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1723, 12, vol. 1
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LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1723 .
1. VOLUME .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
| NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'AD
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter, & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
-
Le prix eft de 30, fols,
1063-
LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1723 .
I. VOLUME.
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe
B.D.J
LE POETE CHRETIEN.
ODE prefentée à l'Académie des Jeus
V
Floraux.
Ains fantômes , Dieu de la Fable ,
Je vous refufe mon encens ,
Vôtre culte eft abominable ,
Vous êtes des Dieux impuiffans.
7
Je
1. vol.
1064
MERCURE LE
Je n'irai pas fur le Parnaffe ,
M'animer du beau feu d'Horace ,
Et briguer des traits immortels :
Le merite de ce grand homme
Et toute la gloire de Rome
Partoit du Dieu de nos Autels .
Seul vrai Dieu , que mon coeur adore
Sois ma Mufe & mon Apollon ,
Ta ſeule faveur , que j'implore ,
Eft pour moi le facré vallon.
Par ton influence fecrette,
Je fuis né pour être Poëte ,
De la rime je fuis épris ;
Accorde à mon ftile lirique ,
La pompe noble & magnifique ,
Qui de l'Ode affure le prix.
Aucune impreffion funeſte
N'empoiſonne aujourd'hui mes voeux
Je fçai que la faveur celefte
S'éloigne du coeur orgueilleux.
- Je n'afpire point à la gloire
D'illuftrer mon nom , ma memoire
Par
DE
DECEMBRE 1713 .
1065
7
Par des ouvrages éclatans :
La plus brillante eft periſſable ,
Dans fes traits , l'ame ineffaçable ,
Ne doit pas le borner au temps.
Pour l'homme , attrait prefque invincible ,
Intereft veux-tu m'ébranler ?
Fuis , mon coeur t'eft inacceffible ,
Quand je fouhaite d'exceller.
La jouiffance paffagere
A ce vaſte coeur ne peut plaire ,
Biens , il faut vous quitter un jour
Vôtre nature facrilege ,
Eft encore un malheureux piege ,
Pour perdre l'homme fans retour.
La gloire que j'ambitionne ,
Eft celle qui ne peut finir ,
Cette gloire que Dieu feul donne ,
Que les ans ne peuvent ternir.
En lui l'exiſtence éternelle ,
Affure une eftime immortelle ;
Il n'en trahit jamais les droits :
Au lieu qu'une inconftance outrée
A iij
Dans
1666 LE MERCURE
Dans un temps de courte durée ,
Avilit le monde & fon choix.
Cette gloire eſt la legitime
En Dieu la fuprême équité
Regle de concert ſon eſtime
Avec la fuprême clarté
Y
Au contraire une nuit profonde ,
Envelope l'efprit du monde ,
Et l'injuftice le conduit ;
Sur fon portrait trop veritable,
Un nom vraiment recommandable ,
De fon eftime eft-il le fruit ?
C'est vous , feuls biens de l'autre vie ,
Qui flattez mon ambition ,
Vous êtes feuls dignes d'envie ,
J'attefte ma religion.
Ses oracles que je revere ,
Sans fe voiler d'aucun miſtere ,
Annoncent vôtre éternité ,
Jouir de Dieu , fait vôtre effence :
Pour ju er de fon prix immenfe ,
+
Tout en l'homme eft trop limité,
4.
Gloire
DE
DECEMBRE 1723 .
1067
Gloire & vous, biens ineftimables ,
Après vous j'ofe foupirer ,
Dieu , par des decrets adorables ,
Prétend nous y voir aſpirer :
Mais pour couronner nôtre zele ,
Dans une entrepriſe fi ' belle ,
Quels font les moyens précieux ?
Il en eft un qui nous engage ,
A ne faire qu'un bon uſage ,
De nos talens , purs dons des cieux .
D'une licence criminelle ,
Suivant les exemples honteux ,
"Irai- je du fils de Séméle ,
Celebrer les infames jeux ?
Deſtinai- je l'Art Poëtique ,
A chanter Cithere impudique ,
Et fes déteftables plaifirs ?
Ferai - je au Ciel un tel outrage ,
Ne parlerai -je fon langage ,
Que pour combattre fes defirs ?
Jamais Bacchus , & fon yvreffe ,
Ne pourront me faire rimer :
A iiij Jamais
1068
LE MERCURE
Jamais la prophane tendreffe ,
Aux vers ne pourra m'animer :
Je n'irai point , écho du vice
Seconder fa noire malice ;
Sera-ce affez pour un Chrétien ?
Loin de moi ce doute coupable ',
En fuyant le mal execrable ,
Il faut encor faire le bien.
Une inutile fantaifie
N'exercera pas mon talent ;
Je deftine à ma Poëfie ,
Un fujet noble & confolant ;
Qu'elle ferve à faire connoître.
La gloire de mon divin maître ,
Que le falut foit fon objet ;
Le travail n'a point de nobleſſe ,
Le travail ne nous intereffe ,
S'il ne s'applique à ce ſujet.
Seigneur , je fens mon impuiffance ,
Pour parler de toi dignement :
Imprime à mes vers l'excellence ,"
Que mon coeur defire ardemment,
Que
DE DECEMBRE 1723. 1069
Que par ta faveur éclatante ,
Ils moiffonnent cette Amarante
Du Capitole Toulousain ;
Le bien fut toûjours ton ouvrage ,
Tu parles , quand je parle en fage ,
Et voudrois-tu parler envain ?
Par M. Dabat , Medecin de la Ville de Tar
be , en Bigorre .
Fleur d'or, le prix de l'Ode à Toulouſe.
SECONDE LETTRE écrite par
M. de la R.... à M. de M. fur la
Croyance des Eglifes de Provence , an
Sujet de la prédication de l'Evangile
dans cette Province..
JE
E vous tiens ma parole , Monfieur ;:
avec exactitude , & je vous envoye
la Lettre de M. de Launoy , dont il me
refte à vous faire part ,, pour vous mettre
parfaitement au fait de nôtre queſtion
& pour ne vous rien celer de tout ce
qu'on peut oppofer de plus fort contre
la croyance de nos Eglifes , au fujet de
la prédication de l'Evangile qu'elles attri
Ii voli.
buent:
A.y
1070 LE MERCURE
buent toutes à S. Lazare , à Sainte Mag
delaine , & c .
33
C
Lettre de M. de Lannoy , Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris
de la Maifon de Navarre & c. à Paris
ce 12. Fevrier 1658. C'eft , Monfieur ,
>> une fâcheufe neceffité de laquelle vous
» me parlez dans votre Lettre , & qui
n'établit point ce que vous dites du
>> S. Lazare. Je vous puis affurer qu'il y
» a plus long - temps que l'on parle du
» Pape Cyriacus , dès l'année 1156. &
» l'on ne parle pas depuis ce temps - là du
» Saint Lazare , en qualité d'Evêque de
» Marſeille. Tertulien dit un beau mot
» dans fon Apologetique : Inftar religio-
» nis eft fidem de temporibus afferere.
» C'eft en ce lieu ici où je fuis obligé
» de vous dire que je ne trouve pas mauvais
que vous croyez du Lazare ce qui
» s'en peut trouver dans vos leçons , mais
>> que je ne vous ai point écrit aucu-
» ne chofe qui puiffe perfuader que je
» le tienne pour veritable . J'ai bien écrit
»que j'en ferois perfuadé , s'il s'en trouvoit
un feul témoignage dans un Hif-
» torien Provençal , ou autre qui aye
» vêcu au-deffus de fix cens ans. Je mets
» cette époque pour difcerner les fauffes
>> traditions d'avec les veritables qui fet
» réveillent jufqu'à l'origine par des Au-
*
1. το !..
teurs
DE DECEMBRE 1723. 1071
બ
се
"
પ
teurs dignes de foy , qui ayent vêcu de a
temps en temps , & vous ne fçauriez ce
me donner des moyens de difcerner une «
veritable tradition d'avec une fauffe , «
qui ne montrent que ce qui eft dit du <<
Lazare , & de fon arrivée en Provence , «
ne foit apocrife ; de plus vous fuppofez
que les Grecs ont parlé du Lazare «
& du lieu de fa mort par
forme de «
conteftation avec ceux de Provence ; &
c'eft ce qui ne parut jamais dans leurs
écrits. Outre cela vous fuppofez que «
les Latins font de vôtre avis ; c'eft ce «
qu'il ne me fouvient point d'avoir lû , «
il me fouvient du contraire ; & fans k
parler de Gregoire de Tours , qui dit.«
que la Magdelaine eft à Ephefe , je
vous dirai que Honorius , Prêtre de «
l'Eglife d'Autun étoit Latin , & qu'il
a laiffé par écrit dans un Sermon du
Dimanche des Rameaux , que Pharifæi
decreverunt ut Lazarus interficeretur , «
fed Deo de illo meliùs difponente , ad utilitatem
Ecclefia refervatur , nam fertur «
quod poft modum triginta annis in Cypro
Ecclefia Epifcopus prafuerit , ce qui
eft conforme à l'ancienne tradition de сс
Cypre , dont parle S. Ephifane , qui «
dit que le Lazare avoit trente ans lorf <<
qu'il mourut la premiere fois , & qu'a-
ર
(
I. vol .
A vj près
1072 LE MERCURE
"
près être reffufcité il vêcut encore
>> trente ans.
→
ל כ
dans
» M. de la Foffe peut fçavoir que
l'ancien office qui fe difoit au Monaftere
» de S. Lazare , au Fauxbourg de Paris ,
» il y avoit une Profe , dont voici les
» propres mots : Difcedit Lazarus diferit
»patriam , mare tranfiit timens faevitiam
» Judæorum , devenit ocyus in Cyprum
Infulam. Flet Sanctorum Prafulatu fublimatus
mundo vixit Deo gratus ,
tandem per martyrium eft adeò corona-
» tus & in calo collocatus ordine Coelef
» -tium.
99
»
3.
» Cette même Profe eft en beaucoup
d'autres Eglifes dédiées à S. Lazare ,
» ceux qui ont compofé cette Profe étoient
>> Latins & pour les convaincre de
» faufleté , il faudroit alleguer des Pro-
»fes plus anciennes , & des vieux Au--
» teurs Latins qui difent de Marfeille ce
» que ces Profes difent de Cypre.
29
» Vincent de Beauvais , qui vivoit il y
a 400. ans , plus ou moins , raconte
l'Hiftoire de l'arrivée de la Magdelai-
» ne en Provence , & ne parle point du
» Lazare , ni de fon Epifcopat de Mar-
» feille.
"
» Jacques de Genes , Jacobin , qui
vivoit après Vincent , eft un des pre-
» miers qui parle de nôtre Lazare dans.
L. vol.
fa
DE DECEMBRE 1723. 1075
fa Legende qu'on appelle dorée ; &
que Melchior Canus , autre Jacobin , «
Docteur au Concile de Trente , appelle «.
Ferream ,, parce qu'elle a expofé la vie. «
des Saints à la rifée des heretiques. «
Vous pouvez bien témoigner que l'E- ce
glife de Marſeille croit ce que vous dites
de notre temps , & de celui de ceux «
que vous avez connus , mais vous ne
pouvez pas porter témoignage du temps, a
par exemple , de S. Louis , ou de Char- «
Temagne , fans en avoir des titres , parce «
que vous n'avez pas vû ceux qui ont «
veçû de ce temps - là. Si vous vous ref- «
fouvenez bien de la methode & de la «
conduite que vous gardez , pour prou- «
ver que ce qu'on en croit à prefent ; on «
l'a toûjours crû , je m'affeure , qu'après «
que vous aurez repaffé pardeffus , vous a
jugerez que par vôtre methode & conduite
on pourroit foutenir que la Pa- «
peffe Jeanne a été , & que le Pape Cy. «
riacus a été , en difant , que l'Eglife de «
Rome l'a toûjours crû , & qu'il eft im- «
poffible de produire des anciens Au- «
teurs , & dignes de foy qui le nient «
formellement. Que fi vôtre methode , «
& vôtre conduite à maintenir ce que «
vous croyez prefentement du Lazare , «
peut fervir à établir des Hiftoires que «
yous devez eftimer fabuleufes , vous
'
1. yol..
devez
1074 LE
MERCURE
» devez conclure delà qu'elle n'eſt pas
» bonne pour executer vôtre deffein .
›
>> Quant à ce que vous dites des fucceffions
& des biens de fortune , il eft
» certain que la prefcription y a lieu ,
" mais elle n'a point de lieu contre la
» verité. Quand tous les fiecles à venir
>> croiroient qu'il y a eu une Papeffe
» Jeanne entre Leon IV. & Benoît III .
» & un Pape nommé Cyriacus entre Hi-
" ginus & Anterius , & qu'il a fouffert le
" martyre avec les onze mille Vierges , à
» Cologne ; ces deux Hiftoires n'en de-
» viendroient pas plus vrayes. La verité
>> des choſes eft éternelle & indépendante
» des temps ; ce que Tertulien a fort
» bien remarqué au commencement de
» fon livre: Develandis Virginibus : veri-
» tati nemo prafcribere poteft & c.
» Je repete encore ici que jamais les
» Grecs n'ont parlé de cette matiere avec
» conteſtation. Ils en ont parlé comme
» d'une chofe de laquelle on ne doutoit
point , les Martyrologes ne font pas
» des livres compofez par forme de con-
» troverfe. Le Cardinal Sirlet en a tra-
>> duit un de Grec en Latin , où il y a le
» 17. Octobre : Relatio pretiofarum Reliquiarum
Sancti & Jufti Lazari
quas Reliquias Celeberrimus , & Fide
liff. Imperator Leo divino Zelo commo-
I vol.
tus
DE DECEMBRE 1723. 07
tus , in Templo pulcherrimo fub ejus Sanc
ti Viri nomine dicato , ex urbe Citienfi "
Conftantinopolim tranflatas in argenteis «
Lombis repofuit. Cela s'eft fait environ "
Pan 888. de nôtre Seigneur. Vous ne «
fçauriez oppofer à ce Martyrologe Grec «
Latin , même de Marſeille , qui ait été «
écrit , je ne dirai pas en ce temps - là , «
mais plus de deux cens ans après. «
Jacques Gretfer , Jefuite , dans fes «
Commentaires fur le troifiéme livre de «
Codinus , de officiis Ecclefia Conftanti- «
nopolitana , dit au Chapitre 15. pridie «
Palmarum agitur à Græcis anniverſaria «
memoria reffufcitati Lazari , cujus in «
honorem Templum ftruxit Leo Philofophus
Imperator, tefte Zonara , & in eo
facrum ejus corpus ex Cyprotranflatum «
condidit. Ce Jefuite étoit Allemand
& non pas Grec , & qui a plutôt mé- «
prifé ce qu'on dit à Marſeille , qu'il ne «
l'a ignoré. «
.
Vous voyez que je ne me fçaurois «
feparer de la maxime, qui dit : Chriftia- «
ni Adoratores in fpiritu & veritate. J'a- «
joûterai deux paffages de deux " Evê- «<
ques d'Affrique ; l'un eft de S. Auguf- «.
tin au chapitre premier du livre du Men- «
fonge : numquam errari turiùs exiftimo «
quam in amore nimio veritatis , & in «
ejectione nimia falfitatis. L'autre eſt de
k
I. vol. Facundus
7076 LE MERCURE
» Facundus , au chapitre premier du livre
5. pour la défenſe des trois chapitres.
Verax eft Ecclefia pro veritate deffen-
»fio , nec umquam fuit judex falfitatis .
>> Ces deux paffages font dignes de vôtre
>>>cabinet.
» Je baife les mains à Meffieurs de
» Vias & de la Foffe , à qui je fuis comme
» à vous , Monfieur , vôtre très- humble ,
» & très- obéïffant ferviteur. Signé , J. de
» Launoy :
» J'ai oublié à vous marquer ce que
ceux d'Autum ont mis du S. Lazare
» dans leurs Martyrologes , après qu'ils
» ont crû en avoir le corps . XVI. Cal.
» Jan. Natalis Beati Laari Martyris
» quem Jefus-Chriftus , ficut in Evange-
» lio legitur , fufcitavit à mortuis , pofteà
» verò à Domitiano interfectus eft . Corpus
» verò ejus fub Tito , & Vefpafiano apud
» Urbem Maffilienfem deductum eft
» deinde poft multa annorum curricula à
» Gerardo Antiftite , permittente Deo apud
il
Urbem cum gratiarum actione iterum
» deductum eft. Et c'eft une addition faite
» au Martyrologe d'Ufuard , dans lequel
>> n'y a que ce qui fuit eodem die
» Sancti Lazari quem Dominus Jefus in
» Evangelio legitur fufcitaffe à mortuis -s
item Beata Martha Sororis ejus , quorum
venerabilem memoriam extructa
1. vol..
EccleDE
DECEMBRE 1723. 7077
Ecclefia non longe à Bethania ubi è vi--«
cino Domus eorum fuit , confervat. «
Si ceux d'Autum pour foutenir ce «
que vous voyez être infoutenable , di- «
foient qu'ils le tiennent de pere en fils , a
& que perfonne n'a dit le contraire formellement,
comme vous parlez , pour «<
ce que vous en croyez ; avifez fi ce que &
Vous leur répondriez ne pourroit pas «
fervir à détruire vos maximes ; neanmoins
je me raporte de tout ce que
deffus à tout ce qu'il vous en plaira. «
Je n'ai rien , Monfieur , à ajoûter ici
fur le fujet dont il s'agit , je veux vous
laiffer reflechir à loifir fur les deux Lettres
de M. de Launoy que je me fuis fait
un plaifir de tirer de l'obfcurité . Peutêtre
pourrons- nous trouver dans la fuite
des pieces nouvelles , & équivalantes
pour oppofer à la critique de ce fçavant
homme car je vous le dis encore une
fois , quoique je n'aye pris aucun parti
dans cette fameufe conteftation , je ferois
ravi que l'origine des Eglifes de Provence
fûr telle que la créance de ces mêmes-
Eglifes l'établit. Enfin , Monfieur , je
doute que cette queftion , quoique fort
difcutée du temps de M. de Launoy foit
encore bien éclaircie. Je fuis toûjours
Monfieur , très- parfaitement , &c.
1. vol.
J'ai
1078 LE MERCURE
1
H
4
H
J'ai lû par ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux ces deux Lettres , je
n'y ai rien trouvé de contraire à la foi ,
ni aux bonnes moeurs. Fait à Paris , ce
cinq Octobre 1723. J. Grancolas .
jkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkj
G
EPITRE A R......
Entil R..... mon premier nourriffier ,
Et d'Apollon le très - digne Officier .
Lorfque les jeux efcortoient mon enfance ,
Ils me berçoient de la folle efperance ,
De parvenir à force de rimer ,
Sur le Permeffe où je te vois primer.
Quand je prêtois une oreille attentive ,
Aux fons flatteurs de ta lyre plaintive ;
Quand tu peignois Ris & Jeux enfantins ,
Se rigolant & faiſant les Lutins ;
Lorfque Sylvains & gentilles Driades ,
Danfoient au fon de tes tendres aubades.
Sylvains , difois-je , on vous verra danſer ;
Amours auffi vous ferai trémouſſer ,
Caracoler & faire culebutte ,
Dès que raifon accordera ma flutte.
I. vol.
Mais
DE DECEMBRE 1723. 1079
Mais las ! c'étoit fans mon hôte compter.
Raifon bien- tet chez moi vint habiter ,
Et me montra par preuves trop certaines ,
Le peu de fonds de mes promeffes vaines.
Conte joyeux où luit naïveté ,
Dès qu'on le veut eft- il donc enfanté ? ·
Jeune orgueilleux apprends à te connoître ,
Sur ce chapitre interroge ton maître ,
N'imite point les élans faftueux ,
De ces efprits , geans préſomptueux ,
Qui pour
ravir l'immortelle couronne
Tels qu'ouvriers de Tour de Babylone's
Font à l'ennuy des efforts fuperfus
Pour s'égarer & ne s'entendre plus.
Crains des flatteurs les trompeufes amorces ,
Ne promets rien au -delà de tes forces,
Affez fans toi de rimeurs indifcrets ,
Iront prôner leurs fantafques projets ,
Et s'érigeant en fidelles oracles ,
De leur efprit promettront des miracles ,
Se vanteront d'une orgueilleuſe voix ,
Des demi - Dieux de chanter les exploits.
Tels que ce mont dont les cris ridicules ,
I. vol.
#080 LE MERCURE
A l'univers promettoient des Hercules ,
Qui n'enfanta qu'une vile fouris
Mais fuppofons que de fçavans écrits ,
J
Soient recherchez de la Cour , de la Ville
En fera- t'on plus heureux , plus tranquilles
Un peuple entier fertile en envieux ,
Yous noircira de crimes odieux.
C'eſt affronter une mer orageuſe ,
Où nous attend la Syrene flatteufe.
Plus d'un Auteur a rencontré l'écueil
Où s'eft brifé fon imprudent orgueil ,
On y rencontre en tout lieu des corfaires
Non de Tunis , mais Auteurs Plagiaires.
En imprudent ne va point t'embarquer ;
Plus on y perd , plus on veut y rifquer.
Ainfi parla la Raifon, ma patrone ,
Dont trop long- temps je ne retins le prône ,
Bien- tôt après la fureur de rimer ,
Vint me faifir , me poindre , m'animer,
Je m'enrôlai dans la docte milice ;
Pour commencer ce penible exercice ,
Je façonnois des bouquets pour Cloris`,
Je reparois fes attraits déperis ;
I. vol
Da
DE DECEMBRE 1723. 10 87
De nos rimeurs pour mieux fuivre les traces
Je fis marcher l'Ode fur deux échaſſes.
Puis je peignois Louis & fes vertus ,
Sous fon berceau les monftres abbatus. "
Le vrai courage & la ſolide gloire ,
Le conduifoient au temple de Memoire
De ce féjour les Faſtes éternels ,
Mettoient Philippe au rang des immortels,
On y lifoit , Louis dans ſon enfance ,
Devoit le fceptre à fa haute naiffance.
Bourbon l'inftruit , au fortir de fes mains ,
Il meritoit l'empire des humains.
Voilà le champ où ma mufe enhardie
Se délectoit , lorfque la Tragedie ,
L'air abbatu , l'oeil nageant dans les pleurs ,
Qu'elle donnoit à fes derniers malheurs ,
Vint me trouver : fi tu m'en crois , dit- elle ,
Tu te frayeras une route nouvelle ,
Tes airs pompeux , tes lyriques accès ,
N'auront jamais qu'un modique fuccès ;
Quitte , crois-moi , quitte cette Uranie ,
Qui te pourroit caufer quelque avanie.
Sur du fuccès qui fuit toûjours mes pas ,
vol. Viens
7082 LE MERCURE
Viens étaler mes tragiques appas.
La nouveauté , le ſpectacle , mes larmes ,
Sur tous les yeux impoſeront des charmes.
Je veux , lui dis - je , à vous me dévouer ,
Mais , dites - moi , ne peut - on échouer
Contre un écueil qui nous flatte & nous ric ,
Là ...... cet écueil qu'on nomme Imprimerie ?
A ce propos la Dive fit grand bruit ,
M'injuria , puis tout
à coup s'enfuit ;
D'où je conclus que tragique denrée ,
Eft feu folet de très-courte durée.
Puiſqu'eſt ainsi , reviens , fage raiſon,
Mufe , reçois mon abjuration.
Quel bru que éclat , quelle foudaine fuite ,
Me diras-tu , d'où vient telle conduite
Ne peux- tu pas travailler quelque temps ,
Pour t'élever aux degrez éclatans ?
Tel qui vieillit même au pied du Parnaſſe
Veut-il fortir de fa bourbeufe place ?
Mufe , fouvent un cerveau démonté ,
Se croit heureux même en l'adverfité ,
Ne fçais - tu pas que pour cet imbecille ,
Phoebus ne fait qu'une courſe inutile è
I, vol.
Quand
DE DECEMBRE 1723. 1083
Quand il croupit dans un épais limon ,
Il croit dormir fur le facré vallon ;
Mais comme j'ai la vue un peu plus nette
Sans plus tarder je veux faire retraite.
Salut. Et toi , mon fçavant Directeur,
Joyeux R .... mon maître , ferviteur.
Par A....
*******************
L'OMBRE du Sculpteur de la petite
figure , qui porte la mere des Dieux,
( dont l'explication a été donnée dans
le Mercure du mois de Mars 1723. )
fortie des Champs Elifées , pour répondre
aux remarques de M. Moreau de
Mautour , inférées dans le Mercure du
mois d'Aouft de la même année.
L
-
Es Champs Elyfiens que l'Antiquité
fabuleuſe a regardé comme des lieux
de bonheur & de joye , ont été felon
l'agreable peinture qu'en a laiffé Virgile,
le féjour non feulement de ceux qui
avoient été bleffez pour la défenſe "de
leur patrie , qui avoient compofé des vers
dignes d'Apollon , qui avoient confervé
la chafteté dans le Sacerdoce , où dont
les bienfaits avoient fait paffer leur memoire
à la pofterité ; mais encore de ceux
1. vol.
qui
1084 LE MERCURE
qui avoient employé leur vie dans l'exercice
innocent des Arts qu'ils avoient inventez
& tous ces illuftres étoient diftinguez
des autres , par un ruban ou bandelette
qui leur ceignoit la tête , comme
une marque éclatante de valeur , de vertu
, de chafteté , & de divinité.
Hic manus ob patriam pugnando vulnera
paffe,
Quique Sacerdotes cafti , dum vita manebat ,
Quique pii vates phoebo digna loquuti ;
Quique fui memores alios fecere merendo ,
Inventas aut qui vitam excoluere per artes
Omnibus his nivea cinguntur tempora vita.
Eneid, lib . 6.
Parmi ces derniers fe trouvoit le Sculp
teur de la figure qui porte la mere des
Dieux , ayant reçû cette place de diftinc
tion en récompenfe de fon travail ; lorfque
Mercure paffant au - deffus de cette
Ile fortunée , y laiffa tomber les remarques
de M. Moreau de Mautour.
La lecture en fut faite à l'inftant à cette
illuftre Affemblée , qui les trouva fort ju .
dicieufes & conformes à l'Histoire & aux
Coutumes des Romains ; mais elle fe recria
fur ce que ce fçavant Académicien
Favoic condamné fans l'outr ; c'eft
pour- A. vol.
quoi
DE DECEMBRE 1723 . 1085
que
quoi il lui fut permis de revenirdansnotre
hémifphere pour rendre raifon de la forme
qu'il avoit donnée à fon Ouvrage.
La nuit donc du 20.Septembre ( 1723 )
le fommeil fuyoit de mes yeux par
l'attention que j'apportois aux remarques
de M. de Mautour, que j'avois lues
pendant le jour , ( c'eft M. de la Font
Chanoine de Narbonne, Auteur de l'explication
inferée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , qui parle ) j’entendis
affez près de mon lit une voix
grêle , qui me parla de la forte : Je fuis
l'Ame d'un Sculpteur Celte ou ancien
Gaulois , natif de Narbonne , qui a été
le premier pays habité par cette Nation
comme Polybe l'a remarqué dans fon
Hiftoire . Narboni vicina Celta habitant,
( Hift. lib. 5. cap.37 . ) Ces Celtes étoient
iffus la plus grande partie des Spartiates
ou Lacedemoniens
, Peuple le plus puiffant
d'entre les Grecs , & ils en avoient
confervé les ufages , dont le principal
étoit de porter de grands cheveux , qui
leur pendoient fur les épaules. Herodote
, Prince de l'Hiftoire , & Pere des
Hiſtoriens , l'a raconté de même : Lacedamonii
legemtulerunt ut in pofterum comati
effent( 1.1 .) Quoties adire anima periculum
debent, tunc capita comunt (1.7.) & Philo-
Atrate l'a confirmé dans la vie d'Apol-
1. vol.
lonius
B
1086 LE MERCURE
lonius hinc & Spartani omnes nutrire comam
capere , ce qui donna occafion à Platon
de les appeller en raillant Spartio
chaites , comme fi l'on difoit les Spartiates
aux grands cheveux ; c'eft pourquoi
les Celtes ou anciens Gaulois qui
defcendoient d'eux avoient gardé la même
coutume. Strabon ( Geogr . l . 4. )
Pline ( hift. nat. 1. 4. c. 15. ) & Catule
( 30. ) font affez expreffifs fur ce fujet
lorfqu'ils appellent ce Pays , le Pays des
Peuples à longue chevelure, Gallia Comata
; car ceux qui portoient ce nom de
leur tems ne le portoient dans les Gaules
que par extention , quoiqu'il leur fut
devenu propre par la divifion des Pro
vinces , & eft pour cette même raiſon
que Virgile , en parlant de Manlius qui
s'étant réveillé au cri des Oyes , repoufla
les Gaulois qui vouloient furprendre le
Capitole , leur donne une chevelure , &
un vêtement d'or , c'est -à- dire felon les
interprêtes des cheveux blonds & une
barbe blonde.
Aurea Caſaries ollis atque aurea veftis.
-Æneid. lib. 8 .
-La nudité du corps n'étoit pas moins
en ufage parmi les Lacedemoniens . Par les
loix de Licurgue les femmes même n'en
étoient point exclues. Dans les jeux publics
elles entroient de ſocieté , de valeur
Tivol &
DE
DECEMBRE 1723. 1087
& de gloire , avec les hommes : elles
combattoient , elles lutoient , elles couroient
, elles danfoient , elles fautoient
toutes nuës , ce qui a fait dire à Properce
1. 3. Eleg. 13 .
Multa tua, Sparte , miramurjura Palefira ,
Sed mage virginei tot bona gymnafii
Quod non infames exercet corpore ludos
Inter luctantes nuda puella viros , & c.
Les autres Grecs & les Atheniens même
qui paffoient pour les plus refervez
au fujet de la nudité , y accoutumerent
leurs yeux , puifque nous voyons que
Platon ( de legib. 1. 6, ) ordonna que les
femmes fuffent nuës aux combats des
jeux publics , à la lute , à la courfe , à la
danfe , aux fauts , donnant pour raiſon
de cette licence , qu'il leur fuffifoit de fe
couvrir de leur feule vertu .
Or les Gaulois avoient encore herité
cet ufage des Peuples dont ils defcendoient.
Non-feulement ils combattoient
nuds dans les jeux publics , mais même à
la guerre , & l'on auroit fans doute de
la peine à le croire, fi Tite- Live qui eft un
Hiftorien des plus exacts ne le difoit expreffement
dans deux endroits de fon
Hiftoire , Gallifuper umbilicum erant nudi
( lib. 22. cap. 46. ) Detegebat vulne- 1. vol.
Bij
ra
1088 LE MERCURE
ra eorum quod nudi pugnant. ( lib . 37. cap.
21.)
Et c'eft delà que les Statuaires Grecs
ont pris la coutume de ne point habiller
leurs Statues , coutume qui étoit d'ail
leurs autorisée par de fort bonnes raifons
, puifque d'une part , ainfi qu'Aphrodifée
l'a écrit, les Statues des Dieux,
des Rois , & des Graces n'étoient fouvent
taillées de cette maniere , qu'afin de donner
à entendre par là que leur puiffancedevoit
être à découvert , & qu'il ne devoit
y avoir en eux rien de caché , & de
trompeur d'autre part nos Statuaires
ne trouvoient rien de fi beau à imiter que
la nature , dont ils ne rougiffoient point ;
& c'étoit pour donner plus de prix à
leurs Ouvrages & fe faire une plus
grande réputation qu'ils s'étudioient
reprefenter les attitudes & proportions
du corps humain auffi Pline a- t'il ob.
fervé que telle étoit la coutume des Statuaires
Grecs de ne point habiller leurs
Statuës , tandis que les Romains les revêtoient
d'une cuiraffe quand ils reprefentoient
des gens de guerre : Graca res
eft nihil velare , at contrà Romana &
militaris thoracas addere. ( hift . nat. 1.
34. cap. 5. )
loit
>
Si donc , continua l'efprit qui me parje
ne puis défavouer que les Ro-
2.
1. vol. mains
DE DECEMBRE 1723. 1089
mains n'ayent revêtu leurs Statues , il
il .
faut auffi que l'on convienne que comme
la nudité s'étoit introduite dans plufieurs
de leurs jeux publics , tels qu'étoient les
Apollinaires , les Liberaux , les Lupercales
, ils s'accoutumerent à leur tour
à faire des Statuës toutes nuës . En effet
le même Hiftorien que je viens de citer
raconte qu'on voyoit à Rome la Statue de
Romulus fans tunique , auffibien que celle
du fameux Camille dans la place aux
Roftres, c'eft- à-dire toutes nuës : Ex his
Romuli eft fine tunica , ficut & Camilli
in Roftris. ( Plin. hift. nat. 1. 34. cap. 6. )
L'on n'ignore pas non plus fans doute que
Ciceron fe railloit agréablement de Verres
& d'Antoine , de ce que le fils de celui-
là avoit fouffert qu'on lui érigeât une
telle Statuë , & que l'autre voyant celle
d'Horace habillée de pié en cap , avoit
voulu que la fienne fût repreſentée en
Lupercale : Et ne fçait- on point enfin
que le luxe avoit encore introduit parmi
eux la coutume de mettre à nud quelques-
uns de leurs Empereurs , & que
Commode fut reprefenté en Hercule
avec la maffuë , & la feule dépouille du
Lion ?
Il en fut à peu près de même de la
chevelure , puifque Suetone rapporte
que quand l'Empereur Caligula rencon-
I. vol.
B iij
troit
1090 LE MERCURE
troit quelqu'un qui portoit les cheveux
un peu longs , il fui faifoit rafer le derriere
de la tête , pulchros & comatos quoties
fibi occurrerent occipitio rafo deturpabat.
Suet. in Cal. Cap. 35. )
Mais pourquoi s'en prendre à la chevelure
que j'ai donnée à ma figure ? certainement
elle n'eft gueres plus longue
que celle qu'on portoit à Rome , quoiqu'elle
foit un peu plus frifée , car c'eft
la faute de celui qui a copié ma figure
d'avoir abatu fur l'épaule gauche les
cheveux que je n'ai fait defcendre que
vers la moitié du col : Et combien ne
refte- t'il pas encore des figures des Romains
de cette efpece ? Vous en avez
quelques-unes à Narbonne , & pour une
plus grande conviction, l'on n'a qu'à jetter
les yeux fur les monuments anciens
du célébre Boiffard , ou fur les antiquiquités
figurées du laborieux & fçavant
Pere de Montfaucon , car s'il a mis ma
figure dans la claffe des genies de fon
fupplément , je m'imagine qu'il ne l'a fait
que parce qu'il n'a pas eu lieu de la placer
en fon rang .
Or comme la nudité & la longue chevelure
étoient communes parmi les gens
de notre nation , iffue des Grecs , & entée
fur les Romains , qui en ont enfuite
fait paffer l'ufage chez vous , puifqu'on
1. vol.
voit
DE DECEMBRE 1723. 1091
voit les Statues de plufieurs de vos Rois
& de vos Reines couchées avec une af
fez longue chevelure & toutes nuës fur
leurs tombeaux : doit-on être furpris , fi
voulant repreſenter dans Narbonne les
myfteres de la religion des Romains , j'ai
donné cette forme ou à celui de leurs
Députés , qui reçut la Mere des Dieux à
Pelfinunte , ou bien à Scipion Nafica
qui fur choisi pour faire les honneurs de
fon arrivée à Oftie ; de forte que l'illuftre
& fçavant M. de Mautour auroit
dû épargner un Sculpteur qui n'a fait
que fe conformer à la coutume éta
blie dans fon Pays , & nullement oppofee
même aux ufages des Romains . Cela
dit , l'efprit difparut.
Après fon départ je refumai toutes les
raifons que je venois d'entendre , & bien
qu'elles ne me paruffent point tout à fait
déciſives, je les trouvai pourtant fort vrajfemblables
, & je jugeai que M.de Mautour
pouvoitexcufer le StatuaireNarbon.
nois, comme je devois demapart remercier
le fçavant Académicien de fes ingenieufes
obfervations & du précieux encens
qu'il m'y donne.
Cependant pour mieux établir cette
vraisemblance , il m'a paru à propos de
faire quelques remarques fur la Couronne
Tourrelée que porte la Mere des
I. vol.
Biiij Dieux .
1092 LE MERCURE
Dieux.Je n'ai pas relevé dans ma Differtation
cette particularité à l'avantage.de
mon fujet , parce que j'avois crû que cet
ornement de tête qui caracterife fi bien
Cybele , & dont on trouve tant de figures
fur le marbre & fur le bronze , étoit
affez connu des Sçavans , pour en faire
l'explication ; mais afin que perfonne ne
puiffe douter que le Sculpteur a veritablement
reprefenté cette Déeffe , je n'ai
qu'à rapporter ce que les Auteurs anciens
& modernes ont dit de cette Divinité . Arnobe
( adv. gent. 1. s. ) lui donne le nom
de Mere porte tours Mater Turrita. Alborcus
qui a donné les Images des Dieux
dit qu'elle porte une Couronne Tourrelée
fur la tête , Coronam Turritam in ca
pite geftare dicitur( Albor.de Deor. imag.
de Cybele. ) le fçavant Cuper , fur ce
que Kirker avoit reprefenté Ifis , qui eft
la même Cybele , avec une colomne ou
plûtôt un boiffeau fur la tête , qu'il appelle
une marque d'honneur corrige
le mot de colomne par celui de Tour , &
declare enfuite que par la Couronne tourrelée
il entend celle qui eft ornée de créneaux
& de murailles , ego enim turriferam
coronam exiftimo murorum pinnis ormari.
Cuper Harpocrat . in addendis .
195. ) Ovide ( Faft. 1.6. ) Properce ( 1. 4.
Eleg. 12. Stace, (Achildeid. Î. 2. ) Clau-
↓
P.
11
1. vol.
dien
DE DECEMBRE 1723.1093
dien en plufieurs endroits ont donné une
pareille idée de Cybele.
Les raisons qu'on allegue pour juftifier
cet ornement font autant de preuves qui
établiſſent la vraisemblance que je dé̟-
fends.
Varron cité par Saint Auguftin ( de
Civit. Dei. 1. 2. c. 12. ) prétend que la
Mere des Dieux eft reprefentée avec une
Couronne Tourrelée , parce qu'elle n'eft
autre chofe que la terre, qui foutient les
Villes , en quoi il a été fuivi par Meffieurs
Spanheim , Vaillant , & par Herbert
de Cherbury, le P. Pomey , & c. Le
Poëte Lucrece dit la même chofer de
nat- rer . l . 2. )
Muralique caput fummum cinere coranA
Ex imis munita locis quod fuftinet urbes
Que nunc infigni per magnas pradita terras
Horrificèfertur divina matris imago.
Selon Ovide cette Couronne n'a été
donnée à Cybele que parce qu'elle fit
entourer de Tours les Villes de Phay-"
gic.
At cur turritâ caput eſt ornata Coronâ ,
An Phrygiis turres urbibus illa dedit ?
Annuit... Faft . lib. 4. v. 219.
1. vol.
Et
By
1094
LE MERCURE
Et c'eft le fens que les Interpretes donnent
à ce vers de Virgile .
Alma parens Idaa Deûm cur Dindyna cordi
Turrigeraque urbes, . Æneid. 1. 10. V. 252 ,
D'autres vouloient que Cybele ne pouvant
entrer dans la Ville de Midas qu'elle
trouva fermée , y fit une breche avec
fa tête , & en enleva les murailles. Je
n'ai pû couvenir qui a été le premier Auteur
de cet évenement fabuleux , je n'ai
pas même trouvé de Géographe ou de
Poëte qui ait parlé de cette Ville de Midas
, mais les Interpretes de Virgile fur
ce vers
Invehitur curru Phrygias turrita per urbes
*
Lata Deum partu. ( Eneid. 1. 6. v.785 .
Farnabe dans l'explication qu'il donne
de cet endroit de Seneque :
Qua Turrita turba Parenti.
font mention de ce conte.
Agam.act. 3 .
( v. 688.
Enfin il eft d'autres Auteurs qui prétendent
qu'on a voulu figurer par cette
Couronne la grande puiffance de Cybele.
Tel eft le fentiment de Fulgence
dans fa Mythologie : Ergo ideo turrita
pingitur quod omnis potentia elatio fit in
1. vol.
capite
DE DECEMBRE 1723. 1095
capite ( lib. 3. de Berecyne & alti ) &
c'est pour cela que les Syriens firent fabriquer
une Médaille en l'honneur de
Trajan avec la figure de Cybele couron
née de Tours , ce qui , fuivant la penſée
du célébre Triſtan ( Comment . hiftor. (
Trajan ) étoit un Symbole de la puiſſance
de leur Pays , dont l'hommage qu'ils
faifoient à cet Empereur devoit d'autant
plus le flater que Cybele qui dominoir
fur toutes les chofes terreftres , étoit particulierement
la Protectrice de la Syrie
.
}
D'où l'on doit conclure que la Couronne
Tourrelée a toujours fait le cara-
Atere diftinctif de Cybele ,. & que le
Statuaire Gaulois dont il seft queftion n'a
voulu reprefenter autre chofe que cette
Déeffe .
A Narbonne ce 21. Septembre 1723 .
**IERER HAMBER
LA NEIGE ET LE SOLEIL,
Fable.
CE qu'en trop peu de temps l'oeil étonné
voit naître
En peu de temps s'évanoüit,
Et tout ce qui nous éblouit
N'eft pas longtemps à difparoître.
I. vol .
La B vj
1096 LE MERCURE
La neige, par les airs tombant à gros floccons
Eut bientôt blanchi les montagnes ;
Les bois , les prez , & les vallons :
La voilà qui fe croit la Reine des Campagnes :
Flore n'étoit plus rien ; fa plus vive couleur
N'eut jamais un éclat pareil à ſa blancheur.
Jamais Cérés n'eut un ſi vafte empire :
Faune & Bacchus étoient des Dieux à dedaigner,
Et les fiers Aquilons qui la faifoient regner
Ne devoient plus jamais laiffer regner Zéphire.
Elle penfoit aina , quand ces vents appaifez
Le Soleil perça le nuage
Et la fit fondre à l'avantage
De ceux qu'elle avoit méprilez.
M. D. DEMAISONNEUVD,
LETTRE écrite par Monfieur
à l'Auteur de l'Eloge des Vins d'Auxerre
inferé dans le dernier Mercure.
A Ville d'Auxerre , & tout le Pays
circonvoiſin vous doivent , Monfieur
, un ample remerciment pour le di-
1. vol.
gne
DE DECEMBRE 1723. 1097
gne Eloge qu'il vous a plû de faire des
Vignobles & des vins Auxerrois , Eloge
qui va achever de les confirmer dans la
haute réputation où ils font depuis tant
de fiécles ; c'eft fans doute le bon ufage
que vous faites de ces Vins , joint à l'amour
de la verité , qui vous a fait dire
de fi belles choſes , enforte qu'on ne fçauroit
mieux appliquer qu'en cette rencontre
l'adage ordinaire, bonum vinum acuit
ingenium. Puiffiez- vous , Monfieur , en
boire longues années & nous donner
fouvent aux dépens de la Bourgogne
Auxerroife , des productions dignes de
vous & du Public éclairé ; je vous fou.
haite enfin , non pas le fleuve d'érudition
que * Petrone affure être abfolument
néceffaire , à tout homme quiveut
produire un bon Ouvrage ; car il me paroît
que vous en êtes déja tout inondé ,
mais un petit bras feulement de ce fleuve
Rubicon qui après avoir fait l'ornement
& la richeffe du territoire d'Auxerre , fe
jette , par la Riviere d'Ionne , dans la
Seine , & de la Seine vient heureuſement
fe décharger dans les caves des meilleures
maifons de Paris , & c.
Au refte , Monfieur , quoiqu'il fem-
* Neque concipere , aut edere partum mens
poteft , nifi ingentiflumine litterarum inundata
( Petron, Satyric, cap. 78. ›
I. vol.
ble
1098 LE MERCURE
ble
que vous ayez épuifé cet agréable fujet,
j'ofe vous affurer qu'il ne l'eft pas
encore , & que les bornes que Vous avez
pu vous prefcrire , vous ont fait paffer
fur bien des chofes qui regardent l'antiquité
, la fecondité & la bonté des Vignobles
d'Auxerre . Permettez - moi d'ajouter
par maniere de fupplément à tout
ce que vous en avez dit , deux ou trois
faits hiftoriques & quelques remarques
qui vont au même but , & qui ne déplairont
point à des Lecteurs éclairez .
Le premier , eft pris du fixiéme tome ,
page 147. du grand Recueil de Rymer :
on y voit le profit étonnant que les Anglois
efpererent de faire fur les Vins , qui
pafferoient au Pertuis de Regennes ; car
un des articles du Traité en vertu duquel
ils confentirent que la garnifon Angloife
de Regennes laifferoit ouvrir la Riviere
d'Ionne , ou déboucher le Pertuis , pour
y paffer toutes fortes de Marchandiſes ,
fut qu'on payeroit aux Anglois trois moutons
d'or , monnoye de ce tems- là , par
chaque vingtaine de queues de Vin qui y
pafferoient. Le Château de Regennes
ou Regeanes , fitué für cette Riviere
dans une prefqu'Ile de la Paroiffe d'Appoigni
, à deux lieuës d'Auxerre , dont
les Evêques d'Auxerre font Seigneurs
depuis Saint Germain , a porté d'origine
I. vol.
le
DE DECEMBRE 1723 .
1099
le nom de Regius Amnis . Il eft ainfi nommé
dans des Chartes du douziéme fiécle ,
& particulierement dans une Charte de
Saint Bernard de l'année 1145. Les Anglois
joints aux Navarrois prirent cette
Place l'an 1358 .
Il fe fit l'année fuivante 1359. un autre
Traité entre les Anglois , & les Habitans
d'Auxerre la
rançon de la
, pour
Ville , laquelle leur fut payée par le
moyen du Vin : cette rançon fut reglée
à la fomme de cinquante mille moutons
d'or , & pour la fournir , les Auxerrois
& les Habitans des environs tranfigerent
pour 1620. tonneaux ( chaque tonneau
contenant deux queues ) avec Jean Maillart
, & Hugues Bernier , Confeillers du
Roi & de Monfieur le Regent , Huë de
Saint Queux , & Jean Coulon , Marchands
de Vin , & Bourgeois de Paris ,
lefquels s'obligerent de payer , à la décharge
de la Ville , la foinme de trentedeux
mille florins d'or.
Enfin Jean de Challon , Comte d'Auxerre
, n'eut d'efperance d'être racheté
des mains des Anglois qui le firent prifonnier
à la bataille d'Auray , en 1364.
que dans le débit prodigieux du Vin
d'Auxerre ; en effet la feule Dixme des
vignes que les Habitans d'Auxerre lui
accorderent pour trois ans , fut fuffifan-
1. vol.
te
1100 LE MERCURE
te pour payer la rançon..
Voilà , Monfieur des faits conftans
& qui meritent d'être ajoutez à l'Eloge
que vous avez publié : on peut encore
fubftituer aux plaifanteries de Rabelais
fur le vin Auxerrois & fur celui de Migraine
, en particulier , que vous avez
prudemment omifes , le témoignage remarquable
d'Erafme , qui en écrivant à
Marcus Laurinus , Doyen du Chapitre
de Saint Donatien de Bruges , s'écrie
avec tranfport : 0felicem vel hoc nomine
Burgundiam , planeque dignam que mater
hominum dicatur poftquam tale lac
habet in uberibus ! Sans oublier ce qu'il
manda à Beatus Rhenanus fon amy , lorffe
croyant attaqué de la pefte en
1518. pendant qu'il étoit à Louvain , il
rétablit parfaitement fon eftomac en avalant
feulement un verre de vin de Beaune,
haufto cyatho vini Belnenfis . Les Vins
d'Auxerre ont fans doute une tres - bonne
part à ce témoignage ; car outre qu'ils
font comme vous l'avez prouvé des meilleurs
de toute la Bourgogne , égalant
ceux de Beaune , ne cedant point à ceux
de Dijon , qui ont auffi leur merite reconnu
& loué par Gregoire de Tours :
Qui fçait fi on ne doit pas prendre à la
lettre le vini Belnenfis d'Erafme , puifqu'encore
aujourd'hui l'un des Vignoque
x. vol.
bles
DE DECEMBRE 1723. IIOI
bles renommez qui font les plus près de
la Ville , porte le nom de Beaune , peutêtre
par imitation , parce que les Vins
de cet endroit ont pû reffembler particulierement
à ceux de Beaune ; comme
il y avoit au treiziéme fiécle un climat
ou vignoble près d'Auxerre qu'on appelloit
Clauftrum de Divione , le clos de Dijon
par une raifon femblable.
Vous avez rapporté au fujet de la préference
donnée par llee ffeeuu RRooyy , & par
le Roy heureufement regnant aux Vins
dont nous parlons , un fort beau paffage
de Pline fur un choix à peu près pareil
que fit l'Empereur Augufte à l'exclufion
des autres bons Vins que pouvoit lui
fournir la vafte étenduë de fon Empire.
Ceux d'Auxerre étoient fans doute de
ce nombre , mais ils n'étoient pas encore
bien connus à Rome : il eft indubitable
qu'ils l'ont été dans la fuite , témoin cette
Levée très- ancienne qui fe voit encore
aux portes de la Ville , ouvrage manifeftement
Romain , & qu'on croit , avec
beaucoup de raifon , avoir été entrepris
pour le tranfport des vins de Colange.
La levée en effet conduit d'un côté
à la Riviere d'Ionne & de l'autre à la
petite ville de Colanges - les- Vineufes
Ville fermée de murailles , qui a donné
fon nom aux Vignobles circonvoifins , &
,
1. νοί .
qui
1102 LE MERCURE
qui eft appellée en latin dans les plus anciens
titres Colonia Vinofa . Je dois làdeffus
vous faire part des conjectures affez
bien fondées d'un Auteur Auxerrois
, tres- verfé dans l'Antiquité Profane
, qui a cru , dans le fiécle paffé , que
les Romains mirent en plufieurs endroits
d'Auxerre & dans le territoire aux environs
, des marques qu'ils en eftimoient
le Vin. Cet Auteur affure qu'il a vû dans
les fondemens d'un tres-ancien bâtiment
fur le Mont- Arbre , in Monte Autrico
une pierre où Bacchus étoit reprefenté
en jeune homme comme on le reprefente
d'ordinaire. Il conclud delà que ce
lieu pourroit bien avoir contenu un Monument
érigé à cette Divinité , & que
c'eft peut- être pour en abolir infenfiblement
la memoire , que Saint Amatre
prédeceffeur de Saint Germain , fit bâtir
au même endroit une Eglife fous l'invocation
de Saint Symphorien jeune enfant
Martyr d'Autun. On a vû d'ailleurs dans
les fondemens des murs de l'ancienne
Auxerre bâtis par les Romains , des
pierres où font reprefentées des Bacchanales
en bas relief: In qua , dit l'Auteur ,
qui les a vûës , varia fculpture Bacchantium
, &c. Il indique même un endroit
où font plufieurs de ces pierres couvertes
de terre qu'il feroit aifé de faire
>
I. vol.
découvrir
.
DE DECEMBRE 1723. 1103
découvrir. Il dit ailleurs fculptura Juvenis
fatyri cum cornu. Enfin , on trouve
fouvent des Médailles aux environs d'Au
xerre , qui fortifient beaucoup ces conjectures.
Il eft bon , Monfieur, de ne pas
laiffer
ignorer queLouis XIV.dans la préference
dont il a été parlé , ne fit que fuivre l'exemple
de fon augufte Ayeul. Il y a en
effet une tradition conftante à Auxerre &
aux environs , qu'Henri IV. faifoit fon
ordinaire des vins d'Iranci , de Colange
& d'Auxerre , & qu'en cela il imitoit
plufieurs des Monarques fes prédeceffeurs
; dequoi les Auxerrois fe font tellement
honneur qu'on chante encore parmi
eux une Chinfon , compofée il y a
plus de cent ans , fur les qualitez de ces
trois Vins , laquelle finit par ces deux
vers
Auxerre eft la boiffon des Rois ;
Heureux qui les boira tous trois.
Vous avez diftingué les trois principaux
Vignobles dont je viens de parler
en y joignant ceux qui font les plus fameux
autour de la Ville , & même plus
loin. Je crois cependant que par Vaux,
vous entendez , comme il le faut , Nantele
& Poiri , fans oublier Montembrafe ,
1. vol.
Saint
1104 LE MERCURE
Saint Nitaffe Chapote , & les Illes. Outre
cela vous n'avez , fans doute pas fçû
que
les Vins des côtes de Boivin , & de
Quetard ont une réputation particuliere,
non -feulement par la bonté du terroir ;
mais encore par les foins qu'on fe donne
de les bien façonner à l'exemple de' M.
le Prieur de Saint Martin de l'Ordre
de Prémontré, qui fait à Auxerre du vin
de ces deux côtes , auffi excellent que le
Pere Perignon le faifoit à Hauviller du
tems de Monfieur l'Abbé de Fourille ;
deforte , Monfieur , que cette année- ci
les plus fameux Marchands de Vin pour
la Cour en ont voulu avoir . J'ajouterai
que M. le Prieur de Saint Martin , toujours
ravi de pouvoir contribuer au bien
public , eft en état de fournir des Memoires
pour la culture de la Vigne , & pour
la vendange , beaucoup plus exacts &
plus certains que ceux qui ont été donnez
par Liger dans fon économie generale
de la Campagne , & qu'il veut faire inferer
les fiens dans la premiere édition
qu'on fera de cet Auteur. Votre remarque
fur la gelée qui ruine quelquefois
les plus belles efperances des Habitans
d'Auxerre eft également curieufe & fenfée
; elle me fait fouvenir d'un Quatrain
S
Monfieur Dorchi , Prieur de Saint Martin
Auxerre.
1. vol. fait
DE DECEMBRE 1723. 1705
fait dans l'ancien tems au fujet des mauvaiſes
recoltes du vin , & qui a rapport
au proverbe dont vous avez parlé , le voi
ci.
Plus de profit à celui qui aulx ferre
Oignons auffi & rofes à Provins ,
Que les Bourgeois & Vignerons d'Auxerre
Quand il advient qu'ils ne cuëillent prou vins. 1
•
J'ai vû le recueil dont vous parlez des
piéces Poëtiques , qui furent faites en
l'année 1712. fur la difpute , qui s'éleva
entre les Partiſans du vin de Bourgogne
& ceux du vin de Champagne : Recueil
qui comme vous l'avez dit , Monfieur
eft tres-agréable à lire , & qui le feroit
encore d'avantage s'il étoit complet , c'eſt
à- dire , s'il contenoit generalement tout
ce qui a été fait à l'occafion de cette dif
pute , tant fur le Vin , que fur le Cidre
la Bierre , & c . avec la traduction en vers
François , de toutes ces piéces volantes ,
lefquelles ne fe trouvent plus que chez
un petit nombre de curieux : j'ai remarqué
dans ce que j'en ai lû des faits hiftoriques
& Anecdotes , qui ne font pas indifferents
à notre fujet ; j'ai pris fur tout
bien du plaifir à lire les vers latins qui fu
rent envoyez le 9. Février 1712. jour du
Mardi Gras , à M. Grenan , Bourguignon
, Auteur de la belle Ode fur le
1. vol.
vin
IIC6 LE MERCURE
vin de Bourgogne , par un Anonyme
qui tâchoit de le concilier avec M.
Coffin , Auteur pareillement d'une excellente
Piéce fur le vin de Reims fa Patrie
, le Poëte les invite à boire enſemble
lui troifiéme dans ce jour deſtiné à la
joye , & dit fort agréablement :
Ergo age : lux quoniam genio eft hac facra,
bibamus.
Scribe locum , venio , quoque vocaris , eo .
Tu Belnenfe dalis , noftrum R‹ menſeſequetur.
Nos nifi malueris fumptibus ire tuis.
Ce qui fut rendu en François de cette
maniere.
Ainfi jufqu'à nous humecter
Ce jour ſemble nous inviter ,
Ne differons pas davantage.
Ou de Beaune ou de l'Hermitage
Vous nous fournirez le plus fin :
Puis nous en boirons de Coffin ;
Si mieux n'aimez par complaiſance
Fournir vous feul à la dépenſe :
Le Traducteur fçachant bien au reſte
I. vol.
que
DE DECEMBRE 1723. 1107
que les gens de Lettres n'ont pas leurs
caves des mieux meublées , & ne voulant
rien laiffer à deviner , apprend au
Lecteur par une note marginale , que
Monfieur Coffin avoit reçu de la Ville de
Reims un prefent confiderable de Vin par
reconnoiẞance de fon Ode.
>
•
tous
Vous fçavez fans doute ; Monfieur
que Meffieurs Grenan & Coffin ,
deux Poëtes du premier Ordre , étoient
alors Profeffeurs d'Humanitez , l'un au
College d'Harcourt , l'autre au College
de Beauvais , & qu'ils ont été tous deux
depuis Recteurs de l'Univerfité de Paris.
Leurs Poëfies , au fentiment des Connoiffeurs
, font dignes du fiécle d'Augufte .
Ce qu'ils ont fait fur le fujet que nous
traitons , m'engage , en finiflant , de
vous faire part d'un échantillon de la
grande piéce que fit N. le Venier , Profeffeur
de Rhetorique au College de Navarre
puis Penitencier & Chanoine
d'Auxerre , pour inviter Nicolas Mercier
fon ami , Profeffeur & Sous-Principal
du même College , de venir paffer
I'Automne chez lui à Auxerre : Il lui dit
vers le commencement :
,
Si te fortèjuvat feceffus vifere noftros ,
Et quam Germanus meritis Autiſſiodorum
11. vol. Illuftrat ,
11c8 LE MERCURE
1+
Illuftrat, colles generofo palmite cingunt ;
Et chorafoecundus aquis lavar amnis ab ortu,
Difce viam, · ·
Il lui fait enfuite une defcription de
tous les lieux par où il paffera , depuis
Paris jufqu'à Auxerre. Puis à l'approche
d'Auxerre , qu'il lui annonce après
qu'il aura paffé le ruiffeau de Beauche ,
il s'exprime ainfi.
Atque ubi languentes Belcha tranſmiſeris undas
,
Vitibus intextos colles Autiffiodori,
Et madidas cernes Lenao nectare rupes ;
Hofpitio modico veteris curatus amici
1
Exefa invifes Urbis monumenta vetufta ,
1
Quam domitis quondam victor Semeleïus Indis
Miratufquefoli ingenium , coelique benigna
Sidera,& acclives tumulis clementibus Agros
AEt Nyſa &Spretis fertur coluiſſe Falernis.
Hinc omnis circum generoſo palmite tellus
Pubefcens , largos effundit prodigafoetus.
Queis Zephiri mites auras, fuccoſque benigna
Indulget matura finu , necferrea Juno ,
Nee lava ingrati nocet inclementia coeli.
I. vol.
Ic
DE DECEMBRE 1723. II
Le Poëte fait enfin une Defcription
des vendanges qui égale tout ce qu'on a
jamais fait de meilleur en ce genre. La
Piéce entiere merite d'être lûë : Mercier
l'a faite imprimer à la fin de l'Edition
qu'il a donnée des Colloques d'Erafme.
Je fuis Monfieur , & c .
J'ay oublié de vous marquer en fon
lieu qu'Heric ( c'eft la vraye maniere
d'écrire fon nom ) que vous avez cité
dans votre Eloge , étoit un Moine de
l'Abbaye S. Germain d'Auxerre . Il eut
foin de l'éducation de Lothaire , fils de
Charles le Chauve , & il dédia à ce Roy
le Livre de la Vie de S. Germain.
nubukanükutkupukuskunukukuku
ODE
AU REVEREND PERE D. C. ..
Pour le premierjour de l'An.
Oy , dont la main fur le Permeffe
Toy
Dirigea mes pas vagabons.
Toy , qui fçus former ma jeuneſſe
Par tes précieufes leçons ,
· ·
I. vol.
Aujour
C
1110 LE MERCURE
Aujourd'hui D. C... pour gage
Daigne accepter le tendre hommage
'D'un éleve reconnoiffant.
Heureux ! fi ma verve fidelle
Secondoit l'ardeur de mon zele ,1
Et t'effroit un digne prefent.
造
Semblable au Voyageur rapide
Qui s'eft égaré dans la nuit ;
Dont l'oeil affuré prend pour guide
Un feu brillant qui le feduit .
Mes bonds incertains , mes caprices
M'emportoient dans des précipices ,
Je chériffois ma folle erreur.
Plus infenfé que les Ménades ,
Dans mes fougueufes incartades
Je melivrois à ma fureur.
Ma verve enfin ſe rectifie
Par les fecrets que tu m'apprends ;
Mon jeune efprit fe glorifie
Des belles peines que tu prends.
I. vol.
Deformais
DE DECEMBRE 1723. IN
Deformais la Strophe hardie
Au fens accordant l'harmonic
Ne fçaura tomber qu'à propos.
Serré par l'exacte meſure ,
Le mot qui fuivra la céſure
N'interrompra point fon repos.
Reftraint au pouvoir que limite
Ton élégante auftérité ;
Dans Marot ma verve n'imite
Que l'air de fa naïveté.
Chez lui tu puisâs tes fineffes ,
Les tours excellens , ces richeffes
Dont tu compoſes ton tréfor.
Cherchant parmi ſon vieux langage
Le fel d'un nouveau badinage ,
Du fumier tu tires de l'or.
Marot dans la plaine élifée
Par tes foins adroits annobli ,
Sçait que fa Mufe autorifée
Franchit les horreurs de l'oubli ;
1. vol.
11 Cij
1112 LE MERCURE
7
* Il apprend qu'à tes doctes veilles
R...joint encor fes merveilles
R... qu'on ne peut trop louer ;
Si fon Apollon fans fcrupule
N'avoit les défauts qu'en Catulle
Lui-même eft forcé d'avouer,
44
Cher Cenfeur ; charmant Ariftarque ,
Tes bontés , tes égards pour moy
L'amitié que ton coeur me marque
M'attachent pour jamais à toy.
Que la Célefte intelligence
Pour toy donne à l'An qui commence
Un fort heureux à chaque inftant.
Plaiſe au deftin toujours propice ,
Que trente ans finis je te puifle
Faire un pareil remerciment .
Mes voeux font d'une autre nature
Que ceux des humains d'aujourd'hui ,
Dont l'imperceptible impofture
Eft dans ce tems lē traître appui,
I. νοί.
U
DE
DECEMBRE 1723 I
Un enfant ſouhaite à fon pére ,.
Un frere fouhaite à fon frere
Des jours dont ils voudroient la fina
Un ami tel qu'un crocodile
Sous l'appas de fa voix fubtile
Cache aux yeux un coeur affaffin.
Un Prince entouré de la foule":
De fes fades adulateurs ,
Boit le doux poifon qui s'écoule
De leurs complimens fedu&teurs ,
L'indigne encens dont il s'enyvre ,
Enfant fon coeur fait qu'il fe livre
A leurs difcours pernicieux ;
Il ne connoît pas qu'ils le jouent ; ´
Et que ce n'eft pas lui qu'ils louent ,
Mais l'or dont il charme leurs
yeux.
Pour moi dont l'encens légitime
N'eft prodigué qu'à la vertu
D'une vive & fincere eftime ,
Je t'offre un tribut qui t'eft dû,
I. vol.
Ciij Sans
3774 + LE MERCURE
Sans m'avoir vu , fans me connoître ,..
Tu voulus bien être mon Maître ,
De quel prix payer tes bienfaits ?
Cher D. C. pour y fuffire ,
Il faudroit que je fçûffe écrire
Tout auffi- bien que tu le fais.
DESFORGES MAILLARD . A. A. P. D. B.
Je vole
COPIE
DE DECEMBRE 1723. 1115
HE TVLe The He set 通
COPIE d'une Lettre de M. de Voltaire
à M. le Baron de B.
JH
E vais vous obéir , Monfieur , en
vous rendant un compte fidele de la
petite Verole , dont je fors , de la maniere
étonnante dont j'ai été traité ; &
enfin de l'accident de Maifons qui m'empêchera
long- tems de regarder comme
un bonheur mon retour à la vie.
4.
Mr. le Prefident de Maifons & moi
nous fumes indifpofez le Novembre
dernier , mais heureufement tout le danger
tomba fur moi ; nous nous fîmes faigner
le même jour, il s'en porta bien , &
j'eus la petite Verole .Cette maladie parut
après deux jours de fiévre , & s'annonça
par une legere éruption. Je me fis
faigner une feconde fois de mon autorité
malgré le préjugé vulgaire. M. de
Maifons eut la bonté de m'envoyer le
lendemain M. de Gervafi , Medecin de
M. le Cardinal de Rohan , qui ne vint
qu'avec répugnance . Il craignoit de s'engager
inutilement à traiter dans un corps
délicat & foible une petite Verole déja
parvenue au fecond jour de l'éruption
& dont les fuites n'avoient été préve-
I. vol.
nuës C iiij
1116 LE MERCURE
nuës que par deux faignées trop légeres
fans aucun purgatif.
,
Il vint cependant & me trouva avec
une fiévre maligne. Il eut d'abord une
fort mauvaife opinion de ma maladie
les Domestiques qui étoient auprès de
moi s'en apperçûrent & ne me laifferent
pas l'ignorer . On m'annonça dans le même
tems que le Curé de Maifons qui
s'intereffoit à ma fanté & qui ne craignoit
point la petite Verole , demandoit
s'il pouvoit me voir fans m'incommoder
; je le fis entrer auffitôt , je me
conferai & je fis mon Teftament , qui
comme vous croyez bien ne fut pas
long. Aprés cela j'attendis la mort avec
affez de tranquillité , non toutefois fans.
regreter de n'avoir pas encore mis la derniere
main à mon Poëme & à Mariamne ,
ni fans être un peu fâché de quitter mes
amis de fi bonne heure ; cependant-
M. de Gervafi ne m'abandonnoit pas
d'un moment ; il étudioit en moi avec
attention tous les mouvemens de la nature
, il ne me donnoit rien à prendre.
fans m'en dire la raifon il me laiffoit
entrevoir le danger & il me montroit
clairement le remede : fes raifonnemens
portoient la conviction & la confiance
dans mon efprit , methode bien néceſſaire
à un Medecin auprès de fon Malade
›
I. vol.
puifque
DE
DECEMBRE 1723. 1117
puifque l'efperance de guérir eft déja
la moitié de la guérifon. Il fut obligé
de me faire prendre huit fois l'émetique ;
& au lieu des Cordiaux qu'on donne
d'ordinaire dans cette maladie , il me
fit boire deux cent pintes de Limonade
cette conduite , qui vous femblera :
extraordinaire , étoit la feule qui pouvoit
me fauver la vie. Toute autre route me
conduifoit à une more infaillible &
je fuis perfuadé , que la plupart de ceux
qui font morts de cette rédoutable maladie
vivroient encore s'ils avoient été é
traitez comme moi..
Le préjugé populaire abhorre dans la
petite Verole la faignée & les medecines
, on ne veut que des Cordiaux , on va
donne du Vin au Malade , on lui fait
même manger de petites foupes & l'erreur
triomphe de ce que plufieurs perfonnes
guériffent avec ce régime. On re
fonge pas que les feules petites Veroles
qu'on traite ainfi avec fuccès font celles
qu'aucun accident funefte accompagne
, & qui ne font nullement dangereufes.
La petite Verole par elle-même dépouillée
de toute circonftance étrangere
n'eft qu'une dépuration du fang , favorable
à la nature , & qui en nettoyant
le corps de ce qu'il a d'impar lui pré
may
До дово
paro
Cv
3118 LE MERCURE
,
fe
pare une fanté vigoureufe. Qu'une telle
perite Verole foit traitée ou non avec
des Cordiaux , qu'on purge ou qu'on
ne purge point , on en guérit fûrement.
Les plus grandes playes , quand aucune
partie effentielle n'eft offenfée
referment aisément , foit qu'on les fuce ,
foit qu'on les fomente avec du vin & de
l'huile , foit qu'on fe ferve de l'eau de
Rabel , foit qu'on y applique des emplâtres
ordinaires , foit enfin qu'on n'y mette
rien du tout mais lorsque les refforts
de la vie font attaquez , alors le fecours
de toutes ces petites receptes devient inutile
, & tout l'art des plus habiles Chirurgiens
fuffit à peine . Ilen eft demême.
de la petite Verole.
9
Lorfqu'elle eft accompagnée d'une
fiévre maligne , lorfque le volume du
fang augmenté dans les vaiffeaux eft fur
le point de les rompre , que le dépôt eft
prêt à fe former dans le cerveau & que
le corpseft rempli de bile & de matieres
étrangeres , dont la fermentation excite
dans la machine des ravages mortels ;
alors la feule raifon doit apprendre que
la faignée eft indifpenfable : elle épurera
le fang , elle détendra les vaiffeaux
rendra le jeu des refforts plus fouple &
plus facile , débaraffera les glandes de la
prau & favorifera l'éruption ; enfuite les
>
Medecines
DE DECEMBRE 1723 . 1119
Médecines par de grandes évacuations , ~
emporteront la fource du mal & entraînant
avec elles une partie du levain
de la petite Verole , laifferont au refte la
liberté d'un dé elopement plus complet
& empêcheront la petite Verole d'ête
confluente enfin on voit que le Sirop
de limon dans une tifanne rafraîchiffante
adoucit l'acrimonie du fang , en
appaiſe l'ardeur , coule avec lui par les
glandes miliaires jufques dans les boutons
, s'oppoſe à la corrofion du levain
& prévient même l'impreffion que d'ordinaire
les puftules font fur le vifage.
Il y a un feul cas où les Cordiaux
même les plus puiffants font indifpenfablement
néceffaires , c'eft lorfqu'un fang
pareffeux , rallenti encore par le levain
qui en embaralle toutes les fibres n'a pas
la force de pouffer au dehors le poifon
dont il eft chargé. Alors la poudre de la .
Comteffe de Kent le Baume de Vaufeguer
, le Remede de M. Agnan , &c.
brifant les parties de ce fang prefque figé,
le font couler plus rapidement , en féparent
la matiére étrangere , & ouvrent
les paffages de la tranſpiration au venim
qui cherche à s'échaper.
Mais dans l'état où j'étois ces cordiaux
m'euffent été mortels ; cela fait voir demonſtrativement
que tous ces charlatanss
1. vol.
Cavje dont
1120 LE MERCURE
, dont Paris abonde & qui donnentle
même Remede ( je ne dis pas pour
toutes les maladies , mais toujours pour
la même ) font des Empoifonneurs qu'il
faudroit punir.
J'entends faire toujours un raïfonnementbien
faux & bien funefte. Cet hom
me, dit-on, a guéri par une telle voye, j'ai
la même maladie que lui , donc il faut
que je prenne le même Remede. Combien
de
gens font morts pour avoir raiſonné -
ainfi . On ne veut pas voir que les maux.
qui nous affligent font auffi differents que
les traits de nos vifages , & comme dit
le grand Corneille ( car vous me permettrés
de citer les Poëtes)
Que fouvent l'un fe perd , où l'autre s'eft ſauvé ,
Et par où l'un périt un autre eft confervé.
Mais c'eft trop faire le Medecin , je
reffemble aux gens qui ayant gagné un
procès confiderable par le fecours d'un
habile Avocat , confervent encore pour
quelque tems le langage du Barreau .
Cependant , Monfieur , ce qui me
confoloit le plus dans ma maladie , c'étoit
l'interêt que vous y preniez ; c'étoit
l'attention de mes amis & les bontezinexprimables
dont Madame & M.
de Maifons m'honoroient . Je joüiſſois
d'ailleurs de la douceur d'av
I. vol.
DE DECEMBRE 1723. Ir22
"
près de moi un ami , je veux dire , un
homme qu'il faut compter parmi le
trés-petit nombre d'hommes vertueux ,
qui feuls connoiffent l'amitié dont le
refte du monde ne connoît que le nom.
C'eſt M. Tirior ; qui fur le bruit de ›
ma maladie étoit venu en pofte de
quarante lieuës
pour me garder , & qui
depuis ne m'a pas quitté un moment.
J'étois le 15. abfolument hors de danger,
& je faifois des Vers le 16 malgré la foi--
bleffe extrême qui me dure encore, cau
fée par le mal & par les Remedes.
>
·
J'attendois avec impatience le moment
où je pourrois me dérober aux foins
qu'on avoit de moi à Maifons , & finir
Fembarras que j'y caufois plus on avoit
pour moi de bontez , plus je me hâtois
de n'en pas abufer plus long- tems. Enfin
je fus en état d'être tranfporté à
Paris le 1 Decembre. Voici , Monfieur ,
un moment bien funefte ; à peine fusje
à deux cent pas du Château , qu'une
partie du plancher de la Chambre où
j'avois été , tomba tout enflâmée ; les
Chambres voifines , les Apartemens qui
étoient au- deffous , les Meubles pré-
' cieux dont ils étoient ornez ; tour fue
confumé par le feu. La perte monte à
près de cent mille livres , & fans le fe
cours des pompes qu'on envoya cher-
I. vol.
chér
E
1122 LE MERCURE
cher à Paris , un des plus beaux Edifices
du Royaume alloit être entierement
détruit. On me cacha cette étrange
nouvelle à mon arrivée , je l'a fçus
à mon réveil , vous n'imaginerez point.
quel fut mon defeſpoir , vous fçavez les
foins genereux que M. de Maifons avoit
pris pour moi , j'avois été traité chez
lui comme fon frere , & le prix de
tant de bontez étoit l'incendie de fon
Château. Je ne pouvois concevoir comment
le feu avoir pu prendre fi brufquement
dans ma Chambre , où je n'avois
luiffé qu'un tifon prefque éteint.
J'appris que la caufe de cet embrafement
étoit une poutre qui paffoit préci
fement fous la cheminée. C'eft un défaut
dont on s'eft corrigé dans la ftructure .
des bâtimens d'aujourd'hui , & même
les frequents accidents qui en arrivoient,
ont obligé d'avoir recours aux Loix
pour défendre cette façon dangereufe .
de bâtir . La poutre dont je parle , s'épeu
à· peu par la chaleur
de l'âtre qui portoit immédiatement fur
elle , & par une deftinée fingulière
dont affûrément je n'ai point goûté le
bonheur ) le feu qui couvoit depuis deux
jours n'éclata qu'un moment après mon.
départ.
toit embrafée
Je n'étois point la caufe de cet acci-
I. vol. dent,
DE DECEMBRE 1723. 1123
dent , mais j'en étois l'occaſion malheureuſe
, j'en eus la même douleur que
fi
j'en avois été coupable ; la fiévre me
reprit auffitôt , & je vous affure que:
dans ce moment je fçûs mauvais grẻ à
M. de Gervafi de m'avoir confervé la
vie.
-
Madame & M. de Maifons reçûrent
la nouvelle plus tranquillement que
moi , leur generofité fut auffi grande
que leur perte & que ma douleur. M. de
44 par
le
Maifons mit le comble à fes bontez en
me prévenant lui-même par des Lettres
qui font bien voir qu'il excelle
coeur comme par l'efprit. Il s'occupoit
du foin de me confoler , & il fembloit
que ce fût moi dont il eût brûlé le Château
: mais fa generofité ne fert qu'à me
faire fentir encore plus vivement la perte
que je lui ai caufée , & je conferverai
toute ma vie ma douleur auffi bien
mon admiration pour lui , & c.
je fuis , & c.
que
3. vol.
VERS
5124 LE MERCURE
* :
VERS DE M. DE VOLTAIRE
AM. de Gervafi Medecin , envoyé dans
le Gevaudan , pour les Maladies contagienfes,
& qui vient de guerir M., de
Voltaire de la petite Verole.
T
U revenois couvert d'une gloire éternelle ,
Le Gevaudan furpris , t'avoit veu triomfer
Des traits contagieux d'une peke cruelle ,
Et ta main venoit d'étoufer
De cent poifons cachés la femence mortelle.
Dans Maifons cependant je voyois mes beaux
jours
Vers leurs derniers moments precipiter leurs
Cours.
La mort près de mon lit fanglante, inexorable , .: ,
Avoit levé fur moi fa faulx épouvantable ,
Le vieux Nocher des morts à ſa voix, accourut,
C'en étoit fait , fa main tranchoir ma deftinée ,
Mais tu lui dis arrête... & la mort étonnée
Reconnut fon Vainqueur , frémit & difparus.
Helas ! fi comme moi l'aimable Genonvile ,
a
I. vol.co
Avoit
DE DECEMEBRE 1723. 1125
Avoit de ta prefehce eu le fecours utilè ,
Il vivtoit , & la vie eut rempli nos fouhaits ;
De fon cher entretien je goûterois les charmes
Mes jours que je te dois , renaîtroienr fans allarmes
,
Ett mes yeux qui fans toi ſe fermoient pour jamais
,
Ne le rouvriroient point pour répandre des larg
mes.
C'est toi du moins, c'eft toi par qui dans ma dou
leur
Je peux jouir de la douceur
De plaire & d'être cher encore
Aux illuftres amis dunt mon Deftin m'honore,
Je reverai Maifons dont les foins bienfaifans.
Viennent d'adoucir ma foufrance ,
Mailons en qui l'efprit tient lieu d'experience ,
Et dont j'admire la prudence
Dans l'âge des égaremens.
Je me fatte en fecret qu'à mon dernier ouvrage
Le vertueux S U L L Y donnera fon fufrage ,
Que fon coeur genereux avec quelque plaifir
Au fortir du tombeau me verra reparoître ,
1. vol.
Et
1126 LE MERCURE
Et que Mariamne pe tre ,
Pourra par fes malheurs enchanter fon loifir.
Beaux jardins de Villars Ombrages toujours
frais,
C'eſt ſous vos feüillages épais ,
Que je retrouverai ce Heros plein de gloire
Ceft là
Qui nous a ramené la Paixo a
Sur les aîles de la victoire.
que Richelieu par fon air enchanteur
Par les vivacitez
, fon efprit & fes graces
,
Dès qu'il reparoîtra
, fçaura joindre.mon
coeur
A tant de coeurs foumís qui volent fur les tra→
ces.
Et toi , cher Bullingbrook , Heros qui d'Apollon
As reçu plus d'une Couronne ,
Qui reünis en ta perfonne
L'éloquence de Ciceron ,
L'efprit de Mecenas , Pagrément de Petrone ,
Et la fcience de Varron ;
Bullingbrook à ma gloire il faut queje publie
Que tes foins pendant le cours
De ma trifte maladie
I vol...
Ont
DE DECEMBRE 1723. 1127.
Ont daigné marquer tous les jours
Par le tendre interêt que tu prends à ma vie.
Enfin donc je refpire & refpire pour toi ,
Je pourrai deformais te parler & t'entendre ,
Mais ciel ! quel fouvenir vient ici me furpren
dre:
Cette aimable beauté qui m'a donné ſafoy ,
Qui m'a juré toujours une amitié fi tendre ,
Daignera- t'elle encor jetter les yeux fur moi
Helas en defcendant fur le fombre rivage
Dans mon coeur expirant je portois fon image
Son amour , fes vertus , fa grace , les apas ,
Les plaifirs que cent fois j'ai goûtez dans les
bras ,
A ces derniers moments flattoient encor mom
ame ,
Je brûlois en mourant d'une immortelle flâme .
Grands Dieux ! me faudroit-il regretter le trépas
?
M'auroit-elle oublié ? Seroit- elle volage ?
Que dis je,malheureux ? Où vais- je m'engager 2
Quand on porte fur le vifage.
· D'un mal fi redouté le fatal témoignage
Eft-ce à l'Amour qu'il faut ſonger.
To vol.
Copie
1128 LE MERCURE
kunukukuku- bukakuku :kububukas
COPIE d'une Lettre écrite à M. de
Voltaire par M. de. . . .
I
L n'y a que vous dans le monde ,
Monfieur, qui , le feizième jour d'une
petite Verole tres - maligne , après dix
prifes d'Emetique ne pouvant ni remuer,
ni parler , ayez encore la force de pen--
fer & de compofer des Ouvrages tels
que celui que vous m'avez envoyé , mais
je n'en fuis point furpris , je connois votre
efprit & votre coeur tous deux
que
vous ont infpiré des Vers . , fans fonger
feulement fi la Machine fouffroit ou
non. Les corrections que vous avez faites
à votre. Ouvrage l'ont rendu parfait ,
vous avez retranché des Vers inutiles ,
Vous en avez changé de défectueux , votre
Piéce eft devenue par- là fi differente
, que la premiere leçon n'ayant fait
m'émouvoir , la feconde m'a arraché
des larmes. Vous êtes en France le feul
Poëte qui foyez docile , auffi êtes - vou.
verit blement le feul Poëte. Le Public
trouve ces derniers Vers admirables ;
vous avez pourtant des Cenfeurs , mais
ne vous en effraïez pas . Il y a des gens
qui ne peuvent fe refoudre à vous loüer,
il y en a quelques - uns qui ne peuvent
1. vol.
fouffrir
DE DECEMBRE 1723 1729
fouffrir que vous loüiez perfonne. Je
Vous avertis d'avance que les louanges
ne réuffiffent jamais à la Cour ; mais
celles que vous donnez dans votre Ouvrage
, font des portraits fi reffemblans,
que de Public defintereffé les aimera
toujours. Laiffez donc gronder le petit
nombre de vos Critiques , joüiffez de
votre gloire , & foyez fenfible à mon
amitié.
Je fuis , &c.
VERS DE M. DE VOLTAIRE
L
à Mile. le Couvreur.
Heureux talent dont vous charmez la France
,
Avoit en vous brillé dès votre enfance ,
11 fut dès lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaifiez même fans le fçavoir .
Sur le Theatre heureufement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empréffez ,
Vous recitiez par la Nature inftruite ,
C'étoit beaucoup ce n'étoit point affez.
Il vous fallut encore un plus grand maître
LA. vol.
Permettez
1130
LE MERCURE
Permettez-moi de faire ici connoître
Quel eft ce Dieu , de qui l'art enchanteur
Vous a donné votre gloire fuprême.
Le tendre Amour me l'a conté lui-même ;
On me dira que l'Amour eft menteur ;
Helas ! je fçais qu'il faut qu'on s'en défie ,
Qui mieux que moi connoît fa perfidie
Qui fouffrit plus de ſa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie ,
Mais cette fois il a dit verité.
Ce même Amour , Venus & Melpomene ,
Loin de Paris faifoient voyage un jour ;
Ces Dieux charmans vinrent dans un ſéjour
Où vos appas éclatoient fur la Scene ;
Chacun des trois avec étonnement
Vit cette grace & fimple & naturelle
Qui faifoit lers votre unique ornement .
Ah ! dirent- ils , cette jeune mortelle
Merite bien que fans retardement
Nous repandions tous nos tréfors fur elle ;
Ce qu'un Dieu veut , fe fait dans le moment, '
I. vol.
Tout
DE
DECEMBRE 1723. 1131
Tout auffitôt la tragique Déeffe
Vous infpira le goût , le fentiment ,
Le pathetique & la délicateffe.
Moi , dit Venus , je lui fais un prefent
Plus précieux , & c'eſt le don de plaire :
Elle accroîtra l'Empire de Cithére ,
A fon afpect tout coeur fera troublé ,
Tous les efprits viendront lui rendre homage ;
Moi , dit l'Amour , je ferai davantage ,
Je veux qu'elle aime : à peine eût- il parlé ,
Que dans l'inftant vous devintes parfaite ,
Sans aucuns foins , fans étude , fans fard ,
Des Paffions vous fûtes l'Interpréte .
O! de l'Amour , adorable fujette ,
N'oubliez point le fecret de votre Art .
BELOGE
De M. Boudier par M. de la R.
N refuſer à la vertu & à
peut
ne
l'amitié le jufte tribut qui leur eft
dû. J'ai admiré pendant plufieurs an-
1. νοί.
nées
1132 LE MERCURE
"
nées les talens heureux & le merite fingulier
de M. Boudier Gentilhomme de
Mante ; & nous avons été liez enfemble
d'une étroite amitié : c'eft donc moi
que
regarde particulierement le foin d'annoncer
fa mort aux Sçavans , & de lui rendre
les devoirs qui font en ufage dans
la Republique des Lettres .
René Boudier, iffu de l'ancienne Maifon
de Soule dans le Cotentin , nâquit
à Alençon en l'année 1634. Après la mort
de fon pere , qui fut tué étant Capitaine
, au fiége d'Arras , en l'année 1642. &
qui avoit eu le bonheur d'abjurer les erreurs
du Calvinifine , fa mere vint demeurer
à Mante , dont elle étoit originaire
, & amena avec elle notre illuftre
défunt , âgé de 7. à 8. ans : elle lui donna
une éducation conforme à la naiſlänce
, à laquelle le jeune homme répondit
parfaitement , furtout du côté de la Religion
& des Lettres .
La connoiffance de l'antiquité fut toujours
fa paffion dominante , il lui a facrifié
fon tems & fa fortune ; content
d'un mediocre patrimoine , il a méprifé
toutes les profellions differentes de la vie
civile , les regardant comme autant de
fervitudes , qui l'attachant au Public ,
lui ôteroient fon loifir & le tireroient
de fon centre. Aidé de fon feul genie ,
1. vol.
&
DE DECEMBRE 1793. 1135-
& fans les fecours qu'on ne trouve gueres
que dans les grandes Villes , il déchifra
d'abord des Médailles jufqu'alors
inintelligibles , ce qui fut toujours fon
fort. Les Antiquaires qui s'affemblerent
depuis à Paris à l'Hôtel d'Aumont , ont
été plus d'une fois charmez des Differtations
qu'il apportoit aux Conférences
qui s'y tenoient.
Il ne s'eft point borné à la connoiffan
ce des monumens antiques : il s'eft auffi
jetté par amuſement dans la Poëfie , & il
a fait des Poëmes comparables à ce que
nous avons de meilleur , Epigrammes
Odes, Satyres, & c. tout ce qui fortoit de
fes mains , portoit le caractére d'un Maître.
Il laiffe pour fruit de les longues
études divers Traitez fur les Médailles .
Grecques & Romaines , une Hiftoire
Romaine depuis Romulus jufqu'à la décadence
de la Republique : une Traduction
en Vers François de l'Eccléfiafte de
Salomon : un
: un grand nombre d'Epigrammes
, & d'autres Piéces Poëtiques , & c .
J'appris il y a environ deux ans qu'il
travailloit alors fur Virgile, il m'inftruifit
lui-même là- deffus par une de fes
Lettres du 16. Septembre 1721. » Quant
à Virgile , dit- il , dont vous me par- «
lez , qui a amufé plufieurs mois ma ca- ce
ducité. C'est le Centon de Proba Fal- ce
I. vol.
-D conia
-7134
LE MERCURE
» conia fur l'ancien & fur le nouveau
» Teftament , tiré des Vers de Virgile ,
» que j'ai rétabli & traduit en Profe
Françoife , avec une ample Préface fur
» les Centons ; forte de Poëmes peu con-
» nus dans nôtre fiècle.
Dans un voyage que M. Boudier fit
à Paris en l'année 1714. il mit tous fes
differens Ouvrages , à l'exception de ce
dernier , entre les mains du Sieur Simart
Libraire , qui fe chargea de leur impreffion
, & qui cependant n'a encore rien
donné au Public , faute , peut-être de
connoître le merite de ces Ouvrages , ou
de confiance pour les communiquer à
gens éclairez fur ces matières , qui retoucheroient
ce qui peut en avoir beſoin ,
& qui en avanceroient la publication . Je
ferois fort tenté de faire ici une digreffion
fur la conduite de la plupart des Libraires
qui font plus curieux de leurs
interêts , fouvent mal- entendus, que de
l'avancement des Lettres ; mais cela me
meneroit trop loin.
J'ai en mon particulier quantité de
Lettres de ce fçavant Homme lefquelles
étant jointes à celles qu'il a écrites à
d'autres perfonnes fur divers points d'érudition
, pourroient faire plaifir au Public
, fi on vouloit bien me les commuhiquer.
Je puis affurer que le Recueil 1. vol.
en
DE DECEMBRE 1723 1135
en feroit curieux : car M. Boudier étoit
confulté de tous côtez , pour ce qui regarde
furtout l'intelligence des Médail–
les , & des autres monumens antiques.
J'ajoûterai qu'il y a dans fes Lettres des
éclairciffemens & des traits particuliers
qui ne fe trouveront point dans fes Ou
vrages plus meditez : Lettres d'ailleurs
bien écrites pour le ftyle , & peintes ,
pour ainfi dire , d'un caractére qui approche
de la netteté & de la beauté de
l'impreffion ; choſe tres - rare parmi les
Sçavans.
Les douleurs de la Pierre , plutôt que
le grand nombre de fes années , ont enfin
interrompu fon application à l'étude
; mais elles n'ont en aucune maniere
alteré la folidité & la tranquillité de
fon efprit ; en forte qu'après les exercices
de Religion , il faifoit fur la fin de
fa vie encore des Vers avec la même facilité
, & où l'on voyoit le même feu
qu'auparavant, La gravité du ſujet &
de juftes regrets m'empêchent d'inferer
ici une Epigramme faite fur la Pierremême
qui le tourmentoit , quinze jours
avant la mort.
A l'imitation de plufieurs hommes de
Lettres , il a auffi fait fon Epitaphe telle
que je vais la rapporter.
1
I. vol.
Dij J'étois
LE MERCURE
t
f
J'étois Gentilhomme Normand ,
D'une ancienne & pauvre Nobleffe ;
Vivant de peu tranquillement ,
Dans une honorable pareſſe .
Sans ceffe le Livre à la main ;
J'étois plus ferieux que trifte ;
Moins François que Grec, & Romain ,
Antiquaire , Archimedaillifte ;
I étois Poëte , Hiftorien ,
Et maintenant je ne ſuis rien .
"Enfin fentant que fon dernier jour
approchoit , il tourna toutes fes penſées
ducôté de l'Eternité, invoquant fans ceffe
le Nom de Dieu , comme il avoit toujours
fait au milieu de fes plus vives
douleurs , & marquant fa foy & fa charité
par des Actes fervens & réïterez .
Il reçut les derniers Sacremens avec une
edification touchante , & plein de confiance
en la mifericorde du Seigneur , il
lui rendit paifiblement fon efprit le feize
du mois de Novembre dernier , âgé de
quatre-vingt neuf ans neuf mois.
Les Armes de la Maifon de Soule, que
portoit M. Boudier , font d'argent aux
r. vol. trois
DE
DECEMBRE 1723
3137
trois jambes accolées de gueule
les anciennes Armes de Sicile.
cefont
A UN JOUEUR,
S.ONNE T.
Toy qui hais la prefence & les avis du fage,
Et qui reduit à fec , a recours au micmac,
Joueur , fi tu reprens , cartes , dez , ou tridrar,
Crains que le Châtelet ne foit bientôt ta cage .
Songe que le tems paffe, & qu'il arrive un âge,
Où l'on regrete en vain d'avoir vuidé fon fac
Pour toy quel avenir eft dans mon
Jete vois mandier de Village en
•
almanac?
Villages
Reduit à te nourrir de pain , d'oignon & d'ail,
Ta main deſſus le front te fervant d' éventail
Rougiffant des difcours qu'entendra ton oreille:
Ah ! plutôt fans tarder imite la
fourmy.
Fuis les confeils trompeurs d'un ami de bouteille,
Quand elle eft à la lie , il n'eft plus ton Amy.
Ja vol
Deiij EX
3738 LE MERCURE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Chartres le 25 Novembre 1723. fur la
Benediction des nouvelles Cloches de
l'Eglife Cathédrale.
Na fait ici le 3. de ce mois avec
beaucoup
de folemnité
, la bénédiction
de cinq Cloches
de l'Eglife
Cathe- drale ; quelques
jours avant la cérémonie,
les Députés
du Chapitre
furent
pré- fentez
à l'Infante
Reine & à M. le Duc - de Chartres
, qui devoient
nommer
la premiere
Cloche
, par M. l'Abbé
Perot Lecteur
du Roy , & Inftituteur
de l'In- fante.
Le même jour M. l'Abbé Peu , Chamoine
, Sous- Chantre , & Grand Vicai
re de M. l'Evêque , & M. l'Abbé Hucaut
, Confeiller au Prefidial de Chartres
, tous deux Echevins de la Ville, allerent
de la part du Chapitre complimenter
les Procureurs de l'Infante , &
de M. le Duc de Chartres , & les autres
Parains & Maraines précedez des Maſfiers,
&c. & fuivis de ceux qui portoient
les prefens accoutumez .
Sur les dix heures du matin on fonna
la Cloche nommée Gabriële, la feule qui
I
I. vol.
étoit
DE DECEMBRE 1723. 1139
.
étoit restée entiere , & on la tinta en
bourdon pendant toute la cérémonie .
Cependant les Parains & les Maraines
s'étant rendus au Palais Epifcopal , M.
l'Evêque & eux allerent à la Cathedrale,
où ce Prelat ayant pris fes habits Pontificaux
marcha proceffionnellement
avec fon nombreux Clergé vers le bas de
la Nef , où les cloches étoient fufpendues
›
à une certaine hauteur.
duits
Les Parains & Maraines y furent conpar
les Maîtres de cérémonie. Immédiatement
après marchoient le Doyen
du Chapitre , & le Chantre tenant fon
Bâton de Chantre , tous deux revêtus de.
Robes rouges & de Chapes magnifiques .
M. l'Evêque marchoit le dernier entre
fes deux Archidiacres précedé de fon
Porte croffe, fuivi de fes Aumôniers, &c .
& de plufieurs perfonnes de diftinction ,
qui s'étoient rendues à Chartres pour af
fifter à cette Benediction .
,
Je pafle fous - filence les riches ornements
du lieu où elle fe devoit faire, qui
contenoit le Dais , fous lequel fe mit
M. l'Evêque , affifté de fes Archidiacres ,
& ayant à fa droite & à fa gauche les
Parains & Maraines affis fur des fauteuils
diſpoſez en demi cercle. Le Clergé occupoit
autour un parquet prefque car-
I. vol .
Diiij
ré,
1140
LE
MERCURE
1
ré, qui tenoit plus de la moitié de la longueur
de la Nef.
Lorfque tout fut prêt , & que l'orgue
eût ceffe de jouer M. l'Evêque s'approcha
des cloches, fuivi des Parains & Maraines
, conduits par les Maîtres de cérémonie.
Madame la Marquife de Fervacques
pour l'Infante Reine , & M, le
Marquis de Fervacques pour M. le Duc
de Chartres. Ils nommerent la premie-
're Cloche Marie- Anne - Victoire- Loüife.
La feconde fut nommée Guillaume, du
nom de feu M. le Cardinal du Bois
Archevêque de Cambray & principal
Miniftre , qui en devoit être le Parain ..
La troifiéme fut nommée Marie- Madeleine
, par M. le Marquis de Gaffion ,
reprefentant Monfeigneur le Garde des
Sceaux , Bailly , Capitaine & Gouverneur
de Chartres ; & par Dame Marie-
Madeleine Hortenfe de Bellefont , époufe
de M. de Bullion , Marquis de Fervacques
, &c. Maréchal des Camps &
Armées du Roy , Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté de
Laval , & Lieutenant de Roy du Pays
Chartrain.
i La quatriéme fut nommée Marie-
Jeanne , par M. Faget , Confeiller au
Grand Confeil
pour M. Gafpard Dodun
, Chevalier , Marquis d'Herbeau ›
I. vol.
& ca
DE DECEMBRE 1723 , 1141
&c. Confeiller au Confeil Royal , Contrôleur
General des Finances , & par
Dame Marie Jeanne Fleuriau d'Arme
nonville époufe de M. le Marquis de
Gaffion , premier Baron , Doyen du Perche
, Chevalier de l'Ordre de S. Louis ','
Maréchal des Camps & Armées du Roy,
&c.
La cinquième enfin , fut nomméc
Jeanne , par M. l'Abbé de Champigny
Tréforier de la Ste Chapelle de Paris ,
cy- devant Doyen de l'Eglife de Char
tres , & par Dame Jeanne de Gaffion ;
époufe de M.Jofeph- Henry Moret- Gro
let Comte de Peire , & c.
La cérémonie fe fit felon l'ordre da
Pontifical & du Rituel du Dioceſe . On
y chanta un très - beau Motet de la compofition
de M. Lefcheneau , Maître de
Mufique de la Cathedrale, tiré du Pſeaume
, Cantate Domino canticum novum.
A la fin de la cérémonie , M. l'Evêt
que , les Parains & Maraines après avoir
frappé trois fois les Cloches avec les bat
tans , firent de grandes largeffes aux
Fondeurs , Charpentiers , & autres ou
vriers , fans oublier les pauvres. Le fon
des Cloches fut accompagné du jeu de
l'orgue & du bruit des tambours ; &
autres inftrumens. Tout finit par un
Te Deum folemnellement chanté &
1. vol Dy enfin
[142 LE MERCURE
enfin les Parains & Maraines furent conduits
en cérémonie au Palais Epifcopal ,
où M. l'Evêque leur donna un magnifique
repas. L'aprefdînée les Parains &
Maraines firent encore jetter de l'argentaux
pauvres , & firent des liberalitez au
Corps de Mufique , & aux bas Officiers
de l'Eglife Cathédrale.
Ces cinq Cloches ont été fondues aux
dépens du Chapitre de Chartres , par
François Sabatier , Maître Fondeur Lorrain
, dont l'habileté eft en grande réputation.
Il ne s'étoit fait depuis longtems
une fonte auffi confidérable & aufi
heureufe. Il eft entré dans cette fonte
cinquante huit milliers de métail .
Depuis cette fonte Mrs du Chapitre
trouvant qu'il y avoit encore de la matiere
de refte pour former dans leur fonnerie
une octave complete , ont fait faire
le jet de deux autres Cloches , dont
la Bénédiction fe doit faire inceffamment
, & le Chapitre leur a déja donné
les noms de Saint Jean - Baptifte , fecond
Titulaire de l'Eglife de Chartres
& de Saint Piat Martyr du troifiéme
fiécle , dont elle poffede le Corps .
Les huit Cloches feront partagées dans
les deux Pyramides ou Clochers de
Chartres , fi renommées pour leur hau-
Leur , & feront enſemble le bel accord
L
1. vol.
qu'on
DE DECEMBRE 1723 1143
qu'on s'eft propofé. M. Bellaud Organifte
de la Madeleine de Châteaudun , dont
la capacité eft fort reconnuë , s'eft don
né de grands foins pour la perfection
de cette fonnerie , & le Chapitre de
Chartres cft extrémement fatisfait de lui,
& c.
Voici quelques endroits d'un Cantate t
qui a été faite à l'occafion de la fonte &
de la Bénédiction des Cloches dont on
vient de parler.
Mais quoi ? quelle fumée offufque la nature?
La flâme qui la fuit rend la nuit moins obfcure
Sur les fronts attentifs le trouble , la pâleur
Peignent la crainte du Fondeur ,
Et du même interêt l'affiftance frappée
D'un feul coup d'oeil eft occupée
Silence.. une tremblante main
Au liquide métail ouvre enfin la carriere ,
Il coule , & l'Artifan foudain
Annonce que l'oeuvre eft entiere
Vous Cloches dignes de mémoire
Par vos accords harmonieuxxi
5
Celebrez votre propre gloire.
3
2. vol...
Que Divj
1144
LE MERCURE
Que de vos fons mélodieux
Eclate la voûte azûrée ,
Et que jamais Aquilon, ni Borée
Ne viennent fe mêler à vos accens divers
Que pour les faire entendre au bout de l'Uni
vers.
•
TROISIE' ME LETTRE écrite
à un Provincial , dans laquelle après
avoirrépondu à une espece de défenfe
des Paradoxes Litteraires, inferée dans
le Mercure du mois de Novembre der
nier, on indique les dernieres brochureş
pour & contre , qui ont paru au sujet dé
la Tragedie d'Inés de Caftro.
MONSIEUR,
Vous ne vous attendiez peut-être
pas qu'en rendant publiques les deux
Lettres que je vous ai écrites touchant
les petites Brochures qui ont été im-.
primées au fujet de la Tragedie d'Inés
, vous me feriez ici des affaires avec
Meffieurs les Auteurs ; c'est -à- dire, avec
gens qui font furieufement fenfibles. •
Je viens de lire dans le Mercure du
mois de Novembre,une Lettre Anonyme.
r. vol. adteffée
DE
DECEMBRE 1723 .
1141
adreffée aux Auteurs de ce Livre Pério,
dique , dans laquelle on attaque le ju
gement que ma premiere Lettre inſeréc
dans le Mercure du mois d'Octobre a
porté fur les Paradoxes- Litteraires.
-
J'ai cru d'abord pouvoir me difpenfer
de répondre à ce petit écrit , ayant quel
que chofe de mieux à faire. La répugnan
ce que j'ai toujours eu à m'embarquer,
dans ce qu'on appelle Querelles Litteraires
, n'avoit pas peu contribué à me faire
prendre le parti du filence ; Mais en ,
fuite j'ai fait réflexion que fi par hazard
la Lettre de l'Anonyme tomboit entre
vos mains vous feriez peut- être bien
aife de fçavoir ce que j'en penfe: Tour
bien confideré , j'ai pris le parti de vous
envoyer quelques obfervations fur cette
Lettre vous ferez le Maître de les faire
imprimer , fi vous le jugez à propos.
J'ai lu la Lettre à un Provincial , dit
l'Anonyme. Cette Lettre renferme bien
de la malignité , fur- tout à l'égard de notre
bon Spectateur François , qui n'eft pas·
après tout partagé d'un efprit fi infortune,
& qui étant ( comme cela doit être ) le
Heros & le Difciple bien- aimé du célebre
Auteur d'Inés , par ce feul endroit
méritoit des égards. L'Anonyme auroit un
peu de peine à prouver que ma Lettre
renferme bien de la malignité à l'égard du
A. vol.
Spectateur
1146 LE MERCURE
Spectateur François. J'ai rapporté trèsfimplement
le jugement du Spectateur
fur Inés. Où eft la Malignité ? Mais, dira-
t-on , la fimple repetition des paroles
du Spectateur en fait fouvent la Critique.
Eft-ce ma faute ? Il y a grande apparence
que l'Anonyme n'a mis ici en
jeu le bon Spectateur , que pour avoir occafion
de s'égayer un peu lui -même à ſes
dépens , & de le qualifier ironiquement,
le Heros & le Difciple bien -aimé du célebre
Auteur d'Inés. Ironie qui dans le
fonds ne fignifie rien .
C'est dommage que plufieurs traits ingenieux
de cette Lettre foient fuivis d'une
fort fuperficielle Critique des Paradoxes
Litteraires. C'est dommage , eft affurément
ici une expreffion très - plaifante. La Lettre
à un Provincial, dit l'Anonyme, contient
plufieurs traits ingenieux. Mais on
y a eu la hardieffe de critiquer M. l'Abbé
des Fontaines. Quel dommage ! Pour
ce qui eft des termes de Critique fortfuperficielle
, par lefquels il plaît à l'Anonyme
de défigner le jugement que la Lettre
à un Provincial a porté fur les Paradoxes
Litteraires , on ne lui fera point
de chicane là deffus , fi par les termes de
Critique fort fuperficielle il entend une-
Critique referrée dans des bornes fortr
étroites. En effet le but de l'Auteur de
$
1. vol. la
DE
DECEMBRE 1723.2 . 1147--
la Lettre à un Provincial n'a été fimplement
que d'éfleurer la matiére , comme
on le voit par les paroles qui terminent
cette Lettre. Mais la critique qu'on y a
faite des Paradoxes , quoique courte &
fuperficielle , eft elle jufte & fondée ?
Voilà de quoi il eft queftion . L'Anonyme
prétend que non . Je vais examiner
fes raifons. M. L. D. F. avoit avancé
dans fes Paradoxes Litteraires , que le
faux comme le vrai eft du reffort du Paradoxe
, mais plus fouvent le faux . Cette
notion du Paradoxe m'a paru peu jufte,
& me le paroît encore. Je crois qu'il efte
de l'effence du Paradoxe d'être toujours
vrai. L'Anonyme foutient au contraire
avec M. L. D. F. que c'est une chofe certaine
que le faux eft bien plus fouvent
l'objet du Paradoxe que le vrai ; & il
s'efforce de le prouver.
,
YUR
Premierement , dit- il , fi le Paradoxe
eft une propofition eßentiellement vraye, il
faut dire que tous les Paradoxes de Ciceronfont
des veritez. Or Ciceron ne l'ajamais
prétendu lui-même quoiqu'il ait
appellé fes Paradoxes focratica & longè
veriffima ; & quand il l'auroit prétendu,
il n'y auroit rien gagné : car celui , par
exemple , où il entreprend de prouvercette
maxime des Stoïciens , tous les pechez
font égaux , eft abfolument faux. On ré-
1. vol. pond
1148 LE MERCURE
pond à l'Anonyme , que des fix propofitions
que Ciceron appelle Paradoxes, il
y en a cinq qui paroîtront toujours des
veritez inconteftables, à quiconque pour
ra s'élever au-deffus des préjugez dù a
vulgaire Sçavoir , ..
Quod honeftum fit ,idfolum bonum effer,
In quo virtus fit , ei nihil deeſſe ad beatè võvendum.
Omnem ftultam inſanive,
Solum fapientem liberum effe , & ftultum em
nem fervum
Solum fapientem effe divitem.
Et que la fixiéme Propofition ,
qualia eße peccata , que l'Anonyme a
feule citée parce qu'il n'y avoit qu'elle
feule qui eût un air apparent de fauffes
té , n'eft pas moins vraye que les cinq
autres pour les Stoïciens, felon l'opinion
defquels Ciceron raifonne dans fes Paradoxes.
Or , quand je dis que le Parados
xe eft une propofition véritable , je ne
prétends pas parler d'une verité abfolue;
& reconnue telle d'un commun con <
fentement Peut- être n'y eut- il jamais
de verité de cette efpeces Mais j'entends
feulement parler d'une verité relative
c'est-à- dire , d'une verité reconnuë tella
1. vol.
pars
DE DECEMBRE 1723. 1049
par celui qui avance le Paradoxe. Il eft
donc certain que Ciceron , lequel avec
l'Anonyme nous reconnoiffons volontiers
pour Juge fur le point qui nous di
vife, a entendu par le terme de Paradoxe
, une propofition toujours veritable.
Car quant à ce que dit l'Anonyme , que
Ciceron n'ajamais prétendu que fes Paradoxesfuffent
vrais, quoiqu'il les ait appelbé
focratica , & longè veriffima ; c'eftà-
dire , dignes de Socrate , & très-veri
tables ; on le prie de faire attention , que
parler ainfi , c'eft fe contredire trop vifiblement.
J'aimerois autant dire que
M. l'Abbé des Fontaines n'eft point du
tout mordant & fatyrique , quoiqu'ils
fe faffe un capital de mordre indiftin-
&tement , fans même épargner ni les per
fonnes les plus refpectables *. ni tout notre
fiecle en general.
Voici la feconde preuve de l'Anonyme
en faveur de l'idée qu'il attache au mot
de Paradoxe avec M. L. D. F. Tout le
monde fçait , dit- , que le Paradoxe regne
dans tous les Ouvrages de Bayle . Les
efprits fuperieurs conviennent aujour
d'hui que la plupart des écrits de cet Auteur
, nefont qu'un tiſſu captieux de faux
raifonnemens. Or cet efprit fophiftique
fe fait fur-tout fentir dans les propofitions
* Ansiparadoxes. page 22. & 26.
1. vol. extraordinairesă,
1150 LE MERCURE
extraordinaires ; c'eſt- à - dire , dans les Pa
radoxes qu'il avance & qu'il prouve à fa
mode , laquelle eft tres -propre à gâter l'efprit.
Voilà précilement ce qui s'appelle
en Logique une bonne petition de principe.
L'Anonyme commence ppaarr fuppofer
que les écrits de Bayle font pleins
de faux raifonnemens. Il juge enfuite à :
propos de donner de fon chef le nom de
Paradoxe à ces prétendus faux raifonnemens
, d'où il conclud que le faux eft
bien plus fouvent l'objet du Paradoxe
que le vrai ; comme fi en voulant bien
accorder à l'Anonyme que les écrits de
Bayle font pleins defaux raiſonnemens, je
ne nierois pas qu'en ce cas on dût traiter
ces raisonnemens de Paradoxes.Mais
paffons à quelque chofe de plus important.
Qui a dit à l'Anonyme , que la plûpart
des écrits de Bayle ne font qu'un tiffu
captieux de fanx raisonnemens ? Qui lui
a dit que Bayle n'étoit qu'un esprit fophiftique
, qu'il s'est souvent égaré , qu'il a
quelquefois dit des abfurditez , & enfin
que la lecture de fes Ouvrages eft trespropre
à gâter l'efprit ? On prie l'Anonyme
d'avoir la bonté de nous indiquer
quelques-uns de ces faux raisonnemens ,
quelques- unes de ees abfurditez , qui felon
lui fe trouvent en fi grand nombre
dans les Ouvrages de M. Bayle. On le
1. vel.
pric
DE DECEMBRE 1723 fast
prie de nous dire comment il est arrivé
que ces abfurditez , ces faux raiſonnemens
ayent échappé aux Journaliſtes de
Trevoux , qui en rendant fi fouvent ju
ftice aux talens & à la fuperiorité du
genie de M. Bayle , malgré la difference
de Religion , ont cru n'avoir d'autre
reproche à lui faire , que de fe plaire
peu trop à marcher fur le bord des préci
pices. Reproche qui , à le bien prendre,
renferme le plus grand de tous les Eloges.
En verité , au portrait que l'Ano
nyme fait de M. Bayle , je ferois affez
tenté de croire que fon peu de goût pour
les Matiéres Philofophiques , ou peutêtre
la crainte qu'il a eu de fe gâter l'efprit
, l'a empêché de s'expofer à juger
par lui - même des écrits de ce fçavant
Homme , fur lesquels toutefois il n'a pas
laiffé de hazarder une décifion telle
quelle , qui certainement ne diminuëra
rien de l'eftime que les Gens de Lettres
auront toujours pour la mémoire de feu
M. Bayle.
Je paffe à la troifiéme & derniere objection
de l'Anonyme contre ma définition
du Paradoxe . Cette objection , ditil
, eft capable de confondre entierement
l'Auteur de la Lettre. L'illuftre Evêque
de Soiffons dans fesfameux Avertiffemens,
anfi- bien que fes Adverfaires dans leurs
I. vol.
Réponses
2152 LE MERCURE
Réponses à cet Evêque , ont pris le terme
de Paradoxe dans le fens de M.l'Abbé des
Fontaines. M. l'Abbé Houtteville dans
fon Livre de la Religion prouvée par les
faits , prend le mot de Paradoxe dans le
mêmefeus. Je pourrois ce me femble op
pofer quelques réflexions à ces autoritez
de l'Anonyme. Certainement l'illuftre
Evêque de Soiffons dans fesfameux Avertiffemens
, auffi- bien que les Adverfaires
de ce Prélat dans leurs Réponfes, ont eu
bien d'autres chofes à faire , qu'à ſe piquer
de ne point employer les termes
hors de leur fignification la plus précife
& la plus réguliere. Pour ce qui eft de
l'autorité de M. l'Abbé Houtteville , y
a-t-il aujourd'hui quelqu'un qui ignore
que lorfque ce fçavant & profond Théologien
employe dans un certain fens quelque
mot françois , c'eft fouvent une ef
pece de preuve que l'ufage eft depuis
long- tems en poffeffion de l'employer
dans un autre ? Mais je veux bien paffer
à l'Anonyme , comme bonnes , les autoritez
qu'il employe pour combattre ma
définition du Paradoxe.
A
Du moins faut-il fçavoir fi de mon côté
je n'ai pas auffi mes autorités. L'Anónyme
me prie de lui en citer quelquesunes.
Il eft jufte de le fatisfaire.
Nous venons de voir que Ciceron; ce
3-vol. Pere
ཪ སྙ
DE DECEMBRE 1723. 1159
Pere du Paradoxe , comme l'appelle l'Anonyme
, eft entierement favorable à la
définition que j'en ai donnée. Mais voici
une autoritébien autrement refpectable ;
autorité capable de confondre entierement
& l'Anonyme & M. L. D. F. & quiconque
à l'avenir avancera que le vrai n'eſt
pas de l'effence du Paradoxe .
Les Journaliſtes de Trevoux ( Sept. &
Oct. 1701. ) rapportent l'explication de
divers termes françois que beaucoup de
gens confondent, faute d'en avoir une notion
nette, Ce fut , difent-ils , le P. Bouhours
, que les Jefuites chargerent de démêler
tous ces mots , pourfatisfaire la curiofité
d'un grand Prince encore plus diftingué
parfon efprit, que par fanaiſſance
, lequel avoit fouhaité d'en avoir des
définitions précifes & exactes.Or telle fut
en cette occafion la définition que donna
le P. Bouhours du Paradoxe. Le Paradoxe
est une propofition quifurprend d'abord
, qui femble incroyable , & qui amê·
me l'air d'être fauffe , bien qu'elle foit
VRAYE dans le fonds , & qu'elle paroiffe
telle quand on l'a un peu pénetrée. Que.
pourra alleguer l'Anonyme contre une
telle autorité ? Dira- t- il que le P. Bouhours
ne connoiffoit pas la force des termes
françois ? Cela feroit affez difficile à
prouver. Dira-t-il que ce Pere n'a pas
1. vol. allez
1154
LE MERCURE
affez réflechi fur la définition , avant que
de la donner ? Un Jefuite de réputation,
confulté par un grand Prince , ne peut
guére être foupçonné d'avoir negligé de
mefurer fa Réponse.
Concluons de tout cecy que l'Anonyme
n'a pas été heureux en raifonnemens
pour attaquer la définition que j'ai donné
du Paradoxe , & que s'il m'oppofe des
autoritez , je lui en oppofe d'autres qui
ont cet avantage confiderable fur les fiennes
, que ce font les autoritez de deux
grands Hommes , qui avoient ex Profeffo
examiné la queftion qui nous divife . Fe
ne puis cependant m'empêcher de convenir
ici de bonne foi que dans l'ufage
du monde on fe fert fouvent du terme
de Paradoxe , pour marquer une propo
fition fauffe , & même abfurde. Ce qui
eft certain , c'eft que le terme de Paradoxe
, fuivant fon étymologie tirée du
Grec , fignifie fimplement , une propofttion
contraire à l'opinion commune
faifant abftraction du vrai ou du faux ,
dont cette propofition pourroit être fufceptible.
Or c'eft un préjugé fi general ,
que ce qui eft contraire à l'opinion commune
, eft ordinairement faux ; qu'il n'eft
pas étonnant qu'on ait infenfiblement
confondu la fauffeté avec le Paradoxe.
Mais cela n'empêche pas que lorfqu'il eft
en
3
I. vol.
queſtion
DE DECEMBRE 1723.1155 :
queftion de définir philofophiquement le
Paradoxe , on ne doive fuivre l'idée que
j'ai cru pouvoir en donner d'après Ciceron
& le P. Bouhours.
J'ai dit dans la Lettre à un Provincial,
que le Poignard terrible de D.Pedre m'avoit
revolté dansles Paradoxes, auffi -bien
que certaines railleries fur la vertu prolifique
de ce jeune Prince. L'Anonyme ne
goûte pas ma cenfure . Aimeroit- il mieux
que je diffe du Poignard terrible , qu'il
n'eft bon qu'à faire le regard avec le dernier
Vers de l'Epigramme du Secretaire
du Parnaffe , qui commence par ces mots
Inés de Caftro fans pudeur, &c? Comment
'Anonyme vouloit- il donc que je qualifiaffe
ces prétendues railleries de l'Auteur
des Paradoxes , au fujet de la fameufe
Scéne des enfans dans Inés ?
AD. Pedre merite qu'on lui pardonne , à
caufe du talent qu'il a defaire des enfans.
Alfonfe charmé de fe voir grand- Pere ,
oublie tout.
Il ne veut plus perdre fon fils , dés qu'il
voit qu'il a la puiffance d'engendrer.
La vie d'une petite famille naiffante met
le vieillard en bonne humeur.
L'anonyme ne trouve pas ces railleries
1. vol.
froides.
1156
LE MERCURE
froides. Que dire à cela , finon de repeter
d'un ton agréable après lui . Lá Philo-
Sophie m'apprend qu'il ne faut point difputer
des qualitezfenfibles .
J'avois blâmé M. L. D. F. d'avoir
fauffement fait dire à M. de la Motte
précipiter un homme , pour dire le preffer
, fehâter , à l'occaſion de ce Vers d'Inés.
A le précipiter , qui peut donc vous contrain
cre ?
J'avois obfervé que la particule le de
te Vers fe rapportoit au mot Hymenée ,
qui précedoit , & nullementau fils d'Alfonfe
, comme M. l'Abbé D. F. l'avoit
prétendu . L'Anonyme dit pour juftifier
M. l'Abbé D. F. Qu'il est vrai que le
devroit fe rapporter à l'Hymenée , felon le
bon fens ; mais que par malheur , felon la
conftruction il fe rapportoit à D. Pedre,
qui étoit entre le mot d'Hymenée , & le
pronom relatif le , felon cette Regle de
Grammaire que les pronoms relatifs fe
rapportent toujours aux derniers fubftantifs
. Comme fi le fens qui guide en fes
occafions n'étoit pas plus que fuffifant
pour lever de telles équivoques. En tout
cas il falloit accufer M. de la Motte ,
d'avoir trop éloigné un pronom relatif
quel il fe rapporte , ce qui du
1. vol.
dans
DE DECEMBRE 1725 57'
dans le fonds n'eft qu'une bagatelle , &
ne pas l'accufer , comme a fait M. l'Abbé
des Fontaines , d'avoir dit précipiter
un homme , pour dire le preffer , le hâter
; ce qui eft un barbarifme , qui certainement
n'eft point échappé en cet endroit
à l'Auteur d'Inés.
J'avois enfin trouvé à redire dans la
Lettre àun Provincial , que M. L. D. F.
eût cité avec éloge les Lettres à l'Abbé
Houtteville dans les Paradoxes litteraires,
lui qui étoit Auteur de ces deux Ouvrages.
L'Anonyme convient avec moi
qu'il eft du dernier ridicule de fe citer
foi - même avec éloge ; mais en inême tems
il foutient , qu'il eft certain que les Let-
• tres à l'Abbé H... ne font point citées
avec éloge dans les Paradoxes.
2
Pour voir qui des deux a raiſon , de
l'Anonyine , ou de moi , il n'y a qu'à rapporter
les termes de l'Auteur des Paradoxes
, qui ont donné lieu à ma Critique.
Les voici. Ni la cenfure des connoiffeurs
, ni les avis falutaires de feu M.
l'Abbé Maffieu, dans fa bille Préface des
Oeuvres de M. de Toureil, ni les Lettres
écrites à M. l'Abbé H... n'ont point encore
guéri ces Meffieurs ( c'est - à -dire ,
les Partifans du ftyle précieux & obfcur
de certains modernes. ) Ils perfiftent
toujours dans leur revolte contre la
}
I. vol.
E langue
,
LE MERCURE
langue , & contre le bon goût.
Se mettre fur la même ligne , avec les
Connoiffeurs , & les Doneurs d'avis falutaires
. Dire de fon Ouvrage , qu'on eft
furpris qu'il n'ait point encore operé une
guérifon auffi difficile qu'eft celle dont il
cft ici queſtion . Si ce n'eft pas là fe donner
un peu d'encens ; fi ce n'eft pas là
parler pour tranfmettre aux autres la
bonne opinion qu'on a foi-même de fes
écrits , fi ce n'eft pas là enfin , fe citer
avec éloge. Comment faut- il donc s'y
prendre?
Depuis la derniere Lettre que je vous
ai écrite , on a ici répandu dans le Public
trois nouvelles Brochures au fujet
de la Tragédie d'Inés . Voici leurs titres .
Le Secretaire du Parnaffe au sujet de
ta Tragedie d'Inés de Caftro , &c.
·
Lettre à M. de la Motte , an fujet de
la Tragedie d'Inés de Caftro , &c...
Réponse à l'Auteur des Paradoxes Litteraires
fur la Tragedie d'Inés.
Les fentimens ont été partagez fur le
mérite du premier de ces écrits , qui eſt
une efpece de Critique de la Tragedie
de M. de la Motte. Le Public d'une commune
voix l'a mis au- deffous du rien ;
mais M. l'Abbé Richard, Doyen des Chanoines
de Sainte Opportune à Paris, Prieur
Seigneur de l'Hôpital , &c. Cenfeur I. vol.
Royal
DE
DECEMBRE 1713 19
Royal , y a trouvé beaucoup de vivacité,
de délicateße , & de feu.
L'Auteur de la Lettre Anonyme qui
eft auffi écrite contre Inés , ne fe contente
pas de reprendre plufieurs Vers de M.
de la Motte . Il en fubftitue d'autres en
la place de ceux qu'il condamne , ce qui
s'appelle critiquer en Connoiffeur. Par
exemple , pour éviter l'équivoque qui fe
trouve felon l'Auteur de la Lettre , à la
fin du premier de ces deux Vers d'Inés :
Mon fils ne me fuit pas , il a craint, je le vois ,
D'être ici le témoin du bruit de fes exploits.
L'Auteur de la Lettre auroit dit ,
Mon fils ne me fuit pas ; la vertu craint , je z
crois
- D'entendre le récit de les fameux exploits.
La troifiéme des Brochures que je viens
d'indiquer , eft une défenſe de la Tragedie
d'Inés contre les Paradoxes litte-
Faires ; elle eft adreffée à une Demoifelle
qui avoit vû quatre fois repreſenter Inés,
& qui a chaque reprefentation avoit pleuré.
On l'affure que loin de rougir d'avoir
payé ce tribut à la nature , elle a trouvé
dans fon efprit l'Apologie de ces tendres
mouvemens.
L'Auteur de ce petit écrit Anonym
x.vol. 4
E ij avertie
$160 . LE MERCURE
avertit d'abord que fon but principal a
été de fournir à M. L. D. F. une nouvelle
occafion de manier le Sarcafme . Après quoi
il déclare qu'il accepte le défe , qu'il def
cend fur l'Arene. Si les armes de mon rival
ont de l'éclat , dit- il d'un ton tresmodefte
, les miennes font de bonne trem
pe. Enfin
pour donner du poids & de
l'autorité à ce qu'il va dire en faveur de
la Tragedie d'Inés , il a grand foin de
nous avertir , qu'il aime à louer ,& qu'il
a pour l'éloge, ( il a fans doute voulu di- .
re pour l'Apologie ) le même goût que
M. L. des Fontaines a pour la Critique.
Les perfonnes defintereffées trouveront
peut-être que le goût de l'Anonyme
pourl'Eloge ( c'est-à- dire pour l'Apologie
) eft un peu trop marqué dans la
partie de fon écrit , qui eft deftinée à défendre
plufieurs Vers de la Tragedie de
M. de la viotte , cenfurée par M. L.D.F.
En mon particulier je ne comprens
pas que l'Anonyme pour excufer ces deux
Vers qui me paroiffent tres- juftement
repris par M. L. D. F..
Et qu'elle perde enfin l'eſpoir de m'en punir,
Que par la feule mort qui peut nous defunir. ·
Je ne comprens pas , dis- je , que l'Anonyme
ait pu dire ferieufement. Perdre,
1. val.
renferme
DE DECEMBRE 1723. 1161
renferme une Negation , c'est comme qui
diroit n'avoir plus. Puifque l'Anonyme
a tant de goût pour l'Apologie , il n'avoit
qu'à prétendre qu'il y a une éllipfe dans
le premier de ces deux Vers , & que l'Adverbe
autrement y eft fous- entendu . Sa
propofition auroit peut- être été alors
moins choquante..
On ne s'eft pas entierement arrêté à ces
réponſes de Anonyme , encore plus
tranchantes que laconiques.
Voilà un de ces endroits où les Lunettes
du critique meferoient neceffaires pour
en avoir le défaut.
Expreffion noble& Poëtique ;
J'ai encor recours aux Lunettes ; ;
Cette façon de s'exprimer eft bølle & ufi téc.
Quelle nouveautéDé
On s'eft imaginé qu'il y avoit dans de
telles réponſes un je ne fçai quel air de
defpopoticité qui revolte, & qui affûrément
ne convient gueres entre Gens de
Lettres ...
Au refte , cette Brochure eft bien écrite
. Ce qui m'a le plus frappé , c'eft que
dans les 44. pages qu'elle contient , à
peine ai je trouvé deux ou trois expreffions
précieufes, Seroit- ce que le nouveau
I. vol.
ſtyle E iij
1162 LE MERCURE
ftyle commenceroit à perdre un peu de
fon crédit ?
On dit ici que le Journal des Sçavans
qui étoit interrompu depuis plufieurs
mois va inceffamment recommencer ,
& que c'eft M. l'Abbé des Fontaines qui
en aura en quelque forte . la direction.
Entre nous il eft capable de s'en bien
acquitter mais pour y réuflir parfaitement,
il faut qu'au lieu de fuivre le mauvais
exemple de l'Anonyme à l'occafionduquel
je vous ai écrit cette. Lettre , &
de méprifer comme lui les Ouvrages de
M. Bayle , jufqu'au point de s'en interdire
la lecture , de peur de fe gâter l'efprits
il en faffe au contraire fa princi
pale étude , & regarde la Republique des
Lettres de cet excellent Journaliſte
comme le modéle le plus parfait qu'on
puiffe fe propofer en ce genre de Litterature.
Je fuis , Monfieur , & c .
A Paris ce 15. Decembre 1723.-
LE TOMBEAU D'IRIS.
Y deffous gift Iris que la Párque cruelle.
CY
Enleve au plus beau de fes jours ,
I.
vol.
Iris
DE DECEMBRE 1723 116
Iris eut dû vivre toujours ,
Mais la beauté jamais ne rendit immortelle.
Contre la mort , l'enjoüement , les appas
La belle humeur, l'efprit, la politeffe ,
Les jeunes ans , la vertu , la fageffe ,
Tout s'arme en vain , rien n'arrête ſon bras,
Iris eft morte avec les charmes ,
Iris l'ornement de ces lieux ,
Elle qui fir toujours le plaifir de nos yeux”,
<
En fait , helas ! couler des larmes.
O vous que cette mort accable de douleurs ,
Amant, fur fon tombeau venez jetter des rofes ,
Le deftin des plus belles chofes
Eft de paffer comme ces fleurs.
Explication de la premiere Enigme di
dernier Mercure par M. A.
C
E corps fans pieds , fans mains , fans tête g
Que l'on nous donne à deviner ,^`
N'eft pas une fi laide bête
I. vol .
E iiij Qu'e
1164 LE MERCURE
Qu'on pourroit bien s'imaginer.
L'Amant qui veut plaire à Climene, Į
S'il n'en a plas d'une douzaine
Déplaît fouvent malgré l'amour.
Mais que fert-il que je déguiſe ,
Il faut qu'il change de chemife
Tout au moins une fois le jour.
nana:kanunu: bubuka na kukukuku
AUTRE EXPLICATION
par M. Lemaire.
A Monefprit je donnois la torture ,
Pour deviner l'Enigme du Mercure ,
Et je n'y réüffiffois pas ;
Mais ma Blanchiffeufe Denile ,
A fait ceffet mon embarras ,
En me préfentant ma chemiſe.
Explication de la 2e..
Vous ne recevez point une mauvaire Piece
Nul ne peut mieux que vous juger de fes
deffauts ;
Pourquoi donc avec tant d'adreffe ,
Nous offrez vous un Ecu faux ?
On doit expliquer la 3me par la Pelote
de neige.
LIMAR 3.
I. vol.
1. Enigme
DE
DECEMBRE 1723. 1165
My daddy why the wide wh
PREMIERE ENIGME.
E fuis l'aîné de tous mes freres ,
Mon cadet expirant décide de mon fort ;
Je fuis plus defiré des enfans que des Peres ,
Et l'avare me haft prefqu'autant que la mort,
Je fuis vieux , cependant mes heures font bornées,
Mon regne a de l'éclat qu'on voit bientôt finir ,
Je viens dans la faifon des plus courtes journées ;
Je difparois & fuis long tems à revenir.
SECONDE ENIGME.
L'On diroit à voir ma figure ,
P
Que celui qui me fit me voulut faire Autour,
Je fuis d'une immenfe ftructure ,
Et fi je fus fait en un jour
On me déchire & l'on m'outrage ;
Mais pour le mal je rend le bien
On me divife , on me partage
1
Et de mon tout je ne perds rien.
Sans être jamais criminelle
I.vol.
Ev Je
1166 LE MERCURE
Je cauſe chaque jour entre les Potentats
Quelque dangereufe querelle.
Tous les Princes fans moi fe verroient fans états
Ma fubftance eft la nourriture
Du grand nombre de mes enfans.
Et malgré mes efforts ſouvent par leur murmure
Ils meritent peu mes preſens -
Il femble auffi qu'après lenr vie
Quoiqu'incapable de couroux
Je les traite en dure ennemie ,
Puifqu'indifferemment je les devore tous .
TROISIEME ENIG ME
E fuis une machine utile dans les Villes
JE
Pour qui fe fert de moi je dois avoir fix pieds,
Deux - font fans mouvement , & quatre autres
agiles.
Les Grands entrant chez moi , font tous humiliez
;
Quand je marche jamais je ne touche la terre ,
Selon l'occafion je change d'ornement ,
Jeune ou vieille on me voit trois lunettes de
verre
Pour recevoir le jour dans mon appartement.
I..vol.
Air
pe ainda HALD JUSSOLA
16.
I. vol.
Evj C'eit
Air Serieux
En vous aimate de ma
m'en...
лпо
TIT
Le jour dans mon apparteŽICI
Air
DE DECEMBRE 1723. 1167
(RububutpuKUKUKUKON
AIR SERIEUX .
EN VOUS A
Je lens
Nvous aimant , jeune Silvie ,
que la douceur du refte de ma vie
Dépend d'une fi tendre ardeur.
Abfi le beau noeud qui m'engage
A tant de charmes pour mon coeur ,
Auteurs d'un fi doux efclavage ,
Beaux yeux , achevez mon bonheur.
COUPLETS EN FABLE
UN papillon alloit content fleurette ,
Il- courtifoit chaque fleur à fon tour ,
L'aimable Rofe , & puis la Violette ,
Sans le fixer partageoient fon amour ;
Trop de conftance eft un dur efclavage ,
Qui fait languir nos coeurs & nos defirs .
Qu'on est heureux lorfque l'on eft volage
A chaque inftant renaiffent les plaifirs.
Si Diogéne étoit reputé fage ,
I. vol.
Evj C'eft
1168 LE MERCURE
C'eft qu'il faifoit fa maiſon d'un tonneau ;
Des Grands d'Athene eût-il receu l'homage,
S'il n'eut jamais parlé de vin nouveau ?
Le bel efprit , la plus rare fagefle
•
1
Sans ce bon jus ne font que vifion ,
Un feul infant qu'on paffe dans l'yvreffe ,
Vaut mieux cent fois qu'un fiecle de raiſon
Un Roffignol dans les bois de Cythere
Chantoit l'amour fur mille jolis tons ;
Il enſeignoit l'art d'aimer & de plaire
Tous les oyleaux venoient prendre leçon g
Tout eft douceur dans l'amoureux Empire
Qu n'y connoît ni peine ni tourment ;
Un jeune coeur , lors même qu'il foûpire ,
Dans fes foupirs trouve un plaifir charmant.
Une Bergere à fon aife & fans crainte ,
Baifoit un jour un petit chien mignon ;
Vos tendres foins , lui dis- je, belle Aminthe
Pour un Berger feroient plus de ſaiſon.
Je le fçais bien , me repliqua la belle ;
Mais j'en connois au tout le danger
I. vol.
J'aime
DE DECEMBRE 1723. 1269
J'aime ce chien , & ce chien m'eft fidele
En trouverois - je autant dans un Berger 2
Jadis Orphée , à ce que dit l'Hiftoire ,
Jufqu'aux Enfers fut chercher la mojtić ;
Il fe peut bien qu'on nous l'ait fait accroire .
Dans les Epoux , voit- on tant d'amitié 2.
Un coeur foumis au joug du mariage ,
Ne connoît plus la douceur des amours ,...
Comme un Printems , il attend le veuvage,
Qui peut lui feul ramener fes beaux jours.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ES POESIES de Guillaume Cre
Lin. AParis,chez 4. Vb. Coustelier
, 1723. vol. in 12. de 271. pages ,
fans y comprendre une Lettre à l'Abbé
Marion qui fert de Préface . Une
Epître à la Reine de Navarre : & la
Table .
Guillaume du Bois eft le vrai nom de
cet Auteur Cretin , qui fignifie un petit
Panier , felon que Menage l'a remarqué
I. vel... dans
117,0 LE MERCURE
i.
dans fes Etymologies , étoit un nom de
de guerre: il vivoit fous Charles VIII.
Louis XII . & François I. & mourut
vers l'An 1525. il étoit en même tems
Chantre de la Sainte Chapelle de Paris,
& Tréforier de celle de Vincennes , fans
parler de fa qualité de Chroniqueur du
Roi.
Voici quelques quatrins & un Rondeau
qui feront connoître la Poëfie de
ce tems - là.
P
QUATRINS.
Lufieurs Pateurs portant fimples habits ,
Montrent femblant que en eux n'a que re
prendre ;
Mais dedans ce fonts, à bien les prendre,
Loups raviffans fous toifon de brebis ...
Subtils Regnards , & grands mangeurs de
Images ,
Four haut monter , contrefont des bigots ,
Puis quand ils font juchez fur leurs argots
Au monde font de merveilleux dommages.
Jeunes enfans mis en Religions >
3. vol.
Off
DE DECEMBRE 1723. 1172
Où peres vieux font de mauvaiſe affaire ,
Comme Singes font ainsi qu'ils voyent faire.
Dont huy fe perdent & tas & legions.
Juge ignorant & Confeillers fufpects,
Font le droit tort ; & male cauſe bonne ;
Et fi raiſon y veut mettre la bonne ,
2
Chantez à l'âne , il vous. fera des pets.
Q
RONDE A U.
Ue bon moyen fert bien en court , & duit,
Chacun le fçait , on fait plus d'un que de
huit ,
Et ne doit-on l'abandonner pour pris ,
Qui credit cherche en maifon & pourpris ,
Où fens gouverne , & raifon tout conduît.
De trop & peu ores eft maint ſeduit ,
Mais par moyen fe modere & reduit ;
Les Bien-heurez autre chemin n'ont pris à
Que bon moyen.
Vertus confifte en moyen ; & produit
Biens & honneurs , quoi plus Son homme
induit
I voly
Mettre
172 LE MERCURE
Mettre toujours les vices à dépris ;
Tiens donc ce train comme fage & apris
Tu n'as befoin de meilleur fauf- conduit ,,
Que bon moyen.
LE SPECTATEUR SUISSE , traduit en
François, fecond Mois , où il eft parlé des :
Petits Maîtres , & de leurs coëffures ,
& c. d'une forte de Mufique , appellée
Italienne , & de la belle Muſique. Caracteres
, rencontre , conventions & commerce
de deux Milantropes , &c. Le
prix eft de 12. fols . A Paris , chez A. Mo
rin , au Palais. Et F. Flahault , Quai des
Auguftins 1723. Brochure de 42. pages
in douze
L'Auteur juſtifie dans ce fecond Mois,
le jugement que le Public a porté du
premier. On peut même dire qu'il le juftifie
avec avantage. Il obferve lui- même
, que quelques perfonnes lui ont dit ,
qu'on trouvoit qu'il écrivoit de bon fens
mais qu'il manquoit à fon ouvrage de l'agrement
; & qu'il valoit beaucoup moins
d'être traduit fi fidellement ; parce que
les meilleures penfées , & même les plus
belles ont befoin d'un certain ftile pour .
plaire...
1..vel... Onoique
DE DECEMIE BRE 1723. 1173
•
Quoique notre nouveau Spectateur
n'adopte pas tout à fait ce ſentiment , il
ne laiffe pourtant pas de s'y conformer
d'une maniere à perfuader qu'il s'eft fair
un autre ſtile ; on diroit prefque qu'il a
changé de main , tant celle qu'on remarque
dans ce fecond Mois , paroît leger
par rapport à la précédente. Voici com
me il s'exprime en faifant la peinture
d'un Petit Maître , qui fe faifoit frifer.
Sa taille étoit haute , de celles à qui fied.
bien une grande chevelure , ou une grande .
perruque qui en tient lieu ; c'est pourquoi
Jai trouvé fort étrange , qu'il fit refferrer,
accourcir, & prefque aneantir fa petite
perruque dans une grande bourſe ; enforte
qu'on lui voyoit des ganaches pointues,
de grandes oreilles , un col décharné , &
une partie de fes petits cheveux , qu'il
fembloit vouloir expofer aux yeux du Pu-
"blic. J'ai admiré l'art , l'adreße & la
pa..
tience du Barbier, qui l'a peigné avec deux
peignes , & a mis en détail toute fa frifure
, dans un ordre que je ne sçaurois di
re. J'ai vu auffi fariner la perruque & levisage
avec une méthode particuliere , G.
de loin , enforte que les affeftans en ont eu
leur part. Tout cela s'est fait avec beaucoup
de patience de part & d'autre je
veux dire , de celle de l'Adonis & de
Adonifeur. On voit par ce dernier ter
I. vol.
me
1174
LE MERCURE
me que notre prétendu Milantrope com
mence à s'humanifer avec le jargon du
tems.
A l'égard de la Muſique , l'Auteur
dit , que l'Italienne eft feche , qu'elle n'a
point de caractére , on fi vous voulez point
de chant & qu'elle n'exprime rien . II
ajoute , la Mufique de plufieurs Sonates
qu'on a executées dans notre concert , eft
mutilée , fantafque , ratiere & extravagante
; elle n'infpire rien , mais elle amu_
Le & c'eft affez pour le goût de la plu
part des perfonnes qui aiment les Con
certs
Voici un autre portrait qu'il fait d'un
Mifanttope comme lui , ou plutôt de la
Milantropie. Ily a quelque tems que me
repofant fur un banc , un homme vint s'y
affeoir. Nous nous faluâmes d'un air honnete
& ferieux : fa mine & fon air me pa
Furent d'un Mifantrope ; comme moi ; &
j'ai reconnu depuis qu'il l'eft en effet &
foncièrement mais dans ce moment , nous
n'étions , ni lui , ni moi dans notre humeur
dominante. Nous n'en avions alors qu'une
begere teinture , qui eft , je croi , l'air le
plus agréable qu'on priffe voir fur le vifage
de gens faits comme nous ; même en la
prefence de nos Maîtreffes ; car je n'ai ja➡»
mais vi , ni ouï direque l'Amour qui fait.
I. vol . de
DE DECEMBRE 1723. 1175
de fi étranges Métamorphofes , & qui fe
jouë de rendre un Avare liberal , ait pû
encore rendre gracieux un vrai Miſantrope.
On peut juger par ces deux endroits
du fecond Mois, que le Spectateur Suiffe
vient de mettre au jour , qu'il change
de ftile, comme il lui plaît, & qu'il fçau
ra peut-être mêler l'agréable à l'utiles
ee qui n'eft pas donné à tout le monde .
Il va paroître un nouvel Ouvrage du
Pere Buffier , dont voici le Titre . Traité
des premiéres vérités , & de la fource de
nos jugemens ; où l'on examine le ſentiment
des Philofophes de ce tems fur les
premieres Notions des chofes. Ce fujet
expofé avec un talent qu'on a trouvé
dans l'Auteur pour rendre plaufibles des
matiéres abftraites , fait beaucoup efperer
mais celle - ci eft délicate , pour
ne pas dire épineufe. Dans les premie
res pages du Traité , l'Auteur donne à
entendre qu'il fent toute la difficulté de
l'entreprife . J'ai tâché, dit- il , d'appuyer
fur le fens commun , les Recherches
que
j'ai faites , mais le fens commun , n'eſt
pas toujours aifé à faifir . D'ailleurs ceux
qui fe donnent pour Maîtres dans les
Sciences de Spéculation , les reconnoiffent
quelquefois , quand elles ne font pas
ajuftées aux Loix de leurs Tribunaux :
*. vola Pour
1176 LE MERCURE -
Pour ceux en particulier qui font célé-´´
bres par leur nouveau Plan de Philofo
phie , & dont le nom feul eft un Eloge,
comment ofer les improuver ? Cependant
, ajoute l'Auteur , je n'ai pas crû
que les grands Noms de Defcartes & de
Malebranche duffent faire plus de peur
que ceux. de Platon & d'Ariftote , quand
on tâche de fuivre une raifon exacte . Enfin
une autre difficulté qu'a fenti le P.
Buffier , & qui en vaut peut- être bien
une autre , eft ce qu'ont demandé quelquelques-
uns ; S'il eft effectivement des
premieres Verités ; furquoi il répond que
c'eft ce qu'il s'agit de rechercher dans .
fon Ouvrage. Quand il aura paru on
pourra en indiquer le plan d'une manić
re plus exacte.
2
Le Sieur Mortain , Marchand d'Ef, .
tampes fur le Pont Notre- Dame à Paris ,
a fait graver & débite une grande Eftampe
hiftorique , qui peut fervir d'Almanach
de Cabinet. On y voit la tenuë du
Lit de Juftice pour la Majorité du Roi ,
le Couronnement de l'Empereur fait à
Prague ; fon Feftin Royal , & les Evéne
mens les plus remarquables arrivés pendant
l'année 1723.
Il paroîtra le mois prochain un nou-
1
1. vol...
veau
DE DECEMBRE 1723.1177
f
"
A
veau Livre utile pour le fervice du Roi ,
le bien du Public , & principalepour
ment pour les Voyageurs. Il eft intitu
lé Nouveau Guide des Chemins du Royau
me de France divifé en trois Parties.
Dans la premiere l'on trouvera toutes
les Routes ou Chemins partant de Paris
pour aller à toutes les Villes Capitales de
chaque Province ou Païs du Royaume.
Dans la feconde l'on trouvera tous les
chemins partant de Paris pour aller à
tous les Ports de Mer de la France . Et ·
enfin la troifiéme Partie fera fous- divifée
en quinze Articles , qui contiendront
tous les Chemins particuliers & prátiquables
de tous les Gouvernemens du
Royaume le tout mis en ordre , & recueilli
d'après de bons Mémoires par les
foins du Sieur Daudet , Geographe ordinaire
du Roi. Ce Livre fe vendra chez
le fieur Ganeau Marchand Libraire , re
Saint Jacques , aux Armes de Dombes.
Et chez Auteur.
" Le Sieur Aubert Intendant de la Mufique
de S. A. S. Monfeigneur le Duc ,
vient de donner au Public un troifiéme
Livre de Sonates , qui fe vend chez l'Auteur
, rue des Foffés de M. le Prince. Et
chez le fieur Boivin Marchand , ruë S.
Honoré , à la Régle d'or. On vend auffi
1. vol.
aux
7178 LE MERCURE
aux mêmes endroits le Ballet de Chantil
li , repréfenté devant le Roi , du même
Auteur.
BASILE ET QUITERIE , Tragi- comédie
, par M. Gautier. A Paris chez N.
Piffot , Quay des Auguftins , in 12.
Le 12. Novembre l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres fit
l'ouverture de fes Séances par une Affemblée
publique où M. le Duc d'Antin
affifta. M. l'Abbé Couture Directeur
préfida à cette Affemblée , à caufe
de l'abſence de M. le Cardinal de Polignac
Préſident , & de M. l'Abbé Bignon
Vice-Préfident. M. de Boze ouvrit
La Séance par la lecture de l'Eloge hiftorique
de feu M. le Marquis de Beringhen
premier Ecuyer du Roi. Cet uſagc
de faire l'Eloge hiftorique des Académiciens
eft commun aux deux Académies
des Belles - Lettres & des Sciences.
Il inftruira la pofterité de la vie des Gens
de Lettres qui en ont été membres , &-fi
l'Académie Françoife rendoit le même
devoir à ceux qu'elle perd , on auroit
par- là une hiftoire prefque complette
des Gens de Lettres qui rendront notre
Nation célebre dans l'avenir . M.de Boze
avertit les Auditeurs , qu'il n'avoit pu λ. I. vol.
obtenir
DE DECEMBRE 1723. r179
obtenir nuls Memoires de la Famille de
M. de Beringhen ainfi il ne put rapporter
que les faits connus de tout le
imonde : mais cela même ajoûta une nouvelle
force aux traits de cet Eloge. Il n'y
en avoit aucun dont la vérité ne fut con--
nue au moins par la renommée à ceux
qui l'écoutoient, & dont ils n'atteftaffent
la vérité. On fentoit même par la ma
niere dont cet Eloge étoit écrit , qu'il
n'étoit pas poffible de peindre la vertu de
M. de Beringhen avec des couleurs auffi
touchantes & auffi naturelles ; fi l'on n'é-´
toit foi- même rempli de cet amour pour
la vertu qui forme le caractere de probité
dans lequel l'éloquence & les talens
les plus éminens de l'efprit, perdent
leur prix auprès des honnêtes gens.
M. l'Abbé Boutard lut enfuite une
Ode Latine , qui fut reçûe du Public
comme les autres Pieces de Poëfie le font.
ordinairement.
Après quoi M. l'Abbé Sallier lut pour
M. l'Abbé Fraguier , à qui fes indifpofitions
ne permettent pas d'affifter aux Af
femblées de l'Académie , une Differtation
fur les Imprecations des Peres contre
les Enfans . -I
M. Fraguier trouve dans la nature
même le principe des Imprecations . Les
hommes fe font toujours adreffé aux
I. vol. Dieux
1180 LE MERCURE
Dieux pour conferver leur tranquillité
& leur repos ; les malheureux avoient
recours à eux pour tirer vengeance de la
malice d'autrui , lorfqu'ils ne pouvoient
autrement avoir une fatisfaction conve→
nable à l'offenfe . L'Imprecation n'eſt
autre chose qu'une Priere adreffée à un
Etre fuperieur pour l'engager à venger
nos déplaifirs.
M. 1 Abbé Fraguier ne touche point
les Imprecations contenues dans les Livres
facrés ; elles font d'un ordre different
il n'examine que celles qui ont
fait la terreur des Theatres de la Grece.
Les plus remarquables font celles des
Peres contre les infans.
Après en avoir apporté plufieurs exemples
, on montre combien leur efficace
toit funefte. La caufe en étoit la perverfité
même du coeur des Enfans , qui
alloient à leur perte fans le vouloir. Ils
y étoient conduits par la frayeur dont
ils étoient frappés à la vûë du courroux
d'un Pere irrité. La haine des autres hommes
, & le hazard mênte qui a beaucoup
de part aux affaires , concouroient fouvent
à procurer l'effet de ces Imprecations.
Cette lecture fut fuivie de celle d'une
Differtation de M. de Valois fur les
x. vol.
Spectacles
DE DECEMBRE 1723. 1181
་
Spectacles de l'Amphitheatre chez les
anciens Romains. Comme il avoit examiné
dans une autre Differtation ce qui
concernoit les Gladiateurs & les Combats
d'hommes , les uns contre les autres,
il ne parla dans celle- ci que des Combats
des hommes contre des animaux.
Ces hommes étoient nommés Beftiarii ;
c'étoit originairement des Priſonniers de
guerre que l'on deftinoit à ce genre de
mort. Dans la fuite on y ajoûta des Criminels
que l'on condamnoit à ce fuppli
ce ; & lorfque le nombre des uns & des
autres n'étoit pas fuffifant , on y ajoûtoit
des Efclaves dreffez pour ces fortes de
Combats, & qui par leur bravoure &
leur adreffe pouvoient parvenir à la liberté
, au lieu que les Criminels ne pouvoient
efperer que de prolonger leur fupplice.
1
Dans la fuite , il y eut des hommes
libres que l'appât du gain engagea dans
ces exercices ; on les payoit d'avance
& ils ne pouvoient être forcés de fervir
au delà du tems de leur engagement,
Sous les Empereurs , lorfqu'avec le fentiment
de la liberté & l'amour de la Pa
trie , on eût perdu l'idée de la vraye
gloire & de la vraye valeur , il y eut
des gens de condition , qui , pour faire
parade de leur force , de leur adreffe ou
1. vol.
Frede
1182 LE MERCURE
que
de leur bravoure , defcendirent dans l'a
rene , & ne craignirent point de fe mê
ler avec les Beftiaires car c'eſt ainfi
M. de Valois les nomme en François.
L'on vit même des Empereurs , comme
Neron , Commode & Caracalla , s'expofer
dans des Combats honteux à des
périls qu'ils n'auroient jamais voulu affronter
pour la défenfe e leurs Sujets .
A leur exemple & pour leur plaire , on
vit des femmes oublier la foibleffe & la
timidité de leur fexe , defcendre dans l'arene
& combattre les Bêtes les plus
féroces . Ce défordre continua depuis
Neron jufqu'à Septime Sévere.
Ces Combats d'hommes contre des
animaux fe donnoient toujours le matin
& duroient jufqu'à une heure avant midi
; on s'y fervoit de toutes les efpeces.
d'armes offenfives qui étoient en ufage
à la chaffe ordinaire des animaux que
l'on attaquoit.
Ces Combats qui avoient commencé
l'an de Rome soz . c'eft à dire 250. ans
avant l'Ere Chrétienne, fubfifterent près
de 800. ans , & ne furent abolis que vers
l'an 536. de Jefus - Chrift. Le Chriftianif
me n'avoit pu guerir les Romains de la
paffion furieufe qu'ils avoient pour ces
Spectacles barbares . On voyoit encore
du tems de S. Auguftin que l'arene étoit
fouvent 1. vol. "
DE DECEMBRE 1723. 1183
1 fouvent foüillée des Combats à ou par
trance , & M. de Valois à donné la traduction
d'une Lettre tres- curieufe de
Theodoric au Conful Maximus , qui
prouve que du tems de ce Prince , les
Combats des hommes contre des animaux
fubfiftoient toujours , quoiqu'il femble
que les Beſtiaires d'alors euffent une telle
pratique de leur Art, qu'ils ne couroient
prefqu'aucun danger , & que ces Spectacles
le terminoient rarement d'une maniere
funefte.
Le 25.Novembre M. l'Abbé d'Olivet,
élu par Meffieurs de l'Académie Françoife
à la place de feu M. de la Chapelle
prononça un Difcours tres- éloquent
qui fut géneralement approuvé . Il
commença par un modefte aveu de fa
foibleffe , qui ne lui permettoit pas , difoit-
il , d'exprimer tout ce que fa jufte
reconnoiffance lui infpiroit en ce moment
; & delà prenant occafion de loüer
Pilluftre Académicien qu'il remplaçoit ,
il ajoûta que les expreffions ne lui manqueroient
pas , fi l'on fuccedoit aux talens
comme aux places de fes Prédeceffeurs.
Il appelle feu M. de la Chapelle du nom
glorieux de Rival de Catulle & de Tibulle
. Il ajoûte que cet Académicien étoit
d'autant plus digne de leurs regrets , qu'il
vol Fij étoit
1184 LE MERCURE
ge
étoit mieux entré dans les vies de leur Fondateur
, dont l'éloge tant de fois commencé
ne ferajamais fini. Après avoir loüé celui
dont il remplit la place , il fait l'élode
celui dont il remplit les fonctions ;
c'eft le célebre Péliffon qui travailloit à
l'hiftoire de l'Académie Françoife , Ouvrage
que la mort interrompit , & que
M. l'Abbé d'Olivet continuë. Il infinuë
adroitement . qu'un foin de cette nature
étoit digne de toutes les plumes dont cet
illuftre Corps eft enrichi : mais que la
plus fidelle & la plus fimple hiftoire de
Académie ne pouvant être qu'un tiffu de
Jouanges qui devenoient perfonnelles à
chacun des membres qui la compofent , une
pudeur outrée ne leur avoit jamais permis
de l'écrire. Je vous étois inutile , pourfuit-
il , fi vous aviez été moins modeftes .
Il paffe enfuite aux louanges de Louis le
Grand leur troifiéme Fondateur , titre
qu'il ne dédaigna pas d'hériter d'un fage
Chancelier.
1
Après avoir parlé des grands génies
que l'Académie Françoife a élevés dans
fon fein & formés à toutes fortes de genres
d'écrire , il exhorte, fes Confreres à
ne point fouffrir qu'une Langue dont ils
ont porté la gloire fi haut , ait le malheur
de dégenerer , comme fit la langue
Latine après le fiecle d'Augufte. Il ne s
L. vol.
DE DECEMBRE 1723 7185
vous refte , Meffieurs , leur dit- il , qu'à
défendre l'héritage de vos Peres "qu'à
préferver une Langue qu'ils ont portée à
fa perfection, du trifte fort qu'éprouva celle
de Ciceron & de Virgile lorfqu'elle fut
maniée par des Seneques & des Lucains .
On a trouvé que c'étoit faire grace aux
introducteurs du jargon , qu'il fembleyouloir
fronder , que de les comparer:
aux Séneques & aux Lucains.
M. l'Abbé de Choifi , Doyen de l'Académie
, répondit au Difcours dont
nous venons de donner un leger crayon
par un autre qui ne fut pas moins goûté:
que le premier. Voici fon début. Mef
fieurs , je croyois que la qualité de votre
Doyen & trente-fix ans d'Académie me
devoient exempter à l'avenir de tous les
travaux académiques. Il ajoûte en adreffant
la parole à M. l'Abbé d'Olivet , que
Pamitié a dompté en lui la pareffe de l'age,
& qu'il n'a pu refifter à lapensée flas
reufe de le couronner de fa main. Il rap
pelle élegamment le tendre fouvenir de
M: l'Abbé de Dangeau . Il vous aimoit
dit- il , il vouseftimoit, & files morts font
encore touchez de ce qui fe paffe parmi les
vivans , il ne fera pas infenfible à ce que
je fais aujourd'hui , puiſqu'il l'auroit fait
tui-même , fi la Providence nous l'eût laiffé
encore quelque tems. Il lui- met devant
1. vol.
les
Fij
1186 LE MERCURE
les yeux la réputation qu'il s'eft acquife
par fes Ouvrages. Vous en avez entre
pris un , pourfuit-il , capable d'étonner le
génie le plus aguerri : continuer l'histoire
de l'Académie fi bien commencée par M.
Peliffon , quelle entreprife ! Nous sommesdans
la confiance : vous fentez vos forces.
Le 27. du mois paffé M. le Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens , & Protecteur
de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , fit l'honneur à cette
Compagnie d'y aller , pour diftribuer
les Médailles d'or & d'argent , aux Etudians
qui avoient remporté les grands
& petits Prix de cette année. M. de
Boullogne , Directeur de l'Académie ,
alla au devant de lui avec les principaux
Officiers & l'ayant conduit dans la
grande Salle , où il prit féance , ils lui
firent voir les Ouvrages de ceux qui avoient
mérité les Médailles , dont il pa
rut content. Le Sieur Tavernier , Secretaire
de l'Académie , lui fit un Compli
ment au nom de la Compagnie , lui témoigna
la joye & la reconnoiffance qu'
elle reffentoit de l'honneur de fa préfence
,
9.
& de la puiffante protection qu'elle
lui accordoit. M. le Duc d'Antin affûra
l'Académie de fon cftime , & du defir
qu'il avoit de faire fleurir les beaux Arts :
I. vola
après
E DECEMBRE 1723 1187
après quoi M. de Boullogne lui préfenta
les Médailles qu'il diftribua aux Etudians.
Enfuite il fut conduit dans l'Ecole , où
il vit toute la Jeuneffe , deffinant d'après
le Modele qui étoit en attitude. Après
avoir loué le bon ordre établi dans cette :
Académie , M. le Duc d'Antin fe retira,
& toute la Compagnie le réconduiſit jufqu'à
fon Carofle....
Le z. de ce mois M. Adam , Secre
taire des Commandemens du Prince de
Conti , & ci- devant fon Précepteur , fat
reçu dans l'Académie Françoife , à la
place vacante par la mort de l'Abbé
Fleury. Il fit un Difcours de remercie
ment qui fut fort applaudi , & auquef
l'Abbé de Roquette , l'un des Quarante
de l'Académie , répondit avec beaucoup
d'éloquence.
Le Curé de S. Cyr a préfenté il y a
quelque tems à l'Académie Royale des
Sciences une Pendule qui fuit exactement
le mouvement journalier du Soleil . Elle
a été géneralement approuvée.
Le Sieur Duflos , Orfevre - Jouaillier
du Roi , qui avoit mis en oeuvre la Couronne
qui a fervi au Sacre de S. M. &
dont nous avons donné la defcription
In volo FiiijNeridans
1188 LE MERCURE
dans le premier volume du mois de Novembre
1722. vient de faire chez M.
Rondé , Joüaillier ordinaire du Roi
pour le Roi de Portugal , une Couronne
fur le même modele , & précisément.
dans les mêmes dimenfions ; le tout executé
en pierres fauffes , en obfervant la
couleur & la groffeur des pierres : ce qui
fait un excellent morceau que quantité
de Curieux ont été voir.
Depuis la fin de l'Eté , le tems ayant
continué d'être extrêmement doux , &
prefque fans pluye , la nature a femblé
s'être méprife , & avoir pris l'Automne ·
pour le Printems. On a vû quantité d'Arbres
en fleurs , & divers Fruits mêmes:
prêts à mûrir. On nous a même mandé
d'Angleterre & de Hollande, qu'on mangeoit
des Frailes & des Framboiſes , &
nous apprenons en dernier lieu de Londres
, que les Jardins aux environs de
cette Ville ont produit des fleurs comme
au Printems , & que certains Oifeaux
ont commencé à faire leurs nids comme
ils ont accoutumé de les faire, vers le
mois de Mars , & d'Avril.
Voici l'extrait d'une Lettre écrite de
Breft le 23. Octobre dernier fur le même
fujer.
1. vol.
1 Ja
DE DECEMBRE 1723. 1189
Je vous dirai pour nouvelles , qu'il y
a au Jardin de M. le Contrôleur Géneral
de la Marine, des Cerifes , rouges que les
Arbres ont porté ici deux fois du fruit
cette année, & ailleurs des grapes de Raifin
formé. Il y a dans notre Jardin des
Pommes groffes comme des Féves , & ent
d'autres endroits il y a des Pommes &
des Poires. M. de Chamelin eft parti de
la Rade il y a environ quinze jours.
On envoya chez lui de Pougaftel une
demi livre de Cerifes qui lui a coûté so .
fols. Il en a emporté avec lui aux Iſles.
de l'Amerique..
7
On a appris de Londres que le Chevalier
Godefroyd Kneller , premier Peintre
du Roi d'Angleterre , y étoit mort
âgé d'environ 78. ans , & que M. Gervafe
a eu fa place avec les appointemens
de 12. livres ferling par an . Cette pli
ce eft à la nomination du Dus de New
caftle , en qualité de Lord Chambellan...
´
On mande auffi que le 29. du mois
paffé le Sicur Jean Allen , Diftillateurz
de cette Ville , fut choifi Recteur du :.
College de Dulwich , à la place d'un
Gentilhomme du même nom mort depuis
pea. On ajoûte que le Fondateurs étoit
im Comedien fous le regne de Jacques L
I vol.
Fv qui
Tago LE MERCURE
qui fe nommoit Allen , lequel ordonna
par fon Teftament que les Officiers de
ce College porteroient le nom d'Allen à
perpetuité
On apprend encore de Londres que
la fille de M. Edouard Rolt , Membre
du Parlement pour la Communauté de
Chipperham dans le Comté de Wiltz , eft
morte depuis peu âgée de 9..à 10. ans . I
y avoit environ deux mois qu'on lui avoit
fait l'infertion de la petite vérole ,
& depuis ce tems- là elle avoit prefquetoujours
été dans, de grands tourmens par
une humeur qui s'étoit jettée fur plufieurs
parties de fon corps , & qui avoit caufé
vingt ou trente ulceres qu'on n'a jamais
pû guerir.
Il vient de paroître à Londres un Ouvrage
en faveur duquel on eft fort prévenu
: c'eft le premier volume in folio
du Docteur Burnet ci - devant Evêque de
Salisbury , contenant ce qui s'eft pafle
de fon tems depuis le rétabliffement de
la Famille Royale en 1660. juſqu'au commencement
du regne du Roi Guillaume
& de la Reine Marie ; ce qui eft précedé
d'un Sommaire des affaires qui concer--
nent: l'Etat & l'Eglife depuis Jacques I
juſqu'en 1660.. Ce volume doit être fui-
-
4. vol.
vi
DE DECEMBRE 1723. 1191
vi d'un autre in folio , qui contiendra
l'hiftoire jufqu'à la mort de la Reine
Anne.
fé,
Academieun
Le 22. Octobre dernier
Royale de l'Hiftoire à Liſbonne s'étant
rendue au Palais felon l'ufage , elle y
tint fa Conference en préfence du Roi &
des Infants Don François & Don Antoi
ne, & le Marquis de Fronteira Prefident
de femaine , en fit l'ouverture par
Difcours à la louange de Sa Majefté , qui
lui attira les complimens de toute l'Affemblée
. Jerôme Godinho de Niza , lut
un Abregé des Memoires qu'il a compopour
fervir à l'hiftoire de ce Royaume
, du tems des Maures. Ignace Carvalho
de Soufa fit la lecture de PEpitre
Dedicatoire qui doit être à la tête de ſes
Memoires fur l'hiftoire de Don Jean II.
Le Pere Don Jofeph Barbofa lut une
Differtation für la vie du Roi Don Alfonfe
Henriquez. Jofeph de Coufto - Peftana
lut un Extrait de la vie du Roi Don
Denis. Don Jofeph d'Acunha Brochado
parla fur le Commerce , la Navigation
, & fur les Traitez de Paix dans lefquels
cette Couronne a été comprife, &
le Pere Jofeph de la Purification fur
l'hiftoire de l'Ordre Miliitaire de Saint
Benoît d'Avis ,
و
I vola
Le F vj
1192 LE MERCURE
Le s. du mois paffé , vers les 8. heures
du foir , on découvrit une Comete à
Lisbonne qui parut dans les premiers
jours auffi fumineufe que les Etoiles de
la premiere grandeur. Elle étoit fituée
dans un endroit du Ciel , répondant au
huitième degré du Verfeau . La refra-
&tion faifoit paroître fes rayons à peu
près de trois palmes de circonference:
Elle déclinoit d'Orient en Occident
comme les Conſtellations; & les Aftronomes
de Lisbonne , qui ont obfervé leur
mouvement. , l'ont vûë. le 19. près der
Eliptique , & le 25. près de l'Equateur
; mais fa lumiére étoit alors confi-.
derablement diminuée ; de forte qu'eller
ne paroiffoit que comme une Etoile nebuleufe.
T.
On nous mande de. Rome que. Mrs.
Centrini, Saffi & Gregorini , qui étoient .
les trois plus fameux Architectes d'Italie
, font morts depuis peu.
Le Roi de Portugal a fait remettre:
4000. Ecus à l'Abbé Crefcimbens à Ro
me , pour contribuer aux frais dn bâtimeni
qu'on y conftruit pour l'Academie
des Areadi , dont S. M. P, eft Protectrices
5
Le Pére. Fouquet a reçû à Rome de
Thenvolu
puis
DE DECEMBRE- 1723. 1193
puis peu plufieurs balors de Livres Chi
nois , dont une partie eft deftinée pour
la Bibliotheque du Vatican , & l'autre.
pou celle du College de Propaganda.
Fide.
L
Extrait de diverfes Lettres..
I paroîtra bientôt ici ( Turin ) ime-
Differtation fur quelques anciennes
Infcriptions fepulcrales , & autres qu'on
a trouvées proche l'Eglife des Bernardins
Reformez , lorfque l'on a démoli
les anciens murs de la Ville, vers la porte
de la Vittoria . M. Riccha Docteur
en Médecine & en Philofophie ; travail .
le actuellement à cette Differtation
dans laquelle il tâchera de faire connoî
tre les familles qui font nommées dans
ces Inferiptions , le tems qu'elles fe font
illuftrées , & qu'elles font venues habiter
ce Pays , leurs difputes & les colo
nies dont elles ont tiré leurs domina-..
tions. Le tout accompagné de Réfle--
xions hiftoriques & critiques .
Voici les infcriptions , afin que lesi
Stavans puiffent en dire leurs avis , &
les communiquer à M. Riccha. Ils n'au
ront qu'à les adreffer à Almoro Albriz .
vol.
zij
1194 LE MERCURE
zi , à Venife , ou à l'adreffe du Mercure
à Paris , en affranchiffant les paquets
Premiere Infcription.
T. Caffius L. F. Licinius fibi & L. Caffio
L. F. Capitoni Patri , Mantix L..
F. Tertia Matri L. Caffio L. F. Rufo
Fratri Caffia L. F. Maxuma T. F. J..
L. Caffius. T. L. Italicus V I .. Vir.
F. C.
Seconde.
Cr. Enniu Bian & Jun. Larcid. Prif :
cina M. Vibius Marcellus .
Troifiéme. !
Attiæ J. F. Lucina.... & fibi Q.....
Rubrius Spuertanus ..... Quæ cum
eo vixit fine litibus & gurgiis Ann.
XXVI. M. X. Dieb. vii . Hor. VII .
Foeminæ caftiffimæ conjux cariff. viv.
Fec.
Quatrième.
Minicia L. F. Patinæ Uxori Rutili Gal
lici Leptitani Publicè
Cinquiéme
L. Alfio Reftituto Eq. R. Eq. P. Præf
Cob II. Br. Eq. TrB. coh. I. Br.CX9
16.vol. Eq
DE
DECEMBRE 1723. $198.
Eq. Flam Divi Tit. & Claud. Paulina
ejus C. Pinarius Onefimus & Cafida
rius Ampheriftus ob merita .
Sixième.
Aur. Crefcentiane V. E. Acie Defid. qui
vixit ann. xxxv. Aur. Riftius Exard.
Fratri Car. pofuit.
Septiéme.
D. M. Aur. Maximi Exar. Num. Dal
Divit. qui vixit ann . xxx.. Aur. Vi
&torin. D. Pofuit.
Fillhel .
Huitième.
Viro. Epulon. •
Gricolæ. •
Propræt
P. Nervæ Cæf. Aug. Provincia.
Belgica Legat.
·
Leg. VII. Erra
tæ: Leg. Citerioris Hifpaniæ ....
•
Prætoriæ.
Neuvième.
V. E... C. Baburius. ... Meliffus . .
VI. Vir.. & ... Avialis . . & fuis..
On imprime ici ( Monaco ) tous les
Mois , chez Luc Straub , une Brochure
in octavo en Allemand , fous le titre de :
Parnaffus Boicus ; c'est un Recueil de
L. vol.
Piéces
1196 LEMERCURE
Piéces choifies & dignes de la Republique
des Lettres.
Il eſt arrivé ici ( Molfetta ) un fait de
Chirurgie qui fait grand bruit. M. Hiccolo
Dominico Paffari , jeune homme
riche & fils unique , fut bleffé le 10. Fe
vrier 17: 3 . d'une arme à feu dans la poierine
fous la mamelle droite , les premiers
Chirurgiens du pays le penferent
à l'ordinaire , avec des tantes pour fairefortir
le pus de la playe , effectivement
ilen fortoit abondamment :; mais bien
loin que le bleffé fût foulage , il empiroit
à vûë d'oeil ; en forte qu'au bout de
trois mois il étoit devenu d'une maigreure
affreufe , alors on appella le Cavalier-
Gios Baptifte Ferna ; premier & tres-
Habile Medecin de Bifeglia , fort connu
par fes fçavans Ouvrages , & bien inftruit
de lá mauvaiſe méthode dont on
fe fert pour penfer les playes. Il fit le
ver l'appareil , fuprima les tantes , & :
congedia les Chirurgiens , après leur
avoir fait de fortes reprimandes ; il n'en
retint qu'un fenl , à qui il ordonna co
qu'il devoit faire. La fiévre diminua
les fimptômes fâcheux difparurent , &
en trois femaines le bleffe fe trouva guć
ri.Ce célébre Docteur a écrit une Lettres
à M. Sancaffani, Medecin du D: de Guaftaffe,
dans laquelle ik lui fait un détail
1. vol. exactit
DE DECEMBRE 1723 1197
exact de cette cure , il y a joint une atteftation
en forme de M. Paffari , reconnuë
devant Notaire le 6. Août 11772333.. On
croit que M. Sancaffani la publiera, ayant,
fort à coeur qu'on éclairciffe ce point important
; fçavoir , que le pus qui fort
des playes eft produit par les tantes mêmes.
Ce qui apporte plus de profit aux
Chirurgiens ordinaires , que de foûlage
ment aux malades.
**IRBAKERBREK
SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens repréfenté-
LESrent une Piece nouvelle le 2. de ce
mois , fous le titre de la Fille inquiéte
ou le befoin d'aimer , qui n'a pas été re
jouée. Un Parterre tres- tumultueux a
empêché qu'elle n'ait été entendue , &
peut-être qu'elle n'ait été applaudie.
Nous en donnerons un Extrait le mois.
prochain pour mettre le Lecteur en état
d'en juger. Elle eft de M Autreau.
Les Théatres ont été rouverts le 10.
de ce mois , après avoir été fermés pendant
huit jours à l'occafion de la mort
de Monfieur le Duc d'Orleans . Ils furent
encore fermés le Jeudi 16. jour du
Convoy, qu'on porta fon corps de Saint
Cloud à Saint Denis.
I. vol.
Le
1198 LE MERCURE
•
Le Roi a permis aux Comédiens Ita
liens , depuis la mort de Monfieur le
Duc d'Orleans , de prendre le titre de
Comédiens Italiens ordinaires de S. M.
Its repréſentérent à la Cour le Lundi 13 .
de ce mois , Arlequin Voleur , Arlequin
Prévôt & Juge.
Les Comédiens François y joüerent le
Vendredi 27. la Tragedie d' Andromaque,
& la petite Comedie de la Serenade.
L'Academie Royale de Mufique , a
repris les Repréſentations de Thetis &
Pelée , interrompuës par la mort de Monfieur
le Duc d'Orleans. On joue les Jeudis
le Ballet des Feftes Creques & Romaines
, dont nous avons donné un Extrait
dans le Mercure du mois de Juiller der
niere
La petite verole qui a fait de fi grands
ravages cette année , vient d'enlever à
l'Opera un très - bon fujet ; c'eſt Mademoifelle
Corail , qui eft fort regretée du
Public , & qui avoit de fi - heureufes diſpofitions
pour la Danfe , qu'on la croyoit
capable finon de réparer , au moins d'adoucir
la perte de la Demoiselle Prévoft
, fi elle venoit à fe retirer.
Les Comédiens Italiens jouérent devant
le Roi le 22. de ce mois , la Surpri
fe de l'Amour , de M, Marivaux & la.
petite Piece du Départ des Comediens
I. vol.
Italiens
,
DE DECEMBRE 1723. 1199
Italiens , du fieur Dominique.
Ha paru un Acteur nouveau au Théa
tre François , nommé la Cour , de Paris,
que le Public a applaudi , ayant trouvé
fa voix belle , quelque feu & de l'intelligence.
Il a joué deux fois le Rôle d'Achille
dans la Tragedie d'Iphigenic.
Nous ne craignons pas de déplaire au
Public , ni qu'on nous démente en di-.
fant à cette occafion , que Mademoiſelle
Duclos a joué dans la même Piece le Rôle
de Clitemneftre , d'une maniere à atten
drir les coeurs les plus infenfibles.
: Le 23. de ce mois , les Comediens
Ita
liens ordinaires
du Roi , donnerent
à
l'Hôtel de Bourgogne
, la premiere
Re
préfentation
d'une Comedie
nouvelle ,
en trois Actes , intitulé le Jaloux . Cette
Piece eft précedée d'un Prologue
, & mêlée
d'agrémens
: le Prologue
roule fur la
prévention
où l'on eft , qu'une piece de caractere
ne fauroit convenir
au Theatre
Italien. Un des Acteurs repréſentant
un petit Maître , prétend que ce Thea- tre n'eſt pas fait pour les Parodies , une
Actrice repréfentant
une perfonne
de
qualité , ſoutient un fentiment
contraire,
& finit par une Fable de l'efprit &
du coeur. Cette Fable n'a pas été auffi
heureufe
que celle du Fleurifte , qui a
fait tant de plaifir dans le Prologue
de I. vol.
la
f200: LE MERCURE
la Comedie de Bafile & Quitterie.
La Comedie a été beaucoup plus heu
reufe jufqu'au troifiéme Acte exclufivement.
Silvia , Amante de Lelio , entre-.
prend de le guérir de fa jaloufie , & s'y?!
prend d'une maniére affez fingulieres
c'eft en n'oubliant rien pour le rendre ja→
loux. Le premier Acte du Jaloux finiti
par une petite Comedie , repréſentée par
des Comediens de campagne , qui a pourtitre
le Jaloux puni. Dans cette Comedie
un vieux Jaloux eft joué ; & dans le
moment qu'il croit poffeder fon Accor->
dée , Trivelin la lur enleve. C'eſt un «
Cadeau que Silvia donne à fon Jaloux
pour l'aguerrir fur de pareils accidens s
il en eft piqué jufqu'au vif, & croit avec
quelque raifon qu'elle ne l'aime pas ,
puifqu'elle le ménage fir peu. Dans le fecond
Acte , nouvelles épreuves , commer
dans le premier , & nouvelle fête infultante
, ce font des Bohemiens & des Bo
hemiennes , qui fous prétexte de dire la
bonne- avanture à Lelio & à Sil ia , augmente
la frenefie du Jaloux , & le confirment
dans l'opinion où il eft , qu'il
n'eft pas aimé . Il y a dans le cours de la
piéce d'autres épreuves encore plus fortes
, qui lui perfuadent non feulement
qu'il n'eft pas aimé , mais qu'on lui préfere
un Rival. Ces deux Actes n'ont pas
I. vol.
laiffé
DE DECEMBRE 1723. 201
T
laiffé de faire plaifir par quelques Scenes
divertiffantes mais le dernier a paru
trop ennuyeux & alongé : tout autre
Auteur anroit été auffi embarraffé pour
arriver à bon port. La Piéce étant finie ,
un Critique du Parterre a demandé le
dénouement; par la feule raifon qu'il n'étoit
pas content de celui qu'on lui donnoit
; mais dans un pareil fujet il eft
tres-difficile de finir au gré des Spectateurs.
Silvia a entrepris pendant tout
le cours de la Piéce de guérir Lelio de
fa jaloufie : le mal eft incurrable , comment
faire left prefque d'une neceffité
abfoluë que la Piéce finiffe par où elle
a commencée ; c'est - à -dire , que l'Amanté
& le Jaloux foient égalememt
malheureux . Au refte on a trouvé cette
Piéce bien écrite & pleine d'efprit ; elle
finit par un Bal que Silvia fe propofoit
de donner pour égayer fon Jaloux.
Air chanté par une Egyptienne
au fecond Acte.
A Mans voulez - vous être heureux
Ne fondez pas fur nous le fuccès de vos voeux
Suivez ce qu'amour yous inſpire ,
L'avenir eft dans votre coeur ,
Vous même vous pouvez faire votre bonheur,
Nous ne pourrions que vous le dire,
1. vol.
Yous
1202 LE MERCURE
VAUDEVILLE.
Premier Couples.
Tel nous accufe d'impofture
Qui nous confulte & qui nous croit ,
Et le plus fage avec ufure
Paye un mot d'un heureux augure
Pour peu qu'un flateur fon adroit
Il réuffit , c'eft cbofe feure
Second,
Quand le prefent eft agréable ,
C'eſt fagèffe de s'y tenir ;
* Ufez de ce qu'il a d'aimable ,
Sans fonger s'il fera durable ;
C'eft chimére que l'avenir ,
Le prefent feul eft veritable.
Troifiéme.
L'efpoir le plus imaginaire
Remplit un coeur ambitieux ,
Enchanté d'un bien qu'il efpere ,
Le prefent ne le touche guere.
Voilà l'homme , mais difons mieux.
Tout homme n'eft qu'une chimére.
2. vol.
QuaDE
DECEMBRE 1723. 1204
** Quarriéme.
Une petite fille.
On eft curieufe à mon âge
Dans l'avenir , nous voulons voir,
Chacun y cherche fon partage ,
Mais pour moi je fuis bien plus fage,
Que me fert-il de le fçavoir ,
Si je ne puis en faire ufage.
par les
Autre Vaudeville chanté par
Mafques du Bal.
I.
Etre commode , être jaloux ,
C'eft à peu près la même chofe ,
Des biens , ou des maux , malgré nous
C'eft notre étoile qui difpofe ;
C'eft erreur de s'inquieter
De ce qu'on ne peut éviter.
II.
Autrefois on ne payoit pas ;
Mais il falloit aimer pour plaire ,
Il en coûteit trop d'embarras ,
?
ol. Trop
1204
LE MERCURE
Trop de façons & de myſtere ,
Nous avons changé cet abus ,
Nous payons , & nous n'aimons plus.
III.
Pour me défendrè d'écouter
Un'Amant qui me trouve aimable ,
Maman vient toujours me chanter
Qu'un homme eſt un monftre effroyable
Ce qu'elle en dit , c'eft pour mon bien
Je le veux mais je n'en crois rien.
IV .
On me dit de ne point juger
D'une fille fur l'apparence ,
Et que je dois pour m'engager,
Attendre un peu d'experience ,
Peut-être que je ferois mieux ;
Mais à quoi donc fervent les yeux ?
·
BELPHEG OR , Comédie - Baler en
3. Actes , par M. Le Grand Comédien
du Roi . A Paris chez la veuve 'Guillau
me , Quay des Auguftins 1723. in 12. de
79. pages. Cette Piéce a été repreſentée
I. vol.
pour
DE DECEMBRE 1723. 1205
pour la premiere fois le 25. Juillet 1721 .
fur le Theâtre de l'Hôtel de Bourgogne.
ACTEURS.
Belphegor , Démon fous la figure de Ro
dric.
Trivelin , Païfan , amoureux de Colette.
Colette , jeune Païfanne .
Jacquet , jeune Païfan , Rival de Trive
lin.
Le Magifter , pere de Colette.
Deux Sergens , & plufieurs Archers.
Pluton , Dieu des Enfers .
Proferpine , femme de Pluton.
Minos & Radhamante , Juges infernaux.
Afcalaphe , Habitans des Enfers .
Arlequin , valet de Belphegor.
L'ombre de Viol tte , femme d'Arlequin,
M. Turcaret , riche Agioteur .
Madame Turcaret, fa femme.
Le Docteur , ami de M. Turcaret.
Acteurs des Divertiffemens.
Troupe de Bergers , de Payfans , d'Ombres
, de Lutins , de Démons & de Maf
ques chantans & danfans .
La Scene eft partie fur la Terrez
partie dans les Enfers.
I. vol.
ACTR G
1206 LE MERCURE
ACTE I. +
L'Action du premier Acte tient fi peu,
à la Comedie , qu'il pourroit en être féparé,
& faire une petite Piece. Trivelin
amoureux de Colette eft au defefpoir
de voir que cette aimable Payſanne
va époufer Jaquet . Il a une Scene avec ,
fa Maîtreffe , & une autre avec fon Rival
, qui ne fervent qu'à le confirmer
dans fon malheur. Dans le tems qu'il
rêve aux moyens de rompre un fi fatal
mariage ; il voit venir vers lui un homme
tout effrayé. C'eft Belphegor , qui
fous la figure de Rodric , eft vivement
poursuivi par deux Sergens & une troupe
d'Archers. Ce pauvre Fugitif le prie
de lui prêter un azile chez lui , pour
l'empêcher de tomber entre les mains de
ceux qui le pourfuivent ; il fe fait connoître
à lui pour un Démon , il lui promet
de lui faire époufer Colette , & de
l'enrichir pour jamais. Ces deux promeffes
déterminent Trivelin à fecourir
Belphegor , il le fait cacher dans un
Grenier à foin . Les Sergens arrivent
bientôt , ils demandent des nouvelles de
la proye qui vient de leur échapper , à
Trivelin , qui les dépayfe , & les fait
courir bien loin du lieu où Belphegor eft
caché. Le Réfugié fort du grenier à foin
I. vol.
&
DE DECEMBRE 1723. 1207
& remercie Trivelin du fecours qu'il lui
à prêté. Il lui promet en même tems des
marques éclatantes de ſa reconnoiſſance.
Trivelin lui dit qu'il eft tems qu'il mette
la main à l'oeuvre , d'autant que Jacquet
va époufer Colette . Belphegor lui répond
, qu'il troublera cette nôce par le
fecours d'un Lutin de fes amis. Il ajoûte
qu'il a envoyé fon valet Arlequin aux
Enfers pour obtenir de Pluton le pouvoir
de fe rendre invifible ; & que ce fera
par ce moyen qu'il fera fa fortune en paffant
dans le corps de M. Turcaret , ſon
impitoyable créancier , & le même qui
le fait pourfuivre avec tant de fureur.
La premiere promeffe de Belphegor
s'accomplit dans le premier Acte. La nôce
de Jacquet & de Colette eft interrompuë
par un orage affreux. Le Latin ami
de Belphegor paroît en l'air , & prononce
cet oracle en chantant.
Contre un juke hymen le Deftin fe déclare :
La vigne va périr dans cet orage affreux ,
Si dans ce jour Trivelin n'eſt heureux :
Qu'à lui donner la main Colette fe prépare,
Jacquet a beau fe mocquer de l'oracle &
vouloir paffer outre, le Magifter veut fauver
la Vigne, donne fa fille Colette à Trivelin
.On continue les chants& les danfes,
Le Vaudeville de ce premier Acte a été
trouvé tres- joli . En voici deux Couplets.
1. vol.
Colette Gij
1208
LE MERCURE
"
Colette à Jacquet.
Jacquet , quoiqu'un autre ait ma foi ,
Laiffe -moi faire , laiffe :
Je me reprocherois fans ceffe
Que quelqu'Amant fût mort pour moi
Faute d'un certain je ne ſçai qu'eſt- ce":
Faute d'un certain je ne fçai quoi.
Trivelin an ' Parterre.
Que le Public de bonne foi
Applaudiffe une Piéce ;
Le fâcheux Critique ne ceffe
D'exercer toujours fon emploi :
9
Il trouve un certain je ne fçai qu'eft-ce :
Il trouve un ceftain je ne fçai quoi.
ACTE II.
Ce fecond Acte ne tient guere plus à
l'action principale que le premier. C'eſt
un inconvenient attaché à ces fortes "de
Pieces la néceffité d'y introduire des
Fêtes écarte toujours l'Auteur du droit
chemin , & ne le laiffe arriver au but
que par cafcades. Le Theatre reprefente
les Enfers. Pluton , Minos & Radhamante
, ouvrent la fcene . Pluton dit aux
deux Juges infernaux , que le terme de
dix années qu'il avoit prefcrit à Belphe-
I. vol.
gor
-
DE DECEMBRE 1725. 1209
&
gor pour s'informer fur la terre des fujets
de plaintes que les Maris font de
leurs femmes va expirer en ce jour ,
qu'ainfi il prononcera l'Arrêt que les
Mortels lui demandent fur ce fujet dès
qu'il aura entendu fon Député, qui vraifemblablement
doit arriver ce jour même.
Les deux Juges lui font entendre
qu'il eft fuffifamment inftruit , & qu'il
auroit déja dû décider cette grande affaire.
Pluton leur fait entendre , qu'il nẹ
fait ni tout ce qu'il devroit ni tout ce
qu'il voudroit , & que Proferpine ayant
à coeur les interêts de fon fexe , ne lui
pardonneroit jamais s'il condamnoit les
Femmes avec trop de précipitation.Dans
la feconde ſcene Alcalaphe vient an
noncer à Pluton qu'un témeraire Mörtel
a forcé la porte des Enfers malgré Cerbere.
Ce Mortel eft Arlequin . Comme
c'eſt à lui que les Auteurs ont interêt de
donner ce qu'il y a de plus joli dans leurs
Fieces , le Lecteur ne fera pas fâché de
trouver ici quelques fragmens de la ſcene
qu'il a avec Pluton .
Arlequin entrant comme à tâtons.
Gare le pot au noir. Bon foir , Monfieur
Pluton , car il feroit inutile de vous fonhaiter
le bon jour, puifqu'il n'y en a point
chez vous.
I. vol.
Pluton G iij
1210 LE MERCURE
Pluton.
L'abord eft familier.
Arlequin.
vous
Que le Diable vous emporte de bon
coeur , Seigneur Pluton . Parbleu ,
devriez bien faire allumer les lanternes
dans votre Empire ; je n'ai jamais vi
d'Enfer fi mal policé ce n'est pas pour
tunt manqué que vous n'ayez ici nombre
de Commiffaires.
Pluton.
Je te confeille de te plaindre.
Arlequin.
J'en ai fujer. J'ai pensé cent fais me
rompre le con , pour arriver jufqu'ici . En
entrant , je me fuis donné du nez contre
fame d'un Procureur qui étoit dure comme
une enclume , & fans vos Furies qui
ont eu la bonté de m'éclairer un bout de
chemin avec leurs flambeaux , je ne ferois
arrivé de trois heures .
Pluton dans un autre endroit de la même
Scene demande à Arlequin d'où vient
qu'il ne s'eft pas dépouillé de fon corps
pour venir avec moins de rifque & plus
commodement aux Enfers. Voici ce qu'-
Arlequin lui répond.
-I. vol.
C'eft
DE DECEM BRE 1723. 1211
C'eft ce qu'un Medecin de mes amis
m'avoit confeillé : il s'étoit même offert à
me prêterfon affistance : mais mon corps
m'eft fi cher, & me va fi bien que je n'ai
jamais pu me réfoudre à m'enséparer.
Arlequin annonce à Pluton que Belphegor
arrivera aux Enfers dès demain ,
inais qu'il le prie de lui accorder la permiffion
de fe rendre invifible pour certaines
raifons , & que c'eft pour cela qu'il
l'a député. Pluton ordonne à Minos d'aller
expedier cette permiffion pour Belphegor
, & de dreffer en même tems un
paffeport pour Arlequin afin qu'il s'en
retourne fûrement en l'autre monde.
Voilà tout ce qu'il y a d'action néceffaire
dans ce fecond Acte ; tout le refte eft
purement acceffoire : la Fête n'eft pas
dès mieux amenées. C'eft un cadeau que
Proferpine donne à Arlequin. Voici comment
elle s'explique en lui adreffant
la parole.
Va prendre place pour voir le divertiſſement.
Impitoyables Furies , ceffez de tourmenter
les Criminels ; vous, Ombres fortunées,
faites de votre mieux , pour régaler le
Seigneur Arlequin , qui a eu le bonheur
de
gagner les bonnes graces de Proferpine.
Voilà une bonne Déeffe ! dit Arlequin à
parti fe crois que fi je reftois plus . longtems
ici , je ferois Pluton cocu. N'a - t'il
I. vol.
pas
Giiij
1212 LE MERCURE
A
pas raifon de parler ainfi ? En faut- il da
vantage pour le croire aimé ?
Le Vaudeville qui finit ce fecond Acte
n'eft guere moins joli que celui du pre
mier ; en voici deux Couplets pour en
donner uné idée.,
L'Ombre d'un Cocu.
Vous voyez l'ombre d'un Cocu ,
Qui fut toujours d'humeur jaloufe :
Je méprifai le revenu
De la beauté de mon Epouſe :
Je fus gueux tant que j'ai vêcu s
Mais à prefent que c'eft la mode ,
Que l'Epoux partage au gâteau ,
Voudrois- je n'être pas commode e
Diable zot.
Arlequin .
Que je vais bien à mon retour ,
A Belphegor chanter fa gamme !
Quoi ? m'envoyer dans ce féjour ,
Pour m'y faire trouver ma femme !:
C'eft me jouer d'un vi'ain tour.
Lorfque là haut il fuit la fienne ,
Pouvoit-il me croire affez ſet ,
I. vol. Pout
DE
DECEMBRE 1723. 1213
1
Pour tirer d'ici bas la mienne .
Diable zot.
Ce dernier Coupler fuppofe qu'Arle
quin a trouvé la femme dans les Enfers ,
ce que nous n'avons pas dit de peur
tre trop longs.
2
ACTE III. " .
d'ê
Toute l'action de cette Comedie , que e
le célebre la Fontaine a fi joliment traitée
dans un de fes Contes , eft renfermée
ou pour mieux dire refferrée dans ce der
nier Acte. Nous allons tâcher de la dé- e-
Broüiller le plus fuccintement qu'il nous ...
fera poffible .
Arlequin arrive des Enfers fur un
Cheval ailé qui l'a porté précisément
dans un lieu où M. Turcaret donne le
Bal. Il y trouve Belphegor à qui il remet
la permiffion que Pluton lui envoye
de fe transformer . Arlequin de fon côté
a reçu de Proferpine l'art de deviner ; il
en fait plaifamment la premiere épreuve
fur Trivelin à qui il annonce lé paffé , le z
prefent & l'avenir en ces termes : Hier
garçon , voilà le paſſe ; aujourd'hui marié
, voilà le préfent ; demain cocu , voilà.
te futur.
t
Belphegor fe prépare à marquer fa re-
I. vol.
Gv connoiſ……….
1214 LE MERCURE
connoiffance à Trivelin par la premiere
épreuve qu'il va faire de la permiffion
qu'il a de fe transformer . Il dit qu'il entrera
dans le corps de M- Turcaret d'où
il ne fortira que par le commandement
de Trivelin , afin de lui procurer une
fomme confiderable. Tout cela s'execute
: M. Turcaret eft poffedé ; le Docteur
qui eft de fes amis , demande du fecours
contre.ce funefte accident; Trivelin s'offre
à délivrer cet Agioteur du Démon
qui l'agite , moyennant la foinme de
cent mille écus. Le Docteur & Madame
Turcaret qui furvient avec fon Mari obfedé
, fe récrient d'entendre demander
une forme fi exorbitante. Trivelin n'en
veut rien rabattre ; & comme on femble
douter de fon pouvoir , il en donne un
effai le Theatre paroît tout en feu , &
les Ifs du Jardin pouffent des gerbes
d'artifice. On confent enfin à donner
les cent mille écus que Madame Turcaret
va chercher , & qu'elle apporte en deux
facs en or. Belphegor conjuré par Trivelin
fort du corps de M. Turcaret en
chantant ces quatre Vers par la bouche
de celui dont il s'étoit emparé.
:
Sans que rien me retienne
J'obéis à ta voix
1. vol.
Mais
DE DECEMBRE 1723. 1215
Mais qu'il te fouvienne
Que c'eft pour la derniere fois.
Circonftance que nous avions obmife :
Belphegor ne fait que changer d'étui ;
il va fe loger dans le corps d'un des Sergens
qui l'ont fi vivement pourfuivi dans
le premier Acte. Trivelin a beau le prier
de fortir de fa nouvelle demeure : il n'en
veut rien faire. Mais Trivelin n'en veut
pas avoir le démenti ; il fait entendre.
par un à parte , qu'il le dénichera par
un ftratagême dont il vient de s'aviler .
Trivelin fort pour aller executer la ruſe
qu'il a imaginée. On entend battre la
caiffe ; on dit à Belphegor que c'eft fa
femme Madame Honefta qui le cherche
par tout. A ce feul nom Belphegor fort
par la bouche du Sergent , en difant :
Ah ! retournons au plus vite aux Enfers.
Bon , dit alors Trivelin , le voilà parti ,
mon stratagême a réuſſi ; je fçavois bien
qu'il aimeroit mieux retourner à tous les
diables que de revoir fa femme. Trivelin
explique à M. & à Madame Turcaret ce
que c'eft que M. Rodric & Madame Honefta
La Piece finit par le Bal que M.
Turcaret a ordonné , comme nous l'avons
dit au commencement de ce dernier
A &te. On chante & on danfe. Voici deux
I. vol.
Gvj
Couplets
1216 LE MERCURE
Couplets du Vaudeville qui finit la Pic
ce.
Un Mafque.
Lorfque dans l'hymen on s'engage ,
Tout plaît parce qu'il eft nouveaua.
C'eft le beau :
Mais deux jours après on enrage
Du mauvais marché qu'on a fait ;
C'eft le laid :
On n'a plus d'eſpoir qu'à veuvage.
Arlequin au Parterre .
Si l'on vous demande à la porte ,
Belphegor a- t-il réjouĩ
Dites oüi :
Si quelqu'un parle d'autre forte ,
Et veut par contradiction ,
Dire non :
Dites ... que le Diable l'emporte.
Les Directeurs de l'Académie Royale
de Mufique à Londres , ont ouvert leur
Theatre le r . de ce mois par l'Opera de
Pharnaces , du Sieur Bononcini.
On apprend de Venife que le 24 . du
I. vol. mois
DE DECEMBRE 1723. 1217
mois dernier on repreſenta pour la premiere
fois fur le Theatre de S.Jean Chryfoftome
, un Opera intitulé : Les Equivoques
de l'Amour & de l'Innocence , qui
eut un applaudiffement
géneral.
La Dame Cent livres , qui s'étoit rendue
illuftre par fes Comedies & par fes
2utres Poëfies , mourut à. Londres le 16.
de ce mois.
NOUVELLES ETRANGERES..
Li
Ruffie.
E Prince de Repnin , Gouverneur
de Riga a reçu ordre de faire marcher
inceffamment quatre Regiments
d'Infanterie Moſcovite du côté de Mofcou
.
Le Czar a envoyé ordre à tous fes Mi
niftres dans les Cours étrangeres , de
donner part du dernier Traité d'Alliance
qu'il a conclu le 13. Octobre dernier
avec l'Ambaffadeur du Roi de Perfe , &
de la réfolution qu'il a priſe de ſecourir
ce Prince détrôné ; cela caufe plus d'in
quietude à la Porte , que les progrès de
Miriweitz , qui a obtenu des diſtinctions
I..vol.
du
1218 LE MERCURE
du Grand Seigneur , qu'il n'accorde ordinrirement
qu'à fes Alliez On lui a envoyé
de Conftantinople deux Caffetans
d'une beauté fingulier , une magnifique
Selle avec tout l'attirail afforti , & quelques
autres prefens pour fa Cour . Cela
n'augure pas bien pour la négociation de
l'Envoyé du jeune Roi de Perfe qui eft
arrivé à Conftantinople , après avoir été
relâché par le Gouverneur d'Erzerum ,
qui l'avoir arrêté fur la frontiere .
On prépare un train d'artillerie de
trois cens piéces de Canon , de foixante
Mortiers , & de cinq cens Mortiers à
main ; & l'on conftruit , tant ſur le Wolga
, que fur d'autres Rivieres , plus de
cinq cens Bâtimens de tranfport .
L'aîné du Prince de Heffe - Hombourg
a été fair Lieutenant General des armées
de S. M. Cz.
Outre les quatre nouveaux Régimens
qu'on leve à Petersbourg , le Czar a fait
encore expedier des Commiffions de Colonels
& de Capitaines pour dix autres
Régimens , qu'on doit lever au plutôt
dans la Livonie , & dans les autres Provinces
de fa Domination . On affure qu'il
y a préfentement près de 25000. hommes
affemblés aux environs de Mofcou , qui
n'attendent que les derniers ordres pour
fe rendre vers Aftracan.
I. vol.
Suede.
DE DECEMBRE 1723.1219
Suede.
Le 27. Octobreun Heraut annonça ,
fuivant la coûtume , au fon des Timbales
& des Trompettes , que les Députés
des Etats du Royaume s'étoient féparés ;
& le 28. les Orateurs de l'Affemblée
allerent prendre congé du Roi , pourretourner
chez eux . Le même jour M.
de Baffewits Miniftre du Duc d'Holftein
, eut une audience particuliere du
Roi , & remercia Sa Majefté du titre
d'Alteffe Royale , qu'elle a accordé à ce
Prince.
On a envoyé des ordres aux Troupes
qui font en quartiers dans les Provinces,
de fe joindre aux Habitans , & de les
aider à détruire les voleurs de grands
chemins .
La Commiffion établie par les Etats
du Royaume , pour achever de régler les
Affaires qui n'ont pû l'être avant la féparation
de la Diete , doit faire publier
la réfolution prife en faveur des Prétendus
Reformés , qui , nonobftant les oppofitions
du Clergé , pourront à l'avenir
faire l'exercice de leur Religion en
Suede dans des maifons particulieres ,
& entretenir des Miniftres à leurs dépens
.
1. vol. Allemagne
.
122000 LE MERCURE
-
Allemagne.
On a envoyé un grand nombre de
Potteurs de Chaifes dans les plus mauvais
chemins de la route de Prague à
Vienne , afin que l'Impératrice puiffe les
paffer plus commodément qu'en caroffe.
Le 6. Novembre il s'éleva un vent fi
violent à Vienne , que, plufieurs maifons
des environs de la Ville en furent abat
tuës , & les arbres déracinés dans les
campagnes.
Le même jour leurs Majeftés Impériales
partirent de Prague pour retourner
à Vienne. Elles s'étoient rendues à.
Branderi pour y prendre le divertiffement
de la chaffe , jufqu'au 8. qu'elles
ont continué leur voyage . Tous les Seigneurs
qui ont des Terres fur la route ,
s'efforcent à l'envi de leur marquer leur
zele par des receptions magnifiques &
des divertiffemens convenables à la faifon
.
Le 17. Novembre l'ouverture de la
Diete des Etats de la Balfe Autriche , ſefit
dans la Salle de leur Maifon provinciale
, où les Prélats , les Nobles & les
Députés des Villes s'étant affemblez ,
députerent vers les Commiffaires , que
I'Empereur a nommé pour affilter aux-
1. vel
Affemblécs
DE DECEMBRE 1713 1221
N
"
Affemblées pendant fon , abfence . Ces
Commiffaires qui font le Comte de Khenenhuler,
Grand Chambellan héréditai-.
re de Carinthie , Confeiller d'Etat ordi-.
naire de l'Empereur , & fon Lieutenant
dans la Baffe. Autriche , le Baron de Lanfpreil
, Vice Préfident du Confeil Aalique;
& M. George - Frideric de Slhich
Vice- Chancelier du Confeil de Regence
, furent reçus à l'entrée de la Salle par
le Comte Louis -Thomas - Raimond " de
Harrach , Maréchal Provincial , & Colonel
général de la Baffe- Autriche ; ils,
prirent leurs places , & le Comte de,
Khenenhuler, comme premier Commiffaire
, leur déclara les intentions de fa
Majefté Impériale par un difcours , dont
voici le précis. Il leur repréfentoit que
les grandes dépenfes que l'Empereur
avoit été obligé de faire cette année pour
fon Couronnement en Boheme ; & que
L'obligation où il fe trouvoit de conferver
le même nombre de Troupes que les
années précedentes , ne lui avoit pas encore
permis de foulager fes Sujets des
Pays héréditaires ; que n'ayant que les
contributions annuelles de fes Etats pour
tout fonds de l'entretien des Milices , il
efperoit que la Diete récevroit les demandes
de Sa Majesté Impériale , avee
la foumiffion qui avoit paru dans les Dié-
I. vol.
tes
1222 LE MERCURE
tes précedentes. Il en remit le Mémoire
entre les mains du Maréchal du Pays ,
qui le remercia au nom de l'Affemblée ,
après quoi les Commiffaires fe retirerent.
Le Comte d'Erdefdi Evefque de Neutra
, a obtenu la Charge de grand Chancelier
du Royaume de Hongrie ..
Le Comte d'Efterhafi Evêque de Velprin
a obtenu celle de Vice - Chancelier .
M. de Blumengen a été nommé par
P'Empereur pour aller affifter en fon
nom à l'Election d'un Coadjuteur de
de l'Evêque de Liege.
Les Etats de Silefie affemblés pour la
premiere fois à Berlin le 11. Novembre,
ont tenu leur Diete ; le Don gratuit demandé
par l'Empereur étoit d'un mil .
lion trois cens trente-trois mille trois
cens florins ; fans compter une fomme de
deux cens feize mille fix cens foixantefix
Florins , demandée par contribution
extraordinaire , pour les frais des Ambaffades
dans les Pays étrangers ; &
trente mille Florins pour les frais des
fortifications .
On mande de Berlin , que le Roi de
Prufle a confenti de reftituer les revenus
féqueftrés du Cloître d'Hamerfleben
, pour faciliter l'accommodement
des differends de Religion qui durent
I. vol.
depuis
DE DECEMBRE 1723. 01223
depuis fi long- tems dans l'Empire. On
écrit de Varlovie , que lés Sénateurs y
arrivent de jour en jour pour affifter au
grand Confeil qui doit fe tenir dans cette
Ville le 16. Novembre. Les Députés
& les Nonces des autres Palatinats doivent
tenir le même jour de femblables
Confeils dans les Villes indiquées pour
leurs Affemblées.
Le 23. du mois dernier, vers les quatre
heures du foir, leurs Majeftez Impériales
arriverent à Vienne , où elles continueront
leur réfidence pendant tout
l'hyver. Le 29. veille de la Fête de Saint
André , Patron de l'Ordre de la Toifon
d'Or ; & le 30. jour de la Fête , l'Empereur
fe rendit à l'Eglife des Auguftins
Déchauffez , où il tint Chapelle , après
quoi il dîna en public dans la Salle des
Miroirs.
Grande Bretagne.
On mande de Dublin, que le 30. Oc:
tobre les Communes du Parlement d'Ir.
lande réfolurent unanimement d'accorder
au Roi une fomme de 339368. liv . 6. f.
6. den. fterling pour le fubfide de l'année
prochaine ; & celle de 1380. livres
fterling pour les appointemens des bons
Officiers de la Chambre pendant la pré--
fente Seance.
I. vol.
Le
1224 LE MERCURE
Le Parlement qui devoit s'y affembler
le 29. Novembre , a été prorogé le 25.
du même mois jufqu'au 21. Décembre.
Hagb- abdelcades - Peref- Amiral du
Roi de Maroc , & fon Ambaffadeur en
cette Cour , arriva de Portſmouth à
Londres avec les préfens dont il eft chargé
pour la Majefté Britanique. Les Catholiques
, tant d'Angleterre que d'Irlande
, ont écrit aux Puiffances de leur
Communion , pour les prier d'employer
leurs bons offices auprès du Roi , afin
qu'il lui plaife de faire fupprimer l'Acte
qui a été paflé depuis peu dans le Parle
ment d'Irlande , contre l'accroiffement
de leur Religion , parce qu'il contient
des claufes contraires à la Capitulation
de Limmerick.
L'Evêque d'Exeter a été nommé
Grand Aumônier du Roi , à la place du
feu Evêque de Wincheſter. ,
Hollande & Pays -Bas ...
Les Etats Generaux ont envoyé à
Vienne un nouveau compte des dépenfes
qu'ils ont faites pendant la derniere
guerre pour l'entretien des Troupes de
L'Etat qui étoient en Catalogne au fervice
de l'Empereur. Ils ont auffi chargé
leur Miniftre à la Cour de fa Majeſte
Impériale , de folliciter le payement des
I. vol.
interêts
DE DECEMBRE 123. 1225
1
interefts des fommes , qu'elle a fait négocier
ici fous le cautionnement de la
République ; & de demander que l'Empereur
réïtere fes bons offices pour obtenir
le plutôt qu'il fera poffible , la liberté
de Religion pour les Calviniftes du Palatinat.
On débite ici que les Etats Généraux
font dans la difpofition de défendre à
heurs Sujets des Sept Provinces , de faire
aucun prêt à l'empereur ; & on affure
que le Penfionnaire Hornbeck a déja
prévenu fur ce fujet les plus riches Banquiers.
Le 12. Novembre le Gouverneur d'Oftende
fit arrêter à la pointe du jou à
bord d'un vaquébot , le nommé Henry
Walsh, beaufrere du Capitaine Edouard
Buck, auquel quelques Marchands de la
même Ville avoient donné le commande.
ment d'un de leurs Vaiffeaux , il y a environ
dix- huit mois, & qui s'eft fait Pirate,
après avoir affaffiné le fieur Gregory , le
fieur Ranella , frere du feu Chevalier
Richard Ranella , & un neveu du fieur
Thomas Roy, tous intereffés à la carguaifon
de ce Bâtiment , dont on n'a point
eu de nouvelle depuis ce tems.
Le 19. Novembre M. le Marquis de
Prié , remit aux Directeurs de la nouvelle
I. vel.
Compagnic
1216
LE MERCURE
Compagnie de Commerce des Pays Bas ,
POctroi qui leur a été accordé par l'Empereur
avec les changemens qu'on y a
faits depuis peu.
L'Empereur a accordé à quelques Liegeois
un octroi pour rendre la Riviere
de Gate navigable depuis Dieft jufqu'à
Sontlew ; mais les Etats Généraux ont
formé leur oppofition parce que ce Privilege
n'eft avantageux qu'à ceux qui
l'ont obtenu.
Espagne.
Le bruit court à Madrid que le Roi
a figné un Decret , qui ordonne l'execution
de la Bulle que le Cardinal Bel-
Juga apportée de Rome pour la Refor-
1mation du Clergé
Don Antonio Manfa a été nommé
Gouverneur du nouveau Royaume de
Grenade , & Prefident de l'Audiance de
Santafé , la Viceroyauté de ce Royau- ..
me étant abolic .
Don Antonio Santader a obtenu la .
Charge de Gouverneur & Capitaine
General de Cartagene , dans les Indes-
Orientales .
Le Major General Cuendila , frere du
Comte d'Armendaris , nouveau Viceroy
du Perou , a été fait Gouverneur General
de Lima.
1. vol.
Le
DE DECEMBRE 1723. 12 7
Le 17. de l'autre mois on fir à Madrid
une feconde Publication de l'Ordonnance
du Roi , qui défend l'ufage
des dorures , tant fur les habits qu'aux
caroffes , & autres équipages : les Ornemens
d'Eglife font exceptés de cette défenfe
generale , qui permet cependant
l'ufage des boutons d'or & d'argent d'or
févrerie.
Le Roi a donné le Gouvernement &
la Charge de Capitaine General de la
Province de Guipufcoa au Marquis de
Mirabel.
Don Ant. Santader n'ayant pas accepté
le Gouvernement de la Ville &
Province de Carthagene que le Roi lui
avoit donné. S. M. C. a nommé le Maréchal
de Camp Don Louis de Apoute
pour le remplacer ; & le Lieutenant
Colonel Don Jofeph - Antoine Yfafi a été
nommé Gouverneur & Capitaine Géneral
de l'Ile de S. Jean de Porto Ricco,
Portugal.
Il est entré dans le Port de Lisbonne
plufieurs Vaiffeaux Marchands de la
Compagnie Orientale de Triefte , Port
appartenant à l'Empereur dans la Mer
Adriatique. Ils ont apporté dans le Pays
diverfes fortes de Marchandiſes dont ils
efperent un heureux debit.
I. vol.
Les
1228 LE MERCURE
Les deux Bâtimens Anglois qu'un Corfaire
de Salé avoit pris à la fin de Septembre
, & qu'il avoit conduit à la Rache
, ont été relâchez par ordre du Roi
de Maroc , qui a déclaré qu'il ne vouloit
point donner d'atteinte au dernier Traité
conclu entre lui & le Roi de la Grande
Bretagne ; on croit que le Corfaire
qui a fait cette priſe a été étranglé à
Miquénez.
3.1 .
Le Octobre la Reine reçut pour la
premiere fois les Complimens des Dames
de la Cour fur fon heureufe délivrance ,
& fur le rétabliffement de fa fanté. La
Reine Douairiere d'Efpagne , qui a été.
priée d'être la Maraine du dernier Infant
dont la Reine eft accouchée , a choifi
l'Infante de Portugal pour le tenir en
fon nom .
Le Gentilhomme qui eft venu de Vienne
à Liſbonne pour négocier l'accommodement
de l'Infant Don Emmanuel , n'a
pas encore pû obtenir l'Audience qu'il
follicitoit depuis près de trois femaines.
Italie.
Le Cardinal Pamphile Archiprêtre de
l'Eglife de S. Jean de Latran à Rome , y
a fait venir le Sieur Matio Bernardi Architecte
de Nettune pour modeler le
Portail de certe Eglife fur l'ancien def-
1. vol.
fein
DE DECEMBRE 1723 1229
fein du fameux Boromini. Sa Sainteté
a fouhaité que ce Modele avant d'être
execute foit expofé aux regards & à la
cenfure des Connoiffeurs .
Le bruit court que le Cardinal Marini
eft difpofé à remettre le Chapeau pour :
fe marier , parce qu'il eft le dernier de
fa Famille , le Marquis Marini fon frere
n'ayant point d'enfans.
Le jour de la Fête de tous les Saints.
les Ecclefiaftiques des differens Ordres
de la Prélature ne fe trouverent ni aux
premieres Vêpres, ni le lendemain à l'Office
célebrée pontificalement par le Cardinal
Paulucci Vicaire. Sa Sainteté a
donné ordre à M. Doria , Maître de la
Chambre , de les avertir d'affifter dorénavant
à toutes les Chapelles Pontificales
, à peine de perdre leurs Charges.
La famille Paulucci fe trouvant fans
fucceffeurs , le Cardinal de ce nom , a
nommé pour fon heritier , Don Côme
Merlini , qui a pris le titre de Marquis
Paulucci , & qui doit époufer dans
quelques jours Dona Lucrece Calcagnini
, originaire de Ferrare , & niéce
de M. Calcagnini Auditeur de Rote .
Le Pape a donné ordre à M. Altieri Infpecteur
general des grands chemins , de
les faire réparer pour la commodité des
Voyageurs & des Pelerins , que les cére,
1. νοί.
H monies
1230
LE MERCURE
monies de l'ouverture de la Porte -Sainte
, qui fe feront aux Fêtes de Noël de
l'année prochaine , attireront à Rome.
On dit que le Cardinal Salerno a obtenu
du Roi de Pologne qu'on envoyeroit
un Miniftre à Sa Sainteté.
On apprend de Turin que le Sénat
de Piémont , qui étoit autrefois compofé
de vingt Sénateurs , a été réduit à douze.
Le Roi de Sardaigne a fait auffi
quelque changement dans le Sénat de
Savoye.
Le 12. Novembre le jeune Comte de
Soiffons , fils du Prince Emanuel de Savoye
, arriva de Vienne à Turin pour y
faire fes Etudes . On lui a donné pour
Gouverneur le Marquis de Cavatato
Capitaine de Cav alerie , à qui le Roi de
Sardaigne a donné un Brevet de Lieutenant
Colonel & le titre de Gentilhomme
de fa Chambre.
Le bruit court à Venife qu'on va rouvrir
le paffage pour l'entrée des beftiaux
dont le commerce a été interrompu tant
avec le Tirol qu'avec d'autres Provinces
voifines.
On mande de Naples qu'on avoit enlevé
une grande quantité de poudres &
de munitions dans le Magafin du Château
S. Elme , fans qu'on ait pû encore
découvrir les véritables auteurs de ce
I. vol.
vol.
DE DECEMBRE 1723. 1231
vol . Sur le foupçon on a arrêté pluſieurs
perfonnes ; un Munitionaire , apparemment
coupable , s'eft pendu dans la prifon
le 6. Novembre.
"
M. Alemani a été nommé par le Pape
à la Nonciature de Naples .
L'Ambaffadeur de Portugal eut fur la
fin du mois dernier audience du Pape ,
auquel on affure qu'il déclara que S. M..
P. ne cefferoit point de faire des inftances
pour obtenir le Chapeau qu'elle de- :
mande en faveur de M. Biechi Nonce à
Lifbonne , & que s'il n'étoit pas compris
dans la première Promotion de Cardi- ›
naux , elle prendroit ce refus comme un
affront dont elle pourroit dans la fuite
témoigner fon reffentiment .
On a publié au College de Propagan.:
da Fide , que l'Empereur de la Chine
étoit mort .
Abbaaaad : h : h: hhhhhha
MORTS,BAPTESMES ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
E Lord Georges Neville , Baron d'Abergavenny,
premier Baron d'Angletorre,
eft mort à Londres de la petite vérole
dans fa vingt - cinquième année . Il
avoit épousé au mois de Mars dernier N.
وج
1. vol.
Hij
fille
12321 LE MERCURE
fille aînée du Colonel Thornicroft.
Don François de Ozio Salafar , Confeiller
au Confeil d'Etat du Roi d'Eſpagne
& à celui de fes Finances , cft mort
a Madrid dans fa foixante & quinziéme
année.
Le Chevalier de Montaguë , Lord-
Chef Baron de l'Echiquier , eft mort à
Londres depuis peu.
. Donna Violante -Marie - Antoinette de-
Portugal , Epoufe de Don Louis de Almeda
, Maître de la Chambre du Roi
de Portugal , eft accouchée à Liſbonned'un
fils le 12. Octobre.
Don Camille Borghefe , fils du Prince
de ce nom , a époufé Donna Agnés Colonne
, fille du feu Connétable Colonne
; la céreinonie de leur mariage s'eft
faire à Lorette le 4. Novembre par le
Cardinal Scotti.
Le Pere Jofeph Dias de Moura , Bé.
neficier de l'Eglife Paroiffiale de S. Barthelemi
, mourut le 6. du mois dernier
à Lisbonne âgé de 112. ans.
Charles -Louis, Comte de Naffau - Saarbruck
, eft mort à Idftein le 6. de ce
mais âgé d'environ 48. ans.
M. Edouard Worsley , de Gatcomb
dans l'Ile de Wight , mourut à Londres :
le 9. de ce mois , âgé de 87. ans . Il étoit ..
1. vola
fils
DE DECEMBRE 1723. 1283
fils du Chevalier de ce nom , qui avoit
été fait Chevalier par le Roi d'Angleterre
Charles II. pour avoir voulu aider à
faire fauver le Roi Charles I. lorfqu'il
étoit prifonnier dans le Château de Carifbrook
, & oncle du Colonel Worley,
Gouverneur de l'Ifle des Barbades.
JOURNAL
DE VERSAILLES ET DE PARIS.
N travaille fortement à rebâtir la
ville de Rennes . Le 18. Novembre
M. l'Intendant pofa la premiere Pierne
du premier bâtiment au fon des Trompetes
& Tymbales . Il fe fervit d'un
Marteau & d'une truelle d'argent , avec
un tablier de velours gris , dont la Ville
lui avoit fait prefent pour paroître à cet-
'te cérémonie , fi intereffante pour tous
fes Citoyens .
Le 21. Novembre le Roi entendit
dans la Chapelle du Château de Verfailles,
la Meffe chantée par la Mufique . L'Evêque
de Sifteron y prêta le Serinent de
fidélité entre les mains de Sa Majesté.
La nouvelle Ordonnance du Roi , qui
a défendu tous les Jeux de hazard , même
dans les Maifons Royales , s'execute
* 1. vol. Hiij . avec
1234
LE MERCURE
avec une jufte févérité , & plufieurs
Banquiers & Pharaon , expulfés de Pades
ordres fuperieurs , font allez
exercer leurs talens fur la frontiere. ris
par
Le 12. Décembre , troifiéme Dimanche
de l'Avent , le Roi entendit dans la
Chapelle du Château de Verſailles , La
Meffe chantée par fa Mufique , & l'après
midi Sa Majefté affifta au Sermon
de l'Abbé Couturier , Chanoine de l'Eglife
de Saint Germain l'Auxerrois .
Le Prince d'Auvergne , l'Archevêque
de Vienne , & le Prince Frideric font
partis pour Liege , où ils doivent affiſter
à l'Election de l'Evêque , ayant droit
d'y donner leurs voix .
Le s . Décembre M. le Comte de
Toulouze , après en avoir demandé l'agrément
au Roi , déclara fon mariage
avec Madame la Marquife de Gondrin ,
fille de feu le Maréchal de Noailles . Le
lendemain elle fut prefentée au Roi par
Madame la Princeffe de Conti , premiere
Douairiere ; & les jours fuivans M. le
Comte & Madame la Comteffe de Toulouze
reçurent les complimens de toute
la Cour.
M. Millain Secretaire des commandemens
de M. le Duc , a préfentement la
feüille des Benefices .
Le Marquis de Simiane , premier Gen-
I. vol .
tilhomme
DE DECEMBRE 1723. 1235
tilhomme de la Chambre de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , eft parti pour
reporter au Roi d'Efpagne l'Ordre de la
Toifon d'Or , dont fa Majefté Catholique
avoit honoré fon Alteffe Royale .
Le Roi a donné à M. le Duc de Tref
mes , premier Gentilhomme de fa Chambre
, l'appartement qu'occupoit au Château
de Versailles , feu M. le Premier .
On dit qu'une Compagnie a propofé
de Nouvelles Voitures à Paris , à la place
des Fiacres ; & qu'on établira 5oo.
Caroffes uniformes , garnis de glaces , &
attelés de bons chevaux ; avec des Cochers
habillés de rouge , qui porterono
une marque qui puifle les faire recontre
lorfqu'ils feront infolens . On ajoute
que ces Caroffes ne resteront point fur
Tes Places , qui peuvent embarraffer la
voye publique , mais dans des remifes ,
& autres endroits les plus commodes de
Paris.
,
Le 30. de l'autre mois l'Envoyé de Danemark
prefenta au Roi les vingt- huic
Oyfeaux de Proye , que le Roi de Dane
mark envoye tous les ans à Sa Majesté.
On a eu avis de la Rochelle , que le
22. Octobre dernier , M. Bureau de Lat
tofas , Chevalier de Saint Jacques de
l'Epée , Conful pour le Roy de Portugal
, à la Rochelle , Nantes, & Bordeaux,
Ι. υρί.
Hiiij avoit
22136 LE MERCURE
avoit donné une magnifique fête à l'oc
cafion de la naiffance du dernier Infant
de Portugal .
Les Dames de la Cour ont pris depuis
peu une mode d'Efpagne très - falutaire
contre le froid ; elles portent des efpeces
de fichus à quatre pointes qui leur couvrent
les épaules & la gorge. Les mitaines
fourrées font preſque
généralement
établies , & on ne voit plus guéres de
manchons aux femmes.
Le 27. de l'autre mois , le Duc d'Antin
, Sur- Intendant des Bâtimens , fir
planter les Arbres du Cours-la- Reine
en fa préfence. Il fit la cérémonie de
planter lui-même le premier , & attendit
que tous les autres faffent plantés, ce
qui fut executé en trois heures de tems.
La Compagnie des Indes a fait afficher
enfuite d'une délibération , qu'on
payera le Divident de chaque Action à
150. livres pour l'année 1723, dès le premier
jour de 1724 . kol
Le 20. de ce mois , les Députés des
Corps de la Ville de Chartres eurent
l'honneur de faire leur compliment à
Madame la Ducheffe d'Orleans , & à
M. le Duc de Chartres fur la mort de
Monfieur le Duc d'Orleans , préfentés
par M. le Garde des Sceaux , Gouverneur
de Chartres.
1. vol.
L'Ordre
DE DECEMBRE 1723. 1237
L'Ordre Royal , Militaire & Hofpiralier
de Notre- Dame du Mont Carmel
& de S. Lazare de Jérufalem , a fait célebrer
Jeudi 23. Décembre un Service
folemnel en fon Fglife de S. Jacques de
l'Hôpital pour Monfieur le Duc d'Orleans.
L'Eglife étoit entierement tenduë
, les vûës bouchées , & on ne s'y
voyoit qu'à la faveur des lumieres qui
étoient en grand nombre. La tenture
étoit relevée par le velours chargé d'Ecuffons
& de grandes Armoiries par in
tervale , avec un Lit de Parade fous le
quel étoit un Poële herminé , & au deffus
la Couronne du Prince . Les Chevaliers
de l'Ordre étoient en habit de cé
remonie. Plufieurs autres Perfonnes de
diftinction sy font trouvées.
Le 24. de ce mois , veille de Noël , le
Roi revêtu du grand Colier de l'Ordre
du S. Efprit , entendit la Melle dans la
Chapelle du Château de Verfailles , &
communia par les mains du Cardinal de
Rohan , Grand- Aumônier de France.
S. M. entendit enfuite une ſeconde Meffe
, après laquelle elle toucha un grand
nombre de Malades.
Le jour de Noël , le Roi , qui avoit
entendu les trois Meffes de minuit , affi
Ata à la grande Meffe célebrée pontificalement
par l'Evêque de Châlons , &
I vol.
Hvchantée
1238 LE MERCURE
chantée par la Mufique. L'après midi
S.M.entendit le Sermon de l'Abbé Couturier
, Chanoine de S. Germain de
l'Auxerrois , & enfuite les Vêpres où le
même Prélat officia.
Le 23. le Roi déclara que le Duc de
Chartres feroit appellé le Duc d'Orleans.
Le 27. M. l'Abbé Piar & M. Clement
eurent l'honneur de complimenter M. le
Duc d'Orleans fur la mort de Monfieur
le Duc d'Orleans fon Pere , au nom de
la Principauté de Joinville qui lui appartient.
M. de Voltaire , par une génerofité
auffi noble que rare , obtint fur la fin du
mois dernier , de Monfieur le Duc d'Orleans,
que la moitié de fa Penfion de deux
mille livres , que le Roi lui avoit accordée
, feroit mife fur la tête de M. Thiriot
fon ami .
Le Public fera peut- être bien aife d'apprendre
que le Jus de Regliffe, & de Guimauve
blanc , pour le Rhume & la Pituite
, fe vend chez la veuve Defmoulins ,
ruë d'Anjou à l'Hôtel Dauphin à Paris.
1. vol.
Morts
DE DECEMBRE 1723. 1239
kunu:nununu hunanunu panununu
Morts & Mariages .
M. Maurice , Marquis de S. Juft ,
Brigadier
Brigadier des Armées du Roi ,
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur
de la Citadelle de Valencienne
y eft mort le 4. Novembre dernier , âgé
de cent & un an. C'étoit le plus ancien
Officier du Royaume , ayant commencé
à fervir fous Louis XIII.
Le Marquis de S. Juft , fon fils , étoit
Capitaine dans le Régiment du Roi lorfqu'il
fut tué au combat d'Oudenarde le
11. Juillet 1708. M. de S. Juft qui
vient de mourir ne laiffe qu'une fille unique
qui eft Chanoineffe de Remiremond ,
& qui a tout l'efprit & tout le merite
poffible. M. Defclavelles , Brigadier des
Armées du Roi , Commandeur de l'Ordre
de S. Louis , ci-devant Lieutenant-
Colonel du Regiment du Roi , a remplacé
M. de S. Juft au Gouvernement
de la Citadelle de Valencienne..
Le premier de ce mois , Jacques- Louis
de Beringhen , Premier Ecuyer du Roi ,
Maréchal de Camp de fes Armées , Gouverneur
de la Citadelle S. Nicolas & du
Fort S. Jean de Marſeille , eſt mort âgé
de 43. ans..
I. vol.
Hvj
Le
1240 LE MERCURE
Le 2. Loüife- Antoinette- Therefe de
la Châtre , Dame du Palais de la feuë
Reine , & veuve de Louis de Crevan , Duc
d'Humieres , Pair & Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du Roi , Gou .
verneur de la Flandres & du Hainault ,
Grand- Maître & Capitaine General de
P'Artillerie , eft morte à Paris âgée d'environ
88. ans.
M. de Novion petit- fils de M. le Premier
Prefident doit époufer Mademoifelle
de Lamoignon , fille de M. de Lamoignon
de Blanemenil , ci - devant Avocat
General , & aujourd'hui Fréfident à
Mortier du Parlement.
M. François - Jofeph d'Hernoton
Maître des Requêtes Honoraire , Baron
de l'ancienne Baronie de Pont , Seigneur
de Langonet , Trevilly , & c. eft mort à
Paris le 13. de ce mois , âgé de 84. ans.
Dame Marie- Claude Solages de Robal
, épouse de M. Jules de la Planche
de Martieres , Chevalier Baron de Balinvilliers
& de Courci , Seigneur de
Confonville , Viabon & Mervilliers , eft
morte le 20. de ce mois , âgée d'environ
5o. ans.
Dame- Jeanne- Agnés- Therefe de Pocholles
Duhamel , époufe de M. Louis de
Moucher , Comte de Monforeau , Lieutenant
General des Armées du Roi , Pre-
1. vol.
voft
DE DECEMBRE 1723. 1240
voft de l'Hôtel de S. M. & Grand Prevoft
de France , mourut à Paris le 28.
de ce mois.
::: 咳
CHARGES DONNE'es,
Emplois , Récompenfes .
LE
la
E 3o. de l'autre mois Sa Majefté ac
corda le Gouvernement de la Citadelle
de Valenciennes , vacant par
mort de M. de Saint Juft , à M. Defclavelles
, Lieutenant Colonel du Regimeat
du Roy Infanterie ; & fa Lieute
nance Colonnelle , au Chevalier de Cre
vecoeur , frere du Marquis de ce nom.
Le 4. de ce mois le Maréchal de Vilfars
fur admis par le Roi dans fon Confeil
d'Etat. Sa Majefté lui a donné le
Gouvernement de la Citadelle Saint Ni
colas , & du Fort Saint Jean de Marfeille
, vacans par la mort du Marquis de
Beringhen .
Le6. Jean- Baptifte - Joachim Colbert,
Marquis de Croiffi , filsde Jean- Baptifte
Colbert , Chevalier , Marquis de Torci,
Croiffi , & c. & de Dame Catherine Félicité
Arnauld de Pomponne, prêta Serment
de fidelité entre les mains du Roi , pour
la Charge de Capitaine des Gardes de
la Porte. Il étoit accompagné du Mar
I, vol.
quis
1242 LE MERCURE
quis de Torci fon Pere , & des Marquis
du Pleffis Châtillon , & Dancefezune .
Caderouffe , fes beaux -freres. Sa Majeſté
·
lui a accordé un Brevet d'affurance de
300000. livres fur cette Charge..
Nous nous difpenfons d'inftruire nos
Lecteurs fur l'ancienneté & les Prérogatives
de cette Charge ; & nous les renyoyons
à ce qui en a été dit depuis peu
dans une nouvelle Defcription de la
France , t. 1. page 125. fuivie d'un Mémoire,
& d'une Lettre fur la même matiére
, qui ont été inférés dans les Mercures
du mois de May , & d'Août
1721.
M. Paris de Montmartel a obtenu
l'agrément de la Charge de Garde du
Trélor Royal , fur la démillion de M.
Paris , fon frere aîné .
Des 20000. livres de Penfion qu'avoit
la Maréchale d'Humiées , le Roi en a
donné 8500. liv. au Marquis d'Eftampes
Capitaine des Gardes de feu Monfieur le
Duc d'Orleans ; 4000. livres à la Marqui
fe d'Heudicour , pareille fomme , à la
Comtefle d'Hautefort , & au Comte de
Midelbourg , petit- fils , & petite fille de
cette Maréchale.
Le Roi a nommé Premier Préfident
du Parlement de Paris M. André Potier
Marquis de Grignon , Seigneur de No-
1. vol.
vion,
DE
DECEMBRE 1723. 1243
vion , Preſident à Mortier depuis le 23
Novembre 1689. S. M. en confervant fa
Charge de Prefident à Mortier à M.
de Novion fon petit- fils , qui eft encore
mineur , a accordé l'agrément de l'exercice
de cette Charge à M. de Lamoignon
de Blancmenil , Avocat Général
du Parlement.
M. de Novion fut marié à Anne Berthelot
, morte au mois de Février 1697.
fille de François Berthelot , Secretaire
du Roi , & des Commandemens de
Made. la Dauphine , & d'Anne Renault,
dont il eut entr'autres enfans , Nicolas
Potier de Novion , Seigneur de Courances
, de Dannemiret , & de Poinville ,
Confeiller au Parlement , où il fut reçu
le 22. Mai 1715. & qui fut marié le 11.
Décembre 1708. à N. Gallard fa coufi-
> fille de François- Galliot Gallard
Seigneur de Courances , &c. & de Catherine
Auzanet .
Le nouveau Premier Prefident eft fils
d'André Potier II. du nom , Prefident
au Parlement , reçu le 2. Janvier 1674.
en furvivance de fon Pere , & de Catherine
Calon de Bercy ; mais il mourut
en 1675. avant fon Pere Nicolas Potier ,
Marquis de Grignon , & Seigneur de
Novion , Premier Prefident au Parlement,
Greffier & Commandeur des Or-
鼎
Deja I. vel.
dies
1244. LE MERCURE
dres du Roi , mort le 1. Septembre 1693 .
& qui avoit époufé Catherine Gallard
de Courances. Celui - ci avoit pour Pere
André Potier , Seigneur de Novion ,
Prefident au Parlement , reçu le 2. Juillet
1616. & mort en 1645. qui étoit fils de
Nicolas Potier , Seigneur de Blancmenil
, Prefident au Parlement , reçu le 23.
Septembre 1585. & decedé le 1. Juin
1634. & d'Ifabeau Baillet , fille de René
Baillet , Seigneur de Seaux , de Tref
mes , & de Silly , Prefident au Parle
ment ; & d'Ifabeau Guillart. Ce Prefident
de Blancmenil eut pour frere puifné
I cuis Potier , Seigneur de Gefvres ,
Secretaire d'Etat , qui époufa fa belle
foeur , fille puifnée du Preficent Bailler,
& herita par elle des Terres de Seaux
Trelmes , &c. C'eft le Bifayeul de M.
le Duc de Trefmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur de Paris
, Coufin au quatrième degré du Pere
deM.le Premier Prefident d'aujourd'hui;
il prêta Serment de fidelité pour cette
importante Charge le 15.de ce mois .
>
La Charge d'Avocát General du Parlement
, qu'avoit M. de Blanemenil ,
a été donnée à M. Talon Confeiler au
Parlement ; & M. Molé , fils du feu Prefident
à Mortier , a été fait Confe ller
à la Place de M. Talon. Le nouvel Avo
I. vol. cat
DE DECEMBRE 1723. 1245
4
cat General eft petit fils de Denis Talon ,
Avocat General du Parlement ; & enfuite
Prefident à Mortier , mort le 2. Mars
1698. & arrier petit fils d'Omer Talon ,
qui a exercé avec une grande reputation,
pendant 22. ans , la Charge d'Avocat
General du Parlement , dans laquelle il
avoit fuccède à Jacques Talon fon frere
aîné.
Le Roi a nommé le Maréchal de Teffé
pour aller en Efpagne , & Sa Majefté lui
a donné en même tems la Charge de Premier
Efcuyer de l'Infante Reine.
Le 18. de ce mois , M. de Novion Premier
Prefident , M. de Lamoignon de'
Blancmenil , nouveau Prefident à Mortier
, M. Talon qui fuccede à ce dernier
dans fa Charge d'Avocat General
furent reçus au Parlement , & M. de
Novion prefida le lendemain pour la
premiere fois,
وا
1.Vol.
EDITS,
1264
LE MERCURE
aikaikaikaikaikaikaikakakakakak ÷ jk№
EDITS , DECLARATIONS ,
A
ARRESTS , &c.
RREST du 5. Septembre. Portant Reglement
pour la Vente & Commerce en gros
de la Marchandiſe de Saline à Paris.
ARREST du 13. Septembre . Portant que
dans deux mois les Fermiers & Sous-Fermiers
des Droits de Controlle des Actes , Petits-
Sceaux , Infinuations Laïques & Centiéme denier
, dont les Baux font expirez ,
feront tenus
de remettre à Pierre Deftabeau à prefent Fermier
, les Originaux des demandes , contraintes ,
& autres diligences faites contre les Redevables
defdits Droits ; pour être les pourfuites conti
nuées par les Commis dudit Deftabeau ; Qu'après
ledit délai de deux mois , les diligences qui
n'auront pas été remiſes , feront nulles , & les
Droits appartiendront à Deftabeau : Et que jufqu'à
ce il fera furfis à toutes pourfuites de la
part des anciens Fermiers contre tous les Redevables
.
ARREST du 30. Août 1723. & Lettres
Patentes fur icelui , données à Verfailles le 27.
Septembre 1713. Portant confirmation des Privileges
du Seigneur & des Habitans de la Seigneurie
d'Yvetot & Reglement pour empêcher
les fraudes des Droits d'Aydes fur les Vins ,
Eaux de Vie & autres Boiffons qui entrent &
fe confomment dans ladite Seigneurie ; Et per-
•
I. vol. mettent
DE
DECEMBRE 1723. 1247
mettent au Fermier d'établir des Bureaux dans
te Bourg d'Yvetot & Dépendances Regiftrées
en la Cour des Aydes de Normandie
le 29.
Octobre fuivant.
ORDONNANCE du Gouverneur &
Capitaine des Chaffes de Vincennes & Dépendances
pour la Capitainerie de Vincennes , fur
ce qui doit y être obſervé , &c.
LETTRES PATENTES. Au fu
jet du Don fait par le Roi à la Ville de Paris,
de l'Ile des Cignes. Données à Verſailles le
27. Septembre 1723. Regiftrées au Parlement le
25. Novembre.
EDIT du Roi donné à Versailles au mois
d'Octobre 1723. enregistré à la Chambre des
Comptes le 18 , Novembre . Portant Etabliffement
d'un Grenier à Sel dans le Bourg d'Herbaut
, Paroiffe de Juffé , Generalité d'Orleans .
Et Création d'Officiers audit Grenier.
LETTRES PATENTES. Qui ordonnent
une Coupe de Bois dans la Forêt de Fontainebleau
pour l'ordinaire 1724.Données àVersailles
le 22. Octobre 1723. Enregistrées au Parlement
le 25 Novembre.
ARREST du 25 Octobre . Portant com
fifcation de Moruës , & condamnation d'amende
contre Gilles Haver & Jacques Havet , Marchands
Voituriers par Eau , de Rouen à Paris ,
pour fauffe déclaration ; & qui ordonne qu'à
l'avenir , les Marchands Voituriers par Eau ,
feront tenus de reprefenter aux Commis de la
Regie des Droits rétablis , toutesfois & quantes
I. vol .
ils
1248 LE MERCURE
ifs en feront requis , les Inventaires & Livres de
Charge dont ils feront Porteurs , des Marchandifes
& Dentées qu'ils amèneront dans leurs
Batteaux pour en faire des verifications fut
leurs déclarations , à peine en cas de refus de
cent livics d'amende .
>
ARREST du même jour. Qui confifque
des Viandes faifies fur plufieurs Particuliers &
Habitans des Paroiffes de Saint Maclou & de
Mortainville , Election de Ponteau- de -Mer, Generalité
de Rouen , qui les avoient étalées devant
l'Eglife de Saint Maelou ; les condamne
chacun en trois cens livres d'amende , pour n'en
avoir pas fait déclaration , & payé les Droits
d'Infpecteurs aux Boucheries , &c.
Leur fait défenfes & à tous autres , d'aller
vendre & débiter leurs viandes hors des lieux de
leurs domiciles , fi ce n'eft aux Marchez des Villes
& Bourgs circonvoifins de leurs demeures.
ARREST du même jour . Qui ordonne la
confifcation de dix- fept pieces d'Eau de Vie ,
évaluées à cinquante & une barriques de vingtfept
veltes chacune , ou la jufte valeur d'icelles,
faifies fur Philippes Charbonneau ; & le condamne
folidairement avec Pierre Jollet , en l'amende
de deux cens livres, pour n'avoir pas payé
les Droits de Courtiers-Jaugeurs desdites Eaux
de Vic.
ARREST du 14. Novembre , Portant que
les Veaux , Geniffes , Taureaux , Bouveaux ,
jeunes Vaches , & Aummailles , feront reputez
Boeufs ou Vaches à l'âge de fix mois ; & comme
tels , payeront les Droits de trois livres ; à
l'Entrée des trente une Villes principales du
1. val. Royaume ,
DE DECEMBRE 1723. 1249
Royaume , & deux livres dans les autres Villes
& Bourgs ; à l'effet de quoi les Bouchers & autres
,feront tenus d'en déclarer l'âge & la qualité
, & en payer les Droits , &c.
ARREST du 15. Novembre . Portant Reglement
pour les Droits de Controlle des nominations
aux Offices , pour la conſervation d'iceux
; fur lesquels il ne doit pas être expedié de
Provifions.
ARREST du même jour. Portant Regle ,
ment pour l'execution de celui du Confeil du
22. Août 1749. concernant les Droits d'Amor
flemens & Francs-Fiefs.
DECLARATION du Roi du 16 Novembre
, enregistrée à la Cour des Aydes le 3.
Decembre , par laquelle il eft dit ce qui fuit..
Ordonnons, voulons & Nous plaît , que les Curez
à portion congruë , enfemble les Curez Décimateurs
qui ne joüiffent que de portions indivifes
des Dixmes de leurs Paroifles , puiffent
prendre à Ferme lefdites Dixmes , ou les autres.
portions indivifes d'icelles , fans que pour raifon
defdites fermes ils foient cenfez faire A &c.
dérogeant à leur Privilege , ni qu'ils puiffent
être impofez à la Taille,
ARREST du 20. Novembre Pour faire,
recevoir les Liquidations au- deffous de mille
livres en acquifition de Rentes perpetuelles,
fur les Tailles jufqu'au premier Janvier 1724.
paffé lequel tems les Certificats de Liquidation
demeureront nuls , avec défenſe de les expofer
dans le Public , fous peine de punition exemplaire,
་
- 1. vol. ARREST
1250 LE MERCURE
ARREST du même jour. Qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1724. le délai porté
par celui du 29 Septembre 1723. pour placer
les Billets d'Emprunt de la Compagnie des Indes
dans le debouché indiqué par ledit Arrêt ,
paflé lequel tems ils demeureront nuls .
ORDONNANCE du Roy du 23 Novembre.
Qui défend à toutes Perfonnes de quelque qua- ,
lité, dignité & condition qu'elles foient , de tenir
aucune Academie ou Aſſemblée de jeu , dans
quelques Hotels ou Maifons que cê purfle être,
même dans lesMaifons Royales , ny de jouer aux
Dez à la Baffette , au Pharaon & c. & autres Jour
femblables , fous quelque pretexte que ce foit :
Et qui enjoint aux Proprietaires des Maiſons où
l'on jouera, d'en faire à l'inftant leurs déclarations
par écrit, à l'un desCommiffaires duQuartier
, lefquelles feront fournies dans vingt quatre.
heures à Monfieur le Lieutenant General de Police
& c.
ARREST du 23 Novembre pour faire payer
à l'avenir les arrerages des Rentes perpetuelles
fur les Tailles , dans le courant des fix premiers
mois de l'année d'aprés leur échéance , fans que
fous autre prétexte cet Ordre puiffe être changé.
ARREST du 30 Novembre. Qui ordonne
que la fignature des quatre Commiffaires du
nombre des fept nommez par Lettres Patentes.
du 9 Aouft pour paffer les Contrats de Conftirution
des Rentes viageres fur les Tailles , fera
fuffifante , & que les Contrats vaudront comme
s'ils étoient fignés defdits fept Commiffaires.
ARREST du même jour. Pour faire remet-
1. vol.
tre
DE
DECEMBRE 1723. 1251
tre dans les Magafins de la Compagnie des Indes
,fous deux clefs , les Cafez que les particuliers
ont déclaré avoir en leur poffeffion au premier
Novembre 1723 .
I ARREST du 1 Decembre. Qui ordonne que
les Quittances pour Rentes , & Quittances de
Finance portant intereft au Denier Cinquante ,
feront regiſtrées au Controlle General des Fibances
encore que les fix mois de leur datte
foient expirez ; A la charge qu'elles feront controllées
dans trois mois à compter de la datte de
l'Aireft.
ARREST du 7 Decembre Portant diminution
des Droits qui fe perçoivent aux Entrées de
la Ville de Paris fur les Foins , Avoines , Grains
& Grenailles, Fromages & Beures frais ; falez &
fondus.
ARREST du même jour . Qui accorde aux
Beneficiers un délai d'une année pour fournit
aux Chambres des Comptes les declarations de
tout le temporel des Benefices ; Et un délai de
trois mois pour rendre la foi & hommage qu'ils
doivent à caufe des Fiefs relevant de Sa Majefté :
Auquel Arreft eft joint une copie de la Declaration
du feu Roi , donnée le 29 Decembre 1674
au fujet des Declarations que les Eccléfiaftiques
& Gens de Main - morte font obligez de fournir
à la Chambre des Comptes de tout leur temporel,&
c.
ARREST du même jour . Qui ordonne que
du jour de la publication du prefent Arreft , les
Payeurs des Rentes de l'Hôtel de Ville , ouvrifont
le payement des arrerages des fix derniers
A. vol.
mois
1252
LE MERCURE
mois de la préfente année 1713. en faveur des
Rentiers qui ont juftifié du payement de leur
Capitation, & qu'ils employeront à cet effet les
fonds des fix premiers mois de ladite préfente
année qui n'ont point été reçûs par les Rentiers
dont les Lettres ont efté appellées.
ARREST du même jour. Par lequel Sa Majefté
ayant reconnu que fes Revenus étoient
fuffifans pour acquitter toutes les Charges de
& l'Estat, & fournir aux dépenfes neceffaires ,
qu'il étoit mêrne poffible, en apportant un grand
ordre dans la diftribution des fonds , d'acquitter
fucceffivement, tant de l'excedent de ces mêmes
Revenus, que de ce qui refte à recouvrer du paffé,
ce qui eft arrieré fur les années antérieures, ſans
avoir beſoin de nouveaux fecours ; au moyen de
quoi le Droit de Confirmation à cauſe de l'Avenement
de Sa Majeſté à la Couronne , dont le
produit n'étoit affecté que pour le payement de
ce qui étoit arrieré fur le paffé , n'ayant point ,
quant à prefent, une deftination neceffaite , Sa
Majefté a crû devoir en differer le Recouvrement
qui fera toujours une reffource fûre & trésconfiderable,
s'il furvenoit dans la fuite des befoins
preffans & imprevûs aufquels il ne fût
pas poffible de pourvoir fans des fonds extraor
dinaires ; furquoy Sa Majesté a ordonné que
le Recouvrement du Droit de Confirmation à
caufe de fon Avenement à la Couronne , ordonné
par la Déclaration du 27. Septembre de la
preſente année , fera & demeurerà futûs jufqu'à
ce qu'autrement par Sa Majefté il en ait été ordonné.
DECLARATION du Roi du même jour ,
enregistrée leza,Décembre.Qui ſupprime la for
>
I. vol.
malité
DE DECEMBRE 1723. 1253
malité du Contrôle, pour tous les Actes qui feront
paffez par les Notaires de la Ville de Paris ;
par laquelle il cft dit entr'autres choſes ce qui
Luit.
ARTICLE PRIMIER.
Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons par ces préfentes , à commencer
du premier Janvier prochain , la formalité du
Contrôle pour tous les Actes qui feront paffez
par les Notaires de notre bonne Ville de Paris.
X
commuons ,
II.
Er en conféquence Nous avons commué &
commencer dudit jour , les Droits
de Contrôle qui devoient être perçûs & levez
fur lefdits Actes , en un autre Droit qui à l'avenir
fera payé fur le papier& le parchemin fur
lefquels feront faites & paffées les minuttes &
expeditions defdits Actes .
III
VOULONS à cet effet qu'il foit établi des formules
particulieres pour les papiers & parchemins
timbrez qui feront employez par les Notaires
pour les Brevets, Minuttes & Expeditions
des Actes qui feront par eux paffez ; laquelle
formule fera imprimée fur lefdits papiers & parchemins
à côté de la formule actuelle de nôtre
Ferme,& contiendra le prix dudit papier & parchemin,
& fa deſtination , & c .
DECLARATION du Roy du même jour ,
enregistrée en Parlement le 22. Pour prévenir
les abus qui pourroient fe commettre par les
Comptables à l'occafion des variations d'Efpé
ees ; Par laquelle il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
D'ENDONS à tout Comptable d'enregiftrer
fur fon Journal aucune Recette de fommes
1. vol.
I qu'il
1254 LE MERCURE
qu'il n'aura pas effectivement reçues , ou d'abmettre
d'enregistrer aucun article de dépense
pour couvrir par fes Recettes fimulées ou par
les obmiffions de dépenfe , l'introduction qu'il
pourroit faire de fes propres deniers ou des deniers
étrangers dans la Caifle dont il eft comptable
, à peine du quadruple , & d'être dépoffedé
de fon Office ou Employ , & declaré incapable
d'en pouvoir exercer de femblables à l'avenir
; Voulons en outre que les deniers étrangers
qui auront été introduits dans la Caiffe du
Comprable , demeurent confifquez fur le particulier
qui les aura confiez .
3
1
11 .
D'ENDONS pareillement aux Comptables.
de faire aucun payement ni d'acquitter aucunes
Refcriptions, Lettres de Change , Affignations
ou Recepiffez, que les Quittances qui leur feront
fournies par les parties prenantes , ne contiennent
en toutes lettres & fans chiffre la datte
du payement , & que les porteurs deſdites Reſcriptions
, Lettres de Change , Afignations a
Recepiffez, n'ayent pareillement marqué au dos
en toutes Lettres la datte de l'acquittement defdites
Refcriptions , Lettres de Change , Affignations
ou Recepiffez, à peine contre lesdits Comptables;
de nullité defdits payemens , qui ne pourrent
leur être paffez en compte fous quelque
prétexte que ce puiſſe être.
III.
Las Lettres de Change de Comptable à
Comptable , ou Reſcriptions pouvant occafionner
dans les tems où les diminutions ont lieu , le
dépôt frauduleux qui fe feroit de deniers étrangers
dans les caiffes des Comptables , fi les Par
ticuliers qui auroient fourni la valeur deſdites
Lettres ou Refcriptions , ne les répreſentoient
1. vol.
pour
DE DECEMBRE 1723. 7259
pour être acquittées qu'après une ou plufieurs
diminutions ; Nous ordonnons à tout Comptable
de ftipuler dans lefdites Lettres ou Refcriptions
qu'elles feront acquittées au cours de leurs dates
, foit qu'elles foient à vue ou des premiers
deniers , foit qu'elles foient à jour certain : Dé
fendons en confequence d'acquitter aucune Lettre
de Change de Comptable à Comptable ou
Refcriptions, que fur le pied que les efpeces d'or
ou d'argent valoient lors de la date defdites Lettres
ou refcriptions , à peine contre les Comprables
qui auront contrevenu à l'une ou à l'autre
difpofition , de porter en leur nom & fans au
cun recours la perte provenante de la difference
du cours des efpeces, quand elles vaudront moins
le jour de l'acquittement qu'elles ne valoient le
jour de la datte , &c.
ARREST du 14. Decembre . Qui ordon
ne que les Commis & Employez de la Compagnie
des Indes pour l'exploitation des Privileges
¿ Tabac & du Café , procederont aux vifites
& executions au fujet des Toiles peintes & Etoffes
des Indes , de la Chine & du Levant.
ARREST du 19. Decembre , par lequel
Sa Majefté ordonne que l'Ecrit imprimé en françois
portant pour titre , Lettre de l'ancien Evê
que de Tournay , & des Evêques de Pamiers ,
de Senés , de Montpellier , de Boulogne , d'Auxerre
& de Mâcon , au Roi au sujet de l'Arrêt
du Confeil du 10. Avril 1722. contre la Lettre
des fufdits Prelats à N. S. Pere le Pape Innocent
XIII. aufujet de la Bulle Unigenitus , en
date du mois de Juillet 1722. fera & demeurera
fupprimé.
ARREST du 28. Decembre. Concernant
I. vol.
les I ij
1256 LE MERCURE
les Actions de la Compagnie des Indes , par lequel
Sa Majesté ordonne que fans préjudicier à
la liberté du Commerce des Actions de la Compagnie
des Indes , toutes celles qui ont été précedemment
vendues à primes ou à termes , & dont
les marchez fubfiftent actuellement , feront dépofées
dans trois jours , à compter du jour de la
date du prefent Arrêt , au Bureau qui fera pour
cet effet établi à l'Hôtel de la Compagnie des
Indes, dont il fera délivré aux porteurs des Certificats
en forme ; à deffau: de quoi les vendeurs
defdites Actions à primes y feront contraints
par corps à la requefte des acheteurs, & en vers
tu d'Ordonnances des Sieurs Commiffaires du
Confeil nommez pour connoître des conteftations
mûës pour fait de commerce d'Actions ,
aufquels Sa Majefté a attribué & attribue la
connoiffance des conteftations qui pourroient
naître fur l'èxecution du préfent Arrêt. Fait Sa
Majefté défenſes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , fous peine
de nullité des marchez , d'en paffer à l'avenir
aucuns pour vente d'Actions à primes ou à termes,
à moins que lefdites Actions ne foient dans
le jour defdits marchez , dépafées audit Bureau
de la Compagnie des Indes , où il en fera tenu
Regiftre , duquel le Caiffier ou fes Préposez ſeront
tenus de délivrer fans frais des Extraits
indicatifs toutes fois & quantes ils en feront requis
par les Parties intereffées aufdites ventes
à primes ; Et feront lefdites Actions rendues aux
Porteurs des Certificats de dépôt , à la prefentation
defdits Certificats.
L'ASSEMBL ' d'Adminiftration pour
la Compagnie des Indes tenue le 5. Decembre
1723. ayant déliberé de faire payer les Divi-
I. vol.
dendes
DE
DECEMBRE 1723. 1257
dendes des Actions pour l'année 1723. fur le
pied de cent cinquante livres. On donne avis aux
Actionnaires que le payement en fera ouvert par
demie année , à commencer du 2. Janvier 1724.
dans les Bureaux pour ce établis en l'Hôtel de
la Compagnie , fuivant l'ordre des Numero.
SÇAVOIR ,
SIX
PREMIERS MOIS
ACTION S.
Janvier ... du No. 1. au No, 8000.
Fevrier.. du No. 8001. an No. 16000.
Mars, e · • du No 16001 , au No. 24000;
Avril, du No.
• • •
24001 , au No. 32000 ,
May.
Juin..
· du No.
32001 , au N°. 40000.
du No. 4000г . au Nº . 48000.
SIX PREMIERS MOIS .
DIXIE'MES D'ACTIONS.
On payera 3345. Numero par Semaine.
Janvier... du No. 1. `au Nº.
Fevrier. · du N°.
13341. a* N .
13340 .
26680 .
Mars. • du No. 26681 , au No. 40 € 20 .
Avril. du No.
40021. au Nº. $3360.
May... du No. 53361. au No. 667.00.
Juin... da No.
66701. au No. 80000.
Six derniers mois. Actions & dixiémes
d'Actions , & c. comme les fix
miers mois.
pre-
1. voi.
On I iij
1258
LE MERCURE
, & c.
On affichera à l'Hostel de la Compagnie
les Numero qui feront payez pendant
le courant de chacune femaine.
Les Actionnaires qui negligeront de recevoir
leurs Dividendes,dans le tems qu'ils
feront échus ,fupporteront les Diminutions,
en cas qu'il en arrive.
On trouvera dans le 2. vol. de ce mois
qu'on acheve d'imprimer , deux Articles
fort étendus. Le premier fur la mort & les
obfeques de Monfieur le Duc d'Orleans,les
Difcours prononcez à cette occafion , &c.
& une Relation circonftanciée de la fefte
donnée à Paris par l' Ambaffadeur de Portugal
, & le Difcours fur la Paix du P.
de la Sante.
Les Airs notés doivent regarder la
page 1167.
AP PROBATIO N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
dcs Sceaux le Mercure du mois de Decembre ;
& j'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impref
fion. A Paris le 4. Janvier 1724.
HARDION.
1. vol. TABLE
LALA DAHAHAHAX KEERUKR
P
TABLE
Du 1. Volume de Decembre.
IECES FUGITIVES , Le Poëte
Chrétien . Ode.
1063 .
Seconde Lettre fur la croyance des Eglifes
de Provence.
Epitre en Vers.
1069.
1078.
Réponse aux Remarques de M. Moreau
de Mautour , fur la petite figure antique
trouvée à Narbonne.
La neige & le foleil , Fable.
1083.
1095.
Lettre à l'Auteur de l'éloge ' des vins
d'Auxerre.
Ode au R. P. D. C. J.
1096
1109 .
Lettre de M. de Voltaire au Baron de
Breteuil . 1115.
Vers de M. de Voltaire à M. de Gervafi .
112.4 .
Lettre écrite à M. de Voltaire. T128.
Vers de M. de Voltaire à Mlle le Couvreur.
A un Joueur. Sonnet.
1129.
1131.
Eloge de M. Boudier .
A un Joueur . Sonnet.
1132 .
1137.
Nouvelles Cloches benîtes à Chartres.
1138.
3. vol.
Troilieme
Troifiéme Lettre fur les Paradoxes & autres
Brochures , au fujet de la Tragedie
d'Inés.
Le Tombeau d'Iris, Vers.
1144 .
1162 .
Explications des Enigmes du dernier
Mccurre.
Nouvelles Enigmes.
Air ferieux & Couplets .
fies de Cretin.
Le Spectateur Suiffe .
1163 .
I : 65.
4167.
NOUVELLES LITTERAIRES , Poë-
1169.
1172.
Rentrée de l'Academie des Belles Lettres,
& c. 1178.
Reception de l'Abbé d'Olivet à l'Academie
Françoiſe . 1131.
Diftribution des Prix à l'AcademieRoyale
de Peinture .
Academie de Lisbonne & Comette, & c.
1186.
1191.
Extraits de diverfes Lettres contenant
des nouvelles de Litterature. 1193 .
SPECTACLES . La fille inquiette , ou
le befoin d'aimer . Comedie nous elle.
1197.
Le Jaloux. Comedie
nouvelle
. Extrait.
1199 .
Belphegor , Comedie , Balet , Extrait.
Nouvelles Etrangeres .
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
& c.
1204.
1217.
1231,
1. vol
Journal
Journal de Verſailles & de Paris. 1233.
Morts & Mariages.
J237.
Charges & Emplois données.
1241.
Arrêts , &c. 1264.
Errata du mois de Novembre.
1.
Age 875. PA fit
P.88 % ligne 15. Autiffiodunenfis ,
876.
lifez Autiffiodurenfis.
P. 958. 1. 11. infiliens , lifez infiftens.
P. 995.
1. 22, fooftre , lifez de Solre.
P. 1036. I. 13. moleffe , lifez molette.
P. 1047. l. 6. honnoraire l. d'honneur.
P. 1071..1 20. Dauvret , l . Dauvet.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 1976. 1. 20. fub Tito , liſez à
P. 1143. 1. 8. d'un l. d'une .
P. 1161. 1. 9. arrêté , lifez prêté.
Ibid. 1.21 . defpopoticité , 7. defpoticité.
P. 1179. l. 16. dans l. fans .
P. 1202. 1. 7. fon lifez foit.
l. P. 1207. 1. 22. un jufte . un injufte
P. 1220. 1. 15. Brander , lifez Brandeis .
De l'Imprimerie de J. B. LAMES L E.
1
Troifiéme Lettre fur les Paradoxes & autres
Brochures , au fujer de la Tragedie
d'Inés .
Le Tombeau d'Iris , Vers.
1144 .
1162 .
Explications des Enigmes du dernier
Mecurre .
Nouvelles Enigmes.
1163 .
1:65.
-1167.
NOUVELLES LITTERAIRES , Poë-
Air ferieux & Couplets .
fies de Cretin.
Le Spectateur Suiffe.
1169.
1172.
Rentrée de l'Academie des Belles Lettres,
1178.
& c.
Reception de l'Abbé d'Olivet à l'Academie
Françoiſe. 1181.
Diftribution des Prix à l'AcademieRoyale
de Peinture .
Academie de Lisbonne & Comette, & c .
1186.
1191.
Extraits de diverfes Lettres contenant
des nouvelles de Litterature. 1193 .
SPECTACLES . La fille inquiette , ou
le befoin d'aimer. Comedie nous elle.
1197.
Le Jaloux. Comedie nouvelle . Extrait .
1199 .
Belphegor , Comedie , Balet , Extrait.
Nouvelles Etrangeres.
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
& c.
1204.
1217.
1231,
1. vol.
Journal
MERCURE
DE
DECEMBRE 1723 .
1. VOLUME .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
| NOEL PISSOT, Quay desAuguftins, à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'AD
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter, & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
-
Le prix eft de 30, fols,
1063-
LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1723 .
I. VOLUME.
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe
B.D.J
LE POETE CHRETIEN.
ODE prefentée à l'Académie des Jeus
V
Floraux.
Ains fantômes , Dieu de la Fable ,
Je vous refufe mon encens ,
Vôtre culte eft abominable ,
Vous êtes des Dieux impuiffans.
7
Je
1. vol.
1064
MERCURE LE
Je n'irai pas fur le Parnaffe ,
M'animer du beau feu d'Horace ,
Et briguer des traits immortels :
Le merite de ce grand homme
Et toute la gloire de Rome
Partoit du Dieu de nos Autels .
Seul vrai Dieu , que mon coeur adore
Sois ma Mufe & mon Apollon ,
Ta ſeule faveur , que j'implore ,
Eft pour moi le facré vallon.
Par ton influence fecrette,
Je fuis né pour être Poëte ,
De la rime je fuis épris ;
Accorde à mon ftile lirique ,
La pompe noble & magnifique ,
Qui de l'Ode affure le prix.
Aucune impreffion funeſte
N'empoiſonne aujourd'hui mes voeux
Je fçai que la faveur celefte
S'éloigne du coeur orgueilleux.
- Je n'afpire point à la gloire
D'illuftrer mon nom , ma memoire
Par
DE
DECEMBRE 1713 .
1065
7
Par des ouvrages éclatans :
La plus brillante eft periſſable ,
Dans fes traits , l'ame ineffaçable ,
Ne doit pas le borner au temps.
Pour l'homme , attrait prefque invincible ,
Intereft veux-tu m'ébranler ?
Fuis , mon coeur t'eft inacceffible ,
Quand je fouhaite d'exceller.
La jouiffance paffagere
A ce vaſte coeur ne peut plaire ,
Biens , il faut vous quitter un jour
Vôtre nature facrilege ,
Eft encore un malheureux piege ,
Pour perdre l'homme fans retour.
La gloire que j'ambitionne ,
Eft celle qui ne peut finir ,
Cette gloire que Dieu feul donne ,
Que les ans ne peuvent ternir.
En lui l'exiſtence éternelle ,
Affure une eftime immortelle ;
Il n'en trahit jamais les droits :
Au lieu qu'une inconftance outrée
A iij
Dans
1666 LE MERCURE
Dans un temps de courte durée ,
Avilit le monde & fon choix.
Cette gloire eſt la legitime
En Dieu la fuprême équité
Regle de concert ſon eſtime
Avec la fuprême clarté
Y
Au contraire une nuit profonde ,
Envelope l'efprit du monde ,
Et l'injuftice le conduit ;
Sur fon portrait trop veritable,
Un nom vraiment recommandable ,
De fon eftime eft-il le fruit ?
C'est vous , feuls biens de l'autre vie ,
Qui flattez mon ambition ,
Vous êtes feuls dignes d'envie ,
J'attefte ma religion.
Ses oracles que je revere ,
Sans fe voiler d'aucun miſtere ,
Annoncent vôtre éternité ,
Jouir de Dieu , fait vôtre effence :
Pour ju er de fon prix immenfe ,
+
Tout en l'homme eft trop limité,
4.
Gloire
DE
DECEMBRE 1723 .
1067
Gloire & vous, biens ineftimables ,
Après vous j'ofe foupirer ,
Dieu , par des decrets adorables ,
Prétend nous y voir aſpirer :
Mais pour couronner nôtre zele ,
Dans une entrepriſe fi ' belle ,
Quels font les moyens précieux ?
Il en eft un qui nous engage ,
A ne faire qu'un bon uſage ,
De nos talens , purs dons des cieux .
D'une licence criminelle ,
Suivant les exemples honteux ,
"Irai- je du fils de Séméle ,
Celebrer les infames jeux ?
Deſtinai- je l'Art Poëtique ,
A chanter Cithere impudique ,
Et fes déteftables plaifirs ?
Ferai - je au Ciel un tel outrage ,
Ne parlerai -je fon langage ,
Que pour combattre fes defirs ?
Jamais Bacchus , & fon yvreffe ,
Ne pourront me faire rimer :
A iiij Jamais
1068
LE MERCURE
Jamais la prophane tendreffe ,
Aux vers ne pourra m'animer :
Je n'irai point , écho du vice
Seconder fa noire malice ;
Sera-ce affez pour un Chrétien ?
Loin de moi ce doute coupable ',
En fuyant le mal execrable ,
Il faut encor faire le bien.
Une inutile fantaifie
N'exercera pas mon talent ;
Je deftine à ma Poëfie ,
Un fujet noble & confolant ;
Qu'elle ferve à faire connoître.
La gloire de mon divin maître ,
Que le falut foit fon objet ;
Le travail n'a point de nobleſſe ,
Le travail ne nous intereffe ,
S'il ne s'applique à ce ſujet.
Seigneur , je fens mon impuiffance ,
Pour parler de toi dignement :
Imprime à mes vers l'excellence ,"
Que mon coeur defire ardemment,
Que
DE DECEMBRE 1723. 1069
Que par ta faveur éclatante ,
Ils moiffonnent cette Amarante
Du Capitole Toulousain ;
Le bien fut toûjours ton ouvrage ,
Tu parles , quand je parle en fage ,
Et voudrois-tu parler envain ?
Par M. Dabat , Medecin de la Ville de Tar
be , en Bigorre .
Fleur d'or, le prix de l'Ode à Toulouſe.
SECONDE LETTRE écrite par
M. de la R.... à M. de M. fur la
Croyance des Eglifes de Provence , an
Sujet de la prédication de l'Evangile
dans cette Province..
JE
E vous tiens ma parole , Monfieur ;:
avec exactitude , & je vous envoye
la Lettre de M. de Launoy , dont il me
refte à vous faire part ,, pour vous mettre
parfaitement au fait de nôtre queſtion
& pour ne vous rien celer de tout ce
qu'on peut oppofer de plus fort contre
la croyance de nos Eglifes , au fujet de
la prédication de l'Evangile qu'elles attri
Ii voli.
buent:
A.y
1070 LE MERCURE
buent toutes à S. Lazare , à Sainte Mag
delaine , & c .
33
C
Lettre de M. de Lannoy , Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris
de la Maifon de Navarre & c. à Paris
ce 12. Fevrier 1658. C'eft , Monfieur ,
>> une fâcheufe neceffité de laquelle vous
» me parlez dans votre Lettre , & qui
n'établit point ce que vous dites du
>> S. Lazare. Je vous puis affurer qu'il y
» a plus long - temps que l'on parle du
» Pape Cyriacus , dès l'année 1156. &
» l'on ne parle pas depuis ce temps - là du
» Saint Lazare , en qualité d'Evêque de
» Marſeille. Tertulien dit un beau mot
» dans fon Apologetique : Inftar religio-
» nis eft fidem de temporibus afferere.
» C'eft en ce lieu ici où je fuis obligé
» de vous dire que je ne trouve pas mauvais
que vous croyez du Lazare ce qui
» s'en peut trouver dans vos leçons , mais
>> que je ne vous ai point écrit aucu-
» ne chofe qui puiffe perfuader que je
» le tienne pour veritable . J'ai bien écrit
»que j'en ferois perfuadé , s'il s'en trouvoit
un feul témoignage dans un Hif-
» torien Provençal , ou autre qui aye
» vêcu au-deffus de fix cens ans. Je mets
» cette époque pour difcerner les fauffes
>> traditions d'avec les veritables qui fet
» réveillent jufqu'à l'origine par des Au-
*
1. το !..
teurs
DE DECEMBRE 1723. 1071
બ
се
"
પ
teurs dignes de foy , qui ayent vêcu de a
temps en temps , & vous ne fçauriez ce
me donner des moyens de difcerner une «
veritable tradition d'avec une fauffe , «
qui ne montrent que ce qui eft dit du <<
Lazare , & de fon arrivée en Provence , «
ne foit apocrife ; de plus vous fuppofez
que les Grecs ont parlé du Lazare «
& du lieu de fa mort par
forme de «
conteftation avec ceux de Provence ; &
c'eft ce qui ne parut jamais dans leurs
écrits. Outre cela vous fuppofez que «
les Latins font de vôtre avis ; c'eft ce «
qu'il ne me fouvient point d'avoir lû , «
il me fouvient du contraire ; & fans k
parler de Gregoire de Tours , qui dit.«
que la Magdelaine eft à Ephefe , je
vous dirai que Honorius , Prêtre de «
l'Eglife d'Autun étoit Latin , & qu'il
a laiffé par écrit dans un Sermon du
Dimanche des Rameaux , que Pharifæi
decreverunt ut Lazarus interficeretur , «
fed Deo de illo meliùs difponente , ad utilitatem
Ecclefia refervatur , nam fertur «
quod poft modum triginta annis in Cypro
Ecclefia Epifcopus prafuerit , ce qui
eft conforme à l'ancienne tradition de сс
Cypre , dont parle S. Ephifane , qui «
dit que le Lazare avoit trente ans lorf <<
qu'il mourut la premiere fois , & qu'a-
ર
(
I. vol .
A vj près
1072 LE MERCURE
"
près être reffufcité il vêcut encore
>> trente ans.
→
ל כ
dans
» M. de la Foffe peut fçavoir que
l'ancien office qui fe difoit au Monaftere
» de S. Lazare , au Fauxbourg de Paris ,
» il y avoit une Profe , dont voici les
» propres mots : Difcedit Lazarus diferit
»patriam , mare tranfiit timens faevitiam
» Judæorum , devenit ocyus in Cyprum
Infulam. Flet Sanctorum Prafulatu fublimatus
mundo vixit Deo gratus ,
tandem per martyrium eft adeò corona-
» tus & in calo collocatus ordine Coelef
» -tium.
99
»
3.
» Cette même Profe eft en beaucoup
d'autres Eglifes dédiées à S. Lazare ,
» ceux qui ont compofé cette Profe étoient
>> Latins & pour les convaincre de
» faufleté , il faudroit alleguer des Pro-
»fes plus anciennes , & des vieux Au--
» teurs Latins qui difent de Marfeille ce
» que ces Profes difent de Cypre.
29
» Vincent de Beauvais , qui vivoit il y
a 400. ans , plus ou moins , raconte
l'Hiftoire de l'arrivée de la Magdelai-
» ne en Provence , & ne parle point du
» Lazare , ni de fon Epifcopat de Mar-
» feille.
"
» Jacques de Genes , Jacobin , qui
vivoit après Vincent , eft un des pre-
» miers qui parle de nôtre Lazare dans.
L. vol.
fa
DE DECEMBRE 1723. 1075
fa Legende qu'on appelle dorée ; &
que Melchior Canus , autre Jacobin , «
Docteur au Concile de Trente , appelle «.
Ferream ,, parce qu'elle a expofé la vie. «
des Saints à la rifée des heretiques. «
Vous pouvez bien témoigner que l'E- ce
glife de Marſeille croit ce que vous dites
de notre temps , & de celui de ceux «
que vous avez connus , mais vous ne
pouvez pas porter témoignage du temps, a
par exemple , de S. Louis , ou de Char- «
Temagne , fans en avoir des titres , parce «
que vous n'avez pas vû ceux qui ont «
veçû de ce temps - là. Si vous vous ref- «
fouvenez bien de la methode & de la «
conduite que vous gardez , pour prou- «
ver que ce qu'on en croit à prefent ; on «
l'a toûjours crû , je m'affeure , qu'après «
que vous aurez repaffé pardeffus , vous a
jugerez que par vôtre methode & conduite
on pourroit foutenir que la Pa- «
peffe Jeanne a été , & que le Pape Cy. «
riacus a été , en difant , que l'Eglife de «
Rome l'a toûjours crû , & qu'il eft im- «
poffible de produire des anciens Au- «
teurs , & dignes de foy qui le nient «
formellement. Que fi vôtre methode , «
& vôtre conduite à maintenir ce que «
vous croyez prefentement du Lazare , «
peut fervir à établir des Hiftoires que «
yous devez eftimer fabuleufes , vous
'
1. yol..
devez
1074 LE
MERCURE
» devez conclure delà qu'elle n'eſt pas
» bonne pour executer vôtre deffein .
›
>> Quant à ce que vous dites des fucceffions
& des biens de fortune , il eft
» certain que la prefcription y a lieu ,
" mais elle n'a point de lieu contre la
» verité. Quand tous les fiecles à venir
>> croiroient qu'il y a eu une Papeffe
» Jeanne entre Leon IV. & Benoît III .
» & un Pape nommé Cyriacus entre Hi-
" ginus & Anterius , & qu'il a fouffert le
" martyre avec les onze mille Vierges , à
» Cologne ; ces deux Hiftoires n'en de-
» viendroient pas plus vrayes. La verité
>> des choſes eft éternelle & indépendante
» des temps ; ce que Tertulien a fort
» bien remarqué au commencement de
» fon livre: Develandis Virginibus : veri-
» tati nemo prafcribere poteft & c.
» Je repete encore ici que jamais les
» Grecs n'ont parlé de cette matiere avec
» conteſtation. Ils en ont parlé comme
» d'une chofe de laquelle on ne doutoit
point , les Martyrologes ne font pas
» des livres compofez par forme de con-
» troverfe. Le Cardinal Sirlet en a tra-
>> duit un de Grec en Latin , où il y a le
» 17. Octobre : Relatio pretiofarum Reliquiarum
Sancti & Jufti Lazari
quas Reliquias Celeberrimus , & Fide
liff. Imperator Leo divino Zelo commo-
I vol.
tus
DE DECEMBRE 1723. 07
tus , in Templo pulcherrimo fub ejus Sanc
ti Viri nomine dicato , ex urbe Citienfi "
Conftantinopolim tranflatas in argenteis «
Lombis repofuit. Cela s'eft fait environ "
Pan 888. de nôtre Seigneur. Vous ne «
fçauriez oppofer à ce Martyrologe Grec «
Latin , même de Marſeille , qui ait été «
écrit , je ne dirai pas en ce temps - là , «
mais plus de deux cens ans après. «
Jacques Gretfer , Jefuite , dans fes «
Commentaires fur le troifiéme livre de «
Codinus , de officiis Ecclefia Conftanti- «
nopolitana , dit au Chapitre 15. pridie «
Palmarum agitur à Græcis anniverſaria «
memoria reffufcitati Lazari , cujus in «
honorem Templum ftruxit Leo Philofophus
Imperator, tefte Zonara , & in eo
facrum ejus corpus ex Cyprotranflatum «
condidit. Ce Jefuite étoit Allemand
& non pas Grec , & qui a plutôt mé- «
prifé ce qu'on dit à Marſeille , qu'il ne «
l'a ignoré. «
.
Vous voyez que je ne me fçaurois «
feparer de la maxime, qui dit : Chriftia- «
ni Adoratores in fpiritu & veritate. J'a- «
joûterai deux paffages de deux " Evê- «<
ques d'Affrique ; l'un eft de S. Auguf- «.
tin au chapitre premier du livre du Men- «
fonge : numquam errari turiùs exiftimo «
quam in amore nimio veritatis , & in «
ejectione nimia falfitatis. L'autre eſt de
k
I. vol. Facundus
7076 LE MERCURE
» Facundus , au chapitre premier du livre
5. pour la défenſe des trois chapitres.
Verax eft Ecclefia pro veritate deffen-
»fio , nec umquam fuit judex falfitatis .
>> Ces deux paffages font dignes de vôtre
>>>cabinet.
» Je baife les mains à Meffieurs de
» Vias & de la Foffe , à qui je fuis comme
» à vous , Monfieur , vôtre très- humble ,
» & très- obéïffant ferviteur. Signé , J. de
» Launoy :
» J'ai oublié à vous marquer ce que
ceux d'Autum ont mis du S. Lazare
» dans leurs Martyrologes , après qu'ils
» ont crû en avoir le corps . XVI. Cal.
» Jan. Natalis Beati Laari Martyris
» quem Jefus-Chriftus , ficut in Evange-
» lio legitur , fufcitavit à mortuis , pofteà
» verò à Domitiano interfectus eft . Corpus
» verò ejus fub Tito , & Vefpafiano apud
» Urbem Maffilienfem deductum eft
» deinde poft multa annorum curricula à
» Gerardo Antiftite , permittente Deo apud
il
Urbem cum gratiarum actione iterum
» deductum eft. Et c'eft une addition faite
» au Martyrologe d'Ufuard , dans lequel
>> n'y a que ce qui fuit eodem die
» Sancti Lazari quem Dominus Jefus in
» Evangelio legitur fufcitaffe à mortuis -s
item Beata Martha Sororis ejus , quorum
venerabilem memoriam extructa
1. vol..
EccleDE
DECEMBRE 1723. 7077
Ecclefia non longe à Bethania ubi è vi--«
cino Domus eorum fuit , confervat. «
Si ceux d'Autum pour foutenir ce «
que vous voyez être infoutenable , di- «
foient qu'ils le tiennent de pere en fils , a
& que perfonne n'a dit le contraire formellement,
comme vous parlez , pour «<
ce que vous en croyez ; avifez fi ce que &
Vous leur répondriez ne pourroit pas «
fervir à détruire vos maximes ; neanmoins
je me raporte de tout ce que
deffus à tout ce qu'il vous en plaira. «
Je n'ai rien , Monfieur , à ajoûter ici
fur le fujet dont il s'agit , je veux vous
laiffer reflechir à loifir fur les deux Lettres
de M. de Launoy que je me fuis fait
un plaifir de tirer de l'obfcurité . Peutêtre
pourrons- nous trouver dans la fuite
des pieces nouvelles , & équivalantes
pour oppofer à la critique de ce fçavant
homme car je vous le dis encore une
fois , quoique je n'aye pris aucun parti
dans cette fameufe conteftation , je ferois
ravi que l'origine des Eglifes de Provence
fûr telle que la créance de ces mêmes-
Eglifes l'établit. Enfin , Monfieur , je
doute que cette queftion , quoique fort
difcutée du temps de M. de Launoy foit
encore bien éclaircie. Je fuis toûjours
Monfieur , très- parfaitement , &c.
1. vol.
J'ai
1078 LE MERCURE
1
H
4
H
J'ai lû par ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux ces deux Lettres , je
n'y ai rien trouvé de contraire à la foi ,
ni aux bonnes moeurs. Fait à Paris , ce
cinq Octobre 1723. J. Grancolas .
jkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkj
G
EPITRE A R......
Entil R..... mon premier nourriffier ,
Et d'Apollon le très - digne Officier .
Lorfque les jeux efcortoient mon enfance ,
Ils me berçoient de la folle efperance ,
De parvenir à force de rimer ,
Sur le Permeffe où je te vois primer.
Quand je prêtois une oreille attentive ,
Aux fons flatteurs de ta lyre plaintive ;
Quand tu peignois Ris & Jeux enfantins ,
Se rigolant & faiſant les Lutins ;
Lorfque Sylvains & gentilles Driades ,
Danfoient au fon de tes tendres aubades.
Sylvains , difois-je , on vous verra danſer ;
Amours auffi vous ferai trémouſſer ,
Caracoler & faire culebutte ,
Dès que raifon accordera ma flutte.
I. vol.
Mais
DE DECEMBRE 1723. 1079
Mais las ! c'étoit fans mon hôte compter.
Raifon bien- tet chez moi vint habiter ,
Et me montra par preuves trop certaines ,
Le peu de fonds de mes promeffes vaines.
Conte joyeux où luit naïveté ,
Dès qu'on le veut eft- il donc enfanté ? ·
Jeune orgueilleux apprends à te connoître ,
Sur ce chapitre interroge ton maître ,
N'imite point les élans faftueux ,
De ces efprits , geans préſomptueux ,
Qui pour
ravir l'immortelle couronne
Tels qu'ouvriers de Tour de Babylone's
Font à l'ennuy des efforts fuperfus
Pour s'égarer & ne s'entendre plus.
Crains des flatteurs les trompeufes amorces ,
Ne promets rien au -delà de tes forces,
Affez fans toi de rimeurs indifcrets ,
Iront prôner leurs fantafques projets ,
Et s'érigeant en fidelles oracles ,
De leur efprit promettront des miracles ,
Se vanteront d'une orgueilleuſe voix ,
Des demi - Dieux de chanter les exploits.
Tels que ce mont dont les cris ridicules ,
I. vol.
#080 LE MERCURE
A l'univers promettoient des Hercules ,
Qui n'enfanta qu'une vile fouris
Mais fuppofons que de fçavans écrits ,
J
Soient recherchez de la Cour , de la Ville
En fera- t'on plus heureux , plus tranquilles
Un peuple entier fertile en envieux ,
Yous noircira de crimes odieux.
C'eſt affronter une mer orageuſe ,
Où nous attend la Syrene flatteufe.
Plus d'un Auteur a rencontré l'écueil
Où s'eft brifé fon imprudent orgueil ,
On y rencontre en tout lieu des corfaires
Non de Tunis , mais Auteurs Plagiaires.
En imprudent ne va point t'embarquer ;
Plus on y perd , plus on veut y rifquer.
Ainfi parla la Raifon, ma patrone ,
Dont trop long- temps je ne retins le prône ,
Bien- tôt après la fureur de rimer ,
Vint me faifir , me poindre , m'animer,
Je m'enrôlai dans la docte milice ;
Pour commencer ce penible exercice ,
Je façonnois des bouquets pour Cloris`,
Je reparois fes attraits déperis ;
I. vol
Da
DE DECEMBRE 1723. 10 87
De nos rimeurs pour mieux fuivre les traces
Je fis marcher l'Ode fur deux échaſſes.
Puis je peignois Louis & fes vertus ,
Sous fon berceau les monftres abbatus. "
Le vrai courage & la ſolide gloire ,
Le conduifoient au temple de Memoire
De ce féjour les Faſtes éternels ,
Mettoient Philippe au rang des immortels,
On y lifoit , Louis dans ſon enfance ,
Devoit le fceptre à fa haute naiffance.
Bourbon l'inftruit , au fortir de fes mains ,
Il meritoit l'empire des humains.
Voilà le champ où ma mufe enhardie
Se délectoit , lorfque la Tragedie ,
L'air abbatu , l'oeil nageant dans les pleurs ,
Qu'elle donnoit à fes derniers malheurs ,
Vint me trouver : fi tu m'en crois , dit- elle ,
Tu te frayeras une route nouvelle ,
Tes airs pompeux , tes lyriques accès ,
N'auront jamais qu'un modique fuccès ;
Quitte , crois-moi , quitte cette Uranie ,
Qui te pourroit caufer quelque avanie.
Sur du fuccès qui fuit toûjours mes pas ,
vol. Viens
7082 LE MERCURE
Viens étaler mes tragiques appas.
La nouveauté , le ſpectacle , mes larmes ,
Sur tous les yeux impoſeront des charmes.
Je veux , lui dis - je , à vous me dévouer ,
Mais , dites - moi , ne peut - on échouer
Contre un écueil qui nous flatte & nous ric ,
Là ...... cet écueil qu'on nomme Imprimerie ?
A ce propos la Dive fit grand bruit ,
M'injuria , puis tout
à coup s'enfuit ;
D'où je conclus que tragique denrée ,
Eft feu folet de très-courte durée.
Puiſqu'eſt ainsi , reviens , fage raiſon,
Mufe , reçois mon abjuration.
Quel bru que éclat , quelle foudaine fuite ,
Me diras-tu , d'où vient telle conduite
Ne peux- tu pas travailler quelque temps ,
Pour t'élever aux degrez éclatans ?
Tel qui vieillit même au pied du Parnaſſe
Veut-il fortir de fa bourbeufe place ?
Mufe , fouvent un cerveau démonté ,
Se croit heureux même en l'adverfité ,
Ne fçais - tu pas que pour cet imbecille ,
Phoebus ne fait qu'une courſe inutile è
I, vol.
Quand
DE DECEMBRE 1723. 1083
Quand il croupit dans un épais limon ,
Il croit dormir fur le facré vallon ;
Mais comme j'ai la vue un peu plus nette
Sans plus tarder je veux faire retraite.
Salut. Et toi , mon fçavant Directeur,
Joyeux R .... mon maître , ferviteur.
Par A....
*******************
L'OMBRE du Sculpteur de la petite
figure , qui porte la mere des Dieux,
( dont l'explication a été donnée dans
le Mercure du mois de Mars 1723. )
fortie des Champs Elifées , pour répondre
aux remarques de M. Moreau de
Mautour , inférées dans le Mercure du
mois d'Aouft de la même année.
L
-
Es Champs Elyfiens que l'Antiquité
fabuleuſe a regardé comme des lieux
de bonheur & de joye , ont été felon
l'agreable peinture qu'en a laiffé Virgile,
le féjour non feulement de ceux qui
avoient été bleffez pour la défenſe "de
leur patrie , qui avoient compofé des vers
dignes d'Apollon , qui avoient confervé
la chafteté dans le Sacerdoce , où dont
les bienfaits avoient fait paffer leur memoire
à la pofterité ; mais encore de ceux
1. vol.
qui
1084 LE MERCURE
qui avoient employé leur vie dans l'exercice
innocent des Arts qu'ils avoient inventez
& tous ces illuftres étoient diftinguez
des autres , par un ruban ou bandelette
qui leur ceignoit la tête , comme
une marque éclatante de valeur , de vertu
, de chafteté , & de divinité.
Hic manus ob patriam pugnando vulnera
paffe,
Quique Sacerdotes cafti , dum vita manebat ,
Quique pii vates phoebo digna loquuti ;
Quique fui memores alios fecere merendo ,
Inventas aut qui vitam excoluere per artes
Omnibus his nivea cinguntur tempora vita.
Eneid, lib . 6.
Parmi ces derniers fe trouvoit le Sculp
teur de la figure qui porte la mere des
Dieux , ayant reçû cette place de diftinc
tion en récompenfe de fon travail ; lorfque
Mercure paffant au - deffus de cette
Ile fortunée , y laiffa tomber les remarques
de M. Moreau de Mautour.
La lecture en fut faite à l'inftant à cette
illuftre Affemblée , qui les trouva fort ju .
dicieufes & conformes à l'Histoire & aux
Coutumes des Romains ; mais elle fe recria
fur ce que ce fçavant Académicien
Favoic condamné fans l'outr ; c'eft
pour- A. vol.
quoi
DE DECEMBRE 1723 . 1085
que
quoi il lui fut permis de revenirdansnotre
hémifphere pour rendre raifon de la forme
qu'il avoit donnée à fon Ouvrage.
La nuit donc du 20.Septembre ( 1723 )
le fommeil fuyoit de mes yeux par
l'attention que j'apportois aux remarques
de M. de Mautour, que j'avois lues
pendant le jour , ( c'eft M. de la Font
Chanoine de Narbonne, Auteur de l'explication
inferée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , qui parle ) j’entendis
affez près de mon lit une voix
grêle , qui me parla de la forte : Je fuis
l'Ame d'un Sculpteur Celte ou ancien
Gaulois , natif de Narbonne , qui a été
le premier pays habité par cette Nation
comme Polybe l'a remarqué dans fon
Hiftoire . Narboni vicina Celta habitant,
( Hift. lib. 5. cap.37 . ) Ces Celtes étoient
iffus la plus grande partie des Spartiates
ou Lacedemoniens
, Peuple le plus puiffant
d'entre les Grecs , & ils en avoient
confervé les ufages , dont le principal
étoit de porter de grands cheveux , qui
leur pendoient fur les épaules. Herodote
, Prince de l'Hiftoire , & Pere des
Hiſtoriens , l'a raconté de même : Lacedamonii
legemtulerunt ut in pofterum comati
effent( 1.1 .) Quoties adire anima periculum
debent, tunc capita comunt (1.7.) & Philo-
Atrate l'a confirmé dans la vie d'Apol-
1. vol.
lonius
B
1086 LE MERCURE
lonius hinc & Spartani omnes nutrire comam
capere , ce qui donna occafion à Platon
de les appeller en raillant Spartio
chaites , comme fi l'on difoit les Spartiates
aux grands cheveux ; c'eft pourquoi
les Celtes ou anciens Gaulois qui
defcendoient d'eux avoient gardé la même
coutume. Strabon ( Geogr . l . 4. )
Pline ( hift. nat. 1. 4. c. 15. ) & Catule
( 30. ) font affez expreffifs fur ce fujet
lorfqu'ils appellent ce Pays , le Pays des
Peuples à longue chevelure, Gallia Comata
; car ceux qui portoient ce nom de
leur tems ne le portoient dans les Gaules
que par extention , quoiqu'il leur fut
devenu propre par la divifion des Pro
vinces , & eft pour cette même raiſon
que Virgile , en parlant de Manlius qui
s'étant réveillé au cri des Oyes , repoufla
les Gaulois qui vouloient furprendre le
Capitole , leur donne une chevelure , &
un vêtement d'or , c'est -à- dire felon les
interprêtes des cheveux blonds & une
barbe blonde.
Aurea Caſaries ollis atque aurea veftis.
-Æneid. lib. 8 .
-La nudité du corps n'étoit pas moins
en ufage parmi les Lacedemoniens . Par les
loix de Licurgue les femmes même n'en
étoient point exclues. Dans les jeux publics
elles entroient de ſocieté , de valeur
Tivol &
DE
DECEMBRE 1723. 1087
& de gloire , avec les hommes : elles
combattoient , elles lutoient , elles couroient
, elles danfoient , elles fautoient
toutes nuës , ce qui a fait dire à Properce
1. 3. Eleg. 13 .
Multa tua, Sparte , miramurjura Palefira ,
Sed mage virginei tot bona gymnafii
Quod non infames exercet corpore ludos
Inter luctantes nuda puella viros , & c.
Les autres Grecs & les Atheniens même
qui paffoient pour les plus refervez
au fujet de la nudité , y accoutumerent
leurs yeux , puifque nous voyons que
Platon ( de legib. 1. 6, ) ordonna que les
femmes fuffent nuës aux combats des
jeux publics , à la lute , à la courfe , à la
danfe , aux fauts , donnant pour raiſon
de cette licence , qu'il leur fuffifoit de fe
couvrir de leur feule vertu .
Or les Gaulois avoient encore herité
cet ufage des Peuples dont ils defcendoient.
Non-feulement ils combattoient
nuds dans les jeux publics , mais même à
la guerre , & l'on auroit fans doute de
la peine à le croire, fi Tite- Live qui eft un
Hiftorien des plus exacts ne le difoit expreffement
dans deux endroits de fon
Hiftoire , Gallifuper umbilicum erant nudi
( lib. 22. cap. 46. ) Detegebat vulne- 1. vol.
Bij
ra
1088 LE MERCURE
ra eorum quod nudi pugnant. ( lib . 37. cap.
21.)
Et c'eft delà que les Statuaires Grecs
ont pris la coutume de ne point habiller
leurs Statues , coutume qui étoit d'ail
leurs autorisée par de fort bonnes raifons
, puifque d'une part , ainfi qu'Aphrodifée
l'a écrit, les Statues des Dieux,
des Rois , & des Graces n'étoient fouvent
taillées de cette maniere , qu'afin de donner
à entendre par là que leur puiffancedevoit
être à découvert , & qu'il ne devoit
y avoir en eux rien de caché , & de
trompeur d'autre part nos Statuaires
ne trouvoient rien de fi beau à imiter que
la nature , dont ils ne rougiffoient point ;
& c'étoit pour donner plus de prix à
leurs Ouvrages & fe faire une plus
grande réputation qu'ils s'étudioient
reprefenter les attitudes & proportions
du corps humain auffi Pline a- t'il ob.
fervé que telle étoit la coutume des Statuaires
Grecs de ne point habiller leurs
Statuës , tandis que les Romains les revêtoient
d'une cuiraffe quand ils reprefentoient
des gens de guerre : Graca res
eft nihil velare , at contrà Romana &
militaris thoracas addere. ( hift . nat. 1.
34. cap. 5. )
loit
>
Si donc , continua l'efprit qui me parje
ne puis défavouer que les Ro-
2.
1. vol. mains
DE DECEMBRE 1723. 1089
mains n'ayent revêtu leurs Statues , il
il .
faut auffi que l'on convienne que comme
la nudité s'étoit introduite dans plufieurs
de leurs jeux publics , tels qu'étoient les
Apollinaires , les Liberaux , les Lupercales
, ils s'accoutumerent à leur tour
à faire des Statuës toutes nuës . En effet
le même Hiftorien que je viens de citer
raconte qu'on voyoit à Rome la Statue de
Romulus fans tunique , auffibien que celle
du fameux Camille dans la place aux
Roftres, c'eft- à-dire toutes nuës : Ex his
Romuli eft fine tunica , ficut & Camilli
in Roftris. ( Plin. hift. nat. 1. 34. cap. 6. )
L'on n'ignore pas non plus fans doute que
Ciceron fe railloit agréablement de Verres
& d'Antoine , de ce que le fils de celui-
là avoit fouffert qu'on lui érigeât une
telle Statuë , & que l'autre voyant celle
d'Horace habillée de pié en cap , avoit
voulu que la fienne fût repreſentée en
Lupercale : Et ne fçait- on point enfin
que le luxe avoit encore introduit parmi
eux la coutume de mettre à nud quelques-
uns de leurs Empereurs , & que
Commode fut reprefenté en Hercule
avec la maffuë , & la feule dépouille du
Lion ?
Il en fut à peu près de même de la
chevelure , puifque Suetone rapporte
que quand l'Empereur Caligula rencon-
I. vol.
B iij
troit
1090 LE MERCURE
troit quelqu'un qui portoit les cheveux
un peu longs , il fui faifoit rafer le derriere
de la tête , pulchros & comatos quoties
fibi occurrerent occipitio rafo deturpabat.
Suet. in Cal. Cap. 35. )
Mais pourquoi s'en prendre à la chevelure
que j'ai donnée à ma figure ? certainement
elle n'eft gueres plus longue
que celle qu'on portoit à Rome , quoiqu'elle
foit un peu plus frifée , car c'eft
la faute de celui qui a copié ma figure
d'avoir abatu fur l'épaule gauche les
cheveux que je n'ai fait defcendre que
vers la moitié du col : Et combien ne
refte- t'il pas encore des figures des Romains
de cette efpece ? Vous en avez
quelques-unes à Narbonne , & pour une
plus grande conviction, l'on n'a qu'à jetter
les yeux fur les monuments anciens
du célébre Boiffard , ou fur les antiquiquités
figurées du laborieux & fçavant
Pere de Montfaucon , car s'il a mis ma
figure dans la claffe des genies de fon
fupplément , je m'imagine qu'il ne l'a fait
que parce qu'il n'a pas eu lieu de la placer
en fon rang .
Or comme la nudité & la longue chevelure
étoient communes parmi les gens
de notre nation , iffue des Grecs , & entée
fur les Romains , qui en ont enfuite
fait paffer l'ufage chez vous , puifqu'on
1. vol.
voit
DE DECEMBRE 1723. 1091
voit les Statues de plufieurs de vos Rois
& de vos Reines couchées avec une af
fez longue chevelure & toutes nuës fur
leurs tombeaux : doit-on être furpris , fi
voulant repreſenter dans Narbonne les
myfteres de la religion des Romains , j'ai
donné cette forme ou à celui de leurs
Députés , qui reçut la Mere des Dieux à
Pelfinunte , ou bien à Scipion Nafica
qui fur choisi pour faire les honneurs de
fon arrivée à Oftie ; de forte que l'illuftre
& fçavant M. de Mautour auroit
dû épargner un Sculpteur qui n'a fait
que fe conformer à la coutume éta
blie dans fon Pays , & nullement oppofee
même aux ufages des Romains . Cela
dit , l'efprit difparut.
Après fon départ je refumai toutes les
raifons que je venois d'entendre , & bien
qu'elles ne me paruffent point tout à fait
déciſives, je les trouvai pourtant fort vrajfemblables
, & je jugeai que M.de Mautour
pouvoitexcufer le StatuaireNarbon.
nois, comme je devois demapart remercier
le fçavant Académicien de fes ingenieufes
obfervations & du précieux encens
qu'il m'y donne.
Cependant pour mieux établir cette
vraisemblance , il m'a paru à propos de
faire quelques remarques fur la Couronne
Tourrelée que porte la Mere des
I. vol.
Biiij Dieux .
1092 LE MERCURE
Dieux.Je n'ai pas relevé dans ma Differtation
cette particularité à l'avantage.de
mon fujet , parce que j'avois crû que cet
ornement de tête qui caracterife fi bien
Cybele , & dont on trouve tant de figures
fur le marbre & fur le bronze , étoit
affez connu des Sçavans , pour en faire
l'explication ; mais afin que perfonne ne
puiffe douter que le Sculpteur a veritablement
reprefenté cette Déeffe , je n'ai
qu'à rapporter ce que les Auteurs anciens
& modernes ont dit de cette Divinité . Arnobe
( adv. gent. 1. s. ) lui donne le nom
de Mere porte tours Mater Turrita. Alborcus
qui a donné les Images des Dieux
dit qu'elle porte une Couronne Tourrelée
fur la tête , Coronam Turritam in ca
pite geftare dicitur( Albor.de Deor. imag.
de Cybele. ) le fçavant Cuper , fur ce
que Kirker avoit reprefenté Ifis , qui eft
la même Cybele , avec une colomne ou
plûtôt un boiffeau fur la tête , qu'il appelle
une marque d'honneur corrige
le mot de colomne par celui de Tour , &
declare enfuite que par la Couronne tourrelée
il entend celle qui eft ornée de créneaux
& de murailles , ego enim turriferam
coronam exiftimo murorum pinnis ormari.
Cuper Harpocrat . in addendis .
195. ) Ovide ( Faft. 1.6. ) Properce ( 1. 4.
Eleg. 12. Stace, (Achildeid. Î. 2. ) Clau-
↓
P.
11
1. vol.
dien
DE DECEMBRE 1723.1093
dien en plufieurs endroits ont donné une
pareille idée de Cybele.
Les raisons qu'on allegue pour juftifier
cet ornement font autant de preuves qui
établiſſent la vraisemblance que je dé̟-
fends.
Varron cité par Saint Auguftin ( de
Civit. Dei. 1. 2. c. 12. ) prétend que la
Mere des Dieux eft reprefentée avec une
Couronne Tourrelée , parce qu'elle n'eft
autre chofe que la terre, qui foutient les
Villes , en quoi il a été fuivi par Meffieurs
Spanheim , Vaillant , & par Herbert
de Cherbury, le P. Pomey , & c. Le
Poëte Lucrece dit la même chofer de
nat- rer . l . 2. )
Muralique caput fummum cinere coranA
Ex imis munita locis quod fuftinet urbes
Que nunc infigni per magnas pradita terras
Horrificèfertur divina matris imago.
Selon Ovide cette Couronne n'a été
donnée à Cybele que parce qu'elle fit
entourer de Tours les Villes de Phay-"
gic.
At cur turritâ caput eſt ornata Coronâ ,
An Phrygiis turres urbibus illa dedit ?
Annuit... Faft . lib. 4. v. 219.
1. vol.
Et
By
1094
LE MERCURE
Et c'eft le fens que les Interpretes donnent
à ce vers de Virgile .
Alma parens Idaa Deûm cur Dindyna cordi
Turrigeraque urbes, . Æneid. 1. 10. V. 252 ,
D'autres vouloient que Cybele ne pouvant
entrer dans la Ville de Midas qu'elle
trouva fermée , y fit une breche avec
fa tête , & en enleva les murailles. Je
n'ai pû couvenir qui a été le premier Auteur
de cet évenement fabuleux , je n'ai
pas même trouvé de Géographe ou de
Poëte qui ait parlé de cette Ville de Midas
, mais les Interpretes de Virgile fur
ce vers
Invehitur curru Phrygias turrita per urbes
*
Lata Deum partu. ( Eneid. 1. 6. v.785 .
Farnabe dans l'explication qu'il donne
de cet endroit de Seneque :
Qua Turrita turba Parenti.
font mention de ce conte.
Agam.act. 3 .
( v. 688.
Enfin il eft d'autres Auteurs qui prétendent
qu'on a voulu figurer par cette
Couronne la grande puiffance de Cybele.
Tel eft le fentiment de Fulgence
dans fa Mythologie : Ergo ideo turrita
pingitur quod omnis potentia elatio fit in
1. vol.
capite
DE DECEMBRE 1723. 1095
capite ( lib. 3. de Berecyne & alti ) &
c'est pour cela que les Syriens firent fabriquer
une Médaille en l'honneur de
Trajan avec la figure de Cybele couron
née de Tours , ce qui , fuivant la penſée
du célébre Triſtan ( Comment . hiftor. (
Trajan ) étoit un Symbole de la puiſſance
de leur Pays , dont l'hommage qu'ils
faifoient à cet Empereur devoit d'autant
plus le flater que Cybele qui dominoir
fur toutes les chofes terreftres , étoit particulierement
la Protectrice de la Syrie
.
}
D'où l'on doit conclure que la Couronne
Tourrelée a toujours fait le cara-
Atere diftinctif de Cybele ,. & que le
Statuaire Gaulois dont il seft queftion n'a
voulu reprefenter autre chofe que cette
Déeffe .
A Narbonne ce 21. Septembre 1723 .
**IERER HAMBER
LA NEIGE ET LE SOLEIL,
Fable.
CE qu'en trop peu de temps l'oeil étonné
voit naître
En peu de temps s'évanoüit,
Et tout ce qui nous éblouit
N'eft pas longtemps à difparoître.
I. vol .
La B vj
1096 LE MERCURE
La neige, par les airs tombant à gros floccons
Eut bientôt blanchi les montagnes ;
Les bois , les prez , & les vallons :
La voilà qui fe croit la Reine des Campagnes :
Flore n'étoit plus rien ; fa plus vive couleur
N'eut jamais un éclat pareil à ſa blancheur.
Jamais Cérés n'eut un ſi vafte empire :
Faune & Bacchus étoient des Dieux à dedaigner,
Et les fiers Aquilons qui la faifoient regner
Ne devoient plus jamais laiffer regner Zéphire.
Elle penfoit aina , quand ces vents appaifez
Le Soleil perça le nuage
Et la fit fondre à l'avantage
De ceux qu'elle avoit méprilez.
M. D. DEMAISONNEUVD,
LETTRE écrite par Monfieur
à l'Auteur de l'Eloge des Vins d'Auxerre
inferé dans le dernier Mercure.
A Ville d'Auxerre , & tout le Pays
circonvoiſin vous doivent , Monfieur
, un ample remerciment pour le di-
1. vol.
gne
DE DECEMBRE 1723. 1097
gne Eloge qu'il vous a plû de faire des
Vignobles & des vins Auxerrois , Eloge
qui va achever de les confirmer dans la
haute réputation où ils font depuis tant
de fiécles ; c'eft fans doute le bon ufage
que vous faites de ces Vins , joint à l'amour
de la verité , qui vous a fait dire
de fi belles choſes , enforte qu'on ne fçauroit
mieux appliquer qu'en cette rencontre
l'adage ordinaire, bonum vinum acuit
ingenium. Puiffiez- vous , Monfieur , en
boire longues années & nous donner
fouvent aux dépens de la Bourgogne
Auxerroife , des productions dignes de
vous & du Public éclairé ; je vous fou.
haite enfin , non pas le fleuve d'érudition
que * Petrone affure être abfolument
néceffaire , à tout homme quiveut
produire un bon Ouvrage ; car il me paroît
que vous en êtes déja tout inondé ,
mais un petit bras feulement de ce fleuve
Rubicon qui après avoir fait l'ornement
& la richeffe du territoire d'Auxerre , fe
jette , par la Riviere d'Ionne , dans la
Seine , & de la Seine vient heureuſement
fe décharger dans les caves des meilleures
maifons de Paris , & c.
Au refte , Monfieur , quoiqu'il fem-
* Neque concipere , aut edere partum mens
poteft , nifi ingentiflumine litterarum inundata
( Petron, Satyric, cap. 78. ›
I. vol.
ble
1098 LE MERCURE
ble
que vous ayez épuifé cet agréable fujet,
j'ofe vous affurer qu'il ne l'eft pas
encore , & que les bornes que Vous avez
pu vous prefcrire , vous ont fait paffer
fur bien des chofes qui regardent l'antiquité
, la fecondité & la bonté des Vignobles
d'Auxerre . Permettez - moi d'ajouter
par maniere de fupplément à tout
ce que vous en avez dit , deux ou trois
faits hiftoriques & quelques remarques
qui vont au même but , & qui ne déplairont
point à des Lecteurs éclairez .
Le premier , eft pris du fixiéme tome ,
page 147. du grand Recueil de Rymer :
on y voit le profit étonnant que les Anglois
efpererent de faire fur les Vins , qui
pafferoient au Pertuis de Regennes ; car
un des articles du Traité en vertu duquel
ils confentirent que la garnifon Angloife
de Regennes laifferoit ouvrir la Riviere
d'Ionne , ou déboucher le Pertuis , pour
y paffer toutes fortes de Marchandiſes ,
fut qu'on payeroit aux Anglois trois moutons
d'or , monnoye de ce tems- là , par
chaque vingtaine de queues de Vin qui y
pafferoient. Le Château de Regennes
ou Regeanes , fitué für cette Riviere
dans une prefqu'Ile de la Paroiffe d'Appoigni
, à deux lieuës d'Auxerre , dont
les Evêques d'Auxerre font Seigneurs
depuis Saint Germain , a porté d'origine
I. vol.
le
DE DECEMBRE 1723 .
1099
le nom de Regius Amnis . Il eft ainfi nommé
dans des Chartes du douziéme fiécle ,
& particulierement dans une Charte de
Saint Bernard de l'année 1145. Les Anglois
joints aux Navarrois prirent cette
Place l'an 1358 .
Il fe fit l'année fuivante 1359. un autre
Traité entre les Anglois , & les Habitans
d'Auxerre la
rançon de la
, pour
Ville , laquelle leur fut payée par le
moyen du Vin : cette rançon fut reglée
à la fomme de cinquante mille moutons
d'or , & pour la fournir , les Auxerrois
& les Habitans des environs tranfigerent
pour 1620. tonneaux ( chaque tonneau
contenant deux queues ) avec Jean Maillart
, & Hugues Bernier , Confeillers du
Roi & de Monfieur le Regent , Huë de
Saint Queux , & Jean Coulon , Marchands
de Vin , & Bourgeois de Paris ,
lefquels s'obligerent de payer , à la décharge
de la Ville , la foinme de trentedeux
mille florins d'or.
Enfin Jean de Challon , Comte d'Auxerre
, n'eut d'efperance d'être racheté
des mains des Anglois qui le firent prifonnier
à la bataille d'Auray , en 1364.
que dans le débit prodigieux du Vin
d'Auxerre ; en effet la feule Dixme des
vignes que les Habitans d'Auxerre lui
accorderent pour trois ans , fut fuffifan-
1. vol.
te
1100 LE MERCURE
te pour payer la rançon..
Voilà , Monfieur des faits conftans
& qui meritent d'être ajoutez à l'Eloge
que vous avez publié : on peut encore
fubftituer aux plaifanteries de Rabelais
fur le vin Auxerrois & fur celui de Migraine
, en particulier , que vous avez
prudemment omifes , le témoignage remarquable
d'Erafme , qui en écrivant à
Marcus Laurinus , Doyen du Chapitre
de Saint Donatien de Bruges , s'écrie
avec tranfport : 0felicem vel hoc nomine
Burgundiam , planeque dignam que mater
hominum dicatur poftquam tale lac
habet in uberibus ! Sans oublier ce qu'il
manda à Beatus Rhenanus fon amy , lorffe
croyant attaqué de la pefte en
1518. pendant qu'il étoit à Louvain , il
rétablit parfaitement fon eftomac en avalant
feulement un verre de vin de Beaune,
haufto cyatho vini Belnenfis . Les Vins
d'Auxerre ont fans doute une tres - bonne
part à ce témoignage ; car outre qu'ils
font comme vous l'avez prouvé des meilleurs
de toute la Bourgogne , égalant
ceux de Beaune , ne cedant point à ceux
de Dijon , qui ont auffi leur merite reconnu
& loué par Gregoire de Tours :
Qui fçait fi on ne doit pas prendre à la
lettre le vini Belnenfis d'Erafme , puifqu'encore
aujourd'hui l'un des Vignoque
x. vol.
bles
DE DECEMBRE 1723. IIOI
bles renommez qui font les plus près de
la Ville , porte le nom de Beaune , peutêtre
par imitation , parce que les Vins
de cet endroit ont pû reffembler particulierement
à ceux de Beaune ; comme
il y avoit au treiziéme fiécle un climat
ou vignoble près d'Auxerre qu'on appelloit
Clauftrum de Divione , le clos de Dijon
par une raifon femblable.
Vous avez rapporté au fujet de la préference
donnée par llee ffeeuu RRooyy , & par
le Roy heureufement regnant aux Vins
dont nous parlons , un fort beau paffage
de Pline fur un choix à peu près pareil
que fit l'Empereur Augufte à l'exclufion
des autres bons Vins que pouvoit lui
fournir la vafte étenduë de fon Empire.
Ceux d'Auxerre étoient fans doute de
ce nombre , mais ils n'étoient pas encore
bien connus à Rome : il eft indubitable
qu'ils l'ont été dans la fuite , témoin cette
Levée très- ancienne qui fe voit encore
aux portes de la Ville , ouvrage manifeftement
Romain , & qu'on croit , avec
beaucoup de raifon , avoir été entrepris
pour le tranfport des vins de Colange.
La levée en effet conduit d'un côté
à la Riviere d'Ionne & de l'autre à la
petite ville de Colanges - les- Vineufes
Ville fermée de murailles , qui a donné
fon nom aux Vignobles circonvoifins , &
,
1. νοί .
qui
1102 LE MERCURE
qui eft appellée en latin dans les plus anciens
titres Colonia Vinofa . Je dois làdeffus
vous faire part des conjectures affez
bien fondées d'un Auteur Auxerrois
, tres- verfé dans l'Antiquité Profane
, qui a cru , dans le fiécle paffé , que
les Romains mirent en plufieurs endroits
d'Auxerre & dans le territoire aux environs
, des marques qu'ils en eftimoient
le Vin. Cet Auteur affure qu'il a vû dans
les fondemens d'un tres-ancien bâtiment
fur le Mont- Arbre , in Monte Autrico
une pierre où Bacchus étoit reprefenté
en jeune homme comme on le reprefente
d'ordinaire. Il conclud delà que ce
lieu pourroit bien avoir contenu un Monument
érigé à cette Divinité , & que
c'eft peut- être pour en abolir infenfiblement
la memoire , que Saint Amatre
prédeceffeur de Saint Germain , fit bâtir
au même endroit une Eglife fous l'invocation
de Saint Symphorien jeune enfant
Martyr d'Autun. On a vû d'ailleurs dans
les fondemens des murs de l'ancienne
Auxerre bâtis par les Romains , des
pierres où font reprefentées des Bacchanales
en bas relief: In qua , dit l'Auteur ,
qui les a vûës , varia fculpture Bacchantium
, &c. Il indique même un endroit
où font plufieurs de ces pierres couvertes
de terre qu'il feroit aifé de faire
>
I. vol.
découvrir
.
DE DECEMBRE 1723. 1103
découvrir. Il dit ailleurs fculptura Juvenis
fatyri cum cornu. Enfin , on trouve
fouvent des Médailles aux environs d'Au
xerre , qui fortifient beaucoup ces conjectures.
Il eft bon , Monfieur, de ne pas
laiffer
ignorer queLouis XIV.dans la préference
dont il a été parlé , ne fit que fuivre l'exemple
de fon augufte Ayeul. Il y a en
effet une tradition conftante à Auxerre &
aux environs , qu'Henri IV. faifoit fon
ordinaire des vins d'Iranci , de Colange
& d'Auxerre , & qu'en cela il imitoit
plufieurs des Monarques fes prédeceffeurs
; dequoi les Auxerrois fe font tellement
honneur qu'on chante encore parmi
eux une Chinfon , compofée il y a
plus de cent ans , fur les qualitez de ces
trois Vins , laquelle finit par ces deux
vers
Auxerre eft la boiffon des Rois ;
Heureux qui les boira tous trois.
Vous avez diftingué les trois principaux
Vignobles dont je viens de parler
en y joignant ceux qui font les plus fameux
autour de la Ville , & même plus
loin. Je crois cependant que par Vaux,
vous entendez , comme il le faut , Nantele
& Poiri , fans oublier Montembrafe ,
1. vol.
Saint
1104 LE MERCURE
Saint Nitaffe Chapote , & les Illes. Outre
cela vous n'avez , fans doute pas fçû
que
les Vins des côtes de Boivin , & de
Quetard ont une réputation particuliere,
non -feulement par la bonté du terroir ;
mais encore par les foins qu'on fe donne
de les bien façonner à l'exemple de' M.
le Prieur de Saint Martin de l'Ordre
de Prémontré, qui fait à Auxerre du vin
de ces deux côtes , auffi excellent que le
Pere Perignon le faifoit à Hauviller du
tems de Monfieur l'Abbé de Fourille ;
deforte , Monfieur , que cette année- ci
les plus fameux Marchands de Vin pour
la Cour en ont voulu avoir . J'ajouterai
que M. le Prieur de Saint Martin , toujours
ravi de pouvoir contribuer au bien
public , eft en état de fournir des Memoires
pour la culture de la Vigne , & pour
la vendange , beaucoup plus exacts &
plus certains que ceux qui ont été donnez
par Liger dans fon économie generale
de la Campagne , & qu'il veut faire inferer
les fiens dans la premiere édition
qu'on fera de cet Auteur. Votre remarque
fur la gelée qui ruine quelquefois
les plus belles efperances des Habitans
d'Auxerre eft également curieufe & fenfée
; elle me fait fouvenir d'un Quatrain
S
Monfieur Dorchi , Prieur de Saint Martin
Auxerre.
1. vol. fait
DE DECEMBRE 1723. 1705
fait dans l'ancien tems au fujet des mauvaiſes
recoltes du vin , & qui a rapport
au proverbe dont vous avez parlé , le voi
ci.
Plus de profit à celui qui aulx ferre
Oignons auffi & rofes à Provins ,
Que les Bourgeois & Vignerons d'Auxerre
Quand il advient qu'ils ne cuëillent prou vins. 1
•
J'ai vû le recueil dont vous parlez des
piéces Poëtiques , qui furent faites en
l'année 1712. fur la difpute , qui s'éleva
entre les Partiſans du vin de Bourgogne
& ceux du vin de Champagne : Recueil
qui comme vous l'avez dit , Monfieur
eft tres-agréable à lire , & qui le feroit
encore d'avantage s'il étoit complet , c'eſt
à- dire , s'il contenoit generalement tout
ce qui a été fait à l'occafion de cette dif
pute , tant fur le Vin , que fur le Cidre
la Bierre , & c . avec la traduction en vers
François , de toutes ces piéces volantes ,
lefquelles ne fe trouvent plus que chez
un petit nombre de curieux : j'ai remarqué
dans ce que j'en ai lû des faits hiftoriques
& Anecdotes , qui ne font pas indifferents
à notre fujet ; j'ai pris fur tout
bien du plaifir à lire les vers latins qui fu
rent envoyez le 9. Février 1712. jour du
Mardi Gras , à M. Grenan , Bourguignon
, Auteur de la belle Ode fur le
1. vol.
vin
IIC6 LE MERCURE
vin de Bourgogne , par un Anonyme
qui tâchoit de le concilier avec M.
Coffin , Auteur pareillement d'une excellente
Piéce fur le vin de Reims fa Patrie
, le Poëte les invite à boire enſemble
lui troifiéme dans ce jour deſtiné à la
joye , & dit fort agréablement :
Ergo age : lux quoniam genio eft hac facra,
bibamus.
Scribe locum , venio , quoque vocaris , eo .
Tu Belnenfe dalis , noftrum R‹ menſeſequetur.
Nos nifi malueris fumptibus ire tuis.
Ce qui fut rendu en François de cette
maniere.
Ainfi jufqu'à nous humecter
Ce jour ſemble nous inviter ,
Ne differons pas davantage.
Ou de Beaune ou de l'Hermitage
Vous nous fournirez le plus fin :
Puis nous en boirons de Coffin ;
Si mieux n'aimez par complaiſance
Fournir vous feul à la dépenſe :
Le Traducteur fçachant bien au reſte
I. vol.
que
DE DECEMBRE 1723. 1107
que les gens de Lettres n'ont pas leurs
caves des mieux meublées , & ne voulant
rien laiffer à deviner , apprend au
Lecteur par une note marginale , que
Monfieur Coffin avoit reçu de la Ville de
Reims un prefent confiderable de Vin par
reconnoiẞance de fon Ode.
>
•
tous
Vous fçavez fans doute ; Monfieur
que Meffieurs Grenan & Coffin ,
deux Poëtes du premier Ordre , étoient
alors Profeffeurs d'Humanitez , l'un au
College d'Harcourt , l'autre au College
de Beauvais , & qu'ils ont été tous deux
depuis Recteurs de l'Univerfité de Paris.
Leurs Poëfies , au fentiment des Connoiffeurs
, font dignes du fiécle d'Augufte .
Ce qu'ils ont fait fur le fujet que nous
traitons , m'engage , en finiflant , de
vous faire part d'un échantillon de la
grande piéce que fit N. le Venier , Profeffeur
de Rhetorique au College de Navarre
puis Penitencier & Chanoine
d'Auxerre , pour inviter Nicolas Mercier
fon ami , Profeffeur & Sous-Principal
du même College , de venir paffer
I'Automne chez lui à Auxerre : Il lui dit
vers le commencement :
,
Si te fortèjuvat feceffus vifere noftros ,
Et quam Germanus meritis Autiſſiodorum
11. vol. Illuftrat ,
11c8 LE MERCURE
1+
Illuftrat, colles generofo palmite cingunt ;
Et chorafoecundus aquis lavar amnis ab ortu,
Difce viam, · ·
Il lui fait enfuite une defcription de
tous les lieux par où il paffera , depuis
Paris jufqu'à Auxerre. Puis à l'approche
d'Auxerre , qu'il lui annonce après
qu'il aura paffé le ruiffeau de Beauche ,
il s'exprime ainfi.
Atque ubi languentes Belcha tranſmiſeris undas
,
Vitibus intextos colles Autiffiodori,
Et madidas cernes Lenao nectare rupes ;
Hofpitio modico veteris curatus amici
1
Exefa invifes Urbis monumenta vetufta ,
1
Quam domitis quondam victor Semeleïus Indis
Miratufquefoli ingenium , coelique benigna
Sidera,& acclives tumulis clementibus Agros
AEt Nyſa &Spretis fertur coluiſſe Falernis.
Hinc omnis circum generoſo palmite tellus
Pubefcens , largos effundit prodigafoetus.
Queis Zephiri mites auras, fuccoſque benigna
Indulget matura finu , necferrea Juno ,
Nee lava ingrati nocet inclementia coeli.
I. vol.
Ic
DE DECEMBRE 1723. II
Le Poëte fait enfin une Defcription
des vendanges qui égale tout ce qu'on a
jamais fait de meilleur en ce genre. La
Piéce entiere merite d'être lûë : Mercier
l'a faite imprimer à la fin de l'Edition
qu'il a donnée des Colloques d'Erafme.
Je fuis Monfieur , & c .
J'ay oublié de vous marquer en fon
lieu qu'Heric ( c'eft la vraye maniere
d'écrire fon nom ) que vous avez cité
dans votre Eloge , étoit un Moine de
l'Abbaye S. Germain d'Auxerre . Il eut
foin de l'éducation de Lothaire , fils de
Charles le Chauve , & il dédia à ce Roy
le Livre de la Vie de S. Germain.
nubukanükutkupukuskunukukuku
ODE
AU REVEREND PERE D. C. ..
Pour le premierjour de l'An.
Oy , dont la main fur le Permeffe
Toy
Dirigea mes pas vagabons.
Toy , qui fçus former ma jeuneſſe
Par tes précieufes leçons ,
· ·
I. vol.
Aujour
C
1110 LE MERCURE
Aujourd'hui D. C... pour gage
Daigne accepter le tendre hommage
'D'un éleve reconnoiffant.
Heureux ! fi ma verve fidelle
Secondoit l'ardeur de mon zele ,1
Et t'effroit un digne prefent.
造
Semblable au Voyageur rapide
Qui s'eft égaré dans la nuit ;
Dont l'oeil affuré prend pour guide
Un feu brillant qui le feduit .
Mes bonds incertains , mes caprices
M'emportoient dans des précipices ,
Je chériffois ma folle erreur.
Plus infenfé que les Ménades ,
Dans mes fougueufes incartades
Je melivrois à ma fureur.
Ma verve enfin ſe rectifie
Par les fecrets que tu m'apprends ;
Mon jeune efprit fe glorifie
Des belles peines que tu prends.
I. vol.
Deformais
DE DECEMBRE 1723. IN
Deformais la Strophe hardie
Au fens accordant l'harmonic
Ne fçaura tomber qu'à propos.
Serré par l'exacte meſure ,
Le mot qui fuivra la céſure
N'interrompra point fon repos.
Reftraint au pouvoir que limite
Ton élégante auftérité ;
Dans Marot ma verve n'imite
Que l'air de fa naïveté.
Chez lui tu puisâs tes fineffes ,
Les tours excellens , ces richeffes
Dont tu compoſes ton tréfor.
Cherchant parmi ſon vieux langage
Le fel d'un nouveau badinage ,
Du fumier tu tires de l'or.
Marot dans la plaine élifée
Par tes foins adroits annobli ,
Sçait que fa Mufe autorifée
Franchit les horreurs de l'oubli ;
1. vol.
11 Cij
1112 LE MERCURE
7
* Il apprend qu'à tes doctes veilles
R...joint encor fes merveilles
R... qu'on ne peut trop louer ;
Si fon Apollon fans fcrupule
N'avoit les défauts qu'en Catulle
Lui-même eft forcé d'avouer,
44
Cher Cenfeur ; charmant Ariftarque ,
Tes bontés , tes égards pour moy
L'amitié que ton coeur me marque
M'attachent pour jamais à toy.
Que la Célefte intelligence
Pour toy donne à l'An qui commence
Un fort heureux à chaque inftant.
Plaiſe au deftin toujours propice ,
Que trente ans finis je te puifle
Faire un pareil remerciment .
Mes voeux font d'une autre nature
Que ceux des humains d'aujourd'hui ,
Dont l'imperceptible impofture
Eft dans ce tems lē traître appui,
I. νοί.
U
DE
DECEMBRE 1723 I
Un enfant ſouhaite à fon pére ,.
Un frere fouhaite à fon frere
Des jours dont ils voudroient la fina
Un ami tel qu'un crocodile
Sous l'appas de fa voix fubtile
Cache aux yeux un coeur affaffin.
Un Prince entouré de la foule":
De fes fades adulateurs ,
Boit le doux poifon qui s'écoule
De leurs complimens fedu&teurs ,
L'indigne encens dont il s'enyvre ,
Enfant fon coeur fait qu'il fe livre
A leurs difcours pernicieux ;
Il ne connoît pas qu'ils le jouent ; ´
Et que ce n'eft pas lui qu'ils louent ,
Mais l'or dont il charme leurs
yeux.
Pour moi dont l'encens légitime
N'eft prodigué qu'à la vertu
D'une vive & fincere eftime ,
Je t'offre un tribut qui t'eft dû,
I. vol.
Ciij Sans
3774 + LE MERCURE
Sans m'avoir vu , fans me connoître ,..
Tu voulus bien être mon Maître ,
De quel prix payer tes bienfaits ?
Cher D. C. pour y fuffire ,
Il faudroit que je fçûffe écrire
Tout auffi- bien que tu le fais.
DESFORGES MAILLARD . A. A. P. D. B.
Je vole
COPIE
DE DECEMBRE 1723. 1115
HE TVLe The He set 通
COPIE d'une Lettre de M. de Voltaire
à M. le Baron de B.
JH
E vais vous obéir , Monfieur , en
vous rendant un compte fidele de la
petite Verole , dont je fors , de la maniere
étonnante dont j'ai été traité ; &
enfin de l'accident de Maifons qui m'empêchera
long- tems de regarder comme
un bonheur mon retour à la vie.
4.
Mr. le Prefident de Maifons & moi
nous fumes indifpofez le Novembre
dernier , mais heureufement tout le danger
tomba fur moi ; nous nous fîmes faigner
le même jour, il s'en porta bien , &
j'eus la petite Verole .Cette maladie parut
après deux jours de fiévre , & s'annonça
par une legere éruption. Je me fis
faigner une feconde fois de mon autorité
malgré le préjugé vulgaire. M. de
Maifons eut la bonté de m'envoyer le
lendemain M. de Gervafi , Medecin de
M. le Cardinal de Rohan , qui ne vint
qu'avec répugnance . Il craignoit de s'engager
inutilement à traiter dans un corps
délicat & foible une petite Verole déja
parvenue au fecond jour de l'éruption
& dont les fuites n'avoient été préve-
I. vol.
nuës C iiij
1116 LE MERCURE
nuës que par deux faignées trop légeres
fans aucun purgatif.
,
Il vint cependant & me trouva avec
une fiévre maligne. Il eut d'abord une
fort mauvaife opinion de ma maladie
les Domestiques qui étoient auprès de
moi s'en apperçûrent & ne me laifferent
pas l'ignorer . On m'annonça dans le même
tems que le Curé de Maifons qui
s'intereffoit à ma fanté & qui ne craignoit
point la petite Verole , demandoit
s'il pouvoit me voir fans m'incommoder
; je le fis entrer auffitôt , je me
conferai & je fis mon Teftament , qui
comme vous croyez bien ne fut pas
long. Aprés cela j'attendis la mort avec
affez de tranquillité , non toutefois fans.
regreter de n'avoir pas encore mis la derniere
main à mon Poëme & à Mariamne ,
ni fans être un peu fâché de quitter mes
amis de fi bonne heure ; cependant-
M. de Gervafi ne m'abandonnoit pas
d'un moment ; il étudioit en moi avec
attention tous les mouvemens de la nature
, il ne me donnoit rien à prendre.
fans m'en dire la raifon il me laiffoit
entrevoir le danger & il me montroit
clairement le remede : fes raifonnemens
portoient la conviction & la confiance
dans mon efprit , methode bien néceſſaire
à un Medecin auprès de fon Malade
›
I. vol.
puifque
DE
DECEMBRE 1723. 1117
puifque l'efperance de guérir eft déja
la moitié de la guérifon. Il fut obligé
de me faire prendre huit fois l'émetique ;
& au lieu des Cordiaux qu'on donne
d'ordinaire dans cette maladie , il me
fit boire deux cent pintes de Limonade
cette conduite , qui vous femblera :
extraordinaire , étoit la feule qui pouvoit
me fauver la vie. Toute autre route me
conduifoit à une more infaillible &
je fuis perfuadé , que la plupart de ceux
qui font morts de cette rédoutable maladie
vivroient encore s'ils avoient été é
traitez comme moi..
Le préjugé populaire abhorre dans la
petite Verole la faignée & les medecines
, on ne veut que des Cordiaux , on va
donne du Vin au Malade , on lui fait
même manger de petites foupes & l'erreur
triomphe de ce que plufieurs perfonnes
guériffent avec ce régime. On re
fonge pas que les feules petites Veroles
qu'on traite ainfi avec fuccès font celles
qu'aucun accident funefte accompagne
, & qui ne font nullement dangereufes.
La petite Verole par elle-même dépouillée
de toute circonftance étrangere
n'eft qu'une dépuration du fang , favorable
à la nature , & qui en nettoyant
le corps de ce qu'il a d'impar lui pré
may
До дово
paro
Cv
3118 LE MERCURE
,
fe
pare une fanté vigoureufe. Qu'une telle
perite Verole foit traitée ou non avec
des Cordiaux , qu'on purge ou qu'on
ne purge point , on en guérit fûrement.
Les plus grandes playes , quand aucune
partie effentielle n'eft offenfée
referment aisément , foit qu'on les fuce ,
foit qu'on les fomente avec du vin & de
l'huile , foit qu'on fe ferve de l'eau de
Rabel , foit qu'on y applique des emplâtres
ordinaires , foit enfin qu'on n'y mette
rien du tout mais lorsque les refforts
de la vie font attaquez , alors le fecours
de toutes ces petites receptes devient inutile
, & tout l'art des plus habiles Chirurgiens
fuffit à peine . Ilen eft demême.
de la petite Verole.
9
Lorfqu'elle eft accompagnée d'une
fiévre maligne , lorfque le volume du
fang augmenté dans les vaiffeaux eft fur
le point de les rompre , que le dépôt eft
prêt à fe former dans le cerveau & que
le corpseft rempli de bile & de matieres
étrangeres , dont la fermentation excite
dans la machine des ravages mortels ;
alors la feule raifon doit apprendre que
la faignée eft indifpenfable : elle épurera
le fang , elle détendra les vaiffeaux
rendra le jeu des refforts plus fouple &
plus facile , débaraffera les glandes de la
prau & favorifera l'éruption ; enfuite les
>
Medecines
DE DECEMBRE 1723 . 1119
Médecines par de grandes évacuations , ~
emporteront la fource du mal & entraînant
avec elles une partie du levain
de la petite Verole , laifferont au refte la
liberté d'un dé elopement plus complet
& empêcheront la petite Verole d'ête
confluente enfin on voit que le Sirop
de limon dans une tifanne rafraîchiffante
adoucit l'acrimonie du fang , en
appaiſe l'ardeur , coule avec lui par les
glandes miliaires jufques dans les boutons
, s'oppoſe à la corrofion du levain
& prévient même l'impreffion que d'ordinaire
les puftules font fur le vifage.
Il y a un feul cas où les Cordiaux
même les plus puiffants font indifpenfablement
néceffaires , c'eft lorfqu'un fang
pareffeux , rallenti encore par le levain
qui en embaralle toutes les fibres n'a pas
la force de pouffer au dehors le poifon
dont il eft chargé. Alors la poudre de la .
Comteffe de Kent le Baume de Vaufeguer
, le Remede de M. Agnan , &c.
brifant les parties de ce fang prefque figé,
le font couler plus rapidement , en féparent
la matiére étrangere , & ouvrent
les paffages de la tranſpiration au venim
qui cherche à s'échaper.
Mais dans l'état où j'étois ces cordiaux
m'euffent été mortels ; cela fait voir demonſtrativement
que tous ces charlatanss
1. vol.
Cavje dont
1120 LE MERCURE
, dont Paris abonde & qui donnentle
même Remede ( je ne dis pas pour
toutes les maladies , mais toujours pour
la même ) font des Empoifonneurs qu'il
faudroit punir.
J'entends faire toujours un raïfonnementbien
faux & bien funefte. Cet hom
me, dit-on, a guéri par une telle voye, j'ai
la même maladie que lui , donc il faut
que je prenne le même Remede. Combien
de
gens font morts pour avoir raiſonné -
ainfi . On ne veut pas voir que les maux.
qui nous affligent font auffi differents que
les traits de nos vifages , & comme dit
le grand Corneille ( car vous me permettrés
de citer les Poëtes)
Que fouvent l'un fe perd , où l'autre s'eft ſauvé ,
Et par où l'un périt un autre eft confervé.
Mais c'eft trop faire le Medecin , je
reffemble aux gens qui ayant gagné un
procès confiderable par le fecours d'un
habile Avocat , confervent encore pour
quelque tems le langage du Barreau .
Cependant , Monfieur , ce qui me
confoloit le plus dans ma maladie , c'étoit
l'interêt que vous y preniez ; c'étoit
l'attention de mes amis & les bontezinexprimables
dont Madame & M.
de Maifons m'honoroient . Je joüiſſois
d'ailleurs de la douceur d'av
I. vol.
DE DECEMBRE 1723. Ir22
"
près de moi un ami , je veux dire , un
homme qu'il faut compter parmi le
trés-petit nombre d'hommes vertueux ,
qui feuls connoiffent l'amitié dont le
refte du monde ne connoît que le nom.
C'eſt M. Tirior ; qui fur le bruit de ›
ma maladie étoit venu en pofte de
quarante lieuës
pour me garder , & qui
depuis ne m'a pas quitté un moment.
J'étois le 15. abfolument hors de danger,
& je faifois des Vers le 16 malgré la foi--
bleffe extrême qui me dure encore, cau
fée par le mal & par les Remedes.
>
·
J'attendois avec impatience le moment
où je pourrois me dérober aux foins
qu'on avoit de moi à Maifons , & finir
Fembarras que j'y caufois plus on avoit
pour moi de bontez , plus je me hâtois
de n'en pas abufer plus long- tems. Enfin
je fus en état d'être tranfporté à
Paris le 1 Decembre. Voici , Monfieur ,
un moment bien funefte ; à peine fusje
à deux cent pas du Château , qu'une
partie du plancher de la Chambre où
j'avois été , tomba tout enflâmée ; les
Chambres voifines , les Apartemens qui
étoient au- deffous , les Meubles pré-
' cieux dont ils étoient ornez ; tour fue
confumé par le feu. La perte monte à
près de cent mille livres , & fans le fe
cours des pompes qu'on envoya cher-
I. vol.
chér
E
1122 LE MERCURE
cher à Paris , un des plus beaux Edifices
du Royaume alloit être entierement
détruit. On me cacha cette étrange
nouvelle à mon arrivée , je l'a fçus
à mon réveil , vous n'imaginerez point.
quel fut mon defeſpoir , vous fçavez les
foins genereux que M. de Maifons avoit
pris pour moi , j'avois été traité chez
lui comme fon frere , & le prix de
tant de bontez étoit l'incendie de fon
Château. Je ne pouvois concevoir comment
le feu avoir pu prendre fi brufquement
dans ma Chambre , où je n'avois
luiffé qu'un tifon prefque éteint.
J'appris que la caufe de cet embrafement
étoit une poutre qui paffoit préci
fement fous la cheminée. C'eft un défaut
dont on s'eft corrigé dans la ftructure .
des bâtimens d'aujourd'hui , & même
les frequents accidents qui en arrivoient,
ont obligé d'avoir recours aux Loix
pour défendre cette façon dangereufe .
de bâtir . La poutre dont je parle , s'épeu
à· peu par la chaleur
de l'âtre qui portoit immédiatement fur
elle , & par une deftinée fingulière
dont affûrément je n'ai point goûté le
bonheur ) le feu qui couvoit depuis deux
jours n'éclata qu'un moment après mon.
départ.
toit embrafée
Je n'étois point la caufe de cet acci-
I. vol. dent,
DE DECEMBRE 1723. 1123
dent , mais j'en étois l'occaſion malheureuſe
, j'en eus la même douleur que
fi
j'en avois été coupable ; la fiévre me
reprit auffitôt , & je vous affure que:
dans ce moment je fçûs mauvais grẻ à
M. de Gervafi de m'avoir confervé la
vie.
-
Madame & M. de Maifons reçûrent
la nouvelle plus tranquillement que
moi , leur generofité fut auffi grande
que leur perte & que ma douleur. M. de
44 par
le
Maifons mit le comble à fes bontez en
me prévenant lui-même par des Lettres
qui font bien voir qu'il excelle
coeur comme par l'efprit. Il s'occupoit
du foin de me confoler , & il fembloit
que ce fût moi dont il eût brûlé le Château
: mais fa generofité ne fert qu'à me
faire fentir encore plus vivement la perte
que je lui ai caufée , & je conferverai
toute ma vie ma douleur auffi bien
mon admiration pour lui , & c.
je fuis , & c.
que
3. vol.
VERS
5124 LE MERCURE
* :
VERS DE M. DE VOLTAIRE
AM. de Gervafi Medecin , envoyé dans
le Gevaudan , pour les Maladies contagienfes,
& qui vient de guerir M., de
Voltaire de la petite Verole.
T
U revenois couvert d'une gloire éternelle ,
Le Gevaudan furpris , t'avoit veu triomfer
Des traits contagieux d'une peke cruelle ,
Et ta main venoit d'étoufer
De cent poifons cachés la femence mortelle.
Dans Maifons cependant je voyois mes beaux
jours
Vers leurs derniers moments precipiter leurs
Cours.
La mort près de mon lit fanglante, inexorable , .: ,
Avoit levé fur moi fa faulx épouvantable ,
Le vieux Nocher des morts à ſa voix, accourut,
C'en étoit fait , fa main tranchoir ma deftinée ,
Mais tu lui dis arrête... & la mort étonnée
Reconnut fon Vainqueur , frémit & difparus.
Helas ! fi comme moi l'aimable Genonvile ,
a
I. vol.co
Avoit
DE DECEMEBRE 1723. 1125
Avoit de ta prefehce eu le fecours utilè ,
Il vivtoit , & la vie eut rempli nos fouhaits ;
De fon cher entretien je goûterois les charmes
Mes jours que je te dois , renaîtroienr fans allarmes
,
Ett mes yeux qui fans toi ſe fermoient pour jamais
,
Ne le rouvriroient point pour répandre des larg
mes.
C'est toi du moins, c'eft toi par qui dans ma dou
leur
Je peux jouir de la douceur
De plaire & d'être cher encore
Aux illuftres amis dunt mon Deftin m'honore,
Je reverai Maifons dont les foins bienfaifans.
Viennent d'adoucir ma foufrance ,
Mailons en qui l'efprit tient lieu d'experience ,
Et dont j'admire la prudence
Dans l'âge des égaremens.
Je me fatte en fecret qu'à mon dernier ouvrage
Le vertueux S U L L Y donnera fon fufrage ,
Que fon coeur genereux avec quelque plaifir
Au fortir du tombeau me verra reparoître ,
1. vol.
Et
1126 LE MERCURE
Et que Mariamne pe tre ,
Pourra par fes malheurs enchanter fon loifir.
Beaux jardins de Villars Ombrages toujours
frais,
C'eſt ſous vos feüillages épais ,
Que je retrouverai ce Heros plein de gloire
Ceft là
Qui nous a ramené la Paixo a
Sur les aîles de la victoire.
que Richelieu par fon air enchanteur
Par les vivacitez
, fon efprit & fes graces
,
Dès qu'il reparoîtra
, fçaura joindre.mon
coeur
A tant de coeurs foumís qui volent fur les tra→
ces.
Et toi , cher Bullingbrook , Heros qui d'Apollon
As reçu plus d'une Couronne ,
Qui reünis en ta perfonne
L'éloquence de Ciceron ,
L'efprit de Mecenas , Pagrément de Petrone ,
Et la fcience de Varron ;
Bullingbrook à ma gloire il faut queje publie
Que tes foins pendant le cours
De ma trifte maladie
I vol...
Ont
DE DECEMBRE 1723. 1127.
Ont daigné marquer tous les jours
Par le tendre interêt que tu prends à ma vie.
Enfin donc je refpire & refpire pour toi ,
Je pourrai deformais te parler & t'entendre ,
Mais ciel ! quel fouvenir vient ici me furpren
dre:
Cette aimable beauté qui m'a donné ſafoy ,
Qui m'a juré toujours une amitié fi tendre ,
Daignera- t'elle encor jetter les yeux fur moi
Helas en defcendant fur le fombre rivage
Dans mon coeur expirant je portois fon image
Son amour , fes vertus , fa grace , les apas ,
Les plaifirs que cent fois j'ai goûtez dans les
bras ,
A ces derniers moments flattoient encor mom
ame ,
Je brûlois en mourant d'une immortelle flâme .
Grands Dieux ! me faudroit-il regretter le trépas
?
M'auroit-elle oublié ? Seroit- elle volage ?
Que dis je,malheureux ? Où vais- je m'engager 2
Quand on porte fur le vifage.
· D'un mal fi redouté le fatal témoignage
Eft-ce à l'Amour qu'il faut ſonger.
To vol.
Copie
1128 LE MERCURE
kunukukuku- bukakuku :kububukas
COPIE d'une Lettre écrite à M. de
Voltaire par M. de. . . .
I
L n'y a que vous dans le monde ,
Monfieur, qui , le feizième jour d'une
petite Verole tres - maligne , après dix
prifes d'Emetique ne pouvant ni remuer,
ni parler , ayez encore la force de pen--
fer & de compofer des Ouvrages tels
que celui que vous m'avez envoyé , mais
je n'en fuis point furpris , je connois votre
efprit & votre coeur tous deux
que
vous ont infpiré des Vers . , fans fonger
feulement fi la Machine fouffroit ou
non. Les corrections que vous avez faites
à votre. Ouvrage l'ont rendu parfait ,
vous avez retranché des Vers inutiles ,
Vous en avez changé de défectueux , votre
Piéce eft devenue par- là fi differente
, que la premiere leçon n'ayant fait
m'émouvoir , la feconde m'a arraché
des larmes. Vous êtes en France le feul
Poëte qui foyez docile , auffi êtes - vou.
verit blement le feul Poëte. Le Public
trouve ces derniers Vers admirables ;
vous avez pourtant des Cenfeurs , mais
ne vous en effraïez pas . Il y a des gens
qui ne peuvent fe refoudre à vous loüer,
il y en a quelques - uns qui ne peuvent
1. vol.
fouffrir
DE DECEMBRE 1723 1729
fouffrir que vous loüiez perfonne. Je
Vous avertis d'avance que les louanges
ne réuffiffent jamais à la Cour ; mais
celles que vous donnez dans votre Ouvrage
, font des portraits fi reffemblans,
que de Public defintereffé les aimera
toujours. Laiffez donc gronder le petit
nombre de vos Critiques , joüiffez de
votre gloire , & foyez fenfible à mon
amitié.
Je fuis , &c.
VERS DE M. DE VOLTAIRE
L
à Mile. le Couvreur.
Heureux talent dont vous charmez la France
,
Avoit en vous brillé dès votre enfance ,
11 fut dès lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaifiez même fans le fçavoir .
Sur le Theatre heureufement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empréffez ,
Vous recitiez par la Nature inftruite ,
C'étoit beaucoup ce n'étoit point affez.
Il vous fallut encore un plus grand maître
LA. vol.
Permettez
1130
LE MERCURE
Permettez-moi de faire ici connoître
Quel eft ce Dieu , de qui l'art enchanteur
Vous a donné votre gloire fuprême.
Le tendre Amour me l'a conté lui-même ;
On me dira que l'Amour eft menteur ;
Helas ! je fçais qu'il faut qu'on s'en défie ,
Qui mieux que moi connoît fa perfidie
Qui fouffrit plus de ſa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie ,
Mais cette fois il a dit verité.
Ce même Amour , Venus & Melpomene ,
Loin de Paris faifoient voyage un jour ;
Ces Dieux charmans vinrent dans un ſéjour
Où vos appas éclatoient fur la Scene ;
Chacun des trois avec étonnement
Vit cette grace & fimple & naturelle
Qui faifoit lers votre unique ornement .
Ah ! dirent- ils , cette jeune mortelle
Merite bien que fans retardement
Nous repandions tous nos tréfors fur elle ;
Ce qu'un Dieu veut , fe fait dans le moment, '
I. vol.
Tout
DE
DECEMBRE 1723. 1131
Tout auffitôt la tragique Déeffe
Vous infpira le goût , le fentiment ,
Le pathetique & la délicateffe.
Moi , dit Venus , je lui fais un prefent
Plus précieux , & c'eſt le don de plaire :
Elle accroîtra l'Empire de Cithére ,
A fon afpect tout coeur fera troublé ,
Tous les efprits viendront lui rendre homage ;
Moi , dit l'Amour , je ferai davantage ,
Je veux qu'elle aime : à peine eût- il parlé ,
Que dans l'inftant vous devintes parfaite ,
Sans aucuns foins , fans étude , fans fard ,
Des Paffions vous fûtes l'Interpréte .
O! de l'Amour , adorable fujette ,
N'oubliez point le fecret de votre Art .
BELOGE
De M. Boudier par M. de la R.
N refuſer à la vertu & à
peut
ne
l'amitié le jufte tribut qui leur eft
dû. J'ai admiré pendant plufieurs an-
1. νοί.
nées
1132 LE MERCURE
"
nées les talens heureux & le merite fingulier
de M. Boudier Gentilhomme de
Mante ; & nous avons été liez enfemble
d'une étroite amitié : c'eft donc moi
que
regarde particulierement le foin d'annoncer
fa mort aux Sçavans , & de lui rendre
les devoirs qui font en ufage dans
la Republique des Lettres .
René Boudier, iffu de l'ancienne Maifon
de Soule dans le Cotentin , nâquit
à Alençon en l'année 1634. Après la mort
de fon pere , qui fut tué étant Capitaine
, au fiége d'Arras , en l'année 1642. &
qui avoit eu le bonheur d'abjurer les erreurs
du Calvinifine , fa mere vint demeurer
à Mante , dont elle étoit originaire
, & amena avec elle notre illuftre
défunt , âgé de 7. à 8. ans : elle lui donna
une éducation conforme à la naiſlänce
, à laquelle le jeune homme répondit
parfaitement , furtout du côté de la Religion
& des Lettres .
La connoiffance de l'antiquité fut toujours
fa paffion dominante , il lui a facrifié
fon tems & fa fortune ; content
d'un mediocre patrimoine , il a méprifé
toutes les profellions differentes de la vie
civile , les regardant comme autant de
fervitudes , qui l'attachant au Public ,
lui ôteroient fon loifir & le tireroient
de fon centre. Aidé de fon feul genie ,
1. vol.
&
DE DECEMBRE 1793. 1135-
& fans les fecours qu'on ne trouve gueres
que dans les grandes Villes , il déchifra
d'abord des Médailles jufqu'alors
inintelligibles , ce qui fut toujours fon
fort. Les Antiquaires qui s'affemblerent
depuis à Paris à l'Hôtel d'Aumont , ont
été plus d'une fois charmez des Differtations
qu'il apportoit aux Conférences
qui s'y tenoient.
Il ne s'eft point borné à la connoiffan
ce des monumens antiques : il s'eft auffi
jetté par amuſement dans la Poëfie , & il
a fait des Poëmes comparables à ce que
nous avons de meilleur , Epigrammes
Odes, Satyres, & c. tout ce qui fortoit de
fes mains , portoit le caractére d'un Maître.
Il laiffe pour fruit de les longues
études divers Traitez fur les Médailles .
Grecques & Romaines , une Hiftoire
Romaine depuis Romulus jufqu'à la décadence
de la Republique : une Traduction
en Vers François de l'Eccléfiafte de
Salomon : un
: un grand nombre d'Epigrammes
, & d'autres Piéces Poëtiques , & c .
J'appris il y a environ deux ans qu'il
travailloit alors fur Virgile, il m'inftruifit
lui-même là- deffus par une de fes
Lettres du 16. Septembre 1721. » Quant
à Virgile , dit- il , dont vous me par- «
lez , qui a amufé plufieurs mois ma ca- ce
ducité. C'est le Centon de Proba Fal- ce
I. vol.
-D conia
-7134
LE MERCURE
» conia fur l'ancien & fur le nouveau
» Teftament , tiré des Vers de Virgile ,
» que j'ai rétabli & traduit en Profe
Françoife , avec une ample Préface fur
» les Centons ; forte de Poëmes peu con-
» nus dans nôtre fiècle.
Dans un voyage que M. Boudier fit
à Paris en l'année 1714. il mit tous fes
differens Ouvrages , à l'exception de ce
dernier , entre les mains du Sieur Simart
Libraire , qui fe chargea de leur impreffion
, & qui cependant n'a encore rien
donné au Public , faute , peut-être de
connoître le merite de ces Ouvrages , ou
de confiance pour les communiquer à
gens éclairez fur ces matières , qui retoucheroient
ce qui peut en avoir beſoin ,
& qui en avanceroient la publication . Je
ferois fort tenté de faire ici une digreffion
fur la conduite de la plupart des Libraires
qui font plus curieux de leurs
interêts , fouvent mal- entendus, que de
l'avancement des Lettres ; mais cela me
meneroit trop loin.
J'ai en mon particulier quantité de
Lettres de ce fçavant Homme lefquelles
étant jointes à celles qu'il a écrites à
d'autres perfonnes fur divers points d'érudition
, pourroient faire plaifir au Public
, fi on vouloit bien me les commuhiquer.
Je puis affurer que le Recueil 1. vol.
en
DE DECEMBRE 1723 1135
en feroit curieux : car M. Boudier étoit
confulté de tous côtez , pour ce qui regarde
furtout l'intelligence des Médail–
les , & des autres monumens antiques.
J'ajoûterai qu'il y a dans fes Lettres des
éclairciffemens & des traits particuliers
qui ne fe trouveront point dans fes Ou
vrages plus meditez : Lettres d'ailleurs
bien écrites pour le ftyle , & peintes ,
pour ainfi dire , d'un caractére qui approche
de la netteté & de la beauté de
l'impreffion ; choſe tres - rare parmi les
Sçavans.
Les douleurs de la Pierre , plutôt que
le grand nombre de fes années , ont enfin
interrompu fon application à l'étude
; mais elles n'ont en aucune maniere
alteré la folidité & la tranquillité de
fon efprit ; en forte qu'après les exercices
de Religion , il faifoit fur la fin de
fa vie encore des Vers avec la même facilité
, & où l'on voyoit le même feu
qu'auparavant, La gravité du ſujet &
de juftes regrets m'empêchent d'inferer
ici une Epigramme faite fur la Pierremême
qui le tourmentoit , quinze jours
avant la mort.
A l'imitation de plufieurs hommes de
Lettres , il a auffi fait fon Epitaphe telle
que je vais la rapporter.
1
I. vol.
Dij J'étois
LE MERCURE
t
f
J'étois Gentilhomme Normand ,
D'une ancienne & pauvre Nobleffe ;
Vivant de peu tranquillement ,
Dans une honorable pareſſe .
Sans ceffe le Livre à la main ;
J'étois plus ferieux que trifte ;
Moins François que Grec, & Romain ,
Antiquaire , Archimedaillifte ;
I étois Poëte , Hiftorien ,
Et maintenant je ne ſuis rien .
"Enfin fentant que fon dernier jour
approchoit , il tourna toutes fes penſées
ducôté de l'Eternité, invoquant fans ceffe
le Nom de Dieu , comme il avoit toujours
fait au milieu de fes plus vives
douleurs , & marquant fa foy & fa charité
par des Actes fervens & réïterez .
Il reçut les derniers Sacremens avec une
edification touchante , & plein de confiance
en la mifericorde du Seigneur , il
lui rendit paifiblement fon efprit le feize
du mois de Novembre dernier , âgé de
quatre-vingt neuf ans neuf mois.
Les Armes de la Maifon de Soule, que
portoit M. Boudier , font d'argent aux
r. vol. trois
DE
DECEMBRE 1723
3137
trois jambes accolées de gueule
les anciennes Armes de Sicile.
cefont
A UN JOUEUR,
S.ONNE T.
Toy qui hais la prefence & les avis du fage,
Et qui reduit à fec , a recours au micmac,
Joueur , fi tu reprens , cartes , dez , ou tridrar,
Crains que le Châtelet ne foit bientôt ta cage .
Songe que le tems paffe, & qu'il arrive un âge,
Où l'on regrete en vain d'avoir vuidé fon fac
Pour toy quel avenir eft dans mon
Jete vois mandier de Village en
•
almanac?
Villages
Reduit à te nourrir de pain , d'oignon & d'ail,
Ta main deſſus le front te fervant d' éventail
Rougiffant des difcours qu'entendra ton oreille:
Ah ! plutôt fans tarder imite la
fourmy.
Fuis les confeils trompeurs d'un ami de bouteille,
Quand elle eft à la lie , il n'eft plus ton Amy.
Ja vol
Deiij EX
3738 LE MERCURE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Chartres le 25 Novembre 1723. fur la
Benediction des nouvelles Cloches de
l'Eglife Cathédrale.
Na fait ici le 3. de ce mois avec
beaucoup
de folemnité
, la bénédiction
de cinq Cloches
de l'Eglife
Cathe- drale ; quelques
jours avant la cérémonie,
les Députés
du Chapitre
furent
pré- fentez
à l'Infante
Reine & à M. le Duc - de Chartres
, qui devoient
nommer
la premiere
Cloche
, par M. l'Abbé
Perot Lecteur
du Roy , & Inftituteur
de l'In- fante.
Le même jour M. l'Abbé Peu , Chamoine
, Sous- Chantre , & Grand Vicai
re de M. l'Evêque , & M. l'Abbé Hucaut
, Confeiller au Prefidial de Chartres
, tous deux Echevins de la Ville, allerent
de la part du Chapitre complimenter
les Procureurs de l'Infante , &
de M. le Duc de Chartres , & les autres
Parains & Maraines précedez des Maſfiers,
&c. & fuivis de ceux qui portoient
les prefens accoutumez .
Sur les dix heures du matin on fonna
la Cloche nommée Gabriële, la feule qui
I
I. vol.
étoit
DE DECEMBRE 1723. 1139
.
étoit restée entiere , & on la tinta en
bourdon pendant toute la cérémonie .
Cependant les Parains & les Maraines
s'étant rendus au Palais Epifcopal , M.
l'Evêque & eux allerent à la Cathedrale,
où ce Prelat ayant pris fes habits Pontificaux
marcha proceffionnellement
avec fon nombreux Clergé vers le bas de
la Nef , où les cloches étoient fufpendues
›
à une certaine hauteur.
duits
Les Parains & Maraines y furent conpar
les Maîtres de cérémonie. Immédiatement
après marchoient le Doyen
du Chapitre , & le Chantre tenant fon
Bâton de Chantre , tous deux revêtus de.
Robes rouges & de Chapes magnifiques .
M. l'Evêque marchoit le dernier entre
fes deux Archidiacres précedé de fon
Porte croffe, fuivi de fes Aumôniers, &c .
& de plufieurs perfonnes de diftinction ,
qui s'étoient rendues à Chartres pour af
fifter à cette Benediction .
,
Je pafle fous - filence les riches ornements
du lieu où elle fe devoit faire, qui
contenoit le Dais , fous lequel fe mit
M. l'Evêque , affifté de fes Archidiacres ,
& ayant à fa droite & à fa gauche les
Parains & Maraines affis fur des fauteuils
diſpoſez en demi cercle. Le Clergé occupoit
autour un parquet prefque car-
I. vol .
Diiij
ré,
1140
LE
MERCURE
1
ré, qui tenoit plus de la moitié de la longueur
de la Nef.
Lorfque tout fut prêt , & que l'orgue
eût ceffe de jouer M. l'Evêque s'approcha
des cloches, fuivi des Parains & Maraines
, conduits par les Maîtres de cérémonie.
Madame la Marquife de Fervacques
pour l'Infante Reine , & M, le
Marquis de Fervacques pour M. le Duc
de Chartres. Ils nommerent la premie-
're Cloche Marie- Anne - Victoire- Loüife.
La feconde fut nommée Guillaume, du
nom de feu M. le Cardinal du Bois
Archevêque de Cambray & principal
Miniftre , qui en devoit être le Parain ..
La troifiéme fut nommée Marie- Madeleine
, par M. le Marquis de Gaffion ,
reprefentant Monfeigneur le Garde des
Sceaux , Bailly , Capitaine & Gouverneur
de Chartres ; & par Dame Marie-
Madeleine Hortenfe de Bellefont , époufe
de M. de Bullion , Marquis de Fervacques
, &c. Maréchal des Camps &
Armées du Roy , Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté de
Laval , & Lieutenant de Roy du Pays
Chartrain.
i La quatriéme fut nommée Marie-
Jeanne , par M. Faget , Confeiller au
Grand Confeil
pour M. Gafpard Dodun
, Chevalier , Marquis d'Herbeau ›
I. vol.
& ca
DE DECEMBRE 1723 , 1141
&c. Confeiller au Confeil Royal , Contrôleur
General des Finances , & par
Dame Marie Jeanne Fleuriau d'Arme
nonville époufe de M. le Marquis de
Gaffion , premier Baron , Doyen du Perche
, Chevalier de l'Ordre de S. Louis ','
Maréchal des Camps & Armées du Roy,
&c.
La cinquième enfin , fut nomméc
Jeanne , par M. l'Abbé de Champigny
Tréforier de la Ste Chapelle de Paris ,
cy- devant Doyen de l'Eglife de Char
tres , & par Dame Jeanne de Gaffion ;
époufe de M.Jofeph- Henry Moret- Gro
let Comte de Peire , & c.
La cérémonie fe fit felon l'ordre da
Pontifical & du Rituel du Dioceſe . On
y chanta un très - beau Motet de la compofition
de M. Lefcheneau , Maître de
Mufique de la Cathedrale, tiré du Pſeaume
, Cantate Domino canticum novum.
A la fin de la cérémonie , M. l'Evêt
que , les Parains & Maraines après avoir
frappé trois fois les Cloches avec les bat
tans , firent de grandes largeffes aux
Fondeurs , Charpentiers , & autres ou
vriers , fans oublier les pauvres. Le fon
des Cloches fut accompagné du jeu de
l'orgue & du bruit des tambours ; &
autres inftrumens. Tout finit par un
Te Deum folemnellement chanté &
1. vol Dy enfin
[142 LE MERCURE
enfin les Parains & Maraines furent conduits
en cérémonie au Palais Epifcopal ,
où M. l'Evêque leur donna un magnifique
repas. L'aprefdînée les Parains &
Maraines firent encore jetter de l'argentaux
pauvres , & firent des liberalitez au
Corps de Mufique , & aux bas Officiers
de l'Eglife Cathédrale.
Ces cinq Cloches ont été fondues aux
dépens du Chapitre de Chartres , par
François Sabatier , Maître Fondeur Lorrain
, dont l'habileté eft en grande réputation.
Il ne s'étoit fait depuis longtems
une fonte auffi confidérable & aufi
heureufe. Il eft entré dans cette fonte
cinquante huit milliers de métail .
Depuis cette fonte Mrs du Chapitre
trouvant qu'il y avoit encore de la matiere
de refte pour former dans leur fonnerie
une octave complete , ont fait faire
le jet de deux autres Cloches , dont
la Bénédiction fe doit faire inceffamment
, & le Chapitre leur a déja donné
les noms de Saint Jean - Baptifte , fecond
Titulaire de l'Eglife de Chartres
& de Saint Piat Martyr du troifiéme
fiécle , dont elle poffede le Corps .
Les huit Cloches feront partagées dans
les deux Pyramides ou Clochers de
Chartres , fi renommées pour leur hau-
Leur , & feront enſemble le bel accord
L
1. vol.
qu'on
DE DECEMBRE 1723 1143
qu'on s'eft propofé. M. Bellaud Organifte
de la Madeleine de Châteaudun , dont
la capacité eft fort reconnuë , s'eft don
né de grands foins pour la perfection
de cette fonnerie , & le Chapitre de
Chartres cft extrémement fatisfait de lui,
& c.
Voici quelques endroits d'un Cantate t
qui a été faite à l'occafion de la fonte &
de la Bénédiction des Cloches dont on
vient de parler.
Mais quoi ? quelle fumée offufque la nature?
La flâme qui la fuit rend la nuit moins obfcure
Sur les fronts attentifs le trouble , la pâleur
Peignent la crainte du Fondeur ,
Et du même interêt l'affiftance frappée
D'un feul coup d'oeil eft occupée
Silence.. une tremblante main
Au liquide métail ouvre enfin la carriere ,
Il coule , & l'Artifan foudain
Annonce que l'oeuvre eft entiere
Vous Cloches dignes de mémoire
Par vos accords harmonieuxxi
5
Celebrez votre propre gloire.
3
2. vol...
Que Divj
1144
LE MERCURE
Que de vos fons mélodieux
Eclate la voûte azûrée ,
Et que jamais Aquilon, ni Borée
Ne viennent fe mêler à vos accens divers
Que pour les faire entendre au bout de l'Uni
vers.
•
TROISIE' ME LETTRE écrite
à un Provincial , dans laquelle après
avoirrépondu à une espece de défenfe
des Paradoxes Litteraires, inferée dans
le Mercure du mois de Novembre der
nier, on indique les dernieres brochureş
pour & contre , qui ont paru au sujet dé
la Tragedie d'Inés de Caftro.
MONSIEUR,
Vous ne vous attendiez peut-être
pas qu'en rendant publiques les deux
Lettres que je vous ai écrites touchant
les petites Brochures qui ont été im-.
primées au fujet de la Tragedie d'Inés
, vous me feriez ici des affaires avec
Meffieurs les Auteurs ; c'est -à- dire, avec
gens qui font furieufement fenfibles. •
Je viens de lire dans le Mercure du
mois de Novembre,une Lettre Anonyme.
r. vol. adteffée
DE
DECEMBRE 1723 .
1141
adreffée aux Auteurs de ce Livre Pério,
dique , dans laquelle on attaque le ju
gement que ma premiere Lettre inſeréc
dans le Mercure du mois d'Octobre a
porté fur les Paradoxes- Litteraires.
-
J'ai cru d'abord pouvoir me difpenfer
de répondre à ce petit écrit , ayant quel
que chofe de mieux à faire. La répugnan
ce que j'ai toujours eu à m'embarquer,
dans ce qu'on appelle Querelles Litteraires
, n'avoit pas peu contribué à me faire
prendre le parti du filence ; Mais en ,
fuite j'ai fait réflexion que fi par hazard
la Lettre de l'Anonyme tomboit entre
vos mains vous feriez peut- être bien
aife de fçavoir ce que j'en penfe: Tour
bien confideré , j'ai pris le parti de vous
envoyer quelques obfervations fur cette
Lettre vous ferez le Maître de les faire
imprimer , fi vous le jugez à propos.
J'ai lu la Lettre à un Provincial , dit
l'Anonyme. Cette Lettre renferme bien
de la malignité , fur- tout à l'égard de notre
bon Spectateur François , qui n'eft pas·
après tout partagé d'un efprit fi infortune,
& qui étant ( comme cela doit être ) le
Heros & le Difciple bien- aimé du célebre
Auteur d'Inés , par ce feul endroit
méritoit des égards. L'Anonyme auroit un
peu de peine à prouver que ma Lettre
renferme bien de la malignité à l'égard du
A. vol.
Spectateur
1146 LE MERCURE
Spectateur François. J'ai rapporté trèsfimplement
le jugement du Spectateur
fur Inés. Où eft la Malignité ? Mais, dira-
t-on , la fimple repetition des paroles
du Spectateur en fait fouvent la Critique.
Eft-ce ma faute ? Il y a grande apparence
que l'Anonyme n'a mis ici en
jeu le bon Spectateur , que pour avoir occafion
de s'égayer un peu lui -même à ſes
dépens , & de le qualifier ironiquement,
le Heros & le Difciple bien -aimé du célebre
Auteur d'Inés. Ironie qui dans le
fonds ne fignifie rien .
C'est dommage que plufieurs traits ingenieux
de cette Lettre foient fuivis d'une
fort fuperficielle Critique des Paradoxes
Litteraires. C'est dommage , eft affurément
ici une expreffion très - plaifante. La Lettre
à un Provincial, dit l'Anonyme, contient
plufieurs traits ingenieux. Mais on
y a eu la hardieffe de critiquer M. l'Abbé
des Fontaines. Quel dommage ! Pour
ce qui eft des termes de Critique fortfuperficielle
, par lefquels il plaît à l'Anonyme
de défigner le jugement que la Lettre
à un Provincial a porté fur les Paradoxes
Litteraires , on ne lui fera point
de chicane là deffus , fi par les termes de
Critique fort fuperficielle il entend une-
Critique referrée dans des bornes fortr
étroites. En effet le but de l'Auteur de
$
1. vol. la
DE
DECEMBRE 1723.2 . 1147--
la Lettre à un Provincial n'a été fimplement
que d'éfleurer la matiére , comme
on le voit par les paroles qui terminent
cette Lettre. Mais la critique qu'on y a
faite des Paradoxes , quoique courte &
fuperficielle , eft elle jufte & fondée ?
Voilà de quoi il eft queftion . L'Anonyme
prétend que non . Je vais examiner
fes raifons. M. L. D. F. avoit avancé
dans fes Paradoxes Litteraires , que le
faux comme le vrai eft du reffort du Paradoxe
, mais plus fouvent le faux . Cette
notion du Paradoxe m'a paru peu jufte,
& me le paroît encore. Je crois qu'il efte
de l'effence du Paradoxe d'être toujours
vrai. L'Anonyme foutient au contraire
avec M. L. D. F. que c'est une chofe certaine
que le faux eft bien plus fouvent
l'objet du Paradoxe que le vrai ; & il
s'efforce de le prouver.
,
YUR
Premierement , dit- il , fi le Paradoxe
eft une propofition eßentiellement vraye, il
faut dire que tous les Paradoxes de Ciceronfont
des veritez. Or Ciceron ne l'ajamais
prétendu lui-même quoiqu'il ait
appellé fes Paradoxes focratica & longè
veriffima ; & quand il l'auroit prétendu,
il n'y auroit rien gagné : car celui , par
exemple , où il entreprend de prouvercette
maxime des Stoïciens , tous les pechez
font égaux , eft abfolument faux. On ré-
1. vol. pond
1148 LE MERCURE
pond à l'Anonyme , que des fix propofitions
que Ciceron appelle Paradoxes, il
y en a cinq qui paroîtront toujours des
veritez inconteftables, à quiconque pour
ra s'élever au-deffus des préjugez dù a
vulgaire Sçavoir , ..
Quod honeftum fit ,idfolum bonum effer,
In quo virtus fit , ei nihil deeſſe ad beatè võvendum.
Omnem ftultam inſanive,
Solum fapientem liberum effe , & ftultum em
nem fervum
Solum fapientem effe divitem.
Et que la fixiéme Propofition ,
qualia eße peccata , que l'Anonyme a
feule citée parce qu'il n'y avoit qu'elle
feule qui eût un air apparent de fauffes
té , n'eft pas moins vraye que les cinq
autres pour les Stoïciens, felon l'opinion
defquels Ciceron raifonne dans fes Paradoxes.
Or , quand je dis que le Parados
xe eft une propofition véritable , je ne
prétends pas parler d'une verité abfolue;
& reconnue telle d'un commun con <
fentement Peut- être n'y eut- il jamais
de verité de cette efpeces Mais j'entends
feulement parler d'une verité relative
c'est-à- dire , d'une verité reconnuë tella
1. vol.
pars
DE DECEMBRE 1723. 1049
par celui qui avance le Paradoxe. Il eft
donc certain que Ciceron , lequel avec
l'Anonyme nous reconnoiffons volontiers
pour Juge fur le point qui nous di
vife, a entendu par le terme de Paradoxe
, une propofition toujours veritable.
Car quant à ce que dit l'Anonyme , que
Ciceron n'ajamais prétendu que fes Paradoxesfuffent
vrais, quoiqu'il les ait appelbé
focratica , & longè veriffima ; c'eftà-
dire , dignes de Socrate , & très-veri
tables ; on le prie de faire attention , que
parler ainfi , c'eft fe contredire trop vifiblement.
J'aimerois autant dire que
M. l'Abbé des Fontaines n'eft point du
tout mordant & fatyrique , quoiqu'ils
fe faffe un capital de mordre indiftin-
&tement , fans même épargner ni les per
fonnes les plus refpectables *. ni tout notre
fiecle en general.
Voici la feconde preuve de l'Anonyme
en faveur de l'idée qu'il attache au mot
de Paradoxe avec M. L. D. F. Tout le
monde fçait , dit- , que le Paradoxe regne
dans tous les Ouvrages de Bayle . Les
efprits fuperieurs conviennent aujour
d'hui que la plupart des écrits de cet Auteur
, nefont qu'un tiſſu captieux de faux
raifonnemens. Or cet efprit fophiftique
fe fait fur-tout fentir dans les propofitions
* Ansiparadoxes. page 22. & 26.
1. vol. extraordinairesă,
1150 LE MERCURE
extraordinaires ; c'eſt- à - dire , dans les Pa
radoxes qu'il avance & qu'il prouve à fa
mode , laquelle eft tres -propre à gâter l'efprit.
Voilà précilement ce qui s'appelle
en Logique une bonne petition de principe.
L'Anonyme commence ppaarr fuppofer
que les écrits de Bayle font pleins
de faux raifonnemens. Il juge enfuite à :
propos de donner de fon chef le nom de
Paradoxe à ces prétendus faux raifonnemens
, d'où il conclud que le faux eft
bien plus fouvent l'objet du Paradoxe
que le vrai ; comme fi en voulant bien
accorder à l'Anonyme que les écrits de
Bayle font pleins defaux raiſonnemens, je
ne nierois pas qu'en ce cas on dût traiter
ces raisonnemens de Paradoxes.Mais
paffons à quelque chofe de plus important.
Qui a dit à l'Anonyme , que la plûpart
des écrits de Bayle ne font qu'un tiffu
captieux de fanx raisonnemens ? Qui lui
a dit que Bayle n'étoit qu'un esprit fophiftique
, qu'il s'est souvent égaré , qu'il a
quelquefois dit des abfurditez , & enfin
que la lecture de fes Ouvrages eft trespropre
à gâter l'efprit ? On prie l'Anonyme
d'avoir la bonté de nous indiquer
quelques-uns de ces faux raisonnemens ,
quelques- unes de ees abfurditez , qui felon
lui fe trouvent en fi grand nombre
dans les Ouvrages de M. Bayle. On le
1. vel.
pric
DE DECEMBRE 1723 fast
prie de nous dire comment il est arrivé
que ces abfurditez , ces faux raiſonnemens
ayent échappé aux Journaliſtes de
Trevoux , qui en rendant fi fouvent ju
ftice aux talens & à la fuperiorité du
genie de M. Bayle , malgré la difference
de Religion , ont cru n'avoir d'autre
reproche à lui faire , que de fe plaire
peu trop à marcher fur le bord des préci
pices. Reproche qui , à le bien prendre,
renferme le plus grand de tous les Eloges.
En verité , au portrait que l'Ano
nyme fait de M. Bayle , je ferois affez
tenté de croire que fon peu de goût pour
les Matiéres Philofophiques , ou peutêtre
la crainte qu'il a eu de fe gâter l'efprit
, l'a empêché de s'expofer à juger
par lui - même des écrits de ce fçavant
Homme , fur lesquels toutefois il n'a pas
laiffé de hazarder une décifion telle
quelle , qui certainement ne diminuëra
rien de l'eftime que les Gens de Lettres
auront toujours pour la mémoire de feu
M. Bayle.
Je paffe à la troifiéme & derniere objection
de l'Anonyme contre ma définition
du Paradoxe . Cette objection , ditil
, eft capable de confondre entierement
l'Auteur de la Lettre. L'illuftre Evêque
de Soiffons dans fesfameux Avertiffemens,
anfi- bien que fes Adverfaires dans leurs
I. vol.
Réponses
2152 LE MERCURE
Réponses à cet Evêque , ont pris le terme
de Paradoxe dans le fens de M.l'Abbé des
Fontaines. M. l'Abbé Houtteville dans
fon Livre de la Religion prouvée par les
faits , prend le mot de Paradoxe dans le
mêmefeus. Je pourrois ce me femble op
pofer quelques réflexions à ces autoritez
de l'Anonyme. Certainement l'illuftre
Evêque de Soiffons dans fesfameux Avertiffemens
, auffi- bien que les Adverfaires
de ce Prélat dans leurs Réponfes, ont eu
bien d'autres chofes à faire , qu'à ſe piquer
de ne point employer les termes
hors de leur fignification la plus précife
& la plus réguliere. Pour ce qui eft de
l'autorité de M. l'Abbé Houtteville , y
a-t-il aujourd'hui quelqu'un qui ignore
que lorfque ce fçavant & profond Théologien
employe dans un certain fens quelque
mot françois , c'eft fouvent une ef
pece de preuve que l'ufage eft depuis
long- tems en poffeffion de l'employer
dans un autre ? Mais je veux bien paffer
à l'Anonyme , comme bonnes , les autoritez
qu'il employe pour combattre ma
définition du Paradoxe.
A
Du moins faut-il fçavoir fi de mon côté
je n'ai pas auffi mes autorités. L'Anónyme
me prie de lui en citer quelquesunes.
Il eft jufte de le fatisfaire.
Nous venons de voir que Ciceron; ce
3-vol. Pere
ཪ སྙ
DE DECEMBRE 1723. 1159
Pere du Paradoxe , comme l'appelle l'Anonyme
, eft entierement favorable à la
définition que j'en ai donnée. Mais voici
une autoritébien autrement refpectable ;
autorité capable de confondre entierement
& l'Anonyme & M. L. D. F. & quiconque
à l'avenir avancera que le vrai n'eſt
pas de l'effence du Paradoxe .
Les Journaliſtes de Trevoux ( Sept. &
Oct. 1701. ) rapportent l'explication de
divers termes françois que beaucoup de
gens confondent, faute d'en avoir une notion
nette, Ce fut , difent-ils , le P. Bouhours
, que les Jefuites chargerent de démêler
tous ces mots , pourfatisfaire la curiofité
d'un grand Prince encore plus diftingué
parfon efprit, que par fanaiſſance
, lequel avoit fouhaité d'en avoir des
définitions précifes & exactes.Or telle fut
en cette occafion la définition que donna
le P. Bouhours du Paradoxe. Le Paradoxe
est une propofition quifurprend d'abord
, qui femble incroyable , & qui amê·
me l'air d'être fauffe , bien qu'elle foit
VRAYE dans le fonds , & qu'elle paroiffe
telle quand on l'a un peu pénetrée. Que.
pourra alleguer l'Anonyme contre une
telle autorité ? Dira- t- il que le P. Bouhours
ne connoiffoit pas la force des termes
françois ? Cela feroit affez difficile à
prouver. Dira-t-il que ce Pere n'a pas
1. vol. allez
1154
LE MERCURE
affez réflechi fur la définition , avant que
de la donner ? Un Jefuite de réputation,
confulté par un grand Prince , ne peut
guére être foupçonné d'avoir negligé de
mefurer fa Réponse.
Concluons de tout cecy que l'Anonyme
n'a pas été heureux en raifonnemens
pour attaquer la définition que j'ai donné
du Paradoxe , & que s'il m'oppofe des
autoritez , je lui en oppofe d'autres qui
ont cet avantage confiderable fur les fiennes
, que ce font les autoritez de deux
grands Hommes , qui avoient ex Profeffo
examiné la queftion qui nous divife . Fe
ne puis cependant m'empêcher de convenir
ici de bonne foi que dans l'ufage
du monde on fe fert fouvent du terme
de Paradoxe , pour marquer une propo
fition fauffe , & même abfurde. Ce qui
eft certain , c'eft que le terme de Paradoxe
, fuivant fon étymologie tirée du
Grec , fignifie fimplement , une propofttion
contraire à l'opinion commune
faifant abftraction du vrai ou du faux ,
dont cette propofition pourroit être fufceptible.
Or c'eft un préjugé fi general ,
que ce qui eft contraire à l'opinion commune
, eft ordinairement faux ; qu'il n'eft
pas étonnant qu'on ait infenfiblement
confondu la fauffeté avec le Paradoxe.
Mais cela n'empêche pas que lorfqu'il eft
en
3
I. vol.
queſtion
DE DECEMBRE 1723.1155 :
queftion de définir philofophiquement le
Paradoxe , on ne doive fuivre l'idée que
j'ai cru pouvoir en donner d'après Ciceron
& le P. Bouhours.
J'ai dit dans la Lettre à un Provincial,
que le Poignard terrible de D.Pedre m'avoit
revolté dansles Paradoxes, auffi -bien
que certaines railleries fur la vertu prolifique
de ce jeune Prince. L'Anonyme ne
goûte pas ma cenfure . Aimeroit- il mieux
que je diffe du Poignard terrible , qu'il
n'eft bon qu'à faire le regard avec le dernier
Vers de l'Epigramme du Secretaire
du Parnaffe , qui commence par ces mots
Inés de Caftro fans pudeur, &c? Comment
'Anonyme vouloit- il donc que je qualifiaffe
ces prétendues railleries de l'Auteur
des Paradoxes , au fujet de la fameufe
Scéne des enfans dans Inés ?
AD. Pedre merite qu'on lui pardonne , à
caufe du talent qu'il a defaire des enfans.
Alfonfe charmé de fe voir grand- Pere ,
oublie tout.
Il ne veut plus perdre fon fils , dés qu'il
voit qu'il a la puiffance d'engendrer.
La vie d'une petite famille naiffante met
le vieillard en bonne humeur.
L'anonyme ne trouve pas ces railleries
1. vol.
froides.
1156
LE MERCURE
froides. Que dire à cela , finon de repeter
d'un ton agréable après lui . Lá Philo-
Sophie m'apprend qu'il ne faut point difputer
des qualitezfenfibles .
J'avois blâmé M. L. D. F. d'avoir
fauffement fait dire à M. de la Motte
précipiter un homme , pour dire le preffer
, fehâter , à l'occaſion de ce Vers d'Inés.
A le précipiter , qui peut donc vous contrain
cre ?
J'avois obfervé que la particule le de
te Vers fe rapportoit au mot Hymenée ,
qui précedoit , & nullementau fils d'Alfonfe
, comme M. l'Abbé D. F. l'avoit
prétendu . L'Anonyme dit pour juftifier
M. l'Abbé D. F. Qu'il est vrai que le
devroit fe rapporter à l'Hymenée , felon le
bon fens ; mais que par malheur , felon la
conftruction il fe rapportoit à D. Pedre,
qui étoit entre le mot d'Hymenée , & le
pronom relatif le , felon cette Regle de
Grammaire que les pronoms relatifs fe
rapportent toujours aux derniers fubftantifs
. Comme fi le fens qui guide en fes
occafions n'étoit pas plus que fuffifant
pour lever de telles équivoques. En tout
cas il falloit accufer M. de la Motte ,
d'avoir trop éloigné un pronom relatif
quel il fe rapporte , ce qui du
1. vol.
dans
DE DECEMBRE 1725 57'
dans le fonds n'eft qu'une bagatelle , &
ne pas l'accufer , comme a fait M. l'Abbé
des Fontaines , d'avoir dit précipiter
un homme , pour dire le preffer , le hâter
; ce qui eft un barbarifme , qui certainement
n'eft point échappé en cet endroit
à l'Auteur d'Inés.
J'avois enfin trouvé à redire dans la
Lettre àun Provincial , que M. L. D. F.
eût cité avec éloge les Lettres à l'Abbé
Houtteville dans les Paradoxes litteraires,
lui qui étoit Auteur de ces deux Ouvrages.
L'Anonyme convient avec moi
qu'il eft du dernier ridicule de fe citer
foi - même avec éloge ; mais en inême tems
il foutient , qu'il eft certain que les Let-
• tres à l'Abbé H... ne font point citées
avec éloge dans les Paradoxes.
2
Pour voir qui des deux a raiſon , de
l'Anonyine , ou de moi , il n'y a qu'à rapporter
les termes de l'Auteur des Paradoxes
, qui ont donné lieu à ma Critique.
Les voici. Ni la cenfure des connoiffeurs
, ni les avis falutaires de feu M.
l'Abbé Maffieu, dans fa bille Préface des
Oeuvres de M. de Toureil, ni les Lettres
écrites à M. l'Abbé H... n'ont point encore
guéri ces Meffieurs ( c'est - à -dire ,
les Partifans du ftyle précieux & obfcur
de certains modernes. ) Ils perfiftent
toujours dans leur revolte contre la
}
I. vol.
E langue
,
LE MERCURE
langue , & contre le bon goût.
Se mettre fur la même ligne , avec les
Connoiffeurs , & les Doneurs d'avis falutaires
. Dire de fon Ouvrage , qu'on eft
furpris qu'il n'ait point encore operé une
guérifon auffi difficile qu'eft celle dont il
cft ici queſtion . Si ce n'eft pas là fe donner
un peu d'encens ; fi ce n'eft pas là
parler pour tranfmettre aux autres la
bonne opinion qu'on a foi-même de fes
écrits , fi ce n'eft pas là enfin , fe citer
avec éloge. Comment faut- il donc s'y
prendre?
Depuis la derniere Lettre que je vous
ai écrite , on a ici répandu dans le Public
trois nouvelles Brochures au fujet
de la Tragédie d'Inés . Voici leurs titres .
Le Secretaire du Parnaffe au sujet de
ta Tragedie d'Inés de Caftro , &c.
·
Lettre à M. de la Motte , an fujet de
la Tragedie d'Inés de Caftro , &c...
Réponse à l'Auteur des Paradoxes Litteraires
fur la Tragedie d'Inés.
Les fentimens ont été partagez fur le
mérite du premier de ces écrits , qui eſt
une efpece de Critique de la Tragedie
de M. de la Motte. Le Public d'une commune
voix l'a mis au- deffous du rien ;
mais M. l'Abbé Richard, Doyen des Chanoines
de Sainte Opportune à Paris, Prieur
Seigneur de l'Hôpital , &c. Cenfeur I. vol.
Royal
DE
DECEMBRE 1713 19
Royal , y a trouvé beaucoup de vivacité,
de délicateße , & de feu.
L'Auteur de la Lettre Anonyme qui
eft auffi écrite contre Inés , ne fe contente
pas de reprendre plufieurs Vers de M.
de la Motte . Il en fubftitue d'autres en
la place de ceux qu'il condamne , ce qui
s'appelle critiquer en Connoiffeur. Par
exemple , pour éviter l'équivoque qui fe
trouve felon l'Auteur de la Lettre , à la
fin du premier de ces deux Vers d'Inés :
Mon fils ne me fuit pas , il a craint, je le vois ,
D'être ici le témoin du bruit de fes exploits.
L'Auteur de la Lettre auroit dit ,
Mon fils ne me fuit pas ; la vertu craint , je z
crois
- D'entendre le récit de les fameux exploits.
La troifiéme des Brochures que je viens
d'indiquer , eft une défenſe de la Tragedie
d'Inés contre les Paradoxes litte-
Faires ; elle eft adreffée à une Demoifelle
qui avoit vû quatre fois repreſenter Inés,
& qui a chaque reprefentation avoit pleuré.
On l'affure que loin de rougir d'avoir
payé ce tribut à la nature , elle a trouvé
dans fon efprit l'Apologie de ces tendres
mouvemens.
L'Auteur de ce petit écrit Anonym
x.vol. 4
E ij avertie
$160 . LE MERCURE
avertit d'abord que fon but principal a
été de fournir à M. L. D. F. une nouvelle
occafion de manier le Sarcafme . Après quoi
il déclare qu'il accepte le défe , qu'il def
cend fur l'Arene. Si les armes de mon rival
ont de l'éclat , dit- il d'un ton tresmodefte
, les miennes font de bonne trem
pe. Enfin
pour donner du poids & de
l'autorité à ce qu'il va dire en faveur de
la Tragedie d'Inés , il a grand foin de
nous avertir , qu'il aime à louer ,& qu'il
a pour l'éloge, ( il a fans doute voulu di- .
re pour l'Apologie ) le même goût que
M. L. des Fontaines a pour la Critique.
Les perfonnes defintereffées trouveront
peut-être que le goût de l'Anonyme
pourl'Eloge ( c'est-à- dire pour l'Apologie
) eft un peu trop marqué dans la
partie de fon écrit , qui eft deftinée à défendre
plufieurs Vers de la Tragedie de
M. de la viotte , cenfurée par M. L.D.F.
En mon particulier je ne comprens
pas que l'Anonyme pour excufer ces deux
Vers qui me paroiffent tres- juftement
repris par M. L. D. F..
Et qu'elle perde enfin l'eſpoir de m'en punir,
Que par la feule mort qui peut nous defunir. ·
Je ne comprens pas , dis- je , que l'Anonyme
ait pu dire ferieufement. Perdre,
1. val.
renferme
DE DECEMBRE 1723. 1161
renferme une Negation , c'est comme qui
diroit n'avoir plus. Puifque l'Anonyme
a tant de goût pour l'Apologie , il n'avoit
qu'à prétendre qu'il y a une éllipfe dans
le premier de ces deux Vers , & que l'Adverbe
autrement y eft fous- entendu . Sa
propofition auroit peut- être été alors
moins choquante..
On ne s'eft pas entierement arrêté à ces
réponſes de Anonyme , encore plus
tranchantes que laconiques.
Voilà un de ces endroits où les Lunettes
du critique meferoient neceffaires pour
en avoir le défaut.
Expreffion noble& Poëtique ;
J'ai encor recours aux Lunettes ; ;
Cette façon de s'exprimer eft bølle & ufi téc.
Quelle nouveautéDé
On s'eft imaginé qu'il y avoit dans de
telles réponſes un je ne fçai quel air de
defpopoticité qui revolte, & qui affûrément
ne convient gueres entre Gens de
Lettres ...
Au refte , cette Brochure eft bien écrite
. Ce qui m'a le plus frappé , c'eft que
dans les 44. pages qu'elle contient , à
peine ai je trouvé deux ou trois expreffions
précieufes, Seroit- ce que le nouveau
I. vol.
ſtyle E iij
1162 LE MERCURE
ftyle commenceroit à perdre un peu de
fon crédit ?
On dit ici que le Journal des Sçavans
qui étoit interrompu depuis plufieurs
mois va inceffamment recommencer ,
& que c'eft M. l'Abbé des Fontaines qui
en aura en quelque forte . la direction.
Entre nous il eft capable de s'en bien
acquitter mais pour y réuflir parfaitement,
il faut qu'au lieu de fuivre le mauvais
exemple de l'Anonyme à l'occafionduquel
je vous ai écrit cette. Lettre , &
de méprifer comme lui les Ouvrages de
M. Bayle , jufqu'au point de s'en interdire
la lecture , de peur de fe gâter l'efprits
il en faffe au contraire fa princi
pale étude , & regarde la Republique des
Lettres de cet excellent Journaliſte
comme le modéle le plus parfait qu'on
puiffe fe propofer en ce genre de Litterature.
Je fuis , Monfieur , & c .
A Paris ce 15. Decembre 1723.-
LE TOMBEAU D'IRIS.
Y deffous gift Iris que la Párque cruelle.
CY
Enleve au plus beau de fes jours ,
I.
vol.
Iris
DE DECEMBRE 1723 116
Iris eut dû vivre toujours ,
Mais la beauté jamais ne rendit immortelle.
Contre la mort , l'enjoüement , les appas
La belle humeur, l'efprit, la politeffe ,
Les jeunes ans , la vertu , la fageffe ,
Tout s'arme en vain , rien n'arrête ſon bras,
Iris eft morte avec les charmes ,
Iris l'ornement de ces lieux ,
Elle qui fir toujours le plaifir de nos yeux”,
<
En fait , helas ! couler des larmes.
O vous que cette mort accable de douleurs ,
Amant, fur fon tombeau venez jetter des rofes ,
Le deftin des plus belles chofes
Eft de paffer comme ces fleurs.
Explication de la premiere Enigme di
dernier Mercure par M. A.
C
E corps fans pieds , fans mains , fans tête g
Que l'on nous donne à deviner ,^`
N'eft pas une fi laide bête
I. vol .
E iiij Qu'e
1164 LE MERCURE
Qu'on pourroit bien s'imaginer.
L'Amant qui veut plaire à Climene, Į
S'il n'en a plas d'une douzaine
Déplaît fouvent malgré l'amour.
Mais que fert-il que je déguiſe ,
Il faut qu'il change de chemife
Tout au moins une fois le jour.
nana:kanunu: bubuka na kukukuku
AUTRE EXPLICATION
par M. Lemaire.
A Monefprit je donnois la torture ,
Pour deviner l'Enigme du Mercure ,
Et je n'y réüffiffois pas ;
Mais ma Blanchiffeufe Denile ,
A fait ceffet mon embarras ,
En me préfentant ma chemiſe.
Explication de la 2e..
Vous ne recevez point une mauvaire Piece
Nul ne peut mieux que vous juger de fes
deffauts ;
Pourquoi donc avec tant d'adreffe ,
Nous offrez vous un Ecu faux ?
On doit expliquer la 3me par la Pelote
de neige.
LIMAR 3.
I. vol.
1. Enigme
DE
DECEMBRE 1723. 1165
My daddy why the wide wh
PREMIERE ENIGME.
E fuis l'aîné de tous mes freres ,
Mon cadet expirant décide de mon fort ;
Je fuis plus defiré des enfans que des Peres ,
Et l'avare me haft prefqu'autant que la mort,
Je fuis vieux , cependant mes heures font bornées,
Mon regne a de l'éclat qu'on voit bientôt finir ,
Je viens dans la faifon des plus courtes journées ;
Je difparois & fuis long tems à revenir.
SECONDE ENIGME.
L'On diroit à voir ma figure ,
P
Que celui qui me fit me voulut faire Autour,
Je fuis d'une immenfe ftructure ,
Et fi je fus fait en un jour
On me déchire & l'on m'outrage ;
Mais pour le mal je rend le bien
On me divife , on me partage
1
Et de mon tout je ne perds rien.
Sans être jamais criminelle
I.vol.
Ev Je
1166 LE MERCURE
Je cauſe chaque jour entre les Potentats
Quelque dangereufe querelle.
Tous les Princes fans moi fe verroient fans états
Ma fubftance eft la nourriture
Du grand nombre de mes enfans.
Et malgré mes efforts ſouvent par leur murmure
Ils meritent peu mes preſens -
Il femble auffi qu'après lenr vie
Quoiqu'incapable de couroux
Je les traite en dure ennemie ,
Puifqu'indifferemment je les devore tous .
TROISIEME ENIG ME
E fuis une machine utile dans les Villes
JE
Pour qui fe fert de moi je dois avoir fix pieds,
Deux - font fans mouvement , & quatre autres
agiles.
Les Grands entrant chez moi , font tous humiliez
;
Quand je marche jamais je ne touche la terre ,
Selon l'occafion je change d'ornement ,
Jeune ou vieille on me voit trois lunettes de
verre
Pour recevoir le jour dans mon appartement.
I..vol.
Air
pe ainda HALD JUSSOLA
16.
I. vol.
Evj C'eit
Air Serieux
En vous aimate de ma
m'en...
лпо
TIT
Le jour dans mon apparteŽICI
Air
DE DECEMBRE 1723. 1167
(RububutpuKUKUKUKON
AIR SERIEUX .
EN VOUS A
Je lens
Nvous aimant , jeune Silvie ,
que la douceur du refte de ma vie
Dépend d'une fi tendre ardeur.
Abfi le beau noeud qui m'engage
A tant de charmes pour mon coeur ,
Auteurs d'un fi doux efclavage ,
Beaux yeux , achevez mon bonheur.
COUPLETS EN FABLE
UN papillon alloit content fleurette ,
Il- courtifoit chaque fleur à fon tour ,
L'aimable Rofe , & puis la Violette ,
Sans le fixer partageoient fon amour ;
Trop de conftance eft un dur efclavage ,
Qui fait languir nos coeurs & nos defirs .
Qu'on est heureux lorfque l'on eft volage
A chaque inftant renaiffent les plaifirs.
Si Diogéne étoit reputé fage ,
I. vol.
Evj C'eft
1168 LE MERCURE
C'eft qu'il faifoit fa maiſon d'un tonneau ;
Des Grands d'Athene eût-il receu l'homage,
S'il n'eut jamais parlé de vin nouveau ?
Le bel efprit , la plus rare fagefle
•
1
Sans ce bon jus ne font que vifion ,
Un feul infant qu'on paffe dans l'yvreffe ,
Vaut mieux cent fois qu'un fiecle de raiſon
Un Roffignol dans les bois de Cythere
Chantoit l'amour fur mille jolis tons ;
Il enſeignoit l'art d'aimer & de plaire
Tous les oyleaux venoient prendre leçon g
Tout eft douceur dans l'amoureux Empire
Qu n'y connoît ni peine ni tourment ;
Un jeune coeur , lors même qu'il foûpire ,
Dans fes foupirs trouve un plaifir charmant.
Une Bergere à fon aife & fans crainte ,
Baifoit un jour un petit chien mignon ;
Vos tendres foins , lui dis- je, belle Aminthe
Pour un Berger feroient plus de ſaiſon.
Je le fçais bien , me repliqua la belle ;
Mais j'en connois au tout le danger
I. vol.
J'aime
DE DECEMBRE 1723. 1269
J'aime ce chien , & ce chien m'eft fidele
En trouverois - je autant dans un Berger 2
Jadis Orphée , à ce que dit l'Hiftoire ,
Jufqu'aux Enfers fut chercher la mojtić ;
Il fe peut bien qu'on nous l'ait fait accroire .
Dans les Epoux , voit- on tant d'amitié 2.
Un coeur foumis au joug du mariage ,
Ne connoît plus la douceur des amours ,...
Comme un Printems , il attend le veuvage,
Qui peut lui feul ramener fes beaux jours.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ES POESIES de Guillaume Cre
Lin. AParis,chez 4. Vb. Coustelier
, 1723. vol. in 12. de 271. pages ,
fans y comprendre une Lettre à l'Abbé
Marion qui fert de Préface . Une
Epître à la Reine de Navarre : & la
Table .
Guillaume du Bois eft le vrai nom de
cet Auteur Cretin , qui fignifie un petit
Panier , felon que Menage l'a remarqué
I. vel... dans
117,0 LE MERCURE
i.
dans fes Etymologies , étoit un nom de
de guerre: il vivoit fous Charles VIII.
Louis XII . & François I. & mourut
vers l'An 1525. il étoit en même tems
Chantre de la Sainte Chapelle de Paris,
& Tréforier de celle de Vincennes , fans
parler de fa qualité de Chroniqueur du
Roi.
Voici quelques quatrins & un Rondeau
qui feront connoître la Poëfie de
ce tems - là.
P
QUATRINS.
Lufieurs Pateurs portant fimples habits ,
Montrent femblant que en eux n'a que re
prendre ;
Mais dedans ce fonts, à bien les prendre,
Loups raviffans fous toifon de brebis ...
Subtils Regnards , & grands mangeurs de
Images ,
Four haut monter , contrefont des bigots ,
Puis quand ils font juchez fur leurs argots
Au monde font de merveilleux dommages.
Jeunes enfans mis en Religions >
3. vol.
Off
DE DECEMBRE 1723. 1172
Où peres vieux font de mauvaiſe affaire ,
Comme Singes font ainsi qu'ils voyent faire.
Dont huy fe perdent & tas & legions.
Juge ignorant & Confeillers fufpects,
Font le droit tort ; & male cauſe bonne ;
Et fi raiſon y veut mettre la bonne ,
2
Chantez à l'âne , il vous. fera des pets.
Q
RONDE A U.
Ue bon moyen fert bien en court , & duit,
Chacun le fçait , on fait plus d'un que de
huit ,
Et ne doit-on l'abandonner pour pris ,
Qui credit cherche en maifon & pourpris ,
Où fens gouverne , & raifon tout conduît.
De trop & peu ores eft maint ſeduit ,
Mais par moyen fe modere & reduit ;
Les Bien-heurez autre chemin n'ont pris à
Que bon moyen.
Vertus confifte en moyen ; & produit
Biens & honneurs , quoi plus Son homme
induit
I voly
Mettre
172 LE MERCURE
Mettre toujours les vices à dépris ;
Tiens donc ce train comme fage & apris
Tu n'as befoin de meilleur fauf- conduit ,,
Que bon moyen.
LE SPECTATEUR SUISSE , traduit en
François, fecond Mois , où il eft parlé des :
Petits Maîtres , & de leurs coëffures ,
& c. d'une forte de Mufique , appellée
Italienne , & de la belle Muſique. Caracteres
, rencontre , conventions & commerce
de deux Milantropes , &c. Le
prix eft de 12. fols . A Paris , chez A. Mo
rin , au Palais. Et F. Flahault , Quai des
Auguftins 1723. Brochure de 42. pages
in douze
L'Auteur juſtifie dans ce fecond Mois,
le jugement que le Public a porté du
premier. On peut même dire qu'il le juftifie
avec avantage. Il obferve lui- même
, que quelques perfonnes lui ont dit ,
qu'on trouvoit qu'il écrivoit de bon fens
mais qu'il manquoit à fon ouvrage de l'agrement
; & qu'il valoit beaucoup moins
d'être traduit fi fidellement ; parce que
les meilleures penfées , & même les plus
belles ont befoin d'un certain ftile pour .
plaire...
1..vel... Onoique
DE DECEMIE BRE 1723. 1173
•
Quoique notre nouveau Spectateur
n'adopte pas tout à fait ce ſentiment , il
ne laiffe pourtant pas de s'y conformer
d'une maniere à perfuader qu'il s'eft fair
un autre ſtile ; on diroit prefque qu'il a
changé de main , tant celle qu'on remarque
dans ce fecond Mois , paroît leger
par rapport à la précédente. Voici com
me il s'exprime en faifant la peinture
d'un Petit Maître , qui fe faifoit frifer.
Sa taille étoit haute , de celles à qui fied.
bien une grande chevelure , ou une grande .
perruque qui en tient lieu ; c'est pourquoi
Jai trouvé fort étrange , qu'il fit refferrer,
accourcir, & prefque aneantir fa petite
perruque dans une grande bourſe ; enforte
qu'on lui voyoit des ganaches pointues,
de grandes oreilles , un col décharné , &
une partie de fes petits cheveux , qu'il
fembloit vouloir expofer aux yeux du Pu-
"blic. J'ai admiré l'art , l'adreße & la
pa..
tience du Barbier, qui l'a peigné avec deux
peignes , & a mis en détail toute fa frifure
, dans un ordre que je ne sçaurois di
re. J'ai vu auffi fariner la perruque & levisage
avec une méthode particuliere , G.
de loin , enforte que les affeftans en ont eu
leur part. Tout cela s'est fait avec beaucoup
de patience de part & d'autre je
veux dire , de celle de l'Adonis & de
Adonifeur. On voit par ce dernier ter
I. vol.
me
1174
LE MERCURE
me que notre prétendu Milantrope com
mence à s'humanifer avec le jargon du
tems.
A l'égard de la Muſique , l'Auteur
dit , que l'Italienne eft feche , qu'elle n'a
point de caractére , on fi vous voulez point
de chant & qu'elle n'exprime rien . II
ajoute , la Mufique de plufieurs Sonates
qu'on a executées dans notre concert , eft
mutilée , fantafque , ratiere & extravagante
; elle n'infpire rien , mais elle amu_
Le & c'eft affez pour le goût de la plu
part des perfonnes qui aiment les Con
certs
Voici un autre portrait qu'il fait d'un
Mifanttope comme lui , ou plutôt de la
Milantropie. Ily a quelque tems que me
repofant fur un banc , un homme vint s'y
affeoir. Nous nous faluâmes d'un air honnete
& ferieux : fa mine & fon air me pa
Furent d'un Mifantrope ; comme moi ; &
j'ai reconnu depuis qu'il l'eft en effet &
foncièrement mais dans ce moment , nous
n'étions , ni lui , ni moi dans notre humeur
dominante. Nous n'en avions alors qu'une
begere teinture , qui eft , je croi , l'air le
plus agréable qu'on priffe voir fur le vifage
de gens faits comme nous ; même en la
prefence de nos Maîtreffes ; car je n'ai ja➡»
mais vi , ni ouï direque l'Amour qui fait.
I. vol . de
DE DECEMBRE 1723. 1175
de fi étranges Métamorphofes , & qui fe
jouë de rendre un Avare liberal , ait pû
encore rendre gracieux un vrai Miſantrope.
On peut juger par ces deux endroits
du fecond Mois, que le Spectateur Suiffe
vient de mettre au jour , qu'il change
de ftile, comme il lui plaît, & qu'il fçau
ra peut-être mêler l'agréable à l'utiles
ee qui n'eft pas donné à tout le monde .
Il va paroître un nouvel Ouvrage du
Pere Buffier , dont voici le Titre . Traité
des premiéres vérités , & de la fource de
nos jugemens ; où l'on examine le ſentiment
des Philofophes de ce tems fur les
premieres Notions des chofes. Ce fujet
expofé avec un talent qu'on a trouvé
dans l'Auteur pour rendre plaufibles des
matiéres abftraites , fait beaucoup efperer
mais celle - ci eft délicate , pour
ne pas dire épineufe. Dans les premie
res pages du Traité , l'Auteur donne à
entendre qu'il fent toute la difficulté de
l'entreprife . J'ai tâché, dit- il , d'appuyer
fur le fens commun , les Recherches
que
j'ai faites , mais le fens commun , n'eſt
pas toujours aifé à faifir . D'ailleurs ceux
qui fe donnent pour Maîtres dans les
Sciences de Spéculation , les reconnoiffent
quelquefois , quand elles ne font pas
ajuftées aux Loix de leurs Tribunaux :
*. vola Pour
1176 LE MERCURE -
Pour ceux en particulier qui font célé-´´
bres par leur nouveau Plan de Philofo
phie , & dont le nom feul eft un Eloge,
comment ofer les improuver ? Cependant
, ajoute l'Auteur , je n'ai pas crû
que les grands Noms de Defcartes & de
Malebranche duffent faire plus de peur
que ceux. de Platon & d'Ariftote , quand
on tâche de fuivre une raifon exacte . Enfin
une autre difficulté qu'a fenti le P.
Buffier , & qui en vaut peut- être bien
une autre , eft ce qu'ont demandé quelquelques-
uns ; S'il eft effectivement des
premieres Verités ; furquoi il répond que
c'eft ce qu'il s'agit de rechercher dans .
fon Ouvrage. Quand il aura paru on
pourra en indiquer le plan d'une manić
re plus exacte.
2
Le Sieur Mortain , Marchand d'Ef, .
tampes fur le Pont Notre- Dame à Paris ,
a fait graver & débite une grande Eftampe
hiftorique , qui peut fervir d'Almanach
de Cabinet. On y voit la tenuë du
Lit de Juftice pour la Majorité du Roi ,
le Couronnement de l'Empereur fait à
Prague ; fon Feftin Royal , & les Evéne
mens les plus remarquables arrivés pendant
l'année 1723.
Il paroîtra le mois prochain un nou-
1
1. vol...
veau
DE DECEMBRE 1723.1177
f
"
A
veau Livre utile pour le fervice du Roi ,
le bien du Public , & principalepour
ment pour les Voyageurs. Il eft intitu
lé Nouveau Guide des Chemins du Royau
me de France divifé en trois Parties.
Dans la premiere l'on trouvera toutes
les Routes ou Chemins partant de Paris
pour aller à toutes les Villes Capitales de
chaque Province ou Païs du Royaume.
Dans la feconde l'on trouvera tous les
chemins partant de Paris pour aller à
tous les Ports de Mer de la France . Et ·
enfin la troifiéme Partie fera fous- divifée
en quinze Articles , qui contiendront
tous les Chemins particuliers & prátiquables
de tous les Gouvernemens du
Royaume le tout mis en ordre , & recueilli
d'après de bons Mémoires par les
foins du Sieur Daudet , Geographe ordinaire
du Roi. Ce Livre fe vendra chez
le fieur Ganeau Marchand Libraire , re
Saint Jacques , aux Armes de Dombes.
Et chez Auteur.
" Le Sieur Aubert Intendant de la Mufique
de S. A. S. Monfeigneur le Duc ,
vient de donner au Public un troifiéme
Livre de Sonates , qui fe vend chez l'Auteur
, rue des Foffés de M. le Prince. Et
chez le fieur Boivin Marchand , ruë S.
Honoré , à la Régle d'or. On vend auffi
1. vol.
aux
7178 LE MERCURE
aux mêmes endroits le Ballet de Chantil
li , repréfenté devant le Roi , du même
Auteur.
BASILE ET QUITERIE , Tragi- comédie
, par M. Gautier. A Paris chez N.
Piffot , Quay des Auguftins , in 12.
Le 12. Novembre l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres fit
l'ouverture de fes Séances par une Affemblée
publique où M. le Duc d'Antin
affifta. M. l'Abbé Couture Directeur
préfida à cette Affemblée , à caufe
de l'abſence de M. le Cardinal de Polignac
Préſident , & de M. l'Abbé Bignon
Vice-Préfident. M. de Boze ouvrit
La Séance par la lecture de l'Eloge hiftorique
de feu M. le Marquis de Beringhen
premier Ecuyer du Roi. Cet uſagc
de faire l'Eloge hiftorique des Académiciens
eft commun aux deux Académies
des Belles - Lettres & des Sciences.
Il inftruira la pofterité de la vie des Gens
de Lettres qui en ont été membres , &-fi
l'Académie Françoife rendoit le même
devoir à ceux qu'elle perd , on auroit
par- là une hiftoire prefque complette
des Gens de Lettres qui rendront notre
Nation célebre dans l'avenir . M.de Boze
avertit les Auditeurs , qu'il n'avoit pu λ. I. vol.
obtenir
DE DECEMBRE 1723. r179
obtenir nuls Memoires de la Famille de
M. de Beringhen ainfi il ne put rapporter
que les faits connus de tout le
imonde : mais cela même ajoûta une nouvelle
force aux traits de cet Eloge. Il n'y
en avoit aucun dont la vérité ne fut con--
nue au moins par la renommée à ceux
qui l'écoutoient, & dont ils n'atteftaffent
la vérité. On fentoit même par la ma
niere dont cet Eloge étoit écrit , qu'il
n'étoit pas poffible de peindre la vertu de
M. de Beringhen avec des couleurs auffi
touchantes & auffi naturelles ; fi l'on n'é-´
toit foi- même rempli de cet amour pour
la vertu qui forme le caractere de probité
dans lequel l'éloquence & les talens
les plus éminens de l'efprit, perdent
leur prix auprès des honnêtes gens.
M. l'Abbé Boutard lut enfuite une
Ode Latine , qui fut reçûe du Public
comme les autres Pieces de Poëfie le font.
ordinairement.
Après quoi M. l'Abbé Sallier lut pour
M. l'Abbé Fraguier , à qui fes indifpofitions
ne permettent pas d'affifter aux Af
femblées de l'Académie , une Differtation
fur les Imprecations des Peres contre
les Enfans . -I
M. Fraguier trouve dans la nature
même le principe des Imprecations . Les
hommes fe font toujours adreffé aux
I. vol. Dieux
1180 LE MERCURE
Dieux pour conferver leur tranquillité
& leur repos ; les malheureux avoient
recours à eux pour tirer vengeance de la
malice d'autrui , lorfqu'ils ne pouvoient
autrement avoir une fatisfaction conve→
nable à l'offenfe . L'Imprecation n'eſt
autre chose qu'une Priere adreffée à un
Etre fuperieur pour l'engager à venger
nos déplaifirs.
M. 1 Abbé Fraguier ne touche point
les Imprecations contenues dans les Livres
facrés ; elles font d'un ordre different
il n'examine que celles qui ont
fait la terreur des Theatres de la Grece.
Les plus remarquables font celles des
Peres contre les infans.
Après en avoir apporté plufieurs exemples
, on montre combien leur efficace
toit funefte. La caufe en étoit la perverfité
même du coeur des Enfans , qui
alloient à leur perte fans le vouloir. Ils
y étoient conduits par la frayeur dont
ils étoient frappés à la vûë du courroux
d'un Pere irrité. La haine des autres hommes
, & le hazard mênte qui a beaucoup
de part aux affaires , concouroient fouvent
à procurer l'effet de ces Imprecations.
Cette lecture fut fuivie de celle d'une
Differtation de M. de Valois fur les
x. vol.
Spectacles
DE DECEMBRE 1723. 1181
་
Spectacles de l'Amphitheatre chez les
anciens Romains. Comme il avoit examiné
dans une autre Differtation ce qui
concernoit les Gladiateurs & les Combats
d'hommes , les uns contre les autres,
il ne parla dans celle- ci que des Combats
des hommes contre des animaux.
Ces hommes étoient nommés Beftiarii ;
c'étoit originairement des Priſonniers de
guerre que l'on deftinoit à ce genre de
mort. Dans la fuite on y ajoûta des Criminels
que l'on condamnoit à ce fuppli
ce ; & lorfque le nombre des uns & des
autres n'étoit pas fuffifant , on y ajoûtoit
des Efclaves dreffez pour ces fortes de
Combats, & qui par leur bravoure &
leur adreffe pouvoient parvenir à la liberté
, au lieu que les Criminels ne pouvoient
efperer que de prolonger leur fupplice.
1
Dans la fuite , il y eut des hommes
libres que l'appât du gain engagea dans
ces exercices ; on les payoit d'avance
& ils ne pouvoient être forcés de fervir
au delà du tems de leur engagement,
Sous les Empereurs , lorfqu'avec le fentiment
de la liberté & l'amour de la Pa
trie , on eût perdu l'idée de la vraye
gloire & de la vraye valeur , il y eut
des gens de condition , qui , pour faire
parade de leur force , de leur adreffe ou
1. vol.
Frede
1182 LE MERCURE
que
de leur bravoure , defcendirent dans l'a
rene , & ne craignirent point de fe mê
ler avec les Beftiaires car c'eſt ainfi
M. de Valois les nomme en François.
L'on vit même des Empereurs , comme
Neron , Commode & Caracalla , s'expofer
dans des Combats honteux à des
périls qu'ils n'auroient jamais voulu affronter
pour la défenfe e leurs Sujets .
A leur exemple & pour leur plaire , on
vit des femmes oublier la foibleffe & la
timidité de leur fexe , defcendre dans l'arene
& combattre les Bêtes les plus
féroces . Ce défordre continua depuis
Neron jufqu'à Septime Sévere.
Ces Combats d'hommes contre des
animaux fe donnoient toujours le matin
& duroient jufqu'à une heure avant midi
; on s'y fervoit de toutes les efpeces.
d'armes offenfives qui étoient en ufage
à la chaffe ordinaire des animaux que
l'on attaquoit.
Ces Combats qui avoient commencé
l'an de Rome soz . c'eft à dire 250. ans
avant l'Ere Chrétienne, fubfifterent près
de 800. ans , & ne furent abolis que vers
l'an 536. de Jefus - Chrift. Le Chriftianif
me n'avoit pu guerir les Romains de la
paffion furieufe qu'ils avoient pour ces
Spectacles barbares . On voyoit encore
du tems de S. Auguftin que l'arene étoit
fouvent 1. vol. "
DE DECEMBRE 1723. 1183
1 fouvent foüillée des Combats à ou par
trance , & M. de Valois à donné la traduction
d'une Lettre tres- curieufe de
Theodoric au Conful Maximus , qui
prouve que du tems de ce Prince , les
Combats des hommes contre des animaux
fubfiftoient toujours , quoiqu'il femble
que les Beſtiaires d'alors euffent une telle
pratique de leur Art, qu'ils ne couroient
prefqu'aucun danger , & que ces Spectacles
le terminoient rarement d'une maniere
funefte.
Le 25.Novembre M. l'Abbé d'Olivet,
élu par Meffieurs de l'Académie Françoife
à la place de feu M. de la Chapelle
prononça un Difcours tres- éloquent
qui fut géneralement approuvé . Il
commença par un modefte aveu de fa
foibleffe , qui ne lui permettoit pas , difoit-
il , d'exprimer tout ce que fa jufte
reconnoiffance lui infpiroit en ce moment
; & delà prenant occafion de loüer
Pilluftre Académicien qu'il remplaçoit ,
il ajoûta que les expreffions ne lui manqueroient
pas , fi l'on fuccedoit aux talens
comme aux places de fes Prédeceffeurs.
Il appelle feu M. de la Chapelle du nom
glorieux de Rival de Catulle & de Tibulle
. Il ajoûte que cet Académicien étoit
d'autant plus digne de leurs regrets , qu'il
vol Fij étoit
1184 LE MERCURE
ge
étoit mieux entré dans les vies de leur Fondateur
, dont l'éloge tant de fois commencé
ne ferajamais fini. Après avoir loüé celui
dont il remplit la place , il fait l'élode
celui dont il remplit les fonctions ;
c'eft le célebre Péliffon qui travailloit à
l'hiftoire de l'Académie Françoife , Ouvrage
que la mort interrompit , & que
M. l'Abbé d'Olivet continuë. Il infinuë
adroitement . qu'un foin de cette nature
étoit digne de toutes les plumes dont cet
illuftre Corps eft enrichi : mais que la
plus fidelle & la plus fimple hiftoire de
Académie ne pouvant être qu'un tiffu de
Jouanges qui devenoient perfonnelles à
chacun des membres qui la compofent , une
pudeur outrée ne leur avoit jamais permis
de l'écrire. Je vous étois inutile , pourfuit-
il , fi vous aviez été moins modeftes .
Il paffe enfuite aux louanges de Louis le
Grand leur troifiéme Fondateur , titre
qu'il ne dédaigna pas d'hériter d'un fage
Chancelier.
1
Après avoir parlé des grands génies
que l'Académie Françoife a élevés dans
fon fein & formés à toutes fortes de genres
d'écrire , il exhorte, fes Confreres à
ne point fouffrir qu'une Langue dont ils
ont porté la gloire fi haut , ait le malheur
de dégenerer , comme fit la langue
Latine après le fiecle d'Augufte. Il ne s
L. vol.
DE DECEMBRE 1723 7185
vous refte , Meffieurs , leur dit- il , qu'à
défendre l'héritage de vos Peres "qu'à
préferver une Langue qu'ils ont portée à
fa perfection, du trifte fort qu'éprouva celle
de Ciceron & de Virgile lorfqu'elle fut
maniée par des Seneques & des Lucains .
On a trouvé que c'étoit faire grace aux
introducteurs du jargon , qu'il fembleyouloir
fronder , que de les comparer:
aux Séneques & aux Lucains.
M. l'Abbé de Choifi , Doyen de l'Académie
, répondit au Difcours dont
nous venons de donner un leger crayon
par un autre qui ne fut pas moins goûté:
que le premier. Voici fon début. Mef
fieurs , je croyois que la qualité de votre
Doyen & trente-fix ans d'Académie me
devoient exempter à l'avenir de tous les
travaux académiques. Il ajoûte en adreffant
la parole à M. l'Abbé d'Olivet , que
Pamitié a dompté en lui la pareffe de l'age,
& qu'il n'a pu refifter à lapensée flas
reufe de le couronner de fa main. Il rap
pelle élegamment le tendre fouvenir de
M: l'Abbé de Dangeau . Il vous aimoit
dit- il , il vouseftimoit, & files morts font
encore touchez de ce qui fe paffe parmi les
vivans , il ne fera pas infenfible à ce que
je fais aujourd'hui , puiſqu'il l'auroit fait
tui-même , fi la Providence nous l'eût laiffé
encore quelque tems. Il lui- met devant
1. vol.
les
Fij
1186 LE MERCURE
les yeux la réputation qu'il s'eft acquife
par fes Ouvrages. Vous en avez entre
pris un , pourfuit-il , capable d'étonner le
génie le plus aguerri : continuer l'histoire
de l'Académie fi bien commencée par M.
Peliffon , quelle entreprife ! Nous sommesdans
la confiance : vous fentez vos forces.
Le 27. du mois paffé M. le Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens , & Protecteur
de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , fit l'honneur à cette
Compagnie d'y aller , pour diftribuer
les Médailles d'or & d'argent , aux Etudians
qui avoient remporté les grands
& petits Prix de cette année. M. de
Boullogne , Directeur de l'Académie ,
alla au devant de lui avec les principaux
Officiers & l'ayant conduit dans la
grande Salle , où il prit féance , ils lui
firent voir les Ouvrages de ceux qui avoient
mérité les Médailles , dont il pa
rut content. Le Sieur Tavernier , Secretaire
de l'Académie , lui fit un Compli
ment au nom de la Compagnie , lui témoigna
la joye & la reconnoiffance qu'
elle reffentoit de l'honneur de fa préfence
,
9.
& de la puiffante protection qu'elle
lui accordoit. M. le Duc d'Antin affûra
l'Académie de fon cftime , & du defir
qu'il avoit de faire fleurir les beaux Arts :
I. vola
après
E DECEMBRE 1723 1187
après quoi M. de Boullogne lui préfenta
les Médailles qu'il diftribua aux Etudians.
Enfuite il fut conduit dans l'Ecole , où
il vit toute la Jeuneffe , deffinant d'après
le Modele qui étoit en attitude. Après
avoir loué le bon ordre établi dans cette :
Académie , M. le Duc d'Antin fe retira,
& toute la Compagnie le réconduiſit jufqu'à
fon Carofle....
Le z. de ce mois M. Adam , Secre
taire des Commandemens du Prince de
Conti , & ci- devant fon Précepteur , fat
reçu dans l'Académie Françoife , à la
place vacante par la mort de l'Abbé
Fleury. Il fit un Difcours de remercie
ment qui fut fort applaudi , & auquef
l'Abbé de Roquette , l'un des Quarante
de l'Académie , répondit avec beaucoup
d'éloquence.
Le Curé de S. Cyr a préfenté il y a
quelque tems à l'Académie Royale des
Sciences une Pendule qui fuit exactement
le mouvement journalier du Soleil . Elle
a été géneralement approuvée.
Le Sieur Duflos , Orfevre - Jouaillier
du Roi , qui avoit mis en oeuvre la Couronne
qui a fervi au Sacre de S. M. &
dont nous avons donné la defcription
In volo FiiijNeridans
1188 LE MERCURE
dans le premier volume du mois de Novembre
1722. vient de faire chez M.
Rondé , Joüaillier ordinaire du Roi
pour le Roi de Portugal , une Couronne
fur le même modele , & précisément.
dans les mêmes dimenfions ; le tout executé
en pierres fauffes , en obfervant la
couleur & la groffeur des pierres : ce qui
fait un excellent morceau que quantité
de Curieux ont été voir.
Depuis la fin de l'Eté , le tems ayant
continué d'être extrêmement doux , &
prefque fans pluye , la nature a femblé
s'être méprife , & avoir pris l'Automne ·
pour le Printems. On a vû quantité d'Arbres
en fleurs , & divers Fruits mêmes:
prêts à mûrir. On nous a même mandé
d'Angleterre & de Hollande, qu'on mangeoit
des Frailes & des Framboiſes , &
nous apprenons en dernier lieu de Londres
, que les Jardins aux environs de
cette Ville ont produit des fleurs comme
au Printems , & que certains Oifeaux
ont commencé à faire leurs nids comme
ils ont accoutumé de les faire, vers le
mois de Mars , & d'Avril.
Voici l'extrait d'une Lettre écrite de
Breft le 23. Octobre dernier fur le même
fujer.
1. vol.
1 Ja
DE DECEMBRE 1723. 1189
Je vous dirai pour nouvelles , qu'il y
a au Jardin de M. le Contrôleur Géneral
de la Marine, des Cerifes , rouges que les
Arbres ont porté ici deux fois du fruit
cette année, & ailleurs des grapes de Raifin
formé. Il y a dans notre Jardin des
Pommes groffes comme des Féves , & ent
d'autres endroits il y a des Pommes &
des Poires. M. de Chamelin eft parti de
la Rade il y a environ quinze jours.
On envoya chez lui de Pougaftel une
demi livre de Cerifes qui lui a coûté so .
fols. Il en a emporté avec lui aux Iſles.
de l'Amerique..
7
On a appris de Londres que le Chevalier
Godefroyd Kneller , premier Peintre
du Roi d'Angleterre , y étoit mort
âgé d'environ 78. ans , & que M. Gervafe
a eu fa place avec les appointemens
de 12. livres ferling par an . Cette pli
ce eft à la nomination du Dus de New
caftle , en qualité de Lord Chambellan...
´
On mande auffi que le 29. du mois
paffé le Sicur Jean Allen , Diftillateurz
de cette Ville , fut choifi Recteur du :.
College de Dulwich , à la place d'un
Gentilhomme du même nom mort depuis
pea. On ajoûte que le Fondateurs étoit
im Comedien fous le regne de Jacques L
I vol.
Fv qui
Tago LE MERCURE
qui fe nommoit Allen , lequel ordonna
par fon Teftament que les Officiers de
ce College porteroient le nom d'Allen à
perpetuité
On apprend encore de Londres que
la fille de M. Edouard Rolt , Membre
du Parlement pour la Communauté de
Chipperham dans le Comté de Wiltz , eft
morte depuis peu âgée de 9..à 10. ans . I
y avoit environ deux mois qu'on lui avoit
fait l'infertion de la petite vérole ,
& depuis ce tems- là elle avoit prefquetoujours
été dans, de grands tourmens par
une humeur qui s'étoit jettée fur plufieurs
parties de fon corps , & qui avoit caufé
vingt ou trente ulceres qu'on n'a jamais
pû guerir.
Il vient de paroître à Londres un Ouvrage
en faveur duquel on eft fort prévenu
: c'eft le premier volume in folio
du Docteur Burnet ci - devant Evêque de
Salisbury , contenant ce qui s'eft pafle
de fon tems depuis le rétabliffement de
la Famille Royale en 1660. juſqu'au commencement
du regne du Roi Guillaume
& de la Reine Marie ; ce qui eft précedé
d'un Sommaire des affaires qui concer--
nent: l'Etat & l'Eglife depuis Jacques I
juſqu'en 1660.. Ce volume doit être fui-
-
4. vol.
vi
DE DECEMBRE 1723. 1191
vi d'un autre in folio , qui contiendra
l'hiftoire jufqu'à la mort de la Reine
Anne.
fé,
Academieun
Le 22. Octobre dernier
Royale de l'Hiftoire à Liſbonne s'étant
rendue au Palais felon l'ufage , elle y
tint fa Conference en préfence du Roi &
des Infants Don François & Don Antoi
ne, & le Marquis de Fronteira Prefident
de femaine , en fit l'ouverture par
Difcours à la louange de Sa Majefté , qui
lui attira les complimens de toute l'Affemblée
. Jerôme Godinho de Niza , lut
un Abregé des Memoires qu'il a compopour
fervir à l'hiftoire de ce Royaume
, du tems des Maures. Ignace Carvalho
de Soufa fit la lecture de PEpitre
Dedicatoire qui doit être à la tête de ſes
Memoires fur l'hiftoire de Don Jean II.
Le Pere Don Jofeph Barbofa lut une
Differtation für la vie du Roi Don Alfonfe
Henriquez. Jofeph de Coufto - Peftana
lut un Extrait de la vie du Roi Don
Denis. Don Jofeph d'Acunha Brochado
parla fur le Commerce , la Navigation
, & fur les Traitez de Paix dans lefquels
cette Couronne a été comprife, &
le Pere Jofeph de la Purification fur
l'hiftoire de l'Ordre Miliitaire de Saint
Benoît d'Avis ,
و
I vola
Le F vj
1192 LE MERCURE
Le s. du mois paffé , vers les 8. heures
du foir , on découvrit une Comete à
Lisbonne qui parut dans les premiers
jours auffi fumineufe que les Etoiles de
la premiere grandeur. Elle étoit fituée
dans un endroit du Ciel , répondant au
huitième degré du Verfeau . La refra-
&tion faifoit paroître fes rayons à peu
près de trois palmes de circonference:
Elle déclinoit d'Orient en Occident
comme les Conſtellations; & les Aftronomes
de Lisbonne , qui ont obfervé leur
mouvement. , l'ont vûë. le 19. près der
Eliptique , & le 25. près de l'Equateur
; mais fa lumiére étoit alors confi-.
derablement diminuée ; de forte qu'eller
ne paroiffoit que comme une Etoile nebuleufe.
T.
On nous mande de. Rome que. Mrs.
Centrini, Saffi & Gregorini , qui étoient .
les trois plus fameux Architectes d'Italie
, font morts depuis peu.
Le Roi de Portugal a fait remettre:
4000. Ecus à l'Abbé Crefcimbens à Ro
me , pour contribuer aux frais dn bâtimeni
qu'on y conftruit pour l'Academie
des Areadi , dont S. M. P, eft Protectrices
5
Le Pére. Fouquet a reçû à Rome de
Thenvolu
puis
DE DECEMBRE- 1723. 1193
puis peu plufieurs balors de Livres Chi
nois , dont une partie eft deftinée pour
la Bibliotheque du Vatican , & l'autre.
pou celle du College de Propaganda.
Fide.
L
Extrait de diverfes Lettres..
I paroîtra bientôt ici ( Turin ) ime-
Differtation fur quelques anciennes
Infcriptions fepulcrales , & autres qu'on
a trouvées proche l'Eglife des Bernardins
Reformez , lorfque l'on a démoli
les anciens murs de la Ville, vers la porte
de la Vittoria . M. Riccha Docteur
en Médecine & en Philofophie ; travail .
le actuellement à cette Differtation
dans laquelle il tâchera de faire connoî
tre les familles qui font nommées dans
ces Inferiptions , le tems qu'elles fe font
illuftrées , & qu'elles font venues habiter
ce Pays , leurs difputes & les colo
nies dont elles ont tiré leurs domina-..
tions. Le tout accompagné de Réfle--
xions hiftoriques & critiques .
Voici les infcriptions , afin que lesi
Stavans puiffent en dire leurs avis , &
les communiquer à M. Riccha. Ils n'au
ront qu'à les adreffer à Almoro Albriz .
vol.
zij
1194 LE MERCURE
zi , à Venife , ou à l'adreffe du Mercure
à Paris , en affranchiffant les paquets
Premiere Infcription.
T. Caffius L. F. Licinius fibi & L. Caffio
L. F. Capitoni Patri , Mantix L..
F. Tertia Matri L. Caffio L. F. Rufo
Fratri Caffia L. F. Maxuma T. F. J..
L. Caffius. T. L. Italicus V I .. Vir.
F. C.
Seconde.
Cr. Enniu Bian & Jun. Larcid. Prif :
cina M. Vibius Marcellus .
Troifiéme. !
Attiæ J. F. Lucina.... & fibi Q.....
Rubrius Spuertanus ..... Quæ cum
eo vixit fine litibus & gurgiis Ann.
XXVI. M. X. Dieb. vii . Hor. VII .
Foeminæ caftiffimæ conjux cariff. viv.
Fec.
Quatrième.
Minicia L. F. Patinæ Uxori Rutili Gal
lici Leptitani Publicè
Cinquiéme
L. Alfio Reftituto Eq. R. Eq. P. Præf
Cob II. Br. Eq. TrB. coh. I. Br.CX9
16.vol. Eq
DE
DECEMBRE 1723. $198.
Eq. Flam Divi Tit. & Claud. Paulina
ejus C. Pinarius Onefimus & Cafida
rius Ampheriftus ob merita .
Sixième.
Aur. Crefcentiane V. E. Acie Defid. qui
vixit ann. xxxv. Aur. Riftius Exard.
Fratri Car. pofuit.
Septiéme.
D. M. Aur. Maximi Exar. Num. Dal
Divit. qui vixit ann . xxx.. Aur. Vi
&torin. D. Pofuit.
Fillhel .
Huitième.
Viro. Epulon. •
Gricolæ. •
Propræt
P. Nervæ Cæf. Aug. Provincia.
Belgica Legat.
·
Leg. VII. Erra
tæ: Leg. Citerioris Hifpaniæ ....
•
Prætoriæ.
Neuvième.
V. E... C. Baburius. ... Meliffus . .
VI. Vir.. & ... Avialis . . & fuis..
On imprime ici ( Monaco ) tous les
Mois , chez Luc Straub , une Brochure
in octavo en Allemand , fous le titre de :
Parnaffus Boicus ; c'est un Recueil de
L. vol.
Piéces
1196 LEMERCURE
Piéces choifies & dignes de la Republique
des Lettres.
Il eſt arrivé ici ( Molfetta ) un fait de
Chirurgie qui fait grand bruit. M. Hiccolo
Dominico Paffari , jeune homme
riche & fils unique , fut bleffé le 10. Fe
vrier 17: 3 . d'une arme à feu dans la poierine
fous la mamelle droite , les premiers
Chirurgiens du pays le penferent
à l'ordinaire , avec des tantes pour fairefortir
le pus de la playe , effectivement
ilen fortoit abondamment :; mais bien
loin que le bleffé fût foulage , il empiroit
à vûë d'oeil ; en forte qu'au bout de
trois mois il étoit devenu d'une maigreure
affreufe , alors on appella le Cavalier-
Gios Baptifte Ferna ; premier & tres-
Habile Medecin de Bifeglia , fort connu
par fes fçavans Ouvrages , & bien inftruit
de lá mauvaiſe méthode dont on
fe fert pour penfer les playes. Il fit le
ver l'appareil , fuprima les tantes , & :
congedia les Chirurgiens , après leur
avoir fait de fortes reprimandes ; il n'en
retint qu'un fenl , à qui il ordonna co
qu'il devoit faire. La fiévre diminua
les fimptômes fâcheux difparurent , &
en trois femaines le bleffe fe trouva guć
ri.Ce célébre Docteur a écrit une Lettres
à M. Sancaffani, Medecin du D: de Guaftaffe,
dans laquelle ik lui fait un détail
1. vol. exactit
DE DECEMBRE 1723 1197
exact de cette cure , il y a joint une atteftation
en forme de M. Paffari , reconnuë
devant Notaire le 6. Août 11772333.. On
croit que M. Sancaffani la publiera, ayant,
fort à coeur qu'on éclairciffe ce point important
; fçavoir , que le pus qui fort
des playes eft produit par les tantes mêmes.
Ce qui apporte plus de profit aux
Chirurgiens ordinaires , que de foûlage
ment aux malades.
**IRBAKERBREK
SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens repréfenté-
LESrent une Piece nouvelle le 2. de ce
mois , fous le titre de la Fille inquiéte
ou le befoin d'aimer , qui n'a pas été re
jouée. Un Parterre tres- tumultueux a
empêché qu'elle n'ait été entendue , &
peut-être qu'elle n'ait été applaudie.
Nous en donnerons un Extrait le mois.
prochain pour mettre le Lecteur en état
d'en juger. Elle eft de M Autreau.
Les Théatres ont été rouverts le 10.
de ce mois , après avoir été fermés pendant
huit jours à l'occafion de la mort
de Monfieur le Duc d'Orleans . Ils furent
encore fermés le Jeudi 16. jour du
Convoy, qu'on porta fon corps de Saint
Cloud à Saint Denis.
I. vol.
Le
1198 LE MERCURE
•
Le Roi a permis aux Comédiens Ita
liens , depuis la mort de Monfieur le
Duc d'Orleans , de prendre le titre de
Comédiens Italiens ordinaires de S. M.
Its repréſentérent à la Cour le Lundi 13 .
de ce mois , Arlequin Voleur , Arlequin
Prévôt & Juge.
Les Comédiens François y joüerent le
Vendredi 27. la Tragedie d' Andromaque,
& la petite Comedie de la Serenade.
L'Academie Royale de Mufique , a
repris les Repréſentations de Thetis &
Pelée , interrompuës par la mort de Monfieur
le Duc d'Orleans. On joue les Jeudis
le Ballet des Feftes Creques & Romaines
, dont nous avons donné un Extrait
dans le Mercure du mois de Juiller der
niere
La petite verole qui a fait de fi grands
ravages cette année , vient d'enlever à
l'Opera un très - bon fujet ; c'eſt Mademoifelle
Corail , qui eft fort regretée du
Public , & qui avoit de fi - heureufes diſpofitions
pour la Danfe , qu'on la croyoit
capable finon de réparer , au moins d'adoucir
la perte de la Demoiselle Prévoft
, fi elle venoit à fe retirer.
Les Comédiens Italiens jouérent devant
le Roi le 22. de ce mois , la Surpri
fe de l'Amour , de M, Marivaux & la.
petite Piece du Départ des Comediens
I. vol.
Italiens
,
DE DECEMBRE 1723. 1199
Italiens , du fieur Dominique.
Ha paru un Acteur nouveau au Théa
tre François , nommé la Cour , de Paris,
que le Public a applaudi , ayant trouvé
fa voix belle , quelque feu & de l'intelligence.
Il a joué deux fois le Rôle d'Achille
dans la Tragedie d'Iphigenic.
Nous ne craignons pas de déplaire au
Public , ni qu'on nous démente en di-.
fant à cette occafion , que Mademoiſelle
Duclos a joué dans la même Piece le Rôle
de Clitemneftre , d'une maniere à atten
drir les coeurs les plus infenfibles.
: Le 23. de ce mois , les Comediens
Ita
liens ordinaires
du Roi , donnerent
à
l'Hôtel de Bourgogne
, la premiere
Re
préfentation
d'une Comedie
nouvelle ,
en trois Actes , intitulé le Jaloux . Cette
Piece eft précedée d'un Prologue
, & mêlée
d'agrémens
: le Prologue
roule fur la
prévention
où l'on eft , qu'une piece de caractere
ne fauroit convenir
au Theatre
Italien. Un des Acteurs repréſentant
un petit Maître , prétend que ce Thea- tre n'eſt pas fait pour les Parodies , une
Actrice repréfentant
une perfonne
de
qualité , ſoutient un fentiment
contraire,
& finit par une Fable de l'efprit &
du coeur. Cette Fable n'a pas été auffi
heureufe
que celle du Fleurifte , qui a
fait tant de plaifir dans le Prologue
de I. vol.
la
f200: LE MERCURE
la Comedie de Bafile & Quitterie.
La Comedie a été beaucoup plus heu
reufe jufqu'au troifiéme Acte exclufivement.
Silvia , Amante de Lelio , entre-.
prend de le guérir de fa jaloufie , & s'y?!
prend d'une maniére affez fingulieres
c'eft en n'oubliant rien pour le rendre ja→
loux. Le premier Acte du Jaloux finiti
par une petite Comedie , repréſentée par
des Comediens de campagne , qui a pourtitre
le Jaloux puni. Dans cette Comedie
un vieux Jaloux eft joué ; & dans le
moment qu'il croit poffeder fon Accor->
dée , Trivelin la lur enleve. C'eſt un «
Cadeau que Silvia donne à fon Jaloux
pour l'aguerrir fur de pareils accidens s
il en eft piqué jufqu'au vif, & croit avec
quelque raifon qu'elle ne l'aime pas ,
puifqu'elle le ménage fir peu. Dans le fecond
Acte , nouvelles épreuves , commer
dans le premier , & nouvelle fête infultante
, ce font des Bohemiens & des Bo
hemiennes , qui fous prétexte de dire la
bonne- avanture à Lelio & à Sil ia , augmente
la frenefie du Jaloux , & le confirment
dans l'opinion où il eft , qu'il
n'eft pas aimé . Il y a dans le cours de la
piéce d'autres épreuves encore plus fortes
, qui lui perfuadent non feulement
qu'il n'eft pas aimé , mais qu'on lui préfere
un Rival. Ces deux Actes n'ont pas
I. vol.
laiffé
DE DECEMBRE 1723. 201
T
laiffé de faire plaifir par quelques Scenes
divertiffantes mais le dernier a paru
trop ennuyeux & alongé : tout autre
Auteur anroit été auffi embarraffé pour
arriver à bon port. La Piéce étant finie ,
un Critique du Parterre a demandé le
dénouement; par la feule raifon qu'il n'étoit
pas content de celui qu'on lui donnoit
; mais dans un pareil fujet il eft
tres-difficile de finir au gré des Spectateurs.
Silvia a entrepris pendant tout
le cours de la Piéce de guérir Lelio de
fa jaloufie : le mal eft incurrable , comment
faire left prefque d'une neceffité
abfoluë que la Piéce finiffe par où elle
a commencée ; c'est - à -dire , que l'Amanté
& le Jaloux foient égalememt
malheureux . Au refte on a trouvé cette
Piéce bien écrite & pleine d'efprit ; elle
finit par un Bal que Silvia fe propofoit
de donner pour égayer fon Jaloux.
Air chanté par une Egyptienne
au fecond Acte.
A Mans voulez - vous être heureux
Ne fondez pas fur nous le fuccès de vos voeux
Suivez ce qu'amour yous inſpire ,
L'avenir eft dans votre coeur ,
Vous même vous pouvez faire votre bonheur,
Nous ne pourrions que vous le dire,
1. vol.
Yous
1202 LE MERCURE
VAUDEVILLE.
Premier Couples.
Tel nous accufe d'impofture
Qui nous confulte & qui nous croit ,
Et le plus fage avec ufure
Paye un mot d'un heureux augure
Pour peu qu'un flateur fon adroit
Il réuffit , c'eft cbofe feure
Second,
Quand le prefent eft agréable ,
C'eſt fagèffe de s'y tenir ;
* Ufez de ce qu'il a d'aimable ,
Sans fonger s'il fera durable ;
C'eft chimére que l'avenir ,
Le prefent feul eft veritable.
Troifiéme.
L'efpoir le plus imaginaire
Remplit un coeur ambitieux ,
Enchanté d'un bien qu'il efpere ,
Le prefent ne le touche guere.
Voilà l'homme , mais difons mieux.
Tout homme n'eft qu'une chimére.
2. vol.
QuaDE
DECEMBRE 1723. 1204
** Quarriéme.
Une petite fille.
On eft curieufe à mon âge
Dans l'avenir , nous voulons voir,
Chacun y cherche fon partage ,
Mais pour moi je fuis bien plus fage,
Que me fert-il de le fçavoir ,
Si je ne puis en faire ufage.
par les
Autre Vaudeville chanté par
Mafques du Bal.
I.
Etre commode , être jaloux ,
C'eft à peu près la même chofe ,
Des biens , ou des maux , malgré nous
C'eft notre étoile qui difpofe ;
C'eft erreur de s'inquieter
De ce qu'on ne peut éviter.
II.
Autrefois on ne payoit pas ;
Mais il falloit aimer pour plaire ,
Il en coûteit trop d'embarras ,
?
ol. Trop
1204
LE MERCURE
Trop de façons & de myſtere ,
Nous avons changé cet abus ,
Nous payons , & nous n'aimons plus.
III.
Pour me défendrè d'écouter
Un'Amant qui me trouve aimable ,
Maman vient toujours me chanter
Qu'un homme eſt un monftre effroyable
Ce qu'elle en dit , c'eft pour mon bien
Je le veux mais je n'en crois rien.
IV .
On me dit de ne point juger
D'une fille fur l'apparence ,
Et que je dois pour m'engager,
Attendre un peu d'experience ,
Peut-être que je ferois mieux ;
Mais à quoi donc fervent les yeux ?
·
BELPHEG OR , Comédie - Baler en
3. Actes , par M. Le Grand Comédien
du Roi . A Paris chez la veuve 'Guillau
me , Quay des Auguftins 1723. in 12. de
79. pages. Cette Piéce a été repreſentée
I. vol.
pour
DE DECEMBRE 1723. 1205
pour la premiere fois le 25. Juillet 1721 .
fur le Theâtre de l'Hôtel de Bourgogne.
ACTEURS.
Belphegor , Démon fous la figure de Ro
dric.
Trivelin , Païfan , amoureux de Colette.
Colette , jeune Païfanne .
Jacquet , jeune Païfan , Rival de Trive
lin.
Le Magifter , pere de Colette.
Deux Sergens , & plufieurs Archers.
Pluton , Dieu des Enfers .
Proferpine , femme de Pluton.
Minos & Radhamante , Juges infernaux.
Afcalaphe , Habitans des Enfers .
Arlequin , valet de Belphegor.
L'ombre de Viol tte , femme d'Arlequin,
M. Turcaret , riche Agioteur .
Madame Turcaret, fa femme.
Le Docteur , ami de M. Turcaret.
Acteurs des Divertiffemens.
Troupe de Bergers , de Payfans , d'Ombres
, de Lutins , de Démons & de Maf
ques chantans & danfans .
La Scene eft partie fur la Terrez
partie dans les Enfers.
I. vol.
ACTR G
1206 LE MERCURE
ACTE I. +
L'Action du premier Acte tient fi peu,
à la Comedie , qu'il pourroit en être féparé,
& faire une petite Piece. Trivelin
amoureux de Colette eft au defefpoir
de voir que cette aimable Payſanne
va époufer Jaquet . Il a une Scene avec ,
fa Maîtreffe , & une autre avec fon Rival
, qui ne fervent qu'à le confirmer
dans fon malheur. Dans le tems qu'il
rêve aux moyens de rompre un fi fatal
mariage ; il voit venir vers lui un homme
tout effrayé. C'eft Belphegor , qui
fous la figure de Rodric , eft vivement
poursuivi par deux Sergens & une troupe
d'Archers. Ce pauvre Fugitif le prie
de lui prêter un azile chez lui , pour
l'empêcher de tomber entre les mains de
ceux qui le pourfuivent ; il fe fait connoître
à lui pour un Démon , il lui promet
de lui faire époufer Colette , & de
l'enrichir pour jamais. Ces deux promeffes
déterminent Trivelin à fecourir
Belphegor , il le fait cacher dans un
Grenier à foin . Les Sergens arrivent
bientôt , ils demandent des nouvelles de
la proye qui vient de leur échapper , à
Trivelin , qui les dépayfe , & les fait
courir bien loin du lieu où Belphegor eft
caché. Le Réfugié fort du grenier à foin
I. vol.
&
DE DECEMBRE 1723. 1207
& remercie Trivelin du fecours qu'il lui
à prêté. Il lui promet en même tems des
marques éclatantes de ſa reconnoiſſance.
Trivelin lui dit qu'il eft tems qu'il mette
la main à l'oeuvre , d'autant que Jacquet
va époufer Colette . Belphegor lui répond
, qu'il troublera cette nôce par le
fecours d'un Lutin de fes amis. Il ajoûte
qu'il a envoyé fon valet Arlequin aux
Enfers pour obtenir de Pluton le pouvoir
de fe rendre invifible ; & que ce fera
par ce moyen qu'il fera fa fortune en paffant
dans le corps de M. Turcaret , ſon
impitoyable créancier , & le même qui
le fait pourfuivre avec tant de fureur.
La premiere promeffe de Belphegor
s'accomplit dans le premier Acte. La nôce
de Jacquet & de Colette eft interrompuë
par un orage affreux. Le Latin ami
de Belphegor paroît en l'air , & prononce
cet oracle en chantant.
Contre un juke hymen le Deftin fe déclare :
La vigne va périr dans cet orage affreux ,
Si dans ce jour Trivelin n'eſt heureux :
Qu'à lui donner la main Colette fe prépare,
Jacquet a beau fe mocquer de l'oracle &
vouloir paffer outre, le Magifter veut fauver
la Vigne, donne fa fille Colette à Trivelin
.On continue les chants& les danfes,
Le Vaudeville de ce premier Acte a été
trouvé tres- joli . En voici deux Couplets.
1. vol.
Colette Gij
1208
LE MERCURE
"
Colette à Jacquet.
Jacquet , quoiqu'un autre ait ma foi ,
Laiffe -moi faire , laiffe :
Je me reprocherois fans ceffe
Que quelqu'Amant fût mort pour moi
Faute d'un certain je ne ſçai qu'eſt- ce":
Faute d'un certain je ne fçai quoi.
Trivelin an ' Parterre.
Que le Public de bonne foi
Applaudiffe une Piéce ;
Le fâcheux Critique ne ceffe
D'exercer toujours fon emploi :
9
Il trouve un certain je ne fçai qu'eft-ce :
Il trouve un ceftain je ne fçai quoi.
ACTE II.
Ce fecond Acte ne tient guere plus à
l'action principale que le premier. C'eſt
un inconvenient attaché à ces fortes "de
Pieces la néceffité d'y introduire des
Fêtes écarte toujours l'Auteur du droit
chemin , & ne le laiffe arriver au but
que par cafcades. Le Theatre reprefente
les Enfers. Pluton , Minos & Radhamante
, ouvrent la fcene . Pluton dit aux
deux Juges infernaux , que le terme de
dix années qu'il avoit prefcrit à Belphe-
I. vol.
gor
-
DE DECEMBRE 1725. 1209
&
gor pour s'informer fur la terre des fujets
de plaintes que les Maris font de
leurs femmes va expirer en ce jour ,
qu'ainfi il prononcera l'Arrêt que les
Mortels lui demandent fur ce fujet dès
qu'il aura entendu fon Député, qui vraifemblablement
doit arriver ce jour même.
Les deux Juges lui font entendre
qu'il eft fuffifamment inftruit , & qu'il
auroit déja dû décider cette grande affaire.
Pluton leur fait entendre , qu'il nẹ
fait ni tout ce qu'il devroit ni tout ce
qu'il voudroit , & que Proferpine ayant
à coeur les interêts de fon fexe , ne lui
pardonneroit jamais s'il condamnoit les
Femmes avec trop de précipitation.Dans
la feconde ſcene Alcalaphe vient an
noncer à Pluton qu'un témeraire Mörtel
a forcé la porte des Enfers malgré Cerbere.
Ce Mortel eft Arlequin . Comme
c'eſt à lui que les Auteurs ont interêt de
donner ce qu'il y a de plus joli dans leurs
Fieces , le Lecteur ne fera pas fâché de
trouver ici quelques fragmens de la ſcene
qu'il a avec Pluton .
Arlequin entrant comme à tâtons.
Gare le pot au noir. Bon foir , Monfieur
Pluton , car il feroit inutile de vous fonhaiter
le bon jour, puifqu'il n'y en a point
chez vous.
I. vol.
Pluton G iij
1210 LE MERCURE
Pluton.
L'abord eft familier.
Arlequin.
vous
Que le Diable vous emporte de bon
coeur , Seigneur Pluton . Parbleu ,
devriez bien faire allumer les lanternes
dans votre Empire ; je n'ai jamais vi
d'Enfer fi mal policé ce n'est pas pour
tunt manqué que vous n'ayez ici nombre
de Commiffaires.
Pluton.
Je te confeille de te plaindre.
Arlequin.
J'en ai fujer. J'ai pensé cent fais me
rompre le con , pour arriver jufqu'ici . En
entrant , je me fuis donné du nez contre
fame d'un Procureur qui étoit dure comme
une enclume , & fans vos Furies qui
ont eu la bonté de m'éclairer un bout de
chemin avec leurs flambeaux , je ne ferois
arrivé de trois heures .
Pluton dans un autre endroit de la même
Scene demande à Arlequin d'où vient
qu'il ne s'eft pas dépouillé de fon corps
pour venir avec moins de rifque & plus
commodement aux Enfers. Voici ce qu'-
Arlequin lui répond.
-I. vol.
C'eft
DE DECEM BRE 1723. 1211
C'eft ce qu'un Medecin de mes amis
m'avoit confeillé : il s'étoit même offert à
me prêterfon affistance : mais mon corps
m'eft fi cher, & me va fi bien que je n'ai
jamais pu me réfoudre à m'enséparer.
Arlequin annonce à Pluton que Belphegor
arrivera aux Enfers dès demain ,
inais qu'il le prie de lui accorder la permiffion
de fe rendre invifible pour certaines
raifons , & que c'eft pour cela qu'il
l'a député. Pluton ordonne à Minos d'aller
expedier cette permiffion pour Belphegor
, & de dreffer en même tems un
paffeport pour Arlequin afin qu'il s'en
retourne fûrement en l'autre monde.
Voilà tout ce qu'il y a d'action néceffaire
dans ce fecond Acte ; tout le refte eft
purement acceffoire : la Fête n'eft pas
dès mieux amenées. C'eft un cadeau que
Proferpine donne à Arlequin. Voici comment
elle s'explique en lui adreffant
la parole.
Va prendre place pour voir le divertiſſement.
Impitoyables Furies , ceffez de tourmenter
les Criminels ; vous, Ombres fortunées,
faites de votre mieux , pour régaler le
Seigneur Arlequin , qui a eu le bonheur
de
gagner les bonnes graces de Proferpine.
Voilà une bonne Déeffe ! dit Arlequin à
parti fe crois que fi je reftois plus . longtems
ici , je ferois Pluton cocu. N'a - t'il
I. vol.
pas
Giiij
1212 LE MERCURE
A
pas raifon de parler ainfi ? En faut- il da
vantage pour le croire aimé ?
Le Vaudeville qui finit ce fecond Acte
n'eft guere moins joli que celui du pre
mier ; en voici deux Couplets pour en
donner uné idée.,
L'Ombre d'un Cocu.
Vous voyez l'ombre d'un Cocu ,
Qui fut toujours d'humeur jaloufe :
Je méprifai le revenu
De la beauté de mon Epouſe :
Je fus gueux tant que j'ai vêcu s
Mais à prefent que c'eft la mode ,
Que l'Epoux partage au gâteau ,
Voudrois- je n'être pas commode e
Diable zot.
Arlequin .
Que je vais bien à mon retour ,
A Belphegor chanter fa gamme !
Quoi ? m'envoyer dans ce féjour ,
Pour m'y faire trouver ma femme !:
C'eft me jouer d'un vi'ain tour.
Lorfque là haut il fuit la fienne ,
Pouvoit-il me croire affez ſet ,
I. vol. Pout
DE
DECEMBRE 1723. 1213
1
Pour tirer d'ici bas la mienne .
Diable zot.
Ce dernier Coupler fuppofe qu'Arle
quin a trouvé la femme dans les Enfers ,
ce que nous n'avons pas dit de peur
tre trop longs.
2
ACTE III. " .
d'ê
Toute l'action de cette Comedie , que e
le célebre la Fontaine a fi joliment traitée
dans un de fes Contes , eft renfermée
ou pour mieux dire refferrée dans ce der
nier Acte. Nous allons tâcher de la dé- e-
Broüiller le plus fuccintement qu'il nous ...
fera poffible .
Arlequin arrive des Enfers fur un
Cheval ailé qui l'a porté précisément
dans un lieu où M. Turcaret donne le
Bal. Il y trouve Belphegor à qui il remet
la permiffion que Pluton lui envoye
de fe transformer . Arlequin de fon côté
a reçu de Proferpine l'art de deviner ; il
en fait plaifamment la premiere épreuve
fur Trivelin à qui il annonce lé paffé , le z
prefent & l'avenir en ces termes : Hier
garçon , voilà le paſſe ; aujourd'hui marié
, voilà le préfent ; demain cocu , voilà.
te futur.
t
Belphegor fe prépare à marquer fa re-
I. vol.
Gv connoiſ……….
1214 LE MERCURE
connoiffance à Trivelin par la premiere
épreuve qu'il va faire de la permiffion
qu'il a de fe transformer . Il dit qu'il entrera
dans le corps de M- Turcaret d'où
il ne fortira que par le commandement
de Trivelin , afin de lui procurer une
fomme confiderable. Tout cela s'execute
: M. Turcaret eft poffedé ; le Docteur
qui eft de fes amis , demande du fecours
contre.ce funefte accident; Trivelin s'offre
à délivrer cet Agioteur du Démon
qui l'agite , moyennant la foinme de
cent mille écus. Le Docteur & Madame
Turcaret qui furvient avec fon Mari obfedé
, fe récrient d'entendre demander
une forme fi exorbitante. Trivelin n'en
veut rien rabattre ; & comme on femble
douter de fon pouvoir , il en donne un
effai le Theatre paroît tout en feu , &
les Ifs du Jardin pouffent des gerbes
d'artifice. On confent enfin à donner
les cent mille écus que Madame Turcaret
va chercher , & qu'elle apporte en deux
facs en or. Belphegor conjuré par Trivelin
fort du corps de M. Turcaret en
chantant ces quatre Vers par la bouche
de celui dont il s'étoit emparé.
:
Sans que rien me retienne
J'obéis à ta voix
1. vol.
Mais
DE DECEMBRE 1723. 1215
Mais qu'il te fouvienne
Que c'eft pour la derniere fois.
Circonftance que nous avions obmife :
Belphegor ne fait que changer d'étui ;
il va fe loger dans le corps d'un des Sergens
qui l'ont fi vivement pourfuivi dans
le premier Acte. Trivelin a beau le prier
de fortir de fa nouvelle demeure : il n'en
veut rien faire. Mais Trivelin n'en veut
pas avoir le démenti ; il fait entendre.
par un à parte , qu'il le dénichera par
un ftratagême dont il vient de s'aviler .
Trivelin fort pour aller executer la ruſe
qu'il a imaginée. On entend battre la
caiffe ; on dit à Belphegor que c'eft fa
femme Madame Honefta qui le cherche
par tout. A ce feul nom Belphegor fort
par la bouche du Sergent , en difant :
Ah ! retournons au plus vite aux Enfers.
Bon , dit alors Trivelin , le voilà parti ,
mon stratagême a réuſſi ; je fçavois bien
qu'il aimeroit mieux retourner à tous les
diables que de revoir fa femme. Trivelin
explique à M. & à Madame Turcaret ce
que c'eft que M. Rodric & Madame Honefta
La Piece finit par le Bal que M.
Turcaret a ordonné , comme nous l'avons
dit au commencement de ce dernier
A &te. On chante & on danfe. Voici deux
I. vol.
Gvj
Couplets
1216 LE MERCURE
Couplets du Vaudeville qui finit la Pic
ce.
Un Mafque.
Lorfque dans l'hymen on s'engage ,
Tout plaît parce qu'il eft nouveaua.
C'eft le beau :
Mais deux jours après on enrage
Du mauvais marché qu'on a fait ;
C'eft le laid :
On n'a plus d'eſpoir qu'à veuvage.
Arlequin au Parterre .
Si l'on vous demande à la porte ,
Belphegor a- t-il réjouĩ
Dites oüi :
Si quelqu'un parle d'autre forte ,
Et veut par contradiction ,
Dire non :
Dites ... que le Diable l'emporte.
Les Directeurs de l'Académie Royale
de Mufique à Londres , ont ouvert leur
Theatre le r . de ce mois par l'Opera de
Pharnaces , du Sieur Bononcini.
On apprend de Venife que le 24 . du
I. vol. mois
DE DECEMBRE 1723. 1217
mois dernier on repreſenta pour la premiere
fois fur le Theatre de S.Jean Chryfoftome
, un Opera intitulé : Les Equivoques
de l'Amour & de l'Innocence , qui
eut un applaudiffement
géneral.
La Dame Cent livres , qui s'étoit rendue
illuftre par fes Comedies & par fes
2utres Poëfies , mourut à. Londres le 16.
de ce mois.
NOUVELLES ETRANGERES..
Li
Ruffie.
E Prince de Repnin , Gouverneur
de Riga a reçu ordre de faire marcher
inceffamment quatre Regiments
d'Infanterie Moſcovite du côté de Mofcou
.
Le Czar a envoyé ordre à tous fes Mi
niftres dans les Cours étrangeres , de
donner part du dernier Traité d'Alliance
qu'il a conclu le 13. Octobre dernier
avec l'Ambaffadeur du Roi de Perfe , &
de la réfolution qu'il a priſe de ſecourir
ce Prince détrôné ; cela caufe plus d'in
quietude à la Porte , que les progrès de
Miriweitz , qui a obtenu des diſtinctions
I..vol.
du
1218 LE MERCURE
du Grand Seigneur , qu'il n'accorde ordinrirement
qu'à fes Alliez On lui a envoyé
de Conftantinople deux Caffetans
d'une beauté fingulier , une magnifique
Selle avec tout l'attirail afforti , & quelques
autres prefens pour fa Cour . Cela
n'augure pas bien pour la négociation de
l'Envoyé du jeune Roi de Perfe qui eft
arrivé à Conftantinople , après avoir été
relâché par le Gouverneur d'Erzerum ,
qui l'avoir arrêté fur la frontiere .
On prépare un train d'artillerie de
trois cens piéces de Canon , de foixante
Mortiers , & de cinq cens Mortiers à
main ; & l'on conftruit , tant ſur le Wolga
, que fur d'autres Rivieres , plus de
cinq cens Bâtimens de tranfport .
L'aîné du Prince de Heffe - Hombourg
a été fair Lieutenant General des armées
de S. M. Cz.
Outre les quatre nouveaux Régimens
qu'on leve à Petersbourg , le Czar a fait
encore expedier des Commiffions de Colonels
& de Capitaines pour dix autres
Régimens , qu'on doit lever au plutôt
dans la Livonie , & dans les autres Provinces
de fa Domination . On affure qu'il
y a préfentement près de 25000. hommes
affemblés aux environs de Mofcou , qui
n'attendent que les derniers ordres pour
fe rendre vers Aftracan.
I. vol.
Suede.
DE DECEMBRE 1723.1219
Suede.
Le 27. Octobreun Heraut annonça ,
fuivant la coûtume , au fon des Timbales
& des Trompettes , que les Députés
des Etats du Royaume s'étoient féparés ;
& le 28. les Orateurs de l'Affemblée
allerent prendre congé du Roi , pourretourner
chez eux . Le même jour M.
de Baffewits Miniftre du Duc d'Holftein
, eut une audience particuliere du
Roi , & remercia Sa Majefté du titre
d'Alteffe Royale , qu'elle a accordé à ce
Prince.
On a envoyé des ordres aux Troupes
qui font en quartiers dans les Provinces,
de fe joindre aux Habitans , & de les
aider à détruire les voleurs de grands
chemins .
La Commiffion établie par les Etats
du Royaume , pour achever de régler les
Affaires qui n'ont pû l'être avant la féparation
de la Diete , doit faire publier
la réfolution prife en faveur des Prétendus
Reformés , qui , nonobftant les oppofitions
du Clergé , pourront à l'avenir
faire l'exercice de leur Religion en
Suede dans des maifons particulieres ,
& entretenir des Miniftres à leurs dépens
.
1. vol. Allemagne
.
122000 LE MERCURE
-
Allemagne.
On a envoyé un grand nombre de
Potteurs de Chaifes dans les plus mauvais
chemins de la route de Prague à
Vienne , afin que l'Impératrice puiffe les
paffer plus commodément qu'en caroffe.
Le 6. Novembre il s'éleva un vent fi
violent à Vienne , que, plufieurs maifons
des environs de la Ville en furent abat
tuës , & les arbres déracinés dans les
campagnes.
Le même jour leurs Majeftés Impériales
partirent de Prague pour retourner
à Vienne. Elles s'étoient rendues à.
Branderi pour y prendre le divertiffement
de la chaffe , jufqu'au 8. qu'elles
ont continué leur voyage . Tous les Seigneurs
qui ont des Terres fur la route ,
s'efforcent à l'envi de leur marquer leur
zele par des receptions magnifiques &
des divertiffemens convenables à la faifon
.
Le 17. Novembre l'ouverture de la
Diete des Etats de la Balfe Autriche , ſefit
dans la Salle de leur Maifon provinciale
, où les Prélats , les Nobles & les
Députés des Villes s'étant affemblez ,
députerent vers les Commiffaires , que
I'Empereur a nommé pour affilter aux-
1. vel
Affemblécs
DE DECEMBRE 1713 1221
N
"
Affemblées pendant fon , abfence . Ces
Commiffaires qui font le Comte de Khenenhuler,
Grand Chambellan héréditai-.
re de Carinthie , Confeiller d'Etat ordi-.
naire de l'Empereur , & fon Lieutenant
dans la Baffe. Autriche , le Baron de Lanfpreil
, Vice Préfident du Confeil Aalique;
& M. George - Frideric de Slhich
Vice- Chancelier du Confeil de Regence
, furent reçus à l'entrée de la Salle par
le Comte Louis -Thomas - Raimond " de
Harrach , Maréchal Provincial , & Colonel
général de la Baffe- Autriche ; ils,
prirent leurs places , & le Comte de,
Khenenhuler, comme premier Commiffaire
, leur déclara les intentions de fa
Majefté Impériale par un difcours , dont
voici le précis. Il leur repréfentoit que
les grandes dépenfes que l'Empereur
avoit été obligé de faire cette année pour
fon Couronnement en Boheme ; & que
L'obligation où il fe trouvoit de conferver
le même nombre de Troupes que les
années précedentes , ne lui avoit pas encore
permis de foulager fes Sujets des
Pays héréditaires ; que n'ayant que les
contributions annuelles de fes Etats pour
tout fonds de l'entretien des Milices , il
efperoit que la Diete récevroit les demandes
de Sa Majesté Impériale , avee
la foumiffion qui avoit paru dans les Dié-
I. vol.
tes
1222 LE MERCURE
tes précedentes. Il en remit le Mémoire
entre les mains du Maréchal du Pays ,
qui le remercia au nom de l'Affemblée ,
après quoi les Commiffaires fe retirerent.
Le Comte d'Erdefdi Evefque de Neutra
, a obtenu la Charge de grand Chancelier
du Royaume de Hongrie ..
Le Comte d'Efterhafi Evêque de Velprin
a obtenu celle de Vice - Chancelier .
M. de Blumengen a été nommé par
P'Empereur pour aller affifter en fon
nom à l'Election d'un Coadjuteur de
de l'Evêque de Liege.
Les Etats de Silefie affemblés pour la
premiere fois à Berlin le 11. Novembre,
ont tenu leur Diete ; le Don gratuit demandé
par l'Empereur étoit d'un mil .
lion trois cens trente-trois mille trois
cens florins ; fans compter une fomme de
deux cens feize mille fix cens foixantefix
Florins , demandée par contribution
extraordinaire , pour les frais des Ambaffades
dans les Pays étrangers ; &
trente mille Florins pour les frais des
fortifications .
On mande de Berlin , que le Roi de
Prufle a confenti de reftituer les revenus
féqueftrés du Cloître d'Hamerfleben
, pour faciliter l'accommodement
des differends de Religion qui durent
I. vol.
depuis
DE DECEMBRE 1723. 01223
depuis fi long- tems dans l'Empire. On
écrit de Varlovie , que lés Sénateurs y
arrivent de jour en jour pour affifter au
grand Confeil qui doit fe tenir dans cette
Ville le 16. Novembre. Les Députés
& les Nonces des autres Palatinats doivent
tenir le même jour de femblables
Confeils dans les Villes indiquées pour
leurs Affemblées.
Le 23. du mois dernier, vers les quatre
heures du foir, leurs Majeftez Impériales
arriverent à Vienne , où elles continueront
leur réfidence pendant tout
l'hyver. Le 29. veille de la Fête de Saint
André , Patron de l'Ordre de la Toifon
d'Or ; & le 30. jour de la Fête , l'Empereur
fe rendit à l'Eglife des Auguftins
Déchauffez , où il tint Chapelle , après
quoi il dîna en public dans la Salle des
Miroirs.
Grande Bretagne.
On mande de Dublin, que le 30. Oc:
tobre les Communes du Parlement d'Ir.
lande réfolurent unanimement d'accorder
au Roi une fomme de 339368. liv . 6. f.
6. den. fterling pour le fubfide de l'année
prochaine ; & celle de 1380. livres
fterling pour les appointemens des bons
Officiers de la Chambre pendant la pré--
fente Seance.
I. vol.
Le
1224 LE MERCURE
Le Parlement qui devoit s'y affembler
le 29. Novembre , a été prorogé le 25.
du même mois jufqu'au 21. Décembre.
Hagb- abdelcades - Peref- Amiral du
Roi de Maroc , & fon Ambaffadeur en
cette Cour , arriva de Portſmouth à
Londres avec les préfens dont il eft chargé
pour la Majefté Britanique. Les Catholiques
, tant d'Angleterre que d'Irlande
, ont écrit aux Puiffances de leur
Communion , pour les prier d'employer
leurs bons offices auprès du Roi , afin
qu'il lui plaife de faire fupprimer l'Acte
qui a été paflé depuis peu dans le Parle
ment d'Irlande , contre l'accroiffement
de leur Religion , parce qu'il contient
des claufes contraires à la Capitulation
de Limmerick.
L'Evêque d'Exeter a été nommé
Grand Aumônier du Roi , à la place du
feu Evêque de Wincheſter. ,
Hollande & Pays -Bas ...
Les Etats Generaux ont envoyé à
Vienne un nouveau compte des dépenfes
qu'ils ont faites pendant la derniere
guerre pour l'entretien des Troupes de
L'Etat qui étoient en Catalogne au fervice
de l'Empereur. Ils ont auffi chargé
leur Miniftre à la Cour de fa Majeſte
Impériale , de folliciter le payement des
I. vol.
interêts
DE DECEMBRE 123. 1225
1
interefts des fommes , qu'elle a fait négocier
ici fous le cautionnement de la
République ; & de demander que l'Empereur
réïtere fes bons offices pour obtenir
le plutôt qu'il fera poffible , la liberté
de Religion pour les Calviniftes du Palatinat.
On débite ici que les Etats Généraux
font dans la difpofition de défendre à
heurs Sujets des Sept Provinces , de faire
aucun prêt à l'empereur ; & on affure
que le Penfionnaire Hornbeck a déja
prévenu fur ce fujet les plus riches Banquiers.
Le 12. Novembre le Gouverneur d'Oftende
fit arrêter à la pointe du jou à
bord d'un vaquébot , le nommé Henry
Walsh, beaufrere du Capitaine Edouard
Buck, auquel quelques Marchands de la
même Ville avoient donné le commande.
ment d'un de leurs Vaiffeaux , il y a environ
dix- huit mois, & qui s'eft fait Pirate,
après avoir affaffiné le fieur Gregory , le
fieur Ranella , frere du feu Chevalier
Richard Ranella , & un neveu du fieur
Thomas Roy, tous intereffés à la carguaifon
de ce Bâtiment , dont on n'a point
eu de nouvelle depuis ce tems.
Le 19. Novembre M. le Marquis de
Prié , remit aux Directeurs de la nouvelle
I. vel.
Compagnic
1216
LE MERCURE
Compagnie de Commerce des Pays Bas ,
POctroi qui leur a été accordé par l'Empereur
avec les changemens qu'on y a
faits depuis peu.
L'Empereur a accordé à quelques Liegeois
un octroi pour rendre la Riviere
de Gate navigable depuis Dieft jufqu'à
Sontlew ; mais les Etats Généraux ont
formé leur oppofition parce que ce Privilege
n'eft avantageux qu'à ceux qui
l'ont obtenu.
Espagne.
Le bruit court à Madrid que le Roi
a figné un Decret , qui ordonne l'execution
de la Bulle que le Cardinal Bel-
Juga apportée de Rome pour la Refor-
1mation du Clergé
Don Antonio Manfa a été nommé
Gouverneur du nouveau Royaume de
Grenade , & Prefident de l'Audiance de
Santafé , la Viceroyauté de ce Royau- ..
me étant abolic .
Don Antonio Santader a obtenu la .
Charge de Gouverneur & Capitaine
General de Cartagene , dans les Indes-
Orientales .
Le Major General Cuendila , frere du
Comte d'Armendaris , nouveau Viceroy
du Perou , a été fait Gouverneur General
de Lima.
1. vol.
Le
DE DECEMBRE 1723. 12 7
Le 17. de l'autre mois on fir à Madrid
une feconde Publication de l'Ordonnance
du Roi , qui défend l'ufage
des dorures , tant fur les habits qu'aux
caroffes , & autres équipages : les Ornemens
d'Eglife font exceptés de cette défenfe
generale , qui permet cependant
l'ufage des boutons d'or & d'argent d'or
févrerie.
Le Roi a donné le Gouvernement &
la Charge de Capitaine General de la
Province de Guipufcoa au Marquis de
Mirabel.
Don Ant. Santader n'ayant pas accepté
le Gouvernement de la Ville &
Province de Carthagene que le Roi lui
avoit donné. S. M. C. a nommé le Maréchal
de Camp Don Louis de Apoute
pour le remplacer ; & le Lieutenant
Colonel Don Jofeph - Antoine Yfafi a été
nommé Gouverneur & Capitaine Géneral
de l'Ile de S. Jean de Porto Ricco,
Portugal.
Il est entré dans le Port de Lisbonne
plufieurs Vaiffeaux Marchands de la
Compagnie Orientale de Triefte , Port
appartenant à l'Empereur dans la Mer
Adriatique. Ils ont apporté dans le Pays
diverfes fortes de Marchandiſes dont ils
efperent un heureux debit.
I. vol.
Les
1228 LE MERCURE
Les deux Bâtimens Anglois qu'un Corfaire
de Salé avoit pris à la fin de Septembre
, & qu'il avoit conduit à la Rache
, ont été relâchez par ordre du Roi
de Maroc , qui a déclaré qu'il ne vouloit
point donner d'atteinte au dernier Traité
conclu entre lui & le Roi de la Grande
Bretagne ; on croit que le Corfaire
qui a fait cette priſe a été étranglé à
Miquénez.
3.1 .
Le Octobre la Reine reçut pour la
premiere fois les Complimens des Dames
de la Cour fur fon heureufe délivrance ,
& fur le rétabliffement de fa fanté. La
Reine Douairiere d'Efpagne , qui a été.
priée d'être la Maraine du dernier Infant
dont la Reine eft accouchée , a choifi
l'Infante de Portugal pour le tenir en
fon nom .
Le Gentilhomme qui eft venu de Vienne
à Liſbonne pour négocier l'accommodement
de l'Infant Don Emmanuel , n'a
pas encore pû obtenir l'Audience qu'il
follicitoit depuis près de trois femaines.
Italie.
Le Cardinal Pamphile Archiprêtre de
l'Eglife de S. Jean de Latran à Rome , y
a fait venir le Sieur Matio Bernardi Architecte
de Nettune pour modeler le
Portail de certe Eglife fur l'ancien def-
1. vol.
fein
DE DECEMBRE 1723 1229
fein du fameux Boromini. Sa Sainteté
a fouhaité que ce Modele avant d'être
execute foit expofé aux regards & à la
cenfure des Connoiffeurs .
Le bruit court que le Cardinal Marini
eft difpofé à remettre le Chapeau pour :
fe marier , parce qu'il eft le dernier de
fa Famille , le Marquis Marini fon frere
n'ayant point d'enfans.
Le jour de la Fête de tous les Saints.
les Ecclefiaftiques des differens Ordres
de la Prélature ne fe trouverent ni aux
premieres Vêpres, ni le lendemain à l'Office
célebrée pontificalement par le Cardinal
Paulucci Vicaire. Sa Sainteté a
donné ordre à M. Doria , Maître de la
Chambre , de les avertir d'affifter dorénavant
à toutes les Chapelles Pontificales
, à peine de perdre leurs Charges.
La famille Paulucci fe trouvant fans
fucceffeurs , le Cardinal de ce nom , a
nommé pour fon heritier , Don Côme
Merlini , qui a pris le titre de Marquis
Paulucci , & qui doit époufer dans
quelques jours Dona Lucrece Calcagnini
, originaire de Ferrare , & niéce
de M. Calcagnini Auditeur de Rote .
Le Pape a donné ordre à M. Altieri Infpecteur
general des grands chemins , de
les faire réparer pour la commodité des
Voyageurs & des Pelerins , que les cére,
1. νοί.
H monies
1230
LE MERCURE
monies de l'ouverture de la Porte -Sainte
, qui fe feront aux Fêtes de Noël de
l'année prochaine , attireront à Rome.
On dit que le Cardinal Salerno a obtenu
du Roi de Pologne qu'on envoyeroit
un Miniftre à Sa Sainteté.
On apprend de Turin que le Sénat
de Piémont , qui étoit autrefois compofé
de vingt Sénateurs , a été réduit à douze.
Le Roi de Sardaigne a fait auffi
quelque changement dans le Sénat de
Savoye.
Le 12. Novembre le jeune Comte de
Soiffons , fils du Prince Emanuel de Savoye
, arriva de Vienne à Turin pour y
faire fes Etudes . On lui a donné pour
Gouverneur le Marquis de Cavatato
Capitaine de Cav alerie , à qui le Roi de
Sardaigne a donné un Brevet de Lieutenant
Colonel & le titre de Gentilhomme
de fa Chambre.
Le bruit court à Venife qu'on va rouvrir
le paffage pour l'entrée des beftiaux
dont le commerce a été interrompu tant
avec le Tirol qu'avec d'autres Provinces
voifines.
On mande de Naples qu'on avoit enlevé
une grande quantité de poudres &
de munitions dans le Magafin du Château
S. Elme , fans qu'on ait pû encore
découvrir les véritables auteurs de ce
I. vol.
vol.
DE DECEMBRE 1723. 1231
vol . Sur le foupçon on a arrêté pluſieurs
perfonnes ; un Munitionaire , apparemment
coupable , s'eft pendu dans la prifon
le 6. Novembre.
"
M. Alemani a été nommé par le Pape
à la Nonciature de Naples .
L'Ambaffadeur de Portugal eut fur la
fin du mois dernier audience du Pape ,
auquel on affure qu'il déclara que S. M..
P. ne cefferoit point de faire des inftances
pour obtenir le Chapeau qu'elle de- :
mande en faveur de M. Biechi Nonce à
Lifbonne , & que s'il n'étoit pas compris
dans la première Promotion de Cardi- ›
naux , elle prendroit ce refus comme un
affront dont elle pourroit dans la fuite
témoigner fon reffentiment .
On a publié au College de Propagan.:
da Fide , que l'Empereur de la Chine
étoit mort .
Abbaaaad : h : h: hhhhhha
MORTS,BAPTESMES ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
E Lord Georges Neville , Baron d'Abergavenny,
premier Baron d'Angletorre,
eft mort à Londres de la petite vérole
dans fa vingt - cinquième année . Il
avoit épousé au mois de Mars dernier N.
وج
1. vol.
Hij
fille
12321 LE MERCURE
fille aînée du Colonel Thornicroft.
Don François de Ozio Salafar , Confeiller
au Confeil d'Etat du Roi d'Eſpagne
& à celui de fes Finances , cft mort
a Madrid dans fa foixante & quinziéme
année.
Le Chevalier de Montaguë , Lord-
Chef Baron de l'Echiquier , eft mort à
Londres depuis peu.
. Donna Violante -Marie - Antoinette de-
Portugal , Epoufe de Don Louis de Almeda
, Maître de la Chambre du Roi
de Portugal , eft accouchée à Liſbonned'un
fils le 12. Octobre.
Don Camille Borghefe , fils du Prince
de ce nom , a époufé Donna Agnés Colonne
, fille du feu Connétable Colonne
; la céreinonie de leur mariage s'eft
faire à Lorette le 4. Novembre par le
Cardinal Scotti.
Le Pere Jofeph Dias de Moura , Bé.
neficier de l'Eglife Paroiffiale de S. Barthelemi
, mourut le 6. du mois dernier
à Lisbonne âgé de 112. ans.
Charles -Louis, Comte de Naffau - Saarbruck
, eft mort à Idftein le 6. de ce
mais âgé d'environ 48. ans.
M. Edouard Worsley , de Gatcomb
dans l'Ile de Wight , mourut à Londres :
le 9. de ce mois , âgé de 87. ans . Il étoit ..
1. vola
fils
DE DECEMBRE 1723. 1283
fils du Chevalier de ce nom , qui avoit
été fait Chevalier par le Roi d'Angleterre
Charles II. pour avoir voulu aider à
faire fauver le Roi Charles I. lorfqu'il
étoit prifonnier dans le Château de Carifbrook
, & oncle du Colonel Worley,
Gouverneur de l'Ifle des Barbades.
JOURNAL
DE VERSAILLES ET DE PARIS.
N travaille fortement à rebâtir la
ville de Rennes . Le 18. Novembre
M. l'Intendant pofa la premiere Pierne
du premier bâtiment au fon des Trompetes
& Tymbales . Il fe fervit d'un
Marteau & d'une truelle d'argent , avec
un tablier de velours gris , dont la Ville
lui avoit fait prefent pour paroître à cet-
'te cérémonie , fi intereffante pour tous
fes Citoyens .
Le 21. Novembre le Roi entendit
dans la Chapelle du Château de Verfailles,
la Meffe chantée par la Mufique . L'Evêque
de Sifteron y prêta le Serinent de
fidélité entre les mains de Sa Majesté.
La nouvelle Ordonnance du Roi , qui
a défendu tous les Jeux de hazard , même
dans les Maifons Royales , s'execute
* 1. vol. Hiij . avec
1234
LE MERCURE
avec une jufte févérité , & plufieurs
Banquiers & Pharaon , expulfés de Pades
ordres fuperieurs , font allez
exercer leurs talens fur la frontiere. ris
par
Le 12. Décembre , troifiéme Dimanche
de l'Avent , le Roi entendit dans la
Chapelle du Château de Verſailles , La
Meffe chantée par fa Mufique , & l'après
midi Sa Majefté affifta au Sermon
de l'Abbé Couturier , Chanoine de l'Eglife
de Saint Germain l'Auxerrois .
Le Prince d'Auvergne , l'Archevêque
de Vienne , & le Prince Frideric font
partis pour Liege , où ils doivent affiſter
à l'Election de l'Evêque , ayant droit
d'y donner leurs voix .
Le s . Décembre M. le Comte de
Toulouze , après en avoir demandé l'agrément
au Roi , déclara fon mariage
avec Madame la Marquife de Gondrin ,
fille de feu le Maréchal de Noailles . Le
lendemain elle fut prefentée au Roi par
Madame la Princeffe de Conti , premiere
Douairiere ; & les jours fuivans M. le
Comte & Madame la Comteffe de Toulouze
reçurent les complimens de toute
la Cour.
M. Millain Secretaire des commandemens
de M. le Duc , a préfentement la
feüille des Benefices .
Le Marquis de Simiane , premier Gen-
I. vol .
tilhomme
DE DECEMBRE 1723. 1235
tilhomme de la Chambre de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , eft parti pour
reporter au Roi d'Efpagne l'Ordre de la
Toifon d'Or , dont fa Majefté Catholique
avoit honoré fon Alteffe Royale .
Le Roi a donné à M. le Duc de Tref
mes , premier Gentilhomme de fa Chambre
, l'appartement qu'occupoit au Château
de Versailles , feu M. le Premier .
On dit qu'une Compagnie a propofé
de Nouvelles Voitures à Paris , à la place
des Fiacres ; & qu'on établira 5oo.
Caroffes uniformes , garnis de glaces , &
attelés de bons chevaux ; avec des Cochers
habillés de rouge , qui porterono
une marque qui puifle les faire recontre
lorfqu'ils feront infolens . On ajoute
que ces Caroffes ne resteront point fur
Tes Places , qui peuvent embarraffer la
voye publique , mais dans des remifes ,
& autres endroits les plus commodes de
Paris.
,
Le 30. de l'autre mois l'Envoyé de Danemark
prefenta au Roi les vingt- huic
Oyfeaux de Proye , que le Roi de Dane
mark envoye tous les ans à Sa Majesté.
On a eu avis de la Rochelle , que le
22. Octobre dernier , M. Bureau de Lat
tofas , Chevalier de Saint Jacques de
l'Epée , Conful pour le Roy de Portugal
, à la Rochelle , Nantes, & Bordeaux,
Ι. υρί.
Hiiij avoit
22136 LE MERCURE
avoit donné une magnifique fête à l'oc
cafion de la naiffance du dernier Infant
de Portugal .
Les Dames de la Cour ont pris depuis
peu une mode d'Efpagne très - falutaire
contre le froid ; elles portent des efpeces
de fichus à quatre pointes qui leur couvrent
les épaules & la gorge. Les mitaines
fourrées font preſque
généralement
établies , & on ne voit plus guéres de
manchons aux femmes.
Le 27. de l'autre mois , le Duc d'Antin
, Sur- Intendant des Bâtimens , fir
planter les Arbres du Cours-la- Reine
en fa préfence. Il fit la cérémonie de
planter lui-même le premier , & attendit
que tous les autres faffent plantés, ce
qui fut executé en trois heures de tems.
La Compagnie des Indes a fait afficher
enfuite d'une délibération , qu'on
payera le Divident de chaque Action à
150. livres pour l'année 1723, dès le premier
jour de 1724 . kol
Le 20. de ce mois , les Députés des
Corps de la Ville de Chartres eurent
l'honneur de faire leur compliment à
Madame la Ducheffe d'Orleans , & à
M. le Duc de Chartres fur la mort de
Monfieur le Duc d'Orleans , préfentés
par M. le Garde des Sceaux , Gouverneur
de Chartres.
1. vol.
L'Ordre
DE DECEMBRE 1723. 1237
L'Ordre Royal , Militaire & Hofpiralier
de Notre- Dame du Mont Carmel
& de S. Lazare de Jérufalem , a fait célebrer
Jeudi 23. Décembre un Service
folemnel en fon Fglife de S. Jacques de
l'Hôpital pour Monfieur le Duc d'Orleans.
L'Eglife étoit entierement tenduë
, les vûës bouchées , & on ne s'y
voyoit qu'à la faveur des lumieres qui
étoient en grand nombre. La tenture
étoit relevée par le velours chargé d'Ecuffons
& de grandes Armoiries par in
tervale , avec un Lit de Parade fous le
quel étoit un Poële herminé , & au deffus
la Couronne du Prince . Les Chevaliers
de l'Ordre étoient en habit de cé
remonie. Plufieurs autres Perfonnes de
diftinction sy font trouvées.
Le 24. de ce mois , veille de Noël , le
Roi revêtu du grand Colier de l'Ordre
du S. Efprit , entendit la Melle dans la
Chapelle du Château de Verfailles , &
communia par les mains du Cardinal de
Rohan , Grand- Aumônier de France.
S. M. entendit enfuite une ſeconde Meffe
, après laquelle elle toucha un grand
nombre de Malades.
Le jour de Noël , le Roi , qui avoit
entendu les trois Meffes de minuit , affi
Ata à la grande Meffe célebrée pontificalement
par l'Evêque de Châlons , &
I vol.
Hvchantée
1238 LE MERCURE
chantée par la Mufique. L'après midi
S.M.entendit le Sermon de l'Abbé Couturier
, Chanoine de S. Germain de
l'Auxerrois , & enfuite les Vêpres où le
même Prélat officia.
Le 23. le Roi déclara que le Duc de
Chartres feroit appellé le Duc d'Orleans.
Le 27. M. l'Abbé Piar & M. Clement
eurent l'honneur de complimenter M. le
Duc d'Orleans fur la mort de Monfieur
le Duc d'Orleans fon Pere , au nom de
la Principauté de Joinville qui lui appartient.
M. de Voltaire , par une génerofité
auffi noble que rare , obtint fur la fin du
mois dernier , de Monfieur le Duc d'Orleans,
que la moitié de fa Penfion de deux
mille livres , que le Roi lui avoit accordée
, feroit mife fur la tête de M. Thiriot
fon ami .
Le Public fera peut- être bien aife d'apprendre
que le Jus de Regliffe, & de Guimauve
blanc , pour le Rhume & la Pituite
, fe vend chez la veuve Defmoulins ,
ruë d'Anjou à l'Hôtel Dauphin à Paris.
1. vol.
Morts
DE DECEMBRE 1723. 1239
kunu:nununu hunanunu panununu
Morts & Mariages .
M. Maurice , Marquis de S. Juft ,
Brigadier
Brigadier des Armées du Roi ,
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Gouverneur
de la Citadelle de Valencienne
y eft mort le 4. Novembre dernier , âgé
de cent & un an. C'étoit le plus ancien
Officier du Royaume , ayant commencé
à fervir fous Louis XIII.
Le Marquis de S. Juft , fon fils , étoit
Capitaine dans le Régiment du Roi lorfqu'il
fut tué au combat d'Oudenarde le
11. Juillet 1708. M. de S. Juft qui
vient de mourir ne laiffe qu'une fille unique
qui eft Chanoineffe de Remiremond ,
& qui a tout l'efprit & tout le merite
poffible. M. Defclavelles , Brigadier des
Armées du Roi , Commandeur de l'Ordre
de S. Louis , ci-devant Lieutenant-
Colonel du Regiment du Roi , a remplacé
M. de S. Juft au Gouvernement
de la Citadelle de Valencienne..
Le premier de ce mois , Jacques- Louis
de Beringhen , Premier Ecuyer du Roi ,
Maréchal de Camp de fes Armées , Gouverneur
de la Citadelle S. Nicolas & du
Fort S. Jean de Marſeille , eſt mort âgé
de 43. ans..
I. vol.
Hvj
Le
1240 LE MERCURE
Le 2. Loüife- Antoinette- Therefe de
la Châtre , Dame du Palais de la feuë
Reine , & veuve de Louis de Crevan , Duc
d'Humieres , Pair & Maréchal de France
, Chevalier des Ordres du Roi , Gou .
verneur de la Flandres & du Hainault ,
Grand- Maître & Capitaine General de
P'Artillerie , eft morte à Paris âgée d'environ
88. ans.
M. de Novion petit- fils de M. le Premier
Prefident doit époufer Mademoifelle
de Lamoignon , fille de M. de Lamoignon
de Blanemenil , ci - devant Avocat
General , & aujourd'hui Fréfident à
Mortier du Parlement.
M. François - Jofeph d'Hernoton
Maître des Requêtes Honoraire , Baron
de l'ancienne Baronie de Pont , Seigneur
de Langonet , Trevilly , & c. eft mort à
Paris le 13. de ce mois , âgé de 84. ans.
Dame Marie- Claude Solages de Robal
, épouse de M. Jules de la Planche
de Martieres , Chevalier Baron de Balinvilliers
& de Courci , Seigneur de
Confonville , Viabon & Mervilliers , eft
morte le 20. de ce mois , âgée d'environ
5o. ans.
Dame- Jeanne- Agnés- Therefe de Pocholles
Duhamel , époufe de M. Louis de
Moucher , Comte de Monforeau , Lieutenant
General des Armées du Roi , Pre-
1. vol.
voft
DE DECEMBRE 1723. 1240
voft de l'Hôtel de S. M. & Grand Prevoft
de France , mourut à Paris le 28.
de ce mois.
::: 咳
CHARGES DONNE'es,
Emplois , Récompenfes .
LE
la
E 3o. de l'autre mois Sa Majefté ac
corda le Gouvernement de la Citadelle
de Valenciennes , vacant par
mort de M. de Saint Juft , à M. Defclavelles
, Lieutenant Colonel du Regimeat
du Roy Infanterie ; & fa Lieute
nance Colonnelle , au Chevalier de Cre
vecoeur , frere du Marquis de ce nom.
Le 4. de ce mois le Maréchal de Vilfars
fur admis par le Roi dans fon Confeil
d'Etat. Sa Majefté lui a donné le
Gouvernement de la Citadelle Saint Ni
colas , & du Fort Saint Jean de Marfeille
, vacans par la mort du Marquis de
Beringhen .
Le6. Jean- Baptifte - Joachim Colbert,
Marquis de Croiffi , filsde Jean- Baptifte
Colbert , Chevalier , Marquis de Torci,
Croiffi , & c. & de Dame Catherine Félicité
Arnauld de Pomponne, prêta Serment
de fidelité entre les mains du Roi , pour
la Charge de Capitaine des Gardes de
la Porte. Il étoit accompagné du Mar
I, vol.
quis
1242 LE MERCURE
quis de Torci fon Pere , & des Marquis
du Pleffis Châtillon , & Dancefezune .
Caderouffe , fes beaux -freres. Sa Majeſté
·
lui a accordé un Brevet d'affurance de
300000. livres fur cette Charge..
Nous nous difpenfons d'inftruire nos
Lecteurs fur l'ancienneté & les Prérogatives
de cette Charge ; & nous les renyoyons
à ce qui en a été dit depuis peu
dans une nouvelle Defcription de la
France , t. 1. page 125. fuivie d'un Mémoire,
& d'une Lettre fur la même matiére
, qui ont été inférés dans les Mercures
du mois de May , & d'Août
1721.
M. Paris de Montmartel a obtenu
l'agrément de la Charge de Garde du
Trélor Royal , fur la démillion de M.
Paris , fon frere aîné .
Des 20000. livres de Penfion qu'avoit
la Maréchale d'Humiées , le Roi en a
donné 8500. liv. au Marquis d'Eftampes
Capitaine des Gardes de feu Monfieur le
Duc d'Orleans ; 4000. livres à la Marqui
fe d'Heudicour , pareille fomme , à la
Comtefle d'Hautefort , & au Comte de
Midelbourg , petit- fils , & petite fille de
cette Maréchale.
Le Roi a nommé Premier Préfident
du Parlement de Paris M. André Potier
Marquis de Grignon , Seigneur de No-
1. vol.
vion,
DE
DECEMBRE 1723. 1243
vion , Preſident à Mortier depuis le 23
Novembre 1689. S. M. en confervant fa
Charge de Prefident à Mortier à M.
de Novion fon petit- fils , qui eft encore
mineur , a accordé l'agrément de l'exercice
de cette Charge à M. de Lamoignon
de Blancmenil , Avocat Général
du Parlement.
M. de Novion fut marié à Anne Berthelot
, morte au mois de Février 1697.
fille de François Berthelot , Secretaire
du Roi , & des Commandemens de
Made. la Dauphine , & d'Anne Renault,
dont il eut entr'autres enfans , Nicolas
Potier de Novion , Seigneur de Courances
, de Dannemiret , & de Poinville ,
Confeiller au Parlement , où il fut reçu
le 22. Mai 1715. & qui fut marié le 11.
Décembre 1708. à N. Gallard fa coufi-
> fille de François- Galliot Gallard
Seigneur de Courances , &c. & de Catherine
Auzanet .
Le nouveau Premier Prefident eft fils
d'André Potier II. du nom , Prefident
au Parlement , reçu le 2. Janvier 1674.
en furvivance de fon Pere , & de Catherine
Calon de Bercy ; mais il mourut
en 1675. avant fon Pere Nicolas Potier ,
Marquis de Grignon , & Seigneur de
Novion , Premier Prefident au Parlement,
Greffier & Commandeur des Or-
鼎
Deja I. vel.
dies
1244. LE MERCURE
dres du Roi , mort le 1. Septembre 1693 .
& qui avoit époufé Catherine Gallard
de Courances. Celui - ci avoit pour Pere
André Potier , Seigneur de Novion ,
Prefident au Parlement , reçu le 2. Juillet
1616. & mort en 1645. qui étoit fils de
Nicolas Potier , Seigneur de Blancmenil
, Prefident au Parlement , reçu le 23.
Septembre 1585. & decedé le 1. Juin
1634. & d'Ifabeau Baillet , fille de René
Baillet , Seigneur de Seaux , de Tref
mes , & de Silly , Prefident au Parle
ment ; & d'Ifabeau Guillart. Ce Prefident
de Blancmenil eut pour frere puifné
I cuis Potier , Seigneur de Gefvres ,
Secretaire d'Etat , qui époufa fa belle
foeur , fille puifnée du Preficent Bailler,
& herita par elle des Terres de Seaux
Trelmes , &c. C'eft le Bifayeul de M.
le Duc de Trefmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur de Paris
, Coufin au quatrième degré du Pere
deM.le Premier Prefident d'aujourd'hui;
il prêta Serment de fidelité pour cette
importante Charge le 15.de ce mois .
>
La Charge d'Avocát General du Parlement
, qu'avoit M. de Blanemenil ,
a été donnée à M. Talon Confeiler au
Parlement ; & M. Molé , fils du feu Prefident
à Mortier , a été fait Confe ller
à la Place de M. Talon. Le nouvel Avo
I. vol. cat
DE DECEMBRE 1723. 1245
4
cat General eft petit fils de Denis Talon ,
Avocat General du Parlement ; & enfuite
Prefident à Mortier , mort le 2. Mars
1698. & arrier petit fils d'Omer Talon ,
qui a exercé avec une grande reputation,
pendant 22. ans , la Charge d'Avocat
General du Parlement , dans laquelle il
avoit fuccède à Jacques Talon fon frere
aîné.
Le Roi a nommé le Maréchal de Teffé
pour aller en Efpagne , & Sa Majefté lui
a donné en même tems la Charge de Premier
Efcuyer de l'Infante Reine.
Le 18. de ce mois , M. de Novion Premier
Prefident , M. de Lamoignon de'
Blancmenil , nouveau Prefident à Mortier
, M. Talon qui fuccede à ce dernier
dans fa Charge d'Avocat General
furent reçus au Parlement , & M. de
Novion prefida le lendemain pour la
premiere fois,
وا
1.Vol.
EDITS,
1264
LE MERCURE
aikaikaikaikaikaikaikakakakakak ÷ jk№
EDITS , DECLARATIONS ,
A
ARRESTS , &c.
RREST du 5. Septembre. Portant Reglement
pour la Vente & Commerce en gros
de la Marchandiſe de Saline à Paris.
ARREST du 13. Septembre . Portant que
dans deux mois les Fermiers & Sous-Fermiers
des Droits de Controlle des Actes , Petits-
Sceaux , Infinuations Laïques & Centiéme denier
, dont les Baux font expirez ,
feront tenus
de remettre à Pierre Deftabeau à prefent Fermier
, les Originaux des demandes , contraintes ,
& autres diligences faites contre les Redevables
defdits Droits ; pour être les pourfuites conti
nuées par les Commis dudit Deftabeau ; Qu'après
ledit délai de deux mois , les diligences qui
n'auront pas été remiſes , feront nulles , & les
Droits appartiendront à Deftabeau : Et que jufqu'à
ce il fera furfis à toutes pourfuites de la
part des anciens Fermiers contre tous les Redevables
.
ARREST du 30. Août 1723. & Lettres
Patentes fur icelui , données à Verfailles le 27.
Septembre 1713. Portant confirmation des Privileges
du Seigneur & des Habitans de la Seigneurie
d'Yvetot & Reglement pour empêcher
les fraudes des Droits d'Aydes fur les Vins ,
Eaux de Vie & autres Boiffons qui entrent &
fe confomment dans ladite Seigneurie ; Et per-
•
I. vol. mettent
DE
DECEMBRE 1723. 1247
mettent au Fermier d'établir des Bureaux dans
te Bourg d'Yvetot & Dépendances Regiftrées
en la Cour des Aydes de Normandie
le 29.
Octobre fuivant.
ORDONNANCE du Gouverneur &
Capitaine des Chaffes de Vincennes & Dépendances
pour la Capitainerie de Vincennes , fur
ce qui doit y être obſervé , &c.
LETTRES PATENTES. Au fu
jet du Don fait par le Roi à la Ville de Paris,
de l'Ile des Cignes. Données à Verſailles le
27. Septembre 1723. Regiftrées au Parlement le
25. Novembre.
EDIT du Roi donné à Versailles au mois
d'Octobre 1723. enregistré à la Chambre des
Comptes le 18 , Novembre . Portant Etabliffement
d'un Grenier à Sel dans le Bourg d'Herbaut
, Paroiffe de Juffé , Generalité d'Orleans .
Et Création d'Officiers audit Grenier.
LETTRES PATENTES. Qui ordonnent
une Coupe de Bois dans la Forêt de Fontainebleau
pour l'ordinaire 1724.Données àVersailles
le 22. Octobre 1723. Enregistrées au Parlement
le 25 Novembre.
ARREST du 25 Octobre . Portant com
fifcation de Moruës , & condamnation d'amende
contre Gilles Haver & Jacques Havet , Marchands
Voituriers par Eau , de Rouen à Paris ,
pour fauffe déclaration ; & qui ordonne qu'à
l'avenir , les Marchands Voituriers par Eau ,
feront tenus de reprefenter aux Commis de la
Regie des Droits rétablis , toutesfois & quantes
I. vol .
ils
1248 LE MERCURE
ifs en feront requis , les Inventaires & Livres de
Charge dont ils feront Porteurs , des Marchandifes
& Dentées qu'ils amèneront dans leurs
Batteaux pour en faire des verifications fut
leurs déclarations , à peine en cas de refus de
cent livics d'amende .
>
ARREST du même jour. Qui confifque
des Viandes faifies fur plufieurs Particuliers &
Habitans des Paroiffes de Saint Maclou & de
Mortainville , Election de Ponteau- de -Mer, Generalité
de Rouen , qui les avoient étalées devant
l'Eglife de Saint Maelou ; les condamne
chacun en trois cens livres d'amende , pour n'en
avoir pas fait déclaration , & payé les Droits
d'Infpecteurs aux Boucheries , &c.
Leur fait défenfes & à tous autres , d'aller
vendre & débiter leurs viandes hors des lieux de
leurs domiciles , fi ce n'eft aux Marchez des Villes
& Bourgs circonvoifins de leurs demeures.
ARREST du même jour . Qui ordonne la
confifcation de dix- fept pieces d'Eau de Vie ,
évaluées à cinquante & une barriques de vingtfept
veltes chacune , ou la jufte valeur d'icelles,
faifies fur Philippes Charbonneau ; & le condamne
folidairement avec Pierre Jollet , en l'amende
de deux cens livres, pour n'avoir pas payé
les Droits de Courtiers-Jaugeurs desdites Eaux
de Vic.
ARREST du 14. Novembre , Portant que
les Veaux , Geniffes , Taureaux , Bouveaux ,
jeunes Vaches , & Aummailles , feront reputez
Boeufs ou Vaches à l'âge de fix mois ; & comme
tels , payeront les Droits de trois livres ; à
l'Entrée des trente une Villes principales du
1. val. Royaume ,
DE DECEMBRE 1723. 1249
Royaume , & deux livres dans les autres Villes
& Bourgs ; à l'effet de quoi les Bouchers & autres
,feront tenus d'en déclarer l'âge & la qualité
, & en payer les Droits , &c.
ARREST du 15. Novembre . Portant Reglement
pour les Droits de Controlle des nominations
aux Offices , pour la conſervation d'iceux
; fur lesquels il ne doit pas être expedié de
Provifions.
ARREST du même jour. Portant Regle ,
ment pour l'execution de celui du Confeil du
22. Août 1749. concernant les Droits d'Amor
flemens & Francs-Fiefs.
DECLARATION du Roi du 16 Novembre
, enregistrée à la Cour des Aydes le 3.
Decembre , par laquelle il eft dit ce qui fuit..
Ordonnons, voulons & Nous plaît , que les Curez
à portion congruë , enfemble les Curez Décimateurs
qui ne joüiffent que de portions indivifes
des Dixmes de leurs Paroifles , puiffent
prendre à Ferme lefdites Dixmes , ou les autres.
portions indivifes d'icelles , fans que pour raifon
defdites fermes ils foient cenfez faire A &c.
dérogeant à leur Privilege , ni qu'ils puiffent
être impofez à la Taille,
ARREST du 20. Novembre Pour faire,
recevoir les Liquidations au- deffous de mille
livres en acquifition de Rentes perpetuelles,
fur les Tailles jufqu'au premier Janvier 1724.
paffé lequel tems les Certificats de Liquidation
demeureront nuls , avec défenſe de les expofer
dans le Public , fous peine de punition exemplaire,
་
- 1. vol. ARREST
1250 LE MERCURE
ARREST du même jour. Qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1724. le délai porté
par celui du 29 Septembre 1723. pour placer
les Billets d'Emprunt de la Compagnie des Indes
dans le debouché indiqué par ledit Arrêt ,
paflé lequel tems ils demeureront nuls .
ORDONNANCE du Roy du 23 Novembre.
Qui défend à toutes Perfonnes de quelque qua- ,
lité, dignité & condition qu'elles foient , de tenir
aucune Academie ou Aſſemblée de jeu , dans
quelques Hotels ou Maifons que cê purfle être,
même dans lesMaifons Royales , ny de jouer aux
Dez à la Baffette , au Pharaon & c. & autres Jour
femblables , fous quelque pretexte que ce foit :
Et qui enjoint aux Proprietaires des Maiſons où
l'on jouera, d'en faire à l'inftant leurs déclarations
par écrit, à l'un desCommiffaires duQuartier
, lefquelles feront fournies dans vingt quatre.
heures à Monfieur le Lieutenant General de Police
& c.
ARREST du 23 Novembre pour faire payer
à l'avenir les arrerages des Rentes perpetuelles
fur les Tailles , dans le courant des fix premiers
mois de l'année d'aprés leur échéance , fans que
fous autre prétexte cet Ordre puiffe être changé.
ARREST du 30 Novembre. Qui ordonne
que la fignature des quatre Commiffaires du
nombre des fept nommez par Lettres Patentes.
du 9 Aouft pour paffer les Contrats de Conftirution
des Rentes viageres fur les Tailles , fera
fuffifante , & que les Contrats vaudront comme
s'ils étoient fignés defdits fept Commiffaires.
ARREST du même jour. Pour faire remet-
1. vol.
tre
DE
DECEMBRE 1723. 1251
tre dans les Magafins de la Compagnie des Indes
,fous deux clefs , les Cafez que les particuliers
ont déclaré avoir en leur poffeffion au premier
Novembre 1723 .
I ARREST du 1 Decembre. Qui ordonne que
les Quittances pour Rentes , & Quittances de
Finance portant intereft au Denier Cinquante ,
feront regiſtrées au Controlle General des Fibances
encore que les fix mois de leur datte
foient expirez ; A la charge qu'elles feront controllées
dans trois mois à compter de la datte de
l'Aireft.
ARREST du 7 Decembre Portant diminution
des Droits qui fe perçoivent aux Entrées de
la Ville de Paris fur les Foins , Avoines , Grains
& Grenailles, Fromages & Beures frais ; falez &
fondus.
ARREST du même jour . Qui accorde aux
Beneficiers un délai d'une année pour fournit
aux Chambres des Comptes les declarations de
tout le temporel des Benefices ; Et un délai de
trois mois pour rendre la foi & hommage qu'ils
doivent à caufe des Fiefs relevant de Sa Majefté :
Auquel Arreft eft joint une copie de la Declaration
du feu Roi , donnée le 29 Decembre 1674
au fujet des Declarations que les Eccléfiaftiques
& Gens de Main - morte font obligez de fournir
à la Chambre des Comptes de tout leur temporel,&
c.
ARREST du même jour . Qui ordonne que
du jour de la publication du prefent Arreft , les
Payeurs des Rentes de l'Hôtel de Ville , ouvrifont
le payement des arrerages des fix derniers
A. vol.
mois
1252
LE MERCURE
mois de la préfente année 1713. en faveur des
Rentiers qui ont juftifié du payement de leur
Capitation, & qu'ils employeront à cet effet les
fonds des fix premiers mois de ladite préfente
année qui n'ont point été reçûs par les Rentiers
dont les Lettres ont efté appellées.
ARREST du même jour. Par lequel Sa Majefté
ayant reconnu que fes Revenus étoient
fuffifans pour acquitter toutes les Charges de
& l'Estat, & fournir aux dépenfes neceffaires ,
qu'il étoit mêrne poffible, en apportant un grand
ordre dans la diftribution des fonds , d'acquitter
fucceffivement, tant de l'excedent de ces mêmes
Revenus, que de ce qui refte à recouvrer du paffé,
ce qui eft arrieré fur les années antérieures, ſans
avoir beſoin de nouveaux fecours ; au moyen de
quoi le Droit de Confirmation à cauſe de l'Avenement
de Sa Majeſté à la Couronne , dont le
produit n'étoit affecté que pour le payement de
ce qui étoit arrieré fur le paffé , n'ayant point ,
quant à prefent, une deftination neceffaite , Sa
Majefté a crû devoir en differer le Recouvrement
qui fera toujours une reffource fûre & trésconfiderable,
s'il furvenoit dans la fuite des befoins
preffans & imprevûs aufquels il ne fût
pas poffible de pourvoir fans des fonds extraor
dinaires ; furquoy Sa Majesté a ordonné que
le Recouvrement du Droit de Confirmation à
caufe de fon Avenement à la Couronne , ordonné
par la Déclaration du 27. Septembre de la
preſente année , fera & demeurerà futûs jufqu'à
ce qu'autrement par Sa Majefté il en ait été ordonné.
DECLARATION du Roi du même jour ,
enregistrée leza,Décembre.Qui ſupprime la for
>
I. vol.
malité
DE DECEMBRE 1723. 1253
malité du Contrôle, pour tous les Actes qui feront
paffez par les Notaires de la Ville de Paris ;
par laquelle il cft dit entr'autres choſes ce qui
Luit.
ARTICLE PRIMIER.
Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons par ces préfentes , à commencer
du premier Janvier prochain , la formalité du
Contrôle pour tous les Actes qui feront paffez
par les Notaires de notre bonne Ville de Paris.
X
commuons ,
II.
Er en conféquence Nous avons commué &
commencer dudit jour , les Droits
de Contrôle qui devoient être perçûs & levez
fur lefdits Actes , en un autre Droit qui à l'avenir
fera payé fur le papier& le parchemin fur
lefquels feront faites & paffées les minuttes &
expeditions defdits Actes .
III
VOULONS à cet effet qu'il foit établi des formules
particulieres pour les papiers & parchemins
timbrez qui feront employez par les Notaires
pour les Brevets, Minuttes & Expeditions
des Actes qui feront par eux paffez ; laquelle
formule fera imprimée fur lefdits papiers & parchemins
à côté de la formule actuelle de nôtre
Ferme,& contiendra le prix dudit papier & parchemin,
& fa deſtination , & c .
DECLARATION du Roy du même jour ,
enregistrée en Parlement le 22. Pour prévenir
les abus qui pourroient fe commettre par les
Comptables à l'occafion des variations d'Efpé
ees ; Par laquelle il eft dit ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
D'ENDONS à tout Comptable d'enregiftrer
fur fon Journal aucune Recette de fommes
1. vol.
I qu'il
1254 LE MERCURE
qu'il n'aura pas effectivement reçues , ou d'abmettre
d'enregistrer aucun article de dépense
pour couvrir par fes Recettes fimulées ou par
les obmiffions de dépenfe , l'introduction qu'il
pourroit faire de fes propres deniers ou des deniers
étrangers dans la Caifle dont il eft comptable
, à peine du quadruple , & d'être dépoffedé
de fon Office ou Employ , & declaré incapable
d'en pouvoir exercer de femblables à l'avenir
; Voulons en outre que les deniers étrangers
qui auront été introduits dans la Caiffe du
Comprable , demeurent confifquez fur le particulier
qui les aura confiez .
3
1
11 .
D'ENDONS pareillement aux Comptables.
de faire aucun payement ni d'acquitter aucunes
Refcriptions, Lettres de Change , Affignations
ou Recepiffez, que les Quittances qui leur feront
fournies par les parties prenantes , ne contiennent
en toutes lettres & fans chiffre la datte
du payement , & que les porteurs deſdites Reſcriptions
, Lettres de Change , Afignations a
Recepiffez, n'ayent pareillement marqué au dos
en toutes Lettres la datte de l'acquittement defdites
Refcriptions , Lettres de Change , Affignations
ou Recepiffez, à peine contre lesdits Comptables;
de nullité defdits payemens , qui ne pourrent
leur être paffez en compte fous quelque
prétexte que ce puiſſe être.
III.
Las Lettres de Change de Comptable à
Comptable , ou Reſcriptions pouvant occafionner
dans les tems où les diminutions ont lieu , le
dépôt frauduleux qui fe feroit de deniers étrangers
dans les caiffes des Comptables , fi les Par
ticuliers qui auroient fourni la valeur deſdites
Lettres ou Refcriptions , ne les répreſentoient
1. vol.
pour
DE DECEMBRE 1723. 7259
pour être acquittées qu'après une ou plufieurs
diminutions ; Nous ordonnons à tout Comptable
de ftipuler dans lefdites Lettres ou Refcriptions
qu'elles feront acquittées au cours de leurs dates
, foit qu'elles foient à vue ou des premiers
deniers , foit qu'elles foient à jour certain : Dé
fendons en confequence d'acquitter aucune Lettre
de Change de Comptable à Comptable ou
Refcriptions, que fur le pied que les efpeces d'or
ou d'argent valoient lors de la date defdites Lettres
ou refcriptions , à peine contre les Comprables
qui auront contrevenu à l'une ou à l'autre
difpofition , de porter en leur nom & fans au
cun recours la perte provenante de la difference
du cours des efpeces, quand elles vaudront moins
le jour de l'acquittement qu'elles ne valoient le
jour de la datte , &c.
ARREST du 14. Decembre . Qui ordon
ne que les Commis & Employez de la Compagnie
des Indes pour l'exploitation des Privileges
¿ Tabac & du Café , procederont aux vifites
& executions au fujet des Toiles peintes & Etoffes
des Indes , de la Chine & du Levant.
ARREST du 19. Decembre , par lequel
Sa Majefté ordonne que l'Ecrit imprimé en françois
portant pour titre , Lettre de l'ancien Evê
que de Tournay , & des Evêques de Pamiers ,
de Senés , de Montpellier , de Boulogne , d'Auxerre
& de Mâcon , au Roi au sujet de l'Arrêt
du Confeil du 10. Avril 1722. contre la Lettre
des fufdits Prelats à N. S. Pere le Pape Innocent
XIII. aufujet de la Bulle Unigenitus , en
date du mois de Juillet 1722. fera & demeurera
fupprimé.
ARREST du 28. Decembre. Concernant
I. vol.
les I ij
1256 LE MERCURE
les Actions de la Compagnie des Indes , par lequel
Sa Majesté ordonne que fans préjudicier à
la liberté du Commerce des Actions de la Compagnie
des Indes , toutes celles qui ont été précedemment
vendues à primes ou à termes , & dont
les marchez fubfiftent actuellement , feront dépofées
dans trois jours , à compter du jour de la
date du prefent Arrêt , au Bureau qui fera pour
cet effet établi à l'Hôtel de la Compagnie des
Indes, dont il fera délivré aux porteurs des Certificats
en forme ; à deffau: de quoi les vendeurs
defdites Actions à primes y feront contraints
par corps à la requefte des acheteurs, & en vers
tu d'Ordonnances des Sieurs Commiffaires du
Confeil nommez pour connoître des conteftations
mûës pour fait de commerce d'Actions ,
aufquels Sa Majefté a attribué & attribue la
connoiffance des conteftations qui pourroient
naître fur l'èxecution du préfent Arrêt. Fait Sa
Majefté défenſes à toutes perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient , fous peine
de nullité des marchez , d'en paffer à l'avenir
aucuns pour vente d'Actions à primes ou à termes,
à moins que lefdites Actions ne foient dans
le jour defdits marchez , dépafées audit Bureau
de la Compagnie des Indes , où il en fera tenu
Regiftre , duquel le Caiffier ou fes Préposez ſeront
tenus de délivrer fans frais des Extraits
indicatifs toutes fois & quantes ils en feront requis
par les Parties intereffées aufdites ventes
à primes ; Et feront lefdites Actions rendues aux
Porteurs des Certificats de dépôt , à la prefentation
defdits Certificats.
L'ASSEMBL ' d'Adminiftration pour
la Compagnie des Indes tenue le 5. Decembre
1723. ayant déliberé de faire payer les Divi-
I. vol.
dendes
DE
DECEMBRE 1723. 1257
dendes des Actions pour l'année 1723. fur le
pied de cent cinquante livres. On donne avis aux
Actionnaires que le payement en fera ouvert par
demie année , à commencer du 2. Janvier 1724.
dans les Bureaux pour ce établis en l'Hôtel de
la Compagnie , fuivant l'ordre des Numero.
SÇAVOIR ,
SIX
PREMIERS MOIS
ACTION S.
Janvier ... du No. 1. au No, 8000.
Fevrier.. du No. 8001. an No. 16000.
Mars, e · • du No 16001 , au No. 24000;
Avril, du No.
• • •
24001 , au No. 32000 ,
May.
Juin..
· du No.
32001 , au N°. 40000.
du No. 4000г . au Nº . 48000.
SIX PREMIERS MOIS .
DIXIE'MES D'ACTIONS.
On payera 3345. Numero par Semaine.
Janvier... du No. 1. `au Nº.
Fevrier. · du N°.
13341. a* N .
13340 .
26680 .
Mars. • du No. 26681 , au No. 40 € 20 .
Avril. du No.
40021. au Nº. $3360.
May... du No. 53361. au No. 667.00.
Juin... da No.
66701. au No. 80000.
Six derniers mois. Actions & dixiémes
d'Actions , & c. comme les fix
miers mois.
pre-
1. voi.
On I iij
1258
LE MERCURE
, & c.
On affichera à l'Hostel de la Compagnie
les Numero qui feront payez pendant
le courant de chacune femaine.
Les Actionnaires qui negligeront de recevoir
leurs Dividendes,dans le tems qu'ils
feront échus ,fupporteront les Diminutions,
en cas qu'il en arrive.
On trouvera dans le 2. vol. de ce mois
qu'on acheve d'imprimer , deux Articles
fort étendus. Le premier fur la mort & les
obfeques de Monfieur le Duc d'Orleans,les
Difcours prononcez à cette occafion , &c.
& une Relation circonftanciée de la fefte
donnée à Paris par l' Ambaffadeur de Portugal
, & le Difcours fur la Paix du P.
de la Sante.
Les Airs notés doivent regarder la
page 1167.
AP PROBATIO N.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
dcs Sceaux le Mercure du mois de Decembre ;
& j'ai cru qu'on pouvoit en permettre l'impref
fion. A Paris le 4. Janvier 1724.
HARDION.
1. vol. TABLE
LALA DAHAHAHAX KEERUKR
P
TABLE
Du 1. Volume de Decembre.
IECES FUGITIVES , Le Poëte
Chrétien . Ode.
1063 .
Seconde Lettre fur la croyance des Eglifes
de Provence.
Epitre en Vers.
1069.
1078.
Réponse aux Remarques de M. Moreau
de Mautour , fur la petite figure antique
trouvée à Narbonne.
La neige & le foleil , Fable.
1083.
1095.
Lettre à l'Auteur de l'éloge ' des vins
d'Auxerre.
Ode au R. P. D. C. J.
1096
1109 .
Lettre de M. de Voltaire au Baron de
Breteuil . 1115.
Vers de M. de Voltaire à M. de Gervafi .
112.4 .
Lettre écrite à M. de Voltaire. T128.
Vers de M. de Voltaire à Mlle le Couvreur.
A un Joueur. Sonnet.
1129.
1131.
Eloge de M. Boudier .
A un Joueur . Sonnet.
1132 .
1137.
Nouvelles Cloches benîtes à Chartres.
1138.
3. vol.
Troilieme
Troifiéme Lettre fur les Paradoxes & autres
Brochures , au fujet de la Tragedie
d'Inés.
Le Tombeau d'Iris, Vers.
1144 .
1162 .
Explications des Enigmes du dernier
Mccurre.
Nouvelles Enigmes.
Air ferieux & Couplets .
fies de Cretin.
Le Spectateur Suiffe .
1163 .
I : 65.
4167.
NOUVELLES LITTERAIRES , Poë-
1169.
1172.
Rentrée de l'Academie des Belles Lettres,
& c. 1178.
Reception de l'Abbé d'Olivet à l'Academie
Françoiſe . 1131.
Diftribution des Prix à l'AcademieRoyale
de Peinture .
Academie de Lisbonne & Comette, & c.
1186.
1191.
Extraits de diverfes Lettres contenant
des nouvelles de Litterature. 1193 .
SPECTACLES . La fille inquiette , ou
le befoin d'aimer . Comedie nous elle.
1197.
Le Jaloux. Comedie
nouvelle
. Extrait.
1199 .
Belphegor , Comedie , Balet , Extrait.
Nouvelles Etrangeres .
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
& c.
1204.
1217.
1231,
1. vol
Journal
Journal de Verſailles & de Paris. 1233.
Morts & Mariages.
J237.
Charges & Emplois données.
1241.
Arrêts , &c. 1264.
Errata du mois de Novembre.
1.
Age 875. PA fit
P.88 % ligne 15. Autiffiodunenfis ,
876.
lifez Autiffiodurenfis.
P. 958. 1. 11. infiliens , lifez infiftens.
P. 995.
1. 22, fooftre , lifez de Solre.
P. 1036. I. 13. moleffe , lifez molette.
P. 1047. l. 6. honnoraire l. d'honneur.
P. 1071..1 20. Dauvret , l . Dauvet.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 1976. 1. 20. fub Tito , liſez à
P. 1143. 1. 8. d'un l. d'une .
P. 1161. 1. 9. arrêté , lifez prêté.
Ibid. 1.21 . defpopoticité , 7. defpoticité.
P. 1179. l. 16. dans l. fans .
P. 1202. 1. 7. fon lifez foit.
l. P. 1207. 1. 22. un jufte . un injufte
P. 1220. 1. 15. Brander , lifez Brandeis .
De l'Imprimerie de J. B. LAMES L E.
1
Troifiéme Lettre fur les Paradoxes & autres
Brochures , au fujer de la Tragedie
d'Inés .
Le Tombeau d'Iris , Vers.
1144 .
1162 .
Explications des Enigmes du dernier
Mecurre .
Nouvelles Enigmes.
1163 .
1:65.
-1167.
NOUVELLES LITTERAIRES , Poë-
Air ferieux & Couplets .
fies de Cretin.
Le Spectateur Suiffe.
1169.
1172.
Rentrée de l'Academie des Belles Lettres,
1178.
& c.
Reception de l'Abbé d'Olivet à l'Academie
Françoiſe. 1181.
Diftribution des Prix à l'AcademieRoyale
de Peinture .
Academie de Lisbonne & Comette, & c .
1186.
1191.
Extraits de diverfes Lettres contenant
des nouvelles de Litterature. 1193 .
SPECTACLES . La fille inquiette , ou
le befoin d'aimer. Comedie nous elle.
1197.
Le Jaloux. Comedie nouvelle . Extrait .
1199 .
Belphegor , Comedie , Balet , Extrait.
Nouvelles Etrangeres.
Morts & Mariages des Pays Etrangers ,
& c.
1204.
1217.
1231,
1. vol.
Journal
Qualité de la reconnaissance optique de caractères