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MERCURE
7
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
A
OUST 1724 .
QUÆ COLLIGIŤ SPARgit.
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S.Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont-neuf, àla Croix d'On
M DC C. XXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roj.
SAINTE
A VIS. 凛
2.
)
' ADRESSE generale pour toutes
L4chofes eft à M. MOREAU
,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main , & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Mef-
Jageries qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 3o . fols.
6
#
1653
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE
AU
ROT
AOUST
1724.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA FRANCE.
CODE AU ROY.
K
On , la vive ardeur qui m'anime
N Ne peut être une illufion ,
Dans l'extafe la plus fublime
Je vais chanter ma nation.
France , rappelle en ma memoire
A ij
Ceg
1654 MERCURE DE FRANCE.
Ces traits brillants, qui de ta gloire
Ont étonné tout l'Univers,
Et toi , l'efpoir de cet Empire ,
Grand Roi , d'une fidele Ly e ,
Daigne écouter les fons divers .
Quelle tyrannique puiffance
Tient le fort du monde en fes mains
Une éternelle obéiſſance
Le foumettra-t'elle aux Romains ?
Grand Dieu ! quoi ? toûjours infidele ,
Cette nation verra-t'elle
Son orgueil toûjours encenſe ?
Injufte , fanguinaire , impie ,
N'eft-il pas temps que Rome expie
Les crimes d'un culte infenfé
Mais bien tôt d'immortelles haines ,
Contre elle vont fe fignaler,
Tous les peuples brifent leurs chaînes ,
Rome commence à chanceler.
Ville ingrate , Ville ſuperbe ,
Tes murs qui fe cachent fous l'herbe ,
Sont le repaire des ferpens,
Et
A OUST 1724. 1655
Et les nations triomphantes ,
Ont plongé leurs armes fanglantes ,
Dans le fein de tes habitans.
Que dis-je ? non , dans fa colere ,
Le Ciel ne vas pas te juger :
Et voulant te traiter en pere ,
S'appaife au lieu de ſe vanger.
Si par fa fageffe profonde ,
Tu perds de l'Empire du monde ,
Le Sceptre vain & temporel ;
Dieu renfermant dans ton enceinte ,
Le chef de la nation fainte ,
Te rend un Empire immortel.
Mais tandis que de ta puiffance ,
Cent Rois difputent le débris,
Un peuple fortuné s'avance ,
Qui fur eux remporte le prix.
Riante , vafte , & temperée ,
La plus floriffante contrée ,
L'attend fous un Ciel bienfaifant ;
Telle fut dans vôtre origine ,
A iij
Mor1656
MERCURE DE FRANCE.
Mortels , la demeure divine ,
Où fut placé l'homme innocent.
Déja , fur les bords de la Meufe ,
Je vois paroître les Germains ;
Cette nation belliqueuſe
Jamais n'obéit aux Romains .
Libre , genereufe , intrépide ,
Dans la Gaule où le Ciel la guide .
Elle plante fes étendarts ;
Et fa valeur que rien n'arrêté ,
Enleve à Rome la conquête
Que fit le premier des Cefars.
Helas ! fouillé d'idolâtrie ,
Ce peuple , tige des François ,
Porte les Dieux de ſa patrie ,
Où le conduifent fes exploits.
Du haut de ton Trône adorable ,
Seigneur, d'un regard favorable
Tu peux lui deffiller les yeux ;
Qu'attens-tu ? fon erreur t'irrite :
Mais fa vertu te follicite
De le ravir à fes faux Dieux .
Tu
A OUST 1724.
1657
Tu l'écoutes , l'onde facrée ,
Que Remy répand fur ſon Roi ,
Fait deſcendre de l'Empirée ,
La grace qui donne la foi.
Sur le peuple , que dans le Temple
Conduit un fi puiffant exemple ,
Tombe la même effufion ;
Et ta preſence à ce ſpectacle ,
Se fignalant par un miracle ,
Scele enfin leur vocation.
Le captieux Arianiſme
Avoit infecté tous les coeurs ;
Clovis d'un pur Chriſtianiſme
Reçoit la doctrine & les moeurs.
Depuis , à tes loix immortelles ,
Grand Dieu, fes fucceffeurs fideles ,
N'ont point fléchi devant Baal ;
Sous nos Rois armez du tonnerre ,
L'erreur profcrite fur la terre ,
Rentre dans le gouffre infernal.
Mais quel feu coule dans mon ame ?
D'où vient ce fouffle précieux ?
A iiij
Brûlé
1658 MERCURE DE FRANCE.
Brûlé d'une celefte flâme , '
Mon efprit vole juſqu'aux Cieux.
France, écoute tes deftinées :
Le Ciel qui puife tes années ,
Dans la fource de fes tréfors
Egale ton peuple innombrable
A la multitude du fable
Que la Mer jette fur fes bords.
C'en eft fait. Sur la terre & l'onde ,
Donnant de glorieux combats ,
Tu vas jufqu'aux poles du monde
Etendre tes heureux Etats.
Le Nil , le Sarmate , le More ,
Les climats voifins du Bofphore ,
Subiront ton joug & ta loi ;
Conduite ainfi par la victoire ,
Tu vois la fource de ta gloire
Dans la pureté de ta foy.
Sous cet étendart redoutable
Le fils du genereux Pepin ,
Rangeant une armée indomptable ,
Accomplit ton noble deſtin.
Déja
A
OUST 1724.
1659
Déja du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Ce Heros fourniffant fa courfe ,
Triomphe au milieu des hazards ;
Rome comble fon eſperance ,
Et, néfur le Trône de France ,
Ilmeurt fur celui des Cefars.
Pour mieux récompenfer le zele
D'un de fes plus grands défenſeurs ,
La foi fur ce Heros fidele ,
Voulut former fes fucceffeurs.
Les noms de Saint , de grand , de jufte ,
De Pere du peuple , d'Augufte ,
En éternifent les vertus;
Superieurs aux Diadêmes ,
Ils ne reçoivent que d'eux - mêmes
L'éclat dont ils font revêtus.
Mais j'atteints au terme où j'afpire,
Je vois le Regne floriffant ,
Du Prince qui de cet Empire ,
S'eft vû maître prefqu'en naiffant .
Ah ! grand Roi , puifque fur la France
Dieu permet que dès ton enfance ,
A v Ton
1660 MERCURE DE FRANCE.
Ton regne commence fon cours ;
Objets de tes faveurs conftantes ,
Par nos profperitez brillantes ,
Puiffions-nous compter tous tes jours.
Tel fut ce Prince magnifique ,
Qui grand même juſqu'au trépas ,
Avec fa fageffe heroïque ,
Te remit fes vaftes Eftats .
Couronné dès fon premier luftre ,
Il devoit par fa vie illuftre
Inftruite la pofterité ;
Déja dans ton coeur magnanime
Regnent de ce Heros fublime ,
Et la juftice & la bonté .
M. Tanevot.
LET
A OUST 1724.
1661

LETTRE écrite de Florence aux
Auteurs du Mercure , le 1. Juillet 1724.
MESSIEURS ,
Vous avez donné au mois de Mai dernier
une Lettre dattée du 22. Fevrier
1722. compofée du Livre de Metropolibus
de M. l'Abbé Piorgi , qu'il a fait imprimer
à Rome in 4º. vers la fin de la
même année , & qui n'a été publié qu'au
mois de Janvier de l'année 172 3. Le pu
blic en eft un peu furpris , & croit qu'elle
ne meritoit pas l'honneur que vous lui
avez fait. Il faut pour concilier ces diffe
rentes dattes , que l'Auteur de cette Lettre
ait prévû par un efprit prophétique ,
non-feulement que cet Ouvrage devoit
paroître , mais auffi quelles étoient les
matieres dont il devoit traiter. Peutêtre
qu'animé d'un zele ardent de faire
plaifir à M. Maffei , & que trop impatient
de lui en donner des marques , il
eft tombé dans l'inadvertance d'une datte
anticipée de près d'une année. Outre
cette bévûë elle ne contient aucune recherche
qui puiffe inftruire le Lecteur ,
A vj le
1662 MERCURE DE FRANCE.
}
le ftile en eft d'ailleurs fort dur , & rien
n'y peut faire honneur à M. Maffei , dont
cependant il femble qu'on fe propoſe
d'entreprendre la défenſe ; car l'Auteur ,
au lieu de s'attacher à donner une juſte
idée du Livre qu'il attaque , ne s'occupe
uniquement qu'à amplifier les louanges
de cet Auteur , defquelles on peut dire ,
non erat his locus .
M. l'Abbé Piorgi , dit- il , a fait une
Differtation fur les Metropoles contre le
Marquis Maffei. 11 eft vrai que l'Abbé
Piorgi a compofé cette Dilfertation ;
mais il eft visible que fon but n'a pas été
d'y declarer la guerre au Marquis Maffei,
puifqu'il fe contente feulement de relever
par occafion , & dans les bornes de
l'honnêteté quelques endroits de fon petit
Livre in 12. intitulé , Della antica
conditione di Verona , en ayant laillé plufieurs
autres qui ne le meritoient pas
moins , & qui demanderoient d'être relevez
par une nouvelle édition de cetOuvrage
, dans lequel il n'eft nullement
queftion des Antiquitez de Verone, quoiqu'en
dife l'Auteur de la Lettre , n'êtant
proprement qu'un abregé des recherches
de fa façon fur l'état ancien de cette Ville .
C'eſt Panvinius , & non pas le Marquis
Maffei , qui a publié un Livre , non pas
in 12. mais in folio des Antiquitez de
Vero
A OUST 1724. 1663
Verone ; elles font trop confiderables
pour pouvoir être renfermées dans un fi
petit volume , & en affez grand nombre
pour pouvoir même remplir plufieurs in
folio.
L'Auteur de cette Lettre fait trop peu
de cas des François , & ne rend pas allez ·
de juſtice au louable empreffement qu'ils
ont toûjours fait paroître pour les Ouvra
ges de toutes les Nations , lorfqu'il avance
que les Livres qui s'impriment en
Italie leur font inconnus . Leurs Journaux
des Sçavans , qui font remplis d'Extraits
des Livres Italiens , les juftifient
pleinement fut cet article ; & lorſqu'il
dit qu'il vient les inftruire à fond de ce
qui fe paffe entre lui & l'Auteur de l'Ouvrage
de Metropolibus , qu'il fuppofe
avoir échappé à leur connoiffance , il
prouve évidemment qu'il n'eft point
François , mais Italien.
Il affure que le Marquis Maffei fe
contente d'être la gloire de Ferone. L'Abbé
Fiorgi ne s'y oppoſe pas , & n'a jamais
prétendu lui difputer cet avantage ; au
contraire , il s'efforce en toute occafion de
l'accroître , en lui donnant dans fon Livre
les louanges qu'il peut defirer. Le même
prétend que le Marquis Maffei faiſant fes
réflexions fur ce vers de Catulle , Brixia
Verona mater amata meâ , fait voir le peu
de
1664 MERCURE DE FRANCE.
de fondement qu'on peut faire d'une telle
autorité , pour prouver que du temps de
Catulle Verone étoit foumise à Brexia .
M. Piorgi eft de ce fentiment , mais en
même temps il croit avoir démontré que
l'explication que le Marquis Maff i donne
à cet endroit de Catulle est tout- àfait
infoutenable , & qu'il n'étoit pas neceffaire
pour fauver l'honneur de fa Patrie
, de rejetter ce vers comme fuppofé
, & comme une fourberie gliflée par
les copiftes , en voici le veritable fens :
amaris à meâ Veronâ. Brixia mater qua
Il eft inutile de s'arrêter à ce qu'on dit
dans cette Lettre touchant la grande réputation
que M. Maffei s'eft acquife , &
dont on affure qu'il eft également glorieux
d'être fon vainqueur ou fon vaincu . Si
l'Auteur de cette Lettre eft frappé d'une
pareille confolation , M. Piorgi n'en eft
pas ébloui , & ne lui porte pas envie ,
d'autant plus qu'il n'en eft nullement
queftion dans le petit démêlé dont il
s'agit .
M. Maffei voulant prouver dans fon
Ouvrage in 12. qu'on ne peut pas inferer
du pallage de Catulle , que Breſcia ait
jamais été la Metropole des anciens Manfeaux
( Cenomanorum ) ni Superieure à
Verone , ni fa Mere , tombe dans un autre
1
1
AOUST 1724. 1665
tre inconvenient encore plus grand que
celui de rejetter , comme fuppofé cet endroit
de Catulle , qu'il a , comme on l'a
déja remarqué , affez mal entendu , c'eſt
de nier abfolument , que du temps de cet
Auteur , & même plufieurs années après,
il y ait eu , fur tout en Italie , aucune autre
Metropole que Rome. M. Piorgi , peu
content d'un tel Paradoxe , montre évidemment
que long temps même avant
Catulle il y avoit par tout des Metropoles,
mais particulierement en Italie , & il
pourroit citer des perfonnes d'érudition ,
qui non feulement font de fon fentiment
, mais qui croyent encore qu'on ne
peut répondre à fes raifons. Le Marquis
Maffei faifant obferver que ce mot Metropole
ne fe trouve point dans les Lexicons
Latins , dans Calepin , ni dans les autres
Dictionnaires , & qu'elle n'a jamais été
en ufage parmi les Ecrivains Latins , en
conclut peut être un peu trop legerement
, qu'il n'y avoit donc point de Metropole
dans leur pays . Mais l'Abbé Piorgi
lui répond que Metropole eft un mot
Grec & non Latin , & qu'à fa place les
Ecrivains de fa nation fe fervoient des
termes de caput , mater , princeps , qui
ont la même fignification que celui de
Metropolis. Pour le prouver il rapporte
un grand nombre de paffages d'Auteurs
Latins,
1666 MERCURE DE FRANCE.
Latins , qu'il croit apparemment inconnus
à Monfieur Maffei ; c'est pour cette raifon
que l'Auteur de la Lettre traite
avec mépris ces titres de caput , mater ,
princeps , & ofe affurer , que n'ayant
aucune fignification déterminée , Monfieur
Maffei qui s'attache au fens , &
non pas aufon des paroles , en doit faire
peu de cas. D'ailleurs , ajoûte- t'il , on
doit pardonner à un homme comme M.
Maffei qui traite ces fortes de bagatelles
avec un porpeux étalage d'érudition . Si
ce Seigneur eft affez heureux pour avoir
la communication d'une Lettre remplie
des recherches auffi rares & auffi curieufes
, il ne laiffera pas d'être en admiration
de fe voir auffi bien fervi par celui
qui en eft l'Auteur , fous la plume duquel
il aura la fatisfaction de s'appercevoir
que fes Paradoxes ne font que croître
& embellir.
Parlons ferieufement . Il eft certain
que fi M. Maffei prend la peine de lire
la Lettre de cet Auteur avec attention , il
aura quelque confufion d'y voir fa cauſe
auffi mal défenduë , par un homme , qui
apparemment n'a pas été chargé de fa
procuration , & dont le ftile & les manieres
font fi peu convenables au ſujet . 11
doit , fur tout , être choqué de ce qu'on
Y
AOUST 1724. 1667
y débite , que les titres de caput , mater
& princeps s'attribuoient également aux
grandes Villes comme aux plus petits
Villages ; il ne le fera pas moins d'y appercevoir
les plaifanteries dont elle eft
farcie , étant lui - même bien inftruit que
ce n'eft pas ainfi que les gens de Lettres
en doivent agir dans les petites contef
tations qu'ils ont entre eux . Je n'entrerai
fur cela dans aucun détail particulier,
étant perfuadé que la chofe ne le merite
pas , & que lui - même les defaprouve
fort , comme étant peu favorables à
fa caufe. Je fuis même convaincu que
cette Piece eft d'un homme auffi éclairé
& d'un auffi bon goût , quoiqu'en puiffent
dire quelques envieux de fa gloire
qui publient qu'il en eft l'Auteur. Je les
crois mal informez du caractere de ce
Seigneur ; car il n'eft pas vrai - femblable
que le Marquis Maffei , qui juſques à
preſent a parlé & écrit de fa propre perfonne
avec tant de modeftie , comme on
le fçait, puiffe avoir compofé une Lettre,
dans laquelle il fe donne de l'encens
perpetuellement , & qui eft toute remplie
de mépris pour M. l'Abbé Piorgi ;
celui-ci ne croit pas s'être attiré
cun endroit un pareil traitement s'étant
étudié de parler de ce Seigneur dans
fon Ouvrage de Metropolibus avec toute
par aul'eftime
1668 MERCURE DE FRANCE.
T
l'eftime & la confideration qu'il peut luimême
fouhaiter . J'ai l'honneur d'être ,
& c.
*******************
Ur
ECLOGUE .
Sur le declin du jour , une jeune Bergere ,
Echapée à la fin aux regards de fa mere ,
Preffoit les pas tardifs de fon nombreux troupeau
,
Dans un bocage épais , éloigné du hameau ,
L'heure d'un rendez - vous , malgré fes foins
paffée ,
S'offroit inceffamment à fa ' rifte penſée .
Elle arrive, mais Ciel ! quels furent ſes ſoucis,
De parcourir ces lieux , fans y trouver Tircis ;
Dans fon impatience , envain elle l'appelle ,
Echo , feule répond à la voix de la belle ,
Mille foupçons confus allument fon couroux ,
Elle s'arrête enfin au plus cruel de tous ;
Tircis ne m'aime plus , le perfide , dit-elle ,
Ne peut en même temps être heureux & fidelle,
Une Bergere Amante eft pour lui fans appas ,
Il m'aimeroit encor , fije ne l'aimois pas.
On
A OUST 1724. 1660
On me l'avoit tant dit avant de le connoître,
Traitez bien un Amant il ceffera de l'être ,
}
L'amour ne peut durer qu'autant que les defirs
Nourri par l'efperance , il meurt dans les
plaifirs.
Auffi, quoique mon coeur approuvât ſon hommage
,
Quand il m'ofa tenir un amoureux langage ,
Le Soleil quatre fois fit méurrir nos moiſſons ,
Avant que je paruffe écouter fes chanfons ;
En lui cachant l'ardeur qui devoroit mon
ame ,
Que n'ai-je point fouffert pour éprouver fa
flâme ;
Par combien de tourmens n'ai je point
achepté ,
Le chimerique eſpoir d'aimer en fureté.
Cruelle à mon Berger , plus cruelle à moimême
,
Je ne lui laiffois voir qu'une rigueur extrême ,
Mais un jour , jour fatal au fecret de mon
coeur !
Tircis trop tendrement me peignit fon ardeur.
Jufqu'à quand , difoit- il , je m'en fouviens
encore
Serez-vous infenfible au feu qui me dévore
Mal1670
MERCURE DE FRANCE.
1
Malgré vôtre beauté, craindriez- vous unjour ,
De me voir à quelqu'autre immoler vôtre
amour.
Ah ! grands Dieux ! fi je vis fans aimer ma
Bergere ,
Que ma flute , ma voix , mes vers ceffent de
plaire :
Qu'on me voye étouffer les oifeaux que j'inftruis
;
Que mes prez foient fans fleurs , & mes vergers
fans fruits ;
Que mes tendres Brebis & mes Taureaux fuperbes
,
S'empoifonnent du fuc des plus mortelles
herbes ;
Que je les abandonne à la fureur des loups ;
Et que je fois moi- même en butte à tous vos
coups.
J'en jure par les Dieux , j'en jure par moimême
,
Philis , l'amour vous rend ma Déïté ſuprême ;
L'ardeur que j'ai pour vous ne finira jamais ,
Croyez-en mon amour , mes fermens , vos
attraits.
Son trouble , fa langueur , ſes regards , ſon
filence ,
Tout m'affuroit alors de fa perfeverance ,
Je
AOUST
1724.
1671
Je ne pûs réfifter à des coups fi puiſſans ,
Un trouble féducteur s'empara de mes fens.
Prefque fans le vouloir , éperduë , inquiete ,
A mon perfide amant j'avoüai ma défaite :
Je vous aime , lui dis -je , heureuſe fi mon
coeur ,
Peut attendre du vôtre une éternelle ardeur.
A vous aimer toûjours, cher , Tircis je m'engage
,
Que de mon tendre amour cet agneau ſoit le
gage ,
Il croîtra , que nos voeux croiffent ainſi
lui :
que
Puiffions- nous nous aimer encore plus qu'aujourd'hui.
Qu'après ce doux aveu nôtre entretien fut
tendre ,
Oifeaux , vous le fçavez , vous feuls pûtes
l'entendre ,
Tout ce que fent un coeur
par
l'amour
animé
,
Dans
cet
heureux
moment
fut par
nous exprimé.
Fugitives douceurs , inftans fi defirables ,
Ou foyez moins charmans , ou foyez plus
durables.
A peine eu je livré mon coeur à fes defirs ,
Que la nuit vint troubler nos innocens plaifirs
Malgré
1672 MERCURE DE FRANCE.
Malgré-nous il fallut nous fouftraire à leurs
charmes ,
Je me levai : nos yeux fe remplirent de larmes
,
Et pour nous feparer en nous ferrant la main ,
Nous ne pûmes tous deux prononcer que, de
main.
Depuis cet heureux jour , avec exactitude ,
Il me prévint toûjours dans cette folitude.
Mais , helas ! aujourd'hui , je l'attends vainement
,
L'ingrat n'a plus pour moi le même empreffement.
Sans doute , le perfide , aux pieds de quelque
belle ,
Se fait de ma douleur un merite auprès d'elle ;
Et, pour la flater mieux , méprifant ma beauté
Le parjure fe rit de ma credulité.
Dieux , fur la foi defquels j'ai perdu l'innocence
,
De mon volage Amant , daignez tirer vangeance.
Elle achevoit ces mots, quand Tircis accouruc.
A l'afpect du Berger fon couroux diſparut ,
Et lui tendant la main d'un air picquant &
tendre ,
Seroit- ce à moi, Tircis, dit- elle, à vous attendre,
BergeA
OUST 1724. 1673
Bergere , reprit- il , calmez vôtre couroux ,
J'étois fur ces gazons, deux heures avant vous.
Vous arrivez enfin ; mais , diſgrace imprévûë ,
Un Loup au même inftant s'eft offert à ma vûë;
Il entraînoit , grands Dieux ! quelle allarme
pour moi !
Cet Agneau fi cheri , gage de vôtre foi.
O Ciel ! pour mon amour quel funefte préfage,
Ai-je dit , mais , cruel , je mépriſe ta rage ;
Quand je ferois ici ; fans houlette & fans
chien ,
Tu fentirois bien- tôt qu'un Amant ne craint
rien.
Enfin, jufqu'en fon fort la bête pourſuivie ,
A perdu fous mes coups ,fa proye avec fa vie .
J'ai vangé par fa mort nos plaifirs differez ,
Pouvois-je moins punir qui nous a ſeparez.
La Bergere à fes mots lui raconte fes craintes
Le fidele Tircis en fit de douces plaintes ;
Philis , pour l'adoucir , docile à fes leçons ,
Par cent & cent faveurs expia fes foupçons.
Par M. l'Abbé
Mangenot.
Cette Piece a emporté le Lys d'argent
des Jeux Floraux de Toulouſe.
PRIX
1574 MERCURE DE FRANCE.
PRIX propofez par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1726.
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien
Conſeiller au Parlement de Paris ,
ayant conçu le noble deffein de contribuer
au progrès des Sciences , & à l'utilité
que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un
fonds pour deux Prix , qui feront diſtribuez
à ceux , qui au jugement de cette
Compagnie auront le mieux réüffi fur
deux differentes fortes de fujets , qu'il a
indiquez dans fon Teftament , & dont il
a donné des exemples .
Les fujets du premier Prix regardent
le fyftême general du monde , & l'Aftronomie
Phifique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres
aux termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans. Mais la diminution des
rentes a obligé de ne le donner que tous
les deux ans , afin de le rendre plus confiderable
, & il fera de 2 500. livres.
Les fujets du fecond Prix regardent la
Navigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans ;
& fera de 2000. livres.
L'AAOUST
17240 1675
L'Académie fe conformant aux vûës &
aux intentions du Teftateur , propofe pour
fujet du premier Prix qui tombe dans
l'année 1726. ·
Les Loix du Choc des Corps à reffort
parfait ou imparfait déduites d'une explication
probable de la caufe Phifique du
Reffort.
Les Sçavans de toutes les Nations font
invitez à travailler fur ces fujets , &
même les affociez étrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la Loi d'exclure les
Académiciens regnicoles de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoferont font invitez à
écrire en François , ou en Latin , mais
fans aucune obligation . Ils pourront écrire
en telle Langue qu'ils voudront , & l'Académie
fera traduire lears Ouvrages .
: On les prie que leurs Ecrits foient fort
lifibles , fur tout quand il y aura des calculs
d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou devife. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur Ecrit un billet feparé &
cacheté par eux , où feront avec cette même
Sentence , leur nom , leurs qualitez
& leur adreffe , & ce billet ne fera ouvert
par l'Académie , qu'en cas que la
Piece ait remporté le Prix.
› B Ceux
1676 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
adrefferont leurs Ouvrages à Paris au Secretaire
perpetuel de l'Académie , ou les
lui feront remettre entre les mains . Dans
ce fecond cas le Secretaire en donnera en
même temps à celui qui les lui aura remis
fon Recepiffé , où fera marquée la
Sentence de l'Ouvrage , & fon numero
felon l'ordre ou le temps dans lequel il
aura été reçû .
Les Ouvrages ne feront reçûs que juf
qu'au premier Septembre 1725. exclufivement
.
L'Académie à fon Affemblée publique
d'après Pâques 1726. proclamera la
Piece qui aura ce Prix .
S'il y a un Recepiffé du Secretaire pour
la Piece qui aura remporté le Prix , le
Treforier de l'Académie délivrera la
fomme du Prix à celui qui lui rapportera
ce Recepiffé . Il n'y aura à cela nulle autre
formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire
, le Tréforier ne délivrera le Prix
qu'à l'Auteur même , qui fe fera connoître
, ou au Porteur d'une Procuration de
La part
.
On a été averti par l'annonce précedente
que le sujet du fecond Prix eft , quelle
feroit la maniere la plus parfaite de conferver
A
OUST 1724. 1677
ferver fur Mer l'égalité du mouvement
des Clepfidres ou Sabliers , foit par la
conftruction de la Machine , foit par fa
fufpenfion, & que les Ouvrages pour ce
Prix feront remis au Secretaire perpetuel
de l'Académie dans le 1. Janvier 1725.
SUR LE CHIEN DE MADAME D **
C'est le Chien qui parle.
JA
' Ai ſçû par mes badins tranſports ,
Sans avoir les graces du corps ,
Meriter à jamais l'eftime ,
De celle qui les a dans un dégré fublime ;
Auffi dépourvûs d'agremens
Il s'eft rencontré des Amans ,
>
Qui d'un aimable objet ont ravi la tendreffe :
Quoiqu'il en foit , fur eux je dois avoir le pas,
Car , à coup sûr , ils n'avoient pas ,
Une auffi charmante Maîtreffe.
Que je fuis heureux dans fes fers !
Sa bouche en m'appellant fe fert de noms divers
,
Tantôt Litis , tantôt Nolitet ou Zalotte;
Bij
Deux
1678 MERCURE DE FRANCE .
1
Deux fois le jour me prodiguant fes foins .
Elle pourvoit à mes beſoins ,
Me prend entre fes bras , me choye & me
dorlotte ;
Voilà mon fort , s'il n'eft le prix de ma beauté,
Sçachez qu'il l'eft du moins de ma fidelité .
XX :XXXXXXXXXXXXX
LETTRE au Reverend Pere Buffier
fur fon nouveau Livre, qui a pour titre :
Traité des premieres veritez & de la
fource de nos jugemens , où l'on examine
le fentiment des Philofophes de ce
temps , fur les premieres notions des chofes
. Ecrite de Paris le 10. Juillet 1724 .
Près la lecture des Livres du Reve-
Arend Pere Malbranche & de M.
Lokh, j'étois perfuadé qu'il falloit avoir
reçû de la nature un efprit fublime , &
prefque dégagé de la matiere par le ſecours
des abftractions pour atteindre aux
veritez Metaphifiques ; mais depuis la
lecture du vôtre je vous avouë , mon
Reverend Pere , que je me trouve plus à
l'aife , je n'ai plus ce dépit fecret que me
donnoit la diſtance que je reconnoiffois
entre ces illuftres genies & le mien, vous
maſſu-
,
AOUST 1724. 1679
و
m'aflurez que je puis plus sûrement
qu'eux découvrir la fource de nos jugemens
, vous m'avez rendu facile la conquête
de la verité , & je vois bien que
cette aimable fugitive n'aime pas à tomber
entre les mains des Philofophes ; ils
la cherchent ordinairement dans les routes
arides de la meditation , c'eſt- là qu'elle ·
fe plaît à les féduire par mille fantômes
tandis qu'elle fe trouve réellement dans
les vaftes contrées du fens commun. Qui
l'auroit penfé, mon Reverend Pere ? n'admirez
- vous point les réfolutions de l'efprit
humain? Les Philofophes de l'Antiquité
en ont impofé à leurs contemporains
, les tenebres du Paganifine qui les
enveloppoient tous également , ne permettoient
ni aux maîtres d'élever leurs
idées , ni aux difciples de les contredire.
Defcartes & le P. Malbranche foumis à
une révelation Divine , y ont conformé
leurs découvertes fçavantes & ingenieufes.
Ariftote & Platon ont perdu l'empire
des efprits à la prefence de ces nouveaux
aftres ; cependant , felon vous , leur
lumiere commence à difparoître , ils
éprouvent l'inconftance attachée aux ouvrages
des hommes ; vos opinions vont
commencer leur regne , & c'eft au fens
commun que vous rapportez cet avantage
, nous cherchions bien loin ce qui
B iij étoit
1680 MERCURE DE FRANCE.
étoit au milieu de nous ; mais avant que
de me declarer un de vos diſciples
diſciples , me
fera t'il permis de vous faire part de mes
difficultez?
Rien n'eft fi clair en apparence que la
définition que vous donnez du fens commun
; c'eft, dites - vous , ( la difpofition que
la nature a mife dans tous les hommes ,
ou manifeftement dans la plupart d'entre
eux, pour leur faire porter à tous , quand
ils ont atteint l'âge & l'ufage de la raiſon ,
un jugement commun & uniforme fur
des objets differents du fentiment intime
de leur propre perception : jugement qui
n'eft point la confequence d'aucun principe
anterieur. ) J'ai pensé d'abord que
je ne pouvois me difpenfer de recevoir
cette définition ; mais lorsque j'ai voulu
en faire l'épreuve , je me fuis trouvé dans
un embarras , dont je defire que vous
puiffiez me tirer. Songez , mon R. Pere,
que ces huit cu neuf lignes font la baze
de vôtreTraité ; & comme vous faites profeffion
de diffiper les tenebres Philofophiques
, vous êtes engagé d'y faire fucceder
l'évidence. Je n'ai rien oublié pour
me procurer la fatisfaction de vous entendre
, j'ai débarraffé mon efprit de toute
réflexion étrangere ; mais malgré toutes
ces précautions je n'ai jamais pû voir
dans le fens commun un jugement qui
n'eft
AOUST 1724. 1681
n'eft point la confequence d'un principe
anterieur. Heureux ces genies faciles qui
vous ont compris tout d'un coup , mon
intelligence bornée qui n'eft peut - être pas
même au rang de celles qu'il illumine
vôtre fens commun ne trouve rien de
plus raifonnable que de m'adreffer à vous.
Je me flate que vous ne m'abandonnerez
pas, à moins que vous ne defefperiez abfolument
de ma raifon , auquel cas je
tâcherai de me confoler avec ces illuftres
fous qu'on croyoit fages avant vôtre Livre
, & aufquels il y a toûjours une forte
de gloire d'être attachez .
Je vous declare donc avec fincerité ,
mon R. Pere , que je ne puis avec le fens
commun admettre des jugemens fans principe
anterieur. Les idées innées même ,
s'il y en avoit , ne pourroient m'annoncer
aucune verité fans argument , c'eſt - à- di-
> fans être la confequence d'un principe.
Il eft vrai qu'il y a quelques propofitions
, dont les termes font liez fi
étroitement , que l'efprit , que l'efprit paffe tout d'un
coup à la conclufion ; mais cette vivacité
de comprehenfion n'aneantit pas le prin
cipe qui fert de fondement à ce qu'il
affirme ; examinons pour exemples quelques-
unes de vos premieres veritez , c'eft
la quatrième que je choifis.
Ce que difent & penfent tous les hom
B iiij mes
1682 MERCURE. DE FRANCE.
mes en tous les temps , & en tous les pays
dis monde eft vrai ; il me paroît que cette
verité eft une confequence du principe
anterieur qui fuit ; c'eft que tous les hommes
ne font point d'accord à me tromper,
& à m'en faire accroire ; car fi l'efprit
ne fuppofe pas cette premiere propofition ,
ce que difent tous les hommes en tout
pays & en tout temps pourroit être faux .
Il en eft à cet égard des operations de
l'efprit comme des mouvemens du corps.
Le plus leger mouvement exterieur eft
l'effet d'un nombre infini d'autres qui
nous échapent , le jugement le plus fimple
eft précedé de modifications fi ſubtiles
& fi tenues , pour ainfi dire , qu'on
s'imagine volontiers qu'elles n'ont point
exifté ; mais de la même façon qu'avec'
le fecours des Microſcopes , on a décou
vert dans les corps quelques -unes de ces
parties qui fe déroboient à la groffiereté
de nos yeux ; de même avec une forte
attention on peut venir à bout d'appercevoir
dans nôtre ame les principes cachez ,
aufquels vous refuſez l'éxiſtence ; encore
un exemple , mon R. Pere , rien n'eſt
plus capable d'apporter de la lumiere dans
des chofes où le fens commun ne me paroît
pas affez brillant pour écarter l'obfcurité.
Au moins ne vous plaindrezvous
point que je cherche à embarraffer
la
AOUST 1724.
1683
+
la matiere par une affectation de termes ,
dont vous prétendez que de grands Philofophes
ont abuſé.
Vous êtes convaincu que le fens commun
des hommes fuffit pour que nous
puiffions conclure tout d'un coup , ( qu'il
ya quelque chofe dans nous qui s'appelle
intelligence , & quelque chofe qui n'est
point intelligence qu'on appelle corps , enforte
que l'un a des proprietez differentes
de l'autre. ) Vous croyez que cette verité
n'a aucun principe anterieur , c'eft peutêtre
la confequence la plus compliquée
qu'il y ait. Il faut pour l'admettre que
l'efprit ait fait bien des fois une efpece
d'Analife fecrette des combinaiſons de la
matiere , qu'il n'ait rien trouvé dans tous
fes mouvemens qui puiffe produire ce
qu'on nomme intelligence , qu'il ait détruit
ces préjugez impofans que lui donnent,
malgré lui , les operations des animaux
; & qu'enfin par un effort de raifon
, dont il n'eft jamais abfolument fatisfait
, il tire une confequence qui le flatte
plus qu'elle ne le perfuade : voilà ce que
vous appellez une verité de fens commun
; fi ce bon fens fi habile avoit été
auffi commun , pourquoi tant d'hommes
y auroient-ils réfifté ? & d'où vient que
les Theologiens les plus raifonnables employent
la révelation pour l'établiffement
By
d'une
1684 MERCURE DE RANCE..
d'une verité que le fens commun démontre
à tous les hommes , fans qu'il foit
neceffaire d'établir aucun principe anterieur
, puifque rien n'eft fi clair."
Aucune des fix veritez que vous avez
choifies ne me paroît dans ce cas de fimplicité
parfaite qui n'a beſoin d'aucun
principe , celle même qu'il y a d'autres
hommes que moi , n'y eft pas , c'eft une de
ces confequences , dont le principe eſt
uni fi fortement , que l'efprit ne l'apperçoit
point d'abord ; cependant cette verité
n'eft qu'une émanation de la propofition
fuivante .
Les objets qui me reprefentent quelque
chofe de femblable à la perception que j'ai
de moi, font des hommes , &c.
Il eft facile de remarquer , mon Reverend
Pere , que cette verité , il y a
d'autres hommes que moi , n'eft point un
jugement fur un objet different du fentiment
intime de nôtre propre perception ,
vôtre fens commun fuffiroit pour démontrer
des apparences d'hommes ; mais pour
affurer qu'il y a des eftres femblables au
mien , ce jugement dérive de la perception
que j'ai de moi , puifque c'eſt un paralelle
que je fais .
Je ne fuis point furpris que les anciens
Philofophes ayent fouvent fubftitué
des mots vuides de fens à la place de la
verité ;
AOUST 1724• 1685
que
·
à
verité ; mais je vous avoue , mon R. Pere
, qu'il n'en eft pas de même à vôtre
égard , mais vous annoncez dans vôtre
Livre , comme le Pere de l'Evidence
vous voulez détruire tous les préjugez ,
bannir toutes les équivoques , & ne prefenter
à l'efprit que des chofes ; cependant
j'ofe vous demander l'accompliflement
de vôtre promeffe , par rapport
vôtre définition du fens commun .
Trouvez vous que cette difpofition
la nature a mife dans tous les hommes
pour leur faire porter un jugement
commun , foit quelque chofe de bien
clair & de fort inftructif ? ne fuis - je pas
en droit de vous demander qu'est- ce qui
conftitue cette difpofition ; le mot de fimpathie
explique tout auffi bien l'union de
certains eftres ; mais on n'eft pas plus
fçavant jufqu'à ce qu'on ait découvert les
raifons de cette fimpathie . Cependant je
penfe que cette difpofition n'eft que l'arrangement
des organes ; voici encore un
exemple pour éclaircir mon opinion .
.
Je fuppofe que les parties qui compofent
-le fens de l'ouie dans un enfant ,
foient arrangées de façon , que les diffonances
lui paroiffent des accords : Lorfque
cet enfant aura atteint l'âge de raifon , il
eft certain qu'il portera des jugemens fur
les fons ,contraires à ceux des autres hom-
B vj mes
1686 MERCURE DE FRANCE.
mes qui auront une organiſation plus parfaite.
Ce que j'ai dit de l'ouie , doit s'entendre
des autres fens , d'où il me paroît
qu'il n'y a point d'autre fens commun
que l'égalité d'impreffion que les objets
font fur nos fens. On ne doute point de
l'existence des corps , parce que l'impref
ſion eſt univerſelle , & qu'en ce point le
premier jeu de l'organiſation des hommes
eft le même : voilà d'où vient qu'en
certaines chofes ils font d'accord ; mais
cette organiſation uniforme à la vûë des
objets en general , venant à être frappée
par un corps' particulier , ce fecond jeu
n'eft plus égal : voilà le principe de varieté
des fentimens humains . Qu'un homme
foit amoureux , qu'un autre foit indifferent
, ils affurent tous deux qu'il fait
jour à midy , parce que la retine de leurs
yeux eft également frappée par les globules
qui forment la lumiere ; mais que
l'Amant foutienne que rien n'eft fi beau
que l'objet qui le charme , l'Indifferent
ne trouvera point les agrémens prétendus
differente opinion à raifon de la
difference d'impreffion .
Je crois donc , mon Reverend Pere
que ce n'étoit
pas la peine de faire une
nouvelle définition du fens commun
attendu que cette difpofition mife
nature dans tous les hommes , ne peutpar
>
la
être
AOUST 1724. 1687
être autre chofe que cette faculté qui réfide
dans le cerveau , & à laquelle fe
communiquent & aboutiffent les autres
facultez de chacun de nos fens , auquel
cas je ne fçais s'il n'eft point dangereux
de chercher la fource de nos jugemens.
Je fuis , mon Reverend Pere , avec toute
la confideration poffible , vôtre & c.
De Bonneval.
ODE prefentée à M. le Duc d'Orleans
fur fon Mariage.
L
E Ciel d'une Fête nouvelle
Embellit aujourd'hui nos champs.
Doctes Mufes , fervez mon zele ,
Celebrons de fi doux inftans ,
(1 ) Jard , promenade au loin fameufe ,
D'une verdure ambitieufe
Couronne tes fombres détours ;
Et toi , de tes Grottes profondes ,
(2) Marne , précipitant tes ondes ,
Avec fierté fournis ton cours,
(1) Cours ou Promenade , fitué dans une
vafte Plaine aux portes de ia Ville de Châlons.
(2) Riviere qui baigne les murs de la Ville,
Faunes ,
1688 MERCURE DE FRANCE .
Faunes , Sylvains , Hamadriades ,
Accourrez du fond de nos bois ,
Accourez, timides Nayades ,
Prêtez-vous aux fons de ma voix ;
Que nos Plaines , que nos rivages
Retentiffent de vos hommages
Et rendent graces au deftin ;
2
(1) C'eſt dans tes fuperbes retraites ,
Sarry , que des chaînes parfaites
Vont unir un couple divin.
*
Le fang d'un Heros formidable ,
Vient fe mêler au fang Royal.
Union tendre & refpectable ,
Que cherit l'Aigle Imperial ,
Fruit de la paix , dont la puiſſance
Entre l'Empire & nôtre France ,
Forme à fon gré d'heureux accords ;
Sur fes pas , en cette journée
Viennent l'Amour & l'Hymenée
Confondre les plus doux tranſports.
(3 ) Château appartenant à M. l'Evêque de
Châlons , contigu à la Ville par fes avenues
recommandable par la magnificence de fes
jardins.
Une
AOUST 1724. · 1689
(1 ) Une Augufte & jeune Princeffe
A Louis engage fa foy,
(2) Loüis avec même tendrefle ,
De l'aimer fe fait une loy.
Dieux ! quelle charmante harmonie !
Sans doute , un celefte genie
Prefide à ces engagemens ;
Oui , l'Amour feul , la feule eſtime ,
Tous deux , d'une voix unanime ,
Ont dicté de fi beaux ferments. de fi

Ainfi par de grands Hymenées ,
Deux puiffans Princes autrefois ,
Dans ces Regions fortunées ,
S'unirent au fang de nos Rois.
(3) Une Princeffe Palatine ,
Egale à fa haute origine ,,
Dans nos Temples changea de nom ;
(4) Dans nos murs on a vû Victoire ,
(1) Augufte Marie - Jeanne , Princeffe de
Bade.
(2 ) Louis , Duc d'Orleans , premier Prince
du Sang.
(3 ) Charlotte- Elifabeth , Princeffe Palatine.
(4) Marie Anne- Chriftine- Victoire , Princeſſe
de Baviere.
De
1690 MERCURE DE FRANCE.
De Munick l'amour & la gloire
Etre l'époufe d'un Bourbon.
Applaudis au choix qui t'honore ,
Châlons ,,
trop heureuſe Cité,
L'Hymen vient ennoblir encore ,
(1 ) Ton nom autrefois fi vanté.
Au milieu des fureurs rebelles ,
A leur Roi tendrement fideles ,
Se diftinguerent nos ayeux ;
Quand fon fils vient ici parêtre ,
Pour toi fa prefence doit être ,
De leur foi le prix glorieux.

De cet amour incomparable ,
Auffi vif qu'il fut naturel ,
(2) Une Medaille ineftimable ,
Fut le monument éternel ;
Que du beau jour qui nous éclaire ,
Le Bronze auffi dépofitaire
(1) Henry IV. Roi de France , trifayeul de
M. le Duc d'Orleans.
( 2 ) Medaille frappée en 15 1. par les ordres
d'Henri IV. avec cette Legende , Cathalaunenfis
fidei monumentum .
En
A OUST 1691 1724.
En rende jaloux l'avenir ;
Sage Minerve , je t'invoque ,
Sur l'Airain , d'une telle époque ,
Affeure l'heureux fouvenir.
Fais voir fous nos facrez Portiques ,
La Race de deux demi -Dieux ;.
Dont tant de travaux heroïques ,
Ont placé les noms dans les Cieux.
A l'Ottoman dans les Batailles
( 1 ) Bade a fait par cent funerailles ,
Sentir fes redoutables traits.
Maître de fon ardeur guerriere ,
C
(2) Philippe dans l'Europe entiere
A fait feul triompher la paix.
Prince , fur de fi beaux modeles ,
Tu fais gloire de te regler.
Suivant leurs traces immortelles ,
• Tu brûle de les égaler ;
(1) Louis -Guillaume , Prince de Bade , Generaliffime
des Troupes de l'Empire.
(2 ) Philippe , Duc d'Orleans , Regent de
France, durant la minorité du Roi.
Ah !
1692 MERCURE DE FRANCE .
Bl
Ah ! qu'un jour ton jeune courage ,
Vers cet honneur qu'il envisage ,
Fera de rapides progrès .......
Mais d'un Roi l'intereft fuprême ,
Fixe aujourd'hui ton zele extrême ,
Au feul bonheur de fes fujets .
Et vous , adorable Princeffe ,
De Louis fixez le bonheur ;
Vous aimer , être aimé fans ceffe ,
Quel puiffant charme pour fon coeur !
Milles vertus vous environnent ,
Mille graces qui les couronnent ,
En relevent la dignité ;
Un fi précieux affemblage ,
Pour le Prince eft un feur préfage ,
D'une longue felicité.
Dans un Printemps coûjours durable ,
Vivez heureux , nobles Epoux ;
Et d'un amour inalterable ,
Faites vos plaifirs les plus doux.
Donnez à la commune attente ,.
Une
AOUST 1724
1693
Une pofterité brillante ,
Digne d'ancêtres fi fameux ;
Et pour remplir nôtre efperance ,
Qu'elle ait un jour pour récompenfe

L'encens de nos derniers neveux.
Quand de la gloire qui te guide ,
Prince , j'ébauche quelque trait ,
D'un zele empreffé , mais timide ,
Je t'offre un tribut imparfait ;
Mais , grans Dieux ! quelle noble audace ,
Me feroit voler au Parnaffe ,
Si ton amour pour les beaux Arts......
Fol efpoir , vaine impatience ,
Quoi ! ma mufe dans fa naiffance ,
Merite- t'elle tes regards ?
De Vaugency
, de la Societé
Litteraire
de Châlons
.
T
LET1694
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE de M. le Marquis Beretti
Landi , à M. de la Grange , dattée
de Cambrai le 24. Juin 172 4 .

>> I he
L m'eft tombé de la plume , Monfieur
, l'Epigramme Latine que je
» vous envoye , je vous prie de la tra-
» duire en vers François , perfuadé que
>> vous changerez ce clinquant en or. Je
>> fuis avec toute l'amitié , & toute la re-
» connoiffance poffible .
Ad Philippum V. Hifpaniarum Regem
abdicantem .
Ut fuperet Carolos & nomina magna , R4-
miros ,
Seque probet tanti nominis effe genus ,
Nondum ætate gravis , fed in ævi flore Philippus
,
Tranfmittet Gnato fceptra tenenda fuo ;
Et cum fola queat coepts obfiftere conjux ,
Currenti ftimulos addit Eliſa viro.
At Lodoix non fceptra gerit , nifi mente parentum
,
Gaudet & in regnis tertius effe fuis.
Cujus
AOUST 1724. 1695
Cujus erit tantæ pars laudis maxima , quando
Depoſiti tribus eft par decus imperii
Hæc alii quærant , mihi fat noviffe , quod ingens
,
Victricis fuit hoc Religionis opus..
Traduction .
O vous qui de la vie & du Trône laſſez ,
De la vaſte Iberie avez quitté l'empire ,
Fameux Charles , pieux Ramire ,
Par un de vos neveux vous êtes furpaffez.
Aux plus beaux de fes jours pour la grandeur
fuprême ,
;
Philippe fait paroître un plus noble dedain ;
Sur le front de fon fils il met fon diadême
Et loin de traverſer ce genereux deſſein ,
Son illuftre Moitié l'y confirme elle- même.
Louis , non moins pieux que ceux dont il est né,
Se plaît à leur offrir un fujet couronné ,
Et d'un Trône avant terme ouvert à fon audace ,
Il ne veut occuper que la troifiéme place.
J'ignore qui des trois en cette occafion ,
De ce nouveau combat merite l'avantage ;
II
1696 MERCURE DE FRANCE .
T
Il me fuffit de voir que la religion ,
N'a pû fe fignaler par un plus digne ouvrage.
REPONSE de M. de la Grange , en
la Traduction précedente. envoyant
Grand Miniftre d'un grand Monarque ,
Quoi , malgré tes graves Emplois ,
Tu fais raiſonner fous tes doigts ,
Et la lire d'Ovide , & celle de Petrarque ?
Acheve , & d'Apollon épuiſant les tréſors ,
Des Mufes de la Seine imite les accords.
Tous les Arts , à l'envi , marcheront fur tes
traces ,
Il ne t'eft pas permis , fans violer leurs droits,
De retrancher une des graces ,
Que tu poffedes toutes trois .
OBSERVATION Critique , concernant
un endroit du Traité Latin de Pogge
Flarentin , de varietate Fortunæ , imprimé
nouvellement.
Ans les Memoires de Trevoux du
D mois de Mai dernier , art . 43. où
l'on a donne l'Extrait de ce Traité , il eft
marA
OUST
1724.
1697
marqué p. 925. que l'Éditeur dans fa
Preface , entr'autres réflexions , a repris
fagement & condamné l'Auteur fur ce
qu'il dit d'injurieux dans fon troifiéme
Livre , à la memoire de Jean , Comte de
la Marche. Il fe nommoit Jacques , &
non pas Jean. M. Moreau de Mautour
Approbateur du Traité Manufcrit , pour
ne pas fupprimer entierement le pallage
de l'Auteur , a détruit fon opinion faulle
ou fufpecte , par une note marginale , où
il a rapporté deux citations. L'une des
Memoires d'Olivier de la Marche , t . 1 .
chap. I. concernant Jacques de Bourbon
, Comte de la Marche , mari de la
derniere Reine Jeanne de Naples . L'autre
de l'Hiftoire Genealogique de la Maifon
de France , par Mrs de Sainte Marthe
, tome fecond , page 848. Dans ces
deux citations le portrait de Jacques de
Bourbon eft bien different de celui que le
Pogge en a donné. M. de Mautour obferve
encore que Mathieu Turpin dans fon
Hiftoire de Naples , p. 138. a nommé
deux fois ce Prince Jacques de Narbonne
, au lieu de Bourbon , ayant ignoré
peut - être qu'il étoit de la Maiſon de France
de la branche de Bourbon , Ce Prince
étoit fils de Jean de Bourbon , Comte de
la Marche , mari de Catherine de Vendôme
, defcendu en droite ligne de Robert
,
1698 MERCURE DE FRANCE .
bert , Comte de Clermont , fixiéme fils
de S. Louis . Il prit dans fes qualitez celle
de Roi de Hongrie , de Hierufalem & de
Sicile ou Naples , Comte de la Marche
de Charolois & de Caftres. Il fe rendit
recommandable par plufieurs actions de
valeur pendant fa vie , & par fa pieté
dans fa retraite fur la fin de fes jours ,
étant mort à Besançon en 143 8. dans le
Convent des Dominiquains , où deux ans
auparavant il avoit pris l'habit de Religieux
de cet Ordre.
}
XXXXXX **
A M. LE DUC D'ORLEANS.
Ode prefentée à Châlons .
T Andis que la fidelle Hiftoire ,
Confacre les glorieux faits ,
De Philippe , (a) dont la memoire ,
Doit être celebre à jamais ;
Louis , (b) je m'éleve au Parnaffe ,
Où le Docte Apollon me trace ,
Tes vertus que j'ofe chanter :
Ce Dieu me preſente ſa Lyre ,
Animé du feu qu'il m'inſpire ,
Quel obftacle peut m'arrêter ?
(a) Feu M. le Duc d'Orleans .
(b) M. le Duc d'Orleans .
J'entre
AOUST 1724.
1699
J'entre dans la noble carriere ,
Frappé de cent objets divers ,
Une plus augufte matière ,
Peut- elle s'offrir à mes vers ?
Les premiers luftres de ton âge ,
Annoncerent l'heureux préfage ,
Du grand Prince qui brille en toi ,
Defcendu de tant de Monarques ,
L'on vit bien- tôt briller les
marques ,
Du fang qui nous donne la loi.
Philippe, dont l'intelligence
Penetroit les temps à venir ,
Prévit à quel point de prudence ,
Tu devois un jour parvenir ;
Il t'admit au Confeil fuprême ,
Dans le champ qu'il t'ouvroit lui-même ,
Tu faifois de riches moiffons :
Et fa tendreffe étoit charmée ,
De la vertu qu'avoient formée ,
ses exemples , & fes leçons .
Quel Dieu , d'une ardente jeuneffe ,
Maîtrife en toi les vains defirs ?
C Con1700
MERCURE DE FRANCE ,
Conduit en tout par la fageffe ,
Ses loix feules font tes plaifirs ;
Tu te prêtes fans réſiſtance ,
Aux confeils de l'experience ,
Ainfi fe formoient les Heros :
Et ta valeur impatiente ,
De remplir la commune attente
Souffre dans le fein du repos,
9
Tu vois des Rois couverts de gloire ,
Que tu comptes pour tes ayeux ,
Au fameux Temple de memoire ,
Tu brûles d'entrer avec eux ;
Mais dans les horreurs de Bellone ,
Les palmes qu'un guerrier moiffonne ,
Prince , content fouvent des pleurs,
Et tu cheris moins l'avantage ,
De faire admirer ton courage ,
Que tu ne plaindrois ces malheurs,
La flaterie infidieufe ,
Se déconcerte à ton aſpect ,
La médifance injurieufe ,
De toi s'éloigne par reſpect ;
Le
AOUST 1724
1700
Le menfonge , la calomnie ,
L'impieté , la noire envie ,
De toi n'oferoient approcher ;
Et la verité triomphante •
Au milieu de ta cour naiffante,
Se fait cherir , & rechercher.
Mais, quoi ? ..j'entends la Renommée . 000..10
Par qui , de Bade conquerant
La gloire en cent lieux fut femée ,
A la honte du fier Croiffant.
J'apprens que le ſang reſpectable ,
De ce vainqueur fi redoutable ,
Va s'unir au fang de nos Rois ;
Que pour une aimable Princeffe .
Mufes , les échos du Permeffe ,
Raifonnent par vos doctes voix
Celebrez fa vertu brillante ,
Offrez-lui vos plus riches fleurs ,
Vantez fon ame bien faifante ,
Parlez de fes attraits vainqueurs ;
Exprimez à cette Heroïne ,
D'une façon noble & divine ,
Cij
Les
1701 MERCURE DE FRANCE,
Les feux de fon illuftre Epoux :
Quand en faveur de cette chaîne ,
Vous épuiferiez l'Hypocrene ,
Les Dieux n'en feroient point jaloux,
Le Ciel même aujourd'hui préſage ,
Ce qu'on doit attendre d'heureux
De cet augufte Malage ,
Et pour nous ,
?
& pour nos neveux.
Cerès enrichit la campagne ,
Bacchus promet dans la Champagne ,
Un doux lait à fes nourriffons ;
Mais du Prince & de la Princeffe ,
L'illuftre fort nous intereffe ,
Plus que nos vins & nos moiffons
,
De Sommeville , de la Societe
*
Litteraire de Châlons .
LET
A OUST 1724 . 1703
· LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
fur une Medaille de Pofthume.
J
'Aurois fouhaité , Meffieurs , de vous
envoyer plutôt le deflein de la Medaille
de petit bronze de Pofthume que
Yous avez demande dans vôtre fecond
volume de Decembre 1723. mais la difficulté
de trouver en Province une perfonne
capable de bien deffiner ces fortes
de monumens , m'a empêché de ſatisfaire
plutôt à vôtre demande. Le deffein que
je vous envoye du Revers feulement eft
très -conforme à l'original. C'eft comme
Vous voyez une figure de femme qui
tion d'une main le Symbole de la Juftice
, & de l'autre une Corne'd' Abondance .
On y voit pour Legende les lettres fuivantes
C. C. A. A. COS . IIII . que j'ai
expliquées ainfi dans ma Differtation ,
que vous avez bien voulu inferer dans
ce même Mercure , page 1275. Colo-
NIA. CLAUDIA . AUGUSTA . AGRIPPINENSIS.
CONSUL . QUARTO . Vous me
demandez auffi , Meffieurs , de vous marquer
dans quel Cabinet fe trouve cette
Medaille finguliere , dont la Legende du
Revers n'eft dans aucun des Recüeils con-
C iij
1
nus
1704 MERCURE DE FRANCE.

nus , furquoi j'aurai l'honneur de vous
dire qu'elle m'eft venue , avec un millier
d'autres , de la petite Ville de Châteaudun.
Elles font toutes du temps de Gallien
, & à la réſerve de celle- cy , & une
de LALIANUS , tout le refte eft commun
elles furent trouvées il y a déja quelque
temps en Beauffe , & je me trompe fort
fi elles ne font point de ce Tréſor , dont
le R. P. Chamillart eut une bonne portion
, ce qui ne pouvoit tomber en de
meilleures mains. Je fuis , Meffieurs, &c.
A Orleans le 1. Avril 1724.
RE'PONSE des Auteurs du Mercure
Nous vous fommes , Monfieur , très
obligez de vôtre politeffe , & le Public
vous eft redevable , avec nous , de l'exactitude
que vous avez euë , de nous envoyer
le deffein du Revers de la Medaille
en queſtion , avec les éclairciffemens convenables
. Nous ne ferons point graver ce
Revers , parce qu'il n'a rien d'extraordinaire
, & que toute la fingularité confifte
dans la Legende que vous avez trèsheureuſement
expliquée , & qui ne peut
pas recevoir d'autre fens . Ce qui nous le
confirme , & ce qui vous fera fans doute
plaifir d'apprendre, c'eft qu'il y a une
pareille
A OUST 1724. 1705
pareille Medaille de Pofthume dans le
Cabinet du Duc de Devonshire , dont le
Revers eft pareil à celui de la vôtre , &
dont voici la Legende , COL. CL. AGRIP .
Cos. III. Elle eft d'argent , très- bien
confervée & gravée dans le fecond vol .
du Tréfor Britannique de M. Haïm , publié
en 1720. page 284. 11 eft vrai ,
Monfieur , que le furnom AUGUSta ne
s'y trouve pas , comme il ne fe trouve
pas non plus dans celle du Comte de Mezabarbe
que vous citez. Nous n'en devinons
pas la raiſon ; mais c'en eft toûjours
affez pour donner cette Medaille à la
Ville de Cologne , qui l'a faite frapper en
l'honneur de Poſthume , lequel , comme
vous l'avez remarqué , faifoit fa réfidence
dans cette Ville , avant que d'avoir
ufurpé l'Empire , & y retourna depuis fa
revolte ; enforte qu'on peut regarder
Cologne comme la Capitale des Provin
ces , qui s'étoient foumifes à la nouvelle
domination. A l'égard du Type & de la
Legende de la tête , la Medaille de M.
Devonshire eft parfaitement femblable à
la vôtre.
Si quelques Antiquaires ont avancé
qu'il n'y avoit que les Colonies , dont
Augufte avoit été le Fondateur ou le Ref
taurateur, qui priffent le nom d'Auguſtė,
il faut convenir après l'Infcription de
C iiij Bene1706
MERCURE DE FRANCE.
Benevent , rapportée par Gruter , & vos
remarques qui juftifient & l'Infcription ,
& la Medaille de Pofthume ; il faut convenir
, dis -je , que ces Antiquaires n'ont
pas eu raifon , & qu'on fe trompera toûjours
quand fur une matiere auffi vaſte ,
& auffi variée , on s'avifera d'établir des
principes generaux , ou , comme vous dites
, Monfieur , dans vôtre Diflertation
des efpeces d'Axiomes , que la découver
te d'une feule Medaille peut détruire ,
ce qui arrive tous les jours.
L'Auteur du Voyage de Syrie , & du
Mont- Liban , dont nous avons parlé dans
le Mercure du mois de Fevrier 1722 .
avoit déja démontré l'erreur de ces Antiquaires
dans le fait dont il s'agit ici , en
rapportant page 177. du 1. vol . une Medaille
de Philippe le Pere , frappée à
Heliopolis de Syrie , avec cette Legende
fur le Rev. COL. JUL . AUG. FEL. HEL.
COLONIA JULIA AUGUSTA HELIOPOLITANA.
La Colonie d'Heliopolis ne reconnoiffoit
point Augufte pour fon Fondateur
, c'eft l'Empereur Severe qui l'avoit
fondée , felon, Ulpien , qui étoit
originaire de Syrie , & felon plufieurs
Medailles du même Empereur , & de fes
fucceffeurs. Voilà cependant le titre
d'AUGUSTE pris par cette Colonie.
11 nous refte , Monfieur , un fcrupule
fur
AOUST 1724. 1707 .
fur l'année du IIII . Confulat de Pofthiume ,
qui eft fur vôtre Medaille , que vous
placez en l'an 267. Nous ne voyons pas
ce qui vous a déterminé à cette époque ;
car Gallien regnoit à Rome dans le même
temps. Vous dites fort bien que fi ces
Confulats ne font pas marquez dans les
Faftes , c'est que la coutume étoit de n'y
écrire que les Confuls élûs à Rome , & que
le Senat reconnoiffoit. Cette réflexion eſt
jufte , mais elle augmente nôtre embarras
; car fur quelle preuve peut- on done
s'appuyer ? Il eft certain que dans les Faftes
on ne trouve pas qu'il foit fait mention
d'aucun Confulat de Pofthume. Cela
nous paroît meriter vôtre attention. Nous
fommes très parfaitement , Monfieur ,
vôtre très humble , & c.
A Paris , ce 2. Mai 1724 .
******************
SUR LE MARIAGE
de M. le Duc d'Orleans.
QUel eft dans ce féjour champêtre,
Le fujet étonnant d'un fpectacle fi beau ?
A chaque inftant nous voyons naître ,
Quelque embelliſſement nouveau.
C v Pour
1708 MERCURE DE FRANCE.
Pour la pompe de cette Fête ,
Phoebus même , dit-on , apprête ,
Ses plus harmonieux accens ;
Une Divinité puiſſante
Dans cette journée éclatante ,
Sans doute éxige nôtre encens.
Les Oiseaux amoureux frappent les airs trans
quilles
De leurs plus melodieux fons ;
Cerès rend nos guerers fertiles,
Et nous promet les plus riches moiffons.
A l'envi Bacchus & Pomone ,.
Des biens d'une abondante Automne ,
Chargent nos Vergers , nos côteaux
Flatez par les plus doux préfages ,
Ofons dans ces riants Bocages
Faire entendre nos chalumeaux..
C'eſt ainfi quefur leurs Muſettes »»
Chantoient les Bergers de nos bois ,
Quand Phoebus vint dans leurs retrai
tes ,
A leurs concerts mêler fa voix.
Dans
AOUST 1724 . 1709
Dans ce jour rempli d'allegreffe ,
Au bonheur d'un Heros , Bergers , je m'intereffe
,
Redoublez , leur dit- il , vos danfes & vos
jeux ;
Je cede à vôtre impatience ,
Apprenez qu'en ces lieux une auguſteAlliance,
Va pour jamais unir des demi-Dieux.
Je perce les temps les plus fombres
Bergers , que vous ferez heureux ,
L'avenir pour moi n'a point d'ombres
A vôtre gré formez des voeux.
Un Prince bienfaifant , affable ,
Epoufe une Princeſſe aimable ,
Quelle gloire pour vos cantons !
Hátez-vous dans cette journée ,,
De celebrer leur Hymenée ,
Par vos plus charmantes chanfons.
Oui , faites votre unique gloire ,
D'en conferver toûjours un tendre fouvenir,
Que vôtre coeur mieux que l'Hiftoire.
Scache vous en entretenir :
De leurs peres fameux par plus d'une Victoire ,
C vj
Les
1710 MERCURE DE FRANCE.
Les doctes filles de Memoire ,
Inftruiront affez l'avenir :
Animez d'une ardeur guerriere ,
Quels climats ne les ont point vûs ,
Couverts de fang & de pouffiere ,
Se faire admirer des vaincus ?
(a) L'un fut la terreur du Batave ,
(6) L'autre aux rives de la Morave ,
Perça l'Ottoman de cent traits ;
Combien fans la Parque coupable ,
Philippe actif, infatigable ,
Vous refervoit- il de bienfaits .
C'eſt lui qui durant fa Regence
Sçût dans l'Europe entiere entretenir la paix 3
C'eft lui dont la rare prudence ,
Executa les plus vaftes projets ....
Mais de tant de Faits Heroïques ,
Quittons les recits éclatans ,
Par des airs tendres & ruftiques
(a ) M. le Duc d'Orleans combattit à Nervvinde
à Stinkerque , où il fe diftingua
fort.
(b) Le Prince Louis de Bade defit les Turcs
àJogodina fur la Morave , &fe fignala dans
plufieurs autres batailles,
ChanA
OUST
1724. 1711
Chantez , Bergers , ces glorieux inftans ;
Et de l'adorable Princeffe ,
Qui vient defcendre en vos climats ,
Celebrez les divins appas ;
Les graces avec la jeuneſſe ,
Répandent les fleurs fur fes pas.
Loin d'ici les moindres allarmes ;
Que tout annonce les plaifirs ,
Que fans ceffe de nouveaux charmes ,
Produifent de nouveaux defirs ;
Que de Myrte la tête ornée ,
Les Dieux d'amour & d'Hymenée ,
A l'envi ſe prêtent leurs feux ;
Que pour le bonheur de la France ,
Tous les deftins d'intelligence ,
Favorifent de fi beaux nouds .
Et vous témoins de l'immortelle chaîne ,
Qui doit unir ces aimables Epoux ,
Nayades de la Marne, inftruiſez - en la Seine ,
Et du fort de Sarry , rendez Paris jaloux.
Sebille , de la Societé Litteraire
de Châlons .
LET
1712 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE & Hiftoire Galante de M.
Vergier, à Madame d'H*** 1691 .
و
J'Etois fort embarafft , Madame,
à
trouver quelque fujet de Lettre , qui
pût vous amufer un moment à la campagne
, où vous êtes , & où je crois que
vous ferez encore quelque temps ; je
m'étois plufieurs fois frotté le front , &
très- inutilement pour exciter mon imagination
, lorfqu'une avanture arrivée
près d'ici m'a tiré de peine ; je m'en fuis
fait raconter très- particulierement toutes
les circonstances , afin de pouvoir vous
l'écrire plus au long , & remplir dautant
le papier. La voici .
Après le Siege de Philifbourg , coinmandé
par Monfeigneur en 1688. Je
prens , comme vous le voyez , la chofe
d'un peu loin. Le Marquis de Kerland
jeune Seigneur de Baffe Bretagne , qui
avoit fait cette campagne en qualité de
volontaire , fut obligé de quitter Paris ,
où il avoit réfolu de paffer l'Hiver pour
aller folliciter un procès important au
Parlement de Rennes. Le Baron de Sinville
, jeune Seigneur de Normandie ,.
avec lequel il venoit de lier à l'armée
une
AOUST 8724. 1713
une amitié très - étroite , devant s'en retourner
auffi chez lui , avança fon voyage
de quelques jours pour profiter de la
compagnie de fon ami ; car l'endroit de
Normandie , où font fituées les terres du
Comte de Sinville , pere du Baron , font
peu éloignées du chemin , que devoit
tenir le Marquis de Kerland pour aller
en Bretagne. Leur voyage fe paffa gayement
, & ne fit que redoubler leur amitié
; mais enfin ils arriverent ' au lieu où
leurs chemins fe feparoient , & le Baron
de Sinville ne pouvant s'y réfoudre
fi - tôt , invita le Marquis à venir fe dé-
Jaffer chez lui , & y paffer quelques
jours le Marquis , qui de fon côté avoit
beaucoup de peine à fe feparer de fon
ami , confentit à cette propofition d'autant
plus volontiers , que cela ne le détournoit
que de deux lieuës. Enfin les y
voilà arrivez , & voilà le Marquis de
Kerland , prefenté fuivant le ceremonial
ordinaire , au Comte & à la Comteffe de
Sinville , pere & mere du Baron ; mais
tout n'eft
pas encore achevé pour lui , &
il lui refte un pas bien dangereux à faire.
Le Baron avoit une four qu'il falloit
faluer auffi : cette Demlle âgée de 18 ans
étoit , & à jufte titre , l'amour & l'admiration
de toute la Province , & il n'y
avoit perfonne dans le pays qui eut un
coeur ,
1
1714 MERCURE DE FRANCE .
coeur , & qui l'eut vûë , qui n'en fut éperduinent
amoureux ; elle s'étoit confervée
libre au milieu de tout cela ; mais voici
fon heure qui approche . Le Baron après
avoir prefenté fon ami au Comte & ˆà la
Comtelle , le mena dans l'appartement
de fa foeur , & le lui prefenta le Marquis
la vit , & comme tous les autres il
l'aima , mais ce que les autres n'avoient
pû faire ,
faire , dès l'inftant il s'en fit aimer .
Tous les coeurs font faits pour aimer ,
Si quelqu'un pour un temps differe à s'enflammer
,
C'est qu'il ne trouve rien digne de fa tendreffe.
Certain merite à fes yeux prefenté ,
Vaincra dans l'inftant fa fierté
Et ce que l'on appelle infenfibilité,
N'eſt ſouvent que délicateffe .
2
Jamais ardeur ne fut plus promptement
conçue de part & d'autre , ni de
part & d'autre plus promptement expliquće.
Le Marquis jeune & hardi declara
dès le même jour à Madle de Sinville
l'effet que fa premiere vûë avoit produit
dans fon coeur , & Made de Sinville que
des paffions précedentes n'avoient point
inftruite à cacher celle qu'elle venoit
de concevoir , pour fe donner le temps
d'éprouAOUST
1724. 1715
:
d'éprouver fon Amant , & pour ne le dégoûter
pas par une conquête trop facile ,
lui lafla bien tôt voir tout ce qu'elle
refitoit pour lui enfin les chofes allerent
fi vite , que trois jours après on
parla de mariage : le Marquis de Kerland
étoit un parti confiderable , ainfi fes demandes
ne trouverent aucun obftacle auprès
du Comte & de la Comtefle de Sinville
, & il ne s'agiffoit plus pour achever
le grand ouvrage , que de proceder
aux formalitez neceffaires , comme étoient
le confentement des parens & des Tuteurs
du Marquis , encore mineur ; &
en attendant , ce n'étoient que bals , cadeaux
& autres fêtes femblables , vains &
legers amuſemens pour deux perfonnes ,'
qui s'aiment , qui ne cherchent qu'elles
mêmes , & qui languiffent après le moment
, qui doit les unir ; mais ce moment
qu'on croyoit fort proche , fe trouwa bienéloigné
le Comte de Sinville avoit un
parent en Bretagne , qui apprenant le
mariage qu'il alloit faire , lui donna avis
que le Marquis de Kerland , auparavant
un des plus riches Seigneurs du pays ,
venoit de perdre au Farlement de Rennes
un procès qui le ruinoit entierement ;
& cet avis lui ayant été confirmé de
plufieurs autres endroits , il declara fans
détour au Marquis qu'il ne pouvoit plus
ache116
MERCURE DE FRANCE.
achever le mariage propofé , & lui eri
dit la raifon : il le pria même de vouloir
bien fe retirer chez lui , & n'entretenir
point par fa prefence dans le coeur de fa
fille une tendreffe déformais inutile , &
qui ne pourroit plus fervir qu'à la rendre
malheureufe . Figurez - vous , Madame
, dans quel defefpoir cette declaration
jetta nos Amans ; figurez - vous auffi
quels furent leurs adieux ; car ce font des
états & des mouvemens que l'on ne fçau- .
roit décrire fans les rendre froids & languiffans
, & c'eft aux Lecteurs tendres
& fenfibles à y fuppléer par leurs propres
fentimens tout ce que j'ajoûterai
aux chofes touchantes que vous aurez
imaginées fur cela , eft qu'ils fe promirent
de s'aimer éternellement , & de fe
réunir dès que la fortune leur en prefenteroit
l'occafion ; car ces deux circonftances
font effentielles à l'Hiftoire ;
cependant il fallut quitter dès le même
jour que le Marquis eut reçû cette declaration
; il s'en alla chez lui , où il donna
autant que le défordre de fon coeur le
lui permettoit , quelques foins à fes affaires
; mais peu de temps après ne pouvant
réfifter à l'impatience de revoir fa maîtreffe
, il retourna en Normandie , ou
par cent déguiſemens , & par cent ftratagêmes
il tenta vainement de l'enlever ,
penAOUST
1724.
1717
pendant près d'un an qu'il s'y tint caché.
La vigilance du Comte & de la
Comtelle rendit tous fes efforts inutiles ;
& enfin rebuté de voir tous fes projets
fans fuccès , il reprit le chemin de Bretagne
à deffein d'y ramaffer le plus d'argent
qu'il pourroit pour aller à l'armée ,
où il efperoit trouver la fin de fes jours
& de fon defefpoir ; mais fes affaires
étoient en fi mauvais état depuis la perte
de fon procès , qu'il fut contraint , faute
de pouvoir fe mettre dans un équipage
convenable à fa qualité , de refter chez
lui , & d'y dévorer fes chagrins . Il y
paffa fix mois dans un état digne de pitié ,
ne voulant voir perfonne , fe dérobant
même à la vûë de fes domeftiques propres
, & ne cherchant d'autre compagnie
que le fouvenir de fa Maîtreffe , fes larmes
& fa douleur ; mais au bout de ce
temps la violence de cette affliction s'adoucit
un peu. Il commença à recevoir
les vifites de fes voifins , & à leur en
rendre ; enfuite il fouffrit qu'ils le miffent
de leurs parties de chaffe , puis de
leurs autres parties de plaifir ; après cela
il fe laiffa mener par fes amis chez les
Dames du voifinage , & fa douleur s'étant
ainfi
peu à peu effacée , il fe trouva
que fon amour pour Madile de Sinville
avoit prefque fait le même chemin , &
enfin
1718 MERCURE DE FRANCE.
enfin une jeune Dame de fon voifinage ,
veuve depuis peu de temps , mit la derniere
main à fa confolation , & à l'oubli
de fa premiere Maîtreffe.
Non , il n'eft point de coeur , qui puiffe avec
conftance ,
Soutenir les douleurs d'une éternelle abfence ,
Il faut fe délivrer d'un fi cruel tourment,
Ou par un prompt trépas , ou par le changement
;
Mais de ces deux partis pour le coeur le plus
tendre ,
Que le premier eft difficile à prendre ,
Que l'autre fe prend aifément !
Cette veuve étoit jeune , belle & trèsriche
; voilà bien des excufes pour un infidele
ruiné , & qui d'ailleurs n'efperoit
plus de revoir celle qu'il oublioit ; cependant
le Marquis trouvoit une grande
difference entre fa nouvelle paffion &
celle qu'il avoit euë pour Madle deSinville
, il ne fe trouvoit point la même vivacité
, ni-la même ardeur , & toutes les
fois qu'il vouloit fonder là - deffus les fentimens
de fon coeur , les interefts de fa
fortune fe prefentoient toujours à lui
plutôt que la perfonne de fa Maîtreffe ;
la Dame n'étoit pas de même à fon égard ,
elle n'aimoit en lui que lui-même , & ne
Longeoit
AOUST 1724. 1719
fongeoit pour le rendre heureux qu'à le
rendre maître de tous les biens ' que la
fortune avoit mis entre fes mains , auffi
cela n'alla - t'il pas loin ; & comme elle
étoit fa Maîtreffe , fon mariage avec le
Marquis fut bien-tôt réfolu. A peine le
premier bruit de cette réfolution fut répandu
dans le voisinage , que la Renommée
qui va toûjours à tire d'ailes , lorſ,
qu'elle a des chofes triftes à annoncer ,
en porta la nouvelle à Madle de Sinville.
Jugez quel coup elle dut recevoir ,
Quelle fut fa douleur mortelle ,
En apprenant cette nouvelle ,
Mais pourrez -vous le concevoir ?
Pour le comprendre il faut avoir
Un coeur qui foit tendre & fidele,
Elle avoit obftinément refufé tous les
partis qui s'étoient prefentez pour elle .
depuis le ferment qu'elle avoit fait au
Marquis en le quittant , efperant toûjours
trouver quelque occafion favorable
pour le rejoindre : & elle fe voit facrifiée
au premier motif d'intereft qui s'étoit
prefenté à lui ; elle ne fut pourtant
pas long - temps à revenir de fon premier
étonnement , ni à prendre fon parti làdeffus
; elle réfolut d'aller elle - même
tirer
1720 MERCURE DE FRANCE .
*
tirer vengeance de l'infidelité de fon
Amant , & pour cela elle prit un des habits
de fon frere , qui étoit à peu près de
fa taille , & qui pour lors étoit à l'armée .
Elle gagna un Valet d'Ecurie qui lui
donna un cheval , & dès la même nuit
elle trouva moyen de s'évader. J'admire
en cela , foit pourtant dit fans vous offenfer
, Madame , ce que peut le defir de
vengeance dans l'efprit d'une femme.
Made de Sinville aimoit éperdument le
Marquis de Kerland , & n'avoit jamais
pû faire réüffir aucun des moyens , qu'il
avoit mis en ufage pendant près d'une
année pour l'enlever , quoiqu'elle le fouhaitât
autant que lui ; s'agit- il de fe venger
? elle réüffit dès la premiere fois à ſe
dérober à la vigilance de fes parens :
quoiqu'il en foit , elle fit tant de diligence
, qu'en peu de temps elle arriva chez
fa Rivale , où elle fçavoit que fe tenoit
d'ordinaire le Marquis , & elle y arriva
juftement le jour auquel leur mariage
devoit s'achever ; elle ne perd point de
temps , & après avoir autant qu'elle le
put , déguifé fon vifage que les fatigues
du chemin , & les longs chagrins qu'elle
avoit foufferts , déguifoient affez , elle
alla chercher fon Infidele , elle le rencontra
heureuſement qui fe promenoit
feul dans une des avenues du Château
AOUST 1724.
1721
pas
& lui dit qu'une perfonne qu'il avoit
mortellement offenfée , étoit venue exprès
pour lui en demander raiſon , que
cette perfonne fe trouveroit feule à une
certaine heure du même jour en un lieu
qu'elle lui marqua , & qu'elle le croyoit
affez honnête homme pour ne pas manquer
de s'y rendre. Après lui avoir fait
le compliment, elle le quitta brufquement
fans attendre fa réponſe , foit par crainte
d'être reconnue , foit pour ne lui donner
le
temps de remettre la partie à un
autre jour. Le Marquis refta fort embarraffé
, non pas qu'il fut effrayé de la propofition
d'un combat , mais il ne pouvoit
comprendre quelle étoit cette perfonne
qu'il avoit offenfée , ne fe fouvenant pas
d'avoir eu jamais aucun démêlé ; d'ail ,
leurs il trouvoit que c'étoit beaucoup
de befogne en un jour qu'un duel &
un mariage ; . cependant il crût pouvoir
fuffire à tout , & fe réfolut à fe tranfporter
fur le lieu qui lui avoit été marqué ,
il s'y trouva de bonne- heure ; mais nôtre
Heroïne , plus diligente encore , l'y avoit
précedé , & l'attendoit avec impatience .
Dès qu'elle l'apperçût , elle alla au devant
de lui , & interrompant les éclairciffemens
dans lefquels il vouloit entrer,
( car elle apprehendoit que s'il venoit
pendant les difcours à la reconnoître , il
ne
1722 MERCURE DE FRANCE.
ne refusât de ſe battre contre elle , ) elle
mit l'épée à la main , & l'obligea d'en
faire autant il n'eft pas croyable avec
quelle vigueur & quelle adrefle elle
conmença ce combat. Elle le foutint de
la même maniere jufqu'à ce qu'ayant
bleté le Marquis au bras , toute cette
fureur vengerelle s'évanouit dans l'inftant
que le fang de fon Amant vint à couler
, & qu'elle s'en apperçût. La - pitié
& l'amour reprirent leur place , l'épée
to nba de fa main , & elle - mene tomba
évanouie ; le Marquis croyant que fon
ennemi tomboit ainfi de quelque coup
qu'il lui avoit porté , courut genereufement
pour le fecourir. Quelle fut fa
furprife , lorfqu'en cherchant la playe , il
découvrit que c'étoit une femme contre
qui il s'étoit battu ! mais combien fon
étonnement redoubla- t'il , lorsqu'il trouva
fon propre portrait fur le coeur de
cette perfonne ? cela lui deffilla les yeux ,
il lui ô a fa perruque , & reconnut claire
nent Made de Sinville. A cet aſpect
toute la premiere paffion fe ralluma , il y
a même apparence qu'elle devint beaucoup
plus forte par toutes les beautez
qu'il venoit de découvrir . L'évanouiffement
de la Belle ceffant , les éclairciffemens
trouverent leur place , infidelité ,
parjure , tout fut pardonné , nouveaux &
plus
AOUST 1724. 1723
plus finceres fermens furent faits enfin
raccommodement des plus entiers , &
vous devinerez aisément que la rupture
du mariage de la veuve fut le premier
article du traité , & que le fecond fut
qu'ils feroient fucceder le leur en la place
, tout cela fut ponctuellement executé.
La bleffure du Marquis , quoique legere,
fut un prétexte pour reculer de quelques
jours fon mariage avec la veuve , & pendant
ce temps - là il trouva d'autres raifons
pour le rompre entierement ; enfuite
nos Amans s'épouferent même avec
le confentement du Comte & de la Comteffe
; mais quand ils n'y auroient pas
confenti , la choſe ne s'en feroit pas
moins faite , & les époux n'en auroient
pas été moins contens ; ils fe poffedoient
l'un l'autre , qu'avoient-ils à defirer davantage
?
L'amour vient à fes fins par cent chemins divers
;
Quand ce maître de l'Univers
A deftiné deux coeurs pour être unis enfemble.
C'eft envain que contre eux la difcorde raffemble
,
Parens cruels , abfence , interefts , nouveautez ,
L'amour en dénouëmens fertile ,
De toutes ces difficultez ,
D Rend
1724 MERCURE DE FRANCE .
Rend bien-tôt l'obftacle inutile ;
Et comme un Berger vigilant ,
Quand des vents s'appaiſe la rage
Va dans la plaine raffemblant ,
Ses troupeaux difperfez par un affreux orage.
Amour , d'un foin pareil , après mille rigueurs,
Réunit à la fin les coeurs
.
Que le fort envieux fepare ;
Et fçavez-vous comment leurs peines il re- pare ?
Tous les plaifirs qu'ils ont perdus
Leur font non - feulement rendus ,
Car l'amour en tient compte , & fa memoire
eft sûre ,
Mais il leur paye avec ufure ,
Les interefts qui leur font dûs ,
Suivant le temps qu'ils les ont attendus.
EXAOUST
1724. 1725
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M.le
Curé de S. Sulpice , par M Bellet ,
Chanoine de Cadillac , du 10. Juillet
dernier , au fujet de l'Infcription dont
il eft parlé dans le Mercure du mois de
Mai 17 24.
E vous envoye , Monfieur , l'explication
de l'Inſcription trouvée fur un
tombeau dans les fondemens de vôtre
Eglife. Je ne l'ai vûë que fort tard dans
le Mercure du mois de Mai dernier.
Cette Infcription n'eft point ponctuée fur
1 pierre ; mais on ne fçauroit parvenir
à l'expliquer , fans la ponctuer de la maniere
qui fuit.
H. R. CR . B. CFRR . NCLXCXC.
T. F. T. D. PL.
D. R CTR. PFCREAT VS.
HERLVINVS
exMDAM . VOCATXC. N. P. M. K. N.
Q. D. L.
Explication.
Hic. Requiefcit. Carus Bonus Con-
Dij frater
1
1725 MERCURE DE FRANCE .
"
frater Inclufus Tumulo. facto . Teſtamento.
Domus. Palatine. Domefticorum.
Recordator. Recreatus. Herluinus . Quomdam
. Vocatus . Novum. Pofuit. Monumentum
. Kalendis Novembris . Frater
cum quo diu benè Lubens.
H. Hic. Requiefcit , formule des Chrétiens
, & le caractere H paroît être le
monograme de Jeſus- C.
CR. Carus. Epithete donnée aux parens
& aux amis dans les Inſcriptions ſepulchrales.
B. Bonus , autre Epithete femblable.
CFR R. Abbreviation de Confrater.
ce mot fe dit des Collegues dans un même
Office. voyez gloff. de Ducange. ·
N. Inclufus le 1. caractere eft un J &
un N licés enf mble T. F. T. Tumulo
facto Teftamento. formule des Infcriptions
dans Gruther.
D. PL. Domus Palatine , comme l'on
dit Scholæ Palatine , c'eft la Maifon du
Roi , & les Domeftiques font les Officiers
de fa Maiſon , c'eſt - à - dire , ceux
qui gouvernent les revenus & ſes biens
de campagne . Voyez de Ducange les
formules de Marculfe , Gregoire de Tours
L. 9. cap 28 .
D. Domefticorum RCT R Recordator.
Voyez Ducange : C'étoile Contrôleur
General de la Maifon du Roi , de fes revenus
,
AOUST 1724.. 1727
venus , de fes biens de campagne.
RECREATVS , c'eft ainfi que je lis ,
parce que cet Officier devoit avoir été
rétabli .
HERLVINVS. Ce nom eft connu
dans l'Hiftoire de France. Il y a un Comte
de Montreuil , ainfi nominé fous Louis
IV. Roi de France. Mezeray , Abbreg.
Tom. I.
exmdam , quomdam . Ces Lettres fe
voyent fur les anciennes Monnoyes de
France .
VOCATXC. Vocatus . Le figma Gree
paroît ici employé comme au mot Inclufus
.
N. P. M. Novum Pofuit Monumentum
, formule ancienne dans Gruther.
K. N. Kalendis Novembris , formule
Romaine .
F. Frater , formule ancienne.
Q Kum quo , formule dans Gruther.
D. B. L. Diu , Benè , Lubens. Il femble
qu'il y a ici une tranfpofition .. Car il
faudroit écrire Pofuit benè Lubenter. Mais
il paroît qu'on doit dire cumque Diu benè
Lubenter vixit , en fuppleant le dernier
mot car c'eft la formule ancienne
dans Gruther , où les mêmes mots font
employez .
que
les Je ne croirai pas facilement
caracteres employez dans cette Infcrip-
D iij
tion
1728 MERCURE DE FRANCE.
tion fuffent Grecs , Latins , François ,
Gothiques mêlez enſemble : mais qu'ils
ont été écrits par quelqu'un qui ne fçavoit
pas l'Ortographe des mots Latins ,
& qui les écrivoit comme il les prononçoit.
La prononciation du C. & de I. S.
fe confond en beaucoup de mots , auffi
bien celle de I. S. & du T ; cela paque
roît dans les mots de circoncifion , eirconfpection
, conception , &c.
Comme l'Imprimerie manque de caracteres
pour le Gothique , on prie le Lecteur
de fuppléer à ce défaut, en jettant les yeux
Sur l'Infcription même , que nous avons
fait graver dans nôtre Journal du mois de
Mai dernier , page 893.
·
TRADUCTION de l'Ode d'Horace ,
Tu ne quæfteris fcire , &c.
DU terme de nos jours ne foyons point en
peine ,
C'eſt un fecret , Philis , qui n'eft que pour les
Dieux ,
Méprifez ces trompeurs , dont la fcience vaine,
Se vante follement de lire dans les Cieux.
AttenAOUST
1724. 1729
Attendons en repos l'ordre des deſtinées ;
Prêts à leur obéir , en tous lieux , en tout
temps
Soit qu'il nous refte encor un grand nombre
d'années
Ou qu'enfin nous touchions à nos derniers
momens.
Ne fongeons qu'aux plaiſirs que donne la jeuneffe
;
Nos jours durent trop peu pour de fi grands
deffeins.
Le temps , cet heureux temps , fe dérobe fans
ceffe ,
Et fuit bien loin de moi pendant que je m'en
plains.
Profitez en ce jour des douceurs de la vie ,
Songez- bien qu'il s'en va pour ne plus revenir
;
Et qu'après tout , Philis , e'eft faire une folic,
De perdre le prefent à chercher l'avenir.
Diiij LET
1730 MERCURE DE FRANCE.
f
LETTRE Critique fur la perfonne &
fur les Ecrits de Michel Noftradamus.
N
à
Oftradamus eft- il Prophete ? s'il
n'eft pas Prophete qu'a - t'il voulu
dire par fes Centuries ? voilà , Monfieur,
les deux queftions fur lefquelles vous
me demandez mon fentiment , fi vous
vous étiez contenté de me faire la premiere
, elle eut été bien - tôt réſoluë , &
peu de frais mais en m'obligeant de
vous répondre fur la feconde , vous m'avez
engagé à prendre une peine qui ne
produira pas grand'chofe , & qui m'a dérobé
du temps que j'euffe pû employer
plus utilement ou plus agreablement : venons
au fait. Noftradamus n'eft point
Prophete ; j'entends par Prophete , un
homme qui annonce l'avenir , & qui l'annonce
furement . Vous conviendrez avec
moi , puifque nous fommes par la grace de
Dieu , Chrétiens l'un & l'autre , que la
qualité & la fonction de Prophete n'a été
accordée qu'à ces hommes extraordinaires
envoyez de la part de Dieu pour annoncer
aux hommes ce qu'il jugeoit à
propos de leur reveler ; le don de Prophetie
eft un don de Dieu qui ne s'accorde
AOUST 1724. 1731
de qu'à peu de gens , pour de grandes raifons
, & pour prédire des faits très - intereffans
, comme étoient dans l'ancienne
loi , le retour de la captivité de Babilone ,
le rétabliffement du Temple , les quatre
grandes Monarchies , les circonstances de
la vie & de la mort du Meffie . Vous
ferez , s'il vous plaît , la difference qu'on
doit faire entre les promeffes que Dieu
lui - même a faites aux Patriarches d'un
Liberateur , d'une nombreuſe pofterite ,
d'un établiffement dans la terre de Canaan
, & les prédictions des Prophetes.
Les promeffes font nettes , & fans ambiguité
; les prédictions font enveloppées
fous des expreffions figurées peu
propres à fixer l'idée , & qui ne fe verifient
qu'après l'évenement ; de plus
elles ne font point en grand nombre. Nôtre
divin Sauveur a prédit à fes Apôtres
qu'ils fouffriroient pour fon nom , mais
que fa doctrine feroit pourtant annoncée
& reçue par toute la terre , il a prédit
le malheur qui devoit arriver à la Ville
de Jerufalem , & à ſes habitans , & la
deftruction du Temple. Il en a même
fixé le temps par la defignation des circonftances
, il a encore annoncé la fin
du monde , mais defignation de temps :
c'eſt à peu près tout ce qu'il a bien voulu
nous reveler. Je fais toutes ces remarques
D v
1732 MERCURE DE FRANCE.
ques pour vous amener à conclure avee
moi que nous ne devons reconnoître dans
Noftradamus aucun caractere de Prophetie.
Il ne nous a point dit ni prouvé qu'il
eut de miffion & ordre de Dieu d'annoncer
l'avenir , il a parlé fans neceffité ,
fans fruit , & depuis fa mort on n'a verifié
aucun des quatrains prétendus Prophetiques
qui furpaffent infiniment en
nombre toutes les Propheties contenues
dans la Bible. Après cela je croi que vâtre
premiere queftion ne reçoit plus de
difficulté. La feconde en recevroit encore
moins fi on s'en tenoit au jugement
que Verdier Vauprivas a porté de nôtre
Provençal . Voici fes propres termes , »
Michel de Nôtre- Dame ..... plus dix
>> Centuries de Propheties par quatrains
>> qui n'ont fens , rime , ne langage qui
» vaille. » Ce Bibliothecaire , comme
vous voyez , qui écrivoit 19. ans après
la mort de Noftradamus qui pouvoit l'avoir
connu , ne le menage pas infiniment.
Si j'avois un ouvrage qui fut imprimé en
1560. fous le titre de Contredits * du
fieur du Pavillon aux Ecrits de Michel
Noftradamus , je ferois plus près de la
fource , & je pourrois dire quelque chofe
de moins vague que ce que j'ai à vous
dire. Vous vous contenterez , s'il vous
* V. Marot Michel.
plaît ,
AOUST 1724. 1733
plaît , de fuppofer avec moi que Michel
Noftradamus , né à S. Remy en Provence
au mois de Decembre 1503. & mort
à Salon de Craux au mois de Juillet
1566. Medecin de profeffion , Aftrologue
d'inclination , a vêcû près de 63. ans
pendant que l'Empereur Charles V. les
Rois François I. Henry II . Henry VIII.
Sultan Soliman , Martin Luther , Jean
Calvin donnoient le mouvement à toute
l'Europe par leurs guerres & leurs difputes.
Il a été leur contemporain , & témoin
de tous les grands évenemens
dont l'Hiſtoire de ce fiecle eft chargée.
Je vous ferai voir dans la fuite qu'il a
pris plaifir à les enveloper fous un ftile
de Prophete & d'Enthouſiaſte , fi guindé
& fi figuré qu'il ne croyoit pas qu'on
pût les démêler . Ila mêlé à cette Hiftoire
Prophetique des prédictions de faifeurs
d'Almanachs qui ne regardent que les
viciffitudes ordinaires des temps & des
faifons , les éclipfes , les guerres , peſtes
& famines qui reviennent tour à tour :
mais vous m'avouerez que ces fortes de
prédictions fe peuvent faire fans qu'elles
tirent à confequence pour la qualité
de Prophete. Il a encore décrit de certains
faits naturels qui arrivent fouvent ,
& qui dès- là ne tiennent rien du predige
ni de la Prophetie. Il n'eft pas jufqu'à la
D vj mora1734
MERCURE DE FRANCE.
morale qu'il n'ait traitée prophetiquement
, témoin ce quatrain qui eft le treiziéme
de la feconde Centurie.
Le corps fans ame plus n'être en facrifice ,
Jour de la mort plus en nativité ,
L'efprit Divin fera l'ame felice ,
Voyant le verbe en fon Eternité .
Le corps mort ne ſouffrira plus ,
Le jour de la mort donne une nouvelle vie ,
L'efprit Divin rendra l'ame heureuſe
Lorfqu'elle verra le Verbe dans fon Eternité.
Croyez- vous , Monfieur , que Noftradamus
en faifant ce quatrain ait voulu
nous dire autre chofe , finon que les gens
de bien qui meurent dans la grace de
Dieu , feront heureux après leur mort.
Je le crois comme lui , mais ce n'eſt pas
à caufe qu'il l'a dit en ftile de Prophete .
Un des plus bourus de ces quatrains
eft le quatre- vingt - feptiéme de la premiere
Centurie , jugez en , s'il vous plaît.
Ennofigée feu du centre de terre ,
Fera trembler autour de Cité neuve ,
Deux
AOUST
1724. 1735
Deux grands rochers long- temps feront la
guerre ,
Puis Arethufe rougira nouveau fleuve.
Cependant lorsqu'on l'aura dépouillé
de l'attirail Prophetique fous lequel il
paroît , & qu'on aura réduit les termes
figurez à leur jufle valeur , vous verrez
qu'il n'annonce rien que ce qui arrive
trop fouvent pour le malheur des habitans
de Cité neuve & d'Arethufe . Cité
neuve en Grec varonis . C'eft la Ville de
Naples ; Arethuse , Fontaine fi chantée
par les Poëtes défigne la Sicile . Le Mont-
Vefuve défigné par le feu fortant du cenrre
de la terre , fait fouvent trembler
Ennofigée ( la Mer ) autour de Naples.
Le Mont Etna en Sicile fait auffi paroître
de temps en temps un nouveau fleuve
de matiere enflammée & liquidé &
rouge , qui fait du defordre , témoin le
malheur qui arriva en 1693. à la Ville
de Catane détruite par ce nouveau fleuve.
Pour les deux grands Rochers qui
fe feront long-temps la guerre , on ne
peut méconnoître les fameux écueils de
Scylla & de Charibde , qui probablement
demeureront toûjours feparez , mais
pas affez pour laiffer le cours libre à ces
vagues impetueufes qui fe trouvant trop
preffées dans le Détroit , fcnt rejettées
d'un
1736 MERCURE DE FRANCE.
d'un Rocher à l'autre , & non fans bruit.
Comme Noftradamus fe mêloit d'Aftrologie
, vous ne devez point chercher
grande fineffe dans le foixante-feptiéme
quatrain de la premiere Centurie.
La grand famine que je fens approcher ,
Souvent tourner , puis être univerfelle ,
Si grand & longue qu'on viendra arracher ,
Du bois racine & l'enfant de mammelle.
Il a eu du moins la difcretion de ne
point marquer le temps dans lequel ce
fleau doit paroître , & s'eft garanti par - là
d'être démenti dans ce qu'il avance . Le
fameux Auteur de l'Almanach de Milan
qui prédit au jour la journée , est bien
plus hardi que lui . Je doute , Monfieur ,
après ce que vous venez de lire que vous
trouviez bien appliqué à ces mifterieux
quatrains le titre de Propheties : mais
vous ne feriez pas content de moi fi je ne
vous faifois voir que nôtre nouveau Licophron
s'eft prêté à lui- même le perfonnage
de Caffandre pour déguiſer en
ftile Prophetique , & fous des termes
mifterieux les faits arrivez de fon temps,
vous ne comptez pas que je verifie ma
propofition fur tous les quatrains qu'on
donne comme de Noftradamus : je ne fçai
pas affez l'Hiftoire generale de l'Europe
ni
AOUST 1724. 1737
ni celle de Provence en particulier pour
pouvoir la démêler fous les mafques qu'il
lui prêtes mais il me fuffira de démafquer
quelques quatrains , dont l'explication
claire & précife fera un préjugé
fuffifant. pour conclure que fon ouvrage
n'eft qu'une Enigme Hiftorique , fauf à
ceux qui en fçauront plus que moi de
déterrer le refte . Vous trouverez bon
avant que je faffe aucune application ,
que je vous rappelle la memoire de quelques
faits , aufquels peut-être vous ne
penfez plus , mais je fuis obligé de les
remettre pour vous faire connoître quels
quatrains y ont rapport.
Henry VIII. Roi d'Angleterre mourut
en Fevrier 1547. fon fils Edouard
VI. mineur tomba fous la Tutelle d'Edouard
Seymour , Duc de Somerſet , ſon
Tuteur qui fe declara Zuinglien , & fit
venir Pierre Martir Vermilly au mois
de Decembre de la même année pour
répandre fes erreurs en Angleterre.
Pierre- Louis- Farnefe , Duc de Parme,
fils du Pape Paul III . fut affaffiné dans
fa Citadelle de Plaifance au mois d'Aouft
1547. le Pape en mourut de déplaifir ;
les Imperiaux fe rendirent maîtres de
Parme au nom de l'Empereur Charles V.
Dans la même année 1547. l'Empereur
Charles V. menoit rude guerre aux
Princes
1738 MERCURE DE FRANCE .
*
Princes Proteftans d'Allemagne ; fçavoir,
à l'Electeur de Saxe , & au Landgrave
de Helle. Le Concile de Trente étoit
alfemblé pour tâcher de ramener à l'Eglife
les Allemands , Danois , Suedois ,
Norvegiens & enfin tous ceux qui
étoient imbus des erreurs de Luther ,
Zuingle & Calvin , & pour prévenir le
même malheur qui menaçoit l'Angleterre.

Au mois d'Aouft 1545. fe fit le premier
enregiſtrement des mines d'argent
du Potofi au Perou , fuivant ce que nous
apprend Acofte dans fon Hiftoire naturelle
des Indes L. 3. C. 6. Tous ces faits
fuppofez vrais ſe trouvent marquez par
les quatrains 52. & 53. de la premiere
Centurie , vous en conviendrez facilement
.
Par le cinquiéme & un grand Hercules ,
Viendront le Temple ouvrir de main bellique ,
Un Clement , Jule & Aſcans recules ,
L'épée , Clef , Aigle , n'eurent onc fi grande
pique.
Par le cinquiéme Empereur du nom de
Charles , qui fe donne pour plus grand
qu'Hercule , viendront les foldats l'épée
à la main ouvrir le Temple ( l'Eglife de
S. Pierre Victores Cafariani , dit Beaucaire
,
A OUST 1724. 1739
caire , L. 19. primùm ad diripiendam Petri
adem .... accurrerunt. Un Clement
c'eſt le VII . du nom qui s'appelloit Jule ,
& Afcans , les Romains , le S. Siege ;
Aigle , l'Empire ne furent jamais fi animez
l'un contre l'autre.
Le mouvement des fens , coeur , pieds & mains
Seront d'accord , Naples , Leon , Sicile :
Glaives , feux , eaux , puis aux Nobles Ro
mains ,
Plongez , tuez , morts , par cerveau debile.
Le premier & fecond vers ne difent
autre chofe , finon que les peuples des
trois Royaumes , Naples , Leon & Sicile
, fujets du même Prince , qui eft l'Empereur
Charles V. feront gouvernez par
les mêmes fens , même coeur , mêmes
pieds & mains ; le 3. & 4. annoncent les
malheurs que Rome effuya en 1527. par
le fer & le feu , l'épée & le moufquet , &
par le déluge & débordement du Tibre
qui arriva en Decembre 1529. Belcarius
, L. 20. ff. 35. Superiore menfe cum
biduum pluiffet & Tiberinas fauces ita
vehemens Aufter occupaffet ut retrocedere
amnis cogeretur , in mare fe exonerare non
poffet , tanta fuit Tiberis exundatio , ut
bonam urbis partem operuit , & multos
dies adificiis infultans miras edidit ruinas
1740 MERCURE DE FRANCE.
nas , & c. par cerveau debile les gens qui
forcent une Ville , emportez par l'ardeux
du combat , & l'envie de butiner ne font
pas dans leur bon fens , & à cet égard on
peut les appeller Cerveaux debiles ,
bien on pourroit appliquer ces mots au
Connétable de Bourbon.
оц
Noftradamus fait auffi quelquefois des
éloges témoin le foixante- dixiéme quatrain
de la fixiéme Centurie , dans lequel
il fait celui du Roi Henry II. aux dépens
de l'Empereur Charles V.
Un Chef du monde le grand Chiren fera
Plus outre après aimé , craint , redouté ,
Son bruit & los les Cieux furpaffera
Et du feul titre Victeur fort contenté.
>
Chiren , c'eſt le nom renverfé de Hen
ric. plus outre , c'eft la devife de l'Empereur.
Ce quatrain a rapport à la guerre qui
préceda la Tréve de Vaucelles , concluë
en 1556. en vertu de laquelle le Roi
demeura en poffeffion des Villes de Mets,
de Toul & de Verdun , & peut- être regardé
comme vainqueur , titre dont il
demeura content. Obfervez en paffant
que Noftradamus a defigné le Roi Henry
II. par deux expreffions qui ne font
pas fi enigmatiques qu'elles le paroiffent ;
mais pour les entendre , rappellez un
fait
AOUST. 1724. 1741
í
fait que nôtre Hiftoire a confervé. Ce
Prince eut pour Maîtreffe Diane de Poitiers
, Ducheffe de Valentinois , & prit
pour Devife un Croiflant , avec ces mots :
Donec totum impleat orbem . C'eſt par allufion
à ce fait qu'il eft appellé Endimion
en quelque quatrain , & Selin en plufieurs
autres . Endimion fut aimé de la
Lune , qui eft appellée Diane , & Selin
eft un adjectif formé du Grec oλavu , qui
fignifie la Lune . Mais prenez garde que
ce même adjectif doit être quelquefois
appliqué aux Ottomans qui portent un
Croiffant dans leurs Etendarts , témoin le
foixante- dix-neuf quatrain de la feconde
Centurie.
>
La barbe noire & crefpe par engin ,
Subjuguera la gent cruelle & fiere
Le grand Chiren ôtera du Longin
Tous les Captifs par Seline banniere.
Je crois que ce quatrain doit s'entendre
de l'Expedition des Turcs enAfrique,
lorfqu'ils prirent Tripoly , défendu par
les Chevaliers de Malthe en l'année 1551.
Gabriël d'Aramon , qui alloit de la part
du Roi en Ambaffade à Conftantinople
,,
ayant abordé à Malthe , fut prié
par le Grand Maître de s'employer
auprès des Generaux Turcs , pour em-
-
pêcher ,
1742 MERCURE DE FRANCE .
pêcher , s'il étoit poffible , le fiege de cette
place , ce qu'il ne pût obtenir : mais la
Ville ayant été rendue par compofition ,
d'Aramon obtint que tous les Chevaliers
feroient renvoyez à Malthe. Marmat prétend
que ce fut en vertu de la capitulation
, & fait entendre que d'Aramon n'agit
que pour les Chevaliers François , &
leur Gouverneur qui étoit de la même
Nation ; quoiqu'il en foit , voici l'explication
du quatrain.
La gent cruelle & fiere ( les Turcs )
fubjuguera la barbe noire & crefpe par
engin ( Tripoly habitée par les Afriquains,
dont la barbe eft noire , & frifée naturellement
, crines genio flexi , dit Petrone . )
Le grand Chiren , ( le grand Henry I. ôtera
du Longin ) fera venir de loin ( è longinquo
) tous les Captifs par Seline banniere
, .... tous les Captifs faits fous la banniere
des Ottomans .
Je n'ai encore pû déterrer la bataille
de Pavie , ni le fiege de Mets ; mais la
bataille de Ravenne , le jour qu'elle fut
donnée , & la mort du vainqueur fe peuvent
reconnoître facilement dans le foixante
- douzième quatrain de la huitiéme
Centurie .
Cham Perufin , ô l'énorme défaite ,
Et le conflit tout auprès de Ravenne ,
Paffage
AOUST 1724. 1743
Paffage facré lorsqu'on fera la fête ,
Vainqueur , vaincu , Cheval manger l'avenne
Premier & deuxième vers , grande dé
faite auprès de Ravenne , troifiéme vers
lorfqu'on celebrera le faint jour de Pâques
, ce fut le même jour que cette bataille
ſe donna en 1512. Pâques , I hafe
, tranfitus , pallage , c'eſt la même chofe:
Vainqueur , vaincu , marque la mort
de Gafton de Foix . Cheval , manger l'avenne
qui finit le quatrain , & champ
Perufin qui le commence ne font mis
que pour détourner l'attention du Lecteur
.
Si vous vous rappellez l'état fâcheux
où se trouva le Royaume fous la minorité
du Roi Charles IX. qui commença de
regner au mois de Decembre 1560. par
les guerres civiles que l'ambition des
Princes , & les idées de réformation introduites
par les Calviniftes , cauferent en
France au grand mépris de l'autorité
Royale ; fi vous n'avez pas perdu l'idée
des airs infultans que ces Sectaires fe
donnerent à Faris pendant l'année 1561 .
& l'inquiétude que caufoient à cette Ville
les mouvemens des Chefs de parti , tant
Catholiques que Huguenots , vous entrerez
bien - tôt dans le fens du vingt- troifiéme
quatrain de la fixiéme Centurie.
Dépit
1744 MERCURE DE FRANCE.
Dépit de regne , numifmes décriez ,
Peuples feront émeus contre leur Roi ,
Paix , fait nouveau , faintes Loix empirées ,
Rapis onc fut en fi très- dur arroy ,
}
1. Dépit de regne , Majeftas Regia
defpicietur..... Numifmes décriez , .... OR
décriera la vieille monnoye.
2. Peuples feront émeus contre leur
Roi , .... s'entend tout feul .
3. Paix fait nouveau .... Paix de Cateau
Cambrefis , fignée en 1559...... Saintes
Loix empirées . par les dogmes deCalvin.
4. Rapis , ... c'eft le nom de Paris renverfé
, le refte eft facile à comprendre .
Le quatrain 55. de la dixième Centurie
n'eft pas difficile à entendre , lorfqu'on
aura expliqué deux mots qui paroiffent
inexplicables , & qui cependant
ne le font point.
Les malheureufes nôces fe celebreront
En grande joye , mais la fin malheureuſe ,
Mari & mere nore dédaigneront >
Le Phybe mort , & nore plus piteuſe.
Ce font les mariages de l'infortunée
Marie Stuart qui époufa en premieres
nôces François II. Roi de France , en
fecondes nôces Henry Stuart Milord
d'HarAOUST
1724.
1745
par
d'Harley , fon coufin. Ces fecondes nôces
le peuvent appeller malheureuſes
ce qui les fuivit. Le mari fut emporté
par une mine , la Veuve fe laiffa féduire
par le Comte de Bothuel , meurtrier
d'Henry Stuart , l'époufa & en eut une
fille qui eft morte Religieufe en France.
Les Ecoffois indignez contre leur Reine ,
prirent les armes , & la forcerent de fe
retirer en Angleterre ; tous ces faits
étoient à la connoiffance de Noftradamus
; c'est ce qu'il indique par les deux
premiers vers . Les deux derniers regardent
le premier mariage , & font entendre
que Nore ( en Latin Nurus ) ne fut
pas fort confiderée de fon premier mari
& de fa belle- mere Catherine de Medi-
& Phybe mort , Nore plus piteufe .
...La veuve fut plus à plaindre après la
mort de Phybe. Si on vouloit écrire le
nom du Roi François II . en Grec , on
l'écriroit parxiones , le o eft la premiere
lettre de ce mot Grec : Be ou Beta en
Grec eft nota binarii numeri ; ainfi B.
ne fignifie autre chofe que le fecondou
le fecond Roi de France , dont le nom
commence par ❤.
cis , ...
Pendant les années 1558. & 1559 .
l'Empire
Ottoman fut agité par la guerre
que fe firent deux freres , enfans de Sultan
Soliman. Selin l'aîné étoit foutenu
par
1746 MERCURE DE FRANCE .
par fon pere Bajazet , le cadet fe foutint
à l'aide de fes amis. Mais enfin il fut
obligé de ceder & de fe retirer en Perſe ,
où il ne mit pas la vie en feureté , car le
Sophi confentit à ce que ce malheureux
Prince fut étranglé. On ne peut pas douter
que le quatre - vingt - dix - huitiéme
quatrain de la troifiéme Centurie n'ait
rapport à ce démêlé des deux freres .
Deux royals freres fi fort guerroyeront ,
Qu'entre eux fera la guerre fi mortelle ,
Qu'un chacun places fortes occuperont ,
& vie fera leur grand querelle.
De regne
Ce quatrain eft des plus faciles . Le dernier
vers vous . marque qu'il ne s'agiffoit
entre ces freres de rien moins que de
regner & de conferver ſa vie . La maxime
des Princes Ottomans étoit en ce
temps
là de facrifier la vie des freres à la
feureté du Prince.
Je crois , Monfieur , après que vous
aurez confideré l'explication que je donne
à ces quatrains , que vous vous rendrez
fans peine à l'idée que j'ai de leur
Auteur , & vous ne le regarderez déformais
que comme un faifeur d'Almanachs ,
& un très- obſcur Hiftorien ſeulement.
Cependant comme il fe peut faire que
vous trouverez encore quelques gens
préveAOUST
1724. 1747
prévenus de fa qualité de Prophete , je
veux bien vous indiquer un quatrain qui
fervira à les confirmer dans cette idée ;
fouvenez -vous que j'ai l'honneur de vous
écrire en 1720. dans un temps où l'on
parle de paix par toute l'Europe , & où
l'on propofe au Roi d'Efpagne d'affeurer
le droit que fes enfans du fecond lit ont
à la fucceffion du grand Duché de Tofcane
; fi cette condition s'accomplit , les
partifans du Prophete ne manqueront pas
de crier victoire . Ce quatrain eft le trente-
neuvième de la cinquième Centurie..
Du vrai rameau de fleur de lis iffu
Mis & logé heritier d'Etrurie ,
>
Son fang antique de longue main tiſſu ,
Fera Florence florir en armoirie.
il
On ne peut rien voir de plus précis ,
diront les partifans de l'efprit Prophetique
, & cependant le fait n'eft point arrivé
pendant la vie de Noftradamus ,
s'accomplit aujourd'hui ; il faut donc convenir
qu'il a eu des lumieres particulieres
touchant l'avenir.
Je réponds, que le fait contenu dans ce
quatrain eft arrivé ; il ne faut qu'en
prendre bien le fens .
Le Roi François I. fit époufer en 1532 .
Catherine de Medicis , dont le frere bâ-
E tard
1748 MERCURE
DE FRANCE .
tard Alexandre de Medicis étoit Duc de
Florence , au rince Henry , fon ſecond
fils , qui fut depuis le Roi Henry II.
Alexandre fut tué en 1537. & ne laiffa
point d'enfans ; il étoit naturel de croire
que cette belle Principauté reviendroit à
fa four Catherine , il fe peut faire que
Noftradamus frappé de cette idée compofa
ce quatrain dans l'année même ; voici
l'explication ; un iffu ( Henry ) du vrai
rameau de fleur de lis ( du Roi François
I. ) fera par fon mariage avec Catherine
de Medicis regardé & confideré comme
heritier de l'Etrurie ( de la Tofcane . )
Son fang antique de longue main tiffu
fera florir Florence en armoirie... Sa pofterité
qui viendra d'un fang confiderable
par fon antiquité , fera fleurir les lis dans
les armoiries de Florence , ( remarquez
dans les armes de la Maifon de Medicis
on y voit un écu de fleurs de lis
qui furmonte les cinq Befants. Mais après
tout , ce quatrain n'eft qu'un fouhait , ou
fi on veut , un compliment fans confequence
, & non point une prophetie .
que
Du vrai rameau ( d'Henry II . ) mis &
logé ( in utero mulieris Etrufca , ) heritier
d'Etrurie ( François II . ) qui erat
jure fed non fuit facto hæres Etruria , fera
florir les armes de fa mere , le fils a droit
de porter les arines de fa mere.
Dans
AOUST 1724. 1749
Dans le feiziéme fiecle , Rois morts de
mort violente. Jacques IV. Roi d'Ecofle
à Floddon. Louis II. Roi de Hongrie à
Mohacs . Henry II . Roi de France dans
un Tournoy . Henry III. un de fes fils
Roi de France , tué par un Moine . Henry
Stuart , Roi d'Ecoffe emporté par une
mine . Marie Stuart , fa veuve , morte
fur un échaffaut.
On donnera la fuite le mois prochain.
SONNET. Bouts - rimez à remplir.

Garonne
Perou
Hibou
Couronne.
Baronne
Houbou
Fou
Serbonne .
real sition win
Balzac
11.00Almanach
Minif E ij
1750 MERCURE
DE FRANCE
.
Miniftre.
Got
Fagot
Cuiftre.
L'Enigme que nous avons donné dans
le fecond Mercure de Juin , page 1 299 .
& dont le mot eft les Bouts - rimez , paroît
avoir été fort bien reçûë . En voici
trois explications qu'on nous a envoyées
fur les mêmes rimes , qui font parodiées
du recit de Théramene dans la Tragedie
de Phedre.
A l'Auteur de l'Enigme , dont le mot eft
J
les Bouts rimez .
1. Interpretation.
E tremblois au feul mot d'écailles Jaunif
fantes ,
Quand dès le fecond vers , des cornes Menaçantes,
M'ont fait craindre encor plus l'effort Impetueux
De quelque monftre énorme , horrible Tortueux.
J'aurois pour l'éviter cinglé vers le Rivage ,
Eut-
1
AOUST 175x 1724.
Sauvage , Eut-il été bordé d'un efcadron
Infecté ,
épouventé.
Inutile,
Azile ;
Eut-il fallu paffer fous un air
La peur m'eut garenti d'en être
Je rougis maintenant d'une crainte
Sans être pourſuivi je cherchois un
Que n'affectois- je alors l'air calme d'un Heros .
Sans armes , fans carquois , fans traits , fans
·Javelots .
Contre des Bouts-rimez , ma reffource étoit
Sure ,
Puifque d'un tel combat on revient fans „Bleſ
Seconde Interpretation .
Sure.
Bouts-rimez; fans avoir d'écailles Jauniſ-
Santes,
Vous n'offrez à l'abord que cornes Menajantes
;
On prend pour vous produire un vol Impe
tueux ,
Mais comme en un abîme obfcur & Tortueux,
On fe brife fouvent en touchant le Rivage ,
Ou du moins on s'égare en un climat Sauvage,
Par fois de Bouts - rimex , Mercure eft Infecté ,
Mais alors le lecteur recule
Epouventés
E iij II
1752 MERCURE DE FRANCE .
Il croit prendre à les lire une peine Inutile
Et vers l'hiftoriette il court chercher
S
Azile.
Je fçai qu'en Bouts - rimez on chante les Heres ,
Qu'on y vante l'Amour , ſes feux , fes Jave-
Mais l'Auteur rarement évite la cen
lots ;
Sure ,
Dont l'amour propre atteint craint toûjours la
Bleffure.
La fin de cette feconde explication eft
d'autant plus heureufe , qu'elle paroît
avoir prédit ce qui eft effectivement arrivé
, c'est- à -dire , une troifiéme interpretation
que nous avons reçûë dès le
lendemain , & dont l'Auteur feint d'être
fort choqué de ce qui a été dit dans l'Enigme
touchant le goût provincial . Cette
troifiéme parodie eft venue de Montreuilfur
Mer , & les deux premieres d'Angers
.
Vous
Troisième Interpretation.
Ous n'êtes point couverts d'écailles
Jauniſsantes ,
Bouts- rimez , j'apperçois vos cornes Menaçantes
,
Et fans prendre aujourd'hui d'effor Impetueux,
Je déméle aifément vos replis
Tortueux.
Mais
A OUST 1724. 1753
Mais vous,Auteur nouveau,fur le facré Rivage,.
Qui rifquez en public cette Enigme Sauvage ,
De quel orgueil fecret êtes-vous
Tout lecteur équitable en eft
Vous prenez à médire une peine
T
Infecté?
Epouventé,
Inutile
En Province , à la Cour , le bon goût trouve
Azile,
Heros. Et vous voulez envain décider en
Croyez -moi , faites mieux , briſez vos Javelots
Et quittez pour jamais cet efprit de cen Sure ,
De vos traits émouffez on craint peu la Blef
Sure.
On doit expliquer les deux Enigmes
du Mercure de Juillet par la Cloche &
le Zero.
E iiij NOV1754
MERCURE DE FRANCE .
¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥KK
NOUVELLES ENIGMES.
L
E feu de concert avec l'eau ,
Aide celui de qui je reçois l'être ,
Comme Minerve on me voit naître ,
La fage femme eft le Marteau :
Neceffaire par tout , j'ai par tout mon entrée ,
Je conferve des Rois les plus riches tréſors ,
Très.utile aux vivans , très -inutile aux morts ,
On m'ignoroit pourtant dans le fiecle d'Aftrée.
Je fais dans plus d'une maiſon ,
Tous les voeux des enfans , & tous les foins
du pere ,
Et quelquefois la mere
Me prête à fon Galant dans plus d'une faiſon..
Tourner prefque toûjours , voilà ma deſtinée ,
Voilà mon occupation ;
Mais ma grande agitation
Redouble quatre fois l'année .
SFAOUST
1724.
1755
SECONDE ENIGME.
DE mille & mille corps mon corps eft
compofé ,
Chaque jour de parfums on le voit arrofé ;
A ces differens corps le mien doit la naiffance,
Seulement après leur trépas ;
Leur mort ne les enlaidit pas ,
Toûjours elle leur donne un air de confequence.
Dans un poſte mobile auffi bien qu'éminent
Je me trouve ordinairement.
Dans les Cloîtres jamais je ne fais ma demeure
;
Quoique mon Maître m'aime il vient pourtant
une heure
Qu'il me jette affez bruſquement.
Quelque foin qu'ait de moi ce Maître ,
Je m'ufe & vieillis promptement,
1. Et fouvent par les coups de qui m'a donné
l'être.
35
Ey CON1756
MERCURE DE FRANCE .
*** ************
мо
CONTES , BONS MOTS , &c.
' Auteur du Nighiariftan , dont l'ouvrage
, comme nous l'avons déja dit ,
eft dans la Bibliotheque du Roi , après
avoir donné le caractere particulier de
Fadhel-Ben - Jahia , furnommé le Barmecide
, qui furpaffoit tous les Seigneurs de
fon temps en magnificence , & en generofité,
en rapporte ce trait , qui merite de
n'être pas oublié.
Lvrage , comme nous avons
3
Mondir- Ben- Megheirah m'a raconté ,
dit l'Auteur , qu'étant tombé dans une
très grande mifere , il quitta Damas fon
pays , & vint à Bagdet avec les enfans
du temps que Fadhel le Barmecide étoit
en faveur auprès du Calife Haroun . Lorfqu'il
fut arrivé fur la grande place du
Marché , il mit fes enfans à la porte de
la grande Moſquée , & fut chercher fortune
. Il vit d'abord beaucoup de gens de
qualité qui paroiffoient s'affembler pour
aller à quelque feftin : comme la faim le
preffoit , il prit la réfolution de les fuivre
, & entra avec eux dans un Palais
magnifique , où d'abord la porte ayant été
ouverte , on les fit paffer tõus jufques
dans la falle du feftin .
Chacun ,
AOUST 1724. 1757
que
Chacun , dit - il , s'étant mis à table ,
je pris auffi ma place , & ayant demandé
à celui qui étoit affis auprès de
moi , le nom du Maître du logis ,
il me dit c'étoit Fadhel . Quoiqu'à
ces paroles je me fiffe connoître pour
étranger , on ne laiffa pas de me fouffrir
avec les autres , & de me prefenter une
affiette d'or comme l'on faifoit à tous les
conviez , & après le repas deux fachets
de parfums , lefquels on emportoit chez
foi avec l'affiette.
Enfin la compagnie fe feparant , je prenois
le chemin de la porte , lorfqu'un
valet de la maiſon m'arrêta , je crûs que
l'on me vouloit faire rendre ce que j'emportois
; mais on me dit feulement que
Fadhel me vouloit parler. Je me prefentai
donc devant lui , & il me dit d'abord
qu'il m'avoit reconnu pour étranger
parmi les autres , & que fa curiofité l'avoit
porté à apprendre de moi quelle
avanture m'avoit conduit en fa maifon.
Je lui fis donc un détail de tout ce qui
m'étoit arrivé : mais lui non content de
Ice recit , voulut s'informer de ma vie
paffée ; & l'hiftoire de mes miferes le
toucha fi fort , qu'il me pria de demeurer
le refte de la journée en converſation
avec lui.
Comme la nuit approchoit , je lui de-
E vj mandai
1758 MERCURE DE FRANCE.
>
mandai congé d'aller apprendre des nouvelles
de mes enfans , il me demanda où
je les avois laiffez , & lui ayant dit qu'ils
étoient à la porte de la Moſquée : hé bien,
dit- il , il n'y a rien à craindre pour eux ,
ils font en la garde de Dieu , & appellant
incontinent un de fes domestiques
auquel il dit un mot à l'oreille , il continua
fon difcours , & voulut que je demeuraffe
chez lui juſqu'au lendemain
qu'il me donna un homme pour me conduire
à la Moſquée ; mais cet homme au
lieu de prendre ce chemin- là , me mena
dans une belle maiſon fort proprement
meublée , où je trouvai mes enfans qui
me dirent y avoir été conduits dès le jour
précedent.
Finiffons par un trait rapporté dans le
même Auteur , & qui arriva après la
décadance de la fortune de ce favori du
Calife , il n'eſt pas moins digne de remarque
que les précedens .
Un Poëte celebre nommé Mohammed-
Demeſchki , ou de Damas , raconte qu'étant
un jour en converfation chez Fadhel
dans le temps que l'on lui recitoit
plufieurs vers , qui avoient été faits fur
la naiffance de fon fils , & tous ces ouvrages
ne lui plaiſant pas , il me demanda
li je ne compoferois pas bien quelque
chofe
a
AOUST 1724 1759
トchofe für le même fujet . Je le fis pour
lui obéir , & ma compofition lui plût de
telle forte , qu'il me fit donner dix mille
écus pour récompenfe.
Sa difgrace étant arrivée dans la fuite
des temps , je me trouvai un jour dans le
bain , où le Maître me donna un garçon
affez bien fait pour me fervir ; je ne fçai
par quelle fantaifie alors les vers que j'avois
fait fur la naiffance du fils de Fadhel,
me vinrent en l'efprit , & je les chantois,
lorfque tout d'un coup le garçon qui me
ſervoit , tomba de fon haut , puis s'étant
relevé , me quitta tout auffi - tôt .
Je fus fort furpris de cette avanture,
& étant forti du bain , je me plaignis au
Maître de ce qu'il m'avoit donné pour
me fervir un homme qui tomboit du haut
mal . Le Maître me jura qu'il ne s'en
étoit jamais apperçû , & fit venir ce garçon
en ma preſence , lequel me demanda
d'abord qui étoit l'Auteur des vers que
j'avois recité. Je lui répondis qu'ils
étoient de moi. Pour qui les avez vous
compofez , me repliqua-t'il ? & moi lui
ayant répondu , pour le fils de Fadhel , il
me demanda fi je fçavois où étoit alors
ce fils de Fadhel ? Non , lui dis -je , &
auffi-tôt il me declara que c'étoit luimême
qui me parloit , & que m'ayant
oui reciter mes vers , l'état de fa fortune
paffée
1760 MERCURE DE FRANCE .
paffée lui étant venu dans l'efprit , & la
trifteffe lui ayant faifi le coeur , il étoit
tombé accablé de douleur .
Après que j'eus entendu des chofes fi
furprenantes , touché de compaffion pour
le fils d'une perfonne , à laquelle j'avois
l'obligation entiere de ma fortune , je lui
dis , vous voyez que je fuis déja avancé
en âge , je n'ai point d'heritiers , venez
avec moi devant le Cadhy , car je veux
dès maintenant vous faire une donation
de tout mon bien après ma mort . Le jeune
homme me répondit , la larme à l'oeil ,
à Dieu ne plaife que je reprenne ce que
mon pere vous a donné , & quelque
inftance que je lui fis d'agréer de ma part
quelque reconnoiffance des biens que
j'avois reçûs de fa maifon , il ne fut jamais
en mon pouvoir de lui faire accepter
la moindre choſe.
CONT E.
Valet , Servante , est un mal neceffaires
:
Depuis long- temps , Maîtres prêchent cela.
Ils ont raifon ; mais à ce propos là ,
Il mefouvient d'un Conte que vais faire :
Certain Valet , ( ne fçai pas bien pourquoi ,
Lui - même auffi , ne le fçavoit peut être, )
Si rudement fut battu par fon Maître ,
Qu'il
AOUST 1724. 1761
Qu'il réfolut fermement à par foi
De le quitter , & n'entrer de ſa vie ,
Comme Valet dans aucune maiſon ,
Il le jura de plus d'une façon :
D'une formule une autre fut fuivie ,
Habile étoit en fait de juremens ,
Habile étoit jufques au facrilege ,
Ayant fervi pendant ſes jeunes ans ,
Jeune Seigneur , frais forti du College.
Qu'arriva - t'il è malgré tous les fermens ,
Qu'avoit vomis pendant fa bile émûë ,
Deux jours après le vis aller en ruë ,
Portant livrée. Holà ! dis- je auffi - tôt ,
Martin que vois -je ? & que viens - tu de faire ?
Helas ! Monfieur , repartit le maraut ,
Que faire ? un Maître eft un mal neceſſaire.
M... avoit toûjours deux piftolets
fur la table quand on le rafoit , & menaçoit
le Barbier de lui caffer la tête s'il
venoit à le couper , il ne trouvoit prefque
perfonne qui voulut le rafer à cette
condition . Un jour étant en voyage il envoya
chercher un Barbier dans le Cabaret
où il logeoit , & ne manqua pas de
faire mettre les piftolets fur la table , &
de
1762 MERCURE DE FRANCE.
de lui dire qu'il prit bien garde à lui , ce
Barbier étoit un Gafcon fort éveillé , `qui
dit que cette condition ne lui faifoit aucune
peine , puifqu'il étoit feur de le rafer
fans le couper , & il le rafa effectivement
à merveille ; M. ..... lui dit qu'il
étoit fort content de lui , mais qu'il ne
pouvoit s'empêcher d'être furpris de ce
qu'il avoit entrepris de le rafer , à la condition
qu'il lui avoit impofée. Cadedis
Monfieur , repartit le Gafcon ; j'étois
feur de mon fait , car fij'avois eu le malheur
de vous faire la moindre petite coupure
, je vous en faifois fur le champ une
large comme ma main à la gorge pour
vous empêcher de me caffer la tête.
Un Officier de l'armée du Maréchal
de Thoiras , vint lui dire la veille d'une
grande affaire , qu'on lui mandoit que
fon pere étoit à l'extrémité ; c'eſt un pere
que j'aime , ajoûta- t'il , que j'honore......
Je vous entends , reprit le Maréchal ,
allez , vous voulez prendre le précepte
du Décalogue à la Lettre , vous voulez.
vivre longuement ..
CHAN

nie
mo..
AOUST UST 1724. 1763
*******************
N
CHANSON.
On , je ne veux plus aimer Aminte ,
C'eft trop vivre fous fa loi :
Vien à moi ,
Vien ma pinte ,
Vien à moi ,
Je n'ai recours qu'à toi ;
Vien combler mes voeux ;
Brille à mes yeux ,
Eteins mes feux :
Quel jus ! qu'il eſt charmant !
Dans ce moment
Je fuis heureux Amant.
Que d'attraits !
C'a Laquais ,
Qu'on s'empreffe ,
Verſe moi tout plein ,
Verfe moi jufqu'à demain ;
Verſe de ce jus divin ;
Il est l'objet de ma tendreffe.
Verſe moi tout plein ,
Verfe
1764 MERCURE DE RANCE .
Verſe moi jufqu'à demain ;
On fe paffe de Maitreſſe
Quand on a de fi bon vin.
NOUVELLES LITTERAIRES
B
DES BEAUX ARTS , & c.
IBLIOTHEQUE DES GENS DE COUR ,
ou mêlange curieux des bons mots
d'Henry IV. de Louis XIV. de plufieurs
Princes & Seigneurs de la Cour , & autres
perfonnes illuftres , avec un choix
de bons mots des anciens , & un affemblage
amufant de traits naïfs , Gafcons &
Comiques , de plufieurs petites pieces de
Poëfies , & de penfées ingenieufes propres
à orner l'efprit , & à le remplir
d'idées vives & riantes . Dediée à M. le
Chevalier d'Orleans . Par M. Gayot de
Pitaval. A Paris , au Palais , chez Th . le
Gras 1724. in 12. de 489. pages fans
l'avertiffement & la Table alphabetique .
L'Auteur de ce Recueil dit dans l'Avertiffement
que tous les bons mots
qu'il a pris çà & là dans differens Auteurs
, il les a confondus avec une infinité
d'autres qui n'ont point vû le jour, « Ce
que
A OUST 1724. 1765
J
que j'ai recueilli , dit- il , appartenoit au
public , & je le lui rends avec ufure . «<
Je ne me fuis pas borné aux bons mots , «
j'ai voulu donner un choix de Poëfies «<
legeres , aifées , riantes ; Madrigaux
Epigrammes , Sonnets , Contes , Fables ; «<
je les ai entrelaffez de mes ouvrages ,
afin qu'ils ferviffent de luftre aux au- «<
tres , comme l'ombre au tableau ; la «<
comparaifon eft commune , mais la mo- «<
deftie eft rare ; je jouerai de bonheur, fi «<
on la croit bien fincere , & c . «<
cs
Cherchons quelques morceaux qui
puiffent faire juger de ce Livre favorablement
.
Les Samiens envoyerent des Ambaf »
fadeurs à Sparte , qui furent très - longs
dans leurs harangues. On leur répondit
, nous n'avons pas entendu la fin de «
vôtre harangue , parce que nous en «<
avons oublié le commencement «<

Un Cavalier fit une vente fimulée «<
d'une belle Terre , à une Dame galante «
fort aimable , qui avoit fixé fon coeur. «
Il ufa de cet artifice pour lui faire une- <
«liberalité folide. Après fa mort la vente <<
fut difputée par un jeune homme , he- «
ritier du défunt. La Dame gagna fon «<
procès . Le jeune homme la raillant , «<
lui dit avoüez , Madame , que vous «
avez eu cette Terre à bon marché . La «
Dame
1766 MERCURE DE FRANCE.
» Dame lui répondit : je vous l'offre au
» même prix.
Chanfon de l'Abbé Regnier.
,, Qu'un honnête homme , une fois en fa vie ,
Faffe un Sonnet , une Ode , une Elegie ,
Je le crois bien.
Mais que l'on ait la tête bien raffife ,
Quand on en fait métier & marchandiſe ,
Je n'en crois rien .
>> Jean Maria , Duc de Milan , informé
» qu'un Curé avoit refufé d'inhumer un
» mort , dont la veuve n'avoit pas dequoi
» payer les frais d'enterrement , ordonna
» qu'on fit le convoy ; il fit lier le Prêtre
» avec le mort , & ils furent ensevelis
» tous deux dans la même fofle.
Epitaphe.
Ici deffous repofe en paix ,
Le corps muet d'une Picarde ,
Autrefois grande babillarde ,
Qui dort & fe tait pour jamais ;
Mais , quoiqu'un éternel filence
Succede à fon dernier hoquet ,
Je
AOUST 1724.
1767
Je ne crois pas en conſcience ,
Qu'il puiffe égaler fon caquet.
Un Gafcon qui étourdiffoit tout le «
monde de fa fauffe bravoure , ayant pris «
la fuite dans un combat , on lui deman
da où étoit le courage , il répondit aux
jambes. «
L'Auteur de la vie de Charles - Quint , «
dit que ce Prince pardonna au Duc de «<
Cleves contre fon ferment , & qu'il ne «c
manquoit à la parole que lorfqu'il s'a- «
gifoit d'être cruel. «
Ciceron dit les que yeux des hommes <
fechent bien-tôt quand ils pleurent les «<
maux d'autrui on ne pleure de bonne- «<
foi que lorsqu'on pleure fans témoins . «<
Solon fit une Ordonnance dans Athe «
nes , par laquelle le fils ne devoit point <<
être tenu de nourrir fon pere en fa «
vieilleffe , s'il ne lui avoit fait appren- «<\
dre un métier en fa jeuneffe . «<
Celui qui neglige la correction de «<
fon enfant , nourrit fon ennemi . «<
Quand les Bacheliers traitent en Sor- <<
bonne les vieux Docteurs , ils leur di- «
fent : Patres noftri manducaverunt nos , «
& nos manducabimus vos. «
Epita1768
MERCURE DE FRANCE.
Epitaphe d'Hugon.
Cy gît Hugues chargé d'années ,
Qui mourut fans être éclairci ,
A quelle fin la deſtinée
L'avoit mis dans ce monde- ci.
>> Séneque dit que
la laideur des fem-
» mes eft la meilleure preuve que nous
» ayons de leur chafteté.
» Un ancien , parlant de la femme , dit
» que c'eft la plus aimable de toutes les
» chofes qui ne font pas bonnes.
» Ariftote après avoir appellé la fem-
>> me un monstre de la nature , de vint
>> l'esclave d'une concubine qu'il épouſa .
Epitaphe d'Ogier.
Cy gît qui n'eut jamais deffein ,
De faire une fortune extrême ;
Vivant , il fut fon Medecin ,
Mourant , l'heritier de foi même.
DISSERTATION fur les tombeaux de
Quarée , Village du Duché de Bourgogne
, Bailliage d'Avalon au Diocéfe d'Autun.
Par M. Bacquillot , Chanoine dAvalon.
A Lion , chez Marcellain Duplain,
ruë
AOUST 1724. 1769 .
ruë Merciere , Brochure de 15. pages
1724.
PANEGYRIQUES DES SAINTS , prononcez
par le R. P. de la Roche , Prêtre de
l'Oratoire. A Paris , chez Moreau , ruë
S. Jacques 1724. 2. vol. in 12 .
CURSUS THEOLOGICUS , &c. Cours de
Theologie , pour conduire aifément &
furement aux dégrez de Bachelier , de
Licentié , & de Docteur , & c . Par M.
Soudier, Curé de Chaillot. A Paris , chez
C. d'Houry , rue de la Harpe , in 4 °
1724.
VETERUM SCRIPTORUM & monumentorum
, Hiftoricorum , Dogmaticorum ,
Moralium , ampliffima Collectio , & c.
Collection très ample d'anciens Ecrivains
ن م
de pieces fur l'Hiftoire , le Dogme & la
Morale. Tome 1. qui comprend des Lettres
& des Diplomes des Rois , des Princes
, & des perfonnes illuftres , publiez
par Dom Edme Martene , & par Dom
Urfin Durand , Religieux Benedictins de
la Congregation de S. Maur. A Paris ,
chez Montalant Quai des Auguftins
1724. in fol . de 808. pages fans les tables
.
>
TRAI
1770 MERCURE DE FRANCE.
TRAITE' DE L'ETUDE DES CONCILES,
& de leurs Collections , divifé en trois
parties , avec un Catalogue des principaux
Auteurs qui en ont traité , & des
éclairciffemens fur les ouvrages qui concernent
cette matiere , & fur le choix
de leurs Editions . A Paris , Place de Sorbonne
, chez Cailleau , d'Efpelli , &c.
1724. in 4° .
>
MEDITATIONS CHRETIENNES pour
tous les jours de l'année, dédiées à Madame
la Ducheffe de Vantadour. Par le Pere
Chappuis de la Compagnie de Jefus . A
Paris , chez André Cailleau , Place de
Sorbonne .
TRAITE DE LA PEINTURE de Leonard
de Vinci , revû & corrigé ; nouvelle
Edition , augmentée de la vie de l'Auteur .
A Paris , chez P. F. Giffart , Libraire &
Graveur , ruë S. Jacques 1724. in 12 .
de 324. pages , fans la Preface , & fans
la vie de l'Auteur.
TRAITE' DES PREMIERES VERITEZ ,
& de la fource de nos jugemens , où l'on
examine le fentiment des Philofophes de
ce temps , fur les premieres notions des
chofes . Par le Pere Buffier , de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez la veuve
MauA
OUST 1724. 1771
Maugé , ruë S. Jacques 1724 vol . in
12. de 600. pages , fans les Tables , l'Avertiſſement
, & l'Epître Dedicatoire au
Comte de Morville , Miniftre & Secretaire
d'Etat.
RECREATIONS MATHEMATIQUES ET
PHYSIQUES , qui contiennent plufieurs
problêmes d'Arithmetique , de Geometrie
, de Mufique , d'Optique , de Gnomonique
, de Cofmographie , de Mécanique
, de Pyrotechnie & de Phyfique ,
avec un Traité des Horloges élementaires.
Par feu M. Ozanam de l'Academie
Royale des Sciences , & Profeffeur en Mathematique.
Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée. A Paris , chez
Cl. Jombert , ruë S. Jacques , 3. vol . in
8. de plus de 400. pages chacun , fans
les Tables , la Preface & les planches en
taille - douce .
TRAITE' des maladies les plus frequentes
, & des remedes propres à les guerir.
Par M. Helvetius , nouvelle Edition . A
Paris , chez le Mercier , rue S. Jacques
1724. 2. vol.
ABREGE ANATOMIQUE , de M. Lau
rent Heifter , Profeffeur d'Anatomie &
de Chirurgie à Altorf , traduction avec
F figu.
1772 MERCURE DE FRANCE .
figure. A Paris , chez Lottin 1724.
COURS DE THEOLOGIE , à l'ufage des
Etudians . A Paris , chez d'Houry , vol.
in 4° .
LETTRES de M. Petit , Chirurgien-
Juré , à Paris , écrites à M *** Auteur
de l'Extrait du Livre , intitulé , Traité
des Maladies des Os , inferé dans le Journal
des Sçavans du 8. Mars 1724. A Paris
. chez Ch. Et, Hochereau , Quai dės
Auguftins , brochure in 12. de 65. pages .
SISTE SME des Fiévres & des Crifes
felon la doctrine d'Hippocrate , des Febrifuges
, des vapeurs , de la goute , de la
pefte , &c. fingularitez importantes fur
la petite verole. De l'éducation des enfans
, de l'abus de la bouillie . Par Noël
Falconet , Ecuyer , Eleve de l'Académie
de Paris , receu dans celle de Montpellier,
Doyen du College des Medecins de Lyon ,
Medecin confultant de Sa Majesté. A Paris
, chez A. U. Couftelier ; Quai des
Auguſtins 1723. in 12. de 473. pages.
LETTRES E'DIFIANTES ET CURIEUSES
écrites des Miffions Etrangeres , par quelques
Miffionnaires de la Compagnie de
Jefus 16 Recueil . A Paris , chez N. le
Clerc ,
AOUST 1773
1724.
Clerc , rue S. Jacques 1724. in 12. de
411. pages , avec figures.
Charles Ofmont , Libraire - Imprimeur
, rue S. Jacques , à l'Olivier , vient
d'imprimer un Livre in 12. de 278. pages
, dont le titre eft , Explication de
l'Oraifon Dominicale en forme de Priere.
Par un Solitaire . La premiere page eſt
précedée d'une Eftampe gravée par Poilly
, laquelle repreſente J. Ch . au milieu
de ſes Diſciples , aufquels il enfeigne la
maniere de prier , avec ces paroles de l'Evangile.
Sic ergo vos orabitis : Paternofter,
&c. L'ouvrage eft dedié par le Libraire à
M.I'Evêque de Bayeux . Enfuite viennent
les Approbations des Docteurs ; premierement
de M. le Moine , Docteur de Sorbonne
, & Cenfeur Royal ; enfuite de
Mrsrs de Beyne , Salmon , de Lan , Mareuil
, Docteurs de Sorbonne , Defprez ,
Curé de S. Landry , Thomaffin , Curé de
S. Pierre des Arcis , de Rifancourt : lefquels
donnent tous de grands éloges à
cet ouvrage , & à fon Auteur. C'est un
excellent ouvrage , dit M. le Moine , qui
..... m'a paru contenir le vrai fens de cette
divine Priere que J. Ch . lui- même nous a
enfeignée , il eft foutenu par des réflexions
d'autant plus folides , qu'elles font appuyées
pour la plupart fur les paroles de la
Fij Saints
1774
MERCURE DE FRANCE .
Sainte Ecriture , & c .... Je n'y ai rien ap-
-perçu qui ne foit Orthodoxe & très- édifiant.
Cette Explication , difent les autres
Docteurs , n'est que l'effufion d'un coeur
penetré devant Dieu des grandes veritez
que renferme la Priere enfeignée aux Apôtres
par J. C, elle eft fimple , mais elle eft
folide , lumineufe , & également propre
exciter & à nourrir la pieté..... C'est donc
ici un Livre qui ne peut être très-utile
, & c . Les autres Docteurs n'en parlent
pas avec moins d'eſtime .

que
Extrait d'un Sermon prêché le jour
de S. Pierre en une Eglife de Paris.
à
Le Prédicateur ayant marqué & expofé
la continuation de la protection de
Dieu fur fon Eglife , & laccompliffement
des promeffes faites à S. Pierre , &
à fes fucceffeurs , jufqu'à l'élection du
fouverain Pontife , dont la Sainteté eft
univerfellement reconnue , prévient les
Auditeurs.fur l'allarme où ils pourroient.
être de fon grand âge , & leur dit de ne
fe point décourager que les promeffes
de J. Ch . n'étoient attachées ni à l'âge ni
au temps , & leur propofa ce trait de
l'Hiftoire Ecclefiaftique qui nous apprend
qu'au 9 fiecle Adrien II . auffi élû à 76.
ans trouvant toute l'Eglife divifée ; tant
en
AOUST 1724. 1775
en Orient qu'en Occident , il eut le
bonheur de pacifier tous ces troubles . Il
fit tenir à Conftantinople un Concile General
contre Photius , Patriarche de cette
Ville , qui s'étant feparé de la Commif
fion du S. Siege avoit attiré un grand
nombre d'Evêques dans fon fchifme , &
féduit la plus grande partie de fon peuple.
Le Concile le dépofa avec les Evêques
de fon parti , le Clergé & le peuple fe
réunirent au Pape .
En Occident les Rois de France , d'Italie
& de Germanie , divifez entr'eux
•pour des intereſts particuliers , trouverent
dans le même Pape un mediateur
qui les reconcilia tous , & qui arrêta la
guerre fanglante que ces Princes fe faifoient
.
Ib laiffa à fes Auditeurs à faire l'application
de ce qu'ils devoient efperer du
.Pontificat de Benoît XIII . élû comme
Adrien II. à l'âge de 76. ans , & attendre
du Ciel la paix univerfelle de l'Eglife
& du monde Chrétien .
baller
Emmanuelis Tellefii Silvii , Marchionis
Alegretenfis , Comitis Villamajorii ,
poëmatum liber primus , & Epigrammatum
Centuria prima , & c. C'eft- à- dire
le premier Livre des Poëfies , & la pre-
F iij miere
1776 MERCURE DE FRANCE .
miere Centurie des Epigrammes de M
Emmanuel Telles de Silva , Marquis
d'Alegrette , & Comte de Villamajor ,
fuivant l'Edition de Lifbonne. A la Haye
1723. in 4°.
V
M. le Marquis d'Alegrette , Confeiller
du Roi , & Secretaire de l'Acadé nie
pour l'Hiftoire établie il y a quelques
années à Lisbonne , fous la protection du
Roi de Portugal , eft d'une Maifon des
plus illuftres du Royaume. Il eft ne veu
de M. le Comte de Tarouca , Ambaſſadeur
de Portugal aux Etats Generaux
fils d'un pere qui s'eft diftingué dans les
Sciences , & petit- fils du Marquis d'Alegrette
, Miniftre d'Etat de D. Pedre II.
& Auteur de la vie de D. Jean II. Roi
de Portugal , réimprimée en 1722. à la
Haye fur l'Edition de Liſbonne .
"
>
L'ouvrage de M. le M. d'Alegrette , eft
imprimé fur de beau papier,gros caractere,
avec des vignettes , & d'autres ornemens .
Il y a au commencement de cet ouvrage
plufieurs morceaux en Profe , d'un Latin
fort élegant. On voit d'abord une Lettre
de la Faculté du Tribunal de l'Inquifition
, & une autre de la Faculté du Confeil
du Roi ; ces deux Corps approuvent
les Epigrammes du Marquis d'Alegrette ,
& en font l'éloge. On voit enfuite une
-Epître de l'Auteur au Marquis de Valenca
,
A OUST
1777 1724.
lenca , la réponſe de celui-ci à l'Epître
précedente enfin une Lettre de M. 'Emmanuel
Cajetan de Soufa , par laquelle
cet habile homme tâche d'engager le
Marquis d'Alegrette à augmenter fon
Recueil d'Epigrammes .
On a publié à Lifbonne fur la fin de
l'année derniere un autre ouvrage , qui
a pour titre , de vita & rebus geftis N..
Alvarefii Pyreria , Lufitania Comitis ftabulis
, libri duo , Autore Ant. Rodericio
Coftio , Regia Academia focio , in fo ' . La
perfonne qui nous donne cet avis ajoûte
que ce Livre qui n'a point encore paru .
en France eft écrit en beau Latin , &
qu'il ne peut être que fort intereffant
pour ceux qui aiment l'Hiftoire & le détail
exact des actions des grands hommes.
Ileft parfaitement bien imprimé , & orné
de plufieurs figures , vignettes , &c. gravées
par le celebre B. Picard.
Les Académiciens appliquez de Lisbonne
, s'affemblerent vers le milieu de
l'autre mois dans le Couvent de Nôtre-
Dame de Grace , des Religieux Hermites
de S. Auguftin pour la diftribution des
fix Prix , & de deux Prix extraordinaires
qui furent adjugez par les Commiffaires
de l'Académie Royale de l'Hiftoire
Fiiij
de
1778 MERCURE DE FRANCE.
de ce Royaume , au P. Chriftophe -Jofeph
de Fonfeca , Jefuite de la Maiſon Profeffe
de cette Ville ; au P. Antoine Efcarate
& Ledesma , Caftillan , Clerc Regulier
de la Providence , à Don Eugene
Gerard Lobo , Caſtillan , Caftillan , Colonel &
Adjudant dans les armées d'Efpagne ; à
Don Gabriel Leon & Luna , Chevalier
de l'Ordre de S. Jacques ; à Don Jean
Manuel de Mello ; à deux Jefuites Anohimes
de l'Univerfité de Salamanque , &
au P. Diegue de Quadros , Jefuite du
College de Alcala .
1
On apprend de Lisbonne que le Viceroi
du Brefil a établi dans la Capitale de
cette Province , une Académie composée
des perfonnes les plus fçavantes du Païs ,
qui doivent s'affembler au mois d'Avril
prochain.
M. Merveilleux , Hiftorien Naturalifte
, qui étoit allé par ordre du Roi de
Portugal , examiner les curiofitez naturelles
de la Montagne de Cintra , a trouvé
dans l'un des fouterrains de cette Montagne
plufieurs morceaux d'Agathe , détachez
d'une mine parfaitement femblable
aux Agathes Orientales , & il les a
envoyez à Sa Majefté avec une defcription
des plantes les plus rares . Il s'eft
rendu depuis dans un Château qui appartient
AOUST 1724.
1779
4
tient à Dom Pierre de Saldanha de Albuquerque
pour examiner le Squelette
d'une femme d'une grandeur extraordinaire
qu'on conſerve dans ce Château
depuis très long- temps.
**
On écrit de Londres que les ouvriers
qui font employez aux reparations de
l'Eglife Cathedrale d'York , ont découvert
des deux côtez du Choeur deux caveaux
, dans lesquels ils ont trouvé deux
corps entiers d'anciens Archevêques de
cette Ville , revêtus de leurs habits
pontificaux
, & tenant une Croffe dans leur
main droite , & dans la gauche un Calice.
La chair de ces deux corps n'eſt point
corrompue , quoique fuivant le calcul
des Antiquaires de cette Ville , on foit
prefque affuré qu'il y a près de 400 .
ans qu'ils font enterrez .
- des
On mande de la même Ville que
ouvriers tirant des pierres dans une carriere
près de Glocefter , ont trouvé à 16.
pieds de profondeur , un cercueil de
pierre de 7. piéds fur 4. de large , dans
lequel étoit le corps d'un homme , ayant
un cafque en tête. La datte de l'Infcription
gravée fur la pierre eft de l'an 1000 .
mais le nom du Guerrier eft effacé.
On écrit auffi que la Bibliotheque de
Fy feu
1780 MERCURE DE FRANCE.
feu M. Samuel Pepys , qui étoit Secre
taire de la Marine , fous le feu Roi Jacques
II. a été placée depuis peu dans la
Gallerie que le College de la Magdelai
ne a fait bâtir à Cambrige ; elle n'eft que
de 3000. volumes ; mais c'eft la plus
complette qu'il y ait en Angleterre, pour
ce qui concerne la Marine .
On a fait à Londres une Baignoire
d'argent pour le Roi de Portugal , qui
pefe près de 900. marcs ; c'eft une piece
curieufe , & on prétend que l'art furpaffe
encore la matiere .
François Changuion , Libraire à Am,
fterdam , vient d'imprimer , le Babillard ,
ou le Nouvelifte Philofophe , traduit de
l'Anglois de M's Add ffon & Stale , tom.
1. in 12 .
J
L'original de l'ouvrage , dont on donne
ici le premier tome en François , eft
intitulé The Tatler , c'eft- à - dire , le Jazeur,
le Caufeur , ou le Babillard. Il a
été fort goûté en Angleterre , & l'on
peut dire fans crainte de fe tromper
que la gayeté , & le feu de l'imagination.
dominent qu'on y fent prefque
partout la direction d'une raifon exacte ,
que l'agrément y tient le premier rang ,
& que d'ordinaire il mene à l'inftruction.
Y.
On
AOUST 1724.

1781
On en pourra juger , en quelque maniere
, par la traduction de plufieurs endroits
de ce Livre , que M. Buchet a inferée
dans fon Mercure de Septembre
1719. pag. 71. & fuivantes.
. Le même Libraire a actuellement fous
preffe les Oeuvres de M. Rouffeau , augmentées
par l'Auteur de Pieces qui ne
fe trouvent point dans l'Edition de Londrs
, 3. volumes in 12 .
A
Extraits de diverfes Lettres.
De Naples.
Ntonio Muzio a imprimé l'ouvrage
de D. Giuseppe d'Aleffandro
Daca di Pefchio Lanciano. Divifé en
cinq livres , dans lefquels on traite de la
maniere de monter à cheval , de l'efcri-
& d'autres exercices , & c. des maladies
des chevaux , de leurs remedes ,
& c. On y a ajoûté un Recueil de vers
& de Lettres , & des traitez de la Phifionomie
, de la Peinture , & c. in fol .
pag. 788. avec figures .
Le même Imprimeur a donné une nouvelle
Edition en 5. vol . in 12. des pieces
dramatiques de Gio , Battista Porta ,
celebre Auteur Napolitain , ce font quinze
Comedies qui étoient devenues fort
-F vj rates,
1782 MERCURE DE FRANCE.
rares , dont voici les titres. L'Olimpia ,
' i Due fratelli rivali , la Trappolaria ,
la Sorella , la Turca , la Furiofa , la Fantefca
, l'Aftrologo , il Moro , la Taberna- ·
ria , la Cintia , la Carbonaria , la Chiappinaria
, i due fratelli fimili , & la Santa.
Felice Mofca , a imprimé , Il lume a
principianti nello studio delle materie Ecclefiaftiche
e fcritturali , efibito fecondo i
facri interpreti in diverfi quifiti da Mnfig.
Pompeo farnelli vefcovo di Bifeglio.
Nous avons du même Evêque 1o. vol.
de Lettres Ecclefiaftiques .
De Rome.
M. Albani a fait venir ici le Pere D.
Malachia d'Inguimbor , Moine de l'Ordre
de Cîteaux pour écrire la vie de Clement
XI. Nous avons de ce Pere le Spe--
cimen Catholica veritatis , & c. à Piſtoie
1721. & la vie de l'Abbé de la Trape ,
en Latin , imprimée à Rome il y a plufieurs
années .
M. de la Chauffe , Garde des Archives
de France , & Conful de la Nation Françoiſe
à Róme , y eſt mort le 21. de l'autre
mois dans un âge fort avancé , après
avoir fervi le Roi pendant plufieurs années
, avec autant de capacité que de zele.
Il étoit auffi recommandable
par fa profonde
AOUST 1724. 1783
fonde érudition , que par fa droiture &
fon affabilité envers les fçavans . Le Cabinet
d'Antiques & de pieces rares en
toute efpece qu'il avoit formé , a été difperfé
avant fa mort . Nous en avons la
defcription dans un Recueil qui eft imprimé
, avec les principales Pieces excellentes
gravées , & c.
On nous écrit qu'on a trouvé dans le
Comtat d'Avignon l'Infcription antique
qui fuit. S. P. V. SEVERUS SIBI ET
ŠUJIS FECIT , & que M. Guib déja
connu par plufieurs ouvrages , & ſurtout
par deux Differtations fur les Antiquitez
& l'Arc de Triomphe de la Ville
d'Orange , fa patrie , inferées dans nos
Journaux , l'explique de cette maniere.
Sepulchrum pedum quinque feverus fibi
& fuis fecit.
Nous avons de la peine à croire que cette
explication vienne directement de M.
Guib,qui eft trop habile homme pour ignoter
que ces Lettres S. P. V. cnt toûjours
été expliquées par ces mots fua pecunia
ufus , elles fe trouvent fur toutes fortes
d'anciens monumens , édifices publics ,
& c. ce qui ne s'accorde guere avec la
prétendue explication de M. Guib . D'ailleurs
un fepulchre de cinq pieds feulement
, pour Severe & toute la famille
eft
1784 MERCURE DE FRANCE.
eft une idée qui paroît contre le bon ſens.
Les fepulchres des anciens étoient bien
autrement compofez , c'étoit pour la plûpart
des bâtimens entiers , & c.
Le fieur Thomaffin , fils , Graveur du
Roi à Paris , travaille à une planche qui
paroîtra dans peu , & qui merite qu'on
l'annonce au Public. C'eft l'incendie de
la Ville de Rennes , deffiné fur les lieux
lorfque ce malheur arriva il y a trois
ans , par le fieur Huguet le fils , Architecte
, & grand deffinateur , employé par
le Roi pour le rétabliffement de cette
Capitale de la Bretagne. Ce fujet eft
traité en grand Maître ; belle Ordonnance
, beau choix de groupes & de figures ,
Expreffions admirables : l'habile Graveur
eft parfaitement entré dans l'efprit de
l'Auteur.
Le fieur Thomaffin , que fes talens
pour le deffein & pour la gravure , ont
fait recevoir depuis peu dans l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , a fini
le deffein d'un grand morceau qu'il va
graver d'après un tableau de M. de Troye
le fils , qui reprefente la Pefte de Marfeille.
EXAOUST
1724 1785
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de
Tunis le 24. Juin 1724. par M.
Peyfonel, Medecin de Marseille , à M.
J
de la R....
E fuis arrivé à Tunis en confequence
des ordres du Roi , depuis le 28 .
du mois paffé . Outre les diverfes Obſervations
que j'ai faites fur l'Hiftoire naturelle
; j'ai été voir un ancien Amphitheatre
qui fe trouve dans un lieu ruiné
nommé Augen , à trois journées de Tunis
, vers l'endroit que M. de Lifle dans
fa Carte des Côtes de Barbarie , appelle
Leptis Minor. On diroit que cet Amphi
theatre eft fait fur le modele du Colifée
de Rome ; il a 1.300 . pieds de circonfe
rence , 120. pieds de hauteur , & il eft
d'une très- belle architecture ; je vous en
donnerai une Defcription plus ample
dans la fuite , & je vous envoyerai en
même temps une copie de mes Obfervations
Geographiques. Quant à la Villenommée
Leptis magna , Patrie de Septime
Severe , marquée dans le Memoire
qu'il vous a plû de me donner , elle eft ,
comme vous fçavez , compriſe dans le
Royaume de Tripoli 5 ainfi je ne pourrai
l'avoir que l'Hiver prochain . Au refte
tout ce que vous m'avez écrit du pays
petrifié ,
1786 MERCURE DE FRANCE..
petrifié , & la Relation qu'en a faite M.
le Maire , m'ont été confirmez , & l'on
m'en a dit encore d'autres merveilles . Je
ne manquerai pas de vous tenir exactement
, Monfieur , la parole que je vous
ai donnée , & j'efpere que je pourrai
vous mander des chofes très curieufes &
très - fingulieres. Je fuis , Monfieur , & c.
On a appris de Rome que le Peré Jean-
Marie de Rochefort , Frocureur Gener 1
des Chartreux , & Frieur de la Chartreufe
de Rome , où il étoit né de parens
François , y eft mort le 24. de l'autre
mois , & qu'il a' laiffé le plus parfait , &
le plus nombreux Cabinet de Medales
qui fut à Rome , & peut - être en Europe.
On ajoûte que le Pape en a fait demander
le Catalogue , avec défenſe aux
Religieux de le vendre hors de Rome.
Le Chevalier Bignon , fecond fils de
feu M. Bignon , Confeiller d'Etat & Intendant
de Paris , fit le 13. d'Aouft à la
Bibliotheque du Roi , un exercice public
, fur toutes les oeuvres de Virgile ,
en prefence d'une a Temblée nombreuſe ,
compofée de tout ce qu'il y a de perfonnes
diftinguées dans la litterature . On
lui propofa des difficultez qui étoient
fort au deffus de fon âge , car il n'a que
12. ans cependant fes réponſes qui n'étoient
AOUST. 1724. 1787
*
toient point preparées , & qu'il affaiſonna
de toutes les graces poffibles , parurent
moins le fruit de fa memoire que
d'un jugement déja formé par l'étude ,
& par l'habitude de réflechir. Des progrès
fi rapides paroîtroient hors de
toute vrai- femblance , fi nous n'ajoutions
qu'il a l'avantage d'être élevé fous les
yeux de M. l'Abbé Bignon , ſon oncle .
Le Dimanche . 20. de ce mois il y eut
une caufe importante , plaidée en François
par les Rhetoriciens du College de
Louis le Grand ; nous en parlerons plus
au long , & nous donnerons l'Extrait des
cinq plaidoyers qui furent faits pour fçavoir
qui a mieux feryi le Roi & l'Etat
& lequel merite plus de récompenſe du
General d'Armée , de l'Homme d'Etat &
de Cabinet, du Surintendant des Finances,
de l'Homme de Mer , ou du Confident
vertueux .
corps ,
La femme d'un Laboureur de la Paroiffe
de Lubin , proche Blois , eft accou
chée depuis peu de deux enfans qui n'a »
voient qu'un feul deux têtes , quatre
bras & quatre jambes , fans aucune
marque de fexe . Ils vêcurent près de 26.
heures , & moururent environ à deux
heures d'un de l'autre . Le public fera
fans doute bien aife d'apprendre les obfervations
que des Chirurgiens auront pu
faire
1788 MERCURE DE FRANCE.
faire fur cette monftrueufe production .
Nous prions ceux qui font en état de
donner quelque éclairciffement là - deffus
de vouloir nous en faire part.
On écrit de Londres que le Pere
Gouille , Jefuite François , qui a demeuré
24. ans à la Chine , y eft arrivé fur ún
des Vaiffeaux de la Compagnie des Indes
, étant envoyé par l'Empereur de la
Chine , avec des prefens pour le Roi dé
France , qui conſiſtent en deux Paravants
d'une beauté admirable , & quantité de
beaux vafes de vieille Porcelaine . Ce
Pere qui eft habillé à la Chinoiſe , & qui
porte une longue barbe , doit s'embarquer
inceffamment pour paffer en France
. Quatre Gentilhommes Chinois , accompagnez
d'un Mandarin , leur Gouverneur
, qui font embarquez fur un
Vaiffeau Anglois , font attendus à Londres.
Ils doivent aller à Rome pour y
faire leurs études .
On écrit auffi que le fieur de la Chaumettre
, Ingenieur , a inventé depuis peu
un moyen pour éviter le naufrage des
Vaiffeaux par l'orage , en faisant defcendre
la voile par un reffort très- fimple. Il
a encore inventé une Montres qui fe
monte par un anneau , fans aucun reffort ,
& fans qu'il foit neceffaire de l'ouvrir ,
ce
AOUST 1724.
1789
I
ce qui la rend plus juſte , & à moins de
frais.
Le R. P. Noël Alexandre , natif de
Rouen , Religieux de l'Ordre de Saint
Dominique , Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , fi connu dans toute
l'Europe par le grand nombre de fçavans
ouvrages qu'il a compofez fur l'Hiftoire
de l'Eglife , fur la morale , & fur l'Ecriture
Sainte , mourut ici le 21. Aouft
dans le Grand Convent du même Ordre,
âgé de 86. ans. Il avoit été Provincial de
fa Province , & il n'étoit pas moins recommandable
par fa grande pieté , que
par fa profonde érudition . La Faculté de
Theologie en corps , la Communauté
des Cordeliers , & grand nombre de
gens de confideration dans l'Etat Ecclefiaftique
feculier & regulier ont affifté
fes funerailles.
¿
SPEC1790
MERCURE DE FRANCE.
1
*
L
SPECTACLES.
Es Comediens François ont remis au
Theatre la Tragedie de Berenice , de
M. Racine qui a été extrêmement goûtée
du Public , foit par l'excellence de
T'ouvrage , foit par l'execution admirable
des Acteurs . Les principaux rôles de
Berenice, de Titus , & d'Antiochus , font
remplis par la Dle le Couvreur , par le
fieur Quinaut l'aîné , & par le fieur Quinaut
du Frefne.
Lorfque cette Tragedie fut reprefentée
dans fa nouveauté fur le Theatre de l'Hô-
'tel de Bourgogne. La D'le Champmeflé ,
le fieur de Floridor , & le fieur de Champ-
'meflé jouoient les trois rôles , dont nous
venons de parler.
M. de S. Evremond a remarqué que
dans cette Piece on voit du defefpoir , où
il ne faudroit qu'à peine de la douleur ;
car l'Hiftoire nous apprend que Titus
plein d'égards & de circonfpections , renvoya
Berenice en Judée , pour ne pas
donner le moindre fcandale au peuple
Romain , & le Poëte en fait un defefperé
, qui veut fe tuer lui- même , plutôt
que de confentir à cette feparation . On
peut
AOUST 1724. 1791
peut dire à cette occafion aux Auteurs
Dramatiques de prendre garde d'employer
une paffion pour une autre , de
mettre de la douleur où il ne faut que de
la tendrefle , & au contraire du defeſpoir
où il ne faut que de la douleur .
La Tragedie de Berenice , dit M. Baillet
, a toûjours paru nouvelle toutes les
fois qu'on l'a reprefentée ; & il y en a
peu qui ayent couté plus de larmes aux
fpectateurs. Les Critiques qui n'ont pas
le coeur fi tendre, ont reproché à l'Auteur
la fimplicité qui leur a paru trop grande
dans la Piece , croyant qu'une Tragedie
qui étoit fi peu chargée d'intrigues ne pouvoit
être felon les regles du Theatre . M.
Racine leur a fait connoître que cette
fimplicité eft la premiere vertu d'une
Piece de Theatre que l'invention confifte
principalement à faire quelque chofes
de rien , & que le grand nombre d'incidens
a toûjours été le refuge des Foëtes
, qui ne fentoient dans leur genie , ni
affez d'abondance , ni affez de force pour
attacher durant cinq Actes leurs ſpectateurs
par une action fimple , foutenue de
la violence des paffions , de la beauté des
fentimens , & de l'élegance de l'expreffion
.
Lorfque cette Piece parut , on demanda
à M. le Prince , le Grand Condé ,
fon
1
1692 MERCURE DE FRANCE .
fon fentiment ; il ne répondit jamais autre
chofe que ce refrain de chanfon Marion
pleure , Marion crie , Marion vent .
qu'on la marie.
*
On a remarqué que les combats que
livre Titus ne font pas dignes de lui ,
ni dignes d'occuper la Scene Tragique
durant cinq Actes. On prétend que
c'eft faire tort à la réputation que cet
Empereur a laiffée , & aller contre les
loix de la vrai-femblance , & du pathetique
, que de lui donner un caractere fi
moû & fi efféminé . Suetone dont Racine
a tiré le fujet de fa Piece , dit feulement
que Titus renvoya
Berenice , & qu'ils fe
feparerent à regret. Berenicem ftatim
ab urbe dimifit invitus invitam . Cet Auteur
ne dit point que Titus fe foit abandonné
à la douleur exceffive où il eſt
toûjours plongé dans cette Piece . Quand
même l'avanture feroit narrée par Suetone
, avec les circonftances dont nôtre
Poëte a trouvé bon de la revêtir , on prétend
qu'il n'auroit pas dû la choifir comme
un fujet propre à la Tragedie . La
gloire du fuccès ne repare pas toûjours
la honte d'un combat où nous devions
remporter l'avantage d'abord. Un ennemi
bien inégal nous furmonte en quelque
façon , s'il difpute trop long temps
la victoire contre nous . En effet dix mille
* In Tit. vefp, fect. 7 .
AOUST
1724.
1793
Allemans , qui
n'auroient battu 4000 .
Turcs en rafe campagne qu'après un combat
de douze heures feroient honteux de
leur victoire . Auffi quoique Berenice ſoit
une Piece trèsmethodique
, & parfaitement
bien écrite , le Public ne la revoit
pas avec le même plaifir que Britannicus
& Fhedre . Un Auteur moderne aflure
que Racine s'étoit engagé par foibleffe à
traiter ce fujet fur les inftances d'une
grande Princeffe. Quand il fe chargea de
cette tache , l'ami , dont les confeils lui
furent tant de fois utiles, étoit abfent . Def
preaux a dit plufieurs fois qu'il eut bien
empêche fon ami de fe confommer fur un
fujet auffi peu propre à la Tragedie que
Berenice , s'il avoit été à portée de le
diffuader de prometre qu'il le traiteroit .
M. l'Ab. D. reproche à Racine d'avoir
fait agrandir par Titus les Etats de Berenice
. Il eſt parlé vingt fois des Etats de
cette Reine dans la Piece ; cependant elle
n'eut jamais ni Royaume , ni
Principaut
. On
l'appelloit Reine , parce qu'elle
avoit épousé des Souverains , ou parce
qu'elle étoit fille de Roi : l'ufage d'appeller
Reines les filles des Rois , a eu
cours dans plufieurs pays , & même en
France. Racine fuppofe que fon Antiochus
, celui qui fut bleſſé dans un combat
des troupes d'Othon contre celles de Vitellius
,
1794 MERCURE DE FRANCE.
tellius , & qui avoit amené un ſecours
aux Romains devant Jerufalem , fut Roi
de Commagene fous l'empire de Titus ,
quoique les Hiftoriens nous apprennent
que le pere de ce Prince infortuné ait
été le dernier Roi de Commagene. Il fut
foupçonné fous l'empire de Veſpaſien ,
pere & prédeceffeur de Titus , d'intelligence
avec les Parthes , & il fut obligé
de fe fauver chez eux avec fes fils , dont
cet Antiochus étoit du nombre , pour
éviter de tomber entre les mains de Cafennius
Poetus , qui avoit ordre de les
enlever. Foetus fe mit en poffeffion de la
Commagene , qui fut deflors réduite pour
toûjours en Province de l'Empire. Ainfi
lors de l'avenement de Titus au Trône ,
Antiochus Epiphane étoit refugié chez
les Parthes , & il n'y avoit plus de Roi
de Commagene .
Nôtre Poëte peche encore contre la
verité , quand il fait dire à Paulin - que
Titus chargé , comme fon confident , de
lui parler fur le mariage de Berenice
qu’on a vu .
Des fers de Claudius Felix encor flétri ‚,*
De deux Reines , Seigneur , de venir le mari ,
Et s'il faut juſqu'au bout que je vous obéiffe ,
Ces deux Reines étoient du fang de Berenice.
Ce
AOUST 1724.
1795
Ce Felix , fi connu par Tacite & par
Jofeph , n'époufa jamais qu'une Reine
ou fille d'un Sang Royal, qui fut Drufille.
Il eft vrai qu'elle étoit du Sang de Bere--
nice. C'étoit fa propre foeur.
J'ai toûjours oui dire que Racine aimoit
mieux cette Piece que les autres
Tragedies , comme Corneille trouvoit
Attila fa meilleure Fiece. Mais les Auteurs
ne font pas toûjours finceres fur le
merite de leurs ouvrages ; ils ſoutiennent
quelquefois ceux que le public eftime le
moins , & dont la foibleffe a befoin d'appui,
en montrant une prédilection affectée..
Le 2. Aouft on reprefenta au College
' de Louis le Grand une Tragedie , qui a
pour titre Hermenigilde , Martyr , pour
la diſtribution des prix fondez par Sa
Majesté.
Acteurs de la Tagedie.
Leovigilde , Roi des Gots. Jofeph-Michel
du Prefnay des Roches.
Hermenigilde , fils aîné de Leovigilde.
Pierre-Louis - Nicolas de Meulan.
Athanagilde , fils d'Hermenigille.
Jean Gilbert Allire de Langhac.
Recarede , frere d'Hemenigilde. Pierre-
François de Rippert de Monclar.
G Vala1696
MERCURE DE FRANCE .
Valamir , ancien Gouverneur d'Herme
nigilde. François Foffeyeux ,
Ataulphe, premier Miniftre de Leovi
gilde, Charles -François- Xavier Corio
lis d'Efpinoufe....
Sigeric , General de l'armée des Gots .
Jean - Baptifte le Franc..
Crifpe , General de l'armée des Grecs;
Jacques André de Richerolles.
Manrique , Officier de l'armée d'Hermenigilde.
Louis - Antoine- Gervais de
S. Laurent.
Gondemar , Officier de l'armée de Leovigilde.
Jacques - André de Richerolles,
La Scene eft dans le
nigilde , près de Seville.
camp
Plan de la Tragedie.
ACTE I.
d'Herine
Hermenigilde donne ordre d'attaquer
les troupes que Leovigilde fon pere a
envoyées contre lui . Il en eft détourné
par l'arrivée foudaine & les confeils de
Valomir , fon ancien Gouverneur , qui
avoit été exilé pour la foi Catholique.
Recarede , frete d'Hermenigilde fe prefente
à lui , déguifé en Berger ; une abfence
de plufieurs années l'empêche d'être
d'abord reconnu par fon aîné ; mais s'étant
AOUST 1724.
1797
tant enfin fait connoître à ce cher frere ,
il lui apprend l'arrivée du Roi , leur pere
, à fon armée , & n'oublie rien pour
le porter à mettre les armes bas. Hermenigilde
n'y peut confentir , à moins que
le Roi ne lui laiffe la liberté de vivre
dans la Religion Catholique . Recarede
retourne dans, le camp de fon pere pour
obtenir ce que demande Hermenigilde
fon frere. Cependant Crifpe , General de
l'armée Grecque , alliée d'Hermenigilde
vient lui faire des reproches fur ce qu'il
laiffe échapper l'occafion de combattre
fes ennemis avec avantage. Hermenigilde
lui répond que fon pere étant à la tête
de ces mêmes ennemis , il ne peut le réfoudre
à les combattre qu'il n'y foit forcé.
Il perfifteroit dans ce deffein refpectueux
, s'il n'apprenoit en même temps
que fon fils Athanagilde vient d'être fait
prifonnier par les troupes de fon pere ,
ce qui le détermine à voler à fon fecours.
ACTE II.
Recarede après une victoire , dont il
a le principal honneur , revient dans la
tente d'Hermenigilde , pour fçavoir ce
que ce cher frere eft devenu : il apprend
par Sigeric , General de l'armée de Leovigilde
, que ce malheureux Prince ,
Gij apr
1798 MERCURE DE FRANCE.
après avoir fait des actions de valeur
étonnantes , qui n'ont pû l'empêcher de
perdre la bataille , s'eft refugié dans une
Eglife. Recarede lui envoye dire de ne
point fortir de fon azile que le Roi fon
pere ne lui ait accordé fon pardon , qu'il
va folliciter . Leovigilde arrive ; Recarede
le fait reconnoître à fon pere , qui apprend
en même temps qu'il lui eft redevable
de la victoire qu'il vient de remporter
fir fon aîné. Toute la récompenfe que
Recarede en demande fe borne à la grace
d'Hermenigilde ; Ataulphe ennemi fecret
de ce dernier , & premier Miniſtre
de Leovigilde s'y oppofe artificieuſement
; mais Recarede l'emporte. Hermenigilde
vient de lui- même fe jetter aux
pieds de fon pere , qui lui pardonne , à
condition qu'il embraffera l'Arianifme.
Hermenigilde ne répond à cette propofition
que par un filence glacé . Son fils
lui eft rendu , fa vûë qui dans une autre
occafion auroit été pour lui un fujet de
joye , ne fert dans celle-cy qu'à augmenter
fa douleur. Il fe fepare de lui , affligé
de voir cet enfant affez avancé en âge
pour fentir fon malheur , mais trop jeúne
encore pour s'en confoler par un motif
aufli preffant que celui de la foi.
ACTE
AOUST
1799 1724.
ACTE III.
Valamir , ancien Gouverneur d'Hermenigilde
, & Ataulphe premier Minif
tre de Leovigilde ouvrent ce troifiéme
Acte ; il s'agit d'une déliberation que le
Roi doit prendre par leurs confeils au
fujet d'Hermenigilde . Ataulphe ne peut
s'empêcher de laiffer entrevoir la haine
fecrette qu'il a conçue contre ce Prince
qu'il voudroit faire exclure de la fuccef-
Con à la Couronne des Gots .
Valamir n'oublie rien pour lui infpirer
des fentimens plus doux & plus équitables
; mais fes efforts font inutiles . Leovigile
vient tenir confeil avec eux ,
Ataulphe l'emporte fur Valamir & Hermenigilde
n'a plus rien à prétendre au
Trône , s'il ne renonce à la Religion Romaine.
Leovigilde mande fur le champ
Hermenigilde ; il lui propofe la Coutonne
d'un côté & les fers de l'autre. Il le
laiffe feul afin qu'il délibere à loifir fur
le choix qu'il doit faire. Il lui envoye
fon fils Athanigilde , pour le faire pancher
du côté de la Couronne . L'enfant
ébloüi de l'éclat des grandeurs , livre de
preffans affauts à fou pere , qui malgré fa
tendreffe pour fon fils , demeure inébranlable
dans fa foi. Leovigilde revient pour
G iij fça1800
MERCURE DE FRANCE.
fçavoir quelle eft la derniere réfolution
d'Hermenigilde ; mais le trouvant tout
di pofé à préferer les chaînes au Trône ,
il lui annonce avec fureur que s'il ne
change de deffein , il ajoûtera la mort à
la captivité , fi -tôt qu'il aura fait couronner
Recarede fon frere .
ACTE IV.
Recarede ne peut confentir à s'enrichir
des dépouilles d'un frere , qui lui
eft mille fois plus cher que le Trône
qu'on lui offre il preffe Hermenigilde
de renoncer à la créance Romaine , qui
eft le feul crime pour lequel Leovigilde
le veut priver de fa fucceffion. Hermenigilde
parle avec tant de force à Recarede
, qu'il le range du parti de la verité ;
de forte que Leovigilde fuivi de plufieurs
Officiers , le venant inviter à monter
au Trône qu'il lui a fait élever au
milieu de fon camp ; ce Prince vertueux
lui répond , que loin d'accepter une Couronne
qui n'eſt dûë qu'à ſon frere , il embraffe
la même créance que lui . Leovigilde
fe livre à toute fa colere ; Ataulphe
profite de cette occafion d'achever de perdre
Hermenigilde . Il porte le Roi à
faire declarer à ce fils rebelle , que s'il
ne revient à l'Arianifme d'où Valamir
l'a
AOUST 1724. 1801
:
f'a retiré , on fera mourir ce Gouverneur
qui l'a féduit. Leovigilde laiffe Ataulphe
maître de toutes les propofitions , & de
toutes les rufes qu'il pourra imaginer ,
pour intimider Hermenigilde .
ACTE V.
Valamir commence ce dernier Acte ;
-bien loin de vouloir porter fon cher éleve
à l'Arianifme , il ne fonge qu'à le fortifier
dans la veritable foi , & fe propofe
de lui donner l'exemple de mourir
pour un fi grand objet. Manrique donne
avis à Hermenigilde que fon époufe Indegonde
va bien - tôt brifer fes fers , par
le fecours de quelques Grecs , qui fe repentant
de leur derniere perfidie , la veulent
reparer en lui rendant la liberté
qu'ils lui ont fait perdre 5 ' mais ce genereux
captif refufe cette offre , & charge
Manrique de fes derniers adieux pour fa
chere Indegonde . Leovigilde lui annonce
enfin , que s'il ne change de créance
-il en coûtera la vie à Valamir. Hermenigilde
eft vivement touché du peril qui
menace fon Gouverneur , mais fa foi
l'emporte fur fa tendreffe ; il ne peut fe
-réfoudre à le fauver par une apoftafie .
Enfin Ataulphe vient annoncer à Leovigilde
que le changement de Recarede
Giiij
ayant
1802 MERCURE DE FRANCE .
ayant caufé une émotion generale daris
fon camp , il doit craindre que Sigeric
ou quelqu'autre ne lui enlevent la Couronne
des Gots . Ce malheureux Roi livré
aux pernicieux confeils d'un perfide
Miniftre , autant qu'à fa propre fureur ,
condamne fon fils a perdre la tête , ce qui
eft executé. Le reſte de la Piece roule fur
les remords de ce pere dénaturé , qui regrettant
trop tard la perte d'un fils vertueux
, condamne Ataulphe à un banniffement
perpetuel ; & commençant à fenstir
la verité d'une Religion qu'il a voulu
détruire , en permet au moins le libre
exercice à Récarede , dont il confie la
conduite au fidele Valamir.
Cette Tragedie , qui attira beaucoup
-d'applauditlemens , fut fuivie d'un Ballet
que les connoiffeurs ont trouvé très- in-
-genieux en voici le Deffein & la Divifion
. Comme le Gracieux & le Délicat
caracteriſent encore plus les Fêtes des
François que le Magnifique , on met
cette verité en fon jour par l'oppofition
des moeurs d'aujourd'hui à celles des anciens
Gaulois . La barbarie & la rudeffe
regnoient dans les Fêtes de nos peres ,
au lieu que l'élegance & la politeffe fe
font remarquer dans les nôtres . Pour
donner une idée des unes & des autres ,
' Auteur de ce Ballet fait d'abord venir
des
AOUST 1724. 1803
>
des Officiers Gaulois au fon des Tambours
& des Trompettes , pour celebrer
un Fête militaire ils eminement des
captifs pour les brûler & les immoler au
Dieu qui préfide aux combats . Un bucher
eft dreffé , les captifs y font attachez , &
des foldats danfent autour d'eux : quoi
de plus barbare !
Le Genie François , fuivi des ris & des
jeux , vient délivrer ces Captifs ; il adoucit
la ferocité des Gaulois , & les fait entrer
dans la riante Fête qu'il forme avec
fon aimable fuite quoi de plus gracieux !
Ce premier Ballet fert de prélude'à celui
qui doit fuivre & fait une efpece de per
petie des premieres moeurs , de notre
nation à celles qui regnent aujourd'hui.
Le Ballet qui doit fuivre le premier
eft divifé en quatre parties , c'eft- àdire
, en quatre fortes de Fêtes , qui font.
1° Les Fêtes de Cour. 2º Les Fêtes Bourgeoifes
. 30 Les Fêtes Ruftiques. 4° Les
Fêtes Marines. Ces quatre Fêtes font caraeterifées
avec un art infini ; nous ne
les détaillons pas , de peur d'être trop
prolixes.
A
Le Ballet general confifte dans une Fête
du Parnaffe qui précede la diftribution
des Prix , dont nous avons parlé dans le
commencement de cet article. Mnemofine
, Apollon & Mercure invitent les éle-
Gy ves
1804 MERCURE DE FRANCE.
ves du Parnalle à venir difputer les prix
de Memoire , d'Eloquence , & de Poëfie.
Chacune de ces trois Divinitez eft fuivie
de fa quadrille , pour former les danfes
qui compofent la Fête , après laquelle les-
Prix fondez par Sa Majefté font diftribuez
au fon des trompettes.
LES ARMES D'ACHILLE . Tragedie en
vers François , par M. Gibert , reprefentée
au College Mazarin le 7. Aouſt
1724. pour la diftribution des Prix . Ce
fujet eft fi connu par le x111 . Livre des
Metamorphofes , qu'il fuffira d'indiquer
de quelle maniere l'Auteur l'a traité. Les
Grecs fe difputent les Arines d'Achille .
L'ombre de ce Heros paroît , ordenne
qu'Ajax & Ulyffe foient feuls admis à
cette difpute , & prédit que ce jour fera
fatal à l'un des deux . Ajax indigné d'avoir
un concurrent tel qu'Ulyfle court
aux armes pour le combattre ; l'armée
s'y oppofe , & Calchas declare que la
volonté des Dieux eft que cette querelle
fe décide fans répandre de fang. Là- deffus
Neftor foutient éloquemment qu'il
fuffi d'entendre les raifons des prétendans.
Ajax fe rend , & cedant lui- même
au pouvoir de l'Eloquence , fait voir
quelle fera la fin de la difpute: En effet
Ulyffe l'emporte & Ajax fe tue de defefpoir.
Les
AOUST 1724. 1805
Les Comediens Italiens ont remis le
19. une Piece de l'ancien Theatre Italien
, qui a pour titre les Bains de la Porte
S. Bernard , Comedie en trois Actes ,
mife au Theatre par M. de Boisfranc , &
reprefentée pour la premiere fois à l'Hôtel
de Bourgogne , en Juillet 1695.
Cette Comedie fut fort goûtée dans
fa nouveauté , le fameux Gherardy faifoit
tout le plaifir qu'on pouvoit attendre
d'un auffi habile Acteur. Le fieur
Dominique joue aujourd'hui ce rôle
qui contient plus de la moitié de la Piece
, avec approbation . Les rôles d'Ange
lique & de Colombine font jouez par les
Dies Silvia & la Lande ; ceux d'Octave,
& de Leandre par les fieurs Lelio & -
Ma
rio. Pantalon qu'on voit toûjours avec
plaifir fur la Scene n'y jouë pas , non plus
que la Dle Flaminia. Cette Comedie n'a
pas été autrement goûtée à cette repriſe ,
& il paroît que le public ne s'accommode
plus de ces fortes de pieces.
Le Mercredi 16. Aouft on joua fur le
grand Theatre du Fauxbourg S. Laurent,
fous le nom d'Opera Comique , deux
Pieces , dont la premiere a pour titre
Afne d'Or & la feconde s'appelle le
Caprice ; la premiere eft en deux Actes ,
la feconde n'en a qu'un ; mais elle a fait
Gvj beau
1806 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup plus de plaifir que la premiere
-yoici un Extrait de toutes les deux .
Extrait de l'Afne d'Or.
Arlequin ayant voulu par un efprit de
curiofité faire ellai de quelques poudres
ou breuvages d'un Magicien , fat transformé
en Alne , au grand regret de Colombine
, dont il étoit tendrement aimé.
Colombine lui fut fi fidelle , malgré fa
difgrace , qu'elle ne voulut jamais lui
donner de Rival pour fucceffeur. L'Afne
en queſtion fut vendu à un nouveau Maître
chez qui Colombine fervoir ; Pierrot ,
Cuifinier dans la même maifon & amou
reux de Colombine , avoit apporté beaucoup
de provifions pour un repas que fon
Maître devoit donner . Toutes ces provifions
qui confiftoient en vins exquis
viandes de Boucherie , volailles , fauciffons
& mortadelles , farent flairées par
l'Afne , qui, malgré fa Metamorphofe confervoit
encore la gourmandife qu'il avoit
eue fous fa forme humaine ; de forte qu'après
avoir bien mangé & bû , il emporta
Jes débris du repas que le hazard lui
avoit procuré Le Cuifinier ne trouvant
plus rien dans la Corbeille , où il avoit
mis tout ce qu'il avoit apporté pour le
diner de fon Maître , ne fçut à qui attribuer
AOUST 1724. 1807
buer ce vol : il en foupçonna d'abord
quelque chien ; mais le vin emporté lui
perfuada que c'étoit quelque Marmiton
qui lui avoit joué ce tour . Pour prendre
le voleur fur le fait , il mit de nouvelles
- viandes dans la Corbeille , & ſe cacha
pour obferver fans être vû. 11 fut bien
furpris de trouver l'Afne buvant une
.bouteille de vin. Il courut chercher Colombine
pour la rendre témoin oculaire
de ce prodige. Colombine , à cette vûë
furprenante, ne douta point que cet Aſne
gourmand ne fut fon cher Arlequin , elle
refta feule avec lui , & lui rendit la pa
role par un anneau magique , dont on lui
avoit appris la vertu. A peine lui eutelle
mis cet anneau dans l'oreille que
l'Afne , parla & fe fit connoître à elle
pour Arlequin , elle avoit un autre fecret
pour lui rendre tout - à - fait fa premiere
forme; mais elle ne voulut achever fon
ouvrage qu'après avoir été bien affeurée
qu'il ne lui avoit point fait d'infidelité
depuis fa Metamorphofe , Arlequin ne lui
laillant aucun doute fur la conftance , elle
voulut l'en récompenfer en prefence de
deux Rivaux ces Rivaux étoient Pierrot
& un Poëte. Elle les fit convenir
qu'ils confentiroient qu'elle épousât celui
à qui elle feroit prefent d'un bouquet
qu'elle tenoit , les deux concurrents y
don1808
MERCURE DE FRANCE.
donnerent les mains , chacun d'eux afpirant
à la préference ; mais ils furent bien
étonnez de voir que Colombine prefenta
le bouquet à l'Alne , & plus encore de
voir cet Afne reprendre la forme d'Arlequin
, ancien Amant de Colombine , &
le feul dont le fouvenir leur avoient toujours
difputé le coeur de leur Maîtrelle.
Tout ce qu'on vient de dire eft diftribué
en deux Actes , ornez d'un Ballet que le
Poëte dont nous avons parlé donne au
Maître de Colombine en forme d'Epithalame.
Le premier de ces deux Actes a
été affez bien reçû ; mais le fecond n'a
pas eu le même fort.
Extrait de la Piece , qui a pour titre
le Caprice.
Mercure & Iris ouvrent la Scene
par
un Dialogue , où ils fe rendent un compte
reciproque du fujet qui les a fait defcen
dre fur la terre. Iris dit à Mercure que
Junon a eu un fils à l'infçû de Jupiter ;
& qu'elle veut marier ce fils inconnu à
fon pere. Mercure lui demande qui peut
être ce fils , & quel en eft le veritable
pere. Iris lui répond que Junon n'a point
manqué de foi à Jupiter, & que ce fils,
qui s'appelle Caprice , eft né de fon Ceryeau
, comme Minerve fortit autrefois du
CeaA
OUST 1724. 1809
*
Cerveau de Jupiter . Mercure rend compte
à fon tour de fa miffion à Iris , & lui
apprend qu'il eft defcendu des Cieux ,
pour marier une fille de Jupiter qui
s'appelle Folie. Cette converfation fe
paffe devant le Temple du Caprice . Le
Caprice en fort avec fa fuite qui fait une
entrée de Ballet. Il en conte à Iris & lui
propofe de l'accepter pour époux. Iris
lui refufe fa main , en lui difant qu'elle
n'aime pas la danfe. Le Caprice irrité de
fon mépris pour la danfe , qui eft fa paffion
dominante , lui dit des injures & la
chaffe, Mercure fe retire pour aller chercher
la Folie à qui il ne fçauroit trouver
de mari plus convenable que le Caprice.
Plufieurs mortels de toutes fortes de profeffions
viennent confulter le Caprice ,
ce qui produit une demi- douzaine de
Scenes qu'on a trouvées très - plaifantes ,
& très- fines. Il y en a une d'un Poëte
avec fon pere qui veut le desheriter , parce
qu'il veut rimer dans toute forte de
genres , depuis le Cothurne jufqu'au Polichinelle.
Dans une autre Scene une petite
fille vient confulter le Caprice fur
une envie d'aimer qu'elle ne fçauroit
furmonter ; on voit encore un Agioteur
qui cherche les moyens les plus courts.
& les plus feurs de fe ruiner. Le Caprice
le renvoye aux Coulifes des Theatres
1810 MERCURE DE FRANCE.
-"
tres , & fur tout il lui confeille de s'adreffer
aux Actrices à premiers rôles. La
Nature & l'Art viennent enfuite prier
le Caprice de les démarier , parce qu'ils
ne fçauroient plus vivre enfeinble ; la
Nature accufe l'Art d'avoir tout renverfé
; l'Art de fon côté fe plaint que la
Nature produit fouvent des monftres
qu'il prend foin d'embellir , & dont il
cache les défauts par une espece de fard
dont fe fert . La Nature reproche à
l'Art ces mêmes monftres dont il lui impute
la production , & fur tout dans les
Pieces de Theatres , où l'on ne trouve
plus rien de naturel ; ce qui donne lieu à
l'Auteur , de plaifanter fur la maniere
dont on parle d'amour à l'Opera , par
oppofition au fimple & au naïf que la
Nature demanderoit. La Piece finit par
l'arrivée de la Folie , dont l'humeur fe
trouve fi conforme à celle du Caprice ,
qu'ils font matiez fur le champ des
mains même de la Nature . La Fête qui
couronne cet ingenieux ouvrage eft amenée
d'une façon très -neuve . La Folie
feint d'être en travail d'enfant , le Caprice
en eft également furpris & allarmé ;
inais fa nouvelle époufe le raffure en lui
difant , que ce n'eft que d'une Fête nouvelle
qu'elle vient d'accoucher. Cette
Fête eft compofée d'un Arlequin & d'une
3
Arle
AOUST 1724. 1811
·
Arlequine , d'un Mezetin & d'une Mezetine
, d'un Pierrot & d'une Pierrotte,
d'un Scaramouche & d'une Scaramouchette.
Un Folichinelle , Rival d'Arlequin
rend cette danfe encore plus picquante.
On a trouvé la Chaconne qui
forme ce diver iffement , très- faillante ,
& parfaitement caracterifée . Elle eft de
Ia compofition du ſieur Voiſin .
j
Le 20. de ce mois les Comediens François
reprefenterent la Tragedie de Britannicus
de M. de Racine , & la petite
Comedie du Deuil d'Hauteroche. Le
feur Durand , cy- devant Comedien du
Roi , joua le rôle de Burrus dans la premiere
Piece , & celui de Nicodeme dans
Ja feconde. Il fut applaudi dans l'un &
dans l'autre.
La nuit du 24. an 25. Aouft il y eut
fur le Theatre de l'Opera un petit divertiffement
, intitulé le Bal des Dieux , qui
fut fuivi d'un Bal ordinaire , où il y eut
une très-belle & très- nombreuſe affemblée.
On y paya 5. liv. par perfonnes
.
Les Comediens François & les Comediens
Italiens font partis pour Fontainebleau
; ces derniers ont formé leur
Theatre ; mais les Comediens François
conti112
MERCURE "DE FRANCE.
continuent leurs Repreſentations à Paris.
Ils ont remis au Theatre la Comedie des
Trois Coufines , du fieur Dancourt , Piece
en trois Actes , avec trois Divertiſſemens
que le public revoit avec grand plaifir.
Nous en parlerons plus au long.
·
NOUVELLES ETRANGERES.
L
Turquie.
A derniere maladie du Grand Seigneur
, dont on publie qu'il eſt parfaitement
rétabli , avoit donné lieu à plufieurs
intrigues , tant dans l'interieur du
Serrail que dans la Ville ; mais on ne
croit pas que les deffeins des factieux
puiffent réüffir , s'il eft vrai , comme le
bruit en court , que Sa Hauteffe ait reglé
la fucceffion au Trône en faveur d'un
des Princes fes fils , qui eft très aimé
des Janiffaires & du peuple : le Mufti a
parlé dans le Divan avec beaucoup d'animofité
contre les Chrétiens ; mais le
Grand Vifir lui a répondu en leur faveur,
avec tant de fageffe , que ce Chef de la
Loy a été obligé de garder le filence .
Cianum Coggia , Vice - Amiral des Ar
mées Navales du Grand Seigneur , eft
arri
AOUST 1724.
1813
>
atrivé des Dardanelles à Conftantinople
le 13. Juin. Le 14: il eut une audience
particuliere du Grand Vifir , qui le conduifit
à la maiſon de plaifance , où Sa Hau-
Eteffe s'eft rendue depuis quelques jours
pour rétablir entierement fa fanté ; & le
bruit court qu'il retournera dans peu aux
Dardanelles pour en faire partir quelques
Sultanes avec lefquelles il doit
aller vers les Côtes d'Afrique. Les deux
Agens de Miry - Mamouth qui font à
Conftantinople depuis quelque temps ont
frequemment des audiences favorables du
Grand Vifir ; cependant le bruit court
que cet Ufurpateur ayant declaré qu'il
ne defarmeroit qu'après s'être affure fon
pardon , le Grand Vifir lui a fait fçavoir
par un Chaoux , que s'il perfiftoit à vouloir
refter à la tête d'une armée , le Grand
Seigneur étoit dans la réfolution d'ordonner
au Bacha qui commande les troupes
Ottomanes dans la Perfe de fe joindre à
celles du Czar pour lui donner bataille ,
& que s'il venoit à être fait prifonnier ,
on ne pourroit fe difpenfer de le traiter
avec la derniere rigueur.

Le 11.Juin le Grand Seigneur fe trouva
indifpofe , & vers le foir il eut un
accès de fiévre affez violent , dont l'ardeur
diminua quelques jours après ; mais
comme Sa Hauteffe n'eft pas un feul jour
fans
1814 MERCURE DE FRANCE.
fans quelque reffentiment de fiévre , on
commence à craindre les fuites fâcheufes
de fa maladie .
On travaille avec beaucoup de diligence
à l'armément de la Flote qui fera
plus confiderable qu'on n'avoit crû : on
ne permet à aucun Etranger d'approcher
des Vaiffeaux qui la doivent compofer.
Lorfqu'il arrive àConftantinople quelque
Bâtiment Marchand on le fait garder par
des foldats de Marine , & il n'y a que le
Capitaine & le Pilote qui puiffent obtenir
la permiffion de mettre pied à terre ,
encore les fait- on accompagner par un
Janifaire toutes les fois qu'ils entrent
dans la Ville pour leurs affaires .
On a reçû avis de Smirne que la contagion
continuoit de faire de grands ravages
, que les principaux habitans étoient
fortis de la Ville , & que ceux qui y
étoient reftez s'étoient foulevez contre le
Cady , à l'occafion d'un ordre du Grand
Seigneur qu'il avoit fait publier pour la
diminution du prix des Sequins. Ces
Lettres ajoûtent que ce Magiftrat avoit
été attaqué du mal contagieux dans ſa
maiſon , & que plufieurs de fes domeſtiques
en étoient morts .
Les 3000. Janiffaires qui font arrivez
à Conftantinople , ont été embarquez pour
Trebifonde , d'où ils fe rendront par
terre
AOUST
1724. 1815
J
terre à Tifflis dans la Georgie. Le Grand
= Viir a envoyé à Niffa dans la Servie
2000. hommes de troupes reglées pour
renforcer la garnifon de cette place , où
l'on conftruit des Cazernes pour loger
jufqu'à 8000. hommes.
Le 1. Juillet M. Dierling , Réfident
de l'Empereur à Conftantinople , eut une
Audience du Grand Vifir , dans laquelle
ce premier Miniſtre lui confirma les affurances
qu'il lui avoit déja données , que
le Sultan vouloit bien fe défifter des prétentions
qu'il avoit formées contre les
Venitiens par raport aux limites.
On a examiné dans plufieurs Divans
les dernieres
propofitions du Czar . Le
Mufti a reprefenté que ce feroit agir contre
la loi , que de forcer par les armes
PUfurpateur Miry- Mamouth à abandonner
fes conquêtes ; & qu'étant Mufulman
de la même fecte que les Turcs , il
ne convenoit point au Grand Seigneur
d'unir les forces à celles du Czar , pour
le contraindre à fe foumettre aux volontez
de ce Prince , ennemi de la Religion
de Mahomet : que tout ce qu'on pouvoit
faire pour éviter la guerre avec les Mofcovites
, étoit de la: ffer agir le Czar fans
s'unir à lui.
Non
1816 MERCURE DE FRANCE.
Nouvelles de Conftantinople du meis
d'Avril 1724.
LE9.
le 10. le 11. & le 14. de ce mois
le feu a pris à plufieurs quartiers de
cette Ville , fans que l'on ait pû fçavoir
la caufe de ces accidens, Pendant que les
Miniftres de la Porte & les Officiers de
la Police travailloient le 11. à l'éteindre
à Conftantinople , ils furent étonnez
d'apprendre qu'il y en avoit un autre
confiderable en un Village nommé Caracuy
, fitué fur le Canal qui va à la Mer
Noire , ce qui leur a fait ouvrir les yeux,
& foupçonner en même temps que ces
frequents incendies pouvoient être caufez
par des gens mal-intentionnez .
Les ouvriers de l'Arfenal , pour la
conftruction des Vaiffeaux , ont repris
leurs ouvrages ordinaires , qu'ils avoient
quitté pour s'occuper à faire les Bouquets
qui ont fervi aux ceremonies des mariages
des trois Sultanes , filles du Grand
Seigneur , qui ont épousé le fils du Grand
Vifir , Ali Pacha , fon neveu , & Acmet
Pacha , fils d'Ofinan Pacha de Seyde , que
le Grand Seigneur a honorez à cette
occafion de la dignité de Pacha à trois
Queues.
Le bruit court ici que Miry - Mamouth
s'étoit
A
OUST 1724. 1817
s'étoit avancé juſques à une journée de
Cafbin , d'où il étoit revenu à Iſpahan
après avoir diffipé un corps . confiderable
de troupes de Tamaship . C'eſt ainſi
s'appelle le fils du Sophi détrôné.
que
L'on a eu avis ces jours paffez qu'Affan
Pacha de Babilone étoit mort , il
étoit fameux par l'autorité qu'il s'étoit
acquife dans fon Pachalik & par l'adreffe
avec laquelle il s'y étoit confervé malgré
les pratiques & les entrepriſes qui s'étoient
faites à la Porte contre fa perfonne
& contre fon Pofte : ce Pachalik a été
donné à Acmet fon fils , qui étoit Pacha
de Baffora , & celui de Baffora à Abduraman
, ſon gendre ; enforte qu'il n'y a
eu que peu de changement en cette occafion
dans le commandement des armées
de cette frontiere. On continue toûjours
à y faire paffer des troupes de tous côtez .
Le bruit court depuis quelques jours
que Miry- Mamouth s'eft emparé de la
Ville de Chiras fur le Golfe Perfique.
Les Tures ont fait paffer les 17. 18.
& 19. leur armée Navalle dans la Mer
Noires elle eft forte de près de cent
Voilles , tant en Galleres , demi - Galeres
Galeaffes que Galliotes . On dit que cette
armée a ordre de conftruire une Fortereffe
vers l'embouchure du Phaſe .
Le 30. de ce mois M. le Procurateur
Emo
1818 MERCURE DE FRANCE.
Emo eft venu rendre vifite à M. l'Amballa--
deur de France en grande ceremonie , &
prendre congé de lui pour retourner à
Venife.
Le Grand Seigneur a paſſé quinze
jours de ce mois au Canal dans la maifon
du Grand Vir , fon gendre , avec les
quatre Princeffes , fes filles , qui font
mariées , & quelques Sultanes , à voir.
la Fête des Tulippes . Nous donnerons le
mois prochain une Relation qui nous a
été envoyée à ce fujet , qui pourra fatisfaire
& amufer nos Lecteurs.
Ruffic.
Entrée de la Czarine à Petersbourg
L'ayant été fixée au 19. Juillet, on
aflembla la veille un grand nombre de
Yachts , & d'autres bâtimens legers dont
on forma une Flotille qui jetta l'ancre
devant le Convent de S. Alexandre , &
tous les Senateurs & les autres perfonnes
de confideration s'y rendirent le 19 .
dès la pointe du jour. La Czarine ayant
para fur la Riviere , la Flotille leva l'ancre
, & alla au- devant de Sa Majefté ,
la falua d'une décharge generale de fon
Artillerie , & l'accompagna jufqu'au
Port de la Trinité , où cette Prince fe fut
encore faluée par trois décharges de la
Moufqueterie des troupes qui étoient
fous
AOUST 1724. 1819

fous les armes , & enfuite par celle des
canons de la Ville & de l'Amirauté. La
Czarine mit pied à terre fur le port où
elle fut reçue par la Princeſſe Natalie
fa fille puinée : le Czar qui étoit arrivé
d'Olonitz à Petersbourg le 6. Juillet
vint la joindre , & leurs M. C. fe rendirent
enſemble à l'Eglife de la Trinité
où le Te Deum fut chanté au bruit de
plufieurs falves d'artillerie. Vers le foir
tous les Seigneurs & les Dames de la
Cour étant defcendus dans les jardins du
Palais , on y executa un feu d'artifice ,
dont la décoration reprefentoit une Couronne
, tenue par une main qui fortoit
d'une nuë , & derrière une Renommée
dans un Char , tenant un étendart déployé
avec ces paroles en langue Ruffienne
: Nous felicitons folemnellement
ceux qui s'en font rendus dignes .
On regarde comme certaine la conclufion
du mariage du Duc d'Holftein , avec
l'aînée des Princetles , fille du Czar , &
l'on aflure que le traité de cette alliance
a été fait avec la participation du Roi &
de la Reine de Suede.
O
Pologne.
Na envoyé à tous les Palatins qui
loivent fe trouver à la Diette generale
, des inftructions , par lesquelles
H ils
1820 MERCURE DE FRANCE.
ils font exhortez de faire connoître à la
Nobleffe de leurs diftricts la neceffité.
dans laquelle le Roi fe trouve d'augmenter
les troupes du Royaume , & le bruit
court que ce fera la premiere affaire qui
fera agitée après l'ouverture de la Diette.
Les Turcs aflemblent une armée trèsnombreuſe
du côté d'Afoph , & les Tartares
& Colaques ont enlevé quelques
Chevaux du Camp des Mofcovites dans
les environs de Pultowa.
Les Lettres circulaires que le Roi a
envoyées dans les differens Palatinats
pour fervir d'inftructions ont été rendues
publiques. Les dix articles principaux
de ces inftructions contiennent en
fubftance que Sa Majefté n'ayant pû juſqu'à
prefent rendre de réponſe pofitive au
Czar , au fujet des articles du Traité de
paix de Nystad qui concernent la Pologne,
elle prie la République de déliberer
fur cette affaire , ainfi que fur celle du
Duché de Curlande ; & fur la demande
que Sa M. C. a faite pour obtenir le titre
d'Empereur de toute la Ruffie. Le Roi
fouhaite auffi qu'on examine le Memoire
qui a été prefenté par le Miniftre du
Czar, touchant l'execution du Traité d'union
fait en 1677. entre le Roi de Pologne
Jean III. & l'Empereur Leopold ;
qu'on travaille à chercher les moyens les
I
moins
AOUST 1724 1821
moins onereux pour remplir les coffres
du Tréfor de la Couronne , & du grand
Duché de Lituanie , qui font prefque
épuiſez , qu'on faffe des fonds pour payer
les ordonnances , tant anciennes que nouvelles
qui ont été expediées pour dédom❤
magement des pertes que les troupes ont
caufées aux particuliers pendant la derniere
guerre qu'on en faffe d'autres
pour l'entretien de l'Artillerie , des Magafins
, & des fortifications des principales
places du Royaume , & principalement
de celles de Kaminieck , & de la
Ville d'Elbing : qu'on travaille à terminer
les differens de la République avec
le Saint Siege , au fujet du droit de patronage
: que la Tour de Montane foit
reparée qu'on renouvelle les balanciers
de la Monnoye : que les efcalins des differentes
Villes du Royaume foient réduits
à la même valeur. Qu'on faffe même
venir des ouvriers pour travailler aux Mines
du pays , & qu'on cherche les moyens
de tranfporter le fel de Stamburg hors
du Royaume pour en faire le commerce.
Ces Lettres circulaires n'ont pas été
reçûës avec cette même déference qu'on
avoit cy-devant pour les mandemens de
Sa Majefté : elles ont excité des querelles
entre les Gentilhommes de quelques diftricts
, & on a arrêté deux Ñobles de la
Hij Diette
1822 MERCURE DE FRANCE.
Dette particuliere de Cracovie qui après
avoir parlé de ces Lettres avec peu de
refpect , eurent l'audace de les déchirer
ala Chancellerie. Cette fâcheufe difpofition
des efprits fait douter que la Diette
generale puiffe s'affembler le 2. Octobre
prochain comme on l'eſperoit .
!
Allemagne.
N écrit de Coppenhague que le
Roi de Dannemark a donné des or
dres pour augmenter de plufieurs ouvrages
les fortifications de Frederic Ofth.
On mande de Ratifbone que le 24.
Juillet le College des Princes de l'Empire
avoit pris une réfolution favorable
aux prétentions du Roi de Suede fur la
haute Pomeranie , & que les Miniftres
des Princes Proteftans avoient tenu une
Conference particuliere , dans laquelle il
avoit été propofé d'écrire à l'Empereur
pour le fupplier de donner une réponſe
pofitive fur l'affaire du Calendrier .
On écrit de Hambourg que le Duc de
Meckelbourg a répondu à la Lettre que
le Prince Eugene de Savoye lui avoit
écrit pour l'engager à venir faire fa foumiffion
à l'Empereur. Cette réponſe contient
en fubftance , qu'il fe rendroit yolontiers
à Vienne , fi fes affaires domeftiques
lui permettoient de s'abfenter, que
fa
AOUST 1724.
1823
1
fa prefence dans le voifinage de fes Etats' ,
étoit encore necellaire pour la réuffite de
certains projets ; & qu'au cas qu'il pûc
faire le voyage , il demandoit qu'on lui
rendit à Vienne tous les honneurs qui
font dûs à fon rang en qualité de Prince
de l'Empire
.
L
Grande Bretagne.
E Roi tint le 19. Juillet à Kinfington
un Chapitre general de l'Ordre de
la Jarretiere , dans lequel le Vicomte de
Townſend , Secretaire d'Etat , & le Comte
de Scarborough furent créés Chevaliers
de cet Ordre , à la place du feu Duc de
Richmond , & du feu Comte d'Oxford.
Le Regiment des Fuziliers Ecoffois a
reçû ordre de marcher du côté de Galloway
pour réduire les féditieux , dont
on parle il y a quelque temps , & qui
continuent de commettre beaucoup de
defordres.
Le Roi a commencé le 7. Aouſt à
-prendre les eaux de Pyrmond que Sa
Majefté continuera jufques à fon départ
pour Windfor , qu'on dit être fixé au 23 .
du même mois .
Le 5. de ce mois le Major Harriffon , qui
a été nommé depuis peu Réfident de S. M.
à la Cour de l'Empereur , & le Capitaine
Alexandre Agnew , prirent querelle à
H iij
Lon1824
MERCURE DE FRANCE .
Londres , & mirent l'épée à la main , le
dernier reçût un coup dans la poitrine ,
dont il mourut prefque fur le champ ,
ayant eu la generofité de fe declarer l'agreffeur
pour la décharge de fon ennemi ,
qui a été mis à la garde d'un Connétable.
Hollande & Pays- Bas .
O
N affure que le Roi de Dannemark
a fait propoſer à la République des
conditions fort avantageufes pour rétablir
la bonne intelligence entre les deux Etats ;
mais qu'il demande qu'avant de rien conclure
, leurs Hautes Puiffances s'obligent
de fupprimer les nouveaux droits d'entrée
qu'elles ont mis fur les beftiaux qui
viennent du Nort.
On mande de Cambrai que le S. Aouft
les Ambaſſadeurs Plenipotentiaires des
Puiffances intereffées au Congrès avoient
recommencé leurs Conferences .
Espagne.
DEs Lettres de Cadix portent que le
contre- Amiral Godin avoit reçû
depuis quelques jours de nouvelles dépêches
de Hollande avec une commiffion
des Etats Generaux pour continuer de
croifer fur les Corfaires des Côtes de
Barbarie jufqu'au 1. du mois de Decembre
prochain
.
Le
A OUST 1724. 1825
Le 28. Juillet M. Aldobrandini , Archevêque
de Rhodes , & Nonce du Pape,
à Madrid , y donna le Sacrement de Confirmation
à la Princeffe , future épouse
de l'Infant Don Carlos , en prefence du
Roi & de la Reine qui furent Parrain
& Marraine de cette Princeffe , les In
fants , les Grands du Royaume , les Mi
niftres étrangers & les principaux Offi
ciers de la Cour affifterent à cette ceremonie.
On a fait partir de Malaga trois Galeres
avec un convoi de vingt barques ,
commandées par Don Pierre de Los - Rios ,
fur lefquelles on a embarqué le Regiment
Wallon de Flandres . Le Regiment
Italien de Corfe , & le Regiment Efpagnol
de Badajos , qui font deftinez à relever
un pareil nombre de troupes de la
garnifon de Ceuta .
L
Italie.
E deux Juillet le Pape s'étant rendu
dans l'Eglife de Sainte Marie in Val
licella , la Sainteté y facra l'Abbé de Tencin
, Archevêque d'Embrun , & char
gé des affaires du Roi très- Chrétien en
cette Cour. Le Cardinal Barberin fit
dant la ceremonie les fonctions d'Evês.
affiftant Le Cardinal de Polignac que
celle de Diacre de l'Evangile. M. Ratto
Hiiij Yoftopen+
1826 MERCURE DE FRANCE.
Yoftonelly , Auditeur de Rotte celebra
la Meffe , & les Prélats affiftans de l'Archevêque
confacré furent l'Archevêque
de Chicti & le nouvel Evêque de Gravina
: feize Cardinaux fe trouverent à la
ceremonie , ainfi qu'un grand nombre de
perfonnes de confideration de cette Ville .
Le Pape a ordonné à tous les Officiers
du i alais qui ne font pas dans les ordres .
facrez , de quitter la foutane & le manteau
long , & à ceux qui font Prêtres de
porter ces habits regulierement , & de
quitter inceffamment la perruque , fuivant
les ordres qu'il leur en a déja donné.
On écrit de Malthe que les Vaiffeaux
de la Religion qui étoient allez croifer
dans l'Archipel étoient rentrez dans
leur Port , à caufe de l'armément des
Turcs , & que le Grand- Maître avoit envoyé
des ordres aux Galeres Malthoifes,
qui font actuellement vers les Côtes de
la Sicile de revenir au plutôt ; le bruit
s'étant répandu depuis quelque temps
que le Grand Seigneur a de nouveaux
deffeins fur l'Ile de Malthe , & qu'on a
pris quelques réfolutions contre la Religion
dans le dernier Divan qui s'eft tenu
à Conftantinople.
On a publié à Rome une Ordonnance,
par laquelle le Pape declare que les criminels
A OUST 1724.
1827
minels qui fe fauveront dorénavant dans
les Eglifes & autres lieux privilegiez ,
ne pourront y jouir des immunitez Ecclefiaftiques
que pendant trois jours.
MORTS ,
*******
BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
L'Epoufe du Comte de Kniowski eſt
accouchée à Varfovie d'un Monftre
qui n'avoit que le haut du corps de figure
humaine , & eft morte le huitième jour
de fes couches.
La Princeffe , épouſe du Prince Joſeph'
de Lichteviftein eft accouchée à Vienne
le 8. Juillet d'un fils.
La Princeffe Electorale de Baviere eft
accouchée à Munich d'une Princeffe , le
19. Juillet à trois heures du matin dans
le Château de Nimphemberg . Elle a été
nommée Marie - Antoinette Walburge .
La Comteffe d'Hamilton eft morte à
Venin , âgée de 3 4. ans .
Le Comte d'Exeter a époufé à Londres
le 29. Juillet Mile Chambers qui lui
apporte en mariage quatre- vingt mille
livres fterling.
Le Comte Frideric de Benitein Steinfort
, a épousé à Detmold le 4. Juillet la
Hy Com1828
MERCURE DE FRANCE .
Comteffe Francine , ou Françoife- Charlotte
de la Lippe Dumold.
Il eft mort à Utrects une femme âgée
de cent & un an accomplis , dont le corps
a été porté par huit de fes petit fils .
Marie - Magdelaine de Berghes , foeur
de l'Evêque , Prince de Liege , & époufe
de Charles Hubert- Auguftin , Comte
de Grobendoutk , Maréchal hereditaire
du Duché de Brabant , eft morte à Bruxelles
le 21. Juin , âgée de quatre- vingtcinq
ans.
Madame Julienne- Elifabeth de Heffe-
Rheinfeh- Wanfried , époufe du Comte
de Limbourg Stirmin eft morte à Sftyrum
le 1. Aouft , âgée de 34. ans.
Don' Pierre Ferdinand de Soria , Curé
de l'Eglife de Sainte Marie , eft morte à
Madrid , âgé de 97. ans.
JOUR:
AOUST 1724. 1829
JOURNAL DE LA COUR
& de Paris.
le Prince de Conti fe porte in-
Miniment mieux , la fièvre dangereufe
qui l'attaquoit eft fort diminuée , &
on le croit abfolument hors de danger.
Le 15. Aouft , jour de la Vierge , le
Roi revêtu du Grand Colier de l'Ordre
du S. Efprit , entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château deVerfailles, & communia
par les mains du Cardinal de Rohan,
Grand Aumônier de France, enfuite
S.M.toucha un grand nombre de malades,
& l'après- midy le Roi accompagné du
Duc d'Orleans & du Comte de Cler
mont affifta aux Vêpres , & à la Proceffion
, à laquelle l'Abbé Tefniere , Chapelain
ordinaire de la Mufique officia.
Le Cardinal de Rohan étoit arrivé à
Verfailles le 10. Aouft , & avoit eu le
lendemain l'honneur de faluer le Roi qui
l'avoit reçû très - favorablement.
Le feize le Roi quitta le deuil que Sa
Majefté avoit pris pour la mort de la
Ducheffe Douairiere de Savoye , fa bifayeule.
Le 15. Aouft , Fête de l'Affomption
Hvj
de
1830 MERCURE DE FRANCE.
de la Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle
de l'Eglife Metropolitaine de
Paris , qui fe fait tous les ans à pareil
jour, en execution du voeu de Louis XII.
fe fit avec les ceremonies ordinaires. Le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris y officia. Le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes &
le Corps de Ville
affifterent en la maniere
accoutumée.
y
Le 13. Aouft M. l'Abbé de Villeneu•
ve , Evêque de Viviers fut facré dans la
Chapelle du Seminaire de S. Sulpice par
Archevêque de Tours, affifté des Evêques
de Carcaffonne & de Vabres .
le
Madame d'Eftampes , nommée par
Roi à l'Abbaye de Récoufort en Bour
gogne , y fut benite le 2. Aouft par M.
Abbé de Cîteaux.
On apprend de Vienne que le premier
de ce mois le Comte de Veli , Confeiller
Privé de l'Empereur , Majordome-Major
de l'Archiducheffe Elifabeth , ayant
été regalé à dîner chez le Comte de
Schonborn , Vice - Chancelier de l'Empi
re , eut le malheur en fortant de table
pour paffer dans un autre appartement ,
de rencontrer fous fes pieds une natte
repliée qui le fit tomber. Hfe bleffa au
vifage & perdit tant de fang qu'il mourut
le lendemain dans la foixante- treizieme
AOUST 1724.
me année de fon âge , generalement regretté,
On a appris par l'Allemagne que le
8. Juillet dernier , les Commiffaires de
la Porte & le Réfident de Ruffie à Conftantinople
, fignerent leur Traité au fujet
de la Perfe. On affure que les principaux
articles de ce Traité font que la
Porte poffedera les Provinces de Carduel
, d'Erivan & de Fauris avec la Ville
de Hamedan , & les autres places qui
compofoient l'ancien Royaume de Babilone
, & que le Czar reftera en poffeffion
de fes conquêtes le long de la Mer
Cafpienne , & pourra donner au Prince
Tamaship tous les fecours dont il aura
befoin pour monter fur le Trône de Perfe.
On affure auffi que la Forte le reconnoîtra
en qualité de Roi , lorfqu'il aura
été mis en poffeffion du Trône , & qu'en
attendant elle regardera Miry- Mamouth
comme un Ufurpateur , fans être neanmoins
obligée de fournir des troupes
pour le combattre.
Le 27. Juillet dernier , veille de Sainte
Anne , Patrone de M. de Vendeüil ,
Ecuyer , tenant l'Académie du Roi , ruë
des Canettes , fes penfionnaires celebrerent
fa fête par une fimphonie , qui fut
fuivie d'un très - beau feu d'artifice , après
lequel il y eut un grand bal , qui dura
juf1832
MERCURE DE FRANCE.
jufqu'au jour , où les rafraîchiflemens furs
rent fervis avec autant d'ordre que d'a
bondance à toute l'affemblée de Seigneurs
& de Dames du premier rang , qui honorerent
cette fête de leur prefence.
Le Roi accompagné du Comte de
Clermont & de fes principaux Officiers,
arriva à Versailles le premier de ce mois,
après un mois de féjour au Château de
Chantilly , où S. M. a paru Le plaire
beaucoup. Le Duc de Bourbon a donné à
cette occafion de grandes marques de fa
magnificence , & des preuves continuelles
de fon attention à plaire au Roi.
Il y a eu plufieurs gageures pour les
courfes de chevaux. Le Comte de Saxe
en gagna une contre le Marquis de Courtenvaux
, qui eut fa revanche quelques
jours après avec beaucoup davantage.
La chaffe du Cerf qui fe fit le 29. fut
funefte au Duc de Melun . Vers les fept
heures du foir , à une demi lieue du Château
de Chantilly , ce Seigneur courant
à cheval dans une des routes de la For
reft , fut bleffé par le Cerfqu'on chafſoit,
lequel étoit prefque aux abois. Le coup
qu'il donna en paffant fut fi rude que le
cheval & le Cavalier en furent renverfez.
Le Duc de Melun fut d'abord fecouru
par le Duc de Bourbon & par
Comte de Clermont , le fieur Flandio de
le
MontAOUST
1724.
1833
Montblanc , Chirurgien du Roi , lui mit
le premier appareil , & on le fit porter
à Chantilly où il mourut le 31. Juillet.
à cinq heures du matin , dans la 30 année
de fon âge , après avoir reçû tous les
Sacremens , & avoir fait fon teftament..
Il s'appelloit Louis de Melun , Duc de
Joyeuſe , Pair de France , Prince d'Epinoy
, Baron d'Antoing , de Chyfoin , de
Montlieu & de Montguyon , Comte de
S. Pol , de S. Aulaire & de Nechin , Vicomte
de Gand , Premier Beer , & Connétable
hereditaire de Flandres , Senéchal
de Haynault , Marquis de Bombeix ,
Pair de Breveq , Chatelain de Bapaume,
Prevost hereditaire de Douay , Seigneur
de Verchin , Thilé , Château Blecrequies
, Herzeller , Metz- en-Couture ,
Beaumetz , Bertincourt , Morchies , de
la Chatellenaye , de Bailleul- en Vimeu ,
Lieutenant General de la Province de
Picardie , & Meftre de Camp du Regiment
Royal , Cavalerie. Hétoit veuf de
Armande de la Tour de Bouillon , fille
d'Emmanuel Theodofe de la Tour de
Bouillon , Duc d'Albret , Pair de France,
& de Marie- Armande Victoire de la
Tremouille , dont il ne laifle point d'enfans.
Le Blafon de ſes armes eft d'azur à
7. befans d'or , 3.3.1.au chef d'or.
La bleffure du Duc de Melun avoit
été
1834 MERCURE DE FRANCE.
été faite par un Andouillers d'environ
Io. pouces de longueur , qui avoit percé
"la capacité du corps par les côtes jufques :
au foye. Le Cerf fut pris. Le Roi fe fit
apporter le bois , par lequel on vit que
c'étoit un Cerf dix cors , c'est - à -dire , à
fa quatriéme tête , & par confequent de
plus de 7. ans. Tout le monde fçait qu'après
4. ans le Cerf met bas fon bois tous
les ans vers le mois d'Avril . Les Andouillers
font les premieres branches du
bois du Cerf près de la tête.
Ce jeune Seigneur eft generalement
regretté. Le Roi a donné en cette occafion
des marques d'une grande fenfibilité.
S. M. ordonna qu'on ne battit point au
champ en arrivant au Château , non plus
qu'en montant la garde le lendemain , &
elle mit pied à terre au delà de la cour
& pendant que ce Seigneur a vêcu perfonne
n'y eft entré à cheval , moins encore
en caroffe.
Le Roi a accordé le Regiment Royal
Cavalerie , qu'avoit le Duc de Melun , au
jeune Comte de Melun , fon parent , qui
a herité de tous les biens dont il pouvoit
difpofer.
--Le Duché de Joyeufe revient par cette
mort au Prince Charles de Lorraine , en
vertu des claufes de la donation que la
Princelle de Lilletonne en avoit fait au
feu
AOUST 1724. 1835
feu Prince d'Epinoy , pere du Duc de
Melun, dont le corps a été embaumé pour
être transporté à Epinoy , près l'Ile en
Flandres , où eft la fepulture de fes ancêtres
. Ses biens fubftituez retournent au
Comte de Melun , de la branche de Richebourg
qui demeure en Flandres.
Le 2. de ce mois S. A. Royale , Madame
la Ducheffe d'Orleans , vint de
Bagnolet coucher à Paris : elle arriva au
Palais Royal à neuf heures du foir , où
elle trouva un grand concours de gens
de conditions & de peuple , dont les cours
étoient remplies , pour voir la nouvelle
Ducheffe d'Orleans qui étoit dans le même
caroffe. Cette Princeffe foupa en
public ; le lendemain elle vit la reprefentation
de l'Europe Galante de la petite
Loge du Palais Royal , & partit après
1Opera pour Verfailles. Le 4. aprèsmidy
cette Princeffe fe rendit dans l'appartement
du Roi , avec S. A. R. Madame
la Ducheffe d'Orleans qui la prefenta
à S. M. Le Roi l'embraffa , & lui
fit un accueil très -favorable. Le 6. à 4.
heures après - midy S. M. alla voir la
Ducheffe d'Orleans dans fon apparte
ment. Le 8. les Miniftres Etrangers firent
des complimens à cette Princeffe
fur fon mariage.
Le 3. Aouft M. le Duc d'Orleans
1836 MERCURE DE FRANCE .
J
leans & la Princeffe , fon époufe , ont
été complimentez au Palais Royal fur
leur mariage par les Députez de la Province
de Beaujolois , dont M. le Duc
d'Orleans eft Seigneur. M, Deloriol Dechandieu
, Marquis de Digoine portoit
la parole pour la Nobleffe , & M. Janfon
de Roffrey , Lieutenant Particulier
du Prefidial , & Lieutenant de Maire de
Villefranche , Capitale du Beaujolois ,
portoit la parole pour le Corps de Ville
& le Prefidial.
Les Secretaires du Roi , fur lefquels
tombe la fuppreffion , l'Edit étant favotable
aux Nobles , ont élû pour Syndic
M. Lancelot leur confrere , de l'Acadé
mie Royale des Belles Lettres , pour
difcuter les titres de ceux qui prétendent
, jouir de la clauſe favorable , en vertu de
leur Nobleffe douteuſe ; ce qui a été autorifé
par un Arreft du Confeil du 15.
de ce mois.
On affure qu'il a été decidé depuis peu
que les Religieux de la Charité de Paris ,
ne feroient plus à l'avenir d'operations
confiderables dans leur Hôpital , & qu'ils
feroient obligez de les laiffer faire par
deux Chirurgiens -Jurez , qu'ils auront la
liberté de choifir.
à On travaille depuis quelque temps
adoucir la montagne de Juvifi , fur le chemin
AOUST 1724 1837
min de Fontainebleau , pour rendre cette
route plus commode deux Regimens
d'Infanterie y font employez .
:
Il y eut le 7. de ce mois chaffe du Cerf
dans le Bois de Fofferepofe , auprès de
Verſailles. A fon retour au Château , le
Roi fit dreffer deux tables , une de 18.
couverts , & l'autre de 1o . & Sa Majeſté
foupa avec tous les Seigneurs qui avoient
été de fa chaffe.
Le 13. la Ducheffe d'Orleans alla à
S. Cloud pour la premiere fois , on fit
jouer toutes les eaux , ce qui lui donna
beaucoup de plaifir.
On tira la feconde Claffe de la Loterie
de la Compagnie des Indes le 12. de ce
mois , le gros lot de 100000. liv . échût
au fieur Levaffeur & fes affociez.
Le 15. le Roi figna le Contrat de ma
riage du Maréchal d'Alegre avec Mile de
Caderouffe . La celebration du mariagė
s'eft faite la nuit du 20. au 21 .
M. Bertin , Maître des Requêtes , frere
du Treforier des parties cafuelles , époufe
Mile Congis , fille de M. de Congis , cydevant
Gouverneur des Tuilleries .
Le 16. de ce mois , Fête de S. Roch
on fit à l'Hôtel de Ville l'élection des
nouveaux Echevins à la maniere accoutumée
. M. Hebert a été élû premier
Echevin , à la place de M. du Quefnoy
&
1838 MERCURE DE FRANCE.
& M. Bouquet , à la place de M. Sauvage.
Le Marquis de Châteauneuf, Prevolt
des Marchands , accompagné de tout
le Corps de Ville , mena ces nouveaux
Magiftrats à Versailles le 20. où ils prêterent
ferment entre les mains du Roi.
Le Duc de Gefvres , Gouverneur de Paris,
étoit à la tête du Corps de Ville , qui eut
audience du Roi , avec les ceremonies
accoutumées , étant prefenté par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Brefé , Grand-
Maître des ceremonies . M. de Varennes,
Confeiller de la Cour des Aydes preſenta
le fcrutin , & prononça ce Difcours
SIRE ,
La Capitale de votre Royaume tou
jours charmée de venir aux pieds de vôtre
Majefté lui rendre fes hommages , le
fait aujourd'hui avec un plaifir nouveau,
en vous prefentant fes nouveaux Magiftrats
. Son zele pour vôtre fervice les a
choifis. Son refpect & fon devoir fou
mettent ce choix à vôtre fagelſe. Elle
fçait
AOUST 1724. 1839
fçait déja ce qu'elle en doit attendre par
la grace que vous venez de lui faire , en
lui confervant felon nos fuffrages una)
Magiftrat , dont le feu Roi & vôtre Majefté
ont tant de foi éprouvé la capacité
& l'attachement , foit dans les negociations
étrangeres pour la gloire de vôtre
Empire , foit dans le coeur du Royaume
pour le bien de vos peuples.
Penetrée qu'elle eft , Sire , des bienfaits
dont vous l'avez jufqu'ici comblée ,
que n'efpere-t'elle pas encore de vos vertus
, & des lumieres du Prince ( b ) honoré
de vôtre principale confiance ? quelles
fuites heureufes ne doit pas avoir un
regne comme le vôtre ? qui né
ainfi dire , avec la paix raſſemble de jour
en jour tous les avantages que peuvent
produire l'ordre , l'abondance , le commerce
, les Arts , les Loix & la Reli
gion.
pour
Puiffe vôtre Majefté jouir toûjours de
plus en plus d'une gloire fi pure , qui
feule digne de vôtre rang & de vôtre
coeur, doit confondre vôtre bonheur dans
celui de vos fujets .
Le même jour les Prevoft des Marchands
& Echevins eurent audience de
(a) M. de Châteauneuf continué Prevoft des
Marchands.
(6 ) M. le Duc.
1840 MERCURE DE FRANCE.
l'Infante -Reine , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans.
Le Roi a accordé au Prince d'Ifenghien
, la Lieutenance Generale du Gouvernement
de Picardie , vacante par la
mort du Duc de Melun.
M. de Berthelot de Mouchefne , frere
de la Marquise de Prie , a été nommé
Intendant General de tous les Hôpitaux
du Royaume.
Un Soldat aux Gardes a été perdu
depuis peu pour avoir voulu tirer un
coup de fufil à fon Sergent , quoique le
coup ait manqué.
Le 2 de ce mois un garçon Cordonnier
mourut prefque fubitement pour avoir
mangé de la morue, apprêtée dans une Auberge
de la rue de la Huchette , plufieurs
de fes camarades qui en avoient auſſi
mangé , & quelques autres perfonnes ont
été à l'extrêmité. M. le Lieutenant General
de Police a fait de grandes perquifitions
pour découvrir ce qui peut avoir
caufé cet accident ; la Marchande qui
avoit vendu cette Moruë & l'Aubergifte,
ont été mis en priſon.
Le 25. deux particuliers qui logeoient
dans la même Auberge , dont l'un étoit
Flamand & l'autre François , difputerent
long- temps après dîné fur la fignifica
tion d'un mot ; dans la chaleur de la difpute
AOUST 1724. 1841
pute ils fe dirent quelques invectives
& enfin la querelle s'échauffa fi fort
qu'ils mirent l'épée à la main , & le Flamand
fut tué du premier coup que fon
antagoniſte lui porta.

Le feu d'artifice qu'on avoit preparé
fur la terraffe du Château de Verſailles ,
du côté de l'Orangerie , fut tiré devant
Sa Majefté le 19. de ce mois fur les neuf
heures du foir , le Roi étant chez M. le
Duc. Après le fignal donné il parut
deux Dragons , leſquels s'agitant firent
une espece de combat , jettant feu & flâmes
en fi grande abondance que l'air &
la terre étoient remplis de toute forte
d'artifice. Après quoi il s'éleva une fontaine
de feu en cafcade ; enfuite on vit
paroître tout à coup une allée de Gerbe
en forme de Berceau , au bout duquel on
voyoit écrit en artifice , ORBIS AMOR . On
tira un très grand nombre de fufées
au poteau , & d'abord après le corps du
feu commença. Il étoit rempli de caiffes ,
de fufées , de pots à feu , foucades, balons
d'air , Gerbes , Soleils , & de plufieurs
autres artifices qui furent terminés par
un Soleil fixe des plus magnifiques . Ce
feu a été conduit par le fieur Morel , Artificier
ordinaire du Roi . Ce brillant fpectacle
fut accompagné d'un nombre infini
de Lampions , dont la terraffe étoit remplie
·
1842 MERCURE DE FRANCE.
plie ; tous les ornemens du parterre audeffus
de l'Orangerie , ainfi que les
plattes bandes & les Ifs en étoient pro
filez .
Le 23. de ce mois le Roi partit de
Verfailles vers les onze heures du matin
pour aller à Fontainebleau où S. M. doit
faire quelque féjour. Elle paffa par le
Pont-Colbert , le Village de Velifi , le
Pleffis- Piquet, Seaux , la Rue , Chevil
ly , l'Abbaye de la Sauffaye , Juvifi
Ris , Petit-Bourg , Effonne , le Pleffis-
Coudray , où le Roi dîna dans la caleche
, Ponthierry & Chailly. S. M. monta
à cheval à l'entrée de la Foreft , & arriva
à Fontainebleau vers les fept heures du
foir. Le fieur Daudet travaille à la Carte
1
de
cette, Foreft
pour
le Roi , dans
le goût
de celle
qu'il
a faite
de la Foreft
de Chantilly
, & que M. le Duc
de Bourbon
prefenta
au Roi . S. M.
avoit
dans
fa poche
une
Carte
du même
Geographe
, où la
'diftance
des lieux
, fituez
fur la route
du
Roi
, & les Villages
voifins
font
marquez
trés- exactement
. S. M. étoit
efcortée
par les détachemens
ordinaires
des
Gardes
du Corps
, des Gendarmes
, des
Chevaux
- Legers
& des
Moufquetaires
.
L'Infante-Reine partit le lendemain
de Verfailles , efcortée par une partie
des mêmes détachemens , & arriva le
Foutaibleau. La
AOUST 1724.. 1843
-La Caleche du Roi pour la chaffe , nouvellement
conftruite fous les ordres de M.
le Premier, & dans laquelle S. M. eſt allée
à Fontainebleau , eft d'un deffein admirable
, & également riche , commode &
agréable à la vûë. Elle est toute ouverte ,
mais avec des Mantelets & des Stores de
Damas Cramoifi roulez , qui regnent
tout autour de l'imperiale , qu'on ne voit
point , & qu'on baifle pour ſe garantir
du Soleil , du vent & de la pluye . Elle
contient dix places ; on peut y dreffer une
table qui s'éleve du marché pied de la Caleche
, & fur laquelle on peut faire une
partie de Quadrille , de Berland , de Lanf
quenet , & c. L'imperiale eft foutenue
des palmes de bronze doré , entrelaffées
enfemble de diftance en diftance , d'une
fculpture legere & très- recherchée . Les
paneaux font peints d'une excellente main ,
& reprefentent les chaffes du Loup , dù
Sanglier , du Cerf & du Renard.
M. de Beringhen fait faire une nouvelle
Caleche pour le Roi , de douze p`aces
, qui fera encore plus commode , &
d'un goût au - deffus de celle dont on vient
de parler. Nous tâcherons d'en donner
une Defcription exacte .
"
par
Madame la Ducheffe d'Orleans arriva
de Verſailles le 23. au Palais Royal , cù
elle foupa en Public ; le lendemain elle
hono- I
1844 MERCURE DE FRANCE.
rope
honora de fa prefence le Ballet de l'Eu-
Galante , & refta dans fa loge pour
voir lever la Machine qui forme un plein
pied de toute la fale de l'Opera , quand
on veut donner le bal. Il y eut bal la
même nuit , qui commença à onze heures
& demie. Madame la Ducheffe d'Orleans
donna à fouper le même jour à quan.
tité de Dames ; elle fut enfuite voir le
bal de fa loge , avec toutes les Dames qui
avoient été du fouper .
Le Roi fe fait fervir à Fontainebleau
comme à Chantilly . S. M. mange le matin
avec les Seigneurs & le foir avec les
Dames & les Seigneurs.
M. de Lefonnet , Prefident au Parlement
de Bretagne eft mort depuis peu
M. fon fils , Confeiller au Parlement de
Paris , & Rapporteur de l'affaire de M.
de la Jonchere & autres , étant obligé
d'aller en Bretagne à caufe de cette mort,
on a nommé M. de Ruau- Palu , Confeiller
à la Grand'Chambre pour faire le
rapport de ces affaires.
M. d'Aligre , Prefident à Mortier a
vendu fa Charge à M. fon fils aîné , Confeiller
au Parlement , 650000. liv . dont
il a obtenu l'agrément du Roi , partie de
cette fomme eft donnée en avancement
d'hoirie .
Le Parlement de Rennes qui avoit
été
AOUST 1724 . 1845
été divisé en deux femeftres , vient d'être
remis fur le pied du Parlement de Paris .
Le concert d'inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique , donne tous les
ans dans le Jardin des Thuilleries , à
l'honneur de la fête du Roi , a été executé
le Dimanche 27. de ce mois , par
grand nombre d'excellens Symphoniſtes ,
qui fe font fait adm irer far untrèsgrand
concours de peuple , & de gens
de confideration .
Le Roi arriva à Fontainebleau en trèsbonne
fanté le 23. de ce mois , accompagné
du Duc d'Orleans , du Comte de
Clermont & de fes principaux Officiers .
L'Infante -Reine y arriva le lendemain au
foir.

Le 25. jour de la Fête de S. Louis
dont le Roi porte le nom , S. M. reçût
les complimens des Princes , des Princeffes
, & des Seigneurs de la Cour , &
il y eut à fon dîner un grand concert
d'inftrumens .
Le 20. de l'autre mois l'Evêque de
Viviers prêta ferment de fidelité entre
les mains du Roi,
On écrit de Naples que le Nonce du
Pape a reçû depuis peu de Rome , u
Decret par lequel S. S. ordonne que les
revenus des Evêchez qui vacquent , ou
qui viendront à vacquer dans la fuite ,
1 ij
appar
1
1846 MERCURE DE FRANCE..
appartiendront déformais aux Eglifes ,
ainfi que tous les effets qui fe trouveront
dans les Palais Epifcopaux , fans que la
Chambre Apoftolique en puiffe rien demander
, quand même l'Evêque feroit
mort hors de fon Diocefe.
Les Lettres d'Alger portent que le
28. du mois de Juin dernier , deux Corfaires
de 36. pieces de canons y avoient
conduit la Ville de Viennès Vaiffeau appartenant
à la Compagnie d'Oftende ,
dont la Charge confiftoit en 2500. bales
de Caffé de Moka , 150. de Mouffelines
, 50. caiffes de Benjoin , 120. caiffes
de Porcelaines , trois facs de poudre
d'or , 130. caiffes d'étoffes fines & de
prix , quelques fils de perles , & quelques
aortimens de pierreries . Ce Vaiffeau
avoit été pris à l'entrée de la Manche
..
KVKKKKKKK ¥¥¥¥¥¥¥¥¥
MARIAGES , MORTS ,
洗茶
&c .
E Marquis de Tourouvre époufa le
29. Juin dernier dans la Chapelle
du Château de Madrid , De N.... Gilbert
, fille de M. N... Gilbert , Confeiller
du Roi en tous fes Confeils , Prefident
en fa Chambre des Comptes , à
Paris ,
AOUST 1724. 1847
Paris , & niéce de M. le Garde des Sceaux ,
qui donna dans ce même lieu à une nom . ·
breufe & illuftre Compagnie , une fête
où fon goût & fa magnificence parurent
avec éclat. Plufieurs Mercurès en
differentes occafions ont fait une ample
mention de la Nobleffe & de l'antiquité
de la Maifon de la Vove , dont le Marquis
de Tourouvre eft l'aîné.
Dame Catherine de Servon , époufe de
M. Jean- Baptifte , Comte de Monteffon ,
Lieutenant General des Armées du Roi ,
& Gouverneur de S. Quentin , mourut
à Paris le 11. de ce mois dans la foixante
-dixième année de fon áge.
Dille Charlotte Andrault de Langeron ,
premiere fille d'honneur de S. A. S. Madame
la Princeffe , mourut à Paris le 27 .
de l'autre mois , âgée de 77. ans.
Dame Anne Durand , veuve de M.
Bertrand de Choan , Chevalier , Seigneur
Cocandé , Lieutenant Colonel de Cavalerie
le 10. Aouft , âgée de 75. ans .
Le 15. Aouft M. Pierre Silveftre , Marquis
de Breuil , Baron de Montefquiou ,
de Terrens , Seigneur de S. Aignan &
de Mantes , Doyen des Chevaliers de
' S. Michel , Chevalier de S. Louis , Brigadier
des armées du Roi , Gouverneur
de Bellegarde en Rouffillon , âgé de 78 ,
ans.
I iij Ma-
Y
1848 MERCURE DE FRANCE.
Madame Marie- Magdelaine Agnès de
Gontault de Biron , veuve de M. Louis
de Louet de Coviffon , Marquis de Nogaret
, eft morte à Paris dans le Convent
des filles de la Vifitation du Fauxbourg
Saint Jacques le 14. de ce mois , âgée de
71. ans.
M. Claude Nicolas - Alexandre Bontemps
, Ecuyer , Premier Valet de Garde-
Robe ordinaire du Roi le 1o. Aouft , âgé
de 54. ans.
D'le Marie -Therefe Duparc de Loe
maria , eſt morte à Paris , âgée de 80 .
ans le 26. Juillet , fans avoir pris d'alliance
.
Dame Jeanne de Magon , époufe de
M. René - Alexis le Senéchal , Comte de
Carcado , Lieutenant General des Armées
du Roi , Gouverneur des Ville , Citadel
les de Quimper , eft morte en fon Château
de Molac en Bretagne dans la trente-
feptième année de fon âge.
Dame Anne-Charlotte de Creil , Comteffe
de la Vieuville eft accouchée Dimanche
6: Aouft d'un garçon.
LETA
OUST 1724. 1849
XX :XXXXXXXXXXX
XX
LETTRES PATENTES,
LE
ARRESTS , & c.
ETTRES PATENTES fur Arreft , con-
Lcernant lesjugentes infer Aureire des
cernant les jugemens interlocutoires des
Juges des Fermes . Données à Verfailles le 4.
Avril 1 2. enregiſtrées en la Cour des Aydes
le 16 Juin.
LETTRES PATENTES fur Arreft , du
même jour , portant Reglement pour les declarations
à faire par les Maîtres ou Capitaines
de Vaiffeaux dans les vingt -quatre heures de
feur arrivée , aux plus prochains Bureaux des
Ports où ils aborderont.
LETTRES PATENTES fur Arreft , dù
même jour , qui ordonnent que le Bureau de
la Paliffe reffortira à l'avenir de la Jurifdiction
des Traites de Vichy.
LETTRES PATENTES fur Arreft , pour
la remife des Rôles des Tailles , de l'impoft du
Sel & de la Capitation aux Receveurs des Greniers
à Sel. Données à Verfailles le 9: Mai
1724.
LETTRES PATENTES fur Arreft , concernant
la Collecte dans les Elections de Mou- .
lins , Nevers , Montluçon & Gueret. Donnée
à Verfailles le 16. Mai 1724. enregistrées le
30. à la Cour des Aydes.
I iiij
AR#
80 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du même jour , en faveur des
Acquereurs & Proprietaires des Offices de
Syndics des Paroiffes , Greffiers des Rôles des
Tailles , Garde des Archives , Concierges ,
Valets de Ville , & autres de pareille nature.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, du
20. Mai , & Lettres Patentes , qui commettent
M. d'Ombreval , Lieutenant General de Police
, & Meffieurs les Confeillers du Siege Prefidial
du Châtelet , pour inftruire & juger le
Procès en dernier Reffort de tous ceux qui
font & feront prévenus d'avoir vendu ou negocié
fur la Place ou ailleurs des Billets de
Banque , Certificats de Liquidations , Actions ,
& autres fortes de Papiers Royaux & Publics ,
de quelque nature qu'ils puiffent être .
DECLARATION du Roi , du 11. Juin , enregiftrée
au Parlement le 3 Juillet , qui décharge
les Geolliers de payer aucune chofe
pour le loyer ou Ferme des Prifons.
ARREST du 13. Juin , qui caffe & annulle
comme attentatoire aux Edits , Declarations ,
Arrefts & Reglemens , l'Affemblée & la Déliberation
des Habitans de la Ville d'Argenteuilfur-
Seine du 25. Mars dernier , ayant été faite
fans la participation du Syndic perpetuel .
ARREST du 20. Juin , qui caffe un Arreſt
du Parlement de Rouen , qui avoit retenu la
connoiffance du Haro , interjetté par le fieur
Abbé Duval , de l'execution d'une Ordonnance
du Bureau des Finances , du 18. Mars 1724.
concernant une fomme employée dans l'Etat
du Roi , des Bois de la Generalité de Rouen.
Ordonne l'execution de ladite Ordonnance.
ConAOUST
1724. 1851
Condamne l'Abbé Duval aux dépens du Haro
& aux frais dudit Arreft.
ARREST du 23. Juin , par lequel S. M. ordonne
que les Contrats de Conftitution de
rentes viageres , créées fur les Tailles par Edit
de Janvier 1724. qui auront été fignez par
trois Commiffaires , du nombre de fept pour
la paffation defaits Contrats , fuivant les Lettres
Patentes de Sa Majefté du 12. Fevrier fuivant
, vaudront comme s'ils avoient été fignez
par tous lesdits fieurs Commiffaires , fans qu'i
foit befoin d'une plus grande formalité.
ARREST du 25. Juin , qui fait défenſes à
tous Procureurs des Sieges & Jurifdictions du
Royaume , de mettre des Appellations aux
Rôles ordinaires & extraordinaires , tant en
matiere Civile , que Criminelle , ni d'en pourfuivre
l'audience fur Placets , & de conclure
en aucuns Procès par écrit , que les Amendes.
n'ayent été confignées avec les droits attri
buez aux Receveurs & Contrôleurs defdites
amendes , fous peine de nullité des Sentences
& jugemens rendus fur les appels , tant a
premier qu'au fecond Chef de l'Edit , de perte
des frais des Procureurs , & de cinq cens li
vres d'amende pour chaque contravention
& c.
ARREST du 27. Juin , qui ordonne qu
conformément aux Edits des mo's d'Avril
1685. Decembre 1701. & Arreft du 13. Novembre
1703. les Receveurs Generaux des
Domaines & Bois , continueront de faire le .
recouvrement des confifcations & autres
droits cafuels appartenans à Sa Majesté , contre
les prétentions du Receveur des Configna-
1. v
tions ,
852 MERCURE DE FRANCE .
ions , à l'occafion d'un Arreft de la Chambre
de l'Arfenal , rendu.contre les fieurs Talhouet,
Clement , Daudé , Gally & autres. Fait défenfes
à tous Receveurs , Treforiers & autres
Comptables , de troubler les Receveurs Generaux
des Domaines & Bois dans leurs fonctions
, à peine de tous dépens , dommages &
interefts.
ORDONNANCE de M. le Prevoft de Paris
, ou fon Lieutenant General de Police du
27. Juin , concernant les Gens de Livrées , &
ce qui doit être obfervé pour leur habillement,.
par laquelle il est défendu à toutes perfonnes
de quelque qualité & condition qu'elles
foient de faire mettre à l'avenir fur les habits
de leurs d meftiques aucun bouton d'argent ,
galons , bordez , boutonnieres , ni autres ornemens
d'or & d'argent , hors pour border les
Chapeaux , ni de faire doubler de velours les
manches ; le tout à peine de confifcation , &c .
ARREST de la Cour de Parlement , qui
ordonne la fuppreffion du Livre intitulé ,.
Traité Theologique fur l'autorité & l'infailli
bilité des Papes. Du premier Juillet 1724 .
ARREST Notable rendu à Chantilly le t-
Juillet . 714. Le Roi étant informé que le fieur
Desjardins , Contrôleur de la Maiſon de M.-
le Comte de Charollois , ayant reglé un Memoire
de fournitures faites par le nommé Nibaut
, Rôtiffeur pour le fervice de fon Maître,.
& mis au bas du Memoire un arrêté dans les
termes fuivans : Te, Contrôleur fouffigné , certi
fe que le fieur Nibaut , Maitre Rôtiffeur à
Paris , eft employé fur les états de la dépense .
de bouche de S. A. S. Monfeigneur le Comte de
ChaAOUST
1724 .
1853
Charollois , &fuivant le bref état des autres
parts écrit, & qu'il lui est dû pour folde de
compte la fomme de onze mille fept cens vingtquatre
livres quatre fols fix deniers ; en foy:
de quoi j'ai figné pourfervir de certificat feulement.
A Paris , ce 2. Janvier 1723. figné
Desjardins. Ledit Nibaut auroit en vertu dudit
arrêté feulement , pourfuivi ledit fieur Desjardins
devant les Juge & Confuls de Paris.
pour le payement du contenu audit Memoire,
& comme ledit fieur Desjardins étoit perfua-.
dé avec raifon que les Juges & Confuls ne
voudroient point connoître d'une demande
qui n'eft point de leur competence , & qu'en
cas même qu'ils entrepriffent d'en connoître ,
il ne pouvoit jamais être condamné fur une
fignature qui ne l'obligeoit en aucune façon ,
& que d'ailleurs les ordres étoient donnez
pour acquitter le montant de l'arrêté en queftion
, comme en effet il eft actuellement acquitté
, il n'auroit pas par ces raifons défendu
à ladite demande , faute de quoi fans aucune :
attention fur l'incompetence & fur le défauts
de titres , lefdits Juge & Confuls l'auroient
condamné par corps au payement dudit billet
; en vertu duquel Jugement il auroit été
conftituérifonnier le douze Juin 1724. Ett
quoique cette procedure ne puiffe être regardée
que comme un attentat con re le refpect
dû à un Prince du Sang , puifqu'elle feroit
même irreguliere & puniff ble quand elle ne
regarderoit qu'un fimple particulier ; Sa Ma
jefté voulant toûjours conferver les formes &
l'ordre ordinaire des Jurifdictions à l'égard
des affaires qui peuvent concerrer les Princes
du fon Sang , & les Officiers de leur Maifon ,
comme elle le feroit également pour fes pro
pres affaires , elle a jugé neceffa re de lailers
I vj aux
1854 MERCURE DE FRANCE.
aux Juges ordinaires la connoiffance des dom
mages & interefts & reparations qui pourront
être dûs en pareille occafion , en fe contentant
de pourvoir à ce qui intereffe en cela
l'ordre public , la tranquillité & la fortune des
particuliers qui font journellement troublez
tant par la connoiffance que les Confuls s'attribuent
tous les jours des matieres qui nefont
pas de leur competence , que par les Jugemens
par défaut , qu'ils prononcent ſouvent
fans examen de la demande , ni des titres fur
lefquels elle eft fondée ; ce qui met le moindre
particulier en état de faire infulte , non - feulement
à un riche Negociant ou bon Bourgeois
, mais même à une perfonne de la premiere
condition , en obtenant fans titre &
fans aucun fondement des Sentences de condamnation
par défaut , fans que la briévêté
des délais reglez pour les Jurifdictions Confulaires
leur donnât fouvent le temps de pouvoir
comparoître ; enforte qu'un homme qui
auroit été abfent de Paris pendant 4. ou s .jours,
pourroit être emprifonné à fon retour , fans
avoir jamais eu aucune dette ; en quoi fi les
Juge & Confuls font puniffables de prononcer
fans avoir vu la demande & les pieces , &
fans fçavoir même s'ils font competens , leur
Greffier l'eft infiniment davantage , puifqu'il
ne peut expedier la Sentence qu'il n'ait connoiffance
de la qualité des Parties , & des titres
fur lefquels la demande eft fondée , & quefaifant
un fervice continuel dans ladite Jurif--
diction , il eft encore moins excufable fur
l'ign rance des regles que des Juges tirez du
Corps des Marchands , & qui ne fervent que
pendant un temps fort court ; & Sa Majesté
jugeant qu'il eft de l'intereft public de remedier
à de pareils defordres : oui le rapport du fieur:
Dodun ,
A OUST 1724. 1855
Dodun , Confeiller ordinaire au Confeil Royal,
Contrôleur General des Finances ; Sa Majefté
étant en ſon Confeil , a declaré & declare les
Sentences renduës par les Juge & Confuls de
Paris , & autres procedures faites pardevant
lefdits Juge & Confuls contre ledit fieur Des
jardins nulles & de nul effet , comme de Juges
incompetens , & fans aucun pouvoir à
cet égard ; declare l'emprisonnement fait de la
perfonne dudit fieur Desjardins , nul , injurieux
, tortionnaire & déraifonnable ; ordonne
que l'écrou fera rayé & biffé ; ordonne en outre
Sa Majefté que le fieur Verrier , Greffier de ,
ladite Jurifdiction Conſulaire , & celui qui a
figné le Jugement comme Prefident , feront interdits
de leurs fonctions , jufqu'à ce qu'autrement
par Sa Majefté il en ait été ordonné , fauf
audit fieur Desjardins à fe pourvoir pour fes
reparations , dommages & interefts contre qui
il avifera bon être , pour raifon de quoi &
pour les autres demandes qu'il jugeroit à propos
de former à cet égard , Sa Majefté l'a renvoyé
à fe pourvoir devant les Juges ordinai
res. Fait Sa Majefté défenfes aufdits Juge &
Confuls , fous peine d'interdiction & de trois!
mille livres d'amende qui pourra même être
augmentée fuivant l'exigence des cas , de prononcer
, même par défaut , fur les affaires qui
ne font point de leur competence ; leur enjoint
à cet effet de ne prononcer aucun défaut,
fans avoir examiné la demande , à l'effet de
renvoyer devant les Juges qui en doivent connoître
, celles qui par la qualité des parties ou
la nature de la demande , ne font point de la
competence des Jurifdictions Confulaires , &
de débouter le Demandeur für fá propre requête,
ainfi qu'il fe pratique au Châtelet de
Paris lorſque la demande paroît dépourvûë de
titres
1856 MERCURE DE FRANCE.
titres , & abfolument mal - fondée. Ordonne Sa
Majefté que le prefent Arreft fera lû & publié
en l'audience de la Jurifdiction Confulaire de
Paris , & regiftré au Greffe de ladite Jurifdiction
, pour y être executé felon fa forme &
teneur.
EDIT du Roi , donné à Chantilly au mois
de Juillet , enregiftré au Parlement le 26. portant
fuppreffion des Offices Municipaux ,
créés par Edit du mois d'Aouft 1722 .
EDIT du Roi , qui réduit & fixe le nombre
des Secretaires du Roi à deux cens quarante
, donné à Chantilly au mois de Juillet
1724. regiftré en Parlement le 2. Aouft.
1 .
DECLARATION du Rol , qui proroge jufqu'au
Juillet 1725. l'attribution donnée aux
Jurifdictions Confulaires pour connoître des
Faillites & Banqueroutes , donnée à Chantilly
le 4. Juillet 1724. regiftré en Parlement le 19.
dudit mois .
ARREST du 11. Juillet , portant Reglement
pour affeurer les Droits de Marque & Conrôle
fur les Ouvrages d'Or & d'Argent ve
nant de l'Etranger ou des Provinces réputées
étrangeres.
ARREST du même jour , qui ordonne que
les Billets portant Conftitution ou Promeffe
de paffer Conftitution , pourront être déposez
chez les Notaires dans le temps d'un mois
feulement porté par l'Edit du mois de Juin
dernier , qui fixe les Conftitutions de Rente au
Denier Trente , fans être p.éalablement contrôlez
, ni aucuns Droits payez pour les Actes
qui contiendront le dépoft d'iceux.
LET
AOUST 1724. 1857
LETTRES PATENTES fur Arreft , don
nées à Verfailles le 16. Juillet , concernant les
declarations qui doivent être fournies aux
Receveurs des Greniers d'Impoſt par les Communautez
, tant Seculieres que Regulieres
du nombre des perfonnes dont elles font compofées.
DECLARATION du Roi , concernant les
Mendians & Vagabonds , donnée à Chantilly
le 18. Juillet 1724. registrée en Parlement le 26
par laquelle il eft dit ce qui fuit.
ARTICE E
PREMIER .
S"
Enjoignons à tous Mendians , tant hommes
que femmes , valides & capables de gagner
leur vie par leur travail , de prendre un emploi
pour fubfifter de leur travail , foit en fe
mettant en condition pour fervir , ou en travaillant
à la culture des terres , ou autres ouvrages
ou métiers dont ils peuvent être capables
; & ce dans quinzaine , du jour de la publication
de la prefente Declaration . Enjoignons
pareillement aux Mendians invalides
ou qui par leur grand âge font hors d'état de
gagner leur vie par leur travail , même aux
enfans , nourrices & femmes groffes qui mendient
faute de moyen de fubfifter , de fe pres
fenter pendant ledit temps dans les Hôpitaux:
les plus prochains de leur demeure , où ils feront
reçûs gratuitement , & employez au profit
des Hôpitaux à des ouvrages proportionnez
à leur âge & à leurs forces , pour fournir
du moins en partie à leur entretien & à leur
fubfiftance ; & à l'égard du furplus , dans les
cas ou les revenus des Hôpitaux ne feroient
pas fuffifans , nous fournirons les fecours ne
ceffaires à cet effet.
Er
1858 MERCURE DE FRANCE.
I I.
Et pour ôter tout prétexte aux Mendians
valides qui voudroient excufer leur fainéantife
& leur mendicité fur ce qu'ils n'ont pas
pû trouver de travail pour gagner leur vie
Nous permettons à tous Mendians valides qui
n'auront point trouvé d'ouvrage dans ledit
délai de quinzaine , de s'engager aux Hôpitaux
, qui au moyen dudit engagement feront
tenus de leur fournir la fubfiftance & l'entretien
: ces engagez feront diftribuez en compa
gnies de vingt hommes chacune , fous le commandement
d'un Sergent qui les conduira tous
les jours à l'ouvrage , & fans la permiffion
duquel ils ne pourront s'abfenter ; ils feront
employez aux ouvrages des Ponts & Chauffées
ou autres travaux publics , & autres fortes
d'ouvrages qui feront jugez convenables ;
leurs journées feront payées entre les mains du
Sergent , au profit de l'Hôpital , fur le pied
qui aura été convenu avec les Directeurs qui
leur donneront toutes les femaines une gratification
fur le montant de leurs journées , qui
fera au moins du fixiéme du produit , & même
un peu plus forte , s'ils fe font bien acquittez
de leur travail. Si quelqu'un defdits engagez
trouve dans la fuite un emploi pour fubfilter ,
les Directeurs pourront en connoiffance de
caufe lui accorder fon congé , ils l'accorderont
pareillement à ceux qui voudront entrer
dans nos troupes ; & ceux defdits engagez qui
quitteront le fervice defdits Hôpitaux fans
congé , ou pour aller fervir ailleurs , ou pour
reprendre leur premier état de fainéantife &
mendicité , feront pourſuivis extraordinairement
, & condamnez en cinq années de Ga--
leres .
III
AOUST 1724. 1859
III.
Voulons en confequence qu'après ledit défai
de quinzaine expiré , les hommes & femmes
valides qui feront trouvez mendiant dans
nôtre bonne Ville de Paris , & autres Villes &
lieux de notre Royaume , même les mendians
ou mendiantes invalides , & enfans , foient
arrêtez & conduits dans les Hôpitaux gene
raux les plus proches des lieux où ils auront
été arrêtez , & dans lefquels les mendians invalides
feront nourris pendant leur vié , les
enfans jufqu'à ce qu'ils ayent atteint l'age fuffilant
pour gagner leur vie par leur travail ;
& à l'égard des femmes groffes & des nour
rices , elles feront gardées pendant le temps
qui fera jugé convenable par les Directeurs
defdits Hôpitaux : quant aux hommes & femmes
valides , ils feront renfermez & nourris
au pain & à l'eau pendant le temps qui fera
jugé à propos par les Directeurs & Adminif
trateurs defdits Hôpitaux , qui ne pourra être
moindre de deux mois ; & au cas qu'ils foient
arrêtez une feconde fois mendiant , ſoit dans
les mêmes lieux où ils auront été arrêtez ou
renfermez , foit en quelques autres lieux de
nôtre Royaume , les invalides feront retenus
dans lefdits Hôpitaux pendant leur vie , pour
y être nourris , & les hommes & femmes valides
condamnez par les Officiers cy- après
nommez , à être renfermez . dans lefdits Hôpitaux
pour le temps & efpace de trois mois au
moins , & en outre marquez avant leur élargiffement
, d'une marque en forme de la Lettre
M au bras , & ce dans l'interieur de la prifon
ou de l'Hôpital , fans que cette marque emporte
infamie ; & au cas que les uns ou les
autres foient arrêtez mendiant une troifiéme
fois en quelque lieu que ce puiffe être , les
fem-
1
1860 MERCURE DE FRANCE.
femmes valides foient condamnées par les
Officiers cy-après nommez , à être enfermées
dans les Hopitaux generaux pendant le temps
qui fera juge convenable qui ne pourra être
moins de cinq années , même à perpetuité s'il
y échoir, & les hommes valides aux Galeres
pour cinq années au moins : & à l'égard des
hom nes & femines invalides & hors d'état de
travailler , ils feront retenus dans lefd ts Hôpitaux
, pour être les hommes & femmes invalides
nourris & alimentez pendant leur vie ,
& employez au profit de l'Hôpita: aux ouvra
ges dont ils pourront être capables eu égard à
leur âge & leurs infirmitez.
IV.
Permettons à ceux defdits Mendians qui
voudront fe retirer dans le lieu de leur nailfance
ou domicile , de fe prefenter dans ledit
temps de quinzaine à l'Hôpital General le plus
prochain du lieu où ils font actuellement , où
leur fera donné un Congé ou Paffeport qui
fera mention de leur nom , furnom , âge , naiffance
& domicile , de leur fignalement & des
principaux lieux de leur route , enfemble du
lieu où ils voudront fe retirer , dans lequel ils
feront tenus de fe rendre dans un délai qui ne
pourra être plus long que celui qui eft neceffaire
pour faire le voyage à raifon de quatre
lieuës par jour , dont fera fait mention dans le
Congé ou Paffeport qu'ils feront tenus de faire
vifer par les Officiers Municipaux de tous les
lieux où ils pafferont , moyennant quoi , &
pendant ledit temps feulement , ils ne pourront
être inquietez ni arrêtez , pourvû qu'ils
ne foient pas trouvez attroupez en plus grand
nombre que celui de quatre , non compris les
enfans.
V.
'A OUST 1861
1724.
V.
Et pour connoître plus facilement ceux qui
auront déja été arrêtez une premiere fois , ou
contre lefquels il y auroit d'ailleurs des plaintes
ou autres faits qui meritent d'être approfondis.
Nous voulons & ordonnons qu'il foit
établi en l'Hôpital General de Paris un Bureau
general de correfpondance avec tous les autres
Hôpitaux duRoyaume, on y tiendra unRegiſtre
exact de tous les Mendians qui feront arrétez ,
contenant leurs noms ,furnoms , âges & pays,
ainfi qu'il aura été par eux declaré , avec les
autres circonftances principales qu'on aura pú
tirer de leurs interrogatoires , & les principaux
fignalemens de leurs perfonnes ; & tous
les Hôpitaux de Province tiendront un pareil
regiftre des Mend ans amenez en leur maiſon
dont ils envoyeront une copie toutes les femaines
au Bureau general établi à Paris , fur
lefquelles copies on formera au Bureau de
Paris un Regiftre general de tous les Mendians
árrêtez dans toute l'étendue du Royaume , fur
lequel on portera au nom de chaque Mendiant,
les nottes & obſervations , refultant de leurs
interrogatoires , & ce que l'on aura pû découvrir
à leur fujet dans les copies des Regiftres
des autres Hôpitaux ; on y tiendra auffi
un Regiftre alphabetique du nom de tous lefdits
Mendians ; on fera imprimer à la fin de
chaque femaine la copie de ce qui aura été
porté pendant le cours de la femaine fur le
Regift e general & fur le Regiftre alphabetique
, & il en fera envoyé un imprimé à chacun
des Hôpitaux du Royaume ; enſemble à tous
les Officiers de Police & de Maréchauffée , au
moyen de quoi chaque Hôpital ayant les renfeignemens
neceffaires des Mendians arrêtez
dans toute l'étendue du Royaume , on démêle
ra
1862 MERCURE DE FRANCE .
lera facilement ceux qui ayant été arrêtez pour
une premiere fois , auront été mendier dans
d'autres Provinces dans l'efperance de n'y être
pas reconnus , ou ceux contre lefquels il y aura
d'autres fujets qui meritent un châtiment
plus fevere.
1
V I.
?
Lés Mendians qui feront arrêtez demandant
l'aumône avec infolence , ceux qui fe diront
fauffement foldats qui font porteurs de congez
qui ne feroient pas veritables , ceux qui lorf
qu'ils auront été arrêtez & conduits à l'Hôpital
auront déguifé leurs noms & furnoms & le
lieu de leur naiffance ; enſemble ceux qui fe
ront arrétez contrefaifant les eftropiez , ou qui
feindroient des maladies qu'ils n'auroient pas ,
ceux qui fe feroient attroupez au- deffus du
nombre de 4. non compris les enfans, foit dans
les Villes ou dans les campagnes , ou qui ausoient
été trouvez armez de fufils , piftolets
épées , bâtons ferrez ou autres armes. Et ceux
qui fe trouveroient flétris d'une Fleur- de- Lis ,
ou de la Lettre Vou autre marque infamante,
feront condamnez quoi qu'arrêtez mendiant
pour la premiere fois ; fçavoir , les hommes
valides aux Galeres au moins pour cinq années
, & à l'égard des femmes ou des hommes
invalides , au foüet dans l'interieur de l'Hôpital
, & à une détention à l'Hôpital General , à
temps ou à perpetuité , fuivant l'exigence des
cas , laiffant au furplus à la prudence des Juges
de prononcer de plus grandes peines s'il y
échoit , & c.
N'entendons neanmoins que fous prétexte
de la prefente D'eclaration , il puiffe être apporté
aucun trouble ou obftacle aux Habitans
de nos pays de Normandie , Limofin , Auvergne
, Dauphiné , Bourgogne & autres , même
des
AOUST
1724. 1863
·
des Pays Etrangers , qui ont accoûtumé de
venir , foit pour faire la recolte des foins ou
des moiflons , ou pour travailler ou faire commerce
dans nos Villes & autres lieux de nôtre
Royaume : défendons aux Prevofts de nos
Coufins les Maréchaux de France , leurs Offichers
& Archers , & à tous autres , d'apporer
aucun empêchement à leur paffage , nôtre
intention étant qu'il ne foit apporté aucun
trouble à tous nos Sujets , même aux Etrangers
qui vied ont pour travailler dans les
Villes ou Provinces de nôtre Royaume , ni à
toutes autres perfonnes allant & venant dans
nofdites Provinces , s'ils ne font trouvez men .
diant contre les défenſes portées par nôtre
prefente Declaration.
ARREST de la Cour de Parlement du 14.
Juillet 1724. portant condamnation d'amande
honorable , la corde au col , la torche à la
main , avec écrit aux devan : & derriere , portant
ces mots , Fauffaire public avec bannif
fement pour neuf ans , contre Jofeph Duval,
Huiffier Royal en la Prevôté de Saci - le- Grand,
au Bailliage de Clermont en Beauvoifis , &
Denis Drouart , Notaire Royal à Saci- le-
Grand,
ARREST du 18. Juillet , qui condamne
François Drevillaye , Notaire & Greffier de la
Juftice de Ligny , près Orleans , en cinq cens
livres d'amende fçavoir , deux cens livres ,
faute d'avoir tenu de Repertoire , & trois cens
livres pour n'avoir pas fait infinuer trentehuit
Minutes d'Actes , ou Sentences énoncées
au Procès verbal du 4. Octobre dernier , & en
outre au payement des droits d'iceux , fauf
fon recours contre les parties.
AP1864
J'AY
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
Aouft & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion . A Paris , le 4. Septembre
1724.
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres , contenuës
dans ce volume.
IECES Fugitives. La France , Ode au
PIERO
1653
Lettre aux Auteurs du Mercure fur les Metropoles
, & c. 1661
Eclogue qui a remporté le prix des Jeux Floraux
.
1668
Prix propofez par l'Académie Royale des
Sciences pour l'année 1726.
Vers fur le Chien de Mad, ***
Lettre au Pere Buffier fur fon nouveau
du Trai é des premieres veritez
fource de nos jugemens.
Ode prefentée à M. le Duc d'Orleans
mariage.
Lettre & vers de M. de Beretti- Landi.
1674
1677
Livre
de la
1678
fur for
1687
1694
Obfervation fur le Traité du Pogge , de veri
tate , & c.
AM, le Duc d'Orleans , Ode .
1696
1698
1703
Lettre fur une Medaille de Pofthume , & Reponſe.
Vers fur le mariage du Duc d'Orleans. 17.7
Lettre & Hiftoire Galante , & c:
Traduction d'une Ode d'Horace.
I ettre Critique fur Noftradamus.
Bouts - rimez , & c.
1712
Lettre fur l'Infcription trouvée à S. Sulpice.
1725
1728
1730
1749
1754
1756
1763
Nouvelles Enigmes.
Contes , Bons mots , &c.
Chanfon notée.
NOUVELLES Litteraires & des Beaux Arts,
Bibliotheque des Gens de Cour . 1764
Recreations Mathematiques , &c. 1774
Explication de l'Oraifon Dominicale , &c.
1773
Extrait d'un Sermon prêché fur l'Exaltation
1774
du Pape.
Le premier Livre des Poëfies & Centuries du
Marquis d'Alegrette .
Le Babillard traduit de Langlois.
Extrait de diverfes Lettres , & c.
Extrait d'une Lettre écrite de Tunis.
Spectacles , Tragedie de Berenice.
1776
1780
1781
3785
1790
Hermenigilde , Tragedie repreſentée au College
, & c. 1795
Les Armes d'Achille , Tragedie , &c. 1804
Les Bains de la Porte S. Bernard , Comedie .
1805
L'Opera Comique , l'Afne d'Or , le Caprice
& c. 1806
Nouvelles Etrangeres de Conftantinople , & c.
Journal de la Cour & de Paris,
1812
1829
Mort du Duc de Melun. 1832
Election des Echevins de Paris , & Difcours.
1837
Feu d'artifice , à Versailles. 1841
Départ du Roi pour Fontainebleau.
1242
Caleche de Campagne pour le Roi
1843
Morts , Mariages , &c. 1846
Arrests , & c.
1849
Errata du mois de Juillet.
Age 1538. ligne 13. que , ôtez ce mot.
PPage 1539. ligne 3 , me, o Oz ce mo
Page 1589. ligne . Flaminia , lifez Silvia.
Ibid. ligne 6. Silvia , lifez Flaminia,
L'Air noté doit regarder la page 1763
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le