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LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1723 .
GENE
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'O
MID CC. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
L'A
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
639
LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
ORESTE ET PYLADE
Ꭰ
Cantate à deux voix.
Orefte.
feux inhumains , qui vous arrête ?
Vous fçavez trop quel fang Orefte a
répandu ,
Tiendrez vous long-temps fur ma tête ,
Le trait vangeur vainement fupendu ,
Dieux inhumains , qui vous arrête ?
A ij
640
LE
MERCURE
O Ciel , quel effroyable orage !
Dans les flots écumans , quels abîmes ouverts !
La foudre brille , gronde , éclate dans les airs ,
Quel defordre ! quels cris ! quelle horreur ! que
ravage !
Où vont ces vaiſſeaux malheureux !
Ah ! qu'ils n'approchent pas de ce cruel rivage
Le fort qui les attend eft cent fois plus affreux ,
Que le plus funefte nauffrage.
Le Ciel devient ſerain , la mer calme ſa rage
Quel eft cet Etranger qui paroît à mes yeux ?
Infortuné mortel , va , fuis loin de ces lieux,
Ah! Pylade , eft- ce vous ?
Pylade.
Quoy ! retrouver Orefte
Quel bonheur !
Orefte.
Sort fatal !
Pylade.
Jour heureux !
Orefte.
Jour funeſte !
Pylades
D'OCTOBRE 1723. 647
Pylade.
Qu'entens-je ! quel accueil lorfque je vous revois !
Orefte.
Ah ! faut-il que ce foit pour la derniere fois !
Pylade.
Qu'une longue abfence eft cruelle !
Mais quel plaifir charmant ,
De revoir un amy fidelle ,
Ne fuft-ce qu'un moment !
Loin de nos funeftes allarmes ,
Oublions nos malheurs ,
Et d'un retour fi plein de charmes ,
Goûtons mieux les douceurs ,
Qu'une longue , & c.
Orefte.
Ignorez-vous quel fort en ces lieux vous attend
Pylade.
Quel qu'il foit il n'importe :
Je vous ai vû , je perirai content ;
Sur tout autre intereſt mon amitié l'emporte.
A iij Orefte.
542 LE MERCURE
Orefte.
Ah ! de grace fuyez un affuré trépasi
Du fang des étrangers dont les flottes errantes ,
Abordent ces affreux climats ,
Ces rives font toûjours fumantes.
Pouvez -vous m'arracher aux fureurs de Thoas ,
Echapé prefque feul aux fureurs de Neptune.
Pylade.
Je puis mourir & mourir avec vous ;
C'eft la feule douceur que dans mon infortune ,
Me laiffe encor le fort jaloux ,
Dût mon fang à longs flots inonder cette rive ;
Dût-on me preparer
Si
mille tourmens affreux ;
vous mourez , vôtre ombre fugitive
Ne defcendra pas feul au féjour tenebreux .
Orefte.
Helas ! de mes forfaits vous n êtes point complice,,
Si vous m'aimez , fuyez & me laiffez perir.
Pylade.
Si vous m'aimez , vivez & me laiſſez mourir.
Ensemble.
Puis-je vivre
Puis -je fuir. }
& fouffrir que mon amy periffe .
Orefte
D'OCTOBRE 1723. 643
: Orefte.
Que vous caufez d'ennuis à mon coeur allarmé !
Pylade.
Ah ! j'atteſte le Ciel qu'au vaſte ſein de l'onde
Le flambeau qui nous luit à jamais abîmé
Laiffera l'univers dans une nuit profonde ,
Si je quitte un amy fi tendrement aimé.
Orefte.
Que le Tyran tonne , fremiffe;
Rien ne fçauroit nous ébranler :
Les Dieux décellent l'injuſtice ;
C'eſt à lui de trembler.
Pylade.
S'il peut , au gré de ſon envie ,
Terminer nos jours & les miens ;
Nos coeurs ont malgré ſa furie ,
Des droits indépendans des fiens.
Enfemble.
Que le fombre Tenare ,
D'une union ſi rare ,
Admire les effets :
Malgré le fort barbare ,
A iiij
La
B44
LE
MERCURE
La mort même qui nous fepare ,
Va nous réunir à jamais .
Nous avons donné une Differtation
Critique fur la Tragedie d'Athalie , dans
les Mercures des mois de Septembre &
d'Octobre 1722. nous en avons inferé une
autre fur la Comedie du Nouveau Monde
dans le Mercure du mois de Janvier
1723. Nous aurions continué, fi l'Auteur
de ces deux Differtations nous en eut
envoyé de nouvelles ;, nous commencions
même à defefperer qu'il nous tint parole ,
quand nous avons reçû la Lettre Criti
que qu'on va lire.
LETTRE d'un Auteur Anonyme
aux Auteurs du Mercure .
Vous êtes fans doute furpris , Meffieurs
, du filence que je garde depuis
cinq ou fix mois. Il eft temps que je le
rompe , & que je le juftifie. Je ne vous
ai promis des Differtations que fur les
Pieces qui auroient du fuccès , & vous
fçavez que celles , qui depuis mon engagement
avec vous , ont réiffi fur le Theatre
François , n'ont pas encore été imprimées
; Inès de Caftro vient enfin de
l'être , je vous tiens parole.
Differ
D'OCTOBRE 1723. 645
Differtation Critique für Inès de Caſtro ,
de M. de la Mothe.
Le fuccès de cette Tragedie a été tel
qu'on auroit de la peine à en trouver
d'auffi brillant. Les Corneilles & les Racines
n'ont peut- être jamais été fi favorifez
du public que M. de la Mothe l'a
été. Ce n'eft pas que je prétende par là
placer l'éleve au - deffus des Maîtres ; il
m'en defavoüeroit lui-même , je le crois
affez modefte pour fe contenter de marcher
à leur côté.
Je ne prétends pas non plus condamner
le favorable accueil que tout Paris a
fait à Inès de Caftro ; jamais Piece n'a
plus intereffé le coeur , les larmes qu'on
y a verfées en font des preuves incontef
tables , mais cela ne fuffit pas pour conftituer
une bonne Piece ; un fond vicieux
peut être caché fous des beautez éblouiffantes
dont il eft revêtu ; cette efpece
de fard ne laiffe pas même de faire honneur
à la main qui l'a fi adroitement appliqué
: les admirateurs , de leur côté, ne
veulent pas avouer qu'ils fe font trompez
, & par amour propre , ils ne retrac-
Tent point leurs fuffrages.
Par fond vicieux , j'entends la Fable,
& non le fujet.
Av 11
646 LE MERCURE
Il n'en eft guere de plus heureux &
de plus Theatral que celui d'inès de
Caftro . Il eft fi intereffant par lui même
qu'il n'a pas eu befoin d'appeller l'art à
fon. fecours. Ainfi on ne doit pas être
furpris que M. de la Mothe ait un peu
negligé la verfification dans un Ouvra--
ge dont les feules fituations lui affurosent
le fuccès ..
Il auroit été à fouhaiter qu'il fe fut un
peu plus attaché à fa fable. Il me permettra
de dire que la vrai- femblance y
eft quelquefois bleffée. Je vais tâcher de:
le prouver.
Plan de la Tragedie d'Inès de Caftro..
Alphonfe , Roy de Portugal avoit
époulé en fecondes nôces une Reine de
Caftille , mere de Ferdinand . Ce Ferdinand
avoit une four appellée Conftance,
qui avoit fuivi fa mere en Portugal ,
pour être mariée à Don Pedre , fils unique
d'Alphonfe , & préfomptif heritier
de fa Couronne. Ce double mariage avoit
dû être celebré dans le mêine temps ,-
pour former un double lien entre les
Caftillans & les Portugais ; mais Don
Pedre qui ne pouvoit y confentir , attendu
les engagemens qu'il avoit contractez
avec Inès , fujette du Roy , fon pere ,
obtint
D'OCTOBRE 1723. 647
pas il
obtint qu'il fut differé. La guerre qui
étoit alors entre les Portugais & les
Affriquains fervit de prétexte à ce délai.
Il vouloit , difoit- il , fe rendre plus digne
de l'Infante de Caftille , par la gloire
qu'il le flattoit d'acquerir dans cette expedition.
Cette noble ambition ne fut
le fort des armes ,
démentie par
triompha des Affriquains , il revint chargé
de glorieufes dépouilles. Mais fa victoire
coûta cher à fon amour. Plus de
prétextes pour éluder le traité juré fo-
Temnellement entre les deux Couronnes .
Il trouva à Liſbonne l'Ambaffadeur du
Roy de Caftille , chargé des ordres de
fon Maître pour l'accompliffement du
traité. Alphonfe qui n'avoit pas prévû
Pobftacle fecret que le coeur de fon fils
devoit apporter à fes deffeins , affure
l'Ambaffadeur de Caftille , dans fon audience
de congé , d'un Hymen qui doit
être celebré dans le même jour ; mais la
Reine ne prend pas le change. Les froideurs
de Don Pedre pour Conftance lui
ont donné des foupçons dont elle fait
part au Roy fon époux . Alphonfe les
rejette comme mal fondez. Il ne peut
croire que fon fils ait d'autre volonté que
la fienne. Il s'en faut bien que la Reinet
foit fi credule. Elle obferve fi bien Don
Pedre & Inès , qu'elle fortifie les foup-
A vj.. çons.
648
LE MERCURE
çons. Elle declare à Alphonfe en prefence
de Don Pedre & d'Inès , que c'est.
l'Amour que fon fils a pour cette fujette
qui l'empêche de confentir à l'Hymen
de Conftance . Inès. veut envain le nier
Don Pedre l'avoue hautement. Alphonfe
irrité contre fon fils & contre Inès , fait
arrêter cette derniere comme la plus coupable
, & la remet entre les mains de la
Reine. Don Pedre craignant tout pour
fa chere Inès , fe met à la tête d'une troupe
d'amis , force le Palais , penetre jufqu'à
l'appartement d'Inès pour l'enlever.
Inès ne veut pas le fuivre , elle l'accable
de reproches mêlez de tendreffe , & parlà
elle donne à Alphonfe le temps de
diffiper les mutins , & de faire arrêter
fon fils ; il le condamne à la mort. Jufques-
là le mariage fecret de Don Pedre
& d'Inès n'eft connu que des fpectateurs ;
mais la condamnation de Don Pedre fait
enfin reveler ce grand fecret. Inès de
mande une audience au Roy , elle l'obtient
par l'entremise de Conftance. C'eſt
·la feule action que l'Auteur ait donnée à
cette Princeffe dans toute fa Piece ; mais
en récompenſe il lui a donné tant de vertu
qu'elle nous intereffe , malgré fon
inaction . Inès declare à Alphonfe fon
mariage avec Don Pedre. Alphonfe n'en
cft que plus irrité contre elle. Mais il ne
peut
D'OCTOBRË 1723.
649
peut tenir contre l'innocent ftratagême
dont elle ufe , en lui faifant prefenter deax
enfans , fruits de fon mariage clandeftin.
Alphonfe attendri à la vûë de ces enfans.
pardonne au pere & à la mere , il envoye
chercher fon fils , il embraffe Inès ;-
mais elle ne joüit pas long- temps des bontez
de fon Roy , elle fent les violens
effets du poifon que la Reine lui a fait
donner à l'infçû , même des fpectateurs..
Don Pedre qui vient pour remercier fon
pere du pardon qu'il lui a fait annoncer,
trouve fon époufe expirante ; il veut fet
tuer , on l'en empêche , & Inès le prie
en mourant de récompenfer la vertu de
Conftance en lui confacrant des jours
qu'elle a fauvez. Voilà quelle eft la conf
titution de cette Piece qui a fait verfer
tant de larmes ; & voici quelles font:
mes réflexions..
>
ACTE I.
Ce premier Acte n'eft guere charge
d'expofition ; mais il n'en a pas plus d'ac
tion .
Dans la premiere Scene Alphonfe prêt
à donner audience à l'Ambaffadeur de
Caftille , eft un peu furpris de voir que
fon fils ne le fuit pas , quoique très- intereffé
dans l'affaire qu'on y doit traiter.
Je
650 LE MERCURE
Je dis , un peu furpris , parce qu'il l'excufe
par cette frivole raiſon qu'il en
donne.
C
Mon fils ne me fuit point. Il a craint , je le
vois ,
D'être ici le témoin du bruit de fes exploits.
Dans la feconde Scene l'Ambaffadeur
de Ferdinand reçoit fon audience de congé
, quoiqu'il parle comme fi c'étoit une
premiere audience. Je ne vois pas quelle
neceffité il y a de le congedier . Ne vau
droit- il pas mieux qu'il fut témoin oculaire
de la celebration du mariage. L'Auteur
a eu les raifons pour le faire partir..
Il auroit fallu le faire agir dans la Piece ,
& cela n'entroit pas dans fon plan.
9
La Reine beaucoup plus clairvoyante
que le Roy , fait entendre à Alphonfe
qu'elle craint un peu de réſiſtance de la
part de Don Pedre , qui eft , dit - elle
prefque farouche auprès de l'Infante. Ce
peu & ce prefque femblent menagez par
Auteur plutôt que par la Reine , quis
ne parle guere par diminutifs , & qui ne
foupçonne que trop le mépris que Don
Pedre a pour fa fille. Alphonfe traite ces
ombrages de bagatelle . Voici comme il
excu'e fon fils.
C'eſt un heros naiſſant de fa gloire frapé ,
Et
D'OCTOBRE 1723. бут
Et d'un premier triomphe encor tout occupé
Bien-tôt n'en doutez pas une jufte tendreſſe ,
De ce fuperbe coeur diffipera l'ivreffe.
Ces quatre vers me paroiffent diame
tralement oppofez à ceux de la Scene precedente
, où Alphonfe dit que fon filscraint
d'entendre vanter fes exploits.
Comment allier la modeftie portée jufqu'à
l'excès , avec l'orgueil qui va juſqu'à
livreffe. Cette contradiction eft d'autant
plus frapante qu'elle eft d'une Scene às
l'autre la Reine ne fe paye pas de fi
mauvaifes railons , elle va au fait . Voici
comme elle s'explique :
:
Eh qui n'eut pas pensé qu'aujourd'hui fa prefence,
Dût de l'Ambafladeur honorer l'audience ?
Mais il n'a pas voulu vous y voir rappeller ,,
Des traitez
que
fon coeur refuſe de fceler.
Alphonfe qui devroit être frappé d'u
ne remarque fi judicieuſe , n'y prête pas
la moindre attention . Il eft toûjours per
fuadé que fon fils ne fçauroit lui defobéir;
& après avoir débité de très - bellesmaximes
fur l'aveugle foumiffion qu'on
doit à l'authorité fuprême , il quitte las
Reine , en lui difant qu'il va parler à fon
fils en Souverain.
Dans cette quatrième Scene , la Reine"
femble
652 LE MERCURE
femble parler à Inès , en perfonne parfai
tement inftruite de l'amour que Don Pedre
a pour elle. En effet , fans employer la
moindre adreffe à découvrir les fentimens
fecrets , elle lui dit brufquement:
Je le voi , ce n'eft point la Princeffe qu'il aime.
Il vous parle de vous.
Inès a beau le nier . La Reine en paroît
toûjours perfuadée. Mais qu'elle le foit
ou non ; voici comme je raiſonne . Si elle
eft fûre de l'amour de Don Pedre pour
Inès , elle en a dû avertir le Roy , &
lui fauver le nouvel engagement qu'il
vient de contracter avec Ferdinand en
la perfonne de fon Ambaffadeur. Si elle
ne fait que s'en douter , elle ne doit pas
effrayer Inès par les fanglantes menaces.
qu'elle fait contre celle qui auroit le malheur
d'être la Rivale de fa fille : eft- cela
moyen d'éclaircir fes doutes ? n'eft - ce
pas plus plutôt dire à la tremblante Inès ' ,
fi tu es cette malheureufe victime dévouée
à toute ma colere , prends fi bien tes
mefures que je n'en fçache jamais rien .;
le
La Scene entre Don Pedre & Inès eft
très- intereffante ; ce qu'on a remarqué
de trop brufque dans la precedente , a
fervi à rendre celle- ci plus chaude . Plus
La Reine a marqué d'emportement , plus
le
D'OCTOBRE 1723 653
le danger d'Inès s'eft accru à nos yeux.
Voici comment elle parle :
Pour comble de malheur la Reine me foupçonne
Si vous voyez la rage où fon coeur s'abandonne
Et tout l'emportement de ce couroux affreux ,
Qu'elle voue à l'objet honoré de vos feux , &c.
Le danger d'Inès s'augmente encore
par le crime d'Etat. Les fpectateurs apprennent
qu'il y a une Loy en Portugal ,
qui condamne à la mort toute fujette qui
ofera fe marier fecretement avec l'heritier
préfomptif de la Couronne. Quoique
cette Loy ne foit que de la façon de
Auteur , on ne laiffe pas de fentir , &
de s'intereffer d'après l'hypothefe , bonne
ou mauvaife . Le Tribunal tumultueux
confulte plus le coeur que la raifon , &
laifle au Tribunal tranquille le foin de
penfer que ce qui doit faire le noeud d'une
Piece demande un fondement plus fo
lide .
Don Pedre effrayé du peril de fa chere
Inès , lui confeille la fuite , mais elle lui
fait voir fagement que cette fuite d'écouvriroit
un fecret qu'ils ont tant d'intereft
à dérober à la connoiffance d'Alphonfe.
Don Pedre trouve qu'elle raifonne jufte ,
& la confirme dans le deffein de tenir .
leur amour fecret par ces vers.
J'z
654
LE MERCURE
J'y confens , chere Inès , Alphonſe va m’entendre
,
Cachez bien l'intereſt que vous y pouvez prendre.
+
Foible réfolution ! il va tout reveler
dans le fecond Acte , & qui pis eft , ſans
neceffité.
ACTE II.
La premiere Scene de ce fecond Acte
eft entre Alphonfe & Conftance. Le caractere
de l'Infante eft très - aimable , elle
aime Don Pedre , mais d'un amour le
plus fage , & le plus raifonnable qui fut
jamais. Elle ne Içauroit fouffrir qu'on
faffe la moindre violence au coeur de ce
Prince ; & après avoir avoüé au Roy
qu'elle aime l'Infant , elle le prie de ne
pas preffer un Hymen , où l'amour n'auroit
point de part du côté de Don Pedre.
Mais plus elle prie Alphonfe de differer
l'accompliffement du traité , plus il
fe croit engagé à le hâter. Elle fe retire
voyant venir Don Pedre que le Roy
a mandé,
de
Cette feconde Scene eft infiniment plus
belle & plus vive que la premiere. Alphonfe
fait entendre à fon fils qu'il eft temps
celebrer un Hymen qui n'a été que trop
long - tems differé. Il ajoûte qu'il eft furpris
de lui voir fi peu d'impatience pour poffe.
der
D'OCTOBRE 1723 . 658
"
der Conftance , & qu'il faille l'avertir,
& lui ordonner d'être heureux. Don Pedre
lui répond qu'il croyoit s'être aſſez
expliqué en fe taifant , & qu'il s'étoit
flatté que fon pere voudroit bien entendre
fon filence , & ne lui rien ordonner.
Ces dernieres paroles excitent le couroux
d'Alphonfe ; cependant il fe fait violence
, & dit à fon fils que fa bonté veut bien
encore fe diffimuler fa témerité. Il ajoûte
qu'il ne lui fait pas un crime de dérober
fon ame au pouvoir de Conftance , & d'avoir
un coeur inacceffible aux traits de la
beauté. Mais , vous figurez- vous , pourfuit-
il
Que ces grands Hymenées ,
Qui des enfans des Rois reglent les deſtinées ,
Attendent le concert des vulgaires ardeurs ,
Et pour être achevez veillant l'aveu des coeurs ?
Non , Prince , loin du Trône un penſer ſi bizarre.
Ces vers là font affez beaux , mais ils
ne me paroiffent pas aflez exacts. Que
veut dire le concert que fignifie le bi-
Zarre, L'un eft louche , & l'autre déraifonnable.
En effet , a - t'on jamais penſé
que ce foit un penfer bizarre que d'exiger
l'aveu des coeurs dans l'Hymen ?
Quoy de plus naturel ! Don Pedre comprend
૪૬૪
LE MERCURE
prend bien le faux de cette maxime ,
la détruit par ces quatre beaux vers.
Le plus vil des mortels diſpoſe de ſa foy ,
Cé droit n'eft- il éteint que pour le fils d'un Roy ?
Et l'honneur d'être né fi près du Diadême ,
Me doit- il en efclave arracher à moi- même.
Tout ce que Don Pedre continuë de
dire à Alphonfe devroit defarmer fon
couroux ; mais il eft trop efclave de fa
foy , pour la laiffer balancer à la tendreffe
paternelle. Voulez- vous , lui dit-il.
Que bien -tôt Ferdinand outragé
Nous jurant déformais une guerre éternelle ,
Accoure fe vanger d'un voifin infidelle,
Il s'en faut bien que ces trois vers me
paroiffent auffi beaux que les precedens .
J'y vois un bien- tôt , & un déformais qui
ne me ſemblent pas faits pour fe trouver
fi voifins l'un de l'autre ; accoure fe vanger
n'eft pas trop françois .
C'eft ici où Don Pedre juftifie l'ivreffe
de la gloire , dont fon pere a parlé dans
le premier Acte. Il l'invite à embraffer un
prétexte à de vastes conquêtes , à foumettre
la Caftille , & enfin à faire fubir à
wous fes voisins l'afcendant de fes nobles
deftins
D'OCTOBRE 1723 . 657.
deftins. Ce qui donne lieu à Alphonfe de
dire ces beaux vers du Cid.
Vos fureurs ne font pas une regle pour moi ,
Vous parlez en foldat , je dois agir en Roy.
Je conviens que ce dernier vers eft
mieux placé ici que dans le Cid. Mais
M. de la Mothe devroit fe contenter de
cette gloire , fans s'attribuer celle de l'avoir
fait , comme il le dit dans fa Preface.
Voici les
propres termes. J'ai laiffe
dans ma Piece un vers de Corneille que la
force de mon fujet m'avoit faitfaire auffi ;
& quand on m'a fait appercevoir qu'il
étoit du Cid , je n'ai pas crû me devoir
donner la peine de l'affoiblir pour le déguifer.
La beauté de ce vers n'eft pas audeffus
de la portée de M. de la Mothe ;
mais nous ne faifons pas tout ce qui eſt.
à nôtre portée ; & d'ailleurs il s'agit ici
d'un vers fi connu , qu'il n'eft pas poffi
ble l'Auteur d'Inès ne l'ait pas enque
tendu cent fois. N'auroit- il pas mieux
fait d'avouer qu'il l'a trouvé fi convenable
à la force de fon fujet , qu'il n'a pas
balancé un moment à l'adopter ou du
moins ne devoir-il pas fe douter un peu
que fa memoire qui eft des plus heureufes,
ne l'eut mieux fervi , qu'il n'auroit voulu .
Au refte rien n'eft fi beau que toutes les
maxi658
LE MERCURE
maximes d'Alphonfe fur les devoirs des
Rois envers les fujets . On ne les peut
rendre plus noblement. Je remarque feulement
un petit défaut dans ce dernier
vers.
Nous nous montrons leurs Rois moins
affaffins.
que leurs
L'affirmation du premier hemiftiche
nous prepare à quelque chofe qui caracterife
le Roy , & non l'affaffin . Il faudroit
que l'adverbe moins precedât le
nom de Roy , par exemple :
Nous nous montrons bien moins leurs·
Rois que leurs Tyrans .
Ce feroient là des minuties pour toute
autre ouvrage que celui d'un Académicien
; mais ce nom eft d'un dangereux
exemple pour des imitateurs trop refpectueux.
Voici deux vers qui ont toûjours
fait rire , peut-être faute d'avoir été bien
entendus.
Seigneur , ce que je fuis
Ne mepermet auffi qu'un mot , je ne le puis.
On voit affez que l'Auteur a voulu
faire entendre que Don Pedre étant déja
marié avec Inès ne pouvoit époufer Conftance.
Mais Alphonfe qui ignore cet
Hymen fecret , ne peut donner à cet équivoque
qu'un fens très - injurieux , fur- tout
après
I
D'OCTOBRE 1723. 659.
après avoir dit , en un mot je le veux.
Cette affectation de repeter en un mot ,
où l'équivalant n'eft pas excufable , d'au
tant plus qu'il eft precedé d'un ce que je
fuis , qui peut fignifier la condition d'heritier
préfomptif de la Couronne , comme
la qualité d'époux. Paffons à la troifiéme
Scene.
La Reine fondée fur de fimples conjectures
vient declarer que Don Pedre ne
refufe la main de Conftance , que parce
qu'il aime Inès . Alphonfe en eft frappé ;
mais cela n'iroit pas plus loin , fi Don Pedre
fçavoit auffi - bien fe taire qu'une
femme. Inès nie l'amour dont on veût
lai faire un crime , Don Pedre l'avouë
hautement par ces vers :
Ne défavoüez pas , Inès , que je vous aime ,
Seigneur , loin de rougir , j'en fais gloire moi
même.
Cette indifcretion me paroît d'autant
plus inexcufable qu'elle eft tout à fait
volontaire. Qu'on ne me dife pas que
Don Pedre y eft comme forcé par le mépris
que la Reine ſemble faire de ſa Maî
treffe par ces vers.
Le Prince féduit par fes foibles attraits ,
Et plus fans doute encor par beaucoup d'artifices.
Eft-ce là une railon affez forte pour
lui
660 LE MERCURE
lui faire rompre un filence gardé depuis
fi long- temps. Je dis plus , je ne puis
comprendre comment on a pû ignorer
pendant le cours de quelques années un
myftere , dont un Prince fi peu capable
de captiver fa langue étoit le premier
dépofitaire. Je conviens que cet aveu n'expole
pas Inès à la rigueur des loix , mais
il la livre à toute la fureur d'une mere
idolâtre de fa fille . Don Pedre ne l'ignore
pas , puifque voyant que le Roy , après
avoir ordonné qu'on arrête Inès , en confie
la garde à la Reine , il s'écrie avec
emportement :
O Ciel ! en quelles mains l'allez-vous hazarder ,
Vous expofez fes jours .
Cette réflexion lui vient un peu trop
tard. Inès eft arrêtée , il n'y va pas moins
que de fa vie ; mais , dira- t'on , ce n'eſt
qu'une imprudence qui a échapé à un
jeune Prince ; eft- ce là une faute à faire .
tant de bruit ? Je réponds que fi pareilles
fautes font permifes dans une Tragedie ,
l'art ne fera pas bien difficile , une imprudence
épargnera à l'Auteur la peine
d'imaginer des moyens pour découvrir
des fecrets importans. Un mot lâché le
tirera d'affaire , & il arrivera au dénouëment
fans obftacle. Finiffons cet Acte.
Le Roy impoſe filence à fon fils , & lui
ordonD'OCTOBRE
1723 . 661
erdonne de fortir. Don Pedre s'emporte
d'une maniere à jetter d'étranges foupçons
dans l'efprit d'Alphonfe. Voici les
propres termes .
Ah ! pour Inès tant de rigueur m'accable !
Je fors ,
à part ,
coupable.
mais je crains bien de revenir
Je conviens que l'aparte n'eft pas cenfé
être entendu. Mais ce qui le precede
doit allarmer le Roy , & fur-tout le , je
fors , prononcé , après fortez . Don Pedre
eft affez accoutumé à ces formules de
repetition qui ne font rien moins que refpectueules.
Comme l'Acte devroit finir
ici pour finir plus chaudement , je paffe
les deux Scenes qui fuivent celle- ci . Elles
ne font rien à la Piece.
ACTE III.
Alphonfe fait entendre à la Reine qu'il
a imaginé un moyen victorieux pour fortir
de l'embarras où Don Pedre vient de
le jetter , & pour penetrer dans le coeur
d'Inès : voici comme il parle.
Voyons Inès , fuivons ce que le Ciel m'inſpire ;
Dans le fond de fon coeur je me promets de lire .
Ceci nous prepare à un art de la part
B de i
662 LE MERCURE
1
de l'Auteur , & c'eft cet art que j'ay
trouvé à redire dans l'Acte precedent . La
Reine fort , chargée de faire venir Inès.
La Scene entre le Roy & Inès eft toutà-
fait Theatrale. Le Roy lui promet de
tout oublier , pourvû qu'elle veuille reparer
fa faute en époufant Rodrigue ,
Prince de fon fang. Inès n'y peut confentir
, & le fait entendre par ces vers
Et que me ferviroient les honneurs éclatans ,
D'un Hymen que jamais l'amour......
Alphonfe lui coupe la parole. L'impetuofité
de fa colere ne lui permet pas
d'en entendre davantage. Il lui reproche
l'ambition démesurée qui ne la fait pas
moins afpirer qu'au Trône de Portugal .
Il fait plus , il foupçonne l'Hymen clandeftin
, & le fait connoître par ces vers ,
en parlant de fon fils :
Que fçais- je même encor fi plus impatient
Au mépris de la loy , peut-être l'oubliant ,
Vôtre amour n'auroit pas reglé fa deſtinée ,
Et bravé le danger d'un fecond Hymenée.
Je ne fçais pourquoi M. de la Mothe
donne ce foupçon au Roy. Eft ce pour
augmenter le danger d'Inès ? Une fimple
' préfomption ne fait pas une conviction ;
les jours d'Inès n'en font pas plus expofez
,
D'OCTOBRE 1723 .
663
fez , au contraire le foupçon prematuré
la doir engager à prendre de nouvelles
mefures pour cacher fon crime . Je dis
plus le fpectateur qui dès le premier
Acte a été mis au fait de ce mariage , eft
fâché qu'Alphonfe fe mêle de le deviner
: il voudroit en fçavoir plus que l'Acteur
principal . D'ailleurs dans le cinquiéme
Acte Alphonfe fera moins étonné
d'apprendre ce qu'il aura déja foupçonné,
& pourroit dire froidement , je m'en étois
bien douté. Mais c'eft trop s'arrêter à
des peccadilles , à mesure que nous irons
en avant les inconveniens fe multiplieront
, & ils donneront lieu de faire des
remarques plus importantes. La Reine
vient toute éperdue . Elle annonce au Roy
que Don Pedre eft déja dans la place ,
fuivi d'un peuple rebelle. Le Roy s'écrie,
Malheur que je n'ay, pû prevoir , ni prevenir.
C'eft envain que par ce vers il prétend
s'excufer , ou plutôt difculper l'Auteur
; fon fils lui en a affez fait connoître
par fon adieu peu refpectueux , pour
l'obliger au moins à faire obferver ce
jeune emporté. Nous l'avons remarqué
dans l'Acte precedent. Alphonfe fort
pour aller reprimer les feditieux.
La Reine continue à dire des injures à
Inès . Elles ne lui coutent rien . Don Pe-
Bij dre
664
LE MERCURE
dre qui a forcé le Palais , & qu'elle voit
venir l'épée à la main , l'oblige à fortir
pour aller voir ce que devient le Roy.
Voici une Scene qui nous étale une
vertu la plus déraisonnable qui fut jamais .
Don Pedre vient prier Inès de fe fauver
avec lui. Il eft en droit de le lui commander
comme fon époux , mais elle eft fourde
à tout ce qu'il lui dit de plus touchant,
Il eft vrai que fes injuftes refus font pompeufement
exprimez . Non , dit elle ,
fon
Ne l'efperez pas ;
Prince , je crains le crime , & non pas le trépas.
Il eft beau qu'elle foit infenfible pour
propre danger ; mais l'humeur inflexible
d'Alphonfe la doit allarmer pour
fon mari . Rien ne me paroît plus raifonnable
que ce que ce Prince lui dit.
Laiffez- moi mettre au moins vos jours en ſeureté:
Je ne crains que pour vous un Monarque irrité .
Laiflez-moi remporter ce fruit de mon audace ,
Et je reviens alors lui demander ma gracę.
J'écoute -jufques- là l'inflexible couroux ,
Et ne puis rien fur moi tant que je crains pour
vous.
Voilà des raifons qui paroiffent dictées
par la fageffe. Mais Inès eft vertueufe
jufqu'à
D'OCTOBRE 1723. 665
jufqu'à la barbarie. Allez , lui répondelle
,
Allez defavouer de coupables tranfports ,
Pour prix de mon amour , donnez-moi vos remords
;
Mais fi vous m'en croyez moins qu'une aveu
gle rage ,
Je demeure en ces lieux , & j'y fuis vôtre ôtage.
Quel dommage que de fi beaux vers
folent fi mal employez ! La vertu d'Inès
n'eft elle pas plus aveugle que la rage
prétendue de Don Pedre ? Il ne veut que
la mettre en feureté , & il revient le jetter
aux pieds de fon pere. La fureur s'explique
t'elle de même ? Je fçais que l'Aureur
avoit befoin pour faire la Piece que
Don Pedre tombât entre les mains d'Alphonfe
; mais quoi de plus facile que de
le faire arrêter fur le point de fe fauver
avec Inès . La vertu de cette derriere en
auroit été moins ébloüiffante , mais plus
fage.
Le Roy vient , il ordonne à fon fils de
rendre fon épée , ou de lui en percer le
fein. Le fils refpectueux fremit de l'alternative
, il jette fon épée aux pieds de fon
pere ; mais voyant que fa foumiffion ne
l'attendrit pas , & qu'il menace également
les jours d'Inès & les fiens , il fe
B iij livre
666 LE MERCURE
livre tout entier à fes tranfports , jure de
tour perdre , fi l'on ofe attenter fur les
jours de fa chere Inès , & cependant tout
defefperé qu'il eft , il ne laiffe pas de
faire une exception pour Alphonfe , &
pour Conftance qui devroit lui valoir fa
grace. Le Roy le fait arrêter.
ACTE I V.
Voici l'Acte qui donne plus de matiere
aux réflexions critiques. Alphonfe
dans un Monologue fe convaint lui- même
de la tendreffe de fon fils par cette
apostrophe.
J'ay du moins reconnu que malgré ton yvreffe ,
Tu n'as point pour ton pere étoufé ta tendreſſe
J'ay vû qu'au defefpoir de me defobéir ,
Tu mourrois de douleur fans pouvoir me haïr."
Voilà le pere qui parle , mais le Roy
s'explique bien autrement. Ah ! dit il ,
Quittons le Diadême , ou vengeons- en les droits .
Le Roy a donc prononcé l'Arreft de
mort , mais cet Arreft n'eft pas irrevocable.
Il y a un temperament à prendre.
Si Don Pedre confent à époufer Conftance
, le crime d'Etat difparoî , & laiffe
agir le pere en liberté. Nous l'allons voir
dans
D'OCTOBRE 1723. 667
dans la Scene fuivante. Don Pedre mandé
par Alphonfe vient. Voici comment
lui parle ce Monarque , moitié Roy ,
moitié pere.
Un repentir fincere
Peut me rendre mon fils , & va vous rendre un
pere ,
C'eſt moi qui vous en prie , & dans mon tendre
effroy ,
Je cherche à vous flechir , moins pour
pour
moi :
Vous que
J'oubliai tout enfin ; dégagez ma promeffe :
Il faut aujourd'hui même époufer la Princeſſe ,
Et fi vous refufez ce noeud trop attendu ,
Je mourrai de douleur , mais vous êtes perdu.
Si Alphonfe fe contentoit d'un repentirfincere,
comme il nous le fait d'abord
entendre , l'accommodement feroit bientôt
fait. Le coeur de Don Pedre n'ayant
point de part au crime d'Etat , il n'auroit
pas même befoin de repentir ; mais
ce qu'Alphonfe lui demande n'eft pas en
fon pouvoir , quand il ne feroit qu'Amant
d'Inès , il fe deshonnoreroit aux
yeux de fon Pere , comme. il le lui dit
lui - même , s'il ne fe refolvoit à épouser
Inès que par la crainte de la mort. I
refufe d'obéïr , le Confeil eft mandé , &
B iiij
c'eft
+
戳
+
668 LE MERCURE
c'eft fur ce refus , & non plus fur le cri
me d'Etat , que l'on va le juger .
Voici une Scene déliberative qui me
paroît ce qu'il y a de plus dérailonna- .
ble dans la Piece. En effet , quels Juges.
Alphonie a-t'il choifis pour condamner ,
ou pour abfoudre fon fils ? Rodrigue &
Henrique. Le premier eft fon Rival . Le
fecond lui a obligation de la vie. Le premier
doit naturellement le condamner ,
le dernier doit l'abfoudre. Tout le contraire
arrive ; mais le choix du Roy en
eft-il moins condamnable ? Tout ce qui
le peut excufer , c'eft que fi l'un des
deux condamne fon fils , l'autre l'abfoudra
, & par là il ne fera ni condamné ,
ni abfous. C'eft donc partie à remettre.
Ce n'eft donc pas la peine d'affembler le
Confeil . Je dis plus , entre deux jugemens
oppofez , le plus doux doit l'em--
porter. Point du tout. Alphonfe ne ſe
détermine pas felon les loix ordinaires ;
il panche du côté de la feverité , & pour
palier l'irregularité de cette procedure ,
il commente , comme il lui plaît , le fi
lence & les pleurs des autres Juges . Voici
comment il s'explique.
Je croi trop vos confeils . Ce filence , ces pleurs ,
M'annoncent mon devoir en plaignant mes malheurs
:
Je condamne mon fils. 11
D'OCTOBRE 1723. 669
Il femble fe hâter de prononcer l'Arreft
de peur que ces derniers Juges
pleurans & taciturnes ne lui difent que
la fureur d'un frenetique qui veut le
Couper un bras , eft le feul malheur qu'ils
plaignent. D'ailleurs quand ils donneroient
à leurs larmes le fens qu'il devine
; ne leur a t'il pas fait connoître qu'il
veut abfolument que fon fils periffe par
les louanges exceffives qu'il a données au
jugement trop fevere d'Henrique , &
par le peu de cas qu'il a fait des fentimens
genereux de Rodrigue. J'ajoûte à
cela qu'un pere doit fe recufer lui - même
, quand il s'agit d'abfoudre ou de
condamner fon fils . Quoiqu'il en foit Don
Pedre eft condamné. Conftance n'a point
d'autre reffource pour fauver fon amant,
que de prier fa plus irreconciable ennemie
, c'eft la Reine , de demander fa grace.
Elle la preffe de fuivre le Roy qui
fort en gemiffant. Voici ce que la Reine
lui répond.
A
Je le fuis , de mes foins attendez le fuccès ,
Et fiez-vous à moi de vos vrais intereſts.
·
t
Je crois que Conftance ne fe fie pas
trop à
une promeffe fi équivoque &
qu'elle n'a donné cette commiffion à fa
cruelle mere , que pour prendre , s'il fe
Bv peut ,
670 LE MERCURE
peut, des mefures plus efficaces avec Inès ,
qu'elle envoye chercher fur le champ .
Ines lui dit qu'elle efpere fauver Don
Peare , fi elle peut obtenir un moment
d'audience du Roy. Conftance lui promet
de ne rien oublier pour cela. Nous
allons voir dans le dernier Acte ce que
cette entrevûë produira.
ACTE V.
Voici fans contredit l'Acte triomphant,
& qui a le plus contribué à ce fuccès
étonnant , dont le Theatre François nenous
fournit prefque point d'exemple
depuis fon établiffement. Je paffe les
deux premieres Scenes qui n'y font que
pour faire nombre , & je viens d'abord à
celle qui fe paffe entre Alphonfe & Inès.
Cette derniere juftifie Don Pedre de la
maniere du monde la plus pathetique.
Elle ne fe contente pas de preffer Alphon
fe comme pere , elle l'attaque comme
Juge par ces quatre vers .
C'eft à moi d'éclairer la juftice d'Alphonfe ,
Que fur la verité vôtre bouche prononce.
Ces crimes qu'aujourd'hui pourfuit vôtre couroux,
Le devoir les a faits , le Prince eft mon époux.
Alphonfe eft plus étonné de cet aveu ,
qu'il
D'OCTOBRE 1723. 671
qu'il n'en eft attendri . Inès a bien prévû
que cela ne fuffiroit pas pour defarmer
fon inflexible Juge , auffi a - t'elle preparé
un nouveau genre de pathetique ; c'eft de
faire venir deux enfans , chers gages de
fon Hymen avec Don Pedre. Les enfans
arrivent enfin conduits par une Gouvernante
, Inès leur ordonne de ſe jetter avec
elle aux pieds du Roy à qui elle dit :
Ils ignorent le fang dont le Ciel les fit naître ;
Par l'Arreft de leur mort faites - les reconnoître ;
Confommez vôtre ouvrage , & que les mêmes
coups ,
Rejoignent les enfans & la femme & l'époux.
Voilà de ces coups de Theatre , aufquels
on peut appliquer ces vers de Mithridate
:
Et pour être approuvez ,
De femblables projets veulent être achevez.
J'avouë de bonne-foi que je tremblai
pour l'Auteur , à l'approche de cette
Scene des Enfans , fur laquelle on m'avoit
déja prévenu ; je jugeai qu'elle feroit
rire & pleurer en même temps , & je
craignis que les ris ne l'emportaffent fur
les pleurs . Le Contraire eft arrivé , j'en
fais mon compliment à M. de la Mothe ;
mais je lui confeille d'ufer fobrement de
B vj pareil.
672
LE MERCURE
pas
pareilles hardieffes : toutes les témeritez
ne font fi heureufes. Alphonse ne peut
envifager ces innocentes victimes fans
attendriffement , que dis- je ? c'eſt peu
de s'attendrir , il devient par jure en leur
faveur. Je n'avance rien que je ne prouve
par les vers mêmes de la Piece . Voici
ce qu'Alphonfe a dit à Inès dans le troifiéme
Acte , au fujet de la loi qui condamne
à la mort toute fujette qui ofera
fe marier avec l'heritier préfomptif de la
Couronne.
Qui pour
C'elt vôtre même ayeul , dont je vante la foy ,
l'honneur du Trône en a dicté la loy ,
Et juſques fur fon fang, s'il fe trouvoit coupable,
Me força d'en jurer l'exemple inviolable.
Voilà donc une loi , dont le Legifla
teur ne peut fe difpenfer fans être parjure.
L'Auteur auroit pû facilement éviter
cet inconvenient , d'autant plus que cette
loi eft purement de fa façon ; il n'avoit
qu'à en faire une loi ordinaire , & qui
ne fût pas fortifiée d'un ferment qui la
dût rendre inviolable.
Alphonfe pardonne à fon fils , il reconnoît
Inès pour fa fille ; Don Pedre
vient remercier fon pere , mais malheureufement
il trouve Inès mourante. On
juge qu'elle a été empoisonnée , fans
qu'on
D'OCTOBRE , 1723. 673
d'en
qu'on puiffe fçavoir quand , ni comment ,
ni par qui. Alphonfe ne laiffe pas
foupçonner la Reine , fans en avoir d'aur
tre preuve que ce vers d'Inès ..
Voilà , Seigneur , ce qu'á craint vôtre fils.
#
Je paffe fous filence une objection que
bien des gens ont faite. C'eft que fi Inès
avoit découvert fon Hymen fecret , dès
le fecond ou troifiéme. Acte , la Piece
auroit eu deux Actes de moins : il refte à
examiner fielle l'a dû. On foutient qu'oüi ,
& voici furquoi on prend l'affirmative .
Don Pedre convaincu de crime de fellonie ,.
& arrêté en confequence , Inès n'a plus de
fecret à menager dès la fin du troifiéme
Acte . Il ne s'agit que de fon propre peril ,
qu'elle doit compter pour rien . On répond
que Don Pedre eft veritablement convain
cu & arrêté,mais qu'il n'eftpas encore condamné.
Mais qui répondra à Inès que la
Reine ne l'empêchera pas de parler à Alphonfe
? il y a quelque chofe à dire à tout
cela , c'eft un problême à réfoudre , fur
lequel je n'ofe hazarder mon jugement.
Au refte , je prie mes lecteurs d'être
perfuadez que la paffion n'a point de part
à mes réflexions. J'eftime infiniment
M. de la Mothe , mais j'aime encore plus
la verité : Je la cherche par tout , &
quand je me crois affez heureux pour l'a
voir
+
674 LE MERCURE
voir trouvée , je tâche de faire part de
mes découvertes , dans la feule vûe d'engager
les Auteurs à perfectionner un Art
qui fait tant d'honneur à la France , &
que les Corneilles & les Racines ont
porté auffi loin que les Sophocles & les
Euripides. M. de la Mothe marche fur
leurs traces avec beaucoup de gloire. Il
fait bien , mais la nature lui a donné dequoi
faire mieux . J'ai avancé au commencement
de ma lettre qu'il a un peu
negligé la verfification d'Inès. Ce feroit
ici le lieu de le prouver , ce qui n'eft pas
difficile ; mais je ne fuis déja que trop
long. Je finis en vous affeurant , Mel
fieurs , de la fincere eftime ayec laquelle
je fuis , &c.
Ce 8.
Septembre 17230
BOUTSD'OCTOBRE
1723. 675
BOUTS-RIMEZ fur les differentes
occupations des hommes.
P
Our devenir puiffant l'un forme une Cabale
L'autre aux appas d'Iris paye un tendre Tribut ,
Le fouffleur , d'un creufet voit fon or qui s'Exhale,
Le nocher fur Thetis va rifquer fon Salut.
L'un s'occupe à bâtir un ſuperbe
Dédale ;
Le trait que guide l'oeil , par l'autre atteint auBut,
Des tons harmonieux l'un regle l' Intervalle ,
L'autre , grimoire en main , invoque Belzebuth
L'un Saphifte fubtil avance unt
Paradoxe
L'autre lit dans les Cieux ce qui fait l'Equinoxe,
Le Marchand fur le Drap marque le
Le Soldat aguerri fous terre ouvre une
Le Magiftrat pâlit "fur Cujas , fur Guy
Numero
Sape
Pape
Mais pour qui fonge à Dieu tout n'eft qu'un pur
Zeno
PLAI
676
LE MERCURE
MMMMMMML
PLAID OYERS
DES RHETORICIENS , & c.
Le feizième jour du mois d'Aouft , le Reverend
Pere Porée fit plaider unë cauſe
très- intereffante par de jeunes Ecoliers
du College de Louis le Grand. On fçais
que tout ce qui part de fa main eſt achevé
; & nous esperons que le public nous
fgaura quelque gré de lui donner un
extrait de ce dernier ouvrage.
Lnaire , expole en peu de mots le fu-
E Juge dans un Difcours prélimi
jet qui doit fournir de matiere aux cinq i
Plaidoyers qui fuivent. -
BASILIDE , Citoyen de cette Ville ,
non content de remplir avec exactitude
tous les devoirs d'un fidele fujet , a conçû
un deffein digne de fa generofité , digne
de fa patrie , & digne encore , on ofe le
dire , des vertus de nôtre jeune Monärque.
C'eft peu pour lui de brûler d'un
zele ardent pour l'honneur de ſon Roy
il veur le faire paffer dans le coeur de fes
Concitoyens. Dans cette vûe il promet des
récompenfes confiderables à ceux qui
propoſe.
C
D'OCTOBRE 1723. 677
propoferont les moyens les plus propres
à étendre & à immortalifer la gloire
de fon Prince . Entrez dans les vûës de
Bafilide ( ajoûte- t'il , en adreffant la
parole aux Avocats ) vous qui vous flattez
d'avoir heureufement trouvé ce qu'il
cherche avec empreffement : expoleznous
ce que vôtre efprit vous fuggere de
plus convenable à fon deffein. Songez à
la gloire du Prince , c'eft vôtre premier
objet : fongez à l'honneur de cette Ville ,
il eft intereffé dans cette caufe : fongez
à vos propres interefts ; ils feront d'autant
plus en feureté que vous ferez pa- ·
roître un plus grand defintereffement.
L'Hiftorien le prefente le premier , &
s'attache dans fon Plaidoyer à faire voir
que la voye la plus fure pour faire paffer
aux fiecles à venir les vertus naiffantes .
que nous admirons dans Louis XV. eft de
les confier à l'Hiftoire. Ce qu'il eft facile
de démontrer , ajoûte- t'il , pour peu qu'on
fafle attention que l'Hiftoire procure la
gloire la plus veritable , & la plus durable.
Il entre dans fa premiere partie par des
réflexions très- ingenieufes fur le peu peu de
creance que meritent les éloges figurez:
de l'éloquence , les fictions obligeantes
de la Poëfie , & les louanges que prodigue
la flatterie des courtifans, Oppofant
enfuite
678 LE MERCURE
>
enfuite à des éloges ſi ſuſpects , la verité
des louanges que donne l'Hiftoire. L'Hiftorien
, dit-il , fidele aux regles de fon
Art , ne diffimule point les défauts ; il
rend compte des vices auffi bien que des
vertus , des égaremens , aufli bien que des
Juftes démarches , des chûtes auffi bien
que des progrès. En un mot, loin de prefenter
un Heros imaginaire qui n'ait rien
de l'homme , il fait fouvent appercevoir
l'homme dans le Heros. Mais le Heros
pour être vû tel qu'il eft , ne perd rien
de fa gloire fes fautes expofées avec fincerité
rendent fes vertus plus croyables ,
fes bonnes qualitez font , pour ainfi dire ,
accreditées par les mauvailes , & il paroît
d'autant plus vrai Heros qu'on le reconnoît
veritablement homme.
Ce qu'il dit à cette occafion des por
traits de Cefar & d'Augufte , tels que
nous les ont tracez les Hiftoriens , eft trèsjudicieux
vous n'avez pû leur refuſer
vôtre eftime : pourquoi C'eft que la
même plume qui vous traçoit leurs nobles
fentimens , vous avoit décrit leurs violences
& leurs foibleffes . Si vous n'aviez
lu dans leurs vies que des prodiges de valeur
& de bonté ; des vertus fi foutenues,
& fi peu reffemblantes aux vertus humaines
vous feroient devenues fufpectes. Des
hommes vertueux fans mêlange vous auroient
D'OCTOBRE 1723. 679
foient
des phantômes , vous les au- paru
riez peut- être admirez davantage , mais
vous les auriez moins eftimez.
la
La feconde partie auffi belle que
premiere , eft employée à relever les avantages
de l'Hiftoire fur l'Eloquence & la
Poëfie , non- feulement pour la folidité
mais encore pour la durée de la gloire
qu'elle procure.
Qu'eft- ce en effet , demande le Défenfeur
de l'Hiftoire , que la plupart des éloges
que l'on porte aux pieds du Trône
finon un encens leger , qui flatte pour un
moment les fens fins & délicats , & fe
diffipe prefqu'auffi tôt fans laiffer aucune
trace de fenfation ? On ne conferve pas
long- temps le fouvenir d'un Panegyrique,
où les mots arrar gez avec foin , & prononcez
avec art , forment une espece
d'harmonie qui frappe agreablement l'o
reille, & fe perd incontinent dans les airs.
Il arrive rarement que les loüanges diftri-.
buées par les Poëtes , perdent croyance
dans l'efprit des lecteurs ; mais pourquoi ?
c'eft qu'on les a toûjours regardées comme
des menfonges ingenieux que l'art in
vente , que l'adulation compofe , que
l'intereft prefente , que la vanité reçoit ,
& que la verité répreuve. Ces portraits
fatyriques font enrichis d'exemples citez
très-à-propos ; on les tranferiroit volontiers
680 LE MERCURE
tiers , fi on ne craignoit de fortir des bor
nes qu'on doit fe preſcrire dans un ſimple
extrait.
Delà paffant aux avantages de l'HiLtoire
, il la compare à ces monumens antiques,
qui, en perdant leur premier éclat,
ont acquis de la veneration . Elle feule
peut fe vanter à jufte titre de conferver
à fes Heros le dégré d'estime qu'elle a
içû leur acquerir dès fa naiffance. Les
années ne diminuent rien de fon credit ,
elles l'augmentent au contraire , & plus
elle vieillit , plus elle devient refpectable.
L'Hiftorien fait par une objection
qu'il le fait à lui- même fur la décadence
de la langue. Cette crainte , dit- il , eft- refervée
à nos Orateurs , & à nos Poëtes
qui
qui tirent leur principal merite des fleurs
du langage. L'Hiftoire tirant fon prix de
l'importance des faits , fubfiftera jufques
dans les ruines de la langue & de fes agrémens
.
Acceptez donc , Meffieurs , c'eft la
conclufion de tout le Difcours , ) acceptez
le moyen que l'Hiftoire vous preſente
, comme le plus capable d'éterniſer la
gloire de nôtre Roy , & nôtre zele pour
fes intereſts.
&
L'Orateur entre dans la carriere ,
dans un Exode très-bien tourné , fe plaint
qu'on fe ferve des armes que fournit l'Eloquence,
D'OCTOBRE 1723. 681
quence , contre l'Eloquence méme . Rien,
felon lui , ne contribuera davantage à la
gloire de nôtre Roy , que de marquer
un jour , qui tous les ans foit confacré
par l'éloge public de Louis XV. Ce
Panegyrique procurera au Prince , la
louange la plus délicate , & la plus
éclatante.
L'Orateur fuivant la methode de l'Hif
torien , cherche à s'élever aux dépens de
l'Hiftoire & de la Poëfie. L'une , à fon
gré , prefente des met fi peu folides
qu'ils reffemblent à des viandes creuſes ,
qui ne peuvent fatisfaire que des perfonnes
qui fe repaiffent de vent. L'autre offre
un aliment plus folide ; mais fi maigre
fi fec , & quelquefois fi crû , qu'il n'ek
bon que pour des eftomachs dévorans , &
capables de confumer la nourriture la
plus indigefte.
Il infifte davantage fur le paralelle de
l'Eloquence & de la Poëfie. Le Panegyrique
lui paroît un genre d'éloge , où les
loüanges font mieux affaiffonnées &
tournées d'une maniere plus propre à les
faire goûter , non -feulement de ceux à
qui elles s'adreffent , mais encore des perfonnes
qui les lifent ou lès écoutent. Témoins
Augufte & Jules Cefar. Celui - ci
fe laiffe défarmer par les charmes de l'Eloquence
; celui- là rejette avec indignation
".
682 LE MERCURE
tion des vers , où le Poëte le met au rang
des Dieux. Témoins Pline & Claudien
lequel de ces deux écrivains, demande - t'il ,
trouve aujourd'hui plus de lecteurs ? je
n'ofe vous dire , Meffieurs , que j'apprends
peut être à plufieurs d'entre vous qu'il y
a quatre éloges de Claudien , écrits en
vers; tandis que perfonne de vous n'ignore
qu'il y a un Panegyrique de Trajan ,
écrit en Profe.
Dans la feconde partie un peu plus étendue
que la premiere , l'Orateur tire l'éclat
du Panegyrique de plufieurs circonftances
qui lui font propres , & qui ne
conviennent , ni à l'Hiftoire , ni à la Poëfie
; fçavoir , de l'appareil de l'action :
de la diverfité , du choix , & du merite
des perfonnes affemblées de tous les Ordres
& de tous les Etats , & de la nature
du Difcours. Cette derniere raifon eft
mife dans un très- beau jour. Qui peut relever
davantage la gloire d'un Prince
qu'une Harangue publique où il eft reprefenté
tel qu'il eft , & auffi grand qu'il
eft ? où l'on ne fe contente pas de rapporter
d'une maniere fimple & feche fes
paroles & fes actions , comme fait l'Hiftorien
, mais où l'on a foin de les mettre
dans tout leur jour , & d'en découvrir
les motifs & le principe 2 où l'on n'expopas
feulement les traits de majefté ré-
Le
pandus
D'OCTOBRE 1723. 683
pandus dans fon exterieur ; ainfi que
pourroit faire un Sculpteur habile ; mais
où l'on développe les penfées les plus
fubtiles de fon efprit , & les mouvemens
les plus fecrets de fon coeur ? Quelle idée
ne conçoit- on pas alors des vertus du
Monarque ? Quels hommages ne rend-on
pas interieurement à fes qualitez Heroïques
? Quels applaudiffemens ne donnet'on
pas à fes louanges ? Quels fentimens
d'admiration , de refpect , d'amour , de
veneration , fe fuccedent tour à tour dans
l'ame de l'auditeur ? Combien s'eftimet'on
heureux d'obéïr à un maître fi digne
de commander , de vivre fous un Roy
qui dans l'âge le plus tendre veut être le
pere de fes peuples ? qu'il eſt doux alors
de joindre la voix aux acclamations qu'excite
un éloge fi vrai , fi jufte , fi legitime.
Ces raifons très-folides font encore
appuyées de l'ufage conftant de Rome
d'Athénes , & de cette celebre Académie
, qui pour éternifer la memoire de
fon illuftre Fondateur , lui a décerné un
éloge autant de fois renouvellé , qu'il entre
de nouveaux membres dans fon augufte
corps.
Plus éloignez , dit l'Orateur en finiffant
, plus éloignez que ces fameux Aca
démiciens du Soleil Levant qui éclaire la
France ,
684
LE
MERCURE
France,ne foyons pas moins attentifs à con
fiderer les progrès de cet aftre lumineux,
ni moins prompts à nous laiffer échauffer
de fes rayons. Pour moi , continuë - t'il ,
j'en fuis tellement enflâiné , qu'à l'exemple
de cette ftatuë , que le Soleil rendoit
éloquente , en la frappant de fes rayons ,
je crois que ma langue deviendra affez
differte pour celebrer l'aftre naiffant qui
s'avance à pas de Geant pour fournir fa
carriere.
Le Poëte fenfible à l'outrage qu'avoit
reçû la Poëfie dans les Portraits Satyriques
qu'en avoient fait l'Orateur & l'Hiftorien
, s'abandonne au feu de fon imagination.
Il foutient avec cet air d'affurance
qui lui eft propre , que les vers offrent
la gloire la plus fublime , & la plus
prompte à fe répandre , fon ftile feul eft
de nature à faire connoître que la loüange
offerte par la Poëfie eft la plus fublime.
Par tout on y voit des traces de ce feu
divin qui échauffe les Poëtes , qui les
tranfporte, qui les déifie en quelque maniere.
Les trois premiers Avocats occupez à
fe difputer la victoire , fembloient negliger
le Sculpteur . Il parla après eux , &
le fit avec tant de grace , qu'il mit dans
fes interefts la plus grande partie des auditeurs.
D'abord il s'excufe avec beaucoup
de
D'OCTOBRE 1723. 685
"
de modeftie de ce qu'il ofe entrer en concurrence
: Apollon le Dieu des Sciences
, dit-il fort plaifamment , devint autrefois
d'Orateur Maffon , pourquoi de
Sculpteur ne pourrois - je pas devenir
Orateur?
Après avoir pris cette précaution qu'il
jugeoit neceffaire , il entre en matiere , &
fait voir dans les deux parties de ſon Diſcours
, qu'une Statue érigée en l'honneur
du Prince , eft le monument le plus populaire
& le plus noble.
C'eſt le monument le plus populaire.
Il eft vrai , une Hiftoire , un Poëme , une
Harangue , font connoître le Prince aux
Sçavans. Mais le Roy n'eft il donc que
le Roy des Sçavans ? Un Monarque qui
fait le bonheur de tous les fujets , ne
doit-il pas être connu de tout fon peuple ?
La Statue feule parle à tous ceux qui
veulent l'entendre. C'eft un livre toùjours
ouvert où le fçavant & l'ignorant
peuvent lire le recit des actions immortelles
des Heros. Quand on voit , par
exemple , ces Statues antiques qui ont
fait l'ornement de l'ancienne Rome , &
font aujourd'hui l'admiration de la nouvelle
, n'aime. t'on pas à fe rappeller ce
qu'elles nous apprennent depuis tant de
fecles ? Ce vieillard , dit- on , fut le bouclier
de la patrie , qu'il mit à couvert de
C la
686 LE MERCURE
la fougueule impetuofité d'Annibal , il
rétablit les affaires de l'Erat en temporifant
; & trouva le moyen de vaincre fans
combattre. Celui- ci étoit un foudre de
guerre Rome fut la nuë dont il fortit,
& Carthage la montagne dont il abbatit
l'orgueil , fans toutefois la réduire en
cendres.
Celui- là , premier Empereur des Romains
, merita le laurier dont il eſt couronné.
Rien n'eut manqué à la gloire de
fes armes , fi la caufe en eût été plus
jufte , il fut regardé comme un Tyran ,
& les meurtriers comme des parricides.
Cet autre monta fur le Trône à travers
le carnage , s'y affermit par les profcriptions
, commença à être humain , quand
il n'eut plus rien à craindre , & gouver
na l'Empire avec tant de moderation
qu'il força l'univers d'avouer qu'un tel
Prince ne devoit jamais naître , ou qu'il
ne devoit jamais mourir.
Peut- on douter que la Statuë de Louis
XV. placée au milieu de nous , ne devienne
auffi éloquente , & ne rappelle à
nos efprits toutes les qualitez qui le rendent
aimable & refpectable ? Le voilà
dirons- nous , ce Roy que le. Ciel en nous
puniffant la de tant de Princes
par perte
a confervé pour faire le bonheur & les
délices de la France ! C'est lui qui doit
>
nous
D'OCTOBRE 1723 .
687
nous faire voir fur le Trône la grandeur
d'ame de fon Bifayeul , la bonté de fon
Ayeul , la fageffe & la pieté de fon Pere .
Il n'a regné de fi bonne- heure , que pour
nous rendre plus long-temps heureux ,
fon regne eft celui de la paix ; nous l'avons
vû commencer , puiffions- nous ne le
voir jamais finir.
Que fi ce langage ne paroît pas fuffifant
, dit le Sculpteur à la fin de fa premiere
partie , on peut fuppléer à ce qui
lui manque par une infcription.
La Statue eft encore le monument le
plus noble. Elle tire fa nobleffe de trois
fources. 1 ° De la nobleße des perfonnes
à qui on la confacre. Jamais un Sculpteur
ne fit une Statuë en pied , encore
moins une Statue equeftre pour un homme
nouveau qui n'a fouvent d'autre merite
que celui de foutenir avec hauteur
un rang acheté par des baffeffes. Un tel
honneur eft réservé aux Heros , & aux
demi-Dieux , le bronze & le marbre font
trop nobles pour fe prêter à des condi
tions vulgaires.
2º De l'authorité qui la décerne. Un
Auteur peut vendre fon encens . Mais un
Sculpteur n'eft pas maître d'ériger d.s
monumens à toutes fortes de perfonnes ,
il faut qu'il foit authorifé par le Magif-
Cij 3° Du
truc.
688 LE MERCURE
33° Du lieu où elle eft placée. Ce n'eft
point dans l'obfcurité d'une Bibliotheque
, mais dans la place publique ; afin
que le Prince foit au milieu de fon peuple
, comme un pere au milieu de fes
enfans. C'eſt à la face du Ciel , afin qu'on
reconnoiffe qu'un bon Prince eft un prefent
des Cieux .
Ordonnez donc , Meffieurs , dit- il en
finiflant , que la Statuë de Louis XV.
foit érigée dans le lieu le plus apparent
de vôtre Ville. Que ce jeune Monarque
foit repreſenté entre Bellone & la Paix ,
preferant l'olivier de l'une au laurier de
l'autre. Ou bien qu'il paroiffe couronné
par les mains de la Religion , & foulant
aux pieds les vices qui ont coutume de
triompher de la jeuneffe.
Le Plaidoyer en faveur des Medailles
paroît être fait après coup. Un jeune
Officier à qui fon zele pour la gloire du
Prince fait prendre unun perfonnage tout
nouveau , propofe la Medaille comme le
moyen le plus univerfel & le plus court.
C'est le moyen le plus univerfel en ce
qu'il réunit tous les avantages qui n'appartiennent
que feparement aux autres
moyens propofez.
L'Hiftorien fe flatte de ne donner que
des louanges veritables ; mais efclave de
la fureur ou de l'intereft, ne parle- t'il pas
fouvent
D'OCTOBRE 1723. 689
fouvent le langage de la paffion ? D'ailleurs
il entre dans une infinité de circonftances
, où le menfonge trouve l'art
de s'envelopper. La Medaille a ce double
avantage , qu'étant frappée par l'authorité
publique , & fe bornant à des
faits connus qu'elle exprime en peu de
mots , elle ne peut être foupçonnée d'alterer
ou d'embarraffer la verité.
Les louanges que donne l'Orateur ont
de l'éclat & de la magnificence ; mais
fouvent il rapporte des particularitez peu
confiderables. La Medaille neglige ces
minuties . Le métal plus fuperbe que le
papier ſe refuſe à des faits communs , &
à des vertus mediocres.
On n'érige gueres de Statues qu'à des
hommes excellens en quelque genre ; mais
on a peu d'égard au rang & à la naiſſance
. Des Poëtes , des Orateurs , des Athle
tes même , ont vu leurs images placées
avec celles des premiers Magiftrats , &
des plus fameux Capitaines. La Medaille
n'eft employée qu'en faveur des Princes
Le bronze , & fur - tout l'or , ne s'amollit
gueres que pour recevoir l'empreinte des
têtes couronnées & il femble que le
Roy des métaux dédaigne de tranfmettre
à la pofterité d'autres images que celles
des Rois..
La Statue expofée aux injures du temps,
Giij &
690 LE MERCURE
& encore plus aux outrages du peuple ,
eft un monument peu durable. La Medaille
gardée avec foin dans les cabinets
des curieux paffera dans les mains des
Sçavans. Son cours s'étendra dans tous
les âges , & dans tous les pays où regnent
le bon goût & l'érudition. C'est donc le
monument le plus vrai , le plus noble , le
plus éclarant , le plus durable , & le plus
étendu , & par confequent le moyen le
plus univerfel .
Ce qu'il y a de plus curieux dans la
feconde partie , ce font des idées de Medailles
propofées pour tranfmettre à la
pofterité les principaux évenemens du
regne de Louis XV.
Pour exprimer combien il a fallu que
la mort ait , abbattu de têtes précieuſes
pour rapprocher dans l'ordre de la fucceffion
Louis XIV. & Louis XV . fi éloignez
dans l'ordre de la naiffance , on
pourroit graver autour de l'image du
Prince : Ludovicus XV. Francia & Navarra
Rex proavi fucceffor proximus.
Louis XV. Roy de France & de Navarre,
fucceffeur inmediat de fon Bifayeul .
Au revers un tendre lys refté fur la tige
, au milieu de plufieurs autres lys abbatus
. Pour Legende : magnâ de ftirpe
fuperftes. Rejetton précieux d'une tige
féconde .
Pour
ㅏ
D'OCTOBRE 1723.
691
Pour exprimer la tranquillité , & le
calme de la minorité , qu'on grave dans
le champ de la Medaille le Roy mineur
affis fur le Trône , Philippe d'Orleans ,
Regent de France , qui lui mettroit une
Couronne d'Olive fur la tête. La Legende
porteroit ces mots : pax ubique . La
paix regne par tout. On liroit dans l'Exergue
: fæculum , ou bien , Felicitas Augufti
fenis fub Rege puero. Le fiecle , ou
bien le bonheur d'Augufte déja vieux
renouvellé fous un Roy enfant.
Les Avocats ayant plaidé avec tant
d'éloquence , il étoit difficile de prononcer
entre eux , & de mettre quelqu'inégalité
dans des caufes que la force des
preuves rendoient prefqu'également probables
. Le Juge reprend leurs raifons ,
en examine le fort & le foible ; après
quoi il met pour principe , que le moyen
qui feroit mieux connoître les vertus du
Prince , & les feroit connoître à plus de
perfonnes , feroit le moyen le plus propre
à étendre fa gloire.
>
Cette regle une fois établie , il donne
la preference à l'Hiftoire . C'est elle qui
fait mieux connoître les vertus du Prinpuifqu'elle
donne la connoiffance de
toute la vie. C'eft elle encore qui le fait
connoître à plus de perfonnes , puifqu'elle
paffe en toutes fortes de mains , de pays .
C iiij en
692
LE MERCURE
en pays , & de fiecle en fiecle . Il donne
la feconde place aux Medailles. Comme
elles font une efpece de monument hif
torique , on ne doit pas les feparer de
l'Hiftoire .
La Statue n'eft placée qu'après les Medailles.
Il eft vrai qu'elle peut faire connoître
à un plus grand nombre de perfonnes
, mais bien moins parfaitement.
Il reftoit à prononcer entre le Panegyrique
& le Poëme. Nous voudrions
dit le Juge , les traiter avec une égalité
parfaite ; mais dans la neceffité de décider
, nous prononçons en faveur du Poëme.
Comme il a par lui- même plus d'agrémens
que le difcours profaïque , il eft
plus propre à fe faire lire , & par confequent
plus capable d'étendre la réputa
tion du Roy.
Ce jugement eft affaifonné de complimens
très- gracieux pour les Avocats ,
qui propofoient differens moyens pour la
gloire du Prince.
Qu'il nous foit permis de dire ici nôtre
fentiment . Nous fommes un peu furpris
de voir l'Eloquence fi mal partagée ;
après avoir lû les Panegyriques que le R.
P. Porée a donnez au public , nous ne balancerions
pas à donner à l'Orateur la
preference fur tous fes rivaux..
1
PAROD'OCTOBRE
1723. 693
*******************
PARODIE , fur l'air des Baccantes
du Ballet des Fêtes Grecques
& Rcmaines.
E l'objet que j'aime ,
DE
La grace extrême ,
Redouble à chaque inftant mes feux ;
Si leur vive flâme
Touchoit fon ame ,
Que je ferois heureux.
Hâte-toi , fais que dans ce jour ,
Son indifference
Cede à tá puiffance ; ⋅
Hâte-toi , par fa preſence ,
Embellis ta Cour ,
Dieu d'Amour
De l'objet que j'aime , &c.
Non , dans les Cieux ,
Non , Hebé de ſa jeuneſſe ,
N'a point les charmes gracieux.
On voit la fineffe ,
Cv Guider
694
LE MERCURE
Guider fans ceffe ,;
Les coups de fes beaux yeux
De l'objet que j'aime , &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux
fur les Chartes qui ne font pas dattées.
L
A queftion propofée aux Sçavans
dans le Mercure du mois de Juin
dernier , pourquoi les Chartes de l'onzième:
& du douzième fiecles ne font point dattées
, me paroît trop generale ; car il fembleroit
que toutes les Chartes de ces deux
fiecles n'ont abfolument point de datte :
or je puis , Monfieur , vous affurer que
nous avons ici quantité de Chartes du
onziéme & du douzième fiecles qui font
dattées ; mais pourquoi en trouve- t'on
du même temps qui ne font pas dattées 2
c'eft qu'il n'y avoit pas une Charte qui
n'eut fon fceau , & fur le fceau la figure
de celui qui accordoit la Charte , & la
datte ufitée de ces temps- là , étoit celle
de toute la vie d'un homme , & fur toutd'un
Seigneur diftingué , les gens du com-.
mun ne faifant point faire des Chartes .
On marquoit par le fceau le temps de la
vie , comme on marque aujourd'hui par
la
4
D'OCTOBRE 1723. 695
la datte l'année du Pontificat , à Rome',
& du Regne en France , Pontificatus anno5°
de nôtre Regne le 8. &c. Or l'époque
de toute la vie d'un homme étant un
peu trop longue , & par confequent incertaine
, on a demandé dans la fuite une
datte plus précife , & de marquer chaque
année particuliere , comme on l'a fait
dans les Chartes poſterieures.
Ce 21. Septembre 1723.
iki kikkkkkkkkkkk
•
SONNET fur les Bouts - rimez propofez
dans le Mercure du mois dernier , envoyé
par l'Auteur à un de ses amis qui
lui confeille de fe marier.··
E yeux bien épouſer , cherché moi femme
JE
Qui de galanterie ignorant le
Sage ,
Micmac ,
Ne faffe point fesDieux du Quadrille & Trictrac,
Et n'ait point le caquet d'une Margot en Cages
Verrois-je de fang froid à la fleur de mon Age ,
Ma femme pour fon jeu puifer l'or en plein Sac,
Me réduire à jeûner le long de l' Almanach ,
Ou me faire prôner comme un Saint de Village .
J'aime
C vj
696 LE MERCURE
Jaimerois mieux à jeun fentir un mangeur d'Ail,
Que de voir dans un coin , ou fous fon Evantail,
Madame à fon galant parler bas à l' Oreille..
J'en veux une prudente autant que la Fourmy ,
Trouve-moi ce tréfor , je payerai
Autrement , à l'Hymen, ferviteur , mon
Bouteille ,
Amy..
LETTRE CRITIQUE écrite à un
Provincial au fujet de quelques imprimez
qui ont paru depuis peu , fur las
Tragedie d'Inès de Caftro .
De Paris , ce 30. Septembre 1723.-
MONSIEUR ,
La Tragedie d'Inès de Caftro a fait
naître ici depuis peu une petite guerre
dans la Republique des Lettres . On a
écrit en faveur de cette Piece ; on a écrit
contre ; mais comme M. de la Motte a
depuis long-temps le privilege bizarre de
ne rencontrer que les Critiques les plus
ameres , où les Adulateurs les plus outrez
fa Tragedie a été attaque & défendu¸
avec
D'OCTOBRE 1723. 697
repreavec
un excès également condamnable.
Vous fçavez, fans doute , avec quel empreffement
on a couru à Paris , aux reprefentations
d'Inès . J'ai tout lieu de
croire que cet empreffement vous aura
impofé : après tout , vous n'êtes pas le feul
qui penfiez que la réüffite dans les
fentations eft aujourd'hui la veritable
pierre de touche pour decider de la bonté
d'une Piece de Theatre . Une Piece eſt
applaudie fur la Scene : nous l'attendons
à l'impreffion , dit le Cauftiques abus ::
nous ne fommes plus dans le
temps , où
les Auteurs peu contens d'une approbation
paffagere , portoient leurs vûës plus
loin s'il leur arrive donc d'échouer dans
la lecture , après avoir plû dans la repre
fentation, pardonnons leur de bonne gra
ce encore trop heureux , fi nous nous
trouvons fouvent dans le cas d'avoir à
ufer de cette condefcendance . Je ne rougirai
donc point , Monfieur , de penfer
avec vous qu'Inès eft une bonne Piece .
puifqu'on prétend qu'elle a plû fur le
Theatre..
Cependant les meilleurs ouvrages ne
pouvant abfolument être à l'abri de toute
cenfure , comment Inès auroit- elle pû ſe
fouftraire à la Critique
Le premier écrit qui a paru contre
cette Tragedie eft une petite Brochure.
anonyme
698 LE MERCURE
anonyme, intitulée , Sentimens d'unSpectateurFrançois
fur la nouvelleTragedie d'Inès
de Caftro. Le ftile en eſt pur , la raillerie
affez bien tournée , mais malheureuſement
peu fondée. Au refte.tout le monde
s'eft foulevé avec grande raifon contre la
témerité avec laquelle le nouveau Spectateur
accufe le Parterre de n'avoir pas
le fens commun : on n'a pû digerer la
froide Epithete de Pauvre qu'il donne ſi
mal- à - propos à feu M. Campiftron ; non
plus que certain petir ton décifif , avec
lequel il ôte à M. de la Motte les talens
même les plus communs.
Plufieurs perfonnes ont répondu à cette
Brochure .
On a vû paroître des Réflexions faites
par M.... fur les fentimens d'un Spectateur
François à l'occafion d'Inès de Caftro..
C'eft proprement un avis au Public , par
- lequel on s'engage à écrire quelque jour
en faveur d'Inès . L'Auteur de ces Réflexions
anonymes après avoir fait l'Apologie
du vers de M. Campiftron , attaqué
par le nouveau Spectateur.
Il eft comme à la vie , un terme à la vertu.
-
Paffe à l'accuſation de Plagiariſme ,
intentée très durement par le nouveau
Spectateur contre M. de la Motte , à
l'occa--
T
'
D'OCTOBRE 1723 . 699
flon de ce beau vers , qui par hazard ſe
trouve dans le Cid.
Vous parlez en Soldat , je dois agir en Roy.
Il juftifie pleinement M. de la Motte ,
en difant que la haute eftime qu'il a pour
Corneille l'acquite en quelque maniere de ce
vol. Puis il conclut très - confequemment
que l'examenfuperficiel du Spectateur ne
peutfaire aucun tort à M. de la Motte.
La Critique du nouveau Spectateur à
encore été attaquée par un autre écrit
anonyme , intitulé , Réponse à M.... für
les fentimens du Spectateur François , aus
fujet d'Inès de Caftre. Le nouveau Spectateur
avoit compofé une Hiftoriette ,>
qu'il avoit jugé à propos de nommer la
conduite de la Tragedie d'Inès. L'Auteur
de la Réponſe ramaffe un certain.
nombre de beaux fentimens fur l'Amour
parfait & defintereffé , qu'il fe croit de
fon côté en droit d'appeller la conduite
de la Tragedie d'Inès : après quoi il con
clut
que
la Piece de M.... de la Motte
doit être regardée comme excellente dans
toutes fes parties.
Un troifiéme Adverfaire s'eft élevé
contre le nouveau Spectateur . C'eft l'Auteur
de l'ancien Spectateur François , qui
dans fa huitiéme feuille crie au meurtre
contre
700
LE MERCURE
contre la témerité avec laquelle un Anonyme
a intitulé fa Critique d'Inès un
Spectateur François . Il ne peut digerer
qu'on ait ofé voler à l'ancien Spectateur
un titre , que la clarté & la fimplicité de
fon ſtile ont rendu fi refpectable ; & menace
même en cas de rechûte dans un fi
grand crime , de prendre les mesures convenables
en pareil cas , pour empêcher une
confufion de titres dont le moindre inconvenient
feroit de le charger de l'iniquité
de tout homme dangereux & hardi
qui voudroit écrire fans être connu ,
par là livreroit fon caractere , & l'innocence
de fes moeurs à la difcretion de fon
audace.
ن ی م
La vivacité de l'ancien Spectateur me
paroît fondée. Il lui importe infiniment
que le Public , qui a inceffamment les
yeux ouverts fur la moindre de fes démarches
, n'aille pas le croire , partagé
d'un efprit affez infortuné pour ofer critiquer
un Ouvrage de M. de la Motte.
Auffi profitant de l'occafion , donne- t'il
dans cette même feuille à la Tragedie
d'Inès , les louanges les plus neuves , &
les plus délicates . C'eft dans cette piece ,
dit le Spectateur Privilegié , que chaque·
fituation principale eft toûjours tenuë prefente
à vos yeux , elle vous frapepar tout,
Lous des images paffageres qui la rappellent:
D'OCTOBRE 1723. 70%
"
و
༤
lentfans la repeter ; vous la revoyez dans
mille autres petites fituations momentanées
qui naïffent du Dialogue des Perſonnages
; certainement c'est ce qu'on peut regarder
comme le trait du plus grand maî
tre ; pour en faire autant , ilfaut avoir
une ame capable de fe penetrer jufqu'à un
certain point des fujets qu'elle envisage.
C'est cette profonde capacité de fentiment,
qui met un homme fur la voye de fes idées
fi convenables , fi fignificatives ; c'est elle
qui lui indique ces tours fi relatifs à nos
coeurs qui lui enfeigne ces mouvemens
faits aller les uns avec les autres
pour
pour entraîner avec eux l'image de tout
ce qui s'eft paffé , & pour prêter aux fituations
qu'on traite, ce caractere féduisant
qui fauve tout , qui juſtifie tout ,
& qui
même expofant des chofes qu'on ne croiroit
pas regulieres , les met dans un biais qui
nous affujettit toûjours A BON COMPTE
, parce qu'en effet le biais eft dans la
nature , quoiqu'il ceßât d'y être , ft on ne
fçavoit pas le tourner ; car en faitde mouvemens
la nature à le pour & le contre , il
ne s'agit que de bien ajuſter. Le beau Panegyrique
d'Inès ! Quel malheur qu'il ne
foit à la portée , que d'un très - petit
nombre d'initiez aux myfteres impenetrables
du ftile , & de la Metaphyfique modernes
Le
·
702 LE MERCURE
Le nouveau Spectateur n'eft pas le
feul qui ait écrit contre la Tragedie de
.M. de la Motte.
On a fait imprimer quelques feüilles
volantes , intitulées , Lettre d'un Gentilhomme
de Province à un de fes amis , an
fujet de la Tragedie d'Inès de Caftro. Le
but principal , ou pour mieux dire , unique
de certe Lettre anonyme , eft de prou .
ver que M. de la Morte a eu tort de don →
ner au Roy Alfonfe le furnom de Jufticier
.
Enfin on a vû paroître les Paradoxes
Litteraires , au fujet de la Tragedie d'Inès
de Caftro. Cet écrit anonyme pris
en gros eft eftimable. Le ftile en eft fimple
& coulant ; la raillerie vive , legére ,
& marquée au bon coin . Le titre de Pa
radoxes Litteraires me paroît affez mal
amené. Je ne fçai où l'Auteur a pris la
définition qu'il donne du Paradoxe :
comment prouveroit-il , que le faux comme
le vrai eft du reffort du Paradoxe , mais
plus fouvent le faux ? Pour moi je définirois
le Paradoxe , une propofition veritable
, mais contraire à l'opinion commune
, à laquelle on rend par de bonnes
preuves le vrai-femblable , dont à la fimple
expofition elle paroiffoit dénuée . Si
je difois , par exemple , que j'entens tous
les jours condamner les ouvrages des anciens
D'OCTOBRE 1723. 703
cela arrive
ciens par gens qui ne les ont jamais lû
j'avancerois un Paradoxe : pourquoi ?
parce qu'il eft également certain , & que
le Public ne fe periuadera pas aifément
qu'on puiffe condamner un Auteur , fans
avoir lû fon Ouvrage , & que
neanmoins tous les jours à nos prétendus
beaux efprits modernes . Mais fi je difois,
que la décifion de ces beaux efprits fait
grand tort aux anciens , j'avancerois une
abfurdité manifefte , & nullement un Paradoxe
; parce que ma propofition ne choqueroit
pas moins le bon fens , que l'opinion
commune .
Des quatre Paradoxes qui compofent
la Critique anonyme dont je viens de
parler en dernier lieu , le premier qui
entreprend de prouver que la Tragedie
d'Inès peche contre les moeurs , & contre
la vrai-femblance , m'a paru affez raiſonné.
Mais je n'ai abfolument pû paffer à
l'Auteur des Paradoxes le poignard terrible
de Dom Pedre , non plus que les ftoides
railleries , au fujet de la vertu prolifi
que de ce jeune Prince.
Le fecond Paradoxe doit faire voir ;
que la plupart des vers de la Tragedie
d'Inès font durs , plats , profaiques , pleins
de folecifmes & de barbarifmes . Les connoiffeurs
foutiennent , & qui pis , eſt prou
vent, que l'Auteur des Paradoxes n'a pas
beau704
LE MERCURE
beaucoup brillé fur cet Article. Il a , difent-
ils , confondu pêle- mêle des vers inconteftablement
bons , avec d'autres vers
incontestablement plats . Il femble qu'il
ait affecté d'oublier les vers les plus reprehenfioles.
Il a fouvent pris à gauche
contre toute raifon : par exemple, à l'occafion
de ce vers .
A le precipiter, qui peut donc vous contraindre ?
Il fe fâche de ce qu'un Académicien
dit precipiter un homme , pour dire le
preffer , le bâter. La Réponse eft bien
fimple : dans ces mots , à le precipiter , le
fe raporte au mot d'Hymenée , qui prece
de , & nullement au fils d'Alfonfe.
L'Anonyme a grande raifon de fe declarer
ouvertement dans fon troifiéine
Paradoxe contre le faux brillant du ftilet
précieux & obfcur de quelques modernes
. Mais je ne le vois pas fans repugnance
citer avec éloge les Lettres écrites à M.
Abbé H.... depuis qu'on m'a dit que
l'Auteur de ces Lettres eft le même que
T'Auteur des Paradoxes . Après tout , c'eft
l'entendre , que de fçavoir fe dédommager
de la prétenduë modeftie qu'il y a à
ne pas mettre fon nom à la tête de fes
ouvrages , par le plaifir de pouvoir ſe citer
foi - même impunément avec éloge
dans des écrits pofterieurs.
Le
+
D'OCTOBRE 1723. 705
Le quatriéme Paradoxe a univerfellement
plû , & pour le fonds , & pour la
maniere.
Voilà , Monfieur , tout ce qui a paru
ici depuis peu pour & contre la nouvelle
Tragedie de M. de la Motte. Les bornes
étroites dans lesquelles j'ai crû devoir
renfermer ma lettre , ne m'ont pas permis
de trop étendre mes réflexions . D'ail
leurs je vous envoye les pieces du procès.
Je fuis bien aife de vous laiffer la liberté
de juger par vous - même. Je fuis , Monfieur
, & c,
>
Je viens de recevoir dans le moment
une petite Brochure de 26. pages fans
nom d'Auteur. Elle fe vend chez la veuve
Mongé , à Paris , & a pour titre
Anti-Paradoxes , ou Refutation des Paradoxes
Litteraires , au fujet de la Tragedie
d'Inès. Je l'ai parcourue affez précipitamment
le peu que j'en ai lû m'a
donné envie de l'examiner avec quelque
foin ; je vous ferai part
inceffamment.de
mes réflexions.
BOUTS706
LE MERCURE
BOUTS - RIMEZ.
Ui veut fe marier doit choifir femme Sage,
QQui ne connoiffe point d'intriguant Mic-
Qui ne fçache jouer cartes ni
quemac
Triquetrac,
Et qui foit au logis , comme Oifeaux dans fa Cage.
Il faut pour réüffir la prendre en fon jeune Age.
Que fa dotte rempliffe un bel & bon grand Sac
Ami, fi tu m'en croi fuy bien cet Almanach ,
Il eft pour gens de Cour , & pour gens de Village.
Fais - lui d'un petit Maître un trifte épouvant Ail,
Qu'elle ait devant les yeux toûjours fon Evantail,
Empêche que quelqu'un ne lui parle à l' Oreille.
Qu'elle fçache imiter la prudente Fourmy ,
Qu'elle n'ait point enfin du goût pour la Bouteille
Souvent femme qui boit , fe fait plus d'un Amy
PRIX
•
D'OCTOBRE 1723. 707
PRIX propofez par l'Académie Royale
des Sciences , pour les années 1724.
6.1725.
M. Rouillé de Meffay , ancien
FConfeiller au Parlement de Paris .
ayant conçû le noble deffein de contribuer
aux progrès des Sciences , & à l'utilité
que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix , qui feront diftribuez
à ceux qui , au jugement de cette
Compagnie , auront le mieux réülfi , fur
deux differentes fortes de fujets qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont
il a donné des exemples .
Les ſujets du premier Prix regardent
le Systême du Monde , & l'Aftronomie
Phyfique.
Će Prix devoit être de 2000. liv . aux
termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans . Mais la diminution des rentes
a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confide
rable , & il fera de 2500. liv .
Les fujets du fecond prix regardent
la Navigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans ,
& fera de 2000. liv .
L'Aca708
LE
MERCURE
L'Académie fe conformant aux vûës
& aux intentions de fon bienfaiteur
propoſe pour ſujet du premier Prix cette
question.
Quelles font les loix fuivant lesquelles
un corps parfaitement dur , mis en monvement
, en meut un autre de même nature
, foit en repos , foit en mouvement
qu'il rencontre , foit dans le vuide , foit
dans le plein ?
Et pour le fujet du fecond Prix cette
queftion.
Quelle feroit la maniere la plus parfaite
de conferver fur mer l'égalité du
mouvement des Clepfidres , ou Sabliers
foit par la conftruction de la Machine
`foit par fafufpenfion ?
>
›
Les Sçavans de toutes les nations font
invitez à travailler fur ces fujets , & même
les affociez Etrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la loi d'exclure les Acadé
miciens regnicoles , de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoferont font invitez à
écrire en François ou en Latin , mais
fans aucune obligation. Ils pourront écrire
en telle Langue qu'ils voudront , &
l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs écrits foient fort
lifibles , fur tout quand il y aura des çalculs
d'Algebre
Ils
1
D'OCTOBRE 1723. 709
1
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou Devife. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur écrit un Billet feparé &
cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence leur nom , leurs qualitez
, & leur adreffe , & ce Billet ne fera
ouvert par l'Académie , qu'en cas que la
Piece ait remporté le Prix.
Si cependant un Auteur donne pat
raport au Prix propofé quelque modele
de Machine qui ait befoin d'être prefenté
ou expliqué par lui- même , il pourra
en ce cas- là feulement le faire connoître.
-
Ceux qui travailleront pour l'un òu
l'autre Prix , adrefferont leurs Ouvrages
à Paris au Secretaire perpetuel de l'Académie
, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas le Secretaire
en donnera en même temps à celui
qui les lui aura remis , fon Recepiffé , où
fera marquée la Sentence de l'Ouvrage ,
& ſon numero felon l'ordre ou le temps
dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages pour le premier Prix
ne feront reçûs que jufqu'au preinier Fevrier
1724. exclufivement .
L'Académie à fon affemblée publique
d'après Pâques 1724. proclamerà la Picse
qui aura ce premier Prix.
D Les
710 LE MERCURE
Les Ouvrages pour le fecond Prix feront
reçûs juſqu'au premier Janvier 1725.
exclufivement & l'Académie à fon
Affemblée publique d'après Pâques 1725.
proclamera la Piece qui aura remporté
ce fecond Prix .
,
S'il y a un Recepiffé du Secretaire
pour une Piece qui aura remporté un
Prix , le Tréfor de l'Académie délivrera
la fomme du Prix à celui qui lui raportera
ce Recepiffé. Il n'y aura à cela nulle
autre formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire
, le Treforier ne délivrera le Prix
qu'à l'Auteur même qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration de
La part.
Comme l'Académie croit que les Sçavans
feront bien aifes d'être inftruits d'avance
des fujets qu'elle propofera dans la
fuite , elle annoncera dès le premier Janvier
1725. le fujet du Prix qu'elle diftribuera
à Pâques 1726. & ufera de la même
diligence pour les années fuivantes.
Mais les conjonctures des affaires n'ont
pas permis de le faire cette fois- cy.
•
SOND'OCTOBRE
1723. 711
SONNET en Bouts- rimez.
Oint ne veux rimailler , jà ne fuis pas trop
Sage ,
point
Pour m'embrouiller encor l'efprit d'un tel Micmac,
Mieux vaut être cent fois premier pris au Trictrac,
Que faire vers fur tout vers finiſſans en Cage.
>
Un rimeur eſt un fou , qui paffe fon bel
A tirer au hazard quelques vers de fon
Age ,
Sac ,
Que plus d'un Magifter au défaut d' Almanach ,
Prend pour montrer à lire aux enfans du Village.
Ce n'est tout , on le fuit , ainfi qu'un mangeur
Ail ,
La Belle à fes dépens rit fous fon Evantail ,
Dès qu'il paroît , chacun fremit pour fon Oreille.
Et l'antipode enfin de la fage
Fourmy ,
A peine a- t'il pour meuble , un lit , une Bouteille,
Un Galetas pour chambre , un Peintre pour Amy
Deux raifons nous ont engagé à mettre
Dij les
712 LE MERCURE
les vers qu'on va lire la premiere , c'eft
qu'il font fort jolis , & que nous ne voulons
pas en priver le Public ; la feconde ,
c'eſt que cette Piece n'eſt que contre nous ,
& que comme nous n'avons eu deffein de
défobliger perfonne en general , ni en
particulier , bien loin de nous nuire , elle
fervira à nôtre juſtification , & fera connoître
de plus en plus nôtre impartialité ;
même dans les chofes qui portent fur
nous , & que nous pourrions taire. Au
refte le fait dont il s'agit ici , ne meritoit
gueres les frais d'une fi belle verfification
. L'Auteur a crû , fans doute , devoir
faifir cette occafion pour fe fignaler ; il
eft entré dans la lice fans en être prié ,
& vengeur avanturier des prétendus torts,
il a voulu rompre une lance contre les
Auteurs du Mercure , qui ne lui en fçavent
pas plus mauvais gré .
Aux Auteurs du Mercure.
Courage
, Meffieurs du Mercure
Ferez fortune en peu
Point ne faites à l'aventure
de
temps,
Le choix de vos correspondans.
Des beaux efprits cherchez l'élite
Sur cela je ne vois qu'un cri ,
A Blois chacun vous felicite ,'
D'avoir
D'OCTOBRE 1713. 713
1
D'avoir choifi le fieur **
C'eſt vôtre balot , vôtre affaire ,
Vous devriez bien entre nous
En faire vôtre Secretaire ,
Ce choix feroit digne de vous.
Raillerie à part , aurez noiſe
Avec toute la gent Blefoife.
Quoi ! la Lettre d'un vife - au- trou ,
Et qui pis eft d'un maître fou ,
Vous ofez mettre fous la preffe ?
Puis ajoûter malignement ,
Dedans votre avertifferent ,
Qu'au Pays de la politeffe ,
A Blois où dans fa pureté ,
Se parle la langue Françoiſe ,
Ledit écrit fut enfanté?
O ! pour le coup c'eft chercher noife ,
Que vous ont donc fait les Blefois ?
Cette ironie eft moquerie ;
Vous êtes des gens difcourtois ,
Cela paffe la raillerie.
Du fameux chef des Triboulets ,
** deſcend en droite ligne ,
C'étoit le fou le plus infigne ,
D iij
Qui
774 LE MERCURE
Qui fut au temps
de Rabelais.
Sur lui fon rejetton l'emporte ,
Corde pour lui n'eft affez forte ,
Il eſt fi furieux , fi fou ,
Qu'on lui met une chaîne au cous
Voilà l'Auteur , voilà la mufe ,
A qui vous daignez faire excuſe ,
D'avoir fi long-temps attendu ,
A rendre fa Lettre publique ;
Attendre encor auriez bien dû
L'excufe eft par trop ironique.
Voulez honnir , voilà le point
Les Citadins de cette Ville?
La façon en eft incivile ,
Et vous n'y réuffirez point.
Son beau langage comme beaume ,
Fleure par delà le Royaume.
Anglois , Allemans , Suedois ,
Ceux de Bohéme , & de Hongrie ,
Quittent vôtre chere patrie ,
J'entens Paris en Badaudois ,
Pour venir ici rendre hommage ,
A la pureté du langage.
A ceux qui du fait doute auront ,
Nos
D'OCTOBRE 1723 .
715
Nos belles le certifieront.
Avoüez , Meffieurs du Mercure ,
Que lettre de cette nature ,
Auroit dû fe mettre au rebut.
Des Blefois , gare la colere ,
Il n'eſt enfant de bonne mere ,
Qui ne vous donne à Belzebut.
O ! vous dont je prends la défenſe ,
S'il avient que pareille offenſe ,
Soit faite à ceux de mon pays ,
Attendez- vous d'être honnis ,
Si ne nous rendez la pareille ;
Sur nous peuvent porter leurs coups ,
Comme les ont portez fur vous
Autant nous en pend à l'oreille ;
En tous pays il eft des fous ,
Et toûjours, Meffieurs du Mercure,
Auront avecque ces gens-là ,
Commerce de Litterature.
Mufe , c'en eft affez , holà ;
C'eft prendre , felon mon idée ,
La chofe trop au ſerieux ,
En tout l'excès eft vicieux ,
Je m'en tiens à cette bordée.
D iiij
Pareille
716 LE MERCURE
✓
Pareille en effuirez fouvent ,
Meffieurs du Mercure Galant ,
Ou bien vous changerez de note ;
A moins que ne foyez reçûs ,
Au Regiment de la Calotte ,
En ce cas ne répondrons plus.
De tout dire aurez la licence ,
Et de tout faire mêmement ,
Gens de ce fameux Regiment ,
Sont , dit-on , gens fans confequence.
Me fais fête de vous y voir ,
Y ferez les premiers en charge ;
Mais je vous deviendrois à charge ,
Adieu , Meffieurs , jufqu'au revoir.
HOMMAGE rendu à l'Empereur
par les Etats du Royaume de Bohéme .
E 4. Septembre après que la groffe
Cloche cut fonné , à Prague , depuis
fix heures du matin , jufqu'à fept , les
Etats fe rendirent à la Cour , & accompagnerent
l'Empereur , qui étoit precedé
du grand Maréchal du pays , tenant fon
bâton à la main , dans fa Chapelle , fuivi
des
D'OCTOBRE 1723. 717
'des Miniftres & des principaux Seigneurs.
S. M. I. y entendit la Meffe du Saint-
Efprit , laquelle fut celebrée par le Doyen
de la Metropolitaine ; après laquelle
l'Empereur fe rendit avec la même fuite
dans la Salle du Pays , & fe plaça fur le
Trône dreffé exprès pour cette ceremonie.
Le Majordome- Major du Pays , qui
étcit fur une eftrade en face du Trône ,
s'étant avancé & ayant fait une profonde
reverence , le tourna du côté des Etats ,
à qui il fit un très- beau Diſcours , au nom
de l'Empereur , en langue Bohémienne.
Le fuprême Burgrave lui répondit en la
même langue , au nom des Etats . Enfuite
le Grand Chancelier s'étant avancé au
côté gauche de l'Empereur , & ayant fait
une profonde reverence , mit un genoüil.
en terre , & reçût en peu de mots de la
bouche de S. M. Imperiale , l'ordre d'expliquer
fes intentions , fur quoi s'étant
relevé , & ayant fait quelques pas en
arriere , il fit en langue Bohémienne la
propofition dont il étoit chargé , conformément
à celle qui avoit été donnée au
fuprême Burgrave par la Dierte du
Royaume. La propofition fut auffi- tôt
couchée fur les Regiftres par le Secretaire
de quartier , en langue Bohémienne
& Allemande , les Etats ayant confenti
d'accorder à Sa Majefté Imperiale
D v 400.
718 LE
MERCURE
400. mille florins , outre le fubfide ordi
naire de 2. millions. Auffi tôt les deux
Secretaires de quartier firent à haute
voix , premierement en langue Bohémienne
, & enfuite en langue Allemande ,
la lecture de l'hommage , qui fut repeté
par les Etats de Bohéme en langue Bohémienne
, & par ceux de la Bohéme Allemande
, en langue Alleinande. Le Serment
fut prêté par les feculiers , en élevant
trois doigts , & par les Ecclefiafti
ques en les pofant fur la poitrine. Cela
étant fait, l'Empereur prononça une courtre
harangue , dans laquelle il remercia
gracieufement les Etats de leur promptitude
à obéir à fes ordres , & leur témoi
gna la fatisfaction qu'il avoit de leurs
bonnés intentions par rapport à fon cou →
ronnement. Le fuprême Burgrave répondit
encore à cette harangue , & remercia
très humblement S. M. Imperiale , en
lui témoignant la difpofition où étoient
les Etats de lui rendre l'hommage qui lui
étoit dû. Enfuite tous les ordres furent
admis à baifer la main de l'Empereur :
premierement l'Archevêque , fuivi de
tout l'Etat Ecclefiaftique , puis les Printes
& les principaux Officiers du Pays
& des Etats , enfuite les Conſeillers inti
mes , chacun felon fon rang , après eux
les autres Seigneurs , fans obferver aucun
rang,
D'OCTOBRE 1723 . 719
rang , enfuite l'ordre des Chevaliers ; &
enfin les Députez des Etats du Royaume.
Cela étant fait l'Empereur fe leva de ſon
Trône , & s'en retourna à la Cour avec
le même Cortege , & dans le même ordre
qu'il étoit venu.
*XXXXXXX MYKKKKK
RELATION de ce qui s'eft passé à
Prague , lorfque l'Empereur y a été
Sacré & Couronné Roy de Bohéme.
Ette ceremonie s'eft faite dans l'E
glife Metropolitaine de Saint Vitte,
avec les difpofitions fuivantes.
On avoit élevé cinq bancs differenscouverts
de drap rouge & blanc pour
y placer ceux qui étoient revêtus des premieres
Charges de la Couronne & la No.
bleffe. On voyoit au haut du Grand-
Autel une riche Image de la Sainte Vierge
, d'argent maffif , aux côtez de cette
Image étoient les Reliques des cinq
Freres Martyrs , Benoît , Mathieu
Jean , Ifaac , & Criftin , au milieu de
fix chandeliers d'argent. Il y avoit quan
tité d'autres Reliques ; fçavoir , les bras
de Saint George , de Saint Erneft , & de
Saint Procope ; l'Image de Saint Vinceflas
, d'argent doré , dans laquelle étoient
Dvj en720
LE MERCURE
enchâffez de précieux reftes du corps de
ce glorieux Patron du Royaume de Bohéme
, à quoi il faut ajoûter les Reliques
de Sainte Ludmile , Protectrice du même
Royaume ; on voyoit un peu au- deffous ,
au milieu de fix autres chandeliers d'argent
, quatre Buftes , dans lesquels font
gardez les têtes de Saint Barthelemy ,
Apôtre , de Saint Vitte , de Saint Vinceflas
, & de Saint Adelbert. Au milieu de
ces quatre têtes brilloit une Croix d'or
femée de perles , & enrichie de divers
joyaux d'un grand prix , qui renfermoient
une partie de ce qui a fervi à nôtre redemption
, comme le bois de la veritable
Croix , l'éponge dont le Sauveur fut
abbreuvé , la corde dont il fut lié , l'épine
dont il fut couronné. Au troifiéme
& dernier rang étoient d'autres Reliques
non moins rares , au milieu de huit
grands chandeliers d'argent.
Auprès de l'Autel , du côté de l'Evangile
étoit le Trône de Sa Majesté Imperiale ,
fur lequel on avoit pofé une riche Tocque
, fous un Baldachin à franges d'or.
A côté du Trône il y avoit deux fieges
pour les deux Prélats qui devoient affifter
au Couronnement de l'Empereur, en qua
lité de Roy de Bohéme. Auprès du Trône
étoient les places deftinées pour M.
Grimaldi , Nonce du Pape , & Archevêl
que
D'OCTOBRE 1723. 7ar
que d'Edeffe , & pour l'Ambaffadeur de
Venile. Leurs fieges étoient couverts
d'un velours cramoifi , bordé d'un galon
d'or. Après eux devoient être affis les
Chevaliers de la Toifon d'Or , les Confeillers
d'Etat , & le refte des Seigneurs
de la Cour. Tous les ornemens neceffaires
à cette folemnité , comme la Couronne
, le Globe , le Sceptre , l'Epée de
Saint Vinceflas avoient été preparez avec
le même foin..
Dès les cinq à fix heures du matin de
cet augufte jour , trois Compagnies de
Cuiraffiers vinrent occuper la grande place
du Château Royal . On fit marcher en
même temps le Regiment de Sicking , &
les Compagnies Bourgeoifes des trois Citez
, qui ayant été un peu auparavant introduites
dans le Château , en fortirent
en bon ordre , pour ſe rendre aux poftes
qui leur étoient affignez. Toutes ces differentes
difpofitions concoururent à établir
l'ordre , & la feureté publique.
Sur les 7. heures , au premier fignal
de la grande Cloche , tous les Ambaffadeurs
& les Seigneurs , poffeffeurs des
Charges hereditaires de la Couronne de
Bohéme , s'acheminerent vers le Palais
où étoit Sa Majefté Imperiale. Ils étoient.
fuivis de cinquante autres Seigneurs
tant Princes de Maifons Souveraines ,.
qu'au
722 LE MERCURE
qu'autres Princes , Comtes & Nobles
diftinguez , dont la plupart étoient en
Carolles à fix Chevaux , accompagnez
de leurs Eftaffiers. Après avoir été prefentez
avec les ceremonies accoutumées ,
ils firent leur Cour à l'Empereur , qui
ce jour- là fut fuperbement habillé par
le Seigneur Jean Erneft Antoine Schaffgotfch
, fon Grand - Chambellan , & dans
cette magnificence digne de la celebrité
d'un tel jour , il s'avança fur les neuf
heures vers l'Eglife , fuivi de toute fa
Cour. S. M. I. étoit fous un magnifique
Dais , porté par le Bourguemeftre , & les
Confeillers de la Ville. Les ruës par où
l'Empereur paffa étoient planchées , la
Milice étant rangée en haye depuis le
Château jufqu'à la Cathedrale . Les trois
Capitaines de la Ville vieille , de la nou.
velle , & de la petite ; fçavoir , le Comte
de Valdftein , & les Seigneurs de Gothierni
, & de Kunvald , gardoient la
porte de l'Eglife , à la tête de leurs Milices
, pour empêcher d'y entrer ceux qui
n'étoient pas en droit d'affifter à la Ceremonie.
Le Clergé y étoit déja affemblés
il étoit compofé des Evêques & des
Abbez du Pays , qui devoient feconder
Archevêque de Prague dans les fonc
tions du Couronnement
.
Voici l'ordre de la marche de S. M. I..
Le
D'OCTOBRE 1723. 723
Le Comte de Noftitz , Majordome-Majeur
étoit à la tête , fon bâton de Ceremonie
à la main , accompagné de deux Ambaffadeurs
& des Herauts en habits de
ceremonie , qui tenoient chacun une petite
baguette blanche levée vers le Ciel.-
Enfuite marchoient les Officiers Souverains
de la Couronne , lefquels portoient
les pieces d'honneur du Royaume.
La Couronne d'or étoit portée par le
Comte de Vuttby , Grand- Burgrave &
Chevalier de la Toifon d'Or l'habit
Royal par le Comte de . Schaffgotfch ,
Grand Chambellan du Royaume &
Confeiller d'Etat . Le Globe Royal par
le Comte d'Urben , Juge fuprême du
Pays & Confeiller d'Etat. Le Sceptre
par le Marquis Erneft de Hyadeck ,
Vice- Chambellan , lequel fit cette fonction
au défaut du . Grand Secretaire de
-
-
la Couronne , qu'une indifpofition furvenue
empêcha de remplir . L'Epée
Royale de Saint Vinceflas , dans fon
foureau de velours rouge , étoit enfin
portée par le Comte Valdſtein , Grand-
Maréchal.
L'Empereur venoit après , ayant à fa
droite le Comte de Sinzendorf , Grand-
Chambellan Imperial , & à fa gauche
le Comte de Herberstein , Capitaine des
Trabans de la garde. S. M. I, marcha
en
724
LE MERCURE
en cet ordre vers la Chapelle de Saint
Vinceflas , au fon des trompettes ; elle y
entra par la nouvelle galerie qu'on avoit
faite exprès , magnifiquement ornée pour
cette grande Fête. La Chapelle & le
plancher même étoient tapiffez d'un drap
rouge & blanc. A peine S. M. I. y fut
entrée , fuivie de fes principaux Officiers
qu'elle y fit fa priere , & prit enfuite fes
habits Royaux , fond à fond rouge , doublez
de fatin blanc .
L'Imperatrice , la Princeffe Electorale
de Saxe , & les deux jeunes Archiducheffes
étoient placées dans le Prie - Dieu
Imperial , & les Grands du Royaumedans
des fauteuils qui leur avoient été
preparez.
Le Comte de Kiembourg , Archevêque
de Prague qui s'étoit déja rendu dans
' Eglife , accompagné de fon Clergé , &
des Prélats du Royaume qui devoient
lui fervir d'affiftans , n'eut pas plutôt
appris que l'Empereur étoit dans la Cha
pelle de Saint Vinceflas , qu'il s'y rendit
proceffionellement , précedé de la Croix
Archiepifcopale , & en habits pontificaux,
pour y donner la premiere Benediction à
S. M. I. qui s'achemina enfuite vers le
Choeur , ayant à fa droite le Cardinal de
Schrottenbach , Evêque d'Olmutz , &
àla gauche le Comte de Mitrovitz , Evêque
D'OCTOBRE 1723 . 753
que de Komfgratz ; ils faifoient tous
deux la fonction d'Affiftans de l'Empe
reur pour la Ceremonie . A quelques pas
derrière marchoient le Grand Chambellan
du Royaume & le Majordome de Sa
Majesté.
LEmpereur étant arrivé au Choeur
s'avança vers le Thrône qui lui avoit été
preparé , & dont nous avons déja parlé ;
il fit une profonde reverence en paffant
devant l'Autel ; & dès qu'il fut arrivé
au pied du Trône il s'y tint à genoux ,
ayant les deux Prélats affiftans aux deux
côtez du Trône , tandis que l'Archevêque
de Prague recitoit les deux Oraiſons ,
Deus qui fcis , & omnipotens fempiterne
Deus. Ces Oraifons étant finies les principaux
Officiers de la Couronne remirent à
ce Prélat les ornemens Royaux ; fçavoir ,
la Couronne , le Sceptre , le Globe &
l'Epée de Saint Vinceflas.
Ces ornemens, qu'on appelle les Pieces
d'honneur du Royaume , furent portez fur
le Maître- Autel , & polez fur un beau
couffin , richement brodé d'or. La Toque
de l'Empereur refta toûjours entre
les mains de fon Grand - Chambellan . Le
pain argenté deftiné pour l'Offrande , &
le vin furent portez & mis fur des redences
du côté de l'Epître , par le Grand
Panetier & le Grand- Bouteiller . Le
Grand
926
LE MERCURE
Grand Tranchant marchant entre ces
deux derniers Officiers. Toutes chofes
étant ainfi difpofées pour le Sacre & Couronnement
, l'Empereur & tous ceux qui
avoient rang à cette ceremonie ayant pris
féance , S. M. I. defcendit enfuite de fon
Trône , & conduit par fes deux Affiftans ,
vint fe mettre à genoux au pied du Maître-
Autel fur un riche carreau ; fes Affiftans
l'ayant relevé le prefenterent à l'Archevêque
à qui ils adrefferent ces paroles
du Pontifical Romain : Reverendif
fime Pater , poftulat Sancta Romana Ecclefia
, & c. L'Archevêque répondit ce
qui eft marqué dans le même livre , &
continua par l'exhortation qui y eft auff
inferée , & qui commence par ces mots :
Cum hodie in manus noftras , &c . pendant
route cette exhortation , Sa Majesté
Imperiale fe tint affife dans un fauteuil
aux côtez duquel étoient fes deux Affiftans
fur des placets . On chanta enfuite
les Litanies , pendant lefquelles l'Empereur
refta profterné , & tous les Grands
Officiers fe tinrent à genoux. L'Archevêque
chantant ces verfers : Ut famulum
tuum & c. Carolum & c. ut eum benedicere
&c. ut eum imperii faftigium & c. On répondit,
Te rogamus audi nos.
Les Litanies étant achevées le Majordome
& le Grand-Chambellan Imperial
releD'OCTOBRE
1723. 727
>
releverent l'Empereur. L'Archevêque
encenfa l'Autel & S. M. I. Enfuite il
commença la Meffe ; après l'Epître ce
Prélat s'affit dans un fauteuil devant l'Au- `
tel tenant le Miffel , ouvert entre les
mains. Alors S. M. I. accompagnée de
fes deux Affiftans vint fe mettre à genoux
vis-à- vis l'Archevêque , qui lui adreſſa
ces paroles du Pontifical Romain : Vis
fidem &c. vis regnum tibi &c. & S. M. I.
répondit à chaque fois , volo . Ce Prince
lût enfuite , à haute voix , le ferment en langue
Latine , le Grand - Burgrave s'avança
vers S. M. I. & lui prefenta le Miffel ,
fur lequel elle pofa les deux mains , prononçant
ces paroles : Sic me Deus , qui
font la formule du ferment. Le Burgrave
lût le même ferment en langue Allemande,
que l'Empereur repeta en remettant
les deux mains far le Miffel, à ces paroles :
fic me Deus &c. & l'Archevêque dit les
Oraifons. Benedic , Domine , hunc Regem
Carolum &c. Omnipotens æterne Deus ,
creator omnium & c. Deus inenarrabilis
&c. Les Oraifons finies on proceda à la
Sainte Onction , qui fut faite en la maniere
fuivante. Le Majordome & le Chambellan
découvrirent le bras droit de l'Empereur
, qui reçût les Onctions du Saint
Grême deffus & deffous , en forme de
Croix. L'Archevêque prononçant ces pa
roles a
7728 LE MERCURE
roles , ungatur mañus ifta &c . ſuivies de
F'Oraifon Accipe , omnipotens Deus
bunc gloriofum Regem Carolum. La Sainte
Onction fut continuée en la maniere ordinaire
, l'Archevêque proferant encore
ces mots : Ungo te in Regem de Oleo fancsificato.
Il dit enfuite les trois Oraifons ,
Spiritus Sancti gratia &c. Deus , qui es
juftorum gloria &c. & Deus Dei filius
Jefus Chriftus &c. Après ces dernieres
Oraifons S. M. I. fut conduite à l'Autel
par fes Affiftans , qui l'effuyerent & laverent
les Onctions avec du pain & de
l'eau. Elle fut reconduite à fon Trône par
les mêmes , precedée des Officiers de la
Couronne , aufquels l'Archevêque mit
entre les mains Tes pieces d'honneur , à
chacun felon la Charge dont il étoit revêtu
. Ils reçûrent tous ces précieux dépôts
à deux genoux , & les garderent pendant
toute la ceremonie du Couronnement.
Le Comte de Valdftein , Grand-
Maréchal mit en même temps l'Epée de
S.Vinceflas entre les mains des deux Affiltans
qui la prefenterent à l'Archevêque .
Ce Prélat la benit en difant l'Oraifon >
Exaudi , quafumus , Domine , & c . & la
mit dans la main droite de l'Empereur en
diſant l'Oraiſon : Accipe gladium &c .
Il la ceignit enfuite à S. M. I. & prononça
cette troifiéme Oraifon Accingere
gladio
D'OCTOBRE 1723. 729
gladio tuo & c. L'Empereur remit l'Epée
benite entre les mains du Grand- Maréchal.
La benediction de l'Epée fur immediatement
fuivie de celle de l'Anneau
que les deux Affiftans preſenterent à l'Archevêque
, qui l'ayant beni, & recité l'Oraifon,
Benedic, Domine, & fanctifica annulum
& c. le mit à un des doigts de la
main droite de l'Empereur , en prononcant
: Accipe dignitatis annulum. L'un des
deux Affiftans ayant pris le Sceptre Royal
& le Globe Imperial , les prefenta à l'Archevêque
celebrant qui les benit. Le même
Affiftant donna le Sceptre au Grand-
Chambellan, & le Globe au Juge fuprême
de la Couronne , lefquels les porterent à
PArchevêque , qui les mettant dans les
mains de S. M. I. fçavoir , le Sceptre
dans la droite , & le Globe dans la gauche
, en difant : Accipe virgam virtutis
&c. Après cela le Comte d'Urttbi, Grand-
Burgrave prefenta la Couronne de Bohéme
à l'Archevêque qui la benit en recitant
l'Oraiſon , Dcus tuorum corona fi-
`delium , & la mit fur la tête de l'Empereur.
Cette ceremonie étant achevée , on
baiffa le devant du Prie- Dieu de S. M. I.
& le Grand- Burgrave , après avoir fait
une profonde reverence à l'Empereur ,
affis fur fon Trône , appella tous les
Grands Officiers de la Couronne par leurs
noms
730 LE MERCURE
noms , & les fomma de venir rendre hommage
au nouveau Roy de Bohéme . Il fit
enfuite une feconde reverence à Sa Majefté
Imperiale , & s'approchant d'elle
toucha de deux doigts le Saphir enchaffé
fur le devant de fa Couronne ;
tous les Grands Officiers du Royaume obferverent
la même ceremonie , ce qui fut
auffi executé par les autres Grands Officiers
, par les Affeffeurs du Grand Tribunal
, & par tous les Députez de la Nobleffe
, & des differentes Villes du Royaume
de Bohéme. L'Archevêque entonna
le Te Deum , en actions de graces ; il fut
chanté en muſique , au bruit de l'artillerie
& de la moufqueterie . On continua
la Mefle , on chanta l'Evangile , dont le
livre fut porté à baifer à l'Empereur. Pendant
le Credo S. M. I. crea 41. Cheva-
Hiers , tous Gentils- hommes du Royaume
de Bohéme. A l'Offertoire l'Archevêque
s'affit dans un fauteüil , où S. M. I. conduite
par fes Affiftans , lui vint offrir les
deux pains argentez , le vin & deux Medailles
d'or. Après quoi l'Empereur retourna
à fon Prie- Dieu , où le Grand-
Chambellan lui ôta la Couronne de deffus
la tête , & la mit fur un couffin preparé
pour cela. A l'Agnus Dei , les Affiftans
de l'Archevêque vinrent prefenter la paix
à baifer à l'Empereur , au fon de toutes
les
D'OCTOBRE 1723 . 738
7.
&
t
les Cloches , & au bruit de l'artillerie . A
la Communion Sa Majefté Imperiale fuc
conduite vers l'Autel par fon Grand-
Chambellan , & y communia de la main.
de l'Archevêque , le Burgrave & le Majordome
tenant la nape , l'un à droite ,
l'autre à gauche . Pendant la Communion
le Grand Maréchal tint toûjours la pointe
de l'Epée Royale baiffée à terre , comme
il avoit fait à l'élevation . Il la releva lorfque
l'Empereur fut reconduit par fes
deux Affiftans à fon Prie - Dieu. L'Archevêque
acheva la Meffe , & après ces deux
Orailons : Omnipotens Deus qui de populi
tui &c. & Quatenus te gubernacula
regni tenente &c. Il donna la benediction
à Sa Majefté Imperiale. Cette benediction
fut folemnifée par le fon des Cloches
, & par une troifiéme décharge du
canon & de la moufqueterie. La Meffe
qui avoit été chantée par un excellent
Choeur de Muſique , étant finie, leGrand-
Burgrave remit la Couronne fur la tête
du nouveau Roy de Bohéme & le Sceptre
& le Globe entre fes mains . Tous les
Grands Officiers de la Couronne , les autres
Grands Officiers , les Députez de la
Nobleffe & des Villes vinrent alors feliciter
S. M. I. fur fon avenement au Trône
de Bohéme , & l'accompagnerent
enfuite
à fon Palais , parmi les acclamations
732 LE MERCURE
tions du peuple , & au bruit des trompettes
& des clairons. L'Empereur fe
rendit à la Salle Royale du Feftin , dans
le même ordre qu'il étoit arrivé à l'Eglife
, & dîna en public. Pendant le Feftin
qui dura trois heures on fit couler plufieurs
fontaines de vin , & l'on jetta au
peuple quantité de Medailles d'argent.
Defcription de la Salle & du Feftin
Royal
Quand Sa Majesté Imperiale fut arrivée
à fon Palais , elle fe repofa quelque
temps dans la Chambre dite de Regiſtre ,
n'étant accompagnée que des Grands
Officiers du Royaume , & de quelquesuns
de fes Confeillers d'Etat. L'Epée
Royale dans fon fourreau , le Sceptre &
le Globe Royal furent mis dans un grand
baffin de vermeil doré , & portez dans
la Salle du Feftin par le Grand- Chambellan
, qui les pofa fur une petite table
couverte de velours rouge , placée à la
gauche de celle où l'Empereur devoit
manger. S. M. Imperiale arriva d'abord
après dans la Salle au bruit de plufieurs
fanfares , & ayant ôté fa Couronne , elle
la remit au Grand- Chambellan , qui la
donna enfuite au Vice- Chambellan pour
la garder pendant le repas . Le Comte de
Valdſtein
D'OCTOBRE 1723. 7337
Valdſtein , Grand - Tranchant hereditaire
donna à laver à l'Empereur , & le Majordome-
Major lui prefenta la ferviette ,
après quoi S. M. I. Te mit dans fon fauteüil
preparé fous un riche Dais , & au
haut bout d'une table ovale , à laquelle
le Cardinal de Schrottembach & l'Ambaffadeur
de Venife prirent place à la
droite de l'Empereur ; le Nonce du Pape
& l'Archevêque de Prague à la gauche.
On avoit dreffé dans la même Salle
douze autres tables de douze couverts
chacune pour les Grands Officiers du
Royaume .
Cette grande Salle étoit ornée & difpofée
pour reprefenter le Cel , le Soleil
paroiffoit fur fon horizon , & à quelque
diſtance de la terre , un Globe de nuages
, où Jupiter étoit affis fur fon Aigle ;
a fes pieds étoient à droite & à gauche ,
la Juftice & Minerve , qui lui prefentoient
chacune une Couronne. Il y avoit
à droite fur des gradins les Graces & l'Age
d'Or , & à gauche , la Foy & la Renommée.
On voyoit au- deffus d'un grand Portail
à fix colomnes , ou Arc de Triomphe
, environné de nuées , un Simulachre
de Mercure , avec un Hemifphere dans
le milieu , où l'on voyoit fix Plane tes
malheureuſes . Au - deffus étoit un Char
E de
734
LE MERCURE
de Triomphe , tiré par deux Aigles , ou ·
étoit aflife la Force. Un Genie voloit
au-deffus du Char , tenant de la main
droite une Couronne qu'il fembloit mettre
fur la tête de la Force , & de la main.
gauche il tenoit un Sceptre , orné de laurier
; aux bas côtez de ce Portail on avoit
reprefenté les quatre parties du Monde.
On voyoit au- deffus d'un autre grand
Portail la Renommée , & dans le milieu un
Arc-en - Ciel , furmonté d'un autre Char
de Triomphe , tiré par cinq Alloüettes ;
la Conftance étoit affife dans ce Char
avec un Genie au- deffus , qui d'une main
portoit les Armes de Bohéme , & de l'autre
une Couronne de Palmes , dont il paroiffoit
couronner l'Ecu de ces Armes . Le
Portail étoit orné de Deviles qui avoient
, rapport aux quatre parties du Monde ,
vers lefquels les quatre faces étoient.
tournées .
Le fens de ces figures emblematiques ,
eft que la Force qui précede les malheureufes
Planettes , marque l'attention , &
le pouvoir de l'Empereur à détourner les
funeftes influences qui pourroient tomber
fur le Royaume de Bohéme . L'lris
marque la tranquillité que S. M. I. va
affermir dans ce Royaume , Mercure &
la Renommée publient par tout ce bonheur
, & c.
Les
D'OCTOBRE 1723. 735
Les quatre fervices en fucre de la table
de S. M. I. furent d'une magnificence
extraordinaire ; on y voyoit de petits
Arcs de Triomphe de differens deffeins
dont les emblêmes & les ornemens avoient
à la folemnité de la Fête.
rapport
Après le repas l'Empereur fe retira
dans fon appartement au bruit des mêmes
fanfares , & le foir il y eut des feux,
des illuminations , & d'autres marques
de réjouiffance publique dans les trois Citez
de Prague.
蛋蛋
COURONNEMENT de l'Imperatrice ,
· Elizabeth- Chriftine , Reine de Bohéme,
fait à Prague le 8. Septembre 1723 .
E jour de la Nativité de la Vierge ,
Layant été choisi pour leCouronne Couronnement
de l'Imperatrice , en qualité de Reine
de Bohéme , & notifié aux Princes
Electeurs de l'Empire , & à tous les Seigneurs
qui devoient affifter à cette augufte
ceremonie ; le fignal de la marche
fut donné par le tambour dès les fix heures
du matin. L'Eglife Metropolitaine de
Saint Vitte étoit décorée comme le jour
-du Couronnement de l'Empereurs on y
avoit feulement ajoûté quelques Reliques
¿
A
E ij
736 LE MERCURE
ques ; fçavoir , un bufte d'argent , dans
lequel étoient confervées les mammelles
de Sainte Anne , mere de la Sainte Vierge.
Cette Relique étoit expofée fur le
Maître- Autel , au milieu duquel s'élevoit
une Croix d'or maffif , avec une partie
du voile , dont nôtre Seigneur avoir
été couvert le jour de fon crucifiement .
Ces deux précieufes Reliques furent au
trefois données par le Pape Urbain V. à
l'Empereur Charles IV . qui les reçût des
mains de Sa Sainteté , à Rome même.
Le fecond fignal ayant été donné par la
grande Cloche de la Metropole , M. Grimaldi
, Nonce du Pape & Archevêque
d'Edeſſe , l'Ambaſſadeur de Veniſe , & un
grand nombre de Princes , Ducs , Cumtes
, Seigneurs , & Nobles fe rendirent au
Palais de l'Empereur , où ils attendirent
que l'Imperatrice fut revêtue de les habits
Royaux. Cependant tout le Clergé
s'étoit rendu à l'Eglife de Saint Vitte ,
ayant à la tête le Comte de Kienbourg ,
Archevêque de Prague , Legat né du
Saint Siege , & Prince de l'Empire , à
qui cette grande fonction étoit reſervée ,
comme le jour du Couronnement de l'Empereur.
Leurs Majeftez Imperiales fortirent de
leur Palais fur les neuf heures , & s'avancerent
vers l'Eglife dans l'ordre que
nous
D'OCTOBRE 1923. 737
nous avons déja remarqué . L'Imperatrice
avoit une Couronne d'or fur la tête ,
elle étoit vêtue d'une très riche étoffe
d'argent , brochée d'or , & enrichie de
pierreries d'un éclat furprenant ; elle
s'appuyoit fur le bras de Don Joſeph
Folck , Prince du Saint Empire & de
Cardonne , Conſeiller d'Etat , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , Prefident
du Confeil de Flandre , & Majordome-
Major de l'Imperatrice. La queue de la
Robe de Sa Majesté étoit portée par la
Comteffe Marie Therefe de Rappach
Ducheffe Douairiere de Munsterberg
& de Franckeftein , fa Majordome - Major.
Leurs Majeftez Imperiales marchoient
fous un fuperbe Dais , porté par
les Bourgmestres , & fuivi des Seigneurs
& des Dames de la Cour. Ce fut dans
cette pompe que l'Empereur & l'Imperatrice
entrerent dans l'Eglife au bruit des
tambours , & au fon des trompettes.
L'Archevêque de Prague vint les recevoir
à la porte , avec tous les Prélats du
Royaume. L'Empereur entra dans le
Choeur , & fe mit fur fon Trône , qui
étoit placé dans le même endroit que nous
l'avons déja dit le jour de fon Couronne.
ment , précedé des Seigneurs qui portoient
les pieces d'honneur , & de fix Herauts-
d'Armes ; fçavoir , deux de 1 Em-
E
iij
pire ,
738 LE MERCURE
:
pire , deux de Hongrie , & deux de Bo
héme . L'Imperatrice alla tout droit à la
Chapelle de S. Vinceflas avec la même
fuite que l'Empereur. La Dame Ifidore
Conftance Radutzki de Bezermitz , Princeffe
& Abbeffe de S. George , de l'Ordre
de Saint Benoît , reçût Sa Majesté
Imperiale , avec deux Religieux du même
Ordre , & eut l'honneur de lui baifer
les mains. L'Archevêque de Prague
ne tarda pas de venir avec fes Affiftans
lui donner fa benediction , en recitant
l'Oraifon : Omnipotens fempiterne Deus
& c. enfuite l'Imperatrice fuivie de l'Abbeffe
, & des deux Religieux , dont nous
venons de parler , alla fe mettre à genoux
devant l'Autel de S. Vinceflas, où elle fit
fa priere. Pendant ce temps là lesSeigneurs
qui reprefentoient les Titulaires des premieres
Charges du Royaume , fe rangerent
derriere le tombeau de S. Vinceflas,
& la Comteffe de Kinski , Baronne née
de Funfkirchen , & époufe du Grand
Chancelier du Royaume, prefenta à la tufdite
Abbeffe & Princeffe de Saint George
la Couronne d'or de Sa Majefté Imperiale
, enrichie de pierreries , felon l'ancienne
coutume obfervée dans tous les
Couronnemens . On configna auffi le pain
argenté & le vin qui étoient fur l'Autol
de Saint Vinceflas , au Grand - Pannetier ,
&
D'OCTOBRE 1723. 739
& au Grand - Echanfon de la Couron
ne. Cette premiere ceremonie étant
achevée l'Imperatrice s'achemina vers le
Grand- Autel. Les Seigneurs portant devant
elle les pieces d'honneur ; fçavoir,
la Couronne portée par le Grand - Burgrave
, le Sceptre par le Grand- Secretaire
du Royaume , & le Globe Royal par le
Juge fuprême , & c. deux Affiftans Ecclefiaftiques
étoient aux côtez de Sa Majelté
Imperiale , ils l'accompagnerent jufqu'au
pied de l'Autel pour y faire fa priere ,
& le conduifirent enfuite à fon Trône
qui étoit vis- à- vis celui de l'Empereur.
Ce fut alors que les deux Affiftans de l'Archevêque
adrefferent ces paroles à ce Prélat
au nom de l'Empereur , nouveau Roy
de Bohéme. Reverendiſſime Pater , postulamus
ut confortem noftram , nobis à Deo
conjunctam , benedicere & corona regali
decorare dignemini , ad laudem & gloriam
Salvatoris noftri Jefu Chrifti. L'Empereur
étoit preſent à cette demande , &
s'en retourna après vers fon Trône , laiffant
l'Imperatrice , fon époufe , à genoux
devant l'Autel. L'Archevêque entonna
pour lors les Litanies , à la fin deſquelles il
chanta par trois differentes fois le verfet :
Ut hanc in Reginam coronandam &' c. A
quoi les affiftans répondirent auffi par
trois fois : Te rogamus , audi nos . Les
E iiij
Lita740
LE MERCURE
Litanies finies l'Archevêque recita l'O
railon Omnipotens fempiterne Deus
hanc famulam tuam &c. Après cette
Oraifon , l'Imperatrice fut reconduite à
fon Trône par l'Abbeffe , Princelle de
Saint George. La Mufique commença à
chanter l'Introïte de la Meffe de la Sainte
Vierge , dont on folemnifoit la Fête ce
jour -là , comme nous l'avons dit . A l'Alleluia
Sa Majefté Imperiale revint fe
mettre à genoux au pied du Grand Autel
, toûjours accompagnée de l'Abbeffe
de Saint George , & de fes deux Affiftans
Ecclefiaftiques . Le Comte de Schaffgotfc
, Grand- Chambellam du Royaume
lui fervoit d'Ecuyer toutes les fois qu'elle
s'agencüilloit , ou qu'elle fe relevoir . La
Comteffe de Schaffgotfc , en qualité de
Grande Chambellanne , aidée de deux
Demoiselles de la Chambre , découvrit
le bras & le col à Sa Majefté Imperiale ,
afin qu'elle reçût le Saint Crême , dont
elle fut ointe par l'Archevêque , qui à
chaque Onction prononça ces paroles :
Spiritus Sancti gratia & c. & les deux
Onctions étant faites recita l'Oraifon :
Dominus qui folus , & c . La Princeſſe ,
Abbeffe de Saint George fit la fonction
d'effuyer l'huile Sainte , dans un endroit
preparé pour cela , & reconduifit S. M. I.
à fon Trône , avec fes deux Affiftanst
ހ
EccleD'OCTOBRE
1723. 741
Ecclefiaftiques. L'Imperatrice fut couronnée
Reine de Bohème , avec les mêmes
ceremonies dont on a déja fait mention
dans la relation de ce qui s'étoit
paffé quelques jours auparavant au Couronnement
de l'Empereur. Cette augufte
Ceremonie étant faite , l'Archevêque entonna
le Te Deum qui fut chanté par la
Mufique. On continua la Meffe , après
l'Evangile on porta le Livre à baifer à
l'Empereur , & après à l'Imperatrice ,
qui à l'Offertoire s'avançant vers l'Autel
offrit le pain argenté , le vin , & les deux
Medailles d'or d'Offrande , & retourna
fe placer fur fon Trône. A l'Agnus Dei
les deux Affiftans de l'Archevêque vinrent
prefenter la paix à baifer à leurs
Majeftez Imperiales & Royales . Et la
Melle étant finie l'Empereur & l'Imperatrice
, après avoir reçû les felicitations
de tous les Seigneurs , Princes , Ducs ,
Comtes & Ambaffadeurs , retournerent
en leur Palais aux acclamations des peuples
, & au bruit de toute l'artillerie de
Prague , l'Archevêque celebrant les accompagnant
dans fes habits Pontificaux.
L. M. I. entrerent dans la Salle du Feftin
Royal , & elles s'y mirent à table fous le
Dais. Le Cardinal de Scrottembach , le
Nonce du Pape , l'Ambaffadeur de Venife
, & l'Archevêque de Prague y pri-
E v rent
742 LE MERCURE
ī
rent les mêmes places qu'ils avoient occur
pés le jour du Fefti Royal de l'Empereur.
On fervir 12. autres tables pour les
Dames , époufes des Grands Officiers du
Royaume de Bohéme , qui eurent la liberté
d'y faire placer les perſonnes qu'elles
voulurent choifit..
^ L'Imperatrice , dont la groffeffe eft
confirmée , avoit obtenu du Pape une dif
penfe pour manger avant fon Sacre , afin
de pouvoir fupporter les fatigues de cette
ceremonie.
Les Arcs de Triomphe en fucre fervis
fur les tables du Feftin , le jour du
Couronnement de l'Imperatrice , furent
trouvez également beaux & bien imaginez
. Le premier reprefentoit le Jardin du
Temple de Flore , dans lequel on voyoir
cette Déeffe affife , & au- deffus Junon
fuportée par des nuées entre la Conftance
& la Force , dans l'action de couronner
Flore. Deux figures en pied étoient au
bas des deux côrez , la premiere portant
les Armes de Bohéme , & l'autre celles
de Silefie & de Moravie ornées de
fleurs , & c.
3
Le fecond étoit une efpece de grand
Portail à trois faces , dont chacune étoit
ornée de trois colomnes , avec un vafe
de fleurs fur l'amortiffement , couronné
par un pavillon en Baldaquin. Il y avoit
deux
D'OCTOBRE 1723. 743
deux marches à monter à chaque face ,
& le milieu étoit occupé par des figures
allegoriques , la Paix couronnant la Bohéme
, & c.
Le troifiéme Arc de Triomphe étoit
un Portail pareil à celui dont nous venons
de parler , où l'on voyoit la liberalité
mettant une chaîne d'où pendoit
une Medaille d'or , au col d'une figure à
genoux devant elle , reprefentant la Bohéme
, accompagnée de l'Abondance
de l'Esperance , & autres figures allegoriques.
Medaille frapée à l'occafion du Sacre
& Couronnement de L. M. I. Roy &
Reine de Bohéme. D'un côté l'Empereur
fous la figure d'Hercule , & l'Imperatrice
fous celle d'Hebé , avec cette Legen
de. CAROL. VI . IMP . ELIS . CHR.
AUG . P. P. Вон. SUE CONSERVATOR
, & dans l'Exergue , fufcepit. Diadem
. Reg. IX. & VI. Sept. an. Prag
Condit, mill. & pour Revers, Leurs M. Ï.
fur un Trône élevé , couronnez par la
Felicité ; plus loin on voit le temps qui
montre les glorieufes actions de S. M. I.
avec cette Legende : CORONIS . CONSTANTER
FIRMANDIS . FELICITER.
UNITIS . Dans l'Exergue : Beatitudo Publica
falus Provinciarum .
Evj La
744 LE MERCURE
La grande Medaille pour la même céa
remonie , a pour revers le Trône de Bohéme
, fur lequel eft pofé un Globe furmonté
d'une Couronne , & ceint d'une
branche de Laurier , avec un Serpent en
forme d'anneau , & dans les côtez l'Aigle
Imperial , le Lion de Bohéme , les Tours
de Caftille , & les Couronnes de Hongrie
, & plus loin dans l'enfoncement le
Temple du Temps , dont Janus ouvre la
porte , avec cette Infcription : IMP. CAROLI
VI. ET ELISABETHA AUGUSTE
UNCTIO REGIA , & dans l'Exergue :
Prage condita Millenario Primo M. DCC .
XXIII.
La petite Medaille de l'Empereur a
pour Revers la Couronne de Bohéme ,
pofée fur la Charuë de Premiflas , Fondateur
de ce Royaume , avec ces mots :
TERTIA PREMISLAICE STIRPIS
GLORIA , & dans l'Exergue , Imp. Car.
IV. Felicitas Imp. Car. VI. unctione Regia
reftituta A Mill. Regia condita.
La petite Medaille de l'Imperatrice a
pour Revers la Couronne de Bohéme
avec les trois autres Couronnes de S. M.I.
avec cette Inſcription : ELISABETHA.
QUARTUM AUGUSTA .
EXPLI
D'OCTOBRE 1723. 745
'EXPLICATION de la troifiéme Enigme
du dernier Mercure. Par M. le Maire.
S
Ous les voiles miſterieux ,
D'une agreable Metaphore ,
Mercure , vous voulez dérober à nos yeux ,
Cet art rempli d'appas , qu'exerce Terpficore.
Mais malgré vos déguiſemens ,
Qui tiennent quelque temps nôtre efprit en ba
lance ,
Il fe peint à l'efprit par des traits fi charmans ,
Que l'on n'y peut méconnoître la danfe
Autre explication par un Gaſcon.
De celle des neuf Soeurs qui prefide au ballet, -
Tu demandes le nom que ta veine entortille.
Sur un pareil propos je te dirai tout net ,
Bon , fi je la connois ! elle eft de ma famille.
M. Ballot.
Les fujets des deux autres Enigmes 7
font le Coq d'une Giroüette , & le Vent.
PRE746
LE MERCURE
PREMIERE ENIGME
AParís nous fommes deux foeurs ,
Sans ceffe en jaloufie , & Rivales altieres ;
Nous avons des attraits pour charmer tous les
coeurs ,
Mais comme les beautez nous fommes journa
lieres ;
Les uns de la cadette aiment fort l'enjouement ,
Les autres tiennent pour l'aînée ,
Et dans fon humeur variée ,
Trouvent plus de plaifir & de contentement ;
Elle a je ne fçai quoi de touchant & de tendre ,
Quand elle eft trilte même , ils aiment fa lan
gueur ,
Qui leur fait preferer la plus vieille à ſa foeur ;
Ce que de la plus jeune ils ne pourroient attendre.
Encor que nous plaifions à cent fortes de gens ,
Nous ne fommes pourtant que deux filles publiques
,
Dont le premier venu jouit pour de l'argent,
Enfin chacun à fes pratiques.
SECON
D'OCTOBRE 1723 . 747
N
SECONDE ENIGME.
Ous fommes deux enfans fortis d'un même
pere ,
Et fort étroitement unis ,
Toûjours enſemble , & toûjours bons amis ,
L'un ne va point fans l'autre , & les deux font l
paire ,
TROISIE'ME ENIGME.
Ur la terre je prens naiffance ,
Surl
Quoique mon nom vienne des Cieux ,
Mon pays natal eft la France ,
Er quoique fans langue & fans yeux ,
L'on s'entretient fouvent avec moi de fcience.
Dans moy par un étrange fort ,
L'on voit ſouvent unis la vie avec la mort ,
L'Hymen avec l'amour , la paix avec la
Je
guerre ,
mene qui me fuit , du Midy jufqu'au Nord ,
Et lui fais parcourir prefque toute la terre.
CHAN
748
LE MERCURE
*******************
CHANSON
Qejecrains de Tirfis le refpect dangereux ›
Et que fes regards amoureux ,
Avec fon coeur toûjours d'intelligence ,
Me font redouter fon filence ,
Par ce langage ingenieux ,
Amour , caufe à mon coeur de fecretes allarmes
Helas ! je me défendrois mieux
Contre les foupirs & les larmes.
>
"
NOUVELLES LITTER AIRES,
E
DES BEAUX ARTS , & c.
XPLICATIONS NOUVELLES des
Mouvemens les plus confiderables de
P'Univers , accompagnées de Démonf
trations par le jeu de differentes Machines
, qui les imitent. Par M. Mathulon ,
Docteur Medecin. Brochure in 4º . A
Paris , chez Jacques François Grou , ruë
de la Huchette , au Soleil d'Or 1723.
Avec Approbation & Permiſſion .
L'AuTendreme
*39
Queps regards
amou.
9:43
X
*
reux, redouter
Son Si..
D'OCTOBRE 1723. 749
L'Auteur de ces Explications dit dans.
une courte Preface que Mrs de l'Académie
Royale des Sciences , à l'examen de
qui il les a foumifes , en ont paru con .
tens , & lui ont fait la grace de lui dire
qu'il n'avoit pas fait comme beaucoup
d'autres qui leur propofent chaque jour
des nouveautez , & ne donnent que des
bagatelles. Nous renvoyons pour tout le
refte à l'Ouvrage même , lequel contient
les Machines en queftion qui nous paroiffent
curieufes , exactement gravées , &
accompagnées de defcriptions claires , &
abregées .
P
NOUVELLES DE'COUVERTES en
Medecine , très- utiles pour le fervice dur
Roy & du Public . A Paris , de l'Imprimerie
de L. d' Houry , ruë de la Harpe
1723. Brochure in 12. de 24. pages.
Le fieur Thiers de Marconnay , Doc
teur Medecin , à Metz , Auteur de ce
petit Ouvrage , en continuant fes Obfervariens
pour conferver la vie & la fanté
a fait , dit-il , une découverte qui produit
des effets merveilleux ; c'est un fel
Simpatique , avec lequel il guerit en 24.
heures toutes fortes de playes & de bleffures
recentes , fans qu'il arrive aucune
inflammation , tant aux Hommes qu'aux
Animaux.
Sur
750 LE MERCURE
Sur les Remedes extraits des Métaux 3
& des Mineraux , ou de ceux qu'on tire
des Animaux & des Vegetaux , M. de
Marconnay veut qu'on donne la prefe
rence aux premiers. Son Ouvrage finit
par une briève Differtation fur les Eaux
Minerales.
N'oublions pas une vertu bien merveilleufe
de ce Sel Simpatique , lequel
pendu au col , diffipe , dit-on , toutes
fortes de Rhumatifmes .
LE SPECTATEUR SUISSE , traduit en
François . A Paris , chez. A. Morin , au
Palais , F. Flahault , Quay des Augustins
1723. Brochure in 12. de 42. pages
, avec un avis du Traducteur au Lecteur.
C'eft le premier mois d'un Ouvrage
, dont on promet de donner une ou
plufieurs fuites chaque mois. Le prix eft
de 12. fols.
le Comme nous n'avons encore vû
que
premier mois de cet Ouvrage , nous né
pourrions porter qu'un jugement incertain
fur le ftile ; c'eft pourquoi on trouvera
bon que nous nous difpenfions de le
hazarder. Nous nous contenterons d'inftruire
nos Lecteurs de ce que le Spectateur
Suiffe fe propofe. Il protefte d'a
bord qu'il ne voudroit s'ériger , ni en
Démocrite , ni en Heraclite , parce que
fi
-
D'OCTOBRE 1723. 758
fi ces Philofophes revenoient au monde ,
le premier pleureroit trop , & le dernier
riroit trop au gré des hommes d'aujourd'hui
, qui ne demandent que de la diverfité
. Il leur faut , dit- il , du plaisant
agreable , ou du plaifant ridicule , ou au
moins du beau mais du beau qui ne foit
pas ufe. Ils s'accommodent affez de ce
dernier , pourvu qu'il foit de leur goût :
la beauté en ce cas a le privilege de leur
plaire , & de valoir prefqu'autant pour
eux que l'agreable , ou le ridicule qui les
réjouit.
Nôtre Auteur nous fait connoître ,
confequemment à ce qu'il vient de ſuppofer
, qu'il pancheroit affez à donner de
l'agreable & du beau , mais que le grand
art feroit d'en exclure tout ce qui fenti-
Toit l'utile , ou de le cacher fi bien , qu'il
ne parut point du tout que l'Auteur eut
envie de rendre fes Lecteurs plus raiſonnables
; nous laiffons aux nôtres la liberté
de raifonner fur toutes ces hypotheſes.
Voici à quoi les irrefolutions de nôtre
nouveau Spectateur fe rédui'ent enfin .
C'eft à donner du beau , ou du plaifant,
& même de l'un &. de l'autre. Il compte
que les vices & le ridicule des hommes
fui fourniront aifément le plaifant ; pour
le beau , il referve fans doute de le chercher
& de le trouver en lui-même . Le
temps
>
752 LE MERCURE
temps nous rendra plus fçavant fur le
fuccès de cette entreprife.
Cependant nôtre Suiffe s'attend à être
traité d'Auteur fans fel , trivial & plat ,
s'il ne remplit pas ce qu'il promet. Mais
il prend une bonne précaution pour être
traité favorablement de fes lecteurs :
qu'ils ne fe previennent donc pas à mon
defavantage , dit- il , de peur que cette prevention
nefaffe dans leur goût quelque dérangement
qui pourroit me faire échouer ,
& peut être même fans qu'il y eut beaucoup
de ma faute , & les priveroit par un
dégoût anticipé de ce que je pourrois écrire
de paffible , fi tant eft que je le puiſſe
Tâchons pour finir de trouver au
moins un trait qui puiffe caracteriſer le
petit ouvrage que nous annonçons . Par
où croyez- vous qu'une femme plaife ordinairement
à un homme au- deffus du commun
, & qui a de l'efprit ? C'eft , oferai -je
le dire , prefque uniquement par les feules
chofes qui la rendroient l'objet des defirs
d'un manant.
REMARQUES fur les Articles LII. &
LIII. des Memoires de Trevoux du mois
de May 1723. au fujet des Methodes en
general , & de l'expofition de la Methode
raifonnée pour apprendre la langue
Latine. Par M. du Marfais . A Paris ,
chez
D'OCTOBRE 1723.
753
chez Quillau & Delaint , ruë Galande .
Pages 82. fans compter l'explication du
Poëme leculaire d'Horace,
Ces Remarques font des réponses à
l'Extrait que les Journaliſtes de Trevoux
ont fait de l'expofition de la Methode de
M. D. M. Le Public a reçû favorablement
cette expofition , les Remarques
éclairciffent encore davantage le deffein
de l'Auteur. Il condamne l'ufage des
Thêmes pour les commençans, cet Article
merite une attention particuliere ,
auffi bien que la maniere dont M. D. M..
s'eft propofé de traduire les Auteurs
Claffiques. Ce fera à l'experience & au
fuccès à decider la difpute.
гу
OUVRAGES POSTHUMES des RR.
PP. Dom Jean Mabillon & Dom Thier-
Ruinard , Benedictins de la Congregation
de S. Maur. Recueil des petits
écrits du premier , ayec additions . Ses
lettres & celles des perfonnes illuftres
1 par leurs dignitez , ou par leur fçavoir
qui lui ont écrit . Et l'hiftoire de quelques
conteftations Litteraires , où ce fçavant
eft entré. Par le R. Pere Dom Vincent
Thuillier , Religieux de la même Congregation
, 3. vol . in 4 ° A Paris , chez Fran
çois Babuty , Jombert le jeune & Jean-
François Joffe.
ޅ
Nous
754 LE MERCURÉ
<
Nous nous faifons un plaifir d'annoncer
aux fçavans l'impreffion qui fe fait
actuellement de ce grand Recueil , dont
on promet la publication avant. la fin de
l'année. Il contient non- feulement les
écrits pofthumes des deux fçavans Bene
dictins , mais encore les ouvrages du premier,
lefquels, quoique déja imprimez , në
fe trouvoient prefque plus , ou fe perdoient
par
la petiteffe du volume dans la
foule des autres livres. On les reverra
dans ce nouveau Recueil ou avec des
additions confiderables de la propre main
de l'illuftre Auteur , ou avec des accompagnemens
qui les feront lire avec plus
de fruit , & plus de plaifir. On ne fçauroit
trop marquer de reconnoiffance envers
le R. P. Thuillier , qui fait un ſi
riche prefent à la Republique des Lettres,
-& trop louer les Libraires qui ont fait , &
qui executent une entrepriſe fi importante
aux Lettres .
>
MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES
, à Amfterdam , chez J. Frederic
Bernard 1722. in 12. pag. 90. y compris
la Preface .
Voici un Journal Litteraire d'une rou
-velle efpece , dont nous n'avons encore
- vû que les fix premiers mois de l'année
derniere. On peut voir par le titre même
de
D'OCTOBRE 1723. 755
•
de ce livre , quel eft le deffein de l'Auteur
, qui expofe dans fa Preface » que
» malgré les fçavans Journaux que nous
avons , il peut hazarder fes nouvelles
» Hiftoriques & Litteraires. Quoique je
» me propofe , dit- il , d'y donner peu
d'extraits, elles n'en fuffiront pas moins,
>>
33 pour
*
faire connoître les livres qui paroiffent
en France ; car je me reſtrains à
parler de ce qui fe paffe dans ce Royau-
» me. Un avantage qu'elles auront , con-
» tinuë- t’il , ſur les Journaux ; c'eft qu'elles
contiendront une infinité de faits de
Litterature , qui arrivent journelle-
» ment , & qui faute d'être écrits à temps,
»fe perdent de telle maniere , que bientôt
il n'en refte plus de traces. Voici
» enfin , dit nôtre Auteur , ce qui fera
» le fonds de ces Nouvelles , qui paroî-
» tront exactement tous les quinze jours ,
» plus , ou moins étenduës , felon l'abondance
, ou la difette des matieres. On
» y parlera des livres nouveaux ; on en
» fera connoître les Auteurs ; on y indi-
» quera les nouvelles éditions ; on y don-
» nera une place aux foufcriptions , &c,"
" On fera l'éloge des fçavans , que la
» mort enlevera au monde fçavant. On
n'oubliera pas même de marquer l'é
tat des fpectacles . Peut - être , dit le
nouveau Journaliste , ne fera- t'on pas
toûjours
#
756 LE MERCURE
•
toujours d'accord avec le Mercure Ga-
» lant , fur le merite des Tragedies , &
des Comedies nouvelles. C'est un malheur
dont il fe faudra confoler. L'Auteur
ignore , fans doute , qu'on n'imprime
plus en France de Mercure Galant ,
& que nôtre Journal eft un livre d'une
efpece differente. Quoi qu'il en ſoit ,
quand il ne penfera pas comme nous au
fujet des nouvelles Pieces de Theatre
nous ne manquerons peut
être pas auffi
de motifs de confolation , fur tout en
continuant de nous tenir dans les juftes
bornes que nous nous fommes prefcrites ,
fans oublier jamais qu'un Journaliſte
doit être l'Hiftorien fidele , & defintereffé
, plutôt que le Cenfeur des ouvrages
des fçavans .
Comme on ne peut gueres donner d'extrait
d'un livre , qui ne contient lui - même
que des extraits , nous pourrions nous
contenter d'y renvoyer le lecteur ; nous
allons cependant pour fatisfaire fa curiofité
, en extraire quelque chofe ; nous
commencerons par l'Article des Spectacles.
Voici ce qu'on dit de Romulus , Tragedie
de M. de la Mothe.
» Nos nouveaux Auteurs Tragiques ,
" ( c'eft le Journaliste qui parle dans le
» mois de Fevrier , pag. 15. ) rejettent
» toûjours le peu de réüffite de leurs
Pièces
D'OCTOBRE 1723. 737
»
.
"
Pieces fur la prévention du Public , en
faveur de Corneille & de Racine. Le
fuccès de Romulus , Tragedie nouvelle
de M. de la Mothe , juftifie le
» Public à cet égard , & fait voir qu'il
» n'a pas tellement épuifé fes applaudiffe-
» mens , qu'il ne lui en reste encore pour
» ceux qui s'en rendent dignes . L'Analife
que le Mercure Galant a donnée de
» Romulus , nous difpenfe d'en faire ici
» une nouvelle. La fienne eft fuffifante
» pour mettre au fait de l'intrigue , &
du dénouement de cette Piece , ceux
qui ne l'ont pas vûë reprefenter. Cette
Analife eft accompagnée d'un grand
Séloge de M. de la Mothe. Nous refer-
» vons à parler plus au long de cette
Tragedie , lorfqu'elle fera imprimée ,
» & peut être que nous en entreprendrons
» alors un examen dans les formes ; il
» ne fçauroit être qu'avantageux à l'Au-
» teur. Quelques défauts que l'on a crû y
découvrir , & que nôtre amour pour la
» verité ne nous permettra pas de taire
» ne doivent point empêcher , qu'on ne
» la regardent à peu près , comme ce
» que l'on a mis de plus raifonnable fur .
nôtre Theatre depuis la mort de ces
grands maîtres , dont les plus beaux
» Ouvrages de nos jours ne fervent qu'à
» nous faire fentir la perte plus vivement.
F L'ex758
LE MERCURE
L'extrait que nous joignons à celui des
Spectacles n'eft pas peu intereffant à la -
Republique des Lettres , & nous croyons
que le Lecteur nous fçaura gré de
l'avoir choifi fur tant d'autres moins confiderables
qui font contenus dans le Journal
que nous annonçons.
OEUVRES DIVERSES DE PIERRE
BAYLE , en quatre vol . in fol . impreffon
propofée par foulcription , à la
Haye , chez P. Huffon , T. Johnſon
P. Goffe , & c.
و و
و ر
و د
Le rang que les ouvrages de feu
5 M. Bayle tiennent dans les Bibliotheques
, & l'approbation qu'ils ont re-
, çûë du Public , nous difpenfent , dit
,, nôtre Journaliſte , de faire l'éloge de
,, ce fçavant . Il faudroit être fort étran
ger dans la Republique des Lettres
» pour ignorer l'eftime que l'on a tou- a
5 jours faite de fon efprit également
agreable , & enjoüé , dans les marieres.
les moins fufceptibles d'enjouement.
Jamais livres n'ont été recherchez
avec plus d'empreffement que les fiens,
lûs avec plus de plaifir , & goûtez plus
3 un verfellement. Cinq éditions Frana
çonfes du Dictionnaire Hiftorique &
Critique de ce grand homme , & une de
Londres en Anglois , juftifient ce que
""
,,
و د
و ر
د و
nous
D'OCTOBRE 1723. 769
5, nous avançons. ,,
On mettra à la tête
da premier volume ( le Journaliſte fair ici
parler les Editeurs . ) Une Hiftoire de la
vie & des écrits de M. Bayle , où l'on
trouvera des éclairciffemens ( ur les écrits,
les fujets qui les ont fait naître , les dif
putes qu'il a eues avec divers fçavans ,
& c. A la fin du quatrième volume , il y
aura une table fort exacte. On fe fervira
des meilleures éditions de fes Oeuvres
fur tout de celles qu il a lui- même revûës.
On en a quelques- unes avec des
additions & des corrections de fa main.
Le Public ne fera pas fâché qu'on lui
donne de ce Philofophe , quelque chofe
qui n'a pas encore vû le jour . On peut
être affuré que nous ne donnerons rien
fous le nom de M. Bayle qui ne foit veritablement
de lui , & que perfonne ne
s'ingerera , fous quelque prétexte que ce
foit de corriger fon ftile , encore moins
de changer le fens de la matiere , & les
raifonnemens de l'Auteur . Enfin on n'épargnera
, ni foins , ni travail pour donner
une édition bien correcte , & qui
réponde au merite des ouvrages de l'Auteur
. Pour cet effet on confultera les additions
, & corrections qui font à la fin
de chaque volume ; on corrigera exactement
les fautes qui y font marquées , &
on placera les additions où elles doivent
Fij être ,
760 ™ LE MERCURE
être , &c. Il eft inutile d'en dire davantage
, & nous renvoyons pour tout le
refte qui concerne le temps & l'impreffion
de l'ouvrage , les foufcriptions , &c. à·
ce que nous en avons dit nous - même ,
dans nôtre Journal du mois de Juillet
1722. page 107 .
Nous finitons par un article qui nous
paru curieux , & fur lequel nôtre nouvel
Auteur s'cft beaucoup étendu . Car-
TE DU SYSTEME SOLAIRE , contenant
les Orbites des Planettes , & des Cometes ,
fuivant le Syfteme du Chevalier Newton .
Par M. Guillaume Whifton , Maître ès
Arts.
Cette Carte d'une grandeur confiderable
, & affez bien gravée , fe trouve
à la tête de cet article ; elle eft accompagnée
d'un long Memoire parfaitement
bien raisonné qui en contient
l'explication ; mais nous ne sçaurions
nous y arrêter à caufe de fa longueur
, & par la qualité de la matiere
qui n'eft gueres fufceptible d'un extrair,
›
Si nous étions du goût , ou dans les
principes de l'Auteur du nouveau Journal
, qui ufera , dit- il , du droit que les
Journalistes fe font acquis de dire librement
ce qu'ils penfent , & qu'on ne leur
contefte plus , &c. Nous pourrions auffi
dire librement nos penſées fur ce nouveau
JourD'OCTOBRE
1723. 762
Journal , que l'Auteur appelle deux ou
trois fois une Gazette. Mais nous n'avons
garde d'ufurper les droits du public , qui
trouvera peut être cette nouvelle Gazette
un peu médifan e en quelques endroits ,
& affez inal inftruite dans d'autres , fans
compter que l'Auteur , contre fa promeffe
, de ne parler que de livres imprimez
en France , s'étend fur plufieurs au
tres des Pays Etrangers , & qui ne font
pas les meilleurs . Nous l'avertiffons en
finiffant que l'on a défiguré le nom du
premier Editeur Benedictin des Oeuvres
de S. Ambroife , qui s'appelloit Dom
Jacques du Friche , & non pas de Trichet
, comme il eft marqué dans fon Journal
du mois de Mars 1722. page 62.
Comme cet extrait n'eft déja que trop
long , nous ne dirons plus qu'un mot fur
la miniere dont l'Auteur critique fort
au long la Tragedie de Romulus , dans
une lettre inferée dins fon Journal du
mois de May. Il prend par tout le ton
plaifant , qui convient plutôt à un Satyrique
, ou à un faifeur d'Epigrammes
qu'à un Journaliſte defintereffe. On voit
bien qu'il s'attache plutôt à égayer fa
matiere qu'à l'approfondir ; mais ignoret'il
qu'un bon mot ne prouve rien ? &
que le lecteur , qui cherche à s'inftruire ,
ne tient pas grand compte à un faiſeur
F iij
,
d'ex762
LE MERCURE
d'extraits qui n'écrit que pour faire
rire. En effet , voici comme il parle de
l'amour refpectueux de Romulus pour
que
la
Hercilie. Le Poëte a mieux aimé s'accom
moder au goût du temps , que de s'attacher
trop fcrupuleufement à l'Histoire , il
a fçû que nos François aiment beaucoup
mieux les filles que les femmes , & pour.
attirer leurs bonnes graces à fon Hercilie ,
il lui a confervé fa virginité jufqu'au dénouëment
de la Piece. On pourroit peut
être dire pour la juftification du Poëte ,
guerre étant entreprise pour redemander
la Princeffe , il ne feroit pas vraifemblable
, felon les moeurs d'aujourd'hui
qu'un mari ne faifit pas avec plaisir cette
occafion de s'en débarraffer , fi elle eut déja
été fa femme, &c. en bonne- foi , ce ftile
goguenard ne conviendroit- il pas mieux
au Roman Comique qu'à un extrait de
Tragedie ? Voici encore un trait digne
de remarque. Hercilie ayant confeffé à:
Sabine qu'elle aime Romulus , Sabine lui
demande d'où vient qu'elle feint de le
haïr. Hercilie répond' ,
Si je me relâchois fur ce que je me dois ,
J
Bien tôt plus foible encor .... mais c'eft lui
je vois.
que
Romulus vient là bien mal à propos
ajoûte l'enjoüé Journaliste , Hercilie étoit
entrain
D'OCTOBRE 1723. 763
entrain de dire de fort jolies choſes . Il devoit
encore ajoûter : ris , lecteur , ris en
attendant que je t'inftruife.
******************
1
EXTRAIT de diverfes Lettres des Pays
Etrangers.
R Schuberth travaille ici ( Lifp-
Mfc) a une Bibliotheque , Juris .
feud lis realis , qui d it paroître au mois
de Septembre , il paffera de- là aux autres
parties de la Jurifprudence ; il fait entrer
dans cet ouvrage les opinions des principaux
Jurifconfultes , & autres fçavans ,
aufquelles il joint fouvent les fiennes.
Nos Libraires ont publié depuis peu Leyferi
Auguft Melitationes ad Pandectas
tom . 2. in 4 1723. & Medicina metallorum
& c. ou inftruction pour polir &
perfectionner les métaux in 4° 1723 .
O
M. Jofeph Pafini , Profefeur de la
Sainte Ecriture , & des Langues Orientales
dans nôtre Univerfité ( Turin ) a
donné l'année paffée une Grammaire Hebraïque
à l'ufage de les Ecoliers , fous ce
titre Grammatica Lingua Santa inftitutio
, cum vocum omnium anomalorum indice
& explicatione & c. on y trouve à
la fin le difcours inaugural qu'il fit à
Fiiij l'ou764
LE
MERCURE
l'ouverture de fes leçons. Le Maireffe a
fous la preffe un ouvrage en Espagnol de
9. vol . in 4 ° , intitulé , Refleciones militares
& c. du Marquis de Sancta Croce ,
qui demeure depuis long- temps ici. Ces
Réflexions ne font autre chofe qu'une
Analyfe des Commentaires de Cefar
& autres grands Capitaines qui ont écrit
fur cette matiere. Le premier tome paroîtra
cette année .
Les Tartini & Franchi ont imprimé ici
( Florence ) une traduction de l'Iliade &
de l'Odiffée d'Homere , faite en vers Tofcans
, fans rimes ( a ) par M. l'Abbé Antonio
Maria Salvini , & dédiée au Roy
d'Angleterre , avec une Preface où il
rend raifon de fa maniere de traduire , 2.
vol. in 8. Outre que cette traduction eft
très- fidelle elle eft prefque mot pour
mot , ce qui fera d'un grand fecours pour
ceux qui veulent apprendre la Langue
Grecque. Il y a à la fin une table des
chofes remarquables. Les mêmes ont fous
la preffe un Catalogue du Jardin des
Simples de Pife , fait par le Docteur Tilli ,
( a ) Il femble que les Italiens qui ont confer
vé dans leur Langue beaucoup de chofes de la
Latine , en ont auffi retenu cette forte de vers.
L'ouvrage le plus celebre en ce eft l'excelgenre
lente traduction de l'Eneide de Virgile par Annibal
Caro.
fçavant
D'OCTOBRE 1723. 765
fçavant Botanifte de cette Univerfité.
Les Plantes les plus rares feront gravées
en cuivre , ce fera un grand in 4°. Cet
Auteur eft celebre par les voyages qu'il
a faits en Affrique & au Levant.
Le 6. May de cette année le Docteur
Luigi Dalla Fabra , Medecin & Profeffeur
de nôtre Univerfité ( Ferare ) eft
mort âgé de près de 70. ans , il s'étoit
rendu celebre par plufieurs ouvrages de
Medecine & de Phyfique qui ont été
imprimez ici.
Pierre Vander , a réimprimé ici ( Leide
) l'Hiftoire de Girolamo Rofti , de la
Ville de Ravenne , à laquelle il a ajoûté
le x1 . livre qui manquoit à la premiere
édition , & tout ce qui avoit été fupri
mé dans la feconde. Il a auffi réimprimé
l'Hiftoire du Poggio Florentin , avec les
notes & la vie de l'Auteur , que le Sig
Giovambattista Recanati avoit donnée au
public dès l'année 1715. à Venife , chez
Gabriel Erts. Il a dédié au même M. Recanati
l'Hiftoire Florentine de Bartolomeo
Della Scala , tirée nouvellement de
la Bibliotheque de Medicis , & il a réimprimé
auffil'Hiftoire de Matteo Palmieti
fur un manufcrit du mêine. M. Recanati..
Il y a ici ( Naples ) , actuellement fous
La preffe un ouvrage qui pourra faire:
quelque bruit chez les Etrangers , &
Fv même
766 LE MERCURE
→
même exciter leurs contradictions. Ce
font deux volumes in 4 fous ce titre.
Idea della ftoria dell' Italia letterata &c .
de. fig. D. Giacinto Gemma dottore delle
Leggi Avuocato Straordinario diquefta
Citta , Promotore è Generale della fcientifica
focieta Roffanefe , degl'incuriofi
& c . c'eſt à dire , Idée de l'Histoire litteraire
d'Italie , fuivant l'ordre Cronologique
depuis fon comencement jusqu'à prefent
, avec l'Hiftoire particuliere de chaque
fcience & de chaque art , de plufieurs
inventions ; des écrivains les plus celebres
que ,
de leurs ouvrages , & de quelques me .
moires de l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftides
Religions , des Académies , &
des difputes arrivés en differens temps ,
avec une réponse aux reproches , dont les
Etrangers ont voulu noircir l'Italie ,.
deux vol. in 4° , dans le 1. on trouvera
une table des Chapitres & des Controverfes
, & dans le 2. une autre des Auteurs
louez ou attaquez , & des choſes :
remarquables. Le 1. tome eft de 51. feüilles
, fans le frontispice , l'Epître Dedica
toire , l'avis & les tables , & finit à l'an
1400 & le 2. qui fera plus gros ' , conti--
nuer depuis 1401. jufqu'en 1723. L'Auteur
a entrepris cet ouvrage pour défendre
l'Ital e des infultes des François , &
des autres nations qui s'imaginent , dit-il,
que
D'OCTOBRE 1723. 767
que les fciences y ont toûjours été negligées.
Il fait voir que tous les peuples ont
tiré de l'Italie les fciences , les maîtres ,
les coutumes , & la meilleure partie de
leurs inventions , & que quand elle étoit
fçavante , comme elle eft encore aujourd'hui
, toutes les autres nations étoient
barbares. Cet ouvrage a fait tant de bruit
ici que vingt particuliers l'ont fait impri
mer , pour ainfi dire , par force en achetant
toute l'édition d'avance. M. Gemma
s'étoit déja acquis une grande reputation
par plufieurs ouvrages , entre autres par
les Differtations Académiques , Differta
tiones Academica , nempe de bominibus
fabulofis & de fabulofis animalibus. A
Naples 1714. 1. vol . in 4º & par feséloges
Académiques. Elogi Academici
della focieta di Roffano , ibid. 2. tom . in
4° . Il a encore un autre ouvrage prêt à
imprimer l'Hiftoire naturelle des Perles ,
& des Pierreries divifée en v . livres , dans
lefquels il explique les noms , les efpeces ,
la generation , les vertus , les fymboles
& les Fables des Perles & des Pierres
précieufes.
Il y a quelques mois que nôtre Almoro
Albrizzi ( Venife ) a fini l'impreffion des
fçavantes Differtations du R. P. Chrétien
Loup en 44. feuilles d'impreffion , qui
feront mifes à la tête du 1. tom . de fes
F vj Oeuvres,
768 LE MERCURE
Oeuvres , & dédiées à Sa Sainteté fous
ce titre , Synodorum generalium , ac Provincialium
Decreta & Canones & c . Decrets
& Canons des Conciles generaux &
Provinciaux avec les Scholies , les notes
& une Differtation Hiftorique des Acres
, par le R. P. Chrétien. Loup , de
Ordre des Hermites de S. Auguſtin ,
Docteur en Theologie de l'Univerfité de
Louvain , & premier Profeffeur Royal.
Premiere partie , tom . I. contenant outre
les Conciles de Nicée , de Sardigue , de
Conftantinople & d'Ephefe , une Differtation
préliminaire des perfonnes , des
moeurs & des herefies de Meletius &
d'Arius , ouvrage pofthume, avec plufieurs
additions à la Differtation fur le Symbole
des Apôtres & de Nicée , mifes au jour
pour la premiere fois par les foins du R. P.
Thomas Filippini , & c . Les Oeuvres du
R. P. Loup étoient devenuës tellement
Fares , particulierement les Scholies fur
les Conciles qu'on a crû rendre ſervice
au public , que d'en entreprendre une
nouvelle édition , & de les raffembler
toutes en douze volumes in folio d'environ
400. pages chacun . L'Auteur avoit
eu un pareil deflein , & avoit preparé
pour cla plufieurs additions aux Scholies
des Conciles , & deux grandes Differtations
, mais la mort arrivée en 1681. en
empêD'OCTOBRE
17237 769
empêcha l'execution . A prefent que les
manufcrits font tombez entre les mains
du R. P. Querni , Vicaire General des
Auguftins , le R. P. Cervioni , General
de l'Ordre a commis le R. P. Filippini
pour prefider à cette édition . Les matieres
qui n'ont point été imprimées rempliront
le 1. tom. & une partie du 2. &
dans les autres on trouvera des notes
marginales du Cardinal Noris , communiquées
à l'Editeur par M. Co : Ottolini .
On avertit qu'on ne changera rien au
Texte de l'Auteur , s'obligeant de mettre:
plutôt quelques notes marginales , s'il ea
eft befoin , que de retrancher ou alterer
le moindre mot. Quand on donnera ce
1. tom. on propofera des foufcriptions .
pour les onze fuivans ..
TRAITE D'OPTIQUE fur les Réfle
xions , Refractions , Inflexions & les
couleurs de la Lumiere. Par le Chevalier
Newton , traduit par M. Cofte. Deuxiéme
édition Françoile. A Paris , chez
Montalant 1722. 595. pages.
TRATTE' DES VERNIS , où l'on don
ne la maniere d'en compofer un , qui
reffemble parfaitement à celui de la Chine
, & plufieurs autres qui concernent
La Peinture , la Dorure , la Gravure à
l'eau
770 LE MERCURE
Peau-forte & c. avec figures , vol . in 12.
de 206. pages. A Paris , chez Laurent
d'Houry, rue de la Harpe 1723 .
Cet ouvrage eft une traduction du Pere
Bonnani , Jefuite Italien , connu par plufieurs
ouvrages fçavans & curieux . La
réputation de cet Auteur doit prévenir
en faveur de ce livre. M. Andri qui l'a
approuvé , dit qu'il n'y a rien trouvé
que
de très- curieux , & qui ne puiffe être
d'un ufage utile.
L'Abbé Desfontaines- Guyot a été
nommé par M. le Garde des Sceaux pour
travailler au Journal des Sçavans , qui
eft interrompu depuis quelque temps . On
dit qu'il paroîtra au mois de Janvier 17 24.
fous une nouvelle forme , in 12. en dixfeuilles
, & feulement tous les mois.
L'Auteur dont on parle, paffe pour
écrire
naturellement & avec efprit , & pour
être laborieux. Ces qualitez jointes à beau--
coup de talent pour la critique , font efperer
au public un excellent Journal .
M. Defrochers , habile Graveur de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
, ayant gravé un très- beau portrait,.
en bufte , de l'Empereur avec les attri--
buts & c. S. M. I. qui a été très contente
de cet ouvrage , lui a donné une grande
Medaille
D'OCTOBRE 1723. 771
1
1
Medaille d'or , où ce Prince eft reprefenté
en bufte avec cette Legende , CAROL.
VI . D. GR . IM. S. A. GER.
HI. H. B. REX Av. Au. & pour Revers
un Globe terreftre entouré de nuées..
avec cette devife , Conftantia & fortitu
dine. C'eft ce qui a donné lieu aux vers
qu'on va lire.
Enfin , cher Defrochers , même dès cette vie ,
Tu jouis de la gloire en dépit de l'envie ,
Et tu peux te vanter que les dons de Cefar ,
Ne t'ont point recherché par un coup du hazard.
Ce Prince que le Ciel cherit , éclaire & guide ,
A le difcernement jufte autant que folide :
Les beaux Arts qu'il foutient & paye au poids
de l'or ,
Vont fous fon regne heureux prendre un nouvel
effort.
De ce fage Empereur , vrai fucceffeur d'Augufte,
Aux
yeux de l'univers tu prefentes le Bulte ,
Et le papier fragile où brille ton burin ,
Vaincra le temps qui ronge & le marbre & l'ai
rain .
Fourfuis cher Defrochers , grave tous les grande
hommes
Tant des fiecles paſſez que du fiecle où nous fon
93
mes ;
Repre772
LE MERCURE
Keprefente leurs ports , leurs geftes & leurs traits ,
Je te promets des vers pour orner leurs portraits ;
Ma mufe les peignant toûjours d'après nature ,
N'en impofera point à la race future ,
Et peut être qu'un jour aimant la verité ,
Nos neveux rendront
Au lieu
que
à ma
grace fincerité
revoltez contre mes adverſaires ,
Ils les mépriſeront comme autant de fauffaires ,
Qui faiſant de nôtre art un trafic odieux ,
Profanent lâchement le langage des Dieux.
F. Gacon , Prieur de Baillon.
M. Geuflin a été reçû dans l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , le
28. d'Aouft dernier . I prefenta pour fa
reception les Portraits de Ms de Largiliere
& Barrois , dont toute l'Académic
parut fatisfaite.
On apprend de Londres qu'on avoit
fait depuis peu à Richemont , en preferce
du Prince de Galles , l'épreuve d'un
canon de nouvelle invention , dont on
peut tirer 33. coups en moins de trois
minutes , & que S A. R. en parut fore
fatisfaite.
Le
D'OCTOBRE 1723. 773
3.
Le 7. du mois dernier l'Académie
Royale de l'Hiftoire à Liſbone , fut admile
fuivant fes Statuts , à tenir la conference
au Palais , en prefence du Roy
de Portugal , de la Reine , du Prince du
Brefil & des Infans . Don Ferdinand
Telles de Sylva , Marquis d'Alegrette ,
qui étoit Prefident de jour , y prononça
un Difcours très - éloquent à la loüange
de la Reine.
Dans l'affemblée du Jeudi 30. Septembre
Mrs Adam , le Prefident Henault
& l'Abbé Alarie , furent élûs à l'Académie
Françoife , aux places vacantes par
la mort de l'Abbé Fleury , du Cardinal
Dubois , & du Premier Prefident de
Mefmes.
Le Maréchal de Tallard a été élû à
l'Académie Royale des Sciences , à la place
d'Académicien Honoraire qu'avoit le
feu Cardinal Dubois.
1
$
SPECTACLES.
Na prefenté fur la fin de Septem-
Obre trois Pieces nouvelles aux Comediens
François , dont voici les titres
le Philantrope , Comedie en vers , & en
trois Actes , par le fieur le Grand , Comedien
774 LE MERCURE
medien du Roy. La nouvell : Actrice ;
petite Piece en vers , Marianne , Tragedie
par M. de Voltaire. On avoit lu
quelques jours auparavant une autre Tragedie,
de Marianine , dont l'Aureur ne fe
nomme point. Elle n'a pas été reçûë.
Le 6. de ce mois les mêmes Comediens
ont reçû une Comedie nouvelle en
vers , & en cinq Actes de M. de Boiffi ,
intitulée l'Impatient.
La fameufe Tragedie d'Heraclius , du
grand Corneille , qu'on a remis au Theatre
depuis peu , & qui eft excellemment
reprefentée , vient de recevoir de nouveaux
applaudiffemens , & d'attirer un
très- grand concours au Theatre François.
On va reprendre inceffamment la
Comedie de Bazile & Quitterie , & la
Tr gedie de Nitheris .
Le 1o. de ce mois l'Académie Royale
de Mufique a ceffé les reprefentations du
Ballet des Fêtes Grecques & Romaines ,
M Antier y a chanté depuis le 26.
Septembre une Cantate nouvelle , à la
fin du divertiffement de la feconde entrée
, qui lui a attiré bien des applaudiffemens
, ce morceau de Mufique eft de la
<compofition du même Auteur du Ballet
qu'on vient de quitter.
Le
D'OCTOBRE 1723. 175
Le 14. on a repris Pirithous , Tragedie
dont nous avons donné l'extrait , dans
le Mercure de Fevrier , & le 28. on a
remis au Theatre Philomele , Tragedie .
Les Comediens Italiens ont quitté le
Theatre du Fauxbourg S. Laurent , le
29. du mois paffé , pour revenir à l'Hô
tel de Bourgogne , où ils ont reprefentez
le 2. Octobre pour l'ouverture du Theatre
, le Joueur , du fieur Lelio qu'on revoit
toûjours avec plaifir , & pour petite
Piece Agnès de Chaillot.
Le 24 les mêmes Comediens ont donné
la premiere repreſentation d'une peti
te Piece , intitulée le Départ des Come
diens Italiens , qui a été bien reçûë.
Nous n'avons pas negligé la Relation
qu'on nous a envoyée , des fêtes quile font
données à Munich , au fujet du mariage du
Prince Electoral de Baviere, avec l'Archiducheffe
Amelie ; mais nous l'avons reçûë
fi tard que nous n'avons pas crû devoir en
faire ufage , après avoir parlé de cet
évenement dans le temps qu'il eft arrivé ,
felon les memoires qui nous font venus
d'Allemagne . Nous dirons feulement un
mot de deux Opera qu'on a reprefenté à
cette occafion avec la derniere magnificence.
Le Prologue du premier étoit une
difpute entre Neptune , qui fouhaite la
guerre,
776 LE MERCURE
guerre , & Pallas qui n'infpire que la
paix. Jupiter defcend des Cieux , &
comme arbitre fuprême termine ce differend
, en annonçant l'augufte mariage du
Prince Electoral avec l'Archiducheffe
Amelie , comme un figne de paix & d'u
nion. Le fujet de la Piece étoit Adelaïde,
Reine d'Italie , qui époufa Otton , Roy
de Germanie. Le Prologue du fecond
Opera fe palloit entre une Nymphe &
un Pafteur que le Fleuve d'Ifer inftrui
foit du bonheur que leur promettoit cette
augufte alliance ; un choeur de Bergers
en marquoit la joye par des chants d'al
legreffe. Le fujet de la Piece étoit trèsintereffant
, & répondoit parfaitement à
fon titre des Veritables Amis . C'étoient
deux Princes incerrains de leurs noms ,
& de leurs droits à l'Empire , & qui par
un excès d'amitié fincere & reciproque ,
vouloient s'expofer l'un pour l'autre à la
mort , & fe ceder mutuellement la Couronne.
Enfin la Reine qui feule avoit le
fecret , & qui n'ofoit le découvrir , dans
la crainte que le Tyran , qui avoit fait
mourir le Roy fon époux . ne fit auffi
mourir fon fils , legitime heritier du
Royaume, voyant le peuple revolté contre
le Tyran , declara lequel des deux
Princes étoit fon fils . On lui rendit auffitôt
l'hommage qui lui étoit dû. Le nou.
усак
t
777
D'OCTOBRE
1723.
veau Roy pardonna au Tyran , combla de
faveurs le Prince fon ami, & le rendit après
lui , le plus puiffant de fon Royaume.
88
NOUVELLES DES COURS
S
*
ETRANGERES.
Turquie.
Elon les lettres de Conftantinople ;
du 22. Aouft , les Turcs avoient fait
de grands progrès dans la Georgie , &
fur les frontieres de Perfe , fans rencontrer
aucune réſiſtance. L'armée que le
Grand Seigneur avoit fait affembler à
Erzeron , s'étant trouvée compofée de
près de 80. mille hommes , marcha il y
a quelque temps vers Tiflis dans la Geor
gie , & s'étant prefentée devant cette
place , l'Officier Perfan qui y commandoit
apporta d'abord les clefs de la For
tereffe au Seraskier ou General de cette
armée , & tous les habitans fe foumirent
à la domination de la Porte , à l'exception
du Prince de Tiflis , qui fe fauva
fecretement avec plufieurs perfonnes de
fa Cour , du côté de la Mingrelie. Après
cette conquête l'armée du Grand Seigneur
fe fepara en deux corps , le plus
confide778
LE
MERCURE
eut
par
confiderable prit la route d'Erivan , dont
il s'empara après quelques jours de fiege,
& le Gouverneur qui avoit refulé de fe
rendre aux premieres fommations ,
la tête tranchée auffi - tôt que les Turcs furent
entrez dans cette place ; l'autre
tie de l'armée de la Hautelle a dû pené
trer du côté du Mont Caucafe , où l'on
croit qu'elle trouvera les paffages libres
pour joindre l'armée de l'ufurpateur Miweitz
; le Seraskier ayant mandé au
Grand Vifir que l'occafion étoit favora
ble pour étendre la domination du Grand
Seigneur du côté de la Perfe , & reprendre
les places que le Czar a conquiſes du
côté de la Mer Cafpienne.
On ajoûte même que la Porte avoit
fait infinuer au Refident du Czar , que
fon Maître devoit retirer les troupes de
ces quartiers- là , fans quoi le Grand Seigneur
feroit obligé de rompre la paix
conclue entre les deux Empires.
On allure que les Turcs ont mis la
Fortereffe d'Aloff dans un tel état de perfection
, qu'il n'y en a point de pareille
en Orient , & qu'ils y ont envoyé environ
40. mille hommes de troupes reglées
, tant pour augmenter la garnifon
que pour garder les paffages contre les
Mo covites & les Cofaques du Don .
Le Grand Vifir a reçû , dit- on , une
lettre
D'OCTOBRE 1723. 779
lettre de Miriveits , par laquelle il reconnoît
le Grand Seigneur pour Chef
des Mufulmans , & le fuplie de s'unir
avec lui pour détruire en Perfe , les ennemis
de la Loy de Mahomet. Cette lettie
ayant été lûe dans le Divan , le Mufti
& les gens de Loy furent d'avis qu'il falloit
accorder à l'ufurpateur tout ce qu'il
demandoit pour l'execution d'un deffein
fi favorable à la Religion ; mais le Grand
V fir fut d'avis contraire , & l'on ne prit
aucune refolution ,
On écrit de Tauris du mois de Juillet
dernier , que le nouveau Sophi Taamas ,
fiis du Sophi Ullein y levoit des troupes
pour s'eppoier aux progrès de les ennemis.
O
Raffic.
N mande de Pete: fbourg que les
Seigneurs de la Cour ayant eu ordre
de faire preparer leurs Yachts , &
autres petits bâtimens , pour accompa
gner jufqu'à Cronfloot le petit Elquif
que le Czar Alex's Michaelowitz , pere
de S- M. Czarienne fit conftruire autrefois
, & qui étoit le premier qu'on eut
fait en ce pays , ils reçûrent avis le 25.
Aouft , que le Czar s'y étoit rendu de
Petershoff, & que la Flotte étoit devant le
Port. Le petit Efquif auquel on a donné
le nom de Petit Grand- Pere , fut mis
fur
780 LE MERCURE
fur une Galiotte qui partit le même jour
avec tous les Yachtz des Seigneurs qui
l'accompagnoient . Il fut receu par la
Flotte avec toutes les marques de diftinction
qui font d'ufage fur mer , & il fut
falué d'une décharge d'artillerie de chaque
Vaiffeau, ainfi que de celle du Port &
de la Fortereffe de Cronfloot. Ces honneurs
furent rendus à ce petit bâtiment ,
en memoire de ce que fervant autrefois
à divertir le Czar dans fa jeuneffe , il fit
naître en lui l'inclination & le goûr que
ee Prince a eu depuis pour la Marine ,
& de ce qu'il conçût alors le deffein d'a
voir une Flotte dans les Ports de Mofcovie
, en cas qu'il montât un jour fur le
Trône du Czar fon pere . Après cette
fête , dont la Czarine vit le fpectacle ,
leurs Majeftez Czariennes retournerent
par eau à Petershoff , accompagnées des
petits bâtimens des Seigneurs, qui étoient
au nombre de 108. Les Miniftres Etrangers
y arriverent la nuit fuivante . Et le
26. au matin le Czar envoya fa chaloupe
au-devant d'eux pour les conduire juſqu'au
canal , qui eft long de 300. toifes ,
& dans lequel les petits bâtimens s'étoient
rangez . Ces Miniftres qui furent
magnifiquement regalez , eurent l'honneur
de le promener avec S. M. Czarienme
dans fon Palais & fes jardins , elle
leur
D'OCTOBRE 1723. 781
leur fit remarquer entre autres chofes un
jet d'eau de 13. pouces de diametre & de
36. pieds de haut , qui coule nuit & jour
aïnfi que les autres Fontaines fans dif
continuation .
Ce jour- là L. M. Czariennes donnerent
un fplendide feftin aux Seigneurs &
Dames de la Cour. On avoit dreffé 2 .
tables de 72. couverts chacune , dans les
deux Galleries au bas de Petershoff. Le
Czar étoit à l'une avec les Cavaliers &
la Czarine à l'autre avec les Dames .
N'oublions pas un Moulin , auprès de
Petershoff , qui fut admiré de toute la
Cour , & qui par le moyen d'une rouë
que l'eau fait mouvoir , deux machines
très -bien inventées fcient le inarbre ,
& trois autres le poliffent. Le 27. le petit
Efquif fut reconduit à Petersbourg
avec les mêmes ceremonies .
La Maifon de Petershoff eft bâtie
dans une fituation fort heureufe fur une
élevation ; on voit d'abord en y arrivant
les napes & les caſcades qui font au bout
du canal en forme d'amphiteatre , qui
font un point de vûë admirable. Dans un
des Pavillons des Galleries on voit , &
on entend avec grand plaifir un carrillon
de cloches de verre , qu'un Organifte
fait jouer. On travaille actuellement
à une machine hydraulique qui le fera
joiier tout feul.
G Le
782 LE MERCURE
Le 2. Septembre le Czar fe rendit à
Petersbourg pour voir l'entrée de l'Ambaffadeur
Extraordinaire , & Plenipotentiere
du Roy de Perfe , qui fe fit le mê
me jour. S. M. Czarienne lui avoit envoyé
un de fes Yach s avec plufieurs bare
ques & chaloupes , tant pour lui que pour
les de fa fuite. A fon entrée dans la
gens
Ville il fut falué par les canons de la
Fortereffe , & conduit enfuite à l'Hôtel
qu'on lui avoit preparé , en cet ordre.
Trois Officiers du Sophi ayant des bâtons
à la main , l'Ambaffadeur accompa
gné de Mrs Protafficff & Deviciack , un
domeftique de l'Ambaffadeur , qui portoit
fon fabre couvert d'un drap , la fuite
de l'Ambaffadeur. Il y avoit devant l'Hôtel
des Ambaffadeurs 36. foldats fous les
armes , le tambour appellant.
Le 5. il eut fon audience publique.
M. Protafficff alla le prendre dans la
propre barque de S. M. Czarienne , fuivie
de 15. autres pour les gens de la fuite
de l'Ambaffadeur , lequel entra dans cette
barque avec fon interprete , & le Secretaire
de l'Ambaffade qui portoit fur fes
deux mains la lettre du Roy de Perfe ,
envelopée d'un drap d'argent. Avant.
d'arriver à la Salle d'audience , l'Ambaf
fadeur trouva dans la cour du Senat deux.
bataillons rangez en haye , & fous les
armes.
D'OCTOBRE 1723. 783
armes. Il fut reçû au bas de l'efcalier par
le Directeur General des Pottes ; à l'entrée
du veftibule par le Brigadier Leonticf,
& à la porte de la Salle d'audience
par le General Major , & Major des Gardes
du Corps.
L'Ambaffadeur avant que d'entrer dans
da Salle , remit fon coutelas , & fes meules
à fes domeftiques , qui laifferent auffi
leurs fabres , ' coutelas & meules hors de
la Salle. Ce Miniftre ayant pris des mains.
du Secretaire la lettre du Sophi , entra
dans la Salle , en faisant une reverence
& s'étant avancé jufqu'auprès du Trône,
il en fit trois autres , &&
prononça le Dif
cours fuivant.
TRES- GRACIEUX SEIGNEUR ,
que
›
Ainfi que le Soleil illumine toute la
terre, & la clarté & les influences
des Etoiles produisent & confervent la vie
à toutes les creatures ; pareillement tous les
habitans du monde font rendus partici
pans des graces. & des faveurs de Votre
Majefté. Le bonheur que Dieu a accordé
à V. M. ne peut permettre à perfonne
d'attaquer V. M. le Trone di V. M.
furpaffe tous les autres en fplendeur , ainſi
l'Etoile la plus brillante eft la premiere
en rangpar fon éclat. Le Tout- Puiſſant a
que
Gij
affermi
784
LE MERCURE
affermi le droit & la Couronne de V. M.
ainfi qu'il a étendu la domination du Roy
Pheridumi , comblé de graces le Roy Dichemfched
, & de gloire le Roy Kiavanum.
Dien foit avec vous , vaillant, invincible
& le plus grand des Empereurs de
ce fiecle. Par la grace de Dieu , comparable
à la pierre Philofophale , & par un
bonheur connu à tout le monde , mon trèsgracieux
Seigneur , veritable croyant , eft
parvenu au Trêne , & a pris les rênes du
Gouvernement. S. M. m'a envoyé ici pour
renouveller & confirmer l'amitié perpetuelle
entre les deux Empires , & compli
menter V. M. de fa part ; fouhaitant ar
demment que la finceré amitié qui regne.
prefentement , puiffe être confervée , &
augmentée de part & d'autre.
L'Ambaffadeur prefenta enfuite au
Czar la lettre du Roy de Perfe , fon
maître , il s'avança plus près du Trône
à genoux , & baifa le bas de l'habit de
S. M. Czarienne qui lui prefenta fa main
à baifer , & aufli - tôt ce Miniftre fe
retira marchant en arriere jufqu'à l'entrée
de la Salle , où tous les Officiers &
domestiques de fa fuite étoient reftez .
Après quoi il fut reconduit avec les
mêmes ceremonies obfervées à fon ar i
vée au Palais , & il fut fervi dans fon
Hôtel les Officiers de la Cour . On
par
•
remarqua
D'OCTOBRE 1723 . 781
remarqua qu'il fondit en larmes , lorfque
S. M. Czarienne lui demanda des nou
velles de la fanté du Roy fon maître. La
lettre de creance qu'il prefenta avoit été
expediée par le vieux Sophi , & enfuite
confirmée par le Sophi , fon fils. Cet
Ambaffadeur demande , dit- on , du fecours
, pour mettre le Roy de Perfe , fon
maître en état de remonter fur le Trône ,
de les ancêtres : ce Prince qui s'ett retiré
à Tauris , eft le dernier de la famille
Royale , l'ufurpateur Miriweitz ayant
fait étrangler tous les freres.
Suivant quelques avis de Derbent , le
même Miriweits Mahmud Cham , fils
du Prince de Candahar , qui a déja tant
fait parler de lui , avoit réduit toute la
Perfe fous fa domination , après avoir fait
mourir quelques -uns des principaux Seigneurs
Perfans , affectionnez au Roy détrôné
, fous prétexte qu'ils avoient été
caufe des derniers troubles ; qu'il a changé
la forme du Gouvernement , & établi
un Confeil de quelques Seigneurs , auquel
il préfide. Que toutes les affaires
s'y décidoient conformément à fes intentions
, qu'il avoit envoyé des lettres circulaires
dans toutes les Provinces , avec
ordre à fes nouveaux fujets de prendre
les armes , & de venir joindre fon armée
parce qu'il avoit deffein de reprendre fur
Giij
le
786 LE MERCURE
le Czar les Villes de Tereki , de Dere
beert , d'Andreof , & les autres petites
pl ces du Dagueftan , dont S. M. Czarienne
s'empara l'année derniere. On dit
qu'un Ambaffadeur de l'Empereur de la
Chine eft arrivé dans fon camp , & qu'il
lui a promis un fecours confiderable de
troupes.
Le 17. de Septembre on apprit à Peterfbourg
, par un Exprès de Derbent , la
nouvelle que les troupes du Czar avoient
pris d'affaut la Ville de Backa , fitube fur
le bord de la Mer Cafpienne dans la
Province de Chirvan . M. Matuchkin ,
Maréchal de Camp des armées de S. M.
Czarienne arriva par mer devant certe
place , & l'ayant bombardée pendant
quelques jours , s'en étoit rendu maître
le 8. Aouft dernier , & y avoit mis une
garnifon Mofcovite .
Nous n'avons rien de remarquable à
raporter des Royaumes de Pologne , de
Suede , ni de Dannemark.
Allemagne.
Offque quelques Députez des Etats
de Bohéme , furent admis à Prague
à l'audience de L. M. I. ils prefenterent
une bour'e de 1 oo. ducats d'or àd'Empereur
, & une & une de sooo . à l'Imperatrice ,
par forme de don gratuit , à l'occafion
I
de
D'OCTOBRE 1723. 787
de leur Couronnement . Les Juifs de Prague
ont aufli prefenté à l'Empereur une
bourfe de dix mille ducats , au nom de
leur nation . Pendant 8. jours ils ont orné
leur Sinagogue de Tapifferies brodées
d'or , & enrichies de perles ; ils ont fait
jetter de l'or & de l'argent au peuple ,
& ont fait de grandes charitez aux pauvres
, tant Chrétiens que Juifs.
Quelques jours après fon Couronnement
, l'Empereur fit 139. Chambellans
de la Clef d'Or.
On a eu avis que les deux Princes
Ragorzy font arrivez en Sicile , où l'Em
pereur leur a donné 13000. florins de
revenu en Fiefs , dont ils ont pris poffeffion
dans ce Royaume , & dans celui
de Naples ; fçavoir , 7000. à l'aîné ,
qui porrera le nom de Marquis de Saint
Charles , & 6000. au cadet , qui fera
nommé le Marquis de Sainte Elizabeth ,
du nom de l'Empereur & de l'Imperatrice.
Le fameux Comte Tekeli , parain
du cadet de ces Princes , lui avoit laiffé
tous fes biens par fon Teftament.
Le Village de Remscheidt dans le Du
ché de Bergue a été réduit en cendres
par
accident.
On a appris de Podolie , que les Turcs
avoient reçû ordre de continuer les travaux
des fortifications de Coczim qu'ils
Giiij avoient
788* LE MERCURE
avoient quittez pour quelque temps , &
qu'ils voituroient une grande quantité de
grains dans les magafins de cette Fortereffe
.
Le 3. de ce mois , Fête de Sainte Marie
de la Victoire , l'Imperatrice Amelie,
entendit à Vienne dans fa Chapelle , la
Meffe celebrée par le Prevoft de la Metropolitaine
, en action de graces de la
fameufe bataille navale de Lepante , que
Don Juan d'Autriche , fils naturel de
l'Empereur Charles V. gagna contre les
Infideles en 1571. près de l'Ifthme de
Corinthe.
M
Hollande & Pays - Bas
R Vander-Meer , Confeiller de la
Ville de Leyde , qui a été nommé
à l'Ambaffade d'Efpagne par les Etats
Generaux , prêta ferment en cette qualité
à la Haye le 13. de l'autre mois . Le Major
Hop a été nommé leur Envoyé Extraordinaire
en Angleterre.
Le Vice- Amiral Godin qui doit commander
l'Eſcadre des cinq Vaiffeaux
Hollandois , deftinée à croiſer l'hyver
prochain contre les Algeriens , a pris
congé de leurs Hautes - Puiffances .
On a eu avis qu'il y avoit eu un troifiéme
incendie dans la Ville de Mayence ,
- qu'on avoit arrêté quelques uns de ceux
qui
D'OCTOBRE 1723. 789
qui en font les Auteurs , & que parmi ces
fcelerats il y avoit un pere & fon fils
qui avoient avoué en prefence de l'Electeur
, qu'ils étoient complices des trois
incendies .
Les maladies qui regnoient en Picardie
, & en Artois font entierement ceffées.
Depuis que les Actions de la nouvelle
Compagnie des Pays- Bas font tombées
au pair , celles des Indes Orientales d'Hollande
font montées à 640. & celles des
Indes Occidentales à 92 .
On mande de la Haye que le Village
de Tarfeveld , dans le Comté de Zetphon
, a été réduit en cendres , de même
que l'Eglife du lieu.
Après la premiere affemblée generale
de la Compagnie de Commerce des Pays-
Bas , tenue à Anvers le 6. de ce mois
les Actions font montées à . pour cent. f .
2
Le 13. de ce mois un Moulin à poudre
, hors des portes de Delft fauta en
l'air , & caufa beaucoup de dommage à
diverfes maifons des environs.
Le Cardinal d'Althan , Viceroi de
Naples a fait chanter dans la Capitale
de ce Royaume un Te Deum avec beaucoup
de pompe , au fujet de la groffeffe
de l'Imperatrice , & le Marquis de Prié
a écrit à tous les Evêques des Pays - Bas
d'ordonner de prieres publiques pour la
Gy confer790
LE MERCURE
confervation de fa fanté , & pour fon
heureufe délivrance .
Lorraine & Suiffe , & c.
U Soleure , ayant confulté fon Curé
N Payfan d'Ofth , dans le Pays de
fur ce qu'il devoit faire au fujet d'un
fils défobéïffant qui le maltraitoit , &
n'ayant point trouvé la confolation qu'il
cherchoit , entra dans l'Eglife du lieu , &
s'y pendit de defefpoir . Le Canton de Soleure
a écrit à Rome pour fçavoir ce
qu'il convient faire de cette Eglife ainſi
polluée
ON
Angleterre.
N apprend de Londres que par le
montant du produit de la vente des .
biens confifquez fur les anciens Directeurs
de la Compagnie de la Mer du
Sud , cette Compagnie fe trouve en état
de faire une repartition de dix- pour cent
aux intereffez , & c'eft ce benefice qui a
fait monter les Actions juſqu'à cent dix
& demi .
On écrit d'Antegoa que le Capitaine
Otter , ayant invité à dîner le Colonel
Huart , Gouverneur de cette Ifle , &
plufieurs autres perfonnes de diftinction
la Cuifiniere qui étoit une Negreffe ,
avoit réfolu de l'empoifonner avec toute
La
33
D'OCTOBRE 1723. 79%
fa compagnie , ayant mis du poifon pour
cet effet dans toutes les fauces ; mais ayant
cu querelle avec une autre Negreffe qui
étoit du complot , celle ci découvrit cet
abominable deffein , & le fait ayant été
pleinement prouvé , la Cuifiniere fut condamnée
à être brûlée. Elle fubit ce fupplice
avec une intrepidité furprenante ,
s'étant elle-même jettée dans les flâmes
fans témoigner la moindre frayeur.
On mande de la nouvelle Angleterre
le fameux Pirate Lowe a été pris par
que
un Vaiffeau de guerre françois , dont le
Capitaine a fait pendre ce Pirate avec
tout fon équipage..
L'Hamilton , appartenant à la Compagnie
Royale d'Affrique , partit le 27%
du paffe de Weymouth , avec des ouvriers
mineurs de Cornouaille , qui vont travailler
aux mines d'or qu'on a découvertes
depuis quelque temps à Gambia en
Affrique .
Le 5. de ce mois un des chevaux du
Duc de Bolton , remporta le prix Royal
des courfes, qui fe font tous les ans à
Winchefter. Le prix que le Roy donne
eft de cent livres Sterlin .
Leur
Efpagne & Portugal .
E 11. de Septembre entre 6. & q.
heures du matin , le feu prit à l'HôĠ
vj tel
792 LE MERCURE
tel du Duc d'Offone , à Madrid , & fe
communiqua prefque dans un inftant à
tout ce magnifique édifice. Le Duc & la
Ducheffe eurent à peine le temps de fe
fauver à moitié habillez , de même que
grand nombre de fes domeftiques , dont
plufieurs furent obligez de fortir par les
fenêtres. On fauva par le jardin une partie
des papiers , mais tout le refte des
meubles , tableaux , & autres Effets
furent tous confumez , malgré tout ce
qu'on pût faire pour éteindre le feu . Il a
peri plufieurs Maçons & Charpentiers
qui étoient accourus pour l'éteindre. La
Ducheffe d'Offone groffe de 4. mois fe
retira d'abord avec les femmes dans le
Convent des Merveilles , qui eft joignane
` fon Hôtel , & enfuite chez la Ducheffe
Doüairiere de Medina- Celi.
Le Marquis de Valero , Viceroy de
la nouvelle Eſpagne , arrivé depuis peu à
Madrid , prêta ferment le mois paffé entre
les mains du Roy pour la Charge de
Majordome- Major de la Princeffe des
Afturies.
Le Confulat des Indes a fait offrir au
Roy de lui fournir 80000. pieces de huit,
pour équiper 2. Vaiffeaux de guerre que
S. M. Catholique employercit à croifer
dans la mer du Sud , fur tous les Vaiffeaux
étrangers qui y viendront commer
cer fans permiffion.
Le
D'OCTOBRE 1723. 793 .
Le Roy d'Espagne a ordonné qu'à l'avenir
on ne recevroit dans les principa
les Villes d'Espagne aucun Rigidor ou
Gouverneur de Police , qui ne fut Noble,
& d'une probité reconnuë.
Don Jofeph de Armendaris , Marquis
de Caftel -Fuerte , Capitaine General
de la Province de Guipuſcoa , a été nommé
Viceroy , & Capitaine General de
Perou .
Le 15. de ce mois vers les dix heures
du foir , il y eut à Madrid un orage terrible
, mêlé d'éclairs & de tonnerres
épouvantables , qui dura environ deux
heures. La pluye tomba avec une telle
abondance , qu'elle forma divers torrens
& que la rapidité de l'eau emporta plufieurs
maifons dans le Fauxbourg de
Sainte Batbe , ou quelques perfonnes furent
noyées. Mais le malheur le plus dé
plorable arriva dans la maifon de Plaifance
du Comte d'Onnate au Prado
Occupée par le Duc de la Mirandole ,
qui à l'occafion du jour de fa naiſſance
donnoit ce jour - là à fouper à plufieurs
perfonnes de la premiere diftinction .
Elles étoient affemblées dans une falle
baffe , dans le temps que l'eau par fon impetuofité
ayant renversé un mur qui étoit
au haut du jardin , plus élevé que la
maiſon , en un inftant le jardin & les
appar
794
LE MERCURE
appartemens bas furent inondez , & l'eau
s'y éleva jufqu'à la hauteur de près de
feize pieds. Quelques uns des conviez ſe
fauverent à la nage , & furent fecouruspar
les Recolets , voifins de cette maifon
, d'autres monterent fur le toit , &
d'autres s'attacherent aux fenêtres , &
s'y tinrent fufpendus jufqu'à la fin de
Forage ; mais la Duchelle de la Mirandole
s'étant retirée dans fon Oratoire
avec Don Tibere- Caraffa , un de fes enfans
, & une femme de chambre , ces 4-
perfonnes y furent noyées , fans qu'on
pût trouver aucun moyen de les fecourir .
Le Marquis de Caftel - Rodrigo ayant
tenté de le fauver à la nage , fut emporté
par le torrent à trois lieues de la Ville
où fon corps fut trouvé le lendemain. Ce
Seigneur le nommoit Don François Pio
de Savoye y- Corte - Real ; le Roy l'avoit
fait Maréchal de Camp , lor qu'au
mois d'Avril 1705. il lui apporta la nouvelle
de la prise de Verue. Il avoit été
fait Chevalier de la Toifon d'Or , le 13 .
Avril 1708. Lieutenant General des Armées
de S. M. quelque temps après Capitaine
General , & Gouverneur de Madrid
en Fevrier 1714. Gouverneur &
Capitaine General de Catalogne en May
1715. & Grand Ecuyer de la Princeffe
des Afturies au mois d'Octobre 1721.
Don
D'OCTOBRE 1723. 795
Don Tibere Caraffe qui a eu auffi le
malheur d'être noyé , étoit frere du Prince
de Belvedere . Il avoit été fait Major
de la Garde Napolitaine de S. M. C. au
mois de May 1702. Lieutenant General
des Armées du Roy en Janvier 1713 .
Commandant de Tortofe en Fevrier 1715-
Gouverneur de Gironne & de Tarrago--
ne en Juillet 1721. & il avoit été nommé
depuis peu Gouverneur & Capitaine
General de la Province de Guipufcoa.
Le Prince de Cellamare , le Duc de
Leria , l'Ambaffadeur de Veniſe
l'Abbé Grimaldo , & prefque tous les
domeftiques eurent le bonheur de fe faules
uns montant fur le toit de la
maiſon , les autres fe tenant aux fenêtres
, & c..
.ver ,
-
&
On travaille à L fbone à une magnifique
Couronne , qui fera enrichie de dia
mans de grand prix , & d'autres pierres
précieufes , pour fervir au Couronnement
des Rois de Portugal , fucceffeurs
de S. M. P. aujourd'hui regnante.
On a appris de Gibraltar que le nom
mé Diego Martin da Coſta , âgé de 20 .
ans , elclave à Miquenez depuis le 16.
May 1719. qu'il fut pris par les Maures
fur les côtes de ce Royaume , ayant fçû
que Ferdinand Gonfalve da Cofta , fon
frere , avoit traité de fa rançon , s'étoit
preſenté
795
LE
MERCURE
prefenté le 8. Juin dernier au Roy de
Maroc pour lui demander la permiffion
d'aller s'embarquer à Toutoüan ; que ce
Prince avoit exigé de lui qu'il renonçâc
à fa Religion , que fur fon refus il avoic
eu la cruauté d'ordonner à fa garde de
tirer fur lui , que cet ordre avoit été
executé à l'inſtant ; que les foldats avoient
fait toutes fortes d'infulte à fon corps ,
qui n'avoit pû être retiré de leurs mains
que vers les huit heures du foir qu'il fut
enterré par les Recolets établis dans la
Ville. Ce jeune Portugais étoit de Mazagaon
, & fils de Gafpar Alvarès Falciro
, Chevalier , Gentilhomme & Profes
dans l'Ordre de Chrift , & de Dona Elkzabeth
da Cofta.
Italie.
LE 10. de l'autre mois le Pape tint
un Confiftoire fecret , dans lequel le
Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché d'Apt ,
pour l'Abbé de Vaccon , & l'Abbaye de
S. Sauveur de Blaye , Diocéfe de Bourdeaux
, pour l'Abbé Rouffel de Tilly.
Il préconifa enfuite l'Abbé de Paris ,
pour la Coadjutorerie de l'Evêché d'Orleans
, & l'Abbé du Prat , pour l'Abbaye
de S. Jean en Vallée , Diocéfe de Chartres.
MA
D'OCTOBRE 1723. 797
M. Zacharia Canal , fut élû le 16.
Septembre par le Grand Confeil , à Venife
, Ambaffadeur de la Republique à
la Cour d'Espagne , à la place de M. Da
niel Bragadino , qui a fini fon temps.
Le Pape alla le 20. de l'autre mois à
l'Eglife de S. Euftache , & après y avoir
fait fa priere S. S. donna 3000. écus à la
Fabrique pour achever le bâtiment . La
Maifon de Conti prétend defcendre de ce
Saint ; elle fçait par tradition que ce fut
dans un lieu nommé aujourd'hui la Mentarolla
, près de Guadagnola , qu'il eut
la vifion du Crucifix , placé au milieu
du bois d'un Cerf
Le 31. Aouft dernier un prifonnier de
la Four à Verone , mit le feu à une porte
pour fe fauver ; mais le feu ayant conimuniqué
aux folives du plancher , en peur
de temps une partie du bâtiment fut brû→
lée avec les Archives de la Ville , & toutes
les écritures qu'on confervoit depuis
plus de 300. ans , ainfi que la Chapelle
& les Archives des Notaires , & un précieux
Tableau de Paul Veronefe . Le
magafin public de fel a été réduit en cendres
, & le Palais du Pretoire a été fort
endommagé. L'incendiaire à qui le procès
a été fait fans perte de temps a été
pendu le 9. du mois paffé.
Deux Galeres de Malthe ont débarqué
depuis
798
LE
MERCURE
depuis peu à Civita- Vecchia 60. Efclaves
Turcs , dont le Grand- Maître a fait pre
fent au Pape .
Le Pere Tomafini , Francifcain réformé
eft parti de Rome avec les pouvoirs
neceffaires pour donner la Benediction
Apoftolique au Grand Duc de Tofcane ,
qu'on croit à la derniere extrêmité. Le
Grand Prince de Florence , fon fils , a
commencé à tenir les Confeils ordinaires.
On a arrêté depuis peu à Rome un
Polonois qui fe mêloit d'Aftrologie judiciaire
, & qui faifoit des prédictions inconfiderées.
Le Roy de Sardaigne a congedié le
Regiment Sicilien , Infanterie ; il n'y a
plus de Siciliens dans les troupes que la
feule Compagnie de fes Gardes .
BAPTES MES , MORTS
& Mariages des Pays Etrangers.
E 25. de l'autre mois M. George
Cholmondley , fils du Lord Newbourgh
, époufa à Londres la fille unique
de M. Robert Walpole , Premier Miniftre
& Secretaire d'Etat , chez qui la
nôce fut celebrée .
Le 2. Septembre l'Archevêque de Vien.
ne baptifa dans l'Eglife Paroiffiale de
S. Michel, le fils de M. de Trautfon
Comte
D'OCTOBRE 1723 . 799
Comte de Falck inftein , Chambellan de
la Clef d'Or. H fut tenu fur les Fonts de
Baptême , au nom de l'Empereur & de
l'Imperatrice , par le Comte de Harrach,
Grand - Ecuyer hereditaire de la haute
Autriche , qui le nomma Charles - Borro
mée , Jean- Nepomucene , François de
Paule , Louis Gonzague , Antoine de Padonë
, Jofeph- Eftienne.
M. Carraccioli , ancien Capitaine dans
les troupes du Grand Duc de Florence ,
mourut au commencement de l'autre mois
à Pontadere , âgé de 1 17. ans . Il avoit fervi
dans les derni res révolutions de Naples,
des années 1646. 1647. & fuivantes ,
fous le Pêcheur , Tomas Angelo M. ya
vulgairement nommé Mafaniello.
Sur la fin du mois paffe M. Richard
Cromwel , Procureur du College de Clements-
Inn , petit- fils d'Olivier Cromwel,
époufa à Londres , dans la Chapelle de
la Salle des Banquets à Whitehal , une
niece du Chevalier Robert Thon hill.
L'Evêque de Londres fit la ceremonie:
du mariage
.
Le Prince Dolgorouki qui étoit reve
nu à Petersbourg depuis quelque temps ,
de fon Ambaffade de Pologne , y eft mort:
le 29. Aouft dernier.
Le fils unique du Baron de Gerbe ;
Résident de l'Empereur fut enterré à
Londres
800 LE MERCURE
Londres le mois paffé , avec beaucoup
de Pompe . On donna des bagues d'or à
tous ceux qui affifterent aux funerailles.
Mylady Ruffel , veuve du Lord Guil-
Jaume Ruffel , qui eut la tête tranchée
fous le regne de Jacques II . mourut le 10.
de ce mois , à Londres , âgée de 86. ans.
FRANCE.
Journal de Versailles & de Paris.
O
Na appris de Calais que le 21. de
l'autre mois Ms Scabright &Davis,
Gentils- hommes Anglois , étant dans une
chaife de pofte pour venir à Paris , &
M. Monpeffon , auffi Anglois dans une
autre chaife avec fon valet , furent attaquez
environ à 4. lieues de Calais par
fix voleurs à cheval , qui leur demanderent
la bourfe. Les voyageurs donnerent
fans hefter l'argent qu'ils avoient dans
leurs poches , & dans leurs valifes ; après
quoi ces fcelerats confulterent un moment
entr'eux , & les maffacrerent. M.
Scabright reçût le premier coup de piftolet
, dont il mourut fur le champ . M.
Davis , qui étoit dans la même chaife ,
fut enfuite poignardé , après avoir fais
quelque
D'OCTOBRE 1723. SOI
quelque réfiftance , & tiré un coup de
piftolet dont il tua un cheval des voleurs ,
M. de Monpellon & deux valets furent
auffi bien- tôt expediez avec la même in,
humanité . Pendant que cette cruelle Sce
ne fe paffoit dans la plaine , M. Jean
Locke , autre Gentilhomme Anglois venant
de Paris , defcendoit d'une éminence
voifine avec fon valet. Les voleurs ne
l'eurent pas plutôt apperçû , que deux
de ces fcelerats fe détacherent & le tuerent
avant qu'il eut pû fe mettre en défenſe
, mais fon valet Suiffe eut le bonheur
de fe fauver. Un Payfan d'un Village
voifins où les Anglois avoient pris des
chevaux de pofte , s'étant approché , fuc
auffi affaffiné. On ajoûte que les Anglois
avoient imprudemment montré à Calais
quelques centaines de guinées , qu'ils
changerent pour des Louis d'Or . Les
corps de ces malheureux voyageurs furent
portez à Calais , où ils furent enbaunez
& embarquez fur un navire pour
les tranfporter en Angleterre , avec le
valet Suiffe qui eft échapé feul de ce maffacre.
Dans l'affemblée generale de la Compagnie
des Indes , tenue le 17. de l'autre
mois , où Monfieur le Duc d'Orleans &
le Duc de Bourbon affifterent en qualité
de Gouverneur & de Vice Gouverneur.
S. A. R,
802 LE MERCURE
S. A. R. declara qu'elle venoit de la
part du Roy , pour confirmer les privileges
exclufifs des ventes du Tabac & du
Caffé , qui pourront donner aux Actionnaires
un revenu fixe de 150. liv. par Actions
, indépendamment du benefice du
commerce , & que pour les dix millions
qui reftent des cent que S. M. a reçû
de la Compagnie , on lui affigneroit encore
des avantages confiderables dans peu
de temps , lorfqu'on aura totalement enregiftré
en la Chambre des Comptes , les
compres de la Compagnie . On regla enfuite
les départemens , & l'on convint
de tenir affemblée 3. jours de la femaine,
le matin , & les trois autres jours l'aprèsmidy.
On nomma cinq Syndics à la pluralité
des voix , pour travailler en cerraines
occafions avec les Directeurs , qui
font Mrs Dartagnette , de Meuve , Cavelier
, Bertrand & Sainctar. Les principaux
Actionnaires, qui affifterent à cette
affemblée , qui dura près de trois heures ,
furent le Prince de Vendôme , les Ducs
de la Force & de Chaulnes , le Maréchal
d'Eſtrées & les Marquis de Laflé &
de Bully.
3
Le 21. Septembre le Baron Denn , Envoyé
extraordinaire du Duc de Brunf
wick Blankenbourg , pere de l'Imperatrice
, eut fa premiere audience publique
D'OCTOBRE 1723. 803
que du Roy , dans laquelle il fit à S. M.
des complimens fur fa Majorité , étant
conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaladeurs , qui étoit
allé le prendre en fon Hôtel à Paris ,
dans le Caroffe du Roy . Il eut enfuite
audience de Monfieur le Duc d'Orleans,
& de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
étant conduit par le même Introducteur ,
& aptès avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris avec les
mêmes ceremonies .
Le 23. Septembre M. Pierre Hebert
de la Pleigniere , Chevalier des Ordres
Royaux de Nôtre-Dame du Mont Car
mel & de S. Lazare , & Treforier General
de France , donna la Croix de cet Ordre
à M. fon fils , Pierre Amable Conf
tantin , qu'il reçût en qualité de Chevalier
de Juftice de Minorité dans l'Eglife
des PP. Carines de Rouen , ( n'ayant encore
que 15. mois , ) felon l'ordre qu'il
en avoit reçû de M. le Duc de Chartres
Premier Prince du Sang , Grand- Maître
de cet Ordre. La ceremonie fe fit felon
la maniere accoutumée. L'Abbé Carloman
Philogéne le Roux , du même Ordre,
qui aprés neuf à dix mille lieuës de voyage
& de retour de Conftantinople , pour
la troifiéme fois , où feu la Princeſſe de
Tranfylvanie l'avoit envoyé , chargé de
quelques
804
LE MERCURE
quelques affaires de confequence pour le
Prince fon époux , fervit de parain au
jeune Chevalier.
Le 30. de l'autre mois S. M. fut à fa
chaffe du Dain dans le Pare de Meudon ,
avec l'équipage du Duc de Louvigni , le
retour de chaffe fe fit au Château , dans
l'appartement des Marroniers .
Le 3. de ce mois il y eut promenade à
cheval , aux environs du grand Canal de
Verſailles.
Le 7. S. M. fut à la chaffe du Cerf,
aux environs de Verfailles . Le Cerf fut
pris à la Borde , proche Maifons , après
avoir paffé quatre fois la riviere.
On travaille à faire des routes dans la
Foreft de Livri , où le Roy a deſſein
d'aller courir le Cerf.
Mad. d'Argenfon , époufe du Lieutenant
General de Police , qui a eu la petite
verole , eft en convalefcence.
Le 9. de ce mois le Roy fit la revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires,
dans le Parc de Meudon ; dès que cette
brillante Cavalerie eut défilé devant
S. M. on fit mettre pied à terre aux
Moufquetaires pour faire l'exercice ,
dont ils s'acquitterent parfaitement bien.
M. le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , a ordonné des Prieres
publiques dans les Eglifes de fon Diocéſe,
pour
D'OCTOBRE 1723. 855
pour demander à Dieu de la pluye , la
léchereffe étant extrême depuis fort longtemps
.
M. Godefroy Romanie de Mefmond ,
le plus ancien des Ecuyers ordinaires de
la grande Ecurie , a eu la permiffion de
fe retirer de vendre la Charge à fon
frere , & S. M. lui a accordé des lettres
de veterence , & confervé les penfions &
appointemens.
,
Le 20. de ce mois le Marquis du Palais
montant à cheval pour fuivre le Roy
à la chaffe des Levrettes , fon cheval
prit le mord- aux - dents , & l'emporta ,
jufqu'à la grille de Trianon franchit
une barriere , fe jetta dans un follé & le
tua. Le Marquis du Palais fe calla une
cuiffe .
NAISSANCES ,
& Mariages.
>
MORTS
E Duc de Montmorenci , fils, aîné
du Duc de Luxembourg , épouſe
Madle , de Seignelay , arriere petite- fille
de M. Colbert , qui eft une des plus riches
heritieres du Royaume .
M. de Manicamp , âgé de 32. ans ,
Meftre de Camp du Regiment Royal-
Piémont , & Brigadier des Armées du
Roy , eft mort de la petite verole fur la
fin de l'autre mois. H Le
806 LE MERCURE
Le 30. Septembre M. Feffard , celebre
'Avocat du Parlement , & non moins recommandable
par les qualitez de fon
efprit que par celles de fon coeur , eft.
mort de la même maladie , âgé de 36 .
ans.
Le 26. du même mois Dame Marguerite-
Françoise Doublet , époufe de M.
Pierre Paul Bombarde de Beaulieu , Confeiller
du Roy en fon Grand Confeil ,
Seigneur de Sigognes , Beaume , & c . mous
rut à Chaillot , âgée de 24. ans .
Le 2. de ce mois Anne- Loüife de Madaillan
de Lefpare , époufe du Marquis
d'O , Meftre de Camp- Lieutenant du
Regiment de Toulouse , Infanterie , mourut
a Paris de la petite verole.
La Comteffe de Plelo , fille du Marquis
de la Vrilliere , accoucha le 18. de
l'autre mois d'une fille.
Le 26. d'Aout on celebra à Neufs ,
en Silefie , le mariage de la Princeffe
Charlotte , fille du Prince Jacques Sobieski
de Pologne , avec le Prince de
Turenne. L'Electeur de Tréves , oncle
de la Princeffe , fir la ceremonie de la
Benediction Nuptiale , en prefence de
toute la Cour , & de quantité de Nob'effe
, tant étrangere que du pays , au
bruit d'une triple falve de l'artillerie . Le
lendemain S. A. E. donna un magnifique
Louper
D'OCTOBRE 1723.
807
fouper dans le jardin de fon Palais , qui
étoit entierement illuminé . Le même
Prince de Turenne , Meftre de Camp du
Regiment de Cavalerie de fon nom ,
Grand- Chambellan , en furvivance du
Duc de Bouillon , fon pere , mourut à
Strasbourg le premier de ce mois , après
huit jours de maladie dans la 21. année
de fon âge , étant né le 24. Octobro
1702. Il étoit fils aîné du Duc de Bouillon
, Pair & Grand- Chambellan de France
, & Gouverneur de la Province d'Auvergne
, & de feuë Marie- Armande de
Victoire de la Tremoille , morte le s .
Mars 1717. Il avoit époufé le 20. du mois
dernier à Strabourg , la Princeffe Marie-
Charlotte Sobieska , fille du Prince Jacques-
Louis Sobieski , & de feuë Hedwige
Elifabeth , fille de Philippe- Guillaume
de Neubourg , Electeur Palatin
mort en 1690. Le Prince de Turenne qui
vient de mourir n'avoit habité qu'une nuit
avec fa nouvelle époufe.
9
M. Charles - François de la Bonde d'Iberville
, mourut à Paris le 7. de ce mois,
âgé de 71. ans. Il avoit été chargé des
affaires du Roy , à Genéve , dans plufieurs
Cours d'Allemagne , auprès de la
Republique de Genes , & en -Efpagne,
En 1714. il avoit été nommé Envoyé ex-
Hij traordi
808 LE MERCURE
traordinaire , en Angleterre , & il s'étoit
conduit dans tous ces emplois avec autant
de capacité que de droiture.
M. Charles Colonne de Courtebonne,
Abbé de Chaumes , Diocéfe de Sens
& de la Couronne , Diocéle d'Angoulême
, mourut le 8. de ce mois dans fon
Château de Bouvelinghen.
La Marquife de l'Aigle , Dame- d'Honneur
de Mademoiſelle de Charollois ,
Princeffe du Sang , eft morte dans fon
Château de l'Aigle.
Le 14. de ce mois M. Henry- Alexandre
Beraud , Prêtre , Docteur en Theologie
de la focieté de Navarre , Chapelain
de l'Eglife de Paris , eft mort de la petite
verole , âgé de 39. ans.
Le 16. Dame Elizabeth de Seré , veuve
du Marquis de Brufac , & au jour de
fon decès époufe de Jacques- Charles de
la Riviere , Comte de Mur , âgée de
28. ans .
Le 17. Dame Jeanne - Jacobine de Nauroy
, époufe de M. Pierre- Benoît Morel ,
Chevalier , Confeiller du Roy en fes
Confeils , Prefident en fa Cour des Aydes
, Seigneur de Courtavan , Veindé ,
le Meix , & c. eft morte à Paris , âgée de
36. ans.
Le 18. Marie. Anne de Vilacerf, époufe
d'André-Jofeph des Friches , Marquis
d'AuD'OCTOBRE
1723 . 806
d'Auriacq , Capitaine de Cavalerie , âgée
d'environ 20. ans.
Le même jour Ferdinand , Baron de
Simeoni , Miniftre d'Etat de S. A. S. E.
de Baviere , eft mort à Paris , âgé de
75. ans.
Le 17. Octobre Jean - Hyacinthe Hocquart
, Confeiller du Roy en fes Confeils,
Intendant de la Marine au Havre de Grace
, eft mort à Paris , âgé de 64. ans.
3
M. François Bloüet de Camilly , Archevêque
de Tours , Abbé de S. Pierrefur-
Dive , Diocéfe de Séez , & de Val-
Richer , Diocéfe de Bayeux , eft mort
dans fon Diocéfe. Il étoit Evêque de
Toul , lorfque le Roy le nomma Archevêque
de Tours , le 8. Janvier 1721 .
Dame Gabrielle Nicolas de la Reynie,'
veuve de M. Jean Louis Habert de Montmort
, Maître des Requêtes , Intendant
de la Marine à Marfeille , Seigneur &
Comte de Meny , Abert , le Layes &c.
eft morte à Paris , âgée de 56. ans ,
le 22.
de ce mois.
Le 23. Dame Olimpe de Broüilly de
Piennes , Ducheffe d'Aumont , veuve de
M. Louis d'Aumont de Roche Baron ,
Duc d'Aumont , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur des
Villes & Citadelles de Boulogne , & Pays,
H iij
BoulonLE
MERCURE
Boulonnois , Ambaffadeur extraordinaire
de S. M. près la Reine de la Grande Bretagne
, fille d'Antoine de Brouilly , Marquis
de Piennes , & de Françoife Godet ,
mariée le 17. Decembre 1690. eft morte
à Palfi de la petite verole dans fa 63° année.
Elle étoit mere de M. le Duc d'Au
mont d'aujourd'hui , qui en fix mois de
temps a perdu fon pere , fa mere & fon
épouſe.
M
Charges & Emplois donnez.
R de Harlay de Celi , qui avoit
une Expectative de Confeiller d'Etat
, a été nommé Confeiller d'Etat ordinaire
, à la place vacante par la mort de
M. le Pelletier de la Houffaye , & M.
Chauvelin , Intendant d'Amiens , a obtenu
l'Expectative qu'avoit M. de Celi .
Le 23. du paffé M. d'Argenfon , Lieutenant
General de Police , prêta ferment
entre les mains de Monfieur le Duc d'Orleans
, pour les Charges de Chancelier &
fur- Intendant des Finances de S. A. R.
Le Roy a donné le Gouvernement de
Villefranche au Marquis de la Farte-
Tournac , Maréchal de Camp .
Les Auguftins Déchauffez de la Congregation
de France , ont élû le Pere
Apollinaire , de la Province de Provence,
pour
D'OCTOBRE 1723. 811
pour leur Vicaire General , le 24. du
mois paffé , dans leur Chapitre tenu en
cette Ville..
Le Roy a donné le Regiment de Cavalerie
, vacant par la mort du Prince de
Turenne , au Comte d'Auvergne , ſon
frere ; celui de Royal- Piémont , vacant
par la mort du Comte de Manicamp , à
M. Germinon , Brigadier , & le Regiment
de Cavalerie qu'avoit ce dernièr
a été accordé au Comte de Lorges..
Le Roy a accordé au Marquis de Blanes
la Charge de Confeiller d'honneur au
Confeil Superieur de Rouffillon , pour
lui & pour fa pofterité mafculine.
,
Le Gouvernement de Metz & du Pays
Meffin vacant par la mort du Comte
de Saillant , a été donné au Marquis
d'Alegre , Licutenant General des Armées
du Roy , & le Gouvernement de
S. Omer qu'il avoit , a été donné au Marquis
de Maillebois , Maréchal de Camp
Lieutenant General de la Province de
Languedoc , & Maître de la Garderobe
de S. M.
Le Comte de Gergi , cy-devant Envoyé
extraordinaire du Roy auprès du
Duc de Wirtemberg , du feu Duc de
Mantouë , & du Grand Duc de Tofcane,
& Miniftre Plenipotentiaire de S. M. à
la Diette de Ratifbone , a été nommé
Hiiij. Am812
LE MERCURE
Ambaffadeur du Roy auprès de la Ré
publique de Venife , & il eft parti le 3 .
de ce mois pour s'y rendre.
Le 20. de ce mois M. Defponti , Maréchal
de Camp & Capitaine au Regiment
des Gardes Françoifes , fut nommé
par le Roy , Lieutenant Colonel de ce
Regiment.
Le Duc d'Antin a obtenu une augmentation
de 20000. par an fur fon Gouvernement
d'Orléanois .
DIGNITEZ ET BENEFICES
donnez le 17. Octobre 1723.
E Roy a nommé l'Evêque de Laon ,
LaP'Archevêche de Cambray : l'Evêque
de Nantes , à l'Archevêché de Rouen:
l'Abbé de Monaco,à l'Archevêché de Bezançon
: l'Evêque de Marſeille, à l'Evêché
de Laon : l'Abbé de Villeneuve , à l'Evêché
de Marſeille : l'Evêque de Rennes
à l'Evêché de Nantes : l'Abbé de Breteuil,
frere du Marquis de Breteuil Secretaire
d'Etat , à l'Evêché de Rennes : l'Evêque
de faint Papoul , à l'Evêché de Mende :
l'Abbé de Segur , à l'Evêché de Saint
Papoul : l'Abbé de Lanta , à l'Evêché de
Perpignan : l'Abbé Boucaud , à l'Evêché .
d'Alet : l'Abbé de Froulay , Aumônier
de Sa Majesté , à l'Evêché du Mans ,
l'Abbé
D'OCTOBRE 1723. 813
l'Abbé de Buffy , à l'Evêché de Luçon.
:
1
Sa Majefté a donné l'Abbaye de Cercamps
, Diocèle d'Amiens , au Comte de
de Clermont , Prince du Sang ; la Dommerie
d'Aubrac , Diocèle de Rhodez , à
F'Archevêque d'Aix : l'Abbaye de Bonneval
, Diocèfe de Rhodez , à l'Archevêque
de Narbonne celle d'Aniane ,
Diocèfe de Montpellier , à l'Evêque de
Toulon celle de la Couronne , Diocèle
d'Angoulême , à l'Evêque de Tulles : celle
de Saint Juft , Diocèle de Beauvais ,
l'Evêque de Soiffons : celle de Bourgueil
en Vallée , Diocèſe d'Angers , à l'Abbé
d'Alegre celle d'Orcamp , Diocèfe de
Noyon , à l'Abbé de Gefvres : celle de
Signy , Diocèse de Reims, à l'Abbé d'Harcourt,
Grand-Vicaire de Paris : celle d'Airvaux
, Diocèse de la Rochelle , à l'Abbé
de Prye celle de Chaumont , Diocèle de
Reims , à l'Abbé Gontaut , Doyen du
Chapitre de l'Eglife de Paris : celle de
Cadouin , Diocèfe de Sarlat , à l'Abbé
de Biron celle de Molefme , Diocèle de
Langres , à l'Abbé de Vaureal , Maître
de l'Oratoire du Roy : celle d'Obafine ,
Diocèse de Limoges , à l'Abbé de Targny,
l'un des Gardes de la Bibliotheque du
Roy: celle de Saint Pierre de Chaumes ,
Diocèle de Sens , à l'Abbé de Breteuil
nommé
>
1
814 LE MERCURE
>
nommé à l'Evêché de Rennes : celle de
Notre - Dame de Preüilly près Provins
Diocèfe de Sens , à l'Abbé de Vauroüy :
celle de Fontaine - Daniel , Diocèfe du
Mans , à l'Abbé Bouhier , Grand-Vicaicaire
de Langres : celle de Mauleon , Diocèle
de la Rochelle , à l'Abbé de Tilly :
celle de Gondom , Diocèle d'Agent , à
l'Abbé de Saint Hermine , Grand- Vicaire
de Noyon : celle de Cruas , Diocèse de
Viviers , à l'Abbé de Coriolis : celle de
faint Marcel , Diocèfe de Cahors , à l'Abbé
Michel : celle de la Boiffiere , Diocèfé
d'Angers , à M. du Pré , fils du Chevalier
du Pré : celle de Bonnevaux , Diocè
fe de Vienne , à l'Abbé Bret celle de
faint Calais , Diocèfe du Mans , à l'Abbé
de Chanron celle de Notre- Dame des
Vertus , Diocèfe de Châlons fur Marne ,.
à l'Abbé d'Aubenton : celle de Caunes
Diocèfe de Narbonne , à l'Abbé Dubois
frere du feu Cardinal Dubois celle de
Leoncel , Diocèfe de Die , à l'Abbé de
faint Aulaire celle de Vaat , Diocèſe du
Mans , à l'Abbé Vefnier celle de faint
Vincent du Bourg , Diocèse de Bordeaux ,
à l'Abbé Houtteville : celle de Villelongue
, Diocèle de Carcaffonne , à l'Abbé de
Noë : celle de Chambon , Diocèſe de Poitiers
, à l'Abbé d'Elvemont : celle de fainte
Croix d'Angle, même Diocèſe , à l'Abbé
D'OCTOBRE 1723 . 815
:
bé de Foulers celle de faint Hilaire de
la Celle , même Diocéſe , à l'Abbé de
Menou-Charnifay : celle de S. Hilaire de
Carcalonne , à l'Abbé de Margon : celle
de faint Savin , Diocéfe de Tarbes , à
l'Abbé Bailly celle d'Aubepierre , Diocafe
de Limoges , à l'Abbé de Rouget
Aumônier de feue Madame la Ducheffe
de Berry : celle de faint Pierre de Maures ,
Diocéfe de faint Flour , à l'Abbé de Fontenille
: celle de faint Mahé- Fin- de- terre ,
Diocéfe de faint Pol de Leon , à l'Abbé
de Romigny : celle de Varenne , Diocéfe
de Bourges , à l'Abbé d'Hugues : celle de
Bofquien , Diocéfe de faint Brieux , à l'Abbé
de Duras : celle de la Sauve - Majeure ,
Diocéfe de Bordeaux , à l'Abbé de Charpin
de faint Romain : celle de Fontenay
Diocéfe d'Autun , à l'Abbé de Livry :
l'Abbaye Reguliere de Bergue- Saint Winox
, Diocéle d'Ypres , à Don Gervin
Rickerwaert , Religieux Benedictin , &
l'Abbaye Reguliere de faint Bertin de faint
Omer , à Don Benoist Petitpas , auffi Religieux
Benedictin : le Prieuré d'Argenteüil
, à l'Abbé Raguer : le Doyenné de
Tarafcon , à l'Abbé de Fenelon : le Prieuré
de Mortaux , à l'Abbé de Grammont :
le Prieuré du Val -au - Grey , à l'Abbé
Pezić.
3
H vj
PEN816
LE MERCURE
PENSIONS.
Sa Majefté a donné fur l'Archevêché
de Cambray , une penfion de deux mille
livres au Baron de Rocheplate , Brigadier
des Armées du Roy , & Major des
Gardes du Corps de Monfieur le Duc
d'Orleans : une de 1500. livres à M. de
Chambon , Chevalier d'Arbouville : une
de seo . liv . à l'Abbé Obrez : une de
3000. liv. à l'Abbé d'Apougny : une de
1000. liv. à M. Allair , Curé de Châteaufort
, près Verfailles : une de 2000. liv.
à M. Margeret , Chevalier de S. Lazare,
& une de 1000. liv. à M. Briant , Frere
fervant d'armes de l'Ordre de Saint Lazare.
Sur l'Archevêché de Rouen , une penfion
de 1500. liv. à M , Dupuy : une de
pareille fomme à M. Morin , & une de
3000. liv . au Comte de Treffan , tous les
trois Chevaliers de Saint Lazare..
Sur l'Evéché de Marfeille , une penfion
de 1000. liv. à l'Abbé Truillier , ancien
Chanoine de la même Ville : une de
1000. liv. à l'Abbé Guerin , & une de
pareille fomme , à l'Abbé du Parc.
Sur l'Evêché de Rennes , une penfon
de 2000. liv . à l'Abbé Leullier
Curé de la Paroiffe de Saint Louis ,
Paris.
Suz
D'OCTOBRE 1723 . 817
Sur l'Evêché de Mende , une penfion.
de 2006. liv. à M. du Vivier , Cheva
lier de Saint Lazare.
Sur l'Evêché d'Alet , une penfion de
500. liv . à M. Lagier , Prêtre , & une
de pareille fomme à M. Bain.
Sur l'Abbaye de Cercamps , une pen
fion de 3000. liv. au Marquis de Theligny
, Gouverneur du Comte de Clermont
une de 2000. liv . à l'Abbé de
Dijon , fon Precepteur : une de pareille
fomme à M. Dolmont , & une de 1000 .
liv. à M. de Bonnail , Chevalier de Saint
Lazare.
Sur la Dommerie d'Aubrac , une pen
fion de 3000. liv . à M. Joſeph Geraud
Dubois , Clerc Tonfuré du Diocéfe de
Limoges , & une de pareille fomme à
M. Jean- Baptifte Dubois , auffi Clere
Tonfuré du même Diocéfe.
Sur l'Abbaye d'Orcamp , une penfion
der 500. liv. au Chevalier de Crequy :
une de pareille fomme à M. l'Abbé Maroulle
, & une de 3000. liv . au Comte
de Melun .
Sur l'Abbaye de Signy , une penfion
de 2000. liv . au Chevalier de Rieux
une de pareille fomme à M. de Ramezé ,
Chevalier de Saint Lazare : une de 1000%
liv. à M. Boutervilliers , Chapelain dedə
Choify une de 600. liv. à . M. Boligné,
Cur
818 LE MERCURE
Curé de Choify , & une de 400. liv. à
M. Bertelin , Vicaire de la même Paroiffe.
Sur l'Abbaye d'Airvaux , une penſion
de 2000. liv. au Chevalier de Prye.
Sur l'Abbaye de Cadouin , une penfion
de 1000. liv. au Chevalier de Nogent.
Sur l'Abbaye de Mauleon , une penfion
de 1000. liv. au Chevalier de Tilly.
Sur l'Abbaye de la Sauve - Majeure ,
une penfion de 2000. liv. à l'Abbé de
Charpin des Halles.
Sur l'Abbaye de Fontenay , une penfion
de 1000. liv. pour le neveu du der--
nier Titulaire.
Sur l'Abbaye de Bergue Saint Winox,
une penfion de 4000. liv. au Chevalier
de Mailly : une de 3000. liv . au Commandeur
de l'Aubefpin , & une de pareille
fomme au Chevalier de Fontette.
Sur l'Abbaye de Saint Bertin de Saint
Omer , une penfion de 4000. liv . à l'Abbé
Perrot , Inſtituteur du Roy : une de*
3000. liv. à M. Benard de Rezé , Chevalier
de Saint Lazare : une de 3000. 1.
à M. Cabre , Clerc Toniuré du Diocéfe
de Marſeille : une de pareille fomme , au
Chevalier de Marcieu : une de 1000. liv .
à M. de Camfort , Officier d'artillerie ,
Chevalier de Saint Lazare : une de
pareille
fomme à M. Camfort fon fils , Officier
D'OCTOBRE 17237 Sig
cier d'artillerie & Chevalier de Saint La
zare : une de 1500. liv . à M. Molet , Clera-
Toniuré une de 1000. 1. à M. Dorival ,,
Chevalier de faint Lazare : une de pareil
le fomme à M. du Hautmefnil , Chevalier
de S. Lazare : une de zooo. liv . au Mar
quis de Beauveau , Chevalier de faint La-·
zare : une de 3000 liv. à M. Alexandre,.
Chevalier de faint Lazare : une de pareille
fomme , à M. du Theil , Chevalier de
faint Lazare : une de mille liv. à M. de
Lefquien , Chevalier de faint Lazare : une :
de 2000. liv, à M. de Billy, Chevalier de
faint Lazare , & une de mille liv . au Che--
valier d'Aumalle , Chevalier de faint La
Zare .
Le 19. de ce mois , le Roy nomma l'Evêque
de Tulles à l'Archevêché de Tours;
& l'Abbé d'Argentré , Aumônier de Sa
Majefté , à l'Evêché de Tulles.
Addition aux Nouvelles Etrangeres .
Ο
N mande de Petersbourg, que l'Amabaffadeur
de Perfe y avoit eu fon au•
dience de congé du Czar , le 23. de l'autre
mois , qu'il avoit été invité à toutes les fê
tes qui s'y font données depuis fon arrivée ,
qu'il n'a point fait de difficulté de boire
du vin , & qu'il a paru fort honnête &
fort gracieux. On confirme qu'il a été envoyé
320 LE MERCURE
voyé de la part du jeune Sophi , qui eft à
Tauris , & on affure que Miriweitz
a fait
crever les yeux au vieux Sophi & égorger les freres de ce Prince.
Sur les plaintes portées à l'Empereur
pat le Refident de Suede , on a mis aux
arrêts à Prague , une troupe de Comediens
pour avoir reprefenté la Tragedie du feu
Baron de Gortz décapité à Stolkolm , &
fait paroître fur la Scene , le Roy & la
Reine de Suede.
On a eu avis de Berlin que le Roy d'Angleterre
y étoit arrivé d'Hanover , & que
le Roy & la Reine de Pruffe avoient don.
né à cette occafion diverſes fêtes , & Bals ,
un feftin entr'autres , fur une table de 6 8 .
Couverts , qui reprefentoit les Lettres G.
& R. George Roy
Par les dernieres Lettres de Lisbonne ,
on apprend que la Reine de Portugal étoit
heureufement accouchée d'un Infant , le
30 du mois paffé.
Le 27. Septembre , on enterra à Rome
fans aucune pompe , le corps du Cardinal
de Tournon , devant le grand Autel de
Propaganda.
On apprend par les dernieres Lettres
d'Efpagne que le Secretaire de Don
Louis d'Acunha , Ambaſſadeur du Roy
de Portugal en cette Cour , étoit arrivé
à
D'OCTOBRE 1723 . 82-7
Liſbone avec des habits magnifiques
pour un Regiment de 400. Gardes du
Corps , que S. M. P. doit créer , & qui
ne fera compofé que de jeunes Officiers ,
& de Cavaliers qui auront déja fervi. Ce
Secretaire a apporté auffi de Paris un
Manteau Royal , doublé d'Hermines , &
enrichi de diamans & de perles qui doit
fervir à la ceremonie du Couronnement
du Roy de Portugal . La Couronne à laquelle
on travaille à Lifbone pour fervir
au même ufage fera très riche ; on doit
y attacher un diamant qui a couté 500000
crufades.
que
Par les Lettres de Genes , on apprend
la nuit du 29. au 30. du mois dernier ,
la porte de fer de l'Eglife Collegiale , dite
desVignes,avoit été forcée par des voleurs ,
avoient enlevé une colomne d'argent ,
deux Anges d'argent du poids de 40 .
marcs , plufieurs vafes facrez , un coeur
d'or, & d'autres ornemens de grand prix.
Les Lettres de Genes ajoûtent que M.
Sanfonio , Medecin , âgé de 70. ans ,
été affaffiné par un de fes fils , qui n'a
que 13. ans , & qui s'eft enfuite retiré
dans une Eglife.
SUPL
P
822 LE MERCURE
SUPPLEMENT.
EXPLICATION. de la feconde Enigme
du Mercure de Septembre 1723,
A
Quoi bon préconiſer tant ,
Ce que j'ay le pouvoir de faire ,
On feroit bien mieux de fe taire ,
Ce font des paroles au vent.
EXPLICATION de la troisième Enigme
du même Mercure.
Parodie,
Aire mouvoir Princes & Rois ,
Donner la bonne grace aux belles ,
Et ne jamais entrer chez elles
Sans l'Arc du Dieu d'Amour & quafi le Carquois
,
Prendre cent fortes de figures ,
Avoir pour fe farder differentes couleurs ,
Toujours hors du commun , & changer de pof
ture ,
Autant qu'un Papillon de fleurs ;
Ayder à la Griſette à bien joüer ſon rôle ,
Fournir les Traits à Cupidon ;
Sçavoir
D'OCTOBRE 1723. 823
Sçavoir tout peindre aux yeux fans pinceau ,
ni parole ,
Ce font tous les fecrets d'un parfait violon ,
Ou d'un fameux Maître de Danfe ,
Qui fçait faire valoir les fons & la cadence ,'
Autre explication,
ADire vôtre nom , Enigme toute aima"
ble ,
Dois- je un feul moment balancer ?
Sous les beaux ornemens d'un efprit agreable,
Vous cachez le Maître à Danfer.
Le Duc de Noailles & le Marquis de
Canillac ont eu la permiffion de revenir
à la Cour.
Le 26. de ce mois M. Pierre de Be
rulle , Chevalier , Baron de Guyancourt,
Vicomte de Ceant en Hofte , Seigneur
de Foiffy , Flaffi , Reigni , le Feron , Cerilly
, Maître des Requêtes , & ancien
Premier Prefident au Parlement de Grenoble
, & Commandant pour S. M. en:
la Province de Dauphiné , eft mort à
Paris dans fa 84° année
M. François , de Carbonel de Canifi ,
ancien Evêque de Limoges , "Abbé Commendataire
des Abbayes de Montbourg
&
824 LE MERCURE
& Belleval , eft mort à Paris le 28. de ce
mois , âgé d'environ 70. ans.
L'Opera remettra au Theatre le 4
Novembre la Tragedie de Thetis & Pelée
, ce qui a empêché la repriſe de Philo
mele , que nous avons annoncé , p . 775.
akakakakakakakakakakakikik
LETTRES PATENTES ,
ARRESTS , & c.
RREST de la Cour des Aydes , du feptiéme
Elus de Troyes , qui avoit déchargé les nommez
Rouffelet & Doué de la confiſcation d'un Baril
d'Eau-de-Vie trouvé fans congé , fous prétexte
de ce que les Commis n'avoient pas fait la dé
guftation de ladite Eau-de-Vie avec celle des
trois feuillettes chargées fur un haquet ; & en
confequence adjuge la confifcarion des chofes
faifies ; les condamne en 25. liv. d'amende & aux
dépens , tant des caufes principales que d'appel.
ARREST du 19. Avril 1723. Qui fixe le prix
des Offices Municipaux rétablis pour la Ville de
Bordeaux.
LETTRES Patentes du Roy , données à Meudon
au mois de Juin 1723. regiſtrées au Parle- ·
ment de Bordeaux , le 11. du même mois , con-
Gernant les Juifs qui font actuellement établis &
domiD'OCTOBRE
1723. 825
domiciliez dans les Generalitez de Bordeaux &
d'Auch , connus fous le titre de Portugais , autrement
nouveaux Chrétiens ,› par lesquelles il eſt
dit ce qui fuit .
Nous avons par ces prefentes ftatué & ordonné
, difons , ftatuons & ordonnons , qu'en payant
par lefdits Portugais réfidans , établis & domiciliez
en France , dans l'étendue des Generalitez
de Bordeaux & d'Auch , la fomme de cent mille
livres & les deux fols pour livre d'icelle , en
faveur de notre joyeux avenement à la Couronne
, ils foient & demeurent confirmez & maintenus
, comme par ces Prefentes Nous les confir-
'mons & maintenons & en tant que befoin
pourroit être , de nouveau leur avons octroyé &
octroyons par cefdites Prefentes , tant pour ceux
actuellement réfidans , établis & domiciliez dans
lefdites Generalitez de Bordeaux & d'Auch , que
ceux qui voudront à l'avenir s'y habituer , & qui
fe feront immatriculer pardevant les Juges des
lieux de leur réfidence , que pour leurs Femmes ,
Enfans , Familles , Commis & Facteurs & leurs
fucceffeurs , la permiffion & le droit d'y demeurer
, vivre , trafiquer & negocier , avec les mêmes
franchiſes & libertez qu'auparavant ledit Arreft
de nôtre Confeil du 21. Fevrier 1722. lequel
Nous avons revoqué & revoquons comme nul
& de nul effet ; le tout ainfi que font tous nos
Sujets naturels. Voulons auffi qu'ils puiffent dif
pofer de leurs biens entre- vifs , ou à cauſe de
mort , par donation , vente ou autrement , qu'ils
aviferont en faveur de qui bon leur femblera ,
& generalement qu'ils jouiffent de tout le contenu
aux Declaration & Lettres Patentes des mois
d'Aouft 1.550 . Novembre 1574. 19. Avril 1580.
& du mois de Decembre 16 6. fans qu'ils foient
tenus de prendre d'autres Lettres de Naturalité
&
326 LE MERCURE
Declaration de Nous ou des Rois nas Succef
feurs. Voulons pareillement qu'ils jouiffent du
benefice des Prefentes , tant qu'ils demeureront
en nôtre Royaume , Pays , Terres & Seigneuries
de nôtre obéiffance , à la charge , à l'égard de
teurs heritiers , fucceffeurs ou ayans caufe , en
faveur defquels ils difpoferont de leurs biens ,
qu'ils foient regnicoles , &c.
ARREST du 9. Aout 1723. Qui caffe une
Sentence des Officiers du Grenier à Sel d'Alençon
, contraire à l'Ordonnance & aux Reglemens
des Gabelles. Ordonne que les Collecteurs des
Tailles qui ne fourniront pas des Copies exactes
de leurs Rôles , feront condamnez en o . liv. d'amende
par chaque omiffion qui fe trouvera
juftifiée par les Procès verbaux des Employez .
Défend aufdits Officiers , & à tous autres d'ad.
metere aucune preuve teſtimoniale pour conſtater
l'état des familles au préjudice des Rôles & des
Procès verbaux defdits Employez . Et regle ce
qui doit être obfervé par les Chefs de familles
affurer l'état defdites familles.
pour
ARREST du 30. Aouft , qui regle la forme de
l'adminiſtration de la Compagnie des Indes , par
lequel Sa Majesté ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à commencer du jour de la publication du
prefent Arreft , la Compagnie des Indes fera regie
par douze Directeurs , tous Actionnaires de
Ladite Compagnie , chacun defquels fera tenu
d'avoir cinquante Actions dépofées en compte à
a Compagnie , fans qu'ils puiffent les retirer pendant
tout le temps qu'ils feront Directeurs.
I I.
Sa Majesté nommera , pour cette premiere fois
LeuleD'OCTOBRE
1723. 827
feulement , les douze Directeurs , & la Compagnie
pourra dans l'Affemblée Generale , qui
fera tenue tous les ans , dépoffeder ceux defdits
Directeurs contre lefquels elle aura de juftes
fujets de plainte , & en élire d'autres en
leurs places .,
III..
Il fera fait douze départemens , à la tête de
chacun defquels il fera établi l'un defdits Directeurs
, qui fera chargé de la fuite & de
l'expedition des affaires qui concerneront ledit
département , de l'Adminiftration duquel il
répondra comme lui étant plus particulierement
confié.
I.V.
Chacun defdits Directeurs fera préposé en
fecond dans un autre département , & en troifiéme
auffi dans un troifiéme département ; afinque
tous lefdits Directeurs puiffent fe ſuppléer
les uns aux autres réciproquement en cas d'abfence
, ou autre empèchement , & s'inftruire
dans les differentes parties de commerce de la
Compagnie,
V.
Il fera tenu des Comitez particuliers pour
les affaires de chaque département , aux jours
& aux heures qui feront indiquez par le Re
glement : Les trois Directeurs du département
affifteront à ce Comité , où ils décideront fur
le Rapport du Directeur en chef dudit département
toutes les affaires courantes concernant
ledit département .
V I.
Les affaires plus confiderables , ou qui auront
rapport à d'autres départemens , feront
portées à l'Affemblée des Directeurs , qui fe
tiendra au moins deux fois la femaine & plus
fouvent
828 LE MERCURE
fouvent s'il eft neceffaire , aux heures marquées
par le Reglement, & les matieres y feront rapportées
par le Directeur en chef du département
dont elles dépendront.
VII.
Il fera eflû par l'Affemblée Generale de la
Compagnie des Indes , qui fera tenue inceffamment
à cet effet , huit Syndics , qui feront choifis
parmi les notables bourgeois , bons négocians
& autres gens experimentez au fait du
Commerce , de la Banque , & des Comptes ;
Lefdits Syndics feront tous Actionnaires , &
auront chacun cinquante Actions déposées en
compte à la Compagnie , fans pouvoir les retirer
pendant l'année de leur fyndicar.
VIII.
Lefdits Syndics veilleront , comme gens
prépofez par la Compagnie , à la fuite de l'Adminiftration
dans les départemens dont l'Examen
leur fera confié ; ils affilteront & auront
voix déliberative , tant dans les Comitez de
leurs départemens , que dans l'Affemblée des
Directeurs.
I X.
Il fera prépofé fix defdits Syndics pour avoir
P'inspection ' ur les douze départemens du Commerce
; Et à l'égard des deux autres Syndics ,
ils auront l'infpection fur la Regie du Tabac &
autres Droits y joints.
X.
La Ferme du Tabac fera Regie par huit Regiffeurs
commis à cet effet , au nom de ladite
Compagnie ; lefquels Regiffeurs auront la qualité
de Directeurs de la Compagnie , & feront
tenus chacun de dépofer cinquantes
Actions en compte à la Compagnie , qu'ils ne
pourront retirer pendant tout le temps que durera
la Regie. XI.
D'OCTOBRE 1723.
829
་
"
X I.
Lefdits Regiffeurs feront un Corps féparé ,
qui ne fera chargé que de la Regie du Tabac &
des affaires qui y feront jointes. Ils s'affemblesont
neanmoins tous les 15. jours, & plus fouvent
s'il eft néceflaire, avec les douze autres Directeurs
& les Syndics , en l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , pour y concerter & decider
les affaires de ladite Regie , qui peuvent avoir
rapport avec le Commerce de la Compagnie.
C
XII.
Sa Majesté nommera quatre Officiers tirez
du Corps de fon Confeil , qu'elle choifira dans
le nombre de ceux qui font intereffez dans la
Compagnie des Indes , & qui auront au moins
chacun cinquante Actions de ladite Compagnie.
Ils fe feront rendre compte , chacun dans
les départemens qui leur feront confiez , de la
fuite & du progrès du travail des Directeurs ,
Commis & Employez , tiendront la main à
l'execution des Reglemens , & à ce que chacun
s'acquitte avec exactitude de l'emploi dont
il eft chargé , & rendront compte du tout au
fieur Controlleur General des Finances.
XIII.
11 fera tenu tous les quinze jours une Affem
blée , compofée du fieur Controlleur General
des Finances , des quatre Infpecteurs nommez
par Sa Majesté , des huit Syndics , & des douze
Directeurs , dans laquelle il fera rendu
compte de l'état & de l'emploi des Fonds , &
de la fituation generale des affaires de la Compagnie.
Chacun des Directeurs y rendra un
compte fommaire du travail fait dans fon département
pendant la derniere quinzaine ; le
Syndic du département fera entendu fur l'adminiftration
d'icelui , & pourra dans cette Affemblée
830 LE MERCURE
femblée propofer & requerir ce qu'il eftimers
être convenable pour la bonne Regie , & avantageux
au Commerce : Enfuite de quoi le fieur
Infpecteur du département fera fes obfervations
fur la forme & fur le travail actuel de
la Regie du département ; Et il fera ftatué fur
le tout à la pluralité des voix.
XIV.
Les projets generaux d'Armemens , Eta
bliffemens de nouvelles Colonnies , Entreprifes
de nouveaux Commerces , & autres affaires
majeures , feront déliberées en ladite Af
femblée ; Les directeurs chargez de la Regie
de la Ferme du Tabac , & autres Droits y
joints , y affifteront une fois chaque mois ,
pour y rendre compte en la forme cy- deffus
expliquée , de tout ce qui concerne la Regie
dont ils feront chargez.
X V.
Monfieur le Duc d'Orleans confervera le
titre de Gouverneur de ladite Compagnie , Et
Monfieur le Duc de Bourbon confervera pareillement
le titre de Vice- Gouverneur.
XV I.
Il fera ténu chaque année une Affemblée
Generale de la Compagnie , dans laquelle on
rendra compte du Bilan general de l'année
precedente , de la fituation du commerce , &
des autres affaires de la Compagnie : En laquelle
Aflemblée fera procedé à l'élection de
huit Syndics pour l'année fuivante , & pareillement
à la nomination de nouveaux Directeurs
, à la place de ceux qui feroient decedez,
ou fe feroient retirez pour infirmité ou autres
caufes , ou de ceux contre lefquels la Compagnie
pourroit avoit de juftes fujets de plainte ,
ou de fufpicion.
XV.
D'OCTOBRE 1723. 831
XVII.
L'Aflemblée Generale fera tenuë tous les ans
au ff. Mars de chaque année , & nul ne pour--
ra avoir voix délibérative en ladite Affemblée,
s'il n'a dépofé fous fon nom , avant le premier
Février de la même année , cinquante Actions
à la Compagnie , lefquelles il ne pourra reti-
Fer avant le premier Avril ; du dépoft defquelles
il lui fera délivré un Certificat en fon nom
par le Caiffier , fur la reprefentation duquel
Certificat il fera admis à l'Affemblée , fans
que perfonne puiffe y avoir entrée fur la
reprefentation d'un Certificat qui ne feroit pas
expedié en fon nom .
XVIII.
Sa Majefté a nommé les fieurs de Fortia
Confeiller d'Eftat , Dany can de Landivifiau ,
Angran , & Perenne de Moras , Maîtres des
Requêtes , pour avoir l'infpection fur la fuite.
du travail & de
l'Adminiſtration des départemens
qui leur feront confiez , conformément à
PArticle XII. du prefent Arreft.
XIX.
Sa Majesté a nommé pour cette fois feulement
& fans tirer à conféquence , pour Directeurs
de la Compagnie, les fieurs Baillon de
Blampignon , Raudot , Caftagner , de Premenil,
Godeheu , Hardancourt , le Cordier , Fromaget
, Deshayes , Morin , la Franquerie & Mouchard
; Lefquels feront chargez de l'Adminiſstration
Generale des affaires de la Compagnie ,
conformément à ce qui eft porté par le prefent
Arreft , & fuivant le Reglement qui era inceffamment
rendu à cet effet , tant par rapport
aux départemens defdits Directeurs, que par
rapport au détail de ladite Adminiſtration Sa
Majefté a pareillement nommé le fieur de Ca-
1 jj ligny
832
LE
MERCURE
.
ligny pour Secretaire de ladite Compagnie ,
& le fieur Farouard , Avocat au Confeil , pour
Sous- Secretaire , &c.
ARREST du 30 Août 1723. qui ordonne
que par Charles Cordier chargé de la Regie
des Fermes Generales , il fera paffé Bail pendant
neuf années à Pierre Gruel , des Droits
de Controlle & Effayeurs fur les Bierres qui
feront façonnées en la Ville & Fauxbourgs de
Paris feulement , à compter du premier Ŏctobre
prochain , moyennant Quatre - vingt- dix
mille livres par chacun an , & Dix - huit mille
livres pour les quatre fols pour livre , tant
qu'ils auront cours . Que par Martin Girard ,
chargé de la Regie des Droits rétablis , il fera
pareillement paffé Bail audit Gruel defdits
Droits rétablis fur les Bierres , pour le tems
qui refte à expirer de la Perception deſdits
Droits , à compter dudit jour premier Octobre
prochain , moyennant Quarante mille neuf
eens vingt livres par chacun an,tant que lesdits
Droits fubfifteront. Le tout aux exceptions ,
charges , claufes & conditions portées par ledit
Arreft , &c.
*
ARREST du même jour & Lettres Patentes
fur iceluy , données à Verſailles le 10. Septembre
audit an. Regiftrées en la Cour des Aydes,
le vingt- trois dudit qui ordonnent en interpretant,
en tant que befoin eft , ou feroit , l'Arreſt
du Confeil du 19. Août 1719. & Lettres Patentes
expediées en confequence , qu'à la diligence
du Fermier des Aydes les Maires & Echevins
des Villes , & les Syndics ou Marguilliers
des Bourgs ou autres Paroiffes ou le Fermier
jugera neceffaire d'avoir connoiffance du
produi
D'OCTOBRE 1723 . сто 834
produit des Vignes de chaque année , feront
tenus de s'affembler quinze jours après les Vendanges
finies , & de fournir au Directeur des
Aydes de chaque Election , fur fa reconnoiffance
, en payant trois livres pour tous frais ,
un Acte d'Affemblée huitaine après qu'elle
aura été tenuë , contenant ce que l'arpent de
Vigne aura rapporté de Vin le plus communément
la récolte derniere dans leur territoire,
fous les peines y portées. Ordonnent que les
Privilegiés ne jouiront de leurs Exemptions
que jufques à concurrence de la quantité des
Vins qu'ils auront pû recueillir fur le pied
didit rapport , eu égard à la quantité de Vignes
par eux poffedées , dont ils auront juftifié
de la proprieté. Permet de décerner des
contraintes & de refufer des Congez pour le
furplus, fi ce n'eft en payant par eux les droits.
Leur fait deffenfes de déclarer fous leurs noms
des Vignes qui ne leur appartiennent pas , à
peine de déchéance de leurs Privileges pour
toûjours , du quadruple des Droits , & de 300.
livres d'amende qui feront appliquées au Dénonciateur.
ARREST du même jour & I ettres Patentes
fur iceluy , données à Verfailles le 6. Septembre
audit an. Regiftrées en la Cour des Aydes,
le 23. du même mois , qui ordonnent que les
Vins venans du Mâconnois , qui feront tranfportez
dans les lieux où les droits de Gros &
Augmentation ont cours , payeront lefdits
Droits conformément à l'Ordonnance des Aydes
de 1680. & aux Lettres Patentes des 13.
Septembre 1717. & 22. Décembre 1722. & que
le confentement du Syndic des Etats du Mâconnois
demeurera annexé à la Minutte dudit
Arreft , &c. I iij AR834
LE MERCURE
ARREST du 6. Septembre concernant l'in
cendie de Châteaudun , arrivé le 28. Juin der
nier, par lequel Sa Majefté , conformément à
l'avis du fieur de Bouville , a déchargé & décharge
les Habitans de la Ville & Fauxbourgs
de Châteaudun , de la fomme de dix mille cinq
cens foixante liv.qu'ils doivent de refte de leurs
Tailles & Fourages des années mil fept cent
vingt- deux & mil fept cent vingt- trois , ſçavoir
, celle de quatorze cens dix liv. pour l'Impofition
militaire de mil fept cent vingt- deux
& celle de neuf mille cent cinquante liv. pour
refte de la Taille & Impofition militaire de
l'année prefente mil fept cent vingt- trois , revenans
lesdites fommes à la premiere de dix
mille cinq cens foixante liv. Ordonne Sa Majefté
, qu'il fera tenu compte defdites fommes
aux Collecteurs des Tailles de ladite Ville defdites
années par les Receveurs des Tailles de
ladite Election en chacune des anrées de leur
exercice & aufdits Receveurs des Tailles par
les Receveurs Generaux des Finances de la
Generalité d'Orleans aufli en exercice, aufquels
il en fera pareillement tenu compte fur ce qu'ils
doivent payer au Trefor Royal , par tout où
befoin fera fans difficulté , en vertu du prefent
Arreft . Et pour donner moyen aufdits Habitans
de fe rétablir de leurs pertes , Ordonne Sa Majefté
qu'ils demeureront déchargez de toutes
impofitions de Tailles & autres generalement
quelconques , pendant dix années confécutives
, à commencer en la prochaine mil fept cent
vingt-quatre, pendant lefquelles dix années lefdits
Habitans ne feront compris dans les Rôles
de ladite Ville de Châteaudun que pour cinq
fols chacun pour toutes fortes d'impofitions
D'OCTOBRE 1723. 835
la charge par eux de continuer leur réfidence
dans ladite Ville de. Châteaudun , & de faire
rétablir chacun endroit foy leurs Maifons
& Bâtimens : Et pour procurer aufdits Habitans
des plus prompts fecours pour ce rétabliffement
, Sa Majefté leur permet de faire
faire dans l'étendue du Royaume , & par qui
bon leur femblera , une Quefte generale , don
les fonds feront remis au fur & àme fure, entre
les mains des adminiftrateurs qui feront nommez
par l'Affemblée des Habitans de ladite
Ville , & par eux diftribuez à ceux qu'ils jugeront
avoir befoin pour les aider à rédifier
leurs maifons incendiées, & c .
*
ARREST du 6. Septembre 1723. qui caffe
une Sentence de l'Election de Valogne , &
l'Arreft de la Cour des Aydes de Rouen confirmatif,
rendu fur une infcription de faux
pour n'avoir pas entendu les Accufez par leurs
bouches derriere le Bareau lors des Jugemens,
& qui renvoye les Parties en la Cour des Ays
des de Paris.
ARREST du même jour , par lequel Sa Majefté
a refilié & refilie , à commencer au premier
Octobre prochain 1723. le Bail fait à
Edouard Duverdier le 19. Août 1721. du Privilege
de l'Entrée , Fabrication & Vente exclufive
du Tabac dans l'étendue du Royaume : En
confequence Veut Sa Majesté que la Compagnie
des Indes foit mife en poffeffion & jouiffance
dudit Privilege audit jour premier Octobre
prochain , qu'elle en faffe la regie & l'exploitation
, ou qu'elle commette à cet effet , le
tout ainfi que ladite Compagnie des Indes le
jugera à propos , & pour fon plus grand avantage.
I iiij AR836
LE MERCURE
ARREST du même jour qui proroge juf
qu'au premier Novembre prochain le délay
prefcrit par l'Arreft du 22. May 1723. pour les
Receveurs des Confignations , Commissaires
aux Saifies Réelles , Kegiffeurs & autres qui
n'ont pû rapporter les Recepiffez du Trefor
Royal dont ils font porteurs , pour leur être
expedié par le fieur Marandon des Quittances.
de Finance pour Rentes fur les Tailles ; paffé
lequel temps lefdits Recepiffez demeureront
nuls à la charge des dépofitaires qui en feront
garants & refponfables envers les Creanciers
ou Confignataires.
ARREST du 7. dudit , qui regle la confommation
des Recepiffez , Billets , Certificats &
Lettres de Change délivrez , tant par les Tréforiers
Generaux de la Marine & leurs Commis
en payement des dépenfes de la Marine des
Exercices de 1704. 1706. 1707. 1708. 1709. 1710.
171. 1712. 1713. 1714. & huit premiers mois
de 1715. que par les Treforiers Generaux des
Galeres & leurs commis pour les dépenfes des
Galeres des Exercices de 1707. 1708. 1709. 1710,
1711. 1712. 1713. 1714. & huit premiers mois
de 1715. qui n'ont point été convertis en Billets
de l'Etat dans le délay fixé par la Déclaration
du 13. Mars 1717.
ARREST du 13. Septembre qui proroge jufqu'au
dernier Octobre prochain pour cette année
feulement , les délais prefcrits par la Déclaration
du 9. Août dernier , tant pour la confection
& recollement des Tableaux des Collecteurs
, que pour l'affemblée des Habitans
qui doivent proceder à leur nomination , &c.
ARD'OCTOBRE
1723. 837
ARREST du 14. Septembre , concernant le
Contrôle des Contrats & Actes qui ont été &
feront paffez par le Clergé general & les Dioefes
, pour raifon des Emprunts faits en confequence
des Lettres Patentes du 9. Août 1723 .
ARREST du 20. Septembre qui ordonne que
f'ouverture des Bureaux pour le payement du
du Preft & Annuel, tant dans la Generalité de
Paris , que dans les autres Generalitez du
Roaume , fe fera au premier Novembre 1723
& continuera jufqu'au dernier Decembre de
la même année ; & que les Officiers qui ont
obmis d'entrer en payement defdits Droits pour
Pannée 1723. y feront reçus pour l'année 1724.
en payant le prêt & Annuel obmis & le cou
rant. &c.
ARREST du 20. Septembre qui ordonne
que les Pourvûs & Proprietaires d'Offices &
Droits fupprimez avant & depuis le premier
Janvier 1722. pourront faire proceder à la Liquidation
defdits Offices & Droits jufqu'au
premier Janvier prochain exclufivement , & en
recevoir le remboursement jufqu'au 15. dudit
mois de Janvier inclufivement ; Et faute par
eux de faire proceder aufdites Liquidations , &
recevoir lefdits remboursements pendant ledit
temps , Veut Sa Majetté qu'ils en demeurent
déchûs. & c.
ARREST de la Cour des Aydes du 23. Septembre,
portant qu'en attendant l'Enregiftrement
des Lettres Patentes fur les Arreits du
Confeil des 22. Mars dernier & premier du
prefent mois de Septembre , Pierre le Sueur fera
mis en poffeffion du Privilege de la vente
1 v exclu
8.38 LE MERCURE
exclufive du Tabac pour la Compagnie dess
Indes.
ARREST du 26. Septembre portant , qu'il
fera établi un Bureau general à Paris , dans lequel
ceux qui auront deffein d'acquerir quelqu'un
des Offices créez par l'Edit du mois
d'Août 1722. pourront porter leurs Certificats
de Liquidation jufqu'au temps fixé par l'Arreft
du 28. Juillet dernier..
DECLARATION du Roy donnée à Vers
failles le 27. Septembre , pour le payement du
Droit de confirmation , à caufe de l'avenement
da Roy à la Couronne , par laquelle il eft dit
ce qui fuit.Nous avons dit, déclaré, ordonné &
octroyé , & par ces prefentes fignées de notre
main, difons, déclarons, ordonons & octroyons,
Voulons , & Nous plaît , que tous les Officiers .
de Judicature , Police & Finance , & autres de :
quelque nature qu'ils foient , toutes les Communautez
de nos Villes , Fauxbourgs , Bourgs
& Bourgades , des Communautez & les particuliers
qui jouiffent des Droits de Communes,.
de Chauffage , de Paccage , de Foires & Marchez
& autres Droits & Privileges , les Communautez
des Marchans où il y a Jurande &-
Maîtrife , les Communautez des Arts & Mê--
tiers ; enſemble les Privilegiez , les Hôteliers
& Cabaretiers de notre Royaume , Pays , Terres
& Seigneuries de notre obéiffance , demeurent
confirmez , & joüiffent à l'avenir des mê 、
mes fonctions , privileges , immunitez , libertez
, affranchiffemens , droits , foires , marchez
dons, octrois , exemptions , franchiſes, & permillions
generalement quelconques , fans aucuns
referver ni excepter , dont ils ont cy - devant
bien & dûën ent joui & joüiffent encore
་
D'OCTOBRE 1723 . 839
prefent ; en la joüiffance defquels Nous les
avons generalement maintenus & confirmez ,
& de nouveau , autant que befoin eft ou feroit,
maintenons & confirmons par cefdites preſen-
-tes ; A la charge par eux de payer la Finance
qu'ils Nous doivent , fuivant les Rolles qui en
feront arrêtez en notre Confeil . N'entendons
comprendre en la prefente Declaration des Prefidens
& Confeillers des Cours Superieurs de
notre Royaume , les Maîtres , Correcteurs &
Auditeurs de nos Chambres des Comptes , nos
Procureurs & Avocats dans lefdites Cours ;
Enfemble leurs Subftituts , les Greffiers en
Chef, & les premiers Huiffiers defdites Cours ;
fans que les Compagnies qui prétendent devoir
jouir des mêmes Droits que lefdites Cours Superieures
, puiffent être comprifes dans ladite :
exception qui n'aura lieu que pour les Parlemens
; Grand- Confeil, Chambre des Comptes,
Cours des Aydes , & Cours des Monnoyes.
ARREST du même jour qui ordonne l'Etabliffement
d'une Caifle de credit pour les
Marchands Forains des Vins & boiffons qui
arrivent à Paris ..
ARREST du même jour qui ordonne l'exe--
cution des Arrefts des 28. Juillet dernier & 2.
du prefent mois de Septembre ; en confequence
que tant les Notaires & autres Dépofitaires,
foit par autorité de Juftice ou autrement , que
les debiteurs de Billets à ordre & Lettres de
Change échûs en l'année 1720. feront tenus fous
les peines portées par lefdits Arreſts , de faire
dans le premier Novembre prochain l'emploi en
Rentes fur les Tailles , des Certificats de Liqui
dation qu'ils ont entre leurs mains, de quelques
[¸I· vj.
fommes
$ 40
LE
MERCURE
fommes foient , même au- deffous de mille livres,
provenant tant des dépôts à eux cy- devant faits,
que des Billets de Banque & Certificats de
Comptes en Banque deftinez pour acquiter lef
dites Lettres de Change & Billets à ordre.
ARREST du 27. Septembre qui ordonne que
les Privilegiez , Officiers ou autres qui jouiffent
de Franc- Salé ou redevances en Sel , feront
tenus de le recevoir avant le premierOctobre de
de chacune année , paffé lequel tems ils en fe
ront déchus.
ARREST du même jour qui déclare n'avor
entendu comprendre dans l'Exemption des
Droits accordée fur les Bleds & autres Grains
par l'Arreft du 28. Octobre 1719. ceux qui peuvent
appartenir aux Particuliers , pour lesquels
il en fera ufé comme avant ledit Arreft du 28.
Octobre 1 19.
ARREST du même jour par lequel Sa Majefté
a évoqué à foi & à fonConfeilles differens
mûs & à mouvoir , au fujet des négociations
des Actions de la Compagnie des Indes , & de
tout ce qui y a & aura rapport, les a renvoyez
& renvoye pardevant les Sieurs de Machault ,
Confeiller d'Etat , Laugeois d'Imbercourt ,
de Meaupecu d'Ablege , Angran , de Vaſtan
Regnaut , le Gras du Luart , Bignon , d'Argenfon
, Fontanicu , Dodart , d'Ombreval ,
Meliand, & de Bouville, Maîtres des Requêtes,
que Sa Majefté a commis & commet pour être
par eux jugez fommairement & en dernier ref
fort , au nombre de fept au moins , leur en attribuant
à cet effet toute Cour , Jurifdiction ,
& co nnoiffance , & icelle interdifant à fes
Cours
D'OCTOBRE 1723. 841
Cours & autres Juges ; Fait deffenfes aux Par
ties de fe pourvoir ailleurs , à peine de nullité,
caffation de procedures , dommages & interefts
, & de trois mille livres d'amende.
ARREST du 29. Septembre par lequel Sa
Majelté ordonne qu'il fera inceffamment établi
un Bureau de dépoft par la Compagnie des Indes
en fon Hôtel à Paris , dans lequel dépoft
il fera ouvert un livre où feront infcrites les
Actions & Dixièmes d'Actions appartenang
aux particuliers , qui pour leur feureté defireront
les remettre en dépoft à laditeCompagnie,
fur lequel livre fera ouvert un compte à cha
que particulier pour porter à fon credit lefdites
Actions , Dixiémes d'Actions qu'il aura
dépofé avec les Dividendes en provenans , &
à fon débit les Actions , Dixièmes d'Actions
avec les Dividendes qu'il retirera , qu defirera ou
ceder & tranfporter à d'autres particuliers ,
foit par vente , negociation , ou autrement ;
aufquels particuliers nouveaux acquereurs
d'Actions & Dixiémes d'Actions , fera pareillement
ouvert un compte en débit & credit :
declarant Sa Majefté que lefdites Actions ,
Dixiémes & Dividendes ne feront fufceptibles
d'aucune faifie pour quelque caufe ou
prétexte que ce foit. Veut Sa Majefté que lefdits
dépofts foient faits , & les livres tenus
fans aucun frais , conformément à ce qui
s'eft précedemment pratiqué à cet égard.
ARREST du même jour. Qui proroge juf
qu'au premier Novembre prochain exclufivement
, le terme fixé par l'Arreft du 26. Juillet
dernier pour la converfion des Billets d'emprunt
de la Compagnie des Indes , foit en
quit842
LE MERCURE
quittances de Finance portant intereſt au denier
so. ou pour acquifition de rentes viageres
fur les Tailles , créées par Edit du mois de
Juillet 1723
ARREST du 30. Septembre , concernant
les comptes des Commis & Employez au Bail
d'Armand Pillavoine..
ARREST du 1. Octobre , quiproroge juf
qu'à la fin de la prefente année le terme fixé
par l'Arreft du 15. Septembre 1722. pour retirer
par les particuliers qui ont payé le rachat des
Boues & Lanternes , les quittances de finances
dudit rachat , en remettant au fieur le Fevre
les recepiffez qu'ils ont des Receveurs particuliers
dudit rachat..
DECLARATION du Roy , du 4. Octobre,
enregistrée au Parlement le 15. dudit mois ,
concernant les faillites & banqueroutes , par
laquelle Sa Majelté ordonne que tous les procès
& differens civils mûs & à mouvoir pour
raifon des faillites & banqueroutes qui font
ouvertes depuis le premier Janvier 1721. ou
qui s'ouvriront dans la fuite , foient jufqu'au
premier Juillet de l'année prochaine 1724. portez
pardevant les Juges & Confuls de la Ville,
où celui qui aura fait faillite fera demeurant
, & c.
,
ARREST du 4. Octobre , qui ordonne que
les gages & appointemens des Officiers , Commis
& Employez au fervice de la Compagnie
des Indes ne feront fujets à aucune faifie ni
oppofition ; défend au Caiffier de ladite Compagnie
d'en recevoir aucunes , même d'avoir
égard
D'OCTOBRE 1723. 843
égard à celles qui peuvent avoir été faites cya
devant, ou qui pourroient l'être à l'avenir , &c.
ARREST du même jour , qui ordonne qu'à
commencer du premier Octobre de la prefente
année , & jufques à pareil jour de l'année
prochaine 1724. il ne fera perçû, de droits
d'entrée fur le Charbon de terre d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande , que huit fols par baril du
poids de deux cens cinquante livres poids de:
marc, tant dans l'étendue des cinq groffes Fermes
que dans les Bureaux des Provinces reputées
Etrangeres. Enjoint Sa Majefté aux
fieurs Intendans & Commiffaires départis dans
les Provinces & Generalitez du Royaume , de
tenir la main à l'execution du prefent Arreft..
ARREST du 6. Octobre , par lequel Sa Majefté
a excepté & excepte de l'execution de la
Declaration du 27. Septembre dernier les
Offices créez & rétablis par ledt Edit du mois
d'Aout 1722. Fait défenſe Sa Majefte à Nicolas
Poirié , chargé du Recouvrement dudit
droit de confirmation , de les employer dans
aucuns Rôles , ni faire contre eux aucunes
pourfuites pour raifon du payement dudit
droit.
ARREST du 6. Octobre , qui excepte les
Offices Municipaux & autres créez & rétablis
par l'Edit du mois d'Aouft 1722. de l'execution
de la Declaration du 27. Septembre
1723. pour le recouvrement du droit de Confirmation
à caufe de l'avenement du Roy à la
Gouronne .
ADDI
844
LE MERCURE
ADDITION au Journal de Paris , &
aux Nouvelles Etrangeres .
E 18..de ce mois le Regiment des Gardes
LFrançoifes érane fous les armes , dans la
Cour des Thuilleries , le Duc de Grammont
fit recevoir au grand cercle des Officiers &
Sergens , M. Dépontys en la Charge de Lieutenant-
Colonel du Regiment , vacante par la
mort du Comte de Saillants , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur &
Commandant dans les trois Evêchez , & c.
M. Dépontys eft Maréchal de Camp & Chevalier
de S. Louis ; il étoit le plus ancien Capitaine
aux Gardes. M. de Myfon , Chevalier
de Malthe , Ayde- Major , avec rang de Mettre
de Camp , & le plus ancien Lieutenant , a eu
la Compagnie de M. de Saillants. M. de Grille ,
Lieutenant & Chevalier de S. Louis , a eu
l'Ayde Majorité.
M. Goulard le plus ancien Sous - Lieutenant
, & Chevalier de S. Louis , eft monté à
Ja Lieutenance. M. Delons , Sous - Ayde Major
, & Chevalier de S. Louis , qui eft le plus
ancien Sous- Lieutenant , a eu Commiffion de
Lieutenant. M. de Saint Martin , Chevalier de
S. Louis , eft paffé à la Sous Lieutenance des
Grenadiers, qu'avoit M. Goulard. M. de Joux
le plus ancien Enſeigne a eu la Sous - Lieutenance
de M. de S. Martin. M. le Féron l'Enfeigne
des Grenadiers qu'avoit M. de Joux, & M.
de Villefort eft monté à l'Enfeigne à Pique , &
fon Drapeau a été donné à M. de Lanoy ,
Gentilhomme de M. le Duc de Chartres , Capitai
D'OCTOBRE 1723. 845
pitaine dans fon Regiment , & Chevalier de
S. Lazare.
Après la reception de M. Dépontys , le
Duc de Grammont s'étant retiré , le Duc de
Louvigny, fon fils , Colonel en furvivance
du Regiment des Gardes , vit défiler toutes
les Compagnies , il fut falué par tous les Officiers
, fuivant le droit de fa Charge , à qui
cet honneur eſt dû par tout il voit le Regi
ment , hors dans le logis du Roy, ou celui de
M. le Dauphin , ſuivant l'article 283. du reglement
general des Gardes Françoifes , fait par
le feu Roy , à Verſailles le 8. Decembre 1691 .
A la nomination aux Benefices le Roy a
accordé une penfion de quinze cens livres à
M. d'Arbouville , Sous - Ayde Major du Regiment
des Gardes , & Chevalier de S. Louis
M. le Duc de Chartres le reçût ces jours paffez
Chevalier de Saint Lazare avec plufieurs autres
, qui ont été pareillement gratifiez de
penfions .
Le Prince Charles , Grand Ecuyer de France
fut vifiter toutes les Académies du Roy ,
le 24. de ce mois , il les trouva toutes en
bon état , particulierement celle dont M. de
Vandeuil eft le chef, où il refta près de deux
heures , à en confiderer le bon ordre , & à
faire faire le manege à plufieurs chevaux , il
parut par l'air gracieux de ce Prince qui connoit
parfaitement l'art de monter à cheval ,
qu'il étoit très- fatisfait , fur-tout quand il
vit M. de Vandeüil faire manier fon cheval,
On écrit de Prague que dans la derniere
chaffe que l'Empereur fit à Brandeis , on y tua
-135. Sangliers , du poids de 200, juſqu'à 365. I.
Le
1
846 LE MERCURE
N mande de Petersbourg du 23 Septem
ONbre , que lorfque l'Ambaffadeur de Perfe
eut fon audience de congé du Czar , ce Prinde
le chargea d'affurer le Sophi , fon maître
de l'amitié inviolable de S. M. Czarienne &
de la réfolution où elle étoit d'obferver religieufement
tout ce qui eft ftipulé par le traité
conclu entre les deux Monarques . L'Ambaffa
deur prit enfuite des mains du Chancelier de
Ruffie , la lettre que le Czar écrit au Roy de
Perfe , la pofa fur fa tête , & fit le difcours
fuivant.
TRES GRACIEUX EMPEREUR .
Vous qui par la mifericorde de Dieu & la
protection des Anges , ſurpaſſez en gloire Darius
Alexandre le Grand , en Grace Nuchiruvanum
Pheridunum , & en valeur Kiavanum
, vous êtes la veritable bien heureuse
Etoile Meriek , ( Jupiter ) que le Tout- Puiffant
a élevé à la parfaite. Monarchie Souve→
raine.
,
Dieu foit love beni , de ce que par sa
grace mon Seigneur & maître , veritable
croyant , m'a honoré du caractere d'Ambaſſadeur
Plenipotentiaire auprès de V. M. & de ce
que j'ai eu le bonheur de renouveller de
eimenter l'ancienne amitié entre deux grands
Monarques.
Je fuis perfuadé que nos ennemis qui juſqu'à
prefent ont causé beaucoup d'ombrage , feront
confternez de ce renouvellement d'amitié ,
que d'un autre côté nos fujets qui ont étéjufques
ici dans une grande oppreffion , feront des
réjouifD'OCTOBRE
1723. $ 47
réjouiffances publiques , & s'entrefeliciterons
te la conclufion de cette amitié perpetuelle.
Le Tout- Puiffant prolonge les jours de V. M
affermiffe fa droite , afin que les amis des
deux Monarques puiffent triompher de leurs .
ennemis , les réduire au dernier état d'abbaissement.
Après que l'Ambaffadeur eut prononcé ce
difcours, le Chancelier lui dit que S. M. Czarienne
avoit ordonné de lui fournir tous les
vivres neceffaires ; il fut enfuite admis à baifer
la main de S. M. ce qu'il fit en s'agenoüillant
, après quoi il fe retira en marchant en
arriere , comme il avoit fait dans fa premiere
audience , il fut reconduit à l'Hôtel des Am➡
baffadeurs dans la barque de l'Empereur , fuivie
de 14 autres barques où étoient les gens
de fa fuite , & l'on fit une falve de 31. pieces
de canon.
Le 27. le. Czar accompagné du Duc de
Holftein , des deux Princes de Heffe- Hombourg
, des Miniftres , Generaux & Amiraux
de S. M. & des Miniftres Etrangers , fe rendit
chez l'Ambaffadeur de Perfe . qui avoit invité-
S M. de lui faire l'honneur de manger ce jourlà
chez lui ; on lui avoit accordé la permiffion
de faire tranfporter quinze pieces de canon
devant fon Hôtel , dont on fit des falves
à chaque fanté qui fut bûë. Le 29. S. M. Czarienne
partit pour Petershoff & Cronflot ,
où l'Ambaffadeur de Perfe s'eft auffi rendu
afin de voir la flote & les Maifons de Plaifance
du Czar. Le Baron Renne doit fe rendre
en Perfe avec cet Ambaffadeur , en qualité de
Réſident de S. M. auprès du Sophi.
Dernie
848 LE MERCURÉ-
Dernieres Nouvelles de Conftantinople ,
du mois de Septembre 1723 .
LEs Miniftres de la Porte ont été dans de
très-grandes & très vives occupations pendant
tout le mois paffé, & ils ont tenu diverfes
conferences entr'eux où les principaux Officiers
de la Justice & de la Milice de l'Empire ont
été appellez ; on prétend même que le Grand
Seigneur caché derriere une jaloufie , a voulu
écouter tout ce qui fe diroit dans ces Conferences
: la matiere en étoit importante , puiſqu'il
s'agiffoit non- feulement de donner une
réponſe à M. Nepluyeff , Refident de Mofcovie;
mais auffi de décider s'il convenoit à cet Empire
d'entrer à main armée en Perfe , & le motif
qu'on prendroit pour colorer une femblable
réfolution . Quant à la réponſe à donner au
Miniftre de Mofcovie , cela a été fait le Jeudy
19. Août dernier dans une Conference tenuë
chez Adgi Muftapha Effendi , cy -devant Tefterdar
ou Grand Treforier de l'Empire, en prefence
du Reis Effendi ou Grand Chancelier.
On ignore le contenu de cette réponſe , & on
fçait feulement que ces Miniftres dîneremt enfemble,
& que deux jours après le Réfident de
Mofcovie dépêcha un Courrier pour Moscou .
Peu de jours après on fçût que le Grand Seigneur
avoit réfòlu de faire entrer trois armées
en Perfe , fçavoir , l'une commandée par Affan,
Pacha de Babilone , qui doit penetrer jufques -
à Hifpaam , la feconde , commandée par Abdula
Kuprogli,Pacha de Cars, auquel on a donné
à cet effet le titre de Seraskier, celle- cy doit
aller
D'OCTOBRE 1723. 849
aller droit à Tauris , & la troifiéme , commandée
par Ibrahim Pacha d'Erzerum , qui a auffi
le titre de Seraskier , & doit s'emparer de la
Province d'Herivan.
Les Turcs prennent pour prétexte d'un fi
grand mouvement , que le Royaume de Perfe
n'ayant plus de Roi legitime , les Provinces
qui leur ont autrefois appartenu , & qu'ils
avoient cedées à la Perſe, doivent leur revenir ;
ils regardent Miri Mamouth , c'eft ainfi qu'on
appelle icy Miriweits, comme un ufurpateur, &
Chah Tamas, fils du Sophi , qui après avoir
pris le titre de Roy s'eft retiré à Tauris , comme
un Prince qui n'eſt pas monté legitimement fur
le Trône.
Pour ce qui eft de la Georgie depuis que les
Turcs font entrez à Tiphlift , qui en eft la Capitale,
ils y ont établi un Pacha à trois queues *
appellé Arifi Mehémet Pacha ; ils ont obligé
le fils de Wasltan, Prince de Georgie , qu'ils
avoient entre leurs mains , à fe faire circoncire
& à embraffer la Religion Mahometane , lui
ont conferé le titre de Prince de Georgie &
celui de Pacha à deux queuës , afin qu'il fut
fubordonné à Arifi Mehemet Pacha ; on ne
fçavoit pas pofitivement de quel côté s'eft
retiré Maktan Kam .
* Les Pachas à trois queuës ont la même autorité
que le Grand Vifir dans les endroits où ils
commandent.
Dame Marguerite de Cocandé , veuve de
M. René Demarin , Comte de Moncan , Confeiller
au Parlement de Bretagne , eft morte à
Vannes le 15. Octobre , âgée de 100. ans.
APPRO58.50
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois d'Octobre , &
Jay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris , le 4. Novembre 1713.
HÁRDION.
Ρ'
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES FUGITIVES , Orefte & Pilade ,
Cantate , page
Lettre Critique fur la Tragedie d'Inès de Caftro.
639
644
676
Bouts-rimez fur les occupations des hommes. 675
Plaidoyers des Rethoriciens du College des Jefuites
Parodie fur un air des Fêtes Grecques , &c . 693
Lettres fur les Chartes qui ne font pas dattées.
Sonnet fur les Bouts - rimez propofez.
694
695
Lettre fur les imprimez qui ont paru au fujet de
la Tragedie d'Inès .
Bouts-rimez.
696
706
Prix propofez par l'Académie des Sciences. 707
Sonnet.
Vers addreffez aux Auteurs du Mercure .
711
718
Hommage rendu à l'Empereur par les Etats du
Royaume de Bohéme.
Relation du Sacre & Couronnement de l'Empereur.
716
719
Defcription de la Salle & du Feftin Royal . 732
Couronnement & Sacre de l'Imperatrice , Reine
de Bohéme. 735
Deſcription du Feftin , & des Arcs de Triomphe
en fucre , & c.
Medailles frapées à l'occafion de cette ceremonie.
742
743
Explications de la troifiéme Enigme du dernier
Mercure.
745
Nouvelles Enigmes.
746
Chanfon .
NOUVELLES LITTERAIRES , &c.
Nouvelles découvertes en Medecine.
Le Spectateur Suiffe.
748
ibid.
749
750
Ouvrages Pofthumes des PP. Mabillon & Thierry.
753
Memoires Hiftoriques & Critiques . 754
Oeuvres diverfes de Pierre Bayle. 758
-Carte du Systême Solaire. 760
Tragedie de Romulus.
761
Diverfes nouvelles Litteraires des Pays Etrangers
763
Traité des Vernis.
769
Portrait de l'Empereur , &c. 770
SPECTACLES , & c.
Opera reprefentez à Munick.
773
775
777
gers .
Journal de Paris .
Nouvelles des Cours Etrangeres , & c.
Baptêmes , Morts & Mariages des Pays Etran-
Nailfances , Morts & Mariages.
798
800
805
Mariage & mort'du Prince de Turenne,. 806
Charges & Emplois dounez .
810
Benefices donnez. 812
Penfions.
Addition aux Nouvelles Etrangeres,
816
819
Supplement , explications des Enigmes , & c. 822
Edits du Roy , Arrefts du Confeil , &c. 824
Addition au Journal de Paris , & aux Nouvelles
Etrangeres. 844
Promotion au Regiment des Gardes Françoiſes.
ibid.
Difcours de l'Ambaffadeur de Perfe au Czar ,
& autres nouvelles . 846
Dernieres nouvelles de Conftantinople. 848
P
Erraia de Septembre.
Age 429. dans la note du bas de la page ,
divifam Nazerinorum Tetrarchia , lifez
divifam à Nazerinorum Tetrarchia , &c.
Page 437. ligne du bas la , lifez ſa.
Page 491. ligne 11. ce , lifex &.
Page 04. derniere ligne , la Chapelle , lifez
Chapelle.
Page 18. ligne 11. certain , lifez incertain.
Page 554. ligne 10. puantes , lifez peccantes.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 655. ligne 19. veillant , lifez veulent. PAge
L'air noté doit regarder la page 748.
MERCURE
D'OCTOBRE 1723 .
GENE
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais,
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'O
MID CC. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
L'A
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
639
LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
ORESTE ET PYLADE
Ꭰ
Cantate à deux voix.
Orefte.
feux inhumains , qui vous arrête ?
Vous fçavez trop quel fang Orefte a
répandu ,
Tiendrez vous long-temps fur ma tête ,
Le trait vangeur vainement fupendu ,
Dieux inhumains , qui vous arrête ?
A ij
640
LE
MERCURE
O Ciel , quel effroyable orage !
Dans les flots écumans , quels abîmes ouverts !
La foudre brille , gronde , éclate dans les airs ,
Quel defordre ! quels cris ! quelle horreur ! que
ravage !
Où vont ces vaiſſeaux malheureux !
Ah ! qu'ils n'approchent pas de ce cruel rivage
Le fort qui les attend eft cent fois plus affreux ,
Que le plus funefte nauffrage.
Le Ciel devient ſerain , la mer calme ſa rage
Quel eft cet Etranger qui paroît à mes yeux ?
Infortuné mortel , va , fuis loin de ces lieux,
Ah! Pylade , eft- ce vous ?
Pylade.
Quoy ! retrouver Orefte
Quel bonheur !
Orefte.
Sort fatal !
Pylade.
Jour heureux !
Orefte.
Jour funeſte !
Pylades
D'OCTOBRE 1723. 647
Pylade.
Qu'entens-je ! quel accueil lorfque je vous revois !
Orefte.
Ah ! faut-il que ce foit pour la derniere fois !
Pylade.
Qu'une longue abfence eft cruelle !
Mais quel plaifir charmant ,
De revoir un amy fidelle ,
Ne fuft-ce qu'un moment !
Loin de nos funeftes allarmes ,
Oublions nos malheurs ,
Et d'un retour fi plein de charmes ,
Goûtons mieux les douceurs ,
Qu'une longue , & c.
Orefte.
Ignorez-vous quel fort en ces lieux vous attend
Pylade.
Quel qu'il foit il n'importe :
Je vous ai vû , je perirai content ;
Sur tout autre intereſt mon amitié l'emporte.
A iij Orefte.
542 LE MERCURE
Orefte.
Ah ! de grace fuyez un affuré trépasi
Du fang des étrangers dont les flottes errantes ,
Abordent ces affreux climats ,
Ces rives font toûjours fumantes.
Pouvez -vous m'arracher aux fureurs de Thoas ,
Echapé prefque feul aux fureurs de Neptune.
Pylade.
Je puis mourir & mourir avec vous ;
C'eft la feule douceur que dans mon infortune ,
Me laiffe encor le fort jaloux ,
Dût mon fang à longs flots inonder cette rive ;
Dût-on me preparer
Si
mille tourmens affreux ;
vous mourez , vôtre ombre fugitive
Ne defcendra pas feul au féjour tenebreux .
Orefte.
Helas ! de mes forfaits vous n êtes point complice,,
Si vous m'aimez , fuyez & me laiffez perir.
Pylade.
Si vous m'aimez , vivez & me laiſſez mourir.
Ensemble.
Puis-je vivre
Puis -je fuir. }
& fouffrir que mon amy periffe .
Orefte
D'OCTOBRE 1723. 643
: Orefte.
Que vous caufez d'ennuis à mon coeur allarmé !
Pylade.
Ah ! j'atteſte le Ciel qu'au vaſte ſein de l'onde
Le flambeau qui nous luit à jamais abîmé
Laiffera l'univers dans une nuit profonde ,
Si je quitte un amy fi tendrement aimé.
Orefte.
Que le Tyran tonne , fremiffe;
Rien ne fçauroit nous ébranler :
Les Dieux décellent l'injuſtice ;
C'eſt à lui de trembler.
Pylade.
S'il peut , au gré de ſon envie ,
Terminer nos jours & les miens ;
Nos coeurs ont malgré ſa furie ,
Des droits indépendans des fiens.
Enfemble.
Que le fombre Tenare ,
D'une union ſi rare ,
Admire les effets :
Malgré le fort barbare ,
A iiij
La
B44
LE
MERCURE
La mort même qui nous fepare ,
Va nous réunir à jamais .
Nous avons donné une Differtation
Critique fur la Tragedie d'Athalie , dans
les Mercures des mois de Septembre &
d'Octobre 1722. nous en avons inferé une
autre fur la Comedie du Nouveau Monde
dans le Mercure du mois de Janvier
1723. Nous aurions continué, fi l'Auteur
de ces deux Differtations nous en eut
envoyé de nouvelles ;, nous commencions
même à defefperer qu'il nous tint parole ,
quand nous avons reçû la Lettre Criti
que qu'on va lire.
LETTRE d'un Auteur Anonyme
aux Auteurs du Mercure .
Vous êtes fans doute furpris , Meffieurs
, du filence que je garde depuis
cinq ou fix mois. Il eft temps que je le
rompe , & que je le juftifie. Je ne vous
ai promis des Differtations que fur les
Pieces qui auroient du fuccès , & vous
fçavez que celles , qui depuis mon engagement
avec vous , ont réiffi fur le Theatre
François , n'ont pas encore été imprimées
; Inès de Caftro vient enfin de
l'être , je vous tiens parole.
Differ
D'OCTOBRE 1723. 645
Differtation Critique für Inès de Caſtro ,
de M. de la Mothe.
Le fuccès de cette Tragedie a été tel
qu'on auroit de la peine à en trouver
d'auffi brillant. Les Corneilles & les Racines
n'ont peut- être jamais été fi favorifez
du public que M. de la Mothe l'a
été. Ce n'eft pas que je prétende par là
placer l'éleve au - deffus des Maîtres ; il
m'en defavoüeroit lui-même , je le crois
affez modefte pour fe contenter de marcher
à leur côté.
Je ne prétends pas non plus condamner
le favorable accueil que tout Paris a
fait à Inès de Caftro ; jamais Piece n'a
plus intereffé le coeur , les larmes qu'on
y a verfées en font des preuves incontef
tables , mais cela ne fuffit pas pour conftituer
une bonne Piece ; un fond vicieux
peut être caché fous des beautez éblouiffantes
dont il eft revêtu ; cette efpece
de fard ne laiffe pas même de faire honneur
à la main qui l'a fi adroitement appliqué
: les admirateurs , de leur côté, ne
veulent pas avouer qu'ils fe font trompez
, & par amour propre , ils ne retrac-
Tent point leurs fuffrages.
Par fond vicieux , j'entends la Fable,
& non le fujet.
Av 11
646 LE MERCURE
Il n'en eft guere de plus heureux &
de plus Theatral que celui d'inès de
Caftro . Il eft fi intereffant par lui même
qu'il n'a pas eu befoin d'appeller l'art à
fon. fecours. Ainfi on ne doit pas être
furpris que M. de la Mothe ait un peu
negligé la verfification dans un Ouvra--
ge dont les feules fituations lui affurosent
le fuccès ..
Il auroit été à fouhaiter qu'il fe fut un
peu plus attaché à fa fable. Il me permettra
de dire que la vrai- femblance y
eft quelquefois bleffée. Je vais tâcher de:
le prouver.
Plan de la Tragedie d'Inès de Caftro..
Alphonfe , Roy de Portugal avoit
époulé en fecondes nôces une Reine de
Caftille , mere de Ferdinand . Ce Ferdinand
avoit une four appellée Conftance,
qui avoit fuivi fa mere en Portugal ,
pour être mariée à Don Pedre , fils unique
d'Alphonfe , & préfomptif heritier
de fa Couronne. Ce double mariage avoit
dû être celebré dans le mêine temps ,-
pour former un double lien entre les
Caftillans & les Portugais ; mais Don
Pedre qui ne pouvoit y confentir , attendu
les engagemens qu'il avoit contractez
avec Inès , fujette du Roy , fon pere ,
obtint
D'OCTOBRE 1723. 647
pas il
obtint qu'il fut differé. La guerre qui
étoit alors entre les Portugais & les
Affriquains fervit de prétexte à ce délai.
Il vouloit , difoit- il , fe rendre plus digne
de l'Infante de Caftille , par la gloire
qu'il le flattoit d'acquerir dans cette expedition.
Cette noble ambition ne fut
le fort des armes ,
démentie par
triompha des Affriquains , il revint chargé
de glorieufes dépouilles. Mais fa victoire
coûta cher à fon amour. Plus de
prétextes pour éluder le traité juré fo-
Temnellement entre les deux Couronnes .
Il trouva à Liſbonne l'Ambaffadeur du
Roy de Caftille , chargé des ordres de
fon Maître pour l'accompliffement du
traité. Alphonfe qui n'avoit pas prévû
Pobftacle fecret que le coeur de fon fils
devoit apporter à fes deffeins , affure
l'Ambaffadeur de Caftille , dans fon audience
de congé , d'un Hymen qui doit
être celebré dans le même jour ; mais la
Reine ne prend pas le change. Les froideurs
de Don Pedre pour Conftance lui
ont donné des foupçons dont elle fait
part au Roy fon époux . Alphonfe les
rejette comme mal fondez. Il ne peut
croire que fon fils ait d'autre volonté que
la fienne. Il s'en faut bien que la Reinet
foit fi credule. Elle obferve fi bien Don
Pedre & Inès , qu'elle fortifie les foup-
A vj.. çons.
648
LE MERCURE
çons. Elle declare à Alphonfe en prefence
de Don Pedre & d'Inès , que c'est.
l'Amour que fon fils a pour cette fujette
qui l'empêche de confentir à l'Hymen
de Conftance . Inès. veut envain le nier
Don Pedre l'avoue hautement. Alphonfe
irrité contre fon fils & contre Inès , fait
arrêter cette derniere comme la plus coupable
, & la remet entre les mains de la
Reine. Don Pedre craignant tout pour
fa chere Inès , fe met à la tête d'une troupe
d'amis , force le Palais , penetre jufqu'à
l'appartement d'Inès pour l'enlever.
Inès ne veut pas le fuivre , elle l'accable
de reproches mêlez de tendreffe , & parlà
elle donne à Alphonfe le temps de
diffiper les mutins , & de faire arrêter
fon fils ; il le condamne à la mort. Jufques-
là le mariage fecret de Don Pedre
& d'Inès n'eft connu que des fpectateurs ;
mais la condamnation de Don Pedre fait
enfin reveler ce grand fecret. Inès de
mande une audience au Roy , elle l'obtient
par l'entremise de Conftance. C'eſt
·la feule action que l'Auteur ait donnée à
cette Princeffe dans toute fa Piece ; mais
en récompenſe il lui a donné tant de vertu
qu'elle nous intereffe , malgré fon
inaction . Inès declare à Alphonfe fon
mariage avec Don Pedre. Alphonfe n'en
cft que plus irrité contre elle. Mais il ne
peut
D'OCTOBRË 1723.
649
peut tenir contre l'innocent ftratagême
dont elle ufe , en lui faifant prefenter deax
enfans , fruits de fon mariage clandeftin.
Alphonfe attendri à la vûë de ces enfans.
pardonne au pere & à la mere , il envoye
chercher fon fils , il embraffe Inès ;-
mais elle ne joüit pas long- temps des bontez
de fon Roy , elle fent les violens
effets du poifon que la Reine lui a fait
donner à l'infçû , même des fpectateurs..
Don Pedre qui vient pour remercier fon
pere du pardon qu'il lui a fait annoncer,
trouve fon époufe expirante ; il veut fet
tuer , on l'en empêche , & Inès le prie
en mourant de récompenfer la vertu de
Conftance en lui confacrant des jours
qu'elle a fauvez. Voilà quelle eft la conf
titution de cette Piece qui a fait verfer
tant de larmes ; & voici quelles font:
mes réflexions..
>
ACTE I.
Ce premier Acte n'eft guere charge
d'expofition ; mais il n'en a pas plus d'ac
tion .
Dans la premiere Scene Alphonfe prêt
à donner audience à l'Ambaffadeur de
Caftille , eft un peu furpris de voir que
fon fils ne le fuit pas , quoique très- intereffé
dans l'affaire qu'on y doit traiter.
Je
650 LE MERCURE
Je dis , un peu furpris , parce qu'il l'excufe
par cette frivole raiſon qu'il en
donne.
C
Mon fils ne me fuit point. Il a craint , je le
vois ,
D'être ici le témoin du bruit de fes exploits.
Dans la feconde Scene l'Ambaffadeur
de Ferdinand reçoit fon audience de congé
, quoiqu'il parle comme fi c'étoit une
premiere audience. Je ne vois pas quelle
neceffité il y a de le congedier . Ne vau
droit- il pas mieux qu'il fut témoin oculaire
de la celebration du mariage. L'Auteur
a eu les raifons pour le faire partir..
Il auroit fallu le faire agir dans la Piece ,
& cela n'entroit pas dans fon plan.
9
La Reine beaucoup plus clairvoyante
que le Roy , fait entendre à Alphonfe
qu'elle craint un peu de réſiſtance de la
part de Don Pedre , qui eft , dit - elle
prefque farouche auprès de l'Infante. Ce
peu & ce prefque femblent menagez par
Auteur plutôt que par la Reine , quis
ne parle guere par diminutifs , & qui ne
foupçonne que trop le mépris que Don
Pedre a pour fa fille. Alphonfe traite ces
ombrages de bagatelle . Voici comme il
excu'e fon fils.
C'eſt un heros naiſſant de fa gloire frapé ,
Et
D'OCTOBRE 1723. бут
Et d'un premier triomphe encor tout occupé
Bien-tôt n'en doutez pas une jufte tendreſſe ,
De ce fuperbe coeur diffipera l'ivreffe.
Ces quatre vers me paroiffent diame
tralement oppofez à ceux de la Scene precedente
, où Alphonfe dit que fon filscraint
d'entendre vanter fes exploits.
Comment allier la modeftie portée jufqu'à
l'excès , avec l'orgueil qui va juſqu'à
livreffe. Cette contradiction eft d'autant
plus frapante qu'elle eft d'une Scene às
l'autre la Reine ne fe paye pas de fi
mauvaifes railons , elle va au fait . Voici
comme elle s'explique :
:
Eh qui n'eut pas pensé qu'aujourd'hui fa prefence,
Dût de l'Ambafladeur honorer l'audience ?
Mais il n'a pas voulu vous y voir rappeller ,,
Des traitez
que
fon coeur refuſe de fceler.
Alphonfe qui devroit être frappé d'u
ne remarque fi judicieuſe , n'y prête pas
la moindre attention . Il eft toûjours per
fuadé que fon fils ne fçauroit lui defobéir;
& après avoir débité de très - bellesmaximes
fur l'aveugle foumiffion qu'on
doit à l'authorité fuprême , il quitte las
Reine , en lui difant qu'il va parler à fon
fils en Souverain.
Dans cette quatrième Scene , la Reine"
femble
652 LE MERCURE
femble parler à Inès , en perfonne parfai
tement inftruite de l'amour que Don Pedre
a pour elle. En effet , fans employer la
moindre adreffe à découvrir les fentimens
fecrets , elle lui dit brufquement:
Je le voi , ce n'eft point la Princeffe qu'il aime.
Il vous parle de vous.
Inès a beau le nier . La Reine en paroît
toûjours perfuadée. Mais qu'elle le foit
ou non ; voici comme je raiſonne . Si elle
eft fûre de l'amour de Don Pedre pour
Inès , elle en a dû avertir le Roy , &
lui fauver le nouvel engagement qu'il
vient de contracter avec Ferdinand en
la perfonne de fon Ambaffadeur. Si elle
ne fait que s'en douter , elle ne doit pas
effrayer Inès par les fanglantes menaces.
qu'elle fait contre celle qui auroit le malheur
d'être la Rivale de fa fille : eft- cela
moyen d'éclaircir fes doutes ? n'eft - ce
pas plus plutôt dire à la tremblante Inès ' ,
fi tu es cette malheureufe victime dévouée
à toute ma colere , prends fi bien tes
mefures que je n'en fçache jamais rien .;
le
La Scene entre Don Pedre & Inès eft
très- intereffante ; ce qu'on a remarqué
de trop brufque dans la precedente , a
fervi à rendre celle- ci plus chaude . Plus
La Reine a marqué d'emportement , plus
le
D'OCTOBRE 1723 653
le danger d'Inès s'eft accru à nos yeux.
Voici comment elle parle :
Pour comble de malheur la Reine me foupçonne
Si vous voyez la rage où fon coeur s'abandonne
Et tout l'emportement de ce couroux affreux ,
Qu'elle voue à l'objet honoré de vos feux , &c.
Le danger d'Inès s'augmente encore
par le crime d'Etat. Les fpectateurs apprennent
qu'il y a une Loy en Portugal ,
qui condamne à la mort toute fujette qui
ofera fe marier fecretement avec l'heritier
préfomptif de la Couronne. Quoique
cette Loy ne foit que de la façon de
Auteur , on ne laiffe pas de fentir , &
de s'intereffer d'après l'hypothefe , bonne
ou mauvaife . Le Tribunal tumultueux
confulte plus le coeur que la raifon , &
laifle au Tribunal tranquille le foin de
penfer que ce qui doit faire le noeud d'une
Piece demande un fondement plus fo
lide .
Don Pedre effrayé du peril de fa chere
Inès , lui confeille la fuite , mais elle lui
fait voir fagement que cette fuite d'écouvriroit
un fecret qu'ils ont tant d'intereft
à dérober à la connoiffance d'Alphonfe.
Don Pedre trouve qu'elle raifonne jufte ,
& la confirme dans le deffein de tenir .
leur amour fecret par ces vers.
J'z
654
LE MERCURE
J'y confens , chere Inès , Alphonſe va m’entendre
,
Cachez bien l'intereſt que vous y pouvez prendre.
+
Foible réfolution ! il va tout reveler
dans le fecond Acte , & qui pis eft , ſans
neceffité.
ACTE II.
La premiere Scene de ce fecond Acte
eft entre Alphonfe & Conftance. Le caractere
de l'Infante eft très - aimable , elle
aime Don Pedre , mais d'un amour le
plus fage , & le plus raifonnable qui fut
jamais. Elle ne Içauroit fouffrir qu'on
faffe la moindre violence au coeur de ce
Prince ; & après avoir avoüé au Roy
qu'elle aime l'Infant , elle le prie de ne
pas preffer un Hymen , où l'amour n'auroit
point de part du côté de Don Pedre.
Mais plus elle prie Alphonfe de differer
l'accompliffement du traité , plus il
fe croit engagé à le hâter. Elle fe retire
voyant venir Don Pedre que le Roy
a mandé,
de
Cette feconde Scene eft infiniment plus
belle & plus vive que la premiere. Alphonfe
fait entendre à fon fils qu'il eft temps
celebrer un Hymen qui n'a été que trop
long - tems differé. Il ajoûte qu'il eft furpris
de lui voir fi peu d'impatience pour poffe.
der
D'OCTOBRE 1723 . 658
"
der Conftance , & qu'il faille l'avertir,
& lui ordonner d'être heureux. Don Pedre
lui répond qu'il croyoit s'être aſſez
expliqué en fe taifant , & qu'il s'étoit
flatté que fon pere voudroit bien entendre
fon filence , & ne lui rien ordonner.
Ces dernieres paroles excitent le couroux
d'Alphonfe ; cependant il fe fait violence
, & dit à fon fils que fa bonté veut bien
encore fe diffimuler fa témerité. Il ajoûte
qu'il ne lui fait pas un crime de dérober
fon ame au pouvoir de Conftance , & d'avoir
un coeur inacceffible aux traits de la
beauté. Mais , vous figurez- vous , pourfuit-
il
Que ces grands Hymenées ,
Qui des enfans des Rois reglent les deſtinées ,
Attendent le concert des vulgaires ardeurs ,
Et pour être achevez veillant l'aveu des coeurs ?
Non , Prince , loin du Trône un penſer ſi bizarre.
Ces vers là font affez beaux , mais ils
ne me paroiffent pas aflez exacts. Que
veut dire le concert que fignifie le bi-
Zarre, L'un eft louche , & l'autre déraifonnable.
En effet , a - t'on jamais penſé
que ce foit un penfer bizarre que d'exiger
l'aveu des coeurs dans l'Hymen ?
Quoy de plus naturel ! Don Pedre comprend
૪૬૪
LE MERCURE
prend bien le faux de cette maxime ,
la détruit par ces quatre beaux vers.
Le plus vil des mortels diſpoſe de ſa foy ,
Cé droit n'eft- il éteint que pour le fils d'un Roy ?
Et l'honneur d'être né fi près du Diadême ,
Me doit- il en efclave arracher à moi- même.
Tout ce que Don Pedre continuë de
dire à Alphonfe devroit defarmer fon
couroux ; mais il eft trop efclave de fa
foy , pour la laiffer balancer à la tendreffe
paternelle. Voulez- vous , lui dit-il.
Que bien -tôt Ferdinand outragé
Nous jurant déformais une guerre éternelle ,
Accoure fe vanger d'un voifin infidelle,
Il s'en faut bien que ces trois vers me
paroiffent auffi beaux que les precedens .
J'y vois un bien- tôt , & un déformais qui
ne me ſemblent pas faits pour fe trouver
fi voifins l'un de l'autre ; accoure fe vanger
n'eft pas trop françois .
C'eft ici où Don Pedre juftifie l'ivreffe
de la gloire , dont fon pere a parlé dans
le premier Acte. Il l'invite à embraffer un
prétexte à de vastes conquêtes , à foumettre
la Caftille , & enfin à faire fubir à
wous fes voisins l'afcendant de fes nobles
deftins
D'OCTOBRE 1723 . 657.
deftins. Ce qui donne lieu à Alphonfe de
dire ces beaux vers du Cid.
Vos fureurs ne font pas une regle pour moi ,
Vous parlez en foldat , je dois agir en Roy.
Je conviens que ce dernier vers eft
mieux placé ici que dans le Cid. Mais
M. de la Mothe devroit fe contenter de
cette gloire , fans s'attribuer celle de l'avoir
fait , comme il le dit dans fa Preface.
Voici les
propres termes. J'ai laiffe
dans ma Piece un vers de Corneille que la
force de mon fujet m'avoit faitfaire auffi ;
& quand on m'a fait appercevoir qu'il
étoit du Cid , je n'ai pas crû me devoir
donner la peine de l'affoiblir pour le déguifer.
La beauté de ce vers n'eft pas audeffus
de la portée de M. de la Mothe ;
mais nous ne faifons pas tout ce qui eſt.
à nôtre portée ; & d'ailleurs il s'agit ici
d'un vers fi connu , qu'il n'eft pas poffi
ble l'Auteur d'Inès ne l'ait pas enque
tendu cent fois. N'auroit- il pas mieux
fait d'avouer qu'il l'a trouvé fi convenable
à la force de fon fujet , qu'il n'a pas
balancé un moment à l'adopter ou du
moins ne devoir-il pas fe douter un peu
que fa memoire qui eft des plus heureufes,
ne l'eut mieux fervi , qu'il n'auroit voulu .
Au refte rien n'eft fi beau que toutes les
maxi658
LE MERCURE
maximes d'Alphonfe fur les devoirs des
Rois envers les fujets . On ne les peut
rendre plus noblement. Je remarque feulement
un petit défaut dans ce dernier
vers.
Nous nous montrons leurs Rois moins
affaffins.
que leurs
L'affirmation du premier hemiftiche
nous prepare à quelque chofe qui caracterife
le Roy , & non l'affaffin . Il faudroit
que l'adverbe moins precedât le
nom de Roy , par exemple :
Nous nous montrons bien moins leurs·
Rois que leurs Tyrans .
Ce feroient là des minuties pour toute
autre ouvrage que celui d'un Académicien
; mais ce nom eft d'un dangereux
exemple pour des imitateurs trop refpectueux.
Voici deux vers qui ont toûjours
fait rire , peut-être faute d'avoir été bien
entendus.
Seigneur , ce que je fuis
Ne mepermet auffi qu'un mot , je ne le puis.
On voit affez que l'Auteur a voulu
faire entendre que Don Pedre étant déja
marié avec Inès ne pouvoit époufer Conftance.
Mais Alphonfe qui ignore cet
Hymen fecret , ne peut donner à cet équivoque
qu'un fens très - injurieux , fur- tout
après
I
D'OCTOBRE 1723. 659.
après avoir dit , en un mot je le veux.
Cette affectation de repeter en un mot ,
où l'équivalant n'eft pas excufable , d'au
tant plus qu'il eft precedé d'un ce que je
fuis , qui peut fignifier la condition d'heritier
préfomptif de la Couronne , comme
la qualité d'époux. Paffons à la troifiéme
Scene.
La Reine fondée fur de fimples conjectures
vient declarer que Don Pedre ne
refufe la main de Conftance , que parce
qu'il aime Inès . Alphonfe en eft frappé ;
mais cela n'iroit pas plus loin , fi Don Pedre
fçavoit auffi - bien fe taire qu'une
femme. Inès nie l'amour dont on veût
lai faire un crime , Don Pedre l'avouë
hautement par ces vers :
Ne défavoüez pas , Inès , que je vous aime ,
Seigneur , loin de rougir , j'en fais gloire moi
même.
Cette indifcretion me paroît d'autant
plus inexcufable qu'elle eft tout à fait
volontaire. Qu'on ne me dife pas que
Don Pedre y eft comme forcé par le mépris
que la Reine ſemble faire de ſa Maî
treffe par ces vers.
Le Prince féduit par fes foibles attraits ,
Et plus fans doute encor par beaucoup d'artifices.
Eft-ce là une railon affez forte pour
lui
660 LE MERCURE
lui faire rompre un filence gardé depuis
fi long- temps. Je dis plus , je ne puis
comprendre comment on a pû ignorer
pendant le cours de quelques années un
myftere , dont un Prince fi peu capable
de captiver fa langue étoit le premier
dépofitaire. Je conviens que cet aveu n'expole
pas Inès à la rigueur des loix , mais
il la livre à toute la fureur d'une mere
idolâtre de fa fille . Don Pedre ne l'ignore
pas , puifque voyant que le Roy , après
avoir ordonné qu'on arrête Inès , en confie
la garde à la Reine , il s'écrie avec
emportement :
O Ciel ! en quelles mains l'allez-vous hazarder ,
Vous expofez fes jours .
Cette réflexion lui vient un peu trop
tard. Inès eft arrêtée , il n'y va pas moins
que de fa vie ; mais , dira- t'on , ce n'eſt
qu'une imprudence qui a échapé à un
jeune Prince ; eft- ce là une faute à faire .
tant de bruit ? Je réponds que fi pareilles
fautes font permifes dans une Tragedie ,
l'art ne fera pas bien difficile , une imprudence
épargnera à l'Auteur la peine
d'imaginer des moyens pour découvrir
des fecrets importans. Un mot lâché le
tirera d'affaire , & il arrivera au dénouëment
fans obftacle. Finiffons cet Acte.
Le Roy impoſe filence à fon fils , & lui
ordonD'OCTOBRE
1723 . 661
erdonne de fortir. Don Pedre s'emporte
d'une maniere à jetter d'étranges foupçons
dans l'efprit d'Alphonfe. Voici les
propres termes .
Ah ! pour Inès tant de rigueur m'accable !
Je fors ,
à part ,
coupable.
mais je crains bien de revenir
Je conviens que l'aparte n'eft pas cenfé
être entendu. Mais ce qui le precede
doit allarmer le Roy , & fur-tout le , je
fors , prononcé , après fortez . Don Pedre
eft affez accoutumé à ces formules de
repetition qui ne font rien moins que refpectueules.
Comme l'Acte devroit finir
ici pour finir plus chaudement , je paffe
les deux Scenes qui fuivent celle- ci . Elles
ne font rien à la Piece.
ACTE III.
Alphonfe fait entendre à la Reine qu'il
a imaginé un moyen victorieux pour fortir
de l'embarras où Don Pedre vient de
le jetter , & pour penetrer dans le coeur
d'Inès : voici comme il parle.
Voyons Inès , fuivons ce que le Ciel m'inſpire ;
Dans le fond de fon coeur je me promets de lire .
Ceci nous prepare à un art de la part
B de i
662 LE MERCURE
1
de l'Auteur , & c'eft cet art que j'ay
trouvé à redire dans l'Acte precedent . La
Reine fort , chargée de faire venir Inès.
La Scene entre le Roy & Inès eft toutà-
fait Theatrale. Le Roy lui promet de
tout oublier , pourvû qu'elle veuille reparer
fa faute en époufant Rodrigue ,
Prince de fon fang. Inès n'y peut confentir
, & le fait entendre par ces vers
Et que me ferviroient les honneurs éclatans ,
D'un Hymen que jamais l'amour......
Alphonfe lui coupe la parole. L'impetuofité
de fa colere ne lui permet pas
d'en entendre davantage. Il lui reproche
l'ambition démesurée qui ne la fait pas
moins afpirer qu'au Trône de Portugal .
Il fait plus , il foupçonne l'Hymen clandeftin
, & le fait connoître par ces vers ,
en parlant de fon fils :
Que fçais- je même encor fi plus impatient
Au mépris de la loy , peut-être l'oubliant ,
Vôtre amour n'auroit pas reglé fa deſtinée ,
Et bravé le danger d'un fecond Hymenée.
Je ne fçais pourquoi M. de la Mothe
donne ce foupçon au Roy. Eft ce pour
augmenter le danger d'Inès ? Une fimple
' préfomption ne fait pas une conviction ;
les jours d'Inès n'en font pas plus expofez
,
D'OCTOBRE 1723 .
663
fez , au contraire le foupçon prematuré
la doir engager à prendre de nouvelles
mefures pour cacher fon crime . Je dis
plus le fpectateur qui dès le premier
Acte a été mis au fait de ce mariage , eft
fâché qu'Alphonfe fe mêle de le deviner
: il voudroit en fçavoir plus que l'Acteur
principal . D'ailleurs dans le cinquiéme
Acte Alphonfe fera moins étonné
d'apprendre ce qu'il aura déja foupçonné,
& pourroit dire froidement , je m'en étois
bien douté. Mais c'eft trop s'arrêter à
des peccadilles , à mesure que nous irons
en avant les inconveniens fe multiplieront
, & ils donneront lieu de faire des
remarques plus importantes. La Reine
vient toute éperdue . Elle annonce au Roy
que Don Pedre eft déja dans la place ,
fuivi d'un peuple rebelle. Le Roy s'écrie,
Malheur que je n'ay, pû prevoir , ni prevenir.
C'eft envain que par ce vers il prétend
s'excufer , ou plutôt difculper l'Auteur
; fon fils lui en a affez fait connoître
par fon adieu peu refpectueux , pour
l'obliger au moins à faire obferver ce
jeune emporté. Nous l'avons remarqué
dans l'Acte precedent. Alphonfe fort
pour aller reprimer les feditieux.
La Reine continue à dire des injures à
Inès . Elles ne lui coutent rien . Don Pe-
Bij dre
664
LE MERCURE
dre qui a forcé le Palais , & qu'elle voit
venir l'épée à la main , l'oblige à fortir
pour aller voir ce que devient le Roy.
Voici une Scene qui nous étale une
vertu la plus déraisonnable qui fut jamais .
Don Pedre vient prier Inès de fe fauver
avec lui. Il eft en droit de le lui commander
comme fon époux , mais elle eft fourde
à tout ce qu'il lui dit de plus touchant,
Il eft vrai que fes injuftes refus font pompeufement
exprimez . Non , dit elle ,
fon
Ne l'efperez pas ;
Prince , je crains le crime , & non pas le trépas.
Il eft beau qu'elle foit infenfible pour
propre danger ; mais l'humeur inflexible
d'Alphonfe la doit allarmer pour
fon mari . Rien ne me paroît plus raifonnable
que ce que ce Prince lui dit.
Laiffez- moi mettre au moins vos jours en ſeureté:
Je ne crains que pour vous un Monarque irrité .
Laiflez-moi remporter ce fruit de mon audace ,
Et je reviens alors lui demander ma gracę.
J'écoute -jufques- là l'inflexible couroux ,
Et ne puis rien fur moi tant que je crains pour
vous.
Voilà des raifons qui paroiffent dictées
par la fageffe. Mais Inès eft vertueufe
jufqu'à
D'OCTOBRE 1723. 665
jufqu'à la barbarie. Allez , lui répondelle
,
Allez defavouer de coupables tranfports ,
Pour prix de mon amour , donnez-moi vos remords
;
Mais fi vous m'en croyez moins qu'une aveu
gle rage ,
Je demeure en ces lieux , & j'y fuis vôtre ôtage.
Quel dommage que de fi beaux vers
folent fi mal employez ! La vertu d'Inès
n'eft elle pas plus aveugle que la rage
prétendue de Don Pedre ? Il ne veut que
la mettre en feureté , & il revient le jetter
aux pieds de fon pere. La fureur s'explique
t'elle de même ? Je fçais que l'Aureur
avoit befoin pour faire la Piece que
Don Pedre tombât entre les mains d'Alphonfe
; mais quoi de plus facile que de
le faire arrêter fur le point de fe fauver
avec Inès . La vertu de cette derriere en
auroit été moins ébloüiffante , mais plus
fage.
Le Roy vient , il ordonne à fon fils de
rendre fon épée , ou de lui en percer le
fein. Le fils refpectueux fremit de l'alternative
, il jette fon épée aux pieds de fon
pere ; mais voyant que fa foumiffion ne
l'attendrit pas , & qu'il menace également
les jours d'Inès & les fiens , il fe
B iij livre
666 LE MERCURE
livre tout entier à fes tranfports , jure de
tour perdre , fi l'on ofe attenter fur les
jours de fa chere Inès , & cependant tout
defefperé qu'il eft , il ne laiffe pas de
faire une exception pour Alphonfe , &
pour Conftance qui devroit lui valoir fa
grace. Le Roy le fait arrêter.
ACTE I V.
Voici l'Acte qui donne plus de matiere
aux réflexions critiques. Alphonfe
dans un Monologue fe convaint lui- même
de la tendreffe de fon fils par cette
apostrophe.
J'ay du moins reconnu que malgré ton yvreffe ,
Tu n'as point pour ton pere étoufé ta tendreſſe
J'ay vû qu'au defefpoir de me defobéir ,
Tu mourrois de douleur fans pouvoir me haïr."
Voilà le pere qui parle , mais le Roy
s'explique bien autrement. Ah ! dit il ,
Quittons le Diadême , ou vengeons- en les droits .
Le Roy a donc prononcé l'Arreft de
mort , mais cet Arreft n'eft pas irrevocable.
Il y a un temperament à prendre.
Si Don Pedre confent à époufer Conftance
, le crime d'Etat difparoî , & laiffe
agir le pere en liberté. Nous l'allons voir
dans
D'OCTOBRE 1723. 667
dans la Scene fuivante. Don Pedre mandé
par Alphonfe vient. Voici comment
lui parle ce Monarque , moitié Roy ,
moitié pere.
Un repentir fincere
Peut me rendre mon fils , & va vous rendre un
pere ,
C'eſt moi qui vous en prie , & dans mon tendre
effroy ,
Je cherche à vous flechir , moins pour
pour
moi :
Vous que
J'oubliai tout enfin ; dégagez ma promeffe :
Il faut aujourd'hui même époufer la Princeſſe ,
Et fi vous refufez ce noeud trop attendu ,
Je mourrai de douleur , mais vous êtes perdu.
Si Alphonfe fe contentoit d'un repentirfincere,
comme il nous le fait d'abord
entendre , l'accommodement feroit bientôt
fait. Le coeur de Don Pedre n'ayant
point de part au crime d'Etat , il n'auroit
pas même befoin de repentir ; mais
ce qu'Alphonfe lui demande n'eft pas en
fon pouvoir , quand il ne feroit qu'Amant
d'Inès , il fe deshonnoreroit aux
yeux de fon Pere , comme. il le lui dit
lui - même , s'il ne fe refolvoit à épouser
Inès que par la crainte de la mort. I
refufe d'obéïr , le Confeil eft mandé , &
B iiij
c'eft
+
戳
+
668 LE MERCURE
c'eft fur ce refus , & non plus fur le cri
me d'Etat , que l'on va le juger .
Voici une Scene déliberative qui me
paroît ce qu'il y a de plus dérailonna- .
ble dans la Piece. En effet , quels Juges.
Alphonie a-t'il choifis pour condamner ,
ou pour abfoudre fon fils ? Rodrigue &
Henrique. Le premier eft fon Rival . Le
fecond lui a obligation de la vie. Le premier
doit naturellement le condamner ,
le dernier doit l'abfoudre. Tout le contraire
arrive ; mais le choix du Roy en
eft-il moins condamnable ? Tout ce qui
le peut excufer , c'eft que fi l'un des
deux condamne fon fils , l'autre l'abfoudra
, & par là il ne fera ni condamné ,
ni abfous. C'eft donc partie à remettre.
Ce n'eft donc pas la peine d'affembler le
Confeil . Je dis plus , entre deux jugemens
oppofez , le plus doux doit l'em--
porter. Point du tout. Alphonfe ne ſe
détermine pas felon les loix ordinaires ;
il panche du côté de la feverité , & pour
palier l'irregularité de cette procedure ,
il commente , comme il lui plaît , le fi
lence & les pleurs des autres Juges . Voici
comment il s'explique.
Je croi trop vos confeils . Ce filence , ces pleurs ,
M'annoncent mon devoir en plaignant mes malheurs
:
Je condamne mon fils. 11
D'OCTOBRE 1723. 669
Il femble fe hâter de prononcer l'Arreft
de peur que ces derniers Juges
pleurans & taciturnes ne lui difent que
la fureur d'un frenetique qui veut le
Couper un bras , eft le feul malheur qu'ils
plaignent. D'ailleurs quand ils donneroient
à leurs larmes le fens qu'il devine
; ne leur a t'il pas fait connoître qu'il
veut abfolument que fon fils periffe par
les louanges exceffives qu'il a données au
jugement trop fevere d'Henrique , &
par le peu de cas qu'il a fait des fentimens
genereux de Rodrigue. J'ajoûte à
cela qu'un pere doit fe recufer lui - même
, quand il s'agit d'abfoudre ou de
condamner fon fils . Quoiqu'il en foit Don
Pedre eft condamné. Conftance n'a point
d'autre reffource pour fauver fon amant,
que de prier fa plus irreconciable ennemie
, c'eft la Reine , de demander fa grace.
Elle la preffe de fuivre le Roy qui
fort en gemiffant. Voici ce que la Reine
lui répond.
A
Je le fuis , de mes foins attendez le fuccès ,
Et fiez-vous à moi de vos vrais intereſts.
·
t
Je crois que Conftance ne fe fie pas
trop à
une promeffe fi équivoque &
qu'elle n'a donné cette commiffion à fa
cruelle mere , que pour prendre , s'il fe
Bv peut ,
670 LE MERCURE
peut, des mefures plus efficaces avec Inès ,
qu'elle envoye chercher fur le champ .
Ines lui dit qu'elle efpere fauver Don
Peare , fi elle peut obtenir un moment
d'audience du Roy. Conftance lui promet
de ne rien oublier pour cela. Nous
allons voir dans le dernier Acte ce que
cette entrevûë produira.
ACTE V.
Voici fans contredit l'Acte triomphant,
& qui a le plus contribué à ce fuccès
étonnant , dont le Theatre François nenous
fournit prefque point d'exemple
depuis fon établiffement. Je paffe les
deux premieres Scenes qui n'y font que
pour faire nombre , & je viens d'abord à
celle qui fe paffe entre Alphonfe & Inès.
Cette derniere juftifie Don Pedre de la
maniere du monde la plus pathetique.
Elle ne fe contente pas de preffer Alphon
fe comme pere , elle l'attaque comme
Juge par ces quatre vers .
C'eft à moi d'éclairer la juftice d'Alphonfe ,
Que fur la verité vôtre bouche prononce.
Ces crimes qu'aujourd'hui pourfuit vôtre couroux,
Le devoir les a faits , le Prince eft mon époux.
Alphonfe eft plus étonné de cet aveu ,
qu'il
D'OCTOBRE 1723. 671
qu'il n'en eft attendri . Inès a bien prévû
que cela ne fuffiroit pas pour defarmer
fon inflexible Juge , auffi a - t'elle preparé
un nouveau genre de pathetique ; c'eft de
faire venir deux enfans , chers gages de
fon Hymen avec Don Pedre. Les enfans
arrivent enfin conduits par une Gouvernante
, Inès leur ordonne de ſe jetter avec
elle aux pieds du Roy à qui elle dit :
Ils ignorent le fang dont le Ciel les fit naître ;
Par l'Arreft de leur mort faites - les reconnoître ;
Confommez vôtre ouvrage , & que les mêmes
coups ,
Rejoignent les enfans & la femme & l'époux.
Voilà de ces coups de Theatre , aufquels
on peut appliquer ces vers de Mithridate
:
Et pour être approuvez ,
De femblables projets veulent être achevez.
J'avouë de bonne-foi que je tremblai
pour l'Auteur , à l'approche de cette
Scene des Enfans , fur laquelle on m'avoit
déja prévenu ; je jugeai qu'elle feroit
rire & pleurer en même temps , & je
craignis que les ris ne l'emportaffent fur
les pleurs . Le Contraire eft arrivé , j'en
fais mon compliment à M. de la Mothe ;
mais je lui confeille d'ufer fobrement de
B vj pareil.
672
LE MERCURE
pas
pareilles hardieffes : toutes les témeritez
ne font fi heureufes. Alphonse ne peut
envifager ces innocentes victimes fans
attendriffement , que dis- je ? c'eſt peu
de s'attendrir , il devient par jure en leur
faveur. Je n'avance rien que je ne prouve
par les vers mêmes de la Piece . Voici
ce qu'Alphonfe a dit à Inès dans le troifiéme
Acte , au fujet de la loi qui condamne
à la mort toute fujette qui ofera
fe marier avec l'heritier préfomptif de la
Couronne.
Qui pour
C'elt vôtre même ayeul , dont je vante la foy ,
l'honneur du Trône en a dicté la loy ,
Et juſques fur fon fang, s'il fe trouvoit coupable,
Me força d'en jurer l'exemple inviolable.
Voilà donc une loi , dont le Legifla
teur ne peut fe difpenfer fans être parjure.
L'Auteur auroit pû facilement éviter
cet inconvenient , d'autant plus que cette
loi eft purement de fa façon ; il n'avoit
qu'à en faire une loi ordinaire , & qui
ne fût pas fortifiée d'un ferment qui la
dût rendre inviolable.
Alphonfe pardonne à fon fils , il reconnoît
Inès pour fa fille ; Don Pedre
vient remercier fon pere , mais malheureufement
il trouve Inès mourante. On
juge qu'elle a été empoisonnée , fans
qu'on
D'OCTOBRE , 1723. 673
d'en
qu'on puiffe fçavoir quand , ni comment ,
ni par qui. Alphonfe ne laiffe pas
foupçonner la Reine , fans en avoir d'aur
tre preuve que ce vers d'Inès ..
Voilà , Seigneur , ce qu'á craint vôtre fils.
#
Je paffe fous filence une objection que
bien des gens ont faite. C'eft que fi Inès
avoit découvert fon Hymen fecret , dès
le fecond ou troifiéme. Acte , la Piece
auroit eu deux Actes de moins : il refte à
examiner fielle l'a dû. On foutient qu'oüi ,
& voici furquoi on prend l'affirmative .
Don Pedre convaincu de crime de fellonie ,.
& arrêté en confequence , Inès n'a plus de
fecret à menager dès la fin du troifiéme
Acte . Il ne s'agit que de fon propre peril ,
qu'elle doit compter pour rien . On répond
que Don Pedre eft veritablement convain
cu & arrêté,mais qu'il n'eftpas encore condamné.
Mais qui répondra à Inès que la
Reine ne l'empêchera pas de parler à Alphonfe
? il y a quelque chofe à dire à tout
cela , c'eft un problême à réfoudre , fur
lequel je n'ofe hazarder mon jugement.
Au refte , je prie mes lecteurs d'être
perfuadez que la paffion n'a point de part
à mes réflexions. J'eftime infiniment
M. de la Mothe , mais j'aime encore plus
la verité : Je la cherche par tout , &
quand je me crois affez heureux pour l'a
voir
+
674 LE MERCURE
voir trouvée , je tâche de faire part de
mes découvertes , dans la feule vûe d'engager
les Auteurs à perfectionner un Art
qui fait tant d'honneur à la France , &
que les Corneilles & les Racines ont
porté auffi loin que les Sophocles & les
Euripides. M. de la Mothe marche fur
leurs traces avec beaucoup de gloire. Il
fait bien , mais la nature lui a donné dequoi
faire mieux . J'ai avancé au commencement
de ma lettre qu'il a un peu
negligé la verfification d'Inès. Ce feroit
ici le lieu de le prouver , ce qui n'eft pas
difficile ; mais je ne fuis déja que trop
long. Je finis en vous affeurant , Mel
fieurs , de la fincere eftime ayec laquelle
je fuis , &c.
Ce 8.
Septembre 17230
BOUTSD'OCTOBRE
1723. 675
BOUTS-RIMEZ fur les differentes
occupations des hommes.
P
Our devenir puiffant l'un forme une Cabale
L'autre aux appas d'Iris paye un tendre Tribut ,
Le fouffleur , d'un creufet voit fon or qui s'Exhale,
Le nocher fur Thetis va rifquer fon Salut.
L'un s'occupe à bâtir un ſuperbe
Dédale ;
Le trait que guide l'oeil , par l'autre atteint auBut,
Des tons harmonieux l'un regle l' Intervalle ,
L'autre , grimoire en main , invoque Belzebuth
L'un Saphifte fubtil avance unt
Paradoxe
L'autre lit dans les Cieux ce qui fait l'Equinoxe,
Le Marchand fur le Drap marque le
Le Soldat aguerri fous terre ouvre une
Le Magiftrat pâlit "fur Cujas , fur Guy
Numero
Sape
Pape
Mais pour qui fonge à Dieu tout n'eft qu'un pur
Zeno
PLAI
676
LE MERCURE
MMMMMMML
PLAID OYERS
DES RHETORICIENS , & c.
Le feizième jour du mois d'Aouft , le Reverend
Pere Porée fit plaider unë cauſe
très- intereffante par de jeunes Ecoliers
du College de Louis le Grand. On fçais
que tout ce qui part de fa main eſt achevé
; & nous esperons que le public nous
fgaura quelque gré de lui donner un
extrait de ce dernier ouvrage.
Lnaire , expole en peu de mots le fu-
E Juge dans un Difcours prélimi
jet qui doit fournir de matiere aux cinq i
Plaidoyers qui fuivent. -
BASILIDE , Citoyen de cette Ville ,
non content de remplir avec exactitude
tous les devoirs d'un fidele fujet , a conçû
un deffein digne de fa generofité , digne
de fa patrie , & digne encore , on ofe le
dire , des vertus de nôtre jeune Monärque.
C'eft peu pour lui de brûler d'un
zele ardent pour l'honneur de ſon Roy
il veur le faire paffer dans le coeur de fes
Concitoyens. Dans cette vûe il promet des
récompenfes confiderables à ceux qui
propoſe.
C
D'OCTOBRE 1723. 677
propoferont les moyens les plus propres
à étendre & à immortalifer la gloire
de fon Prince . Entrez dans les vûës de
Bafilide ( ajoûte- t'il , en adreffant la
parole aux Avocats ) vous qui vous flattez
d'avoir heureufement trouvé ce qu'il
cherche avec empreffement : expoleznous
ce que vôtre efprit vous fuggere de
plus convenable à fon deffein. Songez à
la gloire du Prince , c'eft vôtre premier
objet : fongez à l'honneur de cette Ville ,
il eft intereffé dans cette caufe : fongez
à vos propres interefts ; ils feront d'autant
plus en feureté que vous ferez pa- ·
roître un plus grand defintereffement.
L'Hiftorien le prefente le premier , &
s'attache dans fon Plaidoyer à faire voir
que la voye la plus fure pour faire paffer
aux fiecles à venir les vertus naiffantes .
que nous admirons dans Louis XV. eft de
les confier à l'Hiftoire. Ce qu'il eft facile
de démontrer , ajoûte- t'il , pour peu qu'on
fafle attention que l'Hiftoire procure la
gloire la plus veritable , & la plus durable.
Il entre dans fa premiere partie par des
réflexions très- ingenieufes fur le peu peu de
creance que meritent les éloges figurez:
de l'éloquence , les fictions obligeantes
de la Poëfie , & les louanges que prodigue
la flatterie des courtifans, Oppofant
enfuite
678 LE MERCURE
>
enfuite à des éloges ſi ſuſpects , la verité
des louanges que donne l'Hiftoire. L'Hiftorien
, dit-il , fidele aux regles de fon
Art , ne diffimule point les défauts ; il
rend compte des vices auffi bien que des
vertus , des égaremens , aufli bien que des
Juftes démarches , des chûtes auffi bien
que des progrès. En un mot, loin de prefenter
un Heros imaginaire qui n'ait rien
de l'homme , il fait fouvent appercevoir
l'homme dans le Heros. Mais le Heros
pour être vû tel qu'il eft , ne perd rien
de fa gloire fes fautes expofées avec fincerité
rendent fes vertus plus croyables ,
fes bonnes qualitez font , pour ainfi dire ,
accreditées par les mauvailes , & il paroît
d'autant plus vrai Heros qu'on le reconnoît
veritablement homme.
Ce qu'il dit à cette occafion des por
traits de Cefar & d'Augufte , tels que
nous les ont tracez les Hiftoriens , eft trèsjudicieux
vous n'avez pû leur refuſer
vôtre eftime : pourquoi C'eft que la
même plume qui vous traçoit leurs nobles
fentimens , vous avoit décrit leurs violences
& leurs foibleffes . Si vous n'aviez
lu dans leurs vies que des prodiges de valeur
& de bonté ; des vertus fi foutenues,
& fi peu reffemblantes aux vertus humaines
vous feroient devenues fufpectes. Des
hommes vertueux fans mêlange vous auroient
D'OCTOBRE 1723. 679
foient
des phantômes , vous les au- paru
riez peut- être admirez davantage , mais
vous les auriez moins eftimez.
la
La feconde partie auffi belle que
premiere , eft employée à relever les avantages
de l'Hiftoire fur l'Eloquence & la
Poëfie , non- feulement pour la folidité
mais encore pour la durée de la gloire
qu'elle procure.
Qu'eft- ce en effet , demande le Défenfeur
de l'Hiftoire , que la plupart des éloges
que l'on porte aux pieds du Trône
finon un encens leger , qui flatte pour un
moment les fens fins & délicats , & fe
diffipe prefqu'auffi tôt fans laiffer aucune
trace de fenfation ? On ne conferve pas
long- temps le fouvenir d'un Panegyrique,
où les mots arrar gez avec foin , & prononcez
avec art , forment une espece
d'harmonie qui frappe agreablement l'o
reille, & fe perd incontinent dans les airs.
Il arrive rarement que les loüanges diftri-.
buées par les Poëtes , perdent croyance
dans l'efprit des lecteurs ; mais pourquoi ?
c'eft qu'on les a toûjours regardées comme
des menfonges ingenieux que l'art in
vente , que l'adulation compofe , que
l'intereft prefente , que la vanité reçoit ,
& que la verité répreuve. Ces portraits
fatyriques font enrichis d'exemples citez
très-à-propos ; on les tranferiroit volontiers
680 LE MERCURE
tiers , fi on ne craignoit de fortir des bor
nes qu'on doit fe preſcrire dans un ſimple
extrait.
Delà paffant aux avantages de l'HiLtoire
, il la compare à ces monumens antiques,
qui, en perdant leur premier éclat,
ont acquis de la veneration . Elle feule
peut fe vanter à jufte titre de conferver
à fes Heros le dégré d'estime qu'elle a
içû leur acquerir dès fa naiffance. Les
années ne diminuent rien de fon credit ,
elles l'augmentent au contraire , & plus
elle vieillit , plus elle devient refpectable.
L'Hiftorien fait par une objection
qu'il le fait à lui- même fur la décadence
de la langue. Cette crainte , dit- il , eft- refervée
à nos Orateurs , & à nos Poëtes
qui
qui tirent leur principal merite des fleurs
du langage. L'Hiftoire tirant fon prix de
l'importance des faits , fubfiftera jufques
dans les ruines de la langue & de fes agrémens
.
Acceptez donc , Meffieurs , c'eft la
conclufion de tout le Difcours , ) acceptez
le moyen que l'Hiftoire vous preſente
, comme le plus capable d'éterniſer la
gloire de nôtre Roy , & nôtre zele pour
fes intereſts.
&
L'Orateur entre dans la carriere ,
dans un Exode très-bien tourné , fe plaint
qu'on fe ferve des armes que fournit l'Eloquence,
D'OCTOBRE 1723. 681
quence , contre l'Eloquence méme . Rien,
felon lui , ne contribuera davantage à la
gloire de nôtre Roy , que de marquer
un jour , qui tous les ans foit confacré
par l'éloge public de Louis XV. Ce
Panegyrique procurera au Prince , la
louange la plus délicate , & la plus
éclatante.
L'Orateur fuivant la methode de l'Hif
torien , cherche à s'élever aux dépens de
l'Hiftoire & de la Poëfie. L'une , à fon
gré , prefente des met fi peu folides
qu'ils reffemblent à des viandes creuſes ,
qui ne peuvent fatisfaire que des perfonnes
qui fe repaiffent de vent. L'autre offre
un aliment plus folide ; mais fi maigre
fi fec , & quelquefois fi crû , qu'il n'ek
bon que pour des eftomachs dévorans , &
capables de confumer la nourriture la
plus indigefte.
Il infifte davantage fur le paralelle de
l'Eloquence & de la Poëfie. Le Panegyrique
lui paroît un genre d'éloge , où les
loüanges font mieux affaiffonnées &
tournées d'une maniere plus propre à les
faire goûter , non -feulement de ceux à
qui elles s'adreffent , mais encore des perfonnes
qui les lifent ou lès écoutent. Témoins
Augufte & Jules Cefar. Celui - ci
fe laiffe défarmer par les charmes de l'Eloquence
; celui- là rejette avec indignation
".
682 LE MERCURE
tion des vers , où le Poëte le met au rang
des Dieux. Témoins Pline & Claudien
lequel de ces deux écrivains, demande - t'il ,
trouve aujourd'hui plus de lecteurs ? je
n'ofe vous dire , Meffieurs , que j'apprends
peut être à plufieurs d'entre vous qu'il y
a quatre éloges de Claudien , écrits en
vers; tandis que perfonne de vous n'ignore
qu'il y a un Panegyrique de Trajan ,
écrit en Profe.
Dans la feconde partie un peu plus étendue
que la premiere , l'Orateur tire l'éclat
du Panegyrique de plufieurs circonftances
qui lui font propres , & qui ne
conviennent , ni à l'Hiftoire , ni à la Poëfie
; fçavoir , de l'appareil de l'action :
de la diverfité , du choix , & du merite
des perfonnes affemblées de tous les Ordres
& de tous les Etats , & de la nature
du Difcours. Cette derniere raifon eft
mife dans un très- beau jour. Qui peut relever
davantage la gloire d'un Prince
qu'une Harangue publique où il eft reprefenté
tel qu'il eft , & auffi grand qu'il
eft ? où l'on ne fe contente pas de rapporter
d'une maniere fimple & feche fes
paroles & fes actions , comme fait l'Hiftorien
, mais où l'on a foin de les mettre
dans tout leur jour , & d'en découvrir
les motifs & le principe 2 où l'on n'expopas
feulement les traits de majefté ré-
Le
pandus
D'OCTOBRE 1723. 683
pandus dans fon exterieur ; ainfi que
pourroit faire un Sculpteur habile ; mais
où l'on développe les penfées les plus
fubtiles de fon efprit , & les mouvemens
les plus fecrets de fon coeur ? Quelle idée
ne conçoit- on pas alors des vertus du
Monarque ? Quels hommages ne rend-on
pas interieurement à fes qualitez Heroïques
? Quels applaudiffemens ne donnet'on
pas à fes louanges ? Quels fentimens
d'admiration , de refpect , d'amour , de
veneration , fe fuccedent tour à tour dans
l'ame de l'auditeur ? Combien s'eftimet'on
heureux d'obéïr à un maître fi digne
de commander , de vivre fous un Roy
qui dans l'âge le plus tendre veut être le
pere de fes peuples ? qu'il eſt doux alors
de joindre la voix aux acclamations qu'excite
un éloge fi vrai , fi jufte , fi legitime.
Ces raifons très-folides font encore
appuyées de l'ufage conftant de Rome
d'Athénes , & de cette celebre Académie
, qui pour éternifer la memoire de
fon illuftre Fondateur , lui a décerné un
éloge autant de fois renouvellé , qu'il entre
de nouveaux membres dans fon augufte
corps.
Plus éloignez , dit l'Orateur en finiffant
, plus éloignez que ces fameux Aca
démiciens du Soleil Levant qui éclaire la
France ,
684
LE
MERCURE
France,ne foyons pas moins attentifs à con
fiderer les progrès de cet aftre lumineux,
ni moins prompts à nous laiffer échauffer
de fes rayons. Pour moi , continuë - t'il ,
j'en fuis tellement enflâiné , qu'à l'exemple
de cette ftatuë , que le Soleil rendoit
éloquente , en la frappant de fes rayons ,
je crois que ma langue deviendra affez
differte pour celebrer l'aftre naiffant qui
s'avance à pas de Geant pour fournir fa
carriere.
Le Poëte fenfible à l'outrage qu'avoit
reçû la Poëfie dans les Portraits Satyriques
qu'en avoient fait l'Orateur & l'Hiftorien
, s'abandonne au feu de fon imagination.
Il foutient avec cet air d'affurance
qui lui eft propre , que les vers offrent
la gloire la plus fublime , & la plus
prompte à fe répandre , fon ftile feul eft
de nature à faire connoître que la loüange
offerte par la Poëfie eft la plus fublime.
Par tout on y voit des traces de ce feu
divin qui échauffe les Poëtes , qui les
tranfporte, qui les déifie en quelque maniere.
Les trois premiers Avocats occupez à
fe difputer la victoire , fembloient negliger
le Sculpteur . Il parla après eux , &
le fit avec tant de grace , qu'il mit dans
fes interefts la plus grande partie des auditeurs.
D'abord il s'excufe avec beaucoup
de
D'OCTOBRE 1723. 685
"
de modeftie de ce qu'il ofe entrer en concurrence
: Apollon le Dieu des Sciences
, dit-il fort plaifamment , devint autrefois
d'Orateur Maffon , pourquoi de
Sculpteur ne pourrois - je pas devenir
Orateur?
Après avoir pris cette précaution qu'il
jugeoit neceffaire , il entre en matiere , &
fait voir dans les deux parties de ſon Diſcours
, qu'une Statue érigée en l'honneur
du Prince , eft le monument le plus populaire
& le plus noble.
C'eſt le monument le plus populaire.
Il eft vrai , une Hiftoire , un Poëme , une
Harangue , font connoître le Prince aux
Sçavans. Mais le Roy n'eft il donc que
le Roy des Sçavans ? Un Monarque qui
fait le bonheur de tous les fujets , ne
doit-il pas être connu de tout fon peuple ?
La Statue feule parle à tous ceux qui
veulent l'entendre. C'eft un livre toùjours
ouvert où le fçavant & l'ignorant
peuvent lire le recit des actions immortelles
des Heros. Quand on voit , par
exemple , ces Statues antiques qui ont
fait l'ornement de l'ancienne Rome , &
font aujourd'hui l'admiration de la nouvelle
, n'aime. t'on pas à fe rappeller ce
qu'elles nous apprennent depuis tant de
fecles ? Ce vieillard , dit- on , fut le bouclier
de la patrie , qu'il mit à couvert de
C la
686 LE MERCURE
la fougueule impetuofité d'Annibal , il
rétablit les affaires de l'Erat en temporifant
; & trouva le moyen de vaincre fans
combattre. Celui- ci étoit un foudre de
guerre Rome fut la nuë dont il fortit,
& Carthage la montagne dont il abbatit
l'orgueil , fans toutefois la réduire en
cendres.
Celui- là , premier Empereur des Romains
, merita le laurier dont il eſt couronné.
Rien n'eut manqué à la gloire de
fes armes , fi la caufe en eût été plus
jufte , il fut regardé comme un Tyran ,
& les meurtriers comme des parricides.
Cet autre monta fur le Trône à travers
le carnage , s'y affermit par les profcriptions
, commença à être humain , quand
il n'eut plus rien à craindre , & gouver
na l'Empire avec tant de moderation
qu'il força l'univers d'avouer qu'un tel
Prince ne devoit jamais naître , ou qu'il
ne devoit jamais mourir.
Peut- on douter que la Statuë de Louis
XV. placée au milieu de nous , ne devienne
auffi éloquente , & ne rappelle à
nos efprits toutes les qualitez qui le rendent
aimable & refpectable ? Le voilà
dirons- nous , ce Roy que le. Ciel en nous
puniffant la de tant de Princes
par perte
a confervé pour faire le bonheur & les
délices de la France ! C'est lui qui doit
>
nous
D'OCTOBRE 1723 .
687
nous faire voir fur le Trône la grandeur
d'ame de fon Bifayeul , la bonté de fon
Ayeul , la fageffe & la pieté de fon Pere .
Il n'a regné de fi bonne- heure , que pour
nous rendre plus long-temps heureux ,
fon regne eft celui de la paix ; nous l'avons
vû commencer , puiffions- nous ne le
voir jamais finir.
Que fi ce langage ne paroît pas fuffifant
, dit le Sculpteur à la fin de fa premiere
partie , on peut fuppléer à ce qui
lui manque par une infcription.
La Statue eft encore le monument le
plus noble. Elle tire fa nobleffe de trois
fources. 1 ° De la nobleße des perfonnes
à qui on la confacre. Jamais un Sculpteur
ne fit une Statuë en pied , encore
moins une Statue equeftre pour un homme
nouveau qui n'a fouvent d'autre merite
que celui de foutenir avec hauteur
un rang acheté par des baffeffes. Un tel
honneur eft réservé aux Heros , & aux
demi-Dieux , le bronze & le marbre font
trop nobles pour fe prêter à des condi
tions vulgaires.
2º De l'authorité qui la décerne. Un
Auteur peut vendre fon encens . Mais un
Sculpteur n'eft pas maître d'ériger d.s
monumens à toutes fortes de perfonnes ,
il faut qu'il foit authorifé par le Magif-
Cij 3° Du
truc.
688 LE MERCURE
33° Du lieu où elle eft placée. Ce n'eft
point dans l'obfcurité d'une Bibliotheque
, mais dans la place publique ; afin
que le Prince foit au milieu de fon peuple
, comme un pere au milieu de fes
enfans. C'eſt à la face du Ciel , afin qu'on
reconnoiffe qu'un bon Prince eft un prefent
des Cieux .
Ordonnez donc , Meffieurs , dit- il en
finiflant , que la Statuë de Louis XV.
foit érigée dans le lieu le plus apparent
de vôtre Ville. Que ce jeune Monarque
foit repreſenté entre Bellone & la Paix ,
preferant l'olivier de l'une au laurier de
l'autre. Ou bien qu'il paroiffe couronné
par les mains de la Religion , & foulant
aux pieds les vices qui ont coutume de
triompher de la jeuneffe.
Le Plaidoyer en faveur des Medailles
paroît être fait après coup. Un jeune
Officier à qui fon zele pour la gloire du
Prince fait prendre unun perfonnage tout
nouveau , propofe la Medaille comme le
moyen le plus univerfel & le plus court.
C'est le moyen le plus univerfel en ce
qu'il réunit tous les avantages qui n'appartiennent
que feparement aux autres
moyens propofez.
L'Hiftorien fe flatte de ne donner que
des louanges veritables ; mais efclave de
la fureur ou de l'intereft, ne parle- t'il pas
fouvent
D'OCTOBRE 1723. 689
fouvent le langage de la paffion ? D'ailleurs
il entre dans une infinité de circonftances
, où le menfonge trouve l'art
de s'envelopper. La Medaille a ce double
avantage , qu'étant frappée par l'authorité
publique , & fe bornant à des
faits connus qu'elle exprime en peu de
mots , elle ne peut être foupçonnée d'alterer
ou d'embarraffer la verité.
Les louanges que donne l'Orateur ont
de l'éclat & de la magnificence ; mais
fouvent il rapporte des particularitez peu
confiderables. La Medaille neglige ces
minuties . Le métal plus fuperbe que le
papier ſe refuſe à des faits communs , &
à des vertus mediocres.
On n'érige gueres de Statues qu'à des
hommes excellens en quelque genre ; mais
on a peu d'égard au rang & à la naiſſance
. Des Poëtes , des Orateurs , des Athle
tes même , ont vu leurs images placées
avec celles des premiers Magiftrats , &
des plus fameux Capitaines. La Medaille
n'eft employée qu'en faveur des Princes
Le bronze , & fur - tout l'or , ne s'amollit
gueres que pour recevoir l'empreinte des
têtes couronnées & il femble que le
Roy des métaux dédaigne de tranfmettre
à la pofterité d'autres images que celles
des Rois..
La Statue expofée aux injures du temps,
Giij &
690 LE MERCURE
& encore plus aux outrages du peuple ,
eft un monument peu durable. La Medaille
gardée avec foin dans les cabinets
des curieux paffera dans les mains des
Sçavans. Son cours s'étendra dans tous
les âges , & dans tous les pays où regnent
le bon goût & l'érudition. C'est donc le
monument le plus vrai , le plus noble , le
plus éclarant , le plus durable , & le plus
étendu , & par confequent le moyen le
plus univerfel .
Ce qu'il y a de plus curieux dans la
feconde partie , ce font des idées de Medailles
propofées pour tranfmettre à la
pofterité les principaux évenemens du
regne de Louis XV.
Pour exprimer combien il a fallu que
la mort ait , abbattu de têtes précieuſes
pour rapprocher dans l'ordre de la fucceffion
Louis XIV. & Louis XV . fi éloignez
dans l'ordre de la naiffance , on
pourroit graver autour de l'image du
Prince : Ludovicus XV. Francia & Navarra
Rex proavi fucceffor proximus.
Louis XV. Roy de France & de Navarre,
fucceffeur inmediat de fon Bifayeul .
Au revers un tendre lys refté fur la tige
, au milieu de plufieurs autres lys abbatus
. Pour Legende : magnâ de ftirpe
fuperftes. Rejetton précieux d'une tige
féconde .
Pour
ㅏ
D'OCTOBRE 1723.
691
Pour exprimer la tranquillité , & le
calme de la minorité , qu'on grave dans
le champ de la Medaille le Roy mineur
affis fur le Trône , Philippe d'Orleans ,
Regent de France , qui lui mettroit une
Couronne d'Olive fur la tête. La Legende
porteroit ces mots : pax ubique . La
paix regne par tout. On liroit dans l'Exergue
: fæculum , ou bien , Felicitas Augufti
fenis fub Rege puero. Le fiecle , ou
bien le bonheur d'Augufte déja vieux
renouvellé fous un Roy enfant.
Les Avocats ayant plaidé avec tant
d'éloquence , il étoit difficile de prononcer
entre eux , & de mettre quelqu'inégalité
dans des caufes que la force des
preuves rendoient prefqu'également probables
. Le Juge reprend leurs raifons ,
en examine le fort & le foible ; après
quoi il met pour principe , que le moyen
qui feroit mieux connoître les vertus du
Prince , & les feroit connoître à plus de
perfonnes , feroit le moyen le plus propre
à étendre fa gloire.
>
Cette regle une fois établie , il donne
la preference à l'Hiftoire . C'est elle qui
fait mieux connoître les vertus du Prinpuifqu'elle
donne la connoiffance de
toute la vie. C'eft elle encore qui le fait
connoître à plus de perfonnes , puifqu'elle
paffe en toutes fortes de mains , de pays .
C iiij en
692
LE MERCURE
en pays , & de fiecle en fiecle . Il donne
la feconde place aux Medailles. Comme
elles font une efpece de monument hif
torique , on ne doit pas les feparer de
l'Hiftoire .
La Statue n'eft placée qu'après les Medailles.
Il eft vrai qu'elle peut faire connoître
à un plus grand nombre de perfonnes
, mais bien moins parfaitement.
Il reftoit à prononcer entre le Panegyrique
& le Poëme. Nous voudrions
dit le Juge , les traiter avec une égalité
parfaite ; mais dans la neceffité de décider
, nous prononçons en faveur du Poëme.
Comme il a par lui- même plus d'agrémens
que le difcours profaïque , il eft
plus propre à fe faire lire , & par confequent
plus capable d'étendre la réputa
tion du Roy.
Ce jugement eft affaifonné de complimens
très- gracieux pour les Avocats ,
qui propofoient differens moyens pour la
gloire du Prince.
Qu'il nous foit permis de dire ici nôtre
fentiment . Nous fommes un peu furpris
de voir l'Eloquence fi mal partagée ;
après avoir lû les Panegyriques que le R.
P. Porée a donnez au public , nous ne balancerions
pas à donner à l'Orateur la
preference fur tous fes rivaux..
1
PAROD'OCTOBRE
1723. 693
*******************
PARODIE , fur l'air des Baccantes
du Ballet des Fêtes Grecques
& Rcmaines.
E l'objet que j'aime ,
DE
La grace extrême ,
Redouble à chaque inftant mes feux ;
Si leur vive flâme
Touchoit fon ame ,
Que je ferois heureux.
Hâte-toi , fais que dans ce jour ,
Son indifference
Cede à tá puiffance ; ⋅
Hâte-toi , par fa preſence ,
Embellis ta Cour ,
Dieu d'Amour
De l'objet que j'aime , &c.
Non , dans les Cieux ,
Non , Hebé de ſa jeuneſſe ,
N'a point les charmes gracieux.
On voit la fineffe ,
Cv Guider
694
LE MERCURE
Guider fans ceffe ,;
Les coups de fes beaux yeux
De l'objet que j'aime , &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux
fur les Chartes qui ne font pas dattées.
L
A queftion propofée aux Sçavans
dans le Mercure du mois de Juin
dernier , pourquoi les Chartes de l'onzième:
& du douzième fiecles ne font point dattées
, me paroît trop generale ; car il fembleroit
que toutes les Chartes de ces deux
fiecles n'ont abfolument point de datte :
or je puis , Monfieur , vous affurer que
nous avons ici quantité de Chartes du
onziéme & du douzième fiecles qui font
dattées ; mais pourquoi en trouve- t'on
du même temps qui ne font pas dattées 2
c'eft qu'il n'y avoit pas une Charte qui
n'eut fon fceau , & fur le fceau la figure
de celui qui accordoit la Charte , & la
datte ufitée de ces temps- là , étoit celle
de toute la vie d'un homme , & fur toutd'un
Seigneur diftingué , les gens du com-.
mun ne faifant point faire des Chartes .
On marquoit par le fceau le temps de la
vie , comme on marque aujourd'hui par
la
4
D'OCTOBRE 1723. 695
la datte l'année du Pontificat , à Rome',
& du Regne en France , Pontificatus anno5°
de nôtre Regne le 8. &c. Or l'époque
de toute la vie d'un homme étant un
peu trop longue , & par confequent incertaine
, on a demandé dans la fuite une
datte plus précife , & de marquer chaque
année particuliere , comme on l'a fait
dans les Chartes poſterieures.
Ce 21. Septembre 1723.
iki kikkkkkkkkkkk
•
SONNET fur les Bouts - rimez propofez
dans le Mercure du mois dernier , envoyé
par l'Auteur à un de ses amis qui
lui confeille de fe marier.··
E yeux bien épouſer , cherché moi femme
JE
Qui de galanterie ignorant le
Sage ,
Micmac ,
Ne faffe point fesDieux du Quadrille & Trictrac,
Et n'ait point le caquet d'une Margot en Cages
Verrois-je de fang froid à la fleur de mon Age ,
Ma femme pour fon jeu puifer l'or en plein Sac,
Me réduire à jeûner le long de l' Almanach ,
Ou me faire prôner comme un Saint de Village .
J'aime
C vj
696 LE MERCURE
Jaimerois mieux à jeun fentir un mangeur d'Ail,
Que de voir dans un coin , ou fous fon Evantail,
Madame à fon galant parler bas à l' Oreille..
J'en veux une prudente autant que la Fourmy ,
Trouve-moi ce tréfor , je payerai
Autrement , à l'Hymen, ferviteur , mon
Bouteille ,
Amy..
LETTRE CRITIQUE écrite à un
Provincial au fujet de quelques imprimez
qui ont paru depuis peu , fur las
Tragedie d'Inès de Caftro .
De Paris , ce 30. Septembre 1723.-
MONSIEUR ,
La Tragedie d'Inès de Caftro a fait
naître ici depuis peu une petite guerre
dans la Republique des Lettres . On a
écrit en faveur de cette Piece ; on a écrit
contre ; mais comme M. de la Motte a
depuis long-temps le privilege bizarre de
ne rencontrer que les Critiques les plus
ameres , où les Adulateurs les plus outrez
fa Tragedie a été attaque & défendu¸
avec
D'OCTOBRE 1723. 697
repreavec
un excès également condamnable.
Vous fçavez, fans doute , avec quel empreffement
on a couru à Paris , aux reprefentations
d'Inès . J'ai tout lieu de
croire que cet empreffement vous aura
impofé : après tout , vous n'êtes pas le feul
qui penfiez que la réüffite dans les
fentations eft aujourd'hui la veritable
pierre de touche pour decider de la bonté
d'une Piece de Theatre . Une Piece eſt
applaudie fur la Scene : nous l'attendons
à l'impreffion , dit le Cauftiques abus ::
nous ne fommes plus dans le
temps , où
les Auteurs peu contens d'une approbation
paffagere , portoient leurs vûës plus
loin s'il leur arrive donc d'échouer dans
la lecture , après avoir plû dans la repre
fentation, pardonnons leur de bonne gra
ce encore trop heureux , fi nous nous
trouvons fouvent dans le cas d'avoir à
ufer de cette condefcendance . Je ne rougirai
donc point , Monfieur , de penfer
avec vous qu'Inès eft une bonne Piece .
puifqu'on prétend qu'elle a plû fur le
Theatre..
Cependant les meilleurs ouvrages ne
pouvant abfolument être à l'abri de toute
cenfure , comment Inès auroit- elle pû ſe
fouftraire à la Critique
Le premier écrit qui a paru contre
cette Tragedie eft une petite Brochure.
anonyme
698 LE MERCURE
anonyme, intitulée , Sentimens d'unSpectateurFrançois
fur la nouvelleTragedie d'Inès
de Caftro. Le ftile en eſt pur , la raillerie
affez bien tournée , mais malheureuſement
peu fondée. Au refte.tout le monde
s'eft foulevé avec grande raifon contre la
témerité avec laquelle le nouveau Spectateur
accufe le Parterre de n'avoir pas
le fens commun : on n'a pû digerer la
froide Epithete de Pauvre qu'il donne ſi
mal- à - propos à feu M. Campiftron ; non
plus que certain petir ton décifif , avec
lequel il ôte à M. de la Motte les talens
même les plus communs.
Plufieurs perfonnes ont répondu à cette
Brochure .
On a vû paroître des Réflexions faites
par M.... fur les fentimens d'un Spectateur
François à l'occafion d'Inès de Caftro..
C'eft proprement un avis au Public , par
- lequel on s'engage à écrire quelque jour
en faveur d'Inès . L'Auteur de ces Réflexions
anonymes après avoir fait l'Apologie
du vers de M. Campiftron , attaqué
par le nouveau Spectateur.
Il eft comme à la vie , un terme à la vertu.
-
Paffe à l'accuſation de Plagiariſme ,
intentée très durement par le nouveau
Spectateur contre M. de la Motte , à
l'occa--
T
'
D'OCTOBRE 1723 . 699
flon de ce beau vers , qui par hazard ſe
trouve dans le Cid.
Vous parlez en Soldat , je dois agir en Roy.
Il juftifie pleinement M. de la Motte ,
en difant que la haute eftime qu'il a pour
Corneille l'acquite en quelque maniere de ce
vol. Puis il conclut très - confequemment
que l'examenfuperficiel du Spectateur ne
peutfaire aucun tort à M. de la Motte.
La Critique du nouveau Spectateur à
encore été attaquée par un autre écrit
anonyme , intitulé , Réponse à M.... für
les fentimens du Spectateur François , aus
fujet d'Inès de Caftre. Le nouveau Spectateur
avoit compofé une Hiftoriette ,>
qu'il avoit jugé à propos de nommer la
conduite de la Tragedie d'Inès. L'Auteur
de la Réponſe ramaffe un certain.
nombre de beaux fentimens fur l'Amour
parfait & defintereffé , qu'il fe croit de
fon côté en droit d'appeller la conduite
de la Tragedie d'Inès : après quoi il con
clut
que
la Piece de M.... de la Motte
doit être regardée comme excellente dans
toutes fes parties.
Un troifiéme Adverfaire s'eft élevé
contre le nouveau Spectateur . C'eft l'Auteur
de l'ancien Spectateur François , qui
dans fa huitiéme feuille crie au meurtre
contre
700
LE MERCURE
contre la témerité avec laquelle un Anonyme
a intitulé fa Critique d'Inès un
Spectateur François . Il ne peut digerer
qu'on ait ofé voler à l'ancien Spectateur
un titre , que la clarté & la fimplicité de
fon ſtile ont rendu fi refpectable ; & menace
même en cas de rechûte dans un fi
grand crime , de prendre les mesures convenables
en pareil cas , pour empêcher une
confufion de titres dont le moindre inconvenient
feroit de le charger de l'iniquité
de tout homme dangereux & hardi
qui voudroit écrire fans être connu ,
par là livreroit fon caractere , & l'innocence
de fes moeurs à la difcretion de fon
audace.
ن ی م
La vivacité de l'ancien Spectateur me
paroît fondée. Il lui importe infiniment
que le Public , qui a inceffamment les
yeux ouverts fur la moindre de fes démarches
, n'aille pas le croire , partagé
d'un efprit affez infortuné pour ofer critiquer
un Ouvrage de M. de la Motte.
Auffi profitant de l'occafion , donne- t'il
dans cette même feuille à la Tragedie
d'Inès , les louanges les plus neuves , &
les plus délicates . C'eft dans cette piece ,
dit le Spectateur Privilegié , que chaque·
fituation principale eft toûjours tenuë prefente
à vos yeux , elle vous frapepar tout,
Lous des images paffageres qui la rappellent:
D'OCTOBRE 1723. 70%
"
و
༤
lentfans la repeter ; vous la revoyez dans
mille autres petites fituations momentanées
qui naïffent du Dialogue des Perſonnages
; certainement c'est ce qu'on peut regarder
comme le trait du plus grand maî
tre ; pour en faire autant , ilfaut avoir
une ame capable de fe penetrer jufqu'à un
certain point des fujets qu'elle envisage.
C'est cette profonde capacité de fentiment,
qui met un homme fur la voye de fes idées
fi convenables , fi fignificatives ; c'est elle
qui lui indique ces tours fi relatifs à nos
coeurs qui lui enfeigne ces mouvemens
faits aller les uns avec les autres
pour
pour entraîner avec eux l'image de tout
ce qui s'eft paffé , & pour prêter aux fituations
qu'on traite, ce caractere féduisant
qui fauve tout , qui juſtifie tout ,
& qui
même expofant des chofes qu'on ne croiroit
pas regulieres , les met dans un biais qui
nous affujettit toûjours A BON COMPTE
, parce qu'en effet le biais eft dans la
nature , quoiqu'il ceßât d'y être , ft on ne
fçavoit pas le tourner ; car en faitde mouvemens
la nature à le pour & le contre , il
ne s'agit que de bien ajuſter. Le beau Panegyrique
d'Inès ! Quel malheur qu'il ne
foit à la portée , que d'un très - petit
nombre d'initiez aux myfteres impenetrables
du ftile , & de la Metaphyfique modernes
Le
·
702 LE MERCURE
Le nouveau Spectateur n'eft pas le
feul qui ait écrit contre la Tragedie de
.M. de la Motte.
On a fait imprimer quelques feüilles
volantes , intitulées , Lettre d'un Gentilhomme
de Province à un de fes amis , an
fujet de la Tragedie d'Inès de Caftro. Le
but principal , ou pour mieux dire , unique
de certe Lettre anonyme , eft de prou .
ver que M. de la Morte a eu tort de don →
ner au Roy Alfonfe le furnom de Jufticier
.
Enfin on a vû paroître les Paradoxes
Litteraires , au fujet de la Tragedie d'Inès
de Caftro. Cet écrit anonyme pris
en gros eft eftimable. Le ftile en eft fimple
& coulant ; la raillerie vive , legére ,
& marquée au bon coin . Le titre de Pa
radoxes Litteraires me paroît affez mal
amené. Je ne fçai où l'Auteur a pris la
définition qu'il donne du Paradoxe :
comment prouveroit-il , que le faux comme
le vrai eft du reffort du Paradoxe , mais
plus fouvent le faux ? Pour moi je définirois
le Paradoxe , une propofition veritable
, mais contraire à l'opinion commune
, à laquelle on rend par de bonnes
preuves le vrai-femblable , dont à la fimple
expofition elle paroiffoit dénuée . Si
je difois , par exemple , que j'entens tous
les jours condamner les ouvrages des anciens
D'OCTOBRE 1723. 703
cela arrive
ciens par gens qui ne les ont jamais lû
j'avancerois un Paradoxe : pourquoi ?
parce qu'il eft également certain , & que
le Public ne fe periuadera pas aifément
qu'on puiffe condamner un Auteur , fans
avoir lû fon Ouvrage , & que
neanmoins tous les jours à nos prétendus
beaux efprits modernes . Mais fi je difois,
que la décifion de ces beaux efprits fait
grand tort aux anciens , j'avancerois une
abfurdité manifefte , & nullement un Paradoxe
; parce que ma propofition ne choqueroit
pas moins le bon fens , que l'opinion
commune .
Des quatre Paradoxes qui compofent
la Critique anonyme dont je viens de
parler en dernier lieu , le premier qui
entreprend de prouver que la Tragedie
d'Inès peche contre les moeurs , & contre
la vrai-femblance , m'a paru affez raiſonné.
Mais je n'ai abfolument pû paffer à
l'Auteur des Paradoxes le poignard terrible
de Dom Pedre , non plus que les ftoides
railleries , au fujet de la vertu prolifi
que de ce jeune Prince.
Le fecond Paradoxe doit faire voir ;
que la plupart des vers de la Tragedie
d'Inès font durs , plats , profaiques , pleins
de folecifmes & de barbarifmes . Les connoiffeurs
foutiennent , & qui pis , eſt prou
vent, que l'Auteur des Paradoxes n'a pas
beau704
LE MERCURE
beaucoup brillé fur cet Article. Il a , difent-
ils , confondu pêle- mêle des vers inconteftablement
bons , avec d'autres vers
incontestablement plats . Il femble qu'il
ait affecté d'oublier les vers les plus reprehenfioles.
Il a fouvent pris à gauche
contre toute raifon : par exemple, à l'occafion
de ce vers .
A le precipiter, qui peut donc vous contraindre ?
Il fe fâche de ce qu'un Académicien
dit precipiter un homme , pour dire le
preffer , le bâter. La Réponse eft bien
fimple : dans ces mots , à le precipiter , le
fe raporte au mot d'Hymenée , qui prece
de , & nullement au fils d'Alfonfe.
L'Anonyme a grande raifon de fe declarer
ouvertement dans fon troifiéine
Paradoxe contre le faux brillant du ftilet
précieux & obfcur de quelques modernes
. Mais je ne le vois pas fans repugnance
citer avec éloge les Lettres écrites à M.
Abbé H.... depuis qu'on m'a dit que
l'Auteur de ces Lettres eft le même que
T'Auteur des Paradoxes . Après tout , c'eft
l'entendre , que de fçavoir fe dédommager
de la prétenduë modeftie qu'il y a à
ne pas mettre fon nom à la tête de fes
ouvrages , par le plaifir de pouvoir ſe citer
foi - même impunément avec éloge
dans des écrits pofterieurs.
Le
+
D'OCTOBRE 1723. 705
Le quatriéme Paradoxe a univerfellement
plû , & pour le fonds , & pour la
maniere.
Voilà , Monfieur , tout ce qui a paru
ici depuis peu pour & contre la nouvelle
Tragedie de M. de la Motte. Les bornes
étroites dans lesquelles j'ai crû devoir
renfermer ma lettre , ne m'ont pas permis
de trop étendre mes réflexions . D'ail
leurs je vous envoye les pieces du procès.
Je fuis bien aife de vous laiffer la liberté
de juger par vous - même. Je fuis , Monfieur
, & c,
>
Je viens de recevoir dans le moment
une petite Brochure de 26. pages fans
nom d'Auteur. Elle fe vend chez la veuve
Mongé , à Paris , & a pour titre
Anti-Paradoxes , ou Refutation des Paradoxes
Litteraires , au fujet de la Tragedie
d'Inès. Je l'ai parcourue affez précipitamment
le peu que j'en ai lû m'a
donné envie de l'examiner avec quelque
foin ; je vous ferai part
inceffamment.de
mes réflexions.
BOUTS706
LE MERCURE
BOUTS - RIMEZ.
Ui veut fe marier doit choifir femme Sage,
QQui ne connoiffe point d'intriguant Mic-
Qui ne fçache jouer cartes ni
quemac
Triquetrac,
Et qui foit au logis , comme Oifeaux dans fa Cage.
Il faut pour réüffir la prendre en fon jeune Age.
Que fa dotte rempliffe un bel & bon grand Sac
Ami, fi tu m'en croi fuy bien cet Almanach ,
Il eft pour gens de Cour , & pour gens de Village.
Fais - lui d'un petit Maître un trifte épouvant Ail,
Qu'elle ait devant les yeux toûjours fon Evantail,
Empêche que quelqu'un ne lui parle à l' Oreille.
Qu'elle fçache imiter la prudente Fourmy ,
Qu'elle n'ait point enfin du goût pour la Bouteille
Souvent femme qui boit , fe fait plus d'un Amy
PRIX
•
D'OCTOBRE 1723. 707
PRIX propofez par l'Académie Royale
des Sciences , pour les années 1724.
6.1725.
M. Rouillé de Meffay , ancien
FConfeiller au Parlement de Paris .
ayant conçû le noble deffein de contribuer
aux progrès des Sciences , & à l'utilité
que le Public en doit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix , qui feront diftribuez
à ceux qui , au jugement de cette
Compagnie , auront le mieux réülfi , fur
deux differentes fortes de fujets qu'il
a indiquez dans fon Teftament , & dont
il a donné des exemples .
Les ſujets du premier Prix regardent
le Systême du Monde , & l'Aftronomie
Phyfique.
Će Prix devoit être de 2000. liv . aux
termes du Teftament , & fe diftribuer
tous les ans . Mais la diminution des rentes
a obligé de ne le donner que tous les
deux ans , afin de le rendre plus confide
rable , & il fera de 2500. liv .
Les fujets du fecond prix regardent
la Navigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans ,
& fera de 2000. liv .
L'Aca708
LE
MERCURE
L'Académie fe conformant aux vûës
& aux intentions de fon bienfaiteur
propoſe pour ſujet du premier Prix cette
question.
Quelles font les loix fuivant lesquelles
un corps parfaitement dur , mis en monvement
, en meut un autre de même nature
, foit en repos , foit en mouvement
qu'il rencontre , foit dans le vuide , foit
dans le plein ?
Et pour le fujet du fecond Prix cette
queftion.
Quelle feroit la maniere la plus parfaite
de conferver fur mer l'égalité du
mouvement des Clepfidres , ou Sabliers
foit par la conftruction de la Machine
`foit par fafufpenfion ?
>
›
Les Sçavans de toutes les nations font
invitez à travailler fur ces fujets , & même
les affociez Etrangers de l'Académie.
Elle s'eft fait la loi d'exclure les Acadé
miciens regnicoles , de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoferont font invitez à
écrire en François ou en Latin , mais
fans aucune obligation. Ils pourront écrire
en telle Langue qu'ils voudront , &
l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
On les prie que leurs écrits foient fort
lifibles , fur tout quand il y aura des çalculs
d'Algebre
Ils
1
D'OCTOBRE 1723. 709
1
Ils ne mettront point leur nom à leurs
Ouvrages , mais feulement une Sentence
ou Devife. Ils pourront , s'ils veulent ,
attacher à leur écrit un Billet feparé &
cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence leur nom , leurs qualitez
, & leur adreffe , & ce Billet ne fera
ouvert par l'Académie , qu'en cas que la
Piece ait remporté le Prix.
Si cependant un Auteur donne pat
raport au Prix propofé quelque modele
de Machine qui ait befoin d'être prefenté
ou expliqué par lui- même , il pourra
en ce cas- là feulement le faire connoître.
-
Ceux qui travailleront pour l'un òu
l'autre Prix , adrefferont leurs Ouvrages
à Paris au Secretaire perpetuel de l'Académie
, ou les lui feront remettre entre
les mains . Dans ce fecond cas le Secretaire
en donnera en même temps à celui
qui les lui aura remis , fon Recepiffé , où
fera marquée la Sentence de l'Ouvrage ,
& ſon numero felon l'ordre ou le temps
dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages pour le premier Prix
ne feront reçûs que jufqu'au preinier Fevrier
1724. exclufivement .
L'Académie à fon affemblée publique
d'après Pâques 1724. proclamerà la Picse
qui aura ce premier Prix.
D Les
710 LE MERCURE
Les Ouvrages pour le fecond Prix feront
reçûs juſqu'au premier Janvier 1725.
exclufivement & l'Académie à fon
Affemblée publique d'après Pâques 1725.
proclamera la Piece qui aura remporté
ce fecond Prix .
,
S'il y a un Recepiffé du Secretaire
pour une Piece qui aura remporté un
Prix , le Tréfor de l'Académie délivrera
la fomme du Prix à celui qui lui raportera
ce Recepiffé. Il n'y aura à cela nulle
autre formalité.
S'il n'y a pas de Recepiffé du Secretaire
, le Treforier ne délivrera le Prix
qu'à l'Auteur même qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration de
La part.
Comme l'Académie croit que les Sçavans
feront bien aifes d'être inftruits d'avance
des fujets qu'elle propofera dans la
fuite , elle annoncera dès le premier Janvier
1725. le fujet du Prix qu'elle diftribuera
à Pâques 1726. & ufera de la même
diligence pour les années fuivantes.
Mais les conjonctures des affaires n'ont
pas permis de le faire cette fois- cy.
•
SOND'OCTOBRE
1723. 711
SONNET en Bouts- rimez.
Oint ne veux rimailler , jà ne fuis pas trop
Sage ,
point
Pour m'embrouiller encor l'efprit d'un tel Micmac,
Mieux vaut être cent fois premier pris au Trictrac,
Que faire vers fur tout vers finiſſans en Cage.
>
Un rimeur eſt un fou , qui paffe fon bel
A tirer au hazard quelques vers de fon
Age ,
Sac ,
Que plus d'un Magifter au défaut d' Almanach ,
Prend pour montrer à lire aux enfans du Village.
Ce n'est tout , on le fuit , ainfi qu'un mangeur
Ail ,
La Belle à fes dépens rit fous fon Evantail ,
Dès qu'il paroît , chacun fremit pour fon Oreille.
Et l'antipode enfin de la fage
Fourmy ,
A peine a- t'il pour meuble , un lit , une Bouteille,
Un Galetas pour chambre , un Peintre pour Amy
Deux raifons nous ont engagé à mettre
Dij les
712 LE MERCURE
les vers qu'on va lire la premiere , c'eft
qu'il font fort jolis , & que nous ne voulons
pas en priver le Public ; la feconde ,
c'eſt que cette Piece n'eſt que contre nous ,
& que comme nous n'avons eu deffein de
défobliger perfonne en general , ni en
particulier , bien loin de nous nuire , elle
fervira à nôtre juſtification , & fera connoître
de plus en plus nôtre impartialité ;
même dans les chofes qui portent fur
nous , & que nous pourrions taire. Au
refte le fait dont il s'agit ici , ne meritoit
gueres les frais d'une fi belle verfification
. L'Auteur a crû , fans doute , devoir
faifir cette occafion pour fe fignaler ; il
eft entré dans la lice fans en être prié ,
& vengeur avanturier des prétendus torts,
il a voulu rompre une lance contre les
Auteurs du Mercure , qui ne lui en fçavent
pas plus mauvais gré .
Aux Auteurs du Mercure.
Courage
, Meffieurs du Mercure
Ferez fortune en peu
Point ne faites à l'aventure
de
temps,
Le choix de vos correspondans.
Des beaux efprits cherchez l'élite
Sur cela je ne vois qu'un cri ,
A Blois chacun vous felicite ,'
D'avoir
D'OCTOBRE 1713. 713
1
D'avoir choifi le fieur **
C'eſt vôtre balot , vôtre affaire ,
Vous devriez bien entre nous
En faire vôtre Secretaire ,
Ce choix feroit digne de vous.
Raillerie à part , aurez noiſe
Avec toute la gent Blefoife.
Quoi ! la Lettre d'un vife - au- trou ,
Et qui pis eft d'un maître fou ,
Vous ofez mettre fous la preffe ?
Puis ajoûter malignement ,
Dedans votre avertifferent ,
Qu'au Pays de la politeffe ,
A Blois où dans fa pureté ,
Se parle la langue Françoiſe ,
Ledit écrit fut enfanté?
O ! pour le coup c'eft chercher noife ,
Que vous ont donc fait les Blefois ?
Cette ironie eft moquerie ;
Vous êtes des gens difcourtois ,
Cela paffe la raillerie.
Du fameux chef des Triboulets ,
** deſcend en droite ligne ,
C'étoit le fou le plus infigne ,
D iij
Qui
774 LE MERCURE
Qui fut au temps
de Rabelais.
Sur lui fon rejetton l'emporte ,
Corde pour lui n'eft affez forte ,
Il eſt fi furieux , fi fou ,
Qu'on lui met une chaîne au cous
Voilà l'Auteur , voilà la mufe ,
A qui vous daignez faire excuſe ,
D'avoir fi long-temps attendu ,
A rendre fa Lettre publique ;
Attendre encor auriez bien dû
L'excufe eft par trop ironique.
Voulez honnir , voilà le point
Les Citadins de cette Ville?
La façon en eft incivile ,
Et vous n'y réuffirez point.
Son beau langage comme beaume ,
Fleure par delà le Royaume.
Anglois , Allemans , Suedois ,
Ceux de Bohéme , & de Hongrie ,
Quittent vôtre chere patrie ,
J'entens Paris en Badaudois ,
Pour venir ici rendre hommage ,
A la pureté du langage.
A ceux qui du fait doute auront ,
Nos
D'OCTOBRE 1723 .
715
Nos belles le certifieront.
Avoüez , Meffieurs du Mercure ,
Que lettre de cette nature ,
Auroit dû fe mettre au rebut.
Des Blefois , gare la colere ,
Il n'eſt enfant de bonne mere ,
Qui ne vous donne à Belzebut.
O ! vous dont je prends la défenſe ,
S'il avient que pareille offenſe ,
Soit faite à ceux de mon pays ,
Attendez- vous d'être honnis ,
Si ne nous rendez la pareille ;
Sur nous peuvent porter leurs coups ,
Comme les ont portez fur vous
Autant nous en pend à l'oreille ;
En tous pays il eft des fous ,
Et toûjours, Meffieurs du Mercure,
Auront avecque ces gens-là ,
Commerce de Litterature.
Mufe , c'en eft affez , holà ;
C'eft prendre , felon mon idée ,
La chofe trop au ſerieux ,
En tout l'excès eft vicieux ,
Je m'en tiens à cette bordée.
D iiij
Pareille
716 LE MERCURE
✓
Pareille en effuirez fouvent ,
Meffieurs du Mercure Galant ,
Ou bien vous changerez de note ;
A moins que ne foyez reçûs ,
Au Regiment de la Calotte ,
En ce cas ne répondrons plus.
De tout dire aurez la licence ,
Et de tout faire mêmement ,
Gens de ce fameux Regiment ,
Sont , dit-on , gens fans confequence.
Me fais fête de vous y voir ,
Y ferez les premiers en charge ;
Mais je vous deviendrois à charge ,
Adieu , Meffieurs , jufqu'au revoir.
HOMMAGE rendu à l'Empereur
par les Etats du Royaume de Bohéme .
E 4. Septembre après que la groffe
Cloche cut fonné , à Prague , depuis
fix heures du matin , jufqu'à fept , les
Etats fe rendirent à la Cour , & accompagnerent
l'Empereur , qui étoit precedé
du grand Maréchal du pays , tenant fon
bâton à la main , dans fa Chapelle , fuivi
des
D'OCTOBRE 1723. 717
'des Miniftres & des principaux Seigneurs.
S. M. I. y entendit la Meffe du Saint-
Efprit , laquelle fut celebrée par le Doyen
de la Metropolitaine ; après laquelle
l'Empereur fe rendit avec la même fuite
dans la Salle du Pays , & fe plaça fur le
Trône dreffé exprès pour cette ceremonie.
Le Majordome- Major du Pays , qui
étcit fur une eftrade en face du Trône ,
s'étant avancé & ayant fait une profonde
reverence , le tourna du côté des Etats ,
à qui il fit un très- beau Diſcours , au nom
de l'Empereur , en langue Bohémienne.
Le fuprême Burgrave lui répondit en la
même langue , au nom des Etats . Enfuite
le Grand Chancelier s'étant avancé au
côté gauche de l'Empereur , & ayant fait
une profonde reverence , mit un genoüil.
en terre , & reçût en peu de mots de la
bouche de S. M. Imperiale , l'ordre d'expliquer
fes intentions , fur quoi s'étant
relevé , & ayant fait quelques pas en
arriere , il fit en langue Bohémienne la
propofition dont il étoit chargé , conformément
à celle qui avoit été donnée au
fuprême Burgrave par la Dierte du
Royaume. La propofition fut auffi- tôt
couchée fur les Regiftres par le Secretaire
de quartier , en langue Bohémienne
& Allemande , les Etats ayant confenti
d'accorder à Sa Majefté Imperiale
D v 400.
718 LE
MERCURE
400. mille florins , outre le fubfide ordi
naire de 2. millions. Auffi tôt les deux
Secretaires de quartier firent à haute
voix , premierement en langue Bohémienne
, & enfuite en langue Allemande ,
la lecture de l'hommage , qui fut repeté
par les Etats de Bohéme en langue Bohémienne
, & par ceux de la Bohéme Allemande
, en langue Alleinande. Le Serment
fut prêté par les feculiers , en élevant
trois doigts , & par les Ecclefiafti
ques en les pofant fur la poitrine. Cela
étant fait, l'Empereur prononça une courtre
harangue , dans laquelle il remercia
gracieufement les Etats de leur promptitude
à obéir à fes ordres , & leur témoi
gna la fatisfaction qu'il avoit de leurs
bonnés intentions par rapport à fon cou →
ronnement. Le fuprême Burgrave répondit
encore à cette harangue , & remercia
très humblement S. M. Imperiale , en
lui témoignant la difpofition où étoient
les Etats de lui rendre l'hommage qui lui
étoit dû. Enfuite tous les ordres furent
admis à baifer la main de l'Empereur :
premierement l'Archevêque , fuivi de
tout l'Etat Ecclefiaftique , puis les Printes
& les principaux Officiers du Pays
& des Etats , enfuite les Conſeillers inti
mes , chacun felon fon rang , après eux
les autres Seigneurs , fans obferver aucun
rang,
D'OCTOBRE 1723 . 719
rang , enfuite l'ordre des Chevaliers ; &
enfin les Députez des Etats du Royaume.
Cela étant fait l'Empereur fe leva de ſon
Trône , & s'en retourna à la Cour avec
le même Cortege , & dans le même ordre
qu'il étoit venu.
*XXXXXXX MYKKKKK
RELATION de ce qui s'eft passé à
Prague , lorfque l'Empereur y a été
Sacré & Couronné Roy de Bohéme.
Ette ceremonie s'eft faite dans l'E
glife Metropolitaine de Saint Vitte,
avec les difpofitions fuivantes.
On avoit élevé cinq bancs differenscouverts
de drap rouge & blanc pour
y placer ceux qui étoient revêtus des premieres
Charges de la Couronne & la No.
bleffe. On voyoit au haut du Grand-
Autel une riche Image de la Sainte Vierge
, d'argent maffif , aux côtez de cette
Image étoient les Reliques des cinq
Freres Martyrs , Benoît , Mathieu
Jean , Ifaac , & Criftin , au milieu de
fix chandeliers d'argent. Il y avoit quan
tité d'autres Reliques ; fçavoir , les bras
de Saint George , de Saint Erneft , & de
Saint Procope ; l'Image de Saint Vinceflas
, d'argent doré , dans laquelle étoient
Dvj en720
LE MERCURE
enchâffez de précieux reftes du corps de
ce glorieux Patron du Royaume de Bohéme
, à quoi il faut ajoûter les Reliques
de Sainte Ludmile , Protectrice du même
Royaume ; on voyoit un peu au- deffous ,
au milieu de fix autres chandeliers d'argent
, quatre Buftes , dans lesquels font
gardez les têtes de Saint Barthelemy ,
Apôtre , de Saint Vitte , de Saint Vinceflas
, & de Saint Adelbert. Au milieu de
ces quatre têtes brilloit une Croix d'or
femée de perles , & enrichie de divers
joyaux d'un grand prix , qui renfermoient
une partie de ce qui a fervi à nôtre redemption
, comme le bois de la veritable
Croix , l'éponge dont le Sauveur fut
abbreuvé , la corde dont il fut lié , l'épine
dont il fut couronné. Au troifiéme
& dernier rang étoient d'autres Reliques
non moins rares , au milieu de huit
grands chandeliers d'argent.
Auprès de l'Autel , du côté de l'Evangile
étoit le Trône de Sa Majesté Imperiale ,
fur lequel on avoit pofé une riche Tocque
, fous un Baldachin à franges d'or.
A côté du Trône il y avoit deux fieges
pour les deux Prélats qui devoient affifter
au Couronnement de l'Empereur, en qua
lité de Roy de Bohéme. Auprès du Trône
étoient les places deftinées pour M.
Grimaldi , Nonce du Pape , & Archevêl
que
D'OCTOBRE 1723. 7ar
que d'Edeffe , & pour l'Ambaffadeur de
Venile. Leurs fieges étoient couverts
d'un velours cramoifi , bordé d'un galon
d'or. Après eux devoient être affis les
Chevaliers de la Toifon d'Or , les Confeillers
d'Etat , & le refte des Seigneurs
de la Cour. Tous les ornemens neceffaires
à cette folemnité , comme la Couronne
, le Globe , le Sceptre , l'Epée de
Saint Vinceflas avoient été preparez avec
le même foin..
Dès les cinq à fix heures du matin de
cet augufte jour , trois Compagnies de
Cuiraffiers vinrent occuper la grande place
du Château Royal . On fit marcher en
même temps le Regiment de Sicking , &
les Compagnies Bourgeoifes des trois Citez
, qui ayant été un peu auparavant introduites
dans le Château , en fortirent
en bon ordre , pour ſe rendre aux poftes
qui leur étoient affignez. Toutes ces differentes
difpofitions concoururent à établir
l'ordre , & la feureté publique.
Sur les 7. heures , au premier fignal
de la grande Cloche , tous les Ambaffadeurs
& les Seigneurs , poffeffeurs des
Charges hereditaires de la Couronne de
Bohéme , s'acheminerent vers le Palais
où étoit Sa Majefté Imperiale. Ils étoient.
fuivis de cinquante autres Seigneurs
tant Princes de Maifons Souveraines ,.
qu'au
722 LE MERCURE
qu'autres Princes , Comtes & Nobles
diftinguez , dont la plupart étoient en
Carolles à fix Chevaux , accompagnez
de leurs Eftaffiers. Après avoir été prefentez
avec les ceremonies accoutumées ,
ils firent leur Cour à l'Empereur , qui
ce jour- là fut fuperbement habillé par
le Seigneur Jean Erneft Antoine Schaffgotfch
, fon Grand - Chambellan , & dans
cette magnificence digne de la celebrité
d'un tel jour , il s'avança fur les neuf
heures vers l'Eglife , fuivi de toute fa
Cour. S. M. I. étoit fous un magnifique
Dais , porté par le Bourguemeftre , & les
Confeillers de la Ville. Les ruës par où
l'Empereur paffa étoient planchées , la
Milice étant rangée en haye depuis le
Château jufqu'à la Cathedrale . Les trois
Capitaines de la Ville vieille , de la nou.
velle , & de la petite ; fçavoir , le Comte
de Valdftein , & les Seigneurs de Gothierni
, & de Kunvald , gardoient la
porte de l'Eglife , à la tête de leurs Milices
, pour empêcher d'y entrer ceux qui
n'étoient pas en droit d'affifter à la Ceremonie.
Le Clergé y étoit déja affemblés
il étoit compofé des Evêques & des
Abbez du Pays , qui devoient feconder
Archevêque de Prague dans les fonc
tions du Couronnement
.
Voici l'ordre de la marche de S. M. I..
Le
D'OCTOBRE 1723. 723
Le Comte de Noftitz , Majordome-Majeur
étoit à la tête , fon bâton de Ceremonie
à la main , accompagné de deux Ambaffadeurs
& des Herauts en habits de
ceremonie , qui tenoient chacun une petite
baguette blanche levée vers le Ciel.-
Enfuite marchoient les Officiers Souverains
de la Couronne , lefquels portoient
les pieces d'honneur du Royaume.
La Couronne d'or étoit portée par le
Comte de Vuttby , Grand- Burgrave &
Chevalier de la Toifon d'Or l'habit
Royal par le Comte de . Schaffgotfch ,
Grand Chambellan du Royaume &
Confeiller d'Etat . Le Globe Royal par
le Comte d'Urben , Juge fuprême du
Pays & Confeiller d'Etat. Le Sceptre
par le Marquis Erneft de Hyadeck ,
Vice- Chambellan , lequel fit cette fonction
au défaut du . Grand Secretaire de
-
-
la Couronne , qu'une indifpofition furvenue
empêcha de remplir . L'Epée
Royale de Saint Vinceflas , dans fon
foureau de velours rouge , étoit enfin
portée par le Comte Valdſtein , Grand-
Maréchal.
L'Empereur venoit après , ayant à fa
droite le Comte de Sinzendorf , Grand-
Chambellan Imperial , & à fa gauche
le Comte de Herberstein , Capitaine des
Trabans de la garde. S. M. I, marcha
en
724
LE MERCURE
en cet ordre vers la Chapelle de Saint
Vinceflas , au fon des trompettes ; elle y
entra par la nouvelle galerie qu'on avoit
faite exprès , magnifiquement ornée pour
cette grande Fête. La Chapelle & le
plancher même étoient tapiffez d'un drap
rouge & blanc. A peine S. M. I. y fut
entrée , fuivie de fes principaux Officiers
qu'elle y fit fa priere , & prit enfuite fes
habits Royaux , fond à fond rouge , doublez
de fatin blanc .
L'Imperatrice , la Princeffe Electorale
de Saxe , & les deux jeunes Archiducheffes
étoient placées dans le Prie - Dieu
Imperial , & les Grands du Royaumedans
des fauteuils qui leur avoient été
preparez.
Le Comte de Kiembourg , Archevêque
de Prague qui s'étoit déja rendu dans
' Eglife , accompagné de fon Clergé , &
des Prélats du Royaume qui devoient
lui fervir d'affiftans , n'eut pas plutôt
appris que l'Empereur étoit dans la Cha
pelle de Saint Vinceflas , qu'il s'y rendit
proceffionellement , précedé de la Croix
Archiepifcopale , & en habits pontificaux,
pour y donner la premiere Benediction à
S. M. I. qui s'achemina enfuite vers le
Choeur , ayant à fa droite le Cardinal de
Schrottenbach , Evêque d'Olmutz , &
àla gauche le Comte de Mitrovitz , Evêque
D'OCTOBRE 1723 . 753
que de Komfgratz ; ils faifoient tous
deux la fonction d'Affiftans de l'Empe
reur pour la Ceremonie . A quelques pas
derrière marchoient le Grand Chambellan
du Royaume & le Majordome de Sa
Majesté.
LEmpereur étant arrivé au Choeur
s'avança vers le Thrône qui lui avoit été
preparé , & dont nous avons déja parlé ;
il fit une profonde reverence en paffant
devant l'Autel ; & dès qu'il fut arrivé
au pied du Trône il s'y tint à genoux ,
ayant les deux Prélats affiftans aux deux
côtez du Trône , tandis que l'Archevêque
de Prague recitoit les deux Oraiſons ,
Deus qui fcis , & omnipotens fempiterne
Deus. Ces Oraifons étant finies les principaux
Officiers de la Couronne remirent à
ce Prélat les ornemens Royaux ; fçavoir ,
la Couronne , le Sceptre , le Globe &
l'Epée de Saint Vinceflas.
Ces ornemens, qu'on appelle les Pieces
d'honneur du Royaume , furent portez fur
le Maître- Autel , & polez fur un beau
couffin , richement brodé d'or. La Toque
de l'Empereur refta toûjours entre
les mains de fon Grand - Chambellan . Le
pain argenté deftiné pour l'Offrande , &
le vin furent portez & mis fur des redences
du côté de l'Epître , par le Grand
Panetier & le Grand- Bouteiller . Le
Grand
926
LE MERCURE
Grand Tranchant marchant entre ces
deux derniers Officiers. Toutes chofes
étant ainfi difpofées pour le Sacre & Couronnement
, l'Empereur & tous ceux qui
avoient rang à cette ceremonie ayant pris
féance , S. M. I. defcendit enfuite de fon
Trône , & conduit par fes deux Affiftans ,
vint fe mettre à genoux au pied du Maître-
Autel fur un riche carreau ; fes Affiftans
l'ayant relevé le prefenterent à l'Archevêque
à qui ils adrefferent ces paroles
du Pontifical Romain : Reverendif
fime Pater , poftulat Sancta Romana Ecclefia
, & c. L'Archevêque répondit ce
qui eft marqué dans le même livre , &
continua par l'exhortation qui y eft auff
inferée , & qui commence par ces mots :
Cum hodie in manus noftras , &c . pendant
route cette exhortation , Sa Majesté
Imperiale fe tint affife dans un fauteuil
aux côtez duquel étoient fes deux Affiftans
fur des placets . On chanta enfuite
les Litanies , pendant lefquelles l'Empereur
refta profterné , & tous les Grands
Officiers fe tinrent à genoux. L'Archevêque
chantant ces verfers : Ut famulum
tuum & c. Carolum & c. ut eum benedicere
&c. ut eum imperii faftigium & c. On répondit,
Te rogamus audi nos.
Les Litanies étant achevées le Majordome
& le Grand-Chambellan Imperial
releD'OCTOBRE
1723. 727
>
releverent l'Empereur. L'Archevêque
encenfa l'Autel & S. M. I. Enfuite il
commença la Meffe ; après l'Epître ce
Prélat s'affit dans un fauteuil devant l'Au- `
tel tenant le Miffel , ouvert entre les
mains. Alors S. M. I. accompagnée de
fes deux Affiftans vint fe mettre à genoux
vis-à- vis l'Archevêque , qui lui adreſſa
ces paroles du Pontifical Romain : Vis
fidem &c. vis regnum tibi &c. & S. M. I.
répondit à chaque fois , volo . Ce Prince
lût enfuite , à haute voix , le ferment en langue
Latine , le Grand - Burgrave s'avança
vers S. M. I. & lui prefenta le Miffel ,
fur lequel elle pofa les deux mains , prononçant
ces paroles : Sic me Deus , qui
font la formule du ferment. Le Burgrave
lût le même ferment en langue Allemande,
que l'Empereur repeta en remettant
les deux mains far le Miffel, à ces paroles :
fic me Deus &c. & l'Archevêque dit les
Oraifons. Benedic , Domine , hunc Regem
Carolum &c. Omnipotens æterne Deus ,
creator omnium & c. Deus inenarrabilis
&c. Les Oraifons finies on proceda à la
Sainte Onction , qui fut faite en la maniere
fuivante. Le Majordome & le Chambellan
découvrirent le bras droit de l'Empereur
, qui reçût les Onctions du Saint
Grême deffus & deffous , en forme de
Croix. L'Archevêque prononçant ces pa
roles a
7728 LE MERCURE
roles , ungatur mañus ifta &c . ſuivies de
F'Oraifon Accipe , omnipotens Deus
bunc gloriofum Regem Carolum. La Sainte
Onction fut continuée en la maniere ordinaire
, l'Archevêque proferant encore
ces mots : Ungo te in Regem de Oleo fancsificato.
Il dit enfuite les trois Oraifons ,
Spiritus Sancti gratia &c. Deus , qui es
juftorum gloria &c. & Deus Dei filius
Jefus Chriftus &c. Après ces dernieres
Oraifons S. M. I. fut conduite à l'Autel
par fes Affiftans , qui l'effuyerent & laverent
les Onctions avec du pain & de
l'eau. Elle fut reconduite à fon Trône par
les mêmes , precedée des Officiers de la
Couronne , aufquels l'Archevêque mit
entre les mains Tes pieces d'honneur , à
chacun felon la Charge dont il étoit revêtu
. Ils reçûrent tous ces précieux dépôts
à deux genoux , & les garderent pendant
toute la ceremonie du Couronnement.
Le Comte de Valdftein , Grand-
Maréchal mit en même temps l'Epée de
S.Vinceflas entre les mains des deux Affiltans
qui la prefenterent à l'Archevêque .
Ce Prélat la benit en difant l'Oraifon >
Exaudi , quafumus , Domine , & c . & la
mit dans la main droite de l'Empereur en
diſant l'Oraiſon : Accipe gladium &c .
Il la ceignit enfuite à S. M. I. & prononça
cette troifiéme Oraifon Accingere
gladio
D'OCTOBRE 1723. 729
gladio tuo & c. L'Empereur remit l'Epée
benite entre les mains du Grand- Maréchal.
La benediction de l'Epée fur immediatement
fuivie de celle de l'Anneau
que les deux Affiftans preſenterent à l'Archevêque
, qui l'ayant beni, & recité l'Oraifon,
Benedic, Domine, & fanctifica annulum
& c. le mit à un des doigts de la
main droite de l'Empereur , en prononcant
: Accipe dignitatis annulum. L'un des
deux Affiftans ayant pris le Sceptre Royal
& le Globe Imperial , les prefenta à l'Archevêque
celebrant qui les benit. Le même
Affiftant donna le Sceptre au Grand-
Chambellan, & le Globe au Juge fuprême
de la Couronne , lefquels les porterent à
PArchevêque , qui les mettant dans les
mains de S. M. I. fçavoir , le Sceptre
dans la droite , & le Globe dans la gauche
, en difant : Accipe virgam virtutis
&c. Après cela le Comte d'Urttbi, Grand-
Burgrave prefenta la Couronne de Bohéme
à l'Archevêque qui la benit en recitant
l'Oraiſon , Dcus tuorum corona fi-
`delium , & la mit fur la tête de l'Empereur.
Cette ceremonie étant achevée , on
baiffa le devant du Prie- Dieu de S. M. I.
& le Grand- Burgrave , après avoir fait
une profonde reverence à l'Empereur ,
affis fur fon Trône , appella tous les
Grands Officiers de la Couronne par leurs
noms
730 LE MERCURE
noms , & les fomma de venir rendre hommage
au nouveau Roy de Bohéme . Il fit
enfuite une feconde reverence à Sa Majefté
Imperiale , & s'approchant d'elle
toucha de deux doigts le Saphir enchaffé
fur le devant de fa Couronne ;
tous les Grands Officiers du Royaume obferverent
la même ceremonie , ce qui fut
auffi executé par les autres Grands Officiers
, par les Affeffeurs du Grand Tribunal
, & par tous les Députez de la Nobleffe
, & des differentes Villes du Royaume
de Bohéme. L'Archevêque entonna
le Te Deum , en actions de graces ; il fut
chanté en muſique , au bruit de l'artillerie
& de la moufqueterie . On continua
la Mefle , on chanta l'Evangile , dont le
livre fut porté à baifer à l'Empereur. Pendant
le Credo S. M. I. crea 41. Cheva-
Hiers , tous Gentils- hommes du Royaume
de Bohéme. A l'Offertoire l'Archevêque
s'affit dans un fauteüil , où S. M. I. conduite
par fes Affiftans , lui vint offrir les
deux pains argentez , le vin & deux Medailles
d'or. Après quoi l'Empereur retourna
à fon Prie- Dieu , où le Grand-
Chambellan lui ôta la Couronne de deffus
la tête , & la mit fur un couffin preparé
pour cela. A l'Agnus Dei , les Affiftans
de l'Archevêque vinrent prefenter la paix
à baifer à l'Empereur , au fon de toutes
les
D'OCTOBRE 1723 . 738
7.
&
t
les Cloches , & au bruit de l'artillerie . A
la Communion Sa Majefté Imperiale fuc
conduite vers l'Autel par fon Grand-
Chambellan , & y communia de la main.
de l'Archevêque , le Burgrave & le Majordome
tenant la nape , l'un à droite ,
l'autre à gauche . Pendant la Communion
le Grand Maréchal tint toûjours la pointe
de l'Epée Royale baiffée à terre , comme
il avoit fait à l'élevation . Il la releva lorfque
l'Empereur fut reconduit par fes
deux Affiftans à fon Prie - Dieu. L'Archevêque
acheva la Meffe , & après ces deux
Orailons : Omnipotens Deus qui de populi
tui &c. & Quatenus te gubernacula
regni tenente &c. Il donna la benediction
à Sa Majefté Imperiale. Cette benediction
fut folemnifée par le fon des Cloches
, & par une troifiéme décharge du
canon & de la moufqueterie. La Meffe
qui avoit été chantée par un excellent
Choeur de Muſique , étant finie, leGrand-
Burgrave remit la Couronne fur la tête
du nouveau Roy de Bohéme & le Sceptre
& le Globe entre fes mains . Tous les
Grands Officiers de la Couronne , les autres
Grands Officiers , les Députez de la
Nobleffe & des Villes vinrent alors feliciter
S. M. I. fur fon avenement au Trône
de Bohéme , & l'accompagnerent
enfuite
à fon Palais , parmi les acclamations
732 LE MERCURE
tions du peuple , & au bruit des trompettes
& des clairons. L'Empereur fe
rendit à la Salle Royale du Feftin , dans
le même ordre qu'il étoit arrivé à l'Eglife
, & dîna en public. Pendant le Feftin
qui dura trois heures on fit couler plufieurs
fontaines de vin , & l'on jetta au
peuple quantité de Medailles d'argent.
Defcription de la Salle & du Feftin
Royal
Quand Sa Majesté Imperiale fut arrivée
à fon Palais , elle fe repofa quelque
temps dans la Chambre dite de Regiſtre ,
n'étant accompagnée que des Grands
Officiers du Royaume , & de quelquesuns
de fes Confeillers d'Etat. L'Epée
Royale dans fon fourreau , le Sceptre &
le Globe Royal furent mis dans un grand
baffin de vermeil doré , & portez dans
la Salle du Feftin par le Grand- Chambellan
, qui les pofa fur une petite table
couverte de velours rouge , placée à la
gauche de celle où l'Empereur devoit
manger. S. M. Imperiale arriva d'abord
après dans la Salle au bruit de plufieurs
fanfares , & ayant ôté fa Couronne , elle
la remit au Grand- Chambellan , qui la
donna enfuite au Vice- Chambellan pour
la garder pendant le repas . Le Comte de
Valdſtein
D'OCTOBRE 1723. 7337
Valdſtein , Grand - Tranchant hereditaire
donna à laver à l'Empereur , & le Majordome-
Major lui prefenta la ferviette ,
après quoi S. M. I. Te mit dans fon fauteüil
preparé fous un riche Dais , & au
haut bout d'une table ovale , à laquelle
le Cardinal de Schrottembach & l'Ambaffadeur
de Venife prirent place à la
droite de l'Empereur ; le Nonce du Pape
& l'Archevêque de Prague à la gauche.
On avoit dreffé dans la même Salle
douze autres tables de douze couverts
chacune pour les Grands Officiers du
Royaume .
Cette grande Salle étoit ornée & difpofée
pour reprefenter le Cel , le Soleil
paroiffoit fur fon horizon , & à quelque
diſtance de la terre , un Globe de nuages
, où Jupiter étoit affis fur fon Aigle ;
a fes pieds étoient à droite & à gauche ,
la Juftice & Minerve , qui lui prefentoient
chacune une Couronne. Il y avoit
à droite fur des gradins les Graces & l'Age
d'Or , & à gauche , la Foy & la Renommée.
On voyoit au- deffus d'un grand Portail
à fix colomnes , ou Arc de Triomphe
, environné de nuées , un Simulachre
de Mercure , avec un Hemifphere dans
le milieu , où l'on voyoit fix Plane tes
malheureuſes . Au - deffus étoit un Char
E de
734
LE MERCURE
de Triomphe , tiré par deux Aigles , ou ·
étoit aflife la Force. Un Genie voloit
au-deffus du Char , tenant de la main
droite une Couronne qu'il fembloit mettre
fur la tête de la Force , & de la main.
gauche il tenoit un Sceptre , orné de laurier
; aux bas côtez de ce Portail on avoit
reprefenté les quatre parties du Monde.
On voyoit au- deffus d'un autre grand
Portail la Renommée , & dans le milieu un
Arc-en - Ciel , furmonté d'un autre Char
de Triomphe , tiré par cinq Alloüettes ;
la Conftance étoit affife dans ce Char
avec un Genie au- deffus , qui d'une main
portoit les Armes de Bohéme , & de l'autre
une Couronne de Palmes , dont il paroiffoit
couronner l'Ecu de ces Armes . Le
Portail étoit orné de Deviles qui avoient
, rapport aux quatre parties du Monde ,
vers lefquels les quatre faces étoient.
tournées .
Le fens de ces figures emblematiques ,
eft que la Force qui précede les malheureufes
Planettes , marque l'attention , &
le pouvoir de l'Empereur à détourner les
funeftes influences qui pourroient tomber
fur le Royaume de Bohéme . L'lris
marque la tranquillité que S. M. I. va
affermir dans ce Royaume , Mercure &
la Renommée publient par tout ce bonheur
, & c.
Les
D'OCTOBRE 1723. 735
Les quatre fervices en fucre de la table
de S. M. I. furent d'une magnificence
extraordinaire ; on y voyoit de petits
Arcs de Triomphe de differens deffeins
dont les emblêmes & les ornemens avoient
à la folemnité de la Fête.
rapport
Après le repas l'Empereur fe retira
dans fon appartement au bruit des mêmes
fanfares , & le foir il y eut des feux,
des illuminations , & d'autres marques
de réjouiffance publique dans les trois Citez
de Prague.
蛋蛋
COURONNEMENT de l'Imperatrice ,
· Elizabeth- Chriftine , Reine de Bohéme,
fait à Prague le 8. Septembre 1723 .
E jour de la Nativité de la Vierge ,
Layant été choisi pour leCouronne Couronnement
de l'Imperatrice , en qualité de Reine
de Bohéme , & notifié aux Princes
Electeurs de l'Empire , & à tous les Seigneurs
qui devoient affifter à cette augufte
ceremonie ; le fignal de la marche
fut donné par le tambour dès les fix heures
du matin. L'Eglife Metropolitaine de
Saint Vitte étoit décorée comme le jour
-du Couronnement de l'Empereurs on y
avoit feulement ajoûté quelques Reliques
¿
A
E ij
736 LE MERCURE
ques ; fçavoir , un bufte d'argent , dans
lequel étoient confervées les mammelles
de Sainte Anne , mere de la Sainte Vierge.
Cette Relique étoit expofée fur le
Maître- Autel , au milieu duquel s'élevoit
une Croix d'or maffif , avec une partie
du voile , dont nôtre Seigneur avoir
été couvert le jour de fon crucifiement .
Ces deux précieufes Reliques furent au
trefois données par le Pape Urbain V. à
l'Empereur Charles IV . qui les reçût des
mains de Sa Sainteté , à Rome même.
Le fecond fignal ayant été donné par la
grande Cloche de la Metropole , M. Grimaldi
, Nonce du Pape & Archevêque
d'Edeſſe , l'Ambaſſadeur de Veniſe , & un
grand nombre de Princes , Ducs , Cumtes
, Seigneurs , & Nobles fe rendirent au
Palais de l'Empereur , où ils attendirent
que l'Imperatrice fut revêtue de les habits
Royaux. Cependant tout le Clergé
s'étoit rendu à l'Eglife de Saint Vitte ,
ayant à la tête le Comte de Kienbourg ,
Archevêque de Prague , Legat né du
Saint Siege , & Prince de l'Empire , à
qui cette grande fonction étoit reſervée ,
comme le jour du Couronnement de l'Empereur.
Leurs Majeftez Imperiales fortirent de
leur Palais fur les neuf heures , & s'avancerent
vers l'Eglife dans l'ordre que
nous
D'OCTOBRE 1923. 737
nous avons déja remarqué . L'Imperatrice
avoit une Couronne d'or fur la tête ,
elle étoit vêtue d'une très riche étoffe
d'argent , brochée d'or , & enrichie de
pierreries d'un éclat furprenant ; elle
s'appuyoit fur le bras de Don Joſeph
Folck , Prince du Saint Empire & de
Cardonne , Conſeiller d'Etat , Chevalier
de l'Ordre de la Toifon d'Or , Prefident
du Confeil de Flandre , & Majordome-
Major de l'Imperatrice. La queue de la
Robe de Sa Majesté étoit portée par la
Comteffe Marie Therefe de Rappach
Ducheffe Douairiere de Munsterberg
& de Franckeftein , fa Majordome - Major.
Leurs Majeftez Imperiales marchoient
fous un fuperbe Dais , porté par
les Bourgmestres , & fuivi des Seigneurs
& des Dames de la Cour. Ce fut dans
cette pompe que l'Empereur & l'Imperatrice
entrerent dans l'Eglife au bruit des
tambours , & au fon des trompettes.
L'Archevêque de Prague vint les recevoir
à la porte , avec tous les Prélats du
Royaume. L'Empereur entra dans le
Choeur , & fe mit fur fon Trône , qui
étoit placé dans le même endroit que nous
l'avons déja dit le jour de fon Couronne.
ment , précedé des Seigneurs qui portoient
les pieces d'honneur , & de fix Herauts-
d'Armes ; fçavoir , deux de 1 Em-
E
iij
pire ,
738 LE MERCURE
:
pire , deux de Hongrie , & deux de Bo
héme . L'Imperatrice alla tout droit à la
Chapelle de S. Vinceflas avec la même
fuite que l'Empereur. La Dame Ifidore
Conftance Radutzki de Bezermitz , Princeffe
& Abbeffe de S. George , de l'Ordre
de Saint Benoît , reçût Sa Majesté
Imperiale , avec deux Religieux du même
Ordre , & eut l'honneur de lui baifer
les mains. L'Archevêque de Prague
ne tarda pas de venir avec fes Affiftans
lui donner fa benediction , en recitant
l'Oraifon : Omnipotens fempiterne Deus
& c. enfuite l'Imperatrice fuivie de l'Abbeffe
, & des deux Religieux , dont nous
venons de parler , alla fe mettre à genoux
devant l'Autel de S. Vinceflas, où elle fit
fa priere. Pendant ce temps là lesSeigneurs
qui reprefentoient les Titulaires des premieres
Charges du Royaume , fe rangerent
derriere le tombeau de S. Vinceflas,
& la Comteffe de Kinski , Baronne née
de Funfkirchen , & époufe du Grand
Chancelier du Royaume, prefenta à la tufdite
Abbeffe & Princeffe de Saint George
la Couronne d'or de Sa Majefté Imperiale
, enrichie de pierreries , felon l'ancienne
coutume obfervée dans tous les
Couronnemens . On configna auffi le pain
argenté & le vin qui étoient fur l'Autol
de Saint Vinceflas , au Grand - Pannetier ,
&
D'OCTOBRE 1723. 739
& au Grand - Echanfon de la Couron
ne. Cette premiere ceremonie étant
achevée l'Imperatrice s'achemina vers le
Grand- Autel. Les Seigneurs portant devant
elle les pieces d'honneur ; fçavoir,
la Couronne portée par le Grand - Burgrave
, le Sceptre par le Grand- Secretaire
du Royaume , & le Globe Royal par le
Juge fuprême , & c. deux Affiftans Ecclefiaftiques
étoient aux côtez de Sa Majelté
Imperiale , ils l'accompagnerent jufqu'au
pied de l'Autel pour y faire fa priere ,
& le conduifirent enfuite à fon Trône
qui étoit vis- à- vis celui de l'Empereur.
Ce fut alors que les deux Affiftans de l'Archevêque
adrefferent ces paroles à ce Prélat
au nom de l'Empereur , nouveau Roy
de Bohéme. Reverendiſſime Pater , postulamus
ut confortem noftram , nobis à Deo
conjunctam , benedicere & corona regali
decorare dignemini , ad laudem & gloriam
Salvatoris noftri Jefu Chrifti. L'Empereur
étoit preſent à cette demande , &
s'en retourna après vers fon Trône , laiffant
l'Imperatrice , fon époufe , à genoux
devant l'Autel. L'Archevêque entonna
pour lors les Litanies , à la fin deſquelles il
chanta par trois differentes fois le verfet :
Ut hanc in Reginam coronandam &' c. A
quoi les affiftans répondirent auffi par
trois fois : Te rogamus , audi nos . Les
E iiij
Lita740
LE MERCURE
Litanies finies l'Archevêque recita l'O
railon Omnipotens fempiterne Deus
hanc famulam tuam &c. Après cette
Oraifon , l'Imperatrice fut reconduite à
fon Trône par l'Abbeffe , Princelle de
Saint George. La Mufique commença à
chanter l'Introïte de la Meffe de la Sainte
Vierge , dont on folemnifoit la Fête ce
jour -là , comme nous l'avons dit . A l'Alleluia
Sa Majefté Imperiale revint fe
mettre à genoux au pied du Grand Autel
, toûjours accompagnée de l'Abbeffe
de Saint George , & de fes deux Affiftans
Ecclefiaftiques . Le Comte de Schaffgotfc
, Grand- Chambellam du Royaume
lui fervoit d'Ecuyer toutes les fois qu'elle
s'agencüilloit , ou qu'elle fe relevoir . La
Comteffe de Schaffgotfc , en qualité de
Grande Chambellanne , aidée de deux
Demoiselles de la Chambre , découvrit
le bras & le col à Sa Majefté Imperiale ,
afin qu'elle reçût le Saint Crême , dont
elle fut ointe par l'Archevêque , qui à
chaque Onction prononça ces paroles :
Spiritus Sancti gratia & c. & les deux
Onctions étant faites recita l'Oraifon :
Dominus qui folus , & c . La Princeſſe ,
Abbeffe de Saint George fit la fonction
d'effuyer l'huile Sainte , dans un endroit
preparé pour cela , & reconduifit S. M. I.
à fon Trône , avec fes deux Affiftanst
ހ
EccleD'OCTOBRE
1723. 741
Ecclefiaftiques. L'Imperatrice fut couronnée
Reine de Bohème , avec les mêmes
ceremonies dont on a déja fait mention
dans la relation de ce qui s'étoit
paffé quelques jours auparavant au Couronnement
de l'Empereur. Cette augufte
Ceremonie étant faite , l'Archevêque entonna
le Te Deum qui fut chanté par la
Mufique. On continua la Meffe , après
l'Evangile on porta le Livre à baifer à
l'Empereur , & après à l'Imperatrice ,
qui à l'Offertoire s'avançant vers l'Autel
offrit le pain argenté , le vin , & les deux
Medailles d'or d'Offrande , & retourna
fe placer fur fon Trône. A l'Agnus Dei
les deux Affiftans de l'Archevêque vinrent
prefenter la paix à baifer à leurs
Majeftez Imperiales & Royales . Et la
Melle étant finie l'Empereur & l'Imperatrice
, après avoir reçû les felicitations
de tous les Seigneurs , Princes , Ducs ,
Comtes & Ambaffadeurs , retournerent
en leur Palais aux acclamations des peuples
, & au bruit de toute l'artillerie de
Prague , l'Archevêque celebrant les accompagnant
dans fes habits Pontificaux.
L. M. I. entrerent dans la Salle du Feftin
Royal , & elles s'y mirent à table fous le
Dais. Le Cardinal de Scrottembach , le
Nonce du Pape , l'Ambaffadeur de Venife
, & l'Archevêque de Prague y pri-
E v rent
742 LE MERCURE
ī
rent les mêmes places qu'ils avoient occur
pés le jour du Fefti Royal de l'Empereur.
On fervir 12. autres tables pour les
Dames , époufes des Grands Officiers du
Royaume de Bohéme , qui eurent la liberté
d'y faire placer les perſonnes qu'elles
voulurent choifit..
^ L'Imperatrice , dont la groffeffe eft
confirmée , avoit obtenu du Pape une dif
penfe pour manger avant fon Sacre , afin
de pouvoir fupporter les fatigues de cette
ceremonie.
Les Arcs de Triomphe en fucre fervis
fur les tables du Feftin , le jour du
Couronnement de l'Imperatrice , furent
trouvez également beaux & bien imaginez
. Le premier reprefentoit le Jardin du
Temple de Flore , dans lequel on voyoir
cette Déeffe affife , & au- deffus Junon
fuportée par des nuées entre la Conftance
& la Force , dans l'action de couronner
Flore. Deux figures en pied étoient au
bas des deux côrez , la premiere portant
les Armes de Bohéme , & l'autre celles
de Silefie & de Moravie ornées de
fleurs , & c.
3
Le fecond étoit une efpece de grand
Portail à trois faces , dont chacune étoit
ornée de trois colomnes , avec un vafe
de fleurs fur l'amortiffement , couronné
par un pavillon en Baldaquin. Il y avoit
deux
D'OCTOBRE 1723. 743
deux marches à monter à chaque face ,
& le milieu étoit occupé par des figures
allegoriques , la Paix couronnant la Bohéme
, & c.
Le troifiéme Arc de Triomphe étoit
un Portail pareil à celui dont nous venons
de parler , où l'on voyoit la liberalité
mettant une chaîne d'où pendoit
une Medaille d'or , au col d'une figure à
genoux devant elle , reprefentant la Bohéme
, accompagnée de l'Abondance
de l'Esperance , & autres figures allegoriques.
Medaille frapée à l'occafion du Sacre
& Couronnement de L. M. I. Roy &
Reine de Bohéme. D'un côté l'Empereur
fous la figure d'Hercule , & l'Imperatrice
fous celle d'Hebé , avec cette Legen
de. CAROL. VI . IMP . ELIS . CHR.
AUG . P. P. Вон. SUE CONSERVATOR
, & dans l'Exergue , fufcepit. Diadem
. Reg. IX. & VI. Sept. an. Prag
Condit, mill. & pour Revers, Leurs M. Ï.
fur un Trône élevé , couronnez par la
Felicité ; plus loin on voit le temps qui
montre les glorieufes actions de S. M. I.
avec cette Legende : CORONIS . CONSTANTER
FIRMANDIS . FELICITER.
UNITIS . Dans l'Exergue : Beatitudo Publica
falus Provinciarum .
Evj La
744 LE MERCURE
La grande Medaille pour la même céa
remonie , a pour revers le Trône de Bohéme
, fur lequel eft pofé un Globe furmonté
d'une Couronne , & ceint d'une
branche de Laurier , avec un Serpent en
forme d'anneau , & dans les côtez l'Aigle
Imperial , le Lion de Bohéme , les Tours
de Caftille , & les Couronnes de Hongrie
, & plus loin dans l'enfoncement le
Temple du Temps , dont Janus ouvre la
porte , avec cette Infcription : IMP. CAROLI
VI. ET ELISABETHA AUGUSTE
UNCTIO REGIA , & dans l'Exergue :
Prage condita Millenario Primo M. DCC .
XXIII.
La petite Medaille de l'Empereur a
pour Revers la Couronne de Bohéme ,
pofée fur la Charuë de Premiflas , Fondateur
de ce Royaume , avec ces mots :
TERTIA PREMISLAICE STIRPIS
GLORIA , & dans l'Exergue , Imp. Car.
IV. Felicitas Imp. Car. VI. unctione Regia
reftituta A Mill. Regia condita.
La petite Medaille de l'Imperatrice a
pour Revers la Couronne de Bohéme
avec les trois autres Couronnes de S. M.I.
avec cette Inſcription : ELISABETHA.
QUARTUM AUGUSTA .
EXPLI
D'OCTOBRE 1723. 745
'EXPLICATION de la troifiéme Enigme
du dernier Mercure. Par M. le Maire.
S
Ous les voiles miſterieux ,
D'une agreable Metaphore ,
Mercure , vous voulez dérober à nos yeux ,
Cet art rempli d'appas , qu'exerce Terpficore.
Mais malgré vos déguiſemens ,
Qui tiennent quelque temps nôtre efprit en ba
lance ,
Il fe peint à l'efprit par des traits fi charmans ,
Que l'on n'y peut méconnoître la danfe
Autre explication par un Gaſcon.
De celle des neuf Soeurs qui prefide au ballet, -
Tu demandes le nom que ta veine entortille.
Sur un pareil propos je te dirai tout net ,
Bon , fi je la connois ! elle eft de ma famille.
M. Ballot.
Les fujets des deux autres Enigmes 7
font le Coq d'une Giroüette , & le Vent.
PRE746
LE MERCURE
PREMIERE ENIGME
AParís nous fommes deux foeurs ,
Sans ceffe en jaloufie , & Rivales altieres ;
Nous avons des attraits pour charmer tous les
coeurs ,
Mais comme les beautez nous fommes journa
lieres ;
Les uns de la cadette aiment fort l'enjouement ,
Les autres tiennent pour l'aînée ,
Et dans fon humeur variée ,
Trouvent plus de plaifir & de contentement ;
Elle a je ne fçai quoi de touchant & de tendre ,
Quand elle eft trilte même , ils aiment fa lan
gueur ,
Qui leur fait preferer la plus vieille à ſa foeur ;
Ce que de la plus jeune ils ne pourroient attendre.
Encor que nous plaifions à cent fortes de gens ,
Nous ne fommes pourtant que deux filles publiques
,
Dont le premier venu jouit pour de l'argent,
Enfin chacun à fes pratiques.
SECON
D'OCTOBRE 1723 . 747
N
SECONDE ENIGME.
Ous fommes deux enfans fortis d'un même
pere ,
Et fort étroitement unis ,
Toûjours enſemble , & toûjours bons amis ,
L'un ne va point fans l'autre , & les deux font l
paire ,
TROISIE'ME ENIGME.
Ur la terre je prens naiffance ,
Surl
Quoique mon nom vienne des Cieux ,
Mon pays natal eft la France ,
Er quoique fans langue & fans yeux ,
L'on s'entretient fouvent avec moi de fcience.
Dans moy par un étrange fort ,
L'on voit ſouvent unis la vie avec la mort ,
L'Hymen avec l'amour , la paix avec la
Je
guerre ,
mene qui me fuit , du Midy jufqu'au Nord ,
Et lui fais parcourir prefque toute la terre.
CHAN
748
LE MERCURE
*******************
CHANSON
Qejecrains de Tirfis le refpect dangereux ›
Et que fes regards amoureux ,
Avec fon coeur toûjours d'intelligence ,
Me font redouter fon filence ,
Par ce langage ingenieux ,
Amour , caufe à mon coeur de fecretes allarmes
Helas ! je me défendrois mieux
Contre les foupirs & les larmes.
>
"
NOUVELLES LITTER AIRES,
E
DES BEAUX ARTS , & c.
XPLICATIONS NOUVELLES des
Mouvemens les plus confiderables de
P'Univers , accompagnées de Démonf
trations par le jeu de differentes Machines
, qui les imitent. Par M. Mathulon ,
Docteur Medecin. Brochure in 4º . A
Paris , chez Jacques François Grou , ruë
de la Huchette , au Soleil d'Or 1723.
Avec Approbation & Permiſſion .
L'AuTendreme
*39
Queps regards
amou.
9:43
X
*
reux, redouter
Son Si..
D'OCTOBRE 1723. 749
L'Auteur de ces Explications dit dans.
une courte Preface que Mrs de l'Académie
Royale des Sciences , à l'examen de
qui il les a foumifes , en ont paru con .
tens , & lui ont fait la grace de lui dire
qu'il n'avoit pas fait comme beaucoup
d'autres qui leur propofent chaque jour
des nouveautez , & ne donnent que des
bagatelles. Nous renvoyons pour tout le
refte à l'Ouvrage même , lequel contient
les Machines en queftion qui nous paroiffent
curieufes , exactement gravées , &
accompagnées de defcriptions claires , &
abregées .
P
NOUVELLES DE'COUVERTES en
Medecine , très- utiles pour le fervice dur
Roy & du Public . A Paris , de l'Imprimerie
de L. d' Houry , ruë de la Harpe
1723. Brochure in 12. de 24. pages.
Le fieur Thiers de Marconnay , Doc
teur Medecin , à Metz , Auteur de ce
petit Ouvrage , en continuant fes Obfervariens
pour conferver la vie & la fanté
a fait , dit-il , une découverte qui produit
des effets merveilleux ; c'est un fel
Simpatique , avec lequel il guerit en 24.
heures toutes fortes de playes & de bleffures
recentes , fans qu'il arrive aucune
inflammation , tant aux Hommes qu'aux
Animaux.
Sur
750 LE MERCURE
Sur les Remedes extraits des Métaux 3
& des Mineraux , ou de ceux qu'on tire
des Animaux & des Vegetaux , M. de
Marconnay veut qu'on donne la prefe
rence aux premiers. Son Ouvrage finit
par une briève Differtation fur les Eaux
Minerales.
N'oublions pas une vertu bien merveilleufe
de ce Sel Simpatique , lequel
pendu au col , diffipe , dit-on , toutes
fortes de Rhumatifmes .
LE SPECTATEUR SUISSE , traduit en
François . A Paris , chez. A. Morin , au
Palais , F. Flahault , Quay des Augustins
1723. Brochure in 12. de 42. pages
, avec un avis du Traducteur au Lecteur.
C'eft le premier mois d'un Ouvrage
, dont on promet de donner une ou
plufieurs fuites chaque mois. Le prix eft
de 12. fols.
le Comme nous n'avons encore vû
que
premier mois de cet Ouvrage , nous né
pourrions porter qu'un jugement incertain
fur le ftile ; c'eft pourquoi on trouvera
bon que nous nous difpenfions de le
hazarder. Nous nous contenterons d'inftruire
nos Lecteurs de ce que le Spectateur
Suiffe fe propofe. Il protefte d'a
bord qu'il ne voudroit s'ériger , ni en
Démocrite , ni en Heraclite , parce que
fi
-
D'OCTOBRE 1723. 758
fi ces Philofophes revenoient au monde ,
le premier pleureroit trop , & le dernier
riroit trop au gré des hommes d'aujourd'hui
, qui ne demandent que de la diverfité
. Il leur faut , dit- il , du plaisant
agreable , ou du plaifant ridicule , ou au
moins du beau mais du beau qui ne foit
pas ufe. Ils s'accommodent affez de ce
dernier , pourvu qu'il foit de leur goût :
la beauté en ce cas a le privilege de leur
plaire , & de valoir prefqu'autant pour
eux que l'agreable , ou le ridicule qui les
réjouit.
Nôtre Auteur nous fait connoître ,
confequemment à ce qu'il vient de ſuppofer
, qu'il pancheroit affez à donner de
l'agreable & du beau , mais que le grand
art feroit d'en exclure tout ce qui fenti-
Toit l'utile , ou de le cacher fi bien , qu'il
ne parut point du tout que l'Auteur eut
envie de rendre fes Lecteurs plus raiſonnables
; nous laiffons aux nôtres la liberté
de raifonner fur toutes ces hypotheſes.
Voici à quoi les irrefolutions de nôtre
nouveau Spectateur fe rédui'ent enfin .
C'eft à donner du beau , ou du plaifant,
& même de l'un &. de l'autre. Il compte
que les vices & le ridicule des hommes
fui fourniront aifément le plaifant ; pour
le beau , il referve fans doute de le chercher
& de le trouver en lui-même . Le
temps
>
752 LE MERCURE
temps nous rendra plus fçavant fur le
fuccès de cette entreprife.
Cependant nôtre Suiffe s'attend à être
traité d'Auteur fans fel , trivial & plat ,
s'il ne remplit pas ce qu'il promet. Mais
il prend une bonne précaution pour être
traité favorablement de fes lecteurs :
qu'ils ne fe previennent donc pas à mon
defavantage , dit- il , de peur que cette prevention
nefaffe dans leur goût quelque dérangement
qui pourroit me faire échouer ,
& peut être même fans qu'il y eut beaucoup
de ma faute , & les priveroit par un
dégoût anticipé de ce que je pourrois écrire
de paffible , fi tant eft que je le puiſſe
Tâchons pour finir de trouver au
moins un trait qui puiffe caracteriſer le
petit ouvrage que nous annonçons . Par
où croyez- vous qu'une femme plaife ordinairement
à un homme au- deffus du commun
, & qui a de l'efprit ? C'eft , oferai -je
le dire , prefque uniquement par les feules
chofes qui la rendroient l'objet des defirs
d'un manant.
REMARQUES fur les Articles LII. &
LIII. des Memoires de Trevoux du mois
de May 1723. au fujet des Methodes en
general , & de l'expofition de la Methode
raifonnée pour apprendre la langue
Latine. Par M. du Marfais . A Paris ,
chez
D'OCTOBRE 1723.
753
chez Quillau & Delaint , ruë Galande .
Pages 82. fans compter l'explication du
Poëme leculaire d'Horace,
Ces Remarques font des réponses à
l'Extrait que les Journaliſtes de Trevoux
ont fait de l'expofition de la Methode de
M. D. M. Le Public a reçû favorablement
cette expofition , les Remarques
éclairciffent encore davantage le deffein
de l'Auteur. Il condamne l'ufage des
Thêmes pour les commençans, cet Article
merite une attention particuliere ,
auffi bien que la maniere dont M. D. M..
s'eft propofé de traduire les Auteurs
Claffiques. Ce fera à l'experience & au
fuccès à decider la difpute.
гу
OUVRAGES POSTHUMES des RR.
PP. Dom Jean Mabillon & Dom Thier-
Ruinard , Benedictins de la Congregation
de S. Maur. Recueil des petits
écrits du premier , ayec additions . Ses
lettres & celles des perfonnes illuftres
1 par leurs dignitez , ou par leur fçavoir
qui lui ont écrit . Et l'hiftoire de quelques
conteftations Litteraires , où ce fçavant
eft entré. Par le R. Pere Dom Vincent
Thuillier , Religieux de la même Congregation
, 3. vol . in 4 ° A Paris , chez Fran
çois Babuty , Jombert le jeune & Jean-
François Joffe.
ޅ
Nous
754 LE MERCURÉ
<
Nous nous faifons un plaifir d'annoncer
aux fçavans l'impreffion qui fe fait
actuellement de ce grand Recueil , dont
on promet la publication avant. la fin de
l'année. Il contient non- feulement les
écrits pofthumes des deux fçavans Bene
dictins , mais encore les ouvrages du premier,
lefquels, quoique déja imprimez , në
fe trouvoient prefque plus , ou fe perdoient
par
la petiteffe du volume dans la
foule des autres livres. On les reverra
dans ce nouveau Recueil ou avec des
additions confiderables de la propre main
de l'illuftre Auteur , ou avec des accompagnemens
qui les feront lire avec plus
de fruit , & plus de plaifir. On ne fçauroit
trop marquer de reconnoiffance envers
le R. P. Thuillier , qui fait un ſi
riche prefent à la Republique des Lettres,
-& trop louer les Libraires qui ont fait , &
qui executent une entrepriſe fi importante
aux Lettres .
>
MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES
, à Amfterdam , chez J. Frederic
Bernard 1722. in 12. pag. 90. y compris
la Preface .
Voici un Journal Litteraire d'une rou
-velle efpece , dont nous n'avons encore
- vû que les fix premiers mois de l'année
derniere. On peut voir par le titre même
de
D'OCTOBRE 1723. 755
•
de ce livre , quel eft le deffein de l'Auteur
, qui expofe dans fa Preface » que
» malgré les fçavans Journaux que nous
avons , il peut hazarder fes nouvelles
» Hiftoriques & Litteraires. Quoique je
» me propofe , dit- il , d'y donner peu
d'extraits, elles n'en fuffiront pas moins,
>>
33 pour
*
faire connoître les livres qui paroiffent
en France ; car je me reſtrains à
parler de ce qui fe paffe dans ce Royau-
» me. Un avantage qu'elles auront , con-
» tinuë- t’il , ſur les Journaux ; c'eft qu'elles
contiendront une infinité de faits de
Litterature , qui arrivent journelle-
» ment , & qui faute d'être écrits à temps,
»fe perdent de telle maniere , que bientôt
il n'en refte plus de traces. Voici
» enfin , dit nôtre Auteur , ce qui fera
» le fonds de ces Nouvelles , qui paroî-
» tront exactement tous les quinze jours ,
» plus , ou moins étenduës , felon l'abondance
, ou la difette des matieres. On
» y parlera des livres nouveaux ; on en
» fera connoître les Auteurs ; on y indi-
» quera les nouvelles éditions ; on y don-
» nera une place aux foufcriptions , &c,"
" On fera l'éloge des fçavans , que la
» mort enlevera au monde fçavant. On
n'oubliera pas même de marquer l'é
tat des fpectacles . Peut - être , dit le
nouveau Journaliste , ne fera- t'on pas
toûjours
#
756 LE MERCURE
•
toujours d'accord avec le Mercure Ga-
» lant , fur le merite des Tragedies , &
des Comedies nouvelles. C'est un malheur
dont il fe faudra confoler. L'Auteur
ignore , fans doute , qu'on n'imprime
plus en France de Mercure Galant ,
& que nôtre Journal eft un livre d'une
efpece differente. Quoi qu'il en ſoit ,
quand il ne penfera pas comme nous au
fujet des nouvelles Pieces de Theatre
nous ne manquerons peut
être pas auffi
de motifs de confolation , fur tout en
continuant de nous tenir dans les juftes
bornes que nous nous fommes prefcrites ,
fans oublier jamais qu'un Journaliſte
doit être l'Hiftorien fidele , & defintereffé
, plutôt que le Cenfeur des ouvrages
des fçavans .
Comme on ne peut gueres donner d'extrait
d'un livre , qui ne contient lui - même
que des extraits , nous pourrions nous
contenter d'y renvoyer le lecteur ; nous
allons cependant pour fatisfaire fa curiofité
, en extraire quelque chofe ; nous
commencerons par l'Article des Spectacles.
Voici ce qu'on dit de Romulus , Tragedie
de M. de la Mothe.
» Nos nouveaux Auteurs Tragiques ,
" ( c'eft le Journaliste qui parle dans le
» mois de Fevrier , pag. 15. ) rejettent
» toûjours le peu de réüffite de leurs
Pièces
D'OCTOBRE 1723. 737
»
.
"
Pieces fur la prévention du Public , en
faveur de Corneille & de Racine. Le
fuccès de Romulus , Tragedie nouvelle
de M. de la Mothe , juftifie le
» Public à cet égard , & fait voir qu'il
» n'a pas tellement épuifé fes applaudiffe-
» mens , qu'il ne lui en reste encore pour
» ceux qui s'en rendent dignes . L'Analife
que le Mercure Galant a donnée de
» Romulus , nous difpenfe d'en faire ici
» une nouvelle. La fienne eft fuffifante
» pour mettre au fait de l'intrigue , &
du dénouement de cette Piece , ceux
qui ne l'ont pas vûë reprefenter. Cette
Analife eft accompagnée d'un grand
Séloge de M. de la Mothe. Nous refer-
» vons à parler plus au long de cette
Tragedie , lorfqu'elle fera imprimée ,
» & peut être que nous en entreprendrons
» alors un examen dans les formes ; il
» ne fçauroit être qu'avantageux à l'Au-
» teur. Quelques défauts que l'on a crû y
découvrir , & que nôtre amour pour la
» verité ne nous permettra pas de taire
» ne doivent point empêcher , qu'on ne
» la regardent à peu près , comme ce
» que l'on a mis de plus raifonnable fur .
nôtre Theatre depuis la mort de ces
grands maîtres , dont les plus beaux
» Ouvrages de nos jours ne fervent qu'à
» nous faire fentir la perte plus vivement.
F L'ex758
LE MERCURE
L'extrait que nous joignons à celui des
Spectacles n'eft pas peu intereffant à la -
Republique des Lettres , & nous croyons
que le Lecteur nous fçaura gré de
l'avoir choifi fur tant d'autres moins confiderables
qui font contenus dans le Journal
que nous annonçons.
OEUVRES DIVERSES DE PIERRE
BAYLE , en quatre vol . in fol . impreffon
propofée par foulcription , à la
Haye , chez P. Huffon , T. Johnſon
P. Goffe , & c.
و و
و ر
و د
Le rang que les ouvrages de feu
5 M. Bayle tiennent dans les Bibliotheques
, & l'approbation qu'ils ont re-
, çûë du Public , nous difpenfent , dit
,, nôtre Journaliſte , de faire l'éloge de
,, ce fçavant . Il faudroit être fort étran
ger dans la Republique des Lettres
» pour ignorer l'eftime que l'on a tou- a
5 jours faite de fon efprit également
agreable , & enjoüé , dans les marieres.
les moins fufceptibles d'enjouement.
Jamais livres n'ont été recherchez
avec plus d'empreffement que les fiens,
lûs avec plus de plaifir , & goûtez plus
3 un verfellement. Cinq éditions Frana
çonfes du Dictionnaire Hiftorique &
Critique de ce grand homme , & une de
Londres en Anglois , juftifient ce que
""
,,
و د
و ر
د و
nous
D'OCTOBRE 1723. 769
5, nous avançons. ,,
On mettra à la tête
da premier volume ( le Journaliſte fair ici
parler les Editeurs . ) Une Hiftoire de la
vie & des écrits de M. Bayle , où l'on
trouvera des éclairciffemens ( ur les écrits,
les fujets qui les ont fait naître , les dif
putes qu'il a eues avec divers fçavans ,
& c. A la fin du quatrième volume , il y
aura une table fort exacte. On fe fervira
des meilleures éditions de fes Oeuvres
fur tout de celles qu il a lui- même revûës.
On en a quelques- unes avec des
additions & des corrections de fa main.
Le Public ne fera pas fâché qu'on lui
donne de ce Philofophe , quelque chofe
qui n'a pas encore vû le jour . On peut
être affuré que nous ne donnerons rien
fous le nom de M. Bayle qui ne foit veritablement
de lui , & que perfonne ne
s'ingerera , fous quelque prétexte que ce
foit de corriger fon ftile , encore moins
de changer le fens de la matiere , & les
raifonnemens de l'Auteur . Enfin on n'épargnera
, ni foins , ni travail pour donner
une édition bien correcte , & qui
réponde au merite des ouvrages de l'Auteur
. Pour cet effet on confultera les additions
, & corrections qui font à la fin
de chaque volume ; on corrigera exactement
les fautes qui y font marquées , &
on placera les additions où elles doivent
Fij être ,
760 ™ LE MERCURE
être , &c. Il eft inutile d'en dire davantage
, & nous renvoyons pour tout le
refte qui concerne le temps & l'impreffion
de l'ouvrage , les foufcriptions , &c. à·
ce que nous en avons dit nous - même ,
dans nôtre Journal du mois de Juillet
1722. page 107 .
Nous finitons par un article qui nous
paru curieux , & fur lequel nôtre nouvel
Auteur s'cft beaucoup étendu . Car-
TE DU SYSTEME SOLAIRE , contenant
les Orbites des Planettes , & des Cometes ,
fuivant le Syfteme du Chevalier Newton .
Par M. Guillaume Whifton , Maître ès
Arts.
Cette Carte d'une grandeur confiderable
, & affez bien gravée , fe trouve
à la tête de cet article ; elle eft accompagnée
d'un long Memoire parfaitement
bien raisonné qui en contient
l'explication ; mais nous ne sçaurions
nous y arrêter à caufe de fa longueur
, & par la qualité de la matiere
qui n'eft gueres fufceptible d'un extrair,
›
Si nous étions du goût , ou dans les
principes de l'Auteur du nouveau Journal
, qui ufera , dit- il , du droit que les
Journalistes fe font acquis de dire librement
ce qu'ils penfent , & qu'on ne leur
contefte plus , &c. Nous pourrions auffi
dire librement nos penſées fur ce nouveau
JourD'OCTOBRE
1723. 762
Journal , que l'Auteur appelle deux ou
trois fois une Gazette. Mais nous n'avons
garde d'ufurper les droits du public , qui
trouvera peut être cette nouvelle Gazette
un peu médifan e en quelques endroits ,
& affez inal inftruite dans d'autres , fans
compter que l'Auteur , contre fa promeffe
, de ne parler que de livres imprimez
en France , s'étend fur plufieurs au
tres des Pays Etrangers , & qui ne font
pas les meilleurs . Nous l'avertiffons en
finiffant que l'on a défiguré le nom du
premier Editeur Benedictin des Oeuvres
de S. Ambroife , qui s'appelloit Dom
Jacques du Friche , & non pas de Trichet
, comme il eft marqué dans fon Journal
du mois de Mars 1722. page 62.
Comme cet extrait n'eft déja que trop
long , nous ne dirons plus qu'un mot fur
la miniere dont l'Auteur critique fort
au long la Tragedie de Romulus , dans
une lettre inferée dins fon Journal du
mois de May. Il prend par tout le ton
plaifant , qui convient plutôt à un Satyrique
, ou à un faifeur d'Epigrammes
qu'à un Journaliſte defintereffe. On voit
bien qu'il s'attache plutôt à égayer fa
matiere qu'à l'approfondir ; mais ignoret'il
qu'un bon mot ne prouve rien ? &
que le lecteur , qui cherche à s'inftruire ,
ne tient pas grand compte à un faiſeur
F iij
,
d'ex762
LE MERCURE
d'extraits qui n'écrit que pour faire
rire. En effet , voici comme il parle de
l'amour refpectueux de Romulus pour
que
la
Hercilie. Le Poëte a mieux aimé s'accom
moder au goût du temps , que de s'attacher
trop fcrupuleufement à l'Histoire , il
a fçû que nos François aiment beaucoup
mieux les filles que les femmes , & pour.
attirer leurs bonnes graces à fon Hercilie ,
il lui a confervé fa virginité jufqu'au dénouëment
de la Piece. On pourroit peut
être dire pour la juftification du Poëte ,
guerre étant entreprise pour redemander
la Princeffe , il ne feroit pas vraifemblable
, felon les moeurs d'aujourd'hui
qu'un mari ne faifit pas avec plaisir cette
occafion de s'en débarraffer , fi elle eut déja
été fa femme, &c. en bonne- foi , ce ftile
goguenard ne conviendroit- il pas mieux
au Roman Comique qu'à un extrait de
Tragedie ? Voici encore un trait digne
de remarque. Hercilie ayant confeffé à:
Sabine qu'elle aime Romulus , Sabine lui
demande d'où vient qu'elle feint de le
haïr. Hercilie répond' ,
Si je me relâchois fur ce que je me dois ,
J
Bien tôt plus foible encor .... mais c'eft lui
je vois.
que
Romulus vient là bien mal à propos
ajoûte l'enjoüé Journaliste , Hercilie étoit
entrain
D'OCTOBRE 1723. 763
entrain de dire de fort jolies choſes . Il devoit
encore ajoûter : ris , lecteur , ris en
attendant que je t'inftruife.
******************
1
EXTRAIT de diverfes Lettres des Pays
Etrangers.
R Schuberth travaille ici ( Lifp-
Mfc) a une Bibliotheque , Juris .
feud lis realis , qui d it paroître au mois
de Septembre , il paffera de- là aux autres
parties de la Jurifprudence ; il fait entrer
dans cet ouvrage les opinions des principaux
Jurifconfultes , & autres fçavans ,
aufquelles il joint fouvent les fiennes.
Nos Libraires ont publié depuis peu Leyferi
Auguft Melitationes ad Pandectas
tom . 2. in 4 1723. & Medicina metallorum
& c. ou inftruction pour polir &
perfectionner les métaux in 4° 1723 .
O
M. Jofeph Pafini , Profefeur de la
Sainte Ecriture , & des Langues Orientales
dans nôtre Univerfité ( Turin ) a
donné l'année paffée une Grammaire Hebraïque
à l'ufage de les Ecoliers , fous ce
titre Grammatica Lingua Santa inftitutio
, cum vocum omnium anomalorum indice
& explicatione & c. on y trouve à
la fin le difcours inaugural qu'il fit à
Fiiij l'ou764
LE
MERCURE
l'ouverture de fes leçons. Le Maireffe a
fous la preffe un ouvrage en Espagnol de
9. vol . in 4 ° , intitulé , Refleciones militares
& c. du Marquis de Sancta Croce ,
qui demeure depuis long- temps ici. Ces
Réflexions ne font autre chofe qu'une
Analyfe des Commentaires de Cefar
& autres grands Capitaines qui ont écrit
fur cette matiere. Le premier tome paroîtra
cette année .
Les Tartini & Franchi ont imprimé ici
( Florence ) une traduction de l'Iliade &
de l'Odiffée d'Homere , faite en vers Tofcans
, fans rimes ( a ) par M. l'Abbé Antonio
Maria Salvini , & dédiée au Roy
d'Angleterre , avec une Preface où il
rend raifon de fa maniere de traduire , 2.
vol. in 8. Outre que cette traduction eft
très- fidelle elle eft prefque mot pour
mot , ce qui fera d'un grand fecours pour
ceux qui veulent apprendre la Langue
Grecque. Il y a à la fin une table des
chofes remarquables. Les mêmes ont fous
la preffe un Catalogue du Jardin des
Simples de Pife , fait par le Docteur Tilli ,
( a ) Il femble que les Italiens qui ont confer
vé dans leur Langue beaucoup de chofes de la
Latine , en ont auffi retenu cette forte de vers.
L'ouvrage le plus celebre en ce eft l'excelgenre
lente traduction de l'Eneide de Virgile par Annibal
Caro.
fçavant
D'OCTOBRE 1723. 765
fçavant Botanifte de cette Univerfité.
Les Plantes les plus rares feront gravées
en cuivre , ce fera un grand in 4°. Cet
Auteur eft celebre par les voyages qu'il
a faits en Affrique & au Levant.
Le 6. May de cette année le Docteur
Luigi Dalla Fabra , Medecin & Profeffeur
de nôtre Univerfité ( Ferare ) eft
mort âgé de près de 70. ans , il s'étoit
rendu celebre par plufieurs ouvrages de
Medecine & de Phyfique qui ont été
imprimez ici.
Pierre Vander , a réimprimé ici ( Leide
) l'Hiftoire de Girolamo Rofti , de la
Ville de Ravenne , à laquelle il a ajoûté
le x1 . livre qui manquoit à la premiere
édition , & tout ce qui avoit été fupri
mé dans la feconde. Il a auffi réimprimé
l'Hiftoire du Poggio Florentin , avec les
notes & la vie de l'Auteur , que le Sig
Giovambattista Recanati avoit donnée au
public dès l'année 1715. à Venife , chez
Gabriel Erts. Il a dédié au même M. Recanati
l'Hiftoire Florentine de Bartolomeo
Della Scala , tirée nouvellement de
la Bibliotheque de Medicis , & il a réimprimé
auffil'Hiftoire de Matteo Palmieti
fur un manufcrit du mêine. M. Recanati..
Il y a ici ( Naples ) , actuellement fous
La preffe un ouvrage qui pourra faire:
quelque bruit chez les Etrangers , &
Fv même
766 LE MERCURE
→
même exciter leurs contradictions. Ce
font deux volumes in 4 fous ce titre.
Idea della ftoria dell' Italia letterata &c .
de. fig. D. Giacinto Gemma dottore delle
Leggi Avuocato Straordinario diquefta
Citta , Promotore è Generale della fcientifica
focieta Roffanefe , degl'incuriofi
& c . c'eſt à dire , Idée de l'Histoire litteraire
d'Italie , fuivant l'ordre Cronologique
depuis fon comencement jusqu'à prefent
, avec l'Hiftoire particuliere de chaque
fcience & de chaque art , de plufieurs
inventions ; des écrivains les plus celebres
que ,
de leurs ouvrages , & de quelques me .
moires de l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftides
Religions , des Académies , &
des difputes arrivés en differens temps ,
avec une réponse aux reproches , dont les
Etrangers ont voulu noircir l'Italie ,.
deux vol. in 4° , dans le 1. on trouvera
une table des Chapitres & des Controverfes
, & dans le 2. une autre des Auteurs
louez ou attaquez , & des choſes :
remarquables. Le 1. tome eft de 51. feüilles
, fans le frontispice , l'Epître Dedica
toire , l'avis & les tables , & finit à l'an
1400 & le 2. qui fera plus gros ' , conti--
nuer depuis 1401. jufqu'en 1723. L'Auteur
a entrepris cet ouvrage pour défendre
l'Ital e des infultes des François , &
des autres nations qui s'imaginent , dit-il,
que
D'OCTOBRE 1723. 767
que les fciences y ont toûjours été negligées.
Il fait voir que tous les peuples ont
tiré de l'Italie les fciences , les maîtres ,
les coutumes , & la meilleure partie de
leurs inventions , & que quand elle étoit
fçavante , comme elle eft encore aujourd'hui
, toutes les autres nations étoient
barbares. Cet ouvrage a fait tant de bruit
ici que vingt particuliers l'ont fait impri
mer , pour ainfi dire , par force en achetant
toute l'édition d'avance. M. Gemma
s'étoit déja acquis une grande reputation
par plufieurs ouvrages , entre autres par
les Differtations Académiques , Differta
tiones Academica , nempe de bominibus
fabulofis & de fabulofis animalibus. A
Naples 1714. 1. vol . in 4º & par feséloges
Académiques. Elogi Academici
della focieta di Roffano , ibid. 2. tom . in
4° . Il a encore un autre ouvrage prêt à
imprimer l'Hiftoire naturelle des Perles ,
& des Pierreries divifée en v . livres , dans
lefquels il explique les noms , les efpeces ,
la generation , les vertus , les fymboles
& les Fables des Perles & des Pierres
précieufes.
Il y a quelques mois que nôtre Almoro
Albrizzi ( Venife ) a fini l'impreffion des
fçavantes Differtations du R. P. Chrétien
Loup en 44. feuilles d'impreffion , qui
feront mifes à la tête du 1. tom . de fes
F vj Oeuvres,
768 LE MERCURE
Oeuvres , & dédiées à Sa Sainteté fous
ce titre , Synodorum generalium , ac Provincialium
Decreta & Canones & c . Decrets
& Canons des Conciles generaux &
Provinciaux avec les Scholies , les notes
& une Differtation Hiftorique des Acres
, par le R. P. Chrétien. Loup , de
Ordre des Hermites de S. Auguſtin ,
Docteur en Theologie de l'Univerfité de
Louvain , & premier Profeffeur Royal.
Premiere partie , tom . I. contenant outre
les Conciles de Nicée , de Sardigue , de
Conftantinople & d'Ephefe , une Differtation
préliminaire des perfonnes , des
moeurs & des herefies de Meletius &
d'Arius , ouvrage pofthume, avec plufieurs
additions à la Differtation fur le Symbole
des Apôtres & de Nicée , mifes au jour
pour la premiere fois par les foins du R. P.
Thomas Filippini , & c . Les Oeuvres du
R. P. Loup étoient devenuës tellement
Fares , particulierement les Scholies fur
les Conciles qu'on a crû rendre ſervice
au public , que d'en entreprendre une
nouvelle édition , & de les raffembler
toutes en douze volumes in folio d'environ
400. pages chacun . L'Auteur avoit
eu un pareil deflein , & avoit preparé
pour cla plufieurs additions aux Scholies
des Conciles , & deux grandes Differtations
, mais la mort arrivée en 1681. en
empêD'OCTOBRE
17237 769
empêcha l'execution . A prefent que les
manufcrits font tombez entre les mains
du R. P. Querni , Vicaire General des
Auguftins , le R. P. Cervioni , General
de l'Ordre a commis le R. P. Filippini
pour prefider à cette édition . Les matieres
qui n'ont point été imprimées rempliront
le 1. tom. & une partie du 2. &
dans les autres on trouvera des notes
marginales du Cardinal Noris , communiquées
à l'Editeur par M. Co : Ottolini .
On avertit qu'on ne changera rien au
Texte de l'Auteur , s'obligeant de mettre:
plutôt quelques notes marginales , s'il ea
eft befoin , que de retrancher ou alterer
le moindre mot. Quand on donnera ce
1. tom. on propofera des foufcriptions .
pour les onze fuivans ..
TRAITE D'OPTIQUE fur les Réfle
xions , Refractions , Inflexions & les
couleurs de la Lumiere. Par le Chevalier
Newton , traduit par M. Cofte. Deuxiéme
édition Françoile. A Paris , chez
Montalant 1722. 595. pages.
TRATTE' DES VERNIS , où l'on don
ne la maniere d'en compofer un , qui
reffemble parfaitement à celui de la Chine
, & plufieurs autres qui concernent
La Peinture , la Dorure , la Gravure à
l'eau
770 LE MERCURE
Peau-forte & c. avec figures , vol . in 12.
de 206. pages. A Paris , chez Laurent
d'Houry, rue de la Harpe 1723 .
Cet ouvrage eft une traduction du Pere
Bonnani , Jefuite Italien , connu par plufieurs
ouvrages fçavans & curieux . La
réputation de cet Auteur doit prévenir
en faveur de ce livre. M. Andri qui l'a
approuvé , dit qu'il n'y a rien trouvé
que
de très- curieux , & qui ne puiffe être
d'un ufage utile.
L'Abbé Desfontaines- Guyot a été
nommé par M. le Garde des Sceaux pour
travailler au Journal des Sçavans , qui
eft interrompu depuis quelque temps . On
dit qu'il paroîtra au mois de Janvier 17 24.
fous une nouvelle forme , in 12. en dixfeuilles
, & feulement tous les mois.
L'Auteur dont on parle, paffe pour
écrire
naturellement & avec efprit , & pour
être laborieux. Ces qualitez jointes à beau--
coup de talent pour la critique , font efperer
au public un excellent Journal .
M. Defrochers , habile Graveur de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture
, ayant gravé un très- beau portrait,.
en bufte , de l'Empereur avec les attri--
buts & c. S. M. I. qui a été très contente
de cet ouvrage , lui a donné une grande
Medaille
D'OCTOBRE 1723. 771
1
1
Medaille d'or , où ce Prince eft reprefenté
en bufte avec cette Legende , CAROL.
VI . D. GR . IM. S. A. GER.
HI. H. B. REX Av. Au. & pour Revers
un Globe terreftre entouré de nuées..
avec cette devife , Conftantia & fortitu
dine. C'eft ce qui a donné lieu aux vers
qu'on va lire.
Enfin , cher Defrochers , même dès cette vie ,
Tu jouis de la gloire en dépit de l'envie ,
Et tu peux te vanter que les dons de Cefar ,
Ne t'ont point recherché par un coup du hazard.
Ce Prince que le Ciel cherit , éclaire & guide ,
A le difcernement jufte autant que folide :
Les beaux Arts qu'il foutient & paye au poids
de l'or ,
Vont fous fon regne heureux prendre un nouvel
effort.
De ce fage Empereur , vrai fucceffeur d'Augufte,
Aux
yeux de l'univers tu prefentes le Bulte ,
Et le papier fragile où brille ton burin ,
Vaincra le temps qui ronge & le marbre & l'ai
rain .
Fourfuis cher Defrochers , grave tous les grande
hommes
Tant des fiecles paſſez que du fiecle où nous fon
93
mes ;
Repre772
LE MERCURE
Keprefente leurs ports , leurs geftes & leurs traits ,
Je te promets des vers pour orner leurs portraits ;
Ma mufe les peignant toûjours d'après nature ,
N'en impofera point à la race future ,
Et peut être qu'un jour aimant la verité ,
Nos neveux rendront
Au lieu
que
à ma
grace fincerité
revoltez contre mes adverſaires ,
Ils les mépriſeront comme autant de fauffaires ,
Qui faiſant de nôtre art un trafic odieux ,
Profanent lâchement le langage des Dieux.
F. Gacon , Prieur de Baillon.
M. Geuflin a été reçû dans l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , le
28. d'Aouft dernier . I prefenta pour fa
reception les Portraits de Ms de Largiliere
& Barrois , dont toute l'Académic
parut fatisfaite.
On apprend de Londres qu'on avoit
fait depuis peu à Richemont , en preferce
du Prince de Galles , l'épreuve d'un
canon de nouvelle invention , dont on
peut tirer 33. coups en moins de trois
minutes , & que S A. R. en parut fore
fatisfaite.
Le
D'OCTOBRE 1723. 773
3.
Le 7. du mois dernier l'Académie
Royale de l'Hiftoire à Liſbone , fut admile
fuivant fes Statuts , à tenir la conference
au Palais , en prefence du Roy
de Portugal , de la Reine , du Prince du
Brefil & des Infans . Don Ferdinand
Telles de Sylva , Marquis d'Alegrette ,
qui étoit Prefident de jour , y prononça
un Difcours très - éloquent à la loüange
de la Reine.
Dans l'affemblée du Jeudi 30. Septembre
Mrs Adam , le Prefident Henault
& l'Abbé Alarie , furent élûs à l'Académie
Françoife , aux places vacantes par
la mort de l'Abbé Fleury , du Cardinal
Dubois , & du Premier Prefident de
Mefmes.
Le Maréchal de Tallard a été élû à
l'Académie Royale des Sciences , à la place
d'Académicien Honoraire qu'avoit le
feu Cardinal Dubois.
1
$
SPECTACLES.
Na prefenté fur la fin de Septem-
Obre trois Pieces nouvelles aux Comediens
François , dont voici les titres
le Philantrope , Comedie en vers , & en
trois Actes , par le fieur le Grand , Comedien
774 LE MERCURE
medien du Roy. La nouvell : Actrice ;
petite Piece en vers , Marianne , Tragedie
par M. de Voltaire. On avoit lu
quelques jours auparavant une autre Tragedie,
de Marianine , dont l'Aureur ne fe
nomme point. Elle n'a pas été reçûë.
Le 6. de ce mois les mêmes Comediens
ont reçû une Comedie nouvelle en
vers , & en cinq Actes de M. de Boiffi ,
intitulée l'Impatient.
La fameufe Tragedie d'Heraclius , du
grand Corneille , qu'on a remis au Theatre
depuis peu , & qui eft excellemment
reprefentée , vient de recevoir de nouveaux
applaudiffemens , & d'attirer un
très- grand concours au Theatre François.
On va reprendre inceffamment la
Comedie de Bazile & Quitterie , & la
Tr gedie de Nitheris .
Le 1o. de ce mois l'Académie Royale
de Mufique a ceffé les reprefentations du
Ballet des Fêtes Grecques & Romaines ,
M Antier y a chanté depuis le 26.
Septembre une Cantate nouvelle , à la
fin du divertiffement de la feconde entrée
, qui lui a attiré bien des applaudiffemens
, ce morceau de Mufique eft de la
<compofition du même Auteur du Ballet
qu'on vient de quitter.
Le
D'OCTOBRE 1723. 175
Le 14. on a repris Pirithous , Tragedie
dont nous avons donné l'extrait , dans
le Mercure de Fevrier , & le 28. on a
remis au Theatre Philomele , Tragedie .
Les Comediens Italiens ont quitté le
Theatre du Fauxbourg S. Laurent , le
29. du mois paffé , pour revenir à l'Hô
tel de Bourgogne , où ils ont reprefentez
le 2. Octobre pour l'ouverture du Theatre
, le Joueur , du fieur Lelio qu'on revoit
toûjours avec plaifir , & pour petite
Piece Agnès de Chaillot.
Le 24 les mêmes Comediens ont donné
la premiere repreſentation d'une peti
te Piece , intitulée le Départ des Come
diens Italiens , qui a été bien reçûë.
Nous n'avons pas negligé la Relation
qu'on nous a envoyée , des fêtes quile font
données à Munich , au fujet du mariage du
Prince Electoral de Baviere, avec l'Archiducheffe
Amelie ; mais nous l'avons reçûë
fi tard que nous n'avons pas crû devoir en
faire ufage , après avoir parlé de cet
évenement dans le temps qu'il eft arrivé ,
felon les memoires qui nous font venus
d'Allemagne . Nous dirons feulement un
mot de deux Opera qu'on a reprefenté à
cette occafion avec la derniere magnificence.
Le Prologue du premier étoit une
difpute entre Neptune , qui fouhaite la
guerre,
776 LE MERCURE
guerre , & Pallas qui n'infpire que la
paix. Jupiter defcend des Cieux , &
comme arbitre fuprême termine ce differend
, en annonçant l'augufte mariage du
Prince Electoral avec l'Archiducheffe
Amelie , comme un figne de paix & d'u
nion. Le fujet de la Piece étoit Adelaïde,
Reine d'Italie , qui époufa Otton , Roy
de Germanie. Le Prologue du fecond
Opera fe palloit entre une Nymphe &
un Pafteur que le Fleuve d'Ifer inftrui
foit du bonheur que leur promettoit cette
augufte alliance ; un choeur de Bergers
en marquoit la joye par des chants d'al
legreffe. Le fujet de la Piece étoit trèsintereffant
, & répondoit parfaitement à
fon titre des Veritables Amis . C'étoient
deux Princes incerrains de leurs noms ,
& de leurs droits à l'Empire , & qui par
un excès d'amitié fincere & reciproque ,
vouloient s'expofer l'un pour l'autre à la
mort , & fe ceder mutuellement la Couronne.
Enfin la Reine qui feule avoit le
fecret , & qui n'ofoit le découvrir , dans
la crainte que le Tyran , qui avoit fait
mourir le Roy fon époux . ne fit auffi
mourir fon fils , legitime heritier du
Royaume, voyant le peuple revolté contre
le Tyran , declara lequel des deux
Princes étoit fon fils . On lui rendit auffitôt
l'hommage qui lui étoit dû. Le nou.
усак
t
777
D'OCTOBRE
1723.
veau Roy pardonna au Tyran , combla de
faveurs le Prince fon ami, & le rendit après
lui , le plus puiffant de fon Royaume.
88
NOUVELLES DES COURS
S
*
ETRANGERES.
Turquie.
Elon les lettres de Conftantinople ;
du 22. Aouft , les Turcs avoient fait
de grands progrès dans la Georgie , &
fur les frontieres de Perfe , fans rencontrer
aucune réſiſtance. L'armée que le
Grand Seigneur avoit fait affembler à
Erzeron , s'étant trouvée compofée de
près de 80. mille hommes , marcha il y
a quelque temps vers Tiflis dans la Geor
gie , & s'étant prefentée devant cette
place , l'Officier Perfan qui y commandoit
apporta d'abord les clefs de la For
tereffe au Seraskier ou General de cette
armée , & tous les habitans fe foumirent
à la domination de la Porte , à l'exception
du Prince de Tiflis , qui fe fauva
fecretement avec plufieurs perfonnes de
fa Cour , du côté de la Mingrelie. Après
cette conquête l'armée du Grand Seigneur
fe fepara en deux corps , le plus
confide778
LE
MERCURE
eut
par
confiderable prit la route d'Erivan , dont
il s'empara après quelques jours de fiege,
& le Gouverneur qui avoit refulé de fe
rendre aux premieres fommations ,
la tête tranchée auffi - tôt que les Turcs furent
entrez dans cette place ; l'autre
tie de l'armée de la Hautelle a dû pené
trer du côté du Mont Caucafe , où l'on
croit qu'elle trouvera les paffages libres
pour joindre l'armée de l'ufurpateur Miweitz
; le Seraskier ayant mandé au
Grand Vifir que l'occafion étoit favora
ble pour étendre la domination du Grand
Seigneur du côté de la Perfe , & reprendre
les places que le Czar a conquiſes du
côté de la Mer Cafpienne.
On ajoûte même que la Porte avoit
fait infinuer au Refident du Czar , que
fon Maître devoit retirer les troupes de
ces quartiers- là , fans quoi le Grand Seigneur
feroit obligé de rompre la paix
conclue entre les deux Empires.
On allure que les Turcs ont mis la
Fortereffe d'Aloff dans un tel état de perfection
, qu'il n'y en a point de pareille
en Orient , & qu'ils y ont envoyé environ
40. mille hommes de troupes reglées
, tant pour augmenter la garnifon
que pour garder les paffages contre les
Mo covites & les Cofaques du Don .
Le Grand Vifir a reçû , dit- on , une
lettre
D'OCTOBRE 1723. 779
lettre de Miriveits , par laquelle il reconnoît
le Grand Seigneur pour Chef
des Mufulmans , & le fuplie de s'unir
avec lui pour détruire en Perfe , les ennemis
de la Loy de Mahomet. Cette lettie
ayant été lûe dans le Divan , le Mufti
& les gens de Loy furent d'avis qu'il falloit
accorder à l'ufurpateur tout ce qu'il
demandoit pour l'execution d'un deffein
fi favorable à la Religion ; mais le Grand
V fir fut d'avis contraire , & l'on ne prit
aucune refolution ,
On écrit de Tauris du mois de Juillet
dernier , que le nouveau Sophi Taamas ,
fiis du Sophi Ullein y levoit des troupes
pour s'eppoier aux progrès de les ennemis.
O
Raffic.
N mande de Pete: fbourg que les
Seigneurs de la Cour ayant eu ordre
de faire preparer leurs Yachts , &
autres petits bâtimens , pour accompa
gner jufqu'à Cronfloot le petit Elquif
que le Czar Alex's Michaelowitz , pere
de S- M. Czarienne fit conftruire autrefois
, & qui étoit le premier qu'on eut
fait en ce pays , ils reçûrent avis le 25.
Aouft , que le Czar s'y étoit rendu de
Petershoff, & que la Flotte étoit devant le
Port. Le petit Efquif auquel on a donné
le nom de Petit Grand- Pere , fut mis
fur
780 LE MERCURE
fur une Galiotte qui partit le même jour
avec tous les Yachtz des Seigneurs qui
l'accompagnoient . Il fut receu par la
Flotte avec toutes les marques de diftinction
qui font d'ufage fur mer , & il fut
falué d'une décharge d'artillerie de chaque
Vaiffeau, ainfi que de celle du Port &
de la Fortereffe de Cronfloot. Ces honneurs
furent rendus à ce petit bâtiment ,
en memoire de ce que fervant autrefois
à divertir le Czar dans fa jeuneffe , il fit
naître en lui l'inclination & le goûr que
ee Prince a eu depuis pour la Marine ,
& de ce qu'il conçût alors le deffein d'a
voir une Flotte dans les Ports de Mofcovie
, en cas qu'il montât un jour fur le
Trône du Czar fon pere . Après cette
fête , dont la Czarine vit le fpectacle ,
leurs Majeftez Czariennes retournerent
par eau à Petershoff , accompagnées des
petits bâtimens des Seigneurs, qui étoient
au nombre de 108. Les Miniftres Etrangers
y arriverent la nuit fuivante . Et le
26. au matin le Czar envoya fa chaloupe
au-devant d'eux pour les conduire juſqu'au
canal , qui eft long de 300. toifes ,
& dans lequel les petits bâtimens s'étoient
rangez . Ces Miniftres qui furent
magnifiquement regalez , eurent l'honneur
de le promener avec S. M. Czarienme
dans fon Palais & fes jardins , elle
leur
D'OCTOBRE 1723. 781
leur fit remarquer entre autres chofes un
jet d'eau de 13. pouces de diametre & de
36. pieds de haut , qui coule nuit & jour
aïnfi que les autres Fontaines fans dif
continuation .
Ce jour- là L. M. Czariennes donnerent
un fplendide feftin aux Seigneurs &
Dames de la Cour. On avoit dreffé 2 .
tables de 72. couverts chacune , dans les
deux Galleries au bas de Petershoff. Le
Czar étoit à l'une avec les Cavaliers &
la Czarine à l'autre avec les Dames .
N'oublions pas un Moulin , auprès de
Petershoff , qui fut admiré de toute la
Cour , & qui par le moyen d'une rouë
que l'eau fait mouvoir , deux machines
très -bien inventées fcient le inarbre ,
& trois autres le poliffent. Le 27. le petit
Efquif fut reconduit à Petersbourg
avec les mêmes ceremonies .
La Maifon de Petershoff eft bâtie
dans une fituation fort heureufe fur une
élevation ; on voit d'abord en y arrivant
les napes & les caſcades qui font au bout
du canal en forme d'amphiteatre , qui
font un point de vûë admirable. Dans un
des Pavillons des Galleries on voit , &
on entend avec grand plaifir un carrillon
de cloches de verre , qu'un Organifte
fait jouer. On travaille actuellement
à une machine hydraulique qui le fera
joiier tout feul.
G Le
782 LE MERCURE
Le 2. Septembre le Czar fe rendit à
Petersbourg pour voir l'entrée de l'Ambaffadeur
Extraordinaire , & Plenipotentiere
du Roy de Perfe , qui fe fit le mê
me jour. S. M. Czarienne lui avoit envoyé
un de fes Yach s avec plufieurs bare
ques & chaloupes , tant pour lui que pour
les de fa fuite. A fon entrée dans la
gens
Ville il fut falué par les canons de la
Fortereffe , & conduit enfuite à l'Hôtel
qu'on lui avoit preparé , en cet ordre.
Trois Officiers du Sophi ayant des bâtons
à la main , l'Ambaffadeur accompa
gné de Mrs Protafficff & Deviciack , un
domeftique de l'Ambaffadeur , qui portoit
fon fabre couvert d'un drap , la fuite
de l'Ambaffadeur. Il y avoit devant l'Hôtel
des Ambaffadeurs 36. foldats fous les
armes , le tambour appellant.
Le 5. il eut fon audience publique.
M. Protafficff alla le prendre dans la
propre barque de S. M. Czarienne , fuivie
de 15. autres pour les gens de la fuite
de l'Ambaffadeur , lequel entra dans cette
barque avec fon interprete , & le Secretaire
de l'Ambaffade qui portoit fur fes
deux mains la lettre du Roy de Perfe ,
envelopée d'un drap d'argent. Avant.
d'arriver à la Salle d'audience , l'Ambaf
fadeur trouva dans la cour du Senat deux.
bataillons rangez en haye , & fous les
armes.
D'OCTOBRE 1723. 783
armes. Il fut reçû au bas de l'efcalier par
le Directeur General des Pottes ; à l'entrée
du veftibule par le Brigadier Leonticf,
& à la porte de la Salle d'audience
par le General Major , & Major des Gardes
du Corps.
L'Ambaffadeur avant que d'entrer dans
da Salle , remit fon coutelas , & fes meules
à fes domeftiques , qui laifferent auffi
leurs fabres , ' coutelas & meules hors de
la Salle. Ce Miniftre ayant pris des mains.
du Secretaire la lettre du Sophi , entra
dans la Salle , en faisant une reverence
& s'étant avancé jufqu'auprès du Trône,
il en fit trois autres , &&
prononça le Dif
cours fuivant.
TRES- GRACIEUX SEIGNEUR ,
que
›
Ainfi que le Soleil illumine toute la
terre, & la clarté & les influences
des Etoiles produisent & confervent la vie
à toutes les creatures ; pareillement tous les
habitans du monde font rendus partici
pans des graces. & des faveurs de Votre
Majefté. Le bonheur que Dieu a accordé
à V. M. ne peut permettre à perfonne
d'attaquer V. M. le Trone di V. M.
furpaffe tous les autres en fplendeur , ainſi
l'Etoile la plus brillante eft la premiere
en rangpar fon éclat. Le Tout- Puiſſant a
que
Gij
affermi
784
LE MERCURE
affermi le droit & la Couronne de V. M.
ainfi qu'il a étendu la domination du Roy
Pheridumi , comblé de graces le Roy Dichemfched
, & de gloire le Roy Kiavanum.
Dien foit avec vous , vaillant, invincible
& le plus grand des Empereurs de
ce fiecle. Par la grace de Dieu , comparable
à la pierre Philofophale , & par un
bonheur connu à tout le monde , mon trèsgracieux
Seigneur , veritable croyant , eft
parvenu au Trêne , & a pris les rênes du
Gouvernement. S. M. m'a envoyé ici pour
renouveller & confirmer l'amitié perpetuelle
entre les deux Empires , & compli
menter V. M. de fa part ; fouhaitant ar
demment que la finceré amitié qui regne.
prefentement , puiffe être confervée , &
augmentée de part & d'autre.
L'Ambaffadeur prefenta enfuite au
Czar la lettre du Roy de Perfe , fon
maître , il s'avança plus près du Trône
à genoux , & baifa le bas de l'habit de
S. M. Czarienne qui lui prefenta fa main
à baifer , & aufli - tôt ce Miniftre fe
retira marchant en arriere jufqu'à l'entrée
de la Salle , où tous les Officiers &
domestiques de fa fuite étoient reftez .
Après quoi il fut reconduit avec les
mêmes ceremonies obfervées à fon ar i
vée au Palais , & il fut fervi dans fon
Hôtel les Officiers de la Cour . On
par
•
remarqua
D'OCTOBRE 1723 . 781
remarqua qu'il fondit en larmes , lorfque
S. M. Czarienne lui demanda des nou
velles de la fanté du Roy fon maître. La
lettre de creance qu'il prefenta avoit été
expediée par le vieux Sophi , & enfuite
confirmée par le Sophi , fon fils. Cet
Ambaffadeur demande , dit- on , du fecours
, pour mettre le Roy de Perfe , fon
maître en état de remonter fur le Trône ,
de les ancêtres : ce Prince qui s'ett retiré
à Tauris , eft le dernier de la famille
Royale , l'ufurpateur Miriweitz ayant
fait étrangler tous les freres.
Suivant quelques avis de Derbent , le
même Miriweits Mahmud Cham , fils
du Prince de Candahar , qui a déja tant
fait parler de lui , avoit réduit toute la
Perfe fous fa domination , après avoir fait
mourir quelques -uns des principaux Seigneurs
Perfans , affectionnez au Roy détrôné
, fous prétexte qu'ils avoient été
caufe des derniers troubles ; qu'il a changé
la forme du Gouvernement , & établi
un Confeil de quelques Seigneurs , auquel
il préfide. Que toutes les affaires
s'y décidoient conformément à fes intentions
, qu'il avoit envoyé des lettres circulaires
dans toutes les Provinces , avec
ordre à fes nouveaux fujets de prendre
les armes , & de venir joindre fon armée
parce qu'il avoit deffein de reprendre fur
Giij
le
786 LE MERCURE
le Czar les Villes de Tereki , de Dere
beert , d'Andreof , & les autres petites
pl ces du Dagueftan , dont S. M. Czarienne
s'empara l'année derniere. On dit
qu'un Ambaffadeur de l'Empereur de la
Chine eft arrivé dans fon camp , & qu'il
lui a promis un fecours confiderable de
troupes.
Le 17. de Septembre on apprit à Peterfbourg
, par un Exprès de Derbent , la
nouvelle que les troupes du Czar avoient
pris d'affaut la Ville de Backa , fitube fur
le bord de la Mer Cafpienne dans la
Province de Chirvan . M. Matuchkin ,
Maréchal de Camp des armées de S. M.
Czarienne arriva par mer devant certe
place , & l'ayant bombardée pendant
quelques jours , s'en étoit rendu maître
le 8. Aouft dernier , & y avoit mis une
garnifon Mofcovite .
Nous n'avons rien de remarquable à
raporter des Royaumes de Pologne , de
Suede , ni de Dannemark.
Allemagne.
Offque quelques Députez des Etats
de Bohéme , furent admis à Prague
à l'audience de L. M. I. ils prefenterent
une bour'e de 1 oo. ducats d'or àd'Empereur
, & une & une de sooo . à l'Imperatrice ,
par forme de don gratuit , à l'occafion
I
de
D'OCTOBRE 1723. 787
de leur Couronnement . Les Juifs de Prague
ont aufli prefenté à l'Empereur une
bourfe de dix mille ducats , au nom de
leur nation . Pendant 8. jours ils ont orné
leur Sinagogue de Tapifferies brodées
d'or , & enrichies de perles ; ils ont fait
jetter de l'or & de l'argent au peuple ,
& ont fait de grandes charitez aux pauvres
, tant Chrétiens que Juifs.
Quelques jours après fon Couronnement
, l'Empereur fit 139. Chambellans
de la Clef d'Or.
On a eu avis que les deux Princes
Ragorzy font arrivez en Sicile , où l'Em
pereur leur a donné 13000. florins de
revenu en Fiefs , dont ils ont pris poffeffion
dans ce Royaume , & dans celui
de Naples ; fçavoir , 7000. à l'aîné ,
qui porrera le nom de Marquis de Saint
Charles , & 6000. au cadet , qui fera
nommé le Marquis de Sainte Elizabeth ,
du nom de l'Empereur & de l'Imperatrice.
Le fameux Comte Tekeli , parain
du cadet de ces Princes , lui avoit laiffé
tous fes biens par fon Teftament.
Le Village de Remscheidt dans le Du
ché de Bergue a été réduit en cendres
par
accident.
On a appris de Podolie , que les Turcs
avoient reçû ordre de continuer les travaux
des fortifications de Coczim qu'ils
Giiij avoient
788* LE MERCURE
avoient quittez pour quelque temps , &
qu'ils voituroient une grande quantité de
grains dans les magafins de cette Fortereffe
.
Le 3. de ce mois , Fête de Sainte Marie
de la Victoire , l'Imperatrice Amelie,
entendit à Vienne dans fa Chapelle , la
Meffe celebrée par le Prevoft de la Metropolitaine
, en action de graces de la
fameufe bataille navale de Lepante , que
Don Juan d'Autriche , fils naturel de
l'Empereur Charles V. gagna contre les
Infideles en 1571. près de l'Ifthme de
Corinthe.
M
Hollande & Pays - Bas
R Vander-Meer , Confeiller de la
Ville de Leyde , qui a été nommé
à l'Ambaffade d'Efpagne par les Etats
Generaux , prêta ferment en cette qualité
à la Haye le 13. de l'autre mois . Le Major
Hop a été nommé leur Envoyé Extraordinaire
en Angleterre.
Le Vice- Amiral Godin qui doit commander
l'Eſcadre des cinq Vaiffeaux
Hollandois , deftinée à croiſer l'hyver
prochain contre les Algeriens , a pris
congé de leurs Hautes - Puiffances .
On a eu avis qu'il y avoit eu un troifiéme
incendie dans la Ville de Mayence ,
- qu'on avoit arrêté quelques uns de ceux
qui
D'OCTOBRE 1723. 789
qui en font les Auteurs , & que parmi ces
fcelerats il y avoit un pere & fon fils
qui avoient avoué en prefence de l'Electeur
, qu'ils étoient complices des trois
incendies .
Les maladies qui regnoient en Picardie
, & en Artois font entierement ceffées.
Depuis que les Actions de la nouvelle
Compagnie des Pays- Bas font tombées
au pair , celles des Indes Orientales d'Hollande
font montées à 640. & celles des
Indes Occidentales à 92 .
On mande de la Haye que le Village
de Tarfeveld , dans le Comté de Zetphon
, a été réduit en cendres , de même
que l'Eglife du lieu.
Après la premiere affemblée generale
de la Compagnie de Commerce des Pays-
Bas , tenue à Anvers le 6. de ce mois
les Actions font montées à . pour cent. f .
2
Le 13. de ce mois un Moulin à poudre
, hors des portes de Delft fauta en
l'air , & caufa beaucoup de dommage à
diverfes maifons des environs.
Le Cardinal d'Althan , Viceroi de
Naples a fait chanter dans la Capitale
de ce Royaume un Te Deum avec beaucoup
de pompe , au fujet de la groffeffe
de l'Imperatrice , & le Marquis de Prié
a écrit à tous les Evêques des Pays - Bas
d'ordonner de prieres publiques pour la
Gy confer790
LE MERCURE
confervation de fa fanté , & pour fon
heureufe délivrance .
Lorraine & Suiffe , & c.
U Soleure , ayant confulté fon Curé
N Payfan d'Ofth , dans le Pays de
fur ce qu'il devoit faire au fujet d'un
fils défobéïffant qui le maltraitoit , &
n'ayant point trouvé la confolation qu'il
cherchoit , entra dans l'Eglife du lieu , &
s'y pendit de defefpoir . Le Canton de Soleure
a écrit à Rome pour fçavoir ce
qu'il convient faire de cette Eglife ainſi
polluée
ON
Angleterre.
N apprend de Londres que par le
montant du produit de la vente des .
biens confifquez fur les anciens Directeurs
de la Compagnie de la Mer du
Sud , cette Compagnie fe trouve en état
de faire une repartition de dix- pour cent
aux intereffez , & c'eft ce benefice qui a
fait monter les Actions juſqu'à cent dix
& demi .
On écrit d'Antegoa que le Capitaine
Otter , ayant invité à dîner le Colonel
Huart , Gouverneur de cette Ifle , &
plufieurs autres perfonnes de diftinction
la Cuifiniere qui étoit une Negreffe ,
avoit réfolu de l'empoifonner avec toute
La
33
D'OCTOBRE 1723. 79%
fa compagnie , ayant mis du poifon pour
cet effet dans toutes les fauces ; mais ayant
cu querelle avec une autre Negreffe qui
étoit du complot , celle ci découvrit cet
abominable deffein , & le fait ayant été
pleinement prouvé , la Cuifiniere fut condamnée
à être brûlée. Elle fubit ce fupplice
avec une intrepidité furprenante ,
s'étant elle-même jettée dans les flâmes
fans témoigner la moindre frayeur.
On mande de la nouvelle Angleterre
le fameux Pirate Lowe a été pris par
que
un Vaiffeau de guerre françois , dont le
Capitaine a fait pendre ce Pirate avec
tout fon équipage..
L'Hamilton , appartenant à la Compagnie
Royale d'Affrique , partit le 27%
du paffe de Weymouth , avec des ouvriers
mineurs de Cornouaille , qui vont travailler
aux mines d'or qu'on a découvertes
depuis quelque temps à Gambia en
Affrique .
Le 5. de ce mois un des chevaux du
Duc de Bolton , remporta le prix Royal
des courfes, qui fe font tous les ans à
Winchefter. Le prix que le Roy donne
eft de cent livres Sterlin .
Leur
Efpagne & Portugal .
E 11. de Septembre entre 6. & q.
heures du matin , le feu prit à l'HôĠ
vj tel
792 LE MERCURE
tel du Duc d'Offone , à Madrid , & fe
communiqua prefque dans un inftant à
tout ce magnifique édifice. Le Duc & la
Ducheffe eurent à peine le temps de fe
fauver à moitié habillez , de même que
grand nombre de fes domeftiques , dont
plufieurs furent obligez de fortir par les
fenêtres. On fauva par le jardin une partie
des papiers , mais tout le refte des
meubles , tableaux , & autres Effets
furent tous confumez , malgré tout ce
qu'on pût faire pour éteindre le feu . Il a
peri plufieurs Maçons & Charpentiers
qui étoient accourus pour l'éteindre. La
Ducheffe d'Offone groffe de 4. mois fe
retira d'abord avec les femmes dans le
Convent des Merveilles , qui eft joignane
` fon Hôtel , & enfuite chez la Ducheffe
Doüairiere de Medina- Celi.
Le Marquis de Valero , Viceroy de
la nouvelle Eſpagne , arrivé depuis peu à
Madrid , prêta ferment le mois paffé entre
les mains du Roy pour la Charge de
Majordome- Major de la Princeffe des
Afturies.
Le Confulat des Indes a fait offrir au
Roy de lui fournir 80000. pieces de huit,
pour équiper 2. Vaiffeaux de guerre que
S. M. Catholique employercit à croifer
dans la mer du Sud , fur tous les Vaiffeaux
étrangers qui y viendront commer
cer fans permiffion.
Le
D'OCTOBRE 1723. 793 .
Le Roy d'Espagne a ordonné qu'à l'avenir
on ne recevroit dans les principa
les Villes d'Espagne aucun Rigidor ou
Gouverneur de Police , qui ne fut Noble,
& d'une probité reconnuë.
Don Jofeph de Armendaris , Marquis
de Caftel -Fuerte , Capitaine General
de la Province de Guipuſcoa , a été nommé
Viceroy , & Capitaine General de
Perou .
Le 15. de ce mois vers les dix heures
du foir , il y eut à Madrid un orage terrible
, mêlé d'éclairs & de tonnerres
épouvantables , qui dura environ deux
heures. La pluye tomba avec une telle
abondance , qu'elle forma divers torrens
& que la rapidité de l'eau emporta plufieurs
maifons dans le Fauxbourg de
Sainte Batbe , ou quelques perfonnes furent
noyées. Mais le malheur le plus dé
plorable arriva dans la maifon de Plaifance
du Comte d'Onnate au Prado
Occupée par le Duc de la Mirandole ,
qui à l'occafion du jour de fa naiſſance
donnoit ce jour - là à fouper à plufieurs
perfonnes de la premiere diftinction .
Elles étoient affemblées dans une falle
baffe , dans le temps que l'eau par fon impetuofité
ayant renversé un mur qui étoit
au haut du jardin , plus élevé que la
maiſon , en un inftant le jardin & les
appar
794
LE MERCURE
appartemens bas furent inondez , & l'eau
s'y éleva jufqu'à la hauteur de près de
feize pieds. Quelques uns des conviez ſe
fauverent à la nage , & furent fecouruspar
les Recolets , voifins de cette maifon
, d'autres monterent fur le toit , &
d'autres s'attacherent aux fenêtres , &
s'y tinrent fufpendus jufqu'à la fin de
Forage ; mais la Duchelle de la Mirandole
s'étant retirée dans fon Oratoire
avec Don Tibere- Caraffa , un de fes enfans
, & une femme de chambre , ces 4-
perfonnes y furent noyées , fans qu'on
pût trouver aucun moyen de les fecourir .
Le Marquis de Caftel - Rodrigo ayant
tenté de le fauver à la nage , fut emporté
par le torrent à trois lieues de la Ville
où fon corps fut trouvé le lendemain. Ce
Seigneur le nommoit Don François Pio
de Savoye y- Corte - Real ; le Roy l'avoit
fait Maréchal de Camp , lor qu'au
mois d'Avril 1705. il lui apporta la nouvelle
de la prise de Verue. Il avoit été
fait Chevalier de la Toifon d'Or , le 13 .
Avril 1708. Lieutenant General des Armées
de S. M. quelque temps après Capitaine
General , & Gouverneur de Madrid
en Fevrier 1714. Gouverneur &
Capitaine General de Catalogne en May
1715. & Grand Ecuyer de la Princeffe
des Afturies au mois d'Octobre 1721.
Don
D'OCTOBRE 1723. 795
Don Tibere Caraffe qui a eu auffi le
malheur d'être noyé , étoit frere du Prince
de Belvedere . Il avoit été fait Major
de la Garde Napolitaine de S. M. C. au
mois de May 1702. Lieutenant General
des Armées du Roy en Janvier 1713 .
Commandant de Tortofe en Fevrier 1715-
Gouverneur de Gironne & de Tarrago--
ne en Juillet 1721. & il avoit été nommé
depuis peu Gouverneur & Capitaine
General de la Province de Guipufcoa.
Le Prince de Cellamare , le Duc de
Leria , l'Ambaffadeur de Veniſe
l'Abbé Grimaldo , & prefque tous les
domeftiques eurent le bonheur de fe faules
uns montant fur le toit de la
maiſon , les autres fe tenant aux fenêtres
, & c..
.ver ,
-
&
On travaille à L fbone à une magnifique
Couronne , qui fera enrichie de dia
mans de grand prix , & d'autres pierres
précieufes , pour fervir au Couronnement
des Rois de Portugal , fucceffeurs
de S. M. P. aujourd'hui regnante.
On a appris de Gibraltar que le nom
mé Diego Martin da Coſta , âgé de 20 .
ans , elclave à Miquenez depuis le 16.
May 1719. qu'il fut pris par les Maures
fur les côtes de ce Royaume , ayant fçû
que Ferdinand Gonfalve da Cofta , fon
frere , avoit traité de fa rançon , s'étoit
preſenté
795
LE
MERCURE
prefenté le 8. Juin dernier au Roy de
Maroc pour lui demander la permiffion
d'aller s'embarquer à Toutoüan ; que ce
Prince avoit exigé de lui qu'il renonçâc
à fa Religion , que fur fon refus il avoic
eu la cruauté d'ordonner à fa garde de
tirer fur lui , que cet ordre avoit été
executé à l'inſtant ; que les foldats avoient
fait toutes fortes d'infulte à fon corps ,
qui n'avoit pû être retiré de leurs mains
que vers les huit heures du foir qu'il fut
enterré par les Recolets établis dans la
Ville. Ce jeune Portugais étoit de Mazagaon
, & fils de Gafpar Alvarès Falciro
, Chevalier , Gentilhomme & Profes
dans l'Ordre de Chrift , & de Dona Elkzabeth
da Cofta.
Italie.
LE 10. de l'autre mois le Pape tint
un Confiftoire fecret , dans lequel le
Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché d'Apt ,
pour l'Abbé de Vaccon , & l'Abbaye de
S. Sauveur de Blaye , Diocéfe de Bourdeaux
, pour l'Abbé Rouffel de Tilly.
Il préconifa enfuite l'Abbé de Paris ,
pour la Coadjutorerie de l'Evêché d'Orleans
, & l'Abbé du Prat , pour l'Abbaye
de S. Jean en Vallée , Diocéfe de Chartres.
MA
D'OCTOBRE 1723. 797
M. Zacharia Canal , fut élû le 16.
Septembre par le Grand Confeil , à Venife
, Ambaffadeur de la Republique à
la Cour d'Espagne , à la place de M. Da
niel Bragadino , qui a fini fon temps.
Le Pape alla le 20. de l'autre mois à
l'Eglife de S. Euftache , & après y avoir
fait fa priere S. S. donna 3000. écus à la
Fabrique pour achever le bâtiment . La
Maifon de Conti prétend defcendre de ce
Saint ; elle fçait par tradition que ce fut
dans un lieu nommé aujourd'hui la Mentarolla
, près de Guadagnola , qu'il eut
la vifion du Crucifix , placé au milieu
du bois d'un Cerf
Le 31. Aouft dernier un prifonnier de
la Four à Verone , mit le feu à une porte
pour fe fauver ; mais le feu ayant conimuniqué
aux folives du plancher , en peur
de temps une partie du bâtiment fut brû→
lée avec les Archives de la Ville , & toutes
les écritures qu'on confervoit depuis
plus de 300. ans , ainfi que la Chapelle
& les Archives des Notaires , & un précieux
Tableau de Paul Veronefe . Le
magafin public de fel a été réduit en cendres
, & le Palais du Pretoire a été fort
endommagé. L'incendiaire à qui le procès
a été fait fans perte de temps a été
pendu le 9. du mois paffé.
Deux Galeres de Malthe ont débarqué
depuis
798
LE
MERCURE
depuis peu à Civita- Vecchia 60. Efclaves
Turcs , dont le Grand- Maître a fait pre
fent au Pape .
Le Pere Tomafini , Francifcain réformé
eft parti de Rome avec les pouvoirs
neceffaires pour donner la Benediction
Apoftolique au Grand Duc de Tofcane ,
qu'on croit à la derniere extrêmité. Le
Grand Prince de Florence , fon fils , a
commencé à tenir les Confeils ordinaires.
On a arrêté depuis peu à Rome un
Polonois qui fe mêloit d'Aftrologie judiciaire
, & qui faifoit des prédictions inconfiderées.
Le Roy de Sardaigne a congedié le
Regiment Sicilien , Infanterie ; il n'y a
plus de Siciliens dans les troupes que la
feule Compagnie de fes Gardes .
BAPTES MES , MORTS
& Mariages des Pays Etrangers.
E 25. de l'autre mois M. George
Cholmondley , fils du Lord Newbourgh
, époufa à Londres la fille unique
de M. Robert Walpole , Premier Miniftre
& Secretaire d'Etat , chez qui la
nôce fut celebrée .
Le 2. Septembre l'Archevêque de Vien.
ne baptifa dans l'Eglife Paroiffiale de
S. Michel, le fils de M. de Trautfon
Comte
D'OCTOBRE 1723 . 799
Comte de Falck inftein , Chambellan de
la Clef d'Or. H fut tenu fur les Fonts de
Baptême , au nom de l'Empereur & de
l'Imperatrice , par le Comte de Harrach,
Grand - Ecuyer hereditaire de la haute
Autriche , qui le nomma Charles - Borro
mée , Jean- Nepomucene , François de
Paule , Louis Gonzague , Antoine de Padonë
, Jofeph- Eftienne.
M. Carraccioli , ancien Capitaine dans
les troupes du Grand Duc de Florence ,
mourut au commencement de l'autre mois
à Pontadere , âgé de 1 17. ans . Il avoit fervi
dans les derni res révolutions de Naples,
des années 1646. 1647. & fuivantes ,
fous le Pêcheur , Tomas Angelo M. ya
vulgairement nommé Mafaniello.
Sur la fin du mois paffe M. Richard
Cromwel , Procureur du College de Clements-
Inn , petit- fils d'Olivier Cromwel,
époufa à Londres , dans la Chapelle de
la Salle des Banquets à Whitehal , une
niece du Chevalier Robert Thon hill.
L'Evêque de Londres fit la ceremonie:
du mariage
.
Le Prince Dolgorouki qui étoit reve
nu à Petersbourg depuis quelque temps ,
de fon Ambaffade de Pologne , y eft mort:
le 29. Aouft dernier.
Le fils unique du Baron de Gerbe ;
Résident de l'Empereur fut enterré à
Londres
800 LE MERCURE
Londres le mois paffé , avec beaucoup
de Pompe . On donna des bagues d'or à
tous ceux qui affifterent aux funerailles.
Mylady Ruffel , veuve du Lord Guil-
Jaume Ruffel , qui eut la tête tranchée
fous le regne de Jacques II . mourut le 10.
de ce mois , à Londres , âgée de 86. ans.
FRANCE.
Journal de Versailles & de Paris.
O
Na appris de Calais que le 21. de
l'autre mois Ms Scabright &Davis,
Gentils- hommes Anglois , étant dans une
chaife de pofte pour venir à Paris , &
M. Monpeffon , auffi Anglois dans une
autre chaife avec fon valet , furent attaquez
environ à 4. lieues de Calais par
fix voleurs à cheval , qui leur demanderent
la bourfe. Les voyageurs donnerent
fans hefter l'argent qu'ils avoient dans
leurs poches , & dans leurs valifes ; après
quoi ces fcelerats confulterent un moment
entr'eux , & les maffacrerent. M.
Scabright reçût le premier coup de piftolet
, dont il mourut fur le champ . M.
Davis , qui étoit dans la même chaife ,
fut enfuite poignardé , après avoir fais
quelque
D'OCTOBRE 1723. SOI
quelque réfiftance , & tiré un coup de
piftolet dont il tua un cheval des voleurs ,
M. de Monpellon & deux valets furent
auffi bien- tôt expediez avec la même in,
humanité . Pendant que cette cruelle Sce
ne fe paffoit dans la plaine , M. Jean
Locke , autre Gentilhomme Anglois venant
de Paris , defcendoit d'une éminence
voifine avec fon valet. Les voleurs ne
l'eurent pas plutôt apperçû , que deux
de ces fcelerats fe détacherent & le tuerent
avant qu'il eut pû fe mettre en défenſe
, mais fon valet Suiffe eut le bonheur
de fe fauver. Un Payfan d'un Village
voifins où les Anglois avoient pris des
chevaux de pofte , s'étant approché , fuc
auffi affaffiné. On ajoûte que les Anglois
avoient imprudemment montré à Calais
quelques centaines de guinées , qu'ils
changerent pour des Louis d'Or . Les
corps de ces malheureux voyageurs furent
portez à Calais , où ils furent enbaunez
& embarquez fur un navire pour
les tranfporter en Angleterre , avec le
valet Suiffe qui eft échapé feul de ce maffacre.
Dans l'affemblée generale de la Compagnie
des Indes , tenue le 17. de l'autre
mois , où Monfieur le Duc d'Orleans &
le Duc de Bourbon affifterent en qualité
de Gouverneur & de Vice Gouverneur.
S. A. R,
802 LE MERCURE
S. A. R. declara qu'elle venoit de la
part du Roy , pour confirmer les privileges
exclufifs des ventes du Tabac & du
Caffé , qui pourront donner aux Actionnaires
un revenu fixe de 150. liv. par Actions
, indépendamment du benefice du
commerce , & que pour les dix millions
qui reftent des cent que S. M. a reçû
de la Compagnie , on lui affigneroit encore
des avantages confiderables dans peu
de temps , lorfqu'on aura totalement enregiftré
en la Chambre des Comptes , les
compres de la Compagnie . On regla enfuite
les départemens , & l'on convint
de tenir affemblée 3. jours de la femaine,
le matin , & les trois autres jours l'aprèsmidy.
On nomma cinq Syndics à la pluralité
des voix , pour travailler en cerraines
occafions avec les Directeurs , qui
font Mrs Dartagnette , de Meuve , Cavelier
, Bertrand & Sainctar. Les principaux
Actionnaires, qui affifterent à cette
affemblée , qui dura près de trois heures ,
furent le Prince de Vendôme , les Ducs
de la Force & de Chaulnes , le Maréchal
d'Eſtrées & les Marquis de Laflé &
de Bully.
3
Le 21. Septembre le Baron Denn , Envoyé
extraordinaire du Duc de Brunf
wick Blankenbourg , pere de l'Imperatrice
, eut fa premiere audience publique
D'OCTOBRE 1723. 803
que du Roy , dans laquelle il fit à S. M.
des complimens fur fa Majorité , étant
conduit par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambaladeurs , qui étoit
allé le prendre en fon Hôtel à Paris ,
dans le Caroffe du Roy . Il eut enfuite
audience de Monfieur le Duc d'Orleans,
& de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
étant conduit par le même Introducteur ,
& aptès avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris avec les
mêmes ceremonies .
Le 23. Septembre M. Pierre Hebert
de la Pleigniere , Chevalier des Ordres
Royaux de Nôtre-Dame du Mont Car
mel & de S. Lazare , & Treforier General
de France , donna la Croix de cet Ordre
à M. fon fils , Pierre Amable Conf
tantin , qu'il reçût en qualité de Chevalier
de Juftice de Minorité dans l'Eglife
des PP. Carines de Rouen , ( n'ayant encore
que 15. mois , ) felon l'ordre qu'il
en avoit reçû de M. le Duc de Chartres
Premier Prince du Sang , Grand- Maître
de cet Ordre. La ceremonie fe fit felon
la maniere accoutumée. L'Abbé Carloman
Philogéne le Roux , du même Ordre,
qui aprés neuf à dix mille lieuës de voyage
& de retour de Conftantinople , pour
la troifiéme fois , où feu la Princeſſe de
Tranfylvanie l'avoit envoyé , chargé de
quelques
804
LE MERCURE
quelques affaires de confequence pour le
Prince fon époux , fervit de parain au
jeune Chevalier.
Le 30. de l'autre mois S. M. fut à fa
chaffe du Dain dans le Pare de Meudon ,
avec l'équipage du Duc de Louvigni , le
retour de chaffe fe fit au Château , dans
l'appartement des Marroniers .
Le 3. de ce mois il y eut promenade à
cheval , aux environs du grand Canal de
Verſailles.
Le 7. S. M. fut à la chaffe du Cerf,
aux environs de Verfailles . Le Cerf fut
pris à la Borde , proche Maifons , après
avoir paffé quatre fois la riviere.
On travaille à faire des routes dans la
Foreft de Livri , où le Roy a deſſein
d'aller courir le Cerf.
Mad. d'Argenfon , époufe du Lieutenant
General de Police , qui a eu la petite
verole , eft en convalefcence.
Le 9. de ce mois le Roy fit la revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires,
dans le Parc de Meudon ; dès que cette
brillante Cavalerie eut défilé devant
S. M. on fit mettre pied à terre aux
Moufquetaires pour faire l'exercice ,
dont ils s'acquitterent parfaitement bien.
M. le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , a ordonné des Prieres
publiques dans les Eglifes de fon Diocéſe,
pour
D'OCTOBRE 1723. 855
pour demander à Dieu de la pluye , la
léchereffe étant extrême depuis fort longtemps
.
M. Godefroy Romanie de Mefmond ,
le plus ancien des Ecuyers ordinaires de
la grande Ecurie , a eu la permiffion de
fe retirer de vendre la Charge à fon
frere , & S. M. lui a accordé des lettres
de veterence , & confervé les penfions &
appointemens.
,
Le 20. de ce mois le Marquis du Palais
montant à cheval pour fuivre le Roy
à la chaffe des Levrettes , fon cheval
prit le mord- aux - dents , & l'emporta ,
jufqu'à la grille de Trianon franchit
une barriere , fe jetta dans un follé & le
tua. Le Marquis du Palais fe calla une
cuiffe .
NAISSANCES ,
& Mariages.
>
MORTS
E Duc de Montmorenci , fils, aîné
du Duc de Luxembourg , épouſe
Madle , de Seignelay , arriere petite- fille
de M. Colbert , qui eft une des plus riches
heritieres du Royaume .
M. de Manicamp , âgé de 32. ans ,
Meftre de Camp du Regiment Royal-
Piémont , & Brigadier des Armées du
Roy , eft mort de la petite verole fur la
fin de l'autre mois. H Le
806 LE MERCURE
Le 30. Septembre M. Feffard , celebre
'Avocat du Parlement , & non moins recommandable
par les qualitez de fon
efprit que par celles de fon coeur , eft.
mort de la même maladie , âgé de 36 .
ans.
Le 26. du même mois Dame Marguerite-
Françoise Doublet , époufe de M.
Pierre Paul Bombarde de Beaulieu , Confeiller
du Roy en fon Grand Confeil ,
Seigneur de Sigognes , Beaume , & c . mous
rut à Chaillot , âgée de 24. ans .
Le 2. de ce mois Anne- Loüife de Madaillan
de Lefpare , époufe du Marquis
d'O , Meftre de Camp- Lieutenant du
Regiment de Toulouse , Infanterie , mourut
a Paris de la petite verole.
La Comteffe de Plelo , fille du Marquis
de la Vrilliere , accoucha le 18. de
l'autre mois d'une fille.
Le 26. d'Aout on celebra à Neufs ,
en Silefie , le mariage de la Princeffe
Charlotte , fille du Prince Jacques Sobieski
de Pologne , avec le Prince de
Turenne. L'Electeur de Tréves , oncle
de la Princeffe , fir la ceremonie de la
Benediction Nuptiale , en prefence de
toute la Cour , & de quantité de Nob'effe
, tant étrangere que du pays , au
bruit d'une triple falve de l'artillerie . Le
lendemain S. A. E. donna un magnifique
Louper
D'OCTOBRE 1723.
807
fouper dans le jardin de fon Palais , qui
étoit entierement illuminé . Le même
Prince de Turenne , Meftre de Camp du
Regiment de Cavalerie de fon nom ,
Grand- Chambellan , en furvivance du
Duc de Bouillon , fon pere , mourut à
Strasbourg le premier de ce mois , après
huit jours de maladie dans la 21. année
de fon âge , étant né le 24. Octobro
1702. Il étoit fils aîné du Duc de Bouillon
, Pair & Grand- Chambellan de France
, & Gouverneur de la Province d'Auvergne
, & de feuë Marie- Armande de
Victoire de la Tremoille , morte le s .
Mars 1717. Il avoit époufé le 20. du mois
dernier à Strabourg , la Princeffe Marie-
Charlotte Sobieska , fille du Prince Jacques-
Louis Sobieski , & de feuë Hedwige
Elifabeth , fille de Philippe- Guillaume
de Neubourg , Electeur Palatin
mort en 1690. Le Prince de Turenne qui
vient de mourir n'avoit habité qu'une nuit
avec fa nouvelle époufe.
9
M. Charles - François de la Bonde d'Iberville
, mourut à Paris le 7. de ce mois,
âgé de 71. ans. Il avoit été chargé des
affaires du Roy , à Genéve , dans plufieurs
Cours d'Allemagne , auprès de la
Republique de Genes , & en -Efpagne,
En 1714. il avoit été nommé Envoyé ex-
Hij traordi
808 LE MERCURE
traordinaire , en Angleterre , & il s'étoit
conduit dans tous ces emplois avec autant
de capacité que de droiture.
M. Charles Colonne de Courtebonne,
Abbé de Chaumes , Diocéfe de Sens
& de la Couronne , Diocéle d'Angoulême
, mourut le 8. de ce mois dans fon
Château de Bouvelinghen.
La Marquife de l'Aigle , Dame- d'Honneur
de Mademoiſelle de Charollois ,
Princeffe du Sang , eft morte dans fon
Château de l'Aigle.
Le 14. de ce mois M. Henry- Alexandre
Beraud , Prêtre , Docteur en Theologie
de la focieté de Navarre , Chapelain
de l'Eglife de Paris , eft mort de la petite
verole , âgé de 39. ans.
Le 16. Dame Elizabeth de Seré , veuve
du Marquis de Brufac , & au jour de
fon decès époufe de Jacques- Charles de
la Riviere , Comte de Mur , âgée de
28. ans .
Le 17. Dame Jeanne - Jacobine de Nauroy
, époufe de M. Pierre- Benoît Morel ,
Chevalier , Confeiller du Roy en fes
Confeils , Prefident en fa Cour des Aydes
, Seigneur de Courtavan , Veindé ,
le Meix , & c. eft morte à Paris , âgée de
36. ans.
Le 18. Marie. Anne de Vilacerf, époufe
d'André-Jofeph des Friches , Marquis
d'AuD'OCTOBRE
1723 . 806
d'Auriacq , Capitaine de Cavalerie , âgée
d'environ 20. ans.
Le même jour Ferdinand , Baron de
Simeoni , Miniftre d'Etat de S. A. S. E.
de Baviere , eft mort à Paris , âgé de
75. ans.
Le 17. Octobre Jean - Hyacinthe Hocquart
, Confeiller du Roy en fes Confeils,
Intendant de la Marine au Havre de Grace
, eft mort à Paris , âgé de 64. ans.
3
M. François Bloüet de Camilly , Archevêque
de Tours , Abbé de S. Pierrefur-
Dive , Diocéfe de Séez , & de Val-
Richer , Diocéfe de Bayeux , eft mort
dans fon Diocéfe. Il étoit Evêque de
Toul , lorfque le Roy le nomma Archevêque
de Tours , le 8. Janvier 1721 .
Dame Gabrielle Nicolas de la Reynie,'
veuve de M. Jean Louis Habert de Montmort
, Maître des Requêtes , Intendant
de la Marine à Marfeille , Seigneur &
Comte de Meny , Abert , le Layes &c.
eft morte à Paris , âgée de 56. ans ,
le 22.
de ce mois.
Le 23. Dame Olimpe de Broüilly de
Piennes , Ducheffe d'Aumont , veuve de
M. Louis d'Aumont de Roche Baron ,
Duc d'Aumont , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur des
Villes & Citadelles de Boulogne , & Pays,
H iij
BoulonLE
MERCURE
Boulonnois , Ambaffadeur extraordinaire
de S. M. près la Reine de la Grande Bretagne
, fille d'Antoine de Brouilly , Marquis
de Piennes , & de Françoife Godet ,
mariée le 17. Decembre 1690. eft morte
à Palfi de la petite verole dans fa 63° année.
Elle étoit mere de M. le Duc d'Au
mont d'aujourd'hui , qui en fix mois de
temps a perdu fon pere , fa mere & fon
épouſe.
M
Charges & Emplois donnez.
R de Harlay de Celi , qui avoit
une Expectative de Confeiller d'Etat
, a été nommé Confeiller d'Etat ordinaire
, à la place vacante par la mort de
M. le Pelletier de la Houffaye , & M.
Chauvelin , Intendant d'Amiens , a obtenu
l'Expectative qu'avoit M. de Celi .
Le 23. du paffé M. d'Argenfon , Lieutenant
General de Police , prêta ferment
entre les mains de Monfieur le Duc d'Orleans
, pour les Charges de Chancelier &
fur- Intendant des Finances de S. A. R.
Le Roy a donné le Gouvernement de
Villefranche au Marquis de la Farte-
Tournac , Maréchal de Camp .
Les Auguftins Déchauffez de la Congregation
de France , ont élû le Pere
Apollinaire , de la Province de Provence,
pour
D'OCTOBRE 1723. 811
pour leur Vicaire General , le 24. du
mois paffé , dans leur Chapitre tenu en
cette Ville..
Le Roy a donné le Regiment de Cavalerie
, vacant par la mort du Prince de
Turenne , au Comte d'Auvergne , ſon
frere ; celui de Royal- Piémont , vacant
par la mort du Comte de Manicamp , à
M. Germinon , Brigadier , & le Regiment
de Cavalerie qu'avoit ce dernièr
a été accordé au Comte de Lorges..
Le Roy a accordé au Marquis de Blanes
la Charge de Confeiller d'honneur au
Confeil Superieur de Rouffillon , pour
lui & pour fa pofterité mafculine.
,
Le Gouvernement de Metz & du Pays
Meffin vacant par la mort du Comte
de Saillant , a été donné au Marquis
d'Alegre , Licutenant General des Armées
du Roy , & le Gouvernement de
S. Omer qu'il avoit , a été donné au Marquis
de Maillebois , Maréchal de Camp
Lieutenant General de la Province de
Languedoc , & Maître de la Garderobe
de S. M.
Le Comte de Gergi , cy-devant Envoyé
extraordinaire du Roy auprès du
Duc de Wirtemberg , du feu Duc de
Mantouë , & du Grand Duc de Tofcane,
& Miniftre Plenipotentiaire de S. M. à
la Diette de Ratifbone , a été nommé
Hiiij. Am812
LE MERCURE
Ambaffadeur du Roy auprès de la Ré
publique de Venife , & il eft parti le 3 .
de ce mois pour s'y rendre.
Le 20. de ce mois M. Defponti , Maréchal
de Camp & Capitaine au Regiment
des Gardes Françoifes , fut nommé
par le Roy , Lieutenant Colonel de ce
Regiment.
Le Duc d'Antin a obtenu une augmentation
de 20000. par an fur fon Gouvernement
d'Orléanois .
DIGNITEZ ET BENEFICES
donnez le 17. Octobre 1723.
E Roy a nommé l'Evêque de Laon ,
LaP'Archevêche de Cambray : l'Evêque
de Nantes , à l'Archevêché de Rouen:
l'Abbé de Monaco,à l'Archevêché de Bezançon
: l'Evêque de Marſeille, à l'Evêché
de Laon : l'Abbé de Villeneuve , à l'Evêché
de Marſeille : l'Evêque de Rennes
à l'Evêché de Nantes : l'Abbé de Breteuil,
frere du Marquis de Breteuil Secretaire
d'Etat , à l'Evêché de Rennes : l'Evêque
de faint Papoul , à l'Evêché de Mende :
l'Abbé de Segur , à l'Evêché de Saint
Papoul : l'Abbé de Lanta , à l'Evêché de
Perpignan : l'Abbé Boucaud , à l'Evêché .
d'Alet : l'Abbé de Froulay , Aumônier
de Sa Majesté , à l'Evêché du Mans ,
l'Abbé
D'OCTOBRE 1723. 813
l'Abbé de Buffy , à l'Evêché de Luçon.
:
1
Sa Majefté a donné l'Abbaye de Cercamps
, Diocèle d'Amiens , au Comte de
de Clermont , Prince du Sang ; la Dommerie
d'Aubrac , Diocèle de Rhodez , à
F'Archevêque d'Aix : l'Abbaye de Bonneval
, Diocèfe de Rhodez , à l'Archevêque
de Narbonne celle d'Aniane ,
Diocèfe de Montpellier , à l'Evêque de
Toulon celle de la Couronne , Diocèle
d'Angoulême , à l'Evêque de Tulles : celle
de Saint Juft , Diocèle de Beauvais ,
l'Evêque de Soiffons : celle de Bourgueil
en Vallée , Diocèſe d'Angers , à l'Abbé
d'Alegre celle d'Orcamp , Diocèfe de
Noyon , à l'Abbé de Gefvres : celle de
Signy , Diocèse de Reims, à l'Abbé d'Harcourt,
Grand-Vicaire de Paris : celle d'Airvaux
, Diocèse de la Rochelle , à l'Abbé
de Prye celle de Chaumont , Diocèle de
Reims , à l'Abbé Gontaut , Doyen du
Chapitre de l'Eglife de Paris : celle de
Cadouin , Diocèfe de Sarlat , à l'Abbé
de Biron celle de Molefme , Diocèle de
Langres , à l'Abbé de Vaureal , Maître
de l'Oratoire du Roy : celle d'Obafine ,
Diocèse de Limoges , à l'Abbé de Targny,
l'un des Gardes de la Bibliotheque du
Roy: celle de Saint Pierre de Chaumes ,
Diocèle de Sens , à l'Abbé de Breteuil
nommé
>
1
814 LE MERCURE
>
nommé à l'Evêché de Rennes : celle de
Notre - Dame de Preüilly près Provins
Diocèfe de Sens , à l'Abbé de Vauroüy :
celle de Fontaine - Daniel , Diocèfe du
Mans , à l'Abbé Bouhier , Grand-Vicaicaire
de Langres : celle de Mauleon , Diocèle
de la Rochelle , à l'Abbé de Tilly :
celle de Gondom , Diocèle d'Agent , à
l'Abbé de Saint Hermine , Grand- Vicaire
de Noyon : celle de Cruas , Diocèse de
Viviers , à l'Abbé de Coriolis : celle de
faint Marcel , Diocèfe de Cahors , à l'Abbé
Michel : celle de la Boiffiere , Diocèfé
d'Angers , à M. du Pré , fils du Chevalier
du Pré : celle de Bonnevaux , Diocè
fe de Vienne , à l'Abbé Bret celle de
faint Calais , Diocèfe du Mans , à l'Abbé
de Chanron celle de Notre- Dame des
Vertus , Diocèfe de Châlons fur Marne ,.
à l'Abbé d'Aubenton : celle de Caunes
Diocèfe de Narbonne , à l'Abbé Dubois
frere du feu Cardinal Dubois celle de
Leoncel , Diocèfe de Die , à l'Abbé de
faint Aulaire celle de Vaat , Diocèſe du
Mans , à l'Abbé Vefnier celle de faint
Vincent du Bourg , Diocèse de Bordeaux ,
à l'Abbé Houtteville : celle de Villelongue
, Diocèle de Carcaffonne , à l'Abbé de
Noë : celle de Chambon , Diocèſe de Poitiers
, à l'Abbé d'Elvemont : celle de fainte
Croix d'Angle, même Diocèſe , à l'Abbé
D'OCTOBRE 1723 . 815
:
bé de Foulers celle de faint Hilaire de
la Celle , même Diocéſe , à l'Abbé de
Menou-Charnifay : celle de S. Hilaire de
Carcalonne , à l'Abbé de Margon : celle
de faint Savin , Diocéfe de Tarbes , à
l'Abbé Bailly celle d'Aubepierre , Diocafe
de Limoges , à l'Abbé de Rouget
Aumônier de feue Madame la Ducheffe
de Berry : celle de faint Pierre de Maures ,
Diocéfe de faint Flour , à l'Abbé de Fontenille
: celle de faint Mahé- Fin- de- terre ,
Diocéfe de faint Pol de Leon , à l'Abbé
de Romigny : celle de Varenne , Diocéfe
de Bourges , à l'Abbé d'Hugues : celle de
Bofquien , Diocéfe de faint Brieux , à l'Abbé
de Duras : celle de la Sauve - Majeure ,
Diocéfe de Bordeaux , à l'Abbé de Charpin
de faint Romain : celle de Fontenay
Diocéfe d'Autun , à l'Abbé de Livry :
l'Abbaye Reguliere de Bergue- Saint Winox
, Diocéle d'Ypres , à Don Gervin
Rickerwaert , Religieux Benedictin , &
l'Abbaye Reguliere de faint Bertin de faint
Omer , à Don Benoist Petitpas , auffi Religieux
Benedictin : le Prieuré d'Argenteüil
, à l'Abbé Raguer : le Doyenné de
Tarafcon , à l'Abbé de Fenelon : le Prieuré
de Mortaux , à l'Abbé de Grammont :
le Prieuré du Val -au - Grey , à l'Abbé
Pezić.
3
H vj
PEN816
LE MERCURE
PENSIONS.
Sa Majefté a donné fur l'Archevêché
de Cambray , une penfion de deux mille
livres au Baron de Rocheplate , Brigadier
des Armées du Roy , & Major des
Gardes du Corps de Monfieur le Duc
d'Orleans : une de 1500. livres à M. de
Chambon , Chevalier d'Arbouville : une
de seo . liv . à l'Abbé Obrez : une de
3000. liv. à l'Abbé d'Apougny : une de
1000. liv. à M. Allair , Curé de Châteaufort
, près Verfailles : une de 2000. liv.
à M. Margeret , Chevalier de S. Lazare,
& une de 1000. liv. à M. Briant , Frere
fervant d'armes de l'Ordre de Saint Lazare.
Sur l'Archevêché de Rouen , une penfion
de 1500. liv. à M , Dupuy : une de
pareille fomme à M. Morin , & une de
3000. liv . au Comte de Treffan , tous les
trois Chevaliers de Saint Lazare..
Sur l'Evéché de Marfeille , une penfion
de 1000. liv. à l'Abbé Truillier , ancien
Chanoine de la même Ville : une de
1000. liv. à l'Abbé Guerin , & une de
pareille fomme , à l'Abbé du Parc.
Sur l'Evêché de Rennes , une penfon
de 2000. liv . à l'Abbé Leullier
Curé de la Paroiffe de Saint Louis ,
Paris.
Suz
D'OCTOBRE 1723 . 817
Sur l'Evêché de Mende , une penfion.
de 2006. liv. à M. du Vivier , Cheva
lier de Saint Lazare.
Sur l'Evêché d'Alet , une penfion de
500. liv . à M. Lagier , Prêtre , & une
de pareille fomme à M. Bain.
Sur l'Abbaye de Cercamps , une pen
fion de 3000. liv. au Marquis de Theligny
, Gouverneur du Comte de Clermont
une de 2000. liv . à l'Abbé de
Dijon , fon Precepteur : une de pareille
fomme à M. Dolmont , & une de 1000 .
liv. à M. de Bonnail , Chevalier de Saint
Lazare.
Sur la Dommerie d'Aubrac , une pen
fion de 3000. liv . à M. Joſeph Geraud
Dubois , Clerc Tonfuré du Diocéfe de
Limoges , & une de pareille fomme à
M. Jean- Baptifte Dubois , auffi Clere
Tonfuré du même Diocéfe.
Sur l'Abbaye d'Orcamp , une penfion
der 500. liv. au Chevalier de Crequy :
une de pareille fomme à M. l'Abbé Maroulle
, & une de 3000. liv . au Comte
de Melun .
Sur l'Abbaye de Signy , une penfion
de 2000. liv . au Chevalier de Rieux
une de pareille fomme à M. de Ramezé ,
Chevalier de Saint Lazare : une de 1000%
liv. à M. Boutervilliers , Chapelain dedə
Choify une de 600. liv. à . M. Boligné,
Cur
818 LE MERCURE
Curé de Choify , & une de 400. liv. à
M. Bertelin , Vicaire de la même Paroiffe.
Sur l'Abbaye d'Airvaux , une penſion
de 2000. liv. au Chevalier de Prye.
Sur l'Abbaye de Cadouin , une penfion
de 1000. liv. au Chevalier de Nogent.
Sur l'Abbaye de Mauleon , une penfion
de 1000. liv. au Chevalier de Tilly.
Sur l'Abbaye de la Sauve - Majeure ,
une penfion de 2000. liv. à l'Abbé de
Charpin des Halles.
Sur l'Abbaye de Fontenay , une penfion
de 1000. liv. pour le neveu du der--
nier Titulaire.
Sur l'Abbaye de Bergue Saint Winox,
une penfion de 4000. liv. au Chevalier
de Mailly : une de 3000. liv . au Commandeur
de l'Aubefpin , & une de pareille
fomme au Chevalier de Fontette.
Sur l'Abbaye de Saint Bertin de Saint
Omer , une penfion de 4000. liv . à l'Abbé
Perrot , Inſtituteur du Roy : une de*
3000. liv. à M. Benard de Rezé , Chevalier
de Saint Lazare : une de 3000. 1.
à M. Cabre , Clerc Toniuré du Diocéfe
de Marſeille : une de pareille fomme , au
Chevalier de Marcieu : une de 1000. liv .
à M. de Camfort , Officier d'artillerie ,
Chevalier de Saint Lazare : une de
pareille
fomme à M. Camfort fon fils , Officier
D'OCTOBRE 17237 Sig
cier d'artillerie & Chevalier de Saint La
zare : une de 1500. liv . à M. Molet , Clera-
Toniuré une de 1000. 1. à M. Dorival ,,
Chevalier de faint Lazare : une de pareil
le fomme à M. du Hautmefnil , Chevalier
de S. Lazare : une de zooo. liv . au Mar
quis de Beauveau , Chevalier de faint La-·
zare : une de 3000 liv. à M. Alexandre,.
Chevalier de faint Lazare : une de pareille
fomme , à M. du Theil , Chevalier de
faint Lazare : une de mille liv. à M. de
Lefquien , Chevalier de faint Lazare : une :
de 2000. liv, à M. de Billy, Chevalier de
faint Lazare , & une de mille liv . au Che--
valier d'Aumalle , Chevalier de faint La
Zare .
Le 19. de ce mois , le Roy nomma l'Evêque
de Tulles à l'Archevêché de Tours;
& l'Abbé d'Argentré , Aumônier de Sa
Majefté , à l'Evêché de Tulles.
Addition aux Nouvelles Etrangeres .
Ο
N mande de Petersbourg, que l'Amabaffadeur
de Perfe y avoit eu fon au•
dience de congé du Czar , le 23. de l'autre
mois , qu'il avoit été invité à toutes les fê
tes qui s'y font données depuis fon arrivée ,
qu'il n'a point fait de difficulté de boire
du vin , & qu'il a paru fort honnête &
fort gracieux. On confirme qu'il a été envoyé
320 LE MERCURE
voyé de la part du jeune Sophi , qui eft à
Tauris , & on affure que Miriweitz
a fait
crever les yeux au vieux Sophi & égorger les freres de ce Prince.
Sur les plaintes portées à l'Empereur
pat le Refident de Suede , on a mis aux
arrêts à Prague , une troupe de Comediens
pour avoir reprefenté la Tragedie du feu
Baron de Gortz décapité à Stolkolm , &
fait paroître fur la Scene , le Roy & la
Reine de Suede.
On a eu avis de Berlin que le Roy d'Angleterre
y étoit arrivé d'Hanover , & que
le Roy & la Reine de Pruffe avoient don.
né à cette occafion diverſes fêtes , & Bals ,
un feftin entr'autres , fur une table de 6 8 .
Couverts , qui reprefentoit les Lettres G.
& R. George Roy
Par les dernieres Lettres de Lisbonne ,
on apprend que la Reine de Portugal étoit
heureufement accouchée d'un Infant , le
30 du mois paffé.
Le 27. Septembre , on enterra à Rome
fans aucune pompe , le corps du Cardinal
de Tournon , devant le grand Autel de
Propaganda.
On apprend par les dernieres Lettres
d'Efpagne que le Secretaire de Don
Louis d'Acunha , Ambaſſadeur du Roy
de Portugal en cette Cour , étoit arrivé
à
D'OCTOBRE 1723 . 82-7
Liſbone avec des habits magnifiques
pour un Regiment de 400. Gardes du
Corps , que S. M. P. doit créer , & qui
ne fera compofé que de jeunes Officiers ,
& de Cavaliers qui auront déja fervi. Ce
Secretaire a apporté auffi de Paris un
Manteau Royal , doublé d'Hermines , &
enrichi de diamans & de perles qui doit
fervir à la ceremonie du Couronnement
du Roy de Portugal . La Couronne à laquelle
on travaille à Lifbone pour fervir
au même ufage fera très riche ; on doit
y attacher un diamant qui a couté 500000
crufades.
que
Par les Lettres de Genes , on apprend
la nuit du 29. au 30. du mois dernier ,
la porte de fer de l'Eglife Collegiale , dite
desVignes,avoit été forcée par des voleurs ,
avoient enlevé une colomne d'argent ,
deux Anges d'argent du poids de 40 .
marcs , plufieurs vafes facrez , un coeur
d'or, & d'autres ornemens de grand prix.
Les Lettres de Genes ajoûtent que M.
Sanfonio , Medecin , âgé de 70. ans ,
été affaffiné par un de fes fils , qui n'a
que 13. ans , & qui s'eft enfuite retiré
dans une Eglife.
SUPL
P
822 LE MERCURE
SUPPLEMENT.
EXPLICATION. de la feconde Enigme
du Mercure de Septembre 1723,
A
Quoi bon préconiſer tant ,
Ce que j'ay le pouvoir de faire ,
On feroit bien mieux de fe taire ,
Ce font des paroles au vent.
EXPLICATION de la troisième Enigme
du même Mercure.
Parodie,
Aire mouvoir Princes & Rois ,
Donner la bonne grace aux belles ,
Et ne jamais entrer chez elles
Sans l'Arc du Dieu d'Amour & quafi le Carquois
,
Prendre cent fortes de figures ,
Avoir pour fe farder differentes couleurs ,
Toujours hors du commun , & changer de pof
ture ,
Autant qu'un Papillon de fleurs ;
Ayder à la Griſette à bien joüer ſon rôle ,
Fournir les Traits à Cupidon ;
Sçavoir
D'OCTOBRE 1723. 823
Sçavoir tout peindre aux yeux fans pinceau ,
ni parole ,
Ce font tous les fecrets d'un parfait violon ,
Ou d'un fameux Maître de Danfe ,
Qui fçait faire valoir les fons & la cadence ,'
Autre explication,
ADire vôtre nom , Enigme toute aima"
ble ,
Dois- je un feul moment balancer ?
Sous les beaux ornemens d'un efprit agreable,
Vous cachez le Maître à Danfer.
Le Duc de Noailles & le Marquis de
Canillac ont eu la permiffion de revenir
à la Cour.
Le 26. de ce mois M. Pierre de Be
rulle , Chevalier , Baron de Guyancourt,
Vicomte de Ceant en Hofte , Seigneur
de Foiffy , Flaffi , Reigni , le Feron , Cerilly
, Maître des Requêtes , & ancien
Premier Prefident au Parlement de Grenoble
, & Commandant pour S. M. en:
la Province de Dauphiné , eft mort à
Paris dans fa 84° année
M. François , de Carbonel de Canifi ,
ancien Evêque de Limoges , "Abbé Commendataire
des Abbayes de Montbourg
&
824 LE MERCURE
& Belleval , eft mort à Paris le 28. de ce
mois , âgé d'environ 70. ans.
L'Opera remettra au Theatre le 4
Novembre la Tragedie de Thetis & Pelée
, ce qui a empêché la repriſe de Philo
mele , que nous avons annoncé , p . 775.
akakakakakakakakakakakikik
LETTRES PATENTES ,
ARRESTS , & c.
RREST de la Cour des Aydes , du feptiéme
Elus de Troyes , qui avoit déchargé les nommez
Rouffelet & Doué de la confiſcation d'un Baril
d'Eau-de-Vie trouvé fans congé , fous prétexte
de ce que les Commis n'avoient pas fait la dé
guftation de ladite Eau-de-Vie avec celle des
trois feuillettes chargées fur un haquet ; & en
confequence adjuge la confifcarion des chofes
faifies ; les condamne en 25. liv. d'amende & aux
dépens , tant des caufes principales que d'appel.
ARREST du 19. Avril 1723. Qui fixe le prix
des Offices Municipaux rétablis pour la Ville de
Bordeaux.
LETTRES Patentes du Roy , données à Meudon
au mois de Juin 1723. regiſtrées au Parle- ·
ment de Bordeaux , le 11. du même mois , con-
Gernant les Juifs qui font actuellement établis &
domiD'OCTOBRE
1723. 825
domiciliez dans les Generalitez de Bordeaux &
d'Auch , connus fous le titre de Portugais , autrement
nouveaux Chrétiens ,› par lesquelles il eſt
dit ce qui fuit .
Nous avons par ces prefentes ftatué & ordonné
, difons , ftatuons & ordonnons , qu'en payant
par lefdits Portugais réfidans , établis & domiciliez
en France , dans l'étendue des Generalitez
de Bordeaux & d'Auch , la fomme de cent mille
livres & les deux fols pour livre d'icelle , en
faveur de notre joyeux avenement à la Couronne
, ils foient & demeurent confirmez & maintenus
, comme par ces Prefentes Nous les confir-
'mons & maintenons & en tant que befoin
pourroit être , de nouveau leur avons octroyé &
octroyons par cefdites Prefentes , tant pour ceux
actuellement réfidans , établis & domiciliez dans
lefdites Generalitez de Bordeaux & d'Auch , que
ceux qui voudront à l'avenir s'y habituer , & qui
fe feront immatriculer pardevant les Juges des
lieux de leur réfidence , que pour leurs Femmes ,
Enfans , Familles , Commis & Facteurs & leurs
fucceffeurs , la permiffion & le droit d'y demeurer
, vivre , trafiquer & negocier , avec les mêmes
franchiſes & libertez qu'auparavant ledit Arreft
de nôtre Confeil du 21. Fevrier 1722. lequel
Nous avons revoqué & revoquons comme nul
& de nul effet ; le tout ainfi que font tous nos
Sujets naturels. Voulons auffi qu'ils puiffent dif
pofer de leurs biens entre- vifs , ou à cauſe de
mort , par donation , vente ou autrement , qu'ils
aviferont en faveur de qui bon leur femblera ,
& generalement qu'ils jouiffent de tout le contenu
aux Declaration & Lettres Patentes des mois
d'Aouft 1.550 . Novembre 1574. 19. Avril 1580.
& du mois de Decembre 16 6. fans qu'ils foient
tenus de prendre d'autres Lettres de Naturalité
&
326 LE MERCURE
Declaration de Nous ou des Rois nas Succef
feurs. Voulons pareillement qu'ils jouiffent du
benefice des Prefentes , tant qu'ils demeureront
en nôtre Royaume , Pays , Terres & Seigneuries
de nôtre obéiffance , à la charge , à l'égard de
teurs heritiers , fucceffeurs ou ayans caufe , en
faveur defquels ils difpoferont de leurs biens ,
qu'ils foient regnicoles , &c.
ARREST du 9. Aout 1723. Qui caffe une
Sentence des Officiers du Grenier à Sel d'Alençon
, contraire à l'Ordonnance & aux Reglemens
des Gabelles. Ordonne que les Collecteurs des
Tailles qui ne fourniront pas des Copies exactes
de leurs Rôles , feront condamnez en o . liv. d'amende
par chaque omiffion qui fe trouvera
juftifiée par les Procès verbaux des Employez .
Défend aufdits Officiers , & à tous autres d'ad.
metere aucune preuve teſtimoniale pour conſtater
l'état des familles au préjudice des Rôles & des
Procès verbaux defdits Employez . Et regle ce
qui doit être obfervé par les Chefs de familles
affurer l'état defdites familles.
pour
ARREST du 30. Aouft , qui regle la forme de
l'adminiſtration de la Compagnie des Indes , par
lequel Sa Majesté ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Qu'à commencer du jour de la publication du
prefent Arreft , la Compagnie des Indes fera regie
par douze Directeurs , tous Actionnaires de
Ladite Compagnie , chacun defquels fera tenu
d'avoir cinquante Actions dépofées en compte à
a Compagnie , fans qu'ils puiffent les retirer pendant
tout le temps qu'ils feront Directeurs.
I I.
Sa Majesté nommera , pour cette premiere fois
LeuleD'OCTOBRE
1723. 827
feulement , les douze Directeurs , & la Compagnie
pourra dans l'Affemblée Generale , qui
fera tenue tous les ans , dépoffeder ceux defdits
Directeurs contre lefquels elle aura de juftes
fujets de plainte , & en élire d'autres en
leurs places .,
III..
Il fera fait douze départemens , à la tête de
chacun defquels il fera établi l'un defdits Directeurs
, qui fera chargé de la fuite & de
l'expedition des affaires qui concerneront ledit
département , de l'Adminiftration duquel il
répondra comme lui étant plus particulierement
confié.
I.V.
Chacun defdits Directeurs fera préposé en
fecond dans un autre département , & en troifiéme
auffi dans un troifiéme département ; afinque
tous lefdits Directeurs puiffent fe ſuppléer
les uns aux autres réciproquement en cas d'abfence
, ou autre empèchement , & s'inftruire
dans les differentes parties de commerce de la
Compagnie,
V.
Il fera tenu des Comitez particuliers pour
les affaires de chaque département , aux jours
& aux heures qui feront indiquez par le Re
glement : Les trois Directeurs du département
affifteront à ce Comité , où ils décideront fur
le Rapport du Directeur en chef dudit département
toutes les affaires courantes concernant
ledit département .
V I.
Les affaires plus confiderables , ou qui auront
rapport à d'autres départemens , feront
portées à l'Affemblée des Directeurs , qui fe
tiendra au moins deux fois la femaine & plus
fouvent
828 LE MERCURE
fouvent s'il eft neceffaire , aux heures marquées
par le Reglement, & les matieres y feront rapportées
par le Directeur en chef du département
dont elles dépendront.
VII.
Il fera eflû par l'Affemblée Generale de la
Compagnie des Indes , qui fera tenue inceffamment
à cet effet , huit Syndics , qui feront choifis
parmi les notables bourgeois , bons négocians
& autres gens experimentez au fait du
Commerce , de la Banque , & des Comptes ;
Lefdits Syndics feront tous Actionnaires , &
auront chacun cinquante Actions déposées en
compte à la Compagnie , fans pouvoir les retirer
pendant l'année de leur fyndicar.
VIII.
Lefdits Syndics veilleront , comme gens
prépofez par la Compagnie , à la fuite de l'Adminiftration
dans les départemens dont l'Examen
leur fera confié ; ils affilteront & auront
voix déliberative , tant dans les Comitez de
leurs départemens , que dans l'Affemblée des
Directeurs.
I X.
Il fera prépofé fix defdits Syndics pour avoir
P'inspection ' ur les douze départemens du Commerce
; Et à l'égard des deux autres Syndics ,
ils auront l'infpection fur la Regie du Tabac &
autres Droits y joints.
X.
La Ferme du Tabac fera Regie par huit Regiffeurs
commis à cet effet , au nom de ladite
Compagnie ; lefquels Regiffeurs auront la qualité
de Directeurs de la Compagnie , & feront
tenus chacun de dépofer cinquantes
Actions en compte à la Compagnie , qu'ils ne
pourront retirer pendant tout le temps que durera
la Regie. XI.
D'OCTOBRE 1723.
829
་
"
X I.
Lefdits Regiffeurs feront un Corps féparé ,
qui ne fera chargé que de la Regie du Tabac &
des affaires qui y feront jointes. Ils s'affemblesont
neanmoins tous les 15. jours, & plus fouvent
s'il eft néceflaire, avec les douze autres Directeurs
& les Syndics , en l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , pour y concerter & decider
les affaires de ladite Regie , qui peuvent avoir
rapport avec le Commerce de la Compagnie.
C
XII.
Sa Majesté nommera quatre Officiers tirez
du Corps de fon Confeil , qu'elle choifira dans
le nombre de ceux qui font intereffez dans la
Compagnie des Indes , & qui auront au moins
chacun cinquante Actions de ladite Compagnie.
Ils fe feront rendre compte , chacun dans
les départemens qui leur feront confiez , de la
fuite & du progrès du travail des Directeurs ,
Commis & Employez , tiendront la main à
l'execution des Reglemens , & à ce que chacun
s'acquitte avec exactitude de l'emploi dont
il eft chargé , & rendront compte du tout au
fieur Controlleur General des Finances.
XIII.
11 fera tenu tous les quinze jours une Affem
blée , compofée du fieur Controlleur General
des Finances , des quatre Infpecteurs nommez
par Sa Majesté , des huit Syndics , & des douze
Directeurs , dans laquelle il fera rendu
compte de l'état & de l'emploi des Fonds , &
de la fituation generale des affaires de la Compagnie.
Chacun des Directeurs y rendra un
compte fommaire du travail fait dans fon département
pendant la derniere quinzaine ; le
Syndic du département fera entendu fur l'adminiftration
d'icelui , & pourra dans cette Affemblée
830 LE MERCURE
femblée propofer & requerir ce qu'il eftimers
être convenable pour la bonne Regie , & avantageux
au Commerce : Enfuite de quoi le fieur
Infpecteur du département fera fes obfervations
fur la forme & fur le travail actuel de
la Regie du département ; Et il fera ftatué fur
le tout à la pluralité des voix.
XIV.
Les projets generaux d'Armemens , Eta
bliffemens de nouvelles Colonnies , Entreprifes
de nouveaux Commerces , & autres affaires
majeures , feront déliberées en ladite Af
femblée ; Les directeurs chargez de la Regie
de la Ferme du Tabac , & autres Droits y
joints , y affifteront une fois chaque mois ,
pour y rendre compte en la forme cy- deffus
expliquée , de tout ce qui concerne la Regie
dont ils feront chargez.
X V.
Monfieur le Duc d'Orleans confervera le
titre de Gouverneur de ladite Compagnie , Et
Monfieur le Duc de Bourbon confervera pareillement
le titre de Vice- Gouverneur.
XV I.
Il fera ténu chaque année une Affemblée
Generale de la Compagnie , dans laquelle on
rendra compte du Bilan general de l'année
precedente , de la fituation du commerce , &
des autres affaires de la Compagnie : En laquelle
Aflemblée fera procedé à l'élection de
huit Syndics pour l'année fuivante , & pareillement
à la nomination de nouveaux Directeurs
, à la place de ceux qui feroient decedez,
ou fe feroient retirez pour infirmité ou autres
caufes , ou de ceux contre lefquels la Compagnie
pourroit avoit de juftes fujets de plainte ,
ou de fufpicion.
XV.
D'OCTOBRE 1723. 831
XVII.
L'Aflemblée Generale fera tenuë tous les ans
au ff. Mars de chaque année , & nul ne pour--
ra avoir voix délibérative en ladite Affemblée,
s'il n'a dépofé fous fon nom , avant le premier
Février de la même année , cinquante Actions
à la Compagnie , lefquelles il ne pourra reti-
Fer avant le premier Avril ; du dépoft defquelles
il lui fera délivré un Certificat en fon nom
par le Caiffier , fur la reprefentation duquel
Certificat il fera admis à l'Affemblée , fans
que perfonne puiffe y avoir entrée fur la
reprefentation d'un Certificat qui ne feroit pas
expedié en fon nom .
XVIII.
Sa Majefté a nommé les fieurs de Fortia
Confeiller d'Eftat , Dany can de Landivifiau ,
Angran , & Perenne de Moras , Maîtres des
Requêtes , pour avoir l'infpection fur la fuite.
du travail & de
l'Adminiſtration des départemens
qui leur feront confiez , conformément à
PArticle XII. du prefent Arreft.
XIX.
Sa Majesté a nommé pour cette fois feulement
& fans tirer à conféquence , pour Directeurs
de la Compagnie, les fieurs Baillon de
Blampignon , Raudot , Caftagner , de Premenil,
Godeheu , Hardancourt , le Cordier , Fromaget
, Deshayes , Morin , la Franquerie & Mouchard
; Lefquels feront chargez de l'Adminiſstration
Generale des affaires de la Compagnie ,
conformément à ce qui eft porté par le prefent
Arreft , & fuivant le Reglement qui era inceffamment
rendu à cet effet , tant par rapport
aux départemens defdits Directeurs, que par
rapport au détail de ladite Adminiſtration Sa
Majefté a pareillement nommé le fieur de Ca-
1 jj ligny
832
LE
MERCURE
.
ligny pour Secretaire de ladite Compagnie ,
& le fieur Farouard , Avocat au Confeil , pour
Sous- Secretaire , &c.
ARREST du 30 Août 1723. qui ordonne
que par Charles Cordier chargé de la Regie
des Fermes Generales , il fera paffé Bail pendant
neuf années à Pierre Gruel , des Droits
de Controlle & Effayeurs fur les Bierres qui
feront façonnées en la Ville & Fauxbourgs de
Paris feulement , à compter du premier Ŏctobre
prochain , moyennant Quatre - vingt- dix
mille livres par chacun an , & Dix - huit mille
livres pour les quatre fols pour livre , tant
qu'ils auront cours . Que par Martin Girard ,
chargé de la Regie des Droits rétablis , il fera
pareillement paffé Bail audit Gruel defdits
Droits rétablis fur les Bierres , pour le tems
qui refte à expirer de la Perception deſdits
Droits , à compter dudit jour premier Octobre
prochain , moyennant Quarante mille neuf
eens vingt livres par chacun an,tant que lesdits
Droits fubfifteront. Le tout aux exceptions ,
charges , claufes & conditions portées par ledit
Arreft , &c.
*
ARREST du même jour & Lettres Patentes
fur iceluy , données à Verſailles le 10. Septembre
audit an. Regiftrées en la Cour des Aydes,
le vingt- trois dudit qui ordonnent en interpretant,
en tant que befoin eft , ou feroit , l'Arreſt
du Confeil du 19. Août 1719. & Lettres Patentes
expediées en confequence , qu'à la diligence
du Fermier des Aydes les Maires & Echevins
des Villes , & les Syndics ou Marguilliers
des Bourgs ou autres Paroiffes ou le Fermier
jugera neceffaire d'avoir connoiffance du
produi
D'OCTOBRE 1723 . сто 834
produit des Vignes de chaque année , feront
tenus de s'affembler quinze jours après les Vendanges
finies , & de fournir au Directeur des
Aydes de chaque Election , fur fa reconnoiffance
, en payant trois livres pour tous frais ,
un Acte d'Affemblée huitaine après qu'elle
aura été tenuë , contenant ce que l'arpent de
Vigne aura rapporté de Vin le plus communément
la récolte derniere dans leur territoire,
fous les peines y portées. Ordonnent que les
Privilegiés ne jouiront de leurs Exemptions
que jufques à concurrence de la quantité des
Vins qu'ils auront pû recueillir fur le pied
didit rapport , eu égard à la quantité de Vignes
par eux poffedées , dont ils auront juftifié
de la proprieté. Permet de décerner des
contraintes & de refufer des Congez pour le
furplus, fi ce n'eft en payant par eux les droits.
Leur fait deffenfes de déclarer fous leurs noms
des Vignes qui ne leur appartiennent pas , à
peine de déchéance de leurs Privileges pour
toûjours , du quadruple des Droits , & de 300.
livres d'amende qui feront appliquées au Dénonciateur.
ARREST du même jour & I ettres Patentes
fur iceluy , données à Verfailles le 6. Septembre
audit an. Regiftrées en la Cour des Aydes,
le 23. du même mois , qui ordonnent que les
Vins venans du Mâconnois , qui feront tranfportez
dans les lieux où les droits de Gros &
Augmentation ont cours , payeront lefdits
Droits conformément à l'Ordonnance des Aydes
de 1680. & aux Lettres Patentes des 13.
Septembre 1717. & 22. Décembre 1722. & que
le confentement du Syndic des Etats du Mâconnois
demeurera annexé à la Minutte dudit
Arreft , &c. I iij AR834
LE MERCURE
ARREST du 6. Septembre concernant l'in
cendie de Châteaudun , arrivé le 28. Juin der
nier, par lequel Sa Majefté , conformément à
l'avis du fieur de Bouville , a déchargé & décharge
les Habitans de la Ville & Fauxbourgs
de Châteaudun , de la fomme de dix mille cinq
cens foixante liv.qu'ils doivent de refte de leurs
Tailles & Fourages des années mil fept cent
vingt- deux & mil fept cent vingt- trois , ſçavoir
, celle de quatorze cens dix liv. pour l'Impofition
militaire de mil fept cent vingt- deux
& celle de neuf mille cent cinquante liv. pour
refte de la Taille & Impofition militaire de
l'année prefente mil fept cent vingt- trois , revenans
lesdites fommes à la premiere de dix
mille cinq cens foixante liv. Ordonne Sa Majefté
, qu'il fera tenu compte defdites fommes
aux Collecteurs des Tailles de ladite Ville defdites
années par les Receveurs des Tailles de
ladite Election en chacune des anrées de leur
exercice & aufdits Receveurs des Tailles par
les Receveurs Generaux des Finances de la
Generalité d'Orleans aufli en exercice, aufquels
il en fera pareillement tenu compte fur ce qu'ils
doivent payer au Trefor Royal , par tout où
befoin fera fans difficulté , en vertu du prefent
Arreft . Et pour donner moyen aufdits Habitans
de fe rétablir de leurs pertes , Ordonne Sa Majefté
qu'ils demeureront déchargez de toutes
impofitions de Tailles & autres generalement
quelconques , pendant dix années confécutives
, à commencer en la prochaine mil fept cent
vingt-quatre, pendant lefquelles dix années lefdits
Habitans ne feront compris dans les Rôles
de ladite Ville de Châteaudun que pour cinq
fols chacun pour toutes fortes d'impofitions
D'OCTOBRE 1723. 835
la charge par eux de continuer leur réfidence
dans ladite Ville de. Châteaudun , & de faire
rétablir chacun endroit foy leurs Maifons
& Bâtimens : Et pour procurer aufdits Habitans
des plus prompts fecours pour ce rétabliffement
, Sa Majefté leur permet de faire
faire dans l'étendue du Royaume , & par qui
bon leur femblera , une Quefte generale , don
les fonds feront remis au fur & àme fure, entre
les mains des adminiftrateurs qui feront nommez
par l'Affemblée des Habitans de ladite
Ville , & par eux diftribuez à ceux qu'ils jugeront
avoir befoin pour les aider à rédifier
leurs maifons incendiées, & c .
*
ARREST du 6. Septembre 1723. qui caffe
une Sentence de l'Election de Valogne , &
l'Arreft de la Cour des Aydes de Rouen confirmatif,
rendu fur une infcription de faux
pour n'avoir pas entendu les Accufez par leurs
bouches derriere le Bareau lors des Jugemens,
& qui renvoye les Parties en la Cour des Ays
des de Paris.
ARREST du même jour , par lequel Sa Majefté
a refilié & refilie , à commencer au premier
Octobre prochain 1723. le Bail fait à
Edouard Duverdier le 19. Août 1721. du Privilege
de l'Entrée , Fabrication & Vente exclufive
du Tabac dans l'étendue du Royaume : En
confequence Veut Sa Majesté que la Compagnie
des Indes foit mife en poffeffion & jouiffance
dudit Privilege audit jour premier Octobre
prochain , qu'elle en faffe la regie & l'exploitation
, ou qu'elle commette à cet effet , le
tout ainfi que ladite Compagnie des Indes le
jugera à propos , & pour fon plus grand avantage.
I iiij AR836
LE MERCURE
ARREST du même jour qui proroge juf
qu'au premier Novembre prochain le délay
prefcrit par l'Arreft du 22. May 1723. pour les
Receveurs des Confignations , Commissaires
aux Saifies Réelles , Kegiffeurs & autres qui
n'ont pû rapporter les Recepiffez du Trefor
Royal dont ils font porteurs , pour leur être
expedié par le fieur Marandon des Quittances.
de Finance pour Rentes fur les Tailles ; paffé
lequel temps lefdits Recepiffez demeureront
nuls à la charge des dépofitaires qui en feront
garants & refponfables envers les Creanciers
ou Confignataires.
ARREST du 7. dudit , qui regle la confommation
des Recepiffez , Billets , Certificats &
Lettres de Change délivrez , tant par les Tréforiers
Generaux de la Marine & leurs Commis
en payement des dépenfes de la Marine des
Exercices de 1704. 1706. 1707. 1708. 1709. 1710.
171. 1712. 1713. 1714. & huit premiers mois
de 1715. que par les Treforiers Generaux des
Galeres & leurs commis pour les dépenfes des
Galeres des Exercices de 1707. 1708. 1709. 1710,
1711. 1712. 1713. 1714. & huit premiers mois
de 1715. qui n'ont point été convertis en Billets
de l'Etat dans le délay fixé par la Déclaration
du 13. Mars 1717.
ARREST du 13. Septembre qui proroge jufqu'au
dernier Octobre prochain pour cette année
feulement , les délais prefcrits par la Déclaration
du 9. Août dernier , tant pour la confection
& recollement des Tableaux des Collecteurs
, que pour l'affemblée des Habitans
qui doivent proceder à leur nomination , &c.
ARD'OCTOBRE
1723. 837
ARREST du 14. Septembre , concernant le
Contrôle des Contrats & Actes qui ont été &
feront paffez par le Clergé general & les Dioefes
, pour raifon des Emprunts faits en confequence
des Lettres Patentes du 9. Août 1723 .
ARREST du 20. Septembre qui ordonne que
f'ouverture des Bureaux pour le payement du
du Preft & Annuel, tant dans la Generalité de
Paris , que dans les autres Generalitez du
Roaume , fe fera au premier Novembre 1723
& continuera jufqu'au dernier Decembre de
la même année ; & que les Officiers qui ont
obmis d'entrer en payement defdits Droits pour
Pannée 1723. y feront reçus pour l'année 1724.
en payant le prêt & Annuel obmis & le cou
rant. &c.
ARREST du 20. Septembre qui ordonne
que les Pourvûs & Proprietaires d'Offices &
Droits fupprimez avant & depuis le premier
Janvier 1722. pourront faire proceder à la Liquidation
defdits Offices & Droits jufqu'au
premier Janvier prochain exclufivement , & en
recevoir le remboursement jufqu'au 15. dudit
mois de Janvier inclufivement ; Et faute par
eux de faire proceder aufdites Liquidations , &
recevoir lefdits remboursements pendant ledit
temps , Veut Sa Majetté qu'ils en demeurent
déchûs. & c.
ARREST de la Cour des Aydes du 23. Septembre,
portant qu'en attendant l'Enregiftrement
des Lettres Patentes fur les Arreits du
Confeil des 22. Mars dernier & premier du
prefent mois de Septembre , Pierre le Sueur fera
mis en poffeffion du Privilege de la vente
1 v exclu
8.38 LE MERCURE
exclufive du Tabac pour la Compagnie dess
Indes.
ARREST du 26. Septembre portant , qu'il
fera établi un Bureau general à Paris , dans lequel
ceux qui auront deffein d'acquerir quelqu'un
des Offices créez par l'Edit du mois
d'Août 1722. pourront porter leurs Certificats
de Liquidation jufqu'au temps fixé par l'Arreft
du 28. Juillet dernier..
DECLARATION du Roy donnée à Vers
failles le 27. Septembre , pour le payement du
Droit de confirmation , à caufe de l'avenement
da Roy à la Couronne , par laquelle il eft dit
ce qui fuit.Nous avons dit, déclaré, ordonné &
octroyé , & par ces prefentes fignées de notre
main, difons, déclarons, ordonons & octroyons,
Voulons , & Nous plaît , que tous les Officiers .
de Judicature , Police & Finance , & autres de :
quelque nature qu'ils foient , toutes les Communautez
de nos Villes , Fauxbourgs , Bourgs
& Bourgades , des Communautez & les particuliers
qui jouiffent des Droits de Communes,.
de Chauffage , de Paccage , de Foires & Marchez
& autres Droits & Privileges , les Communautez
des Marchans où il y a Jurande &-
Maîtrife , les Communautez des Arts & Mê--
tiers ; enſemble les Privilegiez , les Hôteliers
& Cabaretiers de notre Royaume , Pays , Terres
& Seigneuries de notre obéiffance , demeurent
confirmez , & joüiffent à l'avenir des mê 、
mes fonctions , privileges , immunitez , libertez
, affranchiffemens , droits , foires , marchez
dons, octrois , exemptions , franchiſes, & permillions
generalement quelconques , fans aucuns
referver ni excepter , dont ils ont cy - devant
bien & dûën ent joui & joüiffent encore
་
D'OCTOBRE 1723 . 839
prefent ; en la joüiffance defquels Nous les
avons generalement maintenus & confirmez ,
& de nouveau , autant que befoin eft ou feroit,
maintenons & confirmons par cefdites preſen-
-tes ; A la charge par eux de payer la Finance
qu'ils Nous doivent , fuivant les Rolles qui en
feront arrêtez en notre Confeil . N'entendons
comprendre en la prefente Declaration des Prefidens
& Confeillers des Cours Superieurs de
notre Royaume , les Maîtres , Correcteurs &
Auditeurs de nos Chambres des Comptes , nos
Procureurs & Avocats dans lefdites Cours ;
Enfemble leurs Subftituts , les Greffiers en
Chef, & les premiers Huiffiers defdites Cours ;
fans que les Compagnies qui prétendent devoir
jouir des mêmes Droits que lefdites Cours Superieures
, puiffent être comprifes dans ladite :
exception qui n'aura lieu que pour les Parlemens
; Grand- Confeil, Chambre des Comptes,
Cours des Aydes , & Cours des Monnoyes.
ARREST du même jour qui ordonne l'Etabliffement
d'une Caifle de credit pour les
Marchands Forains des Vins & boiffons qui
arrivent à Paris ..
ARREST du même jour qui ordonne l'exe--
cution des Arrefts des 28. Juillet dernier & 2.
du prefent mois de Septembre ; en confequence
que tant les Notaires & autres Dépofitaires,
foit par autorité de Juftice ou autrement , que
les debiteurs de Billets à ordre & Lettres de
Change échûs en l'année 1720. feront tenus fous
les peines portées par lefdits Arreſts , de faire
dans le premier Novembre prochain l'emploi en
Rentes fur les Tailles , des Certificats de Liqui
dation qu'ils ont entre leurs mains, de quelques
[¸I· vj.
fommes
$ 40
LE
MERCURE
fommes foient , même au- deffous de mille livres,
provenant tant des dépôts à eux cy- devant faits,
que des Billets de Banque & Certificats de
Comptes en Banque deftinez pour acquiter lef
dites Lettres de Change & Billets à ordre.
ARREST du 27. Septembre qui ordonne que
les Privilegiez , Officiers ou autres qui jouiffent
de Franc- Salé ou redevances en Sel , feront
tenus de le recevoir avant le premierOctobre de
de chacune année , paffé lequel tems ils en fe
ront déchus.
ARREST du même jour qui déclare n'avor
entendu comprendre dans l'Exemption des
Droits accordée fur les Bleds & autres Grains
par l'Arreft du 28. Octobre 1719. ceux qui peuvent
appartenir aux Particuliers , pour lesquels
il en fera ufé comme avant ledit Arreft du 28.
Octobre 1 19.
ARREST du même jour par lequel Sa Majefté
a évoqué à foi & à fonConfeilles differens
mûs & à mouvoir , au fujet des négociations
des Actions de la Compagnie des Indes , & de
tout ce qui y a & aura rapport, les a renvoyez
& renvoye pardevant les Sieurs de Machault ,
Confeiller d'Etat , Laugeois d'Imbercourt ,
de Meaupecu d'Ablege , Angran , de Vaſtan
Regnaut , le Gras du Luart , Bignon , d'Argenfon
, Fontanicu , Dodart , d'Ombreval ,
Meliand, & de Bouville, Maîtres des Requêtes,
que Sa Majefté a commis & commet pour être
par eux jugez fommairement & en dernier ref
fort , au nombre de fept au moins , leur en attribuant
à cet effet toute Cour , Jurifdiction ,
& co nnoiffance , & icelle interdifant à fes
Cours
D'OCTOBRE 1723. 841
Cours & autres Juges ; Fait deffenfes aux Par
ties de fe pourvoir ailleurs , à peine de nullité,
caffation de procedures , dommages & interefts
, & de trois mille livres d'amende.
ARREST du 29. Septembre par lequel Sa
Majelté ordonne qu'il fera inceffamment établi
un Bureau de dépoft par la Compagnie des Indes
en fon Hôtel à Paris , dans lequel dépoft
il fera ouvert un livre où feront infcrites les
Actions & Dixièmes d'Actions appartenang
aux particuliers , qui pour leur feureté defireront
les remettre en dépoft à laditeCompagnie,
fur lequel livre fera ouvert un compte à cha
que particulier pour porter à fon credit lefdites
Actions , Dixiémes d'Actions qu'il aura
dépofé avec les Dividendes en provenans , &
à fon débit les Actions , Dixièmes d'Actions
avec les Dividendes qu'il retirera , qu defirera ou
ceder & tranfporter à d'autres particuliers ,
foit par vente , negociation , ou autrement ;
aufquels particuliers nouveaux acquereurs
d'Actions & Dixiémes d'Actions , fera pareillement
ouvert un compte en débit & credit :
declarant Sa Majefté que lefdites Actions ,
Dixiémes & Dividendes ne feront fufceptibles
d'aucune faifie pour quelque caufe ou
prétexte que ce foit. Veut Sa Majefté que lefdits
dépofts foient faits , & les livres tenus
fans aucun frais , conformément à ce qui
s'eft précedemment pratiqué à cet égard.
ARREST du même jour. Qui proroge juf
qu'au premier Novembre prochain exclufivement
, le terme fixé par l'Arreft du 26. Juillet
dernier pour la converfion des Billets d'emprunt
de la Compagnie des Indes , foit en
quit842
LE MERCURE
quittances de Finance portant intereſt au denier
so. ou pour acquifition de rentes viageres
fur les Tailles , créées par Edit du mois de
Juillet 1723
ARREST du 30. Septembre , concernant
les comptes des Commis & Employez au Bail
d'Armand Pillavoine..
ARREST du 1. Octobre , quiproroge juf
qu'à la fin de la prefente année le terme fixé
par l'Arreft du 15. Septembre 1722. pour retirer
par les particuliers qui ont payé le rachat des
Boues & Lanternes , les quittances de finances
dudit rachat , en remettant au fieur le Fevre
les recepiffez qu'ils ont des Receveurs particuliers
dudit rachat..
DECLARATION du Roy , du 4. Octobre,
enregistrée au Parlement le 15. dudit mois ,
concernant les faillites & banqueroutes , par
laquelle Sa Majelté ordonne que tous les procès
& differens civils mûs & à mouvoir pour
raifon des faillites & banqueroutes qui font
ouvertes depuis le premier Janvier 1721. ou
qui s'ouvriront dans la fuite , foient jufqu'au
premier Juillet de l'année prochaine 1724. portez
pardevant les Juges & Confuls de la Ville,
où celui qui aura fait faillite fera demeurant
, & c.
,
ARREST du 4. Octobre , qui ordonne que
les gages & appointemens des Officiers , Commis
& Employez au fervice de la Compagnie
des Indes ne feront fujets à aucune faifie ni
oppofition ; défend au Caiffier de ladite Compagnie
d'en recevoir aucunes , même d'avoir
égard
D'OCTOBRE 1723. 843
égard à celles qui peuvent avoir été faites cya
devant, ou qui pourroient l'être à l'avenir , &c.
ARREST du même jour , qui ordonne qu'à
commencer du premier Octobre de la prefente
année , & jufques à pareil jour de l'année
prochaine 1724. il ne fera perçû, de droits
d'entrée fur le Charbon de terre d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande , que huit fols par baril du
poids de deux cens cinquante livres poids de:
marc, tant dans l'étendue des cinq groffes Fermes
que dans les Bureaux des Provinces reputées
Etrangeres. Enjoint Sa Majefté aux
fieurs Intendans & Commiffaires départis dans
les Provinces & Generalitez du Royaume , de
tenir la main à l'execution du prefent Arreft..
ARREST du 6. Octobre , par lequel Sa Majefté
a excepté & excepte de l'execution de la
Declaration du 27. Septembre dernier les
Offices créez & rétablis par ledt Edit du mois
d'Aout 1722. Fait défenſe Sa Majefte à Nicolas
Poirié , chargé du Recouvrement dudit
droit de confirmation , de les employer dans
aucuns Rôles , ni faire contre eux aucunes
pourfuites pour raifon du payement dudit
droit.
ARREST du 6. Octobre , qui excepte les
Offices Municipaux & autres créez & rétablis
par l'Edit du mois d'Aouft 1722. de l'execution
de la Declaration du 27. Septembre
1723. pour le recouvrement du droit de Confirmation
à caufe de l'avenement du Roy à la
Gouronne .
ADDI
844
LE MERCURE
ADDITION au Journal de Paris , &
aux Nouvelles Etrangeres .
E 18..de ce mois le Regiment des Gardes
LFrançoifes érane fous les armes , dans la
Cour des Thuilleries , le Duc de Grammont
fit recevoir au grand cercle des Officiers &
Sergens , M. Dépontys en la Charge de Lieutenant-
Colonel du Regiment , vacante par la
mort du Comte de Saillants , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur &
Commandant dans les trois Evêchez , & c.
M. Dépontys eft Maréchal de Camp & Chevalier
de S. Louis ; il étoit le plus ancien Capitaine
aux Gardes. M. de Myfon , Chevalier
de Malthe , Ayde- Major , avec rang de Mettre
de Camp , & le plus ancien Lieutenant , a eu
la Compagnie de M. de Saillants. M. de Grille ,
Lieutenant & Chevalier de S. Louis , a eu
l'Ayde Majorité.
M. Goulard le plus ancien Sous - Lieutenant
, & Chevalier de S. Louis , eft monté à
Ja Lieutenance. M. Delons , Sous - Ayde Major
, & Chevalier de S. Louis , qui eft le plus
ancien Sous- Lieutenant , a eu Commiffion de
Lieutenant. M. de Saint Martin , Chevalier de
S. Louis , eft paffé à la Sous Lieutenance des
Grenadiers, qu'avoit M. Goulard. M. de Joux
le plus ancien Enſeigne a eu la Sous - Lieutenance
de M. de S. Martin. M. le Féron l'Enfeigne
des Grenadiers qu'avoit M. de Joux, & M.
de Villefort eft monté à l'Enfeigne à Pique , &
fon Drapeau a été donné à M. de Lanoy ,
Gentilhomme de M. le Duc de Chartres , Capitai
D'OCTOBRE 1723. 845
pitaine dans fon Regiment , & Chevalier de
S. Lazare.
Après la reception de M. Dépontys , le
Duc de Grammont s'étant retiré , le Duc de
Louvigny, fon fils , Colonel en furvivance
du Regiment des Gardes , vit défiler toutes
les Compagnies , il fut falué par tous les Officiers
, fuivant le droit de fa Charge , à qui
cet honneur eſt dû par tout il voit le Regi
ment , hors dans le logis du Roy, ou celui de
M. le Dauphin , ſuivant l'article 283. du reglement
general des Gardes Françoifes , fait par
le feu Roy , à Verſailles le 8. Decembre 1691 .
A la nomination aux Benefices le Roy a
accordé une penfion de quinze cens livres à
M. d'Arbouville , Sous - Ayde Major du Regiment
des Gardes , & Chevalier de S. Louis
M. le Duc de Chartres le reçût ces jours paffez
Chevalier de Saint Lazare avec plufieurs autres
, qui ont été pareillement gratifiez de
penfions .
Le Prince Charles , Grand Ecuyer de France
fut vifiter toutes les Académies du Roy ,
le 24. de ce mois , il les trouva toutes en
bon état , particulierement celle dont M. de
Vandeuil eft le chef, où il refta près de deux
heures , à en confiderer le bon ordre , & à
faire faire le manege à plufieurs chevaux , il
parut par l'air gracieux de ce Prince qui connoit
parfaitement l'art de monter à cheval ,
qu'il étoit très- fatisfait , fur-tout quand il
vit M. de Vandeüil faire manier fon cheval,
On écrit de Prague que dans la derniere
chaffe que l'Empereur fit à Brandeis , on y tua
-135. Sangliers , du poids de 200, juſqu'à 365. I.
Le
1
846 LE MERCURE
N mande de Petersbourg du 23 Septem
ONbre , que lorfque l'Ambaffadeur de Perfe
eut fon audience de congé du Czar , ce Prinde
le chargea d'affurer le Sophi , fon maître
de l'amitié inviolable de S. M. Czarienne &
de la réfolution où elle étoit d'obferver religieufement
tout ce qui eft ftipulé par le traité
conclu entre les deux Monarques . L'Ambaffa
deur prit enfuite des mains du Chancelier de
Ruffie , la lettre que le Czar écrit au Roy de
Perfe , la pofa fur fa tête , & fit le difcours
fuivant.
TRES GRACIEUX EMPEREUR .
Vous qui par la mifericorde de Dieu & la
protection des Anges , ſurpaſſez en gloire Darius
Alexandre le Grand , en Grace Nuchiruvanum
Pheridunum , & en valeur Kiavanum
, vous êtes la veritable bien heureuse
Etoile Meriek , ( Jupiter ) que le Tout- Puiffant
a élevé à la parfaite. Monarchie Souve→
raine.
,
Dieu foit love beni , de ce que par sa
grace mon Seigneur & maître , veritable
croyant , m'a honoré du caractere d'Ambaſſadeur
Plenipotentiaire auprès de V. M. & de ce
que j'ai eu le bonheur de renouveller de
eimenter l'ancienne amitié entre deux grands
Monarques.
Je fuis perfuadé que nos ennemis qui juſqu'à
prefent ont causé beaucoup d'ombrage , feront
confternez de ce renouvellement d'amitié ,
que d'un autre côté nos fujets qui ont étéjufques
ici dans une grande oppreffion , feront des
réjouifD'OCTOBRE
1723. $ 47
réjouiffances publiques , & s'entrefeliciterons
te la conclufion de cette amitié perpetuelle.
Le Tout- Puiffant prolonge les jours de V. M
affermiffe fa droite , afin que les amis des
deux Monarques puiffent triompher de leurs .
ennemis , les réduire au dernier état d'abbaissement.
Après que l'Ambaffadeur eut prononcé ce
difcours, le Chancelier lui dit que S. M. Czarienne
avoit ordonné de lui fournir tous les
vivres neceffaires ; il fut enfuite admis à baifer
la main de S. M. ce qu'il fit en s'agenoüillant
, après quoi il fe retira en marchant en
arriere , comme il avoit fait dans fa premiere
audience , il fut reconduit à l'Hôtel des Am➡
baffadeurs dans la barque de l'Empereur , fuivie
de 14 autres barques où étoient les gens
de fa fuite , & l'on fit une falve de 31. pieces
de canon.
Le 27. le. Czar accompagné du Duc de
Holftein , des deux Princes de Heffe- Hombourg
, des Miniftres , Generaux & Amiraux
de S. M. & des Miniftres Etrangers , fe rendit
chez l'Ambaffadeur de Perfe . qui avoit invité-
S M. de lui faire l'honneur de manger ce jourlà
chez lui ; on lui avoit accordé la permiffion
de faire tranfporter quinze pieces de canon
devant fon Hôtel , dont on fit des falves
à chaque fanté qui fut bûë. Le 29. S. M. Czarienne
partit pour Petershoff & Cronflot ,
où l'Ambaffadeur de Perfe s'eft auffi rendu
afin de voir la flote & les Maifons de Plaifance
du Czar. Le Baron Renne doit fe rendre
en Perfe avec cet Ambaffadeur , en qualité de
Réſident de S. M. auprès du Sophi.
Dernie
848 LE MERCURÉ-
Dernieres Nouvelles de Conftantinople ,
du mois de Septembre 1723 .
LEs Miniftres de la Porte ont été dans de
très-grandes & très vives occupations pendant
tout le mois paffé, & ils ont tenu diverfes
conferences entr'eux où les principaux Officiers
de la Justice & de la Milice de l'Empire ont
été appellez ; on prétend même que le Grand
Seigneur caché derriere une jaloufie , a voulu
écouter tout ce qui fe diroit dans ces Conferences
: la matiere en étoit importante , puiſqu'il
s'agiffoit non- feulement de donner une
réponſe à M. Nepluyeff , Refident de Mofcovie;
mais auffi de décider s'il convenoit à cet Empire
d'entrer à main armée en Perfe , & le motif
qu'on prendroit pour colorer une femblable
réfolution . Quant à la réponſe à donner au
Miniftre de Mofcovie , cela a été fait le Jeudy
19. Août dernier dans une Conference tenuë
chez Adgi Muftapha Effendi , cy -devant Tefterdar
ou Grand Treforier de l'Empire, en prefence
du Reis Effendi ou Grand Chancelier.
On ignore le contenu de cette réponſe , & on
fçait feulement que ces Miniftres dîneremt enfemble,
& que deux jours après le Réfident de
Mofcovie dépêcha un Courrier pour Moscou .
Peu de jours après on fçût que le Grand Seigneur
avoit réfòlu de faire entrer trois armées
en Perfe , fçavoir , l'une commandée par Affan,
Pacha de Babilone , qui doit penetrer jufques -
à Hifpaam , la feconde , commandée par Abdula
Kuprogli,Pacha de Cars, auquel on a donné
à cet effet le titre de Seraskier, celle- cy doit
aller
D'OCTOBRE 1723. 849
aller droit à Tauris , & la troifiéme , commandée
par Ibrahim Pacha d'Erzerum , qui a auffi
le titre de Seraskier , & doit s'emparer de la
Province d'Herivan.
Les Turcs prennent pour prétexte d'un fi
grand mouvement , que le Royaume de Perfe
n'ayant plus de Roi legitime , les Provinces
qui leur ont autrefois appartenu , & qu'ils
avoient cedées à la Perſe, doivent leur revenir ;
ils regardent Miri Mamouth , c'eft ainfi qu'on
appelle icy Miriweits, comme un ufurpateur, &
Chah Tamas, fils du Sophi , qui après avoir
pris le titre de Roy s'eft retiré à Tauris , comme
un Prince qui n'eſt pas monté legitimement fur
le Trône.
Pour ce qui eft de la Georgie depuis que les
Turcs font entrez à Tiphlift , qui en eft la Capitale,
ils y ont établi un Pacha à trois queues *
appellé Arifi Mehémet Pacha ; ils ont obligé
le fils de Wasltan, Prince de Georgie , qu'ils
avoient entre leurs mains , à fe faire circoncire
& à embraffer la Religion Mahometane , lui
ont conferé le titre de Prince de Georgie &
celui de Pacha à deux queuës , afin qu'il fut
fubordonné à Arifi Mehemet Pacha ; on ne
fçavoit pas pofitivement de quel côté s'eft
retiré Maktan Kam .
* Les Pachas à trois queuës ont la même autorité
que le Grand Vifir dans les endroits où ils
commandent.
Dame Marguerite de Cocandé , veuve de
M. René Demarin , Comte de Moncan , Confeiller
au Parlement de Bretagne , eft morte à
Vannes le 15. Octobre , âgée de 100. ans.
APPRO58.50
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois d'Octobre , &
Jay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris , le 4. Novembre 1713.
HÁRDION.
Ρ'
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES FUGITIVES , Orefte & Pilade ,
Cantate , page
Lettre Critique fur la Tragedie d'Inès de Caftro.
639
644
676
Bouts-rimez fur les occupations des hommes. 675
Plaidoyers des Rethoriciens du College des Jefuites
Parodie fur un air des Fêtes Grecques , &c . 693
Lettres fur les Chartes qui ne font pas dattées.
Sonnet fur les Bouts - rimez propofez.
694
695
Lettre fur les imprimez qui ont paru au fujet de
la Tragedie d'Inès .
Bouts-rimez.
696
706
Prix propofez par l'Académie des Sciences. 707
Sonnet.
Vers addreffez aux Auteurs du Mercure .
711
718
Hommage rendu à l'Empereur par les Etats du
Royaume de Bohéme.
Relation du Sacre & Couronnement de l'Empereur.
716
719
Defcription de la Salle & du Feftin Royal . 732
Couronnement & Sacre de l'Imperatrice , Reine
de Bohéme. 735
Deſcription du Feftin , & des Arcs de Triomphe
en fucre , & c.
Medailles frapées à l'occafion de cette ceremonie.
742
743
Explications de la troifiéme Enigme du dernier
Mercure.
745
Nouvelles Enigmes.
746
Chanfon .
NOUVELLES LITTERAIRES , &c.
Nouvelles découvertes en Medecine.
Le Spectateur Suiffe.
748
ibid.
749
750
Ouvrages Pofthumes des PP. Mabillon & Thierry.
753
Memoires Hiftoriques & Critiques . 754
Oeuvres diverfes de Pierre Bayle. 758
-Carte du Systême Solaire. 760
Tragedie de Romulus.
761
Diverfes nouvelles Litteraires des Pays Etrangers
763
Traité des Vernis.
769
Portrait de l'Empereur , &c. 770
SPECTACLES , & c.
Opera reprefentez à Munick.
773
775
777
gers .
Journal de Paris .
Nouvelles des Cours Etrangeres , & c.
Baptêmes , Morts & Mariages des Pays Etran-
Nailfances , Morts & Mariages.
798
800
805
Mariage & mort'du Prince de Turenne,. 806
Charges & Emplois dounez .
810
Benefices donnez. 812
Penfions.
Addition aux Nouvelles Etrangeres,
816
819
Supplement , explications des Enigmes , & c. 822
Edits du Roy , Arrefts du Confeil , &c. 824
Addition au Journal de Paris , & aux Nouvelles
Etrangeres. 844
Promotion au Regiment des Gardes Françoiſes.
ibid.
Difcours de l'Ambaffadeur de Perfe au Czar ,
& autres nouvelles . 846
Dernieres nouvelles de Conftantinople. 848
P
Erraia de Septembre.
Age 429. dans la note du bas de la page ,
divifam Nazerinorum Tetrarchia , lifez
divifam à Nazerinorum Tetrarchia , &c.
Page 437. ligne du bas la , lifez ſa.
Page 491. ligne 11. ce , lifex &.
Page 04. derniere ligne , la Chapelle , lifez
Chapelle.
Page 18. ligne 11. certain , lifez incertain.
Page 554. ligne 10. puantes , lifez peccantes.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 655. ligne 19. veillant , lifez veulent. PAge
L'air noté doit regarder la page 748.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères