre.
Au côté Occidental de la Cathedrale , visà-
vis de l'Autel , il y avoit derriere le Trône
deux ga'eries en forme d'amphitheatre , drapées
en rouge & partagées en deux. Dans la
premiere , à la droite de l'Autel , étoient les
Generaux & autres perfonnes de diſtinction
qui devoient affifter à la ceremonie , & dans
l'autre plus près du Trône , auffi à la droite de
l'Autel , étoient les Dames & Damoifelles du
premier Ordre.
Dans la galerie qui étoit à la gauche , &
décorée de la même maniere , étoient dans
l'enclos le plus proche les Miniftres Etran
gers , & dans le fecond les Gentilhommes
Etrangers qui fouhaitoient de voir la ceremonie.
On avcit conftruite de pareilles galleries
le long de l'Eglife pour les Dames qui
pouvoient entrer par billet. Plus bas entre le
Trône & les galleries , étoit un amphitheatre
élevé pour les Gentilhommes de la nation
Ruffienne qui n'avoient point d'emploi dans
la ceremonie. Les Dames & Demoifelles qui
étoient nommées pour s'y trouver , étoient
en habit de Cour , de drap d'or & d'argent ,
avec des robes brodées fuperbement & chargées
de pierreries . Tous les Seigneurs & Cavaliers
étoient auffi magnifiquement habillez.
I a veille du jour deſtiné au Couronnement,
le Czar & la Czarine avec la Famille Royale
partirent d'une maifon de plaifance , & allerent
coucher au Château de . Kreml . Ie foir
fort tard on fonna toutes les cloches des
Eglifes
1328 MERCURE DE FRANCE .
Eglifes & des Monafteres , & on fit quelques
prieres que
l'on fait d'ordinaire avant le cou
ronnement.
Le 18. Mai les Gardes du Corps de L. M.
Czarienne , fous le commandement de M.
Rumanzioff , Brigadier & Major des Gardes
fe rendirent au Kreml , & fe pofterent dans la
grande place , nommé Jwan. Les Grenadiers
des Gardes avec des cafques ornez de plumes ,
fe mirent devant les appartemens Royaux ,
fur le grand efcalier , & aux allées qui conduifoient
aux Cathedrales . Pendant ce tempslà
les principales perfonnes de la Cour fe preparoient
pour la ceremonie , dans la falle
nommée la falle de la Fable que l'on avo.t
deftinée à cet effet ; de même que differentes
perfonnes de l'un & de l'autre fexe , qui
avoient quelque fonction dans le couronnement.
S. A. R. le Duc de Holtein s'y trouva
auffi avec toute fa Cour en habits magnifiques
.
A neuf heures du matin le haut & le bas
Clergé s'affembla dans l'Eglife au fon de la
groffe cloche , & fit les Prieres ordinaires
pour la profperité de L. M. Czarienne. Après
les Pleaumes marquez par la Liturgie , le
Clergé en habits pontificaux attendit L. M.
Le Czar fe rendit enfeite de fon apparte
ment à la falle de l'affemblée ; & comme la
Czarine étoit toute habillée dans fon apparte
ment , & que les préparatifs du Couronnement
étoient entierement achevez , & qu'enfin
toutes les perfonnes nommées pour y affif
ter étoient prefentes , la marche commença
à dix heures du matin dans l'ordre fuivant .
La moitié des Cavaliers Gardes du Czar ,
avec leurs Officiers à la tête. Les Pages de la
Czarine , avec leur Gouverneur. Le Brigadier
Schuwaloff ,
1
NOVEMBRE 1724. 2329
Schuwaloff , Grand Maître des Ceremonies
avec fa maffe de Ceremonie à la main. Ses
Collegues , le Colonel André Welljaminoff ,
& le Confeiller de la Chambre Naumoff ,
étoient dans l'Eglife pour faire ranger les
fpectateurs. Les Brigadiers , les Députez des
Provinces , & autres perfonres de ce rang ; lés
Majors Generaux , & autres de pareils rangs ;
les Lieuterans Generaux & les Generaux.
Après eux les deux grands Herauts d'armes ,
Pleczcoff & le Comte Safty , en habits couleur
de feu brodez d'or , furquoi étoit brodée
P'Aigle Imperiale , & ayant en main le bâton
de leur Charge. Les ornemens qu'on avoit
tirez le matin du Tréfor , & placez fur une
table & fur des couffins brochez d'or , dans
une chambre vis - à-vis de l'appartement Royal.
le Manteau Royal étoit porté fur deux couf
fins par le Prince Gallitzin & le Comte d'Ofterman
, Confeillers Privez : il étoit de drap
d'or doublé d'hermine , les agraffes faites en
chaîne , étoient enrichies de quantité de gros
brillans , & fur le Manteau étoit l'Aigle Imperiale
en broderie d'or relevée . Le Globe étoit
porté par le Prince Dolgoruki , Confeiller
Privé , fur un couffin d'or : il étoit de fin or ,
furmonté d'une croix enrichie de diamans , de
rubis , de Saphirs & d'émeraudes. Le fceptre
étoit aufli porté fur un couffin par M. Mufin
Puichkin , Confeiller Privé : il étoit émaillé
& orné de diamans & de rubis , & terminé
par l'Agle Imperiale : c'eft le même Sceptre
qui a fervi cy-devant au Couronnement & aur
Sacre des anciens Empereurs de Ruffie. La
Couronne étoit cortée par le General Comte
de Bruce : elle étoit toute revêtue de brillans ,
entre lefquels il y en avoit d'une finguliere
groffeur ; les Perles en étoient des plus belles
'd'Orient ,
2330 MERCURE DE FRANCE .
d'Orient , d'une groffeur extraordinaire , &
d'une eau égale. Sur toute la Couronne on
voyoit quelques pierreries de couleur , entre
autres un vrai rubis d'un rare éclat & gros
comme un oeufde Pigeon. C'eft fans contredit
le plus beau que l'on connoiffe jufqu'à prefent.
Il étoit au haut de la Couronne à la
place du Globe , & la Croix étoit toute de
brillans . Le Cointe de Tolotoy , Grand Maréchal
, ayant en main le bâton de Maréchal , au
haut duquel étoit l'Aigle Imperiale d'or maffif
, & par deffus une émeraude de la groffeur
d'un oeuf de poule.
Le Czar accompagné des deux Princes Menzikoff
, & Repnin', Velt- Maréchaux , en qualité
d'Affiftans , qui marchoient à fes côtez ,
mais un peu derriere. La Czarine conduite par
le Duc de Holftein , & accompagnée de l'Amiral
- General , Comte Apraxin , & du Chancelier
, Comte de Golonkin , comme Afiftans,
qui marchoient auffi aux deux côtez , un peu
derriere. La queue du manteau de la Czarine
étoit portée par la Princeffe de Menzikoff, lat
Comteffe de Golowkin , la Comteffe de Bruce
, la Generale Buturlin & la Princeffe de
Trubeskoy. Les Chambellans de la Czarine &
les autres Cavaliers de fa Cour , marchoient
de fuite , aux deux côtez , avec les Dames qui
portoient la queue du manteau. Les Dames du
premier rang , avec les autres Dames de la
Cour , & le refte des femmes de qualité Les
Colonels , les Officiers , & ceux de la Nobleffe
Nationale qui avoient été nommez pour être
prefens à la folemnité. Le refte des Cavaliers
Gardes fermoit la marche.
Auffi-tôt que l'on fortit des appartemens ,
les Cloches de la Cathedrale & des autres
Eglifes commencerent à fonner , & pendant
la
NOVEMBRE 1724. 2331
la marche , les Regimens qui étoient rangez ,
prefenterent les armes , au bruit de la Mufique
& des Tambours. Lorfque les ornemens
approcherent de la porte de la Cathedrale ,
tous les Archevêques & le Clergé en habits
pontificaux , fortirent de l'Eglife fur les dégrez
, & les deux premiers Evêques ; fçavoir ,
celui de Novogrod , & celui de Pleskow , encenferent
les ornemens & les afpergerent
d'eau-benite. Quand L. M. furent près de la
porte , l'Archevêque de Novogrod leur prefenta
le Crucifix à baifer , & celui de Pleskow
leur donna de l'eau- benite. Alors le Chergé
marcha devant dans l'Eglife , le Choeur chantant
le Pfeaume ; Seigneur , je chanterai vôtre
mifericorde& vêtre juftice. Les Archevêques
& les Prélats fe placerent felon leur rang , des
deux cô ez fur des bancs , placez au rez- dechauffée.
Avant que L. M, montaffent au Trône
, le Lieutenant General Jagufchinsky , en
qualité de Capitaine des Cavaliers - Gardes , &
& le Major General Mamonoff , comme leur
Lieutenant , fe mirent fur la plus haute marche
du Trône : le Brigadier Leontieff , & le
Colonel Merfchersky étoient fur la marche du
milieu , ayant en main leurs bâtons de commandement.
Les deux Grands Herauts d'Armes conduifirent
les ornemens fur le Trône , où ils furent
déposez fur la table par ceux qui les por
toient les Herauts d'Armes defcendirent &
s'arrêterent fur la premiere marche d'en bas
Ceux qui avoient porté les ornemens en firent
de même , & fe mirent , le Comte de Bruce
fur la premiere marche en defcendant du Trône
, le Comte Mufin - Pufchkin fur la feconde ,
le Prince Dolgoru : ki fur la troifiéme , le Baron
d'Ofterman fur la quatrième , & le Prince
de
2532 僵
MERCURE DE FRANCE:
de Galliczin fur la cinquième , & ils fe tin
rent debout. Le Duc de Holſtein mena la Czarine
jufqu'au Trône , & fe retira enfuite à la
place qui lui étoit deftinée , pendant que le
Czar , donnant la main à la Czarine , montą
avec elle fur l'eftrade. Les Princes Menzikoff
& Repnin , & les Comtes Apraxin & Golowkin
fuivirent L. M. fur le Trône , & ſe range
rent contre la baluftrade aux côtez du Czar
& de la Czarine , pour y faire leurs fonctions
d'Affiftans. Lés cinq Dames qui portoient la
queue du manteau Royal , fe mirent tout joignant
la baluftrade derriere le fauteuil de L.
M. ainfi que les quatre Seigneurs Affiftans ,
pour faire leur office lorfque la Czarine defcendroit
. Le Grand Maréchal tenant fa mafle
élevée , marcha toûjours devant L. M. & les
accompagna jufqu'au haut du Trône ; enfuite
dequoi il defcendit , & fe tint debout tout feul
fur la premiere marche. Les Generaux & au-.
tres perfonnes de diftinction , les Dames &
Demoifelles monterent aux Galeries , où chacun
fe tint debout tant que dura la ceremonie.
Les Colonels & ceux de la Nobleffe Ruffienne
qui avoient été invitez , étoient à gauche entre
les deux gros pilliers , & les Chambellans
de la Czarine , & les autres Cavaliers & Officiers
étoient à la gauche du Trône.
Aufi-tôt que leurs M. furent montées fur le
Trône , & affifes dans les deux fauteuils , les
Archevêques & autres Prélats s'affirent fur
leurs bancs tout le refte demeura debout.
Alors on fonna les cloches , & on ceffa de
chanter.
Enfuite le Czar fe leva & prenant le Scep
tre de deffus la table , commanda au Grand
Maréchal de faire approcher les Archevêques
& les Prélats , ils s'avancerent devant S. M.
qui leur parla ainfi.
Comme
NOVEMBRE 1724. 2333
Comme par nôtre Declaration publique , nous
vous avons fait connoitre nôtre réſolution fur
le Couronnement de nôtre très - chere épouse ;
notre bon plaifir eft que vous y procediez à co
moment , felon le Rituel.
Les Archevêques ayant reçû ce commandement
, s'approcherent de la Czarine , & celui
de Novogrod lui adreſſa ces paroles :
Orthodoxe & grande Imperatrice , três-grarieufe
Dame , qu'il plaife à Vôtre Majesté de
reciter tout haut le Simbole de la foi Orthodoxe
en prefence de fes fideles fujets.
La Czarine l'ayant fait , l'Archevêque dit :
la grace du Saint- Efprit foit avec toi , ce que
tout le Clergé repeta tout bas. On commença
auffi tôt le Couronnement de la maniere fuivante.
La Czarine fe mit à genoux fur un
couffin, & le premier Archevêque la benit avec
le figne de la Croix , lui impofa les mains ,
ôta la Mitre , & recita cette Priere;
Seigneur nôtre Dieu , Roi des Rois , de qui
toutes les Puiffances relevent , vous qui par le
miniftere de vôtre Prophete Samuel , choifites
David vôtre ferviteur , & l'oignites pour étre
le Roi de vôtre peuple , exaucez la priere que
nous vous adreffons , nonobftant nôtre indie
gnité ; regardez du haut de vôtre fainte de
meure rendez digne de l'onction facrée
vôtre fidelle fervante , nôtre Orthodoxe
grande Imperatrice Catherine Alexiewna que
vous avez élue pour être Dame & Maitreffe
fur vôtre peuple que vous avez racheté par le
précieux fang de vôtre fils unique : revêtez - la
de vôtreforce , mettez furfa téte une précieuſe
Couronne ; accordez- lui une longue vie ; mettez
dans fa main le Sceptre du falut ; placez- lafur
le Trône de la justice ; armez- la de l'armure de
PEsprit Saint fortifiez ses bras i foumettez
lui
2334 MERCURE DE FRANCE.
jui tous les peuples infideles ; que vôtre crainte
ne forte point de fon coeur & qu'elle n'ait
point d'autre volonté que celle de vous o éir ,
maintenez-la dans la veritable foi , faites
qu'elle fe montre toujours la vraye protectrice
de la doctrine de la Sainte Eglife Catholique
qu'elle juge vôtre peuple felon la justice ; qu'elle
faffe justice aux apligez; qu'elle foulage les enfans
des pauvres , & qu'enin elle obtienne vôtre
Royaume celefte .
Lorique cette Priere fut achevée , la Czarine
fe releva ; les deux Archevêques prirent le
manteau du Couronnement & le donnerent au
Czar , qui fans quitter le Sceptre , en revere
la Czarine. L. M. fe mirent enfuite à genoux
fur les couffins , & l'Archevêque lut tout
haut cette Priere :
Unique Roi du genre humain , ceux que vous
avez choisi pour le gouvernement temporel ,
fent profternez avec nous en vôtre presence
nous vous fupplions tous , Seigneur , de leur
conferver votre protection : fortifiez leur Empire
; accordez-leur la grace de faire toujours
ce qui vous eft agreable , faites fleurir de leurs
jours la juftice , multipliez leurs profperitez ,
afin que fous leur doux gouvernement , nous
menions une vie fage & tranquille dans la p-asique
des vertus & de la pieté.
La Czarine s'étant relevée , le Czar reçût
des mains des Archevêques la Couronne , qu'il
mic fur la tête de la Czarine , fans quitter le
Sceptre qu'il tenoit toûjours à la main , Les
Archevêques la benirent en prononçant ces
paroles : au nom du Pere du Fils & du Saint-
Eforit. Le Czar demeura debout , ayant le
Sceptre à la main , & l'Archevêque mit le
Globe dans celle de la Czarine.
Apres cela L, M, s'affirent fur le Trône , &
reçûren
NOVEMBRE 1724. 2335
reçurent les complimens de felicitation , tant
du Clergé que des Laïques , pendant que le
Choeur chantoit le Cantique accoutumé pour
la profperité de L. M. Alors fe fit la premiere
décharge generale de toute l'artillerie , & une
falve de moufqueterie par les foldats poft.z
fur la place d'Ivan , & on fonna toutes les
cloches des Eglifes comme il eft marqué dans
la Liturgie. Leurs M. remirent enfuite le Sceptre
& le Globe à ceux qui les devoient porter
, & qui les mirent fur la table. Le Czar &
la Czarine ayant la Couronne & le manteau ,
defcendirent enfemble du Trône avec la même
ceremonie qu'elles y avoient monté , &
s'avancerent jufqu'au pied de l'Autel , d'où
elles fe rendirent à leurs places ordinaires ,
pour y entendre l'office.
Les Princes Menzikoff & Repnin fuivoient
le Czar , & les Comtes Aprax n & Golowkin
fuivoient la Czarine ; les deux premiers s'arrêterent
devant la place du Czar , & les deux
autres demeurerent à la gauche de la Czarine.
Les cinq Dames qui portoient la queuë du
manteau , prirent leur place fur le petit amphitheatre
, à la gauche de L. M. Le Grand
Maréchal , Comte de Tolftoy ayant accompagné
L. M. jufqu'à leurs places , demeura d .
vant la Czarine , fur la premiere marche de
P..utel . Les autres Seigneurs , tant ceux qui
avoient porté les ornemens que les Officiers
Commandans des Cavaliers - Gardes , & les
deux grands Herauts - d'Armès , reprirent leurs
places.
Durant la Liturgie , la Czarine ôta quelque,
fois fa Couronne qui étoit gardée pendant ce
temps - là par M. Macaroff, Secretaire du Ca
binet. Quand on commença de chanter les.
Prieres de la Communion , on étendit un double
2336 MERCURE DE FRANCE. 1
? ble tapis de velours rouge depuis la Loge de
La Czarine , le long du chemin par où elle
devoit paffer pour aller recevoir le Sacre & la
Communion , & tout auprès de la porte du
Sanctuaire , un tapis broché d'or. Lorique les
Prieres pour la Communion furent chantées ,
& qu'on eut ouvert le Sanctuaire , L. M. defcendirent
de leurs places , & le Czar prit la
Czarine qui avoit la Couronne fur la tête & le
manteau Royal , & la mena par la main fur le
chemin couvert de velours jufqu'au tapis qui
étoit à l'entrée du Sanctuaire , où elle s'agenoüill
fur un couffin brodé d'or. Les deux
Evêques , en qualité de Prélats de la feconde
Claffe , apporterent les Saintes Huilles dans des
vafes particuliers , & un Archevêque , en quafité
de Prélat du premier Ordre , oignit la
Czarine au front , fur la poitrine & aux mains,
en repetant à chaque onction ces paroles : Au
nom du Pere du Fils & du Saint-Eſprit. D'autres
Archevêques de la premiere claffe , l'effuyerent
avec du coton qu'ils mirent dans un
rechaud fur l'Autel. La Czarine fe releva enfuite
, & fe rangea un peu du côté gauche , &
Archidiacre qui avoit en main le S. Sacrement
dans un Ciboire , ayant dit tout haut ces
paroles accoutumées : Approchez avec pieté
avec foi , elle fe remit à l'entrée du Sanc
tuaire ou elle reçat la Communion des mains
de l'Evêque officiant. Sans fortir de cette place
, elle reçût des mains de 1 Archevêque le
pain -beni , & un peu de vin chaud. Deux
Archiprêtres de la Cathedrale apporterent un
baffin d'or. L'Archiman trille , ou Abbé du
Monaftere de la Trinité , prefenta une Aiguiere
d'or avec de l'eau , & deux autres Archimandrites
prefenterent l'effui -main à S. M. Cela
érant fait leurs Majeftez retournerent à leut
place ,
NOVEMBRE 1724. 2337
place , & alors fe fit une feconde falve.
A la fin de l'Office l'Ar hevêqué de Plefkow
fit un difcours où il toucha en peu de
mots les rares vertus dont le Ciel a orné la
Czarine , & fit voir que c'étoit avec beaucoup
de justice qu'elle avoit reçû la Couronne de
Ruffie des mains de Dieu & de fon époux :
il finit par une felicitation au nom des Etats
de la Patrie.
Quand le Service fut achevé le Grand Maréchal
donna l'ordre aux Maîtres de Ceremonie
, afin que l'on fe remit en marche pour fe
rendre de cette Cathedrale à l'autre , ce qui
fe fit dans le même ordre que quand on étoit
venu du Palais , excepté que le Czar fortit par
une autre porte , & alla droit à fon appartement.
Des la fin de l'Office le Duc de Holftein
quitta fa place , & fe rendit auprès de la
Czarine pour l'accompagner comme auparavant.
Elle marchoit avec la Couronne & le
manteau Royal , & fortit de l'Eglife fous le
Baldaquin porté par les fix Majors Generaux
déja nommez . On portoit devant elle le Sceptre
& le Globe . Le Grand Maréchal marchoit
immediatement devant elle , & aux deux cô.
tez , un peu derriere , fuivoient les deux Affiftans
. Les Comtes Apraxin & Golowkin. Les
cinq Dames portoient la queue du manteau .
Lorfqu'elle fortit de l'Eglife au bruit des
Trompettes & des Timballes , on fit une troifiéme
falve , & on fonna toutes les cloches de
la Ville , aux acclamations d'une foule innombrable
de peuple. Derriere la Czarine
marchoit le Velt-Maréchal , Prince Menzikoff.
Le Preſident de la Chambre des Finances Pleftzeoff
, & le Confeiller de la Treforerie Printzen-
Stern , portoient aux deux côtez une
bourfe de velours rouge , brodée d'or , dans
Ç laquelle
i
2338 MERCURE DE FRANCE.
laquelle il y avoit des Medailles d'or & d'argent
que le Prince Menzikoff jettoit au peuple,
pendant que la Czarine alloit à pied d'une Cathedrale
à l'autre . La Compagnie des Cavaliers
-Gardes du Czar étoit rangée en haye aux
deux côtez ; & auffi tôt que la Proceffion fur
entrée dans l'Eglife elle monta à cheval , &
attendit que la Czarin: montât en caroffe . Devant
la porte de l'Eglife vint un Archevêque ,
ayant le Crucifix ; & lorfque la Czarine fut
entrée , on chanta les Litanies accoutumées ;
elle monta enfuite dans un caroffe attelé de
huit Chevaux , & fe rendit au Monaftere de
Wofnefenski. Pendant ce temps -là les Maîtres
de Ceremonie demeurerent dans la ſeconde
Cathedrale , en attendant le retour de S. M.
avec toute la Proceffion , à la réſerve des perfonnes
nommées pour la fuivre dans cette
marche qui fe fit dans l'ordre fuivant .
1
Le Lieutenant General Jagoufchinski marchoit
à la tête d'une demie Compagnie dès
Cavaliers- Gardes , au bruit des Trompettes &
des Timballes ; ces Gardes étoient vêtus d'un
jufte-au- corps verd , & d'une foubre- vefte rouge
, richement galonnée d'or , & fur leur poitrine
, auffi bien que fur leurs bras étoient les
armés du Czar en broderie. L'étui à cartouches
étoit de velours , chargé de chiffres couronnez
, brodez d'or ; la Grenadiere & le ceinturon
étoient de velours rouge galonné d'or ;
les boucles & la garde de l'épée dorées , & le
chapeau bordé d'or , orné d'une cocarde blanche
; la houffe & les faux foureaux étoient
ornz de chiffres couronnez en or , & enrichis
de paffemens & de franges de même ; le
mords de la bride , le poitrail & la croupiere
des chevaux étoient couverts d'or maffif ; les
Timballes d'argent étoient d'un trés- bean travail
,
NOVEMBRE 1724. 2339
vail , avec les armes du Czar , & des reliefs
d'or & d'argent , avec des floques d'or d'Orfevrerie.
24. Valets - de - Pied de la Czarine marchant
à pied , quatre à quatre , & ayant pour livrée
un jufte- au- corps veid à paremens rouges
avec une velte rouge chamarée , le chapeau
bordé d'or , & l'épée à garde dorée.
12. Pages avec leur Gouverneur ; la livrée
étoit de velours verd pour le jufte au corps ,
les paremens & la vette de drap d'or , brodé
d'or ; des bas de foye rouge à coins d'or , &
l'épée à garde d'argent doré.
Le Grand Maréchal , dans un des caroffes du
1 Czar , tiré par fix chevaux , avoit à main
droite un Page , & à la gauche un Maure.
La Czarine dans un caroffe attelé de huit
chevaux , précedée par quatre Coureurs vêtus
de drap d'or ; leurs Tonnelets étoient de drap
d'argent & les écharpes de Damas blanc.
L'habit du premier étoit brodé d'or tout à
l'entour , & fon Tonnelet brodé de franges ;
au lieu que les autres ne l'étoient que de fimple
galon d'or.
Aux deux côtez du caroffe marchoient
deux Chambellans de S. M. & autres Officiers
de la Cour. Il y avoit de plus 16. Heyduques
qui marchoient aux deux côtez du caroffe ,
quoiqu'à une raiſonnable diſtance des Chambellans
& des autres Officiers . Leur habit confiftoit
en un jufte- au corps verd , une vefte
rouge ; le tout richement brodé d'or tout à
l'entour. Ils avoient les armes du Czar brodées
fur le devant de leur habit , & des chiffres
couronnez , accompagnez de franges d'or fur
les manches , & fur les paremens qui étoient
très -petits & de velours rouge . Leur bonnet
"de velours rouge bordé de velours verd , avec
Cij une
2340 MERCURE DE FRANCE .
une treffe d'or , avoit au haut une étoile brodée
d'or , avec une houpe & une pomme d'argent;
aux deux côtez du bord étoient deux
Aigles d'argent d'Orfevrerie , avec deux aigrettes
d'argent , accompagnées par derriere
d'un bouquet de plumes rouges & blanches .
Au lieu dn ceinturon ils portoient deux chaînes
d'argent , attachées à une bande de vefours
rouge ornée de treffe d'or ; les poignées
de leurs fabres étoient groffes & dorées . Leurs
bottines , de Maroquin du Levant , étoient embellies
de boutons , & de divers autres ornemens
d'argent d'Orfevrerie , il y en avoit
même fur leurs fouliers.
Le Lieutenant General Leffy fuivoit à cheval
le caroffe de la Czarine avec les deux Herauts
d'armes de la Ruffie , & jettoit chemin
faifant , de l'argent au peuple , qui étoit porté
dans des bourfes par des Officiers , ce qu'il
fit jufqu'à ce que S. M. fut rentrée dans fesappartemens.
Six Maures habillez de velours noir bordé
d'or , leur Tonnelet étoit de taffetas rayé ,
blanc & ponceau . Ils avoient en forme d'écharpe
& de bracelets , des ornemens de plumes
blanches & rouges , qui venoient jufqu'au
Tonnelet. Leurs turbans de velours rouge
avoient un bord de Mouffel ne , où étoient
attachées des plumes rouges & blanches .
Leurs colliers étoient d'argent aux chiffres de
L. M.
Les deux Affiftans , fçavoir les Comtes Apraxin
& Golowkin , dans un des caroffes de la
Cour , artelé de fix chevaux , avoient deux
Pages d'un côté , & deux Maures de l'autre.
La marche étoit fermée par le refte de la Compagnie
des Cavaliers - Gardes.
Quand la Czarine fut arrivée au Monaftere ,
un
NOVEMBRE 1724. 2341
un Archevêque portant le Crucifix , & accompagné
de toutes les Religieufes , viat la rece
voir à la porte. Lorfqu'elle eut fait fes Prieres
fur les Tombeaux des Daines de la Maifon
Royale , elle remonta en caroffe , & retourna
au Château dans le même ordre qu'on étoit
venu ; le Duc de Holtein reçût la Czarine à
la defcente du caroffe , & lui donna la main
jufqu'à fon appartement , où L. M. attendirent
que l'on eut fervi dans la falle des folemnitez .
Cette falle étoit tendue de velours rouge à
bandes , d'un riche drap d'or à fleurs travaillé
à la Chine , & le plancher étoit couvert de
Tapis de Perfe d'une grandeur extraordinaire.
A la droite du pillier qui foutenoit la voute
de la falle joignant la muraille , étoit une
loge tenduë de drap d'or , bordé d'une frange
d'or , & accompagné de quantité de boufettes
, d'où les Princeles Royales & les Du→
cheffes de Meckelbou g & de Curlande de
voient voir la folemnité .
Tout autour de ce pillier on avoit élevé une
table à gradins , chargée de vafes d'or & d'argent
, enrichis de perles d'Orient & de pierreries.
Du même côté , vis - à - vis de la porte ,
étoit un dais de velours rouge , galonné d'or ,
avec quantité de boufettes , fur une eftrade
garnie auffi de velours & de galon d'or , fur
faquelle étoit la table où L M. devoient manger.
A gauche , mais fans eftrade , étoit une autre
table où le Duc de Holftein devoit manger
feul.
A quelque distance delà il y en avoit une
autre pour des perfonnes de la premiere qualité
, & particulierement pour celles qui
avoient eu quelque fonction au Couronnement.
C iij
A
2342 MERCURE DE FRANCE .
A une autre diftance de cette table , à la
gauche de L. M. il y en avoit une troifiéme
pour les principaux Prélats feculiers qui
avoient officié ou aſſiſté au Couronnement.
Vis- à- vis de la table des Prélats il y en
avoit une quatriéme dreffée pour les Dames
& les Demoifelles qui avoient eu quelque
emploi durant la ceremonie.
A gauche , près de la porte , on avoit placé
fur un amphitheatre l'orcheftre pour la Mufique.
Le Grand-Maréchal ayant averti L M. que
tout étoit prêt , on le rendit dans la falle en
cet ordre.
Le Grand Maître des Ceremonies marchoit
devant avec fes Collegues. Les deux Grands
Echanfons , M Soltykoff & le Comte André
Apraxin ; ce dernier fit l'office d'Ecuyer
tranchant durant le feftin . ) Le Grand- Maîtred'Hôtel
du Czar , M. Alfuffief , portant le
bâton , qui eft la marque de fa dignité , étoit
fuivi du Grand - Maréchal. Le Czar avec fes
deux Affitans. La Czarine menée par le Duc
de Holftein ; fes deux Affiftans , les Comtes
Apraxin & Golowkin , marchoient a fes côtez
, mais un peu derriere . La queuë du manteau
étoit portée par les cinq Dames du premier
rang.
Les Dames de la premiere diftinction venoient
enfuite avec les Filles - d'Honneur de la
Czarine.
Lorfque L. M. Czarienne furent fous le dais,
un Archevêque fit la Benediction , après quoi
L. M. fe mirent à table .
Le Duc de Holftein fe mit à la feconde , qui
fut fervie à part , & chacun fe mit à celle où
fa place étoit marquée,
Le Chainbellan & Ajudant- General Narifchkin
NOVEMBRE 1724. 2343
rifchkin & leGouverneur d'Aftran & Ajudant-
General Wolinski , étoient derriere le fauteuil
du Czar pour le fervice du Cadenat . Derriere
le fauteuil de la Czarine étoient les
Chambellans , Mts de Mons & de Balk pour
la fervir.
Les plats furent mis fur la table par des
Lieutenans Generaux dans l'ordre fuivant.
Le Grand Maréchal marchoit fuivi du
Grand Maître-d'Hôtel , puis venoit le Grand
Ecuyer tranchant , enfuite les Officiers qui
portoient le fervice , chaque plat étant efcorté
de deux Cavaliers- Gardes avec leurs Carabines
, & enfin le Maître des Ceremonies .
Le Grand- Maître- d'Hôtel rangeoit les plats
& les ôtoit , & faifoit une genuflexion à chaquefois
, ce que faifoient auffi les autres qui
donnoient les affiettes ou les verres à L. M.
Elles furent fervies en vaiffelle d'or , & les
piramides qui portoient les confitures , furent
apportées dans des baffins d'or. Le Duc de
Holftein fut fervi par des Officiers du premier
rang.
Pendant le repas il y eut deux fontaines de
vin rouge & de vin blanc , des boeufs rôtis ,
avec toutes fortes de volailles piquées , fur
un échafaudage dreffé devant la falle , que
Ton abandonna au peuple.
Avant qu'on fe leva de table , le Velt Maréchal
, Prince Menzikoff diftribua à toutes
les perfonnes de diftinction qui avoient fait
quelque fonction à cette ceremonie , de groffes
Medailles d'or , fur lefquelles elle étoit
reprefentée. Après le feftin L, M. Czarienne fe
rendirent à leurs appartemens , dans le même
ordre , & avec les mêmes ceremonies qu'elles
étoient venues.
C iiij
SON2344
MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗法:洗洗洗说洗洗洗洗券
SONNET fur les Bouts - rimez proposez
dans le Mercure du mois d'Aouft
dernier.
Ui , laiffant pour toûjours les bords de
Ου la Garonne ,
Pour vous plaire j'irois jufqu'au fonds du
Perou ,
Dût'on me regarder , Cloris , comme un Hibou
Vôtre amour est pour moi plus cher qu'une
Couronne.
Mais fi vous ne m'aimez , trop charmante Baronne
On me verra bien - tôt par tout crier Houbou ,
Vous le devez plutôt que de me rendre Fou
Ce cas eft décidé par toute la Sorbonne.
Si vous ne me croyez, confultez - en Balfae ,
Il fçût en fon vivant faire maint Almanach ,
Là-deffus il fut Grec beaucoup plus qu'un Miniftre.
Si cela n'eft pas vrai, je veux être un Magot ,
Et que tous mes difcours reffentant le Fagot ,
On me mette au niveau d'un miferable Cuiſtre.
LETNOVEMBRE
1724. 2345
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
de France, fur la Lumiere
Septentrionale.
J
E ne puis , Meffieurs , m'expliquer
fur les Memoires de l'Académie qui
furent imprimez l'année derniere , qu'après
l'Extrait qui en a paru le mois de
Septembre dernier dans le Journal des
Sçavans , page 569. de l'Edition in 4 ° .
C'est pourquoi je ne prétends attaquer
ni le refpectable Académicien qui a fait
le Recueil de ces Memoires , ni le fçavant
Auteur des Obfervations qui s'y
trouvent fur la Lumiere Septentrionale.
Je préfume feulement que l'imprimeur
a pû omettre par inadvertance quelques
lignes dans l'Extrait de la Differtation ,
compofee fur ce fujet par le celebre M.
Maraldi.
Et ce qui me le perfuade , c'eft qu'il eft
très difficile de croire que M. Maraldi
ait écrit qu'on a été près de mille ans fans
remarquer ce Phénomene ; fçavoir , depuis
les années 584. 585. 586. & 587.
jufqu'en l'an 1554. & les années fuivantes.
En effet , fi on veut fe donner
la peine de confulter les Auteurs des an-
Cy ciennes
2346 MERCURE DE FRANCE.
ciennes Chroniques , il eft difficile de n'y
pas appercevoir les Obfervations qu'ils y
mettent de temps en temps fur cette Lumiere
. Il y en a eu tant d'écrites entre
le fixième & le feiziéme fiecle , qu'on
ne peut pas manquer , en les ouvrant , de
tomber fur quelque remarque qui a
rapport à ce Météore. Nous n'avons ici
ni les Collections de Duchefne , qui renferment
les Annales de Saint Bertin , de
Metz , de Fulde , & c. ni les autres Recüeils
de Chroniques , fi ce n'eft ceux du
P. Labbe , Jefuite , des PP. Dachery &
Mabillon, Benedictins , & quelques Chroniques
renfermées dans la grande Bibliotheque
des Peres : au refte fort peu de
Chroniques publiées feparement. Je n'ai
pas laiffé dans ce petit nombre que j'ai
parcouru pour d'autres faits plus importans
, d'être affez frappé de ce que j'y ai
lû touchant la Lumiere Septentrionale ,
pour me reffouvenir qu'on n'a pas été
neuf cents ans fans la voir , ou au moins
fans raifonner deffus cette Lumiere , comme
il femble que M. Maraldi l'auroit
you !u dire .
Le P. Labbe a publié dans le premier
Tome de fa nouvelle Bibliotheque de
Manufcrits la Chronique de Hugues ,
Abbé de Flavigni , en Bourgogne , où on
lit ceci à la page 247. Anno ab Incarnatione
NOVEMBRE 1724. 2347
tione Domini M. XC. IX. primâ hɔrâ
noctis à parte Aquilonari lux ingens quafi
ignis ardentis emiffa , ufque prope dilicu-
Lum noctem convertit in diem. Quo etiam
anno biems folito afperior octo continuis
hebdomadibus inhorruit ; ita ut beftias ,
aves , homines quoque plerofque vis algoris
exureret. Fuerunt qui lucem illam datam
à Deo in necem & dejectionem Saracenorum
, ferente eo adjutorium & vires
præbente Jerofolymitanis ad fternendam &
omninò confumendam multitudinem Principis
Babylonia qui venerat ad proterendos
eos qui Hierofolymam coeperant , quorum
numerus erat ut arena maris , & ob
id lucem divinitùs directam ne Chriftianis
qui eo die præliabantur pralia Domini
etiam in nocte lux deffet ad contritionem
gentis adverfa . Vtrum ita fit , an igneus
ille fplendor qui apparuit ignee illa
acies portenderint effufionem humani fanguinis
que eo die & fequenti facta est ,
ficut legimus factum cùm immineret bel
lum illud lacrymabile inter filios Ludovici
Pii Imperatoris ; an immineat aliqua
mundo tribulatio , ut legitur factum eo an-
• no quo Ludovicus Rex ab Hugonis Magni
procuratione feparatus eft , quando
idem fignum apparuit po ten lens Hungarorum
peftem que mox acriter invaluit ,
viderint quorum opus eft id experiri &
C vj cognof2348
MERCURE DE FRANCE ..
cognofcere. Vifa eft autem lux in parte
Aquilonari verfus folis occafum , & nocte
declinante refpiciendo porrigebatur in ortum
, fed ante lucanum aliquantùm delituit.
Un Chanoine de Saint Pierre de
Troyes , appellé Camuzat , a publié en
1610. la Chronique d'un Chanoine Regulier
de l'Abbaye de S. Marien d'Auxerre
, de l'Ordre de Prémontré , qui
finit à l'an 1220. ou environ , & fur l'original
de laquelle je fuis quelquefois
obligé de travailler. Ce Chronologifte y
marque ainfi un fait arrivé de fon temps.
Anno Domini M. CC . iiij à fine menfis
Januarii ufque ad Maium per tres menfes
, aut nullis , aut rariffimis pluviis terra
infufa eft , cum duo menfes ob hiemis ve- .
rifque confinium maxime effe foleant &
pluviofi & gelidi : eratque contra confuetum
ordinem temporis ficcitas & calore
ftivalis menfe Martio . Coelum cùm fine
alla nubium denfitate multaque ferenitate
clarefceret vifum eft à parte Septentrionali
nocturno tempore tanto rutilare rubore , ac
penitus igne flammefceret , & ampliffimum
coli fpatium occupans , quafi quoddam
motabile difcurrere vifebatur. Nec femel
aut bis fed pluries id accidiffe notum eft.
Voilà deux exemples à cent cinq ans
l'un de l'autre de cette Lumiere extraordinaire
; mais le premier exemple tiré de
Hugues
NOVEMBRE 1724. 2349
Hugues de Flavigni eft d'autant plus digne
d'attention que l'Ecrivain , habile
d'ailleurs pour ce temps- là , qui vivoit
lorfque cette Lumiere parut , & qui la
vit , s'applique à raiſonner deffus , & à
en tirer des pronoftics pour l'avenir.
Il s'appuye même fur l'exemple d'une
femblable Lumiere , qui avoit paru peu
avant la fanglante bataille donnée dans
nos quartiers le Samedi 25. Juin de l'an
841. communément dite de Fontenai , &
fur une autre qui parut environ cent ans
après fous le regne de Louis d'Outremer :
ce qui laiffe à penfer qu'il ne s'eft paffé
gueres de fiecles depuis S. Gregoire de
Tours , fans qu'on ait vû paroître ce Phenoméne.
On trouve des veftiges de ce qui
parut peu avant l'an 841. dans la Chronid'Herman
le petit , en ces termes ,
l'an 839. Cometa in figno arietis ; coelum
inftarfanguinis rubeum , igniculique per
aëra difcurrere vifi funt ; & plus au long
dans les Annales d'Eginhard qui marquent
à la même année que cette Lumiere
prenoit d'un côté à l'Orient , &
de l'autre à l'Occident , & venoit aboutir
en pointe au Septentrion ; qu'elle étoit
de couleur de fang figé , & qu'elle parut
durant quelques nuits vers la Fête de
Pâques. Imperator in Aquis grani Pafcha
celebravit. Hifce temporibus per alique
à
quot
2350 MERCURE DE FRANCE .
-quot noctes rubor aëris nimius apparuit ,
ita ut unus trames ardens ab Euro , alter
à Circio exoriens , in conum coirent , &
quafi coagulati fanguinis fpeciem in fummitate
coeli monftrarent.
Je fçai que les confequences qu'on
tiroit autrefois de ces feux ne meritent
aucune attention ; mais comme on étoit
alors accoutumé à les tirer telles , de
même que des Comettes qui paroiffoient ;
c'eft ce qui fait que les Hiftoriens ont dù
quelquefois en parler . Et fi on veut ſe
donner la peine de les confulter , on y
trouvera de temps en temps les mêmes
obfervations. Auffi remarque t'on dans
Sigebert & dans Clarius , Moine de
Saint Pierre -le- Vif à Sens , la Lumiere
Septentrionale dont a parlé l'Abbé Hugues
. Quoique tous deux ne conviennent
pas fur l'année , l'un la plaçant un an
plutôt que l'autre , ils s'accordent cependant
à dire chacun dans leur Chronique
que ce fut le 27. Septembre qu'on vit
pendant la nuit le Ciel très enflammé ,
& Sigebert femble croire qu'elle fervit
à prédire la mortalité qui arriva fur les
animaux , & la rouille qui furvint fur les
bleds . Multis in locis , dit-il , quinto Calendas
Octobris coelum quafi ardere vifum
eft nocturno tempore ; & fecuta eft animalium
peftilentia & fegetes nimio imbre
aurugine
NOVEMBRE 1724. 2351
aurugine corrupta funt. Le moine Clarius
détaille mieux la chofe. Quinto Calendas
Octobris luna xxviij rifa eft in
Calo in part: Septentrionali Zona ignea
fanguinei coloris longiffima , & multă latitudine
expanfi , emittens quoque terribiles
radios verfus meridiem : vifa eft verò
per totam noctem ab ipfo crepufculo ufque
ad lucem.
dans ces
Au refle , quoiqu'on n'ait pas
Chroniques toutes les preuves de la fechereffe
qui préceda ces apparitions , on
entrevoit cependant qu'elles ont dû préceder.
Sigebert marqué qu'il furvint de
grandes pluyes après celles dont il parle
; cela fuppofe qu'il y avoit long -temps
qu'il n'avoit plu confiderablement , &
ordinairement parlant les grandes pluyes
ne viennent qu'après de longues fechereffes
. Le Chanoine de S. Marien d'Auxerre
marque pofitivement qu'une fechereffe
de trois mois avoit précedé dans
une faifon où la fin de l'Hiver & le
commencement du Printemps procurent
communément de la pluye & du froid .
Ainfi le fentiment du fçavant Académicien,
loin d'être infirmé par les exemples
que j'ai apporté , doit s'en trouver encore
fortifie fçavoir , que ce font les
grandes fecherelles qui font les cauſes
pro2352
MERCURE DE FRANCE.
productives de la Lumiere Septentrionale.
Je fuis , Meffieurs , & c.
D'A.... en Bourgogne le 17. Octobre 1724.
* *XXXXXXX¥ ¥¥¥¥
BOUTS- RIMEZ donnez au mois
d'Aoust 1724.
SONNE T.
Njour certain Pimpant , voifin de la Ga-
UNjou
ronne ,
De ceux qui fe vantant d'avoir tout le Perou ,
N'ont pas dequoi loger la tête d'un
Difoit que fa valeur meritoit la
Hibou ,
Couronne,
Que d'un de ſes regards il détruiroit Bayonne ,
Que fa Cloris , qui n'eft qu'une vieile Houbou,
Charmer oit Adonis juſqu'à devenir
Fou ,
Et qu'il rendroit Mutus un Docteur de Sor、
Qu'en ftile Pindarique il pafferoit
bonne.
Balzac ,
Qu'il avoit inventé l'Epacte & l' Almanach ,
Et qu'il n'avoit tenu qu'à lui d'être Miniftre.
Infin
NOVEMBRE 2353 1724.
Enfin laffé d'entendre un pareil Oftro
De colere j'allois le fervir d'un
Got
Fagot,
Lorfque je m'apperçûs que ce n'étoit qu'un
Cuiftre,
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet
1724. contenant les fuites du Remede
de l'Eau à la glace.
E fus faifis ces jours paffez d'une colique
vers le foir , & je paffai la nuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
mon lit. Je bus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encore trois pots avant que de me coucher
fans manger. Mes douleurs furent appaifées
. Le lendemain après avoir bû encore
deux pots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede guerit
tous cours de ventre inveteré , flux
de fang ,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüillez
fur la partie affligée ; dans deux heures
2354 MERCURE DE FRANCE .
1
res les douleurs ont ceflé. Le Grand-
Maître qui fe mocquoit du remede commence
à y avoir foi , & a obligé le Capucin
de s'arrêter ici .
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art , il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccantes
, & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou diminue
la doze fur les indications que lui
fournit la nature . Il traite tous fes malades
differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des oeufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3. femaines fans manger abfolument.
11 en a deux de ma connoiffance
actuellement à la * Camarade , qui
y font fans manger , l'un depuis 17. jours ,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur , &
Caftriofi eft fort gras , & avec des douleurs
vives , ils ne mangeront pas fitôt.
Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre qui fut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe .
manNOVEMBRE
1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours , & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme abandonné
de toute la Medecine . Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarrena
font à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel attaqué
d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
& fe promene. Il vous expedie une fiévre
en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & de vous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à penetrer
le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles . Il force à boire ceux qui y
repugnent , & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps , la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'entrailles
& dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes , que les
pots de chambre de verre fe cafloient . It
eft revenu dans fa bonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
1
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Medecins
ordinaires , & qui fe promene aujourd'hui
a été dans le même cas ; fes
urines étoient
brûlantes. Le
Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un
Portugais , nommé
Pichotte , qui eft de retour de Montpellier
depuis fix femaines . Il a une tumeur
dans le ventre groffe comme la forme
d'un Chapeau avec un vifage de cire
jaune.
Hier au foir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet
extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté ,
c'eſt un vrai miracle de ce remede , il eft
à
merveilles jufqu'à prefent & fans palpitation.
Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant en bonne fanté .
Le
Chevalier de
Romagere le cadet
eft
actuellement dans un
commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau . Le Capucin l'a
affuré qu'il le
gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves . Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'il a délivré une femme prête
à mourir , ne pouvant
accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée.
Extrait d'une autre Lettre écrite de Malthe
fur le mêmefujet , le 8. A¸uſt 172 4.
Tous les buveurs d'eau vont de mieux
en mieux , l'effet de ce remede eft furprenant
, je vois un Chevalier , qui depuis
22. jours n'a pas mangé , dont le
viſage eft allez bon , & qui fe promene ;
il fent , dit -il , de l'amertume dans la
bouche , & que cette eau remue tout dans
fon eftomach. On croit que la cure fera
longue , l'eau ne déterminant rien par
le bas ni par le haut. Il eft feur , comme
on l'a déja remarqué que cet homme a
une conduite particuliere en donnant fon
remede , & qu'il agit felon ce que la
nature lui indique , autant pour la
tité d'eau que pour la nourriture ; c'eſt à
la verité une rude épreuve pour les vieilles
maladies , & l'on a long - temps à ſouffrir
. Pour les maux recens , comme fiévre
maligne , hidropifie , poitrines attaquées
, & c. l'effet eft prompt , quatre
jours en font l'affaire. Si tout ce que
nous voyons ici eft vrai , comme je n'en
puis douter par les effets que nous touchons
avec le doigt , ce renede n'eft pas
rouveau à Naples & en Sicile ; mais s'il
quan
eft
2358 MERCURE DE FRANCE.
eft fi efficace , pourquoi n'eft- il pas univerfel
, feroit- ce par nôtre imbecillité
ou par l'ignorance des Medecins ? & c.
Autre Lettre écrite de Malthe , le 14 .
Aouft 1724.
Nôtre Medecin à la glace continuë à
faire des merveilles , le Valet du Comte
de Beverent eft hors de danger ; cette
eau a challé tout le venin qu'il avoit dans
le corps , cauſe par fes débauches . 11 fe
promene à prefent , & eft fans douleur
& fans fiévre . Le fils de Dorel fe mourant
d'un flux d'urine , eut il y a deux
jours une attaque de diffenterie : le Capucin
le voyant effrayé, lui dit vous ferez
gueris en effet , après le remede donné
le flux de fang s'eft arrêté . On porta avant
hier à l'Hôpital un Prêtre abandonné pour
une diffenterie , il marche aujourd'hui
& ne rend plus de fang. J'ai eu il
deux jours des maux de tête affreux , Lept
pintes d'eau à la glace , avec une diette
de 24. heures m'ont gueri. Les deux premeres
pintes que j'avalai tout de fuite ,
calmerent les douleurs ; je dormis 4
heures , & je ne m'en fentis plus le lendemain.
Je vis à prefent comme à l'ordinaire.
Le Commandeur Guarrena rey
a
prend
NOVEMBRE 1724. 2359
prend fon enbonpoint. Le Schirre eft ,
pour ainfi dire , fondu , & c.
Extrait d'une autre Lettre écrite de Malthe,
le 4. Septembre 1724 , fur le remede
d'eau à la glace.
Tous les malades du Medecin de l'eau
font hors de danger. Ce remede fait des
effets furprenants. Le Chevalier Caſtrioti
eft aujourd hui dans fon 48 jour fans
manger ; mais dans un état très- dangereux
. On lui donna hier l'extrême - Onction
; l'eau commença à faire fon effet
par les vomiffemens ; les matieres ont
été fi abondantes , que ne pouvant les
rendre il perdit connoiffance , & on le
crût mort à plufieurs reprifes ; le Capucin
lui fit donner dans la journée neuf
Javemens d'eau à la glace , & lui en faifoit
avaler dans le même temps : la nuit
on lui appliqua de la glace fur le ventre
& fur la poitrine , avec un fuppofitoire ;
il a commencé à fe fentir foulagé , & a
repris connoiffance . Son état eft douteux ,
mais on efpere de le tirer des bras de la
mort . Le Capucin n'a jamais voulu permettre
qu'on lui donnat du boüillon ; c'eft
un charivari extraordinaire dans la Medecine.
Nous voyons ici des
l'on nous écrit de Palerme
miracles , &
des chofes
étonnan2360
MERCURE DE FRANCE.
étonnantes de ce remede. Le Grand-Maitre
en a parlé plus d'une heure ce matin ;
je vois que ce remede eft très- violent ,
& qu'il faut être fagement conduit en le
prenant. Dès qu'il a mis les humeurs en
mouvement , fi la glace venoit à manquer
vous êtes mort , ou fi vous mangez
à contre-temps. Le Capucin défend
la viande & les bouillons , & fait éviter
la tranfpiration ; cette eau fouille par tout,
& renouvelle tous les anciens maux ,
pouffe par les urines , par le bas & par
le haut , & fait fortir des abfcès & des
pourritures horribles . Pour les fièvres
malignes nous en voyons guerir tous les
jours en trois ou quatre jours . Nous
avons vu un ſchirre fondu , un abſcès
fous le coeur coulé par le bas.
Le 4. Septembre.
Le Chevalier Caftrioti , âgé de 40 .
ans , mourut hier , l'eau n'a pû le fauver.
Le Capucin a demandé qu'il fut ouvert ,
& il l'a été ce matin , toute la Faculte
affemblée. On ne lui a pas trouvé une
goutte d'eau dans le corps ; les parties
nobles faines & nullement flétries ,
beaucoup de graifle , fes boyaux en bon
état mais deux polipes qui embraffoient
& ferroient le coeur. Pouvoit- il vivre
avec cela , & so . jours d'eau fans alimens.
Les parties n'ont pas fouffert com-
,
me
NOVEMBRE 1724 .
me on le croyoit. Il n'avoit
prefque point
2361
de
matiere dans
l'eftomach. Les
polipes
feuls l'ont tué.
Je viens de voir un Medecin Sienois
qui étoit autrefois établi à Naples , où il
a été gueri de trois maux
également dangereux
, d'une fiévre violente , d'un abſcès
dans
l'eftomach & de la
gangrene
au bras ; il fut 76. jours à l'eau fans manger.
Dans fa
convalefcence il fit
quelques
excès , & tomba en rechute ; le Medecin
le tint encore 30. jours fans alimens
& guerit
parfaitement de fon abfcès qu'il
rendit par le bas ; la
gangrene fut guerie
par des
applications
continuelles de neige
, & point d'autre remede . Il a encore
le bras plus court de trois ou quatre pouces
, & la cicatrice y eft bien
marquée .
Ce Medecin Sienois m'a dit que fa femme
a été délivrée de trois enfans morts
qu'elle avoit dans le corps par l'eau à la
glace.
L'inventeur de ce remede eft un Aragonois
, nommé Rovida , qui fut à Na❤
ples il y a 25. ans il vit encore en
Eſpagne , il a fait
imprimer les cures extraordinaires
qu'il a faites avec l'eau à la
glace. Il a eu
plufieurs éleves , le Capucin
que nous avons ici , eft l'éleve
d'un éleve de Rovida.
Le Comtede Beveren & le Comman-
Ꭰ deur
2362 MERCURE DE FRANCE .
deur Gacarrina font gueris , deux hom、
mes abandonnez de la Faculté .
Le bon Capucin en colere , après l'ouverture
du corps de Caftrioti , a offert de
prendre une ou deux douzaines de malades
, & les Medecins autant , & qu'on
verroit par la prompte & fure guerifon la
difference de leurs drogues d'avec l'effet
de l'eau ; tout le monde a été furpris : mais
j'en reviens au remede , je ne voudrois
le prendre que dans des maux extrêmes ;
il faut un regime très - exact pendant la
maladie , & reprendre peu à peu l'ufage
des alimens , & c.
XXX:XXXXXXXXX XXX
SONNET au Mercure fur les Rimes
propofees.
E la rive du Loir aux bords de laGaronne,
DE
Mercure, on te préfere à tout l'or du Perou,
Dans un réduit obfcur , caché comme un Hib01
,
J'aime ton Caducée autant qu'une Couronne.
Tu nous pins avec art une folle Baronne ,
Qui quête un jeune Amant , quoique vieille
Houbou ,
Tu
NOVEMBRE 1724. 2363
- Tu donnes des leçons au fage comme au Fou ,
Et tu mettrois au fac un Docteur de Sorbonne.
Tu nous fais oublier & Voiture & Balzac ,
Tes écrits curieux font un Docte Almanach ,
Que feuilletent fouvent le Prince & le Miniftre.
Tu parles fçavamment du Romain & du Goth,
Ton Cenfeur près de toi ne paroît qu'un Fagot,
Et n'a pour tout laurier que la craffe d'un
Cuiftre.
De Court , Abbé de S. Serge,
#
II . LETTRE Critique fur la perfonne
fur les écrits de Noftradamus. La
premiere eft inferée au Mercure d'Aouſt
dernier.
JE
E vois , Monfieur , au travers de
toute la politeffe qui regne dans vôtre
Lettre , que vôtre pré ugé fur l'ef
prit prophetique de Noftradamus , tient
bon contre le fyftême que je me fuis
propofé , pour donner quelque fens raifonnable
à quelques - uns des merveilleux
quatrains dont il lui a plû de regaler fa
Dij
nation ;
2364 MERCURE DE FRANCE.
·
nation ; mais en même temps vous infinuez
que fi je pouvois , en fuivant mon
plan , pouffer ma découverte plus loin ,
vous pourriez être ébranlé. La fatisfaction
que j'aurois de vous rendre mes
fentimens probables , a été feule capable
de m'engager à relire un ouvrage que
l'Auteur a pris plus de plaifir à envelop▪
per dans des fentimens figurez , que le
Lecteur n'en peut prendre à les développer.
Je vous dirai cependant que je ne
crois pas avoir abfolument perdu mą
peine , & que j'ai encore déterré quelques
faits , dont l'application ne fera pas
difficile à faire , tels que pourroient être
la bataille de Pavie , les campagnes de
l'Empereur Charles V. devant Alger ,
& en Provence , celle des Turcs à Tripoli
en 1551. la mort d'Edouard VI .
Roi d'Angleterre , les fieges de Rouen
& d'Orleans , la bataille de Dreux.
(a) Armée Celtique en Italie yexée ,
De toutes parts conflit & grande perte ,
Romains fuis , ô Gaule repouffée ,
Près du Thefin , Rubicon pugne incerte.
Le Thefin eft le nom de la riviere qui
paffe à Pavie , ( en Latin Ticinum ) on
ne peut douter qu'il ne s'agiffe dans ce
(a) Quatr. 72. de la 2. Cent. Pavie.
quaNOVEMBRE
1724. 2365-
quatrain de la bataille que le Roi François
I. perdit près de cette place en
1524. armée Celtique vexée , Gaule repouffée
près du Thefin ne la defignent
que trop bien. Romains fuis peut -être
regardé comme un confeil qu'on donne
aux François de renoncer à faire des conquêtes
en Italie , ou bien comme un avis
qu'on donne à la France de ne fe point
liguer avec des Alliez auffi peu furs que
les Romains. Avant le malheur de Pavie
le Pape Clement VII . étoit allié du Roi ,
mais quelques jours après il fe départit
de l'alliance & s'unit avec l'Empereur.
Rubicon pugne incerte ( ad Rubiconem
pugna dubia ) j'ignore ce fait .
(a) Le Camp Afcop d'Europe partira ,
S'adjoignant proche de l'Ifle fubmergée ,
D'Aaron Claſſe , Phalange pliera ,
Nombril du monde plus grand voix fubrogée.
L'Empereur Charles V. crût après
avoir pris Tunis & la Goulete qu'il pouvoit
faire la conquête d'Alger , & pour
cela fit de grandes levées , équipa une
puiffante Flote , qui fortant des Ports
d'Efpagne & d'Italie , débarqua au mois
d'Octobre 1541. à la vûë d'Âlger . Il fit
fes approches , mais il furvint un orage
(a) Quatr. 22. de la 2. Cent. Alger.
•
Di)
fi
2366 MERCURE DE FRANCE.
4
fi furieux que fuivant la relation que
Marmol contemporain en a laiffée , 140.
Vaiffeaux à voiles perirent , les Galeres
échouerent. Tout ce que pût faire le fameux
André Doria , ce fut de fauver
quelques vaiffeaux de ce débris , & l'Empereur
fut obligé par la difette de vivres ,
& la rigueur de la faifon de fe rembarquer
, & dabindonner un projet qu'il
avoit entrepris malgré tout ce que Doria
lui avoit pû dire pour reprefenter que la
faifon étoit trop avancée.
Le camp ( l'armée ) aſcop ( aσxemos in .
confideratus non circumfpectus ) mal conduite
d'Europe partira pour ſe rendre
en Afrique, S'adjoignant proche de
l'Ile fe joindre proche de l'Ile d'Yvica
( une des Ifles Baleares où l'Empereur
s'embarqua fubmergée d'Aaron Claſſe , )
la Flote que commandoit André Doria
fut bien plus mal - traitée par la tempête
que ne fut celle que commandoit Bernardin
de Mendoze . Nôtre Poëte a pris pour
former le mot d'Aaron toutes les confones
qui fe trouvent dans le nom Italien
Andrea Doria , & les deux voyelles A.
& O. qui commencent & finiffent ces
deux noms Phalange pliera. Les troupes
de terre furent auffi maltraitées les
par
Algeriens. J'avoue que le quatriéme vers
me fuït, à moins qu'on ne veuille que
la
terre
NOVEMBRE 1724. 2367
terre eft le nombril ( le milieu ) du mohde
, & que les grands vents qu'elle produit
conjointement avec l'ardeur du Soleil
font défignez par là grand - voix fubrogée.
Le même Prince n'avoit pas été heureux
dans l'expedition qu'il fit en 1535 .
en Provence , il fut , à la verité, maître de
la campagne ; mais n'ayant pû prendre
Arles , ni Marſeille , & n'ayant ofé attaquer
le camp des François retranchez
fous Avignon , entre le Rhône à dos ,
& la Durance au devant , il ſe crût trop
heureux de pouvoir ramener en Italie
fon armée, diminuée de la moitié ; c'eſt
ce que marque le 99e quatrain de la feconde
Centurie.
(a) Aux champs herbeux d'Alein & du Varnegue
,
Du Mont Lebron proche de la Durance ,
Camp des deux parts conflict fera fi aigre ,
Mefopotamie défaillira en la France.
Un feul mot dans ce quatrain demande
explication , c'eft ( Mefopotamie )
pays entre les rivieres , qui convient fort
b'en à la Provence , fituée entre la Riviere
du Var à l'Orient , la Mer Medi-
(a) Quatrain 99. de la troifiéme Centurie ,
expedition de Provence.
Dij
terran2368
MERCURE DE FRANCE.
terrannée au midy , le Rhône au couchant
, & la Durance au Nord . Alein &
le Varnegue deux Rivieres , & la Lebron
, Montagne en Provence , voisine de
la Durance . Camp des deux parts.... l'armée
de l'Empereur étoit au- delà de la
Durance , & le Camp des François au
deça conflict fera i aigre ; il n'y eut
point de bataille rangée , mais il y perit
cependant bien des Imperiaux Mefopotamie
( la Provence ) défaillira en Franpendant
que l'Empereur fut maître
de la campagne , on pouvoit bien
dire que la Provence manquoit à la
ce ....
....
France.
....
(a) De l'Orient viendra le coeur punique ,
Fâcher Hadrie , & les hoirs Romulides ,
Accompagné de la Claffe Lybique ,
Trembler Melite & proches Ifles vuides.
L'explication de ce Quatrain eft des
plus faciles , en fuppofant les faits que
François de Beaucaire nous apprend dans
fon Hiftoire Latine , Livre 25. Jean de
Vega , Viceroy de Sicile pour l'Empereur
Charles V. s'étoit emparé en 1550.
de deux Villes d'Afrique qui étoient
poffedées par Dragut Rais , Roi d'Alger ,
(a) Quatrain 9. de la premiere Centurie ,
Campagne des Turcs en 1551.
&
NOVEMBRE 1724. 2369
& Commandant des armées Navales de
Sultan Soliman . Dragut reclama la protection
du Grand Seigneur qui lui donna
une Flote bien garnie pour aller repeter
ces Villes , ou declarer la guerre à l'Empereur
en cas de refus. Dargut aborde à
Regge en Sicile , fait fçavoir fa Commiffion
à Jean de Vega qui n'eut pas de
grands égards pour lui ; après avoir pillé
Agofta il tomba fur l'Ifle de Malthe , &
après avoir jetté la terreur fur les côtes.
d'Italie il alla affieger Tripoli .
....
De l'Orient .... de Conftantinople , qui
à l'égard de l'Italie & de l'Afrique eft à
l'Orient. Viendra le coeur Punique Dragut
, Roi d'Alger . Fâcher Hadrie & les
hoirs Romulides inquieter Venife &
les Italiens. Accompagné de la Claffe
Lybique ... .... des Corfaires d'Alger. Trembler
Melite .... Malthe doit trembler . Et
proches Ifles vuides .... les Iffes prochaines
de Malthe feront pillées & ravagées.
(a) Le jeune Roi au regne Britannique ,
Qu'aura le pere mourant recommandé ,
Icelui mort l'onole donra topique ,
Et à fon fils le Regne demandé.
Le même Beaucaire , Livre 26. de
(a) Quatrain 40. de la dixiéme Centurie ,
mort d'Edouard VI. D v
2370 MERCURE DE FRANCE.
fon Hiftoire nous apprend tout ce qui
peut contribuer à faire entendre le fens
de ce Quatrain , Henri VIII. Roi d'Angleterre
mourut en 1547. & avant de
mourir donna 16. Tuteurs au Prince
Edouard fon fils , âgé de dix ans , du nombre
defquels étoient entre autres , Edouard
Seymour , Duc de Somerfet , oncle maternel
du jeune Roi , & Jean Dudley
Duc de Northumberland , ou comme l'écrit
le bon homme Bouchet dans fes Annales
d'Aquitaine , Nortonbelland. Ce
dernier Duc fit perir fon Collegue par
la main du Boureau , maria Milord Guilford
, fon quatriéme fils à Jeanne Gray ,
petite fille de Marie d'Angleterre , foeur
du Roi Henri VIII . fuggera au jeune Roi
un teftament , par lequel il desheritoit
fes foeurs Marie & Elifabeth , & reconnoiffoit
Jeanne Gray pour heritiere de la
Couronne d'Angleterre. Dudley crût
après cela qu'il pouvoit empoifonner le
jeune Roi pour mettre en fa place fon fils
& fa bru. Il l'empoifonna effectivement ,
& fit de fon mieux pour confommer fon
ouvrage.... Les deux premiers vers s'entendent
facilement . Le troifiéme n'a rien
de difficile que les deux mots l'onole &
topique. Le premier défigne le Duc de
Nortonbelland pour le prononcer comme
Bouchet l'écrit . Prenez garde que dans
NorNOVEMBRE
1724. 2371*
Nortonbelland vous retrouvez les mêmes
confones , & les mêmes voyelles
qui entrent dans la compofition de l'onole
; Topique eft un adjectif tiré de la
Langue Grecque qui fe joint avec Pharmacum
, ( TOĦIXov pappμanov ) vous fçavez
que Pharmacum fignifie auffi fouvent
poifon que remede ; de maniere que
quand le Poëte dit.... icelui mort.... &
puis ajoûte ; l'onole donra topique ....
c'eft comme s'il difoit : icelui mort , parce
que l'oncle donnera le poifon qui le
fera mourir.... A fon fils le regne demandé....
l'explication de ce vers eft
facile.
(a) Des principaux de Cité rebellée ,
Qui tiendront fort pour liberté ravoir ,
De trancher mâles infelice mêlée ,
Cris , hurlemens , à Nantes , piteux voir.
La confpitation appellée d'Amboife fut
tramée à Nantes en 1559.
Les Huguenots s'étoient fait accorder
l'Edit de Janvier 1561. qui leur donnoit
le libre exercice de leur Religion ; mais
il leur fut ôté par un Edit pofterieur , ce
qui donna lieu à la première priſe d'ar-
(a) Quatrain trente-troifiéme de la cinquiéme
centurie , Nantes , Amboiſe , Rouen ,
Dreux. 1
D vj mes
1
2372 MERCURE DE FRANCE.
mes , & à tous les defordres qui trou
blerent le Royaume pendant l'année 1562 .
entre autres du fiege de la Ville de
Rouen qui fut emportée d'affaut ; tous
ceux qui furent trouvez les armes à la
main pafferent au fil de l'épée , & l'on fit
enfuite le procès aux principaux chefs
de cette rebellion qui fe trouverent dans
la place ; tout cela fe paffa au mois d'Octobre
1562 .
Au mois de Decembre fuivant fe donna
la bataille de Dreux ; l'application de
tous ces faits paroît bien naturelle ; mais
obfervez , s'il vous plaît , que le Poëte
pour couvrir fa marche a renversé l'ordre
, & a mis le fait de Nantes tout le
dernier , au lieu qu'il eft le premier dans.
l'ordre des dattes.
....
pour
Cité Rebellée ( Roüen ) ..... tiendront
fort (fe , revoltera contre fon Prince , &
fouffrira le fiege )
liberté ravoir.
pour faire rétablir l'Edit de Janvier
1561. ) .... de trancher mâles ( expreffion
fpecifique pour marquer qu'on
ne fit point quartier à ceux qui fe trouverent
armez ( mâles ) Infelice mê
lée ( bataille de Dreux . ) Les batailles
qui fe donnent dans le cours des guerres
civiles font toûjours malheureuſes aux
deux partis .... Cris , hurlemens , convient
fort à l'état d'une Ville prife d'af-
....
faut )
NOVEMBRE 1724.
2373
Laut ) .... à Nantes ( fous entendez confpiration
formée ) ... piteux voir ( convient
aux executions d'Amboife , & à la
penderie de Rouen , & fi on veut à une
Ville prife d'affaut , & à un champ de
bataille jonché de morts . )
(a) Par avarice , par force & violence ,
Viendra vexer les fiens chefs d'Orleans
Près S Memin affaut & réfiftance ,
Mort dans fa tente diront qu'il d'Ort- leans.
Le premier objet des Huguenots après
la bataille de Dreux , fut de mettre la
Ville d'Orleans en état de foutenir le
fiege dont elle étoit menacée ; pour cet
effet ils y envoyerent pour Commandant
François de Coligny Dandelot. Le Duc
de Guife l'affiegea en Fevrier 1562. mais
ayant été affaffiné
par Poltrot , il ne pût
voir la fin de ce fiege . Il eft bon de remarquer
que l'Abbaye de Micy , où repofe
le corps de S. Memin eft dans le voifinage
de cette Ville.
mandant )
Chef d'Orleans ( Dandelot , Comviendra
vexer les fiens
( viendra dans Orleans & vexera les
fiens ( les Orleanois foumis à fes ordres . )
(a ) Quatrain quarante- deuxième de la huitiéme
Centurie. Siege d'Orleans , mort du D.
de Guife.
..... Par
2374 MERCURE DE FRANCE .
....
Par avarice , par force & violence
( avaré , vi , injuria fine lege. ) Les Chefs
de parti dans les guerres civiles agilfent
fans autorité legitime , & par confequent
ce qu'ils font n'eft qu'injuftice & violence....
Près S , Memin ( à Orleans qui eft
dans le voifinage de S. Memin , fe donneront
des affauts , on les repouffera . )
.... Mort dans fa tente ( ce n'eft pas Dandelot
, qui comme Gouverneur de place
affiegée n'a point de tente ; c'eft le Duc
de Guife , qui comme General des affiegeans
eft cenfé camper , & avoir fixé fon
domicile dans une tente . C'est donc lui
dont il eft mention dans cet endroit. )
diront ( difent , on dira ) qu'il dort -
leans ( c'eſt la formule Latine ( hic Jacet
ou quiefcit intùs ) qu'on lit ordinairement
fur les tombeaux . Cimetiere dans la Langue
originale ( xorμntпprov ) fignifie proprement
Dormitorium ( un Dortoir . )
(a) a Les deux malins de Scorpion conjoints ,
Le Grand Seigneur meurtri dedans la falle ,
e Pefte à l'Eglife par le nouveau Roi joint ,
d L'Europe baffe & Septentrionale.
Jargon d'Aftrologue pour dire Saturne
& Mars , Planettes malignes ,
éant joints au figne du Scorpion.
(a) Quatrain 52. de la deuxième Centurie.
PierreNOVEMBRE
1724.
2375
Pierre- Louis Farnefe , Duc de Parbme
, affaffiné dans fon Château de plaifance
.
Nouvelle bréche faite à l'unité de
cl'Eglife par le jeune Edouard , Roi
d'Angleterre. Joint A.
1
L'Europe baffe , c'eft la baffe Allemagne
, fçavoir les Cercles de Saxe.
L'Europe Septentrionale .... fçavoir le
Danemarc , Suede & Norvege , pays
alors tous infectez des erreurs de Luther.
(a) a Las qu'on verra grand peuple tourmenté
,
Et la loi Sainte en totale ruines
Par autres loix tout la Chrétienté ,
d Quand d'or , d'argent trouvé nouvelle mine.
S
L'Allemagne étoit alors en guerre.
L'Empereur & les Catholiques contre
l'Electeur de Saxe & les Proteftans .
pas
La Foi & la Charité ne font
Vertus fort connues des gens de guerre.
Ces deux derniers vers fe doivent
joindre , le fens eft qu'en 1545. lorf-
(a) Quatrain 13. de la premiere Centurie.
qu'on
2376 MERCURE DE FRANCE.
qu'on trouva la mine de Potofi , toute la
Chrétienté étoit agitée & tourmentée par
les nouveaux Legiſlateurs , Luther , Zuingle
, Calvin , les Anabaptiftes , &c.
L'explication du Quatrain 90 de la
même Centurie ne fera plus difficile à entendre
lorfqu'on aura pofé les faits .
Les Payfans de Saintonge , de Poitou ,
de la Guienne fe fouleverent en 1548 .
& firent beaucoup de defordres . Les
Bordelois fur tout excitez par le fon
d'une groffe cloche qui fonna pendant
douze heures , maflacrerent le Seigneur
de Moneins leur Gouverneur . Le Roi
Henri II. envoya en ce pays- là le Duc
de Guife & le Connétable Anne de Montmorency
, qui ayant pris de differentes
routes fe joignirent à Langon , petite
Ville au-deffus de Bordeaux . On peut
voir tout ce détail dans l'Hiftoire Latine
de Beaucaire , Livre 25. 11. 16. & 17.
Jugez , Monfieur , fi tous ces faits ſe trouvent
dans ce Quatrain.
(a) a Bourdeaux , Poitiers au fon de la campane
,
b A grand Claſſe ira juſques à Langon ,
c Contre Gaulois fera leur tramontane ,
d Quand Monftre hideux naîtra près d'Orgon.
(a) Quatrain 90 , de la 1. Centurie.
Voilà
NOVEMBRE 1724. 2377
1
Voilà la groffe cloche de Bourdeaux
{ qui met les habicans en mouvement.
Le Prophete ne dit point qui doit aller
à Langon , mais l'Hiftoire nous l'apprend.
Il a défiguré le nom de cette Ville ; car
on l'écrit Alangon , à Langon . Voyez
M. de Valois dans fa notice des Gaules .
de
[ A grande Claffe veut dire à grantroupe.
Claffis chez les anciens Auteurs
Latins fignifioit une troupe ,
ainfi que l'a fait voir Tanegui le Fevre
dans fes Lettres Critiques , où il
fait le procès à Tite-Live pour n'avoir
pas entendu la force du mot
Claffis
La deftination des troupes conduites
à Langon eft contre les Gafcons
renfermez dans la Gaule , c'eft.
Lencore ce que perfonne n'ignore.
Ce fait eft particulier mis pour defigner
le temps . Je ne fçai point affez
l'Hiftoire de Provence pour fçavoir
de quel monftre il s'agit ; il eft toûjours
certain qu'Orgon eſt une Ville
de cette Province , fituée fur un des
bras de la Durance.
Nôtre Aftrologue paroît avoir entendu
le Grec. En voici une preuve tirée de la
pre2378
MERCURE DE FRANCE .
premiere Centurie 81. Quatrain.
(a) D'humain troupeau neuf feront mis à
De jugement & confeil feparez ,
Leur fort fera divife en départ ,
part,
Kappa , Thita , Lambda , morts , bannis ,
égarez.
Le qua riée vers de ce Quatrain fait
entendre les trois premiers , & defigne
l'embarras où les Catholiques fe trouvoient
en Angleterre fous le Roi Henri
VII. le mot Grec naroλmos eft écrit par
deux Kappa , un Thita , & un Lambda .
Il eft donc conftant qu'il s'agit des Catholiques
mis à mort , bannis , & difperfez.
Le même Henri VIII . ne ſe contentoit
pas de tourmenter les Catholiques ;
il n'étoit pas plus gracieux à ceux qui
prenoient le parti de Luther & de Zuingle
; il traitoit ceux ci comme heretiques
, & les Catholiques comme des rebelles
qui reconnoiffoient un autre chef
de l'Eglife que lui ; c'eft ce qui fait entendre
le 2. & 3. vers . Les neuf mis en
prifon avoient jugement & confeil feparé
, & leur fort étoit divifé. Les uns.comme
heretiques étoient brûlez , les autres
pendus .
Voici encore une preuve du fçavoir de
(a) Quatrain 81 , de la 1. Centurie .
NoftradaNOVEMBRE
1724. 2379
Noftradamus , tirée du 32 ° Quatrain de
la 4º Centurie.
(a) Es lieux & temps chair au poiffon donra
lieu ,
La loi commune fera faite au contraire ,
Vieux tiendra fort , puis ôté du milieu ,
o Le panta coina philon mis fort arriere.
Expreffion parallele de ces deux vers.
La loi generale qui permet l'ufage de la
viande fera reſtrainte par une loi particuliere
qui ordonne qu'en certains temps &
certains lieux la chair fera place au poiffon
.... on ne veut dire autre chofe , finon
qu'en certains lieux quelque temps
avant Pâques on fera abftinence de
viande.
élû en 1534. ....
† Le vieux Pape Paul III. tiendra
long- temps la Chaire de S. Pierre ( il fut
puis ôté du milieu ...
mais après qu'il fera mort ( ce qui arriva
en 1549. à l'âge de 82. ans... fublatus.de
medio cum fuerit.
o Le panta coina philon ( fera ) mis
fort arriere .... παντα κοινα φίλων , omnia
amicorum communia . C'eft le premier des
Adages d'Erafme , dont l'expreffion parallele
eft qu'après la mort du Pape Paul
(a) Quatrain trente - deuxième de la quatriéme
Centurie.
III.
2380 MERCURE DE FRANCE .
III. ceux qui étoient amis ne le feront
plus ; ce qui défigne les guerres qui recommencerent
entre le Roi Henri II .
& l'Empereur Charles V. après la mort
de ce Pape , à l'occafion des Duchez de
Parme & de Plaifance , dont l'Empereur
& le Pape Jules III . vouloient dépouiller
le Duc Octavio Farnele , petit-fils de
Jules III . & gendre de l'Empereur ; mais
Octavio s'étant mis fous la protection du
Roi Henri II. il fut maintenu malgré les
fortes parties qui conteftoient fon droit.
Pour entendre le Quatrain qui fuit ,
rappellez , s'il vous plaît , deux faits bien
marquez dans l'année 1529. le premier
eft que l'Empereur Charles V. vint d'Efpagne
en Italie avec une nombreuſe Flote
; il débarqua à Gennes , & fit mettre
pied à terre à 9000. Fantaffins , & à
1000. chevaux qu'il amenoit avec lui ;
ce débarquement fe fit au mois d'Aouft.
Vous concevez bien que le vent du Sud
pouvoit amener cette Flote des côtes
d'Espagne fur celles d'Italie. Voyez Beaucaire
, Livre 20. § . 27 .
Le fecond fait eſt le fiege que Sultan
Soliman mit devant Vienne , Capitale de
l'Autriche au mois de Septembre de la
même année. Il ne vous fera pas difficile
après cela de faire l'application de ces
faits au 82. Quatrain de la 1. Centurie .
Quand
NOVEMBRE 1724.
2381
(a) Quand les colonnes de bois grande tremblée
,
D'Aufter conduite , couverte de Rubriche ,
Tant videra dehors grande affemblée ,
Tremblez Vienne & le pays d'Autriche.
Le quatriéme vers annonce le fiege de
Vienne , les trois premiers défignent le
temps auquel ce fait doit arriver. Voici
leur explication naturelle .
Quand une grande tremblée de colonnes
de bois ( de mats de Navires , ) cou
verte de Rubriche ( le pavillon Efpagnol
eft rouge.... d'Aufter conduite ( amenée
par le vent de Sud , débarquera une fi
grande troupe de gens de guerre , pour
lors Vienne & l'Autriche doivent trembler.
Il faut un peu plus de détail pour fixer
le fens du Quatrain 90. de la 2 Centurie
.
Louis II. Roi de Hongrie perit à la
bataille de Mohacs en Aouft 1526 ....
Les Hongrois divifez fe declarerent les
uns pour l'Archiduc Ferdinand d'Autriche
qui avoit époufé la foeur du défunt
Roi , les autres élûrent Jean Zapolihas
Comte de Sepuze Vaivode de Tranfilvanie
, qui comme plus foible eut recours à
(a) Quatrain 82. de la 1. Centurie,
la
2382 MERCURE DE FRANCE.
(
la protection de Sultan Soliman . La guerre
fut de durée. Enfin les deux Concurrens
s'accommoderent . La poffeffion du Royaume
demeura au Vaivode ; mais par un
Traité fecret il étoit convenu qu après fa
mort Ferdinand aux droits de la femme
feroit reconnu Roi de Hongrie. Le Roi
Jean quoiqu'avancé en âge époufa Ifabelle
Jagellon , fille de Sigifmond , Roi
de Pologne qui lui donna un fils : cette
nailfance caufa tant de joye au pere qu'il
mourut après une débauche à la Hongroife.
Cette mere & cet enfant nouveau né
cauferent de grands malheurs ; la veuve
& fes partifans vouloient au préjudice
du Traité conf.rver la Couronne au jeune
Prince ; la partie n'étoit pas tenable
contre Ferdinand ; on eut recours à Soliman
qui vint en Hongrie , fe rendit maître
de la Capitale , & de prefque tout le
Royaume fans le rendre au pupille , Ferdinand
& fon frere l'Empereur Charles
V. eurent à foutenir la rude guerre que
leur mena le fier Sultan . Voyons fi le
Quatrain en queſtion a rapport à tous ces
faits .
(a) Par vie & mort changé regne d'Ongrie ,
La loi fera plus afpre que fervice ,
(a) Qatrain quatre vingt- dixiéme de la
deuxième Centurie.
Leur
NOVEMBRE
1724. 2383
Leur grand Cité d'urlements , plaints & cris ,
Caftor & Pollux ennemis dans la lice.
Le Royaume de Hongrie fouffrira du
changement par la vie ( la naiffance ) du
jeune Prince Etienne Zapoliha , & par
la mort de Jean Zapoliha fon pere....
Leur grand Cité ( Bude Capitale ) fe
voyant en re les mains des Turcs , Hurle
, fe plant & crie .... La loi fera plus
afpre que
fervice. Les Turcs udes maîtres
commanderont plus afprement que
Iles Hongrois nouveaux fujets n'obéiront .
Caftor & Pollux les deux freres.
Ferdinand & Charles ) ennemis de Soliman
feront obligez d'entrer en lice .
Un des évenemens du 16e fiecle le
plus marqué eft certainement le fac de
Rome , & l'extrêmité où fe trouva réduit
le Pape Clement VII . affiegé dans
le Château S. Ange en 1527. par l'armée
de l'Empereur Charles V. commandée
par Charles , Duc de Bourbon ; compo
fee d'Espagnols , d'Italiens , & d'un bien
plus grand nombre d'Allemands . Nôtre
obfcur Hiftorien ne l'a pas oublié ; il l'a
même défigné trois fois ; mais auparavant
de rapporter les trois Quatrains
qui en font mention , il faut faire connoître
les Acteurs qui s'y trouvent intereflez.
Le
2384 MERCURE DE FRANCE.
Le Pape Clement VII. s'appelloit
avant d'être élevé à cette dignité Jules
de Medicis.
L'Empereur Charles cinquième du nom
avoit pris pour devile plus ultrà , écrit
entre les deux colonnes d'Hercule ; on
la voit encore fur des monnoyes d'Eſpagae
, & cela pour marquer qu'il iroit
plus loin qu'Hercule.
Charles , Duc de Bourbon , Prince
fort eftimé , aimé & confideré en France,
croyant avoir lieu d'être mécontent du
Roi François I. quitta le Royaume , alla
offrir les fervices à l'Empereur qui les
accepta , & le mit à la tête de fes armées
d'Italie ; s'il eut la fatisfaction de fe vanger
, en faisant perdre la bataille de Pavie
, & la liberté au Roi , il n'eut pas
l'approbation de tout le monde : on le
blama fort de faire la guerre à une Nation
dont il avoit fait les délices , & on
ne crût pas en France que ce fut l'effet
d'un cerveau bien timbré.
Les Romains fe vantent de defcendre
des Troyens , il y avoit dans la Troade
une riviere appellée Afcanius , & une
Ville nommée Afcania , bâtie par Afcanius
, fils d'Enée .... Il eft bon d'obſerver
que Romefut emportée par efcalade fans
qu'il fut befoin d'abattre un pin de muraille....
Les mêmes Romains appelloient
en
NOVEMBRE 1724. 2385
en ce fiecle -là , & appellent encore Barbares
tous les peuples feparez de l'Italie
par les Alpes & par la Mer. Tous ces
faits fuppofez il fera bien aiſé d'entendre
le Quatrain fuivant.
(a) O vafte Rome ta ruine s'approche ,
Non de tes murs , de ton fang & ſubſtance ,
L'afpre par Lettres fera fi horrible Coche ,
Fer pointu mis à tous jufqu'au manche.
Le premier vers s'entend affez .
Le 3..
……..
....
.... Le fecond non de tes murs .... la
Ville fut emportée par efcalade , les murailles
ne fouffrirent point .... Mais la
ruine de ton Sang & fubftance s'approche .
& 4 vers difent qu'il y aura
bien des coups donnez de taille ( Coche )
d'eftoc c'eft l'épée enfoncée juſques à
la garde qui fera tout cela ? .... Fafpre
par Lettres (Sinonime de Barbare , ) &
afin qu'on n'en doute pas , voici un paſſage
de Strabon qui met la chofe au net.
Exiftimo vocem , ( barbarum ) attributam
his que non nifi difficulter, duriter, afperéque
poffunt pronuntiari.... La Langue
gutturale des Allemans eft bien afpre par
Lettres. Si j'ai bien rencontré , à la bonne
heure , finon je ferai fort confolé fi vous
(a) Quatrain 65. de la 1c. Centurie.
E regar2386
MERCURE DE FRANCE.
regardez cet effai comme une preuve de
ma complaifance . Je fuis , Monfieur , &c
*** *****
ENIG ME
Uoique je fois d'une couleur grisâtre,
Que blanchis plus blanc que le plâtre
Je
Si mon pere animé m'engendre avec chaleur ,
D'abord qu'on l'interrompt il change de couleur
;
;
Ilame produit fans honte , & fans colere,
Cependant fans rougir il ne me fçauroit faire ,
Je fers à rappeller l'irrevocable loi ,
Tous les ans dans un jour de Fête :
Que tôt ou tard chacun s'apprête ,
A devenir femblable à moi.
ENIGM E.
G...
LE grand jour n'eſt pas mon affaire ,
Je ne parois jamais que dans l'obſcurité ,
Et cependant fans vanité ,
Je ne laiffe pas que de plaire.
Eft-il
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS,
PUBLIC
L
EN C
Parodie
Ju
Balet
de
Prothée.
THE
NEW
YORK
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ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
NOVEMBRE 1724.
2387
Eft- il un fort égal au mien ?
Ce qui m'arrive doit furprendre ,
Un homme à qui jamais je n'ai fait que du
bien ,
7
Me prend & fans confulter rien ,
Se met en état de me pendre.
On doit
expliquer les deux Enigmes
du mois paffé par le Balon & le Soufflet.
jkjkjkkak
****
PARODIE du Ballet de Prothée.
Q
Uelle ardeur
Coule dans mon coeur !
Dieu de la treille ,
Ton jus me réveille.
Quelle ardeur
Coule dans mon coeur !
Chere
Boutteille ,
Tu fais mon
bonheur.
Dieu
d'amour qui regnois fur moi ,
Voi
Bacchus
triompher de toi.
E ij J'ai
2388 MERCURE DE FRANCE..
J'ai langui fous ta dure loi ,
Je fuis content depuis que je boi.
Plus d'Aminte
Vive ma pinte :
Les coeurs amoureux ,
Ne fçauroient être heureux.
1
AUTRE Parodie du même Ballet.
Arde ta raifon ,
Mais permets que l'on s'enivre ;
Pour moi je me livre
Quand le vin eft bon.
Eft-ce un avantage ,
Que d'être fi fage ?
Croy-moi , c'eft un bien
Qu'on doit compter pour rien.
Verfe-moi , redouble ,
Ma raiſon fe trouble.
Verfe encore un coup ,
Je n'y perds pas beaucoup.
NOUNOVEMBRE
1724 .
2389
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
RELATION exacte de tout ce qui
s'eft paffe de plus remarquable pendant
la maladie , à la mort & à l'Enterrement
de Don Louis I. du nom , Roi
d'Espagne , avec les circonstances du
rétabliffement du Roi Philippe V. [ur
le Trône. Par M. l'Abbé de Vairac. Brochure
de 12. pages 4° . A Paris , chez
Pierre Simon , Imprimeur du Parle
ment, ruë de la Harpe 1724.
*
Cl'importance de la matiere , répond
E petit ouvrage , confiderable par
parfaitement à la grandeur du fujet : il eft
très - bien écrit , & contient des traits vifs
& pathetiques , accompagnez de réflexions
fenfees & édifiantes. On y trouve d'ailleurs
des circonftances , dont les nouvelles
generales & particulieres ne font
aucune mention , & qui meritent d'être
tranfmifes à la pofterité ; nous allons en
extraire quelques endroits , choifis entre
ceux qui nous ont paru les plus touchans
& les plus inftructifs.
E iij Le
2390 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi fentant entierement défaillir
fes forces , & prévoyant les malheurs
» que cauferoit un interregne , fit un
» Acte par lequel il declara , que comme
» il n'avoit accepté la Couronne que par
» une foumiffion refpectueuse à la volon
» té du Roi fon pere , il la lui remettoit
» comme un bien qui lui appartenoit de
» plein droit & pour convaincre tous
» fes fujets de l'obligation indifpenfable
» dans laquelle font tous les enfans de
» réfpecter la puiflance paternelle , par
» le même Acte , il fupplia le Roi fon
»>>> pere d'accepter la Procuration qu'il lui
» donnoit de faire fon Teftament , s'il le
» jugeoit à propos , eftimant qu'il ne pou-
>> voit , ni ne devoit difpofer de quoi que
>> ce fût fans fon confentement , fe con-
» tentant de lui recommander les inte-
» refts de la Reine fon époufe , dont il
» ne pouvoit trop lui reprefenter le me-
» rite , la vertu & les obligations qu'il lui
» avoit. Bel exemple pour ces enfans
» ingrats envers leurs peres , qui oubliant
» les bienfaits qu'ils en ont reçus , affectent
de vivre &-de mourir dans l'indé
>> pendance ! & c.
» S'il fut jamais un fpectacle digne
» d'admiration , ce fut de voir ce pieux
» Monarque aux prifes avec la mort : fes
yeux continuellement fixez fur un Cru
cifix ,
NOVEMBRE 1724. 2391
•
cifix , fa bouche collée fur les playes fa- «
crées de fon divin Redempteur , fon «<
ame intimement unie à Dieu par des «<
Actes de foi , d'amour & d'efperance , & «
par tous les fentimens que la Religion «
peut infpirer à un Chrétien , qui eft «<
fur le point de comparoître devant fon «
Juge , furent les heureufes difpofitions «<
dans lefquelles il expira dans la paix «
du Seigneur , &c, «.
<<
Jamais Prince ne vint au monde avec u
tant d'excellentes qualitez que celui« «<
qu'on vient de perdre . Il étoit d'une «‹
taille moyenne , mais bien proportion- «<
née ; il avoit le coeur grand , l'ame «
belle , l'efprit vif , vafte , penetrant , «
- & très- propre pour le gouvernement . «
Il étoit doux & affable envers les fu- «<
jets , complaifant & compatiffant en
vers fes domeftiques : jamais on ne re- «
marqua en lui aucun trait de diffipation
, ni de ces caprices fi ordinaires «
parmi les Souverains : jamais on ne l'a «
vû en colere ni de mauvaiſe humeur , «<
toûjours égal , toûjours uniforme dans «
fa conduite , il fembloit qu'il avoit en- «
chaîné toutes fes paffions. Sa liberalité «
n'avoit point de bornes : la charité étoit «<
fa vertu favorite , il ne pouvoit voir un «<
malheureux fans le fecourir , ou fans «
le plaindre quand il ne le pouvoit pas «<
E iiij
fou-
1
2392 MERCURE DE FRANCE.
>>
>>
foulager. Son affiduité aux affaires
» de l'Etat lui avoit acquis une expe-
» rience dans l'art de gouverner , qui
» fuppleoit au défaut de l'âge : dans le
» Confeil fes décifions étoient toûjours
» approuvées par les plus fages ; aucun
» plaifir que celui de la chaffe , ou du
»jeu de la Paume , n'avoit d'attrait pour
» lui ; encore s'en privoit- il lorfqu'il ne
» pouvoit pas en jouir fans interrompre
» le cours des affaires. Jamais perſonne
» n'a parlé fa langue naturelle avec tant
» de pureté & d'élegance que ce Mo-
» narque , & il entendoit parfaitement
» la Latine , la Françoiſe & l'Italienne.
» Il avoit fait de grands progrès dans les
» Mathematiques & dans toutes les au-
>> tres fciences , qui conviennent à un
grand Roi. Il eft inutile de parler de
fa pieté ce qui s'eft paflé dans fa ma-
>> ladie & à fa mort , juftifie affez qu'elle
- étoit fincere. En un mot , c'étoit un
>> Prince accompli.
» Dès qu'il fut mort , l'Acte de Retro-
» ceffion de la Couronne en faveur du
>> Roi fon pere , fut lên par un Secretaire
» d'Etat
, en prefence
de tous
ceux qui
» fe trouverent
dans fon
appartement
,
après
quoi on envoya
des Députez
à
» S. Idelfonfe
pour
fupplier
S. M. de
» venir
en diligence
reprendre
le Goun
verNOVEMBRE
1724. 2393
vernement , en qualité de Roi naturel , «
& proprietaire de la Monarchie. En «
attendant fon arrivée il fe forma par in- «
terim une Junte , & c. «
Le Roi Philippe s'étant rendu à Ma- «<
drid le lendemain , il fe chargea du «<
foin des affaires de l'Etat en qualité de «
Regent du Royaume , & de Tuteur «<
des Princes fes enfans..... Une marque «<
bien fenfible que cé Prince s'étoit dé- ce
terminé à ne plus gouverner en qualité
de Roi , c'eft que dans les expeditions <«<
qui parurent durant cinq jours d'inter- «<
regne , il figna Philippe de Bourbon ,
au lieu de moi le Roi , ainfi qu'il avoit «
ac coutumé de faire avant qu'il abdiquât
la Couronne . «<
(C
<<
«<
Les Efpagnols defirant paffionnément.
de le revoir fur le Trône en qualité «
de Roi naturel , & proprietaire de la «
-Monarchie , qui felon les loix fonda- «
mentales de l'Etat lui étoit dévolue par u
droit de reverfion , formerent plufieurs «<
Juntes de Theologiens & de Jurifcon- «
fultes , non pas pour décider s'il pou- «<
voit en confcience remonter fur le «
Trône , comme quelques Memoires « .
apocryphes le difent ; mais pour déci- «
der unanimement que non feulement ««
il le pouvoit mais encore qu'il le de- «
voit en confcience , & en justice , & c. «
}
E v
豬
Dès
J
2394 MERCURE DE FRANCE .
» Dès que le Roi eut figné le Decret
» d'acceptation , il reprit le titre de Roi
» dans toutes les expeditions , & ordonna
» à tous les Secretaires d'Etat , & autres
>>> Officiers employez dans les affaires du
» Gouvernement , qui avoient refté au
Buen -Retire pour y faire quarantaine ,
» de remettre au Palais de Madrid , au
» Marquis de Grimaldo , Secretaire uni-
» verfel del Despecho tous les papiers , &
>>> Regiftres des Secretaireries qui en
>> dépender t.
:
»
"P
» Pendant le peu de féjour que S. M.
>> a fait à Madrid , elle s'eft appliquée
» deux heures le matin , & autant le foir
aux ' affaires du Cabinet , & en partant
» pour Saint Idelfonfe , après avoir calle
la Junte pour toujours , par un Decret
» qu'il fit notifier à tous ceux qui la compofoient
, il établit deux Couriers pour
-lui apporter chaque jour les délibera-
>>> tions del 'Defpecho , promettant d'en-
>> voyer fa détermination par celui qui
>>> -arriveroit le foir fur les matieres qui
lui auroient été propofées par celui du
>
» matin .
» Far la caffation de la Junte , dit M.
l'Abbé de Vayrac en finiffant , ceux
» qui liront cette Relation , compren-
» dront une fois pour toutes , que ce n'eft
» ni un Tribunal , ni un Confeil , comme
NOVEMBRE 1724. 2395
cc
c
me la plupart du monde l'a crû juſqu'à
prefent ; mais un certain nombre de «<
perfonnes que le Roi admet dans les «e
déliberations du gouvernement , quand e
il lui plaît , & qu'il revoque de «<
même , étant le maître abfolu , defpo- «
tique , indépendant , fans être obligé «
de fe foumettre au fentiment de qui «<
même aux délibe- «‹ que ce foit ,
non pas
rations des Tribunaux Souverains , qui «
n'ont que voix confultative dans les «<
affaires du Gouvernement , & fi le Roi «
fe rend à leurs avis , c'eft parce qu'il le «
veut bien . «
POESIES de Madame & de Me Defhoulieres
, augmentées dans cette derniere
édition d'une infinité de pieces qui
ont été trouvées chez leurs amis . A Paris
, chez Jean Villette , rnë S. Jacques
1724. 2. vol . in 8 ° pages 297. & 284.-
Les Pieces qui paroillent ici pour la
premiere fois font marquées d'une étoille
dans les tables qui font à la fin de chaque
volume. Voici quelques - unes de
ces Pieces .
09 Si
E vj
MA2396
MERCURE DE FRANCE .
MADRIGAL du Duc de Saint Aignan
à Madame Deshoulieres 1684-
Ui , je l'ai dit fans hyperbole,
Vous écrivez d'un air qui partout eft vainqueur
Je veux bien confeffer qu'il me refte du coeur,
Mais je demeure fans parole.
REPONSE de Madame Deshoulieres .
Q
Uand vous me cedez la victoire ,
Vous vous couvrez d'une nouvelle
gloire ;
De vôtre Madrigal tout le monde eſt charmé :
Eft- ce ainfi d'un combat qu'on cede l'avantage
,
Qu'on fe dit vaincu , défarmé ?
On connoît bien qu'à ce langage
Vous n'êtes pas accoutumé.
Dom Gris, Chat de la Ducheffe de Bethune,
à Grifette.
GRifette , fçavez -vous qui vous parle d'a- mour ?
Qui vous cherchez depuis un jour ?
C'eſt
NOVEMBRE 1724.* "
་ 23.97
C'eft un Chat accompli , plus beau qu'un Chat
d'Efpagne.
Un Chat qu'inceffamment la fortune accompagne
,
Qui fe fait admirer des Chattes de la Cour.
Voilà ce qu'il vous faut , non pas ce Chat
fauvage ,
Ce Tata qui languit au milieu des plaiſirs ,
Qui ne fçauroit au plus aller qu'au badinage,
Qui ne fçauroit jamais contenter vos defirs ,
Et qui mourroit de faim fur un tas de fromage.
Ce n'eft pas après tout , qu'il ne puiſſe amuſer.
Qu'il ne foit propre à quelque chofe ,
Comme de feu Bertaut on pourroit en ufer ;
Mais qu'en fi beau chemin vôtre amour fe
repofe ,
Quoique vous en difiez , on ne vous croira
pas.
Pour vous croire une Chatte à fi maigres
ébats ,
Sur quoi voulez-vous qu'on fe fonde ?
Sur vos peu de beſoins ? vous vous įmocquez
'du monde :
A d'autres , c'est trop loin pouffer le précieux.
Ce n'eſt pas avec moi qu'il faut qu'on diffimule
;
Auffi2398
MERCURE DE FRANCE.
:
Auffi -bien avez-vous des yeux
A détromper le plus credule.
⚫ Gardez pour ces jeunes Chattons ,
Qui ne vont encor qu'à tâtons ,
D'une fauffe vertu le rufé préambule ,
Ne tournez point en ridicule ,
Ces ah fy , ces airs nonchalans ,
Qui cachent quelquefois des defirs violens.
Loin de les condamner , je blâme les manieres
Des Chattes qui d'abord nous diſent mia- ou .
Depuis que pour la Cour j'ai quitté les goutieres',
Je méprife beaucoup un procedé fi fou .
Tout Matou que je fuis , j'ai l'ame délicate ,
Je veux qu'en certain temps on donne de la
patte ,
Et je n'aimerois pas qu'on me fautât au cou.
Mais de faire la Chatte-mite ,
D'affecter comme vous un minois ferieux ,
Tandis que nous fçavons qu'amour vous follicite
,
Et qu'à de certains Chats vous faites les doux
yeux ,
Je vous le dis tout net , Grifette , j'aime mieux
Une folle qu'une hipocrite.
MettezNOVEMBRE
1724 . 2399
Mettez- vous avec moi deffus un autre pié ,
Si vous voulez long- tems garder votre conquête..
Je fuis un Coureur de Clapié ;
Chat qui prend des Lapins ne paffe pas pour
bê e..
-Adieu , juſqu'au premier Sabat ,
C'est là que j'attendrai réponſe à cette Lettre ,
Et que vous connoîtrez , fi je livre combat,
Queje fçai plus tenir , que je ne fçai promettre.
CATALOGUE des Manufcrits trouvez
après le deceds de Madame la Princelle ,
dans fon Château Royal d'Anet . Brochu
re in 12 de 37. pages , qu'on trouve chez
le fieur Gandoin , Libraire , Quai des
Auguſtins.
Čes Manufcrits font fur velin , ornez
de très- curieufes Miniatures , & autres
ornemens , le tout très bien confervé ; &
fe vendront en gros ou en detail au moist
de Novembre 1724. chez led . fieur Gandouin
Libraire , Quay des Auguftins , à
la belle Image.
Voici les titres de quelques - uns de ces
Manufcrits , qui nous ont paru les plus
dignes d'attention.
La Bible Yftoriaux , tranſlaté de Latin
en
1400 MERCURE DE FRANCE .
en François , & tout par Yftoires Efcolatres
, par Pierre .... Doyen du Chapitre
de Saint Pierre d'Aire. Ce Manufcrit fur
velin eft rempli de belles Miniatures bien
confervées.
Autre Exemplaire dud. Ouvrage en 2 .
vol. très-grands , fur velin , avec des miniatures
très- anciennes .
Autre Exemplaire de la même traduction
en un très -grand volume bien confervé
, fur velin , & dont les miniatures
furpaffent celles des autres Exemplaires.
La Bible en françois fur velin , 3. vol.
infol. d'une grandeur énorme , bien confervée.
Partie de la Bible en Provençal , avec
Miniatures in fol. fur velin.
Chronique depuis la création du monde
, jufqu'à Jules Céfar , fans nom d'Auteur.
Ce Manufcrit fur velin eft orné de
miniatures très- fingulieres .
Les Batailles & les Anciennetez des
Juifs de Jofeph , MS. in fol. très - grand,
fur velin , avec de belles miniatures.
La Legende dorée , ou Vie des Saints ,
écrite fur velin , en grand & gros vol .
in folio , avec un grand nombre de miniatures.
Recueil des Miracles de Nôtre-Dame ,
en vers fur velin , en deux gros vol . in
folio remplis de beaucoup de miniatures .
BreNOVEMBRE
1724. 2401
Breviarium Fratrum Minorum fecundum
confuetudinem Romana Ecclefia . Ce
livre eft très- gros & grand , & écrit fur
velin , avec un très- grand nombre de miniatures
bien confervées.
Antiquitez judaïques par Joſeph , un
volume in folio , imprimé fur velin , par
Galliot Dupré en 1534. avec d'excellentes
miniatures & grandes lettres d'or .
Le Jardin de Paradis , MS. fur velin ,
avec miniatures, in folio 1475 .
Le livre pour amander fa vie , appellé
l'Arbre de Sapience , MS. fur velin. II -
y a dans ce livre 30. Miniatures d'une excellente
beauté , in folio en 1469 .
Un Miffel écrit fur velin , enrichi d'un
très-grand nombre de figures , ornemens
& miniatures ; ce Manufcrit eft très - ancien
& fans datte.
Chroniques de France , par Jean Froiffart
, en deux grands vol . in folio fur velin
, reliez en velours vert , avec des fermoirs
dorez d'or moulu . Ce Manufcrit
eft orné de miniatures très -belles qui reprefentent
les modes , & les ufages de ce
temps.
Traité de la Chaffe du Roy Modus ,
MS. fur velin.
Les anciennes Hiftoires felon Orofe
avec Lucan , traitant des faits des Romains,
MS. fur velin , avec des miniatures fingu2402
MERCURE DE FRANCE.
gulieres , très-gros & grand volume in
folio.
Les voyages d'Hayton , ou fleurs des
Hiftoires d'Orient , avec des miniatures
du tems très -fingulieres , MS . fur velin
in folio , 1307.
Les Triomphes de Petrarque , tranflatez
en profe de langue Tofcane, par George
de la Forge , Bourbonois , avec les complaintes
d'Alain Chartier , in folio , MS.
fur velin , dans lequel fe trouve une miniature
de la grandeur du volume , qui eſt
d'une très -grande beauté.
Les dits des Philofophes en profe , le
Thyodolet , les dits des Philofophes en
François , les dits de Caton , & le traité
des Échets , volume in folio fur velin ,,
avec de belles miniatures.
Livre de moralité en profe , ou livre
de fortune & de raifon , MS. in folio fur
velin , avec des lettres en or.
Le Miroir des Dames , en profe , par
un Frere Mineur , par l'ordre de la Reine
Jeanne , MS. fur velin .
Le Roman de la Rofe , avec le Teſtament
de Jean de Mehun , orné de miniatures
fur velin .
Un autre Roman de la Rofe , en un
grand volume in folio fur velin , rempli
. & orné d'excellentes miniatures .
Breviario d'amor en vers Provençaux ,
par
NOVEMBRE 1724. 2403
"
C
par Frere Hermangaut de Beziers , en
1388 grand volume in folio fur velin
orné de très -belles miniatures,& en grand
nombre.
>
Le Jeu des Echets , MS . fur velin ,
avec une très -belle miniature au commencement
du livre , de la grandeur du
volume , des grandes lettres & autres ornemens
en or , très-grand vol . in folio.
Le Roman de Lancelot du Lac ,'fol. 3 .
vol. MS . fur velin , avec des miniatures
en or , le volume eft très-bien confervé.
Dialogue très- élegant , intitulé : Le
Pelerin traitant de l'honnête & pudique
amour, imprimé fur velin chez Galliot
Dupré en 1527. in folio , avec miniatures
& autres ornemens.
Les nobles faits du très - pieux & bon
Chevalier Meffire Triftan , Ugalaad ,
Lancelot & Palamédes compagnons de la
table ronde , tranflatez de Latin en François
, par Luces Seigneur du Chaftel de
Salefbieres , vol . in folio , fur velin , d'une
grandeur énorme , orné d'an nombre infini
de belles miniatures très - bien confervéesinfolio
fur velin , très -grand & gros.
Vegece de l'Art militaire en François
parJehan de Mehůn , en 1284. MS. fur
velin très - bien conſervé , in folio , avec
miniatures.
Le Roman de Bertrand Duguefclin ,
jadis
>
(
2404 MERCURE DE FRANCE .
jadis Connétable de France , MS . fur ve
lin , in octavo.
Mariage de Notre - Dame , & le Trepaffement
, MS. fur velin , in 8 .
Le livre de Merlin , Roman , & comment
il fut engendré , c'eſt un gros &
grand volume in fol.
Phébus de Foix , traité de la Chaffe ,
avec des figures.
Les Propheties de Merlin.
Gloffaire , Bas Breton , François - latin .
Ces quatre derniers Livres font parmi
les Manufcrits en papier..
Il y a à la fuite de ce Catalogue une
lifte de Livres imprimés , dont quelquesuns
nous ont paru curieux & finguliers ,
tels font :
. La Salade, laquelle fait mention de tous
les Pays du monde , & du Pays de la belle
Sybille , avec la figure de ladite Sybille ,
in folio , Paris , 1527.
Hiftoire de Barbarie & de fes Corfaires,
par Pierre Dan , avec figures. Paris ,
-I 649. in folio .
La Nef des Fols du monde , avec fig .
Paris , 1497 .
Le Livre de Matheolus , avec fig. 1492 .
commençant ainfi :
Qui nous montre fans varier
Les biens & auffi les vertus,
Qui
NOVEMBRE 1724. 2405
Qui viennent pour foy marier ;
Et à tous faits confiderer
Il dit que l'homme n'eſt pas faige,
S'il fe tourne remarier ,
Quand prins a été au paſſaige.
Appian Alexandrin , Hiftorien Grec ,
traduit en François , par Seyffel Evêque
de Marſeille. Paris , 1580. in fol.
PLAN d'un Canal en Bourgogne , préfenté
à Noffeigneurs les Etats Generaux
par le fieur de la Jonchere , Ingenieur .
A Dijon , chez Dufei , Imprimeur des
Etats. 1724. Brochure.
MEMOIRES de M. de Gourville concernant
les affaires aufquelles il a été employé
par la Cour , depuis l'année 1642.
jufqu'en 1698. A Paris , chez Etien. Ga.
neau , rue S. Jacques , 1724. in 12. 2 .
vol. de plus de 300, pages chacun .
MUSIQUE du triomphe du tems . Par
M. Quinaut l'aîné , Comedien du Roy.
gravée par Mademoiſelle Loüife Rouffel.
A Paris , chez F. Flahault , Libraire ,
Quai des Auguftins , 1724. Brochure in
4. de 35. pages .
QUATRAINS moraux & politiques.
A Rouen , ehez Į. B , Beſogne , in 8. de
61. pages.
HIS
2406 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE & Recherches des antiquitez
de la Ville de Paris . Par. Me. Henry
Sawal , Avocat en Parlement. A Paris ,
chez Moette & Chardon , 1724. 3. vol.
in folio.
QUATIO MEDICA & c. Differtation fur
l'excellence de l'exercice pour la confervation
de la fanté. A Paris , chezJ. Quil
leau , ruë Galande , 172 3. broc . in 4 .
ESSAY de Medecine & de Chirurgie ,
où l'on examine les principales circonftances
de la fuppuration dans les parties
molles. Par Ant . Fizes , &c. A Montpellier
chez la veuve Pech 1724. in 8 .
de 67. pages . Cet Ouvrage eft auffi en
latin .
L'ART de conferver la fanté des Princes
& des perfonnes du premier rang; auquel
on a ajoûté l'art de conferver la fanté des
Religieufes , & les avantages de la vie ſobre
du Seigneur Louis Cornaro , noble
Venitien , avec des remarques fur cedernier
, auffi curieufes que neceffaires. A
Leyde , chez Jean Langerak, 1724. vol .
in 12. de 374. pages.
NOUVEAU VOYAGE de Grece , de Paleftine
, d'Italie , de Suiffe , d'Alface , &
des
E NOVEMBRE 1724. 2407
des Pays - Bas , fait en 1721. 1722. &
$ 1723. A la Haye , chez Pierre Goffe ,
vok. in 12.
ANFITEATRO FLAVIO defcrito è delineato
dal Cavaliere Carlo Fontana . A la Haye,
chez les Feres Vaillants , in folio. Cet
Ouvrage eft orné de 24. magnifiques planches
, gravées à Rome fous le Directeur
du Cavalier Fontana.
Il paroît une brochure de 19. pages in
12. imprimée à Paris chez Mazuel fous
ce titre : Questions d'un jeune homme aux
Sçavans .
à
A la fortie de ma Philofophie (dit l'Auteur
) j'étois entêté de mes opinions ;
prefent elles me paroiffent douteufes , &
je ne fçai que croire fur une infinité de
chofes. A qui aurai -je recours pour lever
mes doutes ? Aux livres . Non , car quoiqu'il
foit vrai , qu'ils m'ayent donnébien
des connoiffances que je n'avois pas , la
plûpart cependant ne m'ont point fatisfait;
j'en ai trouvé pour & contre fur toutes
fortes de matieres , & ce font eux - mêmes
qui m'ont jetté dans cette espéce de Pyrrony.
fme & c. Pendant quatre mille ans
les hommes ont difputé pour fçavoir s'ils
avoient des ames , & fi elles n'étoient pas
materielles ; Aujourd'hui il y en a qui
forment
:
2408 MERCURE DE FRANCE.
forment des doutes tout contraires , ils
n'oferoient decider qu'il y a des corps , &
cette opinion , toute extraordinaire qu'elle
paroît , eft foûtenue par des raiſons qui
embaraffent les plus habiles . Je crois cependant
qu'il y a des corps , & je le crois ,
parce que la Religion me l'enfeigne , &
que je me fuis fait le plan de ne point
philofopher au- delà ni contre la Religion
. Mais en même tems , continuë nơtre
jeune Auteur , fi je crois qu'il y a des
corps , il doit m'être permis de dire , que
je ne le crois que comme un myftere , je
veux dire , fans que je conçoive comme
il fe peut faire qu'ils exiftent : une de mes
curiofités feroit de trouver des raifons
plaufibles de leur exiftance , & je ferois
bien obligé à ceux qui voudroient me les
fournir.
On debite actuellement dans la rue S.
Jacques à la Fleur de Lys d'or , chez Jolle.
le fils , un livre nouveau , brochurein 8 .
qui a pour titre , Recueil de pensées morales
& chrétiennes en vers françois . » Ce
>> Recueil , travaillé par l'Auteur avec
» beaucoup de foin , peut être d'une gran-
» de utilité à la jeunefle , non - feulement
» pour lui donner de nobles impreffions ;
>> mais encore pour l'élever à la pratique
» de la vertu ,& lui infinuer une juſte hor-
>> reur
NOVEMBRE 1724.
-2409
<c
reur du vice ; ceux qui font dans un âge «<
plus mur & plus avancé, pourront auffi
profiter de ce Recueil , & y puifer des «<
maximes très- fages & très - neceffaires «
pour la conduite de leur vie , & pour ſe «
corriger des défauts dans lefquels la foi- «<
bleffe humaine entraîne ordinairement. «
Comme la poëfie s'imprime dans l'efprit
& dans la memoire plus facilement que «<
la Profe, comme l'Auteur l'a remarqué «<
dans fon Avertiffement ; ce motifl'a determiné
, dans l'intention principale «<
qu'il a eû de travailler pour les jeunes «<
gens , de mettre fes penſées en vers «<
François , & par quatrains , pour moins <<
embaraffer leur memoire. Ce livre ne «<
peut donc pas manquer d'être utile à «<
tous les Peres de famille pour l'éduca- «<
tion de leurs enfans , & à toutes les per- «<
fonnes à qui l'on confie l'inſtruction de «<
la jeuneffe.
>
<<
Le P. Buffier vient d'achever d'imprimer
deux Ouvrages qui paroîtront incef.
famment & dont nous avons vû des
feuilles ; ce font comme des additions au
Traité des premieres veritez , fur lequel
on a propofé des difficultez , à quoi ce Pere
a fait la réponſe inferée dans le Mercure
de Septembre , pag. 1949. Ces deux Ouvrages
nouveaux font intitulez ,
F
l'un
2410 MERCURE DE FRANCE .
Elemens de Metaphyfique à la portée de
tout le monde ; l'autre , Examen des préju
gez vulgaires. Le premier contient des
Principes , & le fecond des exemples ;
ce dernier parut il y a plufieurs années
avec fuccès , il eft confiderablement augmenté
, & fous une forme nouvelle . On
l'avoit regardé comme un exercice ingenieux
propre à reveiller l'imagination &
à la divertir quelques - uns feront étonnez
de le voir ici un apanage de la metaphyfique
, chaque article ayant à la fin
fon analife Metaphyfique, pour raprocher
la fuite des idées & des raisonnemens
d'où refulte chacune des propofitions opofées
à autant de prejugez vulgaires . Á la
fuite de chaque analife on met l'ufage
qu'on en peut tirer , par raport à la conduite
de la vie , ou aux principes de la litterature.
La maniere libre & enjoüée dont les
chofes font exposées dans l'Examen des
préjugez , n'a été employée que pour faire
apercevoir comment on peut rendre
fenfibles les matieres les plus abftraites ,
& comment ceux qui s'en croient le moins
capables y pourroient trouver de l'utilité
& de l'agrément.
C'eſt le
moyen auffi qu'on dit qu'à nouvellement
employé
le P. Buffier , pour
mettre
à la portée
de tout le monde
les Ele--
mens
NOVEMBRE 1724. 241 E
mens de Metaphyfique qui vont paroître de
lui . Ce font des dialogues écrits dans le
ftile & le goût de l'Examen des Prejugez
vulgaires : l'on y develope impercep
tiblement les premieres notions de la Metaphyfique.
Si l'Auteur a trouvé le fecret
de changer en fleurs les épines de cette
fcience , comme l'ont temoigné des perfonnes
qui en ont vû divers endroits , ce
ne fera pas un leger fervice qu'il aura rendu
à la litterature. Nous aprenons que ces
deux Ouvrages , par le raport de leur
ftile , de leur ufage & de leur étendue
pourront fe relier en un feul volume ;
quand nous l'aurons vû par nous - mêmes,
nous en raporterons des traits plus marquez
& plus détaillez.
Il paroît un Memoire imprimé , concernant
la conftruction d'un nouveau Canal
, fous le nom de Canal de Bourbon ,
qui communiqueroit de la Riviere d'Oyfe
à Stor, au.deffous de l'Ile -Adam , au
Faubourg S. Martin à Paris , propofé &
preſenté au mois de Septembre dernier à
S. A. S. M. le Duc , Prince du Sang , &
principal Miniftre , par M. Jean Nicolas
le Roi Comte de Jumelles ; qui doît être
executé par les foins du fieur Baudet, Ingenieur
Geographe du Roi , quien a fait
les deffeins , levé les plans , & nivelé le
terrain fur les lieux. Fij
*
On
2412 MERCURE DE FRANCE.
On expofe fort au long dans ce Memoire
les avantages du Canal de Bourbon,
qui feroient encore augmentez par un Canal
qui pourroit communiquer de la
Somme à l'Oyfe , par celui qu'on a déja
propofé de S. Quentin à la Fere , & qui
eft accordé. Parmi les grands avantages
que ce Canal procureroit , celui d'un laṛ--`
ge foffe plein d'eau vive qui regneroit autour
de Paris , depuis la Porte S. Antoine
jufqu'à la Porte de la Conference , ne ſeroit
pas un des moindres .
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orange
le 6. Octobre 1724. aux Auteurs
du Mercure , par M. Guib , Docteur
en Droit,
que vous aurez ,
Ofe me flatter Meffieurs
, la bonté d'avertir le public, que
je ne prends aucune part à l'explication
de l'infcription dont il eft parlé dans votre
Mercure du mois d'Août dernier , pag.
1783. & comme il pourroit arriver ,
qu'on m'attribuât dans la fuite des productions
qui ne feroient pas de moi , permettez-
moi de faire ici la même declaration
, que l'Illuftre M. de la Monnoye de
l'Academie Françoiſe , fit inferer dans le
Journal des Savans du 17. Août 1716 .
& que je dife comme lui , que je defavoue
NOVEMBRE
1724. 2413
voue toutes les Editions generalement qui
fe feront de quelques compofitions que
ce foit,qu'on s'avifera de m'attribuer fans
ma participation , & que je n'en recon .
noîtrai aucune pour legitime , fi mon nom
n'y paroît au commencement ou à la fin
d'une maniere préciſe .
On aprend de Florence , que l'Academie
Della Crufca , fe prepare à donner
inceffamment au public une Hiftoire de
toutes les Perfonnes illuftres qui en ont
été membres.
EXTRAIT d'une Lettre de Prefbourg.
L
Il y avingt ans qu'une femme accoucha
d'un Monftre , c'étoit deux filles qui fe
tenoient , & qui ont vêcu jufqu'au mois
d'Avril 1724. que l'une étant morte de
maladie , l'autre vint à mourir auffi quelque
tems après. Elles fe tenoient par le
côté à l'extremité du Torax , en forte
qu'elles ne pouvoient fe regarder. Elles
ont vêcu environ vingt ans dans le Couvent
des Religieufes Salefienes de cette
Ville , où elles étoient entretenuës
par
la
generofité du Cardinal de Saxe - zeits , avec
une femme qui ne les quittoit point , parce
que ces Jumelles étant auffi differentes
d'humeur que de vifage , il étoit neceffai-
F iij re
2414 MERCURE DE FRANCE.
re que quelqu'un les furveillât pour
prevenir les querelles qui naiffoient entr'elles.
Elles avoient chacune deux bras
& deux jambes , & chacune fon ſexe bien
diftinct ; mais elles n'avoient à elles deux
qu'un feul conduit pour les excremens.
Après leur mort , perfonne n'a eu la curiofité
de les faire ouvrir , ce que l'on ne
devoit pas negliger . Une de ces filles étoit
plus forte que l'autre ; en forte que fe
pliant de côté , elle enlevoit fa foeur auffi
facilement qu'elle auroit levé le bras.
Pour l'autre , elle n'en pouvoit faire autant
fans beaucoup d'efforts . Quelquefois
l'une étoit malade , & l'autre fe portoit
bien ; l'envie de manger , ou d'uriner, ne
les prenoit pas en même- tems. J'ai dit
qu'elles ne fe reffembloient ni de vifage
ni d'humeur ; j'ajouterai que l'une étoit
belle , pofée , & encline au mariage ; &
l'autre d'une humeur toute oppofée , co
lere & querelleufe , & qui auroit battu
fa foecur fi elle n'en avoit été empêchée
par la Gouvernante , qui ne les perdoit pas
de veuë. Les livres de Medecine nous
font la defcription de plufieurs Monftres,
mais jufqu'à prefent on n'en avoit point
vû de pareil , ni qui aye vêcu auffi longtems.
On a fouvent mis en queftion ce
qu'il auroit été à propos de faire , fi l'une
avoit voulu fe marier , & l'autre ne l'eût
pas
NOVEMBRE 1924 . 2415
pas
voulu. Les Cafuiftes ont dit là - deffus
d'étranges chofes que je fupprime , parce
qu'on n'a pas été dans la neceffité de refoudre
ce Cas de confcience .
" De
Boulogne.
On a imprimé ici un Livre dont le fujet
eft affez fingulier , & qui fait beaucoup
d'honneur aux Dames fçavantes , en
voici le titre Bitifia Gozzadina fen de
Mulierum Doctoratu , Apologetica Legalis-
Hiftorica , Differtatio Caroli Antonii
Macchiavelli Jurifconfulti Bononienfis ,
ad Illuftriffimam Comitiffimam Juriumque
Cultricem clariffimam Mariam Victoriam
Delphinam Dofiam , 1. vol. in 4. chez
Bianchi , & c. Cet Ouvrage eft rempli
d'erudition , & de recherches curieufes ,
& intereffantes. On voit à la tête une
Medaille très- bien gravée de la Dame
Gozzadina , avec cette Infcription : BITISIA
GOZZADINA JURIS CONS. MCCXLI .
Cette Dame originaire de Boulogne , fe
rendit celebre dans le treiziéme fiecle ,
elle y reçût le Bonnet de Docteur en l'un
& en l'autre Droit , & profefla enſuite
publiquement cette Science , avec un applaudiffement
univerfel dans la même
Ville .
Le Livre dont nous parlons eft dedié
Fiiij avec
24 : 6 MERCURE DE FRANCE.
1
avec beaucoup de raifon à Madame la
Comteffe Dofia , fçavante Bolonoiſe , &
qui marche tellement fur les traces de la
Dame qui en fait le principal fujet
qu'ayant joint à l'étude des belles Lettres,
celui des Loix , elle a foûtenu publiquement
, & avec beaucoup de fuccez , des
Thefes fur le Droit public & particulier,
dediées à Elifabeth Farneſe Reyne d'Efpagne
, & c.
On mande de Naples , que les flammes
du Mont Vefuve font fort diminuées
, après avoir caufé beaucoup de
perte aux habitans des environs , dont les
maiſons ont été détruites , les terres endommagées
, les arbres brûlez , & les
valons remplis de cendres ; & qu'il s'eft
fait de nouvelles ouvertures dans le Mont,
mais dont il n'eft pas encore forti de flammes
.
Le 12. Octobre on fit à Londres l'infertion
de la petite verole , au troifiéme
fils de M. Walpole , Miniftre d'Etat .
Le Vaiffeau le S. Quentin , arrivé depuis
peu de Buenos - Aires en Angleterre,
a apporté de la part du Prefident de ce
Comptoir , au Chevalier Jean Eyles ,
Sous -Gouverneur de la Compagnie du
Sud , un prefent de plufieurs Animaux
curieux
C
1
NOVEMBRE 172.4. 2417
curieux dans leur eſpece ; entr'autres , un
Tigre , un Leopard , une Gazelle , & un
Wannocke. Ce dernier qui a le corps
femblable à un Dain ; un long col , a la
tête comme un Chameau , fe nourrit d'herbe
& de foin , rumine comme un Boeuf ,
& eft fort aprivoifé ; mais fi quelqu'un
s'en aproche de trop près pour l'agacer ,
il lui crache au vifage une grande quantité
d'eau , comme un coup de feringue , ce
qui eft arrivé au Chevalier Eyles .
Le Docteur Floyer a fait preſent de fa
belle collection de Livres & Manufcrits
au College de la Reine à Oxford , dont il
étoit autrefois membre.
On a publié à Liſbonne la Chronique
du Roi DonJean II . dont Damien de Goes
eft Auteur .
Le 7. Septembre , à l'occafion de la naiffance
de la Reyne de Portugal , l'Acade
mie Royale de l'Hiftoire fit une Deputation
pourcomplimenter S. M. en prefence
du Roy & des Infants ; le Marquis
d'Alegrette , Preſident de ſemaine , portant
la parole. Les autres Deputez étoient,
le P. Jofeph de la Purification , qui eftchargé
de faire l'Hiftoire des Ordres militaires
de Portugal ; M. Jofeph Suarez de
Silva, qui travaille aux Memoires du Regne
de DonJean L. & de la Reyne Dona
Fv Phi
2418 MERCURE DE FRANCE.
Philippe le Pere Lucas de Sainte Catherine
, chargé de travailler à l'Histoire
de Malte ; le Pere Louis Gaetan de Lima ,
Auteur de l'Hiftoire latine des Evêchez
de Lamego & de Portalegre ; & M. Loüis
François Pimentel , Geographe du Roi.
On nous prie de donner avis que le
fieur T. Paftre , demeurant à Amfterdam
, vis-à- vis l'Eglife neuve ,
a tellement
perfectionné le fecret de faire de la
Porcelaine de papier , que la blancheur
du vernis , & la fineffe de la peinture
furpaffent la plus belle vieille Porcelaine
du Japon. Il racommode auffi la veritable
Porcelaine caffée , & y ajoûte même
de nouvelles pieces , fans qu'il y paroiſſe.
Il fait des Poupées fines , avec des yeux
de verre & des oreilles ; comme auffi des
nez , des yeux & des mouftaches , & toutes
fortes de mafques fins .
Nous fommes priez de propofer la
Queſtion qui fuit : Lequel eft le plus malheureux
& le plus à plaindre , ou d'un
homme qui deplaît tout le monde , ou d'un
homme à qui tout le monde deplaît ?
Le Journal des Sçavans , qui s'eſt debité
cette année chez Piffot , avec beauepup
de fuccez,fe vendra l'année prochaime
NOVEMBRE 172 4. 2419
ne chez Lottin , rue Saint-Jacques , à la
Verité , & chez Chaubert , Quai des Auguftins
, près la rue Gille- coeur , à l'Efperance
, & à la Renommée. Ces Libraires
ne le vendront plus que 25. fols ,
en attendant qu'ils puiffent encore en diminuer
le prix dans la fuite.
L'Academiançoiſe a fait choix de M.
Portail , Premier Prefident du Parlement,
pour remplir la place vacante par la mort
de l'Abbé de Choifi , Doyen de cette Academie
.
Rentrée des Académies.
Le 14. de ce mois , l'Academie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , recommença
fes féances , après les vacances , par
une Affemblée publique , dans laquelle
M. de Boze , Secretaire de cette Academie
, fit un très bel éloge de M. Boivin
l'aîné , mort depuis quelque tems. M.
Lancelot lut enfuite une Differtation trèscurieuſe
fur un bas- relief, trouvé en Normandie
, par lequel on éclaircit quelque
point de l'hiſtoire de Guillaume le Conquerant.
M. l'Abbé de Vertot termina la
Seance par une Differtation fur l'Auteur
de l'Alcoran.
F vj
Extrait
2420 MERCURE DE FRANCE.
Extrait de la premiere Differtation.
La Copie du monument que M. Lancelot
expliqua , a été trouvée entre les
papiers de M. Foucault , & on la tient de
M.de Boze . C'est un fort grand roulleau où
eft reprefenté le voyage d'Harold, Comte
de Kent , lorfque , par ordre d'Edouard
dernier , Roi d'Angleterre , de la Race
Saxonne , il vint en Normandie annoncer
à Guillaume le Baſtard qu'il avoit été defigné
Succeffeur à laCouronne d'Angleter
re.Ce roulleau commence par repreſenter
le Roi affis fur fon Thrône , qui donne
fes ordres à deux hommes qui font debout.
C'eſt le Roi Edouard qui ordonne à Harold
de faire ce voyage .
M. Lancelot , après avoir obfervé que
le monument eft rompu en cet endroit ,
& qu'il ne reste plus de l'infcription qu'un
R & un D , fait remarquer la fimplicité
& la forme du Trône d'Edouard . Harold
fe met en marche avec les vallaux & Ofs
ficiers. Il eſt le feul de fa troupe qui porte
un oyfeau fur le poing , parce que c'étoit
le privilege de la Nobleffe , qui en
joüiffoit exclufivement à tous autres Eftats
, & qui en faifoit un fi grand cas ,
que les Capitulaires deffendent de vendre
fon épée ou fon Efpervier , non pas même
NOVEMBRE 1724. 2421
me pour recouvrer fa liberté. Pour Infcription
il y a au- deffus : Haroldus Dux
Anglorum , & fui Milites equitant ad
Bosham. Ce lieu de Bosham , alors Port
fort frequenté , fubfifte encore , & eſt
dans le Comté de Suffex près de Chicefter
, fur la Côte meridionale d'Angleterre
, & vis-à-vis des Côtes de Picardie.
Harold arrivé dans ce Port , après avoir
fait fes prieres à la porte d'une Eglife qui
eft reprefentée , fe prepare à fon embarquement.
On voit dans une efpece d'appartement
des gens qui boivent , les uns
dans des coupes , les autres dans des cornes
dorées ; c'étoit alors l'ufage dans les
pays
du Nord de boire dans des cornes ,
& il s'eft encore confervé en Allemagne .
Cependant une partie de l'equipage d'Harold
s'embarque . Ils paroiffent être retrouffez
, & entrer dans l'eau pour arriver
à bord de la Chaloupe où fe fait cet
embarquement
,
La navigation eft enfuite reprefentée
par un Vaiffeau voguant à pleines voiles .
Au-deffus il y a pour Infcription : Hic
Haroldus mare navigavit , & velis vento
plenis venit in terram widonis Comitis .
Le Naufrage de Harold eft defigné par un
autre Vaiffeau qui n'a plus fes voiles enflées
, & où tous les Navigateurs paroifſent
être en action. Harold , qui eft defcendu
"2421 MERCURE DE FRANCE.
cendu dans la Chaloupe , fait jetter l'anchre
, & parle à ceux qui fe prefentent à
terre. C'eft Guy Comte de Ponthieu ', ſur
les Côtes duquel ce Vaiffeau avoit échoué,
qui fuivi de fa Cavalerie , donne ordre
qu'on fe faififfe d'Harold & de fes gens.
Au deffus il y a : Hic apprehendit Wido
Haroldum , & duxit eum ad Belrem &
ibi eum tenuit.
La marche du Comte Guy , emmenant
fon Prifonnier , fe fait en cet ordre. A la
tête eft un Groupe de gens de pied , nuë
tête , & fans épée , ce font les Valſaux
d'Harold , qui font conduits par deux Soldats
des troupes du Comte. Ce Comte
vient enfuite , & eft à cheval , fon man-
-teau eft retrouffé fur l'épaule , il porte un
oyfeau à fes Grillets , & porte le bec en
avant. Harold au contraire , qui fuit immediatement
le Comte , eft fans manteau.
Il porte, à la verité, fon oyſeau fur le poing,
mais cet oyfeau-n'a point de grillets , & a
le bec oppofé au côté où l'on va , toutes
marques de deshonneur , par lefquelles
l'Auteur du monument a defigné la fitua
tion d'Harold fait prifonnier. Le Belrem
où Harold eft conduit , doit être Beaurain
le Château , lieu fitué fur la Canche , du
côté de Ponthieu à deux lieuës de Montreuil
, Ville Capitale alors de ce Comté,
& où le Comte faifoit fa refidence.
Le
NOVEMBRE 1724. 2423
Le Monument reprefente enfuite la
falle du Comte Guy , il y eft affis dans un
fiege ou efpece de Thrône , different cependant
en quelque chofe de celui d'Edouard,
qui a été reprefenté ci- deflus. Harold
, avec lequel il confere , apparemment
fur le prix de fa rançon , eft debout,
s'appuyant fur fon épée dont la pointe eft
en bas , pendant que le Comte porte la
pointe haut. Au deffus il y a : Ubi Haroldus
& Wido parabolant , où Harold &
Guy parlent.
Harold trouva moyen de faire fçavoir
au Duc de Normandie , que le Comte de
Ponthieu l'avoit fait prifonnier. , Guillaume
depute auffi - tôt deux Ambaffadeurs au
Comte , pour repeter Harold. L'Audience
que Guy donne à ces Ambaffadeurs eft
reprefentée dans le monument , & audeffus
il y a : Ubi Nuntii Willelmi Ducis
venerunt ad Widonem.
Cette premiere Deputation n'eut aucun
effet ; Guy refufa de rendre fon Priſonnier.
Guillaume le Baftard renvoye de
nouveaux Ambaffadeurs , ils font reprefentez
à cheval & galopans , portant leurs
lances de la main droite, & leurs boucliers
de la main gauche . Le monument finit ici,
il devoit contenir la fuite de l'expedition
il n'en refte que la prepofition Hic , qui
commençoit apparemment une nouvelle
circonftance. Ce
2424 MERCURE DE FRANCE.
Ce monument devoit faire la frife
d'une Chapelle de l'Abbaye de S. Eftienne
de Caën où étoit le tombeau de Guillaume
le Bâtard , que les Religionnaires
détruifirent en 1562. A en juger par les
habillemens , les armes , les ornemens ,
le goût dans les figures , tout paroît être
du fiecle de Guillaume le Conquerant
ou de fes enfans. Au bas de cette frife
l'ouvrier a reprefenté des fujets de fables ,
des chaffes , & c.
Monfeigneur l'Evêque, Duc de Langres,
qui préfidoit à cette Affemblée , réfuma
ce petit difcours avec l'éloquence qui lur
eft auffi naturelle qu'elle eft noble &
précife. Il ajoûta même quelques obſervations
à celles qui avoient déja été faites
, & mit par là la derniere main à l'éclairciffement
de ce monument.
L'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences fe tint le lendemain
15. Novembre. M. Moreau de Maupertais
, Adjoint Geometre , ouvrit la fceance
par une Differtation fur la conftruction
des inftrumens de Mufique à cordes
; le deffein principal de cet Académicien
eft de faire voir que la figure que
les ouvriers donnent à ces inftrumens eft
plus propre à augmenter le fon de toutes
les cordes que toute autre figure que
Pon auroit pû leur donner. M.
NOVEMBRE 1724.1 2425
M. Geofroy le jeune , Penfionnaire
Chimifte lût enfuite un Memoire fur les
Eaux Minerales de Paffi , dans lequel il
examina la nature de ces Eaux , & rapporta
les Analifes qu'il en a faites . M.
Geofroy eft entré dans un détail neceffaires
des Eaux Minerales que fourniffent
les differentes fontaines qui fe trouvent
à Paffi .
M, de Juffieu , Penfionnaire Botaniſte
rapporta enfuite les experiences qu'il a
faites fur une efpece de Marguerite ;
c'eſt une plante qui vient dans les bleds ,
dont il a trouvé moyen de faire une excellente
teinture jaune .
M. Lemeri , Penfionnaire Chimiste
finit la fcence par la lecture d'un Memoire
fur un nouveau Phenoméne qu'il
a obfervé fur la diffolution des fels .
M. l'Abbé Bignon qui préfidoit à
cette Affemblée , récapitula à la fin de
chaque diſcours les matieres qui y avoient
été traitées , & addreffant la parole à l'Auteur
de chacun des Memoires , il fit
leurs éloges de maniere à les encourager
au travail , & à exciter l'émulation dans
toute la compagnie . Il parla avec cette
éloquence & cette précision que tout le
monde lui connoît.
M. de Maupertuis lût fon Memoire
fur la forme des inftrumens de Mufique.
Il
2426 MERCURE DE FRANCE.
Il commence par quelques réflexions
fur la Mufique en general ; il la divife
en deux parties , l'une qui a pour objet
les rapports que les fons ont entre eux ;
l'autre qui ne fe propofe que l'agrément
que ces fons peuvent produire. La premiere
de ces deux parties feiche , & même
penible devoit être negligée ; la feconde
agréable & facile devoit faire
plus de progrès . En effet , la pratique de
la Mufique paroît pouffée à fa perfection
. La Theorie eft une fcience prefqu'encore
toute neuve .
D'ailleurs pour pouffer loin la Theorie
il faudroit y joindre un peu de pratique
, elle ferviroit du moins à fournir
les experiences. Il faudroit donc trouver
des Philofophes Muficiens , & où
trouver des Philofophes Muficiens ? voilà
une idée des réflexions de M. de M.
il entre enfuite en matiere .
plu
Prefque tous les Arts , ceux même
qui ont acquis le plus de perfection ont
eu des commencemens fort fimples , ou
plutôt fort groffiers . Le hazard à conduit
les premiers inventeurs , mais il n'eft
pas neceffaire de beaucoup d'intelligence
pour pouffer un Art fort loin . Le temps
peut y fuppléer , & conduira toûjours à
fa perfection un Art , pourvû que fon
objet foit utile ou agréable. Les effais
réïteNOVEMBRE
1724. 2427
réiterez que font les ouvriers les plus
--mal habiles , forment une efpece d'intelligence
qui ne differe de l'intelligence
ordinaire , qu'en ce que celle- ci appartient
à un feul homme.
M. de M. partant de ce principe fait
voir qu'un Phyficien éclairé qui fe propoſeroit
de faire des inftrumens de Mufiquene
leur pourroit donner que la forme
que mille experiences leur ont données.
Les inftrumens à corde n'ont été inventez
que pour augmenter le fon des
cordes . Il s'agit dans la conftruction de
ces inftrumens , de faire en forte que les
parties de l'inftrument rendent elles- mêmes
un fon qui fe joigne à celui de la
corde que l'on touche.
Si dans l'inftrument il fe trouve des
parties capables de faire l'uniffon , ou
quelqu'un des tons harmoniques de la
corde , ce feront celles qui concourront
le plus à l'augmentation du fon de la corde.
La même chofe arrivera à ces parties
, dont les vibrations font idocrones à
celles de la corde , qui arrive aux cordes
à l'uniffon d'une autre corde que l'on
touche , c'est - à - dire , qu'elles feront
ébranlées lorfqu'on touchera la corde qui
eft à leur uniffon.
M. de M. remarque que les tables &
les fonds des inftrumens font un affemblage
2428 MERCURE DE FRANCE.
blage prodigieux de fibres qui font comme
autant de cordes tendues fous les cordes
de l'inftrument.
Si ces fibres qui font à peu près d'égale
groffeur , & d'égale elafticité dans
un bois Homogene étoient toutes de même
longueur , elles ne pourroient être à
P'uniffon que d'une des cordes de l'inftrument,
& par confequent n'auroient gueres
d'ufage que pour cette corde , & quelques
autres de fes tons harmoniques.
瞳
Mais s'il fe trouve des fibres de toutes
les longueurs , capables de produire tous
les tons de l'inftrument , à chaque ton
que fera l'inftrument , toutes les fibres de
ce ton feront ébranlées , & chacune rendra
un fon qui fortifiera celui de la corde.
M. de M. fait voir que toutes les figures
des tables des inftrumens foit rectili
gnes , foit courbes , font telles qu'il s'y
trouve des fibres de toutes les longueurs ,
& par confequent de tous les tons . Les
ouvertures qu'on fait aux tables , outre
qu'elles fervent à laiffer paffer l'air qui
a été frappé par les fibres du dedans de
l'inftrument , & à permettre plus de jeu
à fes parties , fervent encore à varier la
longueur des fibres par leur courbure , &
par leur obliquité .
Un feul inftrument paroiffoit rebelle
à fon fiftême , & il fait voir que les Luthiers
NOVEMBRE 1724. 2429
thiers ont été obligez d'avoir recours à
d'autres moyens qui le font rentrer dans
le cas des inftrumens ordinaires.
M. de M. fait un détail très- exact de
tous les inftrumens à cordes , & l'on eft
furpris de voir que leurs formes fi variées
, fi bizarres , & qui paroiffent la
plûpart n'être que l'effet du hazard
foient toutes fondées fur cette proprieté
neceflaire de donner des fibres de tous
les tons.
Dans les tables ordinaires non -feulement
il fe trouve des fibres de tous les
tons , mais il s'en trouve encore de tous
les petits intervalles qui font entre deux
tons , qui felon ce que nous avons dit ,
fervent peu pour l'augmentation dụ ſon ,
& qui nuifent à fa netteté.
M. de M. propoſe une table qui au 、
roit des fibres de tous les tons , & qui par
fa conftruction feroit exempte de ce défaut
d'avoir des fibres de toutes les nuances
de tons moyennes entre deux tons . Il
examine les avantages qu'auroit une pareille
table qui paroît d'abord de beaucoup
l'emporter fur les tables ordinaires ,
& il en fait voir les inconveniens.
Dans la derniere partie de fon Memoire
M. de M. expliqua par fon ſiſtême
plufieurs Phenoménes qu'on remarque
fur les inftrumens à cordes. Je n'en
rapor2430
MERCURE DE FRANCE .
raporterai que deux pour donner une
idée de la facilité avec laquelle on explique
ces Phenoménes dans fon hypothefe
.
1° Chaque fibre devant avoir fon mouvement
particulier , lorfque l'inftrument
fait le ton de cette fibre ; on voit que
plus les fibres du bois font ferrées les
unes contre les autres , moins elles ont
la liberté de fe mouvoir. Dans un bois
nouvellement coupé les fibres font en .
core de gros vaiffeaux pleins de fucs qui
devoient être la nourriture de l'arbre,
Ces vaiffeaux après un certain temps fe
deffechent , fe refferrent , & par confequent
s'éloignent les uns des autres .
Alors ils ont plus de liberté pour ſe mouvoir
, le fon qu'ils prêtent à la corde en
eft d'autant plus fort. C'est ainsi qu'on
explique pourquoi les vieux inftrumens
font les meilleurs.
2º Les inftrumens fouvent pour avoir
été caffez & recolez font devenus meilleurs
qu'ils n'étoient auparavant. Cette
maniere de rendre un inftrument meilleur
qui paroît fi étrange , eft cependant
très-conforme au fiftême. Les fibres de
certains tons étoient apparemment trop
longues , les fractures les coupent & reftituent
les longueurs , qui manquoient à
certaines fibres de l'inftrument.
Toute
NOVEMBRE 1724. 2431
- Toute cette differtation eft écrite avec
cette retenue & cette modeftie qui fied fi
bien aux matieres de Phyfique. M. de M.
avertit que tout ce qu'il propofe n'eſt
que conjectures , & fon avertiffement
eft d'autant plus neceffaire que fon fiſtême
porte tous les caracteres de certitude
& d'évidence,
M. de Juffieu , Profeffeur & Démonftrateur
des Plantes au Jardin Royal
appliqua dans fon Memoire plufieurs experiences
qu'il a faites fur la décoction
de la fleur du Chrysanthemum fegetum ob.
Icon. qui eft une Plante très commune
dans les terres à bled des environs de Pa
ris , connuë fous le nom de Marguerite
jaune , de laquelle il fit voir qu'on peut
tirer plufieurs teintures de differentes
couleurs , femblables à celles , dont les
Sauvages du Miffiffipi fe fervent quelquefois
pour colorer les peaux & les lair
nes dont ils fe couvrent.
Cet Académicien avoua qu'il devoit fa .
découverte aux réflexions qu'il avoit
faites fur l'impreffion colorée que laiſſent
diverfes Plantes fur les papiers , entre
lefquels il a coutume de les deffecher.
Impreffion qui eft plus ou moins vive fe-
Jon que ces papiers fe trouvent plus ou
moins chargé de l'alun que l'on employe
ordi2432
MERCURE DE FRANCE .
ordinairement dans la colle qui ſert à leur
donner du corps. J.
Ç'a été par le mêlange de ce fel dans
l'eau bouillante dont il s'eft fervi , comme
font les Teinturiers , pour y tremper
les morceaux d'étoffes de foye : & de laine
blanche qu'il avoit deftiné à jetter dans
la décoction de la fleur de cette Marguerite
jaune , qu'il a reconnu que les morceaux
d'étoffes de foye avoient pris la
teinture d'un jaune plus ou moins foncé
& dore , fuivant la plus grande ou la
moindre quantité des fleurs employées à
la décoction.
Et il a obfervé que de femblables morceaux
d'étoffes de foye & de laine blanche
trempez dans une décoction de la
même fleur , à laquelle il a ajoûté une
petite portion de fuye de cheminée prenoient
une couleur de feuille morte , en y
ajoûtant le hocou une couleur de bois , &
les trempant auparavant dans l'Indigo ,
enfuite dans la décoction fimple de ces
fleurs on les en retiroit colorez d'un vert
foncé .
M. de Juffieu s'eft fervi de cette découverte
comme d'un exemple propre à
faire voir que la plupart des Flantes qui
font regardées comme inutiles ne font
telles que par rapport à nôtre ignorance,
& qu'avec le travail on peut de jour en
jour
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY .
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
AUGENDO
XV
.
D.G
LUDOVICUS
POPULORUM
COMMERCIO
FRAN
ETNAV
REX
DECUS
ET
MERCES
PONS LIGERI IMPOSTTUS
AD BLESUM CASTRUM
M- DCC-XXIV- WIL-PROCERES TORQUE DONAT
-JUNIE- M-acc-xxv
NOVEMBRE 1724. 2433
jour par de femblables experiences ajoû❤
ter quelque chofe d'utile dans la pratique
des Arts , & furtout celui de la teinture
qui tire prefque toutes fes couleurs de
l'ufage des Plantes .
Ses obfervations fe font même étendues
jufques dans le choix des drogues
propres à colorer les toiles & les étoffes
qui doivent fervir aux habillemens ; ce
qu'il prétend n'être pas indifferent par
rapport aux inconveniens qui naiffent de
l'impreffion que font capables de caufer
fur la peau des étoffes teintes par de certaines
drogues mal - faifantes, ou par des Plantes
cauftiques.
8243
On donnera dans le Mercure fuivant
l'Extrait des autres Differtations qui ont
été lûes dans ces affemblées , & celui de
l'éloge de M. Boivin.
SUITE DES MEDAILLES DU ROY.
La premiere Medaille dont nous donnons
ici la planche eft toute recente , &
des plus belles qu'on ait encore frapé fous
ce Regne. On y voit d'un côté le Bufte
du Roi , gravé en creux par le fieur du
Vivier , avec l'Infcription ordinaire , &
fur le revers , gravé par le même , le
nouveau & magnifique Pont que le Roi
a fait conftruire à Blois fur la Loire ,
G avec
2434 MERCURE DE FRANCE.
avec cette Legende , AUGENDO POPULO
RUM . COMMERCIO. Et dans l'Exergue
PONS LIGERI IMPOSITUS AD BLE SUM
CASTRUM M. DCC. XXIV. On ne sçauroit
mieux reprefenter & plus noblement ,
dans un fi petit eſpace , ce beau Pont , la
grande Riviere fur laquelle il eft conftruit
, & la Ville de Blois , divifée par
cette Riviere en deux parties , qui fe
communiquent par le nouveau Pont.
Rien n'exprime mieux auffi l'intention
du Roi , en faisant la dépenfe de cet édifice
, & l'utilité publique qui en ſera le
fruit , que la Legende dont nous venons
de parler.
·
pour
Il feroit bon pour le dire ici en paffant
, & glorieux à la Nation , que des
édifices de cette confequence fuffent toû
jours confacrez par des monumens pareils
, non feulement tranfmettre
leur fondation à la pofterité , mais pour
les faire connoître aux Amateurs des
beaux Arts de tous les temps , & de tous
les Pays . Après les Medailles les Infcriptions
font à peu près le même effet ; les
Romains prenoient l'une & l'autre voye.
Les modernes fe font contentez ordinairement
de l'Infcription. Parmi les plus
belles qui paroiffent fur les édifices publics
du Royaume , celle qui fait le plus
à nôtre fujet , & qui en eft tout- à- fait
digne ,
NOVEMBRE 1724.
2435
digne , fe lit à Touloufe au- deffus de la
grande porte , en maniere d'Arc de
Triomphe , qui eft à l'entrée du Pontneuf
de cette Ville . L'Infcription eft gravée
en Lettres d'or fur un marbre noir
qui fert de Piedeſtal à la Statuë Equeſtré
du Roi Louis XIV . Nous nous faifons un
plaifir de la rapporter ici , comme unhommage
dû à la memoire de ce grand
Prince , que
fon Augufte fucceffeur imite
tous les jours , & en l'honneur d'une
Ville toûjours feconde en genies , qui
- fçavent exprimer noblement & heureu-
- fement les grandes choſes.
Qui dedit Oceano , docuit te dulce , Garumna
Ferrejugum, primufque tuas compefcuit undas:
Hactenus invifo jungens tua Litora Ponte.
Hoc opus inceptum defperatumque pependit ,
Donec LUDOVEUM feliciafecla tulerunt ,
Qui totâ folus poffet mirante Tolofa ,
Tantam indignanti cervici imponere molem.
La feconde Medaille a auffi d'un côté
le Bufte du Roi , gravé en creux de la
même main , & fur le revers la ceremonie
de la reception des nouveaux Chevaliers
du S. Efprit. Le Roi eft reprefenté
affis fur un Trône donnant le Colier
de cet Ordre à un Chevalier qui eft
profterné aux pieds de Sa Majefté , avec
cette Infcription DICUS ET MERCES , &
Gij
dans
2436 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Exergue LVIII . PROCERES TOR
QUE DONATI III. JUNII M, DCC. xxiv.
Ce revers eft auffi gravé par le fieur du
Vivier. Ces deux Medailles ont pour
face le Portrait du Roi.
WWWWWW
SPECTACLES.
ABIS , Tragedie reprefentée fur
le Theatre du College du Pleffis ,
pour la diftribution des Prix , le 21 .
Aouft dernier.
Nous n'aurions pas tant tardé à parler
de cette Tragedie , fi on nous avoit remis
les Memoires qu'on nous avoit fait
efperer fur la Piece Dramatique qui fut
repreſentée enfuite , qui eft de très bonne
main , & dont le Public auroit vû l'Extrait
, & quelques fragmens avec plaifir.
>
La Tragedie dont il eft queftion eft la
même qui fut reprefentée fur le Theatre
François en 1713. & qui eut beaucoup
de fuccès. Elle eft de Madame de Gomez
, & fon meilleur ouvrage. Voici en
quels termes parle de cette Piece le
Profeffeur qui l'a mife en état d'être reprefentée
par des Ecoliers ; on y trouve
une verfification noble , des fentimens élevez,
des ſurpriſes très-agréablement menagées,
NOVEMBRE 1724. 2437
gées , des reconnoiffances infiniment tendres
, & des fituations fi intereſſantes , que
l'on peut
dire qu'il eft peu de pieces plus
touchantes que celle- ci. C'est ce qui nous a
déterminez , pourfuit- il , à la choifir pour
nôtre Theatre , où la violence & les paffions
vehementes font moins de mife , &c.
Les changemens qu'on y a faits , à caufe
des perfonnages de femmes qui ne font
point permis dans les Colleges de l'Univerfité
, font affez confiderables . Axiane,
mere d'Habis , & Erixefne , fille du Roi
des Garamantes , ont été obligées de difparoître
. A la place d'Axiane on a mis
Albius fon époux ; à la place d'Erixe fne
on a mis Euryftene fon frere , qui par fa
qualité d'Ambaffadeur n'oublie rien pour
calmer la fureur de Melgoris contre Albius
, & contre Habis , qu'unbruit fourd
fait revivre. Ce bruit a été répandu par
celui qui a fauvé ce même Habis que
Melgoris fait précipiter dans les flots.
Voici l'argument de laPiece qui en eft en
même temps l'analyſe.
Melgoris , Roi des Cinnetes , peuple
d'Espagne , eut une fille nommée Axiane
, qu'il maria à Albius , Roi de Getulie.
Albius eut un fils d'Axiane , auquel
on donna le nom d'Habis . A peine fut- il
né , que Melgoris confulta les Dieux fur
le fort qu'ils réfer voient à cet enfant. Les
G iij
Dieux
2438 MERCURE DE FRANCE.
Dieux lui annoncerent par la voix de
leur Grand- Prêtre que cet enfant nouveau
né feroit un jour très illuftre , &
qu'il détrôneroit fon ayeul. Il n'en fallut
pas davantage pour déterminer l'ambitieux
Melgoris à le faire perir . Il ordonna
de le précipiter dans la Mer , l'ordre
barbare fut executé ; mais les Dieux prirent
foin de juftifier leur Oracle . Les
flots refpecterent fon enfance ; il fut
pouffé fur le rivage , & recueilli par
Pharès , l'un des principaux Officiers
d'Albius. Ce Pharès l'ayant fait revenir
d'un long évanouiffement , le fit nourrir
dans un lieu inconnu , fous le nom d'Hefperus
, & ne lui apprit fon veritable
fort , que lorfqu'il jugea par les marques
qu'il donnoit d'un genie élevé , que les
Dieux le deftinoient à regner. Habis ne
laiffa point de garder toûjours fon nom
d'Hefperus. Ce fut fous ce nom, & en
qualité de fimple foldat qu'il fit de fi
belles actions contre les ennemis de Melgoris
, que ce Roi des Cinnetes l'éleva
d'emploi en emploi à la dignité de General
de fes armées. Pharès le voyant
auffi aimé des foldats , que Melgoris fon
ayeul en étoit détefté , crût qu'il étoit
temps de fonder les coeurs des peuples en
faveur d'Habis ; il fit courir un bruit qui
allarma Melgoris ; ce bruit faifoit revivre
NOVEMBRE 1724. 2439
E
vre ce même Habis qui devoit un jour
le détrôner. Les peuples fe fouleverent
fur l'efperance qu'Habis viendroit bientôt
fe mettre à leur tête. Hefperus fut
envoyé contre les rebelles , & loin de
profiter de la difpofition favorable où
tout étoit pour le placer fur un Trône
qui devoit un jour lui appartenir , il appaifa
la fédition par fa feule prefence ;
on mit les armes bas , tout parut tranquille
; il en alla rendre compte à Melgoris
, qui n'en fut pas plus rafluré , ne
pouvant être heureux , qu'on ne lui eut
apporté la tête d'Habis . Ces cruels fentimens
, où le faux Hefperús le vit per-
-feverer porterent enfin ce dernier à lui
rendre ce repos , & ce bonheur qu'il ne
pouvoit trouver que dans la mort de fon
petit-fils . Il fe jetta à fes pieds , fe fit reconnoître
pour Habis , & lui prefenta fon
coeur , pour recevoir de fa main ce coup
mortel qu'il croyoit fi neceffaire à fon
.repos.
Melgoris ne pût voir fa victime fans
en être attendri ; il ne craignit plus d'etre
détrôné par un Prince , qui fe feroit
emparé de fa place , s'il l'eut voulu , &
donnant un fens plus favorable à l'Oracle
, il le juſtifia en defcendant volontairement
du Trône. Habis refufa d'y monter
; mais Melgoris voulut être obéi
G iiij
pour
2440 MERCURE DE FRANCE .
pour la derniere fois , & declarer fon
petit-fils Roi des Cinnetes & des Getules.
Cette Tragedie a été fuivie d'une petite
Piece pour égayer le ferieux de la
grande. Horace en a fourni le fujet dans
fa premiere Satyre qui commence par
ces vers :
Quid fit, Maecenas , ut nemo , quamfibi fortem ,
Seu ratio dederit , feu fors objecerit , illâ
Contentus vivat , laudet diverſa ſequentes.
On voit affez par ces trois vers , que
la Piece en queftion doit avoir pour titre
les Mécontens : en voici un court Extrait.
Extrait d'une Comedie , intitulée
les Mécontens.
Mercure ouvre la ſcene ,fous prétexte
de couronner ceux d'entre les éleves
d'Apollon qui ont merité des prix. Il
veut rendre compte aux fpectateurs des
raifons ,qui peuvent avoir obligé Apollon
à lui ceder un emploi qui auroit
mieux été rempli par lui- même ; mais
ne doutant point que ces raifons , quelques
plaufibles qu'elles lui paroiflent ,
ne trouvent des efprits qui ne s'y prêteront
pas ; il prend occafion de-là de montrer
₹
NOVEMBRE
1724. 2441
,
trer dans une action Theatrale , que les
hommes font très difficiles à contenter.
Les premiers Mécontens qui fe preſentent
à lui font , dans la feconde Scene ,
un jeune homme très - riche , mais trèsignorant
qui demande la ſcience . Dans
la troifiéme un homme marié qui voudroit
être veuf , & dans la quatriéme un
vieillard décrepit qui fouhaite la jeuneſſe .
Il renvoye l'homme marié à une autre
fois , ne voulant pas faire mourir fa femme
pour le contenter. Il propofe au riche
, ignorant le choix de plufieurs fciences
, l'ignorant choifit l'art de la Poëfie.
Il exauce auffi la priere du vieillard décrepit
en le rajeuniflant , & même en
le faifant devenir enfant.
.. Dans une autre fcene on voit un Avocat
de Province qui fe nomme Hector
Roquet , lequel pourfuivi de fes creanciers
, demande une place à pouvoir fe
mettre à couvert de leurs recherches , &
comme il fait connoître à Mercure qu'il
feroit bien aife d'inftruire la jeuneſſe , il
le fait Précepteur du vieillard transformé
en jeune Ecolier. Le dernier enchanté de
fon nouvel état , s'en promet plaifirs fur
plaifirs ; mais il trouve bien à décompter
quand l'Avocat devenu Précepteur
vient l'interroger , avec toute la feverité
Magiftrale , fur la leçon qu'il l'a chargé
G v d'étu
2242 MERCURE DE FRANCE.
d'étudier. C'eft alors qu'il regrette la vieilleffe
qui l'avoit mis dans une heureuſe
indépendance , ou qui du moins l'avoit
fouftrait à la ferule ; le Précepteur de
fon côté aimeroit mieux fe voir encore
obfedé de creanciers inexorables , que de
trouver un Ecolier fi indocile , & qui
profite fi peu de fes leçons. Nous paflons
d'autres Scenes qui ne font point liées
au fujet ; telle eft celle de deux fçavans ,
dont l'un eft Partifan des anciens , & l'autre
des modernes . Tous les Mécontens
qui ont paru fur la Scene , veulent retourner
à leur premier état ; mais Mercure
, pour les punir de leur mécontentement
, rejette leur nouvelle priere , &
les laiffe gemir fous le fecond poids qu'ils
ont bien voulu s'impofer eux - mêmes. La
Piece finit par un compliment que Mercure
fait à l'affemblée , au nom de l'Auteur
& des Acteurs de la Piece , & protefte
que fi l'on leur fait l'honneur de
leur paffer les défauts de leur Comedie ,
ils ne fe tiendront pas du nombre des
Mécontens qu'on vient de jouer.
Nous n'avonspû dire qu'un mot de
la Comedie , qui a pour titre le
Triomphe du temps dans le Mercure du
mois paffé , parce qu'on n'en avoit encore
• donné
NOVEMBRE 1724 2443
donné
que deux repreſentations
, quand
nous l'avons annoncée au public. Ces deux
premieres repreſentations furent fi complettes
que nous augurâmes que la Piece
auroit un plus grand fuccès qu'elle n'a
eu. Elle n'a pas laiffé de réüffir raiſonnablement
en voici un Extrait fuccinct .
Prologue.
J
Deux Auteurs , avant la premiere reprefentation
de la . Piece fe ventent de
l'avoir faite ; ils prennent pour Arbitre
de leur querelle un troifiéme Auteur
qui leur dit qu'ils ont tort tous deux ,
puifque c'eft lui -même qui a fait le Trionphe
dutemps qu'on va jouer. Mlle du Freſne
qui furvient , & à qui ils en appellent,
les met d'accord , en leur difant que le
Triomphe du temps étant une Piece en
trois Pieces differentes , ils peuvent s'en
dire Auteurs , puifqu'ils en ont fait une
chacun. Ces trois Pieces regardent les
trois parties qui partagent le temps ; fçavoir
le paffé , le prefent & l'avenir. Dans.
la premiere Piece on fait voir que le
Temps triomphe de la beauté , dans la
feconde qu'il triomphe de la Confiance
& dans la troifiéme qu'il confole des
plus grandes douleurs par l'efperance
醫
d'un heureux avenir.
G vj Pre2444
MERCURE DE FRANCE .
Premiere Piece
Un vieillard qu'on nommoit autrefois
le beau Cleon , & qui avoit aimé une
fille appellée la belle Jayotte , s'étant marié
à une autre pour obéir à fes parens ,
s'imagine que fa Maîtreffe eft encore la
même après quarante ans , qu'il eft devenu
veuf ; & jugeant auffi favorablement
de lui- même , il vient pour l'époufer en
fecondes nôces fur les nouvelles qu'il
en a reçûës qu'elle eft veuve & libre
comme lui ; Cleon de fon premier mariage
a eu un fils nommé Leandre qu'on
fuppofe de voir être le vrai portrait de
fon pere , quoique l'Auteur ne l'ait pas
annoncé dans fa Piece ; il en eft de même
de la fille de la belle Javotte , qui par
fon mariage a quitté ce nom pour celui
de Roquantin. Ils fe font écrit regulierement
depuis quarante ans qu'ils ne fe
font vûs. Remplis d'une image que le
temps n'a pû détruire dans leurs coeurs ,
ils croyent fe revoir avec les mêmes attraits
qu'ils avoient dans le bel âge. Ils
fe revoyent en effet ; mais fans fe reconnoître
, & dans le cours de leur converfation
leurs enfans venant à paroître ,
ils prennent tous deux le change ; Cleon
court à la fille de fa belle Javotte qu'il
prend
NOVEMBRE 1724. 2445
prend pour Javotte elle- même , & Javotte
s'avance avec un pareil empreffement
vers le jeune Leandre , en qui elle
croit voir tous les traits du beau Cleon
& qu'elle prend pour lui - même. On les
détrompe enfin , & ils font fi mécontens
l'un de l'autre qu'ils fe rendent reciproquement
leurs paroles , & confentent
que leurs enfans qui fe font aimez dès
la premiere vûë foient mariez , quoi-
' qu'ils fe fuffent prévenus l'un contre l'autre
, & qu'ils euffent réfolu de s'oppoſer
au deffein que leurs parens avoient formé
de les marier. La fête qui termine
cette premiere Piece regarde le temps.
paffé c'eft une entrée de vieillards , qui
fait un grand plaifir , tant par les danque
par les chants.
a
fe's
Seconde Piece.
Une Dle & fa Soubrette ayant appris
que leurs Amans ; fçavoir , le Maître
& le Valet , leur ont fait une infidelité à
Paris , partent de Lion , traveftis en hommes
, la Maîtreffe fe fait appeller M. le
Chevalier , & la Soubrette prend le nom
de Jafinin ; elles arrivent à Paris , & font
fi bien qu'elles fe font aimer de leurs Rivales.
Leurs Amants infideles en veulent
tirer raifon , & fe couper la gorge
avec
2446 MERCURE DE FRANCE .
avec leurs prétendus Rivaux . Le lieu du
combat est choifi , & l'heure eft prife ;
c'eſt dans la maiſon de la Maîtreffe de
Paris , & pendant la nuit. La Guillotiere
, Valet du Cavalier fe trouve le
premier fur le champ de bataille , quoique
malgré lui , Jalinin ne tarde pas à
s'y rendre , & l'étonne fi fort par l'étalage
qu'il fait de la valeur maffacrante ,
que le poltron la Guillotiere refuſe le
combat , lui rend fon épée , renonce à fa
derniere Maîtreffe , & confent à recevoir
une époufe de fa main . Le Maître de la
Guillotiere vient un moment après , &
apprenant de fon Valet que fon combat
avec Jaſmin s'eft terminé à l'amiable , il
le traite de poltron : ne faites pas tant
le brave , lui répond Jafmin , vous ferez
obligé à l'afpect de M. le Chevalier ,
mon Maître , de fubir les mêmes conditions
, aufquelles le prudent la Guillotiere
s'eft foumis ; en lui difant ces paroles
, elle lui ôte adroiteinent fon épée.
Le Chevalier tout court arrive & le provoque
au combat , il veut mettre la main
à l'épée , mais il fe trouve defarmé. La
Guillotiere crie au guet , la Maîtreffe de
la ma fon vient, fuivie de fa Soubrette qui
apporte un flambleau à la faveur de ce
flimbleau l'Amant defariné reconnoît fa
Maîtrelle de Lion dans le prétendu Chevalier
NOVEMBRE 1724. 2447
valier , & la Guillotiere trouve que Jaf
min eſt cette même Soubrette à qui il a
fait une infidelité ; la reconciliation fuit
de près la reconnoiffance ; & la Piece finit
par une Fête qui a pour objet le tems
prefent ; cette feconde piece a fait plus
d'effet que la premiere , quoique tous
les connoiffeurs trouvent l'idée de la
premiere
plus jolie & plus fine.
Troifiéme Piece
Un Parifien nommé Dorante , revenant
d'un voyage dans lequel il a fait connoiffance
, & lié une tendre amitié avec un
Gentilhomme Gafcon , apellé Hardicrac ,
lui promet de lui faire époufer fa four , fi
elle veut bien y confentir , dans la vive
douleur où elle eft encore d'avoir perdu
un époux qu'elle adoroit .
>
Hardicrac lui dit qu'il a par a par deffus
tous les hommes du monde le talent de
confoler les affligez : Prefente - moi , lui
dit-il , ta foeur inondée d'un déluge de larmes
; tiens avec unfeul regard , je lui
mets l'oeil à fec. La foeur arrive , on lui
parle de mariage , elle ne rejette point la
propofition , & fait voir qu'elle a beaucoup
de penchant pour la Nation Cafconne
; ce qui flatte Hardicrac qui fe croit
T'objet de ce penchant. La Veuve fe retire,
pour
2448 MERCURE DE FRANCE .
pour aller donner les ordres neceffaires
pour bien regaler fes nouveaux hôtes . Un
Baron apellé Caftelcric arrive. Ils fe reconnoiffent
Hardicrac & lui , comme proches
parens , & anciens amis , ils s'embraffent
tendrement ; mais Hardicrac & Dorante
font bien furpris d'apprendre qu'il
a époufé la Veuve en queftion. Hardicrac
rabat fur la plus grande des deux filles de
la Veuve , laquelle ne veut point de lui ,
parce que , toute innocente qu'elle paroît
, elle a un engagement de coeur avec
un jeune homme à qui elle a fait une promeſſe
de mariage , fignée de part & d'autre.
Hardicrac fe reduit à la four cadette ,
qui n'eft encore qu'un enfant , mais auffi
vive que fa foeur paroît ingenuë. Autre
engagement de coeur entre celle - ci & un
jeune garçon , fils d'un Prefident proprie
taire de la maifon que la Veuve occupe.
Hardicrac eft fi touché des plaintes & des
larmes de ces pauvres enfans , qu'il confent
à leur mariage futur. La Fête qui
termine cette Piece , eft compofée de Matelots
qui chantent les douceurs de l'efperance.
Cette derniere Piece a été trouvée la
plus foible des trois , quoiqu'elle foit affaifonnée
de faillies gafconnes , dont quelques
unes ont paru affez neufves. La raifon
de ce dégoût vient peut- être de ce
que
NOVEMBRE 1724. 2449
que le fujet n'eft pas rempli . On a dit
dans le Prologue , que le tems confole
des plus grandes douleurs , par l'efperance
d'un heureux avenir . Cette confolation
ne peut tomber que fur la Veuves & cette
Veuve eſt déja confolée par un fecond
mari , avant que l'action théatrale commence
; il auroit fallu que cette confolation
tomba fur le Gafcon , qui perd trois
femmes coup fur coup ; mais il en eft fi
peu affligé dans tout le cours de la Piece,
qu'il n'a pas befoin du fecours de l'efperance
, pour fe confoler par un heureux
avenir .
Les Diles Lamotte & Dufrefne , qui´
jouent les rôles de l'Amant & de fon Valet
, habillées en homme , dans la feconde
Piece , ont été fort aplaudies , ainfi que
le fieur Dangeville & fa petite foeur , qui
font amoureux l'un de l'autre dans la
derniere Piece . Ils danfent dans leur
intermede un pas de deux en vieillards ,
qui a fait l'admiration de tous les ſpectateurs.
COUPLETS du premier Divertiffement.
Le tems paffé.
Helas ! quand j'étois jeune & belle ,
Je rebutois mes foûpirans Tans
2450 MERCURE DE FRANCE.
Tan , tan , tan ,
Sur mes vieux ans je ne fuis plus crualle ;
Tan , taran , tan , tan ,
.
Il n'eft plus tems.
M
L'amour vainement fe rapelle ,
Quand il a pris la clef des champs, Tant & c.
A fon retour il ne bat que d'une aile , tan,
taran , & c.
Quand l'horloge du Berger fonne ,
Reveillez-vous , tendres Amans. Tan , &c.
L'heure paffée , une belle raiſonne. Tan,&c.
52
Rapellons la fouvenance
Du bon tems paſſé ;
Un Vieillard dans l'âge glacé .
Pouvoit encor entrer en danſe.
Aujourd'hui dans l'adoleſcence ,
Le Blondin eſt déja caffé ,
Rapellons la fouvenance
Du bon tems paflè.
DEU
NOVEMBRE 1724. 245
DEUXIE'ME INTERMEDE.
Le tems prefent.
Au tems jadis dans l'amoureux Empire,
Sans être heureux , on foûpiroit dix ans.
Au tems prefent , à peine l'on defire ,
Que l'on eft auffi tôt content ,
Oh l'heureux tems !
Ton tan ton tene ,
Oh l'heureux tems !
On méprifoit autrefois la Marotte ,
Et l'on voyoit triompher le bon fens
Au tems prefent nous voyons la Calotte
Un de nos premiers Regimens ,
Oh l'heureux tems ! & c.
平
{ Nos beaux ans vont s'évanoüir ;
Le plaifir s'offre , il le faut prendre :
Pourquoi s'en défendre ?
Que fert-il d'attendre ?
Il n'eft rien tel que de jouir.
TROI
2452 MERCURE DE FRANCE.
TROISIEME INTERMEDE.
Le tems futur.
Dans le pofte où la Cour l'a mis ,
Blaife voit cent nouveaux amis
Adorer fa faveur nouvelle ;
Mais, pour le voir abandonné ,
Dès que la rouë aura tourné ,
Ah ! C'eſt au tems que j'en apelle.
La Demoiselle Dangeville .
Les grandes filles d'aprefent ,
Me traitent de petit enfant ,
Pour moi , quelle douleur mortelle
Mais leur beauté deperira ,
Tandis que la mienne croîtra .
Ohl c'eft au tems que j'en apelle.
Au Parterre .
A nos trois fujets differens ,
S'il manque certains agrémens ,
Du moins l'idée en eft nouvelle.
Contre le critique envieux ,
PafNOVEMBRE
1724.
2413
Parterre fi judicieux ,
Ah ! c'eft à vous que j'en apelle.
L'Opera.
L'Academie Royale de Mufique cefla
le 2. de ce mois les reprefentations duBallet
des Ages, pour donner 7 hetis & Pelée,
que Madame la Ducheffe d'Orleans avoit
fouhaitté de voir. La Dle Prevot y danfa
les caracteres de la Danſe , que cette Princeffe
avoit auffi demandez . Le 9. on remit
l'Opera d'Armide fur le théatre , qui n'avoit
pas été joué depuis plus de 12. ans.
Cette Reprefentation attira une affemblée
des plus nombreufes & des plus brillantes
; Madame la Ducheffe d'Orleans
l'honora de fa prefence , & le public en
parut très- fatisfait . Les Rôles de la Gloire
& de la Sageffe dans le Prologue , font
joüés par les DilesHermance & Lambert ;
la De Antier jouë celui d'Armidedans
la Piece ; le fieur Muraire celui de Renaud
; & le fieur Thevenard celui d'Hidraot.
On joue les Mardis le Ballet des
Ages.
Tout le monde fçait que les paroles de
cette Tragedie font de M. Quinault , &
la Mufique de M. Lully ; on la reprefenta
pour la premiere fois le 15. Février
1686.
2454 MERCURE DE FRANCE.
1686. ce fut également le triomphe de
Quinault , de Lully , & de Mademoiſelle
Rochoys. Jamais Piece ne fut tant admirée.
Lors qu'Armide s'anime à poignarder
Renaud , dit l'Auteur de la vie de
Quinault , p . 56. dans la derniere Scene
du fecond Acte , on a vû vingt fois tout le
monde faifi de frayeur , ne foufflant pas ,
demeurer immobile , l'ame toute entiere
dans les oreilles & dans les yeux , jufqu'à
ce que l'air de violon , qui finit la fcene,
donnât permiffion de refpirer ; puis les
fpectateurs reprenant haleine avec un
bourdonnement de joye & d'admiration ,
fe fentoient tranſporter par ce mouvement
unanime , qui marquoit affez la beauté de
la Scene & leur raviffement.
Une des plus grandes perfections d'un
Spectacle eft , que la beauté croiffe d'Acte
en Acte. Il n'y a peut- être point d'Opera
qui ait cet avantage comme Armide , &
cet avantage eft d'un prix infini.Il est vrai
qu'il y a quelques endroits l'on
que peut
critiquer , comme l'Epiſode d'Hydraot ,
qui n'eft pas affez lié à la Piece ; & le
quatrième Acte qui manque de matiere.
L'Auteur paroît ici nud & fterile à l'excès.
Il devoit fans doute y ménager quelque
action , ou quelque epifode moins
fec que la double rencontre de deux fauffes
Maîtreffes du Chevalier Danois , &
d'UNOVEMBRE
1724. 2455
d'Ubalde ; repetition froide , jeu propre
feulement à la Comedie, & qu'on eft fouvent
obligé de retrancher , malgré les
beaux chants du Muficien . Mais le divertiffement
qui eft exquis , repare cet Acte
foible , qui ſemble avoir été ſacrifié pour
relever encore la beauté du cinquième ,
fur lequel tout le monde demeure d'accord
que rien n'a jamais été fi parfait . Il
eft tout feul un Opera ; le divertiffement
eft vers le milieu de l'Acte ; l'attention du.
fpectateur demeure libre pour ce qui
va fuivre. Enfin la derniere Scéne efface
autant les premieres , que cet Acte efface
Les quatre precedens .
Le perfide Renaut me fuit , &c.
Combien de beautez ! quelle force ,
quelle adreffe d'expreffion jufques dans
les moindres chofes ! On peut apeller.
cette Scéne pour le pathetique , pour les
graces , pour la diverfité des mouvemens ,
le triomphe en abregé de la Poëfie françoife.
Le fpectacle finit par le fracas du Palais
enchanté que les Demons viennent
détruire en un inftant ; dans l'émotion
que caufe cette machine unique , amenée
& placée avec art , la toile tombe
& le fpectateur , plein de fa paffion
qu'on
2456 MERCURE DE FRANCE .
qu'on a augmentée jufqu'au dernier moment
, l'emporte toute entiere. Il s'en
retourne penetré , malgré qu'il en ait ,
réveur & chagrin du mécontentement
d'Armide .
Il femble que l'efprit humain ne peut
rien imaginer de fuperieur au cinquième
Acte d'Armide . Ce Poëme montre aflez
combien le Poëte contribue à la fublime
beauté , ou à la langueur d'un Opera ,
par la bonne ou mauvaiſe conftitution
qu'il lui donne.
On pretend que cet Opera eft celui de
tous ceux de Lully dont la Mufique eſt la
plus fimple , la plus aifée & la plus fuivie
, & par confequent le plus merveilleux
ouvrage de cet excellent Maître.
On difoit proverbialement dans les premiers
tems que cette Piece fut jouée ,
qu'Armide étoit l'Opera des Dames
Atys l'Opera du Roy , Phaeton l'Opera
du Peuple , & Ifis l'Opera des Muficiens .
Quoique j'aye été quatre ou cinq cens
fois à l'Opera , dit M. de Freneufe , je ne
manque point de revenir à Armide , dès
que je veux penfer à une Piece de muque
fouverainement belle ; & fi une des
plus grandes perfections eft que la beauté
croille d'Acte en Acte , & à mesure que
l'intrigue marche vers le denouement ,
pour ainfi parler , celui- ci a cet avantage
fur
NOVEMBRE 1724. 2457
fur tous ceux du même Auteur. Quoique
la beauté de ce Poëme foit en partie d'être
d'une conftitution plus fimple qu'aucun
des modernes , car l'intrigue égale en
fimplicité toutes les Tragedies Greques ;
ce n'eft pourtant qu'une Idille.
M. de Freneufe louë fort cet endroit du
premier Acte.
Le vainqueur de Renaud , fi quelqu'un
le peut être , & c.
Cette paranthefe , fi quelqu'un , & c.
de la maniere qu'elle eft chantée , découvre
le coeur d'Armide. Le demi - foûpir ,
ee ton bas & lent , fait voir qu'elle doute
qu'on puiffe vaincre Renaut , qu'elle
craint qu'on ne le puiffe pas , ou peutêtre
qu'elle le fouhaite. Tout fins , tout
fprituels que font ces traits de la part de
Quinault , ils le font encore plus de la
part de Lully : les tons de celui- ci font
plus fenfibles que les paroles de celui - là ;
c'eſt là retoucher la peinture de la Poëfie
, c'est là en rendre les couleurs plus
vives.
Un trait de galanterie , dit M. l'Abbé
du Beau dans fes Reflexions critiquès ,
énerve fouvent l'endroit d'un Poëme le
plus pathetique ; il fait ceffer pour un
tems l'affection qu'on avoit prife pour le
H
per2458
MERCURE DE FRANCE.
perfonnage. Renaud , pourfuit- il , Acte
5. Scéne premiere , amoureux malgré
lui, & parce qu'il eft fubjugué par les enchantemens
d'Armide, intereffe vivement
à fa fituations on eft même touché de fa paffion
quand il ouvre la Scéne , en difant à fa
Maîtreffe qui le laiffe dans le Palais enchanté
: Armide , vous m'allez quitter ; &
lorfqu'il ne lui replique , après qu'elle
lui a dit le motif important qui l'oblige à
s'éloigner de lui , que les mêmes paroles
qu'il lui avoit déja dites : Armide , vous
m'allez quitter. Renaud paroît alors un
homme livré tout entier à l'amour ; l'amour
ne fçauroit mieux s'exprimer que
par cette repetition : c'eft la marque de l'yvreffe
dela paffion , que de n'entendre pas
les raifons qu'on lui oppoſe . Renaud n'eft
plus qu'un Amant précieux, & un Amoureux
affecté , lorfqu'il répond à fa Maîtreffe,
qui lui dit : Voyez en quels lieux je
vous laiffe ; par ce fade compliment : Puisje
rien voir que vos apas ?
M. l'Abbé de Villiers blâme les repetitions
qui font dans l'adieu de Renaud &
d'Armide , en diſant :
Chaque plainte d'Armide a l'air d'un Madrigal
,
Et femblant badiner en ce moment fatal ,
Renaud
NOVEMBRE 1724. 2459
Renaud tourne en Rondeau fon adieu lamentable
,
Aux tragiques fujets ce ftile eft- il fortable
On doit faire reflexion , dit M. Lebrun
dans la Preface de fon Théatre Lyriq, que
l'un eft un Amant qui s'arrache à l'Amour
pour le rendre a la Gloire ; l'autre eft,
une Amante éplorée qui perd ce qu'elle
aime. Or peut-on les peindre avec des
traits plus naturels , & exprimer plus vivement
les tranfports de deux Amans malheureux
, & pleins de leur paffion ? L'art
ne s'y trouve-t'il pas d'accord avec la nature
? Le contrafte de leur caractere n'eftt'il
pas les beautez differentes
qu'il doit
avoir ? Les repetitions
que l'Abbé de
Villiers y condamne ne font- elles pas de
deux Amans attendris , penetrez de ce
qu''s fentent , & qui ne fentent que le
chagrin de fe feparer ? Peut-on lire cet
adieu fans en être touché, & peut- on n'en
être pas touché , fans avoir le goût bien
extraordinaire
& bien bizarre ? Eft-il
rien de moins badin que les fentimens
de
Renaud , & les emportemens
d'Armide
?
L'efprit peut-il mieux expliquer
les mouvemens
qui agitent le coeur dans ces momens
rigoureux
? Didon dans Virgile
fait verfer des pleurs ; Armide dans Quinault
arrache des larmes & des foûpirs.
Hij On
2460 MERCURE DE FRANCE
On s'intereffe pour elle , & on plaint
également le perfide Renaud , & l'infortunée
Armide , Le Heros de Quinault
eft même plus grand en cette occafion
que celui de Virgile . L'un obéit aux
Dieux , l'autre obéit à la gloire : celui - ci
abandonne la Frinceffe de Damas , malgré
les charmes & les plaifirs qu'il trouve auprès
d'elle. Le Troyen n'étoit pas fort
fenfiole , le François eft plus amoureux
& fuporte avec fermeté la violence qu'il
fe fait dans un adieu fi douloureux : le Sacrifice
du pieux Enée eft moins grand &
moins heroïque que celui du courageux
Renaud .
La Paffacaille qu'on jouë au divertiſſement
du quatriéme Acte , paffe pour une
Piece digne d'admiration , & rien ne lui
eft comparable en ce genre , dans tout ce
qu'a fait M. de Lully , que la Chaconne
de l'Idylle de Sceaux .
Le II. de ce mois on ouvrit à Londres
le Theatre du Marché au foin , par la repreſentation
du nouvel Opera de Tamerlan
, de la compofition du fieur Hendel ,
fameux Muficien. Il fut extrémement
applaudi par toute la Cour, qui s'y trouva.
Nous avons donné dans le dernier
Mercure le Journal des Divertiflemens
de la Cour a Fontainebleau , jufques au
19. du mois paffé.
Le
NOVEMBRE 1724. 246 I
Le 21. du même mois les Comediens
Italiens reprefenterent devant S. M. Ar
lequin Perroquet , Enfant & Statuë , Comedie
Italienne en cinq Actes.
Le 24. les Comediens François don
nerent la Tragedie d'Heraclius , de M.
Corneille l'aîné , qui fut fuivie des Trois
Freres Rivaux , petite Comedie en vers
de M. de la Font.
Le 26. la Fauffe Suivante , ou le Fourbe
puni , en trois Actes , Piece Françoiſe
de M. de Marivaux , fuivie d'Arlequin
Duellifte. Comedie Italienne réduite en
un Acte .
Le 7. Novembre , Andromaque de M.
de Racine , où la Dile de Seine , jeune
perfonne d'une très - aimable figure , qui
a beaucoup de talent pour la déclamation , -
joua le rôle d'Hermione avec un applaudiffement
general. Elle fut reçûë le 16.
dans la Troupe Royale avec beaucoup
d'agrément. Le fieur Armand y a au
été reçû pour jouer les rôles Comiques.
La Tragedie d'Andromaque fut fuivie de
de la petite Comedie de l'Esprit de contradiction
, qui eft un des meilleurs ouvrages
du feu fieur Dufrefni .
Le 9. Novembre , Arlequin Medecin
volant , Comedie Italienne en 5. Actes .
Le Vendredi 10. le Legataire , par les
Hiij Fran2462
MERCURE DE FRANCE .
François , où le fieur de Moligni joüa le
rôle de Crifpin , & la De de Seine celui
de Cliftorel , dont elle s'acquitta fort
bien , & pour petite Piece l'Aveugle
Clair- voyant , du fieur le Grand , Comedien
du Roi.
Le 14. Arlequin perfèenté par la Dame
invifible , Comedie Italienne en 5.
Actes.
Le 16. Cinna , par les François , où la
Dle de Seine joua le rôle d'Emilie avec
beaucoup de fuccès. Le Roi eft fi fatisfait
de cette Actrice , que Sa Majesté a ordonné
qu'on lui fit un habit à la Romaine
, dont elle veut bien lui faire preſent.
On joua pour petite Piece , la Coupe enchantée
, où le feur Dangeville , neveu
du fieur Dangeville , Comedien du Roi ,
joua parfaitement le rôle du jeune Ecolier.
Le 18. ta Surpriſe de l'Amour , Comedie
Françoiſe , en trois Actes , de
M. de Marivaux , & pour petite Piece
Le Fleuve de l'oubli , du fieur le Grand,
Comedien du Roi.
Le 21. la Coquette , Comedie en cinq
Actes du fieur Baron , Comedien du Roi,
où la Dile Ponchard , nouvelle Actrice ,
joua le rôle de la Suivante. La petite
Dile Dangeville déguifée en garçon ,
joua un petit rôle très-finement dans
cette
NOVEMBRE 11772244.. 2463
cette Comedie . Pour feconde Piece , les
Folies amoureufeș , de M. Renard , où la
D'e de Seine reçût encore de très-grands
applaudiffemens . Dans le dernier déguifement
du troifiéme Acte , elle avoit un
habit de chaffe très propre , dont la Marquife
de Prié lui a fait prefent . Dans la
même Piece le fieur de Moligni joüa le
rôle de Crifpin , & la Dile Nefmond
nouvelle Actrice , celni de la Suivante.
Σ
NOUVELLES
DU TEMPS.
Mie
Turquie.
R Dierling , Réſident de l'Empereur
à Conftantinople
, ayant demandé
au Grand Vifir un Paffe- port
pour faire fortir fix ou fept chevaux qu'il
avoit achetez pour le Prince Eugene , ce
-Premier Miniftre lui envoya , avec le
Paffe-port trois autres chevaux choifis ,
dont il fait prefent à ce Prince.
-Les troupes que le Grand Seigneur
avoit envoyées pour prendre poffeffion de
la Ville d'Erivan , ayant été repouffées
' dans un affaut , Sa Hauteffe , à laquelle
cette place a été cedée par le dernier
Traité , a envoyé des ordres à Arifel-
Hiiij Me2464
MERCURE DE FRANCE.
Mehemet- Pacha , qui commande ces
troupes , d'en former le fiege , & de s'en
rendre maître à quelque prix que ce
foit.
Les Envoyez des Regences de Barbarie
font partis de Conftantinople pour
retourner chez eux , fans avoir rien conclu
, par raport au Traité de pacification
propofé par le Réfident des Etats Generaux
des Provinces- Unies.
Les derniers avis qu'on a reçû des
frontieres de Perfe , portent que l'Ufurpateur
Miri-Mamouth paroiffoit difpofe
à accepter les propofitions avantageuſes
qui lui ont été faites de la part du Grand
Seigneur , & à donner les mains à un
accommodement .
Ruffie.
M R de Romanfoff, qui eft allé à
Conftantinople , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire du Czar , eft chargé
de l'Ordre de S. André que S. M. Czarienne
envoye au Marquis de Bonac ,
Ambaffadeur de France à la Porte . Il eft
enrichi de diamans eſtimez 5000. Roubbles
.
Les Intereffez dans la Compagnie
Orientale fe font affemblez pour déliberer
, s'il feroit plus avantageux de faire
paffer dorénavant par les Provinces conquiNOVEMBRE
1724. 2465
quifes en Perfe , la Caravanne qu'on envoye
tous les ans à la Chine , ou fi l'on
continueroit de la faire marcher par les
déferts de la Tartarie ; la premiere propofition
fut approuvée , mais on ne fe fervira
de cette route que lorfque la tranquillité
fera parfaitement rétablie dans
la Perfe.
Le 2 1. de l'autre mois le Czar partit
de Petersbourg pour aller vifiter les travaux
du Lac de Ladoga , & y donner les
ordres neceffaires pour mettre ce fameux
canal en état d'être de quelque utilité au
Printemps prochain .
Le Czar a donné des ordres pour faire
conftruire un Port à Rottifert , près de
Riga , où il y a un baffin propre à tenir
un nombre confiderable de Vaiffeaux de
toute grandeur , & à les mettre à l'abri
de toute forte de vents . La direction de
cet ouvrage a été confiée au contre- Amiral
Sinawin.
L
Pologne.
E Comte de Flemming ayant remis
par ordre du Roi le commandement
des troupes étrangeres entre les mains du
Comte d'Offolinski , Maréchal de la précedente
Diette ; ce dernier l'a remis depuis
peu au Réferendaire de la Couronne,
Maréchal de celle qui eft affemblée prefen
. Hv
2466 MERCURE DE FRANCE.
fentement , & ne s'eft réfervé que deux
Regimens , l'un de Cavalerie , & l'autre,
d'Infanterie ; mais il a fait promettre aux
Nonces , qui étoient prefens lorfqu'il fi
gna cette ceffion , qu'ils lui feroient donner
par la République des marques autentiques
de la fatisfaction qu'elle devoit
avoir , de ce qu'il préferoit le bien
public à fes interefts .
L'affaire de Thorn étant un des trois
articles qui caufent tant de divifion dans
cette Diette , on ſera fans doute bien aiſe
d'en apprendre les particularitez fuivantes.
Le 16. Juillet la Proceffion ordinaire
étant arrivée au Cimetiere de S. Jacques,
dont l'Eglife a été enlevée aux Lutheriens
contre la teneur du Traité de Paix
d'Oliva il s'y trouva plufieurs enfans
de Bourgeois , & autres jeunes
gens qui y étoient accourus pour la voir
paffer , tenant le chapeau fous le bras ,
fuivant l'ufage , mais un Etudiant du
College des Jefuites , non content de cet
Acte de civilité & de confideration , voulut
les obliger à s'agenoüiller , les maltraita
de paroles , & leur donna divers
coups de poing. Deux heures après la
Proceffion , cet Etudiant accompagné de
plufieurs de fes camarades , revint à la
charge, & molefta d'autres jeunes gens ,
fans
NOVEMBRE 1724 . 2457
fans que ceux ci y euffent donné la moindre
occafion ; mais enfin ce matin , après
avoir auffi bleflé quelques Bourgeois à
coups de pierre , fut arrêté par des foldats
de la garnifon , & conduit au corps.
de Garde.
Le lendemain les Etudians s'attroupetent
de nouveau , & ayant rencontré un
Bourgeois qu'ils avoient déja maltraité
la veille , ils voulurent l'obliger à procurer
la liberté de leur camarade ; mais
le Bourgeois eut le bonheur d'échaper
de leurs mains & de fe fauver chez lui ,
où il fut pourfuivi le fabre à la main.
Sur ces entrefaites le Preſident de la
Ville avoit ordonné à la requifition du
Recteur du College des Jefuites , de
relâcher l'Etudiant arrêté ; mais un autre
Etudiant ayant auffi été conduit au
Corps de Garde , leurs camarades voulurent
obliger le Prefident de lui accorder
pareillement fa liberté ; ce qu'il refufa
de faire jufqu'à ce qu'il eut parlé au
Recteur. Sur quoi les mutins coururent
comme des effrenez au Corps de Garde,
pour délivrer leur camarade ; mais ayant
été repouffez & obligez de fe retirer , ils
tâcherent de fe venger fur un Bourgeois
qu'ils pourfuivirent le fabre à la main
jufqu'à la maison du Burgrave cù il fe
fauva. Ils attaquerent enfuite un Etudiant
H vj
Luthe2468
MERCURE DE FRANCE .
Lutherien qui étoit en robbe de chambre
à la porte de fa maiſon , ils le traînerent
par les cheveux jufqu'à leur College
le jetterent dans une goutiere , & lui
donnerent plufieurs coups. Après quoi ils
firent une fortie le fabre à la main , &
blefferent plufieurs de ceux qui étoient
accourus au fecours de cet Etudiant ; mais
le Prefident y ayant envoyé la Garde de
la Ville , ils furent obligez de rentrer
dans leur College .
Le Prefident fit en même temps reclâmer
l'Etudiant Lutherien ; mais le Recteur
ne voulut le relâcher qu'après que
l'Etudiant de fon College auroit été mis
en liberté.
Pendant qu'on negocioit cet échange ,
on avoit pofté les Milices de la Ville devant
le College des Jefuites pour empêcher
la populace d'y faire violence ; mais
les Etudians ayant fait feu , & jetté des
pierres , il fut impoffible de retenir le
peuple qui força la porte , & qui fe pré-
- paroit à fe venger de la cruauté des Etudians
, lorfque le Secretaire de la Ville ,
qui venoit d'obtenir la liberté de l'Etudiant
Lutherien , les engagea à fe retirer .
On fe flatoit que le tumulte feroit alors
entierement appaifé , mais à peine les
Gardes poftées devant le College furentelles
congediées , que les Etudians recommence
NOVEMBRE 1724. 2469
mencerent à faire feu , & à jetter des
pierres fur le peuple , qui là- deffus força
de nouveau la porte , pilla le College , &
y commit de grands defordres , jufqu'à
ce qu'un détachement de la Garnifon &
de la Bourgeoifie vint au fecours des Jefuites
, & diffipa la populace.
L
Allemagne.
Il y eut le 12. de l'autre mois à Vien-
3
a
ne une conference chez le Prince de
Cardonne , Prefident du Confeil , dit
d'Espagne , à l'occafion de l'Acte de reftitution
de Commaccio au Saint Siege
que le Pape fait difficulté de recevoir
caufe d'une claufe qui y a été inferée ,
pour conferver le droit de l'Empire &
de quelque autre Puiffance que ce foit : la
prétention de la Chambre Apoftolique qui
demande 80000. écus pour le paffage des
troupes Imperiales , & autres dédommagemens
, fera fupprimée : trois mois après
la fignature de l'Acte de reftitution , la
Garnifon Imperiale évacuera cette place ,
& les troupes du Pape en prendront poffeffion.
Le Prince Palatin de Birckenfeld a fait
de folides reprefentations à la Cour Imperiale
, au fujet de fon droit de fucceffion
future au Duché de Deux - Ponts , à
l'exclufion de l'Electeur Palatin , fe fondant
fur le Teftament du Duc Wolfgang
Prince
2470 MERCURE DE FRANCE .
Prince Palatin de Deux - Ponts, fait en l'année
1568. confirmé par l'Empereur Maximilien
II. & obfervé jufqu'ici exactement
dans tous les cas de fucceffion à la
Maiſon Palatine ; l'Electeur Palatin , &
quelques autres Princes Catholiques fe
donnent beaucoup de mouvemens pour
que le Prince de Birckenfeld qui eft Proteftant
, foit exclus de cette fucceffion.
Le 28. de l'autre mois , le Miniftre de .
la Regence de Tripoli arriva à Vienne
accompagné de M. Talman , Secretaire
Imperial des Langues Orientales , qui
avoit été le recevoir fur les frontieres du
Titol . Il loge dans le Faubourg de Leopoldstadt
, & on a poſté une Garde Imperiale
devant fa maiſon .
Le 4. de ce mois , l'Empereur difpofa
de la Charge de Grand Maître de fa Maifon
, vacante par la mort du Prince de
Trautfon , en faveur du Comte Sigifmond
de Sinzendorff, Grand - Chambellan de S.
M. I. & Confeiller d'Etat ordinaire.
Celle de Grand - Chambellan fut donnée
le lendemain au Comte de Cobanzel , Maréchal
de la Cour , & Confeiller d'Etat
ordinaire.
Efpagne , Portugal.
Le Roi d'Eſpagne a nommé Secretaire
Del Despacho , Univerſal de Hazienda ,
Don Jean - Baptifte de Orendain , qui fai
foit
NOVEMBRE 1724. 2471
foit les fonctions de cette charge fous le
Regne du feu Roi Don Louis , & il l'exercera
pendant l'abfence ou pendant les
indifpofitions du Marquis de Grimaldo ,
avec les mêmes honneurs & prerogatives
dont jouit actuellement ce Miniftre.
Le 6. de l'autre mois, le Roi d'Efpagne
confera au Marquis de Lede la Charge de
Prefident du Confeil de guerre , vacante
par la demiffion du Marquis d'Aytone.
Quelques Officiers du feu Roi Louis
qui lui avoient fait naître le goût des exercices
violens , aufquels on attribuë la cau-,
fe de fa mort , ont eu ordre de ne plus pas
roître à la Cour.
La Reine Doüairiere d'Eſpagne , veuve
de Charles II . qui eft à Bayonne , a eu
une attaque d'apoplexie , qui n'a eu aucune
fuite fâcheufe , S. M. ayant été
ptement fecouruë.
prom-
On apprend de Cadix qu'un Navire de
Salé monté de 24. canons , ayant rencontré
à la hauteur du Saphy une Fregate
Françoiſe venant du Port -Louis , & portant
au Senegal vingt Soldats , avec quelques
paffagers , avoit fait toutes les manoeu- .
vres neceffaires pour l'aborder ; mais
que ce Saltin avoit été ſi maltraité par
la moufqueterie du Vaiffeau François ,
qu'il avoit été obligé d'échouer près du
Saphy , après avoir perdu fon Capitaine
tué
2471 MERCURE DE FRANCE.
tuédan s le combat , & 54. hommes de
fon equipage , dont il y en avoit eu 18.
de noyés . On a apris par des Lettres particulieres
, que la Fregate Françoiſe qui
s'eft deffendue avec tant d'avantage , fe
nomme le Philippe , qu'elle eft montée
de 20. pieces de canon , qu'elle appartient
à la Compagnie des Indes de France , &
qu'elle eft commandée par le Capitaine
Couftant.
Le 12. de l'autre mois , vers les trois
heures du matin , on reffentit à Liſbone
une fecouffe très - violente de tremblement
de terre , qui fut fuivie la nut fuivante
d'une feconde beaucoup moins confiderable
, & qui ne caufa aucun dommage
, non plus que la premiere .
Le Roi d'Espagne nomma le 4. de ce
mois Don Jean Herrera , Evêque de Si .
guença , & ci -devant Auditeur de Rote à
Rome , pour remplir la place de Gouverneur
du Confeil de Caftille , vacante par
la demiffion volontaire du Marquis de Miraval
, auquel S. M. C. a accordé une
place de Confeiller d'Etat , avec une penfron
de 10000. écus .
Le Roi a donné ordre au Marquis de
Campo- Florido , de revenir à Madrid
pour prendre poffeffion de la Charge de
Gouverneur du Confeil de Hazienda, des
Tribunaux qui relevant de ce Confeil , de
la
NOVEMBRE 1724. 2473
La Surintendance des Rentes Royales , &
de tout ce qui concerne les Finances de S.
M. C. Don Blafco de Grofco , qui avoit
cy- devant tous ces Emplois , à obtenu
pour dédomagement une place de Con-
Teiller dans la Chambre de Caftille.
Angleterre.
M. Robetfon a été nommé Refident à
la Cour de France, à la place de M. Craw
ford , qui eft mort depuis peu à Paris.
Le Chevalier Luc Schaub , connu par
les negociations importantes qu'il a menagées
, tant à Madrid qu'à la Cour de
France , a receu un magnifique prefent
du Roi très -Chrétien , fçavoir le Portrait
de Sa Majesté enrichi de diamans.
>
Le nommé Sheppard,fameux Scelerat ,
qui eft regardé comme le Cartouche de
l'Angleterre , s'eft encore fauvé de la prifon
de Newgate , quoiqu'il fut doublement
enchaîné , emmenoté , & dans le
plus fort cachot de la prifon ; il trouva le
moyen de rompre fes fers & avec une
barre de fer qu'il arracha de la cheminée,
il en perça la muraille , traverfa 5. ou 6.
chambres , après en avoir fait fauter les
ferrures & les verrouils , & monta fur le
toit de la priſon ; d'où , par le moyen de
deux couvertures de lit attachées enfemble
, il defcendit dans une maiſon voiſine
2474 MERCURE DE FRANCE.
ne , dont il ouvrit toutes les portes , &t
fortit par celle de la rue à une heure du
matin , fans avoir été entendu de perfonne.
On dit qu'il a fait pour plus de 50 .
liv. fterling de dommage à la prifon.
Une des Lionnes de la Tour de Londres
a fait deux petits , ce qu'on regarde
comme une chofe fort extraordinaire , &
peut-être fans exemple en Angleterre.
On mande de Scarborough dans le Comté
d'York , qu'un Seigneur ayant par fantaifie
fait une efpece de bouillie d'un fac
de farine , & promis deux guinées à quiconque
en mangeroit le plus,, divers Payfans
le prefenterent , & il y en eut deux
qui en mangerent fi exceffivement , que
l'un en mourut fur la place , & l'autre
deux jours après.
On écrit de Newcastle fur le Tine, que
le 29. du mois paffé , à huit heures du foir,
le feu prit à la maison d'un Epicier près
PEglife deS.Nicolas, & y ayant de la poudre
à canon , la maiſon fauta en l'air ; 12.
perfonnes furent tuées , & plus de 100 .
bleffées ; une entre autres fut jettée fur
le toit de l'Eglife ; toutes les vitres du
voifinage furent caffées , mais l'effet de la
poudre éteignit le feu .
Le même Jean Sheppard criminel , condamné
à mort , dont nous avons parlé
plus haut , qui s'étoit fauvé
pour la feconde
NOVEMBRE 1724. 2475
conde fois de la prifon de Newgate ,
malgré les chaînes dont il étoit attaché ,
fut repris la nuit du 7. au 8. de ce mois à
Londres dans un cabaret ; on le trouva
fort proprement vêtu , & ayant fur lui
pour près de 20. guinées de bijoux , qu'il
affura avoir volez la nuit precedente chez
un Ufurier prêtant fur gages : on le reconduifit
dans la même prifon dont il s'étoit
fauvé , & on l'a chargé de chaînes,
qui pefent plus de 30e . livres .
Hollande & Pays - Bas .
Le Comte de Bonneval arriva le 20.
de l'autre mois à la Haye , avec refolution
d'y refter jufqu'à ce qu'on lui ait fignifié
des ordres de l'Empereur plus pofitifs
que les premiers qui lui ont été remis
par le Marquis de Rubi , Commandant
de la Citadelle d'Anvers , & qu'on
dit n'être que provifionels , parce que S..
M. I. en lui ordonnant de fe rendre à
Spielberg en Moravie , ne promet point
infor- de nommer une Commiffion pour
mer du differend de ce General avec le
Marquis de Prié : mais comme il pourroit
craindre que fa retraite à la Haye ne fut
mal interpretée à la Cour de Vienne , il
fit partir le 24. un Exprès , avec un memoire
qui en contient les motifs .
Le 31. Octobre , veille de tous les
Saints ,
2476 MERCURE DE FRANCE.
Saints , on fit dans l'Eglife des PP. Jefuites
à Bruxelles , les funerailles annuelles
inftituées par Philippe IV. Roi
d'Efpagne , pour le repos des ames des
Generaux , Officiers & Soldats morts au
fervice de la Maifon d'Autriche..
Rơi
Le 2. de ce mois , jour des Trépaffés ,
la Confrairie des Ames , établie dans la
même Ville , en l'Eglife Paroiffiale de S.
Nicolas par M. Jaques de Bronnes , Archevêque
de Malines , celebra avec grande
pompe la dixième année de fon inftitution
: l'Abbé de Grimberg y officia pontificalement
à la Meffe , & 16. des plus
celebres Predicateurs y prêcherent pen
dant l'Octave.
Le Comte de Bonneval , General d'artillerie
au fervice de l'Empereur n'eft pas
encore parti de la Haye. On apprend de
Vienne que l'Empereur a établi une Commiffion
pour examiner l'affaire qui s'eft
paffée entre le Marquis de Prié & lui.
Italie.
› au
Le 3. du mois paffé les Cardinaux
nombre de 27. s'affemblerent à Rome
dans la Chapelle Pauline du Palais du Quirinal
, où le Pape fe rendit fur les dix heures
, pour affifter à la Meffe de Requiem,
qui y fut celebrée pontificalement par le
Cardinal Acquaviva , pour le repos de l'ame
NOVEMBRE 1724.
2477
me du feu Roi d'Efpagne Louis I. dont
l'Oraifon funebre fût prononcée par M.
Dominique Ant.Norcia, Chanoine de l'Eglife
de S. Laurent in Damafo . Enfuite le
Pape, revêtu de les habits Pontificaux , fit
l'abfoute & les encenſemens accoûtumez,
En execution des Decrets du Concile de
Trente , Sa Sainteté a ordonné à tous les
Prieurs & Curez tant Seculiers que Reguliers
de Rome , de faire tous les Dimanches
de l'année , une exhortation
après le premier Evangile de la Meffe Paroiffiale
, accordant des Indulgences Plenieres
, tant aux Ecclefiaftiques qui s'ac-..
quitteront de ce devoir , qu'aux fidelles
qui affifteront à cette Meffe , avec les difpofitions
neceffaires.
Le 4 Fête de S. François , le Pape celebra
une Meffe baffe dans l'Eglife des
Freres Mineurs Obfervantins , & entendit
la grande Meſſe celebrée par le General
des Dominiquains . Après quoi S. S,
renvoya les Prelats qui l'avoient accompagnée
, & fe rendit au Refectoire , où
S. S. ne mangea qu'une foupe , deux
oeufs , quelques figues , un peu de raiſin ,
& ne bût que de l'eau , étant fervie
trois Religieux du Couvent,
par
Le 5. on celebra dans l'Eglife de S. Jacques
de la Nation Efpagrolle , un Service
folemnel pour le repos de l'ame du feu
Roi
2478 MERCURE DE FRANCE.
l'Ar-
Roi d'Efpagne Don Loüis . 23. Cardinaux
& 79. Prelats , & un grand nombre
des principaux Seigneurs de Rome y
affifterent. La Meffe fut celebrée par
chevêque de Corinthe , neveu de S.S. &
l'Oraiſon fnnebre fut prononcée par le P.
Jofeph Androfilla , Jeſuite , fubftitut de
l'affiftance d'Efpagne.L'Archevêque Celebrant
, l'Archevêque de Cefarée , Auditeur
de Rote , l'Archevêque de Cogni ,
Secretaire des Chiffres , l'Archevêque de
Trajanopolis , Secretaire des Memoriaux,
& l'Archevêque de Philippi , Sous - Dataire
, tous Prelats Affiftans du Trône, en
chape noire & en mitre de toile d'argent ,
firent l'abfoute & les encenfemens.
On celebra le 6. un ſemblable Service
dans l'Eglife de S. Louis de la Nation
Françoife , où les mêmes Cardinaux ſe
trouverent , y ayant été invitez par le
Cardinal de Polignac , chargé des affaires
du Roi très- Chrétien .
Le Senat de Venife a élu M. Daniel
Bragadino , actuellement Ambaſſadeur à
la Cour du Roi d'Espagne , pour fucceder
à M. Morofini , Ambaffadeur de la
Republique auprès du Roi de France ,
lorfque ce Miniftre aura fini le tems de
fon Ambaffade.
Le 3. du mois paffe on fit à Venife l'ouverture
des Theatres de S. Samuel & de
S.
NOVEMBRE 1724. 2479
S. Luc , par la reprefentation de quelques
Comedies , & quelques jours après on
donna au public quatre Opera nouveaux..
On a découvert depuis peu dans les
montagnes de Calabre une mine de plomb
& d'argent , & les épreuves en ayant été
faites , on a trouvé qu'elles rapporteroient
trente pour cent ; fur quoi le Gouverne
ment y a envoyé des Galeriens pour y
travailler.
On a publié à Naples une Bulle du
Pape , par laquelle S. S. accorde Indulgence
ileniere , & la remiffion des
pechés
à tous ceux qui obſerveront ce qui y
eft preferit ; entr'autres de prier pour l'u-'
nion des Princes Chrétiens , l'extirpa→
tion des herefies , & l'exaltation de l'Eglife.
Le Cardinal Pignatelli , Archevêque
de Naples , a fait publier une Ordonnance
pour prevenir les abus qui fe
commettent dans les Convents des Religieufes
, à l'occafion des Prifes d'habit ou
autres ceremonies ; il deffend fous des
peines très- feveres d'y inviter aucun Ca
valier ni Dame,
Au commencement de l'autre mois , la
voute de la nouvelle Eglife de S. George,
de la Nation Genoife à Naples s'enfonça
dans le tems qu'on alloit y celebrer la
Meffe pour la premiere fois ; elle écrafa
la
2480 MERCURE DE FRANCE.
la Sacriftic & une maifon voifine , trois
ou quatre perfonnes ont été écrasées fous
les ruines.
Le Pape a fait prefent de 5000. écus
pour achever la Chapelle de S. Dominique
dans l'Eglife de Sainte Marie fur la
Minerve , & de dix mille pour reparer
& embellir l'Eglife de S. Paul hors des
murs.
Le 5. Octobre le Cardinal de Polignac
chargé des affaires du Roi à Rome , prit
poffeffion de l'Eglife de Sainte Marie in
Portico Campitelli , titre que le Pape lui
a donné dans le dernier Confiftoire.
Les lettres de Florence portent qu'il y
eft arrivé trois Religieufes Capucines ,
qui ont pris poffeffion du Monaftere de
S. Onuphre , & qu'elles ont déja reçu
plufieurs Novices.
On mande de Genes que cette Republique
a nommé quatre Senateurs pour
traiter du Duché de Maffa avec le Duc
de ce nom .
On apprend de Trieſte qu'on y avoit
découvert une Confpiration formée contre
la Commiffion Imperiale établie dans
le Marloguid ; que les Commiffaires qui
la compofent étant alors à Zelten , y auroient
été maffacrés , s'ils ne s'étoient
fauvés à la faveur de la nuit dans le Château
du Comte d'Ashemir , d'où ils s'étoient
NOVEMBRE 1724 248x1
toient retirés le lendemain avec eſcorte
au Port de Caſtopago ; & qu'on faifoit
des pourſuites trés - vives contre les Auteurs
de ce complot , qui prétendent ne
devoir fouffrir chez eux aucune Garnifon
Imperiale , fous pretexte que leur pays
eft independant .
Le Pape a confenti de fe laiffer peindre,
il a cedéaux inftances qui lui ont été faites
par plufieurs perfonnes de confideration
qui fouhaittoient avoir le Portrait de
S. S. le Trevifani eſt chargé de cet ouvrage.
On écrit de Malte du 12. Octobre que le
Vaiffeau le S. Jean a fait échouer entre
Arzile & le Cap Partel, un Vaiffeau Algerien
de 40. pieces de canon . Le Commandeur
de Grille qui commande le S. Jean
le ferra de fi prés , que fon Navire courut
un grand danger , & eut bien de la
peine à fe relever.
On atrouvé à Rome dans le Cimetiere
de S. Paul un cercueil de marbre ; qui
en renfermoit un autre de bois , où étoit
le cadavre d'une femme vêtuë de velours,
avec de riches ornemens , parfaitement
confervez ; & l'on a découvert par quelques
infcriptions qu'elle étoit morte en
l'année 800. & qu'elle étoit de la Maifon
de Metelli .
I Le
2482 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. de l'autre mois , le Pape confacra
fous le titre de S. Geminien , l'Autel
de la Chapelle interieure du Palais du
Quirinal où les Officiers du Palais
Apoftolique entendent ordinairement la
Meſſe.
,
On écrit de Rome que le Pape fortant
des de la Ville s'aperçut que des
portes
Commis de la Douane tourmentoient un
pauvre païfan , pour lui faire payer l'entrée
de quelques fruits qu'il aportoit à
vendre ; il reprimanda ces Commis &
fuprima ce droit , ainſi que plufieurs autres
trop onereux ou incommodes. Quelques
jours après ayant été follicité de
donner fa benediction , in articulo mortis
, à une pauvre femme de la Paroiffe de
S. Chryfologue , qui defiroit la rece voir,
Sa Sainteté monta chez cette femme l'exhorta
à bien mourir , & après lui avoir
fait faire un acte de foy , lui donna l'abfolution
& la benediction , qu'elle accompagna
de quelques aumônes .
3
****************
MORTS , BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
Ean Leopold Donat , Prince de Traut.
fon , Major lom- Major de l'Empereur,
CheNOVEMBRE
1724. 2483
Chevalier de la Toifon d'or , Confeiller
d'Etat & de Conference , & c. mourut le
19. Octobre à S. Polten , dans la foixante-
fixième année de fon âge.
Le Baron de Reneffe , Lieutenant des
Hallebardiers , mourut à Bruxelles le 28.
de l'autre mois ; il defcendoit des anciens
Comtes d'Hollande , & Vicomtes de Zelande.
Le Lord Polwart , fils aîné du Comte
de Marchemont, premier Plenipotentiaire
du Roi d'Angleterre au Congrès de
Cambray , eft mort à Montpellier dans
la 2 1. année de fon âge.
Elifabeth Guillelmine de Naffau- d'Oedick
, époufe de Maurice Louis Comte de
Naflau Beverwert , Capitaine de Gavalerie
dans le Regiment du Comte de Naffau
La- Leck fon pere , eft morte à Namur
de la petite verole le 23. du mois
paffé .Elle étoit fille de Guillaume Adrien,
Comte de Naſſau , Seigneur d'Oedick ,
& d'Elifabeth de la Nifle.
La fille dont la Princefle de Roffano-
Borghefe accoucha le 24. du mois d'Août
dernier , fut baptifée le 16. d'Octobre
dans l'Eglife de Sainte Marie in via lata
, où elle fut tenue fur les Fonts au nom
de l'Empereur , par Dom Philippe Orfini
, Duc de Gravina , & Prince du Soglio
, qui la nomma Eleonore - Anne - Marie-
Therefe.
I ij
Dona
2484 MERCURE DE FRANCE.
Dona Therefe Boromeo , veuve de
Don Carlo Albani , Prince de Soriano ,
mort le 31. Mai dernier , accoucha le 18.
de l'autre mois d'un fils pofthume qui fut
baptifé le 19. dans l'Eglife de S. Marcel ,
par l'Archevêque de Nicomedie
nommé Charles- Fierre- Luc- Bernardin ,
par le Carlinal Alexandre Albani qui en
fut le Parrain .
&
Le 1. de l'autre mois M. Allemani ,
Nonce du Pape , & la Ducheffe Laurenzano-
Gaetani , tinrent fur les Fonds de
Baptême le fils du Prince Ottaiano de
Medicis , au nom du Grand Duc de Tofcane
& de l'Electrice de Baviere .
心麵
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c ,
A conteftation qui s'étoit élevée pen-
Ldant le voyage du Roi à Rheims ,
entre les Officiers des Gardes du Corps ,
& ceux des Gendarmes & des Chevaux-
Legers de la Garde , fut enfin décidée le
Samedi 4. de ce mois par S. M. dans fon
Confeil des Dépefches .Jamais affaire n'a été
mieux inftruite , ni difcutée plus à fonds,
tant à caufe de la dignité des corps que
du
NOVEMBRE 1724. 2485
du credit , & de la confideration perfonnelle
de ceux qui les commandent ; il y
a eu fix memoires manufcrits donnez de
part ou d'autre , & quatre Memoires im
primez qui font curieux , intereffans ,
fort bien écrits.
&
Le Marquis de Breteuil , qui en qualité
de Secretaire d'Etat de la Guerre
étoit chargé du raport , parla avec beau
coup de facilité & d'éloquence pendant
deux heures , il reprit tous les principes
des uns & des autres , les objections , &
les réponſes que l'on y avoit faites . Le
Contrôleur General , les Comtes de
Morville & de Maurepas , le Marquis
de la Vrilliere , tous trois Secretaires
d'Etat , le Maréchal Duc de Villars , le
Garde des Sceaux , le Prince de Conti ,
le Duc de Bourbon , & le Duc d'Orleans
, dirent enfuite leur avis , & furent
plus de deux heures aux opinions. Après
quoi l'on convint d'un projet de reglenet
, qui ordonne que dans les voyages
où le Roi fera accompagné de toute fa
Garde , les Officiers de fes Gardes du
Corps marcheront à droite & à gauche
de fon Caroffe à la hauteur des roues de
derriere , en forte que la portiere demeu
re libre , & que les Officiers des Gendarmes
, Chevaux- Legers & Moufquetaires
de la Garde , fe placeront auffi ſur
I iij la
2486 MERCURE DE FRANCE.
la droite & fur la gauche de fon Caroffe
à la hauteur des roues de devant , en forte
que la croupe de leurs chevaux laiffe
également la portiere libre .
Ce nouveau Reglement mis au net
avec quelques explications , fut encore
examiné Samedi 11. de ce mois au Confeil
des Depefches , & confirmé
par les
mêmes Juges après une affez longue difcuffion
fur chaque article . Voici la teneur
de cette Ordonnance , elle a paru trèsfage
aux yeux du public , & faite de maniere
à prévenir toutes conteftations en
tre des Corps refpectables , qui attachez
aux mêmes devoirs , animez du même
zele , ne peuvent jamais fe rien difputer
les uns aux autres , qu'autant que la gloire
de fervir Sa Majefté les intereffe.
REGLEMENT DU ROY , fur les
places que doivent occuper les Officiers
des Troupes de fa Maifon , près da
Caroffe de Sa Majefté dans fes voyages.
E Roi étant informé des contefta-
Lions furvenes entre les Officiers
de fes Gardes du Corps , & les Officiers
des Gendarmes , Chevaux - Legers &
Moufqueraires de fa Garde , pour raifon
de la place près la portiere du Caroffe de
Sa Majefté dans les voyages , & s'étant
fait
NOVEMBRE 1724. 2487
fait rendre compte en fon Confeil des
Memoires prefentez de part & d'autre à
ce fujet ; Sa Majefté a eftimé que cette
affaire n'ayant eu pour principe qu'un
excès de zele & d'attachement pour fa
perfonne , exigeoit moins un jugement
qu'une Ordonnance émanée de fon pro
pre mouvement qui fit connoître fes intentions
fur les points conteftez . Dans
cette vûë Sa Majefté voulant concilier la
feureté de fa perfonne avec la décence
& la décoration que fa dignité requiert
en ces fortes d'occafions confiderant
d'ailleurs la nature du fervice que les
Troupes de fa Maiſon aſſemblées pour fa
garde , rendent auprès de fa perfonne , &
que l'indépendance en ces cas , de ces
differens Corps , exige que leurs Offi
ciers fuperieurs foient à portée de rece
voir directement fes ordres. Sa Majeſté
par ces confiderations , pour mettre fin à
toutes conteftations , & en prévenir de
nouvelles , a ordonné & ordonne que les
articles contenus dans le prefent Reglement
feront inviolablement executez
toutes les fois que les differens Corps de
Troupes de fa Maiſon , qui compofent
fa Garde , feront allemblez à l'occafion
de les voyages
.
ARTICLE PREMIER.
Les Officiers des Gardes du Corps en
I iiij quare
2488 MERCURE DE FRANCE.
こ
quartier , chargez d'un fervice intime &
affidu près de Sa Majefté , & du foin
de veiller journellement à la feureté de
fa perfonne , demeurans en cette ancienne
poffeffion , marcheront en confequence
à droite & à gauche de fon Caroffe à
la hauteur des roues de derriere , de maniere
que la portiere demeure libre , afin
de laiffer au peuple la fatisfaction de
voir Sa Majesté.
I I.
Veilleront lefdits Officiers des Gardes
du Corps à ce que perfonne de fufpect
ou inconnu n'approche de la perfonne de
Sa Majefté , & à cet effet la permiffion
de lui prefenter des Placets ou de lui
parler , fera donnée par le Capitaine des
Gardes en quartier , à ceux qui ne peuvent
approcher de Sa Majefté fans cette
précaution , & en l'abſence du Capitaine
des ] Gardes par les Officiers des Gardes
en fonction.
III.
Lorfque les quartiers des Gendarmes
& Chevaux - Legers , & détachemens de
Moufquetaires , feront tous affemblez
pour la Garde de Sa Majefté dans fes
voyages , & s'y trouveront en fonction ;
les Capitaines- Lieutenans des Gendarmes
, Chevaux - Legers & Moufquetaires,
& à leur défaut les fous-Lieutenans ,
EANOVEMBRE
1724.
2489
Enfeignes, Cornettes & Guidons defdites
Compagnies marcheront à droite & à
gauche du Caroffe , à la hauteur des rouës
de devant ; de maniere que la croupe de
leurs Chevaux laifle également la por
tiere libre .
I V.
Veut Sa Majefté qu'ils y marchent felon
le rang que tient leur Troupe dans fa
Maiſon , fans tirer à confequence en toute
autre occafion que celle defdits voyages:
Qu'ils ne fe trouvent jamais à ce pefte
plus d'un à la fois de chacune defdites
Compagnies de Gendarmes , Chevaux-
Legers & Moufquetaires de fa Garde ,
& qu'ils ne s'y prefentent que lorfque
leurs quartiers ou détachemens feront en
fonction à fa fuite.
4
V.
Lorfque par la diftance des lieux , les
quartiers & détachemens defdites Com
pagnies ne pourront marcher tous enſemble
, & qu'ils feront obligez de former
differens relais fur la route de Sa Majefté
pour l'accompagner fucceffivement,
lefdits relais fe partageront par Corps
entre lesdits quartiers & détachemens
ainfi qu'ils ont accoutumé de faire , auquel
cas feulement deux Officiers fuperieurs
du quartier , ou détachement qui
fe trouvera feul à la fuite de Sa Majefté
>
I v fe
2490 MERCURE DE FRANCE .
fe placeront à la hauteur des petites rouës
à droite & à gauche , voulant & entendant
Sa Majesté que toutes les fois qu'il
fe trouvera enſemble plus d'un quartier
ou détachement defdits Corps en fonction
à fa fuite , il ne fe prefente audit
pofte qu'un feul Officier de chacun defdits
Corps.
V I.
Lorfque les chemins viendront à ſe
refferrer , ou qu'il fe trouvera quelques
portes ou paffages étroits , de forte qu'on
ne pût pafler à côté des rouës , les Officiers
des Gendarmes , Chevaux - Legers
& Moufquetaires qui feront à la hauteur
des petites roues fe pofteront en avant ,
& gagneront la tête des Chevaux fans
fe retirer en arriere.
V.FI.
Les Officiers des Gendarmes , Chevaux
-Legers & Moufquetaires , ne prendront
le pofte qui leur eft marqué que
dans l'avant-cour , ou dans les lieux où
ils ont accoutumé de fe mettre en bataille
, ils quitterent pareillement ledit
pofte lorfque Sa Majesté entrera dans les
cours de l'interieur des Maifons Royales-
VIII
N'entend Sa Majefté que le prefent
Reglement puiffe tirer à confequence de
part ni d'autre , pour aucune prétention
πές
NOVEMBRE 1724. 2491
née ou à naître en d'autres occafions >
n'ayant été fait feulement que pour les
voyages où Sa Majesté eft accompagnée
des differens Corps de fa Garde.
I X.
N'entend pareillement Sa Majefté rien
innover à ce qui a été précedemment reglé
par les Ordonnances des 15. Decembre
1665. & 6. Mai 1667. fur le rang
que doivent tenir entre eux les Officiers
des differens Corps des Troupes de fa
Maifon dans le fervice militaire , voulant-
Sa Majesté qu'ils continuent de s'y con
former , en tout ce qui ne fe trouvera
pas contraire au prefent Reglement.
X.
Mande & ordonne Sa Majefté aux Capitaines
de fes Gardes du Corps , aux Capitaines
- Lieutenans des Compagnies des
Gendarmes , Chevaux-Legers & Moufquetaires
de fa Garde , & à tous ceux
qui fe trouveront les commander , de tenir
la main à l'execution du prefent Re--
glement. Fait à Fontainebleau le 1 1. Novembre
1724. Signé , LOUIS , & plus
bas , DE BRETEUIL.
L
E 3. de
ce
mois
, Fête
de
S.
Hubert
Patron
des
Chaffeurs
, il
y
eut
à
Fontainebleau
une
grande
Chaffe
dans
la
I
vj .
Foreft
.
2492 MERCURE DE FRANCE.
2
Foreft. Outre les équipages du Roi il y
avoit ceux du Duc de Bourbon , du Prince
de Conti , du Comte de Toulouſe , du
Prince de Dombes , du Prince de Vendôme
, &c. qui chaffoient feparément . On
compte que toutes les Meutes faifoient
enfemble le nombre de plus de 900.
chiens , chaffant au bruit d'environ 80 .
Cors , & fuivis de plus de 1000. Chevaux.
Le Roi étoit accompagné d'un
nombreux & brillant cortege , compofé
des Princes , des Seigneurs , & des Princeffes
& Dames de la Cour , habillées en
Amazones. La Chaffe fut fort heureufe , &
par le plus beau jour qu'on puiffe defirer.
Sur la fin de l'autre mois le Marquis
de Courtenvaux paria cent Louis contre
M. de Monconfeil , que dans quelqueendroit
de la Foreft de Fontainebleau qu'on
le mit , les yeux bandez , il reviendroit à
Cheval au Château dans trois heures ; ce
qu'il éxecuta en uneheure & demie, quoiqu'on
l'eut conduit par une infinité de
détours fur un rocher , dont la defcente
eft fort difficile. Il avoit été mené dans
une Litiere , & quand il fut arrivé au
lieu deſtiné on lui débanda les yeux , &
on lui donna le Cheval qu'il avoit choiſi.
Le 28. du mois dernier l'Abbé Hen
riau , Evêque de Boulogne , fut facré
dans
NOVEMBRE 1724. 2493
dans l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
, par l'ancien Evêque de Frejus ,
Miniftre d'Etat , affifté des Evêques de
Nimes & de Carcallonne.
Le 29. les Evêques de Nantes & de
Boulogne prêterent ferment de fidelité
entre les mains du Roi pendant la Meffe,
dans la Chapelle du Château . Le 31 .
veille de la Fête de tous les Saints PEvêque
de Mende prêta le même ferment.
L'après- midi le Roi affifta aux premieres
Vêpres chantées par la Mufique , & aufquelles
l'Evêque de Carcaflonne officia .
K
Le 1. de ce mois , jour de la Fête , le
Roi fe rendit à la Chapelle du Château,
où S. M. entendit la grande Meffe , celebrée
pontificalement par l'Evêque de
Carcaffonné , & chantée par la Mufique.
L'après- midi le Roi entendit le fermon
du Pere Surian , Prêtre de l'Ora
toire , les fecondes Vêpres , & celles des
morts , aufquelles le même Prélat officia.
Le Dimanche 5. de ce mois , le Roi
revêtu du Grand Collier de l'Ordre du
Saint-Efprit , entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château de Fontainebleau ,
& communia par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Enfuite S. M. toucha un grand nombre
de malades. Le même jour pendant la
Meffe , l'Archevêque de Tours , prêta
fer2494
MERCURE DE FRANCE.
ferment de fidelité entre les mains du
Roi. .
Le 3. de ce mois , fur lendemain de
la Fête de S. Martin , M. Pelletier , Prefident
à Mortier , reçût M. Portail en fa
nouvelle qualité de Premier Prefident , à
l'audience qui fe tint à huit heures du
matin il prêta ferment & prit féance au
Parlement avec les ceremonies ordinaires
. On plaida enfuite une cauſe , far
laquelle le nouveau . Premier Preſident
prononça . Il fut enfuite complimenté
par Mes les Gens du Roi , & par l'Abbé
de Champigni , Treforier de la Sainte
Chapelle , lequel peu de temps après celebra
la Melle en habits pontificaux , à la
Chapelle de la grand'Salle du Palais ,
à laquelle M. Portail affifta à la tête du
Parlement. Après la Melle chantée par
une excellente Mufique , le Parlement
en Corps & en Robbes rouges rentra ; les
Avocats & les Procureurs prêterent les
fermens ordinaires , après quoi M. le
Premier Prefident traita très- magnifique
ment la Compagnie.
Le même jour on prononça à la Cour
de Aydes des Difcours ou Harangues ,
qu'on peut appeller Mercuriales , puilqu'elles
n'ont pour but que de faire voir
en quoi les Juges peuvent manquer , &
ce qu'ils doivent faire pour répondre dignement
NOVEMBRE 1714. 2495
gnement aux obligations de leurs Charges.
M. le Premier Prefident , après avoir
reçû la vifite de tous les Prefidens &
Confeillers du Parlement , la leur a rendue
à tous en particulier.
On dit que les affaires de la Baftille
vont recommencer d'être inftraites par
M. de Ruau- Palu qui en a été nommé
Raporteur.
La voute de l'Eglife de Nôtre- Dame,
vers la croifée , étant toute refendue &
menaçant ruine , on commencera à l'échaffauder
après la pompe funebre du
Roi d'Espagne . Pour la reparer on affure
que le Roi fournit rooooo. liv . le Cardinal
de Noailles 20000. liv. & d'autres
perfonnes de confideration y contribuent
auli .
Le Roi a accordé une penfion de 3000.
livres au Marquis da Luc , Brigadier de
Cavalerie , fils du Comte du Luc , Chevalier
des ordres du Roi.
Le 10. du mois prochain , fecond Dimanche
de l'Avent , on fera l'ouverture
du Jubilé que le Pape a accordé à fon
exaltation au Pontificat.
Le 27. Octobre le Comte d'Uzès
Lieutenant General des Armées du Roi,
ey devant Capitaine des Gardes de Ma
dame , Duchelle de Berry , a été pourvû
da
2496 MERCURE DE FRANCE.
du Gouvernement de l'Ile d'Oleron , vacant
par la mort du Comte de Mongon.
KKKKKMKMKMK: KKKKKKKKK
MORTS , NAISSANCES , &c.
LE
E 23. de l'autre mois mourut en cette
Ville M. Michel de la Roche , Prêtre
, Docteur de la Maifon & Societé de
Sorbonne , Chanoine de l'Eglife de Paris,
Abbé Commendataire des Abayes Royales
de Claire - Fontaine , & de S. Melaine-
les- Rennes , âgé de 66. ans.
Dame Jeanne Maffon , épouse de M.
Mathieu Dotiart , Seigneur de Fleurance,
Preſident en la Cour des Monnoyes ,
devant Ecuyer ordinaire de Madame la
Dauphine , eft morte le 1o. de ce mois ,
âgée de 30. ans.
ci-
Jean Charles le Noir Ecuyer , Confeiller
Secretaire du Roi , âgé de 83. ans.
Jacques Bounet , Seigneur du Comté
de Negrepeliffe , Vicomté de Caftillon ,
&c. âgé de 19. ans.
Nicolas Dauxy , Ecuyer , Seigneur de
Boiffy , Chevalier de S. Louis , Lieutenant
Colonel du Regiment de Santerre ,
eft mort à Paris le 28. Octobre , âgé de
58. ans.
Le 27. du même mois naquit Claude
FranNOVEMBRE
1724. 2497
François , fils de M. Anne François Chevalier
, Seigneur Marquis d'Harville , &
de Dame Marie Anne Boucher fon époufe.
9
Dame Françoiſe Gabrielle de Brancas ,
épouſe de M. François Louis le Tellier
Marquis de Louvois , Lieutenant General
en furvivance du Marquis de Souvré fon
pere , au Gouvernement du Royaume de
Navarre & Pays de Bearn , & Capitaine
dans le Regiment Royal des Cravates ,
Cavalerie, mourut à Paris le 2 6. Octobre,
dans la vingt uniéme année de fon âge.
M. Barthelemy de la Rochefoucault
Marquis de Roye , Lieutenant General
des Armées du Roi , ci -devant Capitaine
des Gardes de Madame la Ducheffe de
Berry , mourut à Mouceaux le 3. Novembre
, âgé de cinquante & un ans. La
Maifon de la Rochefoucault , des plus anciennes
& des plus illuftres du Royaume,
porte pour Armes , Burelé d'argent , &
d'azur de dix pieces chargées de trois chevrons
de gueule , le premier ayant la pointe
coupée.
Marie de Lorraine , épouſe d'Antoine
Grimaldi , Prince de Monaco , Duc de
Valentinois , Pair de France , Chevalier
des ordres du Roi , mourut à Monaco le
30. du mois dernier dans la ƒre . année de
fon âge , étant née le deuxième Août
1674.
2498 MERCURE DE FRANCE .
1674. Elle étoit fille de feu Louis de Lorraine
, Comte d'Armagnac , Grand Ecuyer
de France , & de feue Gatherine de Neuville-
Villeroy. Elle avoit été mariée au
Prince de Monaco le 12. Juin 1688 .
On doit ajoûter à l'article du Marquis
de Mailloc, employé dans le dernier Mercure
, Comte de Clery , Baron de Compon
, âgé de 78. ans ; il avoit époufé .....
d'Harcour , fille du Maréchal de ce noin ,
dont il ne laiffe point d'enfans .
M. Jacques Jollain , Prêtre , Docteur
en Theologie , ancien Sindic de la Facul
té de Paris , de la Maifon & Societé Royale
de Navarre , & Curé de l'Eglife Pa
roiffiale de S. Hilaire du Mont , eft mort .
le -10. Novembre , âgé de 70. ans .
akakakakakakak kijkjkk ikk
BENEFICES DONNEZ.
LE
È Roi agrée & confent , qu'il foit
créé un Evêché in Partibus ,pour être
fuffragant de l'Evêché de Limoges , en
faveur de M. Charles Antoine de la Rocheaymond
, Prêtre & Vicaire General du
Diocefe de Limoges, Sa Majefté confent
auffi qu'il foit créé une penfion de fix mille
livres fur l'Evêché de Limoges , pour ,
le fieur de la Rocheaymond.
L'AbNOVEMBRE
1724. 2459
L'Abbaye reguliere de Notre - Dame &
de S.Jean l'Evangelifte de Foucarmont ,
Ordre de Citeaux , Diocefe de Rouen ,
vacante par le deceds de Dom Philippe
d'Heronville , en faveur de Dom Nicolas
Coquerel, Prieur de l'Abbaye de Vaux
de Cernay , à la charge de deux mille livres
de penfion , fçavoir 1ooo . au fieur
Jacques Guesdon Clerc tonfuré du
Dioceſe de Troyes , trois cens livres à
pareille fomme de trois cens livres à Dom
Dom Jean Louis Breas Prêtre Louis
Perreney , Religieux de l'Abbaye de la
Ferté, & quatre cens livres à Doin de Vers
de Vaudray , Religieux de Citeaux.
>
Le Prieuré de S. Gilles , près la Ville
du Fonteau de Mer , Diocefe de Lizieux ,
de l'Ordre de S. Auguftin , vacant par le
deceds du fieur Bigot , en faveur du hieur
Boullemer de la Martiniere , Clerc tonfuré
du Dioceſe de Senlis , à la charge de
quatre cens livres de penfion pour le fieur
Louis le Roy de Dannezy , Clerc tonfuré.
Le Prieuré de S. Lo dans la Ville dé
Rouen , vacant par le deceds de l'Abbé
de Choify , en faveur de M. Pierre Julien
Cozar de Rochechouart , Grand Vicaire
de l'Evêque d'Orleans.
Le Prieuré de S. Simphorien Daubigny
, Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Langres vacant par le decès du fieur
Abbé
2500 MERCURE DE FRANCE.
Abbé Boucher , en faveur du fieur Alexandre
Goulley de Boifrobert.
Le Prieuré Regulier de S. Pierre du
Luc , Ordre de S. Benoît , Diocèfe de
Luçon , vacant par la permutation admife
à Rome le 9. Juin 1723. en faveur du
fieur Mauclerc de la Mafanchere , Clerc
du Diocèse de Luçon.
La Prevôté Reguliere de Mont- Salvy
, Ordre de Saint Auguftin , Diocèſe.
de Saint Flour , vacante par le decès du
fieur Jacob Defpluches , en faveur du
hieur Jofeph Guintrandy , Prêtre du Diocèfe
d'Avignon , & Docteur en Medecine
, envoyé en Provence en 1720. par or
dre de la Cour , pour traiter les Peftiferez.
Le Cardinal de Noailles , Archevê
que de Paris , a donné le Canonicat de
Nôtre Dame , vacant par la mort de M.
Amelin , au Pere Portail , de la Congregation
de l'Oratoire , frere du Premier
Prefident.
Le Canonicat de Nôtre Dame du feu
Abbé de la Roche , ayant vacqué dans les
mois des Graduez , a été donnez par le
même Cardinal , à l'Abbé Parquet , qui
deffervoit la Cure de S. Germain le Vieil.
L'Abbé Morel , auffi Chanoine de Nôtre-
Dame a réfigné fon Canonicat à
l'Abbé de Joly de Fleury , neveu du Pro
cureur General du Parlement.
ARNOVEMBRE
1724.
25 F
ARRESTS , & c.
tentes fur içelui , du 22. Avril 1724. regiftrées
& publiées en la Cour des Comptes ,
Aydes & Finances de Normandie , les 4. & 10,
Mai 1724. En faveur des Gardes Generaux &
Particuliers des Eaux & Foreft , Qui les difpenfe
de prendre aucun enregistrement ès
Chambre des Comptes , ni aux Bureaux des
Finances , tant pour le paffé , que pour l'avenir .
ARREST du 19. Juillet , qui ordonne à
tous les Commis des Domaines , Bois & Finances
de prendre des Provifions & Commiffions
au grand Sceau , à peine de mille livres
d'amende.
ARREST du 1. Septembre ; ordonne que les
Recepiffez du Tréfor Royal , pour l'acquifition
d'Offices Municipaux , feront reçus en
Rentes Viageres ou Perpetuelles fur les Tailles
, au choix des Porteurs deſdits Recepiffez.
ARREST du 4. Septembre , qui ordonne
que les trois Libelles y mentionnez , enſemble
le Mandement de M. l'Evêque de Bayeux du
17. Juillet dernier , au fujet de la Conftitution
Unigenitus , demeureront fupprimez .
AVIS
2502
O
AVIS.
N donnera deux volumes du Mer
cure de France le mois prochain ,
dont le fecond fervira de Supplement aux
matieres qui n'ont pas pu trouver place
dans le cours de la prefente année , & con
tiendra une Table generale des principales
matieres,
APPROBATION,
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Novembre , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 2. Decenbre
1724 .
HARDION.
********** 888
TABLE
1
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce volume .
PIECES
Examen de la Tragedie de Berenice
IECES Fugitives. Ole à M. de Voltaire,
2291
122946
Epitres en vers contre les Critiques paffionnées
, & c. 2317
Relation exacte du
Couronnement de la Czarine.
Sonnet , Bouts-rimez.
2324
2344
Lettre fur une Lumiere
Septentrionale. 2345
Sonnet.
2352
Lettre de Malthe fur le remede de l'Eau à la
glace.
Autres Lettres fur le même fujer.
Sonnet au Mercure , & c.
2553
2558
2363
Lettre Critique fur la perfonne & les écrits de
Noftradamus.
2363
Enigmes.
2386
Chanfon , Parodie notée.
2387
NOUVELLES
Litteraires des beaux Arts ,
& c. Relation exacte de la mort du Roi d'Ef
2389 pagne.
Poefies de Mad, & de M Deshoulieres
. 2391
Catalogue des Manufcrits de Madame la
Princeffe .
Queſtion d'un jeune homme aux fçavans.
2399
2407
Recueil de Penfées Morales en vers François.
2408
du P.
Buffier. 24 9
"
Deux
nouveaux
ouvrages
Extraits de diverfes Lettres , & c.
Monftre , deux filles
jumelles fe tenant ,
2412
& c.
2413
Rentrée des Académies , Differtation fur Guillaume
le
Conquerant. 2419
Differtation fur la
conftruction des inftrumens
de
Mufique . 2424
Differtation fur une fleur qui produit une
teinture jaune . 2435
Nouvelles
Medailles frapées pour le Roi. 2433
Spectacles. Habis , Tragedie.
Les Mécontens , Comedie.
2436
2440
Le Triomphe du Temps , Comedie.
Armide , Opera.
Repreſentations à la Cour.
2442
243
2460
Nouvelles de Turquie , de Ruffie , de Pologne
, d'Allemagne , d'Espagne , Portugal ,
Angleterre , Hollande & Pays- bas , Italie ,
&c.
Morts , Baptêmes & Mariages.
Nouvelles de la Cour & de Paris.
2463
2484
2484
Conteftation jugée entre les Gardes du Roi
& les Gendarmes , & c. 2485
Naiffances , Morts , & c. 2496
Benefices donnez.
2498
Arrefts. 2501
Avis , deux volumes en Decembre. 2502
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2283. ligne 4. du bas , juſtes , liſez
injuftes.
Page 2236. ligne 36. Archimandrillle , lifez
Archimandrite.
Page 2338. ligne 2. du bas , couvertes , ajoutez
de boucles , & autres ornemens d'or
mafif.
Page 2339. ligne 21. brodré , lifez bordé.
Page 407. ligne 8. le Directeur , la direction .
Page 2411. ligne 4. du bas , Baudet , lifez
Daudet.
Page 2449. ligne 21. dans leur , lifez dans le
premier.
L'Airnoté doit regarder la page
La Medaille doit regarder la page
2387.
2432
Qualité de la reconnaissance optique de caractères