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1724, 09
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU ROT.
SEPTEMBRE 1724 .
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'OL
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
>
A VIS.
LA
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M , MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fonhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30. fols.
*1865
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
SEPTEMBRE
1724 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX **X
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE à M. de la Motte fur fa Tragedie
d'Inès de Caftro.
Octe Citoyen du Parnaſſe ,
De Genie avoué d'Apollon , Ꭰ
On ne fçait pas bien quelle place
*
Te donner au facré Valon ;
Autrefois , Poëte lirique ,
Tu réunis la voix publiqué ,
A ij
En
1866 MERCURE DE FRANCE.
En faveur de tes chants nouveaux ;
Aujourd'hui , fur un ton plus tendre
Ta mufe vient nous faire entendre ,
Des accords encore plus beaux.
Par tes foins l'Ode délivrée
D'un tribut fervile & génant ,
Ne fe trouva plus reſſerrée ,
Dans quelque fu; et éclatant ,
Horace , dans cette carriere
Fit voir qu'une fimple matiere ,
Peut avoir de grandes beautez ,
Lorfqu'une main induſtrieuſe ,
Sçait lui donner la forme heureuſe,
Par qui nos fens font enchantez.
A l'Ecole d'un fi grand Maître ,
Tu fis des progrès furprenans ,
Et nôtre fiecle vit renaître
Les Malherbes & les Racans,
(a) Le Devoir , l'Aftrée & la Gloire,
* L'Homme & le Temple de Memoire ,
(a) Odes de M. de la Motte.
La
SEPTEMBRE 1724. 1867
La Colere , & la Nouveauté ,
Et tant d'autres vives images
Firent briller dans tes ouvrages
Le goût & la varieté.
Par tout l'agréable & l'utile ,
Effort des plus rares efprits ,
Coulent de ta veine fertile ,
Et font l'honneur de tes écrits,
Par ce mêlange neceffaire ;
>
A l'Auteur qui veut toûjours plaire ,
Tu réjouis en inftruiſant ;
Effet digne de nôtre eſtime !
L'ignorant & l'efprit fublime ,
Sont fatisfaits en te lifant.
Mais quel eft ce nouveau miracle
Que ta plume enfante en ce jour !
Fut- il jamais plus beau fpectacle ,'
De vertu , d'honneur & d'amour

Inès , par je ne fçais quels charmes ,
Malgré nous fait couler nos larmes ,
Nous admirons fes fentimens ;
Nous aimons la tendre induſtrie ,
A iij Qu'elle
1868 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elle employe à fauver la vie ,
De fon époux , de fes enfans.
Que ne puis-je , d'un nouveau zele ,
Elevant mon vol dans les airs ,
Faire éclater quelque étincelle ,
Du feu qui brille dans tes vers !
Je tracerois ici l'image ,
Des beautez qu'à tout ton ouvrage,
Prête une heureufe invention ;
Ta Muſe n'afpirant qu'à plaire ,
Mépriſe une route vulgaire,
Par une noble ambition.
Envain une Muſe captive ,
Dans l'étroite prifon de l'art ,
Veut fe montrer un peu plus vive ,
Elle craint toûjours quelque écart.
Efclave aux regles affervie ,
Envain le fujet l'y convie ,
Elle n'ofe trop s'enhardir.
Loin cette groffiere chimere ;
La grande regle c'eſt de plaire ;
C'eſt par - là qu'on peut réüffir.
Ainf
SEPTEMBRE 1724. 1869
Ainfi le Cid dans fa naiffance
Ne trouva que des partifans ;
Le rang , le credit , la ſcience ,
Contre lui furent impuiflans ;
L'Académie , en politique ,
En fit une exacte critique ,
Chef-d'oeuvre digne de fes foins ,
Vains efforts d'une envie outrée !
La critique fut admirée ;
Mais le Cid ne le fut pas moins.
Telle aujourd'hui ta Tragedie ,
En butte aux critiques efprits ,
A fait naître une Parodie
Qui n'en rabaiffe pas le prix.
Les agrémens de cet ouvrage
Empruntent tout leur avantage ,
Des plus grandes beautez du tien',
Et Virgile dans l'Eliſée ,
Se croit peu digne de riſée ,
Quoiqu'on ait traveftit le fien.
Acheve , tes fçivantes veilles ,
La Motte , malgré tes rivaux ,
A iiij Des
1870 MERCURE DE FRANCE.
Des Racines & des Corneilles ,
Egale les nobles travaux .
Animé du feu qui te guide ,
Suivant les traces d'Euripide ,
Tu cours à l'immortalité ;)
Après avoir atteint Horace ,
Tu trouveras entre eux la place
Que te doit la pofterité.
LETTRE de M. de la Grange à M.
Desfontaines , Auteur de l'Extrait de
fes Oeuvres -mêlées , qui a été inferé
dans le Journal des Sçavans du mais
de Juin dernier.
MONSI ONSIEUR ,
Loin de vous fçavoir mauvais gré de
l'efpece d'Extrait de mes Oeuvres- mêlées ,
dont vous avez embelli vôtre Journal du
mois dernier , je vous fuis extrêmement
obligé de la moderation que vous
avez pratiquée à mon égard. Je fçai que
vous en pouviez dire plus de mal que
* Juin 1724. page $ 89 de l'Edit . d'Hollande.
Vous
SEPTEMBRE 1724. 1871
vous n'avez fait ; & puifque vous vous
êtes contenté de n'en attaquer que quelques
endroits , je ferois ingrat fi je ne
vous rendois pas mille graces pour tous
ceux que vous avez fi genereufement
épargnez . Je vous avoüerai franchement,
Monfieur , que lorfque j'appris le choix
qu'on avoit fait de vous , pour faire revivre
le Journal des Sçavans , je craignis
que vous ne nous donnaffiez des Extraits
auffi ferieux , & auffi détaillez que
ceux de vos devanciers ; mais j'ai été
agréablement détrompé quand j'ai vû que
vous preniez une route toute opposée
que vous donniez à vôtre nouveau Journal
un air comique , capable d'égayer les
matieres les plus ferieufes , même aux
dépends de la verité , & que tout ennemi
des Poëtes que vous paroiffez l'être ,
vous ne dédaignez pas d'orner vôtre Profe
des mêmes fictions , qu'ils n'employent
ordinairement que dans leurs Oeuvres
Poëtiques.
Après m'avoir d'abord défigné par
quantité de vers , que vous me faites la
grace de m'attribuer , & dont la prétendue
fecondité eft bornée à quelques Tragedies
, aufquelles le Public n'a pas refufé
fon approbation , j'admire l'adreffe avec
laquelle vous paffez fous filence toutes
les diverfes fortes de Poëfies dont mon
A v volu1872
MERCURE DE FRANCE.
volume eft compofé , pour achever plus
promptement vôtre Extrait , & pour vous
attacher uniquement à la derniere de mes
Epitres , adreffée à M. de la Motte , la
quelle vous paroît plus digne de vôtre
attention . On peut dire que jamais Athletes
n'ont fourni leur carriere avec plus
de rapidité , que vous fçavez fournir la
vôtre , & que par un art dont je ne connois
point l'uſage , à peine êtes - vous entré
dans la lice ,. que vous touchez déja
le but .

Cependant quelques courtes que foient
vos Remarques , j'y ai trouvé tout le bon
fens , tout le bon goût , & toute la pureté
de ftile , dont vous trouvez que mes onvrages
font dépourvûs , & les aimables
plaifanteries dont vôtre Extrait eft rempli
, ne m'ont pas fait moins de plaifir
que M. de la Motte dit en avoir reçû de
la Parodie de fon Inès . S'il eft pourtant
vrai , comme vous le dites au commencement
de ce précieux Extrait , que je me
fuis rendu celebre par mes talens , comment
puis -je me flater de cette gloire ,
avec les défauts que vous me reprochez
bien-tôt après ?
il
Quand on veut critiquer un ouvrage ,
y a un art infini à n'en raporter , comme
vous faites , que quelques fragmens ,
& fur tout les commencemens de quelques
SEPTEMBRE 1724. 1873
ques tirades dont le fens n'étant pas fini ,
eft ordinairement fufceptible de tous ceux
que veulent lui donner des plumes auffi
délicates que les vôtres.
Par exemple , je blâme , dites - vous ,
cet Ambaffadeur qui difparoît dès la premiere
Scene , & j'exprime ma Critique par
ce vers .
(a) De ton Ambaffadeur je ne fuis pas content
.
Vous ne dites point les raifons qui authorifent
ce mécontentement. Les voici :
Je veux le voir répondre à ce titre éclatant ,
Et d'un (6) Flaminius égalant la Nobleffe ,
Prendre quelque intereft dans le cours de la
Piece ,
Il valoit mieux , l'ôtant du nombre des Acteurs
,
Dérober fa prefence à tes admirateurs ,
Et qu'un fimple recit d'Alfonfe ou de la Reine,
Apprit en peu de mots le fujet qui l'amene ,
Que de le voir fertile en brillans fuperflus ,
Débiter fa Harangue & ne paroître plus.
Si vous aviez rapporté cette tirade de
(a) Oeuvres mêlées , page 128 .
(b) Perfonnage de Corneille dans la Tragedie
de Nicomedie.
A vj ver
1874 MERCURE DE FRANCE .
vers dans tout fon entier , vôtre eſprit
auroit moins brillé , à la verité , mais on
n'auroit point eu de reproche à vous faire
du côté de la fincerité.
Je prétens , ajoûtez- vous , que le rôle de
Conftance , fi condamné dans les Paradoxes
Litteraires , & fi digne à prefent de vôtre
fuffrage , est un perjonnage un perjonnage de Comedie :
& parce que je dis , après quantité de
bons Auteurs , que le Coburne eft rival
du Brodequin , vous pouffez les agrémens
de vos ingenieufes faillies jufqu'à vouloir
nous perfuader que par la même raifon
l'Elegie eft rivale de la Satire , & le
Poëme Epique eft rival de l'Epigramme.
Ne pourroit - on pas dire avec moins
d'efprit que vous , mais avec plus de
vrai- femblance , que la bonne - foi eſt la
rivale de vos Extraits ?
Ne me feroit-il pas facile , Monfieur ,
de vous en convaincre , quand vous me
reprochez d'avoir écrit que la terre d'un
certain Duc étoit voisine de mes terres , on.
n'a qu'à jetter les yeux fur mon (a) Livre
pour connoître le changement que
vous faites aux termes dont le Libraire
s'eft fervi. Il a pû dire , conformément
à la verité , & à la bienféance , que mes
terres font voifines de celles que ce Duc
a en Perigord'; mais comme de beaux ef-
(a) Page 109. dans ces Remarques.
"
prits
SEPTEMBRE 17247
1874

prits comme les vôtres ne s'attachent pas
fcrupuleuſement aux termes , il eft bon
qu'ils ne foient pas raportez fidellement ,
puifque le changement que vous y faites
, par la tranfpofition de quelques
mots , nous procure des Extraits fi facetieux
, & des plaifanteries fi dignes de
vous , que le titre de Journal Comique
ou de Journalistes en belle humeur , vous
conviendroit mieux que celui
avez adopté.
que vous
3.
On trouve encore dans mon Recueil une
Epître à M. de Voltaire , où je prétens .
felon votre jugement , faire un eloge trèsflateur
des talens de cet illuftre Poëte , en
lui difant qu'il est aujourd'hui ce que je
fus autrefois . Je confeffe , Meffieurs , que
tout illuftre qu'eft déja M. de Voltaire
& par vôtre aveu , & par la bonne opinion
que j'ai de lui , je n'ai pas crû alterer
fa réputation , quand je me suis hazardé
d'élever fon Oedipe au - deffus de
ma Tragedie d'Orefte & Pilade , que je
donnai au Public dans un age encore
moins avancé que le fien. Je fouhaite au
contraire , pour la gloire & pour la fatisfaction
de ce jeune Auteur , que fa
Tragedie fe foutienne autant que la mienne
, quand les Comediens les redonneront
au Public.
,
Voilà , ce me feinble , Monfieur , tous
les
1876 MERCURE DE FRANCE.
les articles fur lefquels roule vôtre fçavante
Critique ; je n'aurois jamais eu ni
la force , ni l'affurance de vous répondre,
fi vous ne m'en aviez fourni les moyens
pour le peu d'étendue que vous avez
donnée à vôtre Extrait. C'eft un furcroit
d'obligation , auquel je ne fuis pas
infenfible.
Je vous prie d'en être perfuadez ,
& que je ne cefferai jamais de me dire
avec une reconnoiffance égale à l'eftime
que j'ai pour vous , Monfieur , vôtre trèshumble
, & très- obéiifant ferviteur .
La Grange.
A la Haye , ce 21. Juillet 1724 .
BOUTS - RIMEZ propofez dans lefecond
volume du Mercure de Juin .
SONNET.
UNpeuple entier naîtra tel que fut Gérion ,
Les filles au berceau liront la Mandragore,
L'Amant craintif fuivra les traces d' Ixion
Et les meilleurs cerveaux uferont d'Ellebore .
Caffini confondra l'Ourſe avec Orion
9
R.... paffera pour un vrai Pithagore ,
On
SEPTEMBRE 1877°
1724.
On fera de Luther Canonifation ,
Phosphore.
Confortatif,
Et l'on préferera l'allumette au
L'Alican ceffera d'être un
Le Courtiſan perdra le goût de l' Optatif,"
>
Le Vieillard énervé danfera la Gavotte.
Le Pape fiegera dans
Un Château ruiné fera fans vent
Hierapolis ,
Caulis
Quand Paris n'aura plus Catins , filoux , ni
Crotte
On vient de nous envoyer deux
Odes qui ont remporté le Prix à Caen ,
dans la derniere ceremonie du Palinod
ou Puy. L'explication de ce terme eft à
la fuite des deux Odes , & par l'Auteur
même des Odes.
*******************
O.DE en l'honneur de l'Immaculée Conception
de la Vierge , couronnée
à Caën l'an 1724.
Argument.
Out ici-bas eft periffable , & fujet
à la mort , excepté la vertu , fuivant
Ta
ces
1878 MERCURE DE FRANCE.
ces paroles de Salomon : vanitas vanitatum
& omnia vanitas , aufquelles l'Imitation
de Jefus Chrift ajoûte prater amare
Deum , & illi foli fervire.
:
Au fon de ma Lyre plaintive ,
Foibles mortels , verfez des pleurs ,
que la nature attentive Et
Tremble au recit de fes malheurs.
L'Eternel pour venger nos crimes ,
Fit fortir des fombres abîmes ,
Un Monftre pâle , énorme , affreux.
Devant lui court le Temps rapide :
La Guerre à fes côtez prefide ,
Et des maux l'Eſcadron hideux.
Suivi de ce triffe cortege
Il va parcourant l'Univers.
Près de lui point de privilege :
Il frape & met tout dans fes fers
Les coups de fa faux meurtriere,
Font du monde un grand Cimetiere ,
Où regne l'allarme & le Düeil- ;
La foeur ici regrette un frere ,
Plus
SEPTEMBRE
1879
1724
Plus loin les fils pleurent leur mere ,
Qu'ils fuivront de près au Cercueil.

Pour de plus nombreuſes conquêtes ▾
Il part, & vole aux champs de Mars ,
Combien je vois tomber de têtes
Parmi les bataillons épars !
Heros , victimes de la gloire ,
Vos Lauriers , & vôtre victoire ,
Au tombeau fe vont terminer ;
Comparons aujourd'hui la cendre ,
D'un lâche à celle d'Alexandre ,
Queloeil pourra la difcerner ?
Vous à qui la crainte ſervile ,
Dreffe de profanes Autels ,
Affis fur un Trône fragile ,
Prétendez- vous être immortels ?
Demain cette grandeur fuprême ,
Et l'éclat de ce Diadême ,
Örneront un front étranger ,
La mort d'un coup égal moiffonne ,
Et la Houlette & la Couronne ,
Et le Monarque & le Berger.
L'in-
1
1880 MERCURE DE FRANCE.
L'infenfé meurt comme le fage ,
Que font aujourd'hui les Zenons ,
Les Diogenes , dont nôtre âge ,
A peine conferve les noms ?
La mort fit fouvent leur étude ;
Dans le fein de la folitude ,
Ils aimoient à la mediter :
Philofophant fur toutes chofes ,
Ils en ont découvert les caufes ,
Mais qui d'eux a pû l'éviter ?
Ce que la mort ne peut détruire ,
Le Temps rongeur en vient à bout ;
Le Bronze cede à fon empire ,
Il dévore & confume tout.
Pyramides , Aréopage ,
Beautez d'Epheſe & de Carthage ,
De vôtre éclat qu'eſt- il reſté ?
L'Hiftoire s'en fouvient encore ,
Mais fouvent le paffant ignore ,
Quelle place vous a porté.
M
Montrez-moi ces Tableaux illuftres ,
Par la main d'Apelle tracez >
SEPTEMBRE 1724. 1881
Depuis quelle foule de luftres
Ces divins traits font effacez !
Monumens des regnes antiques ,
Medailles , titres chimeriques ,
Des Empereurs & des Heros ",
Jouets des ans & de la guerre ,
Vous êtes obfcurs fur la terre ,
Ou bien égarez fous les flots.

À quoi bon, Filles de memoire .
Cacher ici la verité ?
Envain d'une immortelle gloire ,
Vous flatez nôtre vanité.
Le ravage des ans confume ,
Le nom , le titre , le volume ,
Et la mort trompe nôtre eſpoir ;
Cruelle , calme un peu ta rage,
Et fai du moins grace à l'ouvrage ,
Où je celebre ton pouvoir.

La vertu bravant les années ,
Seule jouit d'un fort plus beau ;
Franchit la loi des deſtinées ,
Et vit au- delà du Tombeau.
Heroïfme
1882 MERCURE DE FRANCE.
Heroïfme , vertus payennes ,
Et vous, Ames Stoïciennes,
Vous n'êtes grandes qu'à nos yeux ;
Mais la vertu du vrai fidele ,
S'affure une glòire immortelle ,
Et fur la terre & dans les Cieux.
Allufion.
Je peins une mort plus cruelle ,
Qui ravage cet Universi
Le crime , peſte originelle ,
Monftre vomi par les Enfers.
Conçu fur fon dur efclavage ,
Tout mortel éprouve fa rage ,
Et trouve en naiffant le cercüeil ;
Une Vierge du Ciel cherie ,
Seule échappe à ſa tirannie ,
Et triomphe de fon orgueil.
Heurtauld , Prêtre de S. Gilles de Caën.
IN
SEPTEMBRE 1724. 1883
IN puriffimum. Deiparæ Virginis
Conceptum.
ODE.
Qua premium retulit Cadomi an. 1723 .
Orpheus it ad inferos , & à Plutone carminibus
delinito conjugem obtinet....
Gautruche , Hift. Poët.
D
Efcende Cælo , Calliope ; Lyram
Orphei paterno munere traditam
Concede , & hos tentabo canțus
Quos Thracii Stupuêre montes.
Quò me volantem Pegaſus abripit ?
Aftris repoftum confpicio Ifmari
Jugum , atque circumjecta longè
Moenia , Templa , viros vagantes.
Hæc inter errat plenus Apolline
Apollini Orpheus ipfe fimillimus,
Favete linguis : Plectra pulfat
Pollice, voce , Lyraque doctus.
Effufa
1
1884 MERCURE DE FRANCE.
Effufa circùm turba avium filer ,
Pronaque divinum aure bibit melos ,
Tremente fuffragatur alâ ,
Seque dolet Philomela victam .
At ô triumphi forma nova ! a bores
Et faxa ab imis Eruta fe lit us ,
Aditant canenti . Viva dicas
Cuncta fequi numeros fugaces.
Sedes amoenas quâ fluit Oëagrus
Orpheus revifit : Naïadum chorus
Hinc indè concurrit : ftat amnis ,
Aut refluâ comitatur undâ,
Euntem , at Eheu ! Pro modulis cier
Sufpiria Orpheus, Barbitos excidit
Manu tenentis : quippè nigram
Tranfiit Euridice Paludem ,
Heu fida quid non pectora conjugis
Cogunt amores ! Tentat & Orpheus
Iter fub umbras. Sponte tellus
Panditur , & faciles eunti
Vias
SEPTEMBRE 1724. 188
Vias miniftrat. Navita jam Charon
Latus canentem transfluvium vehit :
Trifaucis en cuftodis ora
Preffa novo filuêre cantu.
Horranda Ditis Muficus atria
Subit : canoram Barbiton excitat :
Ceffan: querela , luctus , horror ,
Et furor Eumenidum quieſcit.
Tirannus alto de folio ftuper :
Sonoque primùm captus amabili
Manfuefcit , & conjux Marito
Reddita fit pretium canentis .
Allufio .
Sic præpotentis munere gratiæ
Deus triumphat Dæmona , flaminis
Et fponfa divini Maria
Libera fit meliore fato .
vel
Si fabulofis jungere facra fas ,
Adumbret Orpheus illecebras Dei
Orci poteftates domantis ,
Sofpes & Euridice Mariam .
Car. Heurtauld , Sacerdos S. Ægidii
Cadom,
MON1886
MERCURE DE FRANCE.
Palined ou Pui , c'eft la même chofe ;
mais l'Analogie eft dans le fens , non
dans les mots. Pui vient du mot Latin
Podium , qui fignifie un lieu élevé : ainſi
un Poëte a dit : Podio fublimis ab alto ..
Dans les Jeux Romains on nommoit Podium
une plate- forme au- devant de l'orcheftre.
C'étoit la place de l'Empereur
des Tribuns , des Senateurs , des Veſtales
, & de l'Agonothétę . Par Analogie
au Theatre Romain , à Caën & à Rouen,
Palinod eft appellé Pui de la Conception ,
parce qu'à cette Fête on éleve un Theatre
, où font les Juges , le Corps de l'Univerfité
, les Fondateurs , & les Lecteurs
des Pieces. Ainfi être couronné au Palinod
, ou fur le Pui de l'Immaculée Conception
, c'eft la même choſe.

A
SEPTEMBRE 1724. 1887
A Mad. Raulin , en lui envoyant pour
Bouquet le jour defa Fête douze bouteilles
de vin de Champagne 1709. Sur
l'Air. Quand je bois de ce bon vin ,
ma raifon , & c.
Our Bouquet , belle Raulin ,
pour
Daignez recevoir ce vin ,
L'amour fe plaindra ,
Quand il apprendra
Cette offrande nouvelle :
Eft-ce , dira-t'il , pour cela ,
Que je la fis fi belle ? lan la ,
Que je la fis fi belle ?
Mais ce Dieu s'appaiſera ,
Du moment qu'on lui dira ,
Que ce vin offert ,
Tout au plus ne fert ,
Que d'offrande apparente :
Et qu'en fecret fous ce nom- là ,
C'eſt le coeur qu'on preſente , lan la ,
C'est le coeur qu'on prefente,

B LA
1888 MERCURE DE FRANCE.
LA Fête des Tulippes : Lettre écrite de
Conftantinople le 21. Avril 1724.
Q
par
M. de V. à M. de la R....
pas encore
aurez
Uoique je ne fçache
Monfieur , comment
trouvé la Defcription du beau lieu de
Sadiabath , que je vous envoyai au
mois de Janvier dernier , je continuerai
de vous faire part de tout ce qui me paroîtra
curieux dans ce pays - ci pendant le
féjour que j'y ferai.
Depuis dix ou douze jours le Grand
Seigneur eft à Biziftache , à la maifon du
Grand Vifir , fur le Canal qui va à la
Mer Noire , avec les quatre Princeſſes ,
fes filles , dont vous avez déja parlé dans
vos précedens Journaux , & plufieurs
Sultannes de fon Serrail pour voir la Fête
des Tulippes qui s'y fait tous les foirs
elle s'appelle ici Tfirigan ; elle eft d'un
goût fi nouveau par rapport à nous , que
j'ai crû que je vous ferois plaifir , Monfieur
, de vous marquer ce que j'en ai
pû fçavoir , tant par oui dire que pour
en avoir vu une autre , qui s'eft faite en
conformité , chez M. Lukaki premier
Drogman d'Angleterre , qui peut paffer
pour
SEPTEMBRE 1724. 1889
pour une copie affez jufte de ce d'vertif
fement.
Cet Interprete étant venu le 15. de
ce mois chez M. l'Ambaffadeur de France
pour lui fouhaiter le bonnes Fêtes de
Paques , fuivan : l'ufage ' e ce pays . Après
un accueil convenable , il fut queſtionné
par ce Miniftre fur diveries chofes , &
entr'autres fur ce qu'il fçavoit de la Fête
des Tulippes ; celui - ci en ayant fait un
détail affez curieux , M. de Bonnac lui
témoigna qu'il étoit fort content de
fon rapport ; mais en même temps il
lui fit connoître que pour en mieux comprendre
la beauté il faudroit que quelqu'un
fit une femblable Fête. Le Drogman
offrit genereufement de prendre la
chofe fur lui , & de demander au Grand
Vifir la permiffion pour faire une pareille
Fête dans fa maifon.
En effet , deux jours après il vint dire
à M. l'Ambaladeur de France , que le
Grand Vifir lui en avoit accordé , nonfeulement
la permiffion ; mais de plus
qu'il l'avoit loué dans cette entrepriſe ,
& lui avoit fait un prefent confiderable
à cette occafion . Il eut la précaution d'en
avertir les principaux Officiers de l'Empire
, tels que le Boftangi Bachi , le Janiffaire
Aga, le Vaivode du quartier , &
les autres Officiers prépofez pour la Po-
Bij lice .
1890 MERCURE DE FRANCE.
lice , afin qu'ils ne fe trompaflent pas à
l'éclat des illuminations de la Fête , &
qu'ils ne le priffent pas pour un feu
accidentel dans le quartier de Pera.
La nuit du 2o . au 21. de ce mois fut
; choifie pour cette Fête : elle fut fi belle
qu'il n'y avoit pas dans l'air un fouffle
de vent ; en un mot , tout fembloit concourir
au deffein projetté. M. l'Ambaffadeur
de France fut averti lorfque tout
fut preparé, & fe tranfporta dans la maifon
du fieur Lukaki , qui eſt voiſine de
fon Palais , accompagné de Madame l'Ambaffadrice
, de Ms fes fils , & d'une partie
de leur fuite. L'Ambafladeur d'Angleterre
, les deux de Venife , celui de
Hollande & fon époufe , & les Réfidens
d'Allemagne & de Ruffie s'y trouverent
auffi , ils furent tous recûs d'abord au fon
des inftrumens dans un Kiosk , meublé
de Sofas très propres , enclavé dans le
milieu de l'extrêmité du Jardin ; enforte
qu'ils avoient en face la terralle & le
parterre du Jardin , dont je vais faire la
defcription , & des deux côtez les planches
& les plattes bandes . Sans m'amufer
à en faire une particuliere de ce Kiosk
je me contenterai de m'en fervir pour en
prendre mon point de vue. La terraffe
qu'il regardoit directement , étoit la
tie du Jardin la plus éloignée ; elle étoit
paréleSEPTEMBRE
1724. 1891
élevée au-deffus à hauteur d'homme ,
coupée de planches de Tulippes , d'Anemones
& de Renoncules en long & en
large , & le mur du fonds étoit garni de
400. lampes de verre de differentes couleurs
, mais de même grandeur. Le bas
de ce mur étoit garni de miroirs , poſez
à la tête des planches , où étoient les
fleurs en terre & dans des fiolles , pour
remplacer celles qui y manquoient ; elles
étoient femées de bougies plus hautes
qu'elles- mêmes , dans des bobeches de
fer blanc , à queues pointuës , fichées en
terre en cimetrie , à un pied de diſtance
les unes des autres , & les bords de la
terraffe étoient ornez de vingt- cinq ou
trente Orangers nains , tous portans
fleurs & fruits dans leurs vafes de terre
rouge.
Au bas de cette terraffe étoit un efpalier
de Jaffemin d'Efpagne , caché,d'ef
pace en efpace par d'autres grands miroirs
, qui pofez obliquement repetoient
comme dans un lointain , le parterre ,
les allées & les planches , toutes parfe
mées de bougies comme celles de la terraffe
.
Le parterre dont je viens de parler.
merite , ce me femble , fa defcription
particuliere , on le peut comparer à une
petite coline toute ronde , élevée dans
B iij
fon
1892 MERCURE DE FRANCE.
fon milieu d'environ trois pieds de haut ,
les compartimens font des quarrez ,
des
triangles & des ronds égaux & inégaux
qui fe rapportent cependant par cimetrie
à former la partie la plus élevée , qui
eft un rond au milieu. Les terres de ces
compartimens font foutenues par des carreaux
de fayance peinte , apparens en dehors
de la hauteur de trois ou quatre
pouces fuivant l'élevation de la terre ,
enforte que les allées qui font de niveau,
femblent coupées dans cette petite élevation
, & que les fleurs paroiffent toutes
à l'oeil comme en piramide , de quelque
côté qu'on les regarde . Les petites allées
de ce parterre , ainfi que toutes les autres
du Jardin font toutes de cailloux ovales
égaux entr'eux , blancs & noirs incruftezdans
du ciment , reprefentans des Cyprez
, des Etoilles , des Spheres & diverfes
figures , ce qu'il y a de plus curieux
, c'eft que ces cailloux font rapportez
les uns auprès des autres avec tant
d'art que l'on n'en apperçoit point le ciment,
& qu'ils ne laiffent voir que la fuperficie
de leurs figures .
Une grande toile pofée en forme de
Marquife de Tente , couvroit preſque
tout le Jardin qui n'étoit que de vingtcinq
pas de long fur autant de large , mais
plus particulierement les planches de
TulipSEPTEMBRE
1893
1724.
Tulippes & des Renoncules , voifines
de la grande allée qui fe diftinguoit par
une espece de double baluftrade de bois
rougi , entre laquelle il y avoit des Rofiers
en fleurs comme en efpaliers.
Cette même baluftrade étoit jointe en
haut par de petites traverfes , les uns
proche des autres , & de petits ronds de
bois , fur lefquels il y avoit des bougies
dans des flambeaux d'argent & des girandoles
entremêlées de vazes remplis deGirofflées
doubles de toute couleur , & de
fiolles remplies de bouquets , de Tulippes
, d'Anemones , & de Renoncules
toutes des plus belles. Les endroits où
cette allée étoit coupée par les autres ,
étoient diftingués par de petits arbres
fruitiers , qui commençoient à prendre
leurs feuilles , tous garnis de Ceriſes naturelles
rapportées , quinze ou vingt miroirs
pofez du long de cette balustrade en
regard au côté droit du Kiosk , doubloient
& repetoient les fleurs , les illuminations
, & en relevoient l'éclat.
Du milieu de la traverſe qui foutenoit
la toile que j'ai comparée à une Marquife
, pendoient des luftres & plufieurs
cages , garnies de Serins de Canarie , de
Roffignols , & de folitaires , qui trompez
par la lumiere qu'on leur avoit
cachée trois jours de fuite , formoient
B iiij
un
1894 MERCURE DE FRANCE.
un concert naturel tout-à-fait melodieux . "
Après que tous les Miniftres & leurs
fuites eurent examiné cette Fête pendant
quelque temps , ils furent invitez à paffer
dans une grande falle , fituée iminediatement
derriere le Kiosk , ils y trouverent
tous leurs Muficiens raflemblez ,
qui d'abord commencerent à concerter.
Dans le milieu de cette falle il y avoit
une grande table ſervie de toute forte de
fruits & de confitures , & à côté deux
buffets dreffez remplis de toute forte de
vins & de liqueurs.
Cette Fête a duré depuis neuf heures
du foir jufques à trois heures du matin .
Comme celui qui la donnoit n'y avoit invité
que les Miniftres & leurs fuites ,
les fenêtres des maifons voisines qui .
étoient remplies de têtes de femmes en
piramide , chargées de pierreries tant fines
que fauffes , & les murailles du Jardin
couvertes de têtes de l'un & de l'autre
fexe, ajoûtoient une nouvelle perfpective
affez bizare , mais auffi belle que
finguliere.
J'oubliois de vous dire , Monfieur ,
que les fleurs tomberent en quelque façon
dans la même erreur que les oifeaux ,
qu'elles s'ouvrirent & s'épanouirent toues
comme elles auroient pû faire fur le
midy le plus ferain .
M.
SEPTEMBRE 1724. 1895
M. l'Ambaffadeur de France envoya le
lendemain à celui qui avoit donné la Fête
une medaille d'or du Roi Louis XIV. de
la valeur de plus de cent piaftres .
Je pafferai prefentement à ce que j'ai
fçu que l'on pratiquoit de plus dans les
Fêtes que le Grand Vifir donne au Sultan.
Le lieu étant beaucoup plus grand
il y a d'abord beaucoup plus de lampes &
d'illuminations & quantité de clinquant
en lames , & en découpure d'or & d'argent
les bougies font fichées en terre
avec plus de methode en plus grand nombre
, & dans une autre ordre ; on pratique
de plus de faire dorer deux ou trois
cens tortues , fur le dos defquelles on
éleve à chacune une bobeche de ciment
doré , dans laquelle on met une bougie
puis on les diftribue dans les allées du
Jardin , ce qui forme une illumination
ambulante tout- à- fait finguliere.
J
La veille de la Fête dont je viens de
faire la defcription , le Grand Vifir pour
ajoûter au plaifir que le G. S. prend à
cette forte de divertiffement , fit faire un
Radeau , ou ponton quarré de 20. pieds
de long , fur autant de large , couvert de
terre , diftribuée par bandes & par compartimens
comme un veritable Jardin ,
tout parfemé de fleurs dans des folles
& de bougies à demi enterrées ; ce R1-
By deas
1896 MERCURE DE FRANCE.
deau étoit conduit par huit Caïques qui
fe relayoient de quatre en quatre , & promenoient
ainfi ce Jardin flotant le long
du Canal , diverfifiant ainfi le plaiſir du
Grand Seigneur , & en le procurant à
tous ceux qui font logez fur le Canal .
C'eſt à vous prefentement , Monfieur,
qui connoiflez & frequentez les curieux
de toutes les efpeces , en vous entrete
nant avec quelques curieux en fleurs qui
font à Paris en affez grand nombre , de
leur propofer d'y introduire ce nouveau
plaifir , il fuffit que c'en foit un pour y
être reçû favorablement . Je me fouviens
entr'autres de deux perf nnes de goût &
de merite à qui cela pourroit peut -être
convenir , M. de Re on , Lieutenant
General d Artillerie , Commandeur de
l'Ordre de S. Louis eft le premier, il eft
déja fort connu à Conftantinople par les
belles fleurs , dont il a fait prefent à Mehemet
Effendi dans le temps de fon Amballade
en France. L'amitié particuliere
qu'il avoit contracté avec ce Miniftre
femble l'engager a faire valoir en France,
& à relever les plaifirs qui fint en ufage
à Conftantinople , mais je ne fçais fi fon
Jardin ne feroit pas trop grand. L'autre
eft M. Defcoteaux qui eft de vs amis ;
s'il a confervé fon petit Jardin au Luxembourg
, il me femble qu'il fero t plus
propre
SEPTEMBRE 1724. 1897
propre à une pareille Fête . Vous pou
vez affurer , Monfieur , celui qui s'en
voudra donner la peine qu'il l'emportera
de beaucoup au-deflus des Turcs , leur
goût pour les fleurs n'étant pas encore
dans la perfection , principaleinent
pour
les Tulippes. Celles à cent feuilles , les
Dragonnes , les fimples , les plus lon
gues , & les plus pointues font chez eux
ce qu'il y a de plus parfait ; ils n'ont
égard ni au panache , ni à la forme du
Calice , ni au coloris du dedans , pourvû
que les feuilles qui compofen la fleur
foient entierement pointues & longues ,
cela leur fuffit .
Quant aux Renoncules porte- graines ,
elles ne font pas plus belles ici qu'en
France , mais nôtre goût le rapporte affez
avec le leur , excepté fur quelques couleurs.
Pour ce qui eft des Candiottes ,
elles font ici infiniment plus belles , plus
fortes & plus faciles à venir qu'en France.
Je ne fuis entré dans ce détail que
pour tenter quelque curieux , en lui faifant
connoître fincerement l'avantage
qu'il aura du côté des Tulippes , en quoi
confifte la veritable curiofité. Je fuis ,
Monfieur.
с Quic
B vj
A
1898 MERCURE DE FRANCE:
A Celimene , fur la mort de fon Perroquet.
LE Perroquet de Celimene ,
Prefent qui lui venoit de la rive lointaine,
Où le flambeau du jour lance fes premiers
feux ,
A fubi l'Arreft rigoureux ,
Prononcé contre lui par la parque inhumaine.
Par vos foupirs & par vos pleurs ,
Venez,tendres oifeaux, exprimer vos douleurs ,
Et vous plaintive Philoméle ,
Oubliez l'injure cruelle ,
Que vous fit l'époux de Progné ;
Depuis que vous verfez des larmes
Le temps a dû calmer vos funeſtes allarmes ;
Pleurez d'un Perroquet le fort infortuné.
Eh ! quoi ni ton brillant plumage ,
Ni ta charmante voix qui de nôtre langage ,
2. Imitoit fi bien les accens ,
N'ont pû , cher Perroquet , t'affranchir du
voyage ,
Du fombre empire où tu defcends ?
En
SEPTEMBRE 1899 1724.
Envain dans tes beaux jours filez d'or & de
foye ,
As-tu de Celimene éprouvé les faveurs ,
Peut- elle aujourd'hui par fes pleurs ,
Au rigoureux Pluton faire lâcher fa proye ?
Tout cede aux rigueurs du deftin ,
Et fes coups font plein d'injuftice ,
Inexorable affaffin !
Il épargne bien moins la vertu que le vice.
De la vieille Corneille il refpecte les ans ,
Ceux du Milan cruel , du Vautour fanguinaire
,
Et du Perroquet debonnaire ,
Il tranche les jours innocens.
Ainfi devant les murailles
Où perirent tant de foldats ,
Therfite vit les funerailles ,
Du vaillant Protefilas ;
Ainfi l'adultere infame ,
Qui deshonora Menelas ,
Vit terminer les jours du Heros de Pergame
Ah ! fi par nos regrets le Cocyte attendri ,
Nous rendoit un objet cheri ,
Dont la mort caufe nôtre peine ,
1900 MERCURE DE FRANCE.
Il devoit rendre à Celimene ,
Un innocent oifeau qui fut fon favori.
Depuis qu'elle a perdu cet oifeau plein de
charmes ,
Elle ne coule plus que des jours languiffans ,
Et fatiguant le Ciel par des voeux impuiffans
Elle ne ceffe point de répandre des larmes.
Helas ! il m'en fouvient lorfque fa belle main,
Ferma ta mourante paupiere ,
Sa force & fes efprits l'abandonnant foudain ,
Elle fut fur le point de mourir la premiere ;
Et toi, cher Perroquet , dans ce funeſte lieu ,
Reconnoiffant la main de ta belle maîtreffe ,
Tu lui fis d'un baifer la derniere ca effe ,
Et tu lui begayas un éternel adieu.
Tes fideles ardeurs feront récompenfez ,
Il eft dans les champs Elifées
Un bois qui fert d'azile aux illuftres oiſeaux ,
Le feuillage en eft fombre & mille clairs ruiffeaux
,
Font fur le verd gazon briller une onde pure ,
Là l'Amant de Leda trouve une ample pâture,
Là fe voit cet oiſeau qui ne vit que d'encens,
Et qui fe fait mourir pour prolonger ſes ans ;

SEPTEMBRE 1724. 1901
Là l'oifeau de Junon déployant fon plumage,
D'Argus fait briller les cent yeux ,
Et la tendre Colombe en cet heureux bocage ,
Donne à fon jeune époux cent baifers gra
cieux .
C'eſt dans ce féjour plein de gloire
Que nôtre Perroquet enivré de plaifirs
Vivant au gré de fes defirs ,
Des oifeaux immortels augmentera l'Hiftoire.
Envoi.
O vous ! jeune & tendre beauté ,
Que la mort d'un oifeau rendit inconfolable ,
Vôtre cher Perroquet eft affez regretté ,
Songez à diffiper l'ennui qui vous accable ,
Par un amuſement nouveau j
Un Amant vaut bien un oiſeau ,
Ah ! fi pour un Amant, charmante Celimene ,
Vôtre coeur pouvoit s'enflâmer ,
Epris de vos attraits , conftant à vous aimera
La mort , la foule mort pourroit brifer ma
chaine.
LX
1902 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXX
XX
EXTRAIT d'une Lettre de Barbarie.
N écrit de Ceuta que le P. Denis
Mackar , Trinitaire , Miniftre ou
Superieur du Convent d'Hui en Flandre,
l'un des Députez pour le rachat des François
Efclaves fous la domination du Rot
de Maroc , étoit mort à Ceuta le troifiéme
de Juillet dernier d'une violente colique
, & d'une fiévre maligne . Il n'y
avoir que trois jours que ce zelé Religieux
étoit paflé de Gibraltar en cette
Ville pour y joindre les trois autres Députez
du même Ordre , qui y attendoient
le paffeport du Roi de Maroc pour fe
rendre à Miquenés .
On ne peut exprimer l'empreffement
que l'Evêque , le Gouverneur , le Clergé
& le peuple de cette Ville ont témoi
gné en cette conjoncture , pour honorer
le merite de ce Religieux : ce digne Pré-
Jat a bien voulu fe charger du foin de fes
obfeques. Tous les Officiers de la garnifon
par l'ordre du Gouverneur s'y font
trouvez ; tout le Clergé Seculier & Regulier
réuni à celui de la Cathedrale lui
a rendu les derniers devoirs , & le peuple
non content d'être le témoin de
SEPTEMBRE 1724. 1903
ce fpectacle a crû ne pouvoir mieux
marquer fon affection & fon eftimè pour
une oeuvre auffi pieufe que le rachat des
Captifs , qu'en accordant fes larmes &
fes regrets à un de ceux qui n'avoit pas
craint de facrifier fa vie pour leur délivrance.
On attend de jour en jour le fuccès de
l'embarquement des trois autres Peres
Trinitaires pour Miquenez , en confequence
de la Lettre du Bacha de Tetouan ,
& du paffeport du Roi de Maroc qu'ils
reçûrent le onze de Juillet , dont voici
la tencur .
Lettre de Hamet Benbali- Ben- Abdalah
Bacha de Tetonan aux PP , Trinitaires
François , Députez pour le rachat des
Chrétiens de France.
Our répondre à la Lettre que vos
PRcesm'ont fait l'honneur de m'écrite.
du 14. du mois paffé , je leur dirai que
j'ai reçû aujourd'hui une Lettre de l'Empereur
mon Maître , ( que Dieu garde. ).
Il m'envoye pour vos Rees un pafleport
en Langue Arabe , que je vous envoye
traduit à la Lettre en Langue Caftillane .
Ainfi , vos Rees , peuvent venir en toute
fureté , & je les affure qu'elles feront
bien
1904 MERCURE DE FRANCE.
bien reçûës , & avec tout l'honneur & le
bon coeur que merite vôtre charité : vous
pouvez m'avertir fi vous voulez venir
par terre , afin que je puiffe donner à
mon Lieutenant, qui commande au camp ,
les ordres neceffaires pour vôtre entrée.
Comme je dois me prefenter à la Cour
de l'Empereur mon Maître , que Dieu
garde , & que je partirai de cette place
dans quinze jours, je ferai ravi que nous
allions de compagnie , vous reconnoîtrez
l'empreffement que j'ai de vous rendre
fervice , afin que vous veniez à bout de
vos deffeins. A l'égard de vôtre preſent
pour Sa Majefté , vos R es font fuffifamment
informées de ce qui convient lui
prefenter. J'eftimerois que ce fut quelque
chofe de rare & de précieux , & je ne
doute point que Sa Majesté n'en ait une
grande reconnoiffance..
Pour ce qui me regarde je m'offre de
nouveau de vous rendre fervice en tout
ce que je pourrai vous être utile. Que
Dieu garde vos Res & c .
Depuis ma Lettre écrite j'ai réflechi
qu'il vous étoit plus convenable de vous
rendre au camp par Mer. Avertiffez - moi
le plutôt que vous pourrez , afin qu'on
prepare tout ce qui vous eft neceffaire.
A Tetouan le 9. Juillet 1724.
PASSESEPTEMBRE
1724. 1905
PASSEPORT ou Lettre d'afurance
de l'Empereur mon Maître , que Dien
garde pour les PP. Trinitaires de la
Redemption Françoife.
GRACES AU SEUL DIEU.
E ne puis rien faire ni difpofer fans
la volonté de Dieu très- haut & puiffant
, dont la puiffance foit exaltée , & le
nom foit loué .
Aux RR. Peres Trinitaires François ,
Jean de la Faye , Auguftin Darcifas &
Henri le Roi , qui demandent permiffion
de venir à nôtre Cour. Far la grace
de Dieu paix & falut , &c.
Nous avons jugé à propos de fupprimer
le refte de ce Paffeport qui ne contient rien
de fingulier , & que nous avons trouvé
d'ailleurs peu correct , & negligemment
traduit.
SONNET rempli fur les Bouts- rimez
donnez dans le 2. vol. du Mercure
de Juin 17 24.
Nvoit dans les Romans quel étoit Gerion,
Le Phenix des Conteurs nous fit la Man-
C'eſt la Fable qui peint les peines d'
Et faute de tabac on prend de l'
dragore ,
Ixion ,
Ellebore.
Les
1906 MERCURE DE FRANCE.
Les Indiens ont eu pour Prince un
Orion ,
La Grece mit au jour le fçavant Pithagore ,
C'eft à Rome qu'on fait Canonifation,
Et l'Anglois inventa le lumineux Phosphore.
Le bon vin aux vieillards eft un Confortatif,
Le Galant amoureux médite à l' Optatif.
Coquette qui nous rit , nous flate , & nous
Garotte.
Le Sultan fous fa loi tient Heliopolis ,
Un fameux Cuifinier nous fait un bon Coulis ,
Et Paris eft le centre éternel de la Crotte,
XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite de Malthe le 12 .
Juillet 1724. à M *** ſur un voyage
du Grand- Maître.
J
E fatisfais à la curiofité de V. E. au
fujet du voyage du Goze . Le Grand-
Maître partit d'ici le 5. du mois paffé , &
s'embarqua fur la Capitane . Elle avoit
ordonné qu'on lui rendit les mêmes honneurs
en cette occaſion , ni plus ni moins,
qu'à fes prédeceffeurs . Elle fut accompaguée
jufqu'à la Marine par tout le Confeil
SEPTEMERE 1724. 1907
feil , & toute la Chevalerie. Vôtre Excellence
peut juger comme toutes les
Galleres étoient pavoifées . M. le General
des Galleres l'attendoit au Mole avec
tous les Capitaines , fon Alteffe Eminentiffime
pafla à la Capitane dans la Felouque
de M. le General qui eft très- belle ;
on avoit auffi orné magnifiquement la
grande chambre , en glaces & en damás ,
garnis de galons & de franges d'or , &-il
y avoit au- devant de cette chambre une
grande tente de damas qui couvroit tout
l'efpace , jufqu'aux premiers bancs , dont
on en avoit retranché deux de chaque
côté pour rendre cet espace plus grand.
Tous les Caravaniftes attendoient le
Grand - Maître , en foubre - vefte , & le
fufil fur l'épaule , dont deux refterent en
fentinelle à la porte de la grande chambre.
Dès que S. A. E. fut entrée on fit un
falut general de toute la moufqueterie ,
& de tout le canon des Galleres , ce qui
fut réiteré par trois fois. Lorfque les.
Galleres furent à l'entrée du port , la
Ville fit un autre falut de 21 , coups,
Trois Galleres accompagnerent S. A. E.
jufques au Goze , & les deux autres prirent
la route de Sicile. A mefure que les
trois Galleres faifoient route , les batte,
ries & tours de la côte de Malthe falue,
-rent de toute leur artillerie. S. A. E.
arriva
1908 MERCURE DE FRANCE .
arriva aux Freghi vers les 10. heures
du mitin , où les Gill res donnerent
fonde,fous la petite Ifle duCunin , du côté
qui regarde le Goze . Le Grand- Maitre
étoit accompagné du Bailly Pinto , du B.
Don Jofeph Contreras , du B. Ruffo , &
du B. de Schenau . S. A E. ne dina point
en public avec ces Meffieurs , ni avec M.
le General , mais il mangea feul dans le
Gavon , à cauſe de quelque difficulté
fur venue de la part du Maitre -d'Hôtel ,
qui ayant été nommé du voyage prétendit
qu'il devoit toûjours faire fa Charge ,
& M. le General prétendoit que le G. M.
éant fur fa Gallere ; les Chevaliers ,
Oficiers de la même Gallere devoient
la fervir. S. A. E. mangea en particulier ,
& fes Officiers ordinaires la fervirent.
Il y eut cependant un diner fuperbe dans
la grande chambre. Il avoit été preparé
pour S. A. E. M. le General , Ms les
4. grand - Croix , le Maître d'Hôtel ,
le Capitaine de la Capitane , le Patron ,
& le Major , furent de ce dîner ; on y
bût la fanté du Grand Maître au bruit de
l'artillerie des trois Galleres. Il y eut
enfuite deux autres grandes tables fur la
Capitane. Vers les 5. heures du foir les
Galleres leverent l'ancre & vinrent débarquer
S. A. E. au Migiarro , fous une
triple falve de moufqueterie & de canon.
-
Les
SEPTEMBRE 1724. 1909
Les Forterefles du Cumin , du Migiarro,
& les batteries adjacentes en firent de
même. J'étois allé au Goze trois jours à
l'avance , pour tracer la nouvelle fortification
propofie fur la hauteur du Migiarro
, afin que S. A. E. la vit en arrivant
, & en effet non feulement tous les
piquets étoient plantez , mais toutes les
lignes étoient tracées fur le terrain , avee
des cordes qui alloient d'un piquét à
l'autre. J'attendis S. A. E. fur le chemin
près de la hauteur , & lui fis voir mon
travail , dont elle parut fort contente , &
veritablement ce n'avoit pas été fans peine
, & fans être bien brûlé du Soleil.
Le Grand Maître trouva la fituation trèsavantageufe
, comme elle l'eft en effet , &
refolut deflors d'y faire travailler à fes
propres dépens , lorfque le Fort Manoël
fera fait.
On avoit fait au Migiarro un pont de
bois qui s'avançoit à la Mer pour faciliter
le débarquement. Ce pont étoit couvert
de tapis , & orné de feftons & d'infcriptions
. Ce fut là que le Gouverneur
lui prefenta les clefs , & que S. A. E,
reçût les complimens , & c. En arrivant
au haut du Goze S. A. E. y fut faluée de
tout le canon au nombre de 70. pieces.
Elle alla d'abord à l'Eglife Collegiale qui
eft dans ce Château , où l'on chanta le
Te
1910 MERCURE DE FRANCE.
:
Te Deum , pendant lequel on continua à
tirer jufqu'à trois falves generales. Au
fortir de l'Eglife le Grand- Maître fit le
tour des fortifications , & me donna quel
ques ordres à leur fujet . Delà elle le retira
à l'appartement qu'on lui avoit preparé
au Convent des Francifcains , où furent
auffi legez Ms les quatre Baillifs , &
tous les Officiers . Pendant les cinq jours
de féjour que S. A E. a fait au Goze , elle
n'y a pas manqué d'affaires , tant pour
corriger des abus & établir de bons eglemens
, que pour prendre connoiffance de
l'adminiſtration des deniers de l'Univerfité
de cette Ifle. Elle vifita auffi toutes
les Eglifes du Rabato , dans chacune defquelles
on chanta un Te Deum. Elle y a
fait jetter beaucoup d'argent au peuple ,
a fait donner 200. écus pour les pauvres
de chaque Cazal , en a donné davantage
à ceux du Rabato , & s'y feroit ruinée ſi
elle y fut demeurée plus long temps .
Ailleurs les peuples donnent aux Princes
, & cela est très-jufte , mais ici c'eſt
tout le contraire . L'un des jours du féjour
le Grand-Maître alla vifiter les batteries
& retranchemens de la côte du Goze , du
côté de Tramontane. Les trois Galleres
s'avancerent à cet effet vis - à - vis de Marfal-
Forno , M. le General avec fa Felouque
y attendoit S. A. E. elle s'y embar .
qua ,
SEPTEMBRE 1724. 1911
qua , deux de Ms les Baillifs l'y avoient
accompagné , j'eus l'honneur d'être du
nombre , nous parcourûmes terre à terre
toute cette côte de Ponent à Levant , par
une étendue de 8. à 9. milles , qui eſt la
feule partie où il y ait des batteries , outre
le Migiarro. S. A. E. fut faluée de
tout le canon qui y eft , & revint enſuite
débarquer à Marfal - Forno qu'il étoit déja
nuit. Les jour après midy , le Grand-
Maître partit du Goze pour revenir ici ,
il fut encore falué de trois falves par tout
le canon du Château. Il en fut de même
des batteries du Migiarro. Son Alteffe
Eminentiffime y trouva les trois Galleres
qui l'y attendoient. Tout le peuple de
Ifle le fuivit jufqu'à la Marine , avec
de grands cris de viva. Elle fe rembarqua
fur la Capitane au bruit de trois falves
de moufqueteries & de canon ; j'eus
l'honneur de paffer fur la Capitane , &
j'avoue à vôtre Excellence que je n'ai
point vû les Grands- Maîtres avec plus
de majefté que dans cette occafion . Toutes
les tours & batteries de la côte de
Malthe faluerent encore tour à tour
S. A. E. au paffage ; les trois Galleres
rentrerent vers les 8. heures du foir , la
Ville falua de 21. coups. J'oubliois de
dire que fuivant l'ufage le Confeil avoit
député 4. de Mrs les Piliers , pour aller
C au1912
MERCURE DE FRANCE.
au-devant de S. A. E. ces M joignirent
les Galleres à 3. ou 4. milles de Malthe ;
pendant tout le temps du retour les glaces
& les rafraîchillemens furent répandus
avec profufion fur la Capitane . Au
débarquement les Galleres firent encore
une triple falve de moufqueterie & de
canon , & tous les bâtimens qui fe trouverent
dans le port en firent autant.
Tous les baffions & murs de la Ville qui
donnent fur le port étoient couverts de
peuple pour voir rentrer leur Prince , ce
qui formoit reciproquement pour ceux
qui étoient dans le port un fpectacle fort
beau . S. A. E. trouva fur le Mole tout
le Confeil , tous les Chevaliers , & tous
les Notables de la Ville qui l'y attendoient
, S. A. E. monta en caroffe , & fe
rendit au Palais , où tout ce monde-là
l'ayant fuivi , chacun le felicita fur fon
heureux retour , & lui baifa la main ;
ainfi finirent les ceremonies de ce voyage.
J'ai l'honneur d'être très - refpectueufement
, & c.
EXSEPTEMBRE
1724. 1913
*** **** XXXXXXXX
EXTRAIT d'une autre Lettre curieufe ,
écrite auffi de Malthe dans le même temps,
Jur un Phénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca : un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine ,
Chimifte de réputation , & de plus Capucin
pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines . Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins : voici le fait .
-
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de coeur avec des mouvemens convulfifs
, un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouffrir
l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très- chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertures
fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
d'entrée de jeu , le dépouille de fes inuti-
Cij
les/
1914 MERCURE
DE FRANCE .
1
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , ni le froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
dort à merveille , & fe trouve déja comme
gueri ; fes palpitations font fort diminuées
. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemaines
. Nota que tous les Medecins de France
, d'Angleterre & d'Allemagne confultez
, n'ont rien connu à ce mal . Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , & c . mais de
remede point du tout .
Le Commandeur Guarrena , Piémontois ,
livré par la faculté à la difcretion d'un polipe
ou Schirre, formé ou non , mais placé
à côté du foye en long , & fi dur qu'il n'obéïffoit
pas à la main ; exterieurement marqué
avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec , extenué
, face livide , & c. par l'effet de l'eau ,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes urines
on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes, à couper avec le couteau.
M. Guarrena eft revenu de fes laffitudes
, fon vifage a repris couleur , & il fe
trouve guerri. Maux de têtes , migraines ,
chaSEPTEMBRE
1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée .
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , & ' dès
qu'elle fut declarée maligne.
Un Eſpagnol , Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Capucin.
Il le prit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très- peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarrée en
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heures
, plus de fiévre , moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand- Maître . J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
C iij ver1916
MERCURE DE FRANCE.
verres , & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter . On fait rafraîchir
l'eau à force de glacé ou de neige
, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dans le cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur - tout les premiers
jours. Lorfqu'on fe trouve foible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macarrons
de Sicile , felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens . Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuellement
leur poulx . L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant , ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace . Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach . Si c'eft fciatique
qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo , jugez - en , j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft . Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mes yeux , il m'a fait efperer d'autres remedes
pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chi ſta benè non ſi move
, ma fanté eft parfaite , fon graffo , fref
co come carne di vitella . Honorez - moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon trèshumble
& très obéiffant ferviteur F. P.
**************
ALCIPE ,
AMANT DE CLEMENCE. *
J'
ELEGIE.
Aimois , mais dans mon fein ma flâme
renfermée ,
Se cachoit aux beaux yeux qui l'avoient allu
mée .
* Clemence Ifaure , Fondatrice des Jeux Floraux
, à Toulouse.
C
L'a1918
MERCURE DE FRANCE.
L'amour impatient , l'amour imperieux ,
De reproches fecrets m'accabloit en tous
lieux ;
Sans ceffe il s'écrioit , au dedans de foi- même ,
Lâche Alcipe , peut- on fe taire quand on
aime ?
Pourquoi me prives -tu du plus beau de mes
droits ?
Perfide , n'aimes -tu que pour trahir mes loix ?
D'un filence craintif, miferable victime ,
Tu te charges par lui de l'horreur d'un grand
crime :
Le jour de ma naiffance un decret folemnel ,
En fit pour moi l'objet d'un couroux éternel ;
Et plutôt que de voir ta paffion muette ,
Je confens qu'elle foit témeraire , indifcrette.
Ma tendreffe , à ces mots , condamnant fa
langueur ,
Dans fes hardis projets montroit de la vigueur
:
J'inftruirai , me diſois - je , oüi , j'inſtruirai Clemence
,
Qu'elle a fçû triompher de mon indifference :
Preffez de voir le jour , mes tendres fentimens
Vont me rendre celebre entre tous fes Amans.
ᎪᏂ ?
SEPTEMBRE 1724. 1919
Ah ! deffeins genereux , l'heure qui vous vit
naître ,
Avec elle cent fois vous a vû difparoître ,
Une crainte fatale à ma nouvelle ardeur ,
La faifoit à l'inftant defcendre à la tiedeur ,
Et bien-tôt de fa voix ma tendreffe obfedée ,
De fa vivacité perdoit juſqu'à l'idée.
Mon efprit s'arrêtoit aux langages divers ,
Que les coeurs amoureux parlent dans l'univers
;
Et bien loin d'y trouver l'efperance & fes
charmes ,
Ils m'étoient un prétexte aux cruelles allarmes.
Tantôt d'un confident l'officieux difcours ,
Pour apprendre qu'on aime eft un puiffant fe
cours ,
Tantôt de petits foins une foule empreffée ,
S'explique avec chaleur pour une ame bleffée :
L'Amour , le plus fouvent , rencontre dans les
yeux ,
Un premier interprete ardent & gracieux :
Avec fuccès ici , la touchante écriture ,
Fait de fes feux naiffans une vive peinture :
Là , pour fe faire entendre , un coeur d'amour
épris ,
C v Avec
"
1920 MERCURE DE FRANCE .
Avec utilité s'arme d'un doux fouris :
Les preſens font en droit de parler avec force ,
Les faftes' de Cithere en celebrent l'amorce ;
La langue enfin , la langue eft ordinairement ,
Confacrée à vanter les tranfports d'un Amant,
Et parmi ces moyens de mettre au jour ſa
flâme ,
Je n'en découvrois point qui put flatter mon
ame.
Clemence , d'un merite au- deffus du commun,
Des vulgaires efforts n'en approuve pas un.
Au noble nom d'Auteur il faut que l'on aſpire,
Pour pouvoir lui marquer que pour elle on
foupire :
Il faut en s'expofant à d'illuftres travaux ,
Courir après la gloire au champ des Jeux Floraux
.
De ces réflexions partoit toute ma crainte ,
Dont l'effet de l'Amour renouvelloit la plainte ,
Ce n'eft qu'à la faveur de talens merveilleux
,
Qu'on ofe fe montrer dans ces celebres Jeux :
Il faut dans fa beauté poffe ler l'éloquence ,
Où de l'art de la rime atteindre l'excellence ;
Et j'ignorois encor ces attributs divers ,
Qui
SEPTEMBRE 1724. 1921
Qui renferment le prix de laProſe & des Vers.
Il falloit , malgré-moi , me réfoudre à me
taire ,
Et l'Amour cependant crioit à l'ordinaire.
Las enfin de traîner des jours trop malheureux
,
Je m'armai contre lui d'un dépit genereux .
Barbare Amour , lui dis-je , eh quoi ! tų me
querelles ,
Quand tu me fais fouffrir mille peines mortelles.
Gueris moi d'un penchant , l'ouvrage de tes
traits ,
Laiffe-moi d . Clemence oublier les attraits ;
Où s'il me faut rimer , que ta vertu fecrette ,
Me faffe devenir Orateur ou Poëte.
Ce Dieu touché m'écoute , & fon fouffle
puiſſant ,
Du Pinde m'infpira le ſtile raviffant.
Qu'il eft vrai , comme on dit , qu'Amour
eft un grand maître !
Il eſt par mon talent facile à le connoître.
Moi , toûjours inconnu dans le facré vallon ,
J'ofai bien- tôt parler la langue d'Apollon ;
Et pour les Jeux Floraux enfantant des ouvrages
,
C vj De
1922 MERCURE DE FRANCE.
De leurs Juges je crus meriter les fuffrages.
Ah ! j'efperois en vain , les lauriers font donnez
,
Et d'Alcipe les vers ne font point couronnez.
On croit trop aifément ce qu'on ambitionne ,
Rarement un novice obtient- il la Couronne.
Au lieu de me répandre en témeraires cris ,
Tranquille en d'autres mains je vois paffer les
prix.
Les prémiers de mes vers ont le rate avantage,
De me faire connoître à l'objet qui m'engage.
Douleur , fouci , chagrins trouvez vôtre tombeau
,
Dans un commencement fi flateur & fi beau.
L'imperieuſe voix de l'aimable eſperance ,
M'annonce aux Jeux prochains les faveurs de
Clemence ,
Les premiers foins qu'Amour confacre à mon
bonheur ,
A le rendre parfait attachent fon honneur.
Par M. Dabat , Medecin de la Ville
de Tarbe en Bigorre.
SE'ANSEPTEMBRE
1724. 1923
XX:XXXXXXXXXXX:XX
SEANCE publique de l'Académie
de Bordeaux. Lettre à M. ***
J
E vous avois promis , Monfieur , de
vous envoyer la Relation des Séances
publiques de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux.
Voici celle de la Séance publique
du jour de S. Louis dernier que l'Académie
celebre comme Fête du Roi , felon
un article de fes ftatuts. Ce jour-là le
Panegyrique du Saint fut prononcé dans
la Chapelle du College de Guyenne ,
par le R. Pere Chavaille , Religieux
Feüillans. Son texte fut pris de l'Evangile
, Rendez à Cefar ce qui appartient à
Cefar, & à Dieu ce qui appartient à Dieu.
Le Prédicateur fit voir que le Saint Roi
n'avoit pris de la Royauté que ce qui eft
dû au Roi , c'eft - à- dire , au Juge , au défenfeur
, au pere du peuple. Et qu'il avoit
rendu à Dieu , à la Religion , à l'Eglife ,
ce qu'il leur devoit . Ce Difcours étoit
orné de portraits vifs , de penfées neuves
, d'expreffions fortes , des maximes
de politique bien peſées , &c.
L'Abbé Bellet un des affociez de l'Académie
celebra une Meffe baffe , pendant
1924 MERCURE DE FRANCE .
dant laquelle la Mufique de l'Académie
chanta un Pfeaume de la compofition du
fieur Campra , & un Motet de S. Louis
de la compofition du fieur Abeille .
A trois heures après midy M. de Caupos
, Confeiller au Parlement , un des
Académiciens , tenant la place du Directeur
abfent , ouvrit la Séance dans la
falle où la compagnie a accoutumé de
s'affembler , & rendit raiſon au public du
nouveau ou fecond Programe qu'on publioit
pour Te jour de S. Louis de l'année
prochaine. Enfuite M. l'Abbé Bellet lût
une Differtation fur la loi du Levitique ,
chap. xI . qui diftingue les animaux mondes
d'avec les immondes , & il porta fes
preuves jufques à la démonftration , dont
une Hiftoire & une loi peuvent être capables.
L'objection prife de l'Arche de Noé ,
où il entre un nombre d'animaux mondes
, & un plus petit d'immondes , fut
très bien réfolue par M. Bellet . Et dit
que Moyfe n'ayant écrit le Livre de la
Genefe qu'après celui du Levitique , il a
nommé immondes des animaux , qui par
la fuite de l'Hiftoire ne devoient être declarez
tels que par la loi. Ainfi, c'eſt par
anticipation que Moyfe les a ainfi nommez.
Cela eft appuyé encore par la remarque
que fait l'Auteur fur ce que Dieu
perSEPTEMBRE
1724 1925
permit à Noé au fortir de l'Arche de
manger de tous les animaux vivans , &
qui marchent fur la terre , & par une
autre remarque fur le Cherubim que
Dieu mit à la garde du Paradis terreftre ;
car Moyfe ne connut les Cherubims que
lorfque Dieu lui eut ordonné d'en mettre
deux fur le Propitiatoire pour le couvrir
avec leurs aîles ; & d'ailleurs le nom
de Cherubim fignifie operientes tegentes .
On n'a qu'à lire le Livre fecond d'Herodote
, & le 17. de Strabon pour faire
voir que les animaux declarez immondes
dans le chapitre x1 . du Levitique
étoient adorez par les Egyptiens. L'Auteur
finit fa Diflertation , en difant qu'il
n'a point parlé de l'immondicité des hommes
, qu'ils contractoient par des maladies
, ou par des accidens , parce qu'il
n'avoit en vûë que de juftifier la loi du
Levitique devant les efprits forts qui en
auroient peut- être été humiliez .
M. de Caupos répondit à cette Differtation
avec une netteté , & une préciſion
qu'on ne sçauroit trop louer , il fit voir
combien cette matiere intereffoit tous
ceux qui ayant de la Religion , ne trouvoient
pas dans cette loi du Levitique
des préceptes pour les inftruire dans le
culte de Dieu , dans le gouvernement
du peuple & des familles , mais que fi
l'on
1926 MERCURE DE FRANCE.
"
l'on confideroit la fin de cette loi , qui
étoit de détruire l'idolâtrie , tout en étoit
grand & digne du fouverain Legiflateur .
A
M. Doazan , Docteur en Medecine ,
lût des Obfervations fur la formation des
pierres dans le corps animal , leur nature
, leur ftructure , les lieux où elles
croiffoient , fur la difference de celles
qui fe forment dans les mâles ou dans les
femelles , qui en font de plus fpongieufes
que celles des mâles , & il apporta la
veffie du fiel d'une femme toute pleine de
pierres grifes , de la groffeur des petites
noifettes , lefquelles brûlent à la chandelle
comme de la cire d'Efpagne. Il auroit
parlé de la diffolution de ces pierres dans
le corps animal , fi on ne lui avoit promis
de lui faire voir la poffible diffolution
par un fecret qui vient de Goa aux Indes
Orientales ; ce qui lui doit faire prendre
peut être un fentiment contraire. M. le
Directeur loüa beaucoup l'exactitude &.
l'application de M. Doazan : il fit voir
l'utilité de ces fortes de recherches ; tant
de recherches , & tant d'obfervations découvriront
à la fin ce que nous cherchons
; c'est - à- dire, un fecret pour difloudre
une pierre qui fe forme dans nôtre
corps , & dont l'extraction eft fi douloureufe
& fi dangereufe.
J'ai appris que trois jours après cette
Séance
SEPTEMBRE 1724. 1927
Séance , le même M. de Caupos avoit été
élû Directeur de l'Académie , & qu'on
avoit invité & exhorté tous les Académiciens
abfens d'envoyer leurs ouvrages
qu'ils doivent à l'Académie chaque année
, par un article des ftatuts que le Roi
a autorifez . Je fuis , Monfieur , & c.
A Bordeaux , ce 30. Aouſt 1724 .
*******************
PROGRAME de l'Académe Royale.
des Belles- Lettres , Sciences & Arts .
'Académie s'eft trouvée obligée à regret
de refufer diverfes fois la Medaille
fondée par M. le Duc de la Force ,
à ceux qui ont envoyé des Differtations
fur des fujets propofez. Mais elle fouhaite
avec impatience de fe débarraffer de
ce dépôt aux mêmes conditions aufquelles
il avoit déja été offert . Ainfi outre le
Prix ordinaire du mois de Mai , elle en
donnera un fecond le 25 , du mois d'Aouft
de chaque année fuivante , jufqu'à ce
qu'elle ait employé les Medailles qui lui
reftent.
Elle avertit le Public qu'elle donnera
la premiere de ces Medailles à celui qui
propofera le fyftême le plus probable fur
la
1928 MERCURE DE FRANCE.
la caufe & la nature du Tonnerre & des
Eclairs , & qui expliquera de la maniere
la plus vrai-femblable les divers Pheno
menes qui en dépendent. Elle fera diftribuée
le 15. Aouft de l'année 1725 .
Il fera libre d'envoyer les Differtations
en François ou en Latin . Elles ne
feront reçûs que jufqu'au premier jour
du mois de Mai 1725. inclufivement.
Celles qui arriveront plûtard n'entreront
pas en concours. Au bas des Diflertations
il y aura une Sentence , & l'Auteur dont
l'Académie veut abfolument ignorer le
nom jufqu'à ce qu'elle ait donné fon jugement
, mettra dans un Billet feparé &
cacheté , la même Sentence avec fon nom
& fon adreffe.
Ceux qui envoyeront leurs Ouvrages,
les adreferont à Meffieurs de l'Académie
Royale de Bordeaux , ou au fieur Brun ,
Imprimeurde cette Compagnie , rue Saint
James. On aura foin de faire affranchir
*
de port les paquets , fans quoi ils ne feront
pas retirez du Courier. A Bordeaux
le 25. Aoust 1724.
!!
MASEPTEMBRE
1724: 1929
*kakakakakakakakakkkkj
MADRIGAL .
Ous fçavez adoucir l'ame la plus fa-
Vous
rouche ,
Par le pouvoir de vos attraits ;
Les graces ornent vôtre bouche ,
Et l'amour dans vos yeux a dépofé fes traits.
La nature pour vous en tréfors fi feconde ,
N'aura pas oublié de vous donner un coeur,
Digne de faire le bonheur ,
Du plus fidelle Amant du monde.
Que l'on eft indifcret lorfqu'on eft amoureux,
Belle Philis , je ne puis plus me taire ,
S'il ne falloit qu'aimer pour plaire ,
N'en doutez point je ferois
Par M. de Grandmaifon.
trop heureux.
OB1930
MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur le nouveau
voyage de France , imprimé
à Paris en 1723 .
C
Es Obfervations ne font que pour
Bordeaux , & il feroit bien neceffaire
que l'Auteur du voyage en reçût
de femblables de chaque Ville dont il
parle.
Il dit que cette Ville eft fituée dans un
lieu très -avantageux & très - commode
à caufe de plufieurs rivieres qui s'y raffemblent.
On obfervera qu'il n'y a que
la Garomne qui paffe à Bordeaux , &
que les autres rivieres qui fe jettent
dans celle- ci , en font éloignées , la plus
proche de cinq lieuës , c'eft la Dordogne..
Les Romains y firent plufieurs édifices
fomptueux , dont quelques- uns font prefques
tous entiers. L'Auteur qui dit cela
devoit fçavoir que les pilliers de Tutele
font démolis depuis cinquante ans , &
que l'amphiteatre de Galien n'a pas le
tiers de fes murs , & voilà toutes les antiquitez.
Il dit qu'il n'y a qu'un Quay qui borde
la Ville du côté de la riviere , & que le
Château Trompette eft à l'entrée de ce
Quay .
SEPTEMBRE 1724. 1931
Quay. Mais il eft certain qu'il y a plufieurs
Quais feparez , & de grands efpaces
fans Quais. On dit encore que la riviere
coule tout autour des murs dans les foffez.
Tout cela eft faux , & il n'y a point de
foffez du côté de la riviere .
La plupart des grandes ruës de la Ville
aboutillent fur ce Quay. On ne fçait pas
ce que l'Auteur veut dire .
L'Eglife Metropolitaine & primatiale
d'Aquitaine eft dediée à S. André . Il
falloit dire l'Eglife Metropole & Primatiale
de Bordeaux .
On remarque les deux clochers de
cette Eglife ; il falloit auffi remarquer
les deux tours quarrées oppofées , & qui
attendent encore leurs pyramides , & un
autre clocher magnifique par fa ftructure
qui eft feparé du corps de l'Eglife.
On ne croira point ce que dit l'Auteur
, que le Palais de l'Archevêque foit
proche des reinparts de la Ville , où eft
le Château du Ha , ni que la plate - forme
de Sainte Eulalie , foit le rendez - vous
des Marchands pour voir arriver leurs
vaiffeaux qui entrent dans la riviere,
Cette plate - forme eft du côté de la terre,
& il y a toute la Ville entre elle & la
riviere.
Le Fort- Louis eft auffi du côté de la
terre , & pour être à l'oppofite du Château.
1
1932 MERCURE DE FRANCE.
teau- Trompette , ainfi que le veut nôtre
Voyageur , il devroit être planté for
les bords de la riviere à la place de la
manufacture .
L'Auteur appelle Eglife de S. Sernin
celle qui eft appellée Eglife de S. Sevrin
ou Severin dans le Fauxbourg de
même nom. II dit que le Parlement eft
logé dans un ancien Palais des Romains ;
il falloit dire des Ducs de Guyenne . Il a
pris pour Chambre des Comptes la Cour
des Aydes ; il n'y a point ici de pareille
Chambre. Il dit qu'il faut voir
l'Univerfité , mais cette Univerſité eft
divifée en autant de bâtimens qu'il y a de
Facultez. La Theologie eft enfeignée
chez les Grands Carmes ; les Loix dans
un College feparé ; la Medecine dans le
fien ; les Arts dans le College de Guyen.
ne. L'Horloge ou Befroy qui eft fur les
tours de l'Hôtel de Ville , n'a rien de
fingulier l'Arfenal n'eft qu'un chetif
bâtiment attenant l'Hôtel de Ville , & il
n'y a point d'armes. La Douane eft dans
la maifon d'un particulier. L'Académie
des Sciences dans un appartement d'une
maifon qu'on loue. La Fontaine de Duge
ou d'Audege eft à une demie lieuë de
de cette Ville.
Après ce peu d'obfervations , jugez ,
Monfieur, ce qu'un étranger peut croire
de
SEPTEMBRE 1724. 1933
de l'exactitude du voyageur . Je fuis trèsparfaitement
, & c.
***********
DE
RONDEAU.

E mon amour la flâme eft éternelle ,
Quand une fois d'une ceillade mortelle ,
Un bel objet a fçû bleſſer mon coeur ,
Indifference , injuftice , froideur ,
Rebut , oubli , rien ne m'éloigne d'elle.
Je fuis perdu s'il eft vrai qu'Iſabelle ,
Ait réfolu d'être à mes voeux rebelle ,
Car rien ne peut être égal à l'ardeur
De mon anour.
Mon cher Damon, mon confident fidele .
Vous , qui pour moi faites voir tant de zele ,
De grace ayez pitié de ma langueur ,
Et pour fléchir fon injufte rigueur ,
Entretenez quelquefois cette belle
De mon amour.
LET1934
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE aux Auteurs du Mercure
de France, fur la bonté des Vins
d'Auxerre.
aviez bien raifon Mef-
Vnieurs,de diredans votre Mercure
1 du mois de Novembre dernier , après
tous les anciens & les modernes , que les
Vins d'Auxerre fe trouvent du goût du
public.
Il en eft fi peu refté dans le pays , &
il s'en eft fait un tel tranfport qu'il ne
fera pas aifé d'y trouver dans quelques
mois du Vin vieux . A l'exemple des
grands chacun en veut boire , on les trou ve
bons , bienfaifans , falutaires , moëlleux ,
& c. Toutes qualitez infeparables des Vins
produits par les climats qui ont la meilleure
réputation dans l'Hiftoire . On remarque
que la fituation des vignes de ce
premier merite regardent ordinairement
le lever du Soleil ; & en effet la côte qui
en a fourni au Roi Louis XIV . de glorieufe
memoiré , & qui en fournit encore au
Roi Louis XV. très-heureufement regnant
, eft dans cette expofition . Elle
reçoit chaque jour les premieres influen
SEPTEMBRE 1724. 1935
ces de cet aftre vivifiant , & le fond étant
d'ailleurs excellent de lui- même , il n'en
peut naître qu'un très - excellent fruit. Je
ne fçai fi je ne dois point vous communiquer
ce que je penfe de l'origine de
fon nom , que je crois venir de celui du
Soleil même. Le nom de Mithra que les
Perfes ont donné au Soleil a paffé chez
les Latins , & par leur moyen chez les
Gaulois , lorfqu'ils furent foumis aux
Romains , fur tout du temps de l'Empereur
Aurelien qui étoit fort devot à cette
Divinité , & qui vint deux fois dans les
Gaules ; fçavoir , l'an 273. pour combattre
le Tyran Tetrieus & en 274. Il
eft vrai qu'il y a plus de mille ans que
les vignes de ce territoire s'appelloient
vinea de Midra , vinea Midracina ; mais
il eft conftant que depuis que les Francs
eurent occupé les Gaules , ils corrompirent
une infinité de noms , en les prononçant
& les écrivant d'une autre maniere
que les Gaulois Romanifez . Ainfi
de Matriacus ils firent Madriacus , de
Ventofa , Vendofa ; & même au neuviéme
fiecle de frater on faifoit encore frader
dans le langage vulgaire : le ferment
que les fujets des Rois Charles le Chauve
& Louis le Germanique firent quelque
temps après la fameufe bataille de
Fontenai, commence ainfi : fi Lodhuvigs
D Sagra1936
MERCURE DE FRANCE.
fagrament quefon fradre Karlo jurat, & c .
Il a donc été très facile de corrompre le
mot de Mithrana ou Mitrana , en celui
de Midrana , & cela s'eft fait auffi infenfiblement
que le changement de Midrana
, en celui de Migrana , qui eft au
moins du douziéme fiecle . ( a)
Mais quelque changement qui foit
arrivé dans les noms , le terrain eft toùjours
demeuré le même ; & l'on peut
dire que les vignes y font peut - être auffi
anciennes que le retour des Gaulois du
pillage de Clufium en Italie & de Rome.
11 eft toûjours certain que nos premiers
Gaulois n'avoient point l'ufage du Vin.
Ils ignoroient ce que c'étoit que la vigne ;
ils ne la connurent que par le moyen des
Romains , & long - temps après la fondation
de Rome.
Macrobe voulant prouver que le monde
n'eft pas éternel , & que chaque chofe a
eu un commencement affez connu , apporte
pour exemple l'origine des vignes dans
les Gaules : Galli vitem vel cultum olea
(a) Cellerarius fciens vinum effe de Migrana
quod deftinaverat Virginibus Chrifti. Gefta
Hug. de Monte- Acuto Ep. Aurif, Labb. 1. 1 .
Bibl. mf. p. 462. Item liber Reddit. Ep. Auriff.
xii ,foeculi. In magna migrana xxviij arpenta :
in parva migrana quatuor arpenta & dimidium.
In Monte- Hardouin fex quarteria.
Roma
SEPTEMBRE 1724. 1937
Roma jam adolefcente cognoverunt. (a )
Tite-Live fixe abfolument l'époque : il
dit que ce fut un nommé Arunte de la
Ville de Clufium en Italie , qui fit paffer
le premier du Vin dans les Gaules pour
attirer les Gaulois en Italie , & le vanger
de fa patrie , & que ces peuples qui
étoient d'une ftature prodigieule pafferent
auffi- tôt en foule les montagnes des
Alpes , ravagerent Clufium , & enfuite
Rome. ( b ) Chacun fçait juſqu'à quel
point les Senonois s'y diftinguerent entre
les autres Gaulois . Brennus leur Chef
qui paffe pour fondateur d'un Château
fur la riviere d'Armençon , à quatre
lieuës d'Auxerre , ( c) eft très-connu par
plufieurs endroits ; & quoique les Hiftoriens
Romains marquent que les Senonois
furent enfuite taillez en pieces , cẹ-
la ne veut pas dire qu'il n'en foit échap
quelques- uns . pé
Ce fut donc à leur retour que ces Gaulois
enſeignerent à leurs compatriotes à
planter la vigne d'abord. Ils défricherent
les extrêmitez des bois qui venoient juſ
qu'à leurs portes ; ( car alors dit on tou-
(a) Macrob in Somn. Scipion. lib . 2. cap. 10.
(b) Livius Dec 1. lib s.
(c) C'est aujourd'hui Briennon qu'on prononce
Brienon , & qu'on appelloit au viz
fiecleen latin Brienne,
Dij
tes
1938 MERCURE DE FRANCE.
1
tes les Gaules étoient prefque des forefts
, ) & y planterent ce bois tortu ,
parmi quelques arbriffeaux qui fervirent
à le foutenir . Je ne balancerai point
à dire que le grand climat ou canton de
Clofion ( corrompu en Clerion ) qui eſt à
la porte d'Auxerre , & prefque contigu
à Migraine , tira fon nom de ce bon Vin
de Clufium en Italie qui avoit fi bien
amorcé nos ancêtres. Quoiqu'il en foit ,
l'experience ne tarda gueres à faire con-
Hoître à ces nouveaux vignerons quels
étoient les terrains où il croiffoit de meilleur
Vin , & ils fe donnerent bien de gar-
'de de planter la vigne au mi ieu des fables
qui font au-delà du ruifleau de Beauche.
Lorfque les Romains furent devenus
à leur tour les maîtres des Gaules , on
peut croire qu'ils ne perfectionnerent
pas peu ce qui avoit été commencé par
les Gaulois , & qu'ils défricherent encore
bien des places pour y planter plus heureufement
des vignes ; c'est ce qui a toûjours
eu un fuccès , & un accroiffement
merveilleux ; de forte qu'on connoît beaucoup
de climats ou cantons qui étoient des
bois , il y a fept & huit cens ans , & qui font
aujourd'hui uniquement plantez de vignes
. En ces premiers temps & plufieurs
fiecles après on ne fe fervoit pas d'échalas
SEPTEMBRE 1724. 1939
:
las fi communément qu'on fait aujour
d'hui les arbriffeaux qu'on laiffoit fur
pied de place en place fervoient à foûtenir
la vigne naturellement rampante.
Mais dans la fuite on s'eft apperçû que
le fruit ne prenoit pas tant de nourriture
lorfque le fuc de la terre étoit abſorbé
par des racines étrangeres , & l'on s'eft
fort défait de cette ancienne coutume
qui reflentoit la groffiereté des premiers
temps , qu'on s'abftient même très fort
dans tout le pays , & les environs , de
femer aucuns herbages ou legumes dans
les allées des vignes ; & l'allignement
dans lequel elles fe trouvent par le moyen.
des perches qui maintiennent les feps fous
un même niveau , juftifie ce que vous avez
avancé dans vôtre Mercure du mois de
Novembre dernier , page 877. qu'il ne
fe peut rien voir en ce genre de plus
propre & de plus agreable : des échalas
fecs , & qui ne tirent aucune fubftance
de la terre , font donc devenu depuis
long- temps l'appui de nos vignes , & par
ce moyen tout l'aliment d'une terre fi
précieufe , & qui eft comme la croute -
d'un roc impenetrable , fe trouve pru
demment confervé en faveur du premier
de tous les fruits. C'eft ainfi que Bacchus
a eu de temps en temps des di ciples qui
Diij ont
1940 MERCURE DE FRANCE.
ont enfeigné à dégager la vigne de tout
ce qui lui étoit nuifible .
Telle n'étoit pas
la vigne dont parle
au Ix. fiecle l'Auteur des Annales de
Saint Bertin. Cet Hiftorien en faisant la
defcription d'une inondation extraordinaire
qui arriva à Auxerre au mois de
Mai de l'an 846. ne fe borne point à
dire qu'il y tomba tant de pluye que les
murailles des bâtimens en furent démo
lies , & que les tonneaux pleins de Vin
étant venus à furnager , furent entraînez
par les torrens dans la riviere d'Ionne ;
il ajoûte encore une choſe bien plus étonnante
; fçavoir , qu'il y eut une piece de
vigne toute entiere avec les feps , & les
arbres qui la foutenoient , qui fut portée
par les eaux en cet état , & fans autre
dommage ni dégat , à l'autre bord de la
même riviere. (a ) Si cette vigne flotante
eut fuivi le cours de l'eau elle feroit ve→
nuë fort à propos au - devant des Nor-
(a) Hujus anni menſe Maio tanta apud Altiodorum
civitatem inundatio pluviarum fluxit
, ut parietes penetrans , ipfas etiam cupas
plenas vini in fluvium Icaunam retulerit : ſed
& quod eft mirabilius , quandam vineam cum
terra vitibus arboribus omnibus in nullo
dirruptam , ita ut erat folidam , à parte Icaune
fluminis in alteram ejufdem fluvii partem
tranfpofuerit , ac fi in eodem agro naturaliter
fuerit. Duchefne , Tome III. Hift. Fr. p. 202 .
mands >
SEPTEMBRE 1724, 1941
mands , lorfque quelques années après
ils remonterent la Seine & l'Ionne pour
ravager nos Provinces . Ces barbares qui
inonderent la France n'étoient pas moins
avides de goûter des délices de la Bourgogne
, que les Gaulois l'avoient été de
goûter de celles de l'Italie. Mais Robert ,
Duc de Bourgogne , & le Roi Raoul ,
fon fils , protegerent particulierement la
Ville d'Auxerre : ce dernier Prince y fit
fouvent fa demeure , il vint même y
mourir , & la nation Normande fut obligée
de fe renfermer dans une Province
où elle s'eft paffée de vignes depuis ce
temps -là.
On dit communément que chaque
pays a fon agrément. Ce proverbe eft
veritable mais il ne dit point que chaque
pays ait un agrément égal. Celui du
Vin doit , ce me femble , furpaffer tous
les autres , & principalement un Vin qui
eſt de bonne ſeve , qui ne fent aucun goût
de terroir , qui a un feu bienfaiſant & une
vigueur mâle ; en un mot , qui eft tel
qu'un Prince qui veut prolonger fes:
jours , en peut faire fon ordinaire . Un Vin
qui eft revêtu de toutes ces qualitez doit
certainement paffer pour du bon Vin,
Mais je n'entreprends pas de faire l'éloge
d'un bien fi parfait , & fi univerfellement
reconnu . C'est une matiere que
D iiij
Vous
avez
1942 MERCURE DE FRANCE .
fi bien traitée , que je n'ofe vous en
treentenir davantage.
Souffrez feulement , Meffieurs , que
je joigne à cette Lettre une Piece de Vers
qu'un habitant d'Auxerre , qui n'avoit
'd'autre lecture que celle des Auteurs de
nôtre langue , a compofée il y a environ
foixante & dix ans . 11 palla dans fon
temps pour un habile homme dans le
genre d'écrire naturellement ; & comme
on connoilloit en lui ce talent , il en prit
le furnom de la feule nature , ( a ) L'exemple
au reſte n'eft pas unique , puifqu'on
a fait , comme vous fçavez,beaucoup
d'eſtime des Poëfies d'un fimple artiſan
'de Nevers. Il eſt à préfumer que ce Poëte
naturel ne méprifoit point une liqueur
dont il connoilloit fi particulierement la
vertu bienfaifante. Il fçavoit fans avoir
lû Horace cette grande verité de l'école
Bacchique .
Nulla placere diù neque vivere carmina poffunt
,
Qua fcribuntur aqua potoribus :
Et il y avoit pourvû en écrivant directement
contre les buveurs d'eau. Je vous
èn fais les Juges , Meffieurs , permettez
(a) Il s'appelloit de fon vrai nom Pierre
Bailly : il étoit Confeiller en l'Election d'Auxerre.
que
"
SEPTEMBRE 1724.
1943
que je rapporte la Piece en fon entier
après que je vous aurai encore fait remarquer
au ſujet du bon Vin de Migraine
que vous avez fi dignement celebré
qu'avec toute fa fineffe & fa délicatefle
il ne laiffe pas de pouvoir être tranfporté
bien loin , & même dans les pays chauds .
Il n'eft pas étonnant d'avoir vû porter
de nos jours du Vin d'Auxerre juſqu'à
Coppenhague , preſque au fond du Nord ;
mais la tentative n'étoit pas égale du côté
du midy. Nous avons cependant eu un de
nos Evêques qui en fit autrefois tranfporter
avec fuccès jufqu'à Rome où il réfidoit
en qualité d'Ambaffadeur du Roi
François I. (a) Je trouve auffi que du
temps de Charles V. fous le regne duquel
on faifoit à Auxerre du Vin pour
toutes les faifons , de même qu'aujourd'hui
, les pourvoyeurs de la Reine Jeanne
de Bourbon , ſon épouſe , venoient
faire leur provifion ( b) Mais il eft temps,
Meffieurs , d'écouter la feule nature s'exprimer
par l'organe d'un Poëte fans études
. Vous aurez la bonté de lui paffer les
termes du pays qui regardent uniquement
la vendange , & qui ne conviennent
qu'à la fituation où nous nous trouvons
aux approches de cette aimable faifon.
Y
(a) C'étoit François de Dinteville II. du nom .
(b) Comput. an. 1375.
D v Def
1944 MERCURE DE FRANCE.
DESCRIPTION DES APPROCHES
de la Vendange, avee un éloge du Vin .
C'étoit en la faifon où les raifins font noirs ,
Où les vignobles font les plus beaux pourmenoirs
,
Au temps que les repas fe font deffous les
treilles ,
Qu'on y va décoiffer les meilleures bouteilles ,
Que la noire chicane accroche les procès ,
Que les Marchands de Vin préparent les faucets
,
Qu'on commence à coucher les chantiers dans
les caves ,
Qu'on fait provifion de fromage & de raves ,
Qu'on achepte des fceaux , des cercles , des
paniers ,
Que les plus vieux outils font tirez des greniers
,
Qu'on voit de toutes parts venir les Bourguignottes
,
Que les Maîtres Vanniers ne font plus que des
hottes ,
Qu'on rafute les muids , qu'on lave les preffoirs
,
Que l'on met en morceaux tous les méchans ,
mouchoirs ,
Qu'on apprête par tout les couloirs & les times,
Qu'il
SEPTEMBRE 1724. 1945
Qu'il faut quitter le lit lorfqu'on fonne matines
,
Qu'un certain Nicolas tourne des broquereaux
,
Que toutes les maifons font pleines de tonneaux
>
Qu'on voit tous les charrons travailler aux
charrettes ,
Que tous les Taillandiers ne font que des fer◄
pettes ,
Que tous les Vignerons débitent leur Vin
vieux ,
Qu'on entend les maillets retentir en tous
lieux ,
Qu'un Bourgeois ne craint point de porter la
gannache ,
Que le meilleur Boucher ne vend que de la
vache ,
Que les petits enfans avec un chalumeau ,
D'un beau rouge pourpré fe peignent le mufeau
,
Qu'on laiffe les épics entaffez dans les granges ;
Enfin c'étoit au temps qu'on attendoit vendanges
,
Quand Tircis me pria de lui prouver en vèrs³
Que le Vin eft le fang de ce grand Univers :
Qu'on n'auroit point fans lui de plaifir dans
le monde ,
Dvj Que
1946 MERCURE DE FRANCE.
Que le Vin, en un mot , n'a rien qui le feconde.
Tirfis n'eut pas fi- tôt declaré fon defir ,
Qu'une fainte fureur vint par tout me faifir
Ma veine auparavant fterile & refroidie ,
Dans cet heureux moment ceffa d'être engourdie
;
Je demande une chaire , & quand je fus affis ,
Je prononçai ces vers pour contenter Tirfis.
Le Vin , quand il eft bon , nous fert de Medecine
,
Il furpaffe le fuc de toute autre racine •
Le Vin pris le matin rend les hommes plus
forts ,
Et quand il eft bien frais il réjouit le corps ;

Le Vin fait rencontrer le petit mot pour rire ,
Le Vin , quand il eft bon , fait bien faire &
bien dire ;
Le Vin fait que nos coeurs font des livres ouverts
,
Mais fur- tout le bon Vin fait compofer des
vers ;*
Et je crois qu'Apollon n'eft propice à Corneille
,
Qu'à caufe que fon nom rime avec la bonteille
,
Qu'on n'eut jamais oüi fi bien plaider * Servin,
* Faineux Avocat.
Qu'à
SEPTEMBRE 1724. 1947
Qu'à caufe que fon nom fe terminoit en Vin :
Bref qu'on ne fçauroit voir d'excellent perfonnage
,
Qui n'ait quelque rapport à ce divin breuvage.
Un Soldat fans Bacchus n'eft pas ami de Mars,
Sans fon jus il ne peut affronter les hazards s
Ce Conquerant fameux fi connu dans l'Hiftoire
,
Dans les travaux guerriers s'occupoit à bien
boire :
Un Avocat farci de Grec & de Latin ,
Ne fçauroit bien plaider fans le fecours du
Vin ;.
Un Juge n'auroit point d'efprit à l'audience ,
S'il n'avoit dans la tête un peu de cette effence ;
Un Procureur auroit , en parlant , le Hocquet,
S'il n'enprenoit devant que d'aller au parquet.
Un Huiffier n'auroit point la parole affez forte
Pour en joindre aux caufeurs de fortir de la
porte :
1
Un Greffier vous dira qu'un petit doigt de
Vin
Sert plus à fon métier que trois doigts de fa
main ;
Que s'il n'a déjeûné , fa vue eft toute louche ,
Et
1948 MERCURE DE FRANCE.
Et que tous les écrits femblent des pieds de
mouche.
Un Sergent , s'il n'a bû , n'eſt pas aſſez hardi ;
Mais il fait le Démon quand c'eſt après - midy.
L'Artiſan ne prend point plaifir à ſa beſogne ,
S'il n'a premierement enluminé fa trogne :
Quelle raifon auroit un Maître Savetier ,
De donner le Lundi vacance à fon métier
N'étoit qu'après avoir enflâmé fa cervelle ,
Ses yeux étincelans lui fervent de chandelle
Ou bien qu'ayant goûté d'un excellent faucet ,
Il fait plus en un jour qu'il ne feroit en fept ;
Concluons donc ici que cet aimable jus ,
Des boiffons que l'on vante efface les vertus :
Bienheureux le climat dont le terrain fertile ,
Peut donner de bon Vin comme fait nôtre
Ville ,
Heureuſe ma patrie , heureux les Auxerrois ,
Qui dans toutes faifons ont des Vins à leur
choix ;
Mais des Vins favoureux , qui prolongeant la
vie ,
Ne font pas de ces Vins qu'on nomme Vin de
Bre ;
Jupiter à fa table en regale les Dieux ,
Et
SEPTEMBRE 1724 1949
Et les préfere aux Vins les plus délicieux :
Paris , le grand Paris , où tout plaifir abonde,
Trouve en nôtre liqueur une bonté profonde :
Les Grands en veulent boire , & s'en trouvent
fort bien.
Mais je crois qu'il eft temps de finir l'entretien,
Je me fens alteré , qu'on nous apporte à boire ;
Des bons Vins Auxerrois chantons par tout
la gloire.
Je fuis , Meffieurs , &c,
LETTRE du Pere Buffier , Jefuite , à
M. de la R... au fujet d'une Critique
inferée dans le Mercure du mois d'Aonft
dernier , & fur le Traité des premieres
veritez , composé par le même Pere.
E n'ai point trouvé étrange , Montre
Mercure une Critique de mon Livre ,
dès qu'il ne s'y trouve rien contre les
regles de la politeffe , que des perfonnes
qui fçavent vivre fe doivent mutuellement.
J'ai eu des difficultez fur l'ouvra
ge des plus renommez Metaphificiens
on peut en avoir fur le mien , cela eft
dans
1950 MERCURE DE FRANCE.
dans l'ordre . Celles qu'on m'objecte dans
vôtre Mercure me paroiffent peu confiderables
; mais puifqu'elles ont arrêté
quelqu'un , elles pourroient en arrêter
d'autres ; & quand on cherche partout
la verité , on eft redevable à tous.
I. Je ne puis ( dit le Critique ) avec le
Jens commun admettre des jugemens fans
principe anterieur ; les idées même , s'il y
en avoit , ne pourroient annoncer aucune
verité , fans être la confequence d'un principe.
S'il comprend bien lui - même la
difficulté qu'il propofe , elle fera à ellemême
fa propre folution . Car admettant
pour tous les jugemens un principe
anterieur ; ce principe anterieur eft luimême
un jugement , où il ne l'eft pas.
S'il ne l'eft pas on n'en pourroit tirer
jamais de confequence , puifque toute
confequence eft un jugement ou propofition
déduite d'un autre jugement ou
propofition. Si le principe anterieur eſt
lui - même un jugement , il faut bien qu'il
foit admis par le fens commun : le Critique
voudroit - il admettre un principe
malgré le fens commun , & en dépit du
fens commun ? Or ce principe anterieur
admis avec le fens commun , eſt juſtement
ce que j'appelle une des premieres
verite , dont je fais la recherche dans
mon ouvrage.
II.
SEPTEMBRE 1724.
1951
II. Le Critique voudroit réprouver la
quatriéme des propofitions que je cite
pour exemple des piemieres veritez . La
voici , ce que difent & penfent tous les
bommes en tous les temps , & en tous les
lieux du monde est vrai . Cette propofition
, dit- il , eft une confequence du principe
anterieur qui fuit , c'eft que tous les
bo ames ne font point d'accord à me tromper.
Je demande encore au Critique , ce
principe anterieur eft- il une premiere
verité ou non? s'il dit , non ; ce principe
ne fera donc plus principe , puifqu'il a
befoin d'être prouvé , & qu'un principe
ne le prouve point : s'il dit , oni ; fon
objection retombe encore plus contre lui ;
puifqu'alors voilà un principe qui n'a
point de principe ulterieur , & qui manifeftement
eft admis par le fens commun
; & ce que j'appelle une premiere
verité , de forte qu'au pis aller , il n'y
auroit qu'à fubftituer les termes aux
miens ; & au lieu de mettre ce que penfent
tous les hommes eft vrai , on diroit :
tous les hommes ne font point d'accord à
me tromper. Je lui donne à choifir , qu'il
prenne à fon gré l'une ou l'autre puifque
l'une ou l'autre eft également la forte
de premiere verité que je veux établir.
Car il eft indifferent que la premiere fe
tire de la feconde, ou la feconde de la premiere
; /
1952 MERCURE DE FRANCE.
miere ; pourvû que l'une & l'autre fe
renferment reciproquement ; elles peuvent
indifferemment fe fervir mutuellement
, ou de confequence , ou de princi
pe , comme je l'ai expofé au chap . VIII .
de la feconde partie de mon Traité en
parlant des proprietez qui ne fe déduifent
pas plus réellement de l'effence , que l'effence
des proprietez. D'ailleurs il paroît que
fi les hommes ne font point tous d'accord
à me tromper , cela vient de ce
qu'ils penfent vrai , dans le point où ils
penfent tous la même chofe.
tion ,
III. Le Critique s'embarraffe l'imagination
pour montrer que cette propofi
il ya quelque chofe dans nous qui
s'appelle intelligence , & quelque chofe
qui n'eft point intelligence , & qui a des
proprietex differentes du corps ; pour montrer
, dis-je , que cette propofition eft la
confequence la plus compliquée. Il femble
vouloir briller ici ; mais il brille à gau
che , pour aller le chemin droit , il n'avoit
qu'à montrer fimplement de deux
chofes l'une , ou que la propofition dont
il s'agit n'eft pas une verité , ou qu'étant
une verité elle n'eft pas premiere verité ,
& c'eft ce qu'il n'a pû faire. En effet ,
pour montrer que ceci n'eft , pas une verité
, l'intelligence n'eft pas le corps , il
faudroit montrer qu'on peut juger fenfé
ment
SEPTEMBRE 1724. 1953
ment qu'une parcelle de matiere à force
de modifications differentes peut devenir
ou former une penfée , & c'eft ce que
perfonne n'a jamais penfé ferieufement ,
donna- t'il dans tous les entortillemens du
fpinofilme : ceux même qui ont tenu les
ames corporelles ont crû , à la verité, que
ces efprits étoient attachez à un corps Aërien
& fubtil ; mais ils n'ont point enſeigné
que leur efprit ou leur penfée fut un
corps : leur idée pouvoit être embroüillée
comme des Philofophes d'ailleurs trèsrenommez
, l'eft en certains points , témoin
celle du P. Malbranche qui affirme
d'un côté que la nature de l'ame confifte
dans fa penfee actuelle , & qui d'un autre
côté affirme que nous n'avons point d'idée
claire de notre ame , & que nous ne pou
vons connoître la nature d'une chofe . Des
Philofophes peuvent donc avoir enfeigné
quelque chofe de contraire à des premieres
veritez , & même avoir avancé
des extravagances , quoique d'ailleurs ils
euffent de l'efprit & du merite. J'en ai
donné un détail & des exemples dans mon
ouvrage. D'ailleurs fi cette propofition
eſt vraie , l'intelligence n'eft pas le corps ,
ou une pensée ne fe mesure ni au poids ni
à l'aulne : ( car l'une revient à l'autre. )
Si , dis -je , cette propofition eft vraie ,
elle eft premiere vérité, car elle n'a point
de
1954 MERCURE DE FRANCE.
}
de verité anterieure dont elle foit la con
clufion. Quoiqu'il en foit , fi certaines
gens nient les premieres notions communes
, on ne peut avoir de démonftration
contre eux ; on ne peut leur oppofer
que le fens ou fentiment commun. A
l'égard de ceux qui ne s'y rendront pas ,
je n'ai point d'autre Tribunal où les citer
, & s'ils refufent de reconnoître cette
Jurifdiction , je me confole de perdre
mon procès contre eux.
Je n'ofe , Monfieur , pouffer cette réponſe
plus loin dans la crainte de paſſer
les bornes qui conviennent à vôtre Journal
, & j'aime mieux remettre à un autre
mois ce qui me reſteroit à dire , en cas
que vous jugiez ces matieres du goût des
perfonnes qui lifent vôtre ouvrage , vous
me le ferez fçavoir ſi vous le jugez à propos
; c'eft pourquoi je vous addreffe ce
Memoire n'ayant pas l'honneur de connoître
le Critique , ni par fa perfonne ,
ni par fa réputation .
Il est très - louable de chercher des
éclairciffemens fur des fujets , qui font la
bafe de toute Philofophie , & même de
toute fcience humaine ; mais pour s'accoutumer
à philofopher jufte , & pour s'y
former l'efprit , je ne croirois pas neceffaire
d'avoir recours aux expreffions
éblouiſantes qu'il employe. Que je lui
ai
SEPTEMBRE 1724. 1955
ai rendu facile la conquête de la verité,
qu'elle eft une aimable fugitive ; qu'on la
cherche dans les routes arides de la meditation
, tandis qu'elle fe trouve dans les
vaftes contrées du fens commun. Agréez
que j'avertiffe les Lecteurs qui auront
vû ces expreffions du Critique de ne pas
s'imaginer qu'il les a prifes de moi . Je
n'ai pas à beaucoup près tant d'efprit ; &
quoiqu'il me revienne qu'elles font à la
mode parmi certains beaux efprits , j'a
voue que la fimplicité du mien , trouveroit
dans ces manieres de parler une forte
de Phébus qui meneroit au verbiage ;
& c'eft ce qu'un Philofophe doit avoir à
coeur d'éviter.
XXXXXXXXX
ELEGIE.
Laintes , ennuis , chagrins , compagnes
P des Amans ,
Pourquoi me fuivez - vous en des lieux fi
charmans ?
Venez-vous m'accabler dans ces lieux folitaires
,
Qu'amour fit feulement pour ſes plus doux
myſteręs ?
Leur filence ne peut fouffrir que les foupirs ,
Qu'au
1956 MERCURE DE FRANCE.
1
Qu'au milieu des tranfports font naître les
plaifirs.
Ce n'eft point un féjour de trifteffe & d'al
larmes ,
Les pleurs que j'y répands en profanent les
charmes.
Plaintes , ennuis , chagrins , pourquoi me ſui→
vez-vous ?
C'étoit pour éviter vos redoutables coups ,
Que je cherchois la paix de cette folitude ,
Mais helas ! pour calmer ma trifte inquiétude ,
Eft- ce en des lieux fi beaux que je devois ve
nir ?
Tout ſemble n'être fait que pour l'entretenir,
Tout m'y parle à l'envi de l'objet que j'adore ,
L'éclat dont au matin je vois briller l'aurore ,
Le pompeux appareil du bel aftre du jour ,
Plus brillant en ces lieux qu'en tout autre féjour
,
Le teint frais & vermeil des fleurs dont la
nature ,
Vient étaler ici la riante peinture ,
Tout me trace d'Iris les dangereux attraits ,
C'eft envain que je veux en éviter les traits ,
Mes yeux toûjours fatals aux repos de mon
Троца
ame ,
SEPTEMBRE 1724. 1957
Trouvent en mille objets , cet objet de ma
flâme ,
Et mon coeur plus perfide encore que mes
yeux ,
Se plaît à la chercher & la trouve en tous
lieux.
******
M.
Vergier.
********
FAMEUSE Partie de Longue Paume
jouée à Auxerre , enfuite d'un cartel de
défi , le 6. & le 7. Aouft 1724. Extrait
d'une Lettre écrite de Bourgogne par
M......
L
Es habitans de la Ville de Joigni de
tout temps , Emules de ceux d'Auverre
, & jaloux particulierement de la
juſtice renduë au Vin d'Auxerre dans les
Mercures de Novembre & Decembre
1723. projetterent un cartel de défi à la
Longue- Paume , contre Mrs d'Auxerre.
Les habitans de Joigni ont toûjours paffé
pour très - habiles au jeu de la Longue-
Paume , & on ne pourroit leur ôter cet
avantage fans leur faire injuftice . Le car-
-tel fut donc envoyé de la part des meilleurs
joueurs de Joigni à ceux d'Auxerre ,
qui quoique dépourvûs pour lors de leurs
meil1958
MERCURE DE FRANCE.
meilleurs Joueurs , le reçûrent fort bien ,
quelque témerité qu'il y eut à y confentir.
Les Joueurs de Joigni arriverent le
cinq Aouft à Auxerre , & y furent reçûs
avec toute la politeſſe poſſible .
On leur prefenta une magnifique collation
, un Saumon de plus de vingt livres
, & du meilleur Vin du pay s . On
prit l'heure pour jouer le lendemain , &
on convint de part & d'autre de jouer
40. piftoles . On fe quitta pour ce jourlà
, & les Joueurs de Joigni ſe retirerent
avec plufieurs pieces de gibier , dont ceux
d'Auxerre leur firent prefent.
Le lendemain Dimanche une fimphonie
conduite par les Gardes de Ville fe trouva
à la porte des Joueurs de Joigni , de la
part de Ms d'Auxerre, & elle a continué
de jouer à leur fuite jufqu'à leur départ .
On commença après le fervice cette
fameufe partie , en prefence des Juges
choifis des deux Villes pour ce fujet. Lescommencemens
n'en furent pas heureux
aux Auxerrois , qui perdirent ce jour- là
jufqu'à 32. jeux . Le lendemain Lundi nos
Athletes commençoient à rentrer en lice ,
lorfque la pluye les arrêta , & fit ceffer
le jeu L'après - midi ne leur fut pas plus
favorable. Un Joueur du côté des Auxerrois
s'étant bleffé au coude par une
chûte fut mis hors de combat , & ceux de
Joigni
SEPTEMBRE 1724. 1959
Joigni avoient toûjours l'avantage. Toute
la reffource des Auxerrois fe trouva alors
dans la perfonne & l'habileté de deux
jeunes habitans , aufquels on doit & le
rétabliffement du jeu de la Longue - Paume
dans Auxerre , & le gain de ce cartel.
Ils s'appellent Millot , fils de M.
Millot , Receveur de la Ville. L'aîné tenoit
la Paffe , & le plus jeune étoit au
Rabat.
Ceux - ci mirent le lendemain Mardi
tout en ufage pour rétablir la partie , &
ceux de Joigni firent tous leurs efforts
pour foutenir leur avantage. Mais les
deux freres Millot , aidez d'un habile fervant
, joüerent avec tant d'adreffe , & de
bonheur , que contre toute efperance , ils
remporterent enfin la victoire fur ceux
de Joigni , qui cependant jouerent avec
beaucoup de vigueur , d'adreffe & de gra
ce ; mais fatiguez d'une fi longue réfiftance
, & fe declarant vaincus , ils quitte
rent le champ de bataille à ceux d'Auxerre
, ajoutant qu'ils étoient fi épuisez
qu'il faudroit , s'ils jouoient davantage
les enterrer fois le toit , que d'ailleurs
ils étoient obligez de fe retirer chez eux.
à caufe de la Foire de S. Laurent qui
arrivoit le lendemain .
#

>
Les Auxerrois ne pouvant rien exiger
de plus , eurent la generofité de ne
E point
1
1962 MERCURE DE FRANCE .
point fe prévaloir autrement de leur victoire
, de louer beaucoup ceux de Joigni,
& de leur remettre la fomme qui leur
étoit acquife par la ceffion de la partie .
Comme le bruit du Cartel en queftion
s'étoit fort répandu , cette partie fut
jouée en prefence d'un prodigieux nombre
de fpectateurs de toutes qualitez accourus
des Villes , & lieux circonvoi
fins ; de forte que les Joueurs Auxerrois
n'avoient jamais reçû de fi grands & de
fi longs applaudiffemens. Geux de Joigni,
comme on l'a déja dit , fe retirerent mais
à petit bruit , & fans prendre congé , ce
qui n'empêcha pas Ms d'Auxerre de
donner le Repas & le Bal qu'ils avoient
préparé à tout évenement à M de Joigni.
S
Ainfi la jaloufie des habitans de Joigni
fur les éloges du Vin d'Auxerre , femble
avoir produit un effet contraire , car la
Ville d'Auxerre a toûjours eu d'habiles
Joueurs de Longue - Paume , & on prétend
que leur adreffe , & leur force dans
cet exercice viennent en partie de l'excellente
qualité des Vins Auxerrois.
Quoiqu'il en foit , on a fait plufieurs
pieces fur cette avanture , & fur ce que
les Joueurs deJoigni avoient allegué leur
Foire de S. Laurent pour excufe de leur
retraite le couplet fuivant eft échapé à
un de nos Poctes, Sur
SEPTEMBRE
1961
1724)
Sur l'air des Foliis d'Espagne.
Chers Auxerrois , fi vous voulez m'en croire
Contre Joigni ne foyez en courroux ,
A fes Joueurs eft furvenu la Foire ,
Ont- ils mal fait de fortir de chez- vous ?
• BRE
EXTRAIT d'une Lettre de Lisbonne ,
fur un Monftre Marin.
Au
U mois de Janvier dernier il parut
dans ce Port un Poiflon d'une grandeur
extraordinaire , ayant monté par une
des branches du Tage , le reflux le laiffa
fur le fable , où il fit entendre des mugiffemens
fi horribles , que tous les habitans
des environs en furent épouvantez ; les
pêcheurs d'Almeda y accoururent , le
Luerent & le remorquerent jufques devant
le Palais du Roi. Sa longueur eft de
65. pieds , fa plus grande groffeur de
32. & fa hauteur de 10. la queue fe termine
en deux pointes , diftantes l'une de
l'autre de 13 pieds , l'ouverture de ſa
gueule eft monftreufe , fix hommes y pouvant
refter debout fans le toucher , & a
environ 52 pieds de contour : fes dents
E ij au
,
1.201
1962 MERCURE DE FRANCE.
au nombre de 2.92 . pieds font longues de
7. & celles de devant qui font blanches de
3. & demi dans la partie fuperieure du
palais ; il a des poils long d'un doigt , de
la nature de ceux du Sanglier , il a deux
trous fur la tête qui lui fervoient à refpirer
, fes yeux font longs de 9 pouces ,
& diftans l'un de l'autre de 9. pieds 9.
pouces.
BOUTS-RIMEZ A REMPLIR.
Grêle
Loup-Garou
Maton
Femelle
Pucelle
Poilon
Peron
Nacelle.
Preteur
Breteur
Pynde,
SEPTEMBRE 1724. 1963
Vifigot
LO
Fagot
Olinde.
EXTRAIT de plufieurs Plaidoyers.
faits an College de Louis le Grand.
E 20. du mois d'Aouft dernier le
Pere de la Sante , l'un des Profeffeurs
de Rhetorique du College de Louis
le Grand , fit reciter devant une nombreuſe
affemblée de perfonnes de diftinction
, plufieurs nouveaux Plaidoyers qui
furent generalement applaudis ; foit pour
la folidité des raiſons , la fineffe des penfées
, la délicateffe du ftile , foit pour la
maniere vive , gracieuſe & animée , avec
laquelle les jeunes Avocats foutin rent
leur caractere. Le fujet de cette cauſe eſt
énoncé en ces termes.

L'Empereur Charlequint ayant ab- «
diqué l'Empire , & fait des gratifica- «
tions confiderables aux principaux Offi- «
ciers de fa maifon , deftina fon portrait «
enrichi de diammans à celui d'entre eux «<
qui lui avoit rendu de plus importans ❤
fervices pendant le cours de fon regne. «<
Ce grand Prince , pour obvier à la jalou- «
E iij fie
1964 MERCURE DE FRANCE .
» fie que la préference d'un feul pourroit
donner aux autres , ne voulut gratifier
» aucun en particulier de ce précieux ga-
» ge de fon affection ; mais il chargea Philippe
fecond , fon fils , de remettre le
portrait à celui qui après un mûr exa-
» men feroit jugé avoir mieux fervi le
Prince & l'Etat.
H
» Il fe prefente cinq concurrens. Le
» premier eft un General d'Armée , hom-
» ine de coeur & de main , qui a fignale
» fa valeur en plufieurs combats , & par-
» un grand nombre de victoires. Le fe
» cond est un homme d'Etat & de Cabi-
» net , fage & profond politique , qui a
» fuggeré à fon Maître d'utiles projets ,
» avec les moyens de les executer heu-
5 reufement. Le troifiéme, eft un homme
d'efprit & de tête , qui a regi les Finances
avec beaucoup d'oeconomie &
» d'habileté. Le quatrième eſt un excel-
» lent homme de Mer , qui a fait de nouvelles
découvertes , & de glorieufes
» conquêtes dans le nouveau Monde. Le
cinquiéme eft un homme de vertu &
de probité , confident zelé pour fon
» Prince , auquel il a tâché d'inſpirer un
» tendre amour pour fes peuples , & une
exacte précaution contre les écueils de
» la Cour.
1
» Philippe , fuivant l'intention de Charles
,
SEPTEMBRE 1724.
1955
les , nomme un de fes Confeillers d'E- «
tat pour examiner les raifons des afpirans
, & pour décider auquel des cinq «<
fera donné le riche portrait. «<
Nous nous contenterons
d'extraire les
divifions de chaque Difcours , d'effleurer
quelques- unes des principales raifons , &
d'inferer quelques traits répandus dans
les divers Plaidoyers.
1. Plaidoyer.
Le General d'Armée , qui parle le premier
la bouche de M. de Meulan , le
par
prend d'abord für le ton d'un homme
qui fe croit auffi fûr de vaincre au Confeil
, que dans le combat , & prétend
avoir plus contribué que fes rivaux , &
à la gloire du Souverain , & à la fureté
de l'Etat. C'eft fur ces deux raiſons qu'il
appuye fon droit . Il fait furtout valoir
dans la premiere partie les travaux qu'il
a effuyé. Les perils qu'il a bravé pour le
fervice de fon Prince , & en fait un párallele
avec les occupations paifibles d'un
politique , qui promene fes idées dans
le réduit d'un cabinet délicieux , ou la
valeur des guerriers le met à l'abri des
infultes de l'ennemi . Dans la feconde
par
tie il fait voir le befoin qu'a l'Etat du
bras Guerrier , tant pour les guerres do-
E iiij meſti,
1966 MERCURE DE FRANCE.
meftiques que pour les guerres étrangeres.
Celles-cy lui donnent occafion de rappeller
les fameux démêlez qu'eut Charlequint
avec François I. & l'émulation
de valeur , qui parut alors entre la France
& l'Espagne. » C'étoit donc , dit- il ,
>> fur nôtre valeur que l'Etat fe repofoit
» de fa fureté ; eh ! à quels ennemis ,
» Grand Dieu , n'avions- nous pas affaire?
» prefque à toute l'Europe liguée contre
» la Maifon d'Autriche , que l'on foup-
» çonnoit d'afpirer à la Monarchie uni-
» verfelle ; mais furtout à cette Nation
» voifine auffi émule de l'Efpagne que
» Carthage l'étoit de Rome , à cette Na-
» tion auffi brave , auffi terrible dans le
» combat , qu'elle eft aimable & polie
» dans la focieté ; à cette Nation dont
» l'humeur vive , bouillante & active a
>> tant de fois déconcerté le phlegme Efpagnol
; à cette Nation qu'un échec
>> anime au lieu de l'abattre , qui femble
>> tirer des forces de fes défaites mêmes ,
>> qui au milieu des plus grands defaftres
» trouve dans fon efprit & dans fon cou
» rage des reffources inépuiſables ; à cette
>> Nation enfin conduite par un Roi guer-
» rier , dont la valeur a été pour le grand
Charlequint même un digne objet d'é-
» mulation & de noble jaloufie ; par un
Roi ,
SEPTEMBRE 1724. 1967
Roi , qui n'a jamais paru plus coura- «
geux que dans fon malheur , jamais «
plus libre que dans nos fers , jamais <<
plus Roi que dans fa captivité , &c. «
Il conclut par faire entendre à fes concurrens
, que s'il eft vaincu en cette caufe
, ce fera la premiere fois qu'il l'aura
été que s'ils parlent , s'ils refpirent
encore , c'eft à fon épée qu'ils en font
redevables .
>
II. Plaid. Après ce premier Difcours
M. Mongin prenant la parole au nom
du Politique , infinuë que la valeur étant
naturellement présomptueufe il n'eft
pas étrange que l'homme de guerre ait
hardiment préferé ſa profeffion à celle de
l'homme d'Etat , & que plus accoutumé
à combattre qu'à réflechir , il n'ait pas
affez approfondi la difference qui fe trouve
entre les fervices de l'un & de l'autre.
Enfuite il s'attache à prouver que la
Politique eft l'ame du bon gouvernement
, puifque c'eft le reffort qui fait
tout mouvoir au-dedans & au dehors
d'un Royaume.
Le premier article eft prouvé par une
élegante expofition de tout ce que fait
un homme d'Etat pour foulager fon Prince
dans les grandes affaires , pour lui
épargner l'embarras d'un détail ' difficile ,
pour lui fuggerer des vûës , & des pro-
Ey jets
1968 MERCURE DE FRANCE.
jets utiles à fon Empire . De- là l'Orateur
paffe à une defcript on plus détaillée de
tout ce qui concerne l'emploi d'un homme
de Cabinet à qui le Prince donne fa
confiance , il fait voir que fes foins s'étendent
à tout , & reprefente ceux qui
lui difputent le prix comme de fimples
fubalternes qui n'agiffent que par l'impreffion
& le mouvement du genie qui
les conduit & les dirige tous . Il attaque
fur tout le Guerrier qui vient de traiter
la Politique un peu trop cavalierement ;
» car enfin , lui dit- il , fi la Politique
» n'avoit reparé les bréches que la va-
» leur martiale avoit faites à l'Etat, qu'au-
» roit produit cette continuité de victoi-
" res & de triomphes ? Ce tiflu de fuc-
» cès n'eut été qu'une calamité publique ;
» la deftruction de l'Etat eut bien-tôt
» fuivi celle de l'ennemi , & l'Espagne
» eut vû renouveller pour elle ces jours
» de triomphe tout à la fois funeftes , &
» glorieux , qui faifoient la joye de Rome
» & la défolation des Romains , où les
» pleurs fe mêloient avec les applaudif-
» femens , & où la vue du Captif enchaî-

né rappelloit à l'affligé Citoyen le fou-
» venir d'un frere ou d'un fils , à qui ces
chaînes avoient couté la vie . Helas ! la
>> rapidité de nos conquêtes n'eut peut-
» être fervi qu'à ébranler les fondemens
de
SEPTEMBRE 1724. 1969
CC
de nôtre Monarchie , & Charlequint
volant fur les aîles de la Victoire , por- «
tant le fer & le feu dans les Royaumes
étrangers , auffi triomphant , mais auffi «<
mauvais Politique qu'Alexandre , n'eut «
pas plus que lui laillé à fes fucceffeurs «<
la poffeffion tranquille du Royaume de «<
Les peres. «
(
Le fecond article qui regarde le dehors
du Royaume , reprefente l'homme d'Etat
occupé à connoître à fond les interefts
des Couronnes , à penetrer juſques dans
le Cabinet des Puiflances étrangeres , à
traiter avec tout ce qu'il y a d'efprits plus
fins & plus déliez en chaque Nation , à
fe fervir de fon art contre fon art même ,
en furmontant la politique étrangere par
une politique plus ráfinée. Au refte dans
l'éloge qu'il fait de fa profeffion , qui
l'engage en des intrigues & des negocia
tions fi délicates , il la vange de l'idée
defavantageufe qu'en a voulu donner
l'homme de Guerre , en peignant la Politique
comme une honnête fourberie.
Je ne prétends , dit- il , en refutant fon «<
rival , je ne prétens donner le nom de «<
vraye Politique , qu'à celle qui eft fon- «<
dée fur les lumieres d'une raifon ſaine , «
d'un fens exquis , d'un efprit clair- «
voyant , qui découvre la rufe fans la «<
mettre en oeuvre ; qui la combat noble «<
E vj ' ment
1970 MERCURE DE FRANCE.
» ment , & ne la fubjugue que par un
» effort de prudence ; qui mépriſe aſſez
» la foibleffe d'une telle rivale , pour ne
» pas daigner fe fervir d'elle contre elle-
» mêine ; qui va toûjours fon droit che-
» min , pendant que fes adverfaires cher-
>> chent des détours ; qui de loin obferve
>> les pieges qu'on lui tend , pour n'y pas
» tomber , mais qui les élude fans ja-
» mais s'écarter de fa route , & c.
Il appuye ces preuves de l'autorité
d'un ancien , qui difoit qu'une bonne tête
vaut plus à l'Etat que cent mille bras , &
de l'experience même qui démontre qu'on
a quelquefois vû en un même fiecle
vingt & trente Guerriers illuftres paroître
fur le brillant Theatre de la Gloire ,
au lieu qu'en plufieurs fiecles à peine
a - t'on vû deux ou trois grands Politiques
jouer un rôle glorieux fur la fcene
du monde d'où il conclut qu'un homme
;
fi rare eft un homme bien précieux .
III. Plaid. M. Bazin plaide à ſon tour
pour le Surintendant des Finances , &
fonde fon droit à la préference , fur ce
qu'il a trouvé l'admirable fecret d'enrichir
le Prince fans furcharger le peuple ,
c'est - à - dire , que dans le cours de fon adminiftration
il a pourvû tout à la fois , &
à la fplendeur du Trône , & au foulagement
de l'Etat. Double fervice , par ой
il
SEPTEMBRE 1724: 1971
il prétend l'emporter fur les quatre autres
afpirans.
D'abord il établit pour principe qu'il
faut qu'un Souverain ſoit riche , que fans
cela un Monarque ne pourroit foutenir
les droits de fa Couronne , qu'il feroit
le jouet de fes voifins , la rifée de fes fujets
, un vain phantôme de Majefté Royale
, moins connu par fon nom que far fes
malheurs. Il vient enfuite aux foins qu'il
s'eft donné pour remplir les coffres de
fon Maître , & rappelle les grands fuccès
qui ont été le fruit de cette opulence. H
prend delà occafion de faire fentir à fes
concurrens , que c'eft à fon travail , & à
fon application qu'ils doivent les glorieux
évenemens aufquels ils ont eu
part , & que.
fans lui tous les deffeins
échoüoient ; car fans finances le moyen
de réüffir dans les plus beaux projets ?
Enfin il expofe tout ce qu'il y a de critique
& de délicat en fon emploi , il
en montre les dangers , l'attention qu'il
faut avoir pour écarter , & ne point choquer
d'avides courtifans , dont le credit
eft dangereux , & à l'égard defquels une
roideur infléxible peut rendre auffi criminel
qu'une molle & lâche condefcendance
; l'adreffe dont il faut ufer pour
empêcher le Souverain même d'être prodigue
, afin de lui menager les moyens
d'être
1972 MERCURE DE FRANCE.
liberal ; le rifque qu'on court en contrariant
par devoir & par zele les inclinations
du Maître , quand elles font contraires
à ces vrais interefts. Tous ces
traits demandent une touche délicate .
Ce n'eft pas le tout que d'enrichir le
Prince , il le faut faire fans appauvrir le
peuple , & prendre de fi juftes mefures
que le Monarque en poffedant de grands
Tréfors , ne ceffe point de poffeder les
coeurs de fes fujets. C'eft le grand art
par où le Surintendant de Charlequint
prétend s'être fignalé dans la regie des
Finances. Entre plufieurs moyens qu'il
dit avoir mis en oeuvre pour adoucir ce
que les charges de l'Etat & les fubfides
extraordinaires pouvoient avoir d'odieux,
il fait furtout valoir la précaution qu'il a
eu de proportionner le fardeau à la portée
des particuliers , en faiſant tomber le
poids des taxes les plus confiderables fur
ceux que leur opulence met plus en état
de le foutenir , & fur les chofes qui fervent
plus au luxe & à la vanité , qu'aux
befoins & aux neceffitez de la vie . I
s'applique à donner d'excellentes raifons
d'une telle conduite , & conclut que
riche portrait du Prince ne peut mieux
être adjugé qu'au principal auteur de la
richeffe publique , & qu'à un homine
qui par les foins a été le lien de la tenle
drelle
SEPTEMBRE 1724. 1973
S
dreffe du Prince envers fon peuple , &
de la tendreffe du peuple envers for
Prince.
IV. Plaid. M. Riquet de Bon- repos ,
chargé du quatriéme Plaidoyer , foutient
que les nouvelles découvertes & les conquêtes
de l'homme de Mer réüniffent en
elles feules tout ce que les fervices des
trois autres renferment de plus effentiel.
1. Il fait tête à l'homme de Guerre ,
& lui prouve qu'il a autant , ou plus
contribué que lui à la gloire du Prince
& à la fureté de l'Etat à la gloire du
Prince , par la conquête d'une partie du
nouveau monde qu'il a foumis à ſa domination
, & où il a fait connoître , craindre
& reverer le nom de Charlequint ; à
la fureté de l'Etat par le nouvel accroiffement
de puiffances qui rend l'Espagne
formidable à fes ennemis , par le grand
nombre d'efprits remuans & inquiets
dont on a purgé le Royaume , & qu'on a
tranfplantez dans les nouvelles Colonies,
où ils trouvent un remede à leur indigence
, & un préfervatif contre la tentation
de remuer dans l'Etat. Il ajoûte
que fes expeditions l'ont expofé à des perils
fans comparaifon plus grands que
ceux du Guerrier , puifqu'il n'a pas feulement
eu des hommes à combattre ,
mais encore les orages , les écueils , les
tem1974
MERCURE DE FRANCE .
tempêtes , le Ciel , la Mer , tous les élémens
conjurez , ce ſemble, à ſa perte, & à
celle de fon équipage , dont les miferes ,
les plaintes , les murmures , & le defefpoir
étoient pour lui un nouveau furcroit
de peines & de travaux . Il pouffe ,
ce parallele , & prévient toutes les objections
de fon rival.
20. Il entreprend de prouver qu'il nẹ
lui a pas fallu moins de tête pour venir
à bout de réüffir dans fes entrepriſes ,
qu'il en faut à l'homme d'Etat pour former
fes grands projets de politique , &
que loin de s'en tenir comme celui- ci à
fuggerer un Confeil au Prince , il a luimême
rempli tout à la fois dans les pays
conquis tous les devoirs de Roi , de Ĝouverneur
, de Magiftrat , de Legiflateur ,
de Capitaine , de Soldat , &c. Cet article
contient un ample détail de tout ce
que doit faire un homme intelligent pour
établir folidement des Colonies.
3. Il infifte fur les obligations que lui
a le Surintendant des Finances pour les
richeffes qu'on a tirées des mines du nouveau
monde , & pour les fommes immenſes
qui ont depuis peu rempli le Tréfor
Royal , fan qu'il en coutât d'autre
peine au dépofitaire de ce Tréfor , que
celle de recevoir ce qu'on lui envoyoit
des pays nouvellement conquis.
n
SEPTEMBRE 1724. 1975
V. Plaid. Comme la modeftie & le
defintereſſement du confident vertueux
l'empêchent de venir difputer le prix
en perfonne , un ami prend fa caufe en
main , & fe propofe de faire voir que
l'homme de vertu a rendu un ferviced'autant
plus fignalé , qu'il a conduit plus
fûrement fon Prince aux deux fins principales
du grand art de regner , c'eſt- àdire
, au bonheur du Souverain , & au
bonheur des peuples. Ce fut fur ces deux
avantages que roula le Difcours de M.
l'Abbé de Vercel à qui échût ce Plaidoyer.
-
Toute cette piece eft un précis des maximes
qu'on peut fuggerer à un Prince
pour lui apprendre l'art d'être heureux
lui-même , & de rendre fon peuple heureux
. Sans nous arrêter à en faire l'Exwait
, nous nous bornerons à um feul endroit
par où finit ce Difcours.
Ici , Meffieurs , dit l'Orateur , un «
feul point m'arrête , & femble donner «
l'avantage au Politique fur l'homme de «
vertu . Fourquoi , dira t'on , ce Confi- «
dent que l'on fuppofe fi zelé pour le «
bonheur du Prince & du peuple , n'a- «
t'il pas diffuadé à Charles une abdica- «
tion fi oppofée à ce double bonheur ? «<
Devoit- il fouffrir qu'un Monarque fi «<
propre à faire des heureux fe laffât, fi- «
tôt de l'être ? «< N'en
"
1976 MERCURE DE FRANCE.
29
» N'en doutez pas , Meffieurs , le Confident
craignit une démarche qui pour
roit être fujette au repentir , & forma
long- temps des oppofitions à une retrai
» te qui privoit le monde de tant de ver-
» tus , nées , ce femble , pour le bonheur
» d'une infinité de peuples. D'ail'eurs il
prévoyoit les interpretations malignes
» qu'un fiecle pervers ne manqueroit pas
» de donner à une réfolution fi peu con-
» forme à fon goût , & à fes voeux inte
» reffez . Mais enfin quand après de lon-
» gues épreuves . & de vives remontran-
» ces il vit l'Empereur déterminé à -fui-
» vre l'attrait puiffant qui le portoit à facrifier
fa grandeur à fon falut ; pou
voit- il , devoit - il oppofer fa voix à
» celle du Ciel ? Convenoit- il à ure ame
Chrétienne de blâmer dans un Roi Catholique
, un Sacrifice que l'Antiquité
Payenne avoit admiré dans un Diocletien
? Les vûës de celui - ci étoient-elles
» à beaucoup près auffi nobles , auffi re-
» levées que celles de celui -là ? .... De
" plus ignoroit- il qu'il eft plus beau ,
" plus glorieux de méprifer un Trône
" que de le poffeder ; qu'un grand coeur
qui a la force de dédaigner l'Empire ,
» en doit avoir affez pour dédaigner les
» frivoles difcours , & les froides raille-
» ries de gens qui ont l'ame trop étroite ,
&
SEPTEMBRE 1724. 1977
& les fentimens trop bas , pour efti- «
mer une réfolution heroïque , & fupe- «
rieure à la petiteffe de leur genie.... En- «
fin ne voyoit- il pas le Sceptre tomber «
entre les mains d'un fils digne de rem- «<
placer le pere , & n'avoit- il pas lieu «
d'efperer qu'au même temps que l'un «
travailleroit au bonheur de fon peuple «
par fes voeux & fes prieres , l'autre le «
procureroit par la fagefle de fon gou- «
vernement ? «
JUGEMENT.
M. d'Ombreval qui prefidoit à cette
caufe , & qui dans un préambule en avoit
propofé le fujet , avant de prononcer
après les difcours entendus , établit certains
principes qui devoient fervir de
regles au jugement. Il fit enviſager un
fervice public fous trois vûës differentes
, en lui-même , par rapport à celui
qui le rend , par rapport à ceux aufquels
il eft rendu. Le confidere- t'on en luimême
, il faut examiner fa nature , fon
objet , fon étendue , fa continuité , fes
fuites. Par rapport à celui qui l'a rendu ,
on doit avoir égard aux motifs qui l'ont
engagé à le rendre , & à ce qu'il lui en
a coûté l'exécution. Par rapport
pour
ceux aufquels on a rendu ce feryice , on
à
doit
1978 MERCURE DE FRANCE.
-
doit furtout pefer les avantages qu'ils en
ont retiré.
Le Juge après avoir examiné les divers
fervices fuivant ces principes , &
balancé toutes les raifons pour & contre
, prononce enfin en faveur du Confident
vertueux .
» Vous , dit- il au Guerrier , vous nous
» avez formé un Roi conquerant , c'eſt
beaucoup , mais eft- ce affez ? 33
Vous , dit- il à l'homme d'Etat , vous
>> nous avez formé un fage & prudent
» Souverain , c'eft beaucoup , mais ne
» refte-t'il rien à defirer ?
» Vous , dit - il au Surintendant des
» Finances , vous avez contribué à faire.
» acquerir à Charles le nom de Prince
» liberal & magnifique , c'eft beaucoup ,
>> mais ce titre fuffit-il ?
» Vous , dit- il à l'homme de Mer ,
par vos conquêtes dans le nouveau
» monde , vous avez rendu Charles le
plus puiffant Monarque de l'Europe ,
>> c'est beaucoup mais n'eft- il rien de
» plus ?
>>
>>
1
» Ofons le dire. Il eft quelque chofe
» de plus grand , c'eft de nous avoir don-
» né un bon Roi , ce titre feul renferme
» tous les autres. Un Roi qui aime fon
» devoir & fon peuple , eft le plus pré-
>> cieux de tous les dons . C'est ce que
nous
SEPTEMBRE 1724. 1979
nous devons aux fages confeils du Con- «<
fident vertueux , & c'eft pour cela mê- «
me que nous lui décernons le portrait «<
du Monarque.... Si quelqu'un s'infcrit «
en faux contre ce jugement , qu'il com- <<
mence par nous montrer quelque cho- «
fe de plus eftimable qu'une fublime «<
vertu , & c. «
k
ENIGM E.
E change très-fouvent & de genre & de
J'
nom ,
Auffi je fuis toûjours la même
Faite par une main ſuprême ,
i.
Nul ne peut ajoûter à ma perfection ;
Je ne fuis pas fi belle ,
Lorfque je fuis nouvelle ,
Et cependant dans cet état ,
Je fers à diftinguer un fameux Potentat ,
Je puis de quelques jours avancer la venuë ,
De mainte perfonne inconnuë ;
Sans me couper on me met par quartiers ;
Par une maligne influence ,
On dit que je fais les ratiers ,
Ami lecteur , crains - en l'experience.
G. AV
1980 MERCURE DE FRANCE .
L
AUTRE ENIGME.
Es Princes & les Grands viennent fouvent
me voir ,
Et fans manquer à mon devoir ,
Je ne rends vifite à perfonne .
Il ne faut pas qu'on s'en étonne ,
A des peuples entiers je difpenfe mes loix
Je commande même à des Rois .
A perfonne pourtant je ne ferme la porte ,
Je fuis honnête fur ce point:
Je vois également les gens de toute forte ,
Autant que je le puis je n'en rebute point.
Il eft vrai que l'on paye en me rendant vifite ,
Autrement , point de grace , on demeure dehors
,
Suis-je mâle femelle ou bien Hermaphro
dite ?
Les deux fexes forment mon corps.
Pour mefaire mouvoir il faut un Maître habile;
Mais fans un certain point fon fçavoir feroit
vain ;
A fes loix je ne fuis docile ,
Que lorfque je lui vois un bâton à la main.
Ceux
SEPTEMBRE 1724. 1981
Ceux qui ont expliqué les deux Enigmes
du dernier Mercure , par la Clef &
la Perruque ont rencontré juſte.
XXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
O
DES BEAUX ARTS , &c.
EUVRES - MESLE'ES de Madame de
Gomez , contenant fes Tragedies ,
& differens ouvrages en Vers & en Profe.
A Paris , chez G. Saugrain , au Palais
1724. p. 399. I'Epître Dedicatoire.
eft adreffée à Mile Defmares ,
La forme de ce Livre a paru un peu
finguliere ; ce n'eft proprement qu'une
longue Lettre de Madame de Gomez , à
une Dame de fes amies , à quielle envoye
tous fes differens ouvrages , tant en Vers
qu'en Profe , & rend compte des raiſons
qu'elles a euës de les compofer . Elle s'explique
ainfi elle- même dès le commencement
de fa Lettre. Il faut que vous
foyez bien affurée , Madame , du pouvoir
que vous avezfur moi , puiſque vous
dites que vous ne doutez point qu'auffi- tôt
vâtre Leure reçûë , je ne fubiſſe la loi que.
VOUS
1982 MERCURE DE FRANCE.
vous m'imposez de faire imprimer tout ce
que j'ai compofe , foit en Vers , foit en
Profe ; mon amitié me fait regarder cette
priere comme un ordre abfolu , j'y fouferis
avec plaisir , puifque cela peut vous en
faire , indépendamment de l'amour propre.
qui n'engage que trop un Auteur à montrer
fes ouvrages. En voici de toutes fortes
, & pour vous plaire , je vais mettre au
jour des fecrets que je n'avois ofe confier
qu'à mon Cabinet ; mais pour me vanger
en quelque façon de l'obéiffance que vous
exigez de moi , la Lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire fera le corps du Livre , &
je n'interromprai tout ce que j'ai à vous
dire que par mes Tragedies , mes pieces de
Vers , & quelques Hiftoires qui en formeront
les membres , efperant par- là moins
ennuyer le public & vous auffi , Madame,
qui m'y contraignez, avec tant d'autorité ,
&c.
Les principaux ouvrages qui entrent
dans cette Lettre , font deux Tragedies ,
Habis & Semiramis , dont le public a
vû les repreſentations avec plaifir , &
deux autres , Clearque , Tyran d'Heraclée
Marfidie , Reine des Cimbres , qui
n'ont jamais paru fur le Theatre : les
Epreuves , Ballet heroïque en trois Actes,
& une nouvelle Ameriquaine , fans
compter quantité de petits Poëmes , Epîtres,
SEPTEMBRE 1724 1783
tres , Rondeaux , Lettres en Profe & *
en Vers , Madrigaux , Chanfons , Bouquets
, Impromptus, Epigrammes , Etrennes
, Acroftiches , &c.
*
Donnons quelque morceau qui puiffe
faire juger du caractere de l'Auteur.
Madrigal.
Achante , cher Mirtil , veut élever des Tem
ples ,
Aux coeurs qu'un tendre amour engage fous
fa loi ,
De la fidelité nous voyons peu d'exemples ;
Mais s'il fçavoit , Mirtil , ce que je fens pour
τοί ,
S'il pouvoit concevoir jufqu'où va ma conftance
,
Et quel plaifir je trouve à te garder ma foi ,
Les Temples que conftruit fa charmante éloquence
,
Sans doute , cher Mirtil , ne feroient dûs qu'à
moi.
Couplets fur l'air : n'oubliez pas vôtre
Houlette.
Le verre en main
1
,
Je chante ,
je fuis contente ,
Et brave le deſtin ;
F Mais
1984 MERCURE DE FRANCE.
Mais quand je vois finir mon vin ,
L'ennuy me prend , je me tourmente ,
Le verre en main , je ſuis contente ,
Je chante ,
Et brave le deſtin .
M
Pardonne , amour , ma tendreffe .
Me laiffe ,
Faire à Bacchus la Cour ;
Pour ne te pas donner ton tour ,
J'aime trop le trait qui me bleffe.
Pardonne , amour , & c.
Dans le Fauxbourg eft un azile ,
Tranquille ,
Auprès du Luxembourg ,
Si vous y venez chaque jour ,
Je me mocquerai de la Ville.
Dans le Fauxbourg , &t..
La douziéme Feüille du Spectateur
François vient de paroître , après plufieurs
mois d'interruption . Un fils regrette
fenfiblement la perte de fa mere ,
& en parle en ces termes . » Je ne me ſouviens
SEPTEMBRE 1724. 1985:
«
<<
viens pas de l'avoir jamais regardée «
comme une perfonne qui avoit de l'au- «
.torité fur moi , je ne lui ai jamais obéi , «
parce qu'elle étoit la maîtreffe , & que «<
je dépendois d'elle , c'étoit l'amour que «<
j'avois pour elle qui me foumettoit
toûjours au fren. Quand elle me difoit «
quelque chofe , je connoiffois fenfible- «
ment que c'étoit pour mon bien . Je
voyois que c'étoit fon coeur qui me «<
parloit , elle fçavoit penetrer le mien «<
de cette verité- là , & elle s'y prenoit «
pour cela d'une maniere qui étoit pro- «<
portionnée à mon intelligence , & que «
fon amour pour moi lui enfeignoit fans «
doute , car je la comprenois parfaite- «
ment , tout jeune que j'étois , & je re- «
cevois la leçon avec le trait de ten- «<
dreffe qui me la donnoit ; de forte que «<
mon coeur étoit reconnoiffant auffi -tôt «
qu'inftruit , & que le plaifir que j'a- «
vois en lui obéiffant , m'affectionnoit «<
bien- tôt à fes leçons mêmes . «<
Si quelquefois je n'obfervois pas « ·
exactement ce qu'elle fouhaitoit de moi, «
je ne la voyois point irritée ; je n'ef- «<
fuyois aucun emportement , aucun re- «
proche dur & menaçant , point de ces «
impatiences , de ces vivacitez de tem- «
peramment qui entrent de moitié dans ce
les corrections ordinaires , & qui les «
Fij ren1986
MERCURE DE FRANCE .
» rendent pernicieuſes , par le mauvais
>> exemple qu'elles y mêlent. Non , ma
mere ne tomboit pas dans ces fautes-là ,
>> & ne donnoit pas de nouveaux défauts ,
>> en me reprenant de ceux que j'avois ,
>> je ne lui voyois pas même un air fevere,
>> je ne la retrouvois pas moins accueil-
» lante , elle étoit feulement plus trifte ,
» elle me difoit doucement que je l'affli-
ھ ت ا
geois , & me caroiffoit même en me
>> montrant fon affliction , c'étoit -la mon
>>> châtiment , auffi je n'y tenois pas ; un
» jeune homme né avec un coeur un peu
» fenfible , ne fçauroit réfilter à de pa-
» reilles manieres , non qu'il ne fut peut-
» être dangereux de s'en fervir avec de
» certains caracteres ; il y a des enfans
» qui ne fentent rien , qui n'ont point
» d'ame ; pour moi je pleurois de tout
>> mon coeur alors & je lui promettois
en l'embraffant , de ne lui plus donner
» le moindre fujet de chagrin , & je te-
>> nois parole , je me ferois même fait un
fcrupule de la tromper quand je l'aurois
pû ; ce mêlange touchant de bon-
» tez & de plaintes , cette douleur atten-
>> driffante , qu'elle me témoignoit quand
»je faifois mal , me fuivoit par tout , c'é-
» toit, une fcene que je ne pouvois me
» réfoudre à voir recommencer ; fon
» coeur que je ne perdois jamais de vûë ,
»
"
ود
tenoit
SEPTEMBRE 1724. 1987
tenoit le mien en refpect , & je n'au- «<
rois pas goûté le plaifir de la voir con- <<
tente de moi , fi je m'étois dit qu'elle «<
ne devoit pas l'être , je me ferois repro- <<
ché fon erreur , & c. «
LE PASSE TEMPS AGREABLE , ou nouveau
choix de Bons - Mots , Penfees ingenieufes
, Rencontres plaifantes , Gafconades
, &c. Par M. J. B. R. corrigé &
augmenté confiderablement dans cette
4 Edition. Par M: C. D. S. P. A Rotterdam
, chez J. Hoihout , 2. vol . in
8° 1724.
و
LES OEUVRES DE M. ROUSSEAU
augmentées par l'Auteur de Pieces qui
ne fe trouvent point dans l'Edition de
Londres. A Amfterdam , chez Fr. Changuien
3. vol. in 12 .
LES OEUVRES DE M. LE PAYS , contenant
fes Amitiez , Amours & Amourettes
, & fes nouvelles Oeuvres . A
Amfterdam , chez P. le Coup , 2. vol.
in 12 .
OEUVRES d'Eftienne Pafquier , Confeiller
& Avocat General du Roi , en la
Chambre des Comptes de Paris , divifées
en deux tomes. A Amfterdam , chez les
Fiij Librai1988
MERCURE DE FRANCE.
Libraires affociez 1723. in fol. à deux
colonnes.
LA SCIENCE , PRATIQUE DE L'IMPRIMERIE.
A S. Omer , chez Martin - Dominique
Fertel in 4° de 292. pages.
Pierre Humbert , Libraire à Amfterdam
, a imprimé , & débite actuellement
l'Hiftoire du Concile de Pife , par
M. Lenfant en 2. vol . in 49 .
On imprime à Amfterdam par foufcription
chez Guillaume Barentz une
Collection des vûës & antiquitez des fept
Provinces unies , en 300. planches deffinées
& gravées par Abraham Radema
ker , avec leurs defcriptions , en François
, en Hollandois , & en Anglois , 2 .
vol . in 4°. Les foufcriptions feront reçûës
jufqu'au 1. Novembre prochain ,
chez Barentz .
LES DROITS DES SOUVERAINS défendus
contre les Excommunications &
les Interdits des Papes . Par Fra - Paolo ,
R ligieux Servite Confulteur de la République
de Venife , dédiez aux très il uftres
Seigneurs les Inquifiteurs d'Etat en
1605 A la Haye , chez Fleuri Scheurleer
1721. in 12. de 531. pages .
MEMOISEPTEMBRE
1724. 1989

MEMOIRES de Me Pierre de Bourdeille
, Seigneur de Brantome. A Leyde ,
chez J. Sameik 1722. dix vol. in. 12 .
dont on a ajouté au titre du dernier ; contenant
les Anecdotes de la Cour de France
fous les regnes de Henri II. François II.
Henri III. & IV. touchant les Duels.
HISTOIRE D'ANGLETERRE . Par M. de
Rapin Thoyras. A la Haye , chez Rogiffart
, 2. vol. in 4 ° . 1724.
CARPENTARIANA , ou Remarques
d'Hiftoife , de Morale , de Critique ,
d'Erudition &. de Bons Mots de M. Charpentier
de l'Académie Françoife. A Paris
, chez N. le Breton , Quai des Auguf
tins , in 12. de 491. pages.
Il paroît depuis l'année paffee un Livre
Latin , in 12. de 390. pages , imprimé
à Paris chez Bienvenu , au Palais ,
fous ce titre : Notes de Charles du Moulin
, de George Louet , & Antoine le Vail.
lant , fur les matieres Beneficiales , recueillies
& mifes en ordre alphabetique ,
par M. Sachot , celebre Avocat au Parlement.
ABREGE' DE L'HISTOIRE DE FRANCE,
depuis l'établiffenent de la Monarchie
Fij
Fran1990
MERCURE DE FRANCE .
Françoife dans les Gaules. Par le Pere
Daniel de la Compagnie de Jefus . A Pa
ris , rue S. Jacques , chez D. Mariette ,
J. B. de Lefpine , & J. B. Coignard , fils
9. vol . in 12 .
LE SAGE CHRETIEN ou les principes
de la vraye Sageffe , pour le conduire
Chrétienement dans le monde . A Paris ,
chez N. le Clerc , rue S. Jacques , in 16 .
de 24.8 . pages .
OBSERVATIONS fur la Saignée du
Pied , & fur la purgation au commencement
de la petite Verole , des Fiévres
malignes , & des grandes maladies ; avec
un Traité contre l'Inoculation . Par M.
Hequet , Docteur en Medecine . A Faris
, chez G. Cavelier , rue S. Jacques
1724. vol . in 12.
Il paroît depuis peu une brochure in
4° de 64. pages , fous ce titre . Les trèshumbles
Remontrances de l'Evêque de
Montpellier au Roi.
Autre Brochure : l'Esprit de l'Eglife
dans la celebration des Saints Myfteres ..
CONTES ET FABLES INDIENNES , & c .
2. vol. in 12. 1724. A Paris , chez G.
Cavelier & Jacq. Ribou. MOEURS
SEPTEMBRE 1724. 1991
MOEURS des Sauvages Ameriquains
comparées aux Moeurs des premiers
temps . Par le Pere Lafitean , de la Compagnie
de Jefus. A Paris , Quay des Auguftins
, chez Saugrain 1724. 4. vol .
in 12. avec les mêmes figures.
LA DOUBLE INCONSTANCE , Comedie
en trois Actes , dédiée à Madame la
Marquise de Prie. Reprefentée pour la
premiere fois par les Comediens Italiens
du Roi , le 6. Avril 1723. A Paris ,
chez F. Flahault , Quai des Auguftins
1724. in 8 de 132. pages.
Cette Piece n'a guere moins réüffi que
la jurpriſe de l'Amour , du même Auteur .
Le Public en attend un Extrait dans nôtre
Mercure ; nous nous y ſommes engagez
nous allons remplir nôtre promeffe.
ACTEUR S.
Le Prince .
Un Seigneur.
Flaminia.
Lifette.
Silvia.
Arlequin .
Trivelin.
Des Laquais.
Des Filles de Chambre..
F v LA
1992 MERCURE DE FRANCE .
La Scene eft dans le Palais du Prince .
ACTE I. SCENE . I.
Silvia , Trivelin , & quelques femmes
à la fuite de Silvia.
Trivelin n'oublie rien dans cette premiere
Scene pour faire fentir à Silvia
tout le bonheur dont elle fera comblée
fi elle confent à époufer le Prince qui
l'aime ; mais Silvia ne lui répond que
par des plaintes continuelles für la violence
que le Prince lui a faite , en la faifant
enlever , & en l'arrachant à fon
cher Arlequin. Elle protefte qu'elle ne
veut vivre que pour lui , & qu'elle ne
prendra aucune nourriture , qu'elle n'ait
vu fon cher Amant . Trivelin lui promet
cette chere vûë , Silvia ſe retire après
avoir témoigné aux femmes qui l'accompagnent
, pour lui faire honneur , que
leur prefence l'importune.
SCENE I I.
Le Prince , Flaminia , Trivelin.
Le Prince demande à Trivelin s'il a
quelques efperances à lui donner . Trivelin
lui répond , que tous les foins ont été
inutiles auprès de Silvia ; il conclut qu'il
y
SEPTEMBRE 1724 1993
y a quelque chofe d'extraordinaire dans
cette fille- la , & qu'on ne la réduira jamais
à ce qu'on veut . Flaminia dit au
contraire qu'elle en viendra à bout , &
qu'elle connoît trop fon fexe pour defefperer
de la victoire. Silvia , ajoûte- t'elle,
n'eft point fenfible du côté de l'ambition ,
mais elle a un coeur, & par confequent de
la vanité : avec cela , je fçaurai bien la
ranger à fon devoir de femme. Elle demande
fi l'on eft allé chercher Arlequin .
Le Prince craint que l'amour de Silvia
ne s'augmente encore par la vûë de
l'objet aimé ; mais Trivelin le fait réfoudre
à fouffrir qu'on lui montre fon
cher Amant , en lui difant que , fi Silvia
ne voit pas Arlequin , l'efprit lui tournera
fans doute , & qu'il en a la parole .
Dans cette Scene le Prince expofe comment
il a vû Silvia , & comment il l'a
aimée. Flaminia fe plaint à Trivelin du
retardement de fa foeur , dont elle a befoin
pour le projet qu'elle a dans la
tête . La voici , lui dit Trivelin : après
quoi il fuit le Prince qui fe retire pour
laiffer agir Flaminia.
Dans la troifiéme Scene , Flaminia
voyant une mouche fur le vifage de Lifette
, la lui fait ôter , parce qu'il s'agit
de plaire à un fimple Villageois , qui
les femmes de la Cour doivent
F vj .
croit que
être
1994 MERCURE DE FRANCE.
4
être auffi fimples & auffi modeftes que
celles de la campagne & des bois ; d'où
l'Auteur prend occafion de critiquer les
petites manieres affectées & artificieuſes
des Coquettes. Toutes ces impertinenceslà
, dit Flaminia , font très -jolies dans.
une fille du monde ; il eft décidé que ce
font des graces ; le coeur de l'homme s'eft
tourné comme cela , voilà qui eftfini ; mais
´ici il faut , s'il te plaît , faire main baffe
fur ces agrémens - là , le petit homme en
question ne les approuveroit pas ,
pas le goût fi fort , lui , c'est tout comme
un homme qui n'auroit jamais bû que
belle ean bien claire ; le vin , on l'eau de
vie ne lui plairoient pas . Flaminia pour
mieux engager Lifette à tâcher de fe faire
aimer d'Arlequin , lui dit que , fi elle le
portoit à l'époufer , le Prince feroit leur
fortune. Elles fe retirent toutes deux
voyant venir Arlequin conduit par Trivelin
.
il n'a
de
Trivelin fait valoir à Arlequin dans
la quatriéme Scene la magnificence du
nouveau féjour qu'il habite ; mais Arlequin
garde toûjours un profond filence ,
dont il ne fort qu'au nom de Silvia , que
Trivelin prononce. Trivelin lui apprend
qu'un Cavalier qu'il a vû quelquefois
auprès d'elle l'a enlevée , & l'a remife
entre les mains du Prince , qui , en étant
deveSEPTEMBRE
1724. 1995
devenu éperdument amoureux , a réfolu
de l'époufer. Arlequin n'y veut pas confentir
, quelques avantages que Trivelin
lui offre de la part du Prince. La feule
chofe à laquelle il paroît fenfible , c'eft
la bonne chere , & c'eft par - là que Trivelin
fe flatte de le prendre.
SCENE V.
Arlequin , Trivelin , Lifette.
Lifette vient fe montrer à Arlequin ,
fous prétexte de dire à Trivelin que le
Prince le demande. Trivelin . fe retire
pour les laiffer tête à tête . Lifette n'oublie
rien pour plaire à Arlequin ; mais
bien loin d'y réüffir , elle n'a que la honte
de fe voir méprifer , & de s'entendre
appeller Coquette : Trivelin revient &
trouve les chofes auffi peu avancées
qu'auparavant. Il emmene Arlequin pour
le faire promener en attendant l'heure
du dîner.
SCENE V I.
Le Prince , Flaminia , Lifette.
Le recit que Lifette fait à Flaminia
des brufqueries d'Arlequin à fon égard ,
font perdre toute efperance au Prince ;
mais Flaminia le rallure & lui promet
qu'elle
1996 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle n'en aura pas le démenti ; qu'elle
aime Arlequin , qu'elle prétend l'engager
, & difpofer en même temps le coeur
de Silvia à fe dégager , & à époufer un
Prince qui peut la rendre infiniment
plus heureufe que fon premier Amant.
ils fe retirent voyant revenir Arlequin
avec Trivelin.
La Scene qui fuit n'eft que pour donner
le temps à Flaminia de revenir avec
Silvia.
SCENE VIII.
Arlequin , Silvia , Flaminia.
Arlequin & Silvia fe revoyent avec
des tranfports de joye , dont Flaminia
feint d'être charmée . Elle leur declare
qu'elle eft dans leurs interefts , & furtout
par raport à Arlequin , qui reffemble
, dit-elle , à feu fon époux, qu'elle regrette
tous les jours. C'eft par là qu'elle
commence à s'infinuer dans le coeur d'Arlequin
, qui lui témoigne quelque fenfibilité.
Elle fe retire pour laiffer ces deux
Amans en pleine liberté de s'entretenir
de leur amour . L'entretien eft très-naïf ,
& très tendre de part & d'autre . Flaminia
revient pour avertir Silvia que fa
mere vient d'arriver. Silvia prie Arlequin
de ne la point quitter , & de la conduire
SEPTEMBRE 1724. 1997
duire vers fa chere mere. Flaminia lui
fait entendre qu'il fera plus féant qu'elle
y aille toute feule , d'autant plus qu'on
lui laiffe toute liberté de voir fon Amant
tant qu'elle voudra . Silvia fe rend aux
confeils de Flaminia , & va feule trouver
fa mere. Trivelin vient avertir Arlequin
qu'on a fervi , il témoigne d'abord
qu'il n'a point d'appetit ; mais fon
humeur gourmande le porte à demander
à Trivelin fi on lui fera bonne chere. Il
prie Flaminia de venir dîner avec lui ,
pour
achever de faire connoiflance.
ACTE II.
La premiere Scene fe pafle entre Silvia
& Flaminia ; la premiere fait un portrait
très defavantageux de la Cour. Elle
dit qu'il n'y a point de bonnefoi , & que
chacun lui vient dire qu'elle n'a pas le
fens commun de préferer un Villageois
à un grand Prince. Elle ajoûte que de
tous les courtisans il n'y en a qu'un feul
qu'elle feroit capable d'aimer , fi elle n'avoit
jamais vû Arlequin ; c'eft le Prince,
même , qui l'a déja vûë dans fon Village
, fans fe faire connoître à elle Flaminia
ravie de voir les fecrettes difpofitions
de Silvia , lui dit , pour la piquer.
au jeu , que toutes les Dames de la Cour
raillent
1998 MERCURE DE FRANCE.
raillent le Prince de l'attachement qu'il
a pour une beauté ruftique , & qu'elles
fe difent les unes aux autres pour ſe confoler
, que le Prince ne l'aimera pas longtemps
. Silvia lui repond qu'elle feroit
tentée de les confondre , fi elle n'aimoit
pas Arlequin autant qu'elle fait .
SCENE I I.
Le Prince fous le nom d'Officier du Palais,
Lifette fous le nom de Dame de la Cour ,
Silvia & Flaminia.
Silvia paroît agréablement furpriſe de
voir le Prince qu'elle prend pour l'Offi
cier de la Cour , dont elle vient de parler
à Flaminia. Lifette fous prétexte de
venir faire la reverence à Silvia , lui
parle avec un mépris qui la met en colere
, & l'oblige à la chaffer.
SCENE II I.
Le Prince , Silvia , Flaminia.
1
Le Prince affecte une grande colere
contre cette Dame de la Cour , qui a l'infolence
d'outrager celle qui doit être fa
Souveraine . L'amour perce à travers ce
feint couroux , il demande pardon à Silvia
de ne pouvoir fi tôt vaincre les premieres
impreffions qu'il a reçûës dès le
premier
SEPTEMBRE 1724. 1999
premier inftant qu'elle s'eft montrée à
fes yeux. Silvia ´n'eſt pas fâchée de le
voir fi tendre , elle lui permet de l'aimer,
mais fans prétendre rien de plus , puiſqu'elle
aime Arlequin , & qu'elle ne
fçauroit en aimer d'autre. Voici comment
l'Auteur la fait parler . Eh bien ! aimezmoi
à la bonne heure ; j'y aurai dú
plaifir , pourvû que vous me promettiez
de prendre vôtre mal en patience ; car je
ne fçaurois mieux faire , en verité. Arlequin
eft venu le premier , voilà tout ce
qui vous nuit : fi j'avois deviné que vous
viendriez après lui , je vous aurois attendus
mais vous avez en du malheur , &
moi je ne fuis pas heureufe. Silvia prie
fon prétendu Officier de lui faire avoir
raifon de l'infulte que vient de lui faire
cette impertinente Dame de la Cour qui
eft venue avec lui , il le lui promet & fe
retire. Flaminia invite Silvia à aller
effayer les beaux habits que le Prince lui
a fait faire. Silvia n'en veut point , parce
qu'elle croit que le Prince veut fon coeur
en échange ; mais Flaminia la raffure en
lui difant , que quand même elle refuferoit
la main de Prince, il feroit trop genereux
pour lui redemander les prefens
qu'il lui auroit faits . Silvia fort pour aller
mettre fes nouveaux habits .
SCENE
2000 MERCURE DE FRANCE.
SCENE IV.
Arlequin , Flaminia , Trivelin .
Trivelin fait femblant de ſe formalifer
de ce que Flaminia invite Arlequin à
aimer toûjours Silvia ; il lui dit que c'eft
mal fervir le Prince , & qu'il va l'en informer.
Arlequin court après Trivelin ,
l'arrête , le menace , & le bat. Trivelin fe
retire dans le deffein d'avertir le Prince
de la trahifon que Flaminia lui fait . Flaminia
feint d'en être au defeſpoir , par la
feule raifon qu'elle ne verra plus fon
bon ami Arlequin , & que fans doute
elle fera exilée de la Cour. Ses regrets
attendriffent Arlequin , & le portent
lui témoigner à peu près les mêmes fentimens
que Silvia vient de marquer à
fon Prince travefti .
SCENE I V..
Arlequin , Trivelin , un Seigneur
de la Cour.
à
Trivelin prefente le Seigneur de la
Cour à Arlequin , & le prie de lui être
favorable. Le Seigneurdit à Arlequin que
le Prince va l'exiler : pour quoi ? lui répond
Arlequin , pour avoir médit de vous,
replique le Seigneur. Arlequin lui refufe
7 2001 SEPTEMBRE 1724.
fe d'abord fa protection ; mais apprenant
qu'il veut mettre Flaminia dans fes intereſts
, en la mariant avec un coufin qu'il
a , & qui peut faire fa fortune , il fait
paroître de la jaloufie , & lui promet de
parler au Prince en fa faveur , à condition
qu'il ne fera plus queftion du mariage
de Flaminia avec le couſin. Dans cette
même Scene le Seigneur de la Cour fait
entendre à Arlequin que le Prince eſt au
defefpoir de l'avoir pour Rival , parce
qu'il l'aime beaucoup ; ces bonnes manieres
du Prince charment Arlequin ,
& le difpofent à ce qui fe doit paffer
dans le refte de la Piece.
SCENE VI.
Silvia , Arlequin , Flaminia .
Silvia & Arlequin fe revoyent d'une
maniere bien differente de la premiere.
entrevûë. C'eſt une tiedeur de part &
d'autre qui prepare les Spectateurs à la
double inconftance qui eft le fujet de la
Piece . Silvia dit à Arlequin qu'elle vient
de voir cet Officier qu'elle avoit déja
vûe dans fon Village , & le prie d'être
de fes amis . Arlequin y confent , & de
fon côté il propofe Flaminia pour faire
la partie quarrée. Allons goûter , dit- il
à Silvia , & à Flaminia , feulement pour
nous
2002 MERCURE DE FRANCE.-
de
nous amuler. Allez , allez , Arlequin ,
répond Silvia , à cette heure que nous
nous voyons quand nous voulons , ce n'est
peine
nous ôt r notre liberté nous pas la
mêmes , ne vous gênez point. Arlequin
fait figne à Flaminia de venir. Flaminia.
le fuit , fous prétexte de laiffer Silvia en
liberté de parler à fes Dames qui viennent
lui faire vifite.
SCENE VII.
Silvia , Lifette , & quelques Dames qui
viennent à fa fuite.
Liſette en demandant pardon à Silvia
par ordre du Prince , lui fait de nouvelles
infultes ; Silvia la chaffe une feconde
fois mais avec encore plus de colere
qu'elle n'en a fait voir à la premiere in-
Jure.
,
Dans la huitiéme Scene Silvia témoi
gne à Flaminia un defir ardent de fe
vanger de cette Dame , qui vient de l'ou
trager fur nouveaux frais . Flaminia lui
dit qu'il en eft un moyen très-feur , qui
eft de devenir la Souveraine de cette impertinente.
Silvia lui répond qu'elle
prendroit ce parti - là , fans Arlequin ,
qu'elle doit aimer. Flaminia convient que
veritablement c'eft un obftacle auquel
elle n'a pas penfé d'abord , & qui vient
trèsSEPTEMBRE
1724. 2003
très - mal- à - propos ; elle lui demande fi
elle aime bien cet Arlequin , & fi elle
croit en être fort aimée . Silvia fe rappelle
alors la maniere brufque , & impolie
avec laquelle Arlequin vient de la
quitter , pour aller faire collation Flaminia
lui fait avouer infenfiblement qu'elle
voudroit bien être débarraffée de ce
Villageois qui l'empêche de fe vanger
des outrages que lui font toutes ces Dames
de la Cour. Flaminia fe retire voyant
venir le Prince.
SCENE I X.
Le Prince , Silvia.
La vue du Prince redouble la perple
xité de Silvia . Elle veut le chaffer , elle
veut après le retenir ; elle fouhaiteroit
qu'il fut le Prince , pour avoir un prétexte
de trahir Arlequin , & un moment
après elle fait entendre que tout cela ne
ferviroit de rien . Elle lui dit enfin des
chofes fi obligeantes , qu'il eft prêt à lui
découvrir qu'il eft le Prince , mais quelques
mots qui fuivent les premiers l'empêchent
de le découvrir. Il fe retire avec
elle pour lui faire voir une fête que le
Prince , lui dit- il , a fait preparer pour
elle , & voilà comment la fin de ce lecond
Acte prepare le dénouement. Paf
fons au dernier.
ACTE
2004 MERCURE DE FRANCE.
ACTE I I I.
Nous fommes toûjours plus longs que
nous ne voudrions dans les Extraits des
Pieces , fur- tout de celles qui ont réüffi .
Mais peut-être y perdroit-on , fi nous
étions plus courts . Rien ne met mieux
au fait que de garder l'ordre des Scenes ,
& pour peu qu'on veüille inftruire de
chaque fond de Scene , on devient diffus
malgré qu'on en ait. Cependant comme
le Spectateur eft aflez inftruit pour entrevoir
le dénouëment , nous allons être
plus fuccincts fur ce qui nous refte à
dire . Flaminia acheve de déterminer le
coeur d'Arlequin en fa faveur , en lui difant
que Trivelin a executé le deffein
dont ils les avoit menacez tantôt , & qu'il
la fi fort deffervie auprès du Prince
qu'elle vient d'être condamnée à un exil
éternel . Arlequin pleure , & lui dit qu'il
n'oubliera rien pour obtenir fa grace du
Prince. Flaminia lui demande tendrement
d'où peut naître l'intereft qu'il
prend à fon fort ; Arlequin lui répond
enfin , que fon amitié eft devenue amour,
qu'il eft prêt à l'époufer , & qu'il fera
croire à Silvia qu'il ne la quitte que de
peur de nuire à fa fortune , en l'empê
chant d'épouſer le Prince. Pour Silvia ,
com
SEPTEMBRE 1724. 2005
comme elle aime veritablement cet Offcier
qu'elle ne foupçonne pas d'être le
Prince , elle lui avoue que le Prince n'a
que faire de venir lui demander une
main qu'elle ne fçauroit lui donner.
L'Officier prétendu témoigne quelque
défiance . Cette défiance oblige Silvia à
vouloir jurer que jamais elle n'aimera
le Prince ; c'eft pour lors que le Prince
fe fait connoître de peur qu'elle n'acheve
fon ferment . Arlequin furvient & dit à
Silvia qu'il a tout entendu je n'aurai
donc pas la peine de vous le dire , lui répond
Silvia avec fa naïveté ordinaire.
La Piece finit pár le double mariage du
Prince avec Silvia , & d'Arlequin avec
Flaminia.
Lettre à M. Coutelier , fur l'Edition
des Oeuvres de Racan.
M. dans l'Epître Dedicatoire de vôtre
Edition de Racan , vous promettez un
Recueil complet des ouvrages de cet illuftre
Académicien. Voici les omiffions
que j'y ai trouvé , & dont je vous fais
part. Premierement les fept Lettres de
Racan qui fe trouvent imprimées dans le
Recueil de Lettres nouvelles de Faret .
Faris. Touffaint du Bray 1627. in 8 .
Une
2006 MERCURE DE FRANCE.
Une Ode très- longue adreflée au Cardinal
de Richelieu
Richelieu qui des plus grands hommes ......
Gette Ode fe trouve dans un Recueil
in 8 intitulé les nouvelles Mufes , imprimée
à Paris 1633 .
Il manque
encore
à vôtre Edition une
Epitaphe
de 12. vers , & un Sonnet à
M. de Pifieux
que l'on trouve page 409.
& 433. des Délices de la Poelie Françoiſe
, imprimé
à Paris 1621. Touſſaint
du Bray in 8°.
Vous avez imprimé les Memoires fur
la vie de Malherbe , à la tête de fes Oeuvres
comme à leur place naturelle , mais
ils devoient , ce me femble , être réim
primez une feconde fois dans l'Edition
des Ouvrages de Racan , puifqu'il en eft
l'Auteur.
Les deux Odes à Balzac .
Ingrates filles de Memoire.....
Doctes Nymphes par qui nos vies ....
N'étant furement qu'une correction
l'une de l'autre , devoient par confequent
être imprimées à la fuite l'une de
l'autre , & non feparement comme vous
avez fait , en intercalant quatre Odes entre
deux , ce qui induit à croire que ce
font
SEPTEMBRE 1724. 2007
font deux pieces differentes .... Ces belles
Stances , Thirfis , il faut penfer à faire la
retraite .... font repetées deux fois , à la
page 21. & 193. du 2. Tom. de vôtre
Edition .
La Notte que vous avez placée au bas
du Sonnet , celui de qui la cendre.... ne
me femble pas jufte , au moins en toutes
fes parties. Elle eft fidellement copiée de
la page 11. du Recüel d'Epigramme de
Cl. Ig. Breugiere de Baranfe , imprimé
in 12. chez le Clerc en 1700. T. 2.
Voici comme cette Notte s'y trouve conftruite.
M. Racan fit ces vers pourfervir
d'Epitaphe à fon pere , qui , comme on l'a
dit, étoit Chevalier des ordres du Roi , &
Maréchal de Camp ordinaire dans les Armées
de Sa Majesté. Ces mots , comme on
l'a dit , font relatifs dans le Recueil de
Baranfe , à un abregé de la vie de Racan,
qui eft au commencement du volume ;
mais à quoi le rapportent- ils dans vôtre
Edition où cet abregé ne fe trouve point.
Je pourrois ajoûter encore quelques
autres Remarques, & principalement fur
l'ordre que vous avez donné aux pieces
de Racan ; mais je les fupprimerai pour
ne vous point paroître trop importun .
Il finit en vous faifant remarquer qu'il
faut écrire Bueil , & non pas Beuil comme
vous avez fait dans le frontifpice . Je
fuis.... G Eloge
2008 MERCURE DE FRANCE.
Eloge de M. de la Fons , Lieutenant General
de Police d'Orleans . Lettre écrite
de cette Ville le 22. Aoust 1724. par
L. L. D. L. P. D. à M. Lefcar.
J
Fons ,

E vous apprends , Monfieur , la trifle.
nouvelle de la mort de M. Elie de la
ancien Prevoft & Lieutenant General
de Police d'Orleans , arrivée aujeurd'hui
fur les cinq heures du matin ;
il étoit né à Orleans le 15. Fevrier 1669 .
par conséquent encore affez jeune , mais
beaucoup ufé de travail & d'aufteritez
ayant vêcu comme un Saint au milieu des
affaires & des embarras du fiecle : auſſi
n'a-t'il pû réſiſter à une paralifie qui le
furprit le 24. du mois dernier , en arrivant
à Boiffeau , Paroiffe diftante de quatre
lieues de Vendôme , où il alloit voir
un de les enfans chez les P. de l'Oratoire.
Quelcoup
de foudre fa famille ! (a)
pour
& quelle perte pour cette Ville ! une
pieté folide , une droiture fans égale , un
definterellement à l'épreuve de tout , une *
douceur toûjours oppofée à un temperamment
naturellement prompt & boüil-
(a) Il avoit époufé en premieres nôces une
niéce de M. Millain , qui eft auprès de Monfeigneur
le Duc , de laquelle il y a deux enfans
, garçon & fille , actuellement vivants .
lant ,
SEPTEMBRE 1724. 2009
lant , étoient fes vertus favorites : foumis
à Dieu , fidele à fon Prince , affable &
prévenant , écoutant le pauvre & le riche
fans diftinction ; en un mot , un excellent
Juge & un parfait Magiftrat , qui
a fait honneur à fa patrie. C'eft avec de
telles qualitez qu'il s'eft attiré l'eftime ,
la veneration & l'amour du public dans
les Charges qu'il a occupées , & qu'il
s'eft acquis une grande réputation. Vous
n'ignorez pas , Monfieur , que dès le
commencement de l'année 1692. il fut
Confeiller au Châtelet de Paris , qu'il fe
diftingua par fon application & fon affiduité
& qu'enfuite le 16. Decembre
1693. il paffa à celle de Prevoft d'Ors
leans qu'il a exercée , avec les talens
qu'on lui connoiffoit , l'efpace de près de
30. ans , c'est- à -dire , jufqu'en Juillet
1723. Quoique fortement attaché aux
devoirs de fon état , cela ne l'empêcha
jamais de fatisfaire à ceux de Chrétien .
La douleur m'empêche de vous en dire
davantage ; je finis en vous affurant que
jamais Magiftrat n'eft mort plus generalement
admiré & regretté . Je fuis , Monfieur
, &c.
Gij
Lettre
2010 MERCURE DE FRANCE .
Lettre de M. l'Evêque d'Angers à M.
Decourt , Able de Saint Serge.
V
Ous m'avez donné , Monfieur , la
curiofité de lire dans la Gazette
d'Hollande ce qu'on y a inferé , comme
l'Extrait de l'Oraifon Funebre que je prononçai
dans l'Eglife de S. Denis le 4. du
mois de Fevrier dernier , au Service folemnel
quiffuutt ffaaiitt pour feu S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans. Il n'y a pas dans
ce prétendu précis une feule ligne qui
foit de ma compofition , & s'il s'y trou
ve quelques idées qui m'appartiennent ,
elles y font fi eftropiées , fi déplacées , &
fi défigurées que j'ai peine moi-même à
les reconnoître . Je crois , Monfieur , devoir
cette declaration , à la verité , qui
ne me permet pas de me laiffer attribuer
un ouvrage qui n'eft pas le mien , & dont
je cede tout l'honneur à l'Auteur inconnu
qui a jugé à propos de le rendre
blic fous mon nom ; je fuis toûjours avec.
tous les fentimens que vous meritez , '&
avec un attachement très- fincere , Monfieur
, vôtre très - humble & très - obéiffant
ferviteur. Signé , L'Ev. d'ANGERS .
Au Château de la Suze ,
ee 1 , Septembre 1724.
pu-
ExSEPTEMERE
1724.* 2011
Extrait d'une Lettre écrite par M. Adam,
Curé de la Paroiffe du Valdavid , près
d'Evreux , le 22. Aoust 1724. für un
effet fingulier du Tonnerre.
L
E Tonnerre tomba Mercredi dernier
16. du courant , fur un gros Chêne à
50. pas de mon Prefbitere , & le coupa
en deux , précisément par le milieu
comme fi on s'étoit fervi d'une fcie , les
deux bouts feparez étant bien unis & bien
plats , fans qu'il y parut dans le moment
même aucun veftige de feu ni de chaleur .
J'allai voir la chofe dans l'inftant , & je
trouvai un de nos Païfans qui n'étoit qu'à
15. pas du Chêne quand cet arbre tomba
du coup de Tonnerre , lequel m'affura
n'avoir vû aucun feu dans le temps de la
chûte. J'ai crû jufqu'à prefent que le
Tonnerre ne tomboit qu'en feu , en pluye
& en pierres . On ne voit au pied de l'arbre
aucune pierre qui ait pu fervir à
cette feparation ; comment s'eft- elle donc
faite ? Vous pouvez voir dans le Mercure
Galant du mois de Septembre 1684.
un Curé de nôtre Diocéfe coupé en deux
par le Tonnerre, & de la même maniere,
dans fon Eglife : je fçai quantité d'effets
furprenans du Tonnerre ; mais je n'en
fçavois pas où le fujet frappé fut coupé
G iij
en
2012 MERCURE DE FRANCE .
"
en deux , fans qu'il y parut de feu . Je
vous prie , Monfieur , d'examiner ce Phe-
: noméne , & d'en faire part à vos amis.
Je fuis , & c.
On écrit de Troye en Champagne du
23. de l'autre mois , que le fieur Quinot ,
ancien Confeiller du Prefidial de cette
Ville , y étoit mort le 20. âgé de 65. ans,
que le fieur Agnès , Chirurgien , avoit
ouvert fon cadavre , & avoit trouvé une
pierre d'une groffeur extraordinaire , pefant
près de cinq livres , dont le défunt
ne s'eft jamais plaint , & n'a fenti aucune
douleur qu'au commencement de ſa maladie
qui n'a durée que douze jours.
HISTOIRE GENERALE DES PIRATES ,
depuis leur origine , & leur établiſſement
dans l'Ile de la Providence jufqu'à prefent
, avec une Relation des avantures
remarquables de deux femmes Pirates ,
nommées Marie Read & Anne Bonni ,
& un abregé des Loix des Pirates entre
eux. Traduit de l'Anglois par M. Janigin.
A la Haye , chez A. de Rogillart
1724.
On mande auffi de Portſmouth que le
23. Aouſt au matin , la Marée après avoir
monté pendant une heure & demie s'étoit
SEPTEMBRE 1724. 2013
1
toit arrêtée , & avoit refoulé pendant
près de trois quarts d'heure , après quoi
elle avoit remonté à l'ordinaire . Depuis
très long-temps on n'a point eu d'exemple
d'un pareil Phenoméne.
L'Académie Françoife celebra , fuivant
fa coutume le 25. du mois paflé , la Fête
de S. Louis , dans la Chapelle du Louvre .
Pendant la Meffe , qui fut celebrée par
1'Abbé de Roquette , l'un des Quarante
de l'Aca lémie ; on chanta un Pieaume
en Mufique de la compofition du fieur
Dubouffet , & l'Abbé de Chancé , prononça
le Panegyrique du Saint avec beancoup
d'éloquence.
L'Académie Royale des Infcriptions.
& Belles-Lettres , & celles des Sciences,
celebrerent auffi la Fête de S. Louis , dans
l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire. On
chanta le Pleaume , In exitu Ifrael , de
la compofition du fieur Dubouffet , &
l'Abbé de Luftrac prononça l'Eloge de
*
S. Louis .
L'Académie Royale de l'Hiftoire qui
s'affembla le 13. Juillet à Lifbonne , fit
lire publiquement un Difcours prélimi
naire fur l'Hiftoire Latine de Lisbonne
qui eft prête à paroître , & un Eloge du
Giij
ncu2014
MERCURE DE FRANCE.
nouveau Pape qui fut generalement applaudi.
A la fin de la Séance le Pere
Pierre Monteiro , Dominiquain , remit
au Secretaire une Hiftoire des Réviseurs
& Qualificateurs du Tribunal de l'Inquifition
de Portugal , & de l'origine de ces
emplois.
Les Académiciens appliquez , qui ont
fufpendu leurs conferences jufques au
mois d'Octobre prochain , ont auffi fait
publier un Eloge du Pape.
Le Docteur Barthelemi Laurent de
Gufman , l'un des Académiciens de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , lût dans
la derniere Séance les Préliminaires de
fon Hiftoire de l'Evêché de Porto. Le
Comte d'Ericeyra communiqua ce qu'il
avoit extrait des manufcrits de la Bibliotheque
du Conte de Vimiero , & vers
la fin de l'Affemblée on diftribua aux
Académiciens des Exemplaires du Catalogue
Hiftorique , Chronologique & Critique
des Evêques de Coimbre , depuis
Elipando , premier Evêque de cette Ville
, qui vivoit en 41 1. jufqu'à celui qui
gouverne prefentement ce Diocéfe . M.
François Leitaon Ferreira , Académicien ,
eft l'Auteur de ce Catalogue , qui eft rempli
de recherches très - curieufes .
Le 19. du mois dernier le P. Hefnault
de
SEPTEMBRE 1724. 2015
de Montiron , de l'Ordre de S. Dominique
, Docteur de Sorbonne , eut l'honneur
de dédier fa Thefe de Vefperie à
M. le Duc de Bourbon , dans l'Ecole de
S. Thomas du Grand Convent ; ce Religieux
n'oublia rien pour rendre cet
Acte digne de ce grand Prince , foit par
la grande diftribution des Thefes & portraits
de fon Alteffe Sereniffime à la
Cour & à la Ville ; foit par la riche décoration
de la falle . L'Affemblée qui étoit
compofée de perfonnes du premier rang,
de tous les états , a rendu ce témoignage
d'une commune voix . Le P. la Place ,
Docteur de Sorbonne , Prédicateur du
Roi , qui étoit le Prefident de cet Acte ,
s'y diftingua à fon ordinaire par fon éloquence
, & par fon érudition.
L'Eglife & les Lettres ont fait une perte
confiderable , en la perfonne de M.
Jacques de Marfollier , Archidiacre de
l'Eglife d'Ufez , & Auteur de plufieurs
ouvrages , qui eft mort à Uſez le 30. du
mois paffé dans la foixante- dix - huitiéme
année de fon âge.
M. de Woolhoufe avertit qu'il continue
depuis 35. années fes cours de Patho
logie & de Chirurgie Oculaire , avec fes
revues & démonftrations generales de
Gv toutes
2016 MERCURE DE FRANCE.
toutes les differentes maladies de l'Oeil
fur des fujets vivans ; enforte que trois
de ces leçons generales fuffifent pour faire
connoître les 300. indifpofitions , aufquelles
M. de Woolhoufe , par de nouvelles
recherches , a trouvé l'Oeil humain
affujetti , & dont une bonne partie
n'eft feulement guerifable que par des
operations fpecifiques de la main , que le
fieur de Woolhoufe enfeigne aux Medecins
& Chirurgiens de toutes les nations
de l'Europe .
L'art d'Ophthalmiatrie eft des plus anciens
, des plus neceffaires , & des plus
curieux ; cependant il a été délaifié ces
deux derniers fiecles , entre les mains
des Secretiftes d'Empiriques & d'avanturiers
. M. de Woolhoufe eft le premier
qui s'eft mis en devoir de le rétablir fur
fon ancien pied , & de le revendiquer
d'entre les mains des ignorans . Une bon-.
ne partie des Souverains de l'Europe a
fecondé fes bonnes intentions , & lui a
envoyé de jeunes Medecins & Chirurgiens
pour apprendre de lui cette fcience
dont le peuple avoit befoin , étant fort
maltraité par les mauvaiſes pratiques.
des foi-difants Oculiftes , dont tout le
talent confifte dans l'abbattement fallacieux
des cataractes , & dans le débit de
certaines eaux qu'on prend , comme univerfelSEPTEMBRE
1724.
2017
verfellement bonnes pour toutes les diverfes
indifpofitions des yeux , contre les
principes conftans de l'ait , contre le fens
commun , & le bien public : ces eaux &
autres pareils remedes hazardez & impas
propres
ne faifant
feulement
perdre
du temps & de l'argent impunément aux
malades , mais rendant les maux incurables
, en caufant des gonflemens , des
excoriations , ulceres & taches à la cornée
, en ramoliffant & ôtant le tonus &
reffort naturel aux membranes , avec
bien d'autres mauvais accidens.
M. de Wcolhoufe declare à vue d'oeil
dit-il , la nature du mal en queftion , en
combien de temps il eft gueriffable , &
par quels moyens , & il entreprend même
la guerifon à forfait par des medicamens
prompts , feurs & doux , quand la
Chirurgie fpecifique n'y eft pas abfolument
neceffaire .
Les Empiriques & envieux font courir
differents bruits touchant la mort , la
perte de la vue & l'abandon qu'ils prétendent
que M. de Woolhoufe a fait de
fa profeffion d'Oculifte , depuis qu'il eft
logé à l'Hôpital Royal des Quinze Vingts .
Ils font même apofter des gens pour détourner
les Etrangers qui viennent de
toute part à Paris , pour fe mettre entre
fes mains. De forte que M. de Woolhou-
G vj
fe
2018 MERCURE DE FRANCE.
fe ( à qui ces malades font addreſſez ) ne
les voit ordinairement que le dernier ,
après que leurs yeux font devenus toutà
- fait incurables .
Le fieur Hardoin , Maître à Danfer à
Caën , qui s'eft beaucoup appliqué à la
Choreographie , & à l'art de la Danfe ,
nous prie d'avertir ceux qui voudront
avoir des Danfes de lui, de prendre la peine
de lui écrire à Caen , ruë de Geole , en
affranchiffant les Lettres ; car il n'en recevra
pas autrement. Chaque piece Manuf
crite eft de 5. liv. les caracteres de la
Danfe exceptez , qui font de 1o. liv. Ces
prix diminueront de moitié quand ces
ouvrages feront gravez , ce qu'il promet
de donner inceffamment avec un Livre
fur l'art de Danfer , & c.
Le corps de la nouvelle Caleche de
campagne , que M. de Beringhen , Premier
Ecuyer a fait faire pour le Roi , au
fieur Fontaine , Sellier de S. M. a neuf
pieds de long fur cinq de large. Elle eft
toute ouverte comme celle dont nous
avons déja parlé dans le dernier Mercure,
avec des ftores & des mantelets roulez
fous l'imperiale , qui eft foutenue par
des montans de bronze doré , ornez de
feuillages , & de quelques inftrumens de
chaffe ,
SEPTEMBRE 1724. 2019
chaffe , d'une compofition legere , d'un
deffein & d'un goût admirable , ainſi que
tous les ornemens , foit du train , foit du
corps de cette fuperbe voiture , & jufques
aux pommes de l'imperiale , aux
boucles des harnois , &c. tout enfin eſt
caracterifé & recherché dans ce que l'imagination
peut produire de plus noble ,
de plus gracieux & de plus élegant . Tous
les ornemens & bas reliefs en bois , en
bronze , ou en fer , font dorez ; le morceau
qui frappe le plus de cette efpece ,
eft une tête de Cerf, dont le bois s'éleve
des deux côtez , & paroît former les
deux Moutons où font attachées les foupentes.
Tous ces ouvrages font du fieur
Aife , Sculpteur, qui en a fait les deffeins
& les modeles . Douze perfonnes peuvent
être placées à leur aife dans le pour-.
tour interieur de la Caleche , du fol de
laquelle s'éleve une table prefque ovale ,
& fur laquelle on peut fervir une colation
, faire une partie de jeu , & c. on y
entre par quatre portieres ; deux de chaque
côtez , faifant parties des cinq panneaux
qui décorent chacun des côtez de
la Caleche , & qui font peints par le
fieur Oudri , ainfi que les deux grands
panneaux du fond & du devant ; le petit
bas relief doré qui fert de bordure à ceuxci
, eft plus hiftorié que les autres , & les
orne1020
MERCURE DE FRANCE.
ornemens plus recherchez ce font des
inftrumens propres à diverfes chalfes , &
fur le haut un oifeau de proye chaperonné
, qui femble dominer & fervir comme
de principal ornement. Les i 2. pan.
neaux dont on vient de parler qui peuvent
paffer pour 12. Tableaux terminez
avec foin , ont receu de grands applau
diffemens à la Cour , où l'on eft convenu
que le fieur Oudri a un talent fuperieur.
Les fujets de ces differens morceaux font
des préparatifs de chaffe , dans de belles
vûes de payfages . On voit dans le grand
panneau du devant un relais de chiens
couplez prêts à être lancez. Dans celui
du derriere c'eft un fond de foreft avec
un Cerf & deux Biches. Le panneau du
milieu du côté droit reprefente des Herons
, aux côtez des Levriers arrêtez ,
des Barbers qui courent fur des Canards ,
& aux deux bouts des trophées de chaffe .
Au côté gauche , des Cormorans dans
l'eau au milieu & aux côtez des oiſeaux
de proye fur leurs cages , & les Chiennes
couchantes du Roi , peintes d'après
nature. Les deux bouts terminez comme
le côté opposé par des trophées . Le Roi
a vû avec plaifir cette ingenieufe & brillante
Caleche , & S. M. s'eft beaucoup
amufée à en parcourir les ornemens .
Nous ajoûterons avant que de finir
cet
S Ahs
repentir ,
Depuis le temps que j'aime ,
Sans
nature Les deux bouts terminez comine
le côté oppofé par des trophées . Le Roi
a vû avec plaifir cette ingenieufe & brillante
Caleche , & S. M. s'eft beaucoup
amufée à en parcourir les ornemens .
Nous ajoûterons avant que de finir
cet
SEPTEMBRE 1724, 202 F
cet article , que rien n'eft plus éclatant
que de voir rouler le pompeux équipage
, attelé de huit beaux Chevaux , lorfque
le Roi y eft accompagné des Princes,
des Princeffes , de quelques Seigneurs
& Dames de la Cour , dont la parure &
l'éclat des pierreries relevent encore ce
que cette Gondole roulante a de magnie
fique , fans parler de la garde & du nombreux
cortege , dont Sa Majefté eft toû
jours fuivie.
XXXXXXXXXXXX XXX
V
CHANSON.
Os regards , belle Iris , ont fait naître
ma flâme ,
Et femblent chaque jour approuver mon ar
deur
Ah ! s'ils n'expriment pas le fecret de vôtre
aine ,
Pourquoi permettez-vous qu'ils féduifent mon
coeur ?
Van leville en Rondeau.
SAhs
repentir ,
Depuis le temps que j'aime ,
Sans
2022 MERCURE DE FRANCE.
Sans repentir , j'ai vu fept fois nos champs
fleurir .
Dieu d'amour , fous ta loi fuprême ,
Heureux qui peut vivre & mourir ,
Sans repentir.
Sans repentir ,
Avec celle que j'aime ,
Sans repentir , nous cherchons à nous prévenir
.
Sort heureux ! ô douceur extrême !
L'amour goûte moins de plaifir ,
Sans 'repentir.
A
SPECTACLES.
U commencement de ce mois les
Comediens François ont donné
deux Reprefentations feulement du Parifien
, Coinedie de Champmeflay en vers,
& en cinq Actes qui n'a pas été goûtée
du Public. Cette piece fut jouée dans fa
nouveauté au mois de Fevrier 1682. Elle
eut 14. Repreſentations alternativement
avec la Tragedie de Zelonide , Princeffe
de
SEPTEMBRE 1724: 2023
de Sparte , de M. Geneft qui en eut quatre
de plus . La forte de réüflite que cette
Comedie eut alors , fut dûë , à ce qu'on
croit , à la fingularité d'un perfonnage
de femme tout Italien , qui étoit joué
avec beaucoup de grace & de fineffe , par
la Dile Guerin , veuve de Moliere .
Le 26. Aouft les Comediens François
remirent au Theatre la Comedie des trois
Confines , Piece en trois Actes ornée
d'intermedes . Elle eft de M. Dancourt ,
la Mufique eft de M. Gilier. Il y a 24.
ans qu'elle fut jouée pour la premiere
fois ; elle eut alors un très grand fuccès ,
elle n'a pas moins été goûtée à cette reprife
; & quoique les meilleurs Comediens
foient prefentement à Fontainebleau
, cette Piece a été fi bien remife ,
& les rôles fi bien diftribuez , qu'on doute
qu'elle pût faire plus de plaifir , par
tout autre choix d'Acteurs , & qu'elle
pût attirer de plus nombreuses affemblées.
Noms des Acteurs.
La Meuniere , veuve de l'ancien Meunier.
Mile la Mothe.
M. de Lorme , beau-frere de la Meunier
Le fieur de la Voye.
Colette , fille de M. de Lorme. M le du
Frefne.
Loüi2024
MERCURE DE FRANCE.
Louifon , fille de la Meuniere . Mile
Labbatte.
Marotte , fille de la Meuniere. Mle du
Boccage.
Blaife , garde Moulin. Le fieur Ars
mand.
M. de Lépine , Intendant . Le fieur le
Grand le fils.
M. Giflot. Le fieur de la Torilliere
le fils .
M. le Baillif. Le fieur du Brueil.
Javotte , Payfanne. M du Chemin.
Troupe de Meuniers & de Meunieres.
Troupe de Bohemiens & de Bohemiennes.
Troupe de Pellerins & de Fellerines.
ACTE I.
M. le Baillif & la Meuniere ouvrent
la Scene. La Meuniere demande des confeils
à M. le Baillif, quoiqu'elle ait bien
réfolu de n'en faire qu'à fa tête . Elle lui
dit d'abord qu'elle a deux jeunes filles ,
dont elle est très - embarraffée ; M. le
Baillif lui confeille de les marier , auffi
bien que fa niéce. La Meuniere lui ré
pond que ce feroient-là trois nôces ; au
lieu qu'il vaudroit bien mieux n'en faire
qu'une. Vous avez raiſon , dit le Baillif ,
il faut les marier toutes trois le même
jour
SEPTEMBRE 1724 2025
jour ; vous ne m'entendez pas , répond
la Meuniere ; quand je dis de ne
faire qu'une nôce , c'eft moi qui veux me
marier toute feule , & je vous prie de me
confeiller cela ; car auffi bien il n'en fera
ni plus , ni moins . Le Baillif lui dit qu'el
le a raifon . Je vous remercie de vôtre
bon confeil , lui dit- elle en le quittant :
adieu , je vous prie de la nôce.
M. le Baillif, pour des raifons qu'il
n'explique pas , n'approuve point le mariage
que la Meuniere le propofe , & ſe
détermine à en avertir fon beau - frere
afin qu'il s'y oppoſe de concert avec lui.
M. de Lorme , beau - frere de la Meuniere
, commence par fe plaindre à M.
le Baillif des allures de fa belle -four >
qui va d'un train à broncher , fi l'on ne
Farrête il lui dit que ce font des nôces
perpetuelles dans le Moulin , Monheur
de Lépine , Monfieur Giflot , &
Blafe , le garde Moulin , donnent
fête fur fête. Monfieur le Baillif le furprend
bien plus , en lui difant que la
Meuniere croit que tous ces Amans font
fur fon compte , & qu'elle lui a paru
fur- tout pancher du côté du garde Moulin.
M. de Lorme , jure de la traverſer
pour la gloire du défunt , qui étoit fon
frere .
que
Colette vient , on la fait jafer fur toutes
2016 MERCURE DE FRANCE.
tes ces fêtes galantes qu'on donne à fa
Tante la Meuniere . Elle découvre à fon
pere & au Baillif , que la Meuniere a
beau fe croire l'objet de toutes ces fêtes ;
que M. de Lépine en veut à Marotte , M.
Giflot à Louifon. Pour Blaife , pourſuite
Colette , ma Tante eft amoureufe de lui ;
mais c'eft de moi qu'il eft amoureux . M.
de Lorme , pere de Colette s'en fâche
d'abord ; mais fa colere fe tourne bientôt
après en raillerie. Il dit à fa fille
qu'elle a fans doute pris le change , &
que c'eft fa Tante qui eft aimée du
garde Moulin . Le voici , leur répond
Colette , cachez - vous pour un moment
je vais le faire jafer & lui donner beau
jeu .
Blaiſe ne croyant pas être obfervé fait
fa declaration d'amour d'une maniere
tout à fait naïve. M. le Baillif & M. de
Lorme fortent brufquement de l'endroit
où ils s'étoient cachez. Blaife fe plaint à
Colette de la trahifon qu'elle vient de
lui faire. M. de Lorme lui défend de
parler à fa fille ; mais Blaife lui protefte
qu'il n'en ira pas moins fon train , & que
pourvû que Colette y confente , ils fe
marieront bien fans fon aveu .
2
L'intermede de ce premier Acte eft
compofé de Meuniers & de Meunieres ;
M. de Lépine ordonne la fête , s'eft travefti
SEPTEMBRE 1724. 3027
vefti en Meunier auffi bien que M. Giflot .
ACTE I I.
M. le Baillif , M. de Lorme & la
Meuniere commencent ce fecond Acte.
M. de Lorme irrité de toutes ces fêtes
qui fe fuccedent les unes aux autres , ne
peut plus fe contenir , & fe retire de peur
de s'emporter contre fa belle- foeur , en
prefence de M. le Baillif qui lui a confeillé
de diffimuler. Il ne laiffe pas de
faire entendre à la Meuniere , avant que
de la quitter , que tout ne fe paffera pas
comme elle fe l'imagine. La Meuniere
fait connoître au Baillif qu'elle a fait des
réflexions depuis qu'elle ne l'a vû , &
qu'il lui femble que M. de Lépine lui
conviendroit mieux pour mari que Blaife.
Le Baillif convient de tout ce qu'elle
veut & la quitte. M. de Lépine vient , la
Meuniere qui s'en croit aimée , lui fait
entendre qu'elle fait tomber fon choix
fur lui , & qu'il aura la préference fur
tous fes Rivaux. M. de Lépine qui en
veut à Marotte , & qui pourtant veut
laiffer la Meuniere dans fon erreur ; lui
dit qu'il ne fçauroit le réfoudre à devenir
fon époux qu'elle n'ait pourvû fes
filles. La Meuniere paroît très- éloignée
2028 MERCURE DE FRANCE .
guée de goûter cette propofition , elle
dit à M. de Lépine qu'elle pourra penfer
à marier fes filles dans neuf ou dix
ans. M. de Lépine la quitte en la priant
de faire réflexion fur ce qu'il vient de
lui dire. La Meuniere mécontente de celui-
ci , comme elle l'eft déja du Garde
Moulin , rabat fur M. Giflot ; M. de Lorme
qui revient , & qui a entendu quelque
chofe du nouveau choix qu'elle veut
faire , ne peut plus garder cette moderation
qu'il a tant promiſe au Baillif , & lui
apprend tout , en jurant fans cefle de ne
lui rien dire ; il lui declare que tous ces
amoureux qui paroiffent lui en compter
fe mocquent d'elle , & en veulent à fes
filles , que le Baillif même eft d'intelligence
contre elles mais qu'elle n'en fçau
ra rien , parce qu'on veut la faire donner
dans le panneau , fans qu'elle s'en doute.
La Meuniere fe retire fort en calere de
tout ce que M. de Lorme vient de lui di
re. Colette vient ; M. de Lorme lui défend
de fe trouver à toutes ces fêtes qu'on
donne dans le Village , Colette en eft
très-fâchée , elle lui dit en pleurant qu'il
va la faire paffer pour une ridicule ; elle
ajoûte qu'il eft arrivé une troupe de Bohemiens
& de Bohemiennes qui doivent
dire la bonne avanture à tous les garçons,
&
SEPTEMBRE 1724. 2029
& à toutes les filles , & qu'il fera cauſe
qu'elle ne fçaura pas la fienne. Tous ces
gens -là , lui répond M. de Lorme ne font
que mentir . Tiens , pourfuit - il , leur
fcience eft fi trompeufe qu'autrefois ils
prédirent à ta mere qu'elle auroit des enfans
, tandis qu'ils venoient de me prédire
que je n'en aurois point . Colette à
force de prieres , fait enfin conſentir ſon
pere , à l'envie qu'elle a de le faire dire
la bonne avanture ; mais il lui défend
très - expreffement de parler à Blaife , elle
en est très - mortifiée ; mais il demeure
ferme dans fa réſolution , & la quitte en
la menaçant de toute fa colere , fi elle ne
lui obéit pas fur ce dernier point Colette
réflechit fur la défenfe que fon pere
vient de lui faire , & fent qu'elle n'eut
jamais tant d'envie de voir Blaife , que
depuis que cette vûë lui eft interdite . Ses
deux Coufines , Marotte & Loüiſon arrivent,
& fe plaignent toutes deux de ce
que leur mere vient de leur défendre de
voir M de Lépine & M. Giflot , la défenfe
opere la même chofe fur elles que
fur Colette. L'expedient qu'elles prennent
dans cette Scene qui eft très - ingenieuſe
, c'eft de faire fçavoir leurs fentimens
à leurs Amans fans leur parler. Colette
fe charge d'apprendre à M. de Lépine
2030 MERCURE DE FRANCE .
pine que Marotte l'aime , & à M. Giflot
qu'il n'eft pas indifferent à Loifon &
Marotte & Loüifon de leur côté promettent
à Colette d'apprendre à Blaife le
Garde Moulin , les favorables fentimens
où elle eft pour lui. Cela s'execute comme
il a été projetté ; M. de Lorme promet
auffi à M. de Lépine , & à M. Giflot
de les fervir dans leur recherche . Cet
Acte finit par la fête des Bohemiens &
Bohemiennes que Colette a déja annoncée
, en parlant à M. de Lorme . On a
trouvé cette fête auffi galante que la premiere
; mais on auroit fouhaité qu'elle
eut produit quelque chofe pour le dénouëment
, & l'Auteur fembloit le faire
éfperer , en faisant dire à la Meunierė ,
avant la fête , qu'elle vouloit ſe faire dire
fa bonne avanture , & felon ce qu'on
lui annoncéroit , elle prendroit fes mefures
pour ſe tirer de la perplexité où
M. de Lorme l'avoit mife , en lui apprenant
qu'on ſe mocquoit d'elle .
que
ACTE III.
Ce dernier Acte a paru bruſqué , peutêtre
, faute d'avoir préparé le dénouement
dans la fête du fecond. Marotte & Loüiapprennent
à Blaiſe qu'il eft aimé de fon
Colette ,
SEPTEMBRE 1724. 2031
Colette , commé Colette a appris à M.
de Lépine , & à M. Giflot qu'ils le font
de Marotte & de Louilon . Blaiſe ravi
d'apprendre les fentimens que Colette a
pour lui , ne fonge plus qu'aux moyens,
de l'époufer , malgré l'oppofition de fon
pere. Il dit qu'il a imaginé un pelerinage
qui pourra avancer les affaires , le propofe
à Marotte & à Loüifon , comme un
expedient infaillible pour faire réüffir
leur mariage avec leurs Amans. Il leur
dit que dès qu'on eft de retour de ces fortes
de pelerinages , les parens des filles
& des garçons , confentent à les marier
enfemble , fans y apporter le moindre
obftacle. Il va tout preparer pour cela.
Golette qui furvient eft fort furprife que
Blaife ne lui parle point ; fes deux Coufines
lui difent que c'eſt à cauſe de la défenfe
de M. de Lorme. Mais que cela
n'empêche pas qu'elle n'en foit tendrement
aimée. Elles lui parlent du pelerinage.
Colette leur répond qu'elle n'y
confentira jamais , & que c'eſt - là un enlevement
dans toutes les formes. L'expedient
que l'Auteur lui fait prendre , c'eft
de confulter adroitement fon pere , fans
lui dire qu'elle foit du nombre des Pelerines.
M. de Lorme ne fongeant qu'à
faire enrager la Meuniere , eft ravi d'apprendre
que M. de Lépine & M. Giflot
H vont
2032 MERCURE DE FRANCE .
vont en pelerinage avec Marotte & Loui
fon ; Colette ravie de le voir approuver
cet enlevement le quitte , en faifant entendre
aux fpectateurs par un aparte qu'el
le va donner ce confeil à fes Coufines
de la part de leur oncle , & qu'elle va
prendre celui de fa Tante pour elle - même.
La Meuniere & M. de Lorme fe
rallent reciproquement , au fajet du
pelerinage , ignorant la part qu'ils y ont.
Ia Meuniere qui a confeillé à Colette de
partir avec le Garde Moulin , ne fçait pas
que M. de Lépine & M. Giflot enimenent
fes filles , & M. de Lorme de fon
côté ignore que Blaife enleve Colette,
Enfin tout eft éclairci . Le Baillif confeille
à la Meuniere de confentir au mariage
de fes filles , après l'éclat du pelerinage ;
la Meuniere y donne les mains , à la charge
qu'il ne lui en coûtera rien ; les deux
époufeurs y confentent. Blaife fait la
même propofition à M. de Lorme , qui
fe détermine par la grande raifon de fans
dot, & M. le Baillif époufe la Meuniere ,
Ce dernier mariage a d'autant plus furpris
les fpectateurs que l'Auteur ne l'avoit
nullement préparé . Quoiqu'il lui eut été
très facile de le faire. On convient même
que cela auroit donné un intereft au
Baillif , qui n'ayant aucun motif qui le
falle agir dans toute la Piece , devient un
perfonSEPTEMBRE
1724. 2033
perfonnage prefque inutile. Au refte ,
quoique cette Piece ne foit pas d'une
exacte regularité , furtout pour les moeurs,
on ne fçauroit difconvenir des agrémens
qui y font répandus partout. Les Scenes
en font très - vives & très - bien dialoguées
, les Fêtes Gracieuſes , la Mufique
naturelle , & le Ballet parfaitement deffiné.
Les entrées où les enfans du fieur
d'Angeville ont danfe , ont fait un plaifir
infini ; la Demile Labat ne s'eft pas
moins diftinguée dans le Ballet que dans
les Pieces.
L'Académie Royale de Mufique donna
le 3. la derniere reprefentation du
Ballet de l'Europe Galante qui avoit été
remis fur le Theatre le 20. Juin dernier,
& le 7. de ce mois on a repris Thetis &
Pelée. Un nouvel Acteur a joué le rôle
de Pelée , & le fieur Chaffé , dont nous
avons parlé dans nos précedens Journaux,
a joué celui de Neptune , avec beaucoup
d'applaudiffement .
Les Theatres de Paris , qui avoient
été fermez pendant huit jours , à caufe
de la mort du Roi d'Efpagne , furent
r'ouverts le Jeudi 2 1. de ce mois.
Nous parlerons le mois prochain du
Hij nou2034
MERCURE DE FRANCE.
nouveau Prologue des trois Confines , &
des Bourgeoifes de qualité qu'on vient de
donner avec fuccès au Theatre François ,
& on donnera des Extraits des Bains de
Charenton, des Vandanges de Champagne ,
& des Dieux à la Foire , dernieres nouveautez
qu'on a données fur le Theatre de
l'Opera Comique de la Foire S. Laurent.
NOUVELLES E'TRANGERES.
Turquie.
E jeûne du Ramadan a été terminé
le 5. Juillet à Conftantinople , avec
les ceremonies & les réjouillances ordinaires
, & le même jour on a recommen
cé les conferences entre les Commiffaires
du Grand Seigneur & M. de Neplief,
Réfident du Czar à la Porte. On y eft
convenu le fept du partage des Provinces
conquifes de part & d'autre en Perfe. Ce
traité qui a été figné le 8. à la Porte a
été envoyé le 12. à Petersbourg pour en
avoir la ratification de Sa Majeſté Czarienne
, & quoique les articles en foient
tenus fort fecrets , on confirme cependant
que Sa Hautelle n eft point obligée
de réunir fes forces à celles du Czar

pour
SEPTEMBRE 1724.
2035
pour chaffer Miry- Mamouth , quoiqu'el - ´
le le regarde comme un ufurpateur , &
qu'elle ait promis de reconnoître le jeune
Roi de Ferſe en qualité de legitime Souverain
, auffi tôt que le Czar l'aura remis
fur le Trône de fes yeux , fuivant le
traité d'alliance conclu entre Sa Majefté
Czarienne & ce jeune Prince.
M. Dierling , Réfident de l'Empereur
a eu une audience du Grand Vifir qui l'a
affuré qu'à la recommandation de Sa Majefté
Imperiale le Grand Seigneur avoit
abandonné le projet qu'il avoit formé ,
de demander à la République de Venife
un certain Territoire de l'Albanie , qui
étoit à la bienféance de Sa Hauteffe , &
qui devroit lui appartenir fi on faifoit
un reglement plus exact des limites .
On voit depuis quelques jours des co
pies des fix articles principaux du Traité
conclu le 8. Juillet entre le Grand Seigneur
& le Czar. Les trois premiers
concernent les limites des frontieres de
toutes les Provinces qui ont été conqui
fes , ou qui font occupées prefentement ,
tant par les troupes de Sa Hauteffe , que
par celles de Sa Majefté Czarienne , &
de celles que ces deux Puiffances ſe ſont
cédées mutuellement . Par le quatrième
article le Grand Seigneur confent de reconnoître
le Prince Thamas pour fuccef-
Hiij feur
2036- MERCURE DE FRANCE.
feur legitime à la Couronne de Perfe , &
pour Roi auffi tôt qu'il fera paifible poffelleur
du Trône de fon pere , Par le cinquiéme
Sa Hauteile & le Czar font convenus
d'une garantie reciproque pour
l'execution du Traité , en cas que le Prin
ce Thamas refufe de confentir au dé nembrement
de les Etats. Le fixiéme contient
une convention particuliere fur la
quantité de vivres & de munitions de
guerre que la Porte promet de fournir à
ce Prince , & fur le nombre de troupes
que le Czar doit lui envoyer pour le
mettre en état de chaffer l'ufurpateur
Miry-Mamouth. A l'égard de ce dernier
le bruit court qu'on eft difpofé à lui faire
un accueil favorable , en cas qu'il fe retire
fur les terres du Grand Seigneur, &
que comme il a la réputation d'être un
bon General , Sa Hauteffe lui donnera
un emploi confiderable dans fes armées.
O
2
Ruffie.
Na publié depuis peuen ce pays ,
que ceux qui voudront fe fervir
des bâtimens de pofte , qui ont été établis
pour paffer de Lubec en ce pays , & de
Pete : bourg à Lubec pourront s'y embarquer
, en payant le droit de paffage
tel qu'il a éré fixé , mais fans être obligez
de prendre des paffeports du Réfident du
Czar
SEPTEMBRE 1724 2037
Czar à Hambourg , ainfi qu'on l'avoit
publié dans quelques ports de la Mer
d'Allemagne.
On écrit de Tobohkoy en Siberie , que
la caravane deftinée pour la Chine en
étoit partie le 22. Juillet dernier , & que
deux des principaux negocians Mofcovites
étoient chargés de Lettres de Créapce,
& des pleins pouvoirs du Czar pour
conclure un nouveau Traité de commerace
avec l'Empereur de la Chine.
Pologne,
Polognes de Malovie
Es Diettes particulieres de la Haute
con inuent leurs laffemblées avec aflez
de tranquillité. Les dernieres inftructian's
qui leur ont été envoyées de la
part du Roi y ont été lûës fans exciter
debconteftations ; mais le Memoire de
l'Empereur , communiqué par l'Abbé
Silva fon Miniftre au fujet du Traité
d'alliance conclu en 1677. entre le feu
Roi Jean & Empereur Leopold ',
n'a pas été reçû favorablement .
On écrit de Drefde que la Princefle
Electorale de Saxe , étant en Carolle
pour le rendae à Monzbourg , où elle
doit faire fes couches , avoit été furpriſe
en chemin d'un orage fi violent , qu'elle
n'avoit pû fe mettre à couvert dans au-
Hiiij cune
2038 MERCURE DE FRANCE.
cune maifon de la route , & que la Comteffe
de Veiffenls qui étoit à côté d'elle
dans le Carolle , avoit été frappée du
Tonnerre fans qu'il fut arrivé aucun accident
à la Princefle , à laquelle on fait
garder le lit pour préven r autant qu'on
le pourra les fuites fâcheufes de la frayeur
qu'elle à euë.
La nuit du 24 au 25. Aouft dernier ,
on vola à Varfovie dans le Palais Royal
une quantité confiderable de meubles
précieux , fans qu'on ait pû découvrir les
Auteurs d'un larcin fi hardi.
P
Suede.
Ar le Traité conclu entre le Roi de
Suede & le Czar , les Suedois ont
la liberté de s'inferer dans le commerce
de la Compagnie Orientale de Mofcovie.
Plufieurs negocians de ce pays ont déja
remis des fonds à Petersbourg.
Le Roi qui ne neglige rien de ce qui
peut contribuer à l'augmentation du commerce
de ce Royaume , rendit ces jours
paffez un Edit , par lequel Sa Majesté
promet à tous ceux qui ont du talent
pour les Manufactures & les Arts , &
qui voudront s'établir dans fes Etats , de
leur permettre le libre exercice de leur
Religion , & de les faire jouir de tous
les privileges accordez aux étrangers qui
ont
SEPTEMBRE 1724.
2039
ont fixé leur demeure dans ce Royaume.
Allemagne.
Ldans la Diette de Ratisbonne , par ' Empereur a ratifié la réfolution prife
rapport aux Déferteurs que les Princes
de l'Empire font convenus de fe rendre
dorénavant .
On doit publier inceffamment un Decret
Imperial , portant défenſes à tous les
fujets de l'Empereur de vendre des Chevaux
aux Etrangers , pour les mêmes raifons
énoncées dans un femblable Decret ,
qui fut publié avant la derniere guerre.
La grande fechereffe qui regne dans
toute l'Allemagne depuis la fin de l'Eté ,
fait grand tort aux biens de la terre ,
furtout
aux vignes. On mande la même
chofe de Piémont , où les chaleurs font
exceffives : cela eft general prefque dans
toute l'Europe.
On celebra à Munich le 28. d'Aouft
dernier , la relevée des couches de la
Princeffe Electorale , on chanta une Meffe
folemnelle , & un Te Deum en Mufique
au bruit de l'Artillerie , & c . & le foir on
fe tranfporta au Palais de Nimphergoù la ·
jeune Princeffe reprefenta à la Tragedie de
Mithridate Monime. Le Prince Electoral
y joua le Rôle du Roi , & les Ducs
Ferdinand & Theodore , ceux de fes deux
Hd v La
2040 MERCURE DE FRANCE.

La grande chaffe que l'Electeur Pala
tin avoit fait preparer fur la Montagne
de Diepfberg , avec tout ce qu'il falloit
pour forcer le gibier à fe jetter dans le
Heckre , entre Neckar- Steinach & Neckar
Gemunt , s'eft faite avec tout le plaifir
& le fuccès poffible. Il y avoit plus
de 300. Cerfs , mais dont il n'en fut tué
qu'une trentaine , perfonne n'ayant eu la
permiffion de tirer que les deux Princes ,
freres , le Comte Palatin , hereditaire de
Sultfbagh , le Prince Henry, de Heffe-
Darmstadt, de la Comteffe de Taxis.
1.
On apprend de Hagen dans le Comté
de la Marck que le 1o. de ce mois il y
avoit eu un incendie fi prompt & fi violent
que 70. maifons , outre les granges
& les étables , en ont été entierement
confumées en peu d'heures , avec tous
les grains & fourages de la recolte .
Selon les derniers avis . de Suede on a
publié à Stokolm , au commencement de
ce mois , le Réfultat des déliberations de
la derniere affemblée des Etats du Royaume
de Suede . L'un des principaux articles
qui concerne la maniere de proceder
à une nouvelle élection , lors de la vacance
du Trône , ordonne qu'après la
mort du Roi , les Etats du Royaume ſeront
convoquez pour s'affembler de leur
propre autorité le trentiéme jour de fon
decès i
SEPTEMBRE 1724. 204 !
decès ; que le Senat fera tenu d'indiquer
à tous les Miniftres Etrangers qui fe
trouveront dans le Royaume , un lieu
commode où ils feront obligez de fe retirer
avec leurs familles & leurs Domeſtiques
, pendant tout le temps que les
Deputez des Etats feront affemblez pour
l'élection , afin de leur laiffer la liberté
cutiere des fuffrages .
Le 6. de ce mois Mrs Proly, & Vankeffel
, députez de la Compagnie de Commerce
des Pays -Bas , prefenterent le Lion
d'or de redevance à l'Empereur à Vienne,
dont S. M. I. parut très - fatisfaite .
Grande Bretagne.yomin
E 17. Aout le Roi tint un Confeil
Kinfington , dans lequel on délibera
fur les Lettres Patentes que Sa Majefté
a accordées au fieur Wood pour
faire fabriquer des Monnoyes de Cuivre
dans le Royaume d'irlande , & il fut decidé
qu'il n'en pourroit faire fraper que
pour quarante mille livres fterling , au
lieu de cent mille huit cent livres portées
par le premier privilege , & que les par
ticuliers ne feront obligez de recevoir
que pour cinq fols de monnoye dans cha
que payement.
H vj Italie.
2042 MERCURE DE FRANCE.
Italie.
E huit Aouft le Cardinal de Poli
LE gnac , dont la fante eft parfaitement
rétablie , alla avec un cortege magnifique
à l'audience du Pape , pour remercier Sa
Sainteté de la bonté qu'elle avoit euë de
le venir vifiter pendant fon indifpofition.
Le 28. le même Cardinal alla auffi à l'audience
du Pape pour lui faire part que le
Roi très - Chrétien l'avoit chargé du foin
de fes affaires à la Cour de Rome.
La République de Genes a affocié à la
Noblelle de l'Etat , le Duc de Gravina-
Orfini , neveu du Pape , & tous les defcendans
en ligne directe.
Le 31. Aouft l'Archevêque d'Ambrun
qui a été chargé des affaires de France
depuis le s . Decembre 1721 . 1721. juſqu'à
prefent , eut fon audience de congé du
Pape.
$
A l'égard de la réforme du Clergé que
le Pape s'eft propofé de faire , les trois
Cardinaux qui ont eu ordre d'en dreffer
le projet , ont declaré qu'à moins que
Sa Sainteté ne nommâr une Congregation
complette , ils ne vouloient pas s'expofer
aux fuites des plaintes que cette réforme
ne manqueroit pas de leur attirer , d'autant
plus qu'il s'agit d'abolir certains ufages
, dont la fuppreffion intereffe toute la
Ville. La
SEPTEMBRE 1724. 2043
La petite verole fait beaucoup de ravages
en ce pays - ci , & furtout à Rome ,
où il eft mort près de 2000. perfonnes
depuis trois femaines.
On écrit de Genes que la Princeffe
Polixenne de Heffe - Reinfels - Rodembourg
étoit arrivée à Thonon le 19. Aouft
vers les huit heures du matin ; qu'elle
avoit été reçûë à la defcente de fon Brigantin
par le Roi de Sardaigne , accompagné
du Prince de Fiémont ; que ce
Prince & la Princeffe fon épouſe avoient
reçû la Benediction Nuptiale dans la
principale Eglife du lieu par les mains.
de l'Evêque d'Annecy , & que le 22. au
matin , toute la Cour étoit partie pour
fe rendre à Chambery , où elle n'étoit
arrivée que le 24.
On mande de Genes que les Juifs y
paroiffent prefentement avec la marque
que la République leur a donnée de porter
pour être reconnus , & qu'ils portoient
autrefois . C'eſt un ruban jaune
long de huit pouces , & large de trois
attaches au côté gauche de leur vefte.
On apprend de Geneve que la Loterie
qu'on y a établie commence à fe remplir.
Elle eft compofée de 25oco. Billets,
& de 29000. ots divifez en huit Claffes,
dans lesquelles on tirera entre autres un
Lot de cent mille livres. Un de cinquante
2044 MERCURE DE FRANCE .
te mille. Un de 30000. Un de 20000.
Deux de 10000. Deux de 7000. Deux de
6050. Quatre de 5000. Onze de 4000 .
Quatorze de 3000. Dix - fept de 2000. &
Dix -fept de mille livres , à raifon de 11 .
livres io. fols le vieux Louis d'or de
France , & les autres efpeces d'or & d'argent
à proportion . Un feul billet peut
tirer un lot dans chacune des 8. Claffes ,
tous les billets qui fortiront devant être
remis dans la boëte jufqu'à la derniere
claffe. On paye pour chaque billet en
argent courant à Geneve 4. livres pour
Ja premiere Claffe , 8. pour la feconde ,
12. pour la troifiéme , & 26. pour la qua
triéme . On fait credit des Claffes fuivantes
, dont on fe rembourfera à la derniere
Claffe fçavoir , 20. livres pour la
cinquième , 24. livres pour la fixiéme
28. pour la feptiéme & 32. pour la buitiéme.
On ne prendra que 5. pour cent
fur les Lots , & c .
Autre Loterie en Lorraine que S. A. R.
a accordée à la Compagnie de Commerce
établie dans fes Etats . Celle ci d'un
goût tout à fait fingulier , femble être le
piroli de celle dont on vient de parler,
Elle eft compofée de 50000. billets , chacun
de cinq mires d'argent , diftribuez
en 40. Claifes , dans chacune defquelles
y aura 180. bons Lots , dont le plus
il
gros
SEPTEMBRE 1724. 2045
3
gros dans chaque Claffe fera de 15000.
florins d'Hollande , argent de banque ,
& le moindre vaudra deux marcs d'argent.
Après que la premiere Claffe aura
été tirée le 5. Janvier 1725. tous les
billets feront remis dans la roue de fortune
, en forte qu'un même billet
peut
tirer un prix dans chacune des 40. Člaffes
, fans qu'on foit obligé de payer autre
-chofe que les 5. marcs d'argent qu'on a
donnez pour
ce billet. De plus , la Compagnie
remettra les fonds neceffaires aux
perfonnes prepofées par l'Arreft , pour
rembourfer à la fin de la derniere Claffe ,
15. marcs d'argent à chaque porteur de
billets de ladite Loterie.
Outre ces avantages confiderables , le
proprietaire d'un billet de la Loterie
jouira du privilege qui lui eft accordé
par l'Arreft , au fujet du jen que la Compagnie
établit fur le gros Lot de chaque
Claffe , à peu près de la maniere qu'on
pratique à Genes dans l'élection du Magiftrat.
Chaque particulier pourra joüer fur
le gros Lot la fomme qu'il jugera à propos
, en choififfant un ou
choififfant un ou plufieurs Numeros
, & pour un écu qu'il aura joué ,
le gros Lot échoit fur le Numero qu'il
aura choifi , la Compagnie lui payera
40. mille écus , s'il joue un écu fur dix
nume2046
MERCURE DE FRANCE.
numeros , & fi le cas arrive que le Lot
vienne à fortir dans cette dixaine , il gaguera
4000. écus , fur cent numeros ,
400. écus , fur 1000. numeros , 40. écus ,
la même proportion fera obfervée pour
les moindres ou plus fortes fommes qu'on
voudra jouer.
Le particulier qui voudra jouer , ne
pourra y être admis que par le canal
d'un proprietaire d'un billet de Loterie
, qui recevra la fomme qu'on voudra
jouer , fur laquelle il prélevera dix
pour cent qui lui font accordez par l'Arreft
, & il remettra le furplus pour la
Compagnie entre les mains de ceux qui
feront indiquez par l'Arreft , en y joignant
la note des numeros que le particulier
aura choifis , dont il lui fera envoyé
une reconnoiffance.
Comme il pourroit paroître au public
que la Compagnie ne tire aucun avantage
, & qu'au contraire elle feroit chargée
de payer tant pour les bons lots que
pour le remboursement des billets , le
double de fa recette ; on doit obferver
que la recette des 50. mille billets monte
à 250. mille marcs d'argent , qui étant
fabriquez , produisent à la Compagnie la
fomme de 22. millions 5oo. mille
vres.
Quant au rembou : fement des billets ,
en
SEPTEMBRE 1724.
2047
R
en fuppofant qu'elle ait placé dix millions
fans intereft , ce qui lui eft trèsaifé
, leidits dix millions realifez lui produiront
près de 250 mille marcs d'argent
par l'achat qu'elle en fera à 43 livres
le marc , qui fera fon prix dans ce
temps.
L
Espagne.
E Marquis de Grimaldo , le Matquis
de Santa Crus ' , le Duc de l'Arco
& le Marquis Scofti , ont été faits Che- valiers de l'Ordre de la Toifond'oe
Le Marquis de Richebourg de la Maifon
de Melun qui eft Colonel du Regiment
des Gardes Wallones a obtenu le
Gouvernement & Commandement gene.
ral de la Province de Catalogne , & des
troupes qui y font en quartier ou en
garnifon .
Le 19. de ce mois après- midi , le Roi
eut un accès de fiévre qui ne l'empêcha
pas d'aller le lendemain à la Meffe . Mais
la fiévre le reprit au retour , & le foir
elle redoubla.
pas
Le 21. vers les huit heures du foir
tous les fimptômes de la maladie du Roi
ayant donné des indications certaines de
la petite verole , les Medecins de Sa Majefté
lui firent couper les Cheveux & la
firent faigner , ce qui facilita l'irruption .
Le
2048 MERCURE DE FRANCE.
Le 22. & le 23. la petite verole fortit
tres -abondamment. La Reine malgré les
exhortations du Roi n'a point voulu quit
ter le Buen Retiro , & elle eft prefque
toûjours restée dans la Chambre de ce
Prince.
Le 25. on reçût avis que la Flote com÷
mandée par le Chef d'Efcadre Don Antonio
Serrano étoit arrivée de la nouvelle
Espagne à l'Abbaye de Cadix le 28.
Aouft , & qu'elle étoit compofée de deux
Vailleaux de guerre & de douze Navires
Marchands qui étoient partis de Vera
Crus le 21. Mai dernier. Cette Flote a
rapporté , tant pour le compte du Roi ,
que pour celui des particuliers 10496884
piaftres Menicanes , 14493. marcs d'ar
genterie ou vaiffelle , 331. marcs d'ar
gent en malle , 329284. piftolles d'or ;
5000. marcs d'or en malle , 1556. dito
monnoye , 1436. ferrons de Cochenille,
3816. ferrons d'Indigo , 814. ferrons
de Jalap , 8. caiffes de Vanille , 1. fere
rons de Cochenille filveftre , 33. ferrons
de Baume , 192. ferrons de Contrajerva,
58. caiffes de poudre de Guahaca , 61.
ferrons de Copal , 13. ferrons de Rocou ,
45. ferrons de Cacao , 22. ferrons d'Ambre
. 7266. cuirs tanez , 442. quintaux
de bois de Brefit , 130, quintaux de Cui
vre, 177. caiſſes de Chocolat , 361. cailles
}
de
SEPTEMBRE 1724, 2049
de potterie , & c . eft une des plus riches
qui foit arrivée des Indes depuis très - long
temps . Il n'y a pas d'exemple qu'on
ait fait le voyage fi heureufement ni fi
promptement , n'ayant efté que trois mois
à faire trajet de la Vera - Crux à Cadiz.
Le 28. Aouft on , étoit encore fort tranquile
à Madrid fur la maladie du Roy. De
la ceinture au bas la petite verole étoit for
tie en abondance , mais elle ne s'étoit
point fait jour ni à la gorge ni aux yeux ;
le front & la tête en étoient couverts.
La petite verole ayant rentré du 29. au
30. le Roy fut à l'extrêmité , & Sa
Majefté mourut le 31. à deux heures &
demie du matin, Ce funefte accident a
generalement affligé tous les Efpagnols
qui eftimoient , relpectoient & aimoient
tendrement ce Monarque . Il fe confèffa
le 29. & vers le foir Sa Majefté reçut
le Viatique par les mains du Cardinal
Borgia. On ordonna des Prieres pu
bliques dans toutes les Eglifes ; on expofa
a la veneration des peuples les Réliques
de faint Jacques , celles de faint Ifidore
, & les linages miraculeufes de Nôtre
Dame d'Atocha , & de Notre -Dame ,
de la Soledad , & on diftribua des aumônes
extraordinaires aux pauvres.
Les remedes differens qu'on employa,
n'ayant produit aucun effet , le Roi fit le,
30%
2050 MERCURE DE FRANCE .
"
30. au matin fon Teftament , par le
quel il inftitua pour fon heritier univerfel
le Roi Philippe fon pere. Le même
jour au foir , il receut l'Extrême-
Onction des mains du Cardinal Borgia ,
alfifté des Officiers Ecclefiaftiques du Palais
, du Pere Don Jean Marin Jefuite ,
qui avoit efté appellé la nuit précedente
pour demeurer auprès de S. M. pendant
que fon Confeffeur prenoit quelque repos.
Ce Prince mourut enfin dans le huitiéme
mois de fon Regne , après avoir donné
toutes les marques d'une parfaite refignation
à la volonté de Dieu. Il fe nommoit
Louis Philippe , étoit âgé de 17.
ans , 6. jours , étant né le 2 5. Aouft 1707.
Il étoit Fils aîné de Philippe , petit - Fils
de France , Roi d'Efpagne , & de Marie-
Louife - Gabrielle de Savoye fa premiere
femme , morte le 14. Fevrier
1714. Ce Prince avoit efté reconnu heritier
préfomptif de la Couronne le 7.
Avril 1709. & reçû Chevalier des Ordres
du Roy Très - Chrétien , le 18. Mars
1717. Il avoit époulé à Lerma le 21 .
Janvier 1722. Louife- Elifabeth d'Orleans
, dite Mademoiſelle de Montpenfier
, fille de défunt Philippe d'Orleans ,
II. du nom , petit- Fils de France , Regent
du Royaume pendant la minorité
du
1
SEPTEMBRE 1724. 2051

du Roy , & de Marie Françoife , legiti
mée de France. Le Roy I hilippe fon pere
ayant abdiqué la Couronne le rs . Janvier
de la prefente année , il avoit efté,
proclamé & reconnu Roy d'Elpagne le
lendemain 16. du même mois. Sa perte
eft d'autant plus fenfible à tous fes peuples
, qu'il les gouvernoit avec beaucoup
de fagelle & de douceur .
Le 1. de ce mois le Roy Philippe , &
la Reine fon époufe , fe rendirent de
faint Ildefonſe au Palais de Madrid , où
le Confeil de Caftille aflemblé , fupplia
S. M. de reprendre la Couronne , pour
confoler le Royaume de la perte qu'il
venoit de faire .
*
La jeune Reine , qui n'a prefque point
quitté le Roy pendant fa maladie , s'eft
retirée dans un appartement , feparé de
celui du feu Roy fon Epoux , avec une
douleur proportionnée à la perte qu'elle
a faite de ce Prince qui l'aimoit tendrement.
On aencore appris les circonftances fuivantes
de la mort du Roy d'Eſpagne . Sa.
Majeftéfe trouva indifpofée le 18. d'Aouft
au retour d'une partie de chaffe , avec
douleur de tête & pefanteur d'eftomach ,
qui redoublerent le lendemain avec des
fueurs froides ; elle garda la chambre le
20. & prit une medecine ; le foir la fievre
2052 MERCURE DE FRANCE .
vre redoubla , & le Roy fut faigné du
pied , le 21. il le fut du bras. La fievre
diminua jufqu'au 25. le 26 elle augmenta
avec des redoublemens ; le 27. S. M.
fe trouva un peu mieux , mais le 28. vers
les onze heures du foir , elle eut un accès
plus violent que les precedens ; le
19. la fièvre redoubla , & fut accompa
gnée d'un dévoyement , & comme le
corps commençoit à enfler , les Medecins
crurent que cela provenoit d'une inflammation
, & ordonnerent encore une
faignée. La fievre diminua à la verité ,
mais peu de temps après la petite verole
rentra , & l'on perdit toute efperance . Le
30. à dix heures du matin , le Roy fit venir
auprés de fon lit le Prefident de Caftille
, l'Archevêque de Tolede , l'Inquifiteur
General, & M. Orandain , Secretaire
d'Etat. S. M. leur ordonna de dreffer
un Acte , pour autorifer le Roy fon
pere à tefter en fa place , & pour le de
clarer fon heritier.
*
Le corps du Roy fut ouvert , & embaumé
le 1. Septembre , & enfuite expofé
fur un lit de parade au Buen Retiro.
On a trouvé tous les inteftins en-
-flammez excepté le coeur , On attribuë la
principale caufe de fa mort , à ce que la
trop grande ardeur du foleil lui avoit
delleché & comme brûlé le cerveau , la
coutume
SEPTEMBRE 1724. 2053
coutume du Roy ayant efté de s'y expofer
journellement , & d'avoir fouvent
la tête découverte.
Trom-
: Le 3 à neuf heures du foir le corps de
Sa Majefté fut tranfporté à l'Efcurial
dans l'ordre fuivant. 1. Un détachement
des Gardes du Corps , le fabre
à la main ; les Timbaliers &
pettes en deuil. 2. Les Huiffiers de la
Ville à cheval , tenant leur baguette à
la main . 3. L'Ordre de faint Jerôme.
4. Celui de faint Bafile. 5. Celui de faint
François . 6. Celui de faint Dominique.
7. Les Jefuites. Tous ces differens Ordres
étoient à cheval , deux à deux , portans
un flambeau à la main . 8. Une partie
des Halbardiers à pied. 9. Les Magiftats
de Madrid. 1o . Un détachement
des Gardes. 11. le Corps du Roy dans
une litiere , entourée & couverte de glaces
, aux quatre coins de laquelle il y
avoit quatre petites pyramides de glaces
en forme de lanternes avec des cierges
allumez. 12. Les Grands du Royaume
avec leurs domestiques à cheval , portant
chacun un flambeau. 13. Une litiere vuide ..
14. Un troifiéme détachement des Gardes
du Corps fermant la marche.
累Le 4. de ce mois à 7. heures du matin.
le Corps du feu Roy étant arrivé du Buen-
Retiro à Lefcurial , le Convoy monta par
l'allée
2054 MERCURE DE FRANCE.
દુર્ઘ
Pallée des Ormes , jufqu'à l'Eglife Roya
le de faint Laurent , où le cercueil fut repr
r le Prieur en Chafuble à la tête.
de la Communauté. Aprés qu'on eut fait
la lecture de la lettre du Roy Philippe ,
portant fes ordres pour les obfeques du
Roy fon fils , les Grands du Royaume
& les Chevaliers de la Toifon d'Or ,
prirent ce cercueil des mains des douze,
Gardes dits de los Monteros , qui l'avoient,
ôté de la litiere , & ils le poferent avec
les ceremonies accoutumées fur une eftrade
couverte de brocard d'or , qui avoit
efté dteffée au milieu du Chour , & à
côté de laquelle on avoit mis deux carreaux
de velours pour la Couronne &
les autres marques de la dignité Royale,
Les Gardes s'étant rangez des deux côtez
à leurs places ordinaires , on chanta
les Vigiles des Morts , & le Pere Dom
Louis de S. Paul , Prieur du Monafte
re , celebra la Meffe , après laquelle les
Grands du Royaune , les Chevaliers de
la Toifon d'Or , les Gentilshommes de la
Chambre , & les Maîtres d'Hôtel repri
rent le cercueil , & le porterent à la porte
du Panteon Royal , où le Comte d'Altamira
, Sumelier du Corps , fit reconnoître
le Corps du Roy , & le configna
aux Religieux avec les formalitez accou-.
tumées , en preſence de Dom Jean de
Camargo,
!
SEPTEMBRE 1724. 2055
Camargo , Inquifiteur General , failant
les fonctions de Patriarche , des Grands ,
des Chevaliers de la Toifon d'Or , & des
principaux Officiers du Palais. Dom Jean
de Elizondo , Secretaire d'Etat , ayant ligné
comme témoin l'Acte de confignation ,
les douze Gardes de los Monteros prirent
le cercueil , & le defcendirent dans le
Panteon où il fut placé à la fuite de ceux
des Rois 1 redecelleurs de S. M.
"
Tous les differens Confeils ont efté fans
fonctions jufqu'au onze de ce mois , excepté
le Confeil de Caftille , qui s'eft affemblé
plufieurs fois pour engager le Roy
Philippe à reprendre la Couronne , que
S. M. C. a enfin acceptée par le Decret
du 6. de ce mois , dont voici la teneur.
Ayant fait attention à tout ce que le «
Confeil Royal de Caftille m'a repre- «
fenté par la Suplique qu'il vient de me <<
faire & par celle qu'il m'a remife le «
4. de ce mois ; quoique j'eufle pris une «<
ferme refolution de ne point quitter «
ma retraite pour quelque motif que «<
ce put être cependant je n'ai pû re- «<
fifter aux inftances que m'a faites ce «
Confeil , pour me déterminer à re- «
prendre le Gouvernement de cette «<
Monarchie en qualité de Roy & de Sei- «
gneur naturel ; & comme il m'a repre «
fenté I
2056 MERCURE DE FRANCE .
*

fenté que j'étois indifpenfablement obli-
» gé de le faire par des raifons de juftice
» & de confcience , j'ai refolu , tant à
» caufe du cas que je fais de fes avis , qu'à
» cauſe du zéle fincere & conftant des
» Miniftres qui le compofent , de me fa-
» crifier au bien commun de la Monar-
» chie & des Peuples mes fujets , & d'en
»"reprendre le Gouvernement , comme
Roy & Seigneur naturel ; me refer-
» vant , fi Dieu me conferve la vie , de
>> remettre ce Gouvernement à Dom Fer-
» dinand , Prince des Afturies , mon fils
» aîné , lorfqu'il aura l'âge competent ,
» & la capacité fuffifante pour en être
chargé , pourvû qu'il n'y ait point alors
» des raifons affez fortes pour retarder ou
empêcher mon abdication . Je confens
» auffi que l'on convoque inceffamment
» les Cortes, pour reconnoître l'Infant Dom
» Ferdinand en qualité de Prince dés Afturies
, & pour lui faire les fermens ac-
>> coûtumez , comme heritier préfomptif
» de la Couronne .
Le Roy a nommé Dom Jean Indiaſquez
, Lieutenant General de ſes Armées,
pour être Gouverneur du Prince des Af
turies.
Morts,
SEPTEMBRE
1724. 2057
XXX: XXXXXXXXXXXX
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers .
>
E 30. Juillet dernier le Sous - General
, du grand Duché de Lithuanie ,
époufa à Leopold en Pologne la fille du
Marêchal de la Couronne.
M. Jean- Philippe- François de Conti-
Schomborn , Evêque de Wirftfbourg eft
mort fubitement dans fa chaife de pofte ,
en allant à Mergenheim , pour rendre
vifite à l'Electeur de Treves . Il étoit
neveu de l'Electeur de Mayence , & fils
de feu Melchior - Fréderic Comte de
Schomborn- Puchhein , & de Sophie de
Bonicbourg.
Le 16. Aouft au matin Dona Catherine
Zeffirina Salviati , épouſe du Connêtable
Colónne , accoucha à Rome d'un fils ,
qui fut baptifé le 17. dans l'Eglife des
douze Apôtres , & nommé Marc Antoine-
Marie -Pierre -Jofeph - Roch - Hyacinte-
Ignace - Jerôme - Balthafar- Gafpard- Melchior-
Nicolas-François - Pafchal - Vincent.
I ij JOUR
2058 MERCURE DE FRANCE.
*******************
JOURNAL DE LA COUR
& de Paris .
Le
y ont
E premier de ce mois on entendit un
peu avant 7. heures du matin un bruit
pareil à celui d'un coup de tonnerre ; c'étoit
la maifon du fieur Moifi , artificier
du Roy , qui fauta en l'air , le feu ayant
pris à fon magazin ; on ne fçait pas par
quel accident , dans le temps qu'on travailloit
à des artifices . Le fieur Moifi , fa
femme , fa niece & deux ouvriers
peri . Sa fille , qui avoit foupé la veille
chez une de fes parentes , y refta heureufement
à coucher. Cette maifon étoit fituée
entre la Barriere des Incurables & les
Invalides. Le feu auroit communiqué
aux maiſons voifines , fi M. le Lieutenant
General de Police , qui fe tranfporta
fur les lieux , n'avoit prévenu par un
prompt fecours , les fuites que ce funefte
accident pouvoit avoir.
Là vente de la Moruë , qui a efté interdite
pendant quelques jours , vient d'être
permife , après qu'elle a eſté examinée
par des Medecins , Apoticaires & Chirurgiens
,
Dimanche 27. Aouft les Gouverneurs ,
Maitres
SEPTEMBRE 1724. 2059
Maîtres en Charge , Adminiftrateurs &
anciens Confreres de l'Archiconfrerie
Royale des Chevaliers , Voyageurs &
Palmiers du S. Sepulchre de Jerufalem ,
firent chanter un Te Deum en action de
graces , pour le rétabliffement de la fanté
de M. le Prince de Conti , dans leur
Chapelle , en l'Eglife des RR. PP. Cordeliers
, à l'iffuë de la grande Meſſe .
Le Marêchal, d'Alegre doit aller tenir
les Etats de Bretagne. Le Duc de Bethune
fera le Chef de la Nobleffe .
On dit que le Roy a accordé des Lettres
Patentes pour percevoir des droits
fur le Canal de Picardie , qui joint les
rivieres de Somme & d'Oife.
Le premier de Septembre on celebra
avec les ceremonies ordinaires , dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de faint Denis,
un Service folemnel pour le repos de l'ame
du feu Roy Louis XIV . l'Evêque
de Carcaffone y officia pontificalement.
M. le Duc du Maine y affifta , ainfi que
plufieurs perfonnes de diftinction .
Le Roy a nommé M. Lambert , Prefident
de la feconde Chambre des Requêtes
du Palai , pour fucceder à M. de
Châteauneuf , Confeiller d'Etat , dans la
Charge de Prevôt des Marchands lorfqu'il
aura fini fon temps.
L'Abbé Mongin , l'un des 40. de l'AI
iij cadémie
2060 MERCURE DE FRANCE.
cadémie Françoife , ci-devant Precepteur
du Duc de Bourbon & du Comte de Cha
rolois , a efté nommé par le Roy à l'Evêché
de Bazas , vacant par la mort de
M. de Gourgues , frere du Doyen des
Maîtres des Requêtes.
Le 24. Aouft l'Abbé de Segur , fut ſacré
Evêque de S. Papoul , dans l'Eglife
Cathedrale de Lavaur , par l'Evêque de la
même Ville , affifté des Evêques de Lombès
& de Mirepoix.
M. Duquefne , Chef d'Efcadre des Armées
navales du Roy , & Cominandant
du Port de Toulon , nouvellement fait
Grand - Croix de l'Ordre militaire de
S. Louis , avec trois mille livres de penfion
, a donné à Toulon , à l'occafion de
la Fête de S. Louis , une fête magnifique
à tous les Chevaliers de fon Ordre refi
dens dans cette Ville ; il y avoit invité lé
Commandant de la Place , & l'Intendant
de la Marine , comme auffi les principaux
de la Ville. Le repas dura depuis
deux heures jufqu'à fept heures du fir ,
& fut fuivi d'un très- beau feu d'artifice .
La maifon de M. Duquefne étoit illuminée
avec des devifes , ainfi que celle
de l'Intendant . Sur les onze heures il
donna le bal aux Dames avec une fuperbe
collation , le peuple même fut regalé d'orgeat
, de limonade & d'autres liqueurs .
Le
SEPTEMBRE 1724. 2061
Le 2. Septembre le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Fontainebleau
la Melle de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique
, pour le repos de l'ame du feu Roi
Louis XIV .
Le Roi a donné à M. de Brilhac , Maréchal
de Camp des Armées de Sa Majefté
, Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , & Capitaine
de la premiere Compagnie des Grenadiers
du Regiment des Gardes Françoifes , le
Gouvernement de Thionville , vacant
par la mort de M. de Lefperoux .
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Sainte Vierge , le Roi entendit dans
la Chapelle du Château de Fontainebleau
la Mefle chantée par fa Mufique. La Demoifelle
Coffoni , fameufe Muficienne
d'Italie , y chanta un Pleaume avec l'applaudiflement
des plus grands connoiffeurs
qui admirent fon goût & fa maniere
de chanter .
Le même jour le Roi fit rendre les
pains-benits à la Paroiffe. Ils furent prefentez
par l'Abbé de Cemaiſon , Aumônier
de Sa Majefté en quartier , par un
Maître-d'Hôtel & un Contrôleur .
Le 14. de ce mois le Roi alla rendre vi
fite à l'Infante Reine , à l'occafion de la
mort du Roi d'Efpagne , fon frere .
I iiij
Le
2062 MERCURE DE FRANCE .
*
Le 19. Don Patricio Lawles , Ambaffadeur
d'Espagne , fit part à Sa Majeſté
de la mort du Roi Don Louis Premier ,
il étoit en grand manteau de deuil , &c .
Le 24. le Roi prit le deuil à l'occaſion
de cette mort.
Le 28. de l'autre mois le Roi alla à la
chaffe du Cerf dans la Foreft de Fontainebleau
. S. M. étoit dans fon grand Phaeton
à dix places , dont nous avons déja parlé ;
.elle étoit accompagnée du Comte de Clermont
, Prince du Sang , & de fix autres
Seigneurs , tous vêtus en habit de challe
uniforme de la livrée du Roi . A fon retour
S. M. alla fouper chez Madame la
Ducheffe. La table étoit de 24. couverts.
Après Madame la Duchefe , Mef
demoiselles de Charolois , & de Clermont
, & fix autres Dames s'y placerent ,
ainfi que le Duc d'Orleans , le Comte de
Clermont , le Grand Prieur , les Ducs
de Charroft , d'Antin , de Boufflers , &
les autres Seigneurs qui avoient accompagné
le Roi à la chaffe . S. M. prend
fouvent le même divertiſſement.
Mademoiſelle de Sens , foeur de M. le
Duc , a eu la petite verole au Val de Grace.
Elle en eft parfaitement rétablie . Madame
la Ducheffe , fa mere , eft venuë de
Fontainebleau pour la voir.
Le principal amuſement du Roi à FontaineSEPTEMBRE
1724. 2063
tainebleau , c'eſt la chaffe du Cerf, ou du
Sanglier avec fon équipage ; & celui de
M. le Duc , du Chevreuil avec l'équipadu
ge Duc de Guiche , & c.
On remarque que la table du Roi n'a
jamais été ſei vie avec tant de fomptuofité
, d'abondance & de délicateflè ; les entremets
& le deffert , font furtout d'une
grande magnificence. Le matin le Roi
dîne chez lui dans l'antichambre de fon
appartement , avec environ douze Seigneurs
de la Cour qui ont l'honneur de
manger avec S. M. & qu'elle a foin de
nommer tous les jours. Au fouper la table
eft bien plus grande , elle eft au moins
de 18. couverts , toûjours fervie par les
Officiers du Roi , foit dans l'appartement
de S. M. foit chez la Ducheffe de Bourbon
, ou chez le Duc de Bourbon , felon
qu'il plaît au Roi de l'ordonner . Quand S.
M. mange dans fon appartement avec les
Princeffes & les Dames de la Cour , elles
font toutes en corps de Robbe . Après le
fouper il y a plufieurs tables de jeu.
Le 16. de ce mois le Roi apprit par
un courier extraordinaire dépêché de Madrid
, que le Roi d'Eſpagne avoit figné le
6. an foir une Declaration qui porte que
S. M. C. fe conformant aux avis , & aux
inftances contenues dans les deux fuppliques
que lui avoit prefentées le Confeil
I v
2064 MERCURE DE FRANCE.
feil de Caftille , elle conſentoit à reprendre
& à le charger du gouvernement de
la Monarchie , comme Roi & Seigneur
naturel .
Le 28. Aouft dernier M. de Barville >
Maréchal de Camp , a été pourvû de la
Charge de Gouverneur de Bellegarde en
Rouffillon
du Bruelh .
vacant par le decès de M.
Le 13. de ce mois M. Dodun , Contrôleur
General des Finances , prêta ferment
entre les mains du Roi , pour la
Charge de Lieutenant General du Gouvernement
d'Orleanois , au Pays Blaifois
, vacante par la démiffion volontaire
du Marquis de Saumeri , ci - devant Premier
Maître-d'Hôtel de feuë Madame la
Duchefle de Berry.
Le fixième de ce mois les Bacheliers
de Licence de la Faculté de Theologie de
Paris ont fait faire un Service folemnel
dans l'Eglife des RR . PP . Jacobins de la
rue Saint Jacques , pour le repos de l'ame
du Reverend Pere Noël Alexandre ,
Religieux du même Ordre , fi connu &
fi recommandable par fes fçavans ouvrages
& par fa pieté. વિ Le fieur de la Tour a
fait chanter la Meffe en Mufique avec un
De profundis qui a eu l'applaudiffement
d'une illuftré affemblée où s'eft trouvé
M. le Recteur à la tête de l'Univerfité ,
avec
SEPTEMBRE 1724. 2065
avec un concours nombreux de perfonnes
de diftinction .
On apprend de Madrid que la Reine
d'Espagne , fille de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , eft dangereulement malade
de la petite verole depuis le 9. de ce
mois , qu'elle a gagnée en s'enfermant
avec le Roi Louis , fon époux .
Le 24. de ce mois le Roi nomma Antoine
Portail , Premier Prefident du Parlement
de Paris , à la place d'André Potier
de Novion qui a demandé à fe retirer..
La Princeffe de Bouillon Sobieska s'eft
bleffée , & a fait une fauffe couche .
MARIAGES , MORTS , & c .
Ame Anne Froment de Villeneuve ,
Dalle de Laurent Froment de Villeneuve
Seigneur de Sucy , Ecuyer Secretaire
du Roi , & de Dame Marguerite
de Belles , époufe de M. Antoine Huet ,
Chevalier , Seigneur d'Ambrun , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
mourut au Château de Sucy le 13. Aouſt
âgée de 28. ans.
M. le Maître de Ferriere , Confeiller
au Parlement , a époufé Mile de Berfan ,
I vj cou2066
MERCURE DE FRANCE .
coufine germaine de M. Dangervilliers ,
Intendant de Paris .
Dame Marie- Françoiſe Colbert , époufe
de M. Joachim de Montaigu , Vicomte
de Beaune , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant General de fes Armées,
& de la Province d'Auvergne , mourut
à Paris le 28. de ce mois dans la cinquante
- quatrième année de fon âge.
Le 30. Aouft a été inhumé dans l'Eglife
Royale , Collegiale & Paroiffiale de
S.Thomas du Louvre , M.Nicolas Hubert
de Courtavel de Pezé , âgé de neuf mois,
fils du Marquis de Pezé , Brigadier des
Armées du Roi , Meftre de Camp , Lieutenant
& Inſpecteur de fon Regiment
d'Infanterie , Gouverneur du Château de
la Muette , & des Ville & Château de
Rennes , & de Dame Lidie de Beringhen .
Dame Marie de Bellenave , cy - devant
Dame d'Honneur de feuë S. A. R. Madame
, premiere femme de feu Monfieur ,
& veuve de M. René de Gillier , Marquis
de Clerambault , Gouverneur de
Toul , & premier Ecuyer de cette Princeffe
, mourut à Paris le 25. de ce mois ,
âgée de 84. ans.
Le 18. Septembre Dame Marguerite
de Bon vouft , veuve de M. Gabriel de
Briqueville , Marquis de la Luzerne ,
Maréchal de Camp des Armées du Roi ,
&
SEPTEMBRE 1724. 2067
f
& Lieutenant de Roi en Normandie
mourut à Paris dans la quatre vingt- dixième
année de ſon âge .
M. Jacques Jofeph de Gourgues , Evêque
de Bazas , mourut dans fon Diocéſe
le 9. de ce mois .
Le 27. de l'autre mois mourut à Paris
, Dame Marie- Charlotte de Lancey de
Ravay , veuve de M. Louis des Acres ,
Chevalier , Marquis de Laigle , âgée de
82. ans.
M. Jacques de Salo , Chevalier- Seigneur
de Domangere , de Villantiere , de
Beauregard , & c. mort à Paris le 2. de
ce mois , âgé de 82. ans .
M. Gabriel de Sauvion , Ecuyer , Confeiller
du Roi , Commiffaire Genetal des
Gardes Suiffes & Grifons , decedé le 9 .
Septembre , âgé de 85. ans .
2
Daine Marie- Anne Huot , épouſe de
M. Henri de Francini , Chevalier , Comte
de Villeprun , Intendant General des
Eaux & Forefts de France , morte le 15..
âge de 22. ans.
M. Gabriel Boifot , Chevalier , Baron
de Vaire , Confeiller d'Etat , ci- devant
Premier Prefident du Parlement de Franche-
Comté , mourut le 6. de ce mois
dans fon Château de Vaire , âgé de 8 3 .
ans.
BE
2068 MERCURE DE FRANCE.
BENEFICES DONNEZ.
L'Abbaye de Faize , Ordre de Câteaux, Diocéfe de Bordeaux , vacante par la
déniffion de M. Jofeph de Montefquieu ,
dernier Titulaire , a été donnée à M.
de Montefquieu , Prêtre
du même Diocèfe.
L'Abbaye des Chanoineffes de Sainte
Marie dans la Ville de Metz , vacante par
le decès de la Dame Mechatin , à la Dame
de Dray , Chanoinefle de Poulangy ,
fille du feu Marquis de Druy , pour qui
le feu Roi avoit créé la Charge de Major
de la Gendarmerie , qui fut tué à la bataille
de Marfal , & de Marguerite Hen
riette de Saulx de Tavanes .
L'Abbaye de Vignogoul dans la Ville
de Montpellier , Ordre de S. Benoît ,
vacante par la démiffion de la Dame Louife
- Angelique de Bernis , derniere Titulaire
, à la Dame Elifabeth- Gabrielle de
Bernis , Religieufe Profeffe de la même
Abbaye.
Le Prieuré de S. Gaubourge , Ordre
de S. Benoît , Diocée de Séez , vacant
par la démiffion du fieur Abot , au fieur
Jacques Abot , Prêtre du Diocéfe de Séez ,
à

SEPTEMBRE 1724. 2069
à la charge de mille livres de penfion
pour ledit fieur Abot qui s'eft démis.
Le Prieuré de S. Aubin , Ordre de
S. Benoît , Diocéfe de Rouen , vacant
par la démiffion de la Dame de Montperoux
, à la Dame Loüife Bouhier , Prieure
de l'Abbaye de Saint Julien , à Dijon .
Elle eft foeur de M. l'Abbé Rouhier , qui
étoit de l'Affemblée generale du Clergé
de France , tenuë l'année derniere , & qui
fut nommé par le Roi il y a un an à l'Abbaye
de Fontaine Daniel .
Le Prieuré de S. Pierre du Luc , Diocéfe
de Luçon , Ordre de S. Benoît , vacant
de fait ou de droit , au fieur de la
Boutetiere , Clerc - Tonfuré du Diocéfe
'de Luçon.
Le Prieuré des Eaux , en la Paroiffe de
S. Hilaire de Talmond , Ordre de Saint
Benoît , Diocéfe de Luçon , vacant en
regale de fait ou de droit , au fieur de
Chazet du Bellay.
Le Prieuré fimple & feculier de Notre
- Dame de Molezon , vacant en regale
de fair ou de droit , au fieur Jean Blańquet
, Prêtre.
LET .
2070 MERCURE DE FRANCE.
** kikkkkkkak
LETTRES PATENTES ,
A
ARRESTS , & c.
RREST du 2. Mai , qui regle les frais de
Reception dans les Elections , Greniers à
Sel & Traittes , des Particuliers aufquels il
eft accordé des Commiffions du G and Sceau
pour remplir les fonctions des Offices vacans
par mort ou autrement.

ARREST du 4. Mai , qui ordonne que les
Bois des Particuliers & Communautez , fituez
dans les Provinces de Flandre , Artois & Haynaut
, feront regis & adminiftrez conforme - s
ment à l'Ordonnance des Eaux & Forelts du
mois d'Aouft 1669 .
ARREST du 23. Mai , qui fubroge Jean
Grilleau à la place de Lambert & Poirier ,
pour figner les Comptes , Expeditions , & autres
Actes , concernant la fuite des Reftes du
Bail dudit Lambert.
DECLARATION du Roi du 13 Juin ,
concernant les Comptes des Treforiers &
Payeurs des Gages des Cours & Compagnies
des Receveurs du Reffort de la Chambre des
Comptes de Paris.
LETTRES PATENTES ur Arreft , données
à Versailles le 20. Juin dernier , qui fixent
le temps pour relever l'appel des Jugemens ,
Fortant
SEPTEMBRE 1724. 2071
portant confifcation ou amende en toutes ma
tieres dépendantes des Fermes Generales &
Particulieres.
ARREST du 11. Juillet , portant Reglement
pour les Privileges & Exemptions des
Droits du Domaine dans la Province du
Haynault.
ARREST du même jour , qui condamne
fix Particuliers chacun en deux cens livres
d'amende , pour avoir fait dans un partage
une fauffe évaluation des Biens immeubles de
leurs pere & mere , qu'ils ont partagez.
DECLARATION du Roi , concernant
l'Efchange de Belle- Ifle , donnée à Chantilly
le 18, Juillet 1724. regiftrée en la Chambre des
Comptes le 12 Aoust .
DECLARATION du Roi , portant que
les Taxations & Remiſes des Receveurs Generaux
des Finances feront paffées & allouées
dans leurs Comptes , donnée à Chantilly le
même jour , regiftrée en la Chambre des
Comptes .
ARREST du même jour , qui confirme la
Sentence du Lieutenant Particulier de Chaumont
en Baffigny du 16 Septembre dernier ,
& en confequence condamne les Prieur &
Religieux de l'Abbaye de la Crette , Ceffionnaire
par Bail à ' vie , de la portion des Fruits
& Reverus de ladite Abbaye , appartenante
au fieur Charpin de Genetinnes , Evêque de
Limoges leur Abbé , au payement du Centiéme
Denier & triple Droit.
DE
2072 MERCURE DE FRANCE.
"
DECLARATION du Roi , qui regle les
limites de la Ville de Paris , donnée à Chantilly
le même jour , regiſtrée en Parlement le
4. Aouft.
ARREST du 25. Juillet , qui ordonne que
l'ouverture des Bureaux pour le payement du
Preft & Droit Annuel , tant dans la Generalité
de Paris , que dans les autres Generalitez
du Royaume , pour l'année 1725. fe fera le
15. Octobre prochain , & continuëra jufqu'au
dernier Decembre inclufivement.
ARREST du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Octobre prochain le délai accordé
aux Gens d'affaires pour faire liquider
leurs avances , & retirer des mains du Garde
du Tréfor Royal les fommes qui peuvent leur
être dûës par Sa Majesté.
ARREST du même jour , qui ordonne
que les declarations qui fe paffent aux Terriers
des Seigneurs feront valables , pourvû
que le Controle en foit fait dans les trois
mois de leurs dattes , & permet de les faire
contrôler jufqu'au premier Novembre prochain
, en payant les droits fuivant le Tarif
du vingt-neuf Septembre mil fept cent vingtdeux
, après lequel jour lefdites declarations
demeureront nulles ; & veut Sa Majeſté que
les Notaires & autres qui les auront reçûës ,
les Parties qui les ont paffées foient condamnées
en deux cens livres d'amende pour chaque
contravention.
LETTRES PATENTES , données à Chantilly
le 27. Juillet , qui ordonnent des effartemens
dans la Foreft de Saint Germain en Laye,
&
SEPTEMBRE 1724. 2073
& les ventes des Bois provenans defdits effartemens
, pour tenir lizu de vente de l'ordinaire
mil fept cens vingt- cinq , en ladite Foreft.
ARREST du 2. Aouft , rendu au fujet des
Exploits faits pour parvenir aux Elections de
Tuteurs aux Mineurs. Qui ordonne que dans
les cas où il n'y aura que les Procureurs du
Roi pour Parties , les Exploits faits à leur Requête
, pour raifon defdites élections , feront
Contrôlez dans les délais , fans que leidits
Procureurs , ainfi que les Huiffiers , foient
tenus d'en avancer les droits , qui feront repetez
par préference fur les biens des Mineurs.
ARREST du s . Aouft , qui évoque au Confeil
l'Inftance pendante aux Requêtes du Palais
; entre le fieur du Vaucel de Vaucardet
Ecuyer , l'un des Moufquetaires de la premiere
Compagnie des Gardes da Roi , & le
fieur Moreau, Prefident en l'Election d'Evreux :
& ordonne que ledit fieur de Vaucardet aura ,
en cette qualité , la préféance dans les Proceffions
, Offrandes , diftributions du Pain-beni ,
& autres Honneurs de l'Eglife de fa Paroiffe
de Saint Gilles de la Ville d'Evreux , & en
toutes affemblées & ceremonies publiques ,
avant les Officiers de l'Election de la même
Ville Fait Sa Majefté défenſes audit fieur
Moreau de l'y troubler , & c.
ARREST du 8. Aouft , qui ordonne que
lês Particuliers qui feront compris dans les
Etats de repartition de la Capitation de l'année
1725 feront tenus de payer , outre la por- ,
tée de leurs taxes , les deux fols pour
d'icelles.
livre
AR2074
MERCURE DE FRANCE .
ARREST du même jour, qui proroge juſqu'au
premier Octobre 1725. le pouvoir accordé à
M les Intendans , par l'Ediz du mois d'Aoult
1715. de faire proceder en leur preſence , ou
de ceux qu'ils conmettront , à la confection
des Rôles des Tailles dans les Villes , Bourgs
& Paroiffes où ils le jugeront à propos pour
le bien des Taillables.
ARREST du même jour , qui caffe & annulle
la Sentence de la Maîtriſe particuliere
des Eaux & Forefts de Vezoul , du 7. Avril
dernier .
LETTRES PATENTES , qui nomment des
Commiffaires pour faire les Procès verbaux ,
ordonnez par la Declaration du 18. Juillet
1724. concernant les Limites de Paris , données
à Verfailles le 12. Aouft , regiftrées en
Parlement le 17.
ARREST du même jour , portant Reglement
pour la vente des Toiles à Paris , entre
les Marchandes Lingeres & les Marchands
Forains.
ARREST du 15. Aouft , qui nomme des
Com ni faires pour juger de l'état de ceux
des Secretaires du Roi qui fe prétendent dans
le cas de l'Exception , portée par l'Edit du
mois de Jillet dernier , attendu leur Nobleffe
actuelle & in lépendante des Offices dont ils
font pourvûs & qui ordonne que dans quinzaine
ils juftifieront de leur Nobleffe , & re
mettront leurs Titres au Greffe de la Commiffion.
Lû & publié le 17. & regiftré au Greffe
de la
Commifion le 19.
AR
SEPTEMBRE 1724. 2075
ARREST du 28. Aouft , par lequel Sa
Majefté fixe le nombre des Secretaire du Roi ,
& autres Offices près les Cours & Chancelleries
Prefidiales ; & ordonne la vente de ceux
des Offices qui manquent en chacune defdites
Chancelleries , de la qualité & du nombre
fixez par les Edits des mois de Jun & Decembre
1715. & de ceux de Treforters , Receveurs ,
Payeurs des Gages defdits Officiers , reftans à
vendre en execution des Edits de 1707. &
1708. pourvoit au payement des Gages &
Emolumens de ceux qui feront pourvus defdits
Offices . Et fupprime les Offices levez
dans quelques unes des Chancelleries , audelà
du nombre fixé par les Edits des mois de
Juin & Decembre 1715.
DECLARATION du Roi , portant Regle
ment pour les Regrats . Donnée à Fontainebleau
le 29. Aouft 1724. registrée en la Cour
des Aydes le 18. Septembre.
ARREST du même jour , qui nomme des
Commiffaires pour proceder à l'examen &
verification de tous les Titres des Droits de
Peages , Paffages , Pontonages , Travers & autres
, qui fe perçoivent fur les Ponts & Chauffées
, Chemins & Rivieres navigables , & Ruiffeaux
y affluans , dans toute l'étenduë du
Royaume. Ordonne que dans quatre mois , du
jour de la publication du prefent Arreft , les
Proprietaires defdits Droits feront tenus d'envoyer
au fieur Paffelaigue , Greffier de la Commiffion
, des copies collationnées & légalifees
des plus prochains juges des lieux , des Titres
& Pancartes , en vertu defquels ils perçoivent
lefdits Droits.
AP2076
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Septembre , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion. A Paris , le 4. Octobre
1724.
HARDION.
coco co co co co
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës ,
dans ce volume .
IECES Fugitives , Ode à M. de la Motte
Pur Inès,& c. 1865
Lettre de M. de la Grange , fur l'Extrait de
fes Oeuvres.
Bouts- rimez remplis.
1870
1876
Ode qui a remporté le prix du Palatinat , &c.
1877
Ode Latine , avec l'explication du Palinod ,
& c. 1883
1887
Bouquet en Chanfon , & c.
Fête des Tulippes à Conftantinople , & c. 1888
Sur la mort d'un Perroquet , vefs , &c. 1898
Extrait d'une Lettre écrite de Barbarie. 1902
Sonnet en Bouts- rimez. 1905
Lettre écrite de Malthe fur un voyage du G.
Maître. 1906
Autre Lettre de Malthe fur un Phenoméne de
Medecine .
Elegie.
1913
1917
Derniere Séance de l'Académie de Bordeaux
&c.
1923
Programme de la même Académie. 1927
Madrigal.
6
1929
Obfervations fur le voyage de la France. 1930
Rondeau . 1933
Lettre fur la bonté des Vins d'Auxerre. 1934
Eloge du Vin , & deſcription de la Vandange.
1944
Lettre du Pere Buffier , & réponſe à la Critique
du traité des premieres veritez. 1949
Elegie. 1953
Fameufe partie de Longue Paume , & c. 1957
Lettre fur un Monftre Marin.
Bouts- rimez à remplir.
1961
1962
Extraits des Plaidoyers faits au College de
Louis le Grand.
Enigmes.
1963
1979
Nouvelles Litteraires , & c. Oeuvres mêlées
de Madame de Gomez.
Le Spectateur François , & c.
La Double Inconftance , Comedie.
1981
1984
1991
Lettre fur la nouvelle Edition des Oeuvres de
Racan.
Eloge de M: de la Fons , & c.
2005
2008
Lettre de l'Evêque d'Angers fur fon Oraiſon
Funebre de Monfieur le Duc d'Orleans. 2010
Lettre fur un effet fingulier du Tonnerre. 2011
Académies , & c. 2013
Nouvelle magnifique & fuperbe Caleche du
Roi.
2018
Chanfon.
2021
Spectacles , le Parifien. 2022
Les trois Coufines , Extrait , & c. 2013
Nouvelles Etrangeres. 2034
Maladie , mort & Convoy du Roi d'Efpagne.
2947
Morts , Baptêmes & Mariages des Pays Etrangers.
Journal de la Cour & de Paris.
Mariages , Morts , &c.
Benefices donnez,
2057
2058
2065
2068
Errata d'Aouft.
PAge 1661. ligne 7. Piorgi , liſez Giorgi
par tout.
Page 1728. ligne 18. quæfteris , lifez quæfieris.
Page 1785. ligne 13. des coftes , effacez ces
deux mots.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 1872. derniere ligne , Nicomedie , li-
Nicomede
.
Page 1962. ligne premiere pieds , ôtez ce mot.
Page 1984. ligne 6. ma , lifez fi ma.
Page 2007. ligne 4. du bas , il finit , lifez je
finis .
Page 2021. ligne 2. le , liſez ce.
Page 2024. ligne 7. Intendant , ôtez ce mct.
Page 2026. ligne derniere , ordonne , lifez qui
ordonne .
Page 2029. ligne 3. du bas , ingenieufe , lifez
ingenieux.
Air noté doit regarder la page 2021.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le