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LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
›
| NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont - neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
L'A
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft àà M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
Commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30, fols.
On donnera deux volumes le mois prochain.
851
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1723 .
XXXXXXXX*XX* XXXXXXX
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
LA PRUDENCE ET L'AMOUR .
FABLE.
A Prudence voulut un jour
Rendre vifite au Dieu d'amour :
C'étoit pour une grande affaires
Elle s'embarqua pour Cithere,
Et fut en peu de temps dans ce charmant ſéjour ;
Elle arrive au Palais , fes compagnes fidelles ,
Marquoient en la fuivant leur parfaite union ;
A ij C'étoit
852
LE MERCURE
C'étoit la prévoyance & la précaution.
Pour annoncer ces Hôteffes nouvelles
Le plaifir auffi-tôt courut à Cupidon .
Qu'on faffe entrer , dit ce Dieu favorable ,
Allons , préparons-nous à les bien recevoir ;
La Prudence parut , & d'un air refpectable :
Approuves- tu que l'on vienne te voir ,
Dit-elle , ton humeur eft- elle enfin traitable ?
Oüy , certes , dit l'Amour , & plus que tu ne croi,
Difpofe en liberté de moi .
Eh bien ! je fuis d'avis , répondit la Prudence
Qu'uniffant tes defirs avec mes volontez ,
Tu n'accorde aux humains tes flateuſes bontez
Qu'avec beaucoup de prévoyance.
Lorfque tu feras dans les coeurs ,
J'en veux être à l'inftant maîtreffe ,
Et j'empêcherai bien les jaloufes fureurs ,
Où l'on voit que fouvent ils portent la tendreffe
Ton difcours me paroît fort beau ,
Dit l'Amour , & je veux fans tarder davantage ,
Que toi -même regles l'uſage ,
De mes traits , & de mon flambeau.
Ils s'unirent. Bien- tôt un amant témeraire
DeDE
NOVEMBRE 1723 . 853
Devint amant reſpectueux ,
Et la plus volage Bergere ,
Sentit les plus durables feux.
Cette union difproportionnée ,
Se foutint pendant quelque temps ;
Mais la tendreſſe enfin ne peut être bornée ,
Rien ne peut arrêter fes divers mouvemens
L'on s'aimoit , il eft vrai , mais toûjours la pru
dence ,
Oppofoit la précaution ,
Dans l'empire de Cupidon ,
La volonté de tout donne difpenfe.
Nos deux affociez s'apperçûrent bien-tôt ,
Que leur morale étoit trop oppofée ,
Et qu'enfin leurs fages complots ,
N'avoient pas rempli leur idée ;
Il fallut fe quitter , & depuis ce grand jour ,
La Prudence jamais ne s'eft jointe à l'Amour.
M. Clement.
A iij
LET'S
854
LE MERCURE
LETTRE écrite par M. de la R.... à
M. de M... fur la croyance des Eglifes
de Provence , au fujet de la Prédication
de l'Evangile dans cette Province.
E n'ai pas oublié , Monfieur , la conreftation
qui nous occupa chez vous
pendant quelque temps , & en bonne
compagnie , le 22. du mois de Juillet
dernier , jour auquel l'Eglife celebre
la memoire de Sainte Magdelaine , & qui
eft une Fête de commandement dans
quelques Diocéfes . ) Cette Sainte fut le
fujet de notre difpute , qui ne feroit fans
doute point arrivée , fi je n'étois pas né
en Provence , où il n'eft prefque pas permis
de douter , que les premieres lumieres
de la foy y ont été portées par cette
Sainte , par S. Lazare , & par d'autres
Difciples de J. C. J'eu cependant l'honneur
, Monfieur , de vous avoüer que je
n'avois jamais examiné à fonds cette queftion
; c'eſt - à- dire , que je n'avois pas lû
tout ce qui a été écrit de part & d'autre
fur cette matiere , ayant feulement parconu
dans ma jeuneffe ce qui eft forti
de la plume de M. de Launoy, & quelques
DE NOVEMBRE 1723. 855
ques réponfes à fes écrits ; ainfi je ne
pouvois pas déferer à l'autorité , ou plutôt
à la critique de Mrs de Tillemont , &
Baillet , qui n'ont fait que copier M. de
Launoy fur le fujet en queftion . Je ne
vous diffimulai point auffi , que je ferois
bien aife que l'origine des Eglifes de Provence
fut telle , que la creance unanime
de ces mêmes Eglifes l'établir. Enfin
Monfieur , dans la vûë que j'ai depuis
long- temps d'éclaircir un jour ce fujet ,
& pour rendre à la verité tout ce qui lui
eft dû , ma fincerité alla jufqu'à vous
avouer que je poffede deux Lettres du
même M. de Launoy , ce grand adverfaire
de la croyance des Eglifes de Provence
, Lettres qui ont échapé à l'Editeur
du grand Recueil de fes Lettres
& qui ne roulent prefque que fur la matiere
qui fit le fujet de nôtre conteftation
. Je vous promis de vous les communiquer
, & je commence , Monfieur , à
m'en acquitter aujourd'hui . Je tiens ces
Lettres de feu M. Marchetti , mon compatriote
, à qui elles ont été écrites , &
avec qui M. de Launoy étoit en grand
commerce de Litterature. Ce M. Marchetti
eft le même dont j'ai parlé dans
ma Preface de la vie de M. de Chafteüil ,
qui eft imprimée à la fin du ze tome de
★ Un vol. fol. à Cambrigde 1687 .
A iiij
*
mon
856
LE MERCURE
mon voyage de Syrie , & du Mont- Liban.
Ces Lettres au refte font d'autant
plus curieufes , & importantes dans le
fait , dont il s'agit ici , qu'elles contiennent
tout ce qu'on peut oppofer de plus
fort , & de plus plaufible contre la creance
des Provençaux , & que M. de Launoy
y a mis des traits & des circonftances
qui ne fe trouvent point dans les Traitez
qu'il a fait imprimer. On n'y remarque
point d'ailleurs les vivacitez qui ont
echapé quelquefois à ce grand Critique
dans fes ouvrages publics . Voici la premiere
de ces Lettres , dont j'ai fupprimé
tout ce qui n'a point de rapport à nôtre
fujet.
LETTRE de M. de Launoy , Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris , de
la Maifon de Navarre , &c. A Paris,
ce 27. Decembre 1657 .
Près avoir fatisfait à vos deman-
A&des , vous me permettrez , s'il vous
n plaît , Monfieur , de vous expliquer
» mes penfées fur deux ou trois lignes de
vôtre Lettre , où vous m'écrivez , que
» S. Lazare , la Sainte Magdelaine , &
Sainte Marthe font les Saints Tutelai-
» res de vôtre Diocéfe , & ailleurs . Quoiqu'à
ne vous rien diffimuler , l'autorité
d'une
DE NOVEMBRE 1723. BES
avoit tellement pris le deffus , que les
perfonnes de la premiere diftinction ne
Içavoient pas affez bien écrire pour figner
leur nom , ce qui a donné lieu aux fceaux
& aux cachets qu'ils appofoient , ou faifoient
appofer fur leurs titres.
L'on le fervoit dans le même temps
des Chartes , parties ou coupées , c'eſtà-
dire , qu'après avoir fait une Charte on
la coupoît en pieces , dont chaque contractant
en prenoit une pour la repreſen
ter lors de l'execution des conventions ;
à quoi auroit donc fervi la datte , puiſqu'elle
ne pouvoit pas paroître fur toutes
les parties ?
D'ailleurs le fujet dont on compofoit
la Charte ne rouloit pour l'ordinaire quo
fur des conventions qui n'avoient pas be- *
foin d'un temps fixé , & pour les Souverains
elle contenoit leurs volontez qu'ils
faifoient mettre par écrit , pour les faire
obferver enfuite , felon que la conjecture
des temps le demandoit , ce que nos
Rois ont en partie retenu , puifque leurs
Edits qui font leurs volontez les plus
ftables , ne font dattez que du mois & de
l'année.
A Lyon , le 25. Septembre 1723.-
C. C. M. V.
866 LE MERCURE
LA VOIX PITHAGORICIENNE.
It
L faut (çavoir pour l'intelligence de
cette piece , qu'une Dame nourriffoit
un Moineau , & qu'un jour un de ſes
amis , en entrant dans fon appartement.
le prit & mit à fa place un Serein qui
chantoit admirablement . Comme dans ce
même temps la Dame perdit l'ufage de
la voix par une maladie , l'Auteur a feint
que la voix de la Dame eft entrée dans le
corps du Moineau .
Il étoit jadis un Moineau ,
Moineau d'affez fimple plumage ,
Et qui chantoit comme fa cage.
Cependant ce Monfieur l'Oifeau ,
Occupoit toute la tendrefle ,
D'Iris , une jeune maîtreffe ,
Qui l'aimoit comme un autre auroit fait un plus
beau.
Or, vous fçaurez qu'un jour , que la vermeille
aurore ,
Commençoit à dorer les monts ;
Le Moineau tout à coup fit entendre des fons
Qu'on ne connoiffoit point encore ,
C'étoient
DE NOVEMBRE 1723. 847
ce
'd'une Egliſe auffi ancienne que la vôtre, «
m'ait toûjours tenu jufqu'à cette heure «
dans la creance commune & publique . «e
Je dis 1. Que c'eft une chofe Sainte es.
& loüable de prendre pour Patron le
Saint Lazare , la Magdelaine , & Sainte «
Marthe. "
ce
"'
Je dis 2 ° . Que pour prendre ces «·
Saints pour Tutelaires de vôtre Diocé- ∞
fe , il n'eft pas neceffaire qu'il y foient «
venus , mettant à part même la façon
comment Vincent de Beauvais raconte «
qu'ils y font venus , & dont la feule expofition
des chofes eft une réfutation -
peremptoire,fans avoir égard aux raiſons «
de mon livre , que vous dites ne vous ☛☛
avoir pas déplû.
ce
«
Je dis 3 °. Que fi pour prendre ces «
Saints pour Tutelaires de vôtre Diocé- «
fe , il étoit neceffaire qu'ils y fuffent s
venus , Notre - Dame ne pourroit pas «
être la Patrone de tant de Diocéfes , «
où elle n'a jamais été , ni par mer , ni «‹
par terre. «
宽
Je dis 4 ° . Que l'Eglife de Marſeille «s
eft une des plus glorieufes de toutes les «
Gaules , à tout confiderer , je repete à «
tout confilerer ; elle a dans fon origine «
des Martyrs , dont le nom & le merite «
font honorez dans un nombre infini
d'Eglifes & de Monafteres ; elle a des «
Eve A v
858 LE MERCURE
22
» Evêques illuftres en Sainteté , & en
» Doctrine. Saint Honorat , qui a compofé
de fi beaux ouvrages , & que nous
» avons perdus &c. Elle a d'autres Ecri-
>> vains illuftres , comme Salvien le maî-
» tre des Evêques , & le Réformateur
>> admirable de la vie & des moeurs des
» Chrétiens , Caffien qui a fi bien défen-
» du le Mystere de l'Incarnation , contre
» Neftorius , le Docteur Victorinus , &
» Gennade.
מ
*
>>
» Voilà en quoi confifte la veritable &
» folide gloire de vôtre Eglife , & non
» pas dans les inventions de gens incon-
» nus , dont Vincent de Beauvais s'eftrendu
le garant & le dépofitaire il y a
>> 400 . ans. Si ce n'eft qu'on reçoive pour
j) chofe autenthique que la fervante de
Sainte Marthe , nommée Marcelle, ait
» compofé en Hebreu la vie de la Magdelaine
& de Sainte Marthe , & que
Syntice l'ait traduite en Latin , & que
Marcelle a prêché l'Evangile dans l'ÊLclavonie
, pour perfuader qu'elle pou
voit bien écrire . Je vous dirai une cho
fe affez curieufe. J'ai vû à Laon une
Chapelle dans l'Abbaye de S. Vincent,
où la Magdelaine eft peinte dans une
Chaire qui prêche au peuple de Marfeille
, & j'y ai rencontré un vieux manufcrit
, où il y a plufieurs vies des
>>
>>
>>
»
»
Saints ,
DE
NOVEMBRE 1723.
859
Saints , & entr'autres celle de la Mag- «
delaine , en laquelle on ne dit rien de «
tout ce qui eft dans Vincent de Beau- «<
vais. «
Je dis s . Que l'Eglife de Marseille , «
parée de tous les ornemens qu'elle a au- «
deffus de toutes les Eglifes des Gaules , «
ne peut pas faire que l'Hiftoire de Mar- « .
celle , raportée par Vincent de Beauvais «<
devienne veritable , & que les gens de pie- «
té & de condition en foient perfuadez . «
Je dis 6 °. Que j'aimerois mieux mou- «
Fir mille fois , que de combattre l'Hif- «
toire de Marcelle , fi elle étoit autori- «
fée par l'antiquité de l'Eglife de Mar- «
feille , que j'honore , & que je refpecte «
pour toutes les graces que Nôtre . Sei- «
gneur lui a faites. «<
Je dis 7 °. Que lorfque vous écrivez , «
que l'autorité d'une Eglife fi ancienne «
que celle de Marfeille vous retient dans «‹
la creance commune & publique ; je
trouve de l'ambiguité dans vôtre propo- «-
fition , fi vous entendez que l'ancienne «
Eglife de Marfeille a été dans la crean- «
ce dont vous parlez , je ferai toûjours
fort difpofé de le croire , quand j'en «
verrai un feul témoignage au deffus de «
trois cens ans . Je veux dire d'un hom- «
me qui a vêcu & écrit au a vêcu & écrit au
ce temps . Si vous entendez
- deffus de
A vj
que
«<
d
I'E «
glife
860 LE MERCURE
>> glife de Marſeille qui eft fort ancien
» ne , & à mon gré une des plus illuftres.
>> des Gaules , foit dans cette creance de-
» puis cinq cens ans , ou environ , je ne
» le contefterai point ; mais je me trou-
» verai fort empêché d'une maxime de
>> Tertullien , qui dit : Veritati nemo pre-
» fcribere poteft , non fpatium temporum ,.
» non patrocinia perfonarum , non privile-
» gium Regionum.
de cette
» Monfieur , je vous demande pardon
de vous entretenir fi long- temps
>> matiere ; de tout ce que j'en ai écrit , il
» n'en fera que ce que vous voudrez , je
→ tiendrai toûjours à honneur de fuivre
» vos fentimens , je baife les mains à M. de
» Vias * qui eft Ornamentum Regionis vef-
» tra , feu genere , feu doctrinâ, feu mori-
» bus . Je lui fuis comme à vous , Mon-
» fieur , vôtre très humble , & très-
» obéiffant ferviteur. Signé , J. de Lan-
» nay .
·
Voilà , Monfieur , une partie des fentimens
de M. de Launoy fur la queſtion
dont il s'agit il s'expliquera plus au
long dans la feconde Lettre que je vous
prepare , & qui fuivra de près celle - ci.
Je vous confirme cependant ce que j'eu
* Balthafar de Vias , Gentilhomme de Mari
feille , recommandable par fon fçavoir , Hiſto
sien Antiquaire , Poëte Latin , &c.
l'hon
DE NOVEMBRE 1723 86%
l'honneur de vous dire le même jour au
fujet de Caffien fçavoir , que le lendemain
de la Fête de Sainte Magdelaine ,,
on celebre celle de ce fameux Abbé avec
toute la folemnité poffible , & avec Ocrave
, dans l'Abbaye de Saint Victor de
Marfeille , qu'il fonda au commencement
du cinquiéme fiecle . On y expofe fon
chef enfermé dans une magnifique Châffe,
que fit faire le Pape Urbain V. après
avoir été Religieux , & puis Abbé de la
même Abbaye , avec cette Infcription ,.
CAPUT S. CASSIANI. Le refte de fes
Reliques repofe dans un tombeau de
marbre , élevé fur des colomnes , qui fe
voit dans l'Eglife inferieure de S. Victor,
audevant duquel une lampe brûle continuellement.
Caffien eft pareillement honoré
comme un Saint dans la Cathedrale,
& dans tout le Diocéfe de Marfeille ,
ainſi que dans plufieurs autres Diocéfes
de Provence. On m'allegua cependant
que Caffien a été mis par quelques Auteurs
au nombre des Ecrivains. Heterodoxes
, & qu'on lui impute des fentimens
favorables au Semipelagianifme. Le Car-
Idinal Noris dans fon Hiftoire Pelagienne
, le confidere même comme le chef
des Semipelagiens ; mais ce fçavant homme
fait « l'Apologie de Caffien dans le «
même ouvrage , en diſant que l'erreur
de
862 LE MERCURE
» de Vincent de Lerins , & des Evêques
» des Gaules , accufez d'avoir favorifé le
» Semipelagianifme , ne porte aucun pré-
» judice à leur autorité , & à leur Sain-
» teté , parce que la queftion dont il s'a-
» giffoit n'étoit pas encore decidée . »> Plufieurs
Auteurs confiderables ont écrit des
Apologies en faveur de cet illuftre Abbé,
dont de grands Saints ont fait l'éloge ,
& recommandé les ouvrages. Plufieurs
Papes l'ont honoré du nom de Saint dans
leurs Bulles , qui font confervées à Saint
Victor , & raportées dans l'Hiftoire de
cette Abbaye. Ainfi il me femble que M.
Dupin n'a pas fait un grand effort de critique
, après avoir parlé fort au long de
Caffien , de declarer que rien n'empêche
qu'on ne lui donne la qualité de Bienheureux
& de Saint , que plufieurs Auteurs
lui ont liberalement accordée , &
qui femble être reconnuë à Marseille . Encore
fes expreffions ne font pas exactes.
Ce fçavant ignoroit , fans doute , que
non feulement à Marfcille , & dans prefque
tous les autres Diocéfes de la Province
, Caffien eft qualifié de Saint dans
les plus anciens Martyrologes , Breviaires
, Miffels & c. mais encore dans quelques
autres Diocéfes de France , de quoi
on peut voir les preuves au long dans
l'Hiftoire de l'Abbaye S. Victor. Le P.
Dom
DE NOVEMBRE 1723 863
+
Dom Edmond Martene , Benedictin vient
de nous en donner une nouvelle dans font
voyage Litteraire , en remarquant qu'il
trouva dans la Bibliotheque de l'Abbaye
de Longpont , Ordre de Cîteaux , Diocéfe
de Soiffons , un feuillet d'un ancien
Sacramentaire, qui contenoit une partie du
Canon, dans lequel il eft fait mention des
Saints fuivans : Quintini, Victorici, CASSIANI
, Remigii , Benedicti , &c. Mais
en voilà affez , Monfieur , fur ce fujet.
Je fuis , & c. A Paris , ce 1. Aouft 1723 .
KKKKKKKKK KKKKKKKKis
J
SONNET.
E ne m'applique point à l'étude du Sage
D'un avide Marchand j'abhorre le Micmac ,
Je haïs le Pharaon autant que le
Tridrac ,
Et les oifeaux par moi ne font point mis en Cage.
Je me mocque d'un art qui promet un long Age ,
Je vois , fans critiquer , Scapin avec fon
Sac
Almanach ,
Village.
Si je lis quelquefois c'eſt dans un
Je paffe rarement de la Ville au
J'ignore les vertus de la Rofe & de l' Ail ,
Je
862
LE
MERCURE
de Vincent de Lerins , & des Evêques
» des Gaules , accúfez d'avoir favorisé le
» Semipelagianifme , ne porte aucun pré-
»judice à leur autorité , & à leur Sain-
» teté , parce que la queſtion dont il s'a-
» giffoit n'étoit pas encore decidée . »> Plufieurs
Auteurs confiderables ont écrit des
Apologies en faveur de cet illuftre Abbé,
dont de grands Saints ont fait l'éloge ,
& recommandé les ouvrages. Plufieurs
Papes l'ont honoré du nom de Saint dans
leurs Bulles , qui font confervées à Saint
Victor , & raportées dans l'Hiftoire de
cette Abbaye. Ainfi il me femble que M.
Dupin n'a pas fait un grand effort de critique
, après avoir parlé fort au long de
Caffien , de declarer que rien n'empêche
qu'on ne lui donne la qualité de Bienheureux
& de Saint , que plufieurs Auteurs
lui ont liberalement accordée , &
qui femble être reconnuë à Marseille. Encore
fes expreffions ne font pas exactes .
Ce fçavant ignoroit , fans doute , que
non feulement à Marseille , & dans prefque
tous les autres Diocéfes de la Province
, Caffien eft qualifié de Saint dans
les plus anciens Martyrologes , Breviaires
, Miffels & c . mais encore dans quelques
autres Diocéfes de France , de quoi
on peut voir les preuves au long dans
l'Hiftoire de l'Abbaye S. Victor. Le P.
Dom
DE NOVEMBRE 1723 863
Dom Edmond Martene , Benedictin vient
de nous en donner une nouvelle dans fon
voyage Litteraire , en remarquant qu'il
trouva dans la Bibliotheque de l'Abbaye
de Longpont , Ordre de Citeaux , Diocéfe
de Soiffons , un feüillet d'un ancien
Sacramentaire, qui contenoit une partie du
Canon , dans lequel il eft fait mention des
Saints fuivans : Quintini, Victorici, CASSIANI
, Remigii , Benedicti , &c. Mais
en voilà affez , Monfieur , fur ce fujet.
Je fuis , & c. A Paris , ce 1. Aouft 1723 .
KKKKKKKKK ¥¥¥¥¥¥¥
J
SONNET.
E ne m'applique point à l'étude du Sage,
D'un avide Marchand j'abhorre le Micmac ,
Je hais le Pharaon autant que le
Tridrac ,
Et les oifeaux par moi ne font point mis en Cage..
Je me mocque d'un art qui promet un long Age ,
Je vois , fans critiquer , Scapin avec fon
Sac
Si je lis quelquefois Almanach, c'eſt dans un
Je paffe rarement de la Ville au Village.
J'ignore les vertus de la Rofe & de l' Ail ,
Jc
864
MERCURE
LE
1
Je ne courtife point l'agent porte Evantaily
La Mufique n'a rien qui flatte mon Oreille.
Je ne fçais quels refforts font mouvoir la Fourmy,
Je ne m'amufe enfin qu'à vuider ma Bouteille ,
Son jus eft de mon coeur le veritable Amy..
REPONSE à la queftion propoféc
dans le Mercure du mois
ST
d'Aouſt 1723. fol . 345,
1 les Chartes qui ne font point dattées ,
mais munies de fceaux de perfonnes
illuftres , dont le temps n'eft pas douteux ,
peuvent paffer pour certaines & autentiques.
L'on eft d'avis que l'on doit y ajoûter
foy , & qu'elles peuvent faire preuve
qu'une chofe eft ancienne.
Car la Gharte , quoique faite pour la
même fin , n'approchoit cependant pas
de ce que nous nommons aujourd'hui un
Acte , on ne s'en eft fervi que tant qu'il
n'y avoit point , ou très - peu de Notaires ;
ainfi ceux qui les faifoient étoient bien
fouvent des gens peu experimentez , ſurtout
dans des temps où la negligence
avoit
DE
NOVEMBRE 1723 . 869
C'étoient des accords fi touchans ,
Que la Reine des Bois , la trifte Philomeley
Jamais dans la faiſon nouvelle ,
N'a formé de plus doux accens.
Qui fut furpris de l'avanture ?
Je vous laiffe à penfer : un jeune Negromant ,
Expert ès fecrets de nature ,
Fut foupçonné l'auteur de cet enchantement
A tort , ce n'étoit autre chofe
Qu'une pure metempsycoſe ,
Et voici comme quoi fe fit le changemen
La voix d'Iris étoit Pythagoricienne ,
Après certains termes prefcris ;
Il fallut vuider le logis.
Helas ! ce ne fut pas fans peine :
On regretta cent fois un féjour auffi beau ,
Et pour ne point quitter une charmante Hôteffe ,
La fubtile voix eut l'adreſſe ,
D'entrer dans le corps du Moineau
PHE
368 LE MERCURÉ
OFCOM CONCIER
PHENOMENE extraordinaire d'un
Poëte , &c.
mens
N peut mettre au rang des évenemens
finguliers , & qui font le plus
du relfort de nôtre Mercure , celui qui
eft contenu dans une Lettre que nous venons
de recevoir d'Allemagne. Nous
nous faifons un plaifir de la publier , avec
quelques réflexions de l'Auteur de la Lettre
, qui ne nous paroiffent gueres moins
fingulieres , que l'évenement même.
» Il s'eft paffé à Berlin , il y a déja
» quelque temps , un fait tout-à - fait curieux
en voici la petite Hiftoire. Un
» certain M. Schoeneman , actuellement
Miniftre dans les Etats du Roy de
» Pruffe , étudioit en Rhetorique fous
» un Maître qui exerçoit fes écoliers à la
Poëfie Allemande , il n'avoit reçû de
» la nature aucun talent pour cet Art
» & tout ce qu'il faifoit ne valoit abfolu
» ment rien . Ses camarades fe faifoient
un plaifir de le railler fur ce fajet ; les
» railleries devinrent enfin fi piquantes
» & le mauvais Poëte les prit fi fort à
» coeur , qu'il en tomba malade d'une
violente fiévre chaude , dont on eut
bien
DE
NOVEMBRE 1723 . 869
<
bien de la peine à le guerir. Après qu'il
fut rétabli il ſe trouva tout d'un coup
devenu Poëte , non pas de ceux qui ſe ◄
donnent la torture pour chercher une «<
rime , & pour faire quelque chofe de «
raifonnable ; celui-ci ne fait que des
impromptus , des faillies poëtiques , & c. «
& y réüffitfort bien , dequoi il eft éton- «
né lui - même , avec tous ceux qui ont «
connu fon efprit , cy- devant bouché «
pour la Poëfie. Comment expliquer ce «
Phenoméne des plus rares en ce genre ? «
Avons- nous une connoiffance claire des
mouvemens qui fe font dans le cerveau
d'un Poëte ? Nous ignorons abfolument
cela. Mais comme la Philofophie eft un
Pays de conjectures , je prends la liberté
d'hazarder les miennes. L'ame , dit-on
a fes maladies auffi bien que le corps ; cela
eft faux , puifque l'ame confiderée indépendemment
du corps , n'eft fufceptible
d'aucune alteration , par confequent
tous les changemens qu'on croit arriver
à l'ame doivent être attribucz aux differentes
modifications des organes corporels
. Tirons une conclufion de ce principe
; c'est que l'ame de M. Boileau , &
celle des Poëtes du Pont- neuf , font abfolument
la même ame. La difference n'eft
donc que dans les organes du corps ; car
on ne peut difconvenir de cet autre principe,
870
LE MERCURE
cipe , la Pefie n'eft point une faculté
effentielle à l'ame , puifque fi cela étoit
nous ferions tous Poëtes ; d'ailleurs cette.
faculté fe perd comme elle s'acquiert.
M. Schoeneman avant fa maladie n'étoit.
point Poëte ; c'eſt à - dire , n'avoit point
la difpofition des organes telle qu'il la
faut pour la Poëfie. Il tombe dans une
fiévre chaude , & il devient Poëte : la
fiévre chaude eft , à ce que je crois , un
fang extrêmément agité , & dont par
conféquent il fe détache une plus grande
quantité de parties , qui toutes montent
au cerveau : ne feroit- ce point ces parties
, qui montant en haut en ont dérangé
toute l'economie ordinaire , & ont opere
cette elpece de prodige ? Cette conjec
ture eft bien hardie ; mais qu'importe
fi vous la trouvez vrai - femblable , je
pourrai vous en envoyer quelques autres
fur le même fujet , qui acheveront de déveloper
mes pensées ; convenez pourtant
que ma conjecture acquiert un dégré de :
certitude par la propofition que j'ai éta
blie , que la Poëfie n'eft pas effentielle à
l'ame. Je conjecture encore que vous vou
driez bien me connoître , mais vous ne me
connoîtrez que par l'aveu que je fais , c'eſt
d'être , je vous le protefte , de tout mon
coeur , & c. D. C. E. Le 22. Aoust 1723.
BOUTS.
DE
NOVEMBRE 1723. 8739
******************
茶綠茶
ROUTS - RIMEZ.
N. verra fuprimer les proverbes du Sage
L'ufurier affammé negligeant fon Micmac ,
Wfer
nonchalamment fes jours fur un Trictrac ,
Et mon Chat dévoré d'un Moineau dans fa Cage.
La brillante jeuneffe au plus beau de fon Age;
Fuira tous les plaiſirs pour ſe vêtir d'un Sac
Un avare attentif ſera fans.
Et Paris paflera pour un petit
Almanach ,
Village
On verra les Gafcons hair l'oignon & 1 Ail
Une coquette en feu , brifer fon
De rage qu'un Traitant ait baiſé fon
Evantail ,
Oreille,
La Mouche amaffera comme fait la
Fourmy;
Un avaleur de vin quittera la Bouteille ,
Lorfque je cefferai de cherir mon
Amy,
ELO872
LE MERCURE
SECINCINCINICOB CONCONE
ELOGE DES VINS D'AUXERRE.
Ly a quelques années qu'on difputa
Ibeaucoup fur la préference des
leurs vins de France ; c'eſt à dire , entre
les Partifans du Vin de Bourgogne , &
ceux du Vin de Champagne. La difpute
ne fut que Poëtique ; mais l'émulation
fut fi grande que le Cidre , la Bierre &
l'Eau même trouverent auffi des Défenfeurs
& des Poëtes , qui les celebrerent
aux dépens de ces premieres liqueurs.
Tout cela produifit plufieurs bonnes pieces
, dont le Recueil , imprimé à Paris
chez Thibouft en l'année 1712. eſt trèsagréable
à lire . Il n'y manque rien que la
folidité , qui ne fe trouve que dans la verité.
Pour moi je la trouve toute entiere ,
cette verité , dans les Vins d'Auxerre , &
je leur applique ici en particulier l'axiome
general : IN VINO VERITAS. J'en.
tends par Vins d'Auxerre , ceux principalement
que produifent les vignobles
d'Auxerre , d'Iranci , & de Colange , lef
quels forment un triangle de deux lieuës
de diftance de l'un à l'autre , & je comprends
fous le même nom les vins des
principales côtes qui font aux environs de
la
DE NOVEMBRE 1723 . 873
›
la Ville ; çavoir , côtes chaudes , la Chênette
, Chanvent , la Palote , Migraine ,
Boivin , Quetur , Clerion , Chaumont ,
Vaux , &c. fans exclure les autres plus
éloignées. C'eſt à ces Vins fans être
Bourguignon , ni intereffé le moins du
monde dans la conteftation , que je don
ne une entiere préference . On me dira ,
Lans doute , que mon goût feul , & mon
fuffrage ne peuvent , & ne doivent rien
décider là - deffus ; raiſon frivole , & qui
va difparoître à la vûë des autoritez fur
lefquelles je me fonde , & que je vais
fommairement faporter , pour prouver
que l'eftime & la réputation des Vins
d'Auxerre eft auffi grande & generale ,
qu'ancienne , qu'ils ont paffé , & qu'ils
paffent encore avec raiſon pour être des
meilleurs du Royaume.
A l'égard de l'ancienneté , Heric qui
vivoit du temps de Charles - le- Chauve ,
& qui a écrit en vers la vie de S. Germain
d'Auxerre , commence la defcription
de certe Ville par les éloges qu'il
donne à la fertilité de fon territoire , &
à la bonté de fes Vins.
Urbem haud in celebrem Galli pofuere priores
Uberibus glebis , & opimi munere Bacchi.
En quoi il a été ſuivi par Thomas de
Loches , Auteur d'un ouvrage fur le re-
B tour
874 LE MERCURE
tour du corps de S. Martin de la Ville
d'Auxerre en celle de Tours : cet écri
vain remarque que Ingelger , Comte de
Gatinois , avoit à Auxerre , entre autres
biens , des vignes qui portoient du Vin ,
dont l'excellence paffoit tout ce qu'on
en pouvoit dire. In Autiffiodorenfi urbe
aulam propriam , & vineas vini fuperla
tivi bajulas , & prædia fub urbana poffidebat.
L'ouvrage de Thomas de Loches
qui vivoit il y a environ 800. ans , eft dans
le fpicilege de Dom Luc Dacheri . T. X.
Si je paffe à des temps pofterieurs , je
trouve la réputation des Vins Auxerrois ,
également bien établie. Pierre Grognet ,
dont les Poëfies furent publiées à Paris
en l'année 1533. commence ainfi ſa defcription
de la Ville d'Auxerre , page 43 .
Cité d'Auxerre , aimée & renommée ,
Ceux de Paris fouvent tout habitée ,
Pour le beau lieu , & auffi pour la grume
,
Dont tout haut bruit plus vaut qu'on ne préfume.
Et il la finit de cette maniere :
Conclufion , de tous biens as affez ,
Et mêmement plufieurs vins amaffez ,
Dont chacun dit que la Ville d'Auxerre ,
Sert au commun fans les tenir en ferre.
Le
'DE
NOVEMBRE ) 875 1723.
Le témoignage de cet Auteur , plus
Hiftorien que Poëte , eft fortifié par celui
de Paradin , lequel dans fa defcription
de l'ancienne Bourgogne , imprimée
en 1542. s'exprime ainfi fur le même
fujet , page iss . Præclara eft holie
civitas ad ripas Ione fluvii ameniſſi ni
loco declivi , haud dubiè prorfus antiqua,
& que vini annonam procul diffitis regionibus
largè fubminiftret , abundat enim
generofis undique vitibus.
A quoi on peut ajoûter ce qu'Abraham
Ortelius , d'Anvers , celebre Geographe
en a dit en peu de paroles , mais
qui expriment beaucoup. Antiffio dorum
urbs eft in Burgundionibus , vino quod
inde nomen habet plurimis n nobilitata.
Sans oublier l'Itineraire de France ;
qui fut imprimé à Paris en l'année 1527.
fous le nom de Jodocus fincerus , dans les
quel il eft auffi parlé d'Auxerre , & de
fes Vins , page 259. Auguftoduno abi.
tum opportet Autiffio lorum , urbem ele.
gantem , antiquam & c. in medio vinearum
fit à longe etiam remotis populis temetum
propinat optimum Studgardia Witembergica
ferè fitum , quâ vineta , amulatur.
Cet écrivain remarque ici deux
chofes , la premiere , qu'Auxerre fournit
du Vin excellent aux Pays les plus éloignez
, & la feconde , en faveur des Alle-
Bij
mansa
$76 LE MERCURE
mans , que le vignoble d'Auxerie eft dans
une fituation femblable à celui de la Ville
de Studgard , dans le Duché de Wirtemberg,
en forte que la riviere d'Ione forme
les mêmes expofitions de côteaux &
de montagnes , & donne les mêmes commoditez
, que la riviere de Neçar , au
tour de la Ville de Studgard .
,
,
› Enfin , M. de Valois , dans fa Notice
des Gaules , femble fe faire un plaifir de
diftinguer la Ville , & les environs d'Auxerre
, c'eft à dire fes vignobles , des
autres lieux , dont il a entrepris de parler.
Il femble auffi qu'il s'eft plû dans cet
article à égayer le ferieux de fon ouvrage
par des traits d'une érudition agréable
, exprimez par une diction charmante
, & qui convient tout à fait au fujet.
Soli fertilitate , dit ce celebre écrivain
en parlant d'Auxerre , bonitate , & copia
vini ; ac Içauna flumine fuo navigabili ;
nobilitate comitum , multitudine fanctorum
, multis claris , & magnis Galliæ urbibus
jure conferenda. Vina Pagi " Autif
fiodunenfis ante annos octingentos idem
landavit merito Erricus in l . 11. de Germani
civis Autiffiodorenfis adhuc Laici conviviis
loquens .
Que veniunt patriis , & prima plurima terris ,
Vina miniftrabant gemma pretiofa capaces.
HolieDE
NOVEMBRE 1723. 877
*
Hodieque Autiffiodurenfia vina celebrantur,
& in fumma funt gloria , ut non
fine caufa fervius , & Ifidorus olim fcrip .
ferint ; Senones , quorum pars Autiffidrenfes
funt , dictos effe quafi Xenone › ,
Vovec , quod liberum Patrem adverfus Ge
ryonem euntem hofpitio exceperint. Credo
apricos eos colles peragraffe Bacchum
latitia datorem , & ibi quondam_manu
ejus fatas effe vites , etiamnum haud degeneres
, & ipfi tanti boni vini inventori
minimè erubefcendas.
Quoique ces dernieres expreffions foient
figurées , & fentent un peu le langage
poëtique , elles n'en font pas moins fondées
fur la verité , car l'ordre & l'artangement
des vignes d'Auxerre , & ceci
demande une remarque particuliere , ſurpaffe
tout ce qu'on peut voir en ce genre
de plus propre , & de plus agréable . Je
ne fçai même files vignes du Mont- Liban ,
dont un ** Auteur moderne nous a fait
depuis peu une belle defcription par rapport
, fur-tout à leur arrangement , font
L'autorité de Pline femble ici fortifier les
témoignages alleguez par M de Valois , en faveur
de nos Vins. Jam inventa vitis , dit Pline,
I. 14 ch. 1. Arverno , ſequanoque & Helvico
generibus non pridem illuftrata.
**
Voyage de Syrie & du Mont-Liban , 2. vol.
in 12. Paris 1722. T. 1. pag. 221.
B iij plan878
LE
MERCURE
•
plantées dans un plus bel ordre. J'en
prends à témoin, tous les voyageurs , &
quelques Auteurs particuliers , qui fe
font plû à faire remarquer la charmante
difpofition des vignes d'Auxerre ,
rels font , entre autres , Abel Jouan
dns fon curieux Recueil des Voyages
faits par Charles IX. dans le Royaume ,
les années 1564. 1965. & 1566. imprimé
à Paris en 1566. & Louis Liger , Auteur
du Dictionnaire general des termes de
l'Agriculture , imprimé en 1703 .
A tous ces avantages qui diftinguent fr
fort les vignobles d'Auxerre , des autres
vignobles , il femble qu'il ne manqueroit
plus que celui de les vandanger deux
fois l'année , comme cela arrive , s'il en
faut croire le Geographe Marius Niger ,
à l'égard de certaines vignes celebres qui
font fur les côtes de Syrie , nous pourrions
nous contenter de voir les nôtres
exemptes des faites fâcheu'es du dérangement
des faifons ; mais la fage provi
dence ne l'a pas permis ; elle permet au
contraire que les Bourgeois d'Auxerre
foient quelquefois humiliez dans ce qu'ils
ont de plus cher , fur-tout par de fortes
gelées , qui ruinent leurs plus belles efperances
, d'où eft venu le proverbe du Pays.
Les Auxerrois aujourd'hui Rois , le lendemain
petits Bourgeois. Les plus memorables
DE NOVEMBRE 1723. 879
bles de ces gêlées , pour le dire en paffant,
leur font arrivées les années 1507. 1608.
1709. & en remontant beaucoup plus
haut , on trouve dans la chronique de
Robert , Chanoine Prémontré d'Auxerre
, publiée à Troye en 1608. par M..
Camuzat , Chanoine de Troye , qu'en
l'an 1118. la défolation des vignes , caufée
par la gêlée fut extrême , ipfo anno ,
dit il , octavo idus Maii ferè ubique terrarum
magno gelu atrita funt vinea , fed
maxime apud Autiſſtodorum urbem ; ita
ut in omnibus vineis , quarum illic magna
eft copia , vix potuerit colligi unde vel
unus poffet vini fextarius eliquari.
Aprés le témoignage de M. de Va➡
lois , qui a donné lieu à deux obferva
tions convenables à nôtre fujet , il feroit
inutile de citer d'autres Hiftoriens , ou
Geographes , qui ont reconnu l'excellence
des Vins en queftion . Nous tairons
par la même raifon ce que deux * Poëtes
, l'un Italien , & l'autre Champenois ,
ce qui n'eft pas indifferent ici , ont chanté
dans le xvi. fiecle en faveur des mêmes
>
Le premier de ces Poëtes eft Jean Durcé de
Venuſe en 1545. & le fecond Gafpar Damy
Champenois , contemporain , & fort etimé du
celebre Jacques Amiot , Evêque d'Auxerre , lequel
a écrit en vers latins la prife de cette Ville
par les Religionaires , en 1567.
Biiij Vins
880 LE MERCURE
Vins. Enfin pour ne point mêler le bur
lefque , avec le ferieux , & pour abbre
ger nous nous pafferons du fuffrage de
Rabelais , quoique grand connoiffeur en
ce genre , lequel au milieu de fes plaifan
teries , n'a pas manqué d'exalter la bonté
du Vin Auxerrois. Mais pour ne rien
omettre d'effentiel , il eft neceffaire d'ajoûter
aux precedentes autoritez , celle
de plufieurs celebres Medecins , lefquels
après avoir examiné la qualité des prin
cipaux Vins du Royaume , fe font declarez
en faveur de ceux dont nous parlons.
Il feroit ennuyeux de rapporter ici
tous leurs témoignages. Un feul nous fuffira
, c'eft celui de M. Andry , qui en
vaut plufieurs autres ; parce que outre
fa capacité reconnue , c'eft un Champenois
d'origine , qui donne la préference
au Vin Bourguignon. Ce fameux Medecin
ne fait point de difficulté de dire dans
fon traité des alimens de Carême , imprimé
en 1713. t. 2. p. 321. que le Vin
d'Auxerre eft un des meilleurs Vins de
Bourgogne , & il le propofe feul avec
celui de Beaune , à ceux qui veulent avoir
un veritable foin de leur fanté.
M. Fagon , premier Medecin du feu
Roy s'étoit déja declaré de la même maniere
, lorfque plufieurs années auparavant
, il détermina ce grand Prince à
quitter
DE NOVEMBRE 1723. 881
quitter l'ufage du Vin de Champagne ,
qui fut jugé ne lui être point propre.
Des Officiers de fa maifon , gens trèsdignes
de foi , & d'un merite diftingué ,
m'ont affuré que le Roy ne but point
alors d'autre Vin , que de celui d'Auxerre
, & que M. l'Evêque d'Auxerre ,
qui étoit alors à Paris , donna toutes les
facilitez , & tous les moyens neceffaires
pour que S. M. eut l'élite des Vins en queftion
, ajoûtant que ce Prélat eut l'honneur
d'envoyer au Roy ce qu'il en avoit fait
venir à Paris pour fon ufage particulier.
Migraine eft un territoire à l'Occident
d'Auxerre , qui étoit planté en vignes dès .
le vII. fiecle. Les Evêques d'Auxerre
y ont une grande quantité de vignes , &
c'est ce même crû , qui dès le commencement
a fervi à la table du Roy..
Il y a apparence qu'une partie de ces
faits n'a pas été ignorée de l'Auteur de
l'Ode latine , qui eft à la tête du Recüeil,
dont j'ai parlé au commencement . La fin
de cette excellente piece empêche qu'on
n'en puiffe douter , & cette fin eft fi noble
, fi digne du fujet , & exprime fi bien
d'ailleurs la prééminence des Vins dont
nous parlons , que je ne puis me difpenfer
de la raporter ici .
* Benigne Grenan , alors Profeffeur au Colle
ge d'Harcourt , puis Recteur de l'Univerfité.
By Perge
882 LE MERCURE
•
Perge vitali , pia Testa , fucco ,
Principis corpus vegetum tueri ,
Salva quo falvo benè temnat omnes
Gallia cafus.
Vina fic , qua fert ubicumque Tellus ,
Victa decedant tibi , regiaque >
Audias menfa decus , & falutis ,
Optima custos.
Ce que l'un de nos meilleurs Poëtes ,
Traducteur de l'Ode Latine , rendit en
François de cette maniere .
De mille biens , fource fertile ,
Pourfui , falutaire liqueur ,
LOUIS à fon peuple eft utile ,
Rempli ce Heros de vigueur.
Tous les vins foumis à ta gloire
T'abandonnerent la victoire ,
Lorſqu'il t'honora de fon choix ,
Toy donc , feule victorieufe ,
Soutien la fanté précieuſe ,
Du modele de tous les Rois,
Couronnons cet éloge , que je confacre
à la verité & à la gloire de la Ville
d'Auxerre , par des voeux pareils pour la
Lante
DE
NOVEMBRE 1723.
883
fanté & la profperité du Roy , très- heureufement
regnant , qui à l'exemple de
fon augufte Bilayeul , & par le Confeil
des fages qui veillent fur une fanté fi précieufe
, honore auffi les Vins Auxerrois
d'une glorieufe préference fur les autres
Vins de fon Royaume. C'eſt ainſi qu'Augufte
préfera le Vin bien- faifant de Setine
à tous les autres Vins des côtes du
Golfe Adriatique , qui avoient à Rome la
même réputation que les Vins Bourguignons
ont aujourd'hui dans toute l'Europe.
Ex Alriatico finu . Divus Auguftus
Setinum pretulit cunctis , & c. Plin . l. 14.
c. 6. Difons enfin à ces Vins de bene
diction ce qu'on ne fçauroit trop dire , &
trop fouhaiter.
Conferve , ô liqueur bien-faifante ,
Le plus grand Roy de l'univers
Sous lui la France floriffante ,
Ne craindra jamais de revers
Rougiffez de vôtre défaite ,
Vins de differens climats ,
LOUIS d'une fanté parfaite ,
En fait l'honneur de fes repas.
D. L, R.
B.vj
Nou
884
LE MERCURE
N
Ous fommes fâchez de ne pouvoir
pas employer la piece qui fuit , dans
toute la longueur , & d'être obligez par
les bornes de nôtre Journal , de nous contenter
d'en rapporter ici les plus beaux
endroits. Elle eft de M. Heurtauld , Prêtre
à l'Hôpital General de Caen , & elle
a difputé le prix de l'Académie Françoife
fur le fujer propofé . La decence &ª.
la dignité que Louis XIV. mettoit dans
toutes fes actions ..
Reviens à la lumiere , ombre du Grand Louis ,`
Et
romps pour un moment la paix dont tu joiiis,
Depuis le fombre jour, qui ferma ta paupiere,
Quoique fept fois Phébus ait fourni fa carriere
Nous n'avons point encor . éteint ton ſouvenir
Et nous le tranſmettrons aux fiecles à veniƒ.
Au-delà de mille ans tu verras fur ta tombe ,
Fumer un jufte encens , & faire un Hecatombej
Mais par où penfes- tu , Prince , avoir merité ,
Ces hommages conftans , cette immortalité ?
Eft- ce en te foumettant les Villes , les Provinces?
En traînant à ton char les peuples , & les Princes ?
Est- ce
и
DE
NOVEMBRE 1723. 885
Eft- ce en nous étonnant par cent exploits divers,
Qui rendirent ton bras terrible à l'univers ?
Ce n'eft-là que l'effort d'une valeur commune , ·
Aux Cefars , aux Guerriers , que fuivoit la fortune .
Nous cherchons un Heros,qui le foit en tout point,
Et nous trouvons en toi ce que Rome n'eut point.
Tel a paru Louis , Grand fous le Diadême ,
Grand dans fes moindres faits , grand dans for
loifir même ,
Si Louis fut humain , Loüis n'eut rien de bas
Et toutparladecence fes accompagna pas.
Une action commune , & chez nous triviale ,
Dans lui devenoit belle , heroïqué , Royale.
A des plaifirs communs il abbaiffa fes Lys,
Mais il les rendit grands & dignes de Loüis.
Tel que le vit Namur renverfant fes murailles
Tel il parut encor aux jardins de Verfailles .
Mais admirons Louis par un endroit plus beau ,
De plus brillantes fleurs vont orner fon tombeaut
" Ecou
886 LE MERCURE
Ecoutez fon triomphe & fa plus belle gloire.
Ici taifez-vous , Fable , & toy rougis , Hiftoire.
Vos Heros font tombez à la fin de leurs cours ;
Ils l'étoient pour un temps : Louis le fut toûjours.
La Parque frape- t'elle à ce moment funefte ,.
Le Heros difparoît , & le feul homme reſte.
Cefar , qui de Pompée avoit bravé l'effort ,
Recule , pâlit , tremble à l'afpect de la mort.
Point de crainte en Louis , point de pâleur livide ,
Il fe croyoit mortel , il mourut intrepide.
Nous pleurions , fon eſprit penſoit à nous calmer,
Louis ! ô deftin ! ô fouvenir amer!
Silence, ma douleur... ne coulez plus mes larmes ; › .
Un digne rejetton , un Prince plein de charmes ,
Heritier des vertus , & du nom de LOUIS ,
Rend l'efpoir à la France , & la gloire à nos Lys '
Ce Soleil en paffant fous un autre Hemiſphere ,
-Après lui nous laiffa ce rayon de lumierę.
Priere pour le Roy..
Arbitre fouverain de la terre & des Cieux , ·
Qui tiens nos jours en ta puiſſance ,
Grand Dieu protecteur de la France ,
Сопа
1
DE NOVEMBRE 1723. 887
Conferve de nos Rois ce refte précieux
Soutiens fa fragile jeuneſſe ,
Donne à fon efprit la ſageſſe ,
A fon coeur l'amour de tes loix
Et furpafant fa race auguſte ,
Pour être un Roy parfait , qu'il foit paifible &
julte ,
Né pour le bonheur des François .
*******************
LETTRE CRITIQUE , écrite à un
Provincial , au fujet d'une petite brochure
anonyme , imprimée à Paris en
1723. fous ce titre , Anti- Paradoxes ;
ou réfutation des Paradoxes Litteraires
au fujet de la Tragedie, d'Inès de
.Caftro.
MONSI ONSIEUR ,
Je ne puis vous exprimer combien je
fuis reconnoiffant de la liberté avec laquelle
vous m'avez fait part de vos diffi
cultez touchant ma derniere Lettre. Je
vous prie très-inftamment , & très -fincerement
de continuer toûjours avec moi
fur le même ton , & d'être perfuadé que
je ne
585 LE MERCURE
je ne fuis point de ces gens qui n'écri
vent , & ne parlent que pour être applau
dis. Je vous avouerai même ingenuëment
que j'ai paffé condamnation fur plufieurs
articles , mais non pas fur tous.
Vous me raillez fut le penchant que
Vous vous êtes imaginé que j'ai à contredire.
Mais vous fçavez mieux qu'un au
tre , que je n'époufe gueres plus mes opinions
que
celles d'autrui , & que c'eft:
précilement par cette raifon que je me
erois bonnement en droit de défaprouver
fans déguiſement tout ce qui me paroît
peu conforme à la verité , laquelle je
trouve feule digne d'enlever nos fuffrages.
La querelle que vous me faites au fujet
du Spectateur François m'a prefque mis
de mauvaiſe humeur. Je ne fuis pas peu
curieux de fçavoir par quelle fatalité vous
l'avez pris en affection. Il eft des gens qui
fe croyent obligez en confcience de refpecter
, & même de défendre ce qu'ils
n'entendent pas je fuis bien éloigné de
vous foupçonner d'une telle foibleffe .
Pour moi , je vous l'avoüe , j'ai toûjours,
crû , & problablement je croirai toujours
que celui qui femble n'écrire que pour
n'être pas entendu , ne merite pas qu'on
fe fatigue pour l'entendre, Oh ! mais , on
dit dans votre Province que l'Auteur du
Spectateur François eft ici fort bien auprès
DE NOVEMBRE 1723. 885
près de ceux qui femblent donner aujour
d'hui le ton en matiere de bel efprit
Comme fi vous & moi nous ne connoif
fions pas mille jolies femmes qui recherchent
avec empreflement la compagnie
de celles que la nature a partagé d'un exterieur
très -infortuné. Il eft peu de talens ,
foit du côté du corps , foit du côté de
l'efprit qui foient dans le cas de n'avoir
pas befoin qu'on leur ferve de luftre.
Mais brifons là- deffus , comme auffi fur
quelques autres points qui nous divifent ;
& paffons aux réflexions que j'ai faites fur
les Anti - Paradoxes , & que par ma derniere
Lettre je me fuis engagé à vous
Communiquer.
Le titre de cette brochure anonyme
femble promettre une réfutation des Paradoxes
Litteraires. Point du tout . On y
fait par tout leur éloge , & même on le
fait avec la derniere affectation : d'où des
gens , fans doute mal-intentionnez , fe
font crûs en droit de conclure que les Pàradoxes
, & les Anti - Paradoxes étoient du
même Auteur. Vous avez beau leur dire
qu'il eft abfurde de penfer qu'un Auteur
ait le front de compoler lui-même fon
Panegyrique, & qui pis eft, de le faire luimême
imprimer . Ils vous répondent , que
qui s'eft donné de l'encens dans les Paradoxes
, en y citant avec éloge les lettres
890 LE MERCURE
tres à l'Abbé H .... peut fort bien s'en
donner dans les Anti Paradoxes , en y
applaudiffant aux Paradoxes. Le trait
feroit bizarre , me direz - vous . Soit , &
même nouveau , & affurément files conjectures
de ces gens mal- intentionnez
étoient fondées , le faifeur de brochures
ne feroit pas trop mal de garder pour luimême
une petite portion de cet efprit trèsextraor
linaire , dont il fait malignement
prefent dans les Anti - Paradoxes à l'Auteur
d'Inès.
Un de mes amis , très fertile , & ( ce
qui eft rare ) affez heureux en conjectures
, me difoit ces jours paffez qu'il avoit
remarqué en lifant les Paradoxes , & les
Anti-Paradoxes , une conformité preſque
incroyable d'opinions , de connoiffan
ces , de goût , & même de ftile. S'il eſt
queſtion , me difoit- il , de finir le Paradoxe
, ils croyent tous deux que le faux
comme le vrai eft du reffort du Paradoxe.
Tout deux ignorent les regles du Theatre
, auffi bien que celles de la Poëfie
Françoife. Tous deux ont une paffion démefurée
pour l'ironie , & y font paffez
maîtres. Eft-il queftion de qualifier les.
vers de M. de la Motte ? Les Paradoxes ,
page 14. les trouvent durs , plats , profaiques
, pleins defolecismes & de barbarifmes.
Les Anti Paradoxes , page 26.
LouDE
NOVEMBRE 1723 .
foutiennent qu'ils font pleins de fautes
groffieres , profaiques , plats , durs &
barbares.
Après tout , Monfieur , quelque foir
l'Auteur des Anti - Paradoxes , j'ai avancé
que loin de contenir la réfutation des
Paradoxes , ils en contenoient l'éloge . II
faut le prouver. Cela ne fera pas difficile.
Puifque voilà les Paradoxes devenus à
la mode par la critique generale d'Inès de
Caftro , attribuée à M. L. D. F. Ainfi
commencent les Anti- Paradoxes . Que
dites- vous de ce début ? Eft - il affez flareur
pour les Paradoxes ? Ce qu'il y a ic
de fort plaifant , c'eft que le titre de Paradoxes
, donné à la brochure qui a paru
fous ce nom , eft fans contredit fort mal
amené. N'importe . Le terme de Paradoxes
a eu le bonheur de plaire à M. L. D.
F. fa fortune eft faite . Le voilà tout - àcoup
devenu à la mode. Du moins c'eſt
l'Auteur des Anti - Paradoxes qui nous en
áffure.
L'ouvrage du fatyrique Auteur a été
goûté. Il a fçû plaire & impofer au public
, page 3. En matieres de loüanges ,
connoiffez - vous des termes plus énergiques
, plus fignificatifs ? Peut- être après
avoir lû les Anti- Paradoxes , avez - vous
foupçonné l'Auteur d'être dans une eſpe
ce d'impoffibilité phyfique de louer qui
que
( LE MERCURE
$92
que ce foit. Je ne voudrois pas abfolu
ment taxer vôtre foupçon de témeraire.
Cependant vous voyez que quand l'Auteur
des Anti- Paradoxes fait tant que de
louer , cela ne va pas trop mal.
1. Eft i queftion de s'expliquer , page 4.
& S. fur le préambule ob cur des Paradoxes
, dans lequel M. L. D. F. après
avoir raporté quelques raifons affez entor
tillées pour juftifier , s'il pouvoit , le titre
de fa brochure , declare qu'il juge lui
même très faux ce qu'il va dire ? Que
fait l'Auteur des Anti Paradoxes ? Il con
vient du ridicule de ce préambule. Car
enfin pouvoit il éviter d'en convenir ?
Mais il en convient à mots couverts , &
en adouciffant les termes , & mêine il
ajoûte encore auffi - tôt , page 5. par forme
de correctif , qu'on s'apperçoit bien
que l'Auteur badine, & qu'il est très -perfuadé
de la verité defes Paradoxes . Com
me s'il étoit permis à un Auteur d'écrire
fimplement pour badiner , & pour badi
ner aux dépens du fens commun. Où eft
le fin de dire , qu'on croit très - faux ce
qu'on va dire , lorfqu'on le croit trèsvrai
? Toutes les perfonnes de bon fens qui
ont lû le préambule des Paradoxes ont
dit fimplement , cela eft fi beau & fi fubtil
qu'on n'y comprend rien . Si l'Auteur
des Anti-Paradoxes n'avoit pas eu
des
DE
NOVEMBRE 1723. 893
圈
des raifons fecreres pour tout approuver
dans les Paradoxes , il en auroit parlé fur
le même ton.
On voit , page 5. avec quel feu il atta
que M. de la Motte . On fent que la guerre
eft ferieuse , & qu'il fe but tout de bon. Il
pique de toute fa force , il mord fans pitié.
C'est une gierre de Turc à mort. Ainfi
parlent les Anti- Paradoxes de l'Auteur
des Paradoxes. On croiroit prefque qu'en
cet endroit l'Auteur des Anti Paradoxes
a oublié que M. L. D. F. eft fon bon
ami , & qu'il s'eft répandu en invect ves
contre lui , & on auroit , fans doute, grande
raifon de le croire. En effer , il conviendra
toujours à un galant homme , fur
tout dans les querelles litteraires d'attaquer
fon adverfaire avec plus de moderation
que
de feu. Il fe gardera bien de
convertir en guerre ferieuse , & de Turc
à mort , une guerre dans laquelle les combattans
ne doivent point avoir d'autres
armes , qu'un amour très- fincere pour la
verité. Loin de piquer de toute fa force ,
& de mardre fans pitié , il le fera une loi
inviolable de s'abftenir de tout terme dur
& offenfant , très perfuadé qu'entre gens
de Lettres , il n'y a que les bonnes raifons
qui font pancher la balance , & ja
mais les injures . Mais ce n'eft pas là l'idée
que M. L. D. F, a crû devoir fe former
des
894
LE MERCURE
y
des difputes des fçavans . 11 penfe qu'on
doit mordre fans pitié , & il fait gloire
d'agir en confequence. L'Auteur des Anti-
Paradoxes connoît mieux que perfonne
le goût de M. L. D. F. & ce n'eft que
pour lui faire la cour qu'il le taxe de vio-
Ience dans la difpute..
L'Auteur des Paradoxes dit , page 6
qu'il n'eft pas fatyrique . Quelle charité !
j'avoue que ce petit air hypocrite eft plai,
fant , & que le ton eft d'autant plus ma-
Tin , qu'il fert à prévenir le lecteur , &
Lui faire croire que la critique pourrois
être mains moderée ....
Je fçai qu'ilfait fentir adroitement , page
9. & 10. qu'il y a encore beaucoup
d'autres mauvais vers que ceux qu'il reprend.
C'est pour cela qu'il fait femblant
de fe laffer de lire de fuite la piece , &
d'en extraire par ordre les vers défectueux.
Il la quitte au treifiéme acte , pour ouvrir,
dit-il , le livre au hazard , & remarquer
les mauvais vers , qui de tous côtez lui
tombent fous les yeux . Cet artifice eft de la
derniere malignité. ..
Il faut convenir que l'Auteur des Anti-
Paradoxes eft furieufement prévenu en
faveur de M. L. D. F. fa prévention va
jufqu'à trouver du plaifant & du malin,
où tout le monde n'a trouvé que des lieux
communs de Rhetorique fi ufez , qu'un
écolier
DE NOVEMBRE 1723. -895
écolier rougiroit aujourd'hui de s'en
fervir.
La critique de ces endroits , page 7. &
8. eft poffe auffi loin qu'elle puiffe aller,
& fij'étois l'Auteur d'Inès , je ferois trèsbliffe
de tant de railleries,
Je fai qu'ilfaitfentir adroitement... p.9.
Cet artifice eft de la derniere mali-
· P gnité. P. 10
Remarquez encore l'artifice de nôtre
Auteur.
que
P. 13.
Admirez en cela la fouplesse du criti-
·
P. 16.
Ces expreffions
& plufieurs
autres
toutes
femblables
qui
le trouvent
répanduës
dans
les Anti-
Paradoxes
ne font- elles
pas
plus
que
fuffifantes
pour
démontrer
que
le but principal
, & peut
être
unique
de
cette
brochure
, a été de faire
l'éloge
des
Paradoxes
. Permettez
-moi
donc
, Monfieur
, de conclure
que
les Anti
Paradoxes
contiennent
tout
le contraire
de ce
que
le titre
qu'on
a jugé
à propos
de
leur
donner
femble
nous
promettre
.
Après tout , fi les Anti - Paradoxes s'épuifent
en louanges fur les Paradoxes , il
n'eft pas en récompenfe de railleries , d'is
ronies , & de traits fatyriques , qu'ils ne
mettent en oeuvre , contre M. de la Motte ,
fouvent avec beaucoup de legereté & de
fineffe , mais toûjours avec la derniere
malignité.
L
396 LE MERCURE
malignité. N'allez pas. croire pour cela
que l'Auteur des Anti Paradoxes en
-
veut plus à M. de la Motte qu'à up
autre. Point du tout. Car à l'exception
des Paradoxes , & même auffi des
Lettres à l'Abbé H .... en faveur defquelles
l'Auteur des Anti - Patadoxes a
laiffé échaper de l'abondance du coeur
un petit trait de bienveillance
; on peut
dire que l'Auteur des Anti - Paradoxes fe
fait un capital de draper ( d'autres appelleroient
cela déchirer ) tout ce qui ſe
trouve au bout de la plume.
S'il parle de Pradon , c'eft pour en dire
qu'il a prefque toûjours été fifflé.
S'il parle des Jeux Floraux , c'eft pour
en dire que les Odes de M. dela Morte
n'ont d'autre tache que d'y avoir remporté
Le prix.
Enfin , ennuyé de n'attaquer le genre
humain qu'en détail , l'Auteur des
Anti -Paradoxes l'attaque en gros tout à
la fois , par ces paroles qui terminent fon
écrit fatyrique. L respect que M. de la
Motte a pour le public , ne lui a pas permis
d'ofer réformer fa piece , qui d'ailteurs
n'eft que trop bonne pour notre fiecle.
En lilant ces dernieres paroles des Anti-
Paradoxes , je me fuis reffouvenu de cet
Empereur Romain , qui fatigué de nẹ
pouvoir faire couper des têtes que les
unes
DE NOVEMBRE 1723 . 897
unes après les autres , fit ce fouhait barbare.
Plût aux Dieux que tout l'Empire
Romain n'eut qu'une tête.
Vous croyez peut - être , Monfieur ,
qu'après ce que je viens de dire , je vais
faire le procès aux Anti - Paradoxes fans
aucune mifericorde. Non pas , s'il vous
plaît. L'Auteur des Anti-Paradoxes a
beau être auffi prévenu en fa faveur , qu'il
eft prévenu contre les autres. Il a beau
faire gloire de mordre fans pitié tout let
monde indiftinctement . Cela n'empêche
point qu'il n'écrive avec beaucoup de
legereté & de vivacité. Tout le monde
convient qu'il connoît la bonne & fine
raillerie , & qu'il fçait en faire uſage. En
un mot de toutes les bagatelles litteraires
qui ont paru ici depuis quelques mois ,
au fujet de la Tragedie d'Inès , il eft certain
que rien n'a été fi goûté que les Anti
- Paradoxes. M. de la Motte même , &
fes plus zelez partifans en ont dit du
bien. Donc ils valent quelque chofe . En
bonne dialectique cela s'appelle une démonftration.
Ce n'eft pas qu'en examinant un peu
de près les Anti- Paradoxes , on ne puiſſe
y trouver à reprendre.
Par exemple , l'Auteur des Anti - Paradoxes
, dit page 11. qu'on trouve dans les
Caffez des efprits rares & fublimes qui
C justi.
898 LE MERCURE
juftifient par des raisons merveilleuses ce
vers de M. de la Motte.
Sa vie eft tout , Seigneur , & la mienne n'eſt rien .
.
Mais que pour lui , il avoue qu'il faut
un peu nazilloner
fur la dixiéme fyllabe
ou plutôt qu'il eft comme impoffible
de la
prononcer
. Puis il ajoûte , qu'après
tout
c'est une bagatelle
, Si l'Auteur
des Anti-
Paradoxes
regarde
veritablement
comme
une bagatelle
la critique qu'il a faite du
vers de M. de la Motte ; on eft de ſon
avis. On penſe même que le prétendu na→
zillonnement
fur la dixiéme fyllabe , &
la prétendue
impoffibilité
de la prononcer
font imperceptibles
aux oreilles les
plus délicates
. Mais depuis quand écriton
pour dire des bagatelles
de propos dé.
liberé Le vrai eft que fans citer le vers
en queftion , on ne fçavoit comment
amener
cette belle phraſe , qui fans doute
avoit plû à l'efprit ironique
de l'Auteur
des Anti- Paradoxes
. On trouve dans les
Caffez des efprits rares & fublimes
qui
juftifient
par des raifons merveilleuses
.....
Quant à la rime d'abattre & de combattre
, qui choque l'Auteur des Anti
- Paradoxes , on lui dira qu'on trou
ve dans les Caffez gens très-, verfez
dans la Theorie de la Poëfie Françoiſe
qui la défendent , & qui foutiennent
qu'elle
DE NOVEMBRE 1723 .
899
qu'elle ne retfemble gueres à la rime
de revivre & de furvivre , qu'on covient
avec l'Auteur des Anti - Parado .
xes ne rien valoir . Quand deux compo
fez d'un même verbe ne reprefentent que
la même action differemment modifiée ,
on ne doit pas les faire rimer enfemble.
Mais quand ils reprefentent deux actions
toutes differentes , rien n'empêche qu'on
les faffe rimer l'un avec l'autre. Voilà le
principe general. L'application en eft ailé
à faire dans ce cas- ci . Après tout nous
avons déja remarqué que l'Auteur des
Anti - Paradoxes ne fe piquoit pas de
Poëfie , & qu'il avoit cela de commun
avec l'Auteur des Paradoxes.
L'accufation d'obscenité l'Auteur
que
des Anti - Paradoxes a intentée contre M.
de la Motte , à l'occafion de la petite particule
encor , n'a abouti qu'à confirmer
les connoiffeurs dans l'opinion qu'ils
avoient que cette particule étoit une cheville
qui étoit échapée à l'Auteur d'Inès,
& qui ne fignifioit rien , ni de bon , ni de
mauvais. Mais que la particule encor ait
fervi de prétexte à l'Auteur des Anti Paradoxes
pour mettre en jeu affez mal à- propos
les dévots , les Religieux , les Religieufes
, & les Cloitres , cela.a paru très- froid .
Avant les Anti - Paradoxes on n'avoit
pas encore entendu dire , un tel livre , un
Cij tel
900 LE MERCURE
tel écrit eft rempli de poivre. Il y a beau
coup de poivre dans la converfation de
Monfieur un tel . Mais l'Auteur des Anti-
Paradoxes aime le poivre. Le poivre ſera
fans doute bien- tôt à la mode.
Plufieurs perfonnes m'ont demandé par
quelle raifon les Anti- Paradoxes mettent,
page 24. Ronfard & Homere en oppos
fition avec Racine & la Fontaine. On ne
s'y occupe , dit ironiquement de certains
réduits litteraires , l'Auteur des Anti Paradoxes
, on ne s'y occupe qu'à fecouer le
joug des préjugez , les grands noms n'y
impofent point , & on y fait le procès à
Racine, & à la Fontaine , comme à Ronfard
à Homere. Que fait là le bonhomme
Ronfard , m'a- t'on dit. J'ai répondu
que je n'en fçavois rien , & que
je le foupçonnois très- fort d'avoir ufurpé
fort mal- à-propos la place de quelque
Grec , ou de quelque Latin.
Pour le culte idolâtrique , page 23 .
& les benignes interpretes , page 25. je
veux croire que ce font des fautes d'impreffion.
On accufe encore l'Auteur des Anti-
Paradoxes de donner un peu trop dans
les comparaifons . On veut que fa comparaifon
des Avocats , page 4. ſoit dụ
moins très- déplacées que fa comparaifon
de la fale d'armes , page 5. fente un peu
ion
DE NOVEMBRE 1723 . 901
fon faifeur d'amplifications . Pour moi je
Fui paffe fon goût pour les comparaifons,
quand je lis , page 15. la jufte & belle
Comparaifon qu'il fait de differens ſtiles
tous excellens de plufieurs bons Auteurs ,
avec plufieurs femmes qui toutes fans le
reffembler peuvent être belles ou jolies.
Enfin , tout le monde veut que l'ironie,
qui , felon l'intention de l'Auteur , regne
fans doute dans les Anti-Paradoxes , depuis
le commencement jufqu'à la fin , ne
Toit pas affez frapée en quelques endroits.
Il y a , dit- on , des phrafes entieres que
l'on prendroit pour de veritables loüanges.
On prétend qu'une perfonne qui liroit
les cinq ou fix premieres pages des
Anti- Paradoxes , fans être prévenu du
but de l'Auteur , croiroit bonnement
qu'on s'y propofe de défendre M. de la
Motte contre les Paradoxes . Mais net
pourroit on pas dire à la décharge de
I'Auteur des Anti- Paradoxes , qu'il a été
forcé à prendre ce biais . Il vouloit fe
faire lire , même par les partifans de M.
de la Motte. En feroit-il venu à bout , fi
quelques termes flateurs en apparence , fi
quelques adouciffemens du moins feints
n'avoient donné paffeport au refte .
Voilà , Monfieur , tout ce que j'avois
à vous dire fur les Anti - Paradoxes.
Quant à la curiofité que vous avez de
C iij fçavoir
902 LE MERCURE
fçavoir comment M. de la Motte prend
les écrits qui volent contre lui de toutes
parts depuis quelques mois , il eft affez
difficile de vous fatisfaire . Ses amis prétendent
qu'il eft fi élevé , qu'il eft hors
de la portée du trait . On m'a affuré qu'après
avoir entendu lire les Anti - Paradoxes
, il dit froidement , on n'en a jamais
tant fait contre Racine , ni contre Corneille.
Entre nous , ceux qui s'intereffent pour
M. de la Motte devroient lui confeiller
de faire comme s'il étoit fenfible , & de
fe reffouvenir du me remorfurum petis
-d'Horace . Car en fin il eft des occafions ,
où le public s'imagine , que qui ne dit
mot à tort.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , ce 31. Octobre 1723 .
kkkkkkkkkkkk kik
L'AMITIE ET L'AMOUR.
Cantate.
PRès des bords enchantez de l'amoureux Em-
- pire ,
La tranquille amitié fur les coeurs qu'elle inſpire ,
Répand mille charmes fecrets ,
Dans une douce intelligence ,
1 L'aima
DE NOVEMBRE 1723. 903
L'aimable paix , la timide innocence ,
De ces beaux lieux augmentent les attraits ,
Et fous fa fuprême puiſſance ,
Les jeux & les plaifirs y regnent à jamais .
L'onde fugitive ,
N'ofe en ce féjour ,
Aux fleurs de ſa rive ,
Vanter fon amour.
La nimphe craintive ,
Y fuit le filvain ,
La pudeur naïve
Embellit fon tein .
Du fecret martyre ,
Dont il eft atteint
L'aimable Zephire
Jamais ne fe plaint.
Belles Nimphes , dans cet azile ,
Puiffions-nous à jamais jouir du fort tranquille ;
Dont l'amitié nous offre les plaifirs ,
Puiffions-nous.... mais ô ciel ! quelles tendres
allarmes ! Ċ iiij D'où
E
904
LE MERCURE
D'où naiffent ces nouveaux foupirs ?
L'amitié , je l'éprouve , auprès de tant de charmes )
Ne contente point les defirs ,
Contre des traits fi doux peut - elle me défendre
Helas elle eft foeur de l'amour ,
Et je crains que pour me furprendre ,
Ils ne s'accordent en ce jour.
L'amitié peut plaire
Par fes douces loix ,
Mais fon tendre frere
Ne perd point fes droits .
Pour le fatisfaire,
Beautez , à Cythere
Allons quelquefois.
L'amitié peut plaire
Par fes douces loix ,
Mais fon tendre frere,
Ne perd point fes droits."
P. M M. D. C.
RE
DE NOVEMBRE 1723. 905
BEGLING BECOMINCONECTING DIGSDECODECODECOMCOMCOME
REPONSE du P. de la Neuville ,
Jefuite , à une Lettre écrite de Beauvais
aux Auteurs du Mercure , le 13 .
Juillet dernier. Par M. d'Auvergne ,
Avocat en Parlement. -
J
Ai lû avec plaifir , Monfieur , dans
le Mercure de Septembre la Lettré
qui porte vôtre nom ; quand il feroit vrai
que je me fuffe contredit dans la mienne,
auffi réellement que vous l'avez penfé ,
je ne pourrois me plaindre de la maniere
dont vous relevez ma prétendue bévûë.
La voye que vous avez prife pour parvenir
à éclaircir vos doutes , n'étoit pas,
à la verité , la plus courte , mais elle
eft , comme vous l'avez prévûë , la
plus fure pour vous ; j'ajoûte qu'elle eft
la plus agreable pour moi , puifqu'elle
me donne occafion en vous fatisfaifant det
fatisfaire auffi tous ceux qui pourroient
avoir fur ma lettre les mêmes difficultez
que vous.
+
Loin de me choquer de vôtre critique :
j'y applaudis de tout mon coeur , elle
eft judicieufe dans le fond , & très- polie
dans la maniere ( que ne critique- t'on
toûjours ainfi ) elle ne peut donc m'infpi--
C. v . rer
906 LE
MERCURE
rer que de l'eftime & de la reconnoiffance ;
je vous rends graces , fur- tout, des efforts
obligeans que vous avez bien voulu faire
pour me tirer de contradiction avec moimême.
Le premier biais dont vous avez pris
la chofe étoit le bon , & vous pouviezvous
en tenir - là ; fi vous m'aviez fait
l'honneur de me communiquer vôtre
penſée, je vous euffe fur le champ épargné
la façon de tous les tours ingenieux que
Vous avez inventé pour tâcher de me
tirer d'intrigue.
Vous avez raiſon , Monfieur , je me
fuis étrangement piqué de Brieveté dans
mes obfervations fur les moeurs de Guayanois
, je conviens même avec vous , &
avec plufieurs de mes amis , que j'ai peutêtre
en cette matiere porté un peu trop
loin mon inclination pour le Laconifme , &
que j'ai infenfiblement donné par là dans
l'éceiiil qu'Horace a pris foin de montrer
à tous les écrivains , brevis effe labora
&c. Je ne fuis pas neanmoins entierement
brifé , je puis encore me fauver en repre--
nant un peu le large .
Revenons donc fur nos pas , donnons
un peu plus d'étendue à nos penfées
elles en deviendront plus claires . J'ai dit,
Monfieur , & je le repete d'un ton affirmatif
, fans craindre qu'aucun deceux
qui
DE
NOVEMBRE_1723. 907
qui connoiffent les moeurs de Guayanois
s'infcrivent en faux contre ma relation
que ces peuples fauvages ont tant de
droiture de coeur , tant de fidelité entre
eux fur le chapitre de la chaffe ou de lâ
pêche , qu'il n'arrive prefque jamais que
perfonne fe faififfe de la moindre pièce
de gibier ou de poiffon , dès que ces fortes
de chofes fe trouvent fous la foible
fauve- garde dont j'ai parlé dans ma troifiéme
Lettre.
Mais ont-ils fur tout le refte la même
bonne-foi , la même fimplicité à l'égard
des nations étrangeres à la leur ? Je n'ai
cu garde de le dire , je fçais trop le contraire
, & je n'ai nul intereſt à le diffimuler.
Oüy , Monfieur , ces mêmes hommes
qui fe feront un fcrupule de lever de ,
terre un oifeau tué dans leur foreft par
leur compatriote , n'auront pas la moindre
peine d'enlever un boeuf du milieu
des pâturages qui appartiennent à nos
François. Eft- ce bizarerie d'humeur ? En
confequence de principes ? contradiction
de moeurs ? j'en fuis perfuadé , mais fans
en être furpris. A - t'on droit de fe promettre
plus d'uniformité de fentimens
plus de regularité de conduite de la nation
de l'univers la moins policée , la plus
inculte Peut être auffi les Guayanois jugent
- ils de larcin , comme les Juifs rai-
C vj
fon908
LE MERCURE
fonnent fur l'article de l'ufure , ce qu'ils
regardent comme un crime à l'égard de
leurs freres , ne leur paroît plus qu'une
action innocente , quand elle n'intereffe
que des étrangers . Peut- être même la
groffiereté de nos Indiens va- t'elle jufques
à leur laiffer croire que les troupeaux
qu'ils rencontrent dans les campagnes
, le pain ou l'eau de vie qu'ils apperçoivent
fur les boutiques à Cayenne , n'y
font ainfi expofez que par un efprit d'hof
pitalité , & pour la plus grande commodité
des paffans , qui ont befoin de ces
rafraîchiffemens.
Ce qui eft fur , c'eft que les Guayanois
ufant de toutes ces chofes quand le coeur
leur en dit , avec autant de liberté que
s'ils étoient pleinement convaincus , qu'ils
fuivent parfaitement en cela l'intention
de ceux dont ils enlevent les denrées , &
c'eft préciſement ce petit air ailé , qu'on
a fouvent remarqué dans nos Indiens , qui
leur a fait la réputation d'être naturelle
ment un peu voleurs. Cela même ne vous
paroît-il pas , Monfieur , une candeur digne
de vôtre admiration ? Quoiqu'il en
foit, vous voilà , ce me femble , au moyen
de ce petit détail , en état de rentrer dans
tous les fentimens de joye que vous avoit
caufé la premiere partie de ma lettre :-
goûtez - la en repos , Monfieur , qu'elle
foit
DE
NOVEMBRE 1723. 909
foit déformais auffi vive , & auffi pure ;
qu'elle l'avoit été avant la fatale petite
propofition , qui l'a dans la fuite fi malheureufement
troublé . L'apparente contradiction
des deux faits que j'ai raporté
ne doit plus vous inquieter , je me flatte
d'en avoir affez dit pour vous apprendre
le fecret de les concilier . Je ferai ravi
Monfieur , fr j'ai réüffi à fatisfaire vôtre
curiofité que je trouve très-loüable , &
charmé fi ma Lettre vous contente ,
autant que la vôtre m'a plû. J'ai l'honneur
d'être , & c.
2.N
A Paris , rue S. Antoine , ce 39. Octos :
bre
1723.
Dv
ALCID E..
Cantate..
U redoutable fils d'Alcmene ,
Les monftres, les tirans portoient envain la chaîne ,
Envain juſques aux fombres lieux ,
La gloire à ce Heros avoit fervi de guide ,
La défaite du grand Alcide ,
Fat l'ouvrage de deux beaux yeux.
Volez
910 LE MERCURE
Volez fur les pas de Bellone ,
Combattez , triomphez toûjours ,
La gloire qui vous environne ,
Ne vous cache point aux amours.
Des Heros les plus invincibles ,
Le coeur fe laiffe defarmer ,
Echapez des dangers terribles ,,
Ils cedent au plaifir d'aimer.
Quel nouveau feu , dit- il , s'empare de mon ame ?
Amour , tu me donnes des fers ,
Je viens par mes travaux d'étonner l'univers ,
Je vais l'étonner par ma flâme ,
Vous aimez , dit Omphalé , & vous êtes aimé ,
L'amour met dans vos fers l'objet qui vous enchaîne
,
Vous goûtez fes douceurs fans en fentir la peine ,
Vous plaignez -vous du Dieu qui vous a défarmé ?
Aimable tendreffe !
Heureufe foibleffe !
Comblez nos defirs ,
Qu'après tant d'allarmes ,
Nos
DE
NOVEMBRE 1723 . *911
Nos coeurs à vos charmes
Doivent leurs plaifirs.
Aimable tendrelle , & ci
Venez, tendres amours , volez, troupe charmantes
Aujourd'hui la gloire contente ,
Vous abandonne ce grand coeur ,
Venez, tendres amours , volez , troupe charmante,
Et que le beau feu qui m'enchante ,
Enchante à jamais mon vainqueur.
La gloire après mille travaux ,
Doit avec les amours partager fa puiſſance ,
Et c'eſt de leur intelligence ,
Que naît le bonheur des Heros.
Ί
Cette Cantate , ainfi que celle de l'A
mour & de l'Amitié , eft de M. Marin
de Chavigney , fils d'un Confeiller au
Parlement de Befançon .
LET
$12 LE MERCURE
f
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , écrite à M....
fur les yeux des Mouches , & les alveo
les des Abeilles:
MONSIEUR ,
Puifque le commerce Litteraire que
nous avons enſemble depuis fi long- temps,:
yous donne lieu de me communiquer fi
gracieufement les penfées qui vous viennent
fur les matieres de Phyfique , & les
nouvelles découvertes que vous faites
dans les ſciences ; il eſt bien juſte que je
vous dife auffi ce que je crois avoir découvert
depuis peu.
Vous fçaurez donc , Monfieur , que?
regardant par hazard il y a quelque temps
avec un microſcope les
yeux d'une grande
& belle Mouche , qu'on nomme De
moifelle , & en Latin Perla : comme les
yeux de cette Mouche font fort gros &
Brillans , il arriva que non- feulement je
remarquai que la fuperficie de ces yeux
étoit compofée d'un grand nombre de
petites éminences claires & brillantes
lefquelles de premiere vûë me parurent"
>
toutes
DE NOVEMBRE 1723. 913
Toutes formées en quarré , & entrecou
pées par des lignes plus creufes , dont
Palignement leur donnoit cette figure ;
mais ayant enfuite regardé de plus près ,
je reconnus que ces lignes , loin de laiffer
en fe croifant un petit vuide quarré pour
chaque éminence , elles formoient dans
la pellicule , fur laquelle ces éminences
font placées , une espece de reſeau , dont
toutes les mailles étoient parfaitement
exagones , c'eft - à - dire , formées à fix
pans , de maniere que chaque maille de
ce refeau fervoit de baſe à chaque éminence
tranſparente qui s'élevoit fur cette
pellicule qui tient lieu de carnée dans les
yeux de ces infectes , en forte qu'ils ne
voyoient les objets qu'à travers ce reſeau,
qui forme une espece de jaloufie-, telle
qu'on en mer quelquefois aux fenêtres.
Cette premiere cbfervation m'excita à
aller plus loin , & à chercher le moyen.
de découvrir fi tous les yeux des autres
Mouches étoient compofez de la même
façon . Pour y réüffir j'enlevai adreitement
ces pellicules extericures des yeux
de differentes Mouches ; & en ayant exactement
feparé les autres pellicules qui formoient
le dedans de l'oeil , en telle forte
que la feule carnée reftoit tranſparente
je les ai enfuite appliquées à un bon mierofcope
; & alors les regardant à la lumiere
ร
914
MERCURE LE
miere , j'ai vû qu'elles étoient toutes par
femées de ce reſeau , dont toutes les mailles
étoient parfaitement exagones , quoique
d'abord elles m'euffent paru quarrées.
Voilà , Monfieur , les obfervations que
j'ai faites , & voici les confequences que
j'en tire. Vous fçavez que les Mouches
n'ont pas de paupieres pour couvrir &
fermer leurs yeux, & qui les puiffent mettre
à l'abri de la pouffiere qui peut tomber
deffus , ou qui les préfervent des
coups qu'elles peuvent y recevoir , ſoit
par la pointe de quelque herbe , ou de
quelque feuille que le vent peut agiter
tout à coup , ou enfin qui pendant le
jour les défendent contre la vivacité des
rayons du foleil , & qui puiffent contribuer
à leur repos pendant la nuit.
Je crois donc , Monfieur , que ç'a été
pour remedier à ce manque de paupières ,
que Dieu a ainfi difpofé les yeux de toutes
les Mouches , & de la plupart des autres
infectes ; car leurs yeux étant garnis
de toutes ces petites éminences qui laiffent
entre elles un petit efpace vuide &
creux , c'eſt le moyen que quelque grain
de pouffiere venant à y tomber , loin de
couvrir quelqu'une de ces éminences , il
tombe dans ces petits creux , & mette
moins d'obſtacle à la lumiere ; & parce
que ces éminences font fermes , & très-
C
polies ,
DE NOVEMBRE 1723 . 915
polies , non-feulement la pouffiere gliffe
plus ailément deffus pour couler dans ces
creux , mais auffi les petits coups qu'elles
peuvent y recevoir , doivent également en
les effleurant donner dans ces mêmes.
creux , où le danger eft moins grand , la
pellicule y étant plus forte & plus épaiffe .
Que fimême il arrivoit que quelques- unes
de ces petites loupes fe trouvaffent , ou
-Couvertes , ou endommagées , le grand
nombre qui en refte , & bien nettes , &
bien faines , doit toûjours fuffire à ces infectes
pour voir diftinctement les objets ,
comme nous les voyons très- bien à travers
une jaloufie fuffisamment grande , ou
une fenêtre raisonnablement large , quoiqu'il
s'y trouve quelque petite ouverture
fermée , ou quelque petite lofange couverte
de papier.
Quant à ce qui regarde la lumiere du
foleil ; ce refeau n'eft pas moins neceffaire
aux Mouches pour conferver l'interieur
de leurs yeux contre la vivacité de
fes rayons , puifque perfonne n'ignore ,
qu'on regarde avec beaucoup plus de facilité
, & moins de danger le brillant de
cet aftre à travers un papier percé de
tits trous d'éguille , que fi on le regardoit
fixement des deux yeux . Enfin ce refeau
répandu fur la carnée des yeux de
ces infectes , émouffant naturellement la
vivacité
pe916
LE
MERCURE
vivacité de la lumiere , leur facilite beau
coup ce repos de la nuit , dans le temps
même que la Lune donne quelque clarté ;
rien n'étant plus certain que les lieux font
beaucoup plus obfcurs , lorfque les fenê
tres en font fermées de jaloulies , ou de
treillis un peu ferrez , que fi elles étoient
totalement ouvertės .
Telle eft l'utilité que les Mouches retirent
de la conformation particuliere de
leurs yeux mais je crois , Monfieur ,
que vous ferez furpris , quand vous fçaurez
que c'eft cette difpofition des yeux
des Mouches à miel , qui eft la caule de
la figure , & de cet arrangement fi juſte
qu'elles donnent à leurs alveoles , ou
petites cellules dont elles compofent les
rayons qu'elles forment dans les ruches.
Chacun , comme vous fçavez , eft dans
l'admiration en voyant la figure fi regu
liere , l'égalité furprenante , l'arrangement
fi exact , & fi bien compaffé de
ces alveoles ; comme elles font toutes parfaitement
exagones , & fi artiftement
liées les unes aux autres , qu'il ne s'y remarque
aucune méprife , ni la moindre
diverfité , & qu'en tel pays qu'elles travaillent
, leurs rayons & les alveoles qui
les compofent , fe trouvent toûjours faits
& difpofez de la même façon.
L'on ceffe , Monfieur , d'admirer en
cela
DE NOVEMBRE 1723 . 917
cela leur induftrie , & Virgile ne l'auroit
pas fans doute comparée à celle de
Dedale , s'il avoit fçû qu'en les formant
elles ne font que fuivre le moule qu'elles
en ont dans leurs yeux , qu'elles ne font
que copier ce patron qu'elles portent toujours
avec elles ; fçavoir , ce refeau dont
la carnée de leurs yeux eft couverte , &
dont toutes les mailles font conftruites
comme les alveoles qu'elles font , & rangées
dans le même ordre , ce qui fait
qu'elles n'ont pas befoin d'une plus grande
induftrie pour y réüffir , qu'il en faut
à un garçon apprentif Vitrier , pour former
un panneau de vitre fur le modele
que fon maître lui a tracé avec de la
craie fur la table où il doit le conftruire ;
car de la même maniere que toutes les
lofanges qu'il coupe , & qu'il range dans
le plomb, auront toujours la figure , &
l'arrangement tel qu'il eft formé fur la
table ; de même auffi les Abeilles , ayant
toûjours la furface de leurs yeux couverte
d'un refeau , dont les mailles font
de la même figure , fçavoir , parfaitement
exagones , s'ajuftant exactement les unes
aux autres ; ( car elles regardent l'ouvrage
qu'elles font à travers de ce refeau , ) il
n'eft pas furprenant qu'elles forment chaque
alveole de la même figure que chaque
maille eft percée , & qu'elles les rangent
918 LE MERCURE
gent dans le même ordre que ces mailles
Je trouvent rangées dans ce refeau . Telle
eft donc la caule de la figure & de l'ar
rangement des alveoles des Abeilles. On
pourroit peut- être également penfer que
la figure ronde des nids des oifeaux doit
auffi fon origine à la forme de leurs yeux ;
mais fans m'étendre plus loin , il me
fuffira de vous dire que je fuis , & c.
A Eu , ce 22. Juillet 1723 ..
*******************
SONNET.
Aujourd'hui , vieil Athlete , il faut devenir
Sage,
Affez & trop long-temps, j'ai tiffu maint Micmac,
Et fait rouler les dez au bureau du
Trictrac ,
Je fuis comme un oiſeau qui languit dans la Cage,
Sac Quand on eft parvenu dans l'hiver de fon Age ,
On pense à fe vêtir d'un cilice & d'un
On méprife un vieillard comme un vieux Almanach
,
Ou comme un Aftrologue inftruit dans fon Vil-
Lage
-Plus
DE NOVEMBRE 1723 . 919
Plus fouvent qu'un Gafcon je foupe avec de l'Ail
Tout le luxe à mes yeux eft moins qu'un Eventail,
Oreille Aux vaines paflions je veux fermer l
J'étois jadis Cigale , & maintenant Fourmy
J'écarte loin de moi les amis de Bouteille ,
Et ne cherche par tout que Dieu feul pour Amy,
Les deux Comedies , une paire de Sousliers
& le Mercure , font les vrais mots
des trois Enigmes du mois paffé.
A
PREMIERE ENIGME.
U monde je viens mâle , & l'on me voit
femelle
,
J'ai deux bras , mais je n'ai tête , ni mains , ni
pieds ,
Je touche également , & la laide & la belle ,
Mes fils font comme moi foibles & déliez ,
J'ai le peuple fous moi , l'Eglife & la Nobleſſe ,
Je fers le plus petit comme le plus grand Roy ,
Ma candeur plaît aux yeux & ma noirceur les
bleffe ,
Et l'on voit maints Reclus qui fe paffent de moi .
SE
1926
LE MERCURE
"
S
SECONDE ENIGME .
Ous un dehors trompeur j'entre dansle commerce,
Et j'en impofe aux gens qui font de bonne- foi ,
Je benis le Seigneur , & prie pour le Roy,
C'eſt toûjours enfecret qu'en mon art on s'exerce,
Chacun doit redouter la rigueur de mon fort ,
Qui ne devroit jamais caufer la moindre envie ,
Car mon pere eft inſtruit du de fa
genre mort ,
Dans le même moment qu'il me donne la vie.
TROISIEME ENIGME
M
On éclat ébloüit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire ,
Si celui qui me tient me preffe trop long- temps,
Je redeviens ma propre mere.
豐華華
RE'PONSE
DE
NOVEMBRE 1723. 9.21
REPONSE du fieur Paul Lucas ,
la remarque du fieur de la Roque ,
fur le cours de l'Oronte.
Ans le Mercure de Septembre der-
Dnier , page 437. M. de la Roque
contredit ce que j'ai raporté , au fujer
de la riviere qui paffe près la Ville de
l'Ataquié , nommée autrefois Laodicée.
J'ai appris des habitans de cette Ville que
la riviere en queftion étoit un bras de
l'Oronte ; c'eft ce fait que M. de la Roque
traite d'abfurdité. S'il avoit été dans
le
pays comme
moi , on pourroit
fufpendre
fon jugement
; mais comme ce qu'il
en dit , n'eft que fur le raport d'un voyageur
qui n'a pas été à Laodicée
, mais
feulement
au Mont- Liban , à Balbec , &
au Quefroan
, je crois que le préjugé
doit
être en ma faveur ; j'ai traverfé
plufieurs
fois cette partie de la Syrie , j'ai été à
l'embouchure
de cette riviere par mer ,
en venant de Tourtoufe
, je l'ai paffée fur
un beau pont , en allant par terie à Tripoli
, & ce voyageur
n'ayant pas été >
comme
moi , fur le lieu même , peut
avoir ignoré ce bras de l'Oronte
, & fon
embouchure
.
Je fçais bien que le principal bras de
D Je
922
LE MERCURE
l'Oronte paffe à Apamée , & à Antioche
; mais fi ce voyageur a fuivi cette riviere
comme il le dit , jufqu'à la fource ;
s'il eft vrai , dis- je , qu'il l'ait ſuivie dans
le pays , & non pas fimplement avec le
doigt fur la Carte , il peut encore être
arrivé qu'il n'ait pas pû voir la feparation
de ces deux bras , fur tout fi la riviere eft
fi large près d'Apamée qu'elle forme une
efpece de Lac , comme il le dit ; cependant
il affure que cette riviere ne fe divife
point , & que par confequent elle
n'a qu'une embouchure .
Comment ce voyageur accordera t'il
cela avec ce qu'il dit , page 232. de fon
livre , à laquelle il renvoye , que la principale
embouchure de l'Oronte eft près
d'Antioche ; car par-là il indique luimême
un fecond bras de l'Oronte , &
confirme ce qui m'a été raporté à Laodicée
, que la riviere que j'ai paffée au voifinage
de cette Ville eft un bras de l'Oronte
, & quelle preuve a-t'il que l'Oronte
paffe à plus de 15. lieuës de la Ville
de Laodicée peut- être qu'il n'a approché
lui- même de cette Ville de plus de
30. lieuës.
Il me renvoye à la Carte inferée dans
fon Livre , il dit qu'on y verra quelle
eft la riviere qui paffe à Laodicée . S'il
ne veut pas que ce foit un bras de l'O.
ronte,
DE
NOVEMBRE 1723. 923
ronte , que n'a- t'il donc fubftitué un autre
nom à celui- là , il n'en donne aucun
marque qu'il n'en connoît point du tout .
S'il ne donne aucun nom à cette riviere
dans la Carte inferée dans fon livre , il
ne fait non plus aucune mention de la
riviere , ni de fon nom dans le livre même.
La Carte & le livre font très- peu d'accord.
Dans la Carte il marque deux rivieres
entre Laodicée & Tripoli , l'Arquis
& Bered , dont la première m'eſt inconnue
, & à tous ceux qui connoiflent
le pays ; pour la feconde elle eft réelle ,
mais elle eft omile dans la
defcription
que le livre fait des rivieres qui tombent
fur cette côte , auffi- bien que la prétenduë
riviere d'Arquis .
Il ne faut pas pour cela compter dávantage
ur la bonté de cette defcription ;
car quoiqu'elle foit toute differente de la
Carte , & que les rivieres qu'il fubftitue
à la place de celles de la Carte foient
réelles , fçavoir , le Nahr - Kibir , le
Nahr - Abrach , & le Nahr- Acchar , elles
font toutes trois tranfpofés dans cette
defcription ; car je puis affurer , moi qui
ait été fur les lieux , qu'en allant de Tourtoufe
à Tripoli , la premiere que l'on
paffe , eft le Nahr- Acchar , la feconde le
Nahr-Abrach , & la derniere le Nahr-
Kibir ; ce qui eft tout le contraire de la
defcription
Dij
CHAN924
LE MERCURE
CHANSON.
Ouffrirons-nous , amis , cet amant langou
Souf
reux ?
Déferteur incertain d'un tyranique empire.
Ah ! s'il vient avec nous boire , chanter & rire ,
C'eſt par un dépit.amoureux ;
En avalant ce jus , le malheureux foupire.
Banniffons de cè charmant réduit ,
Un faux Buveur qui craint l'yvreffe
Brûlant de vin & de tendreffe ,
Le traître n'attend que la nuit ,
Pour abjurer Bacchus aux pieds de fa maîtreſſe.
NOU:
DE NOVEMBRE 1723. 925
nuit le ttrraaiite
tend
མུན 」,,
: G
que
la nuit
X
ac.
chus Imaîtres de
B
Four abjurer Bacciaîtres….se :
Air à Tovembre 1723 .
3:01
Souffe Deserteur
Souffr
incer..
Deserteur
LE MERCURE 924
dresse, Le traitre , n'attend
que
la
dresse, Le traitre, n'at......
чих
pieds de sa mai... tres.
auxpieds de sa mai... tres.
Iresse Le traitre, n'attend que la
• be
tendresse, le traitre, n'at..
DE NOVEMBRE 1723. 925
XXXXXX XXXX
NOUVELLES LITTERAIRES;
DES BEAUX ARTS , & c.
RAITE' des Maladies des Os , dans
ons les
& les machines qui conviennent à leur
guerilon, Par Jean - Louis Petit , de l'Académie
Royale des Sciences , Chirurgien ,
Juré de Paris , & ancien Prevost de fa
Communauté. A Paris , chez Et. Hochereau
, Quay des Auguftins 1723. deux
volumes in 12. 1. volume , pages 402.
2. volume , pages 528.
Le nom- feul de l'Auteur de cet ou
vrage fuffit pour en faire connoître le
poids , & pour faire juger de l'utilité que
le public en doit recevoir. Mais de plus,
on doit le regarder , non- feulement comme
l'ouvrage d'un illuftre Académicien ;
mais encore comme un livre autorisé par
l'Académie même. C'eft en vertu du Privilege
de l'Académie qu'il eft imprimé ,
& après le raport que MM . Litre &
Vinflow ont fait à la compagnie que
ouvrage répondoit aux marques écla- «
tantes d'habileté en Anatomie , d'induf- «
trie en mécanique , de dexterité en Chi- «<
Diij
rurcet
926 LE MERCURE
» rurgie , de fertilité en invention , de
» folidité en pratique , & de clarté en
» démonftration , que l'Auteur donne con-
» tinuellement au public depuis plufieurs
» années.
Nous ne fçaurions entrer ici dans le
dé ail de cet ouvrage , les perſonnes à qui
il fera le plus utile , ne feront pas celles
qui liront nôtre extrait ; mais nous nous
croirions coupables envers le public fi
nous ne divulguions point autant qu'il
dépend de nous les fentimens rares de
bon Citoyen que M. Petit fait paroître
dans fa Preface.
» La plupart de ceux qui ont écrit de
» la Chirurgie , dit- il , ne l'ont point pra-
» tiquée. Ce font des Chirurgiens à qui
» le public laiffoit le loifir d'écrire , fans
>> leur donner affez d'occupation pour
» qu'ils puffent raporter des faits verifiez
» par eux mêmes : c'eft le malheur des
fiecles paffez. Ceux qui n'exerçoient
» point la Chirurgie en ont écrit , & ceux
» qui l'ont exercée avec le plus de fuccès,
» ont laiffé perir avec eux toutes leurs
» obfervations ; cependant l'utilité publi-
» que exige que ceux à qui la pratique
» fournit de plus frequentes occafions de
» faire des obfervations utiles , les com-
» muniquent à la focieté , ou les leguent
» à des perfonnes capables qui puiffent
les
DE NOVEMBRE 1723. 927
les lui communiquer après la mort des «<
obfervateurs. «<
N'en pas uſer ainfi , c'eſt commettre «
un crime contre l'humanité , c'eſt pour «
ainfi dire vouloir mourir infolvable. «<
J'efpere que je ne meriterai point ce «
reproche ; les loix de la focieté font pour «
moi des loix fi facrées , que je ne réſer- «
verai rien de particulier à mes propres «
enfans , quoique je les deftine à la Chi- «<
rurgie , ils partageront également avec «
tous les éleves , ils n'auront de plus «
que l'avantage d'être fous mes yeux. Je «
leur infpirerai fur - tout les fentimens que «
j'ai pour ma patrie ; & fi en mourant &
je lui fuis encore redevable , j'efpere
qu'ils fçauront m'acquitter envers elle k
de ce que je n'aurai pas eu le loifir de «
lui donner. «
૯
'
લ
Pour fatisfaire à l'engagement que je «
contracte , je commence par le traité «
des maladies des Os . Cet ouvrage m'a «
couté plus que je ne croyois ; mais fi je «
me fuis donné des foins pour le rendre «
utile , le Libraire a fait de fon mieux «
pour rendre fon édition parfaite. L'ap- «
probation du public fatisfera l'Auteur , «
& le grand débit fera la récompenſe du «
Libraire. <<
ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR.
D iiij
Come928
LE MERCURE
Comedie en Profe , reprefentée par les
Comediens Italiens , & c. A Paris , chez
la veuve Guillaume , Quai des Auguftins,
1723. in 12. de 54. pages.
Il y a trois ou quatre ans que cette
piece fut reprefentée pour la premiere
fois. Elle eft du même Auteur qui nous
a donné depuis la Surpriſe de l'Amour ,
& la Double Inconftance.
L'impreffion qu'on vient d'en faire.
Rous donne lieu d'en donner un extrait.
La Fée.
ACTEUR S.
Trivelin , Domestique de la Fée.
Arlequin , jeune homme enlevé
Fée.
par
la
Sylvia , Bergere , Amante d'Arlequin.
Un Berger , amoureux de Sylvia .
Autre Bergere , confine de Sylvia.
Troupe de Danfeurs & de Chanteurs.
Troupe de Lutins .
SCENE I.
La Fée , Trivelin.
Dans cette Scene on expofe l'amour
que la Fée a pris pour Arlequin dormant
dans un bois ; un la maniere dont elle l'a
fait tranfporter dans fon Palais enchanté.
Le
DE
NOVEMBRE 1723 .
929
Le deffein qu'elle a de s'en faire aimer ,
tout idiot qu'il eft , en lui donnant de
Pefprit à la faveur d'une nouvelle éducation.
L'infidelité qu'elle fait au grand
Enchanteur Merlin à qui elle a promis fa
foy. Trivelin dans toute cette Scene paroît
être dans les interefts de Merlin , &
nous prepare à ce qu'il fera dans la fuite
pour traverser le nouvel amour de la Fée .
SCENE II.
Arlequin , fon Maître à Danfer , la Fée ;
Trivelin.
La Fée demande tendrement à Arlequin
s'il veut bien prendre fa leçon . Arlequin
répond d'une maniere fi niaiſe que
Trivelin ne peut s'empêcher d'en rire. La
Fée en fait des reproches à Trivelin par
ces mots : oh ! je vous prie , ne riez pas ,
cela me fait injure ; je l'aime , cela vous
fuffit pour le refpecter. Arlequin ne veut
point prendre de leçon , il aime bien
mieux une bague qu'il voit briller aut
doigt de la Fée. Elle lui demande s'il la
veut , il lui répond qu'oüi , & la reçoit
auffi groffierement qu'il l'a demandée. La
Fée le prie de vouloir bien en reconnoiffance
prendre une leçon . Il y confent , &
l'execute d'une maniere à faire rire les
fpectateurs les plus ferieux. Il finit fa
Dv leçon
930 LE MERCURE
leçon par ces paroles : Je m'ennuye. En
voilà donc affez , dit la Fée , nous allons
tâcher de vous divertir. Arlequin faute
de joye à cette promeffe , & dit en riant :-
Divertir , divertir.
SCENE III.
La Fée , Arlequin , Trivelin , troupe de
Chanteurs & de Danfeurs.
Arle-
Au premier vers qu'on chante ,
quin donne un trait de bêtife. Le Chanteur
dit : Beau Brunet, l'Amour vous appelle
je ne l'entends pas , dit Arlequin
où est- il ? eh eh ! qu'il crie donc plus
haut. Le Chanteur continuë.
Beau Brunet , l'Amour vous appelle
Voyez-vous cet objet charmant ?
"
Ses yeux dont l'ardeur étincelle ,
Vous repetent à tout moment ,
Beau Brunet , l'Amour vous appelle.
Cher Arlequin , dit alors la Fée , cest
tendres chanfons ne vous infpirent- elles
rien ? que fentez - vous ? je fens , répond
Arlequin , un grand appetit. Arlequin
s'en dort , & s'éveille enfin en difant , hi ,
hi , hi , mon pere ? eh ! je ne vois point
ma mere . On juge bien que tout cela doit
faire un peu plus de plaifir à la reprefentation
DE NOVEMBRE 1723 937
tation qu'à la lecture. Paffons à la quatriéme
Scene.
Le Theatre change , & reprefente au
loin quelques Moutons qui paißent .
SCENE I V.
Sylvia , un Berger.
Sylvia eft auffi indifferente que le Berger
eft amoureux . Elle lui avoue qu'elle
n'a jamais rien fenti pour lui ; il la prie
tendrement de répondre à fon amour ,
elle le chaffe, en lui difant froidement que
cela pourra venir .
SCENE V.
Sylvia , Arlequin .
C'est dans cette Scene que l'Auteur
commence à juftifier le titre de fa Comedie.
L'Amour polit Arlequin , & y réüffit
mieux par un feul regard de Sylvia ,
que toutes les leçons que la Fée lui a fait
donner. Sylvia prend autant d'amour
qu'elle en donne , & cette paflion naiſfante
s'exprime d'une & d'autre part ,,
avec une naïveté qui en dit plus que l'éloquence
la plus étudiée..
Comme ils fe font aimez dès qu'ils fe
font vûs , ils ne fe quittent que pour fe:
revoir encore ; Sylvia laiffe tomber fon
D vj mou932
LE MERCURE
mouchoir , Arlequin le ramaffe , & la
prie de le lui laiffer ; Sylvia y confent , &
va rejoindre fes Moutons qui s'égarent.
La Scene change , & reprefente le jardin
de la Fée.
La Fée , Trivelin .
Dans cette Scene Trivelin annonce
l'arrivée de Merlin à la Fée qui s'affermit,
dans le deffein de le tromper , & d'aimer
toûjours Arlequin , tout indifferent qu'il
eft.
La Fée appercevant Arlequin , un mou
choir à la main , dit à Trivelin : qu'elle
veut fçavoir ce que ce mouchoir renferme
de myftere , à la faveur d'une bague
qui va les rendre tous deux invifibles . Arlequin
ne voyant perfonne , fait millefingeries
avec le mouchoir de Sylvia. La
Fée fe rend vifible ; elle fe flatte d'abord
que ce mouchoir eft à elle , mais détrompée
enfin , ellé eft faifie d'un mouvement
jaloux qu'elle cache pour ne pas effaroucher
fon ingrat. Elle s'apperçoit qu'il a
de l'amour & de l'efprit , mais qu'elle
ne lui a donné ni l'un ni l'autre . Arlequin
quitte la Fée , pour aller , dit- il ,
dormir fous un arbre.
La Fée eft au defefpoir de ce qui vient
de paroîte à fes yeux , elle témoigne fa
dou
DE NOVEMBRE 1723. 933
douleur à Trivelin par ces plaintes : Ah !
quel coup pour moi , que le petit ingrat
vient de me paroître aimable : il a déja ;
pourfuit- elle , de la délicateffe de fentiment
il s'eft retenu , il n'ofe me dire de
qui il tient ce mouchoir ; il devine que j'en
ferois jaloufe ; ah ! qu'il faut qu'il ait pris
d'amour , pour avoir déja tant d'efprit ! là
Fée forme la réſolution de découvrir fa
rivale à quelque prix que ce foit , & com
mande à Trivelin de la feconder dans ce
trifte foin.-
SCENE IX.
La Scene change , & reprefente une prairies
où des Moutons paiſſent.
dans le lointain.
Sylvia , une de fes Coufines .
Sylvia ouvre fon coeur à fa Coufine
& lui apprend l'amour qu'elle vient de
prendre pour Arlequin . Sa Coufine lui
confeille de lui cacher avec foin ce
qu'elle fent pour lui . Sylvia ne s'accommode
pas de cette diffimulation ; je
fuis encore trop jeune , dit- elle , pour
gêner. Elle promet pourtant à fa Coufi
de faire tout ce qu'elle pourra pour
vre fes confeils .
fui-
Que je fuis inquiete , dit Sylvia , étant
fcule,
934
LE MERCURE
feule , j'aimerais autant ne point aimer
que d'être obligée à être feveres cependant
ma Coufine dit que cela entretient
Pamour. Voilà qui eft étrange : on devroit
bien changer une maniere fi incommode :
ceux qui l'ont inventée n'aimoient pas tant
que moi.
Arlequin appercevant Sylvia , vient à
elle en fautant , elle le reçoit avec froideur
, elle retire fa main qu'il veut baifer.
Arlequin pleure , elle en a pitié , & ne
pouvant plus contraindre les fentimens
fecrets ob dit- elle , ma Confine dira
ce qu'elle voudra , je ne puis y tenir :
confolez- vous , mon amant , & baifez ma
main, puifque vous en avez envie : mais
écoutez , n'allez pas me demander combien
je vous aime ; car je vous en dirois
toûjours la moitié moins qu'il n'y en a.
Cela n'empêchera pas , pourfuit- elle , que
dans le fondje ne vous aime de tout mon
coeur ; mais vous ne devez pas le fçavoir ,.
parce que cela vous ôteroit l'amitié que
vous avez pour moi ; on me l'a dit. Cette
naïveté donne lieu à une Scene tout- àfait
finguliere. Arlequin & Sylvia conviennent
que toutes les fois qu'ils fe diront
qu'ils ne s'aiment gueres , cela vondra
dire qu'ils s'aiment beaucoup. Mais
ils oublient bien- tôt leur marché ; Arlequin
fe fâche que Sylvia lui refuſe fa mai n
DE NOVEMBRE 1723. 935
baifer , quoique felon leur convention
cela veuille dire qu'elle feroit ravie qu'il
la baisât ; eh je veux la baifer , on je
ferai fâché , dit Arlequin , vous badinez
mon amant , lui répond Sylvia , & comme
Arlequin fe fâche tout de bon , elle
lui dit , en lui preſentant ſa main , baifez
donc.
La Fée furprend Arlequin baifant la
main de Sylvia. Elle demeure quelque
temps invifible pour fe mieux inftruire de
fon malheur ; mais n'en étant enfin que
trop certaine, elle ſe montre , elle ordonne
à Arlequin de la fuivre en le touchant de
fa baguette , & d'un autre coup de baguette
, elle rend Sylvia immobile.
Sylvia veut s'enfuir , & eft fort furprife
de fe trouver comme petrifié. Une
troupe de Lutins viennent l'enlever .
La Scene change , reprefente
le jardin de la Fée .
La Fée fait de fanglans reproches à
Arlequin fur l'indigne Rivale qu'il lui
prefere. Arlequin feint de retomber dansfa
premiere bêtife ; la Fée lui dit que
cette feinte ne fauvera pas Sylvia , &
qu'elle va la poignarder à fes yeux . Arlequin
fremit du danger de fa Bergere .
Il n'oublie rien pour calmer la colere de
la
936 LE MERCURE
la Fée . Cette amante irritée prend le
parti de le tromper , en lui perfuadant
que cette petite fripone qui lui donne
dans la vûë , ne l'aime point , & qu'elle
doit fe marier avec un Berger qu'elle
cherit tendrement. Arlequin commence
à fentir de la jaloufie , il fait pourtant
connoître à la Fée qu'il n'ajoûte gueres
de foi à ce qu'elle vient de lui dire. La
Fée lui promet de l'en convaincre par la
bouche même de Sylvia ; & comme Arlequin
craint que fa prefence n'oblige Sylvia
à parler contre la penſée , la Fée lui
jure par le Styx qu'elle ne fera ni prefente
, ni invifible à leur converfation.
Arlequin fe retire.
P
La Fée fonge à la maniere d'éluder fon
ferment.
SCENE XVI.
La Fée , Trivelin:
<
La Fée ordonne à Trivelin d'être
prea
fent à une converfation que Sylvia va
avoir avec Arlequin . Elle lui prête fa
bague pour le cacher à leurs yeux , &
fe
lui commande d'un ton menaçant de
ui rendre un compte fidele de tout ce
qu'ils fe feront dit. Trivelin fe retire , pour
aller faire venir Sylvia .
La Fée ordonne à Sylvia de dire à Arlequin
qu'elle ne l'aime point , & qu'on
va
DE NOVEMBRE 1723. 937
va la marier avec un Berger du Village 3
elle lui fait entendre qu'elle fera à fon
côté , & que fi elle la trompe , elle eſt
morte ; & voyant que la menace de la
mort ne fait pas affez d'impreffion fur
l'efprit de la Bergere , elle commande
aux Lutins qui font foumis à ſon empire
d'aller prendre l'ingtat qu'elle aime , &
de le poignarder à fes yeux. Sylvia plus
fenfible au peril de fon amant , qu'au
fien même , promet tout à la Fée , pour
vû qu'elle laiffe vivre fon cher Arlequin
SCENE XVIII. & c.
Sylvia , Arlequin , & Trivelin caché.
Quoique la fituation de cette Scene
foit très- ufée , elle ne laiffe pas de produire
un grand intereft. Nous l'éprou
vons tous les jours dans Britannicus , dans
Thefée , Opera , & dans beaucoup d'autres
pieces. Un amant , ou une amante
contraints à dire qu'ils font ingrats , volages
, ou parjures , parce qu'ils font
écoutez , & qu'ils ont tout à crain
dre pour l'objet aimé , nous arrachent
des larmes. Sylvia eft ici dans la même
fituation . La Fée lui a ordonné de
dire à fon cher Arlequin qu'elle ne l'a
jamais aimé , & qu'elle va fe marier à
un Berger. Elle croit que fa cruelle . Rivale
938
LÉ
MERCURE
vale eft témoin invifible du menſonge
qu'elle va faire à fon amant , dont les
jours font menacez . Elle execute à la lettre
tout ce qu'elle a promis à la Fée ;
mais voyant qu'Arlequin veut fe tuer ,
elle ne peut plus lui cacher les veritables
fentimens de fon coeur . Trivelin qui éroit
invifible par la vertu de l'anneau magique
de la Fée , fe montre enfin à eux , &
entrant dans les interefts par rapport
Merlin , dont il veut fervir l'amour , il
confeille à Arlequin de feindre aux yeux
de la Fée qu'il n'aime plus Sylvia , &
que c'eft la Fée même qui eft l'objet de
fon amour . Il lui dit encore de tâcher de
fe faifir de fa baguette , en laquelle réfide
toute la force de fes enchantemens :
tout cela s'exccute au grand contentement
d'Arlequin & de Sylvia. La Fée
perd fon pouvoir en perdant fa baguette ,
& Arlequin devient fon maître , commet
elle a été fa maîtreffe. Il la rend immobile
, & s'en va dans d'autres climats s'établir
un empire , où il puiffe vivre heureux
avec Sylvia.
EPITRE AU ROY DE PORTUGAL ,
fur l'établiffement de la nouvelle Académie
, qui a pour objet la perfection
de l'Hiftoire. Par M. l'Abbé du Jarry.
A Paris , chez F. Flahaut , Quay des
Al
DE
NOVEMBRE 1723 . 939
Auguftins 1723. in 4º de 8. pages.
Réduits à ne pouvoir donner qu'un
extrait de ce Poëme , nous formes embarraffez
fur le choix ; quel choix peuton
faire en effet entre des penfées prefque
également folides & brillantes ? en
confervant les unes on fait regretter la
perte des autres . Nous ne ferions , dans
aucun embarras , fi la piece nous étoit
tombée manufcrite entre les mains. M. de
fa Motte qui l'a approuvée trouve que
les Lettres y font dignement celebrées .
L'Auteur commence ainfi fon Epître .
Prince , daigne agréer que ma voix indifcrete
Soit du peuple fçavant une foible interpretes
Et qu'exprimant fon zele en vers reconnoiſſans ,
J'offre au pied de ton Trône un grain de món
encens,
Eleve des neuf Soeurs , jeune Aiglon , mon au
dace
Me fit prendre le vol au fommet du Parnaſſe.
Trois heureux coups d'effai fous le Royal lambris,
Sur d'illuftres rivaux me donnerent le prix ;
Quand d'un juſte devoir envers toi je m'aquite ,
C'eſt l'amour des beaux Arts qui fait tout mon
merite :
i
Ces beaux Arts font pour l'homme une fource
་
de biens ;
Ils
$40
LE MERCURE
Ils ont d'un doux commerce affermi les liens ,
Et fous le joug des loix rendant les coeurs do
ciles ,
Raffemblé les humains dans l'enceinte des Villes
De l'enfance du monde , ouvrage merveilleux ,
Jadis reprefenté par ce Luth fabuleux ,
Au fon de qui l'on vit les pierres animées
Et des premiers remparts les enceintes formées
A quel comble d'honneur parurent élevez
Les peuples où l'on vit les efprits cultivez :
La fplendeur des Etats , la gloire des genies ,
Par un fort glorieux , dans tous les tems unies ,
Virent également & monter & déchoir
La fuprême éloquence & l'abfolu pouvoir.
L'Heroïque valeur , la docte politeffe ,
Furent au même ràng à Rome comme en Grece
Grand Roy, quand tu te rends des Mufes le foutien,
Le Laurier fur leur front reverdit fur le tien
Je les vois fur ton Trône à tes côtez affifes
Pour celebrer ton nom d'un feu divin épriſes
A l'envi s'animer par de nobles efforts ,
Et de leurs luths pour toi preparer les accords:
Du nom d'humanitez les lettres honorées
Polif
DE NOVEMBRE 1723 .
944
Poliffent le Barbare aux lointaines contrées :
Leur charme temperant les farouches humeurs ,
Laiffe un air de douceur répandu fur les moeurs
Il unit autrefois Scipion & Lelie ,
Il reffere des coeurs le beau noeud qui les lie;
Forme de l'amitié le commerce fi doux ,
Et de l'adverfité fait foutenir les coups :
Les entretiens fçavans , les doctes exercices
Font gouter à l'efprit d'innocentes délices.
Ces purs & vrais plaifirs qui charment la raiſon ;
Sans qu'un remords amer y mêle fon poiſon.
Des inftans fugitifs , ils menagent la courſe ,
Préviennent de tous maux l'inévitable fource ?
Les jours coulent fereins en travaux innocens ,
Qui ferment la penfée au commerce des fens .
L'Hiftoire de tout temps fut le Livre des Princes
Leur montre le grand Art de regir les Provinces,
Sur le paffé leur trace un plan pour l'avenir ,
Et contre les affauts du fort les fçait munir.
Elle prévient la trifte & tardive fcience ,
Qu'acquiert aux cheveux blancs la longue experience
.
Par les fautes d'autrui , prudente , les inftruit ,
Ea
942
LE MERCURE
Et des fiecles paffez leur fait cueillir le fruit.
C'est elle qui découvre aux maîtres de la Terre ,
Le fentier des vertus dans une jufte guerre ;
Leur marque les écueils fous le Trône cachez
Leur prefcrit les devoirs à leurs rangs attachez
Les rend fourds à la voix des flatteufes Sirenes ,
Poiſon le plus fatal des grandeurs fouveraines ,
Et leur fait des leçons de ces fameux revers ,
Qui par leur chûte encore inftruiſent l'Univers,
Pareille à ces flambeaux qui fur les mers profondes
,
Découvrent dans la nuit les écueils fous les ondes :
Et marquent au Nocher , qui fçait en profiter ,
La route qu'il doit fuivre , ou qu'il doit éviter,
Finiffons par ce trait adreffé au Roy
de Portugal
.
Qu'il eft beau de te voir paré du Diadême ,
Ne devoir de ton rang la fplendeur qu'à toîmême
,
Et fans te dégrader , élever juſqu'à toi
Le fujet que tu rends preſque égal à ſon Roy.
1
LETTRE de M. de S. André fur la
Magie , vol . in 12. A Paris , chez R. N.
Defpelly , Place de Sorbonne.
LI
DE NOVEMBRE 1723.
943
LE RENAUD L'AMOUREUX , in 12.
avec figure , chez le même Libraire.
LES PRINCIPES de la Philofophic
de Delcartes , idem in 12. avec figures.
Le même Libraire donnera tous les ouvrages
de M. des Cartes , & dans la
même forme. Ils feront prêts à la fin dẹ
l'année.
LA VIE DE SAINT IRENE'E , fecond
Evêque de Lion , Docteur de l'Eglife &
Martyr , 2. vol . in 8 ° de plus de 360,
pages chacun. A Paris , chez le même.
LETTRE SUR L'INOCULATION de
la petite verole , comme elle le pratique
en Turquie , & en Angleterre , adreflée
à M. Dodart , Confeiller d'Etat , & Premier
Medecin du Roy. Avec un Appendice
qui contient les preuves , & répond
à plufieurs queftions curieufes. Par M. de
la Cofte D. M. A Paris , chez Claude
Labotiere , rue S. Jacques 1723. vol. in
12. de 123. pages.
Ce livre qui a paru au commencement
de ce mois , eft tout- à- fait du temps ,
car la maladie dont il eft queftion a fait
de prodigieux ravages cette année. On
y explique l'operation d'inoculer la petite
verole , comme elle s'eft pratiquée depuis
long
44 LE MERCURE
long- temps dans l'Orient , & comme
elle fe pratique depuis environ trois ans
en Angleterre. L'Auteur eft un Mede.
cin , qui a exercé long- temps fa profef
fion dans ce Royaume- là , & que M. le
premier Medecin a crû propre à éclaircir
tout ce qui a du raport à ce fujet . Attentif
fur tout ce qui regarde la Charge
éminente , & tout ce qui peut contribuer
à l'avancement d'une profeffion , qui devient
tous les jours plus neceffaire , à
mefure que le luxe rend les maladies plus
opiniâtres & plus dangereufes ; il a fouhaité
que ce qui réüffit en Turquie , &
ce qui eft prefque generalement approuvé
en Angleterre , & par le Prince qui
la gouverne, pût être goûté ici , & qu'il
eut fujet d'en faire les experiences neceffaires.
On verra que dans cette Lettre on
a donné un abregé des motifs qui ont
encouragé les Anglois à imiter les Turcs
dans cette pratique. Enfuite on y agite la
queftion , s'il eft permis à des Chrétiens
de caufer un mal phyfique leger , pour
en prévenir un plus grand , & on verra
là deffus ce que des plus habiles Docteurs
de la Sorbonne ont decidé , & qui me
ne à l'affirmative. On a mis les objec
tions , tant des Theologiens , que de
quelques Medecins dans toute leur force,
& il femble à plufieurs perfonnes du métier
DE
NOVEMBRE 1723. 945
Her , qui auparavant ne favoriloient pas
l'Inoculation , qu'on y a pleinement répondu
. L'Auteur étant d'opinion , que
l'exemple & l'autorité de perfonnes refpectables
dans la profeffion en Angle
terre , étoit de plus grand poids que des
raifonnemens , s'eft
principalement attaché
à des citations prifes des Lettres que
le Docteur Scone , & le premier Chirurgien
du Roy d'Angleterre , lui ont écrit
là - deffus , & qui lui ont fourni des Lettres
qu'on trouvera dans le fupplement
ou l'Appendice , comme l'a nommé l'Auteur
, qui fe flatte qu'on ne lui fera pas
un crime de quelques expreffions peu
Françoiſes , non plus que des fautes commifes
par l'Imprimeur. Il eft poffible
qu'il le trouve des perſonnes affez de loifir
pour combattre les argumens alleguez
pour la pratique de l'Inoculation ;
mais ces mêmes perfonnes ne doivent
pas trouver mauvais , fi on ne leur répond
que par les experiences qu'on doit faire
dans peu avec des Medecins de la Faculté
de Paris , que M. le premier Medecin
nommera pour furveillans. Si dans ce
traité on n'a pas fatisfait à la curioſité de
tout le monde , qui voudroit fçavoir de
quelle maniere fe fait cette operation ,
c'eft qu'on le réferve à le faire lorfqu'on
publiera les experiences qu'on aura fai-
E tes
946 LE MERCURE
tes , dont le fuccès déterminera le pu
blic à approuver , ou à negliger cette pratique.
M. de la Cotte doit la principale
partie de fon petit Traité à M. Amyand,
fils d'un Chirurgien de Paris , & mort
en pays étrangers . Il ne s'eft pas contenté
de lui communiquer ce qui s'eft paffé à
Londres ; mais ce que de très honnêtes,
& d'habiles gens lui ont écrit à ce fujet
de plufieurs Provinces d'Angleterre.
Dans ce Recueil on trouvera ce qui s'eſt
pratiqué depuis long- temps dans le Pays
de Galles , qui doit confirmer dans l'ef
perance, que ceux qui auront eu la petite
verole par l'Inoculation , n'auront pas lieu
de craindre la petite verole dans la voye
ordinaire ; & le catalogue des Inoculez à
Salisbury pendant cet Eté , où la petite
verole naturelle a été très - mortelle , &
très-maligne , fait voir que ce n'eft pas
fans raifon qu'on affirme , que c'eſt un
petit mal qu'on donne , en comparaiſon
du mal qu'on prévient.
M. de la Cofte mer dans tout fon jour
l'utilité de la methode de donner la petite
verole par Infertion ou Inoculation. Il
fe declare hautement pour ce remede , &
il croit que la pofterité aura lieu de benir
ceux qui l'auront autorifé ou indiqué.
+
Il dit d'après les obſervations de M,
Maitland , Chirurgien Anglois , faites
ER
DE NOVEMBRE 1723 . 947
en Turquie en 1717. Que les fymptômes
qui accompagnent cette petite verole artificielle
font fi peu confiderables , qu'à
peine merite- t'elle le nom de maladie.
Point de ces violens maux de reins ou de
tête , point de vomiffemens , d'ardeurs
ni d'inquietudes ; le pouls feulement affez
élevé pour qu'on puiffe dire qu'il y a
une Febricule. Et ce qui n'eft pas à méprifer
, fur- tout pour le beau fexe , c'eſt
que les puftules de cette petite verole ne
défigurent jamais , & ne marquent qu'aux
endroits de l'infertion ; de plus par cette
methode on n'a jamais la petite verole
deux fois. Mais , pourfuit l'Auteur plus
loin , quand il fe trouveroit un très-petit
nombre qui l'euffent une feconde fois ,
cette pratique auroit toûjours cela de bon,
qu'elle partageroit le venin , & qu'ello
gueriroit de la frayeur à laquelle font
Tujets du moins tous les adultes qui
n'ont jamais eu la petite verole , & à qui
cette frayeur nuit plus que toute autre
chofe.
,
L'auteur répond à l'objection qu'on
lui fait , que c'eft une présomption de
tenter la Providence , en expofant des
adultes ou des enfans de propos déliberé
à un mal que la Providence ne leur
enverroit peut être jamais , & qu'il n'eft
pas permis de donner un mal pour qu'un
bien arrive. E ij
J'accor
948 LE
MERCURE
J'accorde , dit M. de la Cofte , qu'il
n'eft pas permis de faire un mal moral ,
pour qu'il en refulte un bien phyfique
ni moral . Par exemple , il n'eft pas permis
de commettre un adultere , parce
qu'un mari eft impuiffant , & qu'un bien
fortira de la famille faute d'heritiers ;
mais il eft permis de faire un mal phyfique
, pour caufer un bien moral , ou un
bien phyfique plus grand, ( c'eft toûjours
l'Auteur qui parle . ) On fait fauter quelques
mailons , pour fauver une Ville ,
ou une rue d'une incendie , qui fans cela
deviendroit general ; on inonde une Province
pour chaffer les ennemis , qui n'y
feroient peut - être pas la moitié du dégât
, ou qui quitteroient le pays par
d'autres raifons. On fait des lignes au
tour d'une Province infectée de la pefte ,
& on tue fans remiflion des malheureux
qui veulent les franchir , quoiqu'ils ne
infectez ; & quoique foient peut - être pas
la Providence ne permettra peut - être jamais
que la pefte fe communique dans les
Provinces voifines . On donne la fièvre
pour guerir de plufieurs autres maladies,
ou bien on faigne pour prevenir des maladies
, dont on ne fera peut-être jamais
attaqué ; & cela quoiqu'il arrive de temps
en temps des malheurs par la faignée ,
& c.
On
DE NOVEMBRE 1723. 949
On fe fert de cette occafion pour informer
le public, que M. le premier Medecin
a accordé un Privilege à l'Auteur
de la Lettre , pour faire venir les eaux de
Bristol , & de les faire vendre dans de
Royaume , les connoiffant par lui-même
propres à guerir plufieurs maladies chroniques
, & fçachant que M. de la Cofte
en connoît parfaitement les vertus &
les ufages. Ces maladies chroniques font
principalement celles où les folides pechent
par leur relâchement , ou les fluides
par leur acrimonie , c'eft - à - dire , le
diabete , les gonorrhées fimples , les pertes
rouges & blanches ; & outre cela
prefque toutes les maladies de la veffie &
de la peau.
On vient de publier trois nouveaux
volumes du Recueil des anciens Poëtes
François le premier contient les Poëfies
de Jehan Marot , pere de Clement Marot
, avec celles de Michel , fils de ce
dernier . Jehan Marot prend la qualité
de Poëte d'Anne de Bretagne , Reine de
France ; il fut depuis Valet de Chambre
de François I. Ce volume contient les
conquêtes du Roy Louis XII . en Italie.
L'on y trouve des chofes fingulieres pour
l'Hiftoire de ce temps. Après ces pieces
Hiftoriques fuivent les Poëfies diverfes de
E iij
nôtre
950
LE MERCURE
nôtre Poëte. On convient que Jehan Ma
rot étoit né avec de grandes difpofitions
pour la Pefie , quoique fon éducation
eut été fort negligée. Il mourut en 1517 .
âgé de 60. ans . Les deux autres volumes
font les Poëfies de Guillaume Cretin , &
la Legende de Maître Pierre Faifeu ,
dont nous parlerons une autre fois .
La nouvelle édition des Oeuvres de
Jean Marot , dont il eft ici queſtion , eſt
un in 12. de 263. pages , fans y comprendre
quelques éclairciffemens & remarques
fur la perfonne & les ouvrages
de Jean , de Clement & de Michel Marot.
Ce livre eft imprimé à Paris , chez
Ant. Urbain Couftelier , qui n'a rien
épargné pour la beauté des caracteres &
du papier.
Les principaux ouvrages de Jean , font
la defcription des deux heureux voyages
de Genes & de Venife , du Roy Louis
XII. & l'Avocate des Dames & Princeffes.
Clement fon fils a mis une Preface
à la tête de cet ouvrage , à la loüange
de fon pere. •
Après les deux voyages de Genes &
de Venife , les Rondeaux font ce qu'il a
fait de meilleur.
Nous en allons donner quelques exemples.
III.
53.7
DE 951 NOVEMBRE 1723 .
III. Rondeau , page 224.
Plutôt que tard ung amant s'il eft fage
Doit à fa Dame en petit de langaige
Dire fon cas , & puys s'il apparçoit
Qu'il perde temps & qu'Amour le deçoit ;
Quitte tout là , cherche ailleurs advantaige ,
Car fur ma foy ce n'eſt petit gaige ,
Que de bouter fa franchiſe en fervaige ,
Pour endurer les maulx qu'on y reçoit ,
Pluftoft que tard .
Mais s'il congnoift que fa Dame ayt couraige ,
De lui ofter celle douleur & raige ,
Que fon las cueur pour fon amour conçoit ,
Cueur , corps & biens , alors comme qu'il foit ,
Donner luy doit , & bailler en hoſtaige ,
Pluftoft que tard.
XIII. Rondeau.
Our le déduit d'amoureuſe paſture ,
A quelqu'un fiz l'autre jour ouverture ,
Qui valloit miculx , la Françoiſe , ou Lombarde ?
Il me reſpond , la Lombarde eft bragarde ,
Mais froidde & molle , & fourde ſoubz monture.
Beau parler ont , & fobre nourriture :
E iiij
Mais
L
952 LE
MERCURE
Mais le furplus n'eft que toute
paincture ,
Vous le voyez , car chacune fe farde ,
Pour le deduict.
La
Françoife eft
entiere , & fans
rompture',
Doulce au
monter , mais fiere à la
poincture ;
Plaifir la mayne , au
proffit ne
regarde ,
Conclufion , qui qu'en parle ou
broquarde ,
Françoifes font chefs
d'oeuvres de nature ,
Pour le
déduict.
C
XVI.
Rondeau
Herchant plaifirs , je meurs du mal d'aymer,
Et tout pour vous , Dame au coeur très- amer}
Doulce en
femblant , mais en rigueur confictey
Car plus vous prie , & tant moins je proffite ,
Dont fans mercy ( par droict ) vous puys nommer
Autre que vous ne pourroit reclamer ;
Mon triſte coeur , dont me
convient palmer,
Criant , helas ! je meurs à la pourſuyte ,
Cherchant plaifir.
Si vous fupply avant que confommer
Que par pitié vous plaife me fommer ,
D'un doulx bayſer allyé de ſa ſuyte.
En
DE NOVEMBRE 1723 . 953
En ce faifant , defeſpoir prendra fuyte ,
Mais autrement mort me vient affommer ,
Cherchant plaifir.
Les Poëfies de Michel Marot , qui ont
été imprimées avec les contredits de Noftradamus
, compofez par le Seigneur du
Pavillon , font imprimées à la fin de ce
volume , & ne contiennent que 9. pages.
LETTRE d'un Religieux Benedictin ,
à fon Alteffe Royale Madame l'Abbeffe
de Chelles , fur ce qui s'eft paffé de plus
édifiant à Aix pendant la contagion. Petit
vol. in 12. A Paris , chez Jean -Baptifte
Samfon , Quay des Auguftins 1723 .
ve ,
Ce petit Livre , où tout re /pire la pieté
& la mortification , & qui d'ailleurs eft
bien écrit , eft un des meilleurs qu'on:
puiffe lire. Les exemples touchans qu'on
y met fous les yeux de la foy la plus vide
la charité la plus tendre & la plus
intrepide , dans un miniftere , où la mort
fe prefente à chaque pas , ferviront à
édifier & à ranimer la pieté des fideles.
C'eft ainfi que s'exprime M. Tourneli fur
cet ouvrage dans l'approbation qu'il lui ‹
a donnée , à quoi nous n'avons rien à
ajoûter.
E v LES
954 LE MERCURE
LES ILLUSTRES FRANÇOISES , trois
vol . in 12. chez R. M. Defpelli , Libraire
, Place de Sorbonne . Le troifiéme
tome fe vend feparement.
BIBLIOTHEQUE FRANÇOISE , où Hiftoire
litteraire de France. Tome 1. premiere
partie. A Amſterdam , chez J. Fr.
Bernard 1723. in 12. de 148 pages , fans
La Preface & la table.
Jamais fiecle n'a produit tant de Journaux
que le nôtre. Celui- ci eft tout nouveau.
On l'a entrepris à l'imitation de la
Bibliotheque Angloife , de la Bibliotheque
Germanique , & des Actes litteraires
de Suede. Cette Bibliotheque qui paroît
de bonne main , doit faire connoître les
ouvrages que la France produit , & ceux
qui voyent le jour en François dans les
Pays Etrangers . Les extraits des livres
nouveaux doivent être entrelaffez de Differtations
curieufes & de pieces fugitives ;
à quoi on doit joindre un détail exact de ce
qui concerne les fçavans qui reftent en
France, & de ceux que la mort enleve. On
avertit dans la Preface qu'on donnera un
volume de dix feuilles tous les deuxmois.
LES PRINCIPES DE LA FORTIFI
CATION MODERNE , accompagnez d'exem
DE NOVEMBRE 1723. 955
xemples qui en facilitent la connoiffance ,
avec une exercitation Mathematique fur
la Trigonometrie , & les Logarithmes .
Par M. Haverman , Directeur de l'Aca
démie Militaire de S. M. I. A Bruxelles ,
chez les freres Serftevens 1723. in 8° ..
avec figures.
SA
Extraits de diverfes Lettres.
Amuel Luchtman ( Leide ) va imprimer
par foufcription les Lettres de
Jufte Lipfe , qui n'ont point été imprimées
, & qu'on a tirées de la Bibliotheque
de l'Académie de Leide , avec celles
que lui ont écrit les fçavans de fon temps .
On y joindra les Lettres de Grotius , Saumaife
, Kinfius , Schelius , Reinchius ,
Scheffer , Daumius , Langerman , Bigot
J. F. Gronovius , Grevius , Voffius , Cuper
, Perizonius , & c. difpofées par ordre
cronologique , & enrfchies de courtes
notes , & de bons indices , par les foins
de Pierre Burman , 4. vol . in 4° on s'engage
de n'en tirer qu'autant d'exemplaires
qu'il y aura de foufcripteurs , fous
peine de 1000. florins .
Il paroît ici ( Rome ) dés l'année paffée
Dominici Georgii de Antiquis Italia metropolibus
exercitatio hiftorica &c. in 4
1722. L'Auteur attaque le celebre Mar
E vj quis
956
LE
MERCURE
quis Scipion Maffei , avec tout le mena
gement qui convient à un homme de Lettres
, celui- ci ne tardera pas à faire imprimer
fa réponſe qu'on attend avec empreffement
.
On imprime chez le Volpe ( Boulogne ) ›
il Teatro delle Comedie di Pier Jacopo
Martello , in 8 ° . Cet Auteur donna à
Rome en 1715. une feconde édition de
fon Teatro delle Tragedie , in 8 ° augmentée
d'un fecond tome , & d'un dialogue
fur la Tragedie , ancienne & moderne ,
les vers en font rimez comme ceux denos
Tragedies Françoifes , & de quatorze
fyllabes. Il publia enfuite à Florence
en 1721. l'Elena Cafta in 89 Tragedie
qui manquoit aux volumes precedens.
On acheve d'imprimer ici ( Amfterdam
) l'Hiftoire de la Conftitution Unigenitus
, en f. vol . in 12.
L'édition de toutes les oeuvres , tant
vers que profes de M. du Rozel de
Beaumont eft faite , c'eft le même qui
nous a donné dans l'Hiftoire critique de
la Republique des Lettres , un grand
nombre de fçavantes notes fur Horace .
Voici encore quelques livres qui fe débitent
ici , les Memoires de la Marquife
de Moteville 5. v . in 8 ° contenant la vie
de la Reine Anne d'Auftriche , & plufieurs
particularitez du regne de Louis
XIV.
DE NOVEMBRE 1723 95 %
XIV. les oeuvres diverfes de M. de Le
grais , le Bafillard de Mrs Stecle , &
addition traduit de l'Anglois en François,
& le troifiéme tome de la Bibliotheque
des Dames.
M. Schmeitzel vient de publier ( Iene ) ·
fon difcours inaugural fur le titre d'Em →
pereur que le Czar veut fe faire donner.-
Oratio inauguralis & c. Sa notice de la:
Bibliotheque de Bude qu'il promet depuis
fi long- temps , & la Bibliotheque
des Ecrivains Hongrois font toutes prê
tes , elles n'attendent qu'un Libraire qui
veille faire les frais de l'Impreffion . Il
joindra à la premiere les quatre livres de
Naldus , Naldins de laudibus Biblio
theca Budenfis , qui n'ont point été im
primez.
Nous avons prié dans nôtre Journal
du mois d'Aouft dernier , les perfonnes
qui ont acquis les Medailles d'or trouvées
depuis peu auprès de Montpelier , de nous
en envoyer la defcription . Nôtre priere
n'a pas été tout-à- fait vaine , M. le Prefident
Daigrefeuille , qui eft actuellement
à Paris , ayant bien voulu nous communiquer
lui - même , avec toute la politeffe
poffible , les fix Medailles d'or qu'il a
acquifes , qui font d'une grande beauté ,
&
358 LE MERCURE
& d'une parfaite confervation. En voici
la defcription pour la fatisfaction de
Mrs les Antiquaires , qui feront en même
temps bien ailes de fçavoir que M. Daigrefeuille
poffede un fort beau cabinet , &
qu'il eft très-éclairé fur toutes les matieres
d'antiquité.
1. NERO CASAR AUGUSTUS .
R. Juppiter Cuftos.
2. IMP. CAS. VESP. AUG . P. M.
R. Vic. Aug. Victoria globo infiliens,
dextra corollam tenens .
3. IMP. T. CESAR VESPASIAN .
R. Pax Auguft. Mulier fedens dextra
ramum , finiftra haftam.
4. DOMITIANUS CESAR . AUG . F.
R. Cof. 111. Cornu copia .
5. IMP. CES. NERVA TRAJAN. S.
'AUG. GERM.
R. Pont. Max. Tr. Pot. Cof. II. Mu
lier fedensfuper Clypeis , fere nuda dextra
Ramum & c. Daciam referens.
6. HADRIANUS AUGUSTUS .
R. Cof. III. Imp. Eques.
A l'égard des Urnes antiques trou
vées avec les Medailles d'or , nous avons
appris avec plaifir qu'on en a envoyé un
deffein au R. P. de Montfaucon , qui,
pourra en faire part au public dans les
fupplemens qu'il prepare de fon grand
Ouvrage.
mois
DE
NOVEMBRE 1723. 959
Nous avons parlé dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , page 125. d'une
nouvelle conftruction de Chaife à Por
teurs , inventée par M. l'Abbé de Hautefeuille
de l'Académie Royale des Scien
ces , au moyen de laquelle on pourra fa☛
cilement & commodement porter une
perfonne de Verfailles à Paris , de Parisà
Orleans & c. & faire dix ou douze
lieuës par jour. Cet Abbé qui a un grand
genie pour la perfection des Arts , & qui
s'y applique depuis plus de 5o . ans , vient
de faire paroître un autre imprimé , intitulé
Explication de la Chaije à quatre
Porteurs , dans laquelle il fatisfait pleine
ment à quelques difficultez propofées
contre cette nouvelle invention. A la fin
de cet imprimé M. de Hautefeuille promet
de faire les experiences de cette
Chaife , & de quelques autres inventions
nouvelles de fa façon , fingulierement
d'un Sablier , ou Clepfidre Maritime
d'une conſtruction particuliere , & qui
promet beaucoup d'utilité pour la Navi
gation , &c .
On a fçu que l'Auteur des deux Pie
ces en profe & en vers , qui ont remporté
les prix de la Poëfie & de l'éloquence , à
la Fête de S. Louis derniere , eſt un Gentilhomme
de Tarafcon , en Provence
Me
180
LE
MERCURE
nommé M. de Chalamont de la Vifclede.
M. d'Agoumer , ancien Recteur de
P'Univerfité de Paris , Provifeur du College
d'Harcourt , a été élû de nouveau
Recteur de la même Univerfité , à la
place de M. Gilbert.
On apprend de Londres que le 20. du
mois paffé on découvrit une Comette dans
la partie Meridionale de cette Ville , laquelle
a été obfervée depuis presque tous
les jours par le Docteur Halley , Aftronome
du Roy , qui l'avoit découverte le
premier , & par d'autres perfonnes de la
focieté Royale : elle commence à paroître
à fept heures du foir , étant vinble à
la fimple vûe ; mais comme on a remarqué
avec le Teleſcope que fa lumiere diminuoit
confiderablement, on croit qu'elle
difparoîtra dans peu.
On mande de Vienne , qu'en creufant
la terre à Carlfbourg en Tranfilvanie ,-
on avoit trouvé diverfes pierres fepulchra--
les , des veftiges de tombeaux , & quel-.
ques Medailles antiques des Romains ,
que le Comte de Konigfeck , Commandant
de cette principauté , a fait charger
fur des barques pour les tranfporter en
Allemagne , & les mettre dans la nouvelle
Bibliotheque de l'Empereur , à laquelle
on travaille actuellement.
Le
DE NOVEMBRE 1723 . 965
Le 27. de Septembre dernier l'Acadé
mie Royale de l'Hiftoire à Lifbonne , s'é
tant affemblée extraordinairement
par
ordre du Roy de Portugal ; le Marquis
de Valença prononça à l'occafion de la
naiffance d'un quatriéme Infant , dont la
Reine étoit heureufement accouchée, trois
jours auparavant , un difcours très- éloquent
, en prefence de S. M. P. & des
Infants.
L
SPECTACLES
.
Es Comediens François ont remis au
Theatre fur la fin de l'autre mois , la
Comedie fans Titre , ou le Mercure Ga
Lant. Piece en cinq Actes , en vers , de M.
Bourfault , qu'on n'avoit reprefentée depuis
fort long - temps ; le public la vûë
avec beaucoup de plaifir . Cette Piece eft
très- bien écrite , il y a de très jolies fcenes
, qui , quoiqu'elles ne tiennent à rien ,
ne laiffent pas de produire leur effet.
Il y aura Comedie trois fois la ſemaine
à Versailles , pendant l'hyver , des Comediens
du Roy , & des Comediens Italiens.
Les premiers ont commencé à reprefenter
devant S. M. & devant l'Infante
Reine le 15 , de ce mois la Tra-
-
gedia
362 LE MERCURE
gedie d'Inès de Caftro , qui a eu le même
fuccès à la Cour , qu'elle avoit eu à Paris
, ayant fait répandre beaucoup de larmes
, & pour petite Piece , le Concert
Ridicule , qui a beaucoup diverti .
Les mêmes Comediens ont remis au
Theatre fur la fin de ce mois , la Trage
die de Cleopatre , de feu M. de la Chapelle
, qui eft excellemment repreſentée ,
& qui attire de nombreuſes affemblées au
Theatre François.
THEATRE ITALIEN.
Es Comediens Italiens ont reprefenté
le 3. de ce mois , fur le Theatre du
Palais Royal , une Piece Italienne en cinq
Actes , qui a pour titre en François . L'A
dultere Innocente , & en Italien , l'Innocente
venduta & rivenduta ; le fujer eft
tiré d'une nouvelle de Bocace ; le fieur
Dominique , Comedien de la troupe Ita-
Henne l'a mife en vers , & l'a faite imprimer
dans fon nouveau Theatre Italien ,
fous le nom de la Femme Fidele , ou les
Apparences Trompeufes , imprimé à Paris
en 1712. cette Piece fut fuivie de la petite
Comedie du départ des Comediens Italiens
, que nous avons annoncé dans nôtre
precedent Journal , en voici l'extrait .
Le deffein que les Comediens Italiens
avoient
DE NOVEMBRE 1723.
969
,
avoient formé d'aller pafler quelques mois
à Londres , a donné lieu au feur Dominique
de faire cette petite Piece , pour être
reprefentée à quelques jours avant leur
départ. Leur voyage ayant été rompu par
des ordres fuperieurs , ils n'ont pas laiffé
de la jouer , en y faifant quelques petits
changemens ; & elle a été affez bien reçûë
du Public.
On feint que
le bruit du prochain dé
part des Comediens Italiens s'étant répandu
par tout Paris , la Comedie Françoife
perfonnifiée , & reprefentée par la
Due Flaminia , a envoyé fa confidente
Enone , à l'Hôtel de Bourgogne , pour
s'informer ſi une nouvelle fi Alatteufe pour
elle eft veritable ; Enone revient & lui
confirme cette heureufe nouvelle. Sa
Maîtreffe fe prepare à aller faire compliment
fur ce fujet à la Comedie Italienne ,
& à faire éclater à fes yeux une douleur
hipocrite ces deux Scenes fe paſſent
dans l'Hôtel , des Comediens François ,
fans autre receffité , ce femble , que de
maintenir le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
, dans la poffeffion où il s'eft mis
de n'être point affujetti à des regles incommodes
, telles que l'obfervation d'unité
de lieu. En effet , rien n'étoit plusaifé
que de commencer l'action dans le
lieu même , où tout le refte fe paffe.
Enfin
984 LE MERCURE
Enfin Enone confeille à fa maîtreffe de
ne pas oublier tous les chagrins que la
Comedie Italienne lui a caufez par les
Parodies , &c. & finit par ces deux vers .
Confervez vôtre haine , & n'oubliez jamais ,
Qu'au milieu de Chaillot ils logerent Inès.
Le Theatre change dans la troifiéme
Scene , & reprefente l'Hôtel des Comediens
Italiens. La Comedie Italienne reprefentée
par la Dile Sylvia , y paroît
avec Lelio & Arlequin , au milieu de
plufieurs Gagiftes , occupez à faire des
ballots , & à remplir des coffres. Lelio
& Arlequin témoignent le chagrin qu'ils
ont d'être obligez de quitter Paris , où le
publie leur a donné fi fouvent des marques
de fa bonté & de fon indulgence.
A ces marques de douleur , Arlequin'
ajoûte des réflexions qui conviennent à fon
caractere de poltron il ne peut fe réfoudre
à paffer la mer de peur de faire naufrage
la Comedie Italienne le raffeure ,
& n'oublie rien pour le confoler par l'efperance
d'un heureux voyage , & d'un '
plus heureux retour. Un Domeftique
vient annoncer la Comedie Françoile ;
elle entre , & témoigne à fa chere foeur
le regret qu'elle a de la voir partir ; elle
s'adreffe enfuite à Arlequin , & lui dit
W
DE NOVEMBRE 1723. 965
Ueft donc vrai que vous quittez Paris ,
Arlequin lui répond d'un ten tragique,
N'en doutez nullement , le deffein en eft pris.
Je pars pour Albion , adorable Princeffe ,
Et quitte le féjour de l'aimable Lutece.
Arlequin lui fait entendre enfuite malicieufement
qu'ils reviendront bien -tôt ,
ce qui eft un rabat-joye pour la Come
die Franç i e . Elle répond en ces termes :
Ah ! je ne croyois plus vous revoir en ce lieu ,
Et je venois vous dire un éternel adieu.
Un bruit de Timbales & de Trompettes
annonce l'arrivée de l'Opera , qu'un
même fujet attire à l'Hôtel de Bourgogne
; il fait fon compliment à fa maniere,
c'est- à- dire en chantant. La Foire reprefentée
par le fieur Dominique , ne tarde
gueres à le fuivre avec tous les farceurs :
elle entre en danfant ( au milieu de fa
troupe ) fur l'air du Mirliton. Elle pric
la Comedie Italienne de parler en fa faveur
à la Comedie Françoife , & à fon
coufin l'Opera , afin que pendant fon
abfence ils la laiffent tranquille. L'Opera
chante une parodie fur l'air du Menuet
des Fêtes Grecques & Romaines , dont
voici les paroles .
Puiffiez966
LE MERCURE
-
Puiffiez-vous loin de nous ,
Pendant plufieurs années ,
Puiffiez- vous loin de nous ,
Goûter le bonheur le plus doux ;
Puiffent les deſtinées
Vous combler de guinées ,
Pour peu que là- bas ,
Vous trouviez d'appas ,
Ne revenez pas.
L'Opera chante encore une parodie
fur un air de l'Opera de Roland , au genereux
Roland , je dois &c. La fuite de
la Foire , compofée d'un Arlequin , d'un
Scaramouche , d'un Pierrot , d'un Polichinelle
, & de deux Danſeuſes , fait le divertiffement
de cette Comedie par des
danfes de caracteres. La Comedie Italienne
s'avance triftement fur le bord du
Theatre , & adrefle au Parterre un compliment
, où elle exprime d'une maniere
très pathetique la douleur dont elle eft penetrée
à la veille de fon départ , &c.
Pantalon arrive tout joyeux à la fin du
compliment , & annonce à fes camarades
qu'ils ne partiront pas , & qu'un ordre
fuperieur les arrête en des lieux qu'ils
avoient tant de peine à quitter. Ce dénouëment
+
DE
NOVEMBRE 1723 .
967
nouement mortife très- fort la Comedie
Françoife , l'Opera , & la Foire ; ils fe
retirent pour dérober leurs chagrins aux
fpectateurs. Arlequin fait éclater la joye
avec ces graces qui lui font fi naturelles ,
il embraffe tous ces camarades , & même
le Parterre par des embraffemens qu'il lui
prefente de deffus le Theatre.
Les mêmes Comediens ont repris à
l'Hôtel de Bourgogne le 13. de ce mois ,
La double Inconftance , Piece Françoiſe en
trois Actes , avec des agrémens dont
nous avons donné l'Extrait dans le Mercure
d'Avril,
Cette Troupe a reprefenté devant le
Roy le 18. la Comedie Italienne d'Arlequin
Bouffon de Cour , & pour petite l'iece
Agnès de Chaillot , qui ont fait beau
coup de plaifir.
L
L'OPERA.
' Académie Royale de Mufique con.
tinue depuis le quatre de ce mois
les reprefentations
de Thetis & Pelée
qui parût pour la premiere fois en 1689 .
Les paroles de cette Tragedie font
de M. de Fontenelle , & la Mufique de
M. Colaffe , éleve de M. de Lully. Rien
n'a été épargné pour la beauté des décotations
; les habits y ſont auſſi bien enten
dus
968 LE MERCURE
dus que magnifiques , & ce grand fpectacle
qui eft extrêmement goûté du public
en reçoit un merveilleux agrément.
La Due le Maure reprefente la Nuit
dans le Prologue , la Dlie Julie la
Victoire , & le fieur Granet le Soleil, Le
fieur Thevenard reprefente Neptun : dans
la Piece , le fieur Muraire , Pelée , le
fieur Dubourg Jupiter , & le fieur Granet
Mercure. La Die Antier joue le principal
rôle de Thetis , avec un applaudiffement
general.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin ,
on a fait l'ouverture des Bals , qu'on donne
tous les hyvers fur le Theatre de
l'Opera , qui ne feront interrompus juſqu'au
Carême , que pendant le temps que
durent les Avents. On y paye le prix
ordinaire de 5. liv. par perfonnes.
Le 14. de Septembre dernier on ouvrit
quatre Theatres de Comedie à Venife ,
& le 17. Octobre on reprefenta fur le
Theatre de S. Moyfe un nouvel Opera ,
intitulé Ermengerde , Reine d'Italie.
Le 17. du mois paffé on fit à Naples
l'ouverture du Theatre de S. Barthelemi ,
par la reprefentation de l'Opera de Silla
Dictateur , qui fut honorée de la preſence
du Cardinal d'Althan , Viceroy de ce
EDITS
yaume.
DE
NOVEMBRE 1723. 969
EDITS ,
DECLARATIONS,
ARRESTS , &c.
RREST du 5. Septembre , contre tous
A Fraudeurs des Droits rétablis , qui prendront
des routes détournées ou chemins
obliques , & qui refuferont de dire leurs noms
& demeures : & contre ceux qui fouffriront
que leurs maifons fervent de retraites ou
d'entrepofts aufdits Fraudeurs , à peine de
prifon d'amende & de confifcation,
EDIT du Roy , donné à Verfailles au mois
de Septembre 1723. enregiſtré au Parlement le
8. Octobre , portant defunion des droits &
Privileges des Chirurgiens Jurez -Royaux , &
union d'iceux aux Lieutenans du premier Chirurgien
du Roy , rétablit par le prefent Edit ,
avec les Statuts & Reglemens pour la Communauté
des Maîtres Chirurgiens de la Ville
de Verfailles.
ARREST du 30. Septembre. Qui regle la
maniere en laquelle fera fait le recouvrement
du droit de Confirmation , à caufe de l'avenement
du Roy à la Couronne , & en confequence
ordonne.
Que tous les Officiers de Judicature , Police
& Finance , & autres de quelque nature
& condition qu'ils foient , compris dans la
Declaration du 27. Septembre 1723. enſemble
F toutes
970
LE MERCURE
toutes les Communautez des Villes , Bourgs
& Bourgades ; les Marchands en gros , les
Communautez des Marchands , Arts & Métiers
où il y a Jura de & Maîtrife , les Privilegiez
& les Hoteliers , Cab. retiers , & autres
fujets audites taxes dans tout le Royaume ,
payeront les fommes aufquelles chacun d'eux
fe a taxé , fuivant & en vertu des Rôles qui
ferent arrêtez au Confeil ; copie defquels
collationnée par l'un des Secre :aires du Roy ,
fera executoire , pour être maintenus & confirmez
dans l'exercice & fonctions de leurs
Charges & Offices , & da s les droits , Privileges
, annobliffemens , dons , conce licns ,
alienations , engagemens , maîtriſes , oct : ois ,
franchiſes , foires , marchez , permiffions ,
frac falé , ponts , peages , paffages , bacs
moulins , forges , exemptions , immunitez ,
entrées de vins , & autres dont ils jouiffent ;
lefquelles taxes feront payées par les redevables
, fix femaines après la fignification qui en
fera faite au Greffe de la principale jurifdiction
Royale , ou aux Hôtels de Ville & Communautez
, ou après la publication qui en fera
faite , foit aux Prônes , foit à l'iffue des Meffes
Paroiffiales , ou par affiches.
Qu'il fera établi un Bureau dans chaque
Ville où ily a Bureau des Finances , Election ,
Evêché & Viguerie , auquel les fommes impofées
, enfemble les deux fols pour livre &
trois livres pour les frais de la Quittance , feront
payez par les redevables entre les mains
de celui qui fera prepofé par Nicolas Porié
pour faire le Recouvrement , fur le Recepiffé
dudit prépofé , portant promeffe de remettre
dans trois mois aufdits redevables une Quitsance
de Finance du fieur Bertin dûëment
conDE
NOVEMBRE 1723. 971
contrôlée pour la fomme principale , & une
Quittance dud t Poirié chargé dudit Recouvrement
pour les deux fols pour livre , à quoi
faire les redevables feront contraints comme
pour deniers & affaires de Sa Majesté , & par
faifie de leurs gages , taxations & droits qui
de neureront fequeftrez ès mains de ceux qui
en feront dépofitaires au jour de la publicaton
du prefen: Arreft , fans qu'ils puiffent remettre
lefdits gages , & c. es mains des proprietaires
, qu'il ne leur ait été remis par lef
dits proprietaires un dupl cata de la Quittance
du payement des taxes aufquelles ils auront
été impofez ; faute de quoi ils feront te
nus de remettre les fonds qu'ils auront entre
leurs mains appartenans aufdits redevables ,
en celles des Commis prépofez à la Recette
du droit de confirmation , à compte de la taxe
defdits redevables , aufquels ils doneront pour
comptant la Quittance de Finance ou Recepiffe
defdits prépofez , &c.
Quant au payement des taxes dûës par les
Communautez des Marchands & des Arts &
Métiers , les Maîtres- Gardes des Communautez
des Marchands , & Jurez defdits Arts &
Métiers , feront contraints au payement , fauf
à eux à s'en faire rembourfer par les particuliers
faifans le corps d'icelles , fans préjudice
des pourfuites que ledit Poirié pourra
faire directement contre les particuliers
defdites Communautez ; excepté neanmoins
les acquereurs des Maîtrifes créées par l'Edit
du mois de Novembre dernier , que Sa Majefté
en a exempté & exempte , & qui ne
pourront être tenus d'en payer leur quote part,
Yeut & entend Sa Majesté que ceux qui ont
i jj cb.c.u
972
LE MERCURE
>
obtenu des Lettres de Nobleffe , ou rétabliffement
depuis l'année 1643. ou qui jouiffent du
Privilege de Nobleffe à caufe de Mairies , Prevoftez
des Marchands , Echevinages , ou Offi
ces de Capitouls , ou Jurats des Villes , foit
pour avoir été par eux poffedez , foit par leurs
ancêtres , depuis l'année 1643. jufqu'au decès
du feu Roy , foient compris dans les Rôles
qui feront arrêtez au Confeil , fur le pied de
deux mille livres chacun ; & que faute par
eux d'avoir payé ladite taxe dans trois mois
ils ne puiffent prendre dans aucuns actes la
qualité d'Ecuyers , ni jouir des Privileges de
Nobleffe , à peine d'être poursuivis comme
faux- nobles. Et à l'égard de ceux qui jouiffent
d'aucuns revenus , biens , fonds , herita
ges , en confequence des dons , engagemens
ou alienations à eux faits par les Rois , predeceffeurs
de Sa Majeſté , a ordonné & ordonne
qu'ils feront employez dans les Rôles ; fçavoir
, ceux qui jouiffent defdits biens par alienation
anterieure à l'année 1643. pour le quart
du revenu defdits biens , fonds & heritages ,
& ceux qui en jouiffent par alienation pofte
rieure à ladite année 1643. pour la moitié dudit
revenu ; le tout fuivant les derniers baux
d'iceux, s'ils confiftent en un revenu certain ,
finon au quatre-vingtième ou quarantiéme dú
prix de l'eftimation qui en fera faite par ceux
qui feront pour ce nommez , &c.
Veut Sa Majesté que les Marchands en gros
qui font trafic de plufieurs fortes de Marchandifes
, foient tenus de payer une feule taxe
fur le pied de la plus haute , fans qu'aucune
perfonne puiffe être reputée Marchand en gros
qui ne vendra que des denrées provenantes
de fon crû , mais ceux feulement qui achetent
&
DE NOVEMBRE 1723. 973
& revendent. Veut en outre Sa Majesté que
les Officiers qui font trafic en gros , payent
outre la taxe de leurs Charges , celle de Marchands
en gros dont ils font trafic.
Ne feront à l'avenir expediées aucunes Let
tres de Confirmation , qu'en reprefentant les
Quittances du payement defdites taxes , &c.
Toutes difficultez qui pourroient naître entre
les redevables & le prépofé au Recouvrement
des droits de confirmations , feront décidées
; fçavoir , dans la Ville & banlieuë de
Paris par le fieur d'Argenfon , Lieutenant
General de Police , & dans les autres Villes
& lieux du Royaume par les fieurs Intendans,
dont les Ordonnancès feront executées par
provifion , fauf l'appel au Confeil.
Et attendu que le droit de confirmation eſt
Domanial & appartenant à la Souveraineté ,
les Officiers des Bourgs , Bourgades & autres
fujets audit droit , qui fe trouveront dans
l'étendue des Domaines alienez & engagez ,
même pour appanages , ou doüaires , ou pour
quelqu'autre caufe que ce foit , feront fujets
au payement defdites taxes , comme les autres
fujets de Sa Majesté.
Tous Greffiers des Baillages , Prevoftez ,
Elections , Eaux & Forefts , Corps de Villes
Viguiers , Notaires , Tabellions Royaux , Gardes
- Livres & des Archives de quelque jurif- .
diction qu'ils foient, fourniront gratuitement
à la premiere fommation qui leur fera faite
un état des Officiers de leurs refforts , enfemble
des Villes , Bourgs & Bourgades dans lef
quels il y a Foires , Marchez , Privileges ,
Arts & Métiers en Jurande & Maîtrife , lef
quels états ils certifieront veritables , à peine
de
payer en leur nom les taxes de ceux qu'ils
auroient omis d'y comprendre. Fiij AR974
LE MERCURE
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous particuliers , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , ayant gages , appointemens
, penfions ou autres parties affignées fur
le Tréfor Royal , & aufquels il a été délivré
des Etats de diftribution jufqu'à ce jour , feront
tenus de les faire convertir en Recepiffez
du Tréfor Royal fur les fonds marquez dans
lefdits Etats , & ce dans le 20. du prefent
mois d'Octobre; paffé lequel temps , fait Sa
Majefté défenfes aux Gardés du Trefor Royal,
leurs Caiffiers & Commis , de délivrer aucuns
Recepiffez fur lefdits Etats fans nouvel ordre :
les porteurs defdits Recepiffez , enſemble de
ceux qui ont été expediez cy- devant , feront
tenus d'en recevoir la valeur des Fermiers ,
Treforiers , Receveurs & autres fur lefquels
ils font tirez , & ce dans le dernier dudit
mois d'Octobre , faute de quoi & après ledit
temps lefdits Recepiffez ne pourront plus
être exigez ni payez qu'en efpeces au cours
dudit jour dernier Octobre . Ordonne Sa Majefté
qu'à l'avenir , & à commencer de ce
jour , les Etats de diftribution quiferont délivrez
, feront pareillement convertis en Recepiffez
du Tréfor Roval dans la quinzaine
du jour qu'ils feront dattez , faute de quoi
fait Sa Majefté pareilles défenfes aux Gardes
de fon Tréfer Royal , leurs Caiffiers & Commis
, de délivrer fans nouvel ordre aucuns
Recepiffez fur lefdits Etats . Veut Sa Majefté
que les porteurs des Recepiffez qui feront délivrez
dans le temps cy- deffus , foient tenus
d'en recevoir la valeur dans la quinzaine du
jour de leurs dattes , fous les mêmes peines
cy-devant marquées de n'en pouvoir exiger
le payement qu'en efpeces au cours de fécheance
DE NOVEMBRE 1723. 975
cheance de ladite quinzaine. Et comme il a
été cy -devant expedié , & qu'il pourroit être
expedié cy - après des Etats de diftributions
payables en differens termes ; entend Sa Ma¬
jetté que la quinzaine pour la converfion en
Recepiffez & la quinzaine pour recevoir le
payement defdits Recepiffez , court du jour de
l'expiration des termes marquez par lefdits
Etats & Recepiiiez .
DECLARATION du Roy , donnée à
Verſailles le 4 Octobre , enregistrée au Parleinent
le 20. par laquelle le Roy ordonne , que
conformément à l'article premier de l'Edit
de 1716. tous les Officiers comptables , de
quelque qualité qu'ils puiffent être , feront
tenus d'avoir un Regiftre Journal , dans leq
el ils écriront jour par jour toutes les parties
, tant de recette que de dépense qu'ils faifoient
dans l'exercice de leurs charges , emplois
& commiffions , &c.
On a joint à la Declaration un modele des
Registres Journaux que le Roy veut & ordonne
être tenus par tous les comptables , en
execution des Edits & Declaration de Juin
1716. & de la Declaration du 4. de ce mois.
ARREST du même jour qui regle la maniere
de compter par le fieur Biberon , des
quatorze deniers pour livre , tant du prix des
bois du Roy , que de ceux des Communautez
Ecclefiaftiques & Laiques.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , qui declare communs pour les
Officiers des Dépôts des Sels ; les Arrefts des
29. Septembre 1722. & 2. Fevrier 1723. & en
confequence , ordonne que lesdits Officiers ,
feront taxez d'Office à la Taille par M les
E iiij
976 LE MERCURE
Intendans ; qu'ils feront exempts de la Collec
te defdites Tailles , & du logement des Gens
de Guerre ; & défend aux Collecteurs de les
comprendre dans leurs Rôles.
DECLARATION du Roy , donnée à
Verfailles le to. Octobre 1723. regiſtrée en la
Cour des Aydes le 27. qui regle la maniere
dont la Compagnie des Indes fera l'exploita
tion de la vente exclufive du Caffé .
ARREST du 11. Octobre , qui ordonne
que les Maires & Confuls des lieux , fituez
dans l'étendue de deux lieuës des Forefts de
Sa Majefté , feront tenus de chaffer hors de
leur Mairie & Confulat les délinquans qui leur
auront été dénoncez , à peine contre lesdits
Maires & Confuls , & ceux qui les retireront
dans cette diſtance , de trois cens livres d'amende.
ARREST du 12. Octobre , pour la priſe
de poffeffion par la Compagnie des Indes du
Privilege de la vente exclufive du Caffé , fous
le nom de Pierre le Sueur , à commencer au
premier Novembre 1723 .
ARREST de la Cour de Parlement , du 14-
Octobre , portant condamnation de mort s
contre François Colas , dit Tiby , ou l'Hyrondelle
, qui a pris le nom de Thomas Marcadet
, fe difant Marchand Quinquaillier ,
condamné d'être rompu vif , préalablement
appliqué à la queftion ordinaire & extraordimaire
, pour avoir revelation de fes complices ;
convaincu de meurtres , affaffinats & vols fur
les grands chemins , & entr'autres du meurtre
DE NOVEMBRE 1723. 977
tre. du. Meffager d'Angers & de fon Valet ;
du vol de la Diligence de Lyon , près les Bois
d'Empoigne-pain , les 10. & 28. Avril 1721 .
complice des coaccufez de Louis - Dominique
Cartouche , & contre Louis le Roux , dit le
Breton , à l'égard duquel il a été furfis à faire
droit , jufques après l'execution dudit Colas ,
dit Tiby. Et en faveur de François Duval des
Fontaines , Chef de Fourriere du Roy ; René
Duval , Clerc Tonfuré du Diocéfe du Mans ;
Jacques Jollivet , pourvû d'un Office de Notaire
au Mans ; Jean Dinot , Valet dudit René
Duval ; Bernardin Jouhanneau , Marchand de
Vin à Paris , & Marie Denis , femme dudit
Dinot , tous declarez innocens , mis en liberté
, & à eux permis de prendre à partie le Prevoft
en la Maréchauffée d'Alençon.
>
ARREST du 16. Octobre qui ordonne , que
les pourvûs d'Offices & Charges de Judicature
, Police & Finance , & autres feront reçûs
au payement du preft & annuel fur le
pied de la Declaration du 9. Aouft 1722.
Que ceux defdits Officiers qui ont été difpenfez
du prêt fur des Arrefts particuliers
ou qui en vertu d'iceux ont été admis au
payement du prêt & annuel fur un pied plus
foible que celui de leurs évaluations , ou du
tiers de leur finance , cette grace ne pourra
avoir lieu que pour les neuf années , portées
en ladite Declaration , fans préjudice des
droits de mutation , qui pendant le cours
d'icelle feront payez en entier.
ARREST du 18. Octobre , qui proroge
jufqu'au dernier Decembre 1723. le délai
accordé aux Officiers , par Arreft du 28. Juin
Fy der
978 LE MERCURE
dernier , pour faire proceder à la liquidation
des fommes payées pour le rachat du preſt &
annuel des Offices & Charges.
ARREST du même jour , qui condamne
le nommé Denon en cinq cens livres d'amende
, pour avoir voulu faire paffer lors de la
diminution ordonnée par l'Edit d'Aouft 1723.
une fomme de huit inille livres , au lieu de
celle de trois mille livres feulement qui lui
avoit été remife par le fieur de Saint Onge ,
Contrôleur ambulant du Contrôle des Actes.
ARREST du même jour , portant reglement
pour les privileges , droits & préfeances
des Offices de Gouverneurs & Lieutenans de
Roy , rétablis par l'Edit du mois d'Aouſt 1722 .
ORDONNANCE du Roy , du 20, Octobre
, qui permet aux Capitaines , Maîtres &
Patrons des Vaiffeaux , & autres Bâtimens de
fes Sujets qui armeront à l'avenir pour le Commerce
, d'employer dans le nombre des Matefots
qui compoferont leurs équipages , jufqu'à
la concurrence du tiers de Matelots étran
gers .
ARREST du 25. Octobre , qui ordonne
que ceux des Officiers fujets au droit de confirmation
, à caufe de l'avenement du Roy à
la Couronne , qui ont racheté le preft & annuel
, en execution de l'Edit du mois de Decembre
1709. pourront donner en payement
de la fomme principale , à laquelle ils feront
compris dans les rôles pour ledit droit de
confirmation , les Ordonnances de liquidation
des fommes par eux payées pour le r
chat dudit preft & annuel. AR
DE
NOVEMBRE 1723 . 973
.
ARREST du 26. Octobre , portant que par
les mêmes Commiffaires nommez par l'Arrelt
du 4.Novembre 1719. il fera fait mention , tant
fur les minutes des Ordonnances de Liquidation
qui auront été par eux faites , de la reduction
des anciennes rentes du Clergé au denier
40. ordonnée par la Declaration du 31.
May 1723. que fur les expeditions qui en ont
été fournies aux Rentiers , Payeurs & Contrô
leurs defdites rentes ; au moyen de quoi les
Payeurs feront tenus de payer , tant aux Rentiers
qu'aufdits Officiers , les arrerages qui
leur feront dûs fur le pied du denier 40. à
compter du premier Janvier 1724.
ARREST du 17. Octobre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1724. le délai porté
par les Arrefts des 28. Juillet & 2. & 27. Septembre
1723. pour placer les Certificats de Liquidation
dans les débouchemens indiquez , à
peine de nullité deſdits Certificats de Liqui
dation .
ARREST du 8. Novembre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 724. le délai porté
par l'Arreft du 21. May 1723. pour placer les
Billets & Recepiffez des Directeurs des Monnoyes
, ou de leurs Commis , en acquifition
de rentes perpetuelles fur les Tailles , créées
par Edit du mois d'Aouft 1720. paffé lequel
jour lefdits effets demeureront nuls.
a vj NOU
980
LE MERCURE
NOUVELLES DES COURS
O
ETRANGERES.
Turquie.
N mande de Conftantinople que
le Grand Vifir a encore ordonné la
marche de fix mille Janniffaires , & que
les préparatifs de guerre font confiderables
, particulierement fur le Pont- Euxin.-
Les troupes Ottomanes qu'on a fait filer
vers les frontieres de Perfe ont reçû
ordre de s'approcher de l'armée de Miriveits
, pour agir de concert contre les
troupes deRuffie. Le Miniftre de cet Ufurpateur
a eu fon audience de congé , & eft:
retourné en Perfe. Avant de partir il'a fait
prefent au Grand Vifir de 36. prifonniers
Ruffiens. Les troupes de Turquie qui
font du côté de la Perfe peuvent fe raffembler
en huit jours , & former une
armée de cent mille hommes fans les Tartares.
L'Artillerie qui a été tranfportée
cet Eté à Afoph , & à Bender confifte en
180. pieces de canon , outre une grandequantité
de munitions qu'on y a auffi
conduit fur vingt galeres par le Boriſthene.
Il y a grande apparence de ruptureentre
DE NOVEMBRE ´1723. 981
entre la Porte & le Czar malgré les précautions
de leurs Miniftres.
à un
L'Aga des Janiffaires fe prepare
voyage ; on croit qu'il ira à Afoph ſe
mettre à la tête d'un corps de trente
mille Janniffaires qui ont ordre de fe raffembler
dans les environs de cette place ,
& qui doivent être joints au Printemps
prochain par les Spahis , & par les Tartares
.
LA
Ruffie.
A Regence de Mofcou a reçû les
ordres du Czar pour travailler aux
préparatifs d'une Fête que Sa Majefté
Czarienne doit donner à fon retour . On a
averti tous les Metropolitains , & autres
Prélats par des Lettres Circulaires , de
fe rendre à Moscou vers le 15. Decembre
prochain pour affifter avec les Seigneurs
à cette Fête , où l'on prétend que
le Czar , pour la mieux celebrer , accordera
une amniftie generale. On croit que
dorénavant le Czar fixera fon féjour dans
cette Capitale de fes Etats , & ne paffera
que les Etez à Petersbourg pour y regler
les affaires particulieres des Provinces que
la Suede a cedées par le traité de Nyf
tadt. Il y a actuellement une armée de
60000. hommes fur les frontieres de la
Perfe , & on eft en état de s'opposer aux
deffeins
982
19
LE MERCURE
deffeins de l'ufurpateur Miriveits . On dit
que les vivres commencent à lui manquer
, & qu'il a été obligé d'abandonner
fon entrepriſe fur Andreof. Le fils du
Roy de Perfe qui s'eft approché d'Hifpahan
a fait publier une amniftie pour
les Perfans qui font dans l'armée des Tartares
Rebelles.
V
Le 20. Octobre Ifmael - Beck , Ambaffadeur
Plenipotentiaire du Roy de
Perfe , partit de Petersbourg pour retourner
en fon pays. On publie que par
le Traité qu'il a conclu avec le Czar au
nom du Roy fon maître , ce Prince cede
à S. M. Czarienne , aux conditionsdu
fecours dont on eft convenu , la Province
de Chirvan , fituée à l'Eft de la
mer Cafpienne , & qui contient le Gouvernement
de Derbent , & celui de Chamaki
: la Province de Guilan fertile en
vins , foyes , ris , & qui renferme les Gouvernemens
d'Aftara , de Kesker , & de
Recht ou Hufum : le Tabariftane ou
Mafanderan, fituée au Sud de cette mer ,
& dont les principales Villes font Ferabat
, Funkabun , A firef, Amel , & Semman
, & l'Aftrabat fituée auffi au Sud
de la même mer , & dont la Ville qui
donne fon nom à cette Province a un
affez bon port , voifin d'un petit Golfe ,
où les vaiffeaux peuvent être en fureté
penDE
NOVEMBRE 1723. 983
pendant les plus mauvais temps .
Le jeune Baron Renne . que le Czar
avoit nommé pour aller en Perle avec
l'Ambaffadeur du Sophi , a reprefenté au
Grand Chancelier , qu'il ne fe croyoit pas
affez capable pour entretenir une correfpondance
en Langue Ruffienne , auffi
exacte qu'on le demandoit ; ainfi le Czar
a choifi pour le remplacer M. Kreft ,
Sous- Lieutenant aux Gardes , qui , quoiqu'Etranger,
parle parfaitement cetteLangue
.
Le 4. Octobre le Comte de Czeremetoff
partit pour Conftantinople en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Sa Majesté
Czarienne .
"
,
Afoph eft prefentement la place la
mieux fortifiée de l'Empire Ottoman
comme nous l'avons déja dit ; on y a
conftruit des Arfenaux , des Magalins
& des baraques pour loger huit à neuf
mille hommes. Il y a eu dans la Georgie
des hoftilitez entre les troupes du Czar
& celles du Grand Seigneur. Le Réfident
du Czar à Conftantinople a répondu
que Sa Majefté Czarienne avoit donné
un ordre exprès à fes Generaux de ne
point inquieter les troupes Ottomanes
excepté quand elles fe trouveroient jointes
à celles de l'ufurpateur Miriveits. Les
Mofcovites ont furpris fes troupes dans
un
984
LE MERCURE
un défilé par- delà Derbent , où elles ont
été battues , & obligées de fe retirer .
Le derniet convoi de munitions eft arrivé
à Aftracan , & fuffira
l'armée du Czar pendant fept ou huit
mois.
Dannemark.
pour
nourrir
E Chevalier Maldivi a prefenté au
Roy, à Coppenhague , quelques pieces
de drap d'écarlatte de fa nouvelle fabrique.
Sa Majefté a ordonné d'en habiller
fes Gardes . Il a été decidé que les troupes
Danoifes feroient dorénavant habillées
de drap du Pays.
La Manufacture de Porcelaine qui a
été établie ici l'année derniere réuffit extrêmement
. On a découvert une Mine de
Charbon de Terre dans l'Ile de Bornholm.
Suede.
E Memoire que le Corps des Bour-
Lgeois a prefenté àl'Alfemblée des
Etats , pour demander que les Colleges
fuffent compofez d'un nombre égal de
Nobles & de Bourgeois , a fort furpris le
Corps de la Nobleffe , qui a fait une députation
de trente- fix perfonnes , pour engager
les Bourgeois & les deux autres
Corps à retarder leurs déliberations fur
gette
DE NOVEMBRE 1723. 985
cette affaire , juſques à ce qu'il leur eut
communiqué les raifons qu'il a de s'oppoſer
à cette nouvelle prétention . Les
Nobles s'engagerent enfuite par un écrit
folemnel , qui fut auffi figné par les membres
du Confeil de Guerre , de facrifier
plutôt leurs biens & leur vie , que de confentir
à la propofition des Bourgeois
aufquels ils ont envoyé un Memoire contenant
les raifons de leur refus . Ces derniers
l'ont examiné , & y ont répondu ,
& depuis ils ont propofé de remettre la
décifion de cette conteftation à un comité
particulier , qui feroit compofé de quelques
membres des quatre Etats ; mais la
Nobleffe a refufé d'y confentir.
Les Etats du Royaume ont réfolu ,
malgré l'oppofition du Clergé , d'accorder
aux Calviniftes le libre exercice de
leur Religion dans leurs maifons feulement.
On parle fort d'un traité d'alliance
entre cette Couronne & la Ruffie ; mais
on n'a pas encore rendu public ce qu'il
contiert.
Les Députez des Etats fe font feparez
le 27. de l'autre mois. Ils ont réfolu ,
la pluralité des voix dans leur derniere
féance , que la réſolution priſe par le
Comité fecret , & par les Senateurs , à
l'occafion des nouvelles inftances que le
Miniftre du Czar avoit faites pour faire
decla
986 LE MERCURE
declarer le Duc d'Holſtein fucceffeur &
la Couronne de Suede , en cas que leurs
Majeftez vinffent à mourir fans enfans ,
auroit fon entier effet , fans qu'on fut
obligé de la rendre publique , & de la
faire examiner par l'Aflemblée , pour en
avoir l'approbation.
L
Allemagne.
A Nobleffe du Duché de Meckelà
bourg a fait preſenter un nouveau
Memoire à l'Empereur pour le prier de
terminer les differens avec le Duc , leur
fouverain , qui menace fes fujets de revenir
dans les Etats avec un fecours de
troupes étrangeres , & de les punir avec
toute la rigueur imaginable des démarches
qu'ils ont faites dans cette Cour
pour en obtenir la protection.
Il eft arrivé à Neuftad le 28. du paffé
un orage extraordinaire. Il tomba une
pluye fi violente , que les ruiffeaux confiderablement
groffis devinrent des torrens
, & firent des ravages terribles. Il a
peri un grand nombre de Payfans dans
cette inondation ; mais l'accident le plus
étrange eft celui d'une nôce entiere , qui
revenant de l'Eglife , & paffant fur un
pont a été entraînée par la chûte. Les
hommes fe font fauvez ; mais toutes les
femmes , & même la nouvelle mariée ont
peri
DE NOVEMBRE 1723 . 987
peri , ians qu'on ait pû les fecourir.
& Le Prince Theodore de Baviere , E
que de Raufbonne devoit être élû le 19.
Novembre Coadjuteur de l'Evêque de
Freyfingen. Le Comte de Friembourg ,
Prevoft de la Cathedrale de Salfbourg ,
a obtenu l'Evêché de Kiomfée , vacant
par la mort du Comte de Waghenfperg.
(
On apprend de Berlin du 13. Octobre
que le Roy de Pruffe accompagna le Roy
d'Angleterre jufqu'à Potsdam , d'où Sa
Majefté Britannique partit pour fe rendre
à Gohr , où elle doit demeurer un
mois pour prendre le divertiffement de
la Chaffe. Les Miniftres Etrangers s'y
font rendus d'Hanover , & comme il n'y
a pas de quoi les loger ils font allez demeurer
à Danneberg , qui n'en eft éloigné
que de deux lieuës
On a eu avis de Gratz en Stirie
qu'une binde de voleurs avoit forcé la
caiffe de la banque , & enlevé 13000.
florins . On a arrêté deux de ces voleurs ,
& on pourfuit les autres.
On mande de Vienne que le 6. de ce
mois , il fe leva un vent fi violent , que
plufieurs maifons de Payfans des environs
de cette Ville en furent abattuës , & les
arbres déracinez dans la campagne. Que
le même jour le feu ayant pris par accident
dans une maifon du Village de Pulltorf,
988
LE MERCURE
torf , il fe communiqua à 80. autres mais
fons qui furent entierement confumées .
Londres.
Es dernieres Lettres de la nouvelle
Langleterre portent que le neuf Auft
dernier il y avoit eu une violente tempête,
qui en deux heures & demie qu'elle avoit
duré , avoit caufé beaucoup de dommage
, tant aux Vaiffeaux qu'aux habitations
, que le dix du même mois une femblable
tempête avoit brifé tous les Quays
de la nouvelle Yorch , & que l'eau étant
entrée dans la Ville , elle avoit confiderablement
endommagé les fucres , & les
autres Marchandifes qui étoient dans les
Magafins.
La mortalité diminue beaucoup dans
cette Ville , & le nombre des morts qui
paffoit dans le mois dernier 750. par femaine
n'a été celle - cy que de $ 37.
On vend ici depuis la S. Michel des
Fraiſes & des Framboifes qui font mures
& de bon goût ; on attribue cela à la
pluye tardive. Si le chaud a été conftant
ici jufqu'au commencement d'Aouft , le
froid a été exceffif fur les côtes de Terre-
Neuve ; on écrit du Fort S. Jean qu'il
n'y a jamais eu dans ces quartiers- là un
Eté fi froid , & qu'au 12. Aouft l'entrée
de leur Port étoit encore bouchée par de
gros glaçons.
Hollande
DE
NOVEMBRE 1723.
989
O
Hollande & Pays - Bas.
Na publié depuis peu un Placard
qui défend aux Vagabonds & Mandians
de demeurer dans aucun lieu du
reffort de la Generalité de la Haye , à
peine d'être fuftigez pour la premiere
fois qu'ils y feront arrêtez , fuftigez &
marquez pour la feconde , & punis de
mort pour la troifiéme.
Les Etats Generaux ont écrit au Roy
de Portugal , pour le prier de défendre
à fes fujets de prendre aucun intereſt
dans la nouvelle Compagnie de Commerce
des Pays- Bas .
Les Directeurs de la nouvelle Compagnie
de Commerce des Pays - Bas font
équiper actuellement à Oftende trois
Vaiffeaux. On y en attend deux autres
que les Directeurs ont fait acheter à
Hambourg. Les Actions de cette Compa
gnie font revenues au pair,
M
Lisbone
R Simon Dacosta Freiro , Seigneur
de Pancas , qui a gouverné
l'Etat de Maranhaon pendant plufieurs
années , a été nommé par le Roy de Portugal
, Gouverneur & Capitaine General
du Rio de Janeiro.
Le
990 LE MERCURE
1
1 Le 25. Septembre fur les neuf heures
du foir , le feu prit dans un chantier de
bois , vis- à- vis Batio , avec tant de violence
, qu'en moins de deux heures il
caufa un dommage de plus de quarante
mille cruzades.
On dit que par le Traité de commerce,
dont la negotiation a été conferée au Com
te de Pinos , Envoyé de l'Empereur en
certe Cour , la Compagnie Odentale dé
Vienne pourra faire embarquer dans fes
ports d'Iftrie du vif-argent , du cuivre ,
du plomb , du chanvre , & du lin pour
les apporter ici avec des étoffes de loye
de Naples & de Sicile.
Espagne.
Eurs Majeftez Catholiques conti-
Luent leur féjour au Château dePaint
Idelfonfe , le Prince & la Princeffe des
Afturies font à Balíani .
On prétend que Sa Majefté agira de
concert avec les Etats Generaux contre
l'établiffement de la nouvelle Compagnie
de Commerce des Pays- Bas .
On a publié à Madrid une nouvelle
Ordonnance du Roy , le 6. de ce mois
portant défenſes à toutes perfonnes de
marcher maiquez dans les rues , à peine
de prifon & d'amende pour la premiere
fois qu'elles y contreviendront. Par une
autre
DE NOVEMBRE 1723. 991
autre Ordonnance le Roy a défendu les
dorures fur les habits , & l'emploi des
matieres d'or & d'argent dans les étoffes
de foye .
De Rome.
E Cardinal Vicaire a fait publier un
Decret , par lequel il eft défendu à
toute perfonne de mauvaiſe réputation
de demeurer dans les environs de Vahcais
, & du Palais du Quirinal , à peine
de punition exemplaire .
On débite ici que le Pape a declaré
qu'il donneroit le Chapeau au Cardinal
Alberoni dans le premier Confiftoire , &
ce Cardinal reçoit prefentement les vifites
de la principale Nobleffe de cette
Ville.
On examine ici le nouveau Recueil de
Loix que le Roy de Sardaigne a fait imprimer
à Turin , parce qu'on prétend
que Sa Majefté y a fait inferer quelques
Actes contraires aux immunitez Ecclefiaftiques.
Le Pape a nommé des Commiffaires
pour faire les informations nece laines à
la canoniſation du Bienheureux André
Conti.
On a eu avis de Genes que M. Negro
ni y avoit été élû Doge.
On apprend de Florence que le
premier
992 LE MERCURE
mier de ce mois , le grand Prince après
avoir reçû les complimens de condoleance
de toute la Cour, fur la mort du Grand
Duc fon pere , fut proclamé & reconnu
pour fucceffeur aux Etats de Tofcane
avec les ceremonies qui font d'ufage dans
ces occafions. Le 3. le corps du Grand
Duc fut expofé fur un lit de parade dans
les appartemens du Palais , & le s . il fut
porté en Convoi à l'Eglife de S. Laurent
, pour être inhumé dans le tombeau
de fes prédeceffeurs.
Naples.
Na lancé à l'eau le 3. Octobre
deux nouvelles Galeres , qu'on doit
équipper inceffamment en courfe contre
les Corfaires de Barbarie.
Le Cardinal Viceroi a envoyé des troupes
à Orbitello.
On mande de Florence que toutes les
troupes deftinées pour Porto Ferraio ont
été tranfportées dans l'Ile d'Elbe.
On apprend de Mantouë que le Prince
d'Armſtadt, Gouverneur de cette Ville ,
avoit fait mettre des bornes dans l'Etat
de Plaifance à huit milles au -delà des anciennes
, que le Duc de Parme lui en avoit
envoyé faire fes plaintes , que ce Gouverneur
avoit répondu qu'il avoit executé
les ordres de la Cour de Vienne , & que
c'étoit
DE NOVEMBRE 1723. 993
détoit en vertu d'anciens titres nouvellement
recouvrez que l'Empereur avoit
fait étendre du côté du Plaifantin les
limites du Duché de Mantouë.
BAPTES MES , MORTS
& Mariages des Pays Etrangers.
A Reine de Dannemark eft accou
Lchée à Coppenhague le 23. Octobre
d'une Princelle qui fut baptifée le 24. &
nommée Chriftine Amelie.
On a baptife un Juif nommé Samuel
Janes , avec la femme & les quatre enfans
, & la ceremonie en a été faite par
le Comte d'Eck , Doyen de Grofmefericht
à Budifchau , Seigneurie appartenante
au Comte de Paar Mayordome-
Mayor de l'Imperatrice Amelie .
Le Comte Cowper qui étoit Grand
Chancelier du Royaume d'Angleterre ,
au commencement du Regne de Sa Majefté
, prefentement regnante , eft mort le
21. Octobre dans fa maifon de campagne
du Comté de Hertford en Angleterre.
Le Lord Widdrington , l'un de ceux
qui furent faits prifonniers à l'affaire de
Prefton , & qui avoit obtenu fa grace
du Roy , après la condamnation prononcée
contre lui , eft mort en Angleterre
dans G
994
LE MERCURE
dans fa maifon de campagne du Comté
d'Yorck.
Le 24. Septembre , à cinq heures du
matin , la Reine de Portugal accoucha
dans fon Palais , à Lifb nne , d'un
Prince qui eft le quatriéme Infant . Cette
naiffance fut celebrée par le fon des cloches
des deux Villes Orientale & Occidentale
, par un Te Deum chanté par le
Patriarche de Lisbonne , & par les felicitations
des Grands du Royaume . Il y eut
auffi des décharges d'artillerie , des illuminations
& des feux de joye. Le jeune
Prince a été confié aux foins de Donna
Loüife-Jeanne Continho , fille de Don
Philippe de Soufa , cy devant Capitaine
des Gardes Allemandes .
troifiéme Don Louis de Cameira.
Comte de Ribeira Grande , Meftre de
Camp General des armées du Roy de
Portugal , & cy- devant fon Ambaffadeur
Extraordinaire à la Cour de France
, eft mort à Liſbone le 3. O &obre
dans la trente- neuvième année de fon
âge , étant generalement regretté . Son
corps fut porté le 4. dans l'Eglife du Monaftere
de S. François , où eft la fepulture
de fes Ancêtres .
Donna Archange - Marie de Portugal ,
Dame- dHonneur de la Reine de Portu
gal , veuve de Don Jean de Caſtro , Seigneur
L
DE NOVEMBRE 1723. 995
gneur de Boquilobo , & fille de Don
Rodrigue Lobo de Silvetra , premier
Comte de Sarzedas , eft morte à Liſbonne
le 3. Octobre , âgée de quatre- vingtdeux
ans.
Madame la Princeffe Cariati de la
Maifon de Borgia , eft morte à Naples
dans un âge fort avancé.
Le 4. Octobre le Cardinal Conti ,
frere du Pape fit dans la Chapelle du Palais
Bolognerti à Rome la ceremonie du
mariage de Don Virginio Cences , avec
Donna Marianne Bolognetti ; après quoi:
tous les patens fe rendirent à Tivoli
où ils furent regalez par le Cardinal
Orighi.
Manuel Tellés de Faro & Menezes ,
Seigneur de la Ville des Enguyos , a pris
l'habit de Religion dans la Chartreufe
voiline de Lifbone .
M. Alexandre Emanuel de Croy
Comte de Soofbre , Lieutenant General
des Armées du Roy de France , & Grand
Veneur hereditaire de la Province &
Comté de Haviam , eft mort à Condé
le 31. Octobre , âgé de 47. ans .
Le Grand Duc eft mort à Florence le
3. Octobre fur les huit heures & démie.
du foir , en prefence du Grand Prince de
Florence , fon fils , de l'Electrice , Douairiere
Palatine , fa fille , du Nonce dú
Gij Pape,
090
996 LE MERCURE
Pape , de l'Archevêque de Florence , &
de plufieurs Prélats qui furent édifiez de
fa réfignation & de la pieté. Son nom
étoit Cofme troifiéme. Il a gouverné la
Toſcane pendant près de cinquante- quatte
années de fuite.
An Il étoit fils aîné de Ferdinand de Medicis
II. du nom , Graud Duc de Tofcane
, mort le 24. Mars 1670. & de Victoire
de la Rouere , fille de Frederic
Ubalde- Antoine , dernier Duc d'Urbin .
Le 9. de ce mois la Reine de Pruffe
accoucha heureufement d'une Princelle à
Berlin , qui fut baptifée le même jour
& nommée Anne Amelie.
Le 12. de ce mois Jofeph- Clement de
Baviere , Electeur de Cologne , mourut
dans cette Ville , âgé de 52. ans prefque
accomplis , il étoit fils de Ferdinand Marie
, Electeur de Baviere , & d'Adelaïde
Henriette de Savoye. Il fut élû Evêque
de Ratisbonne en 1685. il refigna cet Evêché
en 1716. à Clement Augufte de Baviere
, fon neveu , qui en étoit Coadju
teur , & qui s'en eft démis le 29. Juillet
1719. en faveur de Jean- Theodore de.
Baviere , fon frere puîné . Il fut élû Archevêque
& Electeur de Cologne le 10.
Juillet 1688. fept jours après la mort de
Maximilien Henry de Baviere , fon coufin
, auquel il fucceda , tant à l'égard de
Cet
DE
NOVEMBRE 1723. 997
tet Electorat , qu'à l'égard de la Principaure
& Prevôté de Berchtolsgaden . Le
28. Janvier 1694. le Chapitre d'Hildefhem
le choifit pour Coadjuteur de Jof-
Edmond , Baron de Brabeck qui en étoit
Evêque , & qui mourut en 1702. le 20.
Avril 1694. il fut élû Evêque de Liege ,
il celebra fa premiere Meffe le premier
Janvier 1707. fut facré Archevêque de
Cologne le premier May de la même année
, & le zo. Avril 1717. il reçût de
l'Empereur par fes Plenipotentiaires l'Inveftiture
du Temporel de l'Archevêché
de Cologne , des Evêchez d'Hildeshem
& de Liege , & de la Pievofté de Berchtolsgaden.
Clement- Augufte de Baviere ,
Evêque de Munfter , & de Paderborn
troifiéme fils de l'Electeur de Baviere
fuccede à l'Electeur de Cologne , ſon
oncle , dont il avoit été élû Coadjuteur
dès le 29. May 1722. On efpere qu'il
fera auffi élû pour fucceffeur à l'Evêché
de Liege , vacant par cette mort.
Giij
FRAN998
LE MERCURE
KKKKKKKK S
FRANCE.
Journal de Verfailles & de Paris.
Es ordres font donnez pour faire
reparations
au Château de Fontainebleau , pour le
mettre en état de recevoir le Roy , quand
Sa Majesté jugera à propos d'y aller .
M. Laugeois , cy- devant Fermier Ge
neral , & l'un des Directeurs de la Regie
du Tabac , a été reçû en qualité de l'un
des Intendans des Domaines & Finances
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Le jour de la Fête de Saint Hubert il
y eut une grande partie de chaffe dans
la Foreft de Saint Germain . Le Roy au
retour donna un magnifique repas , &
c'eft le dernier retour de chaffe que Sa
Majefté donnera cette année .
Le même jour M. le Duc qui étoit
allé paffer la Fête à Chantilly , y donna
une Fête des plus complettes à plufieurs
Seigneurs & Miniftres Etrangers qu'il y
avoit fait inviter.
Le Roy a commencé fes exercices dans
le Manege de la Grande Ecurie de Verfailles
, le to. de ce mois . S. M. montera
deux fois la femaine.
On
DE NOVEMBRE 1723. ୨୨୨
On a fait mettre dans la petite Galerie
du Château de Verfailles un cheval de
bois , fur lequel Sa Majefté doit apprendre
à volt ger. Le fieur Joly a été nommé
pour montrer cet exercice au Roy.
Le Duc de Noailles eft arrivé à la
Cour , & a été fort bien reçû du Roy.
Monfieur le Duc d'Orleans le prefenta à
S. M. le 12, de ce mois.
Le Roy a pris le deuil le 25. en violet
, pour la mort de M. l'Electeur de
Cologne. Il fera de fix femaines.
›
La nuit du r . au 12. de ce mois le
feu prit dans un Grenier à foin de la maifon
des Coches de Verfailles , rue Saint
Nicaife. Plufieurs écuries furent brûlées
un Chantier de Bois de Charronnage
, & quantité de foins & d'avoines.
M. le Lieutenant General de Police y
paffa la nuit , & fauva par fes ordres
Hôtel de Longueville , qui étoit en
danger .
On a établi depuis peu un cinquiéme
Corps de Garde à la Barriere S. Jacques
, pour la fureté publique pendant le
jour , à Paris.
Le Roy prend fouvent le divertiffement
de la Chaffe dans les Forefts de
S. Germain & de Marly , & aux environs
de Verſailles , foit à courre le Cerf ,
le Sanglier & le Lievre , ou à tirer .
G iiij
Dans
1000 LE MERCURE
>
Dans le Mercure du mois dernier , pa
ge 845. nous n'avons parlé qu'en general
de l'Académie de M. du Gard , & de celle
de M. de la Gueriniere , parce que nous
n'avions eu des memoires , que pour celle
de M.de Vandeüil , Cependant felon ce que
nous en avons appris dans le public , elles
meritent une égale attention ; l'une par
la capacité , & par la longue experience
de M. du Gard , dont nous ne fçaurions
donner un plus jufte témoignage que le
choix que M. le Prince Charles , Grand
Ecuyer de France , a fait des deux fils de
cet habile Ecuyer , pour les mettre à la
grande Ecurie du Roy , & l'autre , par la
beauté de l'établiſſement qu'a fait depuis
quelque temps M. de la Gueriniere ,
quel s'eft mis en état de partager avec fes
confreres les applaudiffemens du Prince
Charles , qui parut furpris de la difpofi
tion de cette Académie , particulierement
de la grandeur du Manege couvert , qui
peut paffer pour un des plus beaux qui
foient en France , & de l'étenduë de l'écurie
qui contient 52. places tout d'un
rang , remplie de chevaux , tant Efpagnols
que Barbes. Le temps confiderable
leque
le Prince y refta à confiderer l'ordonnance
des bâtimens , la difpofition du
lieu , & voir les chevaux , fait affez connoître
le plaifir qu'il prit à les voir manier..
DE NOVEMBRE 1723. 1001
nier. M. de la Gueriniere , les Ecuyers
de fon Académie , & plufieurs Gentilshommes
eurent l'honneur de monter devant
ce Prince , qui eut la bonté d'en
marquer beaucoup de fatisfaction .
Nous fommes perfuadez que le public
verroit avec plaifir une defcription particuliere
de cette Académie ; mais nous
la remettons à un autre temps , afin de
pouvoir la donner avec plus d'exactitude.
On a eu avis que la Ducheffe hereditaire
de Modene , eft accouchée d'un
Prince le 18. de ce mois . Monfieur le
Duc d'Orleans & Madame la Ducheffe
d'Orleans en ont reçû les complimens des
Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames:
de la Cour..
Le 22. de ce mois les Comediens du:
Roy repreſenterent devant S. M. la Comedie
de l'Etourdi de M. de Moliere.
Le 25. les Comediens Italiens y repre
fenterent l'Arlequin , Valet de deux Maîtres
, piece Italienne .
Le 29. la Tragedie des Horaces de
M. Corneille , & le Sicilien , Comedie
de Moliere , furent reprefentées par les >
Comediens François..
Gv NAIS
1002 LE MERCURE
MORTS, MARIAGES , &c.
L nous est tombé entre les mains une
Lettre imprimée extrêmement édifiante
fur la mort de Made Charlotte - Agnè
de Villars, ancienne Abbeffe de l'Abbaye .
Royale de Chelles , arrivée le 18. Septembre
dernier. Cette Dame étoit fille
du Marquis de Villars , Chevalier des
Ordres du Roy , Ambaffadeur en Elpagne
& c. & de Dame N. de Bellefond ,.
& foeur de M. le Maréchal , Duc de
Villars. Elle fut nommée à cette Abbaye
au mois d'Aquft 1707. & s'eft toûjours .
particulierement fignalée par une conf
tante fidelité à tous fes devoirs . Les années
1709. & 1710. donnerent lieu de
connoître toute l'étenduë de fa charité.
Ce fut en l'année 1710. que S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans lui confia
l'éducation de l'Augufte Princeffe qui
gouverne aujourd'hui l'Abbaye de Chelles.
Mademoiſelle de Valois à prefent
Princeffe de Modene , & Mademoifelle
de Montpenfier , Princeffe des Afturies ,.
furent auffi confiées à fes foins. Après
onze années d'une fage adminiftration ,
elle prit la réſolution de fe démettre de
fon Abbaye entre les mains de Madame
d'Orleans , qui feule pouvoit la rétablic
DE NOVEMBRE 1723. 1003
blir dans fon ancienne fplendeur : ce
fut à la fin du mois d'Avril de l'année
1719. & elle partit le 4. du mois de May
fuivant , & fe retira au Prieuré dé Chaffe
midy , où elle eft enfin morte de la mort
des juftes , qui couronna la fainteté de fa
vie . Nous fommes fâchez de ne pouvoir
pas par les bornes aufquelles nous fommes
affujettis , donner cette Lettre dans
fon entier , elle est très - bien écrite , &
reffent par tout une extrême pieté.
M. Antoine Dreux d'Aix , Marquis
de la Chaife , Capitaine des Gardes de la
Porte , eft mort dans fon Château de la
Chaiſe , près de Lion le 31. de l'autre
mois.
Le 20. du même mois , mourut à Paris
M. Anne Raymond , Comte de l'Hô
pital , Seigneur de Sorbonne , Villemanec
he , Champ- Boiffiers &c. âgé de 60 .
ans.
Le S• de ce mois M. Louis - Marie
d'Aumont , Duc d'Aumont , Pair de
France , premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Brigadier de fes armées
, Gouverneur des Ville & Citadelle
de Boulogne , & Pays Boulonnois , Mef
tre de camp de Cavalerie du Regiment
de Villequier , eft mort dans fon Hôtel,
de la petite verole , âgé de 32. ans accomplis.
י
Gvj
Le
1004 LE MERCURE
Le 6. M. Louis Sanguin , Chevalier ,
Marquis de Livry , premier Maître- d'Hô
tel du Roy , Capitaine des Chaffes de la
Capitainerie Royale de Bondi & Livry ,
mourut à Verſailles dans fa 76. année.
Le 7. M. Jofeph- Gafpard de Montmorin
de Saint Herem , Evêque & Seigneur
d'Aire , mourut à Paris , âgé de
66. ans , & fut inhumé le 9. au Grand
Seminaire de S. Sulpice. Son fils & fon
Coadjuteur fut facré le même jour dans
la Cathedrale de Meaux , par le Cardinal
de Biffi.
M. Jacques Pinffonnat , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Profeffeur Royal en
Langue Hebraique , Cenfeur des Livres ,
& Curé de l'Hôpital des Petites- Maifons
, y mourutle 9. de ce mois , âgé de
70. ans.
Le 18. Dame Elifabeth Dubouchet ;
veuve de Noël Bouton , Marquis de Chamilly
, Chevalier des Ordres du Roy ,
Maréchal de France , Gouverneur des
Villes , Forts & Citadelle de Strasbourg,
Commandant en Poitou & c. eft morte à
Paris , âgée de 67. ans .
Le 19. M. Antoine Nompar de Caumont
, Duc de Lauzun , Chevalier de
l'Ordre de la Jarretiere , Capitaine des
Cent Gentils - hommes au: Bec-de- Corbin
, Lieutenant General des Armées du
Roy
DE
NOVEMBRE 1723 . 1005
:
Roy , cy -devant Capitaine d'une Compagnie
des Garces du Corps du Roy , &
auparavant Colonel General des Dragons
, mourut à Paris , âgé de 90. ans
quatre mois.
M. Jean Alphonfe Bochart de Cham
pigny , Prêtre , Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , Chanoine & Grand
Chantre de la Sainte Chapelle Royale du
Palais , eſt mort le 15. Novembre , âgé
de 47. ans.
M. Emery Durfort , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Civrac , Comte de
Blaignac , Baron de la Lande &c . fils de
M. Jacques de Durfort , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Civrac & c. & de
Dame Henriette de Breaux , Marquife
de Civrac &c. doit époufer De Gabrielle
de Sainte Maure , fille de défunts ›
M. Guy de Sainte Maure , Chevalier ,
Marquis de Chaux , Baron d'Auge , Sei--
gneur de Baret &c. & de Dame Loüife .
Therefe de Pourcelet de Marignane.
Le Marquis de Bezons , fils du Maréchal
de ce nom , époufa le 8. de ce mois
dans la Chapelle du Château de Meu
don , Mademoiſelle de Maifons , fille
unique de M. de Maifons , cy- devant
Maître- d'Hôtel du Roy.
CHAR
1006 LE MERCURE
CHARGES & EMPLOIS , &c.
,
LE
E Marquis de Bonac qui a fini le tems
de fon Ambaffade à Conftantinople.
revient. M. Dandrefel , Intendant de Perpignan
, eft nommé à fa place . M. le Gras
du Luard , Maître des Requêtes , doit
fucceder à M. Drandrefel à l'Intendance
de Perpignan
.
و
Le Roy a donné la Charge de Premier
Gentilhomme de fa Chambre vacante
par la mort du Duc d'Aumont , au Duc
d'Aumont , Marquis de Villequier , fon
fils .
Le Gouvernement de Boulogne & du
Boulonnois qu'avoit le feu Duc d'Aumont,
a été donné au Duc d'Humieres , fon
oncle.
Le Regiment de Cavalerie qu'avoit le
Duc d'Aumont , au Comte de la Mothe-
Houdancourt , Brigadier des Armées du
Roy.
Le Roy a donné la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte , vacante par la
mort du Marquis de la Chaife , au Marquis
de Croiffi , Meftre de Camp du Regiment
Royal Infanterie , fils du Marquis
de Torci.
DE NOVEMBRE 1723. 1007
Evefchez , Abbayes & Benefices donnez-
L'Abbaye de Val- Richer , Ordre de
Citeaux , Diocéfe de Bayeux , vacante
par le decès de M. Bloüet de Camilly
,Archevêque de Tours , dernier Titulaire
, en faveur de M. l'Abbé de Chabannes
Curton .
L'Abbaye fecularifée de la Reale dans
la ville de Perpignan , vacante par le de
cès du dernier Titulaire en faveur de
M. l'Abbé de Lenta , Evêque de Perpi
gnan.
>
L'Abbaye reguliere d'Arles , Ordre de:
S. Benoift . Diocéle de Perpignan , vacan- -
te par le decès du Sieur Gaillard , en faveur
du même M. l'Abbé de Lenta.
>
L'Abbaye reguliere de Marcheroux ,
Ordre de Premontré, dans le Vicariat de
Pointoife , Diocéfe de Rouen vacante
par le decès du Pere François Hiant ,
en faveur du Pere Jofeph Monginot ,
Prieur - Curé de Congis , Religieux Premontré
de la Congregation des Reformez
Le Prieuré du Deffens , ou de Fez , dit
de Sainte Rofe de Miradoux , Ordre de
Grammont , Diocéfe d'Agen , vacant par
le decès du fieur Ifaac Baillet de la Brouffe
, en faveur du fieur Didier François Vernier
, Clerc tonfuré , du Diocéfe de Paris .
Le
2008 LE MERCURE
7
Le Doyenné de Saint Martin de Tours ,
vacant par le decès de M. Bloüet de Camilly
, en faveur de M. de Chapt de Rafrignac
, Evêque de Tulles , nommé àl'Archevêché
de Tours.
L'Abbaye de Nogent fous Coucy, Ordre
de Saint Benoift , Diocéfe de Laon ,
vacante par le decès de M. le Cardinal du'
Bois , en faveur de M. l'Abbé de Magnas,
Prêtre du Diocéfe de Leitouze , fur la préfentation
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
à caufe de fon appanage , à la charge de´
mille livres de penfion , fçavoir cinq cens
livres au fieur Pierre Mouchet , Prêtre du
Diocéfe de Paris , & cinq cens livres au
fieur Pierre Maillard , Soûdiacre du Diocéfe
de Nantes ..
Le Canonicat de la Sainte- Chapelle de
Paris, vacant parle decès du fieur Bochard
de Champigny , en faveur de M. l'Abbé
More , Prêtre du Diocéfe de Paris , Cha--
pelain de la Chapelle & Oratoire du Roy.
L'Abbaye de Saint Pierre de Selincourt,
die de Sainte Larme , Ordre de Premontré
, Diocéfe d'Amiens , vacante par la
démiffion du fieur de Croy , en faveur du
fieur Guillaume de Croy de Molembais ,
Acolyte du Diocéfe de S. Omer.
L'Abbaye de Montebourg, Ordre de
Saint Benoist , Diocée de Coutances , vasante
par le decès de M. de Canify ancien
DE NOVEMBRE 1723. TOOS
>
Evêque de Limoges en faveur de M.
Charles de Bannes d'Avejan , Evêque
d'Allais.
Le Prieuré regulier , conventuel & électif
de Saint Cyprien , Ordre des Chanoines
Reguliers de S. Auguftin , Diocéfe de
Sarlat , vacant par la promotion du fieur
Denis- Alexandre le Blanc à l'Evêché de
Sarlat , en faveur dudit fieur le Blanc.
3
L'Evêché de Laon vacant par la demiffion
de M. de Saint- Albin , en faveur de
M. de la Fare , Evêque de Viviers , à la
charge d'une penfion de 3000. liv . M. I'Evêque
de Marſeille à qui Sa Majefté l'avoit
donné , ayant remercié.
L'Evêché de Viviers , vacant par la démiffion
de M. de la Fare , en faveur de
M. l'Abbé Renaud de Villeneuve , Depu
té de la derniere Affemblée du Clergé
cy- devant Grand- Vicaire de l'Archeveche
d'Aix , & qui avoit été nommé à l'Evêché
de Marfeille avec 600. liv. de penfion.
L'Abbaye de Saint Martin , vacante par
la démiffion de M. de Saint - Albin . Cette
Abbaye eft dans la ville de Laon , de l'Ordre
de Premontré , en faveur de M. de la
Fare nommé à l'Evêché de Laon.
L'Abbaye de la Reule , Ordre de Saint
Benoift,Diocéfe de Lefcar , vacante par la
démiffi n de M. de la Caffaigne , Evêquo
de Lefcar , en faveur de M. l'Abbé de la
JOTO LE MERCURE
Caffaigne , fon neveu , a la charge d'une
perfion per fion de 600. liv. pour M. l'Evêque de
Leicar
L'Abbaye du Prieuré perpetuel de Notre
Dame de Prouille , Ordre de S. Dominique
, Diocéie de S. Papoul , vacante
par le decès de la Dame de Choifeuil , en
faveur de la Soeur Anne de Falcos de la
Blache, Religieufe de l'Ordre de Citeaux.
L'Abbaye de Vernailon , Ordre de Citeaux
dans la ville de Valence , vacante
le decès de la Daine du Rouffet , en
faveur de Soeur Françoi'e de Bajane de
Thouars , Religieufe du même Ordre.
par
L'Abbaye de Saint Bernard des Olieux ,
Ordre de Citeaux , dans la ville de Nar
bonne , vacante par le decès de la Dame
du Vallois , en faveur de Seeur Yolande-
Marie de Miraillet , Religieufe Profelle
de ladite Abbaye.
>
L'Abbaye de l'Abondance- Dieu des Salenques
, Ordre de Citeaux , Diocéle de'
Toulouſe , vacante par le decès de la Dame
d'Erce , en faveur de Sour Gabrielle
de Sirgan d'Erce , Prieure de ladite Ab
baye.
L'Abbaye de Saint Michel de Doulens ,
Ordre de S. Benoift , Diocéfe d'Amiens
vacante par le decès de la Dame de Sericourt
d'Eclainvilliers , en faveur de Soeur
... de Bouflers de Remiancourt.
Le
DE
NOVEMBRE 1723. TOTT
•
Le Prieuré de Saint- Aubin , Ordre de
S. Benoit , Diocèle de Rouen , vacant &
en regale , en faveur de la Soeur de Montperoux
, Religieufe du même Ordre.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de Chafaux
, Ordre de S. Benoift , Diocéte de
Lyon , dont la Dame Marguerite de Silvecanne
eft Abbelle , en faveur de Soeur
Madeleine de Silvecane , Religieute Profelle
& Prieure de la même Abbaye .
K
›
La Coadjutorerie du Prieuré Royal de
de S. Pardoux la - Riviere , Ordre de Saint
Dominique , Diocéle de Perigueux , dong
Ia Dame de Boiffeulth eſt Prieure , en faveur
de Ser de Boilfeulth , Religieufe
Profeffe dudit Prieuré.
>
La Coadjutorerie de l'Abbaye du Mont-
Notre- Dame , Ordre de Citeaux Diocèle
de Sens , dont la Dame Victoire Chre
tienne Dauvret des Marets eft pourvûë ,
en faveur de Soeur Chriftine de Lyon , Religieute
du même Ordre .
les Ca-
E fieur Cordier qui poffede feul le fecret des
Peaux Divines , avertit le public que
lotes faites des mêmes Peaux , guerifient tous
maux de tête , les plus inveterez , & de quelque
caufe qu'ils puiffent provenir , comme abfcès ,
fluxions , rhumatifmes , coups ou contre - coups ;
qu'elles attirent le fang qui peut s'etre extravafé
dans la tête par chûte , ou par quelque autre accident
ΤΟΥ 2 LE MERCURE
dent , & qu'elles gueriffent les migraines , éblouiffemens
, étourdillemens , vapeurs , bourdonnemens
, tintemens d'oreille ; enfin la furdité
tournemens de tête , phrenefie , épilepfie , ou mal
caduc ; &c.
Par le moyen d'une tranſpiration douce &
commode , elles attirent les eaux âcres qui tombent
ordinairement fur les yeux , fur le coeur ,
dans la poitrine , fur les dents , & fur les autres
parties du corps.
Les Peaux Divines gueriffent l'apoplexie , &
font excellentes pour les paralifies nouvellement
formées , pour toutes fortes de rhumatismes , les
goutes , les goutes fciatiques , les humeurs froi
des , maux de côté & d'eſtomach , pour les groffeurs
, les dartes vives , les boutons & rougeurs
que l'on peut avoir fur telle partie du corps que
ee foit.
Elles font bonnes pour les enflures , meurtriffures
, ulceres , & humeurs, froides . Comme les
Peaux Divines font réfolutives & attractives , lens
principale vertu eft de fondre les humeurs malignes
, glaireufes , & coagulées qui font entre
cuir & chair. Elles adouciffent & fortifient en
même temps les nerfs & les mufcles ; & fans faire
aucune ouverture ni cicatrice , elles rendent par
le moyen de la tranfpiration la pèau plus blanche
& plus belle qu'avant l'application On peut ,
felon fon incommodité , le faire faire des camifolles
, des gands & des chauffons de Peaux- Dibines
; & lorfque l'on eft attaqué de la petite
verole , l'on avoit foin de s'enveloper de ces
Peaux , on fe garentiroit furement des fuites fàcheufes
qui en refultent , parce que par le moyen
de la tranfpiration , elles font fortir le venin qui
eft caufé par le fang corrompu.
Le fieur Cordier fournit un memoire exact de
la
DE NOVEMBRE 1723. 1013
i
la maniere avec laquelle on doit fe fervir des
Peaux-Divines qui peuvent le conferver plus
de 20.. ans fans perdre leurs vertus , ni qualitez ;
& pour la commodité publique , il a établi des
Bureaux où l'on diſtribue les mêmes Peaux - Divi-·
nes , Sçavoir , à Lion , chez le fieur Thomas ,
Marchand , grande ruë Merciere. A Dijon , chez
le fieur Papillon , Marchand , proche l'Eglife
N. D. A Besançon, chez le fieur Charmet , Marchand
Libraire. A Rowen , chez le fieur Maugy ,
que des Juifs, aux Armes de France. ACoutances,
chez le fieur Papillon , Marchand Libraire. A
Rennes , chez le fieur de la Vigne , Marchand
à côté du Palais. A Nantes , chez le fieur Me,
ziers , Marchand à la Foffe. A Saint Malo , chez
le fieur Demziers , Marchand devant la grande
porte. A Breft , en Ba e - Bretagne , chez le fieur
Tardi , Marchand Epicier. A la Rochelle , chez
le fieur Merle , Marchand. Enfin , à Amsterdam
en Hollande , chez le fieur Nicolas Viollet , au
Comptoir de Bois - le - Duc , fous la Bou.fe.
•
Le fieur Cordier demeure à Paris , chez le
fieur Metas , Marchand Epicier , au haut de la
Rue de la Coutellerie & de la Vannerie , vis - à - vis
la rue S. Jacques de la Boucherie , au premier
appartement.
Le fieur Lambert , Auteur de l'Eau de Beauté,
qu'il s'applique à perfectionner , pour répondre
à l'empreffement , avec lequel les Dames la recherchent
, avertir qu'il eft parvenu à avoir du
Baume blanc de la Meque , qu'il fait entrer dans
la compofition de fon Eau , ce qui la rend plus
efficace pour conferver les agrémens du beau
fexe , & fur-tout pour prevenir & reparer le défordre
de la petite verole , dont on a vû des
effets furprenans . Elle guerit les boutons , bour
geons
2014 LE MERCURE
<geons , rouffeurs , dartres & c. ainfi que les teins qui ont été gâtez par l'ufage du fard. Cette cau dont la compofition
eft approuvée par M. Dodart, Premier Medecin du Rov , fe vend à Paris , chez
M. Rouffelot , Parfumeur , rue Tire- Chape , où l'on donne des imprimez , dans lefquels les proprietez
de l'Eau font expliquées , avec la ma- niere de s'en fervir , & à la marge il ya l'em
preinte de deux cachets , ainfi que fur le haut de la bouteille , pour empêcher qu'en la falfifica tion de ceux qui ont une Eau de Beauté fauſſe
que le fieur Lambert ne garentit point.
HXXXX
SUPPLEMENT.
RAITE' de la fcience des Nombres,
Toù l'on donne des Principes d'Arithmetique
& d'Algebre, dans lequel on fait
voir Ferreur de ceux qui ont écrit fur les
Compagnies , par tems , & fur les troques
; où l'on enfeigne le calcul décimal ,
& du Calendrier , avec une formule generale
pour les calculs des Changes étrangers
, incomparablement plus courte &
plus facile que les methodes ordinaires , &
où l'on donne la refolution de plufieurs
Problêmes numeriques par l'analife . Par
M. Brunot , Maître des Mathematiques ,
A Paris , chez l'Auteur , rue Mazarine ,
vis - à- vis la ruë Guenegaud , 1723. vol.
in 8°. 4. liv. 324. pages:
Le
3
DE NOVEMBRE 1723.
Le Traité de la fcience des Nombres eft
divifé en deux livres : Le premier , eft un
Traité d'Arithmetique. On y fait voir
l'erreur de ceux qui ont écrit fur les Com
pagnies par tems , && ffuurr les troques qui fe
font en Marchandifes. On y enfeigne le
Calcul decimal , & le Calcul du Calen
drier. On y donne auffi des Principes pour
reduire les regles de trois inverfe ou reciproque
, en regle de Trois ordinaire , avec
une application de les rapports reciproques
aux pendules. La regle de Trois compofée
, ou qui a plufieurs termes , s'y trou
ve expliq ée d'une maniere nouvelle qui
eft très- courte & très -facile à compren
dre. On finit ce premier Livre par une Formule
generale pour le Calcul des Changes
Etrangers , incomparablement plus courte
& plus ailée que les Methodes ordinaires.
Dans le fecond Livre on enfeigne les
premiers principes de l'Algebre. On y
applique cette fcience aux queftions que
Ion peut former fur les Nombres , ce que
l'on nomme réfolution par l'Analife on
y trouvera des applications fur les aliages ,
fur le Problême indeterminé , & fur les
interêts.
Ce Livre fe vend , relié en veau 4. liv.
& pour les Villes de Province 3. liv.5.fols.
Ceux qui feront curieux d'en avoir en
blanc , l'Auteur les fournira à cinquante
fols. EXPLIID16
LE
MERCURE
EXPLICAT 10 Nde la premiere
Enigme du mois dernier.
V
Oici fur ces deux Soeurs , quel eſt mon ſentiment.
Elles ont toutes deux different agrément ,
L'aînée eftbelle , & la jeune eft jol'e ;
L'une eft Françoife , & l'autre d'Italie ,
Et parlant naturellement
C'est l'une & l'autre Comédie.
Explication de la troifiéme Enigme.
Vous qui fçavez unir la paix avec la guerre
L'hymen avec l'amour , la vie avec la mort ,
J'ai fouvent avec vous voyagé fur la Terre ,
Et vous m'avez conduit du Midy juſqu'au Nord.
Vous parlez de Science & de Litterature ,
Encor que vous foyez & fans langue , & fans yeux :
le nier , votre nom vient des Cieux ;
On ne peut
Yous vous cachez en vain , je vous connois , Mercure.
Le Maire.
Voici
DE NOVEMBRE 1723. 1017
Voici deux explications Latines des mêmes
Enigmes.
Res comicas Italus depingit ; feria ludo
nummus Nectere Gallus amat nummus utrique
placet,
Mercurius flores Collectos undique fpargit :
Ut doceat Francûm , nititur ore Deus.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
'Ay lû , Meffieurs , dans votre Mercure
du mois d'Octobre la Lettre à un Provincial.
Ce titre depuis long- tems eft confacré
à la fatyre ; auffi la lettre dont il s'agit
renferme -t- elle bien de la malignité ,
fur tout à l'égard de notre bon Spectateur
François , qui n'eft pas après tout partagé
d'un efpritfi infortuné , & quiétant , ( comme
cela doit être ) le Heros & le difciple
bien-aimé du celebre Auteur d'Ines ,
par ce feul endroit meritoit des égards.
C'est dommage que plufieurs traits ingenieux
de cette Lettre foient fuivis d'une
critique fort fuperficielle des Paradoxes
Litteraires. L'Auteur de cet écrit , lequel a
été autrement reçu du Public que certai
nes miferables brochures qui ont paru depuis
peu fur le même fujet , avoit donné
H.
1018
LE MERCURE
cette définition du Paradoxe , au commencement
de fon ouvrage . Le Paradoxe,
dit il , eft une propofition extraordinaire &
contraire au fentiment commun des hommes
, à laquelle on prête certaines couleurs
qui la rendent vrai -femblable. L'Auteur
de la Lettre blâme cette definition. Je ne
feais , dit-il , où il a pris cette définition du.
Paradoxe. Je vais vous le dire , Meffieurs
où il l'a prife. C'est dans tous les Dictionnaires
qui ont été imprimés jufqu'ici . On
n'en recufe aucun : ouvrez- les tous , vous
y trouverez qu'un Paradoxe eft une propofition
extraordinaire qui d'abord ne pa
roît pas vraye , & qu'on fait cependant
paroître vraye par la force du raifonnement.
Propofitio extra ordinem & à vulgi
opinione abhorrens . Telle eft l'idée du Paradoxe
en general ; elle fe trouve en fubftance
dans tous les Dictionnaires François ,
Latins , Grecs,Italiens & Efpagnols . Je les
ai tous confultés , & je vous fais grace de
mille phrafes que j'en pourrois extraire pour
vous les citer. Ciceron lui- même qui eft en
quelque forte le pere du Paradoxe , nele definit
point autrement.Le Paradoxe pris en
general n'eft donc ni vrai , ni faux ; il peut
être vrai ou faux ; mais il n'eft point de
fon effence d'être vrai , comme le prétend
l'Auteur de la Lettte. Un Paradoxe, dit- il ,
eft une propofition veritable , mais contraire
DE NOVEMBRE 1723. 1019
re à l'opinion commune. Mais fi cela eft ,
tous les Lexicographes fe font bien trompez
jufqu'ici. Il faut après tout les exculer
; ils ont fuivi aveuglement la définition -
de Ciceron qui n'y entendoit rien.-
L'Auteur des Paradoxes avoit ajoûté à
fa définition une remarque très- judicieufe
, en difant : Le faux comme le vrai eft
du reffort du Paradoxe , mais plus ſouvent
le faux. L'Auteur de la Lettre n'avoit
garde de goûter cette remarque , lui qui
prend pour un principe , que le Paradoxe
eft toûjours veritable. Quoi qu'il en dife ,
& malgré les fupofitions , c'eft une chofe
certaine que le faux eft bien plus fouvent
l'objet du Paradoxe , que le vrai , comme
je vais le prouver.
1º . Si le Paradoxe eft une propofition
effentiellement vraye , il faut dire il faut dire que tous
les Paradoxes de Ciceron font des veritez :
or Ciceron ne l'a jamais prétendu lui- même
, quoi qu'il ait appellé ces Paradoxes ,
Socratica & longe veriffima , il ne les a
regardez que comme des jeux d'efprit ; &
quand même il l'auroit prétendu , il n'y
auroit rien gagné ; car celui , par exemple
, oùil entreprend de prouver cette maxime
des Stoïciens : Tous les pech fint
égaux , eft abfolument faux ; ce n'eft qu'à
l'aide d'une Metaphifique ingenieufe &
éblouiffante, qu'il fait perdre de vûë pour
Hij un
1020 LE MERCURE
un moment l'abſurdité réelle d'un pareil
Dogme.
2. Tout le monde fçait que le Paradoxe
régne dans tous les ouvrages de Bayle . Il
s'étudie pár tout à débiter des idées bizar- y
res & extraordinaires , aufquelles il donne
les couleurs d'un vrai apparent , & il le
fait fouvent avec tant d'art & d'efprit ,
qu'à moins d'avoir beaucoup de lumiere
& de capacité , on fe laiffe aifement féduire.
Cependant ceux qui ont un efprit
fuperieur , & qui fçavent raifonner , conviennent
aujourd'hui que la plupart des
écrits de cet Auteur ne font qu'un tiffu
captieux de faux raifonnemens . Or cet efprit
Sophiſtique fe fait fur tout fentir dans
les propofitions extraordinaires , c'eſt-àdire
, dans les Paradoxes qu'il avance , &
qu'il prouve à fa mode , laquelle eft trèspropre
à gâter l'efprit. Je fçais que fes
propofitions font quelquefois des abfurditez
, & non des Paradoxes ; mais il feroit
mal de dire , que par tout où fes raifonmens
font faux , ils font abfurdes . Cet Auteur
aimoit le Paradoxe , & c'eft pour pour cela
qu'il s'eft fouvent égaré.
3°. Voici une raifon capable de confondre
entierement l'Auteur de la Lettre .
L'illuftre Evêque de Soiffons , dans les fameux
Avertillemens , foûtient que le fyftême
de ſes adverfaires , fur l'autorité de
l'Eglife
DE NOVEMBRE , 1723. 1011
l'Eglife , eft un pur paradoxe : mais fi le
Paradoxe eft une propofition toûjours veritable
, que devient la thefe du Prélat ? Il
aura plaidé , fans y penfer , pour la caufe
qu'il veut combattre . Il a donc fous - entendu
qu'un Paradoxe eft fouvent faux , &
qu'en matiere de Religion , il l'eft prefque
toûjours. Ses adverfaires n'ont pas manqué
-de répondre que leur fyftême n'étoit point
un Paradoxe. Ils ont donc entendu ce terme
dans le fens de l'Evêqué . Dira- t- on que
M. de Soiffons , qui eft de l'Académie
Françoife ne parle pas bien fa langue ; je le
yeux ; mais en ce cas il y aura un autre
inconvenient , c'eſt qu'il faudra dire auſſi
-que fes adverfaires qui paffent incontefta-
- blement pour écrire très - bien , ne connoiffent
pas la force des mots mieux que lui .
4°. M. l'Abbé Houtteville , Académicien
François , prend le mot de Paradoxe
dans le même fens . Je demande pardon à
M. l'Abbé Desfontaines , Auteur des Paradoxes
litteraires , fi j'emprunte ici l'autorité
de M. l'Abbé Houtteville : Salus ex
inimicis noftris. Voici fes paroles à l'article
de Spinofa , vers la fin du Difcours préliminaire.
Quel affemblage de Paradoxes !
Et comment le peut-il que tant d'hommes
ayent la foibleffe de s'en laiffer éblouir ? On
prie l'Auteur de la Lettre de nous citer
quelques exemples pareils . Nous lui mar-
H iij quons
1022 LE MERCURE
•
quons où l'Auteur des Paradoxes a pris fa
définition qu'il nous dife auffi où il a pris
la fienne. Quelques- uns ont blâmé le debut
ironique de l'Auteur des Paradoxes , &
ont prétendu qu'il devoit les croire veritables
, ou au moins paroître les juger
tels , & ne pas dire , comme il a fait : Je
ne prétends point que ces Paradoxes foient
jugez vrais mais feulement un peu vraifemblables
, je les juge moi - même très -faux.
Je réponds qu'un Paradoxe eft une theſe .
Or ne foûtient- t-on pas tous les jours des
Thefes feulement comme vrai - femblables,
& ne déclare-t-on pas foi -même quelquefois
qu'on les croit fauffes ?
**
Il dit encore que le 6 article dui. Paradoxe
renferme des plaifanteries froides,
La Philofophie m'apprend qu'il ne faut
point difputer fur les qualitez fenfibles . Je
dirai feulement que fur le merite de la
plaifanterie,les hommes font bien partagez.
-Ce que le Pedant trouve infipide , fouvent
l'homme poli le goûte , parce qu'il trouve
qu'une raillerie tirée du fonds du fujer ,
equivaut à un raifonnement ferieux , & eſt
prefque toûjours munie du rare privilege
dene point ennuyer
.
L'Auteur de la Lettre cenfure le 2. Paradoxe
, en ce qu'on y voit , dit.il , confon-
"dus pfe mefle des vers incontestablemen
bons avec d'autres vers incontestablemen,
plats.
DE NOVEMBRE 1723. 1023 .
plats. Je voudrois que l'Auteur eut indiqué
ces vers inconteftablement bons , critiquez
mal à propos ; on auroit vû à découvert
le goût délicat du cabaret des Apedentes
, comme l'appelle M. Huet dans le
Huetiana . Il femble , ajoûte -t - il , qu'il ait
affecté d'oublier les vers les plus reprehenfibles.
L'Auteur des Paradoxes convient luimême
de cette fage affectation , dont il fe
fait honneur. Il auroit été beau de relever
ce qui faute aux yeux , & de faire des reflexions
triviales fur des fautes groffieres
connues de tout le monde . Ce vers , continue
l'Auteur de la Lettre , eft mal repris :
A le précipiter qui peut donc vous contraindre ?
dans çes mots , à le précipiter , dit il , le fe
rapporte à l'Himenée qui précede , & nullement
à D. Pedre. C'eft par ce feul exemple
qu'il s'efforce de rabaiffer le 2. Paradoxe.
Il eft vrai que le devroit fe rappor
ter à l'Hymenée , felon le bon fens ; mais
par malheur , felon la conftruction , il ne
s'y rapporte point . Suivant la regle de toutes
les Langues , les pronoms relatifs ſe
rapportent toûjours aux derniers fubftan.
tifs . Or l'Hymenée dont il s'agit fe trouve
trois vers auparavant ; D. Pedre eft
entre l'Hymenée & le pronom relatif le.
J'ai honte d'infifter fur cette ennuyeufe
remarque de Grammaire .
Hiiij Mais
1024
LE MERCURE
Mais , dit l'Auteur de la Lettre , les Let
tres à M. l'Abbé Houtteville font citées
avec éloge dans le 3e Paradoxe , ce qui ne
convient point. C'est l'entendre , dit - il ,
d'un ton agréable , que defçavoir fe dédomager
de la prétendue modeftie qu'ily a à
ne pas mettre fon nom à la tête de fes Ouvrages
, par le plaifir de pouvoir fe citer foimême
impunément avec éloge dans des éorits
pofterieurs. Il fuppofe , comme on voit ,
que les Lettres à M. l'Abbé Houtteville
& les Paradoxes font de la même plume.
Mais je réponds que ces Lettres ne font
point citées avec éloge dans les Paradoxes ;
elles y font mifes très fimplement , & fans
aucun éloge au nombre des écrits qu'on
a publiez depuis peu contre le faux brillant
du ftyle precieux de quelques Modernes
. Si l'invective étoit permife , on accuferoit
ici de mauvaiſe foi l'Auteur de la
Lettre ; mais on aime mieux croire qu'il
a écrit fans avoir lû les Paradoxes avec attention.
On dit qu'il va paroître encore un écrit
affez long contre l'Auteur des Paradoxes.
Des perfonnes qui l'ont lû , & qui font toûjours
ennemies du verbiage, m'en ont parlé
peu avantageufement. J'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , votre , & c.
Ce 2 1 Novembre 1723.
L'ouDE
NOVEMBRE 1723. 1025
Ouverture du Parlement fut faite
Làl'ordinaire le lendemain de la Saint
Martin par une Meffe celebrée avec beau
coup de folemnité , par l'Abbé de Champigni
, Tréforier de la Sainte- Chapelle
& chantée par une excellente Mufique . On
l'appelle la Meffe - Rouge , parce que ceux
qui compofent cet augufte Corps s'y trouvent
en Robes - Rouges , qui font leur habit
de ceremonie. Les Ducs & Pairs , les
Confeillers d'honneur , & les Maîtres des
Requêtes y ont des plaçes marquées. Les
Lieutenans Generaux , les Tréforiers de
France , & les anciens Avocats y en ont
auffi .
Nous ferons à cette occafion une digreffion
en faveur des perfonnes qui nous ont
paru peu inftruites de la difference qu'on
doit faire entre les Confeillers d'honneur
& les Confeillers Honoraires . Ces derniers
font les Confeillers veterans qui ayant
fervi aflez de tems pour conferver leurs
entrées , fe font défaits de leurs Charges ..
Les Confeillers d'honneur font ceux qui
fans être du Corps du Parlement , ne laif--
fent pas d'y être admis en differentes occafions.
Le Roi en donne les places ; &
comme le nombre n'en eft pas grand, il eſt
aifé de croire qu'il faut nn merite fupe--
Hv rieur
1026
LE MERCURE
rieur pour être choifi . Les Confeillers
d'honneur aujourd'hui font , Meffieurs
Louis Alexandre Croifet , Nicolas le
Clerc de Leffeville , Jean - Baptifte de
Gaumont
,
Charles Jofeph de Fortia ,
Claude Meliand , Charles Fontaine , Evê→
que de Nevers , & François le Fevre de
La Malmaison. Outre cela il y a deux Confeillers
d'honneur hez , qui font l'Arche
vêque de Paris , & l'Abbé de Cluni.
vasa
M. Dagueffeau , Avocat General , fit
la harangue de la rentrée du Parlement
avec un applaudiffement general. Il prou
va avec beaucoup de folidité & de délicateffe
, qu'il étoit neceffaire à l'Orateur
d'écouter & de fuivre l'empire de la rai--
fon. Cette domination , dit- il , eft la plus
ancienne & la plus douce , à laquelle
T'homme puiffe être foumis.
C'eft la raison qui apprend à l'Orateur
à faire le choix de fon fujet , & à le proportionner
à fes forces , qui lui preferit la
fage loi de méditer long- temps les chofes
fur lefquelles il doit parler , de les
tourner dans toutes les faces qu'elles peu--
vent avoir avant que d'entreprendre de
les exprimer , & de ne donner qu'après.
beaucoup de réflexions les couleurs neceffaires
au tableau qu'il s'eft formé dans
fon imagination.
Que ceft auffi ce qui donne à un diſcours
20
DE
DECEMBRE 1723 .
1027
cours , & cette force , & cet air facile &
naturel qui font ppeennfſeerr que rien n'a moins
coûté , & que chacun eft en état de travailler
avec le même fuccès , jufqu'à ce
que l'experience ait appris que rien n'eft
plus difficile. C'eft cette profonde meditation
qui faifoit qu'on difoit de Phocion
, ce vertueux Grec , que fa plume
fembloit avoir été trempée dans le bon
fens , & dans la raiſon ; la raifon ne fert
pas moins pour le choix des expreffions ,
& bannit fur- tout cette éloquence vaine
qui n'eft prefque que fur les lévres , &
qui n'a pour tout merite que fa rapidité.
C'eft fur-tout de la raiſon que naiffent
Fordre & la précifion. Talent précieux
qui a renouvellé le Barreau , & qui a fait
naître un nombre de jeunes Orateurs
qui doivent moins , dit il , ces applaudif
femens à la vivacité de leurs expreffions ,
qu'à l'efprit d'arrangement & de précifion
qui eft en eux.
Ici , a- t'il continué , une réflexion bient
trifte vient nous interrompre , & nous
rappelle la perte confiderable que le Barreau
vient de faire d'un Orateur , * qui
dans un âge très -peu avancé , s'étoit éle
vé avec tant de fuccès , & àvoit fçû fe
faire admirer tant de fois . La nobleſſe de
fes pensées , la jufteffe de fes expreffions,
M. Feffard , Avocat en Parlement.
H vj
&
1028 LE MER CURE
& fur tout l'ordre merveilleux qui regnoit
dans tous les difcours , avoient fait la répu
tation qu'il s'étoit fi juftement acquife. La
Providence l'a feulement montré au Barreau
; mais il a affez vêcu pour fa gloire ,
quoiqu'il n'ait point affez vêcu pour
l'utilité du public , & pour l'exemple de
fes confreres .
La raifon fait des hommes vertueux ,
c'eft elle qui donne cette fageffe qu'on
recherche dans le confeil. On ne fuit ici
que très imparfaitement l'ordre & les
te mes de ce difcours , qui étoit encore
orné de deux beaux éloges . Celui de
Me des Haguets , qui après avoir fait
long- temps la profeffion d'Avocat avoit
été chargé du miniftere public à la Cour
des Aydes ; il s'étoit par tout diftingué
par fa droiture , & par les grands talens ;
& fa mort arrivée dans la retraite qu'il
avoit choifie depuis plufieurs années , a
achevé de faire voir combien il avoit été
vertueux. L'autre éloge eft celui de Monfieur
le Premier Prefident, qui répondoit
parfaitement à la dignité du fujet.
Les inercuriales fe font faites le Mercredi
fuivant , à l'ordinaire , par des dif
cours prononcez avec beaucoup de dighité
, par M. le Prefident de Novions ,
& par M. le Procureur General . Ces
difcours le font en forme de remontrances
DE NOVEMBRE 1723. T029
ces , ou de reprimandes. Les Gens du
Roy fe tenoient anciennement à l'entrée
de la Grand'Chambre , & à mesure que
les Confeillers y paffoient , ils prenoient
ce temps pour leur faire des remontrances
; mais cet ufage eft changé depuis
long - temps , & les mercuriales ne confiftent
plus qu'en des harangues publiques
, dans lefquelles on exorte les Juges
à rendre exactement la juftice , à obferver
les reglemens & c . On fait quelquefois
de vives remontrances ou corrections
aux Officiers qui ont manqué. Les mercuriales
fe font deux fois l'année , à l'ouverture
des audiences des Cours Souveraines
, après la S. Martin , & après Pâques.
Elles ont été établies par les Edits
des Rois Charles VIII. Louis XII. &
Henry IH. afin de veiller à l'obſervation
des Ordonnances..
Le Premier Prefident , ou celui qui .
occupe fa place parle d'abord aux Huiffiers
, enfuite aux Procureurs & aux Avocats
, après quoi on va querir les Gens du
Roy , & il leur adreffe la parole en ces
termes , Gens du Roy. Ce difcours fini, le
Premier Prefident adreffe la parole aux
Confeillers par le mot de Meffieurs . L'A
vocat General parle enfuite..
L'Aca
་༠༡༠ LE MERCURE
'Académie Royale des Sciences fe
Lraffembla le Samedi
raffembla le Samedi 13. Novembre ,
& elon la coutume cette Aſſemblée a été
publique .
M. Maraldi , Penfionnaire Aftronome,
ouvrit la féance par la relation de l'obfervation
de la Commette qui a paru cette
année.
Cette Comette a commencé à être vûë
par M. Maraldi , à l'Obfervatoire Royal
de Paris , le 18. Octobre à 7. heures du
foir , dans la conſtellation du Capricor
ne ; elle s'eft élevée vers le Nord , & a
paffé auprès de la main du Verfeau . Cette
Comette avoit déja paffé par fon Perigée
, lorfqu'elle a commencé a être vifible.
M. Maraldi conclud par trois obfervations
faites le 18. le 21. & le 26-
Octobre , qu'elle y avoit paffé le 14. Oc---
tobre à deux heures du matin , en (uppofant
l'Orbite de la Cometre circulaire.
M. Maraldi a auffi conclu fon mouvement
journalier de 17. dégrez , 10. minutes
dans fon Perigée , & feulement d'un
quart de dégré dans le dernier jour de
fon apparition , qui a été le 3. Novembre
, après lequel le clair de Lune , &
* On appelle Perigée le point de fa route le
plus proche de la terre.
· les •
DE NOVEMBRE 1723. 103T
les nuées ont empêché de la voir.
que
Il refulte de toutes les obfervations de
M. Maraldi , que cette Comette a coupé
l'Ecliptique au 8e dégré du Verfeau , &
l'Equateur à 3o.dégrez d'afcenfion droite,
l'inclinaifon de l'O : bite de cette Comette
fur l'Ecliptique eft de 74. dégrez .
La durée de fon apparition a été à
Paris de 18. jours , pendant lefquels elle
a parcouru 26. dégrez 30. minutes de fon
Orbe , & 82. dégrez depuis fon Perigée
jufqu'à fon évanouiffement. M. Maraldi
a auffi rapporté que cette Comette a pafféextrêmement
près d'une étoile fixe qui a
été apperçue au travers de fa chevelure.
Cette obfervation fera fort propre
déterminer la parallaxe de cette Comette,,
fi l'on a obfervé la même choſe en d'au-
-tres endroits , comme cela l'a été effectivement
à Berlin par M. Kirch , Aftronome
de la Societé Royale de Pruffe , qui
en a envoyé toutes les obfervations à M.
de Lifle le Cadet.
é
M. Maraldi finit fon memoire par la
comparaison de cette Comette , avec la
derniere qui a paru dans ce même endroit
du Ciel en 1707. La difference confiderable
de l'inclinaifon des routes de ces-
-deux Comettes , empêche M. Maraldi de
conclure que celle de cette année foit
celle qui patut en 1707.
M.
1032
LE MERCURE
M. Geoffroy le Cader parla le ſeconds
& lût un Memoire fur le Sel Ammoniac ;
c'étoit une fuite d'un autre Memoire , où
il avoit fait connoître la compofition &
la fabrique de ce Sel , qui jufques- là avoit
été ignorée.
י
Il donna dans celui - ci la deſcription
d'un Sel Ammoniac venu des Indes , formé
en pain de fucre , & fi peu ordinaire
dans ce Pays- ci , que Pomet dans ſon
Hiftoire des Drogues n'en parle qu'en
paffant comme d'une chofe qui ne fe
voyoit déja plus de fon temps ." Ce Sel
eft venu pendant la derniere pefte de Marfeille
par la voye des Hollandois , qui le
tirent des Indes Orientales ; mais en aſſez
petite quantité , parce que l'Egypte nous
en fournit directement , & avec- abondance
pour nôtre ufage , quand le commerce
n'eft point interrompu.
Le Sel Ammoniac des Indes a cela de
préferable à l'autre , que fa furface eſt
moins chargée d'impuretez. La maffe en
eft auffi beaucoup plus groffe , car chaque
pain eft du poids de 14. à 15. livres ,
au lieu que le Sel Ammoniac d'Egypte
eft formé en plateaux de 4. à livres
feulement.
5.
Comme M. Geoffroy avoit fait con--
noître dans le Memoire precedent la compofition
du Sel Ammoniac , il fit voir
dans
DE NOVEMBRE 1723. 1031
dans celui- ci fa décompofition . Il prouva
par des operations fort exactes, que le Sel
Ammoniac contient beaucoup plus de vo
latile qu'on ne lui en connoiffoit.
De plus il donna la methode de retirer
ce Sel volatile en forme feche dans
la plus grande quantité poffible. C'étoit
un fecret des Anglois qui le débitent depuis
long-temps , fous le nom de Sel
d'Angleterre. En le parfumant avec des
effences de plantes aromatiques , fans lui
rien ôter de l'odeur penetrante qui le
rend fi utile pour les vapeurs , & pour
les défaillances , on corrige ce qu'il à de
défagreable .
Le premier de nos Chimiftes qui retirá
ce Sel en affez grande quantité , fot M.
Tournefort , comme il paroît par un Me
moire qu'il donna en 1700. de quinze
onces de Sel Ammoniac , il étoit venu à
bout d'avoir dix ónces de Sel volatile.
M. Geoffroy va bien au- delà , puifque
d'une livre , il tire treize onces trois gros
de Sel volatile d'une confiftance folide
& cristaline , fans compter ce que l'efprit
de vin , dont il fe fert à détramper le Sel
Ammoniac avant que de le fublimer , en
dépole encore par la fuite.
La methode de M. Geoffroy confifte
à joindre au Sel Ammoniac , dont il veut
tirer le Sel volatile trois fois autant de
Sel
1034
LE MERCURE
Sel de tartre pour intermede .
En comptant exactement tout ce que
le Sel Ammoniac contient de volatile ,
M. Geoffroy prouve évidemment que de
feize onces de Sel Ammoniac , il y en a
quinze de volatile , jointes avec une ſeiziéme
partie feulement de Sel fixe , qui
eft l'acide Marin , qu'on mêle avec le
Sel Ammoniac dans la fabrique.
M. de Fontenelle réfuma avec cette
clarté & cette élegance qu'on lui connoît
, le difcours de M. Geoffroy. Il entra
dans la difcuffion que l'Académie'
avoit faite du premier Memoire , où l'on
conteftoit à M. Geoffroy ce qu'il avoit
avancé fur la fabrique du Sel Ammoniac
par la fublimation. Avant que de fe rendre
à fes conjectures , toutes plaufibles
qu'elles paroilloient , Académie vouloit
être informée de ce qui fe paffoit fur les
lieux où ce Sel fe fabrique . Pour cela il
falloit du temps , & le temps décida en
faveur de M. Geoffroy , au fujer de la
methode de M. Geoffroy pour tirer le
Sel d'Angleterre.
M. de Fontenelle releva la fincerité
des François , qui ne cachent rien au pu
blic de ce qu'ils peuvent découvrir d'utile
, & qui ne fçavent ce que c'eft que
d'être mifterieux , même en Chimie.
M. Morand , fils , Anatomifte , lût enfuite
DE
NOVEMBRE 1723 1035
fuite un Memoire d'Anatomie fur la formation
des Hydatides .
Le deffein principal de M. Morand
dans ce Memoire , eft d'expliquer les
difficultez propofées à l'occafion de l'Hydropifie
veficulaire , dont feu M. Dodart
communiqua l'Hiftoire à l'Académie en
1697. & qui donna lieu à plufieurs queftions
curieufes fur la formation des Hydatides
, ou veſicules limphatiques.
Ces mêmes difficultez fe font renouvellées
à chaque obfervation fur cette
maladie , & on n'en avoit pas donné la
folution .
M. Morand s'étoit engagé à faire des
recherches fur cette matiere, lorfqu'il donnat
à la Compagnie , l'année derniere ,
Pobfervation qu'il avoit faite fur des facs
membraneux , pleins d'Hydatides , trouvez
à l'ouverture d'un cadavre.
Pour prouver dans le prefent Memoire
que cette maladie n'eſt pas bien extraordinaire
, l'habile Anatomifte en a cité:
plufieurs exemples très remarquables entre
une infinité d'autres , dont les Auteurs
font pleins . Il rappella ceux que·
M. Petit , Maître Chirurgien & lui , en
ont produits l'année derniere , & qui
avoient été precedez de la rélation de
M. Anel.
Sans entrer dans le détail de quelques
fyftêmes
•
1026 LE MERCURE
fyftêmes finguliers fur la nature des Hydatides
, lefquels n'ont point été fuivis,
M. Morand s'eft arrêté effentiellement
aux deux opinions qu'on a eu communément
; fçavoir , celles des glandes exfoliées
, & celle des vaiffeaux limphatiques
dilatez.
J'ai refuté la preiniere , dit - il , luimême
, c'eft à- dire , le fyftême des glandes
tumefiées & exfoliées , & j'ai fait
voir qu'une glande tumefiée par quelque
obftruction , loin de devenir veficulaire,
molleffe & fpherique , devenoit ſchirreufe
, & irreguliere.
J'ai fait fentir plufieurs difficultez ca
pitales contre ce fyftême , & j'ay donné
la préference à celui des vaiffeaux limphatiques
dilatez, déja connu , à la verité,
mais peu dévelopé ; je l'ai étendu & muni
de nouvelles preuves. Pour cela j'ai
fait une defcription nette du vaiffeau limphatique
, & j'en ai donné une figure
nouvelle plus exacte que celle que l'on
voit dans la plupart des Auteurs. Enfuite
j'ai fait remarquer , que la ſtructure natu
relle de ce vaiffeau favorifoit le féjour
d'une limphe épaiffe dans les petites poches
faites par les doubles valvules , de
façon que le cours de la limphe la plus
fluide fe trouve dirigée felon l'axe du
yaiffeau , & que deux portions de limpho
DE NOVEMBRE 1723. 1037
phe épaiffe féjourne dans les deux poches
valvulaires.
Par là je diminue la difficulté qu'on
fait ordinairement fur ce qu'il fe trouve
plus de vehicules dans les facs où elles
s'amaffent, qu'il n'en peut fortir ( ce femble
des portions du vaiffeau fituées
entre les valvules , parce que ces portions
compofent le milieu du vaiffèau , &
que les poches valvulaires font doubles
ainfi le nombre des Hydatides , formées
felon mon fentiment , eft double par rapport
à celui qui refulte du fyftême ordinaire.
La nature du Kift , c'est- à - dire , de
l'envelope de l'Hydatide eft un point des
plus curieux j'ai fait voir que le vaiffeau
limphatique n'entroit point dans fa
compofition , & que la limphe même en
fourniffoit la matiere .
Ce que j'ai prouvé par des comparaifons
de la limphe , avec les autres liqueurs
qui circulent dans le corps de l'animal , &
par des experiences que j'ai fait avec la
limphe , tirée par la ponction faite à des
Hydropiques.
Ici j'ai rappellé la pellicule qui fe for
me fur la furface du lait bouilli , les filamens
du fang , la pellicule qui recouvre
le caillot d'une faignée du bras , les
membranes qui fe trouvent fur les couches
1038.
LE MERCURE
ches du fang qui font les polypes , la
fauffe membrane du cabinet de Ruifch
faite avec du fang foüetté , j'en ai dèmontré
plufieurs faites
la même ope
ration .
par
Cette analogie fimple m'avoit fait tirer .
des confequences en faveur des parties
gelatineufes de la limphe capables de faire
des concretions , lorfqu'elle féjourne &
s'épaiffit , & les experiences précedemment
faites autorifoient mes confequences.-
Pour les experiences en queftion , j'ai
fait fouffler un grand nombre de petites.
fioles rondes , pareilles à celles des Ther
mometres , chacune garnie d'un tube d'un
pouce environ de longueur , je les at
remplies de limphe, je les ai mifes à diffe .
rentes épreuves , & à differentes expo-
Litions.
La plupart des mêlanges que j'ai faita
de diverfes liqueurs avec la limphe m'ont
donné des coagulums de differentes confiftances
; mais, la limphe fans, mêlange ,
m'a donné dans plufieurs fioles des concretions
gelatineufes , & des portions de
Kift pareilles à ceux de mes Hydatides I
& cela en fix femainos feulement , de
façon qu'avec plus de temps je pourrai
trouver des Hydatides dans mes fioles .
Et fi ce projet ne réüffit pas , mes
premieres experiences fuffisent pour prouer
ver
DE NOVEMBRE 1723. 1039
ver les concretions que peut former une
limphe vitiée & épaiffic .
Je déduis la figure communément ron
de des Hydatides de ce que la poche valvulaire
du vaiffeau qui leur fert de moule
eft faite d'une tunique fimple , unifor
me , & d'égale épaiffeur ; de forte qu'elle
fe dilate également dans toute fa circonference,
& qu'elle donne une Hydatide
de figure ronde , preferablement à toute
autre figure.
Mais comme la poche valvulaire avec
le parois du vaiffeau , ne peut donner
qu'une Hemifphere au plus , il falloit
fermer la partie du vaiffeau qui eft entre
le parois de la valvule le plus voifin de
l'axe du vaiffeau , & le parois du vaiffeau
le plus éloigné du même axe.
Pour cela il conjecture un retrecifement
de cette partie qui doit fuivre la
condenfation de la limphe qui féjourne
dans les poches valvulaires.
Cette condenfation doit en effet diminuer
le volume de la limphe ; fon volu
me diminué , l'équilibre qui doit être entre
l'effort de la limphe amaffée fous la
tunique du vifcere , où fe fait l'amas des
Hydatides , & l'effort de cette même tunique
qui comprime la poche valvulaire ,
cet équilibre dis -je , doit être perdu
de façon que le reffort de la tunique du
›
vifcere
1940 LE MERCURE
la
vifcere tend à refferrer la poche valvulaire
, en rétreciffant la partie de l'Hemifphere
qui eft ouvertes parce que
hiphe fluide y coule encore , & cede à
Paction de la tunique , ce qui d'une Hemifphere
fait une Sphere d'un moindre
diametre.
Alors la figure du vaiffeau eft alterée ,
& approche davantage de la figure que
quelques Auteurs peu exacts donnent
pour la naturelle , & qui femble faite
exprès pour repreſenter un vaiffeau limphatique
chargé de deux Hydatides à
chaque noeud fait par la double valvule.
Ces principes une fois établis , il m'a
été affé d'expliquer plufieurs autres circonftances
, comme
1 L'arrangement des couches gelati
neufes qui compofent le Kift des Hyda
rides .
2° La formation des Hydatides en
grape.
3 La prodigieufe quantité d'Hydatides
qu'on trouve quelquefois dans un
affez petit efpace.
les
4 Les amas qui s'en forment entre
gros vifceres , & leur premiere tunique
, fous laquelle fe remarque un refeau
limphatique
merveilleux
.
5. Le fpectacle fingulier que prefentent
plufieurs petites Hydatides renfermées
DE
NOVEMBRE 1723. 1041
mées avec de la limphe dans une plus
grande.
6° L'épanchement des Hydatides qu'on
a quelquefois tiré par des ouvertures faites
au bas-ventre .
M. Morand finit ce Memoire , en promettant
de nouvelles experiences , qui
pourront faire le fujet d'un troifiéme fur
cette matiere .
Cette maladie étant une fois bien connuë
, & bien expliquée , il est aisé de
concevoir qu'il en doit refulter de
des utilitez pour la cure
gran
M. Caffini lût enfu.te l'obſervation
qu'il a faire du paffage de Mercure dans
le Soleil le 9. de ce mois.
Ce paffage de Mercure par le Soleil
n'eft que le 7 qui ait encore été obfervé.
Le premier a été vû à Paris
Gaffendi en 1631.
par M.
Un Aftronome Anglois , nommé Sckarlous,
fçachant que Mercure devoit paffer
dans le Soleil en 1651. alla exprés à Suratte
pour en faire l'obfervation. Heve
lius obferva pour la troifiéme fois ce
Phenoméne à Dantzik en 1661. & Mr
Bouillaud & Street à Londres.
Le quatriéme paffage de Mercure dans
le Soleil arriva en 1677. M. Gallet l'obferva
à Avignon , & M. Halley dans
l'Ile de Sainte Heleine , où il étoit alors
I pour
1042 LE MERCURE
pour faire un Catalogue des étoiles Auftrales.
En 1690. les Miffionnaires Jefuites virent
Mercure dans le Soleil . Cette obfervation
fut auffi faite en Allemagne , & autres
lieux. Le fixiéme paffage de Mercure
par le Soleil fut encore obfervé à la
Chine , & en Europe en 1697. Tous ces
paffages , excepté celui de 1661. font arrivez
vers le commencement du mois de
Novembre. Celui de 1561. eft le feul qui
foit arrivé au mois de May.
Par l'obfervation de cette année Mercure
eft entré dans le Soleil le 9. de ce
mois à deux heures so . minutes du foir
à
quatre minutes & demie près du calcul
que M. de Lifle en avoit donné à l'Aca--
démie auparavant. Cette difference eft
très petite par rapport aux difficultez
qu'il y a de connoître les mouvemens de
cette planette ; ce qui vient principalement
de ce que cette Planette a de bien
plus grandes inégalitez que les autres ,
& que d'ailleurs elle eft plus difficile à
appercevoir , étant le plus fouvent cachée
dans les rayons du Soleil .
M. Caffini après avoir rapporté le dé
tail de cette obfervation, en conclut plufieurs
chofes curieufes & utiles à la Theorie
de Mercure.
M. Dufey termina la féance
par la lecture
DE NOVEMBRÉ 1723 . 1043
•
ture d'un Memoire fur les Barometres
lumineux . Il fait d'abord l'Hiftoire abregée
des Auteurs qui ont éctit fur cette
matiere depuis l'an 1675. que le hazard
en fit faire la découverte à M. Picard. It
rapporte les fentimens de M. , Bernouilli ,
Dutal , Haukfbée , Weidler , Heufinger,
& de M. de Mayran, & enfuite il ajoûte
ce qu'il a vû pratiquer à un Vitrier Alle
mand comme une methode feure pour
rendre les Barometres lumineux . Cette
operation confifte à prendre un tuyau
bien fec fermé par un de fes bouts , &
après l'avoir chargé de Mercure jufques au
tiers de fa hauteur , à en faire fortir par
le moyen du feu tout l'air & toute l'humidité
qui pourroit s'y rencontrer ,” lui
donnant iffue par le moyen d'un fil de fer
qu'il agite dans le Barometre , à meſure
qu'il le chauffe ; il en ufe de même pour
le fecond tiers du Barometre , & acheve
de le remplir à l'ordinaire , & fans le
faire chauffer. Il donne enfuite plufieurs
obfervations qu'il a faites en variant cette
maniere d'operer , foit dans la conftruction
du tuyau , foit dans la façon de le
charger. Enfin il donne l'explication de
cette lumiere , & dit qu'elle vient de ce
qu'en chauffant le Mercure on l'a parfaitement
dépouillé de l'air groffier qu'il
contenoit , & qui s'oppofoit à l'émana-
Iij tion
›
1044 LE MERCURE
14
tion de la matiere fubtile , la tenant , pour
ainsi dire , renfermée , & que dès qu'elle
eft délivrée de cet obftacle , elle fort avec
impetuofité lorsqu'on agite le Mercure
parce qu'alors il eft tellement comprimé
, que fes pores venant à le rettellir
la matiere fubtile en eft chaffée , & fe
répand dans l'efpace vuide qui eft au
haut du Barometre. Il finit , en difant
les Barometres lumineux font fort
au deffus des autres pour l'ulage , parce
qu'étant parfaitement vuides d'air groffier
, ils ne font point fujets comme les
Barometres communs à varier fuivant les
differentes temperatures de l'air , ce qui
dans ces derniers empêche qu'on ne puiffe
être affeuré au jufte de la pefanteur de
l'air, & par confequent des effets qui en
refultent.
que
M. de Fontenelle , qui en qualité de
Directeur prefidoit à l'Affemblée , fit
après la lecture de chaque Differtation ,
un petit difcours avec cette netteté &
Icette élegance qui lui ont merité la gran
de reputation dont il joüit .
Le 25. de ce mois l'Académie Françoife
tint une affemblée publique pour
la reception de M. l'Abbé Dolivet , à la
place de feu M. de la Chapelle. Le nouvel
Académicien prononça un très - beau
difcours ,
DE NOVEMBRE 1723. 1045
difcours , auquel M. l'Abbé de Choiſi ,
Doyen de l'Académie , répondit d'une
maniere très- éloquente.
M. l'Abbé de Choifi raconta enfuite
à l'affemblée de quelle maniere on avoit
découvert l'Auteur des deux pieces qui
avoient été couronnées à la Fête de Saint
Louis derniere , ajoûtant que c'étoit un
jeune homme de Provence , nommé M.
Chalamont de la Vifclede. M. Chalon ,
compatriote & ami de l'Auteur Couronné
, fe prefenta , chargé d'une Lettre de
remerciement de M. de la Vifclede à
l'Académie , & des pieces originales qui
avoient remporté les prix. Pour que ces
prix , qui confiftent en deux belles Me
dailles d'or , reçuffent un nouveau merite
, M. l'Abbé de Choifi les fit paffer
dans les mains de M. le Maréchal de
Villars , Gouverneur de Provence , qui
les remit à M. Chalon , à qui M. l'Abbé
de Choifi adreffa encore la parole , pour
lui dire d'écrire à M. de la Vifclede , que
l'Académie étoit jalouſe de la Provence
de ce qu'elle poffedoit un genie auffi
rare , & c .
Le 27. de ce mois les Comediens François
remirent au Theatre la Tragi Comedie
nouvelle de Bazile & Quitterie , par
M. Gautier , dont nous avons donné un
I iij xt rait
1046 LE MERCURE
extrait affez étendu . Cette Piece eft auffi
parfaitement repreſentée qu'elle eft generalement
applaudie . La fête de la fin ,
fait fur tout un extrême plaifir. La Dile
Labat y danfe avec une legereté , une jufteffe
, & des graces infinies , & le fieur
Dangeville avec fa petite foeur , dont on
a déja parlé plufieurs fois , ornent ce
Ballet d'une maniere trés piquante. Ils y
danfent plufieurs entrées & des contre
danfes qui font l'admiration & la furprife
de tout Paris..
On écrit de Londres qu'on y avoit
apporté depuis peu de Barbarie une Autruche
en vie , d'une prodigieufe gran
deur & groffeur , ayant huit pieds de
hauteur , depuis les pieds jufqu'à la tête ,
& pefant 250. livres. On ajoûte que le
Colonel Reftone eft mort à l'Ile de
Wiht , âgé de 103. ans.
逸
Le 23. de ce mois Don Louis d'A
cunha , Ambaffadeur de Portugal , donna
dans fon Hôtel , au Fauxbourg Saint-
Antoine une magnifique Fête , à l'occafion
de la naiffance d'un quatriéme Infant
, dont la Reine de Portugal eft accouchée
depuis peu. Les Princes & Prince
fes du Sang qui avoient été invitez ,
& e Dames & Seigneurs de la Cour, en
habits très-riches , y affifterent. Il y eut
illumi
DE NOVEMBRE 17237 1047
illumination , feu d'artifice , feſtin , concert
, jeu & Bal , où l'on fervit des rafraîchiflemens
en grande abondance.
L'Evêque Comte de Châlons , Pair de
France , & l'Evêque de Nevers , Confeiller
honoraire , prirent féance au Paslement
le 22. de ce mois.
Le Jeudi 2º Decembre, vers les 7. heures
du foir , Monfieur le Duc d'Orleans.
eut une attaque d'Apoplexie à Versailles,
dont il mourut une heure après. Aufftôt
que Monfieur le Duc d'Orleans eut
expiré , le Roy pria Monfieur le Duc de
Bourbon de fe charger du détail des affaires
, & des fonctions de la Charge de
Principal Miniftre d'Etat , & S. M. reçûc
enfuite le ferment de fidelité de ce Prince.
A VIS.
Our fatisfaire à l'empressement de
Pquelques perfinnes de merite , qui
- nous ont envoyé des Pieces , & qui s'impatientent
de les voir paroître , nous donnerons
le mois prochain , outre le Mercure
ordinaire du mois de Decembre , un volu
me par extraordinaire , qui fervira comme
de Supplement à l'année 1723 .
Liiij
Lifte
1043
LE MERCURE
Lifte des Mercures donnez au Public
depuis le mois de Juin 1721 .
jufqu'à prefent.
A
Nnée 1721. commencée le mois de Juin ,
7. vol.
Année
1722.
outre
les Mercures
des 11. mois
il y en a quatre
.
D'extraordinaires aux mois de Mars , de May,
de Septembre & de Novembre ; le premier au
fujet du voyage , & de l'entrée à Paris de l'Infante-
Reine. Le deuxième, contient une Differtation
Hiftorique du Sacre & couronnement de
nos Rois , depuis Pepin jufqu'à Louis le Grand.
Le troifiéme , c'eft la Relation du Siege & du
Camp de Montreuil , & le quatrième contient la
Relation du Sacre & Couronnement du Roy fait
à Rheims , & les fêtes données à Sa Majesté ,
qui font
Année 1723.
16.
13
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Toulouſe , chez la veuve Te e.
Bayonne , chez Arnaud Verdier .
Bordeaux chez la Veuve Labottiere & fils.
Et chez Charles Labottiere , l'aînée , vis -à- vis la
Bourfe.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du Verger.
Rennes , chez Vattar .
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Châlons-fur - Marne ; chez Seneuze.
Amiens , chez François , & chez Godard
Arras , chez C. Duchamp.
Lille , chez Dancl.
J
J này
là
APP ROBATION.
par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Novembre , &
Jay cru qu'on pouvoit en permettre l'impreſſion.
A Paris , le 4. de Decembre 1723-
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres.
PIECES FUGITIVES , la Prudence & l'Amour
',
Lettre fur la Croyance des Eglifes de Provence
Lettre de M. de Launoy.
Sonnet.
851
854
856
863
Réponse à la queſtion fur les Chartes non dattées.
864
Vers à Madame *** fur un Moineau.
Phenoméne extraordinaire d'un Poëte.
Bouts -Rimez .
Eloge des Vins d'Auxerre.
Extrait du Poëme de M. Heurtauld.
866
868
871
872
884
Lettre critique , au fujet des Anti-Paradoxes , & c.
L'Amitié & l'Amour , Cantate.
887
902
906
Réponſe du P. de la Neuville , fur les Guayanois ,
& c.
Alcide , Cantate. 909'
Lettre de M. Capperon , fur les Yeux des Mouches
&c.
Sonnet.
Article des Enigmes.
912
918
919
Réponse du fieur Paul Lucas , à la remarque de
M. de la Roque fur le cours de l'Oronte. 921
Chanfon note : fou fritous nous , &c , 924
NOUVELLES LITTERAIRES , Traité des maladies
des Os , & c. 925
Arlequin Foli par l'Amour , Comedie , & c. 927
Epitre au Roy de Portugal.
Lettre fur l'Inoculation de la petite verole.
Recueil des Poëfies de Jean Marot , &c.
Bibliotheque Françoiſe.
Nouvelles Litteraires des Pays Etrangers .
Medailles trouvées auprès de Montpellier.
Nouvelle conſtruction de Chaiſe à Porteurs,
Comette qui a paru à Londres.
Spectacles. Le Mercure Galant , Comedie .
Le départ des Italiens , Comedie nouvelle.
Edits , Arrefts rendus , & c.
Nouvelles des Cours Etrangeres , & c.
Baptêmes , Morts & Mariages .
Journal de Verfailles & de Paris,
Morts , Mariages , & c.
Charges & Emplois
938
943
949
954
955 .
957
959
960
968
962
970
980
993
998
1002
1006
Evêchez , Abbayes , & Benefices donnez. 1007
SUPPLEMENT , Traité de la Science des Nombres.
1014
Explication en vers François & Latins des Enigmes
du mois paflé. 1016
Lettre aux Auteurs du Mercure fur les Anti -Paradoxes.
L'ouverture du Parlement , Difcours &c .
1017
IOLS
Rentrée de l'Académie des Sciences , Differtations
prononcées &c. 1030
Reception de M. l'Abbé d'Olivet à l'Académie
Françoife , & prix donnez. 1044
Avis , & c.
1047
Errata d'Octobre.
PAge 813. lig 21. Doyen de l'Eglife de Paris,
ôtez ces mots , & ajoûtex , fils du Duc de
Biron .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 873 , lig. 2. Chauvant, la Pelote ,
effacez
ces mots , & lifez Piedrat , Chapote .
Page 890. lig. 20. de finir , lifez de définir.
Page 913. lig. 15. Carnée. life Cornée ainfi
qu'aux pages Tuivantes .
L'air neté doit regarder la page 924.
PRIVILEGE DU ROT.
•
QUIS, par la grace de Dieu, Roy de France,
&c. Salut. Nos bien amez les fieurs DU FRE
NY , DE LA ROQUE , & FUSILIER , Nous ont
fait remontrer qu'il fouhaitoient faire imprimer
& donner au Public tous les mois un Ouvrage
qui a pour titre , le Mercure , s'il Nous plaifoit
leur accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffaires
; A CES CAUSES, Voulant favorablement
traiter lefdits fieurs Expofans , Nous leur avons
permis & permettons par ces Prefentes de faire
imprimer fedit Livre en tels volumes , forme
marge , caractere , conjointement ou feparement,
& autant de fois que bon leur femblera , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume
pendant le temps de douze années confecutives,
compter du jour de la datte deſdites Preſentes ,
à condition neanmoins que chaque Volume portera
fon Approbation expreffe de l'Examinateur
qui aura été commis à cet effet , & que lefdies
fieurs Expofans ne pourront ceder ni transporter
qu'entre eux , & non à d'autres le preſent Privilege
, lequel en cas de decès d'aucun d'iceux appartiendra
au furvivant. Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient d'en introduire d'impreffion
étrangere dans aucun lieu de nôtre obéiffance ;
comme auffi à tous Libraires-Imprimeurs & autres
d'imprimer , faire imprimer , vendre , faire
vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , cydeffus
expofé , en tout ou en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque prétexte que ce fait
d'augmentation , correction , changement de ti
tre ou autrement , fans la permiſſion expreſſe &
par écrit defdits fieurs Expolans , &C.
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
›
| NOEL PISSOT, Quay desAuguftins , à la
defcente du Pont - neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
L'A
A VIS.
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft àà M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
Commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30, fols.
On donnera deux volumes le mois prochain.
851
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1723 .
XXXXXXXX*XX* XXXXXXX
PIECES FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
LA PRUDENCE ET L'AMOUR .
FABLE.
A Prudence voulut un jour
Rendre vifite au Dieu d'amour :
C'étoit pour une grande affaires
Elle s'embarqua pour Cithere,
Et fut en peu de temps dans ce charmant ſéjour ;
Elle arrive au Palais , fes compagnes fidelles ,
Marquoient en la fuivant leur parfaite union ;
A ij C'étoit
852
LE MERCURE
C'étoit la prévoyance & la précaution.
Pour annoncer ces Hôteffes nouvelles
Le plaifir auffi-tôt courut à Cupidon .
Qu'on faffe entrer , dit ce Dieu favorable ,
Allons , préparons-nous à les bien recevoir ;
La Prudence parut , & d'un air refpectable :
Approuves- tu que l'on vienne te voir ,
Dit-elle , ton humeur eft- elle enfin traitable ?
Oüy , certes , dit l'Amour , & plus que tu ne croi,
Difpofe en liberté de moi .
Eh bien ! je fuis d'avis , répondit la Prudence
Qu'uniffant tes defirs avec mes volontez ,
Tu n'accorde aux humains tes flateuſes bontez
Qu'avec beaucoup de prévoyance.
Lorfque tu feras dans les coeurs ,
J'en veux être à l'inftant maîtreffe ,
Et j'empêcherai bien les jaloufes fureurs ,
Où l'on voit que fouvent ils portent la tendreffe
Ton difcours me paroît fort beau ,
Dit l'Amour , & je veux fans tarder davantage ,
Que toi -même regles l'uſage ,
De mes traits , & de mon flambeau.
Ils s'unirent. Bien- tôt un amant témeraire
DeDE
NOVEMBRE 1723 . 853
Devint amant reſpectueux ,
Et la plus volage Bergere ,
Sentit les plus durables feux.
Cette union difproportionnée ,
Se foutint pendant quelque temps ;
Mais la tendreſſe enfin ne peut être bornée ,
Rien ne peut arrêter fes divers mouvemens
L'on s'aimoit , il eft vrai , mais toûjours la pru
dence ,
Oppofoit la précaution ,
Dans l'empire de Cupidon ,
La volonté de tout donne difpenfe.
Nos deux affociez s'apperçûrent bien-tôt ,
Que leur morale étoit trop oppofée ,
Et qu'enfin leurs fages complots ,
N'avoient pas rempli leur idée ;
Il fallut fe quitter , & depuis ce grand jour ,
La Prudence jamais ne s'eft jointe à l'Amour.
M. Clement.
A iij
LET'S
854
LE MERCURE
LETTRE écrite par M. de la R.... à
M. de M... fur la croyance des Eglifes
de Provence , au fujet de la Prédication
de l'Evangile dans cette Province.
E n'ai pas oublié , Monfieur , la conreftation
qui nous occupa chez vous
pendant quelque temps , & en bonne
compagnie , le 22. du mois de Juillet
dernier , jour auquel l'Eglife celebre
la memoire de Sainte Magdelaine , & qui
eft une Fête de commandement dans
quelques Diocéfes . ) Cette Sainte fut le
fujet de notre difpute , qui ne feroit fans
doute point arrivée , fi je n'étois pas né
en Provence , où il n'eft prefque pas permis
de douter , que les premieres lumieres
de la foy y ont été portées par cette
Sainte , par S. Lazare , & par d'autres
Difciples de J. C. J'eu cependant l'honneur
, Monfieur , de vous avoüer que je
n'avois jamais examiné à fonds cette queftion
; c'eſt - à- dire , que je n'avois pas lû
tout ce qui a été écrit de part & d'autre
fur cette matiere , ayant feulement parconu
dans ma jeuneffe ce qui eft forti
de la plume de M. de Launoy, & quelques
DE NOVEMBRE 1723. 855
ques réponfes à fes écrits ; ainfi je ne
pouvois pas déferer à l'autorité , ou plutôt
à la critique de Mrs de Tillemont , &
Baillet , qui n'ont fait que copier M. de
Launoy fur le fujet en queftion . Je ne
vous diffimulai point auffi , que je ferois
bien aife que l'origine des Eglifes de Provence
fut telle , que la creance unanime
de ces mêmes Eglifes l'établir. Enfin
Monfieur , dans la vûë que j'ai depuis
long- temps d'éclaircir un jour ce fujet ,
& pour rendre à la verité tout ce qui lui
eft dû , ma fincerité alla jufqu'à vous
avouer que je poffede deux Lettres du
même M. de Launoy , ce grand adverfaire
de la croyance des Eglifes de Provence
, Lettres qui ont échapé à l'Editeur
du grand Recueil de fes Lettres
& qui ne roulent prefque que fur la matiere
qui fit le fujet de nôtre conteftation
. Je vous promis de vous les communiquer
, & je commence , Monfieur , à
m'en acquitter aujourd'hui . Je tiens ces
Lettres de feu M. Marchetti , mon compatriote
, à qui elles ont été écrites , &
avec qui M. de Launoy étoit en grand
commerce de Litterature. Ce M. Marchetti
eft le même dont j'ai parlé dans
ma Preface de la vie de M. de Chafteüil ,
qui eft imprimée à la fin du ze tome de
★ Un vol. fol. à Cambrigde 1687 .
A iiij
*
mon
856
LE MERCURE
mon voyage de Syrie , & du Mont- Liban.
Ces Lettres au refte font d'autant
plus curieufes , & importantes dans le
fait , dont il s'agit ici , qu'elles contiennent
tout ce qu'on peut oppofer de plus
fort , & de plus plaufible contre la creance
des Provençaux , & que M. de Launoy
y a mis des traits & des circonftances
qui ne fe trouvent point dans les Traitez
qu'il a fait imprimer. On n'y remarque
point d'ailleurs les vivacitez qui ont
echapé quelquefois à ce grand Critique
dans fes ouvrages publics . Voici la premiere
de ces Lettres , dont j'ai fupprimé
tout ce qui n'a point de rapport à nôtre
fujet.
LETTRE de M. de Launoy , Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris , de
la Maifon de Navarre , &c. A Paris,
ce 27. Decembre 1657 .
Près avoir fatisfait à vos deman-
A&des , vous me permettrez , s'il vous
n plaît , Monfieur , de vous expliquer
» mes penfées fur deux ou trois lignes de
vôtre Lettre , où vous m'écrivez , que
» S. Lazare , la Sainte Magdelaine , &
Sainte Marthe font les Saints Tutelai-
» res de vôtre Diocéfe , & ailleurs . Quoiqu'à
ne vous rien diffimuler , l'autorité
d'une
DE NOVEMBRE 1723. BES
avoit tellement pris le deffus , que les
perfonnes de la premiere diftinction ne
Içavoient pas affez bien écrire pour figner
leur nom , ce qui a donné lieu aux fceaux
& aux cachets qu'ils appofoient , ou faifoient
appofer fur leurs titres.
L'on le fervoit dans le même temps
des Chartes , parties ou coupées , c'eſtà-
dire , qu'après avoir fait une Charte on
la coupoît en pieces , dont chaque contractant
en prenoit une pour la repreſen
ter lors de l'execution des conventions ;
à quoi auroit donc fervi la datte , puiſqu'elle
ne pouvoit pas paroître fur toutes
les parties ?
D'ailleurs le fujet dont on compofoit
la Charte ne rouloit pour l'ordinaire quo
fur des conventions qui n'avoient pas be- *
foin d'un temps fixé , & pour les Souverains
elle contenoit leurs volontez qu'ils
faifoient mettre par écrit , pour les faire
obferver enfuite , felon que la conjecture
des temps le demandoit , ce que nos
Rois ont en partie retenu , puifque leurs
Edits qui font leurs volontez les plus
ftables , ne font dattez que du mois & de
l'année.
A Lyon , le 25. Septembre 1723.-
C. C. M. V.
866 LE MERCURE
LA VOIX PITHAGORICIENNE.
It
L faut (çavoir pour l'intelligence de
cette piece , qu'une Dame nourriffoit
un Moineau , & qu'un jour un de ſes
amis , en entrant dans fon appartement.
le prit & mit à fa place un Serein qui
chantoit admirablement . Comme dans ce
même temps la Dame perdit l'ufage de
la voix par une maladie , l'Auteur a feint
que la voix de la Dame eft entrée dans le
corps du Moineau .
Il étoit jadis un Moineau ,
Moineau d'affez fimple plumage ,
Et qui chantoit comme fa cage.
Cependant ce Monfieur l'Oifeau ,
Occupoit toute la tendrefle ,
D'Iris , une jeune maîtreffe ,
Qui l'aimoit comme un autre auroit fait un plus
beau.
Or, vous fçaurez qu'un jour , que la vermeille
aurore ,
Commençoit à dorer les monts ;
Le Moineau tout à coup fit entendre des fons
Qu'on ne connoiffoit point encore ,
C'étoient
DE NOVEMBRE 1723. 847
ce
'd'une Egliſe auffi ancienne que la vôtre, «
m'ait toûjours tenu jufqu'à cette heure «
dans la creance commune & publique . «e
Je dis 1. Que c'eft une chofe Sainte es.
& loüable de prendre pour Patron le
Saint Lazare , la Magdelaine , & Sainte «
Marthe. "
ce
"'
Je dis 2 ° . Que pour prendre ces «·
Saints pour Tutelaires de vôtre Diocé- ∞
fe , il n'eft pas neceffaire qu'il y foient «
venus , mettant à part même la façon
comment Vincent de Beauvais raconte «
qu'ils y font venus , & dont la feule expofition
des chofes eft une réfutation -
peremptoire,fans avoir égard aux raiſons «
de mon livre , que vous dites ne vous ☛☛
avoir pas déplû.
ce
«
Je dis 3 °. Que fi pour prendre ces «
Saints pour Tutelaires de vôtre Diocé- «
fe , il étoit neceffaire qu'ils y fuffent s
venus , Notre - Dame ne pourroit pas «
être la Patrone de tant de Diocéfes , «
où elle n'a jamais été , ni par mer , ni «‹
par terre. «
宽
Je dis 4 ° . Que l'Eglife de Marſeille «s
eft une des plus glorieufes de toutes les «
Gaules , à tout confiderer , je repete à «
tout confilerer ; elle a dans fon origine «
des Martyrs , dont le nom & le merite «
font honorez dans un nombre infini
d'Eglifes & de Monafteres ; elle a des «
Eve A v
858 LE MERCURE
22
» Evêques illuftres en Sainteté , & en
» Doctrine. Saint Honorat , qui a compofé
de fi beaux ouvrages , & que nous
» avons perdus &c. Elle a d'autres Ecri-
>> vains illuftres , comme Salvien le maî-
» tre des Evêques , & le Réformateur
>> admirable de la vie & des moeurs des
» Chrétiens , Caffien qui a fi bien défen-
» du le Mystere de l'Incarnation , contre
» Neftorius , le Docteur Victorinus , &
» Gennade.
מ
*
>>
» Voilà en quoi confifte la veritable &
» folide gloire de vôtre Eglife , & non
» pas dans les inventions de gens incon-
» nus , dont Vincent de Beauvais s'eftrendu
le garant & le dépofitaire il y a
>> 400 . ans. Si ce n'eft qu'on reçoive pour
j) chofe autenthique que la fervante de
Sainte Marthe , nommée Marcelle, ait
» compofé en Hebreu la vie de la Magdelaine
& de Sainte Marthe , & que
Syntice l'ait traduite en Latin , & que
Marcelle a prêché l'Evangile dans l'ÊLclavonie
, pour perfuader qu'elle pou
voit bien écrire . Je vous dirai une cho
fe affez curieufe. J'ai vû à Laon une
Chapelle dans l'Abbaye de S. Vincent,
où la Magdelaine eft peinte dans une
Chaire qui prêche au peuple de Marfeille
, & j'y ai rencontré un vieux manufcrit
, où il y a plufieurs vies des
>>
>>
>>
»
»
Saints ,
DE
NOVEMBRE 1723.
859
Saints , & entr'autres celle de la Mag- «
delaine , en laquelle on ne dit rien de «
tout ce qui eft dans Vincent de Beau- «<
vais. «
Je dis s . Que l'Eglife de Marseille , «
parée de tous les ornemens qu'elle a au- «
deffus de toutes les Eglifes des Gaules , «
ne peut pas faire que l'Hiftoire de Mar- « .
celle , raportée par Vincent de Beauvais «<
devienne veritable , & que les gens de pie- «
té & de condition en foient perfuadez . «
Je dis 6 °. Que j'aimerois mieux mou- «
Fir mille fois , que de combattre l'Hif- «
toire de Marcelle , fi elle étoit autori- «
fée par l'antiquité de l'Eglife de Mar- «
feille , que j'honore , & que je refpecte «
pour toutes les graces que Nôtre . Sei- «
gneur lui a faites. «<
Je dis 7 °. Que lorfque vous écrivez , «
que l'autorité d'une Eglife fi ancienne «
que celle de Marfeille vous retient dans «‹
la creance commune & publique ; je
trouve de l'ambiguité dans vôtre propo- «-
fition , fi vous entendez que l'ancienne «
Eglife de Marfeille a été dans la crean- «
ce dont vous parlez , je ferai toûjours
fort difpofé de le croire , quand j'en «
verrai un feul témoignage au deffus de «
trois cens ans . Je veux dire d'un hom- «
me qui a vêcu & écrit au a vêcu & écrit au
ce temps . Si vous entendez
- deffus de
A vj
que
«<
d
I'E «
glife
860 LE MERCURE
>> glife de Marſeille qui eft fort ancien
» ne , & à mon gré une des plus illuftres.
>> des Gaules , foit dans cette creance de-
» puis cinq cens ans , ou environ , je ne
» le contefterai point ; mais je me trou-
» verai fort empêché d'une maxime de
>> Tertullien , qui dit : Veritati nemo pre-
» fcribere poteft , non fpatium temporum ,.
» non patrocinia perfonarum , non privile-
» gium Regionum.
de cette
» Monfieur , je vous demande pardon
de vous entretenir fi long- temps
>> matiere ; de tout ce que j'en ai écrit , il
» n'en fera que ce que vous voudrez , je
→ tiendrai toûjours à honneur de fuivre
» vos fentimens , je baife les mains à M. de
» Vias * qui eft Ornamentum Regionis vef-
» tra , feu genere , feu doctrinâ, feu mori-
» bus . Je lui fuis comme à vous , Mon-
» fieur , vôtre très humble , & très-
» obéiffant ferviteur. Signé , J. de Lan-
» nay .
·
Voilà , Monfieur , une partie des fentimens
de M. de Launoy fur la queſtion
dont il s'agit il s'expliquera plus au
long dans la feconde Lettre que je vous
prepare , & qui fuivra de près celle - ci.
Je vous confirme cependant ce que j'eu
* Balthafar de Vias , Gentilhomme de Mari
feille , recommandable par fon fçavoir , Hiſto
sien Antiquaire , Poëte Latin , &c.
l'hon
DE NOVEMBRE 1723 86%
l'honneur de vous dire le même jour au
fujet de Caffien fçavoir , que le lendemain
de la Fête de Sainte Magdelaine ,,
on celebre celle de ce fameux Abbé avec
toute la folemnité poffible , & avec Ocrave
, dans l'Abbaye de Saint Victor de
Marfeille , qu'il fonda au commencement
du cinquiéme fiecle . On y expofe fon
chef enfermé dans une magnifique Châffe,
que fit faire le Pape Urbain V. après
avoir été Religieux , & puis Abbé de la
même Abbaye , avec cette Infcription ,.
CAPUT S. CASSIANI. Le refte de fes
Reliques repofe dans un tombeau de
marbre , élevé fur des colomnes , qui fe
voit dans l'Eglife inferieure de S. Victor,
audevant duquel une lampe brûle continuellement.
Caffien eft pareillement honoré
comme un Saint dans la Cathedrale,
& dans tout le Diocéfe de Marfeille ,
ainſi que dans plufieurs autres Diocéfes
de Provence. On m'allegua cependant
que Caffien a été mis par quelques Auteurs
au nombre des Ecrivains. Heterodoxes
, & qu'on lui impute des fentimens
favorables au Semipelagianifme. Le Car-
Idinal Noris dans fon Hiftoire Pelagienne
, le confidere même comme le chef
des Semipelagiens ; mais ce fçavant homme
fait « l'Apologie de Caffien dans le «
même ouvrage , en diſant que l'erreur
de
862 LE MERCURE
» de Vincent de Lerins , & des Evêques
» des Gaules , accufez d'avoir favorifé le
» Semipelagianifme , ne porte aucun pré-
» judice à leur autorité , & à leur Sain-
» teté , parce que la queftion dont il s'a-
» giffoit n'étoit pas encore decidée . »> Plufieurs
Auteurs confiderables ont écrit des
Apologies en faveur de cet illuftre Abbé,
dont de grands Saints ont fait l'éloge ,
& recommandé les ouvrages. Plufieurs
Papes l'ont honoré du nom de Saint dans
leurs Bulles , qui font confervées à Saint
Victor , & raportées dans l'Hiftoire de
cette Abbaye. Ainfi il me femble que M.
Dupin n'a pas fait un grand effort de critique
, après avoir parlé fort au long de
Caffien , de declarer que rien n'empêche
qu'on ne lui donne la qualité de Bienheureux
& de Saint , que plufieurs Auteurs
lui ont liberalement accordée , &
qui femble être reconnuë à Marseille . Encore
fes expreffions ne font pas exactes.
Ce fçavant ignoroit , fans doute , que
non feulement à Marfcille , & dans prefque
tous les autres Diocéfes de la Province
, Caffien eft qualifié de Saint dans
les plus anciens Martyrologes , Breviaires
, Miffels & c. mais encore dans quelques
autres Diocéfes de France , de quoi
on peut voir les preuves au long dans
l'Hiftoire de l'Abbaye S. Victor. Le P.
Dom
DE NOVEMBRE 1723 863
+
Dom Edmond Martene , Benedictin vient
de nous en donner une nouvelle dans font
voyage Litteraire , en remarquant qu'il
trouva dans la Bibliotheque de l'Abbaye
de Longpont , Ordre de Cîteaux , Diocéfe
de Soiffons , un feuillet d'un ancien
Sacramentaire, qui contenoit une partie du
Canon, dans lequel il eft fait mention des
Saints fuivans : Quintini, Victorici, CASSIANI
, Remigii , Benedicti , &c. Mais
en voilà affez , Monfieur , fur ce fujet.
Je fuis , & c. A Paris , ce 1. Aouft 1723 .
KKKKKKKKK KKKKKKKKis
J
SONNET.
E ne m'applique point à l'étude du Sage
D'un avide Marchand j'abhorre le Micmac ,
Je haïs le Pharaon autant que le
Tridrac ,
Et les oifeaux par moi ne font point mis en Cage.
Je me mocque d'un art qui promet un long Age ,
Je vois , fans critiquer , Scapin avec fon
Sac
Almanach ,
Village.
Si je lis quelquefois c'eſt dans un
Je paffe rarement de la Ville au
J'ignore les vertus de la Rofe & de l' Ail ,
Je
862
LE
MERCURE
de Vincent de Lerins , & des Evêques
» des Gaules , accúfez d'avoir favorisé le
» Semipelagianifme , ne porte aucun pré-
»judice à leur autorité , & à leur Sain-
» teté , parce que la queſtion dont il s'a-
» giffoit n'étoit pas encore decidée . »> Plufieurs
Auteurs confiderables ont écrit des
Apologies en faveur de cet illuftre Abbé,
dont de grands Saints ont fait l'éloge ,
& recommandé les ouvrages. Plufieurs
Papes l'ont honoré du nom de Saint dans
leurs Bulles , qui font confervées à Saint
Victor , & raportées dans l'Hiftoire de
cette Abbaye. Ainfi il me femble que M.
Dupin n'a pas fait un grand effort de critique
, après avoir parlé fort au long de
Caffien , de declarer que rien n'empêche
qu'on ne lui donne la qualité de Bienheureux
& de Saint , que plufieurs Auteurs
lui ont liberalement accordée , &
qui femble être reconnuë à Marseille. Encore
fes expreffions ne font pas exactes .
Ce fçavant ignoroit , fans doute , que
non feulement à Marseille , & dans prefque
tous les autres Diocéfes de la Province
, Caffien eft qualifié de Saint dans
les plus anciens Martyrologes , Breviaires
, Miffels & c . mais encore dans quelques
autres Diocéfes de France , de quoi
on peut voir les preuves au long dans
l'Hiftoire de l'Abbaye S. Victor. Le P.
Dom
DE NOVEMBRE 1723 863
Dom Edmond Martene , Benedictin vient
de nous en donner une nouvelle dans fon
voyage Litteraire , en remarquant qu'il
trouva dans la Bibliotheque de l'Abbaye
de Longpont , Ordre de Citeaux , Diocéfe
de Soiffons , un feüillet d'un ancien
Sacramentaire, qui contenoit une partie du
Canon , dans lequel il eft fait mention des
Saints fuivans : Quintini, Victorici, CASSIANI
, Remigii , Benedicti , &c. Mais
en voilà affez , Monfieur , fur ce fujet.
Je fuis , & c. A Paris , ce 1. Aouft 1723 .
KKKKKKKKK ¥¥¥¥¥¥¥
J
SONNET.
E ne m'applique point à l'étude du Sage,
D'un avide Marchand j'abhorre le Micmac ,
Je hais le Pharaon autant que le
Tridrac ,
Et les oifeaux par moi ne font point mis en Cage..
Je me mocque d'un art qui promet un long Age ,
Je vois , fans critiquer , Scapin avec fon
Sac
Si je lis quelquefois Almanach, c'eſt dans un
Je paffe rarement de la Ville au Village.
J'ignore les vertus de la Rofe & de l' Ail ,
Jc
864
MERCURE
LE
1
Je ne courtife point l'agent porte Evantaily
La Mufique n'a rien qui flatte mon Oreille.
Je ne fçais quels refforts font mouvoir la Fourmy,
Je ne m'amufe enfin qu'à vuider ma Bouteille ,
Son jus eft de mon coeur le veritable Amy..
REPONSE à la queftion propoféc
dans le Mercure du mois
ST
d'Aouſt 1723. fol . 345,
1 les Chartes qui ne font point dattées ,
mais munies de fceaux de perfonnes
illuftres , dont le temps n'eft pas douteux ,
peuvent paffer pour certaines & autentiques.
L'on eft d'avis que l'on doit y ajoûter
foy , & qu'elles peuvent faire preuve
qu'une chofe eft ancienne.
Car la Gharte , quoique faite pour la
même fin , n'approchoit cependant pas
de ce que nous nommons aujourd'hui un
Acte , on ne s'en eft fervi que tant qu'il
n'y avoit point , ou très - peu de Notaires ;
ainfi ceux qui les faifoient étoient bien
fouvent des gens peu experimentez , ſurtout
dans des temps où la negligence
avoit
DE
NOVEMBRE 1723 . 869
C'étoient des accords fi touchans ,
Que la Reine des Bois , la trifte Philomeley
Jamais dans la faiſon nouvelle ,
N'a formé de plus doux accens.
Qui fut furpris de l'avanture ?
Je vous laiffe à penfer : un jeune Negromant ,
Expert ès fecrets de nature ,
Fut foupçonné l'auteur de cet enchantement
A tort , ce n'étoit autre chofe
Qu'une pure metempsycoſe ,
Et voici comme quoi fe fit le changemen
La voix d'Iris étoit Pythagoricienne ,
Après certains termes prefcris ;
Il fallut vuider le logis.
Helas ! ce ne fut pas fans peine :
On regretta cent fois un féjour auffi beau ,
Et pour ne point quitter une charmante Hôteffe ,
La fubtile voix eut l'adreſſe ,
D'entrer dans le corps du Moineau
PHE
368 LE MERCURÉ
OFCOM CONCIER
PHENOMENE extraordinaire d'un
Poëte , &c.
mens
N peut mettre au rang des évenemens
finguliers , & qui font le plus
du relfort de nôtre Mercure , celui qui
eft contenu dans une Lettre que nous venons
de recevoir d'Allemagne. Nous
nous faifons un plaifir de la publier , avec
quelques réflexions de l'Auteur de la Lettre
, qui ne nous paroiffent gueres moins
fingulieres , que l'évenement même.
» Il s'eft paffé à Berlin , il y a déja
» quelque temps , un fait tout-à - fait curieux
en voici la petite Hiftoire. Un
» certain M. Schoeneman , actuellement
Miniftre dans les Etats du Roy de
» Pruffe , étudioit en Rhetorique fous
» un Maître qui exerçoit fes écoliers à la
Poëfie Allemande , il n'avoit reçû de
» la nature aucun talent pour cet Art
» & tout ce qu'il faifoit ne valoit abfolu
» ment rien . Ses camarades fe faifoient
un plaifir de le railler fur ce fajet ; les
» railleries devinrent enfin fi piquantes
» & le mauvais Poëte les prit fi fort à
» coeur , qu'il en tomba malade d'une
violente fiévre chaude , dont on eut
bien
DE
NOVEMBRE 1723 . 869
<
bien de la peine à le guerir. Après qu'il
fut rétabli il ſe trouva tout d'un coup
devenu Poëte , non pas de ceux qui ſe ◄
donnent la torture pour chercher une «<
rime , & pour faire quelque chofe de «
raifonnable ; celui-ci ne fait que des
impromptus , des faillies poëtiques , & c. «
& y réüffitfort bien , dequoi il eft éton- «
né lui - même , avec tous ceux qui ont «
connu fon efprit , cy- devant bouché «
pour la Poëfie. Comment expliquer ce «
Phenoméne des plus rares en ce genre ? «
Avons- nous une connoiffance claire des
mouvemens qui fe font dans le cerveau
d'un Poëte ? Nous ignorons abfolument
cela. Mais comme la Philofophie eft un
Pays de conjectures , je prends la liberté
d'hazarder les miennes. L'ame , dit-on
a fes maladies auffi bien que le corps ; cela
eft faux , puifque l'ame confiderée indépendemment
du corps , n'eft fufceptible
d'aucune alteration , par confequent
tous les changemens qu'on croit arriver
à l'ame doivent être attribucz aux differentes
modifications des organes corporels
. Tirons une conclufion de ce principe
; c'est que l'ame de M. Boileau , &
celle des Poëtes du Pont- neuf , font abfolument
la même ame. La difference n'eft
donc que dans les organes du corps ; car
on ne peut difconvenir de cet autre principe,
870
LE MERCURE
cipe , la Pefie n'eft point une faculté
effentielle à l'ame , puifque fi cela étoit
nous ferions tous Poëtes ; d'ailleurs cette.
faculté fe perd comme elle s'acquiert.
M. Schoeneman avant fa maladie n'étoit.
point Poëte ; c'eſt à - dire , n'avoit point
la difpofition des organes telle qu'il la
faut pour la Poëfie. Il tombe dans une
fiévre chaude , & il devient Poëte : la
fiévre chaude eft , à ce que je crois , un
fang extrêmément agité , & dont par
conféquent il fe détache une plus grande
quantité de parties , qui toutes montent
au cerveau : ne feroit- ce point ces parties
, qui montant en haut en ont dérangé
toute l'economie ordinaire , & ont opere
cette elpece de prodige ? Cette conjec
ture eft bien hardie ; mais qu'importe
fi vous la trouvez vrai - femblable , je
pourrai vous en envoyer quelques autres
fur le même fujet , qui acheveront de déveloper
mes pensées ; convenez pourtant
que ma conjecture acquiert un dégré de :
certitude par la propofition que j'ai éta
blie , que la Poëfie n'eft pas effentielle à
l'ame. Je conjecture encore que vous vou
driez bien me connoître , mais vous ne me
connoîtrez que par l'aveu que je fais , c'eſt
d'être , je vous le protefte , de tout mon
coeur , & c. D. C. E. Le 22. Aoust 1723.
BOUTS.
DE
NOVEMBRE 1723. 8739
******************
茶綠茶
ROUTS - RIMEZ.
N. verra fuprimer les proverbes du Sage
L'ufurier affammé negligeant fon Micmac ,
Wfer
nonchalamment fes jours fur un Trictrac ,
Et mon Chat dévoré d'un Moineau dans fa Cage.
La brillante jeuneffe au plus beau de fon Age;
Fuira tous les plaiſirs pour ſe vêtir d'un Sac
Un avare attentif ſera fans.
Et Paris paflera pour un petit
Almanach ,
Village
On verra les Gafcons hair l'oignon & 1 Ail
Une coquette en feu , brifer fon
De rage qu'un Traitant ait baiſé fon
Evantail ,
Oreille,
La Mouche amaffera comme fait la
Fourmy;
Un avaleur de vin quittera la Bouteille ,
Lorfque je cefferai de cherir mon
Amy,
ELO872
LE MERCURE
SECINCINCINICOB CONCONE
ELOGE DES VINS D'AUXERRE.
Ly a quelques années qu'on difputa
Ibeaucoup fur la préference des
leurs vins de France ; c'eſt à dire , entre
les Partifans du Vin de Bourgogne , &
ceux du Vin de Champagne. La difpute
ne fut que Poëtique ; mais l'émulation
fut fi grande que le Cidre , la Bierre &
l'Eau même trouverent auffi des Défenfeurs
& des Poëtes , qui les celebrerent
aux dépens de ces premieres liqueurs.
Tout cela produifit plufieurs bonnes pieces
, dont le Recueil , imprimé à Paris
chez Thibouft en l'année 1712. eſt trèsagréable
à lire . Il n'y manque rien que la
folidité , qui ne fe trouve que dans la verité.
Pour moi je la trouve toute entiere ,
cette verité , dans les Vins d'Auxerre , &
je leur applique ici en particulier l'axiome
general : IN VINO VERITAS. J'en.
tends par Vins d'Auxerre , ceux principalement
que produifent les vignobles
d'Auxerre , d'Iranci , & de Colange , lef
quels forment un triangle de deux lieuës
de diftance de l'un à l'autre , & je comprends
fous le même nom les vins des
principales côtes qui font aux environs de
la
DE NOVEMBRE 1723 . 873
›
la Ville ; çavoir , côtes chaudes , la Chênette
, Chanvent , la Palote , Migraine ,
Boivin , Quetur , Clerion , Chaumont ,
Vaux , &c. fans exclure les autres plus
éloignées. C'eſt à ces Vins fans être
Bourguignon , ni intereffé le moins du
monde dans la conteftation , que je don
ne une entiere préference . On me dira ,
Lans doute , que mon goût feul , & mon
fuffrage ne peuvent , & ne doivent rien
décider là - deffus ; raiſon frivole , & qui
va difparoître à la vûë des autoritez fur
lefquelles je me fonde , & que je vais
fommairement faporter , pour prouver
que l'eftime & la réputation des Vins
d'Auxerre eft auffi grande & generale ,
qu'ancienne , qu'ils ont paffé , & qu'ils
paffent encore avec raiſon pour être des
meilleurs du Royaume.
A l'égard de l'ancienneté , Heric qui
vivoit du temps de Charles - le- Chauve ,
& qui a écrit en vers la vie de S. Germain
d'Auxerre , commence la defcription
de certe Ville par les éloges qu'il
donne à la fertilité de fon territoire , &
à la bonté de fes Vins.
Urbem haud in celebrem Galli pofuere priores
Uberibus glebis , & opimi munere Bacchi.
En quoi il a été ſuivi par Thomas de
Loches , Auteur d'un ouvrage fur le re-
B tour
874 LE MERCURE
tour du corps de S. Martin de la Ville
d'Auxerre en celle de Tours : cet écri
vain remarque que Ingelger , Comte de
Gatinois , avoit à Auxerre , entre autres
biens , des vignes qui portoient du Vin ,
dont l'excellence paffoit tout ce qu'on
en pouvoit dire. In Autiffiodorenfi urbe
aulam propriam , & vineas vini fuperla
tivi bajulas , & prædia fub urbana poffidebat.
L'ouvrage de Thomas de Loches
qui vivoit il y a environ 800. ans , eft dans
le fpicilege de Dom Luc Dacheri . T. X.
Si je paffe à des temps pofterieurs , je
trouve la réputation des Vins Auxerrois ,
également bien établie. Pierre Grognet ,
dont les Poëfies furent publiées à Paris
en l'année 1533. commence ainfi ſa defcription
de la Ville d'Auxerre , page 43 .
Cité d'Auxerre , aimée & renommée ,
Ceux de Paris fouvent tout habitée ,
Pour le beau lieu , & auffi pour la grume
,
Dont tout haut bruit plus vaut qu'on ne préfume.
Et il la finit de cette maniere :
Conclufion , de tous biens as affez ,
Et mêmement plufieurs vins amaffez ,
Dont chacun dit que la Ville d'Auxerre ,
Sert au commun fans les tenir en ferre.
Le
'DE
NOVEMBRE ) 875 1723.
Le témoignage de cet Auteur , plus
Hiftorien que Poëte , eft fortifié par celui
de Paradin , lequel dans fa defcription
de l'ancienne Bourgogne , imprimée
en 1542. s'exprime ainfi fur le même
fujet , page iss . Præclara eft holie
civitas ad ripas Ione fluvii ameniſſi ni
loco declivi , haud dubiè prorfus antiqua,
& que vini annonam procul diffitis regionibus
largè fubminiftret , abundat enim
generofis undique vitibus.
A quoi on peut ajoûter ce qu'Abraham
Ortelius , d'Anvers , celebre Geographe
en a dit en peu de paroles , mais
qui expriment beaucoup. Antiffio dorum
urbs eft in Burgundionibus , vino quod
inde nomen habet plurimis n nobilitata.
Sans oublier l'Itineraire de France ;
qui fut imprimé à Paris en l'année 1527.
fous le nom de Jodocus fincerus , dans les
quel il eft auffi parlé d'Auxerre , & de
fes Vins , page 259. Auguftoduno abi.
tum opportet Autiffio lorum , urbem ele.
gantem , antiquam & c. in medio vinearum
fit à longe etiam remotis populis temetum
propinat optimum Studgardia Witembergica
ferè fitum , quâ vineta , amulatur.
Cet écrivain remarque ici deux
chofes , la premiere , qu'Auxerre fournit
du Vin excellent aux Pays les plus éloignez
, & la feconde , en faveur des Alle-
Bij
mansa
$76 LE MERCURE
mans , que le vignoble d'Auxerie eft dans
une fituation femblable à celui de la Ville
de Studgard , dans le Duché de Wirtemberg,
en forte que la riviere d'Ione forme
les mêmes expofitions de côteaux &
de montagnes , & donne les mêmes commoditez
, que la riviere de Neçar , au
tour de la Ville de Studgard .
,
,
› Enfin , M. de Valois , dans fa Notice
des Gaules , femble fe faire un plaifir de
diftinguer la Ville , & les environs d'Auxerre
, c'eft à dire fes vignobles , des
autres lieux , dont il a entrepris de parler.
Il femble auffi qu'il s'eft plû dans cet
article à égayer le ferieux de fon ouvrage
par des traits d'une érudition agréable
, exprimez par une diction charmante
, & qui convient tout à fait au fujet.
Soli fertilitate , dit ce celebre écrivain
en parlant d'Auxerre , bonitate , & copia
vini ; ac Içauna flumine fuo navigabili ;
nobilitate comitum , multitudine fanctorum
, multis claris , & magnis Galliæ urbibus
jure conferenda. Vina Pagi " Autif
fiodunenfis ante annos octingentos idem
landavit merito Erricus in l . 11. de Germani
civis Autiffiodorenfis adhuc Laici conviviis
loquens .
Que veniunt patriis , & prima plurima terris ,
Vina miniftrabant gemma pretiofa capaces.
HolieDE
NOVEMBRE 1723. 877
*
Hodieque Autiffiodurenfia vina celebrantur,
& in fumma funt gloria , ut non
fine caufa fervius , & Ifidorus olim fcrip .
ferint ; Senones , quorum pars Autiffidrenfes
funt , dictos effe quafi Xenone › ,
Vovec , quod liberum Patrem adverfus Ge
ryonem euntem hofpitio exceperint. Credo
apricos eos colles peragraffe Bacchum
latitia datorem , & ibi quondam_manu
ejus fatas effe vites , etiamnum haud degeneres
, & ipfi tanti boni vini inventori
minimè erubefcendas.
Quoique ces dernieres expreffions foient
figurées , & fentent un peu le langage
poëtique , elles n'en font pas moins fondées
fur la verité , car l'ordre & l'artangement
des vignes d'Auxerre , & ceci
demande une remarque particuliere , ſurpaffe
tout ce qu'on peut voir en ce genre
de plus propre , & de plus agréable . Je
ne fçai même files vignes du Mont- Liban ,
dont un ** Auteur moderne nous a fait
depuis peu une belle defcription par rapport
, fur-tout à leur arrangement , font
L'autorité de Pline femble ici fortifier les
témoignages alleguez par M de Valois , en faveur
de nos Vins. Jam inventa vitis , dit Pline,
I. 14 ch. 1. Arverno , ſequanoque & Helvico
generibus non pridem illuftrata.
**
Voyage de Syrie & du Mont-Liban , 2. vol.
in 12. Paris 1722. T. 1. pag. 221.
B iij plan878
LE
MERCURE
•
plantées dans un plus bel ordre. J'en
prends à témoin, tous les voyageurs , &
quelques Auteurs particuliers , qui fe
font plû à faire remarquer la charmante
difpofition des vignes d'Auxerre ,
rels font , entre autres , Abel Jouan
dns fon curieux Recueil des Voyages
faits par Charles IX. dans le Royaume ,
les années 1564. 1965. & 1566. imprimé
à Paris en 1566. & Louis Liger , Auteur
du Dictionnaire general des termes de
l'Agriculture , imprimé en 1703 .
A tous ces avantages qui diftinguent fr
fort les vignobles d'Auxerre , des autres
vignobles , il femble qu'il ne manqueroit
plus que celui de les vandanger deux
fois l'année , comme cela arrive , s'il en
faut croire le Geographe Marius Niger ,
à l'égard de certaines vignes celebres qui
font fur les côtes de Syrie , nous pourrions
nous contenter de voir les nôtres
exemptes des faites fâcheu'es du dérangement
des faifons ; mais la fage provi
dence ne l'a pas permis ; elle permet au
contraire que les Bourgeois d'Auxerre
foient quelquefois humiliez dans ce qu'ils
ont de plus cher , fur-tout par de fortes
gelées , qui ruinent leurs plus belles efperances
, d'où eft venu le proverbe du Pays.
Les Auxerrois aujourd'hui Rois , le lendemain
petits Bourgeois. Les plus memorables
DE NOVEMBRE 1723. 879
bles de ces gêlées , pour le dire en paffant,
leur font arrivées les années 1507. 1608.
1709. & en remontant beaucoup plus
haut , on trouve dans la chronique de
Robert , Chanoine Prémontré d'Auxerre
, publiée à Troye en 1608. par M..
Camuzat , Chanoine de Troye , qu'en
l'an 1118. la défolation des vignes , caufée
par la gêlée fut extrême , ipfo anno ,
dit il , octavo idus Maii ferè ubique terrarum
magno gelu atrita funt vinea , fed
maxime apud Autiſſtodorum urbem ; ita
ut in omnibus vineis , quarum illic magna
eft copia , vix potuerit colligi unde vel
unus poffet vini fextarius eliquari.
Aprés le témoignage de M. de Va➡
lois , qui a donné lieu à deux obferva
tions convenables à nôtre fujet , il feroit
inutile de citer d'autres Hiftoriens , ou
Geographes , qui ont reconnu l'excellence
des Vins en queftion . Nous tairons
par la même raifon ce que deux * Poëtes
, l'un Italien , & l'autre Champenois ,
ce qui n'eft pas indifferent ici , ont chanté
dans le xvi. fiecle en faveur des mêmes
>
Le premier de ces Poëtes eft Jean Durcé de
Venuſe en 1545. & le fecond Gafpar Damy
Champenois , contemporain , & fort etimé du
celebre Jacques Amiot , Evêque d'Auxerre , lequel
a écrit en vers latins la prife de cette Ville
par les Religionaires , en 1567.
Biiij Vins
880 LE MERCURE
Vins. Enfin pour ne point mêler le bur
lefque , avec le ferieux , & pour abbre
ger nous nous pafferons du fuffrage de
Rabelais , quoique grand connoiffeur en
ce genre , lequel au milieu de fes plaifan
teries , n'a pas manqué d'exalter la bonté
du Vin Auxerrois. Mais pour ne rien
omettre d'effentiel , il eft neceffaire d'ajoûter
aux precedentes autoritez , celle
de plufieurs celebres Medecins , lefquels
après avoir examiné la qualité des prin
cipaux Vins du Royaume , fe font declarez
en faveur de ceux dont nous parlons.
Il feroit ennuyeux de rapporter ici
tous leurs témoignages. Un feul nous fuffira
, c'eft celui de M. Andry , qui en
vaut plufieurs autres ; parce que outre
fa capacité reconnue , c'eft un Champenois
d'origine , qui donne la préference
au Vin Bourguignon. Ce fameux Medecin
ne fait point de difficulté de dire dans
fon traité des alimens de Carême , imprimé
en 1713. t. 2. p. 321. que le Vin
d'Auxerre eft un des meilleurs Vins de
Bourgogne , & il le propofe feul avec
celui de Beaune , à ceux qui veulent avoir
un veritable foin de leur fanté.
M. Fagon , premier Medecin du feu
Roy s'étoit déja declaré de la même maniere
, lorfque plufieurs années auparavant
, il détermina ce grand Prince à
quitter
DE NOVEMBRE 1723. 881
quitter l'ufage du Vin de Champagne ,
qui fut jugé ne lui être point propre.
Des Officiers de fa maifon , gens trèsdignes
de foi , & d'un merite diftingué ,
m'ont affuré que le Roy ne but point
alors d'autre Vin , que de celui d'Auxerre
, & que M. l'Evêque d'Auxerre ,
qui étoit alors à Paris , donna toutes les
facilitez , & tous les moyens neceffaires
pour que S. M. eut l'élite des Vins en queftion
, ajoûtant que ce Prélat eut l'honneur
d'envoyer au Roy ce qu'il en avoit fait
venir à Paris pour fon ufage particulier.
Migraine eft un territoire à l'Occident
d'Auxerre , qui étoit planté en vignes dès .
le vII. fiecle. Les Evêques d'Auxerre
y ont une grande quantité de vignes , &
c'est ce même crû , qui dès le commencement
a fervi à la table du Roy..
Il y a apparence qu'une partie de ces
faits n'a pas été ignorée de l'Auteur de
l'Ode latine , qui eft à la tête du Recüeil,
dont j'ai parlé au commencement . La fin
de cette excellente piece empêche qu'on
n'en puiffe douter , & cette fin eft fi noble
, fi digne du fujet , & exprime fi bien
d'ailleurs la prééminence des Vins dont
nous parlons , que je ne puis me difpenfer
de la raporter ici .
* Benigne Grenan , alors Profeffeur au Colle
ge d'Harcourt , puis Recteur de l'Univerfité.
By Perge
882 LE MERCURE
•
Perge vitali , pia Testa , fucco ,
Principis corpus vegetum tueri ,
Salva quo falvo benè temnat omnes
Gallia cafus.
Vina fic , qua fert ubicumque Tellus ,
Victa decedant tibi , regiaque >
Audias menfa decus , & falutis ,
Optima custos.
Ce que l'un de nos meilleurs Poëtes ,
Traducteur de l'Ode Latine , rendit en
François de cette maniere .
De mille biens , fource fertile ,
Pourfui , falutaire liqueur ,
LOUIS à fon peuple eft utile ,
Rempli ce Heros de vigueur.
Tous les vins foumis à ta gloire
T'abandonnerent la victoire ,
Lorſqu'il t'honora de fon choix ,
Toy donc , feule victorieufe ,
Soutien la fanté précieuſe ,
Du modele de tous les Rois,
Couronnons cet éloge , que je confacre
à la verité & à la gloire de la Ville
d'Auxerre , par des voeux pareils pour la
Lante
DE
NOVEMBRE 1723.
883
fanté & la profperité du Roy , très- heureufement
regnant , qui à l'exemple de
fon augufte Bilayeul , & par le Confeil
des fages qui veillent fur une fanté fi précieufe
, honore auffi les Vins Auxerrois
d'une glorieufe préference fur les autres
Vins de fon Royaume. C'eſt ainſi qu'Augufte
préfera le Vin bien- faifant de Setine
à tous les autres Vins des côtes du
Golfe Adriatique , qui avoient à Rome la
même réputation que les Vins Bourguignons
ont aujourd'hui dans toute l'Europe.
Ex Alriatico finu . Divus Auguftus
Setinum pretulit cunctis , & c. Plin . l. 14.
c. 6. Difons enfin à ces Vins de bene
diction ce qu'on ne fçauroit trop dire , &
trop fouhaiter.
Conferve , ô liqueur bien-faifante ,
Le plus grand Roy de l'univers
Sous lui la France floriffante ,
Ne craindra jamais de revers
Rougiffez de vôtre défaite ,
Vins de differens climats ,
LOUIS d'une fanté parfaite ,
En fait l'honneur de fes repas.
D. L, R.
B.vj
Nou
884
LE MERCURE
N
Ous fommes fâchez de ne pouvoir
pas employer la piece qui fuit , dans
toute la longueur , & d'être obligez par
les bornes de nôtre Journal , de nous contenter
d'en rapporter ici les plus beaux
endroits. Elle eft de M. Heurtauld , Prêtre
à l'Hôpital General de Caen , & elle
a difputé le prix de l'Académie Françoife
fur le fujer propofé . La decence &ª.
la dignité que Louis XIV. mettoit dans
toutes fes actions ..
Reviens à la lumiere , ombre du Grand Louis ,`
Et
romps pour un moment la paix dont tu joiiis,
Depuis le fombre jour, qui ferma ta paupiere,
Quoique fept fois Phébus ait fourni fa carriere
Nous n'avons point encor . éteint ton ſouvenir
Et nous le tranſmettrons aux fiecles à veniƒ.
Au-delà de mille ans tu verras fur ta tombe ,
Fumer un jufte encens , & faire un Hecatombej
Mais par où penfes- tu , Prince , avoir merité ,
Ces hommages conftans , cette immortalité ?
Eft- ce en te foumettant les Villes , les Provinces?
En traînant à ton char les peuples , & les Princes ?
Est- ce
и
DE
NOVEMBRE 1723. 885
Eft- ce en nous étonnant par cent exploits divers,
Qui rendirent ton bras terrible à l'univers ?
Ce n'eft-là que l'effort d'une valeur commune , ·
Aux Cefars , aux Guerriers , que fuivoit la fortune .
Nous cherchons un Heros,qui le foit en tout point,
Et nous trouvons en toi ce que Rome n'eut point.
Tel a paru Louis , Grand fous le Diadême ,
Grand dans fes moindres faits , grand dans for
loifir même ,
Si Louis fut humain , Loüis n'eut rien de bas
Et toutparladecence fes accompagna pas.
Une action commune , & chez nous triviale ,
Dans lui devenoit belle , heroïqué , Royale.
A des plaifirs communs il abbaiffa fes Lys,
Mais il les rendit grands & dignes de Loüis.
Tel que le vit Namur renverfant fes murailles
Tel il parut encor aux jardins de Verfailles .
Mais admirons Louis par un endroit plus beau ,
De plus brillantes fleurs vont orner fon tombeaut
" Ecou
886 LE MERCURE
Ecoutez fon triomphe & fa plus belle gloire.
Ici taifez-vous , Fable , & toy rougis , Hiftoire.
Vos Heros font tombez à la fin de leurs cours ;
Ils l'étoient pour un temps : Louis le fut toûjours.
La Parque frape- t'elle à ce moment funefte ,.
Le Heros difparoît , & le feul homme reſte.
Cefar , qui de Pompée avoit bravé l'effort ,
Recule , pâlit , tremble à l'afpect de la mort.
Point de crainte en Louis , point de pâleur livide ,
Il fe croyoit mortel , il mourut intrepide.
Nous pleurions , fon eſprit penſoit à nous calmer,
Louis ! ô deftin ! ô fouvenir amer!
Silence, ma douleur... ne coulez plus mes larmes ; › .
Un digne rejetton , un Prince plein de charmes ,
Heritier des vertus , & du nom de LOUIS ,
Rend l'efpoir à la France , & la gloire à nos Lys '
Ce Soleil en paffant fous un autre Hemiſphere ,
-Après lui nous laiffa ce rayon de lumierę.
Priere pour le Roy..
Arbitre fouverain de la terre & des Cieux , ·
Qui tiens nos jours en ta puiſſance ,
Grand Dieu protecteur de la France ,
Сопа
1
DE NOVEMBRE 1723. 887
Conferve de nos Rois ce refte précieux
Soutiens fa fragile jeuneſſe ,
Donne à fon efprit la ſageſſe ,
A fon coeur l'amour de tes loix
Et furpafant fa race auguſte ,
Pour être un Roy parfait , qu'il foit paifible &
julte ,
Né pour le bonheur des François .
*******************
LETTRE CRITIQUE , écrite à un
Provincial , au fujet d'une petite brochure
anonyme , imprimée à Paris en
1723. fous ce titre , Anti- Paradoxes ;
ou réfutation des Paradoxes Litteraires
au fujet de la Tragedie, d'Inès de
.Caftro.
MONSI ONSIEUR ,
Je ne puis vous exprimer combien je
fuis reconnoiffant de la liberté avec laquelle
vous m'avez fait part de vos diffi
cultez touchant ma derniere Lettre. Je
vous prie très-inftamment , & très -fincerement
de continuer toûjours avec moi
fur le même ton , & d'être perfuadé que
je ne
585 LE MERCURE
je ne fuis point de ces gens qui n'écri
vent , & ne parlent que pour être applau
dis. Je vous avouerai même ingenuëment
que j'ai paffé condamnation fur plufieurs
articles , mais non pas fur tous.
Vous me raillez fut le penchant que
Vous vous êtes imaginé que j'ai à contredire.
Mais vous fçavez mieux qu'un au
tre , que je n'époufe gueres plus mes opinions
que
celles d'autrui , & que c'eft:
précilement par cette raifon que je me
erois bonnement en droit de défaprouver
fans déguiſement tout ce qui me paroît
peu conforme à la verité , laquelle je
trouve feule digne d'enlever nos fuffrages.
La querelle que vous me faites au fujet
du Spectateur François m'a prefque mis
de mauvaiſe humeur. Je ne fuis pas peu
curieux de fçavoir par quelle fatalité vous
l'avez pris en affection. Il eft des gens qui
fe croyent obligez en confcience de refpecter
, & même de défendre ce qu'ils
n'entendent pas je fuis bien éloigné de
vous foupçonner d'une telle foibleffe .
Pour moi , je vous l'avoüe , j'ai toûjours,
crû , & problablement je croirai toujours
que celui qui femble n'écrire que pour
n'être pas entendu , ne merite pas qu'on
fe fatigue pour l'entendre, Oh ! mais , on
dit dans votre Province que l'Auteur du
Spectateur François eft ici fort bien auprès
DE NOVEMBRE 1723. 885
près de ceux qui femblent donner aujour
d'hui le ton en matiere de bel efprit
Comme fi vous & moi nous ne connoif
fions pas mille jolies femmes qui recherchent
avec empreflement la compagnie
de celles que la nature a partagé d'un exterieur
très -infortuné. Il eft peu de talens ,
foit du côté du corps , foit du côté de
l'efprit qui foient dans le cas de n'avoir
pas befoin qu'on leur ferve de luftre.
Mais brifons là- deffus , comme auffi fur
quelques autres points qui nous divifent ;
& paffons aux réflexions que j'ai faites fur
les Anti - Paradoxes , & que par ma derniere
Lettre je me fuis engagé à vous
Communiquer.
Le titre de cette brochure anonyme
femble promettre une réfutation des Paradoxes
Litteraires. Point du tout . On y
fait par tout leur éloge , & même on le
fait avec la derniere affectation : d'où des
gens , fans doute mal-intentionnez , fe
font crûs en droit de conclure que les Pàradoxes
, & les Anti - Paradoxes étoient du
même Auteur. Vous avez beau leur dire
qu'il eft abfurde de penfer qu'un Auteur
ait le front de compoler lui-même fon
Panegyrique, & qui pis eft, de le faire luimême
imprimer . Ils vous répondent , que
qui s'eft donné de l'encens dans les Paradoxes
, en y citant avec éloge les lettres
890 LE MERCURE
tres à l'Abbé H .... peut fort bien s'en
donner dans les Anti Paradoxes , en y
applaudiffant aux Paradoxes. Le trait
feroit bizarre , me direz - vous . Soit , &
même nouveau , & affurément files conjectures
de ces gens mal- intentionnez
étoient fondées , le faifeur de brochures
ne feroit pas trop mal de garder pour luimême
une petite portion de cet efprit trèsextraor
linaire , dont il fait malignement
prefent dans les Anti - Paradoxes à l'Auteur
d'Inès.
Un de mes amis , très fertile , & ( ce
qui eft rare ) affez heureux en conjectures
, me difoit ces jours paffez qu'il avoit
remarqué en lifant les Paradoxes , & les
Anti-Paradoxes , une conformité preſque
incroyable d'opinions , de connoiffan
ces , de goût , & même de ftile. S'il eſt
queſtion , me difoit- il , de finir le Paradoxe
, ils croyent tous deux que le faux
comme le vrai eft du reffort du Paradoxe.
Tout deux ignorent les regles du Theatre
, auffi bien que celles de la Poëfie
Françoife. Tous deux ont une paffion démefurée
pour l'ironie , & y font paffez
maîtres. Eft-il queftion de qualifier les.
vers de M. de la Motte ? Les Paradoxes ,
page 14. les trouvent durs , plats , profaiques
, pleins defolecismes & de barbarifmes.
Les Anti Paradoxes , page 26.
LouDE
NOVEMBRE 1723 .
foutiennent qu'ils font pleins de fautes
groffieres , profaiques , plats , durs &
barbares.
Après tout , Monfieur , quelque foir
l'Auteur des Anti - Paradoxes , j'ai avancé
que loin de contenir la réfutation des
Paradoxes , ils en contenoient l'éloge . II
faut le prouver. Cela ne fera pas difficile.
Puifque voilà les Paradoxes devenus à
la mode par la critique generale d'Inès de
Caftro , attribuée à M. L. D. F. Ainfi
commencent les Anti- Paradoxes . Que
dites- vous de ce début ? Eft - il affez flareur
pour les Paradoxes ? Ce qu'il y a ic
de fort plaifant , c'eft que le titre de Paradoxes
, donné à la brochure qui a paru
fous ce nom , eft fans contredit fort mal
amené. N'importe . Le terme de Paradoxes
a eu le bonheur de plaire à M. L. D.
F. fa fortune eft faite . Le voilà tout - àcoup
devenu à la mode. Du moins c'eſt
l'Auteur des Anti - Paradoxes qui nous en
áffure.
L'ouvrage du fatyrique Auteur a été
goûté. Il a fçû plaire & impofer au public
, page 3. En matieres de loüanges ,
connoiffez - vous des termes plus énergiques
, plus fignificatifs ? Peut- être après
avoir lû les Anti- Paradoxes , avez - vous
foupçonné l'Auteur d'être dans une eſpe
ce d'impoffibilité phyfique de louer qui
que
( LE MERCURE
$92
que ce foit. Je ne voudrois pas abfolu
ment taxer vôtre foupçon de témeraire.
Cependant vous voyez que quand l'Auteur
des Anti- Paradoxes fait tant que de
louer , cela ne va pas trop mal.
1. Eft i queftion de s'expliquer , page 4.
& S. fur le préambule ob cur des Paradoxes
, dans lequel M. L. D. F. après
avoir raporté quelques raifons affez entor
tillées pour juftifier , s'il pouvoit , le titre
de fa brochure , declare qu'il juge lui
même très faux ce qu'il va dire ? Que
fait l'Auteur des Anti Paradoxes ? Il con
vient du ridicule de ce préambule. Car
enfin pouvoit il éviter d'en convenir ?
Mais il en convient à mots couverts , &
en adouciffant les termes , & mêine il
ajoûte encore auffi - tôt , page 5. par forme
de correctif , qu'on s'apperçoit bien
que l'Auteur badine, & qu'il est très -perfuadé
de la verité defes Paradoxes . Com
me s'il étoit permis à un Auteur d'écrire
fimplement pour badiner , & pour badi
ner aux dépens du fens commun. Où eft
le fin de dire , qu'on croit très - faux ce
qu'on va dire , lorfqu'on le croit trèsvrai
? Toutes les perfonnes de bon fens qui
ont lû le préambule des Paradoxes ont
dit fimplement , cela eft fi beau & fi fubtil
qu'on n'y comprend rien . Si l'Auteur
des Anti-Paradoxes n'avoit pas eu
des
DE
NOVEMBRE 1723. 893
圈
des raifons fecreres pour tout approuver
dans les Paradoxes , il en auroit parlé fur
le même ton.
On voit , page 5. avec quel feu il atta
que M. de la Motte . On fent que la guerre
eft ferieuse , & qu'il fe but tout de bon. Il
pique de toute fa force , il mord fans pitié.
C'est une gierre de Turc à mort. Ainfi
parlent les Anti- Paradoxes de l'Auteur
des Paradoxes. On croiroit prefque qu'en
cet endroit l'Auteur des Anti Paradoxes
a oublié que M. L. D. F. eft fon bon
ami , & qu'il s'eft répandu en invect ves
contre lui , & on auroit , fans doute, grande
raifon de le croire. En effer , il conviendra
toujours à un galant homme , fur
tout dans les querelles litteraires d'attaquer
fon adverfaire avec plus de moderation
que
de feu. Il fe gardera bien de
convertir en guerre ferieuse , & de Turc
à mort , une guerre dans laquelle les combattans
ne doivent point avoir d'autres
armes , qu'un amour très- fincere pour la
verité. Loin de piquer de toute fa force ,
& de mardre fans pitié , il le fera une loi
inviolable de s'abftenir de tout terme dur
& offenfant , très perfuadé qu'entre gens
de Lettres , il n'y a que les bonnes raifons
qui font pancher la balance , & ja
mais les injures . Mais ce n'eft pas là l'idée
que M. L. D. F, a crû devoir fe former
des
894
LE MERCURE
y
des difputes des fçavans . 11 penfe qu'on
doit mordre fans pitié , & il fait gloire
d'agir en confequence. L'Auteur des Anti-
Paradoxes connoît mieux que perfonne
le goût de M. L. D. F. & ce n'eft que
pour lui faire la cour qu'il le taxe de vio-
Ience dans la difpute..
L'Auteur des Paradoxes dit , page 6
qu'il n'eft pas fatyrique . Quelle charité !
j'avoue que ce petit air hypocrite eft plai,
fant , & que le ton eft d'autant plus ma-
Tin , qu'il fert à prévenir le lecteur , &
Lui faire croire que la critique pourrois
être mains moderée ....
Je fçai qu'ilfait fentir adroitement , page
9. & 10. qu'il y a encore beaucoup
d'autres mauvais vers que ceux qu'il reprend.
C'est pour cela qu'il fait femblant
de fe laffer de lire de fuite la piece , &
d'en extraire par ordre les vers défectueux.
Il la quitte au treifiéme acte , pour ouvrir,
dit-il , le livre au hazard , & remarquer
les mauvais vers , qui de tous côtez lui
tombent fous les yeux . Cet artifice eft de la
derniere malignité. ..
Il faut convenir que l'Auteur des Anti-
Paradoxes eft furieufement prévenu en
faveur de M. L. D. F. fa prévention va
jufqu'à trouver du plaifant & du malin,
où tout le monde n'a trouvé que des lieux
communs de Rhetorique fi ufez , qu'un
écolier
DE NOVEMBRE 1723. -895
écolier rougiroit aujourd'hui de s'en
fervir.
La critique de ces endroits , page 7. &
8. eft poffe auffi loin qu'elle puiffe aller,
& fij'étois l'Auteur d'Inès , je ferois trèsbliffe
de tant de railleries,
Je fai qu'ilfaitfentir adroitement... p.9.
Cet artifice eft de la derniere mali-
· P gnité. P. 10
Remarquez encore l'artifice de nôtre
Auteur.
que
P. 13.
Admirez en cela la fouplesse du criti-
·
P. 16.
Ces expreffions
& plufieurs
autres
toutes
femblables
qui
le trouvent
répanduës
dans
les Anti-
Paradoxes
ne font- elles
pas
plus
que
fuffifantes
pour
démontrer
que
le but principal
, & peut
être
unique
de
cette
brochure
, a été de faire
l'éloge
des
Paradoxes
. Permettez
-moi
donc
, Monfieur
, de conclure
que
les Anti
Paradoxes
contiennent
tout
le contraire
de ce
que
le titre
qu'on
a jugé
à propos
de
leur
donner
femble
nous
promettre
.
Après tout , fi les Anti - Paradoxes s'épuifent
en louanges fur les Paradoxes , il
n'eft pas en récompenfe de railleries , d'is
ronies , & de traits fatyriques , qu'ils ne
mettent en oeuvre , contre M. de la Motte ,
fouvent avec beaucoup de legereté & de
fineffe , mais toûjours avec la derniere
malignité.
L
396 LE MERCURE
malignité. N'allez pas. croire pour cela
que l'Auteur des Anti Paradoxes en
-
veut plus à M. de la Motte qu'à up
autre. Point du tout. Car à l'exception
des Paradoxes , & même auffi des
Lettres à l'Abbé H .... en faveur defquelles
l'Auteur des Anti - Patadoxes a
laiffé échaper de l'abondance du coeur
un petit trait de bienveillance
; on peut
dire que l'Auteur des Anti - Paradoxes fe
fait un capital de draper ( d'autres appelleroient
cela déchirer ) tout ce qui ſe
trouve au bout de la plume.
S'il parle de Pradon , c'eft pour en dire
qu'il a prefque toûjours été fifflé.
S'il parle des Jeux Floraux , c'eft pour
en dire que les Odes de M. dela Morte
n'ont d'autre tache que d'y avoir remporté
Le prix.
Enfin , ennuyé de n'attaquer le genre
humain qu'en détail , l'Auteur des
Anti -Paradoxes l'attaque en gros tout à
la fois , par ces paroles qui terminent fon
écrit fatyrique. L respect que M. de la
Motte a pour le public , ne lui a pas permis
d'ofer réformer fa piece , qui d'ailteurs
n'eft que trop bonne pour notre fiecle.
En lilant ces dernieres paroles des Anti-
Paradoxes , je me fuis reffouvenu de cet
Empereur Romain , qui fatigué de nẹ
pouvoir faire couper des têtes que les
unes
DE NOVEMBRE 1723 . 897
unes après les autres , fit ce fouhait barbare.
Plût aux Dieux que tout l'Empire
Romain n'eut qu'une tête.
Vous croyez peut - être , Monfieur ,
qu'après ce que je viens de dire , je vais
faire le procès aux Anti - Paradoxes fans
aucune mifericorde. Non pas , s'il vous
plaît. L'Auteur des Anti-Paradoxes a
beau être auffi prévenu en fa faveur , qu'il
eft prévenu contre les autres. Il a beau
faire gloire de mordre fans pitié tout let
monde indiftinctement . Cela n'empêche
point qu'il n'écrive avec beaucoup de
legereté & de vivacité. Tout le monde
convient qu'il connoît la bonne & fine
raillerie , & qu'il fçait en faire uſage. En
un mot de toutes les bagatelles litteraires
qui ont paru ici depuis quelques mois ,
au fujet de la Tragedie d'Inès , il eft certain
que rien n'a été fi goûté que les Anti
- Paradoxes. M. de la Motte même , &
fes plus zelez partifans en ont dit du
bien. Donc ils valent quelque chofe . En
bonne dialectique cela s'appelle une démonftration.
Ce n'eft pas qu'en examinant un peu
de près les Anti- Paradoxes , on ne puiſſe
y trouver à reprendre.
Par exemple , l'Auteur des Anti - Paradoxes
, dit page 11. qu'on trouve dans les
Caffez des efprits rares & fublimes qui
C justi.
898 LE MERCURE
juftifient par des raisons merveilleuses ce
vers de M. de la Motte.
Sa vie eft tout , Seigneur , & la mienne n'eſt rien .
.
Mais que pour lui , il avoue qu'il faut
un peu nazilloner
fur la dixiéme fyllabe
ou plutôt qu'il eft comme impoffible
de la
prononcer
. Puis il ajoûte , qu'après
tout
c'est une bagatelle
, Si l'Auteur
des Anti-
Paradoxes
regarde
veritablement
comme
une bagatelle
la critique qu'il a faite du
vers de M. de la Motte ; on eft de ſon
avis. On penſe même que le prétendu na→
zillonnement
fur la dixiéme fyllabe , &
la prétendue
impoffibilité
de la prononcer
font imperceptibles
aux oreilles les
plus délicates
. Mais depuis quand écriton
pour dire des bagatelles
de propos dé.
liberé Le vrai eft que fans citer le vers
en queftion , on ne fçavoit comment
amener
cette belle phraſe , qui fans doute
avoit plû à l'efprit ironique
de l'Auteur
des Anti- Paradoxes
. On trouve dans les
Caffez des efprits rares & fublimes
qui
juftifient
par des raifons merveilleuses
.....
Quant à la rime d'abattre & de combattre
, qui choque l'Auteur des Anti
- Paradoxes , on lui dira qu'on trou
ve dans les Caffez gens très-, verfez
dans la Theorie de la Poëfie Françoiſe
qui la défendent , & qui foutiennent
qu'elle
DE NOVEMBRE 1723 .
899
qu'elle ne retfemble gueres à la rime
de revivre & de furvivre , qu'on covient
avec l'Auteur des Anti - Parado .
xes ne rien valoir . Quand deux compo
fez d'un même verbe ne reprefentent que
la même action differemment modifiée ,
on ne doit pas les faire rimer enfemble.
Mais quand ils reprefentent deux actions
toutes differentes , rien n'empêche qu'on
les faffe rimer l'un avec l'autre. Voilà le
principe general. L'application en eft ailé
à faire dans ce cas- ci . Après tout nous
avons déja remarqué que l'Auteur des
Anti - Paradoxes ne fe piquoit pas de
Poëfie , & qu'il avoit cela de commun
avec l'Auteur des Paradoxes.
L'accufation d'obscenité l'Auteur
que
des Anti - Paradoxes a intentée contre M.
de la Motte , à l'occafion de la petite particule
encor , n'a abouti qu'à confirmer
les connoiffeurs dans l'opinion qu'ils
avoient que cette particule étoit une cheville
qui étoit échapée à l'Auteur d'Inès,
& qui ne fignifioit rien , ni de bon , ni de
mauvais. Mais que la particule encor ait
fervi de prétexte à l'Auteur des Anti Paradoxes
pour mettre en jeu affez mal à- propos
les dévots , les Religieux , les Religieufes
, & les Cloitres , cela.a paru très- froid .
Avant les Anti - Paradoxes on n'avoit
pas encore entendu dire , un tel livre , un
Cij tel
900 LE MERCURE
tel écrit eft rempli de poivre. Il y a beau
coup de poivre dans la converfation de
Monfieur un tel . Mais l'Auteur des Anti-
Paradoxes aime le poivre. Le poivre ſera
fans doute bien- tôt à la mode.
Plufieurs perfonnes m'ont demandé par
quelle raifon les Anti- Paradoxes mettent,
page 24. Ronfard & Homere en oppos
fition avec Racine & la Fontaine. On ne
s'y occupe , dit ironiquement de certains
réduits litteraires , l'Auteur des Anti Paradoxes
, on ne s'y occupe qu'à fecouer le
joug des préjugez , les grands noms n'y
impofent point , & on y fait le procès à
Racine, & à la Fontaine , comme à Ronfard
à Homere. Que fait là le bonhomme
Ronfard , m'a- t'on dit. J'ai répondu
que je n'en fçavois rien , & que
je le foupçonnois très- fort d'avoir ufurpé
fort mal- à-propos la place de quelque
Grec , ou de quelque Latin.
Pour le culte idolâtrique , page 23 .
& les benignes interpretes , page 25. je
veux croire que ce font des fautes d'impreffion.
On accufe encore l'Auteur des Anti-
Paradoxes de donner un peu trop dans
les comparaifons . On veut que fa comparaifon
des Avocats , page 4. ſoit dụ
moins très- déplacées que fa comparaifon
de la fale d'armes , page 5. fente un peu
ion
DE NOVEMBRE 1723 . 901
fon faifeur d'amplifications . Pour moi je
Fui paffe fon goût pour les comparaifons,
quand je lis , page 15. la jufte & belle
Comparaifon qu'il fait de differens ſtiles
tous excellens de plufieurs bons Auteurs ,
avec plufieurs femmes qui toutes fans le
reffembler peuvent être belles ou jolies.
Enfin , tout le monde veut que l'ironie,
qui , felon l'intention de l'Auteur , regne
fans doute dans les Anti-Paradoxes , depuis
le commencement jufqu'à la fin , ne
Toit pas affez frapée en quelques endroits.
Il y a , dit- on , des phrafes entieres que
l'on prendroit pour de veritables loüanges.
On prétend qu'une perfonne qui liroit
les cinq ou fix premieres pages des
Anti- Paradoxes , fans être prévenu du
but de l'Auteur , croiroit bonnement
qu'on s'y propofe de défendre M. de la
Motte contre les Paradoxes . Mais net
pourroit on pas dire à la décharge de
I'Auteur des Anti- Paradoxes , qu'il a été
forcé à prendre ce biais . Il vouloit fe
faire lire , même par les partifans de M.
de la Motte. En feroit-il venu à bout , fi
quelques termes flateurs en apparence , fi
quelques adouciffemens du moins feints
n'avoient donné paffeport au refte .
Voilà , Monfieur , tout ce que j'avois
à vous dire fur les Anti - Paradoxes.
Quant à la curiofité que vous avez de
C iij fçavoir
902 LE MERCURE
fçavoir comment M. de la Motte prend
les écrits qui volent contre lui de toutes
parts depuis quelques mois , il eft affez
difficile de vous fatisfaire . Ses amis prétendent
qu'il eft fi élevé , qu'il eft hors
de la portée du trait . On m'a affuré qu'après
avoir entendu lire les Anti - Paradoxes
, il dit froidement , on n'en a jamais
tant fait contre Racine , ni contre Corneille.
Entre nous , ceux qui s'intereffent pour
M. de la Motte devroient lui confeiller
de faire comme s'il étoit fenfible , & de
fe reffouvenir du me remorfurum petis
-d'Horace . Car en fin il eft des occafions ,
où le public s'imagine , que qui ne dit
mot à tort.
Je fuis , Monfieur , & c.
A Paris , ce 31. Octobre 1723 .
kkkkkkkkkkkk kik
L'AMITIE ET L'AMOUR.
Cantate.
PRès des bords enchantez de l'amoureux Em-
- pire ,
La tranquille amitié fur les coeurs qu'elle inſpire ,
Répand mille charmes fecrets ,
Dans une douce intelligence ,
1 L'aima
DE NOVEMBRE 1723. 903
L'aimable paix , la timide innocence ,
De ces beaux lieux augmentent les attraits ,
Et fous fa fuprême puiſſance ,
Les jeux & les plaifirs y regnent à jamais .
L'onde fugitive ,
N'ofe en ce féjour ,
Aux fleurs de ſa rive ,
Vanter fon amour.
La nimphe craintive ,
Y fuit le filvain ,
La pudeur naïve
Embellit fon tein .
Du fecret martyre ,
Dont il eft atteint
L'aimable Zephire
Jamais ne fe plaint.
Belles Nimphes , dans cet azile ,
Puiffions-nous à jamais jouir du fort tranquille ;
Dont l'amitié nous offre les plaifirs ,
Puiffions-nous.... mais ô ciel ! quelles tendres
allarmes ! Ċ iiij D'où
E
904
LE MERCURE
D'où naiffent ces nouveaux foupirs ?
L'amitié , je l'éprouve , auprès de tant de charmes )
Ne contente point les defirs ,
Contre des traits fi doux peut - elle me défendre
Helas elle eft foeur de l'amour ,
Et je crains que pour me furprendre ,
Ils ne s'accordent en ce jour.
L'amitié peut plaire
Par fes douces loix ,
Mais fon tendre frere
Ne perd point fes droits .
Pour le fatisfaire,
Beautez , à Cythere
Allons quelquefois.
L'amitié peut plaire
Par fes douces loix ,
Mais fon tendre frere,
Ne perd point fes droits."
P. M M. D. C.
RE
DE NOVEMBRE 1723. 905
BEGLING BECOMINCONECTING DIGSDECODECODECOMCOMCOME
REPONSE du P. de la Neuville ,
Jefuite , à une Lettre écrite de Beauvais
aux Auteurs du Mercure , le 13 .
Juillet dernier. Par M. d'Auvergne ,
Avocat en Parlement. -
J
Ai lû avec plaifir , Monfieur , dans
le Mercure de Septembre la Lettré
qui porte vôtre nom ; quand il feroit vrai
que je me fuffe contredit dans la mienne,
auffi réellement que vous l'avez penfé ,
je ne pourrois me plaindre de la maniere
dont vous relevez ma prétendue bévûë.
La voye que vous avez prife pour parvenir
à éclaircir vos doutes , n'étoit pas,
à la verité , la plus courte , mais elle
eft , comme vous l'avez prévûë , la
plus fure pour vous ; j'ajoûte qu'elle eft
la plus agreable pour moi , puifqu'elle
me donne occafion en vous fatisfaifant det
fatisfaire auffi tous ceux qui pourroient
avoir fur ma lettre les mêmes difficultez
que vous.
+
Loin de me choquer de vôtre critique :
j'y applaudis de tout mon coeur , elle
eft judicieufe dans le fond , & très- polie
dans la maniere ( que ne critique- t'on
toûjours ainfi ) elle ne peut donc m'infpi--
C. v . rer
906 LE
MERCURE
rer que de l'eftime & de la reconnoiffance ;
je vous rends graces , fur- tout, des efforts
obligeans que vous avez bien voulu faire
pour me tirer de contradiction avec moimême.
Le premier biais dont vous avez pris
la chofe étoit le bon , & vous pouviezvous
en tenir - là ; fi vous m'aviez fait
l'honneur de me communiquer vôtre
penſée, je vous euffe fur le champ épargné
la façon de tous les tours ingenieux que
Vous avez inventé pour tâcher de me
tirer d'intrigue.
Vous avez raiſon , Monfieur , je me
fuis étrangement piqué de Brieveté dans
mes obfervations fur les moeurs de Guayanois
, je conviens même avec vous , &
avec plufieurs de mes amis , que j'ai peutêtre
en cette matiere porté un peu trop
loin mon inclination pour le Laconifme , &
que j'ai infenfiblement donné par là dans
l'éceiiil qu'Horace a pris foin de montrer
à tous les écrivains , brevis effe labora
&c. Je ne fuis pas neanmoins entierement
brifé , je puis encore me fauver en repre--
nant un peu le large .
Revenons donc fur nos pas , donnons
un peu plus d'étendue à nos penfées
elles en deviendront plus claires . J'ai dit,
Monfieur , & je le repete d'un ton affirmatif
, fans craindre qu'aucun deceux
qui
DE
NOVEMBRE_1723. 907
qui connoiffent les moeurs de Guayanois
s'infcrivent en faux contre ma relation
que ces peuples fauvages ont tant de
droiture de coeur , tant de fidelité entre
eux fur le chapitre de la chaffe ou de lâ
pêche , qu'il n'arrive prefque jamais que
perfonne fe faififfe de la moindre pièce
de gibier ou de poiffon , dès que ces fortes
de chofes fe trouvent fous la foible
fauve- garde dont j'ai parlé dans ma troifiéme
Lettre.
Mais ont-ils fur tout le refte la même
bonne-foi , la même fimplicité à l'égard
des nations étrangeres à la leur ? Je n'ai
cu garde de le dire , je fçais trop le contraire
, & je n'ai nul intereſt à le diffimuler.
Oüy , Monfieur , ces mêmes hommes
qui fe feront un fcrupule de lever de ,
terre un oifeau tué dans leur foreft par
leur compatriote , n'auront pas la moindre
peine d'enlever un boeuf du milieu
des pâturages qui appartiennent à nos
François. Eft- ce bizarerie d'humeur ? En
confequence de principes ? contradiction
de moeurs ? j'en fuis perfuadé , mais fans
en être furpris. A - t'on droit de fe promettre
plus d'uniformité de fentimens
plus de regularité de conduite de la nation
de l'univers la moins policée , la plus
inculte Peut être auffi les Guayanois jugent
- ils de larcin , comme les Juifs rai-
C vj
fon908
LE MERCURE
fonnent fur l'article de l'ufure , ce qu'ils
regardent comme un crime à l'égard de
leurs freres , ne leur paroît plus qu'une
action innocente , quand elle n'intereffe
que des étrangers . Peut- être même la
groffiereté de nos Indiens va- t'elle jufques
à leur laiffer croire que les troupeaux
qu'ils rencontrent dans les campagnes
, le pain ou l'eau de vie qu'ils apperçoivent
fur les boutiques à Cayenne , n'y
font ainfi expofez que par un efprit d'hof
pitalité , & pour la plus grande commodité
des paffans , qui ont befoin de ces
rafraîchiffemens.
Ce qui eft fur , c'eft que les Guayanois
ufant de toutes ces chofes quand le coeur
leur en dit , avec autant de liberté que
s'ils étoient pleinement convaincus , qu'ils
fuivent parfaitement en cela l'intention
de ceux dont ils enlevent les denrées , &
c'eft préciſement ce petit air ailé , qu'on
a fouvent remarqué dans nos Indiens , qui
leur a fait la réputation d'être naturelle
ment un peu voleurs. Cela même ne vous
paroît-il pas , Monfieur , une candeur digne
de vôtre admiration ? Quoiqu'il en
foit, vous voilà , ce me femble , au moyen
de ce petit détail , en état de rentrer dans
tous les fentimens de joye que vous avoit
caufé la premiere partie de ma lettre :-
goûtez - la en repos , Monfieur , qu'elle
foit
DE
NOVEMBRE 1723. 909
foit déformais auffi vive , & auffi pure ;
qu'elle l'avoit été avant la fatale petite
propofition , qui l'a dans la fuite fi malheureufement
troublé . L'apparente contradiction
des deux faits que j'ai raporté
ne doit plus vous inquieter , je me flatte
d'en avoir affez dit pour vous apprendre
le fecret de les concilier . Je ferai ravi
Monfieur , fr j'ai réüffi à fatisfaire vôtre
curiofité que je trouve très-loüable , &
charmé fi ma Lettre vous contente ,
autant que la vôtre m'a plû. J'ai l'honneur
d'être , & c.
2.N
A Paris , rue S. Antoine , ce 39. Octos :
bre
1723.
Dv
ALCID E..
Cantate..
U redoutable fils d'Alcmene ,
Les monftres, les tirans portoient envain la chaîne ,
Envain juſques aux fombres lieux ,
La gloire à ce Heros avoit fervi de guide ,
La défaite du grand Alcide ,
Fat l'ouvrage de deux beaux yeux.
Volez
910 LE MERCURE
Volez fur les pas de Bellone ,
Combattez , triomphez toûjours ,
La gloire qui vous environne ,
Ne vous cache point aux amours.
Des Heros les plus invincibles ,
Le coeur fe laiffe defarmer ,
Echapez des dangers terribles ,,
Ils cedent au plaifir d'aimer.
Quel nouveau feu , dit- il , s'empare de mon ame ?
Amour , tu me donnes des fers ,
Je viens par mes travaux d'étonner l'univers ,
Je vais l'étonner par ma flâme ,
Vous aimez , dit Omphalé , & vous êtes aimé ,
L'amour met dans vos fers l'objet qui vous enchaîne
,
Vous goûtez fes douceurs fans en fentir la peine ,
Vous plaignez -vous du Dieu qui vous a défarmé ?
Aimable tendreffe !
Heureufe foibleffe !
Comblez nos defirs ,
Qu'après tant d'allarmes ,
Nos
DE
NOVEMBRE 1723 . *911
Nos coeurs à vos charmes
Doivent leurs plaifirs.
Aimable tendrelle , & ci
Venez, tendres amours , volez, troupe charmantes
Aujourd'hui la gloire contente ,
Vous abandonne ce grand coeur ,
Venez, tendres amours , volez , troupe charmante,
Et que le beau feu qui m'enchante ,
Enchante à jamais mon vainqueur.
La gloire après mille travaux ,
Doit avec les amours partager fa puiſſance ,
Et c'eſt de leur intelligence ,
Que naît le bonheur des Heros.
Ί
Cette Cantate , ainfi que celle de l'A
mour & de l'Amitié , eft de M. Marin
de Chavigney , fils d'un Confeiller au
Parlement de Befançon .
LET
$12 LE MERCURE
f
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , écrite à M....
fur les yeux des Mouches , & les alveo
les des Abeilles:
MONSIEUR ,
Puifque le commerce Litteraire que
nous avons enſemble depuis fi long- temps,:
yous donne lieu de me communiquer fi
gracieufement les penfées qui vous viennent
fur les matieres de Phyfique , & les
nouvelles découvertes que vous faites
dans les ſciences ; il eſt bien juſte que je
vous dife auffi ce que je crois avoir découvert
depuis peu.
Vous fçaurez donc , Monfieur , que?
regardant par hazard il y a quelque temps
avec un microſcope les
yeux d'une grande
& belle Mouche , qu'on nomme De
moifelle , & en Latin Perla : comme les
yeux de cette Mouche font fort gros &
Brillans , il arriva que non- feulement je
remarquai que la fuperficie de ces yeux
étoit compofée d'un grand nombre de
petites éminences claires & brillantes
lefquelles de premiere vûë me parurent"
>
toutes
DE NOVEMBRE 1723. 913
Toutes formées en quarré , & entrecou
pées par des lignes plus creufes , dont
Palignement leur donnoit cette figure ;
mais ayant enfuite regardé de plus près ,
je reconnus que ces lignes , loin de laiffer
en fe croifant un petit vuide quarré pour
chaque éminence , elles formoient dans
la pellicule , fur laquelle ces éminences
font placées , une espece de reſeau , dont
toutes les mailles étoient parfaitement
exagones , c'eft - à - dire , formées à fix
pans , de maniere que chaque maille de
ce refeau fervoit de baſe à chaque éminence
tranſparente qui s'élevoit fur cette
pellicule qui tient lieu de carnée dans les
yeux de ces infectes , en forte qu'ils ne
voyoient les objets qu'à travers ce reſeau,
qui forme une espece de jaloufie-, telle
qu'on en mer quelquefois aux fenêtres.
Cette premiere cbfervation m'excita à
aller plus loin , & à chercher le moyen.
de découvrir fi tous les yeux des autres
Mouches étoient compofez de la même
façon . Pour y réüffir j'enlevai adreitement
ces pellicules extericures des yeux
de differentes Mouches ; & en ayant exactement
feparé les autres pellicules qui formoient
le dedans de l'oeil , en telle forte
que la feule carnée reftoit tranſparente
je les ai enfuite appliquées à un bon mierofcope
; & alors les regardant à la lumiere
ร
914
MERCURE LE
miere , j'ai vû qu'elles étoient toutes par
femées de ce reſeau , dont toutes les mailles
étoient parfaitement exagones , quoique
d'abord elles m'euffent paru quarrées.
Voilà , Monfieur , les obfervations que
j'ai faites , & voici les confequences que
j'en tire. Vous fçavez que les Mouches
n'ont pas de paupieres pour couvrir &
fermer leurs yeux, & qui les puiffent mettre
à l'abri de la pouffiere qui peut tomber
deffus , ou qui les préfervent des
coups qu'elles peuvent y recevoir , ſoit
par la pointe de quelque herbe , ou de
quelque feuille que le vent peut agiter
tout à coup , ou enfin qui pendant le
jour les défendent contre la vivacité des
rayons du foleil , & qui puiffent contribuer
à leur repos pendant la nuit.
Je crois donc , Monfieur , que ç'a été
pour remedier à ce manque de paupières ,
que Dieu a ainfi difpofé les yeux de toutes
les Mouches , & de la plupart des autres
infectes ; car leurs yeux étant garnis
de toutes ces petites éminences qui laiffent
entre elles un petit efpace vuide &
creux , c'eſt le moyen que quelque grain
de pouffiere venant à y tomber , loin de
couvrir quelqu'une de ces éminences , il
tombe dans ces petits creux , & mette
moins d'obſtacle à la lumiere ; & parce
que ces éminences font fermes , & très-
C
polies ,
DE NOVEMBRE 1723 . 915
polies , non-feulement la pouffiere gliffe
plus ailément deffus pour couler dans ces
creux , mais auffi les petits coups qu'elles
peuvent y recevoir , doivent également en
les effleurant donner dans ces mêmes.
creux , où le danger eft moins grand , la
pellicule y étant plus forte & plus épaiffe .
Que fimême il arrivoit que quelques- unes
de ces petites loupes fe trouvaffent , ou
-Couvertes , ou endommagées , le grand
nombre qui en refte , & bien nettes , &
bien faines , doit toûjours fuffire à ces infectes
pour voir diftinctement les objets ,
comme nous les voyons très- bien à travers
une jaloufie fuffisamment grande , ou
une fenêtre raisonnablement large , quoiqu'il
s'y trouve quelque petite ouverture
fermée , ou quelque petite lofange couverte
de papier.
Quant à ce qui regarde la lumiere du
foleil ; ce refeau n'eft pas moins neceffaire
aux Mouches pour conferver l'interieur
de leurs yeux contre la vivacité de
fes rayons , puifque perfonne n'ignore ,
qu'on regarde avec beaucoup plus de facilité
, & moins de danger le brillant de
cet aftre à travers un papier percé de
tits trous d'éguille , que fi on le regardoit
fixement des deux yeux . Enfin ce refeau
répandu fur la carnée des yeux de
ces infectes , émouffant naturellement la
vivacité
pe916
LE
MERCURE
vivacité de la lumiere , leur facilite beau
coup ce repos de la nuit , dans le temps
même que la Lune donne quelque clarté ;
rien n'étant plus certain que les lieux font
beaucoup plus obfcurs , lorfque les fenê
tres en font fermées de jaloulies , ou de
treillis un peu ferrez , que fi elles étoient
totalement ouvertės .
Telle eft l'utilité que les Mouches retirent
de la conformation particuliere de
leurs yeux mais je crois , Monfieur ,
que vous ferez furpris , quand vous fçaurez
que c'eft cette difpofition des yeux
des Mouches à miel , qui eft la caule de
la figure , & de cet arrangement fi juſte
qu'elles donnent à leurs alveoles , ou
petites cellules dont elles compofent les
rayons qu'elles forment dans les ruches.
Chacun , comme vous fçavez , eft dans
l'admiration en voyant la figure fi regu
liere , l'égalité furprenante , l'arrangement
fi exact , & fi bien compaffé de
ces alveoles ; comme elles font toutes parfaitement
exagones , & fi artiftement
liées les unes aux autres , qu'il ne s'y remarque
aucune méprife , ni la moindre
diverfité , & qu'en tel pays qu'elles travaillent
, leurs rayons & les alveoles qui
les compofent , fe trouvent toûjours faits
& difpofez de la même façon.
L'on ceffe , Monfieur , d'admirer en
cela
DE NOVEMBRE 1723 . 917
cela leur induftrie , & Virgile ne l'auroit
pas fans doute comparée à celle de
Dedale , s'il avoit fçû qu'en les formant
elles ne font que fuivre le moule qu'elles
en ont dans leurs yeux , qu'elles ne font
que copier ce patron qu'elles portent toujours
avec elles ; fçavoir , ce refeau dont
la carnée de leurs yeux eft couverte , &
dont toutes les mailles font conftruites
comme les alveoles qu'elles font , & rangées
dans le même ordre , ce qui fait
qu'elles n'ont pas befoin d'une plus grande
induftrie pour y réüffir , qu'il en faut
à un garçon apprentif Vitrier , pour former
un panneau de vitre fur le modele
que fon maître lui a tracé avec de la
craie fur la table où il doit le conftruire ;
car de la même maniere que toutes les
lofanges qu'il coupe , & qu'il range dans
le plomb, auront toujours la figure , &
l'arrangement tel qu'il eft formé fur la
table ; de même auffi les Abeilles , ayant
toûjours la furface de leurs yeux couverte
d'un refeau , dont les mailles font
de la même figure , fçavoir , parfaitement
exagones , s'ajuftant exactement les unes
aux autres ; ( car elles regardent l'ouvrage
qu'elles font à travers de ce refeau , ) il
n'eft pas furprenant qu'elles forment chaque
alveole de la même figure que chaque
maille eft percée , & qu'elles les rangent
918 LE MERCURE
gent dans le même ordre que ces mailles
Je trouvent rangées dans ce refeau . Telle
eft donc la caule de la figure & de l'ar
rangement des alveoles des Abeilles. On
pourroit peut- être également penfer que
la figure ronde des nids des oifeaux doit
auffi fon origine à la forme de leurs yeux ;
mais fans m'étendre plus loin , il me
fuffira de vous dire que je fuis , & c.
A Eu , ce 22. Juillet 1723 ..
*******************
SONNET.
Aujourd'hui , vieil Athlete , il faut devenir
Sage,
Affez & trop long-temps, j'ai tiffu maint Micmac,
Et fait rouler les dez au bureau du
Trictrac ,
Je fuis comme un oiſeau qui languit dans la Cage,
Sac Quand on eft parvenu dans l'hiver de fon Age ,
On pense à fe vêtir d'un cilice & d'un
On méprife un vieillard comme un vieux Almanach
,
Ou comme un Aftrologue inftruit dans fon Vil-
Lage
-Plus
DE NOVEMBRE 1723 . 919
Plus fouvent qu'un Gafcon je foupe avec de l'Ail
Tout le luxe à mes yeux eft moins qu'un Eventail,
Oreille Aux vaines paflions je veux fermer l
J'étois jadis Cigale , & maintenant Fourmy
J'écarte loin de moi les amis de Bouteille ,
Et ne cherche par tout que Dieu feul pour Amy,
Les deux Comedies , une paire de Sousliers
& le Mercure , font les vrais mots
des trois Enigmes du mois paffé.
A
PREMIERE ENIGME.
U monde je viens mâle , & l'on me voit
femelle
,
J'ai deux bras , mais je n'ai tête , ni mains , ni
pieds ,
Je touche également , & la laide & la belle ,
Mes fils font comme moi foibles & déliez ,
J'ai le peuple fous moi , l'Eglife & la Nobleſſe ,
Je fers le plus petit comme le plus grand Roy ,
Ma candeur plaît aux yeux & ma noirceur les
bleffe ,
Et l'on voit maints Reclus qui fe paffent de moi .
SE
1926
LE MERCURE
"
S
SECONDE ENIGME .
Ous un dehors trompeur j'entre dansle commerce,
Et j'en impofe aux gens qui font de bonne- foi ,
Je benis le Seigneur , & prie pour le Roy,
C'eſt toûjours enfecret qu'en mon art on s'exerce,
Chacun doit redouter la rigueur de mon fort ,
Qui ne devroit jamais caufer la moindre envie ,
Car mon pere eft inſtruit du de fa
genre mort ,
Dans le même moment qu'il me donne la vie.
TROISIEME ENIGME
M
On éclat ébloüit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire ,
Si celui qui me tient me preffe trop long- temps,
Je redeviens ma propre mere.
豐華華
RE'PONSE
DE
NOVEMBRE 1723. 9.21
REPONSE du fieur Paul Lucas ,
la remarque du fieur de la Roque ,
fur le cours de l'Oronte.
Ans le Mercure de Septembre der-
Dnier , page 437. M. de la Roque
contredit ce que j'ai raporté , au fujer
de la riviere qui paffe près la Ville de
l'Ataquié , nommée autrefois Laodicée.
J'ai appris des habitans de cette Ville que
la riviere en queftion étoit un bras de
l'Oronte ; c'eft ce fait que M. de la Roque
traite d'abfurdité. S'il avoit été dans
le
pays comme
moi , on pourroit
fufpendre
fon jugement
; mais comme ce qu'il
en dit , n'eft que fur le raport d'un voyageur
qui n'a pas été à Laodicée
, mais
feulement
au Mont- Liban , à Balbec , &
au Quefroan
, je crois que le préjugé
doit
être en ma faveur ; j'ai traverfé
plufieurs
fois cette partie de la Syrie , j'ai été à
l'embouchure
de cette riviere par mer ,
en venant de Tourtoufe
, je l'ai paffée fur
un beau pont , en allant par terie à Tripoli
, & ce voyageur
n'ayant pas été >
comme
moi , fur le lieu même , peut
avoir ignoré ce bras de l'Oronte
, & fon
embouchure
.
Je fçais bien que le principal bras de
D Je
922
LE MERCURE
l'Oronte paffe à Apamée , & à Antioche
; mais fi ce voyageur a fuivi cette riviere
comme il le dit , jufqu'à la fource ;
s'il eft vrai , dis- je , qu'il l'ait ſuivie dans
le pays , & non pas fimplement avec le
doigt fur la Carte , il peut encore être
arrivé qu'il n'ait pas pû voir la feparation
de ces deux bras , fur tout fi la riviere eft
fi large près d'Apamée qu'elle forme une
efpece de Lac , comme il le dit ; cependant
il affure que cette riviere ne fe divife
point , & que par confequent elle
n'a qu'une embouchure .
Comment ce voyageur accordera t'il
cela avec ce qu'il dit , page 232. de fon
livre , à laquelle il renvoye , que la principale
embouchure de l'Oronte eft près
d'Antioche ; car par-là il indique luimême
un fecond bras de l'Oronte , &
confirme ce qui m'a été raporté à Laodicée
, que la riviere que j'ai paffée au voifinage
de cette Ville eft un bras de l'Oronte
, & quelle preuve a-t'il que l'Oronte
paffe à plus de 15. lieuës de la Ville
de Laodicée peut- être qu'il n'a approché
lui- même de cette Ville de plus de
30. lieuës.
Il me renvoye à la Carte inferée dans
fon Livre , il dit qu'on y verra quelle
eft la riviere qui paffe à Laodicée . S'il
ne veut pas que ce foit un bras de l'O.
ronte,
DE
NOVEMBRE 1723. 923
ronte , que n'a- t'il donc fubftitué un autre
nom à celui- là , il n'en donne aucun
marque qu'il n'en connoît point du tout .
S'il ne donne aucun nom à cette riviere
dans la Carte inferée dans fon livre , il
ne fait non plus aucune mention de la
riviere , ni de fon nom dans le livre même.
La Carte & le livre font très- peu d'accord.
Dans la Carte il marque deux rivieres
entre Laodicée & Tripoli , l'Arquis
& Bered , dont la première m'eſt inconnue
, & à tous ceux qui connoiflent
le pays ; pour la feconde elle eft réelle ,
mais elle eft omile dans la
defcription
que le livre fait des rivieres qui tombent
fur cette côte , auffi- bien que la prétenduë
riviere d'Arquis .
Il ne faut pas pour cela compter dávantage
ur la bonté de cette defcription ;
car quoiqu'elle foit toute differente de la
Carte , & que les rivieres qu'il fubftitue
à la place de celles de la Carte foient
réelles , fçavoir , le Nahr - Kibir , le
Nahr - Abrach , & le Nahr- Acchar , elles
font toutes trois tranfpofés dans cette
defcription ; car je puis affurer , moi qui
ait été fur les lieux , qu'en allant de Tourtoufe
à Tripoli , la premiere que l'on
paffe , eft le Nahr- Acchar , la feconde le
Nahr-Abrach , & la derniere le Nahr-
Kibir ; ce qui eft tout le contraire de la
defcription
Dij
CHAN924
LE MERCURE
CHANSON.
Ouffrirons-nous , amis , cet amant langou
Souf
reux ?
Déferteur incertain d'un tyranique empire.
Ah ! s'il vient avec nous boire , chanter & rire ,
C'eſt par un dépit.amoureux ;
En avalant ce jus , le malheureux foupire.
Banniffons de cè charmant réduit ,
Un faux Buveur qui craint l'yvreffe
Brûlant de vin & de tendreffe ,
Le traître n'attend que la nuit ,
Pour abjurer Bacchus aux pieds de fa maîtreſſe.
NOU:
DE NOVEMBRE 1723. 925
nuit le ttrraaiite
tend
མུན 」,,
: G
que
la nuit
X
ac.
chus Imaîtres de
B
Four abjurer Bacciaîtres….se :
Air à Tovembre 1723 .
3:01
Souffe Deserteur
Souffr
incer..
Deserteur
LE MERCURE 924
dresse, Le traitre , n'attend
que
la
dresse, Le traitre, n'at......
чих
pieds de sa mai... tres.
auxpieds de sa mai... tres.
Iresse Le traitre, n'attend que la
• be
tendresse, le traitre, n'at..
DE NOVEMBRE 1723. 925
XXXXXX XXXX
NOUVELLES LITTERAIRES;
DES BEAUX ARTS , & c.
RAITE' des Maladies des Os , dans
ons les
& les machines qui conviennent à leur
guerilon, Par Jean - Louis Petit , de l'Académie
Royale des Sciences , Chirurgien ,
Juré de Paris , & ancien Prevost de fa
Communauté. A Paris , chez Et. Hochereau
, Quay des Auguftins 1723. deux
volumes in 12. 1. volume , pages 402.
2. volume , pages 528.
Le nom- feul de l'Auteur de cet ou
vrage fuffit pour en faire connoître le
poids , & pour faire juger de l'utilité que
le public en doit recevoir. Mais de plus,
on doit le regarder , non- feulement comme
l'ouvrage d'un illuftre Académicien ;
mais encore comme un livre autorisé par
l'Académie même. C'eft en vertu du Privilege
de l'Académie qu'il eft imprimé ,
& après le raport que MM . Litre &
Vinflow ont fait à la compagnie que
ouvrage répondoit aux marques écla- «
tantes d'habileté en Anatomie , d'induf- «
trie en mécanique , de dexterité en Chi- «<
Diij
rurcet
926 LE MERCURE
» rurgie , de fertilité en invention , de
» folidité en pratique , & de clarté en
» démonftration , que l'Auteur donne con-
» tinuellement au public depuis plufieurs
» années.
Nous ne fçaurions entrer ici dans le
dé ail de cet ouvrage , les perſonnes à qui
il fera le plus utile , ne feront pas celles
qui liront nôtre extrait ; mais nous nous
croirions coupables envers le public fi
nous ne divulguions point autant qu'il
dépend de nous les fentimens rares de
bon Citoyen que M. Petit fait paroître
dans fa Preface.
» La plupart de ceux qui ont écrit de
» la Chirurgie , dit- il , ne l'ont point pra-
» tiquée. Ce font des Chirurgiens à qui
» le public laiffoit le loifir d'écrire , fans
>> leur donner affez d'occupation pour
» qu'ils puffent raporter des faits verifiez
» par eux mêmes : c'eft le malheur des
fiecles paffez. Ceux qui n'exerçoient
» point la Chirurgie en ont écrit , & ceux
» qui l'ont exercée avec le plus de fuccès,
» ont laiffé perir avec eux toutes leurs
» obfervations ; cependant l'utilité publi-
» que exige que ceux à qui la pratique
» fournit de plus frequentes occafions de
» faire des obfervations utiles , les com-
» muniquent à la focieté , ou les leguent
» à des perfonnes capables qui puiffent
les
DE NOVEMBRE 1723. 927
les lui communiquer après la mort des «<
obfervateurs. «<
N'en pas uſer ainfi , c'eſt commettre «
un crime contre l'humanité , c'eſt pour «
ainfi dire vouloir mourir infolvable. «<
J'efpere que je ne meriterai point ce «
reproche ; les loix de la focieté font pour «
moi des loix fi facrées , que je ne réſer- «
verai rien de particulier à mes propres «
enfans , quoique je les deftine à la Chi- «<
rurgie , ils partageront également avec «
tous les éleves , ils n'auront de plus «
que l'avantage d'être fous mes yeux. Je «
leur infpirerai fur - tout les fentimens que «
j'ai pour ma patrie ; & fi en mourant &
je lui fuis encore redevable , j'efpere
qu'ils fçauront m'acquitter envers elle k
de ce que je n'aurai pas eu le loifir de «
lui donner. «
૯
'
લ
Pour fatisfaire à l'engagement que je «
contracte , je commence par le traité «
des maladies des Os . Cet ouvrage m'a «
couté plus que je ne croyois ; mais fi je «
me fuis donné des foins pour le rendre «
utile , le Libraire a fait de fon mieux «
pour rendre fon édition parfaite. L'ap- «
probation du public fatisfera l'Auteur , «
& le grand débit fera la récompenſe du «
Libraire. <<
ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR.
D iiij
Come928
LE MERCURE
Comedie en Profe , reprefentée par les
Comediens Italiens , & c. A Paris , chez
la veuve Guillaume , Quai des Auguftins,
1723. in 12. de 54. pages.
Il y a trois ou quatre ans que cette
piece fut reprefentée pour la premiere
fois. Elle eft du même Auteur qui nous
a donné depuis la Surpriſe de l'Amour ,
& la Double Inconftance.
L'impreffion qu'on vient d'en faire.
Rous donne lieu d'en donner un extrait.
La Fée.
ACTEUR S.
Trivelin , Domestique de la Fée.
Arlequin , jeune homme enlevé
Fée.
par
la
Sylvia , Bergere , Amante d'Arlequin.
Un Berger , amoureux de Sylvia .
Autre Bergere , confine de Sylvia.
Troupe de Danfeurs & de Chanteurs.
Troupe de Lutins .
SCENE I.
La Fée , Trivelin.
Dans cette Scene on expofe l'amour
que la Fée a pris pour Arlequin dormant
dans un bois ; un la maniere dont elle l'a
fait tranfporter dans fon Palais enchanté.
Le
DE
NOVEMBRE 1723 .
929
Le deffein qu'elle a de s'en faire aimer ,
tout idiot qu'il eft , en lui donnant de
Pefprit à la faveur d'une nouvelle éducation.
L'infidelité qu'elle fait au grand
Enchanteur Merlin à qui elle a promis fa
foy. Trivelin dans toute cette Scene paroît
être dans les interefts de Merlin , &
nous prepare à ce qu'il fera dans la fuite
pour traverser le nouvel amour de la Fée .
SCENE II.
Arlequin , fon Maître à Danfer , la Fée ;
Trivelin.
La Fée demande tendrement à Arlequin
s'il veut bien prendre fa leçon . Arlequin
répond d'une maniere fi niaiſe que
Trivelin ne peut s'empêcher d'en rire. La
Fée en fait des reproches à Trivelin par
ces mots : oh ! je vous prie , ne riez pas ,
cela me fait injure ; je l'aime , cela vous
fuffit pour le refpecter. Arlequin ne veut
point prendre de leçon , il aime bien
mieux une bague qu'il voit briller aut
doigt de la Fée. Elle lui demande s'il la
veut , il lui répond qu'oüi , & la reçoit
auffi groffierement qu'il l'a demandée. La
Fée le prie de vouloir bien en reconnoiffance
prendre une leçon . Il y confent , &
l'execute d'une maniere à faire rire les
fpectateurs les plus ferieux. Il finit fa
Dv leçon
930 LE MERCURE
leçon par ces paroles : Je m'ennuye. En
voilà donc affez , dit la Fée , nous allons
tâcher de vous divertir. Arlequin faute
de joye à cette promeffe , & dit en riant :-
Divertir , divertir.
SCENE III.
La Fée , Arlequin , Trivelin , troupe de
Chanteurs & de Danfeurs.
Arle-
Au premier vers qu'on chante ,
quin donne un trait de bêtife. Le Chanteur
dit : Beau Brunet, l'Amour vous appelle
je ne l'entends pas , dit Arlequin
où est- il ? eh eh ! qu'il crie donc plus
haut. Le Chanteur continuë.
Beau Brunet , l'Amour vous appelle
Voyez-vous cet objet charmant ?
"
Ses yeux dont l'ardeur étincelle ,
Vous repetent à tout moment ,
Beau Brunet , l'Amour vous appelle.
Cher Arlequin , dit alors la Fée , cest
tendres chanfons ne vous infpirent- elles
rien ? que fentez - vous ? je fens , répond
Arlequin , un grand appetit. Arlequin
s'en dort , & s'éveille enfin en difant , hi ,
hi , hi , mon pere ? eh ! je ne vois point
ma mere . On juge bien que tout cela doit
faire un peu plus de plaifir à la reprefentation
DE NOVEMBRE 1723 937
tation qu'à la lecture. Paffons à la quatriéme
Scene.
Le Theatre change , & reprefente au
loin quelques Moutons qui paißent .
SCENE I V.
Sylvia , un Berger.
Sylvia eft auffi indifferente que le Berger
eft amoureux . Elle lui avoue qu'elle
n'a jamais rien fenti pour lui ; il la prie
tendrement de répondre à fon amour ,
elle le chaffe, en lui difant froidement que
cela pourra venir .
SCENE V.
Sylvia , Arlequin .
C'est dans cette Scene que l'Auteur
commence à juftifier le titre de fa Comedie.
L'Amour polit Arlequin , & y réüffit
mieux par un feul regard de Sylvia ,
que toutes les leçons que la Fée lui a fait
donner. Sylvia prend autant d'amour
qu'elle en donne , & cette paflion naiſfante
s'exprime d'une & d'autre part ,,
avec une naïveté qui en dit plus que l'éloquence
la plus étudiée..
Comme ils fe font aimez dès qu'ils fe
font vûs , ils ne fe quittent que pour fe:
revoir encore ; Sylvia laiffe tomber fon
D vj mou932
LE MERCURE
mouchoir , Arlequin le ramaffe , & la
prie de le lui laiffer ; Sylvia y confent , &
va rejoindre fes Moutons qui s'égarent.
La Scene change , & reprefente le jardin
de la Fée.
La Fée , Trivelin .
Dans cette Scene Trivelin annonce
l'arrivée de Merlin à la Fée qui s'affermit,
dans le deffein de le tromper , & d'aimer
toûjours Arlequin , tout indifferent qu'il
eft.
La Fée appercevant Arlequin , un mou
choir à la main , dit à Trivelin : qu'elle
veut fçavoir ce que ce mouchoir renferme
de myftere , à la faveur d'une bague
qui va les rendre tous deux invifibles . Arlequin
ne voyant perfonne , fait millefingeries
avec le mouchoir de Sylvia. La
Fée fe rend vifible ; elle fe flatte d'abord
que ce mouchoir eft à elle , mais détrompée
enfin , ellé eft faifie d'un mouvement
jaloux qu'elle cache pour ne pas effaroucher
fon ingrat. Elle s'apperçoit qu'il a
de l'amour & de l'efprit , mais qu'elle
ne lui a donné ni l'un ni l'autre . Arlequin
quitte la Fée , pour aller , dit- il ,
dormir fous un arbre.
La Fée eft au defefpoir de ce qui vient
de paroîte à fes yeux , elle témoigne fa
dou
DE NOVEMBRE 1723. 933
douleur à Trivelin par ces plaintes : Ah !
quel coup pour moi , que le petit ingrat
vient de me paroître aimable : il a déja ;
pourfuit- elle , de la délicateffe de fentiment
il s'eft retenu , il n'ofe me dire de
qui il tient ce mouchoir ; il devine que j'en
ferois jaloufe ; ah ! qu'il faut qu'il ait pris
d'amour , pour avoir déja tant d'efprit ! là
Fée forme la réſolution de découvrir fa
rivale à quelque prix que ce foit , & com
mande à Trivelin de la feconder dans ce
trifte foin.-
SCENE IX.
La Scene change , & reprefente une prairies
où des Moutons paiſſent.
dans le lointain.
Sylvia , une de fes Coufines .
Sylvia ouvre fon coeur à fa Coufine
& lui apprend l'amour qu'elle vient de
prendre pour Arlequin . Sa Coufine lui
confeille de lui cacher avec foin ce
qu'elle fent pour lui . Sylvia ne s'accommode
pas de cette diffimulation ; je
fuis encore trop jeune , dit- elle , pour
gêner. Elle promet pourtant à fa Coufi
de faire tout ce qu'elle pourra pour
vre fes confeils .
fui-
Que je fuis inquiete , dit Sylvia , étant
fcule,
934
LE MERCURE
feule , j'aimerais autant ne point aimer
que d'être obligée à être feveres cependant
ma Coufine dit que cela entretient
Pamour. Voilà qui eft étrange : on devroit
bien changer une maniere fi incommode :
ceux qui l'ont inventée n'aimoient pas tant
que moi.
Arlequin appercevant Sylvia , vient à
elle en fautant , elle le reçoit avec froideur
, elle retire fa main qu'il veut baifer.
Arlequin pleure , elle en a pitié , & ne
pouvant plus contraindre les fentimens
fecrets ob dit- elle , ma Confine dira
ce qu'elle voudra , je ne puis y tenir :
confolez- vous , mon amant , & baifez ma
main, puifque vous en avez envie : mais
écoutez , n'allez pas me demander combien
je vous aime ; car je vous en dirois
toûjours la moitié moins qu'il n'y en a.
Cela n'empêchera pas , pourfuit- elle , que
dans le fondje ne vous aime de tout mon
coeur ; mais vous ne devez pas le fçavoir ,.
parce que cela vous ôteroit l'amitié que
vous avez pour moi ; on me l'a dit. Cette
naïveté donne lieu à une Scene tout- àfait
finguliere. Arlequin & Sylvia conviennent
que toutes les fois qu'ils fe diront
qu'ils ne s'aiment gueres , cela vondra
dire qu'ils s'aiment beaucoup. Mais
ils oublient bien- tôt leur marché ; Arlequin
fe fâche que Sylvia lui refuſe fa mai n
DE NOVEMBRE 1723. 935
baifer , quoique felon leur convention
cela veuille dire qu'elle feroit ravie qu'il
la baisât ; eh je veux la baifer , on je
ferai fâché , dit Arlequin , vous badinez
mon amant , lui répond Sylvia , & comme
Arlequin fe fâche tout de bon , elle
lui dit , en lui preſentant ſa main , baifez
donc.
La Fée furprend Arlequin baifant la
main de Sylvia. Elle demeure quelque
temps invifible pour fe mieux inftruire de
fon malheur ; mais n'en étant enfin que
trop certaine, elle ſe montre , elle ordonne
à Arlequin de la fuivre en le touchant de
fa baguette , & d'un autre coup de baguette
, elle rend Sylvia immobile.
Sylvia veut s'enfuir , & eft fort furprife
de fe trouver comme petrifié. Une
troupe de Lutins viennent l'enlever .
La Scene change , reprefente
le jardin de la Fée .
La Fée fait de fanglans reproches à
Arlequin fur l'indigne Rivale qu'il lui
prefere. Arlequin feint de retomber dansfa
premiere bêtife ; la Fée lui dit que
cette feinte ne fauvera pas Sylvia , &
qu'elle va la poignarder à fes yeux . Arlequin
fremit du danger de fa Bergere .
Il n'oublie rien pour calmer la colere de
la
936 LE MERCURE
la Fée . Cette amante irritée prend le
parti de le tromper , en lui perfuadant
que cette petite fripone qui lui donne
dans la vûë , ne l'aime point , & qu'elle
doit fe marier avec un Berger qu'elle
cherit tendrement. Arlequin commence
à fentir de la jaloufie , il fait pourtant
connoître à la Fée qu'il n'ajoûte gueres
de foi à ce qu'elle vient de lui dire. La
Fée lui promet de l'en convaincre par la
bouche même de Sylvia ; & comme Arlequin
craint que fa prefence n'oblige Sylvia
à parler contre la penſée , la Fée lui
jure par le Styx qu'elle ne fera ni prefente
, ni invifible à leur converfation.
Arlequin fe retire.
P
La Fée fonge à la maniere d'éluder fon
ferment.
SCENE XVI.
La Fée , Trivelin:
<
La Fée ordonne à Trivelin d'être
prea
fent à une converfation que Sylvia va
avoir avec Arlequin . Elle lui prête fa
bague pour le cacher à leurs yeux , &
fe
lui commande d'un ton menaçant de
ui rendre un compte fidele de tout ce
qu'ils fe feront dit. Trivelin fe retire , pour
aller faire venir Sylvia .
La Fée ordonne à Sylvia de dire à Arlequin
qu'elle ne l'aime point , & qu'on
va
DE NOVEMBRE 1723. 937
va la marier avec un Berger du Village 3
elle lui fait entendre qu'elle fera à fon
côté , & que fi elle la trompe , elle eſt
morte ; & voyant que la menace de la
mort ne fait pas affez d'impreffion fur
l'efprit de la Bergere , elle commande
aux Lutins qui font foumis à ſon empire
d'aller prendre l'ingtat qu'elle aime , &
de le poignarder à fes yeux. Sylvia plus
fenfible au peril de fon amant , qu'au
fien même , promet tout à la Fée , pour
vû qu'elle laiffe vivre fon cher Arlequin
SCENE XVIII. & c.
Sylvia , Arlequin , & Trivelin caché.
Quoique la fituation de cette Scene
foit très- ufée , elle ne laiffe pas de produire
un grand intereft. Nous l'éprou
vons tous les jours dans Britannicus , dans
Thefée , Opera , & dans beaucoup d'autres
pieces. Un amant , ou une amante
contraints à dire qu'ils font ingrats , volages
, ou parjures , parce qu'ils font
écoutez , & qu'ils ont tout à crain
dre pour l'objet aimé , nous arrachent
des larmes. Sylvia eft ici dans la même
fituation . La Fée lui a ordonné de
dire à fon cher Arlequin qu'elle ne l'a
jamais aimé , & qu'elle va fe marier à
un Berger. Elle croit que fa cruelle . Rivale
938
LÉ
MERCURE
vale eft témoin invifible du menſonge
qu'elle va faire à fon amant , dont les
jours font menacez . Elle execute à la lettre
tout ce qu'elle a promis à la Fée ;
mais voyant qu'Arlequin veut fe tuer ,
elle ne peut plus lui cacher les veritables
fentimens de fon coeur . Trivelin qui éroit
invifible par la vertu de l'anneau magique
de la Fée , fe montre enfin à eux , &
entrant dans les interefts par rapport
Merlin , dont il veut fervir l'amour , il
confeille à Arlequin de feindre aux yeux
de la Fée qu'il n'aime plus Sylvia , &
que c'eft la Fée même qui eft l'objet de
fon amour . Il lui dit encore de tâcher de
fe faifir de fa baguette , en laquelle réfide
toute la force de fes enchantemens :
tout cela s'exccute au grand contentement
d'Arlequin & de Sylvia. La Fée
perd fon pouvoir en perdant fa baguette ,
& Arlequin devient fon maître , commet
elle a été fa maîtreffe. Il la rend immobile
, & s'en va dans d'autres climats s'établir
un empire , où il puiffe vivre heureux
avec Sylvia.
EPITRE AU ROY DE PORTUGAL ,
fur l'établiffement de la nouvelle Académie
, qui a pour objet la perfection
de l'Hiftoire. Par M. l'Abbé du Jarry.
A Paris , chez F. Flahaut , Quay des
Al
DE
NOVEMBRE 1723 . 939
Auguftins 1723. in 4º de 8. pages.
Réduits à ne pouvoir donner qu'un
extrait de ce Poëme , nous formes embarraffez
fur le choix ; quel choix peuton
faire en effet entre des penfées prefque
également folides & brillantes ? en
confervant les unes on fait regretter la
perte des autres . Nous ne ferions , dans
aucun embarras , fi la piece nous étoit
tombée manufcrite entre les mains. M. de
fa Motte qui l'a approuvée trouve que
les Lettres y font dignement celebrées .
L'Auteur commence ainfi fon Epître .
Prince , daigne agréer que ma voix indifcrete
Soit du peuple fçavant une foible interpretes
Et qu'exprimant fon zele en vers reconnoiſſans ,
J'offre au pied de ton Trône un grain de món
encens,
Eleve des neuf Soeurs , jeune Aiglon , mon au
dace
Me fit prendre le vol au fommet du Parnaſſe.
Trois heureux coups d'effai fous le Royal lambris,
Sur d'illuftres rivaux me donnerent le prix ;
Quand d'un juſte devoir envers toi je m'aquite ,
C'eſt l'amour des beaux Arts qui fait tout mon
merite :
i
Ces beaux Arts font pour l'homme une fource
་
de biens ;
Ils
$40
LE MERCURE
Ils ont d'un doux commerce affermi les liens ,
Et fous le joug des loix rendant les coeurs do
ciles ,
Raffemblé les humains dans l'enceinte des Villes
De l'enfance du monde , ouvrage merveilleux ,
Jadis reprefenté par ce Luth fabuleux ,
Au fon de qui l'on vit les pierres animées
Et des premiers remparts les enceintes formées
A quel comble d'honneur parurent élevez
Les peuples où l'on vit les efprits cultivez :
La fplendeur des Etats , la gloire des genies ,
Par un fort glorieux , dans tous les tems unies ,
Virent également & monter & déchoir
La fuprême éloquence & l'abfolu pouvoir.
L'Heroïque valeur , la docte politeffe ,
Furent au même ràng à Rome comme en Grece
Grand Roy, quand tu te rends des Mufes le foutien,
Le Laurier fur leur front reverdit fur le tien
Je les vois fur ton Trône à tes côtez affifes
Pour celebrer ton nom d'un feu divin épriſes
A l'envi s'animer par de nobles efforts ,
Et de leurs luths pour toi preparer les accords:
Du nom d'humanitez les lettres honorées
Polif
DE NOVEMBRE 1723 .
944
Poliffent le Barbare aux lointaines contrées :
Leur charme temperant les farouches humeurs ,
Laiffe un air de douceur répandu fur les moeurs
Il unit autrefois Scipion & Lelie ,
Il reffere des coeurs le beau noeud qui les lie;
Forme de l'amitié le commerce fi doux ,
Et de l'adverfité fait foutenir les coups :
Les entretiens fçavans , les doctes exercices
Font gouter à l'efprit d'innocentes délices.
Ces purs & vrais plaifirs qui charment la raiſon ;
Sans qu'un remords amer y mêle fon poiſon.
Des inftans fugitifs , ils menagent la courſe ,
Préviennent de tous maux l'inévitable fource ?
Les jours coulent fereins en travaux innocens ,
Qui ferment la penfée au commerce des fens .
L'Hiftoire de tout temps fut le Livre des Princes
Leur montre le grand Art de regir les Provinces,
Sur le paffé leur trace un plan pour l'avenir ,
Et contre les affauts du fort les fçait munir.
Elle prévient la trifte & tardive fcience ,
Qu'acquiert aux cheveux blancs la longue experience
.
Par les fautes d'autrui , prudente , les inftruit ,
Ea
942
LE MERCURE
Et des fiecles paffez leur fait cueillir le fruit.
C'est elle qui découvre aux maîtres de la Terre ,
Le fentier des vertus dans une jufte guerre ;
Leur marque les écueils fous le Trône cachez
Leur prefcrit les devoirs à leurs rangs attachez
Les rend fourds à la voix des flatteufes Sirenes ,
Poiſon le plus fatal des grandeurs fouveraines ,
Et leur fait des leçons de ces fameux revers ,
Qui par leur chûte encore inftruiſent l'Univers,
Pareille à ces flambeaux qui fur les mers profondes
,
Découvrent dans la nuit les écueils fous les ondes :
Et marquent au Nocher , qui fçait en profiter ,
La route qu'il doit fuivre , ou qu'il doit éviter,
Finiffons par ce trait adreffé au Roy
de Portugal
.
Qu'il eft beau de te voir paré du Diadême ,
Ne devoir de ton rang la fplendeur qu'à toîmême
,
Et fans te dégrader , élever juſqu'à toi
Le fujet que tu rends preſque égal à ſon Roy.
1
LETTRE de M. de S. André fur la
Magie , vol . in 12. A Paris , chez R. N.
Defpelly , Place de Sorbonne.
LI
DE NOVEMBRE 1723.
943
LE RENAUD L'AMOUREUX , in 12.
avec figure , chez le même Libraire.
LES PRINCIPES de la Philofophic
de Delcartes , idem in 12. avec figures.
Le même Libraire donnera tous les ouvrages
de M. des Cartes , & dans la
même forme. Ils feront prêts à la fin dẹ
l'année.
LA VIE DE SAINT IRENE'E , fecond
Evêque de Lion , Docteur de l'Eglife &
Martyr , 2. vol . in 8 ° de plus de 360,
pages chacun. A Paris , chez le même.
LETTRE SUR L'INOCULATION de
la petite verole , comme elle le pratique
en Turquie , & en Angleterre , adreflée
à M. Dodart , Confeiller d'Etat , & Premier
Medecin du Roy. Avec un Appendice
qui contient les preuves , & répond
à plufieurs queftions curieufes. Par M. de
la Cofte D. M. A Paris , chez Claude
Labotiere , rue S. Jacques 1723. vol. in
12. de 123. pages.
Ce livre qui a paru au commencement
de ce mois , eft tout- à- fait du temps ,
car la maladie dont il eft queftion a fait
de prodigieux ravages cette année. On
y explique l'operation d'inoculer la petite
verole , comme elle s'eft pratiquée depuis
long
44 LE MERCURE
long- temps dans l'Orient , & comme
elle fe pratique depuis environ trois ans
en Angleterre. L'Auteur eft un Mede.
cin , qui a exercé long- temps fa profef
fion dans ce Royaume- là , & que M. le
premier Medecin a crû propre à éclaircir
tout ce qui a du raport à ce fujet . Attentif
fur tout ce qui regarde la Charge
éminente , & tout ce qui peut contribuer
à l'avancement d'une profeffion , qui devient
tous les jours plus neceffaire , à
mefure que le luxe rend les maladies plus
opiniâtres & plus dangereufes ; il a fouhaité
que ce qui réüffit en Turquie , &
ce qui eft prefque generalement approuvé
en Angleterre , & par le Prince qui
la gouverne, pût être goûté ici , & qu'il
eut fujet d'en faire les experiences neceffaires.
On verra que dans cette Lettre on
a donné un abregé des motifs qui ont
encouragé les Anglois à imiter les Turcs
dans cette pratique. Enfuite on y agite la
queftion , s'il eft permis à des Chrétiens
de caufer un mal phyfique leger , pour
en prévenir un plus grand , & on verra
là deffus ce que des plus habiles Docteurs
de la Sorbonne ont decidé , & qui me
ne à l'affirmative. On a mis les objec
tions , tant des Theologiens , que de
quelques Medecins dans toute leur force,
& il femble à plufieurs perfonnes du métier
DE
NOVEMBRE 1723. 945
Her , qui auparavant ne favoriloient pas
l'Inoculation , qu'on y a pleinement répondu
. L'Auteur étant d'opinion , que
l'exemple & l'autorité de perfonnes refpectables
dans la profeffion en Angle
terre , étoit de plus grand poids que des
raifonnemens , s'eft
principalement attaché
à des citations prifes des Lettres que
le Docteur Scone , & le premier Chirurgien
du Roy d'Angleterre , lui ont écrit
là - deffus , & qui lui ont fourni des Lettres
qu'on trouvera dans le fupplement
ou l'Appendice , comme l'a nommé l'Auteur
, qui fe flatte qu'on ne lui fera pas
un crime de quelques expreffions peu
Françoiſes , non plus que des fautes commifes
par l'Imprimeur. Il eft poffible
qu'il le trouve des perſonnes affez de loifir
pour combattre les argumens alleguez
pour la pratique de l'Inoculation ;
mais ces mêmes perfonnes ne doivent
pas trouver mauvais , fi on ne leur répond
que par les experiences qu'on doit faire
dans peu avec des Medecins de la Faculté
de Paris , que M. le premier Medecin
nommera pour furveillans. Si dans ce
traité on n'a pas fatisfait à la curioſité de
tout le monde , qui voudroit fçavoir de
quelle maniere fe fait cette operation ,
c'eft qu'on le réferve à le faire lorfqu'on
publiera les experiences qu'on aura fai-
E tes
946 LE MERCURE
tes , dont le fuccès déterminera le pu
blic à approuver , ou à negliger cette pratique.
M. de la Cotte doit la principale
partie de fon petit Traité à M. Amyand,
fils d'un Chirurgien de Paris , & mort
en pays étrangers . Il ne s'eft pas contenté
de lui communiquer ce qui s'eft paffé à
Londres ; mais ce que de très honnêtes,
& d'habiles gens lui ont écrit à ce fujet
de plufieurs Provinces d'Angleterre.
Dans ce Recueil on trouvera ce qui s'eſt
pratiqué depuis long- temps dans le Pays
de Galles , qui doit confirmer dans l'ef
perance, que ceux qui auront eu la petite
verole par l'Inoculation , n'auront pas lieu
de craindre la petite verole dans la voye
ordinaire ; & le catalogue des Inoculez à
Salisbury pendant cet Eté , où la petite
verole naturelle a été très - mortelle , &
très-maligne , fait voir que ce n'eft pas
fans raifon qu'on affirme , que c'eſt un
petit mal qu'on donne , en comparaiſon
du mal qu'on prévient.
M. de la Cofte mer dans tout fon jour
l'utilité de la methode de donner la petite
verole par Infertion ou Inoculation. Il
fe declare hautement pour ce remede , &
il croit que la pofterité aura lieu de benir
ceux qui l'auront autorifé ou indiqué.
+
Il dit d'après les obſervations de M,
Maitland , Chirurgien Anglois , faites
ER
DE NOVEMBRE 1723 . 947
en Turquie en 1717. Que les fymptômes
qui accompagnent cette petite verole artificielle
font fi peu confiderables , qu'à
peine merite- t'elle le nom de maladie.
Point de ces violens maux de reins ou de
tête , point de vomiffemens , d'ardeurs
ni d'inquietudes ; le pouls feulement affez
élevé pour qu'on puiffe dire qu'il y a
une Febricule. Et ce qui n'eft pas à méprifer
, fur- tout pour le beau fexe , c'eſt
que les puftules de cette petite verole ne
défigurent jamais , & ne marquent qu'aux
endroits de l'infertion ; de plus par cette
methode on n'a jamais la petite verole
deux fois. Mais , pourfuit l'Auteur plus
loin , quand il fe trouveroit un très-petit
nombre qui l'euffent une feconde fois ,
cette pratique auroit toûjours cela de bon,
qu'elle partageroit le venin , & qu'ello
gueriroit de la frayeur à laquelle font
Tujets du moins tous les adultes qui
n'ont jamais eu la petite verole , & à qui
cette frayeur nuit plus que toute autre
chofe.
,
L'auteur répond à l'objection qu'on
lui fait , que c'eft une présomption de
tenter la Providence , en expofant des
adultes ou des enfans de propos déliberé
à un mal que la Providence ne leur
enverroit peut être jamais , & qu'il n'eft
pas permis de donner un mal pour qu'un
bien arrive. E ij
J'accor
948 LE
MERCURE
J'accorde , dit M. de la Cofte , qu'il
n'eft pas permis de faire un mal moral ,
pour qu'il en refulte un bien phyfique
ni moral . Par exemple , il n'eft pas permis
de commettre un adultere , parce
qu'un mari eft impuiffant , & qu'un bien
fortira de la famille faute d'heritiers ;
mais il eft permis de faire un mal phyfique
, pour caufer un bien moral , ou un
bien phyfique plus grand, ( c'eft toûjours
l'Auteur qui parle . ) On fait fauter quelques
mailons , pour fauver une Ville ,
ou une rue d'une incendie , qui fans cela
deviendroit general ; on inonde une Province
pour chaffer les ennemis , qui n'y
feroient peut - être pas la moitié du dégât
, ou qui quitteroient le pays par
d'autres raifons. On fait des lignes au
tour d'une Province infectée de la pefte ,
& on tue fans remiflion des malheureux
qui veulent les franchir , quoiqu'ils ne
infectez ; & quoique foient peut - être pas
la Providence ne permettra peut - être jamais
que la pefte fe communique dans les
Provinces voifines . On donne la fièvre
pour guerir de plufieurs autres maladies,
ou bien on faigne pour prevenir des maladies
, dont on ne fera peut-être jamais
attaqué ; & cela quoiqu'il arrive de temps
en temps des malheurs par la faignée ,
& c.
On
DE NOVEMBRE 1723. 949
On fe fert de cette occafion pour informer
le public, que M. le premier Medecin
a accordé un Privilege à l'Auteur
de la Lettre , pour faire venir les eaux de
Bristol , & de les faire vendre dans de
Royaume , les connoiffant par lui-même
propres à guerir plufieurs maladies chroniques
, & fçachant que M. de la Cofte
en connoît parfaitement les vertus &
les ufages. Ces maladies chroniques font
principalement celles où les folides pechent
par leur relâchement , ou les fluides
par leur acrimonie , c'eft - à - dire , le
diabete , les gonorrhées fimples , les pertes
rouges & blanches ; & outre cela
prefque toutes les maladies de la veffie &
de la peau.
On vient de publier trois nouveaux
volumes du Recueil des anciens Poëtes
François le premier contient les Poëfies
de Jehan Marot , pere de Clement Marot
, avec celles de Michel , fils de ce
dernier . Jehan Marot prend la qualité
de Poëte d'Anne de Bretagne , Reine de
France ; il fut depuis Valet de Chambre
de François I. Ce volume contient les
conquêtes du Roy Louis XII . en Italie.
L'on y trouve des chofes fingulieres pour
l'Hiftoire de ce temps. Après ces pieces
Hiftoriques fuivent les Poëfies diverfes de
E iij
nôtre
950
LE MERCURE
nôtre Poëte. On convient que Jehan Ma
rot étoit né avec de grandes difpofitions
pour la Pefie , quoique fon éducation
eut été fort negligée. Il mourut en 1517 .
âgé de 60. ans . Les deux autres volumes
font les Poëfies de Guillaume Cretin , &
la Legende de Maître Pierre Faifeu ,
dont nous parlerons une autre fois .
La nouvelle édition des Oeuvres de
Jean Marot , dont il eft ici queſtion , eſt
un in 12. de 263. pages , fans y comprendre
quelques éclairciffemens & remarques
fur la perfonne & les ouvrages
de Jean , de Clement & de Michel Marot.
Ce livre eft imprimé à Paris , chez
Ant. Urbain Couftelier , qui n'a rien
épargné pour la beauté des caracteres &
du papier.
Les principaux ouvrages de Jean , font
la defcription des deux heureux voyages
de Genes & de Venife , du Roy Louis
XII. & l'Avocate des Dames & Princeffes.
Clement fon fils a mis une Preface
à la tête de cet ouvrage , à la loüange
de fon pere. •
Après les deux voyages de Genes &
de Venife , les Rondeaux font ce qu'il a
fait de meilleur.
Nous en allons donner quelques exemples.
III.
53.7
DE 951 NOVEMBRE 1723 .
III. Rondeau , page 224.
Plutôt que tard ung amant s'il eft fage
Doit à fa Dame en petit de langaige
Dire fon cas , & puys s'il apparçoit
Qu'il perde temps & qu'Amour le deçoit ;
Quitte tout là , cherche ailleurs advantaige ,
Car fur ma foy ce n'eſt petit gaige ,
Que de bouter fa franchiſe en fervaige ,
Pour endurer les maulx qu'on y reçoit ,
Pluftoft que tard .
Mais s'il congnoift que fa Dame ayt couraige ,
De lui ofter celle douleur & raige ,
Que fon las cueur pour fon amour conçoit ,
Cueur , corps & biens , alors comme qu'il foit ,
Donner luy doit , & bailler en hoſtaige ,
Pluftoft que tard.
XIII. Rondeau.
Our le déduit d'amoureuſe paſture ,
A quelqu'un fiz l'autre jour ouverture ,
Qui valloit miculx , la Françoiſe , ou Lombarde ?
Il me reſpond , la Lombarde eft bragarde ,
Mais froidde & molle , & fourde ſoubz monture.
Beau parler ont , & fobre nourriture :
E iiij
Mais
L
952 LE
MERCURE
Mais le furplus n'eft que toute
paincture ,
Vous le voyez , car chacune fe farde ,
Pour le deduict.
La
Françoife eft
entiere , & fans
rompture',
Doulce au
monter , mais fiere à la
poincture ;
Plaifir la mayne , au
proffit ne
regarde ,
Conclufion , qui qu'en parle ou
broquarde ,
Françoifes font chefs
d'oeuvres de nature ,
Pour le
déduict.
C
XVI.
Rondeau
Herchant plaifirs , je meurs du mal d'aymer,
Et tout pour vous , Dame au coeur très- amer}
Doulce en
femblant , mais en rigueur confictey
Car plus vous prie , & tant moins je proffite ,
Dont fans mercy ( par droict ) vous puys nommer
Autre que vous ne pourroit reclamer ;
Mon triſte coeur , dont me
convient palmer,
Criant , helas ! je meurs à la pourſuyte ,
Cherchant plaifir.
Si vous fupply avant que confommer
Que par pitié vous plaife me fommer ,
D'un doulx bayſer allyé de ſa ſuyte.
En
DE NOVEMBRE 1723 . 953
En ce faifant , defeſpoir prendra fuyte ,
Mais autrement mort me vient affommer ,
Cherchant plaifir.
Les Poëfies de Michel Marot , qui ont
été imprimées avec les contredits de Noftradamus
, compofez par le Seigneur du
Pavillon , font imprimées à la fin de ce
volume , & ne contiennent que 9. pages.
LETTRE d'un Religieux Benedictin ,
à fon Alteffe Royale Madame l'Abbeffe
de Chelles , fur ce qui s'eft paffé de plus
édifiant à Aix pendant la contagion. Petit
vol. in 12. A Paris , chez Jean -Baptifte
Samfon , Quay des Auguftins 1723 .
ve ,
Ce petit Livre , où tout re /pire la pieté
& la mortification , & qui d'ailleurs eft
bien écrit , eft un des meilleurs qu'on:
puiffe lire. Les exemples touchans qu'on
y met fous les yeux de la foy la plus vide
la charité la plus tendre & la plus
intrepide , dans un miniftere , où la mort
fe prefente à chaque pas , ferviront à
édifier & à ranimer la pieté des fideles.
C'eft ainfi que s'exprime M. Tourneli fur
cet ouvrage dans l'approbation qu'il lui ‹
a donnée , à quoi nous n'avons rien à
ajoûter.
E v LES
954 LE MERCURE
LES ILLUSTRES FRANÇOISES , trois
vol . in 12. chez R. M. Defpelli , Libraire
, Place de Sorbonne . Le troifiéme
tome fe vend feparement.
BIBLIOTHEQUE FRANÇOISE , où Hiftoire
litteraire de France. Tome 1. premiere
partie. A Amſterdam , chez J. Fr.
Bernard 1723. in 12. de 148 pages , fans
La Preface & la table.
Jamais fiecle n'a produit tant de Journaux
que le nôtre. Celui- ci eft tout nouveau.
On l'a entrepris à l'imitation de la
Bibliotheque Angloife , de la Bibliotheque
Germanique , & des Actes litteraires
de Suede. Cette Bibliotheque qui paroît
de bonne main , doit faire connoître les
ouvrages que la France produit , & ceux
qui voyent le jour en François dans les
Pays Etrangers . Les extraits des livres
nouveaux doivent être entrelaffez de Differtations
curieufes & de pieces fugitives ;
à quoi on doit joindre un détail exact de ce
qui concerne les fçavans qui reftent en
France, & de ceux que la mort enleve. On
avertit dans la Preface qu'on donnera un
volume de dix feuilles tous les deuxmois.
LES PRINCIPES DE LA FORTIFI
CATION MODERNE , accompagnez d'exem
DE NOVEMBRE 1723. 955
xemples qui en facilitent la connoiffance ,
avec une exercitation Mathematique fur
la Trigonometrie , & les Logarithmes .
Par M. Haverman , Directeur de l'Aca
démie Militaire de S. M. I. A Bruxelles ,
chez les freres Serftevens 1723. in 8° ..
avec figures.
SA
Extraits de diverfes Lettres.
Amuel Luchtman ( Leide ) va imprimer
par foufcription les Lettres de
Jufte Lipfe , qui n'ont point été imprimées
, & qu'on a tirées de la Bibliotheque
de l'Académie de Leide , avec celles
que lui ont écrit les fçavans de fon temps .
On y joindra les Lettres de Grotius , Saumaife
, Kinfius , Schelius , Reinchius ,
Scheffer , Daumius , Langerman , Bigot
J. F. Gronovius , Grevius , Voffius , Cuper
, Perizonius , & c. difpofées par ordre
cronologique , & enrfchies de courtes
notes , & de bons indices , par les foins
de Pierre Burman , 4. vol . in 4° on s'engage
de n'en tirer qu'autant d'exemplaires
qu'il y aura de foufcripteurs , fous
peine de 1000. florins .
Il paroît ici ( Rome ) dés l'année paffée
Dominici Georgii de Antiquis Italia metropolibus
exercitatio hiftorica &c. in 4
1722. L'Auteur attaque le celebre Mar
E vj quis
956
LE
MERCURE
quis Scipion Maffei , avec tout le mena
gement qui convient à un homme de Lettres
, celui- ci ne tardera pas à faire imprimer
fa réponſe qu'on attend avec empreffement
.
On imprime chez le Volpe ( Boulogne ) ›
il Teatro delle Comedie di Pier Jacopo
Martello , in 8 ° . Cet Auteur donna à
Rome en 1715. une feconde édition de
fon Teatro delle Tragedie , in 8 ° augmentée
d'un fecond tome , & d'un dialogue
fur la Tragedie , ancienne & moderne ,
les vers en font rimez comme ceux denos
Tragedies Françoifes , & de quatorze
fyllabes. Il publia enfuite à Florence
en 1721. l'Elena Cafta in 89 Tragedie
qui manquoit aux volumes precedens.
On acheve d'imprimer ici ( Amfterdam
) l'Hiftoire de la Conftitution Unigenitus
, en f. vol . in 12.
L'édition de toutes les oeuvres , tant
vers que profes de M. du Rozel de
Beaumont eft faite , c'eft le même qui
nous a donné dans l'Hiftoire critique de
la Republique des Lettres , un grand
nombre de fçavantes notes fur Horace .
Voici encore quelques livres qui fe débitent
ici , les Memoires de la Marquife
de Moteville 5. v . in 8 ° contenant la vie
de la Reine Anne d'Auftriche , & plufieurs
particularitez du regne de Louis
XIV.
DE NOVEMBRE 1723 95 %
XIV. les oeuvres diverfes de M. de Le
grais , le Bafillard de Mrs Stecle , &
addition traduit de l'Anglois en François,
& le troifiéme tome de la Bibliotheque
des Dames.
M. Schmeitzel vient de publier ( Iene ) ·
fon difcours inaugural fur le titre d'Em →
pereur que le Czar veut fe faire donner.-
Oratio inauguralis & c. Sa notice de la:
Bibliotheque de Bude qu'il promet depuis
fi long- temps , & la Bibliotheque
des Ecrivains Hongrois font toutes prê
tes , elles n'attendent qu'un Libraire qui
veille faire les frais de l'Impreffion . Il
joindra à la premiere les quatre livres de
Naldus , Naldins de laudibus Biblio
theca Budenfis , qui n'ont point été im
primez.
Nous avons prié dans nôtre Journal
du mois d'Aouft dernier , les perfonnes
qui ont acquis les Medailles d'or trouvées
depuis peu auprès de Montpelier , de nous
en envoyer la defcription . Nôtre priere
n'a pas été tout-à- fait vaine , M. le Prefident
Daigrefeuille , qui eft actuellement
à Paris , ayant bien voulu nous communiquer
lui - même , avec toute la politeffe
poffible , les fix Medailles d'or qu'il a
acquifes , qui font d'une grande beauté ,
&
358 LE MERCURE
& d'une parfaite confervation. En voici
la defcription pour la fatisfaction de
Mrs les Antiquaires , qui feront en même
temps bien ailes de fçavoir que M. Daigrefeuille
poffede un fort beau cabinet , &
qu'il eft très-éclairé fur toutes les matieres
d'antiquité.
1. NERO CASAR AUGUSTUS .
R. Juppiter Cuftos.
2. IMP. CAS. VESP. AUG . P. M.
R. Vic. Aug. Victoria globo infiliens,
dextra corollam tenens .
3. IMP. T. CESAR VESPASIAN .
R. Pax Auguft. Mulier fedens dextra
ramum , finiftra haftam.
4. DOMITIANUS CESAR . AUG . F.
R. Cof. 111. Cornu copia .
5. IMP. CES. NERVA TRAJAN. S.
'AUG. GERM.
R. Pont. Max. Tr. Pot. Cof. II. Mu
lier fedensfuper Clypeis , fere nuda dextra
Ramum & c. Daciam referens.
6. HADRIANUS AUGUSTUS .
R. Cof. III. Imp. Eques.
A l'égard des Urnes antiques trou
vées avec les Medailles d'or , nous avons
appris avec plaifir qu'on en a envoyé un
deffein au R. P. de Montfaucon , qui,
pourra en faire part au public dans les
fupplemens qu'il prepare de fon grand
Ouvrage.
mois
DE
NOVEMBRE 1723. 959
Nous avons parlé dans le Mercure du
mois de Juillet dernier , page 125. d'une
nouvelle conftruction de Chaife à Por
teurs , inventée par M. l'Abbé de Hautefeuille
de l'Académie Royale des Scien
ces , au moyen de laquelle on pourra fa☛
cilement & commodement porter une
perfonne de Verfailles à Paris , de Parisà
Orleans & c. & faire dix ou douze
lieuës par jour. Cet Abbé qui a un grand
genie pour la perfection des Arts , & qui
s'y applique depuis plus de 5o . ans , vient
de faire paroître un autre imprimé , intitulé
Explication de la Chaije à quatre
Porteurs , dans laquelle il fatisfait pleine
ment à quelques difficultez propofées
contre cette nouvelle invention. A la fin
de cet imprimé M. de Hautefeuille promet
de faire les experiences de cette
Chaife , & de quelques autres inventions
nouvelles de fa façon , fingulierement
d'un Sablier , ou Clepfidre Maritime
d'une conſtruction particuliere , & qui
promet beaucoup d'utilité pour la Navi
gation , &c .
On a fçu que l'Auteur des deux Pie
ces en profe & en vers , qui ont remporté
les prix de la Poëfie & de l'éloquence , à
la Fête de S. Louis derniere , eſt un Gentilhomme
de Tarafcon , en Provence
Me
180
LE
MERCURE
nommé M. de Chalamont de la Vifclede.
M. d'Agoumer , ancien Recteur de
P'Univerfité de Paris , Provifeur du College
d'Harcourt , a été élû de nouveau
Recteur de la même Univerfité , à la
place de M. Gilbert.
On apprend de Londres que le 20. du
mois paffé on découvrit une Comette dans
la partie Meridionale de cette Ville , laquelle
a été obfervée depuis presque tous
les jours par le Docteur Halley , Aftronome
du Roy , qui l'avoit découverte le
premier , & par d'autres perfonnes de la
focieté Royale : elle commence à paroître
à fept heures du foir , étant vinble à
la fimple vûe ; mais comme on a remarqué
avec le Teleſcope que fa lumiere diminuoit
confiderablement, on croit qu'elle
difparoîtra dans peu.
On mande de Vienne , qu'en creufant
la terre à Carlfbourg en Tranfilvanie ,-
on avoit trouvé diverfes pierres fepulchra--
les , des veftiges de tombeaux , & quel-.
ques Medailles antiques des Romains ,
que le Comte de Konigfeck , Commandant
de cette principauté , a fait charger
fur des barques pour les tranfporter en
Allemagne , & les mettre dans la nouvelle
Bibliotheque de l'Empereur , à laquelle
on travaille actuellement.
Le
DE NOVEMBRE 1723 . 965
Le 27. de Septembre dernier l'Acadé
mie Royale de l'Hiftoire à Lifbonne , s'é
tant affemblée extraordinairement
par
ordre du Roy de Portugal ; le Marquis
de Valença prononça à l'occafion de la
naiffance d'un quatriéme Infant , dont la
Reine étoit heureufement accouchée, trois
jours auparavant , un difcours très- éloquent
, en prefence de S. M. P. & des
Infants.
L
SPECTACLES
.
Es Comediens François ont remis au
Theatre fur la fin de l'autre mois , la
Comedie fans Titre , ou le Mercure Ga
Lant. Piece en cinq Actes , en vers , de M.
Bourfault , qu'on n'avoit reprefentée depuis
fort long - temps ; le public la vûë
avec beaucoup de plaifir . Cette Piece eft
très- bien écrite , il y a de très jolies fcenes
, qui , quoiqu'elles ne tiennent à rien ,
ne laiffent pas de produire leur effet.
Il y aura Comedie trois fois la ſemaine
à Versailles , pendant l'hyver , des Comediens
du Roy , & des Comediens Italiens.
Les premiers ont commencé à reprefenter
devant S. M. & devant l'Infante
Reine le 15 , de ce mois la Tra-
-
gedia
362 LE MERCURE
gedie d'Inès de Caftro , qui a eu le même
fuccès à la Cour , qu'elle avoit eu à Paris
, ayant fait répandre beaucoup de larmes
, & pour petite Piece , le Concert
Ridicule , qui a beaucoup diverti .
Les mêmes Comediens ont remis au
Theatre fur la fin de ce mois , la Trage
die de Cleopatre , de feu M. de la Chapelle
, qui eft excellemment repreſentée ,
& qui attire de nombreuſes affemblées au
Theatre François.
THEATRE ITALIEN.
Es Comediens Italiens ont reprefenté
le 3. de ce mois , fur le Theatre du
Palais Royal , une Piece Italienne en cinq
Actes , qui a pour titre en François . L'A
dultere Innocente , & en Italien , l'Innocente
venduta & rivenduta ; le fujer eft
tiré d'une nouvelle de Bocace ; le fieur
Dominique , Comedien de la troupe Ita-
Henne l'a mife en vers , & l'a faite imprimer
dans fon nouveau Theatre Italien ,
fous le nom de la Femme Fidele , ou les
Apparences Trompeufes , imprimé à Paris
en 1712. cette Piece fut fuivie de la petite
Comedie du départ des Comediens Italiens
, que nous avons annoncé dans nôtre
precedent Journal , en voici l'extrait .
Le deffein que les Comediens Italiens
avoient
DE NOVEMBRE 1723.
969
,
avoient formé d'aller pafler quelques mois
à Londres , a donné lieu au feur Dominique
de faire cette petite Piece , pour être
reprefentée à quelques jours avant leur
départ. Leur voyage ayant été rompu par
des ordres fuperieurs , ils n'ont pas laiffé
de la jouer , en y faifant quelques petits
changemens ; & elle a été affez bien reçûë
du Public.
On feint que
le bruit du prochain dé
part des Comediens Italiens s'étant répandu
par tout Paris , la Comedie Françoife
perfonnifiée , & reprefentée par la
Due Flaminia , a envoyé fa confidente
Enone , à l'Hôtel de Bourgogne , pour
s'informer ſi une nouvelle fi Alatteufe pour
elle eft veritable ; Enone revient & lui
confirme cette heureufe nouvelle. Sa
Maîtreffe fe prepare à aller faire compliment
fur ce fujet à la Comedie Italienne ,
& à faire éclater à fes yeux une douleur
hipocrite ces deux Scenes fe paſſent
dans l'Hôtel , des Comediens François ,
fans autre receffité , ce femble , que de
maintenir le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
, dans la poffeffion où il s'eft mis
de n'être point affujetti à des regles incommodes
, telles que l'obfervation d'unité
de lieu. En effet , rien n'étoit plusaifé
que de commencer l'action dans le
lieu même , où tout le refte fe paffe.
Enfin
984 LE MERCURE
Enfin Enone confeille à fa maîtreffe de
ne pas oublier tous les chagrins que la
Comedie Italienne lui a caufez par les
Parodies , &c. & finit par ces deux vers .
Confervez vôtre haine , & n'oubliez jamais ,
Qu'au milieu de Chaillot ils logerent Inès.
Le Theatre change dans la troifiéme
Scene , & reprefente l'Hôtel des Comediens
Italiens. La Comedie Italienne reprefentée
par la Dile Sylvia , y paroît
avec Lelio & Arlequin , au milieu de
plufieurs Gagiftes , occupez à faire des
ballots , & à remplir des coffres. Lelio
& Arlequin témoignent le chagrin qu'ils
ont d'être obligez de quitter Paris , où le
publie leur a donné fi fouvent des marques
de fa bonté & de fon indulgence.
A ces marques de douleur , Arlequin'
ajoûte des réflexions qui conviennent à fon
caractere de poltron il ne peut fe réfoudre
à paffer la mer de peur de faire naufrage
la Comedie Italienne le raffeure ,
& n'oublie rien pour le confoler par l'efperance
d'un heureux voyage , & d'un '
plus heureux retour. Un Domeftique
vient annoncer la Comedie Françoile ;
elle entre , & témoigne à fa chere foeur
le regret qu'elle a de la voir partir ; elle
s'adreffe enfuite à Arlequin , & lui dit
W
DE NOVEMBRE 1723. 965
Ueft donc vrai que vous quittez Paris ,
Arlequin lui répond d'un ten tragique,
N'en doutez nullement , le deffein en eft pris.
Je pars pour Albion , adorable Princeffe ,
Et quitte le féjour de l'aimable Lutece.
Arlequin lui fait entendre enfuite malicieufement
qu'ils reviendront bien -tôt ,
ce qui eft un rabat-joye pour la Come
die Franç i e . Elle répond en ces termes :
Ah ! je ne croyois plus vous revoir en ce lieu ,
Et je venois vous dire un éternel adieu.
Un bruit de Timbales & de Trompettes
annonce l'arrivée de l'Opera , qu'un
même fujet attire à l'Hôtel de Bourgogne
; il fait fon compliment à fa maniere,
c'est- à- dire en chantant. La Foire reprefentée
par le fieur Dominique , ne tarde
gueres à le fuivre avec tous les farceurs :
elle entre en danfant ( au milieu de fa
troupe ) fur l'air du Mirliton. Elle pric
la Comedie Italienne de parler en fa faveur
à la Comedie Françoife , & à fon
coufin l'Opera , afin que pendant fon
abfence ils la laiffent tranquille. L'Opera
chante une parodie fur l'air du Menuet
des Fêtes Grecques & Romaines , dont
voici les paroles .
Puiffiez966
LE MERCURE
-
Puiffiez-vous loin de nous ,
Pendant plufieurs années ,
Puiffiez- vous loin de nous ,
Goûter le bonheur le plus doux ;
Puiffent les deſtinées
Vous combler de guinées ,
Pour peu que là- bas ,
Vous trouviez d'appas ,
Ne revenez pas.
L'Opera chante encore une parodie
fur un air de l'Opera de Roland , au genereux
Roland , je dois &c. La fuite de
la Foire , compofée d'un Arlequin , d'un
Scaramouche , d'un Pierrot , d'un Polichinelle
, & de deux Danſeuſes , fait le divertiffement
de cette Comedie par des
danfes de caracteres. La Comedie Italienne
s'avance triftement fur le bord du
Theatre , & adrefle au Parterre un compliment
, où elle exprime d'une maniere
très pathetique la douleur dont elle eft penetrée
à la veille de fon départ , &c.
Pantalon arrive tout joyeux à la fin du
compliment , & annonce à fes camarades
qu'ils ne partiront pas , & qu'un ordre
fuperieur les arrête en des lieux qu'ils
avoient tant de peine à quitter. Ce dénouëment
+
DE
NOVEMBRE 1723 .
967
nouement mortife très- fort la Comedie
Françoife , l'Opera , & la Foire ; ils fe
retirent pour dérober leurs chagrins aux
fpectateurs. Arlequin fait éclater la joye
avec ces graces qui lui font fi naturelles ,
il embraffe tous ces camarades , & même
le Parterre par des embraffemens qu'il lui
prefente de deffus le Theatre.
Les mêmes Comediens ont repris à
l'Hôtel de Bourgogne le 13. de ce mois ,
La double Inconftance , Piece Françoiſe en
trois Actes , avec des agrémens dont
nous avons donné l'Extrait dans le Mercure
d'Avril,
Cette Troupe a reprefenté devant le
Roy le 18. la Comedie Italienne d'Arlequin
Bouffon de Cour , & pour petite l'iece
Agnès de Chaillot , qui ont fait beau
coup de plaifir.
L
L'OPERA.
' Académie Royale de Mufique con.
tinue depuis le quatre de ce mois
les reprefentations
de Thetis & Pelée
qui parût pour la premiere fois en 1689 .
Les paroles de cette Tragedie font
de M. de Fontenelle , & la Mufique de
M. Colaffe , éleve de M. de Lully. Rien
n'a été épargné pour la beauté des décotations
; les habits y ſont auſſi bien enten
dus
968 LE MERCURE
dus que magnifiques , & ce grand fpectacle
qui eft extrêmement goûté du public
en reçoit un merveilleux agrément.
La Due le Maure reprefente la Nuit
dans le Prologue , la Dlie Julie la
Victoire , & le fieur Granet le Soleil, Le
fieur Thevenard reprefente Neptun : dans
la Piece , le fieur Muraire , Pelée , le
fieur Dubourg Jupiter , & le fieur Granet
Mercure. La Die Antier joue le principal
rôle de Thetis , avec un applaudiffement
general.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin ,
on a fait l'ouverture des Bals , qu'on donne
tous les hyvers fur le Theatre de
l'Opera , qui ne feront interrompus juſqu'au
Carême , que pendant le temps que
durent les Avents. On y paye le prix
ordinaire de 5. liv. par perfonnes.
Le 14. de Septembre dernier on ouvrit
quatre Theatres de Comedie à Venife ,
& le 17. Octobre on reprefenta fur le
Theatre de S. Moyfe un nouvel Opera ,
intitulé Ermengerde , Reine d'Italie.
Le 17. du mois paffé on fit à Naples
l'ouverture du Theatre de S. Barthelemi ,
par la reprefentation de l'Opera de Silla
Dictateur , qui fut honorée de la preſence
du Cardinal d'Althan , Viceroy de ce
EDITS
yaume.
DE
NOVEMBRE 1723. 969
EDITS ,
DECLARATIONS,
ARRESTS , &c.
RREST du 5. Septembre , contre tous
A Fraudeurs des Droits rétablis , qui prendront
des routes détournées ou chemins
obliques , & qui refuferont de dire leurs noms
& demeures : & contre ceux qui fouffriront
que leurs maifons fervent de retraites ou
d'entrepofts aufdits Fraudeurs , à peine de
prifon d'amende & de confifcation,
EDIT du Roy , donné à Verfailles au mois
de Septembre 1723. enregiſtré au Parlement le
8. Octobre , portant defunion des droits &
Privileges des Chirurgiens Jurez -Royaux , &
union d'iceux aux Lieutenans du premier Chirurgien
du Roy , rétablit par le prefent Edit ,
avec les Statuts & Reglemens pour la Communauté
des Maîtres Chirurgiens de la Ville
de Verfailles.
ARREST du 30. Septembre. Qui regle la
maniere en laquelle fera fait le recouvrement
du droit de Confirmation , à caufe de l'avenement
du Roy à la Couronne , & en confequence
ordonne.
Que tous les Officiers de Judicature , Police
& Finance , & autres de quelque nature
& condition qu'ils foient , compris dans la
Declaration du 27. Septembre 1723. enſemble
F toutes
970
LE MERCURE
toutes les Communautez des Villes , Bourgs
& Bourgades ; les Marchands en gros , les
Communautez des Marchands , Arts & Métiers
où il y a Jura de & Maîtrife , les Privilegiez
& les Hoteliers , Cab. retiers , & autres
fujets audites taxes dans tout le Royaume ,
payeront les fommes aufquelles chacun d'eux
fe a taxé , fuivant & en vertu des Rôles qui
ferent arrêtez au Confeil ; copie defquels
collationnée par l'un des Secre :aires du Roy ,
fera executoire , pour être maintenus & confirmez
dans l'exercice & fonctions de leurs
Charges & Offices , & da s les droits , Privileges
, annobliffemens , dons , conce licns ,
alienations , engagemens , maîtriſes , oct : ois ,
franchiſes , foires , marchez , permiffions ,
frac falé , ponts , peages , paffages , bacs
moulins , forges , exemptions , immunitez ,
entrées de vins , & autres dont ils jouiffent ;
lefquelles taxes feront payées par les redevables
, fix femaines après la fignification qui en
fera faite au Greffe de la principale jurifdiction
Royale , ou aux Hôtels de Ville & Communautez
, ou après la publication qui en fera
faite , foit aux Prônes , foit à l'iffue des Meffes
Paroiffiales , ou par affiches.
Qu'il fera établi un Bureau dans chaque
Ville où ily a Bureau des Finances , Election ,
Evêché & Viguerie , auquel les fommes impofées
, enfemble les deux fols pour livre &
trois livres pour les frais de la Quittance , feront
payez par les redevables entre les mains
de celui qui fera prepofé par Nicolas Porié
pour faire le Recouvrement , fur le Recepiffé
dudit prépofé , portant promeffe de remettre
dans trois mois aufdits redevables une Quitsance
de Finance du fieur Bertin dûëment
conDE
NOVEMBRE 1723. 971
contrôlée pour la fomme principale , & une
Quittance dud t Poirié chargé dudit Recouvrement
pour les deux fols pour livre , à quoi
faire les redevables feront contraints comme
pour deniers & affaires de Sa Majesté , & par
faifie de leurs gages , taxations & droits qui
de neureront fequeftrez ès mains de ceux qui
en feront dépofitaires au jour de la publicaton
du prefen: Arreft , fans qu'ils puiffent remettre
lefdits gages , & c. es mains des proprietaires
, qu'il ne leur ait été remis par lef
dits proprietaires un dupl cata de la Quittance
du payement des taxes aufquelles ils auront
été impofez ; faute de quoi ils feront te
nus de remettre les fonds qu'ils auront entre
leurs mains appartenans aufdits redevables ,
en celles des Commis prépofez à la Recette
du droit de confirmation , à compte de la taxe
defdits redevables , aufquels ils doneront pour
comptant la Quittance de Finance ou Recepiffe
defdits prépofez , &c.
Quant au payement des taxes dûës par les
Communautez des Marchands & des Arts &
Métiers , les Maîtres- Gardes des Communautez
des Marchands , & Jurez defdits Arts &
Métiers , feront contraints au payement , fauf
à eux à s'en faire rembourfer par les particuliers
faifans le corps d'icelles , fans préjudice
des pourfuites que ledit Poirié pourra
faire directement contre les particuliers
defdites Communautez ; excepté neanmoins
les acquereurs des Maîtrifes créées par l'Edit
du mois de Novembre dernier , que Sa Majefté
en a exempté & exempte , & qui ne
pourront être tenus d'en payer leur quote part,
Yeut & entend Sa Majesté que ceux qui ont
i jj cb.c.u
972
LE MERCURE
>
obtenu des Lettres de Nobleffe , ou rétabliffement
depuis l'année 1643. ou qui jouiffent du
Privilege de Nobleffe à caufe de Mairies , Prevoftez
des Marchands , Echevinages , ou Offi
ces de Capitouls , ou Jurats des Villes , foit
pour avoir été par eux poffedez , foit par leurs
ancêtres , depuis l'année 1643. jufqu'au decès
du feu Roy , foient compris dans les Rôles
qui feront arrêtez au Confeil , fur le pied de
deux mille livres chacun ; & que faute par
eux d'avoir payé ladite taxe dans trois mois
ils ne puiffent prendre dans aucuns actes la
qualité d'Ecuyers , ni jouir des Privileges de
Nobleffe , à peine d'être poursuivis comme
faux- nobles. Et à l'égard de ceux qui jouiffent
d'aucuns revenus , biens , fonds , herita
ges , en confequence des dons , engagemens
ou alienations à eux faits par les Rois , predeceffeurs
de Sa Majeſté , a ordonné & ordonne
qu'ils feront employez dans les Rôles ; fçavoir
, ceux qui jouiffent defdits biens par alienation
anterieure à l'année 1643. pour le quart
du revenu defdits biens , fonds & heritages ,
& ceux qui en jouiffent par alienation pofte
rieure à ladite année 1643. pour la moitié dudit
revenu ; le tout fuivant les derniers baux
d'iceux, s'ils confiftent en un revenu certain ,
finon au quatre-vingtième ou quarantiéme dú
prix de l'eftimation qui en fera faite par ceux
qui feront pour ce nommez , &c.
Veut Sa Majesté que les Marchands en gros
qui font trafic de plufieurs fortes de Marchandifes
, foient tenus de payer une feule taxe
fur le pied de la plus haute , fans qu'aucune
perfonne puiffe être reputée Marchand en gros
qui ne vendra que des denrées provenantes
de fon crû , mais ceux feulement qui achetent
&
DE NOVEMBRE 1723. 973
& revendent. Veut en outre Sa Majesté que
les Officiers qui font trafic en gros , payent
outre la taxe de leurs Charges , celle de Marchands
en gros dont ils font trafic.
Ne feront à l'avenir expediées aucunes Let
tres de Confirmation , qu'en reprefentant les
Quittances du payement defdites taxes , &c.
Toutes difficultez qui pourroient naître entre
les redevables & le prépofé au Recouvrement
des droits de confirmations , feront décidées
; fçavoir , dans la Ville & banlieuë de
Paris par le fieur d'Argenfon , Lieutenant
General de Police , & dans les autres Villes
& lieux du Royaume par les fieurs Intendans,
dont les Ordonnancès feront executées par
provifion , fauf l'appel au Confeil.
Et attendu que le droit de confirmation eſt
Domanial & appartenant à la Souveraineté ,
les Officiers des Bourgs , Bourgades & autres
fujets audit droit , qui fe trouveront dans
l'étendue des Domaines alienez & engagez ,
même pour appanages , ou doüaires , ou pour
quelqu'autre caufe que ce foit , feront fujets
au payement defdites taxes , comme les autres
fujets de Sa Majesté.
Tous Greffiers des Baillages , Prevoftez ,
Elections , Eaux & Forefts , Corps de Villes
Viguiers , Notaires , Tabellions Royaux , Gardes
- Livres & des Archives de quelque jurif- .
diction qu'ils foient, fourniront gratuitement
à la premiere fommation qui leur fera faite
un état des Officiers de leurs refforts , enfemble
des Villes , Bourgs & Bourgades dans lef
quels il y a Foires , Marchez , Privileges ,
Arts & Métiers en Jurande & Maîtrife , lef
quels états ils certifieront veritables , à peine
de
payer en leur nom les taxes de ceux qu'ils
auroient omis d'y comprendre. Fiij AR974
LE MERCURE
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous particuliers , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , ayant gages , appointemens
, penfions ou autres parties affignées fur
le Tréfor Royal , & aufquels il a été délivré
des Etats de diftribution jufqu'à ce jour , feront
tenus de les faire convertir en Recepiffez
du Tréfor Royal fur les fonds marquez dans
lefdits Etats , & ce dans le 20. du prefent
mois d'Octobre; paffé lequel temps , fait Sa
Majefté défenfes aux Gardés du Trefor Royal,
leurs Caiffiers & Commis , de délivrer aucuns
Recepiffez fur lefdits Etats fans nouvel ordre :
les porteurs defdits Recepiffez , enſemble de
ceux qui ont été expediez cy- devant , feront
tenus d'en recevoir la valeur des Fermiers ,
Treforiers , Receveurs & autres fur lefquels
ils font tirez , & ce dans le dernier dudit
mois d'Octobre , faute de quoi & après ledit
temps lefdits Recepiffez ne pourront plus
être exigez ni payez qu'en efpeces au cours
dudit jour dernier Octobre . Ordonne Sa Majefté
qu'à l'avenir , & à commencer de ce
jour , les Etats de diftribution quiferont délivrez
, feront pareillement convertis en Recepiffez
du Tréfor Roval dans la quinzaine
du jour qu'ils feront dattez , faute de quoi
fait Sa Majefté pareilles défenfes aux Gardes
de fon Tréfer Royal , leurs Caiffiers & Commis
, de délivrer fans nouvel ordre aucuns
Recepiffez fur lefdits Etats . Veut Sa Majefté
que les porteurs des Recepiffez qui feront délivrez
dans le temps cy- deffus , foient tenus
d'en recevoir la valeur dans la quinzaine du
jour de leurs dattes , fous les mêmes peines
cy-devant marquées de n'en pouvoir exiger
le payement qu'en efpeces au cours de fécheance
DE NOVEMBRE 1723. 975
cheance de ladite quinzaine. Et comme il a
été cy -devant expedié , & qu'il pourroit être
expedié cy - après des Etats de diftributions
payables en differens termes ; entend Sa Ma¬
jetté que la quinzaine pour la converfion en
Recepiffez & la quinzaine pour recevoir le
payement defdits Recepiffez , court du jour de
l'expiration des termes marquez par lefdits
Etats & Recepiiiez .
DECLARATION du Roy , donnée à
Verſailles le 4 Octobre , enregistrée au Parleinent
le 20. par laquelle le Roy ordonne , que
conformément à l'article premier de l'Edit
de 1716. tous les Officiers comptables , de
quelque qualité qu'ils puiffent être , feront
tenus d'avoir un Regiftre Journal , dans leq
el ils écriront jour par jour toutes les parties
, tant de recette que de dépense qu'ils faifoient
dans l'exercice de leurs charges , emplois
& commiffions , &c.
On a joint à la Declaration un modele des
Registres Journaux que le Roy veut & ordonne
être tenus par tous les comptables , en
execution des Edits & Declaration de Juin
1716. & de la Declaration du 4. de ce mois.
ARREST du même jour qui regle la maniere
de compter par le fieur Biberon , des
quatorze deniers pour livre , tant du prix des
bois du Roy , que de ceux des Communautez
Ecclefiaftiques & Laiques.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , qui declare communs pour les
Officiers des Dépôts des Sels ; les Arrefts des
29. Septembre 1722. & 2. Fevrier 1723. & en
confequence , ordonne que lesdits Officiers ,
feront taxez d'Office à la Taille par M les
E iiij
976 LE MERCURE
Intendans ; qu'ils feront exempts de la Collec
te defdites Tailles , & du logement des Gens
de Guerre ; & défend aux Collecteurs de les
comprendre dans leurs Rôles.
DECLARATION du Roy , donnée à
Verfailles le to. Octobre 1723. regiſtrée en la
Cour des Aydes le 27. qui regle la maniere
dont la Compagnie des Indes fera l'exploita
tion de la vente exclufive du Caffé .
ARREST du 11. Octobre , qui ordonne
que les Maires & Confuls des lieux , fituez
dans l'étendue de deux lieuës des Forefts de
Sa Majefté , feront tenus de chaffer hors de
leur Mairie & Confulat les délinquans qui leur
auront été dénoncez , à peine contre lesdits
Maires & Confuls , & ceux qui les retireront
dans cette diſtance , de trois cens livres d'amende.
ARREST du 12. Octobre , pour la priſe
de poffeffion par la Compagnie des Indes du
Privilege de la vente exclufive du Caffé , fous
le nom de Pierre le Sueur , à commencer au
premier Novembre 1723 .
ARREST de la Cour de Parlement , du 14-
Octobre , portant condamnation de mort s
contre François Colas , dit Tiby , ou l'Hyrondelle
, qui a pris le nom de Thomas Marcadet
, fe difant Marchand Quinquaillier ,
condamné d'être rompu vif , préalablement
appliqué à la queftion ordinaire & extraordimaire
, pour avoir revelation de fes complices ;
convaincu de meurtres , affaffinats & vols fur
les grands chemins , & entr'autres du meurtre
DE NOVEMBRE 1723. 977
tre. du. Meffager d'Angers & de fon Valet ;
du vol de la Diligence de Lyon , près les Bois
d'Empoigne-pain , les 10. & 28. Avril 1721 .
complice des coaccufez de Louis - Dominique
Cartouche , & contre Louis le Roux , dit le
Breton , à l'égard duquel il a été furfis à faire
droit , jufques après l'execution dudit Colas ,
dit Tiby. Et en faveur de François Duval des
Fontaines , Chef de Fourriere du Roy ; René
Duval , Clerc Tonfuré du Diocéfe du Mans ;
Jacques Jollivet , pourvû d'un Office de Notaire
au Mans ; Jean Dinot , Valet dudit René
Duval ; Bernardin Jouhanneau , Marchand de
Vin à Paris , & Marie Denis , femme dudit
Dinot , tous declarez innocens , mis en liberté
, & à eux permis de prendre à partie le Prevoft
en la Maréchauffée d'Alençon.
>
ARREST du 16. Octobre qui ordonne , que
les pourvûs d'Offices & Charges de Judicature
, Police & Finance , & autres feront reçûs
au payement du preft & annuel fur le
pied de la Declaration du 9. Aouft 1722.
Que ceux defdits Officiers qui ont été difpenfez
du prêt fur des Arrefts particuliers
ou qui en vertu d'iceux ont été admis au
payement du prêt & annuel fur un pied plus
foible que celui de leurs évaluations , ou du
tiers de leur finance , cette grace ne pourra
avoir lieu que pour les neuf années , portées
en ladite Declaration , fans préjudice des
droits de mutation , qui pendant le cours
d'icelle feront payez en entier.
ARREST du 18. Octobre , qui proroge
jufqu'au dernier Decembre 1723. le délai
accordé aux Officiers , par Arreft du 28. Juin
Fy der
978 LE MERCURE
dernier , pour faire proceder à la liquidation
des fommes payées pour le rachat du preſt &
annuel des Offices & Charges.
ARREST du même jour , qui condamne
le nommé Denon en cinq cens livres d'amende
, pour avoir voulu faire paffer lors de la
diminution ordonnée par l'Edit d'Aouft 1723.
une fomme de huit inille livres , au lieu de
celle de trois mille livres feulement qui lui
avoit été remife par le fieur de Saint Onge ,
Contrôleur ambulant du Contrôle des Actes.
ARREST du même jour , portant reglement
pour les privileges , droits & préfeances
des Offices de Gouverneurs & Lieutenans de
Roy , rétablis par l'Edit du mois d'Aouſt 1722 .
ORDONNANCE du Roy , du 20, Octobre
, qui permet aux Capitaines , Maîtres &
Patrons des Vaiffeaux , & autres Bâtimens de
fes Sujets qui armeront à l'avenir pour le Commerce
, d'employer dans le nombre des Matefots
qui compoferont leurs équipages , jufqu'à
la concurrence du tiers de Matelots étran
gers .
ARREST du 25. Octobre , qui ordonne
que ceux des Officiers fujets au droit de confirmation
, à caufe de l'avenement du Roy à
la Couronne , qui ont racheté le preft & annuel
, en execution de l'Edit du mois de Decembre
1709. pourront donner en payement
de la fomme principale , à laquelle ils feront
compris dans les rôles pour ledit droit de
confirmation , les Ordonnances de liquidation
des fommes par eux payées pour le r
chat dudit preft & annuel. AR
DE
NOVEMBRE 1723 . 973
.
ARREST du 26. Octobre , portant que par
les mêmes Commiffaires nommez par l'Arrelt
du 4.Novembre 1719. il fera fait mention , tant
fur les minutes des Ordonnances de Liquidation
qui auront été par eux faites , de la reduction
des anciennes rentes du Clergé au denier
40. ordonnée par la Declaration du 31.
May 1723. que fur les expeditions qui en ont
été fournies aux Rentiers , Payeurs & Contrô
leurs defdites rentes ; au moyen de quoi les
Payeurs feront tenus de payer , tant aux Rentiers
qu'aufdits Officiers , les arrerages qui
leur feront dûs fur le pied du denier 40. à
compter du premier Janvier 1724.
ARREST du 17. Octobre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 1724. le délai porté
par les Arrefts des 28. Juillet & 2. & 27. Septembre
1723. pour placer les Certificats de Liquidation
dans les débouchemens indiquez , à
peine de nullité deſdits Certificats de Liqui
dation .
ARREST du 8. Novembre , qui proroge
jufqu'au premier Janvier 724. le délai porté
par l'Arreft du 21. May 1723. pour placer les
Billets & Recepiffez des Directeurs des Monnoyes
, ou de leurs Commis , en acquifition
de rentes perpetuelles fur les Tailles , créées
par Edit du mois d'Aouft 1720. paffé lequel
jour lefdits effets demeureront nuls.
a vj NOU
980
LE MERCURE
NOUVELLES DES COURS
O
ETRANGERES.
Turquie.
N mande de Conftantinople que
le Grand Vifir a encore ordonné la
marche de fix mille Janniffaires , & que
les préparatifs de guerre font confiderables
, particulierement fur le Pont- Euxin.-
Les troupes Ottomanes qu'on a fait filer
vers les frontieres de Perfe ont reçû
ordre de s'approcher de l'armée de Miriveits
, pour agir de concert contre les
troupes deRuffie. Le Miniftre de cet Ufurpateur
a eu fon audience de congé , & eft:
retourné en Perfe. Avant de partir il'a fait
prefent au Grand Vifir de 36. prifonniers
Ruffiens. Les troupes de Turquie qui
font du côté de la Perfe peuvent fe raffembler
en huit jours , & former une
armée de cent mille hommes fans les Tartares.
L'Artillerie qui a été tranfportée
cet Eté à Afoph , & à Bender confifte en
180. pieces de canon , outre une grandequantité
de munitions qu'on y a auffi
conduit fur vingt galeres par le Boriſthene.
Il y a grande apparence de ruptureentre
DE NOVEMBRE ´1723. 981
entre la Porte & le Czar malgré les précautions
de leurs Miniftres.
à un
L'Aga des Janiffaires fe prepare
voyage ; on croit qu'il ira à Afoph ſe
mettre à la tête d'un corps de trente
mille Janniffaires qui ont ordre de fe raffembler
dans les environs de cette place ,
& qui doivent être joints au Printemps
prochain par les Spahis , & par les Tartares
.
LA
Ruffie.
A Regence de Mofcou a reçû les
ordres du Czar pour travailler aux
préparatifs d'une Fête que Sa Majefté
Czarienne doit donner à fon retour . On a
averti tous les Metropolitains , & autres
Prélats par des Lettres Circulaires , de
fe rendre à Moscou vers le 15. Decembre
prochain pour affifter avec les Seigneurs
à cette Fête , où l'on prétend que
le Czar , pour la mieux celebrer , accordera
une amniftie generale. On croit que
dorénavant le Czar fixera fon féjour dans
cette Capitale de fes Etats , & ne paffera
que les Etez à Petersbourg pour y regler
les affaires particulieres des Provinces que
la Suede a cedées par le traité de Nyf
tadt. Il y a actuellement une armée de
60000. hommes fur les frontieres de la
Perfe , & on eft en état de s'opposer aux
deffeins
982
19
LE MERCURE
deffeins de l'ufurpateur Miriveits . On dit
que les vivres commencent à lui manquer
, & qu'il a été obligé d'abandonner
fon entrepriſe fur Andreof. Le fils du
Roy de Perfe qui s'eft approché d'Hifpahan
a fait publier une amniftie pour
les Perfans qui font dans l'armée des Tartares
Rebelles.
V
Le 20. Octobre Ifmael - Beck , Ambaffadeur
Plenipotentiaire du Roy de
Perfe , partit de Petersbourg pour retourner
en fon pays. On publie que par
le Traité qu'il a conclu avec le Czar au
nom du Roy fon maître , ce Prince cede
à S. M. Czarienne , aux conditionsdu
fecours dont on eft convenu , la Province
de Chirvan , fituée à l'Eft de la
mer Cafpienne , & qui contient le Gouvernement
de Derbent , & celui de Chamaki
: la Province de Guilan fertile en
vins , foyes , ris , & qui renferme les Gouvernemens
d'Aftara , de Kesker , & de
Recht ou Hufum : le Tabariftane ou
Mafanderan, fituée au Sud de cette mer ,
& dont les principales Villes font Ferabat
, Funkabun , A firef, Amel , & Semman
, & l'Aftrabat fituée auffi au Sud
de la même mer , & dont la Ville qui
donne fon nom à cette Province a un
affez bon port , voifin d'un petit Golfe ,
où les vaiffeaux peuvent être en fureté
penDE
NOVEMBRE 1723. 983
pendant les plus mauvais temps .
Le jeune Baron Renne . que le Czar
avoit nommé pour aller en Perle avec
l'Ambaffadeur du Sophi , a reprefenté au
Grand Chancelier , qu'il ne fe croyoit pas
affez capable pour entretenir une correfpondance
en Langue Ruffienne , auffi
exacte qu'on le demandoit ; ainfi le Czar
a choifi pour le remplacer M. Kreft ,
Sous- Lieutenant aux Gardes , qui , quoiqu'Etranger,
parle parfaitement cetteLangue
.
Le 4. Octobre le Comte de Czeremetoff
partit pour Conftantinople en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Sa Majesté
Czarienne .
"
,
Afoph eft prefentement la place la
mieux fortifiée de l'Empire Ottoman
comme nous l'avons déja dit ; on y a
conftruit des Arfenaux , des Magalins
& des baraques pour loger huit à neuf
mille hommes. Il y a eu dans la Georgie
des hoftilitez entre les troupes du Czar
& celles du Grand Seigneur. Le Réfident
du Czar à Conftantinople a répondu
que Sa Majefté Czarienne avoit donné
un ordre exprès à fes Generaux de ne
point inquieter les troupes Ottomanes
excepté quand elles fe trouveroient jointes
à celles de l'ufurpateur Miriveits. Les
Mofcovites ont furpris fes troupes dans
un
984
LE MERCURE
un défilé par- delà Derbent , où elles ont
été battues , & obligées de fe retirer .
Le derniet convoi de munitions eft arrivé
à Aftracan , & fuffira
l'armée du Czar pendant fept ou huit
mois.
Dannemark.
pour
nourrir
E Chevalier Maldivi a prefenté au
Roy, à Coppenhague , quelques pieces
de drap d'écarlatte de fa nouvelle fabrique.
Sa Majefté a ordonné d'en habiller
fes Gardes . Il a été decidé que les troupes
Danoifes feroient dorénavant habillées
de drap du Pays.
La Manufacture de Porcelaine qui a
été établie ici l'année derniere réuffit extrêmement
. On a découvert une Mine de
Charbon de Terre dans l'Ile de Bornholm.
Suede.
E Memoire que le Corps des Bour-
Lgeois a prefenté àl'Alfemblée des
Etats , pour demander que les Colleges
fuffent compofez d'un nombre égal de
Nobles & de Bourgeois , a fort furpris le
Corps de la Nobleffe , qui a fait une députation
de trente- fix perfonnes , pour engager
les Bourgeois & les deux autres
Corps à retarder leurs déliberations fur
gette
DE NOVEMBRE 1723. 985
cette affaire , juſques à ce qu'il leur eut
communiqué les raifons qu'il a de s'oppoſer
à cette nouvelle prétention . Les
Nobles s'engagerent enfuite par un écrit
folemnel , qui fut auffi figné par les membres
du Confeil de Guerre , de facrifier
plutôt leurs biens & leur vie , que de confentir
à la propofition des Bourgeois
aufquels ils ont envoyé un Memoire contenant
les raifons de leur refus . Ces derniers
l'ont examiné , & y ont répondu ,
& depuis ils ont propofé de remettre la
décifion de cette conteftation à un comité
particulier , qui feroit compofé de quelques
membres des quatre Etats ; mais la
Nobleffe a refufé d'y confentir.
Les Etats du Royaume ont réfolu ,
malgré l'oppofition du Clergé , d'accorder
aux Calviniftes le libre exercice de
leur Religion dans leurs maifons feulement.
On parle fort d'un traité d'alliance
entre cette Couronne & la Ruffie ; mais
on n'a pas encore rendu public ce qu'il
contiert.
Les Députez des Etats fe font feparez
le 27. de l'autre mois. Ils ont réfolu ,
la pluralité des voix dans leur derniere
féance , que la réſolution priſe par le
Comité fecret , & par les Senateurs , à
l'occafion des nouvelles inftances que le
Miniftre du Czar avoit faites pour faire
decla
986 LE MERCURE
declarer le Duc d'Holſtein fucceffeur &
la Couronne de Suede , en cas que leurs
Majeftez vinffent à mourir fans enfans ,
auroit fon entier effet , fans qu'on fut
obligé de la rendre publique , & de la
faire examiner par l'Aflemblée , pour en
avoir l'approbation.
L
Allemagne.
A Nobleffe du Duché de Meckelà
bourg a fait preſenter un nouveau
Memoire à l'Empereur pour le prier de
terminer les differens avec le Duc , leur
fouverain , qui menace fes fujets de revenir
dans les Etats avec un fecours de
troupes étrangeres , & de les punir avec
toute la rigueur imaginable des démarches
qu'ils ont faites dans cette Cour
pour en obtenir la protection.
Il eft arrivé à Neuftad le 28. du paffé
un orage extraordinaire. Il tomba une
pluye fi violente , que les ruiffeaux confiderablement
groffis devinrent des torrens
, & firent des ravages terribles. Il a
peri un grand nombre de Payfans dans
cette inondation ; mais l'accident le plus
étrange eft celui d'une nôce entiere , qui
revenant de l'Eglife , & paffant fur un
pont a été entraînée par la chûte. Les
hommes fe font fauvez ; mais toutes les
femmes , & même la nouvelle mariée ont
peri
DE NOVEMBRE 1723 . 987
peri , ians qu'on ait pû les fecourir.
& Le Prince Theodore de Baviere , E
que de Raufbonne devoit être élû le 19.
Novembre Coadjuteur de l'Evêque de
Freyfingen. Le Comte de Friembourg ,
Prevoft de la Cathedrale de Salfbourg ,
a obtenu l'Evêché de Kiomfée , vacant
par la mort du Comte de Waghenfperg.
(
On apprend de Berlin du 13. Octobre
que le Roy de Pruffe accompagna le Roy
d'Angleterre jufqu'à Potsdam , d'où Sa
Majefté Britannique partit pour fe rendre
à Gohr , où elle doit demeurer un
mois pour prendre le divertiffement de
la Chaffe. Les Miniftres Etrangers s'y
font rendus d'Hanover , & comme il n'y
a pas de quoi les loger ils font allez demeurer
à Danneberg , qui n'en eft éloigné
que de deux lieuës
On a eu avis de Gratz en Stirie
qu'une binde de voleurs avoit forcé la
caiffe de la banque , & enlevé 13000.
florins . On a arrêté deux de ces voleurs ,
& on pourfuit les autres.
On mande de Vienne que le 6. de ce
mois , il fe leva un vent fi violent , que
plufieurs maifons de Payfans des environs
de cette Ville en furent abattuës , & les
arbres déracinez dans la campagne. Que
le même jour le feu ayant pris par accident
dans une maifon du Village de Pulltorf,
988
LE MERCURE
torf , il fe communiqua à 80. autres mais
fons qui furent entierement confumées .
Londres.
Es dernieres Lettres de la nouvelle
Langleterre portent que le neuf Auft
dernier il y avoit eu une violente tempête,
qui en deux heures & demie qu'elle avoit
duré , avoit caufé beaucoup de dommage
, tant aux Vaiffeaux qu'aux habitations
, que le dix du même mois une femblable
tempête avoit brifé tous les Quays
de la nouvelle Yorch , & que l'eau étant
entrée dans la Ville , elle avoit confiderablement
endommagé les fucres , & les
autres Marchandifes qui étoient dans les
Magafins.
La mortalité diminue beaucoup dans
cette Ville , & le nombre des morts qui
paffoit dans le mois dernier 750. par femaine
n'a été celle - cy que de $ 37.
On vend ici depuis la S. Michel des
Fraiſes & des Framboifes qui font mures
& de bon goût ; on attribue cela à la
pluye tardive. Si le chaud a été conftant
ici jufqu'au commencement d'Aouft , le
froid a été exceffif fur les côtes de Terre-
Neuve ; on écrit du Fort S. Jean qu'il
n'y a jamais eu dans ces quartiers- là un
Eté fi froid , & qu'au 12. Aouft l'entrée
de leur Port étoit encore bouchée par de
gros glaçons.
Hollande
DE
NOVEMBRE 1723.
989
O
Hollande & Pays - Bas.
Na publié depuis peu un Placard
qui défend aux Vagabonds & Mandians
de demeurer dans aucun lieu du
reffort de la Generalité de la Haye , à
peine d'être fuftigez pour la premiere
fois qu'ils y feront arrêtez , fuftigez &
marquez pour la feconde , & punis de
mort pour la troifiéme.
Les Etats Generaux ont écrit au Roy
de Portugal , pour le prier de défendre
à fes fujets de prendre aucun intereſt
dans la nouvelle Compagnie de Commerce
des Pays- Bas .
Les Directeurs de la nouvelle Compagnie
de Commerce des Pays - Bas font
équiper actuellement à Oftende trois
Vaiffeaux. On y en attend deux autres
que les Directeurs ont fait acheter à
Hambourg. Les Actions de cette Compa
gnie font revenues au pair,
M
Lisbone
R Simon Dacosta Freiro , Seigneur
de Pancas , qui a gouverné
l'Etat de Maranhaon pendant plufieurs
années , a été nommé par le Roy de Portugal
, Gouverneur & Capitaine General
du Rio de Janeiro.
Le
990 LE MERCURE
1
1 Le 25. Septembre fur les neuf heures
du foir , le feu prit dans un chantier de
bois , vis- à- vis Batio , avec tant de violence
, qu'en moins de deux heures il
caufa un dommage de plus de quarante
mille cruzades.
On dit que par le Traité de commerce,
dont la negotiation a été conferée au Com
te de Pinos , Envoyé de l'Empereur en
certe Cour , la Compagnie Odentale dé
Vienne pourra faire embarquer dans fes
ports d'Iftrie du vif-argent , du cuivre ,
du plomb , du chanvre , & du lin pour
les apporter ici avec des étoffes de loye
de Naples & de Sicile.
Espagne.
Eurs Majeftez Catholiques conti-
Luent leur féjour au Château dePaint
Idelfonfe , le Prince & la Princeffe des
Afturies font à Balíani .
On prétend que Sa Majefté agira de
concert avec les Etats Generaux contre
l'établiffement de la nouvelle Compagnie
de Commerce des Pays- Bas .
On a publié à Madrid une nouvelle
Ordonnance du Roy , le 6. de ce mois
portant défenſes à toutes perfonnes de
marcher maiquez dans les rues , à peine
de prifon & d'amende pour la premiere
fois qu'elles y contreviendront. Par une
autre
DE NOVEMBRE 1723. 991
autre Ordonnance le Roy a défendu les
dorures fur les habits , & l'emploi des
matieres d'or & d'argent dans les étoffes
de foye .
De Rome.
E Cardinal Vicaire a fait publier un
Decret , par lequel il eft défendu à
toute perfonne de mauvaiſe réputation
de demeurer dans les environs de Vahcais
, & du Palais du Quirinal , à peine
de punition exemplaire .
On débite ici que le Pape a declaré
qu'il donneroit le Chapeau au Cardinal
Alberoni dans le premier Confiftoire , &
ce Cardinal reçoit prefentement les vifites
de la principale Nobleffe de cette
Ville.
On examine ici le nouveau Recueil de
Loix que le Roy de Sardaigne a fait imprimer
à Turin , parce qu'on prétend
que Sa Majefté y a fait inferer quelques
Actes contraires aux immunitez Ecclefiaftiques.
Le Pape a nommé des Commiffaires
pour faire les informations nece laines à
la canoniſation du Bienheureux André
Conti.
On a eu avis de Genes que M. Negro
ni y avoit été élû Doge.
On apprend de Florence que le
premier
992 LE MERCURE
mier de ce mois , le grand Prince après
avoir reçû les complimens de condoleance
de toute la Cour, fur la mort du Grand
Duc fon pere , fut proclamé & reconnu
pour fucceffeur aux Etats de Tofcane
avec les ceremonies qui font d'ufage dans
ces occafions. Le 3. le corps du Grand
Duc fut expofé fur un lit de parade dans
les appartemens du Palais , & le s . il fut
porté en Convoi à l'Eglife de S. Laurent
, pour être inhumé dans le tombeau
de fes prédeceffeurs.
Naples.
Na lancé à l'eau le 3. Octobre
deux nouvelles Galeres , qu'on doit
équipper inceffamment en courfe contre
les Corfaires de Barbarie.
Le Cardinal Viceroi a envoyé des troupes
à Orbitello.
On mande de Florence que toutes les
troupes deftinées pour Porto Ferraio ont
été tranfportées dans l'Ile d'Elbe.
On apprend de Mantouë que le Prince
d'Armſtadt, Gouverneur de cette Ville ,
avoit fait mettre des bornes dans l'Etat
de Plaifance à huit milles au -delà des anciennes
, que le Duc de Parme lui en avoit
envoyé faire fes plaintes , que ce Gouverneur
avoit répondu qu'il avoit executé
les ordres de la Cour de Vienne , & que
c'étoit
DE NOVEMBRE 1723. 993
détoit en vertu d'anciens titres nouvellement
recouvrez que l'Empereur avoit
fait étendre du côté du Plaifantin les
limites du Duché de Mantouë.
BAPTES MES , MORTS
& Mariages des Pays Etrangers.
A Reine de Dannemark eft accou
Lchée à Coppenhague le 23. Octobre
d'une Princelle qui fut baptifée le 24. &
nommée Chriftine Amelie.
On a baptife un Juif nommé Samuel
Janes , avec la femme & les quatre enfans
, & la ceremonie en a été faite par
le Comte d'Eck , Doyen de Grofmefericht
à Budifchau , Seigneurie appartenante
au Comte de Paar Mayordome-
Mayor de l'Imperatrice Amelie .
Le Comte Cowper qui étoit Grand
Chancelier du Royaume d'Angleterre ,
au commencement du Regne de Sa Majefté
, prefentement regnante , eft mort le
21. Octobre dans fa maifon de campagne
du Comté de Hertford en Angleterre.
Le Lord Widdrington , l'un de ceux
qui furent faits prifonniers à l'affaire de
Prefton , & qui avoit obtenu fa grace
du Roy , après la condamnation prononcée
contre lui , eft mort en Angleterre
dans G
994
LE MERCURE
dans fa maifon de campagne du Comté
d'Yorck.
Le 24. Septembre , à cinq heures du
matin , la Reine de Portugal accoucha
dans fon Palais , à Lifb nne , d'un
Prince qui eft le quatriéme Infant . Cette
naiffance fut celebrée par le fon des cloches
des deux Villes Orientale & Occidentale
, par un Te Deum chanté par le
Patriarche de Lisbonne , & par les felicitations
des Grands du Royaume . Il y eut
auffi des décharges d'artillerie , des illuminations
& des feux de joye. Le jeune
Prince a été confié aux foins de Donna
Loüife-Jeanne Continho , fille de Don
Philippe de Soufa , cy devant Capitaine
des Gardes Allemandes .
troifiéme Don Louis de Cameira.
Comte de Ribeira Grande , Meftre de
Camp General des armées du Roy de
Portugal , & cy- devant fon Ambaffadeur
Extraordinaire à la Cour de France
, eft mort à Liſbone le 3. O &obre
dans la trente- neuvième année de fon
âge , étant generalement regretté . Son
corps fut porté le 4. dans l'Eglife du Monaftere
de S. François , où eft la fepulture
de fes Ancêtres .
Donna Archange - Marie de Portugal ,
Dame- dHonneur de la Reine de Portu
gal , veuve de Don Jean de Caſtro , Seigneur
L
DE NOVEMBRE 1723. 995
gneur de Boquilobo , & fille de Don
Rodrigue Lobo de Silvetra , premier
Comte de Sarzedas , eft morte à Liſbonne
le 3. Octobre , âgée de quatre- vingtdeux
ans.
Madame la Princeffe Cariati de la
Maifon de Borgia , eft morte à Naples
dans un âge fort avancé.
Le 4. Octobre le Cardinal Conti ,
frere du Pape fit dans la Chapelle du Palais
Bolognerti à Rome la ceremonie du
mariage de Don Virginio Cences , avec
Donna Marianne Bolognetti ; après quoi:
tous les patens fe rendirent à Tivoli
où ils furent regalez par le Cardinal
Orighi.
Manuel Tellés de Faro & Menezes ,
Seigneur de la Ville des Enguyos , a pris
l'habit de Religion dans la Chartreufe
voiline de Lifbone .
M. Alexandre Emanuel de Croy
Comte de Soofbre , Lieutenant General
des Armées du Roy de France , & Grand
Veneur hereditaire de la Province &
Comté de Haviam , eft mort à Condé
le 31. Octobre , âgé de 47. ans .
Le Grand Duc eft mort à Florence le
3. Octobre fur les huit heures & démie.
du foir , en prefence du Grand Prince de
Florence , fon fils , de l'Electrice , Douairiere
Palatine , fa fille , du Nonce dú
Gij Pape,
090
996 LE MERCURE
Pape , de l'Archevêque de Florence , &
de plufieurs Prélats qui furent édifiez de
fa réfignation & de la pieté. Son nom
étoit Cofme troifiéme. Il a gouverné la
Toſcane pendant près de cinquante- quatte
années de fuite.
An Il étoit fils aîné de Ferdinand de Medicis
II. du nom , Graud Duc de Tofcane
, mort le 24. Mars 1670. & de Victoire
de la Rouere , fille de Frederic
Ubalde- Antoine , dernier Duc d'Urbin .
Le 9. de ce mois la Reine de Pruffe
accoucha heureufement d'une Princelle à
Berlin , qui fut baptifée le même jour
& nommée Anne Amelie.
Le 12. de ce mois Jofeph- Clement de
Baviere , Electeur de Cologne , mourut
dans cette Ville , âgé de 52. ans prefque
accomplis , il étoit fils de Ferdinand Marie
, Electeur de Baviere , & d'Adelaïde
Henriette de Savoye. Il fut élû Evêque
de Ratisbonne en 1685. il refigna cet Evêché
en 1716. à Clement Augufte de Baviere
, fon neveu , qui en étoit Coadju
teur , & qui s'en eft démis le 29. Juillet
1719. en faveur de Jean- Theodore de.
Baviere , fon frere puîné . Il fut élû Archevêque
& Electeur de Cologne le 10.
Juillet 1688. fept jours après la mort de
Maximilien Henry de Baviere , fon coufin
, auquel il fucceda , tant à l'égard de
Cet
DE
NOVEMBRE 1723. 997
tet Electorat , qu'à l'égard de la Principaure
& Prevôté de Berchtolsgaden . Le
28. Janvier 1694. le Chapitre d'Hildefhem
le choifit pour Coadjuteur de Jof-
Edmond , Baron de Brabeck qui en étoit
Evêque , & qui mourut en 1702. le 20.
Avril 1694. il fut élû Evêque de Liege ,
il celebra fa premiere Meffe le premier
Janvier 1707. fut facré Archevêque de
Cologne le premier May de la même année
, & le zo. Avril 1717. il reçût de
l'Empereur par fes Plenipotentiaires l'Inveftiture
du Temporel de l'Archevêché
de Cologne , des Evêchez d'Hildeshem
& de Liege , & de la Pievofté de Berchtolsgaden.
Clement- Augufte de Baviere ,
Evêque de Munfter , & de Paderborn
troifiéme fils de l'Electeur de Baviere
fuccede à l'Electeur de Cologne , ſon
oncle , dont il avoit été élû Coadjuteur
dès le 29. May 1722. On efpere qu'il
fera auffi élû pour fucceffeur à l'Evêché
de Liege , vacant par cette mort.
Giij
FRAN998
LE MERCURE
KKKKKKKK S
FRANCE.
Journal de Verfailles & de Paris.
Es ordres font donnez pour faire
reparations
au Château de Fontainebleau , pour le
mettre en état de recevoir le Roy , quand
Sa Majesté jugera à propos d'y aller .
M. Laugeois , cy- devant Fermier Ge
neral , & l'un des Directeurs de la Regie
du Tabac , a été reçû en qualité de l'un
des Intendans des Domaines & Finances
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Le jour de la Fête de Saint Hubert il
y eut une grande partie de chaffe dans
la Foreft de Saint Germain . Le Roy au
retour donna un magnifique repas , &
c'eft le dernier retour de chaffe que Sa
Majefté donnera cette année .
Le même jour M. le Duc qui étoit
allé paffer la Fête à Chantilly , y donna
une Fête des plus complettes à plufieurs
Seigneurs & Miniftres Etrangers qu'il y
avoit fait inviter.
Le Roy a commencé fes exercices dans
le Manege de la Grande Ecurie de Verfailles
, le to. de ce mois . S. M. montera
deux fois la femaine.
On
DE NOVEMBRE 1723. ୨୨୨
On a fait mettre dans la petite Galerie
du Château de Verfailles un cheval de
bois , fur lequel Sa Majefté doit apprendre
à volt ger. Le fieur Joly a été nommé
pour montrer cet exercice au Roy.
Le Duc de Noailles eft arrivé à la
Cour , & a été fort bien reçû du Roy.
Monfieur le Duc d'Orleans le prefenta à
S. M. le 12, de ce mois.
Le Roy a pris le deuil le 25. en violet
, pour la mort de M. l'Electeur de
Cologne. Il fera de fix femaines.
›
La nuit du r . au 12. de ce mois le
feu prit dans un Grenier à foin de la maifon
des Coches de Verfailles , rue Saint
Nicaife. Plufieurs écuries furent brûlées
un Chantier de Bois de Charronnage
, & quantité de foins & d'avoines.
M. le Lieutenant General de Police y
paffa la nuit , & fauva par fes ordres
Hôtel de Longueville , qui étoit en
danger .
On a établi depuis peu un cinquiéme
Corps de Garde à la Barriere S. Jacques
, pour la fureté publique pendant le
jour , à Paris.
Le Roy prend fouvent le divertiffement
de la Chaffe dans les Forefts de
S. Germain & de Marly , & aux environs
de Verſailles , foit à courre le Cerf ,
le Sanglier & le Lievre , ou à tirer .
G iiij
Dans
1000 LE MERCURE
>
Dans le Mercure du mois dernier , pa
ge 845. nous n'avons parlé qu'en general
de l'Académie de M. du Gard , & de celle
de M. de la Gueriniere , parce que nous
n'avions eu des memoires , que pour celle
de M.de Vandeüil , Cependant felon ce que
nous en avons appris dans le public , elles
meritent une égale attention ; l'une par
la capacité , & par la longue experience
de M. du Gard , dont nous ne fçaurions
donner un plus jufte témoignage que le
choix que M. le Prince Charles , Grand
Ecuyer de France , a fait des deux fils de
cet habile Ecuyer , pour les mettre à la
grande Ecurie du Roy , & l'autre , par la
beauté de l'établiſſement qu'a fait depuis
quelque temps M. de la Gueriniere ,
quel s'eft mis en état de partager avec fes
confreres les applaudiffemens du Prince
Charles , qui parut furpris de la difpofi
tion de cette Académie , particulierement
de la grandeur du Manege couvert , qui
peut paffer pour un des plus beaux qui
foient en France , & de l'étenduë de l'écurie
qui contient 52. places tout d'un
rang , remplie de chevaux , tant Efpagnols
que Barbes. Le temps confiderable
leque
le Prince y refta à confiderer l'ordonnance
des bâtimens , la difpofition du
lieu , & voir les chevaux , fait affez connoître
le plaifir qu'il prit à les voir manier..
DE NOVEMBRE 1723. 1001
nier. M. de la Gueriniere , les Ecuyers
de fon Académie , & plufieurs Gentilshommes
eurent l'honneur de monter devant
ce Prince , qui eut la bonté d'en
marquer beaucoup de fatisfaction .
Nous fommes perfuadez que le public
verroit avec plaifir une defcription particuliere
de cette Académie ; mais nous
la remettons à un autre temps , afin de
pouvoir la donner avec plus d'exactitude.
On a eu avis que la Ducheffe hereditaire
de Modene , eft accouchée d'un
Prince le 18. de ce mois . Monfieur le
Duc d'Orleans & Madame la Ducheffe
d'Orleans en ont reçû les complimens des
Princes , Princeffes , Seigneurs & Dames:
de la Cour..
Le 22. de ce mois les Comediens du:
Roy repreſenterent devant S. M. la Comedie
de l'Etourdi de M. de Moliere.
Le 25. les Comediens Italiens y repre
fenterent l'Arlequin , Valet de deux Maîtres
, piece Italienne .
Le 29. la Tragedie des Horaces de
M. Corneille , & le Sicilien , Comedie
de Moliere , furent reprefentées par les >
Comediens François..
Gv NAIS
1002 LE MERCURE
MORTS, MARIAGES , &c.
L nous est tombé entre les mains une
Lettre imprimée extrêmement édifiante
fur la mort de Made Charlotte - Agnè
de Villars, ancienne Abbeffe de l'Abbaye .
Royale de Chelles , arrivée le 18. Septembre
dernier. Cette Dame étoit fille
du Marquis de Villars , Chevalier des
Ordres du Roy , Ambaffadeur en Elpagne
& c. & de Dame N. de Bellefond ,.
& foeur de M. le Maréchal , Duc de
Villars. Elle fut nommée à cette Abbaye
au mois d'Aquft 1707. & s'eft toûjours .
particulierement fignalée par une conf
tante fidelité à tous fes devoirs . Les années
1709. & 1710. donnerent lieu de
connoître toute l'étenduë de fa charité.
Ce fut en l'année 1710. que S. A. R.
Madame la Ducheffe d'Orleans lui confia
l'éducation de l'Augufte Princeffe qui
gouverne aujourd'hui l'Abbaye de Chelles.
Mademoiſelle de Valois à prefent
Princeffe de Modene , & Mademoifelle
de Montpenfier , Princeffe des Afturies ,.
furent auffi confiées à fes foins. Après
onze années d'une fage adminiftration ,
elle prit la réſolution de fe démettre de
fon Abbaye entre les mains de Madame
d'Orleans , qui feule pouvoit la rétablic
DE NOVEMBRE 1723. 1003
blir dans fon ancienne fplendeur : ce
fut à la fin du mois d'Avril de l'année
1719. & elle partit le 4. du mois de May
fuivant , & fe retira au Prieuré dé Chaffe
midy , où elle eft enfin morte de la mort
des juftes , qui couronna la fainteté de fa
vie . Nous fommes fâchez de ne pouvoir
pas par les bornes aufquelles nous fommes
affujettis , donner cette Lettre dans
fon entier , elle est très - bien écrite , &
reffent par tout une extrême pieté.
M. Antoine Dreux d'Aix , Marquis
de la Chaife , Capitaine des Gardes de la
Porte , eft mort dans fon Château de la
Chaiſe , près de Lion le 31. de l'autre
mois.
Le 20. du même mois , mourut à Paris
M. Anne Raymond , Comte de l'Hô
pital , Seigneur de Sorbonne , Villemanec
he , Champ- Boiffiers &c. âgé de 60 .
ans.
Le S• de ce mois M. Louis - Marie
d'Aumont , Duc d'Aumont , Pair de
France , premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Brigadier de fes armées
, Gouverneur des Ville & Citadelle
de Boulogne , & Pays Boulonnois , Mef
tre de camp de Cavalerie du Regiment
de Villequier , eft mort dans fon Hôtel,
de la petite verole , âgé de 32. ans accomplis.
י
Gvj
Le
1004 LE MERCURE
Le 6. M. Louis Sanguin , Chevalier ,
Marquis de Livry , premier Maître- d'Hô
tel du Roy , Capitaine des Chaffes de la
Capitainerie Royale de Bondi & Livry ,
mourut à Verſailles dans fa 76. année.
Le 7. M. Jofeph- Gafpard de Montmorin
de Saint Herem , Evêque & Seigneur
d'Aire , mourut à Paris , âgé de
66. ans , & fut inhumé le 9. au Grand
Seminaire de S. Sulpice. Son fils & fon
Coadjuteur fut facré le même jour dans
la Cathedrale de Meaux , par le Cardinal
de Biffi.
M. Jacques Pinffonnat , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , Profeffeur Royal en
Langue Hebraique , Cenfeur des Livres ,
& Curé de l'Hôpital des Petites- Maifons
, y mourutle 9. de ce mois , âgé de
70. ans.
Le 18. Dame Elifabeth Dubouchet ;
veuve de Noël Bouton , Marquis de Chamilly
, Chevalier des Ordres du Roy ,
Maréchal de France , Gouverneur des
Villes , Forts & Citadelle de Strasbourg,
Commandant en Poitou & c. eft morte à
Paris , âgée de 67. ans .
Le 19. M. Antoine Nompar de Caumont
, Duc de Lauzun , Chevalier de
l'Ordre de la Jarretiere , Capitaine des
Cent Gentils - hommes au: Bec-de- Corbin
, Lieutenant General des Armées du
Roy
DE
NOVEMBRE 1723 . 1005
:
Roy , cy -devant Capitaine d'une Compagnie
des Garces du Corps du Roy , &
auparavant Colonel General des Dragons
, mourut à Paris , âgé de 90. ans
quatre mois.
M. Jean Alphonfe Bochart de Cham
pigny , Prêtre , Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , Chanoine & Grand
Chantre de la Sainte Chapelle Royale du
Palais , eſt mort le 15. Novembre , âgé
de 47. ans.
M. Emery Durfort , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Civrac , Comte de
Blaignac , Baron de la Lande &c . fils de
M. Jacques de Durfort , Chevalier , Seigneur
, Marquis de Civrac & c. & de
Dame Henriette de Breaux , Marquife
de Civrac &c. doit époufer De Gabrielle
de Sainte Maure , fille de défunts ›
M. Guy de Sainte Maure , Chevalier ,
Marquis de Chaux , Baron d'Auge , Sei--
gneur de Baret &c. & de Dame Loüife .
Therefe de Pourcelet de Marignane.
Le Marquis de Bezons , fils du Maréchal
de ce nom , époufa le 8. de ce mois
dans la Chapelle du Château de Meu
don , Mademoiſelle de Maifons , fille
unique de M. de Maifons , cy- devant
Maître- d'Hôtel du Roy.
CHAR
1006 LE MERCURE
CHARGES & EMPLOIS , &c.
,
LE
E Marquis de Bonac qui a fini le tems
de fon Ambaffade à Conftantinople.
revient. M. Dandrefel , Intendant de Perpignan
, eft nommé à fa place . M. le Gras
du Luard , Maître des Requêtes , doit
fucceder à M. Drandrefel à l'Intendance
de Perpignan
.
و
Le Roy a donné la Charge de Premier
Gentilhomme de fa Chambre vacante
par la mort du Duc d'Aumont , au Duc
d'Aumont , Marquis de Villequier , fon
fils .
Le Gouvernement de Boulogne & du
Boulonnois qu'avoit le feu Duc d'Aumont,
a été donné au Duc d'Humieres , fon
oncle.
Le Regiment de Cavalerie qu'avoit le
Duc d'Aumont , au Comte de la Mothe-
Houdancourt , Brigadier des Armées du
Roy.
Le Roy a donné la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte , vacante par la
mort du Marquis de la Chaife , au Marquis
de Croiffi , Meftre de Camp du Regiment
Royal Infanterie , fils du Marquis
de Torci.
DE NOVEMBRE 1723. 1007
Evefchez , Abbayes & Benefices donnez-
L'Abbaye de Val- Richer , Ordre de
Citeaux , Diocéfe de Bayeux , vacante
par le decès de M. Bloüet de Camilly
,Archevêque de Tours , dernier Titulaire
, en faveur de M. l'Abbé de Chabannes
Curton .
L'Abbaye fecularifée de la Reale dans
la ville de Perpignan , vacante par le de
cès du dernier Titulaire en faveur de
M. l'Abbé de Lenta , Evêque de Perpi
gnan.
>
L'Abbaye reguliere d'Arles , Ordre de:
S. Benoift . Diocéle de Perpignan , vacan- -
te par le decès du Sieur Gaillard , en faveur
du même M. l'Abbé de Lenta.
>
L'Abbaye reguliere de Marcheroux ,
Ordre de Premontré, dans le Vicariat de
Pointoife , Diocéfe de Rouen vacante
par le decès du Pere François Hiant ,
en faveur du Pere Jofeph Monginot ,
Prieur - Curé de Congis , Religieux Premontré
de la Congregation des Reformez
Le Prieuré du Deffens , ou de Fez , dit
de Sainte Rofe de Miradoux , Ordre de
Grammont , Diocéfe d'Agen , vacant par
le decès du fieur Ifaac Baillet de la Brouffe
, en faveur du fieur Didier François Vernier
, Clerc tonfuré , du Diocéfe de Paris .
Le
2008 LE MERCURE
7
Le Doyenné de Saint Martin de Tours ,
vacant par le decès de M. Bloüet de Camilly
, en faveur de M. de Chapt de Rafrignac
, Evêque de Tulles , nommé àl'Archevêché
de Tours.
L'Abbaye de Nogent fous Coucy, Ordre
de Saint Benoift , Diocéfe de Laon ,
vacante par le decès de M. le Cardinal du'
Bois , en faveur de M. l'Abbé de Magnas,
Prêtre du Diocéfe de Leitouze , fur la préfentation
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
à caufe de fon appanage , à la charge de´
mille livres de penfion , fçavoir cinq cens
livres au fieur Pierre Mouchet , Prêtre du
Diocéfe de Paris , & cinq cens livres au
fieur Pierre Maillard , Soûdiacre du Diocéfe
de Nantes ..
Le Canonicat de la Sainte- Chapelle de
Paris, vacant parle decès du fieur Bochard
de Champigny , en faveur de M. l'Abbé
More , Prêtre du Diocéfe de Paris , Cha--
pelain de la Chapelle & Oratoire du Roy.
L'Abbaye de Saint Pierre de Selincourt,
die de Sainte Larme , Ordre de Premontré
, Diocéfe d'Amiens , vacante par la
démiffion du fieur de Croy , en faveur du
fieur Guillaume de Croy de Molembais ,
Acolyte du Diocéfe de S. Omer.
L'Abbaye de Montebourg, Ordre de
Saint Benoist , Diocée de Coutances , vasante
par le decès de M. de Canify ancien
DE NOVEMBRE 1723. TOOS
>
Evêque de Limoges en faveur de M.
Charles de Bannes d'Avejan , Evêque
d'Allais.
Le Prieuré regulier , conventuel & électif
de Saint Cyprien , Ordre des Chanoines
Reguliers de S. Auguftin , Diocéfe de
Sarlat , vacant par la promotion du fieur
Denis- Alexandre le Blanc à l'Evêché de
Sarlat , en faveur dudit fieur le Blanc.
3
L'Evêché de Laon vacant par la demiffion
de M. de Saint- Albin , en faveur de
M. de la Fare , Evêque de Viviers , à la
charge d'une penfion de 3000. liv . M. I'Evêque
de Marſeille à qui Sa Majefté l'avoit
donné , ayant remercié.
L'Evêché de Viviers , vacant par la démiffion
de M. de la Fare , en faveur de
M. l'Abbé Renaud de Villeneuve , Depu
té de la derniere Affemblée du Clergé
cy- devant Grand- Vicaire de l'Archeveche
d'Aix , & qui avoit été nommé à l'Evêché
de Marfeille avec 600. liv. de penfion.
L'Abbaye de Saint Martin , vacante par
la démiffion de M. de Saint - Albin . Cette
Abbaye eft dans la ville de Laon , de l'Ordre
de Premontré , en faveur de M. de la
Fare nommé à l'Evêché de Laon.
L'Abbaye de la Reule , Ordre de Saint
Benoift,Diocéfe de Lefcar , vacante par la
démiffi n de M. de la Caffaigne , Evêquo
de Lefcar , en faveur de M. l'Abbé de la
JOTO LE MERCURE
Caffaigne , fon neveu , a la charge d'une
perfion per fion de 600. liv. pour M. l'Evêque de
Leicar
L'Abbaye du Prieuré perpetuel de Notre
Dame de Prouille , Ordre de S. Dominique
, Diocéie de S. Papoul , vacante
par le decès de la Dame de Choifeuil , en
faveur de la Soeur Anne de Falcos de la
Blache, Religieufe de l'Ordre de Citeaux.
L'Abbaye de Vernailon , Ordre de Citeaux
dans la ville de Valence , vacante
le decès de la Daine du Rouffet , en
faveur de Soeur Françoi'e de Bajane de
Thouars , Religieufe du même Ordre.
par
L'Abbaye de Saint Bernard des Olieux ,
Ordre de Citeaux , dans la ville de Nar
bonne , vacante par le decès de la Dame
du Vallois , en faveur de Seeur Yolande-
Marie de Miraillet , Religieufe Profelle
de ladite Abbaye.
>
L'Abbaye de l'Abondance- Dieu des Salenques
, Ordre de Citeaux , Diocéle de'
Toulouſe , vacante par le decès de la Dame
d'Erce , en faveur de Sour Gabrielle
de Sirgan d'Erce , Prieure de ladite Ab
baye.
L'Abbaye de Saint Michel de Doulens ,
Ordre de S. Benoift , Diocéfe d'Amiens
vacante par le decès de la Dame de Sericourt
d'Eclainvilliers , en faveur de Soeur
... de Bouflers de Remiancourt.
Le
DE
NOVEMBRE 1723. TOTT
•
Le Prieuré de Saint- Aubin , Ordre de
S. Benoit , Diocèle de Rouen , vacant &
en regale , en faveur de la Soeur de Montperoux
, Religieufe du même Ordre.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de Chafaux
, Ordre de S. Benoift , Diocéte de
Lyon , dont la Dame Marguerite de Silvecanne
eft Abbelle , en faveur de Soeur
Madeleine de Silvecane , Religieute Profelle
& Prieure de la même Abbaye .
K
›
La Coadjutorerie du Prieuré Royal de
de S. Pardoux la - Riviere , Ordre de Saint
Dominique , Diocéle de Perigueux , dong
Ia Dame de Boiffeulth eſt Prieure , en faveur
de Ser de Boilfeulth , Religieufe
Profeffe dudit Prieuré.
>
La Coadjutorerie de l'Abbaye du Mont-
Notre- Dame , Ordre de Citeaux Diocèle
de Sens , dont la Dame Victoire Chre
tienne Dauvret des Marets eft pourvûë ,
en faveur de Soeur Chriftine de Lyon , Religieute
du même Ordre .
les Ca-
E fieur Cordier qui poffede feul le fecret des
Peaux Divines , avertit le public que
lotes faites des mêmes Peaux , guerifient tous
maux de tête , les plus inveterez , & de quelque
caufe qu'ils puiffent provenir , comme abfcès ,
fluxions , rhumatifmes , coups ou contre - coups ;
qu'elles attirent le fang qui peut s'etre extravafé
dans la tête par chûte , ou par quelque autre accident
ΤΟΥ 2 LE MERCURE
dent , & qu'elles gueriffent les migraines , éblouiffemens
, étourdillemens , vapeurs , bourdonnemens
, tintemens d'oreille ; enfin la furdité
tournemens de tête , phrenefie , épilepfie , ou mal
caduc ; &c.
Par le moyen d'une tranſpiration douce &
commode , elles attirent les eaux âcres qui tombent
ordinairement fur les yeux , fur le coeur ,
dans la poitrine , fur les dents , & fur les autres
parties du corps.
Les Peaux Divines gueriffent l'apoplexie , &
font excellentes pour les paralifies nouvellement
formées , pour toutes fortes de rhumatismes , les
goutes , les goutes fciatiques , les humeurs froi
des , maux de côté & d'eſtomach , pour les groffeurs
, les dartes vives , les boutons & rougeurs
que l'on peut avoir fur telle partie du corps que
ee foit.
Elles font bonnes pour les enflures , meurtriffures
, ulceres , & humeurs, froides . Comme les
Peaux Divines font réfolutives & attractives , lens
principale vertu eft de fondre les humeurs malignes
, glaireufes , & coagulées qui font entre
cuir & chair. Elles adouciffent & fortifient en
même temps les nerfs & les mufcles ; & fans faire
aucune ouverture ni cicatrice , elles rendent par
le moyen de la tranfpiration la pèau plus blanche
& plus belle qu'avant l'application On peut ,
felon fon incommodité , le faire faire des camifolles
, des gands & des chauffons de Peaux- Dibines
; & lorfque l'on eft attaqué de la petite
verole , l'on avoit foin de s'enveloper de ces
Peaux , on fe garentiroit furement des fuites fàcheufes
qui en refultent , parce que par le moyen
de la tranfpiration , elles font fortir le venin qui
eft caufé par le fang corrompu.
Le fieur Cordier fournit un memoire exact de
la
DE NOVEMBRE 1723. 1013
i
la maniere avec laquelle on doit fe fervir des
Peaux-Divines qui peuvent le conferver plus
de 20.. ans fans perdre leurs vertus , ni qualitez ;
& pour la commodité publique , il a établi des
Bureaux où l'on diſtribue les mêmes Peaux - Divi-·
nes , Sçavoir , à Lion , chez le fieur Thomas ,
Marchand , grande ruë Merciere. A Dijon , chez
le fieur Papillon , Marchand , proche l'Eglife
N. D. A Besançon, chez le fieur Charmet , Marchand
Libraire. A Rowen , chez le fieur Maugy ,
que des Juifs, aux Armes de France. ACoutances,
chez le fieur Papillon , Marchand Libraire. A
Rennes , chez le fieur de la Vigne , Marchand
à côté du Palais. A Nantes , chez le fieur Me,
ziers , Marchand à la Foffe. A Saint Malo , chez
le fieur Demziers , Marchand devant la grande
porte. A Breft , en Ba e - Bretagne , chez le fieur
Tardi , Marchand Epicier. A la Rochelle , chez
le fieur Merle , Marchand. Enfin , à Amsterdam
en Hollande , chez le fieur Nicolas Viollet , au
Comptoir de Bois - le - Duc , fous la Bou.fe.
•
Le fieur Cordier demeure à Paris , chez le
fieur Metas , Marchand Epicier , au haut de la
Rue de la Coutellerie & de la Vannerie , vis - à - vis
la rue S. Jacques de la Boucherie , au premier
appartement.
Le fieur Lambert , Auteur de l'Eau de Beauté,
qu'il s'applique à perfectionner , pour répondre
à l'empreffement , avec lequel les Dames la recherchent
, avertir qu'il eft parvenu à avoir du
Baume blanc de la Meque , qu'il fait entrer dans
la compofition de fon Eau , ce qui la rend plus
efficace pour conferver les agrémens du beau
fexe , & fur-tout pour prevenir & reparer le défordre
de la petite verole , dont on a vû des
effets furprenans . Elle guerit les boutons , bour
geons
2014 LE MERCURE
<geons , rouffeurs , dartres & c. ainfi que les teins qui ont été gâtez par l'ufage du fard. Cette cau dont la compofition
eft approuvée par M. Dodart, Premier Medecin du Rov , fe vend à Paris , chez
M. Rouffelot , Parfumeur , rue Tire- Chape , où l'on donne des imprimez , dans lefquels les proprietez
de l'Eau font expliquées , avec la ma- niere de s'en fervir , & à la marge il ya l'em
preinte de deux cachets , ainfi que fur le haut de la bouteille , pour empêcher qu'en la falfifica tion de ceux qui ont une Eau de Beauté fauſſe
que le fieur Lambert ne garentit point.
HXXXX
SUPPLEMENT.
RAITE' de la fcience des Nombres,
Toù l'on donne des Principes d'Arithmetique
& d'Algebre, dans lequel on fait
voir Ferreur de ceux qui ont écrit fur les
Compagnies , par tems , & fur les troques
; où l'on enfeigne le calcul décimal ,
& du Calendrier , avec une formule generale
pour les calculs des Changes étrangers
, incomparablement plus courte &
plus facile que les methodes ordinaires , &
où l'on donne la refolution de plufieurs
Problêmes numeriques par l'analife . Par
M. Brunot , Maître des Mathematiques ,
A Paris , chez l'Auteur , rue Mazarine ,
vis - à- vis la ruë Guenegaud , 1723. vol.
in 8°. 4. liv. 324. pages:
Le
3
DE NOVEMBRE 1723.
Le Traité de la fcience des Nombres eft
divifé en deux livres : Le premier , eft un
Traité d'Arithmetique. On y fait voir
l'erreur de ceux qui ont écrit fur les Com
pagnies par tems , && ffuurr les troques qui fe
font en Marchandifes. On y enfeigne le
Calcul decimal , & le Calcul du Calen
drier. On y donne auffi des Principes pour
reduire les regles de trois inverfe ou reciproque
, en regle de Trois ordinaire , avec
une application de les rapports reciproques
aux pendules. La regle de Trois compofée
, ou qui a plufieurs termes , s'y trou
ve expliq ée d'une maniere nouvelle qui
eft très- courte & très -facile à compren
dre. On finit ce premier Livre par une Formule
generale pour le Calcul des Changes
Etrangers , incomparablement plus courte
& plus ailée que les Methodes ordinaires.
Dans le fecond Livre on enfeigne les
premiers principes de l'Algebre. On y
applique cette fcience aux queftions que
Ion peut former fur les Nombres , ce que
l'on nomme réfolution par l'Analife on
y trouvera des applications fur les aliages ,
fur le Problême indeterminé , & fur les
interêts.
Ce Livre fe vend , relié en veau 4. liv.
& pour les Villes de Province 3. liv.5.fols.
Ceux qui feront curieux d'en avoir en
blanc , l'Auteur les fournira à cinquante
fols. EXPLIID16
LE
MERCURE
EXPLICAT 10 Nde la premiere
Enigme du mois dernier.
V
Oici fur ces deux Soeurs , quel eſt mon ſentiment.
Elles ont toutes deux different agrément ,
L'aînée eftbelle , & la jeune eft jol'e ;
L'une eft Françoife , & l'autre d'Italie ,
Et parlant naturellement
C'est l'une & l'autre Comédie.
Explication de la troifiéme Enigme.
Vous qui fçavez unir la paix avec la guerre
L'hymen avec l'amour , la vie avec la mort ,
J'ai fouvent avec vous voyagé fur la Terre ,
Et vous m'avez conduit du Midy juſqu'au Nord.
Vous parlez de Science & de Litterature ,
Encor que vous foyez & fans langue , & fans yeux :
le nier , votre nom vient des Cieux ;
On ne peut
Yous vous cachez en vain , je vous connois , Mercure.
Le Maire.
Voici
DE NOVEMBRE 1723. 1017
Voici deux explications Latines des mêmes
Enigmes.
Res comicas Italus depingit ; feria ludo
nummus Nectere Gallus amat nummus utrique
placet,
Mercurius flores Collectos undique fpargit :
Ut doceat Francûm , nititur ore Deus.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
'Ay lû , Meffieurs , dans votre Mercure
du mois d'Octobre la Lettre à un Provincial.
Ce titre depuis long- tems eft confacré
à la fatyre ; auffi la lettre dont il s'agit
renferme -t- elle bien de la malignité ,
fur tout à l'égard de notre bon Spectateur
François , qui n'eft pas après tout partagé
d'un efpritfi infortuné , & quiétant , ( comme
cela doit être ) le Heros & le difciple
bien-aimé du celebre Auteur d'Ines ,
par ce feul endroit meritoit des égards.
C'est dommage que plufieurs traits ingenieux
de cette Lettre foient fuivis d'une
critique fort fuperficielle des Paradoxes
Litteraires. L'Auteur de cet écrit , lequel a
été autrement reçu du Public que certai
nes miferables brochures qui ont paru depuis
peu fur le même fujet , avoit donné
H.
1018
LE MERCURE
cette définition du Paradoxe , au commencement
de fon ouvrage . Le Paradoxe,
dit il , eft une propofition extraordinaire &
contraire au fentiment commun des hommes
, à laquelle on prête certaines couleurs
qui la rendent vrai -femblable. L'Auteur
de la Lettre blâme cette definition. Je ne
feais , dit-il , où il a pris cette définition du.
Paradoxe. Je vais vous le dire , Meffieurs
où il l'a prife. C'est dans tous les Dictionnaires
qui ont été imprimés jufqu'ici . On
n'en recufe aucun : ouvrez- les tous , vous
y trouverez qu'un Paradoxe eft une propofition
extraordinaire qui d'abord ne pa
roît pas vraye , & qu'on fait cependant
paroître vraye par la force du raifonnement.
Propofitio extra ordinem & à vulgi
opinione abhorrens . Telle eft l'idée du Paradoxe
en general ; elle fe trouve en fubftance
dans tous les Dictionnaires François ,
Latins , Grecs,Italiens & Efpagnols . Je les
ai tous confultés , & je vous fais grace de
mille phrafes que j'en pourrois extraire pour
vous les citer. Ciceron lui- même qui eft en
quelque forte le pere du Paradoxe , nele definit
point autrement.Le Paradoxe pris en
general n'eft donc ni vrai , ni faux ; il peut
être vrai ou faux ; mais il n'eft point de
fon effence d'être vrai , comme le prétend
l'Auteur de la Lettte. Un Paradoxe, dit- il ,
eft une propofition veritable , mais contraire
DE NOVEMBRE 1723. 1019
re à l'opinion commune. Mais fi cela eft ,
tous les Lexicographes fe font bien trompez
jufqu'ici. Il faut après tout les exculer
; ils ont fuivi aveuglement la définition -
de Ciceron qui n'y entendoit rien.-
L'Auteur des Paradoxes avoit ajoûté à
fa définition une remarque très- judicieufe
, en difant : Le faux comme le vrai eft
du reffort du Paradoxe , mais plus ſouvent
le faux. L'Auteur de la Lettre n'avoit
garde de goûter cette remarque , lui qui
prend pour un principe , que le Paradoxe
eft toûjours veritable. Quoi qu'il en dife ,
& malgré les fupofitions , c'eft une chofe
certaine que le faux eft bien plus fouvent
l'objet du Paradoxe , que le vrai , comme
je vais le prouver.
1º . Si le Paradoxe eft une propofition
effentiellement vraye , il faut dire il faut dire que tous
les Paradoxes de Ciceron font des veritez :
or Ciceron ne l'a jamais prétendu lui- même
, quoi qu'il ait appellé ces Paradoxes ,
Socratica & longe veriffima , il ne les a
regardez que comme des jeux d'efprit ; &
quand même il l'auroit prétendu , il n'y
auroit rien gagné ; car celui , par exemple
, oùil entreprend de prouver cette maxime
des Stoïciens : Tous les pech fint
égaux , eft abfolument faux ; ce n'eft qu'à
l'aide d'une Metaphifique ingenieufe &
éblouiffante, qu'il fait perdre de vûë pour
Hij un
1020 LE MERCURE
un moment l'abſurdité réelle d'un pareil
Dogme.
2. Tout le monde fçait que le Paradoxe
régne dans tous les ouvrages de Bayle . Il
s'étudie pár tout à débiter des idées bizar- y
res & extraordinaires , aufquelles il donne
les couleurs d'un vrai apparent , & il le
fait fouvent avec tant d'art & d'efprit ,
qu'à moins d'avoir beaucoup de lumiere
& de capacité , on fe laiffe aifement féduire.
Cependant ceux qui ont un efprit
fuperieur , & qui fçavent raifonner , conviennent
aujourd'hui que la plupart des
écrits de cet Auteur ne font qu'un tiffu
captieux de faux raifonnemens . Or cet efprit
Sophiſtique fe fait fur tout fentir dans
les propofitions extraordinaires , c'eſt-àdire
, dans les Paradoxes qu'il avance , &
qu'il prouve à fa mode , laquelle eft trèspropre
à gâter l'efprit. Je fçais que fes
propofitions font quelquefois des abfurditez
, & non des Paradoxes ; mais il feroit
mal de dire , que par tout où fes raifonmens
font faux , ils font abfurdes . Cet Auteur
aimoit le Paradoxe , & c'eft pour pour cela
qu'il s'eft fouvent égaré.
3°. Voici une raifon capable de confondre
entierement l'Auteur de la Lettre .
L'illuftre Evêque de Soiffons , dans les fameux
Avertillemens , foûtient que le fyftême
de ſes adverfaires , fur l'autorité de
l'Eglife
DE NOVEMBRE , 1723. 1011
l'Eglife , eft un pur paradoxe : mais fi le
Paradoxe eft une propofition toûjours veritable
, que devient la thefe du Prélat ? Il
aura plaidé , fans y penfer , pour la caufe
qu'il veut combattre . Il a donc fous - entendu
qu'un Paradoxe eft fouvent faux , &
qu'en matiere de Religion , il l'eft prefque
toûjours. Ses adverfaires n'ont pas manqué
-de répondre que leur fyftême n'étoit point
un Paradoxe. Ils ont donc entendu ce terme
dans le fens de l'Evêqué . Dira- t- on que
M. de Soiffons , qui eft de l'Académie
Françoife ne parle pas bien fa langue ; je le
yeux ; mais en ce cas il y aura un autre
inconvenient , c'eſt qu'il faudra dire auſſi
-que fes adverfaires qui paffent incontefta-
- blement pour écrire très - bien , ne connoiffent
pas la force des mots mieux que lui .
4°. M. l'Abbé Houtteville , Académicien
François , prend le mot de Paradoxe
dans le même fens . Je demande pardon à
M. l'Abbé Desfontaines , Auteur des Paradoxes
litteraires , fi j'emprunte ici l'autorité
de M. l'Abbé Houtteville : Salus ex
inimicis noftris. Voici fes paroles à l'article
de Spinofa , vers la fin du Difcours préliminaire.
Quel affemblage de Paradoxes !
Et comment le peut-il que tant d'hommes
ayent la foibleffe de s'en laiffer éblouir ? On
prie l'Auteur de la Lettre de nous citer
quelques exemples pareils . Nous lui mar-
H iij quons
1022 LE MERCURE
•
quons où l'Auteur des Paradoxes a pris fa
définition qu'il nous dife auffi où il a pris
la fienne. Quelques- uns ont blâmé le debut
ironique de l'Auteur des Paradoxes , &
ont prétendu qu'il devoit les croire veritables
, ou au moins paroître les juger
tels , & ne pas dire , comme il a fait : Je
ne prétends point que ces Paradoxes foient
jugez vrais mais feulement un peu vraifemblables
, je les juge moi - même très -faux.
Je réponds qu'un Paradoxe eft une theſe .
Or ne foûtient- t-on pas tous les jours des
Thefes feulement comme vrai - femblables,
& ne déclare-t-on pas foi -même quelquefois
qu'on les croit fauffes ?
**
Il dit encore que le 6 article dui. Paradoxe
renferme des plaifanteries froides,
La Philofophie m'apprend qu'il ne faut
point difputer fur les qualitez fenfibles . Je
dirai feulement que fur le merite de la
plaifanterie,les hommes font bien partagez.
-Ce que le Pedant trouve infipide , fouvent
l'homme poli le goûte , parce qu'il trouve
qu'une raillerie tirée du fonds du fujer ,
equivaut à un raifonnement ferieux , & eſt
prefque toûjours munie du rare privilege
dene point ennuyer
.
L'Auteur de la Lettre cenfure le 2. Paradoxe
, en ce qu'on y voit , dit.il , confon-
"dus pfe mefle des vers incontestablemen
bons avec d'autres vers incontestablemen,
plats.
DE NOVEMBRE 1723. 1023 .
plats. Je voudrois que l'Auteur eut indiqué
ces vers inconteftablement bons , critiquez
mal à propos ; on auroit vû à découvert
le goût délicat du cabaret des Apedentes
, comme l'appelle M. Huet dans le
Huetiana . Il femble , ajoûte -t - il , qu'il ait
affecté d'oublier les vers les plus reprehenfibles.
L'Auteur des Paradoxes convient luimême
de cette fage affectation , dont il fe
fait honneur. Il auroit été beau de relever
ce qui faute aux yeux , & de faire des reflexions
triviales fur des fautes groffieres
connues de tout le monde . Ce vers , continue
l'Auteur de la Lettre , eft mal repris :
A le précipiter qui peut donc vous contraindre ?
dans çes mots , à le précipiter , dit il , le fe
rapporte à l'Himenée qui précede , & nullement
à D. Pedre. C'eft par ce feul exemple
qu'il s'efforce de rabaiffer le 2. Paradoxe.
Il eft vrai que le devroit fe rappor
ter à l'Hymenée , felon le bon fens ; mais
par malheur , felon la conftruction , il ne
s'y rapporte point . Suivant la regle de toutes
les Langues , les pronoms relatifs ſe
rapportent toûjours aux derniers fubftan.
tifs . Or l'Hymenée dont il s'agit fe trouve
trois vers auparavant ; D. Pedre eft
entre l'Hymenée & le pronom relatif le.
J'ai honte d'infifter fur cette ennuyeufe
remarque de Grammaire .
Hiiij Mais
1024
LE MERCURE
Mais , dit l'Auteur de la Lettre , les Let
tres à M. l'Abbé Houtteville font citées
avec éloge dans le 3e Paradoxe , ce qui ne
convient point. C'est l'entendre , dit - il ,
d'un ton agréable , que defçavoir fe dédomager
de la prétendue modeftie qu'ily a à
ne pas mettre fon nom à la tête de fes Ouvrages
, par le plaifir de pouvoir fe citer foimême
impunément avec éloge dans des éorits
pofterieurs. Il fuppofe , comme on voit ,
que les Lettres à M. l'Abbé Houtteville
& les Paradoxes font de la même plume.
Mais je réponds que ces Lettres ne font
point citées avec éloge dans les Paradoxes ;
elles y font mifes très fimplement , & fans
aucun éloge au nombre des écrits qu'on
a publiez depuis peu contre le faux brillant
du ftyle precieux de quelques Modernes
. Si l'invective étoit permife , on accuferoit
ici de mauvaiſe foi l'Auteur de la
Lettre ; mais on aime mieux croire qu'il
a écrit fans avoir lû les Paradoxes avec attention.
On dit qu'il va paroître encore un écrit
affez long contre l'Auteur des Paradoxes.
Des perfonnes qui l'ont lû , & qui font toûjours
ennemies du verbiage, m'en ont parlé
peu avantageufement. J'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , votre , & c.
Ce 2 1 Novembre 1723.
L'ouDE
NOVEMBRE 1723. 1025
Ouverture du Parlement fut faite
Làl'ordinaire le lendemain de la Saint
Martin par une Meffe celebrée avec beau
coup de folemnité , par l'Abbé de Champigni
, Tréforier de la Sainte- Chapelle
& chantée par une excellente Mufique . On
l'appelle la Meffe - Rouge , parce que ceux
qui compofent cet augufte Corps s'y trouvent
en Robes - Rouges , qui font leur habit
de ceremonie. Les Ducs & Pairs , les
Confeillers d'honneur , & les Maîtres des
Requêtes y ont des plaçes marquées. Les
Lieutenans Generaux , les Tréforiers de
France , & les anciens Avocats y en ont
auffi .
Nous ferons à cette occafion une digreffion
en faveur des perfonnes qui nous ont
paru peu inftruites de la difference qu'on
doit faire entre les Confeillers d'honneur
& les Confeillers Honoraires . Ces derniers
font les Confeillers veterans qui ayant
fervi aflez de tems pour conferver leurs
entrées , fe font défaits de leurs Charges ..
Les Confeillers d'honneur font ceux qui
fans être du Corps du Parlement , ne laif--
fent pas d'y être admis en differentes occafions.
Le Roi en donne les places ; &
comme le nombre n'en eft pas grand, il eſt
aifé de croire qu'il faut nn merite fupe--
Hv rieur
1026
LE MERCURE
rieur pour être choifi . Les Confeillers
d'honneur aujourd'hui font , Meffieurs
Louis Alexandre Croifet , Nicolas le
Clerc de Leffeville , Jean - Baptifte de
Gaumont
,
Charles Jofeph de Fortia ,
Claude Meliand , Charles Fontaine , Evê→
que de Nevers , & François le Fevre de
La Malmaison. Outre cela il y a deux Confeillers
d'honneur hez , qui font l'Arche
vêque de Paris , & l'Abbé de Cluni.
vasa
M. Dagueffeau , Avocat General , fit
la harangue de la rentrée du Parlement
avec un applaudiffement general. Il prou
va avec beaucoup de folidité & de délicateffe
, qu'il étoit neceffaire à l'Orateur
d'écouter & de fuivre l'empire de la rai--
fon. Cette domination , dit- il , eft la plus
ancienne & la plus douce , à laquelle
T'homme puiffe être foumis.
C'eft la raison qui apprend à l'Orateur
à faire le choix de fon fujet , & à le proportionner
à fes forces , qui lui preferit la
fage loi de méditer long- temps les chofes
fur lefquelles il doit parler , de les
tourner dans toutes les faces qu'elles peu--
vent avoir avant que d'entreprendre de
les exprimer , & de ne donner qu'après.
beaucoup de réflexions les couleurs neceffaires
au tableau qu'il s'eft formé dans
fon imagination.
Que ceft auffi ce qui donne à un diſcours
20
DE
DECEMBRE 1723 .
1027
cours , & cette force , & cet air facile &
naturel qui font ppeennfſeerr que rien n'a moins
coûté , & que chacun eft en état de travailler
avec le même fuccès , jufqu'à ce
que l'experience ait appris que rien n'eft
plus difficile. C'eft cette profonde meditation
qui faifoit qu'on difoit de Phocion
, ce vertueux Grec , que fa plume
fembloit avoir été trempée dans le bon
fens , & dans la raiſon ; la raifon ne fert
pas moins pour le choix des expreffions ,
& bannit fur- tout cette éloquence vaine
qui n'eft prefque que fur les lévres , &
qui n'a pour tout merite que fa rapidité.
C'eft fur-tout de la raiſon que naiffent
Fordre & la précifion. Talent précieux
qui a renouvellé le Barreau , & qui a fait
naître un nombre de jeunes Orateurs
qui doivent moins , dit il , ces applaudif
femens à la vivacité de leurs expreffions ,
qu'à l'efprit d'arrangement & de précifion
qui eft en eux.
Ici , a- t'il continué , une réflexion bient
trifte vient nous interrompre , & nous
rappelle la perte confiderable que le Barreau
vient de faire d'un Orateur , * qui
dans un âge très -peu avancé , s'étoit éle
vé avec tant de fuccès , & àvoit fçû fe
faire admirer tant de fois . La nobleſſe de
fes pensées , la jufteffe de fes expreffions,
M. Feffard , Avocat en Parlement.
H vj
&
1028 LE MER CURE
& fur tout l'ordre merveilleux qui regnoit
dans tous les difcours , avoient fait la répu
tation qu'il s'étoit fi juftement acquife. La
Providence l'a feulement montré au Barreau
; mais il a affez vêcu pour fa gloire ,
quoiqu'il n'ait point affez vêcu pour
l'utilité du public , & pour l'exemple de
fes confreres .
La raifon fait des hommes vertueux ,
c'eft elle qui donne cette fageffe qu'on
recherche dans le confeil. On ne fuit ici
que très imparfaitement l'ordre & les
te mes de ce difcours , qui étoit encore
orné de deux beaux éloges . Celui de
Me des Haguets , qui après avoir fait
long- temps la profeffion d'Avocat avoit
été chargé du miniftere public à la Cour
des Aydes ; il s'étoit par tout diftingué
par fa droiture , & par les grands talens ;
& fa mort arrivée dans la retraite qu'il
avoit choifie depuis plufieurs années , a
achevé de faire voir combien il avoit été
vertueux. L'autre éloge eft celui de Monfieur
le Premier Prefident, qui répondoit
parfaitement à la dignité du fujet.
Les inercuriales fe font faites le Mercredi
fuivant , à l'ordinaire , par des dif
cours prononcez avec beaucoup de dighité
, par M. le Prefident de Novions ,
& par M. le Procureur General . Ces
difcours le font en forme de remontrances
DE NOVEMBRE 1723. T029
ces , ou de reprimandes. Les Gens du
Roy fe tenoient anciennement à l'entrée
de la Grand'Chambre , & à mesure que
les Confeillers y paffoient , ils prenoient
ce temps pour leur faire des remontrances
; mais cet ufage eft changé depuis
long - temps , & les mercuriales ne confiftent
plus qu'en des harangues publiques
, dans lefquelles on exorte les Juges
à rendre exactement la juftice , à obferver
les reglemens & c . On fait quelquefois
de vives remontrances ou corrections
aux Officiers qui ont manqué. Les mercuriales
fe font deux fois l'année , à l'ouverture
des audiences des Cours Souveraines
, après la S. Martin , & après Pâques.
Elles ont été établies par les Edits
des Rois Charles VIII. Louis XII. &
Henry IH. afin de veiller à l'obſervation
des Ordonnances..
Le Premier Prefident , ou celui qui .
occupe fa place parle d'abord aux Huiffiers
, enfuite aux Procureurs & aux Avocats
, après quoi on va querir les Gens du
Roy , & il leur adreffe la parole en ces
termes , Gens du Roy. Ce difcours fini, le
Premier Prefident adreffe la parole aux
Confeillers par le mot de Meffieurs . L'A
vocat General parle enfuite..
L'Aca
་༠༡༠ LE MERCURE
'Académie Royale des Sciences fe
Lraffembla le Samedi
raffembla le Samedi 13. Novembre ,
& elon la coutume cette Aſſemblée a été
publique .
M. Maraldi , Penfionnaire Aftronome,
ouvrit la féance par la relation de l'obfervation
de la Commette qui a paru cette
année.
Cette Comette a commencé à être vûë
par M. Maraldi , à l'Obfervatoire Royal
de Paris , le 18. Octobre à 7. heures du
foir , dans la conſtellation du Capricor
ne ; elle s'eft élevée vers le Nord , & a
paffé auprès de la main du Verfeau . Cette
Comette avoit déja paffé par fon Perigée
, lorfqu'elle a commencé a être vifible.
M. Maraldi conclud par trois obfervations
faites le 18. le 21. & le 26-
Octobre , qu'elle y avoit paffé le 14. Oc---
tobre à deux heures du matin , en (uppofant
l'Orbite de la Cometre circulaire.
M. Maraldi a auffi conclu fon mouvement
journalier de 17. dégrez , 10. minutes
dans fon Perigée , & feulement d'un
quart de dégré dans le dernier jour de
fon apparition , qui a été le 3. Novembre
, après lequel le clair de Lune , &
* On appelle Perigée le point de fa route le
plus proche de la terre.
· les •
DE NOVEMBRE 1723. 103T
les nuées ont empêché de la voir.
que
Il refulte de toutes les obfervations de
M. Maraldi , que cette Comette a coupé
l'Ecliptique au 8e dégré du Verfeau , &
l'Equateur à 3o.dégrez d'afcenfion droite,
l'inclinaifon de l'O : bite de cette Comette
fur l'Ecliptique eft de 74. dégrez .
La durée de fon apparition a été à
Paris de 18. jours , pendant lefquels elle
a parcouru 26. dégrez 30. minutes de fon
Orbe , & 82. dégrez depuis fon Perigée
jufqu'à fon évanouiffement. M. Maraldi
a auffi rapporté que cette Comette a pafféextrêmement
près d'une étoile fixe qui a
été apperçue au travers de fa chevelure.
Cette obfervation fera fort propre
déterminer la parallaxe de cette Comette,,
fi l'on a obfervé la même choſe en d'au-
-tres endroits , comme cela l'a été effectivement
à Berlin par M. Kirch , Aftronome
de la Societé Royale de Pruffe , qui
en a envoyé toutes les obfervations à M.
de Lifle le Cadet.
é
M. Maraldi finit fon memoire par la
comparaison de cette Comette , avec la
derniere qui a paru dans ce même endroit
du Ciel en 1707. La difference confiderable
de l'inclinaifon des routes de ces-
-deux Comettes , empêche M. Maraldi de
conclure que celle de cette année foit
celle qui patut en 1707.
M.
1032
LE MERCURE
M. Geoffroy le Cader parla le ſeconds
& lût un Memoire fur le Sel Ammoniac ;
c'étoit une fuite d'un autre Memoire , où
il avoit fait connoître la compofition &
la fabrique de ce Sel , qui jufques- là avoit
été ignorée.
י
Il donna dans celui - ci la deſcription
d'un Sel Ammoniac venu des Indes , formé
en pain de fucre , & fi peu ordinaire
dans ce Pays- ci , que Pomet dans ſon
Hiftoire des Drogues n'en parle qu'en
paffant comme d'une chofe qui ne fe
voyoit déja plus de fon temps ." Ce Sel
eft venu pendant la derniere pefte de Marfeille
par la voye des Hollandois , qui le
tirent des Indes Orientales ; mais en aſſez
petite quantité , parce que l'Egypte nous
en fournit directement , & avec- abondance
pour nôtre ufage , quand le commerce
n'eft point interrompu.
Le Sel Ammoniac des Indes a cela de
préferable à l'autre , que fa furface eſt
moins chargée d'impuretez. La maffe en
eft auffi beaucoup plus groffe , car chaque
pain eft du poids de 14. à 15. livres ,
au lieu que le Sel Ammoniac d'Egypte
eft formé en plateaux de 4. à livres
feulement.
5.
Comme M. Geoffroy avoit fait con--
noître dans le Memoire precedent la compofition
du Sel Ammoniac , il fit voir
dans
DE NOVEMBRE 1723. 1031
dans celui- ci fa décompofition . Il prouva
par des operations fort exactes, que le Sel
Ammoniac contient beaucoup plus de vo
latile qu'on ne lui en connoiffoit.
De plus il donna la methode de retirer
ce Sel volatile en forme feche dans
la plus grande quantité poffible. C'étoit
un fecret des Anglois qui le débitent depuis
long-temps , fous le nom de Sel
d'Angleterre. En le parfumant avec des
effences de plantes aromatiques , fans lui
rien ôter de l'odeur penetrante qui le
rend fi utile pour les vapeurs , & pour
les défaillances , on corrige ce qu'il à de
défagreable .
Le premier de nos Chimiftes qui retirá
ce Sel en affez grande quantité , fot M.
Tournefort , comme il paroît par un Me
moire qu'il donna en 1700. de quinze
onces de Sel Ammoniac , il étoit venu à
bout d'avoir dix ónces de Sel volatile.
M. Geoffroy va bien au- delà , puifque
d'une livre , il tire treize onces trois gros
de Sel volatile d'une confiftance folide
& cristaline , fans compter ce que l'efprit
de vin , dont il fe fert à détramper le Sel
Ammoniac avant que de le fublimer , en
dépole encore par la fuite.
La methode de M. Geoffroy confifte
à joindre au Sel Ammoniac , dont il veut
tirer le Sel volatile trois fois autant de
Sel
1034
LE MERCURE
Sel de tartre pour intermede .
En comptant exactement tout ce que
le Sel Ammoniac contient de volatile ,
M. Geoffroy prouve évidemment que de
feize onces de Sel Ammoniac , il y en a
quinze de volatile , jointes avec une ſeiziéme
partie feulement de Sel fixe , qui
eft l'acide Marin , qu'on mêle avec le
Sel Ammoniac dans la fabrique.
M. de Fontenelle réfuma avec cette
clarté & cette élegance qu'on lui connoît
, le difcours de M. Geoffroy. Il entra
dans la difcuffion que l'Académie'
avoit faite du premier Memoire , où l'on
conteftoit à M. Geoffroy ce qu'il avoit
avancé fur la fabrique du Sel Ammoniac
par la fublimation. Avant que de fe rendre
à fes conjectures , toutes plaufibles
qu'elles paroilloient , Académie vouloit
être informée de ce qui fe paffoit fur les
lieux où ce Sel fe fabrique . Pour cela il
falloit du temps , & le temps décida en
faveur de M. Geoffroy , au fujer de la
methode de M. Geoffroy pour tirer le
Sel d'Angleterre.
M. de Fontenelle releva la fincerité
des François , qui ne cachent rien au pu
blic de ce qu'ils peuvent découvrir d'utile
, & qui ne fçavent ce que c'eft que
d'être mifterieux , même en Chimie.
M. Morand , fils , Anatomifte , lût enfuite
DE
NOVEMBRE 1723 1035
fuite un Memoire d'Anatomie fur la formation
des Hydatides .
Le deffein principal de M. Morand
dans ce Memoire , eft d'expliquer les
difficultez propofées à l'occafion de l'Hydropifie
veficulaire , dont feu M. Dodart
communiqua l'Hiftoire à l'Académie en
1697. & qui donna lieu à plufieurs queftions
curieufes fur la formation des Hydatides
, ou veſicules limphatiques.
Ces mêmes difficultez fe font renouvellées
à chaque obfervation fur cette
maladie , & on n'en avoit pas donné la
folution .
M. Morand s'étoit engagé à faire des
recherches fur cette matiere, lorfqu'il donnat
à la Compagnie , l'année derniere ,
Pobfervation qu'il avoit faite fur des facs
membraneux , pleins d'Hydatides , trouvez
à l'ouverture d'un cadavre.
Pour prouver dans le prefent Memoire
que cette maladie n'eſt pas bien extraordinaire
, l'habile Anatomifte en a cité:
plufieurs exemples très remarquables entre
une infinité d'autres , dont les Auteurs
font pleins . Il rappella ceux que·
M. Petit , Maître Chirurgien & lui , en
ont produits l'année derniere , & qui
avoient été precedez de la rélation de
M. Anel.
Sans entrer dans le détail de quelques
fyftêmes
•
1026 LE MERCURE
fyftêmes finguliers fur la nature des Hydatides
, lefquels n'ont point été fuivis,
M. Morand s'eft arrêté effentiellement
aux deux opinions qu'on a eu communément
; fçavoir , celles des glandes exfoliées
, & celle des vaiffeaux limphatiques
dilatez.
J'ai refuté la preiniere , dit - il , luimême
, c'eft à- dire , le fyftême des glandes
tumefiées & exfoliées , & j'ai fait
voir qu'une glande tumefiée par quelque
obftruction , loin de devenir veficulaire,
molleffe & fpherique , devenoit ſchirreufe
, & irreguliere.
J'ai fait fentir plufieurs difficultez ca
pitales contre ce fyftême , & j'ay donné
la préference à celui des vaiffeaux limphatiques
dilatez, déja connu , à la verité,
mais peu dévelopé ; je l'ai étendu & muni
de nouvelles preuves. Pour cela j'ai
fait une defcription nette du vaiffeau limphatique
, & j'en ai donné une figure
nouvelle plus exacte que celle que l'on
voit dans la plupart des Auteurs. Enfuite
j'ai fait remarquer , que la ſtructure natu
relle de ce vaiffeau favorifoit le féjour
d'une limphe épaiffe dans les petites poches
faites par les doubles valvules , de
façon que le cours de la limphe la plus
fluide fe trouve dirigée felon l'axe du
yaiffeau , & que deux portions de limpho
DE NOVEMBRE 1723. 1037
phe épaiffe féjourne dans les deux poches
valvulaires.
Par là je diminue la difficulté qu'on
fait ordinairement fur ce qu'il fe trouve
plus de vehicules dans les facs où elles
s'amaffent, qu'il n'en peut fortir ( ce femble
des portions du vaiffeau fituées
entre les valvules , parce que ces portions
compofent le milieu du vaiffèau , &
que les poches valvulaires font doubles
ainfi le nombre des Hydatides , formées
felon mon fentiment , eft double par rapport
à celui qui refulte du fyftême ordinaire.
La nature du Kift , c'est- à - dire , de
l'envelope de l'Hydatide eft un point des
plus curieux j'ai fait voir que le vaiffeau
limphatique n'entroit point dans fa
compofition , & que la limphe même en
fourniffoit la matiere .
Ce que j'ai prouvé par des comparaifons
de la limphe , avec les autres liqueurs
qui circulent dans le corps de l'animal , &
par des experiences que j'ai fait avec la
limphe , tirée par la ponction faite à des
Hydropiques.
Ici j'ai rappellé la pellicule qui fe for
me fur la furface du lait bouilli , les filamens
du fang , la pellicule qui recouvre
le caillot d'une faignée du bras , les
membranes qui fe trouvent fur les couches
1038.
LE MERCURE
ches du fang qui font les polypes , la
fauffe membrane du cabinet de Ruifch
faite avec du fang foüetté , j'en ai dèmontré
plufieurs faites
la même ope
ration .
par
Cette analogie fimple m'avoit fait tirer .
des confequences en faveur des parties
gelatineufes de la limphe capables de faire
des concretions , lorfqu'elle féjourne &
s'épaiffit , & les experiences précedemment
faites autorifoient mes confequences.-
Pour les experiences en queftion , j'ai
fait fouffler un grand nombre de petites.
fioles rondes , pareilles à celles des Ther
mometres , chacune garnie d'un tube d'un
pouce environ de longueur , je les at
remplies de limphe, je les ai mifes à diffe .
rentes épreuves , & à differentes expo-
Litions.
La plupart des mêlanges que j'ai faita
de diverfes liqueurs avec la limphe m'ont
donné des coagulums de differentes confiftances
; mais, la limphe fans, mêlange ,
m'a donné dans plufieurs fioles des concretions
gelatineufes , & des portions de
Kift pareilles à ceux de mes Hydatides I
& cela en fix femainos feulement , de
façon qu'avec plus de temps je pourrai
trouver des Hydatides dans mes fioles .
Et fi ce projet ne réüffit pas , mes
premieres experiences fuffisent pour prouer
ver
DE NOVEMBRE 1723. 1039
ver les concretions que peut former une
limphe vitiée & épaiffic .
Je déduis la figure communément ron
de des Hydatides de ce que la poche valvulaire
du vaiffeau qui leur fert de moule
eft faite d'une tunique fimple , unifor
me , & d'égale épaiffeur ; de forte qu'elle
fe dilate également dans toute fa circonference,
& qu'elle donne une Hydatide
de figure ronde , preferablement à toute
autre figure.
Mais comme la poche valvulaire avec
le parois du vaiffeau , ne peut donner
qu'une Hemifphere au plus , il falloit
fermer la partie du vaiffeau qui eft entre
le parois de la valvule le plus voifin de
l'axe du vaiffeau , & le parois du vaiffeau
le plus éloigné du même axe.
Pour cela il conjecture un retrecifement
de cette partie qui doit fuivre la
condenfation de la limphe qui féjourne
dans les poches valvulaires.
Cette condenfation doit en effet diminuer
le volume de la limphe ; fon volu
me diminué , l'équilibre qui doit être entre
l'effort de la limphe amaffée fous la
tunique du vifcere , où fe fait l'amas des
Hydatides , & l'effort de cette même tunique
qui comprime la poche valvulaire ,
cet équilibre dis -je , doit être perdu
de façon que le reffort de la tunique du
›
vifcere
1940 LE MERCURE
la
vifcere tend à refferrer la poche valvulaire
, en rétreciffant la partie de l'Hemifphere
qui eft ouvertes parce que
hiphe fluide y coule encore , & cede à
Paction de la tunique , ce qui d'une Hemifphere
fait une Sphere d'un moindre
diametre.
Alors la figure du vaiffeau eft alterée ,
& approche davantage de la figure que
quelques Auteurs peu exacts donnent
pour la naturelle , & qui femble faite
exprès pour repreſenter un vaiffeau limphatique
chargé de deux Hydatides à
chaque noeud fait par la double valvule.
Ces principes une fois établis , il m'a
été affé d'expliquer plufieurs autres circonftances
, comme
1 L'arrangement des couches gelati
neufes qui compofent le Kift des Hyda
rides .
2° La formation des Hydatides en
grape.
3 La prodigieufe quantité d'Hydatides
qu'on trouve quelquefois dans un
affez petit efpace.
les
4 Les amas qui s'en forment entre
gros vifceres , & leur premiere tunique
, fous laquelle fe remarque un refeau
limphatique
merveilleux
.
5. Le fpectacle fingulier que prefentent
plufieurs petites Hydatides renfermées
DE
NOVEMBRE 1723. 1041
mées avec de la limphe dans une plus
grande.
6° L'épanchement des Hydatides qu'on
a quelquefois tiré par des ouvertures faites
au bas-ventre .
M. Morand finit ce Memoire , en promettant
de nouvelles experiences , qui
pourront faire le fujet d'un troifiéme fur
cette matiere .
Cette maladie étant une fois bien connuë
, & bien expliquée , il est aisé de
concevoir qu'il en doit refulter de
des utilitez pour la cure
gran
M. Caffini lût enfu.te l'obſervation
qu'il a faire du paffage de Mercure dans
le Soleil le 9. de ce mois.
Ce paffage de Mercure par le Soleil
n'eft que le 7 qui ait encore été obfervé.
Le premier a été vû à Paris
Gaffendi en 1631.
par M.
Un Aftronome Anglois , nommé Sckarlous,
fçachant que Mercure devoit paffer
dans le Soleil en 1651. alla exprés à Suratte
pour en faire l'obfervation. Heve
lius obferva pour la troifiéme fois ce
Phenoméne à Dantzik en 1661. & Mr
Bouillaud & Street à Londres.
Le quatriéme paffage de Mercure dans
le Soleil arriva en 1677. M. Gallet l'obferva
à Avignon , & M. Halley dans
l'Ile de Sainte Heleine , où il étoit alors
I pour
1042 LE MERCURE
pour faire un Catalogue des étoiles Auftrales.
En 1690. les Miffionnaires Jefuites virent
Mercure dans le Soleil . Cette obfervation
fut auffi faite en Allemagne , & autres
lieux. Le fixiéme paffage de Mercure
par le Soleil fut encore obfervé à la
Chine , & en Europe en 1697. Tous ces
paffages , excepté celui de 1661. font arrivez
vers le commencement du mois de
Novembre. Celui de 1561. eft le feul qui
foit arrivé au mois de May.
Par l'obfervation de cette année Mercure
eft entré dans le Soleil le 9. de ce
mois à deux heures so . minutes du foir
à
quatre minutes & demie près du calcul
que M. de Lifle en avoit donné à l'Aca--
démie auparavant. Cette difference eft
très petite par rapport aux difficultez
qu'il y a de connoître les mouvemens de
cette planette ; ce qui vient principalement
de ce que cette Planette a de bien
plus grandes inégalitez que les autres ,
& que d'ailleurs elle eft plus difficile à
appercevoir , étant le plus fouvent cachée
dans les rayons du Soleil .
M. Caffini après avoir rapporté le dé
tail de cette obfervation, en conclut plufieurs
chofes curieufes & utiles à la Theorie
de Mercure.
M. Dufey termina la féance
par la lecture
DE NOVEMBRÉ 1723 . 1043
•
ture d'un Memoire fur les Barometres
lumineux . Il fait d'abord l'Hiftoire abregée
des Auteurs qui ont éctit fur cette
matiere depuis l'an 1675. que le hazard
en fit faire la découverte à M. Picard. It
rapporte les fentimens de M. , Bernouilli ,
Dutal , Haukfbée , Weidler , Heufinger,
& de M. de Mayran, & enfuite il ajoûte
ce qu'il a vû pratiquer à un Vitrier Alle
mand comme une methode feure pour
rendre les Barometres lumineux . Cette
operation confifte à prendre un tuyau
bien fec fermé par un de fes bouts , &
après l'avoir chargé de Mercure jufques au
tiers de fa hauteur , à en faire fortir par
le moyen du feu tout l'air & toute l'humidité
qui pourroit s'y rencontrer ,” lui
donnant iffue par le moyen d'un fil de fer
qu'il agite dans le Barometre , à meſure
qu'il le chauffe ; il en ufe de même pour
le fecond tiers du Barometre , & acheve
de le remplir à l'ordinaire , & fans le
faire chauffer. Il donne enfuite plufieurs
obfervations qu'il a faites en variant cette
maniere d'operer , foit dans la conftruction
du tuyau , foit dans la façon de le
charger. Enfin il donne l'explication de
cette lumiere , & dit qu'elle vient de ce
qu'en chauffant le Mercure on l'a parfaitement
dépouillé de l'air groffier qu'il
contenoit , & qui s'oppofoit à l'émana-
Iij tion
›
1044 LE MERCURE
14
tion de la matiere fubtile , la tenant , pour
ainsi dire , renfermée , & que dès qu'elle
eft délivrée de cet obftacle , elle fort avec
impetuofité lorsqu'on agite le Mercure
parce qu'alors il eft tellement comprimé
, que fes pores venant à le rettellir
la matiere fubtile en eft chaffée , & fe
répand dans l'efpace vuide qui eft au
haut du Barometre. Il finit , en difant
les Barometres lumineux font fort
au deffus des autres pour l'ulage , parce
qu'étant parfaitement vuides d'air groffier
, ils ne font point fujets comme les
Barometres communs à varier fuivant les
differentes temperatures de l'air , ce qui
dans ces derniers empêche qu'on ne puiffe
être affeuré au jufte de la pefanteur de
l'air, & par confequent des effets qui en
refultent.
que
M. de Fontenelle , qui en qualité de
Directeur prefidoit à l'Affemblée , fit
après la lecture de chaque Differtation ,
un petit difcours avec cette netteté &
Icette élegance qui lui ont merité la gran
de reputation dont il joüit .
Le 25. de ce mois l'Académie Françoife
tint une affemblée publique pour
la reception de M. l'Abbé Dolivet , à la
place de feu M. de la Chapelle. Le nouvel
Académicien prononça un très - beau
difcours ,
DE NOVEMBRE 1723. 1045
difcours , auquel M. l'Abbé de Choiſi ,
Doyen de l'Académie , répondit d'une
maniere très- éloquente.
M. l'Abbé de Choifi raconta enfuite
à l'affemblée de quelle maniere on avoit
découvert l'Auteur des deux pieces qui
avoient été couronnées à la Fête de Saint
Louis derniere , ajoûtant que c'étoit un
jeune homme de Provence , nommé M.
Chalamont de la Vifclede. M. Chalon ,
compatriote & ami de l'Auteur Couronné
, fe prefenta , chargé d'une Lettre de
remerciement de M. de la Vifclede à
l'Académie , & des pieces originales qui
avoient remporté les prix. Pour que ces
prix , qui confiftent en deux belles Me
dailles d'or , reçuffent un nouveau merite
, M. l'Abbé de Choifi les fit paffer
dans les mains de M. le Maréchal de
Villars , Gouverneur de Provence , qui
les remit à M. Chalon , à qui M. l'Abbé
de Choifi adreffa encore la parole , pour
lui dire d'écrire à M. de la Vifclede , que
l'Académie étoit jalouſe de la Provence
de ce qu'elle poffedoit un genie auffi
rare , & c .
Le 27. de ce mois les Comediens François
remirent au Theatre la Tragi Comedie
nouvelle de Bazile & Quitterie , par
M. Gautier , dont nous avons donné un
I iij xt rait
1046 LE MERCURE
extrait affez étendu . Cette Piece eft auffi
parfaitement repreſentée qu'elle eft generalement
applaudie . La fête de la fin ,
fait fur tout un extrême plaifir. La Dile
Labat y danfe avec une legereté , une jufteffe
, & des graces infinies , & le fieur
Dangeville avec fa petite foeur , dont on
a déja parlé plufieurs fois , ornent ce
Ballet d'une maniere trés piquante. Ils y
danfent plufieurs entrées & des contre
danfes qui font l'admiration & la furprife
de tout Paris..
On écrit de Londres qu'on y avoit
apporté depuis peu de Barbarie une Autruche
en vie , d'une prodigieufe gran
deur & groffeur , ayant huit pieds de
hauteur , depuis les pieds jufqu'à la tête ,
& pefant 250. livres. On ajoûte que le
Colonel Reftone eft mort à l'Ile de
Wiht , âgé de 103. ans.
逸
Le 23. de ce mois Don Louis d'A
cunha , Ambaffadeur de Portugal , donna
dans fon Hôtel , au Fauxbourg Saint-
Antoine une magnifique Fête , à l'occafion
de la naiffance d'un quatriéme Infant
, dont la Reine de Portugal eft accouchée
depuis peu. Les Princes & Prince
fes du Sang qui avoient été invitez ,
& e Dames & Seigneurs de la Cour, en
habits très-riches , y affifterent. Il y eut
illumi
DE NOVEMBRE 17237 1047
illumination , feu d'artifice , feſtin , concert
, jeu & Bal , où l'on fervit des rafraîchiflemens
en grande abondance.
L'Evêque Comte de Châlons , Pair de
France , & l'Evêque de Nevers , Confeiller
honoraire , prirent féance au Paslement
le 22. de ce mois.
Le Jeudi 2º Decembre, vers les 7. heures
du foir , Monfieur le Duc d'Orleans.
eut une attaque d'Apoplexie à Versailles,
dont il mourut une heure après. Aufftôt
que Monfieur le Duc d'Orleans eut
expiré , le Roy pria Monfieur le Duc de
Bourbon de fe charger du détail des affaires
, & des fonctions de la Charge de
Principal Miniftre d'Etat , & S. M. reçûc
enfuite le ferment de fidelité de ce Prince.
A VIS.
Our fatisfaire à l'empressement de
Pquelques perfinnes de merite , qui
- nous ont envoyé des Pieces , & qui s'impatientent
de les voir paroître , nous donnerons
le mois prochain , outre le Mercure
ordinaire du mois de Decembre , un volu
me par extraordinaire , qui fervira comme
de Supplement à l'année 1723 .
Liiij
Lifte
1043
LE MERCURE
Lifte des Mercures donnez au Public
depuis le mois de Juin 1721 .
jufqu'à prefent.
A
Nnée 1721. commencée le mois de Juin ,
7. vol.
Année
1722.
outre
les Mercures
des 11. mois
il y en a quatre
.
D'extraordinaires aux mois de Mars , de May,
de Septembre & de Novembre ; le premier au
fujet du voyage , & de l'entrée à Paris de l'Infante-
Reine. Le deuxième, contient une Differtation
Hiftorique du Sacre & couronnement de
nos Rois , depuis Pepin jufqu'à Louis le Grand.
Le troifiéme , c'eft la Relation du Siege & du
Camp de Montreuil , & le quatrième contient la
Relation du Sacre & Couronnement du Roy fait
à Rheims , & les fêtes données à Sa Majesté ,
qui font
Année 1723.
16.
13
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Toulouſe , chez la veuve Te e.
Bayonne , chez Arnaud Verdier .
Bordeaux chez la Veuve Labottiere & fils.
Et chez Charles Labottiere , l'aînée , vis -à- vis la
Bourfe.
Nantes , chez Julien Maillard , & chez du Verger.
Rennes , chez Vattar .
Blois , chez Maffon.
Tours , chez Gripon.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Châlons-fur - Marne ; chez Seneuze.
Amiens , chez François , & chez Godard
Arras , chez C. Duchamp.
Lille , chez Dancl.
J
J này
là
APP ROBATION.
par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Novembre , &
Jay cru qu'on pouvoit en permettre l'impreſſion.
A Paris , le 4. de Decembre 1723-
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres.
PIECES FUGITIVES , la Prudence & l'Amour
',
Lettre fur la Croyance des Eglifes de Provence
Lettre de M. de Launoy.
Sonnet.
851
854
856
863
Réponse à la queſtion fur les Chartes non dattées.
864
Vers à Madame *** fur un Moineau.
Phenoméne extraordinaire d'un Poëte.
Bouts -Rimez .
Eloge des Vins d'Auxerre.
Extrait du Poëme de M. Heurtauld.
866
868
871
872
884
Lettre critique , au fujet des Anti-Paradoxes , & c.
L'Amitié & l'Amour , Cantate.
887
902
906
Réponſe du P. de la Neuville , fur les Guayanois ,
& c.
Alcide , Cantate. 909'
Lettre de M. Capperon , fur les Yeux des Mouches
&c.
Sonnet.
Article des Enigmes.
912
918
919
Réponse du fieur Paul Lucas , à la remarque de
M. de la Roque fur le cours de l'Oronte. 921
Chanfon note : fou fritous nous , &c , 924
NOUVELLES LITTERAIRES , Traité des maladies
des Os , & c. 925
Arlequin Foli par l'Amour , Comedie , & c. 927
Epitre au Roy de Portugal.
Lettre fur l'Inoculation de la petite verole.
Recueil des Poëfies de Jean Marot , &c.
Bibliotheque Françoiſe.
Nouvelles Litteraires des Pays Etrangers .
Medailles trouvées auprès de Montpellier.
Nouvelle conſtruction de Chaiſe à Porteurs,
Comette qui a paru à Londres.
Spectacles. Le Mercure Galant , Comedie .
Le départ des Italiens , Comedie nouvelle.
Edits , Arrefts rendus , & c.
Nouvelles des Cours Etrangeres , & c.
Baptêmes , Morts & Mariages .
Journal de Verfailles & de Paris,
Morts , Mariages , & c.
Charges & Emplois
938
943
949
954
955 .
957
959
960
968
962
970
980
993
998
1002
1006
Evêchez , Abbayes , & Benefices donnez. 1007
SUPPLEMENT , Traité de la Science des Nombres.
1014
Explication en vers François & Latins des Enigmes
du mois paflé. 1016
Lettre aux Auteurs du Mercure fur les Anti -Paradoxes.
L'ouverture du Parlement , Difcours &c .
1017
IOLS
Rentrée de l'Académie des Sciences , Differtations
prononcées &c. 1030
Reception de M. l'Abbé d'Olivet à l'Académie
Françoife , & prix donnez. 1044
Avis , & c.
1047
Errata d'Octobre.
PAge 813. lig 21. Doyen de l'Eglife de Paris,
ôtez ces mots , & ajoûtex , fils du Duc de
Biron .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 873 , lig. 2. Chauvant, la Pelote ,
effacez
ces mots , & lifez Piedrat , Chapote .
Page 890. lig. 20. de finir , lifez de définir.
Page 913. lig. 15. Carnée. life Cornée ainfi
qu'aux pages Tuivantes .
L'air neté doit regarder la page 924.
PRIVILEGE DU ROT.
•
QUIS, par la grace de Dieu, Roy de France,
&c. Salut. Nos bien amez les fieurs DU FRE
NY , DE LA ROQUE , & FUSILIER , Nous ont
fait remontrer qu'il fouhaitoient faire imprimer
& donner au Public tous les mois un Ouvrage
qui a pour titre , le Mercure , s'il Nous plaifoit
leur accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffaires
; A CES CAUSES, Voulant favorablement
traiter lefdits fieurs Expofans , Nous leur avons
permis & permettons par ces Prefentes de faire
imprimer fedit Livre en tels volumes , forme
marge , caractere , conjointement ou feparement,
& autant de fois que bon leur femblera , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume
pendant le temps de douze années confecutives,
compter du jour de la datte deſdites Preſentes ,
à condition neanmoins que chaque Volume portera
fon Approbation expreffe de l'Examinateur
qui aura été commis à cet effet , & que lefdies
fieurs Expofans ne pourront ceder ni transporter
qu'entre eux , & non à d'autres le preſent Privilege
, lequel en cas de decès d'aucun d'iceux appartiendra
au furvivant. Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient d'en introduire d'impreffion
étrangere dans aucun lieu de nôtre obéiffance ;
comme auffi à tous Libraires-Imprimeurs & autres
d'imprimer , faire imprimer , vendre , faire
vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , cydeffus
expofé , en tout ou en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque prétexte que ce fait
d'augmentation , correction , changement de ti
tre ou autrement , fans la permiſſion expreſſe &
par écrit defdits fieurs Expolans , &C.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères