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LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE 1723-
QUÆ COLLIGIT SPARGIT,
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguſtins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE 1723-
QUE COLLIGIT SPARGIT,
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
| NOEL PISSOT, Quay desAuguſtins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or .
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'AD
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M.
MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie
très - inftamment
, quand on
adreffe
des Lettres ou Paquets
par la Pofte,
d'avoir
foin d'en affranchir
le Port ,
comme cela s'eft toûjours
pratiqué
, afin
d'épargner
, à nous le déplaifir
de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
,
celui , non feulement
de ne pas voir
paroître
leurs Ouvrages
, mais même de
les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé
de
copie.
-
Le prix eft de
30. fols.
LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE
1723 .
[XXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Profe & en Vers.
DISSERTATION fur une Medaille
de la Ville
d'Apamée , dans laquelle
on éclaircit un point d'Hiftoire & de
Geographie , &c. par M. de la R.
L
Orfque j'ai décrit le cours de
l'Oronte dans mon voyage de
Syrie , & du Mont Liban , &
qu'à l'occafion de ce Fleuve ,
j'ai parlé de la Ville d'Apamée , je n'avois
pas vû une Medaille qui m'eft venuë
depuis du Levant , & que je produis ici ;
lle a été frappée par les habitans d'Apamée
, en l'honneur d'un des Rois ,
A ij Seleu4-
28 LE MERCURE
Seleucides , avec cette Legende , qui eft
importante à ce fujet . ΑΠΑΜΕΩΝΤΩΝ
ΠΡΟΣ ΤΩ ΑΞΙΩ . ΑΡΑMENSIUM QUI
A
>
SUNT AD AXIUM. Ce qui femble détruire
ce que nous avons dit ,, que la Ville
d'Apamée étoit fituée fur l'Oronte. M.
Vaillant qui a raporté une pareille Medaille
dans fon Hiftoire des Rois de Syrie
, convient de cette fituation , & vuide
la difficulté qui naît de la Medaille
en difant que Seleucus Nicator , * Fondateur
du Royaume de Syrie , impofa
ce nouveau nom à l'Oronte, qu'il appella
Axis , du nom d'un Fleuve celebre de
Macedoine , ainfi que ce Prince en avoit ,
dit-il , ufé à l'égard des Villes lui
par
fondées dans la Syrie , & ailleurs , aufquelles
il donna le nom des Villes de
Macedoine , ou de Grece , fuivant le rémoignage
d'Appien .
鼗
Cette décifion n'a point été approuvée
par le Cardinal Noris , ni par le R. P.
Hardoüin. Ce dernier oppofe à M. Vaillant
ce que dit Pline , liv. 5. ch . 23. Cale
habet Apamiam , Marfya amne divifàm ,
& foutient que le Fleuve Marfyas , coulant
dans Apamée , fut appellé Axis par
>
* Ille enim Syria Regni fundator plurima
graca & macedonica nomina Syria Urbibus
refte Appiano , impofuit , quidni & ipfis jiuviis
bc. pag. 262 .
les
ΑΠΑΜΕΙΝ
ΤΩΝ ΠΡΟΣΤΩ
Azin
DE
SEPTEMBRE 1723. 429
les Macedoniens , Maîtres de cette Ville ,
ajoûtant que c'eft ainfi qu'il faut expliquer
la Medaille en queftion , & que perfonne
avant lui n'avoit réüffi dans ce te
explication , a nemine ante nos feliciter
explanatus. Ce qui cependant paroît augmenter
la difficulté , au lieu de l'éclaircir.
Pour ce qui eft du Cardinal Noris
après avoir refuté le fentiment du P.-
Hardouin , par le paffage même de Pline
, raporté comme il faut , & en fon
entier , & après avoir démontré que le
Fleuve Marlyas ett très éloigué d'Apamée
: voici fa penſée .
Il croit que la Ville d'Apamée , dont
il eft ici queftion , étoit fituée auprès de
deux differentes rivieres ; çavoir ,l'Oronte
d'un côté , & l'Axis de l'autre , &
que cette derniere étoit plus proche de
la Ville que l'Oronte ; en forte que pour
diftinguer cette Ville des autres qui ont
porté le même nom , on l'a ' appellée
Apamée fur l'Axis , comme on le voit ,
dit- il , dans la Medaille raportée par M.-
Vaillant , & dans un paffage de Sozoméne
, où il eft auffi parlé d'Apamée fur
P'Axis . Pour autorifer cette opinion le
fçavant Cardinal nous décrit ainfi la fi-
* Cale habet Apamiam Marsya amne dis
divifam Nazerinorum Tetrarchia , liv. v. c.
23. de Cale Syria,
A iij
tuation
430 LE MERCURE
tuation d'Apamée : Hinc fatis ampla illa
planities , in cujus medio colle Apamea
fita erat , hinc Oronte , inde vero lacu
ac propriori Axis flumine cinta , Cherronefus
, five Peninfula Syria dicebatur.
".
Mais fans manquer aux égards qui
font dûs à la memoire de ce grand homme
, dont les ouvrages font un veritable
tréfor d'érudition , nous pouvons affurer
que fa defcription n'eft pas exacte , &
qu'il tombe ici dans une erreur de fait
toute évidente : c'eft peut-être la feule
qui fe trouve dans fon livre des Epoques.
Siro-
Macedoniennes. Nous pouvons , disje
, affurer , après plusieurs autres témoins
oculaires , qu'il n'y a à Apamée ,
& dans tous les environs qu'une feule
riviere , que cette riviere eft l'Oronte
& que c'est l'Oronte qui forme le Lac ,
& la Prefqu'Ifle , dont nous avons parlé
en décrivant le cours de ce Fleuve. Prefqu'Ifle
, pour le dire en paffant , où le
Roy de Syrie tenoit les chevaux , & où ,
felon Strabon , il y avoit jufqu'à trente
mille cavales . D'ailleurs de tous les Geograph
s anciens & modernes , il n'y en a
aucun qui fale mention du Fleuve Axis ,
auprès d'Apamée de Syrie ; car on n'ignore
pas qu'il y a eu quatre ou cinq
V lles de ce même nom , en diverfes regions
, mais toutes beaucoup moins cele
bres ;
1
DE SEPTEMBRE 1723. 431
bres , & fort inferieures à celle dont
nous parlons. La plus confiderable de ces
autres Apamées étoit dans la Phrygie
fituée fur le confluant de deux rivieres ;
fçavoir le Marlyas , & le Meandre , ainfi
qu'il eft démontré par deux Medailles
de cette même Ville , l'une de Tibere , du
cabinet de la Reine de Suede , & l'autre
de Gordien , raportée par Triftan ; , nous
les citons ici , après Octavio Falconeri ,
pour prouver l'erreur , ou de Pline , ou
du P. Hardoüin dans le paffage oppofe
à M. Vaillant. Selon ce paffage entendu
dans le fens du P. Hardotiin , le Fleuve
Marfyas coule au milieu d'Apamée de
Syrie , ce qui eft manifeftement contre
la verité , comme nous l'apprenons , nonfeulement
par les monumens que nous
venons de citer , mais encore par le té
moignage précis de Paufanias , qui place
le Fleuve Marfyas , auffi bien que le
Meandre dans la Phrygie. Ainfi là prétendue
autorité de Pline , ne détruit
point ce que M. Vaillant a penſé fort
judicieufement au fujet de l'Oronte
nommé Axis fur quelques Medailles , du
nom du Fleuve Axis de Macedoine , que
le Fondateur d'Apamée avoit , dit - il ,
donné à l'Oronte. Nous trouvons en effet
dans la defcription du Peloponefe de
Paufanias le Fleuve Axis , qui n'a ja-
A iiij
mais
432 MERCURE LE
mais eu avec l'Oronte rien de commun
que
le nom .
Ne diffimulons point cependant ici une
méprile de ce celebre Antiquaire au fujet
du Marfyas , qu'il fait couler auprès
de la Ville de Cyr dans la même Province
de Syrie , en ajoûtant que cette riviere
fe jette dans l'Eufrate , vers Samofare
, autre Ville de Syrie , & cela fur
le prétendu témoignage de Pline , qui
n'en dit rien dans l'endroit cité par M.
Vaillant . Pline marque feulement dans
le ch . 24. du 5. liv. l'endroit où il croit
que le Marfyas de Syrie ſe jette dans le
l'Eufrate.
Nous difons le Marfyas de Syrie ;
étant évident que le veritable Marfyas
eft dans la Phrygie , & qu'un Fleuve de
Syrie a été appellé de ce même nom ,
par la raifon que nous avons déja dite à
l'égard de l'Oronte .
Nous avons déja remarqué que le Cardinal
Noris s'eft manifeftement trompé ,
en fituant la Ville d'Apamée entre deux
Fleuves , & c. Nous devons ajoûter que
comme ce fçavant homme n'étoit jamais
trop prévenu en faveur de fes fentimens ,
* Chyrrus Syria Urbs juxta Maryam Fluvium
inEuphratem ad Samofata excurrentem
fita. Plin liv. s . c . 23. Vaillant , Hift.
Reg: Syr. pag. 261.
DE SEPTEMBRE 1723. 433
"
& qu'il fentoit bien que dans une queftion
telle que celle- ci , il pouvoit être
contredit , il renvoye fort prudemment
dans la Syrie même ceux qui voudront
être mieux éclaircis par eux -mêmes de la
verité du fait . Si quis tamen , dit- il , certiorem
hujufce rei notitiam comparare ve-´`·
lit , is , per me licet , in Syriam tranf
mittat , ac circum Apameam tum decurrentes
, tum etiam ftagnantes aquas pro
libito fuis mei oculis contempletur. C'eft
auffi ce que nous avons fait avec toute
l'exactitude poffible , & ce qui nous met
en état de rendre à une verité qui interefle
l'Hiftoire ancienne , & la Geographie
, le témoignage que nous lui rendons
.
Nous terminerons ce qui nous refte à
dire fur 1 Oronte par un paffage remar
quable de Paufarias dans fes Arcadiques,
qui n'a , ce me lemble , encore été raporté
par aucun des Auteurs qui ont écrit de
la Syrie , & qui convient parfaitement à
no re fujet ; je me fers de l'édition d'Ha
novre 1613. & de la verfion de Romulus
Amafæus , accompagnée des notes de
Frederic Sylburge. Orontem Syria Fluvium
, ad mare non per campos ubique ,
fed per valde declivia , & parupta ci
tato curfu defcendentem , Romanorum Imperator
Antiocheam contendens , claffi per
A YA vium
434 LE MERCURE
vium reddere conatus eft. Magno itaque
labore , & impenfa foffa deducta , in čam
flumen avertit. Vetere vero alveo exiccato
urna fictilis reperta eft cubitorum x1 . &
in ea cadaver nihilo brevius , humanâ
Specie ex omni parte corporis ; bunc *
Orontem fuiffe , ex Indorum Gente , Clarii
Apollinis Oraculo Syris confulentibus
refponfum eft.
M. Vaillant a crû que la Medaille qui
a donné lieu à tout ce que nous venons
d'obferver au fujet d'Apamée de Syrie ,
& du Fleuve Oronte , à été frappée par
les habitans de cette Ville en l'honneur
d'Alexandre Theopator , premier de ce
nom , Roy de Syrie , & le XI . des Seleucides
, quoiqu'il n'y ait ni Legende , ni
Epoque fur la face de cette Medaille qui
ayent pû déterminer avec fondement ce
fçavant Antiquaire . Nous croyons avec
plus de vrai - femblance , que les Apaméens
l'ont frappée en l'honneur de Seleucus
Nicator , Fondateur d'Apamée ,
& le premier des Rois de Syrie . L'air de
* Hiſtoire ou Fable fur le nom de l'Oronte ,
le paffage de l'Auteur Grec paroit en fa place.
Il est d'ailleurs certain que des Princes Orientaux
ont porté ce mêmê nom , ce qui détruit la
conclure du P. Pezron fur l'étimologie de l'Oronte
, qui eft raportée dans le voyage de Syrie
& au Mom Liban.
la
DE SEPTEMBRE 1723. 435
la tête que nous voyons fur la Medaille
en queſtion , nous donne lieu de le croire,
après l'avoir comparée avec plufieurs autres
Medailles inconteftables de ce Prince
. Le Revers n'eft point ambigu , on y
reconnoît aisément la figure de Jupiter
affis , tenant de la main droite une Victoire
, & de la gauche un Javelot , avec
la Legende dont nous avons parlé.
و
Au reste ce n'eft pas feulement fur
quelques Medailles des Rois de Syrie ,
que l'Oronte eft appellé Axis , par la
raifon que nous avons dite , mais il y a
beaucoup d'apparence que cet ufage a
duré long temps , & qu'il a paffé jufqu'au
temps des Empereurs Chrétiens
puifque Sozomeme dans le feptiéme livre
ch. 15. de fon Hiftoire Ecclefiaftique,
en parlant d'une rebellion de quelques
Payens d'Apamée , & des environs , contre
les Edits rendus en faveur du Chrif
tianifine , dit auffi que cette Ville eft
fituée auprès du Fleuve Axis. ATTAMEIAZ
τῆς ΠΡΟΣ ΤΩ ΑΞΙΩ Ποταμώ . Enfin
après la conquête de la Syrie par les
Califes , fucceffeurs de Mahomet &
après l'extinction de la Langue Grecque
dans cette Province , le nom d'Axis donné
à l'Oronte , a été en quelque façon
continué , puifque les Arabes l'ont appellé
, & l'appellent encore aujourd'hui ,
A vj
,
Nhar
436
LE
MERCURE
Nhar al Afi , ou le Fleuve Afi , ſoit qu'ils
ayent pris ce nom des Grecs , ou qu'il
foit tiré de leur propre Langue ; car Aft
en Arabe fignifie rebelle : terme qui convient
à l'Oronte , à caufe de la difficulté
qu'il y a de puifer , ou de détourner fes
eaux , par la fituation de fon lit , la rapidité
de fon cours , & c.
Ajoûtons à tout ce que nous venons
de dire deux courtes remarques , qui regardent
auffi l'Hiftoire , & la Geographic
; la premiere fur la Ville d'Apamée ,
que les nouveaux Editeurs du Dictionnaire
Hiftorique nous difent être près
d'Antioche , & la Rivale de cette derniere
Ville , ce qui ne paroît pas exact .
A l'égard de la proximité il y a près de
trente lieuës Françoifes d'une Ville à
l'autre , & pour ce qui eft de la Rivalité
prétenduë , elle n'eſt
elle n'eft pas mieux établie ;
on trouve au contraire que les Villes fondées
, ou reftaurées par Seleucus Nicator
, comme Antioche , Apamée , Emefe
, Laodicée s'appelloient reciproquement
foeurs , & qu'il y avoit entr'elles une
union , & une confederation particuliere
à l'exemple de plufieurs autres grandes
Villes de la Grèce & de l'Afre , dont
l'union nommée par les Grecs OMONOIA ,
par it fur plufieurs Medailles & fur
d'autres anciens monumens.
>
La
DE
SEPTEMBRE 1723 . 437
La derniere Remarque tombe fur la
Relation d'un Voyageur (4) moderne , lequel
après avoir beaucoup couru le Levant
& la Syrie en particulier , paroît
n'en avoir pas raporté des Memoires plus
juftes. Sa méprife au fujet de l'Oronte
pourroit dans la fuite devenir une erreur
confiderable dans les Cartes de la Syrie
Maritime , fi nous negligions de la faire
connoître. Ce Voyageur décrivant les
ruines de Laodicée , aujourd'hui nom
mée Lataquie , & fon Territoire , dit :
(b) qu'il y paſſe un bras de l'Oronte , qui:
arrofe , en ferpentant , une bonne partie de
tout ce Pays . Et dans le Chapitre fuivant
l'Auteur allant par terre de Lataquie à
Tripoly , c'est- à- dire, en s'éloignant toû
jours davantage de nôtre Fleuve , il le retrouve
encore fur fa route. (c) Quand nous
eûmes marché , dit- il , environ une heure,
nous passâmes l'Oronte für un très - beau
Pont. Tout cela eft abfolument contre là
verité , & fait voir un Voyageur peu
exact , & mal informé. L'Oronte dont
nous avons fuivi le cours depuis la fource
jufqu'à la Mer , & dont nous avons donné
une Carte, ne fe divife point , & paffe
(a) Voyage du fieur Paul Lucas au Levant , &&
2. vol. in 12. Paris 1704.
( b) Tom 1. p. 244.
(c) Page 249.
438 LE MERCURE
Ladx! luwan *rms =ལ་བ་ གསུམ་བྱ་
à plus de 15. lieuës loin de la Ville &
des Campagnes qu'on lui fait arrofer. On
verra par cette Carte quelle eft la Riviere
qui paffe à Laodicée , & qu'on ne
peut fans abfurdité , & fans errer confiderablement
, la prendre pour le Fleuve
Oronte .
ODE imitée de la x111. du troifiéme
Livre d'Horace.
A la Fontaine de Blandufe .
Fontaine délicieuſe !
Blandufe , dont l'eau précieufe
Eft plus claire qu . le criſtal ,
Ton fein eft digne qu'on y mêle
Le jus , le preſent fans égal,
Qu'ont receu les mortels du Dieu fils de Sémele.
Blandufe il faut auffi te parfemer de fleurs ,
Brillantes par l'émail de leurs vives couleurs.
柒
La dévorante canicule
Ne pût jamais darder fes regards fur tes eaux ,
Tu fçais rafraîchir les troupeaux ,
Que l'ardeur de cet are brûle.
Quand
DE SEPTEMBRE 1723. 439
Quand Vefper s'avançant délivra les Taureaux ,
Du pefant fardeau qui les tuë ,
Ils retrouvent dans tes ruiffeaux
La force qu'ils avoient perduë.
Ton doux bruit invite au fommeil ,
Tu fers de miroir aux Bergeres ,
Le matin en juppes legeres ›
Ces beautez cherchent ton confeil ,
Ton gazon leur fert de toilette ,
Le fard qui rend leur teint vermeil
Elt pris dans ton eau toûjours nette.
Blandafe, en ton honneur j'immolerai demain ,
Un Chevreau déja fier de fes cornes naiffantes ,
Aux combas , à l'amour il fe deftine en vain ,
Dès demain tu verras tes ondes rougifantes ,
De fon fang à grands flots répandu de ma main.
Au rang des illuftres Fontaines ,
On te placera déformais ,
Quand Apollon foufflant fa chaleur dans mes
veines ,
Mes vers auront enfin celebré tes attraits.
Quand
440 LE MERCURE
Quand ils auront chanté ta fource vive & pure ,
Ce Rocher d'où ton onde en jailliffant murmure
Ce Rocher où l'on voit un ormeau mis exprès
Par l'induftrieufe nature ,
Etendant les rameaux pour te donner du frais.
贊贊
SUITE des Apparences Trompeuses, &c.
L
E Doge avoit un neveu nommé
Louis Fofcary , qu'il aimoit tendrement
; il le meritoit , il joignoit à une
très aimable figure , beaucoup de valeur,
& beaucoup d'efprit . Quoiqu'il fut dans
un âge peu avancé , on le regardoit ,
comme devant pofleder un jour les plus
grandes Charges de la République. Toutes
ces qualitez ne font point incompatibles
avec un coeur fenfible ; il étoit devenu
paffionnément amoureux d'une jeune
veuve nommée Gifmonde. Sa condition
& les grands biens auroient pû faire
foupçonner d'intereft tous ceux qui fongeoient
à lui plaire , fi les charmes de
fa perfonne n'avoient pas été au- deffus
de fes autres avantages . Elle egrettoit
un mary qu'elle avoit perdu fix mois
après l'avoir époufé . Pour éloigner une
foule
DE SEPTEMBRE 1723. 347
foule d'Amans qui l'importunoient , elle
declara qu'elle ne vouloit point fe remrier
, plufieurs cefferent de penfer à elle.
Folcary qui l'aimoit éperduement , ne ſe
rebuta point ; il n'oublia rien de tout ce
qui pouvoit marquer fon amour , fans
offenier la vertu la plus auftere. Quand
il étoit affez heureux pour attirer un regard
de Gifmonde , il y trouvoit un air
de modeftie , fans couroux , qui augmentoit
fon amour , fans lui donner beaucoup
d'efpoir ; cependant il commençoit
à ne lui pas déplaire ; elle fentit avec
douleur qu'il étoit feul capable de faire
changer la réfolution qu'elle avoit prife
de ne point fortir de fon état. Elle crut
qu'elle ne pouvoit s'oppofer trop tôt à
cette inclination naiffante.
Il y avoit long - temps que Fofcary
avoit mis dans les interefts la feule de
fes femmes , en qui elle avoit confiance ,
qui lui perfuada enfin après plufieurs refus
,
d'accorder un quart d'heure d'entretien
à Foſcary. Gilmonde n'y conſentit
, que dans l'intention de détourner
fon Amant de penfer jamais à elle : felon
les apparences cette réfolution fe feroit
mal foutenue ; l'amour qui commençoit
à fe gliffer dans fon coeur , en auroit ordonné
autrement . Elle fit dire à Fofcary
qu'elle vouloit bien lui parler une
fois
442 LE MERCURE
que
fois en la vie ; qu'il le trouvât la nuit
fous les fenêtres grillées d'une gallerie
où elle prenoit fouvent le frais. La Maifon
de Gifinonde étoit fur la même ligne
celles des deux nobles Venitiens , &
les fenêtres de fa gallerie donnoient fur
la même ruë que leurs jardins . Le hazard
fit que le rendez- vous de Fofcary avec
Gifmonde fut donné la même nuit , &
à la même heure que celui des Dames
Venitiennes à leurs maris. A peine Fofcary
avoit commencé à parler de fon
amour , qu'ilfut attaqué par trois hommes
; il le défendit avec beaucoup de
valeur , mais il ne put éviter un coup de
poignard , qu'un des traîtres lui donna
pir dertiere , qui lui
perçoit la poitrine ;
il tomba , ces affaifins le croyant mort ;
ne fongerent qu'à fe fauver.
Gifmonde l'ayant vû tomber , effrayée
& faifie par la douleur , ne démêla que
trop fes fentimens pour Fofcary ; elle
s'évanouit, dès que fa foibleffe fut paffée ,
elle envoya fa confidente pour découvrir
ce que fon Amant étoit devenu . Comme
elle n'ofa s'éloigner de la maifon , elle
lui raporta qu'elle n'avoit trouvé perfonne
; qu'apparemment Fofcary étoit moins
bleffé qu'elle ne l'avoit crû ; il avoit
fait un effort pour fe relever , fentant
que fa bleffure étoit confiderable , bien
il
1
DE SEPTEMBRE 1723. 443
il n'avoit été occupé que de la crainte
d'être trouvé mort , ou mourant fous les
fenêtres d'une perfonne , dont il auroit
voulu, conferver la réputation aux dépens
de fes jours. Il ne fongea qu'à s'éloigner
il marcha , ou fe traîna quelques temps 3
mais enfin les forces lui manquerent , il
tomba fans connoiffance , baigné dans
fon fang , précisément entre les deux jardins
d'Anfelme , & de Geronimo .
Un inftant après le Barigel faifant la
ronde , fuivi des Sbires , paifa ; le clair
de la lune lui fit appercevoir Fofcary
qu'il crut mort , & qu'il reconnut ; la façon
dont il avoit éré bleffé lui fit juger
que c'étoit un aflaffinat ; la qualité de
neveu du D ge l'anima à ne rien negli
ger des devoirs de fa Charge. Après
avoir examiné le lieu où il croyoit que
l'action s'étoit paffée , il apperçut que les
deux portes des jardins d'Anfelme & de
Geronimo ( dont il connoiffoit les maifons
étoient entr'ouvertes , il entra , &
trouvant dans les jardins des pas qui paroiffoient
fraîchement marquez , il ne
douta pas que ce ne fût de l'une de ces
deux maifons que le meurtre fe fut commis.
Il fit porter Fofcary chez lui , enfuite
il partagea fa troupe en deux ; fon
Lieutenant entra dans la maiſon d'Anfelme
, en même temps qu'il entra luimême
444 LE MERCURE
même dans celle de Geronimo .
La précaution que l'on avoit prife de
faire coucher tous les domeftiques , fit
qu'ils arriverent fans obftacle aux appartemens
des Dames , où ils virent de la
lumiere. Le Barigel fut fort furpris de
trouver Anfelme dans la maifon de Ge-
Fonimo. Tout le monde fçavoit leurs inimitiez
, cela augmenta fes foupçons .
Ifore prête à fortir du cabinet où elle
étoit pour venir trouver fon mary , au
bruit qu'elle entendit , fe renferma. La
furprife d'Anfelme fut extrême quand il
fe vit environné du Barigel & des Sbires
, que l'on lui demanda fon poignard
& que l'on lui parla d'un affaffinat ; il
voulut d'abord fe défendre , mais le premier
mouvement faifant place à la raifon
, il le rendit après quelques excufes
du Barigel für le devoir de fa Charge.
I' lui dit qu'ayant vû fa maiſon ouverte ,
& le trouvant dans celle de Geronimo ,
il ne pouvoit fe difpenfer de le mener en
prifon. I ajoûta qu'il avoit fait entrer
fon Lieutenant chez lui pour arrêter ceux
qui s'y trouveroient . Anfelme fut extrê
mement frapé d'apprendre que fon jardin
étoit ouvert au milieu de la nuit , il en
tira d'étranges conjectures , qu'il ne crut
que trop juftes quelques momens après.
Malgré le trouble où il étoit , l'intereft
de
DE SEPTEMBRE 1723. 445
pour
de Lucie l'agitoit , il voulut entrer dans
le cabinet où il croyoit qu'elle étoit , on
ne lui permit pas . Anfelme étoit allarmé
elle des fuites de cette avanture ,
quoiqu'il eut trouvé un plaifir fecret à la
vengeance qu'il croyoit avoir pris de
l'ennemi de la Maifon ; il étoit trop honnête
homme & trop amoureux , pour defirer
qu'elle fut publique .
Geronimo fut arrêté dans la Maiſon
d'Anfelme , à peu près de la même maniere
qu'Anfelme l'avoit été dans la
fienne. Lucie toûjours inquiete de lui
déplaire dans l'éclairciffement , n'avoit
point encore paru . Tout ce que je dirois
fur cela , ne feroit qu'une repetition inu--
tile.
,
,
Le Barigel inftruit de ce qui venoit
de fe paffer dans la maifon d'Anfelme
crut qu'il ne pouvoit conduire trop tôt
des coupables de cette importance , en
lieu de feureté ; il ne doutoit pas qu'ils
ne le fuffent , il les fit fortir les
par portes
des jardins , pour les conduire en
même temps à la prifon. Le hazard fit
que cela fut fi jufte , qu'à la lueur des
flambeaux , ils virent qu'ils fortoient l'un
de chez l'autre ; le mouvement de leurs
coeurs peut s'imaginer , & ne peut s'expr
mer , ils fe regarderent avec fureur
porterent tous deux en même temps la
main
446 LE MERCURE
main à la place de leurs poignards ; la
colere leur fit oublier que l'on venoit de
les défarmer , ils eurent une douleur mortelle
de fe voir contraints à remettre
leurs vengeances à un autre temps . Ils
arriverent à la prifon , ou pour comble
de difgrace , il ne fe trouva qu'une
chambre où l'on les mit enfemble. Après
avoir gardé long - temps le filence , Anfelme
le rompit, en difant : nôtre deſtinée
eft bien de nous haïr , le fort ne s'eft
pas contenté de défunir nos familles , il
faut que nous recevions l'un par l'autre
le plus grand de tous les affronts. Je ne
vous demande point pourquoi vous vous
êtes trouvé dans ma maifon au milieu de
la nuit ? Ce qui m'avoit attiré dans la
vôtre , m'apprend ce qui vous avoit conduit
chez moi. Oublions pour quelques
temps nos juftes reffentimens , & que le
profond mépris que nous devons avoir
pour nos femmes , ne nous empêche pas
de cacher leur honte & la nôtre , au dépens
de nôtre vie , s'il le faut.
Nous allons être accufez d'un crime ,
que nous n'avons commis , ni l'un ni
l'autre ; laiffons à la verité , & au temps
qui découvrent tout , à nous juftifier , &
jurons nous l'un à l'autre , de ne jamais
dire nôtre avanture , il n'eft que trop à
craindre que l'on ne la démêle. Geronimo
DE SEPTEMBRE 1723. 447
nimo fut quelque temps fans répondre ;
enfin il approuva le deffein d'Anfelme ;
enfuite malgré leurs animofitez , ils fe
conterent leurs amours pour leurs
femmes ; ils n'avoient garde de fe rien
cacher , ils trouvoient une forte de confolation
d'avoir également fujet de fe
plaindre d'elles ; ils s'étonnoient qu'après
leur avoir réfifté long - temps , fans
leur donner nulle efperance , elles euffent
répondu à leurs paffions en même
temps ; cependant cela ne leur donna aucun
foupçon de la verité , ils ne parlerent
point de la vengeance qu'ils prendroient
de Lucie & d'Ifore ; il eft à préfumer
qu'elle auroit été grande , fi elles
avoient été coupables .
Le matin on fepara les deux prifonniers
; en fe quittant ils firent ferment
d'obferver ce qu'ils venoient de ſe promettre
; cependant leurs femmes étoient
dans d'étranges allarmes , elles ne fçûrent
le fujet du bruit qu'elles avoient entendu
, que quand on les arrêta. Le Barigel
en conduifant les deux nobles Venitiens
, avoit laiffé des Officiers dans
leurs maiſons , pour arrêter les perfonnes
qui s'y trouveroient. Ifore & Lucie furent
gardées prifonnieres dans les endroits
où elles avoient été trouvées.
Le Doge à fon réveil fut penetré de
dou448
LE MERCURE
douleur du malheur de fon neveu ; il aila
le voir , il ne pût tirer aucun éclairciffement
de lui , il étoit fans connoiffance.
Les Chirurgiens dirent que quand même
il gueriroit ce qui n'étoit pas abfolument
fans eſperance ) qu'il feroit longtemps
dans cet état , par le fang qu'il
avoit perdu . Dès le même jour le Confeil
des Dix , où les grandes affaires ſe
décident , s'affembla ; Anfelme & Geronimo
y furent interrogez , ils répondirent
qu'ils n'avoient nulle part au malheur
arrivé à Folcary ; que leurs actions
à la guerre devoient fuffire pour les
juftifier d'un affaffinat ; qu'à l'égard de
leurs maifons ouvertes la nuit , & de la
circonftance de les avoir trouvé l'un chez
l'autre , que c'étoit un fait qui les regardoit
, & dont ils ne rendroient jamais
compte à perfonne . Les Juges fe trouverent
extrêmement embarrallez ; ils
étoient tous parens ou amis de Fofcary
ou des accufez ; ils prirent le parti de remett
e l'affaire à la décifion du Doge ,
dont la probité & la penetration étoient
connues. Il fit d'abord quelques difficultez
d'accepter d'être Juge , prefque dans
fa propre caufe ; il fit faire toutes les
perquifitions imaginables , fans rien découvrir
; il avoit fi bonne opinion de Geronimo
& d'Anfelme , qu'il avoit peine
à
DE SEPTEMBRE 1723. 449
à les croire coupables ; mais il ne comprenoit
point leur obftination à ne point
déveloper le miftere de leurs conduites
pendant la nuit du meurtre commis dans
Îa perfonne de fon neveu ; il craignit que
cela n'eut raport à des chofes encore
plus importantes , que la vie de Louis
Fofcary , il fçavoit fa paffion pour Gifmonde
, il y avoit des momens où il penfoit
que l'amour avoit part à fon malheur
il crut qu'il ne pourroit démêler
toute cette avanture que par
fineffe.
Il declara qu'il ne donnoit plus que
deux jours aux deux nobles Venitiens.
pour fe juftifier , qu'après il rendroit un
jugement très-rigoureux , qu'il feroit permis
à toutes les perfonnes qui fçauroient
quelque chofe pour leur défenfe , de venir
le reveler en fa prefence , qu'il donneroit
une audiance , qu'enfuite il déci
deroit de cette affaire , qui interrefloit
tant de perfonnes confiderables , il fit
dire à Ifore & Lucie , que fi elles avoient
quelque chofe à découvrir , elles feroient
entendues le jour marqué ; mais que jufques
à ce moinent elles ne verroient point
leurs maris ; elles avoient fait de grandes
inftances pour être menées dans leurs
prifons ; elles étoient inconfolables de
leur avoir attiré ce malheur par leur imprudence
; elles craignoient leur colere ,
B elles
450 LE MERCURE
elles attendirent avec une impatience extrême
, le moment où elles comptoient
de fe juftifier.
Toute la Ville fut bien- tôt informée
de la réfolution du Doge , les parens de
Geronimo & d'Anfelme étoient fort
allarmez & au defefpoir , qu'ils ne vouluffent
point donner l'éclairciffement
qu'on leur demandoit ; la connoiffance
ne revenoit point à Fofcary , & l'on
difoit qu'à moins d'un miracle il ne pouvoit
échaper.
Gilmonde étoit inconfolable de l'état
où il étoit , elle n'étoit que trop feure
d'en être la caufe , elle connut toute la
force d'une paffion qu'elle avoit cherché
à fe déguifer ; elle apprit que Geronimo
& Anfelme étoient accufez de l'affaffinat
de fon Amant , qu'ils fe défendoient
fi mal , que tout étoit à craindre pour
eux .
Le jour & l'heure marquez par le Do
ge , pour les juger étant arrivez , elle
crut qu'il étoit moins honteux d'avoüer
ce qui s'étoit paffé d'innocent entr'elle
& Louis Fofcary , que de hazarder de
laiffer perir des gens qui n'étoient point
coupables , elle arriva au Palais du Doge
; il venoit de mettre tout en ufage
pour tirer la verité des deux accufez
qui ne firent que la même réponſe qu'ils
avoient
DE SEPTEMBRE 1723. 45
avoient faite le premier jour. Le Doge
leur dit que puifqu'il n'efperoit plus .
être éclairci par eux , qu'il le feroit peutêtre
par Ifore & Lucie ; il ordonna qu'on
les fit entrer : les deux Venitiens fremirent
au nom de leurs femmes , elles
pafurent
avec un air embarraffé & modefte
, qui augmentoit leurs charmes ; elles
firent l'admiration de l'Affemblée , elles
jetterent des regards timides & tendres.
fur leurs maris , qui détournerent les
yeux , crainte de n'être pas maîtres de
leurs premiers mouvemens ; Ifore alloit
commencer à parler , quand on vint dire
que Gifmonde demandoit à être entenduë
fur l'affaire qui alloit être jugée
elle entra , & furprit tout le monde
fa beauté , quoique la trifteffe fut peinte
fur fon vifage ; elle adreffa la parole au
Doge , en lui difant que la démarche
qu'elle faifoit d'avouer qu'elle étoit la
caufe du malheur de fon neveu , lui coûtoit
infiniment ; mais que dans une ame
bien née tout devoit ceder à l'horreur de
voir condamner des innocens ; elle fit le
recit de ce qu'elle avoit vû de l'avanture
de Louis Fofcary ; enfuite elle conta
qu'ayant foupçonné Leonaty , l'un de fes
parens d'en être l'auteur , parce qu'il
étoit amoureux d'elle , quelques jours auparavant
elle lui avoit défendu fa mai-
Bij
>
par
fon ,
452
LE MERCURE
fon , qu'elle avoit fçû qu'il étoit parti la
même nuit de l'affaffinat de Fofcary ,
que cela ayant augmenté fes foupçons ,
elle avoit envoyé chez lui un Gentilhomme
à elle , homme d'efprit , & ami d'un
de fes Ecuyers , qu'il avoit été furpris
de le trouver mourant ; que cet homme
n'ayant plus rien à menager , lui avoit
avoué qu'il mouroit d'une bleffure qu'il
avoit reçûë de la main de Foſcary , que
par ordre de fon maître il l'avoit attaqué
la nuit , lui troifiéme ; qu'il lui en coûtoit
la vie , que c'étoit la peine que meritoit
fon action ; qu'il étoit expiré quelques
momens après ; Gifmonde ayant rendu
ce témoignage à l'innocence de Geronimo
& d'Anfelme fe retira .
Les deux Vénitiens furent ravis d'être
juftifiez , fans être obligez de découvrir
ce qu'ils avoient réfolu de cacher , au
hazard de tout ce qui en pourroit arriver
; ils furent fort étonnez quand le
Doge fit fortir tout le monde , à la réferve
d'Ifore & de Lucie , & qu'il leur
dit , je m'étois toûjours bien attendu que
des perfonnes de vôtre naiffance , & dont
les grandes actions font connues , ne fe
trouveroient point les auteurs d'une lâcheté
; mais plus vôtre innocence eft prouvée
ſur l'affaire de mon neveu , plus le
foin que vous prenez de cacher le fujet
dụ
DE SEPTEMBRE 1723. 45
du changement de vos maifons , au milieu
de la nuit doit être fufpect ; la Ré
publique étant commile à mes foins , je
ne puis meriter le choix qu'elle a fait de
moi , que par une grande exactitude ;
vous fçavez que la Tréve entre Philippe
Vifconty Duc de Milan , & les Venitiens
finit dans huit jours , nous n'avons
point d'ennemi plus dangereux , j'ai reçû
des avis fecrets qu'il avoit une intelligence
dans la Ville , que l'on lui devoit
livrer un de nos Ports ; que plufieurs de
nos Citoyens les plus confiderables entroient
dans la confpiration ; rendezvous
juftice fur le miftere de vôtre conduite
, dans une conjoncture pareille ;
je voudrois pouvoir croire que ce que
yous cachéz avec tant de foin , eft une
avanture amoureufe , je ne chercherois
point à la penétrer ; mais il n'eft que
trop prouvé que l'amour n'y a nulle part ;
enfin dites - moi , Seigneur Anfelme
pourquoi on vous trouve chez vôtre ennemi
, au milieu de la nuit avec vôtre
femme Ifore , & vous , Seigneur Geronimo
, pourquoi on vous trouve à la même
heure avec Lucie chez le Seigneur
Anfelme ? Ce changement bizare de maifon
, des portes ouvertes , cette obftination
à cacher vôtre deffein , tout demande
un éclairciffement que vous refuſez.
Biij
Les
454 LE MERCURE
Les deux nobles Venitiens furent frapez
de ce difcours , ils n'ofoient efperer de
découvrir entierement une verité qu'ils
commençoient à deviner , quand Ifore ,
qui démêla ce qui fe paffoit dans leurs
coeurs , adreffant la parole au Doge ,
lui dit : Enfin , Seigneur , vous allez fçavoir
une verité que Lucie & moi pourrons
feules vous apprendre , c'eft en vain
que vous la demandez à des gens qui
l'ignorent enfuite elle fe tourna du côté
d'Anfelme , en lui demandant d'où ve
noit l'étonnement qui paroiffoit dans fes
yeux pouvez -vous , Seigneur , lui ditelle
, m'avoir foupçonnée de vous avoir
manqué , & à tous mes devoirs ? Je vous
pardonne moins ce tort , que celui de
m'avoir ôté vôtre coeur , pour le donner
à une amie , qui n'en vouloit pas plus ,
que j'ai voulu de celui de Geronimo . Le
feul reproche que nous ayons à nous faire,
eft de nous être toûjours vûës malgré la
défenfe que vous nous en aviez faite ;
tout l'attachement que nous avons pour
vous , n'a point diminué l'amitié que
nous avions l'une pour l'autre ; nous nous
fomines toûjours vûës , par ces mêmes
jardins , qui viennent de caufer toute
l'avanture j'avouë que je fuis la plus
coupable dans la tromperie que nous vous
avons faite , après une confidence reci--
proque ;
1
DE SEPTEMBRE 1723. 455
proque c'est moi qui imaginai de vous
accorder des rendez - vous , & de changer
de maiſon ; nous devions nous dé
couvrir , au moment que vous fûtes arrê
tez , la façon dont nos appartemens étoient
éclairez , doit le faire préfumer , & les
maiſons où nous avons été arrêtées , &
que nous avons eues pour prifon , font
une preuve certaine de tout ce que j'avance
; en même temps Ifore ôta de fon
doigt la bague que fon mary lui avoit
donnée croyant la facrifier à Lucie , elle
la lui prefenta , & lui dit voulez - vous
bien pour la feconde fois recevoir ce prefent
de ma main , & le conferver mieux
que la premiere. Lucie fit voir à Geronimo
fon portrait , qu'elle avoit attaché
à fon bras ; elle lui dit qu'elle avoit des
droits trop legitimes fur ce prefent pour
ne le pas garder toute la vie , quoique fa
délicateffe dût être bleffée de l'avoir
obtenu fous le nom d'Ifore.
Anfelme & Geronimo étoient fi étonnez
, & en même temps fi tranfportez de
joye de ce qu'ils entendoient , qu'ils ne
pouvoient parler ; ils s'en trouverent
quittes à fi bon marché , que loin d'être
piquez de la tromperie qui leur avoit été
faite , ils admirerent l'efprit de leurs
femmes.
La fingularité du dénouement furprit
Biiij le
456 LE MERCURE
le Doge , il ne laiffa point fortir de fon
Palais les deux Venitiens , qu'ils ne fe
fuffent embraffez , & ne lui euffent promis
de fe voir à l'avenir ; il leur fit fentir
le ridicule d'une haine hereditaire >
qui peut- être avoit été d'abord mal ,
fondée.
L'avanture d'Anfelme & de Geronimo
, quoique finie heureufement , ne
laiffant pas d'être fufceptible de plaifanterie
: ils demanderent le fecret , d'abord
il fut gardé , je ne fçai lequel y manqua
dans la fuite ; mais quelques années
après , l'hiftoire fut fçûe de tout le monde
& même écrite. Fofcary étoit jeune ,
& avoit d'excellens Chirurgiens , il guerit
, Gifmonde l'aimoit , elle le rendit
l'homme du monde le plus heureux en
l'époufant.
PROSER
DE
SEPTEMBRE 1723. 457
PROSER PINE.
CANTATE ,
Par M. M..... de Blois , mise en Muſique
, par M. Dulucq , Maître de
Mufique de l'Eglife de Tours.
Proferpine .
DIeux ! où m'entraînez -vous ? queſ abîme
s'entr'ouvre date maj til . ? an
Un fleuve teint de fang à mes yeux fe découvre ;
Il bouillonne , il exhale une fombre vapeur.
Ah ! rendez- moi , crue , à ma chere Patrie ;
Ceffez de me contraindre , ou bien-tôt ma
frayeur
D'un prompt trépas fera fuivie.....
Mais quels efforts miſterieux
Ont changé tout à coup la face de ces lieux ?
Pluton.
J ¿
Raffurez vos efprits , aimable Proferpine ,
Ce rivage délicieux ,
10
Dont la beauté furprend nos yeux ,
Eft le féjour divin que Pluton vous deſtine.
B v De
458
MERCURE
LE
De ce Dieu foumis à vos fers
Agréés l'Empire & la flâme
Vous regnez autant fur fon ame ,
Qu'il regne lui-même aux Enfers.
Proferpine.
Du vrai bonheur que goûte une ame indépendante
,
Ne vous efforcez point d'interrompre le cours ,
Plus vôtre fâme me prefente ,
L'honneur de partager une gloire éclatante ,
Plus j'en dois craindre les retours.
Si l'amour nous offre des charmes ,
Combien caufe-t'il de malheurs ?
C'eſt fouvent au prix de nos larmes
Que nous achetons ſes faveurs.
Pluton.
Ne craignez rien , belle Princeffe ,
Le Stix vous eft témoin de ma fidele ardeur.
Oui , l'excès même du bonheur
Ne pourra qu'augmenter celui de ma tendreffe.
Tous deux enfemble.
Deux coeurs épris des mêmes feux
Sont
DE SEPTEMBRE 1723.
459
Sont exempts des retours fâcheux ,
Que prepare un amour volage,
Conftans dans leur commerce heureux ,
L'un à l'autre ils s'offrent des voeux
Avec un égal avantage.
Pluton.
Vos appas ne font faits que pour la tendre loy
Rendez les immortels en recevant ma foy.
Proferpine.
Quoi déja , puiffant Dicu , fixer ma deſtinée !
Ah ! laiſſez - moi du moins y penſer plus d'un jour
C'est éteindre fouvent le flambeau de l'Amour ,
Que d'allumer trop- tôt celui de l'Hymenée.
Pluton.
Eft-il .donc un temps limité
Pour l'union des coeurs fideles ?
Non , non , & l'Hymenée eft affez confulté ,
Quand les ardeurs font mutuelles.
>
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eſt trop te réſiſter,
Prends la victoire qui t'eft dûë.
Tous deux enfemble.
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eſt trop te réſiſter ,
B
vj
Piens
460
LE
MERCURE
!
Prens la victoire qui t'eft dûë.
Une ame a du regret de s'être défenduë ,
En connoiffant les biens que tu fçais apprêter.
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eft trop te réfifter.
Prens la victoire qui t'eſt dûë.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
OBSERVATIONS fur deux Eclypfes
totales de Soleil , & deux partiales de
Lune, qui arriveront en 1724. Par le
Pere EM MANUEL de Viviers , Capucin.
L y aura cette année quatre Eclyples ,
2. au mois de May , & z. au mois de
Novembre.
>
La premiere Eclypfe fera de Lune ,
arriverà le 8. May , fon commencement
fera à 7. heures 45. minutes du matin
& finira à 13. heures 20. minutes ; fa
grandeur fera de 5. doigts 10. minutes .
La Lune étant fous l'horifon , elle ſera`
viſible dans l'Amerique , dans l'Ile de
Saint Domingue , au Port de Pei ; fon
commencement fera à 2. heures 3. minutes
30. fecondes du matin ; fa fin fera à
heures 7. minutes 30. fecondes.
La feconde Eclypfe fera de Soleik
5.
arrivera
DE SEPTEMBRE 1723. 461
arrivera le Lundy des Rogations le 22 .
May. On en verra le commencement à
Toulouſe à 5. heures 54. minutes 15. fe
condes après midi , auquel temps l'obfcur
cillement du Soleil commencera à fe former
par fon bord Occidental , où l'on
verra d'abord comme une tache noire
laquelle augmentera peu à peu jufqu'à 6.
heures 50. minutes 45. fecondes ; fon diametre
apparent divilé en 12. doigts , il
y en aura 10. & trois quarts de couvert ,
& 45. fecondes dans la plus grande obfcurité
, chaque doigt ayant 60. minutes ;
fa fin fera à 7. heures 47. minutes 25.
fecondes : le Soleil di paroîtra de deffus
l'horifon à 7. heures 27. minutes , fa fin
ne fera point vûë.
L'étendue de la terre , dans laquelle on
verra cette Eclypfe entiere depuis le lever
du Soleiljufqu'à fon couchers
Le Soleil fe levera trois quarts éclypfé
à 5. heures 30. minutes du matin aux 2
Peuples qui font à l'Occident de la Mer
Pacifique , qui ont 225. dégrez de longitude
, & 10. dégrez 30. minutes de
Latitude Septentrionale ; à 6. heures il
fera entierement couvert , & ce Peuple
aura une nuit entiere de 4. m. 10. f. Le
bord Oriental du Soleil commencera
462 LE MERCURE
à leur paroître à 6. h . 5. m. 12. f. &
l'Eclypfe finira par fon bord Occidental
à 6. h. 59. m. 10. f. les autres lieux l'auront
fucceffivement durant 2. h. 59. m.
10. f. à proportion. Le diametre apparent
de la Lune furpaffera celui du Soleil
d'une minute 32. fecondes ; il diminuera
d'une feconde par heure allant vers
fon appogée.
A 7. heures du matin le centre de
l'ombre fera aux Ifles de las Vaginas ,
dans la Mer Pacifique à 20. degrez s
min. de latitude Septentrionale , & à
230. degrez de longitude.
A 8. h. du marin le centre de l'ombre
paffera par Californie par la Mer Vermeille
, entrera dans l'Amerique Septentrionale
au nouveau Mexique à 34. degrez
de latitude Septentrionale
, & à
261. degrez de longitude.
A 9. h. du matin le centre de l'ombre
paffera par Sancta Fe du nouveau Mexique
à 41. degrez de latitude Septentrionale
, & à 271. degrez de longitude.
A 10. h. le centre de l'ombre fe trouvera
au bord Occidental de la Riviere
de Milipipi à 46. degrez de latitude
Septentrionale , & à 186. degrez de longitude.
A 1. h. le centre de l'ombre ſera au
Fort de Sainte Anne à 51. degrez de
latiDE
SEPTEMBRE 1723. 463
Latitude Septentrionale , & 286. degrez
de longitude.
A midi le centre de l'ombre fera dans
le Cap Jones , Cap Maine , à 54. degrez
de latitude Septentrionale , & à 294. degrez
de longitude.
A une heure après midi le centre de
l'ombre paffera par le Détroit Duzon &
la Baye des Equimeaux à 56. degrez 58.
minutes de latitude Septentrionale , & à
313. de longitude.
A 2. h, après midi le centre de l'ombre
paffera dans la Mer du Nord à 58.
degrez de latitude Septentrionale , & à
33 degrez de longitude.
f
A 3. h. après midi le centre de l'ombre
paffera au deffous du Détroit de Forbisher
à 58. degrez 15. minutes de latitude
Septentrionale , & à 334. degrez
de longitude.
A 4. h. le centre de l'ombre fera dans
la Mer du Nord à 58. degrez 5. minutes
de latitude Septentrionale , & à 3.45. degrez
de longitude .
53.
de-
A s . h. après midi le centre de l'ombre
fera dans la Mer du Nord à
grez de latitude Septentrionale , & à 360.
degrez de longitude.
A 6. h. 30. m. le centre de l'ombre
offera dans les Ifles Britanniques par la
Mommomie , & entreia dans l'Angle
pa
terre
464 LE MERCURE
terre par les Provinces de Cornwall &
Devonshire.
A 6. h. 48. m. le centre de l'ombre
traverfera la Manche , paffera dans la
France par la Ville de Coutance en Normandie.
:
A 7. h. du foir l'Eclypfe fera annulaire
à Paris , la Lune dans fa conjonction
centrale cachera tout le Soleil , &
laiffera fon bord lumineux en forme d'un
grand anneau d'où j'infere que M. Def
places s'eft trompé , lorfque dans fes Ephe
merides il a mis que cette Eclypfe ne fera
à Paris que de 10. doigts 17. minutes ;
car en fuivant l'ombre de la Lune dans
les lieux qu'elle doit obfcurcir depuis le
lever du Soleil jufqu'à fon coucher , eu
égard au Meridien de Paris qui a 20. d.
de long. & 48. d. 5o . m . 10. f. de latitude
, doit être annulaire dans cette Ville .
A 7. heures & demie l'Eclypfe ceffera
d'être entiere au Soleil couchant dans le
Milanois à 45. d. zo. m. de latitude Septentrionale
, & à 26. d. 35. m. de longitude.
L'Eclypfe totale ou trace que la Lune
formera fur la terre fera d'environ 26.
lieuës marines , cette largeur fera un peu
variable en differens endroits par les mêmes
caufes qui feront varier la durée de
Eclypfe centrale. Tous ceux qui feront
éloiDE
SEPTEMBRE 1723. 465
éloignez du milieu de cette trace , à la
diſtance de 13. lieuës de chaque côté , au
ront pour un moment l'Eclypfe totale ,
les autres à proportion de la proximité
du centre. Ceux qui en feront éloignez
52. lieuës verront le Soleil éclypfe de
de
11. doigts ,
de 104. lieuës 10. doigts ,
de 156. lieuës
9. doigts ,
de 208. lieuës
8. doigts ,
de 250. lieuës
312. lieuës
7. doigts,
de
de 364. lieuës
de 416. lieuës
6. doigts ,
5. doigts,
4. doigts ,
de 468. lieuës
de
520.
lieuës
de 572. lieuës
3. doigts ,
•
2. doigts
1. doigt.
Ces diftances ne doivent point être regardées
comme très-exactes ; car pour
n'y employer qu'un calcul aifé , on y a
negligé les refractions , & quelques differences
Aftronomiques qu'il y peut avoir entre
le centre de l'ombre , & les lieux qui
fe trouveront aux diſtances marquées.
Cette Eclypfe ne paroîtra point du tout
dans la haute Guinée en Afrique , ni à
ceux qui en feront éloignez de 624. lieuës,
quoique le Soleil fera fur leur horifon.
Cette Eclypfe fera vûë d'un grand
trait de la Mer Pacifique au- delà de l'Equinoctial
de plufieurs degrez , de toute
l'Ameri
466 LE MERCURE
l'Amerique Septentrionale , une partie de
l'Amerique Meridionale & de l'Europe.
A l'égard de la France , la Lune le trouvera
vis - à- vis du Soleil , & le couvrira
entierement dans une partie de la haute
& baffe Normandie , dans le Perche , une
partie de l'Ile de France , le Gatinois ,
' Orleanois , le Nivernois , la Bourgogne
& la Franche- Comté.
La troifiéme Eclypfe fera de Lune ,
elle nous fera vifible le premier Novem
bre , fon commencement era à 2. heures
30. minutes 45. fecondes après minuit ,
& finira à 4. heures 40. minutes 5. fecondes
; fa grandeur fera de 7. doigts
40. minutes 6 fecondes.
La quatrième Eclypfe de Soleil fera
totale le 15. Novembre à 10. heures 15.
minutes 20. fecondes du foir , & finira
à une heure 29. minutes, 58. fecondes
après minuit elle fera vifible au lever
du Soleil & totale , avec demeure dans
l'ombre dans la Ville & Royaume Dachem
, paffera au Septentrion de l'Iſle
de Sumetra , dans le Golphe de Siam ,
au Septentrion de la Cochinchine , traverfera
le Royaume de la Chine , Pekin,
le Royaume de Corée , au Septentrion de
la Mer du Japon , dans la Mer du Sud :
elle finira au coucher du Soleil dans le
Brefil à l'Ile de Maragnan , les François
l'ont
DE SEPTEMBRE 1723. 467
l'ont poffedée , les Portugais en font pre.
fentement les maîtres .
ཨེ་
Je fais voir la figure & la démonftration
de ces Eclypfes dans l'Horloge Aftronomique
& univerfelle que j'ai compofée
en 1718. ce font les mêmes qui arriverent
en 1706. Les Eclypfes le forment
dans les noeuds éclyptiques de la Lune ;
çes noeuds font leur revolution dans le
Zodiaque contre l'ordre des fignes dans
l'espace de 18. ans . Celles de 1724. n'arriveront
que 10 jours après celles de
17c6. ce qui eft le temps qu'il y a d'une
Eclypfe à l'autre. Le Languedoc , la Provence
& le Dauphiné le trouverent fur la
route de la ligne qui partagcoit par le
milicu l'ombre de la Lune le 12. May
1706, c'eſt à- dire , qu'ils virent l'Eclypfe
entiere , & même centrale . Cette année
1:24 . le centre de l'ombré paffera un peu
à côté de ces mêmes Provinces , c'eſt la
caule qu'ils ne l'auront pas totale. Voici
le memoire de cette Horloge avec l'Approbation
d'un Profeffeur Royal des Mathematiques,
& du Reverend Pere Sala
guens , Provincial des Minimes pour
deuxième fois , dont le nom eft fi connu
dans la Republique des Lettres .
HOR468
LE MERCURE
HORLOGE ASTRONOMIQUE
& univerfelle.
Le Reverend Pere Emmanuel de Viviers
, Capucin de la Province de Toulouſe
, a inventé & compofé une Horloge
Aftronomique & univerfelle , où l'on voit
le fyftême de Ptolomée & de Copernic ,
les trois pofitions de la Sphere , le lever
& coucher du Soleil & de la Lune ,
F'heure qu'il eft à Toulouſe , tant du Soleil
, que de Lune , & en même temps
dans toutes les parties de la Terre , avec
les noms des Villes , leurs latitudes &
longitudes , qui répondent aux 24. heures
du jour Aftronomique , le chemin.
que le Soleil & la Lune font dans une
heure , par les mouvemens de l'ombre de
leur Difque fur la terre , & le Signe &
degré où ils font dans le Zodiaque. On
trouvera marqué dans cette Horloge le
jour , l'heure , le mois , l'année , toutes
les Eclypfes du Soleil & de la Lune , qui
doivent arriver depuis 1718. jufqu'en
l'année 1800. leur grandeur & leur durée.
On y verra la figure de l'Eclypfe
totale du Soleil , telle qu'elle paroîtra
en France le 22. May 1724. entre les 6.
& les 7. heures du foir.
Cette Horloge marque encore les heures
DE SEPTEMBRE 1723. 469
res Babyloniques , Italiques , & enfin on
y compte en huit endroits fort éloignez
les uns des autres la même heure du jour
qu'on la marque à Toulouſe. Ce qui donne
le mouvement à cette Machine , eſt
une roue ou tambour , comme ceux des
Horloges d'eau , dont le mouvement në
fait aucun bruit , & qu'on monte l'intervalle
de 24. heures.
Sur l'imprimé à Toulouse .
CONTRE la malignité d'un mauvais
Poëte.
A Traqué d'une maladie
Qui mit mes jours tout à coup en danger ,
Un Poëte infolent qui ne fçait qu'outrager ,
Pour fignaler fa perfidie ,
N'attendoit , difoit- il , que l'heure de ma mort,
De ce lâche projet on me fit le rapport :
Hé pourquoi , dis -je , alors attendre
Que je ceffe de vivre afin de m'attaquer ?
S'il veut de mes défauts m'inftruire ou me re
prendre ,
A prefent ou jamais , il doit me les marquer.
Je ne vous croyois pas fi cruche ,
Mc
470 LE MERCURE
Me répondit - on à l'inſtant ,
Cet homme affez fouvent dont la raiſon trébuche,
Veut être feul de combattant.
Quoi ! médire des morts , la maxime eſt affreuſe.
Oui , mais vivans , peut être ils auroient répondu,
Ce qu'on dit d'eux alors , d'eux n'eſt point entendu
,
Et cette adreffe eft merveilleufe ,
Pour mordre & n'être pas mordu.
DISCOURS du Pere Follart , Jefuite , à
fa reception dans l'Académie de Lyon.
Α
de vous faire connoître
la
A combien je fuis fenfible à l'avantage
de pouvoir affiſter à vos fcavantes conferences
, permettez - moi , Meffieurs , de
me livrer un moment au fouvenir que
ceremonie de ce jour rappelle naturellement
en ma penfée . J'étois il n'y a pas
long- temps dans une Ville , qui eft réellment
pour les gens de Lettres , le Parnaffe
fabuleux de la Gréce . Prefque tous les
fçavans de l'Univers , où vivent dans cet
heureux climat , où s'y rendent quelques
fois. Je ne parle point ici de ces affemblées
DE SEPTEMBRE 1723. 471
blées d'appareil , ou la vanité étale avec
pompe ce qu'elle a penfé avec effort , &
où la politique applaudit à grand bruit ,
à ce que la bonne critique delaprouve en
fecret.
Je parle de cette communication , libre
, aifée , vive & fincere , que les gens
de Lettres ont entre eux . Communication
que la curiofité Litteraire recherche
avec ardeur , que le goût qu'on prend aifément
les uns pour les autres , anime &
entretient, & que la liberté de tout dire,
& de penfer tout haut , fi j'ofe m'exprimer
ainfi , rend auffi délicieux qu'utile.
Communication ifée , parce que les vrais
bons efprits y font acceffibles & fans
fafte , ou du moins leur fafte cede à leur
avidité de tout voir , & de tout entendre
; où il ne faut point d'autre titre pour
être receu avec diftinction , même du
courtiſan ſpirituel , que celui d'aimer les
Lettres & de fçavoir penfer. Communication
vive & animée , où l'on fe prête,
qué dis - je , où l'on fe livre avidement
à tout ce que vous fouhaitez de communiquer
, où loin d'être obligez au foin
humiliant de fupplier qu'on vous écoute,
on vous prévient , on vous preffe juſqu'à
vous décharger entierement de la penible
apprehenfion d'incommoder , où l'attention
eft extrême & foutenue , juſqu'à
pen
472 LE MERCURE
penfer avec vous , où l'on ne hazarde
point de ces approbations glacées , que
l'inattention prodigue pour mieux diffimuler
, ou l'ennui , où la diftraction ,
où l'on ne cenfure point avant que d'avoir
réflechi. Communication enfin auffi
fincere qu'elle eft vive. On ne s'y borne
pas à connoître pour foi feul les défauts
d'un ouvrage. On n'y ufe point non plus
de cette baffe malignité qui fe fert de
cette connoiffance pour aller ailleurs flétrir
d'avance un Ecrivain qui nous a honoré
de fa confiance , tout ce qu'on connoît
de défauts ou de beautez dans fon
ouvrage , eft tout au profit de l'Auteur.
On lui propoſe ſes doutes , on ne lui dérobe
point ce qu'on fçait de plus que
fur le fujet qu'il traite . On lui marque les
negligences , les froideurs , les fauffes
images , les conftructions équivoques , les
rudeffes ou les témeritez de ftile. On va
fouvent jufques à l'enrichir de notes . On
fait plus encore , on le récompenfe de
l'ouverture qu'il a pour nous , en lui
confiant les deffeins Litteraires , où nous
nous trouvons engagez nous -mêmes.
lui
Voilà , Meffieurs , où j'ai vêcu , je ne
dirai pas combien de temps , compte-t'on
quand on jouit d'un fi doux avantage ?
Pour le retrouver ici tout entier cet avantage
, j'ai fouhaité , Meffieurs , je l'avouë ,
d'être
DE
SEPTEMBRE 1723. 473
'être parmi vous. Un ami genereux, feul
confident , & arbitre éclairé de mes études
, a furpris dans mon coeur ce defir.
L'amitié ne lui ayant pas permis de le
regarder comme témeraite , il l'a porté
dans le fein de vôtre illuftre protecteur.
Ce grand Prélat m'a d'abord accordé
fon fuffrage , qui eſt devenu auffi - tôt le
vôtre.
Je me retrouve donc encore aujour
d'hui au milieu des biens que je regretois.
Je revois dans l'un ce jugement droit
ce difcernement exquis , ( a ) le fruit d'une
étude éclairée , & plus encore d'un coeur
paifible & fans paffions : difcernement
qu'il pouffe jufqu'à la critique la plus
déliée , fans jamais paffer jufqu'à la fatyre.
Dans l'autre, (b) un genie naturelle.
ment vafte , qui s'eft donné encore plus
d'effort & d'étendue par une érudition
prefque univerfelle . Dans celui - ci , un
efprit philofophe , qui creufe tout ce qu'il
penfe , & tout ce qu'il entend penfer aux
autres , toûjours methodique , clair &
précis , quoique profond. Dens celui- là,
(c ) une érudition de faits Litteraires ,
qu'un grand commerce avec les fçavans
du temps lui a acquis : forte d'érudition
(a) M. le Prefident du Gua
(b) Le P. de Colonia.
(c) M. Brofette,
C
qui
$474
LE MERCUREA
qui a fes charmes , qui nous fait prefque
retrouver en lui tous les grands hommes,
dont il nous entretient . Je retrouve dans
un autre, (a) une grande connoiffance des
Auteurs anciens , qui n'eft point en lui
un fupplement à la difette de fes propres
penlées , qui , quoique Hiftorien (b) d'un
Poëte amoureux des faux brillans , penſe
lui -même toûjours avec tant de bon fens
& de naturel . Dans plufieurs enfin , cette
facilité gratieufe , qui n'abule pourtant
jamais de l'efprit ni de la parole , cette
imagination Poëtique qui produit des vers
qui n'ont point encore été faits , ni en
entier , ni en partie : fruit auffi rare en
nos jours , qu'il fut commun dans le fiecle
paffé .
Je pafferois les bornes prefcrites , fi je
pouffois plus loin ce détail . Mais par le
peu que j'en dis , vous voyez , Mef
fieurs , que je connois le bien dont vous
me faites part aujourd'hui ; & puiſque je
le connois , jugez de ma reconnoiffance.
Jugez en vous même , Monfeigneur ,
(c) vous à qui je dois l'honneur de vôtre
fuffrage , & j'ofe le dire , quelque chofe
encore de plus flateur pour moi . C'eſt
le motif plein de bonté qui vous a por-
(a) M. l'Aîné.
(b) Martial.
e) Monfieur l'Archevêque de Lyon. A bea
tez
DE SEPTEMBRE 1723. 475 .
té à me l'accorder . V. G. a paru s'intereffer
à mes études jufqu'au point de
les vouloir rendre plus feures ,, par le fecours
des conferences. Vous m'avez crû
des talens qui n'étoient pas tout à fait indignes
d'être cultivez par vos avis. Voilà,
Monfeigneur , ce qui me flate le plus
fenfiblement , vous fçavez avec quelle
ardeur je les avois déja recherchées , ces
utiles leçons , avec quelle docilité j'y
avois déferé , quel bonheur pour moi
que des graces fi précieufes me foient dûës
déformais , & que devenu mon protecteur
, vous vous foyez obligé à devenir
encore mon maître ! Je pourrai avec
quelque forte de droit vous engager à me
découvrir cet art heureux qui n'eft prefque
qu'en vous , de penfer finement & ailément
tout enſemble , d'exprimer tout noblement
& naturellement , de parler l'écriture
comme l'écriture elle- même avec
majesté , onction & fimplicité , & furtout
de réflechir fur le champ comme
l'on medite à loifir.
Cij
Le
476 LE
MERCURE
LE PAPILLON JUSTIFIE ,
E
FABLE.
A Madame la Marquise D. L. S.
H quoi ! toûjours le Papillon ,
Aimable Iris , m'allez- vous dire,
Ne pouvez - vous donc pas écrire ,
Et chanter fur un autre ton ?
A cela je répondrai , non.
Mon Heros eft fou à la mode ,
Il n'eſt point aujourd'hui d'Amant ,
Qui ne pratique fa methode ,
Et qui n'aime le changement.
Si l'on trouvoit auprès des belles ,
Un peu plus de fincerité ,
Un peu moins de legereté
Les flâmes feroient éternelles.
Pardonnez ma réflexion
?
Ou , fi l'on veut, ma fantaiſie ,
Il n'eft point , Iris, dans la vie ,
De regle fans exception ,
Je reviens à mon Papillon.
Un
DE SEPTEMBRE 1723. 477
Un Papillon amateur des fleurettes ,
Cherchant à plaire, & point à s'enflâmer,
Authorifoit fes maximes coquettes ,
En difant qu'il falloit pour fe laiffer charmer ,
Rencontrer des vertus , des qualitez ſecretes ,
Et ce je ne fçai quoi qu'on ne peut exprimer.
Chaque fleur pour paroître aimable ,
Mettoit en oeuvre , & l'art & le galant caquet
De tout temps , de l'efprit coquet ,
La beauté fut infeparable ,
On en va juger par ce trait.
J'ai , difoit la Roſe nouvelle ,
L'avantage d'être plus belle ,
Que tout ce que l'on voit de fleurs
Et fi je fuis un peu cruelle ,
On en goûte mieux mes faveurs.
Le Papillon panchoit pour elle ,
Quand la Renoncule l'appelle ,
Lui difant fur un ton plus doux ,
Venez , vous fçavez que pour vous
Je ne fuis rien moins que cruelle.
Adreffez- vous plutôt à moi ,
•
Dit la Jonquille favorable ,
Ciij
J'ai
478 LE MERCURE
J'aime autant que je fuis aimable ,
Soupirez fous ma douce loi,
Lors , la Belle -de- nuit s'avance ,
Honteufe de l'éclat du jour ,
Et dit j'aurai la preference ,
Car je fuis faite pour l'amour.
En un mot , ces filles de flore ,
Vantoient , à l'envi , leurs appas ,
Prévention fait qu'on ignore ,
L'endroit par où l'on ne plaît pas.
Le volage écoutoit d'une ame indifferente ,
Le fentiment de chaque fleur ,
La plus belle & la moins brillante ,
Touchoit également fon coeur.
Qu'avez-vous , dit - il , à vous plaindre ,
Je vous careffe tour à tour ,
De l'une à l'autre chaque jour ,
Je voltige , il eft vrai , fans pouvoir me contraindre
,
Vous trouveriez Vous mieux de ma fidelité ?
Une de vous feroit fans doute fatisfaite ,
Et les autres diroient , fon ame étoit coquette ,
Mais enfin fa le ereté ,
Valoit mieux quelquefois qu'une flâme parfaite.
Ce
DE SEPTEMBRE 1723. 479
Ce feroit fort bien dit , c'eft donc hors de faifon,
Qu'on prétend , à moi Papillon ,
Inspirer des flâmes conftantes ,
Je ferois trop de mécontentes ,
On convint qu'il avoit raiſon.
豬
M. Clement.
********************
LETTRE écrite de Lyon le 10.
I
Aoust 1723.
Left jufte , Meffieurs , que nôtre
Ville de Lyon qui tient un rang confiderable
parmi les Villes du Royaume
ait auffi fa place dans le Mercure , & elle
fe plaindroit avec raiſon , fi étant une
Ville de commerce , & Mercure en étant
le Dieu , elle n'avoit pas au moins un article
dans fon livre ; celui dont je vais
vous faire part intereffe tout le Royaume
,puifqu'il regarde la Perfonne facrée
du Roy, M. le Maréchal de Villeroy nôtre
Gouverneur , & Mrs les Prevost des
Marchands & Echevins de nôtre Ville ,
allarmez l'année derniere de la maladie
de Sa Majefté , n'oublierent ni voeux ni
prieres pour en arrêter le cours ; & lorfque
le Ciel appaifé eut rendu au Roy
C iiij une
[480
LE MERCURE
une fanté fi précieufe à la France , ils
fonderent en actions de graces un Salut à
perpetuité dans l'Eglife des R. P. Jefuites
de cette Ville , le huit du mois.
d'Aouft de chaque année. Cette ceremonie
s'eft renouvellée cette année- ci avec
toute la folemnité poffible. M. le Ma
réchal , M. l'Archevêque , Ms les Comtes
de Saint Jean , la Cour des Monnoyes
, les Tréforiers de France , & les
Elus fe rendirent ce jour- là fur les cinq
heures dans l'Eglife des Jefuites , &
y furent reçûs par Meffieurs de Ville ,
au bruit des boëtes , & de la moufqueterie
de la Bourgeoifie qui étoit fous les armes.
La Compagnie fut très- belle , &
très-nombreuſe , M. l'Evêque de Montauban
, Abbé d'Ainay de cette Ville y
affifta avec tout ce qu'il y avoit de gens
de confideration dans la Ville . La Ceremonie
commença par unMotet de la compofition
du fieur la Caffagne , le Chapitre
de Saint Nifier chanta enfuite l'E
xaudiat pour le Roy , qui fut fuivi de la
Benediction que donnât M. l'Archevêque.
Nous joignîmes avec ardeur nos
Prieres à celles de cet illuftre Prélar
pour demander à Dieu la confervation du
Roy , & de toute la Maiſon Royale . Je
fuis , Meffieurs , & c.
CAN-
2
DE SEPTEMBRE 1723. 48 1
CANTIQUE chanté dans une Académie
de Mufique , le 15. Fevrier dernier ,
jour de la naiffance , & de la Majorité
du Roy.
PEuples , de vôtre jeune Maître ,
Chantez les vertus , les talens ,
C'est en ce jour heureux que le Ciel l'a fait
naître ,
Quel jour plus digne de vos chants }
Peuples , de vôtre jeune Maître ,
Chantez les vertus , les talens.
Majeur en ce jour il commence ,.
A regner par lui-même , à gouverner la Frances
Quel jour plus digne de vos chants !
Chantez, peuples, chantez, Loüis eſt nôtre Maître
Il merite de l'être ,
Par fes vertus , par les talens.
Avec la puiffance fuprême
و ت
Il a reçû du Ciel les dons les plus exquis
Il n'a que treize ans accomplis
Et déja de fon Diadême ,
2-
Cv 1
482
MERCURE LE
Il fent tout le poids , tout le prix ,
Chantez, peuples , chantez la gloire de Louis.
Aimé de fes fujets , pour eux plein de tendreffe ,
De leurs befoins divers il s'occupe fans ceffe ,
C'est pour les rendre heureux qu'il forme des
projets ,
Chantez , peuples , chantez , chantez plein d'alegreffe
,
Louis pour fes fujets
Eft rempli de tendreſſe ,
C'eft pour les rendre heureux qu'il forme des
projets.
Sous Louis pour jamais ;
La paix & l'abondance ,
Vont fe fixer en France ,
L'abondance & la paix ,
Vont fe fixer en France
Sous Louis pour jamais.
C'eſt en Roy debonnaire ,
Qu'il veut donner la loi ,
Il fera nôtre pere ,
Autant que nôtre Roy ,
Chantez
DE SEPTEMBRE 1723 . 483
Chantez, peuples , chantez, il fera nôtre pere ,
Autant que nôtre Roy.
Vous, enfans d'Apollon, que ce Dieu même inſpire ,
Accordez au fon de fa lyre ,
Aujourd'hui le fon de vos voix ,
De vos Flutes , de vos Haut-bois ,
Par la plus douce ſymphonie ,
Par la plus brillante harmonie ,
Celebrez le plus doux , le plus puiffant des Rois ,
C'eſt en ce jour heureux que le Ciel l'a fait naître,
Quel jour plus digne de vos chants ,
Chantez, tous de concert, Louis eft nôtre Maître,
Il merite de l'être
Par fes vertus , par fes talens.
Majeur en ce jour il commence
A regner par lui-même , à gouverner la France ;
Quel jour plus digne de vos chants !
Chantez, tous de concert , Louis eft nôtre Maître ,
Il merite de l'être
Par fes vertus , par les talens ,
Chantons,tous de concert, Louis eft nôtre Maître
Il merite de l'être
Par les vertus , par les talens.
Pol Dreux Darnoles . C vj PE484
LE MERCURE
akakakakakakakakakakakakak
PECHE D'UN MONSTRE
MARIN.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Marseille le 13. d'Aoust 1723.
O
>
Na pêché ici fur la fin du mois
de Juin dernier , un poiffon d'une
grandeur & d'une groffeur extraordinaire
; fon corps a huit pieds de long
non compris la queue , qui en a fix ; il a
le ventre plat , & jaunâtre ; fa peau eft
brune par deffus , fans écailles , épaiffe
de deux doigts , & en forme de chagrin ;
il a une boffe au milieu du dos comme un
Chameau , il n'a point de tête , mais une
gueule de trois pieds de large , fans dents .
Au- deffus de cette gueule il a deux oreilles
comme celles d'un Mulet , & deux
gros yeux placez derrière les oreilles ; il
a quatre grandes nageoires ; fa queue
longue de fix pieds , comme on l'a déja
dit , a deux trous , l'un à droite , l'autre
à gauche , ronds & grands à pouvoir y
paffer le poing , fermez par une peau
fez mince ; il peſe fix quintaux , poids
de table. On l'à ouvert , on lui a trouvé
dans le corps un Poiffon de fon efpece ,
qui
DE SEPTEMBRE 1723. 485
qui pele foixante & dix livres. Les Marins
, & les gens du Pays affurent n'en
n'avoir jamais vû de pareil , ni avoir oüi
dire que dans aucune mer on en ait jamais
pêché de femblable. Cependant quel
quês perfonnes le mettent dans le genre
de ceux que les Caraïbes appellent Mobulas
, ou Diables de Mer.
A Mile
STANCES
pour le jour de fa Fête , en luž
envoyant un bouquet , compofe de qua
tre differentes fleurs ; fçavoir , Rofe
Violette , Pensée & Souci. Par M.
B..... D. L. B ....
D
U Bouquet que je vous envoye ,
Iris , examinez les fleurs ,"
Il n'en eft point où je ne voye ,
Des leçons contre vos rigueurs.
Jettez les yeux fur cette Rofe ,
Si vous en admirez l'éclat ,
Vous la verrez à peine éclofe
Que le moindre fouffle l'abat
C'ef
486 LE MERCURE
C'est un exemple qui vous preffe ,
De mieux profiter de vos jours ,
Ne donnant point à la ſageſſe ,
Ceux que vous devez aux amours,
Voyez la tendre Violette ,
Elle nous plaît par ſa douceur
Et c'eft une image parfaite ,
•
De ce qui fçait toucher un coeur.
Souvent la fleur la plus brillante ,
Ne nous arrête qu'un inftant ,
La fimplicité nous enchante ,
Et
peut
rendre un Amant conftant,
La pensée a dequoi me plaire ,
Il en faut beaucoup en aimant ,
L'abfence eft un mal ordinaire ,
Dont elle adoucit le tourment.
Un peu de fouci nous réveille ,
Il a l'art de nous exciter ,
Et c'est à tort que l'on confeille ,
De s'efforcer à l'éviter.
Sans fouci , fans inquietude , On
DE SEPTEMBRE 1723 .
487
On verroit languir un Amant ,
Après un peu d'incertitude ,
Il goûte mieux un doux moment .
VOICI une feconde Lettre , écrite de Blois
aux Auteurs du Mercure , par M.
Ourry , à qui on avoit pris la liberté
de demander un échantillon de fa Traduction
des Oeuvres d'Horace.
MONSIEUR ,
Quoique je ne croye pas qu'il foie
de vôtre obligation de demander un
échantillon des Odes d'Horace , que
j'ai traduites Vous marquant mon
nom , ma demeure , & l'approbation
qu'elles ont eu generalement par ceux .
qui les ont lûes , dont il eft facile
de s'informer de la verité ; neanmoins
pour fatisfaire à vôtre difficulté , je vous
en envoye une des plus courtes , qui eft
la derniere du 11 Livre.
Peut - être , Monfieur , que la qualité
que je prends de Maître Apotiquaire ne
vous paroît pas digne d'attention , parce
qu'en cette qualité je ne devrois pas donner
mon temps à cette forte d'étude ;
mais il eft bon de vous dire qu'il y a
déja
488 LE MERCURE
t
déja plufieurs années que je ne l'exerce
plus , ce qui me met à l'abri du reproche
qu'on pourroit me faire de ce côté . Je
pourrois encore m'être dit Capitaine de
Bourgeoifie , quoique je ne me fois point
encore fait reconnoître à la Maifon de
Ville , ces Charges & leurs immunitez
étant fupprimées , & n'étant qu'un titre ,
qui refte cependant , le fɔnd n'étant point
remboursé. Mais comme je ne fuis pas
de caractere à me repaître de chimeres ,
& de qualitez fans droits , ni fonctions ,
je me fuis contenté de prendre celle qu'il
m'eft permis d'exercer .
Ainfi donc , Monfieur , de vôtre part
vous dépouillant de toute prévention ,
eu égard au peu de confideration qu'on
a vulgairement pour cet état en Province
, ne faites aucun doute , qu'il fe peut
trouver parmi eux des gens Lettrez , &
capables de plufieurs chofes. Je ſuis ,
Monfieur , très - parfaitement vôtre trèshumble
, & très - affectionné ferviteur..
Signé , J. Ourry. A Blois , ce 14. May.
y
Nous nous difpenfons de publier avec
cette Lettre le morceau de traduction
envoyé par M. Ourry. Nous nous contenterons
de raporter fidelement les trois
Notes qui ornent cette traduction. Par
la premiere , M. Ourry nous apprend
qu'Icare
DE SEPTEMBRE 1723 48
qu'Icare étoit fils de Dedale , avec l'hif
foire & la chûte de ce jeune témeraire
dans la feconde , que le Bofphore eft un
détroit de la Mer Mediterannée , proche
le Pont- Euxin , & c. Enfin , après avoir
traduit le Texte d'Horace Hyperboreof
que campos , par ces mots , les Campagnes
Hyperboreales : il enfeigne à fes lecteurs
dans la derniere Note, que Hyperboreales
fignifie feptentrionales .
Jikakakakakakak kakakakak**
LES PETITES . MAISONS
SI,I , comme dicte un certain Maître,
Il n'eft ici d'heureux que celui qui croît l'être ,
Le féjour des heureux , pour cent bonnes raiſons,
N'eft autre que celui des Petites-Maifons.
L'un s'imagine être Neptune ,
Qui d'un Trident imperieux ,
De l'Empire des Mers dirige la Fortune ,
L'autre des fons melodieux ,
Croit battre la mefure à l'Opera des Dieux.
Un autre rencherit , & s'arrogeant la foudre ,
D'un feul mouvement de fes yeux ,
Dit qu'il mettra le monde en poudre.
L'un
490
LE MERCURE
L'un eft Bacchus , & l'autre eft Mars ;
Et chacun fous fes étendarts ,
A rangé toute la nature >
Fameux , Dieu fçait , par fes combats
En mainte & mainte amoureuſe avanture ,
t
Que nos Heros n'igorent pas .
Charmante illufion , fur tout chez les femelles ,
A fa faveur , les plus laides font belles ,
Et malgré le dégat des rides & des ans ,
*E
Elles ont beaucoup moins de cheveux que
d'Amans ,
D'autres aimant l'hipocrifie ,
Ont convaincu leur fantaiſie ,
Que leur bigotifme impofteur ,
Canonifé par leur faux Directeur ,
Qui d'elles par tout fait l'éloge ,
Leur affure au Martyrologe ,
Un nom à jamais glorieux ,
Et belle place dans les Cieux ,
Parmi les Vierges innocentes
Où les coquettes penitentes.
O , les charmantes vifions !
S'il ne faut donc qu'être vifionaire ,
Pour poffeder tout l'heur du Ciel & de la Terre ,
Le
DE SEPTEMBRE 1723. 491
Le féjour des heureux , pour cent bonnes raiſons,
N'eft autre que celui des Petites-Maiſons.
LETTRE aux Auteurs du Mercure ,
écrite de Beauvais le 13. Juillet 1723 .
par M. d'Auvergne , Avocat en Parlement.
MESSIEURS ,
De toutes les obſervations que le
Reverend Pere de la Neuville , Jefuite
, a faites fur les moeurs des Guayanois
, ce dont il a bien voulu faire part
au public , en les faifant inferer dans
les Memoires de Trevoux du mois de
Mars dernier , pas une ne m'avoit plu
davantage , que celle où j'avois appris
que ces Indiens , qui ne veulent jamais
fe donner la peine de rapporter euxmêmes
ce qu'ils ont pris à la pêche , ou
à la chaffe , ne fût- ce qu'un oileau , ne
font pas obligez pour cela de prendre
celle de le cacher , pour empêcher que
perfonne ne s'en faififfe pendant le temps
qu'ils reviennent chez eux , avertir leurs
femmes de l'aller chercher ; qu'ils fe contentent
de le munir d'une branche d'arbre
, marque qu'il appartient à quelqu'un;
qu'avec
492 LE MERCURE
qu'avec cette précaution ils font affurez
que leurs femmes retrouveront le poiffon
ou le gibier , lorfqu'elles arriveront à
l'endroit où ils l'ont laiffé ; & qu'en effet
elles l'y retrouvent , tant eft grande la
bonne foy qui régne entr'eux. Je ne pouvois
affez admirer , que des gens que la
pareffe domine jufques à un tel point ,
qu'ils aiment mieux fouffrir la faim &
fa foif , que de chercher avec un peu de
peine dequoi fubfifter , qui paffent affez
fouvent une & deux journées fans manger
, avant que de pouvoir le réfoudre à
fortir de deffus leurs Hamacs ( a ) pour
aller à la pêche ou à la chaffe ; qui mangent
volontiers des viandes gâtées , plutôt
que de faire le moindre pas , pour
en avoir de nouvelles & de fraîches ;
qui n'entreprennent pas de chercher plus
loin le meilleur & le plus , s'ils trouvent
à leur portée le peu , & ce qui quelquefois
ne fuffit pas au neceffaire. Je ne pouvois
, dis- je , affez admirer que des gens
fi ennemis du travail puffent s'empêcher
de mettre la main fur les chofes neceffaires
à leur fubfiftance , lorfqu'elles fe
rencontrent fous leurs pas . J'étois
(a ) Ce font de grandes pieces de toile de coton
fort épaiffe , & fort ferrée , qu'on fufpend
en l'air par les deux extrêmitez , & qui fervent
aux Guayanois & de lits & de fieges.
agréa
DE SEPTEMBRE 1723: 493
›
agréablement furpris de voir que la vertu
fut affez forte chez eux , pour l'empor
ter fur une pareffe fi exceffive , fur la faim
& fur la neceffité , dans le temps qu'elle
les preffe le plus , & fur la volupté même
, car ils l'aiment à l'excès , & s'ils
ne la fatisfont pas toûjours , ils n'en font
empêchez que par la paffion extrême
qu'ils ont pour l'inaction . J'étois charmé
de voir fur ce point , dans les Guayanois
, une parfaite image de ceux dont
nous parle S. Paul , Ep. ad Romanos , c . 2.
qui n'ayant point de loi , font naturellement
ce que leur loi leur prefcriroit ,
s'ils en avoient une . Effectivement ces peuples
n'en ont point . Si l'on en excepte le
cas de l'adultere , on ne fçait parmi eux
ce que c'eſt que la juftice ; tous les autres
crimes , l'homicide même , y demeurent
impunis. L'interieur de chaque famille
n'eft pas mieux reglé que le
corps
de l'Etat nulle éducation aux enfans ,
l'unique foin pour eux que prennent les
Indiennes eft de les bien nourrir. Quelques
fautes qu'ils faffent , on ne les en
corrige jamais , & l'apprehenfion que l'on
a de leur faire de la peine eft fi grande ,
que je ne fçai pas même , fi lorfqu'ils
s'avient de mettre le feu au Carbet , (a)
:
พ
(a) C'eft un toit en forme de Halle , élevé
furur des poteaux , fans murailles desdeux côtez ;
les
494
LE MERCURE
les peres & les meres peuvent gagner fur
eux mêmes , de leur faire feulement de
parole la moindre leçon : fi peu de difcipline
ne donne pas lieu d'attendre de
grands modeles de vertu d'un peuple
fur tout , qui ne connoît , ni une vie à
venir , ni les récompenfes ni les peines
qui doivent s'y diſtribuer , eeuu égard aux
bonnes & aux mauvaiſes actions qui fe
feront faites dans celle- ci. Auffi ne peuton
pas avoir une joye plus veritable , que
celle que je reffentois , de ce que la nation
du monde , de laquelle nous avions
le moins à eſperer , nous fourniffoit un
auffi bel exemple de candeur , que celui
que nous en racontoit le Pere de la Neuville.
Mais elle n'a pas été de longue durée
, ou du moins je ne l'ai pas confervée
long- temps , auffi pure qu'elle l'étoit d'abord
. Elle a été troublée par la lecture
que j'ai faite de la fuite des mêmes obfervations
dans le Journal de Trevoux ,
du mois d'Avril , que je n'ai pû avoir que
depuis quelques jours : j'y ai lû que les
Guayanois volent avec fi peu de fcrupu
le les chofes que l'on peut manger ou boire
, que l'on diroit que la nature leur inles
rofeaux tiennent lieu de Lattes , & les feüillages
de couvertures. Nouveau Voyage aux fles
de l'Amerique par le Pere Labat. Et c'eft-là où
tout le Village eft raffemblé.
Spine
DE SEPTEMBRE 1723. 495
fi-
Spire qu'elles font de droit commun. Le gibier
& le poifon font des chofes que l'on
mange , ai -je dit auffi -tôt . Comment donc
fe peut-il faire que ceux qui n'ont aucun
fcrupule de voler toutes les choſes de
cette nature , que l'on devine même qui
penfent qu'elles font de droit commun ,
foient fi religieux que de ne pas emporter
une piece de gib er qu'ils trouvent ,
tôt que le moindre figne les avertit qu'elle
appartient à quelqu'un ? L'inclination
que j'avois conçue pour ce dernier fait ,
& le dépit de me voir privé du plaifir
que j'avois eu à le croire , ont été cauſe
que j'ai fait tout ce que j'ai pû , pour le
concilier avec l'autre , malgré l'impoffibilité
que je voyois d'y réüffir . Ainfi ne
cherchant qu'à me flatter , j'ai écouté
avec plaifir , la penſée qui m'eft venue
que des Ob
fervations abregées que le Pere de la Neuville
nous avoit données , il pouvoit s'être
difpenfé d'entrer dans des circonstances
lefquelles fi nous en étions inftruits pourroient
nous laiffer croire que les Guayanois
n'ont point de fcrupule de voler toutes
les chofes que l'on peut boire ou manger
, fans nous obliger pour cela de revoquer
en doute la fidelité qu'ils ont à l'égard
de ces mêmes chofes , lorfqu'elles
font laiffées à la bonne foi publique . Peutque
comme ce n'avoient été
être
296 LE MERCURE
être ce que l'on boit , & ce que l'on
mange , me fuis-je dit à moi même , ne
les flatte- t'il pás aflez pour les exciter au
larcin , que lorsqu'il eft entierement pre
paré pour l'ufage , auquel il eft propre ,
parce que s'ils le prenoient auparavant ,
leur pareffe ne feroit fatisfaite qu'à moitié.
Mais non , elle le feroit tout à fait ,
quand ils voleroient une piece de gibier ,
un oifeau , par exemple , dans le temps
qu'il eft encore en plume , ils feroient les
maîtres de s'exempter de rien faire davantage.
Car fi c'eft au mari à aller chercher
de quoi manger , c'eſt à la femme à
le preparer , c'eft une fonction qui la regarde
uniquement , & dont le mari & les
enfans auroient tant de fcrupule de fe
mêler , que fi la femme étoit abſente ,
quelque foifqu'ils fouffriffent , ils n'iroient
pas puifer de l'eau à quatre pas. Peut être
tce , comme les Lacedémoniens
fuis- je dit encore , qu'ils ne prennent de
plaifir que quand ils volent avec adreſſe,
& qu'ils méprifent ce qu'il ne tiendroit
qu'à eux d'emporter. Mais non , ils ne ſe
piquent pas de fineffe , l'indolence & la
Rupidité font leur caractere principal.
La violence n'eft pas plus de leur goût
que la rufe , ils font ennemis du bruit ,
traîtres , lâches & craintifs au fuprême
degré. Il eft donc à croire qu'ils entreeft
me
prenDE
SEPTEMBRE 1723. 497
1
?
prendroient bien plutôt de dérober ce qui
n'eft gardé que par une fimple branche
d'arbre , que ce qui eft entre les mains de
celui à qui il appartient , & qui fans doute
ne manqueroit pas de le défendre.
D'ailleurs la réflexion que le Pere de la
Neuville a faite , que l'on diroit que la
nature infpire à ces Indiens , que tout ce
qu'on peut manger , ou boire , eft de droit
commun femble ôter la liberté de toutes
les miennes . Et en effet , fi c'eſt cette
penfée , que les choses que l'on peut manger
on boire font de droit commun , qui
excite les Guayanois à les dérober , c'eſt
un crime qu'ils ne doivent pas moins
commettre , lorfque ces fortes de choſes
ne font pas encore entierement prêtes à
être nangées , & qu'elles ne font pas encore
en la poffeffion actuelle de perfonne,
que lorsqu'elles font toutes apprêtées , &
qu'elles font tenues par celui à qui elles
font , puifqu'elles font encore plus de
droit commun , dans le premier cas que
dans l'autre. Je fuis par confequent réduit
à douter de la chofe , de la verité
de laquelle j'avois pris le plus de plaifir
à me perfuader. Si j'avois eu l'honneur
de connoître le Pere de la Neuville , j'aurois
pris la liberté de lui demander directement
l'éclairciffement d'un fait qui
merite fi bien d'être approfondi . J'ai
D crû ,
498
LE
MERCURE
crû , Meffieurs , que vous voudriez bien
inferer ma Lettre dans vôtre Mercure
ce fera le moyen le plus feur pour parvenir
àfatisfaire ma curiofité . Je fuis , &c.
IDYLE DE L'ISLE-ADAM.
Divertiffement en Mufique pour M. le
Prince de Conti.
Chants de Sylvains & de Dryades.
Premier Sylvain.
Ortez , Nymphes des bois , de vos fombres
Sortez
retraites
,
Venez admirer ces beaux lieux ,
En faveur d'un Heros iffu du fang des Dieux ,
Au doux chant des Bergers , au doux fon des
Mufettes ,
Mêlez vos danfes & vos jeux.
Premiere Dryade.
La crainte nous faifit jufques dans nôtre azile ,
Nôtre bonheur eft moins tranquille ,
Mille bruits éclatans font retentir les airs ,
Et troublent de nos bois le paifible filence.
Deux
DE
SEPTEMBRE
1723.499.
Deux Dryades.
De mille cris confus l'affemblage divers ,
Tant de jeunes guerriers armez pour leur défenſe,
Répandent dans nos coeurs
C
De mortelles frayeurs.
Second Sylvain.
Raffurez-vous , troupe timide ,
Ce Heros fi charmant qui dans les champs de
Mars ,
Eut la gloire pour guide ,
Combat fous d'autres étendarts ,
Pendant l'heureufe paix qui regne fur la terre ,
Il fait de fes plaifirs l'image de la guerre.
Troifiéme Sylvain.
Diane le protege , & lui prête fes traits,
Pour immoler dans nos Forefts
Ses cruels ennemis dont on craint les atteintes ,
Et qui ravagent nos guerets ;
En chants melodieux changez vos triſtes plaintes.
Chantez l'amour, chantez la paix ,
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais.
Choeur des Dryades.
Chantons l'amour , chantons la paix
Dij
Que
LE MERCURE
·500
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais ,
l'heureux temps qui diffipe nos craintes,
Premiere Dryade.
On voit renaître les beaux jours ,
Et des tendres foupirs rien ne trouble le cours ,
La terreur que Bellone infpire ,
N'écarte plus de leur empire ,
Les timides amours.
Seconde Dryade.
L'aimable paix dont on goûte les charmes ,
"
C
Rappelle les plus doux momens ,
Le bruit de la guerre & des armes ,
Mintefrompt plus par des allarmes ,
Les voeux & les foins des amans.
Troifiéme Dryade.
Un coeur jouit de la victoire ,
Il a le plaifir à fon tour ,
De faire fouffrir à la gloire ,
Les maux qu'elle a fait à l'amour.
Air d'un Sylvain.
Pour la tendreffe ,
Nos coeurs font faits ,
Dans le bel âge aimons fans ceſſe ¿
་
DE SEPTEMBRE 1713.
Ne formons point de vains projets :
Pour engager une Maîtreffe ,
Découvrons lui nos feux fecrets .
Il faut parler quand l'amour preffe ,
Nous n'en ferons pas moins difcrets .
Choeur des Sylvains & des Dryades
Profitons , jouiffons de l'augufte prefence ,
Du Maître de ces lieux ,
Dans ce féjour digne des Dieux ,
Celebrons ſes bienfaits , ſes vertus , ſa puiſſancer
Choeur des Dryades.
Chantons l'amour ' , chantons la paix ,
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais.
Le Choeur des Sylvains & des Dryades
repete ces deux derniers vers.
Ces paroles font de M.Moreau de Mautour.
Les airs & les Symphonies font de
la compofition du fieur d'Aquin , ordinaire
de la Mufique du Prince de Conti
Diij Le
302
LE MERCURE
LE PARNASSE FRANCOIS.
R Titon du Tillet , cy- devant Ca-
Mpitaine de Dragons , & Maîtred'Hôtel
d'Adelaïde de Savoye , Dauphine
de France , mere du Roy , aujourd'hui
Commiffaire Provincial des
guerres
, a eu l'honneur de prefenter à Sa Majefté
la furveille de la fête de S. Louis.
un Tableau & une Eftampe , qui reprefentent
le Parnaffe François , qu'il a fait
executer en bronze , & élever A LA
GLOIRE DE LLAA FRANCE ET DE
LOUIS LE GRAND , & à la memoire
immortelle des illuftres Poëtes & Mufitiens
François. Ce font les termes de l'Infcription
qu'on lit fur le piedeftal de ce
monument , qui eft dédié au Roy. Nous
ajoûterons que ce fomptueux monument
fera un témoignage bien glorieux à la
pofterité, des lumieres , de l'élevation du
coeur , & des grandes qualitez du particulier
qui a fait cette entrepriſe.
L'ouvrage merite affurement la curio
fité des perfonnes de bon goût , & qui
s'intereffent pour la gloire du nom françois
; il eft pofé fur un piedeſtal de marbre
d'une excellente Architecture , ifolé
&
DE SEPTEMBRE 1723. 50%
& vû de quatre faces principales avec
tous les afpects également riches , agrea
bles & qui fatisfont parfaitement la
vûë.
Ce Parnaffe eft reprefenté par une
montagne d'une belle forme , & un peu
efcarpée , où font difperfez quelques Lauriers
, Palmiers , Myrtes , & troncs de
Chefnes , entourez de Lierres . 36. figures
humaines font placées fur cette montagne
; fçavoir , 14. principales d'environ
14. pouces , & 22. plus petites , qui
forment divers Groupes. Le Cheval Pegafe
y tient auffi fa place , il paroît ſur
le plus haut du Mont. On y voit encore
quelques petits animaux pour caracterifer
la Fable , la Poëfie Paftorale , & c .
Tout le Groupe eft de près de 4. pieds
d'élevation fur une bale de plus de 3 .
pieds de diametre .
Louis le Grand , le Pere & le
protecteur
des Sciences & des beaux Arts ,
fondateur de plufieurs Académies , qui a
animé par fes vertus , par fes exploits
,
& par fes bienfaits , le genie des Poëtes
& des Muficiens à celebrer les merveilles
de fon regne , y paroît fous la figure
d'Apollon , couronné de Lauriers , & tenant
une Lyre à la main ; il eft affis d'un
air majestueux fur le fommet de ce Mont,
où il eft environné en partie de quelques
D iiij
Lau
304 LE MERCURE
Lauriers , par-deffus lefquels on voit Pe
gafe comme en l'air , & dans une attitude
pleine de feu .
La Nimphe de la Seine eft affile un
peu plus bas , & à côté d'Apollon , ayant
un bras appuyé fur une Urne , d'où fort
une nappe d'eau , elle tient lieu des Fontaines
de Caftalie , d'Hipocrene , & du
Fleuve Permeffe , celebres fur le Parnaffe
de la Grece & fur le Mont Helicon.
On voit fur une terraffe au- deffous
d'Apollon les 3. graces du Parnaffe François
fçavoir , Mefdaines des Houlieres
& de la Suze , & Mile de Scudery , connuës
par la beauté de leur genie , & par
l'élegance de leurs ouvrages , en vers &
en profe. Elles fe tiennent par des Guirlandes
de fleurs , entremêlées de feuilles
de Laurier & de Myrte. On les voit
dans les attitudes les plus belles & les
plus charmantes d'une danſe majeſtueuſe ,
qu'elles forment au fon de la Lyre d'Apollon
.
no
Huit Poëtes celebres , & un excellent
Muficien du regne de Louis le Grand
tiennent fur le Parnaffe la place des neuf
Mufes , comme les vrais modeles de la
belle Poëfie , & de la Mufique Françoiſe :
ces grands hommes font , Pierre Corneille ,
Moliere, Racine, Racan , Segrais , la Fontaine
, Defpreaux , la Chapelle & Lully.
Ce
DE SEPTEMBRE 1723. 505
Ce dernier porte fur un bras le Medaillon
de Quinault , fon Poëte , Lully &
Quinault ne formant , pour ainfi dire ,
qu'un même genie pour la compofition
des Opera , qui ont fait l'admiration de
toute la France & de toute l'Europe. On
a pris avec exactitude la reflemblance de
toutes les perfonnes qu'on vient de nommer
, fur les portraits qui en font reſtez ,
& on leur a donné des fymboles convenables
à leurs caracteres , & au genre
dans lequel ils ont excellé .
Toutes ces figures font dans des atti
tudes nobles & bien contrastées ; les unes
font affifes , les autres debout , leurs ajuftemens
& leurs coëffures font variez avec
art ; les unes font couronnées de Laurier
& de Lierre ; des Genies apportent des
Couronnes aux aurres ; diverfes draperies
convenables au fujet , & jetrées avec intelligence
, couvrent une partie du corps,
& laiffent voir l'autre à nud . C'eft en
cette partie fingulierement que l'habile
Sculpteur a donné fa principale attention,
& qu'il a montré l'excellence de fon Art.
Vingt-deux genies , fous la figure d'enfans
aîlez , font répandus fur ce Parnaffe
, ils y font une diverfité agréable ,
& y forment divers Groupes avec les
principales figures , dont on vient de parler.
Les arbres qui y font difperfez en-
D'v richif
506 LE MERCURE
•
richiffent extrêmement cette charmante
compofition.
Ces geniés ont differentes occupations,
il y en a fix qui foutiennent chacun un
Medaillon d'un Poëte renommé ; le Medaillon
de Malherbe eft le plus élevé , &
porté par un genie placé auprès de la
Lyre d'Apollon & à côté de la Nimphe
du Parnaffe , comme reprefentant
celui qui a fait connoître le premier le
fublime de la Poefie Françoiſe & qui en
a donné les plus juftes regles , felon la
remarque de M. Defpreaux dans fon
Art Poëtique.
Enfin Malherbe vint , & le premier en France
Fit fentir dans les vers une jufte cadence ,
D'un mot mis en fa place enfeigna le pouvoir ,
Et réduifit la Mufe aux regles du devoir.
Tout reconnut fes loix , & c.
Le Medaillon de Voiture , dont les
écrits font pleins de graces & de délicateffe
, eft foutenu par un genie placé
proche les Graces.
6
Les Medaillons de Scarron , de Sar
rafin , de Benferade , & de Lainez , font
fituez dans des endroits brillans & convenables
à leur genre de Poëfie .
Deux genies volent vers Apollon , &
foutiennent chacun un rouleau , dont le
premier contient les noms de plufieurs
Poëtes
DE
SEPTEMBRE 1723. 507
Poètes qui ont fleuri depuis le regne de
François I. jufqu'à prefent ; fçavoir , Marot
, S. Gelais , du Bellay , Ronfard
du Bartas , Delportes , Bertaud , Pibrac ,
du Perron , Theophile , Pafferat , Regnier
, Rapin , Godeau , Chapelain ,
Defmaretz , Maynard , Gomberville
Colletet , Durier , Triftan , Rotrou
,
Brebeuf, Saint Pavin , le Moine
Peliffon , PPeerrrraauulltt , T. Corneille
, Pavillon , Bourfault , Péchantré ,
la Foffe , Renard , Vergier , Campiftron ,
la Chapelle , &c . Ces noms font fuivis
de ceux des Dames , de Gournay , de la
Sabliere , de Ville- Dieu , des Cartes , de
la Vigne , Bernard , Cheron , de Saintonge
, Dacier , & c.
Sur le rouleau que porte le fecond Genie
font gravez les noms des François
qui ont excellé dans la Poëfie Latine ,
comme Sainte Marthe , Bourbon , Mambrun
, Balfac , Jonin , Petit , Duperier
Menage , Rapin , Santeüil , Commire ,
Flechier , la Ruë , &c .
Il y a un troifiéme rouleau , auffi
por
té par un Genie , où on lit les noms de
quelques illuftres Muficiens , comme
Lambert , Gautier , Colaffe , Charpen
tier , & c.
On a écrit les noms de tous ces Poë
tes & Muficiens , fuivant l'ordre du
D vj temps
508 LE MERCURE
temps auquel ils ont vêcu , & non pas
pour regler le rang qu'ils peuvent meriter
fur le Parnaffe . C'eft à Apollon &
aux fçavans à en decider , & d'ajoûter
les noms qu'on a omettre. On a me
nagé des places fur ce Parnaffe pour mettre
les Medaillons , & pour graver les
noms des illuftres Poëtes & Muficiens
qui vivent encore , après qu'ils auront
achevé leur carriere ; ce monument n'étant
élevé qu'à la memoire de ceux qui
ne vivent plus.
Le Roy qui a un goût naturel pour
tout ce qui regarde les Sciences & les
beaux Arts , reçût avec bonté le Tableau
& l'Eftampe du Parnaffe François , &
écouta favorablement ce que M. Titon
eut l'honneur de dire à Sa Majeſté ſur ce
fujet ; elle ordonna enfuite à M. l'Abbé
Bignon , Surintendant de la Bibliotheque
Royale , d'y faire placer ce Tableau,
qui n'en fera pas un des moindres ornemens.
Louis Garnier , Sculpteur a executé
ce Parnaffe en bronze , Nicolas de Poilly
l'a deffiné , Jean Audran en a gravé la
planche , & M. de Largilliere , Recteur
de l'Académie Royale de Peinture a retouché
le Tableau , dont les figures font
de la même grandeur que celles du bronze
, pour le rendre d'un plus bel accord,
&
DE SEPTEMBRE 17237 Jog
& d'un effet plus grand & plus charmant ,
tel enfin qu'il convient à un monument,
qui intereffe la gloire de nôtre Nation ,
& qui fignale fi noblement le zele & la
capacité de fon inventeur.
B
ANTIOCHUS.
POEME qui a remporté un prix de
l'Académie des Jeux Floraux
de cette année:
I
Nfenfible aux regrets d'une Cour éplorée ,
Antiochus mourant , & fa vûë égarée ,.
Depuis long-temps en proye aux plus vives dou
leurs ,
pere
Renfermoit dans fon fein le fujet de fes pleurs.
Un filence inhumain dérobe aux voeux d'un
L'efpoir de conferver une tefte fi chere ,
Le trifte Seleucus dans ce fils languiffant ,
Voit tomber l'heritier d'un empire naiffant
Une ardeur inconnuë , une douleur funeſte ,
De Les jours prefque éteins va confumer le refte .
Ce Prince infortuné ne cherche qu'à mourir ,
Et dédaigne la main qui veut le fecourir
De
LE MERCURE
De fes premiers fecrets fage dépofitaire .
Mitrane veut percer ce funeſte miſtere ,
Son zele vainement cherche à l'approfondir
Mais fa tendre amitié ne peut fe refroidir.
Par de nouveaux fermens elle le preffe encore.
Ofez me confier l'ennui qui vous dévore ,
Parlez , dit-il , Seigneur, d'un filence profond,
Autant que mon refpect mon devoir vous répond.
Ah ! fi mon defefpoir ne peut toucher vôtre ame ,
Si toûjours infenfible au zele qui m'enflâme ,
Vôtre barbare coeur n'écoute plus ma voix ,
Du moins que la vertu vous ramene àfes loix ,
Qu'elle vous rende aux voeux d'un peuple qui
vous aime ,
Vous êtes à l'Etat , & non point à vous- même ,
Et comptable des jours qui vous font réſervez ,
C'eſt à vôtre patrie à qui vous les devez.
Ce difcours d'un ami qu'irrite un froid filence,
Du trifte Antiochus force la réfiſtance.
Ce Prince malheureux eft contraint de parler ,
Sa honte cede enfin aux pleurs qu'il voit couler.
Cher Mitrane , dit-il , ta conftance me touche,
L'aveu le plus affreux va fortir de ma bouche ;
Mais je meurs , & ne puis à ta longue amitié , -
DéroDE
SEPTEMBRÉ 1723. SIE
Dérober un fecret qu'éxige ta pitié.
modele
Helas ! à tes leçons , à ta voix plus fidele ,
Que n'ai-je toûjours pris ta vertu pour
Je vivrois innocent & je meurs criminel.
Il te fouvient encor de ce jour folemnel
Où l'heureux Seleucus au Trône de Syrie ,
Voulut affocier une épouſe cherie ,
Stratonice. Elle vint avec tous fes appas ,
Pouvois -je refufer d'accompagner fes pas ?'
Je la vis : dans mon coeur je fentis bien- tôt naîtreg
Des mouvemens fecrets dont je ne fus pas
maître .
Ou plutôt ignorant que de fr doux tranſports ,
Me livreroient un jour aux plus preffans remords,
Charmé de voir au Trône une Reine fi belle ,
Je crûs que fans brûler d'une ardeur criminelle ,
Senfible à fa vertu je pouvois eftimer ,
Ce que déja mon coeur me contraignoit d'aimer.
Ainfi trop aveuglé fur l'objet de ma flâme ,
Au plus noir des forfaits j'abandonnay mon ame,
Et d'une folle ardeur nourriffant le poiſon ,
Au pouvoir de mes fens j'affervis ma raiſon.
Mais foit la nature en naiſſant que
prime ,
nous
L'amour de l'innocence & la haine du crime ,
im
Ou
J12
LE MERCURE
Ou que le crime enfin doive toûjours porter
Certains traits odieux qui le font détefter ;
De fes égaremens ma raifon revenuë ,
Sur mon devoir trahi me fit porter la vûë.
De mes fens aveuglez je reconnus l'erreur ,
Je conçus pour moi- même une foudaine horreur.
Quete dirai-je enfin ♪pour étouffer mon crime,
Je voulus profiter d'un remords legitime ,
Vain recours , ma vertu parmi tant de remords ;
Ne faifoit fur mes fens qué de lâches efforts.
Efclave malheureux de ma propre foibleffe ,
Sans vouloir triompher je réſiſtois fans ceffe.
De mouvemens divers mon efprit combattu
Adoptoit tour à tour le crime & la vertu.
Malgré la jufte horreur d'une fâme infenfée ,
Stratonice toûjours s'offroit à ma penſée ;
Le calme de la nuit , le tumulte du jour ,
Le fafte embaraffant d'une fuperbe Cour ;
Tout à mes yeux couverts du plus épais nuage ;
De fes charmes abfens repreſentoit l'image.
Tel eft le crime affreux dont mon coeur eft
chargé :
Voilà quel eft l'abîme où je me fuis plongé ;
Tu vois de tous mes maux la fource malhenreuſe
,
Et
DE SEPTEMBRE 1733.' 518
Et de ce lâche coeur la foibleffe honteufe.
Dans la nuit du tombeau je prétendois cacher ,
Ce fecret odieux que tu viens d'arracher ;
Tes barbares efforts ont laffé ma conftance ;
Mais tu fçais à quel prix j'ai rompu le filence.
Et loin de prolonger par de cruels fecours ,
De mes jours malheureux le déplorable cours
Laiffe- moi terminer une vie importune ,
Dont tes funeftes foins combleroient l'infortunež
La honte à ce difcours irrite fa douleur ,
Son viſage eft couvert d'une fombre pâleur ;
Une langueur mortelle affoiblit ſa paupiere ,
Et foûpirant toûjours vers fon heure derniere ,
Sa voix , fa trifte voix n'importune les Dieux ,
Que pour hâter l'inftant qui doit fermer les yeux
M. Triquois.
Maaaaaaaaaa
EXTRAIT d'une Lettre écrite anx
Auteurs du Mercure , &c.
L
Es faits dont il s'agit ici , Meffieurs ,
m'ont paru affez curieux pour que
vous en faffiez part au Public. Une Chate
a fait depuis peu trois petits Chats , dont
$14
LE MERCURE
il y en a un qui a une pate de derriere
comme un pied de Poulet. Il eft né fans
queue , & a le cul fait comme celui d'un
Poulet. Les deux autres Chats n'ont rien
d'extraordinaire.
Le Cocher de M. de Lauriere a une
Chate qui a porté quatre Chats , qui fe
tiennent , de maniere qu'ils forment un
Groupe. Ils avoient un placenta commun,
& deux fe tenoient encore par l'une de
leurs pates de derriere . La nature ne
nous a pas encore montré tout ce qu'elle
fçait faire dans les grands ouvrages ,
dans fes jeux. Je fuis , & c.
*********
ni
CHANSON , fur l'air ; Réveillez vous
belle endormie , &c. Que Dame Elifabeth
Leroux , Veuve du fieur François
de Saint- Mefmin , demeurant à
Orleans , a chanté à fa famille , affem
blée le premier Septembre 1723. auquel
jour cette Dame entra dans fa centiéme
année , étant venue au monde le
dernier Auft 1624 .
E fuis aujourd'hui Centenaire ,
JE
Affemblez-vous , mes chers enfans ,
Pour
DE
SEPTEMBRE 1723. $ 18
Pour benir nôtre commun Pere ,
En ce jour uniſſons nos chants.
Si toûjours fa Loy vous eft chere
Vous vivrez comme moi cent ans ,
Si vous l'aimez d'un coeur fincere ,
Vous vivrez tout auffi long-temps.
Souvenez-vous de vôtre mere ,
Et n'oubliez pas qu'à cent ans ,
Elle eft à chanter la premiere ,
Pleine de joye & de bon fens.
******************
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Breta
gne fur une Groffeffe extraordinaire.
U
Ne femme âgée de 24. ans , ma
riée depuis fix , a eu trois enfans ,
& depuis la naiffance du 2. juſqu'à celle
du troifiéme il y a eu 3 3. mois d'intervale.
Cette femme eft de la Paroiffe de Parlac ,
Diocéle de Vannes , en Bretagne. Elle
ne s'eft point apperçûë du commencement
de fa troifiéme groffeffe , parce
qu'elle a toûjours été réglée , & qu'elle
LE MERCURE
a cu plufieurs pertes de fang dans le
temps même qu'elle étoit groffe , fans le
fçavoir. Un Mercredy matin fur la fin
de Janvier 1723. elle fut faignée au bras,
& fur le champ , elle eut des tranchées
pour accoucher , qui durerent jufqu'au
Vendredy fuivant , à huit heures du
matin. Après que les eaux eurent percé
, l'enfant prefenta la tête jufqu'à la
bouche , il fut quelque temps dans cet
état , l'Accoucheur le baptifa , & d'une
main le prit par l'oreille , & de l'autre lui
mit le doigt dans la bouche pour le tirer.
La femme ayant eu une plus forte tranchée
, repouffa violemment l'Accoucheur,
ce qui lui fit quitter prife , & à l'inftant
l'enfant rentra dans la matrice , où il a vêcu
& refté un mois & 20. jours , la mere
fe portant bien ; elle eft depuis accouchée
heureufement d'un gros garçon très- fort ,
& vivant , qui avoit une marque au milieu
du front comme un Croiffant , laquelle
a difparu peu à peu. Le Curé lui
a adminiftré les ceremonies du Baptême ,
& donné le nom de Jean- Baptifte. Depuis
cette couche cette femme a toû
jours des pertes de fang. Cette obſervation
eft particuliere , en ce que les plus
grands Praticiens dans l'Art des Accouchemens
, difent n'avoir jamais vû que
l'enfant ait refté plus de trois ou quatre
jours
DE
SEPTEMBRE 1723. 517
jours dans la matrice après la fortie des
eaux , il n'y a cependant rien qui repugne
à cette obſervation , puifque la cauſe
qui a entretenu la circulation , ou la vie
de l'enfant pendant quatre jours , étant
continuée , peut l'entretenir plus longtemps
. Cela fait croire feulement que les
eaux n'étoient pas toutes forties.
Les trois Enigmes du mois paffé doiwent
s'expliquer par le Batoir des Lavan.
dieres , les Cernaux , & l'Ombre.
XXXXXXXXXXXXXXX
七
L
PREMIERE ENIGME.
'Or éclate fur moi , mais je jeûne fans ceffe
Avec un bon gofier je ne chante jamais ,
Je fuis toujours au Temple , & jamais dans la
preſſe ,
Il eſt bon d'en fortir pour voir ce que j'y faits ,
Je n'ai point de cervelle , & j'ai la tête forte ,
Suivant l'Evangile & fes loix ,
Un Chrétien doit porter fa Croix ,
Pour moi c'eft la Croix qui me porte,
SECON
518 LE MERCURE
SECONDE ENIGME .
Invifible , iſible je cours le monde ,
On fçait pourtant le chemin que je fais ,
En vifitant la terre & l'Onde ,
Rien ne peut m'arrêter jamais.
Bien des peuples fans moi ne fe connoîtroient
gueres ,
Bien des Villes fans moi pourroient mourir de
faim ,
Chacun fçait que j'ai bien des freres ,
Quant à nôtre papa, rien n'eſt plus certain,
Je n'en ai pourtant pas
de honte ,
Je ne fuis pas le feul que tel cas ne démonte.
TROISIEME ENIGME.
M
On Art eft un Art admirable
Et fans lui rarement on peut paroître aimable
,
Les Princes , les Rois même agiffent à ma voix ,
On gagne à m'obéir une grace nouvelle
Et quand je vais chez une belle
Ainfi qu'Amour , en Tapinois ,
2
Je porte avec moi l'Arc , & quafi le Carquois ;
Je prens en un feul jour cent fortes de figure ,
Mon
Gayement
. Air a
3
Entre Philis, et la partage
Entre Philis et la fartage
X
les
Yes
DE SEPTEMBRE 1723. 519
Mon vilage paroît , ou vert , ou rouge , ou brun ,
A chaque inftant je change de poſture ,
Et toûjours je m'éleve au- deffus du commun
Si -tôt que la grifette à mon art peut atteindre
Elle étale bien- tôt les attraits au grand jour ;
En un mot , je fournis des armes à l'Amour ,
Et je peins tout aux yeux fans parler ni fans
peindre.
Cette derniere Enigme nous a été envoyée
de Province ; nous invitons ceux
qui s'amuferont à la deviner , à nous en
envoyer quelque explication en vers .
***********
E
*****
CHANSON.
Ntre Philis & la bouteille
Je partage mes plus beaux jours ,
Tantôt fur la fougere , & tantôt fous la treille
Je paffe des momens trop courts.
Regnez , tendres amours ,
Coulez , liqueur vermeille ,
Entre Philis & ma bouteille
Je partage mes plus beaux jours.
NOU!
LE MERCURE
XX :XXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c.
ES ANTIQUITEZ ROMAINES DE
DENY'S PHALICARNASSE , traduites
en François par M*** propofées
au Public par foufcription , font imprimées
, & fe vendent chez Ph. Nic. Lottin
, ruë S. Jacques , à la Verité, 1723 .
›
Denys furnommé d'Halicarnaffe ,
parce qu'il étoit d'une Ville de ce nom ,
eft un des Hiftoriens Grecs qui ont écrit
'Hiftoire Romaine . Il vivoit du temps.
d'Augufte , & ce fut fous les yeux de
cet Empereur , & à Rome même , qu'il
compofa l'ouvrage dont il s'agit ici. Il
lui donna le titre d'Antiquitez Romaines
, parce qu'en effet fon Hiftoire remonte
ju qu'aux fiecles les plus reculez,
Il commence par les premiers habitans
de l'Italie , & il débrouille fort heureufement
ces temps obfcurs , non par de
vaines fuppofitions & des faits imaginez ;
mais par des pieces & des monumens ,
qui jufqu'alors ignorez , ou negligez par
les autres Hiftoriens , deviennent entre
Les mains des preuves folides , aufquelles
on
DE SEPTEMBRE 8723.7
pas
52r
on ne peut fe refufer. Delà il defcend
à pas aux temps plus connus , & il conduit
fon Hiftoire jufqu'au quatriéme fiecle de
la Republique Romaine. Comme il écrivoit
fon Hiftoire , particulierement
pour
les Grecs , fes compatriotes
, qui ne pou
voient l'apprendre qu'imparfaitement
dans les Hiftoriens Latins , il entre dans
un détail infiniment utile de tout ce qui
appartient aux Romains , il explique
leurs loix , leurs coutumes , leur culte ,
leur gouvernement , leur genie , leur caractere
; enforte que l'on peut dire que
Tite -Live , & les autres Hiftoriens La·
tins ont écrit pour les Romains , qui étant
inftruits de leur gouvernement
par euxmêmes
, n'avoient befoin que des faits
& que Denys au contraire a écrit pour
les Etrangers , qui n'étant inftruit de rien
ont befoin d'être éclaircis fur tout. Voi
ci le précis des jugemens qu'en ont porté
les critiques , tant anciens que modernes ,
recueilli dans la Preface de la nouvelle
Traduction .
Selon eux , perfonnes n'a mieux con- a
nu , ni mieux obfervé routes les regles
de l'Hiftoire. C'eft un des premiers Maîtres
dans l'art d'écrire. Il avoit un ge- &
nie fublime , une critique folide , un «
difcernement exquis , une profonde éru- «
dition. Le fujet qu'il a choifi eft inte- «
E reffant
522 LE
MERCURE
ર reffant par lui- même ; c'eft l'origine
» le progrès , l'accroiffement du plus vafte
Empire qui fut jamais. Il ne le contente
pas de reprefenter les exercices de la
guerre , il penetre juſques dans l'inte-
» rieur du gouvernement , il y conduit
» fes Lecteurs , il décrit les exercices,
» de la paix qui contribuent au bon or
» dre du dedans. Il ne met pas ſimple-
» ment dans fa narration les divers évenemens
, il les reprefente toûjours con-
» jointement avec leurs caufes , il entie
» dans les vûës des premiers Auteurs de
chaque entreprife ; il examine les
» moyens dont ils le font fervis pour la
fa re éüffir ; il n'oublie pas les moin-
» dres circonstances. Il examine les dif-
» ferens Etats de Monarchie & d'Arifto-
»
cratie , où les Romains fe font trouvez
; il les compare l'un avec l'autre ;
il démêle ce qu'ils avoient de bon &
» de mauvais , & par ce moyen il donne
» des regles de conduire & de politique
pour toutes les differentes formes de
gouvernement , & c.
Un Auteur fi utile ne peut être lû de
trop de monde ; & fi les Grecs lui ont
eu autrefois l'obligation de les avoir mis
en état d'entendre l'Hiftoire Romaine
les François n'en doivent pas moins avoir
au Traducteur qui les met en état de partager
DE SEPTEMBRE 1723 . 123
tager le même avantage . Ce Traducteur
n'a pas jugé à propos de le faire connoître
par fon nom ; mais la Preface
Hiftorique & Critique , qu'il a mife
à la tête de fon Ouvrage , décele une
profonde érudition , & nous répond de
fon merite. Voici comme il y parle de
lui-même , & de la maniere dont il s'eft
conduit dans fon travail. Un interpre- «
te , dit-il , écrit principalement pour «
les perfonnes qui ignorent les langues e
fçavantes ; il doit les mettre en état «e
d'entendre fon Auteur , d'en juger , & «
de prononcer également ce fur qu'il a se
de bon , comme fur ce qu'il a de mau- «
vais. Sur ce pié , deux devoirs parta- u
gent fon miniftere , il interprete & il «
explique. Pour remplir le premier de se
ces devoirs , j'ai principalement con- «
fulté le Texte Grec , perfuadé que la ce
conformité d'une Traduction Franço ſe u
avec le Grec doit être celle d'une copie .
à l'original , & non pas celle d'une oe
copie avec une autre copie. Mon pre «
mier principe , dit il ailleurs , a été ce
de me rendre exact & fidele. Dans les
endroits purement Hiftoriques , Chro «
nologiques & Critiques , cù il n'y a «
pas un mot qui ne foit effentiel , je me «
fuis affujetti, autant que j'ai pû , à expri- «
mer tous les termes de l'Hiftorien : fou- ee
E ij
vent
524
LE MERCURE
་
vent même j'ai confervé dans ma Tra
» duction les ambiguitez , & les doubles
fens du Texte Grec , lorfque je l'ai crû
» neceffaire.
و د
و د
» Un Traducteur , ajoûte-t'il , n'eft
» pas feulement obligé à rendre les pen-
» fées de fon original ; il faut qu'il les
explique , qu'il perce dans l'obfcurité
» des temps les plus reculez , & qu'il
» s'enfonce dans l'ancienne Hiftoire pour
faire des remarques inftructives . Faute
de ce flambleau les Lecteurs marcheroient
dans les tenebres . J'ai donc
ajoûté à la Traduction les notes qui
,, m'ont paru neceffaires pour rendre
,, mon Hiftorien plus intelligible. Il y
,, en a de quatre fortes , d'Hiftoriques ,
de Geographiques , de Chronologi-
,, ques & de Critiques. Pour ne pas multiplier
ces notes à l'infini , je me fuis
fait une regle que je croi conforme au
bon fens . Lorique je lûs Denys d'Halicarnaffe
pour la premiere fois , je
,, marquai les endroits qui m'arrêtoient,
& fur lesquels j'avois befoin d'éclairciffement.
C'eft fur ces endroits particulierement
que j'ai fait des notes .
Jai cru pouvoir fuppofer que la plû-
,, part de ceux qui liront cette Traduc-
,, tion , ne font pas plus au fait de l'Hiftoire
Romaine , & particulierement
و د
و د
و د
"
"
"
des
DE SEPTEMBRE 1723. 325
des trois premiers ficcles , que j'y étois "
moi-même lorfque j'en fis la premiere
lecture. "
Cette regle eft très -fage ; fi elle avoit
toûjours été fuivie , la Republique litteraire
ne feroit point accablée comme
elle eft d'une multitude de Commentaires
, qui abforbent les Textes fans les
éclaircir . Le malheur eft qué le peuple
Commentateur penſe ordinairement trop
bien de fes lumieres , & trop mal de
celles d'autrui.
N'oublions point de dire ici que le
Traducteur a enrichi fon Ouvrage d'une
table Chronologique , où l'on voit l'Hif
toire arrangée par les années avant J. C.
par les Olympiades , par la fondation
d'Albe , par celle de Rome , felon les
differens fyftêmes de Caton & de Varron.
Il a eu foin auffi d'y joindre des
Cartes Geographiques de l'ancienne Italie
, & plufieurs plans de Rome , qui
peuvent beaucoup fervir à l'intelligence
de l'Hiftoire Romaine.
Il finit la Preface en confeffant publiquement
qu'il peut s'être trompé en bien
des endroits . Et comment être exempt de
chûtes dans une courfe de fi longue haleine
. Pour moi , dit - il , je fouhaite qu'on
me faffe voir les fautes dans lefquelles "
je ferai tombé ; je les reconnoîtrai de "
bonne
E iij
326 LE MERCURE
·
و د
bonne-foi . J'efpere au moins qu'on ne
,, me convaincra point d'avoir traduit
fur les Verfions Latines , fans confulter
le Texte Grec..
و ر
"
L'Ouvrage eft divifé en deux volumes
in 4° & dedié à Monſieur Barentin,
Chevalier , Vicomte de la Motte , & c.
Ceux qui ont foufcrit font avertis qu'ils
peuvent aller retirer leurs exemplaires .
ALEXANDRE ET DARIUS , Trage-
'die. A Paris , chez la veuve Guilleaume,
Qay des Auguftins , & chez la veuve
Maugé , rue S. Jacques 1723. in 12. de
60. pages fans une longue Preface.
,
Comme cette Tragedie n'a pas été repreſentée
nous ne fçaurions rendre
compte du jugement que le Public en a
porté. La loy que nous nous fommes impofée
de ne pas hazarder nos déciſions ,
ne nous permet pas d'en dire davantage.
Ainfi nos Lecteurs voudront bien fe contenter
que nous leur annoncions l'ouvrage
, & que nous les renvoyons à l'impreffion
; l'Au eur même ne doit pas le
trouver mauvais. Les fuccès du Theatre
dtil dans fa Preface , ne font pas un
bon garant de ceux de l'impreffion , fe
telle piece languit fur la Scene qui lûe dans
le cabinet aufe le lecteur. Le terme d'amufer
eft très modefte nous eſperons >
qu'on
DE SEPTEMBRE 1723. 527
qu'on trouvera quelque cho e de plus à
la lecture de cette Tragedie.
LES VIES DES SAINTS , pour tous
les jours de l'année , avec des Réflexions
Morales à la fin de chaque vie. Par le
Pere Jean Croifet de la Compagnie de Jes
fus. A Lyon , chez la veuve Boudet', ruë
Merciere 1723. 2. vol. in fol . de près de
1600. pages.
TRAITE SUR LA PESTE . Par M.
Peftaloffi , Docteur en Medecine . A
Lyon , chez les freres Bruiffet , in 12. 2 .
vol. 1723.
RECUEIL d'Ouvrages , compofez par
feu M. Papin , en faveur de la Religion
nouvelle Edition , & c. A Paris , chez
la veuve Roulland 1723 .
6
LE PARFAIT GEOGRAPHE . Par M.
le Cocq. A Paris , chez D. Mouchet ,
au Palais , 2. vol . in 12.
TRAITE DE L'INDULT . Par M.
l'Abbé Richard . A Paris , chez la veuve
le Fevre , au Palais , in 8 .
IGNE'S DE CASTRO , Tragedie . Par
M. Houdart de la Motte , de l'Acadé-
E iiij
mie
528 LE MERCURE
mie Françoife. A Paris , chez G. Dupuis,
ruë S. Jacques , F. Flahault , Quay
des Auguftins 1723. in 8º de 68. pages,
fans la Preface , & un avis au Lecteur.
AGNE'S DE CHAILLOT. Comedie,
Par M. Dominique , Comedien , reprefentée
par les Comediens Italiens de S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans. A
Paris , chez F. Flahault , Quay des- Anguftins
1723. in 8 ° de 45. pages.
HISTOIRE abregée de l'Ancien Teftament
, avec des Réflexions , vol. in 12.
A Paris , che d'Houry , fils , ruë de la
Harpe 1723.
LES ELEGIES D'OVIDE pendant
fon éxil , traduites en François , avec
des Remarques Critiques & Hiftoriques ,
le Latin à côté. A Paris , chez le même
1723. vol. in 12 .
HISTOIRE Ecclefiaftique & Politique
de Lorraine , qui comprend ce qui
s'eft paffé de plus memorable dans l'Archevêché
de Tréves , dans les Evêchez
de Metz , Toul & Verdun , depuis l'entrée
de Jules- Cefar dans les Gaules , juf
qu'à la mort de Charles V. Duc de Lorraine,
arrivée en 1690. Le tout enrichi de
Cartes
DE SEPTEMBRE 1723. 529
Cartes Geographiques , Plans de Villes &
d'Eglifes, Monnoyes , Portraits , & c. avec
les pieces juftificatives à la fin. Par Don
Calmet , Benedictin , Abbé de S. Leopold
de Nanci , 2. vol . in fol. d'environ
1000. pages chacun.
Cet Ouvrage qu'on propofe par foufcription
, & qui va être mis fous preffe
à Nanci , chez J. B. Cuffon , coutera
34. livres aux Soufcripteurs , moitié en
foufcrivant , & l'autre moitié en recevant
le livre en blanc , qu'on promet au
mois d'Octobre 1725. On recevra les
foufcriptions à Nanci , chez ledit Cuffon,
Libraire , & à Paris , chez le Mercier ,
rue S. Jacques. Le prix de ce livre fera
de so. liv . pour ceux qui n'auront pas
fouferit.
L'Auteur dit lui- même dans l'avertiffement
qu'on vient de publier fur fon
Hiftoire de Lorraine , qu'il n'en a encore
paru aucune qui ait pû meriter l'entiere
approbation du Public ; qu'on fe flate
que celle- ci aura un meilleur fort , puis
qu'on
'on s'eft appliqué à éviter les défauts
des anciens Hiftoriens qui ont donné
dans le douteux , & le merveilleux , dans
des Genealogies fans fin , & fouvent fans
fondement ; en forte qu'au lieu d'une
Hiftoire , quelques- uns n'ont écrit que
des Romans , &c.
E v I
530 LE MERCURE
Il n'étoit encore rien forti de la Ville
d'Auxerre qui en fit connoître les Antiquitez
, quoique cependant la matiere
foit aflez ample. On vient d'y imprimer
un livre touchant les Guerres Civiles qui
défolerent cette Ville & le voisinage ,
fous Charles IX . En voici le titre : Hif
toire de la prise d'Auxerre par les Hu→
guenots , & de la délivrance de la même
Ville , les années 1567. & 1568. avec
un recit de ce qui a precedé , & qui a
fuivi en deux fameux évenemens , & des
ravages commis à la Charité , Gien , Cofne
, Dontzi, Entrains , Crevan , Tranci ,
Colanges- les- Vineufes , & autres lieux du
Dioceje d'Auxerre. Le tout precedé d'une
ample Preface fur les Antiquitez d'Au.
xerre , & enrichi de Notes Hiftoriques fur
les Villes , Bourgs , Villages , & fur les
perfonnes principales qui font nommées
dans cette Hiftoire.
Quoique ces faits détachez n'ayent demandé
une Hiftoire particuliere que pour .
le pays où l'on fait chaque année une
memoire folemnelle de la délivrance de
la Ville ; cependant elle eft enrichie de
tant de Notes curieufes , & d'une Preface
fi bien remplie , qu'il eft à préfumer
qu'elle fera lûe par les Etrangers avec
autant de plaifir que par les perfonnes
du pays. L'Auteur paroît n'avoir rien
oublié
DE SEPTEMBRE 1723. 531
oublié dans la Preface , ni dans les Notes
de tout ce qui pouvoit prouver qu'il y a
long- temps que le vin de l'Auxerrois eft
en reputation. La commodité de la riviere
d'Ionne , quoiqu'elle ne foit navigable
pendant plufieurs mois juſqu'au
deffous de Joigni , que par le moyen des
Pertuis ou Eclufes , a beaucoup fervi à
faire écouler les vins de l'Auxerrois juf
qu'à Rouen , & au- delà , & il ne faut pas
être furpris que cette commodité , jointe
à la bonté du vin en faffe confommer
jufques dans le fond du Nord. L'Auteur
à évité de parler du Vellaunodunum des
Commentaires de Cefar , dont la fitua
tion embaraffe les fçavans depuis longtemps
, & que plufieurs difent avec affeż
de fondement être la Ville d'Auxerre.
Il fe flate que dans la fuite on pourra
apprendre que ce Vellaunodunum étoit
une Ville peu éloignée de la riviere
d'lonne , qui a été entierement détruite,
& qu'Auxerre a été bâti depuis par les
Romains dans le voisinage de cette an
cienne cité , que felon la fignification du
mot dunum a dû être fur une espece d'éminence.
Il ne tiendra pas à lui que cette
découverte ne fe faffe de fon vivant. On
voit par fon Hiftoire qu'il aime fa patrie,
& qu'il n'épargne rien pour lui faire
konneur: elle est heureufe de produire
E vj des
532 LE MERCURE
des perfonnes qui la tirent de l'oubli
Cailleau , Place de Sorbonne , imprime
à deux preffes le Traité de la Pefanteur
univerfelle des Corps, du P. Caftel.
Ce Pere ne prétend nous donner ici
que le pur fyftême de la Pefanteur uni
verfelle , tel qu'il refulte de la fimple
obfervation des faits , & de leur comparaifon
. Il eft affez furprenant de voir
deux volumes d'une Phyfique preſque
auffi differente de celle de Descartes ,
que celle ci l'étoit de l'ancienne. La matiere
fubtile & les tourbillons en font
exclus auffi bien que les qualitez occultes.
Ce n'eft pas que l'Auteur rejette les
hypotheſes ; mais il femble s'être borné
à ramener à des points de vûë generaux
les Phénomenes les plus ordinaires de la
nature , & à tâcher d'en faire un corps
de fyftême bien lié. Ce qui paroît de plus
nouveau dans cet ouvrage , c'eft 1° que
P'Auteur s'attache par tout à y rappor
ter tous les fyftêmes à un feul , & qu'il
montre , par exemple , que la dureté , le
reffort , la lumiere , &c... doivent s'expliquer
par les mêmes principes , & qu'ils
font produits par un même Mecanifme
de la Pefanteur. 2. Il établit que la Luno
, la Terre , le Soleil , &c ... font des
Machines organisées , où il ſe fait comme
DE SEPTEMBRE 1723. 534
me dans les animaux une circulation reguliere
, qu'il attribue encore au fimple
fyftême de la Pefanteur , & de fa reac
tion .
11 eft à fouhaiter que l'Auteur établiffe
ce point bien folidement. Le P.
Caftel paroît y confacrer la plus grande
partie de fon Livre , & effectivement la
choſe le merite. 3 ° Mais ce qu'il y a de
plus nouveau , & furquoi le public attend
de grands éclairciffemens , c'eft le fyftême
de l'action des hommes fur le ſyſtême
de la Nature , ou ce qui revient au
même , la réunion du fyftême de la liberté
avec celui du pur Mechanifme. Ce que le
P. Caftel en a déja laiffé voir dans les
Memoires de Trevoux du mois de Decembre
dernier avoit reveillé l'attention ,
non-feulement des Phyficiens , mais de
toute forte d'efprits. Il y avoit cependant
encore bien des fcrupules à lever , bien
des doutes à éclaircir. Ce n'étoit- là qu'une
legere ébauche ; le P. Caftel y a mis
la derniere main ; il a placé cette grande
queftion dans tout fon jour ; il la traite
à la maniere des Geometres par princi
pes , & par des propofitions fuivies . Près
de la moitié du premier Tome roule.uniquement
là- deffus . Le refte de l'Ouvra
ge eft plein de queftions également : curieufes
, & intereffantes. Celle où il traite,
par
334
LE MERCURE
par exemple , de l'Equilibre , & du cena
tre de l'Univers a quelque chofe de bien
nouveau . On voit bien que le P. Caftel
ne s'eft pas contenté d'innover dans les
manieres , & dans les explications , mais
encore dans les matieres & dans les fujets.
Ce qu'on peut dire en general de fa
methode , c'eft qu'il n'eft nullement dans
le goût de bien des gens qui n'eftiment
que les experiences artificielles . Il paroît
être perfuadé que l'art , au lieu d'imiter
la nature , la contrefait bien fouvent , &
il fait ouvertement profeffion de ne raifonner
que fur les obfervations les plus
communes , & fur des faits précis , dont
tous les hommes de tous les temps , & de
tous les pays conviennent.
Cette exacte fimplicité femble nous
annoncer une Phyfique plus heureuſe , &
plus appropriée à la nature , & même à
la verité , que celle qui ne s'eft preſque
fondée jufqu'ici que tur des fuppofitions
brillantes , ou purement vrai femblables.
Enfin ce que l'Auteur recommande le
plus dans fon ouvrage , c'eft de n'en juger
que par le tout ensemble ; parce que n'y
ayant , felon lui , qu'un fyftême unique
dans la nature , il faut aufli que dans un
corps fyftematique , qui doit être le portrait
de la nature , toutes les parties
foient , non-feulement liées de fuite comme
DE SEPTEMBRE 1723. 535
me dans une chaîne , mais même entrelacées
, & mêlées avec art , comme dans
un corps organifé .
DISCOURS prononcez dans l'Académie
Françoife , le 25. Aouft , Fête de
S. Louis 1723. à la reception de M. Nericaut-
Deftouches . A Paris , chez J. B.
Coignard , in 4 de 20. pages.
Le jour de la Fête de S. Louis M.
Nericaut- Deftouches fut reçû à l'Acadé
mie Françoife , à la place de feu M. Campiftron
, & y prononça un Difcours où
brillent des traits éloquens , qui fembleng
avoir pour objet la reconnoiffance & l'émulation.
Ces fortes de Difcours font devenus
depuis long- temps très -difficiles à compofer
, parce qu'on doit y traiter les mê
mes fujets que les plus grands hommes
ont traitez depuis l'établiffement de l'Académie
; & cependant par une heureuſe
fecondité très - honorable à notre nation
chacun de ces Difcours eft devenu ún
modele à qui un autre modele a toûjours
fuccedé , & fuccedera toûjours .
L'honneur d'occuper une place dans "
cette illuftre Académie , dit M. Deftouches
, a toûjours été le plus vif ob- "
jet de mon ambition. Je vous dirai "
plus , MM. je n'ai jamais deſefperé de
la
336 LE MERCURE
"
la voir fatisfaite. Quelle temerité ! n'ex
ferez -vous point offenfez ? Que j'aurois.
lieu de le craindre , fi vos fuffrages
5, ne me raffuroient pas , je les ai demandez
avec ardeur . Vous vous êtes rendus
à mon empreffement ; ainfi vous
me juſtifiez vous même auprès de vous ;
c'eft à moi à vous juftifier auprès du
Public.
"
ود
و ر
Qe ne ferai - je point pour y réüffir,
,, & de quelles efperances ne puis-je
», point me flater , affuré déformais de
vôtre fecours , guidé par vôtre exemple
, & par vos lumieres , & plus que
,, jamais animé par l'émulation ?
n
"
"
Après avoir fait voir les avantages
que les nouveaux Académiciens retirent
d'entrer dans une Compagnie , où par la
communication des lumieres de leurs confreres
, ils peuvent perfectionner leurs
talens .
,, Vous voyez , MM . dit- il , que je
,, fens tout le prix de la grace que vous
, mé faites. Il s'agit de vous en témoigner
ma reconnoiffance , foyez furs
,, qu'elle éclatera toute ma vie . Et de
quelle maniere ! en afpirant toute ma
, vie à me rendre digne de cette grace.
Je ne vous promers pas des fuccès
heureux ; mais je vous promets des
efforts continuels. J'apporte ici une
,,
و ر
ور
33
par,
DE SEPTEMBRE 1723. 537
parfaite veneration pour vous , un defir
ardent de profiter de vos lumieres. «
La noble ambition de contribuer à vô- "E
tre gloire . C'est tout ce que je puis "
vous offrir pour vous dédommager de "
la perte de mon predeceffeur..... Il «e
s'étoit acquis des honneurs immortels "
en ofant courir la vafte & perilleufe
'carriere , où les Corneilles & les Raci- "
nes s'étoient furchargez de lauriers , & "
dans quel temps encore entreprit-il de
marcher fur les traces de ces hommes "e
fi renommez ? Lorfque nous étions tous ce
remplis de leurs chefs - d'oeuvres , lorf- "
que nous ne nous laffions point de voir, "
d'applaudir , d'admirer...... lorfque juſ. “
tement prevenus en faveur des Grands- e
Maîtres qui les avoient produits , nous "
defefperions qu'il s'élevât jamais fur la "
Scene Françoife, aucun genie digne d'a. "
voir part au tribut de loüanges qu'ils "
nous arrachoient ſans ceſſe. "
pre-
се
Cependant MM . mon illuftre
deceffeur prétendit partager avec eux "
les applaudiffemens , & il fçut obtenir "
ce partage glorieux en dépit de la cri
tique & de l'envie , après Cinna , Pom- "
pée , & Rodogune . Après Androma- “
que , Iphigenie , & Phedre , on vit “
avec plaifir Tyridate , Andronie , Al- “
cibiade , & ces derniers Heros joüiront
de
1
338
LE
MERCURE
,, de l'immortalité , à la fuite de ceux à
, qui Corneille & Racine l'avoient af
feurée.
,,
1
ود
3
Mais jufqu'où m'emporte ma fince
5, rité , je vous fais encore mieux fentir
i, la perte que vous faite , & les foibles
reffources que je vous apporte pour la
,, reparer ; raffurez vous fur mon fujer
, MM. vos fecours me fortitieront , &
,, l'émulation achevera ce que vos ſecours
auront preparé ; je vois parmi
, vous tout ce qui peut l'exciter , & je
fens déja qu'elle me tranſporte fi vivement
, qu'elle fçaura m'élever au-
,, deffus de moi- même ; c'eft l'effet qu'elle
produit toûjours fur les efprits , &
, fur les courages qu'elle anime.
و د
و د
ود
Qu'un homme defcendu d'illuftres
,, ayeux , brûlé du defir de leur reffem-
,, bler , il n'enviſage point leurs actions
,, heroïques comme un objet qui doive
le décourager , ou qui puiffe exciter
fa jaloufie au contraire elle l'éleve ,
elle l'anime , elle l'enflâme , & après
lui avoir fervi de modele & de guide,
elle le porte jufqu'au point d'en faire
de pareilles , quelquefois même de plus
admirables . Si Philippe n'eut érenpas
du fi loin fes conquêtes , Alexandre
n'eut jamais entrepris la conquête de
و ر
و د
"
"
ور
د و
ود
l'Univers.
N'en
DE SEPTEMBRE 1723 :
N'en eft il pas des hommes de Lettres
comme des Heros , l'amour de la “
gloire ne les tranfporte t'il pas ? les uns
veulent conquerir des Provinces & des "
Royaumes , les autres veulent s'empa- "
rer de tous les fuffrages , l'émulation
les anime également , elle éleve d'autant
plus leur coeur & leur efprit , que
leurs predeceffeurs fe font élevez audeffus
des autres hommes. "
M. Deftouches paffe enfuite par des
tranfitions heureufes à l'éloge du Cardinal
de Richelieu Fondateur de l'Académie
, du Chancelier Seguier fon
protecteur , & il rend enfuite à Louis
fe Grand le jufte hommage que la pōfterité
lui rendra toûjours de plus en
plus.
Tous les grands Princes que le Ciel "
fera naître pour nous gouverner , dit- «
il , tous les grands Miniftres qui feront "
les difpenfateurs de leurs graces , fe "
croiront engagez à vous proteger , & à "
vous cherir après l'exemple de Louis , "
fiez- vous en à l'émulation. Noble ému. "
ic
lation dont il n'y a que
a que les grands "
coeurs qui foient fufceptibles ; c'eft à "
vous que nous fommes redevables de ce
merveilleux affemblage de talens fuperieurs
, de qualitez éminentes , de connoiffances
profondes & univerfelles , de "
<6
CE
Royales
340 LE MERCURE
"3
,,
99
و د
Royales vertus que nous admirons de
plus en plus , dans le prince qui vient
de donner à l'Univers un Spectacle
étonnant , que l'Hiftoire de nôtre Monarchie
ne fournit point , celui d'une
,, regence heureufe & paifible , qui par
les refforts fecrets , & imperceptibles
,, d'une politique auffi nouvelle qu'ad-
,, mirable , a réuni tous les Princes ,
,, tous les Etats , toutes les Nations en
,, faveur de la France , qui a étouffé les
femences de haine , de jaloufie & de
,, divifion , qui conciliant les interefts les
plus oppofez , femble avoir fait des
, principales Puiffances de l'Europe , une
feule Puiffance , un feul Etat , un feul
,, intereſt ; enfin qui a établi nôtre repos
interieur , & nôtre union avec nos
, voifins , fur des fondemens qui paroiffent
fi durables , que nous pouvons
», nous promettre des jours auffi tranquilles
que ceux dont les Poëtes ont
tiffu leur fiecle d'or.
*
,,
و د
,,
و ر
M. de Fontenelle , Directeur de l'Académie
répondit à M. Deftouches , avec
cette éloquence vive & naturelle , qu'on
admire dans tous les Ouvrages de cet
illuftre Académicien. ,, Non , les campaoù
fe moiffonnent les Lauriers ,
, dit - il , n'ont pas encore été dépouillées ;
» non' tous ne nous a pas été enlevé par
,, gnes
nos
DE SEPTEMBRE 1723. 54T
nos admirables ancêtres , & à l'égard "
du Theatre en particulier , pourrionsnous
le croire épuifé dans le temps "
même où un ouvrage forti de cette "
Académie , brillant d'une nouvelle "
forte de beauté , paffe les bornes ordi
naires des grands fuccès , & de l'ambi- • *
tion des Poëtes ? ""
1
Pour vous , Monfieur , vous vous
êtes renfermé
dans le Comique
, auffi
difficile à manier , & peut être plus
que le Tragique
ne l'eft avec toute fon
élevation
, toute fa force fa force , tout fon "
fublime. L'ame ne feroit-elle point plus
fu ceptible des agitations
yiolentes
que "
des mouvemens
doux ? Ne feroit-il
point plus aifé de la tranfporter
loin <<
de fon affiette naturelle
, que de l'amufer
avec plaifir , en l'y laiffant , de l'en- "
chanter par des objets nouveaux
, & "
revêtus de merveilleux
, que de lui ren- "
dre nouveaux
des objets familiers
? <<
Quoiqu'il
en foit de cette efpece de "
differend
entre le Tragique
& leComi-
"
que , du moins la plus difficile efpece "
de Comique
eft celle où vôtre genie "
vous a conduit , celle qui n'eft Comi- "
que que pourla raison , qui ne cherche
«
point à exciter baffement
un rire im. "
modeté dans une multitude
groffiere , "
mais qui éleve cette multitude
prefque "
1
}
malgré
342
LE
MERCURE
99
*
95
malgré elle - même à rire finement &;
avec efprit.
,, Qui eft celui qui n'a pas fenti dans
le Curieux Impertinent , dans l'Irréfolu,
dans le Médifant , le beau choix des
Caracteres , ou plutôt le talent de trou-
,, ver encore des caracteres , la juſtelle
du Dialogue , qui fait qu'on fe parle ,
& qu'on le répond , & que chaque
chole fe dit à la place , beauté plus
», rare qu'on ne penfe , la nobleffe &
l'élegance de la verfification cachées
fous toutes les apparences neceffaires
du ftile familier.
و ر
扒
و د
», que
"
ھ د
Delà vient que vos pieces fe lifent ,
,, & cette louange fi fimple n'eft pourɔ,
tant pas commune . Il s'en faut bien
tout ce qu'on a applaudi au
», Theatre , on le puiffe lire. Combien
de pieces fardées par la reprefentation
ont ébloui les yeux du Spectateur , &
dépouillées de cette parure étrangere ,
n'ont pû foutenir ceux du Lecteur ?
Les ouvrages Dramatiques ont deux
Tribunaux à effuyer , très- differens
quoique compofez des mêmes Juges ,
tous deux également redoutables , l'un
», parce qu'il eft trop tumultueux , l'au-
,, tre parce qu'il eft trop tranquille , & un
,, ouvrage n'eft pleinement affeuré de ſa
gloire, que quand le Tribunal tranquille
"
39
ر د
"
DE
SEPTEMBRE 1723. 543
confirmé le jugement favorable du
multueux. "
La reputation que vous deviez aux e
Mufes , Monfieur , vous a enlevé à
elles pour quelque temps. Le Public “
vous a vû avec regret paller à d'autres
Occupations plus élevées , à des affaires "
се
d'Etat , dont il auroit volontiers char- "
gé quelque autre moins neceffaire à ſes
pla firs. Toute vôtre conduite en An- "
gleterre , où les interefts de la France <<
Vous étoient confiez , a bien vangé «
l'honneur du genie Poëtique , qu'une
opinion affez commune condamne à ſes
renfermer dans la Poëfie ; & pourquoi «
veut on que ce genie foit fi frivole
Ses objets font fans doute moins im- e
portans que des traitez entre des Cou- e
Tonnes ; mais une piece de Theatre qui
ne fera que l'amufement du Public , "
demande peut-être des réflexions plus
profondes , plus de connoiffance des "
hommes & de leurs paffions , plus.
d'art de combiner , & de concilier des "
chofes oppofées , qu'un traité qui fera
la deftinée des Nations. "
65
<<
Quelques gens de Lettres font inca- ce
pables de ce qu'on appelle les affaires "
ferieufes , j'en conviens ; mais il y en a
qui les fuient fans en être incapables ,
encore plus qui fans les fuïr , & fans en
Се
68
être
3.44
LE MERCURE
être incapable , ne fe font tournez du
,, côté des lettres , que faute d'une au-
,, tre matiere à exercer leurs talens . Les
lettres font l'azile d'une infinité de ta-
و د
"
"
و ر
lens oififs & abandonnez par la for-
,, tune ; ils ne font gueres alors que pa-
., rer , qu'embellir la focieté ; mais on
» peut les obliger à la fervir plus utilement
ces ornemens deviendront des
appuis.
›
TEATRO ITALIANO , Ofia Sielta di
Tragedie per ufo della Scena, tomo 1. in
cui fi contengono la Sofonisba del Triffino
, l'Orefte del Rucellai , non piu Stampato
, l'Edipo di Sofocle , tradotto dal
Giuftiniano , la Merope del Torelli . Premefla
un Iftoria del Teatro , è difefa di
ello In Verona 1723. Preſſo Jacobo Valtarfi.
OEUVRES DE RACINE , nouvelle
édition , augmentée de diverfes Pieces ,
& de Remarques. A Amfterdam , chez
J. F. Bernard 17.2 . en 2. vol . d'environ
500. pages chacun.
, LETTRES PERSANES à Amfter
dam 1721. chez Pierre Brunel , 2. voi .
in 12. le premier de 311. pages , le 2ª
de
347.
L'Au
DE SEPTEMBRE 1723. 545
L'Auteur feint que des Perfans fonc
arrivez à Paris , qu'il s'eft trouvé logé
dans la même Auberge , & que comme
ils ne lui cachoient rien , il a copié la
plûpart de leurs Lettres.
Ces Lettres font , les unes de caractere
, les autres de fentiment , les autres de
politique , & quelques- unes d'érudition .
Il y regne une très agreable varieté . Le
ftile en eft vif , naturel ; toûjours dans le
caractere de ceux qui écrivent. C'eſt un
tour admirable pour dire quantité de
chofes d'une maniere détournée , & fous
un perfonnage étranger. Comme ce Livre
eft fort couru , on entend quantité de
difputes dans les .caffez & ailleurs ; les
uns veulent que ces Lettres foient toutes
miſterieuſes , les autres prétendent qu'elles
ne contiennent aucune allegorie , les
derniers ne font pas les plus forts . Les
difputes roulent encore fur l'Auteur, qui
ayant pris de juftes mesures fe pour cacher
, ne s'eft laiffé penetrer à perfonne.
Sur des probabilitez , des conjectures &
des foupçons , chacun hazarde fon fentiment
, & dit les meilleures raifons qu'il
peut trouver pour démafquer cet habile
& gracieux écrivain .
L'Auteur des Memoires Hiftoriques
& Critiques qui s'impriment à Amfterdam
, eft bien hardi de dire , dans le
mois F
$ 46
LE MERCURE
mois deJanvier 1722. p . 22. qu'on attribue
communément les Lettres Perfanés à ce
lui qui nous a donné le Systême du Coeur,
& les agrémens du Langage.
LES OEUVRES Philofophiques de
M. le Clerc , en 4. vol. in 12. paroiffent
depuis peu à Amfterdam fous ce titre ,
Joannis Clerici opera Philos , &c.
LUTETIA Parifiorum erudita fui
Temporis hoc eft annorum hujus fec.
XXI. & xx11. Autore G. W. S. 1. vol.
8° Norimbergæ 1722 .
ECOLE DE L'ARCHITECTURE CIVILE
contenant les ornemens des Portes
& des Fenêtres , avec les dimenſions
les Plans , Coupe , &c. d'après les plus
grands , & les plus beaux Edifices de la
Ville de Florence. Par Ferd nand Ruggieri
, Architectes Ouvrage écrit en Italien
, & orné de 80. planches , &c . 1 .
vol . in fol. A Florence , chez Tartini &
Franchi 1722 .
JOHANNIS PHILIPPI BREYNIZ
&c. Epiftola de Melonibus Petrefactis
Montis Carmeli , vulgò creditis , 1. vol .
4. Lipf. 1722.
JOHANDE
SEPTEMBRE 1723. 547
6
JOHANNIS CHRISTIANI CLODII
HAYNENSIS , Confilium de Nova Bibliotheca
Orientali edenda . Ce Projet fe
trouve dans le Journal de Lipfic du mois
de May 1722.
CLEMENTIS XI. PONT. MAX. BULLARIUM.
Le Bulaire du Pape Clement
XI . A Rome 1723. en grand in folio.
DISSERTATIONS HISTORIQUES fur
les Duchez de Parme & de Plaifance , où
l'on examine les droits du S. Siege , &
les prétentions de l'Empire fur ces deux
Villes. A Cologne 1723. in 4º .
BIBLIOTHECA HISTORICA REGNI
SICILIE , & c. Bibliotheque Hiftorique
du Royaume de Sicile , ou Collection des
Hiftoriens qui ont écrit de la Sicile , depuis
l'invafion des Sarafins jufqu'au regne
des Princes Aragonois . Par Jean-
·Baptifte Carufi , avec de courtes Notes.
A Palerme 1723. 2. tom . in folio.
LE COMMERCE RENDU FACILE.
Par J. Monier de Clairecombe . A Londres
1722. in 4º .
Il paroit depuis quelque temps un trèsbel
Ouvrage en Eftampes , qui merite
Fij bien
348
LE MERCURE
bien d'être annoncé. Ce font les Tapifle
ries de S. A. R. Monfieur le Duc d'Or
leans , reprefentanr l'Hiftoire de Meleagre
, décrite au 8 Livre des Metamorphofes
d'Ovide , executées fur les Tableaux
du fameux Charles le Brun , &
gravées par les foins , & fous la conduite
de M B. Picart , à Amfterdam .
Les ſujets contenus en 8. feüilles
font.
1. Le Titre.
2. La naiffance de Meleagre.
3. L'arrivée de Thefée pour aller à la
Chaffe du Sanglier qui ravageoit le Pays .
4. La Chaffe où Atalante bleffe le
Sanglier.
5. Meleagre qui prefente la Hure à
'Atalante .
6. Le même Meleagre qui tuë fes oncles
, & c.
7. Althée , mere de Meleagre , foeur
des Princes que fon fils avoit tuez , laquelle
met au feu le tifon fatal , dont la
durée faifoit celle de fa vie .
8. Meleagre qui fe ſent mourir à mefure
le tifon fe confume.
que
On peut affurer que rien ne manque à
cet Ouvrage , foit pour la correction du
deſſein , foit pour la délicateffe du burin .
Tout y eft executé d'une maniere qui
marque la parfaite intelligence du Gra
yeur
DE
SEPTEMBRE 1723.
549
veur , & combien il eft verfé dans la connoiffance
de l'H ftoire Poëtique.
Ces. Eftampes fe trouvent à Paris ,
chez Gafpard Duchange , rue Saint Jacques.
Jamais le goût pour les Tableaux n'a
été fi univerfel , & on ne les a jamais
tant recherchez . Le Marquis de Berretti-
Landi , Plenipotentiaire du Roy d'Ef
pagne au Congrès de Cambray , en a
envoyé plufieurs à Madrid de l'École de
Flandres , dont S. M. C. a paru fatisfaite.
Elle doit les faire placer dans le
Salon de S. Idelphonſe , du Château de
Balfain.
M. l'ancien Evêque de Frejus , cy
devant
Precepteur du Roy , a fuccedé
dans
l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à la place d'Académicien
honoraire qu'avoit le Cardinal du
Bois.
René Charpentier , âgé de 43. ans ,
Sculpteur Académique , & ordinaire du
Roy, mourut à Paris ce 15. May dernier
fur la Paroiffe de S. Roch , où il a été
inhumé . Entre ſes ouvrages publics à Paris
, ceux qu'il a faits dans l'Eglife de
S. Roch , fous la Chapelle de la Vierge.
F iij
Le
350 LE MERCURE
Le Tombeau de M. le Comte de Ran
gony , Prince Italien , l'Autel du Choeur
au-deffous de la Châffe de S. Roch .
que
M. le Duc d'Antin , premier Marguillier-
d'Honneur , & M. de Cofte qui
l'avoient chargé de tout le nouveau bâtiment
de cette Paroiffe , ont ordonné
F'on fuivroit fes deffeins pour la Sculptu
re du Choeur. Ce dernier qu'il fit quatorze
heures avant que de mourir , eft
une belle rofe que l'on verra au- deffus
du Sanctuaire. M. Charpentier qui avoit
uni enſemble une grande fcience , beaucoup
de probité , & une pieté finguliere,
fçavoit le deffein en perfection , avoit du
goût pour la Peinture , & l'on a trouvé
chez lui après la mort des Tableaux de
fa façon ; pour fes deffeins M. de Cofte
qui l'eftimoit particulierement les a en-
Voyez à l'Académie.
Vertu & nfage du Sel Purgatif
d'Angleterre.
Ce Sel nettoye l'eftomach , le Mefentere
, & les bas inteftins , par une évacuation
des Selles qui fe fait doucement.
Il ouvre les obftructions du Foye ,
de la
Ratte , & des Hypocondres Il excelle
pardeffus toute autre forte de purgations,
en ce que dans fon operation il ne caufe
point
DE SEPTEMBRE 1723. SST
point de tranchées , ni de douleurs dans
les inteftins , & ne refferre point le ven
tre enfuite.
C'eſt un très-bon remede pour fortifier
l'Eſtomach , aider à la digeſtion , & prevenir
plufieurs occafions de maladies. Il
foulage d'abord dans toute forte de Colique
& Gravelles par l'évacuation qui
fe fait non-feulement par les Selles , mais
auffi par les urines , emportant toutes les
humeurs & matieres glaireufes & gravelleufes.
I eft fouverain pour les diar
rhées ou cours de ventre, le flux de fang,
& le flux hypatique.
Il eft auffi très-propre pour les Fievres
chaudes & malignes , & pour les maladies
fubites que l'abondance de la bile
peut caufer , par confequent c'eſt un des
principaux remedes pour la Pefte , pour
les maladies Peftilencielles , & pour les
prevenir, comme l'experience l'a fait voir
dans l'occafion .
Il n'eft pas moins utile dans les maladies
Croniques , ou de longue durée ,
caufées par les obftructions , ou humeurs
limoneufes comme Hydropifies naiffantes
, mal Hypocondriague , & autres. Il
guerit toutes fortes de Fiévres intermit
tentes , foulageant d'abord le malade.
Il eft encore bon pour toute forte d'étourdiffemens
& douleurs de tête , occa-
F iiij fionnez
552
LE MERCURE
fionnez par l'efferveffence du fang , &
par les vapeurs de l'eftomach trop char
gé , par confequent il eft d'un très grand
fecours pour ceux qui ont fait trop d'excès
à boire ou à manger.
Il adoucit les inflammations qui proviennent
de l'ébullition du fang , & les
Erefipeles.
Il guerit auffi la contraction des nerfs
& la Paralyfie que le fang limoneux & .
corrompu peut caufer ; ainfi c'eſt un bon
remede pour ceux qui craignent de tomber
en Apoplexie , ou qui en ont été
attaquez.
Il rend plus difpots ceux qui font replets
& pefans de corps , par l'ufage con
tinuel qu'ils en font , non-feulement il
diffipe une partie de leur repletion , mais
il fortifie tous les mem- en. même temps
bres , en forte qu'on le trouve preſque
renouvellé & comme rajeuni .
>
Il eft d'un très grand fecours pour les
gouteux , diminuant les inflammations
& diffipant les humeurs limoneufes des
nerfs en les fortifiant.
En un mot , c'eſt un remede qui ne
trouve gueres fon pareil , dont on peut
fe fervir en tout temps , & en toute occafion
fans aucun fcrupule , foit femmes
enceintes ou petits enfans , ne troublant
nullement les efprits animaux dans leurs
fonctions ordinaires . On
DE
SEPTEMBRE 1723 .
553
On ne peut gueres le tromper à la
quantité qu'on en prend. Les perfonnes
oppreflées qui veulent fe purger peu
vent en prendre deux gros & demi dans
un bouillon fans Sel , ou dans l'eau , le
Thé , ou de la Ptifanne ; le tout un peu
plus que tiede , il ſe fond aifément ; mais
cette quantité de deux gros & demi n'eft
pas toûjours neceffaire pour toutes fortes
de perfonnes , car il y en a qui fe
gent avec moins de deux gros , fuivant la
conftitution & le temperamment des perfonnes.
On peut prendre un boüillon 2.
ou 3. heures après.
pur-
Ceux qui ont quelque indifpofition
habituelle ou inveterée , & qui veulent
fe rétablir entierement , après avoir pris
premierement la dofe de deux gros &
demi , ou celle qui convient à leur tem
peramment , peuvent continuer à en prendre
tous les matins un gros jufqu'à pare
faite guerifon .
On peut en diminuer la quantité aux
enfans , fuivant leur âge , toutefois fans
crainte d'un peu plus ou d'un peu moins
car il importe peu en quel temps , de
quelle maniere , & en quelle quantité on
en prenne , & quand même on augmenteroit
la dofe de deux gros & demi , on
ne ſe trouveroit pas plus mal , fi ce n'eft
qu'on feroit un peu plus purgé , mais
Fv fans
554
LE MERCURE
fans' accident & fans tranchées.
Comme on pourroit trouver mauvais
dit l'Auteur du remede , que la dole
marquée de ce Sel ne purge pas confiderablement
, on doit faire attention qu'un
bon Auteur nous dit que optima funt illa
medicamenta , que corroborando , mediocriter
laxant. Une Medecine eft toûjours
fans reproche quand elle ne purge que
les humeurs puantes.
Les hydropiques s'en purgent tous les
trois ou quatre jours d'intervale , & doivent
continuer à en prendre tous les jours
un gros , comme on a dit des maladies
inveterées , jufqu'à ce que la maladie ait
ceffé. Les perfonnes replettes en ufent de
même.
Le prix de ce Sel eft de quatre francs
l'once, & fe diftribue feulement chez le
fieur le Crom , rue Greneta chez un
Fourb ffeur , à côté de la Trinité.
Le fieur le Crom a auffi un fecret
très-prompt pour raccommoder les vins
de liqueurs , & autres qui commencent
de tourner à l'aigre , & pour les conferver
dans leur bonté. Ce fecret eft fort
naturel , & peut fe tranfporter où l'on
ve it fans inconvenient. Il n'en coûtera
rien pour en voir l'experience.
Made Garus veuve de M. Garus
,
DE SEPTEMBRE 1723. 555
rus ,
Docteur en Medecine de la Faculté
de Montpellier , continue à diftribuer
avec fuccès l'Elixir , dont elle a donné
le fecret au Roy qui lui en fait une penfion
de 2005. liv .
Cet Elixir fortifie la nature , conferve
la fanté , la maintient & la rétablit . On
s'en fert utilement dans toutes les maladies
contagieufes , particulierement dans
les Fiévies malignes , dans la petite Vela
Rougeole , & Bubon Pefti- role
lentiel .
Ce remede guerit toutes fortes de Coliques
, tous maux d'Eftomach , & par
le moyen de l'ufage que l'on en fait , on
peut fe garentir de l'Apoplexie , de la
Lethargie , de la Paralyfie , de toutes indigeftions
, & de toutes les maladies qui
attaquent le Cerveau .
Made Garus, qui demeure à Paris , ruë
Dauphine , chez M. du Lion , Notaire ,
fournit un memoire exact & détaillé de
la maniere avec laquelle on doit fe fervir
de cet Elixir . Elle avertit en même temps
le public que les bouteilles qu'elle diftri
buera feront fiffelées & cachetées. Le
prix de la bouteille contenant un demifeptier
eft de 15. liv. les autres à proportion.
On nous écrit qu'il arriva un Pheno-
Fovj
mene
356
LE
MERCURE
mene bien extraordinaire le 24. du mois
paffé à Angerville , fur la route de Paris
Orleans immediatement après des
éclairs & un tonnerre épouvantable , une
nuée creva , & fe répandit en nappe d'eau
dans un volume prodigieux . L'abondance
& la rapidité des eaux renverferent les
plus gros murs , déracinerent des arbres ,
& firent rouler dans le valon des quartiers
de rochers plus gros qu'un muid .
Les habitans de ce canton turent faifis
dépouvante , & fubitement inondez par
les eaux qui monterent jufqu'à fix pieds
d'élevation dans les maifons , & dans toute
la campagne . Un Marchand de Vendôme
, & une petite fille de 8. ans furent
tuez par le tonnerre , le premier fur le
grand chemin , & l'autre dans Angerville.
On n'a jamais vû de memoire
d'homme , un orage fi terrible , ni qui
ait caufé tant de defordre , d'horreur &
d'épouvante .
On nous mande de Venife que depuis
qu'on y fabrique des glaces de miroir
par le moyen du fouffle , car on ne les
coule point , on n'y en avoit jamais vû
d'une certaine grandeur. Cependant le
fieur François Toninoto , Marchand Ouvrier
de glaces , a eu le bonheur d'en
faire deux de la hauteur de dix Quartes,
c'eftDE
SEPTEMBRE 1723. 357
c'elt- à- dire de 4. pieds 9, pouces , 9
lignes. Ce qui eft une dimention trèsconfiderable
pour une glace foufflée . Le
cristal en est très- clair , rend exactement
le
l'image de la perfonne , & n'a pas
moindre défaut.
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lisbonne , s'étant affemblée le 22. Juillet
dernier , elle élût à la pluralité des voix ,
pour l'un de fes membres , le Docteur
Philippe Marciel , cy- devant Conclaviſte
du Cardinal d'Acunha. L'élection fut
approuvée par le Roy de Portugal le
même jour.
. Sur la fin de l'autre mois la même Aca
démie tint deux affemblées , que le Roy
honora de fa prefence ; dans la premiere
Jean Couceiro de Abreu & Caftro lût
Ia fuite de fa Geographie du Brefil , &
promit de donner inceffamment un Catalogue
Hiftorique de tous les Archevêques
de San- Salvador , les Alcaïdes Majors
, & des autres principaux Officiers
qui ont fervi dans ce pays , comme auffi
de tous les Seigneurs de ce Royaume
qui y ont poffede des terres . Le Pere Jofeph
Barbofa lût auffi le commencement
de la vie du Comte Dom Henriques ,
dont il a été chargé par l'Académie.
Enfuite on examina plufieurs recherches
358
LE MERCURE
ches qui avoient été envoyées par M.
François Xavier de Serra Krafbeck Corrigidor
de Guimaraens , pour fervir à
Hiftoire de la Province de Minho , M.
Philippe Maciel nouvel Académicien
fut reçu dans la feconde Affemblée , & il
fit un difcours de remerciement qui fut
approuvé par S. M. P.
>
On mande de la même Ville que l'époufe
de Don Alexis de Soufa de Menez
, Comte de S. Jacques, accoucha fur
la fin de Juillet dernier d'un fils , qui
eft le 26 de ceux qu'elle a mis au monde
, & dont il y en a actuellement dixfept
de vivans.
Le Roy d'Efpagne accorda le mois
paffé à Don Hyacinthe Perez , un Privilege
exclufif , pour vendre & faire fabriquer
pendant 20. ans , certaines Meules
de Moulin d'une invention particuliere
dont il eft l'Auteur , & avec lefquelles
on peut moudre en 24. heures.
trois fois plus de bled qu'avec les Meules
ordinaires.
On apprend de Vienne que le Comte
d'Althan , Surintendant des Bâtimens de
l'Empereur , y étoit arrivé pour faire
commencer les fondemens d'un édifice
magnifique que S. M. I. a refolu de faire
faire pour y placer fa Bibliotheque. Et on
manDE
SEPTEMBRE 1723. 559
mande de Rome qu'on commence à voiturer
fur la place de Tréves , les mate.
reaux qui doivent fervir à bâtir l'édifice
que le Duc de Poli , frere du Pape , y
doit faire conftruire pour une Bibliotheque
publique.
L
SPECTACLES.
Es Comediens François dornerent
le premier de ce mois , pour la premiere
fois , le Divorce de l'Amour & de
la Raifon. Cette reprefentation fut des
plus tumultueufes ; la feconde & la troifiéme
furent infiniment plus tranquilles ,
& c'est à la faveur de l'attention qu'on a
prêtée à la piece que nous avons pû nous
mettre en état d'en donner un Extrait.
Perfonnages du Prologue.
L'Amour , le fieur d'Angeville.
La Raifon , la Dle le Grand.
La Folie , Mad des Hayes.
Momus , le fieur Quinault l'aîné.
Sujet du Prologue.
Dans la premiere Scene la Raifon fe
plaint à l'Amour de la froideur qu'il
commence d'avoir pour elle. L'Amour
lui
160 LE MERCURE
lui avoue franchement qu'il ne , l'aime
plus , & que fix mois de poffeffion l'ont
enlaidie à les yeux.
La Folie vient embraffer l'Amour
qui d'abord ne la remet pas . Elle lui
reproche fon oubli & fon inconftance ,
& le nomme. La Raifon fe trouble à ce
nom fatal . L'Amour après avoir balancé
quelque temps entre l'Egide & la Marotte
, fe détermine enfin pour la Marote.
La Raifon outrée de cette indigne
preference fe retire , après avoir menacé
la Folie d'une prochaine vengeance.
L'Amour témoigne à la Folie qu'il eft
très fâché d'avoir époufé la Railon. La
Folie lui répond que ce mariage eft fi ridicule
, qu'il ne doit pas balancer un
moment à le faire caffer.
Dans la quatriéme Scene Momus annonce
à l'Amour & à la Folie , que la
Raifon vient de fe plaindre dans le confeil
des Dieux de l'audace d'une Rivale
qui prétend brifer une chaîne formée
par le Dettin. Il leur dit qu'il vient en
qualité de Greffier du Confeil Celeſte ,
les ajourner tous deux à comparoître fur
le Mont Pelion devant tous les Dieux ,
affemblez pour les juger. L'Amour & la
Folie implorent le fecours de Momus ,
qui les traite d'abord avec beaucoup de
feverité ; mais après leur avoir fait peur ,
il
DE SEPTEMBRE 1723. 56%
il les raffure , en leur difant , qu'il fera
leur Dieu tutelaire , & qu'il n'a feint de
leur être contraire , que pour fe mettre
en état de les mieux fervir dans fa nouvelle
commiffion de Greffier . Le Prolo
gue finit par ces deux vers de Momus.
Tout ira bien , laiffez-moi faire ,
Bien attaqué , bien défendu
Perfonnages de la Piece.
Jupiter , le fieur Fontenay.
Junon , la Dlle du Bocage.
Momus , le feur Quinault l'aîné
L'Amour , le fieur d'Angeville.
La Raifon , la Dile le Grand.
Diane , la Dile la Mothe.
'Apollon , te fieur du Frefnes
Minerve , la Dile d'Angeville.
Venus , la Dlle Labat.
La Nuit , la Dlle du Brueil.
Le Myftere , le fieur de la Torillierea
te fils.
Le Sommeil , le fieur du Frefne.
Suite de la Nuit .
Suite de Venus.
Suite de la Folie.
Extrait de la Comedie.
Dans la premiere Scene Jupiter demande
à Momus ce qu'il penfe du projet
du
562 LE MERCURE
maux que
du Deftin , qui fans quitter les Cieux ,
où fa prefence eft neceffaire , pour y être
attentif aux divers befoins de l'Univers ,
a ordonné à tous les Dieux de s'affembler
fur le Mont Pelion , tandis que Mercure
va annoncer , de fa part , à tous les Mortels
, qu'ils peuvent venir fe plaindre devant
ce Tribunal fuprême de tous les
l'Amour leur fait . Momus lui
répond que tout ce beau projet ne tend
qu'à mieux ferrer la chaîne qui unit l'Amour
& la Raifon. Il lui demande s'il
y confentira. Jupiter lui répond qu'il en
eft bien éloigné. Momus lui dit que la
Cabale eft forte . Qu'elle eft composée de
Junon , de Minerve , de Diane , & d'Apollon
. Il ajoûte que ce dernier eft Raporteur
du Procès . Jupiter lui fait entendre
que de tous ces ennemis de l'Amour
, Apollon lui paroît le plus redouble
mais qu'il veut le reconcilier avec
' Amour , & les faire embraffer . Momus
convient que ce projet de reconciliation
eft quelque chofe ; mais que cela ne fuffit
pas . Il lui confeille de mettre Junon
dans les interefts de l'Amour • en fei- gnant
un tendre
retour
vers elle. Jupi- ter lui répond
qu'il
ne fçauroit
gagner
cela fur lui.
I
f
t
SCENE
DE SEPTEMBRE 1723. 56
SCENE II.
Jupiter, Junon , Momus.
Momus ne peut venir à bout du feint
raccommodement qu'il s'eft propofé de
faire entre Jupiter & Junon. Jupiter ne
peut diffimuler qu'il ne l'aime pas. Junon
Jui protefte qu'elle tirera railon de cet
outrage , & qu'elle s'en vangera fur l'Amour.
Jupiter la quitte , en lui difant
qu'il va lui envoyer ce Dieu , & qu'elle
doit plutôt fonger à le menager , d'autant
plus qu'elle ne peut regagner le
coeur de fon époux que par fon tecours.
Momus dit à Junon qu'elle ne feroit
pas mal de fuivre le confeil de Jupiter ,
& que ce feroit un grand triomphe pour
elle , fi par le fecours de l'Amour elle
pouvoit forcer fon indifferent époux à
T'aimer en dépit de lui -même. Junon lui
répond qu'elle ne veut devoir fon triomphe
qu'à fon propre merite l'Amour
vient , Momus fe retire .
L'Amour feint d'implorer le fecours
de Junon contre la perfecution qu'on lui
fait . Junon lui répond en colere qu'elle
fera la premiere à le punir de tous fes
crimes , & que ce n'eft qu'à lui qu'elle
peut imputer toutes les infidelitez de fon
époux. L'Amour lui replique qu'il n'eft
point
384
LE MERCUREA
point coupable ; que le deftin lui ayant
mis un bandeau fur les yeux il ne peut
lancer fes traits qu'au hazard. Il feint un
moment après de vouloir les raccommoder
avec Jupiter , & lui dir que puifque
cet inconftant court fans ceffe après les
nouveautez , elle n'a pour le rappeller
qu'à fe munir d'une beauté nouvelle.
Ce confeil ne fert qu'à irriter davantage
Junon ; l'Amour fe retire en lui deman,
dant pardon de fa fincerité.
SCENE V.
Junon , la Folie.
La Folie confeille à Junon de crier &
de pefter toûjours contre Jupiter. Junon
indignée de ce qu'elle ofe fe vanter de
regner dans les Cieux , la menace de la
faire punir comme elle le merite..
SCENE V I.
Junon , Momus , la Folie.
:
Junon ordonne à Momus de lui répondre
de cette infenfée qui a eu l'infolence
de fe prefenter à fes yeux , & qui
prétend obliger l'Amour à faire divorce
avec la Raifon. Momus lui promet foi de
Greffier qu'il lui fera fidelle.
Dans les deux Scenes fuivantes Momus
P
D
Ι
fa
Σ
P
a
Γ
F
a
F
u
DE SEPTEMBRE 1723.565
mus dit à la Folie qu'il attend l'Amour
pour prendre avec lui les arrangemens
neceffaires pour leurs interefts communs.
L'Amour vient , il dit à Momus qu'il
joué à le faire gronder , & que Jupiter
l'attend dans le bocage voifin pour le
faire embraffer avec Apollon. Momus lui
répond qu'il s'agit de quelque chofe de
plus preffé. C'eft ici le plan de l'action
Theatrale Momus dit à l'Amour qu'il
n'a point de plus redoutables ennemis ,
qu'Apollon , Junon , Minerve & Diane.
Qu'il faut les foumettre à fa puiffance ,
afin que fes propres Juges deviennent ſes
fujets. Il lui confeille de commencer par
Diane , & de pourfuivre par les autres..
Cet arrangement amene les trois Fêtes
qui partagent les trois Actes , dont la
Piece eft compoſée .
On entend un bruit de chaffe qui
annonce Diane ; Momus dit à l'Amour
après lui avoir parlé à l'oreille , de fe
coucher fur un lit de gazon . Il dit en
même temps à la Folie qu'elle peut fe retirer
, & qu'on n'a que faire d'elle. La
Folie picquée de voir qu'on la croit inutile
, dit en fe retirant , qu'elle va faire
un coup de fa tête pour leur apprendre
qu'elle eft bonne à quelque chofe.
SCENE
$66 LE
MERCURE
SCENE IX.
Diane , Momus , l'Amour couché fur un
lit de gazon.
›
Momus fait fa cour à Diane & la felicite
par avance fur l'Arreft qu'on va prononcer
contre l'Amour. Il la fait appercevoir
avec une furpriſe affectée que ce
perturbateur du repos des coeurs eft couché
fur un lit de gazon. Il lui conſeille
de profiter de ce moment de fommeil
& de lui ôter fon arc & fes traits , pour
en délivrer l'univers. Diane après avoir
hefité quelque temps s'approche de l'Amour
pour lui enlever une dépouille fi
glorieufe pour elle , & fi utile au repos
de l'univers. L'Amour la perce d'un de
fes traits & s'enfuit ; Momus fait courir
après lui. Il témoigne à Diane qu'il eſt
au defefpoir de cette avanture ; mais que
cette derniere Piece ajoûtée au procès
rend la caule commune encore meilleure.
Il tire adroitement le fecret de Diane , &
apprend par le nom d'Endimion qui lui
échappe , que c'eft de ce Berger qu'elle
eft devenue amoureuſe : Momus fe retire.
Dans les 2. dernieres Scenes de cet Acte,
Diane le plaint de la victoire que l'Amour
vient de remporter fur elle. La nuit lui
vient offrir ſon fecours. Elle lui demande
le
DE SEPTEMBRE 1723. 359
le nom de fon vainqueur ; Diane ne veut
pas le dire ; mais le Myftere qui eft prefent
lui dit qu'il le fçait bien , lui qui fait
fon léjour dans le fond des coeurs. Diane
prie le Myftere , puifqu'il fçait ſon ſecret
de ne le dire à perfonne. Elle fe retire.
La nuit ordonne à fes fujets de ſe tenir
prêts à executer les loix qu'elle va bientôt
leur preferire. La fuite de la nuit ;
fçavoir , le fommeil & les fonges font la
Fête de ce premier Acte. Après la Fête ,
la nuit ordonne aux fonges d'aller prefenter
à Diane l'image du Berger qu'elle
aime.
ACTE II.
Dans la premiere Scene l'Amour & la
Folie difputent à qui a fait de plus belles
proüeffes. L'Amour dit qu'il vient d'embraffer
Apollon , & qu'à la faveur de cette
embraffade il a fait couler certain feu
dans fon coeur dont il fera long- temps
malade. La Folie lui répond que cela ne
fuffit pas , & qu'il faut infpirer la même
ardeur à Minerve. L'Amour lui dit qu'il
fe promet auffi de triompher de cette fage
divinité ; la Folie lui replique que cela
eft déja à moitié fait , & qu'elle vient
de mettre dans la tête de Minerve la fureur
de faire des vers , cela étant de fon
reffort. Elle ajoûte que par là , rapprochant
358 LE MERCURE
chant l'Ecoliere & le Maître , elle a
donné lieu à l'Amour de les unir plus
étroitement. L'Amour convient que cela
pourroit bien être , & que beaucoup
d'exemples en font foy ; mais que cependant
elle ne doit pas difputer de gloire
avec lui ; ce qui lui donne lieu de vanter
la victoire qu'il vient de remporter fur
le coeur de l'infenfible Diane.
SCENE II.
L'Amour Momus , la Folie. .9
Momus paroît fort en colere contre
l'Amour qui a eu l'indifcretion de ſe
vanter publiquement de ce qu'il vient
d'executer contre Diane. Il lui dit qu'elle
s'en eft plainte avec tant d'aigreur , qu'on
ne parle pas moins que de lui ôter fon
arc & fes traits . La Raifon vient . Momus
dit à l'Amour & à la Folie que quelque
accommodement qu'elle propoſe il
le faut accepter.
La Raifon dit à l'Amour que malgré
T'outrage qu'il lui fait de vouloir la repudier
, elle l'aime trop pour l'abandonner
à fon trifte deftin '; elle prie Momus
de la laiffer feule avec fon ingrat époux .
La Folie n'y veut pas confentir , mais
Momus la fait fortir par force.
La Raifon annonce à l'Amour que
tour
DE SEPTEMBRE 1723. 569
tout l'univers dépole contre lui , & qu'il
eft perdu s'il ne vient à réfipifcence. L'Amour
fe mocque d'elle par ces trois vers.
Nous faifons en ce jour
Le perfonnage l'un de l'autre ,
Je raiſonne & tu fais l'Amour.
SCENE V.
Apollon , l'Amour , la Raiſon .
Apollon ordonne à l'Amour de la part
du Deftin de lui remettre les traits. L'Amour
lui répond, qu'il ne préter d les dépofer
qu'entre les mains du Deftin leur
Maître commun , & pour reprimer fon
orgüeil , il lui dit ironiquement , que fes
traits ne triomphent que des monftres
des Foreſts , au lieu que les fiens triomphent
des coeurs , comme Minerve vient
de lui apprendre. L'Amour fe retire ; la
Raifon le fuit pour joüir du plaifir de
lui voir dépofer ces traits qui excitent
tant de troubles .
Apollon feul fe plaint des rigueurs de
l'Amour , qui après lui avoir fait aimer
l'infenfible Daphné , le force à adorer la
fage Minerve. Voyant approcher cette
Deeffe , il imagine un moyen de lui parler
de fon amour , fans sexpofer à fa
colere .
G Cette
570
LE MERCURE
Cette Scene a paru une des plus belles,
& fur-tout des plus fines de la Piece .
Minerve dit à Apollon , qu'elle ne fçait
comment s'y prendre pour faire les vers
qu'il lui a demandez . Apollon veut fçavoir
quel fujet elle a pris . Minerve lui
répond , que c'est l'Amitié : je condamne
d'abord ce titre , dit Apollon. C'eft un
fujet trop froid , & qui n'eft nullement
fufceptible de ce feu que demande la
Poëfie . Il lui propofe l'Amour pour fujet.
Minerve au feul nom d'Amour témoigne
de la colere , & dit abfolument
qu'elle ne veut point entendre parler de
paffion . Apollon lui répond , qu'il ne s'agit
pas de fentir l'Amour , mais feulement
de le peindre . Par exemple , ajoûte-
t'il , je ne fens point d'amour ; mais
cela n'empêchera pas que je ne vous peigne
cette paffion d'une maniere à vous
Y faire méprendre. Après ce petit préambule
il lui fait une declaration d'amour ;
Minerve s'en offenſe , & veut fe retirer.
Apollon l'arrête en riant , & lui dit.
Ah ! mon art eft trop beau , puifqu'il vous a fait
prendre
La feinte pour la verité.
Minerve picquée d'avoir pris le change
, promet à Apollon de faire des vers
fi tendres qu'il s'y méprendra lui-même.
Apollon
DE SEPTEMBRE 1723. 571
Apollon l'invite à le tromper fi bien qu'il
puiffe la croire.
Y Momus qui furvient , annonce à Apollon
que les mortels que Mercure a citez
devant le Tribunal des Dieux , ſont alfemblez
dans la Foreft prochaine , pour
dépofer contre l'Amour. Minerve fe
retire.
Momus fonde le coeur d'Apollon au
fujet de fon amour pour Minerve , & le
menace de lâcher le lardon , s'il ne lui
avouë de bonne foi qu'il l'aime . Apollon
craignant pour la gloire de Minerve , lui
avoue qu'il l'aime , mais qu'elle eft bien
éloignée de répondre à fon ardeur. Momus
lui replique.
Oh ! pour cela je le veux croire ,
Et je fçais qu'en amour vous n'êtes pas heureux.
Mais puifque vous l'aimez , continuer'il
, pourquoi lui faites vous ôter ces
traits , dont vous avez befoin pour blef
fer le coeur de Minerve ?
Junon arrive , & preffe Apollon d'aller
entendre les dépofitions qu'on doit
faire contre l'Amour. 8
Junon dit à Momus que Venus vient
d'arriver , mais qu'elle a beau folliciter
pour fon fils , dont la condamnation eſt
sûre.
L'Amour vient défarmé : il pefte con-
Gij
tre
572 LE MERCURE
tre le Deftin qui s'eft mocqué de lui
après qu'il a dépofé fes traits à fes pieds.
Il jure d'en tirer raifon , il fe déchaîne
contre Junon , ce qui redouble fa colere ,
dont elle eft déja enflâmée contre lui.
Momus dit à Junon qu'il vaudroit mieux
qu'elle mit l'Amour dans les intereſts à
force de bien faits , & en lui faifant rendre
fes traits . L'Amour lui promet de la
faire aimer de Jupiter , fi elle obtient
le Deftin lui rende fes armes.
que
Venus furvient & dit à Junon qu'elle
lui apporte de quoi regagner la tendieffe
de fon époux dans cette ceinture qu'elle
lui prefente. Cette defcription de la celebre
ceinture de Venus a paru ùn morcean
des mieux écrits , & des plus délicatement
traitez de la Piece. Junon promet
fa protection à l'Amour en faveur de
ce prefent qu'elle accepte . Venus ordonne
aux Graces de l'aller parer dans le
prochain bocage.
Dans la derniere Scene de cet Acte
l'Amour donne une Fête à Venus , en
reconnoiffance du fecours qu'elle vient
de lui prêter pour lui faire rendre fes ar
mes.
ACTE III.
Junon reconciliée avec Jupiter par la
vertu de l'admirable ceinture , Frome à
Mom is
DE SEPTEMBRE 1723. 575
Momus qu'elle n'oubliera rien pour fervir
l'Amour. Elle fe retire voyant appro
cher Minerve.
Minervé déja inftruite de la bonne intelligence
qui regne entre Jupiter & Junon
, paroît furprile de ce que cette Déeffe
fe retire fans lui parler. Momus diffipe
fes foupçons , en difant que rien n'eft
plus fufpect que le retour d'une infidelle ;
mais que
les feintes careffes de Jupiter
re font pas prendre le change à Junon ;
il veut fe retirer , Minerve lui demande
pourquoi , il lui répond d'un ton ironique
quil cede la place à Apollon fon
Amant.
Minerve qui s'est déja doutée de l'amour
d'Apollon , en veut tirer l'aveu de
fa propre bouche , pour lui en faire toute
la honte , & pour lui rendre tromperie
pour tromperie , comme elle lui a promis
dans l'Acte precedent. Cette Scene
n'a pas paru moins belle, celle dont
jouer fon rôle qu'air fi bien
donne dans le
piege , & fe croit aimé d'elle. Elle fe rit
de lui par ces deux vers : ༣ ་ ༣ ་༡༩ ་
Et je dois m'applaudir d'apprendre que mon
Maître
A pris le change comme moi.
Et fur le reproche qu'il lui fait d'être
Giij def
374
LE MERCURE
defcendue jufqu'à une feinte peur digne
de Minerve , elle lui répond :
Mais vous qu'avec reſpect on confulte , on adore ,
Ne vous être pas garanti
D'un piege..... & de quel piege encore ?
Je vous en avois averti .
Elle fe retire voyant approcher Momus
dont elle redoute la raillerie ,
4
;
Momus après avoir un peu raillé
Apollon fur les nouvelles amours , lui
apprend que depuis qu'on a déſarmé
'Amour , tout, languit dins la nature.
s'il en faut croire la plupart des mortels
il ajoûre que fes Partifans zelez ofent
porter leur plainte jufqu'au Trône du
Deftin ; mais que Junon vient de remon
ter aux Cieux pour défendre la querelle.
Apollon jure la perte de l'Amour , &
remet entre les mains de Momus , comme
Greffier , tous les placets qu'on lui a
prefentez contre ce petit féditieux.
Momus refte feul , & en examinant les
placets qu'Apollon vient de lui remettre ,
trouve parmi ces papiers des vers tendres
de Minerve à Apollon ; on a déja vû
ces vers dans une des Scenes precedentes.
Quoique ce Madrigal ne foit qu'une feinte
, Momus le propofe de s'en fervir , &
de le gliffer dans le fac de l'Amour.
SCENE
DE SEPTEMBRE 1723. 575
SCENE V I.
Jupiter , Minerve , Apollon , Diane ,
l'Amour, Momnus , la Raifon
La Folie, &c.
La Raifon & la Folie plaident à qui
aura l'Amour pour époux . L'Amour bien
loin de vouloir nier les crimes dont on
l'accufe eft prêt à en confeffer de nouveaux.
Il donne à Momus le fac où fes
pieces font contenues , & demande que
Momus en faffe la lecture. Momus lit
par l'ordre de Jupiter l'enlevement d'Endimion
par Diane , & les tendres vers
d'Apollon pour Minerve allarment les
Juges. Momus propofe un accommodement
dans une affaire qui lui paroît fi
délicate. Minerve lui répond que Junon
eft abfente , & qu'il n'y a point d'appa
rence qu'elle donne les mains à aucun
accommodement.
Junon arrive dans la derniere Scene ,
& non contente de confentir à l'accommodement
qu'on propofe , elle apporte
les armes de l'Amour que le Deftin vient
de lui rendre ; elle les prefente à l'Amour
, qui les refufe abfolument , à moins
qu'on ne rompe une chaîne qui le rend
malheureux lui -même , quand il rend
tout le monde heureux. Junon dit que
G iiij
rien
576 LE MERCURE
rien n'eft plus jufte que ce que l'Amour
demande ; elle ajoûte que le Deftin munit
Jupiter de tout fon pouvoir , pour faire
tout ce qui doit contribuer au bonheur
du monde. Le maître des Dieux prononce
un Arreft , par lequel il remet l'Amour
dans tous fes droits , & lui permet de dif
pofer de fa main. La Raifon crie à l'injuftice
& fe retire . L'Amour éponſe la
Folie. Les fuivans de la Folie viennent
celebrer fa nôce.
Voilà ce que nous avons pu remporter
en quelques reprefentations d'une piece,
fur laquelle les fentimens font très partagez.
On la croit moins riante que le Nou
veau Monde ; mais mieux écrite & plus
travaillée. On l'a ceffée après cinq reprefenrations.
Les airs à chanter & les fimphonies
des Intermedes de cette Comedie font du
fieur Quinault , l'aîné , Comedien du
Roy , qui s'eft déja fait une reputation
pour ces fortes d'ouvrages . Les Balets
font de la compofition du ficur Dangeville
, de l'Académie Royale de Mufi.
que : voici quelques couplets du premier
divertiffement.
Tel aujourd'hui vous fait envie ,
Qui vous fera pitié demain ;
Le
DE SEPTEMBRE 1723 . 577
Le fort change en un tour de main ,
Tout n eft que fonge dans la vie.
On voit le char de Sofie ,
par
Plus d'un paffant eftropié ,
Cependant fon maître eft à pié . Tout n'eft &c.
W
Un Ufurier l'ame ravie ,
Voit endormant tripler fon bien ,
Il s'éveille & ne voit plus rien . Tout n'eft &c.
Cette beauté déja flétrie ,
Se croit encor dans fon printemps ,
Auroit - elle dormi trente ans ? Tout n'eſt & c.
La Dle Labat danfe une entrée dans
cet Intermede avec beaucoup de grace
& de fineffe , elle a été fort applau
die , de même que le fieur Quinault du
Frefne qui y chante un air , avec un accompagnement
de flutes , dont voici les
paroles.
Lorfque je répands mes pavots ,
Tout eft calme dans la nature ,
Je fufpends les maux qu'on endure ;
Je plonge tous les coeurs dans un profond repos.
GV Eft-il
378 LE MERCURE
Eft-il un Dieu plus favorable ?
Les mortels les plus malheureux ,
fur eux
Voudroient quand je regne fur "
Que ce regne fi doux fut à jamais durable.
L'air que chante la D Labat au fecond
divertiffement a été auffi très- applaudi.
En voici les paroles :
Qu'au tendre amour tout foit foumis.
Pour triompher des coeurs , fi mes yeux ont des
charmes ,
Je n'en veux employer les armes ,
Que pour la gloire de mon fils.
Nous vous offrons tous deux un fort digne d'envie,
La beauté fait naître l'Amour ,
Et l'amour fait naître à ſon tour
Les plus doux plaifirs de la vie.
>
Dans ce divertiffement le fieur Dangeville
& fa petite foeur , qui font à eux
deux à peine feize ans , ont danſé un pas
de deux fur un air vif , qui a fait l'admiration
& le plaifir de tous les Spectateurs.
Le talent de ce jeune homme pour
la déclamation fe dévelope tous les jours ;
il a un rôle de plus de 400. vers dans
cette Piece , dont il s'acquitte à merveille.
Vaudeville
DE
SEPTEMBRE 1723.
579
Vaudeville.
Quand on trahit vôtre efperance ,
Et que vos foins font mal reçûs ,
N'allez point par trop de conftance
Eprouver de nouveaux refus ,
Affectez de l'indifference ,
C'est la ceinture de Venus.
Aminte n'eſt rien moins que belle
Elle est jolie & rien de plus ,
Cependant on voit que pour elle ,
Tous les amans font prévenus.
Un fouris , une bagatelle
Eft la ceinture de Venus.
Couplets du dernier Intermede.
Dans l'âge de l'innocence ,
Aftrée avec fa balance ,
Aux moeurs faifoit le procès ,
D'autres temps , d'autres ufages ,
Ce n'eft plus que le fuccès >
Qui fait les fous & les fages
On fuit le repos tranquille ,
Gvj
On
380
MERCURE LE
On va fur un bois fragile .
Braver les vents en couroux.
#
Fait-on un mauvais voyage ,
On eft mis au rang des foux ,
Eft-on heureux ? on eft fage.
L'Amour..
Suivez l'aimable folie ,
Songez à paffer la vie ,
Dans les plaifirs les plus doux.
Si j'en crois des coeurs fauvages ,
Mes confeils font des plus foux ,
Moi je les tiens des plus fages .
Ce dernier couplet a été ajoûté à la
troifiéme repreſentation.
Après qu'un premier parterre.
Nous a declaré la guerre ,
Un autre vient au fecours ;
Vous nous donnez vos fufrages ,
C'eft ainfi que les beaux jours
Suivent de près les orages.
On a reprefenté le mois paffé une
Tragedie nouvelle , intitulée Mariamne,
aux Comediens François , qu'ils ont lûe
dans leur affemblée.
L'Opera
DE SEPTEMBRE 1723.
L'Opera.
L'Académie Royale de Mufique con
tinue toûjours les reprefentations des Fêtes
Grecques & Romaines ; on doit reprendre
Pirithous , dont nous avons déja
parlé , & Phelomele enfuite .
Mlee Prevoft a produit une éleve fur
le Theatre de l'Opera qui a débuté le
Jeudy 26. Aouft dans le troifiéme Acte
des Fêtes Grecques & Romaines ; cette
jeune perfonne a la taille très fine , & la
phifionomie infiniment gracieufe. On la
nomme Mile Richalet ; elle n'a pas encore
quinze ans. Voici une Parodie faite
pour elle fur l'air qu'elle danfe , habillée
en Flore à la fuite de Mlle Prevoft .
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous fes pas
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
Sans ceffe on dit ,
L'Echo redit
Ce que fon air infpire :
Tout fuivra fon empire.
Mon coeur le prédit.
Abl
382 LE MERCURE
Ah ! l'on foupire
Autant qu'on applaudit.
La jeune Flore.
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous les pas.
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
Dieu du Printemps ,
Pour cette belle ,
Tu deviens fidelle ,
Tes feux font conftans ,
On voit autour d'elle ,
Les jeux & les amours chantans.
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous les pas
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
On écrit de Prague qu'on y reprefenta
le 28. du mois dernier , un nouvel Opera
devant leurs Majeftez Imperiales , intitulé
Mutius Scevola , à l'occafion de
l'anniDE
SEPTEMBRE 1723. 583
l'anniverfaire de la naiffance de l'Imperatrice
& de fa groffeffe. On ajoûte que
ce Spectacle fut donné en plein air avec
beaucoup de fuccès , n'ayant point été
troublé par aucun accident , nonobſtant
la multitude & le grand concours du
peuple , de caroffes , de chevaux , &c.
THEATRE ITALIEN.
Le z. de l'autre mois les Comediens
Italiens reprefenterent fur le Theatre du
Palais Royal la petite Comedie d'Agnès
de Chaillot , dont nous avons donné
un Extrait. Cette Piece fut parfaitement
bien reprefentée , & goûtée par la nombreufe
affemblée qu'elle attira. Elle fut
precedée d'une Comedie Italienne en
Trois Actes , intitulée la Maison à deux
Portes , qui eft une excellente Picce d'intrigue
, tirée du Calderon . Boifrobert l'a
mile fur nôtre Theatre en vers fous un
autre titre on prétend que dans la Comedie
qui a pour titre , les Engagemens
dn Hazard , Thomas Corneille a fait
après coup un Acte tiré de la même Piece
Efpagnole. Cette Piece fut jouée à Paris
dans fa nouveauté par les Comediens Italiens
en Juin 1716 .
Le 23. les mêmes Comediens donnerent
un Prologue nouveau für leur Theáfre
584 LE MERCURE
tre du Fauxbourg S. Laurent , intitulé ta
Dispute de Melpomene & de Thalie.
>
Le 2. de ce mois ils donnerent fur le
même Theatre les Saturnales , Piece nouvelle
en trois Actes , en Vaudevilles
avec un Prologue ; certe Piece n'a été
joüée que deux fois , & on a été obligé
de reprendre Agnès de Chaillot , le Triomphe
de la Folie , avec le Prologue des
Saturnales , qui eft ce que le public a
trouvé de plus fupportable dans tout
l'ouvrage. Une efpece de nouveauté qu'ơn
a donné peu de temps après , intitulée le
Débris des Saturnales , n'a pas été plus
heureufe.
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Conftantinople , ce 18. Juillet 1723-
L'Envoyé de la Porte qui eft revenu de
Mofcou le 24. Juillet , a raporté au
Grand Seigneur que le Czar étoit toûjours
dans l'intention de conferver une
bonne intelligence avec la Hauteſſe , attendu
que les differens qu'il a avec le Rebelle
Miriveits ne regardent point l'Empire
Ottoman , & que la guerre qu'il
declarée à cet Ufurpateur eft fondée fur
a
les
DE SEPTEMBRE 1723. 585
les legitimes fujets qu'il a de s'en plain
dre , puifque les hoftilitez de Miriveits
ont envelopé les Ruffiens dans leurs ravages
. De plus de Czar prétend être en
droit de donner du fecours au fils du
Sophi détrôné , fans intereffer la paix
de Pouch. On a payé aux Janiffaires qui
font reftez ici tous les arrerages qui leur
étoient dûs , & il a été ordonné qu'à
l'avenir les payemens de leur folde feroient
reguliers. Une grande partie de
ces troupes a été envoyée vers les frontieres
de Pologne , de Ruffie , de Tran
filvanie & de Hongrie , pour travailler
aux Fortifications des Places qui les défendent
; d'autres ont été diſtribuées pour
le même employ fur les frontieres de
Perfe.
La plupart des Sultanes & des Galeres
, fur lefquelles on avoit chargé des
troupes & des munitions font revenues
des Dardanelles , après y avoir refté environ
un mois . On difpofe un autre convoi
pour transporter fur le Boriftene des
munitions de guerre , & de la groffe artillerie.
M. le Marquis de Bonac , Ambaffadeur
de France a fair preſent au Grand
Seigneur de quarante Orangers en caiffe,
pour placer dans les jardins de la nouvelle
maifon de campagne , que fa Hautefle a
fait
586 LE MERCURE
fait bâtir à demie lieuë d'ici fur le Canal.
Les troupes du Grand Seigneur font
entrées par furpriſe dans la Province de
Carduel ; le Prince qui en étoit Souve
rain a pris le parti de fe retirer fur les
terres du Czar , fon fils s'eft fait Mahometan
& eft convenu de concert avec
les principaux du pays de payer à fa
Hauteffe un tribut de quarante mille
Lewandales.
,
De Petersbourg, ce 18. Aouft.
N écrit de Mofcou que toutes les
recherches qu'on avoit faites jufqu'à
prefent dans les montagnes voifines
d'Andréof , pour découvrir les mines
d'Or qui avoient été indiquées , le font
trouvées inutiles , faute de gens experimentez
pour remplir ce travail.
Il eft arrivé le 20. Juillet un Courier
dépêché par le Gouverneur d'Aftracan ,
avec des avis qu'on dit importans , &
depuis deux jours on débite ici que PUfurpateur
Miriveits fe preparoit à reprendre
les Places , dont le Czar s'empara
l'année derniere fur les frontieres de la
Perfe , en confequence le Gouverneur de
la Siberie a reçû ordre de faire marcher
dix mille hommes vers la Georgie pour
conferver les conqueftes de fa Majefté
Czarienne ,
DE SEPTEMBRE 1723. 587
Czarienne ; on a auffi envoyé des ordres
à la Regence de Mofcou de faire remettre
à Aftracan , & à Defbent les fommes
neceffaires pour le payement des troupes
qui font en garnifon dans ces deux Villes.
Le Czar a permis d'imprimer tous les
mois un Journal de ce qui arrivera de
plus confiderable dans les principales
Villes de fa domination.
On a fixé à Tobolski le rendez- vous
general de la grande Caravane , qui doit
aller à la Chine : on compte que cette
année elle montera à plus de cinq cens
perfonnes.
On prétend que le dernier Courier
arrivé d'Aſtracan a raporté que l'Ufurpateur
Miriveits , à la tête de foixante
mille Perfans , & d'un corps très nombreux
de Tartares s'étoient avancez jufques
dans le pays conquis l'année dernieré
par le Czar ; on fe flatte que les munitions
de guerre qu'on a fait embarquer
il y a quelque temps fur le Wolga y
feront arrivées affez - tôt pour mettre les
-Mofcovites que le Czar y laiffa l'année
derniere en état de foutenir les efforts de
Miriveits.
388.
LE MERCURE
De Stokolm , ce 1. Septembre .
R Ditman , Secretaire de la Chan
Mcellerie , eft parti le 29. Juillet
pour aller porter au Czar ,les lettres du
Roy , concernant les nouveaux titres accordez
à fa Majefté Czarienne , & au
Duc d'Holftein.
Le 7. de l'autre mois les Députez du
Corps de la Nobleffe réfolurent unanimement
d'augmenter de quatre le nombre
des Senateurs du Royaume. Suivant
la propofition qui en avoit été faite au
commencement de ce mois , & qui depuis
a été approuvée par le Clergé. Les
Etats fe font affemblez le quatorze du
même mois pour déliberer fur cette propofition
, & après de grandes conteftations
, il a été arrêté qu'on n'augmenteroit
que de deux feulement le nombre des Senateurs
; mais le Baron de Langeberg ,
Maréchal des Etats , le Comte de Gylembourg
, Chancelier de la Cour , &
le Baron de Cederhielm , Secretaire d'Etat
ayant été propoſez , on n'a pû exclure
un des trois , tous dignes des places
à remplir , & ils ont été nommez Senateurs
tous les trois malgré la déliberation
qui n'en promettoit que deux .
On mande de Coppenhague que l'Amiral
DE SEPTEMBRE 1723.. $89
miral Judiker avoit reçû ordre de défarmer
fon Eſcadre fur l'avis que la Flotte
du Czar étoit retournée à Cronfloot.
De Prague , ce 2. Septembre.
' Empereur a envoyé une Croix de
Diamans de vingt mille florins an
Comte d'Erdeodi , Evêque de Neutra
l'un des principaux députez de la derniere
Affemblée des Etats de Hongrie .
›
M. le Marquis de Breil , Envoyé du
Roy de Sardaigne a reçû la ratification
du traité de vente que l'Empereur a faite
à ce Prince du Marquifat de Spigno , &
des Fiefs de Langues , qui cy-devant faifoient
partie des Domaines du Duché
de Milan.
La groffeffe de l'Imperatrice a été rendue
publique le 28. du mois dernier.
L'Archevêque de cette Ville prétend,
fondé fur des exemples , officier avec
-la Chape rouge au Couronnement de
l'Empereur , mais les Cardinaux Allemans
s'y oppofent , & on ne croit pas
que le Pape lui accorde le Bref qu'il´a
demandé à ce fujet,
DI
599
LE MERCURE
1
O
De Vienne , ce 12. Septembre.
N écrit des frontieres de Turquie
que les troupes qui s'y étoienr affemblées
au commencement du Printemps
dernier étoient retournées dans leurs anciens
quartiers , & que le train d'artillerie
qui étoit aux environs de Bender
avoit été envoyé à Choczin .
Les incendies continuent toûjours en
Allemagne. Le feize Aouft la Ville de
Claghenfurt , Capitale de la Carinthie a
été entierement brûlée ; on n'a fauvé
que le Convent
des Urfulines
, & fix ou
fept autres maifons. On a remarqué
de la
campagne
que dès le commencement
de
l'incendie
e feu avoit paru en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui a caufé de juftes foupçons
; on a arrêté un inconnu
qui avoit prédit ce malheur
quelques
jours auparavant
. La Ville de Vilna en
Pologne a éprouvé prefque un pareil defaftre,
plufieurs
magafins de Marchandifes
y ont été réduits en cendre . Le bruit
court que l'Ingenieur
Hoofdman
arrêté
au commencement
du mois de May dernier
, & interrogé
depuis peu fur diffe- rens crimes dont on l'accufoit
, étoit le
chef des Incendiaires
, & qu'il avoit formé
avec eux le complot de mettre le feu
à plufieurs
quartiers
de cette Ville.
DE SEPTEMBRE 1723. 598
De Londres , ce 12. Septembre .
E fieur Payne diftributeur de la
Lfetfille du veritable Breton qui avoit
été arrêté le 9. Aouft pour avoir parlé
du Lord Maior , & des Aldermans avec
un grand mépris dans la feuille du jour
precedent , & qui avoit été admis le 13 .
à donner caution pour être élargi , a été
arrêté de nouveau le lendemain pour
avoir imprimé des invectives contre le
Lord Hartcourt .
:
La Flotte de la Jamaïque qui en partit
le 30. Juin dernier , eft heureuſement
arrivée dans les Ports de ce Royaume
fous l'escorte du Vaiffeau de Guerre l'Avanture.
Plufieurs Vaiffeaux de celle
de Turquie font entrez auffi dans la
riviere avec une charge très confide
rable. La Compagnie de la Mer du Sud
fait charger actuellement le Vaiffeau
dit de l'Affiente , qu'elle a permiffion
d'envoyer tous les ans à la Mer du Sud ;
on y embarque une très- grande quantité
d'étoffes des Manufactures de ces Pays ,
& un feul Rubanier a ordre de fournir
pour trois mille livres sterling de Rubans
d'Or & d'Argent..
De
1
592
LE MERCURE -
De la Haye , ce 13. Septembre.
R Pefters , Réfident des Etats.
MG. neraux à Bruxelles , en eft parci
le 13. Aouft pour Hanover , où il doit
conferer avec le Roy de la Grande Bretagne
, fur les fur les moyens les plus convenables
pour s'opposer à l'établiffement de
la Compagnie de Commerce formée dans
les Pays - bas , contre lequel les Directeurs
de la Compagnie des Indes Orientales
ont prefenté un nouveau Memoire qui a
été rendu public. Cependant les Livros
de Soufcriptions pour les nouvelles Actions
de la Compagnie des Pays- bas , qui
furent ouverts à Anvers le 11. Aouft au
matin furent fermez le foir. Les feuls fujets
de l'Empereur , & quelques Seigneurs
de Flandres , le Marquis de Prié , & le
Duc d'Aremberg , & autres ayant entierement
rempli les fix millions de fonds
de cette Compagnie. Les effets & papiers
du fieur Colebroke , Anglois , premier
Auteur du projet de cet établiffement
ont été faifis à Bruxelles par ordre du
Gouvernement ; mais on n'a rien trouvé
qui dépofat contre lui . Le premier payement
des Soufcriptions a commencé à fe
faire à Anvers le 24. Aouft , & on en a
délivré des recepiffez qui ne font encore
qu'au pair .
Un
DE SEPTEMBRE 1723 . 593
Un orage terrible mêlé d'un tonnerre
épouvantable a détruit à Bruxelles l'Hôtel
de Brouay , occupé par le Marquis
de Roffy , chargé des affaires du Roy
très-Chrétien.
›
Leurs Hautes Puiffances ont fait dire
aux Directeurs des Compagnies des Indes
Orientales & Occidentales de dreffer un
Memoire des moyens les plus convenables
de s'oppofer au progrès de la nouvelle
Compagnie de Commerce des Pays bas
fans qu'on foit obligé de rifquer aucun
acte d'hoftilité qui puiffe donner quelque
jufte fujet de plainte à l'Empereur , avec
qui la République defire conferver une
bonne intelligence. Cependant le premier
payement des Actions de la Compagnie
des Pays - bas n'eft pas encore achevé
, l'ouverture des livres ne fe fera
qu'après l'Affemblée generale des intereffez
, & les foufcriptions ne font pas
encore montées au- delà des quinze pour
cent qu'elles gagnoient dès les premiers
jours .
De Lisbone , ce 16. Aoust.
Epuis le 12. jufqu'au dix - neuf Juillet
il eft entré dans ce
Port neuf
Bâtimens Anglois , & un Hollandois
chargez de grains & de farine , & il en
eft forti neuf Navires François , neuf
H An594
LE MERCURE
Anglois , fix Hollandois , deux Efpagnols
, & un Hambourgeois.
Et depuis le 19. jufqu'au 26. il eft entré
un Vaiffeau de Guerre Anglois , arri
vé depuis peu des Indes Orientales , onze
Navires Marchands de la même Nation,
dont il y en a un chargé de Negres de
la cofte de Guinée , quatre Bâtimens
Hollandois , & une flute Danoife. Il en
eft forti pendant le même temps deux
Navires François , cinq Anglois , & un
Paquebot. Et depuis le 2. jufqu'au neuf
Aouft il eft entré dans le Port un Navire
François de Dunkerque , fix Navires An
glois & un Paquebot , un Bâtiment
Hollandois & un Portugais de Mondogo
; il en eft forti pendant le même
temps quatre Navires François , huit Anglois
, & un Efpagnol.
On mande des Indes que depuis la
paix faite avec le Roy d'Angaria on ne
gotioit en pleine liberté dans tous fes
Etats , & qu'il y avoit eu quelques hoftilitez
commifes fans ordre fur les terres
du Roy de Lefunda qui avoient été reparées.
L
De Naples , ce 20. Aouft.
Es lettres de Malthe
portent que les
Chevaliers qui s'y étoient rendus pour
la
( DE SEPTEMBRE 1723. $95.
la défenſe de l'Ifle fe preparoient à re-,
tourner dans leurs Pays ; & que cependant
on continuoit à faire obferver une
difcipline très-exacte aux milices , & à
exercer les Bombardiers & Canoniers , &
que depuis long- temps on ne parloit plus.
duTraité d'échange, propofé par le Grand-
Seigneur pour les Eclaves faits de part
& d'autre .
On mande de Tunis que la Regence
étoit convenue de conclure un Traité
avec la Republique de Venife , qu'un Negotiant
Venitien , établi à Tunis en avoit
envoyé les articles au Senat pour les faire
ratifier ; qu'il avoit obtenu pour fa Republique
les mêmes conditions accordées
aux autres Puiffances qui font en paix
avec cette Regence . La nouvelle taxe
que le Cardinal Viceroy a impoſée ſur les
Fiefs , & les Marchandiſes du Royaume
de Naples a augmenté le nombre des mé
contens . On a envoyé à Prague un Memoire
contenant cent vingt chefs de plaintes
contre le gouvernement prefent , &
une fupplication à l'Einpereur d'y mettre
ordre.
De Turin , ce 1. Septembre..
Molefworth , Envoyé du Roy
Md'Angleterre en cette Cour palfantdep
uis peu à Florence , à fon re our
Hij des
596 LE MERCURE
des Bains de Luques , eut audience du
Grand Duc, qui lui a , dit- on , accordé de
nouveaux privileges pour les Anglois ,
établis à Livourne . La Republique de
Luques a renouvellé fon Traité de protection
avec l'Empereur , & avec les
Venitiens ; on croit qu'elle demandera
auffi à le renouveller avec le Grand Duc.
On diftribue actuellement dans toutes
les Villes de cet Etat le premier volume
du nouveau Recueil des Loix , & tous
les de R be font obligez d'en prengens
dre un exemplaire fur le pied de dix livres
monnoye de Piémont.
On écrit de Genes & de Berne qu'on
a levé tous les Corps de Garde qui avoient
été pofez fur les frontieres , lors de la
contagion du Comtat & de la Provence
, & que tous les paffages étoient libres,
tant pour les voyageurs que pour les
Marchandiſes .
De Madrid , ce 2. Septembre.
E Colonel Stanhope , Ambaffadeur
L&Cogner a obtenu du Roy us
permiffion de rétablir le commerce entre
le Port de Gibraltar , & les Places de
Barbarie , après avoir fait connoître qu'il
n'y avoit aucune apparence de contagion
dans ces dernieres , & que c'étoit fars
fondeDE
SEPTEMBRE 1723 597
fondement qu'on en avoit fait courir le
bruit.
Toutes les difficultez qui avoient retardé
l'établiffement des Douanes dans
la Bifcaye & dans la Navarre ont été
levées , & les Droits font reçûs preſente→
ment fans aucune oppofition de la part
des deux Provinces.
Les habitans de l'Ifle Manille fe font
foulevez contre leur Gouverneur , parce
qu'il avoit fait publier une Ordonnance
qui leur défendoit de continuer leur commerce
à Aquatulco en Amerique.
Le 18. Aouft vers les dix heures du
foir leurs Majeftez Catholiques arriverent
du Château de Balfain à l'Efcurial ,
où elles furent reçûës à la defcente de
leur caroffe par le Prince & la Princeſſe
des Afturies , qui fe retirerent dans leur
appartement , où ils pafferent la nuit enfemble
pour la premiere fois.
De Rome , ce 30. Aouft.
'Ancien differend d'entre le Seminaire
Romain & le College Clementin , à
l'occafion du pas a été reglé. Aucun Penfionnaire
de ces deux Maifons n'aura
droit de prendre la droite. Il leur eft
ordonné de vivre en bonne intelligence,
de fe faluer lorfqu'ils fe rencontreront
H iij
&
598 MERCURE LE
& en cas de contravention fa Sainteté a
declaré qu'elle s'en prendroit aux Superieurs
, & qu'on procederoit contre eux
fuivant la rigueur des loix .
M. l'Abbé Scarlatti , Miniftre de l'Electeur
de Baviere a envoyé à l'Evêque
de Munfter le Bref d'éligibilité de ce
Prince à la Coadjutorerie de l'Evêché de
Liege .
Ily a eu à Meffine un foulevement au
fujet d'un Colonel Allemand , qui y a
été tué par un Marchand de Drap que
cet Officier avoit maltraité. Le Marchand
s'étant refugié dans la Cathedrale,
le General Walles envoya un détachement
pour l'enlever ; les Chanoines s'affemblerent
auffi tôt à la porte de leur
Eglife pour en maintenir les droits , &
exhorterent les foldats à ne point cauſer
de defordres , le Commandant leur fit
mettre la bayonette au bout du fufil , &
fit tirer les Chanoines , il y en eut quatre
de tuez , & un plus grand nombre de
bleffez , le détachement entra dans le
Choeur en frapant tout ce qu'il rencontroit
' ; l'Evêque averti de cet attentat
monta en Chaire pour exciter le peuple à
vanger les immunitez de fa Cathedrale ,
& la populace attroupée força les foldats
& leurs Officiers de fe retirer dans la
Citadelle. Cette affaire quoique très vive
n'a
DE SEPTEMBRE 1723. 599
n'a pas eu encore d'autre fuite que des
procedures.
On a envoyé une Garnifon dans la
Fortereffe de Palo , appartenante au Duc
Grillo pour prevenir l'infulte des Corfaires
de Barbarie .
Le Cardinal Conti , Grand Penitencier
a fait publier un Decret datté du 12 .
Aouft qui donne une abfolution generale
à tous les Religieux de l'Ordre de Saint
François qui ont apoftafié , & qui leur
permet de rentrer dans leur Convent dans
le terme de quatre mois pour ceux qui
font en deça des Alpes , & dans le terme
de huit pour les autres , fans qu'il
foit permis à leurs Superieurs de leur
faire iubir aucune penitence .
RC དང་བབས་
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
Harles Bodville Roberts , Comte de
Radnor , Lord Lieutenant du Comté
de Cornowailles , & Confeiller au
Confeil Privé du Roy d'Angleterre , eſt
mort le 14. Aouft . Il ne laiffe point d'enfans
, & fon neveu le Chevalier Jean
Roberts fuccede à fes titres , & à fes
terres.
Hiiij
M.
200 LE MERCURE
M. Villiers qu'on appelloit communement
le Comte de Buckingham eft mort
à Mine dans le Comté de Middleſex en
Angleterre . Il avoit été legitimé , mais
la Pairie lui avoit toûjours été conteſtée.
Le Docteur Trimnel , Evêque de Winchefter
eft mort le 26. Aouft.
M. Guillaume Waffenaer , Grand Gar--
de des Sceaux , & Stadhouder des Fiefs
de Hollande & de Weftfrife , Prefident
du Confeil des Députez de la même Province
, Curateur de l'Univerfité de Leyde
, & cy- devant Ambaſſadeur des Etats
Generaux à la Cour de France , eft mort
à la Haye le 7. Aouft.
Marie Anne Jofephe , Princeffe de
Naffau Siegen , fille unique du Prince
Guillaume Hyacinthe eft morte à Bruxelles
de la petite verole , âgée de dixneuf
ans prefque accomplis.
Milady- Anne - Marie Webb , Comteffe
Doüairiere de Derwenwater eft morte
auffi de la même maladie à Bruxelles le
30. Aouft.
M. Antoine de Saldanha de Albu
querque , fils aîné d'Ayres de Saldanha
de Albuquerque , actuellement Gouverneur
de la Province de Rio de Janeiro ,
a épousé à Liſbonne Donna Marie de
Porta de Lancaftre , fille unique de Dom
Chrétien Jofeph de Gama , Vifiteur de
la Maiſon de la Reine, M.
DE SEPTEMBRE 1723 . 601
M. Antoine Vaz de Caftel branco
Commandeur de Sainte Marie de Caminha
, & de Saint Pierre de Riba de
Mouro , Commanderies de l'Ordre de
Chrift , & Secretaire des Commandemens
de l'Infant Don François , eft mort
à Lifbone , âgé de 74. ans.
La Ducheffe Doüairiere de Caftellaneta
eft morte à Naples dans un âge
fort avancé.
La Ducheffe de Rocca Filomarini eft
accouchée à Naples d'un fils.
M...... Seigneur Portugais , Chanoine
de la Cathedrale de Lifbone , & qu'on'
dit frere du Comte de Ribeira a épousé à
Genes une jeune Demoifelle de la Maifon
de Caftro qu'il y a amenée de fon pays.
Il a fait part de fon mariage à l'Archevêque
de Genes , & l'a prié d'écrire en
fa faveur à l'Ambaſſadeur de Portugal à
Rome.
M. Baftorelli , ancien Senateur de Florence
, âgé de quatre- vingt- dix ans , à
époufé dans cette Ville une jeune perfonne
de dix- neuf à vingt ans.
x
Jamete Bemferis , Maure de Nation ;
âgé de 22. ans qui deferta il y a quelque
temps de l'armée des Mures qui affiege
Ceuta , a été baptifé à Madrid le 15.
Juillet dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Martin , ayant pour Parain Don Jean-
Hv Char
602 LE MERCURE
Charles , Marail - y Callaba , Chevalier
de l'Ordre de 3. Lazare , qui le nomma
François Xavier.
M. le Marquis de Laconi eft mort à
Madrid le 6. Aouft , âgé de foixante &
cinq ans il exerçoit depuis quelque
temps la Charge de Maior Dome Maior
du Roy d'Espagne. Il étoit Confeiller au
Confeil d'Arragon , Capitaine des Archers
de la Garde du Corps , Gentilhom-~
me de la Chambre de Sa Majefté Catholique
, & Grand d'Espagne ; il avoit été
autrefois Viceroi de Sardaigne , fa Patrie
, & Capitaine General des Galeres
de Sicile.
Don Manuel Navarrette , Archevêque
de Burgos , Prélat diftingué autant
par fa pieté que par fon fçavoir , eft mort
le 11. Aouft à Madrid , dans un âge fort
avancé.
*
Un Turc Efclave des Comtes de Le.
mos , a été baptifé dans la Chapelle de
l'Efcurial par le Cardinal de Borgia. Il
fut tenu fur les Fonts par le Cardinal
& Made la Comteffe de Lemos. Les Infans
, & les Grands d'Efpagne affifterent
à la ceremonie ; enfuite le même Cardinal
lui adminiftra le Sacrement de Confirmation.
M. Vicenti , Nonce du Pape à Naples
y eft mort le j. Aouſt , âgé de cinquante
DE SEPTEMBRE 1723. 603
quante & un ans , & a éré inhumé avec
pompe dans l'Eglife de S. Dominique.
Le Prince d'Avella Carafta , & le
Duc de Calabrio font morts à Naples
dans un âge fort avancé.
Jofeph Wolfgand des Urfins , fils du
Comte Wolfgand Sigifmond de Rofenberg
, Chambellan de l'Empereur , eft
mort à Vienne le 30. Aouft dans fon bas
âge.
Le Lord Charles Filets - Roy , fecond fils
du Duc de Cleveland , eft mort à Paris
de la petite verole , & fon corps a été
porté en Angleterre , fa Patrie.
Mad Dorothée , Com effe Palatine
de Veldents , fille de Leopold Loüis ,
Comte Palatin de Veldents Lautereck ,
qui s'étoit retirée à Francfort depuis la
caffation de fon mariage avec Guſtave
Samuel , Duc des Deux- Ponts, y eft morte
âgée de foixante & fix ans.
H vj
DIGNI
604
LE MERCURE
DIGNITEZ , BENEFICES
Charges des Pays Etrangers.
M
Ruffie.
R le Jeune , Comte de Golofkin ,
fils du Grand Chancelier , qui
depuis peu eft revenu de Berlin , où il
étoit Envoyé du Czar , a été fait Confeiller
au Confeil Privé de Sa Majefté
Czarienne , avec huit mille Rubles d'ap
pointemens .
Dannemark.
M. de Rofencrants , Prefident du Confeil
de Commerce a été fait grand Bailly
du Jutland à la place de M. Pallegrant ,
mort depuis peu.
Le jeune Prince Frideric , petit - fils.
du Roy de Dannemark a reçû l'Ordre
de l'Elephant..
Allemagne.
M. Valentin François Oxel , Miniftre
d'Aufbourg a pris féance dans le College
des Princes , au nom du Prince de
Lichtenſtein .
M. le Baron Othon , Theodore d'Anellern,
DE SEPTEMBRE 1723 305
nellern , a été nommé par l'Imperatrice
Amelie pour fucceder au feu Comte de
Velts dans la Charge de Surintendant de
fes Finances , & ce Baron a prêté le ferment
accoutumé entre les mains de M.
le Comte de Paar , Maiordome , Maior
de cette Princeffe.
M. le Comte de Goldftein a obtenu
de l'Electeur Palatin la Charge de Grand
Maréchal du Duché de Bergue , vacante
par la mort du Comte de Scaefberg.
Hollande.
Le Comte Amiral Godin a été nommé
pour commander l'Efcadre de cinq Vaif
feaux deftinez contre les Algeriens.
M. Rumpf , Refident à la Cour de
Suede y a été nommé Envoyé Extraor
dinaire des Etats Generaux .
Le Baron de Scagendo - Goudriaen 2
été nommé pour remplir la Charge va
cante de Curateur de l'Univerfité de
Leyde .
•
Portugal.
Le Docteur Pierre de Marin- Sarmen
to , Chevalier de l'Ordre de Chrift , a
été nommé par le Roy de Portugal pour
foulager le Defembargador Manuel d'Acunha
Sardinha dans les fonctions de fa
Charge de Procureur General des Finances
Royales.. Efpa
306 LE MERCURE
Espagne.
Le Roy d'Espagne ayant réfolu de
former la Maifon de l'Infant Dom Carlos
, Sa Majefté Catholique a nommé
M. le Duc de S. Pierre pour Gouverneur
du jeune Prince .
4
Don. François Antoine de Aguife
pour fous- Gouverneur .
Don Vincent Fuenbuena pour Gentilhomme
de la Manche.
Don Jofeph de Alaifa , & Don Pierre
Baraës pour Aydes de fa Chambre .
Les fieurs Felix , Marantes & Rebupour
fait Valets de Chambre.
Le fieur Antoine Langlaffe , & Don
Jofeph Artafi pour Valets de Garderobe.
Don Jofeph Mogrobejo pour fon Ayde
de Fouriere.
Les autres domeftiques fubalternes
font en pareil nombre , & fur le même
pied que ceux de l'Infant Don Ferdi
nand .
C
Mad la Marquile de Monte- Germafo
, cy devant Gouvernante de l'Infant
Don Carlos a été nommée Dame- d'Hone
neur de la Reine & a obtenu une penſion
de deux mille ducas par an.
Italie.
M. Barthelemy Rufpoli , Secretaire
des
DE SEPTEMBRE 1723 . Во
des Memoriaux a obtenu de fa Sainteté
la Charge de Primicier de l'Archiconfrairie
des Pelerins & Convalefcens , va
cante par la mort de M. Maffée Marfetti.
M. Centy , qui eft actuellement premier
Lieutenant de l'Auditeur de la
Chambre Apoftolique a été nommé par
fa Sainteté pour être fon Nonce dans le
Royaume de Naples.
་
M...... fils de M. Frideric Ricci
frere de l'Auditeur , & Senateur de ce
nom , a reçû à Rome l'Ordre de Saint
Eftienne qui lui a été conferé par M. le
Marquis de Angelis , Prieur de cet Ordre.
VKKKKKKKM
JOURNAL DE PARIS .
L
E quinze Aouft Fête de l'Affomption
de la Sainte Vierge la Proceffion
folemnelle de l'Eglife Metropolitai
ne qui fe fait tous les ans a pareil jour ,
en exccution du væeu de Louis XIII. fe
fit avec les ceremonies accoutumées . M.
le Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris y officia , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes , &
le Corps de Ville y affifterent ſuivant
l'ufage.
Le même jour la même Fête fut celebrée
508 LE MERCURE
lebrée à Cambray par une grande Pro
ceffion , fuivie de plufieurs Chars de
Triomphe , ornez de differentes reprefentations
dans le goût Flamand. Le Marquis
de Beretti Landi avoit invité chez
lui pour le voir paffer les Ambaffadeurs
Plenipotentiaires & Envoyez , & Mefdames
leurs épouses ; il leur donna un repas
exquis avec une excellente Mufique.
Le Roy a accordé à M. de Breteuil ,
Miniftre de la Guerre un Brevet de Retenue
de cinq cent mille livres fur fa
Charge de Secretaire d'Etat , qui eft obligé
de payer une pareille fomme aux heritiers
du feu Cardinal Dubois à quiil a
auffi accordé cent mille écus fur la Surintendance
generale des Poftes .
Le 24. Aouft M. de Martine , Envoyé
Extraordinaire du Landgrave de
Heffe-Caffel , eut audience particuliere
du Roy ; il y fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des
Ambaffadeurs qui le conduifit enſuite à
F'audience particuliere de Monfieur le
Duc d'Orleans.
Le même jour M. le Baron d'Hehm ,
Envoyé Extraordinaire du Duc de Brunf
wich eut la premiere audience publique
du Roy , & fit à Sa Majefté des complimens
fur fa Majorité ; il fut conduit
auffi par le Chevalier de Sainctot , Introduc
DE SEPTEMBRE 1725. 6e9
troducteur des Ambaffadeurs qui étoit
allé le prendre en fon Hôtel , à Paris ,
dans le Caroffe du Roy. Il eut enſuite
audience de Monfieur le Duc d'Orleans ,
& de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
étant conduit par le même Introducteur,
& après avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris dans le
même Caroffe avec les ceremonies ordinaires.
Le 29. Aouft les Prélats , & autres
Députez qui compofoient l'Affemblée
generale du Clergé , dont les féances
font finies , fe rendirent à Verſailles , &
eurent audience du Roy , l'Archevêque
de Sens porta la parole , & remercia Sa
Majefté de la protection qu'elle continue
d'accorder au Clergé par un Di cours digne
d'une fi augufte ceremonie. Les Députez
furent prefentez par M. le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , & conduit
par M. Defgranges , Maître des Ce
remonies .
·
Le Baron de Montigny Languet
Grand Bailly & General de Cavalerie
du Duc de Wirtemberg , envoyé par ce
Prince pour remercier le Roy des Honneurs
qu'il lui a fait rendre , lorfqu'il a
paffé dans les Etats pour aller à fa Prin
cipauté de Montbelliard , s'eft acquitté
de cette commiffion , & a été prefenté à
Sa
710 LE MERCURE
Sa Majefté par M. le Comte de Morville
, Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le département des affaires étrangeres.
Le premier de Septembre jour de l'anniverfaire
du feu Roy Louis XIV. le Roy
entendit dans fa Chapelle de fon Château
de Versailles la Meffe de Requiem ,
& le De profundis y fut chanté en Myfique.
Le même jour on celebra avec les ceremonies
ordinaires dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Denis un fervice folemnel
pour le repos de l'ame du feu
Roy Louis XIV . l'Archevêque de Vienne
y officia pontificalement. Le Duc du
Maine , le Comte de Touloufe , & plufieurs
perfonnes de diftinction y affifterent
, comme les Maréchaux de Villars
de Teffé , de Tallard ; les Ducs de Ville-
Roy , de Trelmes & de Gefvres , les
Marquis de Torci , de Bethune , de
Goefbriant , de Saumeri , & de Maillebois
, les Comtes de Maurepas & de
S. Florentin , & c.
Le 2. Septembre les Députez des
Etats de Languedoc eurent à Versailles
audience du Roy ; ils furent prefentez à
Sa Majefté par le Duc du Maine , Gouverneur
de la Province , & par le Marquis
de la Vrilliere , Miniftre & Secretaire
d'Etat. La députation étoit compofée
DE SEPTEMBRE 1723.
pofée de l'Evêque de Rieux pour le Cletgé
, le Marquis de Mirepoix pour la
Nobleffe , Ms Iraille , Conful Dupuy ,
& Mazard pour le Tiers Etat , M. Montferrier
, Syndic General de la Province ,
& M. Bonier , Treforier General des
Etats. L'Evêque de Rieux porta la parole
, & M. Defgranges , Maître des
Ceremonies les conduifit à l'audience.
On celebra le 27. Aouft un Service
folemnel pour le repos de l'Ame du Cardinal
Dubois dans l'Eglife Metropolitaine.
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris y officia pontificalement.
Le Parlement , la Chambre des Comptes ,
& la Cour des Aydes affifterent par députation
à cette ceremonie
ainfi que
Ï'Univerfité & le Corps de Ville . Les
mêmes honneurs ont été rendus fous les
regnes precedens aux perfonnes honorées
par nos Rois de la dignité de Premier
Miniftre.
>
M. le Marquis de Firmacon , Lieutenant
General des Armées de Sa
Majefté , & Commandant pour le Roy
dans le Rouffillon , a obtenu le Gouvernement
de Mont- Louis , vacant par
le decès de M. de Pelleport , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté.
Les maladies qui regnoient du côté
d'Arras n'étoient point contagieufes
comme
81.2 LE MERCURE
comme quelques-uns l'ont dit fans fona
dement. C'étoient des fiévres impedemiques
fort ardentes qui ont enlevé du
monde dans quelques Villages , plutôt
faute de remedes que par la malignité
du mal.
On apprend des Pays bas que les Ac
tions de la nouvelle Compagnie de Commerce
ne font qu'à 8. pour cent , & que
le premier fourniffement n'eft pas encore
entierement rempli.
Le 20. de ce mois M. d'Argenfon ,
Maître des Requêtes , Lieutenant General
de Police , Grand Croix , Chancelier
, & Garde des Sceaux de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Loüis , fut
nommé par Monfieur le Duc d'Orleans ,
Chancelier , Garde des Sceaux Chef
du Confeil , & Surintendant des Maifons
& Finances de S. A. R.
و
Monfieur le Duc d'Orleans teint le
17. de ce mois l'Affemblée de la Compagnie
des Indes.
Le Samedy 11. de ce mois le R. Pere
Mefpolier , Dominiquain , fit un Difcours
fort édifiant à l'Infante Reine , à
Verſailles , en la recevant dans la Confrerie
du Rofaire . Il parla de cette devotion
comme une des plus excellentes
qui foient établies dans l'Eglife pour honorer
J. C. & la Sainte Vierge , pour
fancti
DE
SEPTEMBRE 1723.
613
ce
fanctifier les Pecheurs & pour animer
les juftes à la perfeverance. Après que le
zelé Religieux eut mis dans tout fon
jour la Sainteté de l'Orailon Dominicale
, de la Salutation Angelique , &
des autres pratiques de pieté , établies
par S. Dominique , & qu'il eut expliqué
l'obligation des Confreres , & l'utilité
de tous leurs exercices fpirituels , il finit
fon Difcours en cette maniere. » Entre «
les perfonnes illuftres , par leur picté
& leur naiffance , qui ont pratiqué
cette fainte devotion ; on doit diftin- ce
guer la Reine Blanche fille d'Al- «
phonfe , Roy de Caftille , recomman- «
dable par fa rare prudence , & par fa <<
vertu , laquelle étant fterile depuis 12. «
ans , confulta Saint Dominique fur les «
prieres qu'elle devoit faire pour obte- «
nir du Ciel un heritier de la Couronne e
de France ; ce grand Saint lui confeilla «
de dire tous les jours le Rofaire. La «e
Reine y mit toute fa confiance & «
avant la fin de l'année elle eut le Roy «
Louis IX . la gloire de la France , & «
l'ornement de la Royauté , par fa fain- «
7
,
,
teté , par
fon
zele , & par fa valeur
. «
Elle
eut dans la foite
plufieurs
autres
ce
Princes
, parmi
lefquels
on compte
Ro- «
bert
, Comte
d'Artois
, Jean
Comte
«
d'Anjou
& du Maine
, Alfonfe
, Comto
614 LE MERCURE
"
ƉƆ
te de Poitiers , & de Toulouſe , Charles
, Comte de Provence & Roy de
Naples. S. Louis n'eut pas plutôt at-
» teint l'âge de raifon , qu'ayant appris
qu'il avoit été obtenu du Ciel par la
vertu des prieres du Rofaire , il fut
» deflors , & toute la vie fort affectionné
» à cette devotion , delà vient l'uſage
» établi en France d'y recevoir les Rois ,
les Reines , & tous les Princes préfomptifs
heritiers de la Couronne.
C'est en confequence de cet ufage que
le P. Mefpolié cut l'honneur de recevoir
le Roy heureufement regnant , quin
ze jours après fa naiffance dans cette celebre
Confrairie , & qu'il a eu celui d'y
recevoir auffi l'Infante- Reine . Il a encore
receu dans la même devotion la
Ducheffe de Ventadour , ſa Gouvernante
, la Princeffe de Soubize reçûë en furvivance
Gouvernante des Enfans de
France ; & toutes les autres Dame , &
les Officiers de la Cour de l'Infante
Reine .
Le Roy ne manque guere le Lundy
& le Jeudy de chaque femaine , d'aller
courre le Cerf dans la Foreft de Marly.
S. M. y donne des retours de chaffe fous
des tentes qui font d'une délicateffe ,
d'une propreté , & d'une abondance extraordinaire.
On y fert une table de 25.
à 30.
DE SEPTEMBRE 1723. 615
à 30. couverts , où les Officiers de la
bouche & du Gobelet du Roy fignalent
leur zele pour leur augufte maître , en
faifant paroître les mets les plus exquis ,
& ce qu'il y a de plus recherché pour la
faifon . Les Princes , les Princeffes , & les
Seigneurs & Dames qui font de la chaffe
mangent avec S. M.
On prepare la Foreft de S. Germain
& on croit que le Roy pourra y courre
le Cerf à la fin du mois prochain . On y
difpofe un endroit nommé Leval , où Sa
Majefté fera fes retours de chaffe .
Ön repare entierement la - Menagerie
à Verfailles pour y mettre les Oifeaux ,
& les autres animaux rares & curieux
qu'on y fait venir pour le Roy.
François Flahault , Libraire fur le
Quay des Auguftins , au Roy de Portugal
, imprime un Difcours d'une Dame ,
fur la folie Philofophique , ancienne &
moderne , de l'un & de l'autre fexe , &
fur le projet d'une Philofophie de femme.
Ce Difcours paroîtra dans le mois
prochain.
On a établi ruë de Reülly , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris , une Manufacture
de Fer fondu & adouci , en confequence
du memoire que M. de Reaumur
616 LE MERCURE
mur de l'Académie des Sciences en à
donné au Public en 1722. & dont nous
avons parlé en ce temps- là. On trouve
dans cette Manufacture des ouvrages en
Fer auffi bien executez , & auffi bien cizelez
qu'on le pourroit faire en bronze ,
& dont le prix n'eft pas la dixiéme par
tie de ce qu'ils couteroient en Fer forgé.
On y trouve toutes fortes d'ouvrages de
Serrureries , boucles de Porte- Cochere
avec Rozettes , Serrures montées à l'Angloiſe
avec leurs affortimens , grilles de
feux avec de beaux ornemens , & tous
autres Ouvrages en Fer qu'on n'a pû
executer jufqu'ici par la difficulté de
traiter ce métal. Le premier Ouvrage
qui foit forti de cette Manufacture eft à
l'Hôtel de Jabac , où eft établi le Bureau
general ; on y voit à la Porte- Cochere
une Boucle avec fa rozette plus belles
que toutes celles qui ont paru jufqu'aprefent.
Le Spectateur Suiffe eft une nouvelle
Brochure qui paroît depuis peu . On la
vend chez F. Flahaut , Quay des Auguf
tins , & chez Morin , au Palais. Nous en
parlerons le mois prochain .
Le
DE SEPTEMBRE 1723. 617
Le 14. de ce mois la Congregation des PP.
de l'Oratoire tint Chapitre general dans fa Maifon
rue S. Honoré , où M. d'Argenfon , Lieutenant
General de Police affifta , en qualité de
Commiffaire nommé par le Roy.
Monfieur le Duc d'Orleans a choifi M. Melon
pour fon premier Commis , pour ce qui regarde
les affaires de la Compagnie des Indes.
NAISSANCES ,
& Mariages.
MORTS
R Louis Berault de la Haye de Riou , Chevalier-
Seigneur de la Gauvriere , de la Foy,
& c. Gentilhomme de la Manche du Roy , fils de
feu M. Louis Ardouin Berault de la Haye de
Riou , & de Dame Françoife de Cafalis , a épousé le
2. Septembre , Dame Anne Helvetius , veuve de
M.Jean Nicolas Martinet , Seigneur de Charfonville
la Renardiere , & c. Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Lieutenant General des
Armées Navales de Sa Majefté Catholique , &
fille d'Adrien Helvetius , Ecuyer - Confeiller du
Roy , Medecin , Infpecteur General des Hôpitaux
de Flandres .
}
M. François Bonaventure de Tilly , Cheva-
Hier , Marquis de Blaru , Capitaine au Regiment,
Meftre de Camp General des Dragons , fils de
M. Charles de Tilly , Lieutenant de Roy au
Gouvernement de l'Ile de France , & de Dame
Catherine-Elifabeth de Manneville , a épousé le
22. de ce mois D Marie-Anne le Nain , fille
de feu M. Jean le Nain , Chevalier- Confeiller
I du
618 LE MERCURE
du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé , & fon
premier Avocat General au Parlement , . & de
Dame Marie Mafcranny.
Le 15. Septembre on a baptifé dans l'Eglife
de S. Sulpice une fille de Meffire Jacques Vincent
Languet , Chevalier , Comte de Gergy , Ambaffadeur
du Roy à Venife , cy-devant Plenipotentiaire
de Sa Majefté à la Diette de Ratiſbone,
& de Dame Anne Henry , fon épouſe. Elle a
été tenue fur les Fonts , & nommée Antoinette
Barbonne Therefe , par M. Barbonne Moroſzini
Ambaffadeur de la Republique de Venife , près
de Sa Majesté très- Chrétienne , & par Dame Antoinette
de Novion , époufe de Meffire Gafpart
de Clermont- Tonnere , Commiflaire General de
la Cavalerie , & Brigadier des Armées du Roy.
Mad. la Comteffe de Laval eft accouchée le 21.
Septembre d'un garçon , cela perpetuë la branche
ainée de la Maifon de Laval.
Le 30. Aouft dernier M Nicolas Bachelier ,
Prêtre , Docteur de Sorbonne , Doyen & Chanoine
de l'Eglife Metropolitaine , Vicaire General
de l'Archevêque Duc de Rheims , & Came
rier d'honneur du Pape , eft mort à Paris , âgé
de 52. ans.
Le premier de ce mois Dame Claude Catherine
d'Alegre , veuve de M. Henry , Comte de
Boulainvilliers & de S. Sair , Seigneur & Patron
de Saint Sair , de Baubec , Minimogé , & de Nel
en Bray , Chevalier de Laon , âgée de 40. ans .
Le 9. Dame Marie-Magdelaine de Liflauits
époufe de M. Jean- Baptifte de Johanne de la
Carre , Chevalier , Comte de Saumeri , Lieutenant
General au Gouvernement d'Orleans , &
¡cy- devant Maître- d'Hôtel de Madame la Ducheffe
de Berry , âgée de 55. ans.
Le 8. Dame Marie Cazet de Vautorte , veuve
de
DE SEPTEMBRE 1723. 619
de Jean Bochaid , Chevalier- Seigneur de Saron ,
Confeiller , Sous - Doyen de la Grande-Chambre
du Parlement , âgée de 85. ans.
M. Felix le Pelletier , Chevalier - Seigneur de
la Houffaye , de Signi , & c. Confeiller d'Etat
ordinaire , cy- devant Confeiller au Confeil de
Regence , Commandeur des ordres du Roy ,
Chancelier , Garde des Sceaux . Chef du Confeil ,
& Surintendant des Maiſon , Domaines & Finances
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans , eft
mort à Paris le 20. de ce mois , âgé de 60 ans
fix mois ; fon corps a été inhumé avec beaucoup
de pompe le 22. dans l'Eglife des Feuillans de
la rue S. Honoré. Il fut nommé Contrôleur General
des Finances au mois de Decembre 1720 .
Il fe démit de cet emploi au mois d'Avril 1722 .
à caufe de fon peu de fanté ; le Roy lui accorda
une penfion confiderable pour récompenfer fes
fervices.
M. de la Faluere de Genonville , depuis peu
Confeiller au Parlement de Paris , eft mort de la
petite verole , âgé de 23. ans.
Dame Agnés de Villars , cy- devant Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Chelles , & foeur du Maréchal
Duc de Villars , mourut à Paris le 17.
de ce mois , âgée d'environ 69. ans
Le Theatre vient de perdre deux Auteurs Dramatiques
, M. de Saintion dont nous avons deux
Comedies , que le public revoit avec plaifir , &
M. François de Chaligny , Seigneur de Plaines ,
âgé de trente ans , qui donna il y a deux ans
une Tragedie fous le titre de Coriolan.
M. Philippe Louis , Comte d'Arpajon , âgé de
7. ans , 3. mois , eft mort le 2. Octobre. Il étoit
fils unique du Marquis d'Arpajon , Lieutenant General
des Armées , &c.
I ij ADDI
620 LE MERCURE
ADDITION aux nouvelles Etrangeres.
N apprend par des Lettres d'Allemagne ,
que malgré l'accommodement qui ſe traite
à Conftantinople , entre les Miniſtres de la Porte,
& ceux du Czar , il paroît que les Turcs font
d'intelligence avec Miriveitz pour chaffer les
Ruffiens de Derbent & Andreof , qui leur reſtent
de leurs dernieres conquêtes , pour aller
affieger Aftracan , & ôter aux Moscovites toute
communication avec la Mer Cafpienne ..
On écrit de Londres que le nommé Broxh ,
qui eft depuis deux ans dans les prifons de Neugate
, pour avoir épousé 23. femmes , qui font
actuellement en vie , fut renvoyé aux prochaines
ceffions du Parlement.
Deux habiles Orfévres travaillent à Moscou à
faire deux Couronnes , qui ferviront au Couronnement
de leurs Majeftez Czariennes , dont la
ceremonie fe doit faire en cette Capitale , où
l'on fait actuellement de grands preparatifs .
Le Dimanche s . de ce mois , l'Empereur fut
couronné Roy de Bohéme à Prague. La ceremonie
fe fit dans l'Eglife Metropolitaine , avec une
très grande magnificence. Nous en donnerons
une Relation circonftancié le mois prochain ,
ainfi que du Couronnement de l'Imperatrice,
qui a dû fe faire le 8. jour de la Nativité de la
Vierge.
On apprend de Rome que l'Ambaffadeur de
Parme a conferé avec le Cardinal Secretaire d'Eau
fujet d'une Bulle , dont il demande la
confirmation , pour authorifer le Duc fon Maî-
Fe à créer des Chevaliers de l'Ordre de Conftantat
›
tin i
DE SEPTEMBRE 1723. 621
tin ; prérogative dont la Maiſon Farnefe a tou
jours joui.
Le Parlement de Chamberi a confirmé la Sen
tence prononcée contre plufieurs habitans de la
Province d'Aofte , accufez de malefices , & il a
ordonné leur Procès fera brûlé avec eux ,
que
pour ôter à la pofterité la connoiffance des crimes
& des facrileges , dont ils ont été con
vaincus.
a
jkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkj *X
LETTRES PATENTES ,
ARREST S , & c.
[ETTRES PATENTES fur Arreft , qui orla
réunion du Grenier à Sel de Seigneville
à celui de faint Vallery , pour ne faire
qu'un feul & même Grenier , & une feule Jurifdiction.
Données à Verſailles le 18 Fevrier 1723.
regiftrées en la Cour des Aydes le 14. Aouſt.
DECLARATION du Roy , portant que les
Gages Intermediaires , échûs depuis le premier
Janvier 1720. feront payez fur les quittances de
Martin Girard , fes Procureurs & Commis. Donnée
à Verſailles le 2. May 1723. Regiſtrée en la
Chambre des Comptes le 31. Juillet audit an.
LETTRES Patentes , concernant les ventes &
adjudications des Bois de Verfailles , Marly &
dépendances. Données à Meudon le 7. Juin 172 3.
regiſtrées en Parlement le 26. Aouſt.
EDIT du Roy , portant fuppreffion du Grenier
I iij
à
622 LE MERCURE
à Sel de Seigneville ; enfemble les Offices de
Prefident Grenetier , Contrôleur , de nos Procureur
& Avocat , Greffier , Huiffier , & tous autres,
&c. Donné à Meudon au mois de Juillet
1723. regiſtré en la Cour des Aydes le 14. Aouſt.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 5.
Juillet 1723. & Lettres Patentes fur icelui. Données
à Meudon le 12. Juillet audit an , registrées
en la Cour des Aydes le 19. Aouft fuivant. Qui
ordonnent la continuation des Travaux & Reparations
qui restent à faire au Canal des Lofnes
& la levée de cinq fols par Minot de Sel , dans
1 es Greniers & Chambres de l'étendue des Gabelles
de Lyonnois , Provence , Dauphiné , Languedoc
, Auvergne & Rouergue , pour les deniers
en provenans être employez à la dépenſe
defdits Travaux.
ARREST de la Cour de Parlement , du 7.
Juillet. Qui confirme une Sentence rendue en la
Senechaullée d'Angers , par laquelle il eft ordonné
que les Avocats-Procureurs auront des
Regiftres , fur lefquels ils infereront les fommes
qu'ils toucheront de leurs Parties , & qui fait défenfes
à leurs Clercs de recevoir aucun argent
des Parties , fous les peines y contenuës.
DECLARATION du Roy , au fujet des frau
des qui fe font aux Entrées de Paris , avec violences
, attroupemens & ports d'armes. Donnée
à Meudon le 12. Juillet 1723. regiſtrée en la
Cour des Aydes le 5. Aouft 1723.
EDIT du Roy , donné à Meudon au mois de
Juillet 1723. portant création de quatre Offices
de Receveurs , Payeurs des Gages , augmentations
de
DE SEPTEMBRE 1723. 623
L
de Gages , Rentes & autres Charges affignées
fur les Fermes , & de quatre Offices de Contrô
leurs defdits Payeurs , regiſtré en la Chambre
des Comptes le 31. Juillet 1723 .
LETTRES Patentes , qui ordonnent une coupe
de Bois dans ceux de la Foreft de Marly pour
l'ordinaire 1724. Données à Meudon le 18. juillet
1723, regiſtrées en Parlement le 26. Aouſt.
LETTRES Patentes fur Arreft , qui ordonnent
que les Voituriers & Conducteurs de Marchandifes
paffans par faint Jean d'Angely , remettront
au Contrôleur des Fermes de ladite Ville , les
acquits de payement dont ils feront porteurs ,
Données à Meudon le 19. Juillet 1723. regiſtrées
en la Cour des Aydes le 14. Aouft.
ARREST contradictoire du Confeil d'Etat dụ
Roy , du 26. Juillet 1723. Qui ordonne que l'Arreft
du Confeil du 29. Septembre 1722. fera executé
felon fa forme & teneur ; ce faifant , que
les Maifons occupées par 70. Particuliers taillables
à la Villette , enfemble ceux qui habitent
les Maifons nouvellement conftruites dans la rue
Bellefond , & quartier appellé la Nouvelle- France
, cy-devant taillables de Montmartre , ainfi
que les Exempts & Privilegiez , feront tenus de
payer les droits d'Entrées des Vins & autres Boiffons
qu'ils avoient en leur poffeffion , lors des Inventaires
& de celles qu'ils ont fait & feront ar
river , enſemble les droits de Domaine & Barrage
, Pied-Fourché Cendres , Soultes & Gravefées
, & autres Droits dépendans de la Ferme
des Aydes , & les Vendans Vin & autres Boilfons
, le Huitiéme & l'Annuel. Décharge lefdits
Habitans de la Taille , & contient à ce fujet
I iiij
diffe
624 LE MERCURE
differentes difpofitions. Declare que le prefent
Arreft ne pourra nuire ni préjudicier aux conteftations
, qui font entre les fieurs Curez des Paroiffes
de la Ville & Fauxbourgs de Paris , les
Dames , Abbeffe & Religieufes de Montmartre ,
le fieur Curé de la Villette & autres , au fujet des
limites des Paroiffes , Juftices & Seigneuries ,
pour raifon defquelles conteftations les Parties fe
pourvoiront , pour après le jugement d'icelles
être fait droit fur les demandes concernant les
Maîtrifes d'Arts & Métiers ; & jufqu'à ce qu'il
en fera ufé comme par le paffé.
ARREST de la Cour de Parlement , du 3.
Aouft , rendu entre les Dames Abbeffe , Religieu'es
& Convent de l'Abbaye Royale de Nôtre-
Dame de Montmartre , le fieur Curé dudit Montmartre
d'une part , & les Curé & Marguilliers de
la Paroille de S. Laurent , les habitans du Fauxbourg
Sainte Anne , dit la Nouvelle France , & autres;
qui maintient entr'autres choſes lefditesDame
& Curé de Montmartre dans les droits de Juſtice
& Curiaux dans ledit Fauxbourg Sainte Anne.
LETTRES Patentes pour le Clergé. Données
à Meudon le 9. Aouft 1713. enregistrées en Parlement
le 20. du même mois , au fu et des déli
berations de l'Aflemblée generale du Clergé de
France des 1o. Juin & 7. Juillet 1723 par lefque
les il eft dit ce qui fuit. Confirmons , approu
vons & autorifons lefdites Déliberations des 10,
Juin & 7. Juillet 1723. Voulons & entendons .
qu'elles foient executées felon leur forme & teneur
, & en confequence permettons l'impofition
d'un million de livres payable en quatre termes ,
dont le premier fera fait dans l'échéance du terme
de Noël de la prefente année 1723. le fecond
&
DE SEPTEMBRE 1723. 825
& le troifiéme , dans les deux termes de S. Jean
& de Noël de l'année prochaine 1724. & le quatriéme
& dernier , dans l'écheance du terme de
Saint Jean de l'année 1725. & pour y parvenir ,
il fera arrêté dans ladite Affemblée un département
de la fomme d'un million de livres fur le
pied du département de 1641. rectifié en 1646.
lequel fera inceffamment envoyé dans les Diocéles
, qui feront tenus de faire dans leurs Bureaux
Diocéfains leurs départemens particuliers , lefquels
feront remis dans le premier Novembre
prochain entre les mains de ceux qui feront prépofez
à faire les fonctions des Receveurs Diocéfains
, pour être les fommes y contenues par eux
fevées pendant les mois de Novembre & de Decembre
prochains , pour le premier payement ;
& feront lefdites fommes remifes à ceux qui feront
commis & prépofez aux recettes provinciales
avant le premier Fevrier de l'année prochaine
17 24. pour être par eux enfuite remiſes au Receveur
general du Clergé avant le premier Avril
de ladite année 1724. & .
DECLARATION du Roy du 9. Aouft , regif
trée en la Cour des Aydes le 4. Septembre , concernant
la nomination des Collecteurs des Tailles
, par laquelle S. M. ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Que dans les Paroiffes des Generalitez de notre
Royaume où la Taille eft perfonnelle , dans
lefquelles nos Declarations des premier Aouft
1716 & 24. May 1717. portant Reglement fur la
nomination des Collecteurs n'ont pas encore été
executées , il foit procedé incéflamment à la
confection des Tableaux ou Etats des Collecteurs,
ordonnez par nofdites Declarations ; & que dans
telles où lesdits. Tableaux ou Etats ont été faits ,
I v il
626 LE MERCURE
il foit pareillement procedé aux Recollemen
preferits par lefdites Declarations , le tout à la
diligence des Syndics & des Collecteurs en charge
; pour être lesdits Tableaux & Recollemens remis
aux Greffes des Elections dans le 15. Septembre
prochain pour la prefente année , & dans
le 15. Juillet de chaque année fuivante , à peine
de cinquante livres d'amende folidairement contre
le Syndic & les Collecteurs , laquelle amende
ne pourra être remiſe ni moderée , & dont le
payement fera pourfuisi à la requête de nôtre
Procureur en chaque Election .
I I.
Afin de pouvoir compter feurement fur la
confection defdits Tableaux , & que les Recollemens
en puiffent être faits regulierement à l'avenir
, & dans les termes cy- deffus marquez ;
voulons que les Officiers de nos Elections faffent
tous les ans entr'eux une diftribution des Paroiffes
, dont leurs Elections font compofées , à l'effet
de travailler fans frais , chacun à leur égard , conjointement
avec les Syndics & Collecteurs en
Charge aux Recolle mens des Tableaux des Paroiffes
qui leur feront échûës par la diftribution ,
& qu'ils foient tenus de remettre lesdits Recollemens
au Greffe de leurs Elections dans le 15.
Septembre prochain pour la prefente année , &
dans le 15. Juillet de chaque année ſuivante
comme auffi d'en faire mention dans leurs Procès
verbaux de Chevauchée , & d'en remettre
l'état figné d'eux aux fieurs Intendans & Commilaires
départis dans les Provinces , aufquels
Nous enjoignons de ne point vifer lefdts Procès
verbaux de Chevauchée , qu'aprés que lesdits.
Etats leur auront été remis.
I I I.
Voulons qu'à l'avenir & à commencer par la
preiente
DE
SEPTEMBRE 1723 . 627
prefente année , les conteftations qui pourront
naître à l'occafion des Tableaux & Recollemens
faits ou à faire par lefdits Officiers de nos Elections
en vertu du prefent Article , foient portées
aux Elections & par appel en nos Cours des Aydes
, dans les temps preferits par les anciens
Reglemens , dérogeant à cet égard à la difpofition
de nos Declarations des premier Aouſt 1716 .
& 24. May 1717 .
I V.
Voulons qu'en interpretant l'Article VIII. de
nôtre Declaration du premier Aoult 1716. par
lequel il eſt porté qu'il ne fera payé aucuns droits
aux Greffiers ni aux Officiers des Elections pour
la remife qui fera faite en leurs Greffes des Tableaux
ou Etats de ceux qui doivent paffer par
la Collecte , & des Actes de Recollement defdits
Tableaux ou Etats qui doivent être faits tous les
ans , non plus que pour les Extraits contenant
les noms des Collecteurs de chaque année , les
Greffiers des Elections puiffent percevoir cinq
fols pour le Certificat qu'ils délivreront de la remife
en leur Greffe de chaque Tableau de Collecreurs
ou Acte de Recollement fait en execution
de ladite Declaration , ainfi & de la même maniere
qu'il leur étoit permis cy-devant de perce--
voir trois fols feulement pour le dépoft & enregiftrement
de chaque Nomination des Collec--
teurs , & pour l'Acte d'Apport qu'ils en délivreroient
, conformément à l'Edit en forme de Reglement
du mois d'Avril 1686. auquel Nous
avons dérogé par ces prefentes en ce qui concerne
la fixation dudit Droit.
ས .
Sur ce qui Nous a été reprefenté que dans plu
fleurs Paroiffes , dans lefquelles les Tableaux , ou
n'ont point encore été faits , ou s'ils l'ont été ,
I vj
les
628 LE MERCURE
les Recollemens n'en ont point été faits exacted
ment ; les Habitans ont perdu l'ufage de s'affembler
pour proceder entr'eux , fuivant les anciens
Reglemens , à la Nomination des Collecteurs ,
ce qui caufe un préjudice confiderable au recou
vrement , par le retard de la confection des Rôles
pour obvier à cet inconvenient , voulons &
ordonnons que dans les premier & deuxième Dimanche
du mois de Septembre prochain , pour
cette année feulement , les Habitans des Paroiffes
où la Taille eft perfonnelle , foient tenus de s'affembler
à l'iffuë de la Meffe ou des Vêpres Paroiffiales
, pour nommer entr'eux , à la pluralité des
voix , de bons & folvables Collecteurs , dont il
fera dretlé un Acte en bonne forme.
-V I.
Et pour ne point déranger l'ordre des Tableaux
, dont les Recollemens ont été faits jufqu'à
prefent avec exactitude , Nous voulons que
dans les Paroiffes où ils font bien établis , la 110-
mination des Collecteurs pour l'année prochaine
foit faite par les Habitans des mêmes fujets qui
doivent l'être l'ordre des Tableaux , fans qu'il
par
leur foit permis de les changer ; & à l'égard des
Paroiffes dans lesquelles les Tableaux n'ont point
encore eu lieu , ou dont les Recollemens n'ont
pas été regulierement faits ; ordonnons pareillement
que les Habitans feront tenus de s'affembler
dans les temps marquez par l'Article prece
dent , pour nommer entr'eux des Collecteurs.
bons & folvables , dont il fera auffi dreffé un
Acte en bonne forme .
VII.
Enjoignons expreffement aux Syndics , Marguilliers
ou autres principaux Habitans qui auront
convoqué l'Affemblée , de dreffer un Acte
de la nomination qui aura été faite ; & encas.
que
DE SEPTEMBRE 1723 625
que les Habitans convoquez ayent refufé de
de proceder à ladite Nomination , il fera pareilement
dreffé un Acte dudit refus , dans
lefquels Actes , foit de Nomination ou de
refus , l'on inferera les noms de ceux qui portant
vint livres de Taille , & au- deffus , au
ront refufé de donner leur voix , ou ne ſe
feront point trouvez à ladite Affemblée ; le
tout à peine contre le Syndic & lefdits Marguilliers
, ou autre principal Habitant de vingt
livres d'amende , dont le payement fera pourfuivi
conformement à l'Article premier des
prefentes.
VIIL
9
Tous les Actes de Nomination ou de refus
feront enregistrez au Greffe des Elections
avant le premier Octobre de chaque année
& inferez dans un Regiftre qui fera tenu à
cet effet par les Greffiers des Elections , apres
avoir été cotté & paraphé par le Prefident &
nôtre Procureur en l'Election.
I X.
Ce Regiftre fera clos & arrêté le dernier
jour du mois de Septembre par le Prefident ,
nôtre Procureur en l'Election , & un ou deux
Elûs , fuivant le nombre des Officiers , dont
les Elections feront compofées .
X.
Les Greffiers des Elections délivreront
dans les huit premiers jours d'Octobre à nos
Procureurs en l'Election , un Extrait fur papier
non timbré , qui fera figné d'eux , de
tous les Actes de Nomination & de refus qui
lui auront été remis , lequel Extrait contiendra
les noms des Collecteurs qui auront été
nommez , ou au défaut de la Nomination les
noms des Habitans à vingt livres de Taille &
aus .
630 LE MERCURE
au-deffus , qui auront été abfens , ou qui étant
prefens auront refufé de donner leur voix.
X I.
Enjoignons à nos Procureurs dans les Elections
, de dreffer un Etat fur lefdits Extraits ,
de tous ceux qui portant vingt livres de Taille
& au-deffus , auront refufé de donner leur
voix , ou de fe trouver à l'Affemblée , ou d'en
figner l'Acte ; & au cas qu'il n'ait point été
dépofé d'Acte de Nomination , nos Procureurs
ajoûteront audit Etat le nom du Syndic ,
& de dix des plus anciens Habitans de la
Paroiffe portans vingt livres de Tailles & audeffus
fur le pied des Rôles de l'année courante
, fans excepter les Marguilliers en
Charge.
XII.
Cet Etat fera figné & certifié veritable par
nôtre Procureur dans chaque Election , &
fera par lui remis ou envoyé au fieur Com→
miffaire départi de la Generalité , au plus tard
à la fin du mois d'Octobre.
XIII.
Enjoignons aux fieurs Intendans & Com
miffaires départis , & aux Officiers des Elections
, conformément à la Declaration du 28.
Aouft 1685. de choisir dans le nombre de ceux
qui feront compris dans lefdits Etats , les plus
hauts en Taille pour faire la fonction de Collecteurs
, & de les nommer d'Office dans les
Paroiffes où il n'aura point été fait de Nomination
, où dont les fujets nommez feront m
fuffifans pour faire la Collecte , encore bien
qu'ils foient Syndics ou Marguilliers , fauf
aux Paroiffes à nommer d'autres Habitans pour
faire leurs fonctions pendant l'année , dont
ls demeureront chargez de faire la Collecte
XIII
.
DE SEPTEMBRE 1723. 637
XIV.
Défendons expreffement aufdits fieurs Intendans
& aux Officiers des Elections , fous
tel prétexte que ce foit , de nommer d'autres
Collecteurs que ceux defignez en l'Article
cy-deffus , à l'exception feulement de ceux qui
auront paffé à la Collecte depuis trois ans.
k
X V.
Voulons au furplus que nos Declarationsdes
premier Aout 1716. & 24. May 1717 .
folent executées felon leur forme & teneur
en tout ce qui ne fe trouvera point contraire
à nôtre prefente Declaration. ·
ARREST du 16. Aoust 1723. Qui ordonne:
la confifcation au profit de Jacques David ,,
des Viandes faifies en contravention des droits
d'Infpecteurs aux Boucheries fur Henry Richardier
, Boucher de la Ville de Beaune ,
Election de Nemours , & condamne ledit Ri
chardier en trois cens livres d'amende .
DECLARATION du Roy , portant défenfes
à tous Sujets du Roy de s'intereffer
dans la Compagnie de Commerce nouvellement
établie à Oftende. A peine contre les
contrevenans de 3000. liv. d'amende , & €.
Donnée à Versailles le 16. Aouft 1723. Enregiftrée
en Parlement le 20. dudit mois .
ARREST du 30. Aouft , par lequel Sa Majefté
ordonne qu'il fera tenu le 17. du mois
de Septembre prochain une Affemblée generale
de la Compagnie des Indes en l'Hôtel de
ladite Compagnie , à l'effet de proceder à l'Election
de huit Syndics qui feront choifis parmi
les notables Bourgeois , bons Negocians,
&
632
LE
MERCURE
>
& autres gens experimentez au fait du Com
merce , de la Banque & des Comptes. Veut
Sa Majesté que ceux defireront avoir entrée ,
& voix déliberative en ladite Aſſemblée
foient tenus de dépofer avant le 10. dudit
Imois de Septembre cinquante Actions en
compte à la Compagnie ; que le dépoft en
foit fait en leur nom ; & que par le Caiffier
de la Compagnie il leur foit délivré un Certificat
du dépoft de cette quantité d'Actions ,
pareillement expedié en leur nom , fur la reprefentation
duquel Certificat ils feront admis
à l'Affemblée : Faifant Sa Majefté défenfes à
toutes perfonnes d'entrer en ladite Affemblée
fur des Certificats qui ne feroient pas expediez
en leur nom . Ordonne en outre que les
Actions ainfi dépofées , & fur lesquelles les
Certificats requis auront été expediez , feront
rendus huitaine après le jour de l'Affemblée ,
aux Particuliers qui les auront déposées , &
qui defireront les retirer.
ARREST du même jour. Qui décharge
du Droit de Marc d'Or les Offices Munieipaux
, dont la finance eft de mille livres ,
& au- deffous.
ARREST du même jour , qui regle la maniere
de fixer le titre des Lingots par les Effayeurs
General & Particuliers des Monnoyes
, & ordonne en confequence ce qui fuit .
ARTICLE PREMIER.
De marquer de leur poinçon , chacun à
leur égard , tous les Lingots d'Or & d'Argent
qui leur feront portez à effayer , dans l'inftant
même qu'ils leur feront remis.
II.
DE
SEPTEMBRE 1723. 633
I I.
De tenir Regiftre particulier dûëment pa
raphé , fur lequel ils écriront conformément à
l'Ordonnance de 1554. Article XXXIII, te
poids defdits Lingots , avec les noms , demeures
& qualitez des Proprietaires , ainfi
que le titre qu'ils auront trouvé , en obfervant
de numeroter de fuite tous les Articles dudit
Regiftre , de n'interrompre l'ordre defdits numero
qu'au commencement de chaque année,
& d'infculper fur chacun defdits Lingots le
même numero , fous lequel il aura été regiftré
; en forte que ces Lingots ne foient rendus
aux porteurs qu'après avoir été ainfi marquez
& numerotez .
III.
Lorfque les particuliers viendront chercher
le rapport des Effayeurs, lefdits Effayeurs
auront foin de verifier leurs numero , après
quoi ils marqueront le titre deffus lefdits
Lingots.
IV.
Si les proprietaires des Lingots jugent neceffaire
d'en faire faire plufieurs effais , lefdits
Effayeurs feront tenus de les registrer autant
de fois qu'ils les effayeront , & d'obferver à
chaque fois ce qui eft cy - deffus ordonné , en
ajoûtant feulement au nouvel enregistrement
les numero fur lefquels lefdits Lingots auront
déja été registrez
V.
Au cas que les Titres marquez fur les Lingots
fe trouvent differens , foit parce qu'ils
auront été effayez à Paris ou à Lyon par les
Effayeurs general & particuliers , ou pour autres
raifons , les Directeurs des Monnoyes
pourront ainfi que les Affineurs , Orfévres &
autres .
234 LE MERCURE
autres ouvriers travaillant en Or & en Argent
, qui acheteront lefdits Lingots , les évafuer
fur le pied commun de tous les Titres
marquez par lefdits Effayeurs.
V I.
N'entend cependant Sa Majefté que le Directeur
d'une Monnoye foit obligé de recevoir
des Lingots fur les Titres marquez par
les Effayeurs d'autres Monnoyes. Enjoint Sa
Majefté aux Officiers des Cours des Monnoyes
, de tenir la main à l'execution du prefent
Arreft qui fera lû , publié , &c.
ARREST du même jour. Qui ordonne
que les Quittances pour Rentes perpetuelles
au denier so. fur les Tailles , ou pour interefts
au même denier 50. les Finances d'Offices
& droits fupprimées & liquidées , affranchiffemens
des Tailles , Rachapt du Preft &
Annuel , Ordonnances de comptant pour
avances faites par les Traitans , les Billets des
Directeurs des Monnoyes , & les Billets d'Emprunt
de la Compagnie des Indes , feront reçus
par le Garde du Trefor Royal , en exercice
pour l'acquifition des Rentes Viageres au
denier 25. fur les Tailles.
ARREST du 31. Aouft , par lequel Sa Majefté
accorde à la Compagnie des Indes , le
Privilege excl fif de la vente du Caffé dans
toute l'étendue du Royaume , Pays , Terres &
Seigneuries de l'obéiffance de Sa Majefté
pour être ledit Privilege exercé , regi ou affermé
par ladite Compagnie , ainfi & en la forme
& maniere que ladite Compagnie le jugera
plus convenable & avantageux à fes interefts ,
& être ledit Privilege exploité par les Fermiers
DE SEPTEMBRE 1723. 635
miers ou Regiffeurs , ainfi & de la même ma
niere qu'eft actuellement exploité celui de la
vente exclufive du Tabac , & fous les mêmes
peines contre les contrevenans , que celles qui
font prononcées par les Edits , Declarations
& Arrefts rendus à l'occafion des droits fur
le Tabac , & c.
ARREST du premier Septembre , qui or
donne que par les Commiffaires de fon Confeil
qui feront nommez à cet effet , il fera
paffé à la Compagnie des Indes , fes Directeurs
ftipulans pour elle , un Contrat d'alienation à
titre d'engagement du Privilege exclufif de la
vente du Tabac , pour en jouir ainſi qu'en a
joui ou dú jouir Duverdier , à prefent Fermier
General de ladite vente exclufive , à commencer
la jouiffance dudit Privilege au premier
Octobre prochain , & c.
ARREST du 2. Septembre , qui ordonne
que l'Arreft du Confeil du 28. Juillet dernier ,
portant que dans le premier Novembre pro
chain tous les Porteurs de Certificats de Liquidation
feront tenus de les porter à l'un des
differens débouchez indiquez , faute dequoi ils
demeureront nuls , & de nulle valeur, fera executé
felon fa forme & teneur ; & en confequence
que les Notaires & tous autres Dépo
fitaires , foit par authorité de Juftice ou autrement
, feront tenus fous les peines portées par
ledit Arreft , & dans ledit jour premier Noi
vembre prochain , de faire l'emploi en Rentes
fur les Tailles créées par Edit du mois d'Aouft
1720, des Certificats de Liquidation qu'ils ont
entre leurs mains , provenans des Dépofts qui
leur ont été cy- devant faits ; pour leſdites Rentes.
836 LE MERCURE
tes appartenir en principaux & arrerages aux
Intereffez aufdits Dépofts , fuivant qu'il fera
convenu entr'eux , ou qu'il fera ordonné par
Juftice , &c.
ARREST du 4. Septembre , par lequel Sa
Majelté ordonne qu'à commencer du jour de
la publication du prefent Arreft le droit de
Marque , établi par fa Declaration du mois
d'Aouft 1721. Article VII. fur les Tabacs tant
en corde qu'en poudre ou grenez qui fe trouveroient
entre les mains des particuliers au
premier Septembre de ladite année , fera éteint
& fupprimé. Permet neanmoins Sa Majesté
aux Marchands , Negocians , Manufacturiers ,
& autres proprietaires des Tabacs declarez &
qui font reftez dans les magafins , fur leſquels
il a été appofé des cadenats par Duverdier ,
Fermier General du Tabac , fes Sous-Fermiers
ou Commis , de les retirer dans le terme de
quatre mois , à commencer du premier Octobre
prochain , pour être envoyez à l'Etran
ger. Veut & entend Sa Majesté que les Articles
XIII. XIV. XV . & XVI de ladite Declaration
du mois d'Aouft 1721. pour les précautions
de l'envoy & de la fortie defdits
Tabacs , foient executez en tout leur contenu.
Ordonne Sa Majesté que le prefent Arreft fera
executé , & c.
ARREST du 6. Septembre. Qui ordonne
l'execution des Declarations des 19. Juillet
1704. & 20. Mars 1708. & des Arrefts & Reglemens
, & condamne vingt Notaires de la
Ville d'Orleans , dont dix -huit , chacun en
deux cens livres , & les deux autres chacun
en quatre cens , pour avoir refufe de donner
communiDE
SEPTEMBRE 1723. 637
communication de leurs Minutes , Liaffes &
Repertoires au Fermier des Droits d'Infinuations
& centiéme denier de l'Appanage de
Monfieur le Duc d'Orleans , & leur enjoint ,
ainfi qu'à tous autres Notaires , de les reprefenter
, à peine de pareille amende de 200. L
fur le premier refus.
ARREST du 6. Septembre , concernant la
Fabrique des Bas , & autres Ouvrages au
Métier.
ARREST du 1. dudit mois , pour la prife
de poffeffion du Privilege de la vente exclufive
du Tabac pour la Compagnie des Indes
fous le nom de Pierre le Sueur , à commencer
au premier Octobre prochain 171 3.
L'abondance des matieres nous fait renvoyer
au mois prochain quelques pieces intereſſantes,
du temps qui n'ont pû trouver place dan
ce Livre. On y parlera de la Tragedie d'Inès ,
des Ouvrages qui ont paru pour & contre
cette Fiece.
J's
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde der
Sceaux le Mercure du mois de Septembre , &
Jay cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreſſion
.
A Paris , le 1. d'Octobre 1723 .
HARDION.
TABLE
638
TABLE
Pune Medaillede la Ville d' Apamée , &c.
IECES Fugitives , & c. Differtation fur
Ode imitée d'Horace.
417
438
Suite des Apparences Trompeuſes , nouvelle
Proferpine , Cantate.
Obfervations fur deux Eclypfes , & c.
Horloge aftronomique & univerfelle.
440
457
460
468
Vers contre la malignité d'un mauvais Poëte.
Difcours du P. Folart , Jefuite , &c.
Le Papillon juftifié , Fable.
Lettre écrite de Lyon.
469
470
476
479
Cantique chanté le jour de la Majorité du
Roy.
Monftre Marin peché à Marfeille.
Stances.
481
484
485
Seconde Lettre écrite de Blois par M. Ourry.
487
489 I es Petites- Maifons , Poëme.
Lettre écrite de Beauvais fur les Guayanois .
491
Idvle de l'Ile- Adam , divertiffement en Mufique.
498
Le Parnaffe François , Groupe de Bronze ,
& c.
Antiochus , Poëme , & c,
Chats monftrueux , & c.
502
509
513
Chanfon au fujet d'une femme âgée de cent
ans.
514
Lettre fur une groffeffe extraordinaire.
Enigmes.
Chanfon notée.
511
1587
519
NOUVELLES LITTERAIRES , les Antiquitez
Romaines de Denys d'Halicarnaffe.
Alexandre & Darius , Tragedie.
520
526
Hiftoire Ecclefiaftique & Politique de Lorraine
, & c. 527
Hiftoire de la prife d'Auxerre par les Huguenots.
530
Traité de la Pefanteur Univerſelle des Corps .
532
Difcours prononcez à l'Académie Françoife.
Lettres Perfanes , & c.
Ecole de l'Architecture civile , &c.
Eftampes de Meleagre d'après le Brun.
Sel purgatif d'Angleterre.
Elixir contre dive fes maladies.
535
544
546
546
550
554
Orage extraordinaire , arrivée à Angerville.
555
Nouvelles de l'Académie de Portugal. 55T
SPECTACLES , Extrait de la Comedie nouvelle
du Divorce de l'Amour & de la Raifon.
L'Opera , Parodie fur un air des Fêtes Grecques.
Theatre Italien.
Nouvelles Etrangeres , & c.
559
581
583
584
Morts , Baptêmes & Mariages des Pays Etrangers
. 599
Dignitez & Emplois .
604
Journal de Paris .
607
Naiffances , Morts & Mariages.
617
Addition aux Nouvelles Etrangeres.
620
Arrefts .
621
Errata d'Aouft.
Pi
Age 345. lig. 7. certains , lifez certaines .
Page 373. lig. 18. ayant , lifez étant.
Page 415. lig. 10. du fieur , lifez du Premier.
Ajoûtons au fujet de cette derniere correction
que le Marquis de Mofnier et fils du
Marquis de ce non , Premier Prefident de la
Chambre des Comptes de Dole , en Franche-
Comté, & non de Bretagne , comme on l'a
dit fur de mauvais Memoires .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 530. lig. 12. en lifez ces.
Page 40. ligne derniere , tous , lifez tout.
Page 549. lig. derniere fous , lifez font.
Page 51. lig. 14. hypatique , lifez hepatique.
Page 580. g. 4. du bas reprefenté , lifez
prefenté.
Page 60 lig. 6. le , lifez la .
La figure doit regarder la page 4281
L'air noté doit regarder la page 519;
MERCURE
DE
SEPTEMBRE 1723-
QUÆ COLLIGIT SPARGIT,
A
PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
Chez S. Jacques , au Lys d'Or.
NOEL PISSOT, Quay des Auguſtins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE 1723-
QUE COLLIGIT SPARGIT,
Chez
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
| NOEL PISSOT, Quay desAuguſtins , à la
defcente du Pont-neuf, à la Croix d'Or .
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'AD
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M.
MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie
très - inftamment
, quand on
adreffe
des Lettres ou Paquets
par la Pofte,
d'avoir
foin d'en affranchir
le Port ,
comme cela s'eft toûjours
pratiqué
, afin
d'épargner
, à nous le déplaifir
de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
,
celui , non feulement
de ne pas voir
paroître
leurs Ouvrages
, mais même de
les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé
de
copie.
-
Le prix eft de
30. fols.
LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE
1723 .
[XXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Profe & en Vers.
DISSERTATION fur une Medaille
de la Ville
d'Apamée , dans laquelle
on éclaircit un point d'Hiftoire & de
Geographie , &c. par M. de la R.
L
Orfque j'ai décrit le cours de
l'Oronte dans mon voyage de
Syrie , & du Mont Liban , &
qu'à l'occafion de ce Fleuve ,
j'ai parlé de la Ville d'Apamée , je n'avois
pas vû une Medaille qui m'eft venuë
depuis du Levant , & que je produis ici ;
lle a été frappée par les habitans d'Apamée
, en l'honneur d'un des Rois ,
A ij Seleu4-
28 LE MERCURE
Seleucides , avec cette Legende , qui eft
importante à ce fujet . ΑΠΑΜΕΩΝΤΩΝ
ΠΡΟΣ ΤΩ ΑΞΙΩ . ΑΡΑMENSIUM QUI
A
>
SUNT AD AXIUM. Ce qui femble détruire
ce que nous avons dit ,, que la Ville
d'Apamée étoit fituée fur l'Oronte. M.
Vaillant qui a raporté une pareille Medaille
dans fon Hiftoire des Rois de Syrie
, convient de cette fituation , & vuide
la difficulté qui naît de la Medaille
en difant que Seleucus Nicator , * Fondateur
du Royaume de Syrie , impofa
ce nouveau nom à l'Oronte, qu'il appella
Axis , du nom d'un Fleuve celebre de
Macedoine , ainfi que ce Prince en avoit ,
dit-il , ufé à l'égard des Villes lui
par
fondées dans la Syrie , & ailleurs , aufquelles
il donna le nom des Villes de
Macedoine , ou de Grece , fuivant le rémoignage
d'Appien .
鼗
Cette décifion n'a point été approuvée
par le Cardinal Noris , ni par le R. P.
Hardoüin. Ce dernier oppofe à M. Vaillant
ce que dit Pline , liv. 5. ch . 23. Cale
habet Apamiam , Marfya amne divifàm ,
& foutient que le Fleuve Marfyas , coulant
dans Apamée , fut appellé Axis par
>
* Ille enim Syria Regni fundator plurima
graca & macedonica nomina Syria Urbibus
refte Appiano , impofuit , quidni & ipfis jiuviis
bc. pag. 262 .
les
ΑΠΑΜΕΙΝ
ΤΩΝ ΠΡΟΣΤΩ
Azin
DE
SEPTEMBRE 1723. 429
les Macedoniens , Maîtres de cette Ville ,
ajoûtant que c'eft ainfi qu'il faut expliquer
la Medaille en queftion , & que perfonne
avant lui n'avoit réüffi dans ce te
explication , a nemine ante nos feliciter
explanatus. Ce qui cependant paroît augmenter
la difficulté , au lieu de l'éclaircir.
Pour ce qui eft du Cardinal Noris
après avoir refuté le fentiment du P.-
Hardouin , par le paffage même de Pline
, raporté comme il faut , & en fon
entier , & après avoir démontré que le
Fleuve Marlyas ett très éloigué d'Apamée
: voici fa penſée .
Il croit que la Ville d'Apamée , dont
il eft ici queftion , étoit fituée auprès de
deux differentes rivieres ; çavoir ,l'Oronte
d'un côté , & l'Axis de l'autre , &
que cette derniere étoit plus proche de
la Ville que l'Oronte ; en forte que pour
diftinguer cette Ville des autres qui ont
porté le même nom , on l'a ' appellée
Apamée fur l'Axis , comme on le voit ,
dit- il , dans la Medaille raportée par M.-
Vaillant , & dans un paffage de Sozoméne
, où il eft auffi parlé d'Apamée fur
P'Axis . Pour autorifer cette opinion le
fçavant Cardinal nous décrit ainfi la fi-
* Cale habet Apamiam Marsya amne dis
divifam Nazerinorum Tetrarchia , liv. v. c.
23. de Cale Syria,
A iij
tuation
430 LE MERCURE
tuation d'Apamée : Hinc fatis ampla illa
planities , in cujus medio colle Apamea
fita erat , hinc Oronte , inde vero lacu
ac propriori Axis flumine cinta , Cherronefus
, five Peninfula Syria dicebatur.
".
Mais fans manquer aux égards qui
font dûs à la memoire de ce grand homme
, dont les ouvrages font un veritable
tréfor d'érudition , nous pouvons affurer
que fa defcription n'eft pas exacte , &
qu'il tombe ici dans une erreur de fait
toute évidente : c'eft peut-être la feule
qui fe trouve dans fon livre des Epoques.
Siro-
Macedoniennes. Nous pouvons , disje
, affurer , après plusieurs autres témoins
oculaires , qu'il n'y a à Apamée ,
& dans tous les environs qu'une feule
riviere , que cette riviere eft l'Oronte
& que c'est l'Oronte qui forme le Lac ,
& la Prefqu'Ifle , dont nous avons parlé
en décrivant le cours de ce Fleuve. Prefqu'Ifle
, pour le dire en paffant , où le
Roy de Syrie tenoit les chevaux , & où ,
felon Strabon , il y avoit jufqu'à trente
mille cavales . D'ailleurs de tous les Geograph
s anciens & modernes , il n'y en a
aucun qui fale mention du Fleuve Axis ,
auprès d'Apamée de Syrie ; car on n'ignore
pas qu'il y a eu quatre ou cinq
V lles de ce même nom , en diverfes regions
, mais toutes beaucoup moins cele
bres ;
1
DE SEPTEMBRE 1723. 431
bres , & fort inferieures à celle dont
nous parlons. La plus confiderable de ces
autres Apamées étoit dans la Phrygie
fituée fur le confluant de deux rivieres ;
fçavoir le Marlyas , & le Meandre , ainfi
qu'il eft démontré par deux Medailles
de cette même Ville , l'une de Tibere , du
cabinet de la Reine de Suede , & l'autre
de Gordien , raportée par Triftan ; , nous
les citons ici , après Octavio Falconeri ,
pour prouver l'erreur , ou de Pline , ou
du P. Hardoüin dans le paffage oppofe
à M. Vaillant. Selon ce paffage entendu
dans le fens du P. Hardotiin , le Fleuve
Marfyas coule au milieu d'Apamée de
Syrie , ce qui eft manifeftement contre
la verité , comme nous l'apprenons , nonfeulement
par les monumens que nous
venons de citer , mais encore par le té
moignage précis de Paufanias , qui place
le Fleuve Marfyas , auffi bien que le
Meandre dans la Phrygie. Ainfi là prétendue
autorité de Pline , ne détruit
point ce que M. Vaillant a penſé fort
judicieufement au fujet de l'Oronte
nommé Axis fur quelques Medailles , du
nom du Fleuve Axis de Macedoine , que
le Fondateur d'Apamée avoit , dit - il ,
donné à l'Oronte. Nous trouvons en effet
dans la defcription du Peloponefe de
Paufanias le Fleuve Axis , qui n'a ja-
A iiij
mais
432 MERCURE LE
mais eu avec l'Oronte rien de commun
que
le nom .
Ne diffimulons point cependant ici une
méprile de ce celebre Antiquaire au fujet
du Marfyas , qu'il fait couler auprès
de la Ville de Cyr dans la même Province
de Syrie , en ajoûtant que cette riviere
fe jette dans l'Eufrate , vers Samofare
, autre Ville de Syrie , & cela fur
le prétendu témoignage de Pline , qui
n'en dit rien dans l'endroit cité par M.
Vaillant . Pline marque feulement dans
le ch . 24. du 5. liv. l'endroit où il croit
que le Marfyas de Syrie ſe jette dans le
l'Eufrate.
Nous difons le Marfyas de Syrie ;
étant évident que le veritable Marfyas
eft dans la Phrygie , & qu'un Fleuve de
Syrie a été appellé de ce même nom ,
par la raifon que nous avons déja dite à
l'égard de l'Oronte .
Nous avons déja remarqué que le Cardinal
Noris s'eft manifeftement trompé ,
en fituant la Ville d'Apamée entre deux
Fleuves , & c. Nous devons ajoûter que
comme ce fçavant homme n'étoit jamais
trop prévenu en faveur de fes fentimens ,
* Chyrrus Syria Urbs juxta Maryam Fluvium
inEuphratem ad Samofata excurrentem
fita. Plin liv. s . c . 23. Vaillant , Hift.
Reg: Syr. pag. 261.
DE SEPTEMBRE 1723. 433
"
& qu'il fentoit bien que dans une queftion
telle que celle- ci , il pouvoit être
contredit , il renvoye fort prudemment
dans la Syrie même ceux qui voudront
être mieux éclaircis par eux -mêmes de la
verité du fait . Si quis tamen , dit- il , certiorem
hujufce rei notitiam comparare ve-´`·
lit , is , per me licet , in Syriam tranf
mittat , ac circum Apameam tum decurrentes
, tum etiam ftagnantes aquas pro
libito fuis mei oculis contempletur. C'eft
auffi ce que nous avons fait avec toute
l'exactitude poffible , & ce qui nous met
en état de rendre à une verité qui interefle
l'Hiftoire ancienne , & la Geographie
, le témoignage que nous lui rendons
.
Nous terminerons ce qui nous refte à
dire fur 1 Oronte par un paffage remar
quable de Paufarias dans fes Arcadiques,
qui n'a , ce me lemble , encore été raporté
par aucun des Auteurs qui ont écrit de
la Syrie , & qui convient parfaitement à
no re fujet ; je me fers de l'édition d'Ha
novre 1613. & de la verfion de Romulus
Amafæus , accompagnée des notes de
Frederic Sylburge. Orontem Syria Fluvium
, ad mare non per campos ubique ,
fed per valde declivia , & parupta ci
tato curfu defcendentem , Romanorum Imperator
Antiocheam contendens , claffi per
A YA vium
434 LE MERCURE
vium reddere conatus eft. Magno itaque
labore , & impenfa foffa deducta , in čam
flumen avertit. Vetere vero alveo exiccato
urna fictilis reperta eft cubitorum x1 . &
in ea cadaver nihilo brevius , humanâ
Specie ex omni parte corporis ; bunc *
Orontem fuiffe , ex Indorum Gente , Clarii
Apollinis Oraculo Syris confulentibus
refponfum eft.
M. Vaillant a crû que la Medaille qui
a donné lieu à tout ce que nous venons
d'obferver au fujet d'Apamée de Syrie ,
& du Fleuve Oronte , à été frappée par
les habitans de cette Ville en l'honneur
d'Alexandre Theopator , premier de ce
nom , Roy de Syrie , & le XI . des Seleucides
, quoiqu'il n'y ait ni Legende , ni
Epoque fur la face de cette Medaille qui
ayent pû déterminer avec fondement ce
fçavant Antiquaire . Nous croyons avec
plus de vrai - femblance , que les Apaméens
l'ont frappée en l'honneur de Seleucus
Nicator , Fondateur d'Apamée ,
& le premier des Rois de Syrie . L'air de
* Hiſtoire ou Fable fur le nom de l'Oronte ,
le paffage de l'Auteur Grec paroit en fa place.
Il est d'ailleurs certain que des Princes Orientaux
ont porté ce mêmê nom , ce qui détruit la
conclure du P. Pezron fur l'étimologie de l'Oronte
, qui eft raportée dans le voyage de Syrie
& au Mom Liban.
la
DE SEPTEMBRE 1723. 435
la tête que nous voyons fur la Medaille
en queſtion , nous donne lieu de le croire,
après l'avoir comparée avec plufieurs autres
Medailles inconteftables de ce Prince
. Le Revers n'eft point ambigu , on y
reconnoît aisément la figure de Jupiter
affis , tenant de la main droite une Victoire
, & de la gauche un Javelot , avec
la Legende dont nous avons parlé.
و
Au reste ce n'eft pas feulement fur
quelques Medailles des Rois de Syrie ,
que l'Oronte eft appellé Axis , par la
raifon que nous avons dite , mais il y a
beaucoup d'apparence que cet ufage a
duré long temps , & qu'il a paffé jufqu'au
temps des Empereurs Chrétiens
puifque Sozomeme dans le feptiéme livre
ch. 15. de fon Hiftoire Ecclefiaftique,
en parlant d'une rebellion de quelques
Payens d'Apamée , & des environs , contre
les Edits rendus en faveur du Chrif
tianifine , dit auffi que cette Ville eft
fituée auprès du Fleuve Axis. ATTAMEIAZ
τῆς ΠΡΟΣ ΤΩ ΑΞΙΩ Ποταμώ . Enfin
après la conquête de la Syrie par les
Califes , fucceffeurs de Mahomet &
après l'extinction de la Langue Grecque
dans cette Province , le nom d'Axis donné
à l'Oronte , a été en quelque façon
continué , puifque les Arabes l'ont appellé
, & l'appellent encore aujourd'hui ,
A vj
,
Nhar
436
LE
MERCURE
Nhar al Afi , ou le Fleuve Afi , ſoit qu'ils
ayent pris ce nom des Grecs , ou qu'il
foit tiré de leur propre Langue ; car Aft
en Arabe fignifie rebelle : terme qui convient
à l'Oronte , à caufe de la difficulté
qu'il y a de puifer , ou de détourner fes
eaux , par la fituation de fon lit , la rapidité
de fon cours , & c.
Ajoûtons à tout ce que nous venons
de dire deux courtes remarques , qui regardent
auffi l'Hiftoire , & la Geographic
; la premiere fur la Ville d'Apamée ,
que les nouveaux Editeurs du Dictionnaire
Hiftorique nous difent être près
d'Antioche , & la Rivale de cette derniere
Ville , ce qui ne paroît pas exact .
A l'égard de la proximité il y a près de
trente lieuës Françoifes d'une Ville à
l'autre , & pour ce qui eft de la Rivalité
prétenduë , elle n'eſt
elle n'eft pas mieux établie ;
on trouve au contraire que les Villes fondées
, ou reftaurées par Seleucus Nicator
, comme Antioche , Apamée , Emefe
, Laodicée s'appelloient reciproquement
foeurs , & qu'il y avoit entr'elles une
union , & une confederation particuliere
à l'exemple de plufieurs autres grandes
Villes de la Grèce & de l'Afre , dont
l'union nommée par les Grecs OMONOIA ,
par it fur plufieurs Medailles & fur
d'autres anciens monumens.
>
La
DE
SEPTEMBRE 1723 . 437
La derniere Remarque tombe fur la
Relation d'un Voyageur (4) moderne , lequel
après avoir beaucoup couru le Levant
& la Syrie en particulier , paroît
n'en avoir pas raporté des Memoires plus
juftes. Sa méprife au fujet de l'Oronte
pourroit dans la fuite devenir une erreur
confiderable dans les Cartes de la Syrie
Maritime , fi nous negligions de la faire
connoître. Ce Voyageur décrivant les
ruines de Laodicée , aujourd'hui nom
mée Lataquie , & fon Territoire , dit :
(b) qu'il y paſſe un bras de l'Oronte , qui:
arrofe , en ferpentant , une bonne partie de
tout ce Pays . Et dans le Chapitre fuivant
l'Auteur allant par terre de Lataquie à
Tripoly , c'est- à- dire, en s'éloignant toû
jours davantage de nôtre Fleuve , il le retrouve
encore fur fa route. (c) Quand nous
eûmes marché , dit- il , environ une heure,
nous passâmes l'Oronte für un très - beau
Pont. Tout cela eft abfolument contre là
verité , & fait voir un Voyageur peu
exact , & mal informé. L'Oronte dont
nous avons fuivi le cours depuis la fource
jufqu'à la Mer , & dont nous avons donné
une Carte, ne fe divife point , & paffe
(a) Voyage du fieur Paul Lucas au Levant , &&
2. vol. in 12. Paris 1704.
( b) Tom 1. p. 244.
(c) Page 249.
438 LE MERCURE
Ladx! luwan *rms =ལ་བ་ གསུམ་བྱ་
à plus de 15. lieuës loin de la Ville &
des Campagnes qu'on lui fait arrofer. On
verra par cette Carte quelle eft la Riviere
qui paffe à Laodicée , & qu'on ne
peut fans abfurdité , & fans errer confiderablement
, la prendre pour le Fleuve
Oronte .
ODE imitée de la x111. du troifiéme
Livre d'Horace.
A la Fontaine de Blandufe .
Fontaine délicieuſe !
Blandufe , dont l'eau précieufe
Eft plus claire qu . le criſtal ,
Ton fein eft digne qu'on y mêle
Le jus , le preſent fans égal,
Qu'ont receu les mortels du Dieu fils de Sémele.
Blandufe il faut auffi te parfemer de fleurs ,
Brillantes par l'émail de leurs vives couleurs.
柒
La dévorante canicule
Ne pût jamais darder fes regards fur tes eaux ,
Tu fçais rafraîchir les troupeaux ,
Que l'ardeur de cet are brûle.
Quand
DE SEPTEMBRE 1723. 439
Quand Vefper s'avançant délivra les Taureaux ,
Du pefant fardeau qui les tuë ,
Ils retrouvent dans tes ruiffeaux
La force qu'ils avoient perduë.
Ton doux bruit invite au fommeil ,
Tu fers de miroir aux Bergeres ,
Le matin en juppes legeres ›
Ces beautez cherchent ton confeil ,
Ton gazon leur fert de toilette ,
Le fard qui rend leur teint vermeil
Elt pris dans ton eau toûjours nette.
Blandafe, en ton honneur j'immolerai demain ,
Un Chevreau déja fier de fes cornes naiffantes ,
Aux combas , à l'amour il fe deftine en vain ,
Dès demain tu verras tes ondes rougifantes ,
De fon fang à grands flots répandu de ma main.
Au rang des illuftres Fontaines ,
On te placera déformais ,
Quand Apollon foufflant fa chaleur dans mes
veines ,
Mes vers auront enfin celebré tes attraits.
Quand
440 LE MERCURE
Quand ils auront chanté ta fource vive & pure ,
Ce Rocher d'où ton onde en jailliffant murmure
Ce Rocher où l'on voit un ormeau mis exprès
Par l'induftrieufe nature ,
Etendant les rameaux pour te donner du frais.
贊贊
SUITE des Apparences Trompeuses, &c.
L
E Doge avoit un neveu nommé
Louis Fofcary , qu'il aimoit tendrement
; il le meritoit , il joignoit à une
très aimable figure , beaucoup de valeur,
& beaucoup d'efprit . Quoiqu'il fut dans
un âge peu avancé , on le regardoit ,
comme devant pofleder un jour les plus
grandes Charges de la République. Toutes
ces qualitez ne font point incompatibles
avec un coeur fenfible ; il étoit devenu
paffionnément amoureux d'une jeune
veuve nommée Gifmonde. Sa condition
& les grands biens auroient pû faire
foupçonner d'intereft tous ceux qui fongeoient
à lui plaire , fi les charmes de
fa perfonne n'avoient pas été au- deffus
de fes autres avantages . Elle egrettoit
un mary qu'elle avoit perdu fix mois
après l'avoir époufé . Pour éloigner une
foule
DE SEPTEMBRE 1723. 347
foule d'Amans qui l'importunoient , elle
declara qu'elle ne vouloit point fe remrier
, plufieurs cefferent de penfer à elle.
Folcary qui l'aimoit éperduement , ne ſe
rebuta point ; il n'oublia rien de tout ce
qui pouvoit marquer fon amour , fans
offenier la vertu la plus auftere. Quand
il étoit affez heureux pour attirer un regard
de Gifmonde , il y trouvoit un air
de modeftie , fans couroux , qui augmentoit
fon amour , fans lui donner beaucoup
d'efpoir ; cependant il commençoit
à ne lui pas déplaire ; elle fentit avec
douleur qu'il étoit feul capable de faire
changer la réfolution qu'elle avoit prife
de ne point fortir de fon état. Elle crut
qu'elle ne pouvoit s'oppofer trop tôt à
cette inclination naiffante.
Il y avoit long - temps que Fofcary
avoit mis dans les interefts la feule de
fes femmes , en qui elle avoit confiance ,
qui lui perfuada enfin après plufieurs refus
,
d'accorder un quart d'heure d'entretien
à Foſcary. Gilmonde n'y conſentit
, que dans l'intention de détourner
fon Amant de penfer jamais à elle : felon
les apparences cette réfolution fe feroit
mal foutenue ; l'amour qui commençoit
à fe gliffer dans fon coeur , en auroit ordonné
autrement . Elle fit dire à Fofcary
qu'elle vouloit bien lui parler une
fois
442 LE MERCURE
que
fois en la vie ; qu'il le trouvât la nuit
fous les fenêtres grillées d'une gallerie
où elle prenoit fouvent le frais. La Maifon
de Gifinonde étoit fur la même ligne
celles des deux nobles Venitiens , &
les fenêtres de fa gallerie donnoient fur
la même ruë que leurs jardins . Le hazard
fit que le rendez- vous de Fofcary avec
Gifmonde fut donné la même nuit , &
à la même heure que celui des Dames
Venitiennes à leurs maris. A peine Fofcary
avoit commencé à parler de fon
amour , qu'ilfut attaqué par trois hommes
; il le défendit avec beaucoup de
valeur , mais il ne put éviter un coup de
poignard , qu'un des traîtres lui donna
pir dertiere , qui lui
perçoit la poitrine ;
il tomba , ces affaifins le croyant mort ;
ne fongerent qu'à fe fauver.
Gifmonde l'ayant vû tomber , effrayée
& faifie par la douleur , ne démêla que
trop fes fentimens pour Fofcary ; elle
s'évanouit, dès que fa foibleffe fut paffée ,
elle envoya fa confidente pour découvrir
ce que fon Amant étoit devenu . Comme
elle n'ofa s'éloigner de la maifon , elle
lui raporta qu'elle n'avoit trouvé perfonne
; qu'apparemment Fofcary étoit moins
bleffé qu'elle ne l'avoit crû ; il avoit
fait un effort pour fe relever , fentant
que fa bleffure étoit confiderable , bien
il
1
DE SEPTEMBRE 1723. 443
il n'avoit été occupé que de la crainte
d'être trouvé mort , ou mourant fous les
fenêtres d'une perfonne , dont il auroit
voulu, conferver la réputation aux dépens
de fes jours. Il ne fongea qu'à s'éloigner
il marcha , ou fe traîna quelques temps 3
mais enfin les forces lui manquerent , il
tomba fans connoiffance , baigné dans
fon fang , précisément entre les deux jardins
d'Anfelme , & de Geronimo .
Un inftant après le Barigel faifant la
ronde , fuivi des Sbires , paifa ; le clair
de la lune lui fit appercevoir Fofcary
qu'il crut mort , & qu'il reconnut ; la façon
dont il avoit éré bleffé lui fit juger
que c'étoit un aflaffinat ; la qualité de
neveu du D ge l'anima à ne rien negli
ger des devoirs de fa Charge. Après
avoir examiné le lieu où il croyoit que
l'action s'étoit paffée , il apperçut que les
deux portes des jardins d'Anfelme & de
Geronimo ( dont il connoiffoit les maifons
étoient entr'ouvertes , il entra , &
trouvant dans les jardins des pas qui paroiffoient
fraîchement marquez , il ne
douta pas que ce ne fût de l'une de ces
deux maifons que le meurtre fe fut commis.
Il fit porter Fofcary chez lui , enfuite
il partagea fa troupe en deux ; fon
Lieutenant entra dans la maiſon d'Anfelme
, en même temps qu'il entra luimême
444 LE MERCURE
même dans celle de Geronimo .
La précaution que l'on avoit prife de
faire coucher tous les domeftiques , fit
qu'ils arriverent fans obftacle aux appartemens
des Dames , où ils virent de la
lumiere. Le Barigel fut fort furpris de
trouver Anfelme dans la maifon de Ge-
Fonimo. Tout le monde fçavoit leurs inimitiez
, cela augmenta fes foupçons .
Ifore prête à fortir du cabinet où elle
étoit pour venir trouver fon mary , au
bruit qu'elle entendit , fe renferma. La
furprife d'Anfelme fut extrême quand il
fe vit environné du Barigel & des Sbires
, que l'on lui demanda fon poignard
& que l'on lui parla d'un affaffinat ; il
voulut d'abord fe défendre , mais le premier
mouvement faifant place à la raifon
, il le rendit après quelques excufes
du Barigel für le devoir de fa Charge.
I' lui dit qu'ayant vû fa maiſon ouverte ,
& le trouvant dans celle de Geronimo ,
il ne pouvoit fe difpenfer de le mener en
prifon. I ajoûta qu'il avoit fait entrer
fon Lieutenant chez lui pour arrêter ceux
qui s'y trouveroient . Anfelme fut extrê
mement frapé d'apprendre que fon jardin
étoit ouvert au milieu de la nuit , il en
tira d'étranges conjectures , qu'il ne crut
que trop juftes quelques momens après.
Malgré le trouble où il étoit , l'intereft
de
DE SEPTEMBRE 1723. 445
pour
de Lucie l'agitoit , il voulut entrer dans
le cabinet où il croyoit qu'elle étoit , on
ne lui permit pas . Anfelme étoit allarmé
elle des fuites de cette avanture ,
quoiqu'il eut trouvé un plaifir fecret à la
vengeance qu'il croyoit avoir pris de
l'ennemi de la Maifon ; il étoit trop honnête
homme & trop amoureux , pour defirer
qu'elle fut publique .
Geronimo fut arrêté dans la Maiſon
d'Anfelme , à peu près de la même maniere
qu'Anfelme l'avoit été dans la
fienne. Lucie toûjours inquiete de lui
déplaire dans l'éclairciffement , n'avoit
point encore paru . Tout ce que je dirois
fur cela , ne feroit qu'une repetition inu--
tile.
,
,
Le Barigel inftruit de ce qui venoit
de fe paffer dans la maifon d'Anfelme
crut qu'il ne pouvoit conduire trop tôt
des coupables de cette importance , en
lieu de feureté ; il ne doutoit pas qu'ils
ne le fuffent , il les fit fortir les
par portes
des jardins , pour les conduire en
même temps à la prifon. Le hazard fit
que cela fut fi jufte , qu'à la lueur des
flambeaux , ils virent qu'ils fortoient l'un
de chez l'autre ; le mouvement de leurs
coeurs peut s'imaginer , & ne peut s'expr
mer , ils fe regarderent avec fureur
porterent tous deux en même temps la
main
446 LE MERCURE
main à la place de leurs poignards ; la
colere leur fit oublier que l'on venoit de
les défarmer , ils eurent une douleur mortelle
de fe voir contraints à remettre
leurs vengeances à un autre temps . Ils
arriverent à la prifon , ou pour comble
de difgrace , il ne fe trouva qu'une
chambre où l'on les mit enfemble. Après
avoir gardé long - temps le filence , Anfelme
le rompit, en difant : nôtre deſtinée
eft bien de nous haïr , le fort ne s'eft
pas contenté de défunir nos familles , il
faut que nous recevions l'un par l'autre
le plus grand de tous les affronts. Je ne
vous demande point pourquoi vous vous
êtes trouvé dans ma maifon au milieu de
la nuit ? Ce qui m'avoit attiré dans la
vôtre , m'apprend ce qui vous avoit conduit
chez moi. Oublions pour quelques
temps nos juftes reffentimens , & que le
profond mépris que nous devons avoir
pour nos femmes , ne nous empêche pas
de cacher leur honte & la nôtre , au dépens
de nôtre vie , s'il le faut.
Nous allons être accufez d'un crime ,
que nous n'avons commis , ni l'un ni
l'autre ; laiffons à la verité , & au temps
qui découvrent tout , à nous juftifier , &
jurons nous l'un à l'autre , de ne jamais
dire nôtre avanture , il n'eft que trop à
craindre que l'on ne la démêle. Geronimo
DE SEPTEMBRE 1723. 447
nimo fut quelque temps fans répondre ;
enfin il approuva le deffein d'Anfelme ;
enfuite malgré leurs animofitez , ils fe
conterent leurs amours pour leurs
femmes ; ils n'avoient garde de fe rien
cacher , ils trouvoient une forte de confolation
d'avoir également fujet de fe
plaindre d'elles ; ils s'étonnoient qu'après
leur avoir réfifté long - temps , fans
leur donner nulle efperance , elles euffent
répondu à leurs paffions en même
temps ; cependant cela ne leur donna aucun
foupçon de la verité , ils ne parlerent
point de la vengeance qu'ils prendroient
de Lucie & d'Ifore ; il eft à préfumer
qu'elle auroit été grande , fi elles
avoient été coupables .
Le matin on fepara les deux prifonniers
; en fe quittant ils firent ferment
d'obferver ce qu'ils venoient de ſe promettre
; cependant leurs femmes étoient
dans d'étranges allarmes , elles ne fçûrent
le fujet du bruit qu'elles avoient entendu
, que quand on les arrêta. Le Barigel
en conduifant les deux nobles Venitiens
, avoit laiffé des Officiers dans
leurs maiſons , pour arrêter les perfonnes
qui s'y trouveroient. Ifore & Lucie furent
gardées prifonnieres dans les endroits
où elles avoient été trouvées.
Le Doge à fon réveil fut penetré de
dou448
LE MERCURE
douleur du malheur de fon neveu ; il aila
le voir , il ne pût tirer aucun éclairciffement
de lui , il étoit fans connoiffance.
Les Chirurgiens dirent que quand même
il gueriroit ce qui n'étoit pas abfolument
fans eſperance ) qu'il feroit longtemps
dans cet état , par le fang qu'il
avoit perdu . Dès le même jour le Confeil
des Dix , où les grandes affaires ſe
décident , s'affembla ; Anfelme & Geronimo
y furent interrogez , ils répondirent
qu'ils n'avoient nulle part au malheur
arrivé à Folcary ; que leurs actions
à la guerre devoient fuffire pour les
juftifier d'un affaffinat ; qu'à l'égard de
leurs maifons ouvertes la nuit , & de la
circonftance de les avoir trouvé l'un chez
l'autre , que c'étoit un fait qui les regardoit
, & dont ils ne rendroient jamais
compte à perfonne . Les Juges fe trouverent
extrêmement embarrallez ; ils
étoient tous parens ou amis de Fofcary
ou des accufez ; ils prirent le parti de remett
e l'affaire à la décifion du Doge ,
dont la probité & la penetration étoient
connues. Il fit d'abord quelques difficultez
d'accepter d'être Juge , prefque dans
fa propre caufe ; il fit faire toutes les
perquifitions imaginables , fans rien découvrir
; il avoit fi bonne opinion de Geronimo
& d'Anfelme , qu'il avoit peine
à
DE SEPTEMBRE 1723. 449
à les croire coupables ; mais il ne comprenoit
point leur obftination à ne point
déveloper le miftere de leurs conduites
pendant la nuit du meurtre commis dans
Îa perfonne de fon neveu ; il craignit que
cela n'eut raport à des chofes encore
plus importantes , que la vie de Louis
Fofcary , il fçavoit fa paffion pour Gifmonde
, il y avoit des momens où il penfoit
que l'amour avoit part à fon malheur
il crut qu'il ne pourroit démêler
toute cette avanture que par
fineffe.
Il declara qu'il ne donnoit plus que
deux jours aux deux nobles Venitiens.
pour fe juftifier , qu'après il rendroit un
jugement très-rigoureux , qu'il feroit permis
à toutes les perfonnes qui fçauroient
quelque chofe pour leur défenfe , de venir
le reveler en fa prefence , qu'il donneroit
une audiance , qu'enfuite il déci
deroit de cette affaire , qui interrefloit
tant de perfonnes confiderables , il fit
dire à Ifore & Lucie , que fi elles avoient
quelque chofe à découvrir , elles feroient
entendues le jour marqué ; mais que jufques
à ce moinent elles ne verroient point
leurs maris ; elles avoient fait de grandes
inftances pour être menées dans leurs
prifons ; elles étoient inconfolables de
leur avoir attiré ce malheur par leur imprudence
; elles craignoient leur colere ,
B elles
450 LE MERCURE
elles attendirent avec une impatience extrême
, le moment où elles comptoient
de fe juftifier.
Toute la Ville fut bien- tôt informée
de la réfolution du Doge , les parens de
Geronimo & d'Anfelme étoient fort
allarmez & au defefpoir , qu'ils ne vouluffent
point donner l'éclairciffement
qu'on leur demandoit ; la connoiffance
ne revenoit point à Fofcary , & l'on
difoit qu'à moins d'un miracle il ne pouvoit
échaper.
Gilmonde étoit inconfolable de l'état
où il étoit , elle n'étoit que trop feure
d'en être la caufe , elle connut toute la
force d'une paffion qu'elle avoit cherché
à fe déguifer ; elle apprit que Geronimo
& Anfelme étoient accufez de l'affaffinat
de fon Amant , qu'ils fe défendoient
fi mal , que tout étoit à craindre pour
eux .
Le jour & l'heure marquez par le Do
ge , pour les juger étant arrivez , elle
crut qu'il étoit moins honteux d'avoüer
ce qui s'étoit paffé d'innocent entr'elle
& Louis Fofcary , que de hazarder de
laiffer perir des gens qui n'étoient point
coupables , elle arriva au Palais du Doge
; il venoit de mettre tout en ufage
pour tirer la verité des deux accufez
qui ne firent que la même réponſe qu'ils
avoient
DE SEPTEMBRE 1723. 45
avoient faite le premier jour. Le Doge
leur dit que puifqu'il n'efperoit plus .
être éclairci par eux , qu'il le feroit peutêtre
par Ifore & Lucie ; il ordonna qu'on
les fit entrer : les deux Venitiens fremirent
au nom de leurs femmes , elles
pafurent
avec un air embarraffé & modefte
, qui augmentoit leurs charmes ; elles
firent l'admiration de l'Affemblée , elles
jetterent des regards timides & tendres.
fur leurs maris , qui détournerent les
yeux , crainte de n'être pas maîtres de
leurs premiers mouvemens ; Ifore alloit
commencer à parler , quand on vint dire
que Gifmonde demandoit à être entenduë
fur l'affaire qui alloit être jugée
elle entra , & furprit tout le monde
fa beauté , quoique la trifteffe fut peinte
fur fon vifage ; elle adreffa la parole au
Doge , en lui difant que la démarche
qu'elle faifoit d'avouer qu'elle étoit la
caufe du malheur de fon neveu , lui coûtoit
infiniment ; mais que dans une ame
bien née tout devoit ceder à l'horreur de
voir condamner des innocens ; elle fit le
recit de ce qu'elle avoit vû de l'avanture
de Louis Fofcary ; enfuite elle conta
qu'ayant foupçonné Leonaty , l'un de fes
parens d'en être l'auteur , parce qu'il
étoit amoureux d'elle , quelques jours auparavant
elle lui avoit défendu fa mai-
Bij
>
par
fon ,
452
LE MERCURE
fon , qu'elle avoit fçû qu'il étoit parti la
même nuit de l'affaffinat de Fofcary ,
que cela ayant augmenté fes foupçons ,
elle avoit envoyé chez lui un Gentilhomme
à elle , homme d'efprit , & ami d'un
de fes Ecuyers , qu'il avoit été furpris
de le trouver mourant ; que cet homme
n'ayant plus rien à menager , lui avoit
avoué qu'il mouroit d'une bleffure qu'il
avoit reçûë de la main de Foſcary , que
par ordre de fon maître il l'avoit attaqué
la nuit , lui troifiéme ; qu'il lui en coûtoit
la vie , que c'étoit la peine que meritoit
fon action ; qu'il étoit expiré quelques
momens après ; Gifmonde ayant rendu
ce témoignage à l'innocence de Geronimo
& d'Anfelme fe retira .
Les deux Vénitiens furent ravis d'être
juftifiez , fans être obligez de découvrir
ce qu'ils avoient réfolu de cacher , au
hazard de tout ce qui en pourroit arriver
; ils furent fort étonnez quand le
Doge fit fortir tout le monde , à la réferve
d'Ifore & de Lucie , & qu'il leur
dit , je m'étois toûjours bien attendu que
des perfonnes de vôtre naiffance , & dont
les grandes actions font connues , ne fe
trouveroient point les auteurs d'une lâcheté
; mais plus vôtre innocence eft prouvée
ſur l'affaire de mon neveu , plus le
foin que vous prenez de cacher le fujet
dụ
DE SEPTEMBRE 1723. 45
du changement de vos maifons , au milieu
de la nuit doit être fufpect ; la Ré
publique étant commile à mes foins , je
ne puis meriter le choix qu'elle a fait de
moi , que par une grande exactitude ;
vous fçavez que la Tréve entre Philippe
Vifconty Duc de Milan , & les Venitiens
finit dans huit jours , nous n'avons
point d'ennemi plus dangereux , j'ai reçû
des avis fecrets qu'il avoit une intelligence
dans la Ville , que l'on lui devoit
livrer un de nos Ports ; que plufieurs de
nos Citoyens les plus confiderables entroient
dans la confpiration ; rendezvous
juftice fur le miftere de vôtre conduite
, dans une conjoncture pareille ;
je voudrois pouvoir croire que ce que
yous cachéz avec tant de foin , eft une
avanture amoureufe , je ne chercherois
point à la penétrer ; mais il n'eft que
trop prouvé que l'amour n'y a nulle part ;
enfin dites - moi , Seigneur Anfelme
pourquoi on vous trouve chez vôtre ennemi
, au milieu de la nuit avec vôtre
femme Ifore , & vous , Seigneur Geronimo
, pourquoi on vous trouve à la même
heure avec Lucie chez le Seigneur
Anfelme ? Ce changement bizare de maifon
, des portes ouvertes , cette obftination
à cacher vôtre deffein , tout demande
un éclairciffement que vous refuſez.
Biij
Les
454 LE MERCURE
Les deux nobles Venitiens furent frapez
de ce difcours , ils n'ofoient efperer de
découvrir entierement une verité qu'ils
commençoient à deviner , quand Ifore ,
qui démêla ce qui fe paffoit dans leurs
coeurs , adreffant la parole au Doge ,
lui dit : Enfin , Seigneur , vous allez fçavoir
une verité que Lucie & moi pourrons
feules vous apprendre , c'eft en vain
que vous la demandez à des gens qui
l'ignorent enfuite elle fe tourna du côté
d'Anfelme , en lui demandant d'où ve
noit l'étonnement qui paroiffoit dans fes
yeux pouvez -vous , Seigneur , lui ditelle
, m'avoir foupçonnée de vous avoir
manqué , & à tous mes devoirs ? Je vous
pardonne moins ce tort , que celui de
m'avoir ôté vôtre coeur , pour le donner
à une amie , qui n'en vouloit pas plus ,
que j'ai voulu de celui de Geronimo . Le
feul reproche que nous ayons à nous faire,
eft de nous être toûjours vûës malgré la
défenfe que vous nous en aviez faite ;
tout l'attachement que nous avons pour
vous , n'a point diminué l'amitié que
nous avions l'une pour l'autre ; nous nous
fomines toûjours vûës , par ces mêmes
jardins , qui viennent de caufer toute
l'avanture j'avouë que je fuis la plus
coupable dans la tromperie que nous vous
avons faite , après une confidence reci--
proque ;
1
DE SEPTEMBRE 1723. 455
proque c'est moi qui imaginai de vous
accorder des rendez - vous , & de changer
de maiſon ; nous devions nous dé
couvrir , au moment que vous fûtes arrê
tez , la façon dont nos appartemens étoient
éclairez , doit le faire préfumer , & les
maiſons où nous avons été arrêtées , &
que nous avons eues pour prifon , font
une preuve certaine de tout ce que j'avance
; en même temps Ifore ôta de fon
doigt la bague que fon mary lui avoit
donnée croyant la facrifier à Lucie , elle
la lui prefenta , & lui dit voulez - vous
bien pour la feconde fois recevoir ce prefent
de ma main , & le conferver mieux
que la premiere. Lucie fit voir à Geronimo
fon portrait , qu'elle avoit attaché
à fon bras ; elle lui dit qu'elle avoit des
droits trop legitimes fur ce prefent pour
ne le pas garder toute la vie , quoique fa
délicateffe dût être bleffée de l'avoir
obtenu fous le nom d'Ifore.
Anfelme & Geronimo étoient fi étonnez
, & en même temps fi tranfportez de
joye de ce qu'ils entendoient , qu'ils ne
pouvoient parler ; ils s'en trouverent
quittes à fi bon marché , que loin d'être
piquez de la tromperie qui leur avoit été
faite , ils admirerent l'efprit de leurs
femmes.
La fingularité du dénouement furprit
Biiij le
456 LE MERCURE
le Doge , il ne laiffa point fortir de fon
Palais les deux Venitiens , qu'ils ne fe
fuffent embraffez , & ne lui euffent promis
de fe voir à l'avenir ; il leur fit fentir
le ridicule d'une haine hereditaire >
qui peut- être avoit été d'abord mal ,
fondée.
L'avanture d'Anfelme & de Geronimo
, quoique finie heureufement , ne
laiffant pas d'être fufceptible de plaifanterie
: ils demanderent le fecret , d'abord
il fut gardé , je ne fçai lequel y manqua
dans la fuite ; mais quelques années
après , l'hiftoire fut fçûe de tout le monde
& même écrite. Fofcary étoit jeune ,
& avoit d'excellens Chirurgiens , il guerit
, Gifmonde l'aimoit , elle le rendit
l'homme du monde le plus heureux en
l'époufant.
PROSER
DE
SEPTEMBRE 1723. 457
PROSER PINE.
CANTATE ,
Par M. M..... de Blois , mise en Muſique
, par M. Dulucq , Maître de
Mufique de l'Eglife de Tours.
Proferpine .
DIeux ! où m'entraînez -vous ? queſ abîme
s'entr'ouvre date maj til . ? an
Un fleuve teint de fang à mes yeux fe découvre ;
Il bouillonne , il exhale une fombre vapeur.
Ah ! rendez- moi , crue , à ma chere Patrie ;
Ceffez de me contraindre , ou bien-tôt ma
frayeur
D'un prompt trépas fera fuivie.....
Mais quels efforts miſterieux
Ont changé tout à coup la face de ces lieux ?
Pluton.
J ¿
Raffurez vos efprits , aimable Proferpine ,
Ce rivage délicieux ,
10
Dont la beauté furprend nos yeux ,
Eft le féjour divin que Pluton vous deſtine.
B v De
458
MERCURE
LE
De ce Dieu foumis à vos fers
Agréés l'Empire & la flâme
Vous regnez autant fur fon ame ,
Qu'il regne lui-même aux Enfers.
Proferpine.
Du vrai bonheur que goûte une ame indépendante
,
Ne vous efforcez point d'interrompre le cours ,
Plus vôtre fâme me prefente ,
L'honneur de partager une gloire éclatante ,
Plus j'en dois craindre les retours.
Si l'amour nous offre des charmes ,
Combien caufe-t'il de malheurs ?
C'eſt fouvent au prix de nos larmes
Que nous achetons ſes faveurs.
Pluton.
Ne craignez rien , belle Princeffe ,
Le Stix vous eft témoin de ma fidele ardeur.
Oui , l'excès même du bonheur
Ne pourra qu'augmenter celui de ma tendreffe.
Tous deux enfemble.
Deux coeurs épris des mêmes feux
Sont
DE SEPTEMBRE 1723.
459
Sont exempts des retours fâcheux ,
Que prepare un amour volage,
Conftans dans leur commerce heureux ,
L'un à l'autre ils s'offrent des voeux
Avec un égal avantage.
Pluton.
Vos appas ne font faits que pour la tendre loy
Rendez les immortels en recevant ma foy.
Proferpine.
Quoi déja , puiffant Dicu , fixer ma deſtinée !
Ah ! laiſſez - moi du moins y penſer plus d'un jour
C'est éteindre fouvent le flambeau de l'Amour ,
Que d'allumer trop- tôt celui de l'Hymenée.
Pluton.
Eft-il .donc un temps limité
Pour l'union des coeurs fideles ?
Non , non , & l'Hymenée eft affez confulté ,
Quand les ardeurs font mutuelles.
>
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eſt trop te réſiſter,
Prends la victoire qui t'eft dûë.
Tous deux enfemble.
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eſt trop te réſiſter ,
B
vj
Piens
460
LE
MERCURE
!
Prens la victoire qui t'eft dûë.
Une ame a du regret de s'être défenduë ,
En connoiffant les biens que tu fçais apprêter.
Triomphes , Dieu d'Amour , c'eft trop te réfifter.
Prens la victoire qui t'eſt dûë.
XX:XXXXXXXXXXX :XX
OBSERVATIONS fur deux Eclypfes
totales de Soleil , & deux partiales de
Lune, qui arriveront en 1724. Par le
Pere EM MANUEL de Viviers , Capucin.
L y aura cette année quatre Eclyples ,
2. au mois de May , & z. au mois de
Novembre.
>
La premiere Eclypfe fera de Lune ,
arriverà le 8. May , fon commencement
fera à 7. heures 45. minutes du matin
& finira à 13. heures 20. minutes ; fa
grandeur fera de 5. doigts 10. minutes .
La Lune étant fous l'horifon , elle ſera`
viſible dans l'Amerique , dans l'Ile de
Saint Domingue , au Port de Pei ; fon
commencement fera à 2. heures 3. minutes
30. fecondes du matin ; fa fin fera à
heures 7. minutes 30. fecondes.
La feconde Eclypfe fera de Soleik
5.
arrivera
DE SEPTEMBRE 1723. 461
arrivera le Lundy des Rogations le 22 .
May. On en verra le commencement à
Toulouſe à 5. heures 54. minutes 15. fe
condes après midi , auquel temps l'obfcur
cillement du Soleil commencera à fe former
par fon bord Occidental , où l'on
verra d'abord comme une tache noire
laquelle augmentera peu à peu jufqu'à 6.
heures 50. minutes 45. fecondes ; fon diametre
apparent divilé en 12. doigts , il
y en aura 10. & trois quarts de couvert ,
& 45. fecondes dans la plus grande obfcurité
, chaque doigt ayant 60. minutes ;
fa fin fera à 7. heures 47. minutes 25.
fecondes : le Soleil di paroîtra de deffus
l'horifon à 7. heures 27. minutes , fa fin
ne fera point vûë.
L'étendue de la terre , dans laquelle on
verra cette Eclypfe entiere depuis le lever
du Soleiljufqu'à fon couchers
Le Soleil fe levera trois quarts éclypfé
à 5. heures 30. minutes du matin aux 2
Peuples qui font à l'Occident de la Mer
Pacifique , qui ont 225. dégrez de longitude
, & 10. dégrez 30. minutes de
Latitude Septentrionale ; à 6. heures il
fera entierement couvert , & ce Peuple
aura une nuit entiere de 4. m. 10. f. Le
bord Oriental du Soleil commencera
462 LE MERCURE
à leur paroître à 6. h . 5. m. 12. f. &
l'Eclypfe finira par fon bord Occidental
à 6. h. 59. m. 10. f. les autres lieux l'auront
fucceffivement durant 2. h. 59. m.
10. f. à proportion. Le diametre apparent
de la Lune furpaffera celui du Soleil
d'une minute 32. fecondes ; il diminuera
d'une feconde par heure allant vers
fon appogée.
A 7. heures du matin le centre de
l'ombre fera aux Ifles de las Vaginas ,
dans la Mer Pacifique à 20. degrez s
min. de latitude Septentrionale , & à
230. degrez de longitude.
A 8. h. du marin le centre de l'ombre
paffera par Californie par la Mer Vermeille
, entrera dans l'Amerique Septentrionale
au nouveau Mexique à 34. degrez
de latitude Septentrionale
, & à
261. degrez de longitude.
A 9. h. du matin le centre de l'ombre
paffera par Sancta Fe du nouveau Mexique
à 41. degrez de latitude Septentrionale
, & à 271. degrez de longitude.
A 10. h. le centre de l'ombre fe trouvera
au bord Occidental de la Riviere
de Milipipi à 46. degrez de latitude
Septentrionale , & à 186. degrez de longitude.
A 1. h. le centre de l'ombre ſera au
Fort de Sainte Anne à 51. degrez de
latiDE
SEPTEMBRE 1723. 463
Latitude Septentrionale , & 286. degrez
de longitude.
A midi le centre de l'ombre fera dans
le Cap Jones , Cap Maine , à 54. degrez
de latitude Septentrionale , & à 294. degrez
de longitude.
A une heure après midi le centre de
l'ombre paffera par le Détroit Duzon &
la Baye des Equimeaux à 56. degrez 58.
minutes de latitude Septentrionale , & à
313. de longitude.
A 2. h, après midi le centre de l'ombre
paffera dans la Mer du Nord à 58.
degrez de latitude Septentrionale , & à
33 degrez de longitude.
f
A 3. h. après midi le centre de l'ombre
paffera au deffous du Détroit de Forbisher
à 58. degrez 15. minutes de latitude
Septentrionale , & à 334. degrez
de longitude.
A 4. h. le centre de l'ombre fera dans
la Mer du Nord à 58. degrez 5. minutes
de latitude Septentrionale , & à 3.45. degrez
de longitude .
53.
de-
A s . h. après midi le centre de l'ombre
fera dans la Mer du Nord à
grez de latitude Septentrionale , & à 360.
degrez de longitude.
A 6. h. 30. m. le centre de l'ombre
offera dans les Ifles Britanniques par la
Mommomie , & entreia dans l'Angle
pa
terre
464 LE MERCURE
terre par les Provinces de Cornwall &
Devonshire.
A 6. h. 48. m. le centre de l'ombre
traverfera la Manche , paffera dans la
France par la Ville de Coutance en Normandie.
:
A 7. h. du foir l'Eclypfe fera annulaire
à Paris , la Lune dans fa conjonction
centrale cachera tout le Soleil , &
laiffera fon bord lumineux en forme d'un
grand anneau d'où j'infere que M. Def
places s'eft trompé , lorfque dans fes Ephe
merides il a mis que cette Eclypfe ne fera
à Paris que de 10. doigts 17. minutes ;
car en fuivant l'ombre de la Lune dans
les lieux qu'elle doit obfcurcir depuis le
lever du Soleil jufqu'à fon coucher , eu
égard au Meridien de Paris qui a 20. d.
de long. & 48. d. 5o . m . 10. f. de latitude
, doit être annulaire dans cette Ville .
A 7. heures & demie l'Eclypfe ceffera
d'être entiere au Soleil couchant dans le
Milanois à 45. d. zo. m. de latitude Septentrionale
, & à 26. d. 35. m. de longitude.
L'Eclypfe totale ou trace que la Lune
formera fur la terre fera d'environ 26.
lieuës marines , cette largeur fera un peu
variable en differens endroits par les mêmes
caufes qui feront varier la durée de
Eclypfe centrale. Tous ceux qui feront
éloiDE
SEPTEMBRE 1723. 465
éloignez du milieu de cette trace , à la
diſtance de 13. lieuës de chaque côté , au
ront pour un moment l'Eclypfe totale ,
les autres à proportion de la proximité
du centre. Ceux qui en feront éloignez
52. lieuës verront le Soleil éclypfe de
de
11. doigts ,
de 104. lieuës 10. doigts ,
de 156. lieuës
9. doigts ,
de 208. lieuës
8. doigts ,
de 250. lieuës
312. lieuës
7. doigts,
de
de 364. lieuës
de 416. lieuës
6. doigts ,
5. doigts,
4. doigts ,
de 468. lieuës
de
520.
lieuës
de 572. lieuës
3. doigts ,
•
2. doigts
1. doigt.
Ces diftances ne doivent point être regardées
comme très-exactes ; car pour
n'y employer qu'un calcul aifé , on y a
negligé les refractions , & quelques differences
Aftronomiques qu'il y peut avoir entre
le centre de l'ombre , & les lieux qui
fe trouveront aux diſtances marquées.
Cette Eclypfe ne paroîtra point du tout
dans la haute Guinée en Afrique , ni à
ceux qui en feront éloignez de 624. lieuës,
quoique le Soleil fera fur leur horifon.
Cette Eclypfe fera vûë d'un grand
trait de la Mer Pacifique au- delà de l'Equinoctial
de plufieurs degrez , de toute
l'Ameri
466 LE MERCURE
l'Amerique Septentrionale , une partie de
l'Amerique Meridionale & de l'Europe.
A l'égard de la France , la Lune le trouvera
vis - à- vis du Soleil , & le couvrira
entierement dans une partie de la haute
& baffe Normandie , dans le Perche , une
partie de l'Ile de France , le Gatinois ,
' Orleanois , le Nivernois , la Bourgogne
& la Franche- Comté.
La troifiéme Eclypfe fera de Lune ,
elle nous fera vifible le premier Novem
bre , fon commencement era à 2. heures
30. minutes 45. fecondes après minuit ,
& finira à 4. heures 40. minutes 5. fecondes
; fa grandeur fera de 7. doigts
40. minutes 6 fecondes.
La quatrième Eclypfe de Soleil fera
totale le 15. Novembre à 10. heures 15.
minutes 20. fecondes du foir , & finira
à une heure 29. minutes, 58. fecondes
après minuit elle fera vifible au lever
du Soleil & totale , avec demeure dans
l'ombre dans la Ville & Royaume Dachem
, paffera au Septentrion de l'Iſle
de Sumetra , dans le Golphe de Siam ,
au Septentrion de la Cochinchine , traverfera
le Royaume de la Chine , Pekin,
le Royaume de Corée , au Septentrion de
la Mer du Japon , dans la Mer du Sud :
elle finira au coucher du Soleil dans le
Brefil à l'Ile de Maragnan , les François
l'ont
DE SEPTEMBRE 1723. 467
l'ont poffedée , les Portugais en font pre.
fentement les maîtres .
ཨེ་
Je fais voir la figure & la démonftration
de ces Eclypfes dans l'Horloge Aftronomique
& univerfelle que j'ai compofée
en 1718. ce font les mêmes qui arriverent
en 1706. Les Eclypfes le forment
dans les noeuds éclyptiques de la Lune ;
çes noeuds font leur revolution dans le
Zodiaque contre l'ordre des fignes dans
l'espace de 18. ans . Celles de 1724. n'arriveront
que 10 jours après celles de
17c6. ce qui eft le temps qu'il y a d'une
Eclypfe à l'autre. Le Languedoc , la Provence
& le Dauphiné le trouverent fur la
route de la ligne qui partagcoit par le
milicu l'ombre de la Lune le 12. May
1706, c'eſt à- dire , qu'ils virent l'Eclypfe
entiere , & même centrale . Cette année
1:24 . le centre de l'ombré paffera un peu
à côté de ces mêmes Provinces , c'eſt la
caule qu'ils ne l'auront pas totale. Voici
le memoire de cette Horloge avec l'Approbation
d'un Profeffeur Royal des Mathematiques,
& du Reverend Pere Sala
guens , Provincial des Minimes pour
deuxième fois , dont le nom eft fi connu
dans la Republique des Lettres .
HOR468
LE MERCURE
HORLOGE ASTRONOMIQUE
& univerfelle.
Le Reverend Pere Emmanuel de Viviers
, Capucin de la Province de Toulouſe
, a inventé & compofé une Horloge
Aftronomique & univerfelle , où l'on voit
le fyftême de Ptolomée & de Copernic ,
les trois pofitions de la Sphere , le lever
& coucher du Soleil & de la Lune ,
F'heure qu'il eft à Toulouſe , tant du Soleil
, que de Lune , & en même temps
dans toutes les parties de la Terre , avec
les noms des Villes , leurs latitudes &
longitudes , qui répondent aux 24. heures
du jour Aftronomique , le chemin.
que le Soleil & la Lune font dans une
heure , par les mouvemens de l'ombre de
leur Difque fur la terre , & le Signe &
degré où ils font dans le Zodiaque. On
trouvera marqué dans cette Horloge le
jour , l'heure , le mois , l'année , toutes
les Eclypfes du Soleil & de la Lune , qui
doivent arriver depuis 1718. jufqu'en
l'année 1800. leur grandeur & leur durée.
On y verra la figure de l'Eclypfe
totale du Soleil , telle qu'elle paroîtra
en France le 22. May 1724. entre les 6.
& les 7. heures du foir.
Cette Horloge marque encore les heures
DE SEPTEMBRE 1723. 469
res Babyloniques , Italiques , & enfin on
y compte en huit endroits fort éloignez
les uns des autres la même heure du jour
qu'on la marque à Toulouſe. Ce qui donne
le mouvement à cette Machine , eſt
une roue ou tambour , comme ceux des
Horloges d'eau , dont le mouvement në
fait aucun bruit , & qu'on monte l'intervalle
de 24. heures.
Sur l'imprimé à Toulouse .
CONTRE la malignité d'un mauvais
Poëte.
A Traqué d'une maladie
Qui mit mes jours tout à coup en danger ,
Un Poëte infolent qui ne fçait qu'outrager ,
Pour fignaler fa perfidie ,
N'attendoit , difoit- il , que l'heure de ma mort,
De ce lâche projet on me fit le rapport :
Hé pourquoi , dis -je , alors attendre
Que je ceffe de vivre afin de m'attaquer ?
S'il veut de mes défauts m'inftruire ou me re
prendre ,
A prefent ou jamais , il doit me les marquer.
Je ne vous croyois pas fi cruche ,
Mc
470 LE MERCURE
Me répondit - on à l'inſtant ,
Cet homme affez fouvent dont la raiſon trébuche,
Veut être feul de combattant.
Quoi ! médire des morts , la maxime eſt affreuſe.
Oui , mais vivans , peut être ils auroient répondu,
Ce qu'on dit d'eux alors , d'eux n'eſt point entendu
,
Et cette adreffe eft merveilleufe ,
Pour mordre & n'être pas mordu.
DISCOURS du Pere Follart , Jefuite , à
fa reception dans l'Académie de Lyon.
Α
de vous faire connoître
la
A combien je fuis fenfible à l'avantage
de pouvoir affiſter à vos fcavantes conferences
, permettez - moi , Meffieurs , de
me livrer un moment au fouvenir que
ceremonie de ce jour rappelle naturellement
en ma penfée . J'étois il n'y a pas
long- temps dans une Ville , qui eft réellment
pour les gens de Lettres , le Parnaffe
fabuleux de la Gréce . Prefque tous les
fçavans de l'Univers , où vivent dans cet
heureux climat , où s'y rendent quelques
fois. Je ne parle point ici de ces affemblées
DE SEPTEMBRE 1723. 471
blées d'appareil , ou la vanité étale avec
pompe ce qu'elle a penfé avec effort , &
où la politique applaudit à grand bruit ,
à ce que la bonne critique delaprouve en
fecret.
Je parle de cette communication , libre
, aifée , vive & fincere , que les gens
de Lettres ont entre eux . Communication
que la curiofité Litteraire recherche
avec ardeur , que le goût qu'on prend aifément
les uns pour les autres , anime &
entretient, & que la liberté de tout dire,
& de penfer tout haut , fi j'ofe m'exprimer
ainfi , rend auffi délicieux qu'utile.
Communication ifée , parce que les vrais
bons efprits y font acceffibles & fans
fafte , ou du moins leur fafte cede à leur
avidité de tout voir , & de tout entendre
; où il ne faut point d'autre titre pour
être receu avec diftinction , même du
courtiſan ſpirituel , que celui d'aimer les
Lettres & de fçavoir penfer. Communication
vive & animée , où l'on fe prête,
qué dis - je , où l'on fe livre avidement
à tout ce que vous fouhaitez de communiquer
, où loin d'être obligez au foin
humiliant de fupplier qu'on vous écoute,
on vous prévient , on vous preffe juſqu'à
vous décharger entierement de la penible
apprehenfion d'incommoder , où l'attention
eft extrême & foutenue , juſqu'à
pen
472 LE MERCURE
penfer avec vous , où l'on ne hazarde
point de ces approbations glacées , que
l'inattention prodigue pour mieux diffimuler
, ou l'ennui , où la diftraction ,
où l'on ne cenfure point avant que d'avoir
réflechi. Communication enfin auffi
fincere qu'elle eft vive. On ne s'y borne
pas à connoître pour foi feul les défauts
d'un ouvrage. On n'y ufe point non plus
de cette baffe malignité qui fe fert de
cette connoiffance pour aller ailleurs flétrir
d'avance un Ecrivain qui nous a honoré
de fa confiance , tout ce qu'on connoît
de défauts ou de beautez dans fon
ouvrage , eft tout au profit de l'Auteur.
On lui propoſe ſes doutes , on ne lui dérobe
point ce qu'on fçait de plus que
fur le fujet qu'il traite . On lui marque les
negligences , les froideurs , les fauffes
images , les conftructions équivoques , les
rudeffes ou les témeritez de ftile. On va
fouvent jufques à l'enrichir de notes . On
fait plus encore , on le récompenfe de
l'ouverture qu'il a pour nous , en lui
confiant les deffeins Litteraires , où nous
nous trouvons engagez nous -mêmes.
lui
Voilà , Meffieurs , où j'ai vêcu , je ne
dirai pas combien de temps , compte-t'on
quand on jouit d'un fi doux avantage ?
Pour le retrouver ici tout entier cet avantage
, j'ai fouhaité , Meffieurs , je l'avouë ,
d'être
DE
SEPTEMBRE 1723. 473
'être parmi vous. Un ami genereux, feul
confident , & arbitre éclairé de mes études
, a furpris dans mon coeur ce defir.
L'amitié ne lui ayant pas permis de le
regarder comme témeraite , il l'a porté
dans le fein de vôtre illuftre protecteur.
Ce grand Prélat m'a d'abord accordé
fon fuffrage , qui eſt devenu auffi - tôt le
vôtre.
Je me retrouve donc encore aujour
d'hui au milieu des biens que je regretois.
Je revois dans l'un ce jugement droit
ce difcernement exquis , ( a ) le fruit d'une
étude éclairée , & plus encore d'un coeur
paifible & fans paffions : difcernement
qu'il pouffe jufqu'à la critique la plus
déliée , fans jamais paffer jufqu'à la fatyre.
Dans l'autre, (b) un genie naturelle.
ment vafte , qui s'eft donné encore plus
d'effort & d'étendue par une érudition
prefque univerfelle . Dans celui - ci , un
efprit philofophe , qui creufe tout ce qu'il
penfe , & tout ce qu'il entend penfer aux
autres , toûjours methodique , clair &
précis , quoique profond. Dens celui- là,
(c ) une érudition de faits Litteraires ,
qu'un grand commerce avec les fçavans
du temps lui a acquis : forte d'érudition
(a) M. le Prefident du Gua
(b) Le P. de Colonia.
(c) M. Brofette,
C
qui
$474
LE MERCUREA
qui a fes charmes , qui nous fait prefque
retrouver en lui tous les grands hommes,
dont il nous entretient . Je retrouve dans
un autre, (a) une grande connoiffance des
Auteurs anciens , qui n'eft point en lui
un fupplement à la difette de fes propres
penlées , qui , quoique Hiftorien (b) d'un
Poëte amoureux des faux brillans , penſe
lui -même toûjours avec tant de bon fens
& de naturel . Dans plufieurs enfin , cette
facilité gratieufe , qui n'abule pourtant
jamais de l'efprit ni de la parole , cette
imagination Poëtique qui produit des vers
qui n'ont point encore été faits , ni en
entier , ni en partie : fruit auffi rare en
nos jours , qu'il fut commun dans le fiecle
paffé .
Je pafferois les bornes prefcrites , fi je
pouffois plus loin ce détail . Mais par le
peu que j'en dis , vous voyez , Mef
fieurs , que je connois le bien dont vous
me faites part aujourd'hui ; & puiſque je
le connois , jugez de ma reconnoiffance.
Jugez en vous même , Monfeigneur ,
(c) vous à qui je dois l'honneur de vôtre
fuffrage , & j'ofe le dire , quelque chofe
encore de plus flateur pour moi . C'eſt
le motif plein de bonté qui vous a por-
(a) M. l'Aîné.
(b) Martial.
e) Monfieur l'Archevêque de Lyon. A bea
tez
DE SEPTEMBRE 1723. 475 .
té à me l'accorder . V. G. a paru s'intereffer
à mes études jufqu'au point de
les vouloir rendre plus feures ,, par le fecours
des conferences. Vous m'avez crû
des talens qui n'étoient pas tout à fait indignes
d'être cultivez par vos avis. Voilà,
Monfeigneur , ce qui me flate le plus
fenfiblement , vous fçavez avec quelle
ardeur je les avois déja recherchées , ces
utiles leçons , avec quelle docilité j'y
avois déferé , quel bonheur pour moi
que des graces fi précieufes me foient dûës
déformais , & que devenu mon protecteur
, vous vous foyez obligé à devenir
encore mon maître ! Je pourrai avec
quelque forte de droit vous engager à me
découvrir cet art heureux qui n'eft prefque
qu'en vous , de penfer finement & ailément
tout enſemble , d'exprimer tout noblement
& naturellement , de parler l'écriture
comme l'écriture elle- même avec
majesté , onction & fimplicité , & furtout
de réflechir fur le champ comme
l'on medite à loifir.
Cij
Le
476 LE
MERCURE
LE PAPILLON JUSTIFIE ,
E
FABLE.
A Madame la Marquise D. L. S.
H quoi ! toûjours le Papillon ,
Aimable Iris , m'allez- vous dire,
Ne pouvez - vous donc pas écrire ,
Et chanter fur un autre ton ?
A cela je répondrai , non.
Mon Heros eft fou à la mode ,
Il n'eſt point aujourd'hui d'Amant ,
Qui ne pratique fa methode ,
Et qui n'aime le changement.
Si l'on trouvoit auprès des belles ,
Un peu plus de fincerité ,
Un peu moins de legereté
Les flâmes feroient éternelles.
Pardonnez ma réflexion
?
Ou , fi l'on veut, ma fantaiſie ,
Il n'eft point , Iris, dans la vie ,
De regle fans exception ,
Je reviens à mon Papillon.
Un
DE SEPTEMBRE 1723. 477
Un Papillon amateur des fleurettes ,
Cherchant à plaire, & point à s'enflâmer,
Authorifoit fes maximes coquettes ,
En difant qu'il falloit pour fe laiffer charmer ,
Rencontrer des vertus , des qualitez ſecretes ,
Et ce je ne fçai quoi qu'on ne peut exprimer.
Chaque fleur pour paroître aimable ,
Mettoit en oeuvre , & l'art & le galant caquet
De tout temps , de l'efprit coquet ,
La beauté fut infeparable ,
On en va juger par ce trait.
J'ai , difoit la Roſe nouvelle ,
L'avantage d'être plus belle ,
Que tout ce que l'on voit de fleurs
Et fi je fuis un peu cruelle ,
On en goûte mieux mes faveurs.
Le Papillon panchoit pour elle ,
Quand la Renoncule l'appelle ,
Lui difant fur un ton plus doux ,
Venez , vous fçavez que pour vous
Je ne fuis rien moins que cruelle.
Adreffez- vous plutôt à moi ,
•
Dit la Jonquille favorable ,
Ciij
J'ai
478 LE MERCURE
J'aime autant que je fuis aimable ,
Soupirez fous ma douce loi,
Lors , la Belle -de- nuit s'avance ,
Honteufe de l'éclat du jour ,
Et dit j'aurai la preference ,
Car je fuis faite pour l'amour.
En un mot , ces filles de flore ,
Vantoient , à l'envi , leurs appas ,
Prévention fait qu'on ignore ,
L'endroit par où l'on ne plaît pas.
Le volage écoutoit d'une ame indifferente ,
Le fentiment de chaque fleur ,
La plus belle & la moins brillante ,
Touchoit également fon coeur.
Qu'avez-vous , dit - il , à vous plaindre ,
Je vous careffe tour à tour ,
De l'une à l'autre chaque jour ,
Je voltige , il eft vrai , fans pouvoir me contraindre
,
Vous trouveriez Vous mieux de ma fidelité ?
Une de vous feroit fans doute fatisfaite ,
Et les autres diroient , fon ame étoit coquette ,
Mais enfin fa le ereté ,
Valoit mieux quelquefois qu'une flâme parfaite.
Ce
DE SEPTEMBRE 1723. 479
Ce feroit fort bien dit , c'eft donc hors de faifon,
Qu'on prétend , à moi Papillon ,
Inspirer des flâmes conftantes ,
Je ferois trop de mécontentes ,
On convint qu'il avoit raiſon.
豬
M. Clement.
********************
LETTRE écrite de Lyon le 10.
I
Aoust 1723.
Left jufte , Meffieurs , que nôtre
Ville de Lyon qui tient un rang confiderable
parmi les Villes du Royaume
ait auffi fa place dans le Mercure , & elle
fe plaindroit avec raiſon , fi étant une
Ville de commerce , & Mercure en étant
le Dieu , elle n'avoit pas au moins un article
dans fon livre ; celui dont je vais
vous faire part intereffe tout le Royaume
,puifqu'il regarde la Perfonne facrée
du Roy, M. le Maréchal de Villeroy nôtre
Gouverneur , & Mrs les Prevost des
Marchands & Echevins de nôtre Ville ,
allarmez l'année derniere de la maladie
de Sa Majefté , n'oublierent ni voeux ni
prieres pour en arrêter le cours ; & lorfque
le Ciel appaifé eut rendu au Roy
C iiij une
[480
LE MERCURE
une fanté fi précieufe à la France , ils
fonderent en actions de graces un Salut à
perpetuité dans l'Eglife des R. P. Jefuites
de cette Ville , le huit du mois.
d'Aouft de chaque année. Cette ceremonie
s'eft renouvellée cette année- ci avec
toute la folemnité poffible. M. le Ma
réchal , M. l'Archevêque , Ms les Comtes
de Saint Jean , la Cour des Monnoyes
, les Tréforiers de France , & les
Elus fe rendirent ce jour- là fur les cinq
heures dans l'Eglife des Jefuites , &
y furent reçûs par Meffieurs de Ville ,
au bruit des boëtes , & de la moufqueterie
de la Bourgeoifie qui étoit fous les armes.
La Compagnie fut très- belle , &
très-nombreuſe , M. l'Evêque de Montauban
, Abbé d'Ainay de cette Ville y
affifta avec tout ce qu'il y avoit de gens
de confideration dans la Ville . La Ceremonie
commença par unMotet de la compofition
du fieur la Caffagne , le Chapitre
de Saint Nifier chanta enfuite l'E
xaudiat pour le Roy , qui fut fuivi de la
Benediction que donnât M. l'Archevêque.
Nous joignîmes avec ardeur nos
Prieres à celles de cet illuftre Prélar
pour demander à Dieu la confervation du
Roy , & de toute la Maiſon Royale . Je
fuis , Meffieurs , & c.
CAN-
2
DE SEPTEMBRE 1723. 48 1
CANTIQUE chanté dans une Académie
de Mufique , le 15. Fevrier dernier ,
jour de la naiffance , & de la Majorité
du Roy.
PEuples , de vôtre jeune Maître ,
Chantez les vertus , les talens ,
C'est en ce jour heureux que le Ciel l'a fait
naître ,
Quel jour plus digne de vos chants }
Peuples , de vôtre jeune Maître ,
Chantez les vertus , les talens.
Majeur en ce jour il commence ,.
A regner par lui-même , à gouverner la Frances
Quel jour plus digne de vos chants !
Chantez, peuples, chantez, Loüis eſt nôtre Maître
Il merite de l'être ,
Par fes vertus , par les talens.
Avec la puiffance fuprême
و ت
Il a reçû du Ciel les dons les plus exquis
Il n'a que treize ans accomplis
Et déja de fon Diadême ,
2-
Cv 1
482
MERCURE LE
Il fent tout le poids , tout le prix ,
Chantez, peuples , chantez la gloire de Louis.
Aimé de fes fujets , pour eux plein de tendreffe ,
De leurs befoins divers il s'occupe fans ceffe ,
C'est pour les rendre heureux qu'il forme des
projets ,
Chantez , peuples , chantez , chantez plein d'alegreffe
,
Louis pour fes fujets
Eft rempli de tendreſſe ,
C'eft pour les rendre heureux qu'il forme des
projets.
Sous Louis pour jamais ;
La paix & l'abondance ,
Vont fe fixer en France ,
L'abondance & la paix ,
Vont fe fixer en France
Sous Louis pour jamais.
C'eſt en Roy debonnaire ,
Qu'il veut donner la loi ,
Il fera nôtre pere ,
Autant que nôtre Roy ,
Chantez
DE SEPTEMBRE 1723 . 483
Chantez, peuples , chantez, il fera nôtre pere ,
Autant que nôtre Roy.
Vous, enfans d'Apollon, que ce Dieu même inſpire ,
Accordez au fon de fa lyre ,
Aujourd'hui le fon de vos voix ,
De vos Flutes , de vos Haut-bois ,
Par la plus douce ſymphonie ,
Par la plus brillante harmonie ,
Celebrez le plus doux , le plus puiffant des Rois ,
C'eſt en ce jour heureux que le Ciel l'a fait naître,
Quel jour plus digne de vos chants ,
Chantez, tous de concert, Louis eft nôtre Maître,
Il merite de l'être
Par fes vertus , par fes talens.
Majeur en ce jour il commence
A regner par lui-même , à gouverner la France ;
Quel jour plus digne de vos chants !
Chantez, tous de concert , Louis eft nôtre Maître ,
Il merite de l'être
Par fes vertus , par les talens ,
Chantons,tous de concert, Louis eft nôtre Maître
Il merite de l'être
Par les vertus , par les talens.
Pol Dreux Darnoles . C vj PE484
LE MERCURE
akakakakakakakakakakakakak
PECHE D'UN MONSTRE
MARIN.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Marseille le 13. d'Aoust 1723.
O
>
Na pêché ici fur la fin du mois
de Juin dernier , un poiffon d'une
grandeur & d'une groffeur extraordinaire
; fon corps a huit pieds de long
non compris la queue , qui en a fix ; il a
le ventre plat , & jaunâtre ; fa peau eft
brune par deffus , fans écailles , épaiffe
de deux doigts , & en forme de chagrin ;
il a une boffe au milieu du dos comme un
Chameau , il n'a point de tête , mais une
gueule de trois pieds de large , fans dents .
Au- deffus de cette gueule il a deux oreilles
comme celles d'un Mulet , & deux
gros yeux placez derrière les oreilles ; il
a quatre grandes nageoires ; fa queue
longue de fix pieds , comme on l'a déja
dit , a deux trous , l'un à droite , l'autre
à gauche , ronds & grands à pouvoir y
paffer le poing , fermez par une peau
fez mince ; il peſe fix quintaux , poids
de table. On l'à ouvert , on lui a trouvé
dans le corps un Poiffon de fon efpece ,
qui
DE SEPTEMBRE 1723. 485
qui pele foixante & dix livres. Les Marins
, & les gens du Pays affurent n'en
n'avoir jamais vû de pareil , ni avoir oüi
dire que dans aucune mer on en ait jamais
pêché de femblable. Cependant quel
quês perfonnes le mettent dans le genre
de ceux que les Caraïbes appellent Mobulas
, ou Diables de Mer.
A Mile
STANCES
pour le jour de fa Fête , en luž
envoyant un bouquet , compofe de qua
tre differentes fleurs ; fçavoir , Rofe
Violette , Pensée & Souci. Par M.
B..... D. L. B ....
D
U Bouquet que je vous envoye ,
Iris , examinez les fleurs ,"
Il n'en eft point où je ne voye ,
Des leçons contre vos rigueurs.
Jettez les yeux fur cette Rofe ,
Si vous en admirez l'éclat ,
Vous la verrez à peine éclofe
Que le moindre fouffle l'abat
C'ef
486 LE MERCURE
C'est un exemple qui vous preffe ,
De mieux profiter de vos jours ,
Ne donnant point à la ſageſſe ,
Ceux que vous devez aux amours,
Voyez la tendre Violette ,
Elle nous plaît par ſa douceur
Et c'eft une image parfaite ,
•
De ce qui fçait toucher un coeur.
Souvent la fleur la plus brillante ,
Ne nous arrête qu'un inftant ,
La fimplicité nous enchante ,
Et
peut
rendre un Amant conftant,
La pensée a dequoi me plaire ,
Il en faut beaucoup en aimant ,
L'abfence eft un mal ordinaire ,
Dont elle adoucit le tourment.
Un peu de fouci nous réveille ,
Il a l'art de nous exciter ,
Et c'est à tort que l'on confeille ,
De s'efforcer à l'éviter.
Sans fouci , fans inquietude , On
DE SEPTEMBRE 1723 .
487
On verroit languir un Amant ,
Après un peu d'incertitude ,
Il goûte mieux un doux moment .
VOICI une feconde Lettre , écrite de Blois
aux Auteurs du Mercure , par M.
Ourry , à qui on avoit pris la liberté
de demander un échantillon de fa Traduction
des Oeuvres d'Horace.
MONSIEUR ,
Quoique je ne croye pas qu'il foie
de vôtre obligation de demander un
échantillon des Odes d'Horace , que
j'ai traduites Vous marquant mon
nom , ma demeure , & l'approbation
qu'elles ont eu generalement par ceux .
qui les ont lûes , dont il eft facile
de s'informer de la verité ; neanmoins
pour fatisfaire à vôtre difficulté , je vous
en envoye une des plus courtes , qui eft
la derniere du 11 Livre.
Peut - être , Monfieur , que la qualité
que je prends de Maître Apotiquaire ne
vous paroît pas digne d'attention , parce
qu'en cette qualité je ne devrois pas donner
mon temps à cette forte d'étude ;
mais il eft bon de vous dire qu'il y a
déja
488 LE MERCURE
t
déja plufieurs années que je ne l'exerce
plus , ce qui me met à l'abri du reproche
qu'on pourroit me faire de ce côté . Je
pourrois encore m'être dit Capitaine de
Bourgeoifie , quoique je ne me fois point
encore fait reconnoître à la Maifon de
Ville , ces Charges & leurs immunitez
étant fupprimées , & n'étant qu'un titre ,
qui refte cependant , le fɔnd n'étant point
remboursé. Mais comme je ne fuis pas
de caractere à me repaître de chimeres ,
& de qualitez fans droits , ni fonctions ,
je me fuis contenté de prendre celle qu'il
m'eft permis d'exercer .
Ainfi donc , Monfieur , de vôtre part
vous dépouillant de toute prévention ,
eu égard au peu de confideration qu'on
a vulgairement pour cet état en Province
, ne faites aucun doute , qu'il fe peut
trouver parmi eux des gens Lettrez , &
capables de plufieurs chofes. Je ſuis ,
Monfieur , très - parfaitement vôtre trèshumble
, & très - affectionné ferviteur..
Signé , J. Ourry. A Blois , ce 14. May.
y
Nous nous difpenfons de publier avec
cette Lettre le morceau de traduction
envoyé par M. Ourry. Nous nous contenterons
de raporter fidelement les trois
Notes qui ornent cette traduction. Par
la premiere , M. Ourry nous apprend
qu'Icare
DE SEPTEMBRE 1723 48
qu'Icare étoit fils de Dedale , avec l'hif
foire & la chûte de ce jeune témeraire
dans la feconde , que le Bofphore eft un
détroit de la Mer Mediterannée , proche
le Pont- Euxin , & c. Enfin , après avoir
traduit le Texte d'Horace Hyperboreof
que campos , par ces mots , les Campagnes
Hyperboreales : il enfeigne à fes lecteurs
dans la derniere Note, que Hyperboreales
fignifie feptentrionales .
Jikakakakakakak kakakakak**
LES PETITES . MAISONS
SI,I , comme dicte un certain Maître,
Il n'eft ici d'heureux que celui qui croît l'être ,
Le féjour des heureux , pour cent bonnes raiſons,
N'eft autre que celui des Petites-Maifons.
L'un s'imagine être Neptune ,
Qui d'un Trident imperieux ,
De l'Empire des Mers dirige la Fortune ,
L'autre des fons melodieux ,
Croit battre la mefure à l'Opera des Dieux.
Un autre rencherit , & s'arrogeant la foudre ,
D'un feul mouvement de fes yeux ,
Dit qu'il mettra le monde en poudre.
L'un
490
LE MERCURE
L'un eft Bacchus , & l'autre eft Mars ;
Et chacun fous fes étendarts ,
A rangé toute la nature >
Fameux , Dieu fçait , par fes combats
En mainte & mainte amoureuſe avanture ,
t
Que nos Heros n'igorent pas .
Charmante illufion , fur tout chez les femelles ,
A fa faveur , les plus laides font belles ,
Et malgré le dégat des rides & des ans ,
*E
Elles ont beaucoup moins de cheveux que
d'Amans ,
D'autres aimant l'hipocrifie ,
Ont convaincu leur fantaiſie ,
Que leur bigotifme impofteur ,
Canonifé par leur faux Directeur ,
Qui d'elles par tout fait l'éloge ,
Leur affure au Martyrologe ,
Un nom à jamais glorieux ,
Et belle place dans les Cieux ,
Parmi les Vierges innocentes
Où les coquettes penitentes.
O , les charmantes vifions !
S'il ne faut donc qu'être vifionaire ,
Pour poffeder tout l'heur du Ciel & de la Terre ,
Le
DE SEPTEMBRE 1723. 491
Le féjour des heureux , pour cent bonnes raiſons,
N'eft autre que celui des Petites-Maiſons.
LETTRE aux Auteurs du Mercure ,
écrite de Beauvais le 13. Juillet 1723 .
par M. d'Auvergne , Avocat en Parlement.
MESSIEURS ,
De toutes les obſervations que le
Reverend Pere de la Neuville , Jefuite
, a faites fur les moeurs des Guayanois
, ce dont il a bien voulu faire part
au public , en les faifant inferer dans
les Memoires de Trevoux du mois de
Mars dernier , pas une ne m'avoit plu
davantage , que celle où j'avois appris
que ces Indiens , qui ne veulent jamais
fe donner la peine de rapporter euxmêmes
ce qu'ils ont pris à la pêche , ou
à la chaffe , ne fût- ce qu'un oileau , ne
font pas obligez pour cela de prendre
celle de le cacher , pour empêcher que
perfonne ne s'en faififfe pendant le temps
qu'ils reviennent chez eux , avertir leurs
femmes de l'aller chercher ; qu'ils fe contentent
de le munir d'une branche d'arbre
, marque qu'il appartient à quelqu'un;
qu'avec
492 LE MERCURE
qu'avec cette précaution ils font affurez
que leurs femmes retrouveront le poiffon
ou le gibier , lorfqu'elles arriveront à
l'endroit où ils l'ont laiffé ; & qu'en effet
elles l'y retrouvent , tant eft grande la
bonne foy qui régne entr'eux. Je ne pouvois
affez admirer , que des gens que la
pareffe domine jufques à un tel point ,
qu'ils aiment mieux fouffrir la faim &
fa foif , que de chercher avec un peu de
peine dequoi fubfifter , qui paffent affez
fouvent une & deux journées fans manger
, avant que de pouvoir le réfoudre à
fortir de deffus leurs Hamacs ( a ) pour
aller à la pêche ou à la chaffe ; qui mangent
volontiers des viandes gâtées , plutôt
que de faire le moindre pas , pour
en avoir de nouvelles & de fraîches ;
qui n'entreprennent pas de chercher plus
loin le meilleur & le plus , s'ils trouvent
à leur portée le peu , & ce qui quelquefois
ne fuffit pas au neceffaire. Je ne pouvois
, dis- je , affez admirer que des gens
fi ennemis du travail puffent s'empêcher
de mettre la main fur les chofes neceffaires
à leur fubfiftance , lorfqu'elles fe
rencontrent fous leurs pas . J'étois
(a ) Ce font de grandes pieces de toile de coton
fort épaiffe , & fort ferrée , qu'on fufpend
en l'air par les deux extrêmitez , & qui fervent
aux Guayanois & de lits & de fieges.
agréa
DE SEPTEMBRE 1723: 493
›
agréablement furpris de voir que la vertu
fut affez forte chez eux , pour l'empor
ter fur une pareffe fi exceffive , fur la faim
& fur la neceffité , dans le temps qu'elle
les preffe le plus , & fur la volupté même
, car ils l'aiment à l'excès , & s'ils
ne la fatisfont pas toûjours , ils n'en font
empêchez que par la paffion extrême
qu'ils ont pour l'inaction . J'étois charmé
de voir fur ce point , dans les Guayanois
, une parfaite image de ceux dont
nous parle S. Paul , Ep. ad Romanos , c . 2.
qui n'ayant point de loi , font naturellement
ce que leur loi leur prefcriroit ,
s'ils en avoient une . Effectivement ces peuples
n'en ont point . Si l'on en excepte le
cas de l'adultere , on ne fçait parmi eux
ce que c'eſt que la juftice ; tous les autres
crimes , l'homicide même , y demeurent
impunis. L'interieur de chaque famille
n'eft pas mieux reglé que le
corps
de l'Etat nulle éducation aux enfans ,
l'unique foin pour eux que prennent les
Indiennes eft de les bien nourrir. Quelques
fautes qu'ils faffent , on ne les en
corrige jamais , & l'apprehenfion que l'on
a de leur faire de la peine eft fi grande ,
que je ne fçai pas même , fi lorfqu'ils
s'avient de mettre le feu au Carbet , (a)
:
พ
(a) C'eft un toit en forme de Halle , élevé
furur des poteaux , fans murailles desdeux côtez ;
les
494
LE MERCURE
les peres & les meres peuvent gagner fur
eux mêmes , de leur faire feulement de
parole la moindre leçon : fi peu de difcipline
ne donne pas lieu d'attendre de
grands modeles de vertu d'un peuple
fur tout , qui ne connoît , ni une vie à
venir , ni les récompenfes ni les peines
qui doivent s'y diſtribuer , eeuu égard aux
bonnes & aux mauvaiſes actions qui fe
feront faites dans celle- ci. Auffi ne peuton
pas avoir une joye plus veritable , que
celle que je reffentois , de ce que la nation
du monde , de laquelle nous avions
le moins à eſperer , nous fourniffoit un
auffi bel exemple de candeur , que celui
que nous en racontoit le Pere de la Neuville.
Mais elle n'a pas été de longue durée
, ou du moins je ne l'ai pas confervée
long- temps , auffi pure qu'elle l'étoit d'abord
. Elle a été troublée par la lecture
que j'ai faite de la fuite des mêmes obfervations
dans le Journal de Trevoux ,
du mois d'Avril , que je n'ai pû avoir que
depuis quelques jours : j'y ai lû que les
Guayanois volent avec fi peu de fcrupu
le les chofes que l'on peut manger ou boire
, que l'on diroit que la nature leur inles
rofeaux tiennent lieu de Lattes , & les feüillages
de couvertures. Nouveau Voyage aux fles
de l'Amerique par le Pere Labat. Et c'eft-là où
tout le Village eft raffemblé.
Spine
DE SEPTEMBRE 1723. 495
fi-
Spire qu'elles font de droit commun. Le gibier
& le poifon font des chofes que l'on
mange , ai -je dit auffi -tôt . Comment donc
fe peut-il faire que ceux qui n'ont aucun
fcrupule de voler toutes les choſes de
cette nature , que l'on devine même qui
penfent qu'elles font de droit commun ,
foient fi religieux que de ne pas emporter
une piece de gib er qu'ils trouvent ,
tôt que le moindre figne les avertit qu'elle
appartient à quelqu'un ? L'inclination
que j'avois conçue pour ce dernier fait ,
& le dépit de me voir privé du plaifir
que j'avois eu à le croire , ont été cauſe
que j'ai fait tout ce que j'ai pû , pour le
concilier avec l'autre , malgré l'impoffibilité
que je voyois d'y réüffir . Ainfi ne
cherchant qu'à me flatter , j'ai écouté
avec plaifir , la penſée qui m'eft venue
que des Ob
fervations abregées que le Pere de la Neuville
nous avoit données , il pouvoit s'être
difpenfé d'entrer dans des circonstances
lefquelles fi nous en étions inftruits pourroient
nous laiffer croire que les Guayanois
n'ont point de fcrupule de voler toutes
les chofes que l'on peut boire ou manger
, fans nous obliger pour cela de revoquer
en doute la fidelité qu'ils ont à l'égard
de ces mêmes chofes , lorfqu'elles
font laiffées à la bonne foi publique . Peutque
comme ce n'avoient été
être
296 LE MERCURE
être ce que l'on boit , & ce que l'on
mange , me fuis-je dit à moi même , ne
les flatte- t'il pás aflez pour les exciter au
larcin , que lorsqu'il eft entierement pre
paré pour l'ufage , auquel il eft propre ,
parce que s'ils le prenoient auparavant ,
leur pareffe ne feroit fatisfaite qu'à moitié.
Mais non , elle le feroit tout à fait ,
quand ils voleroient une piece de gibier ,
un oifeau , par exemple , dans le temps
qu'il eft encore en plume , ils feroient les
maîtres de s'exempter de rien faire davantage.
Car fi c'eft au mari à aller chercher
de quoi manger , c'eſt à la femme à
le preparer , c'eft une fonction qui la regarde
uniquement , & dont le mari & les
enfans auroient tant de fcrupule de fe
mêler , que fi la femme étoit abſente ,
quelque foifqu'ils fouffriffent , ils n'iroient
pas puifer de l'eau à quatre pas. Peut être
tce , comme les Lacedémoniens
fuis- je dit encore , qu'ils ne prennent de
plaifir que quand ils volent avec adreſſe,
& qu'ils méprifent ce qu'il ne tiendroit
qu'à eux d'emporter. Mais non , ils ne ſe
piquent pas de fineffe , l'indolence & la
Rupidité font leur caractere principal.
La violence n'eft pas plus de leur goût
que la rufe , ils font ennemis du bruit ,
traîtres , lâches & craintifs au fuprême
degré. Il eft donc à croire qu'ils entreeft
me
prenDE
SEPTEMBRE 1723. 497
1
?
prendroient bien plutôt de dérober ce qui
n'eft gardé que par une fimple branche
d'arbre , que ce qui eft entre les mains de
celui à qui il appartient , & qui fans doute
ne manqueroit pas de le défendre.
D'ailleurs la réflexion que le Pere de la
Neuville a faite , que l'on diroit que la
nature infpire à ces Indiens , que tout ce
qu'on peut manger , ou boire , eft de droit
commun femble ôter la liberté de toutes
les miennes . Et en effet , fi c'eſt cette
penfée , que les choses que l'on peut manger
on boire font de droit commun , qui
excite les Guayanois à les dérober , c'eſt
un crime qu'ils ne doivent pas moins
commettre , lorfque ces fortes de choſes
ne font pas encore entierement prêtes à
être nangées , & qu'elles ne font pas encore
en la poffeffion actuelle de perfonne,
que lorsqu'elles font toutes apprêtées , &
qu'elles font tenues par celui à qui elles
font , puifqu'elles font encore plus de
droit commun , dans le premier cas que
dans l'autre. Je fuis par confequent réduit
à douter de la chofe , de la verité
de laquelle j'avois pris le plus de plaifir
à me perfuader. Si j'avois eu l'honneur
de connoître le Pere de la Neuville , j'aurois
pris la liberté de lui demander directement
l'éclairciffement d'un fait qui
merite fi bien d'être approfondi . J'ai
D crû ,
498
LE
MERCURE
crû , Meffieurs , que vous voudriez bien
inferer ma Lettre dans vôtre Mercure
ce fera le moyen le plus feur pour parvenir
àfatisfaire ma curiofité . Je fuis , &c.
IDYLE DE L'ISLE-ADAM.
Divertiffement en Mufique pour M. le
Prince de Conti.
Chants de Sylvains & de Dryades.
Premier Sylvain.
Ortez , Nymphes des bois , de vos fombres
Sortez
retraites
,
Venez admirer ces beaux lieux ,
En faveur d'un Heros iffu du fang des Dieux ,
Au doux chant des Bergers , au doux fon des
Mufettes ,
Mêlez vos danfes & vos jeux.
Premiere Dryade.
La crainte nous faifit jufques dans nôtre azile ,
Nôtre bonheur eft moins tranquille ,
Mille bruits éclatans font retentir les airs ,
Et troublent de nos bois le paifible filence.
Deux
DE
SEPTEMBRE
1723.499.
Deux Dryades.
De mille cris confus l'affemblage divers ,
Tant de jeunes guerriers armez pour leur défenſe,
Répandent dans nos coeurs
C
De mortelles frayeurs.
Second Sylvain.
Raffurez-vous , troupe timide ,
Ce Heros fi charmant qui dans les champs de
Mars ,
Eut la gloire pour guide ,
Combat fous d'autres étendarts ,
Pendant l'heureufe paix qui regne fur la terre ,
Il fait de fes plaifirs l'image de la guerre.
Troifiéme Sylvain.
Diane le protege , & lui prête fes traits,
Pour immoler dans nos Forefts
Ses cruels ennemis dont on craint les atteintes ,
Et qui ravagent nos guerets ;
En chants melodieux changez vos triſtes plaintes.
Chantez l'amour, chantez la paix ,
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais.
Choeur des Dryades.
Chantons l'amour , chantons la paix
Dij
Que
LE MERCURE
·500
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais ,
l'heureux temps qui diffipe nos craintes,
Premiere Dryade.
On voit renaître les beaux jours ,
Et des tendres foupirs rien ne trouble le cours ,
La terreur que Bellone infpire ,
N'écarte plus de leur empire ,
Les timides amours.
Seconde Dryade.
L'aimable paix dont on goûte les charmes ,
"
C
Rappelle les plus doux momens ,
Le bruit de la guerre & des armes ,
Mintefrompt plus par des allarmes ,
Les voeux & les foins des amans.
Troifiéme Dryade.
Un coeur jouit de la victoire ,
Il a le plaifir à fon tour ,
De faire fouffrir à la gloire ,
Les maux qu'elle a fait à l'amour.
Air d'un Sylvain.
Pour la tendreffe ,
Nos coeurs font faits ,
Dans le bel âge aimons fans ceſſe ¿
་
DE SEPTEMBRE 1713.
Ne formons point de vains projets :
Pour engager une Maîtreffe ,
Découvrons lui nos feux fecrets .
Il faut parler quand l'amour preffe ,
Nous n'en ferons pas moins difcrets .
Choeur des Sylvains & des Dryades
Profitons , jouiffons de l'augufte prefence ,
Du Maître de ces lieux ,
Dans ce féjour digne des Dieux ,
Celebrons ſes bienfaits , ſes vertus , ſa puiſſancer
Choeur des Dryades.
Chantons l'amour ' , chantons la paix ,
Que leurs plaifirs ne finiffent jamais.
Le Choeur des Sylvains & des Dryades
repete ces deux derniers vers.
Ces paroles font de M.Moreau de Mautour.
Les airs & les Symphonies font de
la compofition du fieur d'Aquin , ordinaire
de la Mufique du Prince de Conti
Diij Le
302
LE MERCURE
LE PARNASSE FRANCOIS.
R Titon du Tillet , cy- devant Ca-
Mpitaine de Dragons , & Maîtred'Hôtel
d'Adelaïde de Savoye , Dauphine
de France , mere du Roy , aujourd'hui
Commiffaire Provincial des
guerres
, a eu l'honneur de prefenter à Sa Majefté
la furveille de la fête de S. Louis.
un Tableau & une Eftampe , qui reprefentent
le Parnaffe François , qu'il a fait
executer en bronze , & élever A LA
GLOIRE DE LLAA FRANCE ET DE
LOUIS LE GRAND , & à la memoire
immortelle des illuftres Poëtes & Mufitiens
François. Ce font les termes de l'Infcription
qu'on lit fur le piedeftal de ce
monument , qui eft dédié au Roy. Nous
ajoûterons que ce fomptueux monument
fera un témoignage bien glorieux à la
pofterité, des lumieres , de l'élevation du
coeur , & des grandes qualitez du particulier
qui a fait cette entrepriſe.
L'ouvrage merite affurement la curio
fité des perfonnes de bon goût , & qui
s'intereffent pour la gloire du nom françois
; il eft pofé fur un piedeſtal de marbre
d'une excellente Architecture , ifolé
&
DE SEPTEMBRE 1723. 50%
& vû de quatre faces principales avec
tous les afpects également riches , agrea
bles & qui fatisfont parfaitement la
vûë.
Ce Parnaffe eft reprefenté par une
montagne d'une belle forme , & un peu
efcarpée , où font difperfez quelques Lauriers
, Palmiers , Myrtes , & troncs de
Chefnes , entourez de Lierres . 36. figures
humaines font placées fur cette montagne
; fçavoir , 14. principales d'environ
14. pouces , & 22. plus petites , qui
forment divers Groupes. Le Cheval Pegafe
y tient auffi fa place , il paroît ſur
le plus haut du Mont. On y voit encore
quelques petits animaux pour caracterifer
la Fable , la Poëfie Paftorale , & c .
Tout le Groupe eft de près de 4. pieds
d'élevation fur une bale de plus de 3 .
pieds de diametre .
Louis le Grand , le Pere & le
protecteur
des Sciences & des beaux Arts ,
fondateur de plufieurs Académies , qui a
animé par fes vertus , par fes exploits
,
& par fes bienfaits , le genie des Poëtes
& des Muficiens à celebrer les merveilles
de fon regne , y paroît fous la figure
d'Apollon , couronné de Lauriers , & tenant
une Lyre à la main ; il eft affis d'un
air majestueux fur le fommet de ce Mont,
où il eft environné en partie de quelques
D iiij
Lau
304 LE MERCURE
Lauriers , par-deffus lefquels on voit Pe
gafe comme en l'air , & dans une attitude
pleine de feu .
La Nimphe de la Seine eft affile un
peu plus bas , & à côté d'Apollon , ayant
un bras appuyé fur une Urne , d'où fort
une nappe d'eau , elle tient lieu des Fontaines
de Caftalie , d'Hipocrene , & du
Fleuve Permeffe , celebres fur le Parnaffe
de la Grece & fur le Mont Helicon.
On voit fur une terraffe au- deffous
d'Apollon les 3. graces du Parnaffe François
fçavoir , Mefdaines des Houlieres
& de la Suze , & Mile de Scudery , connuës
par la beauté de leur genie , & par
l'élegance de leurs ouvrages , en vers &
en profe. Elles fe tiennent par des Guirlandes
de fleurs , entremêlées de feuilles
de Laurier & de Myrte. On les voit
dans les attitudes les plus belles & les
plus charmantes d'une danſe majeſtueuſe ,
qu'elles forment au fon de la Lyre d'Apollon
.
no
Huit Poëtes celebres , & un excellent
Muficien du regne de Louis le Grand
tiennent fur le Parnaffe la place des neuf
Mufes , comme les vrais modeles de la
belle Poëfie , & de la Mufique Françoiſe :
ces grands hommes font , Pierre Corneille ,
Moliere, Racine, Racan , Segrais , la Fontaine
, Defpreaux , la Chapelle & Lully.
Ce
DE SEPTEMBRE 1723. 505
Ce dernier porte fur un bras le Medaillon
de Quinault , fon Poëte , Lully &
Quinault ne formant , pour ainfi dire ,
qu'un même genie pour la compofition
des Opera , qui ont fait l'admiration de
toute la France & de toute l'Europe. On
a pris avec exactitude la reflemblance de
toutes les perfonnes qu'on vient de nommer
, fur les portraits qui en font reſtez ,
& on leur a donné des fymboles convenables
à leurs caracteres , & au genre
dans lequel ils ont excellé .
Toutes ces figures font dans des atti
tudes nobles & bien contrastées ; les unes
font affifes , les autres debout , leurs ajuftemens
& leurs coëffures font variez avec
art ; les unes font couronnées de Laurier
& de Lierre ; des Genies apportent des
Couronnes aux aurres ; diverfes draperies
convenables au fujet , & jetrées avec intelligence
, couvrent une partie du corps,
& laiffent voir l'autre à nud . C'eft en
cette partie fingulierement que l'habile
Sculpteur a donné fa principale attention,
& qu'il a montré l'excellence de fon Art.
Vingt-deux genies , fous la figure d'enfans
aîlez , font répandus fur ce Parnaffe
, ils y font une diverfité agréable ,
& y forment divers Groupes avec les
principales figures , dont on vient de parler.
Les arbres qui y font difperfez en-
D'v richif
506 LE MERCURE
•
richiffent extrêmement cette charmante
compofition.
Ces geniés ont differentes occupations,
il y en a fix qui foutiennent chacun un
Medaillon d'un Poëte renommé ; le Medaillon
de Malherbe eft le plus élevé , &
porté par un genie placé auprès de la
Lyre d'Apollon & à côté de la Nimphe
du Parnaffe , comme reprefentant
celui qui a fait connoître le premier le
fublime de la Poefie Françoiſe & qui en
a donné les plus juftes regles , felon la
remarque de M. Defpreaux dans fon
Art Poëtique.
Enfin Malherbe vint , & le premier en France
Fit fentir dans les vers une jufte cadence ,
D'un mot mis en fa place enfeigna le pouvoir ,
Et réduifit la Mufe aux regles du devoir.
Tout reconnut fes loix , & c.
Le Medaillon de Voiture , dont les
écrits font pleins de graces & de délicateffe
, eft foutenu par un genie placé
proche les Graces.
6
Les Medaillons de Scarron , de Sar
rafin , de Benferade , & de Lainez , font
fituez dans des endroits brillans & convenables
à leur genre de Poëfie .
Deux genies volent vers Apollon , &
foutiennent chacun un rouleau , dont le
premier contient les noms de plufieurs
Poëtes
DE
SEPTEMBRE 1723. 507
Poètes qui ont fleuri depuis le regne de
François I. jufqu'à prefent ; fçavoir , Marot
, S. Gelais , du Bellay , Ronfard
du Bartas , Delportes , Bertaud , Pibrac ,
du Perron , Theophile , Pafferat , Regnier
, Rapin , Godeau , Chapelain ,
Defmaretz , Maynard , Gomberville
Colletet , Durier , Triftan , Rotrou
,
Brebeuf, Saint Pavin , le Moine
Peliffon , PPeerrrraauulltt , T. Corneille
, Pavillon , Bourfault , Péchantré ,
la Foffe , Renard , Vergier , Campiftron ,
la Chapelle , &c . Ces noms font fuivis
de ceux des Dames , de Gournay , de la
Sabliere , de Ville- Dieu , des Cartes , de
la Vigne , Bernard , Cheron , de Saintonge
, Dacier , & c.
Sur le rouleau que porte le fecond Genie
font gravez les noms des François
qui ont excellé dans la Poëfie Latine ,
comme Sainte Marthe , Bourbon , Mambrun
, Balfac , Jonin , Petit , Duperier
Menage , Rapin , Santeüil , Commire ,
Flechier , la Ruë , &c .
Il y a un troifiéme rouleau , auffi
por
té par un Genie , où on lit les noms de
quelques illuftres Muficiens , comme
Lambert , Gautier , Colaffe , Charpen
tier , & c.
On a écrit les noms de tous ces Poë
tes & Muficiens , fuivant l'ordre du
D vj temps
508 LE MERCURE
temps auquel ils ont vêcu , & non pas
pour regler le rang qu'ils peuvent meriter
fur le Parnaffe . C'eft à Apollon &
aux fçavans à en decider , & d'ajoûter
les noms qu'on a omettre. On a me
nagé des places fur ce Parnaffe pour mettre
les Medaillons , & pour graver les
noms des illuftres Poëtes & Muficiens
qui vivent encore , après qu'ils auront
achevé leur carriere ; ce monument n'étant
élevé qu'à la memoire de ceux qui
ne vivent plus.
Le Roy qui a un goût naturel pour
tout ce qui regarde les Sciences & les
beaux Arts , reçût avec bonté le Tableau
& l'Eftampe du Parnaffe François , &
écouta favorablement ce que M. Titon
eut l'honneur de dire à Sa Majeſté ſur ce
fujet ; elle ordonna enfuite à M. l'Abbé
Bignon , Surintendant de la Bibliotheque
Royale , d'y faire placer ce Tableau,
qui n'en fera pas un des moindres ornemens.
Louis Garnier , Sculpteur a executé
ce Parnaffe en bronze , Nicolas de Poilly
l'a deffiné , Jean Audran en a gravé la
planche , & M. de Largilliere , Recteur
de l'Académie Royale de Peinture a retouché
le Tableau , dont les figures font
de la même grandeur que celles du bronze
, pour le rendre d'un plus bel accord,
&
DE SEPTEMBRE 17237 Jog
& d'un effet plus grand & plus charmant ,
tel enfin qu'il convient à un monument,
qui intereffe la gloire de nôtre Nation ,
& qui fignale fi noblement le zele & la
capacité de fon inventeur.
B
ANTIOCHUS.
POEME qui a remporté un prix de
l'Académie des Jeux Floraux
de cette année:
I
Nfenfible aux regrets d'une Cour éplorée ,
Antiochus mourant , & fa vûë égarée ,.
Depuis long-temps en proye aux plus vives dou
leurs ,
pere
Renfermoit dans fon fein le fujet de fes pleurs.
Un filence inhumain dérobe aux voeux d'un
L'efpoir de conferver une tefte fi chere ,
Le trifte Seleucus dans ce fils languiffant ,
Voit tomber l'heritier d'un empire naiffant
Une ardeur inconnuë , une douleur funeſte ,
De Les jours prefque éteins va confumer le refte .
Ce Prince infortuné ne cherche qu'à mourir ,
Et dédaigne la main qui veut le fecourir
De
LE MERCURE
De fes premiers fecrets fage dépofitaire .
Mitrane veut percer ce funeſte miſtere ,
Son zele vainement cherche à l'approfondir
Mais fa tendre amitié ne peut fe refroidir.
Par de nouveaux fermens elle le preffe encore.
Ofez me confier l'ennui qui vous dévore ,
Parlez , dit-il , Seigneur, d'un filence profond,
Autant que mon refpect mon devoir vous répond.
Ah ! fi mon defefpoir ne peut toucher vôtre ame ,
Si toûjours infenfible au zele qui m'enflâme ,
Vôtre barbare coeur n'écoute plus ma voix ,
Du moins que la vertu vous ramene àfes loix ,
Qu'elle vous rende aux voeux d'un peuple qui
vous aime ,
Vous êtes à l'Etat , & non point à vous- même ,
Et comptable des jours qui vous font réſervez ,
C'eſt à vôtre patrie à qui vous les devez.
Ce difcours d'un ami qu'irrite un froid filence,
Du trifte Antiochus force la réfiſtance.
Ce Prince malheureux eft contraint de parler ,
Sa honte cede enfin aux pleurs qu'il voit couler.
Cher Mitrane , dit-il , ta conftance me touche,
L'aveu le plus affreux va fortir de ma bouche ;
Mais je meurs , & ne puis à ta longue amitié , -
DéroDE
SEPTEMBRÉ 1723. SIE
Dérober un fecret qu'éxige ta pitié.
modele
Helas ! à tes leçons , à ta voix plus fidele ,
Que n'ai-je toûjours pris ta vertu pour
Je vivrois innocent & je meurs criminel.
Il te fouvient encor de ce jour folemnel
Où l'heureux Seleucus au Trône de Syrie ,
Voulut affocier une épouſe cherie ,
Stratonice. Elle vint avec tous fes appas ,
Pouvois -je refufer d'accompagner fes pas ?'
Je la vis : dans mon coeur je fentis bien- tôt naîtreg
Des mouvemens fecrets dont je ne fus pas
maître .
Ou plutôt ignorant que de fr doux tranſports ,
Me livreroient un jour aux plus preffans remords,
Charmé de voir au Trône une Reine fi belle ,
Je crûs que fans brûler d'une ardeur criminelle ,
Senfible à fa vertu je pouvois eftimer ,
Ce que déja mon coeur me contraignoit d'aimer.
Ainfi trop aveuglé fur l'objet de ma flâme ,
Au plus noir des forfaits j'abandonnay mon ame,
Et d'une folle ardeur nourriffant le poiſon ,
Au pouvoir de mes fens j'affervis ma raiſon.
Mais foit la nature en naiſſant que
prime ,
nous
L'amour de l'innocence & la haine du crime ,
im
Ou
J12
LE MERCURE
Ou que le crime enfin doive toûjours porter
Certains traits odieux qui le font détefter ;
De fes égaremens ma raifon revenuë ,
Sur mon devoir trahi me fit porter la vûë.
De mes fens aveuglez je reconnus l'erreur ,
Je conçus pour moi- même une foudaine horreur.
Quete dirai-je enfin ♪pour étouffer mon crime,
Je voulus profiter d'un remords legitime ,
Vain recours , ma vertu parmi tant de remords ;
Ne faifoit fur mes fens qué de lâches efforts.
Efclave malheureux de ma propre foibleffe ,
Sans vouloir triompher je réſiſtois fans ceffe.
De mouvemens divers mon efprit combattu
Adoptoit tour à tour le crime & la vertu.
Malgré la jufte horreur d'une fâme infenfée ,
Stratonice toûjours s'offroit à ma penſée ;
Le calme de la nuit , le tumulte du jour ,
Le fafte embaraffant d'une fuperbe Cour ;
Tout à mes yeux couverts du plus épais nuage ;
De fes charmes abfens repreſentoit l'image.
Tel eft le crime affreux dont mon coeur eft
chargé :
Voilà quel eft l'abîme où je me fuis plongé ;
Tu vois de tous mes maux la fource malhenreuſe
,
Et
DE SEPTEMBRE 1733.' 518
Et de ce lâche coeur la foibleffe honteufe.
Dans la nuit du tombeau je prétendois cacher ,
Ce fecret odieux que tu viens d'arracher ;
Tes barbares efforts ont laffé ma conftance ;
Mais tu fçais à quel prix j'ai rompu le filence.
Et loin de prolonger par de cruels fecours ,
De mes jours malheureux le déplorable cours
Laiffe- moi terminer une vie importune ,
Dont tes funeftes foins combleroient l'infortunež
La honte à ce difcours irrite fa douleur ,
Son viſage eft couvert d'une fombre pâleur ;
Une langueur mortelle affoiblit ſa paupiere ,
Et foûpirant toûjours vers fon heure derniere ,
Sa voix , fa trifte voix n'importune les Dieux ,
Que pour hâter l'inftant qui doit fermer les yeux
M. Triquois.
Maaaaaaaaaa
EXTRAIT d'une Lettre écrite anx
Auteurs du Mercure , &c.
L
Es faits dont il s'agit ici , Meffieurs ,
m'ont paru affez curieux pour que
vous en faffiez part au Public. Une Chate
a fait depuis peu trois petits Chats , dont
$14
LE MERCURE
il y en a un qui a une pate de derriere
comme un pied de Poulet. Il eft né fans
queue , & a le cul fait comme celui d'un
Poulet. Les deux autres Chats n'ont rien
d'extraordinaire.
Le Cocher de M. de Lauriere a une
Chate qui a porté quatre Chats , qui fe
tiennent , de maniere qu'ils forment un
Groupe. Ils avoient un placenta commun,
& deux fe tenoient encore par l'une de
leurs pates de derriere . La nature ne
nous a pas encore montré tout ce qu'elle
fçait faire dans les grands ouvrages ,
dans fes jeux. Je fuis , & c.
*********
ni
CHANSON , fur l'air ; Réveillez vous
belle endormie , &c. Que Dame Elifabeth
Leroux , Veuve du fieur François
de Saint- Mefmin , demeurant à
Orleans , a chanté à fa famille , affem
blée le premier Septembre 1723. auquel
jour cette Dame entra dans fa centiéme
année , étant venue au monde le
dernier Auft 1624 .
E fuis aujourd'hui Centenaire ,
JE
Affemblez-vous , mes chers enfans ,
Pour
DE
SEPTEMBRE 1723. $ 18
Pour benir nôtre commun Pere ,
En ce jour uniſſons nos chants.
Si toûjours fa Loy vous eft chere
Vous vivrez comme moi cent ans ,
Si vous l'aimez d'un coeur fincere ,
Vous vivrez tout auffi long-temps.
Souvenez-vous de vôtre mere ,
Et n'oubliez pas qu'à cent ans ,
Elle eft à chanter la premiere ,
Pleine de joye & de bon fens.
******************
EXTRAIT d'une Lettre , écrite de Breta
gne fur une Groffeffe extraordinaire.
U
Ne femme âgée de 24. ans , ma
riée depuis fix , a eu trois enfans ,
& depuis la naiffance du 2. juſqu'à celle
du troifiéme il y a eu 3 3. mois d'intervale.
Cette femme eft de la Paroiffe de Parlac ,
Diocéle de Vannes , en Bretagne. Elle
ne s'eft point apperçûë du commencement
de fa troifiéme groffeffe , parce
qu'elle a toûjours été réglée , & qu'elle
LE MERCURE
a cu plufieurs pertes de fang dans le
temps même qu'elle étoit groffe , fans le
fçavoir. Un Mercredy matin fur la fin
de Janvier 1723. elle fut faignée au bras,
& fur le champ , elle eut des tranchées
pour accoucher , qui durerent jufqu'au
Vendredy fuivant , à huit heures du
matin. Après que les eaux eurent percé
, l'enfant prefenta la tête jufqu'à la
bouche , il fut quelque temps dans cet
état , l'Accoucheur le baptifa , & d'une
main le prit par l'oreille , & de l'autre lui
mit le doigt dans la bouche pour le tirer.
La femme ayant eu une plus forte tranchée
, repouffa violemment l'Accoucheur,
ce qui lui fit quitter prife , & à l'inftant
l'enfant rentra dans la matrice , où il a vêcu
& refté un mois & 20. jours , la mere
fe portant bien ; elle eft depuis accouchée
heureufement d'un gros garçon très- fort ,
& vivant , qui avoit une marque au milieu
du front comme un Croiffant , laquelle
a difparu peu à peu. Le Curé lui
a adminiftré les ceremonies du Baptême ,
& donné le nom de Jean- Baptifte. Depuis
cette couche cette femme a toû
jours des pertes de fang. Cette obſervation
eft particuliere , en ce que les plus
grands Praticiens dans l'Art des Accouchemens
, difent n'avoir jamais vû que
l'enfant ait refté plus de trois ou quatre
jours
DE
SEPTEMBRE 1723. 517
jours dans la matrice après la fortie des
eaux , il n'y a cependant rien qui repugne
à cette obſervation , puifque la cauſe
qui a entretenu la circulation , ou la vie
de l'enfant pendant quatre jours , étant
continuée , peut l'entretenir plus longtemps
. Cela fait croire feulement que les
eaux n'étoient pas toutes forties.
Les trois Enigmes du mois paffé doiwent
s'expliquer par le Batoir des Lavan.
dieres , les Cernaux , & l'Ombre.
XXXXXXXXXXXXXXX
七
L
PREMIERE ENIGME.
'Or éclate fur moi , mais je jeûne fans ceffe
Avec un bon gofier je ne chante jamais ,
Je fuis toujours au Temple , & jamais dans la
preſſe ,
Il eſt bon d'en fortir pour voir ce que j'y faits ,
Je n'ai point de cervelle , & j'ai la tête forte ,
Suivant l'Evangile & fes loix ,
Un Chrétien doit porter fa Croix ,
Pour moi c'eft la Croix qui me porte,
SECON
518 LE MERCURE
SECONDE ENIGME .
Invifible , iſible je cours le monde ,
On fçait pourtant le chemin que je fais ,
En vifitant la terre & l'Onde ,
Rien ne peut m'arrêter jamais.
Bien des peuples fans moi ne fe connoîtroient
gueres ,
Bien des Villes fans moi pourroient mourir de
faim ,
Chacun fçait que j'ai bien des freres ,
Quant à nôtre papa, rien n'eſt plus certain,
Je n'en ai pourtant pas
de honte ,
Je ne fuis pas le feul que tel cas ne démonte.
TROISIEME ENIGME.
M
On Art eft un Art admirable
Et fans lui rarement on peut paroître aimable
,
Les Princes , les Rois même agiffent à ma voix ,
On gagne à m'obéir une grace nouvelle
Et quand je vais chez une belle
Ainfi qu'Amour , en Tapinois ,
2
Je porte avec moi l'Arc , & quafi le Carquois ;
Je prens en un feul jour cent fortes de figure ,
Mon
Gayement
. Air a
3
Entre Philis, et la partage
Entre Philis et la fartage
X
les
Yes
DE SEPTEMBRE 1723. 519
Mon vilage paroît , ou vert , ou rouge , ou brun ,
A chaque inftant je change de poſture ,
Et toûjours je m'éleve au- deffus du commun
Si -tôt que la grifette à mon art peut atteindre
Elle étale bien- tôt les attraits au grand jour ;
En un mot , je fournis des armes à l'Amour ,
Et je peins tout aux yeux fans parler ni fans
peindre.
Cette derniere Enigme nous a été envoyée
de Province ; nous invitons ceux
qui s'amuferont à la deviner , à nous en
envoyer quelque explication en vers .
***********
E
*****
CHANSON.
Ntre Philis & la bouteille
Je partage mes plus beaux jours ,
Tantôt fur la fougere , & tantôt fous la treille
Je paffe des momens trop courts.
Regnez , tendres amours ,
Coulez , liqueur vermeille ,
Entre Philis & ma bouteille
Je partage mes plus beaux jours.
NOU!
LE MERCURE
XX :XXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c.
ES ANTIQUITEZ ROMAINES DE
DENY'S PHALICARNASSE , traduites
en François par M*** propofées
au Public par foufcription , font imprimées
, & fe vendent chez Ph. Nic. Lottin
, ruë S. Jacques , à la Verité, 1723 .
›
Denys furnommé d'Halicarnaffe ,
parce qu'il étoit d'une Ville de ce nom ,
eft un des Hiftoriens Grecs qui ont écrit
'Hiftoire Romaine . Il vivoit du temps.
d'Augufte , & ce fut fous les yeux de
cet Empereur , & à Rome même , qu'il
compofa l'ouvrage dont il s'agit ici. Il
lui donna le titre d'Antiquitez Romaines
, parce qu'en effet fon Hiftoire remonte
ju qu'aux fiecles les plus reculez,
Il commence par les premiers habitans
de l'Italie , & il débrouille fort heureufement
ces temps obfcurs , non par de
vaines fuppofitions & des faits imaginez ;
mais par des pieces & des monumens ,
qui jufqu'alors ignorez , ou negligez par
les autres Hiftoriens , deviennent entre
Les mains des preuves folides , aufquelles
on
DE SEPTEMBRE 8723.7
pas
52r
on ne peut fe refufer. Delà il defcend
à pas aux temps plus connus , & il conduit
fon Hiftoire jufqu'au quatriéme fiecle de
la Republique Romaine. Comme il écrivoit
fon Hiftoire , particulierement
pour
les Grecs , fes compatriotes
, qui ne pou
voient l'apprendre qu'imparfaitement
dans les Hiftoriens Latins , il entre dans
un détail infiniment utile de tout ce qui
appartient aux Romains , il explique
leurs loix , leurs coutumes , leur culte ,
leur gouvernement , leur genie , leur caractere
; enforte que l'on peut dire que
Tite -Live , & les autres Hiftoriens La·
tins ont écrit pour les Romains , qui étant
inftruits de leur gouvernement
par euxmêmes
, n'avoient befoin que des faits
& que Denys au contraire a écrit pour
les Etrangers , qui n'étant inftruit de rien
ont befoin d'être éclaircis fur tout. Voi
ci le précis des jugemens qu'en ont porté
les critiques , tant anciens que modernes ,
recueilli dans la Preface de la nouvelle
Traduction .
Selon eux , perfonnes n'a mieux con- a
nu , ni mieux obfervé routes les regles
de l'Hiftoire. C'eft un des premiers Maîtres
dans l'art d'écrire. Il avoit un ge- &
nie fublime , une critique folide , un «
difcernement exquis , une profonde éru- «
dition. Le fujet qu'il a choifi eft inte- «
E reffant
522 LE
MERCURE
ર reffant par lui- même ; c'eft l'origine
» le progrès , l'accroiffement du plus vafte
Empire qui fut jamais. Il ne le contente
pas de reprefenter les exercices de la
guerre , il penetre juſques dans l'inte-
» rieur du gouvernement , il y conduit
» fes Lecteurs , il décrit les exercices,
» de la paix qui contribuent au bon or
» dre du dedans. Il ne met pas ſimple-
» ment dans fa narration les divers évenemens
, il les reprefente toûjours con-
» jointement avec leurs caufes , il entie
» dans les vûës des premiers Auteurs de
chaque entreprife ; il examine les
» moyens dont ils le font fervis pour la
fa re éüffir ; il n'oublie pas les moin-
» dres circonstances. Il examine les dif-
» ferens Etats de Monarchie & d'Arifto-
»
cratie , où les Romains fe font trouvez
; il les compare l'un avec l'autre ;
il démêle ce qu'ils avoient de bon &
» de mauvais , & par ce moyen il donne
» des regles de conduire & de politique
pour toutes les differentes formes de
gouvernement , & c.
Un Auteur fi utile ne peut être lû de
trop de monde ; & fi les Grecs lui ont
eu autrefois l'obligation de les avoir mis
en état d'entendre l'Hiftoire Romaine
les François n'en doivent pas moins avoir
au Traducteur qui les met en état de partager
DE SEPTEMBRE 1723 . 123
tager le même avantage . Ce Traducteur
n'a pas jugé à propos de le faire connoître
par fon nom ; mais la Preface
Hiftorique & Critique , qu'il a mife
à la tête de fon Ouvrage , décele une
profonde érudition , & nous répond de
fon merite. Voici comme il y parle de
lui-même , & de la maniere dont il s'eft
conduit dans fon travail. Un interpre- «
te , dit-il , écrit principalement pour «
les perfonnes qui ignorent les langues e
fçavantes ; il doit les mettre en état «e
d'entendre fon Auteur , d'en juger , & «
de prononcer également ce fur qu'il a se
de bon , comme fur ce qu'il a de mau- «
vais. Sur ce pié , deux devoirs parta- u
gent fon miniftere , il interprete & il «
explique. Pour remplir le premier de se
ces devoirs , j'ai principalement con- «
fulté le Texte Grec , perfuadé que la ce
conformité d'une Traduction Franço ſe u
avec le Grec doit être celle d'une copie .
à l'original , & non pas celle d'une oe
copie avec une autre copie. Mon pre «
mier principe , dit il ailleurs , a été ce
de me rendre exact & fidele. Dans les
endroits purement Hiftoriques , Chro «
nologiques & Critiques , cù il n'y a «
pas un mot qui ne foit effentiel , je me «
fuis affujetti, autant que j'ai pû , à expri- «
mer tous les termes de l'Hiftorien : fou- ee
E ij
vent
524
LE MERCURE
་
vent même j'ai confervé dans ma Tra
» duction les ambiguitez , & les doubles
fens du Texte Grec , lorfque je l'ai crû
» neceffaire.
و د
و د
» Un Traducteur , ajoûte-t'il , n'eft
» pas feulement obligé à rendre les pen-
» fées de fon original ; il faut qu'il les
explique , qu'il perce dans l'obfcurité
» des temps les plus reculez , & qu'il
» s'enfonce dans l'ancienne Hiftoire pour
faire des remarques inftructives . Faute
de ce flambleau les Lecteurs marcheroient
dans les tenebres . J'ai donc
ajoûté à la Traduction les notes qui
,, m'ont paru neceffaires pour rendre
,, mon Hiftorien plus intelligible. Il y
,, en a de quatre fortes , d'Hiftoriques ,
de Geographiques , de Chronologi-
,, ques & de Critiques. Pour ne pas multiplier
ces notes à l'infini , je me fuis
fait une regle que je croi conforme au
bon fens . Lorique je lûs Denys d'Halicarnaffe
pour la premiere fois , je
,, marquai les endroits qui m'arrêtoient,
& fur lesquels j'avois befoin d'éclairciffement.
C'eft fur ces endroits particulierement
que j'ai fait des notes .
Jai cru pouvoir fuppofer que la plû-
,, part de ceux qui liront cette Traduc-
,, tion , ne font pas plus au fait de l'Hiftoire
Romaine , & particulierement
و د
و د
و د
"
"
"
des
DE SEPTEMBRE 1723. 325
des trois premiers ficcles , que j'y étois "
moi-même lorfque j'en fis la premiere
lecture. "
Cette regle eft très -fage ; fi elle avoit
toûjours été fuivie , la Republique litteraire
ne feroit point accablée comme
elle eft d'une multitude de Commentaires
, qui abforbent les Textes fans les
éclaircir . Le malheur eft qué le peuple
Commentateur penſe ordinairement trop
bien de fes lumieres , & trop mal de
celles d'autrui.
N'oublions point de dire ici que le
Traducteur a enrichi fon Ouvrage d'une
table Chronologique , où l'on voit l'Hif
toire arrangée par les années avant J. C.
par les Olympiades , par la fondation
d'Albe , par celle de Rome , felon les
differens fyftêmes de Caton & de Varron.
Il a eu foin auffi d'y joindre des
Cartes Geographiques de l'ancienne Italie
, & plufieurs plans de Rome , qui
peuvent beaucoup fervir à l'intelligence
de l'Hiftoire Romaine.
Il finit la Preface en confeffant publiquement
qu'il peut s'être trompé en bien
des endroits . Et comment être exempt de
chûtes dans une courfe de fi longue haleine
. Pour moi , dit - il , je fouhaite qu'on
me faffe voir les fautes dans lefquelles "
je ferai tombé ; je les reconnoîtrai de "
bonne
E iij
326 LE MERCURE
·
و د
bonne-foi . J'efpere au moins qu'on ne
,, me convaincra point d'avoir traduit
fur les Verfions Latines , fans confulter
le Texte Grec..
و ر
"
L'Ouvrage eft divifé en deux volumes
in 4° & dedié à Monſieur Barentin,
Chevalier , Vicomte de la Motte , & c.
Ceux qui ont foufcrit font avertis qu'ils
peuvent aller retirer leurs exemplaires .
ALEXANDRE ET DARIUS , Trage-
'die. A Paris , chez la veuve Guilleaume,
Qay des Auguftins , & chez la veuve
Maugé , rue S. Jacques 1723. in 12. de
60. pages fans une longue Preface.
,
Comme cette Tragedie n'a pas été repreſentée
nous ne fçaurions rendre
compte du jugement que le Public en a
porté. La loy que nous nous fommes impofée
de ne pas hazarder nos déciſions ,
ne nous permet pas d'en dire davantage.
Ainfi nos Lecteurs voudront bien fe contenter
que nous leur annoncions l'ouvrage
, & que nous les renvoyons à l'impreffion
; l'Au eur même ne doit pas le
trouver mauvais. Les fuccès du Theatre
dtil dans fa Preface , ne font pas un
bon garant de ceux de l'impreffion , fe
telle piece languit fur la Scene qui lûe dans
le cabinet aufe le lecteur. Le terme d'amufer
eft très modefte nous eſperons >
qu'on
DE SEPTEMBRE 1723. 527
qu'on trouvera quelque cho e de plus à
la lecture de cette Tragedie.
LES VIES DES SAINTS , pour tous
les jours de l'année , avec des Réflexions
Morales à la fin de chaque vie. Par le
Pere Jean Croifet de la Compagnie de Jes
fus. A Lyon , chez la veuve Boudet', ruë
Merciere 1723. 2. vol. in fol . de près de
1600. pages.
TRAITE SUR LA PESTE . Par M.
Peftaloffi , Docteur en Medecine . A
Lyon , chez les freres Bruiffet , in 12. 2 .
vol. 1723.
RECUEIL d'Ouvrages , compofez par
feu M. Papin , en faveur de la Religion
nouvelle Edition , & c. A Paris , chez
la veuve Roulland 1723 .
6
LE PARFAIT GEOGRAPHE . Par M.
le Cocq. A Paris , chez D. Mouchet ,
au Palais , 2. vol . in 12.
TRAITE DE L'INDULT . Par M.
l'Abbé Richard . A Paris , chez la veuve
le Fevre , au Palais , in 8 .
IGNE'S DE CASTRO , Tragedie . Par
M. Houdart de la Motte , de l'Acadé-
E iiij
mie
528 LE MERCURE
mie Françoife. A Paris , chez G. Dupuis,
ruë S. Jacques , F. Flahault , Quay
des Auguftins 1723. in 8º de 68. pages,
fans la Preface , & un avis au Lecteur.
AGNE'S DE CHAILLOT. Comedie,
Par M. Dominique , Comedien , reprefentée
par les Comediens Italiens de S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans. A
Paris , chez F. Flahault , Quay des- Anguftins
1723. in 8 ° de 45. pages.
HISTOIRE abregée de l'Ancien Teftament
, avec des Réflexions , vol. in 12.
A Paris , che d'Houry , fils , ruë de la
Harpe 1723.
LES ELEGIES D'OVIDE pendant
fon éxil , traduites en François , avec
des Remarques Critiques & Hiftoriques ,
le Latin à côté. A Paris , chez le même
1723. vol. in 12 .
HISTOIRE Ecclefiaftique & Politique
de Lorraine , qui comprend ce qui
s'eft paffé de plus memorable dans l'Archevêché
de Tréves , dans les Evêchez
de Metz , Toul & Verdun , depuis l'entrée
de Jules- Cefar dans les Gaules , juf
qu'à la mort de Charles V. Duc de Lorraine,
arrivée en 1690. Le tout enrichi de
Cartes
DE SEPTEMBRE 1723. 529
Cartes Geographiques , Plans de Villes &
d'Eglifes, Monnoyes , Portraits , & c. avec
les pieces juftificatives à la fin. Par Don
Calmet , Benedictin , Abbé de S. Leopold
de Nanci , 2. vol . in fol. d'environ
1000. pages chacun.
Cet Ouvrage qu'on propofe par foufcription
, & qui va être mis fous preffe
à Nanci , chez J. B. Cuffon , coutera
34. livres aux Soufcripteurs , moitié en
foufcrivant , & l'autre moitié en recevant
le livre en blanc , qu'on promet au
mois d'Octobre 1725. On recevra les
foufcriptions à Nanci , chez ledit Cuffon,
Libraire , & à Paris , chez le Mercier ,
rue S. Jacques. Le prix de ce livre fera
de so. liv . pour ceux qui n'auront pas
fouferit.
L'Auteur dit lui- même dans l'avertiffement
qu'on vient de publier fur fon
Hiftoire de Lorraine , qu'il n'en a encore
paru aucune qui ait pû meriter l'entiere
approbation du Public ; qu'on fe flate
que celle- ci aura un meilleur fort , puis
qu'on
'on s'eft appliqué à éviter les défauts
des anciens Hiftoriens qui ont donné
dans le douteux , & le merveilleux , dans
des Genealogies fans fin , & fouvent fans
fondement ; en forte qu'au lieu d'une
Hiftoire , quelques- uns n'ont écrit que
des Romans , &c.
E v I
530 LE MERCURE
Il n'étoit encore rien forti de la Ville
d'Auxerre qui en fit connoître les Antiquitez
, quoique cependant la matiere
foit aflez ample. On vient d'y imprimer
un livre touchant les Guerres Civiles qui
défolerent cette Ville & le voisinage ,
fous Charles IX . En voici le titre : Hif
toire de la prise d'Auxerre par les Hu→
guenots , & de la délivrance de la même
Ville , les années 1567. & 1568. avec
un recit de ce qui a precedé , & qui a
fuivi en deux fameux évenemens , & des
ravages commis à la Charité , Gien , Cofne
, Dontzi, Entrains , Crevan , Tranci ,
Colanges- les- Vineufes , & autres lieux du
Dioceje d'Auxerre. Le tout precedé d'une
ample Preface fur les Antiquitez d'Au.
xerre , & enrichi de Notes Hiftoriques fur
les Villes , Bourgs , Villages , & fur les
perfonnes principales qui font nommées
dans cette Hiftoire.
Quoique ces faits détachez n'ayent demandé
une Hiftoire particuliere que pour .
le pays où l'on fait chaque année une
memoire folemnelle de la délivrance de
la Ville ; cependant elle eft enrichie de
tant de Notes curieufes , & d'une Preface
fi bien remplie , qu'il eft à préfumer
qu'elle fera lûe par les Etrangers avec
autant de plaifir que par les perfonnes
du pays. L'Auteur paroît n'avoir rien
oublié
DE SEPTEMBRE 1723. 531
oublié dans la Preface , ni dans les Notes
de tout ce qui pouvoit prouver qu'il y a
long- temps que le vin de l'Auxerrois eft
en reputation. La commodité de la riviere
d'Ionne , quoiqu'elle ne foit navigable
pendant plufieurs mois juſqu'au
deffous de Joigni , que par le moyen des
Pertuis ou Eclufes , a beaucoup fervi à
faire écouler les vins de l'Auxerrois juf
qu'à Rouen , & au- delà , & il ne faut pas
être furpris que cette commodité , jointe
à la bonté du vin en faffe confommer
jufques dans le fond du Nord. L'Auteur
à évité de parler du Vellaunodunum des
Commentaires de Cefar , dont la fitua
tion embaraffe les fçavans depuis longtemps
, & que plufieurs difent avec affeż
de fondement être la Ville d'Auxerre.
Il fe flate que dans la fuite on pourra
apprendre que ce Vellaunodunum étoit
une Ville peu éloignée de la riviere
d'lonne , qui a été entierement détruite,
& qu'Auxerre a été bâti depuis par les
Romains dans le voisinage de cette an
cienne cité , que felon la fignification du
mot dunum a dû être fur une espece d'éminence.
Il ne tiendra pas à lui que cette
découverte ne fe faffe de fon vivant. On
voit par fon Hiftoire qu'il aime fa patrie,
& qu'il n'épargne rien pour lui faire
konneur: elle est heureufe de produire
E vj des
532 LE MERCURE
des perfonnes qui la tirent de l'oubli
Cailleau , Place de Sorbonne , imprime
à deux preffes le Traité de la Pefanteur
univerfelle des Corps, du P. Caftel.
Ce Pere ne prétend nous donner ici
que le pur fyftême de la Pefanteur uni
verfelle , tel qu'il refulte de la fimple
obfervation des faits , & de leur comparaifon
. Il eft affez furprenant de voir
deux volumes d'une Phyfique preſque
auffi differente de celle de Descartes ,
que celle ci l'étoit de l'ancienne. La matiere
fubtile & les tourbillons en font
exclus auffi bien que les qualitez occultes.
Ce n'eft pas que l'Auteur rejette les
hypotheſes ; mais il femble s'être borné
à ramener à des points de vûë generaux
les Phénomenes les plus ordinaires de la
nature , & à tâcher d'en faire un corps
de fyftême bien lié. Ce qui paroît de plus
nouveau dans cet ouvrage , c'eft 1° que
P'Auteur s'attache par tout à y rappor
ter tous les fyftêmes à un feul , & qu'il
montre , par exemple , que la dureté , le
reffort , la lumiere , &c... doivent s'expliquer
par les mêmes principes , & qu'ils
font produits par un même Mecanifme
de la Pefanteur. 2. Il établit que la Luno
, la Terre , le Soleil , &c ... font des
Machines organisées , où il ſe fait comme
DE SEPTEMBRE 1723. 534
me dans les animaux une circulation reguliere
, qu'il attribue encore au fimple
fyftême de la Pefanteur , & de fa reac
tion .
11 eft à fouhaiter que l'Auteur établiffe
ce point bien folidement. Le P.
Caftel paroît y confacrer la plus grande
partie de fon Livre , & effectivement la
choſe le merite. 3 ° Mais ce qu'il y a de
plus nouveau , & furquoi le public attend
de grands éclairciffemens , c'eft le fyftême
de l'action des hommes fur le ſyſtême
de la Nature , ou ce qui revient au
même , la réunion du fyftême de la liberté
avec celui du pur Mechanifme. Ce que le
P. Caftel en a déja laiffé voir dans les
Memoires de Trevoux du mois de Decembre
dernier avoit reveillé l'attention ,
non-feulement des Phyficiens , mais de
toute forte d'efprits. Il y avoit cependant
encore bien des fcrupules à lever , bien
des doutes à éclaircir. Ce n'étoit- là qu'une
legere ébauche ; le P. Caftel y a mis
la derniere main ; il a placé cette grande
queftion dans tout fon jour ; il la traite
à la maniere des Geometres par princi
pes , & par des propofitions fuivies . Près
de la moitié du premier Tome roule.uniquement
là- deffus . Le refte de l'Ouvra
ge eft plein de queftions également : curieufes
, & intereffantes. Celle où il traite,
par
334
LE MERCURE
par exemple , de l'Equilibre , & du cena
tre de l'Univers a quelque chofe de bien
nouveau . On voit bien que le P. Caftel
ne s'eft pas contenté d'innover dans les
manieres , & dans les explications , mais
encore dans les matieres & dans les fujets.
Ce qu'on peut dire en general de fa
methode , c'eft qu'il n'eft nullement dans
le goût de bien des gens qui n'eftiment
que les experiences artificielles . Il paroît
être perfuadé que l'art , au lieu d'imiter
la nature , la contrefait bien fouvent , &
il fait ouvertement profeffion de ne raifonner
que fur les obfervations les plus
communes , & fur des faits précis , dont
tous les hommes de tous les temps , & de
tous les pays conviennent.
Cette exacte fimplicité femble nous
annoncer une Phyfique plus heureuſe , &
plus appropriée à la nature , & même à
la verité , que celle qui ne s'eft preſque
fondée jufqu'ici que tur des fuppofitions
brillantes , ou purement vrai femblables.
Enfin ce que l'Auteur recommande le
plus dans fon ouvrage , c'eft de n'en juger
que par le tout ensemble ; parce que n'y
ayant , felon lui , qu'un fyftême unique
dans la nature , il faut aufli que dans un
corps fyftematique , qui doit être le portrait
de la nature , toutes les parties
foient , non-feulement liées de fuite comme
DE SEPTEMBRE 1723. 535
me dans une chaîne , mais même entrelacées
, & mêlées avec art , comme dans
un corps organifé .
DISCOURS prononcez dans l'Académie
Françoife , le 25. Aouft , Fête de
S. Louis 1723. à la reception de M. Nericaut-
Deftouches . A Paris , chez J. B.
Coignard , in 4 de 20. pages.
Le jour de la Fête de S. Louis M.
Nericaut- Deftouches fut reçû à l'Acadé
mie Françoife , à la place de feu M. Campiftron
, & y prononça un Difcours où
brillent des traits éloquens , qui fembleng
avoir pour objet la reconnoiffance & l'émulation.
Ces fortes de Difcours font devenus
depuis long- temps très -difficiles à compofer
, parce qu'on doit y traiter les mê
mes fujets que les plus grands hommes
ont traitez depuis l'établiffement de l'Académie
; & cependant par une heureuſe
fecondité très - honorable à notre nation
chacun de ces Difcours eft devenu ún
modele à qui un autre modele a toûjours
fuccedé , & fuccedera toûjours .
L'honneur d'occuper une place dans "
cette illuftre Académie , dit M. Deftouches
, a toûjours été le plus vif ob- "
jet de mon ambition. Je vous dirai "
plus , MM. je n'ai jamais deſefperé de
la
336 LE MERCURE
"
la voir fatisfaite. Quelle temerité ! n'ex
ferez -vous point offenfez ? Que j'aurois.
lieu de le craindre , fi vos fuffrages
5, ne me raffuroient pas , je les ai demandez
avec ardeur . Vous vous êtes rendus
à mon empreffement ; ainfi vous
me juſtifiez vous même auprès de vous ;
c'eft à moi à vous juftifier auprès du
Public.
"
ود
و ر
Qe ne ferai - je point pour y réüffir,
,, & de quelles efperances ne puis-je
», point me flater , affuré déformais de
vôtre fecours , guidé par vôtre exemple
, & par vos lumieres , & plus que
,, jamais animé par l'émulation ?
n
"
"
Après avoir fait voir les avantages
que les nouveaux Académiciens retirent
d'entrer dans une Compagnie , où par la
communication des lumieres de leurs confreres
, ils peuvent perfectionner leurs
talens .
,, Vous voyez , MM . dit- il , que je
,, fens tout le prix de la grace que vous
, mé faites. Il s'agit de vous en témoigner
ma reconnoiffance , foyez furs
,, qu'elle éclatera toute ma vie . Et de
quelle maniere ! en afpirant toute ma
, vie à me rendre digne de cette grace.
Je ne vous promers pas des fuccès
heureux ; mais je vous promets des
efforts continuels. J'apporte ici une
,,
و ر
ور
33
par,
DE SEPTEMBRE 1723. 537
parfaite veneration pour vous , un defir
ardent de profiter de vos lumieres. «
La noble ambition de contribuer à vô- "E
tre gloire . C'est tout ce que je puis "
vous offrir pour vous dédommager de "
la perte de mon predeceffeur..... Il «e
s'étoit acquis des honneurs immortels "
en ofant courir la vafte & perilleufe
'carriere , où les Corneilles & les Raci- "
nes s'étoient furchargez de lauriers , & "
dans quel temps encore entreprit-il de
marcher fur les traces de ces hommes "e
fi renommez ? Lorfque nous étions tous ce
remplis de leurs chefs - d'oeuvres , lorf- "
que nous ne nous laffions point de voir, "
d'applaudir , d'admirer...... lorfque juſ. “
tement prevenus en faveur des Grands- e
Maîtres qui les avoient produits , nous "
defefperions qu'il s'élevât jamais fur la "
Scene Françoife, aucun genie digne d'a. "
voir part au tribut de loüanges qu'ils "
nous arrachoient ſans ceſſe. "
pre-
се
Cependant MM . mon illuftre
deceffeur prétendit partager avec eux "
les applaudiffemens , & il fçut obtenir "
ce partage glorieux en dépit de la cri
tique & de l'envie , après Cinna , Pom- "
pée , & Rodogune . Après Androma- “
que , Iphigenie , & Phedre , on vit “
avec plaifir Tyridate , Andronie , Al- “
cibiade , & ces derniers Heros joüiront
de
1
338
LE
MERCURE
,, de l'immortalité , à la fuite de ceux à
, qui Corneille & Racine l'avoient af
feurée.
,,
1
ود
3
Mais jufqu'où m'emporte ma fince
5, rité , je vous fais encore mieux fentir
i, la perte que vous faite , & les foibles
reffources que je vous apporte pour la
,, reparer ; raffurez vous fur mon fujer
, MM. vos fecours me fortitieront , &
,, l'émulation achevera ce que vos ſecours
auront preparé ; je vois parmi
, vous tout ce qui peut l'exciter , & je
fens déja qu'elle me tranſporte fi vivement
, qu'elle fçaura m'élever au-
,, deffus de moi- même ; c'eft l'effet qu'elle
produit toûjours fur les efprits , &
, fur les courages qu'elle anime.
و د
و د
ود
Qu'un homme defcendu d'illuftres
,, ayeux , brûlé du defir de leur reffem-
,, bler , il n'enviſage point leurs actions
,, heroïques comme un objet qui doive
le décourager , ou qui puiffe exciter
fa jaloufie au contraire elle l'éleve ,
elle l'anime , elle l'enflâme , & après
lui avoir fervi de modele & de guide,
elle le porte jufqu'au point d'en faire
de pareilles , quelquefois même de plus
admirables . Si Philippe n'eut érenpas
du fi loin fes conquêtes , Alexandre
n'eut jamais entrepris la conquête de
و ر
و د
"
"
ور
د و
ود
l'Univers.
N'en
DE SEPTEMBRE 1723 :
N'en eft il pas des hommes de Lettres
comme des Heros , l'amour de la “
gloire ne les tranfporte t'il pas ? les uns
veulent conquerir des Provinces & des "
Royaumes , les autres veulent s'empa- "
rer de tous les fuffrages , l'émulation
les anime également , elle éleve d'autant
plus leur coeur & leur efprit , que
leurs predeceffeurs fe font élevez audeffus
des autres hommes. "
M. Deftouches paffe enfuite par des
tranfitions heureufes à l'éloge du Cardinal
de Richelieu Fondateur de l'Académie
, du Chancelier Seguier fon
protecteur , & il rend enfuite à Louis
fe Grand le jufte hommage que la pōfterité
lui rendra toûjours de plus en
plus.
Tous les grands Princes que le Ciel "
fera naître pour nous gouverner , dit- «
il , tous les grands Miniftres qui feront "
les difpenfateurs de leurs graces , fe "
croiront engagez à vous proteger , & à "
vous cherir après l'exemple de Louis , "
fiez- vous en à l'émulation. Noble ému. "
ic
lation dont il n'y a que
a que les grands "
coeurs qui foient fufceptibles ; c'eft à "
vous que nous fommes redevables de ce
merveilleux affemblage de talens fuperieurs
, de qualitez éminentes , de connoiffances
profondes & univerfelles , de "
<6
CE
Royales
340 LE MERCURE
"3
,,
99
و د
Royales vertus que nous admirons de
plus en plus , dans le prince qui vient
de donner à l'Univers un Spectacle
étonnant , que l'Hiftoire de nôtre Monarchie
ne fournit point , celui d'une
,, regence heureufe & paifible , qui par
les refforts fecrets , & imperceptibles
,, d'une politique auffi nouvelle qu'ad-
,, mirable , a réuni tous les Princes ,
,, tous les Etats , toutes les Nations en
,, faveur de la France , qui a étouffé les
femences de haine , de jaloufie & de
,, divifion , qui conciliant les interefts les
plus oppofez , femble avoir fait des
, principales Puiffances de l'Europe , une
feule Puiffance , un feul Etat , un feul
,, intereſt ; enfin qui a établi nôtre repos
interieur , & nôtre union avec nos
, voifins , fur des fondemens qui paroiffent
fi durables , que nous pouvons
», nous promettre des jours auffi tranquilles
que ceux dont les Poëtes ont
tiffu leur fiecle d'or.
*
,,
و د
,,
و ر
M. de Fontenelle , Directeur de l'Académie
répondit à M. Deftouches , avec
cette éloquence vive & naturelle , qu'on
admire dans tous les Ouvrages de cet
illuftre Académicien. ,, Non , les campaoù
fe moiffonnent les Lauriers ,
, dit - il , n'ont pas encore été dépouillées ;
» non' tous ne nous a pas été enlevé par
,, gnes
nos
DE SEPTEMBRE 1723. 54T
nos admirables ancêtres , & à l'égard "
du Theatre en particulier , pourrionsnous
le croire épuifé dans le temps "
même où un ouvrage forti de cette "
Académie , brillant d'une nouvelle "
forte de beauté , paffe les bornes ordi
naires des grands fuccès , & de l'ambi- • *
tion des Poëtes ? ""
1
Pour vous , Monfieur , vous vous
êtes renfermé
dans le Comique
, auffi
difficile à manier , & peut être plus
que le Tragique
ne l'eft avec toute fon
élevation
, toute fa force fa force , tout fon "
fublime. L'ame ne feroit-elle point plus
fu ceptible des agitations
yiolentes
que "
des mouvemens
doux ? Ne feroit-il
point plus aifé de la tranfporter
loin <<
de fon affiette naturelle
, que de l'amufer
avec plaifir , en l'y laiffant , de l'en- "
chanter par des objets nouveaux
, & "
revêtus de merveilleux
, que de lui ren- "
dre nouveaux
des objets familiers
? <<
Quoiqu'il
en foit de cette efpece de "
differend
entre le Tragique
& leComi-
"
que , du moins la plus difficile efpece "
de Comique
eft celle où vôtre genie "
vous a conduit , celle qui n'eft Comi- "
que que pourla raison , qui ne cherche
«
point à exciter baffement
un rire im. "
modeté dans une multitude
groffiere , "
mais qui éleve cette multitude
prefque "
1
}
malgré
342
LE
MERCURE
99
*
95
malgré elle - même à rire finement &;
avec efprit.
,, Qui eft celui qui n'a pas fenti dans
le Curieux Impertinent , dans l'Irréfolu,
dans le Médifant , le beau choix des
Caracteres , ou plutôt le talent de trou-
,, ver encore des caracteres , la juſtelle
du Dialogue , qui fait qu'on fe parle ,
& qu'on le répond , & que chaque
chole fe dit à la place , beauté plus
», rare qu'on ne penfe , la nobleffe &
l'élegance de la verfification cachées
fous toutes les apparences neceffaires
du ftile familier.
و ر
扒
و د
», que
"
ھ د
Delà vient que vos pieces fe lifent ,
,, & cette louange fi fimple n'eft pourɔ,
tant pas commune . Il s'en faut bien
tout ce qu'on a applaudi au
», Theatre , on le puiffe lire. Combien
de pieces fardées par la reprefentation
ont ébloui les yeux du Spectateur , &
dépouillées de cette parure étrangere ,
n'ont pû foutenir ceux du Lecteur ?
Les ouvrages Dramatiques ont deux
Tribunaux à effuyer , très- differens
quoique compofez des mêmes Juges ,
tous deux également redoutables , l'un
», parce qu'il eft trop tumultueux , l'au-
,, tre parce qu'il eft trop tranquille , & un
,, ouvrage n'eft pleinement affeuré de ſa
gloire, que quand le Tribunal tranquille
"
39
ر د
"
DE
SEPTEMBRE 1723. 543
confirmé le jugement favorable du
multueux. "
La reputation que vous deviez aux e
Mufes , Monfieur , vous a enlevé à
elles pour quelque temps. Le Public “
vous a vû avec regret paller à d'autres
Occupations plus élevées , à des affaires "
се
d'Etat , dont il auroit volontiers char- "
gé quelque autre moins neceffaire à ſes
pla firs. Toute vôtre conduite en An- "
gleterre , où les interefts de la France <<
Vous étoient confiez , a bien vangé «
l'honneur du genie Poëtique , qu'une
opinion affez commune condamne à ſes
renfermer dans la Poëfie ; & pourquoi «
veut on que ce genie foit fi frivole
Ses objets font fans doute moins im- e
portans que des traitez entre des Cou- e
Tonnes ; mais une piece de Theatre qui
ne fera que l'amufement du Public , "
demande peut-être des réflexions plus
profondes , plus de connoiffance des "
hommes & de leurs paffions , plus.
d'art de combiner , & de concilier des "
chofes oppofées , qu'un traité qui fera
la deftinée des Nations. "
65
<<
Quelques gens de Lettres font inca- ce
pables de ce qu'on appelle les affaires "
ferieufes , j'en conviens ; mais il y en a
qui les fuient fans en être incapables ,
encore plus qui fans les fuïr , & fans en
Се
68
être
3.44
LE MERCURE
être incapable , ne fe font tournez du
,, côté des lettres , que faute d'une au-
,, tre matiere à exercer leurs talens . Les
lettres font l'azile d'une infinité de ta-
و د
"
"
و ر
lens oififs & abandonnez par la for-
,, tune ; ils ne font gueres alors que pa-
., rer , qu'embellir la focieté ; mais on
» peut les obliger à la fervir plus utilement
ces ornemens deviendront des
appuis.
›
TEATRO ITALIANO , Ofia Sielta di
Tragedie per ufo della Scena, tomo 1. in
cui fi contengono la Sofonisba del Triffino
, l'Orefte del Rucellai , non piu Stampato
, l'Edipo di Sofocle , tradotto dal
Giuftiniano , la Merope del Torelli . Premefla
un Iftoria del Teatro , è difefa di
ello In Verona 1723. Preſſo Jacobo Valtarfi.
OEUVRES DE RACINE , nouvelle
édition , augmentée de diverfes Pieces ,
& de Remarques. A Amfterdam , chez
J. F. Bernard 17.2 . en 2. vol . d'environ
500. pages chacun.
, LETTRES PERSANES à Amfter
dam 1721. chez Pierre Brunel , 2. voi .
in 12. le premier de 311. pages , le 2ª
de
347.
L'Au
DE SEPTEMBRE 1723. 545
L'Auteur feint que des Perfans fonc
arrivez à Paris , qu'il s'eft trouvé logé
dans la même Auberge , & que comme
ils ne lui cachoient rien , il a copié la
plûpart de leurs Lettres.
Ces Lettres font , les unes de caractere
, les autres de fentiment , les autres de
politique , & quelques- unes d'érudition .
Il y regne une très agreable varieté . Le
ftile en eft vif , naturel ; toûjours dans le
caractere de ceux qui écrivent. C'eſt un
tour admirable pour dire quantité de
chofes d'une maniere détournée , & fous
un perfonnage étranger. Comme ce Livre
eft fort couru , on entend quantité de
difputes dans les .caffez & ailleurs ; les
uns veulent que ces Lettres foient toutes
miſterieuſes , les autres prétendent qu'elles
ne contiennent aucune allegorie , les
derniers ne font pas les plus forts . Les
difputes roulent encore fur l'Auteur, qui
ayant pris de juftes mesures fe pour cacher
, ne s'eft laiffé penetrer à perfonne.
Sur des probabilitez , des conjectures &
des foupçons , chacun hazarde fon fentiment
, & dit les meilleures raifons qu'il
peut trouver pour démafquer cet habile
& gracieux écrivain .
L'Auteur des Memoires Hiftoriques
& Critiques qui s'impriment à Amfterdam
, eft bien hardi de dire , dans le
mois F
$ 46
LE MERCURE
mois deJanvier 1722. p . 22. qu'on attribue
communément les Lettres Perfanés à ce
lui qui nous a donné le Systême du Coeur,
& les agrémens du Langage.
LES OEUVRES Philofophiques de
M. le Clerc , en 4. vol. in 12. paroiffent
depuis peu à Amfterdam fous ce titre ,
Joannis Clerici opera Philos , &c.
LUTETIA Parifiorum erudita fui
Temporis hoc eft annorum hujus fec.
XXI. & xx11. Autore G. W. S. 1. vol.
8° Norimbergæ 1722 .
ECOLE DE L'ARCHITECTURE CIVILE
contenant les ornemens des Portes
& des Fenêtres , avec les dimenſions
les Plans , Coupe , &c. d'après les plus
grands , & les plus beaux Edifices de la
Ville de Florence. Par Ferd nand Ruggieri
, Architectes Ouvrage écrit en Italien
, & orné de 80. planches , &c . 1 .
vol . in fol. A Florence , chez Tartini &
Franchi 1722 .
JOHANNIS PHILIPPI BREYNIZ
&c. Epiftola de Melonibus Petrefactis
Montis Carmeli , vulgò creditis , 1. vol .
4. Lipf. 1722.
JOHANDE
SEPTEMBRE 1723. 547
6
JOHANNIS CHRISTIANI CLODII
HAYNENSIS , Confilium de Nova Bibliotheca
Orientali edenda . Ce Projet fe
trouve dans le Journal de Lipfic du mois
de May 1722.
CLEMENTIS XI. PONT. MAX. BULLARIUM.
Le Bulaire du Pape Clement
XI . A Rome 1723. en grand in folio.
DISSERTATIONS HISTORIQUES fur
les Duchez de Parme & de Plaifance , où
l'on examine les droits du S. Siege , &
les prétentions de l'Empire fur ces deux
Villes. A Cologne 1723. in 4º .
BIBLIOTHECA HISTORICA REGNI
SICILIE , & c. Bibliotheque Hiftorique
du Royaume de Sicile , ou Collection des
Hiftoriens qui ont écrit de la Sicile , depuis
l'invafion des Sarafins jufqu'au regne
des Princes Aragonois . Par Jean-
·Baptifte Carufi , avec de courtes Notes.
A Palerme 1723. 2. tom . in folio.
LE COMMERCE RENDU FACILE.
Par J. Monier de Clairecombe . A Londres
1722. in 4º .
Il paroit depuis quelque temps un trèsbel
Ouvrage en Eftampes , qui merite
Fij bien
348
LE MERCURE
bien d'être annoncé. Ce font les Tapifle
ries de S. A. R. Monfieur le Duc d'Or
leans , reprefentanr l'Hiftoire de Meleagre
, décrite au 8 Livre des Metamorphofes
d'Ovide , executées fur les Tableaux
du fameux Charles le Brun , &
gravées par les foins , & fous la conduite
de M B. Picart , à Amfterdam .
Les ſujets contenus en 8. feüilles
font.
1. Le Titre.
2. La naiffance de Meleagre.
3. L'arrivée de Thefée pour aller à la
Chaffe du Sanglier qui ravageoit le Pays .
4. La Chaffe où Atalante bleffe le
Sanglier.
5. Meleagre qui prefente la Hure à
'Atalante .
6. Le même Meleagre qui tuë fes oncles
, & c.
7. Althée , mere de Meleagre , foeur
des Princes que fon fils avoit tuez , laquelle
met au feu le tifon fatal , dont la
durée faifoit celle de fa vie .
8. Meleagre qui fe ſent mourir à mefure
le tifon fe confume.
que
On peut affurer que rien ne manque à
cet Ouvrage , foit pour la correction du
deſſein , foit pour la délicateffe du burin .
Tout y eft executé d'une maniere qui
marque la parfaite intelligence du Gra
yeur
DE
SEPTEMBRE 1723.
549
veur , & combien il eft verfé dans la connoiffance
de l'H ftoire Poëtique.
Ces. Eftampes fe trouvent à Paris ,
chez Gafpard Duchange , rue Saint Jacques.
Jamais le goût pour les Tableaux n'a
été fi univerfel , & on ne les a jamais
tant recherchez . Le Marquis de Berretti-
Landi , Plenipotentiaire du Roy d'Ef
pagne au Congrès de Cambray , en a
envoyé plufieurs à Madrid de l'École de
Flandres , dont S. M. C. a paru fatisfaite.
Elle doit les faire placer dans le
Salon de S. Idelphonſe , du Château de
Balfain.
M. l'ancien Evêque de Frejus , cy
devant
Precepteur du Roy , a fuccedé
dans
l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à la place d'Académicien
honoraire qu'avoit le Cardinal du
Bois.
René Charpentier , âgé de 43. ans ,
Sculpteur Académique , & ordinaire du
Roy, mourut à Paris ce 15. May dernier
fur la Paroiffe de S. Roch , où il a été
inhumé . Entre ſes ouvrages publics à Paris
, ceux qu'il a faits dans l'Eglife de
S. Roch , fous la Chapelle de la Vierge.
F iij
Le
350 LE MERCURE
Le Tombeau de M. le Comte de Ran
gony , Prince Italien , l'Autel du Choeur
au-deffous de la Châffe de S. Roch .
que
M. le Duc d'Antin , premier Marguillier-
d'Honneur , & M. de Cofte qui
l'avoient chargé de tout le nouveau bâtiment
de cette Paroiffe , ont ordonné
F'on fuivroit fes deffeins pour la Sculptu
re du Choeur. Ce dernier qu'il fit quatorze
heures avant que de mourir , eft
une belle rofe que l'on verra au- deffus
du Sanctuaire. M. Charpentier qui avoit
uni enſemble une grande fcience , beaucoup
de probité , & une pieté finguliere,
fçavoit le deffein en perfection , avoit du
goût pour la Peinture , & l'on a trouvé
chez lui après la mort des Tableaux de
fa façon ; pour fes deffeins M. de Cofte
qui l'eftimoit particulierement les a en-
Voyez à l'Académie.
Vertu & nfage du Sel Purgatif
d'Angleterre.
Ce Sel nettoye l'eftomach , le Mefentere
, & les bas inteftins , par une évacuation
des Selles qui fe fait doucement.
Il ouvre les obftructions du Foye ,
de la
Ratte , & des Hypocondres Il excelle
pardeffus toute autre forte de purgations,
en ce que dans fon operation il ne caufe
point
DE SEPTEMBRE 1723. SST
point de tranchées , ni de douleurs dans
les inteftins , & ne refferre point le ven
tre enfuite.
C'eſt un très-bon remede pour fortifier
l'Eſtomach , aider à la digeſtion , & prevenir
plufieurs occafions de maladies. Il
foulage d'abord dans toute forte de Colique
& Gravelles par l'évacuation qui
fe fait non-feulement par les Selles , mais
auffi par les urines , emportant toutes les
humeurs & matieres glaireufes & gravelleufes.
I eft fouverain pour les diar
rhées ou cours de ventre, le flux de fang,
& le flux hypatique.
Il eft auffi très-propre pour les Fievres
chaudes & malignes , & pour les maladies
fubites que l'abondance de la bile
peut caufer , par confequent c'eſt un des
principaux remedes pour la Pefte , pour
les maladies Peftilencielles , & pour les
prevenir, comme l'experience l'a fait voir
dans l'occafion .
Il n'eft pas moins utile dans les maladies
Croniques , ou de longue durée ,
caufées par les obftructions , ou humeurs
limoneufes comme Hydropifies naiffantes
, mal Hypocondriague , & autres. Il
guerit toutes fortes de Fiévres intermit
tentes , foulageant d'abord le malade.
Il eft encore bon pour toute forte d'étourdiffemens
& douleurs de tête , occa-
F iiij fionnez
552
LE MERCURE
fionnez par l'efferveffence du fang , &
par les vapeurs de l'eftomach trop char
gé , par confequent il eft d'un très grand
fecours pour ceux qui ont fait trop d'excès
à boire ou à manger.
Il adoucit les inflammations qui proviennent
de l'ébullition du fang , & les
Erefipeles.
Il guerit auffi la contraction des nerfs
& la Paralyfie que le fang limoneux & .
corrompu peut caufer ; ainfi c'eſt un bon
remede pour ceux qui craignent de tomber
en Apoplexie , ou qui en ont été
attaquez.
Il rend plus difpots ceux qui font replets
& pefans de corps , par l'ufage con
tinuel qu'ils en font , non-feulement il
diffipe une partie de leur repletion , mais
il fortifie tous les mem- en. même temps
bres , en forte qu'on le trouve preſque
renouvellé & comme rajeuni .
>
Il eft d'un très grand fecours pour les
gouteux , diminuant les inflammations
& diffipant les humeurs limoneufes des
nerfs en les fortifiant.
En un mot , c'eſt un remede qui ne
trouve gueres fon pareil , dont on peut
fe fervir en tout temps , & en toute occafion
fans aucun fcrupule , foit femmes
enceintes ou petits enfans , ne troublant
nullement les efprits animaux dans leurs
fonctions ordinaires . On
DE
SEPTEMBRE 1723 .
553
On ne peut gueres le tromper à la
quantité qu'on en prend. Les perfonnes
oppreflées qui veulent fe purger peu
vent en prendre deux gros & demi dans
un bouillon fans Sel , ou dans l'eau , le
Thé , ou de la Ptifanne ; le tout un peu
plus que tiede , il ſe fond aifément ; mais
cette quantité de deux gros & demi n'eft
pas toûjours neceffaire pour toutes fortes
de perfonnes , car il y en a qui fe
gent avec moins de deux gros , fuivant la
conftitution & le temperamment des perfonnes.
On peut prendre un boüillon 2.
ou 3. heures après.
pur-
Ceux qui ont quelque indifpofition
habituelle ou inveterée , & qui veulent
fe rétablir entierement , après avoir pris
premierement la dofe de deux gros &
demi , ou celle qui convient à leur tem
peramment , peuvent continuer à en prendre
tous les matins un gros jufqu'à pare
faite guerifon .
On peut en diminuer la quantité aux
enfans , fuivant leur âge , toutefois fans
crainte d'un peu plus ou d'un peu moins
car il importe peu en quel temps , de
quelle maniere , & en quelle quantité on
en prenne , & quand même on augmenteroit
la dofe de deux gros & demi , on
ne ſe trouveroit pas plus mal , fi ce n'eft
qu'on feroit un peu plus purgé , mais
Fv fans
554
LE MERCURE
fans' accident & fans tranchées.
Comme on pourroit trouver mauvais
dit l'Auteur du remede , que la dole
marquée de ce Sel ne purge pas confiderablement
, on doit faire attention qu'un
bon Auteur nous dit que optima funt illa
medicamenta , que corroborando , mediocriter
laxant. Une Medecine eft toûjours
fans reproche quand elle ne purge que
les humeurs puantes.
Les hydropiques s'en purgent tous les
trois ou quatre jours d'intervale , & doivent
continuer à en prendre tous les jours
un gros , comme on a dit des maladies
inveterées , jufqu'à ce que la maladie ait
ceffé. Les perfonnes replettes en ufent de
même.
Le prix de ce Sel eft de quatre francs
l'once, & fe diftribue feulement chez le
fieur le Crom , rue Greneta chez un
Fourb ffeur , à côté de la Trinité.
Le fieur le Crom a auffi un fecret
très-prompt pour raccommoder les vins
de liqueurs , & autres qui commencent
de tourner à l'aigre , & pour les conferver
dans leur bonté. Ce fecret eft fort
naturel , & peut fe tranfporter où l'on
ve it fans inconvenient. Il n'en coûtera
rien pour en voir l'experience.
Made Garus veuve de M. Garus
,
DE SEPTEMBRE 1723. 555
rus ,
Docteur en Medecine de la Faculté
de Montpellier , continue à diftribuer
avec fuccès l'Elixir , dont elle a donné
le fecret au Roy qui lui en fait une penfion
de 2005. liv .
Cet Elixir fortifie la nature , conferve
la fanté , la maintient & la rétablit . On
s'en fert utilement dans toutes les maladies
contagieufes , particulierement dans
les Fiévies malignes , dans la petite Vela
Rougeole , & Bubon Pefti- role
lentiel .
Ce remede guerit toutes fortes de Coliques
, tous maux d'Eftomach , & par
le moyen de l'ufage que l'on en fait , on
peut fe garentir de l'Apoplexie , de la
Lethargie , de la Paralyfie , de toutes indigeftions
, & de toutes les maladies qui
attaquent le Cerveau .
Made Garus, qui demeure à Paris , ruë
Dauphine , chez M. du Lion , Notaire ,
fournit un memoire exact & détaillé de
la maniere avec laquelle on doit fe fervir
de cet Elixir . Elle avertit en même temps
le public que les bouteilles qu'elle diftri
buera feront fiffelées & cachetées. Le
prix de la bouteille contenant un demifeptier
eft de 15. liv. les autres à proportion.
On nous écrit qu'il arriva un Pheno-
Fovj
mene
356
LE
MERCURE
mene bien extraordinaire le 24. du mois
paffé à Angerville , fur la route de Paris
Orleans immediatement après des
éclairs & un tonnerre épouvantable , une
nuée creva , & fe répandit en nappe d'eau
dans un volume prodigieux . L'abondance
& la rapidité des eaux renverferent les
plus gros murs , déracinerent des arbres ,
& firent rouler dans le valon des quartiers
de rochers plus gros qu'un muid .
Les habitans de ce canton turent faifis
dépouvante , & fubitement inondez par
les eaux qui monterent jufqu'à fix pieds
d'élevation dans les maifons , & dans toute
la campagne . Un Marchand de Vendôme
, & une petite fille de 8. ans furent
tuez par le tonnerre , le premier fur le
grand chemin , & l'autre dans Angerville.
On n'a jamais vû de memoire
d'homme , un orage fi terrible , ni qui
ait caufé tant de defordre , d'horreur &
d'épouvante .
On nous mande de Venife que depuis
qu'on y fabrique des glaces de miroir
par le moyen du fouffle , car on ne les
coule point , on n'y en avoit jamais vû
d'une certaine grandeur. Cependant le
fieur François Toninoto , Marchand Ouvrier
de glaces , a eu le bonheur d'en
faire deux de la hauteur de dix Quartes,
c'eftDE
SEPTEMBRE 1723. 357
c'elt- à- dire de 4. pieds 9, pouces , 9
lignes. Ce qui eft une dimention trèsconfiderable
pour une glace foufflée . Le
cristal en est très- clair , rend exactement
le
l'image de la perfonne , & n'a pas
moindre défaut.
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lisbonne , s'étant affemblée le 22. Juillet
dernier , elle élût à la pluralité des voix ,
pour l'un de fes membres , le Docteur
Philippe Marciel , cy- devant Conclaviſte
du Cardinal d'Acunha. L'élection fut
approuvée par le Roy de Portugal le
même jour.
. Sur la fin de l'autre mois la même Aca
démie tint deux affemblées , que le Roy
honora de fa prefence ; dans la premiere
Jean Couceiro de Abreu & Caftro lût
Ia fuite de fa Geographie du Brefil , &
promit de donner inceffamment un Catalogue
Hiftorique de tous les Archevêques
de San- Salvador , les Alcaïdes Majors
, & des autres principaux Officiers
qui ont fervi dans ce pays , comme auffi
de tous les Seigneurs de ce Royaume
qui y ont poffede des terres . Le Pere Jofeph
Barbofa lût auffi le commencement
de la vie du Comte Dom Henriques ,
dont il a été chargé par l'Académie.
Enfuite on examina plufieurs recherches
358
LE MERCURE
ches qui avoient été envoyées par M.
François Xavier de Serra Krafbeck Corrigidor
de Guimaraens , pour fervir à
Hiftoire de la Province de Minho , M.
Philippe Maciel nouvel Académicien
fut reçu dans la feconde Affemblée , & il
fit un difcours de remerciement qui fut
approuvé par S. M. P.
>
On mande de la même Ville que l'époufe
de Don Alexis de Soufa de Menez
, Comte de S. Jacques, accoucha fur
la fin de Juillet dernier d'un fils , qui
eft le 26 de ceux qu'elle a mis au monde
, & dont il y en a actuellement dixfept
de vivans.
Le Roy d'Efpagne accorda le mois
paffé à Don Hyacinthe Perez , un Privilege
exclufif , pour vendre & faire fabriquer
pendant 20. ans , certaines Meules
de Moulin d'une invention particuliere
dont il eft l'Auteur , & avec lefquelles
on peut moudre en 24. heures.
trois fois plus de bled qu'avec les Meules
ordinaires.
On apprend de Vienne que le Comte
d'Althan , Surintendant des Bâtimens de
l'Empereur , y étoit arrivé pour faire
commencer les fondemens d'un édifice
magnifique que S. M. I. a refolu de faire
faire pour y placer fa Bibliotheque. Et on
manDE
SEPTEMBRE 1723. 559
mande de Rome qu'on commence à voiturer
fur la place de Tréves , les mate.
reaux qui doivent fervir à bâtir l'édifice
que le Duc de Poli , frere du Pape , y
doit faire conftruire pour une Bibliotheque
publique.
L
SPECTACLES.
Es Comediens François dornerent
le premier de ce mois , pour la premiere
fois , le Divorce de l'Amour & de
la Raifon. Cette reprefentation fut des
plus tumultueufes ; la feconde & la troifiéme
furent infiniment plus tranquilles ,
& c'est à la faveur de l'attention qu'on a
prêtée à la piece que nous avons pû nous
mettre en état d'en donner un Extrait.
Perfonnages du Prologue.
L'Amour , le fieur d'Angeville.
La Raifon , la Dle le Grand.
La Folie , Mad des Hayes.
Momus , le fieur Quinault l'aîné.
Sujet du Prologue.
Dans la premiere Scene la Raifon fe
plaint à l'Amour de la froideur qu'il
commence d'avoir pour elle. L'Amour
lui
160 LE MERCURE
lui avoue franchement qu'il ne , l'aime
plus , & que fix mois de poffeffion l'ont
enlaidie à les yeux.
La Folie vient embraffer l'Amour
qui d'abord ne la remet pas . Elle lui
reproche fon oubli & fon inconftance ,
& le nomme. La Raifon fe trouble à ce
nom fatal . L'Amour après avoir balancé
quelque temps entre l'Egide & la Marotte
, fe détermine enfin pour la Marote.
La Raifon outrée de cette indigne
preference fe retire , après avoir menacé
la Folie d'une prochaine vengeance.
L'Amour témoigne à la Folie qu'il eft
très fâché d'avoir époufé la Railon. La
Folie lui répond que ce mariage eft fi ridicule
, qu'il ne doit pas balancer un
moment à le faire caffer.
Dans la quatriéme Scene Momus annonce
à l'Amour & à la Folie , que la
Raifon vient de fe plaindre dans le confeil
des Dieux de l'audace d'une Rivale
qui prétend brifer une chaîne formée
par le Dettin. Il leur dit qu'il vient en
qualité de Greffier du Confeil Celeſte ,
les ajourner tous deux à comparoître fur
le Mont Pelion devant tous les Dieux ,
affemblez pour les juger. L'Amour & la
Folie implorent le fecours de Momus ,
qui les traite d'abord avec beaucoup de
feverité ; mais après leur avoir fait peur ,
il
DE SEPTEMBRE 1723. 56%
il les raffure , en leur difant , qu'il fera
leur Dieu tutelaire , & qu'il n'a feint de
leur être contraire , que pour fe mettre
en état de les mieux fervir dans fa nouvelle
commiffion de Greffier . Le Prolo
gue finit par ces deux vers de Momus.
Tout ira bien , laiffez-moi faire ,
Bien attaqué , bien défendu
Perfonnages de la Piece.
Jupiter , le fieur Fontenay.
Junon , la Dlle du Bocage.
Momus , le feur Quinault l'aîné
L'Amour , le fieur d'Angeville.
La Raifon , la Dile le Grand.
Diane , la Dile la Mothe.
'Apollon , te fieur du Frefnes
Minerve , la Dile d'Angeville.
Venus , la Dlle Labat.
La Nuit , la Dlle du Brueil.
Le Myftere , le fieur de la Torillierea
te fils.
Le Sommeil , le fieur du Frefne.
Suite de la Nuit .
Suite de Venus.
Suite de la Folie.
Extrait de la Comedie.
Dans la premiere Scene Jupiter demande
à Momus ce qu'il penfe du projet
du
562 LE MERCURE
maux que
du Deftin , qui fans quitter les Cieux ,
où fa prefence eft neceffaire , pour y être
attentif aux divers befoins de l'Univers ,
a ordonné à tous les Dieux de s'affembler
fur le Mont Pelion , tandis que Mercure
va annoncer , de fa part , à tous les Mortels
, qu'ils peuvent venir fe plaindre devant
ce Tribunal fuprême de tous les
l'Amour leur fait . Momus lui
répond que tout ce beau projet ne tend
qu'à mieux ferrer la chaîne qui unit l'Amour
& la Raifon. Il lui demande s'il
y confentira. Jupiter lui répond qu'il en
eft bien éloigné. Momus lui dit que la
Cabale eft forte . Qu'elle eft composée de
Junon , de Minerve , de Diane , & d'Apollon
. Il ajoûte que ce dernier eft Raporteur
du Procès . Jupiter lui fait entendre
que de tous ces ennemis de l'Amour
, Apollon lui paroît le plus redouble
mais qu'il veut le reconcilier avec
' Amour , & les faire embraffer . Momus
convient que ce projet de reconciliation
eft quelque chofe ; mais que cela ne fuffit
pas . Il lui confeille de mettre Junon
dans les interefts de l'Amour • en fei- gnant
un tendre
retour
vers elle. Jupi- ter lui répond
qu'il
ne fçauroit
gagner
cela fur lui.
I
f
t
SCENE
DE SEPTEMBRE 1723. 56
SCENE II.
Jupiter, Junon , Momus.
Momus ne peut venir à bout du feint
raccommodement qu'il s'eft propofé de
faire entre Jupiter & Junon. Jupiter ne
peut diffimuler qu'il ne l'aime pas. Junon
Jui protefte qu'elle tirera railon de cet
outrage , & qu'elle s'en vangera fur l'Amour.
Jupiter la quitte , en lui difant
qu'il va lui envoyer ce Dieu , & qu'elle
doit plutôt fonger à le menager , d'autant
plus qu'elle ne peut regagner le
coeur de fon époux que par fon tecours.
Momus dit à Junon qu'elle ne feroit
pas mal de fuivre le confeil de Jupiter ,
& que ce feroit un grand triomphe pour
elle , fi par le fecours de l'Amour elle
pouvoit forcer fon indifferent époux à
T'aimer en dépit de lui -même. Junon lui
répond qu'elle ne veut devoir fon triomphe
qu'à fon propre merite l'Amour
vient , Momus fe retire .
L'Amour feint d'implorer le fecours
de Junon contre la perfecution qu'on lui
fait . Junon lui répond en colere qu'elle
fera la premiere à le punir de tous fes
crimes , & que ce n'eft qu'à lui qu'elle
peut imputer toutes les infidelitez de fon
époux. L'Amour lui replique qu'il n'eft
point
384
LE MERCUREA
point coupable ; que le deftin lui ayant
mis un bandeau fur les yeux il ne peut
lancer fes traits qu'au hazard. Il feint un
moment après de vouloir les raccommoder
avec Jupiter , & lui dir que puifque
cet inconftant court fans ceffe après les
nouveautez , elle n'a pour le rappeller
qu'à fe munir d'une beauté nouvelle.
Ce confeil ne fert qu'à irriter davantage
Junon ; l'Amour fe retire en lui deman,
dant pardon de fa fincerité.
SCENE V.
Junon , la Folie.
La Folie confeille à Junon de crier &
de pefter toûjours contre Jupiter. Junon
indignée de ce qu'elle ofe fe vanter de
regner dans les Cieux , la menace de la
faire punir comme elle le merite..
SCENE V I.
Junon , Momus , la Folie.
:
Junon ordonne à Momus de lui répondre
de cette infenfée qui a eu l'infolence
de fe prefenter à fes yeux , & qui
prétend obliger l'Amour à faire divorce
avec la Raifon. Momus lui promet foi de
Greffier qu'il lui fera fidelle.
Dans les deux Scenes fuivantes Momus
P
D
Ι
fa
Σ
P
a
Γ
F
a
F
u
DE SEPTEMBRE 1723.565
mus dit à la Folie qu'il attend l'Amour
pour prendre avec lui les arrangemens
neceffaires pour leurs interefts communs.
L'Amour vient , il dit à Momus qu'il
joué à le faire gronder , & que Jupiter
l'attend dans le bocage voifin pour le
faire embraffer avec Apollon. Momus lui
répond qu'il s'agit de quelque chofe de
plus preffé. C'eft ici le plan de l'action
Theatrale Momus dit à l'Amour qu'il
n'a point de plus redoutables ennemis ,
qu'Apollon , Junon , Minerve & Diane.
Qu'il faut les foumettre à fa puiffance ,
afin que fes propres Juges deviennent ſes
fujets. Il lui confeille de commencer par
Diane , & de pourfuivre par les autres..
Cet arrangement amene les trois Fêtes
qui partagent les trois Actes , dont la
Piece eft compoſée .
On entend un bruit de chaffe qui
annonce Diane ; Momus dit à l'Amour
après lui avoir parlé à l'oreille , de fe
coucher fur un lit de gazon . Il dit en
même temps à la Folie qu'elle peut fe retirer
, & qu'on n'a que faire d'elle. La
Folie picquée de voir qu'on la croit inutile
, dit en fe retirant , qu'elle va faire
un coup de fa tête pour leur apprendre
qu'elle eft bonne à quelque chofe.
SCENE
$66 LE
MERCURE
SCENE IX.
Diane , Momus , l'Amour couché fur un
lit de gazon.
›
Momus fait fa cour à Diane & la felicite
par avance fur l'Arreft qu'on va prononcer
contre l'Amour. Il la fait appercevoir
avec une furpriſe affectée que ce
perturbateur du repos des coeurs eft couché
fur un lit de gazon. Il lui conſeille
de profiter de ce moment de fommeil
& de lui ôter fon arc & fes traits , pour
en délivrer l'univers. Diane après avoir
hefité quelque temps s'approche de l'Amour
pour lui enlever une dépouille fi
glorieufe pour elle , & fi utile au repos
de l'univers. L'Amour la perce d'un de
fes traits & s'enfuit ; Momus fait courir
après lui. Il témoigne à Diane qu'il eſt
au defefpoir de cette avanture ; mais que
cette derniere Piece ajoûtée au procès
rend la caule commune encore meilleure.
Il tire adroitement le fecret de Diane , &
apprend par le nom d'Endimion qui lui
échappe , que c'eft de ce Berger qu'elle
eft devenue amoureuſe : Momus fe retire.
Dans les 2. dernieres Scenes de cet Acte,
Diane le plaint de la victoire que l'Amour
vient de remporter fur elle. La nuit lui
vient offrir ſon fecours. Elle lui demande
le
DE SEPTEMBRE 1723. 359
le nom de fon vainqueur ; Diane ne veut
pas le dire ; mais le Myftere qui eft prefent
lui dit qu'il le fçait bien , lui qui fait
fon léjour dans le fond des coeurs. Diane
prie le Myftere , puifqu'il fçait ſon ſecret
de ne le dire à perfonne. Elle fe retire.
La nuit ordonne à fes fujets de ſe tenir
prêts à executer les loix qu'elle va bientôt
leur preferire. La fuite de la nuit ;
fçavoir , le fommeil & les fonges font la
Fête de ce premier Acte. Après la Fête ,
la nuit ordonne aux fonges d'aller prefenter
à Diane l'image du Berger qu'elle
aime.
ACTE II.
Dans la premiere Scene l'Amour & la
Folie difputent à qui a fait de plus belles
proüeffes. L'Amour dit qu'il vient d'embraffer
Apollon , & qu'à la faveur de cette
embraffade il a fait couler certain feu
dans fon coeur dont il fera long- temps
malade. La Folie lui répond que cela ne
fuffit pas , & qu'il faut infpirer la même
ardeur à Minerve. L'Amour lui dit qu'il
fe promet auffi de triompher de cette fage
divinité ; la Folie lui replique que cela
eft déja à moitié fait , & qu'elle vient
de mettre dans la tête de Minerve la fureur
de faire des vers , cela étant de fon
reffort. Elle ajoûte que par là , rapprochant
358 LE MERCURE
chant l'Ecoliere & le Maître , elle a
donné lieu à l'Amour de les unir plus
étroitement. L'Amour convient que cela
pourroit bien être , & que beaucoup
d'exemples en font foy ; mais que cependant
elle ne doit pas difputer de gloire
avec lui ; ce qui lui donne lieu de vanter
la victoire qu'il vient de remporter fur
le coeur de l'infenfible Diane.
SCENE II.
L'Amour Momus , la Folie. .9
Momus paroît fort en colere contre
l'Amour qui a eu l'indifcretion de ſe
vanter publiquement de ce qu'il vient
d'executer contre Diane. Il lui dit qu'elle
s'en eft plainte avec tant d'aigreur , qu'on
ne parle pas moins que de lui ôter fon
arc & fes traits . La Raifon vient . Momus
dit à l'Amour & à la Folie que quelque
accommodement qu'elle propoſe il
le faut accepter.
La Raifon dit à l'Amour que malgré
T'outrage qu'il lui fait de vouloir la repudier
, elle l'aime trop pour l'abandonner
à fon trifte deftin '; elle prie Momus
de la laiffer feule avec fon ingrat époux .
La Folie n'y veut pas confentir , mais
Momus la fait fortir par force.
La Raifon annonce à l'Amour que
tour
DE SEPTEMBRE 1723. 569
tout l'univers dépole contre lui , & qu'il
eft perdu s'il ne vient à réfipifcence. L'Amour
fe mocque d'elle par ces trois vers.
Nous faifons en ce jour
Le perfonnage l'un de l'autre ,
Je raiſonne & tu fais l'Amour.
SCENE V.
Apollon , l'Amour , la Raiſon .
Apollon ordonne à l'Amour de la part
du Deftin de lui remettre les traits. L'Amour
lui répond, qu'il ne préter d les dépofer
qu'entre les mains du Deftin leur
Maître commun , & pour reprimer fon
orgüeil , il lui dit ironiquement , que fes
traits ne triomphent que des monftres
des Foreſts , au lieu que les fiens triomphent
des coeurs , comme Minerve vient
de lui apprendre. L'Amour fe retire ; la
Raifon le fuit pour joüir du plaifir de
lui voir dépofer ces traits qui excitent
tant de troubles .
Apollon feul fe plaint des rigueurs de
l'Amour , qui après lui avoir fait aimer
l'infenfible Daphné , le force à adorer la
fage Minerve. Voyant approcher cette
Deeffe , il imagine un moyen de lui parler
de fon amour , fans sexpofer à fa
colere .
G Cette
570
LE MERCURE
Cette Scene a paru une des plus belles,
& fur-tout des plus fines de la Piece .
Minerve dit à Apollon , qu'elle ne fçait
comment s'y prendre pour faire les vers
qu'il lui a demandez . Apollon veut fçavoir
quel fujet elle a pris . Minerve lui
répond , que c'est l'Amitié : je condamne
d'abord ce titre , dit Apollon. C'eft un
fujet trop froid , & qui n'eft nullement
fufceptible de ce feu que demande la
Poëfie . Il lui propofe l'Amour pour fujet.
Minerve au feul nom d'Amour témoigne
de la colere , & dit abfolument
qu'elle ne veut point entendre parler de
paffion . Apollon lui répond , qu'il ne s'agit
pas de fentir l'Amour , mais feulement
de le peindre . Par exemple , ajoûte-
t'il , je ne fens point d'amour ; mais
cela n'empêchera pas que je ne vous peigne
cette paffion d'une maniere à vous
Y faire méprendre. Après ce petit préambule
il lui fait une declaration d'amour ;
Minerve s'en offenſe , & veut fe retirer.
Apollon l'arrête en riant , & lui dit.
Ah ! mon art eft trop beau , puifqu'il vous a fait
prendre
La feinte pour la verité.
Minerve picquée d'avoir pris le change
, promet à Apollon de faire des vers
fi tendres qu'il s'y méprendra lui-même.
Apollon
DE SEPTEMBRE 1723. 571
Apollon l'invite à le tromper fi bien qu'il
puiffe la croire.
Y Momus qui furvient , annonce à Apollon
que les mortels que Mercure a citez
devant le Tribunal des Dieux , ſont alfemblez
dans la Foreft prochaine , pour
dépofer contre l'Amour. Minerve fe
retire.
Momus fonde le coeur d'Apollon au
fujet de fon amour pour Minerve , & le
menace de lâcher le lardon , s'il ne lui
avouë de bonne foi qu'il l'aime . Apollon
craignant pour la gloire de Minerve , lui
avoue qu'il l'aime , mais qu'elle eft bien
éloignée de répondre à fon ardeur. Momus
lui replique.
Oh ! pour cela je le veux croire ,
Et je fçais qu'en amour vous n'êtes pas heureux.
Mais puifque vous l'aimez , continuer'il
, pourquoi lui faites vous ôter ces
traits , dont vous avez befoin pour blef
fer le coeur de Minerve ?
Junon arrive , & preffe Apollon d'aller
entendre les dépofitions qu'on doit
faire contre l'Amour. 8
Junon dit à Momus que Venus vient
d'arriver , mais qu'elle a beau folliciter
pour fon fils , dont la condamnation eſt
sûre.
L'Amour vient défarmé : il pefte con-
Gij
tre
572 LE MERCURE
tre le Deftin qui s'eft mocqué de lui
après qu'il a dépofé fes traits à fes pieds.
Il jure d'en tirer raifon , il fe déchaîne
contre Junon , ce qui redouble fa colere ,
dont elle eft déja enflâmée contre lui.
Momus dit à Junon qu'il vaudroit mieux
qu'elle mit l'Amour dans les intereſts à
force de bien faits , & en lui faifant rendre
fes traits . L'Amour lui promet de la
faire aimer de Jupiter , fi elle obtient
le Deftin lui rende fes armes.
que
Venus furvient & dit à Junon qu'elle
lui apporte de quoi regagner la tendieffe
de fon époux dans cette ceinture qu'elle
lui prefente. Cette defcription de la celebre
ceinture de Venus a paru ùn morcean
des mieux écrits , & des plus délicatement
traitez de la Piece. Junon promet
fa protection à l'Amour en faveur de
ce prefent qu'elle accepte . Venus ordonne
aux Graces de l'aller parer dans le
prochain bocage.
Dans la derniere Scene de cet Acte
l'Amour donne une Fête à Venus , en
reconnoiffance du fecours qu'elle vient
de lui prêter pour lui faire rendre fes ar
mes.
ACTE III.
Junon reconciliée avec Jupiter par la
vertu de l'admirable ceinture , Frome à
Mom is
DE SEPTEMBRE 1723. 575
Momus qu'elle n'oubliera rien pour fervir
l'Amour. Elle fe retire voyant appro
cher Minerve.
Minervé déja inftruite de la bonne intelligence
qui regne entre Jupiter & Junon
, paroît furprile de ce que cette Déeffe
fe retire fans lui parler. Momus diffipe
fes foupçons , en difant que rien n'eft
plus fufpect que le retour d'une infidelle ;
mais que
les feintes careffes de Jupiter
re font pas prendre le change à Junon ;
il veut fe retirer , Minerve lui demande
pourquoi , il lui répond d'un ton ironique
quil cede la place à Apollon fon
Amant.
Minerve qui s'est déja doutée de l'amour
d'Apollon , en veut tirer l'aveu de
fa propre bouche , pour lui en faire toute
la honte , & pour lui rendre tromperie
pour tromperie , comme elle lui a promis
dans l'Acte precedent. Cette Scene
n'a pas paru moins belle, celle dont
jouer fon rôle qu'air fi bien
donne dans le
piege , & fe croit aimé d'elle. Elle fe rit
de lui par ces deux vers : ༣ ་ ༣ ་༡༩ ་
Et je dois m'applaudir d'apprendre que mon
Maître
A pris le change comme moi.
Et fur le reproche qu'il lui fait d'être
Giij def
374
LE MERCURE
defcendue jufqu'à une feinte peur digne
de Minerve , elle lui répond :
Mais vous qu'avec reſpect on confulte , on adore ,
Ne vous être pas garanti
D'un piege..... & de quel piege encore ?
Je vous en avois averti .
Elle fe retire voyant approcher Momus
dont elle redoute la raillerie ,
4
;
Momus après avoir un peu raillé
Apollon fur les nouvelles amours , lui
apprend que depuis qu'on a déſarmé
'Amour , tout, languit dins la nature.
s'il en faut croire la plupart des mortels
il ajoûre que fes Partifans zelez ofent
porter leur plainte jufqu'au Trône du
Deftin ; mais que Junon vient de remon
ter aux Cieux pour défendre la querelle.
Apollon jure la perte de l'Amour , &
remet entre les mains de Momus , comme
Greffier , tous les placets qu'on lui a
prefentez contre ce petit féditieux.
Momus refte feul , & en examinant les
placets qu'Apollon vient de lui remettre ,
trouve parmi ces papiers des vers tendres
de Minerve à Apollon ; on a déja vû
ces vers dans une des Scenes precedentes.
Quoique ce Madrigal ne foit qu'une feinte
, Momus le propofe de s'en fervir , &
de le gliffer dans le fac de l'Amour.
SCENE
DE SEPTEMBRE 1723. 575
SCENE V I.
Jupiter , Minerve , Apollon , Diane ,
l'Amour, Momnus , la Raifon
La Folie, &c.
La Raifon & la Folie plaident à qui
aura l'Amour pour époux . L'Amour bien
loin de vouloir nier les crimes dont on
l'accufe eft prêt à en confeffer de nouveaux.
Il donne à Momus le fac où fes
pieces font contenues , & demande que
Momus en faffe la lecture. Momus lit
par l'ordre de Jupiter l'enlevement d'Endimion
par Diane , & les tendres vers
d'Apollon pour Minerve allarment les
Juges. Momus propofe un accommodement
dans une affaire qui lui paroît fi
délicate. Minerve lui répond que Junon
eft abfente , & qu'il n'y a point d'appa
rence qu'elle donne les mains à aucun
accommodement.
Junon arrive dans la derniere Scene ,
& non contente de confentir à l'accommodement
qu'on propofe , elle apporte
les armes de l'Amour que le Deftin vient
de lui rendre ; elle les prefente à l'Amour
, qui les refufe abfolument , à moins
qu'on ne rompe une chaîne qui le rend
malheureux lui -même , quand il rend
tout le monde heureux. Junon dit que
G iiij
rien
576 LE MERCURE
rien n'eft plus jufte que ce que l'Amour
demande ; elle ajoûte que le Deftin munit
Jupiter de tout fon pouvoir , pour faire
tout ce qui doit contribuer au bonheur
du monde. Le maître des Dieux prononce
un Arreft , par lequel il remet l'Amour
dans tous fes droits , & lui permet de dif
pofer de fa main. La Raifon crie à l'injuftice
& fe retire . L'Amour éponſe la
Folie. Les fuivans de la Folie viennent
celebrer fa nôce.
Voilà ce que nous avons pu remporter
en quelques reprefentations d'une piece,
fur laquelle les fentimens font très partagez.
On la croit moins riante que le Nou
veau Monde ; mais mieux écrite & plus
travaillée. On l'a ceffée après cinq reprefenrations.
Les airs à chanter & les fimphonies
des Intermedes de cette Comedie font du
fieur Quinault , l'aîné , Comedien du
Roy , qui s'eft déja fait une reputation
pour ces fortes d'ouvrages . Les Balets
font de la compofition du ficur Dangeville
, de l'Académie Royale de Mufi.
que : voici quelques couplets du premier
divertiffement.
Tel aujourd'hui vous fait envie ,
Qui vous fera pitié demain ;
Le
DE SEPTEMBRE 1723 . 577
Le fort change en un tour de main ,
Tout n eft que fonge dans la vie.
On voit le char de Sofie ,
par
Plus d'un paffant eftropié ,
Cependant fon maître eft à pié . Tout n'eft &c.
W
Un Ufurier l'ame ravie ,
Voit endormant tripler fon bien ,
Il s'éveille & ne voit plus rien . Tout n'eft &c.
Cette beauté déja flétrie ,
Se croit encor dans fon printemps ,
Auroit - elle dormi trente ans ? Tout n'eſt & c.
La Dle Labat danfe une entrée dans
cet Intermede avec beaucoup de grace
& de fineffe , elle a été fort applau
die , de même que le fieur Quinault du
Frefne qui y chante un air , avec un accompagnement
de flutes , dont voici les
paroles.
Lorfque je répands mes pavots ,
Tout eft calme dans la nature ,
Je fufpends les maux qu'on endure ;
Je plonge tous les coeurs dans un profond repos.
GV Eft-il
378 LE MERCURE
Eft-il un Dieu plus favorable ?
Les mortels les plus malheureux ,
fur eux
Voudroient quand je regne fur "
Que ce regne fi doux fut à jamais durable.
L'air que chante la D Labat au fecond
divertiffement a été auffi très- applaudi.
En voici les paroles :
Qu'au tendre amour tout foit foumis.
Pour triompher des coeurs , fi mes yeux ont des
charmes ,
Je n'en veux employer les armes ,
Que pour la gloire de mon fils.
Nous vous offrons tous deux un fort digne d'envie,
La beauté fait naître l'Amour ,
Et l'amour fait naître à ſon tour
Les plus doux plaifirs de la vie.
>
Dans ce divertiffement le fieur Dangeville
& fa petite foeur , qui font à eux
deux à peine feize ans , ont danſé un pas
de deux fur un air vif , qui a fait l'admiration
& le plaifir de tous les Spectateurs.
Le talent de ce jeune homme pour
la déclamation fe dévelope tous les jours ;
il a un rôle de plus de 400. vers dans
cette Piece , dont il s'acquitte à merveille.
Vaudeville
DE
SEPTEMBRE 1723.
579
Vaudeville.
Quand on trahit vôtre efperance ,
Et que vos foins font mal reçûs ,
N'allez point par trop de conftance
Eprouver de nouveaux refus ,
Affectez de l'indifference ,
C'est la ceinture de Venus.
Aminte n'eſt rien moins que belle
Elle est jolie & rien de plus ,
Cependant on voit que pour elle ,
Tous les amans font prévenus.
Un fouris , une bagatelle
Eft la ceinture de Venus.
Couplets du dernier Intermede.
Dans l'âge de l'innocence ,
Aftrée avec fa balance ,
Aux moeurs faifoit le procès ,
D'autres temps , d'autres ufages ,
Ce n'eft plus que le fuccès >
Qui fait les fous & les fages
On fuit le repos tranquille ,
Gvj
On
380
MERCURE LE
On va fur un bois fragile .
Braver les vents en couroux.
#
Fait-on un mauvais voyage ,
On eft mis au rang des foux ,
Eft-on heureux ? on eft fage.
L'Amour..
Suivez l'aimable folie ,
Songez à paffer la vie ,
Dans les plaifirs les plus doux.
Si j'en crois des coeurs fauvages ,
Mes confeils font des plus foux ,
Moi je les tiens des plus fages .
Ce dernier couplet a été ajoûté à la
troifiéme repreſentation.
Après qu'un premier parterre.
Nous a declaré la guerre ,
Un autre vient au fecours ;
Vous nous donnez vos fufrages ,
C'eft ainfi que les beaux jours
Suivent de près les orages.
On a reprefenté le mois paffé une
Tragedie nouvelle , intitulée Mariamne,
aux Comediens François , qu'ils ont lûe
dans leur affemblée.
L'Opera
DE SEPTEMBRE 1723.
L'Opera.
L'Académie Royale de Mufique con
tinue toûjours les reprefentations des Fêtes
Grecques & Romaines ; on doit reprendre
Pirithous , dont nous avons déja
parlé , & Phelomele enfuite .
Mlee Prevoft a produit une éleve fur
le Theatre de l'Opera qui a débuté le
Jeudy 26. Aouft dans le troifiéme Acte
des Fêtes Grecques & Romaines ; cette
jeune perfonne a la taille très fine , & la
phifionomie infiniment gracieufe. On la
nomme Mile Richalet ; elle n'a pas encore
quinze ans. Voici une Parodie faite
pour elle fur l'air qu'elle danfe , habillée
en Flore à la fuite de Mlle Prevoft .
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous fes pas
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
Sans ceffe on dit ,
L'Echo redit
Ce que fon air infpire :
Tout fuivra fon empire.
Mon coeur le prédit.
Abl
382 LE MERCURE
Ah ! l'on foupire
Autant qu'on applaudit.
La jeune Flore.
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous les pas.
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
Dieu du Printemps ,
Pour cette belle ,
Tu deviens fidelle ,
Tes feux font conftans ,
On voit autour d'elle ,
Les jeux & les amours chantans.
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Dans fon goût gracieux forme bien tous les pas
La jeune Flore
Qui fuit Terpficore ,
Au talent de la danfe unit de doux appas.
On écrit de Prague qu'on y reprefenta
le 28. du mois dernier , un nouvel Opera
devant leurs Majeftez Imperiales , intitulé
Mutius Scevola , à l'occafion de
l'anniDE
SEPTEMBRE 1723. 583
l'anniverfaire de la naiffance de l'Imperatrice
& de fa groffeffe. On ajoûte que
ce Spectacle fut donné en plein air avec
beaucoup de fuccès , n'ayant point été
troublé par aucun accident , nonobſtant
la multitude & le grand concours du
peuple , de caroffes , de chevaux , &c.
THEATRE ITALIEN.
Le z. de l'autre mois les Comediens
Italiens reprefenterent fur le Theatre du
Palais Royal la petite Comedie d'Agnès
de Chaillot , dont nous avons donné
un Extrait. Cette Piece fut parfaitement
bien reprefentée , & goûtée par la nombreufe
affemblée qu'elle attira. Elle fut
precedée d'une Comedie Italienne en
Trois Actes , intitulée la Maison à deux
Portes , qui eft une excellente Picce d'intrigue
, tirée du Calderon . Boifrobert l'a
mile fur nôtre Theatre en vers fous un
autre titre on prétend que dans la Comedie
qui a pour titre , les Engagemens
dn Hazard , Thomas Corneille a fait
après coup un Acte tiré de la même Piece
Efpagnole. Cette Piece fut jouée à Paris
dans fa nouveauté par les Comediens Italiens
en Juin 1716 .
Le 23. les mêmes Comediens donnerent
un Prologue nouveau für leur Theáfre
584 LE MERCURE
tre du Fauxbourg S. Laurent , intitulé ta
Dispute de Melpomene & de Thalie.
>
Le 2. de ce mois ils donnerent fur le
même Theatre les Saturnales , Piece nouvelle
en trois Actes , en Vaudevilles
avec un Prologue ; certe Piece n'a été
joüée que deux fois , & on a été obligé
de reprendre Agnès de Chaillot , le Triomphe
de la Folie , avec le Prologue des
Saturnales , qui eft ce que le public a
trouvé de plus fupportable dans tout
l'ouvrage. Une efpece de nouveauté qu'ơn
a donné peu de temps après , intitulée le
Débris des Saturnales , n'a pas été plus
heureufe.
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Conftantinople , ce 18. Juillet 1723-
L'Envoyé de la Porte qui eft revenu de
Mofcou le 24. Juillet , a raporté au
Grand Seigneur que le Czar étoit toûjours
dans l'intention de conferver une
bonne intelligence avec la Hauteſſe , attendu
que les differens qu'il a avec le Rebelle
Miriveits ne regardent point l'Empire
Ottoman , & que la guerre qu'il
declarée à cet Ufurpateur eft fondée fur
a
les
DE SEPTEMBRE 1723. 585
les legitimes fujets qu'il a de s'en plain
dre , puifque les hoftilitez de Miriveits
ont envelopé les Ruffiens dans leurs ravages
. De plus de Czar prétend être en
droit de donner du fecours au fils du
Sophi détrôné , fans intereffer la paix
de Pouch. On a payé aux Janiffaires qui
font reftez ici tous les arrerages qui leur
étoient dûs , & il a été ordonné qu'à
l'avenir les payemens de leur folde feroient
reguliers. Une grande partie de
ces troupes a été envoyée vers les frontieres
de Pologne , de Ruffie , de Tran
filvanie & de Hongrie , pour travailler
aux Fortifications des Places qui les défendent
; d'autres ont été diſtribuées pour
le même employ fur les frontieres de
Perfe.
La plupart des Sultanes & des Galeres
, fur lefquelles on avoit chargé des
troupes & des munitions font revenues
des Dardanelles , après y avoir refté environ
un mois . On difpofe un autre convoi
pour transporter fur le Boriftene des
munitions de guerre , & de la groffe artillerie.
M. le Marquis de Bonac , Ambaffadeur
de France a fair preſent au Grand
Seigneur de quarante Orangers en caiffe,
pour placer dans les jardins de la nouvelle
maifon de campagne , que fa Hautefle a
fait
586 LE MERCURE
fait bâtir à demie lieuë d'ici fur le Canal.
Les troupes du Grand Seigneur font
entrées par furpriſe dans la Province de
Carduel ; le Prince qui en étoit Souve
rain a pris le parti de fe retirer fur les
terres du Czar , fon fils s'eft fait Mahometan
& eft convenu de concert avec
les principaux du pays de payer à fa
Hauteffe un tribut de quarante mille
Lewandales.
,
De Petersbourg, ce 18. Aouft.
N écrit de Mofcou que toutes les
recherches qu'on avoit faites jufqu'à
prefent dans les montagnes voifines
d'Andréof , pour découvrir les mines
d'Or qui avoient été indiquées , le font
trouvées inutiles , faute de gens experimentez
pour remplir ce travail.
Il eft arrivé le 20. Juillet un Courier
dépêché par le Gouverneur d'Aftracan ,
avec des avis qu'on dit importans , &
depuis deux jours on débite ici que PUfurpateur
Miriveits fe preparoit à reprendre
les Places , dont le Czar s'empara
l'année derniere fur les frontieres de la
Perfe , en confequence le Gouverneur de
la Siberie a reçû ordre de faire marcher
dix mille hommes vers la Georgie pour
conferver les conqueftes de fa Majefté
Czarienne ,
DE SEPTEMBRE 1723. 587
Czarienne ; on a auffi envoyé des ordres
à la Regence de Mofcou de faire remettre
à Aftracan , & à Defbent les fommes
neceffaires pour le payement des troupes
qui font en garnifon dans ces deux Villes.
Le Czar a permis d'imprimer tous les
mois un Journal de ce qui arrivera de
plus confiderable dans les principales
Villes de fa domination.
On a fixé à Tobolski le rendez- vous
general de la grande Caravane , qui doit
aller à la Chine : on compte que cette
année elle montera à plus de cinq cens
perfonnes.
On prétend que le dernier Courier
arrivé d'Aſtracan a raporté que l'Ufurpateur
Miriveits , à la tête de foixante
mille Perfans , & d'un corps très nombreux
de Tartares s'étoient avancez jufques
dans le pays conquis l'année dernieré
par le Czar ; on fe flatte que les munitions
de guerre qu'on a fait embarquer
il y a quelque temps fur le Wolga y
feront arrivées affez - tôt pour mettre les
-Mofcovites que le Czar y laiffa l'année
derniere en état de foutenir les efforts de
Miriveits.
388.
LE MERCURE
De Stokolm , ce 1. Septembre .
R Ditman , Secretaire de la Chan
Mcellerie , eft parti le 29. Juillet
pour aller porter au Czar ,les lettres du
Roy , concernant les nouveaux titres accordez
à fa Majefté Czarienne , & au
Duc d'Holftein.
Le 7. de l'autre mois les Députez du
Corps de la Nobleffe réfolurent unanimement
d'augmenter de quatre le nombre
des Senateurs du Royaume. Suivant
la propofition qui en avoit été faite au
commencement de ce mois , & qui depuis
a été approuvée par le Clergé. Les
Etats fe font affemblez le quatorze du
même mois pour déliberer fur cette propofition
, & après de grandes conteftations
, il a été arrêté qu'on n'augmenteroit
que de deux feulement le nombre des Senateurs
; mais le Baron de Langeberg ,
Maréchal des Etats , le Comte de Gylembourg
, Chancelier de la Cour , &
le Baron de Cederhielm , Secretaire d'Etat
ayant été propoſez , on n'a pû exclure
un des trois , tous dignes des places
à remplir , & ils ont été nommez Senateurs
tous les trois malgré la déliberation
qui n'en promettoit que deux .
On mande de Coppenhague que l'Amiral
DE SEPTEMBRE 1723.. $89
miral Judiker avoit reçû ordre de défarmer
fon Eſcadre fur l'avis que la Flotte
du Czar étoit retournée à Cronfloot.
De Prague , ce 2. Septembre.
' Empereur a envoyé une Croix de
Diamans de vingt mille florins an
Comte d'Erdeodi , Evêque de Neutra
l'un des principaux députez de la derniere
Affemblée des Etats de Hongrie .
›
M. le Marquis de Breil , Envoyé du
Roy de Sardaigne a reçû la ratification
du traité de vente que l'Empereur a faite
à ce Prince du Marquifat de Spigno , &
des Fiefs de Langues , qui cy-devant faifoient
partie des Domaines du Duché
de Milan.
La groffeffe de l'Imperatrice a été rendue
publique le 28. du mois dernier.
L'Archevêque de cette Ville prétend,
fondé fur des exemples , officier avec
-la Chape rouge au Couronnement de
l'Empereur , mais les Cardinaux Allemans
s'y oppofent , & on ne croit pas
que le Pape lui accorde le Bref qu'il´a
demandé à ce fujet,
DI
599
LE MERCURE
1
O
De Vienne , ce 12. Septembre.
N écrit des frontieres de Turquie
que les troupes qui s'y étoienr affemblées
au commencement du Printemps
dernier étoient retournées dans leurs anciens
quartiers , & que le train d'artillerie
qui étoit aux environs de Bender
avoit été envoyé à Choczin .
Les incendies continuent toûjours en
Allemagne. Le feize Aouft la Ville de
Claghenfurt , Capitale de la Carinthie a
été entierement brûlée ; on n'a fauvé
que le Convent
des Urfulines
, & fix ou
fept autres maifons. On a remarqué
de la
campagne
que dès le commencement
de
l'incendie
e feu avoit paru en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui a caufé de juftes foupçons
; on a arrêté un inconnu
qui avoit prédit ce malheur
quelques
jours auparavant
. La Ville de Vilna en
Pologne a éprouvé prefque un pareil defaftre,
plufieurs
magafins de Marchandifes
y ont été réduits en cendre . Le bruit
court que l'Ingenieur
Hoofdman
arrêté
au commencement
du mois de May dernier
, & interrogé
depuis peu fur diffe- rens crimes dont on l'accufoit
, étoit le
chef des Incendiaires
, & qu'il avoit formé
avec eux le complot de mettre le feu
à plufieurs
quartiers
de cette Ville.
DE SEPTEMBRE 1723. 598
De Londres , ce 12. Septembre .
E fieur Payne diftributeur de la
Lfetfille du veritable Breton qui avoit
été arrêté le 9. Aouft pour avoir parlé
du Lord Maior , & des Aldermans avec
un grand mépris dans la feuille du jour
precedent , & qui avoit été admis le 13 .
à donner caution pour être élargi , a été
arrêté de nouveau le lendemain pour
avoir imprimé des invectives contre le
Lord Hartcourt .
:
La Flotte de la Jamaïque qui en partit
le 30. Juin dernier , eft heureuſement
arrivée dans les Ports de ce Royaume
fous l'escorte du Vaiffeau de Guerre l'Avanture.
Plufieurs Vaiffeaux de celle
de Turquie font entrez auffi dans la
riviere avec une charge très confide
rable. La Compagnie de la Mer du Sud
fait charger actuellement le Vaiffeau
dit de l'Affiente , qu'elle a permiffion
d'envoyer tous les ans à la Mer du Sud ;
on y embarque une très- grande quantité
d'étoffes des Manufactures de ces Pays ,
& un feul Rubanier a ordre de fournir
pour trois mille livres sterling de Rubans
d'Or & d'Argent..
De
1
592
LE MERCURE -
De la Haye , ce 13. Septembre.
R Pefters , Réfident des Etats.
MG. neraux à Bruxelles , en eft parci
le 13. Aouft pour Hanover , où il doit
conferer avec le Roy de la Grande Bretagne
, fur les fur les moyens les plus convenables
pour s'opposer à l'établiffement de
la Compagnie de Commerce formée dans
les Pays - bas , contre lequel les Directeurs
de la Compagnie des Indes Orientales
ont prefenté un nouveau Memoire qui a
été rendu public. Cependant les Livros
de Soufcriptions pour les nouvelles Actions
de la Compagnie des Pays- bas , qui
furent ouverts à Anvers le 11. Aouft au
matin furent fermez le foir. Les feuls fujets
de l'Empereur , & quelques Seigneurs
de Flandres , le Marquis de Prié , & le
Duc d'Aremberg , & autres ayant entierement
rempli les fix millions de fonds
de cette Compagnie. Les effets & papiers
du fieur Colebroke , Anglois , premier
Auteur du projet de cet établiffement
ont été faifis à Bruxelles par ordre du
Gouvernement ; mais on n'a rien trouvé
qui dépofat contre lui . Le premier payement
des Soufcriptions a commencé à fe
faire à Anvers le 24. Aouft , & on en a
délivré des recepiffez qui ne font encore
qu'au pair .
Un
DE SEPTEMBRE 1723 . 593
Un orage terrible mêlé d'un tonnerre
épouvantable a détruit à Bruxelles l'Hôtel
de Brouay , occupé par le Marquis
de Roffy , chargé des affaires du Roy
très-Chrétien.
›
Leurs Hautes Puiffances ont fait dire
aux Directeurs des Compagnies des Indes
Orientales & Occidentales de dreffer un
Memoire des moyens les plus convenables
de s'oppofer au progrès de la nouvelle
Compagnie de Commerce des Pays bas
fans qu'on foit obligé de rifquer aucun
acte d'hoftilité qui puiffe donner quelque
jufte fujet de plainte à l'Empereur , avec
qui la République defire conferver une
bonne intelligence. Cependant le premier
payement des Actions de la Compagnie
des Pays - bas n'eft pas encore achevé
, l'ouverture des livres ne fe fera
qu'après l'Affemblée generale des intereffez
, & les foufcriptions ne font pas
encore montées au- delà des quinze pour
cent qu'elles gagnoient dès les premiers
jours .
De Lisbone , ce 16. Aoust.
Epuis le 12. jufqu'au dix - neuf Juillet
il eft entré dans ce
Port neuf
Bâtimens Anglois , & un Hollandois
chargez de grains & de farine , & il en
eft forti neuf Navires François , neuf
H An594
LE MERCURE
Anglois , fix Hollandois , deux Efpagnols
, & un Hambourgeois.
Et depuis le 19. jufqu'au 26. il eft entré
un Vaiffeau de Guerre Anglois , arri
vé depuis peu des Indes Orientales , onze
Navires Marchands de la même Nation,
dont il y en a un chargé de Negres de
la cofte de Guinée , quatre Bâtimens
Hollandois , & une flute Danoife. Il en
eft forti pendant le même temps deux
Navires François , cinq Anglois , & un
Paquebot. Et depuis le 2. jufqu'au neuf
Aouft il eft entré dans le Port un Navire
François de Dunkerque , fix Navires An
glois & un Paquebot , un Bâtiment
Hollandois & un Portugais de Mondogo
; il en eft forti pendant le même
temps quatre Navires François , huit Anglois
, & un Efpagnol.
On mande des Indes que depuis la
paix faite avec le Roy d'Angaria on ne
gotioit en pleine liberté dans tous fes
Etats , & qu'il y avoit eu quelques hoftilitez
commifes fans ordre fur les terres
du Roy de Lefunda qui avoient été reparées.
L
De Naples , ce 20. Aouft.
Es lettres de Malthe
portent que les
Chevaliers qui s'y étoient rendus pour
la
( DE SEPTEMBRE 1723. $95.
la défenſe de l'Ifle fe preparoient à re-,
tourner dans leurs Pays ; & que cependant
on continuoit à faire obferver une
difcipline très-exacte aux milices , & à
exercer les Bombardiers & Canoniers , &
que depuis long- temps on ne parloit plus.
duTraité d'échange, propofé par le Grand-
Seigneur pour les Eclaves faits de part
& d'autre .
On mande de Tunis que la Regence
étoit convenue de conclure un Traité
avec la Republique de Venife , qu'un Negotiant
Venitien , établi à Tunis en avoit
envoyé les articles au Senat pour les faire
ratifier ; qu'il avoit obtenu pour fa Republique
les mêmes conditions accordées
aux autres Puiffances qui font en paix
avec cette Regence . La nouvelle taxe
que le Cardinal Viceroy a impoſée ſur les
Fiefs , & les Marchandiſes du Royaume
de Naples a augmenté le nombre des mé
contens . On a envoyé à Prague un Memoire
contenant cent vingt chefs de plaintes
contre le gouvernement prefent , &
une fupplication à l'Einpereur d'y mettre
ordre.
De Turin , ce 1. Septembre..
Molefworth , Envoyé du Roy
Md'Angleterre en cette Cour palfantdep
uis peu à Florence , à fon re our
Hij des
596 LE MERCURE
des Bains de Luques , eut audience du
Grand Duc, qui lui a , dit- on , accordé de
nouveaux privileges pour les Anglois ,
établis à Livourne . La Republique de
Luques a renouvellé fon Traité de protection
avec l'Empereur , & avec les
Venitiens ; on croit qu'elle demandera
auffi à le renouveller avec le Grand Duc.
On diftribue actuellement dans toutes
les Villes de cet Etat le premier volume
du nouveau Recueil des Loix , & tous
les de R be font obligez d'en prengens
dre un exemplaire fur le pied de dix livres
monnoye de Piémont.
On écrit de Genes & de Berne qu'on
a levé tous les Corps de Garde qui avoient
été pofez fur les frontieres , lors de la
contagion du Comtat & de la Provence
, & que tous les paffages étoient libres,
tant pour les voyageurs que pour les
Marchandiſes .
De Madrid , ce 2. Septembre.
E Colonel Stanhope , Ambaffadeur
L&Cogner a obtenu du Roy us
permiffion de rétablir le commerce entre
le Port de Gibraltar , & les Places de
Barbarie , après avoir fait connoître qu'il
n'y avoit aucune apparence de contagion
dans ces dernieres , & que c'étoit fars
fondeDE
SEPTEMBRE 1723 597
fondement qu'on en avoit fait courir le
bruit.
Toutes les difficultez qui avoient retardé
l'établiffement des Douanes dans
la Bifcaye & dans la Navarre ont été
levées , & les Droits font reçûs preſente→
ment fans aucune oppofition de la part
des deux Provinces.
Les habitans de l'Ifle Manille fe font
foulevez contre leur Gouverneur , parce
qu'il avoit fait publier une Ordonnance
qui leur défendoit de continuer leur commerce
à Aquatulco en Amerique.
Le 18. Aouft vers les dix heures du
foir leurs Majeftez Catholiques arriverent
du Château de Balfain à l'Efcurial ,
où elles furent reçûës à la defcente de
leur caroffe par le Prince & la Princeſſe
des Afturies , qui fe retirerent dans leur
appartement , où ils pafferent la nuit enfemble
pour la premiere fois.
De Rome , ce 30. Aouft.
'Ancien differend d'entre le Seminaire
Romain & le College Clementin , à
l'occafion du pas a été reglé. Aucun Penfionnaire
de ces deux Maifons n'aura
droit de prendre la droite. Il leur eft
ordonné de vivre en bonne intelligence,
de fe faluer lorfqu'ils fe rencontreront
H iij
&
598 MERCURE LE
& en cas de contravention fa Sainteté a
declaré qu'elle s'en prendroit aux Superieurs
, & qu'on procederoit contre eux
fuivant la rigueur des loix .
M. l'Abbé Scarlatti , Miniftre de l'Electeur
de Baviere a envoyé à l'Evêque
de Munfter le Bref d'éligibilité de ce
Prince à la Coadjutorerie de l'Evêché de
Liege .
Ily a eu à Meffine un foulevement au
fujet d'un Colonel Allemand , qui y a
été tué par un Marchand de Drap que
cet Officier avoit maltraité. Le Marchand
s'étant refugié dans la Cathedrale,
le General Walles envoya un détachement
pour l'enlever ; les Chanoines s'affemblerent
auffi tôt à la porte de leur
Eglife pour en maintenir les droits , &
exhorterent les foldats à ne point cauſer
de defordres , le Commandant leur fit
mettre la bayonette au bout du fufil , &
fit tirer les Chanoines , il y en eut quatre
de tuez , & un plus grand nombre de
bleffez , le détachement entra dans le
Choeur en frapant tout ce qu'il rencontroit
' ; l'Evêque averti de cet attentat
monta en Chaire pour exciter le peuple à
vanger les immunitez de fa Cathedrale ,
& la populace attroupée força les foldats
& leurs Officiers de fe retirer dans la
Citadelle. Cette affaire quoique très vive
n'a
DE SEPTEMBRE 1723. 599
n'a pas eu encore d'autre fuite que des
procedures.
On a envoyé une Garnifon dans la
Fortereffe de Palo , appartenante au Duc
Grillo pour prevenir l'infulte des Corfaires
de Barbarie .
Le Cardinal Conti , Grand Penitencier
a fait publier un Decret datté du 12 .
Aouft qui donne une abfolution generale
à tous les Religieux de l'Ordre de Saint
François qui ont apoftafié , & qui leur
permet de rentrer dans leur Convent dans
le terme de quatre mois pour ceux qui
font en deça des Alpes , & dans le terme
de huit pour les autres , fans qu'il
foit permis à leurs Superieurs de leur
faire iubir aucune penitence .
RC དང་བབས་
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
Harles Bodville Roberts , Comte de
Radnor , Lord Lieutenant du Comté
de Cornowailles , & Confeiller au
Confeil Privé du Roy d'Angleterre , eſt
mort le 14. Aouft . Il ne laiffe point d'enfans
, & fon neveu le Chevalier Jean
Roberts fuccede à fes titres , & à fes
terres.
Hiiij
M.
200 LE MERCURE
M. Villiers qu'on appelloit communement
le Comte de Buckingham eft mort
à Mine dans le Comté de Middleſex en
Angleterre . Il avoit été legitimé , mais
la Pairie lui avoit toûjours été conteſtée.
Le Docteur Trimnel , Evêque de Winchefter
eft mort le 26. Aouft.
M. Guillaume Waffenaer , Grand Gar--
de des Sceaux , & Stadhouder des Fiefs
de Hollande & de Weftfrife , Prefident
du Confeil des Députez de la même Province
, Curateur de l'Univerfité de Leyde
, & cy- devant Ambaſſadeur des Etats
Generaux à la Cour de France , eft mort
à la Haye le 7. Aouft.
Marie Anne Jofephe , Princeffe de
Naffau Siegen , fille unique du Prince
Guillaume Hyacinthe eft morte à Bruxelles
de la petite verole , âgée de dixneuf
ans prefque accomplis.
Milady- Anne - Marie Webb , Comteffe
Doüairiere de Derwenwater eft morte
auffi de la même maladie à Bruxelles le
30. Aouft.
M. Antoine de Saldanha de Albu
querque , fils aîné d'Ayres de Saldanha
de Albuquerque , actuellement Gouverneur
de la Province de Rio de Janeiro ,
a épousé à Liſbonne Donna Marie de
Porta de Lancaftre , fille unique de Dom
Chrétien Jofeph de Gama , Vifiteur de
la Maiſon de la Reine, M.
DE SEPTEMBRE 1723 . 601
M. Antoine Vaz de Caftel branco
Commandeur de Sainte Marie de Caminha
, & de Saint Pierre de Riba de
Mouro , Commanderies de l'Ordre de
Chrift , & Secretaire des Commandemens
de l'Infant Don François , eft mort
à Lifbone , âgé de 74. ans.
La Ducheffe Doüairiere de Caftellaneta
eft morte à Naples dans un âge
fort avancé.
La Ducheffe de Rocca Filomarini eft
accouchée à Naples d'un fils.
M...... Seigneur Portugais , Chanoine
de la Cathedrale de Lifbone , & qu'on'
dit frere du Comte de Ribeira a épousé à
Genes une jeune Demoifelle de la Maifon
de Caftro qu'il y a amenée de fon pays.
Il a fait part de fon mariage à l'Archevêque
de Genes , & l'a prié d'écrire en
fa faveur à l'Ambaſſadeur de Portugal à
Rome.
M. Baftorelli , ancien Senateur de Florence
, âgé de quatre- vingt- dix ans , à
époufé dans cette Ville une jeune perfonne
de dix- neuf à vingt ans.
x
Jamete Bemferis , Maure de Nation ;
âgé de 22. ans qui deferta il y a quelque
temps de l'armée des Mures qui affiege
Ceuta , a été baptifé à Madrid le 15.
Juillet dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Martin , ayant pour Parain Don Jean-
Hv Char
602 LE MERCURE
Charles , Marail - y Callaba , Chevalier
de l'Ordre de 3. Lazare , qui le nomma
François Xavier.
M. le Marquis de Laconi eft mort à
Madrid le 6. Aouft , âgé de foixante &
cinq ans il exerçoit depuis quelque
temps la Charge de Maior Dome Maior
du Roy d'Espagne. Il étoit Confeiller au
Confeil d'Arragon , Capitaine des Archers
de la Garde du Corps , Gentilhom-~
me de la Chambre de Sa Majefté Catholique
, & Grand d'Espagne ; il avoit été
autrefois Viceroi de Sardaigne , fa Patrie
, & Capitaine General des Galeres
de Sicile.
Don Manuel Navarrette , Archevêque
de Burgos , Prélat diftingué autant
par fa pieté que par fon fçavoir , eft mort
le 11. Aouft à Madrid , dans un âge fort
avancé.
*
Un Turc Efclave des Comtes de Le.
mos , a été baptifé dans la Chapelle de
l'Efcurial par le Cardinal de Borgia. Il
fut tenu fur les Fonts par le Cardinal
& Made la Comteffe de Lemos. Les Infans
, & les Grands d'Efpagne affifterent
à la ceremonie ; enfuite le même Cardinal
lui adminiftra le Sacrement de Confirmation.
M. Vicenti , Nonce du Pape à Naples
y eft mort le j. Aouſt , âgé de cinquante
DE SEPTEMBRE 1723. 603
quante & un ans , & a éré inhumé avec
pompe dans l'Eglife de S. Dominique.
Le Prince d'Avella Carafta , & le
Duc de Calabrio font morts à Naples
dans un âge fort avancé.
Jofeph Wolfgand des Urfins , fils du
Comte Wolfgand Sigifmond de Rofenberg
, Chambellan de l'Empereur , eft
mort à Vienne le 30. Aouft dans fon bas
âge.
Le Lord Charles Filets - Roy , fecond fils
du Duc de Cleveland , eft mort à Paris
de la petite verole , & fon corps a été
porté en Angleterre , fa Patrie.
Mad Dorothée , Com effe Palatine
de Veldents , fille de Leopold Loüis ,
Comte Palatin de Veldents Lautereck ,
qui s'étoit retirée à Francfort depuis la
caffation de fon mariage avec Guſtave
Samuel , Duc des Deux- Ponts, y eft morte
âgée de foixante & fix ans.
H vj
DIGNI
604
LE MERCURE
DIGNITEZ , BENEFICES
Charges des Pays Etrangers.
M
Ruffie.
R le Jeune , Comte de Golofkin ,
fils du Grand Chancelier , qui
depuis peu eft revenu de Berlin , où il
étoit Envoyé du Czar , a été fait Confeiller
au Confeil Privé de Sa Majefté
Czarienne , avec huit mille Rubles d'ap
pointemens .
Dannemark.
M. de Rofencrants , Prefident du Confeil
de Commerce a été fait grand Bailly
du Jutland à la place de M. Pallegrant ,
mort depuis peu.
Le jeune Prince Frideric , petit - fils.
du Roy de Dannemark a reçû l'Ordre
de l'Elephant..
Allemagne.
M. Valentin François Oxel , Miniftre
d'Aufbourg a pris féance dans le College
des Princes , au nom du Prince de
Lichtenſtein .
M. le Baron Othon , Theodore d'Anellern,
DE SEPTEMBRE 1723 305
nellern , a été nommé par l'Imperatrice
Amelie pour fucceder au feu Comte de
Velts dans la Charge de Surintendant de
fes Finances , & ce Baron a prêté le ferment
accoutumé entre les mains de M.
le Comte de Paar , Maiordome , Maior
de cette Princeffe.
M. le Comte de Goldftein a obtenu
de l'Electeur Palatin la Charge de Grand
Maréchal du Duché de Bergue , vacante
par la mort du Comte de Scaefberg.
Hollande.
Le Comte Amiral Godin a été nommé
pour commander l'Efcadre de cinq Vaif
feaux deftinez contre les Algeriens.
M. Rumpf , Refident à la Cour de
Suede y a été nommé Envoyé Extraor
dinaire des Etats Generaux .
Le Baron de Scagendo - Goudriaen 2
été nommé pour remplir la Charge va
cante de Curateur de l'Univerfité de
Leyde .
•
Portugal.
Le Docteur Pierre de Marin- Sarmen
to , Chevalier de l'Ordre de Chrift , a
été nommé par le Roy de Portugal pour
foulager le Defembargador Manuel d'Acunha
Sardinha dans les fonctions de fa
Charge de Procureur General des Finances
Royales.. Efpa
306 LE MERCURE
Espagne.
Le Roy d'Espagne ayant réfolu de
former la Maifon de l'Infant Dom Carlos
, Sa Majefté Catholique a nommé
M. le Duc de S. Pierre pour Gouverneur
du jeune Prince .
4
Don. François Antoine de Aguife
pour fous- Gouverneur .
Don Vincent Fuenbuena pour Gentilhomme
de la Manche.
Don Jofeph de Alaifa , & Don Pierre
Baraës pour Aydes de fa Chambre .
Les fieurs Felix , Marantes & Rebupour
fait Valets de Chambre.
Le fieur Antoine Langlaffe , & Don
Jofeph Artafi pour Valets de Garderobe.
Don Jofeph Mogrobejo pour fon Ayde
de Fouriere.
Les autres domeftiques fubalternes
font en pareil nombre , & fur le même
pied que ceux de l'Infant Don Ferdi
nand .
C
Mad la Marquile de Monte- Germafo
, cy devant Gouvernante de l'Infant
Don Carlos a été nommée Dame- d'Hone
neur de la Reine & a obtenu une penſion
de deux mille ducas par an.
Italie.
M. Barthelemy Rufpoli , Secretaire
des
DE SEPTEMBRE 1723 . Во
des Memoriaux a obtenu de fa Sainteté
la Charge de Primicier de l'Archiconfrairie
des Pelerins & Convalefcens , va
cante par la mort de M. Maffée Marfetti.
M. Centy , qui eft actuellement premier
Lieutenant de l'Auditeur de la
Chambre Apoftolique a été nommé par
fa Sainteté pour être fon Nonce dans le
Royaume de Naples.
་
M...... fils de M. Frideric Ricci
frere de l'Auditeur , & Senateur de ce
nom , a reçû à Rome l'Ordre de Saint
Eftienne qui lui a été conferé par M. le
Marquis de Angelis , Prieur de cet Ordre.
VKKKKKKKM
JOURNAL DE PARIS .
L
E quinze Aouft Fête de l'Affomption
de la Sainte Vierge la Proceffion
folemnelle de l'Eglife Metropolitai
ne qui fe fait tous les ans a pareil jour ,
en exccution du væeu de Louis XIII. fe
fit avec les ceremonies accoutumées . M.
le Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris y officia , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes , &
le Corps de Ville y affifterent ſuivant
l'ufage.
Le même jour la même Fête fut celebrée
508 LE MERCURE
lebrée à Cambray par une grande Pro
ceffion , fuivie de plufieurs Chars de
Triomphe , ornez de differentes reprefentations
dans le goût Flamand. Le Marquis
de Beretti Landi avoit invité chez
lui pour le voir paffer les Ambaffadeurs
Plenipotentiaires & Envoyez , & Mefdames
leurs épouses ; il leur donna un repas
exquis avec une excellente Mufique.
Le Roy a accordé à M. de Breteuil ,
Miniftre de la Guerre un Brevet de Retenue
de cinq cent mille livres fur fa
Charge de Secretaire d'Etat , qui eft obligé
de payer une pareille fomme aux heritiers
du feu Cardinal Dubois à quiil a
auffi accordé cent mille écus fur la Surintendance
generale des Poftes .
Le 24. Aouft M. de Martine , Envoyé
Extraordinaire du Landgrave de
Heffe-Caffel , eut audience particuliere
du Roy ; il y fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des
Ambaffadeurs qui le conduifit enſuite à
F'audience particuliere de Monfieur le
Duc d'Orleans.
Le même jour M. le Baron d'Hehm ,
Envoyé Extraordinaire du Duc de Brunf
wich eut la premiere audience publique
du Roy , & fit à Sa Majefté des complimens
fur fa Majorité ; il fut conduit
auffi par le Chevalier de Sainctot , Introduc
DE SEPTEMBRE 1725. 6e9
troducteur des Ambaffadeurs qui étoit
allé le prendre en fon Hôtel , à Paris ,
dans le Caroffe du Roy. Il eut enſuite
audience de Monfieur le Duc d'Orleans ,
& de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
étant conduit par le même Introducteur,
& après avoir été traité par les Officiers
du Roy , il fut reconduit à Paris dans le
même Caroffe avec les ceremonies ordinaires.
Le 29. Aouft les Prélats , & autres
Députez qui compofoient l'Affemblée
generale du Clergé , dont les féances
font finies , fe rendirent à Verſailles , &
eurent audience du Roy , l'Archevêque
de Sens porta la parole , & remercia Sa
Majefté de la protection qu'elle continue
d'accorder au Clergé par un Di cours digne
d'une fi augufte ceremonie. Les Députez
furent prefentez par M. le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , & conduit
par M. Defgranges , Maître des Ce
remonies .
·
Le Baron de Montigny Languet
Grand Bailly & General de Cavalerie
du Duc de Wirtemberg , envoyé par ce
Prince pour remercier le Roy des Honneurs
qu'il lui a fait rendre , lorfqu'il a
paffé dans les Etats pour aller à fa Prin
cipauté de Montbelliard , s'eft acquitté
de cette commiffion , & a été prefenté à
Sa
710 LE MERCURE
Sa Majefté par M. le Comte de Morville
, Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le département des affaires étrangeres.
Le premier de Septembre jour de l'anniverfaire
du feu Roy Louis XIV. le Roy
entendit dans fa Chapelle de fon Château
de Versailles la Meffe de Requiem ,
& le De profundis y fut chanté en Myfique.
Le même jour on celebra avec les ceremonies
ordinaires dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Denis un fervice folemnel
pour le repos de l'ame du feu
Roy Louis XIV . l'Archevêque de Vienne
y officia pontificalement. Le Duc du
Maine , le Comte de Touloufe , & plufieurs
perfonnes de diftinction y affifterent
, comme les Maréchaux de Villars
de Teffé , de Tallard ; les Ducs de Ville-
Roy , de Trelmes & de Gefvres , les
Marquis de Torci , de Bethune , de
Goefbriant , de Saumeri , & de Maillebois
, les Comtes de Maurepas & de
S. Florentin , & c.
Le 2. Septembre les Députez des
Etats de Languedoc eurent à Versailles
audience du Roy ; ils furent prefentez à
Sa Majefté par le Duc du Maine , Gouverneur
de la Province , & par le Marquis
de la Vrilliere , Miniftre & Secretaire
d'Etat. La députation étoit compofée
DE SEPTEMBRE 1723.
pofée de l'Evêque de Rieux pour le Cletgé
, le Marquis de Mirepoix pour la
Nobleffe , Ms Iraille , Conful Dupuy ,
& Mazard pour le Tiers Etat , M. Montferrier
, Syndic General de la Province ,
& M. Bonier , Treforier General des
Etats. L'Evêque de Rieux porta la parole
, & M. Defgranges , Maître des
Ceremonies les conduifit à l'audience.
On celebra le 27. Aouft un Service
folemnel pour le repos de l'Ame du Cardinal
Dubois dans l'Eglife Metropolitaine.
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris y officia pontificalement.
Le Parlement , la Chambre des Comptes ,
& la Cour des Aydes affifterent par députation
à cette ceremonie
ainfi que
Ï'Univerfité & le Corps de Ville . Les
mêmes honneurs ont été rendus fous les
regnes precedens aux perfonnes honorées
par nos Rois de la dignité de Premier
Miniftre.
>
M. le Marquis de Firmacon , Lieutenant
General des Armées de Sa
Majefté , & Commandant pour le Roy
dans le Rouffillon , a obtenu le Gouvernement
de Mont- Louis , vacant par
le decès de M. de Pelleport , Lieutenant
General des Armées de Sa Majesté.
Les maladies qui regnoient du côté
d'Arras n'étoient point contagieufes
comme
81.2 LE MERCURE
comme quelques-uns l'ont dit fans fona
dement. C'étoient des fiévres impedemiques
fort ardentes qui ont enlevé du
monde dans quelques Villages , plutôt
faute de remedes que par la malignité
du mal.
On apprend des Pays bas que les Ac
tions de la nouvelle Compagnie de Commerce
ne font qu'à 8. pour cent , & que
le premier fourniffement n'eft pas encore
entierement rempli.
Le 20. de ce mois M. d'Argenfon ,
Maître des Requêtes , Lieutenant General
de Police , Grand Croix , Chancelier
, & Garde des Sceaux de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Loüis , fut
nommé par Monfieur le Duc d'Orleans ,
Chancelier , Garde des Sceaux Chef
du Confeil , & Surintendant des Maifons
& Finances de S. A. R.
و
Monfieur le Duc d'Orleans teint le
17. de ce mois l'Affemblée de la Compagnie
des Indes.
Le Samedy 11. de ce mois le R. Pere
Mefpolier , Dominiquain , fit un Difcours
fort édifiant à l'Infante Reine , à
Verſailles , en la recevant dans la Confrerie
du Rofaire . Il parla de cette devotion
comme une des plus excellentes
qui foient établies dans l'Eglife pour honorer
J. C. & la Sainte Vierge , pour
fancti
DE
SEPTEMBRE 1723.
613
ce
fanctifier les Pecheurs & pour animer
les juftes à la perfeverance. Après que le
zelé Religieux eut mis dans tout fon
jour la Sainteté de l'Orailon Dominicale
, de la Salutation Angelique , &
des autres pratiques de pieté , établies
par S. Dominique , & qu'il eut expliqué
l'obligation des Confreres , & l'utilité
de tous leurs exercices fpirituels , il finit
fon Difcours en cette maniere. » Entre «
les perfonnes illuftres , par leur picté
& leur naiffance , qui ont pratiqué
cette fainte devotion ; on doit diftin- ce
guer la Reine Blanche fille d'Al- «
phonfe , Roy de Caftille , recomman- «
dable par fa rare prudence , & par fa <<
vertu , laquelle étant fterile depuis 12. «
ans , confulta Saint Dominique fur les «
prieres qu'elle devoit faire pour obte- «
nir du Ciel un heritier de la Couronne e
de France ; ce grand Saint lui confeilla «
de dire tous les jours le Rofaire. La «e
Reine y mit toute fa confiance & «
avant la fin de l'année elle eut le Roy «
Louis IX . la gloire de la France , & «
l'ornement de la Royauté , par fa fain- «
7
,
,
teté , par
fon
zele , & par fa valeur
. «
Elle
eut dans la foite
plufieurs
autres
ce
Princes
, parmi
lefquels
on compte
Ro- «
bert
, Comte
d'Artois
, Jean
Comte
«
d'Anjou
& du Maine
, Alfonfe
, Comto
614 LE MERCURE
"
ƉƆ
te de Poitiers , & de Toulouſe , Charles
, Comte de Provence & Roy de
Naples. S. Louis n'eut pas plutôt at-
» teint l'âge de raifon , qu'ayant appris
qu'il avoit été obtenu du Ciel par la
vertu des prieres du Rofaire , il fut
» deflors , & toute la vie fort affectionné
» à cette devotion , delà vient l'uſage
» établi en France d'y recevoir les Rois ,
les Reines , & tous les Princes préfomptifs
heritiers de la Couronne.
C'est en confequence de cet ufage que
le P. Mefpolié cut l'honneur de recevoir
le Roy heureufement regnant , quin
ze jours après fa naiffance dans cette celebre
Confrairie , & qu'il a eu celui d'y
recevoir auffi l'Infante- Reine . Il a encore
receu dans la même devotion la
Ducheffe de Ventadour , ſa Gouvernante
, la Princeffe de Soubize reçûë en furvivance
Gouvernante des Enfans de
France ; & toutes les autres Dame , &
les Officiers de la Cour de l'Infante
Reine .
Le Roy ne manque guere le Lundy
& le Jeudy de chaque femaine , d'aller
courre le Cerf dans la Foreft de Marly.
S. M. y donne des retours de chaffe fous
des tentes qui font d'une délicateffe ,
d'une propreté , & d'une abondance extraordinaire.
On y fert une table de 25.
à 30.
DE SEPTEMBRE 1723. 615
à 30. couverts , où les Officiers de la
bouche & du Gobelet du Roy fignalent
leur zele pour leur augufte maître , en
faifant paroître les mets les plus exquis ,
& ce qu'il y a de plus recherché pour la
faifon . Les Princes , les Princeffes , & les
Seigneurs & Dames qui font de la chaffe
mangent avec S. M.
On prepare la Foreft de S. Germain
& on croit que le Roy pourra y courre
le Cerf à la fin du mois prochain . On y
difpofe un endroit nommé Leval , où Sa
Majefté fera fes retours de chaffe .
Ön repare entierement la - Menagerie
à Verfailles pour y mettre les Oifeaux ,
& les autres animaux rares & curieux
qu'on y fait venir pour le Roy.
François Flahault , Libraire fur le
Quay des Auguftins , au Roy de Portugal
, imprime un Difcours d'une Dame ,
fur la folie Philofophique , ancienne &
moderne , de l'un & de l'autre fexe , &
fur le projet d'une Philofophie de femme.
Ce Difcours paroîtra dans le mois
prochain.
On a établi ruë de Reülly , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris , une Manufacture
de Fer fondu & adouci , en confequence
du memoire que M. de Reaumur
616 LE MERCURE
mur de l'Académie des Sciences en à
donné au Public en 1722. & dont nous
avons parlé en ce temps- là. On trouve
dans cette Manufacture des ouvrages en
Fer auffi bien executez , & auffi bien cizelez
qu'on le pourroit faire en bronze ,
& dont le prix n'eft pas la dixiéme par
tie de ce qu'ils couteroient en Fer forgé.
On y trouve toutes fortes d'ouvrages de
Serrureries , boucles de Porte- Cochere
avec Rozettes , Serrures montées à l'Angloiſe
avec leurs affortimens , grilles de
feux avec de beaux ornemens , & tous
autres Ouvrages en Fer qu'on n'a pû
executer jufqu'ici par la difficulté de
traiter ce métal. Le premier Ouvrage
qui foit forti de cette Manufacture eft à
l'Hôtel de Jabac , où eft établi le Bureau
general ; on y voit à la Porte- Cochere
une Boucle avec fa rozette plus belles
que toutes celles qui ont paru jufqu'aprefent.
Le Spectateur Suiffe eft une nouvelle
Brochure qui paroît depuis peu . On la
vend chez F. Flahaut , Quay des Auguf
tins , & chez Morin , au Palais. Nous en
parlerons le mois prochain .
Le
DE SEPTEMBRE 1723. 617
Le 14. de ce mois la Congregation des PP.
de l'Oratoire tint Chapitre general dans fa Maifon
rue S. Honoré , où M. d'Argenfon , Lieutenant
General de Police affifta , en qualité de
Commiffaire nommé par le Roy.
Monfieur le Duc d'Orleans a choifi M. Melon
pour fon premier Commis , pour ce qui regarde
les affaires de la Compagnie des Indes.
NAISSANCES ,
& Mariages.
MORTS
R Louis Berault de la Haye de Riou , Chevalier-
Seigneur de la Gauvriere , de la Foy,
& c. Gentilhomme de la Manche du Roy , fils de
feu M. Louis Ardouin Berault de la Haye de
Riou , & de Dame Françoife de Cafalis , a épousé le
2. Septembre , Dame Anne Helvetius , veuve de
M.Jean Nicolas Martinet , Seigneur de Charfonville
la Renardiere , & c. Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Lieutenant General des
Armées Navales de Sa Majefté Catholique , &
fille d'Adrien Helvetius , Ecuyer - Confeiller du
Roy , Medecin , Infpecteur General des Hôpitaux
de Flandres .
}
M. François Bonaventure de Tilly , Cheva-
Hier , Marquis de Blaru , Capitaine au Regiment,
Meftre de Camp General des Dragons , fils de
M. Charles de Tilly , Lieutenant de Roy au
Gouvernement de l'Ile de France , & de Dame
Catherine-Elifabeth de Manneville , a épousé le
22. de ce mois D Marie-Anne le Nain , fille
de feu M. Jean le Nain , Chevalier- Confeiller
I du
618 LE MERCURE
du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé , & fon
premier Avocat General au Parlement , . & de
Dame Marie Mafcranny.
Le 15. Septembre on a baptifé dans l'Eglife
de S. Sulpice une fille de Meffire Jacques Vincent
Languet , Chevalier , Comte de Gergy , Ambaffadeur
du Roy à Venife , cy-devant Plenipotentiaire
de Sa Majefté à la Diette de Ratiſbone,
& de Dame Anne Henry , fon épouſe. Elle a
été tenue fur les Fonts , & nommée Antoinette
Barbonne Therefe , par M. Barbonne Moroſzini
Ambaffadeur de la Republique de Venife , près
de Sa Majesté très- Chrétienne , & par Dame Antoinette
de Novion , époufe de Meffire Gafpart
de Clermont- Tonnere , Commiflaire General de
la Cavalerie , & Brigadier des Armées du Roy.
Mad. la Comteffe de Laval eft accouchée le 21.
Septembre d'un garçon , cela perpetuë la branche
ainée de la Maifon de Laval.
Le 30. Aouft dernier M Nicolas Bachelier ,
Prêtre , Docteur de Sorbonne , Doyen & Chanoine
de l'Eglife Metropolitaine , Vicaire General
de l'Archevêque Duc de Rheims , & Came
rier d'honneur du Pape , eft mort à Paris , âgé
de 52. ans.
Le premier de ce mois Dame Claude Catherine
d'Alegre , veuve de M. Henry , Comte de
Boulainvilliers & de S. Sair , Seigneur & Patron
de Saint Sair , de Baubec , Minimogé , & de Nel
en Bray , Chevalier de Laon , âgée de 40. ans .
Le 9. Dame Marie-Magdelaine de Liflauits
époufe de M. Jean- Baptifte de Johanne de la
Carre , Chevalier , Comte de Saumeri , Lieutenant
General au Gouvernement d'Orleans , &
¡cy- devant Maître- d'Hôtel de Madame la Ducheffe
de Berry , âgée de 55. ans.
Le 8. Dame Marie Cazet de Vautorte , veuve
de
DE SEPTEMBRE 1723. 619
de Jean Bochaid , Chevalier- Seigneur de Saron ,
Confeiller , Sous - Doyen de la Grande-Chambre
du Parlement , âgée de 85. ans.
M. Felix le Pelletier , Chevalier - Seigneur de
la Houffaye , de Signi , & c. Confeiller d'Etat
ordinaire , cy- devant Confeiller au Confeil de
Regence , Commandeur des ordres du Roy ,
Chancelier , Garde des Sceaux . Chef du Confeil ,
& Surintendant des Maiſon , Domaines & Finances
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans , eft
mort à Paris le 20. de ce mois , âgé de 60 ans
fix mois ; fon corps a été inhumé avec beaucoup
de pompe le 22. dans l'Eglife des Feuillans de
la rue S. Honoré. Il fut nommé Contrôleur General
des Finances au mois de Decembre 1720 .
Il fe démit de cet emploi au mois d'Avril 1722 .
à caufe de fon peu de fanté ; le Roy lui accorda
une penfion confiderable pour récompenfer fes
fervices.
M. de la Faluere de Genonville , depuis peu
Confeiller au Parlement de Paris , eft mort de la
petite verole , âgé de 23. ans.
Dame Agnés de Villars , cy- devant Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Chelles , & foeur du Maréchal
Duc de Villars , mourut à Paris le 17.
de ce mois , âgée d'environ 69. ans
Le Theatre vient de perdre deux Auteurs Dramatiques
, M. de Saintion dont nous avons deux
Comedies , que le public revoit avec plaifir , &
M. François de Chaligny , Seigneur de Plaines ,
âgé de trente ans , qui donna il y a deux ans
une Tragedie fous le titre de Coriolan.
M. Philippe Louis , Comte d'Arpajon , âgé de
7. ans , 3. mois , eft mort le 2. Octobre. Il étoit
fils unique du Marquis d'Arpajon , Lieutenant General
des Armées , &c.
I ij ADDI
620 LE MERCURE
ADDITION aux nouvelles Etrangeres.
N apprend par des Lettres d'Allemagne ,
que malgré l'accommodement qui ſe traite
à Conftantinople , entre les Miniſtres de la Porte,
& ceux du Czar , il paroît que les Turcs font
d'intelligence avec Miriveitz pour chaffer les
Ruffiens de Derbent & Andreof , qui leur reſtent
de leurs dernieres conquêtes , pour aller
affieger Aftracan , & ôter aux Moscovites toute
communication avec la Mer Cafpienne ..
On écrit de Londres que le nommé Broxh ,
qui eft depuis deux ans dans les prifons de Neugate
, pour avoir épousé 23. femmes , qui font
actuellement en vie , fut renvoyé aux prochaines
ceffions du Parlement.
Deux habiles Orfévres travaillent à Moscou à
faire deux Couronnes , qui ferviront au Couronnement
de leurs Majeftez Czariennes , dont la
ceremonie fe doit faire en cette Capitale , où
l'on fait actuellement de grands preparatifs .
Le Dimanche s . de ce mois , l'Empereur fut
couronné Roy de Bohéme à Prague. La ceremonie
fe fit dans l'Eglife Metropolitaine , avec une
très grande magnificence. Nous en donnerons
une Relation circonftancié le mois prochain ,
ainfi que du Couronnement de l'Imperatrice,
qui a dû fe faire le 8. jour de la Nativité de la
Vierge.
On apprend de Rome que l'Ambaffadeur de
Parme a conferé avec le Cardinal Secretaire d'Eau
fujet d'une Bulle , dont il demande la
confirmation , pour authorifer le Duc fon Maî-
Fe à créer des Chevaliers de l'Ordre de Conftantat
›
tin i
DE SEPTEMBRE 1723. 621
tin ; prérogative dont la Maiſon Farnefe a tou
jours joui.
Le Parlement de Chamberi a confirmé la Sen
tence prononcée contre plufieurs habitans de la
Province d'Aofte , accufez de malefices , & il a
ordonné leur Procès fera brûlé avec eux ,
que
pour ôter à la pofterité la connoiffance des crimes
& des facrileges , dont ils ont été con
vaincus.
a
jkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkjkj *X
LETTRES PATENTES ,
ARREST S , & c.
[ETTRES PATENTES fur Arreft , qui orla
réunion du Grenier à Sel de Seigneville
à celui de faint Vallery , pour ne faire
qu'un feul & même Grenier , & une feule Jurifdiction.
Données à Verſailles le 18 Fevrier 1723.
regiftrées en la Cour des Aydes le 14. Aouſt.
DECLARATION du Roy , portant que les
Gages Intermediaires , échûs depuis le premier
Janvier 1720. feront payez fur les quittances de
Martin Girard , fes Procureurs & Commis. Donnée
à Verſailles le 2. May 1723. Regiſtrée en la
Chambre des Comptes le 31. Juillet audit an.
LETTRES Patentes , concernant les ventes &
adjudications des Bois de Verfailles , Marly &
dépendances. Données à Meudon le 7. Juin 172 3.
regiſtrées en Parlement le 26. Aouſt.
EDIT du Roy , portant fuppreffion du Grenier
I iij
à
622 LE MERCURE
à Sel de Seigneville ; enfemble les Offices de
Prefident Grenetier , Contrôleur , de nos Procureur
& Avocat , Greffier , Huiffier , & tous autres,
&c. Donné à Meudon au mois de Juillet
1723. regiſtré en la Cour des Aydes le 14. Aouſt.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 5.
Juillet 1723. & Lettres Patentes fur icelui. Données
à Meudon le 12. Juillet audit an , registrées
en la Cour des Aydes le 19. Aouft fuivant. Qui
ordonnent la continuation des Travaux & Reparations
qui restent à faire au Canal des Lofnes
& la levée de cinq fols par Minot de Sel , dans
1 es Greniers & Chambres de l'étendue des Gabelles
de Lyonnois , Provence , Dauphiné , Languedoc
, Auvergne & Rouergue , pour les deniers
en provenans être employez à la dépenſe
defdits Travaux.
ARREST de la Cour de Parlement , du 7.
Juillet. Qui confirme une Sentence rendue en la
Senechaullée d'Angers , par laquelle il eft ordonné
que les Avocats-Procureurs auront des
Regiftres , fur lefquels ils infereront les fommes
qu'ils toucheront de leurs Parties , & qui fait défenfes
à leurs Clercs de recevoir aucun argent
des Parties , fous les peines y contenuës.
DECLARATION du Roy , au fujet des frau
des qui fe font aux Entrées de Paris , avec violences
, attroupemens & ports d'armes. Donnée
à Meudon le 12. Juillet 1723. regiſtrée en la
Cour des Aydes le 5. Aouft 1723.
EDIT du Roy , donné à Meudon au mois de
Juillet 1723. portant création de quatre Offices
de Receveurs , Payeurs des Gages , augmentations
de
DE SEPTEMBRE 1723. 623
L
de Gages , Rentes & autres Charges affignées
fur les Fermes , & de quatre Offices de Contrô
leurs defdits Payeurs , regiſtré en la Chambre
des Comptes le 31. Juillet 1723 .
LETTRES Patentes , qui ordonnent une coupe
de Bois dans ceux de la Foreft de Marly pour
l'ordinaire 1724. Données à Meudon le 18. juillet
1723, regiſtrées en Parlement le 26. Aouſt.
LETTRES Patentes fur Arreft , qui ordonnent
que les Voituriers & Conducteurs de Marchandifes
paffans par faint Jean d'Angely , remettront
au Contrôleur des Fermes de ladite Ville , les
acquits de payement dont ils feront porteurs ,
Données à Meudon le 19. Juillet 1723. regiſtrées
en la Cour des Aydes le 14. Aouft.
ARREST contradictoire du Confeil d'Etat dụ
Roy , du 26. Juillet 1723. Qui ordonne que l'Arreft
du Confeil du 29. Septembre 1722. fera executé
felon fa forme & teneur ; ce faifant , que
les Maifons occupées par 70. Particuliers taillables
à la Villette , enfemble ceux qui habitent
les Maifons nouvellement conftruites dans la rue
Bellefond , & quartier appellé la Nouvelle- France
, cy-devant taillables de Montmartre , ainfi
que les Exempts & Privilegiez , feront tenus de
payer les droits d'Entrées des Vins & autres Boiffons
qu'ils avoient en leur poffeffion , lors des Inventaires
& de celles qu'ils ont fait & feront ar
river , enſemble les droits de Domaine & Barrage
, Pied-Fourché Cendres , Soultes & Gravefées
, & autres Droits dépendans de la Ferme
des Aydes , & les Vendans Vin & autres Boilfons
, le Huitiéme & l'Annuel. Décharge lefdits
Habitans de la Taille , & contient à ce fujet
I iiij
diffe
624 LE MERCURE
differentes difpofitions. Declare que le prefent
Arreft ne pourra nuire ni préjudicier aux conteftations
, qui font entre les fieurs Curez des Paroiffes
de la Ville & Fauxbourgs de Paris , les
Dames , Abbeffe & Religieufes de Montmartre ,
le fieur Curé de la Villette & autres , au fujet des
limites des Paroiffes , Juftices & Seigneuries ,
pour raifon defquelles conteftations les Parties fe
pourvoiront , pour après le jugement d'icelles
être fait droit fur les demandes concernant les
Maîtrifes d'Arts & Métiers ; & jufqu'à ce qu'il
en fera ufé comme par le paffé.
ARREST de la Cour de Parlement , du 3.
Aouft , rendu entre les Dames Abbeffe , Religieu'es
& Convent de l'Abbaye Royale de Nôtre-
Dame de Montmartre , le fieur Curé dudit Montmartre
d'une part , & les Curé & Marguilliers de
la Paroille de S. Laurent , les habitans du Fauxbourg
Sainte Anne , dit la Nouvelle France , & autres;
qui maintient entr'autres choſes lefditesDame
& Curé de Montmartre dans les droits de Juſtice
& Curiaux dans ledit Fauxbourg Sainte Anne.
LETTRES Patentes pour le Clergé. Données
à Meudon le 9. Aouft 1713. enregistrées en Parlement
le 20. du même mois , au fu et des déli
berations de l'Aflemblée generale du Clergé de
France des 1o. Juin & 7. Juillet 1723 par lefque
les il eft dit ce qui fuit. Confirmons , approu
vons & autorifons lefdites Déliberations des 10,
Juin & 7. Juillet 1723. Voulons & entendons .
qu'elles foient executées felon leur forme & teneur
, & en confequence permettons l'impofition
d'un million de livres payable en quatre termes ,
dont le premier fera fait dans l'échéance du terme
de Noël de la prefente année 1723. le fecond
&
DE SEPTEMBRE 1723. 825
& le troifiéme , dans les deux termes de S. Jean
& de Noël de l'année prochaine 1724. & le quatriéme
& dernier , dans l'écheance du terme de
Saint Jean de l'année 1725. & pour y parvenir ,
il fera arrêté dans ladite Affemblée un département
de la fomme d'un million de livres fur le
pied du département de 1641. rectifié en 1646.
lequel fera inceffamment envoyé dans les Diocéles
, qui feront tenus de faire dans leurs Bureaux
Diocéfains leurs départemens particuliers , lefquels
feront remis dans le premier Novembre
prochain entre les mains de ceux qui feront prépofez
à faire les fonctions des Receveurs Diocéfains
, pour être les fommes y contenues par eux
fevées pendant les mois de Novembre & de Decembre
prochains , pour le premier payement ;
& feront lefdites fommes remifes à ceux qui feront
commis & prépofez aux recettes provinciales
avant le premier Fevrier de l'année prochaine
17 24. pour être par eux enfuite remiſes au Receveur
general du Clergé avant le premier Avril
de ladite année 1724. & .
DECLARATION du Roy du 9. Aouft , regif
trée en la Cour des Aydes le 4. Septembre , concernant
la nomination des Collecteurs des Tailles
, par laquelle S. M. ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Que dans les Paroiffes des Generalitez de notre
Royaume où la Taille eft perfonnelle , dans
lefquelles nos Declarations des premier Aouft
1716 & 24. May 1717. portant Reglement fur la
nomination des Collecteurs n'ont pas encore été
executées , il foit procedé incéflamment à la
confection des Tableaux ou Etats des Collecteurs,
ordonnez par nofdites Declarations ; & que dans
telles où lesdits. Tableaux ou Etats ont été faits ,
I v il
626 LE MERCURE
il foit pareillement procedé aux Recollemen
preferits par lefdites Declarations , le tout à la
diligence des Syndics & des Collecteurs en charge
; pour être lesdits Tableaux & Recollemens remis
aux Greffes des Elections dans le 15. Septembre
prochain pour la prefente année , & dans
le 15. Juillet de chaque année fuivante , à peine
de cinquante livres d'amende folidairement contre
le Syndic & les Collecteurs , laquelle amende
ne pourra être remiſe ni moderée , & dont le
payement fera pourfuisi à la requête de nôtre
Procureur en chaque Election .
I I.
Afin de pouvoir compter feurement fur la
confection defdits Tableaux , & que les Recollemens
en puiffent être faits regulierement à l'avenir
, & dans les termes cy- deffus marquez ;
voulons que les Officiers de nos Elections faffent
tous les ans entr'eux une diftribution des Paroiffes
, dont leurs Elections font compofées , à l'effet
de travailler fans frais , chacun à leur égard , conjointement
avec les Syndics & Collecteurs en
Charge aux Recolle mens des Tableaux des Paroiffes
qui leur feront échûës par la diftribution ,
& qu'ils foient tenus de remettre lesdits Recollemens
au Greffe de leurs Elections dans le 15.
Septembre prochain pour la prefente année , &
dans le 15. Juillet de chaque année ſuivante
comme auffi d'en faire mention dans leurs Procès
verbaux de Chevauchée , & d'en remettre
l'état figné d'eux aux fieurs Intendans & Commilaires
départis dans les Provinces , aufquels
Nous enjoignons de ne point vifer lefdts Procès
verbaux de Chevauchée , qu'aprés que lesdits.
Etats leur auront été remis.
I I I.
Voulons qu'à l'avenir & à commencer par la
preiente
DE
SEPTEMBRE 1723 . 627
prefente année , les conteftations qui pourront
naître à l'occafion des Tableaux & Recollemens
faits ou à faire par lefdits Officiers de nos Elections
en vertu du prefent Article , foient portées
aux Elections & par appel en nos Cours des Aydes
, dans les temps preferits par les anciens
Reglemens , dérogeant à cet égard à la difpofition
de nos Declarations des premier Aouſt 1716 .
& 24. May 1717 .
I V.
Voulons qu'en interpretant l'Article VIII. de
nôtre Declaration du premier Aoult 1716. par
lequel il eſt porté qu'il ne fera payé aucuns droits
aux Greffiers ni aux Officiers des Elections pour
la remife qui fera faite en leurs Greffes des Tableaux
ou Etats de ceux qui doivent paffer par
la Collecte , & des Actes de Recollement defdits
Tableaux ou Etats qui doivent être faits tous les
ans , non plus que pour les Extraits contenant
les noms des Collecteurs de chaque année , les
Greffiers des Elections puiffent percevoir cinq
fols pour le Certificat qu'ils délivreront de la remife
en leur Greffe de chaque Tableau de Collecreurs
ou Acte de Recollement fait en execution
de ladite Declaration , ainfi & de la même maniere
qu'il leur étoit permis cy-devant de perce--
voir trois fols feulement pour le dépoft & enregiftrement
de chaque Nomination des Collec--
teurs , & pour l'Acte d'Apport qu'ils en délivreroient
, conformément à l'Edit en forme de Reglement
du mois d'Avril 1686. auquel Nous
avons dérogé par ces prefentes en ce qui concerne
la fixation dudit Droit.
ས .
Sur ce qui Nous a été reprefenté que dans plu
fleurs Paroiffes , dans lefquelles les Tableaux , ou
n'ont point encore été faits , ou s'ils l'ont été ,
I vj
les
628 LE MERCURE
les Recollemens n'en ont point été faits exacted
ment ; les Habitans ont perdu l'ufage de s'affembler
pour proceder entr'eux , fuivant les anciens
Reglemens , à la Nomination des Collecteurs ,
ce qui caufe un préjudice confiderable au recou
vrement , par le retard de la confection des Rôles
pour obvier à cet inconvenient , voulons &
ordonnons que dans les premier & deuxième Dimanche
du mois de Septembre prochain , pour
cette année feulement , les Habitans des Paroiffes
où la Taille eft perfonnelle , foient tenus de s'affembler
à l'iffuë de la Meffe ou des Vêpres Paroiffiales
, pour nommer entr'eux , à la pluralité des
voix , de bons & folvables Collecteurs , dont il
fera dretlé un Acte en bonne forme.
-V I.
Et pour ne point déranger l'ordre des Tableaux
, dont les Recollemens ont été faits jufqu'à
prefent avec exactitude , Nous voulons que
dans les Paroiffes où ils font bien établis , la 110-
mination des Collecteurs pour l'année prochaine
foit faite par les Habitans des mêmes fujets qui
doivent l'être l'ordre des Tableaux , fans qu'il
par
leur foit permis de les changer ; & à l'égard des
Paroiffes dans lesquelles les Tableaux n'ont point
encore eu lieu , ou dont les Recollemens n'ont
pas été regulierement faits ; ordonnons pareillement
que les Habitans feront tenus de s'affembler
dans les temps marquez par l'Article prece
dent , pour nommer entr'eux des Collecteurs.
bons & folvables , dont il fera auffi dreffé un
Acte en bonne forme .
VII.
Enjoignons expreffement aux Syndics , Marguilliers
ou autres principaux Habitans qui auront
convoqué l'Affemblée , de dreffer un Acte
de la nomination qui aura été faite ; & encas.
que
DE SEPTEMBRE 1723 625
que les Habitans convoquez ayent refufé de
de proceder à ladite Nomination , il fera pareilement
dreffé un Acte dudit refus , dans
lefquels Actes , foit de Nomination ou de
refus , l'on inferera les noms de ceux qui portant
vint livres de Taille , & au- deffus , au
ront refufé de donner leur voix , ou ne ſe
feront point trouvez à ladite Affemblée ; le
tout à peine contre le Syndic & lefdits Marguilliers
, ou autre principal Habitant de vingt
livres d'amende , dont le payement fera pourfuivi
conformement à l'Article premier des
prefentes.
VIIL
9
Tous les Actes de Nomination ou de refus
feront enregistrez au Greffe des Elections
avant le premier Octobre de chaque année
& inferez dans un Regiftre qui fera tenu à
cet effet par les Greffiers des Elections , apres
avoir été cotté & paraphé par le Prefident &
nôtre Procureur en l'Election.
I X.
Ce Regiftre fera clos & arrêté le dernier
jour du mois de Septembre par le Prefident ,
nôtre Procureur en l'Election , & un ou deux
Elûs , fuivant le nombre des Officiers , dont
les Elections feront compofées .
X.
Les Greffiers des Elections délivreront
dans les huit premiers jours d'Octobre à nos
Procureurs en l'Election , un Extrait fur papier
non timbré , qui fera figné d'eux , de
tous les Actes de Nomination & de refus qui
lui auront été remis , lequel Extrait contiendra
les noms des Collecteurs qui auront été
nommez , ou au défaut de la Nomination les
noms des Habitans à vingt livres de Taille &
aus .
630 LE MERCURE
au-deffus , qui auront été abfens , ou qui étant
prefens auront refufé de donner leur voix.
X I.
Enjoignons à nos Procureurs dans les Elections
, de dreffer un Etat fur lefdits Extraits ,
de tous ceux qui portant vingt livres de Taille
& au-deffus , auront refufé de donner leur
voix , ou de fe trouver à l'Affemblée , ou d'en
figner l'Acte ; & au cas qu'il n'ait point été
dépofé d'Acte de Nomination , nos Procureurs
ajoûteront audit Etat le nom du Syndic ,
& de dix des plus anciens Habitans de la
Paroiffe portans vingt livres de Tailles & audeffus
fur le pied des Rôles de l'année courante
, fans excepter les Marguilliers en
Charge.
XII.
Cet Etat fera figné & certifié veritable par
nôtre Procureur dans chaque Election , &
fera par lui remis ou envoyé au fieur Com→
miffaire départi de la Generalité , au plus tard
à la fin du mois d'Octobre.
XIII.
Enjoignons aux fieurs Intendans & Com
miffaires départis , & aux Officiers des Elections
, conformément à la Declaration du 28.
Aouft 1685. de choisir dans le nombre de ceux
qui feront compris dans lefdits Etats , les plus
hauts en Taille pour faire la fonction de Collecteurs
, & de les nommer d'Office dans les
Paroiffes où il n'aura point été fait de Nomination
, où dont les fujets nommez feront m
fuffifans pour faire la Collecte , encore bien
qu'ils foient Syndics ou Marguilliers , fauf
aux Paroiffes à nommer d'autres Habitans pour
faire leurs fonctions pendant l'année , dont
ls demeureront chargez de faire la Collecte
XIII
.
DE SEPTEMBRE 1723. 637
XIV.
Défendons expreffement aufdits fieurs Intendans
& aux Officiers des Elections , fous
tel prétexte que ce foit , de nommer d'autres
Collecteurs que ceux defignez en l'Article
cy-deffus , à l'exception feulement de ceux qui
auront paffé à la Collecte depuis trois ans.
k
X V.
Voulons au furplus que nos Declarationsdes
premier Aout 1716. & 24. May 1717 .
folent executées felon leur forme & teneur
en tout ce qui ne fe trouvera point contraire
à nôtre prefente Declaration. ·
ARREST du 16. Aoust 1723. Qui ordonne:
la confifcation au profit de Jacques David ,,
des Viandes faifies en contravention des droits
d'Infpecteurs aux Boucheries fur Henry Richardier
, Boucher de la Ville de Beaune ,
Election de Nemours , & condamne ledit Ri
chardier en trois cens livres d'amende .
DECLARATION du Roy , portant défenfes
à tous Sujets du Roy de s'intereffer
dans la Compagnie de Commerce nouvellement
établie à Oftende. A peine contre les
contrevenans de 3000. liv. d'amende , & €.
Donnée à Versailles le 16. Aouft 1723. Enregiftrée
en Parlement le 20. dudit mois .
ARREST du 30. Aouft , par lequel Sa Majefté
ordonne qu'il fera tenu le 17. du mois
de Septembre prochain une Affemblée generale
de la Compagnie des Indes en l'Hôtel de
ladite Compagnie , à l'effet de proceder à l'Election
de huit Syndics qui feront choifis parmi
les notables Bourgeois , bons Negocians,
&
632
LE
MERCURE
>
& autres gens experimentez au fait du Com
merce , de la Banque & des Comptes. Veut
Sa Majesté que ceux defireront avoir entrée ,
& voix déliberative en ladite Aſſemblée
foient tenus de dépofer avant le 10. dudit
Imois de Septembre cinquante Actions en
compte à la Compagnie ; que le dépoft en
foit fait en leur nom ; & que par le Caiffier
de la Compagnie il leur foit délivré un Certificat
du dépoft de cette quantité d'Actions ,
pareillement expedié en leur nom , fur la reprefentation
duquel Certificat ils feront admis
à l'Affemblée : Faifant Sa Majefté défenfes à
toutes perfonnes d'entrer en ladite Affemblée
fur des Certificats qui ne feroient pas expediez
en leur nom . Ordonne en outre que les
Actions ainfi dépofées , & fur lesquelles les
Certificats requis auront été expediez , feront
rendus huitaine après le jour de l'Affemblée ,
aux Particuliers qui les auront déposées , &
qui defireront les retirer.
ARREST du même jour. Qui décharge
du Droit de Marc d'Or les Offices Munieipaux
, dont la finance eft de mille livres ,
& au- deffous.
ARREST du même jour , qui regle la maniere
de fixer le titre des Lingots par les Effayeurs
General & Particuliers des Monnoyes
, & ordonne en confequence ce qui fuit .
ARTICLE PREMIER.
De marquer de leur poinçon , chacun à
leur égard , tous les Lingots d'Or & d'Argent
qui leur feront portez à effayer , dans l'inftant
même qu'ils leur feront remis.
II.
DE
SEPTEMBRE 1723. 633
I I.
De tenir Regiftre particulier dûëment pa
raphé , fur lequel ils écriront conformément à
l'Ordonnance de 1554. Article XXXIII, te
poids defdits Lingots , avec les noms , demeures
& qualitez des Proprietaires , ainfi
que le titre qu'ils auront trouvé , en obfervant
de numeroter de fuite tous les Articles dudit
Regiftre , de n'interrompre l'ordre defdits numero
qu'au commencement de chaque année,
& d'infculper fur chacun defdits Lingots le
même numero , fous lequel il aura été regiftré
; en forte que ces Lingots ne foient rendus
aux porteurs qu'après avoir été ainfi marquez
& numerotez .
III.
Lorfque les particuliers viendront chercher
le rapport des Effayeurs, lefdits Effayeurs
auront foin de verifier leurs numero , après
quoi ils marqueront le titre deffus lefdits
Lingots.
IV.
Si les proprietaires des Lingots jugent neceffaire
d'en faire faire plufieurs effais , lefdits
Effayeurs feront tenus de les registrer autant
de fois qu'ils les effayeront , & d'obferver à
chaque fois ce qui eft cy - deffus ordonné , en
ajoûtant feulement au nouvel enregistrement
les numero fur lefquels lefdits Lingots auront
déja été registrez
V.
Au cas que les Titres marquez fur les Lingots
fe trouvent differens , foit parce qu'ils
auront été effayez à Paris ou à Lyon par les
Effayeurs general & particuliers , ou pour autres
raifons , les Directeurs des Monnoyes
pourront ainfi que les Affineurs , Orfévres &
autres .
234 LE MERCURE
autres ouvriers travaillant en Or & en Argent
, qui acheteront lefdits Lingots , les évafuer
fur le pied commun de tous les Titres
marquez par lefdits Effayeurs.
V I.
N'entend cependant Sa Majefté que le Directeur
d'une Monnoye foit obligé de recevoir
des Lingots fur les Titres marquez par
les Effayeurs d'autres Monnoyes. Enjoint Sa
Majefté aux Officiers des Cours des Monnoyes
, de tenir la main à l'execution du prefent
Arreft qui fera lû , publié , &c.
ARREST du même jour. Qui ordonne
que les Quittances pour Rentes perpetuelles
au denier so. fur les Tailles , ou pour interefts
au même denier 50. les Finances d'Offices
& droits fupprimées & liquidées , affranchiffemens
des Tailles , Rachapt du Preft &
Annuel , Ordonnances de comptant pour
avances faites par les Traitans , les Billets des
Directeurs des Monnoyes , & les Billets d'Emprunt
de la Compagnie des Indes , feront reçus
par le Garde du Trefor Royal , en exercice
pour l'acquifition des Rentes Viageres au
denier 25. fur les Tailles.
ARREST du 31. Aouft , par lequel Sa Majefté
accorde à la Compagnie des Indes , le
Privilege excl fif de la vente du Caffé dans
toute l'étendue du Royaume , Pays , Terres &
Seigneuries de l'obéiffance de Sa Majefté
pour être ledit Privilege exercé , regi ou affermé
par ladite Compagnie , ainfi & en la forme
& maniere que ladite Compagnie le jugera
plus convenable & avantageux à fes interefts ,
& être ledit Privilege exploité par les Fermiers
DE SEPTEMBRE 1723. 635
miers ou Regiffeurs , ainfi & de la même ma
niere qu'eft actuellement exploité celui de la
vente exclufive du Tabac , & fous les mêmes
peines contre les contrevenans , que celles qui
font prononcées par les Edits , Declarations
& Arrefts rendus à l'occafion des droits fur
le Tabac , & c.
ARREST du premier Septembre , qui or
donne que par les Commiffaires de fon Confeil
qui feront nommez à cet effet , il fera
paffé à la Compagnie des Indes , fes Directeurs
ftipulans pour elle , un Contrat d'alienation à
titre d'engagement du Privilege exclufif de la
vente du Tabac , pour en jouir ainſi qu'en a
joui ou dú jouir Duverdier , à prefent Fermier
General de ladite vente exclufive , à commencer
la jouiffance dudit Privilege au premier
Octobre prochain , & c.
ARREST du 2. Septembre , qui ordonne
que l'Arreft du Confeil du 28. Juillet dernier ,
portant que dans le premier Novembre pro
chain tous les Porteurs de Certificats de Liquidation
feront tenus de les porter à l'un des
differens débouchez indiquez , faute dequoi ils
demeureront nuls , & de nulle valeur, fera executé
felon fa forme & teneur ; & en confequence
que les Notaires & tous autres Dépo
fitaires , foit par authorité de Juftice ou autrement
, feront tenus fous les peines portées par
ledit Arreft , & dans ledit jour premier Noi
vembre prochain , de faire l'emploi en Rentes
fur les Tailles créées par Edit du mois d'Aouft
1720, des Certificats de Liquidation qu'ils ont
entre leurs mains , provenans des Dépofts qui
leur ont été cy- devant faits ; pour leſdites Rentes.
836 LE MERCURE
tes appartenir en principaux & arrerages aux
Intereffez aufdits Dépofts , fuivant qu'il fera
convenu entr'eux , ou qu'il fera ordonné par
Juftice , &c.
ARREST du 4. Septembre , par lequel Sa
Majelté ordonne qu'à commencer du jour de
la publication du prefent Arreft le droit de
Marque , établi par fa Declaration du mois
d'Aouft 1721. Article VII. fur les Tabacs tant
en corde qu'en poudre ou grenez qui fe trouveroient
entre les mains des particuliers au
premier Septembre de ladite année , fera éteint
& fupprimé. Permet neanmoins Sa Majesté
aux Marchands , Negocians , Manufacturiers ,
& autres proprietaires des Tabacs declarez &
qui font reftez dans les magafins , fur leſquels
il a été appofé des cadenats par Duverdier ,
Fermier General du Tabac , fes Sous-Fermiers
ou Commis , de les retirer dans le terme de
quatre mois , à commencer du premier Octobre
prochain , pour être envoyez à l'Etran
ger. Veut & entend Sa Majesté que les Articles
XIII. XIV. XV . & XVI de ladite Declaration
du mois d'Aouft 1721. pour les précautions
de l'envoy & de la fortie defdits
Tabacs , foient executez en tout leur contenu.
Ordonne Sa Majesté que le prefent Arreft fera
executé , & c.
ARREST du 6. Septembre. Qui ordonne
l'execution des Declarations des 19. Juillet
1704. & 20. Mars 1708. & des Arrefts & Reglemens
, & condamne vingt Notaires de la
Ville d'Orleans , dont dix -huit , chacun en
deux cens livres , & les deux autres chacun
en quatre cens , pour avoir refufe de donner
communiDE
SEPTEMBRE 1723. 637
communication de leurs Minutes , Liaffes &
Repertoires au Fermier des Droits d'Infinuations
& centiéme denier de l'Appanage de
Monfieur le Duc d'Orleans , & leur enjoint ,
ainfi qu'à tous autres Notaires , de les reprefenter
, à peine de pareille amende de 200. L
fur le premier refus.
ARREST du 6. Septembre , concernant la
Fabrique des Bas , & autres Ouvrages au
Métier.
ARREST du 1. dudit mois , pour la prife
de poffeffion du Privilege de la vente exclufive
du Tabac pour la Compagnie des Indes
fous le nom de Pierre le Sueur , à commencer
au premier Octobre prochain 171 3.
L'abondance des matieres nous fait renvoyer
au mois prochain quelques pieces intereſſantes,
du temps qui n'ont pû trouver place dan
ce Livre. On y parlera de la Tragedie d'Inès ,
des Ouvrages qui ont paru pour & contre
cette Fiece.
J's
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde der
Sceaux le Mercure du mois de Septembre , &
Jay cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreſſion
.
A Paris , le 1. d'Octobre 1723 .
HARDION.
TABLE
638
TABLE
Pune Medaillede la Ville d' Apamée , &c.
IECES Fugitives , & c. Differtation fur
Ode imitée d'Horace.
417
438
Suite des Apparences Trompeuſes , nouvelle
Proferpine , Cantate.
Obfervations fur deux Eclypfes , & c.
Horloge aftronomique & univerfelle.
440
457
460
468
Vers contre la malignité d'un mauvais Poëte.
Difcours du P. Folart , Jefuite , &c.
Le Papillon juftifié , Fable.
Lettre écrite de Lyon.
469
470
476
479
Cantique chanté le jour de la Majorité du
Roy.
Monftre Marin peché à Marfeille.
Stances.
481
484
485
Seconde Lettre écrite de Blois par M. Ourry.
487
489 I es Petites- Maifons , Poëme.
Lettre écrite de Beauvais fur les Guayanois .
491
Idvle de l'Ile- Adam , divertiffement en Mufique.
498
Le Parnaffe François , Groupe de Bronze ,
& c.
Antiochus , Poëme , & c,
Chats monftrueux , & c.
502
509
513
Chanfon au fujet d'une femme âgée de cent
ans.
514
Lettre fur une groffeffe extraordinaire.
Enigmes.
Chanfon notée.
511
1587
519
NOUVELLES LITTERAIRES , les Antiquitez
Romaines de Denys d'Halicarnaffe.
Alexandre & Darius , Tragedie.
520
526
Hiftoire Ecclefiaftique & Politique de Lorraine
, & c. 527
Hiftoire de la prife d'Auxerre par les Huguenots.
530
Traité de la Pefanteur Univerſelle des Corps .
532
Difcours prononcez à l'Académie Françoife.
Lettres Perfanes , & c.
Ecole de l'Architecture civile , &c.
Eftampes de Meleagre d'après le Brun.
Sel purgatif d'Angleterre.
Elixir contre dive fes maladies.
535
544
546
546
550
554
Orage extraordinaire , arrivée à Angerville.
555
Nouvelles de l'Académie de Portugal. 55T
SPECTACLES , Extrait de la Comedie nouvelle
du Divorce de l'Amour & de la Raifon.
L'Opera , Parodie fur un air des Fêtes Grecques.
Theatre Italien.
Nouvelles Etrangeres , & c.
559
581
583
584
Morts , Baptêmes & Mariages des Pays Etrangers
. 599
Dignitez & Emplois .
604
Journal de Paris .
607
Naiffances , Morts & Mariages.
617
Addition aux Nouvelles Etrangeres.
620
Arrefts .
621
Errata d'Aouft.
Pi
Age 345. lig. 7. certains , lifez certaines .
Page 373. lig. 18. ayant , lifez étant.
Page 415. lig. 10. du fieur , lifez du Premier.
Ajoûtons au fujet de cette derniere correction
que le Marquis de Mofnier et fils du
Marquis de ce non , Premier Prefident de la
Chambre des Comptes de Dole , en Franche-
Comté, & non de Bretagne , comme on l'a
dit fur de mauvais Memoires .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 530. lig. 12. en lifez ces.
Page 40. ligne derniere , tous , lifez tout.
Page 549. lig. derniere fous , lifez font.
Page 51. lig. 14. hypatique , lifez hepatique.
Page 580. g. 4. du bas reprefenté , lifez
prefenté.
Page 60 lig. 6. le , lifez la .
La figure doit regarder la page 4281
L'air noté doit regarder la page 519;
Qualité de la reconnaissance optique de caractères