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1724, 03
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
MARS 1724.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
I GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC G. XXIV.
Avec Approbation & Privilège du Rai.
A VIS.
La
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de
la premiere main, & plus promptement ,
n'auront qu'à donner leurs adreffes à M.
Moreau , qui aura foin de faire leurs paquets
fans perte de temps , & de les faire
porterfur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
Le prix eft de 30 , fols.
397
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT
MARS 1724 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
ELEGIE
Sur la mort de mon Pere.
Uoique toûjours en butte à dos
chagrins divers ,
J'euffe éprouvé cent fois les plus
triftes revers :
A l'abri des confeils d'un Pere venerable ,
Mon efprit confervoit un calme inalterable.
A ij
398 MERCURE DE FRANCE .
1
O mort ! tu me gardois le coup précipité,
Qui devoit triompher de cette fermeté .
Signalant fans égards ton aveugle puiſſance
Tu viens de m'e ravir l'Auteur de ma naiffance
,
Et je pleure aujourd'hui fous tes coups abattu,
Un Pere qui forma mon coeur à la vertu.
C'est par lui que guidé dès ma tendre jeuneffe
,
Je pouvois efperer de fuivre la fageffe
Dans le fentier êtroit qu'il a fçû me frayer.
Sur quel bras déformais pourrai-je m'appuyer ?
Non , non , fils malheureux , tu n'as plus ce
Tobie ,
Dont les foins dirigeoient les momens de ta
vie :
Tu n'as plus devant toi ces exemples Chrétiens
>
De bonté , de douceur , de mépris des faux
biens ,
Et tu perds pour jamais la plus fidele image ,
Des vertus que le monde eut dans fon premier
âge.
Mais quel feu dans mon coeur a ranimé ma
foy ?
Un Pere bienheureux eft- il perdu pour moi ?
Non , dans cette lumiere à l'oeil inacceffible ;
Le
MARS 1724. 399
Le jufte à nos foupirs refte toûjours fenfible.
Mon Pere tarira la fource de mes pleurs ,
J'en crois les faints tranſports qui charment
mes douleurs .
Toi donc qui des élûs a partagé la gloire ,
D'un fils qui te fut cher conferve la memoire :
Admis aux faints concerts des vieillards radieux
,
Au Trône de l'Agneau daigne porter mes
voeux.
Regarde- moi du fein des celeftes merveilles ,
Jefuis jeune, une mere a befoin de mes veilles ;
Fais que mon coeur fidele à tes fages avis ,
Rempliffe les devoirs de Chrétien & de fils.
M. Tanevot.
******************
SUITE de la Lettre Critique fur
Heraclius.
Q
ACTE III.
Uoique cet Acte ne foit à
pas
beaucoup près auffi intereffant que
le quatrième , il ne lui cede pas en beauté
, & ne fait pas moins d'honneur à Cor-
A iij
neille.
400 MERCURE DE FRANCE.
neille . Il faut pourtant avouer que c'eft
ici l'Acte de la Piece qui donne le plus
dé prife à la Critique. Nous l'allons voir,
en procedant
Scene par Scene.
SCENE I.
Martian , Pulcherie.
Martian execute dans cette premiere
Scene le projet qui a tant allarmé Leonține.
Il lui a declaré dans l'Entr'acte qu'ik
eft fon frere , comme il croit l'être en
effet , trompé par le billet de Maurice .
Ils ont tous deux beaucoup de regret de
fe voir condamner à changer l'amour en
amitié . Martian prie Pulcherie d'épouſer
le faux Martian , pour ſe garantir d'une
mort inévitable , dont Phocas l'a menacée.
Pulcherie lui répond avec une fageffe digne
de fa naiffance : voici comment elle
parle :
Ne pouvant être à vous , je pourrois juſtement,
Vouloir n'être à perfonne , & fuir tout autre
Amant ;
Mais on pourroit nommer cette fermeté d'ame,
Un refte mal éteint d'inceftueuſe flâme :
Afin donc qu'à ce choix j'ofe tout accorder ,
Soyez mon Empereur , pour me le commander.
Rien n'eft fi beau que tout ce que
cette
MARS 1724. 401
cette vertueufe Princeffe dit encore à fon
frere prétendu , pour l'engager à faire
perir le Tyran avant qu'elle épouſe fon
fils : Vous voulez , dit -elle , que je donne
quelques momens de joye à Phocas pour
l'éblouir ?
Mais durant ces momens , unie à ſa famille ,
Il deviendra mon pere , & je ferai fa fille :
Je lui devrai refpect , amour , fidelité ,
Mahaine n'aura plus d'impetuofité , &c.
Voici par où Pulcherie finit cette belle
Scene :
Jamais un feul moment , quoique l'on puiffe
faire ,
Le Tyran n'aura droit de me parler en pere ;
Je ne refufe au fils ni mon coeur , ni ma foi :
Vous l'aimez , je l'eftime , il eft digne de moi ;
Tout fon crime eft un pere à qui le fang l'attache
;
Quand il n'en aura plus , il n'aura plus de
tache ,
Et cette mort propice à former ces beaux
noeuds
Purifiant l'objet , juftifiera mes feux .
Allez donc preparer cette grande journée ,
Et du fang du Tyran fignez cet Hymenée.
A iiij
Vai402
MERCURE DE FRANCE.
Vaines réfolutions ! Phocas arrive fuivi
d'Exupere ; Martian ne doute point
qu'il ne foit trahi , en le voyant avec ce
traître. Phocas ne le confirme que trop
dans fa crainte , en lui montrant le billet
de Maurice. Exupere l'a remis entre fes
mains ; fes intentions font bonnes ; mais
rien n'eft plus dangereux que le chemin.
qu'il prend pour arriver à la fin qu'il
s'eft propofée : c'eft ce que nous allons
examiner.
Corneille convient tout le premier de
ce qu'il y a d'irregulier dans la conduite
d'Exupere. Voici comme il en parle dans
l'examen qu'il fait de fa Piece : Le ftratageme
d'Exupere a quelque chose d'un pèu
délicat , & d'une nature à ne fe faire
qu'au Theatre , où l'Auteur eft maître des
évenemens qu'il tient dans fa main ,
non pas dans la vie civile , où les hommes
en difpofent felon leurs interefts &leur
pouvoir.
نوم
Il me femble que Corneille auroit pû
s'appliquer cette derniere partie , & dire
qu'il adifpofé de cet évenement felon fes
interefts : je ne dis pas felon fon pouvoir ;
un genie tel que le fien doit être fuppofé
fans bornes ; mais on doit convenir avec
moi que l'intereft qu'il avoit à nous frapper
par quelque chofe de fingulier , & à
forcer par là nôtre admiration , fans nous
donner
MARS 1724. 403
donner même le temps de la réflexion ,
lui a fait hazarder ce coup de Theatre :
je ne fuis ici que l'écho de ce grand homme.
Jufques-là , dit - il , toute la conduite
d'Exupere eft de ces choses qu'il fautſouffrir
au Theatre , parce qu'elles ont un
éclat , dont la furpriſe éblouit , & qu'il ne
feroit pas bboonn ttiirreerr eenn exemple , pour conduire
une action veritable fur leur plan .
Je ne parlerai point ici du peril où il
expofe le Prince qu'il croit Heraclius ,
pour le tirer d'un autre peril moins évident.
Je renvoie mon lecteur à Corneille
même dans fon examen d'Heraclius. J'ajoûterai
feulement quelques réflexions
que ce grand homme n'a pas faites , parce
qu'il étoit très -avare des fecrets de
fon Art ; bien different en cela de fes
fucceffeurs , qui à force de les avoir prodiguez
, ont fourni des armes contre euxmêmes.
La premiere de mes réflexions eft
qu'Exupere auroit dû prévenir le Prince ,
ou du moins Leontine fur fon ftratagême.
Je fçais que le Prince n'auroit pas confenti
à fon emprifonnement , & qu'il auroit
traité Exupere d'infenfé : doncque
Exupere fentoit tout le ridicule de fon.
projet. Pour Leontine , elle y auroit infailliblement
donné les mains par un mo--
tif tout oppofé ; elle fçavoit qui étoit le :
A v
veri.
404 MERCURE DE FRANCE :
veritable Heraclius , & le mettoit en feureté
, en expofant fon fantôme. 2° Réflexion
. Exupere expofe , non -feulement
la vie du prétendu Heraclius , mais il met
entre les mains de Phocas le feul titre
qui peut le faire reconnoître pour fils de
Maurice , c'eft le billet de Maurice même.
Je dis plus , il s'expofe lui- même : Phocas
n'avoit qu'à fe défaire d'Exupere , &
à brûler le billet qui devoit fervir à la
reconnoiffance d'Heraclius , pour n'avoir
plus rien à craindre. Il n'auroit trouvé
que trop de moyens dans la fuite de faire
aflaffiner le fils de Maurice fecretement
& à l'infçû de Martian , dont l'amitié
pouvoit mettre obftacle à un deffein ouvert
de faire perir un Prince qui lui a
fauvé la vie , comme il eſt établi dans le
premier Acte. 11 eft temps de reprendre
te fil de l'action Theatrale , fans examiner
fi elle eft bien ou mal fondée.
Le prétendu Heraclius foutient le nom
que lui donne le billet de Maurice , & le
foutient avec un courage digne d'un fils
d'Empereur. Phocas le fait arrêter , & le
met entre les mains de Crifpe . Le Tyran
tâche d'émouvoir Pulchere par le danger
de ce Prince , mais elle s'obſtine toûjours
à refufer la main de Martian. Elle quitte
Phocas avec les menaces les plus effrayantes
. Phocas refte fur la Scene avec Exupere
MARS 1724 . 405
pere & Aminthas. Le fervice qu'ils viennent
de lui rendre , en lui livrant le fils
de Maurice , fait qu'il s'abandonne aveuglement
à leurs confeils , ou plutôt il ne
fait que ce que l'Auteur a fait entrer dans
fon plan. En effet , le plus feur pour Phocas
étoit de faire perir le fils de Maurice
dans fon Palais , & d'envoyer fa tête au
milieu de la place ; rien n'eft plus foible
que
les raifons qu'Exupere oppofe à
un deffein fi falutaire . Voici ce que dit
Phocas :
Donc pour ôter tout doute à cette populace,
Nous envoirons fa tête au milieu de la place..
Voici ce que répond Exupere :
Mais fi vous la coupez dedans vôtre Palais ,
Ces obftinez mutins ne le croirons jamais ,
Et fans que pas un d'eux à fon erretir renonce,
Ils diront qu'onimpute un faux nom à Leonce.
Phocas a beau dire , que le billet de
Maurice fera foi de la verité ; il ne plaît
pas à Exupere d'en convenir. Un billet ,
felon lui , ne fçauroit être reconnoiffable
après vingt ans. Il faut abfolument que la
victime foit immolée en place publique ,
& que le fils de Maurice dife à qui voudra
l'entendre : N'en doutez point, je fuis
Her aclius , comme fi tout cela ne fe pou-
A vj voit
406 MERCURE DE FRANCE:
voit pas faire du haut d'un balcon. Pho
cas confent à tout ce que veut Exupere ,
quoique la prudence femble en ordonner
autrement. Heureufe faute qui va nous
produire un quatrième Acte rempli de
tant de beautez ; tant il eft vrai qu'il faut
paffer quelque chofe aux Auteurs , fi
l'on veut avoir du plaifir.
ACTE IV . SCENE I.
Heraclius , Eudoxe.
Cette Scene eft neceffaire , quoiqu'elle
ne foit pas bien chaude. Heraclius ſe
plaint à Eudoxe de l'infidelité que lui fait
Leontine , en lui volant fon nom pour
le donner à Martian . Eudoxe a beau excufer
fa mere , en difant qu'elle ne pouvoit
démentir ce billet de Maurice , fans
expofer la veritable heritier de l'Empire.
Heraclius ne peut confentir à laiffer perir
fous fon nom un Prince qui lui a fauvé
la vie dans les dernieres guerres , &
perfifte dans le deffein de fe declarer fils
de Maurice aux yeux de Phocas . Ce dernier
entre , fuivi d'Exupere , il ordonne
d'arrêter Eudoxe , & de la tenir en lieu
de feureté , en attendant fa mere . Heraclius
s'y oppofe en vain , les ordres du
Tyran font executez . Eudoxe prie Pho
cas de ne pas croire ce que fon fils lui va
dire.
MARS 1724. 4.07
'dire. Cette priere excite fa curiofité , il
demande à Heraclius quel eft ce myftere.
Heraclius lui dit qu'il ne veut le reveler
qu'en prefence du prifonnier. Leonce eft
amené, & c'eft en fa prefence que le
faux Martian declare qu'il eft Heraclius.
Phocas croit en vain le démentir par le
billet de Maurice ; ce Prince lui répond
que ce billet fut vrai autrefois , mais
qu'il ne l'eft plus , & que Maurice n'a
pû fçavoir ce qui s'eft paffé après la mort.
Il ajoûte que Leontine lui a declaré fa
veritable naiffance , & que c'est pour
cette raifon qu'il s'eft toûjours oppofé à
fon Hymen avec Pulcherie qu'il fçavoit
être fa four. Rien n'est plus beau que le
combat d'Heraclius & de Martian , qui
tous deux veulent être fils de Maurice
& mourir l'un pour l'autre. On amene
Leontine dont la fermeté acheve de defefperer
Phocas. Elle lui dit que l'un de ces
deux. Princes eft fon fils , & l'autre fon
Empereur ; mais qu'il n'en fçaura pas davantage
. Phocas ne fçait quel parti pren
dre ; Exupere qui eft ravi de gagner du
temps pour executer fon deffein , augmente
encore fa perplexité ; il le détermine
enfin à fufpendre l'Arreft de mort ,
& lui promet de tirer le fecret de Leontine
de force ou de gré. Phocas le laiffe
avec elle ; mais Exupere a beau lui protefter
408 MERCURE DE FRANCE.
teſter qu'il eft ennemi fecret de Phocas ,
& que les intentions font pures ; elle le
traite de perfide , & c'eft avec raiſon
car il n'y a pas un des fpectateurs qui ne
le croye tel; tant Corneille a pris foin
de répandre l'obfcurité fur toute la Piece,
& de n'y rien laiffer penetrer que dans
la derniere Scene.
ACTE V.
Il s'en faut bien que cet Acte foit auffi
beau que le precedent. La Scene où Phocas
veut faire donner la mort à Martian
a trop de reffemblance à celle que nous
avons vûë dans le quatriéme ; cependant
Exupere agit derriere le Theatre ; il fait
dire à Phocas par Crifpe même, qui y eft
trompé tout le premier , que les rebelles
font défaits , & leurs Chefs prifonniers
dans le Palais. Phocas au comble de la
joye , dit à Heraclius qu'il croit toûjours
fon fils.or
Toi maintenant , ingrat , foi mon fils , fi tu
veux ;
En l'état où je fuis je n'ai plus lieu de feindre ,
Les mutins font domptez , & je céffe de
craindre.
Ces vers femblent détruire tout l'intereſt
que nous avons fenti dans la belle
Scene
MARS 1724. 40
hi,
que
Scene du quatriéme Acte. Si Phocas a
feint , il n'a pas été auffi malheureux
qu'il nous l'a paru , & dans une feconde
reprefentation , nous jouirons moins de
fon trouble. Cette réflexion que j'ai vu
faire à des gens fenfez , n'eft pas pourtant
fans réponſe. I fe peut faire que Phocas
feigne même, en difant qu'il ceffe de feindre.
Il fent que l'Amour paternel l'a trafon
fils quel qu'il foit , a peut - être
abufé de fa foibleffe ; & il ne fe montre
pere dénaturé que pour forcer fon fils à
lui dire la verité. Il eft temps de dénoüer
la Piece ; Phocas eft affaffiné par Exupere,
& les autres conjurez qu'il a introduits
dans le Palais comme prifonniers.
Ce ftratagême d'Exupere eft très - ingenieufement
imaginé ; mais le fuccès , comme
l'avons déja remarqué , étoit tout entier
entre les mains de l'Auteur , & l'on
pourroit dire ironiquement , au fujet de
Phocas , ce qu'Amintas dit ferieufement
aux deux Princes dans le recit de la mort
de ceTyran.
Quel chemin Exupere a pris pour fa ruine !
Je ne dis plus qu'un mot fur ce qui
refte. Leontine produit un billet de l'Imperatrice
Conftantine , veuve de Maurice.
Voici ce qu'il contient :
Parmi
410 MERCURE DE FRANCE.
Parmi tant de malheurs , mon bonheur eff
étrange ,
Après avoir donné fon fils au lieu du mien ,
Leontine à mes yeux par un fecond échange ,
Donne encore à Phocas mon fils au lieu du
fien .
Vous qui pourrez douter d'un fi rare ſervice ,
Sçachez qu'elle a deux fois trompé nôtre
Tyran :
Celui qu'on croit Leonce eſt le vrai Martian ,
Et le faux Martian eft le fils de Maurice.
Je confeillerois à tous ceux qui vont
voir repreſenter Heraclius d'apprendre
par coeur ce billet de l'Imperatrice Conftantine
; il renferme toute l'économie
de la Piece. Il eft temps , Meffieurs , de
finir une Lettre qui n'eft déja que trop
longue. Je n'ai rien oublié pour pouvoir
être plus court , & vous en jugerez vousmême
par toutes les beautez que j'ai omifes.
Je fuis avec une parfaite eftime , vôtre
très -humble , & très- obéiffant ſervi
teur. •
EPI
MARS 1724. 411
* ACHILLE ET DEIDA MIE.
Cantate de M. de la Grange.
Ous les traits & l'habit d'une jeune Print
ceffe , Sous
Achille dans Sciros joüiffoit d'un bonheur ,
Auffi funefte à ſa valeur ,
Que favorable à fa tendreffe.
Chaque jour comme foeur , chaque nuit.comme
époux ,
De la belle Deïdamie ,
Il échapoit aux traits de la Parque ennemie ,
Et goûtoit en fecret les plaifirs les plus doux-
Nuit , confidente fidele
De tant d'amoureux defirs ,
Il n'eft de parfaits plaiſirs ,
Que ceux que l'on vous revele,
Si-tôt que du jour jaloux
L'on voit la lumiere éteinte ,
* Idylle VIII. de Bion
Less
412 MERCURE DE FRANCE.
Les Amans cedent fans crainte ,
A ce qu'Amour a de doux .
La pudeur , ni la contrainte ,
Ne tiennent point contre vous.
Par le fecours de vos ombres ,'
Que de jaloux endormis !
Que de régards ennemis ,"
Couverts de vos voiles fombres
Et de vôtre heureux retour ,
Que l'on voit d'Amans avides ,
Par des entretiens folides
Dédommager leur amour ,
Du peu que leurs yeux timides ,
Se font dit pendant le jour.
Tandis que le refte du monde
"
Ignore les plaifirs de ces heureux Amans
La Princeffe livrée à des préfentimens
Qui troublent cette paix profonde ,
Par ces tendres regrets expriment fes tourmens
: surot +5 cmp 251-18
Vôtre ardeur , cher Amant , à ma flâme eſt
égale ,
Nous formons les mêmes defirs ;
Mais
MARS 1724. 413
1
Mais je tremble qu'une Rivale ,
Ne trouble de fi doux plaifirs.
Je crains que la gloire jaloufe ,
Des bras d'une fidele épouſe ,
Ne vous arrache quelque jour ;
Pardonnez les frayeurs dont mon ame eft at
reinte ,
Mon coeur fentiroit moins de crainte ,
S'il ne fentoit pas tant d'amour .
Ne craignez rien , belle Princeffe
Lui répond fon Amant , en effuyant fes pleurs ;
Quel plaifir prenez-vous d'outrager ma tendreffe
,
Par d'indignes foupçons , & d'injuſtes douleurs
.
Ah ! par les mains de la Victoire ,
Tous les Sceptres de l'Univers , 2
Me feroient vainement offerts ,
Je ne connois point d'autre gloire
Que celle de porter vos fers .
Uliffe cependant , zelé pour fa patrie ,
Veut lui rendre le feul Heros >
Dont l'appui des Troyens doit fentir la furie ,
Et
1
414 MERCURE DE FRANCE
Et pour le découvrir il fe rend à Sciros
Il étale aux yeux des Princeffes"
Les ornemens & les richeffes ,
Qui peuvent relever l'éclat de leur beauté ;
Achille avec dédains enviſage leurs charmes ;
Mais d'un trouble foudain il paroît agité ,
Quand parmi ces atours il voit briller des
armes ,
Qui femblent l'accufer de fon oifiveté.
L'ardeur dont la gloire l'enflâme ,
Diffipe les lis de fon teint ,
Et la rougeur dont il eſt peint ,
Fait voir le trouble de fon ame.
Les graces rebelles aux Loix ,
De la Déeffe d'Amathonte ,
Semblent pour la premiere fois ,
Rougir de dépit & de honte ,
Et fe couroucer toutes trois ,
De voir que Pallas les furmonte.
L'ingenieux Uliffe , à ces fignes certains ,
Reconnoît le Heros que demande la Grece ,
Et
MARS 1724. 415
Et d'un glaive terrible armant fes jeunes mains,
Par ce difcours guerrier , du fils d'une Déeſſe
Il augmente l'ardeur , & hâte les deſtins .
Quittez les jeux , fuyez leurs charmes,
Rougiffez d'un honteux repos ,
Le carnage & le bruit des armes
Sont les vrais plaifirs des Heros.
Venez renverfer des murailles ,
Venez forcer des Bataillons ,
De leur fang , de leurs funerailles ,
Faites regorger les fillons.
Lorfque des plaiſirs à la gloire ,
On a promené ſes defirs ,
Il n'appartient qu'à la victoire ,
De les ramener aux plaiſirs.
Penetré des difcours d'Uliffe ,
Achille en même temps déchire tous les
noeuds ,
Dont le fatiguant artifice ,
Sous un voile emprunté captivoit fes cheyeux.
Déïda
416 MERCURE DE FRANCE .
Deidamie en proye aux plus vives allarmes ,
Yeut envain par fes cris , par fes plus tendres
larmes ,
Défarmer ce jeune Lion ;
Son coeur ne trouve plus de charmos
Que dans la chûte d'Ilion ,
Qu'Uliffe promet à fes armes.
Belles , qui croyez pour toûjours
Affervir un jeune courage ,
N'en efperez d'autre avantage ,
Que des chaînes de quelques jours
Dont un fon d'airain le dégage.
Il n'écoute plus les Amours ,
Si- tôt que Bellone l'appelle .
Et les fermens d'être fidele ,
S'envolent au bruit des Tambours.
ET.
MARS 1724. 417
333
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , écrite à M........
fur de prétendus fortileges , où il ne s'eft
que de naturel, rien trouvé
MONSIEUR ,
Par la réponſe que vous faite à la Lettre
que j'ai eu l'honneur de vous écrire
fur les yeux des Mouches , & qui a paru
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier , vous me priez de continuer de
faire de pareilles obfervations , & de
yous les communiquer ; mais il faut que
je vous avoue que je ne me connois pas
un genie affez heureux , & un efprit
affez penetrant , pour trouver toûjours
du nouveau dans cette forte de recherches.
J'efpere donc que vous voudriez
bien , en attendant qu'il fe prefente un
fujet plus intereffant , que je vous entretienne
de quelques découvertes , lefquelles
pourront bien ne vous être pas
indifferentes ; j'efpere même qu'elles
feront utiles au public.
Un Laboureur ayant perdu un de fes
Chevaux ; après qu'il eut langui quelque
temps , le fit ouvrir pour tâcher de
recon418
MERCURE DE FRANCE.
1
reconnoître ce qui pouvoit avoir caufé fa
mort. Tout ce que le Maréchal pût remarquer
de fingulier , fut un corps étran
ger & charnu , qui rempliffoit un des
ventricules du coeur , lequel étant tiré
peu à peu , paroifloit avoir comme des
efpeces de pieds divifez en plufieurs branches
. Au moment que cela fut vû , la
choſe parut décidée. Voilà ( dit-on ) une
bête en forme de Scorpion , ou de Lezard
trouvée dans le coeur , on ne peut plus
douter que ce Cheval ne foit mort par
fortilege , & plutôt pour m'en convaincre
qu'autrement , il fut conclu qu'on
la garderoit pour me la montrer.
J'allai donc voir ce que c'étoit que
cette prétendue bête , & l'ayant examiné
, il me fut facile de remarquer que
ce n'étoit autre chofe qu'une excroiffance
charnue , qui s'étoit formée dans le
coeur de ce Cheval , laquelle après avoir
rempli une partie des deux ventricules ,
croillant & augmentant peu à peu , s'étoit
étendue jufques dans les vailleaux
attachez au coeur , & dans leurs rameaux ,
où s'étant moulée , felon leur figure ,
cela avoit formé des efpeces de pieds
lefquels réunis au corps plus dilaté qui
étoit dans le ventricule , reprefentoit ,
quoiqu'imparfaitement , une espece de
bête . Enfin par fon accroiffement ayant
>
tota-
1
MARS 1724. 4.19
totalement rempli la cavité du ventricule
& celle des vailleaux , elle avoit dû faire
ceffer la circulation du fang , & caufer
par confequent la mort. Ce fut ce que je
tâchai de faire entendre à ceux qui
étoient preſens , pour les diffuader que
cette mort fut arrivée par malefice , &
pour les empêcher de foupçonner mal - àpropos
quelqu'un de l'avoir procurée.
En effet , Monfieur , cette excroiffance
charnuë n'étoit autre chofe qu'un veritable
Polype , qu'on a ainfi nommé , parce que
fe formant de la forte avec ces efpeces de
pieds , elle reffemble affez au poiffon qui
porte ce nom ,
& que vous avez vû deffeiché
, & en fon entier dans mon cabinet
; ce qui arrive également aux hommes
, lorfqu'un fang trop âcre ; & en
même temps groffier & vifqueux , circulant
moins librement , & pofant trop
dans le coeur par fa vifcofité, vient à ronger
quelque endroit de l'un des ventricules
par fon âcreté , ce qui donne lieu au
fuc nourricier de ce muſcle , fi necellaire
à la vie , de s'épancher dans les intervales
des fibres déchirées ; alors les écartant
par fa groffiereté, & s'uniffant à elles
par fa vifcofité , il les allonge en fe pouffant
au dehors , ce qui forme ce corps
étranger , lequel croiffant & augmentant
de plus en plus , ferme enfin le paffage au
B Lang ,
420 MERCURE DE FRANCE.
fang , & caufe neceffairement la mort ,
fans qu'on puiffe jamais y apporter de
remede.
J
La même chofe arriva encore quelque
temps après chez un autre Laboureur du
même lieu , où un Cheval étant mort
affez brufquement , il fut également ouvert
, & on lui trouva comme à l'autre
une pareille excroiffance dans le coeur ,
laquelle fut d'autant plutôt prife pour
une bête formée par malefice que ce Laboureur
entroit dans un nouveau fermage
, après en avoir dépoffedé celui qui
l'occupoit auparavant ; mais y ayant été
heureuſement appellé , je trouvai que
1 c'étoit encore un Polype , avec cette
feule difference , que le premier étoit
plus rouge , & plus mol , & celui- ci plus
blanc & plus ferme.
Avant cette découverte des Polypes
formez dans le coeur des Chevaux qu'on
croyoit morts par malefice , j'avois détrompé
un autre Laboureur , demeurant
dans le Fauxbourg de cette Ville , qui
étoit également perfuadé que ceux de fon
Ecurie étoient auffi enforcelez , parce
qu'il en étoit mort quelques- uns de fuite.
Son maître qui étoit une perfonne de
diftinction & d'efprit , & qui ne croyoit
pas legerement à tout ce qui fe débite ordinairement
fur le fait des forceleries , me
vint
MARS 1724. 421
perte
vint annoncer ce qui fe difoit de la
des chevaux de fon Fermier , me priant
dans le même temps de vouloir bien me
tranfporter avec lui fur les lieux , pour
être prefent à l'ouverture d'un Poulain
qui étoit mort la nuit precedente.
fort
Nous y allâines , & nous trouvâmes
que le corps de ce Poulain étoit enflé , &
gros ; & dès que le Maréchal eut
donné le premier coup pour lui ouvrir le
ventre , il en fortit quantité d'eau , dans
laquelle tous les inteftins flotoient . Il ne
nous parut rien d'extraordinaire dans
tous les vifceres qui furent vifitez exactement
les uns après les autres , finon que
tout étoit rempli d'eau & de ferofitez de
tous les côtez , d'où je conclus de même , *
qu'il n'y avoit rien que de naturel dans
la mort de ces Chevaux .
Comme c'étoit vers le milieu du Printemps
que cette mortalité arrivoit , que
1'Hiver avoit été fort rude , & très - long,
avec abondance de neiges ; que je fçavois
d'ailleurs que ce Laboureur avoit trèsmal
nourri fes Chevaux , ayant mieux
aimé vendre les fourages , parce qu'ils
étoient fort chers ; if me fut aifé de
& de dire , qu'ayant été mal nourris pendant
l'Hiver , ayant fouffert le grand
froid , bu regulierement des eaux glacées
à la riviere , où on les abbreuvoit ,
Bij
juger
tout
422 MERCURE
DE FRANCE
. tout cela , dis- je , avoit tellement
éteint
& diffipé les parties fpiritueufes
de leur
fang , empêche
la tranſpiration
, diminué la fermeté
des fibres , & ralenti l'action
reglée des folides , que les parties fereu- fes ayant pris le deflus dans la maffe du
fang, y étant devenuës
les plus abondantes
, les vifceres
étant en même temps
devenus
plus lâches par la foibleffe
de
leurs fibres , il ne falloit pas être furpris, fi les ferofitez
fe trouvoient
répandues
par tout , & en telle quantité
qu'elles
avoient
caufé la mort à ces chevaux
.
Je fus d'autant
plus confirmé
dans
cette penfée , que j'avois vû arriver à
peu près la même chofe à l'égard de tant
de pauvres
malheureux
qui moururent
de faim & de mifere pendant
les trois
années de cherté 1692. 1693. & 1694..

particulierement
pendant la derniere , j'obfervai
qu'après
être devenus
fecs & décharnez
, ils devenoient
tout bouffis ,
& mouroient
enfuite. En confequence
le moyen
de ces réflexions
, je dis
qu'il y avoit à prendre pour conferver
les chevaux
qui reftoient , étoit de les
ranimer , pour ainsi dire , en leur faifant
prendre
du Vin avec de la Canelle , de
la Mufcade
, & des Clouds de Geroffle , & de les mieux nourrir , ce qui fit ceffer le
fortilege
; tant il eft vrai , qu'il s'en trouque
veroit
MARS 1724 423
veroit beaucoup moins qu'on n'en dit ,
fi des perfonnes plus éclairées & moins
prévenues que des Maréchaux , en jugeoient
après un examen exact & judieieux.
peut
Vous me permettrez , Monfieur , pour
finir cette matiere , que j'ajoûte ici une
petite rufe dont fe fervirent des Bohémiens
, pour faire accroire à un particulier
qui demeuroit proche de cette Ville ,
& qui avoit perdu quelques chevaux ,
qu'ils détourneroient le fort de fon Ecurie.
Il est vrai que ce n'eft qu'une badinerie
, mais cela fervir à empêcher
que d'autres n'y foient trompez . Voici
comme ils s'y prirent : Ayant demandé un
oeuf pondu du même jour , ils l'enterrerent
dans un coin de l'Ecurie , après
avoir dit , bien des paroles , & fait diverfes
grimaces myfterieufes. Etant retournez
le lendemain , ils déterrerent
l'oeuf , & l'ayant ouvert en prefence de
beaucoup de monde , ils firent voir qu'il
étoit rempli de crin de Cheval , qui étoit
le figne qu'ils avoient promis de voir
arriver , pour marque & pour preuve ,
que le fort jetté fur fes Chevaux feroit
paffé dans l'oeuf.
Dès ce moment perfonne ne douta plus
que la chofe ne fut arrivée par art magique
, & que le malefice n'eut été levé
B iij par
424 MERCURE DE FRANCE .
par un autre malefice ; mais le fait m'ayant
été raporté , je fis entendre à ceux qui
m'en parloient , que ce tour de foupleffe
étoit commun , que les Bohémiens avoient
preparé un oeuf , y faiſant entrer du crin
de Cheval par un trou d'éguille fait à la
coque , qu'ils avoient enfuite bouché
avec un peu de cire blanche ou de fuif ,
& l'ayant mis adroitement à la place
de celui qu'on leur avoit donné , ils
avoient fait à croire que ce crin s'y étoit
formé en vertu des paroles qu'ils avoient
dites , des grimaces qu'ils avoient faites
& du fort qui s'y étoit placé. Vous pou
vez juger par ce que je viens d'avoir
l'honneur de vous raporter , combien il
eft aifé de fe laiffer tromper dans tout ce
qu'on dit des prétendues for celeries , &
qu'on ne doit pas facilement ajoûter foi à
tout ce qu'on en raconte. Je fuis , & c.
A Eu , ce 21. Janvier 1724.
SON
MARS 17240 425
SONNET en Bouts- rimez d'un des
membres de la Societé Litteraire
de Châlons en Champagne.
LE PHILOSOPHE SOLITAIRE,
R
Arement à la Cour on trouve le vrai Sage,
Des emplois , des honneurs je haïs tout
le Micmac >
Je ne hazarde point ma fortune au Tritracs
De peur d'être plus fot qu'un oifeau mis en
Cage.
Philofophe fenfé dès le printemps de l' Age ×
Recherchant la vertu fans cilice ni
Pour contempler des Cieux le mystique Almanach,
Sacs
Je me fuis confiné dans le coin d'un Village.
Là , cultivant des fruits , des legumes, de l'Ail,
Les zephirs à mon gré, me fervent d'Eventail ,
Le murmure des eaux enchante mon Oreille.
Oeconome prudent , inftruit par la Fourmy ,
Seulement pour la foifje vuide ma Bouteille ,
Et ne redoute point les traits d'un faux Ami.
B'iiij LET426
MERCURE DE FRANCE.
XX: XXXX XXXXX :XX
LETTRE écrite aux Auteurs du Mer
cure de France , & défenſe
des Bouts-rimez.
JE preus,Meffieurs ,la liberté de vous
raire , compofée de Dames & de Meffieurs
, dont je fuis le Secretaire , qu'on
a cenfuré ici , & admiré tout enfemble ,
vôre politeffe , & vôtre complaifance ,
au fujet du Sonnet de l'aimable Dame
de Provence que vous avez inferé dans
vôtre Mercure du mois de Janvier. On
á auffi jugé que cette belle perfonne , qui
n'a , dit -on , jamais fait des vers , n'a pas
débuté , comme il convenoit ; car , Meffieurs
, quelle verve peut la piquer contre
l'innocent & le fpirituel badinage des
Bouts- rimez . Il eft vrai que Sarrazin en
a chanté la défaite ; mais outre que fa
piece , quo que montée ſur le ton heroïque
, eft une pure plaifanterie , & qu'il
faut fçavoir en quel temps , & à quelle
occafion il l'a compofa , cette piece même
eft precedée d'un fort beau Sonnet en
Bouts - rimez de la façon de Sarrazin , &
on peut dire que ce n'eft pas le moindre
morceau de fes Poëfies. Quoiqu'il en
foit
MARS 1724. 427
foit , nous ne croyons pas que la belle
Provençale ait beaucoup de partiſans ,
même parmi les Dames. Les nôtres ,
bien loin d'être de fon avis , prennent le
fat & caufe des Bouts- rimez , vous demindent
acte de leur prife à partie , &
pour rendre cet acte plus authentique
elles vous prient , Meffieurs , d'avoir la
bonté d'inferer dans vôtre premier journal
les Bouts - rimez que voici .
BOUTS RIMEZ A REMPLIR.
Chapeau
Lanturelure
Coupean
Tablature.
Troupeau
Mignature
Drapean
Egratigneure
B v
Tapis
Accroupis
Chanterelle
Défigure
Bourré
428 MERCURE DE FRANCE:
Bourré
Fidele
Je fuis auffi chargé , Meffieurs , de la
part
d'une de ces Dames de vous remercier
d'avoir inferé dans vôtre Mercure
du mois de Mars 1723. le Sonnet en
Bouts- rimez qu'elle vous a envoyé. C'eſt
celle qui datta fa Lettre de la Campagne,
à deux lieues de Tours , & qui figna par
modeſtie Minervete. Elle vous propofoit
auffi , dans la même Lettre , de vouloir
bien lui expliquer toutes les differences
qu'il y a entre une Idille , & un Eglogue,
parce qu'aimant fort la Campagne , où
elle demeure ordinairement , ce genre de
Poëfie a toûjours été de fon goût. Nous
préfumons que vos grandes occupations
ne vous ont pas encore permis de lui
donner cet éclairciffement. Ayez , s'il
vous plaît , la bonté de propofer la quef
tion dans votre Journal , quelqu'un ſe
fera un plaifir d'y répondre. Je reviens ,
en finiflant , aux Bouts- rimez , que nous
vous fuplions bien fort de ne pas exclure:
de vôtre livre , nous fommes perfuadez
que la plus grande partie de vos lecteurs
penferont comme nous , & que nos meilleurs
Poëtes ne dédaigneront pas de les
remplir , à l'exemple de l'illuftre M. de
la
MARS 1724. 429
la M. qui l'a déja fait , & qui donne toujours
un tour de maître , & de perfection.
à tout ce qui fort de fa plume . Je fuis ,
Meffieurs , & c.
A Tours , le 24. Fevrier 1724.
XX:XXXXXXXXXXX XX
VERS de M*** à Made des Hayes .
L'Efprit rempli d'une douce folie ,
Ces jours paffez à la cour de Thalie
Je crus me voir admis .
Dans ce divin féjour à peine je me vis ,
Qu'un objet enchanteur vint me fraper la vûë,
Et fur lui feul fixa tous mes regards ,
De ris badins une troupe ingenuë
L'environnoient de toutes parts .
Je croyois voir Venus en habit de foubrette.
Son vifage brilloit d'une fanté parfaite ,
Et fa prefence infpiroit la gayeté ,
Sa fraîcheur naturelle effaçoit la beauté
Que tient de l'art une Coquette
Et fouffroit à regret un éclat emprunté.
Dans un premier tranſport dont je ne fus point
maître ,
B vj
J'ar
430 MERCURE DE FRANCE.
J'arrête un jeune amour qui marchoit fur fes
pas ,
Je lui demande tout bas ,.
Le nom de la beauté que je voyois paroître,
C'eſt , me dit-il , tu dois la reconnoître ,
C'eſt l'aimable Deshayes , & tu t'en fou
viendras.
En prononçant ce-nom , fon regard étincelle¸
Puis le fripon me quitte , & courant après elles
Il augmente mon embarras ,
Mais bien-tôt fur un Trône elle parut placée ,
Et Thalie au milieu d'une foule empreffée ,
La couronna publiquement.
Venez, dit -elle , après un tendre embraffements
Venez , mon éleve cherie ,
Et de ma cour l'enfant la mieux nourrie :.
Depuis le retour de Baron ,
Je ne brille plus fur la fcene ,
Et l'on me fuit pour fuivre Melpomene.
Je n'ai plus que vous feule , & Quinaut mon
mignon ;
De mon Theatre ici je vous declare Reine ,
Soutenez- en les interefts .
Que rienjamais ne nous fepare.
Que
MARS 1724 43
Vous feule pouvez déſormais ,
Me tenir lieu de l'Illuftre Defmare.
La troupe à ce difcours applaudit d'une voix
Signalez un talent fi rare ,
Actrice digne de ce choix ,
Vous qui voyez enſemble fur vos traces ,
Marcher la raifon & les graces.
La nature par vous peut rentrer dans fes droits,
Des coeurs en badinant vous vous rendezmaîtreffe
,
Quel art dans votre jeu ! quel goût ! quelle
fineffe !
Quel enjouëment ! quelle vivacité !
Que d'agrément , enfin que de jufteffe !
L'éloge eft grand, mais il eft merité.
Si nos belles avoient de telles confidentes ,
Quelques puiffans que foient tous leurs appas
Je jurerois, & n'en rougirois pas ,
De nejamais aimer que des filles fuivantes;
+
LET
432 MERCURE DE FRANCE .
***********************
LETTRE aux Auteurs du Mercurefur
la Tragedie de Nithetis.
J
E ne fçais , Meffieurs , fi vous avez
crû que j'imiterois le filence de nos
Ariftarques Modernes , au fujet de la
Tragedie de Nithetis . Si vous m'avez
fait cette injuftice , je vous prie de m'en
faire reparation publique , en inferant , &
maLettre & ma Critique dans le premier
Mercure. Ce n'eft pas par des motifs de
jaloufie ou d'animofité particuliere que
je fuis déterminé , quand j'examine les
ouvrages de Theatre , je ne cherche qu'à
inftruire ceux qui font moins éclairez que
moi fur ces fortes de matieres , en foumettant
mes réflexions à ceux que je reconnois
pour mes Maîtres . Une Tragedie
, quelle qu'elle foit , n'en eft ni plus
ni moins imparfaite pour n'avoir pas été
critiquée le filence qu'elle impofe ne
lui eft ni avantageux , ni injurieux. Nithetis
ne me paroît pas moins eftimable
, quoiqu'elle n'ait pas mis la brochure
en jeu. Son fuccès pas
pour n'avoir été .
fi étonnant , n'en a pas été moins folide ,
& M. Danchet a très -juftement merité
la place que j'ai promife dans votre Mer-
>
cure,
MARS ' 1724. 435
cure , à tous les Auteurs qui donneroient
des ouvrages dignes de l'attention , & des
applaudiffemens du public. C'eft un tribut
que tout critique équitable , doit à un
Académicien qui n'a rien mis dans fa
Piece qui démente un nom fi reſpectable.
Voici mes obfervations fur la Tragedie
en queſtion :
ACTE I.
Je ne donnerai ici ni l'Hiftoire de Nithetis
, ni le plan que l'Auteur a fait de
fa Tragedie d'après Herodote. Vous
vous en êtes fi bien acquitez dans le Mercure
de Mars 1723. que le lecteur ne
trouvera pas mauvais que je l'y renvoye.
Je commence donc par un plan fuccinct
de ce qui fe paffe dans le premier Acte ,
& j'en uferai de mêine dans tous les autres
; le plan fera fuivi de quelques réflexions.
Dans la premiere Scene Phanès , Seigneur
Egyptien , apprend à Arfane , fon
ancien ami , dont il vient de brifer les
fers , que Cambife , Roi des Perfans , &
fils de Cyrus, eft venu en Egypte à ſa ſollicitation
, qu'il a vaincu Amafis en bataille
rangée , qu'il s'eft rendu Maître de
Memphis , & qu'il va vanger hautement
la mort d'Apries fur l'ufurpateur de fon
Thrône , & fur toute fa famille. Arfane
tou-

434 MERCURE DE FRANCE .
touché de la vertu de Pfammenite , & de
Nithetis , enfans infortunez du Tyran ,
ne peut s'empêcher de les plaindre. I hanes
entre dans fes fentimens au fujet du
fils & de la fille d'Amafis ; mais l'inhumanité
avec laquelle ce dernier à fait
égorger fa femme & les enfans avant le
dernier combat , & à la vûë des deux ar
mées , excite fa vangeance contre le
Tyran.
Dans la feconde Scene Cambife ordonne
à Phanès de faire chercher parmi les
prifonniers un jeune Guerrier Egyptien
qui lui a fauvé la vie dans le combat .
Dans la troifiéme Scene le prifonnier ,
dont il vient de parler , lui eft prefenté
chargé de fers. Il le reconnoît , il brife
fes fers lui- même , & lui promet des ré
compenfes dignes de fervice qu'il lui a
rendu . Ce prifonnier fe fait connoître à
lui pour Plammenite , fils de ce même
Amafis dont il vient de jurer la mort.
Cambife frapé de ce qu'il entend répond
à Pfammenite les vers fuivans :
Pour lefils d'un Tyran pouvois-je te connoître,
Au milieu des vertus que tu me fais paroître ?
Mais , Prince , déformais mon foin le plus
preffant ,
Eft de vous faire voir un coeur reconnoiffant ,.
Allez
MARS 1724. 435
Allez voir Nithetis , & témoin de mon zele ,
Jurez lui de ma part une amitié fidelle.
A l'égard d'Amafis vous pouvez l'affurer ,
Qu'en faveur d'un tel fils il peut tout eſperer 3
Je fçais qu'à mes bontez ma feureté s'oppofe ;
Mais c'eft fur vos vertus que mon coeur fe
repoſe.
Dans la cinquiéme Scene Pfammenite
fait connoître à Thiamis , fon confident ,
qu'il brûle toûjours des mêmes feux pour
fa foeur Nithetis , & que toute fa vertu
ne peut le défendre contre un amour fi
coupable. Ce premier Acte finit par une
ferme réfolution de garder un éternel filence
auprès de Nithetis , & de ne rien
oublier auprès de Cambife pour le rendre
favorable à Amafis.
Réflexions.
Cet Acte a été generalement applaudij
dans l'attente des beautez qu'il promettoit
pour le reste de la Tragedie. Mais
M. Danchet me permettra de lui dire
qu'il n'a pas tout- à -fait tenu parole aux
Spectateurs. Phanès par la fanglante &
pathetique defcription qu'il a faite du.
meurtre de fa femme & de fes enfans ,
rcus a fait efperer un rôle auffi brillant.
que
436
MERCURE DE
FRANCE.
que celui de la Leontine d'Heraclius g
mais par malheur il deviendra fimple
confident dès la premiere Scene de l'Acte
fuivant. Cambife a débité des maximest
dignes du fils de Cyrus , & nous n'allons
voir en lui qu'un Prince , à qui l'amour
fait oublier ce qu'il a promis . Pour le ca
ractere de
Pfammenite , il n'eſt
core bien decidé , & tout ce qu'on peut
dire de plus favorable pour lui , c'eſt
qu'il a trop de
vertu .
ACTE II.
pas
en-
Dans la premiere Scene Cambife fait
entendre à Phanès qu'il eft las de répandre
du fang , qu'il ne peut réfifter à la
Voix de la Clemence qui lui parle en
faveur de fes ennemis vaincus , & qu'en
fin il veut laiffer la vie au malheureux
Amafis . Voici ce que Phanès lui répond :
Seigneur, de mes enfans puis-je oublier la
perte ?
Cette playe en mon coeur fera toûjours ou
verte :
J'ai vu couler leur fang , ce fpectacle odieux
Me trouble , me
tourmente & me fuit en tous
lieux ;
Mais en donnant des pleurs à leur triſte memoire
,
Mon
MARS
437 1724.
Mon plus grand intereſt , Seigneur , c'eſt vône
gloire ;
Je ne puis qu'admirer cette haute vertu
Qui plaine un ennemi , dès qu'il eft abbatu ,
&Co
On ne peut difconvenir
que ces fenti- mens
ne foient
très beaux
; mais fi M. Danchet
avoit
deffein
de rendre
Phanés fi facile
à facrifier
la vangeance
à la gloire
de Cambife
, pourquoi
nous
l'a-t'il fait
paroître
tel que nous l'avons
vu dans le premier
Acte . Il valoit
bien mieux
fupprimer
cet endroit
d'Herodote
que de le mettre
pour ne rien produire
; nous fommes
très-perfuadez
de fon érudition
;
mais
nous
ne voyons
qu'à regret
qu'il
veuille
nous
en convaincre
, fans qu'il nous en revienne
aucun
plaifir
. La doci-
Tité de Phanès
eft d'autant
moins
excufable
, que ce n'eft pas la gloire
, mais
l'amour
qui fait agir Cambife
. Je prie mon lecteur
de me pardonner
cette réfle- xion prématurée
, je ne devois
la mettre qu'à la fin de l'Acte
, pour fuivre
l'ordre que je me fuis preferit
. Reprenons
le fil
de nôtre
Scene
. Cambife
dit à Phanès qu'il vient de voir Nithetis
dans le Tem- ple , qu'il
l'a aimée
auffi-tôt qu'il
l'a vue , & que c'eft cet amour
qui le porte
C
438 MERCURE DE FRANCE.
à laifler la vie à Amafis . Voici comment
il
s'explique :
Quoi qu'ait fait Amafis, tu ne t'étonne plus
Que tout prêts à tomber mes coups foient
fufpendus.
Les charmes , la vertu , brillent dans fa famille
,
Son fils défend ma vie , & j'adore fa fille ;
Tu le vois , mon devoir , ma gloire , mon
amour ,
Tout m'engage à la fois à lui fauver le jour.
Dans la feconde Scene Arafpe , un des
Chefs de l'armée de Cambife vient annoncer
à fon Maître qu'une femme éplorée
qu'on a trouvée dans le fond d'une priſon
demande à lui parler , & qu'elle marche
fur fes pas
Dans la troifiéme Scene la
prifonniere
en queſtion arrive , & Phanès la reconnoît
pour Merope , veuve d'Apriès ; elle
prie Cambife de vanger fon époux . Elle
fait une image très- vive du fanglant
affaffinat commis en la perfonne d'un ſi
grand Roi , & finit ce recit par ces beaux
vers :.
Seigneur , voilà mon fort , le ciel en vôtre
main
Remet avec la foudre un pouvoir fouverain
Sa
MARS 1724 4.3.9
Sa faveur à vos pas attache la victoire ;
Mettez , Seigneur , mettez le comble à vôtre
gloire ,
Et vangez à la fois dans un fang odieux ,
L'Egypte , mes enfans , mon époux , & les
Dieux.
Cambife lui promet de la vanger , &
fe retire après avoir ordonné à Phanès de
faire reconnoître la Reine dans le Palais.
Dans la quatriéme Scene Phanès dit à
Merope qu'elle doit tout attendre des
fentimens du Roi. Il lui fait préfumer
que cette nouvelle faveur des Dieux ne
fera pas feule , & qu'ils pourroient bien
lui rendre fa fille . Cette efperance eſt
fondée fur un bruit fourd qui courut lors
du meurtre d'Apriès , que fa fille avoit
été épargnée , & cachée par les foins du
Tyran. Merope & Phanes fe retirent
à l'approche d'Amafis & de Pfammenite,
Dans la cinquiéme Scene Amafis fait
entendre à fon fils , que le repentir qu'il
vient de témoigner à Cambife n'eft pas
fincere , & qu'il ne fonge qu'à punir ce
fuperbe vainqueur de fes bienfaits même,
Il dit à Pfammenite qu'il a appris que
Cambife eft devenu amoureux de Nithetis
; furquoi il forme le deflein de lui
livrer
440 MERCURE DE FRANCE.
livrer la proye , afin qu'il l'amene en
Perfe , & qu'il le laille regner en Egypte.
Pfammenite fremit en apprenant une réfolution
fi funefte à fon amour ; il prétexte
l'horreur qu'il en conçoit , de l'indignité
qui en refulteroit fur fon fang .
ne doutant point que Cambife ne traite fa
foeur en efclave. Amafis lui apprend alors
qu'elle n'eft point fa foeur , & qu'elle
eft fille d'Apriès.
Dans la derniere Scene de cet Acte
Pfammenite feul fe plaint du nouveau
trait dont la Fortune vient de le frapper.
Nithetis , dit- il , n'eft plus ma foeur ;
mais elle eft fille d'Apriès , & je fuis fils
d'Amafis. Il finit par ces quatre vers .
Affranchi des remords qui déchiroient mon
ame ,
Quel obftacle je trouve au bonheur de ma
flame !
Du frere & de l'Amant que le fort eft affreux !
J'aurai vêcu coupable , & mourrai malheureux
.
Réflexions.
Cet Acte n'eft pas moins chargé d'évenemens
que le premier. C'eſt un beau défaut
, fi c'en eft un . Corneille paroît pancher
de ce côté là. Toutes les Pieces font
pleines d'incidens , au lieu que Racine en
eft
MARS 1724. 441
eft avare. Le premier fait briller fon ge
nie fyftematique par l'implexe, & le dernier
fait admifer fon elegance par le
fimple. Heureux qui pourroit prendre
un jufte milieu entre ces deux grands
Maitres. J'ai déja dit ce que je penfois
fur la trop grande docilité de Phanès ; il
eft temps d'expliquer d'expliquer ma penſée , fur la
legereté de Cambife ; il oublie d'un Acte
à l'autre , qu'il a promis à Pfammenite
de fauver la vie à Amafis . Merope lui
infpire , ou du moins femble lui infpirer
un fentiment tout contraire , car il fe
peut faire qu'il diffimule , & que ce n'eft
que par politeffe qu'il dit à cette Reine
éplorée :
Madame , de vos maux je fens la violence ;
J'aurai foin de ma gloire & de vôtre vangeance
;
Je ne vous offre point de fteriles fecours ;
Les effets parleront bien mieux que mes difcours.
Comment eft- ce que Cambife pourra
prendre foin en même temps de fa gloire
& de la vangeance de Merope ; l'une doit
fauver Amafis , & l'autre doit le perdre.
N'est- ce pas offrir ver tablement de fteri-
Les fecours , que de flater les malheureux
Far des romelles qu'on n'a pas deffein
de
442. MERCURE DE FRANCE.
de remplir. Mais fi Cambife me furprend
, hanès m'étonne encore davantage.
Il n'ignore pas que Cambife a promis
a Pfammenite de laiffer la vie à Amafis ;
il fçait qu'il aime Nithetis , il vient d'entendre
de fa propre bouche , que fon devoir,
fa gloire & fon amour l'engagent à
fauver le pere de Pfammenite , & de
Nithetis , & cependant ce même Phanès
dit à Merope .
Madame , attendez tout des fentimens du
Roy.
Eft- ce encore un compliment ? En
verité c'eft porter un peu trop loin la
politeffe. Amafis n'eſt pas à beaucoup
près fi diffimulé. Il avoue de bonne -foi
qu'il l'a été aux yeux de Cambife ; mais
fa feureté & fon ambition l'exigecient. Il
ouvre tout fon coeur à fon fils , il ne refpire
que fureur , non - feulement contre
Cambife , mais contre les Manes d'Apriès.
Cette derniere vangeance eft de
trop , & je n'aime pas à lui entendre
dire :
Achevons les projets que ma fureur enfante ,
D'Apriès en ces lieux l'ombre eft encore
errante ,
Preparons à fa cendre un outrage nouveau ,
Qu'l ne foit point en paix dans la nuit du
tombeau. Ne
MARS 1724.
443
Ne diroit-on pas à l'entendre parler
ainfi , que c'eft Apriès , qui l'a détrôné ?
Au refte la verfification eft magnifique ,
& furtout très- exacte ; mais l'Auteur me
permettra de le prier comme Académicien
de m'éclaircir fur un doute . Peut- on
fe fervir de l'aorifte quand on parle d'une
action qui s'eft paffée le même jour
qu'on en parle . Cambiſe dit en parlant à
Phanès.
Tantôt en vous quittant un defir curieux ,
M'a conduit , cher Phanès , au Temple de vos
Dieux.
Et dans la fuite du même recit il dit :
Que ne fentis-je point dans ce fatal moment?
Comment accorder que ne fentis -je point,
avec tantôt?
Cela me furprend d'autant plus qu'il
ne dépendoit que du Poëte de mettre ,
que n'ai-je point fenti ? J'avois crû en
entendant la Piece que c'étoit une faute
de l'Acteur ; mais l'Acteur a été juſtifié
par l'Imprimeur , & la faute retombe
toute entiere fur l'Auteur , ou ſur moi.
Il eft à fouhaiter que le Critique fe trompe
pour la gloire de l'Académicien.
J
C
ACTE
444 MERCURE DE FRANCE.
ACTE III.
Dans la premiere Scene de ce troifiéme
Acte , il n'y a rien de confiderable.
Pfammenite charge Thiamis d'aller prier
la Princefle de fa part , de vouloir bien
lui accorder un moment d'entretien.
Dans la feconde Scene Pfammenite
flotte entre le plaifir fecret de pouvoir
aimer Nithetis fans crime , & la douleur
mortelle de lui devenir odieux en fe faifant
connoître à elle pour le fils du meurtrier
de fon Pere. Il ne fçait quel parti
prendre, de forte qu'il eft prêt à fe retirer
quand il apprend de Thiamis que la
Princeffe le cherche elle - même.
Dans la troifiéme Scene Pfammenite
apprend à Nithetis que Cambife l'aime ,
& qu'Amafis fouhaite qu'elle réponde à
l'amour de ce Prince. Nithetis qui a pour
lui toute l'amitié d'une foeur ; lui demande
: fi c'eft pour fauver fon cher frere
qu'il faut qu'elle fe facrifie. Cela donne
lieu à Pfammenite de lui declarer fon
amour d'une maniere très - ingenieuſe :
Voici comment ce Prince amoureux
s'exprime :
Ah ! Madame, Cambife allarme plus mon coeur,
Comme vôtre captif, que comme mon vainqueur.
Vous
MARS 1724.
445
Vous pouvez arrêter fes rapides conquêtes
Vous pouvez de l'Egypte écarter les tempêtes
Vous pouvez , élevée au Trône des Perfans ,
+
Avec le Dieu du jour partager leur encens ;
Mais à quelque mortel que vous foyez unie ,
Princeffe , vôtre Hymen me coûtera la vie.
Cette declaration infpirant une juſte
horreur à Nithetis , elle veut fe retirer
& le fuir pour toûjours ; Pfammenite ne
peut lui prouver fon innocence fans devenir
criminel . Il l'arrête pour lui apprendre
qu'elle n'eft point fa foeur , &
qu'elle eft fille d'Apriès.
Nithetis frappée de cette nouvelle ne
peut foutenir plus long - temps la vûë
d'un fils d'Amafis , elle lui ordonne de
fe retirer.
Dans la cinquiéme Scene Nithetis balance
long- temps entre fon panchant.
pour Pfammenite & ' fon devoir. Elle fe
détermine à fatisfaire le dernier.
Dans la fixiéme Scene Nithetis reconnoît
fa mere fous un habit d'Esclave.
Dans la feptiéme Phanès vient confirmer
la reconnoiffance déja faite par des
indices , & des témoignages qu'il a tirez
de ceux à qui Amafis avoit revelé le fort
de la fille d'Apriès.
Cij
Re446
MERCURE DE FRANCE.
Réflexions.
11 y a beaucoup d'action dans cet Acte.
M. Danchet ne peche point par-là . Il
feroit àfouhaiter que cette action fut toujours
raifonnable , mais cela devient encore
plus difficile quand on y en met
trop . Tout ce que fait Amafis eft dans
les regles . Son ambition le porte à livrer
Nithetis à Cambife ; mais Ffammenite y
trouvant de la repugnance par raport à la
honte qui en rejailliroit fur lui , s'il
fouffroit que fa foeur fut Efclave , il faut
détromper ce fils , & lui apprendre que
Nithetis n'eft point fa foeur . Amafis auroit
pû en demeurer là , & ne lui pas declarer
qu'elle eft fille d'Apriès ; mais
ignorant l'amour de ſon fils pour Nithetis
, il n'avoit garde de penfer qu'il le
trahit gratuitement , & fans intereft. Je
dis bien plus , quand même Amafis auroit
fçû que Pfammenite étoit amoureux
de Nithetis , avoit il lieu de craindre que
ce Prince allât fe declarer fils d'Apriès à
ſes yeux ? Et c'eft- là - ce qui rend la faute
de Pfammenite tout- à- fait inexcufable
dans l'aveu peu fenfé qu'il fait de fon
veritable fort à là Frinceffe. Il expoſe
les jours de fon pere , & fe rend odieux
à fa Maîtreffe ; au lieu qu'il évitoit l'un
&
MARS 1724 447
*
& l'autre inconvenient , en ne revelant
que la moitié du fecret , c'eft à - dire , en
difant feulement à Nithetis qu'elle n'eft
point fa foeur. La Piece n'en auroit été
nullement dérangée , puifque Phanès devoit
apprendre ce grand myftere , fans
que l'indifcretion de Pfammenite s'en
mêlât . Nous y aurions perdu une reconnoiffance
affez touchante ; mais M. Danchet
nous en auroit dédommagez par
quelque beauté équivalante.
ACTE IV .
Voici fans contredit le plus bel Acte
de la Tragedie. Dans la premiere Scene
Cambife dit à Arfane que Nithetis démande
à lui parler , & qu'il l'attend en
ces lieux. Dans la feconde , Phafimene
vient annoncer à Cambife que le Roi
d'Ethiopie a méprifé l'ambaffade dont on
l'a honoré , & qu'il eft prêt à venir combattre
les Perfans.
Dans la troifiéme Scene Cambife dit à
Árfane qu'il lui confie la garde du Palais,
tandis que Phanès veille fur la feureté
de Memphis.
Dans la quatriéme Scene Nithetis fe
fait connoître à Cambife pour fille d'Apriès
, & le détermine à vanger fon malheureux
pere fur ce barbare ufurpateur.
C iij
Cam448
MERCURE DE FRANCE.
Cambife la prie de ne point confondre
Pfammenite dans cette vangeance.
Dans la cinquiéme Scene , Nithetis
voyant paroître Pfammenite , le veut
fuir , il l'arrête pour lui apprendre un
fecret qu'il croit qu'elle ignore , c'est- àdire
, que
fa mere eft encore en vie , &
qu'elle vient de fe faire reconnoître ; Nithetis
lui répond qu'elle a déja eu le plaifir
de l'embraffer. Cela fait connoître à
Pfammenite que le fecret qu'il lui a fi
imprudemment confié , eft découvert ,
& que c'eft Nithetis même qui l'a revelé.
Il lui en fait des reproches , aufquels
elle répond froidement par ce vers :
Avez-vous crû, Seigneur , que je devois le
taire ?
Ce feul vers vaut une critique. Pfammenite
reconnoît alors toute la grandeur
de fa faute. Nithetis lui fait entendre
clairement qu'elle n'oubliera rien pour
perdre Amalis , & le pouvoir que l'amour
lui donne fur Cambife n'en eft
qu'un trop feur garant.
Dans la fixiéme Scene qui eft la plus
chaude de la Piece , il y a un art infini
de la part d'Amafis. Il fait d'abord de
fanglans reproches à fon fils fur fon indifcretion
qui lui doit couter le Trône
& la vie. Pfammenite convient de fon
crime ,
MARS 1724 . 449
crime , & fe jette aux pieds de fon pere ,
moins pour le fléchir , que pour recevoir
un châtiment qu'il croit n'avoir que trop
merité ; Amafis le conduit par degrez au
point où il le fouhaite ; il ne lui parle
que du prochain bonheur de fon Rival ,
& l'invite ironiquement à en preparer
la fête lui - même . Pfammenite fe livre
tout entier à ſa jaloufie ; c'eſt en ce moment
qu'Amafis fait ce bel à partè.
Heft jaloux ; parlons : l'inftant eft favorable.
Il dit à fon fils qu'il peut par une ſeule
action reparer tous fes crimes , s'affeurer
la poffeffion de fa Maîtreffe , & rendre
le Trône à fon pere , en immolant Cambife.
Au nom de Cambife Pfammenite
fremit , & ne peut fe réfoudre à faire
perir fon bienfaicteur . Amafis fe retire
tout furieux , & court executer un projet
, auquel ce fils trop vertueux fe refuſe.
Réflexions.
La feconde Scene de cet Acte eft toutà
-fait hors d'oeuvre , & coupe l'action
d'une maniere à glacer les Spectateurs .
La quatriéme eft un peu froide , & trèsdéraisonnable
de la part de Cambife ; il
oublie la parole qu'il a donnée à Pfammenite
d'épargner les jours d'Amafis . Il
C iiij fait
450 MERCURE DE FRANCE.
fait plus , il ment ; & croyant encore Nithetis
, fille d'Amafis , il veut lui faire
entendre que ce n'eft que pour elle , &
point du tout pour Pfammenite qu'il le
fauve , quoique les Spectateurs fçachent
le contraire rien n'étoit plus aifé que
de lui conferver le caractere qu'on lui a
donné dès le premier Acte. Il n'y avoit
qu'à le rendre efclave de fa parole ; Nithetis
ne l'en auroit que plus eftimé ; il
en auroit même refulté une beauté nouvelle
, c'eft que Pfammenite qui auroit
pû apprendre la generofité de Cambife
par Nithetis même , fe feroit beaucoup
plus raifonnablement affermi , dans le
deffein de ne point manquer de foi à un
Prince , dont la parole ne pouvoit être
balancée par l'amour même . Amafis n'en
auroit pas moins executé le deffein qu'il
avoit formé de faire perir Cambife , &
trois ou quatre vers auroient rectifié deux
caracteres. Je ne dirai qu'un mot du
cinquiéme Acte.
ACTE V.
Les premieres Scenes de ce cinquième
'Acte font de celles qui ne fçauroient
être qu'ennuyeufes , elles fe paffent prefque
toutes entieres en plaintes , & en
allarmes fur un deftin à venir . Cambiſe
comMARS
1724 . 451
aombat contre le Roi d'Ethiopie ; Merope
& Nithetis tremblent pour lui , on
vient leur annoncer enfin la victoire des
Perfans , elles fe livrent à la joye ; mais
cette joye n'eft gueres durable ; on leur
apprend un moment après que Cambiſe
tout victorieux qu'il eft des Ethiopiens ,
eft prêt à perir par une conjuration , dont
Amafis eft le chef , & peut-être Pfammenite.
Nithetis eftime trop ce dernier
pour croire qu'il trahiffe fon devoir.
Quelle erreur ? ne doit- il pas plutôt défendre
celui qui lui a donné le jour , que
celui à qui il l'a ſauvé ? & voilà ce que
produit la vertu portée à l'excès , elle
peut aller jufqu'au parricide . Cambife eft
enfin fauvé de la fureur d'Amaſis , & par
Pfammenite même , qui reçoit de la main
de fon pere le coup mortel deftiné au
Roi des Perfans . Pfammenite vient mourir
fur le Theatre , il apprend à Cambiſe
qu'il eft fon Rival , & lui cede Nithetis
fans peine , l'en croyant plus digne que
lui.
Voilà , Meffieurs , quels font mes fentimens
fur Nithetis . Je ne crois pas qu'ils
ôtent rien à la gloire que M. Danchet
en a retirée ; on ne peut fur- tout lui difpurer
celle d'écrire en Académicien , &
d'être très- correct . Je fuis , & c.
CY
SON452
MERCURE DE FRANCE :
akakakakakakakakakakakakakak
A
SONNET en Bouts - rimez.
Mi, fuis mes confeils, fi tu veux être Sage,
Evite d'un tripot le funeſte
Micmac ,
Laiffe - là tous les jeux de Quadrille & Tri&trac
Où le plus fin eft pris comme un oifeau dans fa
Habille- toi fuivant ton état & ton
Le luxe n'aboutit qu'à réduire au bif
Pour avoir méprifé ce fidelle
Cage.
Age ,
Sac
Almanach
Tel brilloit à la Cour , qui languit au Village.
Détefte la pareffe , & cheris le trav
Ail
Fuis le fexe trompeur qui porte l' Evantail,
Aux difcours d'un flateur ne prête point l'o-
/ reille.
Soigneux de l'avenir , imite la Fourmi ,
Bannis de tes repas Fexcès de la
Bouteille,
Er prens bien garde au choix que tu fais d'un
Genreau de Grouchy.
Ami.
EXMARS
1724. 453
ECELCINCETONCOM
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Vienne ,
en Dauphiné, le 26. Fevrier 1724.
I una
y a déja quelques mois qu'il s'eft
établi un Ordre de Chevalerie dans
cette Ville , fous le nom de L'ORDRE DE
L'UNION , dont on a imprimé les Statuts
que je vous envoye. Cet Ordre eft déja
compofé de plus de cinquante Chevaliers
, tous gens de conditions , & Officiers
de guerre , qui ont élûs pour leur
Grand-Maître M. le Comte de Vallin ,
Capitaine au Regiment , Commiffaire
general. Leur intention principale eft de
conferver l'union dans la focieté , & d'y
procurer des amuſemens gratieux , c'eft
ce qu'ils font avec un applaudiffement
general.
Ils donnent deux fois la femaine des
repas magnifiques de so. couverts , les
Dames y font fervies par les Chevaliers
de l'Union , tous en habits de ceremonie
qui eft noir à l'Espagnole , avec du couleur
de chair , dont le petit Manteau &
la Toque font doublez & rehauffez en
broderie d'argent & de pierreries . Le
Colier de l'Ordre eft auffi de couleur
de chair , avec une Medaille d'or des
€ vj fym454
MERCURE DE FRANCE.
fymboles de l'Union . Le repas eft ſuivi
d'un grand Bal dans l'Hôtel de l'Union
appartenant à l'Ordre , qui l'a fait meubler
magnifiquement.
M. le Grand- Maître a diftribué plufieurs
Charges aux Chevaliers , celle de
Grand- Maître de Ceremonies eft pour
avoir foin avec quatre Chevaliers , que
tous ceux qui entrent foient placez avecordre
, que chacun danfe à fon tour , &
enfin d'accompagner les Dames qui for
tent pour faire fournir des équipages à
celles qui n'en auroient pas.
Le Grand-Maître d'Hôtel , & le grand
Echanfon font diftribuer toutes fortes dé
boiffons , des glaces , des confitures , des
Oranges , &c. prefentez par fix Cheva--
liers qui fe relevent . D'autres font chargez
de veiller dans les appartemens de
jeu > pour que les Valets - de - Chambre
ne laiffent manquer de rien. L'Ordre
n'a pas trouvé à propos d'y laiffer jouer
de gros jeux de hazard , dont les fuites
font d'ordinaires fächeufes , il n'eft queftion
que d'un jeu de commerce. Tout cela
fe termine par un grand déjeûné , fervi
en même temps fur plufieurs tables.
.
Cet Ordre qui n'eft compofé que dé
gens de diftinction , augmente tous les
jours , & eft fi fort au gré de tout le mon
de , que le public tout d'une voix ne
ceffe de l'applaudis. RE.
MARS 1724- 455
REGLEMENS pour Les Chevaliers»
de l'Ordre de l'Union.
Pou
I..
Our fomenter & maintenir l'Union
entre les Chevaliers , il fe fera une
ou deux affemblées par femaine , felon le
bon plaifir du Grand- Maître.
I I..
Les Chevaliers affemblez ne fe fepas
reront point fans avoir mangé enfemble ,
à frais commun ; tous excès feront bannis
, & chaque Chevalier jouira pleinement
de la liberté de ne rien faire au
delà de fon temperament
.
HI
Il regnera une liberté entiere dans les
converfations des Freres aſſemblez ; l'Or
dre étant perfuadé qu'aucun d'eux ne
fera capable d'en abufer , & que dans cette
honnête liberté , il eft plus aifé de remarquer
quel eft le talent le plus particulier
de chaque Frere.
IV.
Quoique par le precedent Statut ,. la
liberté dans la converfation foit établie ;
il est bien entendu que la médifance en
fera exactement bannie , auffi bien que
tous propos obfcenes ; on uſera ſeulement
de ceux que l'honnête enjoüement permet,
&
456 MERCURE DE FRANCE.
& que le plaifir d'être enfemble infpire:
V.
L'honnêteté & la politeffe pour les Dames
font très - expreffement ordonnées
aux Chevaliers ; le Grand-Maître & le
Confeil le réſervant le droit de fevere
cenfure contre les contrevenans fur ce
point.
VI.
L'Hoſpitalité fera exactement obfervée
entre les Chevaliers par tout où il
s'en trouvera ; & tous répondront dans
cette Capitale de l'Ordre , aux Mandemens
ou Refcripts du Grand - Maître .
VIL
Lorfqu'un Chevalier aura quelque repreſentation
à faire pour le bien de l'Ordre
, il s'adreffera au Chancelier qui en
demandera permiffion au Grand- Maître ;
le Chevalier admis à reprefenter , attendra
,fa propofition faite , paifiblement la
décifion du Grand-Maître & de fon Confeil
, & ne pourra s'ingerer de repliquer
plus de trois fois .
VII I.
Un Chevalier reçû dans la forme accoutumée
, aura droit de prefentation d'un
fujet digne de l'Ordre ; le Prefenté fubira
un examen du Grand - Maître , ou
des Chevaliers propofez par lui- même
pour ce fait .
IX.
MARS 1724. 457
I X.
Si un Chevalier preſent ou abfent étoit
tombé dans quelque difgrace qu'il ne ſe
feroit pas attiré par fon imprudence
l'Ordre fera tenu de le fervir de fon cre--
dit , de celui de fes amis , & de toutes
fes facultez.
3.
X.
Les Chevaliers porteront fur eux en
évidence le Collier de l'Ordre qui net
pourra être conferé que par le Grand-
Maître , ou tel Chevalier propofé par
lui-même.
XI.
Les Chevaliers habitans d'une Ville
qui apprendront l'arrivée d'un Chevalier
étranger , feront tenus d'exercer envers
lui l'Hofpitalité , que s'ils contrevenoient
au preſent Statut , ils feroient
foumis à une amende , au choix du Grand-
Maître , ou de fon Confeil , applicable
aux pauvres du lieu où tel abus feroit
commis.
XII.
Un Chevalier qui fera tombé dans
quelque faute contre les Statuts de l'Ordre
, fera foumis à la cenfure du Grand-
Maître & de fon Confeil , qui pourront
après le troifiéme avertiffement l'exclure
de la Compagnie.
XIII
458 MERCURE DE FRANCE.
XIII.
Lorfqu'un Chevalier apprendra qu'il
fe forme un démêlé qui peut tirer à
confequence , il fera tous fes efforts pour
réunir les efprits , & s'il rencontre de
grandes difficultez , il avertira le Grand-
Maître , ou fon Confeil.
XIV.
Les démêlez entre maris & femmes ne
font compris dans le precedent Statut ,
étant enjoint au contraire à tous Chevaliers
de ne s'en pas mêler , s'ils n'en font
requis par les intereffez .
X V.
Un Chevalier évitera très-foigneuſement
de devenir le rival de fon Confrere,
comme chofe formellement oppofée à
Pefprit de l'Ordre.
XVI.
Tout ce qui peut vifer à la froide ou
piquante raillerie , fera exactement banni
de l'ufage des Chevaliers , l'Ordre jugeant
à propos de regarder pareille faute a
comme la plus odieufe contravention à
fes Statuts .
XVII.
Les Chevaliers affemblez ne pourront
avoir pour les fervir plus d'un Domnestique
chacun , que l'on renverra pour le
plûtard au fruit .
XVIII
MARS 27242 452
XVIII.
Il fera permis à tout Chevalier de reprimer
le Domeftique de fon Confrere ,
en cas de befoin , le Maître lui donnant
à cet effet toute fon authorité .
XIX .
Un Chevalier ne pourra s'exempter
de fournir fon contingent pour les affemblées
marquées , fi préalablement il n'a
averti un autre Chevalier la veille , &
n'a allegué quelque raifon legitime .
PLACET prefenté à son Alteffe
Sereniffime Monfeigneur le Duc.
PRince , dont l'Augufte Maifon
Depuis un fiecle entier fait fubfifter la mienne,
Quoiqu'à moi chetif n'appartienne
De faire avecque vous quelque comparaiſon ;
Souffrez pour un moment que je vous entre
tienne,
Ce n'eſt point un vil intereſt ,
Qui vers vôtre Alteffe me guide ;
Et quoique vous foyez à donner toûjours
prêt ,
Mon coeur à demander n'en eſt pas plus avide.
Depuis
460 MERCURE DE FRANCE.
Depuis plus de vingt ans j'ai l'honneur de
fervir,
Mon coup d'effai fut en Hongrie ,
En mainte occafion j'ai prodigué ma vie,
Mon corps percé de coups eft pour m'en dé
mentir.
Il étoit de la Compagnie.
Un femblable témoin ne peut être fufpect ;
Et quoiqu'il foit ici Juge & partie ,
Je fuis certain qu'à ſon afpe&,
Vôtre grande ame , Prince , en feroit attendrie
Tout confideré, je conclus ,
Que fans differer, il vous plaife ,
M'accorder en faveur de mes membres perclus,
La Croix de Saint Louis , qui me comblera
d'aife.
Fattens de vos bontez cette marque d'hon
neur ,
C'eft le feul but de ma Requête ,
Et je vous promets , Monfeigneur
De ne vous plus rompre la tête.
LET:
MARS 1724. ) 467
Maakkkkk¥¥¥¥¥¥¥粥
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure,
ce 22. Fevrier 1722.
V
Ous avez annoncé , Meffieurs
dans le dernier Mercure une Differtation
fur les Metropoles , écrite par
le fieur Dominique Georgi , contre le
M. de Maffei. Comme ces fortes de lires
ne paffent gueres de là les Monts ,
j'ai crû que le Public ne feroit pas fâché
d'être inftruit un peu plus à fonds d'une
difpute , dont le fujet eft intereffant.
Il y a quelques années que le M. de
Maffei publia un Livre , intitulé les Antiquitez
de Verone. C'eſt la patrie de cet
illuftre fçavant , qui non content d'en
faire lui-même la gloire , y établiſſoit fur
de très-folides fondemens , celle qu'elle
avoit eue autrefois . Etant tombé fur ce
paffage de Catule.
Brixia Verona mater amata mea.
Il fit voir le peu de fonds qu'on pouvoit
faire fur cette autorité , d'où plu-,
fieurs perfonnes ont prétendu prouver
que Verone étoit du temps de Catule
foumife à Breffe , comme à la Metropole.
Après avoir remarqué que ce vers ne fe
trou461
MERCURE DE FRANCE.
trouve point dans de très - anciens manuf
crits , il s'attacha à démontrer que l'explication
qu'on en avoit donnée jufques
là étoit infoutenable , puifqu'il n'y avoit
point encore de Metropoles , à prendre
ce mot dans le fens qu'il a eu depuis
Conftantin .
Voilà , Monfieur , ce qui a donné lieu
à la
Differtation du fieur Georgi , qui
croyant , comme il le dit lui- même , qu'il
étoit de fon devoir de conferver aux Metropolés
la réputation d'ancienneté , a
penfé qu'en attaquant pour fon coup d'ef
fai un homme de la volée du M. Maffei ,
il lui feroit également glorieux de vaincre
, ou d'être vaincu. La fuite en décidera
; mais ce qu'il y a de feur , c'eft que
la Republique des Lettres lui fera redevable
, d'avoir fourni une auffi belle occafion
d'éclaircir une matiere très - difficile
, & qui malgré les écrits de tant de
fçavans hommes a grand beſoin d'être
bien dévelopée. Perfonne n'étoit plus capable
de le faire que l'illuftre fçavant
qu'il a attaqué , qui joint à un genie ſuperieur
une rare connoiffance de l'antiquité
, il a pris là- deſſus le bon parti , &
fonge à faire part au public de fes recherches
, fans penſer à refuter le Livre
du fieur Georgi .
C'eft fort bien fait , à mon avis : outre
que
MARS 1724.
4.63
que ces fortes d'écrits font du goût de
peu de perfonnes , & ont le fort de ne
pas intereffer long-temps , la Differtation
fur les Metropoles ne merite pas
ces honneurs - là. Le titre en eft magnifique
on y promet une exacte defcription
des Metropoles d'Italie , leur origine
, & leur continuation ; mais par un
malheur affez ordinaire aujourd'hui
c'est tout ce que le Livre contient de
meilleur. L'Auteur entreprend de prouver
qu'il y avoit des Metropoles civiles
avant Augufte , telles qu'elles ont été
dans la fuite. Pour cela il remplit fon
premier Chapitre d'une ennuyeufe Kyrielle
de tous les paffages des anciens qui
ant appellé quelque Ville , Praftantiſſi
mam Civitatem , Maximam , Ornatiffimam
, Caput , Metropolim . Il n'en a , je
penfe oublié aucun , & de peur qu'un ſi
beau recueil ne parut imparfait , il a cru
devoir y joindre ceux des fiecles bien
pofterieurs à Augufte , & à Conftantin
même , fans craindre qu'on le blâmât
d'être forti de la difpute,
1
Pour moi je n'ai jamais mieux reconnu ,
que c'eft un grand malheur d'être fi fçavant.
Si le fieur Georgi l'avoit été un
peu moins , il auroit fans doute fait attention
, que ces fortes de titres appliquez
par les Auteurs qu'il cite aux plus petites
464 MERCURE DE FRANCE.
tes Villes , tout comme à Alexandrie ,
Antioche & Rome même , n'avoient aucune
fignification déterminée , que ce n'étoit
pas des mots dont il s'agiffoit , mais
du fens. Cependant on doit le lui pardonner
en faveur d'un fi pompeux étalage
d'erudition .
Il paffe enfuite à la divifion de l'Italie
en veritables Provinces . Pour mieux l'établir
, il en cherche avec foin les Capitales
& Metropoles.
Il les trouve , non-feulement dans les
temps d'Augufte , mais dans ceux - là même
qui ont precedé la naiffance de Rome.
C'est dommage qu'il n'ait pû pouffer la
choſe juſqu'au déluge , le M. de Maffei en
auroit été mieux refuté. Mais voyons fes
raifons : Perfonne , dit -il , n'ignore qu'il
y avoit anciennement en Italie pluſieurs
peuples , qu'uniffoient les liens d'une
étroite alliance. Ces focietez composées .
la plûpart de douze Villes , font fouvent
nommées par Tite - Livre & Denis d'Halicarnaffe
, ce dernier appelle chacune de
ces Villes , Principauté , Principatum.
Après cela peut-on s'empêcher d'y reconnoître
les Metropoles . Voilà ,
je l'avoie,
une découverte confiderable , & qui
va multiplier à l'infini le nombre des
Metropoles. Les plus petites Villes , les
Villages même d'Italie meriteront ce
3
titreMARS
1724. 465

titre-là , on ne pourra le refufer à celles
des Gaules , dont le Gouvernement étoit
parfaitement femblable , il faudra l'accorder
à celles de Gréce , & il y aura bien
du malheur fi cela ne s'étend à tout l'Univers.
Quelle heureuſe moiffon ! Après
un fi heureux fuccès dans fes recherches,
nôtre Auteur pouffe admirablement fa
pointe. I trouve dans Dion Caffius ,
qu'Augufte voulut qu'on nommât Propréteurs
, & Proconfuls les Magiftrats
qu'on envoyoit hors d'Italie mais qu'il
laiffa l'Italie même aux Confuls , & aux
Préteurs , par qui elle avoit toûjours été
gouvernée. En voilà affez pour conclure
que chaque Province d'Italie avoit un
Magiftrat , qui portoit l'un ou l'autre de
ces noms. Il ne manque pas d'appuyer
une explication fi nouvelle , par des
preuves qui ne le font pas moins . On envoyoit
des Préteurs dans la Gaule Cifalpine
pour y faire la guerre , ce font des
Magiftrats de Province ; & parce qu'ils
fe font quelquefois arrêtez à Rimini , le
fieur Georgi declare cette Ville le Siege
de ces Magiftrats , & Metropole de la
Gaule Cifalpine. Je ne fçai quelle raifon
l'a porté à honorer de fa faveur cette
Ville ; il faut fans doute qu'il en ait eu
de bien fortes pour oublier fi - tôt , qu'il
avoit porté peu auparavant le nombre
des
466 MERCURE DE FRANCE.
des Metropoles trop haut , pour n'en
mettre qu'une dans une auffi grande étendue
de pays. C'est par un zele femblable
, qu'il a commis une petite faute fur
l'article des Préteurs. Indigné que le M.
de Maffei ravalât leur dignité , juſques à
dire qu'ils n'avoient point de réfidence
fixe dans les Provinces , il a oublié
que
ces Magiftrats affembloient des Marchez,
& des Foires pour y rendre la juſtice.
Quel tort , dit- il , n'eft- ce pas faire aux
Romains que de prétendre qu'ils cherchallent
en cela la commodité des peuples
, & qu'ils oubliaffent ainfi leur rang
& leur pouvoir. C'étoit pourtant la raifon
pour laquelle ils tenoient ces Fora
Conventus , Nundinationes & c . tantôt
dans des Villages , tantôt dans des endroits
où il n'y avoit autre chofe qu'un
Temple ; mais je ne doute pas que fi
Rome eut eu un Legiflateur du goût du
fieur Georgi , une coutume auffi mal
fondée n'eut été abolie.
,
Tel eft , Monfieur , l'adverfaire du M.
de Maffei . Il a crû fans doute s'immortalifer
, s'il pouvoit unir par quelque endroit
fon nom avec celui de ce grand
honne , & je ne doute pas qu'il n'y ait
réuffi mais je penfe qu'il eut mieux fait
de fe fouvenir de ce mot de Pline le
jeune :
Bons
1
467
MARS
1724.
Bona magis quàm aterna fama quarenda eft.
Je fuis avec une parfaite
confideration ,
Meffieurs , vôtre très -humble , & trèsbéïllant
ferviteur.
Philalethe.
9
P.S. A propos de Pline : fçavez - vous,
Meffieurs, qu'on en a fait une nouvelle traduction
, qui va
paroître au
premier jour.
Je parle du
Panegyrique que M. le C.
de Quars ,
Gentilhomme
Piémontois , a
traduit avec beaucoup de fidelité. C'eft
ce qui manquoit aux verfions qu'on en
avoit données jufques - ici , & celle de M.
de Sacy , toute belle qu'elle eft , a le
même défaut que les autres . Celle dont
je vous parle eft
accompagnée de notes
où l'on a raſſemblé une infinité de belles
penfées prifes des Anciens , & des Modernes
, qui fervent
beaucoup à mettre
dans un plus grand jour celles de Pline .
L'Auteur dont la probité eft
reconnue y
profite du privilege qu'elle donne , c'eft
de
cenfurer les vices avec
vigueur ; il
en veut fur tout à Tacite , qu'il regarde
comme le pere d'une infinité de mauvaifes
maximes qui font
communes aujourd'hui
, &
s'attache à faire voir
l'oppofition
qu'il y a entre fes
fentimens , &
geux de Pline . La chofe n'eft pas difficile
D
468 MERCURE DE FRANCE.
à comprendre , & il eft aifé de juger de
la difference qu'il doit y avoir entre un
homme qui a merité les bonnes graces
de Domitien , & un autre qui a merité
celles de Trajan. Ce fera un petit in -folio
, imprimé à Turin.
TRADUCTION de l'Ode Latine. Ala
Religion , au fujet de l'Abdication de
Philippe V. Roy d'Espagne , du P.
Senadon , Jefuite.
Riomphante en ce jour d'un fiecle qui
t'outrage ,
Reine auguſte des Immortels ,
Vois du haut de l'Olympe un vangeur , un
ôtage ,
Vois Philippe au pié des Autels.
Ce Roy , qui fous fes Loix , dans le double
Hemiſphere ,
Vit cent peuples humiliez ,
Content de l'humble état qu'à fon Trône il
préfere ,
Met fon Diadême à tes pieds.
M
Vainqueur du Sceptre même , il eft par fa
Victoire Plus
MARS 1724.
469
Plus Roy , plus Heros
qu'autrefois ;
efcends , Fille du Ciel , fais- lui goûter la
gloire
Qui l'éleve au deffus des Rois .

On m'écoute , & du fein des plus brillantes
nuës
Déja fort un char radieux,
Déja des doux parfums les vapeurs confon
duës ,
Semblent monter jufques aux Cieux.
Y
Partez , divins Efprits , volez , troupe fidele ,
Près du char commis à vos foins ;
Conduiſez vôtre Reîne à ce Roy dont le zele
Ne veut qu'elle & vous pour témoins
A l'afpect des Rochers qui couvrent ces re
traites
Ne foyez point épouvantez :
Pour les hôtes du Ciel ces demeures font
faites ,
Les mortels en font écartez.
Là , Farnefe &
Bourbon dans une paix profonde
Dij
A
470 MERCURE DE FRANCE .
( A quel prix l'ofent- ils chercher ! )
Saintement releguez fe cachent loin du monde,
Si la vertu peut fe cacher.

De l'effort de Philippe Elifabeth jalouſe,
Suit en Heroine un Heros :
Combat cher à l'Epoux , glorieux à l'Epouſe,
La pieté les rend rivaux.

Sainte Religion ! oüi cet effort fuprême ,
Eft l'ouvrage feul de tes mains :
Seule à fouler aux pieds l'éclat du Diadême ,
Tu peux engager les humains.
SPE
O ! qu'il est beau de voir d'une ardeur plus
qu'humaine ,
Deux grands coeurs noblement épris ,
Dédaigner de concert la grandeur fouveraine,
Dont ils connoiffent tout le prix !
Qu'il eft beau de les voir du fonds de leur
azile ,
Fiers Potentats , vous enſeigner
Qu'au prix même du Trône , & dans un fors
tranquille
SerMARS
1724. 471
Servir le Très - haut , c'eft regner.
bois , dé leur vertu facrez dépofitaires ,
D'Eden ne foyez point jaloux :
Ce féjour fortuné de nos coupables peres ,
Fut moins un Paradis que vous.
Ófez juftifier une vertu fi pure ,
Qu'approuve en tremblant l'Univers :
Que ne puis-je du moins pour la race future
Sur vos rochers graver ces vers !
Tuneste ambition', que le Luxe environne ,
Vient te brifer à cet éçüeil :
PHILIPPE , ELISABETH en quittant la Cou◄
ronne ,
Ónt triomphe de ton orgüeil.
P. BRUMOY , J.
D iij EXA472
MERCURE DE FRANCE.
EXAMEN de la Réponse du Reverend
Pere Bouillard , à la Differtation fur
les figures du grand Portail de l'Eglife
de S. Germain des Prez, qui eft dans
le Mercure du mois de May dernier.
.pa- Ette Réponse qui eft de douze
ges in-folio fe trouve dans l'Hiftoire
de cette illuftre Abbaye , que ce fçavant
Benedictin vient de donner au Public ,
il me refute tant fur mon explication des
figures du Portail de l'Eglife de S. Germain
, que fur le temps auquel je crois
qu'elles ont été faites. Il releve auffi
quelques autres faits de ma Differtation
& par tout il fe tient affuré de la vice
toire. On verra dans cette replique fi
c'eſt toûjours à bon titre. La nature de
l'ouvrage , où l'on veut bien l'admettre
ne me permettant pas de m'étendre autant
que je l'aurois fouhaité , je me ref
* On voit de plus dans le Mercure de Janvier
une Analife de cette Réponse , qui en donne
une idée fort avantageuse , & dont on n'a
pu faire mention dans cet écrit , qui étoit
achevé dès le même mois ; mais elle ne contient
rien de particulier.
traints
MARS 1724 473
trains à l'effentiel , & je commence par
l'explication des figures.
Il a déja été observé de chaque côté ,
que felon le P. Ruinart elles repreſentent
Childebert I. & Ultrogothe , fa
femme , Fondateurs , le Grand Clovis ,
Sainte Clotilde , fes pere & mere , Thierry,
Clodomir & Clotaire , fes freres , &
S. Remy qui baptiſa Clovis ; mais que
felon le P. Mabillon cette derniere figure
reprefente S. Germain , Evêque de
Paris , & que celle qu'on croit être
Thierry , reprefente Chilperic 1. fous
lequel il fuppofe que le Portail a été bâti
. Le P. Bouillard n'a fait mention dans
fon Hiftoire que de l'opinion de ce grand
homme , foit en parlant page 7. de l'an
cienne Eglife , bâtie par Childebert , foit
en décrivant page 309. celle d'aujour
d'hui ; mais dans la Réponse qu'il m'oppofe
il donne la préference au fentiment
de l'autre fçavant Religieux , attendu
que le P. Mabillon n'a propofé le fien que
par conjectures , au lieu que le P. Ruinart
a parlé d'une maniere plus pofitive , après
avoir examiné exactement le Portail .
Pour moi j'avois pris le P. Mabillon
pour principal guide , à caufe qu'il avoit
examiné ce Portail depuis fon confrere ,
& qu'il avoit jugé ne devoir, pas le fuivre
entieremen:. J'avois auffi profité de
D iiij ce
474 MERCURE DE FRANCE.
que
ce qu'il avoit obfervé que le Portail de
N. D. de Nefle - la - Repofte au Diocéfe
de Troyes , qu'il a pareillement donné
gravé dans fes Annales , avoit été fait
avant que la Sainte Vierge en fut Patrone
, puifqu'on ne l'y voit pas , & que
c'eft S. Pierre qui y tient la place de Patron.
Je m'étois enfin reglé fur ce qu'il
témoigne encore dans la derniere Edition
de fa Diplomatique , durant laquelle
il eft mort , qu'on ne pouvoit mettre le
Portail de S. Germain plus bas
le regne
de Pepin ; & ainfi n'y trouvant point
S. Vincent , premier Patron de l'Eglife ,
mais S. Germain , dont le corps n'y fut
tranſporté qu'en 754. du temps de Pepin
qui fignala alors fa magnificence pour
cette Eglife , j'en ai inferé que ce Portail
ne devoit avoir été conftruit que depuis
cette tranſlation . J'ai donc fuppofé , qu'au
lieu des pere & mere , & freres du Fondateur
, on y pouvoit plutôt appercevoir
le chef des Rois de la feconde Race , avec
fa femme & fes deux fils. J'avois encore
crû après le P. Mabillon , que la figure ,
qui n'a point comme les autres de cercle
de gloire derriere la tête , reprefentoit
un Roy vivant , & par confequent celui
fous lequel le Portail avoit été fait ; mais
l'Hiftorien de S. Germain remarque que
cette figure avoit auffi eu un pareil cercle
,
MARS 1724. 475
cle , & que le crampon de fer , qui le
retenoit , eft encore attaché à la muraille,
& c'eſt- là fur quoi il faut ſe rendre ; car
pour ce qu'il ajoûte qu'on mettoit des
cercles de gloire aux figures des vivans
comme des morts , ce que je n'ignorois.
pas , cela n'empêche point , que l'obfervation
du P. Mabillon n'eut toûjours été
jufte , fi la figure dont il s'agit n'avoit jamais
eu de cercle.
Au fond , ce ne fera ni par fon autorité,
ni par celle du P. Ruinart, que nôtre
queſtion fera decidée , ce fera par
celle même de mon cenfeur , je n'en
veux point reconnoître d'autre , & il eft
trop modefte de ne pas me l'oppofer. Je
fçai qu'il a examiné d'auffi près qu'eux'
les figures du Portail , & que pour me
répondre il a pris l'échelle , & qu'il les
a-nettoyées ; ainfi pourquoi ne rendra t'il
pas lui-même témoignage de ce qu'il a
vû de fes propres yeux ? S'il a lû diftinctement
fur le rouleau de la derniere figure,
à gauche, le mot Clodomrius , que le
P. Ruinart y a crû trouver , je conviendrai
malgré l'incertitude du P. Mabillon
, que c'eft Clodomir , fils de Clovis
( le fils de Gontran , qui eft le feul Prin
ce François qu'on ait encore eu de ce
nom , étant mort en fon enfance , felon
Gregoire de Tours , ) & je trouverai de
plus D v
476 MERCURE DE FRANCE:
plus qu'il fera très - probable , que les
autres figures foient celles du pere , de
la mere , & des deux autres freres du
Fondateur , puifqu'il y avoit du moins
autant de raifon de les y mettre , que d'y
placer celle de Clodomir , dont ce Fondateur
avoit fait malfacrer les fils , & il
n'y aura que la figure d'Evêque que je
croirai toûjours , avec le P. Mabillon , être
celle de S. Germain ; mais fi l'Hiftorien
n'a au contraire lû fur le rouleau le mot
Clodomrius , qu'en aidant beaucoup à la
lettre , & en devinant d'après le F. Ruinart
, je confeffe que la retenue du P.
Mabillon continuera chez - moi de prévaloir
fur la maniere plus pofitive de parler
de cet autre fçavant Moine . C'eft donclà
à quoi je m'en tiens fur ce premier
point.
Mais il n'en fera pas de même du fecond
, c'est- à- dire, de la grande antiquité
des figures du Portail de S. Germain ;
car je fens là- deffus mon efprit plus rebelle
que jamais. Le P. Bouillard dit
page 302. » que la maniere dont eft con-
» ftruite la Tour où eft ce Portail , fait
affez voir qu'elle eft avant l'Empereur
» Charlemagne , ( fous qui je l'ai fuppo-
» fée bâtie , ) que c'eft le fentiment des
>> plus habiles dans la connoiffance des
>> monumens antiques , & principalement
;
en
MARS 1724. 477
en ce qui regarde le corps de cette
Tour ; que le Portail a été mis au- def- «<
fous lorfqu'on a bâti l'Eglife , ce qui «
paroît par la difference de la pierre , & «
que c'eft ce qui fait connoître que cette «
Tour eft plus ancienne. » Ainfi l'Hiftorien
fe joint à ceux , qui comme le rapporte
le P. Ruinart , croyent que la
Tour étoit même avant l'Abbaye , * &
apparemment elle fera un ouvrage des
Gaulois payens , qui felon la tradition
dont parle le même Hiftorien , page 4.
avoient confacré en ce lieu un Temple
à la Déeffe Ifis , ce qui la rendra beaucoup
plus digne d'admiration .
Mais quelque excellent juge d'antiquitez
qu'on foit , on n'eft jamais dif
penſé de donner des preuves de fes décifions
; & quels bâtimens ont pû fervir
de regle à ces connoifleurs , pour déterminer
de la forte l'antiquité de la Tour
& des figures dont il s'agit ? La difference
de la pierre du Portail d'avec celle de
la Tour , que j'avois auffi remarquée ,
n'eft point une preuve abfoluë , que ce
Portail ait été fait après coup , parce qu'
tant chargé d'ornemens , il étoit toûjours
* Porro extat turris tantam intuentibus
prafe ferens vetuftatem ut nonnulli existimaverint
eam effe ipfo Monafterio antiquiorem ad
Calc. Greg. Tur. p. 1371.
D vj
478 MERCURE DE FRANCE :
à propos qu'il fut d'une pierre plus belle
& plus propre à les conferver.
Au fond , les plus éclairez en ces matieres
le méprennent quelquefois étrangement.
Qui, par exemple, l'eft davantage
fur les anciens monuinens de la Bretagne
que le nouvel Hiftorien de cette
Province , qui les a recherchez avec
tant de foin ; & neanmoins il s'eft abfolument
trompé , page 138. fur un Portrait
d'Ermengarde d'Anjou , Ducheffe
de Bretagne , morte en 1 1 47. qui eſt à
Redon , ce qui a fauté aux yeux de la
plupart de fes lecteurs ? Il a jugé que l'habillement
de cette Princeffe étoit copié
d'après quelque vitre de fon temps , &
en le comparant avec un autre Portrait
de Dames Bretonnes de la fin du xve fiecle
, dont il a auffi enrichi ſon Hiftoire ,
page 822. & avec les tapifferies du même
temps , il eft manifefte que cet habillement
avoit été pris de la mode de ce
temps - là , auquel le Portrait de Redon
fut fait ; mais fi on vouloit voir l'habillement
d'une Princeffe vertueufe du fiecle
d'Ermengarde,on le trouveroit bien furement
dans le tome 5. des Annales du
P. Mabillon , page 610. où eft le Portrait
de la fameufe Comteffe Matilde , fille
fpirituelle du Pape Gregoire VII, laquelle
mourut en 1115. parce qu'il eſt
tiré
MARS 1724. 479
tiré d'une vignette peinte de fon vivant ,
& il n'a rien de commun avec celui du
Portrait de Redon.
J'ai déja obfervé que ce dernier Benedictin
& fes connoilleurs n'avoient pas
été fi décififs que ceux du P. Ruinart &
de l'Hiftorien de l'Abbaye fur les figures
du Portail de S. Germain , & qu'ils fet
contentoient qu'on les crût au moins du
temps de Pepin . * Ce qui les éblouit le
plus apparemment , ce font ces Rois de
la premiere Race qu'on y voit , & furtout
celui qui a de longs cheveux, mis en
treffes , ce qui leur perfuade que fa figure
a été faite au temps même , auquel les
Rois de France portoient les cheveux de
cette maniere ; & cependant , quoi de plus
équivoque qu'une telle preuve ! On trou
ve dans les Annales de S. Benoît , tom . I
page 490. la figure du Duc Ethico , qui
vivoit au VII fiecle. Il a auffi de longs
cheveux › partagez en deux queuës , &
quoique le P. Mabillon la dife fort an
cienne , il ne la juge pourtant que d'en
viron 600. ans . **
1
* Hand feriùs ( ut quidem ego fentio )
tempore Pipini ficut periti quique judicant .
de Re Dipl. p. 137 .
** In monte S. Odilia extat infculpta lapidi
valde antiqua 600. circiter annorum effigies in
qua Ethico Dux.... coronam in capite regia
Pour
480 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi je n'ai même fuppofé le Porfail
de S. Germain , conftruit fous Charlemagne
¿, que pour ne pas trop m'éloi
gner du fentiment du P. Mabillon , dont
je fuis accoutumé à refpecter beaucoup
l'autorité , & actuellement je ne puis
encore me contenter fur les objections
que je me faifois pour le croire feulement
du temps de l'Eglife d'aujourd'hui ,
qui eft du commencement du x1 ° fiecle ;
de forte que malgré moi je me fens toûjours
rappellé à cette opinion .
Premierement , felon l'interpolateur
d'Aimoin Morard , Abbé de S. Germain ,
qui deceda l'an 1014. & qui après avoir
démoli l'ancienne Eglife bâtit la nouvelle
dès les fondemens , fit faire auffi
une Tour avec une Cloche , ce qui eft
encore marqué dans l'Epitaphe de cet
Abbé. Il y a prefentement trois Tours à
cette Eglife , fçavoir, la groffe qui eft au
bout de la Nef, où eft le Portail dont il
s'agit , & deux autres qui font collatera
les au choeur. On veut que la Tour de
l'Abbé Morard foit celle des collaterales
qui regarde le Nord ; mais l'Interpolateur
d'Aimoin fe feroit - il exprimé
comme il a fait , fi Morard avoit confervé
fimilem gerit uno lilio ornatam ad frontem
eum capillorum cirris in humeros hinc inde
fluctuantibus.
une
MARS 1924 48r
ane Tour de la premiere Eglife ? & les
termes qu'il employe , ne donnent- ils
pas même lieu de fuppofer qu'il n'y avoit
encore qu'une Tour à la nouvelle Eglife
au temps qu'il écrivoit ? Ecclefiam ( ditil
, Livre v. chap. 47. ) B. Germani ter
à Paganis incenfam evertens , à fundamentis
novam reedificavit. Turrim quoque
cum figno multaque alia ibi cone
ftruxit.
L'Hiftorien de S. Germain dit , p. 71 .
que la Tour feptentrionale paroît auffi
ancienne que l'Eglife , & qu'il femble
que la Tour Meridionale foit un ouvrage
plus recent ; mais , quoi de moins sûr ,
& de plus arbitraire qu'un pareil jugement
, & de combien de caufes une plus
grande apparence de vetufté ne peut- elle
pas venir ? Ces Tours collaterales étant
bâties fur les pilliers du choeur , & fur le
mur du tour du choeur doivent égale
ment paroître du même temps que l'Eglife
par cette partie , & ce n'eft que par
leur élevation au - deffus de l'Eglife qu'il
faut juger de leur antiquité. Or j'ai eu
beau les confiderer de la cour exterieure
de l'Abbaye , cette plus grande apparen
ce dé vetufté de la Tour Septentrionale
ne m'a point paru fenfible.
Il en eft de même de la groffe Tour ,
& des figures du Portail , que les connoiffeurs
482 MERCURE DE FRANCE .
noiffeurs trouvent beaucoup plus anciennes
que l'Eglife ; car comme je le viens
de dire l'apparence en telle matiere n'emporte
point toûjours la réalité , & quelquefois
un bâtiment moins ancien qu'un
autre paroîtra plus ancien , foit par le défaut
de la pierre , foit par d'autres cauſes.
D'ailleurs le corps de l'Eglife ayant été
mieux entretenu que la Tour , qui eſt
fort expofée aux injures de l'air , le moyen
de les comparer exactement ? & neanmoins
à ne confiderer de celle- ci que le
plus haut étage où font les Cloches , on
ne laiffe pas d'y reconnoître un ordre
d'Architecture tout femblable à celui des
arcades de l'Eglife..
On ne fçauroit non plus rien inferer
des figures du Portail , parce que les
Sculpteurs ne gardoient autrefois aucune
regle. La façade de N. D. de Paris n'eſt
que du x11 fiecle ; cependant qu'on
compare les grandes figures du Portique
du côté de S. Jean le Rond , avec celles ›
du Portique du côté de l'Hôtel - Dieu ,
on n'y trouvera aucune conformité ; &
on trouvera au contraire , que ces dernieres
font affez dans la maniere des figures
du Portail de S. Germain.
Secondement , le P. Ruinart croit que
les lettres vertes qui reftent fur les rouleaux
que tiennent les figures du Portail
font
MARS 1724: 483
font du fiecle de l'Abbé Morard . * Or
puifque cet Abbé , outre l'Eglife , fit
faire une Tour , & que les figures , où il
y a de l'Ecriture de fon temps , font partie
de la groffe Tour de l'Eglife , n'eſt- ce
pas là encore une preuve que cette Tour,
& ces figures font de lui ? Le fçavant
Benedictin dit , que peut- être cette écriture
a été feulement renouvellée ; mais
n'eft-il pas plus vrai - femblable qu'elle
eft originale ? outre que dès qu'elle ne le
feroit pas ,
elle ne feroit plus également
foi ? De plus fi on lit effectivement fur
un des rouleaux le mot Clodomrius ( non
corrompu de celui de Chlodomeris ) comme
le veut le P. Ruinart , cette orthographe
conviendra bien mieux auffi au
temps de Morard qu'à celui de Childebert
; & le deflein de mettre au Portail
les pere & mere , & freres de ce Prince,
fera pareillement beaucoup plus digne
que du Fondateur.
Troifiémement , & c'eft- là à quoi je
de cet Abbé
* Quafquidem litteras , & fi fortè primariis
fubftituta videantur , antiquiffimas tamen
effe ipfa caracterum forma & viridis color ferè
penitùs detritus probant. Certè in ipfa Ecclefia
inftauratione depictas colligimus ex Chil
deberti , tumulo tunc ut infrà dicemus exculpto
, nam fimili colore depictus fuerat . Append.
Sep. Gr. Turo p. 1371 .
484 MERCURE DE FRANCE.
ne vois pas de réponſe ; la Tour fous laquelle
eft le Portail , paroît faite pour l'Eglife
prefente , & ne convenoit point à la
premiere Eglife , qui bâtie en croix avoit
un Autel à chaque extrêmité de ſes croifillons
, felon la defcription qu'on en trouve
dans la vie de S. Droctovée , premier
Abbé de S. Germain ; car a- t'on jamais
mis un Autel à la principale porte d'une
Eglife , & la principale porte d'une Eglife
derriere un Autel ? L'entrée d'une
Eglife telle que celle dont il s'agit , devoit
être placée au côté d'un des croifillons
, & au plus près de l'angle , comme
eft la porte Meridionale de l'Eglife d'au
jourd'hui , afin qu'elle fut plus éloignée
des Autels , n'y ayant d'autre Nef le
milieu de la Croix dans une Eglife de
cette forme . Et auffi étoit- ce-là la fitua
tion de la porte de l'ancienne Eglife
comme on l'apprend de l'Histoire de la
Tranflation du Corps de S. Germain ,
qui eft parmi les Actes du 111 fiecle de
FOrdre de S. Benoît , partie 2. p. 95. Il
y eft dit qu'une pieufe Dame en entrant
dans cette Eglife avoit le tombeau de
S. Germain à fa gauche. Quam Ecclefiam
cun ingreffa effet.... refpicit in
partem finiftram è regione fepulcri B.
Confefforis Germani . Le P. Bouillard a
fait graver le plan de la même Eglife , en
que
fuppoMARS
1724: 485
fuppofant celle- ci bâtie ſur ſes fondemens ,
ce qui ne fçauroit être vrai qu'en partie
, & le veftibule quarré , que forme
la Tour , y donne l'entrée par trois arcades
à la grande Eglife , à la Chapelle de
S. Simphorien , où étoit le tombeau de
S. Germain , & à une autre Chapelle qui
répondoit à celle - là . Or que ce fçavant
homme s'oriente comme il voudra en entrant
par ce veftibule , il n'appercevra
jamais ce tombeau qu'à fa droite , & pour
le voir à fa gauche. Il faut qu'il entre
dans l'Eglife par la porte qui regarde le
Midi. Il n'accordera pas mieux ce plan
avec ce qui eft encore dit dans cette Hif
toire , qu'on rompit le mur mitoyen pour
paffer le corps du Saint de la Chapelle
de S. Simphorien dans la grande. Eglife ;
car fi le veftibule d'aujourd'hui étoit commun
pour ces deux Eglifes , où étoit lat
neceffité de faire une telle ouverture , &
n'eft-il pas manifefte qu'on ne prit ce
parti , que parce qu'il n'y avoit point
alors de porte de communication de l'une
à l'autre? Il eft affez évident auffi que
le veſtibule d'aujourd'hui a été fait exprès
pour l'Eglife prefente , & que les deux
arcades qui conduifoient à la Chapelle de
S. Simphorien , & au Cloître , étoient
ainfi difpofées à l'extrêmité de la Nef,
fervir aux Proceffions des Moines.
pour
Enfin ,
486 MERCURE DE FRANCE.
e
Enfin , je fuis perfuadé qu'on ne ſçatf
roit prouver que les gros Clochers &
les groffes Cloches fuffent déja en ufage
pour les Eglifes Monacales , au milieu
du vi fiecle , puifque ces Eglifes n'étoient
pas alors les lieux d'affemblée des
fideles , qui y alloient feulement faire
des prieres particulieres , & qu'en ce
temps - là une petite Cloche au - dedans de
chaque Monaftere fuffifoit pour regler
tous les exercices des Moines , n'en ayant
befoin que pour cela .
Telles font donc les difficultez qui me
tiennent toûjours en fufpend fur la Tour
& le Portail de l'Eglife de S. Germain
des Prez , & qui vont jufqu'à dégrader
l'un & l'autre de cette haute antiquité ,
qu'à l'envi les connoiffeurs leur attribuent.
J'aurois bien fouhaité pouvoir me
montrer fur ce point d'auffi bonne compofition
que je l'ai été fur l'explication
des figures de ce Portail , que je fais entierement
dépendre du témoignage que
le P. Bouillard voudra bien rendre au
Clodomrius du P. Ruinart , mais je n'y
vois que fujets de douter ; & ainfi , c'eſt
à cet habile Hiftorien , qui a au contraire
l'avantage de n'appercevoir auffi à cet
égard que lumiere , à me deffiller là - deffus
les yeux.
C'eft
MARS 1724.
487
Kkkkkkkkkkkkkes
EPITRE du Frere Corneille , Capucin ,
à M. de la Vifelede.
C'eft M. Olivier de Marfeille , Auteur
de la Plainte à Melpomene , & des
Vers à M. de la Viſclede , inferez dans
les nouvelles Litteraires du 15. Decembre
1723. qui prête ici fa plume
au Frere Corneille.
Gonfalonier des beaux efprits de France
Pillier , Donjon , Arcenal de ſcience
Avons appris émerveillable cas ,
Sur tes labeurs & tes doctes pourchats.
Grand bruit s'épend emmi la gent ſçavantes
Que pour beaux vers & profe fi duifante,
Que tous lecteurs en reftent ébahis
Reçûs guerdon le jour de S. Louis ,
Par jugement du corps Académique ,
Je dis guerdon, voire prix magnifique,
Qu'as emporté malgré les concurrens ,
Qui s'étoient mis pour leur méchefen rangs,
Eft- ce toi même à qui ce corps très- alme ,
A decerné la victoire & la palme !
Serois488
MERCURE DE FRANCE,
Serois-tu bien ce moderne maro ?
Et quant & quant ce nouveau Cicero
Des beaux efprits qui hantent le parnaffe ,
Ores feroit devenu l'Ourrepaffe ,
Ores aurois atteint de grand randon ,
Le fin fommet de cettuy double Mont .
Tous pantelans auroit laiffé derriere ,
Ceux qui couroient en fi docte carriere ,
Pourchaffoient moins idoines le prix
Qui ne fe doint qu'au Roy des beaux efprits
Moult dépiteux d'avoir failli d'atteinte ,
Bien faut qu'angoiffe en leur coeur foit empreinte
,
Et que n'ayant de leur labeur les fruits ,
Moults foient penaults de s'en voire conduits.
Or les chetifs à qui vient tel encombre
Ne font , dit-on , mie en fi petit nombre ,
Ni lourds efprits , Suiffes ou Savoyards ,
Ains gens de bien par les Gaules épars .
Point ne dirai qu'écrits fcientifiques ,
Auprès des tiens ne foient qu'écrits Gothiques,
Pour ne parler de ceux que ne connois ,
Dans nos Monftiers il en eft plus de trois ,
Qui par Bouquins remplis de gentileffes ,
Ont
MARS 1724 .
489
One exploité plufieurs belles proueffes.
Bien eft certain que ces braves Tenants ,
Pourroient joûter en contre tous- venans ,
Dont fourniroient mainte preuve authentique
Leurs beaux écrits , la Siringue miſtique,
furnom ,
Et l'encenfoir fumant , que par
L'on peut nommer l'oeuvre fans parangon ,
Douter ne faut que dans cette occurrence
Bien auroient pû- faire tourner la chance ,
Gens à maintien modefte & raviffant ,
Jugent trop mieux quand un oeuvre eft decent
Et des vertus fçavent que c'eft la crême ,
Faire fa coulpe , & s'accuſer ſoi-même.
Mais nous défend , nôtre grand Fondateur
D'or & d'argent le contact enchanteur ,
Par ces raifons n'ofons entrer en lice ,
Bien gagerois que c'eft une malice ,
Qu'on nous a fait de mettre en or les prix .
Tant on craignoit feraphiques écrits .
Qu'ainfi ne foit parcours mon fruit précoce,
Sans écouter Olivier qui s'en gauffe ,
Bien conviendras quand tu feras au bout ,
Ilfait allufion aux fujets donnez pour
prix de l'Acad.mie.
les
Que
490 MERCURE DE FRANCE .
Que fon Auteur peut afpirer à tout ;
Mais tu le fçais & c'eft chofe notoire ,
Qu'aux faux honneurs de ce bas territoire
Nous renonçons & ne fommes épris ,
Que du bonheur du celefte pourpris .
Or pour finir mon chant , la gloire tienne
Je veux orner de poëtique antienne :
Or adieu , donc foleil des Orateurs ,
Adieu Phoenix des Verfificateurs ,
Adieu rubis & perle de Nobleffe ,
Au moins Dauphin , finon Roy du Permeffe ,
Adieu Jafinin du parterre fçavant ,
Dont le grand Los eft fuave flairant ,
Ja , puiffe tu toûjours, nouvel Orphée ,
Des bons Auteurs , être le corriphée.
$
EXMARS
1724 . 491
*********: **********
EXPLICATION de la troifiéme Enigme
du Mercure de Janvier.
E fens bien que je fuis preffé ,
JE
Fevrier eft preſque paffé ,
Mars à grands pas vers nous s'approche ,
Et fous le figne des Poiſſons ,
Il va mettre entre fes leçons ,
De ne plus penfer à la Broche.
Autre explication.
Xtremum quicumque Enigma refolvere
Extremur tentas
Rem male quaris * acû tangere , tange
Verû.
Autre
U fuper ambiguo torques Enigmate mens ·
tem .
Non mentem , at torquet fervulus ifte Verû.
* Allufion au proverbe Latin qui fignifie
deviner.
Les trois Enigmes du mois de Fevrier
doivent être expliquez par la Cloche , la
Jarretiere & l'Ecreviffe.
E PRE
492 MERCURE DE FRANCE.
T
PREMIERE ENIGME.
E me vois , en partie , un certain jour de
Pan
JE
Elevé comme des trofées ,
Par des femmes , fur tout , rifquant d'être
étouffées ;
Sous une porte à faire fuir Satan ,
Et changeant de figure utile à tout le monde ,
On me voit au-deffus du Roy ,
Le pauvre fe paffe de moi ,
Mais auffi je fers bien & la Brune & la Blonde,
SECONDE ENIGME.
ON faitde nous fouvent des Chapelets ,
Pour la fanté l'on nous met en ufage ,
Par caprice on nous nomme laids ,
Et cependant pour le vifage ,
Nôtre couleur a mille attraits ;
Et quand le temps , qui tout efface ,
Par une fâcheufe diſgrace ,
Enleve à quelqu'un la beauté ,
On dit en proverbe uſité
Qu'auffi- tôt nous prenons fa place.
TROIMARS
1724.
493
TROISIEME ENIGME.
E fuis dans le milieu du monde ,
JE
J'ai quatre pieds dans un Tonneau ,
Je ne fuis point en terre , encore moins dans
l'eau ,
Et cependant je fuis dans l'Onde ,
Je dis fort fouvent non , & ne dis jamais oui ,
Je fuis en même temps la tête d'une Anguille ,
Et la queue au ferpent ,
Jamais pourtant je ne fretille ,
Or devinez mon fort plaifant.
米*******************
CONTES , BONS MOTS , &c.
N Officier ayant befoin d'un bon
Ucheval pour aller faire un voyage
s'adreffa à un Maquignon de fa connoiffance
,,
croyant n'en être pas trompé' ; lequel
le mena dans fon écurie , & lui donna
le choix fur tous les chevaux. L'Officier
s'arrêta fur un qui lui parut bien
fait & enbon état. Le Maquignon ne manque
pas d'approuver fon choix , & de
louer fon difcernement , jurant que bien
gens lui avoient des demandé ce cheval ,
E ij
mais
·
t
494 MERCURE DE FRANCE .
mais qu'il avoit toûjours mieux aimé le
garder pour un ami que de le vendre à
des inconnus . Le prix convenu à vingt
piftoles , il eft payé comptant. L'Officier
monte deffus ; on l'eut pris pour un barbe
, tant il faifoit le gaillard & le mau-.
vais ; il étoit poli , gras , &c. mais après
avoir marché une demie-heure , il étoit
fi las & fi recrû , que le foüet ni l'éperonne
le pouvoient faire avancer. Le parti
que prit l'Officier fut d'aller à un prochain
Village y louer un autre cheval ,
fur lequel il pourſuit fon voyage , & recommanda
d'avoir grand foin de celui
qu'il laiffoit. A fon retour il le trouva en
très-bon état , & voulant fe vanger de
fon Maquignon , il va droit chez lui , lui
vante la bonté du cheval , qu'il exagere
à l'infini , & le prie de le nourrir pendant
quelques jours . Le Maquignon tout
étonné , crût s'être trompé lui-même en
voulant tromper. Il demande à racheter
le cheval , mais l'Officier témoigna ne
vouloir point s'en défaire , & qu'il auroit
bien de la peine à le donner pour 25.
piftoles , & le quitte là- deffus pour aller
apofter un de fes amis qu'il inftruifit bien,
lequel fut chez le Maquignon, faifant femblant
de chercher un cheval de fatigue
pour une affaire preffée , & qu'il n'y
plaindroit point l'argent. On lui en montre
MAKS 1724. 495
;
tre de toutes les manieres , loüant toû
jours les plus mauvais au - deffus des autres
, fans jamais faire mention de celui
de l'Officier , qu'il s'étoit perfuadé être
fort bon mais l'homme apofté le connoiffant
par les inftructions qu'on lui
avoit données , le veut voir , & demande
s'il eft à vendre , le Maquignon ne répond
qu'en loüant les autres . Enfin il lui
dit qu'il eft trop cher , que le prix ne lui
conviendra peut-être pas , & bref ils
conviennent à 35. piftoles ; il donne
deux écus d'arrhes , & un demi écu au
garçon d'écurie . Peu de temps après ,
voilà l'Officier tout botté qui arrive pour
monter fon cheval , & aller en campagne.
Quand il apprend qu'il eft vendu ,
il crie comme une Aigle. Le Maquignon
lui compte 25. piftoles , il n'en veut
point , & finalement il fe fait bien preffer
pour prendre 300. livres que le Maquignon
donne gayement dans l'efperance
qu'il gagneroit encore 50. liv . mais le
donneur d'harres eft encore à revenir .
Lorfqu'on fit le procès à M. de Bouteville
en 1627. M. du Châtelet , de
l'Académie , fit un Factum pour lui , qui
fut trouvé également éloquent & hardi.
Le Cardinal de Richelieu lui ayant reproché
que
c'étoit pour condamner
la juf
tice du Roy ; pardonnez
- moi , lui dit
E iij M.
496 MERCURE DE FRANCE .
M. du Chatelet , c'eft pour juftifier fa
mifericorde , s'il a la bonté d'en ufer envers
un des plus vaillans hommes de fon
Royaume .
M***
generalement reconnu , pour ne
pas dire fouvent la verité , racontoit dans
un Caffé un fait qui venoit de fe paffer
& dont il difoit avoir été témoin . Sa narration
entenduë , je parie qu'il n'y a pas
un mot de vrai dans tout ce que tu viens
de dire , dit un de fes amis ? Un troifiéme
qui avoit yû le fait qu'on venoit
de raconter , affeura la chofe vraye dans
toutes les circonftances. Pourquoi le ditil
donc ? reprit l'ami du conteur.
Une Demoiſelle de Provence , auffi
bien faite que fpirituelle , étoit aimée
par un galant homme , dont le bien répondoit
à d'autres qualitez fort eftimables
; il trouvoit fon entretien , fon humeur
& fa vivacité fort agreables , & fur
tout que fon accent Provençal répandoit
une grace merveilleufe dans les moindres
chofes qu'elle difoit. Beaucoup de foins ,
grandes complaifances de la part du Cavalier
, mais point de declaration. Cela
n'avançoit point les affaires de la belle .
Un jour qu'on parloit dans une converfation
generale d'engagement & de mariage
, le Cavalier releva ce mot d'une
maniere qui ne laifloit pas voir bien à
découMARS
1724 : 497
découvert les fentimens de fon coeur. La
Belle le regarda , & de cet accent qui
avoit accoutumé de le charmer : Expli
quez- vous , lui dit- elle , fi vous me parlez
pour vous divertir , je vais vous répondre
; fi c'eft ferieufement mon pere vous.
répondra.
Deux bas Normands étant dans un Ca
baret de Limoges parlofent de cette
grande année Platonique , où toutes chofes
doivent retourner en leur premier
états ils voulurent faire accroire à l'Hôte
qui les écoutoit , qu'il n'y avoit rien de
fi vrai que cette révolution ; de forte ,
dirent-ils , que dans 16000. ans d'ici nous
ferons encore à boire chez vous à pareil
jour , & là-deffus le prierent de leur
faire credit jufques- là . Je le veux bien ,
dit le Cabaretier , mais parce qu'il y a
16000. ans , jour pour jour que vous
étiez ici à boire comme vous faites , &
que vous vous en allâtes fans payer , acquittez
le paffé , & je vous ferai credit
pour l'avenir.
Amrou Leits , fecond Prince , ou Sultan
, de la Dynaſtie , qui a regné longtemps
avant Tamerlan , dans les Provinces
de Khorafan , de Fars , ou de Perfe
, & de l'Erak , Pays des anciens Parthes
, fut fait prifonnier de guerre au
milieu de fes plus grandes profperitez ,
E iiij par
498 MERCURE DE FRANCE.
par le Sultan Ifmaël Jamani , fon voifin ,
qui regnoit dans la Tranſoxane. Les Hiftoriens
Orientaux font d'Amrou un Prince
magnifique , & un genie fuperieur à
la bonne , & à la mauvaiſe fortune , Le
même jour qu'il fut fait prifonnier , fe
trouvant preffé de la faim , il dit à un
des foldats qui le gardoient , de lui faire
cuire promptement quelque chofe à manger
: ce Soldat prit auffi -tôt un morceau
de viande , & le mit au feu dans le premier
vaiffeau qu'il trouva fous fa main.
C'étoit un de ces chaudrons , dont on ſe
fert pour donner à manger & à boire aux
chevaux dans le Levant , & il l'attacha
comme il pût un morceau de bois crochu
affez à la hâte. Pendant que cette
viande cuifoit , fans que l'on prit grand
foin de la garder , il furvint un mâtin
qui mit la tête dans le chaudron ; mais le
fentant trop chaud , il la retira avec tant
de violence , qu'il en fit tomber l'anfe fur
fon col , & prit auffi- tôt la fuite , emportant
le chaudron & la viande du Sultan
. Ce Prince qui voyoit cette action , fe
prit à rire à gorge déployée, & quelqu'un
des fiens lui ayant dit , qu'il n'avoit pas
grand fujet de rire , en l'état auquel il fe
trouvoit , il lui répondit : je ris de ce
que mon Maître- d'Hôtel m'ayant dit ce
matin que trois cens Chameaux ne fuffi
foient
Εν

MARS 17240
499
Σ
foient
pas pour porter ma cuifine , je
vois maintenant qu'un feul chien fuffit
pour l'emporter.
-
Quand le feu Roy , qui ne faifoit rien
que de grand , donna en 1673. la Charge
de Grand Maître de fa Garderobe au
Prince de Marfillac , il lui écrivit ce billet
par un de fes ordinaires . Je vous envoye
la Gebertie , de qui vous apprendre
une nouvelle , qui felon les apparences ,
vous fera fort agreable . Je me réjouis avec
vous , comme votre ami , du prefent que je
vous fais comme vôtre Maître.
UN
CHANSON.
N jour Tircis dit à Nanette ,
L'objet de fes plus chers defirs ,
Tu m'as promis, belle Brunette,
De partager tous mes foupirs ;
Mais que j'y vois peu d'apparence ,
Ingrate , tu n'aimes pas bien :
Ah ! grands Dieux ! quelle difference ››
Entre ton amour & le mien !
Ev Lor
500 soo MERCURE DE FRANCE
Lorfque je chante fur l'herbette ,
L'amour dont mon coeur fuit la loi ,
Les plus doux fons de ma mufette ,
N'ont rien d'agreable pour toi.
Je te vois garder le filence ,
Et badiner avec ton chien ;
Ah ! grands Dieux ! quelle difference ,
Entre ton amour & le mien !
M
Lorſqu'à la Fête du Village
On fe raffembla fous l'Ormeau ,
Je craignois de te faire ombrage ,
J'évitois Pobjet le plus beau.
Tu pris Silvandre dans la danfe ,
Il eut long-temps ton entretien :
Ah ! grands Dieux ! quelle difference
Entre ton amour & le mien !
w
Je le vois bien , la jalouſie ,
Répondit Nanette en courroux
S'empare de ta fantaiſie ,
Et te fait reffentir fes coups.
Tu me fais perdre patience ,
Quand
MARS 1724.
501
Quand tu te vantes d'aimer bien.
Ah ! grands Dieux ! quelle difference.
Entre con amour & le mien !
Il faut ceffer de te déplaire ,
Repliqua Tircis à l'inſtant ,
Je fçaurai déformais me taire ,
Je paroîtrai toûjours comptant.
Si tu me donnes l'efperance
De nous unir d'un doux lien ,
Je ne vois plus de difference ,
Entre ton amour & le mien.
Le Maire.
晶晶®
E vj
NOU102
MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & c.
EMOIRES HISTORIQUES ET CRIMFIQUES
, tome 2. A Amſterdam ,
chez Jean Frederic Bernard , volume in
12. 1722 .
Nous avons rendu compte dans le Mereure
d'Octobre dernier des fix . premiers
mois de ce nouveau Journal Litteraire
il nous refte à parler du ze tome qui
comprend les fix derniers mois de la même
année 1722. Nous le ferons avec la
même brieveté , nous contentant d'en rapporter
deux ou trois articles , parce que ,
comme nous l'avons déja dit , on ne peut.
gueres donner d'extrait fuivi d'un Livre,
qui ne contient lui-même que des extraits.
HISTOIRE Ecclefiaftique & Civile
de la Ville & du Comté d'Evreux , par
M. le Braffeur , 1. vol . in 4º imprimé à:
Paris , chez Barrois . Le Journaliſte reconnoît
» qu'il y a beaucoup de pieces curieufes
à la fin de cet ouvrage , qui fans:
» doute a couté, dit- il , beaucoup de peine
>>
&
MARS 1724. 503
& de recherches à l'Auteur ; mais le «
fujet ne fournit rien de bien important «
pour les gens de Lettres . Le ftile n'eft «s
pas non plus affez châtié , ce qui n'eſt
pas étonnant dans un nouvel Ecrivain , «
& c .
Nous n'avons rien à dire fur cette
Critique , ni fur un ouvrage que nous
connoiffons à peine ; mais nous profiterons
de l'occaſion pour faire une remar
que qui peut avoir fon utilité , au fujet
d'une Piece que l'Hiftorien d'Evreux a
mis à la fin de fon Livre , Piece tout- à- fait
étrangere à fon Hiftoire , & qui n'eft pas
fortie de fa plume. Elle a pour titre ,
EXAMEN de ce qui eft dit de la Charge
du Connétable de Normandie dans la Dif
fertation , fur les dignitez hereditaires ,
attachées aux terres Nobles , & dans le
Memoire pour fervir de fupplement à
cette Differtation , qui font dans les Mercures
des mois de Septembre 1720. & de
Fevrier 1721. comme auffi de ce qui y eft
remarqué touchant quelques autres Offices
les prérogatives des Pairies.
<
L'Auteur dans cet examen attaque
deux differens Ecrivains , & tâche de
détruire tout ce qu'ils ont dit , l'un pour
établir le droit de la terre de Tancarville,
fur les Offices de Chambellan , & de
Connétable du Duché de Normandie , &
l'au
504 MERCURE DE FRANCE:
3
l'autre pour foutenir que la terre du Grip
pon , près d'Avranches , avoit le même
droit fur la premiere de ces dignitez
fondé fur un Cartulaire authentique de
cette terre , dans lequel en 1444. Jean
de Villiers , Chevalier , Seigneur du
Grippon , & de Subligny , &c. eft qualifié
Connétable heredital de Normandie.
L'Examinateur critique auffi , en chemin
faifant , l'Auteur de la Genealogie
de la Maiſon de Teffon , de laquelle étoit
l'ayeule de Jean de Villiers , qui eft rapportée
dans l'Hiftoire de la Maifon d'Harcourt.
Il paffe enfuite aux Charges de Se
néchal , de Chambellan , de Maréchal
de Porte-Etendart , de Grand - Bouteiller,
de Pannetier , de Vidame , &c . de Normandie
; il parle enfin du Grand Senéchal
de France , & du droit des Pairs au
Sacre du Roy , en fuivant toûjours l'Auteur
de la Differtation qu'il critique de
temps en temps , en forte que l'examen
dont nous parlons , forme par lui- même
une Differtation de 52. pages , fuivie
d'une page & demie d'additions & det
corrections , & dattée du 2. Avril 1721 .
Nous avons crû devoir faire ici cette
remarque en faveur des perfonnes de
* Les terres de Tancarville & du Grippon,
dont il s'agit ici , appartiennent , la premiere à
M. le Comte d'Evreux , & la feconde à M. is
Marquis de Bethune.
MARS 1724. 505
condition , qui peuvent s'intereffer dans
cette matiere , & des Ecrivains attaquez,
lefquels ne fe feroient , fans doute , jamais
avifé d'aller chercher dans l'Hiftoire
d'Evreux une réponſe à des écrits
qui n'y ont aucun raport , & qui ont
paru dans le Mercure : outre que cette
Hiftoire particuliere d'Evreux n'ayant ,
pour ainfi dire , fait que paroître & difparoître
, il eft difficile que beaucoup de
gens ayent eu connoiffance de la réponſe
en queſtion ; enforte qu'on peut affurer
que fi l'Auteur Anonime de l'Examen a
prétendu cacher fon ouvrage , auffi bien
que fon nom , il ne pouvoit gueres mieux
rencontrer .
ESSAI fur l'origine & le progrès de la
GEOGRAPHIE jufqu'à la découverte de
F'Amerique , avec des Remarques fur
les principaux Geographes , Grecs &
Latins , adreflé à Ms les Membres de
l'Académie Royale de l'Hiftoire à Lif
bonne . Cet Effai eft contenu tout du
long dans le Journal Litteraire , dont
nous rendons compte , la modeftie du
titre ne fçauroit empêcher de reconnoître
dans cet ouvrage une Hiftoire abre
gée , folide & curieufe de toute la Geographie
, & une Critique fenfée des principaux
Geographes anciens , jufqu'à un
cer506
MERCURE DE FRANCE.
certain temps nos lecteurs en jugeront
par le morceau qui regarde Strabon , &
parce que nous pourrons ajoûter à cet
échantillon.
» STRABON , Philoſophe Stoïcien , né
à Amafie , Ville de Cappadocê recueil-
>> lit de tous les Geographes qui l'a-
» voient precedé , dequoi compofer le
» corps de Geographie le plus complet
» qu'il y eut eu jufqu'à fon temps. A
» l'imitation d'Agatharchide il rendit fa
matiere plus intereffante , en y faifant
>> entrer l'Hiftoire politique & naturelle
" dont il orna fes xvi1 . livres , qui à la
réferve de quelques lacunes , font venus
affez entiers jufqu'à nôtre fiecle ;
» ce que j'attribue à l'utilité des beautez
acceffoires , qui ont intereffé un plus
»grand nombre de doctes à fa conferva-
>> tion . M. de Tillemont , après avoir
» remarqué que Strabon écrivoit fon
» IV Livre , fous l'Empire de Tibere ,
» vers l'an 18. de Jefus - Chriſt , étant
» déja fort âgé , ne doute point qu'il n'ait
» achevé fon ouvrage avant la mort de
> cet Empereur . M. Baudrand croit
qu'il avoit ceffé d'écrire avant la 12 °
année de Tibere. Entr'autres reproches
que l'on peut faire à Strabon , il n'eft
pas louable d'avoir pris à tâche de cenfurer
Erathoftene le plus fçavant Geo-
- 32
gras
MARS 1724. · 507
63
се
graphe qui ait parlé de l'Orient. Il eft
vrai que s'étant principalement attachê «
à cette partie du monde , il étoit moins <<
exact fur ce qui regarde l'Occident ; «
mais il y auroit eu de l'équité à lui «
paffer ce qu'il avoit de foible en faveur «
de ce qu'il avoit d'excellent . Strabon
lui- même donne dans les préjugez de «
fon fiecle. Il apporte comme une preu- «
ve de l'habileté d'Homere les vers où «<
ce Poëte dit que le Soleil fe leve de «
l'Ocean & s'y couche , ce qui eft faux «<
à tous égards ; mais il eft étonnant que «<
Strabon , Pline & Mela fe foient obfti- «
nez à donner une embouchure Septentrionale
à la Mer Cafpienne , après «
qu'Herodote avoit dit que cette Mer «
eft une Mer par elle- même , qui n'eſt «
jointe à aucune autre . J'en parlerai «<
plus au long quand je ferai parvenu «<
aux imperfections de l'ancienne Geo- e
graphie. « "
Comme depuis la fin du ve fiecle , où
le commencement du vie c'eſt- à - dire ,
depuis le temps d'Etienne de Bifance , il
faut courir jufqu'au x11 . pour trouver
des Geographes de quelque réputation
, l'Auteur de l'ESSAI , après avoir
parlé d'Eufthatius , Archevêque de Theffalonique
, qui vivoit fous l'Empire
d'Andronic , vient aux plus fameux
Geograp
08 MERCURE DE ERANCE.
Geographes Orientaux , en commençant
par
AL - EDRISI , nommé ordinairement
& fans aucune bonne raiſon , le Geographe
de Nubie , qui vivoit vers l'an 1150.
Les articles d'Abulfeda & d'Ulug- Beigh,
Princes & Geographes Mahometans , du
XIV. & du xv. fiecle , dont il parle enfuite
, nous ont paru curieux & intereffans
.
» ABUL - FEDA , Ifmael , autant excité
» par l'exemple , que par fon propre
penchant , ne crût point que la qualité
» de Geographe deshonorat celle de Prin-
» ce de Hamah. Il cite environ trente
» Auteurs fameux qui lui avoient frayé
» le chemin ; & dont il emprunte les
connoiffances ; mais il témoigne une
» complaifance particuliere pour ALBI-
» RUN. Il le fuit pour les longitudes , &
» les latitudes , & c .
»
" Nous avons d'Abul-Feda une Def-
» cription de la Chorafmie & de Mawa-
» ralnabr , Pays fituez au - delà du Fleuve
» Oxus , qui fe décharge. dans la Mer
Cafpienne ; avec des Tables de la Lon-
»> gitude , & de la Latitude des princi-
» paux de ces Pays , & une Defcription.
» de l'Arabie entiere , qui eft peut- être
» ce qu'il a fait de plus exact. M. de la
» Roque a joint une traduction Françoiſe
» de l'Arabie d'Abul- Feda , à fon
voyage
MARS 1724. 509
gee dans la Palestine. Je ne puis m'empê- «
cher de fouhaiter ici que les anciens <<
nous euffent laiffé fur les autres Pays <<
des memoires auffi sûrs que ceux qu'ils
nous ont laiffez fur l'Arabie ; ceux de «
Ptolomée qui regardent ce Pays font , «<
au jugement d'Eftienne de Bifance , la «
partie la plus exacte de fa Geographie.
ULUG- BEIGH , fils de Mirza Scharogh
, & petit-fils dé Tamerlan , Fon- «
dateur de l'Empire des Mogols , fuc- «
ceda à fon pere l'an 1446. Samarcand , «
Capitale du Royaume qu'il poffedoit «
dans la Tartarie , devint fous fon regne la «
Capitale de l'Erudition . Ce Prince , qui «
aimoit les Mathematiques avec paffion , «<
y attira par fes liberalitez les perfon- «
nes les plus capables de répondre à les «
defirs , il leur fournit des inftrumens «
admirables , entre autres ce prodigieux «
* Cadran ...... dont le ftile égaloit en «
longueur la hauteur du Dôme de Sainte «
Sophie de Conftantinople. Les Tables «<
Aftronomiques qui furent dreffées fous «<
fes yeux lui attirerent de grands éloges «<
à caufe de leur exactitude . La Table «<
Geographique que M. Grabe en a pu- «<
bliée , & qui fe trouve dans le 3. vo- «
lume de la collection d'Oxford , faifoit «
* La Roque , Voyage dans la Paleſtine ,
page 275. de l'Edition de Hollande.
par
10 MERCURE DE FRANCE.
partie de ces Tables Aftronomiques fi
» eftimées dans tout l'Orient.
Le fçavant Auteur de l'ESSAI , nous
permettra de remarquer que ce n'eſt point
M. Grabe , comme il eft dit dans trois
endroits du nouveau Journal Litteraire ,
qui a travaillé fur ABUL - FEDA ; c'eſt
Jean Grave , fçavant Mathematicien Anglois
, lequel après avoir appris les Langues
en voyageant dans l'Orient , publia
à Londres en 1650. non pas une traduc
tion entiere de la Geographie du même
Auteur , comme il eft infinué dans le
Journal , mais feulement une verfion
Latine , avec l'Arabe à côté , de la Def
cription des deux vaftes Pays de Khuarefme
, & de Mawara Inhar , que nous
nommons la Tranfoxane . Le même Grave
avoit auffi traduit en Latin l'Arabie
d'Abul - Feda , mais il n'eut pas le temps
de publier fon travail . M. Hudſon
tre fçavant Anglois , y a ſuppléé , en faifant
imprimer à Oxford en 1712. dans
fon 3. vol. des petits Geographes Grecs,
le texte Arabe de cette Defcription de
l'Arabie , avec la verfion Latine de Grave
au- deffous , qu'il avoit heureuſement
déterré. La Republique des Lettres à une
autre obligation à M. Hudfon , pour avoir
inferé dans le même Recüeil trois autres
pieces , que Grave , dont il fait un bel
, auéloge
MARS 1724.
511
éloge dans fa Preface , avoit autrefois
fait imprimer , & qui ne fe trouvoient
plus fçavoir , la Defcription de la Tranfoxane
d'Abul Feda , dont nous venons
de parler , & les deux fameufes Tables
Geographiques , l'une de Naffir Eddin ,
Aftronome Perfan , & l'autre d'Ulugbeg,
Prince Tartare .
L'Auteur de l'ESSAI a parlé dignement
de ces Tables , & de leurs Auteurs.
Il n'a pas oublié le prodigieux Cadran
de Samarcande , conftruit par l'ordre
d'Ulugbeg ; mais en rapportant , comme
il fait , ce que M. de la Roque en a dit
dans la Preface de fa traduction de l'Arabie
d'Abul- Feda , il auroit pû appuyer ce
raport du témoignage de Grave même ,
qui étoit bien informé du fait ; nous
allons en finiffant y fuppléer par les paroles
mêmes de l'Auteur Anglois . Minime
vero prætereundum duxi quod de
tanto Principe Conftantinopoli acceperam
à Turcicis Aftronomis , admirati
obfervationum concentum , adjecerunt
Vlugbegium , præter alia inftrumenta que
paraverat , quadrantem ftupenda molis
conftruxiffe , cujus radius altitudinem
fummi fornici Templi Sanita Sophia adaquaret.
Qua etfi dictu incredibilia ( nam
r
Il appelle Grave Cathedra Saviliana decis
immortale , &c.
Teftudo
512 MERCURE DE FRANCE.
Testudo bemifpherii 180. pedes romanos
fuperat ) illi tamen Perfas fide dignos has
eadem narrantes fæpius audiviffe contenderunt.
C'eft ainfi que s'exprime Grave
dans fa Preface , qu'il addreſſe à
Edouard Pocok , Profeffeur des Langues
Orientales à Oxford , & à Thomas Grave
, fon frere.
pas ,
Nous fommes fâchez de ne pouvoir
à caufe des bornes aufquelles nous
fommes affujettis , extraire plus de chofes
de ce premier ESSAI qui eft ſuivi
d'un fecond , inferé fur la fin du même
Journal , dans lequel on fait avec la même
methode , & le même fuccès l'Hiftoire
abbregée de la GEOGRAPHIE , depuis
la découverte de l'Amerique juſqu'à
prefent , avec des Remarques fur les prinsipaux
Geographes modernes . Nous pourrons
en rendre compte le mois prochain .
MIOTOMIE HUMAINE ET CANINE ,
dans laquelle on inftruit les Eleves en
Chirurgie , de la maniere de diffequer
les muſcles de l'Homme & des Chiens .
Ouvrage qui promet par lui- même une
grande utilité. Par René- Jacques Croif
fant de Garengeot , Chirurgien à Paris.
C'est un grand in 12. de 236. pages ; il
fe vend chez Pierre- Jacques Bienvenu , à
la Fortune , Grand'Salle du Palais à
Paris. ComMARS
1724. 513
Comme il eft impoffible de bien pratiquer
la Medecine & la Chirurgie , fans
une connoiffance de l'Anatomie , & comme
on ne fçait qu'imparfaitement cette
fcience fans la diffection , l'Auteur a employé
tous fes foins pour conduire les
Eleves de l'une & de l'autre profeffion ,
dans les routes qu'ils doivent tenir pour
bien diffequer les muſcles.
Les Chirurgiens en particuliers doivent
tirer de grands avantages de ce livre
, parce que déja inftruits de la maladie
Chirurgicale , & de l'operation
qui lui convient , il faut encore que leurs
mains ayent contracté une longue habitude
de faire agir leurs inftrumens avec
aifance & agilité ; & comme il n'y a pas
de meilleur moyen de fe procurer cette
habitude de manier avec art les inftrumens
, & de couper avec connoiffance les
parties nuifibles , que la diffection , on
a crû que celle des muſcles étoit la plus
importante.
Tout l'ouvrage eft divifé en deux parties
; on parle dans la premiere de la inaniere
de diffequer les muſcles de l'Hom
me : on marque exactement leurs attaches
; on fait mention de celles qu'on
doit couper
, & de celles qu'on a coutu
me de laiffer implantées dans les os. On
fait obferver les mufcles qui font couchez
les
514 MERCURE DE FRANCE .
+
les uns fur les autres , ou agencez les
uns près des autres ; & l'on fait quelquefois
fentir la mécanique finguliere de
certaines parties , afin que les genies fuperieurs
puiffent en déduire des confequences
phifiques & pathologiques , &
qu'en égayant un peu la matiere , on la
rende moins penible , & moins dégoûtante
, & on parvienne ainfi à une connoiffance
folide des maladies .
La feconde partie de cet ouvrage a été
faite pour ceux qui n'ont pas le moyen ,
ou qui ne font pas à portée de jouir des
cadavres humains ; & pour leur fournir
cependant ce qui paroît le plus propre à
les former à la diffection , on s'eft ſervi
des chiens. On fait un paralelle des muſcles
de ces animaux avec ceux des hommes
; on defigne ceux de l'homme qui
manquent à ces fortes de bruttes , & l'on
fait mention de ceux qui leur font propres
& particuliers , & de certaines differences
effentielles qui fe trouvent
dans les muſcles des chiens. On peut
avancer que cet Ouvrage eſt trèsneceffaire
, non - feulement à ceux qui
veulent s'appliquer à la Medecine & à
la Chirurgie , mais encore à ceux qui y
font déja bien initiez , & qui veulent
quelquefois diffequer quelques mufcles .
Le même Auteur a donné au public
depuis
MARS
1724.
515
depuis quelque mois , un Nouveau Traité
d'Inftrumens de Chirurgie , en deux grands
volumes in 12. dont le premier tome
contient 434. pages , fans parler de 35 .
planches en tailles douces , qui reprefentent
les inftrumens de Chirurgie d'une
maniere trés- correcte. Le fecond tome
eft de 330. pages , & 25. planches en
tailles-douces qui reprefentent les inſtrumens
deſtinez à faire les operations fur
les os , & les machines les plus applaudies
, & les plus
ingenieufement inventées
, pour la reduction des fractures , &
des luxations.
L'Auteur s'eft appliqué avec foin à décrire
les dimenfions , & la meilleure
conftruction qui convient , tant aux inftrumens
qu'aux machines qui font dans
ce traité ; & comme il parle de la maniere
de s'en fervir , & des points d'appui que
leChirurgien doit faire pour operer feurement
; il s'enfuit que cet Ouvrage eft abfolument
neceffaire , non- feulement pour
ceux qui veulent s'exercer dans le ina
nuel de la Chirurgie , ou qui veulent
faire fabriquer ces inftrumens fuivant les
nouvelles methodes ; mais encore pour
ceux qui auront la curiofité de lire la
feconde édition de fes
Operations , dans
laquelle il ne parlera nullement des in-
F
ftrumens ,
516 MERCURE DE FRANCE.
ftrumens , attendu que ce traité particu
lier eft affez étendu.
On avertit encore le public , que l'Auteur
des deux precedens livres , va mettre
le mois prochain fes Operations de
Chirurgie fous preffe . La premiere édition
de ce traité qui étoit en 2. volumes
in 12. a eu l'approbation des fçavans François
& Etrangers , & a été regardée
par tous les connoiffeurs , comme un
des bons Ouvrages en ce genre. Il eft
cependant à obferver que l'édition que
Pon vient de promettre , fera beaucoup
au-deffus de la premiere ; qu'elle aura
beaucoup plus d'ordre , que les operations
& les cures particulieres y feront en plus
grand nombre ; que l'on n'y parlera nullement
des inftrumens , attendu qu'on renvoyera
au traité qu'on vient d'annoncer ;
que la theorie & la pratique des maladies
Chirurgicales y fera plus amplement
détaillée ; & que tout le traité fera divifé
en trois volumes in 12. ornez de figures
en tailles douces , dont les deffeins ont
été faits d'après nature par le fieur de
Lacouprie excellent Peintre , & ont été
applaudis par les meilleurs connoiffeurs .
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres ; avec les
Memoires de Litteratures , tirez des Regiftres
MARS
1724.
517
giftres de cette Académie , depuis l'année
1711. jufques & compris l'année 1717.
tome troifiéme . A Paris , de l'Imprimerie
Royale , in 4° de plus de 800. pages .
avec 13. planches , &c. 1723. Le qua--
trième volume a paru en même temps .
CONSIDERATIONS fur les diverſes manieres
de conjuguer des Grecs , des Latins
, des François , des Italiens , des Efpagnols
& des Allemands , &c. Par M.
Abbé de Dangeau , de l'Académie Francoife.
A Paris , chez J. B. Coignard , brøchure
de 23. pages in 8 ° 1721 .
CONSIDERATIONS
Philofophiques fur
le fuccès de la Tragedie d'Inès de Caftro,
avec le Dialogue d'Antés & de Philomothus
, & une Lettre écrite à un vieux
fçavant , contenant l'éloge de la Brochure.
A Paris , che la veuve Saugrain , Quay
de Gefures , brochure in 8 ° de 37. pages.
HISTOIRE de la Benediction Nuptiale,
depuis J. C. jufqu'à nous , où l'on voit
les preuves de l'exiftence du Sacrement
de Mariage , les raifons pour & contre ,
fur la queſtion fi le Prêtre en eft le Miniftre
, & les ufages de toutes les Eglifes
, dans la maniere de l'adminiftrer ,
comme auffi la juftification du premier
Fij de518
MERCURE DE FRANCE.
decret de la feffion 24. De Reformatione
Matrimonii, & des Loix de France con--
tre les Mariages clandeftins. Par M. Jean-
Pierre - Gibert , Docteur en Theologie , &
Jurifconfulte. A Paris , chez J. Mariette,
ruë S. Jacques , 3. vol. in 4º .
LETTRE à Monfieur **** Auteur du
nouveau livre de l'Economie Animale ,
& dés Obfervations fur les petites veroles.
Par M. Beffe , Docteur en Medecine
de la Faculté de Paris , Medecin du Roy ,
&c. A Paris , chez A. de Heuqueville ,
Libraire au Puits -Certain 1723. in 12..
de 302. pages , fans l'Epître au Duc
d'Orleans & la Table.
LES JOURNE'ES AMUSANTES , dédiées.
au Roy. Par Mad. de Gomez , feconde
édition , revue , corrigée , & enrichie de
figures en tailles - douces , 2. vol. in 12,
A Paris , che André Morin , au Palais,
1724.
CRITIQUE des Critiques d'Inès de
Caftro , Tragedie de M. de la Motte. A
Paris , chez Mefnier , au Palais 1724 .
brochure in 3° de 39. pages.
Pour ne rien laiffer ignorer de tout ce
qu'on a fait contre Inès de Caftro , ajoùédiMARS
17247 319
A
tons ici quelques Brochures qui ont paru
en dernier lieu fur fon fujet. Hiftoire de
Don Juan , fils de Don Pedro , & d'Inès
de Caftro , & c.
EXAMEN de la Tragedie d'Inès de Caf
tro , & des Pieces aufquelles elle a donné
lieu. A Paris , Place de Sorbonne
chez Thomelin 1724. Brochure in 12. de
24. pages..
On trouve chez le même Libraire ,
l'Année Benedictine , ou les Vies des SS.
de l'Ordre de S. Benoît , avec les éloges
des perfonnes illuftres en pieté, du même
Ordre , decedées en ces derniers fiecles ,
9. vol . in 4°.
Le même Libraire a actuellement fous
preffe un in - douze , intitulé , Nouvelles
Lettres , Oeuvres Galantes , dédiées à
M. le Duc d'Orleans : Par le fieur Soyer,
Deftauvelles . On a mis à la fin des Poëfies
fur differens fujets.
OBSERVATIONS CRITIQUES fur le
viii. article du Journal des Sçavans , du
mois de Janvier 1724. au fujet de l'homme
Univerfel , brochure in 12. de 40 .
pages. A Paris , chez Cavelier& la venve
Mongé, ruë S. Jacques 1724.
ī F iij LES
510 MERCURE DE FRANCE .
LES OEUVRES DE VIRGILE , tradui
tes en François , avec le texte à côté
& des Notes critiques & hiftoriques
fur les endroits qui ont beſoin d'éclaircillement
. A Lyon , chez L. Declauftre
1721. 4. vol. in 12 .
DISSERTATION fur la contagion de la
Pefte , où l'on prouve que cette maladie
eft veritablement contagieufe , & où l'on
répond aux difficultez que l'on oppofe
contre ce fentiment. Par M. Deidier
Profeffeur en Medecine à Montpellier. A
Touloufe , chez J. J. Defclaffan 1724.
LETTRES , Bulles & Conftitutions ,
&c. accordées par les Papes ou les Rois
de France , à l'Ordre Regulier & Hofpitalier
du S. Eſprit de Montpellier. A
Paris , chez Mefnier , rue S. Severin ,
2. vol. infol. 1723.
,
LA QUERELLE de Thalie & de Melpomene
, avec le jugement d'Apollon
au fujet de la Tragedie d'Inès de Caftro ,
de la Comedie d'Agnès de Chaillot , &
des autres Critiques d'Inès. A Paris ,
Place de Sorbonne , chez Thomelin 1724 .
Brochure in 12. de 42. pages fans l'avis ,
la Preface & la lifte des Pieces , qui ont
été faite à l'occafion de la Tragedie d'Inès.
CL.
MARS 1724. 32
CL. S. EXAD. PAR. HYMNI SACRI ,
&c. Hymnes Sacrées de M. Claude de
Santeuil , ancien Echevin de la Ville de
Paris , chez Jean- Baptifte Coignard , ruë
S. Jacques 1723. in 12. de 113. pages.
L'Auteur de cet Ouvrage eft neveu
du fameux Chanoine de S. Victor.
André Morin , Libraire au Palais , au
S. Efprit , & Compagnie , va donner au
public les Oeuvres de M. Defcaries , traduites
en François , in 12. La Philofophie
& les Meditations paroiffent déja. Le même
Libraire va donner inceflamment un
Livre nouveau , qui a pour titre , Effais
d'une Philofophie naturelle propre à toutes
fortes de perfonnes , avec une nouvelle
Recherche de la Verité , in 12. On trou
ve chez le même , les Journées Amufan
tes de Mad. de Gomez , avec la fuite en
deux volumes , avec figures , du même Auteur
, en attendant les Oeuvres mêlées &
on un feul vol.

Brunet , Barbou & Simart , Libraires ,
vont donner au Public le traité de Grotius
du Droit de la Guerre && de la Paix,
nouvelle Traduction , par Jean Barbeyrac,
Profeffeur en Droit à Gromingue , & membre
de la Societé Royale de Berlin , avec
les Notes de l'Auteur même qui n'avoient
Fiiij point
1
22 MERCURE DE FRANCE.
point encore paru en François , & de nonvelles
Notes du Traducteur.
Cet Ouvrage fera divifé en 2. vol . in
4 & fera imprimé au mois de Juillet
de la prefente année.
Le public fera peut- être bien aife d'apprendre
que l'Epître addreffée au Roy
de Portugal , fur l'établiſſement de fon
Académie Royale de l'Hiftoire , à Lif
bonne , a été très - favorablement reçûë ,
qu'elle a été lûë en pleine Académie , où
elle a eu de grands applaudiffemens , à
ce que nous avons appris de l'Auteur.
S. M. P. en a écrit à fon Ambaffadeur en
des termes qui annoncent une gratification
convenable à la magnificence du
Prince , à la dignité de l'Académie & de
la Nation , dont M. l'Abbé du Jarri a
fait un éloge fi étendu .
Le 31. Janvier dernier il a été rendu
un Arreft du Confeil d'Etat , en faveur
des Libraires affociez à l'impreffion du
Livre du P. Dom Bernard de Montfaucon
, intitulé l'Antiquité Expliquée , dont
voici le difpofitif.

Le Roi en fon Confeil , de l'avis de
M. le Garde des Sceaux , ordonne
que les Porteurs de Soufcriptions du Livre
du P. Dom Bernard de Montfaucon ,
intiMARS
1724. 523
Jatiulé l'Antiquité Expliquée , feront tenus
de les rapporter , & d'en faire le fecond
payement dans fix mois , à compter
de ce jour pour toute préfiction & délai ,
finon & ledit temps paffé , que les Exem
plaires de ce Livre qui n'auront pas été
retirez , demeureront acquis aux Libraires
affociez à l'impreffion d'icelui par
forme d'indemnité , fans que paffé ledit
temps de fix mois il puiffe être formé au
cune demande contre lefdits affociez ,
au ſujet deſdites Souſcriptions , à la charge
neanmoins par eux de donner inceffamment
avis du prefent Arreft dans les
Journaux , Mercure & Gazettes , & de
le faire afficher dans la Ville de Paris ,
aux lieux convenables & accoutumez.
Extraits de diverfes Lettres..
L paroît ici un Livre en Allemand
Ilm ) intitulé : Inftruction exacte ,
Pour employer, & pour conferver ſa vie
& fa fanté , par des regles tirées de l'Ecriture
Sainte , & par l'usage moderé de
quelques remedes choifis , en évitant les
Medecins imprudens , & l'abus des meilleurs
remedes. Par M. Frederic Hoffman .
On y a ajoûté des Inftructions fur le vin
de Hongrie, l'utilité des Bains & l'usage
du Tabac.
FY L'Ou
$24 MERCURE DE FRANCE :
L'Ouvrage du Pere C. Bibliothequaire
de Sainte Geneviève , fur la fucceffion
des Evêques , & des Miniftres de l'Eglife
Anglicane , vient d'être traduit ici ,
Londres , en Anglois. Par M. Williams ,
fçavant Miniftre , non Jurant. M. Noguès
, Docteur en Medecine , déja connu
par fa traduction Françoife de l'Anatomie
de M. Keille , a auffi traduit en François
le fameux Livre de M. le Docteur
Noodurard , intitulé , Hiftoire naturelle
de la Terre , 3. édit. Cette Hiftoire prouvè
démonftrativement la verité du Déluge
univerfel , felon la Narration de Moïfe
, que les Deiftes , quelques Mathematiciens
, & c. ont eu la témerité de nier.
L'habile Medecin , Traducteur de cet
Ouvrage , eft le premier qui a découvert
que la Bile vitiée eft la caufe de prefque
toutes les maladies , ce qu'il a prouvé
dans fon Traité de l'Etat prefent de la
Medecine , & ce qui a été verifié par
Pexperience , à l'ouverture de plufieurs
tadavres peftiferez , & par les obfervations
imprimées de M. Deider , Docteur
& Profeffeur Royal en Medecine à
Montpellier. Cette même découverte de
M. Noodurard vient auffi d'être prouvée
par M. Verceloni , celebre Medecin Ita
lien dans fon Traité des Maladies Veneriennes
, qui fe trouvent à Paris chez
Cavelier. Le
MARS 1724.
525
Le Roi de Pruffe honore toûjours les
Sçavans , & les Artiftes habiles de fa
protection. Sa Majefté a fait expedier des
Lettres d'Académicien Penfionnaire de
la Societé Royale de cette Ville , Berlin,
en faveur de M. de Voolhouze , membre
national de la Societé Royale de Londres
, en confideration de plufieurs éleves
Pruffiens qu'il a faits , tant Medecins
que Chirurgiens , dans la connoiffance
& guerifon des maladies des yeux , & c.
On apprend de Londres que le Prefident
& le College de la Faculté de Medecine
, prefenterent le 16. de l'autre
mois une Requête à la Chambre des
Communes , pour demander qu'on paffâr
un Bill qui les authorifât à faire la vifite
de toutes les drogues qui fe débitent ,
tant dans Londres que dans les Fauxbourgs
, & à 7. ou 8. mille , & qu'il leur
fat permis de prendre les corps des malfaiteurs
executez , pour en faire des leçons
publiques d'Anatomie , ce qui fut
accordé tout d'une voix.
On apprend de la même Ville qu'on
y a faifi environ 1500. exemplaires d'un
Livre prêt à paroître , intitulé Révifion
de l'Hiftoire d'Angleterre , contenant ce
qui s'eft paffé fous les trois derniers Regnes
de Jacques II . de Guillaume III .
F vj &
526 MERCURE DE FRANCE;
& de la Reine Anne. L'Imprimeur &
le Libraire ont été arrêtez , & élargis
enfuite. L'Auteur de ce Livre eft M.
Salmon , Miniftre non Jureur , qui a
avancé plufieurs faufletez , à ce qu'on ,
prétend, & répandu par tout des infinuations
fcandaleufes & injurieufes , en oppofition
à l'hiftoire du feu Docteur Burnet
, Evêque de Salisburi.
On apprend auffi qu'on y prepare une
magnifique édition en 2. vol . in fol . en
Efpagnol , de Don Quichotte dela Manche
, ornée d'environ 50. planches , & ca
On apprend de Hollande que Herman-
Vyfwerf, Libraire à Amfterdam , a fous.
preffe un Livre , intitulé Traitez Hiftoriques
, & autres Ouvrages de M. l'Abbé.
de Camps , 2. vol. in 12 .
J. F. Bernard , à Amſterdam , a mis
en vente le 1. volume des Ceremonies.
& Coutumes des Nations . Cet Ouvrage
eft in-folio , & orné d'un très-grand nombre
d'excellentes planches , deffinées &
gravées par l'illuftre Bernard Piçard.
SUI

LUDOVICUS
XV
.
D.G.
IMPERIUM
FRAN
ET
NAV
REX
STABILE
IR
MDCCXXII
MARS
327 1724
SUITE DES MEDAILLES
L
DU ROr.
>
E Bufte du Roy , avec la Legende
ordinaire & c. Revers . La France
fous la figure d'une Femme , affife fur
un Globe fleurdelifé , appuyée fur le
piedeſtal d'une colomne , & tenant en
main un bâton de commandement . Legende
, IMPERIUM STABILE. L'affermif
fement de l'Empire François. Exergue
M.DCC. XXIII .
****************:**
SPECTACLES.
L
E Philantrope , ou l'ami de tout le
monde , dont on a déja parlé , eſt un
caractere nouveau au Theatre. Voici le
fujet. Philandre eft un bon homme qui
ne peut rien trouver de mauvais , il excufe
tous les défauts des hommes , ou
plutôt ne veut point avouer qu'ils ent
ayent. Sa femme au contraire , foit par
malice , foit par temperament , s'efforce
d'en trouver dans tout le monde.
Ils
J28 MERCURE DE FRANCE.
Ils ont une fille nommée Hortenfe , qu'un
oncle qui a fait fortune aux Indes , enrichit
tout d'un coup de cent mille écus .
Cette fille qui jufqu'alors n'avoit eu
qu'un amant , nommé Lifimon , inconnu
du pere & de la mere , mais autant aimé
qu'il aime cette fille , dis-je , fur le
bruit de fa prompte fortune fe voit recherchée
de plufieurs perfonnes de differens
caracteres qui la viennent tous démander
en mariage dans un même jour.
Philandre voudroit pouvoir n'en refuſer
aucun , & fa femme les refufe tous , malgré
les foins qu'il prend d'excufer les défauts
qu'elle découvre en eux .
Le veritable amant voyant tous fes
rivaux refufez par Duraminte , ( c'eft le
nom de la mere , ) fe fert d'un ftratagême
pour être refufé par le pere. Il fe
donne en fe prefentant le caractere de
Milantrope , qui étoit le feul que le Philantrope
pût condamner . En effet il lui
refufe fa fille ; ce qui donne occafion à la
mere de l'accepter par contradiction , &
comme elle eft la maîtreffe , le mariage
fe conclut , fans pourtant que le Philantrope
foit forti de fon caractere , puifqu'il
avoue après qu'il n'a feint de refufer
ce jeune homme , que pour procurer un
époux à fa fille , & faire donner fa femme
dans le panneau .
Voilà
MARS 1724. 525
Voilà le fujet de cette Comedie , les
caracteres des prétendans étoient à la
premiere reprefentation , le Prodigue ,
l'Avare , l'Indiferet , le Flateur , le Sincers
à contre-temps & l'Oifif , ces deux
derniers plurent infiniment , auffi bien
que le divertiffement .
A la feconde on retrancha le Flateur
l'Indifcret , & plufieurs endroits trop
remplis de Metaphifique , ce qui n'a pas
peu contribué à relever la Piece. Les
critiques n'ayant plus retrouvez les endroits
qu'ils avoient condamnez ; enfin
cette Piece eft aujourd'hui à fa vingtiéme
reprefentation . Elle eft toûjours fort
applaudie , & le caractere du Philantro
pe de jours en jours mieux reçû.
L'impreffion de cette Comedie vient de
paroître en 54 pages in douze. Elle fe
vend chez F. Flahaut , Quay des Au
guftins .
Le 6. Mars , premier Lundi du Carê
me , les Comediens François donnerent
la premiere reprefentation de Mariamne,
Tragedie de M. de Voltaire. Cette Piece
étoit attendue du Public avec tant d'impatience
, que toutes les Loges étoient
retenues depuis long-temps , & c'eft
fans doute ce grand empreffement qui a
fait exiger le double du prix ordinaire
fans
30 MERCURE DE FRANCE.
lans en excepter le Parterre même. On
prêta beaucoup d'attention pendant les
trois premiers Actes , & dans une partie
du quatriéme ; mais le refte de la Piece
ne fut pas exempt de ces tumultes fi ordinaires
depuis quelques années. Le cinquiéme
Acte fut le plus maltraité , quelques
mauvais plaifans , ou mal-intentionnez
, ayant crié la Reine boit , dans le
temps que Mariamne s'empoifonnoit , on
ne fut plus en état de rien entendre , &
voilà à quoi font expofez les meilleurs
ouvrages. Comme l'Auteur , picqué d'un
accueil fi peu attendu , & peut - être fi injufte,
a retiré fa Piece, nous n'en pouvons
donner qu'un extrait, tel qu'une reprefentation
unique nous le peut permettre ;
nous demandons grace pour quelques
tranfpofitions de Scenes , & quelque
changement de nom , & c.
ACTEURS.
Herodes , Roi de Judée. Le fieur la
Baron.
Mariamne , femme d'Herode. La Dile .
le Couvreur.
Salome , foeur d'Herode, La Dile Duclos.
Varus , Gouverneur de Judée pour les
Romains. Le fieur Dufrêne.
Mazael
MARS 1724. 330
Mazael , Confident de Salome. Le
fieur le Grand , lepere.
Nabal , Confident de Mariamne . Le
fieur Fontenay .
D'autres Acteurs fuivans d'Herode ,
de Mariamne & de Varus .
La Scene eft à Jerufalem.
ACTE I.
La premiere Scene fe paffe entre Sa
Iome & Mazael ; ce dernier , dont le
caractere a paru affez équivoque , &
qu'on peut appeller un méchant homme
, qui par foibleffe a quelquefois des
remords , & une efpece de retour au bien,
applaudit à la nouvelle que lui apprend
Salome , elle lui dit que bien- tôt elle ne
craindra plus Mariamne , parce qu'Herode
a envoyé de Rome l'Arreft de fa
mort qui doit être executé au moment
qu'elle lui en parle.
SCENE II.
Varus , Mazael , un Confident de Varus
Varus arrête Mazael qui veut fuivre
Salome , que fon arrivée vient de chaffer.
Il lui dit qu'il a découvert l'attentat
complotté contre les jours de Mariamne,
qu'il en a garanti cette Reine infortunée ,
qu'il
332 MERCURE DE FRANCE.
qu'il en á puni les Auteurs , & qu'He
rode même pourroit bien éprouver l'indignation
des Romains , pour avoir donné
un ordre fi barbare à leur infçû , &
contre leur volonté.
SCENE III.
Varus & fon Confident.
Le Confident de Varus loüe ce Gou-.
verneur du foin qu'il a pris de proteger
P'innocence opprimée , Varus lui fait
connoître que fa feule generofité l'auroit
pû porter à une action ſi digne d'un Romain
; mais que l'amour l'a rendu encore
plus ardent à fauver une Reine qu'il
adore. Le Confident eft furpris qu'un
coeur qui avoit toûjours fait profeffion
d'une infenfibilité à l'épreuve de toutes
les beautez de la Cour d'Augufte , ſe ſoit
rendu aux charmes d'une Juive. Varust
lui répond que Mariamne eft encore plus
recommandable par fa vertu que par fa
beauté , toute grande qu'elle eft , d'où il
prend occafion de faire un Tableau de la
Cour d'Augufte , & fur- tout des Dames
Romaines . On ne croit pas qu'il y ait au
cune application à faire , mais le public
a fouvent plus de malignité que l'Auteur.
Paffons au fecond Acte.
ACTE
MARS 1724. 533
ACTE II.
ouvrage ,
La premiere Scene commence encore
par Salome , & fon Confident ; lequel
toûjours complaifant , felicite Salome fur
le retour d'Herode , qui doit arriver le
même jour. Il lui fait entrevoir que ce
mari jaloux ache vera fon
malgré
tous les obſtacles que Varus pourroit
y apporter. Salome penſe tout autrement,
elle craint que Mariamne d'un feul regard
ne reprenne tout le pouvoir qu'elle
avoit autrefois fur lui ; ce qui la confirme
dans fa crainte , c'eft que l'Arreft de
mort tracé de la main d'Herode contre
Mariamne , a été revoqué de la même
main , & prefque dans le même jour.
Elle conclut qu'il faut abfolument fe défaire
de Mariamne avant l'arrivée d'Herode
, ou du moins empêcher ce Prince
de la voir. Mazael foupçonne Varus
d'aimer Mariamne ; Salome fe livre à
ce foupçon , fur lequel elle fonde la perte
de fon ennemie.
SCENE I I.
Mariamne , Salome , Mazael , Nabals
& quelques Suivantes de Mariamne.
Salome fait compliment à Mariamne
Гил
734 MERCURE DE FRANCE.
fur le retour de fon époux . Mariamne
lui répond fierement qu'elle ne prend
point le change fur les fentimens qu'elle
a pour elle , & qu'elle eft très - perfuadée
de fa haine fecrette : Salome fe retire
affez mécontente. Mariamne ordonne
qu'on cherche Varus , & refte feule avec
Nabal .
Mariamne après avoir permis à Nabal
de s'affeoir , confulte ce fage & fidele
fujet fur fa fituation prefente. Les fureurs
éternelles d'Herode , & fur-tout le dernier
ordre qu'il a envoyé de Rome pour
la faire perir , l'allarment encore plus
pour les chers enfans que pour elle- même.
Elle lui dit qu'elle a formé le deſſein de
ne pas attendre Herode , & de partir
pour Romne avant fon arrivée , par le fecours
des Vaiffeaux de Varus . Nabal approuve
fa réfolution , & l'invite à l'executer
fans aucun délai.
SCENE III.
Mariamne , Varus.
Mariamne après avoir remercié Varus
de la generofité avec laquelle il l'a garantie
d'une mort certaine , le prie d'achever
fon ouvrage , & de lui prêter un
de fes vaiffeaux pour aller à Rome. Le
Alence que Varus garde à une propofition
MARS 1724.
534
tion fi peu attendue, confond Mariamne ;
elle lui en demande la raiſon . Varus lui
fait entendre fon amour , par la peine
que fon abfence lui va couter . Cette declaration
a paru très fine , & très - neuve.
Mariamne témoigne de la colere à Varus
, mais ne pouvant lui refufer fon eftime
, elle ne laiffe pas d'accepter le fecours
qu'elle vient de lui demander. Cette Scene
eft remplie de fentimens très nobles ,
& très-délicats de part & d'autre , &
tous les connoiffeurs en font convenus.
Mariamne quitte Varus de peur qu'il ne
lui échappe quelques mouvemens qui le
rendent indigne de fon eftime.
SCENE I V.
Varus.
Varus fe confirme dans la réſolution
de rendre à Mariamne tous les fervices
qu'elle doit attendre du plus parfait
amour qui fut jamais.
ACTE II 1.
Dans la premiere Scene Nabal preffe
Varus de tenir parole à Mariamne. Varus
lui répond que fes ordres font donnez
, & que fes vaiffeaux font près.
SCENE
36 MERCURE DE FRANCE,
SCENE II.
Varus & fon Confident.
Varus fait entendre que l'amour le
plus parfait eft celui qui s'attache à la
vertu , & qu'il aimera toûjours Mariamne
fans efperance.
SCENE III.
Herode , Varus , fuite d'Herode
& de Varus , Mazael.
Varus prêt à couronner Herode , conformément
aux ordres qu'il en a reçûs
de Rome , lui fait des leçons de regner
dont ce Roy s'offenfe. Herode lui répond
à peu près fur le même ton ; mais
Varus lui coupe la parole en Maître , &
lui dit de refpecter les Romains , par qui
feuls il remonte fur le Trône. Il lui confeille
fur tout d'éloigner de fa cour Sa-
Jome & Mazael.
SCENE IV.
Herode & Mazael. \
Herode a beaucoup de peine à digerer
les durs reproches que Varus vient de
lui faire ; cependant par politique il fe
détermine à éloigner Mazael & Salome
contre
MARS 1724. 537
contre qui Varus s'eft declaré ouvertement.
Salome vient , Mazael fe retire.
Salome demande à Herode d'où vient
que Mariamne n'eft pas auprès de fon
époux & de fon Roi. Herode lui répond
en foupirant, que cette fuperbe Reine n'a
pas encore daigné paroître à fes yeux.
Salome n'oublie rien pour l'irriter contre
elle ; mais Herode bien loin de recevoir
les impreffions qu'elle tâche de lui
donner , la prie de vouloir bien s'exiler
de fa Cour , pour ne pas donner de nouveaux
fujets de mécontentement àMariamne.
Salome lui répond qu'il eft bien aveugle
de facrifier une foeur qui le cherit à
une époufe qui en aime une autre que lui .
Dans la Scene fuivante Mazael vient
annoncer à Herode que Mariamne lui eft
enlevée par Varus ; Herode frappé de
cette nouvelle ne refpire plus que vengeance.
Il demande pardon à Salome ,
& fort pour aller courir après le raviffeur
de Mariamne.
ACTE IV.
Salome & fon confident commencent
encore cet Acte. Salome triomphe de la
difgrace de fa Rivale , qui vient d'être
arrêtée & ramenée à Jerufalem par ceux
qui ont couru après les raviffeurs . Mazael
lui
538 MERCURE DE FRANCE .
lui dit avec une espece de repentir que
Mariamne eft innocente , & qu'il s'en eſt
éclairci par lui- même , s'étant tenu caché
pendant qu'elle parloit à fes femmes . Ce
caractere a paru à tous les fpectateurs
éclairez , menagé exprès , pour en venir
à un aveu que Mazael devoit faire à la
fin de la piece en faveur de Mariamne.
SCENE II .
Herode , Salome , Mazael.
Herode furieux , & tout fanglant encore
du meurtre de toutes les femmes
qu'il a crû complices du crime de Mariamne
, demande pardon à Salome de
l'avoir voulu facrifier à une ingrate , &
à une infidelle époufe. Salome fait tout
ce qu'elle peut pour l'empêcher de revoir
Mariamne ; mais il veut lui parler , ditil
, pour avoir le plaifir de la confondre
& de la braver. Mariamne vient , tout le
monde fe retire.
SCENE III.
Herode , Mariamne.
Cette Scene a paru très-belle. Mariama
ne fe juftifie avec une hauteur dont Herode
eft confondu. Il la prie d'oublier le
paffé , & de répondre à fes bontez ; elle
lui
M AIR S 1724 12
539
lui dit qu'elle ne trahira jamais le devoir
d'une époufe envers fon époux ; mais
qu'elle n'aimera jamais le meurtrier de
fes freres & de fon pere même. Ce dernier
aveu , peut- être trop fincere , fait
rentrer Herode dans fa premiere fureur.
Mariamne fe retire , & Herode s'affermit
dans le deffein de la faire mourir.
Le tumulte nous ayant empêché d'en- .
tendre le cinquiéme Acte , nous n'en dirons
qu'un mot . Mariamne recite des
Stances qui conviennent à la fituation.
d'une perfonne qui attend la mort . Varus
qui n'a point paru depuis le milieu.
du troifiéme Acte , vient prier Mariamne
de le fuivre , efcortée de fes Romains.
Mariamne refufe le fecours d'un homme
qu'elle et foupçonnée & accufée d'aimer
; Varus ne pouvant rien obtenir la
quitte , réfolu de perir ou de la fauver .
Mariamne refte feule ; on vient lui apporter
le poifon qu'Herode , ou Salome
lui ont fait preparer . Elle boit dans la
coupe empoisonnée ; Herode vient , inftruit
de fon innocence par Hazael mou→
rant , il veut fauver Mariamne ; mais la
trouvant expirante , il fe livre à fes remords
. On a déja annoncé dans une des
Scenes de ce cinquiéme Acte , que Varus
a été défait , & peut être tué , en voulant
fecourir Marianne.
G Le
$40 MERCURE DE FRANCE.
Le 14 de ce mois les Comediens
François remirent au Theatre la Trage
die de Rhadamifte , de M. de Crebillon
dans laquelle le fieur la Cour joüa le
principal rôle.
Le même jour les Comediens Italiens
donnerent la premiere reprefentation des
Anonimes , Piece nouvelle en Profe , &
en un Acte , avec un Prologue , & des
Vaudevilles à la fin . M. Roi , Auteur de
cet Ouvrage , à qui on reproche d'avoir
un peu trop marqué la bonne opinion .
qu'il en avoit , fe plaint qu'on ne lui a
pas rendu juftice , & il menace de le faire,
imprimer. Le Public nous paroît perfuadé
, que fi les lecteurs penfent comme
les fpectateurs , les fuffrages ne feront
point partagez. Ainfi la gloire de l'Auteur
ne gagnera pas plus à la lecture ,
qu'à la reprefentation de fa Comedie .
Cette Piece n'å pas été rejoüée.
L'Académie Royale de Mufique a remis
au Theatre le 9. de ce mois Amadis
de Grece , Tragedie dont les paroles font
de M. de la Motte , & la Mufique de M.
Deftouches. 11 a été joué pour la premiere
fois en 1699. & la derniere repriſe en
Novembre 1711. il eft fort goûté , &
fur tout le Ballet qui a extrêmement fatisMARS
1724. 54
tisfait les fpectateurs . On ne fçauroit trop
louer le fieur Pecourt pour l'heureux talent
qu'il a depuis fi long temps de varier
agreablement ces fortes de divertiffemens.
Les Acteurs du Prologue qui reprefentent
un Enchanteur & une Enchantereffe
, font remplis par la Dule Hermance
, & le fieur du Bourg. La Dile Antier
joue dans la Piece le rôle de Meliffe,
celui d'Amadis , le fieur Thevenard , la
Dile Tulon , celui de Niquée , & celui
du Prince de Thrace , le fieur Muraire .
On joue les Mardis les Fêtes de Thalie
pour foulager les Acteurs qui jouent
dans Amadis trois fois la ſemaine.
On a donné le 28. une reprefentation
de Thetis & Pelée pour les Acteurs .
Le 21. le fieur Dumirail , ancien Acteur
du Theatre François , qui n'avoit
paru qu'en Crifpin , & dans d'autres rôles
Comiques , fe montra au Public dans
un perfonnage tout oppofé. Il joua celui
de Mithridate dans la Tragedie de ce
& il fut fort applaudi par une
affemblée , que la fingularité du fait avoit
rendu très nombreuſe. Le 27. le même
Acteur a joué le rôle de Neron dans le
Britannicus de M. Racine , & il a été
aflez goûté.
nom ,
Gij On
542 MERCURE DE FRANCE.
On a remis au Theatre la Comedie
du Menteur de P. Corneille , dans laquelle
le fieur Baron joue le principal
rôle .
Le 5. du mois paffé on reprefenta à
Naples pour la premiere fois l'Opera de
Didon , qui fut generalement applaudi,
Le 6. on reprefenta à Vienne pour la
premiere fois , fur le Theatre du Palais ,
l'Opera de Penelope , en prefence de
leurs Majeftez Imperiales , Qui le 8. virent
auffi une Comedie en Profe reprefentée
par de jeunes Gentilhommes ,
dont toute la Cour parut fatisfaite.
Le 16. on reprefenta devant L. M. I.
une Comedie Italienne , dont les Muficiens
de la Cour étoient les Acteurs. Le
17. leurs M. I. accompagnées des Archiducheffes
, & du Prince hereditaire de
Lorraine , affifterent à la reprefentation
de l'Opera de Merope.
On écrit de Londres qu'au fecond Bal
qu'il y eut fur le Theatre de l'Opera ,
un Mafque fe donna la liberté d'y paroître
en habit de Colporteur , & d'y
crier dérifion le ferment de l'Evêque
de Londres , contre les Mafcarades . On
fit fortir ce Mafque de l'aſſemblée , &
par
le
MARS 1724 343
le Roi a declaré qu'après que les fix
Mafcarades , pour lefquelles on a fait
une foufcription feront finies , ces fortes
de divertiffemens feront fupprimez.
Le 17. Fevrier il y eut encore Bal &
Mafcarade fur le Theatre du Marché au
Foin. Le Roi y affifta en habit d'Espagnol,
& le Prince de Galles en habit de Senateur
de Nuremberg.
Le 2. de ce mois le Roi accompagné
du Prince & de la Princeffe de Galles ,
& d'un grand nombre de Seigneurs &
Dames de la Cour , affifta à la premiere
repreſentation d'un Opera , intitulé Jules-
Cefar , de la compofition du fieur Heudel.
Cet ouvrage paffe à Londres pour
un chef-d'oeuvre de Mufique , de l'aven
même des Italiens.
Giij
NOU:
544 MERCURE DE FRANCE.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
NOUVELLES E'TRANGERES.
Turquie.
N écrit de Conftantinople que le
Seraskier Haffan , Bacha , s'étant
avancé jufqu'à Keirman fans rencontrer
aucune réſiſtance ; à deux lieuës de- là ,
fon avant-garde , compofée feulement de
5000. hommes , avoit été attaquée brufquement
par un corps de 15000. hommes
de Cavalerie , commandé par Aly
Thymar , General Perfan , & prefque
toute taillée en pieces ; fur quoi le Seraskier
avoit d'abord détaché un corps
de 20000. hommes de Cavalerie , qui
avoit entierement défait celui du General
Perfan ; fans donner aucun quartier , &
ce General ayant été bleffé , s'étoit ſauvé
avec 200. Cavaliers . Que le Seraskier
avoit continué fa marche vers "Ifpahan
, ne prévoyant d'autre obftacle à
l'execution de fes deffeins , que la difette
des vivres , à caufe que le pays , quoique
fertile , avoit été ravagé depuis l'ufurpation
de Miriweits . Ces lettres ajoûtent
que Miriweits envoyoit de frequens
Exprès d'Ifpahan au Seraskier , avec
des
MARS 1724 545
des lettres pleines de reproches , & de
plaintes touchant le procedé de la Porte
à fon égard , declarant & proteftant ou
vertement qu'il ne pouvoit affez s'étonner
de voir fes propres freres s'armer
avec tant de rage & de fureur contre fon
bonheur Que le Dieu des Muſulmans
lui ayant mis une Couronne fur la tête ,
elle n'auroit dû être enviée , ou combattue
que par les ennemis de Mahomet ,
& que neanmoins fes propres enfans qui
fe piquoient le plus de foutenir l'honneur
de fa fecte , lui declaroient une guerre
fi cruelle & fi fanglante , qu'il prenoit le
Dieu du Ciel & leur Prophete à témoin,
qu'il étoit tout-à - fait innocent de tout le
fang Mufulman qui alloit être répanduque
la Porte au lieu de combattre fi vifiblement
les deffeins de la Providence
fur fa perfonne , & de faire la guerre fi
ouvettement à Dieu , & à Mahomet
auroit dû plutôt joindre fes armes aux.
fiennes pour attaquer de concert les infideles
Mofcovites , & ceux qui ont contribué
à les attirer en Perfe , & à leur
procurer une domination fi paifible ;
qu'en un mot , il lui ordonnoit d'envoyer
fes lettres au Grand Sultan , & de lui no
tifier fes intentions. Le Seraskier n'a pas
manqué de le faire , & la Porte ayant
jugé par ces lettres que cet efprit fi tur-
G iiij. bulent,
>
2
دمحم
346 MERCURE DE FRANCE .
bulent , & fi envenimé , ne pourroit être
qu'une fource éternelle de divifions &
de guerres en Afie , a expedié des ordres
-fecrets au Seraskier de ne rien précipiter
, & d'employer la force & l'artifice ,
pour le faifir de Miriweits , s'il eft poffible
, puifque fa deftruction pourroit met
tre fin à tous les troubles en Perfe .
Quant à l'armée Ottomane qui eft en
Georgie , on a appris que fon aile gauche,
a auffi été attaquée & défaite par un corps
de 20000. Georgiens & Perfans , & que
le Bacha qui la commandoit a été tué ;
mais qu'ils ont enfuite repouffé l'ennemi
avec grand carnage , & qu'après avoir
refté quelque temps maîtres du champ
de bataille ils ont pourſuivi leur marche
vers Erivan.
M. de Nieplief , Réfident du Czar à
Conftantinople , y eut une audience du
Grand Vifir le 18. Decembre dernier. Il
notifia à ce premier Miniſtre que Sa Majefté
Czarienne avoit réfolu de conferver
toûjours une bonne intelligence avec
le Grand Seigneur ; que les differens
furvenus à l'occafion des affaires de la
Perfe ne devoient produire aucune rupture
entre les deux Etats , & qu'il étoit
plus à propos de convenir dans des Conferences
particulieres des moyens les plus
propres à rétablir l'ancienne amitié, en reglant
MARS 17240 547
glant les prétentions reciproques du Czar
& de la Porte. Depuis cette audience le
Grand Seigneur a nommé deux Plenipotentiaires
qui fe font affemblez le 22. du
même mois , avec le Réfident de Ruffie
qui leur declara que le Czar fon Maître
étoit déterminé à ne rien entreprendre
contre le Traité de Pruth ; qu'à l'égard de
fes troupes dans la Perfe ; Sa Majefté
Czarienne declaroit qu'elle n'avoit jamais
eu des deffeins de conquêtes fur ce
Royaume ; mais qu'ayant promis de donner
du fecours au fils du Roi de Perſe ,
elle ne devoit pas lui manquer de parole
; qu'elle promettoit de ne conferver
les places , dont elle pourroit fe rendre
maître en Perfe , que forfque du confentement
du Grand Seigneur même elles
feroient jugées neceffaires pour mettre
fes Etats en fureté contre les entrepriſes
de fes voifins , & que fi la Porte continuoit
d'exiger du Czar qu'il abandonnât
fes conquêtes fur la Mer Cafpienne , Sa
Majefte Czarienne y confentiroit , à la
condition de l'équivalent propofé par les
Miniftres de fa Hauteffe dans les Conferences
precedentes. On continue cependant
les préparatifs de guerre , & le bruit
court que le Grand Vifir fe rendra le
Printemps prochain à Andrinople , &
que le Capitan Bacha a ordre de fe tenir
Gv prêt
$48 MERCURE DE FRANCE.
prêt pour le même temps.
Le fils du Grand Vifir , le Grand- Maître
des Ceremonies qui eft neveu de ce
Premier Miniftre , & le fils du Gouverneur
de Damas ont époufé depuis peu
des filles du Grand Seigneur.
Ruffie.
E Czar fait continuer les préparatifs
Lde guerre , commencez à Veronits
& on y a envoyé un train d'artillerie ,
avec des munitions pour les galeres , &
les autres Bâtimens legers qu'on y conftruit
; un détachement de trois cens cinquante
hommes des Gardes de Prefprofinski
, doit prendre inceffamment la
route de la même Ville.
On attend des Députez des Tartares
Calmouchs , & on envoye des voitures
au-devant d'eux . On affure qu'ils font
chargez de propofer au Czar une alliance
perpetuelle , & un corps de troupes
qu'il fera fervir par tout où il le jugera à
propos.
L
Pologne.
A mortalité des Beftiaux augmente
de jour en jour , mais les maladies
épid miques fur les hommes ne font plus
tant de ravages , & l'on efpere que la
gelée les fera ceffer entierement.
Y
Le
MARS 1724. 549
Le Roi a fait communiquer aux Senateurs
, & aux Nonces qui font encore
dans les Provinces , les principales affaires
fur lefquelles la prochaine Diette
doit déliberer : elles concernent les projets
propofez pour mettre les troupes de
la Couronne en meilleur état qu'elles
n'ont été jusqu'à prefent. Les moyens
de réunion pour convenir des Officiers
Generaux , aufquels le commandement
en doit être confié ; les Memoires redigez
pour regler l'adminiſtration des finances
, & pour les rétablir ainfi que le
credit de la Nation ,, & la neceffité où
l'on eft de pourvoir aux dépenses des
deux Ambaffadeurs Extraordinaires
le Roi eft obligé d'envoyer aux Cours de
Ruffie & de Turquie .
que
On a fait revenir des frontieres du
Royaume quatre Regimens d'Infanterie ,
& deux de Cavalerie , pour en former
les lignes qui doivent garentir les Provinces
qui font encore faines de la communication
des maladies Epidemiques.
Il y a eu un grand tremblement de
terre le zz . Janvier dernier dans les
Montagnes de la Haute Hongrie , & ſur
les frontieres du Palatinat de Cracovie ,
qui a caufé des dommages confiderables.
Le 28. de l'autre mois le Grand Maré
chal de la Couronne donna à Warfovie
G vj
un
550 MERCURE DE FRANCE:
un magnifique feſtin au Roi , & à toute
la Cour ; le repas fut fuivi d'un Bal , où
l'on ad nit tous les Mafques qui fe prefenterent.
Le lendemain le Roi donna
une grande fête dans fon Palais , où il y
eut une fuperbe Mafcarade. La premiere
troupe de Cavaliers & de Dames , étoit
habillée en Nobles Venitiens. La feconde
en Scaramouches , la troifiéme en Matelots
, & la quatrième en Comediens &
Danfeurs . Celle des Matelots avoit traverfé
la Ville , & les Fauxbourgs dans
des Machines en forme de batteaux , au
fon de plufieurs inftrumens. Après la
Comedie on fervit pluſieurs tables dans
differens appartemens. Le Roi habillé
en Hofte , fit non- feulement les honneurs
de la premiere table , mais de toutes les
autres , paffant continuellement d'une
falle à l'autre . S. M. P. étoit affiftée de
tous les Cavaliers Saxons , habillez en
garçons de Cabaret. A la premiere table
étoient les Senateurs , les Miniftres , &
les Officiers de la Couronne , avec les
premieres Dames de la Cour au nombre
de 48. Après le repas on commença les
danfes dans trois falles , & l'on admit
toutes fortes de Mafques.
Suede
MARS 1724 35*
Suede & Dannemark,
Le fur la fin du mois dernier , & fix
A gelée a confiderablement augmen
Vaiffeaux chargez de grains qui venoient
de Dantzick , ayant été pris par les glaces
, leurs équipages ont été obligez de
les fendre avec des haches pour fe faire
une route jufqu'à la rade de Stokolm .
On a publié dans cette Ville un Arreſt
du Confeil d'Etat , par lequel le Roi ordonne
que pour empêcher à l'avenir les
fauffes declarations , & les fraudes qui fe
font aux Chambres des Peages , lorfque
les Vailleaux y doivent acquitter les
droits fuivant leur port & leur grandeur
, tout Capitaine , Maître ou Patron
de Navire , fera tenu dorénavant d'avoir
fur fon bord une lettre de Jaugeage , qui
marque exactement de quelle quantité de
tonneaux ou Laftes , eft la capacité de fon
Bâtiment. SaMajefté exige que cette lettre
foit expediée par le Magiftrat du lieu ,
où le vaiffeau aura été chargé, & qu'il en
ait fait mefurer la longueur , la largeur,
& la profondeur & regler la Jauge par
un Charpentier Juré , ou à fon défaut
par deux Maîtres de Navire Jurez , avant
que d'expedier fon certificat , qui fans
cette formalité ne pourra être admis aux
Chambres de Peage , lors du payement
des
352 MERCURE DE FRANCE.
des droits . Il eft ordonné par le même
Arreft qu'au cas de fauffe declaration le
Vaiffeau payera pour chaque Lafte , non
declaré de fon veritable port vingt - cinq
Dulers - Selwernynt , ou douze écus &
demi au plus prochain Hôpital , & pareille
fomme au dénonciateur. Ce nouveau
reglement fera executé avec la même
rigueur , tant à l'égard des Vaiffeaux
étrangers qui font commerce dans le
Royaume de Suede qué contre les Vaiffeaux
des fujets du Roi.
On continuë de travailler aux deux
nouveaux Forts que le Roi fait conſtruire
dans l'Ile de Rugen.
On mande de Coppenhague que les
Ecclefiaftiques Lutheriens ont ceffé leurs
pourfuites contre les Calviniftes , depuis
que le Roi de Dannemark aa paru favorable
à ces derniers , & qu'il a declaré
qu'il mettroit tout en ufage pour les
réunir.
Allemagne.
N apprend de Hambourg que la
Regence de l'Electorat d'Hanover
avoit reçû ordre d'envoyer fix cens hommes
d'Infanterie dans le Duché de Meckelbourg
pour renforcer les troupes de
La Commiffion Imperiale , & le bruit fe
répand que la conduite du Duc eft devenue
MARS 1724, 353
ue fufpecte à l'Empereur , & qu'il n'avoit
paru confentir à l'accommodement
qui lui avoit été propofé , que pour faire
mieux réüffir fes defleins fecrets .
On mande de Berlin qu'on y avoit
publié le 11. Fevrier une Ordonnance
très- rigoureufe contre l'entrée des Beftiaux
qu'on pourroit amener de Pologne
dans les Etats du Roi de Pruffe , que les
Commandans des Places frontieres avoient
ordre de ne laiffer paffer aucune perfonne
fans certificat de fanté , & que le bruit
couroit qu'on alloit prendre de femblables
précautions contre l'Electorat de
Saxe , à caufe de la mortalite' des Beſtiaux
qui regnoit en Pologne , & des maladies
Epidemiques qui enlevoient dans ce
Royaume toutes les perfonnes qui en
étoient attaquées. L'Electeur de Cologne
a été élû Evêque d'Hildesheim .
Les Etats de la Baffe- Autriche , affemblez
à Vienne depuis le 17. de Novembre
dernier ont confenti depuis peu à la
levée de 4000. hommes , au lieu de
6000. que la Cour demandoit.
La ceffion de la Principauté de Volan
en Silefie , au Duc de Lorraine , eft entierement
reglée .
Le 29. du mois dernier le Carnaval
finità Vienne prune fête , dans laquelle
les Archiduche es , filles de l'Empereur
Leopold
554 MERCURE DE FRANCE :
Leopold & le Prince hereditaire de Lora
raine , parurent revêtus des habits qui
leur étoient échus par le fort. Après le
fouper on commença le Bal qui fut magnifique
, & qui ne finit qu'à trois heu
res du matin .
LE
Grande-Bretagne .
Es Communes s'étant mifes en grand
Comité le 16. Fevrier pour travailler
à l'affaire du fubfide , accorderent encore
au Roi une fomme de foixante- dix - neuf
mille livres sterling pour la paye des
Officiers de Terre , & une autre de
vingt- cinq mille quatre cens foixante &
neuf livres fterling , pour des dépenſes
particulieres , aufquelles le Parlement
n'avoit pas pourvû l'année derniere.
Les Directeurs de la Compagnie
Royale d'Afrique ont reçû avis que les
naturels du Royaume d'Angola , aſſiſtez
par un Vaiffeau de guerre Portugais
avoient brûlé un Vaiffeau , Garde - Côte ,
nommé le Royal Afrique , appartenant
à cette Compagnie , & qu'ils avoient entierement
détruit le comptoir qu'elle
avoit à Cabenda.
Les Communes ont réfolu de fupprimer
les droits extraordinaires qu'on le
voit fur le Thé , le Caffé & le Chocolat,
à commencer à la Fête de S. Jean prochaine
,
MARS 1724. 353
haine , & les impofitions accoutumées
que payent ces denrées , ferviront à l'ac
quittement des dettes de l'Etat .
On écrit de Dublin que le Viceroi s'étoit
rendu le 21. Fevrier à la Chambre
des Pairs , & qu'après avoir donné ſon ,
confentement à vingt & un Bills publics
& particuliers , il avoit prorogé le Parlement
jufqu'au 18. Mars .
On apprend de Londres que depuis
que la Cour de l'Echiquier a décidé
que les meubles & habits d'étoffe des
Indes pouvoient être confifquez , les
Officiers de la Douane , en ont fait prefque
tous les jours des faifies confidera
bles.
L
Hollande , & Pays - bas.
Es Directeurs de la Compagnie
Orientale ont reglé à quinze pour
cent le Dividend qu'ils doivent payer aux
Intereffez le 1. Mai prochain .
M. Olivier , chargé des affaires da
Roi d'Espagne , depuis le départ de M.
le Marquis de Monteleon , a remis aux
Députez des Etats Generaux une lettre
de Sa Majefté Catholique , par laquelle
elle leur fait part de fon avenement à la
Couronne.
Le Comte de Naffau a été nommé Gou
verneur de Menin.
Le
556 MERCURE DE FRANCE.
Le Prince de la Tour Tani a été nom
mé par l'Empereur , Maître General des
Poftes des Pays- Bas .
Le Miniftre de l'Electeur de Baviere
a fait remettre à la Banque d'Hollande
une fomme de 100000. florins , à
compte
des interefts des 120.0000 . florins que
ce Prince a empruntez fur fes diamans .
Portugal.
A Reine accompagnée du Prince de
Brefil , de l'Infant Don Pierre , &
des Principaux Officiers de la Cour fe
rendit à l'Eglife de S. Roch , à Lifbonne
, où M. Jean de Mora de Silva , Chanoine
de l'Eglife Patriarchale celebra
Pontificalement la Meffe , pendant laquelle
Sa Majefté mit l'Infante Françoife
fous la protection de S. François Xavier.
On a apporté ici de Londres un modele
de la Couronne d'Angleterre pour
en faire une femblable , dont le Roi fe
fervira le jour de la ceremonie de ſon
Couronnement , qui eft remis au mois
de Mai prochain .
Le cinq Fevrier fur les deux heures
après-midi on apperçût fur le Tage , près
de la Galere l'Aurore le corps de l'Infant
Don Michel , fils naturel du feu
Roi. Le procès verbal de reconnoiffance
en fut dreffé de l'ordre du Roi par le
Doc
MARS 1724.
557
Docteur Jean Marqués Bacalhao Corregidor
de la Ville- neuve , & la nuit fuivante
le corps fut porté dans le Monaftere
de Sainte Catherine de Ribamar
dont la Maifon d'Aronches eft Patrone
& il y fut mis en dépôt jufqu'à fon inhumation.
On a celebré des fervices folemnels
, pour le repos de fon ame , dans
toutes les Eglifes Paroiffiales , & dane
tous les Monafteres de cette Ville.
On a publié à Liſbonne les conditions
de l'établiffement de la nouvelle Compagnie
de Commerce des Côtes d'Afrique
, pour la fureté des particuliers qui
voudront y prendre intereft. Les Directeurs
fe font engagé de donner tous
les ans cinq pour cent d'intereft des fommes
qu'ils recevront pour les Actions de
cette Compagnie , dont le payement fe
fera en trois termes : le premier en foufcrivant
, le fecond à la fin de Decembre
de la prefente année , & le dernier , lors
qu'ils jugeront à propos de le demander
pour l'avantage de leur Commerce , en
avertiffant cependant fix mois auparavant.
Le fonds total de cette nouvelle
Compagnie fera d'un million de Crufades.
Espagne
358 MERCURE DE FRANCE
Espagne.
E neuf Fevrier on arbora à Madrid
L'Etendard Royal pour la proclamation
du Roi , Don Louis premier du nom .
Le Comte d'Altamira , Grand Regidor de
cette Ville , faiſant les fonctions de Grand
Porte-Enfeigne , en qualité de Duc de
Saint Lucas le Grand , fe rendit à la
place du Palais , étant accompagné de
tous les Capitulaires de cette Ville , des
Grands du Royaume , des titrez de Caf
tille , Comtes & Marquis , des autres
perfonnes de confideration qui avoient
été invitées , & precedé des quatre Heraults
d'Armes de la Ville . Le Roi étant
arrivé fur le premier balcon du Palais ,
& les Infants fur un balcon voifin , le
Roi d'Armes monta fur un Theatre qui
avoit été dreffé dans la place , & cria
par trois fois , écoute , filence , après
quoi le Comte d'Altamira , tenant en
main l'Etendart de Caftille déployé , le
remua par trois fois , en difant à haute
voix , Caftille , Caftille , Caftille , pour le
Roi nôtre Seigneur , Don Louis premier
que Dieu conferve . A quoi le peuple répondit
, amen , vive , vive , vive par trois
fois. Le même cortege partit enfuite , &
fe rendit fucceffivement dans la Place du
Monaftere Royal des Carmelites Déchauffées
MARS 1724. 559
S
X
i.
chauffées , dans la grande Place , & dans
celle de l'Hôtel de Ville , où la ceremonie
de la proclamation fut repetée. Après
quoi on attacha l'Etendart à un des balcons
de la Maifon de Ville , au- deffus
duquel on avoit mis le Portrait du Roi
fous un Dais magnifique , pour y reſter
expofé aux yeux du peuple pendant huit
jours. Le Comte d'Altamira fe retira
enfuite à fon Hôtel , où il donna un repas
magnifique à tous les Seigneurs qui
avoient affifté à la ceremonie de la proclamation.
Le foir on tira des feux d'artifices
dans les Places publiques , & il y
eut des feux , des illuminations , & d'autres
marques de réjouiffances publiques
dans toutes les rues de la Ville.
Le 6. Fevrier l'Académie Royale établie
par le Roi Don Philippe , députa
vers le Roi pour le complimenter fur
fon avenement à la Couronne.
Le Marquis de Lede ayant fait quelques
reprefentations contre le rétabliffement
de l'ancien ceremonial de la Cour ,
fuivant lequel il n'étoit pas permis aux
Officiers Generaux d'entrer dans la chambre
du Roi fans être introduits , il a été
decidé que les Capitaines Generaux , &
les Lieutenans Generaux des Armées de'
Sa Majefté auroient dorénavant les mêmes
entrées chez le Roi que les Grands.
du Royaume . Le
360 MERCURE DE ERANCE .
Le 24. tous les Confeils fe rendirent
au Palais pour baiſer la main du Roi , qui
accorda cet honneur au Corps de Ville.
L
Italie.
E procès du Duc de Parme & du
Prince Don Antoine , fon frere , à
l'occafion de la fucceffion de la feuë Princeffe
de Modene , leur four , a été accommodé.
Le Duc de Parme a conſenti
de donner à fon frere cent trente mille
écus comptant , & la moitié des meubles
de la fucceffion .
La Fête du Bienheureux Agnani de la
Maifon Conti , neveu du Pape Alexan-.
dre IV. & oncle de Boniface VIII. a été
celebrée avec beaucoup de magnificence.
dans toutes les Eglifes des Religieux de
l'Ordre de S. François.
Il a été réfolu dans une Congregation
de faire rétablir les Saints Degrez pour
la commodité des Pelerins qui iront à
Rome à l'ouverture de la Porte Sainte.
Le Pape a fait la ceremonie d'ouvrir la
bouche au Cardinal Alberoni dans un
Confiftoire du 14. Fevrier.
On a publié une Ordonnance qui interdit
le Commerce des places Maritimes
de l'Etat Ecclefiaftique , avec celles.
de l'Albanie , où la contagion regne depuis
quelques mois,
On
MARS 1724. 561
On apprend de Venife que les Magiftrats
de la Santé ayant reçu des avis certains
qu'il y avoit des veftiges de contagion
dans plufieurs endroits de l'Albanie,
avoient fait publier le 5. Fevrier une
Ordonnance pour interdire le commerce
avec cette Province , ainſi qu'avec les embouchures
de Cattaro , & la République
de Ragufe, dont les Bâtimens & les paffagers
ne pourront entrer dans le Port de
cette Ville qu'après une quarantaine de
quarante jours.
Les lettres de Milan portent que le
Comte de Colloredo avoit eu ordre de
l'Empereur de faire amaffer des fourages
le plus qu'il lui feroit poffible , &
que fur les frontieres du Tirol on conftruifoit
actuellement un grand nombre
de fours , fous la direction d'un Commiffaire
des Guerres qui s'y étoit rendu à
cet effet.
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
L
E Comte de la Roque , Chevalier
de l'Annonciade , Lieutenant General
des Armées du Roi de Sardaigne ,
Grand Maître-d'Hôtel de Madame Royale,
562 MERCURE DE FRANCE.
le , & Gouverneur de la Citadelle de
Turin , y eft mort le 13. Janvier , âgé
de 63. ans. Le Comte de la Roque , fon
fils , a obtenu la Commanderie qu'il poffedoit
de 6000. liv . de revenu.
Le Comte de Denhoff , Palatin de
Plosko , & General du Grand Duché de .
Lituanie , époufa le premier Fevrier\ à
Varfovie la fille unique du Grand General
de l'armée de la Couronne , qui étant
au lit malade d'une paralifie qu'on croit
incurable , fouhaita que la ceremonie de
ce mariage fut faite dans fa chambre , ce
qui lui fut accordé.
A
Made la Comtefle de la Torre , Premiere
Gouvernante des jeunes Archiducheffes
eft morte à Vienne le 1 2. Fevrier
dans un âge fort avancé.
M. le Baron de Deflow , Colonel-
Commandant du Regiment d'Infanterie
du Lieutenant General de Gersdorff, a
épousé à Spandan Mlle de Pondelits. Le
Roi de Pruffe a affifté à la ceremonie de
ce mariage.
Le fils du Comte de Denhoff , Major
General a été tenu fur les fonts à Berlin
par le Prince Royal avec Mle de Walkenits.
Les autres Parains & Maraines
étoient le Prince Charles , le Margrave-
Louis , le Prince George de Heffe - Caffel ,
La Margrave Doüairiere , Philippe , & la
ComMARS
1724. 563
Comteffe Finck de Finckenſtein.
Le Lord Ashburnham a épousé à Londres
le 15. Fevrier la fille du Duc de
Kent.
M. Simon , Amiral , Prefident du Haut
Confeil , eft mort à la Haye le 2. Mars
âgé de quatre- vingt- trois années.
M. le Comte Frederic de Wartemberg
a épousé à Francfort la jeune Comtelle
de Solims - Rodelhein .
Numa d'Acunha de Aralde , neveu du
Cardinal d'Acunha , & troifiéme fils du
Comte de Pronolis eft entré au Noviciat
des Jefuites à Liſbonne.
Donna Ifabelle de Caftro , fille du premier
Marquis de Fronteira , & épouſe
de Don Jean Almeida , Comte d'Aflumar
, Confeiller d'Etat , eft mort à Lif
bonne , âgée de cinquante- cinq ans.
JOURNAL DE VERSAILLES
& de Paris.
Armi les Vaiffeaux qui ont peri pen-
P dant la derniere tempête , il y en
avoit un appartenant aux Hollan lois
chargé de fix millions de Piaftres . Il a
échoué près de Dunkerque. Prefque tout
l'équipage a été fubmergé.
H Le
364 MERCURE DE FRANCE.
Le premier jour de Mars le Roi reçût
les Cendres par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier.de: France ,
& Sa Majefté entendit dans la Chapelle
de fon Château de Verfailles la Mefle ,
pendant laquelle le Miferere fut chanté
par fa Mufique. Après l'Evangile M.
'Abbé de Froulai , facré Evêque du
Mans le 25. Fevrier , prêta ferment de
fidelité entre les mains de Sa Majeſté . La
ceremonie de fon Sacre a été faite dans
l'Eglife du Noviciat des Jefuites , à Paris,
par le Cardinal de Rohan , affifté des
Evêques de Sées & de Châlons.
Le même jour premier Mars M. le
Baron de Hop , Ambaffadeur de Hollande
eut à Versailles une audience parti
culiere du Roi , dans laquelle il prefenta
à Sa Majesté M. de Vanderméer ,
Ambaffadeur de la République de Hollande
, auprès du Roi Catholique . Ils
furent conduits dans le Cabinet du Roi ,
par le Comte de Meflai , Introducteur des
Ambafladeurs .
M. d'Angervillier , Confeiller d'Etat ,
cy-devant Intendant d'Alface a été nommé
Intendant de la Generalité de Paris ,
& M. de Harlai , Confeiller d'Etat l'a
remplacé dans l'Intendance d'Alface.
Le cinq Mars premier Dimanche de
Carême le Roi entendit dans la Chapelle
du
MARS 1724 565
du Château de Verfailles la Meſſe chantée
par fa Mufique , & l'après-midi Sa
Majefté affifta à la Prédication du R. Pere
Raphaël de Paris , Capucin .
Le -fept le Baron de Montigny , Envoyé
extraordinaire du Duc de Wirtemberg
eut fa premiere audience publique
du Roi , étant conduit par le Comte de
Meflay , Introducteur des Ambaffadeurs ,
qui étoit allé le prendre en fon Hôtel ,
à Paris , dans le Caroffe du Roi ; & aprèsavoir
été traité à Verſailles par les Officiers
de Sa Majeſté , il fut reconduit à
Paris dans le même Caroffe , avec les
ceremonies ordinaires .
Le cinq l'Abbé de Mouchy fut facré
Evêque d'Autun dans l'Eglife du Noviciat
des Jefuites , à Paris , par le Cardinal
de Rohan , affifté de l'Evêque de S. Papoul
, nommé à l'Evêché de Mende , &
PEvêque de Châlons .
. M. de Farcy , Confeiller au Châtelet
a été nommé Contrôleur des Finances de
Monfieur le Duc d'Orleans.
L'Archevêque de Cambray a reçû de
Rome fes Bulles , gratis ; mais il a fait
remettre au Banquier Romain trinte
mille livres qui feront délivrées aux
Officiers qui travaillent à Rome pour ces
fortes d'expeditions.
Le douze Mars , fecond Dimanche de
Hij Carê566
MERCURE
DE FRANCE.
Carême , le Roi entendit la Meffe chan
tée par fa Mufique , pendant laquelle les
Evêques de Luçon & d'Autun prêterent
ferment de fidelité entre les mains de Sa
Majefté , l'après -midi le Roi affifta à la
Prédication du R. Pere Don Raphaël de
Paris , Capucin.
Le feize un Courier extraordinaire
arriva à Versailles , & y apporta la nouvelle
de la mort de nôtre S. Pere le Pape
Innocent XIII . qui mourut à Rome le
fept Mars au foir , âgé de foixante- huit
ans neuf mois , & vingt-un jours , étant
né le 15. Mai 1555. & dans la troifiéme
année de fon Pontificat ,
ayant été élû
le 8. Mai 1721 .
On apprend de Genes que le 28. de
l'autre mois M. François Durazzo , ancien
Doge de la République
, y mourut
dans la 90° année de ſon âge.
Le Triton , Vaiffeau de la Compagnie
des Indes , eft arrivé au Port - Louis le 2 .
de ce mois , avec une charge très- confiderable.
On attend inceffamment les deux
autres avec lesquels il étoit parti , &
qui font reftez à l'Ile de Bourbon pour
fe radouber , d'où ils ont dû partir au
commencement
du mois de Decembre
dernier.
Le 11. de ce mois on jugea à la Grand'-
Chambre du Parlement le Procès entre
deMARS
1724. 567
les Medecins & Chirurgiens de Paris .
Les premiers ont été déboutéz de leurs
demandes qui tendoient à prefider au
cours public qui fe fait à S. Cofine , &
interroger les jeunes Chirurgiens , & c.
Par cet Arreft les Chirurgiens ne font
obligez qu'à l'ancien ferment , & à la
redevance d'un écu d'or , qu'ils ont accoutumé
de payer à la Faculté de Medecine
.
La Princeffe de Turenne eft à Paris
depuis le commencement de ce mois . La
difpenfe pour fon fecond mariage avec
le Comte d'Auvergne , fon beau-frere ,
eft arrivée.
Dans l'Affemblée generale de la Compagnie
des Indes qui fe tt le 15. de ce
mois , M. Paris du Vernay fut nommé
Sindic General de cette Compagnie , &
M. Barême un des Directeurs. Le Contrôleur
General des Finances qui y prefidoit
, declara que quoique les fonds de
la Compagnie , tant en argent qu'ën Marchandifes
fuffent de plus de 100. millions
, ce qu'on peut voir jufqu'au dixiéme
du mois prochain , à l'Hôtel de la
Compagnie , par le Bilan general , & les
comptes arrêtez à la Chambre des Comptes
, neanmoins le dividend de 1723 .
qu'on paye actuellement ne feroit pa.
augmenté , mais que celui de 1724. qu
H iij nuere
$ 68 MERCURE DE FRANCE.
fera payé l'année prochaine , pourra être
de 300 , liv. par action , & qu'on continuera
à prêter 1500. livres fur chaque
Action comme on a commencé .
Les Gardes des fix Corps des Marchands
ont écrit aux Marchands de cette
Ville , qu'en confequence des ordres
qu'ils ont reçû de M. le Contrôleur General
, ils euffent à baiffer le prix de
leurs Marchandiſes , à proportion de la
diminution des efpeces , finon que le
Roi accorderoit des privileges à divers
particuliers qui propofent de les donner
à meilleur marché .
Le 27. de l'autre mois à neuf heures
du foir, on bleffa de plufieurs coups de
poignard M. de la Guillonniere , Capitaine
dans le Regiment de Toulouſe , en
fortant de chez M Paris , fes parens.
La même nuit on trouva dans le foffé
du Boulevart de la Porte S. Antoine un
homme bleffé , avec la cuiffe fracaffée
qu'on porta à l'Hôtel - Dieu , où il eſt
mort , fans vouloir dire par quel accident
on l'avoit trouvé en cet état. Il a reçû
tous fes Sacremens , & fait fon Teftament.
Le Roi a permis à la Marquife de Beringhen
, Douairiere , de fe fervir , fa
vie durant , des Caroffes , & de la livrée
de la petite Ecurie,
fe

MARS 1924. 56
Le 22. de ce mois les Prevoft des Marchands
, Echevins , & Officiers de Ville
fe rendirent à Nôtre- Dame , revêtus de
leurs Robbes de ceremonie. Le Clergé de
cette Eglife alla fuivant la coûtume , pour
la Réduction de Paris à l'obéïffance du
Roi Henri IV. en Proceffion aux Auguf
tins du Grand Convent , où le Duc de
Gefvres , Gouverneur de Paris fe trouva
avec les Compagnies Superieures . La.
Meffe y fut chantée par la Mufique de
la Metropolitaine , où fe rendirent ce
jour - là toutes les Proceffions des Paroiffes
de cette Ville ; ainfi que les quatre
Mandians , qui.affifterent à la Proceffion
generale qu'on fit aux Grands Auguſtins .
Mrs Crofat & Montargis , Treforier
& Secretaire de l'Ordre du S. Efprit ,
ont donné la démiffion de leurs Char
ges , en faveur du Comte de Maurepas ,
Secretaire d'Etat , & de M. Dodun , Contrôleur
General des Finances . M's Crofat
& Montargis confervent le Cordon.
Le 4. de ce mois le Chevalier de Belle-
Ifle fat mis à la Baftille par ordre du
Roi.
Le 6. M. d'Ombreval , Maître des Requêtes
, & Lieutenant General de Police
, accompagné du fieur du Val , Commiffaire
du Guet , fe rendit chez le Comte
de Belle - Ifle , Maréchal de Camp , &
H iiij de
570 MERCURE DE FRANCE.
Meftre de Camp General des Dragons.
Le fieur du Val lui fignifia une Lettre
de Cachet , portant ordre de fe rendre à
la Baftille , & M. d'Ombreval mit le
fcelé fur fes papiers .
La nuit fuivante M. le Blanc , cy- devant
Secretaire d'Etat de la Guerre ,
qu'on avoit été arrêter à Doux , fut conduit
à la Baftille . M. Mandat , Maître des
Requêtes mit le fcelé chez lui .
M. Moreau de Sechelles , Maître des
Requêtes a auffi été conduit à la Baftille ;
ainfi que M. de Couches , Brigadier des
Armées du Roi , de même que M. du
Chevron , Prevoft de la Conneftablie , le
fieur de la Barre fon Lieutenant , & quelques
autres perfonnes .
L'on arme actuellement à Breft deux
Vaiffeaux , l'Hercule & le Prothée , pour
aller croifer fur les Forbans qui troublent
la pêche fur le Banc de Terre neuve
, & delà ils iront à Cadix pour affurer
nôtre commerce contre les Corfaires
de Salé. M. des Boifelairs , Capitaine de
Vaiffeau eft mort à Breft le, 4. Decembre
1723. & le fieur Mayer , Lieutenant de
Fregate le 28. du même mois .
N Le 12. de ce mois , troifiéme Dimanche
de Carême , le Roi entendit dans la
Chapelle du Château de Verſailles , la
Meffe chantée par la Mufique , pendant
Les
MARS 1724. 57.1
laquelle l'Archevêque de Cambrai prêta
ferment entre les mains de S. M.
Les Cardinaux de Rohan , de Polignac
& de Biffy , font partis pour aller à Rome
, & entrer au Conclave .
Le Roi a donné au Chevalier de Pezeux
, Lieutenant General de fes Armées, .
le Gouvernement de la Citadelle de Lille,
vacant par la mort de M. de l'Abadie
Lieutenant General.
M. l'Abbé Paris , neveu de M. le Gar
de des Sceaux , a pris poffeffion de la
Coadjutorerie de l'Evêché d'Orleans .
Le 19. de ce mois M. d'Armenonville,
Garde des Sceaux de France , prêta ferment
de fidelité entre les mains du Roi ,
pour la Charge de Commandeur , &
Grand Treforier des Ordres du Roi , &
M. de Novion , Premier Prefident du
Parlement , prêta le même ferment , pour
la Charge de Commandeur & Greffier
des mêmes Ordres .
Le Roi a nommé Dame- d'atour de la
Reine , la Marquife de Mailly , qui a
eu la même Charge auprès de feuë Ma
dame la Dauphine , mere de Sa Majesté..
Hv BE572
MERCURE DE FRANCE.
L
BENEFICES.
'Abbaye de Billon , Ordre de Cîteaux
, Diocéfe de Befançon , vacante
par la démiffion du fieur Edme- François
Ricard , a été donnée au fieur Marie-
François Boquet de Courbouſon
Clerc -Tonfuré du même Diocéfe.
L'Abbaye de la Chaflagne , Ordre de
Cîteaux , Diocéfe de Lion , vacante par
le decès du fieur de Vallavoire , au fieur
Pierre de Borffat , Prêtre du Diocéfe de
Genéve , & Docteur de Sorbonne.
Le Prieuré Royal de Nôtre -Dame de
Moulanes , dans la Vallée de Barcelonnette
, au Diocéfe d'Ambrun , vacant par
le decès du fieur Capony , au fieur Pierre
Jacques Pafcalis , Clerc - Tonfuré du
Diocéfe de Senez .
L'Abbaye de S. Laurent , Ordre de
S. Benoit , Diocéfe de Bourges , vacante
par le decès de la Dame Maréchaux , à la
Dame Marie Chambon d'Arbouville ,
Religieufe dans la même Abbaye .
Le Prieuré de S. Pierre des Herbieres,
avec fon annexe de Sainte Florence , Diocéfe
de Luçon , dépendant de l'Abbaye
de S. Michel en l'Herm , unie au College
MARS 1724. 573 . ge des
quatre Nations , vacant par le decès
du fieur de Cès , au fieur de Saint
Germain.
La Chantrerie de la Sainte Chapelle
du Palais , à Paris , vacante par le decès
du fieur de Champigny , au fieur Louis
Malefcot de la Solaye , Prêtre du Diocéfe
de Paris .
MORTS , MARIAGES , &c .
L
E 23. Fevrier mourut à Perigueux
M. Nicolas de la Brouffe de Verteillat
, Abbé de Peirouze , Ordre de
S. Bernard , de nomination Royale , il
étoit le quatrième de fon nom qui l'avoit
poffedée fucceffivement , fans interruption
. Il y a près de deux cens ans qu'elle
fut donnée au premier pour récompenſe
des fervices militaires rendus par fes ancêtres
, le dernier l'a eu après la mort de
Pierre de Verteillat , fon frere , l'un &
l'autre étoient des fujets d'un merite fu
perieur.
Nous ferons exacts autant que nous
pourrons à annoncer la mort des Beneficiers
, pour la fatisfaction de ceux qui
ont intereft à être informez des Benefices
qui vaquent , & nous tâcherons auffi
H vj
d'en$
74 MERCURE DE FRANCE.
d'entrer dans quelques détails , pour que
ceux qui travailleront à l'Hiſtoire du
Clergé de France , ou de quelque Abbaye
particuliere , puiffent trouver dans.
nos Journaux des Memoires inftructifs.
M. Guilleaume d'Avignon , Lieute
nant General des Armées du Roi , Gouverneur
des Villes de Salins , & du
Pont de l'Arche , Grand- Croix de l'Or
dre Royal & Militaire de S. Loüis , cydevant
Major des Gardes du Corps du
Roi , mourut à Verſailles le 29. de l'autre
mois , âgé de 76. ans .
Dame Roze de Magenis , époufe de
M. de Lée , Lieutenant General des Armées
du Roi , mourut à S. Germain en.
Laye le 5. de ce mois , dans la 71. année.
de fon âge. Elle étoit fille du Lord-
Comte d'Iveag , Pair du Royaume d'Irlande.
François- Louis de Clermont- Tonnerre,
Evêque , Duc de Langres , Pair de France
, Abbé de Tenailles & de Fontaine-
Beze , mourut dans fon Diocéfe le 12 .
dé ce mois , dans un âge fört avancé .

Charlotte Rofe de Caumont de la For-
, mourut à Paris le 7. de ce mois
âgée de 78. ans .
ce
J
Le treize mourut à Paris Dame Marie
de Croifilles veuve de Meffire
Charles Jofeph Prevoſt ,
Prevoft , Chevalier
Sei--
MARS 1724. 575
Seigneur de S. Cire , l'Herbilliere , Rochefererieres
, & c. âgée de 54. ans . Elle
laiffe un fils unique , qui eft Nicolas-
Charles-Claude Prevoft , Chevalier , Seigneur
de S. Cire, l'Herbilliere , les Brillonniere
, Maître des Requêtes , qui a:
époufé Dame Anne Ruau du Trouchet ..
Le 10. de ce mois M. Jean- François
Chaffepot de Beaumont , Chevalier , Seigneur
de Menuecoeur , Confeiller du Roi
en fa Cour de Parlement , & Grand Chambre
d'icelle , mourut à Paris dans ſa 78 .
année.
Le 11. de ce mois a été celebré à
S. Sulpice le mariage ' de M. Charles-
François de Campet , Comte de Sojon ..
Chevalier , Seigneur , Baron de la Riviere
, Boronne & Douzillac , Brigadier
des Armées du Roi , Gouverneur du
Pont- de-l'Arche , Enfeigne des Gardes
du Corps , fils de feu M. Louis de Cam--
pet de Sojon , Chevalier , Seigneur , Ba--
ron de la Riviere , Bloyac & la Mothe
des Arennes , & de feuë Dame Anne--
Marguerite de Meuré , a épousé Dile Ma
rie-Loüife -Angelique de Barberin , fille
de M. Louis de Barberin , Comte de Reygnac
, Chevalier , Marquis de Wartigny
& de Reynac-fur- Indre , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Gou
376 MERCURE DE FRANCE.
Gouverneur du Vieux Brifac , & de Ma
rie- Marguerite de Laval de Pimodan.
M. Jean - Baptifte de Marin , Chevalier
, Comte de Monçan , Salot , Talhoüet
, Kerloix , Kernaleguen , & c . Meftre
de Camp de Gavalerie , Cornette des
Chevaux-Legers de la Garde ordinaire
du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , fils de feu M. Louis de Ma
rin , & de Dame Gillette de Los , de
Beaulieu , avec Dle Loüife - Geneviève
Bauyn de Cormery , fille de défunt
M. François Bauyn , Chevalier , &c. &
de Dame Marie- Loüife Lottin de Charny.
Le 15. de ce mois le fils aîné de M. le
Marquis de Chambonas , fut baptifé dans
la Chapelle de l'Hôtel du Maine , à Paris
, leurs Alteffes Sereniffimes M. le Duc
du Maine & Madame la Ducheffe du
Maine en furent les Parain & Maraine
& la ceremonie en fut faite avec toute la
magnificence qui accompagne toutes les
chofes qu'ils font .
2
M. Doublet de Perfan , Maître des Requêtes,
a épousé le 14. de ce mois M¹le de
la Frezeliere , fille du Marquis de la Free
zeliere , Lieutenant General.
LA
·MARS 1724. 377
La Compagnie des Indes donne avis
aux Actionnaires .
U'en conformité de l'Arreft du Confeil
Q du 15. revfier1114 concernant le privilege
exclufif des Loteries , accordé à la Compagnie
des Indes , les Syndics & Directeurs
ont refolu par leur délibération du premier de
ce mois , de prêter quinze cens livres fur chaque
Action , qui reftera déposée pour feûreté
dudit Preft.
Le fieur Bille Caiffier de la Compagnie des
Indes , dont le Bureau eft eftabli rue du Bouloir
, commencera Lundy prochain 6. Mars
à recevoir les foumiffions de tous ceux
qui fouhaitent emprunter ; Et continuera les
jours fuivans depuis neuf heures du matin jufqu'à
midy.
1724.
Chaque particulier pourra faire une ou plu
fieurs Soumiffions , pourvû qu'elles ne mon
tent enſemble qu'à dix Actions.
Aucun ne pourra foufcrire pour plus de dix
Actions dans chaque jour.
Chaque Soumiffion ſera dattée & fignée par
celui qui fouhaite emprunter , & contiendra
le Bordereau des Numero des Actions deftinées
à refter déposées pour feureté du Preſt.
Chaque Soumiffion fera- mention du temps
que demandera l'emprunteur , la Compagnie
ayant refolu de prefter pour un ou plufieurs
mois à raifon de demy pour Cent d'intereft
par mois.
Toutes ces Soumiffions feront enregistrées
par le fieur Bille fur un Journal où chaque
Sou$
78 MERCURE DE FRANCE.
Soumiffion prendra fon Numero d'enregistre
ment.
Toutes les Soumiffions prefentées le 6. Mars,
feront enregistrées avant celles qui auront eſté.
prefentées le 7. Mars , Et cette regle , toûjours
foûtenuë , accordera fucceffivement la
preference aux Soumiffions du jour prece--
dent.
L'ordre du numero indiquera celles des
Soumiffions aufquelles on preftera par preference
fur les autres Soumiffions du même
jour.
Chaque Soumiffion fera rendue au particulier
, trois jours après fa prefentation , portant
fon Numero d'enregistrement : ces reftitutions
fe feront l'après - midy depuis trois heures juſ
qu'à fix.
Une affiche publique inftruira les emprunteurs
des numero aufquels la Compagnie pref
tera.
La fignature de l'emprunteur lui laiffera l'option
, ou de rembourfer les quinze cens livres
par lui empruntées , ou de renoncer à l'Action
par lui dépofée.
>
La Compagnie des Indes , donne avis au
Public d'une Loterie d'Actions qui
fera tiré le 30. Mars 1724. en l'eftat
qu'elle fe trouvera.
Haque Billet fera d'un Dixiéme d'Action
portant trois Dividendes.
Les Lots feront payez en Actions.
Chaque Billet de cette Loterie fera figné
indiftinctement par deux des fieurs Caulet ,
Huet , le Sueur , le Clerc , Carré & Rey.
Cette Loterie fera toûjours tirée dans l'Hôtel
:
MARS 1724.
379
tel de la Compagnie des Indes le 30. de cha
que mois.
La premiere portion de cette Loterie fera
tirée le 30. Mars 1724.
Deux jours après la Loterie tirée , le fieur
Bille Caiffier de la Compagnie des Indes , payera
la valeur des Billets heureux aux porteurs
qui les auront fait viſer par un Syndic & par
un Directeur de la Compagnie.
La Compagnie des Indes retiendra quinze
pour cent fur la Recette generale de cette Loterie
.
Diftribution de Lots , faite fur une Recette
Supposée de 1000. Actions
· 50.
80.
Un Lot de 100. Actions ... 1oo. Actions
Un Lot de se . Actions. .
Quatre Lots de 20 Actions .
Dix Lots de dix Actions.
Vingt Lots de 8. Actions.... 160.
Trente-deux Lots de 5.Actions . 160.
Cinquante Lots de 4. Actions. 200
... 100.
Čent dix - huit Lots fur 10000.
Billets. • ·
Benefice à 15. pour 100..
Recette de •
.

8500
150.
1000. Actions
BA
380 MERCURE DE FRANCE .
[
La même Compagnie , en conformité de
l'Arreft du 15. Fevrier dernier , concernant
le Privilege exclufif des Loteries
accordé à ladite Compagnie , donna
avis au Public d'une Loterie viagere :
dont voici le plan.
Chaque Billetfera de 100. livres en eſpe-
Les Lots feront payez en Rentes Viageres .
La Compagnie des Indes donnera en Rentes
Viageres dix pour cent du montant de la
Recette de chaque mois.
Chaque Billet de cette Lorerie fera figné
indiftinctement par deux , des fieurs Caulet ,
Huet , Chabirand & le Sueur.
Les Billets heureux feront reçûs par la
Compagnie des Indes pour valeur des Contracts
Viagers qui feront conftituez ſelon la
volonté des porteurs.
Le porteur d'un Billet heureux pourra conftituer
la Rente de fon Lot fur autant de teftes
que bon lui femblera .
La Rente Viagere commencera à courir du
jour de fa Conſtitution.
Les arrerages des Rentes Viageres écheûs ,
feront payez en efpeces fonnantes le premier
Juillet & le premier Janvier de chaque année.
Tous les Étrangers porteurs de Billets heureux
, pourront conftituer , & les Rentes leurs
feront payées comme aux Sujets de Sa Majefté
, quandmême ils refideroient hors du Royaume,
même en temps de Guerre.
La Compagnie des Indes retiendra fur la
Recette generale Cinq pour Cent
Cette
MAR- S 1724. *580
Cette Loterie fera toûjours tirée dans l'Ho
tel de la Compagnie des Indes , le 20. de
chaque mois . en l'eftat qu'elle fe trouvera.
La premiere portion de cette Loterie fera
tirée le 20. Mars 1724.
Diftribution de Lots , faite fur une Recetto
fuppofée d'un Million.
Un Lot de 12002. liv.de Rente. 12000, livres.
Un Lot de 60000.
Quatre Lots de 3000.
· Dix Lots de 2000 .
Quinze Lots de 1000.
Trente Lots de seo..
• 6000
12000.
20000.
I fooo.
15000.
Cinquante Lots de 300 .... 15000.
Sur 10000. Billets 111. Lots. 95000.
Benefice à 5. pour 100..... 5000.
Une Recette d'un Million. 19osoo.l . de Rente.
La Compagnie des Indes donne avis au
Public de l'ouverture d'une Loterie d'Ecus
, qui fera tirée le 10 , Avril 1724.
en l'eftat qu'elle fe trouvera .
HaqueBiller fera d'un Ecu de Dix au
Les Lots feront payez en Ecus de Dir au
Marc,
Chaque Billet de cette Loterie fera figné
indiftinctement par deux des fieurs Rouffeau ,
Pomar , Deon' , Denove , Minard , Montjeu ,
Youft , Caulet , Huet , le Sueur , le Clerc ,
Carré & Rey.
Cette Loterie fera toûjours tirée dans l'Hô.
tel
382 MERCURE DE FRANCE .
tel de la Compagnie des Indes le 1o. de chaque
• mois.
La premiere portion de cette Loterie fera
tirée le 10. Avril 1724 .
*
Deux jours après la Loterie tirée , le fieur
Bille Caiffier de la Compagnie des Indes , payera
la valeur des Billets heureux aux porteurs
qui les auront fait vifer par un Syndic & par
un Directeur de la Compagnie des Indes.
La Compagnie des Indes retiendra Quinze
pour Cent fur la Recette generale de cette
Loterie.
Diftribution de Lots , faite fur une Recette
fuppofée de rooooo. Ecus.
10000. Ecus.
..• 5000.
.. 4000.
Un Lot de 10000. Ecus , cy
Un Lot de 5000. Ecus , cy
Un Lot de 4000. Ecus , cy .
Trois Lots de 3000. Ecus , cy 9000.
Quatre Lots de 1000. Ecus , cy 8000.
Douze Lots de 1000. Ecus , cy 12000.
Vingt Lots de 500. Ecus , cy 10:00.
Vingt Lots de 300. Ecus , cy 6000 .
Vingt Lots de 200. Ecus , cy 4000.
Cinquanté Lots de 100. Ecus, cy scool
Cent Lots de so. Ecus , cy
Dens cens quatre- vingt Lots
de 25. Ecus , cy
5.000.
7000.
Cinq cens douze Lots fur 100000.
Billets
Benefice à 15. pour 100.
Recette de
· 8'5000.
15000.
100000. Ecus.
Les Billets de cette Loterie & des autres ,
feront entre les mains des Notaires , qui feulo
Les diftribueront au Publis. La
MAR 5 1724. 583
La Compagnie des Indes a fait publier un ·
imprimé , contenant la Lifte des Lots de la
Loterie Viagere , tirée le 20. de ce mois en
prefence des Infpecteurs , Syndic & Directeurs
, dans l'Hôtel de la Compagnie.
SUPLEMENT.
LA LIGUE on HENRI LE GRAND,
Poëme Epique , par M. de Voltaire. A
Geneve 1723. in 8º de 157. pages pour
Le Poëme & 74. pour les Remarques, fans
L'avertiffement , & plufieurs argumens.
O
N voit par le nom de la Ville où
il paroît que ce Poëme a été imprimé
, qu'il a été donné au public fans
approbation & fans privilege.
On a toujours reproché aux François
une espece d'indigence , au fujet
du Poëme Epique ; on a crû même que
ce genre de Poëfie eft prefque effentiellement
ennuyeux dans le genie de
nôtre Langue , & dans le goût de nôtre
verfification . Les efforts de nos derniers
Poëtes n'ont pû effacer ce préjugé ; au
lieu d'en conclure une impuiffance malheureufe
de leur part , on en a conclu
une impoffibilité abfolue , comme fi les
mauvais fuccès de la Pucelle , de l'Ala--
ric
584 MERCURE DE FRANCE.
ric , & du S. Paulin euffent dû tirer à
confequence , & qu'après les Chapelains ,
les Scuderys , & les Perraults , il fallut
perdre courage. Voici enfin un Poëme
Epique , dont le public jugera s'il vange
nôtre Langue , & nôtre verfification.

t
Le principal obftacle qu'on a crû trouver
à la réuffite d'un Poëme Epique en
François , a été le prétendu befoin des
Dieux du Paganifme , dont le jeu nous
paroît aujourd'hui très -infipide. D'un autre
côté nous avons l'efprit trop jufte &
trop reglé , pour goûter des fictions relatives
à nos myfteres , ou ce qui feroit
pire , encore un mêlange impie des Fables
de l'antiquité , & des veritez de nôtre
augufte Religion . Il ne reftoit qu'un
parti à prendre , c'étoit de fuivre le fyftême
Chrétien fans le profaner par des
imaginations indécentes , comme ont fait
1.Ariofte & le Taffe , d'y mêler feulement
des allegories ingenieufes , en reprefentant
les Paffions , les vertus , & les
vices comme des Eftres Phifiques , quoiqu'ils
ne foient que des Eftres moraux.
Defpreaux en a donné dans fon Lutrin un
exemple que M. de Voltaire a heureuſement
imité. Les Allegories , les Portraits
, les expreffions animées font la
principale beauté de fon ouvrage.
Nous
MARS 1724. 585
Nous avons crû ne point devoir differer
de donner au public un Extrait de
ce Poëme nouveau. Nous fuivrons le
Poëte avec fidelité , quoique rapidement ,
& le Lecteur qui n'aura point encore
joui du Poëme , trouvera peut- être ici
avec quelque forte de plaifir , disjecti
membra Poeta. Henri III . eſt deſigné ſous
le nom de Valois , & Henri IV . fous le
nom de Bourbon , ou de Henri .
Le Poëme eft partagé en 9. chants , on
voit au commencement du premier le
Portrait de Valois. Il étoit gouverné par
de jeunes débauchez qui le corrompoient,
& étoient pour lui des Tyrans volup
tueux. A proprement parler ce Prince
ne regnoit plus , il languiffoit dans un repos
honteux. Ce n'étoit plus ce Valois
couvert de Lauriers , que le Nord frappé
de fes vertus , & de fes exploits , avoit
enlevé à la France pour le couronner .
Tel brille au fecond rang qui s'éclipſe au premier
,
Il devint lâche Roi d'intrepide guerrier.
Les Guifes commencerent alors à élever
leur grandeur fur fon abbaiffement ;
la ligue fe forma pour achever de détruire
fon foible pouvoir ; cent partis
oppofez fe difputerent à fes yeux les débris
de fon Trône , fes indignes favoris
l'aban586
MERCURE DE FRANCE.
il
l'abandonnerent , & Paris revolté le
chaffa de fon Palais . Bourbon parut ,
ouvrit les yeux à fon Roi , il lui apprit
à preferer la gloire aux amuſemens frivoles
, & à fortir de fa lâche indolence.
Unis enſemble ils formerent le fiege de
la Capitale rebelle.
Cependant la difcorde s'enflant de toutes
parts , l'ardeur de la guerre , d'un côté
animoit la Ligue & Mayenne . D'une autre
part d'illuftres Guerriers , quoique
divifez par leur fecte , s'étoient réunis
pour le foutien du Trône. Bourbon étoit
l'ame & l'appui de ces fideles fujets .
Ce fut alors que Valois ( c'eft une fiction
du Poëte ) ordonna à Bourbon d'aller
en Angleterre pour mettre Elifabeth
dans fes intereſts .
Bourbon part , accompagné de Sulli.
Ils abordent en Angleterre , & ont d'abord
un entretien avec un Saint Vieillard
qui les reçoit dans fa folitude , & fait
luire quelques raïons de la verité aux
yeux de Bourbon , qui dans le cours du
Poëme eft dépeint comme un Prince ver
tueux , mais flottant entre les deux Religions
. Ce Solitaire fatisfait ( un peu en
general ) aux doutes de Bourbon , & lui
reprefente tous les malheurs que le Calvinifme
a caufez à l'Europe , & lui dit
fur tout ces paroles remarquables .
Un
MARS 1724. 7587
Un culte fi nouveau ne peut durer toûjours ;
Des caprices de l'homme il a tiré ſon être ,
On le verra perir , ainfi qu'on l'a vû naître.
Il prédit enfuite à Bourbon qu'il fera
éclairé des lumieres de la vraye foi , que
Dieu l'a choisi pour monter fur le Trône
des François , qu'il fe fignalera dans
mille combats , & qu'il triomphera des
efforts de la Ligue. Il l'exhorte à fuïr
' les plaifirs . Bourbon eft penetré jufqu'au
fond de l'ame des diſcours du fage Vieillard
; il le quitte à regret , & arrive enfin
à Londres. C'eft - là qu'eft l'antique
féjour des Rois d'Albion , & c'eft delà
que l'augufte Elifabeth s'attiroit l'admiration
de l'Univers .
Le Heros eft conduit chez la Reine ,
il lui explique le motif de fon voyage.
Elifabeth eft furpriſe que Bourbon , qui
jufqu'ici avoit été toûjours perfecuté
par Valois , ait embraffé fa défenfe . Ses
malheurs , répond le Prince , ont étouffé
nos haines ; il fut mon ennemi par crainte
& par foibleffe ; je l'ai vaincu , je
veux le venger. La Reine promet tout à
Bourbon ; cependant elle lui demande un
détail précis & exact des troubles qui
agitent la France , vous me l'ordonnez ,
dit le Heros , je vais vous obéïr .
I Ici
588 MERCURE DE FRANCE.
Ici commence le fecond chant .
Le Prince trace les Portraits de Catherine
de Medecis , de François II . de
Charles IX. du Prince de Condé , & de
l'Amiral de Coligni. Il fait enfuite une
peinture vive & touchante du maffacrę
de la S Barthelemi . Ce recit eft de plus
de 170. vers , & eft un des plus beaux
endroits du Poëme. C'eft Bourbon qui
parle à Elifabeth.
Je ne vous peindrai point le tumulte & les
cris ,
Le fang de tous côtez ruiffelant dans Paris ,
Le fils affaffiné fur le corps de fon pere ,
Le frere avec la foeur , la fille avec la mere
Les époux expirans , fous leurs toirs embraſez ,
Les enfans au berceau fur la pierre écrafez ,
Des fureurs des humains , c'eft ce qu'on doit
attendre ,
Mais ce que l'avenir aura peine à comprendre ,
Ce que vous même encore à peine vous croirez;
Ces monftres furieux de carnage alterez ,
Excitez par la voix des Prêtres fanguinaires ,
Invoquoient le Seigneur en égorgeant leurs
freres ,
Et le bras tout foüillé du fang des Innocens ,
Ofoient offrir à Dieu ce facrilege encens , &c.
Au
MARS 27240 $ 89
Au commencement du 3e chant , Bourbon
raconte à la Reine la mort de Charles
IX. & le retour de Valois , alors Roi
de Pologne. Ce Prince , lui dit- il , eft
vaillant , mais foible ; il eft foldat &
n'eft point Roi ; il n'a de fermeté que
dans un jour de combat.
Ses honteux favoris flatant fon indolence ,
De fon coeur à leur gré gouvernoient l'in
conftance ;
Au fond de fon Palais avec lui renfermez ,
Sourds aux cris douloureux des peuples opprimez
,
Ils dictoient par fa voix, leurs volontes funeftes
,
Des Tréfors de la France ils diffipoient les
reftes ;
Et le peuple accablé , pouffant de vains foupirs,
Gemiffoit de leur luxe , & payoit leurs plaifirs
Bourbon fait enfuite le portrait du Duc
de Guife ; nous n'en raporterons que ces
quatre vers.
La France dans fon fein vit alors deux Mo
narques ,
L'un n'en poffedoitplus que les frivoles marques
,
L'autre portant par tout l'efperance & l'effroi,
A peine avoit beſoin du vain titre de Roi.
I ij
V₁-
590 MERCURE DE FRANCE.
Valois , pourfuit Bourbon , s'apperçût
du credit dangereux de Guife , mais il ne
fe précautionna point contre les malheurs
dont les coupables intrigues de cet ennemi
caché le menaçoient . Il s'unit même avec
lui pour me declarer la guerre. Bourbon
décrit ici la bataille de Contras , & la
défaite de Joyeuse .
Tous ces jeunes Seigneurs qui fervoient
fous Joyeufe , quoique plongez
dans les délices , & dans la molleffe ,
combattirent vaillamment ; aucun ne fut
percé de coups ignominieux , ils perirent
tous avec honneur.
Des Courtifans François tel eſt le caractere ,
La paix n'amolit point leur valeur ordinaire ,
De l'ombre du repos ils volent aux hazards ,
Vils flateurs à la Cour , Heros aux champs de
Mars.
Ce malheureux combat ne fit que creufer
encore l'abîme , dont Valois vouloit
fortir . Sa difgrace augmenta le mépris
des peuples ; il eut alors à fouffrir & fon
malheur , & la gloire de Guife , qui vengea
fur les Allemands la défaite de Joyeufe.
Le Roi voulut effayer fon authorité
& fe faire craindre , il n'en étoit plus
temps .
Les Etats s'affemblerent à Blois. Guife
Y
MARS 1724. 391
y ofa paroître pour braver fon Roi. Valois
outragé par ce fujet audacieux , le
fit poignarder.
Valois dont il ravit l'authorité fuprême ,
Lefouffrit lâchement , & s'en vengea de même.
Mayenne , frere de Guife fucceda à ſon
credit , & à fon orgueil. Le Sceptre de la
Ligue paffa dans fes mains.
Cette grandeur fans borne à fes defirs fi chere,
Le conſole aiſément de la perte d'un frere.
On voit ici fon portrait d'après l'Hiftoire.
Valois enfin , continue Bourbon
Monarque fans empire , a eu recours à
moi. Etant Roi j'ai crû devoir prêter mon
bras à un Roi humilié. Cependant fa
-difgrace a reveillé fa vertu ; il gemit de
l'indigne repos , où il a trop long -temps
langui.
Valois avoit beſoin d'un deſtin fi contraire ,
Et fouvent l'infortune aux Rois eft neceffaire.
Ainfi parla Bourbon , la Reine qui
l'avoit écouté avec plaifir , lui accorda
les fecours qu'il demandoit. Parlez , lui
dit-elle , mes guerriers vont vous fuivre ;
Formez par vôtre exempte au grand art de la
guerre ,
Ils apprendront fous vous à fervir l'Angleterre.
1 iij
Voici
592 MERCURE DE FRANCE.
Voici le 4: chant . Les Ligueurs affie
gez dans Paris profitoient de l'abfence de
Bourbon , & faifant des forties funeftés ,
jettoient Valois dans l'effroi , jufques - là
qu'il fe repentoit d'avoir laiffé partir
pour l'Angleterre celui qui étoit fon
principal appui. Bourbon arriva , & ſa
prefence changea tout à coup le fort des
armes . Il bat les troupes de Mayenne
& réduit la Ville à l'extrêmité. La confternation
s'empare des habitans ; on plaint
le prefent , on craint l'avenir ; la ter- .
reur & l'irrefolution regnent dans l'ame
des Ligueurs ; on s'affemble , on confulte,
les uns veulent fuir , les autres fe rendre.
Mayenne en fremit ; déja cent deffeins
partageoient fon efprit flottant ,
quand la Difcorde lui parla ainfi . Digne
heritier d'un nom fi redoutable à la
France , toi que j'ai nourri fous mes yeux,
& que j'ai formé fous mes loix , ne crains
rien de ce peuple inconftant , dont le
courage paroît glacé , leurs coeurs font
dans mes mains ; tu les verras bien- tôt
combattre genereuſement , & affrontér la
mort.
Elle s'unit avec la Politique , fille de
1Intereft & de l'Ambition . Ce Monftre
ingenieux , fertile en détours , quoiqu'accablé
de foucis paroît fimple & tranquilles
fes yeux creux & perçans font
enneMARS
1724. 59.3
ennemis du doux fommeil , & par cent
déguiſemens elle abufe & éblouit les regards.
Ces Monftres à l'inftant penetrent un azile ,
Où la Religion folitaire & tranquille ,
Sans pompe & fans éclat , belle de fa beauté ,
Paffe dans la priere & dans l'humilité ,
Des jours qu'elle dérobe à la foule importune
,
De ceux qui fous fon nom n'aiment que la
fortune ,
Son ame pour Henri brûle d'un Saint amour
Cette fille des Cieux fçait qu'elle doit un jour
Adopter pour fon fils ce Heros magnanime ,
Vengeant de fes Autels le culte legitime.
La Diſcorde choifit enfuite parmi les
Citoyens de Paris , feize féditieux . Ils
montent avec elle fur fon Char fanglant.
L'Orgueil , la Fureur , la Trahifon dans
des ruiffeaux de fang marchent devant
eux. Nez dans la baffefle , & nourris dans
l'obfcurité ; leur haine pour leTrône leur
tient lieu de Nobleffe , & Mayenne les
voit en fremiffant marcher à côté de lui .
Des jeux de la Difcorde ordinaires caprices ,
Qui fouvent rend égaux ceux qu'elle rend
complices.
Déja I iiij
594 MERCURE DE FRANCE.
Déja la troupe furieufe avoit tout fe
duit , lorfqu'un vil Gladiateur qui étoit
à leur tête , s'avança vers le Senat Augufte
qui habite le Palais de Themis . Magiftrats
, leur dit -il , je vous défends de
la
part du peuple de reconnoître le fang
des Capets , qui nous a trop long- temps
tirannifez. Le Senat indigné , mais impuillant,
ne répond rien , la Ligue en fremit.
-
Le grand Harlai par elle eft chargé de
fers , de Thou , Molé , Scaron , Bailleul ,
Amelot , Blancmenil , Longüeil , ont le
même fort , & font conduits à la Baftille.
D'Auguftes Senateurs , Briffon , Larcher
, Tardif font mis à mort , & perif
fent de la main du Bourreau.
La Difcorde s'applaudit de ces fuccès
affreux. Ainfi finit le 4 chant , qui au
gré des connoiffeurs l'emporte fur les
autres.
Cependant les Anglois prêts à fecourir
la France pour la premiere fois , fuivoient
nos drapeaux dans les champs de
Neuftrie , & étoient eux- mêmes étonnez
de fervir nos Rois .
Mais voici que tout à coup la main déterminée
d'un furieux fait changer les affaires
de face. Ici eft dépeint l'affaffinat de
Valois par Jacques Clement.
Enfuite eft décrite la fuperftition impie
MARS 1724.
595
pie des feize , qui ont recours aux Talif.
mans , & aux fecrets de la Magie , pour
apprendre quel fera leur fort . Cette ceremonie
execrable que le Poëte imagine,
eft exposée avec tous les ornemens , dont
la Poëfie eft capable , & le parricide de
Clement eft décrit , conformément à la
verité hiftorique. Le Roi prêt de mourir
addreffe à Bourbon un difcours touchant ,
il expire , & auffi- tôt tous les chefs de
l'armée Royale fléchiffant les genoux devant
Bourbon le reconnoiffent pour leur
Roi..
L'abondance des matieres nous oblige à
renvoyer la feconde partie de cet Extrait au
mois prochain.
La Perelle , gros joueur , Valet de
Chambre du Marquis de Puifegur , Lieutenant
General des Armées du Roi , qui
fut arrêté il y a quelque temps , foupçonné
d'avoir affaffiné le fieur Prevost ,
negociant de papier fur la place , & d'avoir
coupé fon corps par quartier ; après
avoir foutenu divers interrogatoires , &
plufieurs confrontations de membres trouvez
dans la foffe des ailences de la maifon
de fon maître , a enfin éré jugé le 15.
de ce mois au Châtelet , & condamné à
IY une
596 MERCURE DE FRANCE.
une queftion preparatoire , les charges
tenantes , il y a eu appel au Parlement ,
& en confequence il fut transferé le mê- me
>
jour dans les prifons de la Conciergerie
. Le 28. il fut jugé à la Tournelle ,
& condamné à être rompu vif en place de
Gréve , préalablement appliqué à la quef
tion . Le lendemain 29. vers les dix heures
du foir il fut executé , après avoir reſté 5-
heures à l'Hôtel de Ville , où l'on tira de
lui enfin l'aveu de fon crime , n'ayant rien
voulu declarer à la queftion ordinaire
& extraordinaire , foutenant toûjours
qu'il mouroit innocent. Il n'a declaré aucun
complice , & il eft vrai - femblable
qu'il n'en avoit point. Outre l'aflaffinat
du fieur Prevoft , il a encore avoué celui
du Valet de Chambre de M. de Bufca
Lieutenant des Gardes du Corps , dont on
fit tant de recherches il y a quelques
années , & celui du fieur Caillotin. La
Perelle étoit Chirurgien , il eft à croire
qu'il n'exerçoit fa barbarie que contre
fes am's . On affure qu'il prioit à fouper
dans fa chambre celui dont il vouloit fe
défaire pour le voler , & après lui avoir
fait la meilleure chere qu'il pouvoit , il
lui donnoit d'excellent Ratafiat , dans le
quel il avoit mis une forte doſe d'efprit
d'Opium . Le malheureux convive étoit
bien- tôt accablé d'un fommeil létargique
alors
MARS 1724. 597
alors l'affaffin pour mieux s'affeurer de
l'effet de l'Opium , lui plongeoit un ſtiler
à l'endroit du coeur , & étendoit enfuite
le cadavre fur une toille cirée pour le
laiffer refroidir , le dépecer quelque temps
après , & fe défaire des membres du
mieux qu'il pouvoit . Voilà les particularitez
que nous avons apprifes de cet
infigne fcelerat. Il a avoué à fes Juges
qu'il avoit perdu jufqu'à 3000. piftolles
dans une femaine . Il étoit fort beau joueur,
& très-bien reçû dans plufieurs bonnes
maifons. Belle matiere à réflexion pour
ceux qui ont une paſſion outrée pour le
jeu.
M. Dandrezel eft parti pour l'ambaf
fade de la Porte . Il doit s'embarquer à
Toulon dans les premiers jours du mois
prochain. Le Roi a fait armer deux Vaiffeaux
pour le paffer , & ils font commandez
par M. de Beauquaire , Capitaine de
Vaiffeaux & Inspecteur des Compagnies
franches de la Marine. M. le Marquis de
Bonnac doit repaffer en France fur les
mêmes Vaiffeaux.
Le Roi fait encore armer deux autres
Vaiffeaux à Toulon , fous le commandement
de M. de Grandpré , Commiffaire
General d'artillerie pour aller fur les côtes
de Barbarie , & deux Vaiffeauv à Breſt
pour aller affeurer la pêche du Grand
banc contre les Forbans. I vj On
198 MERCURE DE FRANCE.
On équipe de plus à Marſeille fix GA
leres qui doivent aller fur les côtes d'I
talie.
-
On a publié à S. Sulpice le mariage
de Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
, fils d'Emanuel Theodofe de la
Tour d'Auvergne , & de feuë Marie-
Victoire Armande de la Tremoüille ,
avec Marie- Charlotte Sobieska , veuve
Ide feu Frederic- Maurice Cafimir de la
Tour d'Auvergne. La ceremonie de la
Benediction Nuptiale doit fe faire le 2.
Avril à Pontoife.
Eleonore -Julienne de Brandebourg-
Anfpach , veuve de Frederic-Charles
Duc de Wirtemberg , eft morte à Anfpach
le 4. de ce mois dans la 61. année
de fon âge.
4
Le 15. de ce mois Marie-Jeanne Baptifte
de Savoye - Nemours , Ducheffe
Douairiere de Savoye , mourut à Turin
âgée de près de So. ans , étant née le 11 .
Avril 1644. Elle étoit fille de Charles-
Amedée , Duc de Nemours , & d'Aumale
, & d'Elifabeth , fille de Cefar , Duc
de Vendôme. Cette Princeffe avoit été
mariée le 20. Mai 1665. à Charles-
Emanuel II. Duc de Savoye , mort le 12.
Juin 1675. Elle étoit foeur de la feuë
Reine de Portugal , mere du Roi de
Sardaigne , ayeule de feu Madame la
י
DauMARS
1724. 399
Dauphine , & de la feue Reine d'Efpagne
, & Bifayeule du Roi , & de Sa Majefté
Catholique. La Cour prendra le
grand deüil pour la mort de cette Princeffe
le 2. du mois prochain . On affure
qu'il fera de quatre mois & demie.
Le Roi ayant donné fon agrément
pour le mariage du Duc d'Orleans , Pre
mier Prince du Sang , avec la Princeffe
de Bade , fille du feu Prince Louis de
Bade , & de la Princeffe Françoife - Sibille
Augufte de Saxe- Lavembourg , Sa
Maj. a nommé le Marquis de Matignon
pour fe rendre à cette occafion auprés de
Ia Princeffe Doüairiere de Bade.
Le 26. de ce mois M. Dodun , Contrôleur
General des Finances , prêta ferment
de fidelité entre les mains du Rør,
pour la Charge de Commandeur , &
Grand Treforier des Ordres du Roi ,
vacante par la démiffion volontaire de
M. d'Armenonville , Garde des Sceaux
de France .
Le même jour le Comte de Maurepas,
Secretaire d'Etat , prêta le même ferment
entre les mains de S. M. pour la Charge
de Commandeur & Greffier des Ordres
du Roi , dont il a été pourvû fur la démiffion
volontaire de M. de Novion
Premier Prefident du Parlement.
Le 28. le Maréchal de Broglio , prêta
entre
600 MERCURE DE FRANCE .
entre les mains du Roi , le ferment de
fidelité , qui fut lû par le Marquis de
Breteuil , Secretaire d'Etat , ayant le département
de la guerre. Le lendemain
le Maréchal de Roquelaure prêta le même
ferment entre les mains de Sa Majefté.
On apprend d'Allemagne que le
traité d'alliance entre la Suede & la
Ruffie , fut figne à Stokolm le 4. de ce
mois par les Commiffaires , & les Miniftres
de leurs Majeftez Suedoife &
Czarienne.
On apprend auffi que la Cour de Suede
a accordé le titre d'Alteffe Royale au
Duc d'Holftein , avec promeffe d'être
mis fur les rangs , lors de l'élection d'un
nouveau Roi , en cas qu'il furvive à
leurs Majeftez regnantes .
La Marquife de Pons vient d'être
nommée pour être Dame d'Honneur de
Madame la Ducheffe d'Orleans , elle a
été cy-devant Dame - d'atour de Madame
la Ducheffe de Berry ; elle a fi dignement
remplie cette charge , & s'y eft fi
bien conduite qu'on ne peut être furpris
de ce choix ; on ne parle point ici de fa
naiffance , non plus que de celle du Marquis
de Pons , leurs Maiſons font aflez
connues.
MARS 1724.
воз
*******************
LETTRES PATENTES ,
ARRESTS , & c.
ETTRES Patentes , concernant l'Univerfité
de Dijon , données à Verfailles le
vingt Septembre 1723. regiftrées en Parlement
, ou le Roy nomme M. le Duc de Bourbon
Protecteur de ladite Univerfité , comme
auffi tous les autres Officiers qui doivent la
compofer , & generalement tout ce qui doit
y être obfervé , &c.
ARREST du 25. Octobre 1723. Qui caffe
un Arreft de la Cour des Aydes de Rouen ;
& ordonne l'execution de deux Sentences des
Elûs de Pont- de- l'Arche , par lefquelles le
nommé Poftel Cabaretier à Valdreuil , a été
Condamné en deux cens vingt- cinq livres d'amende,
tant pour tenir lieu de la confifcation
des Boiffons fur luy faifies que pour la rebellion
par luy faite aux Commis , en faifant leurs
Vifites & Exercices , & c.
DECLARATION du Roy, donnée à Verfailles
le 3. Novembre , enregistrée au Grand
Confeil le 9. Decembre fuiyant , concernant
les ordres Royaux , Militaires , & Hofpitaliers
de Notre - Dame du Mont - Carmel , &
de faint Lazare de Jerufalem.
ARRETS des 30. Aouft & 8. Novembre
3723. Qui ordonnent l'execution d'une Sentence
601 MERCURE DE FRANCE .
la tence du Grenier à Sel de Sancoins , par
quelle plufieurs Habitans de la Paroiffe de
Sautet ont été condamnez en cinq cens livres
d'amende , pour n'avoir pas fait fonner le
Tocfin fur des Faux - fauniers.
ARREST du 8. Novembre. Qui caffe
deux Ordonnances du Juge du Dépoft de
Chenerailles ; Ordonne que la fuppreffion
qui a été faite par le Fermier , de deux Fourniffeurs
de Sel dudit Dépoft , fera executée ,
&
que leurs noms feront biffez fur le Regiftre
du Greffe : Deffend aufdits Fourniffeurs
d'en faire aucunes fonctions , & enjoint aufdits
Officiers de juger en conformité de la
Declaration du 22. Novembre 1722 .
ARREST du même jour . Portant Reglement
pour le payement des Droits d'Entrée , de
Sortie , anciens & nouveaux , Cinq fols , neuf
livres dix-huit fols par Tonneau , & Droit
local dû fur les Vins venans de Bordeaux qui
s'entrepofent â Calais , & qui s'envoyent à
P'Eftranger , ou dans les Provinces réputées
Estrangeres .
ARREST du 7. Decembre 1723. qui ordonne
que les Adjudicataires des Bois des Parcs
de Verfailles , de Marly & dépendances , ſeront
tenus de compter inceffamment avec le
fieur Liart du prix de leurs adjudications.
ARREST du 11, du même mois , par lequel
Sa Majesté declare avoir entendu comprendre
dans l'Edit du mois d'Aouft 1722. le
rétablifement de tous les Offices créés dans les
Hôtels de Ville , & notamment ceux de Gardes
des Archives , créés par Edit du mois de Juil
let 1708. ARREST
MARS 1724. 601

ARREST contradictoire du 14. Decembre
Qui déboute plufieurs Marchands de Vin
demeurans hors les Portes & Barrieres de
Paris , de leur demande , à fin d'être dechardu
payement des Droits de Huitiéme des
Vins par eux achetez à Paris & de ceux qu'ils
achetteront à l'avenir hors Paris .
, LETTRES Patentes Concernant la
Liquidation des Rentes de l'Hôtel de Ville ,
affignées fur le Clergé. Données à Versailles
le 17. Decembre , Enregistrées au Parlement
le 22. du même mois.
ARREST du 21. Decembre. Par lequel
le Roy a declaré le Droit de Nouvel Acqueft
fur les Ufages poffedez par les Communautez
Laïques enla Province d'Artois , être un Droit
de fon Domaine. En confequence , ordonne
que Liquidation fera faite de la fomme à laquelle
pouvoient monter les Droits de Nouvel
Acqueft qui eftoient dûs en ladite Province
au 20 Juillet 1700 , jour de l'Arreft du
Confeil > contenant Abonnement defdits
Droits , pour être le montant d'iceux audit
jour , imputez fur la fomme de quarante- cinq
mille livres , payée par les Etats de ladite
Province : & l'excedent de ladite fomme , (f
aucun fe trouve , remboursé aufdits Etats , des
Deniers qui feront à cet effet deftinez par Sa
Majefté. Et que lesdits Droits de Nouvel Acqueft
feront levez depuis ledit jour 20 Juillet
1700 , & à l'avenir , en ladite Province , ainfi
que dans le reſte du Royaume.
ARREST du 24. Decembre . Qui défunit
de la Regie des Fermes Generales , qui fe faic
Loue
604 MERCURE DE FRANCE .
fous le nom de Charles Cordier , les Domai
nes , Greffes , Amortiffemens & Francs→
Fiefs , & la Formule dans les Pays où les
Aydes n'ont point cours.
ARREST du 28. Decembre. Qui Commer
Nicolas Poirier , pour faire la Regie & perception
, pendant trois années , à commencer
au premier Janvier 1724. des Droits de Controlle
des Actés des Notaires , Infinuations
laiques & centieme denier , Petit - Scel & Controlle
des Exploits , Greffes , Amortiffemens ,
Francs Fiefs , Nouveaux Acquefts & Ufages
dans l'étendue du Royaume ; Droits de Timbre
dans les Provinces où les Aydes n'ont pas
cours , & de celuy de la nouvelle Formule
établie par la Declaration du fept Decembre
1723.für les Papiers & Parchemins qui doi.
vent fervir aux Actes des Notaires de Paris ;
enfemble des quatre fols pour livre de ceux
defdits Droits qui y font fujers : comme auff
des Domaines & Droits Domaniaux du Royaume
, à l'exception des Domaines , Barrage &
Poids-le-Roy de la Ville de Paris , & des Domaines
de Flandres , Artois & Haynault. Eg
ordonne que tout ce qui reftera à recouvrer
defdits Droits , audit jour premier Janvier
appartiendra audit Poirier.
ARREST du même jour. Qui commet
le Sieur Thibaut , pour faire la Recette generale
de tous les Aroits de Controlle des Actes
, & autres y joints , de la Regie defquels
Nicolas Poirier eft chargé ; & le Sieur Nezan
pour faire le Controlle de ladite Recette.
LETTRES Patentes de fondation d'une
Chapelle Royale dans le Château de Madrid ,
fous
MARS 1724. 605
fous l'invocation de Saint Louis : & d'union
des revenus du Prieuré de Saint Serin , pour
la dotation de ladite Chapelle, Données à
Verſailles au mois de Janvier 1724.
EDIT du Roy , portant Creation de quatré
millions de livres de rentes viageres au
denier vingt-cinq fur les Tailles . Donné à Verfailles
au mois de Janvier 724 , Regiftré en
Parlement.
ARREST du 4. Janvier. Qui proroge jufqu'au
dernier Decembre 1724. inclufivement .
le délay accordé par l'Arreft du 2. Decembre
1722. pour la moderation à moitié des frais
de Marc d'or, Enregistrement , Sceau , Reception
& Inſtallation des Particuliers qui leveront
pendant ce temps aux revenus cafuels ,
des Offices vacans ou de nouvelle création.
1
LETTRES Patentes données à Verſailles
au mois de Janvier , 1714. Regiftrées en la
Cour des Aides de Paris le 8. Fevrier fuivant;
portant création d'un Chancelier Garde des
Sceaux , un Controleur , deux Secretaires des
Finances , un Audiancier Garde des Rolles ,
un Chauffecire , & deux Huiffiers de la Chancellerie
, pour l'appanage de Monfieur le Duc
d'Orleans.
DECLARATION du Roy , pour faire
jouir des Privileges des Commenfaux , les Officiers
de feu Monfieur le Duc d'Orleans. Don .
née à Verfailles le 4. Janvier , par laquelle il eft
dit ce qui fuit. L'amitié que Nous portions à
feu notre très-amé Oncle Philippes Petit Fils
de France , Duc d'Orleans , de Valois , de Char
de Nemours & Montpenfier ; & la refres
,
con306
MERCURE DE FRANCE.
connoiffance que Nous confervons à toûjours
des grands & fignalez fervices qu'il Nous a
rendus & à notre Etat , ne Nous permettant
pas d'oublier les Officiers qui ont eu l'honneur
de le fervir , Nous avons voulu leur conferver
leur vie durant , les mêmes privileges dont ils
jouiffoient cy devant. A ces Caufes voulons
& Nous plaît que les Officiers , Domestiques
& Commenfaux de la Maifon de noftredit Oncle
le Duc d'Orleans , qui font dénommez &
compris dans l'eftat cy- attaché fous le contrefcel
de notre Chancellerie , joüiffent leur vie
durant , de tels & femblables Privileges , Franchifes
& Exemptions dont jouiffent nos Officiers
, Domeftiques & Commenfaux , fuivant
nos Edits & Ordonnances , & tout ainfi qu'ils
en ont bien & dûëment joui ou dû jouir du
vivant de notredit Oncle ; enfemble les Veu.
ves de ceux qui font décedez ou qui décederont
cy après , tant qu'elles demeureront en
viduité , nonobftant que lefdits Privileges ,
Franchiſes & Exemptions ne foient icy decla
rez & ſpecifiez.
..
DECLARATION du Roy , Concernant
la Marque d'Or & d'Argent. Donnée à
Verfailles le même jour , Regiftrée en la Cour
des Monnoyes le s . Fevrier fuivant.
ARREST du même jour , qui déboute le
Sieur Prince de Rohan , Acquereur de partie
d'un Domaine engagé , de fa Requefte ; le
condamne à payer au Receveur General des
Domaines & Bois de la Generalité de la Rochelle,
les Droits de Lods & Ventes , à caufa
de fon Acquifition.
ARREST du 8. Fevrier , qui exemple la Ville
de Marfeille de la ferme du Caffé.
APAPPROBATION.
' Ay lû par, ordre de Monſeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure de France du mois
de Mars , & j'ay crû qu'on pouvoit en
permettre l'impreffion . A Paris , le s. d'Avril
1724.
HARDION.
B8888: 88888
TABLE
Des Principales Matieres .
IECES FUGITIVES , Elegie. 397
PSuite de la Lettre Critique fur Heraclius.
Achille & Deidamie , Cantate.
399
411
Lettre de M. Capperon fur les fortileges. 4'7
Le Philofophe folitaire , Sonnet. 425
· Lettre aux Auteurs du Mercure , & défenſe
des Bouts- rimeż,
Bouts- rimez à remplir.
426
427
Vers à Made des Hayes , Actrice du Theatre
François
Lettre fur la Tragedie de Nithetis.
Sonnet en Bouts -rimez,
429
432
452
Extrait d'une Lettre écrite de Vienne fur les
Chevaliers de l'Ordre de l'Union.
Placet en vers prefenté à M. le Duc.
453
459
Lettre écrire aux Auteurs du Mercure fur les
Metropales , &c. 462
468
Traduction d'une Ode Latine fur l'abdication
du Roi d'Efpagne.
Examen de la réponſe fur la Differtation des
Figures du Portail de S. Germain des Prez.
Epître en vers à M. de la Viſclede.
Explication des Enigmes , &c.
Nouvelles Enigmes.
Contes , bons mots , & c.
Chanfon notée.
472
487
491
492
493
499
NOUVELLES LITTERAIRES , & c. Memoires
Hiftoriques & Critiques , &c. 502
Miotomie Humaine & Canine , & c.
Extraits de diverfes Lettres.
512
523
Medaille gravée du Roi. 527
Spectacles. Le Philantrope , &c.
ibid.
Mariamne , Tragedie nouvelle. 529
Nouvelles Etrangeres. 544
Morts & Mariages des Pays Etrangers , & c.
561
Journal de Verfailles & de Paris. 563
Benefices donnez . 572
Morts & Mariages.
573
Lotteries de la Compagnie des Indes. 577
Supplement , Extrait du Poëme de la Ligue.
Mariage du Duc d'Orleans.
Article des Arrefts.
588
599
601
Errata du mois de Janvier dernier.
PAgelig. 4. du bas Baficulario , liſex Ba- ticulario .
Page 62. ligne 13. Helpot , lifez Helyot.
Page 63. ligne 14. de Sainteté , lifez de la mere.
Page 64. ligne 4. pas , ôtez ce mot , ibid. ligne
5. lifez la parentheſe de la maniere qui fuit.
( Ceft ainfi que fe nomment les Marches de
cette Compagnie. )
Page 65. ligne 20 Marolle , lifez Marotte.
Page 180. ligne 7. ,du bas Iftevan , lifez Eftevan
, ibid . ligne 6. du haut , Marquis de Grimaldo
à Don Juan , celle d'Etat de , ôtez cos
mots.
Errata de Fevrier.
Page 210. 3. du bali, in Page 210. ligne 8. du bas , incoïtable , li-
Sex inévitable,
Page 243. ligne 14. vôtre Plume , lifez vôtre
Pline. Ligne 25. locum deduco , L. Lucum
dedico.
Page 244. ligne 1. quæ domus , lifez qua domus.
Ligne 3. du bas , priepecens , lifex
Priapeiens .
Page 245. ligne 27. meis , lifez in eis.
Page 246. ligne 22. des Commentateurs , lifex
de Commentateurs.
Page 247. ligne 26. les avoient , lifez les avoit.
Page 248. ligne 2. Poematum , lifez Poematium
.
Page 251 , ligne 18. & 19. pour cette liaiſon ,
& quelques , lifez pour cette raiſon , &
que quelques.
Page 252. ligne 3. defertum , lifez difertum
ligne 8. Sophocion , lifez Sophopichion
ligne 12. Salicippuum , lifez Salicippium
ibid. actulles ftatus , life Achilles ftatius .
ligne 14. Salaputum , lifex Salaputium .
Page 253. ligne 14. Catulus , lifez Catullus.
Page 254. ligne 13. Caupone l'ancienne leçon
lifez l'ancienne leçon caupone.
Page 298. ligne 21. Callisthoe , lifex Callirrhoe.
Page 300. ligne 19. fans , lifez fon.
Page 383. ligne6 dubas , Rogue , lifez Roque.
Page 384. ligne 6. M. d'Ombral , lifez d'Ổmbreval.
Page 385. ligne 1. altiffimi , lifex clariffimi.
Page 394. ligne 6. du bas burettes , lifez burelles
.
Page 35. ligne 6. grand , effacez ce mot , &
ajoûtez au bout de la ligne qui fuit , qui eſt
de Arnoul à Bourdeaux .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 142. ligne 3. du bas ferment , life
fermon,
La Chanfon notée doit regarder la p. 499
La Medaille gravée doit regarder la p. 527
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le