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1723, 08
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LE
MERCURE
D'A
OUST 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
(GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
Chez ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
ec
NOED PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXIIL
Approbation & Privilege du Roi,
L'A
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis- à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , nnoonn-- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols,
1
LS
213
LE
MERCURE
D'A
OUST 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
P
OD E.
A M. de G ** fur l'inconftance
de fa Maîtreffe.
Ourquoi ces plaintes cruelles
Contre l'ingrate Daphné ,
A des larmes éternelles
Le fort t'a-t'il condamné ?
Damon, regle mieux ton ame
Au fier pouvoir d'une femme-
N'affervis jamais ton coeur :
A ij
Irois214
MERCURE LE
Irois-tu dans fon caprice
Taffurer de ton fupplice ,
Où rechercher ton bonheur ?
Je fçai qu'un amant fidelle
Se flatte que fon amour
Sera payé par la belle
D'un tendre & jufte retour ;
Mais que lui fert cette attente
L'amitié la plus ardente
Eteint bien- tot fon flambeau :
Les fermens d'une maîtreffe ,
Pour l'objet qui l'intereffe
Ne vont point jufqu'au tombeau.
Mais , dis- moi , lorſque ta belle
Se fut foumise à tes loix ,
Ne voulus-tu point fur elle
Etendre un peu trop tes droits è
L'amour eſt un témeraire ,
Qui croit pour ſe ſatisfaire
N'avoir rien à menager ,
Il devroit pourtant comprendre ,
Qu'un coeur facile à fe rendre ,
Fut toûjours prompt à changer
Tel
D'A
OUST 1723.
215
Tel que fur l'onde azurée ,
Où regne un heureux repos ,
Le Nautonnier craint Borée ,
Et l'inconftance des flots ,
Tel l'Amant dont la Maîtreffe
Sçait couronner la tendreſſe ,
Doit trembler dans fes plaifirs ;
Car la foy de cette Amante ,
Toûjours foible & chancellante ,
S'envolle avec les zephirs.
Ainfi ceffe par des larmes
D'honorer la trahison ,
N'eft- il plus pour toi de charmès,
Dont puiffe ufer ta raiſon ?
L'amour t'offre des victimes ,
Fais pratiquer fes maximes ,
Aux coeurs que ce Dieu foumet ,
Et chez des beautez propices ,
Va rechercher les délices
Que fon pouvoir te promet.
Choifis la brune ou la blonde ,
Qu'importe pour tes plaifirs ,
A iij
Pour216
MERCURE " LE
Pourveu que leur feu réponde
A tes plus ardens defirs ;
'As-tu gagné la victoire ?
N'attache point à ta gloire
Se vain titre de conſtant ,
Il faut tromper une belle ,
l'infidelle
Même avant que
Medite d'en faire autant.
1
SUITE DE LA RE'PONSE aux
Critiques de la Traduction de Denys
d'Halicarnaffe , de Grec en François .
I II.
Left vrai , Monfieur , que fous le
I Confulat de Titus Geganius , & de
Publius Minucius , Glon eft déja Roy
de Syracufe dans la Traduction du Pere
le Jay , & ne l'eft pas encore felon la remarque
feconde de ce même Pere fur le
Livre 7. des Antiquitez. Qu'en inferezvous
? que cet endroit de la Traduction ,
& cet endroit des. Remarques font en
contradiction ? je vous l'accorde : quoi
encore que le P. le Jay fe contredit ?
Non. Vous demandez comment cela fe
peut faire le voici bien clairement : c'eſt
?
que
D'A OUST 1723 . 117
que dans la Traduction , c'eft Denys
d'Halicarnaffe qui parle dans les Remarques
ou les notes , c'eft le P. le Jay :
quand donc la Remarque combat la Tra
duction , c'eft Denys d'Halicarnaffe que
le P. le Jay contredit , & non pas
même .
lui-
Le P. le Jay Traducteur fait Gelon
Roy de Syracufe la 2 ° année de la 72
olympiade ; il rend Denys d'Halicarnaffe
, dont le fentiment a été fuivi par
Plutarque dans la vie de Coriolan . Le P.
le Jay commentateur , & parlant en fon
nom , avertit les lecteurs que Denys d'Halicarnaffe
s'eft trompé , & que Gelon ne
comença à regner dans Syracufe que fix
ou fept ans plus tard , ainfi qu'on le reconnoît
par Diodore de Sicile ; de cette
forte le P. le Jay eft en même temps , &
fidele à fon Hiftorien dans la Traduction ,
& fidele à l'Hiftoire dans fes Remarques,
pendant que fon Hiftorien combat la ve
rité de l'Hiftoire , vous le lui reprochez ,
c'eft lui faire un crime de fon devoir.
>
Prefentement que l'on fçait que Gelon
n'étoit point encore Roy de Syracufe ,
mais tout au plus de Gela , quand les Romains
reçûrent de Sicile e prefent de
blé fi confiderable ; lequel des deux Traducteurs
prend mieux la penſée de Denys
d'Halicarnaffe ? ou celui qui attribuë
A iiij cette
\
-218 LE MERCURE
cette liberalité au Roy de Syracufe , que
Denys
d'Halicarnaffe aura mal- à- propos
nommé Gelon ; ou celui qui l'attribue à
Gelon que Denys d'Halicarnaffe
aura
mal- à propos fait Roy de Syracufe dès
ce temps là ? Vous prenez , Monfieur , le
fecond parti ; il faut prendre le premier.
Il fuffit de lire avec attention le texte
-Grec pour fentir que Denys d'Halicarnaffe
n'a fait Gelon Auteur de ce prefent
, que parce qu'il fçavoit que le
prefent venoit du Roy de Syracufe , &
qu'il conjecturoit , mais fauffement , que
Gelon regnoit alors à Syracufe. Ainfi de
ce Gelon Roy de Syracufe , bienfaicteur
du peuple Romain chez Denys d'Halicarnaffe
, Diodore de Sicile nous en ôte
Gelon ; refte toûjours le Roy de Syracufe
, Auteur du prefent ; & vous ne nous
l'ôterez point. Peu importe d'ailleurs que
jufqu'à ce qu'on fçache fon nom ; quelqu'un
le défigne , comme vous dites
le P. le Jay a fait, par le nom vague d'Ariftodemus
, nom qui ne voudra dire
le maître de la nation.
IV .
que
que
Dans un endroit du Grec on lit Parmas
, ( πáppear ) ; & ces Parmes conftamment
furent des boucliers d'une certaine
efpece vis- à- vis de ce mot #appas écrit
en Grec , la verſion Latine porte Palmas
:
ou
D'A OUST 1723. 219
où l'r fe trouve changée en L ; & dans
la Traduction Françoile , vous ne retrouvez
point des Parmes mapuas , mais comme
dans le Latin des Palmes : voilà le
fait . Voici le procès : felon vous le P. le
Jay n'a mis Palmes , que parce qu'il a
trouvé Palmas dans le Latin , & qu'il n'a
pas vû que c'étoit une faute d'impreffion
pour Parmas qui devoit répondre à ( πáp-
μας : vous entrez dans vos conclufions
par vôtre réflexion ordinaire & fi polie :
" Quand on veut traduire un Auteur
Grec, & qu'on n'entend la lan- o
pas
gue dans laquelle il a écrit , » & c.
fouffrez , Monfieur , que nous vous gardions
le refte : mais avez-vous fait attention
qu'il ne s'agit ici ni d'entendre , .ni
de Grec il s'agit de lire , & non d'entendre
; d'un mot Latin écrit en caracteres
Grecs , & non du fens d'un mot
Grec ; de copier , & non de traduire : Par
mas eft un nom Latin mis en caracteres
Grecs Tappas , & à remettre en caracteres
Latins Parmas . Son origine Latine
vous paroîtra bien tôr certaine par les
étymologies : & il n'a été ici queltion
que de bien lire l'R , qui eft au milieu
, & de ne la pas confondre fans caufe
avec une L , en mettant Palmas comme
Portus & Palmes , comme le P. let
Jay , pour aquas . Mais , Monfieur
:
A v
pour
220 LE MERCURE
pour vous, entendre & lire eft une même
chofe le Latin eft pour vous du Grec ,
& pour vous , c'eft traduire que de copier
en revanche , vous doublez ce qui
n'eft qu'un traveftir l'r de Parmas en
1 , foit en écrivant Palmas , foit en écrivant
Palmes , c'eft une même chofe ;
vous en faites deux fi c'eft chez Portus
que cela fe trouve ; c'eft une lettre pour
une autre , une méprife , méprife même
de l'Imprimeur fi c'eft chez le P. le
Jay ; c'eft bien autre choſe : c'eft avoir
pris une branche d'arbre pour un bouclier
; c'eft ignorer le Grec dans un mot
Latin ; c'eft ne fçavoir pas traduire quand
il ne s'agit que de copier. Que vous êtes
puiffant , Monfieur , dans la litterature ?
Le cas que merite vôtre eftime devroit
ici , Monfieur , commettre naturellement
le P. le Jay avec Portus par une vive
jaloufie de l'Indulgence que vous avez
pour Portus , complice & féducteur , tandis
que vous féviffez impitoyablement
contre fon adherent. Mais , Monfieur
on prend un parti plus judicieux : on vous
défie de prouver que Palmas foit dans
Portus par une faute d'impreffion ; on
vous foutient que Palmas qui autorife les
Palmes eft bon , & à fa place : vous aurez
beau en appeller aux yeux , & dire :
ne voilà- t'il pas une r , dans apuas du παρμας
Grec ,
D'AOUST 1723. 221
Grec , & à fa place unel , dans Palmas
du Latin , & dans Palmes du François ?
à l'oeil vous avez raiſon , & un mot n'eſt
pas écrit tout comme l'autre ; voilà ici
uner , & là une I , on vous l'accorde
& fi vous n'êtes qu'un Maître Juré Expert
en matiere d'écriture , vôtre raport
eft bien fait , & vous ferez fuivi ; mais
en même temps que certe r , eft là , cette
1 eft mife ici legitimement , fçavamment
, judicieuſement : ceci eft du reffort
de la Critique , & releve du Tribunal
du jugement. Vous n'êtes point entré
dans cette queftion de droit qui eft l'unique
, on la va traiter , & l'on va juftifier
fans replique & évidemment la poſition
de Palmas , & de Palmes en regard de
πάρμας Parnas.
·
Vous avez donc été bien furpris , Monfieur
, comme vous nous le dites , de voir
cette jeuneffe Romaine en danſe fans
boucliers ? auffi tôt vous leur en avez
cherché dans l'original ( vous ne vous
adreffez point ailleurs , ) & les y ayant
heureuſement trouvez ( zápuas ) vous
les avez promptement donné à ces jeunes
hommes pour les mettre en regle : oferoisje
, Monfieur , vous demander pourquoi
en même temps , que vous leur rendiez
ces boucliers ( apuas ) vous ne leur laiffiez
pas dans l'autre main les Palmes de
A vj
Por222
MERCURE LE
Portus , & du P. le Jay ( Palmas . ) Une
Palme dans la main droite , une Parme à
la main gauche , ce doit avoir été felon
vous l'attitude de ces Saliens modernes
que vous formez fur le modele des anciens.
Denys d'Halicarnaffe équipe ain
fon Salien du temps paffé : il le coëffe
d'un bonnet Conique '; il lui met l'épée.
au côté ; il lui donne dans la main droite.
ou une lance , ou une baguette , ou, à
choix, quelque choſe de ſemblable , comme
, par exemple , nos Palmes ; enfin dans
la main gauche un bouclier que vous prétendez
être vôtre Parme. Si donc , Monfieur
, quand vous voyez dans la Traduction
Françoiſe les Acteurs de vôtre
Ballet danfer leur entrée avec le cafque ,
l'épée au côté , & la Palme des anciens
Saliens vous êtes fi fort en peine de ce que
font devenus les boucliers que vous n'appercevez
point dans leurs mains ( waps
Mas); quand vous les voyez enfuite danfer
le cafque en tête , l'épée au côté, & vôtre
Parme dans la main gauche , ne devez
vous pas être inquiet du fymbole qui
étoit prefcrit pour la main droite que vous
voyez fans verge ni bâton , quoiqu'elle
dût porter ou une lance ou une baguette,
ou quelque autre chofe femblable , comme
des Palmes ? vôtre raifonnement : ils ont
le cafque & l'épée des Saliens ; donc ils
doivent
D'AOUST
17238 223
'doivent en avoir le bouclier : & ce raifonnement-
ci : ils ont le cafque & l'épée
des Saliens ; donc ils doivent en avoir la
baguette , où la Palme , ou la lance fe
valent bien l'un l'autre , & par conféquent
la Palme de Portus & du P. le Jay
a autant de droit d'être ici que vôtre
bouclier , & vôtre Parme.
Oui , direz - vous , fi l'on écoute le rai
fonnement ; mais à Dieu ne plaife : il
faut s'en tenir au recit de Denys d'Halicarnaffe
, qui fans donner à ces Danfeurs
ni lance , ni baguette , ni Palmes ; leur
met en main des boucliers ( ápμać )
que vous n'appercevez point dans leurs
mains. Je vous fuis pié à pié , Monfieur,
& facilement je vous fais reconnoître
que Portus & le Pere le Jay ont été trésbien
fondez à croire que Denys d'Halicarnaffe
n'a point employé dans cette
danfe les boucliers , ni écrit ( ápuas. ):
La preuve eft courte , claire , convaineante.
Selon le Grec de Denys , pag.
125. lign. 46. traduit par le Pere le Jay
que vous ne defaprouvez pas en cet en
droit les Romains n'ont retenu des «
anciens Saliens dans ces danfes, que ce «
que les Saliens n'avoient pas pris des e
Curetes ; j'en fais mon principe : en «
voici l'application : » or felon le Grec
encore, pag. encore 125. lig. 19. ces fortes
«
de
224
LE MERCURE
de danfes en armes, avec le choc des boucliers
,étoient de l'invention des Curetes ;
& ces boucliers de Thrace que vous ap
pellez ( ápuas ) venoient auffi des Curetes
les Prêtres des Curetes parmi les
Grecs s'en fervoient dans leurs Sacrifices »
dit encore le texte Grec toûjours dans la
page 125. ligne 3. donc ( la confequence
eft inévitable & décifive ; ) donc, felon
Denys d'Halicarnaffe , les Romains n'ont
point retenu des anciens Saliens l'ufage
du bouclier dans les danfes , ni vos ( cáp .
pas. ) Donc Denys d'Halicarnaffe n'a
point fait mention de vos boucliers ( wpjas
) dans fa defcription de ces danfes ;
donc Portus & le P. le Jay font tout- àfait
en droit de méconnoître ici vos Parmes
( πάρμας. )
Il y a plus , Monfieur : quand il feroit
auffi certainement vrai , qu'il eft , comme
Vous voyez , certainement faux , que
l'Hiftorien Grec ait voulu donner des
boucliers à fes danfeurs , il est encore indubitable
, & ceci merite toute vôtre attention
, qu'il ne leur auroit point donné
pour boucliers vosParnes ( wápuaç ) mais
des boucliers tout- à fait differens , à fçavoir
des Peltes ; de forte que ( @dqμas )
aura été fourré ici depuis qu'on a confondu
les Peltes avec les Parmes . Je dis
donc deux chofes de Denys d'Halicarnaffe
D'A QUST 1723. 225
carnaffe : l'une , que s'il avoit mis fur la
fcene des boucliers ; l'autre, qu'il n'a point
pris la Pelte & la Parme pour une même
forte de bouclier : d'où vous concluez
fans moi qu'il auroit encore exclu vos
Parmes ( ápuas. ) Vous nous dites vousmême
, Monfieur , que les boucliers que
vous prétendez que Denys d'Halicarnaffe
fait porter à ces jeunes Romains
qui daufent , font les boucliers dont les
Grecs avoient ufé dans ces rencontres :
or , Monfieur , felon Denys d'Halicarnaffe
, ces boucliers avec lefquels les anciens
danfoient , étoient des Peltes : chacun
d'eux
porte à la main gauche la Pelte
Thracienne έλτίω Θρᾳκίαν. pag . 125. 1. 1 .
Entre les Peites , ajoute- t'il , que les Saliens
portent ', ἐνδὲ ταῖς πέλταις , ligne
21. & c. Vous voyez que ,
dans l'endroit
même fur lequel nous difpurons , Denys
d'Halicarnaffe appelle deux fois Peltes ,
coup fur coup , les boucliers que vous
dites qu'il donne aux danfeurs ; or ce qu'il
appelle Peltes , & c'eft ma feconde propofition
, pour exterminer vos Parmes , il ne
l'aura point appellé Parmes ( wapuas. I
Entre Pelte wil & Parme , ( ápμas)
une extrême difference : difference de figure
: l'une étoit ronde ; l'autre , oblongue
; & il le fçavoit difference de gran
deur ; l'une étoit beaucoup plus petite ,
plus
226 LE MERCURE
plus legere que l'autre , & il ne l'ignoroit
pas voici les preuves fur table . 11
lifoit dans Polybe au L. 6. pag. 468. lig.
2. que la Parme eft de figure circulaire
ἡ δὲ πάρμη, περιφερής , & Varron en effet
appelle les Parmes rondes chez Nonnius
cum rotundis Parmis ; & cette rondeur
lui paroît fi effentielle aux Parmes , qu'il
prétend qu'elles prennent leur nom de
leur rotondité : il dit au 4 livre de la
Langue Latine : Parma , quod à medio in
omnes partes Par ; delà vient que nos
vieux traducteurs mettoient Rondelles &
Rondeliers en rendant Parma , & fes
dérivez ; Parma dans nos Auteurs eft partout
la Rondache. Pour ce qui eft de la
Pelte ; Denys d'Halicarnaffe eft bien éloigné
de la faire ronde , comme la Parmes
il ne connoît la Pelte qu'oblongue , comme
les boucliers faits en forme de portes ,
& dont les côtez vont en fe rétreffiffant :
c'eſt la deſcription qu'il en fait page
125. du Grec lig . 1. Comme lui , Suidas
donne aux Peltes une figure quadrangulaire
, ainfi que le Scholiafte de Thucydide.
Voilà leur figure : l'une eft circulaire
; l'autre à angles & Denys d'Halicarnaffe
le fçait. Quant à la grandeur , la
Parme couvroit fon homme , & le mettoit
en fureté ; auffi avoit- elle trois pieds
de diamêtre c'est Polybe qui l'aura en- :
core
!
DAOUST 1723 . 227
core appris à Denys d'Halicarnaffe , fr
l'on veut que celui- ci ne l'ait pas fçû également
: Τάρμη . ἔχει μέγεθος ἀρκοῦν πρὸς
ἀσφάλειαν ... τρίπεδον ἔχει τὴν διάμετρον.
& c'eft fans doute en ce fens que Tite-
Live l'appelle tripedalem Parmam au Livre
38. Pour la Pelte ; Strabon l'appelle
petite πέλτη μικρά , & Diodore de Sicile
très- petite πέλτας μικράς παντελῶς ; Theophrafte
trouve les feuilles du Figuier
d'Indes grandes comme des Peltes , &
n'en veut rien rabattre οὐκ ἔλαττον τέλο
Tns; & Xenophon dit le même des
feuilles de Lierre. Il falloit bien en effet
que des Peltes ne fuffent pas des Parmes,
ni les Parmes dos Peltes , & que celles ci
fuſſent moins vaftes , & moins pefantes ,
puifque quand Iphicrates voulut rendre
l'armure plus legere , il abolit l'ufage des
Parmes , & établit les Peltes. Æmilius
Probus le rapporte en termes remarquables
: cum ante illum Imperatorem maximis
Clypeis uterentur , ille contrario
peltam pro Parma fecit , à quâ poftea
peltafta pedites appellantur , ut ad motus
concurfufque effent leviores. Diodore de
Sicile raconte le même fait , & parle auffi
très-expreffément de la commodité des
Peltes par leur peu de pefanteur , au liv .
15. pag. 360. & Plutarque compare les
troupes d'Iphicrate qui portoient des Peltes
228 LE MERCURE
tes , aux autres troupes qui en étoient encore
aux Parmes comme des gens armez à
la legere , à des foldats pefamment armez
, p. 607. Il femble encore qu'il nous
donne la même idée , & de la legereté
des Peltes , & de la pefanteur des Parmes,
lorfqu'il parle de Philopomenes , p . 360.
& qu'il en rapporte une inftitution toutà
fait contraire à celle d'Iphicrate. Il eſt
donc clair comme le jour que la Parme
& la Pelte differoient confiderablement
l'une de l'autre , & par l'étenduë & le
poids , & par la figure ; & que Denys
d'Halicarnaffe le connoiffoit parfaitement
; qu'ainfi il n'aura point appellé Par.
mes les boucliers qu'il a appellez conftamment
des Peltes , & que puifqu'il appelle
Peltes les boucliers que vous voulez
qu'il ait donnez aux Saliens , & aux jeunes
danfeurs; le nom de Parmes ( ápμeces )
leur eft donné auffi- tôt ; n'eft point
de Denys d'Halicarnaffe , chez qui on ne
le trouve en aucun autre endroit , quoiqu'il
ait eu dans une feule page cinq ou
6. occafions de le mettre ; mais il a
été après coup inferé par de trop fçavans
Editeurs ou Copiftes . Portus &
le Pere le Jay , dont la fagacité exquife
a découvert cette fraude ou ce malheur
, n'ont pas pû ,
pas pû , n'étant
que Traduc
teurs , attenter
fur la Lettre du Texte :
mais
D'A OUST 1723.
22
par
mais ils n'ont раз dû des traductions
immortelles éternifer une groffiere corruption
du Texte ; ils ont dû en bons
Critiques regarder la place de ( #dpμas )
comme vacante. Pourquoi l'ont ils remplie
de Palmes , dites -vous , convaincu &
fâché c'eft répondrai -je qu'ils ont fait
& fuivi ce raiſonnement plein de fens &
de critique. Des 4. Symboles des anciennes
danfes Saliques , Denys d'Halicarnaffe
qui les à rapportés n'en employe
que trois dans ces danfes- ci '; & il declare
que celui qu'il retranche eft celui qui venoit
originairement des Curetes , ce qui
tombe fur les boucliers : donc il a ici
retenu les trois autres Symboles , le Cafque
que j'y vois , l'épée que j'y vois encore
, & le 3e à la place duquel on aurà
mis les Boucliers exclus , ( ápas. ) Or
ce troifiéme Symbole étoit une Lance ,
ou une Baguette , ou quelque chofe fem
blable , comme des Palmes : donc nous
pouvons mettre ici dans la place ufurpée
par ( @apuas ) ou une Lance , ou une branche
, ou quelque chofe femblable , mettons
des Palmes ( Palmas ) , a dit Portus ; laiffons
les Palmes de Portus a dit le P. le
Mon.
Jay. Vous ne vous rendez pas ,
fieur , & comme il y a ailleurs dans le
Texte à cette occafion « foit une Lance ,
»foit une Baguette, ou branche, foit quelque
230 LE MERCURE
que chofe femblable ; vous demandez
fans ceffe pourquoi plutôt des Palmes
qu'autre chofe femblable. Ici , Monfieur
la difficulté paffe de la chofe à la perfonne
; ce n'eft plus la chofe , c'eft vous qui
êtes difficile car quelque autre choſe
que l'on eut mis au lieu des Palmes ; vous
crieriez de même : pourquoi ceci , ou
cela , & non pas des Palmes Selon Denys
d'Halicarnaffe , le Symbole pour la
main droite eft une branche (paßdos) ; une
Palme eft une branche de Palmiers ; une
Palme peut donc être ce Symbole . Voulez
-vous encore une raifon de ce choix.
Il s'agit d'une danfe armée , voyez ce
Cafque mais en même l'épée au côté
montre que les combats font finis ; la
Palme qui eft le Symbole de la victoire
eft donc là tout à-fait à fa place , & rend
complet l'affortiment desSymboles : fi elle
n'y étoit pas , on la trouveroit à dire , &
l'expreffion feroit défectueufe : de grace ,
Monfieur , quel air auroient ici vos Parmes
de trois pieds de diamêtre? quel fpectacle
prefentent aux yeux des danfeurs
cachez derriere leur Bouclier de neuf
pieds de circonference ? unTraducteur qui
a excellé dans l'Ordonnance des Ballets
pouvoit- il donner une pareille entrée ?
Voulez- vous enfin une preuve textuelle ?
la voici : en même temps que le P.le Jay ,
ou
D'A
OUST 1723 .
231
ou que Portus voit une place vaquer par
l'expulfion de ( apuac ; ) ils voyent dans
le voifinage, mais dans le Grec feulement,
un terme fi viſiblement hors d'oeuvre en
l'endroit où il eft appliqué , que l'on ne
peut douter qu'il ne foit déplacé : la premiere
penfée qui vient c'eft que ce terme
pourroit bien s'être égaré , & avoir appartenu
au Texte où il en manque un ;
on lit page 124. ligne 38.
prop¤úpcus
φοινικοπαρύφους , deux mots fynonimes abfolument
; de forte que les fçavans ne
fçavent que faire du fecond , ni d'où il
eft venu. Reprenons , Monfieur , j'ai
montré par Denys
d'Halicarnaffe
même
deux chofes : la premiere , qu'il a pofitivement
exclus les Boucliers des Saliens du
nombre des
Symboles qu'ils
employent
ici : la feconde, que s'il avoit admis parmi
ces Symboles les Boucliers , ce qorinowapúocus
pourroit bien dans la premiere origine
avoir été polvikas , qui fignifie des
Palmes , Palmas , ou φοίνικας πατητοὺς
qui eft une particuliere efpece de Palmes
& avoir été placé de la premiere main à
l'endroit , où l'on dit aujourd'hui fi énormément
( ápμac ) : par cette correction
on réforme à la fois deux textes , on décharge
l'un terme d'un
furnumeraire , &
on en remplit la Lacune de l'autres mais un
Traducteur difcret le fait en
Traducteur ;
c'eft
232 LE MERCURE
c'est-à-dire dans fa Traduction feulement,
& le plus legerement qu'il peut , non en
Editeur qui porte le fer dans le Texte
même. Au refte , on conçoit affez que
φοινικας , ( Palmas ) οι φοινικας πατητος
fe trouvant une fois déplacé , en partie
effacé , enfin défiguré , comme il arrive
dans les manufcrits , & la trace certaine
en étant comme perdue , un Editeur aura
crû faire un beau coup de fuppléer le refte
de porxoπapúqous, & de le mettre auprès
de
TEPITOPOúpous ; parce que dans un paffage
femblable , quoiqu'avec une conftruction
differente on lit chez Denys
d'Halicarnaffe , pag. 337. 1. 38. πορο
φύρας φοινικοπαρύφους. Voilà , Monfieur
une Critique à toute épreuve , dont chaque
partie eft comme démontrée à l'oeil
& au doigt , & dont tout le fyftême renvoye
les Parmes ( wapuac ) comme étran
geres & intrufes , & rétablit les Palmes
>
9
Palmas ) poivixar comme chez elles ;
mais avec quelle gloire pour les deux reftaurateurs,
Portus & le P. le Jay, qui par
tant de fçavantes operations le font contentez
de fembler plutôt donner occaſion
de reftituer ce Texte , que de paroître
le reftituer eux-mêmes.
Pour vous prouver , Monfieur , que
c'eft uniquement la force de la verité , &
non le befoin d'une folution qui a enfanté
D'AOUST 1723. 233
fanté cette explication , on veut bien vous
en faire un prefent , & le facrifice. Oubliez
qu'il eft manifefte que ( éqμas ) ( Πάρμας )
n'eft point de Denys d'Halicarnafle ; legitimez-
le , & fuppofons que l'Hiftorien
Grec a placé en cette occafion , cette forte
de Boucliers appellée Parma chez les
Latins , & chez les Grecs zapun. Je foutiens
encore que Portus n'a point érré en
traduifant Palmas , & prefentant au Pere
le Jay les Palmes : que Portus a pû fans
aucune méprife , exprimer par Palmas le
( puas ) employé pour fignifier de certains
Boucliers.
Pendant que vous revenez de vôtre
étonnement , Monfieur , & pour menager
vôtre attention , je commence ce nouvel
ordre de difpute par une remarque
facile , & qui eft moins une preuve qu'un
pas pour y entrer , duquel vous ne devez
prendre aucune défiance. Le paffage
de πάρμας à Palmas ne confifte qu'au
changement de la lettre r en la lettre 1 :
or ce changement foit que le mot paffe
d'une langue en une autre , foit qu'il demeure
dans fa langue naturelle, eft affez
ordinaire , pour ne devoir pas allarmer
un lecteur un peu verfé en ce genre de
litterature , comme l'eft un Critique de
profeffion. Vous dites Coriandre en François
, Coriandrum en Latin ; c'étoit en
Grec
834
LE MERCURE
peov
Grec χολίανδρον Coliandre , & Κολίαν
por lui- même étoit venu de Kopiavvor : le ,
Clibanus Latin eft en Grec Κρίβανος aut
bien que xλibavos : voilà bien des permu-
κλίβανος
tations reciproques de l'r & de l'l , &
comme pas rendu par Palmas fuppofe
le changement de l'r Grecque, en l'l Liti
ne ; vous en avez des exemples dans Ai
rendu par Lilium , & dans Gurgulie
pour paper. Oui , repliquerez - vous ;
mais il faut que le changement foit autorifé
, & il ne doit point être arbitraire :
j'en conviens , Monfieur , auffi n'en demeuré
je pas à cette intelligence mutuelle
des deux lettres r & 1. Il y a en effet
entre Parma & Palma quelque choſe dè
plus que la reffemblance par les traits ;
ces deux mots ne font point étrangers
l'un à l'autre ; & ils tiennent enſemble
par le lien d'origine ce n'eft point ici
une genealogie faite exprès : Cum Parna
Palma eandem habeant originem , &
pofterius tanquam diminutio fit , dit Tur .
nebe au ch . xi. du l. 26. de fes Remarques
il avoit dit au 1. 3. ch. vII. ut autem
ex Parmâ deducitur Palma , fic ex
Squarore fqualor ex furvo fulvum.
Il enfeigne donc que Palma eft iffu de
Parma , par forme de diminutif, & què
de même que fulvum eft d'une couleur
plus claire ; & furuum . plus chargé
plus®
D'A OUST 1723 . 23
plus enfumê , de même auffi Palma eſt
une petite Parma. A fon compte Portus
qui traduit ( ápecs ) par ( Palmas )
n'aura fait que rapetiffer tant foit peu les
Boucliers des danfeurs en comparaison
des mapas de la Cavalerie ; & il avoit
droit de le faire car on danſe à pié , &
les gens de pié portoient ces Boucliers
plus petits ; Parma breviores quam equeftres
, dit Tite- Live au liv . 26. mais j'avance
trop , & me voilà prefque au but :
tournons - nous un moment par une eſpece
de digreffion, vers une autre Parma ou
Palma. Tout le monde fçait que le plat
d'une Rame , & delà la Rame même ,
s'appelle Palmula , les exemples en font
par tout , & Catulle en fournit deux en
moins de 15. vers dans fon Phafelus :
five Palmulis,

tuo
Opus foret volare , & plus bas ,
imbuiffe Paliulas in aquore : de Palmulâ,
vous me laifferez monter à Palma , & de
vrai Palma fignifie la même chofe que
Palmula , & fans qu'il foit befoin de
changer d'Auteur , le même Poëte a dit
dans la piece 65 .
Carula verrentes abiegnis æquora , Palmis
, lui qui , fi Palmis n'eut pas
été un
mot feur , pouvoit ailément mettre remis,
comme Virgile , qui a dit par une même
locution .
B E:
236 LE
MERCURE
Et remis vada carula verrunt . On lit
auffi de Laberius : nec Palmarum pulfus ,'
nec portifculi , pour exprimer la mancuvre
des Rameurs ; ainfi voilà Palma établi
pour fignifier la Rame , ou le plat de
la Rame ; mais ce que vous attendez de
moy , c'eft que ce Palma devienne Parma
au même fens ; car alors vous commencerez
de craindre que vôtre ( ápμeas )
n'ait pû legitimement devenir Palmas
chez Portus ; or juſtement ces ( Palmis )
de Catule font ( Parmis ) dans Vitruve
au même fens , c'eſt au Livre 10e de fon
Architecture c . 8. Etiam remi circa fcalmos
ftrophis religati , cum manibus impelluntur
& reducuntur , extremis progre
dientibus à centro Parmis in maris undis
fummam impulfu. vehementi protrudunt
porrectam navem , fecante prord liquoris
raritatem. Tel paroît le Texte de Vitruve
au fortir des bons manufcrits dans l'édition
fi bien reçûë alors , qu'on doit aux
foins infinis du fçavant Dominicain Jucundus
: Que fi dans la fuite quelque
Daniel Barbarus , & d'autres femblables
ont effayé de raprocher Parmis de Palmulis
en mettant Palmis , ils n'ont cité
en faveur de leur entrepriſe aucun manufcrit
, ni allegué aucune regle de Critique
gens qui perfuadez qu'ils fçavent
tout ramenent tout à ce qu'ils fçavent ,
&
D'A OUST 1723.
237
1
& pour faire voir qu'ils n'ont rien ignoré,
difputent la réalité à ce qu'ils ignorent.
Turnebe tient bon pour Parmis , & prétend
que Parma eft le plat des grandes
Rames , Palma des moyennes , Palmula
des plus petites ce qui nous en revient
de plus comptant , c'eft qu'en matiere de
Rames , on dit Parma pour Palma : grand
préjugé en faveur de l'union du Palma
de Portus avec le Parma de Denys d'Halicarnaffe
en fait de Boucliers ; car pourquoi
y auroit - il tant de fympathie entre
Palma & Parma , & tant d'antipathie
entre Parma & Palma ? je vous crois prefentement
difpofé à les trouver d'accord ,
& je m'imagine que je peux vous prefenter
Parma le Bouclier , reconnoiffant Palma
pour un autre lui - même. Je cherche
d'abord dans fa defcendance , & je trouve
que l'l eft entrée dans fa lignée . J'arrète
fur παλμουλάριος , Palmularius que
je trouve en Grec au commencement de
la vie de Marc Antonin , écrite par luimême
au § . 5. deux points font certains s
l'un , qu'on a toûjours lû en cet endroit
ce mot écrit par un Lambda ; l'autre ,
que ce nom vient de apuas boucliers :
car quand l'Empereur dit qu'il n'a point
été Palmulaire , il veut dire , qu'il n'a
point livré fa faveur à cette troupe de
Gladiateurs qui porte les Parmes ( -
B ij μας ) ;
23.8 LE MERCURE
Mas ) ; il eft donc clair que de Parma en
Grec , on a fait Palmularius , fera- ce fans,
avoir paffé par le Palma que nous cherchons
, & que Portus a mis pour Parma ?
Tibulle eft un Auteur Claffique , lifez ,
Monfieur, en pur Grammairien le penultiéme
pentamette de fa Xe Elegie , L. I.
parlant felon la coutume qui regnoit , d'attacher
les armes dans le Temple d'une
Divinité , & nommément des Boucliers,
cù le Cavalier avoit fait graver fes hauts
faits ou les aventures ; il deftine ſa Parme´
en ces termes.
Fixa notet cafus aurea Palma meos ;
Cette Palma , qui eft d'or , qui eft gravée
, qui eft en Trophée , eft réellement
une Parme , perfonne n'en a douté ; mais
cette Parme eft ici nommée par Tibulle
Palma , fans qu'on puiffe ni donner cette
1 , pour fufpecte ; toutes les fçavantes
éditions font conformes , ni même imaginer
que le Poëte fe foit en cela donné
quelque licence , puifque Parma feroit
tout le même effet que Palma . Voilà
donc enfin , Monfieur , Palma , pour
Parme préferé à Parma par Tibulle , &
Tibulle n'auroit pas fait de façon de traduire
vôtre ( ápμas ) par Palmas , comme
a fait Portus , & fi vous voulez chanfoit
dans Portus , foit dans Tibulle
ger ,
Palmas en Parmas , tout bon Critique
Vous
D'AOUST 1723 . 259
vous arrêtera , & vous dira , comme Paſferat
: Nihil hic mutandum : il n'y a là
rien à changer , nam Palma eft Parma ;
car le Palma de Portus , comme la Palme
du P. le Jay rend exactement le ( áp
pas ) de Denys d'Halicarnaffe : & Palmularii
idem quod Parmularii , & le Palmularius
de Marc Antonin vaut le Par
mularias de Domitien chez Suetone c. 20.
où Cafaubon a même lû par une 1 , Palmularius
: & cela , continuë toûjours Pafferat
, ob affinitatem Litterarum ról , à
caufe de l'affinité des deux Lettres r &
1. Le réfultat , Monfieur , c'eft que fi
Vous jugez que ( dpuas ) dans Denys
d'Halicarnaffe eft un mot fuppofé à l'Auteur
, & intrus dans le Texte , comme la
premiere partie de cette Differtation l'a
prouvé , le P. le Jay & Portus ont bien
fait de fubftituer pour troifiéme fynbole
des Palmes ou branches de Palmier
,
Palmas , parce qu'il paroît par la fuite
du recit de l'Hiftorien que c'étoit fon intention
: & que fi vous jugez que ( appas
) foit ici de la main de Denys d'Halicarnaffe
, en ce cas encore Portus & le
P. le Jay ont eu droit de rendre ( záp-
Mas ) par Palmes & Palmas , puifque Tibulle
l'exprime ainfi ; enfin , que parce
qu'il demeure, incertain , fi vous voudrez
des branches de Palmier , ou des Parmes,
Biij Portus
240
LE MERCURE
Portus a dû & après lui le P. le Jay
vous prefenter celui des deux que vous
choifirez , fous un nom qui fignifiât &
les branches des Palmiers & les Parmes :
or Palma eft ce nom , comme je l'ai prouvé
, donc ils ont pû , ou plutôt ils ont
dû mettre l'un Palmas , & l'autre des
Palmes ; ainfi , Monfieur , la Palme demeure
à Portus & au P. le Jay , & à
vous la Parme avec cette infcription de
Martial qui a été trouvée ſi Alateuſe.
Et qua fæpè jolet vinci , qua vincere raro
Parma , tibi fcutum pumilionis erat ;
Je fuis , & c.
La Pompe Funebre , fuivie de l'Epitaphe
du fameux Macaty , qui a paru avec
applaudiffe nent dans le Mercure de
Jain , a donné lieu à cette autre Epitaphe
, qu'on vient de nous envoyer fur
la mort d'une chienne de diftinction fort
regrettée de fa Maitreffe.
EPITAPHE.
Pour le Tombeau de Candace , Chienne
de Madame la Marquife de.....
1 Y git qui n'eut point de fe blable
CX
Dans l'Empire des animaux ;
>
Mais
D'A OUST 1723 . 24T
Mais helas au milieu de mes jours les plus
beaux ,
J'éprouvai les rigueurs du fort inexorable.
Je portois un fuperbe nom ,
Celebre dans l'antique hiftoire ,
Et je fuis morte avec la gloire ,
D'avoir fait les plaifirs d'une illuftre Maifon.
Cependant ici-bas tout eft vanité pure ,
1
Le plus fage des Rois l'a dit ,
Et l'on fait que tout ce qui vit
Doit entrer dans la fepulture.
Candace en fa logete , ou le velours la couvre ,
Eft fujette à des loix ,
Dont la garde qui veille aux barrieres du Louvre,
Ne défend pas les Rois.
Marquife en qui le Ciel a placé tant de charmes ,
Ceffe donc de verfer des larmes ,
Il n'eft pas d'un grand coeur d'en répandre pour
rien ,
Je ne fuis plus que cendre , & la cendre d'un
chien.
B iij LET
242 LE MERCURE
Come meamcome
LETTRE écrite de Touloufe aux
Auteurs du Mercure.
' Eft , Meffieurs , dans la vûë de
faire plaifir au Public que je vous
envoye l'Eloge de nôtre illuftre Clemen
ce , fait par Mile de Cattellan Portel , &
qui a été ici applaudi de tout le monde ; je
croi que vous ne le trouverez pas indigne
d'une place dans vôtre Mercure . LePublic
connoît cette Demoifelle , celebre par
diverfes Poëfies couronnées dans les Jeux
Floraux , dont elle eft devenuë Maîtreffe.
La gloire des perfonnes de fon fexe intereffe
tout le monde ; elle flate les Dames
fur qui elle fe répand , & par une inclination
naturelle les hommes ne prennent
pas moins d'intereft à ce qui les regarde.
C'eft d'ailleurs une D le de condition ,
dont le merite n'eft pas borné à l'efprit.
Je fuis , Meffieurs , &c.
&
ELOGE
D'AOUST 1723. 243
ELOGE
De Clemence Ifaure , Fondatrice des Jeux
Floraux de Touloufe . Par Mlle de
Catellan Portel , Maîtreffe des mêmes
Jeux.
Prononcé le troisième May 1723. jour de la
diftribution des prix.
U
N nouveau ſpectacle fe prefente en
ces lieux ; une fille y fait l'éloge
d'une fille , une Maîtreffe des Jeux Floraux
y fait l'éloge de leur Fondatrice.
Il falloit bien auffi que quelque fingularité
diftingua une année qui commence
le cinquième fiecle du plus ancien monument
qui nous refte de nos Jeux , dont
il fuppofe même l'ancienneté precedente.
J'entreprends donc , à la faveur d'une
nouveauté intereffante , l'Eloge de Clemence
Ifaure. Heureufe , & plus heureufe
qu'il ne m'eft permis de l'efperer , fr
par - là je pouvois contribuer doublement
à la gloire de mon ſexe !
J'ai chanté cette illuftre fille par un
intereft de gloire : (a) je l'ai chantée par
(a), Ode à Clemence , prefentée pour les prix
& Couronnée en 1717.
Bv un
244 LE MERCURE
un motif de reconnoiſſance ; (4) je la celebre
aujourd'hui pour lui rendre à mon
tour l'hommage qui lui eft rendu tous les
ans par la fameufe Académie , à laquelle
je me vois heureulement affociée.
J'avouerai que j'ai été ferfible à l'unique
& flateufe occafion de rompre dans
nos Jeux un filence qu'ils impolent , trop
feverement peut être , à un fexe qu'on
accufe d'avoir de la peine à le garder .
Qu'on ne craigne pas qu'à l'exemple
des pertonnes condamnées au filence , &
à qui on donne avec menagement la liberté
de parler , j'abufe de celle qui m'eſt
aujourd'hui donnée.
J'obéirai à la loy qui ordonne aux Panegiriftes
de Clemence , de faire fon Eloge
en peu de mots : j'entrerai dans l'efprit
de cette loy , qui fuppofant que le
titre de Fondatrice de nos J.ux eft un
Eloge fuffifant pour elle , n'a pas voulu
qu'on y mêlât rien d'étranger qui le corrompit
par l'alliage d'un détail faux ou
incertain , qu'elle n'a pas beicin qu'on
lui prête pour fa gloire ; ainfi je me bornerai
à ce que nous (çavons avec certitude
au fujet de Clemence Ifaure , ou plutôt
à ce que nous en avons fous nos yeux ;
(a ) Ode de remerciment à Clemence pour les
lettres Maitreile 1718 .
j'y
D'AOUST ( 1723 . 245
j'y découvre le merite le plus brillant ,
& le plus folide .
Les perfonnes de mon fexe ne peuvent
fe diftinguer que par la beauté , par l'efprit
, & par la vertu . La valeur auprès
de laquelle toute autre gloire paroît languiffante
, eft propre & particuliere aux
hommes ; fi on trouve quelquefois dans.
les perfonnes de mon fexe un merite de
ce caractere , c'eft en elles un prodige
qui tient du monftre , s'il m'eft permis
de parler ainfi ; c'eft plutôt quelque cho
fe de fingulier & d'extraordinaire , que.
de grand & de beau. Un courage qui ne
craint rien accompagne mal une pudeur.
qui doit tout craindre.
Il n'appartient donc à ce fexe que d'être
figurément conquerant & meurtrier ;
auffi la valeur n'y est vraiment digne de
loüange , que lorsqu'elle eft infpirée de
Dieu , dont elle feconde les deffeins , &.
les faints Ecrits n'attachent l'idée de la
femme forte , qu'à des feins domeftiques
bien éloignez des travaux militaires . Ĉerte
valeur même dans les hommes cede à
la vertu , l'efprit le Jui difpute , & 'on la
voit fouvent rendre les armes à la beauté.
La beauté cependant eft bien inferieu-
-re à l'efprit ; j'ofe le dire au hazard qu'on
me reproche d'imiter Montagne , qui
naya rpû parvenir à la grandeur , fe
B vj
ven2:
46
LE MERCURE
vengeoit , difoit- il , par la médifance. II
faut pourtant rendre juftice à la beauté ,
& avouer qu'elle a fon merite , merite
même de diftinction pour les perfonnes
de mon fexe : elles naiffent dans l'obligation
de plaire par la beauté , ou par
cette grace auffi belle , & encore plus
belle que la beauté ; elles doivent donc
être belles ou gracieufes , & c'eft toûjours
un merite d'être & de faire ce qu'on
doit. Les hommes parmi les privileges
qu'ils fe font donnez , fe font difpenfez
d'un pareil devoir ; mais ils nous l'ont
impofé , de maniere qu'il femble que
nous leur faifons du tort quand nous y
manquons ; c'eft un tort même qu'ils
ont de la peine à nous pardonner , auffi
eft- ce l'objet de leur premiere curiofité
ou de leur premiere attention fur nôtre
compte , & lorfqu'il s'agit de nous , à
peine veulent ils fçavoir , ou examiner
autre chofe.
y
Le merite de la beauté , j'ofe le repeter
, ne laiffe pas d'être , à confulter la
raifon , bien moindre que celui de l'efprit
; la beauté diftingue peu l'efpece humaine
des autres productions de la min
de Dieu ; l'efprit eft fa diftinction la plus
glorieufe après la vertu , premier devoir
de l'un & de l'autre fexe , & particulierement
du nôtre.
Mais
D'A OUST 1723. 247

Mais pourquoi difputer de la prééminicence
de ces qualitez raffemblées dans
Clemence , en qui elles font un heureux
accord laiffons aux flateurs à élever ;
dans les perfonnes qui ne les ont pas toutes
les qualitez qu'ils y trouvent audeffus
de celles qu'ils n'y trouvent pas.
Oui , quelque obfcurité
le cours
que
de plufieurs fiècles ait mis dans l'Hiftoire
de Clemence , nous avons des preuves
& des monumens authentiques , & inconteſtables
de fa beauté , de fon efprit
& de fa vertu.
La Statue élevée à fon honneur dans
ces auguftes lieux nous fait voir des traits
de beauté , que les temps ne fçauroient
effacer , mais des traits d'une beauté modefte
& fage ; en un mot , de ceux que la
nature donne comme des atteftations de
vertu les plus finceres , & les plus fûres ,
& aufquels la vertu elle-même donne læ
derniere main...
Pourrions- nous douter de fon efprit ?
qu'est ce qui peut mieux en établir la
preuve que la ; fondation de nos Jeux ,
gravée fur l'Airain au bas de fa Statuë ?
Fondation Académique, Litteraire & Poëtique
, faite dans un temps où l'on ne
connoiffoit en France , je pourrois dire
dans l'univers , ni Poëfies , ni belles Lettres
, prefque entierement perdues depuis
qu'elles
248
LE MERCURE
qu'elles étoient bannies de la Grece & de
Italie . Fille merveilleufe
que
le Ciel
fufcita pour délivrer les François du joug
de l'ignorance ; plus merveilleufe que
cette Heroïne qu'il fufcita pour les déli-,
vrer d'une domination étrangere , mere
des fçavans , à plus jufte & plus ancien
titre qu'un de nos plus grands Rois en
fut appellé le pere , elle a même ouvert
la carriere de l'efprit & des Belles- Lettres
à nôtre fexe. Nous lirons toûjours
avec plaifir dans nos Regiftres ( & je le
rappellerai volontiers ici pour la gloire
de mon fexe & de mon état. ) Le premier
ouvrage couronné du plus glorieux
prix de nos Jeux , depuis leur rétabliſſement
en forme d'Académie , fut l'ouvrage
d'une fille. (a)
Mais quelle vertu ne marque pas encore
la fondation de nos Jeux ; cette fondation
, qui par les noms de Jeux & de
gaye Science donnez à nôtre Académie
& celui de joye donné aux fleurs deftinées
à couronner les vainqueurs , femble
ne chercher que la joye , & ne cherche
en effer que la vertu , fource , de la
veritable joye , comme nos premieres
loix s'en expliquent s
Veru , joye , cience , objets de nos
Je x , que vous êtes aimables , quand
(a ) Mademoiſelle de Bernard.
Vous
D'A OUST 1723 249
vous vous trouvez en même lieu ! Mais
combien eft aimable , & illuftre une fille
qui fonde une Ecole qui les raffemble !
Combien cette Ecole qui donne une fi
gracieufe , & fi eftimable compagnie à
la vertu , eft- elle propre à la faire fuivre ?
qu'en effer on fuit d'un pas leger & ferme
les voyes de la vertu lorfque l'on y
eft éclairé par le fçavoir , & foutenu par
la joye.
Pafferons nous fous filence les grands
effets que cette fondation a produit , &
qui doivent fans doute être rapportez à
la Fondatrice ?
Combien d'Orateurs , & combien plus
de Poëtes ont été réveillez & excitez par
les Jeux de Clemence , femblable à l'aftre
du jour qui paroîr fur l'horifon pour réveiller
les mortels , pour les exciter à
un travail utile , & les arracher à un re-
Pos oifif.
Mais quelle fertilité d'ouvrages ces
Jeux n'ont-ils pas produits dans un même
Auteur. Nous avons vu plus d'un Poëte
concourir par plufieurs excellens ouvra
ges , & combattre avec lui - même , reinporter
& ceder la victoire long-temps incertaine
& douteufe , auffi glorieufement
vaincu que vainqueur.
Combien de prix ont été remportez
par quelques-uns , qui animez par ces
prix
250
LE MERCURE
fi
prix mêmes , auroient triomphé plus fou
vent encore dans la lice de nos Jeux ,
de fages loix , ( a ) reprimant un inſatiable
defir de gloire , ne leur avoit pas fermé
la barriere.
Les Dames ont eu leur part de l'ému
lation que nos Jeux ont répandue . Elles
qui jufqu'alors avoient femblé n'être fenfibles
qu'à l'émulation de la beauté , &
ne compter gueres les graces de l'efprit
parmi celles qui meritent leur attention
& leurs foins . Plufieurs fe font immorta
lifez par le prix qu'elles ont fi juftement
remportez. Je n'ole me comparer à elles ,
mais j'ai été comme elles , animée par
les Jeux de Clemence ; j'ai profité de
leur exemple, & je me fuis prévaluë de
leur repos . Si mon genie eft bien inferieur
au leur , fuis-je une moindre preuve de
l'utile émulation que donnent des Jeux
qui m'ont plufieurs fois couronnée.
Quels ouvrages fe prefentent encore
tous les ans , fruits de la même émulation,
& qui n'honorent pas moins nos prix ,
que nos prix les honorent.
Ville celebre où nos Jeux fleuriffent
depuis fi long- temps , puiffiez- vous julqu'à
la fra du monde poffeder avec le
même éclat , le tréfor dont Clemence
3
( a ) Les Statuts ne permettent d'accorder le
prix que trois fois dans chaque genre.
nous
D'AOUST 1723 . 251
nous a enrichis. Celui que vos anciens
Tectofages enleverent aux Grecs , fut
moins glorieux que funefte : (a) Clemence
par les Jeux à bien plus heureuſement
tranſporté dans nôtre fein , ce que la
Grece eut de plus précieux , je veux dire
fon goût & fa délicateffe.
a
Clemence n'eft- elle pas auffi la veritable
Minerve qui a donné , & affuré à
cette Ville le titre de Palladiene qu'elle
a partagé avec Athenes , comme elle a
partagé les Jeux Floraux avec Rome
dont ils furent la plus riante , & la plus
magnifique Fête , tandis que la licence
ni fut point mêlée : Athenes a perdu fon
titre de Palladiene ; Rome a perdu fes
Jeux Floraux ; Toulouſe feule à confervé
toute la gloire : fes Jeux Floraux &
fon Capitole , monumens prefens & à
jamais durables, d'une grandeur rivale de
l'ancienne grandeur Romaine , font les
diftinctions les plus glorieufes : quel motif
d'union entre les Jeux Floraux & le
Capitole.
Nos Jeux Floraux ont- ils perdu de
leur dignité , dépouillez de ce qu'ils
avoient de tumultueux & de groffier ,
(a) Tréfor du Temple de Delphes enlevé par
les anciens Touloufains , appelfez Tectofages ,
& fatal à tous ceux qui en prirent , fuivant le
proverbe

&
252 LE MERCURE
(a) & devenus purément Académiques &
Litteraires par l'attention d'un grand Roy,
dont je ne ferai pas ici l'éloge ; il a voulu
lui-même que le Capitole ne retentit que
des louanges de Clemence. (b)
Un digne membre ( c) de l'Académie
Françoile dans un beau Difcours qu'il a
fait de l'utilité des Académies , après avoir
établi que les deux plus anciennes avoient
été fondées , l'une par Platon à Athenes ;
l'autre par Ciceron à Rome , donne au
Cardinal de Richelieu le merite & la
gloire d'avoir fondé la troifiéme , par
L'inftitution de l'Académie Françaife .
Il a ôté à Clemence le rang qui ne peut
lui être difputé dans l'ordre de ces fondations
, où elle a , fans doute , dû être
placée entre ce grand Orateur , & ce
grand Cardinal , comble de gloire pour
vous , Clemence , qui entre deux fi grands
hommes avez fondé & doté la troisième
Académie du monde , & la plus ancienne
toutes celles qui fubfiftent.
Que Touloufe ne méconnoille jamais
la main bienfaifante & liberale qui a fondé
nos Jeux , & que les dignes Magiftrats
(a) Suppreffion des repas qui faifoient une
grande partie de l'ancienne Fête.
(6) Statuts autorifez par le Roy.
(c) L'Abbé Tallement .
qui
D'A OU- ST 1723.
213

3
qui la gouvernent , (a ) pour lui faire un
honneur qu'elle a toûjours déferé à Clemence
n'accufent point leurs prédeceffeurs
, hommes illuftres & venerables ,
d'avoir inventé , ou établi une fable qu'ils
étoient intereffez , qu'ils étoient obligez
à détruire .
>
Bien davantage ils accuferoient plufieurs
d'entre leurs plus anciens , & plus
refpectacles prédeceffeurs qui ont vêcu
en des temps , dont le fiecle où nous vivons
envie la bonne foy ; ils les accuſe
roient , dis-je , d'avoir fucceffivement dépofé
à faux en faveur de Clemence , dont
ils atteftent hautement qu'ils ont vû la
derniere difpofition qui fonde & dote nos
Jeux , & qui leur confie , difent-ils , le
foin d'executer fa volonté. (b)
Si l'on a perdu cette fondation , prouvée
par les témoignages les plus hors de
foupçon , & confacrée par la tradition.
la plus conftante , & par la folemnité de
l'éloge anniverfaire , dont je remplis aujourd'hui
le devoir . A qui doit- on imputer
la perte de ce titre.
Qu'on me pardonne ce mouvement de
(a ) Meffieurs les Capitouls des derniers temps
ont avancé que la Ville avoit fondé les Jeux
Floraux .
(b) Les Capitouls de l'an 184. 1585. 1586.
& aux Regiftres de l'Hôtel de Ville.
zelę
254 LE MERCURE
zele & de reconnoiffance pour la gloire
d'une fille à qui je dois toute la mienne.
*******************
ROLAN D.
CANTATE.
Par Mr Masonde Blois , mife en Mufique
par M. Dulucq , Maître de Mufique
de l'Eglife de Tours.
L'Invincible Roland d'Angelique amoureux ,
Par d'éclatans exploits s'efforçoit de lui plaire;
Mais n'offrant à fes yeux qu'un Heros fanguinaire
,
Bien-tôt elle dédaigne & fa gloire & fes feux.
Par des combats , des allarmes ,
Un Amant fait mal fa cour ,
Le fuperbe Dieu des Armes ,
N'eft pas celui de l'Amour.
Si de la charmante Heleine
On vit triompher Pâris ,
Il s'offrit à cette Reine ,
Moins en Mars qu'en Adonis.
Penetré
D'A OUST 1723 .
255
Penetré des rigueurs de celle qu'il adore ,
Une jaloufe ardeur irrite fes efprits ,
Ingrate , lui dit il , après tant de mépris ,
Faut-il que dans mon coeur je vous conferve
encore ?
Quand pour vous à mille guerriers ,
Je cours arracher la victoire ,
Vos fiers dedains font les lauriers
Que vous preparez à
ma gloire.
Ah ! fans doute un autre vainqueur ,
Perfide , regne fur vôtre ame ;
Mais craignez que ce bras vangeur ,
'Dans fon fang n'éteigne ma flâme.
Ceft ainfi que Roland tranfporté de couroux
Hâte lui-même fa difgrace ;
Quand redoutant l'effet de fa prompte menace ,
La Princeffe a recours aux regards les plus doux.
Un ſoupir languiſſant à fon deffein propice ,
Seconde l'effort de ſes yeux ,
Et
252
MERCURE LE
Et du tendre langage empruntant l'artifice ,
Elle defarme enfin cet Amant furieux.
En amour la vive querelle ,
Comme une bruyante étincelle ,
Eclate & s'éteint à l'inftant.
Le moindre regard d'une belle,
Par les defirs qu'il renouvelle ,
Rend l'Amant tranquille & content
Séduit par la fauffe apparence ,
Le credule Heros dans un bois écarté
Attendoit plein d'impatience ,
Le retour de l'objet dont il eſt enchanté ;
Mais fon attente eſt inutile :
Angelique déja , loin de ce lieu tranquille ,
D'un amour plus charmant éprouve les douceurs,
Et contre fes vaines fureurs ,
Vole au delà des Mers s'affurer un azile.
Envain fe flate un coeur jaloux
D'obtenir celle qu'il maîtriſe ,
Que
D'A OUST 1723.
257
Que ne craint-on pas du couroux
Qu'aucune faveur n'autoriſe ?
A Paphos tout eft gracieux ,
Tout rit , tout enchante à Cythere .
Il n'eſt de Heros en ces lieux ,
Que celui qui fçait l'art de plaire.
LES APPARENCES
D
TROMPEUSES.
U temps que François Fofcary gouvernoit
l'Etat de Venife en qualité
de Doge , l'an 1423. deux nobles Venitiens
, l'un nommé Geronimo Bembo
& l'autre Anfelme Barbariguo , après
avoir fervi la République avec diftinction
, contre le Duc de Milan , étoient
revenus à Venife jouir des grands biens
que leur avoient laiffé leurs Peres .
Quoique ces deux jeunes Seigneurs
euffent fervi dans les mêmes Armées
qu'ils fuffent à peu près de même âge ,
il n'y avoit eu aucun commerce entr'eux ;
une haine irreconciliable entre leurs familles
en étoit la caufe ; le grand pere
d'An258
LE MERCURE
d'Anfelme Barbariguo avoit été affaffiné,
dans le temps qu'il prétendoit à une Dignité
dans le Senat , que le grand-pere
de Geronimo lui difputoit ; & quoique
les auteurs du meurtre n'euffent point été
découverts , il y avoit eu tant d'indices
qu'il paffa pour conftant, que c'étoit Bembo
qui l'avoit fait commettre.
L'animofité entre ces deux Maiſons s'étoit
confervée ; Geronimo & Anfelme
avoient été élevez à fe haïr , fans qu'ils
. meritaffent la haine l'un de l'autre ; ils
avoient fait plufieurs belles actions à la
guerre , fouvent il avoit paru que l'émulation
ajoûtoit encore à leur valeur naturelle
; ils revinrent dans leur Patrie ,
aimez & eftimez de tout le monde ; il
avoit long temps qu'il n'avoit paru rien
de fi parfait , que ces deux nobles Venitiens
; ils joignoient à une grande naiffance
beaucoup d'efprit , des figures
charmantes , & des biens confiderables ;
ils n'avoient rien à defirer.
y
Leurs maifons dans Venife fe joignoient,
& donnoient fur le grand Canal. Comme
elles leur venoient de leurs ancêtres ,
ils les avoient confervées. Ils auroient
crû qu'il y auroit eu une espece de honte
pour le premier qui auroit fongé à s'éloigner
de fon ennemi .
Peu de temps après le retour de Geronimo
D'A OUST 1723 .
259
nimo , & d'Anfelme , leurs familles fongerent
à les marier ; ils étoient en état
de choifir ils n'eurent pas de peine à
obtenir les deux meilleurs partis de tout
l'Etat Venitien : Ifore de l'ancienne Maifon
des Gradenigues fut accordée à Anfelme
Barbariguo , & Lucie Valiery
dont le pere étoit diftingué par la naiffance
, & par fes Ambaffades dans plufieurs.
Cours de l'Europe , fut promile à Geronimo
Bembo ; les nôces fe firent à peu
de jours près l'une de l'autre , avec beaucoup
de magnificence .
Ifore & Lucie étoient les plus belles
perfonnes de toute l'Italie , elles avoient
été élevées enfemble , Valiery ayant perdu
fa femme , s'étoit trouvé heureux
que la mere d'Ifore , qui étoit une perfonne
d'un grand merite , voulut bien fe
charger de l'éducation de fa fille , & de
l'élever avec la fienne ; ces deux jeunes
perfonnes n'avoient point le défaut fi ordinaire
à celles de leur fexe , leur beauté
& leur efprit ne leur avoit jamais infpiré
aucune jaloufie ; elles s'aimoient paffionnement
, elles furent au defeſpoir que le
hazardles fit entrer dans deux Maifons fi
défunies ; elles n'affifterent point aux mariages
l'une de l'autre ; elles fe ftereat
que quand elles auroient acquis quelque
credit fur les efprits de Geronimo & d'An-
C felme ,
260 LE MERCURE
felme , elles pourroient les reconcilier ,
elles furent fort affligées quand l'un &
l'autre exigerent qu'elles n'auroient nul
commerce enſemble : d'abord elles obéirent
, elles vouloient plaire à des maris
très -aimables , amoureux , & qu'elles commençoient
à aimer tendrement .
Ifore & Lucie joüirent quelque temps
du plaifir parfait d'aimer & d'être aimées,
fans avoir rien à fe reprocher ; il ne manquoit
à leur bonheur , que celui de ſe
voir ; malgré la promeffe qu'elles avoient
faites , elles recommencerent à fe parler
aux Eglifes , où elles alloient ; elles s'i
maginerent qu'il leur feroit plus feur &
aufi aifé de le voir chez elles , leurs maifons
fe joignant ; elles avoient chacune
un jardin qui avoit une porte dans une
rue détournée , elles tenterent ce moyen
qui leur réuffit ; & pendant quelque
temps elles profiterent des abfences ou
des occupations de leurs maris pour fe
voir ; le fujet le plus ordinaire de leurs
converfations étoit leurs paffions pour
Geronimo , & pour Anfelme ; elles goûtoient
le plaifir d'en être aimées uniqueinent
; elles convenoient que le moindre
partage de leurs coeurs troubleroit leur
bonheur ; elles ne croyoient pas être fi
prêt de connoître la jaloufie.
On étoit dans le Carnaval , Venife de
tout
D'AOUST 1723 . 261
8
tout temps l'a celebré avec plus de magnificence
qu'aucune Ville de l'Europe.
Les femmes d'Anfelme & de Geronimo
occupées de leurs devoirs ne prenoient
aucune part au divertiffement dela faifon ;
leurs maris comme de concert , voulurent
que du moins elles allaflent à un Bal en
mafque chez le Doge ; ils eurent áttention
de leur faire faire des habits magnifiques
& galans , les deux amies ne manquerent
pas de s'avertir de leurs maſcarades
, afin de fe reconnoître : Geronimo
& Anfelme , conduifirent eux -mêmes
Ifore & Lucie au Bal , accompagnées de
femmes à elles , enfuite ils fortirent , allerent
changer d'habits & revinrent au Bal ;
ils avoient tous deux bonne opinion de
leurs femmes mais ils étoient tous deux
Venitiens ; il ne faut point s'étonner qu'ils
penfaffent tous deux de même. Ils ne furent
point reconnus de celles dont ils
vouloient examiner la conduite , dans un
lieu quelquefois fi dangereux pour des
maris ; elles n'étoient cependant occupées
dans la foule des marques , qu'à démêler
chacune fon amie ; elles fe reconnurent
bien- tôt aux enfeignemens qu'elles
s'étoient données ; il y avoit plufieurs
jours qu'elles n'avoient eu d'occafion de
fe voir . Que l'on a de chofes à dire quand
la confiance eft entiere ! Lucie & Ifore
Cij furent
:
262 LE MERCURE
1
⚫ furent bien tôt ennuyées du Bal ; & tout
ce qui en fait le plaifir , pour les perfonnes
de leur âge , leur parut infuportable .
Pendant cette ffemblée , il y a des appartemens
où l'on joüe , nos deux Venitiennes
ne reconnoiffant point leurs maris
( quoiqu'ils fuffent fort près d'elles ) les
crurent occupez au jeu ; elles ne fongerent
qu'à trouver un endroit où elles puffent
s'entretenir en liberté : elles entrerent
dans un cabinet où l'on ne danfoit
point , Anfelme & Geronimo y entrerent
en même temps chacun avec la curiofité
de connoître le mafque qui parloit à fa
femme, quelques momens après on appor
ta des glaces , ces Dames fe démafquerent
, pour en prendre & firent voir ce
que la nature avoit produit de plus aimable
; Geronimo crut n'avoir jamais rien
vû qui pût égaler la beauté d'Ifore , &
Anfelme crut que rien dans le monde ne
pouvoit être comparé à celle de Lucie
il eft vrai que l'on n'avoit rien vû de plus
charmant , tout autre que des maris en
les voyant enfemble l'embarras du
choix auroit pû conſerver la liberté ; ils
ne la con'erverent ni l'un ni l'autre : ils
furent d'abord étonnez de n'avoir jamais
vû ' les perfonnes avec qui leurs femmes
s'entretenoients le plaifir qu'il leur parut
qu'elles avoient d'être enfemble leur fit
foupçonner la verité. Geroni-
; par
e ;
D'AOUST 1723. 263
Geronimo & Anfelme s'étoient mariez
fi peu de temps après leur retour de l'armée
, & les filles de condition à Venife
menent une vie fi retirée , qu'il n'étoit
pas furprenant qu'ils ne les euffent point
vies , leurs mariages avoient mis un fi
grand obftacle à les voir , que fans l'avanture
du Bal , ils auroient peut- être paffé
leur vie fans les connoître , ils s'approcherent
d'elles pour les admirer de plus
près ; dès qu'elles s'apperçûrent qu'elles
étoient regardées , elles rougirent , remirent
leurs mafques & repafferent dans
une autre chambre , leurs maris les fuivirent
, & les noms d'Ifore & de Lucie
qu'ils entendirent qu'elles le donnoient ,
fit croire à chacun d'eux que la beauté
qui les avoit enchantez étoit la femme de
fon ennemi mortel .
Cette circonftance n'arrêta point l'impreffion
qui commençoit à fe faire fur
leurs coeurs au contraire il étoit trèsnaturel
qu'ils imaginaffent qu'ils ne pou
voient prendre de plus douce vengeance
que celle de plaire à la femme l'un de
F'autre ; ils formerent tous deux ce deffein :
ils allerent reprendre leurs premiers habillemens
, revinrent au Bal , & en fortirent
avec lfore & Lucie ; elles quitterent
fans peine un plaifir qui leur avoit
très-fatiguant.
paru
Cij
An264
LE MERCURE
Anfelme & Geronimo rentrerent chez
eux , l'efprit occupé de la beauté qui les
avoit frapcz ; ils ne pafferent pas la nuit
tranquillement , ils s'abandonnerent au
penchant qui les entraînoit , ils ne laifferent
pas de craindre de grandes difficultez
à réuffir , ils devinrent inquiets & rêveurs
, leurs femmes s'en apperçurent ,
& tâcherent par leurs tendres empreffemens
de diffiper le chagrin qu'ils pouvoient
avoir ; elles les prefferent de leur
en découvrir le fujet ; c'étoit une confidence
qu'ils n'avoient nulle envie de
leur faire , tous deux ne s'occuperent
qu'à chercher les occafions de voir l'objet
de leurs nouvelles paffions ; mais Lucie
& Ifore fortoient fi peu de chez elles,
que le feuf endroit où ils les pouvoient
voir étoit les Eglifes . Depuis que les deux
amies fe voyoient l'une chez l'autre
elles n'alloient plus à la même , Geronimo
& Anfelme fe trouvoient à toutes
celles où elles alloient ; elles furent quelque
temps fans y faire attention ; mais
enfin l'affectation de fe mettre vis à vis
d'elles , de les regarder toûjours , de
fortir en même temps , les frappa ; elles
s'informerent de leurs noms , chacune
d'elles fut furprife d'apprendre que c'étoit
le mari de fa meilleure amie , &
l'ennemi de fon mari ; elles fçavoient l'une
D'AOUST 1723. 265
ne par l'autre , qu'ils avoient infiniment
d'efprit , elles les trouverent par leurs figures
très - dignes d'attacher pour toujours
leurs femmes ; mais ils ne purent
jamais leur inſpirer d'autres fentimens.

Cependant leurs amours augmentoient.
Je ne m'arrêterai point à conter tout ce
qu'ils firent pour l'apprendre à celles qui
le faifoient naître , ils trouverent des perfonnes
obligeantes qui fe chargerent de
leurs lettres , & de leurs declarations ,
Lucie & Ifore s'offenferent de ces meffages
, refuferent les premieres lettres , &
en reçûrent par la fubtilité de ces femmes
, qui trouverent le moyen , l'une de
la glifler dans la poche de Lucie , &
Ifore en trouva une fur fa toilette .
Ces deux amies fe voyoient plus rarement
qu'à l'ordinaire , leurs maris occupez
de leurs paffions , & n'efperant point
d'en trouver l'objet dans les affemblées ,
fe renfermoient fouvent chez eux ; ils
affuroient toûjours leurs femmes d'une
fidelité qu'ils avoient plus d'envie de leur
infpirer , que de leur garder ; elles les
aimoient trop , pour ne pas s'appercevoir
du changement qu'il y avoit dans leurs
coeurs ; elles en furent penetrées , & en
eurent plus d'envie de s'entretenir , ayant
cependant pris la réfolution qu'elles garderent
mal , de fe cacher l'une à l'autre ,
Ciiij
la
266 LE MERCURE
la conquête qu'elles avoient faite ; elles
croyoient que ce manque de confiance
leur coûteroit peu , elles n'étoient occupées
que de leur jaloufie ; elles ne douterent
point que le changement qu'elles
remarquoient dans les manieres de Geronimo
& d'Anfelme ne fut l'effet d'une
nouvelle paffion.
Un jour qu'elles fçurent qu'il y avoit
une affaire importante qui retiendroit
long- temps les Nobles au Senat , Ifore
écrivit à Lucie pour la prier de la venir
voir , & lui manda qu'elle étoit incommodée
, Lucie vola chez fon amie , cependant
elle ne pût s'empêcher en traverfant
le jardin d'Anfelme , de fentir
une petite repugnance à entrer dans la
maifon d'un homme qui faifoit l'amoureux
d'elle , fa vertu étoit auftere ; mais
l'envie de voir Ifore l'emporta fur cette
délicateffe .
>
Après que ces deux belles perfonnes fe
furent témoignées beaucoup d'amitié
& qu'elles fe furent plaintes réciproquement
du peu d'occafion qu'elles avoient
de fe voir , Lore dit à fa chere Lucie ;
c'eft apparemment parce que j'ai plus
d'envie que jamais de vous ouvrir mon
coeur , que le fort me refufe cette confo--
lation ; nos dernieres converſations ont
été fi courtes , & je defirois tant de me
tromper ,
D'A OUST 1723. 267
T
tromper , que je ne vous ai point avoiié
que je trouve un changement dans le
coeur d'Anfelme , qui me penetre de douleur
; vous fçavez que je faifois toute
ma felicité d'en être uniquement aimée ,
je n'ai point à me plaindre de fes manieres
, je croi qu'il m'aime encore ; mais
avec quelle difference ? Autrefois je lui
tenois lieu de tout , depuis quelque temps
il eft trifte , inquiet , il m'en cache la raifon.
Ce ne peut être qu'un nouvel amour,
file fujet de fon chagrin n'étoit pas une
offenſe pour moi , j'aurois du moins fa
confiance .
Lucie fentit bien qu'elle étoit la cauſe
innocente des inquiétudes de fon amie
elle crut qu'il étoit plus fage de la lu
cacher ; mais perfuadée qu'elle lui devoit
confidence pour confidence. Helas !
lui dit- elle en foupirant , croiriez - vous
qu'en faifant le recit de vos allarmes
vous m'avez peint tout ce que j'éprou
ve ? Quoi toutes deux mariées en même
temps , toutes deux adorées de nos maris,
ils changent tous deux en même temps ?
H faut qu'il y ait un terme pour la durée
de l'amour d'un mari ; Ifore l'interrompit,
en s'écriant, que je crains qu'Anfelme
ne foit aimé ! du moins vous êtes feure
que Geronimo ne fera point écouté ; qui
m'en répondra , dit Lucie ? moi , répon-
Cv dit
268 LE MERCURE
dit Ifore , en rougillant : ce mot échapé
malgré elle , ouvrit les yeux de Lucies
il ne leur fut plus poffible de fe cacher
qu'elles caufoient leurs malheurs mutuels
; leur tendreffe reciproque ne les
empêcha pas de reffentir des mouvemens
de jaloufie ; qu'elles fe trouverent belles
dans ce moment ! Après s'être fait une
confidence entiere , s'être montré les lettres
qu'elles avoient reçûës , & parlé
long- temps fur la bizarerie de leurs deftinées
, qui les choififfoit pour être Rivales.
Ifore moins timide que Lucie , & peutêtre
encore plus vive pour fon mari
imagina qu'il falloit feindre de répondre
à la paffion de leurs amans ; & après
quelque refiftance pour les mieux tromper
, confentir à leur donner un rendezvous
chez elles le même jour , qu'elles
n'auroient quelques heures auparavant
qu'à changer de maifon ; que rien ne
leur étoit plus aifé ; qu'elles étoient bien
feures qu'il n'arriveroit aucun contretemps
de la part de leurs maris ; un rendez
- vous fera la feureté de l'autre , ajoûta
Ifore ; je manderai à Geronimo , de
feindre d'aller à la campagne , vous ferez
la même chose à l'égard d'Anfelme ;
par là ils nous laifferont les maîtreffes
dans leurs maifons ; nous ferons tenir les
portes
D'A OUST 1723- 269
portes des jardins ouvertes , toutes l'attention
qu'il faudra que nous ayons , eft
de les faire venir à une heure differente,
crainte qu'ils ne fe rencontrent : nous aurons
le plaifir de convaincre de perfidie
des hommes , qui nous jurent tous les
jours une fidelité inviolable ; mais il faut
qu'ils ignorent à jamais que leurs avantures
font pareilles ; qu'Anfelme ne fçache
point que Geronimo eft amoureux de
moi , & que Geronimo n'apprenne jamais
qu'Anfelme l'eft de la belle Lucie ,
ne rendons point leur haine perfonnelle.
Ifore ceffa de parler ; Lucie eut quelque
peine à confentir à la propofition de
fon amie , cependant elle lui promit de
faire ce qu'elle voudroit ; elles conclurent
que du moins après l'éclairciffement
avec leurs maris , elles ne feroient plus
importunées d'un amour qu'elles ne vou
loient point écouter.
De fçavoir fi ce projet étoit bien ou
mal conceu , c'eft ce que je laiffe à décider
au Lecteur ; ce qui eft de feur , c'eſt
qu'il s'executa ; & qu'après avoir reçû
plus favorablement les meffages & les.
lettres de leurs amans ( où elles ne faifoient
cependant point de réponſes ) elles.
leur donnerent chacune un rendezvous
chez elles pour la nuit fuivante ;
les paroles furent portées par des femmes
C vj
છે.
270 LE MERCURE
à elles , à qui elles confierent la trompèrie
qu'elles préparoient à leurs maris .
à
propos ,
Geronimo & Anfelme feignirent d'aller
à la campagne , Lucie & Ifore ne
manquerent pas de paffer l'une chez l'autre
, quelques heures auparavant. Les confidentes
s'acquitterent bien de leurs commiffions
, ouvrirent les portes des jardins
introduifirent nos amans auprès
de leurs prétenduës maîtreffes ; ils fe
crûrent au comble du bonheur , l'amour
leur fit découvrir des charmes , qu'apparemment
l'Hymen leur avoit voilé ; il
manquoit une circonſtance à leur bonne
fortune , c'étoit le plaifir de voir celles
qu'ils aimoient ; ils fe plaignirent tous
deux de la précaution de n'avoir aucune
lumiere ; ils pardonnoient plus aifément
l'attention de parler extrêmement bas .
Ifore promit à Anfelme pour le premier
rendez- vous , une illumination , qui lui
feroit regretter l'obfcurité ; & Lucie dit
à Geronimo que la premiere fois qu'elle
le verroit , fa chambre feroit éclairée ,
peut- être plus qu'il ne voudroir ; ils ne
donnerent à ces mots d'autres interpretations
que la modeftie de ne fe pas croire
affez belles.
Les deux Venitiennes ne perdirent pas
l'occafion de parler d'elles mêmes à leurs
maris , en faifant les jaloufes de leurs
femmes ;
D'AOUST 1923. 278
3
femmes heureuſement pour tous quatre,
ils parlerent d'une maniere qu'Ifore &
Lucie n'eurent jamais de reproches à leur
faire ; ils avoient une amitié & une eftime
infinie pour elles ; c'étoit les plus
honnêtes hommes du monde .
Anfelme portoit au doigt une bague
qui étoit un cachet admirable , qu'Ifore
lui avoit donné ; elle lui demanda ce que
c'étoit , il la lui offrit ; après quelques
façons elle l'accepta , en l'affurant qu'elle
ne s'en ferviroit jamais que pour cacheter
les lettres qu'elle lui écriroit ; depuis
long- temps Lucie demandoit à Geronimo
fon portrait , elle fçavoit qu'il l'avoit retiré
ce jour là de chez le Peintre , elle
voulut voir s'il feroit capable de l'ôter à
fa femme pour le donner à fa maîtreffe ;;
elle lui témoigna qu'elle ne trouvoit riem
de plus aimable que d'avoir le portrait
de ce que l'on aime ; il lui dit qu'il étoit
ravi d'avoir le fien fur lui , fait pour por
ter au bras ; qu'il l'avoit deftiné à Lucie,
qu'il trouveroit aifément le moyen de lui
en faire faire un autre ; il fut transporté
de joye de cette marque de la paffion de
fa maîtreffe .
Lucie fut fi offenfée de ce facrifice ;
qu'elle parut cependant recevoir avec
plaifir , qu'elle dit à Geronimo qu'il étoit
temps qu'il s'en allât , il obéït avec peine,
Ifore
272 LE MERCURE
Ifore fâchée de tout l'amour qu'elle infpiroit
à fon mari , ne le laiffa pas auprès
d'elle auffi long- temps qu'il l'eut defiré ;
les confidentes étoient convenuës d'un
fignal , pour la fortie de nos amans , de
crainte qu'ils ne fe rencontraffent , tout
fe paffa heureuſement.
Geronimo & Anfelme regagnerent les
maiſons où ils devoient paffer le refte de
la nuit , fans évenement ; & charmez de
leurs bonnes fortunes , leurs femmes eurent
un grand empreffement de le voir le
lendemain : d'abord elles rougirent , pafferent
legerement fur l'amour que l'on
leur avoit témoigné ; enfuite elles fe plaignirent
, l'une d'avoir obtenu une bague
qui venoit d'elle , & l'autre un portrait
qui lui avoit été deſtiné . Elles convinrent
de fe découvrir au premier rendez - vous ;
il auroit été indigne d'elles de continuer
cette tromperie plus long - temps , elles
ne laifoient pas d'être inquietes du dénouement
; Lucie reprochoit à Ifore l'imprudence
où elle l'avoit embarquée , mais
elles fe raffeuroient fur la maniere dont
leurs maris leur avoient parlé d'ellesmêmes.
Les deux nobles Venitiens revinrent le
foir chez eux plus amoureux qu'ils n'en
étoient partis , uniquement occupez de
l'envie de revoir leurs maîtreffes , ils leur
écrivi-
"
D'AOUST 1723. 273
écrivirent , fe plaignirent du peu qu'avoit
duré les rendez- vous , & témoignerent
tant d'empreffement d'en obtenir un
autre, qu'il leur fut accordé 4. jours après .
Les mêmes précautions furent priſes
les deux Amans furent introduits dans les
appartemens d'Ifore & de Lucie , qu'ils
trouverent éclairez magnifiquement ; elles
s'étoient enfermées chacune dans un cabinet
, peut- être bien embarraffées du
difcours qu'elles tiendroient à des maris ,
qu'elles aimoient trop pour ne pas crain
dre de les fâcher ; quoiqu'elles fuffent
en droit de fe plaindre , il eft fouvent
dangereux de convaincre les hommes de
leur tort ; un évenement imprévû les tira
de cet embarras , les jetter
› pour
plus grand .
La fuite pour le mois prochain.
dans un
Jkjkjkjkjkjk
LETTRE de Madame Dubois de la
Pierre , à M. Damilly , fur une Cloche
dont ils devoient être le Parrain & la
Marraine.
ENáin , Monfieur , malgré ma vigilance
Et le refpect qui vous eſt dû ,
Le Fondeur de Cloche eft fondu ,
Je
274
LE
MERCURE
M
Je vois Saint-Martin qui s'avance ;
Si vous vous en allez au loin ,
Je perds ma plus chere efperance .
Helas ! vôtre bonté m'abandonne au beſoin
Permettez-moi de dire rage ,
Et de nommer le perfonnage.
Au défaut de la Cloche , il eft bon que tous deux
Changions l'objet du comperage ,
Pour lui donner des noms affreux ,
Et puis les noms donnez , fi l'on en croit mon
zele ,
Il faudra le pendre au lieu d'elle.
Réponse de M. Damilly.
Depuis un mois entier , que je cherche Apollon ,
Pour vous répondre en fon langage ,
Sur le délai de nôtre comperage ,
Point ne l'ai vu dans le facré vallon.
Point fur le Mont Sacré ,les Mufes font en peine,
S'il ne fait point quelque fredaine :
Je leur ai dit dans mon couroux ,
Le tour n'eft pas difcret , mais il eft d'un compere
Qui fonge à fon affaire ,
Je leur ai dit qu'il eft fouvent chez vous ,
Allez donc l'y trouver , m'a dit une des foeurs ,
Qui
D'A OUST 1723 275
Qui m'a paru n'être pas bête ;
Nous n'aimons point ces frequens tête àtête
Au lieu de vers on dit bien fouvent des douceurs
Nous fçavons qu'Apollon eut fouvent le coeur
tendre.
A cet avis loin de me rendre ,
Certain dépit jaloux m'a pris ,
Et courant en Chafleur les campagnes du Perche,
J'ai fini ma recherche ,
Et mis mes foins à calmer mes efprits.
Cependant point de vers ; mais plus calme au
jourd'hui ,
Je me fens le defir d'en faire ;
Soit qu'Apollon m'infpire pour vous plaire ,
que la Mufe agiffe malgré lui.
Soit
Parlons donc de l'enfant qui tarde tant à naître
C'est trop long-temps l'empêcher d'être,
Il ne demande qu'à venir ,
Qu'à remplir de fa voix , les valons & la plaine
Et d'avoir pour Marraine ,
Vous qui voulez avec moi le tenir.
Lui refufer cela feroit un mauvais tour >
Puis donc que le Fondeur
fon pere ,
Ne paroît point pour le couler en terre
EG
*276
LE MERCURE
Et ce faifant le mettre au jour.
Je fuis d'avis , pour moi , qu'on en choiſiſſe un
autre ,
e le vôtre , Plus prompt à fondre que
Le choix nous contentera tous ,
Bien plus qu'un nom en l'air , ou quelque vain
reproche ,
La Cloche fera Cloche ,
Et moi Parrain , Madame avecque vous.
#
REMARQUES de M. Moreau de
Mautour, fur l'explication d'une figure
gravée , & raportée dans le Mercure
de Mars dernier.
L
A République des Lettres doit fçávoir
gré à M. de la Font , Chanoine
à Narbonne , du deffein qu'il a de publier
une Hiftoire de l'origine & des
antiquitez de cette Ville. On en peut juger
favorablement par fon premier effai,
rapporté dans le Mercure de Mars dernier
, où il a expliqué une petite figure
antique d'Albâtre de fix pouces de hauteur
, qu'il attribue à Scipion Nafica , &
il tire les preuves & fes conjectures des
Hiftoriens
D'AOUST 1723. 277
T
Hiftoriens qui en ont parlé par rapport à
la Décffe de Peffinunte .
De ces Hiftoriens Tite- Live eft certainement
celui qui a décrit la choſe avec
le plus de détail , & fans rappeller ce qui
donna occafion au Senat de faire venir de
Phrygie à Rome , la Statuë de Cybele ,
on ne citera que ce qui a raport à Nafica .
Les Députez au nombre de cinq , que
le Senat envoya à Attalus , Roy de Phrygie
, pour lui demander la Statuë de la
Déeffe Idéenne , furent M. Valerius Lévinus
qui avoit été deux fois Conful , M.
Cecilius Metellus qui avoit été Preteur.
S. Sulpitius Galba qui avoit été Edile
& deux autres qui avoient été Queſteurs ;
fçavoir C. Tremellius Flaccus & M. Valerius
Falco . Ainfi l'on n'a pas dû propofer
d'alternative , en difant comme M. de la
Font , que cette figure doit être , ou celle
de l'un des Romains envoyez en Phrygie ,
ou celle de Scipion Nafica , qui fut chargé
, continue- t'il , de faire les honneurs
de l'entrée de la Déefle dans Rome , &
de la garder en dépôt dans fa maifon ,
jufqu'à ce qu'on lui ait élevé un Temple.
Ces dernieres circonftances ne paroiffent
pas entierement conformes au témoignage
de Tite- Live , & il eft neceffaire de rapporter
ce fait , de la maniere dont cet
Hiftorien le raconte , auquel on doit ajoûter
278
LE
MERCURE
ter plus de foy qu'à Florus & à Aurelius
Victor , citez par M. de la Font
beaucoup pofterieurs à Tite- Live ; qui vivoit
du temps d'Augufte & de Tibere.
Les Députez fe rendirent à Pergame
à la Cour du Roy Attalus qui les conduifit
dans la Ville de Pelfinunte , où il
leur livra une pierre fainte & facrée que
les habitans du pays appelloient la mere
des Dieux . Ces Députez la tranfporterent
dans l'un de leurs vaiffeaux , & Valerius
Falco , l'un d'eux , arriva le premier
dans Rome pour donner avis de
l'arrivée de la Déeffe. Ce fut alors qu'en
execution de l'Oracle de Delphes , que
les Députez avoient confulté dans leur
voyage , le Senat affemblé délibera fur
le choix du plus homme de bien qui fe
trouveroit dans Rome pour aller recevoir
la Déeffe. Il n'y avoit aucun Romain
dit Tite Live , qui ne préferât cet honneur
à toutes les Dignitez qui fe conferent
par les fuffrages du Senat & du
peuple. Qui vir optimus in civitate efft ,
veram certè victoriam ejus rei fibi quifque
mallet , quam ulla imperia , honorefve
Suffragia , feu patrum feu plebis delatos.
Enfin ce choix tomba fur Publius Cornelius
Scipio , furnommé Nafica . Surnom
ou efpece de fobriquet que porterent encore
trois de fes fucceffeurs.
Nafica
D'AOUST 1723 . 279
Nafica eut donc ordre d'aller à Oftie
au devant de la Déetfe , accompagné de
toutes les Dames Romaines , de la recevoir
entre les mains à la fortie du Vaiffeau
, & lorfqu'il l'auroit pofée à terre ,
de la remettre entre celles des Dames.
Ainfi lorſque le Vaiffeau fut arrivé à l'embouchure
du Tibre , Nafica fenit dans
un Efquif , & fuivant l'ordre qu'il avoit
reçû , il alla prendre la Décffe des mains
des Prêtres , la porta fur le rivage , & la
remit aux Dames les plus confiderables
de la Ville ; elles fe la donnerent fucceffivement
de main en main l'une à l'autre
pour la tranfporter jufqu'à Rome , où
elle fut dépotée , non dans la maiſon de
Nafica , mais dans le Temple de la Victoire
, fitué fur le Mont Palatin , juſqu'à
ce qu'on lui eut élevé un Temple particu
lier , lequel fut dédié & confacré treize
ans après par M. Junius Brutus.
Nafica étoit fils de Cneius Cornelius
Scipio , furnommé Calvus , qui fot Conful
en l'an de Rome 532. & mourut en
Elpagne au fervice de la République ,
ainfi que fon fuere Publius Cornelius ,
pere des deux Scipion , l'Affricain , &
I'Afiat que. Ainfi N.fica contemporain ,
& coufin germain de ceux- ci , étoit à la
verité jeune , lorsque le Senat fit choix
de lui , pour aller recevoir la Déeffe de
Peffinunte,
280 LE MERCURE
Peffinunte. Mais il eft à remarquer qu'il
étoit déja dans l'âge viril , & c'eft cette
principale circonſtance
que n'a pas obfervé
le Sculpteur de la figure, Adolefcentem
nondum Queftorium , dit Tie- Live , judicaverunt
in tota civitate virum optimùm
effe. Les enfans Romains , fur- tout ceux
de race illuftre & Patricienne , confer
voient leurs cheveux tandis qu'ils étoient
Pretextati , c'est- à - dire, pendant l'adolefcence
, & avant l'âge de puberté , ce qui
duroit jufqu'à l'âge de 17. ans , au rapport
d'Aulugelle , liv . 1o . ch . 28. auquel
temps ils quittoient la Pretexte pour prendre
la robe virile ; ils quittoient en même
temps la chevelure , & ils avoient la
tête rafe, ou les cheveux très- courts , ain-.
que le pratiquoient tous les autres Ro- fi
mains.
Comment donc pouvoir concilier cette
figure de Nafica , ayant une longue chevelure
, avec le temps auquel le Senat le
choifit comme le plus homme de bien
de la Ville. Il étoit , nondum Quaftorius ,
c'est-à- dire , qu'il approchoit du temps
requis par les loix pour obtenir la Quefture.
Or cette dignité étoit le premier
dégré de la Magiftrature chez les Romains
pour parvenir aux autres honneurs
de la République & au Confulat. L'on
ne pouvoit requerir cette premiere dignité
D'A OUST 1723. 281
gnité de Quefteur qu'après l'âge de 27.
ans accomplis. Ainfi l'on doit juger que
Nafica avoit au moins 25. ou 26. ans
·lorfqu'il fut choisi par le Senat. Autrement
avant l'âge de puberté , & audeffous
de 17. ans , auroit t'on préſumé
qu'il eut acquis cette haute réputation de
vertu , & de fageffe qui ne s'acquiert
ordinairement que par l'experience , &
dans la maturité de l'âge,
34.
les
La nudité de cette figure forme encore
une autre difficulté. Car fuivant le
témoignage de Pline , liv.
ch. 5.
Statues en general , érigées à l'honneur
des grands hommes , fur- tout des Philofophes
& des Magiftrats , étant repreſentées
avec de longues robbes , Togata effi
gies antiquitus dicabantur. Telles font
les Statues antiques des Confuls & des
Senateurs que le temps nous a confer
vées. Mais de la coutume ancienne obfervée
dans la Grece , où les jeunes Athletes
combattoient & s'exerçoient tout nuds
dans les Gymnafes , fut établie celle de
reprefenter les Statuës nuës. Græcus mos
eft nihil velare. Telles on voit encore
dans Rome , fculptées par des Grecs
les Statuës antiques de Laocoon , & d'Antinous
au Vatican , de l'Apollon de Belveder
d'Hercules du Palais Farnefe
d'Alexandre par Phidias & Praxitele , &
و
>
>
nom182
LE MERCURE
nombre d'autres . Au contraire les Sculp
teurs Romains couvroient leurs Statues ,
fur - tout celles des grands Capitaines ,
d'un habit militaire , c'eft- à - dire , d'une
Cuiraffe , ou d'une Cotte- d'Armes , At
Contrà Romanus ac militaris Thoracas adder
. En effet, Cefar étant Dictateur voukut
que la Statue qu'on leur érigea dans
la grande place de Rome , fut reprefentée
de cette maniere. Cafar quidem Dictator
loricatam ftatuam fibi dicari in foro paffus
eft . Et pour citer un exemple plus
ancien du temps même de Nafica , & dans
fa propre famille , c'est que au raport de
Valere Maxime , Liv . 3. ch. 6. Lucius
Cornelius Scipio l'Afiatique , coufin de
Nafica , & qui fut Conful l'an de Rome
$60. voulut que fa Statue placée dans le
Capitole , & que l'on y voyoit encore du
temps de Valere Maxime , fut repreſentée
avec un habit militaire , & la chauffure
à la Romaine. Lucii Scipionis Statuam
chlamidatam & crepidatam in Capitolio
cernimus quo habitu videlicet quia
ufus erat , effigiem fuam formatam poni
voluit.
(
Il y a lieu de croire que les Romains
voulurent faire le même honneur à Nafica
qui s'étoit rendu recommandable par
plufieurs exploits , tant en Italie qu'en
Efpagne , & dans la Gaule Cifalpine ; car
مل i
D'A OUST 1723. 283
il demanda à triompher dans Rome des
Boiens , peuples originaires de la Gaule
Celtique, & qu'il avoit foumis . Il trouva,
à la verité, quelque réfiftance de la par
de Sempronius Blæfus , Tribun du peuple
; mais dans la réponſe que lui fit
Nafica en plein Senat, pour perfifter dans
fa demande , il rappella le fouvenir de
l'honneur que le Senat lui avoit fait dans
fa jeuneffe , & conclut fon difcours par
dire , ' qu'il croyoit avoir acquis allez de
gloire pour toute la vie , dans la journée
que le Senat l'ayant jugé le plus homme
de bien de la Ville , l'avoit choifi
pour
aller recevoir la Statuë de la mere des
Dieux , & quand bien même on n'ajoûteroit
à ce titre fi glorieux , ni le Confulat
, ni le triomphe ; la Statuë , dit- il ,
en parlant de lui- même , de Publius Scipio
Nafica , en feroit affez confiderable ,
& affez illuftrée. Hoc titule & fi nec Confulatus
nec triomphus addatur, fatis honef
tam honoratamque Publii Scipionis Nafica
hinc imaginem fore , Tite- Live , Liv. 36.
Ainfi en memoire d'un fait ſi éclatant ,
& fi connu dans l'antiquité , un Sculpteur
Grec , Gaulois , ou autre même à
Narbonne , aura pû reprefenter Nafica
dans une petite figure femblable à celles
que les Latins nommoient Signa . Les
anciens les confervoient dans leur Ora-
D toire ,
284
LE
MERCURE
toire , nommé Lararium , avec celles de
leurs Divinitez ou de leurs Heros qu'ils
reveroient. C'eft ainfi que Lampridius
rapporte dans la vie d'Alexandre Severe ,
que cet Empereur confervoit dans fon
cabinet ou Laraire , les figures de Jefus-
Chrift , d'Abraham , d'Apollonius &
d'Orphée , parmi celles de fes ancêtres.
In quo divos principes fed optimos electos
& animas fanétiores hujufcemodi Deos
habebat ac majorum effigies . Mais le
Sculpteur de la figure en queftion , auroit-
il eu pour modele quelque Statuë de
Nafica , fait à Rome ou ailleurs ? A
quoi il y a peu d'apparence après ce que
l'on vient de rapporter , ou l'aura- t'il faite
d'imagination ? auquel cas il aura mal
obfervé les convenances . Il eft vrai que
M. de la Font a crû que la petite figure
gravée fur la piece portée par Nafica
étoit celle de Cybelle , & c'eft ce qui
rend fon opinion vrai - femblable.
S'il faut encore avoir égard aux proportions
, on verra que cette figure de
Nafica , ayant fix pouces de hauteur , &
la pierre attribuée à Cybelle , ayant quatre
pouces , en fuppléant à ce qui paroît
avoir été rompu par le bout , il s'enfuivra
que cette pierre facrée venuë de Peffinunte
, brutte & informe , telle qu'elle eft
déterminée par Ovide , & par Arnobe ,
aura
D'AOUST 1723. 285
aura eu de hauteur les deux tiers de celle
d'un homme. Or comment imaginer que
les Dames Romaines auront pû porter de
main en main une pierre fi longue & fi
lourde , qui aura eu de hauteur les deux
tiers de celle de leur taille .
Après tout , malgré l'explication ingenieufe
de M. de la Font , dont l'on ne
peut trop louer l'érudition , les raifons de
douter que l'on vient de rapporter , &
quitombent fur le Sculpteur feul , c'eſt- àdire,
l'âge marqué dans la figure, les longs
cheveux , la nudité , les défauts de convenance
& de proportions , ont fans doute
déterminé le fçavant Dom Bernard de
Montfaucon , dans le fupplement de fes
Antiquitez , où il a donné une Eftampe
de cette même figure , de ne la mettre
qu'au rang des genies en Getabal , fans
aucune explication.
學豐
Dij
A
286 LE MERCURE
A Mademoiselle de Montecler , * pour le
jour de fa Fête. Bouquet.
J
Eune merveille de nos jours ,
Je craindrois de vous faire outrage ,
En vous offrant des fleurs , vous en avez toûjours
Qui naiffent fur vôtre visage.
Pour vous former l'ame & le corps ,
Le Ciel épuifa fes Tréfors.
Jupiter au berceau vous donna la Nobleſſe ,
Plutus ajoûta la richeffe ,
Venus fur vôtre front répandit fes appas ,
Comus prit foin de compofer vos pas ,
Et fit voltiger fur vos traces ,
Les jeux , les charmes & les graces.
De tous les coeurs noble lien ,
Ornement des lieux où nous fommes ,
Que pourroient vous donner les hommes ,
Si les Dieux mêmes n'ont plus rien ?
* La Maiſon de Montecler eft une des plus
illuftres , des plus riches de la Baffe Normandie.
La Demoiselle âgée de 18 , ans ,
fille unique , en eft heritiere .
Il
D'AOUST 1723 287
Il ne vous manque qu'une chofe ,
Pour voir vos charmes accomplis
Le dirai-je , charmante Roſe ?
C'eſt l'affortiment d'un beau Lys.
De Caën le 10. Juin 1723 .
MEDAILLES d'Or , & Urnes
antiques , nouvellement trouvées en
Languedoc.
Ous n'avons jamais pensé que le
N prétendu tombeau trouvé à Pignan
en Languedoc , avec des Medailles d'Or
de l'Empereur Adrien & deux Urnes ,
fut le tombeau de cet Empereur , n'ignorant
pas que quoique Adrien foit venu
dans les Gaules ; il eft certain qu'il eft
mort en Italie & à Bayes , felon la plûpart
des Hiftoriens . Rien n'eft d'ailleurs
plus connu que le fameux tombeau , où
le Maufolée d'Adrien à Rome , Moles
Adriani , fur les ruines duquel eft bâti
le Château S. Ange . Auffi la premiere
nouvelle qui nous eft venue là- deffus
n'étoit elle pas exacte . Une Lettre polterieure
, écrite de Nimes le 20. Juillet
dernier , par une perfonne mieux in-
Diij ftruite ,
+
"
288 LE MERCURE
ftruite , & éclairée , nous donne lieu de
rectifier ce qui concerne cette découverte
en voici le précis. La veille de la
Pentecôte un Payfan du lieu de Pignan
éloigné d'une lieuë & demie de Montpellier
, trouva en travaillant dans une
vigne , une Medaille d'Or , & s'étant
vanté de cette trouvaille , plufieurs habitans
allerent le lendemain chercher
dans la même vigne , & trouverent en
creufant environ un demi -pied , quinze
Medailles d'Or. Le proprietaire en ayant
été averti , il fit travailler lui -même en fa
prefence , & on découvrit deux Urnes
de differente grandeur. La plus confiderable
peut avoir cinq pieds de diametre ,
& autant de hauteur , l'autre eft d'un tiers
plus petites elles étoient l'une & l'autre
remplies de terre , & il n'y a aucun apparence
, que les Medailles dont on vient
de parler , fuffent dans ces Urnes , dont
l'une étoit même parfaitement bien couverte
d'une pierre taillée exprès. La matiere
dont elles font faites ne differe pas
de beaucoup de celle de nos briques , à
cela près , que de petits cailloux de riviere
broyez , qui y ont été employez , les
rendent plus folides. On n'a point trouvé
de tombeau , & les Medailles d'Or
trouvées au nombre de vingt- quatre , ou
vingt- cinq , qui font venues à la connoiffance
1
D'AOUST 1723
289
و
pefance
du fçavant , qui nous fait l'honneur
de nous écrire , & à qui nous fommes
très- obligez , avec tout le public , de fon
attention , ne défignent rien pour l'Empereur
Adrien. Il n'y en a même qu'une
de cer Empereur. Il y en a plufieurs de
Trajan , de Domition , de Vefpafien
de Tite , de Neron , & une feule de Nerva.
Elles ont toutes été vendues à des
curieux . M. de Mandajors en a neuf ou
dix , M. le Prefident Daigrefeuille de
Montpellier en a eu cinq , & c . elles
fent chacune vingt-fept à vingt-huit livres
de valeur en Or . On nefçauroit au reſte
guere faire de raifonnement jufte là deffus .
On fçait feulement dans le pays , qu'une
ancienne petite Ville appellée Hautemurs,
& dont il ne reste prefque plus de veftiges
, n'eft pas à plus d'un quart de lieuët
de la vigne , & un monceau très - confiderable
de pierre fait préfumer qu'il y avoit
là autrefois un Château , ou une grande
maiſon , auprès de laquelle paffoit un chemin
, qu'on voit encore , nommé le chemin
Salinier , par où on portoit dans
toutes les Cevenes , & aux environs le Sel
qu'on venoit débarquer de fur la riviere
de Mauffon. On ne peut pas dire non
plus bien au jufte à quoi fervoient les
Urnes en queſtions , à moins qu'une petite
cueilliere de forme d'un poëlon ,
D iiij
trou290
LE MERCURE
trouvée dans la grande Urne , ne faffe
préfumer qu'elles étoient employées aux
facrifices du Paganifme. Il ne faut pas
oublier de dire que M. Henry de Bachi,
Marquis du Caila , pere de M. le Comte
du Caila , Brigadier des Armées du Roy,
& Meftre de Camp du Regiment de la
Reine , Cavalerie , eft Seigneur du lieu
où l'on a fait çette découverte.
Il nous refte à prier les perfonnes qui
ont acquis les Medailles en queftion , de
vouloir bien nous en envoyer la defcription
, fur tout des revers , qui peuvent
avoir quelque chofe de fingulier , fans oublier
de marquer exactement les Legendes.
Si on pouvoit nous envoyer en même
temps un deffein de l'une des Urnes
& de la cueilliere nous en profiterions ,
pour en faire part au monde Antiquaire .
RONDE A U.
E mon Minon veux faire le tableau ,
DE
Befoin feroit d'un excellent pinceau ,
Pour crayonner fi grande gentilleffe ,
Attraits fi fins , fi mignarde ſoupleſſe ,
Mais , las ! ne fuis que chetif Poëtereau.
Diraj
D'A OUST 1723> 291
Dirai pourtant qu'il n'eft rien de fi beau ,
Que Cupidon , tant joli jouvenceau ,
Pas n'a l'efprit , ne la délicateffe
De mon Minon.
Que fiJupin fe changeoit de nouveau ,
Plus ne feroit Serpent , Cygne , ou Taureau ;
Mais pour toucher quelque gente maîtreffe ,
Se dépouillant de fa divine eſpecè ,
Revêtiroit la figure & la peau ,
De mon Minon.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure , le 20. Juillet dernier.
O
N eft , Meffieurs , bien redevable
à M. le Maître d'Ecole d'Aplincourt
d'avoir trouvé une nouvelle maniere
de mettre en oeuvre les Bouts- rimez
, dont vous avez donné l'effai dans
vôtre Mercure du mois de May dernier..
Une telle découverte ne manquera pas de
faire prendre la plume à bien des Poëtes,
puifque je n'ai pu m'empêcher , moi qui
ne le fuis point du tout , de me livrer å
la nouveauté. J'ai changé le fujer & la
Dv mefure
292 LE MERCURE
meſure des vers , peut- être aurois-je cu
plus de peine à remplir mon Sonnet , fi
j'avois travaillé dans le goût de Noftradamus
; mais j'efpere qu'on me pardonnera
de n'avoir pas fuivi en cela mon original.
Ceux au refte qui n'ont jamais oui
parler de la cabale pourront trouver de
l'obfcurité & du vuide , & même de la
fechereffe dans quelqu'un de mes vers
mais je n'avois que quatorze lignes à
remplir , & gêné par les deux bouts , je
n'ai pû m'expliquer davantage fur les
myfteres fecrets , & les operations Arithmetiques
qui font comme la baze de cette
fcience frivole. Je ne ferai point jaloux
qu'un autre réüffiffe mieux , pourvû que
ma petite befogne donne de l'émulation ,
c'eft tout ce que je fouhaite , & de pouvoir
vous marquer que j'ai l'honneur
d'être , Meffieurs , vôtre & c .
MMMMMMMMY KKKKKKKKK
SONNET contre la Cabale.
Cabale &vanité pour moi font fynonimes ,
Tribut ne te rendrai , j'en jure de bon coeur,
Exhale où tu voudras ton fyftême enchanteur ,
Salut t'eft refufé , cours au fond des abîmes.
Dedale
D'AOUST 1723. 293
Dedale perilleux de chimeres fublimes ,
But trop éblouifant , où l'on tend fans honneur,
Intervale contraire au fouverain bonheur ,
Belzebut t'a formé , tu lui dois tes victimes.
Paradoxe inoui , ton credit eft perdu ,
Equinoxa plutôt en Janvier feroit vû ,
Numero , Talismans , rien ne nous en impofe,
Sape à ton gré , maudis l'ordre de l'Univers ,
Pape toûjours conftant à tes erreurs s'oppofe ,
Zero fera le prix de ton oeuvre pervers .
Bouts-rimez à remplir.
Ságe
Micmac
Trictrac
Cage

Age
Sác
Almanach ,
D vj
Village.
Ail,
294 LE MERCURE
Ail,
Evantail ,
Oreille.
Fourmy ,
Bouteille ,
Amy.
PREMIERE ENIGME.
PReque
Refque toûjours en l'air du matin juſqu'au foir,
Avec gens qui fe chantent poüilles ,
Leur bruit & celui des Grenouilles
Paffent fouvent Féclat qui vient de mon pouvoir,
*
Dans mes peines toûjours cruelles ,
"
Je fais verfer beaucoup de pleurs
Dont j'arrofe fouvent des fleurs ,
Tantôt vieilles , tantôt nouvelles..
SECONDE ENIGME .
N
Ous fommes deux freres égaux ,
Nez fans aucune difference ,
Nous avons tant de reffemblance ,
Qu'on
D'A O UST 1723. 295
Qu'on peut en nous voyant nous appeller ju
meaux ,
Certains inftrumens pas trop beaux ,
Arrachent toute la ſubſtance
De nôtre mere en fa naiſſance
Qui pour nous enfanter endure tous ces maux.
Quand nous commençons à paroître
Elle a fouffert , & ceffé d'être.
TROISIEME ENIGME.
S
Ans être corps je fuis vifible ,
Impalpable fans être efprit ,
Avec l'un de ces deux je fuis incompatible-
Sans l'autre je fuis moins qu'un zero par écrit
Malgré tout mon néant je paſſe l'induſtrie ,
Du . Peintre le plus accompli ,
Il n'eft fous le Soleil rien que je ne copie ,
Quelquefois affez bien , quelquefois à demie
Suivant l'originalqui me fert de partie ;
Mais voici le plus furprenant ,
Ces portraits la plupart quoique privez de vie
Se meuvent naturellement.
On doit expliquer les trois Enigmes du
mois
296 LE MERCURE
mois de Juillet , par le Vin , la Mufette
une Lettre.
CHANSON.
Hilis viens voir naître le jour ,
PHilis
Viens écouter le doux ramage ,
Des oiſeaux
que
le tendre amour ,
Tient éveillez fous cet ombrage.
Viens voir nos troupeaux bondiffans ,
Suivre les tranfports innocens ,
Dont l'inſtinct leur apprend l'uſage ,
Tout en ces lieux
Peint à tes yeux
Les biens qu'offrent
tour à tour
La nature & l'amour
NOU
Duo .
21
Phil
* 2 .
Phil
ramage, des oi.....
X

seauage. Viens voir nos troup:

D'AOUST 1723 : 297
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & c.
DELE DE PONTHIEU , nouvelle
E Hiftorique , à Paris , chez N. Pif-
Jot, Quay des Auguftins , à la defcente
du Pont- neuf 1723. vol . in 12. de 326.-
pages , fans l'Epître à la Ducheffe de la
Ferté , & l'Avertiffement.
Cette nouvelle eft de l'Auteur de la
Comteffe de Vergi , à laquelle on a fait
un accüel fi favorable. Il promit pour
lors de ne plus rien donner au public , on
lui a obligation de n'avoir pas tenu fa
parole.
LA VIE du venerable Frere Fiacre 3.
Auguftin Déchauffé , contenant plufieurs
traits d'Hiftoire & faits remarquables
arrivez fous les Regnes de Louis XIII .
& Louis XIV. à Paris , Place de Sor
bonne , chez R. M. d'Expilly 1722. in:
12. de 375. pages .
MEMOIRES de l'Académie Royale
des Sciences , année 1718. A Paris , de
l'Imprimerie Royale 1723. in 4 ° de 400 .
pages ,
>
S
198 MERCURE LE
L
pages , fans compter grand nombre de
Planches & de Cartes.
<
INSTRUCTION A LA PHILOSOPHIE
, ou de la connoiffance de Dieu &
de foy-même. A Paris , Place de Sorbonne
, chez André Cailleau , R. M.
Efpilly , D. Horthemels & G. Amaulry
1722. in 12. de 400. pages.
RECHERCHES HISTORIQUES de
l'Ordre du S. Elprit , 2 vol. in 12. Tome
I. par M. du Chefne 466. p. Tome II.
par M. Haudicquer , 460. pages , nouvelle
Edition .
RELATION HISTORIQUE de tout
ce qui s'eſt pallé à Marseille pendant la
derniere Pefte , in 12. de 472. pages.
Lyon , chez Duplain , ruë Merciere.
DES ORATEURS ; fçavoir , fi les
Modernes lont inferieurs aux Anciens
& pourquoi. DIALOGUE attribué par
quelques- uns à Tacite , & par quelques
autres à Quintilien . Traduit par
M. Morabin.
A Paris , chez F. Fournier , ruë
S. Jacques 1722. pp. 266.
DESCRIPTION Hiftorique & Geographique
de la France , Ancienne &
ModerD'A
OUST 17237 299
Moderne , enrichie de plufieurs Cartes
Geographiques , in fol . 2. Parties de plus
de 600. pages 1722 .
HISTOIRE de l'Académie de Bologne
, in 8 ° 3. vol. A Amfterdam , chez
Pierre Humbert.
ENTRETIENS des Ombres fur divers
fujets d'Hiftoire , de Politique & de Morale
, in 8 ° 2. vol . Amfterdam , chez
Herman Vytvverf.
SERIES NUMIS MATUM antiquorum
tam Græcorum , quàm Romanorum ,
& c. Suite des Medailles , des Pierres gravées
, des Statues , & des autres Monumens
antiques , qui font dans le Cabinet
du Baron de Craffier. A Liege , chez G.
Barnabé 1721. in 12. de 360. pages.
BIBLIOTHEQUE
GERMANIQUE , οι
Hiftoire Litteraire d'Allemagne , in 8° 5
vol. A Amfterdam , chez Pierre Humbert.
2
REFLEXIONS fur l'Hiftoire des Juifs,
& c. 2. vol. grand in 12. A Geneve
chez Fabri & Barillot, & fe vend à Paris,
chez Et. Ganean , ruë S. Jacques.
HISTOIRE des Curiofitez de la Mer
des
200 LE MERCURE
des Indes , 2. vol . in fol . A Amfterdam
chez L. Renard , avec figures.
Fran . Changuion , Libraire à Amfterdam
, imprime actuellement les Oeuvres
diverfes de M. de Segrais , qui contiennent
les Memoires Anecdotes , touchant
la Cour & les Gens de Lettres de fon
temps , 2. vol. in 80.
Le même Libraire imprime auffi le Babillard
, traduit de l'Anglois de Mrs Stecle
& Addiffon , 4. vol . in 12. & la Bibliotheque
des Dames , troifiéme volume.
EXAMEN d'une partie de la Differtation
de l'Abbé de Vertot , & c. par M.
Rival , Chapelain du Roy de la Grande
Bretagne. A Londres 1723. in 12. de
130. pages .
LA LANTERNE MAGIQUE , ou le
Mififfipi du Diable , Comedie . A la
Haye , chez Mathieu Roguet.
Suite des Medailles , reprefentant diverfes
Perfonnes illuftres dans les Sciences
& dans les Arts , qui ont vêcu en
France , la plupart fous le Regne de
Louis XIV. Dédiées à S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans.
Louis XIV. Roy de France & de
Navarre ,
D'A OUST 1723 301
Navarre , Protecteur des Sciences & des
Arts , mort en
en
Monfieur le Duc d'Orleans.
1715
1604
Le Cardinal d'Offat , mort en
Papyre Maffon , Hiftoriographe , mort
1611
Achilles de Harlay , Premier Prefident
au Parlement de Paris 1616
Jacques Augufte de Thou , Prefident
au Parlement de Paris , Hiftorien. 1617
Scevole de Sainte Marthe , Prefident
& Treforier de France.
François Malherbe , Poëte.
Jacques Calot , Graveur.
1623
1628
1635
Nicolas Claude Fabri de Peireſc
Confeiller au Parlement de Provence
1637
Maximilien de Bethune , Duc de Sully.
Pair , Maréchal de France , & Grand-
Maître de l'Artillerie. 1641
Armand-Jean Dupleffis , Cardinal Duc
1644 'de Richelieu ,
Jean de Gaffion , Maréchal de France.
1647
Vincent Voiture , de l'Académie Fransoife.
1648
René Descartes , Philofophe. 1650
Jacques Sirmond , Jefuite. 1651
Denys Petau , Jefuite .. 1652
Pierre Gaffendi , Philofophe.
1653
Jean-Louis Guez , fieur de Balzac ,
de
302 LE MERCURE
de l'Académie Françoiſe. 1654
David Blondel , Profeffeur en Theologie
& Hiftorien. 1655
Euftache le Sueur , Peintre. 1655
Pomponne de Belliévre , Premier Prefident
au Parlement de Paris. 1657
Jean- François Sarrazin , de l'Académie
Françoife. 1657
Antoine le Maître , Confeiller d'Etat.
1658
Abraham de Fabert , Maréchal de
France.
ris.
1662
Pierre de Marca , Archevêque de Pa-
1662
Blaiſe Paſcal , Philofophe. 1662
Blaife - François , Comte de Pagan , Ingenieur
.
Nicolas Pouffin , Peintre.
1665
1665
Henry de Lorraine , Comte d'Harcourt
, Grand Ecuyer de France , mort
en 1666
François Manfart , Architecte. 1666
Jacques Sarrazin , Peintre & Sculpteur.
1666
Samuel Bochard , Profeffeur ès Langues
Orientales.
ce.
1667
Pierre Seguier , Chancellier de Fran-
1672
Antoine Godeau , Evêque de Vence ,
de l'Académie Françoife , Poëte & Hiftorien
.
1672
JeanD'AOUST
1723. 303
Jean-Baptifte Poquelin de Moliere ,
Poëte & Comedien.
1573
Le Vicomte de Turenne , Maréchal
de France. 1675
Jean Varin , Conducteur & Graveur
General des Monnoyes de France . 1675
Hadrien Valois , Hiftoriographe du
Roy. 1676
Guillaume de Lamoignon , Premier
Prefident au Parlement de Paris.
Claude Ballin , Orfévre.
1677
1678
Robert Nanteuil , Graveur. 1678
Olivier Patru , Avocat & Doyen de
l'Académie Françoiſe.
tat.
1681
Jean- Baptifte Colbert , Miniftre d'E-
1683
Pierre Corneille de l'Académie Fran-
1684 çoiſe , Poëte.
Louis de Bourbon , Prince de Condé.
1687
1687
Jean-Baptifte Lully , Surintendant de
la Mufique du Roy.
Jean- Claude , Miniftre de l'Eglife
de Charenton . 1687
Abraham Duquesne , Vice- Amiral de
France. 1688
1688
Philippes Quinault , de l'Académie.
Françoife , Poëte.
Charles le Brun , Peintre. 1690
Jean de la Quintinie , Intendant des
Jardins du Roy.
1690
Ilmaël
304 LE MERCURE
Ifmaël Bouilleau , Aftronome. 1691
1692
Jean de la Fontaine , de l'Académie
Françoife , Poëte.
Gilles Mefnage , de l'Académie de la
1692 Crufca .
Madame des Houlieres ( Antoinette
de la Garde ) Poëte. 1694
Antoine Arnaud , Docteur de Sorbonne.
1694
François- Henry de Montmorency ,
Duc de Luxembourg & de Piney , Maréchal
de France.
Jean Racine , de l'Académie Fran-
1695
1699 çoiſe , Poëte.
Pierre Bayle , Profeffeur en Philofophe
à Sedan . 1706
Efprit Flechier , Evêque de Nimes ,
de l'Académie Françoiſe. 1710
Nicolas Boileau Defpreaux , de l'Académie
Françoiſe , Poëte. 1711
1714
Jacques de Tourreil , de l'Académie
Françoife.
François de Salignac de la Mothe Fenelon
, Archevêque Duc de Cambray
de l'Académie Françoife . 1715
Nicolas Mallebranche , Prêtre de l'Oratoire.
1715
Louis Elie Dupin , Docteur de Sorbonne.
1719
>
Marc-René de Voyer de Paulmy
Marquis d'Argenfon , Garde des Sceaux
de
D'A OUST 1723. 305
de France , &c. de l'Académie Françoiſe.
1727
Ces Medailles font au nombre de 67.
y compris celles de Louis XIV . & celle
de Monfieur le Duc d'Orleans .
Elles reprefentent les perfonnes illuftres
, dont le Catalogue eft cy-deffus rangé
fuivant l'ordre des temps de leur
mort.
On ofe affurer que les connoiffeurs feront
fatisfaits de la Gravure , & que l'on
trouvera une parfaite reffemblance avec
les portraits que l'on a de ces illuftres .
Pour parvenir à cette reffemblance , on
s'eft fouvent fervi des Gravures qui fe
trouvent dans le Recueil des Eloges des
hommes illuftres , par M. Perrault , &
enfuite des meilleurs Portraits , tant
peints que gravez que l'on a pû trouver.
Pour Revers on a mis à celle de Louis
XIV. la figure de l'Hiftoire , affife fur
un Globe , & le temps qui lui dicte les
grandes actions de ce Prince , & à côté
un focle , fur lequel eft pofé un obelifque
, dont le fommet fe perd dans la bordure
;
monument
que le temps & l'Hiftoire
lui élevent , pour rendre immortels
fes faits Heroïques.
Tous les Revers des autres Medailles
reprefentent une Urne Sepulcrale , furmontée
d'un Fronton , orné d'une Couronne
306 LE MERCURE
-
ronne de Lauriers . De chaque côté de ce
Fronton eft affis un genie ; l'un pleurant
la mort des perfonnes illuftres , & l'autre
defignant par fa Trompette dans une
main , & par une Palme dans l'autre
que leur Renommée les rend en quelque
façon immortels . Sur le Piedestal de
l'Urne Sepulcrale , eft écrit la qualité ou
la fcience que poffedoit l'Illuftre , reprefenté
fur la Medaille , & fur la derniere
ligne l'année de fa mort.
Le nombre des perfonnes Illuftres qui
ont brillé en France pendant le dix - feptiéme
fiecle , & ce qui s'est écoulé du
dix- huitiéme eft fi confiderable que l'Auteur
n'a pû en reprefenter encore qu'une
partie : il fe propofe de les continuer ,
& d'en faire un ouvrage qui merite d'avoir
place dans les cabinets des Amateurs
des Sciences & des Arts lefquels feront bien
aifes de conferver , & laiffer à la poſterité
les Portraits de ceux qui y ont excellé.
M. Jean Diffier , Citoyen de Geneve ,
qui a gravé l'ouvrage que nous annonçons
, & qu'il nous a communiqué , avertit
le public que la fuite des 67. Medailles
, déja gravées , pefe deux marcs &
demi d'argent , la façon du Graveur eft
du même prix que le poids. Leur grandeur
eft pareille à celle des jettons de
l'Académie Françoiſe , c'eſt à- dire de 13 .
lignes
D'A OUST 1723. 307
lignes de diametre. Ceux qui defiteront
avoir de ces Medailles s'adrefferont à
M. le Double , dans la place Dauphine,
à Paris . L'Auteur prie les curieux & les
perfonnes intereffées qui poffedent des
Portraits fideles des Illuftres qu'il doit
de vouloir lui en envoyer un
graver ,
crayon à la même adreſſe.
Les Sçavans ne nous defavoüerons pas,
fans doute , fi nous demandons en leur
nom à cet habile & laborieux Graveur ,
dans l'addition qu'il doit donner des
Hommes Illuftres François , les Medailles
fuivantes . N. le Fevre de Saumur ,
M. & Me Dacier , René Rapin , Jefuite
, Pierre Puget , Peintre , Sculpteur
& Architecte , de Marfeille . Le Maréchal
de Catinat , Mle de Scuderi. Le
Marquis de l'Hôpital , Geometre , Thomas
Corneille , Poëte. N. Varignon , Prêtre
, Geometre. N. Mariotte , Phificien
Geometre , Nicolas Girardon , Sculpteur
, Jean Caffini Aftronome , Jean Armand
le Boutillier de Rancé , Abbé de
la Trape. Don Jean Mabillon , Benedictin
, le Maréchal de Vauban , N. de
Santeuil , Poëte Latin , N. Arnaud Dandilli
, Jacques Benigne Boffuet , Evêque
de Meaux , N. Plumier , Minime , N.
Merfene , Minime , le Cardinal de Berule
, Jean de Launoy , Daniel Huet , Evê-
E que
308 LE MERCURE
que d'Avranches , Abraham Duquesne
le Chevalier Paul , le Commiffaire Lamarre
, Louis Mainbourg , Vincent Paul,
Inftituteur de S. Lazare , & c.
Le 15. de l'autre mois il a été foutenu
dans l'Eglife des RR. PP. Carmes de
la Place Maubert , une Thefe de Theologie
, par le P. Claude Irenée d'Aumas
de Beau-fejour de Rocquemartine , Carme
de la Ville d'Aix , & d'une des meilleures
Maifons de la Province . La ceremonie
comme nous venons de le dire s'eft
faite dans l'Eglife , qui étoit ornée de riches
tapifferies , & difpofée d'ailleurs
d'une maniere inagnifique. Le Portrait
de M. le Duc de Chartres , à qui la Theſe
eft dédiée , étoit pofé fous un Dais , au
deffus d'un fauteüil , placé fur une Eftrade.
M. l'Evêque de Blois , Docteur de
Sorbonne , Prefidoit à cette Theſe , où
fe font trouvez M. le Cardinal de Noailles
, & quantité d'autres Prélats , & Abbez
de diftinction , fans parler d'un grand
nombre de perfonnes de la premiere qualité
. La Thefe dont les Sacremens de
l'Eglife font le fujet , étcit fur une des
plus grandes feuilles , & ornée au frontifpice
d'une très-belle Eftampe , qui contient
principalement le Portrait de M. le
Duc de Chartres , reprefenté à Cheval
ayant
D'A OUST 1723 . 309
ayant en main le bâton de Commandant ,
avec plufieurs figures Symboliques , qui
conviennent parfaitement à l'augufte
naiffance , aux Charges , & aux qualitez
perfonnelles de ce Prince . L'Eftampe eft
d'après un beau Tableau de M. Coypel ,
& d'une belle gravure.
Le 22. du même mois le R. P.Mathieu
Colombe, Auguftin , de Caſtellane en Provence
, fe diftingua dans une Theſe Majeure
qu'il foutint aux Grands Auguftins ,
où Prefidoit M. Louis Jacques de Raftignac
, Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne , Evêque de Tulle. Le
fond de la Thefe rouloit fur l'Ecriture.
Sainte , l'Eglife , les Conciles , & c . Elle
étoit ornée d'une Eftampe magnifique ,
qui convenoit au fujet. L'Affemblée du
Clergé à qui elle étoit dédiée s'y trouva
en corps , MM. les Prélats en Camail &
Rochet , & MM. les Abbez Députez du
fecond Ordre en long Manteau & Bonnet
quarré.
Le Dimanche 25. Juillet M. Boulet ,
neveu de M. l'Abbé Mingué , Confeiller
de la Grande - Chambre du Parlenint
, foutint au College d'Harcourt un
Acte public , dans lequel il répondit avec
beaucoup d'efprit , & de netteté fur l'élo-
E ij

quence
310 LE
MERCURE
quence du Barreau , & fur l'Art Poëtid'Horace
. Le Parlement s'y trouva ,
que
avec l'Univerfité , & quelques Miniftres
Etrangers.
Le fieur Aubert , Intendant de la Mufique
de M. le Duc , a fait graver le Ballet
, reprefenté devant le Roy à Chantilly
le 5. Novembre 1722. cet ouvrage
qui paroît depuis peu eft très - commode
pour la chambre. Le Prologue feul fait
un concert d'une demie heure . Le Livre
en general est très-varié , & mêlé de
chants ferieux & comiques , & de fimphonies
de tous caracteres , rangez par
fuite de tons . Il fe vend chez l'Auteur
fur les Foffez de M. le Prince , au deffus
de la traverſe de l'Hôtel de Condé , &
ruë S. Honoré , à la Regle d'Or .
OEUVRES DIVERSES de M. Rouffeau
, nouvelle édition revûë & augmentée.
A Londres , de l'Imprimerie de Jacob
Tonfon & Jean Vvatts 1723. deux
tomes in quarto , pag . 501. & 544. fans
les Prefaces .
SUPPLEMENT aux Oeuvres de M.
Rouffeau , contenant les pieces que l'Auteur
a rejettée de fon édition , donné au
public par M. D ... A Londres , chez les
mêmes , un vol. in- douze , pag. 170.
Cette
D'A OUST 1723. 3x1
Cette édition eft la plus belle , la plus
correcte , & la plus ample qu'on ait euë
jufqu'à prefent des Oeuvres de M. Rouf:
feau. Celle de Soleurre qu'il donna luimême
au public ne contient pas la moitié
de fes Ouvrages , & celle qui parut
en même temps à Rotterdam eft pleine
de fautes , & de quantité de pieces fuppofées
; voici dont la feule fur laquelle
on puiffe faire fond .
Le 1. tome le trouve compofé de qua
tre livres d'Odes , donc les deux derniers
paroiffent ici pour la premiere fois , de
douze Cantates , de fix Epîtres , dont
deux font nouvelles , & de douze allegories
, dont fept font auffi nouvelles.
Le 2. tome renferme deux livres d'E
pigrames au nombre de 52. parmi leſquelles
il y en a 16 qui n'avoient point
été imprimées . Un Livre de Poëfies diverfes
, & fes pieces de Theatre ; fçavoir
le Flateur qui paroît ici en vers pour la
premiere fois , le Capricieux , le Caffe
Ia Ceinture magique , petite Comedie
reprefentée devant le feu Roy au mois de
Fevrier 1701. & qui n'avoit point été
imprimée .
Le Supplement contient la Mandragore
, Comedie tirée de Machiavel , qu'il
n'avoit point encore donnée au public ,
quatre Cantares , quelques Chanfons , &
E iij 36.
312 LE MERCURE
36. Epigrames , dont il y en a huit qui
ne font point dans les éditions précedentes.
L'Auteur a rejetté de celle - ci fes deux
Opera Jafon, & Venus & Adonis , pour
les raifons qu'on verra dans fa Prefaces
où nous renvoyons le lecteur.
LA SURPRISE DE L'AMOUR , CO
medie en trois Actes . A Paris , chez la
veuve Guillaume , Quay des Auguftins
1723.
Cette Piece a été reprefentée pour lâ
premiere fois le par les Comediens
Italiens . Quoiqu'elle ait réüffi
dans fa naiffance , tout le monde convient
que fon fuccès le plus brillant a été
à la repriſe.
ACTEUR S.
La Comteffe.
Lelio.
Le Baron , ami de Lelio .
Colombine , Suivante de la Comteffe.
Arlequin , Valet de Lelio.
Jacqueline , Servante de Lelio.
Pierre , Fermier de la Comteffe .
La Scene eft dans une Maifon de Campagne.
On a trouvé le titre de cette Piece
un
D'AOUST 1723. 31
un peu équivoque. On ne fçait fi le nom
de Surpriſe eft actif ou paffif , c'eſt- àdire
, c'eft l'Amour qui furprend , ou
qui eft furpris. A cela près , on peutt
peut dire que c'eft une des plus jolies Comedies
qui ayent paru fur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne. En voici un extrait
qui pourra en donner une idée.
ACTE I.
+
Dans la premiere Scene Pierre & Jacqueline
Amoureux l'un de l'autre pren
nent des mesures pour s'époufer. Pierre
eft Fermier de la Comteffe , & Jacqueline
eft Servante de Lelio. Cette Scene
eft moitié en action , & moitié en expofition
. Le Jargon du Païfan y eft em
ployé d'une maniere très-naturelle , & la
naïveté ruftique ne regne pas moins dans
les penfées que dans les expreffions . En
voici quelques traits .
Pierre.
Tiens Jacquelaine tas une himeur qui
me fâche, pargué, encore faut- il dire
que parole d'amiquié aux gens.
Jacqueline.
quen
Mais qu'est - ce qu'il te faut donc ? ti
me yeux pour ta femme , eh ! bian , eft
ce que je recule à céla……
..
E iiij Pierre.
314 LE MERCURE
Pierre.
· Bon , ques- ce que ça dit ? es - ce que toutes
les filles n'aimont pas à devenir la
femme d'un homme ?
Jacqueline.
Tredame , c'est donc un oifiau bian
rare qu'un homme , pour en être fi envienfe.
Ce Jargon fe foutient dans toute cette
Scene , & ne fe dément point dans les
autres qui fe paffent entre Pierre & Jacqueline.
Le but qu'ils fe propofent étant
le mariage , cela donne lieu à l'expofition.
Ils craignent que Lelio , Maître de Jacqueline
n'y donne pas les mains , à caufe
de l'averfion qu'il a pour tout ce qui s'ap
pelle Union , foit par l'Amour , foit par
l'Hymen. Voici comment s'explique Jacqueline
parlant à Pierre. J'ai bian peur
que Monfieur Lelio , mon Maître, ne confente
pas à notre mariage , & qu'il ne
ine boute hors de chez li , quand il fçaura
que je t'aime , car il nous a dit qu'il ne
vouloit point voir d'amourette parmi nous .
L'averfion que Lelio a pour l'amour
vient d'une infidelité qu'une Maîtreſſe
lui a faite. Il s'eft retiré à la campagne
pour faire divorce avec tout le genre feminin
; une Comteffe le vient relancer
dans
DAOUST 1723 . 315
dans fon Fort , l'Amour le furprend , il
réfifte long- temps , il fe rend enfin . Voilà
le fond du fujet , en voici le détail tel
que nous l'avons promis. Pierrot & Jacqueline
voyant venir Lelio trifte & rêveur
, n'ofent pas lui parler de leur mariage
, & remettent la demande qu'ils
lui veulent faire à un temps plus favorable.
SCENE II.
Lelio , Arlequin.
Dans cette Scene Lelio & Arlequin ſe
rendent un compte reciproque du progrès
que la haine qu'ils ont jurée aux
femmes a fait dans leurs coeurs. Ce progrès
n'eft pas fi grand qu'ils le penſent ,
un refte d'amour perce à travers tous
leurs beaux projets d'infenfibilité.
Arlequin le fait d'abord connoître párune
petite action qui convient parfaite
ment à fon caractere , il paffe du côté
droit de fon Maître au côté gauche ,
après lui en avoir demandé permiffion
avec un petit trouble , qui oblige Lelio à
lui demander la raifon de çette ceremonic.
C'eft, lui répond- il , pour ne pas voir
fur cet arbre deux petits oifeaux qui font
amoureux , cela me tracaffe. J'ai juré de ne
plus faire l'amour ; mais quand je le vois
faire , j'ai prefque envie de manquer de
E v paro320
LE MERCURE
parole à monferment ; cela me raccommo
de avec ces peftes de femmes , & puis .
c'eft le Diable de me refacher contre elles.

Lelio n'eft pas plus affermi qu'Arlequin
, dans le deflein qu'il a formé de ne
plus aimer. Il a beau comparer ceux qui
vantent les femmes , à des Frenetiques
qui font l'éloge d'une Vipere , dont ils
ont été mordus , il fe montre Frenetique
lui même , par le Portrait avantageux
qu'il fait de la femme en general .
Voici comme il en parle . Voyez jes ajuf
temens , juppes étroites , juppes en lanter
nes coeffure en clocher , coëffure fur le
nez , capuchon fur la tête , & toutes les
modes les plus extravagantes ; mettez les
fur une femme , defquelles auront touebé
fa figure enchantereffe , c'est l'Amour
les graces qui l'ont habillée ,
c'eft de l'efprit qui lui vient , jufques au
bout des doigts , cela n'eft -il pas bien fingulier.
Ob cela eft vrai , lui répond
Arlequin , il n'y a mardi pas de livre
qui ait tant d'efprit qu'une femme quand
elle eft en corfet , & en petites pantouffles .
Lelio & Arlequin continuent l'éloge des
femmes avec des reftr &t ons qui femblent
n'attribuer la gloire de leurs conquêtes
qu'au preftige qui refulte de leur parure
ou de leurs minauderies ; mais qui
ne laiflent pas de faire voir qu'ils les
trou-
?
D'AOUST´1723 . 321
trouvent d'autant plus aimables qu'ils
voudroient les haïr . Nous ferions trop
longs fi nous rendions compte de tous les
traits dont cette Piece eft femée , il fuffira
d'en mettre quelques - uns pour donner
une jufte idée de l'Auteur & de l'ouvrage.
J
SCENE III.
Lelio , Jacqueline , Pierre.
bacg
Pierre & Jacqueline viennent prier
Lelio de confentir à leur mariage. Lelio
tâche de les détourner de ce deffein ';,
mais de peur de paffer pour avare aux
yeux de Jacqueline , qui le prie de lui
donner quelque chofe pour entrer en menage
, il lui dit qu il y confent , pourvû
que le parti lui convienne .
SCENE IV.
Arlequin & les Acteurs de la Scene
prece lente.

Pierre prenant Arlequin à l'écart le
prie de le recommander à Lelio auffi
bien que Jacqueline. Arlequin lui fait
une leçon tirée d'après tour ce que fon
Maître vient de lui dire. C'eſt un vrai
galimathias pour Pierre qui lui répond
qu'il n'entend rien à tout ce tripotage de
E vj
reme322
LE MERCURE
remede , & de caractere , & le quitte.
SCENE V.
Lelio , Arlequin .
Arlequin dit à Lelio qu'il a une mauz
vaife nouvelle à lui donner. Lelio étonné
lui demande ce que c'eft. Arlequi lui répond
que cette Comteffe qui depuis un
an a acheté une maifon de campagne ,
voifine de la fienne , vient d'arriver , &
veut lui parler. Eb ! morbleu , dit Lelio
toûjours des femmes . Eh ! que me veutelle
Arlequin lui dit qu'elle eft belle.
Lelio effrayé fe détermine à l'éviter.
Ouh , pourfuit Arlequin , on m'a dit qu'il
ya auffi une Femme de Chambre avec elle,
& voilà mes émotions de coeur qui me
prennent. Lelio & Arlequin voyant approcher
la Comteffe & Colombine fe retirent
un peu à l'écart.
S.CENE V I.
La Comteffe , Colombine , &c.
La Comtelle paroît fort furpriſe de la
fauvage humeur de Lelio qui la fuit fams
lui dire un feul mot. Colombine faific
Arlequin , & lui demande raifon de cette
impoliteffe. Arlequin regardant doucemen.
Colombine , par la jarni , dit- il ,
qu'elle
D'AOUST 1723. 325

qu'elle est jolie. Il lui dit naïvement que
fon Maître a fait vou de fuir les femmes
, parce qu'elles ne valent rien , &
qu'il a fait le même voeu que fon Maître.
Colombine lui répond qu'elle a envie de
le rendre miferable de fa façon , la Comteffe
le prend fur un ton plus ferieux &
plus fier. Va , mon ami , lui dit- elle , va
dire à ton Maître que je me foucie fort
peu des hommes ; mais que je fouhaiterois
lui parler. Arlequin va faire revenir Lelio
qui l'attend à un coin du Theatre.
SCENE VII.
La Comteffe , Lelio , Colombine
Cette Scene a paru une des plus inge
nieuſes de la Piece . La tournure en eft
tout - à-fait finguliere. La Comteffe après
avoir expofé qu'elle ne veut lui parier
que pour faire plaifir à Pierre , fon Fermier
, qui veut époufer Jacqueline , lui
demande pourquoi il a pris fi brufquement
la fuite en la voyant paroître ; Lelio
lui répond que c'est parce qu'elle eft
d'un fexe à qui il a voué une haine éternelle
, & la raison qu'il en donne , c'eſt
que fa Maîtreffe l'a trahi. La Comteffe
lui demande froidement fi elle l'a trahi
pour en aimer un autre , Lelio lui répond
qu'oüi ; la fimple infidelité , ajoute-t'il ,
feroit
524 LE MERCURE
firoit infipide , & ne tenteroit pas une fem
me , fans l'affaifonnement de la perfidie.
La Comtelle feignant d'entrer dans fes
raifons , lui répond : oui , vôtre Maîtreffe
eft une indigne , & l'on ne sçauroit trop
la méprifer. Lelio croit d'abord que la
Comtelle eft dans les mêmes fentimens
que lui , fur le chapitre des femmes ; mais
elle lui fait bien- tôt connoître qu'il a
pris le change , & qu'elle ne blâme la
Maîtreffe dont il fe plaint que de lui
avoir donné un fucceffeut. Ceffer , dit- elle ,
d'avoir de l'amour pour un homme , c'eſt
à mon compte , connoître fa faute , s'en repentir
, en avoir honte , fentir la mifère de
l'idole qu'on adoroit , & rentrer dans le
refpict qu'une femme fe doit à elle - même ;
j'ai bien vû que nous ne nous entendions
pas. Si votre Maîtreffe n'avoit fait que
renoncer à fon attachement ridicule , eh !
it n'y auroit rien de plus louable ; mais
ne faire que changer d'objet , ne guerir
d'une folie que par une extravagance ,
eb ! fi , je fuis de vôtre fentiment , cette
femme là est tout- à-fait mépriſable. Anant
pour Anant , il valoit autant que vous
deshonoraffiez fa raifon qu'un autre. Lelio
paroît déferré à cette réponfe ; mais la
Comteffe lui porte le dernier coup , par
un portrait qu'elle fait des hommes auffi
deshonorant que celui qu'il a fait des
femD'A
OUST 1723 325
femmes . Qu'on nous pardonne cette feconde
tirade. Nous l'avons crue neceffaire
, pour faire connoître au lecteur
quel eft le caractere de l'Heroïne de la
Piece , & pour relever le triomphe de
l'Amour , en montrant quels coeurs il a
à furprendre dans le refte de la Piece .
La Comteffe à la fin de la Scene prie
Lelio de vouloir bien faire honneur à fa
recommandation pour Pierre & pour
Jacqueline .
SCENE VIII.
Le Baron , ami de Lelio , & les Acteurs
de la Scene precedente.
Le Baron ne peut fans étonnement trouver
la Comtelle chez Lelio , c'eft à - dire ,
la femme du monde la plus ennemie des
hommes , avec l'homme du monde le
plus ennemi des femmes. Il leur dit que
le hazard ne les a ppaass affemblez pour rien,
& leur prédit qu'ils ne fe quitteront pas
fans s'aimer , fi la choſe n'eft déja faite.
Lelio & la Comteffe ne font que rire de
la prédiction menaçante , mais avec un
dépit que le Baron appelle un prélude
d'amour Colombine arrive , elle rit de
trouver Lelio & la Comteffe également
émus , & fortifie la prédiction du Baron
d'un augure de fa façon toutà- fait femblable..
SCENE
326 LE MERCURE
SCENE IX.
Arlequin , Colombine .
Arlequin vient avec un équipage de
Chaffeur. Ouf , dit- il , en appercevant
Colombine , ce gibier là mene un Chaffeur.
trop loin , tournons d'un autre côté , ……… ..
allons donc..... &c . On voit bien par le
refte de la Scene que ce n'eft que le mot
de Gibier qui a porté l'Auteur à faire
habiller Arlequin en Chaffeur. Arlequin
fait connoître qu'il défend mal fon coeur
contre Colombine , & Colombine de fon
côté le propofe de le pouffer à bout pour
s'en divertir.
ACTE IL
SCENE I.
Colombine , la Comteffe.
Colombine commente finement fur la
rêverie , & fur la taciturnité de fa Maîtreffe.
La Comteffe lui répond avec un
peu d'aigreur , que fes glofes commencent
à la fatiguer. Elle lui dit qu'elle ne
veut plus parler à Lelio , pour ne pas
donner lieu à des Scenes auffi defagreables
que
celle qui s'eft paffée tantôt lous
les yeux du Baron , & fur ce prétexte
elle charge Colombine d'une lettre pour
Lelio
D'AOUST 1723. 329
Lelio , à qui il ne veut plus parler. Colombine
ne peut s'empêcher de rire de
cette nouvelle réfolution . Lelio arrive.
La Comteffe fe retire.
SCENE I I.
Lelio , Arlequin , Colombine.
Lelio furpris demande à Colombine
'd'où vient que fa Maîtreffe fe retire fans
lui parler. Colombine lui dit que la Comteffe
a inventé une nouvelle maniere de
converfation , & lui prefente le billet
dont elle l'a chargée ; Lelio lit le billet
qui eft conçû en ces termes :
Monfieur , depuis que nous nous fommes
quittez , j'ai fait réflexion qu'il étoit
affez inutile de nous voir : j'ai prévû que
cela vous gêneroit , & moi à qui il n'ennuye
pas d'être feule , je ferois fâchée de
vous contraindre. Vous fçavez la priere
que je vous ai faite tantôt au fujet de nos
jeunes gens : je vous prie de vouloir bien
me marquer là - deffus quelque chofe de
pofitif.
Lelio piqué du deffein de la Comteffe
accepte le défi de ne plus converfer
que par lettres ; mais il l'accepte d'une
maniere à faire connoître qu'il eft bien
fâché de ne la plus voir. Il fort pour lui
faire réponſe ; Arlequin veut le ſuivre
..
pour
328
LE
MERCURE
pour fuïr Colombiue , mais fon Maître
lui ordonne de lui faire l'honnêteté de refter
avec elle jufqu'à fon retour.
tre ,
Colombine & Arlequin , ne voulant pas
fe parler à l'exemple de leurs Maîtres , fe
promenent l'un d'un côté , l'autre de l'au-
Colombine agace Arlequin : tout en
badinant , dit-elle à part , me voilà dans
la fantaisie d'être aimée de ce petit corpslà.
C'est une malediction , dit Arlequin ,
que cet amour , il m'a tourmenté , quand
j'en avois , & me fait encore du mal à
cette heure que je n'en veux point. Il faut
prendre patience & faire bonne mine. Ils
fe font tout en fe promenant , une demi
declaration d'amour. Lelio revient avec
la réponſe au billet de la Comteffe .
Lelio donne un billet à Colombine ;
elle lui demande fi fa réponſe n'eft pas un
peu trop fiere ; Lelio lui répond qu'elle
eft tout-à- fait indifferente. Colombine en
rit , & lui annonce qu'il aime déja fa
Maitreffe plus qu'il ne croit ; elle ajoûte
que fa Maitrelle en tient auffi pour lui.
N'en dites rien , lui dit elle , ma Maî→
treffe eft étourdie du bateau ; la bonne Dame
Bataille , & c'eft autant de battu :
motus , Monfieur , je fuis vôtre fervante.
SCENI
D'AOUST 1723. 329
SCENE V.
Arlequin , Lelio .
Cette Scene eft très - plaifante entre Lea
lio & Arlequin . Plus Lelio protefte qu'il
ne veut pas aimer , plus il fair connoître
qu'il aime. Il veut partir tantôt pour Pàris
, tantôt pour Conftantinople ; Arlequin
le raille fur fes irrefolutions , & lui
dit qu'il vaudroit mieux fauter le bâton
l'un & l'autre. Lelio s'emporte contre lui,
& cependant il lui dit que fuppofé qu'il
ne puifle s'empêcher d'aimer Colombine,
il ne s'y oppoſe pas , & qu'il ne lui a
jamais confeillé l'impoffible. Il le prie
enfin de tâcher de fçavoir adroitement fi
la Comtelle l'aime , comme Colombine
vient de lui faire entendre par quelques
paroles qui lui font échapées malgré elle.
Arlequin fort pour s'acquitter de la com
million que fon Maître lui donne.
SCENE V I.
Lelio , Jacqueline.
Jacqueline prie Lelio de lui donner ſon
congé , parce que Pierre vient de lui faire
une infidelité , & qu'elle ne veut plus le
peur d'avoir la foibleffe de lui
pardonner s'il revient à elle . Lelio lui
voir de
con130
LE MERCURE
confeille de ne point tant fe preffer , &
d'attendre ce que la Comteffe aura réfolu.
La Comteffe vient , Jacqueline ſe retire
, pour ne point voir la Maîtreffe de
fon prétendu infidelle.
SCENE V II.
Lelio , la Comteffe qui cherche à terre
avec application quelque chofe
que Colombine a perduë.
Cette Scene eft très - ingenieufe. La
Comteffe cherche ce qu'elle a perdu fans
faire femblant d'appercevoir Lelio . Elle
paroît furpriſe de le voir. Il veut l'aider
à chercher ; elle lui dit que dans les termes
où ils en font , il ne doit pas fe donner
cette peine là. Lelio fe retire , elle en
eft picquée , & fous prétexte de lui dire
ce qu'elle a réfolu au fujet de Pierre &
de Jacqueline , elle s'en va le rejoindre ,
elle le voit revenir vers elle fous le même
prétexte. Ils fe difent les paroles les plus
picquantes ; mais d'une maniere à le perfuader
qu'ils s'aiment plus qu'ils ne penfent.
Lelio lui fait connoître que fi Colombine
lui a dit vrai , elle ne le haït
pas tant qu'elle veut lui faire accroire . Co- .
lombine arrive , la Comteffe irritée veut
la faire expliquer fur ce que Lelio vient
de lui faire entendre .
SCENE
1
D'AOUST 1723 . 532
SCENE VIII.
Lelio , la Comteffe , Colombine.
La Comteffe demande à Colombine }
quels font les difcours qu'elle a tenus à
Lelio ; elle lui répond qu'elle lui a tenu
des difcours très-fenfez à fon ordinaire.
Je vous trouve bien hardie , lui dit la Comteffe
, d'ofer , fuivant vôtre petite cervelle,
tirer de folles conjectures de mes fentimens ,
je voudrois bien vous demander fur
quoi vous avez compris que j'aime Monfieur,
à qui vous l'avez dit. N'est- ce que
cela ? lui répond Colombine , je vous jure
que je l'ai crû comme je l'ai dit , &
je l'ai dit pour le bien de la chofe . C'étoit
pour abreger vôtre chemin à l'un &
à l'autre , car vous y viendrez tous deux.
Comme elle en veut dire davantage , la
Comteffe lui coupe la parole brufquement
, en lui difant : Je vous défend de
parler. Lelio lui dit d'un air doux &
modefte qu'il eft honteux d'être la caufe
de cette explication . Qu'au refte il eſt
très-convaincu qu'elle ne l'aime pas , il
ajoûte avec un tendre dépit , que cette
conviction lui eft neceffaire , & la quitte
à demi rendu. La Comteffe réflechit fur
ce qu'il vient de lui dire , & en cherche
le fens en perfonne qui y prend intereft.
Mais
332
LE MERCURE
Mais la fierté revenant à fon fecours
non , dit-elle , cela nè fignifie rien , & je
n'y veux rien comprendre. L'Acte finit
par cet à parte de Colombine : Oh ! nôtre
amour fe fait grand , il parlera bientôt
François.
ACTE III.
Dans la Scene qui ouvre cet Acte
Colombine à part, prend la réfolution de
battre froid à Arlequin , elle lui dit
qu'elle eft ravie qu'il ait trouvé la boëte
que fa Maîtreffe avoit perduë , que tous
les diamans y font , & que rien n'y manque
, hors le portrait que fon Maître a
gardé . Elle lui rend la boëte afin qu'il
ait l'avantage de la rendre lui-même à la
Comteffe. Elle veut fe retirer avec la
même froideur. Arlequin picqué de fon
indifference, l'arrête , & la prie de reſter
pour lui dire quelque chofe de joli , comme
elle a fait tantôt. Colombine affecte
encore plus d'indifference , dont Arlequin
créve de dépit . Elle fe radoucit enfin
, & le raccommodant avec Arlequin ,
elle le charge de faire entendre à la Comteffe
que Lelio n'a gardé le portrait que
parce qu'il l'aime . La Comteffe vient ,
Arlequin fe retire.
La Comteffe d'un air de méchante humeur
demande à Colombine , fi l'on a
trouD'A
OUST 1723. 333
trouvé fon portrait. Colombine lui répond
qu'elle n'en fçait rien . Cette Scene
a paru la plus belle de toute la Piece . Colombine
change de batterie , & n'ayant
pû parvenir à faire declarer fa Maîtreffe,
en lui difant que Lelio l'aimoit , elle
prend un chemin tout contraire , & cherche
à la faire parler , en lui affeurant qu'il
ne l'aime plus . Cette derniere rute lui
réüffit parfaitement. Le lecteur ne nous
fçaura pas mauvais gré de lui donner
quelques traits de cette converfation auffi
ingenieufe que naturelle. La Comteffe
dit à Colombine qu'elle veut aller trouver
fa foeur à fa terre. Colombine lui demande
pourquoi .
La Comteffe.
Pour quitter Lelio , qui s'avije de m'aimer
, je penfe.
Colombine.
Oh ! raffurez- vous , Madame , je croi
maintenant qu'il n'en eft rien.
La Comteffe.
Il n'en eft rien , je vous trouve plaifante
de me venir dire qu'il n'en est rien ,
vous de qui je fçais la chofe en partie .
Colom→
334
LE MERCURE
Colombine.
Cela eft vrai , je l'avois crû ; mais je
vois que je me fuis trompée.
La Comteffe.
Vous êtes faite aujourd'hui pour m'impatienter.
Colombine.
Ce n'est pas mon intention.
La Comteffe.
Non , d'aujourd'hui vous ne m'avez
répondu que des impertinences.
Colombine.
Mais , Madame , tout le monde fe peut
tromper.
La Comteffe.
Je vous dis encore unefois que cet hom
me- là m'aime , & que je vous trouve ridicule
de me difputer cela. Prenez-y garde
, vous me répondrez de cet amour- là ,
au moins.
Toute la Scene eft à peu près du même
ton. La Comteffe picquée au vif veut
chaffer Colombine , elle lui pardonne enfin
, & lui avoue qu'elle aime Lelio . Colombine
lui avouë à fon tour qu'elle ne l'a
conD'A
OUST 1723. 335
contrariée que pour fe vanger du peu de
confiance qu'elle prend en elle. Elle lui
promet de la fervir de fon mieux , & lui
dit qu'elle a déja commencé par le moyen
d'Arlequin
qui a trouvé la boëte , dont
fon Maître a gardé le portrait. Ce
trait gardé perfuade à la Comteffe
eft aimée de Lelio.
porqu'elle
SCENE III. IV . V. & derniere.
Arlequin vient rapporter la boëre de
portrair à la Comteffe , elle lui demande
où eft le portrait ; Arlequin lui répond
que fon Maître eft bien aife de le garder,'
parce qu'il reffemble à une de fes coufines
qu'il a beaucoup aimée , & qui eſt
morte. Il ajoûte que Lelio lui a défendu
de lui en rien dire ; mais que pour lui il
croit que le pauvre homme en tient.
Le Lecteur comprend bien que ce
portrait doit faire le dénouement de la
Piece. Lelio arrive , il nie d'avoir gardé
le portrait que la Comteffe lui demande .
Arlequin lui dit qu'il doit l'avoir retenu
fans y penfer , & montre la poche où il
l'a mis par inadvertance . Lelio rend enfin
le portrait , & laiffe entrevoir à la
Comteffe que l'Amour eft complice du
vol. La Comteffe lui laiffe le portrait pour
lui montrer qu'elle lui pardonne . Ce qui
fuit n'eft pas difficile à deviner. Pardon ,
F fi
336 LE MERCURE
fi nous fommes un peù prolixés dans ces
fortes d'extraits ; nous pourrions les abreger
; mais quand les Pieces font auffi jolies
que celle- cy , l'Auteur y perdroit de
fa gloire , & le Lecteur de fon plaifir .
Le divertiffement de cette Piece eft
amené par Pierre , qui prêt à époufer
Jacqueline avec qui il s'eft rapatrié , fait
venir les Meneftriers du Village. Voici
ce qu'on chante.
Le Chanteur.
Je ne crains point que Mathurine
S'amufe à me manquer de foy ,
Car drès que je vois dans ſa mine ,
Queuque indifference envais moi ,
Sans ly demander le pourquoi
Je laiffe aller la Pelerine ,
Je ne dis mot , je me tians coy ,
Je batifole avec Claudine .
En voyant cela Mathurine
Prend du foucy , rêve à part ſoy :
Et pis tout d'un coup la mutine
Me dit , j'en rage contre toi.
La Chanteuse.
Colas me difoit l'autre jour ,
Margot ;
D'AOUST
1723.
337
Margot , donne-moi ton amour ,
Je répondis , je te le donne ;
Mais ne vas le dire à perfonne :
Colas ne m'entendit pas bien ,
Car l'innocent ne reçût rien.
Arlequin.
Femmes , nous étions de grands fous ,
D'être aux champs pour l'amour de vous.
Si de chaque femme volage ,
L'Amant alloit planter des choux ,
Par la
ventrebille , je gage ,
Que nous ferions condamnez tous
A travailler au jardinage.
L'HOMME
UNIVERSEL , traduit de
l'Efpagnol de Baltaſar Gracien . A Paris,
chez Noël Pißot , Quay des Auguftins
1723. p. 312. in 12 .
Cet Ouvrage eft intitulé en Eſpagnol
El Difcreto de Lorenço Gracian , l'interprete
explique dans la Preface les motifs.
qui l'ont déterminé à traduire ce tirre
Caftillan , par celui d'Homme universel.
Quoiqu'il en foit , c'est ici un Ouvrage
de morale qui contient le portrait &
le caractere de
l'Homme judicieux &
éclairé dans le commerce du Monde.
Fij
A
338
LE
MERCURE
A l'égard du nom de Laurenço que
Gracien met à la tête de ce Livre , ce
n'eſt point fon veritable nom , il s'appelloit
Baltafar. Laurenço eft un nom fimulé
, il ne faut , dit le Traducteur , que le
Sonnet Acroftiche de Dom Manuel de
Salinas pour en être convaincu.
Ce Livre eft rempli de réflexions jùdicieufes.
Mais le public auroit fouhaité
que l'Interprete eût éclairé fon original
par un plus grand nombre de notes
utiles , & fouvent neceffaires. Par exemple
, le premier chapitre a pour titre l'Ef
prit & le Genie. Une note qui nous auroit
donné la définition de l'un & de
l'autre auroit mieux fait comprendre les
penfées de l'original .
Nous ne fçaurions donner une idée
plus exacte de ce Livre , qu'en difant
qu'il eft de Balthafar Gracien , Philolophe
Moral , qui joignoit beaucoup d'efprit
& de réflexion à beaucoup d'experience.
Voici quelques -unes de les penfées
telles que l'Interprete les a traduites , &
que nous prenons fans choix.
» Les hommes timides tremblent d'en-
>> treprendre quoi que ce foit de leur
» propre mouvement ; toûjours indécis
» fur ce qu'ils doivent faire ou même
» vouloir, ils mettent , pour ainfi dire , en
arbitrage ,
D'A OUST 1723. 339
arbitrage , & leur efprit , & leur liber- «
té , avec un plein pouvoir à quiconque «e
de les conduire. «
de «
C'eſt une glorieuſe fituation que
pouvoir s'orner de fes malheurs & de ce
les défauts même. Lorfqu'un homme ce
fçait prévenir avec franchiſe fur les uns, ce
ou fur les autres , il ferme la bouche «e
à quiconque , & fe trouve à l'abri du «
reproche.
la «
ee
Chaque fiecle donne toûjours des ce
hommes d'un caractere à perpetuer
fcience propre dans le commerce du
morde. Le nôtre en compte qui valent «
peut- être autant de ce côté- là que nos ce
anciens. Ceux- ci je crois n'ont
d'autre avantage íur nous que
venus les premiers , & de n'être plus.
guere «e
d'être ce
Ce
Le premier objet de l'érudition agrea- «
ble & d'ufage , eft ce qui fe paffe ac- «
tuellement dans le monde , c'est l'état e
des Cours Etrangeres , les divers Thea- «
tres de la Fortune , les ufages & les «<
moeurs des differens pays , les refforts «
& les interefts qui font agir aujour- «
d'hui les plus remarquables actions des «
Princes & des Grands , les évenemens ce
finguliers de la politique , les principes,
les effets , & les merveilles de la na- «
ture , les injuftices , les revers , & les «
caprices finguliers du fort , &c . «
Fiij
33
La
1
340
LE MERCURE
ג כ
» La partie du fçavoir qui diftingue
davantage l'honnête homme , c'eft la
connoiffance parfaite des grands , des
premiers Acteurs fur la Scene de ce
» monde ; il fçait quel rôle ils joüent , &
» comment ils s'en acquittent , par quels
» motifs , & par quels endroits ils font
blâmez & applaudis , & c.
Un Prince inégal paffe en une heure
» du blanc au noir pour mortifier , ou
» pour gratieufer , fans qu'aucun motif
l'engage à une partie de la disjonctive
plutôt qu'à l'autre.
ב כ
"
"3
Il y a des gens qui ont comme un
fceau fur le coeur , où leurs fentimens
» reftent enfermez juſqu'à s'y pourrir ,
pour ainfi dire.
Je m'imagine que quiconque plai
»fante toûjours n'eft pas veritablement
» un homme.
"
» L'affectation déplaît à l'extrême
» dans le plaifant , parce qu'elle eft alors
» au dernier dégré du fade & du plat.
» Il
Il y a des gens qui fe loient à tout le
» monde amis & ferviteurs du >
» humain , & c.
*
genre
» Il y a des hommes affervis à toutes
» les impreffions de l'humeur , & par conféquent
fufceptibles de toute disjonc-
"
ative.
En parlant de ces hommes à humeur,
l'inter
D'AOUST 1723. -341
l'Interprete fe fert du terme d'Humoriste,
Pag. 157. 160. & c.
Quoiqu'il en foit , lorfqu'on fe trou- «e
ve avec quelque Humoriste outré , on «
eſt communément furpris de fes fre- «
quentes incartades, «
C
«
Etre Humoriste , c'eft dépendre de «
fon humeur , & en fuivre l'impreffion
fans aucun égard . Chaque chole dans «
l'ordre de l'Art , auffi bien que
que dans
celui de la nature a fa place marquée ,
ne l'y mettez pas , elle choque , mettez »
l'y , elle plaît . «
cc
Les differentes maximes de morale qui
font répandues dans ce livre , le font aller
de pair avec les Réflexions de M. de la
Rochefoucault , & les caracteres de la
Bruyere.
Il a femblé à quelques lecteurs que
l'Interprete auroit pû ôter la forme " de
Dialogue à quelques chapitres , où Gracien
introduit des interlocuteurs , il n'y
avoit pour cela qu'à retrancher leurs
noms. Car comme les interlocuteurs font
toûjours de même avis , leur converſation
ne forme qu'un Difcours fuivi , par exemple
, en parlant d'un homme qui a joint
l'étude & les réflexions , à l'experience
& à l'exercice. Dom Manuel dit qu'un
homme parvenu
à ce point ne fçauroit
être aprecié. L'Auteur répond qu'il eft «
F iiij au
се
7
342 LE MERCURE
.
» au deffus de toute l'eftime que nous en
" pouvons faire. Dom Manuel replique
» avec admiration qu'il y a à gagner avec
» lui , fi l'on eft affez heureux pour obtenir
fon amitié , &c. tous les aurres
Dialogues font précisément dans le
même goût , il n'y a qu'à lire de fuite
fans s'arrêter aux noms des interlocuteurs
, & l'on trouvera un difcours fuivi
, fort fenfé & fort bien écrit.
TRAITE HISTORIQUE des Theatres
Efpagnol , Portugais , Italien , Anglois
, Allemand , Flamand , Vallon , &
Hollandois , où l'on fait connoître les
Auteurs & les ouvrages de ces Nations ,
par le catalogue & l'extrait de leurs
Pieces.
L'Auteur de ce projet prie ceux qui
ont des Poëmes Dramatiques en ces fortes
de langues , de vouloir les lui communiquer
par le moyen de l'adreffe du
Mercure De quoi il leur marquera ſa
reconnoiffance en temps & lieu.
On apprend de Rome que la Congre.
gation de l'Inquifition , après s'être aflemblée
en preſence du Pape , & avoir pris
l'avis des Profeffeurs en Theologie , &
des Qualificateurs du S. Office , condamna
au commencement de l'autre mois,
P'Hiftoire
D'AOUST 1723. 343
P'Hiftoire Civile du Royaume de Naples,
imprimée cette année à Naples , chez
N. Nafo , en 4. vol . divifez en 40. livres
, & compofée par M. Pierre Giannone
, Jurifconfulte , & Avocat de la
même Ville , comme contenant plufieurs
propofitions faufles , témeraires , fcanda
leufes , féditieufes , érronées , fchifinatiques
, impies , heretiques , & injurieufes
par differentes calomnies à tous les ordres
de l'Eglife , & à toute l'Hyerarchie
Ecclefiaftique & principalement au
S. Siege Apoftolique : ce Decret en défend
la lecture , & ordonne d'en rappor
ter les exemplaires aux Evêques , & aux
Inquifiteurs , fous les peines qu'il plaira
au Pape de prononcer contre les contrevenans.
>
Le 17. Juin dernier , les Jefuites de
Liſbonne , firent reprefenter un Acte
d'Humanité dans la grande falle de leur
College. Le Pere François Froes , Profeffeur
de la feconde Claffe de Rhetorique
, en fit l'ouverture par un difcours
très- éloquent qui fut fuivi d'un concert
d'Inftrumens. Sept jeunes Rhetoriciens
parurent enfuite , reprefentans fept Ambaffadeurs
de l'Empire de Minerve , qui
venoient propofer un Commerce de Litterature
au Prince du Brefil , à l'honneur
Fv / duquel
344 LE MERCURE
duquel cet Acte avoit été compoſe.
Le 22. l'Académie Royale de l'Hiftoire
s'affembla pour faire la lecture d'un
difcours d'Eloquence , compofé à l'occafion
de la Fête de S. Jean- Baptifte , dont
le Roy de Portugal porte le nom.
On a frapé deux fortes de Medailles ,
pour être diftribuées au peuple , lors du
Couronnement de l'Empereur , & de
l'Imperatrice , qui doit fe faire à Prague,
au commencement de Septembre ; l'une
repreſente le Bufte du Roy , avec cette
Devile au Revers , Revoeas Augufte
priora. L'autre reprefente le Bufte de la
Reine avec cette Devife au Revers
Regna Jovis conjunx.

On apprend de Londres que fur la
fin de l'autre mois l'Amiral Wager , les
Commiffaires de la Marine , & un grand
nombre d'Officiers de Mer allerent à
Deptford voir l'épreuve que le fieur
Dunning y fit d'une Machine qu'il a inventée
, pour faire aller un Vaiffeau contre
vent & marée : on fit cette experience
à bord du Vaiffeau du Roy d'Angleterre
, nommé le Tartare , auquel on fit
faire deux miles dans une heure contre le
flot.
On
D'AOUST 1723.
345
On nous prie de propofer aux Sçavans
cette autre queſtion fur la Diplomatique ;
fçavoirfi les Chartes qui nefont point dat
tées , mais munies de fceaux de perfonnes
illuftres , dont le temps auquel elles ont vêcu
n'est pas douteux , peuvent paffer pour
certains & authentiques .
L
SPECTACLES .
Es Pieces nouvelles que nous avons
annoncées , & dont nous avons donné
des extraits fubfiftent encore fur les
trois Theatres de Paris . Ainfi nous n'aurons
à parler que de l'article fuivant ,
pour ce qui regarde nos Spectacles .
Le 4. de ce mois la grande Tragedie ,
dont les Jefuites du College de Louis le
Grand', font donner le Spectacle tous les
ans par leurs Ecoliers , fut repreſentée
dans la grande cour de ce College , fur
un Theatre magnifique qui y avoit été
dreffé. Quantité de perfonnes de la premiere
qualité s'y trouverent , la beauté,
& l'execution de la Piece & du Ballet
fatisfirent extrêmement toute l'affemblée ,
qui étoit très- nombreuſe.
Le Ballet , de la compofition de M.
Fomont , & très -ingenieux , fut danfé
F vj par
346
LE MERCURE
par ce qu'il y a de meilleurs Maîtres à
Paris , & par plufieurs enfans de qualité
qui fe firent admirer , entre lefquels on
diftingua M de la Tremoüille , de Mortemar
, de Sourdis , de Riquer , de Pepoli
, de Livri , Dolgorouski , de Beau-.
villiers S. Agnan , de Fortiffon , de Car-.
cado , & c.
Ce grand Ballet diftingua chaque Acte
de la Tragedie , à la fin de laquelle
on fit , felon la coûtume , la diftribution .
des prix , fondez par le Roy.
Quoique dans la reprefentation , le Ballet
ait été confondu dans la Tragedie ,
nous les feparerons l'un de l'autre dans
l'extrait que nous en allons faire , & par
là nous y mettrons plus d'ordre , & plus
de netteté.
Extrait de la Tragedie.
Le fujet de cette Tragedie eft tiré da
premier Livre des Machabées. On y a
ajoûté quelque chofe de Jofeph pour le
rendre plus Theatral . L'ambition de Tryphon
, General des troupes de Syrie eft
le principal motif des incidens de la Piece.
Demetrius Roy de Syrie avoit détrôné
Alexandre. Cet Alexandre après fa
mort laiffa un fils appellé Antiochus.
Tryphon , ancien foldat d'Alexandre ,
fous prétexte de vouloir rétablir fur le
Trône
D'AOUST 1723 347
Trône de Syrie le fils de fon premier Maî
tre ; mais en effet pour s'y affeoir lui- même
, pratiqua fourdement les principaux
chefs de l'armée , dont Demetrius l'avoit
fait General. Il craignit d'être traverſé
dans cette entrepriſe par Jonathas , Prince
d'Ifraël , frere & fucceffeur du brave
Judas Machabée , & n'ofant l'attaquer
à force ouverte , il l'engagea , fous une
ombre de paix , à congedier fes troupes,
& l'ayant fait prifonnier par cet artifice,
il demanda cent talens pour fa rançon ,
& fes deux enfans pour ôtages. Simon ,
frere de Jonathas ne fe douta que trop
de la perfidie de Tryphon ; mais il ne
laiffa pas de lui envoyer les cent talens
& les ôtages qu'il demandoit , de peur que
le peuple Juif ne l'accusât de laiffer gemir
fon frere dans les fers des Syriens
pour commander en fa place. Tout ce
que nous venons de dire fait l'avant Scene
de la Tragedie ; l'action Theatrale va
Commencer .
ACTE I.
Tryphon s'applaudit de fes rufes avec
Phegor , fon confident , à qui il ouvre ſon
coeur. Par cette premiere Scene les Specrateurs
font inftruits de tout ce que nous
venons de dire .
Joadab , Emillaire fecret de Tryphon ;
&
348 LE MERCURE
& Apoftat Ifraëlite , arrive de Jerufalem
où il a negocié la rançon de Jonathas , &
l'envoi des ôtages . Il rend compte à Tryphon
de tout ce qui fe paffe chez les Juifs ,
& lui annonce l'approche des enfans de
Jonathas. Il ajoûte que Nabal, conducteur
de ces innocentes victimes refte dans
une place frontiere , pour y attendre Simon
, qui avec de bonnes troupes doit
eſcorter les ôtages . Tryphon plus fort en
adreffe qu'en valeur , ordonne à Joadab,
fon digne Agent , d'aller engager Nabal
à venir fur le champ avec les ôtage , &
de lui faire entendre que pour peu qu'il
differe , la vie de Jonathas eft expolée.
Tryphon le retire pour aller mettre les
troupes fous les armes .
*
Joadab & Phégor, tous deux méchans,
quoiqu'animez par des motifs differens
trament enfemble la perte de Jonathas &
de fes deux enfans . Phegor fe retire .
,
Jonathas vient chercher Joadab , dont
il a appris l'arrivée , & qu'il ne foupçonne
nullement de perfidie . Il apprend de
lui-même que Tryphon vient de le charger
d'aller preffer la marche de Nabal
avec les ôtages. Jonathas tremblant pour
fes chers enfans conjure ce traître , de
porter Nabal à attendre l'arrivée des
troupes qui doivent l'e corter. Joadab lui
promet tout pour ne lui rien tenir , & le
quitte
D'AOUST 1723 349
quitte pour aller executer les premiers
ordres qu'on lui a commis.
Nachor, Officier captif avec Jonathas,
fait entendre à ce Prince que Joadab lui
doit être fufpect ; mais Jonathas rejette
ce fage confeil , & fe fie d'autant plus à
Joadab qu'il croit fe l'être entierement
acquis , pour lui avoir fauvé la vie depuis
peu.
Enfin Jarbas , frere de Tryphon , informé
de tout ce qu'on trame contre Jonathas
, avec qui il eft lié d'une tendre
amitié , lui vient ouvrir les yeux fur Joadab.
Jonathas remercie ce genereux ami ,
& s'en va concerter avec , Nachor les
moyens de fe garantir du piege qu'on lui
dreffe.
ACTE II.
Quelques mefures que Jonathas ait prifes
avec le fidelle Nachor ; il n'a pû empêcher
que Joadab , déja parti n'ait executé
les perfides ordres dont il étoit complice.
Nabal arrive avec les deux ôtages.
Quel Spectacle pour ces tendres enfans
de trouver leur pere chargé de chaînes !
& quel furcroît de malheur pour ce pere
infortuné de voir les enfans prêts à par
tager fon fort !
Tryphon vient , il diffimule avec Jonathas
, & après avoir reçû les cent talens
il
૩૬૦
LE MERCURE
il fait des propofitions de paix , qu'il fent
bien que Jonathas n'acceptera jamais. La
plus dure de ces propofitions , & qui
fait fremir Jonathas & fes enfans , c'est
de rétablir dans le Temple de Jerufalem
la Statuë de Jupiter Olympien que les
Machabées ont fait abbatre.
Tryphon fe retire après avoir proteſté
à Jonathas qu'il ne doit point efperer de
paix , ni de liberté qu'il n'ait figné les
conditions qu'il vient de lui impofer.
Joadab vient apporter à Jonathas le
traité à figner. Ce Prince défarmé ne
lui peut répondre que par des reproches.
Mais fes enfans ont recours à d'autres armes.
L'un renverfe l'image de Jupiter
Olympien, dont on a tranfporté l'autel en
ce lieu pour y faire jurer l'accompliffement
du traité ; & l'autre , fondant fur
Joadab l'épée à la main , l'oblige à prèndre
la fuite.
Nabal allarmé de cet incident va trouver
Tryphon , pour conjurer l'orage prêt
à tomber fur Jonathas ; & Nachor à force
de prieres engage le pere & les deux
fils à fe retirer dans la tente de Nabal ,
qui revêtu du caractere d'Ambaffadeur ,
peut les mettre à couvert d'infulte.
ACTE III.
Le General Syrien , outré de colere
malgré
D'A OUST 1723 350
malgré les prieres de Nabal , vient déli
berer fur le châtimens dû au pere &
aux deux enfans , dans le lieu même où
l'attentat a été commis. Jarbas & Phegor
font choifis pour Juges. Le premier opine
au pardon , & le fecond à la mort
Tryphon prend une efpece de temperamment
entre ces deux opinions contraires
& fous ombre de clemence , il ordonne
qu'on ne puniffe que l'un des deux fils
& qu'on laiffe l'option au pere.
Le tendre embarras du pere entre deux
enfans égalemens aimez , doit faire une
fituation très intereffante ; il ne fe détermine
pour aucun : Tryphon qui a joüi
de cette cruelle irrefolution , fe referve
à lui -même le choix de la victime. Il fait
arrêter les deux criminels , Jonathas les
veut fuivre ; mais le barbare Tryphon s'y
oppofe , & fe retire .
Jarbas prévoyant qu'Achimas fera
condamné à la mort , comme le plus coupable
aux yeux du Tyran , tâche de faire
entendre à Jonathas que du moins , pour.
le fauver , il auroit dû convenir du tort
qu'il a eu d'avoir infulté l'image de Jupiter.
Jonathas lui foutient que loin de blâmer
le zele de fon fils , il doit l'approu
ver hautement , & fur la priere que lui
fait Jarbas de diffimuler pour quelque
temps, il lui répond d'un ton ferme , que.
la
352 LE MERCURE
la religion n'eft point efclave des temps.
Nabal vient avertir Jonathas que Tryphon
va condamner fon fils aîné à la mort,
& que peut être fon cadet aura le même
fort , fi le pere avec les amis ne fe hâte de
demander leur grace. Jonathas ne peut
confentir à rien qui démente fa fermeté
& fa religion. Jarbas l'entraîne malgré
lui , & va fe mettre à la tête de ceux qui
doivent demander grace pour les enfans
& pour le pere.
ACTE IV .
Joadab & Phegor triomphent d'avoir
rendu inutiles toutes les follicitations
qu'on a faites pour obtenir la grace dAchimas
. Ils n'ont pû empêcher que Tryphon
n'ait renvoyé fon cadet auprès de
fon pere. La mort de l'aîné , qui vient
d'expier fon prétendu crime dans fon
fang , ne fuffit pas à ces monftres. Ils veulent
encore les deux victimes qui leur font
échappées. Voici comment ils s'y prennent.
Ils font fufpendre les habits du malheureux
Achimas à l'autel de Jupiter
Olympien , afin que Jonathas à ce lugubre
fpectacle , perdant toute fa moderation
s'emporte affez contre Tryphon pour
meriter la mort . Ce cruel artifice leur
réüffit. Jonathas à la vûë des dépouilles
d'un fils immolé , gémit , menace , &
tonne
D'A OUST 1723. 353
tonne contre fon perfide ennemi : tout
eft rapporté à Tryphon par des témoins
apoſtez.
Jarbas inftruit de la colere de Tryphon
, vient prier fon ami de s'épargner
un nouveau fujet de larmes , en fignant
le traité. Jonathas eft inflexible. Jarbas
le quitte pour aller , s'il lui eft poffible
fufpendre l'Arreft de mort qui va être
prononcé contre le dernier fils qui refte
à ce pere infortuné , & peut
le pere même.
être contre
Nabal imagine un dernier moyen pour
fauver le pere & le fils , c'eft de prendre
la fuite fous des habits Syriens qu'il avoit
apportez pour en faire prefent à Tryphon
. Jonathas ne peut fe réfoudre à la
fuite , & tout ce que Nabal peut gagner
fur lui , c'eft qu'il confente au moins à
la fuite de fon fils. Le fils y réfifte , réſolu
de perir avec fon pere ; mais Jonathas
qui le veut fauver à quelque prix que ce
foit , l'y engage enfin par l'efperance
qu'il lui donne que fa prefence pourra
hâter la marche de l'armée , qui doit ve
nir au fecours de fon
pere.
ACTE V.
Jonathas témoigne à Nachor l'inquiétude
où il eft fur la deftinée de fon fils .
Ce malheureux fils ne tarde guere
à
lui
334
LE MERCURE
pere
lui être prefenté chargé de chaînes. Il
fait à fon le trifte recit de fon voyade
fa prife , & des menaces que
Tryphon vient de lui faire , pour tirer
de lui le fecret de l'entrepriſe .
ge ,
Ce qui confole Jonathas , c'eſt que
Nabal n'a pas été pris avec Mafias ,
c'eſt, le nom de fon dernier fils.
Jarbas toûjours vertueux & genereux ,
vient témoigner la part qu'il prend à ce
nouveau malheur ; mais il lui fait entendre
que Joadab qui en eft l'Auteur n'en
triomphera pas , d'autant qu'il tient entre
fes mains dequoi le perdre .
Tryphon interrompt cette converfation
par des emportemens contre Jonathas
, qu'il menace des plus affreux tourmens
, s'il ne lui declare tout le complot
de l'évafion de Mafias & de Nabal .
Jonathas écoute ces infolentes menaces
avec une noble fierté , & declare à
Tryphon que s'il recouvre jamais la liberté
, il fçaura bien punir la perfidie &
le perfide . Ces dernieres paroles lui coûtent
cher. Tryphon les fait conduire en
prifon lui & fon fils pour y attendre la
mort qu'il leur deftine. Joadab le preffe
de prononcer un Arreft qu'il fouhaite depuis
fi long- temps ; mais Jarbas l'arrête
& le confond par la lecture d'une lettre
que ce traître a écrite à Demetrius contre
D'A OUST 1723 , 355
tre Tryphon lui - même. Tryphon reconnoît
par le contenu de cette lettre qu'on
eft toûjours trahi par un traître , il fait
donner la mort à Joadab.
Un courier qui vient annoncer l'approche
des troupes Ifraëlites , dont Nabal
a hâté la marche , acheve de porter
Tryphon au dernier defefpoir Il ordonne ,
malgré les prieres & les larmes de fon
frere Jarbas , qu'on aille poignarder Jonathas
& Mafias dans leur prifon. L'ordre
cruel eft executé. La Tragedie finit.
la fuite de Tryphon , qui fait connoître
par la frayeur , & par les remords dont
il eft agité , qu'il n'échapera pas à la
colere celefte.
Extrait du Ballet.
par
Ce Ballet a pour titre le Temple de la
Gloire. L'Auteur en expofe le fujet & la
divifion en ces termes.
La plupart des hommes afpirent à la
gloire. Peu en fçavent le vrai chemin ;
plufieurs s'en écartent par de fauffes rontes
; à peine en est - il d'affez courageux , «
pour vaincre les difficultez d'une fi penible
carriere ; encore moins d'affez heureux
pour arriver au but. C'est tout le
plan de ce Ballet , dont l'ouverture repre
fente les afpirans au Temple de la Gloire,
la premiere partie marque les routes qui
2
356 LE
MERCURE
y conduifent , la feconde , les routes qui
en écartent , la troifiéme , les perils qu'il
faut effuyer fur la vraye route ; la quatriéme,
le bonheur dont on jouit au terme.
Le Ballet general propofe pour modeles
ceux qui font admis an Temple de la Gloire
, à ceux qui prétendent y parvenir.
Les quatre Parties dont nous venons
de parler font encore fubdivifées , chacu
ne en quatre autres Parties.
Premiere Partie.
Divifion.
Routes qui conduisent au Temple de la
Gloire.
Subdivifion.
1. Heroifme des Vertus .
2. Genie rare & fingulier pour les
beaux Arts.
3. Et fur tout pour le grand art de bien
gouverner.
4. Continuité de travaux & d'exploits.
Seconde Partie.
Divifion.
Routes qui écartent du Temple de la
Gloire.
SubdiD'A
OUST 1723. 357
Subdivifion.
1. Ambition injufte & demefurée.
2. Point d'honneur mal entendu.
3. Genie mal employé.
4. Amour du repos & du plaifir.
Troifiéme Partie.
Divifion.
Perils à furmonter dans la carriere de
la Gloire.
Subdivifion.
1. Outrages de la Fortune.
2. Efforts de l'envie.
3. Affauts de la vanité.
4. Atteintes d'un feul foible heureux.
Quatriéme Partie.
Divifion
Avantages qu'on poffede au séjour de
la Gloire.
1. Réputation éclatante.
2. Admiration generale.
3. Memoire tranfmife aux fiecles futurs .
4. Immortalité.
Les differentes entrées de ces Ballets
repreſentent des actions hiftoriques convenables
au fujet .
Le
358
LE MERCURE
f
Le Ballet eft precedé d'un prologue ,
dont voici les Acteurs chantans.
La Gloire.
La Vertu.
1. Afpirant.
Chosur des Afpirans au Temple de la
Gloire.
En voici quelques vers pour en donner
une idée.
La Gloire.
Courez , volez à la gloire ,
C'eſt le doux charme des grands coeurs.
Les Heros affervis à fes attraits vainqueurs
Immortalifent leur memoire ,
Mortels qui voulez vivre au-delà du trépas ,
Courez , volez à la gloire ,
Cedez à fes divins appas .
Le choeur des Afpirans repete une partie
'de ces vers..
La Vertu .
Après la gloire & fon brillant féjour ,
Envain un coeur foupire ,
S'il n'eft foumis à mon empire ,
S'il ne
brûle
moi d'un
pour
pur & tendre amant,
La vertu feule a le doux
D'éternifer fes favoris :
avantage
Heureux
D'AOUST 17230 359
Heureux les coeurs de fes beautez éprix !
La gloire eft leur partage ,
La vertu feule a le doux avantage .
D'éternifer fes favoris.
Choeur.
Aimon's de la vertu l'heroïque efclavage ,
De fes charmes puiſſans que nos
épris ,
Heureux fos favoris !
La gloire eft leur partage.
coeurs foient
Chacun des Afpirans le fait une vertu
de ce qui le flatte davantage. La gloirei
& la vertu détruifent la fauffe idée qu'on
fe fait de ce qui ne merite tout au plus
que le nom de penchant ou de paffion .
Le Ballet finit par un mêlange de Trompettes
& de Mulettes. Le choeur des
Afpirans chante ces quatre vers qui
s'appliquent au Roy .
Choeur.
Mêlez , mêlez vos fons , éclatante Trompette .
Aux paifibles accords de la tendre Muſette ,
Pour celebrer avec nos voix
La gloire & les vertus du plus cheri des Rois.
G LET360
LE
MERCURE
OBECOM CONCINECIFICALL
LETTRE écrite de Londres par un
François , au fujet du Theatre Anglois.
I
L n'y a point de Comedie , Monfieur,
comme je vous l'ai déja dit qui ſe con
forme plus à celle des anciens , que l'Angloife
, pour ce qui regarde les moeurs.
Ce n'eft point une pure galanterie pleine
d'avantures & de difcours amoureux ,
comme en Espagne & en France ; c'eſt
la reprefentation de la vie ordinaire , felon
la diverfité des huineurs , & les differens
caracteres des hommes. C'eft un Alchimifte
, qui par les illufions de fon
Art , entretient les efperances trompeufes
d'un vain curieux c'eft une perfonne
fimple & credule , dont la fotte facilité
eft éternellement abu ée : c'eft quelquefois
un Politique ridicule , grave ,
compofé , qui fe concerte fur tout , myf
terieufement foupçonneux , qui croit trouver
des deffeins cachez dans les plus
communes intentions , qui penfe découvrir
de l'artifice dans les plus innocentes
actions de la vie: c'eft un Amant bizarre
, un faux brave , un faux fçavant , l'un
avec des extravagances naturelles , les
autres avec de ridicules affectations. A la
verité,
D'AOUST 1723. 361
>
verité , ces fourberies , ces fimplicitez
cette politique , & le refte de ces caractéres
ingenieufement formez , fe pouffent
trop loin à nôtre avis comme ceux
qu'on voit fur nôtre Theatre demeurent
un peu languiffans au goût des Anglois ;
cela vient peut-être de ce que les Anglois
penfent trop , & de ce que les François
d'ordinaire ne penfent pas affez .
#
En effet , Monfieur , nous nous contentons
des premieres images que nous
donnent les objets ; & pour nous arrêter
aux fimples dehors , l'Apparent nous
tient prefque toûjours lieu du vrai , &
lè facile du naturel . Sur quoi je vous dirai
en paffant , que ces deux dernieres
qualitez font quelquefois très- mal -à - propos
confondues. Le facile & le naturel
• conviennent affez , dans leur oppofition,
à ce qui eft dur ou forcé ; mais quand
il s'agit de bien entrer dans la nature
des chofes , ou dans le naturel des
perfonnes
; on m'avouëra que ce n'eft pas
toûjours avec facilité qu'on y réüffit. Il
ya je ne fçai quoi d'interieur , je ne fçai
quoi de caché qui fe découvriroit à nous
finous fçavions approfondir les matieres
davantage. Autant qu'il nous eft mal
aifé d'y entrer , autant eft - il difficile aux
Anglois d'en fortir . Ils deviennent fi
fort maîtres de la chofe , à laquelle ils
Gij pen362
LE
MERCURE
penfent , qu'ils ne le font pas de leur
pentée. Pleins de leur efprit , quand ils
poffedent leur fujet , ils creufent encore
où il n'y a plus rien à trouver , & pallent
la jufte & naturelle idée qu'il faut avoir,
par une recherche trop profonde.
Les gens du meilleur
entendement
font
les François
qui confiderent
les chofes
avec attention
, & les Anglois
qui peuvent
fe détacher
de leurs trop grandes
meditations
pour revenir
à la facilité
du
diſcours
, & à une certaine
liberté
d'efprit
, qu'il faut toûjours
poffeder
, s'il
eft poffible
. Les plus honnêtes
gens du
monde
font les François
qui penfent
, &
les Anglois
qui parlent
. Une difference
confiderable
qui fe trouve entre
nôtre
Comedie
& la leur , c'eft qu'attachez
à
la regularité
des anciens
, nous rappor
tons tout à une action principale
fans autre
diverfité
que celle des moyens
qui
nous y font parvenir
.
Il faut demeurer d'accord qu'un évenement
principal doit être le but & la
fin de la reprefentation dans la Tragedie
, où l'efprit fentiroit quelque violence
dans les diverfions qui détourneroient
fa penſée. L'infortune d'un Roy miferable
, la mort funefte & tragique d'un
Heros , tiennent l'ame fortement attachée
à ces importans objets , & il lui
fuffit,

D'A OUST 1723. 363
fuffit , pour toute varieté , de fçavoir les
divers moyens qui conduifent à cette
principale action ; mais la Comedie étant
faite pour nous divertir , & non pas pour
nous trop occuper , pourvû que le vraifemblable
foit gardé , & que l'extravagance
foit évitée , au fentiment des Anglois
, les diverfitez font des furpriſes
agreables & des changemens qui plaifent
; au lieu que l'attente continuelle
d'une même chofe , où l'on ne conçoit
rien d'important , fait neceffairement languir
nôtre attention .
Ainfi , au lieu de reprefenter une fourberie
fignalée , conduite par des moyens
qui le rapportent tous à la même fin , ils
reprefentent un Trompeur infigne , avec
des fourberies diverfes , dont chacune
produit fon effet particulier par fa propre
conftitution. Comme ils renoncent
prefque toûjours à l'unité d'action , pour ,
reprefenter une perfonne principale , qui
les divertiffe par des actions differentes
ils quittent fouvent auffi cette perfonne
principale , pour faire voir diverſement
ce qui arrive en des lieux publics à plufieurs
perfonnes. Ben . Johnſon en a`uſé
de la forte dans Bertholomew- Fair.
>
On voit à Londres quelques Pieces ,
où il y a comme deux fujets , qui entrent
fi ingenieufement l'un dans l'autre , que
G iij
l'ef364
LE MERCURE
l'efprit des fpectateurs qui pourroit être
bleffé par un changement trop fenfible ,
ne trouve qu'à fe plaire dans une agreable
varieté qu'ils produifent. Il faut
avouer que la regularité ne s'y rencontre
pas ; mais les Anglois font perfuadez
que les libertez qu'on le donne pour
mieux plaire , doivent être préferées à
des regles exactes , dont un Auteur fterile
& languiffant fe fait un art d'ennuyer.
Il faut aimer la regle pour éviter la
confufion , il faut aimer le bon fens
qui modere l'ardeur d'une imagination
allumée ; mais il faut ôter à la regle
toute contrainte qui gêne , & bannir une
raifon fcrupuleufe, qui par un trop grand
attachement à la jufteffe , ne laiffe rien de
libre & de naturel. Ceux que la nature a
fait naître fans génie , ne pouvant jamais
fe le donner , donnent tout à l'art qu'ils
peuvent acquerir ; & pour faire valoir le
feul merite qu'ils ont d'être reguliers , ils
n'oublient rien à décrier les ouvrages qui
ne le font pas tout- à- fait . Pour ceux qui
aiment le ridicule , qui prennent plaifir
à bien connoître le faux des efprits , qui
font touchez des vrais caracteres , ils
trouveront les belles Comedies des An.
glois , felon leur goût , autant & peutêtre
plus qu'aucunes qu'ils ayent jamais.
vûës.
A
D'AOUST 1723. 365
A l'égard des moeurs , s'il en faut croi
re M. Colier , (a ) dont je vous ai déja
parlé , Ariftophane , tout libertin , & tout
obfcene qu'il eft pourroit être propoſé à
nos Poëtes , comme un exemple rare de
modeftie. Rien n'eft plus propre à infpirer
l'Atheifine , que la maniere indigne
dont ils traitent les plus faintes loix du
Chriftiani me. Les juremens font fi frequens
fur les Theatres d'Angleterre ,
qu'on n'y entend prefque autre choſe.
Les Heros & les gens du commun ont
continuellement à la bouche les plus
horribles blafphêmes. A les entendre il
n'y a ni Providence , ni mifericorde , ni
juftice en Dieu ; on tâche par- là de détruire
jufqu'aux notions les plus communes
de la divinité .
Du temps de Jacques I. le Parlement
voulant remedier aux defordres du Theatre
, défendit aux Poëtes fous de griéves
peines de parler dans leurs Comedies des
myfteres de la Religion . Cette défenſe
eut fon effet les Poëtes devinrent beaucoup
plus réſervez fur cet article , & ce
n'a été que vers le regne de Charles II.
que le déreglement reprit le deffus . On
vit alors l'Ecriture Sainte tournée en ridicule
, la vertu mépriſée , & la Religion
(a) Dans fa Critique du Theatre Anglois .
Giiij mê366
LE MERCURE
même jouée publiquement fur les Theatres
de Londres.
Il eft temps de vous parler des Auteurs
& des Pieces , fur lefquelles vous me demandez
des éclairciffemens.
>
>
Le Duc de Buckingham vivoit fous
Charles II. Il ne faut pas oublier une fameufe
Piece de ce grand perfonnage
-puifqu'il n'a , je crois, compofé que cellela
Elle eft intitulée Rehearsal , c'eſt- à - dire,
Repetition , Comedie en Profe. C'eſt
une Critique fine de la plupart des Pieces
de Theatre qui étoient le plus en vogue
du temps de ce Duc , & fur- tout de
celles du Poëte Dryden . Le Heros de la
-Piece eft un Poëte entêté de fon merite ,
qui fait repeter à des Comediens une
Piece de fa façon , où il tombe dans mille
fautes groffieres , dont un fpectateur
homme de bon fens , tâche de le corriger
poliment ; mais que l'Auteur défend à
cor & à cri. Et ce font préciſement les
fautes que Dryden , & d'autres Poëtes
avoient déja commifes. Il regne dans
toute cette Piece une raillerie fort réjoüiffante
, pour ceux qui fçavent les Pieces
qu'on y attaque. L'Impromptu de.
Verfailles de Moliere , peut donner quelque
idée de cet ouvrage ; mais ces deux
Pieces font au fond fi differentes qu'on
re fçauroit dire que l'une ait été faite à
l'imitation de l'autre. Il
D'A OUST 1723. 367
Il a pourtant , je crois , fait une autre
Piece intitulée les Hazards , qui a été
reprefentée avec applaudiffement.
On voit du Chevalier Steel , Auteur
du Spectateur , qu'on a traduit fous le
nom du Socrate moderne , un volume
imprimé de fes Pieces de Theatre , en
profe , mêlé de vers. On prétend qu'il a
plus confulté le goût du parterre Anglois
, que les regles de la fageffe & de la
modeftie . Celles de fes Comedies qu'on
joue le plus font , les Funerailles ou le
chagrin à la mode ; le Tendre Mari , &
l'Amant Manteur , ou l'amitié des Dames.
M. Addifon , mort depuis quatre ou
cinq ans , paffe parmi les Anglois pour
un Poëte du premier Ordre. On regarde
fa Tragedie de la mort de Caton , comme
un chef- d'oeuvre. Armand du Bourdieu
en avoit entrepris une traduction en vers
François , qui n'a point paru. On en
voit une autre en profe qu'on attribuë à
M. Boyer. Le public redemande ſouvent
cette celebre Piece. Il eft auffi Auteur
de la Tragedie de Scipion , & d'un Opéra
qui a réiiffi , intitulé Rosemonde , auffi
bien que d'un très -beau Poëme fur la
campagne d'Hoghfter. Il a fait imprimer
un voyage d'Italie fort eftimé , & on prétend
qu'il eft l'Auteur de la meilleure
partie du livre intitulé le Spectateur ,
Gy dont
368 LE MERCURE
dont tout le monde connoît le merite
& dont je viens de parler.
pour
Dans la Comedie de la Femine pouffée
à bout , du Chevalier Vanbrugh , une
perfonne de qualité , mariée à un brutal,
fe retire dans le coin d'un jardin exprès ,
réfifter foiblement aux efforts d'un
Galant aimé elle eſt toute prête à fuccomber
; mais malheureufement des fâcheux
furviennent , & rendent ſa bonne
volonté inutile. Le Theatre Anglois eft
fi libre , pour ne pas dire licentieux , que
plufieurs Auteurs charmez d'un incident
fi ingenieux , ont trouvé à propos de le
piller , & d'en embellir leurs productions
Theatrales ; d'autres pour ne pas
paffer pour Plagiaires font allez plus loin.
Dans la Femme provoquée , autre Comedie
de cet Auteur , une Heroine dit ,
¿que la vertu n'est qu'un âne , & qu'un
galant homme vaut cent fais mieux qu'elle.
R..... ou la vertu en danger , eft encore
une Comedie du Chevalier Vanbrugh .
Coely Cyber , Poëte Dramatique , &
excellent Acteur Comique du Theatre
Royal de Drury- Lane , eft Auteur du
Mary negligent , excellente Comedie en
profe , où l'Auteur joue lui-même le principal
rôle d'une maniere inimitable. I a
fait d'autres Pieces qui ont eu du fuccès ,
comme le Galant doublement amoureux ,
ou
D'A OUST 1723. 369
ou la guerifon d'une belle malades la
derniere reffource de l'Amour , où le fot
à la mode , en profe ; l'Amour fait
l'Homme , ou la fortune d'un impertinent,
Comedie en profe mêlée de chants & de
danfes. Je fuis , & c .
NOUVELLES E'TRANGERES:
De Petersbourg , ce 8. Juillet 1723 .
A Flotte du Czar fortie depuis quel-
Lquesjours du Port de cette Ville , &
de celui de Cronflot , s'eft divifée en
deux Efcadres , commandées par le
Comte Apraxni & par le Comte de
Gordon . Elle s'eft exercée à differentes
Manoeuvres le long des côtes du Duché
de Finlande. On a détaché les gros
vaiffeaux devenus inutiles dans les exercices
, faute d'un nombre fuffifant de
Matelots experimentez .
M. Bertuchef , chargé des affaires du
Czar à la Cour de Suede , a envoyé ici
un courier qui y a apporté la nouvelle du
confentement accordé par les quatre
Etats de ce Royaume au titre d'Empereur
de Ruffie , demandé par le Czar
& à celui d'Alteffe Royale , demandé par
le Duc d'Holstein & qu'ils avoient auffi
Gvj unani370
LE MERCURE
unanimement approuvé tous les articles
du Traité de paix de Nystadt.
Les Amiraux & les autres Officiers de
Marine ont reçû ordre de fe rendre à
bord de la Flote qui a été renforcée de.
trente Galeres , fur lefquelles on a embarqué
des troupes , dont le commandement
a été donné au Lieutenant General
de Bolfne.
Ο
De Stokolm , ce 25. Juillet.
N avoit écrit de Coppenhague
que la Flote alloit être défarmée
à l'exception de quelques Fregates qu'on
devoit employer à garder les côtes du
Royaume .
Mais de nouvelles lettres nous apprennent
que l'execution des ordres donnez
pour ce défarmement avoit été retardée ,
& que les Vaiffeaux avoient été pourvûs
de vivres pour trois mois , & que depuis
peu leur nombre avoit été augmenté de
trois Vaiffeaux de guerre , & de trois
Prames , & que le commandement
en
avoit été donné à l'Amiral Judiker.
Le 20. Juillet l'Affemblée generale
des Etats , réfolut que les Miniftres Ecrangers
auroient ordre de fe retirer hors de
la Ville avec leurs familles , lorſque la
nation feroit obligée de proceder à une
élecD'AOUST
17232 371
élection après la mort de leurs Ma
jeſtez.
On écrit de Coppenhague que le
Czar avoit fait demander au Roy de
Dannemark qu'il lui accordât le titre
d'Empereur de toute la Ruffie ; que les
Vaiffeaux Mofcovites euffent la liberté
de paffer le Sund fans payer aucun droit
Que Sa Majefté Danoife rétablit le
Duc d'Holftein dans la poffeffion de tous
fes Etats , & qu'il lui reftituat la Fortereffe
de Toningue dans l'état qu'elle eft
actuellement..
De Dantzich , ce 16. Juillet.
Es Magiftrats de cette Ville ont
Lreçu des lettres du Roy de Pologne
, par lesquelles Sa Majefté leur marque
qu'elle avoit donné ordre à vingt
Compagnies Polonoifes qui étoient en
quartier près de Marienbourg , de fe
rendre dans les environs de cette Ville
pour la fecourir en cas de befoin , & de
ne point s'allarmer des bruits qui ſe débitent
au fujet des deffeins du Czar.
Le Major General Bertuchef . Grand-
Maître de la Maifon de la Ducheffe
Doüairiere de Curlande , arriva ici la femaine
derniere avec une commiffion particuliere
du Czar , pour propofer au Duc
JJ
Ferdi372
LE MERCURE
Ferdinand de Curlande un Traité cons
cernant la fucceffion de fes Etats.
On écrit de Podolie que les Turcs
continuoient de conftruire plufieurs Forts
fur les frontieres de l'Ukraine , & de
de Varfovie , que le Primat du Royaume
avoit reçû avis de Rome , que le Pape
avoit promis de le comprendre dans la
premiere promotion que fera fa Sainteté
pour les Couronnes.
Le
voyage que devoit faire à Varsovie
le Roy de Pologne , eft retardé juſqu'à
l'année prochaine , & le bruit court prefentement
que Sa Majefté ira trouver
l'Empereur à Prague.
On écrit de Conftantinople que fuivant
les avis de Perfe , le Rebelle Miriweits,
tâchoit de fe fortifier dans la pol
feffion de ce Royaume, fans fonger à faire
de nouvelles conquêtes. On dit que le
fils du Sophi fe tient toûjours à Tauris,
où il affemble le plus de inonde qu'il
peut , pour vanger fon pere , & fe fouf
traire à la tirannie de l'ufurpateur.
L
De Vienne , ce 1. Aoust.
E douze Juillet , les deux Princes ,
fils du Prince Ragotski , partirent
de cette Ville pour aller prendre poffeffion
des Fiefs que l'Empereur leur a donnez
D'A OUST 1723
375
nez dans le Royaume de Naples , & dans
la Sicile.
Le Cardinal de Saxezeits partit d'ici
le 24. Juillet pour aller reprendre à Ratifbone
les fonctions de principal Com
miffaire de l'Empereur à la Diette de
l'Empire.
On écrit de Milan que le dix Juillet
le feu avoit pris dans le Sagheto , près
du Grand Hôpital , à un grand nombre
de Barques , chargées de Bois , de Charbon
, & autres matieres combuftibles qui
avoient été réduites en cendre , & qu'il
s'étoit communiqué par la violence du
vent à fix des plus belles Maifons de la
Ville. La perre caufée par cet incendie
monte à plus de quatre cens mille livres .
L'Empereur ayant parti de Vienne le
19. de l'autre mois , pour fe rendre à
Prague , avec l'Imperatrice & les Archiducheffes
fes filles , arriva le 23. à Pirnitz.
Le 24. l'Empereur y reçût le ferment
de fidelité du Comte François Ferdinand
de Kinski pour la Charge de Grand
Chancelier du Royaume de Bohéme , du
Marquifat de Moravie , & du Duché de
Silefie , à laquelle il a été nommé depuis
la mort du Comte de Schlitch. S. M.
Imperiale monta enfuite à cheval , & fe
rendit en grand cortege dans l'Eglife des
Mini
374
LE MERCURE
*
Minimes , où elle entendit la Meffe qui
fut celebrée pontificalement par le Comte
d'Eck , Doyen de Gros- Meffritz . Vers
le midy l'Empereur & l'Imperatrice dînerent
en public avec les Archiducheffes.
Après le repas l'Imperatrice étant
rentrée dans fon appartement avec les
Dames , elle détacha de fa coëffure un
bouquet de diamans , dont elle fit prefent
à la Comteffe de Collalto , en la remerciant
des foins qu'elle s'étoit donné
pour la recevoir. Leurs M. Imp. allerent
enfuite coucher à Iglaw , fur les confins
du Marquifat de Moravie ; mais les Archiducheffes
ne partirent de Pirnitz que
le 25. pour aller rejoindre l'Empereur
à Jenikaw , terre fituée à l'entrée du
Royaume de Bohéme ; leur M. Imp. y
furent complimentées au nom des Etats
de Bohéme , par le Comte de Schafgotfch,
Grand Chambellan , & par le fieur Marquard
, fous- Chambellan . L'après midy
' Empereur continua fa route , & arriva
le foir à Deutſchembrod. Le 26. L. M.
allerent dîner à Haabern , le foir elles
coucherent à Goltſch - Jenickaw , où
elles furent encore complimentées au nom
des Etats du Pays par le Comte Joſeph
de Wurmb , Juge fuprême du Royaume,
& par le Comte François de Pettingh ,
qui en eft un des Lieutenans de Roy. Le
27+
D'AOUST 1723. 373
*
27. l'Empereur , & l'Imperatrice fe rendirent
à Neuhoff , où leurs Majeſtez
pafferent en arrivant au milieu d'une
double haye de 600. travailleurs aux
Mines , uniformement habillez , ayant à
leur tête le fieur de Laver , Confeiller
Imperial de la Chambre de Bohéme ;
après le dîner , elles furent complimentées
par le Comte de Ifchernin , Juge füprême
Feodal du Royaume. L'Empereur
& l'Imperatrice fouperent dans la galerie
du Château , dans laquelle il y eut un
concert de quatre Lutz , entremêlé des
fanfares de plufieurs Trompettes , placées
dans les jardins , dont le parterre &
les bofquets étoient illuminez de plus de
15000. pots à feu. Le 28. le Comte de
Pachta qui avoit eu l'honneur de recevoir
l'Empereur & l'Imperatrice fur fes
terres pour la troifiéme fois , eut celui
de baifer la main de L. M. I. qui lui
donnerent des témoignages publics de
leur fatisfaction ; après quoi L. M. Imp.
partirent pour aller coucher dans un endroit
peu confiderable , d'où elles arriverent
le 29. au foir à Brandeis , Maifon
de plaifance des Rois de Bohéme , qui
eft fituée fur l'Elbe.
.
Le 30. après midy L. M. Imp. accompagnées
des Archiducheffes , arriverent
à Prague fur les cinq heures. L'Em-
Percus
376 LE MERCURE
pereur avoit eu deffein d'y faire fon entrée
à cheval , & les habitans de l'ancienne
, de la nouvelle , & de la petite Villė
avoient fait preparer un magnifique Dais
de drap d'or , orné de crefpines & de
feftons , & furmonté de huit Aigles d'argent
doré ; mais la pluye continuelle détermina
S. M. I. à la faire en caroffe dans
l'ordre fuivant. Deux des quatre Compagnies
de Carabiniers du Regiment de
Caraffe à cheval , leurs Etendars déployez
& Trompettes fonnantes , marcherent
à la tête du cortege ; ils furent
fuivis d'une compagnie de Bourgeois de
la petite Ville , d'une autre de la Villeneuve
, & d'une troifiéme de l'ancienne,
tous à cheval , & vêtus uniformement ,
mais de couleurs differentes & galonnez
d'argent. Après eux venoient plufieurs
caroffes à fix chevaux où étoient les
Chambellans de la Clef d'or de l'Empereur
, & quelques-uns de fes Miniftres
& Confeillers d'Etat. Les douze Trom
pettes de S. M. I. marchoient avec leur
Timballier immediatement devant un des
caroffes de l'Empereur , dans lequel
étoient les principaux Miniftres ; ce caroffe
étoit entouré , & fuivi d'un grand
nombre d'Heyduques , d'Eftafiers & de
Valets de Pied. L. M. Imp. parurent enfuite
dans un fuperbe caroffe fait en forme
D'AOUST 1723 377
me de Pavillon Turc , derriere lequel
marchoient leurs Pages à cheval . Les
deux Archiducheffes , accompagnées de
leur premiere Gouvernante , étoient dans
un autre caroffe , fuivi des Archers de la
Garde , à cheval , de huit autres caroffes
à fix chevaux , & des deux autres
Compagnies des Carabiniers du Regiment
de Caraffe . L. M. Imp. furent
complimentées en arrivant par les Députez
des trois Villes , le Bourgie Meftre
de l'ancienne portant la parole , fe
mit à genoux pour en prefenter les clefs
à l'Emp. qui les remit entre les mains des
Magiftrats . A l'entrée de l'ancienne Ville
L. M. I. ayant été complimentées par le
Recteur de l'Univerfité , à la tête des
Docteurs des quatre Facultez , elles trouverent
quatre Compagnies de Bourgeois
fous les armes , à l'entrée du Pont qui
joint cette partie de la Ville à la petite ,
& à la porte de celle- ci , quatre autres
Compagnies , dont une étoit compofée
des habitans de Hraftchin , colline au
haut de laquelle eft fitué le Château
Royal. L'Empereur y reçût en arrivant
les complimens du Comte de Wirttby
Grand Burgrave qui lui en remit les
clefs , il fe rendit enfuite avec l'Imperatrice
& les Archiducheffes à l'Egliſe Metropo
378 LE MERCURE
tropolitaine de S. Vite , à la porte de laquelle
il fut reçû & complimenté par le
Comte de Kiembourg , Archevêque , à
la tête du Chapitre , & accompagné des
Evêques de Leutmeritz , de Konifgraetz
, & d'Olmatz , fes fuffragans :
ce Prélat prefenta l'Eau - Benite , & la
Croix à baifer à L. M. I. & aux Archiducheffes
, qui marcherent enfuite ſous
un Dais vers le choeur. Le Te Deum y
fut chanté par la Mufique de l'Empereur,
au bruit de plufieurs falves d'artillerie ,
& des acclamations d'une multitude.
digieufe de peuple qui rempliffoit l'Eglife
& la Place.
pro-
On apprend de Berlin que le Duc de
Saxe Eyfenach a accordé à la Princeffe
hereditaire , en qualité de Princeffe de
Pruffe , & de Margrave de Brandebourg,
le titre d'Alteffe Royale , avec la permiffion
de fe fervir du cachet qui lui a
été donné ici , lorfqu'elle écrira à cette
Cour. Sur ce cachet on a pofé les armes
de Pruffe & de Brandebourg à la droite
de celles d'Eyfenach ; mais lorsqu'elle.
écrira dans le Pays d'Eyfenach , & autres
endroits , elle employera le cachet
fur lequel les armes de Saxe- Eyfenach
font pofées à la droite de celles de Pruffe
& de Brandebourg
.
De
D'AOUST 1723.
379
LE
De Londres , ce 7. Avuft.
E 9. Juillet on conduifit de la Tour.
au Camp d'Hydepark un train d'artillerie
de 21. pieces de canon , qui furent
eſcortées par un détachement confiderable.
M. le Duc de Wharton s'eft declaré
l'Auteur du veritable Breton , feuille vo
lante qu'on débite ici toutes les femaines ,
& dans laquelle on a trouvé des réfle
xions fur le gouvernement , qui ont obligé
les Lords Jufticiers de s'affembler
plufieurs fois , & d'écrire au Roy à ce
Tujet.
Le Parlement d'Irlande a été prorogé
jufqu'au 9. Septembre prochain.
Le trois Aouft après-midy on repeta
dans le Port de Deptfort l'experience
déja faite d'une manoeuvre , avec laquelle
on peut entrer dans quelque Port que ce
foit malgré le vent & la marée contraires.
De la Haye , ce 9. Aouft.
à
E Miniftre de la République à Cop-
Lpenhague la
Puiffances que les Miniftres du Roy de
Dannemark retardoient par de nouvelles
difficultez la Negociation du nouveau
Regle380
LE MERCURE
&
Reglement des droits que les Vaiffeaux
Hollandois doivent payer au paffage du
Sund , & qu'ils prétendoient qu'avant
que de rien ftatuer, les troupes Danoifes
qui ont été au fervice de la République
pendant la derniere guerre , fuffent payées
de tout ce qui leur eft dû . On affure
même qu'ils offrent une remiſe de 2. pour
cent fi l'Etat veut faire ce payement avant
la fin du mois de Septembre prochain.
On mande de Francfort que les differens
du Duc de Wirtemberg - Stugard
avec le Duc Charles Frederic de Wirtemberg-
Och , au fujet de la fucceffion
du feu Prince de Montbelliard avoient
été terminez à la farisfaction de l'un &
de l'autre .
De Madrid , ce 29. Juillet.
Na reçû avis de Barcelone que O Efcadre commandée
le Marpar
quis de Mafi étoit rentrée dans le Port
de Malaga , fans avoir rien fait de confiderable
depuis fon départ de Cadix ,
d'où la Flote deftinée pour la nouvelle
Eſpagne , eft partie le io. Juillet au matin
, fous l'efcorte de trois Vaiffeaux de
guerre , commandez par Don Antoine
Serrano , Chef d'Efcadre.
Le Roy a accordé à la Chambre du
ComD'A
OUST 1723. 381 .
cette année
Commerce de Seville un délai extraordinaile
de dix jours pour recevoir les Soufcriptions
des Etrangers qui veulent prendre
intereft fur la Flote qui doit partir
pour les Indes Occidentales.
Toutes les troupes qui gardoient les
paffages du côté des frontieres de France
ont reçû ordre de fe rendre dans leurs
anciens quartiers , & le commerce eft
entierement rétabli entre les fujets des
deux Couronnes. On écrit de Cadix qu'il
y eft arrivé des matieres d'or & d'argent,
& des marchandiſes pour plus de dix
millions de Piaftres , tant pour le compte
du Roy , que pour celui des particuliers .
De Naples , ce 15. Juillet.
E Cardinal Viceroi ayant reçû des
Lnouvelles certaines de l'entiere ceffation
du mal contagieux dans les Provinces
Meridionales de France , a fait publier
un nouveau Reglement pour l'entrée des
Marchandifes qui en viennent.
Le 26. Juin le Mont Véfuve commença
à jetter des flâmes , des cendres ,
& beaucoup de matieres bitumineufes
qui cauferent de grands dommages aux
Villages des environs ; on a fenti des fecouffes
de tremblement de terre auprès
de Rocca Munfiva. Le 13. Juillet ce
Acau
282 LE MERCURE
Heau continuoit encore avec des mugiffemens
effroyables dans la montagne ,
qui ont redoublé la confternation.
On mande de Turin que le trois de
Juillet le Senat fit publier le nouveau
Reglement des loix civiles & criminelles
que le Roy a fait rediger dans un ordre
nouveau , & qui a été imprimé en deux
colonnes , l'une Françoife , & l'autre Italienne
; il eſt divifé en cinq livres ; on en
doit publier inceffamment un fixiéme qui
contiendra les Reglemens qui concernent
les Domaines & Fiefs.
De Rome , ce 22. Juillet.
E 28. de Juin , veille de la Fête de´
LS. Pierre & S. Paul , le Pape fe rendit
l'après-midy à l'Eglife de S. Pierre ,
pour les premieres Vêpres de la Fête ,
après lefquelles Sa Sainteté fut portée
près le grand Benitier , où elle reçût la
Haquenée qui lui fut prefentée , avec les
ceremonies ordinaires , par Don Fabrice
Colonne , Grand- Connétable du Royaume
de Naples , & Ambaffadeur Extraor
dinaire de l'Empereur pour cette ceremonie.
Le Cardinal Cienfuegos avoit fait
avertir tous les vaffaux du Royaume de
Naples , & du Duché de Milan de fe
trouver à la Cavalcade du Connétable.
PluD'AOUST
1723. 383
Plufieurs d'entre eux , principalement
ceux qui ont ici le titre d'Excellence ,
tâcherent de s'en excufer ; mais il leur
fit entendre que l'Empereur vouloit être
obeï. Le Prince de Sainte Croix s'y détermina
, & il marcha le premier à la tête
de cette Cavalcade , précedé des gens
qui compolent fon anti- chambre , à cheval
, d'une nombreuſe & magnifique livrée
, de quatre Pages à pied , & ayant
un de fes Officiers qui portoit derriere
lui l'Ombrelle levée , mais pliée .
Le Duc de Bracciano Odescalchi le
fuivit à 50. pas , avec un femblable cortege,
& après lui parurent le Duc Strozzi ,
le Duc Caffarelli , & le fils du Duc Cefarini,
Le refte de la Nobleffe qui étoit allée
monter à cheval chez le Duc de Guadagnola
, ayant fait cortege aux deux neveux
de S. S. jufqu'au Palais du Connétable
, elle fe retira comme l'année derniere
, fans vouloir l'accompagner ; le
Cardinal Cienfuegos en a témoigné quel -
que chagrin , & le bruit court qu'il a
deffein de faire abolir dorénavant cette
ceremonie .
Le Duc de Baviere a fait demander à
Sa Sainteté un Bref d'Eligibilité à l'Evêché
de Liege pour l'Evêque de Munf
ter , fon fils , qui eft déja Coadjuteur de
Cologne,
H Le
384
LE MERCURE
2.
Le Cardinal Pamphile laffé des querelles
des Penfionr aires du College Ro .
mani , avec ceux du College Clementin
a envoyé à la Secretairerie d'Etat un Acte,
par lequel il renonce à la protection du
College Romani , fans en avoir pû être
détourné par les follicitations du Chevalier
de S. Georges , & du Pere Charles
Spinola , frere du Secretaire d'Etat.
Le Cardinal Cienfuegos , chargé des
affaires de l'Empereur , continuë de folliciter
la Bulle de la Croifade , que Sa Majefté
Imperiale fouhaite d'obtenir pour
lever de nouvelles decimes fur les biens
Ecclefiaftiques de fes Etats d'Italie .
Maaaaaaaaaa
DIGNITEZ , BENEFICES
Charges des Pays Etrangers.
L
Pologne.
E Roy de Pologne a donné l'Ordre
de l'Aigle Blanc au Prince Georges
de Heffe . Caffel.
Allemagne.
M. le Duc Gaetani a été nommé Confeiller
d'Etat par l'Empereur.
Le 28. du mois dernier la jeune Comteffe
D'AOUST 1723. 385
teffe d'Althan prit l'habit de Religieufe
au Convent des Urfulines , à Vienne , en
prefence de l'Imperatrice Amelie qui
étoit accompagnée des deux Archiducheffes.
Le 30. de l'autre mois l'Empereur
nomma à Prague Gonfaloniers hereditaires
du Royaume de Bohéme , le
Comte Rodolphe- Jofeph Korzensky de
Terethau , Confeiller Aulique , & M.
Vinceflas Erneft - Marchvart de Hradeck
, Lieutenant de Roy , & Affefleur
du Tribunal Superieur de Bohéme .
·
Hollande.
Le Comte de Hompech , Gouverneur
de Bois- le- Duc a prêté ferment en qualité
de General de la Cavalerie de l'Etat.
Portugal.
Dona Violante Cafimire Manrique ,
veuve de Don Denys Mello de Caſtro , a
été nommée Dame d'Honneur de la
Reine.
·
Le deux Juillet on fit à Liſbone l'Election
des Officiers de la Maifon de Mifericorde
, le Cardinal d'Acunha en fut
nommé Provifeur , Don Pierre Vafcovallos
de Souza , cy- devant Ambaffa leur
à la Cour de Madrid , fut choifi
la plume , M. le Comte de Gal cas pour
pour
tenir
Hij faire
386 LE MERCURE
faire la recette des Aumônes , & Don
Jean Manuel d'Acofta pour être Major
dome des récompenfes.
Espagne.
Don Hyacinthe Balledor a été facré
Evêque d'Orma dans l'Eglife Paroiffiale
de S. Martin , à Madrid , par Don Jean
Camargo , Evêque de Pampelune , & Inquifiteur
General , affifté des Evêques de
Sion & de Laren .
Le 25. Juillet Don François Antoine
Efcandon , fut facré Evêque de la Conception
du Chilly , dans l'Eglife des
Theatins de Madrid , par l'Evêque de
Pampelune , affifté des Evêques d'Olma
& de Laren .
Le Comte de Las Torres a accepté la
Viceroyauté de Navarre.
Italie.
Le Cardinal Corfini a été nommé à
Rome Député de la Congregation du
Concile .
M. Lambertini , Secretaire de la Congregation
du Concile , a ordre de mettre
en état pour l'année 1725. les procedures
qu'on a commencées depuis long- temps
pour parvenir à la Canonifation de pluheurs
Saints de differentes Nations , du
nombre defquels font le Bienheureux StanillasD'A
OUST 1723.
387
niflas Kzoska , Jefuite , le Pelerin Laziozi
, & la Bienheureuſe Marguerite de
Caftone du Tiers- Ordre de S. François.
*******
BAPTES MES , MORTS
& Mariages des Pays Etrangers.
L
E 11. Juillet le Roy de Suede & le
Prince Maximilien de Heffe- Caffel
fon frere , affifterent aux funerailles du
Comte Charles de Gillenftiern , qui furent
faites à Stokolm avec beaucoup de
magnificence , & au bruit d'une falve
generale de l'artillerie.
Le 16. du même mois le Roy & la
Reine de Suede honorerent de leur prefence
la ceremonie du mariage du Lieutenant
General Hamilton avec la Com
teffe de Flemming , Dame- d'Honneur
de la Reine . Cette ceremonie fut faite à
Carelfberg.
L'Imperatrice Amelie à fait celebrer à
Vienne deux Services , pour le repos de
l'ame de la Comteffe Catherine - Marie
de Molsrenberg , née Comteffe de Griefdorf
, Dame de l'Ordre de la Croifade ,
morte à Paffau le 30. Mars dernier , &
de la Comteffe Anne-Elifabeth d'Oxenftrin
, de la branche des Comtes de Lim-
H iij bourg
3.88 LE MERCURE
bourg Styrum Bronckorft , auffi Dame
de l'Ordre de la Croifade , qui mourut à
Cologne le 31. May dernier.
Le 18. Juillet à Prague , l'Empereur
& l'Imperatrice honorerent de leur prefence
la ceremonie du Mariage du Comte
François - Henry de Schlick , Comte de
Palau & de Veiskirken , Chambellan
de la Clef d'Or , & Confeiller de la
Chancellerie du Royaume de Bohéme ,
avec la Comteffe Marie - Eleonore de
Trautmansdorf , Dame d'Honneur de
l'Imperatrice. L'Evêque de Leitmeritz
leur donna la Benediction Nuptiale.
-
L'Amiral de Laval eft mort d'une chu
te de cheval dans fa terre, du Comté de
Cumberland en Angleterre.
La Princeffe , époufe du Prince heredi
taire de Heffe-d'Armftad , eft accouchée
le onze Juillet d'une Princeſſe.
On a figné à Liſbone les articles de
Mariage de Joachim - Manuel Ribeiro-
Soares , Commandeur de plufieurs Commanderies
de l'Ordre de Chriſt , avec
Dona Thereſe de Menefés , Damed'Honneur
de la Reine de Portugal , &
fille de Don Louis Baltazar de Silverra ,
Vifiteur de la Maiſon de ſa Majeſté Portugaife.
Dona Catherine Gonzague , veuve du
Prince Guiftimani , mourut le 17. Juillet
D'A OUST 1723. 389
let à Baffano , près Venife , dans fa foixante-
dixième année.
·
François Marie . Tranfi , Evêque de
Terramo , eft mort à Rome fur la fin
du mois paffé , âgé dé 54. ans.
M. André Hiffe , Gentilhomme de la
Maifon du Roy de Portugal , cy- devant
Député du Confeil de Commerce , &
Surintendant du Comptoir General , eft
mort à Liſbone le 29. Juin , âgé de foixante
& treize ans.
Dona Jofephe Coniana , Religieufe de
l'Ordre des Trinitaires , eft morte à Badajos
, âgée de cent vingt- cinq ans.
Le 4. Juillet Don Martin Carraccioli,
Duc de Caftel- Singro , époufa à Rome
Dona Marie Lavinie Buon Compagne
fille de la Princeffe Piombino. Le Cardinal
Aquaviva leur donna la Benediction
Nuptiale dans fa Chapelle , en prefence
du Chevalier de S. Georges , de la
Princeffe Clementine Sobieska , fon épou
fe , des Cardinaux Gualtieri , Ottoboni ,
& de la famille de la nouvelle épouse que
le Chevalier de S. Georges regala magnifiquement
Sur le foir la Princeffe Piombino donna
à toute la compagnie un concert , &
un bal dans le bois de la Ville Ludovifia ,
& enfuite un fouper , auquel le Chevalier
de S. Georges , & la Princeſſe , fon
épouſe , le trouverent . Hiiij M.
390 MERCURE LE
M. Fabrice Maffei , Evêque d'Atri &
de Penna , dans l'Abruzze Ulterieure , eſt
mort âgé de 87. ans.
Robert Bertie , Duc d'Ancaſter , &
de Keftevan , Grand Chambellan , hereditaire
d'Angleterre , &c. & l'un des
membres de la Societé Royale de Londres
, eft mort le 6. de ce mois.
Le 22. du mois dernier la Princeffe
époufe du Prince Ferdinand de Baviere,
eft accouchée d'un Prince.
,
Soeur Anne- Marie de la Trinité , Religieufe
du Monaftere des Filles de la
Trinité de Mocambo , mourut à Lisbone
fur la fin du mois dernier , âgée de cent
onze ans.

Le 14. Juillet M. François Ham ,
Secretaire d'Ambaffade des Etats Generaux
fut affaffiné dans fa maiſon par
fon Cocher , & par trois autres Scelerats
, avec lesquels il avoit comploté de
voler le Portrait , enrichi de diamans que
Sa M. Catholique lui avoit fait remettre
pour M. Colfters , Ambaffadeur
de leurs Hautes Puiffances , qui retourna
en Hollande au mois de May de l'année
derniere , fans avoir reçû ce prefent. Ces
Affaffins étant entrez dans la chambre
fur les dix heures du foir , deux d'entre
eux fe faifirent de lui , lui jetterent un
fac fur la tête , & un troisiéme le poi
gnarda
D'AOUST 1723 . 391
narda. M. Ham qui ne mourut de fes
Bleffures que le 16. fit affez de bruit
pour être entendu d'une fervante qui
èria au ſecours , & comme la maiſon qu'il
occupoit eft voifine d'un Corps de Garde
, plufieurs foldats accoururent , mais
ils ne purent arrêter que le Cocher qu'ils
conduifirent en prifon. Le Roy ayant été
informé de cet affaffinat , donna tous les
ordres neceffaires pour faire arrêter les
autres complices , dont deux ont été pris.
Le Cocher doit être executé aujourd'hui
, ayant été condamné ce matin à
être pendu après avoir eu la main droite
coupée , & enfuite attachée à la porte de
la maifon de fon Maître.
Hv EDITS,
392 LE MERCURE
EDITS , DECLARATIONS,
ARRESTS , & c.
RREST du vingt-quatre Novembre 1712 ?
AEt Lettres Patentes fur icelui , données à
Verſailles au mois de Decembre audit an , enregiftrées
au Parlement de Grenoble le 20. Mars
172 3. Qui ordonnent que les Marchands & autres
Particuliers de la Province de Dauphiné qui
leveront du Sel dans les Greniers , foit pour leur
conſommation , ou pour le revendre , prendront
des Billets , à peine d'être punis comme Faux-
Sauniers , & de confifcation du Sel , défendent
d'acheter du Sel pour le revendre , de ceux qui
l'auront levé dans les Greniers , & aux Privile
giez de vendre le Sel de leur Privilege , à peine
de décheance , & de trois cens livres d'amende
contre ceux qui l'acheteront.
ARREST du 24. May 1723. Qui caffe une
Sentence des Elus d'Arques & un Arreft de la
Cour des Aydes de Rouen ; & fait défenſes aux
Habitans de la Ville de Dieppe , de vendre aucuns
Vins François , de Liqueurs & autres Boiffons
par Cruches & Bouteilles , pour être tranf
portez hors la Ville , fans en faire declaration ,
& payer les Droits de Quatrième , fous les peines
portées par les Reglemens.
ARREST du 28. Juin. Qui permet l'entrée
des Drogueries & Epiceries , par le Port de Dunkerque
, en obfervant les formalitez prefcrites
par l'Arreft.
F
AR REST
D'AOUST
393 1723.
ARREST du même jour. En interpretation de
l'Article IV . de l'Arreft du premier Mars 1712 .
pórtant Reglement pour le tranfport des Laines ,
fils de Sayette , Cottons & autres Matieres , fervant
aux Manufactures établies , dans l'étenduë
des Ville & Châtellenie de Lille & dans une
lieuë de la Frontiere de Flandres.
ARREST du 5. Juillet 1723. Qui ordonne
que les Communautez Seculieres & Regulieres ,
qui jouiffent de quelques Privileges & Exemptions
des droits des fermes , reprefenteront au
Bureau General defdites Fermes à Paris , copies
collationnées des Titres de leurs Privileges.
Et que les Marchandifes & Denrées qui feront
enlevées ou tranfportées en confequence defdits
Privileges , ne pourront jouir des Exemptions ,
fi elles ne font accompagnées d'un Certificat
des Superieurs , ou Agens defdites Communaurez
, lefquels feront remis aux Receveurs des
miers Bureaux de paffage.
pre-
ARREST du 6. Juillet 1723. Qui déboute les
fieurs Montuy & Caluet Negocians de la Martinique
, de leur demande en reftitution des droits
de quarante fols par cent pefant de Sucres bruts
par eux renvoyez en Irlande , d'où ils ont rapporté
du Boeuffalé.
ARREST du 12. Juillet. Qui condamne les
Maire & Echevins de 1 Ville de Bourges en
> 100. livres d'amende , pour n'avoir pas fourni
les Rôles de dénombrement des Habitans de ladite
Ville , dans la forme prefcrite par l'Arreft
& Lettres Patentes des 25. Juillet & premier
Aout 1719.
H vj
ARREST
394 LE MERCURE
ARREST dudit jour. Qui ordonne qu'à la
diligence de Charles Cordier chargé de la Regie
des Fermes Generales , il fera conftruit une Maifon
à la Rapée à Paris , pour fervir de Bureau &
de Logement aux Commis. Permet audit Cordier
de prendre & acquerir la Terre dont il aura
befoin en payant de gré à gré , aux Proprietaires
d'icelle , la valeur , finon à dire d'Experts ; &
que les deniers neceffaires feront avancez par
ledit Cordier qui en fera remboursé par fon fucceffeur
, & fucceffivement de Bail en Bail.
ARREST du même jour. Qui ordonne que le
Mur de clôture fur l'extrêmité du Terrain Taillable
du côté de la Campagne à main gauche ,
depuis l'allignement de l'encoignure de la nouvelle
Pépinière de Sa Majefté jusques à la Barriere
du Bureau des Entrées de la Villevêque , ordonné
être fait par Arreft du Confeil du 21. Juin dernier
, à fa diligence de Charles Cordier , chargé
de la Regie des Fermes Generales , fera fait &
conftruit avec des matereaux neufs , autres que
ceux du Bâtiment commencé dans l'ancienne
Pépiniere du Roulle , qui restera en l'état qu'il
eft actuellement , & que ledit Arreft du Confeil
Juin dernier fera executé felon fa forme
du 21.
& teneur.
ARREST du 19 Juillet. Fait défenſes de couper
aucun Bois Taillis , qu'il n'ait au moins l'âge
requis par l'Ordonnance de 1669. Et de réferver
feize baliveaux par arpent , lors de leurs
coupes , outre ceux qui doivent avoir été reteus
ès ventes precedentes , qui ne pourront être
coupez qu'ils n'ayent atteint l'âge de 40. ans , &
à cet effet d'en faire declaration .
ARREST
D'A OUST 1723 395
ARREST du même jour. Ordonne qu'il fera
procedé par Martin Girard , chargé de la vente
des Maîtriſes , contre les Juges & Communautez
, & Juges qui auront reçu des Maîtres , nonobftant
les défenfes portées par l'Edit du mois de
Novembre 1722.
ARREST du 20. Juillet 1723. Qui caffe une
Sentence des Elûs de Falaize ; condamne le
nommé Filleul Bouilleur d'Eau de- Vie de la Paroiffe
de Berville en cinq cens livres d'amende ,
& en la confifcation de deux Barils d'Eau- de-
Vie par lui vendus , faute d'avoir , fuivant fa foûmiffion
, rapporté un Certificat de l'arrivée deſdites
Eaux-de- Vie , au lieu de la deſtination , & la
quittance des droits d'Entrées ; condamne en
outre ledit Filleul aux frais faits en ladite Election.
Et fait défenfes aux Officiers des Elections de
la Province de Normandie , d'admettre la preuve
teftimoniale des faits , tendant à détruire les foumiffions
qui feront faites par les Bouilleurs &
Marchands d'Eau- de- Vie , pour le rapport des
Certificats d'arrivée & de décharge defdites Eauxde-
Vie à leur deftination , à peine de répondre
des dommages , interefts du Fermier.
ARREST du 23. Juillet. Regle que les Effets
Royaux feront reçûs pour le payement des Offices
Municipaux , outre ceux portez par l'Edit
du mois d'Aout 1722. portant rétabliſſement
defdits Offices.
LETTRES Patentes: Qui ordonnent la réduc¬
tion des coupes de la Foreft de Guynes , & l'adjudication
des repeuplemens à faire en ladite Foreft.
Données à Meudon le 30. Juillet 1723.
Registrées en Parlement le s, Aouft 1723 ..
ARREST
396 LE MERCURE

ARREST du même jour. Qui ordonne le
payement des arrerages des Rentes Provinciales,
des années 1721. & 1722.
ARREST du 2. Aouft. Qui ordonne que les
Efpeces à réformer , & Matieres d'Or & d'Argent
à convertir , qui feront remifes aux Changeurs
établis dans les Villes & Bourgs du Royaume où
il n'y a point d'Hôtel de Monnoye , avec un
Huitiéme en Certificats de Liquidation , feront
par eux reçûës fuivant l'Arreft du 21. Juillet dernier
, & la valeur payée en total ,
ainfi que dans
les Hôtels des Monnoyes.
ARREST du même jour. Qui maintient les
Officiers des Elections dans l'exemption du Logement
de Gens de Guerre , & dans les autres
Privileges à eux accordez.
ARREST du 4. Aouft. Pour le remboursement
des Offices d'Agens de Change , par lequel le
Roy ordonne que le rembourfement defdits Offices
fupprimez par Edit du mois de Janvier dernier
, fera fait par le Garde de fon Tréfor Royal
à ceux qui en font Proprietaires , en Quittances
portant Intereft au Denier Cinquante à leur profit
, dont l'emploi fera fait dans les Etats des Fi-
-nances des Generalitez Taillables , au choix defdits
Proprietaires , &c.
ARREST du 5. Aout. Concernant les Especes
d'Or , par lequel le Roy ordonne qu'à compter
du jour de la publication du prefent Arreſt , les
-Louis d'Or fabriquez ou réformez , en execution
-de l'Edit du mois de Septembre 1720. feront reçus
au poids dans les payemens , fur le pied de
fept deniers feize grains trebuchans , qui eft le
poids
DAOUST 1723. 397
poids qu'ils doivent avoir au fortir de la fabrique
; que ceux qui ne feront que du poids de fept
deniers quinze grains trebuchans , y feront pareillement
reçûs fans aucune diminution ; &
que ceux qui ne feront que du poids de fept
deniers quatorze grains trebuchans , y feront reçûs
en payant cinq fols pour le foiblage . Ordonne
Sa Majesté que ceux defdits Louis qui fe trou
veront d'un moindre poids que fept deniers qua
torze grains trebuchans , feront & demeureront
décriez de tout cours & mife , & portez aux Hô
tels des Monnoyes , pour en être la valeur payée
aux particuliers porteurs de dits Louis fur le pied
du poids & du titre , à raifon de neuf cens livres
de Mare d'Or de vingt- deux Carats pour ceux qui
ont été fabriquez dans les Monnoyes , & les autres
à proportion de leur titre , évalué fur le pied
de neuf cens livres le Marc de vingt-deux Carars
, en portant un Huitiéme en Certificats de
Liquidation , conformément à l'Arreſt du 21 .
Juillet dernier ; & fur le pied de neuf cens qua-
Tante-cinq livres le Marc d'Or du même titre ,
fans aucuns Certificats de Liquidation. Veut Sa
Majefté que les Louis d'Or fabriquez en execution
de l'Edit du mois de May 1718. ne foient
reçûs à la piece dans les Hôtels des Monnoyes ,
que lorfqu'ils feront du poids de fept deniers
quinze grains trebuchans ; & que ceux qui feront
au-deffous dudit poids y foient reçûs au Marc ,
ainfi que les autres Efpeces & Matieres , confor
mément à l'Arreſt du 21. Juillet dernier , &c.
EDIT du Roy , portant création de Quatre
Millions de livres de Rentes Viageres au Denier
Vingt- cinq , fur les Tailles. Donné à Meudon
au mois de Juillet 1723. Registré en Parlement
le s . Aouft fuivant.
ARREST
398 LE MERCURE
ARREST du 6. Aouft. Qui nomme le fieur
Claude Geoffroy pour Payeur , & le fieur Def
champs pour Contrôleur des Rentes Viageres ,
créées par Edit de Juillet 1723 .
ARREST du même jour , qui nomme le fieur
Gondoüin pour recevoir la Finance principale
des Quatre Millions de Rentes Viageres , créées
fur les Tailles par Edit du mois de Juillet 1723.
en Certificats de Liquidation ; & le fieur de
Solligny pour fon Contrôleur.
ARREST du 9. Aouft. Qui fait défenſes à
toutes fortes de perfonnes , & à toutes Communautez
Regulieres & Seculieres , d'établir à l'avenir
aucuns Fourneaux , Martinets , Forges &
Verreries.
EDIT du Roy , donné à Verſailles au mois
d'Aout 1723. LOUIS par la Grace de Dieu
Roy de France & de Navarre , & c. Le droit de
Seigneuriage que Nous prenions fur la fabrication
des Efpeces , ayant donné lieu d'introduire
dans nôtre Royaume quantité de Louis contrefaits
, qui déterminent le public à preferer la
garde des Efpeces d'argent dans la crainte d'être
trompé fur celles d'Or ; Nous avons pris le parti
d'ordonner une Refonte Generale des Efpeces
d'Or , & une Fabrication de nouveaux Louis
fans autre traite que les fimples frais , eftimez
à caufe du manque de Fin à environ un & demi
pour cent : Mais comme il eft à propos en faiſant
ainfi ceffer la réformation ordonnée par nôtre
Edit du mois de Septembre 1720. de remettre à
même prix les Efpeces des Empreintes défignées
par ledit Edit , & celles de même poids & Titre
fabriquées en confequence de l'Edit du mois de
May
>
D'A OUST 1723. 399
May 1718. Il Nous a paru neceffaire de faire fur
les premieres une diminution convenable au
Commerce , & fur les autres une augmentation
qui indemnife le public d'une partie de l'avantage
qu'il trouvoit à porter des Billets de Liquidation
aux Hôtels des Monnoyes. A ces cauſes ,
autres à ce Nous mouvans , & de nôtre certaine
fcience , pleine puiffance & autorité Royale ,
Nous avons dit , ftatué & ordonné , difons ;
ſtatuons & ordonnons , voulons & Nous plaît ce
qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
&
Que la Réformation ordonnée par nôtre Edit
du mois de Septembre 1720. n'aura plus lieu , à
commencer du jour de la publication de nôtre
preſent Edit.
I I.
Qu'il ne fera dorefnavant fabriqué dans les
Hôtels de nos Monnoyes d'autres Efpeces d'Or
que des Louis de même titre & remede de Loy
que ceux qui ont actuellement cours , mais à la
taille de trente-fept & demi au marc des Doubles
& Demis à proportion , quinze grains par
mare de remede fur le tout.
I I I.
,
Lefquels Louis porteront l'Empreinte défignée
dans le Cahier attaché fous le contre fcel de
nôtre prefent Edit , & auront cours dans tout
nôtre Royaume pour vingt- fept livres piece , les
Doubles & Demis à proportion.
I V.
Voulons que la fabrication des Ecus qui ont
cours pour Sept livres dix fols , fe continue fur
le pied des mêmes poids , titre & remede fixez
par nôtre Edit du mois de May 1718. & Empreintes
défignées par celui dur mois de Septembre
1720. lefquels Ecus n'auront plus cours
commen
700 LE MERCURE
Commencer du jour de la publication de nôtre
prefent Edit que pour Six livres dix - huit fols
piece , les demis , tiers , fixiémes & douziémes
proportion .
V.
Le travail de la fabrication defdits Louis &
Ecus fera jugé en nos Cours des Monnoyes , en
la maniere prefcrite par l'Article IV. de nôtre
Edit du mois de Decembre 1719.
V I.
Pour empêcher que le Commerce ne foit interrompu
, Nous ordonnons que les Louis qui
ont à prefent cours , continueront d'être expofez
dans le public , & qu'ils feront reçûs jufqu'au
premier jour du mois de Decembre prochain fur
le pied , Sçavoir , ceux du poids de fept deniers
quinze grains trebuchans pour Trente- neuf livres
douze fols piece , & ceux de fept deniers
torze grains trebuchans pour Trente- neuf livres
fept fols , les Demis à proportion ; paffé lequel
temps ils feront décriez de tout cours & miſe ,
& reçûs feulement aux Hôtels des Monnoyes ,
& par les Changeurs comme matiere.
VII.
qua
Entendons même que les Ecus de dix au Marc
non réformez , ayent auffi cours pendant ledit
temps pour Six livres dix -huit fols , les demis ,
tiers , fixiémes & douziémes feulement à proportion
; paffé lequel temps ils feront pareillement
décriez & reçûs comme matiere.
VIII.
Pour proportionner le prix des autres Efpeces,
tant de France qu'Etrangeres , & celui des Ma→
tieres d'Or & d'Argent aux Efpeces courantes
de maniere qu'il n'y ait veritablement qu'un &
demy pour cent de difference au pluss Nous
Toulons que le Marc d'Or fin ou de vingt-qua
tre
D'A OUST 1723. 401
tre Carats foit reçû dans les Hôtels des Mon
noyes pour Mille quatre-vingt-fept livres douze
fols huit deniers huit onzièmes . Le Marc de Louis,
enfemble celui des Leopolds d'Or de Lorraine ,
des Millerets de Portugal , Guinées d'Angleterre,
& des Piſtoles du titre fixé par les anciennes Ordonnances
des Rois d'Efpagne , pour Neuf cens
quatre- vingt-dix-fept livres ; celui des Piftoles
neuves du Perou pour Neuf cens quatre-vingt
livres ; le Marc d'Argent fin ou de douze deniers
pour Soixante- quatorze livres trois fols fept deniers
fept onzièmes ; celui des anciens Ecus ,
même des quarts , dixiémes & vingtiémes fabriquez
en confequence de nôtre Edit du mois
de May 1718. Enfemble les Leopolds d'Argent de
Lorraine , les Ecus d'Angleterre , & les Piaſtres
ou Reaux des titres fixez par les anciennes Ordonnances
d'Espagne , à Soixante- huit livres ;
le Marc de la Vaiffelle platte du poinçon de Paris
à Soixante -dix livres un fol deux deniers ;
celui de la Vaiffelle montée du même poinçon à
Soixante - neuf livres fept deniers ; & celui de la
Vaiffelle des Provinces de France à Soixantehuit
livres ; les autres Efpeces & Matieres à proportion
de leur titre , fuivant les évaluations
qui feront arrêtées en nos Cours des Monnoyes,
fur lefquels pieds toutes lefdites Efpeces & Matieres
feront payées par les Changeurs , en retenant
feulement leurs droits , ainfi qu'ils ont été fixez
&c.
JOUR402
LE MERCURE
akakakakakakakakakkkk
JOURNAL DE PARIS ,
L
E feize Juillet la Fête de l'Ordre de
Nôtre-Dame du Mont- Carmel , fut
celebrée dans l'Eglife de S. Jacques de
l'Hôpital que l'on avoit magnifiquement
parée. M. le Duc de Chartres , Grand-
Maître de l'Ordre affiſta à la Grande
Meffe avec un nombreux cortege de Chevaliers
, tous en habits de ceremonie , &
reçût deux nouveaux Chevaliers.
M. le Comte de la Marche , fils de
M. le Prince de Conti , eft entierement
gueri de la petite verole .
On écrit de Grenoble que M. le Com
te de Medavi , Commandant en Chef en
Dauphiné & Provence , après une abfence
de près de dix-huit mois , vient
enfin d'arriver à la grande fatisfaction de
la Province ; fon entrée dans Grenoble
avoit tout l'appareil d'un Triomphe , éclat
dû au zele des habitans , charmez de fon
merite ; les chemins par où il paffa étoient
bordez d'un peuple nombreux qui exprimoit
la joye par fon murmure. Plus de
cinquante caroffes tous remplis de perfonnes
de qualité de la Province lui fervoient
de cortege. Il entra fur les neuf
heures
D'A OUST 1723 . 403
heures du foir , au bruit du canon & de
la moufqueterie , & des acclamations qui
fe faifoient entendre malgré l'artillerie .
Il y eut le foir des feux d'artifice dans
toutes les places de la Ville de Grenoble,
& toutes les maifons furent exterieurement
& interieurement illuminées. La
montagne qui fert comme d'amphiteatre
à cette Ville , étoit toute garnie de lampions
& de pots à feu , ce qui offroit à
la vûë un fpectacle très- brillant.
Le lendemain de fon arrivée , & les
trois jours fuivans , le Comte de Medavi,
n'a été occupé qu'à recevoir les compli
mens de la Nobleffe , & des differens
Corps de la Ville ; enfin on n'a jamais
remarqué une joye plus veritable & plus
univerfelle que celle qui a éclaté fi
vivement dans Grenoble au retour de cet
illuftre Commandant.
Le Roy a cedé à la Ville de Paris
l'Ile Maquerel , fituée près des Invalides
, on y placera les chantiers qui étoient,
& qui font encore fur le Quay de la Grenoüilliere
, qui s'embellit chaque jour
par la conftruction d'édifices & de Palais
nouveaux
,
Le trente Juillet le Roy entendit dans
fa Chapelle du Château de Meudon la
Meffe de Requiem pour l'anniverſaire de
la feuë Reine.
Le
404
LE MERCURE
Le onze de ce mois le Roy pria
Monfieur le Duc d'Orleans de le char
ger du détail des affaires , & des
fonctions de la Charge de Principal Miniftre
d'Etat , & le même jour fon Alteffe
Royale prêta ferment entre les
mains de Sa Majesté.
Secretaire
Le Comte de Morville
d'Etat , a obtenu le département des
affaires Etrangeres , & celui de la Marine
qu'il rempliffoit , a été donné par le Roy
au Comte de Maurepas , auffi Secretaire
d'Etat.
Ces changemens dans le Miniftere
ont été caufez par la mort de M. le Cardinal
Guillaume Dubois , Premier Miniftre
, qui eft décedé à Verſailles le dix
Aouft vers les cinq heures du foir , âgé
de foixante-fix ans , onze mois & quatre
jours , étant né le fix Septembre 1656 .
il étoit Cardinal , Prêtre , Archevêque ,
Duc de Cambray , Prince de l'Empire
Comte du Cambréfis , Abbé de S. Juſt
de Nogent fous Coucy , de Bourgeüil ,
d'Airvaux , de Cercamps , de Bergue-
Saint-Winox , & de S. Bertin de Saint
Omer , principal & Premier Miniftre
d'Etat , Miniftre & Secretaire d'Etat
ayant le département des affaires Errangeres
, Grand - Maître , & Surintendant
General des Couriers , Poftes & Relais
de
D'AOUST 1723 . 405
de France , l'un des quarante de l'Académie
Françoife , Honoraire de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & de celle des Sciences , élû
par les Prélats , & autres Députez à
F'aflemblée Generale du Clergé de France
, pour en être Premier Prefident. Il
avoit été Precepteur de Monfieur le Duc
'd'Orleans. Vers la fin de l'année 1715 .
il fut nommé Confeiller d'Etat d'Eglife .
Le Roy lui donna une des Charges de
Secretaire de la Chambre & du Cabinet
de Sa Majefté , & l'entrée au Confeil
des affaires Etrangeres. Au retour du
premier voyage qu'il fit en Hollande , en
qualité d'Amballadeur Extraordinaire
& de Plenipotentiaire de Sa Majesté
pour le Traité d'alliance entre la France
, l'Angleterre & la Hollande , qui fut
figné par lui le quatre Janvier 1717 .
enfuite il fut envoyé en Angleterre avec
le même titre d'Ambaffadeur Extraordinaire
, & de Plenipotentiaire du Roy ; &
le deux Aouft 1718. il y figna le Traité
conclu à Londres pour la pacification de
l'Europe. Le 24. Septembre de la même
année le Roy le nomma Miniftre & Secretaire
d'Etat , au département des affaires
E rangeres . Il fut nommé en 1721 .
Archevêque , Duc de Cambray. Le Pape
le fit Cardinal dans le Confiftoire , tenu

à
14.06 LE MERCURE
à Rome le feize Juillet 1721. Le Roy lui
donna le quinze Octobre fuivant la Charge
de Grand- Maître , & Surintendant
des Poftes. Au mois de Mars 1722.il pric
féance au Confeil de Regence , & le 22 .
Aouſt de la même année le Roy le declara
principal & Premier Miniftre d'Etat.
Tant de dignitéz éminentes foutenuës
avec grandeur , & d'emplois importans
remplis avec autant de capacité
que de zele , prouvent le génie fuperieur
de M. le Cardinal Dubois , & le difcernement
exquis du Prince qui a procuré
fon élevation. Son Miniſtere ne s'eft pas
borné à établir le repos dans fa patrie ,
le bonheur de l'Europe entiere étoit
l'objet de fes travaux , & enfin il eft mort
dans le fein de la paix qu'il avoit fait
naître. Peste confiderable qui ne fera
pourtant pas fentie , puifque l'efprit profond
qui le conduifoit fubfifte toûjours.
Le Corps du Cardinal Dubois ayant
été tranfporté de Verlailles le 11. de ce
mois au foir , & mis en dépôt dans l'Eglife
de S. Honoré , il y fut inhumé le
19. au matin , après un fervice folemnel ,
qui fut celebré avec beaucoup de magnicence.
Plufieurs Prélats , & autres perfonnes
de confideration y affifterent.
Le 13. de ce mois le Roy & l'Infante-
Reine revinrent à Verſailles en parfaite
fanté.
D'AOUST 1723.
407
fanté. Après avoir féjourné au Château
de Meudon , depuis le 4. du mois de
Juin dernier .
Le 15. jour de la Fête de l'Affomption
de la Vierge , le Roy entendit la
Meffe dans la Chapelle du Château de
Verſailles , & communia par les mains
de l'Abbé de Pefé , Aumônier du Roy
en quartier ; enfuite S. M. toucha quelques
malades.
3
Le 17. au matin , le Corps de Ville ,
le Duc de Gefvres , Gouverneur de Paris ,
étant à la tête , eut audience du Roy
avec les ceremonies accoutumées , étant
prefenté par le Comte de Maurepas
Secretaire d'Etat. Mrs Laurent , Confeiller
de Ville , & Goudin Notaire ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les
mains de S. M. le ferment de fidelité ;
dont le Comte de Maurepas fit la lecture
, le fcrutin ayant été prefenté par M.
de S. Conteſt , Avocat du Roy du Châtelet
, qui parla avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour le Prevoft des Marchands
& les Echevins eurent audience
de l'Infante- Reine , de Monfieur & de ,
Madame la Ducheffe d'Orleans.
Le 21. de ce mois les Prélats , & autres
Députez de l'Affemblée du Clergé ,
firent celebrer dans l'Eglife des Grands
I Auguf408
LE MERCURE
.
Auguftins un Service folemnel
› pour le
repos de l'ame du Cardinal Dubois ,
qu'ils avoient élû Premier Prefident de
Affemblée .
Le 25. de ce mois jour de la Fête de
S. Louis , la Proceffion des Carmes du
Grand Convent , à laquelle le Corps de
Ville affifta , alla à la Chapelle du Palais
des Thuilleries , où les Religieux celebrerent
la Meffe , pendant laquelle S. A.
R. Madame la Ducheffe d'Orleans , fit
rendre les Pains- Benirs.
Le mêmejour de la Fête de S. Loüis , le
Panegyrique de ce Saint fut prononcé en
prefence de Mts de l'Académie Françoiſe ,
& d'un nombreux auditoire, dans la Chapel
le du Louvre par l'Abbé Charroft , dont
le Difcours fut extrêmement applaudi , il
fut fuivi d'une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par l'Evêque de Soiffons , pendant
laquelle on chanta un Pleaume en
Mufique , de la compofition de M. du
Bouffer.
L'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , & l'Académie Royale
des Sciences , celebrerent auffi la Fête de
S. Louis , & affifterent au Panegyrique
du même Saint , qui fut prononcé dans
l'Eglife des Peres de l'Oratoire , par le
Pere de la Boiffiere.
L'après- dîné l'Académie Françoile fic
la
D'A OUST 1723. 409
=
+
la lecture des Pieces qui ont remporté le
prix d'Eloquence & de Poëfie, Les Auteurs
ne fe font point encore fait connoître.
Le même jour M. Nericaut des Touches
, chargé cy- devant des affaires du
Roy à la Cour de la Grande Bretagne ,
fut reçû dans la même Académie à la
place de feu M. de Capiftron. Il fit un
Difcours de remerciment qui fut fort applaudi
, auquel M. de Fontenelle répondit
très- éloquemment : nous donnerons
dans le prochain Mercure un extrait de
ces difcours.
On a beau voir arriver des accidens
funeftes à la Chaffe , cette paffion n'en
eft pas moins vive , fur-tout dans cette
faifon. Le Chevalier Gouine challant auprès
de Paris fur la fin de ce mois , avec
Milord Wallpoole , reçût un coup de
fufil , chargé de menu plomb dans le vifage
& dans les yeux , qui le rendit aveügle
fur le champ . M. Petit , Chirurgien ,
dont l'habileté eft fi generalement connue
& qui penfe ce Gentilhomme , efpere
cependant que l'oeil gauche pourra recouvrer
fa fonction. Milord Wallpoole
a paru touché d'une maniere tendre &
affectueuse de cet accident.
Les Comediens François ont ceffé les
reprefentations d'Inès de Caftro , qui pa-
Aij roît
410 LE MERCURE
roît imprimée. Ils ont repris le Nouveau
Mond: le 28. de ce mois , pour donner le
premier de Septembre , le Vieux Monde
, ou le Divorce de l'Amour & de la
Raifon , dont nous parlerons dans le prochain
Mercure.
M. P. a fait depuis peu un pari , qu'il
poufferoit une boule de mail en
coups , à commencer entre les deux Ecuries
à Verfailles , jufques au Pont tournant
des Thuilleries. Il n'a pû aller en
200. coups que jufqu'aux Bons- Hommes
de Chaillot.
Le 6. le Parlement enregiftra une Declaration
du Roy , qui ordonne que fans
donner atteinte aux privileges de cette
Compagnie pour juger fes membres , M.
de la Pierre Talhoüet , fera jugé par la
Commiffion établie à l'Arfenal , comme,
accufé d'un délit fait à l'occafion des Papiers
Royaux , dont le Parlement n'a pas
pris connoiffance.
Nous croyons devoir apprendre au Public
qu'il y a actuellement à Paris deux
grands Tableaux de 13. pieds de large ,
fur 10. de haut , & d'une compofition
admirable , quoique terrible & affligeante
, qui ont été prefentez à Monfieur le
Duc d'Orleans , dont tout le monde connoît
l'étendue des lumieres , & l'excellence
du goût , & que S. A. R. a applau
di
D'AOUST 1723. 41
plaudi par cette expreffion énergique ;
voilà d'affreufes beautez . La pefte de
Marſeilles fait le fujet de ces deux grandes
compofitions , où l'on voit dans chacun
7. à 800. figures d'environ 14. pouces
. L'un reprefente la vue du Port de
Marfeille , avec la fuperbe façade de
l'Hôtel de Ville , & l'autre la vûë du
cours , dont la fituation , les ornemens
naturels , & la fymmetrie reguliere des
Maifons qui le forment font admirables.
Dans l'un & dans l'autre font exprimez
d'une maniere vive , exacte , naturelle ,
& très-touchante , les funeftes accidens
arrivez à Marſeille pendant le fort de la
contagion.
Les connoiffeurs difent qu'on n'a encore
rien vû en ce genre qui infpire tant
de terreur , & ceux qui ont été les témoins
de la derniere calamité de Marfeille
, caufée par la pefte de 1720. affurent
qu'on ne fçauroit rien voir , qui
donne une idée plus jufte , & plus naïve
de la défolation affreuſe de cette infortunée
Ville , dont les malheurs ont fait
trembler , non- feulement toutes les Provinces
du Royaume , & tous les Etatsvoifins
de la France , mais l'Europe entiere
; les côtes d'Affrique , & tout le
Nord.
L'habileté du Peintre a exprimé les
princi- I iij
412 MERCURE LE
principaux , & les plus ordinaires effets
de ce feau dans les Tableaux , dont nous
parlons.
On y remarque
très- diftinctement
& on y reconnoît les portraits des
Commandans , des Magiftrats , & des
zelez Citoyens de Marfeille , de l'un &
de l'autre fexe , qui ont méprifé les plus
grands perils , & qui fe font expofez à la
mort la plus terrible , & prefque certaine
, pour le falut de leur patrie. Le
Bailly de Langeron , le Marquis de Pille,
les 4. Echevins en charge , & les Officiers
de Ville y paroiffent à cheval ,
donnant leurs ordres , & faifant obferver
la règle , qui par leur zele , leur activité,
& leurs foins infatigables , a fauvé le reſte
des habitans de cette grande Ville . On
y voit des rues & des places publiques
entierement couvertes de morts & de
mourans , qu'on tâche de fecourir &
que le grand nombre ne permet pas
qu'on puiffe foulager. Ici ce font des Prê.
tres & des Religieux qui adminiftrent
les Sacremens aux peftiferez , animez par
le zele ardent , & par la prefence de M.
l'Evêque de Marseille. Là ce font des
Medecins & des Chirurgiens intrepides
qui donnent des remedes , & qui
penfent les malades , accompagnez
de
perfonnes charitables , qui au peril de
leur
D'AOUST 1723 413
leur vie exercent les plus faints devoirs
du Chriftianifme , & de l'huma
nité. Plus loin ce font des Travailleurs
qui creufent des foffes , & des Forçats
de Galere nuds jufqu'à la ceinture , excitez
& contenus par la prefence de leurs
Officiers , qui traînent des cadavres
dont l'infection eft exprimée , qui en
chargent , & qui en déchargent des quantitez
prodigieufes . D'un autre côté ce
font des gens enfermez dans des maifons,
à qui des Valets de Ville portent dequoi
fubfifter , & qu'ils tirent à eux par le
moyen d'un panier & d'une corde. Plus
bas on voit une femme morte , entourée
d'autres cadavres , & fon nourriffon avide
qui ne veut pas quitter fon fein. Dans un
autre endroit ce font des Gibets où l'on
execute des criminels , dont la mort infame
doit fervir d'exemple , & établir le
bon ordre & la police. Une épaiffe fumée
fait voir les hardes & les meubles des
peftiferez qu'on brûle , & c.
Nous craignons de troubler l'imagination
de nos Lecteurs par une plus longue
énumeration des horreurs peintes dans
ces deux Tableaux . Nous ajoûterons cependant
une réflexion que bien des gens .
ont faite c'eft que l'habile Peintre a fi
bien employé les regles de fon Art , dans
les objets triftes qu'il avoit à reprefenter ,
I iiij que
414 LE MERCURE
que le fpectateur eft émû , à la verité
mais il ne reſulte pas de cette vûë une
certaine horreur que les yeux ne peuvent
foutenir .
les
,
M. de Serre , Peintre du Roy pour
Galeres , & de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture , eft l'Auteur de
ces Tableaux ; dans l'un defquels il s'eft
peint lui- même , le crayon à la main
dans un bateau ; en forte qu'il a tout fait
d'après nature , ayant tout vû
par luimême
; il s'eft même extrêmement diftingué
par fon zele , & par fon activité dans
l'employ de Commiffaire & d'Infpecteur
du quartier de S. Ferreol , chargé du
penible & perilleux foin de faire enlever
& enterrer les cadavres .
Nous venons d'apprendre que ces deux
Tableaux ont été achetez par le fieur
Cannis , qui les a expofez en públic , &
qu'il a deffein de les tranfporter en Angleterre
, & en Hollande .
Nous ajoûterons encore un mot au fujer
d'un deffein à la plume , qui a été admiré
par quantité de connoiffeurs , & qui
a eu l'approbation de Monfieur le Duc
d'Orleans. Ce morceau précieux , qui a
environ 2. pieds de large , fur 18. pouces
de haut , eft fait d'après le couronnement
de la Reine Marie de Medicis , du fameux
Rubens , qui fait un des plus beaux
orneD'AOUST
1723. 415

ornemens de la Galerie de Luxembourg.
Cet ouvrage eft du fieur Michel de Serre
, fils de l'Auteur des Tableaux , dont
on vient de parler , qui a fi bien fçû mettre
à profit les leçons de fon pere , qu'il
a fait en ce genre , une des plus belles
chofes qu'on puiffe voir. C'eft le fruit de
4. années d'affidu travail .
Le 3. Aouft le jeune Marquis de Monnier
, fils du fieur Prefident de la Chambre
des Comptes de Bretagne , lequel a
un Brevet de Confeiller d'Etat , eut l'honneur
de prefenter au Roy la Thefe qu'il
a dédiée à S. M. & fur laquelle on voit
le bufte du jeune Monarque , gravé par
le fieur Drevet , de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture d'après le portrait
de M. Rigault , de la même Académie.
Ce Marquis foutint fa Theſe avec
applaudiffement , le 1o. du même mois
au College de Louis le Grand , dont il
eft Penfionnaire , devant une illuftre &
nombreuſe Affemblée.
TT
I v NAIS416
LE
MERCURE
و NAISSANCES
& Mariages .
MORTS
Adame la Princeffe de Soubife accou-
Mcha Meudon le 26. de l'autre mois
d'un quatriéme fils , qui fut baptifé le même
jour à la Paroiffe de Meudon , & nommé
René.
Il s'eft fait le 27. & le 28. du mois de Juillet
dernier deux Baptêmes de perfonnes de diftinction
dans l'Eglife de S. Sulpice ; le premier
d'une fille de M. le Duc de Louvigny
Brigadier des Armées du Roy , Colonel en
furvivance du Regiment des Gardes Françoifes
, & c. & de Dame Lou fe d'Aumont. Elle
a été tenuë fur les fonds par le Maréchal
d'Eftrées , Vice- Amiral de France , & c. & par
la Marquife de Crequy , qui l'ont nommée
Marie-Louife - Victoire.
Le fecond Baptême , d'un fils du Comte
de Livry , Maréchal de Camp des Armées
du Roy , premier Maître d'Hôtel de
S. M. & de Dame Magdelaine Robert. Il a été.
tenu par le Duc de Mortemart Premier
Gentilhomme de la Chambre. , Lieutenant
General des Armées du Roy , & c. & par la
Marquife de Dreux , qui l'ont nommé Louis
Angelique.
>
M. Pierre Rogier du Crevi , Evêque du
Mans , & Prieur de S. Philibert de Grand-
Lieu , eſt mort dans fon Diocéfe.
Dame Andrée Charlotte Huet , époufe de
M. André Flori , Seigneur de l'Effart , Confeiller
D'A OUST 1723. 417
feiller du Roy , Prefident des Treforiers de
France , au Bureau des Finances de la Generalité
de Paris , eft morte le 31. Juillet , âgée
de 60. ans.
Jean Philippe , Comte de Salians d'Estaing,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Loüis
Lieutenant General des Villes , Pays & Evêchez
de Metz & Verdun , Commandant en
Chef pour le Roy dans les Ville & Evêché
de Toul , fur la Frontiere de Luxembourg ,
rivieres de Mofelle & de Sarre , Lieutenant
Colonel du Regiment des Gardes Françoiſes
elt mort à Metz le 2. de ce mois.
Dame Magdelaine - Charlotte de Bullion ,
femme de Meffire Paul de Roux , Chevalier ,
Marquis de Courbon , Avocat General au-
Parlement d'Aix , eft morte à Paris le 8. de ce
mois , dans la 30 année de fon âge . Elle étoit
fille unique de feu Charles de Bullion , Premier
Chambellan de feu Monfieur , & de N ...
Ridel de Plaineſevette . Son pere étoit fils de
Henry de Bullion II . du nom , Marquis de
Courcy , Comte de Fontenay , mort Confeiller
en la Grande -Chambre du Parlement de Paris
, & de Magdelaine de Vaffan , morte en
1709. Charles de Bullion avoit pour frere aîné
Jean Louis de Bullion , Marquis de Courcy,
Comte de Fontenay , vivant actuellement,
Confeiller Honoraire aux Enquêtes du Parle
ment de Paris , qui de Marie- Geneviève Pinerte
deCharmoy, morte en 1704. a eu Marie-
Magdelaine de Bullion , mariée le 5. Janvier
1706, à Henry Louis le Maître , fieur de Belle
jamme , aujourd'hui H noraire en la Grande
Chambre , N..... de Bullion , femme de
Louis Gabriel Paffart , qui eft Confeil er en la
Grande- Chambre , eft fille de Henry de Bullion
II, du nom . I´vj Dame
418
LE
MERCURE
Dame Anne- Marie de Beaucharnois , veuve
de M. Jean Phelipeaux , Confeiller d'Etat
ordinaire , & Intendant de la Generalité de
Paris , mourut le même jour , âgée de 81 .
ans.
Dame Catherine Poulet , époufe de M.
Claude -François Biberon de Cormeri , Seigneur
de la Maifon Rouge & de S. Vincent ,
morte à Paris le 10. de ce mois , âgée de 57.
ans .
M. du Fay , cy-devant Capitaine au Regiment
des Gardes Françoifes , eft mort à Saverne.
Dame Charlotte Vautrude Voyfin , épouſe
de M. Alexis - Magdelaine Rofalie , Comte de
Châtillon , Grand - Bailly de la Prefecture
Royale d'Hagueneau , Maréchal des Camps &
A mées du Roy , Meftre de Camp General
de a Cavalerie-legere de France , eft morte le
13. de ce mois , âgée de 31. ans.
M. François de Camps , Abbé Commandataire
de l'Abbaye Royale de N. D. de Signi ,
Orde de Cîteaux , Diocéfe de Rheims , cydevant
nommé par le Roy à l'Evêché de Pam'ers
, eft mort à Paris le 15. de ce mois , àgé
d 82. ans.
De noifelle Françoife Camus de Pontcarré,
eft morte le 20. âgée de 77. ans.
Jean- Antoine de Mefmes , Comte d'Avaux
, Seigneur de Cramayel , & de Brie-
Comte- Robert , Marquis de S. Eftienne , Vicomte
de Neuf- Châtel , &c. Premier Prefident
du Parlement , Commandeur , & cy- devant
Provet & Maître des Ceremonies de l'Ordre
du S. Eforit , l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , mourut à Paris le 23. de ce
mois , âgé de 62. ans , étant né en 1661. II
fuc
D'AOUST 1723. 419
fut inhumé le 27. dans l'Eglife des Grands
Auguftins avec beaucoup de pompe. Son merite
, fes grandes qualitez pour les fonctions
de fa Charge , & fon attachement inviolable
pour le Roy , lui avoient acquis l'eftime generale
de tout le monde , & le font univerfellement
regretter.
Il fut d'abord Subftitut de feu M. de Harlay
, Procureur General , enfuite Confeiller
au Parlement , & Prefident à Mortier par la
mort de fon pere. Il fut receu Premier Prefident
le 15. Janvier 1712. après la démiffion de
M. Pelletier. Il époufa en 1695. Marie- Therefe
Fedeau de Brou , de laquelle il eut en
1696. Marie- Antoinette de Mefmes , mariée à
Jacques de Durfort , Duc de Lorges , & en
1700. Henriette- Antoinette de Melmes , mariée
à Louis Hector de Gelais , Vicomte de
Lautrec , Marquis Dambres , Lieutenant General
pour S. M. en la Haute Guyenne , &
Brigadier des Armées du Roy.
Cette branche eft finie en la perfonne de
ces deux Dames ; mais la Maiſon de Meſmes
fubfifte encore en la perfonne de M. de Mefmes-
Ravignan , & de plufieurs autres branches
dans la Province de Guyenne. M. le
Bailly de Mefines , Ambaffadeur de la Religion
de Malthe en cette Cour , eft frere du
Premier Prefident qui vient de mourir.
ADDITION aux nouvelles Etrangeres.
!
N mande de Conftantinople , de la fin
Ode Tuin, que le rente & la confufion
regnent toûjours en Terfe , que l'ufurpateur
Miri420
LE MERCURE
.
Mirivvels s'étant emparé de tous les tréfors
du Royaume , mit tout à feu & à fang pour
établir fa nouvelle domination , & conquerir
plus aifément les places les plus confiderables
, pendant que le fils du Sophi fe trouve
encore à Tauris avec une armée affez confiderable
, foutenue des troupes Auxiliaires d'un
Prince d'Armenie.
Les Lettres Patentes d'Otroy , accordées
par l'Empereur , pour le terme de 30. années,
à la Compagnie Generale à établir dans les
Pays- Bas Autrichiens , pour le commerce &
la navigation des Indes , a été publiée fur la
fin de l'autre mois. Surquoi les Directeurs de
la Compagnie des Indes Orientales d'Hollande
ont fait contre ce nouvel établiſſeinent
des repreſentations aux Etats Generaux des
Provinces unies des Pays- Bas.
>
Le Czar partit de Peterſbourg pour Cronf
lot le 12. du mois paffé , & fe rendit le 23. en
16. heures de trajet de Cronflot à Revel, avec
fa Flote , qui confiftoit en 29. Vaiffeaux de
ligne , dont 7. font de trois ponts , 8. Fregates
, 2. Yachts , & 4. bâtimens de tranfport.
Les Galeres doivent avoir joint la Flote â
Riga.
On apprend de Coppenhague que l'Efcadre
Dancife eft prête à mettre à la voile fous
le commandement de l'Amira Judiker.
Le 22. de l'autre mois la Princeffe Electorale
de Baviere , accoucha d'une Princeffe.
Le Prince hereditaire de Lorraine partit
de
D'A OUST 1723
421
de Nanci le 21. du mois paffé pour fe rendre
à Prague , où il eſt arrivé le 14. de ce mois.
9.
Le de ce mois une femme . fit une fauffe
couche à Londres de 5. enfans , & de 2. faux
germes.
On écrit d'Anvers que les actions de la
nouvelle Compagnie gagnent déja dix à douze
pour cent , les fix millions de fonds ayant
été remplis très - promptement par les fujets
de l'Empereur , & par plufieurs Seigneurs du
Pays ; mais on doute que ceux qui ont foufcrit
, faffent les payemens dans les termes indiquez.
Les effets & les papiers de M. Colebroke
Anglois , Premier Auteur du projet de
l'é :abliffement de cette Compagnie , ont été
faifis par ordre du Gouvernement , fans qu'on
en fçache la raifon.
Le 12. de ce mois le Cardinal d'Alface , Archevêque
de Malines arriva à Bruxelles , ou
il fut complimenté & receu avec de grands
honneurs. Le quatorze le Magiftrat en Corps
alla lui prefenter le vin de Ville , accompagné
d'une Cavalcade d'Etudians des Jefuites.
Ce prefent confiftoit en un tonneau
de vin , fur lequel étoit un jeune garçon ,
habillé en femme , reprefentant la Ville de
Bruxelles . D'autres Etudians reprefentoient les
fept familles Patriciennes , dont on doit defcendre
pour être membre de la Magiftrature.
Bacchus fuivoit ce tonneau avec une douzaine
de jeunes garçons , couverts de feuilles
de Liere , & ayant le vifage barbouillé de
verd & de rouge. Sept ou huit caroffes , où
étoient les Magiftrars , fermoient ce cortege
qui
422
LE
MERCURE
qui commençait par les Timballes & Trompettes
de la Ville , & par douze Cavaliers
richement vêtus à la Romaine , reprefentant
les douze Apôtres , dont les Images étoient
deffinées fur les cartons qui leur fervoient de
boucliers. Deux autres Cavaliers portoient un
carton au bout d'une perche , contenant des
Infcriptions Chronographiques. Un troifiéme
Cavalier tenoit un Etendart de taffetas
blanc , où d'un côté étoit une pareille Infcription
, & de l'autre la reprefentation d'un
Curé portant le Viatique , & d'un Chaffeur
qui lui avoit prêtê fon cheval.
On mande de Vienne qu'il y eut le 3. de ce
mois un incendie à Kagrand , Bourg fitué de
l'autre côté du Danube , où 38. maifons furent
confumées , ainfi que plufieurs Granges
remplies de grains qu'on ne pût fauver.
Le Roy de Portugal a fait défendre aux
differens Tribunaux d'accorder déformais des
fauf-conduits à aucun Religieux de quelque
Ordre qu'il puiffe être , & S. M. a fair dire
aux Prélats , & aux Chefs de ces Ordres , de
faire ceffer le fcandale que caufoit dans le public
la conduite de quelques Religieux qui fe
fervoient de leur credit pour fe fouftraire à
l'autorité de la Juftice.
On travaille à Naples à faire l'impofition
des 400000. ducats que l'Empereur a fait demander
aux habitans du Royaume , pour les
frais de fon couronnement.
On apprend de Venife de la fin de l'autre
mois que le bruit couroit à Conftantinople ,
que
D'AOUST 1723. 423
que l'armée affemblée par ordre du Grand
Seigneur à Erzeron , avoir receu ordre d'entrer
dans la Georgie , & de s'emparer de tous
les paffages , & qu'on croyoit que le Prince
de Dagheftan feroit contraint par la même
armée de ceder fes places , ou d'abandonner
le parti de l'Ufurpateur Miriv veits , auquel il
a fourni des fecours , quoiqu'il eut demandé
la protection de la Porte dans le commencement
de la révolution de Perfe.
La Banque de Londres a fait annoncer
au public qu'elle alloit faire une foufcription
d'un million fterling , pour faire circuler
pendant un an , pour une pareille fomme
de Billets de l'Echiquier.
Le Marquis de Monteleon , Ambaffadeur du
Roy d'Espagne à la Haye , a remis une lettre
de S. M. C. aux Etats Generaux , par laquelle
elle leur témoigne la part qu'elle prend à l'accident
arrivé à M. Ham leur Secretaire , & leur
promet de faire punir les affaffins avec toute la
feverité poffible. L. H. P. ont répondu à cette
lettre pour remercier le Roy d'Efpagne de
fon attention .
Le bruit fe épandoit à Petersbourg fur la
fin de l'autre mois que l'Ufurpateur Mirivveits
fe preparoit à reprendre les places , dont le
Czar s'empara l'année derniere fur les frontieres
de la Perfe.
On apprend de Vienne qu'au commencement
du mois de Juin dernier on avoit découvert
à Conftantinople une confpiration contre
le Grand Seigneur & fes principaux Miniftres
,
424
LE MERCURE
tres , & qu'on y avoit étranglé dans le Ser
rail huit des principaux Auteurs de ce complot.
On écrit de Prague que le 5. de ce mois
1'Empereur alla à Lahna , terre appartenante
au Comte de Valdſtein , Grand - Maréchal du
Royaume , où il prit le divertiffement d'une
chaffe , dans laquelle on tua 120. bêtes fauves.
S. M. I. dina chez ce Comte , & lui témoigna
fa fatisfaction des foins qu'il s'étoit
donné pour ce divertiffement.
Le P. Guillaume Daubenton de la Compagnie
de Jefus , Confeffeur du Roy d'Eſpagne
, mourut à Madrid le 7. de ce mois dans
la Maifon du Noviciat des Jefuites , âgé de
76. ans , univerfellement regretté. Il fut inhumé
le 8. dans l'Eglife du Noviciat , après
une Meffe folemnelle , à laquelle les Grands
du Royaume , les Miniftres Etrangers , & les
Prélats de la Cour affifterent.
Le Roy d'Espagne nomma le lendemain.
pour fon Confeffeur le P. Gabriël Bermudes ,
auffi Jefuite , Predicateur ordinaire de S. M.
cy- devant Provincial de la Province de Tolede
.
Suivant la lifte qu'on a publiée des matieres
d'or & d'argent , arrivées fur les quatre:
Vaiffeaux qui rentrerent dans le Port de Cadix
le 19. du mois dernier ces Bâtimens ont rapporté
70562. pieces de huit pour le compte du
Roy 7621585. pieces en argent monnoyé ,
419602. pieces en or monnoyé , & pour 17 3348.
en argent travaillé pour le compte des particuliers.
Le furplus de la Cargaifon confiite en
Coi
D'AOUST 1723 . 423
1
Cochenille , bois & graine de teinture , Cacao
, Chocolat fabriqué , Tabac en poudre ,
Jalap , Salfepareille , Baume fec & liquide ,
Vennilles & fruits confits pour plus de deux
millions de pieces de huit."
On a appris par un paffager arrivé depuis
peu des Philippines à Bilbao , que les habitans
de l'ifle Manille s'étoient foulevez contre
leur Gouverneur , parce qu'il avoit fait publier
une Ordonnance qui leur défendoit de
continuer leur commerce à Aquatulco en
Amerique.
Plufieurs Negocians de Naples qui s'étoient
intereffez dans le commerce de la nouvelle
Compagnie Orientale , établie à Trieſte , ont
demandé qu'on leur rendit les fommes qu'ils
avoient avancées , n'efperant pas de faire jamais
aucun profit fur les Marchandifes que
cette Compagnie envoye en Portugal.
Le jeu public établi à Rome l'année derniere
, à l'exemple de celui de Genes , va être
défendu , l'experience ayant fait voir qu'il
étoit plus nuifible à la Nobleffe Romaine ,
qu'avantageux à la Chambre Apoſtolique.
Il fut réfolu le 14. de ce mois dans l'Affemblée
generale des Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud à Londres , de fixer
à trois pour cent le dividend, échû à la Fête
de S. Jean derniere.
Les dernieres Lettres de Conftantinople
portent que la plupart des Sultanes & des
Galeres , fur lefquelles on avoit chargé des
troupes
426 LE MERCURÉ
troupes & des munitions , étoient revenues
des Dardanelles après y avoir refté environ
un mois , & qu'on prepare un autre convoy
pour transporter de la groffe artillere , & des .
munitions de guerre fur le Bory!thene. Ces
lettres ajoûtent que le 10. Juillet la Porte reçût
deux Exprès dépêchez par Ibrahim Bacha
, Gouverneur d'Erzeron , avec avis que
les Georgiens de Carduel , qui étoient cy devant
tributaires du Sophi détrôné , & qui s'étoient
enfuite foumis au Czar , lors de fon
expedition fur la Mer Cafpienne , venoient de
fe mettre fous la protection du G. S. à l'approche
de 8oco . Turcs , commandez par le
même Gouverneur d'Erzeron qui avoit déja
pris poffeffion de la Ville de Tiflis , Capitale
de la Georgie , & de deux autres places.
J
'Ay lû
APPROBATION.
par ordre de Monſeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois d'Auſt , & j'ay
crù qu'on pouvoit en permettre l'impreffion
A Paris , le 1. Septembre 1723 .
HARDION.
TABLE
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES
FUGITIVES , Ode. 213
PRéponse aux Critiques de la Traduction
de Denys d'Halicarnaffe. 216
Epitaphe de Candace , Chienne de M
241
Lettre écrite de Touloufe , & éloge de
Clement Ifaure."
Roland , Cantare.
242
254
Les Apparences Trompeufes , Nouvelle
tirée de Belleforeſt.
257
273 Lettre en vers fur une Cloche.
Remarques fur l'explication d'une figure
antique trouvée à Narbonne. 276
Vers à Mile de Montecler , Bouquet. 286
Medailles d'or & Urnes antiques , trou-'
vées en Languedoc.
Rondeau.
287
290
Lettre & Sonnet fur les bouts- rimez du
Maître d'Ecole
d'Aplincourt.
Bouts- rimez à remplir .
Enigmes.
Chanfon.
beaux Arts , & c.
291
293
294
296
NOUVELLES LITTERAIRES des
297
Suite
Suites de Medailles des Hommes Illuftres
François.
Thefes foutenuës , & c .
Oeuvres de M. Rouffeau.
La ſurpriſe de l'Amour , Comedie
trait.
300
308
310
ex-
312
L'Homme Univerfel , traduit de l'Efpagnol.
Traité Hiftorique du Theatre Efpagnol ,
&c.
337
342
SPECTACLES , Tragedie Latine , reprefentée
aux Jefuites , & Ballet , & c .
349
Lettre fur le Theatre Anglois. 360
NOUVELLES ETRANGERES , & c.
369
Dignitez , Benefices , & Charges des
Pays Etrangers. 384
Baptêmes , Morts & Mariages. 387
Edits , Declarations , Arrefts , &c. 392
JOURNAL DE PARIS. 402
Mort & éloge du Cardinal Dubois. 404
Tableaux reprefentant la pefte de Marfeille.
Naiffances , Morts & Mariages .
Mort du Premier Prefident.
410
416
418 Addition aux nouvelles Etrangeres. 419
P
Errata de Juillet.
Age 26. ligne 2. du bas 31. fec.
lifez 39. lec.
Errata d'Aouft.
PAge 300. ligne 21. dés , lifez de.
Page 308. lig. 1. Abraham Duquefne
, effacez ces mots.
Page 345. derniere ligne , Fromont, lifez
Froment.
L'air noté doit regarder la page 296.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marſeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Bordeaux , chez la Veuve Labottière , & fils.
Charles Labottiere , l'aîné , vis- à - vis la Boure
Le , ibid.
t
1
Pennes , chez Vattar .
·
Nantes , chez Julien Maillard .
Idem , chez Verger.
Saint Malo , chez la Mare .
Poitiers , chez Faucon .
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon..
Olcans , chez Rouzeau.
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau.
Tours , chez Gripon ..
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , chez Felil.
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Fouillerot
.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le françois , & chez Godard,
Arras , chez C. Duchamp .
Sedan , chez Renaud .
Metz , chez Colignon
Strasbourg
, che Doulleker
.
Cologne, chez Meternik
.
Francfort
, chez J. L. Koeniq . Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Danel .
Bruxelles , chez Tferftevens .
Anvers , chez Verduffen .
La Haye , chez Rogiffard .
Amfterdam
, chez Fernard.
Roterdam , chez Vander Linden.
Londres , chez du Noyer.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le