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1723, 12, vol. 2
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LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1723 ,
II. VOLUME.
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , rue
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIIL
Avec Approbation & Privilege du Roi.
********mmmma
L'A
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
1251
LE
MERCURE
DE DECEMBRE 1723 .
II. VOLUME..
*********** X* XXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES
.
en Vers & en Profe.
L'AMOUR DEGUISE'.
FABLE.
ORIS , la plus gente pucelle ,
DQui fut jamais dans ſon hameau ,
Toûjours prés de Tircis conduifoit fon
troupeau ;
Mais fans qu'il s'apperçut , ni du troupeau , ni
d'elle.
2. vol.
Toû- A ij
1252 LE MERCURE
1
Toûjours de fes Moutons , le plus doux , le plus
beau ,
Alloit de fon Tircis groffir la Bergerie ;
Tircis , d'un je vous remercie
Payoit chaque prefent nouveau ,
Et Doris n'en étoit , ni plus , ni moins cherie
Le coeur n'eut jamais part au froid remerciment ,
La bouche parloit ſeulement.
Elle avoit beau les jours de Fête
Porter noeuds de toutes couleurs¿

En vain de guirlandes de fleurs
Pour plaire à fon ingrat elle paroit fa tête.
Si quelquefois elle traçoit ,
Le nom de Tircis fur un haitre ,
Si-tôt qu'il le voyoit paroître ,
Cet ingrat Berger l'effaçoit.
Un jour le petit Dieu qu'on adore à Cythere ,
S'apparut à la Bergere ,
Pleine d'un jufte couroux ;
Je fçai tout , lui dit -il , Doris ,
raffurez-vous :
Tout ira bien , laiffez- moi faire ,
Repoſez vous-en fur mes coups.
Il dit , auffi-tôt le trait vole ;
Il
DE NOVEMBRE 1723 .
1273
Mais il tombe aux pieds du Berger.
Quoi ! ma promeffe eſt donc frivole !
Dit l'Amour , courons- nous vanger.
Soudain il fend les airs , & d'une aîle hardie ,
Il s'achemine vers Paphos ;
Il trouve en arrivant , fur un lit de pavots ,
· L'Amitié fa foeur endormie.
Il approche fans bruit , lui vole fes habits ;
Sous cette nouvelle parure ,
Pour la fimple Amitié tout le monde l'eut pris s
On a vû plus d'une avanture ,
Où les plus fins s'y font mépris.
Pourſuivons. Dans cet équipage ,
Sans arc , fans fleches , fans bandeau.
L'Amour fe remet en voyage ;
Il trouve enfin Tircis fur le bord d'un ruiffeau,
Grands complimens de part & d'autre ;
O , ma chere Amitié , s'écria le Berger !
Que mon coeur eſt ſemblable au vôtre ,
Suivez mes pas , chez moi daignez loger ,
Venez fous mon chaume ruſtique ,
Là vous me défendrez par des confeils vainqueurs
Contre
A iij
1254
LE MERCURE
Contre l'empire tyrannique
Que le cruel Amour exerce fur les coeurs ;
Ne crains rien de ce témeraire ,
Lui répond l'Amour déguifé
J'accepte le parti que tu m'as propoſe ,
Je ne reconnois plus un Tyran pour mon frère.
Ils entrent fous le chaume : un Mouton bondiffan
S'avance vers Tircís , le flatte , le careffe ;
Tu me veux vainement parler de ta Maîtreſſe ,
Dit Tircis en le repouſſant
Qu'est-ce ? a-t'il commis quelque faute ?
Dit alors la feinte Amitié ;
Pour moi j'avouerai , mon cher hôte ,
Que ce Mouton me fait pitié.
Doris l'a mis en ma puiſſance ,
Lui répond le Berger , pour me faire fa cour
Et c'eft à la faveur de la reconnoiffance ,
Qu'elle croit dans mon coeur introduire l'Amour.
Et vous fuivez ces injuftes maximes ,
Lui dit le fin matois , n'avons rien de commun
Je ne confeille pas des crimes ,
Et l'ingratitude en eſt un ;
Adieu. Tircis l'arrête & lui demande graces ,
J
On
DE DECEMBRE 1723 .
On lui pardonne , on revient , on l'embraffe ,
Mais on l'étouffe en l'embraffant ,
Et fans qu'il puifle s'en défendre ,
On inſpire à ſon coeur un foin reconnoiffant ,
Qui vaut bien l'Amour le plus tendre.
L'art de tromper eft un grand art ,
Et dans cet Art l'Amour eft un grand
Maitre,
Il fe fait enfin reconnoître
Mais on le reconoît trop tard .
Tircis , qui fans foupçon fe livre à fa conduite ,
Se trouve par les foins du petit fcelerat ,
Plus reconnoiffant dans la fuite ,
Qu'il ne fut autrefois ingrat.
Quel changement , dit - il , dans fa furpriſe extrême
!
Doris, que mille fois j'accablai de mépris,
Helas ! cette même Doris ,
Je l'adore autant qu'elle m'aime.
Ah ! d'un fi fatal ftratagême ,
J'entrevois toute la noirceur ,
Le frere eft fervi par la foeur.
Non , je me fuis fervi moi- même ,
Répond l'Amour , ouvre les yeux ?
2. vol. A ij
De
1256
LE MERCURE
De l'Amitié, ma fæcur , fi j'ai pris la figure ,
C'eft pour tirer raifon d'une mortelle injure
Il dit , & foudain vers les Cieux ,
Plus prompt qu'un éclair , il s'envole ,
Le Berger vainement implore fon retour.
Mais Doris vient & le conſole ,
De l'abfence du Dieu d'Amour.
S
LETTRE de l'Abbé D. L. R***
à la Princeße de Neuf- Châtel , fur la
mort de Mle de la Baronie.
Ermettez - moi , Madame , non pas
P de mic confoler avec vous , car toute
confolation nous eft défendue ; mais de
vous faire part de ma douleur , au fujet
de la mort de Mlle de la Baronie. Vous
m'avez fait l'honneur de me dire que
vous aviez en elle une mere , une foeur
une amie , un confeil ; c'eft à vous à qui
j'ai l'obligation de l'avoir connue , c'eſt à
vous par confequent à qui l'épanchement
de mon coeur doit être une espece de tribut.
Ne craignons point de nous attendrir
, une telle crainte eft une injure , &
deuffions-nous augmenter encore nôtre
2. vol. peine
DE DECEMBRE 1723. 1257
peine par le recit de quelques- unes de fes
vertus , elle ne compenſera jamais l'avantage
que nous avons eu de les connoître.
Iffuë , comme vous fçavez , d'une maifon
, qui depuis long - temps eft en poffeffion
du merite & de la Nobleffe , * elle
n'oublia rien pour ne point dégenerer ,
la nature lui prodigua d'abord tout ce
qu'elle peut donner . Les graces du corps,
les talens de l'efprit , la droiture du coeur,
la facilité de l'expreffion , le don de la
perfuafion , une gayeté naturelle , l'afcendant
fur tous les e prits , fe montrerent
en elle auffi- tôt qu'elle même , elle n'eut
qu'à les cultiver ; & perfuadée dès fon
bas âge qu'elle devoit en rendre compte,
ce temps où l'homme fe connoît à peine
fut employé à connoître fa fin .
Qu'il eft rare , Madame , de trouver
une jeuneffe accomplic. Le feul mot de
jeuneffe eft une espece de paffe - port pour
tous les défauts. Cependant en avez- vous
trouvé dans Mlle de la Baronie ?
Une Dame ** me dit hier ce que je
Elle étoit fille de M. de la Baronie , Maître
des Comptes , & de Mad e Dargouges , fille du
Confeiller d'Etat , & foeur de M. le Lieutenang-
Civil.
** Mad de Bezons , Prieure du Monaſtere de
Bon Secours , où Mlle de la Baronie demeuroit.
2. vol.
Yous A v
1258
LE MERCURE
vous ai entendu dire mille fois , que dea
puis fept ans elle en cherchoit un ſeul en
elle fans le pouvoir découvrir . Quelle difcretion
dans fes paroles ! quelle prudence
dans les queftions ! quelle modeftie
dans les réponſes ! d'un côté on voyoit
bien qu'elle avoit tout l'acquis que dix
heures d'étude par jour peuvent donner ;
de l'autre elle affectoit de ne rien fçavoir
; enforte qu'avant d'avoir gagné fa
confiance , tout ce qu'on pouvoit conclure
de fes converfations , c'eft qu'elle avoit
autant de foin de cacher fa fcience qu'elle
s'en donnoit pour l'acquerir.
Mais fon coeur n'étoit pas moins droit
que fon efprit étoit orné. Elle paroiffoit
cette droiture dans toutes fes paroles ,
dans toutes fes actions , dans les defirs
mêmes. Je ne crois pas qu'elle ait jamais
falfifié la verité dans les difcours les plus
indifferens . Je me fouviens de lui avoir
entendu dire que toutes chofes étant
vrayes par elles - mêmes , & ne paroiffant
fauffes que par la maniere peu conforme,
dont nous les énonçons , non- feulement
mentir eft un peché contre la Religion
mais encore contre la nature . Vous fçavez
, Madame , ce qu'elle répondit à une
propofition qui lui fut faite , lorfqu'un
Seigneur du premier nom lui offrir de
l'allier à ſa maiſon , & fembloit ſouhaiter
"
2. vol.
que
DE DECEMBRE 1723. 1259
que quelques avantages lui fuffent faits
au- deffus de fes freres ; vous fçavez qu'elle
répondit , & ce fut moi- même qui portai
cette belle réponſe , qu'elle étoit infiniment
fenfible à l'honneur qu'on lui faifoit
, mais qu'elle l'étoit encore plus aux
loix de la juftice qui lui défendoient de
facrifier les proches à fes interefts .
Elle s'étendoit encore cette fcrupuleufe
droiture , jufques fur le merite de
fes amis. Elle avoit un principe que l'on
aimoit toûjours mal ceux que l'on n'eftimoit
point. Suivant cette règle elle n'accordoit
fon amitié qu'à ceux qu'elle efti
moit veritablement , & elle n'eftimoit
veritablement que ceux qu'elle trouvoit
exempts des défauts du coeur. Elle ne fe
promettoit pas même de pouvoir agir autrement
dans l'état où Dieu fembloit la
deftiner. Non pas qu'elle fe détachât exterieurement
des autres . Ces gens- là , difoit-
elle , font trop à plaindre pour les
abandonner . Aimons les chrétiennement,
prions Dieu pour eux , tâchons même de
gagner leur confiance , peut être nous
fervira-t'elle à les changer. Je la trouvai
un jour dans une inquiétude mortelle , au
fujet d'une perfonne qu'elle avoit crû
vraye , & qui l'eft effectivement , mais
que des apparences , dont elle me fit part,
demandoient encore d'être éprouvées.
2. vol.
A vj Non
,
1260 LE MERCURE
Non , me dit- elle , j'en fais aujourd'huf
la promeffe ; fi cette perfonne n'eft pas ce
que je la crois , il n'y a point d'homme
veritable , & jamais le monde ne me fera
de rien.

Que j'aime encore à me repreſenter ſa
fincerité dans les confeils qu'elle donnoit,
elle fçavoit adoucir toutes les veritez , &
nul amour propre ne pouvoit tenir contre
elle. Je n'oublirai jamais ce qu'elle dic
à un homme titré dans une converfation
, où je n'étois pas de trop. Après
s'être étendue fur toutes les bonnes qualitez
, car ni bien ni mal ne lui échapoit
elle lui dit : Permettrez- vous , Monfieur
que je vous parle fans fard ? Je me ſens
une difpofition à vous estimer , & à vous
eftimer totalement . Vous avez des perfections
mais vous avez des défauts
( qu'elle lui nomma ; ) j'ai vû dans quelqu'unes
de vos oeuvres que pour travailler
utilement au falut des autres , il
faut avoir fait auparavant l'épreuve de ſes
talens fur foi-même ; appliquez- vous
donc cette Sentence : car encore une fois,
je veux vous estimer totalement , & nous
Y gagnerons tous deux.
Le motif de cette liberté étoit fa propre
utilité , perfuadée qu'elle étoit que le
vrai commerce de l'amitié , eft de donner
& de recevoir de bons avis ; elle n'en
2. vol..
donnoit
DE DECEMBRE 1723. 1261
donnoit jamais qu'aux conditions que l'on
les lui rendroit au centuple. On ne la
voyoit jamais plus contente que quand
on lui montroit qu'elle fe trompoit. Une
perfonne , difoit- elle fouvent , qui n'aime
pas la correction , ne merite pas la fincerité
d'un ami , & celui qui eft indigne de
la fincerité d'un ami eft indigne de vi
vre.
Mais vous vous ennuyez , fans doute .
Madame , de mon long filence fur fa Religion.
Vous en fçavez fur cet article plus
que tout autre , puiſque vous en avez été
long- temps témoin. La recitation quotidienne
du grand Breviaire , l'affiftance à
tous les Saints Offices , le goût qu'elle
montroit à chanter les loüanges de Dieu,
l'obſervance de tous les jeûnes , étoient
pour elle des devoirs inviolables. S'il y
avoit dans le cours de l'année de longues
adorations prefcrites dans les ceremonies
de l'Eglife , elle choififfoit toûjours les
heures les moins favorables. On l'a vûe
paffer des nuits entieres aux pieds des
Autels ; & fous prétexte de foulager les
autres , elle faififfoit toutes les occafions
de fe mortifier.
de vie
C'eft cet amour de la mortification qui
lui avoit fait bannir de fon
genre
toutes les commoditez qu'elle pouvoit
bannir fans affectation. Perſuadée , difoir
2..vol.
elle
1262 LE MERCURE
1
elle , que le feu diffipe l'attention dans
les lectures ferieufes , elle paffoit des hyvers
entiers fans ce fecours. Convaincuë
par fon experience , que c'eft dans la folitude
que Dieu fe plaît à parler à l'ame
Chrétienne , un cabinet inacceffible étoit
pour elle une espece de Sanctuaire , où
elle offroit à Dieu fes réflexions , & ou
elle comptoit , difoit- elle , avec elle - même.
La nourriture des Convents n'eft
jamais affez fenfuelle pour retrancher de
fa délicateffe ; cependant fous prétexte de
fe faire un temperamment plus fort , elle
préferoit la groffe viande à toute autre.
T
Mais vous dirai -je , Madame , au ſujet
de fa mortification , vous dirai - je , ce dont
les Anges du Ciel étoient les feuls témoins
, & ce qui n'auroit jamais été ſçû ,
fi fa mort ne l'eut pas trahie. Je viens de
Vous dire qu'elle avoit un cabinet inacceffible
à tout autre qu'à elle. Dans ce
cabinet étoit une armoire à fecret . Après
fa mort elle a été ouverte , & qu'y a- t'on
trouvé ? Des inftrumens de penitence ,
Madame , des inftrumens de penitence.
A vous dire le vrai , j'ai été charmé de
cette nouvelle , mais je n'en ai point été
furpris. Quand on commence à declarer
la guerre a fes paffions , on ne tarde pas
à la declarer à fon propre corps ; mais ce
quoi je ne puis penſer fans admiration ,

2. vol.
c'ef
' DE DECEMBRE 1723 1263
c'eft que dans les temps de penitence ,
comme le Carême & la Semaine Sainte ,
ou vrai-femblablement elle étoit plus im
pitoyable pour elle , je ne l'ai jamais
trouvée plus gaye.
Pour la modeftie elle alloit toûjours
jufqu'au fcrupule, propre fans affectation ,
& toûjours vêtue felon fon état , elle
apprenoit par fon exemple deux chofes
que la devotion en titre , & le grand
monde connoiffent fi peu . La premiere,
que la fingularité dans les meilleures chofes
eft un défaut , & la feconde , que les-
Vierges Chrétiennes doivent être plus jaloufes
des graces du coeur que des graces
du
corps.
Elle avoit encore une autre vûë dans
fa modeftie , c'étoit le foulagement des
pauvres. Je fuis dans le temps , difoit - elle ,
où je puis librement difpofer de mon
bien. Un autre viendra où tout au plus ,
aurai- je la proprieté de mes defirs ; profitons
donc de celui - ci . Suivant ce droit
elle fe refufoit jufqu'à l'utile , & donnoit
tout fon fuperflu . Comme mineure elle
étoit bornée à une penfion de quatre
mille livres . Le neceffaire acquitté , tout
le refte étoit employé en aumônes ; tantôt
elle diſtribuoit à des perfonnes de confiance
dequoi foulager des pauvres
teux ; tantôt elle donnoit des exemples
hon-
2. vol.
publics
F264
LE MERCURE
publics de compaffion ; plufieurs familles
miferables ont fouvent reffenti fes fecours ,
& de peur que l'oftentation ne fe gliflät
dans fes meilleures actions , à la faveur des
benedictions qu'on lui donnoit , elle avoit
grand foin d'attribuer aux feuls fentimens.
naturels , ce que l'on voyoit couler de la
fource de fa charité & de fa Religion .
Je me fouviens que dans nos entretiens
nous avons quelquefois agité cette queftion
; fçavoir , fi le bien qui fe fait par
temperamment a quelque merite devant
Dieu. Car quelques fujets que nous traitaffions
, nous ne perdions jamais de vûë
la morale , & fi quelquefois quelques
affaires temporelles fembloient nous en
éloigner , elle fçavoit bien nous y rappeller.
Je fus un jour agréablement furpris
, lorfque lui lifant la réflexion d'un
Philofophe Payen , qui commence par
ces paroles Qu'eſt- tu mon ame ? Elle
m'arrêra tout d'un coup , en me difant :
Tout beau , Monfieur , fi un Payen fe fait
cette queftion , faifons-nous la un peu
nous -mêmes ; ne ferons- nous donc que
des Chrétiens de nom , & des Payens
feront-ils impunément nos maîtres ?
>
Mais la matiere la plus fouvent traitée
& fur laquelle la converfation tariffoit
le moins , c'étoit celle de la mort. Elle
fouffroit avec peine qu'on la craignit , &.
2. vol.
fans
DE DECEMBRE 17237 1261
fans une explication que je lui donnai un
jour de la crainte que j'en ai , en lui difant
: que j'apprehendois moins de mourir
par la perte de cette vie pleine de miferes
, que par l'incertitude d'en meriter
une plus heureuſe , elle me menaçoit déja
de me dégrader de fon amitié.
Que j'aurois de belles chofes à vous
vous dire là- deffus , Madame , mais où
je ferois infini , où je vous dirois ce que
vous fçavez déja . Eft-il rien de plus beau ,
par exemple , que ce que vous m'avez
appris vous- même , lorfque lui marquant
vôtre étonnement fur un fquelette en gravure
qui faifoit tout l'ornement de fa
chambre, elle vous répondit : pourquoivous
étonner , Madame , voir mon por
trait chez- moi , eft- ce une chofe fi furprenante
!
Je ne puis cependant finir fans vous
faire part de l'avant-derniere converfation
que j'eus avec elle. Nous communiquant
quelques réflexions fur les dangers
du monde , je lui difois : je vous loue
fort de faire provifion de vertu ; car on
en perd beaucoup dans l'état que vous
devez prendre. J'ai vû tomber d'auffi
fortes perfonnes que vous , telles & telles ,
( fans cependant les nommer ) font auffi
tiedes aujourd'hui dans le bien que je les
ai vû ferventes . Ah ! Monfieur , me dit-
2. vol.
elle
1266 LE MERCURE
elle , en pouffant un grand ſoupir. Que
me dites-vous là ? Quoi ! toutes les peines
que nous prenons feroient inutiles ? mais
mourons donc plutôt dès à prefent , mourons
donc , demandons plutôt a Dieu de
nous retirer de ce monde , que de nous
laiffer dans l'occafion de nous y perdre.
Quoi vous auriez la foibleffe de me voir
perit fans m'avertir ; ce n'eft pas ce que
vous m'avez promis mille fois , je ne le
crois pas ; mais le plus fûr encore une
fois , c'eft de demander à Dieu la mort ,
elle me fervira mieux que vous.
Sont- ce là , Madame , permettez- moi
de vous faire cette queftion ? font- ce là
les fentimens d'une perfonne de vingt- un
an ? Mais ce que je vais vous dire vous
paroîtra encore plus prophetique. Il fut
queftion , pour fuivre cette matiere , de
fçavoir quelle étoit l'efpece de mort la
plus defirable. Je me recriai d'abord contre
la mort fubite , & je m'étendis fort
fur les avantages d'une longue maladie
préliminaire ; mais elle me dit avec fa
douceur accoutumée : pour moi , je crois
que le bien ne fe trouve pas moins ici
dans le milieu que par tout ailleurs . Dans
une mort précipitée le falut eft en grand
danger. Dans une maladie longue la ferveur
s'éteint , & l'on meurt quelquefois
dans le moment le plus tiéde ; il me pa-
1
2. vol.
- roît
DE DECEMBRE 1723 1267
foît donc
que le plus fûr eft d'avoir un
mal violent dans une maladie mediocrement
longue , aftn que le corps ne fouffrant
pas trop long- temps , il ne s'en faffe
pas une habitude , & que fouffrant affez
il annonce fa fin prochaine.
Fut- il jamais un augure plus trifte &
plus vrai tout enfemble ! je fus avec elle
pendant quatre heures Lundi treiziéme
de ce mois un mal violent la prit let
Mardy , elle jeûna encore le Mercredi ,
jour des Quatre-temps ; elle fouffrit jufqu'au
Samedy des douleurs inexplica
bles ; du Samedi au Dimanche elle fut
confeffée , & reçut les derniers Sacremens
avec un redoublement de ferveur.
M. le Curé de Saint Paul , fon Confeffeur
ordinaire , exerça fur elle fon zele
pour le falur des ames ; & enfin le Dimanche
fur les deux heures après midi
elle mourut comme elle avoit vêcu , &
rendit fon ame à Dieu avec autant de
tranquillité , que fi elle eut paffé dans un
doux fommeil.
Voilà , Madame , non pas toute la vie
de nôtre amie commune ; car combien
d'actions remarquables nous font fans
doute échapées , mais du moins un foible
crayon de la jufteffe de fon efprit , de la
pureté de fon coeur , & de la folidité de
la Religion. Voilà ce que je fuis prêt de
2. vol.
figner
1168 LE MERCURE
figner de mon propre fang. Peut être me
reprocherez- vous de vous avoir caché
une partie de ces merveilles pendant fa
vie ; mais je vous l'avouerai naturellement
, je me croyois intereffé à ne le
pas faire. Si elle eut fçû que je lui rendiffe
une juftice publique , je connoiffois fa
modeftie , elle m'auroit moins montré fes
vertus , & je me ferois moins inftruit.
Mais je fuis prêt , Madame , de vous dédommager
; car j'avoue que je vous ai
fait tort , je fuis prêt de vous faire part
de ce que la memoire me rappellera . Il
nous en coûtera toûjours à traiter ce fujet.
Nous ne pourrons nous dire que c'é
toit une grace pour nous d'avoir eu cette
amie , fans nous dire en même temps que
fa mort eft pour nous une perte irrepara
ble : mais n'importe , laiffons faire à nos
coeurs leur foible devoir , le temps ne
les rendra que trop tôt ingrats.
J'ai l'honneur d'être , Madame , avec
un très- profond reſpect .
Ce 22. Septembre 17236
2. vol.
ODE
DE DECEMBRE 1723 . 1269
ODE qui eft entrée en concurrence du
prix de l'Académie Françoife , en l'année
1723. Sur la décence , & la dignité
que le feu Roy Louis XIV. mettoit dans
toutes fes actions.
MUfes , depuis plus de dix luftres ,
Vous éternifez de Louis ,
Par mille & mille efforts illuftres
Les vertus les faits inouis .

Que manque t'il à fon hiftoire ?
Et pour confacrer fa memoire
Que refte -t'il à defirer ?
Son Apotheofe eft complette ;
La France de vous fatisfaite ,
N'a plus enfin qu'à l'admirer,
Mais , quoi ! fur ma lire naiffante
N'oferai - je de ce Heros ,
Retoucher la gloire éclatante ,
En frapper encor les échos.
Rompons un filente timide ,
Oiy, le zele ardent qui me guide ,
2. vol.
Excufe
£ 270
LE MERCURE
Excufe ma témerité ;
Je vais dans mes eſſais liriques ,
De tant d'actions Heroïques ,
Peindre l'augufte dignité.
Dignité qui caracteriſe
Le grand homme dans le grand Roy
Qui l'éleve & le divinife ,
En rangeant les coeurs fous fa loy.
Il fçait répandre avec nobleffe ,
Un air de grandeur , de ſageſſe ,
Sur ce qu'il dit , fur ce qu'il fait ,
Louis , une telle harmonie ,
Qui regne dans toute ta vie ,
Forme en toi le Heros parfait.
Dans l'une & dans l'autre fortune ,
Quelle conftante égalité !
Pour l'opprimé qui l'importune,
Quelle douce affabilité !
Au fourbe dont l'afpect l'outrage ,
Il ne montre que le vifage ,
Du plus implacable ennemi ,
2. vol. Il
DE
DECEMBRE 1723 .
1278
11 récompenfe , mais en maître ,
Le bon fujet qu'il fçait connoître ,
Et l'en felicite en ami.
Une celefte intelligence ,
Anime fes confeils fecrets ,
Il parle , avec lui la prudence ,
Dicte elle- même fes Arrefts.
Rome poffedoit en augufte ,
Un coeur bienfait , un efprit jufte
L'ame & la gloire du Senat ,
Louis, nous prefente fans ceffe
Dans fa droiture & ſa ſageſſe ,
L'appuy d'un formidable état .
S'il prend les armes , quelle audace
Brille dans les yeux menaçans !
Eft-ce donc toi , Dieu de la Thrace ,
Dont l'orgueil étonne mes fens ;
Eft- ce le maître du tonnerre ,
Qui vient pour fubjuguer la terre
Quel port ! quel air imperieux !
Mais , que vois-je , il lance la foudre
,
2. vol.
II
9271 LE MERCURE
Hi va réduire tout en poudre
Par mille traits victorieux.
Déja fur de coupables têtes.......
Mais non ,
la bonté de fon coeur ,
L'arrête au fort de fes conquêtes ,
Et défarme fon bras vainqueur.
J'aime à le voir plein de clemence ,
Sufpendant fa jufte vengeance ,
Unir l'olive à fes lauriers ;
Dans ce Heros l'honneur fuprême ,
De fe dompter ainfi lui-même ,
Couronne fes exploits guerriers.
Sur le bruit de fa renommée ,
Venez , Siamois & Perfan ,
Sa gloire en vos climats femée ,
Vous force à paffer l'Ocean.
Que
fa Cour et riche & brillante ,
L'étranger , malgré fon attente ,
S'arrête interdit & furpris.
Mais quel eft l'objet qu'il remarque ?
C'eſt la Majefté du Monarque
Qui feule enchante des efprits,
2. vol.
Suiv
DE DECEMBRE 1723 .
1273
Suivons ce Roy jufques au Temple ,
Adorateur du Tout-puiſfant ,
Au Roy des Rois qu'il y contemple
Il offre un coeur reconnoiffant.
Quel reſpect ! quel profond filence !
Je fuis frappé de la décence ,
Qu'il fait regner dans le faint lieu ;
Des mortels le plus refpectable ,
Le plus grand , le plus redoutable ,
Eft le plus humble devant Dieu.
Ainfi pour la vertu qu'il aime "
Louis fignale fon ardeur ;
Ainfi du facré Diadême ,
Brille en lui toute la fplendeur.
Le François cherit fa preſence ,
Et fon nom feul en fon abſence ,
Chez l'ennemi porte l'effroi :
Fier conquerant , mais Prince aimable .
En lui lequel eft préferable ,
Ou le grand homme , ou le grand Roy.
2. vol.
Priere
B
1274
LE MERCURE
Priere pour le Roy.
Puiffant arbitre des Couronnes ,
Nos voeux ne font point fuperflus,
Le jeune Roy que tu nous donnes ,
Va remplacer tant de vertus .
Qu'il vive , & dans fon vafte Empire ,
Que tout à fa gloire confpire ,
Que tout feconde fes projets ,
Grand Dieu , qu'une bonté fincere
Soit en lui tout fon caractere
?
Son peuple eft heureux pour jamais. -
Cette Ode eft de la compofition de
M. l'Abbé de Vaugency , Docteur de
Sorbonne , Chanoine de la Cathedrale
de Châlons en Champagne , de la Societé
Litteraire , établie dans cette Ville depuis
environ un an , compofée de ce qu'il y a
de perfonnes de merite & d'efprit .
De cette Societé eft M. de la Touche ,
Chevalier de S. Lazare , Auteur des Deviſes
, Emblêmes , Poëfies , Decorations
faites à Rheims pour le Sacre du Roy
Louis XV..
2. vol.
LETTRE
DE
DECEMBRE 1723 . 1275
LETTRE de M..... fur une Medaille
de Poftume.
L
A Medaille de Poſtume , dont je
vous ai parlé , Monfieur , eft de petit
Bronze , & reprefente d'un côté la tête
de ce Prince , ornée d'une Couronne Radiale
, avec la Legende .
IMP. C. POST V MVS P. E. AVG .
On voit au Revers une Femme debout
, tenant de la main droite des balances
, & de la gauche une corne d'abondance
autour est écrit.
C. C. A. A. COS . IIII.
Le Type de cette Medaille n'a rien de
confiderable , ni d'un côté , ni de l'autre.
Je remarquerai feulement que celui du
Revers eft fort ordinaire pour reprefenter
l'équité , & qu'on le trouve dans Poftume
avec ces mots : MONETA. AVG ,
la Legende de la tête eft commune : IMPERATOR
. CAESAR PLUS. FELIX .
AVGVSTVS. Pour celle du Revers elle
ne fe trouve ni dans Meffabarbe , ni
dans le Recueil du Pere Banduri. Et
voici comme je l'explique :
COLONIA . CLAVDIA. AVGVSTA .
AGRIPPINENSIS. CONSVL . QVARTO.
2. vol.
Bij
1276 LE MERCURE
ou la donnant , comme vous voyez , cette
Medaille , la Ville de Cologne , appellée
autrefois la Colonie Agripinienne , du nom
d'Agripine , mere de Neron , & femme
de l'Empereur Claude qui l'avoit fondée ,
en y envoyant des Veterans pour montrer,
dit Tacite , ( a ) fa puiflance aux nations
Etrangeres , auffi qu'à Rome , à l'occafion
de quoi je vous dirai que c'eſt la
feule des Imperatrices , dont les Colonies,
du moins celles dont il nous reſte des
Medailles , portent le nom .
Il n'eft pas extraordinaire que la Ville
de Cologne ait frapé des Medailles à
l'honneur de Poftume ; ce Prince avant
d'être Empereur , étant Gouverneur des
Gaules , faifoit fa réfidence dans cette
Ville où demeuroit auffi Salonin que
l'Empereur Gallien lui avoit confié.
Après fa revolte , & qu'il eut été proclamé
Empereur , en revenant de défaire
quelques Barbares qui avoient paffé le
Rhin , il retourna dans ( b) cette Ville ,
devant laquelle il mit le fiege , & où il
fit mourir Salonin , & Sylvain fon Gouverneur
, que les habitans lui remirent
entre les mains , avec leur Ville , qu'on
peut regarder comme la Capitale des
Provinces qui obéiffoient à ce Prince.
(a) Tacite , l. 12. C. 27.
(b) Zofime , 1. x .
2. vol.
Il
DE DECEMBRE 1723 1277
>
Il y a fujet de s'étonner comment il ne
nous refte pas un plus grand nombre de
Medailles de Poftume , qui faffen't mention
de cette Ville , vû qu'on en trouve communément
où il eft fait mention de
Villes bien moins confiderables , comme
de Duits , vis - à - vis de Cologne même , &
de Weſtcapel en Hollande , dans les Medailles
HERCVLI. DEVSONIENSI . HER
CV LI. MACVSANO.
Dans l'explication du Revers de ma
Medaille , les furnoms AVGVSTA & de
CLAVDIA , que j'ai donné à Cologne ,
n'eut pas laiffé de m'arrêter long- temps ;
le premier fur tout me paroiffoit hors
d'oeuvre après ce que j'avois lû * dans
plufieurs Antiquaires , qu'il n'y avoit que
les Colonies dont Augufte avoit été ou
le Fondateur ou le Reftaurateur qui
priffent le nom d'Augufte , & je voyois
cette maxime fuivie fous les autres Empereurs.
La Colonie de Tyr , fondée par
Septime Severe , fe contente du furnom
de SEPTIMA. La Ville d'Edeffe en Mefopotamie
, dont Caracalla avoit fait une¨
Colonie eft appellée feulement MARKIA .
ATPHAIA. ANTONINIANA . fans qu'aueune
des deux ait pris le nom d'Augufte.
La fondation de Cologne eft trop bien
fpecifiée dans l'endroit de Tacite que j'ai
Vaillant , Joubert , &c..
2. vol. B iij rap7278
LE MERCURE
rapporté pour y trouver quelque rapport
avec Augufter & quant au furnom de
CLAVDIA , quelle apparence qu'une
Princefle auffi ambitieufe que l'étoit Agripine
qui regardoit l'Empereur Claude
comme fon elclave , eut voulu que le nom
de ce Prince eut paru avec le fien dans une
occafion où elle vouloit faire paroître fa
puiffance aux Nations étrangeres ! le nom
de Claude du moins parmi ces Nations
étrangeres fe fut oppofé au deffein qu'elle
avoit , & en eut plutôt appellée la Colo
nie , CLAVDIA qu'AGRIPPINENSIS .
Mais tout mon embarras a ceffé à la
vue d'une infcription qui le trouve à Benevent
en Italie , & qu'a rapporté Gruter
où Cologne eft appellée , & CLAYDIA.
&. AVGVSTA. la voici .
M. MARIO . м . P.
STEL. TITIO . RV FINO .
COS
1
LEG . LEG. I MINER . P. F.
CVR. COL . CLAVDIA. AVG.
AGRIPPINENSIVM
PROCOS...
Je laiffe le reste de l'Infcription comme
inutile à mon deffein .
Voilà comme vous voyez de fçavans
Antiquaires en défaut , & des efpeces
d'axicmes détruits Pour juftifier au refte
l'Infcription & la Medaille , il y a appa-
2. vol.
rence
DE DECEMBRE 1723. 1279
fence que les peuples de la Colonie
Agrippine , trouvant dans leur fondatrice
une arriere - petite - fille d'Augufte , eux
chez qui la memoire de ce Prince étoit
adorée , (a) & qui lui avoient fait bâtir
un Autel ; ces peuples , dis- je , n'ont pas
hefité à prendre un titre qui leur étoit en
même temps & fi cher , & fi glorieux ;
& pour le furnom de CLAVDIA , quelque
chofe que dife Tacite , ce n'avoit
pût être que fous les ordres qu'Agrippine
avoit fondé une Colonie ; ce qui
le prouve par les paroles du même Tacite
, qui n'eft pas toûjours d'accord avec
lui-même. Colonizni , dit- il , en parlant
de cette Princeffe : Deduci impetrat ; (b)
ainfi Claude en devoit toujours en quelque
maniere être regardé comme le Fondateur
, & la Colonie devoir porter fon
nom.
Au refte les Medailles de cette Colonie
font très - rares , je n'en connois que
trois , les deux premieres rapportées par
Goltzius , preuve aflez équivoque de leur
exiftence ; la premiere de Claude , COL .
AGRIPPINA . VBIOR. la feconde de
Neron , AGRIPPINA . COL. le Comté
Meffabarbe rapporte la troifiéme qui eft
de Poftume d'après Smetius , & le P.
(a) Tacite an. l. 1. c. 39. & 57.
(b) Luc 27.
2. vol.
Banduri B iiij
1280 LE MERCURE
Banduri l'a inferée dans fon Recueil par
mi les Medailles de Bronze , dont on
ignore le volume , elle eſt toute femblable
à la mienne pour le Type , & pour
la Legende de la tête : quant à celle du
Revers , la voici , COL . CL . ACRIPPINĂ.
cos . 11. c'eft à cette Medaille qui
peut-être eft la même que la mienne , celui
qui l'a copiée ayant mis l'explication
de la Legende pour la Legende même.
C'eft à cette Medaille , dis- je , que je fuis
redevable de l'explication de la mienne.
J'oubliois à vous dire que la Medaille a été
frappée en 267. qui eft l'année du quatriéme
Confulat de Poſtume. Si ces Confulats
ne font pas marquez dans les faftes , c'eft
que la coutume étoit de n'y écrire que les
Confuls élûs à Rome , & que le Senat
reconnoilloit. Je fuis très-parfaitement ,
Monfieur , vôtre ferviteur.
A Orleans le 14. Aouft 1723.
Nous prions l'Auteur de la Lettre de
vouloir bien envoyer un deffein exact de
la Medaille en queftion , & de citer le
Cabinet où elle fe trouve pour la fatisfaction
des Antiquaires , &c.
To vol.
IDILLE
DE
DECEMBRE 1723 . 128 1
IDILLE fur une Abfence.
L
A jeune Floriſe eft abfente ,
Pleurez, mes yeux , laiffez - vous attendrir
,
Je n'en rougirai point , le mal qui me tourmente
,
Vient d'une caufe trop charmante ,
Pour craindre de le découvrir.
Tandis qu'en nos Vergers la fertile Pomone ,
Répand fes utiles faveurs ,
Tandis qu'aux avides Buveurs ,
Bacchus promet le jus de la nouvelle Automne ,
Lorfque tous les mortels heureux
Du fruit de leurs travaux vont goûter les doux
charmes ,
Deftiné feul à répandre des larmes ,
Je fouffre- ce qu'amour a de plus rigoureux.
La jeune Florife eft abfente ,
Pleurez mes yeux , laiffez-vous attendrir ,
Je n'en rougirai point , le mal qui me tour--
mente ,
Vient d'une caufe trop charmante ,

z. vol. Bv
Pour
282 LE MERCURE
Pour craindre de le découvrir.
Florife cependant eft fincere & fidele ,
Elle fçait aimer mais , helas !
L'amour quand le devoir l'appelle ,
N'eut jamais droit de retenir'ſes
pas.
Lorfqu'une heureufe fimpathie ,
Forma l'union de nos cueurs
La barbare raiſon fe mit de la partie,
Source de toutes mes douleurs.
Raifon à me nuire conftante ,
Quels maux ne fais- tu point fouffrir ?
La jeune Floriſe eſt abfente ,
Pleurez, mes yeux , laiffez - vous attendrir.
Le mal cruel qui me tourmente ,
N'eft point un mal dont je puiffe guerir,
Mais quoi dois -je traiter la Raifon de barbare,
Elle dont le flambeau daigna bien m'éclairer ,
Quand je connus cette vertu fi rare ,
Que tout mortel doit admirer.
N'accufons que le fort du malheur qui me prefſe ,
Déformais à tes loix je veux être foumis ,
Raifon , toi qui conduit mon aimable maîtreffe ,
Chez une auffi charmante hôteffe
2. vol.
Tu
DE DECEMBRE 1723. 1283
Tu n'auras jamais d'ennemis.
Mais ne viens point à ma mélancolie ,
T'oppofer par de vains difcours
Ainfi
Elle me plaît , foit fageffe ou folie ,
Je veux l'entretenir toûjours.
Et quoi ! ma Floriſe eſt abſente,
Et mes larmes pourroient tarir ,
+
que mon amour , ma douleur eſt conſtante ,
Pleurez , mes yeux , laiſſez - vous attendrir ,
Pleurez , le mal qui me tourmente
N'eft point un mal dont je puiffe guerir.
XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite de Montpellier , Sur
une inondation extraordinaire , arrivée
dans le bas Languedoc , au mois d'Octo
bre dernier.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les principales
circonftances . La pluye commença
de tomber ici , abondamment le premier
jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
2. vol. B vj routes
1284 LE MERCURE
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux circonvoisins
; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des maifons
les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Manufactures
, y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe déborda
tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Religieufes
de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coûtume
, dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le torrent
avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Montpellier
, & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & endommagé
les fondemens ; fix' perfonnes:
2. vol. furent
DE
DECEMBRE 1723. 1285
furent écrasées & ſubmergées tout à la
fois fous les ruinés .
Toutes les Campagnes voifines n'étoient
qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez . L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret .
Le Meûnier fe voyant tout-à - coup &
de toutes parts invefti par les ondes , propofa
à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recommandant
de le ferrer étroitement , & de
,
n'avoir point de peur : il prit en mêmetemps
avec les dents un enfant de trois
mois , par le maillot ; & nonobftant ce
double fardeau , il eut le bonheur d'arri
ver fain & fauf à un rivage élevé ; mais
la frayeur & le froid ayant faifi la femelle
tomba en foibleffe ; alors le Meû .
nier fe remit dans l'eau & alla chercher
une bouteille d'eau de vie qu'il avoit laiffée
dans la maiſon abandonnée . A peine
eut- il pris la bouteille , que la maiſon &
le moulin furent abîmez . Il vint au fecours
de fa femme , qu'il fortifia par le
moyen de l'eau de vie . Je vous affure ,
2. vol.
Mon1286
LE MERCURE
Monfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodigieufe
quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , prefque
entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de - là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi grande
, qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit .
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Villes
du hut Languedoc , & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
2. vol.
difes
DE DECEMBRE 1723. 1287
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Marchandiſes
confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées environ
deux millions.
Les autres Rivieres qui ont débordé enmême-
temps , depuis Beziers jufqu'à Nifmes
, ont auffi caufé de grands ravages ,
particulierement celle qu'on nomme leHe.
ran, dont toutes les Prairies voisines ne font
plus qu'une Greve ſterile ; il ne reste plus
fur fes bords que huit à dix arbres
d'une infinité qu'il y en avoit , & qui formoient
un ſpectacle champêtre , des plus
agréables ; deforte que ces bords font à
prefent tout ruinez & d'une nudité affreufe.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en particulier
eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention.
2. vol.
1288 LE MERCURE
Il faudroit un volume entier pour faire
un détail exact des degâts horribles que
celle- cy a caufé. Un Voiturier qui conduifoit
douze Mulets chargez d'Huile ,
en fut la derniere victime , fes Mulets
avec leur charge périrent auffi. On
croit enfin que dix ou douze millions répareroient
à peine les dommages de cetté
inondation , laquelle a déraciné une gran
de quantité d'Oliviers , ce qui a ruiné
beaucoup de Particuliers , &c. Je fuis ,
Monfieur , & c.
S
STANCE S.
Ur une jeune & très aimable perſonne
qui a été attaquée de la petite verole
, & qui a effuyé cet accident fâcheux
avec une fermeté peu ordinaire dans le
beau fexe , toûjours allarmé d'une maladie
qui diminue très- fouvent le pouvoir
de fes charmes. Ces Stances peuvent
fe chanter fur un air très - connu & -
aifé à trouver. Le fameux Chanfonier
Belot s'en eft fervi avec un fuccès brillant.
A la jeune Iris .
Un mal affreux qui chez les Belles ,
Infpire des terreurs nortelles ,
2. vol. Vous
DE
DECEMBRE 1723. 1289
Vous
attaque fans vous troubler:
Quel héroïque caractere !
Ce mal ne peut vous ébranler ,
Lorfqu'il fait trembler tout Cithere.
Votre danger qui nous tourmente ,
Loin de vous caufer l'épouvante
Vous fait lâcher cent mots plaiſans ; *
Vous offrez un Spectacle unique ,
Dans une Beauté de qui nze ans ,
On trouve l'Ame d'un Stoique.

D'un poifon qui fouvent outrage
Le plus adorable visage ,
Vous ne redoutez point les traits =
De quoi s'aviſe , je vous prie
Votre tête pleine d'attraits ,
De loger la Philofophie ?
M
L'Amour tremblant pour fon empire ,.
Auprès de votre lit ſoupire ,
Et l'on penferoit aujourd'hui ,
Quand vous riez de fes allarmes
2. vol.
Que
1190 LE MERCURÉ
J
Que la perte
n'eft que pour lai ,
S'il vous demeure moins de charmes .
Que c'eft à tort qu'il s'inquiette !"
Votre beauté toûjours parfaite ,
Au noir venin ne tede pas :
Qu'Amour fe livre à l'efperance ,
Vous ne perdrez point vos appas ,'
Il ne perdra point fa puiſſance.
Dans un temps où les plus aimables
Deviennent toûjours effroyables ,
Votre air eft encore affaffin
Vous lancez les plus vives flames ,
Quoique foumise au Medecin ,
Vous affujettiffez nos ames.
Loin que des fupports d'Hipocrate ,
Le lugubre afpect vous abatte ,
Les graces forment votre Cour :
Votre agrément toujours nous frappe ;
Ah ! chez vous feule on voit l'Amour
Se mêler avec Efculape.
2. vol. Mais
DE DECEMBRE 1723. 1291
Mais , quoi ! d'une fanté fi chere ,
Le retour pour lui neceffaire ,
Enchante l'enfant de Cipris ;-
Dans ce jour heureux , falutaire ,,
Je répons du plaifir du fils ,
Et non de celui de la mere.
Il faut par tout qu'on folemnife
Ce jour , quoique Venus en diſe
Dieu de Paphos ne crains plus rien ,
Dieu d'Hélicon , fait des Balades ,
La jeune Iris fe porte bien ,
Que de coeurs vont être malades.
2. vol.
LET1192
LE MERCURE
XX:XXXXXXXXXXXXX
LETTRE à M. l'Abbé de Vertot ,
de l'Academie des Infcriptions & Belles
Lettres , touchant un Manuferit , juf
qu'ici inconnu , de l'Abbaye de faint
Victor de Paris , qui contient l'Hiftoire
des premiers Ducs de Normandie , par '
Guillaume Moine de Jumieges , fans
aucune des interpolations on additions
qui fe trouvent dans les Editions que
Camden & Duchefne ont données de
cette Hiftoire.
V
Ous me fçaurez , fans doute , gré ,
Monfieur , de vous apprendre la
'découverte d'un Manufcrit de l'Hiftoire
de Guillaume de Jumieges , qui eft la
preuve complette de ce que nous avons
dit l'un & l'autre de l'Hiftoire imprimée
de cet ancien Ecrivain , en deffendant let
droit de nos Ducs de Normandie fur lat
Bretagne , contre le R. P. Lobineau.
Il s'agit avec lui de fçavoir , fi la mouvance
de ce dernier païs , ne fut pas donnée
à ces Princes , & files Ducs de Bretagne
ne leur en ont pas fait hommage ,
comme tant d'Auteurs l'ont affûré , fans
qu'aucun autre l'ait nié.
Le fçavant Benedictin rejette toutes
2. vol.
nos
DE DECEMBRE 1723. 1293
nos preuves , à l'égard de la donation
parce qu'elles n'ont , dit-il , pour fondement
que l'Hiftoire des Ducs de Normandie
de Dudon , laquelle eft auffi peu
croyable que la Theogonie d'Hefiode ,
tant elle eft fabuleufe ; outre que cet
Ecrivain étoit déja affez éloigné du temps
en queftion : & il ne reconnoît les hommages
que depuis celui, que Geofroy Duc
de Bretagne rendit en 1169. à Henry le
jeune , Duc de Normandie , fon frere.
aîné , par ordre de Henri II . Roy d'Angleterre
leur pere , & qu'il renouvella à
Angers en 1182. foit , ajoûte -t-il , qu'il
ne fût pas inftruit de tous fes droits , on
qu'il ne trouvât pas qu'il fût temps de les
faire valoir. ( a )
Nous lui reprefentons qu'à s'en tenir
à fon principe , il doit donc au moins
nous paffer encore deux autres hommages
plus anciens
puifqu'ils
font >
aufli atteftés par des Auteurs contempo-.
rains ; ce qui donne une grande vrai -femblance
à ceux dont Dudon fait mention.
L'un de ces hommages eft celui que le
Duc Alain Fergent fit G volontairement
à notre Duc Henry I. Roy d'Angleter-
(a) Voyez la nouvelle Hiftoire de Bretagne ,
som. I pag. 155. 166. & tom. 2. pag. 78. comme
auffi la Réponſe du P. Lobineau , au Traité de la
mouvance de Bretagne. pag. 222.
2. vol.
re ,
294
LE MERCURE
re , qui donnoit une de fes filles naturel
les en mariage à Conan , fils du même
Alain , & dont parle Orderic , à l'occafion
du traité que ce Monarque conclut
à Gifors en 1113. avec Louis le Gros ,
Roy de France , qui lui ceda alors la
Bretagne entiere (a) Et l'autre hommage
eft celui que le Duc Alain Ruibriz
ne fit que malgré lui à nôtre Duc Robert
II. vers l'an 1030. dans l'Abbaye
du Mont S. Michel , en prefence de
Robert de Normandie , Archevêque de
Rouen , leur oncle , qui n'avoit obtenu
pour lui la paix de ce Prince qu'à une telle
condition , ainfi qu'il eft rapporté par
Guillaume de Jumieges. (b)
(a) Ambo itaque Reges in ultima Martië
hebdomada Gifortis convenerunt,& ex utraque
parte jurata pace cum magno multorum gaudio
amoris vinculo complexati funt. Func Ludovicus
Henrico Bellifmum & Cenomanenfium
Comitatum totamque conceffit Britanniam,
Fergannus etenim Britonum Princeps homo Regis
jam factus fuerat , Rex autem Conano filio
ejus filiam fuam fpoponderat, Ord. p . 841 .
(b) Voici les paroles tirées du manuſcrit même
de S. Victor , Livre vi . Britannorum quoque
Comes Alanus protervia faftu elatus à Roberti
Ducis fervitio fe furripere pertinaciter eft
agg effus , &c.
Sumens eum Praful fuz interpofita fide ad
Sancti Michaelis Montem adduxit , ad clementiam
fi quidem Ducis illum invadere dif-
2. vol.
Cet
DE DECEMBRE 1723. 1295
نم
Cet adverfaire preffé par des autoritez
fi formelles , n'a pas trouvé d'autre
moyen pour s'en débaraffer , que d'avouer
que l'opinion , que la mouvance de
La Bretagne eut été autrefois cedee aux
Ducs de Normandie , quoique fondée fur
une erreur, s'établisfoit peu à peu , que
ces Ducs devenus Rois d'Angleterre étoient
encore plus en état de faire valoir leurs
pretentions ce qui fit que Louis ceda à
Henry cette mouvance par le traité que
nous alleguons , mais neanmoins que
l'hommage de Fergent , qui ne fe trouve
en aucun autre Hiftorien qu'Orderic ,
parcît douteux , qu'il feroit même
faux , s'il falloit l'entendre de l'an 1113 .
puifque Fergent avoit abdiqué le Duché.
dès l'année precedente . C'est dans la réponfe
qu'il a faite fous le nom d'un ami ,
page 221. A l'égard du témoignage de
Guillaume de Jumieges pour l'hommage
forcé d'Alain Ruibri , il remarque page
214. de la même Réponse qu'il n'y a pas
d'apparence que cet Auteur fut déja au
monde l'an 1029. qui eft la date de ce
démêlé , puifqu'il écrivoit l'Hiftoire de
ponentis.Quorum pracordia nimium rigida, propitiante
Christo , ilicò ad quietem compofuit,
ut omni diffentionum motu fedate , ferina eos
uniret concordia. Alanum in fervitio Ducis
pacta fidelitate fupplicem omninò complicans,
2. vol.
Henry
1196 LE MERCURE
Henry 1. Roy d'Angleterre en 1137.
qu'ainfi ce n'est que par oui dire qu'il rapporte
ce fait.
Mais une femblable réponſe n'étant
qu'une défaite , nous lui demandons ſur
le premier de ces Auteurs , pourquoi il
lui plaît d'ajouter plutôt foi à Orderic ?
quand il dit feul que la mouvance de la
Bretagne entiere fut accordée par le traité
de Gifors au Roy Henry , que lorfqu'il
dit feul , que Fergent avoit dès auparavant
fait hommage à ce Monarque ; car il
'eft pas aifé de trouver de raifon folide
d'une telle difference : & fur le fecond
Auteur , nous lui difons qu'il ne peut
encore être à fçavoir , puifque le fait faute
aux yeux des moins éclairez , que l'Hiftoire
de Guillaume de Jumieges a été
continuée par un Ecrivain affez pofterieur
, que Chiflet conjecture avoir été
Moine du Bec par fon attention particuliere
à faire connoître cette celebre Abbaye.
Nous croyons encore qu'il a appris
comme nous d'Orderic , que cette Hif
toire ne paffoit point la bataille de Senlac
, qui en 1066. donna à Guillaume le
Batard , Due de Normandie , la Couronne
d'Angleterre avec le glorieux furnom
de Conquerant , & que ce fut enfuite
de ce grand évenement que l'Au-
2. vol.
teur
DE NOVEMBRE 1723. 1297
teur la dédia à ce Monarque par une Epitre
qui eft encore au devant de fon ouvrage
, laquelle il cite lui- même. (a)
Nous prétendons de plus qu'il a auffi lu
comme nous l'endroit de cette Hiftoire
où Guillaume de Jumieges affure , qu'il
ne difoit rien des fucceffeurs du Duc
Richard II. mort en 1026. qu'il n'eut
vû de fes yeux , ou qu'il n'eut appris de
perfonnes trés-dignes de foi , ces Princes
ayant fleuri de fon temps ; ( b ) qui eft ce
qu'on trouve à l'entrée du Livre VI . &
en partie dans l'Epitre préliminaire à
Guillaume le Conquerant , dont cet adverfaire
fe prevaut dans fa Réponſe
page 194. Il en rapporte ces mots . Principium
namque narrationis ufque ad Richardum
II. è Dudonis periti viri Hiftoria
collegi & pourroit- il n'avoir point
remarqué auffi ceux qui fuivent immédia-
(a) Guillelmus quoque cognomento Calculus
Gemeticenfis Monachus ... poft certamen Senlaceium
narrationem fuam confummavit
Guillelmo que Regi fubtiliffimo fua gentis obtulit.
Ord. p. 618.
·
(b) Hactanus clariffimis pracedentium Normanorum
Ducum geftis in elimato ſtili nitore in
propatulum expreffis confequens videtur, ut, qui
floruerunt atate noftri temporis, in hujus ftadio
Gymnafii opportunum obtineant locum ftationis
, quorum actus partim intuitu , partim veracium
comperimus relatu , G. Gemet l . v1 . c. 1 .
2. vol.
C tement?
1298 LE MERCURE
.
tement ? Reliqua vero que partim relatu
plurimorum ad corroborandam fidem aquò
idoneorum annis & rerum experimentis ,
partim certiffimo indice , proprio visu.
didici.
Enfin il eft clair qu'il a encore vû
comine nous que Guillaume de Jumieges
ne pouvoit être l'Auteur qui écrivoit
I'Hiftoire de Henri I. Roi d'Angleterre
en 1137. puifqu'il cite auffi dans la Ré
ponte , pag. 195. ce qu'Orderic dit , que
ce premier Ecrivain avoit abregé l'Hil
toire de Dudon des trois Premiers Ducs
de Normandie , Rollon , ou autrement.
Robert I. Guillaume Longue efpée , &
Richard I. & qu'il avoit compofé avec la
même brieveté celle des quatre Ducs fuivants,
Richard II.Richard III.Robert II.
& Guillaume le Conquerant, ce qui exclut
nonfeulement Henri I. mais encore
Robert III . fon predeceffeur . Actus trium
Ducum Dudo ... eloquenter enarravit ...
quem Guillelmus ... Gemeticenfis ... eleganter
abbreviavit , & de quatuor Ducibus
, qui fuccefferunt , breviter & difertè
res propalavit. Ord. p. 458. Or c'est là
ce qui femble ne laiffer aucun fubterfuge
au nouvel Hiftorien de Bretagne .
Cependant , Morfieur , comme fes
Confreres affurent qu'il eft toûjours dans
le deffein de repliquer , pour tâcher de
2. vol.
Vous
DE DECEMBRE 17.23 . 1299
à
vous ôter l'avantage que vous avez fur
lui par votre dernier Ouvrage fur la dépendance
des Bretons ; & qu'il l'executera
après que l'édition de l'Hiftoire de la
Ville de Paris , qui l'occupe fi utilement
pour le public , fera achevée , il cherchera
peut être , malgré nos preuves ,
rendre encore incertain l'hommage particulier
du Duc Alain Ruibriz , en foûtenant
qu'il peut être feulement une
des additions du Continuateur de Guillaume
de Jumieges , qui y a même inferé
d'autres faits plus anciens que celui -la.
Mais alors vous lui feriez bientôt abandonner
encore ce dernier retranchement
du Manufcrit le moyen nouvellement
découvert , qui eft fans aucune interpolation
, & dans lequel pourtant on trouve
auffi l'hommage de cet Alain , l'Epitre
dédicatoire au Roy Guillaume , &
l'endroit où l'Auteur fe dit contemporain
des Ducs fucceffeurs de Richard II. Après
cela il ne lui restera donc plus & à tous les
autres Bretons , que la liberté de continuer
toûjours , fi bon leur femble, pour leur confolation
, à fe plaindre de la violence de nos
Ducs de Normandie à l'égard de leurs
Princes, qu'ils contraignoient de la forte à
fubir leur joug par la force des Armes : &
c'eft en quoi ils n'auroient qu'à fe joindre
aux peuples d'Angleterre , de Pouille &
par
2. vol.
Cij
de
1300 LE MERCURE
de Sicile, que les Normands avoint pareillement
foumis à leurs loix , fi ce n'eft que
ceux - ci regardent encore à prefent comme
un bonheur pour eux , d'avoir été
autrefois fous leur domination , tant elle
leur fût falutaire. (a )
Au refte ce qui m'a donné occafion de
déterrer ce Manufcrit eft une priere qu'on
m'a faite , de voir s'il n'y auroit point dans
Paris de Manufcrits des Hiftoriens des
Normands de Duchêne, dont le recueil eft
devenu fi rare & qu'on veut par cette raifon
réimprimer à Rouen , car on fouhaiteroit
pouvoir avec leur fecours rétablir dans
lanouvelle édition , ce qui eft défectueux
dans l'ancienne. Plein de bonne volonté
pour le fuccés d'un deffein fi utile , j'ai
vifité les Bibliotheques les plus riches en
cette forte de trefors , & c'eft dans celle
de faint Victor que j'ai trouvé le Manufcrit
dont je parle , que M. Boucher , Bibliothequaire
de cette Royale Abbaye ,
m'a fort obligeamment communiqué. Il
eft cotté 819. & eft d'environ 450. ans.
J'en ai vû encore un autre cotté 419. qui
Voyez ce qu'ont dit là-deffus Camden , dans
fa Defcription de la grande Bretagne , après
Guillaume de Malmefburi & Profper Fazele dans
fon Hiftoire de Sicile , dont les paflages ont été
rapportez dans la Diflertation fur lamouvance de
ja Bretagne. pag. 148. & 149 .
2. vol eft
DE DECEMBRE 1723. B30
eft au plus de 200. ans. Mais toutes les
additions , qui font dans l'Hiſtoire imprimée
de l'Auteur, s'y rencontrent, & elles
font-auffi dans trois Manufcrits de la Bibliotheque
du Roy , dont le plus ancien
n'a pas 300. ans.
J'avoue que je n'eûs pas peu de joye
quand je reconnûs, que le premier de tous
ces Manufcrits contenoit l'Hiftoire pure
de Guillaume de Jumieges , que nous fouhaittions
tant , mous autres Normands , de
pouvoir découvrir. Et il me parut affez
étonnant qu'il eût échappé au fçavant
Duchêne , lorfqu'il fit imprimer cette
Hiftoire à Paris en 1619. lui qui étoit fi
fort à portée pour le trouver, & d'ailleurs
fi ardent pour de telles recherches ;
car il marque qu'il avoit eu foin de com-
#parer
l'édition de Camden avec les Ma- .
nufcrits qu'il avoit connûs.
Le P. le Long a obfervé dans ſon excellente
Bibliotheque Hiftorique de France
, N. 14658 que la continuation de la
même Hiftoire s'eft faite à deux fois .« Que
d'abord on la conduifit jufqu'à la mort
>> de Guillaume le Conquerant , arrivée en
1082. ( lifez 1087 ) & qu'enfuite on la
"pouffa jufqu'à la proclamation d'Etienne
» fucceffeur de Henri I. en 1137. (a ) fur
(a ) Cette proclamation de 1137. fut feulement
pour la Normandie , car à l'égard de l'Angleterre
2. vol .
Ciij quoi
1302
LE MERCURE
*
quoi il cite un mémoire qu'il dit que je
lui ai fourni . Mais il faut que ce fçavantami
, dont je regrette toûjours très vivement
la perte , ait joint quelqu'autre mé--
moire au mien ; car ce n'a jamais été la
mon fentiment , & je ne vois même rien
dans cette continuation, qui porte à penfer
qu'elle vienne de differens Auteurs
ce dont j'avertis le même ami , quand
j'eus lû cet endroit de la Bibliotheque. /
En effet , il m'a au contraire toûjours
paru qu'elle venoit d'un feul Ecrivain ,
& c'est ce que je crois auffi des interpolations
qu'on a fourrées dans le corps de
l'Hiftoire , à l'exception de quelques- unes
qui femblent venir d'un Auteur plus ancien.
(a) Guillaume de Jumieges l'a finie
au chapitre 42. du livre 7. imprimé , où
il rapporte la Bataille de Senlac de l'an
1066. & dès le chapitre fuivant le Con-
Etienne avoit été couronné Roi dès le 26. Decembre
1135.
(a ) On parle , par exemple , au Livre 6. ch.
9. de S. Anfelme comme mort , & au livre 7 .
ch. 21. comme étant encore vivant ; ces 2. chapitres
font également ajoûtez , ainfi ou ils font
de deux Auteurs , ou il faut fuppofer que l'Auteur
du 9 avoit pris le 12 fans y rien changer,
dans quelque chronique ou mémoire fait du temps
de S. Anfelme & il eft vrai que les interpo ateurs
des livres étoient alors affez peu fur leurs gardes ,
pour ne pas tomber en contradiction avec eux
mêmes , ce qui les fait fouvent reconnoître.
2. vol.
tinuateur
DE DECEMBRE 1723. 1303
tinuateur parle de Robert Guifchard , &
d'autres Seigneurs Normands , établis ent
Italie jufqu'à Roger II. qu'il remarque
avoir été créé Roi de Sicile par l'Antipape
Pierre de Leon , ( qui lui fit en même
temps époufer fa foeur . ) Il ajoûte que
ce Prince avoit vêcu près de huit ans
avec ce faux fouverain Pontife & c'eft ce
qui va jufqu'en 1138. celui- ci qui mourut
en cette année, n'ayant été élu qu'en 1130
Au 44. chapitre , qui eft le dernier du
livre , il rapporte feulement la mort &
les obfeques de Guillaume le Conquerant
, & il déclare que c'eft pour abre
ger qu'il ne dit rien des actions de ce
Prince depuis fon Regne en Angleterre ,
ce qui montre qu'il n'avoit pas cû deffein
de continuer l'Hiftoire de Guillau
me de Jumieges par rapport à ce Monarque.
Or le 8. livre qui contient le refre
de la continuation de cette Hiftoire
ne paffant pas l'an 1137. où feroit la
raifon de ne le pas attribuer auffi à l'Auteur
des deux derniers Chapitres du livre
precedent , qui font la premiere partie
de cette continuation, & qui vont jufqu'en
1138 .
Bien plus il eft - manifefte qu'on a voulu
mettre une telle liaiſon entre cette
Hiftoire & ce qu'on y ajoûtoit , que le
tout parut être de Guillaume de Jumie-
>
2. vol.
C iiij ges ;
7304
LE MERCURE
ges ; car n'eft-ce pas là ce qui eft fenfi
ble dans le 21. Chapitre du 7. livre ,
où on promet de faire encore un autre
livre pour y donner auffi l'Hiftoire de
Henri I. mort feulement en 1135. Guillaume
de Jumieges , à l'occafion du mariage
de Guillaume le Conquerant avec
Matilde de Flandres , fe contente d'ob
ferver dans le Manuferit , » que ce Prin-
» ce cut dans la fuite plufieurs fils & filles ,
& que Robert qui étoit l'aîné , lui avoit
fuccedé pour le Duché dès fon vivant,
qu'il prioit Dieu qu'il le pût gouverner
» pendant de longues années , & que s'il
» vivoit auffi de fon côté, il parleroit plus
> amplement de lui dans fon lieu : ( a )
» mais fon continuateur à jugé plus à pro-
» pos de lui faire dire en détail , que de ce
»mariage de Guillaume avec Matilde , il
» fortit quatre fils , fçavoir, Robert , Guil-
»laume , Richard & Henri, que Robert tint
quelque temps le Duché après fon pere ,
que Guillaume poffeda 1 3. ans le Royau
me d'Angleterre , que Richard mourut
» jeune , & que Henri fucceda enfin à
גכ
"
(a) De qua ( Matildi Guillelmus ) fuccedentibus
annorum ( lege annis vel adde curriculis
) filios filiafque genuit , ex quibus poftmodùm
in Ducatu Genitori Robertusfucceffit functus
honore patris , & utinam tempore longo;
de quo , fi vita comes fuerit , plenius à nobis
dictabitur in locis.
2. vol.
fes
6
DE DECEMBRE 1723. 1305
» fes freres , tant au Roy qu'au Duc.
Que Guillaume eut auffi quatre filles
» & qu'avec l'aide de Dieu , il traitteroit
» de tous ces Princes & de toutes ces
» Princeffes dans le livre fuivant , qu'il
>> deftinoit pour l'Hiftoire du Regne glo-
>> rieux de Henri. ( a ).
On voit auffi , par cet exemple , quelle
liberté ce Continuateur s'eft donnée dans
ce qu'il a ajoûté au texte de l'Hiftoire . On
fçait par Oderic , pages 509. & 545. que
Guillaume le Bâtard lepréparant à la conquête
de l'Angleterre, déclara Robert fon
fils aîné fon fucceffeur au Duché de Normandie
, qu'il le lui confirma encore dans
une maladie , qu'il obligea même les grands
Vaffaux de ce Duché à lui faire homma--
ge ; & que retournant en Angleterre en
1067.il laiffa la Reine fa femme & ce jeune.
Prince pour gouverner les Païs avec le fe-
Cours de fages Confeillers qu'il leur donna.
C'eft.feulement . de cette fucceffion de
(a) Genuit autem ex ea procedenti tempore
filios quatuor Robertum, qui post cum Ducatum
Normania aliquandiu tenuit & Guillelmum ,.
qui Regnum Anglia 13. annis prafuit , & Richardum
, qui juvenis deceffit , & Henricum ,.
qui fratribus omnibus tam Regi. quam Duci
fucceffit , & filias quatuor , de quibus omnibus
tam viris quam feminis liber fubfequens,,
qui de geftis nobiliffimi Regis Henrici inſcribeturpro
modulo nostro , deo juvante , pertractaþit.
G. Gemeto l. 7, co :21.
CT Ro1306
LE MERCURE
1
Robert au Duché de Normandie du
vivant de fon pere , dont Guillaume de
Jumieges pouvoit parler , écrivant en cet
temps - là même , comme je le prouverai
encore plus clairement à la fin de cette
Lettre. Mais le continuateur a crû le
pouvoir vieillir tout à coup de 70. ans
pour lui faire raconter aufli quel fut le
fort des freres de Robert , dont cet Hiftorien
ne faifoit aucune mention particuliere
, & entre lefquels Henry qui ne nâquit
qu'en 1168. n'étoit pas encore au
monde , quand cet aîné fut affocié au
Duché. Auffi eft- ce pour couvrir ces fortes
d'additions que le Lecteur eft affez
fouvent averti qu'on lui en raporte les
faits par anticipation . Hec , y dit-on
per anticipationem dicta fufficiant. His
per anticipationem dictis ad ordinem Hiftoria
redeamus. His per anticipationem
breviter intimatis , &c. Voyez le Livre
6. c. 9. & le Livre 7. c. 26. 38. 44.
Cependant, Monfieur, c'eft là ce qui ne
vous furprendra pas , car Guillaume de
Jumieges n'eft pas le feul Hiftorien , qui
ait été traité de cette maniere , & vous
fçavez qu'entr'autres Aimoin de Fleuryfur-
Loire, beaucoup plus fameux que lui ,
a eu une deftinée toute femblable . Si un
préfumé Moine du Bec a interpolé l'Hifoire
de celui- la , & y a ajoûté un Livre
2. Vola
un
DE
DÉCEMBRE 1723. 1307
un Moine de S. Germain Defprez n'a- t'il
pas également , & prefque au même temps
interpolé l'Hiftoire de celui- ci , & ne
l'a - t'il pas auffi augmentée d'un Livre qui
finit en 1165. Tous deux ont voulu que
leurs additions paffaffent pour être des
premiers Auteurs , dont ils amplifioient
les ouvrages , & tous deux y ont inferé
ce qui regardoit leurs Monafteres . Tous
deux n'ont auffi impofé au public que
dans des fiecles groffiers , & tous deux
ont été convaincus de fraude , dès que
le lecteur eft devenu critique. Enfin comme
le Manufcrit de l'Abbaye de Fleury ,
& quelques autres qui font connus dès le
commencement du fciziéme fiecle , &
fur lefquels Duchefne a donné fon édition
de l'Hiftoire d'Aimoin , ont mis les
fçavans en état de démêler dans les autres
éditions ce qui n'eft point de cet
Auteur ; le Manufcrit de l'Abbaye de
S. Victor leur va donner auffi la même
fatisfaction pour l'Hiftoire de Guillaume
de Jumieges , par la nouvelle édition
qu'on leur prepare , où l'on ne manquera
pas de le fuivre. Ainfi le mal fera abfolument
reparé. La confufion que ces
deux continuateurs ont jettée dans l'une
& dans l'autre Hiftoire par leurs interpolations
, n'embaraffera plus perfonne ,
& on leur fera du moins encore redeva-
2g vol. }
Cvj
ble
1308 LE MERCURE
ble de la connoiffance de certains faits
qu'on ne trouve que dans leurs additions.
Le celebre P. Labbe fit imprimer en
1660. à la fin du deuxième tome de fes.
Differtations fur les Auteurs Ecclefiaftiques
, fon jugement fur les interpolations
de l'Hiftoire d'Aimoin , qu'il a feparées
du texte avec beaucoup d'exactitude
pour les reftituer au Moine de S. Germain
Defprez ; mais je ne ferois , Monfieur
, que vous ennuyer , fi j'entreprenois
de difcuter ici pareillement toutes les
interpolations de l'Hiftoire de Guillaume
de Jumieges , pour les rendre auffi au
préfumé Moine du Bec , à qui elles appartiennent
, & vous les connoîtrez fuffi-
Lamment par l'idée generale que je vais
vous en donner.
L'Interpolateur a ajoûté dans le premier
Livre le deuxième Chapitre , où il
décrit après Dudon le pays dont les Nor
mands étoient originaires , & dans le
deuxième Livre les 8. premiers chapitres
à
peu de chofe près , & le dix-neuviéme
qu'il a auffi tirez de Dudon , & qui .
ne contiennent que quelques actions des
mêmes Normands , lefquelles s'étoient
paffées avant qu'ils defcendiffent par la.
Seine en France avec Rollon . Mais d'autre
part il a retranché du neuviéme chapitre
les paroles fuivantes , où Guillaume
2. vol. de
DE DECEMBRE 1723. 13·09
C 'de Jumieges dit que lorfqu'ils furent ar
rivez à Rouen , cette Ville leur paru
propre pour être la Capitale de l'Eta
qu'ils vouloient former dans le Royaume ;
qu'ils élûrent au fort un d'entre eux ,
nommé Rollon pour être leur Seigneur
& le Prince de leur Milice , & qu'ils lui
firent ferment de fidelité. Unum ex femetipfis
nomine Rollonem forte eligentes ,
quem fibi Dominum , Militiaque fua
Principem pacta ei fidelitate perficiunt.
Apparemment que l'Interpolateur a
rejetté cet endroit comme abſolument
faux , à caufe qu'il n'eft pas à croire que
Rollon ne fut pas le chef de ces Normands
, dès qu'il partit avec eux de leur
commune patrie . Mais c'eft ce qui ne
devoit pas empêcher cette nouvelle élection
, & il eft fort vrai - femblable , que
Guillaume de Jumieges l'a feulement
avancée , & qu'elle ne fe fit qu'après que
les Normands fe virent affurez de conferver
le pays dont ils s'étoient emparez.
N'étoit- il pas alors naturel qu'ils fiffent
un nouveau traité avec leur General , tant
pour partager ce pays avec lui , que pour
I'en reconnoître le Seigneur dominant
& lui faire hommage de leurs portions ;
car Charles le Simple ne le ceda pas
à
lui feul , mais à lui & à fes Comtes , à
condition d'aider à défendre le Royau-
2. vol.
me
ISTO
LE
MERCURE
me. C'eft ce que ce Monarque témoigne
lui-même expreffement dans uneChartre,
où il uniffoit l'Abbaye de la Croix -Saint-
Leufroy à celle de S. Germain des Prez ,
en en exceptant la partie qu'il avoit déja
donnée à ces étrangers : Prater partem
ipfius Abbatia , quam annuimus Nor
mannis Sequanenfibus videlicet Rolloni
fuifque Comitibus pro tutela Regni. Cette
Chartre fe trouve dans l'Aimoin interpolé
page 3 50 .
Les Normands n'étoient point proprement
les fujets de Rollon avant que ce
Monarque leur eut abandonné leur conquête
, & il n'avoit d'autre autorité fur
eux , que celle qu'ils avoient bien voulu
lui accorder pour le fuccès de l'expedition
qu'ils entreprenoient fous fa condui
te , & de laquelle il leur étoit libre de fe
retirer. Ainfi quand on les laiffa maîtres
de la Province qu'ils avoient ravagée ,.
c'étoit une neceffité qu'ils contractaffent
de nouveaux engagemens pour leur propre
fureté , & pour fixer leur Gouver
nement.
L'Interpolateur a encore ajoûté ce qui
eft dit dans le chapitre 12. que les peuples
de France étant épouvantez des defordres
que commettoient l'armée de
Rollon , plufieurs lui p yoient des tributs
pour s'en exempter ; mais que plu
2. vol.
Geurs
DE NOVEMBRE 1723. 1311
fieurs auffi lui réfiftoient , comme encore
ce qu'on lit dans le chapitre treiziéme
touchant les Comtes de cette armée , &
dans le dix - huitième , ce qui regarde les
donations que Rollon fit aux Eglifes après
fon Baptême , felon Dudon .
Il ne paroît pas avoir touché au troifiéme
livre , ni au cinquième , & il a feulement
inferé dans le chapitre dix - huitiéme
du quatriéme livre , ce qui y eft dit
des fils naturels du Duc Richard , pour
avoir occaſion de parler auffi du Bienheureux
Herluin , Fondateur & premier
Abbé du Bec , qui étoit un Gentilhomme
attaché à Gilbert , Comte de Briofne ,
fils d'un de ces Princes . Il a augmenté
un peu davantage le fixiéme livre , y
ayant ajoûté à la gloire de la même Abbaye
le neuviéme chapitre qui eft fort
long , avec ce qui eft remarqué dans le
feptiéme de la fin tragique de plufieurs
Seigneurs de la Maifon de Bellefne , qui
s'éteignit bien- tôt après , & ce qu'on trouve
dans le deuxième touchant Nicolas
fils du Duc Richard III . qu'il dit avoir
été élevé à S. Ouen de Rouen , & en
avoir enfuite été Abbé durant près de
jo . ans.
Je fuis bien aife d'avertir en paffant ,
que le fait de cette éducation n'eft pourtant
pas fans difficulté , parce qu'Orderic affu-
24. vol.
IC
¥312 LE MERCURE
re pages 530. & 710. que ce fut à Felcan
qu'on mit le jeune Prince , & qu'il
y fut inftruit par l'Abbé Jean , ce qui
eft d'autant plus vrai - femblable , que ce
Monaftere étoit alors celui que nos Ducs ,
qui en étoient les Fondateurs , affectionnoient
davantage. Il eft vrai que le
P. Mabillon s'eft declaré là- deffus pour
l'Interpolateur dans le quatriéme tome
de fes Annales , page 343 mais ce n'eſt
apparemment que parce qu'il l'a pris en
cet endroit pour Guillaume de Jumieges
, qui étant au moins de l'âge de cet
Abbé Nicolas devoit l'avoir bien connu,,
au lieu qu'Orderic n'avoit encore que 17 .
ans quand celui- ci mourut. (a)
de
( a) Le P. Mabillon fuppofe par méprife qu'Or
deric dit que ce. fut auffi à Fefcan que ce Nicolas
fut Abbé , car il le fait Abbé de Saint Oüen ,
même que l'Interpolateur de G. de Jumieges ;
mais ce fçavant homme a pourtant eu raifon de
lui préferer ce dernier Auteur pour le nombre des
années que Nicolas fut Abbé.
Au refte le P. Pommeraye foutient dans l'Hiftoire
de l'Abbaye de S. Ouen , pages 2-51 . & 256.
qu'il étoit fils de Richard II. & non pas de Richard
III ce qui eft contraire à ces deux Hiftoriens
, à l'ancienne Genealogie des Ducs de Normandie
, donnée par Duchefne , & à 'plufieurs
chroniques. Il s'appuye fur l'épitaphe qui fut
trouvée dans le tombeau de ce Nicolas , où il eft
dit fils du Comte Richard le jeune , & frere du
Comte Robert , ce qui eſt décifif ; mais cette
2 vols J'ai
DE DECEMBRE 1723 . 137g
J'ai a obferver auffi fur ce deuxième
chapitre une omiffion qui ne laiffe pas
d'être de quelque importance pour l'Hiftoire
de Normandie ; il eft dit dans le
Manufcrit de S. Victor que le Duc Richard
III. ( pere du même Nicolas ) laiffa
en mourant fon frere Robert , heritier
de fon Duché : Obiit fratrem füum Roepitaphe
n'a nullement l'air d'être du temps , &
elle n'aura apparemment été faite que bien après ,
la voici. Hic jacet Nicolaus Abbas hujus Canobii
filius Richardi Comitis Normannia junioris ,
frater Roberti Comitis , qui rediens ex Jerofolymis
apud Nicaam urbem mortuus eft &
fepultus. Hic autem Nicolaus canobium istud
So. an. rexit Prior nofter eximius, Obiit autemi
an. abinc. 1092. 3. cal . Martii.
La Chronique du 15. fiecle , d'où le P. Pomme
raye l'a tirée , marque feulement que plufieurs
des os de cet Abbé furent alors trouvez en une
pieche de plomb devant le grand Autel du coeur ,
qui eft fous l'invocation de S. Pierre , & Orderic .
dit qu'il fut enterré devant l'Autel de la Vierge ;
ainfi ce n'étoit done pas- là fa premiere fepulture ,
outre qu'on y auroit trouvé fon corps entier , &
que l'ufage n'étoit point dès lors de faire des cercueils
de plomb. Ce fut fans doute à la premiere
tranflation du corps de cet Abbé , qu'on le mit
dans une pieche de plomb , & qu'on y joignit
l'épitaphe dont il s'agit. Le P. Mabillon en a
corrigé l'erreur au tome de fes Annales p. 215;
mais il auroit été bon qu'il eut averti fur quelle
autorité il l'a fait . Il y lit fratris , au lieu de
frater & pater monachorum , au lieu de Prior
noster.
5.
2. vol.
bertum
1314
LE MERCURE
bertum heredem relinquens fui Ducatus.
Et il n'y cft point du tout parlé de ce fils."
D'autre part l'Interpolateur qui ne fait
nulle mention de cette declaration de Richard
, en faveur de fon frere , au préjudice
de fon propre fils , par rapport à
fa fucceffion , remarque que le jeune Prince
en fur privé , & que les Normands/
défererent unanimement le Duché à Robert
, ce qui donne à croire que cette préference
feroit venue de la nation , & non
pas de Richard , comme auffi que Nicolas
feroit né d'un mariage legitime. Par-`
vulus Richardo filius Nicolaus extitit, qui
terrena hæreditatis forte caruit ..... Robertus
autem totius Monarchia Comitatus ab om
nibus fubrogatur. Orderic femble avoir
regardé auffi ce Prince comme legitime.
Quand il dit que fon oncle le força dès
fon enfance à prendre l'habit de Moine à
Fefcan , car c'étoit pour le mettre hors d'état
de le pouvoir troubler dans la poſſeſfion
du Duché , compellente Roberto Duce
patruo fuo puer Monachus in Canobio Fif
canenfi fub Joanne Abbate factus eft. Cependant
l'ancienne Chronique Françoife'
⚫ de Normandie que Gabriel du Moulin a
ici fuivie dans fon Hiftoire, le fait expreffement
bâtard , & il eft très- probable qu'il
n'étoit rien de plus. C'eft que fi le Duché
lui avoit appartenu de plein droit par
fa
2. vol.
naife
DE DÉCEMBRE 1923. 1315
Haiffance , fon pere n'auroit jamais pú fe
réfoudre à le lui ôter pour le faire paffer à
fon frere qu'il devoit hair mortellement
& que les Normands auroient été indignez
d'une femblable lâcheté , loin d'y applaudir
comme ils firent ; car Robert ne venoit-
il pas de lui faire la guerre par une
revolte très- criminelle & n'étoit - ce paslui
qu'on foupçonnoit encore d'être coupable
du poifon qui leur enlevoit ce bon
Prince à la fleur de fon âge ? Mais ce n'eft
plus cela , dès que Nicolas n'aura été
que fon fils naturel , Richard au contraire
faifoit toûjours plaifir aux Normands
d'affurer ainfi le Duché à fon frere
par fa derniere volonté , pour le bien de
la paix , nonobftant fon crime , parce
que fans une telle précaution beaucoup
d'entre eux auroient pû chercher à le
conferver à ce fils naturel , ce qui auroit
caufé une cruelle guerre civile . Pour n'en
pas douter il n'y a qu'à fe fouvenir de la
conftance avec laquelle ils maintinrent
fort peu après dans ce Duché Guillaume
auffi feulement fils naturel de Robert ,
malgré toutes les confpirations des Princes
legitimes contre lui , quoiqu'il fut
encore enfant , de même que Nicolas ;
ainfi qu'ils l'avoient promis par ferment
à fon pere , lorfqu'il entreprit le voyage
de la Terre Sainte , durant lequel il mou-
2. vol.
rut
7316
LE MERCURE
rut ; c'eft là de plus ce qui fait voir pourà
quoi Robert ne le croiant pas encore en
fureté par la declaration de fon frere , & le
défaut de la naiffance de fon neveu , profita
du temps de l'enfance de celui - ci , felon
Pufage de ce temps- là , pour le faire Moine
de S. Benoît , ce qui lui ôtoit route
efperance de retour dans le monde .
Il y auroit encore d'autres raifons pour
prouver la bâtardife du fils de Richard
III. (a ) mais il faut achever de remarquer
ce que Guillaume de Jumieges doit à fon
Interpolateur. C'eft principalement dans le
feptiéme & dernier Livre qu'il a répandu
fés bienfaits , & on peut dire que ce Livre
cft plus de lui que de cet Hiftorien. Il l'a
enrichi prefqu'entierement des chapitres
3. 4. 12. 13. 14. IS. 16. 19. 20. 22. 23 .
25. 26. 29. 30. 32. 33. 43. & 44. &
celui- ci eft le dernier. Il a augmenté de
moitié les chapitres 2. 9. 10. 11. & 38
(a ) Comme , par exemple , le mariage de fon
pere qui femble n'avoi rété fait que vers le mois de
Janv.1026.auquel il affigna le douaire de ſafemme
par un acte qui eft au tome 7. p. 204. du Spicilege
de d'Achery, & Nicolas fut au plutard Abbé
de S. Ouen en 1042. De plus ce nom de Nicolas
ne paroît nullement être celui d'un préfomptif
heritier du Duché de Normandie , dont le Trône
n'avoit jufques- là été rempli que par des Roberts,
des Guillaumes & des Richards , noms i cheris
de la nation.
2. vol
le
DE NOVEMBRE 1723 . 1317
Le 3 4. & les trois fuivans n'en font qu'un
affez court dans le manufcrit ; enfin on
lui a encore l'obligation de quelques au
tres additions , & des dates des fameufes
batailles du Val des Dunes , & de Mortomer
que Guillaume le Conquerant gagna
en 1047. & 1054. & qu'il a fixé à ces
années dans les chapitres 17. & 24. mais
d'autre côté on ne lui pardonnera pas
ailément d'avoir fait difparoître de cette
Hiftoire la conclufion que l'Auteur y
avoit mife , ne l'ayant fupprimée que
parce qu'elle auroit fait appercevoir aux
plus groffiers l'illufion qu'il vouloit faire
à la pofterité par toutes ces liberalitez .
45
Guillaume de Jumieges y dit , qu'il
finit l'Hiftoire du Roy Guillaume à
la conquête de l'Angleterre , fe bor-
» nant à ce qui regarde fon regne Ducal,
Qu'il laiffe aux perfonnages éminens en
fageffe & en éloquence , qui font toû-
» jours auprès de lui , l'honneur d'écrire
» celle du nouveau Regne qu'il commen-
» ce fi glorieufement fur le Trône Royal
2
des Anglois . Que les grandes actions
» de ce Moparque qu'on a déja vûës font
» de sûrs garents de beaucoup d'autres
» pour l'avenir. Que pour lui , content de
» demander à Dieu , qu'il regne longtemps
, & heureufement fur fes nou-
» veaux fujets , qu'ils foient jaloux de le 2. vol.
con
1318 LELE MERCURE
conferver , qu'il acheve de foumettre
>> ceux qui font encore rebelles , & qu'il
» les gouverne tous en paix , il confacre
fa plume à décrire feulement les ac-
» tions de guerre & de paix des Ducs
" de Normandie . Qu'ainfi celles de Ro-
» bert , fon fils , ( âgé alors de 15. ans
» au plus ) qu'il a donné pour Duc , &
» pour Protecteur en fa place aux Norinands
, feront dans la fuite l'objet de
» fes veilles ; qu'ils ont beaucoup de joye
» de le voir fous un fi aimable fouverain
» en qui brillent la beauté , & les graces
» d'une fleuriffante jeuneffe , & que les
» vertus qu'il fait déja paroître leur don-
» nent droit d'efperer de retrouver bien-
>> tôt en lui toutes les grandes qualitez.
de fes glorieux ancêtres dont il porte
» le nom , en quoi il fournira auffi à fon
» Hiftorien une ample & digne matie-
>> re. (a)
(a) Hactenus illuftriffimos ac celeberrima
annalium pagina digniffimos Willelmi Regis
actus., quos in ( lege ut ) ordine narrationis
expeditum eft , in Ducatu , plurimos multos
jam in regno merita ultionis gladio juftitia
adverfarios debellando , geffit , per veritatis
tramitem directo fermone profecutus , bonis
quibufdam ad hortando faventibus , juxta noftri
tenuitatem ingenii confcriptos , ventura
atati in longum victuros trado . Qua vero nobiliffima
gefta , probiffimaque merita latifica
2. vol.
Telle
DE DECEMBRE 1723. 1319
Telle eft donc cette conclufion de
PH ftoire de Guillaume de Jumieges que
l'Interpolateur en avoit ôtée , & qui indique
fi clairement le temps auquel il la
compofoit. Comme on ne trouve rien de
fpe jam tenemus , latera illius ambientibus
fapientia & eloquentia proeminentibus viris
honeftam materiam honestis edendam faftis
relinquo. Ipfum autem pium atque orthodoxum
Regem fub Anglorum tutela Anglis feliciter
dominari. Anglos fortiter perdomare , justè
gubernare exopto. Sed quia Normannorum Ducum
pacem atque bella chronico digerere stile
decrevimus , ad Robertum ejufdem Regis filium
, quo in prafentiarum Duce & advocato
gaudemus, calami via dirigatur. Cum enim
pulcherrimo tam decentiffimi corporis , quam
gratiffima atatis flore vernans injuventute enitefcat
& ingenua virtue , qua veluti nomine
magnos reprefentabit avos , praclariffima opera
plurimorum notitia fcripto propaganda lege ,
propalanda ) fperamus annuente Imperatore
virginis filio , qui cum patre Sanctoque Pneumate
in vera aternitate , idem ineffabile potentia
omni prafidet poteftati , univerfaque in
mobilibus movet ac moderatur legibus . Amen.
Puis fuivent les mots ci - après de la même main,
explicit opus canobita Guillelmi praclariffimos
Normannia Duces chronico ftilo reprefentantis
, lefquels marquent encore bien clairement
que l'Hiftoire de Guillaume de Jumieges finiffoit à
ce feptiéme livre ; mais on a pourtant d'une main
affez recente obfervé après ces mêmes mots que
le huitiéme livre manque dans le manufcrit ,
qui fait du moins foy que l'Auteur de cette remarque
manquoit lui -même de jugement.
ce
2. vol.
lui
2320 LE MERCURE
;
lui touchant Robert III . dont il avoit promis
fi folemnellement d'écrire auffi l'Hif
toire ; il eft probable qu'il vêcur peu depuis
, ou bien il faut penfer que la mauvaife
conduite que tint enfuite ce Prince,
qui répondoit fi mal à ce qu'il en avoit
auguré , lui fit abandonner fon deffein13
car il eft vrai que les débauches du jeune
Duc , & les frequentes revoltes contre
le Roy , fon pere , à caufe qu'il refuloit
de lui laiffer le gouvernement abfolu du
Duché , dont il le connoiffoit peu capable
, le rendirent deflors odieux aux perfonnes
lages , quelque vaillant & liberal
qu'il fut d'ailleurs.
C'eſt-là , Monfieur , tout ce que j'ai à
vous faire remarquer fur les additions &
les autres changemens qui ont été faits
dans cet Hiftorien , & fur le Manufcritqui
donne le moyen de les reconnoître ,
& vous voyez qu'on a bien raifon de
conferver toûjours avec foin ces anciens
monumens. Cependant la veritable Hiftoire
de Guillaume de Jumieges fe trouve
fi courte dans le Manufcrit de Saint
Victor , qu'on pourra s'imaginer que de
même que cellequi eft imprimée a rencontré
un Interpolateur , celle là fera auffi
tombée entre les mains d'un abbreviateur :
Anais comme on l'a vû ci- devant , Orderic
obferve que cet Auteur qui avoit abregé
2. vol.
l'Hif
DE
DECEMBRE 1723. 1321

Hiftoire de Dudon , avoit auffi affecté
la briéveté dans la fienne & de plus
tout ce que fon Hiftoire imprimée à de
particulier ne regarde prefque point les
Ducs de Normandie , aufquels feuls il
declare dans fa conclufion qu'il s'attachoit
; mais ordinairement quelques Seigneurs
Normands , quelques fondations
d'Abbayes , & autres faits femblables ,
qui pouvoient intereffer particulierement
l'interpolateur.
J'ai auffi vû des Manufcrits qui pourront
fervir pour quelques autres Hiftoriens
de Normandie de la collection de
Duchefne , fçavoir , pour Dudon Orderic
& le Chroniqueur anonyme , qui eft à la
fin du volume. Mais j'en ai cherché envain
pour les Geftes de Guillaume le
Conquerant par Guillaume le Poitevin ,
Archidiacre de Lifieux ( a ) qui n'ont ni
commencement , ni fin dans cette collec-
(a ) Le P. Mabillon dit dans fes Annales , tom.
5. page 21. que cet Auteur fut auffi Evêque de
Lifieux , demum ex Archidiacone Lexovienfis
creatus ejufdem Ecclefia Epifcopus . Mais cette
Eglife ne le reconnoît point pour tel , & il n'y
a pas d'apparence qu'elle l'admette jamais au
nombre de les Prélats,quelque puifle être le garent
du fçavant Annaliſte, ayant à lui oppofer Orderic
écrivain du temps , & du même Diocéſe , qui a
donné la fuite des Evêques de Lificux , fous qui
Guillaume le Poitevia a vêcu.
2. vol.
tion
,
D
1322 LE MERCURE
tion , & qui meritent heanmoins d'autant
plus nôtre eftime, que l'Auteur étoit de
ces hommes d'un rare merite , que Guillaume
de Jumieges dit dans fa conclufion
avoir été deftinez pour écrire l'Hiftoire
de ce Monarque qu'il fuivoit dans fes
expeditions , comme on l'apprend d'Orderic
.
Au refte , on feroit exempt de bien des
peines dans de pareilles recherches , ſi le
confeil que je donnai au P. le Long , lui
étoit venu plutôt ; c'étoit d'indiquer auffi
dans fa Bibliotheque Hiftorique de France
les Manufcrits des Hiftoires déja imprimées
, pour les faire connoître à ceux
qui voudroient retravailler deffus , au lieu
de n'y mettre , comme il a fait , que ces
Hiftoires imprimées. Il convenoit de l'utilité
de cette augmentation ; mais fon
ouvrage étoit déja fous la preffe , & il lat
réferva pour une feconde édition , parce
qu'elle demandoit un nouveau travail,
Ainfi c'eft prefentement du R. P. des
Molets , fon confrere , dont la capacité
eft bien connue , & qu'il a prié à la mort
de procurer cette autre édition au public
, qu'il faut attendre un tel fecours .
Vous fçavez que je fuis toujours avec un
fingulier refpect , Monfieur , &c.L
Ce 3. Juillet 1723.
2. vol.
BOUDE
DECEMBRE 1723. 1323
BOUQUET.
V
Olez , volez , charmantes fleurs
·
Auprès de ma jeune Bergere ,
Etalez fur fon fein vos plus belles couleurs ,
Vâtre fort eft trop beau, fivous pouvez lui plaire
Volez , volez , charmantes fleurs ,
Je vous envoye à ma Bergere.
Pour payer un bienfait fi doux ,
Jeunes fleurs , faites lui connoître ,
Que l'amour qu'en mon coeur fes beaux yeux
ont fait naître ,
Eft encor plus tendre que yous.
斯མ་ ས
2.1.0
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure , par Mr P…..
Profeffeur au College d'Aiguillon , le
28. Octobre 1723 .
Armi toutes les productions qui en-
Pricbiffent vôtre Journal , je vous dirai
franchement que ce font les Enigmes
qui me piquent , & intereffent le plus par
2. vol.
lc
Cij
1324
LE MERCURE
le petit exercice qu'elles donnent , en
forte que je les regarde comme là pierre
de touche du bel efprit ; vous me paroif
fez juger comme moi de leur merite , en
invitant comme vous faites dans vôtre
dernier Mercure , à vous en envoyer des
explications en vers. Notez , Meffieurs ,
que ce goût pour les Enigmes , & la faculté
de les deviner , eft en quelque forte
attachée au pofte que j'occupe. Tous mes
devanciers dans cette école étoient autant
d'Oedipes , & la memoire eft encore
toute fraîche de celui à qui j'ai eu l'honneur
de fucceder , l'illuftre M. du Manoir
, dont le nom fe trouve à coup fûr
dans tous les Mercures de fon temps ,
parmi la lifte de ceux qui avoient trouvé
le mot , & qui vivra auffi long- temps que
ces ouvrages. J'ai donc à vous faire fçavoir
, ce qui eft le principal but de ma
Lettre ; & puifque j'ai le bonheur d'entrer
dans vos vûës , que je prepare un ouvra
ge fur la vraye & naturelle conftitution
de l'Enigme , je parle fort au long de
fon ancienneté , & de l'eftime qu'on en a
fait dans tous les temps , & chez tous les
peuples , j'en parcours toutes les efpeces
differentes ; & me reftreignant à celles
de nos jours qui fe font en vers , j'enfeigne
toutes les manieres dont on peut d'écrire
ambigûment un fujet par toutes les
2. vol.
proDE
DECEMBRE 1723༡
1325
proprietez effentielles , & accidentelles
avec un art que j'y joins prefque infaillible
, de deviner même les plus mal faites
; je fournis avec les préceptes quantité
d'exemples fur des mots tout- à - fait rares ,
& qui n'ont encore jamais été employez :
le tout fera précedé de quelques recherches
& difcuffions fur les Acroftiches &
bouts- rimez , dont on en trouvera auffi un
grand nombre de ma façon , m'étant
comme fixé à ces jeux d'efprit ; car tout
le monde ne peut pas être univerfel , comme
M. de la Mothe, qui a travaillé dans tous
les genres de Poëfie avec fuccès , ce qui
vaut autant que d'avoir primé en un feul,
comme quelques - uns de nosPoëtes . Je fais
apprendre par coeur actuellement à mes
jeunes difciples , les plus beaux endroits
de la derniere Tragedie , entre autres la
Scene des enfans d'Inès , fur laquelle feu
M. Boileau auroit bien dit , s'il l'avoit
vûë , que ces petits enfans me femblent
bien trouvez. J'aime auffi beaucoup à
entendre parler cet Alphonfe , c'eſt un
bon coeur de pere , & d'ailleurs tout ce
qu'il dit eft rempli d'onction & veritablement
Chrétien ; mais pour revenir à
mon livre , j'ai deffein de le faire imprimer
par foufcriptions , attendu qu'il fera
un raifonnable in- quarto , fans compter
que j'ai remarqué que cela prévenoit fa- 2. vol.
D'iij
vora
1326 LE MERCURE
3
vorablement le public. Je vous prierai de
vouloir bien l'annoncer dans fon temps ,
& je me flate que lorfqu'il paroîtra , vous
aurez auffi la complaifance que vous avez
pour tant d'autres , de l'honorer de vos
fuffrages , & de le préconifer un peu ș
comme vous fçavez fi bien faire , quand
vous voulez faire plaifir , & comme vous
venez de le pratiquer envers la Bibliotheque
des Philofophes de M. Gautier , que
j'ai fait acheter à Bordeaux fur la foi de
vos éloges , quoique les émolumens de
ma Charge , & d'un peu de pratiqué de
Jurifprudence , que j'exerce auffi dans
nôtre ordinaire , n'aillent pas fort loin ;
mais je ne plains point mon argent , parce
que je l'ai trouvé effectivement digne
de tout le bien que vous en dites , auffi
je le réſerve pour mes quarts d'heures de
recréation . Pardon , Meffieurs , de la longueur
de ma Lettre , les gens de nôtre
profeffion ne fçavent comment s'arrêter
à caufe de la multitude des idées qui leur
viennent en écrivant . Je fuis , Meffieurs ,
vôtre très-humble , & très- obéiffant ferviteur
P ......
Yet t
2. vol.
FABLE
DE DECEMBRE 1723. 1327
******* 紅茶茶
FABLE.
Ajeun , certain Matou ,
Malin coureur d'ardoiſe ,
D'une façon matoife ,
Guettoit le Rat au troù ,
Quand fortune cruelle ,
Lui fit voir Chatte belle ;
Auffi - tôt maître Chat ,
Laiffe échaper fon Rat
Pour prendre jouiffance ,
De l'amoureuſe chance ;
Mais s'étant contenté ›
On d't que l'effronté , "
Revint tout hors d'haleine ",
Rechercher fon aubeine ;
Et ne la trouvant plus ,
Malgré cris fuperflus ,
Sa rage quoiqu'extrême ,
Endura faim de même ;
Puis d'un ton maudiffant ,
Il s'en alloit difant ,
2. vol.
Que D iiij
1328 LE MERCURE
Que jamais de fa vie ,
Ne lui prendroit envie ,
De faire ainfi
l'amour,
Qu'il n'eut en Chat très-fage ,
Fourni fon
équipage ,
De pain pour tout le jour.
TROISIEME Lettre écrite par M. de
la R..... à M. de M. fur la Croyance
des Eglifes de Provence , au sujet de
la
Prédication de
l'Evangile dans cette
Province.
Jufqu'à prefent , Monfieur , je vous
ai fourni des armes pour combattre
avec avantage la croyance de nos Eglifes,
au fujet du Lazare , & de la Magdelaine.
Tout rempli des Lettres de M. de Launoy
, que je me fuis fait un plaifir de tirer
de l'oubli , & de vous
communiquer,
vous me demandez ce que les Provençaux
peuvent objecter de plaufible aux
raifons de ce fçavant homme ; c'eſt à moi,
Monfieur , puifque j'ai entrepris d'éclair.
cir
hiftoriquement cette matiere , de vous
fatisfaire la deflus. Je
commence par
vous faire
part d'une Lettre , qu'il eſt auffi
2. vol. raiDE
DECEMBRE 1723. 1329
raifonnable de tirer de l'obfcurité , comme
celles du fameux Docteur de Paris.
Elle eft du R. P. Antoine Pagi , Docteur
en Theologie , Religieux Convenfuel
de l'Ordre de S. François , qui s'eft
fort diftingué par fon fçavoir , & par fon
attachement à l'Hiftoire Ecclefiaftique.
Il a donné au public plufieurs ouvrages ,
dont le plus confiderable eft la Critique
de toutes les Annales Ecclefiaftiques du
Cardinal Baronius , imprimée à Anvers
en quatre volumes in - folio , l'année 1705.
La Lettre dont il s'agit ici eft écrite à
M. Rigord , fort connu de tout le monde
Litteraire , qui avoit confulté le P:
Pagi fur la question qui nous occupe aujourd'hui
, & qui a bien voulu m'en
communiquer l'original.
Lettre du R. P. Pagi , écrite d'Aix
le. 2. Juin 1684..
MONSIEUR ,
» Il y a long- temps que j'ai reçû celle
» que vous m'avez fait l'honneur de m'écrite
; mais comme on me promit de
venir prendre la réponſe , je mis vôtre
>>>Lettre dans un coin de mon étude , juf-
» qu'à ce qu'il y fallut répondre, & depuis .
2. vol.
D v n'ayant
1330 LE MERCURE

n'ayant vû perfonne , cela m'étoit paffé «
de l'efprit. Quant à ce que vous fouhai- «
tez de fçavoir de moi , je vous dirai , «
Monfieur , qu'étant à Paris en l'année «
1664. & me trouvant dans la Biblio- «
theque de M. l'Abbé Durand , Aumô- «
nier de la feuë Reine mere , homme fort »
fçavant , & avec qui j'avois connoiffan' «<
ce particuliere , feu M. de Launoy lui «
envoya fon laquais de la rue où il étoit , «
pour lui dire s'il ne l'incommoderoit «
point : M. l'Abbé répondit qu'il fit «
monter fon maître , & me dit qu'il e
mettroit fur le tapis la queftion de la «
Magdelaine , & qu'il me prioit de ne
me piquer d'aucune parole que M. de «
Launoy pourroit dire mal - à - propos ,
parce qu'il le connoiffoit d'une humeur «
s'emporter facilement .
Après que M. de Launoy eut fait
fes complimens , M. l'Abbé lui dit
qu'il fouhaitoit depuis long - temps de «
s'éclaircir fur la queftion de Sainte «<
Magdelaine , & qu'il ne devoit point
laiffer paffer l'occafion qui fe prefentoit
, affurant M. de Launoy qu'il trai- «
teroit avec un homme docile , & in- «
telligent en la critique. Je proteſtay «
que je n'avois point fait d'étude par- «
ticuliere fur ce fait ; mais que je lui en «
dirois le feu que j'en fçavois M. de «
et
2. vol. Launoy
DE
DECEMBRE 1723. 133
"
»
>
>> Launoy repliqua que fi je n'étois point
préocupé , comme le font ordinaire-
» ment tous ceux qui ont intereſt dans
» les chofes qui tombent en difpute
» nous ferions bien - tôt d'accord ; il me
pria donc d'apporter quelques raifons
» en faveur des Provençaux qu'il difoit
» n'en avoir point ; mais je lui dis que
» c'étoit à lui à apporter les fiennes
» & à moi à le fatisfaire . M. l'Abbé le
» pria d'abord de propofer ce qui étoit
de plus contraire à nôtre tradition .
>
» M. de Launoy dit qu'il vouloit fça-
" voir auparavant , fi je croyois tous les
" anciens actes des vies des Saints verita-
» bles , je lui répondis que non , qu'il y
» en avoit de fuppofez , d'interpolez , &
» & d'autres dont la foy étoit douteufe.
Il demanda enfuite qu'eft - ce que je
croyois des Actes de Sainte Magde-
>> laine ? je lui dis que je les croyois ab-
>> folument faux ; mais que cela ne nous
>> étoit nullement contraire ; & comme il
>> fit là - deffus un grand éclat de rire
>>
j'ajoutai qu'ils avoient été falfifiez par
>> ceux d'Autun , puifque fur la fin il y
» eft parlé de la Tranflation des Reli-
» ques qui eft fuppofée. Il dit enfuite
» qu'une tradition pour être univerfelle
» ne laifle pas d'être fauffe , dequoi il
» apporta divers exemples , defquels il
2. vol. D vj con1332
LE MERCURE
conclud que l'univerfalité de la nôtre
ne lui fervoit de rien. Je répondis , «<
qu'outre les exemples qu'il apportoit , «
y en avoit quantité d'autres , mais <<
que l'univerfalité de la nôtre n'avoit «<
rien qui lui fut contraire quant à la «
fubftance , & que cela fuffifoit.
M. de Launoy croyant avoir cauſe
gagnée , M. l'Abbé dit qu'il falloit un «<
autre argument , puifque celui- là laiffoit «
la chofe indécife , M. de Launoy en
Se
fit un fecond , & dit que tous les peu- <
ples avoient dreffé des Eglifes à l'hon- «
neur des Saints , qui leur avoient les «
premiers prêché la foy , ce qu'il prouva «<
fort au long , & que cependant il n'y «
avoit aucune Eglife Cathedrale , ou -Metropolitaine
en Provence dédiée à u
Sainte Magdelaine , & que la plus an- «<
cienne Eglife , étoit celle de Sainte-«
Magdelaine de la Ville d'Aix , bâtie de- «<
puis trois fiecles. Je répondis que non- «
feulement en Provence , mais même
dans tout le Royaume , il n'y avoit a
point de Metropole , ou de Cathedrale, «
bâtie en l'honneur de ceux qui avoient «<
les premiers prêché la foy , comme il «
fe voit par le catalogue de Cathedrales «
& des Metropoles de ce Royaume , "
que Papyre Maffon a dreffé ; j'ajoûtai «
que non feulement l'an neuf cens , il y
66
{
2. vol. avoit
DE DECEMBRE 2723. 1335
avoit en Provence des Eglifes de Sainte
» Magdelaine , mais encore dans le fixié-
» me fiecle ; que Charles le Chauve faifoitmention
d'une Eglife de Sainte Magdelaine
, d'un Monaftere de la Ville
» d'Arles ; mais même qu'il y avoit apparence
, que ce Monaftere étoit un de
ceux qui étoient à Arles , du temps du
» Roy Childebert , & de Saint Aurelien,
» Archevêque d'Arles . Il nia que Char-
» les le Chauve eut jamais parlé dans ſes
» Lettres parentes d'aucune Eglife de
" Sainte Magdelaine ; pour lors je me
» levai , & je cherchai dans la Bibliotheque
le Livre de Bofeus , qui rap-
" porte ces Lettres Patentes. M. de Launoy
éclatoit de rire , & me croyoit fort
» en peine ; mais comme il vit que j'étois
» fortaffuré, il dit que fi j'en trouvois, elles
» feroient fuppofées par quelques Moi-
» nes. Je lui répondis qu'elles ne feroient
» point fuppofees , & que fi elles l'étoient,
» je me faifois fort de lui montrer que ce
>>> ne feroit pas par un Moing. Ayant trou-
» véle livre , je le lui mis entre les mains.
» LaChartre en queſtion commençoit par
» ces paroles , Carolus Francorum , Ger-
» manorum , & Italorum Rex . Il dit làdeffus
que ces paroles en montroient
» évidemment la fuppofition , Charles le
» Chauve n'ayant jamais poffedé ces trois
לכ
.
2. vol.
Royau
1334 LE MERCURE
Royaumes ; je lui repliquai que les
» Princes de ce temps - là , auffi bien que
>> ceux du nôtre , pour poffeder quelques
» Villes , ou quelques Provinces dans
» quelque Royaume fe difoient Rois du
» tout , & qu'ainfi Theodoric , Roy d'I-
» talie eft appellé par Caffiodore , fon
>> Secretaire Rex Galliarum , quoiqu'il
»> ne fut maître que de la partie de Pro-
» vence , qui eft au - deçà de la Durance;
» & comme il chicanoit là- deffus , je
» voulus prendre Myræus , qui rapporte
>> diverfes Chartres de Charles le Chauve,
» croyant qu'il y en auroit , qui commen-
» ceroient par les mêmes paroles ; mais
» M. l'Abbé me retint fur ina chaife , &
» dit à M. de Launoy d'apporter quel-
» que autre nullité . Celui - ci chicana
fur le mot d'Alodium , difant
que
toit un mot recent , ce que je niai .
99 c'é-
» Pour lors M. l'Abbé me tira douce-
» ment par la Robbe , & me dit com-
» ment je fçavois que cette Chartre ne
» pouvoit point être fuppofée par un
>> Moine ; ce que je compris qu'il fit pour
donner quelque fatisfaction à M. de
» Launoy , qui paroiffoit tout décon-
» certé ; je lui dis en riant que ces Let-
>> tres Patentes ayant été dreffées pour
» mettre les Archevêques d'Arles & de
>> Vienne dans quelque accord touchant
2. vola
la
DE
DECEMBRE 1723 . 7335
la Primatie , il n'étoit nullement croya
ble que les Moines euffent quelque «
part en la fuppofition d'une Chartre
qui ne traitoit que des droits des deux «
Archevêchez , comme il fe voyoit par «
fa lecture.
>
Enfuite dequoi M. de Launoy s'étant
levé , comme fi la difpute étoit finie , «
M. l'Abbé fe jetta fur des difcours ge- «
neraux , de l'obſcurité des anciens fie- «
cles. Il me fouvint alors que feu M. «
l'Evêque de Vaifon m'avoit dit autre- «
fois , que M. le Cardinal Mazarin , «
menant un Ambaffadeur dans fa Biblio- «
theque , & l'ayant vû d'un côté , & «
M. de Launoy de l'autre , il s'arrêta
& lui demanda s'il étoit du fentiment <<
de M. de Launoy , touchant Sainte «
Magdelaine ; à quoi ayant répondu que
non , & ajoûte que M. de Launoy
changeroit de fentiment s'il avoit été «
en Provence , M. le Cardinal dit à
M. de Launoy d'apporter la meilleure «
raifon qu'il eut contre les Provençaux , «
& à M. de Vaifon d'y répondre en peu «<
de paroles : M. de Launoy s'excufoit , «<
en difant qu'affeurement S. E. n'avoit «
pas tant de temps à perdre qu'il lui en «
falloit pour s'expliquer. S. E. lui dit «
qu'elle auroit patience.
M. de Launoy apporta un paffage de «
2. vol.
Saint
T333
LE MERCURE'
Saint Epiphane , le même qu'il rapa
porte dans fon traité fur Sainte Magde-
» laine , auquel M. de Vaiſon ayant trés-
» bien répondu , M. le Cardinal lui fit
» prefent d'une belle montre , en pre-
» fence de diverfes perfonnes de qualité
» qui étoient dans fa Bibliotheque , ou
» qui étoient à fa fuite. M. de Vaifon dit
»
qu'il remercia M. de Launoy d'avoir
» été la caufe de ce prefent , & lui offrit
» cordialement tous les fervices ; & qu'en-
» fuite ayant eu grand commerce avec
» lui , celui- ci lui avoit écrit deux lettres ,
» lorfqu'il étoit en Provence , par lefquelles
il lui marquoit qu'étant dans le
» deffein de retracter for opinion, comme
il le lui avoit promis à Paris , le Pere
» Theophile Renaud l'ayant mal- traité
» dans fes livres , il la vouloit fourenir
» plus fortement qu'auparavant , ajoû-
» tant qu'il me feroit voir ces Lettres
» avant mon départ de Vaifon , où je
» me trouvois pour lors ; neanmoins il
ne fe fouvint pas de me les montrer ,
» ni moi de les lui demander ; de forte
» que comme je parlois avec M. de Lau-
» noy , il me fouvint de cela ; & m'ayant
» dit plufieurs fois qu'il ne croyoit pas
qu'il y eut d'autres hommes de Lettres,
qui fuffent de mon fentiment , je lui
répondis que M. l'Evêque de Vaifon
"
93
"
9
2. vol. qui
DE DECEMBRE 1723. T337
:
qui l'honoroit fort , en étoit perfuadé ; «<
& comme il parloit à fa loüange , je lui «
dis qu'il étoit mon ami intime , & que «
je l'allois voir quelquefois , parce qu'il «<
avoit des livres que je ne trouvois pas «<
ailleurs furquoi M. de Launoy me «<
dit , fi M. de Vaiſon vous a montré «<
quelques Lettres de moi , touchant «
Sainte Magdelaine , elles font fuppo- «
fées , car je ne lui ai jamais rien écrit «
fur cela ; je lui repliquai qu'il ne m'en «<
avoit point montré , mais qu'il étoit «
fort fon ami & le mien , & que j'efperois
qu'il feroit un jour de nôtre fenti- «
ment , il répondit jamais. Je lui dis , «
mais fi vous trouviez des titres qui vous «
y obligeaffent , il me répondit qu'il ne «
s'en pouvoit pas trouver. Après cela je «
ne doutai plus qu'il n'eut écrit les Let- «
tres en queftion , & que M. de Vaiſon , «
dont je connoiffois la candeur , ne
m'eut dit la verité ; car M. de Launoy
n'avoir que deux argumens , Fun tiré “
de la negation , & l'autre de la fuppo- «
fition de tous les titres qu'on lui oppofoit.
К
"
Je donnai connoiffance de la Chartre <<
de Charles le Chauve à M. Bouche , «
qui l'a inferée dans fon livre , fans «
faire mention de moi , comme il a «
fait en tout le refte , dequoi neanmoins «
1. voly
je
1338 LE MERCURE
je me foucie fort peu ; je crois que
» M. de Vaifon aura confervé les Lettres
de M. de Launoy , le reſte devroit être
» à S. Maximin , ou dans la Chambre
» des Comptes. L'acte de Pignan paroît
» être fuppofé , ou fabriqué fur quelque
» autre qu'on a fupprimé. Enfin il n'y a
» point de doute qu'on n'ait obſcurci
» cette tradition par des faits qui ne font
pas veritables , croyant que cela la
» foutiendroit.. Je fuis , Monfieur & c.
Signé , Fr. Antoine Pagi .

Vous ferez , Monfieur , vos réflexions
fur cette Lettre la premiere qui s'eſt
prefentée à mon efprit , c'eft qu'il feroit
à fouhaiter que le P. Pagi , qui avec
beaucoup de lumieres , avoit auffi beaucoup
d'amour pour la verité , eut entrepris
de traiter à fonds nôtre fujet : M. de
Launoy auroit eu en ce cas un adverfaire
digne de lui . Il n'a pas tenu au fçavant
homme à qui la Lettre eft écrite ,
qu'il ne l'ait fait mais tout occupé dès
ce temps-là de fon grand ouvrage fur Baronius
, dont le premier tome fut imprimé
à Paris en 1686. & dédié au Clergé
de France , qui affigna une penfion à
l'Auteur , il ne peut jamais fe diftraire
de cet objet principal . Il mourut , pour
ainfi , dire la plume à la main , & dans la
recherche de la verité le 6. Juin 1699.
2. vol.
laiffant
DE DECEMBRE 1723 .
1339
laiffant au P. François Pagi , fon neveu ,
Religieux du même Ordre , le foin de
l'édition entiere de cet ouvrage , qui a
paru depuis , & tous fes Ecrits. Peut être
s'y trouvera-t'il parmi ces écrits quelque
chofe qui aura rapport à ce fujet , & qui
pourra l'éclaircir . D'ailleurs comme depuis
la mort du P. Pagi , un autre fçavant
a fait un traité fur cette matiere ,
dans lequel on rapporte une Chartre importante
, qui avoit échapé aux recherches
des précedens Ecrivains , vous pou
vez , Monfieur , vous attendre de recevoir
encore là- deffus une de mes Lettres.
Je vous fupplie , en finiffant celleci
, de vous fouvenir toûjours que je n'ai
pris encore aucun parti fur cette matiere,
& que je ne fuis tout au plus que l'Hif
torien d'une difpute qu'on ne peut bien
éclaircir , qu'en la réduifant à de juftes
bornes . Je fuis , Monfieur , & c.
z. vol.
PARA1340
LE MERCURE
akakakakakaka
PARAPHRASE
De l'Hymne des Anges."
Gloria in excelfis , &c.
O D E.
(*) Dans le féjour magnifique ,
Où brille ta majeſté ,
Grand Dieu , qu'un nouveau Cantique , '
Solemnife ta bonté ;
Et que par toute la terre ,
Juftes en vôtre faveur ,
La paix fuccede à la guerre ,
Et le calme à la terreur.
(6) Nous te loüons , Roy des Anges ,
Penetrez de tes bienfaits ,
Nous faifons de tes louanges ,
Le comble de nos fouhaits ;
(c) Du Gange jufqu'à la Seine
(a) Gloria in excelsis Deo , & in terra , &e!
(b) Laudamus ' te.
(a) Benedicimus teg
24.Vol.
Ton
DE DECEMBRE 1723. 134HTon
nom puiffe être beni ,
Nôtre plus fenfible peine ,
Eft d'en voir l'éclat terni.
Quoique ta gloire fuprême,
A couvert des changemens ,
(a) Demeure toûjours la même ,
Malgré nos déreglemens ;
Si pourtant un culte fage ,
Peut annoncer top :honneur ,
Nous t'honorons de l'hommage ,
Et de l'efprit & du coeur.
(6) Grand Dieu ! de ta gloire immenfe
Qui peut fonder l'Ocean
Devant toi nôtre fubftance
N'eft qu'un fétu , qu'un neant ;
Parois grand par ma baſſeſſe ,
Et que mon infirmité ,
Faffe éclater ta nobleſſe ,
Ta grandeur , ta dignité.
(a) Adoramus te.
Glorificamus te.
(b) Gratias agimus tibi , propter , &c.
2. vol.
Dicu
8342
LE MERCURE
(a ) Dieu fecond , pere ineffable ,
Qui de toute éternité ,
Produis ton Verbe adorable ,
En contemplant ta beauté ;
Monarque de l'empyrée ,
Où dans un fleuve de paix ,
Des Saints la troupe enyvrée ,
Regne avec
toi
pour jamais
(6) Jefus-Chrift, Verbe du Pere,
Fils unique égal à lui ,
Qui pour fléchir fa colere ,
Nais parmi nous aujourd hui ;
Tu deviens ce que nous fommes
Tu fais de nous tes égaux ,
Tu connois le fort des hommes ,
Sois donc touché de nos maux,
(c) Bien-tôt fur un bois infame ,
Vraiment homme de douleurs ,
(a) Domine , Deus , Rex, & c.
(b) Domine , Fili unigenite , Jefu Chrifte ,
qui tollis , &c.
(c) Quitollis peccata mundi fufcipe , &c.
2. vol.
Tu
DE
DECEMBRE 1723 . 1343
Tu nous fouftrais à la flâme ,
En mourant pour nous pecheurs
Pardonne à des creatures ,
Pour qui tel fut ton amour ,
Qu'aux plus cruelles tortures
Il réfifte dans ce jour.
( a ) Etonnez - vous, Ciel & terre,
Jefus- Chrift reffufcité ,
S'ouvre au travers de la pierre ,
Un chemin inufité ;
Déja fon oeuvre parfaite ,
Il s'éleve dans les airs ,
Et va s'affcoir à la droite ,
Du Maître de l'univers.
(b) O toi, vainqueur admirable
De la mort & des Enfers ,
Toi dont le bras fecourable ,
Nous fauva , brifa nos fers ;
Quand nôtre ingrate malice ,
Armera Dieu contre nous ,
(a) Qui fedes ad dexteram Patris,
(b) Miferere nobis,
2. vol.
Dé1344
LE MERCURE
Défends- nous de fa juftice ,
Seigneur , détournez fes coups.
(a) Que nôtre ardente priere ,
S'éleve à toi , Jefus- Chrift ,
Qui dans la gloire du Pere ,
Seul avec le Saint- Efprit ;
Sous ta divine puiſſance ,
Vois tout ployer en tous lieux
Seul Saint , feul grand par effence ,
Sur la terre & dans les Cieux.
(a) Quoniam tu folus Sanctus , &c.
Fr. Felix Carme.
kkkkkkkkkkkk
FESTE DONNEE A PARIS,
Par M. l'Ambaffadeur de Portugal.
L
A Fête donnée à Paris , par Dom
Louis Dacunka , Ambaffadeur de
Portugal , à l'occafion de la naiffance
d'un quatrième fils de S. M. P. a commencé
le 21. Novembre de la preſente
année . Ce Miniftre, n'eft jamais entré
plus volontiers dans les vûës du Roy , fon .
maître , qui eft né fi magnifique ; auff
n'a - t'il rien omis de tout ce qui pouvoit
2. vol.
faire
DE DECEMBRE 1723. 1345
faire éclater fon zele aux yeux d'une nation
, dont il a tant de lieu d'être fatisfait
depuis trois ans qu'il réfide à Paris .
La difpofition des lieux qui s'eft trouvée
favorable , a été fecondée de tout ce
que l'induſtrie pouvoit y ajoûter. Au rez
de chauffée d'un bâtiment qui contient
une premiere & une feconde anti- chambre
, quatre belles chambres , quatre cabinets
, & un falon au milieu du corps
de logis , lequel eft dans le goûr de celui
de Marly , on avoit adoffé une galerie .
de charpente , où l'on entroit par le milieu
des appartemens.
Cette galerie avoit 55. pieds de long
& 28. de large. Dimenfions qu'on avoit
prifes avec attention , à caufe des tables
& des buffets qu'il devoit y avoir ; elle a
été conftruite fur pilotis pour faire un
plein pied aux appartemens , aufquels
on avoit joint d'un autre côté un large
coridor conftruit comme la galerie , lequel
communiquoit à une fale qui abou̸-
tiffoit à un autre coridor auffi de charpente
& fur pilotis , que terminoit une
piece fort vafte. Cette même galerie
avoit douze grandes croifées , difpofées
en tous lens , & deux portes vitrées ,
pour la commodité des fervices.
La décoration de la galerie confift it
en fix tableaux allegoriques à tout ce
2. vol.
E qui
1346 LE MERCURE
qui a raport à la bonne chere , & aux
Jeux .
Ces fix grands fujets étoient de la compofition
des plus habiles Maîtres , & faits
exprès pour la Fête . On voyoit dans les
trois premiers , Diane , Thetis & Pomone
, & une très grande abondance de Gibiers
, de - Poiflons & de Fruits. Dans les
trois autres , Comus , Dieu des Feftins ,
Momus celui de la converfation enjoüée"
& Terpficore , Mufe de la Danfe . Cette
galerie devoit être la principale falle de
Bal.
Le refte des ornemens de ce lieu confiftoit
en fix beaux trumaux de glace can
tonez de Damas.cramoifi ; les quatre angles
de la galerie étoient ornez du même
Damas , & contenoient quatre excellens
tableaux. La frife & les lambris
étoient peints en blanc , & en or , ainfi
que le plat-fond , & le plancher caché
par des tapis de Turquie. Dans le même
lieu étoient huit luftres à douze bougies
chacun , lefquels formoient des reflets
dans les glaces , les croifées étoient toutes
garnies de rideaux cramoifis .
Le refte des appartemens qui font tous
à la moderne , & avec des cheminées ,
& des trumaux de glace , étoit meublé
de deux tentures de tapifferie des batailles
d'Alexandre , en grand , d'après le
2. vol.
fameux
DE
NOVEMBRE 1723.
1347
fameux M. le Brun , qui eft une des plus
magnifiques qu'il y ait à Paris , de deux
autres tentures des travaux d'Hercule
d'aprés Raphaël , & de deux autres qui
reprefentent les Femmes Illuftres : ouvrage
rare & excellent. Le falon qui eft
au centre de l'Hôtel eft tour lambriffé ,
peint en blanc , rehauffé de filets d'or ,
& de
medaillons , ouvert par 4. grandes
portes qui
communiquent aux appartemens
, à la cour, & au jardin , & garni
de quatre grands tremaux de glace ,
avec quatre tables de marbre au- deffous ,
chacune
accompagnée de deux gueridons
dorez qui
foutenoient des girandoles
, & au milieu un grand luftre de
criftal à la façon
d'Angleterre .
En fortant des
appartemens on entroit
dans le premier des coridors , dont on a
parlé il étoit très - bien tapiffé , orné
de plaques à bougies , & de trois gros
luftres ; il donnoit dans le falon deſtiné
aux
rafraîchiffemens pour le Bal , où
étoient des tables & des gradins garnis
de girandoles , & de corbeilles jufqu'au
plat -fond ; on alloit delà au deuxième
Coridor , décoré comme le premier , &
il conduifoit à un grand falon oblong
auffi tapiffé , éclairé de trois gros luft es
& garni d'un orcheſtre de fimphoniſtes.
Toute cette enfilade compofoit près de
21 vol.
E ij
80.
1348 LE MERCURE
80. toifes de plein pied , ce qui a paru une
chofe affez extraordinaire , quoiqu'elle ait
à peine fuffit à l'affluence du monde , qui
eft venu prendre part à la Fête , pour
laquelle la Cour & la Ville avoient mar
qué un égal empreffement.
y
La façade de l'Hôtel étoit décorée des
armes de Portugal & d'Autriche , de devifes
fur le Roy , fur l'accouchement de
la Reine , fur le caractere de leurs Ma
jeftez , fur le Prince né nouvellement
& fur toute la Maiſon Royale. Vis- à -vis
cette façade en dedans de la cour , il
avoit d'autres deviſes fur la nation Por
tugaife , & fur l'Ambaffadeur qui donnoit
la Fête. Les côtez de la Cour étoient
ornez de figures dorées & fimboliques
par raport au Roy ; entre autres on y
voyoit Aftrée , Themis , Jupiter & Apollon.
La cour étoit éclairée par une gran
de quantité de terrines , principalement
autour des cartouches qui contenoient les
devifes ; il fallut fubftituer ces terrines
aux lampions , à caufe du mauvais temps
qu'on avoit lieu de craindre. Voici l'explication
des deviſes .
Pour le Roy de Portugal , le Soleil
qui parcourt fur fon Char les quatre parties
du monde , où ce Monarque a des
Etats.
2. vol.
IRRADE
NOVEMBRE 1723. 1349
IRRADIATQUE , BEATQUE.
L'accouchement de la Reine , marqué
par une Aurore brillante qui montre les
vifs rayons d'un Soleil Levant.
:
SPONDETQUE SERENA SERENUM .
La pieté du Roy , & fon goût pour
les Sciences , font deſignez par une Lainpe
allumée.
STUDIIS INSERVIT ET ARIS .
f.
Le bonheur du même Prince dans fest
enfans , & fa tendreffe à leur égard fe
trouvent exprimez par cinq Fleuves ,
dans lefquels le Soleil ſe peint
DIGNA PHOEBI SPECULA.
Le caractere de la Reine , marqué par
un de ces vafes , qui ne peuvent rien
fouffrir de veneneux .
DISRUMPET POTIUS QUAM PRAVO
AVASERIT HOSPIS .
Le Prince du Brefil , les trois Infans ,
& l'Infante , dont la Reine eft mere ,
font reprefentez par une branche d'Oranger
, chargée de cinq belles Oranges.
2. vol. HAUD E lij
1350
LE MERCURE
HAUD ALIOS ARBOR VALET
HESPERIDUM EDERE FOETUS .
L'Horoſcope du Prince né nouvellement
, figuré par un jet d'eau , qui commence
à s'élever avec force.
PAR FONTI UNDE FLUIT SUBLIMES
TENDET AD AURAS .
Pour le même , un Arbriffeau qui fe
fait diftinguer parmi plufieurs arbres .
FLORUM , FRUCTUUMQUE ET HOSPITALIS
UMBRE CREMENTUM.
La Maiſon Royale de Portugal eft
reprefentée par un beau Lis , dont les
fleurs font de couleur d'or.
EXTERNO MANDATA SOLO , NEC
DEGENER USQUAM
REGIA FRANCORUM PLANTA .
La fecondité de cette Maifon eft exprimée
par un bouquet d'onze gros brillans
, à caufe du nombre des perfonnes
auguftes qui la compoſent ..
GEMMARUM QUID SIT COPIA
TALIUM ?
L'établiffement de l'Académie Royale
d'Hiftoire à Liſbone , eft marqué par le
Soleil qui darde ſes rayons fur une montagne
où ils produiſent de l'or .
2. vol.
tagne
DE
DECEMBRE 1723. 1359
ASPECTUS NON DITIOR EXITUS
EXTAT .
Les Portugais , modernés Pheniciens
qui dans l'ancien & le nouveau monde
ont établi un floriffant commerce , &
fait de grandes conquêtes , font dépeints
par un vaiffeau richement chargé , &
armé puiffamment
.
HOSTES
FRANGAM VEL AMICA
>
FOVEBO .
Le gouvernement de Portugal , fondé
fur l'amour des peuples à l'égard du Souverain
, & l'attachement du Souverain
aux peuples , eft figuré par une ruche
d'abeilles , dont un effain fuit leur Roy
& laiffe voir tous les travaux qu'elles ont
fait à la Ruche.
REGIS POPULIQUE CURE ,...
ET CHARITATIS MUTUÆ EFFECTUS.
La conduite de Dom Loüis Dacunha
dans les negociations , & ambaffades où
il eft employé depuis 26. ans , eft exprimée
par une Pendule.
I
CONTINUIS , MIRASQUE IN PUBLICA
COMMODA VERGIT ,
MOTIBUS.....
Le caractere d'efprit de fon Excellence
ar. vol.
eft E iiij
1352 LE MERCURE
ext défigné par une riche étoffe parfaite
ment ouvragée.
MATERIE RESPONDET OPUS.
La fête commença par le dîner , où
furent invitées plus de 120. perfonnes
parmi tout ce qu'il y avoit de plus confiderable
à la Cour , & à la Ville , fans
omettre aucun Miniftre Etranger , &
differens Chefs de la Magiftrature : Quatre
tables furent fervies également , & à
la fois , la délicateffe ni ceda point à la
magnificence. Les plats furent portez par
foixante Suiffes de la Garde du Roy. Le
repas dura jufques dans la nuit avec le
fervice des liqueurs , &c.
Le fur- lendemain Madame la Ducheffe
, Mefdemoifelles de Charolois &
de Clermont , Madame la Princeffe de-
Carignan , & quarante Dame de la premiere
diftinction fe rendirent fur le foir
à l'Hôtel , parées avec une grande magnificence
; elles fe mitent à tables à
huit heures & demie , y demeurerent
trois heures , & furent fervies par les
Seigneurs ; ce qui formoit un fpectacle
le plus varié , & le plus beau qu'on pût
voir. Madame la Ducheffe invita M.
l'Ambaffadeur , & M. l'Envoyé de Por
tugal de s'affeoir à la table ; mais ces
Mr & M. le Prince de Carignan fe
2. vol. réferDE
DECEMBRE 1723 . 1353
réferverent comme les autres pour fervir
les Dames. Ce fouper fut fervi à plats
prefque continuellement relevez ; au fourper
fuccederent deux grandes tables de
Faraon , & une de Beribi , & à minuit
Mademoiſelle de Charolois ouvrit le Bal ,
dont le cercle offrit d'abord un très- beau
coup d'oeil. Il y vint dans la fuite près
de trois mille Mafques . Il y eut outre le
lieu dont il a été parlé , pour les rafraî
chiffemens , un cabinet où étoit une colation
toute en glace , en fruits , & en
confitures , fervie avec des porcelaines
très - fines , & des cristaux d'Angleterre.
Cela avoit été ménagé pour les Dames ,
& pour les perfonnes d'un certain ordre.
Le Bal ne finit qu'après de huit heures.
On danfoit en quatre endroits differens ,
& on avoit eu tous les violons de l'Opera
,
& ceux de la Comedie Italienne.
La magnificence du fouper fut fuivie de
celle des rafraîchiffemens pour le Bal . Ili
s'y eft confommé quinze cens bourreik
les de differentes liqueurs fraîches , quatre
muids de vin de Bourgogne & de
Champagne ; on y a fervi toutes fortes :
de liqueurs fortes avec le Caffe , & le
Chocolat , & tous les vivres folides qu'on
peut
défirer en femblables occafions. Mais
ce qui a dû mettre le comble à tout ce
qu'on a fait pour contenter ceux qui ont
2. vol.
Ev affifté
7354 LE MERCURE
aflifté à cette fête , c'eft l'attention pleine
de joye , & de politefle , que fon Excellence
n'a jamais ceffé de marquer à tout
le monde , & durant un temps fi confiderable
*K*MMKKKK VYVEN
REPONSE A M. C ****
U danger que j'ai craint , un refte d'épouvante
DU
En t'écrivant , ami , me rend la main tremblance
;
Je ne fçai point parler le langage des Dieux' ,
Et ma timide voix pourroit s'expliquer mieux,
Si tout d'un coup rempli de ton heureuſe
audace ,
Comme toi je montois au fommet du Parnaffe.
Il eft vrai que paffant près du facré Vallon ,
J'ai trouvé par hazard un Suivant d'Apollon,
Qui fans trop fe fier à ſa veine ſterile ,
Va me tirer , s'il peut,
d'un
pas fi difficile :
Il te dra pour moi que dans mes entretiens ,
J'ai fouvent regreté le doux charme des tiens;
Et quede revoir la flateufe efperance ,
2. yol. !... Contre
DE
DECEMBRE 1723. ·1395
Contre tous mes ennuis foutenoit ma conftance.
Enfin je ne crains plus, pour ces précieux
jours ,
Dont aux dépens des miens j'alongerois le
cours ;
Au plus affreux ' des maux j'ai vûë ma mere.
en proye ,
Et fa fanté me rend mon repos & majoye .
Rien ne manque à mes voeux que les heureux
momens ,
Od je pourrai jouir de tes embraffemens ;
Alors nôtre amitié fi vive & fi connuë
Dans tes yeux , dans les miens , paroîtra toute
nuë
Mais pour n'en point troubler la charmante
douceur
Hâte - toi de calmer ton efprit & ton coeur.
Sur tout des vains regrets il faudra te défendre
,
Et fous un fils Chrétien cacher un fils trop
tendre ;
Pere & mere affervis à la commune loi ,
A la fleur de tes ans éclipfez devant toi ;
De l'Eſtre fouverain t'annoncent la puiffance
Tu lui dois le tribut de ton obéiffance ;
En beniffant la main dont tu fentis les coups ,
2. vol.
E vj Songe
1356
LE MERCURE
Songe qu'il t'a frapé fans ceffer d'être doux :
Honneurs , efprit , vertu , fçavoir , amitié
tendre ,
Tu perdis tout alors , Dieu te fçaura toutrendre
;
S'ils partageoient entr'eux des talens infinis ,
Déja nous les voyons en toi feul réünis .
Le 17. Novembre 1723.
MMMMMMMN
Mort & Obfeques de Monfieur le Duc
d'Orleans.
I é
L ne nous a pas été poffible de mettre
dans le dernier Mercure les détails
qui concernent feu Monfieur le Duc
d'Orleans ; nous allons y fuppléer , fans
prétendre pourtant écrire tout ce que le
merite fuperieur de S. A. R. éxigeroit
de nous dans cette trifte conjoncture.
Son panegirique eft réfervé pour des plu
mes éloquentes qui rendront à ſa memoire
les honneurs qui lui font dûs.
Le 2. Decembre vers les fept heures
& demie du foir , Philippe , Petit- Fils
de France , Duc d'Orleans , de Valois ,
de Chartres , de Nemours & de Montpenfier
, Regent du Royaume pendant la
2. vol. minuDE
DECEMBRE 1723. 1357

minorité du Roy , mourut dans fon appartement
au Château de Versailles ,
d'une attaque d'apoplexie , âgé de quarente-
neuf ans , & quatre mois. Ce Prin
ce étoit né à S. Cloud le 2. Aouſt de
l'année 1674. Il étoit fils de feu Monfieur
, Philippe de France , Duc d'Orleans
, frere unique du Roy Louis XIV .
mort à S. Cloud le 9: Juin 1702 & de
Madame Elizabeth Charlotte de Baviere
, morte le huit Decembre 1722. Le
18. Fevrier 1692. il avoit époufé Marie-
Françoife legitimée de France , fille du
feu Roy.
Les premieres années de la vie de Mon
fieur le Duc d'Orleans , occupées tantôt
par fa valeur , & tantôt par fon goût
exquis pour les Arts & les Sciences , ont
annonce fes grandes qualitez que le
temps & les occafions ont enfuite déve
loppées , & fait connoître au public. Son
courage a commencé une carriere dignement
remplie aux batailles de Stenkerque
& de Nerwinde. En 1706. il eut le
commandement des armées d'Italie , & ſe
fignala dans cette campagne une pruden
ce égale à fa valeur. Le Roy Louis XIV.
l'envoya enfuite en Espagne , où la prife
de Lerida & de Tortofe , & d'autres actions
brillantes lui acquirent une gloirs
' immortelle..
2. vol.
Après
1358
LE MERCURE
Après la mort du feu Roy la Regence
du Royaume lui fut déferée. Titre dû à
fa naiffance , & qu'il meritoit par fes
talens qu'il fit bien - tôt éclater dans un
pofte fi éminent qui attiroit fur lui les regards
de toute l'Europe. Il y maintine 11 la
paix établie fous le Regne precedent , &
I'affermit par de nouveaux traitez. Il for
ma entre la France & l'Espagne l'augufte
union qui fait aujourd'hui la plus chere
efperance de ces deux grandes Monarchies.
Le Roy touché du zele infatigable
de Monfieur le Duc d'Orleans , & de
l'application qu'il avoit eu pour le bien
de fon Etat pendant fa minorité , le prias
quand il fut declaré majeur de lui continuer
fes confeils . Et quelque temps après
Sa Majefté le pria encore de fe charger
des fonctions de la Charge de Premier
Miniftre.
Il eft impoffible de peindre exactement
un merite auffi vafte que celui de:
Monheur le Duc d'Orleans , protecteur
des Arts ; il les connoiffoit comme les
Artiftes les plus experimentez , il étoit
rempli des affaires les plus ferieufes , fans
rien perdre des graces d'une affabilité
qui le caracterifoit particulierement .
Ce Prince avoit diné le jour de fa
mort , contre fa coutume ; il travailla
plus d'une heure après le dîné. Il rentra
$2. vol.
vers
DE DECEMBRE 1723 1359
vers les fix heures dans fon cabinet , ou
il tomba en apoplexie peu de temps aprés,
& quelque fecours qu'on pût apporter il
ne donna aucun figne de vie , pendant
près d'une heure que dura fon accident .
On le faigna à plufieurs repriſes , & on
lui tira quelques palettes de fang. Il expira
vers les fept heures & demie.
Madame la Ducheffe d'Orleans , qui
étoit accourue à la premiere nouvelle de
cette funefte attaque , fut ramenée dans
fon appartement , penetrée de la plusvive
affliction . M. le Duc de Chartres
qui étoit à Paris , arriva à Verſailles vers
les 9. heures.
Le 3. Decembre à fix heures du matin
, fon corps fut porté du Château de
Verfailles à celui de S. Cloud , où il fur
vû à vifage découvert , jufqu'au quatre
après- midy qu'il fut embaumé , & mis le
S. dans un cerceüil au milieu d'une Chapelle
ardente , avec les ceremonies accoutumées.
On y a celebré des Meffes
jufqu'au 16. fur deux Autels dreffez exprès.
Plufieurs Prélats ont affiftez aux
"prieres qu'on y a faites
l'ame de S. A. R.
le pour repos de
Le 4. le Roy alla voir , à l'occafion
de la mort de Monfieur le Duc d'Oi-
Jeans , Madame la Ducheffe d'Orleans ,
M. le Duc de Chartres , Mademoiſelle
2. vol.
de
1360 LE MERCURE
de Chartres , Madame la Ducheſſe , Madame
la Princeffe de Conti , premiere
Doüairiere , & Madame la Ducheffe du
Maine.
"
Le corps de S. A. R. fut expofé dès le
Dimanche à 4. heures du foir. Tout le:
Château de S. Cloud étoit tendu de noir,
fçavoir ,
La feconde grille tenduë de 4. lez de
tenture , chargée de deux lez de velours,
& d'une grande armoirie , & la grille des
Gardes de la Pórte de même.
>
La façade du grand efcalier , tendue
dans toute fa longueur à dix lez de terture
, deux lez de velours , & fix grandes
armes. Le grand efcalier , tendu du
haut en bas avec 30. plaques la face de
la falle des Gardes tenduë de deux léz ··
de velours , & la falle des Gardes entierement
tendue du haut en bas avec deux
Luftres. Toutes les portes étoient tenduës
de deux lez de velours .
De la falle des Gardes on entroit dans
la chambre dite des Buffers , qui étoit
entierement tendue , éclairée par un Luftre
; la piece d'après , qui eft la falle à ·
manger , étoit aufli entierement tendue
avec deux Luftres , ainfr que l'anti cham
bre , & la chambre.
On entroit enfuite dans la falle du dé--
port , qui étoit entierement tendue avec
3. vol.
plafond
DE DECEMBRE 1723. 1367
plafond & tapis de pied ; trois eftrades
& un dais de velours , fous lequel étoit
le corps de S. A. R. avec un parement
de velours à la tête , chargé de 4. armoi
ries. Au pourtour de cette falle regnoient
deux lez de velours , chargez d'armoiries
, 54. chandeliers d'argent fur les eftrades
, avee des armes au luminaire. Deux
Autels avec chacun fix chandeliers &
une Croix , avec des armes aux cierges ' ,
un parement de velours , foubaffement
& marche- pied à chacun , avec 4. ar
moiries.
On avoit placé fur le cercueil , fa
Couronne , avec les Coliers des Ordresdu
S. Efprit , & de la Toifon d'Or , fur
des carreaux de velours couverts de
crefpes.
Six torcheres étoient placées dans cette
falle , chargées chacune d'une girandole
garnie de bougies. On voyoit fur des fieges
ployans le Clergé , Feüillans & Capucins
, & c.
Le Parlement & les Cours Superieures
ont été par députez jetter de l'eaubenite
fur le corps de Monfieur le Duc
d'Orleans , ainfi que les Prélats , & au--
tres Seigneurs.
Le 8. M. le Comte de Charolois , Prin
ce du Sang , nommé par le Roy , pour
aller , de la part de Sa Majefté , jetter de
2. vol. l'eau
362 LE MERCURE
l'eau- benite , fur le corps de feu Mon
fieur le Duc d'Orleans , fe rendit au
Château de S. Cloud dans un Caroffe du
Roy , accompagné du Duc de Gelvres ,
du Marquis de Beauveau , qui devoit
porter la queue du Manteau de ce Prince,
& du Marquis de Dreux , Grand- Maître
des Ceremonies. Il étoit precedé d'un
détachement des Cent- Suiffes de la Garde
du Roy , & fuivi d'un détachement
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Il
fur reçû à la defcente du Caroffe par
M. le Duc de Chartres , accompagné du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu , &
des principaux Officiers de la Maiſon de
feu Monfieur le Duc d'Orleans .
M. le Comte de Charolois après s'être
acquitté de la trifte fonction dont il étoit
chargé , fut reconduit avec le même ceremonial
qui avoit été observé à fon arri→
vée , & retourna à Verfailles.
Le 9. au foir, on porta le coeur de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Château
de Saint Cloud à l'Abbaye Royale du
Val de Grace . Le Comte de Clermont ,
Prince du Sang , nommé par le Roy
pour faire les honneurs de la ceremonie y
affifta , accompagné du Duc de Montmorency,
& des principaux Officiers de
la Maifon de S. A. R. Le coeur fut
porté par le Premier Aumônier. La mar-
20 vols
che
DE
DECEMBRE 1923. 1363
che , qui fe fit en cet ordre , étoit précedée
de So. cavaliers portant des flam
beaux.
Un Ecuyer avec deux Pages , les Officiers
de la Garderobe de quartier , &
ceux de la Chambre en longs Manteaux
& chevaux caparaçonnez. Le caroffe du
Duc de Montmorency , un caroffe de
M. le Comte de Clermont , le fecond
cároffe du corps de Monfieur le Duc
d'Orleans , 24. Pages à cheval avec des
flambeaux , leur Gouverneur derriere.
Deux Ecuyers & un Ecuyer de main
24. Suiffes fur les aîles avec des flambeaux.
Le caroffe du corps , dans lequel
étoit le premier Aumônier , portant le
coeur , M. Louis de la Vergne Montenar
de Treffan , Evêque de Nantes ,-nommé
à l'Archevêché de Rouen , le P. du
Trevoux , Jefuite , Confeffeur , le Maître
de l'Oratoire , M. Alphonfe François
, Abbé de Simiane , le Maître de la
Chapelle , M. Jean Baptifte Pajot de
Dampierre , & M. le Curé de S. Cloud.
Ce caroffe éroit drapé , & attelé de huit
chevaux caparaçonnez en moire d'ar
gent. 30. valets de pieds portoient des
Aambeaux autour de ce caroffe , qui étoit
fuivi de 60. Gardes du Corps de S. A. R.
leurs Officiers aux portieres du caroffe. A
la tête des chevaux marchoient le Mar--
·
2. vota
quis›
1364
LE MERCURE
quis de Dreux , Grand - Maître des Ce
remonies , M. des Granges , Maître des
Ceremonies , & M. de Bourlemaque ,
Aide des Ceremonies.
Dans le fécond caroffe étoit le Comte
de Clermont , Prince du Sang , le Duc
de Montmorency , le Premier Ecuyer
le Capitaine des Gardes , le Premier Gentilhomme
de la Chambre. Au troifiéme
caroffe , le Premier Maître-d'Hôtel , le
Chambellan ordinaire , & deux autres
Chambellans , & c .
L'Archevêque de Rouen , Premier
Aumônier prefenta le coeur à Madame
L'Abbeffe du Val de Grace , & prononça
ce difcours:
MADAME ,
Nôtre douleur , le lugubre appareil
qui nous environne , vous annonce ce qui
nous fait troubler la tranquillité de vôtre
retraite ; nous venons dans ce faint Tem
ple , monument de la pieté d'une grande
Reine , y porter ce refte précieux d'un de
fes defcendans , & y déposer pour toûjours
Le coeur de très -haut , trés -puiffant , trèsilluftre
Prince , Monseigneur , Philippe ,
Duc d'Orleans , petit Fils de France. Vous
avez reçû , Madame , pendant fa vie
des marques finceres de fa plus tendre 2 vol.
affec
DE
DECEMBRE 1723. 1365
affection convaincu de la Sainteté & de
la regularité de vôtre Maifon , il vous
avoit confié l'éducation des Princeßes fes
filles.
Il n'est plus , & ce Heros , le modele
des plus grands Souverains , & du plus
parfait de tous les fujets , ce Heros qu'on
peut regarder comme le pere de la Patrie ,
l'arbitre de toute l'Europe , ne peut
plus rien , & a besoin de vos prieres. Il
vous les demande par mon miniftere.
Profternées aux pieds des Autels , Vierges
faintes , invoque le Dieu des miferi-
Cordes , & obtenez que celui dont nous
pleurons la mort vive éternellement dans
la gloire.
Madame l'Abbeffe , à la tête de fa
Communauté , répondit d'une maniere
très-touchante , & très- dignement à ce
Difcours .
La porte de la cour de cette Abbaye
étoit tenduë de fix lez de tenture ordinaire
, & deux lez de velours , avec trois
grandes armoiries. La porte du Monaf
tere avoit une pareille décoration . Pen--
dant les Difcours on dépofa le coeur fur
une credence dreffée à l'entrée du Cloître
, où il y avoit quatre chandeliers , &
quatre armes. Le veftibule , les deux
Cloftres & les deux eſcaliers étoient ten-
7
1
2. vol .
dus
1366
LE
MERCURE
dus à deux lez . Le Veftibule & l'avant-
" Choeur étoient tendus du haut en bas . Le
Choeur tendu à fix lez , avec deux lez
de velours , des tapis de pied , & trois
eftrades. Le luminaire étoit compofé de
30, chandeliers autour du Dais , avec
des armes aux cierges , de 60. chandeliers
fur les corniches des ſtales fans ar-
& 24. chandeliers fur l'Autel , avec
mes ,
des armes.
Le coeur fut porté , après les ceremonies
accoutumées , dans la Chapelle de
Sainte Anne , & dépofé fur une credence
préparée , avec des cierges armoriez .
Les armes de Monfieur le Duc d'Orleans
font de France , brifé en chef d'un
Lambel d'argent à trois pendans , l'Ecu
entouré & accolé du colier des ordres
du Roy , & de la Toifon d'Or , timbré
& fommé de la Couronne de Prince du
Sang , qui eft d'or , rehauffée de huit
fleurs de lys de même .
Le Jeudi 16. Décembre le corps de
Monfieur le Duc d'Orleans , fut tranfporté
du Château de S. Cloud , en l'Abbaye
Royale de Saint Denis. Le Convol
pafla par Paris avec une pompe très- magnifique.
La marche commença à Saint
Cloud à fix heures du foir dans l'ordre
fuivant. Un détachement du Guet à
cheval , cent Pauvres vêtus de drap gris
x
2. vol.
à
DE DECEMBRE 1923. 1367
à pied portant des flambeaux , les Gar
çons d'Office & les petits Officiers au
nombre de 60. à pied avec des flambeaux
, cinquante Officiers des Offices ,
Garderobe & Chambre en manteau long,
montez fur des chevaux caparaçonnez
de deuil , les Pages de la Grande & Petite
Ecurie du Roy , ceux de S. A. R.
les Suiffes & un grand nombre de Valets
de Pieds , portant tous des flambeaux :
le caroffe des Ecuyers du Prince de Conti
, nommé par le Roy pour faire les
honneurs , entouré de fes Valets de Pied ,
avec des flambeaux , les Cent Suiffes de
S. A. R. avec leurs Officiers à la tête
portant la Hallebarde la pointe en enbas
leur tambour couvert d'un crefpe . Les
Herauts d'Armes , le Grand-Maître , le
Maître & l'Aide des Ceremonies : le
Chariot mortuaire , couvert d'un grand
Poële , dont les Aumôniers de S. A. R.
tenoient les coins , attelé de 8. chevaux
caparaçonnez , & fuivi du Marquis d'Etampes
, Capitaine des Gardes du Corps ,
& du Chevalier de Biron , Premier
Ecuyer , tous deux à cheval . Ce dernier
à gauche , l'Ecuyer de quartier derriere.
lui , les Officiers des Gardes du Corps
placez immediatement . Douze Gardes
du Corps de S. A. R. qui avoient ſervi
à mettre le corps fur le Chariot , en grand
2. vol. deüil
-1368 LE MERCURE
paux
deüil à cheval , avec des flambeaux.
Le caroffe du Prince de Conti , accompagné
du Duc de Retz , & des princiux
Officiers de Monfieur le Duc d'Orleans
. Ce caroffe étoit precedé de douze
Pages du Prince de Conti , à cheval , portant
des flambeaux , le caroffe du Confeil
, & celui du Comte d'Argenfon ,
Chancelier de la Maifon , & Garde des
Sceaux de Monfieur le Duc d'Orleans ,
où il étoit en habit de ceremonie. Un
caroffe à cinq places pour le Clergé ;
fçavoir , le Premier Aumônier de S. A. R.
le Pere du Trevoux , Confeffeur , les
Maîtres de la Chapelle & Oratoire , &
le Curé de S. Cloud. Un caroffe de la
Garderobe , portant les Pieces d'honneur
; fçavoir , la Couronne , le Colier
de l'Ordre du S. Efprit , & celui de la
Toifon d'Or. Le caroffe des Premiers
Gentilhommes de la Chambre , celui du
Premier Veneur , M. François du Prat
de Barbançon , & deux Chambellans ;
celui du Premier Maître- d'Hôtel , M.
Edme- François de Turmenyes de Montigni
, & c. tous les caroffes étoient drapez.
Cette pompeufe & funebre marche
étoit terminée par les Gardes du Corps
de Monfieur le Duc d'Orleans , portant
des flambeaux , & les marques de deuil ,
pratiquées en ces occafions.
1
2. vol.
Le
DE
DECEMBRE 1723. 7359
Le Convoi paffa dans la rue S. Honoré
vers les onze heures du foir , au
fon de toutes les Cloches . Le Clergé des
Paroifles & des
Communautez Religieufes
, qui fe trouverent fur fon paffage ,
Le prefenta à la porte de l'Eglife avec
des cierges & l'eau-benite , & on dit les
Prieres ordinaires. Le Curé de S. Euftache
avec fon Clergé vint jufqu'au bout
de la rue des Prouvaites.
Le Convoi arriva à deux heures après
minuit à l'Abbaye Royale de S. Denis.
L'Evêque de Nantes , nommé à l'Archevêché
de Roüeny Premier
Aumônier de
Monfieur le Duc
d'Orleans , fit la ceremonie
de la
prefentation du corps , & *
adreffa un Difcours au Grand- Prieur de
l'Abbaye , qui le reçût à la tête des Religieux
. Le corps fut enfuite porté dans
la grande Chapelle qui eft au - deffus du
Choeur , pour y refter en dépôt juſqu'au
fervice folemnel qui fe fera le jour de
l'inhumation. M. Poncet de la Riviere ,
Evêque d'Anger eft nommé pour prononcer
l'Orailon Funebre.
2. vol.
EX
F
1370 LE MERCURE
EXPLICATION de la feconde Enigme
du mois de Novembre dernier.
Q
Ui fibi fingit opes nummis fallacibus
audet
Flebilis ipfe fibi fingere fata crucis.
XXXXXXXXXXXXXX *
PREMIERE ENIGME
E fuis un compofé que tout le monde
craint , JE
*Les jeunes , & les vieux , le pecheur , l'hom
me faint ;
On a beau m'expofer en vente ,
Jamais perfonne je ne tente
Et quand on a befoin de moi ,
C'eſt toûjours à regret , & faute d'efperance
Enfin aucun mortel à ina trifte apparence
Ne me regardé fans effroi .
SECONDE ENIGME .
E fuis d'invention nouvelle ,
Mon nom n'eft pourtant pas nouveau
9
Je fçais en apparence ajufter au niveau ,
2.201. La
DE DECEMBRE 1723 . 1371
La femme groffe & la pucelle ;
En Province comme à la Cour ,
Mon art a paru neceffaire ,
Pour répandre un nouveau myftere ,
Sur les myfteres de l'amour.
Le temperamment le plus fage,
Après avoir bien combattu ,
A la faveur de mon ufage ,
Fait fouvent bréche à ſa vertu.
Le beau fexe plein d'inconſtance ,
M'inventa pour s'orner , contenter fes defirs ,
Et cacher à la médifance ,
Le revenu de fes plaifirs
On donnera le mois prochain l'explication
des cinq Enigmes contenues dans
les deux volumes de ce mois.
永康泰味
មុន
2. vola Fij NOU
1372 LE MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS , & c.
A:.
A LEGENDE de Maître Pierre Fai-
Lfeu , mife en vers par Charles Bourdigné.
A Paris , de l'Imprimerie d'Ant.
Urb. Couftelier 1723. vol . in 12. de
198.pages fans compter la table , & une
,
Se-
Lettre de l'Editeur à M. Lancelot
cretaire du Roy , & de l'Académie des
Belles Lettres , par laquelle on apprend
que Charles de Bordigné ou Bourdigné ,
natif d'Anjou , Auteur de la Legende de
Maître Pierre Faifeu , floriſſoit à Angers
en 1531. qu'il ne faut pas confondre
avec Jehan Bourdigné , Auteur des Chroniques
d'Anjou .
A la fuite de la Legende de Maître
Pierre Faifeu , on a fait imprimer quelques
Pieces choifies de Jehan Molinet
Chanoine de Valenciennes , qui vivoit
dans le quinziéme fiecle , & qui eft mort
fort âgé en 1507. C'eft le même Jehan
Molinet qui a donné une paraphrafe en
profe du Roman de la Rofe.
On apprend encore dans cette Lettre
qu'on prepare une nouvelle Edition de
2. vol.
ce
DE DECEMBRE 1723. 1373
ce fameux Roman , ornée d'Estampes
d'après des miniatures anciennes , trèscurieufes
les modes & les autres finpour
gularitez qui s'y trouvent , qu'on a déja
conferé le texte avec plufieurs Mff. trèsanciens
, & qu'il y a lieu de fe Hater que
ceux qui aiment nôtre langue , & nôtre
Poëfie , feront fatisfaits de l'ordre &
de la critique qui regneront dans cette
Edition , d'autant plus qu'on ne prendra
aucun parti fur la difpofition de l'ouvra
ge , que de concert avec plufieurs perfonnes
verfées dans ce genre d'érudition .
Au reste ce livre eft imprimé avec autant
de foin que la Farce de Me Pierre
Pathelin , les Oeuvres de Villon , de
Jean Marot , & de Guillaume Cretin
que le même Libraire a imprimées dépuis
peu , & qui ne laiffent rien à defirer
pour la beauté des caracteres & du papier.
On prepare dans la même Imprimerie
une Edition des Poëfies de Guill.
Coquillart , qui fera fuivie de celles de
Martial d'Auvergne , Parifien , Auteur
des Arrefts d'Amour.
Donnons quelques morceaux de Poëfie
qui puiffent faire juger de l'ouvrage
que nous annonçons.
2. vol.
De
Fij
1374
MERCURE LE
S
De la Legende de Faifeu , chap . 27%
Ouvent voyt-on aucun faire le fin ,
Qui le pluſtoſt eſt trompé à la fin ;
Comme il advint d'un qui fi bien ſe aſſorte ,
D'une fille , cuydant être fa forte ,
Qu'il fe fyoit en elle de fon bien ,
Breftout conclud ne lui challoit de rien ,
Car tant cuydoit prude eftre fa fervante ,
Que de bonté d'elle par tout fe vante ;
Mais trop eftoit en ce cas abufé ,
Car lors , Faifeu , en tel point bien rufé,
L'entretenoit , & foubz la couverture
Du pacient. Or en fiſt ouverture ,
A ung quidam , veſtu de grys ouvert ,
Où fe fyoit , qui tout à deſcouvert ,
Au principal : quel voyant tel defordre ,
N'en eft content , bien y penfant mettre ordre.
Or pour venir afin de ceftuy faict ,
Ung jour faingnit aller aux champs , de fair
Il s'en partit , & dift ne retourner
A la maifon , qu'il n'ayt fait attourner ,
Et accoutrer certaine fon affaire.
Sa fervante foublain pas ne differe ,
2. vol.
ManDE
DECEMBRE 1723. 1375
Mander Faifeu , lequel à elle vint ,
Vous orrez cy le cas quel lui advint .
Le Maître avoit mis gens en efchauguette ,
Dont l'un d'iceulx fi bien a point le guecte ,
Que pour certain leans l'a veu entrer ;
Donc pour venir au point & mieulx rentrer ,
S'en vint au Maître , qui point veu ne l'avoit,
Mais en ung lieu ung autre entrée guettoit ,
Et lui compta , comme très -bien a prins ,
Que fi on veult , le compagnon eft prins.
Joyeulx il fut de le pouvoir ſurprendre
Mais marry eft fa fervante reprendre ,
De ceftuy fait , veu que tant la amoit ,
Et en elle tout fon affy avoit.
Or , pour conclure , à fa porte eſt venu ,
Faignant eftre des champs ja revenu
La fervante , qui point ne s'en prend garde ,
A la feneftre incontinent regarde.
Quant fon maître ja venu apperçeut ,
Comme morte quafi parler ne fçeut ,
I
Sinon qu'elle dit à Faifeu , c'eft mon maître.
Donc toft refpond , où me pourrai - je mettre ?
S'il me treuve , je fuis mort & perdu.
2. vol.
Fiiij
- Lors
1.376 LE MERCURE
:
Lors fe advifa foubdain tout efperdu,
De fe monter hault en la cheminée ,
Ce qu'il a fait, fans noyſe avoir menée.-
Le maître vint , qui entra tout fafché ,
Luy & fes gens , quérans où eft caché;
Par tout ont quis , mais point ne le trouverent,
Et leurs efpritz tous au cas
approuverent.
Quant eurent quis tant au hault comme bas,
Sur les maifons , couvertures , rabbatz ,
Pour leur chauffer l'un mift une bourrée ,
Emmyle feu , qui toft fut efbourrée ,
De quoi Faifeu fut ungs peu eftonné ,
Et fi en eut fon efprit beftourné :-
Car la challeur eft fafcheufe fumée ,-
Luy font trop mal ( dont fe amye eft fumée ▶
Quant apperçeut ne povoir eſchapper
Sans eftre veu , commença à taper ,
Et faire bruyt comme une ame damnée ,
Qui en Enfer brufler eft condamnée ;.
Contrefaifant fa voix , faifant tonnoire ,
Se laiſſa cheoir au feu , puis print fon erre
A s'enfuyer. Chacun fuyt devant lui ,
Nul ne l'attend & ne luy fait ennuy
2. val. Car
DE
DECEMBRE 1723. 1377
Car tant ont peur le veoir en telle forte ,
Qu'il ne leur chault lequel de eulx premier
forte ,
Ung chafcun d'eulx tant eftoit interdit ,
Qu'ils n'euffent fçeu que c'eftoit avoir dit.
Il s'en alla fans que nul le retint ,
Mais bien heureux le plus hardy fe tint ,
Eftre efchappé , fans avoir autre attainte ,
Ainfi Faifeu leur bailla cette eftraincte.
A
Des Poëfies de Jehan Molinet.
Mour me fift fon Bachelier ,
Et me donna joyeulx eſpoir ,
Gracieufeté , bien celler ,
Courtoisie , force , povoir,
Loyaulté , fens , fanté , avoir ,
Lyeffe , & ceulx de fa banniere ,
Pour amoureuſe Dame avoir ,
Gente de corps & de maniere.
Ung chafcun bien s'y employa
Pitié lui brifa fa rigueur ,
Humilité s'y defploya ,
Avoir luy fift large d'honneur
2. vol₂
Beau F V
1378 LE MERCURE
Beau parler luy oindit le cueur ,
Et tant luy fouffla en l'oreille :
Que je conquis Dame d'honneur
Je ne veiz oncques la pareille.
Se tous les prez & champs du monde ,
Eftoient peaulx de parchemyn ,
Et toute eaue puraine & munde ,
Devenoit encre par chemin ,
On ne fçauroit venir à fin
D'efcripture , en loüant l'adreffe ,
De l'honneur d'elle , tant eft fin ,
De tout bien pleine eft ma maîtreffe.
C'eft ung chef-d'oeuvre de beaulté ,
Ung triomphe de noble arroy ,
Sa prudence & fa loyaulté ,
Vallent l'avoir d'ung petit Roy ;
Ravy fuys quand je l'aperçoy ,
Tout oeil amoureux qui l'advife ,
Rit de joye , chante à par foy,
Jay pris Amours à ma devife.
2. vol Son
DE
DECEMBRE 1723.
9379
Son oeil comme ung fier bafilicque ,
Occift mon cueur de fon regard ,
Sa très-doulce face angelicque ,
Et fon corps , paffent tout efgard ,
Qui bruyt deſſoubz ſon eſtendart ,
H eft à la bonne heure né ,
Et eft , foit Duc , Conte où Souldart',
Le ferviteur hault guerdonné.
LES VIES DES SAINTS pour chaque
jour de l'année , tirées des Auteurs Ori
ginaux , avec une Priere à la fin de chaque
Vie , & un Martyrologe. A Paris ,
chez G. Desprez , & J. Defeffarts , ruë
S. Jacques , 1722. in fol. de plus de
1500. pages .
NOUVELLES DE'CCUVERTES fur
la Guerre , dans une Differtation fur
Polybe , où l'on donne une idée plus
étendue du Commentaire entrepris fur
cet Auteur , & deux Differtations importantes
détachées du corps de l'ouvrage.
Par le fieur de Folard , Chevalier de l'Ör
dre Militaire de S. Louis , & Mftre de
Camp réformé d'Infanterie , à la fuite du
Regiment de Picardie. A Paris , chez
J. F. Joffe , & Cl. Labotiere , rue Saint
25 vol.
F vj Jac1380
LE MERCURE
Jacques 1724. vol . in 12. de 388. pagesa
L'IDE'E d'un vrai Religieux , dédiée
au Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris . Par M. Lambert , ancien Curé de
Notre- Dame de Châlons , Prieur Commendataire
de Poßeffe. A Châlons , chez
Cl. Bouchard 1723. vol. in 12. de 237. P.
IDE'E GENERALE de l'Economie Animale
, & Obfervations fur la petite verole.
Par M. Helvetius , Confeiller, Me.
decin ordinaire du Roy , Docteur Regent
de la Faculté de Medecine de Paris , Medecin
Inspecteur General des Hôpitaux de
Flandres , de l'Académie Royale des Sciences
. A Paris , de l'Imprimerie Royale
1722. in 12. de 388. pages.
DISSERTATION SUR L'INDULT du
Parlement , contenant les expediens sûrs
d'en rendre la joüiffance prompte & utile
, avec les moyens de réformer les abus
du 'Dévolu , dédiée à M. le Garde des
Sceaux. Par M. l'Ab . Richard , Cenfeur
Royal. A Paris , chez la veuve le Febvre,
au Palais 1723. in 8 de 157. pages..
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie Françoiſe
dans les Gaules , dédiée au Roy. Par le
2. vol.
P. G.
DE DECEMBRE 1723. 7387
P. G. Daniel , de la Compagnee de Jefus
Nouvelle Edition 1722. A Paris , chez
D. Mariette , J. B. de Lefpine , & J. B
Coignard , fils 7. vol. in 4°.
NOUVEAUX MEMOIRES des Miffions
de la Compagnie de Jefus dans le
Levant, tome 3e . A Paris , chez Guillau
me Cavelier , ruë S. Jacques 1723% in 12 .
de 482. pages.
HISTOIRE DE DAUPHINE' , & des
Princes qui ont porté le nom de Dauphins
, particulièrement de ceux de la
troifiéme Race , & c. avec une fuite de
titres , difpofez felon l'ordre des temps ,
&c. & plufieurs Obfervations fur les
moeurs & coûtumes anciennes , & fur
les familles. A Geneve , chez Fabri &
Barillot , 2. vol . in fol . 1722.
NOUVEAU COURS DE CHIMIE
fuivant les principes de Newton & de
Sthall , avec un Difcours Hiftorique
fur l'origine & les progrès de la Chimie.
Par M. Senac. A Paris , chez J. Vincent
, rue S. Severin 1723 gros in 12
866. pages..
L'ETAT PRESENT de la Grande Bre:
tagne , fous le Regne de George 1. avec 2. vol.
l'Etat
1382 LE MERCURE
l'Etat de l'Irlande , & la Deſcription des
Etats que la Grande Bretagne poffede
en Amerique , & en Afrique , 2. vol . in
12. A Amfterdam chez les Wetſtein
17.23.
On a imprimé à Bruxelles un Examen
du Poëme fur la Grace , de M. R. ce
font trois Lettres in octavo.
LES OEUVRES DE PLAUTE , Lat. &
Françoiſes , traduction nouvelle. Par M.
Limiers. A Amfterdam , chez la veuvedes
Bordes , 10. vol . in 12. avec figures.
HISTOIRE DES SEPT SAGES . Par
Larrey , 2. vol in 8 ° . nouvelle Edition.
A Amfterdam , chez la même.
LES FAVEURS & difgraces des Amans,
2. vol. in 12. avec figures , chez la
même.
TRAITE' DU BEAU. Par M. de
Croufas , confiderablement augmenté . A
Amft rdam , chez Honoré & Chatelain ,
2. vol. in 12.
Le 2. de ce mois M Adam , Secre
taire des Commandemens de S. A. S. M.
le Prince de Conti , qui avoit été élû par
2. vol. Mrs de
DE DECEMBRE 1723. 1303
Mrs de l'Académie Françoife , à la place
de feu M. l'Abbé Fleuri , Confeffeur du
Roy, y vint prendre féance , & prononça
un Difcours , dans lequel après avoir
marqué fa reconnoiffance à l'Académie ,
il en fait l'éloge , & paffe enfuite à celui
de fon illuftre protecteur. » C'est ce «
Prince toûjours bienfaiſant , dit- il , qui «
m'a infpiré de porter mes voeux au- «
delà des bornes que ma raifon leur «
avoit prefcrites ; c'eft lui qui s'eft ren- «<
du mon garant auprès de vous ; c'eft «
lui enfin qui pour faire honneur aux «
foins que j'ai pris de fon enfance , a «
bien voulu leur attribuer des talens ce
qu'il ne tient que de fon heureux na- ☀
turel , cette inclination qu'il a pour les «
Lettres , ce goût délicat , ce jugement <<
folide , les vertus mêmes de fon coeur , «
cet attachement à nos loix , ce zele «
pour fon Prince , & cet amour invaria- «-
ble de la juftice & du bien public. «
Voici le portrait que le nouvel Académicien
fait de l'Abbé Fleury , dont
il remplit la place . » Un efprit excel-' «
lent cultivé par un travail infini , une ce
fcience profonde , un coeur plein de «
droiture , des moeurs innocentes , une «
vie fimple , laborieufe , édifiante , une «
modeftie fincere , un defintereffement «
-admirable , &c. «<
2. vol.
M.
1384 LE MERCURE
M. Adam entre enfuite , felon l'ordre
des temps , dans les éloges des Protecteurs
de l'Académie , du Cardinal de Richelieu
, du Chancelier Seguier , de Louis
le Grand.
En parlant des Sciences & des Arts da
temps du feu Roy. » Sous quel Regne
» dit- il , les a t'on vû plus floriffans ?
» nôtre Theatre le cede- t'il à celui des
» Grecs , & les Romains pouvoient- ils
» fe comparer à nous fur ce point ? N'a-
>> vons- nous pas nos Phidias & nos Ly-

"
fippes , qui fçavent encore animer le
» Marbre & le Bronze ? » Qu'il nous foit
permis de remarquer ici que voilà la
Poëfie Dramatique , & la Sculpture bien
celebrées ; mais la Peinture qui a fait
tant de progrès en France , du vivant de
nos Peres & du nôtre , ne fe plaindrat'elle
point ? & fans parler des Peintres
vivans , ne craint- on pas d'entendre murmurer
les Mannes des Pouffins , des le
Sueurs , des Bourdons , des le Bruns , des ·
la Foffes , des Jouvenets , des Coypels ,
& des Boullognes , & c.
Le nouvel Académicien finir fon dif
cours par l'éloge du Roy & de Monfieur
le Duc d'Orleans.
Après que M. Adam eut achevé de
parler , M. l'Abbé de Roquette lui ré-
2. vol.
ponDE
DECEMBRE 1723. 1385
pondit au nom de l'Académie : Voich
quelques traits de fon Difcours.
Dans la triftefle & la défolation que «
nous cauſe la perte de fix Académiciens , «<<
enlevez en moins d'un an ,la joye de vous «
recevoir , la prefence des auguftes per- «
fonnes qui honorent vôtre reception ,
fufpendent & adouciffent nôtre dou- «
leur ; mais qui peut tarir la fource de nos <<
larmes ? Nous regretterons à jamais le «<
pieux , le fçavant , l'illuftre confrere à «
qui vous fuccedez . Rien n'affoiblira «
parmi nous la vive impreffion de ſes «
vertus. Qu'on en nomme une qui ne
fut pas
la fienne la candeur , la droi- «
ture, l'affabilité , la douceur , l'exacte ☛
probité , firent, pour ainsi dire , le fond «
de fon être , & s'il eft permis d'adop- «
ter ici la pensée d'un Auteur profane , «
cet homme fimple & modefte fembloit «
moins l'image de la vertu , que la vertu
même.
:
Cet éloge , beaucoup plus étendu , eft
fuivi de celui du nouvel Académicien
auquel on parle ainfi .
Pour vous , Monfieur , jufqu'ici ren- «
fermé dans vos devoirs , fans fafte , fans «e
ambition , fans empreffement pour la «લ
* M. le Prince de Conti , Madame la Prin
ceffe de Conti , Mademoiſelle de la Rochefur.
Yon .
2. vola
fore
1386
LE MERCURE C
» fortune , vous avez cultivé les Mufes
» dans le fecret & le filence , & negligé
>> de vous faire un nom éclatant dans la
» Republique des Lettres ; recevez lat
» récompenfe de vôtre modeftic , & ac-
» coutumez vos yeux à l'éclat qui fe répand
fur vous , & c .
L'Orateur fait enfuite un parallele
des qualitez & des vertus de feu M.
l'Abbé Fleury , avec celles de M. Adam
qui le remplace , & y trouve une parfaite
conformité. Ce Difcours finit par
l'éloge du Prince de Conti , qu'on fait
en ces termes :
Qu'il fçache par vous , Monfieur , que
nous avons porté nôtre ambition , juſqu'à
fouhaiter que le Prince qui lui a donné la
naiffance , mit le comble à fes faveurs
en fe donnant lui - même à nous . Eh ! plût
au Ciel que la déference que nous avons
marquée pour fes defirs , fut un attrait
affez puiffant pour l'engager à fouffrir ,i
à defirer même , que la pofterité voye
fon nom mêlé avec les nôtres . Il entend
nos voeux , & pour un coeur avide , &.
capable de toute forte de gloire , quel
motifplus preffant que ces voeux mêmes ?
Le Mercredy 22. de ce mois M. de
Maupertuis fut reçûë à l'Académie Roya
le des Sciences , pour la place d'Adjoint
2. vol.
Geo
DE DECEMBRE 1723. 1387

Geometre , & M. Senacle pour celle
d'Adjoint Anatomifte .
On a annoncé au public dans une feuille
de nouvelles Litteraires que l'on travaille
affidument à la nouvelle Edition du
Gloffaire , de la moyenne & baffe Latinité
. L'Editeur eft obligé à l'Auteur de
ces nouvelles , de fon attention ; mais il
a lieu de fe plaindre de ce qu'on a ajoûté
que cette Edition fera de fix vol. in fol.
C'eft une erreur qui feroit efperer au
public , au delà de ce qu'on lui a promis ,
& de ce que l'on peut lui tenir . L'empreflement
des Soulcripteurs empêche de
pouvoir promettre au- delà de quatre vo-
Jumes ; on fera pourtant tous les efforts
pour arriver jufqu'à un cinquième .
Les curieux qui fouhaiteront de plus
grands éclairciffemens fur cette nouvelle
Edition du Gloffaire , les trouveront dans
nôtre Journal du mois de Septembre-
1721. page 63. & fuivantes. Nous ajoûterons
ici que tout ce grand ouvrage roule
prefentement fur le travail & les foins
infatigables du R. P. Dom Nicolas
Touftain , Religieux Ben . de l'Abbaye de
S. Germain des Prez , qui ne perd pas
un moment pour le conduire à fa perfection
.
L'Hiftoire de cette celebre Abbaye ,
2. vol。
que
7388 LE MERCURE
que nous avons annoncée en fon temps '
vient d'être publiée . Le R. P. Dom Jac
ques Bouillart , qui en eft l'Auteur , n'a
rien épargné pour la rendre également
folide & curieufe , & pour l'enrichir de
figures , &c. On avertit les Soufcripteurs
qu'ils ne fçauroient trop s'empref
pour retirer leurs Exemplaires .
fer
Les
gens de
Lettres
ont
fait
une
perte
confiderable
en la
perfonne
de M.
l'Ab
bé Bruys
, qui
eft mort
le 25% Novembre
dernier
à
Montpellier
, fa
patrie
, âgé
de
84.
ans . Il a confervé
jufqu'à
la fin
de fes jours
, le feu , l'imagination
vive
& le
folide
jugement
qu'on
lui
connoiffoit.
Il a enrichi
la
Republique
des
Lettres
de
quantité
d'ouvrages
, qui
prou
vent
fon
genie
fecond
& fon
grand
fçavoir.
Outre
l'Hiftoire
des
Fanatiques
, &
plufieurs
autres
Ecrits
, qui
compofent
douze
volumes
in 12.
eſtimez
des
fçavansi
on imprime
actuellement
de lui , le Traité
du
Legitime
ufage
de la
Raifon
, fur
les
objets
de la Foi , où l'on
démontre
que
les
beretiques
, les
Athées
, &
les
libertins
ne
font
point
le
legitime
ufage
' que
les
hommes
font
obligez
defaire
de la
Raifon
.

Nous avons encore de cet Auteur plufieurs
pieces de Theatre qu'il a faites
dans fa jeuneffe , & qu'il n'a regardées
28 vol.
que
DE DECEMBRE 1723. 1389
que comme un délaffement d'efprit. Il
étoit penfionnaire du Roy & du Clergé ,
ce qui prouve l'eftime generale qu'on fai
foit de la Doctrine fur la Religion.
Le Lord Maire de Londres & la
Cour des Aldermans ont honoré de la
Bourgeoisie de cette Ville le fieur Douglas
, Chirurgien , pour avoir renouvellé
& introduit la methode de tailler de la
pierre au- deffus de l'os pubis , qu'on pratique
à prefent avec fuccès dans tous les
Hôpitaux,
Le 18 de ce mois la fille unique de
M. Brails , mourut à Londres de la petite
verole , qui lui avoit été donnée quelques
jours auparavant par infertion .
Vers le commencement du mois la fille
de feu M. Rolt , comme nous avons déja
remarqué , mourut auffi âgée de 9. à 10,
ans. Il y avoit 9. femaines qu'on lui avoit
fait l'infertion de la petite verole , & depuis
ce temps- là elle avoit prefque toûjours
été dans de grands tourmens par
une humeur qui s'étoit jettée fur plufieurs
parties de fon corps , & qui avoit
caufé 25. ou 30. ulceres qu'on n'a jamais
pû guerir. Ces exemples ne font pas favorables
à l'ufage qu'on a introduit en
Angleterre de l'inoculation d'autant
plus qu'on a déja reconnu que la petite
>
2. vol .
vero,
1390
LE MERCURE
*
verole produite par cette operation, n'exclut
pas le retour naturel de cette maladię.
Le Roy de Pruffe a établi à Berlin un
College de Medecine , d'Anatomie , de
Chimie , & de Chirurgie , où les Etrangers
auffi bien que les natifs du pays ,
pourront aller s'inftruire gratis . S. M. P.
ayant deftiné un fonds pour l'entretien de
fept Profeffeurs , & pour les autres dépenfes
neceffaires .
U
Extraits de diverfes Lettres.
N Jefuite qui s'eft rendu celebre
par plufieurs ouvrages travaille ici
( Vienne ) à nous donner en Latin une
Hiftoire Ecclefiaftique de toute l'Allemagne
, il a confulté
il a confulté pour cela tous les
manufcrits de nôtre fameufe Bibliothe
que : cet ouvrage fera en 12. vol . in 4º
avec des eftampes.
M. Vander Haret , Profeffeur de nôtre
Univerfité ( Helmeftat ) a publié un
Livre in folio fous ce titre , Enigmata
prifci Orbis , Enigmes du vieux monde.
C'eft une collection de tous les traitez
qu'il a compofez fur l'Hiftoire de Jonas
qu'il explique paraboliquement de la
perfecution que le Roy d'Ifraël fit fouffrir
à ce Prophete . Mais cette explica
2. vol.
tion
DE
DECEMBRE 1723. 11391
tion choquant l'opinion commune , &
nos Theologiens en ayant porté des plaintes
, le Livre a été fuprimé , & l'Auteur
condamné à une amende ad pias caufas.
On imprime ici ( Florence ) Infcrip
tiones antique , &c. les Infcriptions Grecques
& Romaines qui fe trouvent pre
fentement dans les Villes de Tofcane ,
particulierement à Florence , recueillies
par les foins de M. Antonio Francifco
Gori , enrichies des notes de M. Anton,
Maria Salvini , Profeffeur en Grec , d'un
grand nombre d'Eftampes , & de fix
tables très-amples. On aura dans ce vodume
, qui fera de 80. feuilles toutes les
Infcriptions qui exiftent encore dans les
Villes de Tofcane ; fçavoir , à Florence ,
Pile , Siene , Fiefole , Arezzo , Volterra ,
Chiafi , Piſtoja , &c . ces Infcriptions
pafferont le nombre de 2800. entre lef
quelles il
y en aura 1100. qui ne font
point dans les compilations de Gruter ,
Reinefius , Spon & Fabretti , & beaucoup
de celles
de celles que ces fçavans avoient
publiées avec des fautes , feront reftituées
fuivant leur veritable leçon , & avec la
même ortographe qu'elles ont fur les
marbres anciens le Compilateur les
ayant tous vûs & copiez avec tant de fidelité
& d'exactitude ,
, que la copie peut
enir lieu de l'original même ; il a fait
.
t
2. vol..
fon7392
LE MERCURE
fondre exprès divers caracteres pour reprefenter
ces Infcriptions telles qu'elles
font fur les pierres antiques , & pour la
plus grande fatisfaction des curieux il a
engagé M. l'Abbé Salvini à les enrichir
de fçavantes notes. L'Edition fera in folio
en grand & petit papier , ornée des
Bronzes , bas - reliefs , & autres antiquitez
qui fe trouveront en differens lieux
& Cabinets de Florence , & autres Vil
les de Tofcane.
1
Le P. Tomaſo- Maria Alfani , Domis
nicain travaille ici ( Naples ) à une compilation
des Conciles du Royaume de
Naples , avec des notes. Cet ouvrage
contiendra , non- feulement tous les Conciles
Generaux , Provinciaux & Diocéfains
, mais encore les Decretales , les
Epîtres des Nonciatures Apoftoliques ,
& les autres monumens de la difcipline
Ecclefiaftique , & de l'antiquité facrée.
On mande de Naples que l'Hiftoire
Litteraire de ce Royaume , par M. Gium
sma , Jurifconfulte paroît.
T
2. vol.
SPEC
DE
DECEMBRE 1723. 1393
L
SPECTACLES.
E Jeudy 30. de ce mois les Comediens
François joüerent devant le
Roy la Tragedie de Rodogune de P. Corneille
, & la petite Comedie du Florentin
de Montfleury. Cette Tragedie , une des
plus excellentes de fon illuftre Auteur ,
a fait beaucoup de plaifir à la Cour & à
la Ville. Les quatre principaux Rôles
d'Antiochus , de Seleucus , de Rodogune
& de Cleopatre , ont été remplis
par les fieurs Baron & le Grand , & par
les Des Duclos & Dangeville . Cette
derniere Actrice qui n'avoit jamais joüé
ce Rôle, y a été extrêmement applaudie.
Les Bals publics qu'on donne fur le
Theatre de l'Opera recommenceront le
Jeudy 6. du mois prochain.
On vend chez François Flahault ,
Quay des Auguftins , au coin de la ruë
Pavée , au Roy de Portugal , une Comedie
intitulée le Fleuve d'Oubly .
Cette Piece fut reprefentée pour la
premiere fois , au mois de Septembre de
l'année 1721. fur le Theatre des Come-
2. vol G diens
1394
LE MERCURE
و
diens Italiens , à la Foire Saint Laurent,
Elle eft de la compofition du fieur le
Grand , Comedien du Roy. C'eft fans
contredit la Piece la plus travaillée qui
foit encore fortie de fa plume ; il l'a affaifonnée
par tout , non de gros fel , à fon
ordinaire , mais de bon fel attique ; il
feroit à fouhaiter qu'il voulut un peu plus
fouvent fe donner cette peine- là , il n'y
perdroit rien , & le public y gagneroit
beaucoup. L'action de cette Piece (e
paffe dans les Enfers.
ACTEUR S.
Le Fleuve Lethé..
Une Nymphe du Fleuve.
Trivelin , Diſtributeur des eaux .
Le Marquis du Hazard .
Spinette médifante.
Un Ingrat.
Violette , femme amoureufe de fon
mari.
Un Apoticaire,
Un Gaſcon.
Troupe de Mortels qui viennent boire
des eaux du Fleuve Lethé pour oublier
leurs chagrins.
.
Extrait de la Piece.
Comme ce n'eft pas ici une Comedie
2. vol.
ordiDE
DECEMBRE 1723, 1395-
ordinaire , où l'on puiffe fuivre une action
dans fon commencement , dans fes
progrès , & dans fa fin , nous nous difpenferons
d'en faire un Extrait fuivi , &
& nous nous contenterons d'en donner
une idée telle que l'ouvrage nous le permet
. L'Auteur ne s'eft propofé dans fa
Piece que de faire paffer en revûë certains
caracteres qu'il a jugez les plus
propres à corriger les moeurs en riant.
Tous les differens perfonnages qu'il introduit
fur la Scene , les uns après les autres,
n'ont d'autre but que de venir prendre
les eaux de Lethé , pour oublier les
fujets de chagrin qu'ils peuvent avoir. Ils
n'ont rien de commun entre eux ; de
forte que la derniere Scene peut devenir
la premiere , fans qu'il y ait rien de gâté.
Il eft aifé de juger par là combien ces
fortes de Comedies font faciles . Il ne
faut qu'établir un rendez -vous general
d'hommes ridicules , pour faire une Pie
ce à ne point finir .
L'Auteur de celle- ci n'a pas laiffé de:
lui donner une forme convenable au
genre qu'il traite. Trivelin conduit aux
Enfers par Belphegor , y reçoit par le.
credit de fon guide & de fon Patron , la
Surintendance des eaux du Fleuve d'Oubli
, il en eft le diftributeur , & le réferve
le droit d'en donner à qui il jugera
2. vole
Gij
1396
LE MERCURE
à
propos
d'en faire boire. Le Theatre
reprefente un bois agréable , au milieu
duquel les eaux du Fleuve d'Oubli coulent
lentement. Ce Dieu accoudé fur fon
Urne chante les paroles fuivantes.
Comme mes eaux le temps coule fans ceffe ;
Le paffé ne peut revenir ;
Perdez-en le fouvenir ,
Sage vieilleffe ;
Ne comptez point ſur l'avenir
Folle jeuneffe ,
Joüiffez du prefent qui va bien- tôt finir.
Dans la premiere Scene Trivelin expofe
fa miffion , & annonce aux Spectateurs
que Pluton àa ordonné à Mercure
de publier dans l'autre Monde que tous
les mortels peuvent venir boire des eaux
du Fleuve Lethé , pour oublier leurs
chagrins . Il ajoûte que ces eaux ont veritablement
la vertu de faire oublier aux
morts tout ce qu'ils ont été ; mais qu'elles
ne font perdre aux vivans que le fouvenir
des chofes qu'ils ont deffein d'oublier .
Il en veut faire une experience fur luimême.
Il boit dans l'intention d'oublier
fon ignorance ; il ceffe d'être ignorant dès
la premiere rafade , il devient demi fçavant
à la feconde ; mais fe trouvant plus
2. vol.
fot
DE DECEMBRE 1723. 1397
fot dans cet état que s'il n'étoit qu'ignotant
, il redouble & boit tant que les
eaux commencent à lui monter à la tête :
il ceffe de boire de peur de s'enyvrer. Ce
trait porte une morale très- fine . L'Ivrefle
de la Sciencè n'a que de trop dangereu
fes fuites.
Nous ne parcourons pas ici toutes les
Scenes de peur d'être trop longs ; nous
donnerons feulement quelques fragmens
de celles qui ont paru les mieux traitées .
Ce font juftement les deux dernieres.
L'Auteur a voulu finir par là , pour renvoyer
les fpectateurs fur la bonne bouche
c'eft entendre fes interefts. :
SCENE V I.
Trivelin , un Apoticaire.
L'Apoticaire dit à Trivelin , Diſtribufeur
des eaux du Lethé , qu'il en vient
boire pour oublier une fâcheufe idée qui
le tourmente depuis quelque temps : cette
idée , c'eft le cocuage dont il a peur. Idée
qu'il appelle generale . Ce qui oblige Trivelin
à lui parler en ces termes.
Cette idée-là eft plus particuliere que
vous ne pensez ; carla plûpart de ceux qui
font Cocus ne croyent pas l'être. Voyons
d'abord fi votre idée est juste : fur quoi eftelle
fondée ? fur vôtre figure apparemment ?
δεν vol.
Giiy
L'A
7398
LE MERCURE
L'Apoticaire.
Comment? eft- ce que j'ai l'air d'un Cocu
Trivelin.
Ma foy; autant que d'un Apoticaire .
L'Apoticaire.
Voilà , par exemple , ce que je n'aurois ja
mais crû.
Trivelin demande à l'Apoticaire les
raifons qu'il a de fe croire Cocu. L'Apoticaire
lui en dit quelques - unes. Comme
des démangeaifons de front , des fonges
cornus qui fui ont fait voir des Beliers
; voici ce qu'il ajoûte :
Outre plus , mes enfans ne me reffemblent
point.
Trivelin.
C'eft qu'apparemment vous n'y mettez pas
la derniere main.
L'Apoticaire , après avoir déduit les
raifons qui lui font craindre le Cocuage,
conte à Trivelin celles qui le raffurent.
Ma femme eft laide.
Trivelin.
Mauvaife raifon , nos petits Maîtres aujourd'hui
ne font pas fi délicats ; ils preferent
la quantité à la qualité ; avec eux tout paffe.
2. vol.
LA
DE NOVEMBRE 1923 : 1399
L'Apoticaire .
Ma femme ne fe foucie pas des hommes.
Trivelin.
Quelle preuve avez -vous de cela
L'Apoticaire.
Elle ne fe foucie pas de moi-même qui fuis
fon mari.
Trivelin.
Eft-ce que les femmes mettent les maris au
nombre des animaux raiſonnables ?
Paffons à la derniere Scene qui eft
celle du Gafcon ; elle n'eft pas moins vive
que celle dont nous venons de parler.
Le Gafcon demande à Trivelin cent bouteilles
d'eau du Fleuve d'Oubli ; voici
leur dialogue :
Trivelin.
Cent bouteilles , & pourquoi faire ?
Le Gafcon.
Pour en faire boire à tous mes creanciers ,
& leur faire oublier ma porte.
Trivelin.
Vous en avez donc beaucoup ?
Le Gafcon.
Une legion.
2. Vol
G iiij
Tri7400
LE MERCURE!
Trivelin
Cela me furprend...
Le Gafcon.
Vous êtes furpris qu'un Gafcon emprunte.
Trivelin .
Non pas mais qu'on lui prété , & y a- t'il
long-temps que vous leur devez ? . ,
Le Gafcon.
Tout au plus cinq ans , ne font-il pas fous
de me demander de l'argent , aujourd'hui
qu'il eft fi rare ?
Trivelin.
S'ils font fous aujourd'hui , il y a cinq
ans qu'ils l'étoient bien davantage .
Trivelin refufant les cent bouteilles
d'eau au Gafcon , le Gafcon lui répond :
Ecoutez l'ami , fongez que je n'ai pas encore
oublié ma valeur ; cadedis , je jetterai
le Fleuve par les fenêtres. Gare- l'eau,
répond Trivelin en fe tournant vers le
parterre il lui promet les cent bouteilles
en faveur de la gafconnade.
:
La Piece finit par une entrée de plufieurs
perfonnes de divers caracteres . Une
Nymphe du Fleuve chante ces paroles :
Envain une auftere beauté,
Fait vanité +
2. vol.
De
DE DECEMBRE 1723 . 1401
De fa fierté :
Amans , fi vous voulez m'en croire
Pour vous en vanger , venez boire ,
Au Fleuve Lethé ,
Elle perdra toute la gloire
De fa cruauté ,
Si vous en perdez la memoire.
Cette chanfon eft fuivie de plufieurs
autres dans le même goût.
NOUVELLES E'TRANGERES
Turquie.
N mande de Conftantinople que
l'Ambaffadeur du jeune Sophi de
Perle en étoit parti , fans avoir pû réüſfir
dans fa negociation , la Porte ayant
réfolu de foutenir l'Ufurpateur Miriweitz.
Le 23. Octobre dernier l'Aga des Janiffaires
reçût ſes expeditions , ainfi que:
les autres Officiers Generaux qui doivent
fervir fous lui du côté d'Aloph.
Le Grand Seigneur a envoyé des prefens
à l'Ufurpateur Miriweitz ; l'Envoyé
de S. H. a ordre de l'affurer de fa pro-
2. vol.
Gy
tec1402
LE MERCURE
tection . Il paroît que cette réfolution a
été prife contre l'avis du Grand Vifir qui
s'eft toûjours oppofé à la guerre que
le
G. S. veut entreprendre.
Le 21. Novembre il arriva à Conftantinople
un nouvel Envoyé de Miri- Mamouth
, dont on a parlé jufqu'à prefent
fous le nom de Miriweitz , qui eut le
lendemain audience du Grand Vifir , &
qui fut admis à celle du Sultan le jour
d'après ; ce qu'on regarde comme une
faveur extraordinaire , étant d'ufage de
laiffer un intervale de 15. jours entre
l'audience du Premier Miniftre , & celle
de S. H.
Le Marquis de Bonnac , Ambaffadeur
de France ayant fait des inftances auprès
du Grand Vifir , pour obtenir des privi
leges en faveur de quelques Ecclefiaftiques
François qui ont deffein de s'établir
à Naples de Romanie , & dans quelques
Villes de la Morée ; ce premier Miniftre
lui a répondu que fon memoire avoit été
favorablement reçû du Grand Seigneur
que
fa Hauteffe confentoit d'accorder ces
privileges , à condition que ces Ecclefiaf
tiques fiffent venir des jeunes gens de
differentes profeffions , pour y établir
des Colonies , declarant qu'ils joüiroient
des mêmes privileges que les Turcs pour
le payement des Douanes ; & qu'à l'é-
2. val.) gard
DE DECEMBRE 1723. 1403
gard du tribut , ils ne feroient taxez qu'à
un ducat par tête .
les
Ruffie.
N affure que le Czar a nommé le
Prince Menzikoff pour commander
80000.hommes qui doivent s'aflembler
dans l'Ukraine , & que S. M. Czarienne
fe mettra à la tête de l'armée qui doit entrer
en Perfe ; mais la plupart des troupes
qui la compoferont ne pourra arriver
à Aftracan que vers le mois de Mars
prochain.
Entre autres prefens que le Czar a envoyé
au Roy de Perfe ; il y a fon portrait
enrichi de diamans de grand prix. Voici
le traité d'alliance conclu à Petersbourg
le 12. Septembre 1723. vieux ftile , entre
l'Empereur de Ruffie , & le Roy de
Perfe , par fon Ambaffadeur Ismaë
Begh.
·
Au nom de Dieu tout puiffant foit
notoire , par ces prefentes que les troubles
arrivez en Perfe il y a déja quelques
années , ayant donné lieu à quelques - uns
des fujets de ce Royaume d'exciter de
dangereufes revoltes contre leur legitime
Souverain , & de lui caufer par là un
préjudice inexprimable , ils auroient porté
leurs violences jufques contre les fu
jets de S. M. Imperiale de Ruffie , non-
2. vol.. G- vj feule
1404 LE MERCURE
feulement en leur enlevant leurs Mare
chandiſes , montant à des fommes trèsconfiderables
, mais encore en les maltraitant
, & les maffacrant inhumaine
ment , quoiqu'en vertu des traitez conclus
depuis long - temps entre les deux
Puiffances , & la bonne amitié qu'elles
entretenoient l'une avec l'autre , il leur
fut permis de negocier enfemble paifiblement
; & attendu que S. M. le Roy de
Perfe qui regnoit alors , n'étoit pas en
état dans la conjoncture fâcheufe de ces
troubles , de donner aux fujets de S. M
Imperiale de Ruffie , la fatisfaction qui
leur étoit dûe , pour les infolences commifes
envers eux , fadite M. Imp . en vertu
de l'eftime & de la bonne amitié
qu'elle porte à S. M. Royale de Perfe ,
comme auffi pour ne pas permettre l'ent
tiere deftruction de fon Royaume , ni que
le mal qui va toûjours en augmentants'étende
enfin jufques fur fes propres
frontieres a jugé àસે propos de prendre
elle-même les armes contre lesdits rebelles
, de s'emparer de quelques-unes de
leurs places , fituées fur la Mer Cafpien
ne , & d'y mettre garnifon de fes troupes
; ce qui ne peut être que très - jufte
dans la conjoncture prefente , pour ar
1êter les progrès de cés rebelles , qui ne
font déja que trop puiffans. On jugera
>
-
2. vol.
de
DE
DECEMBRE 1723 1405
de leurs excès par la hardieffe qu'ils ont
eu , non- feulement de fe rendre maîtres
de la Capitale du Royaume , mais même
de détrôner la perfonne facrée du Roy ' ,
& de mettre en prifon toute la Famille
Royale , excepté le plus jeune des Princes
n mmé Fachmafib , qui a échapé à
leur fureur , & qui comme veritable &
legitime fucceffeur aux Royaumes &
Pays du Roy fon pere , a voulu non- feulement
renouveller l'ancienne amitié com
tractée depuis fi long - temps ene
deux Etats , mais la refferre core plus
étroitement . A l'effer quoi il auroit en
voyé ici avec le caractere de fon Ambaſfadeur
Pienipotentiaire , & une Lettre de
fa parr pour S. M. Imperiale de Ruſſie ,
la perfonne d'Ifinaël Begh , dont l'affection
& la fidelité lui font connuës , tant
pour notifier à fadite M. fon élevation
au Trône du Roy fon pere , en vertu de
fon droit legitime de fucceffion , que pour
fui demander des fecours contre les violences
infupportables defdits Rebelles ;
F'ayant muni de pleins pouvoirs pour conclure
avec Sadite M. Imperiale un Traité
formel à cet égard. A CES CAUSES , en
vertu de l'ordre fpecial , préalablement
donné aux Miniftres fouffignez de Sadite
Majefté pour traiter avec ledit Ambaffadeur
2. vol.
7406 LE MERCURE
fadeur de Perfe , ils font convenus des
articles fuivans.
I. Promet S. M. Imp. de Ruffie au
Roy Fachmafib , une amitié fincere , &
une prompte afliftance contre les Rebelles
de fon Royaume ; & jufqu'à ce qu'ils
foient totalement détruits , & que le gouvernement
de Perfe foit rétabli dans une
tranquillité parfaite , S. M. I. de Ruffie
s'engage de faire marcher de ce côté là ,
avec toute la diligence poffible , & de
ire agir contre lesdits Rebelles
corps Giderable de Cavalerie & d'Infanterie.
Jaunk
II. D'autre part dit Roy de Perfe
cede pour toûjours à Sadite M. Imp . de
Ruffie , & à fes fucceffeurs , fpecialement
les Villes de Derbent & de Bakis , avec
toutes leurs appartenances & dépendances
, le long de la Mer Cafpienne ; comme
auffi les Provinces de Ghilan , Ma-
Zanderan & Afterabat , qui demeureront
à perpetuité à Sadite M. Imp. pour fervir
à la fubfiftance de fes troupes , fans
être autrement à charge à Sadite Majeſte
le Roy de Perfe. Man behin
III. Mais attendu
l'impoffibilité qu'il
ya de transporter fi loin , & par Mer ,
les chevaux & l'artillerie neceffaires
auffi bien que les bagages , provifions &
munitions dont on peut avoir befoin , &
9
2. vol.
dautang
DE DECEMBRE 1723. 1407
dautant que l'Ambaffadeur de Perfe a
affuré qu'il s'en trouveroit abondamment
dans les Places & Pays cedez à Sadite
Majefté , Elle a ordonné à fes Generaux
qui font déja en ce Pays- là d'en raffembler
autant qu'il leur en faudra ; & en
cas qu'il ne s'y en trouve pas fuffifamment
, S. M. le Roy de Perfe s'oblige de
leur fournir , pour le prix de douze Ru
bles chacun , tous les Chameaux dont ils
pourront avoir befoin pour le tranſport
des bagages ; comme auffi de pourvoir
abondamment les troupes de vivres dans
leur marche , fpecialement de pain , de
viande & de fel ; à condition nean-
+
moins que le grain
, la chair
, & le fel
leur
foit livré
au prix convenu
, qui fera
payé
comptant
; fçavoir
, la meture
de
grain
appellée
Batman
, du poids
de 60%
livres
de Ruffie
, 10. Copeicks
; le Batman
de Boeuf
, 16. Copeicks
le Batman
de
fel , deux
Copeicks
; un Mouton
pefant
quatre
Batmans
, un Rubble
; bien entendu
que le cas arrivant
que le prix
def
dits vivres
vienne
à augmenter
dans
la'
marche
, ce fera au Roy de Perfe
à payer
le furplus
de ce à quoi
ils font
taxez
par le prefent
article
de ce Traité
. Et
afin qu'il
foit pourvû
à temps
à la fubfiftance
de nos troupes
, lefdites
provifions
commenceront
à le faire
auffi
- tôr que
2. vol.
l'Am1408
LE MERCURE
l'Ambaffadeur de Perfe fera arrivé dans
le Pays.
IV . Il y aura donc déformais entre
S. M. Imp.. de Ruffie , & les Etats d'une
part , & le Roy de Perfe , & fes Royaumes
de l'autre , une conftante amitié &
bonne intelligence , en vertu de laquelle
les fujets des deux Etats auront une pleine
& entiere liberté de voyager ,
voyager , paffer
& repaffer , féjourner & trafiquer fur les
terres l'un de l'autre , toutes & quantes
fois que bon leur femblera , foit qu'ils
pour la premiere fois , ou qu'ils
retournent refpectivement dans lefdits
Pays , ou ailleurs , fans qu'il leur foit
caufé aucun empêchement ni dommage ;
à quoi S. M. I. de Ruffie , & S. M. R.
( de Perfe s'obligent reciproquement , comme
auffi de punir tous ceux qui oferoient
contrevenir à leurs intentions.
aillent
V. Promet en outre S. M. I. de Ruffie
de tenir pour fes ennemis tous les ennemis
du Royaume de Perfe , & d'agir
contre eux comme tels pour le bien dudit
Royaume , comme au contraire de reconnoître
pour fes bons amis tous ceux
qui le feront de Sadite M. R. de Perfe ,
laquelle de fon côté promet d'en uſer
de même envers les amis & ennemis de
l'Empire de Ruffie.
En foi dequoi , & pour plus grande
2. vol.
fureté
DE DECEMBRE 1723. 1409
fureté , & execution de tout le contenu
au prefent Traité , moi Ismaël Begh ,
Ambaffadeur Plenipotentiaire du Sereniffime
Roy de Perfe , ai figné ledit Traité
de ma propre main , & y ai appofé mon
cachet , avec ferment fur ma foi , en
vertu du plein pouvoir à moi donné
fcellé du grand Sceau Royal : ledit
Traité échangé contre un autre de mêrne
teneur , fcellé du grand Sceau de S. M.
Imp. de Ruffie , C. GABRIEL DE GOLOFSKIN
, Grand Chancelier , ANDRE'
D'OSTERMANN , Confeiller intime d'Etat
. BAZILE DE STEN PHAN OFF , Con
feiller de la Chancellerie.
Et de la part du Roy de Perfe , Is-
MAEL BEGH , Grand Ambaffadeur Prenipotentiaire
.
On dit que le Czar a promis au Prince
putné de Heffe-Hombourg , de lui donner
la Princeffe , fa feconde fille , en mariage
, avec le Gouvernement general de
toutes les Provinces , Villes & Districts
que
la Couronne de Suede lui a abandonnez
par le dernier Traité de Nystadt.
On a réfolu de faire fortifier le Port
de Virolan en Finlande , dont la fituation.
-eft beaucoup plus fure que celle du Port
de Cronfloot , dans lequel les vaiffeaux
ne font pas à l'abri de certains vents.
2. vol.
Sueder
2410 LE MERCURÉ
Suede!
E Duc de Holftein eft très - fatisfait
de la réfolution prife en fa faveur par
les Etats de Suede , fuivant laquelle ce
Prince doit , dit- on , être le premier fur
les rangs pour l'élection , en cas que le
Roy & la Reine de Suede viennent à
mourir fans enfans.
On mande de Tranfilvanie que les
Turcs font de grands mouvemens dans
les Provinces de Valachie & de Moldavie
, pour former un corps d'armée du
côté de Bender .
Allemagne
' Empereur a ordonné de nouveau à
fes Commiffaires à Ratisbonne , de
terminer les Griefs de Religion avec tou
te la promptitude poffible , & d'enjoindre
en fon nom à l'Electeur Palatin de
rétablir toutes chofes , fuivant la paix de
Bade , fous peine d'execution .
On affure que l'Empereur a fair prier
le Czar de ne point faire d'execution en
Pologne pour fe faire payer de ce que la
Couronne peut lui devoir , & d'attendre
le refultat de la Diete generale du Royaume
qui doit s'affembler inceffamment à
Warfovie.
1.
Les Etats de la baffe Auftriche ont ac-
2. vol.
cordé
DE
DÉCEMBRE 1723. 141F
tórdé à l'Empereur le fubfide qu'il leur a
fait demander , & une fubvention extraordinaire
pour les frais du Couronne
ment de L. M. Imperiales.
On apprend de Drefde que le Prince
d'Oft- Frife étoit arrivé à Leipfik le 2.
de ce mois , pour époufer la Princeffe de
Culmback , foeur de la Princeffe Royale
de Dannemark .
Le jour de l'élection du nouveau Prince
& Evêque de Liege eft fixé au 3. du
mois prochain : les afpirans font entre
autres l'Electeur de Cologne , le Cardinal
de Saxe Zeitz , l'Evêque de Tournai ,
le Prince d'Auvergne , & le Comte de
Poitiers.
O
Italie.
N écrit de Malthe que le Grand-
Maître faifoit équipper trois vaiffeaux
de guerre pour croifer fur les Corfaires
des côtes de Barbarie , & le bruit
Court qu'ils fe joindront aux Efcadres
d'Efpagne & d'Hollande.
Le 22. de l'autre mois le Pape tint
Confiftoire fecret , dans lequel S. S. propola
l'Archevêché de Seleucie pour M.
Vincent Antoine Alamani- Nafi , Florentin
, qu'elle a nommé à la Nonciature
de Naples , & c. Le Cardinal Ottoboni
Protecteur des affaires de France , propo-
2. vol.
fax
1412 LE MERCURE
fa le titre Epifcopal d'Europée , pour
l'Abbé de Paris , nommé à la Coadjutorerie
de l'Evêché d'Orleans. L'Abbaye
d'Aulnay , Ordre de Cîteaux , Diocéle
de Bayeux , pour l'Abbé de Froulay de
Teffé , & celle de S. Jean en Vallée ,
Ordre de S. Auguftin , Diocéfe de Chartres
, pour l'Abbé du Prat.
Le Pape a accordé un Bref d'Eligibilité
au Prince Clement de Baviere pour
l'Evêché de Liege , & au Prince Theo
dore pour l'Evêché d'Hildesheim.
On apprend de Florence que les Commiffaires
nommez par le Grand Duc , &
par la Princeffe Doüairiere , Palatine , fa
foeur , font convenus que cette Princeffe
jouira la vie durant des revenus d'Urbin.
Dans l'amnistie generale accordée depuis
peur par le Roy de Sardaigne , à tous
ceux qui ont commis quelques délits dans
fes Etats , les déferteurs font compris , à
la charge de rentrer dans les Regimens ,
dans lefquels ils fervoient ; mais les Officiers
ne pourront y recevoir les défer
teurs des troupes de France , & feront
obligez de les rendre fuivant la convention
faite le 2. Septembre dernier avec
S. M. T. Ch . pour prévenir la défertion
des troupes de part & d'autre. Les
criminels de Leze Majefté au premier
chef , font exceptez de cette amniftie ,
2. vol. ainf
DE DECEMBRE 1723. 1413
ainfi que les Faux Monnoyeurs , les Fauffaires
, les Rebelles à Juftice , & ceux
qui font convaincus de peculat , ou d'àvoir
malverté dans les fàbriques , ou Manufactures
qui concernent les munitions
de guerre
.
L
Angleterre.
A nouvelle que l'on apprit à Lon
dres le 6. de ce mois de la mort
de Monfieur le Duc d'Orleans , fit baiffer
les Actions de la Compagnie de la Mer
du Sud de 115. à 108. mais auffi- tôc
qu'on eut appris que M. le Duc de Bourbon
fuccedoit à S. A. R. dans les fonctions
de la Charge de Principal Miniftre,
les fonds publics remonterent , & les
mêmes Actions fe negocierent à 114.
Le s . de ce mois un Procureur , pourfuivi
par une femme mariée qu'il avoit
diffamée , fut condamné par Sentence des
Docteurs Communs , à faire penitence
publique à la porte de S. Clement à Londres
, ayant fur la tête un morceau de
drap blanc & un bâton blanc à la main.
Le 22. de ce mois il y eut à Londres
un Ouragan qui abbatit un grand nombre
de cheminées , découvrit le toit de
plufieurs maifons , déracina une grande
quantité d'arbres dans le Parc de S. James
, & fit perir fous le Pont un nombre
2. vol..
con1414
LE MERCURE
confiderable de batteaux de differentes
grandeurs.
On apprend de la Haye que le 24. de
ce mois , le Roy d'Angleterre arriva
d'Hanover à Hellevoet - Sluys , où il a
été retenu quelque temps jours par les
vents contraires.
JOURNAL DE VERSAILLES
& de Paris.
Es nouvelles les plus extraordinai-
Lnaires , & les plus fufpectes de faulfeté
font fouvent celles qui ont le plus de
cours ; cela eft particulierement arrivé à
l'égard des faux bruits répandus dans le
monde , fur une prétendue revolte des
Ecoliers du College de la Fleche , dans
laquelle , felon les mêmes bruits , il étoit
arrivé des chofes tragiques , & c. La ve
rité a enfin triomphé de l'impofture , &
nous venons de voir , avec plaifir , cette
verité dans tout fon jour , par le moyen
de trois certificats autentiques qu'on
nous a mis entre les mains , en datte
des 19. & 23. d'Octobre dernier , fignez
& donnez dans la forme la plus juridique
par les Officiers de la Senéchauffée ,
& Siege Prefidial de la Fleche , par les
Maire & Echevins ; & enfin par les Cu-
2. vol.
ré ,
DE DECEMBRE 1723. 1415
»
ré , Vicaire & Prêtres habituez de l'Eglife
Paroiffiale de la même Ville. Il refulte
de tous ces certificats & declarations
que le bruit de la prétenduë re-
» volte eft une pure fable , à laquelle il
» n'y a aucun fondement , & que l'efprit
de menfonge a inventée pour décrier
>> un College , où la pieté , le bon ordre,
» & la paix regnent avec édification , &
dont les Magiftrats , & autres perfon-
» nes conftituées en charges font les té
» moins oculaires ; verité qu'ils ont
» crû être obligez en confcience de pu-
» blier , pour détromper ceux qui au-
» roient pû fe laiffer furprendre par des
» bruits auffi faux , ou qui feroient en
doute fur un fait , dans lequel il n'y a
aucune apparence de verité , & qui
» non- feulement n'eft point arrivé , mais
» qui ne le peut , par la maniere , & l'exacte
prudence dont les PP. Jefuites
» conduifent & gouvernent leur College
& leur Maifon des Penfionnaires de la
» Fleche. Nous croyons qu'il eft de nôtre
devoir , en qualité de Journaliſtes de
concourir à la publication d'une verité
qui nous eft auffi évidente que précieufe .
Le Lundi 13. de ce mois il y eut dans
Eglife de S. Sulpice une ceremonie
dont le public fut très- édifié. La bene-
2. vol.
diction
1416 LE MERCURE
diction folemnelle d'une Chapelle baffe :
du nouveau bâtiment , & l'ouverture de
la terre pour le tefte des fondemens en
furent le fujet.
La ceremonie commença par une Meffe
du S. Elprit , celebrée par M. le Curé ,
après laquelle tout le Clergé , fuivi des
Marguilliers de la Paroiffe , & d'un peuple
infini , fit en Proceffion le tour de
I'Eglife. Environ deux cens ouvriers qui
travaillent au nouveau bâtiment precedoient
cette Proceffion , chacun portant
fur l'épaule l'inftrument dont il fe fert.
Ils s'arrêterent & formerent une Haye
dans le lieu où l'on alloit creufer les
fondemens du refte de l'Eglife.
Le Clergé étant defcendu dans la Cha
pelle baffe , M. le Curé en fit la benediction
avec les ceremonies accoutumées ,
durant laquelle on tira quantité de boëtes.
On revint enfuite au lieu où l'on
avoit laiffé les ouvriers. M. le Curé en
Chappe , avec un Diacre , & fous . Diacre
en Tunique , prirent chacun une pioche
, & commencerent à ouvrir la terre
au chant des Pleaumes : leur exemple fut
fuivi des plus anciens , & des plus confiderables
du Clergé . M. le Curé ayant
quitté la Chape , & le Diacre , & fous-
Diacre leurs Tuniques , prirent chacun
une hotte , & porterent à plufieurs repri-
:
2. vol.
fes
DE
NOVEMBRE 1723. 1417
fos la terre qu'on venoit de remuer , ce
qui fut encore imité par le Clergé . Tout
ceux qui affifterent à cette picule ceremonie
, la virent avec beaucoup de joye
& d'édification , plufieurs mêmes pouf
fez pat les fentimens d'une tendre pieté
en verferent des larmes , & c.
"
Le Parlement a enregistré la difpenfe
de parenté obtenue du Roy , par M. de
Lamoignon , freres , Prefidens à Mortier.
Le Roy a donné à M. Roullier de
Meflay la Charge d'Introducteur des Ambaffadeurs
, vacante par la démiffion vofontaire
de M. de Remond.
C
Le Marquis d'Ecquevilli , Capitaine
du Vautray a ordre du Roy de faire
prendre des Cerfs & des Sangliers dans
diverfes Forefts pour les mettre dans
celles de S. Germain & de Marly.
Le 22. au matin , l'Ordre de Nôtre-
Dame du Mont- Carmel de S. Lazare de
Jerufalem, fit celebrer un fervice folemnel
dans l'Eglife de S. Jacques de l'Hôpital,
pour feu Monfieur le Duc d'Orleans , où
il fe trouva beaucoup de Chevaliers de
cet Ordre , & quantité d'autres perfonnes
de diftinction.
t
Le 31. de ce mois Hyacinthe de Ligne
, Prince de l'Empire , Marquis de
Moi , cy-devant Capitaine des Gendar-
2. vole
H mes
1418
MERCURE
LE •
mes Ecoffois , mourut à Paris , âgé de
63. ans.
La nuit de Noël les Directeurs de la
Compagnie des Indes , rendirent le Pain-
Beni avec beaucoup de Pompe à l'Eglife
de S. Euftache , au nom de cette Compagnie
, dont l'Hôtel eft fur la Paroiffe
de S. Euftache.
Le. Roy a augmenté la Maison de Madame
la Ducheffe d'Orleans ; fçavoir ,
deux Confeillers , un Secretaire ordinaire
, deux Agens d'affaires , un Treforier
General ; & pour fa Garde un
*
Exempt , un Maréchal des Logis , douze
Gardes du Corps , un Clerc du Guet
fix Suiffes. Toute cette garde fera commandée
par l'Exempt .
Le Roy va rentrer dans les Domaines
allienez pour l'échange de Belle- Ifle,
Le projet propofé pour les Fiacres
n'aura pas lieu ; mais pour les contenir
dans leur devoir , on dit qu'il fera établi
un Bureau fur chaque place , où l'on
viendra demander les Caroffes , qui ne
marcheront qu'à leur tour , & il leur
fera défendu de fe tenir ailleurs que fur
les places indiquées.
Le 22. de ce mois M. Arnaud de Boex,
cy-devant Confeiller au Parlement , Raporteur
de l'affaire des Cartouchiens ,
2. vol.
pric
DES
DECEMBRE 1723 ]
14797
prit féance à la grand Chambre , en qua->
Îité de Maître des Requêtes.
Le 27. M. André Hennequin , Chevalier
, Marquis d'Ecquevilly & de Frefnes
. Seigneur de Balaftre , de Boiiaffe
de la Muerte , de Vetigni , de Goüillers,
de Prefles , Baron de Heft en Artois.
cy devant Capitaine General des Toiles
de Challes , Tentes & Pavillons du Roy,
& de l'Equipage du Sanglier , mourut à
Frefnes , âgé de 87. ans. Il étoit pere.
de M. Auguftin Vincent Hennequin ,
Chevalier , Marquis d'Ecquevilly & de
Frefnes , Seigneur de Balaftre , & c. Guidon
des Gendarmes de la Garde du Roy ,
Brigadier de fes Armées , & Chevalier
de S. Louis , aujourd'hui Capitaine General
des Toiles de Chaffes , Tentes &
Pavillons du Roy.
Le Roy a donné au Prince de Dombes
, & au Comtes d'Eu ,
l'appartement
que le Duc de Bourbon occupoit cy- devant
au Château de Veriailles.
Le 28. P'Infante Reine , qui s'étoit
couchée la velle en parfaite fanté , ſe
réveilla avec un
mouvement de fiévre
qui augmenta l'après - midy. La fi 、vre
fur affez confiderable pendant la nuit , &
elle continua les jours fuivans avec des
redoublemens . La purgation qu'on donna
à l'Infante . Reine le 31. au matin , ne lui
2. vol.
ayant
Hij
420 LE MERCURE
ayant pas procuré autant de foulagement
qu'on l'efperoit , on fe détermina à la
faire faigner le premier jour de l'an vers
les fept heures du foir. L'Infante-Reine
paffa la nuit fuivante plus tranquillement,
& la Rougeole parut le lendemain , la
févre diminua dans le moment de l'irruption
, & depuis le 3. que cette Princeffe
eft entierement hors de danger , fa
fanté continue d'être dans le meilleur
état qu'on puiffe defirer. La Rougeole
dont l'Infante- Reine ja été attaquée s'étant
declarée le 2. le Roy partit le même
jour du Château de Verfailles , & S. M.
alla coucher à Trianon , où elle doit ref
ter quelque temps.
Le premier Janvier M. le Duc d'Orleans
, le Duc de Bourbon , & les autres
Princes & Princeffes du Sang Royal
allerent faluer le Roy. Enfuite les Prevoft
des Marchands & Echevins rendirent
Leurs refpects à S. M. étant conduits par
le Marquis de Dreux , Grand- Maître des
Ceremonies. Le même jour Fête de la
Circoncifion , le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du
Comte de Charolois , du Prince de Conti
, du Comte de Toulouſe , & precedé
des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du S. Elprit , fe rendit
à la Chapelle du Château , où Sa Ma-

2. vol.
jesté
DE DECEMBRE 1713. 1421
jefté entendit la grande Meffe , celebrée
pontificalement par l'Evêque de Metz ,
Prélat , Commandeur de l'Ordre , &
chantée par la Mufique. Le Roy devant
lequel marchoient les deux Huiffiers de
la Chambre portant leurs Maffes , étoit
en habit & manteau violet , le Colliet
de l'Ordre pardeffus ; les Chevaliers &
Officiers en habits & manteaux noirs ,
les premiers avec leur Collier , & les
Prélars Commandeurs , en Rochet , &
en Camail.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Grenoble
le 11. Decembre 1723. fur les réjou
fances faites au mois d'Octobre dernier
, à l'occafion de la naiffance du
Comte de Sault , arriere - petit-fils de
M. le Maréchal de Villeroy.
L
Es habitans de la terre de Monbonnot,
dévouez depuis long- temps
à la
Maifon de Lefdiguieres , dont les grands
biens font entrez dans celle de Villeroy ,
n'eurent pas plutôt appris la naiffance du
fils de M. le Marquis Dalincourt , &
qu'on lui avoit donné le nom de Comte
de Sault pour le rendre , s'il étoit poffible
, encore plus cher à la Province de
Dauphiné , qu'ils firent faire des prieres
2. vol.
2
Hiij publi
$422 LE MERCURE
publiques en action de graces . On chanta
eniuite le Te Deum dans toute les Paroiffes
du Mandement , avec toute la
folemnité poffible .
Après cette ceremonie tous les habi
tans fous les armes fe rendirent en bon
ordre fur une haute Efplanade , où ils fet
rangerent autour d'un grand bucher , or
né de Verdure , des armes de la Maiſon
de Villeroy , de devifes , & d'autres décorations.
Le premier Conful de la Ville
de Grenoble , en qualité de Juge des
terres de la Maifon de Villeroy dans cette
Province , mit le feu au bucher , étant
accompagné de plufieurs Gentils- hommes
, & de beaucoup d'autres perfonnes
de diftinction .
Pendant que le bucher brûloit une
grande foule de peuple , attirez par le fpectacle,
marqua fa joye par de longues acclamations
, en faveur de M. de Villeroy
& du nouveau Comte de Sault. On tira
en même temps quantité de fufées , volantes
, tefquelles auffi bien que le feu
étant apperçues de toute la longue vallée
de Grevod n , & des lieux circonvoifins
, en augmenterent la joye , fans parler
des fix peces d'artilleries placées fur
le bord de l'Efplanade , dont le bruit fit
retentir toutes les montagnes voifines.
La Fête fut terminée par un grand
2. vol.
Louper
DE DECEMBRE 1723. 1423
·
fouper que donna un des principaux Gentilhommes
, Vallaux de la rerre de Monbonnot
, dans une fort belle Maifon',
dont les fenêtres , & tous les dehors
étoient éclairés . C'eft principalement
aux
foins de ce Gentilhomme
, & à ceux des
Officiers de la terre , que l'on doit le
bon ordre de cette Fête , qui fut des
mieux entendus , où il n'y eut pas la
moindre confufion , & dont tout le mon
de parut très- fatisfait.
Les autres Vaffaux & habitans du Mar
quilat de Aizile, d'Oyfans , de la Muré, & des Moirames
, ont auffi donné des témoignages
publics du refpect qu'ils ont
pour leurs Seigneurs
, & de la joye que leur a caufé la naiffance
du Comte de
Sault.
Nous prions en general toutes les perfonnes
qui voudront bien nous adreffer
de pareilles pieces de les envoyer autant
qu'il le pourra dans la nouveauté , & fur
tout de les faire écrire d'une maniere lifible
;en forte qu'on ne puiffe fe tromper,
comme il arrive fouvent quand il faut
déchiffrer des noms propres , ceux d'une
Maifon , d'une terre , d'un lieu particulier
, & c.
Le 17. Decembre
les Curez de Paris
eurent l'honneur
de complimenter
fon
A. S. M. le Duc. M. Jollain , Docteur
Hiiij de
2. voly
1424 LE MERCURE
de la Faculté de Theologie de Paris
Curé de S. Hilaire , portant la parole.
Il s'exprima en ces termes.
MONSEIGNEUR ONSEIGNEUR ,
Perfonne n'eft plus fenfible que les Cu→
rez de Paris à la nouvelle marque de confiance
que le Roy vient de donner à vôtre
Alteffe Sereniffime , en partageant
avec Elle le foin des plus importantes
affaires de fon Royaume.
Ce choix fi digne du parfait difcerne
ment de Sa Majefté , & des foins que
V. A. a pris de fon éducation fait la joye.
de la France , & l'efperance du monde.
entier.
Quel bonheur pour les fujets du Roy
d'apprendre fes volontez par la bouche
de V. A. S. dont on connoît l'attachement
à la facrée Perfonne de Sa Majeſté ,
l'amour pour la juftice , & l'application
fincere aur foulagement des peuples .
Mais quel honneur pour les Puiffances
Etrangeres , qui fçavent que les Princes
penfent differemment des autres hommes,
de negocier avec un Prince du Sang
Royal , dont les vûës fuperieures fçauront
toûjours allier les interefts de l'Etat
avec le repos de l'Europe.
2. vol.
Pour
DE DECEMBRE 1723. 1425
Pour nous , Monfeigneur , que Dieu a
établis pour travailler au falut des peuples
de la premiere Ville du Royaume ,
& qui leur infpirons , fuivant les faintes
maximes que nous avons reçûës de nos
peres , fi conformes aux Oracles des divers
écritures , les fentimens de fidélité
d'obéiffance & d'amour qui font dûs aux
Princes qui nous gouvernent. Nous demandons
avec refpect pour nous & pour
nos Paroiffes l'honneur de la protection
de. V. A. dont nous avons déja reffenti
les effets.
La pieufe liberalité du Roy nous a
mis en état de fournir à la fubfiſtance
d'un grand nombre d'Ecclefiaftiques qui
travaillent dans nos Eglifes , & d'arrêter
les murmures d'une infinité de pauvres
qui nous accablent.
Nous efperons du zele & de la pieté
de V. A. qu'elle nous affurera ces fecours,.
& que convaincuë de la droiture de nos
intentions , & de la regularité de nôtre
conduite , elle nous aidera à porter le
poids redoutable de nôtre miniftere , & à
le remplir avec fuccès pour la gloire des
Dieu , le bonheur de l'Etat , l'exaltation
de l'Eglife , & nous redoublerons nos
voeux pour la confervation de V. At S.
avec la plus humble , la plus parfaite , &
la plus refpectueule reconnoillance.
1
2. vol.
Hy FUNE
1426 LE MERCURE
jk ikakakakakakakakakakak KJE
FUNERAILLES de fon Alteffe Electorale
de Cologne , faites à l'ille au mois
de Decembre 1723.
Es Aumôniers de fon Alteffe Sere-
Lniffinie Electorale de Cologne , accompagnez
de quelques uns de les Gardes
arriverent à l'Ille le 8. de Decembre
avec le dépoft de fes entrailles , pour
être inhumée dans la Chapelle que co
Prince a fait bâtir fur le modele de celle
de Lorette , pendant fon féjour à l'Ille,
dans l'Eglife de l'Abiette des Dames Religieufes
de l'Ordre de S. Dominique ,
qu'il a toûjours honorées de fa bienveillance
.
و
M. le Comte de l'Ille Lieutenant General
des Armées du Roy , Commandant
de la place , & c . alla les recevoir à las
porte de la Magdelaine , au bruit du canon
& fit dans cette occafion tout ce
qu'il pût pour honorer la memoire de ce
pieux Prince. Les Cuiraffiers precedoient
la pompe funebre avec toutes les marques
d'un grand deüil. Tous les Confre
res de la Confrairie Electorale de Saint
Michel fuivoient en habit de ceremonies,
& les quatre principaux Officiers de
2 vols cette
DE DECEMBRE 1723 . 1427
cette affociation portoient les entrailles
du Sereniffime Prince Electeur , renfermées
dans une Urne de Plomb.
M. le Comte de l'Ille fuivoit , le flambeau
à la main , accompagné des principaux
Officiers de la Garniſon , de M´s les
Magiftrats de la Ville , & d'un nombre
infini de peuple.
Tout ce nombreux cortege fut reçû
par le R. P. Directeur des Dames Reli
gieufes, les entrailles du Prince furent dépolées
entre les mains de la Dame Prieure
, & enfuite expofées dans le Choeur
de leur Eglife jufqu'au 16. où ces Dames
s'acquitterent en partie de ce qu'elle doivent
à la memoire du Sereniffime Prince
Electeur , avec beaucoup de pompe &
de magnificence.
La Meffe fut chantée en Mufique par
les Religieufes Dames . M. le Baron de
Fleron Mellin , Prevoft de l'Eglife Collegiale
de Seclin y officia , affifté de Mrs.
les Abbé de Neufville , Aumônier de
S. A. S. E. de Fioimond , Chanoine de
F'Eglife Collegiale de S. Pierre , & Chevalier
, Doyen de Creftienté , & Cha
noine de Seclin.
Le R. P. Theodore , Chevalier de
l'Ordre de S. Dominique prononça après
J'Evangile l'Oraifon Funebre de ce Prin-
2. vol.
H vj
1428 LE MERCURET
ce avet une éloquence qui lui merita un
applaudiffement univerfel.
Il prit pour texte ce verfet du Pleaume
84. Juftitia ante eum ambulabit & ponet
in via greffus fuos..
M. le Comte de l'Ille , accompagné
de fes Gardes , & des principaux Officiers
de la Garnifon y affifta. Les Cours
Superieures , le Clergé ayant à la tête
M. de Champigny , Prevoft du Chapitre
de S. Pierre , la Noblefle , tous les Superieurs
des Communautez Religieufes
& les Confreres de la Confrairie Electoralede
S. Michel , fe font tous empreffez
en cette occafion d'honorer la memoire
de ce Prince.
Ses entrailles furent portées à la fin
de la Meſſe dans la Chapelle de Lorette
pour y être inhumées fous un fuperbe -
Maufolée que les Dames de l'Abbiette :
lui font dreffer , en reconnoiffance des
bontez que ce Prince a eu pour leur Monaftere
pendant touto fa vie. La Chapelle :
de Lorette fera tendue pendant un an
& l'on fornera trois heures tous les jours
pendant fix femaines.
,
Voici la defcription du Maufolée ;
dreffé dans l'Eglife des Dames Religieufes
de l'Abbiette , pour les funerailles
de très- haut , très puiffant , & très-ex--
cellent Prince Son Alteffe Ser. Elect . Jo-
2. vol.
feph
DE DECEMBRE 1723. 141
feph Clement , Archevêque & Electeur
de Cologne , &c.
Ce Maufolée a été conftruit dans le
milieu du Choeur de l'Eglife des Dames
Religieufes en dedans de la grille. La
premiere baſe étoit compofée de cinq
gradins couverts de drap noir , & chargez
de chandeliers d'argent. Au deffus
de la bafe fe levoit une maniere de pied
d'eftal de cinq pieds de ' hauteur pour
foutenir la reprefentation du corps , &
couvert d'un Poële des plus magnifiques,
fur lequel étoit le Manteau , & le Bonet
Ducal. Tout ce Maufolée étoit entierement
couvert d'un Dais herminé , accom
pagné de quatre grands lez , faits par
bandes de noir & d'hermine qui fortoient
des coins du Dais , & alloient aboutir
aux murs de l'Eglife.
Aux quatre coins du Maufolée , & à
quatre pieds de diftance étoient élevées
quatre piramides de quinze pieds de hau
teur , portant chacune cent cierges , &
terminées par un gros flambeau de cire.
blanche.
*
Tous les gradins , comme on l'a dit
étoient chargez de chandeliers d'argent
dans tout le pourtour du Maufolée , portant
de grands cierges , & le dernier
din du devant avoit des chandeliers d'ar
gra
24.201
gent
1430
LE MERCURE
gent qui portoient chacun des cierges
trois branches.
Le pied d'eftal portoit à fes angles quatre
gros bras d'argent , ayant chacun des
cierges auffi à trois branches , le devant
de ce pied d'eftal étoit orné de deux figures
, reprefentant des pleureufes de
grandeur naturelle , pofées fur les côtez,
laiffant dans le milieu un efpace , dans
lequel étoient placez la Croix , & la
Croffe pofez en fautoir , l'Epée , la Mitre
, & le Cordon de l'Ordre de la Confrairie
de S. Michel .
Tout le pourtour du pied d'eftal étoit
couronné d'une ligne de bougies , pofées
à trois pouces de diftance l'une de l'autre
faifant enfemble un cordon de lumiere.
Le devant du Poële qui couvroit le
pied d'eftal étoit orné d'un grand Ecu
des armoiries blazonnées du Prince.
Toute l'Eglife exterieure auffi bien
que le Choeur des Dames étoit couvert
d'une tentu e noire fans interruption , de
puis le pavé jufqu'à la voute , paſſant par
deffus les fenêtres , en forte qu'il n'y paroif
foit d'autre clarté que celle du luminaire.
Il y avoit des bandes de velours fur les
tentures pour porter les armoiries dans les
efpaces convenables.
On n'a gueres vû à l'Ille de décoration
plus magnifique , & mieux entenduë.
2. vol
On
DE
DECEMBRE 1723. 1437
On a fuivi regulierement le deffein
qu'en avoit donné M. Gitard , Gouverneur
du Fort de S. Sauveur & Ingenieur
en chef.
M. le Preſident Henault ayant été élû
par Mis de l'Académie Françoife , à la
place de feu M. le Cardinal Dubois , y
vint prendre féance le Jeudy 23. Decembre
, & prononça un difcours très - éloquent
, dont il eft fâcheux que nous ne
puiffions donner qu'un fimple extrait =
voici comme il commence.
MESSIEURS ,
11 y a long- temps que mes defirs vous
font connus , & loin de cacher mon impatience
, je me confolois de n'être pas
vôtre
confere , en penfant qu'au moins vous
'ignoriez pas combien je defirois de l'être
on fe fait honneur d'avoir fouhaité ce
qu'il eft fi bonorable d'obtenir , & l'amour
de la gloire eft un témoignage fecret
l'on fe rend a foi- même de pouvoir un
jour la meriter.
que
Delà il prend occafion de faire valoir
l'utilité de l'établiſſement de l'Académie
la perfection du goût , dit- il , ne peut-être
le fruit de la meditation d'un feul homme, 2, vol.
c'eft
F432 L-E MERCURE
' eft le commerce mutuel des réflexions qui
y conduit , celui qui eft admis à ce commerce
profite en entier de toutes les déconvertes
qui s'y font , toutes les richeſſes
qu'on y apporte lui appartiennent , pourvû
qu'il les apperçoive , elles font à lui.
Ce n'eft pas , à la verité , l'avantage d'un
jour , &c.
L'éloge du Cardinal de Richelieu
naît de cette idée . Voilà ce qu'avoit fçû
prévoir vôtre illuftre fondateur , le don de
preparer de loin les grandes chofes carac
terife mieux les hommes fuperieurs qu'une
action plus marquée & plus éclatante.
Enfin il termine cette partie de fon
remerciment par une Image auffi neuve
que brillante ; on en a vû plus d'une fois
parmi vous , qui réuniffant tous les dons
s'ils étoient nez dans des temps plus reculez
, auroient épargné aux inventeurs de
la fable la creation de tant de muſes &
qui étant à la fois Poëtes , Orateurs , Hif
toriens , Geometres , fuffifiient feuls à tant
de talens divers que la fiction même avoit
crû devoir partager.
و .
Tout ce qui fuit & qui eft employé à
l'éloge de M. le Cardinal Dubois , & de
S. A. R. eft fi beau & fi fage qu'on ne
fçait que cho fir , en parlant de ce qui a
le plus éclaté dans le temps de ce miniftere
, il dit , Louis XIV. avoit donné la
vol.
paix
DE
DECEMBRE 1723
433
paix à la France рец de temps avant fa
mort, & tout ce que la foience de la poli
tique pouvoit produire deplus grand fus
employé dans les fameux traitez qui mirent
fin à la guerre , mais ce qui auroit'
fuffi pendant le Regne de ce Roy , dont le
nom feul fervoit de barriere à fes Etats .
n'étoit pas capable de nous raßeurer pendant
la minorité , nous n'avions plus d'er
nemis , mais nous n'avions pas d'alliez ,
dans un temps où l'état renaît , pour
ainfi dire , avec fon Roy , ce n'eft point
affez d'éviter les maux , il faut les prevenir.
3
On ne peut donner une plus grande
Idée de la perte fubite de M. le Duc d'Or
leans , ni retomber plus henreufement
fur le Prince qui lui a fuccedé que par
PImage qui fuit. Le conducteur de ce peu
ple qui erra fi long - temps dans le defert
, eft interrompu dans fa courſe , & il
ne verra pas cette terre fortunée , où il
efperoit le conduire , il étoit refervé à une -
autre main de perfectionner de fi nobles entreprises
, & de fixer enfin nos deftinées
déja ce Prince qu'on peut lowerfans crain.
te , parce que la verité eft fon éloge , a
marqué les premiers jours defon miniſtere
par des bienfaits répandus fur le peuple,
& c.
Enfin cet éloquent Difcours eft termi
2. vol. no
#434
LE "" MERCURE
né par un éloge du Roy , auffi tendre que
ce qui a precedé eft magnifique & inte
rellant.
Après que M. le Prefident Henault eut
achevé de parler M. le Comte de Morville
Miniftre & Secretaire d'Etat répondit
en ces termes au nom de l'Académie
. On jugera par la lecture de ce Dif
cours des raifons que nous avons eu de
n'en rien retrancher.
MONSIEUR ,
C'eft le fort des honneurs meritez , de
Battor autant ceux qui les accordent , que
ceux qui les recoivent . L'Académie vous
a rendu defirs pour defirs , & vous avez
trouvé qu'elle vous attendoit , quand vous
avez paru la chercher. Elle a fait plus :
j'ole croire qu'elle vous a fervi felon vos
fouhaits , en me chargeant de vous par
ler en fon nom , & qu'un devoir acquitté
par l'amitié eft pour vous le plus agréa
ble de tous.
Il y a long- temps , Monfieur , que vôtre
amour pour les Lettres eft celebre
dans cette Compagnie ; les applaudiffemens
que vous y recevez aujourd'hui , net
Vous font pas inconnus ; vous y devez
être accoutumé , & vous les avez obtenus
2. vola
dans
DE
DECEMBRE 1723. 1435 .
dans un âge auquel on feroit un merite
d'en concevoir l'efperance. Tant de ta
lens foutenus , ou plutôt rendus utiles
par des qualitez plus précieufes encore
par la douceur de vos moeurs , par la feu
reté de vôtre commerce , par la concilia
tion que vous apportez aux affaires , par
la penetration auffi vive que réflechie ,
dont vous les démêlez , par l'attention
que vous avez , & qui eft fi neceffaire ,
en perfuadant les autres , de leur laiffer
croire que vous ne penfez que d'après .
eux enfin , par tout ce qui reconcilie
les hommes de merite , avec ceux qui
pourroient en être jaloux ; voilà ce qui
fait fouhaiter de vous avoir pour Con
frere , & fi j'ofe parler de moi , voilà ce
qui rend vôtre amitié fi defirable.
Il feroit inutile de vous apprendre qu'el
les font les occupations de l'Académie ;
vous connoiffez trop bien l'objet de fon
établiſſement , pour ne nous pas aider à
le remplir , & vôtre prefence , Monfieur
nous fervira à prouver encore mieux de
que'le utilité eft le commerce de l'esprit.
Celui auquel vous fuccedez , faifoit de
ce commerce fes délaffemens les plus
doux ; tout ce qui portoit cette marque
lui étoit cher . C'étoit , comme vous l'avez
dit , une reconnoiffance dont il ne
Lougiffoit point de s'acquitter envers les
·2. vol. Lettres
4436 LE MERCURE -
Lettres qui s'étoient plû à faire voir
dans fa perfonne , de quoi elles étoient
capables . L'art de concilier les interefts
divers , celui de réunir les hommes , en
les rendant utiles les uns aux autres , l'as
mour de la paix , les foins pour la procu
rer , c'eft ce qui avoit merité à Monfieur
le Cardinal Dubois , les bienfaits d'un'
Prince , en qui toutes ces qualitez étoient
dans le degré le plus éminent , & qui
fembloit n'avoir monftré tant de fois à
toute l'Europe , fon amour pour la gloire,
& l'éclat de tant de vertus guerrieres ,
que pour les facrifier à nôtre bonheur &
à nôtre repos.
Un facrifice fi penible à fon coeur me
ritoit bien qu'il en pûr joüir plus longtemps
; mais ce Prince nous échappe , il
n'eft déja plus ; & la France en pleurant
fa perte , pleureroit celle de fon bonheur
, fi elle n'étoit pas inépuifable en
reffources , & fi la refource n'étoit pas
toûjours dans fes Princes. Celui que l'on
voit aujourd'hui chargé des foins du Gou
vernement , promet à nôtre Roy , dont
l'éducation lui fut confiée , des exemples
de juftice , de courage & de verité, Quelle
inftruction peut être plus digne d'un Monarque
, & plus utile pour la félicité de
fes peuples ? Déja des qualitez auffi rares
fon âge , étonnent ceux à qui il fe com-
2. vol.
muni
DE
DECEMBRE 1723. 1437
unique. Le ferieux des affaires ne le
rebute point ; le fecret femble né avec
lui : ceux à qui dans les heures de fes
amufemens , il permet moins de contrainte
, & qu'il fouffre de venir preſque
fes égaux , retrouvent bientôt leur maf
tre , quand il eft rendu au public : enfin,
pour tout dire , il rendra à nos neveux le
grand Roy que nous avons perdu.

贊助
EDITS ,
DECLARATIONS,
ARRESTS , &c.
DIT du Roy , portant établiffement d'un
E Grenier à Sel dans le Bourg d'Herbaut
Paroiffe de Juffé , Generalité d'Orleans. Donné
à Verfailles au mois d'Octobre 1723. enregiftré
à la Cour des Aydes le 3. Decembre.
LETTRES PATENTES fur Arreft , fervant
de Reglement pour les amendes qui doivent
être prononcées contre ceux qui ne fatisfont
pas à leurs devoirs de Gabelles. Données
à Verfailles le to. Novembre 1723. regiftrées
le 17. Decembre à la Cour des Aydes.
LETTRES PATENTES fur Arreft , données
à Versailles le 10. Novembre , regiftrées
en la Cour des Aydes le 17. Decembre , qui
reglent les déchets qu'il convient accorder
aux Maîtres de Barques qui vont charger des
2. vest
S.Y
1438 LE MERCURE
Sels à Brouage par les Rivieres de Charente,
Marans & autres.
que
ARREST du 15. Novembre , qui ordonne
les deux mille livres d'amende , & autres
droits reçûs par le fieur Gillot , Receveur des
amendes du Bailliage & Parlement de Metz
feront remis ès mains du fieur de Clorcy , Re-.
ceveur General des Domaines & Bois de ladite
Generalité de Metz , ou de fon Commis
fur les lieux. Défend audit Gillot & à tous
autres , autres que les Receveurs Generaux
des Domaines & Bois , Receveurs & Collecteurs
des Amendes des Tables de Marbre &
des Maîtrifes , de recevoir aucuns deniers provenans
de condamnations prononcées dans
les Eaux & Forelts , à peine de mille livres
d'amende.
LETTRES PATENTES fur Arreft , qui
ordonnent l'arrondiffement du Grenier à Sel
de Pithiviers , Generalité d'Orleans. Données
à Verfailles le 25. Novembre 1723 enregiftrées
le 17. Decembre à la Cour des Aydes,
ARREST du 28. Novembre , qui fait défenfes
aux Procureurs du Prefidial & Senechauffée
d'Auch , de mettre à l'avenir des Ap-'
pellations aux Rôles ordinaires & extraordinaires
, tant en matiere Civile , que Criminelle
, ni d'en poursuivre l'audience fur Pla-
& de conclure en aucuns procès par
écrit, que les amendes n'ayent été confignées
fur le pied de fix livres au Prefidial , & de trois .
livres au Senéchal , avec les droits attribuez
aux Receveurs defdites Amendes , & leurs
Contrôleurs , ainfi qu'ils font réduits & récets
,
2. vol. iervez
DE DECEMBRE 1723. 14390
fervez
Par
l'Edit & Tarif du mois d'Aouft
1716. a peine de , & c. Fait pareillement défenfes
fous les mêmes peines , aux Greffiers
ou Cominis des Greffes dudit Prefidial & Senéchal
, de délivrer aucunes Sentences & Jugemens
fur appels , qu'il ne leur foit apparu
de la Confignation d'Ainende , &c.G
ARREST du 30. Novembre , qui ordonne
que dans un mois , du jour de la publication
du prefent Arreft , les Baux & autres Titres ,
en vertu defquels les Places & Echopes de la
Place Maubert , appartenantes au Domaine de
Sa Majelté , font prefentement occupées , feront
reprefentez devant le fieur d'Argenfon
Maître des Requêtes , Lieutenant General de
Polices pour en être dreffé Procès verbal
dans lequel mention fera faite de l'étendue
defdites Places , & c. 14 990
- ARREST du 24. Decembre , Qui proroge
en faveur des Officiers du Royaume fujets au
payement du Preft & Annuel , le délai accordé
par celui du 20. Septembre 1723. jufqu'au
dernier Janvier inclufivement.
ARREST du 28. Decembre concernant le
payement des anciennes Colonies , ordonne
l'execution de l'Arreft du 27. Septembre 1720 ,
concernant les dettes faites pour le fervice du
Roy teltant à acquitter dans les Colonies de
tour le paffé , jufqu'à la mort du feu Roy , &c.
ARREST du 28. Decembre , qui proroge
jufqu'au premier jour du mois de Mars 1724 .
les délais portez par les Arrefts des 28. Juillet,
2. & 27. Septembre & 27. Octobre 1723. pour
7. vol.
placer
1440
LE MERCURE
I
placer les Certificats de Liquidation dans les
débouchemens indiquez , à peine de nullité
defdits Certificats de Liquidation.
SUPPLEMENT.
LE Roy a donné à M. Pellas de Maillane
General des Monnoyes de Provence une
gratification , en confideration des fervices
qu'il a rendu dans la Commiffion du Confeil
Contre les Faux- Monnoyeurs , & faux Fabricateurs
des Billets de Banque.
L'Ordonnance que le Czar a fait publier
dans fes Etats , touchant le futur Couronnement
de la Czarine , fon époufe , contient à
peu près ce qui fuit.
59
"
" Nous Pierre , premier Empereur & Autocrator
de toute la Ruffie , & c, fçavoir fai
fons à tous les Ecclefiaftiques , Officiers
Civils & Militaires , & autres de la Nation
Ruffienne , nos fidelles fujets . Perfonne n'i-
» gnore l'ufage conftant & perpetuel établi
dans les Royaumes de la Chrétienté , fui-
» vant lequel les Potentats font couronner
leurs époufes , ainfi que cela fe pratique
actuellement , & l'a été diverfes fois dans
les temps reculez , par les Empereurs de la
» veritable croyance grecque ; fçavoir l'Empereur
Bafilique qui a fait couronner fon
epoufe Zenobie ; l'Empereur Juftinien , ſon
époufe Lupicine ; l'Empereur Heracleus , fon
époufe Marine ; l'Empereur Leo , le Philofophe
, fon époufe Maries & plufieurs autres
qui ont pareillement fait mettre la Cou
59
34
20 vol.
ronne
DE DECEMBRE •
1441 1723.
ronne Imperiale fur la tête de leurs épou
fes , mais dont nous ne ferons point men- «
tion ici , à caufe que cela nous meneroit «<<
trop loin. «<
CG
65
C6
ce
сс
Il eft auffi connu jufqu'à quel point nous
avons expofe nôtre propre perfonne , &
affronté les dangers les plus éminens en fa
veur de notre Patrie , pendant le cours de la
derriere guerre de 1 ans confecutifs ; laquelle
nous avons terminé , par le fecours
de Dieu , d'une maniere fi honorable , &
fi avantageufe , que la Ruffie n'a jamais vû
de pareille paix , ni acquis la gloire qu'on a «
remportée par cette guerre l'Imperatrice .
Catherine , nôtre très - chere épouſe , nous a «
été d'un grand ſecours dans tous ces dan- «
gers , non-feulement dans ladite guerre ,
mais encore dans quelques autres expeditions
, où elle nous a accompagné volontairement
, & nous a fervi de confeil autant
qu'il a été poffible , nonobftant la foibleffe
du fexe , particulierement à la bataille con- a
tre les Turcs fur la riviere de Pruth , où «
nôtre armée étoit réduite à 2200. hom- ‹
mes , & celle des Turcs compofée de ce
270. mille hommes : ce fut dans cette circonftance
defefperée qu'elle fignala fur tout
fon zele par un courage fuperieur à fon
fexe , ainfi que cela eft connu à toute l'armée,
& dans tout nôtre Empire. A CES «
CAUSES , & en vertu du pouvoir que Dieu «
nous a donné , nous avons réfolu d'honorer «
nôtre époufe de la Couronne Imperiale , en
reconnoiffance de toutes fes peines ; ce qui, «
sil plaît à Dieu , fera accompli cet Hiver à
Mofcou ; & nous donnons avis de cette «<
réfolution à tous nos fideles fujets , en fa- «
2. vol.
1 veur
1442 LE MERCURE
veur def quels nôtre affection. Imperiale eft
inalterable , &c.
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le 2. vol. du Mercure du mois de
Decembre , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris , le 18. de fan-
HARDION.
vier 1724.
aaaaaaa
US
TABLE
Du fecond volume de Decembre.
125X
Lettre à la Princeffe de Neuf- Chatel fur la
'Amour Déguifé , Fable.
mort de M fe de la Baronie .' 1256
Ode qui a concourru pour le prix de l'Académie.
Lettre de M... fur une Medaille de Pofthume.
Idylle fur une abfence .
1269
1275
1281
Lettre écrite de Montpellier fur une inondation
.
Stances fur la petite verole.
1283
1288
Lettre à M.l'Abbé de Vertot fur les premiers
Ducs de Normandie.
Bouquet.
1292
1323
Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs du
Mercure. ibid.
Fable . 7327
1
Troifiéme Lettre fur les Eglifes de Provence.
1328
Ode , Paraphrafe du Gloria in excelfis , &c.
Fête de l'Ambaffadeur de Portugal.
Vers à M....... Réponſe..
1340
1344
1354
1356
1364
Mort & Obfeques de M. le Duc d'Orleans.
Difcours de l'Archevêque de Rouen.
Explication de la deuxième Enigme de Novembre
.
Nouvelles Enigmes.
I :70
ibid.
NOUVELLES LITTERAIRES. La Legen
de de M. Pierre Faifeu.
1371
Reception à l'Académie Françoife de M. Adami
& Difcours , & c.
Mort de l'Abbé Bruys.
1382
1388
1390
Extrait de diverfes Lettres für la Litterature:
SPECTACLES , Trag. de Rodogune , & Comedie
nouvelle du Fleuve d'Oubli.; 1393
Nouvelles Etrangeres. 14c1
Journal de Verfa lles & de Paris. 414
Maladie & rétabliſſement de l'Infante- Reine.
1419
Réjoüiffances faites à l'occafion de la naiffance
du Comte de Sault,
Harangue à M. le Duc..
Funerailles de l'Electeur de Cologne.
Reception du Prefident Henault à l'Académie
Françoife.
Edits , Árrefts .
Supplement.
1421
1424
1426
1431
1437
1440
2. vol.
I ij
A
TABLE
Generale des fix derniers mois
de l'année 1723.
A.
Cadémie Françoife , prix donnez , 408.
959.1045 . Election. 129.773 . Reception .
72.409. 35. 1044. 1183.1187 . 1382. 1431 .
Des Sciences. Prix propofez . 707. ren
trée de la S. Martin. 1030. Reception. `773 .
1386.
Des Belles Lettres.
De Peinture.
Des Jeux Floraux .
1178.
r186
127.242.
De Lion. Difcours du P. Follarti 470 .
De l'Hiftoire à Liſbone. 128. 203. 344.
$ 57. 773 961. 1191. > T
Adelaide , Opera.
Accouchement extraordinaire . 421
776 .
L'Adultere innocente , Comedie. 962
Age extraordinaire , ri $14. 799 .
205 Agnès de Chaillot , Comedie.
Air. Difcours fur la pefanteur. 48. qui en a
faite la découverte.
Alexandre & Darius , Tragedie.
Les Amans dupez , Comedie.
Les Amans Ignorans , Comedie....
58
526
*147.
و و ب
Antiquitez découvertes prés de Montpellier .
287. en Tranfilvanie. 960.-
Aramée , Ville , fa fituation . 418, & fuivant ,
Moreri critiqué à ce sujet, 4.3.6.
Les Apparences trompeufes , nouvelle. 257.
440.
Architecture ancienne.
Arithmetique. v. Traité.
Arlequin poli par l'Amour.
124.
927 .
Automne extraordinairement tempérée. 1188.
Auxerre , Hiftoire de fa délivrance. 530. éloge
de fes vins.
Bapaume. v . Statuë.
B.
Baromettre Lumineux.
872. 1096 .
1043.
Baronie ( M de la fon éloge. 1256.
Bayle ( Pierre ) fes ceuvres diverfes. 758.
accufé de faire de faux raifonnemens . 1020.
Défendu.
Belphegor , Comedie.
11150.
1204.
Beringhen le Marquis de ) fon éloge. 1178.
S. Bernard , fon Epître , contenant l'enfeignement
d'un Pere de famille. 30.
Le Befoin d'aimer , Comedie.
Bibliotheque Françoiſe.
Bordigné Jehan )
Boudier ( René ) fon éloge.
Bouquet
Bouts - rimez. 25. 29. 38. 44
706. 711. 863. 918. 1137.
11970
954.
1372.
3. 1131.
292. 675. 69 .
286.485 . 132Z .
Bretagne , fa mouvance de Normandie. 1292.
Brueys , fa mort & fon éloge..
Burnet. v . Hiftoire d'Angleterre.
.C.
Canon de nouvelle invention.
1388.
772.
909.
Cantate de Roland. 254. de Proferpine. 457.
d'Orefte & Pilade . 639. de l'Amitié & l'A
mour. 902. d'Alcide. Ա } ՅԻ
Cantique chanté le jour de la naiffance du
Roy. 481.
Caffien Honoré comme Saint par plufieurs
ob an oblig
Eglifes . 861, I iij
Catellan ( Mil.de. ) v. Clemence.
Chaife à Porteurs d'une nouvelle conftruc
tion . 125. 959.
Chanfons. 693. 1167. 1201. fur la petite verole
d'Iris. 1288,
Charpentier ( René ) Sculpteur , fa mort. 549
Chartes , pourquoi celles du 12 .
8.12. fiecle
ne font pas dattées. 694. fi elles peuvent
paffer pour authentiques.
Chats monftrueux.
864,
514.
Chirurgie , nouveau Traité des Inftrumens
de Chirurgie. 119.
Clemence , Ifaure , fon éloge par Me de
Catellan Portel. 243-
Cloches , benediction des Cloches de l'Egliſe
de Chartres. 1138.
Cologne , Funerailles de l'Electeur de Colos
gne. I
Comediens châtiez. - 820..
1426
Comete vûë à Londres. 960. à Paris. roz . à
Liſbone 1192 .
Couronnement de l'Empereur à Prague: 716,
de l'Imperatrice. 735
Cretin , Poëte. 1169.
Cybelle , comment fa Statue fut apportée à
Rome. 278. Réponſe aux remarques de M.
, de Mautour ſur cette Statue 1083. pours
quoi on la repreſente couronnée de tours.
1091%
D.
1026
Dagueffeau ( M: FAvocat General ) fa ha
rangue.
Denis d'Halicarnaffe , feconde traduction . 20.
Le Départ des Comediens Italiens , Comedie.
775: 962. !
Difcours de M. Jollain à fon A. S. M. le
Duc. 1423
Divorce de l'Amour & de la Raifon , Come
die.
Dubois ( le Cardinal ) fa mort. 404.
Eclipfes.
E.-
Eleonor ( Imperatrice ) ſa vie.
Enigmes. 70. 294. §17. 746. 919.
559
26.460
84.
1165. 1370.
leurs explications en vers. 128. 745. 822 .
1016. 1163. 1370 .
Entrée de l'Empereur à Prague. 373. de M.-
de Medavi à Grenoble .
Epitaphe d'une chienne.
40%.
240'.
Epître en vers au Roy de Portugal. 38 à
Rouffeau,
Eſtampes.
F.
1078 .
547.
Fable , le Papillon juſtifié , 476. la Prudence &
PAmour. 851 la neige & le Soleil . 1095
l'Amour déguifé. 121. le jeune Matou.
1327.
Faculté de Droit établie à Dijon. 200
Les femmes fçavantes , particularitez fur cette
Comedie.
Fer fondu , v. Manufacture.
1290
Feffard ( Nicolas ) fa mort & fon éloge. 806..
1027.
Fête donnée à S. Quentin. 126. à Paris par
le Curé de S. Sulpice. 178. A Bruxelles au
Cardinal d'Alface . 421. A Paris par P'Ambaffadeur
de Portugal.
Fêtes Grecques & Romaines , Ballet.
A Monbonnot.
Feu fouterain .
éloge.
1344.
134
1421
203.
Fleuri Claudé l'Abbé ) fa mort. 118. fon
G.
1383. 138 .
Gloria in excelfis , Paraphrafe en vers. 1340
Gloffaire de la baffe Latinité ,
nouvelle édition.
Groffeffe
extraordinaire.
Guide des chemins de France.
H.
Haquenée
prefentée au Pape.
1387.
SLS
1177.
382 Hautemurs , Ville ruinée de
Languedoc. 289
Hiftoire
d'Angleterre. 1190. de Lorraine par
foufcription .
L'Homme univerfel.
Horloge
Aftronomique .
Houtteville ( l'Abbé ) critiqué.
Hydatides , leur formation .
Le Jaloux , Comedie."
J.
528.
337
468
1152
1035
1199
Idille de l'Ile-Adam. 498. fur une abfence.
1281. l'Impatient , Comedie. 774..
Imprecations des Peres contre les enfans ,
Difcours de M. l'Abbé Fraquier. 1179.
Incendie de Mofcou . 151. de
Chateaudun, 177
Inès de Caftro , critiquée. 200. 645. 696. critique
des
Antiparadoxes . 887. réponſe. 1017.-
réponſe à la réponſe. 1144.
Inoculation de la petite verole. 947. 1190
dangereufe. 1389.
Inondation
extraordinaire.
1283.
Infcriptions antiques. 1193. nouvelle compilation
d'Infcriptions. 131 .
Jonas , cette Hiftoire traitée de Parabole. 1390
Jonathas , Tragedie.
346
Journal des fçavans donné fous une nouvelle
forme
770.
L.
La
Chapelle , fon éloge.
1183
La Fleche , prétendue revolte des Ecoliers de
1414+
ce
College.
Latin ,
remarques
fur la
methode
pour l'apprendre.
75.2
Launoi , deux de fes Lettres imprimées pour'
la premiere fois.
Lazare , s'il a été à Marſeille.
Legende de Faifeu.
8.56. 1070.
1070
1372
6.1166 *
4785
Le Jay , réponſe au Critique de fa traduction *
de Denis d'Halicarnaffe.
Leje ne fçai quoi.
Lettre de l'Auteur du Roffignol. 39. du fieur
J..... Qurry . 45. 487. de Lion . 479. fur , les
moeurs des Guayanois. 491. 905. de M. de
la Roque. 854.7069 . 1328. de M. de Voltaire
fur fa petite verole: 115, à M. de Voltaire, "
1128. de l'Abbé D... L. R. à la Princeffe de
Neufchatel. 1256. fur un manufcrit de l'Abbaye
de S. Victor. 1292. aux Auteurs da
Mercure. 1323
Lettre en vers. 62 au fujet d'une Cloche.
273. à M. C.
Lettres Perfannes:
M.
1354.*
544
Mabillon ( D. Jean ) fes ouvrages pofthumes,
753.
Magdelaine , fi cette Sainte a été en Provence.
856. 71. 1330.
Manufacture de Fer fondu.
Mariane , Tragedie.
Marot ( Jean )
615
774
940
Medailles des hommes illuftres . 300. de la
Ville d'Apamde. 417. frapées au Couronnement
de l'Empereur & de l'Imperatrice,
743. trouvées auprès de Montpellier. 957.
de Pofthume expliquée.
Memoires Hiftoriques & critiques.
Mercure , fon paffage par le Soleil.
1275
754
1041
Mefmes ( Jean Antoine de Premier Prefident
, fa mort. 419%
Mirivveits , fa revolte. 149. 372. 420. 4230-
+
$78. 785. 819. 849. 980. 982. 1217. 1401.
Molinet ( Jehan ) Poëte Gaulois.
Monftre.
Mouches , remarques fur leurs yeux .
N.
1372
484. $13
912
Naples , Hiftoire de ce Royaume défendue
par l'Inquifition.
La Nouvelle Actrice , Comedie.
O.
342
774
1269.
Ode , fur une Dame morte en couche. 1. fur
une inconftance. 213. imitée d'Horace: 43 .
le Poëte Chrétien. 1063. au P. du Cerceau .
1109. fur la decence & la dignité que Louis
XIV. mettoit dans fes actions.
Orage extraordinaire. 55. à Madrid .
Orleans ( M. le Duc d' ) fa mort. 1047 1356.
fon éloge. 13 57. ceremonies faites à fes Obi
feques.
Oronte , Fleuve de Syrie , nommé auffi Axis!
435. P. Lucas , critique. 437 fa réponſe:
921.
Os , écaire des maladies des Os.
Oubli , le Fleuve d'Oubli › Comedie.
P.
793
1359
925
1393
Paradoxe , fa définition. 1018. critiquée, 1147.
Parma ce que c'eft. 224. 274. & fuiv.
Parnaffe François. 501
Perfe , troubles de ce Royaume: 149.372. 4'9
423. 777.7821 819. 846. 848. 98. 982. 1217.
traité du Czar avec le Roy de Perſe.
Pefanteur univerfelle des corps.
Philantrope , Comedie.
1403
532
773
1
Plaidoyers des Rethoriciens des Jefuites . 676
Plaines François de Chaligny , Seigneur de )
fa mort
Poëme , Antiochus
.
619%
509
1
Poëfie , homme qu'une fiévre haude rend
Poëte. 868 ,
Polygamie extraordinaire.
R.
Romulus , Tragedie critiquée,
Rondeau redoublé. 47. fur un Chat.
620
761
290
Rouffeau , nouvelle édition de fes oeuvres,
310.
Ruinard ( D. Thierri ) fes ouvrages , pofthumes.
753.
Saintion , fa mort.
S.
619
$. Sulpice , ceremonies faites pour foüiller le
refte des fondemens de cette Eglife. 1415
Les Saturnales , Comedie.
584
Sel purgatif d'Angleterre. 55o. fimpathique.
749. Ammoniac. 1032 .
Spectacles anciens .
Spectateur Anglois,
Spectateur Suiffe ,
1181
367
* 750. 1172
Statue du Roy , érigée à Bapaume. 65. Statue
antique , fi elle reprefente Scipion Nafica
276. les Romains drapoient leurs Statues au
contraire des Grecs . 281.
La Surpriſe de l'Amour.
T.
312
Tableaux reprefentant la pefte de Marfeille.
410.
f
Tantes font pernicieuſes pour le panfement
des playes. 1196. <
Theatre Anglois.
Thefes foutenues à Paris .
3.60
308
Traité de la fcience des nombres. 1014. des
premieres veritez. 1175
V.
Les Veritables amis , Opera, 776
----
Vernis de la Chine , maniere de le compofer.
769.
Vers fur la mort d'une Chienne. 68. contre la
malignité d'un mauvais Poëte. 469. les
Petites Maifons. 489. aux Auteurs du Mér-
Cure. 712. de Gacon à Defrochers . 771. la
voix Pithagoricienne. 866. fur la decence
& la dignité que Louis XIV . mettoit dans
fes actions. 884. de M. de Voltair à M. de
Gervafi. 1124, du même à Miele Couvreur.
1129. tombeau d'Iris.
Vefuve jette des flammes..
1162
381
Villon François ) nouvelle édition de fes
oeuvres. 79.
Errata du premier volume de Decembre.
Age 1106. ligne 15. jufqu'à , lifez puis qu'à.
Page 1140. ligne 2. du bas , Mouchet , lifez
Bouchete
Page 1242. ligne 2. Dancefezune , bifez Dancefune.
Faute de temps de place , nous renvoyons
au Mercure de Janvier quelques
pieces intereßantes , & nous prions les
Auteurs de vouloir excufer ce retardement,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le